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Full text of "Vie et mémoires de Scipion de Ricci, évêque de Pistoie et Prato, réformateur du catholicisme en Toscane, sous le règne de Léopold"

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MËMOÏKES 



DE 



SCIPION DE RICCI 

-ÉVÈQUE DE PISTOIE ET PRATO. 



Digitizéd by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



Iittp://www.arcliive.org/details/vieetmmoiresde03pott 



VIE 

If ilÉMOÏll 



DE 



SCIPION DE RICCI, 

ÉVÊQUE DE PISTOIE ET PRATO, 

RÉFORMATEUR DU C ATHOUCISME EN TOSCANE, SOl'S I,E REGNE 
DE LÉOPOLD : 



CoimocWa âut Ùa uianiiùctlti aittoatauficA î)i: ce ptciUt et t)'auttcj yctioxi- 

i%aiii6 «itbtoDu aièctc c)etuicïj et dutct* i^e mcccAïuitihcativcd^ titci'A 

i>i» atchivci vc TU?, te cowimaiibcut jCapo c)c jsRàcci. à Jtotciicc. 

PAR DE POTTER. 



tome trDisirmr. 



^6^ 



PARIS 

IMPRIMERIE DE J. TASTU, 

RUE DE VAtJGlRARD, N» 36. 



1826 



- Quand une nation, parla force Je l'haliitudc , a servilement soumis son in- 
» lelligence à l'auturité des prêtres et des grands, elle cesse de refle'cliir cl perd 
.■ fout de'sir de séclairer. S'aLandonnant peu à peu comme à un sommeil lé- 

• ihargique , elle-même se ferme à jamais la voie pour sortir de cet état de 
» torpeur. Le clergé et la noblesse profitent liaMlement de son ignorance et 
» de son inertie; et, au moyen des petites séductions qu'ils savent lui présenter 
« à propos, ils la guif.ent sans peine à leur gré et selon les vues de leurs in- 
» térêts. On volt alors que ces deux classes , quoiqu'elles soient toujours ri- 
» vales entre elles et jilouses l'une de 1 autre quand il s'agit de dominer , ne 
» manquent pas cepemlar.t de se liguer fortement, chaque fois qu'il faut com- 

• battre ceux qui menacent leurs privilèges , et qui travaillent à rompre l'en- 
■• chantement de leur pouvoir , pour améliorer le sort du peuple. » 

Mémoires MS. de /'Évkqle Ricci , criils pur liti-inciue , partie 4 > '^ 'o ( voyez 
tome I<^r ). 



FEB 191S62 



DE 



ÉVÊQUE DE PISTOIE ET PRATO, 

ET RÉFORMATEUR DU CATHOLICISME EN TOSCANE, 
SOUS LE RÈGNE DE LÉOPOLD. 



CHAPITRE LXV^ 

RICCI CITE A ROME. BULLE JucfOrem fldct. PERSÉCUTIONS DU 

FANATISME CONTRE RICCI. —-LES TRAITES ENTRE LE GRAND-DUC ET 
LA kÉpuDLIQUE française REMETTENT EN CREDIT LES REFORMES LKO- 
POLDINKS. 

) 



lANDis que les conquêtes des armées françaises 
menaçaient l'existence de la monarchie tempo- 
relle du pape, le ministère espagnol menaçait son 
despotisme spirituel, par des mesures favorables 
aux nouvelles idées de réforme , ou du moins en 
ne mettant aucun obstacle aux entreprises de 
ceux qui agissaient dans le sens des modernes 
novateurs religieux. Entre autres sujets de plain- 
tes , le nonce papal en Espagne annonça défini- 

TOME m. I 



2 TVIKMOIIIES. 

livement à sa cour, vers cette époque, la pro- 
chaine publication d'une traduction espagnole 
des actes du concile de Pisloie, publication que 
désormais il n'avait plus aucun moyen d'entra- 
ver. La cour de Rome , toujours fidèle à ses 
anciennes ruses, crut qu'il fallait opérer une 
diversion par laquelle elle espérait occuper les 
esprits et détourner le gouvernement du projet 
de lui nuire. Elle ordonna un dernier examen 
de ce même concile de Pistoie, dans l'intention 
de le faire immédiatement après suivre d'une 
condamnation formelle à laquelle rien ne semblait 
plus pouvoir s'opposer. 

En efïtt, dans le mois d'avril de l'année 1794^ 
Ricci reçut une lettre du cardinal-secrétaire 
d'état Zelada , qui lui annonçait que le pape 
voulait bien se montrer clément envers lui , jus- 
qu'au point de le citer à comparaître à Rome, 
où l'on écouterait sa défense , avant de lancer 
contre lui la redoutable bulle. 

Ricci se hâta de communiquer cette pièce à 
Ferdinand. Il y joignit un mémoire, dans lequel 
il rappela en peu de mots tout ce qui s'était passé, 
et mit au grand jour l'irrégularité de la conduite 
du Saint-Siège qui se jouait des lois ecclésiasti- 
ques et des canons, et son manque de foi qui lui 
faisait violer toutes les promesses qu'il avait faites 
à Léopold et au grand-duc régnant lui-môme. 

Ferdinand voulait la paix et le silence sur des 
choses si propres à réveiller les troubles et à 



M K MO 1RES. '^ 

ëcliaufFcr Je nouveau les esprits. 11 sut résister à 
toutes les instigations du nonce pontifical qui ne 
négligeait rien, au nom de sa cour, pour livrer 
enfin le prélat en personne aux fureurs de la 
ven.o;eance relip:ieuse. Mais, d'un autre côté, il 
craignit lui-même de provoquer cette redoutable 
vengeance , et il fut défendu à Ricci de répondre 
au pape, comme il aurait voulu le faire et comme 
le cas l'exigeait. Cet évéque dut se contenter de 
convenir avec le secrétaire des droits de la cou- 
ronne , d'une formule de lettre que le grand-duc 
approuva, et dont le contenu n'était capable, ni 
d'intimider la cour sacerdotale, ni de la fiiire 
rougir. Il ne fut permis à Ricci de motiver son 
refus de se rendre à Rome que sur le mauvais 
état de sa santé; il lui fut enjoint de protester de 
tout son dévouement au Saint-Siège, et de la rec- 
titude de ses intentions dans tous les temps et 
dans toutes les circonstances. Enfin, il reçut 
ordre d'insinuer qu'on aurait fort bien pu ne 
plus s'occuper du synode de Pistoie, dont la con- 
damnation devenait entièrement inutile , puis- 
qu'il n'était plus en vigueur nulle part , même 
dans le diocèse où il avait été tenu , et où le nou- 
vel évèque Falchi n'avait eu aucune peine à l'abo- 
lir tacitement par le fait, et à le faire oublier '. 
Huit ans s'étaient déjà écoulés depuis la célé- 

■ Ibid. p. 345-35o. — Idem , Stor. MS. del sinodo di Pis- 
toja , p. loo et lo^i et suiv. 



4 MÉMOIRES. 

bration d . concile de Pistoie, qui n'avait pas pu 
obtenir chez des peuples encore enfans et em- 
barrassés dans tous les liens des préjugés et de 
l'ignorance, ce succès d'opinion générale, qui 
seul donne aux paroles et aux opérations des 
hommes quelque influence sur les événemens du 
monde. On pourrait donc croire que Rome n'était 
poussée dans son acharnement contre les déci- 
sions d'une assemblée sans résultat, que par le 
désir de vexer les adversaires de ses prétentions 
orgueilleuses , si les résolutions du gouvernement 
espagnol n'avaient exigé un prompt remède (64). 
Le projet était d'y prendre les actes du synode 
de Ricci pour Ijase des opérations réformatrices 
qu'on méditait; et c'était dans ce but qu'on vou- 
lait, au moyen de la publication, leur donner 
peu à peu la popularité qui assure le succès et 
le rend durable. Rome sut parer le coup : l'assu- 
rance que le pape fit donner à son nonce en 
Espagne de la prochaine condamnation de l'as- 
semblée de Pistoie, sulTit pour arrêter l'impres- 
sion projetée. Sans lui répondre davantage, la 
cour pontificale prépara sa sentence contre l'é- 
vêque Ricci, dans les ténèbres et le silence; elle 
entretint l'agitation des esprits par quelques ca- 
lomnies lancées à propos, sur ces entrefaites, 
pour mieux réussir à perdre irrévocablement le 
prélat, à qui elle allait porter le dernier coup. 
Enfin, le 28 août 1794, jour de la fête de saint 
Augustin, parut à Rome la fameuse bulle Àucto- 



MÉMOIRES. 5 

remjideiy qui renouvela dans la suite tous les 
scandales et tous les troubles des aneiennes dis- 
putes the'ologiqucs '. 

Aucun des articles de cette bulle n'avait été 
communiqué à Ricci, quoique le pape eût solen- 
nellement donné sa parole au feu grand-duc Léo- 
pold, de ne pas négliger cet acte de convenance 
et de justice : la cour de Rome n'en avait rien 
mandé à Pistoie, dont l'ancien clergé aurait pu 
cependant, aussi-bien que l'ex-évêque, fournir 
des éclaircissemens indispensables pour qui ne 
voulait pas terminer cf; procès important à l'insu 
des parties intéressées. IjC prélat condamné , sans 
que toutefois îlome lui eût intimé sa condamna- 
tion, envoya lui-même la bulle au grand-duc, à 
qui le Saint-Siège n'avait également rien fait par- 
venir à ce sujet : il lui fit part de l'intention qu'il 
avait de ne point répondre à ce qu'il était censé 
ne pas connaître, à moins qu'un ordre du gou- 
vernement ne l'y forçât. Ferdinand approuva la 
conduite de Ricci, et fit défendre la bulle Aucto-^ 
remfidei dans tous ses états de Toscane, où l'on 
ne put , ni la publier , ni la réimprimer, ni même 
la vendre. Cela n'empêcha pas le nonce pontifi- 
cal de faire remettre cette pièce à tous les évêques 
toscans, et de la répandre clandestinement parmi 
le peuple. 

• Ibld. p. 107. — Idem. , \it.i MS. di monsig. de' riirci, 
n. 55i . 



6 MÉMOIRES. 

Elle fut bien loin de produire , pour le moment, 
reflet que la cour de Rome avait attendu. Les 
progrés de la révolution française chez tous les 
peuples excitaient un intérêt trop vif et trop gé- 
néral , pour qu'on put s'occuper d'une querelle de 
prêtres. Les gouvernemens, devenus attentifs au 
grand changement qui se préparait dans les idées 
et dans les choses, sentirent que les anatlièmes 
pontificaux, incapables à cette époque d'opérer 
aucun bien, même à ne prendre ce mot que dans 
sa signification ministérielle de conservation de 
tous les vieux abus, pouvaient faire beaucoup 
de mal , en exaspérant de plus en plus les esprits. 
Aussi, chercha-t-on de toutes parts à étoulïer 
dès sa naissance ce nouveau brandon de discorde : 
la bulle Auctorem fut supprimée à Naples, à 
Turin, à Venise, à Milan, en Espagne et en 
Allemagne, aussi-bien qu'en France. Elle fut si 
visiblement méprisée, même à Rome {^^)y que 
Je pape se vit forcé de défendre à ses journalistes 
et à ses libellistes d'en occuper le public, et de 
rien faire qui la regardât d'aucune manière. 
Ricci souffrit sans se plaindre; et sa douleur, 
nous dit-il, eut bien plus pour sujet l'injustice 
du pape qui le persécutait, que ses propres per- 
îiécutions : celles-ci ne l'ailligeaient guère, dès 
qu'il songeait qu'elles étaient injustes '. 

' Ihid. p. 355 et 554. — Iilciii^ Stor. ?iJS dcl sin nlo (U 
PisLoju , p 108 (it 109. 



MÉMOlRKb. y 

Privée du triomphe solennel qu'elle ambition- 
nait, la cour de Rome ne voulut pas renoncer à 
cette espèce de triomphe caché qu'elle obtient 
toujours sur ses adversaires, par ses intrigues 
secrètes , et au moyen des émissaires de ses ven- 
geances. Elle eut peu de peine à exciter contre 
Ricci les évèques toscans, ses collègues, depuis 
long-temps ses envieux et ses ennemis. Falchi se 
montra le plus ardent. Il se fit une affaire de 
conscience d'exiger de tout son clergé l'accepta- 
tion de la bulle contre son ancien pasteur; il 
reçut des rétractations et des abjurations des 
prétendues erreurs introduites par Ricci , sans 
cependant qu'il en spécifiât aucune. Il donna de 
la même manière, à tous ceux qui avaient la 
simplicité ou l'hypocrisie de la demander, l'ab- 
solution des censures encourues, comme com- 
plices de l'ex-évéque, et il fit tous ses efforts 
pour détruire le plus possible, le recueil des 
actes du synode de Pistoie, et tous les livres dont 
la lecture y était recommandée aux prêtres et 
aux fidèles. Par ses ordres, le contenu de la bulle 
yiuctorcm fut enseigné dans les écoles, comme 
règle de la foi, et la bulle elle-même fut déclarée 
dogmatique et irréformable. Les confesseurs fu- 
rent chargés d'interroger leurs pénitens dans les 
confessionnaux, sur cet article important pour le 
sacerdoce, avant de leur accorder une absolution 
qui devait entièrement dépendre désormais de 



8 MÉMOIRES. 

Topinion qu'ils manifesteraient concernant le 
nouveau décret de la cour romaine. 

Quelque tranquille et retiré que vécût Ricci à 
sa maison de campagne, il ne put échapper aux 
nombreuses vexations que faisaient naître autour 
de lui l'ignorance et le fanatisme. Le peuple 
fuyait de l'église dés qu'il montait à l'autel , ce 
qui le força dorénavant de dire la messe dans sa 
chapelle privée : son confesseur ordinaire lui re- 
fusa rabsolulion ; il ne l'obtint enGn que lorsqu'il 
eut réussi à trouver un prêtre moins prévenu et 
plus éclairé '. 

Dans le calme de sa retraite , l'ancien évêque 
de Pistoie se mit à examiner attentivement, et 
comme une affaire qui lui eût été entièrement 
étrangère , la bulle qui condamnait sa doctrine 
et celle de son synode. Il trouva que les proposi- 
tions censurées ne l'étaient qu'hypothétiquement, 
c'est-à-dire à l'aide de quatenus (en temps que), 
sic iiitellecta (entendu dételle manière), etc., etc., 
et que ces propositions y étaient toutes ou mal 
entendues, ou tronquées, jusqu'à leur donner un 
sens qu'elles n'avaient point. 11 fut convaincu 
qu'il n'avait jamais cru ou enseigné autre chose 
que ce que le pape enseignait dans sa bulle, et 
d'avoir toujours condamné ce qu'il y condamnait. 
Il n'y avait aucun moyen pour lui , à cette épo- 
que , de faire accepter ses explications et ses ré- 

' Idem, Yila tli monsig. de' Ricci, p. 555. 



MÉMOIRES. 9 

clamations à la courdeRome : il fallut bien qu'il 
souffrit (le passer dans le public pour un héréti- 
que des pins dangereux, pour un autre Nesto- 
rius (&^)- 11 dut se contenter de travailler pour 
sa propre satisfaction, à une justification qui pou- 
vait demeurer éternellement secrète, et qui l'est 
demeurée jusqu'à ce jour, non plus à cause des 
égards que l'on doit à Rome, mais parce que 
l'intérêt qu'inspiraient autrefois ces querelles 
théologiques a cédé la place à des intérêts d'un 
autre ordre. Ce travail , déposé en manuscrit 
dans les archives de MM. Ricci, neveux du pré- 
lat, à Florence , consiste en diverses déclarations 
sur chacune des propositions condamnées par la 
bulle ^uctorem, déclarations dont le but est de 
démontrer que, dans leur vrai sens, elles sont 
toujours catholiques, et qu'il ne faut pour le 
prouver que consulter et citer les décisions du 
concile de Trente ' . 



' CeUe justification , qui se trouve à la fin de l'histoire 
MS. du synode de Pistoie , est précédée par ces mots : 5e- 
giiouo le didiiarazioni del vescovo Ricci sulle proposizioiù con- 
dannate colla holla Auctorem (suivent les déclarations de l'é- 
vêque de Ricci sur les propositions condamnées par la bulle 
Auctorem), Ricci avait reçu plusieurs remarqu.es sur la bulle, 
et plusieurs réfutations de cette sentence de la cour romaine, 
aussitôt qu'elle avait été publiée , dit M. l'abbé X ; mais il 
ne voulut jamais en faire usage , pour ne pas renouveler les 
scènes déplorables qu'avaient causées les discussions sur la 
bulle Unigcnilus. 11 se contenta de confier au papier ses ré 



lO ÎMÈMOIRES. 

Pendant que Ricci se taisait , des écrivains qui 
professaient les mêmes opinions que lui, pu- 
bliaient, en divers lieux des défenses de la doc- 
trine de cetévêque (67). On distingua vingt lettres 
qui furent imprimées à Bruxelles, en 1796, et une 
brochure qui parut ensuite à Lugano. Ce qu'il 
y eut de remarquable, c'est qu'aucun des mem- 
bres du synode de Pistoie ne protesta contre la 
bulle qui le condamnait : tous convenaient par- 
faitement avec elle, dans le sens catholique, des 
propositions qu'elle établissait comme dogmes de 
foi. On sentit que Rome n'avait agi que par inté- 
rêt, lorsque, sans avoir d'hérésies à poursuivre, 
elle avait voulu, à quelque prix que ce fût, anathé- 
matiser une assemblée qui avait donné l'exemple, 

flexions sur chacune des propositions condamnées , « afin 
» de prouver la conformité de ses sentimeas avec les déci- 
» sions pontificales. » — Stoi\ MS. del sinodo di Pislojn , 
p. 167. 

Le titre de ces réflexions est : 

Proposizioni condamnate colla bolla Auctorem fidei , e di- 
chiarazioni del vescovo Ricci sopra ciascuna délie medesime 
(propositions condamnées par la buîlo Juctoremfidei , et 
déclarations de l'évèque Ricci sur chacune d elles ). 

Ricci se Lorne à protester , presqu'à chaque page , qu'il 
a toujours été attaché à la doctrine orthodoxe , et qu il con- 
damne les propositions dans le sens dans lequelle Saint-Siège 
les a condamnées ; mais que ni lui ni son concile n'avaient 
eu l'intention de les entendre de cette manière. — Ibid. , 
p. i69-2r;4. 



MÉMOIRES. 1 I 

funeste pour elle , de se mettre au-dessus des 
prétentions du sacerdoce et des droits que s'est 
arrogés la moderne cour pontificale '. 

D'ailleurs, déjà l'influence française se faisait 
de plus en plus sentir en Italie, avec la force des 
armes républicaines (68). Tous les petits intérêts 
demeurèrent muets devant le torrent impétueux 
qui renversait et les vieilles institutions et les 
maximes sur lesquelles elles étaient basées. Le 
grand-duc venait de signer un traité de neutralité 
avec la nouvelle république (69), à qui l'on ne 
refusait déjà plus le nom de grande nation (70). 
On sent bien que le système de Léopold, qui n'a- 
vait fait qu'ébaucber l'œuvre que l'assemblée 
constituante de France avait ensuite si lieureuse- 
ment terminée, dut rentrer en crédit à cette 
époque, même en Toscane, où ses anciens adver- 
saires étaient forcés par les circonstances à dissi- 
muler leur opposition. Il en fut de même des ré- 
formes religieuses , consacrées pour la plupart 
dans la constitution civile du clergé français ; on 
n'osa plus les condamner ouvertement à Florence, 
ni en persécuter les partisans. Ce fut là le motif 
qui décida Ricci à venir habiter la capitale *. 

' Ibid. p. 356 et 55y. — Idem, Stor. MS. del siaodo di 
Pistoja , p. I lo-i 12. 

^ Idem, Yita MS. di nionsiy. de' Ricci , p. 558. 



12 MEMOIRES. 



CHAPITRE LXVÏ. 



ACHAR.NEMEr<T DE ROME COSTRE LES BEPUDL1CA15S . MISSIONS ISCKS- 

DliMKES. MIRACLES. KOSIE DÉMOCEATISÉk. I5VASI0M DE 

1,A TOSCANE. 



La cour de Rome , poussée à sa perte par un 
esprit de vertige qui paraît inexplicable , conti- 
nuait à donner les preuves les plus extravagantes 
de son aveugle acharnement contre le Directoire 
français. Elle lança de nouveaux brefs encore 
plus virulens que les premiers. Le peuple était 
sans cesse excité jusqu'à la fureur , par l'idée de 
la guerre de religion qu'il allait devoir entre- 
prendre, et qu'on lui prêchait dans tous les carre- 
fours de la capitale du catholicisme, comme dans 
chaque village des états pontificaux. Ces missions 
incendiaires ne parurent pas encore suffisantes. 
)j On trouva un autre moyen d'enflammer la mul- 
)) titude contre les armées françaises , et de la 
» porter à renouveler les vêpres siciliennes dans 
» toute l'Italie '. » Ce furent les miracles, et no- 

' Fil rilrovato un' altro mezzo pei' inûanimar la moltitu- 
dine coritro le arniate francesi , e condurla a rinnuovare un 
vespro siciliano in tutn l'Italia. — Ibid. p. ôSp. 



MÉMOIRES. î3 

tammcnt le clignement d'yeux des images de 
madones , exposées à la vénération du peuple 
dans les églises et aux coins des rues (71). Ces 
miracles d'une nouvelle espèce ' avaient lieu sur- 
tout à Rome et dans les villes de l'état ecclésias- 
tique , et ils y étaient constamment interprétés 
par ceux qui abusaient ainsi de la superstitieuse 
crédulité du peuple , comme des signes irrécusa- 
bles de la victoire que les soldats apostoliques 
allaient immanquablement remporter sur les 
troupes républicaines (72). 

Le désir de voir s'opérer des prodiges , d'oiî 
naît bientôt la certitude qu'on en a réellement vu, 
se communiqua de proche en proche jusqu'à Flo- 
rence. Des lis desséchés , placés devant l'image 
d'une vierge qui se trouvait dans cette ville , rue 
du Cerisier (del Ciliegio), fleurirent inopinément, 
et attirèrent la foule : il ne dépendait que de 
l'autorité de faire un miracle d'un phénomène 
que tous les physiciens attestaient être aussi sim- 
ple que naturel. Cela eut bientôt lieu. L'arche- 
vêque Martini, croyant l'occasion favorable pour 
se donner de l'importance auprès de la multitude, 
joua le zèle de la conviction et alla processionnel- 
lement prendre l'image prétendue miraculeuse , 
pour la transporter avec la plus grande pompe à 
l'église métropolitaine (75). Ces scènes scanda- 
leuses , dit le biographe de Ricci , produisirent 

• Di una nuova spccie. — Ibid. p. 36o. 



l4 ' MÉMOIRES. 

les plus funestes résultats : il déteste surfout 
« V invention de la madone d'Arezzo ' » et de ses 
soi-disant miracles, qu'il compare au cheval de 
Troie, d'où sortirent tous les maux. 

Ces indignes moyens ne purent triompher du 
courage et de la valeur des armées républicaines 
(74)' Rome succomba enfin, et son gouvernement, 
d'un despotisme théocraiique qu'il était, devint 
une démocratie, à l'instar de celle de France (75). 
Le pape captif fut sincèrement plaint par l'ancien 
évêque de Pisloie; il déplora en lui le sort d'une 
victime de ministres et de conseillers perfides , 
qui n'avaient su qu'abuser de la religion pour 
satisfaire leur intérêt personnel. Ricci, qui voulait 
éviter toutes les occasions de se compromettre 
avec l'un ou avec l'autre des partis , jugea pru- 
dent de se retirer de nouveau à sa villa du Chian- 
ti , et il s'y occupa entièrement du soin de faire 
imprimer une vie de sainte Catherine de Ricci , 
sa parente, et d'autres livres de piété. 

Sur ces entrefaites avaient eu lieu le débarque- 
ment des Napolitains à Livourne , et la conquête 
de Rome par le roi de Naples à la tête de prés 
de quatre-vingt mille hommes. 

C'était l'influence anglaise que les Français 
avaient à combattre dans les Napolitains et dans 
ceux qui les avaient accueillis. Quelques milliers 
de soldats républicains eurent bientôt repris 

'Il ritrnvamento dcUa Macl, nna d'Arezzo. — Ihid. p. 36i. 



MÉMOIRES. l5 

Rome, et ils allèrent refouler le roi Ferdinand 
en Sicile. D'autres prirent possession de la Tos- 
cane , le 25 mars 1 799 (76). 

Mais cette occupation de l'Italie méridionale 
ne paraissait pas devoir être de longue durée. Les 
revers des Français en Allemagne et dans la 
haute Italie, et les troubles qui éclatèrent à Paris, 
vers cette époque, ne laissèrent aucunement dou- 
ter de la proximité d'un nouveau changement; 
et le fanatisme politique et religieux, forcément 
comprimé pendant quelques instans , ne fit que 
redoubler ses fureurs et préparer de plus san-- 
glantes vengeances. 

Les vainqueurs, mieux instruits que personne 
du véritable état des choses, ne s'attachèrent qu'à 
lever des contributions et à s'emparer des chefs 
d'œuvre des arts qu'ils trouvèrent à leur bien- 
séance : ils ne soupçonnèrent pas même la possi- 
bilité du choc futur des passions que leur pré- 
sence fomentait '. 

' Ibid. p. 36 r -363. 



MEMOIRES. 



CHAPITRE LXVII. 

IKSURKECTION DABEZZO AU NOM DE LA MADONE. LES ARETINS A 

FLORENCE. LEURS EXCES. RICCi EST ASRÊtÉ. 



Ricci, qui se trouvait à Florence lors de l'entrée 
des troupes françaises, ne put plus, comme ill'eut 
désiré, se retirer à sa maison du Chianti , le nou- 
veau gouvernement ayant défendu qu'on sortit 
de la ville, pour prévenir les émigrations. Cette 
circonstance le rendit témoin malgré lui de l'a- 
charnement du fanatisme que faisaient déjà 
éclater les ennemis des Français et des partisans 
du gouvernement de Léopold, confondus alors 
par les hommes à préjugés et les malintentionnés 
dans une seule catégorie , celle des prochaines 
victimes d'une réaction qu'ils hâtaient de tous 
leurs vœux. 

Les désirs d'un clergé égoïste , d'une noblesse 
ignare et d'un peuple superstitieux furent bientôt 
suivis de quelques légers mouvemens insurrec- 
tionnels , auxquels la faiblesse des Français en 
Italie, à 'Cette époque, donnait une grande im- 
portance (77). Enfin , l'insurrection d'Arezzo vint 
concentrer tous les eflbrts épars, et attira tous 



MÉMOIRES. 17 

les regards sur elle seule. L'enthousiasme reli- 
gieux porta les révoltés à déclarer leur madone, 
crue miraculeuse depuis un peu plus de trois 
ans, génénilissimc des hordes armées qu'ils en- 
voyaient à la poursuite des républicains en re- 
traite, pour les piller et les égorger en toute 
sûreté de conscience. L'image de la Vierge de- 
vint l'étendard de la rébellion, du meurtre et 
du brigandage. 

Ricci , qui ne voyait dans cet événement que le 
triomphe de l'ignorance , de la superstition avec 
tous ses excès , et des abus aussi anti-religieux 
qu'an ti-sociaux déracinés par Léopold , pleura 
d'avance un funeste succès qu'on ne pouvait déjà 
plus mettre en doute '. 

A peine les Français se furent-ils retirés dans 
les états de Gênes, que les Arétins marchèrent 
sur Florence. « Ces bandes d'hommes dénaturés, 
» dit M. l'abbé X, renforcées encore par des 
» contrebandiers et par des malf^iiteurs de toute 
» espèce, guidées par des moines et des prêtres, 
» et souillées d'homicides , de rapines et de toutes 
n sortes de délits, envahirent cette capitale, le 
» 7 du mois de juillet 1799, sous les étentards de 
» la madone d'Arezzo, chacun des Arétins por- 
» tant pour signe distinctif cette image, ou pen- 
» due à son habit , ou attachée à son chapeau 
» au lieu de cocarde. Jusqu'au ministre anglais 

' Ihid. p. 564. 

Tome I]I. 2 



l8 MÉMO If» Lb. 

» Windliam , et la prétendue générale Mari (sa 
» maîtresse) qui l'accompagnait, étaient décorés, 
» de cette manière, de l'ordie de la Madone. 
» Quelle prostitution et quel abus de la reli- 
» gion ' ! — » 

La crainte des maux dont on était menacé 
porta les amis de Ricci à lui conseiller de quitter 
la Toscane; mais sa fuite l'aurait compromis lui- 
même avec toute sa famille, et aurait exposé 
ses biens à la rapacité des triomphateurs ; elle 
aurait attaché son nom à un parti, parmi lequel 
il voyait figurer beaucoup de tètes exaltées, et 
des hommes d'une réputation au moins douteuse. 
N'ayant d'ailleurs aucunement pris part aux af- 
faires , pendant le temps qu'avait duré l'occupa- 
tion de Florence par les Français , il se flatta de 
ne pas devoir être exposé aux persécutions de 
ceux qui ne s'étaient annoncés que comme les 
ennemis des républicains ^. 

■ Qiieste orde di uomitii snaturati, ingi-ossate da' contrab- 
bandieri e da ogni sorta di pei-scnc faciaorose, guidate da' 
frati, e da' prête, e coperle di oiuicidj , di assassinj e di ogni 
sorte di delitti, invasero questa capitale nel giorno 7 del 
mese di luglio 1799 , soUo i vessilli délia niadonna d'Arez- 
zo , ed avendo tulti per divisa quesia imagine, o pendente 
dall' abito, o nel cappella in luogo di coccarda. L'istesso nii- 
nistro inglese Windham, in compagnia délia sedicentc ge- 
neialessa Mari , erano decorati dalla divisa deli' ordine délia 
Madonna. Quai prostitmione e quai' abuso di religione !.... 
— Ibid. p. 565. 

» Ibid. p. 366. 



Mais los prêtres qu'il avait voulu rendre meil- 
leurs, lorsque Léopoid rêvait l'entière civilisa* 
lion de tous les Toscans, ne lui avaient point 
pardonné son zèle éclairé et sa fidélité à un prince 
réformateur; il devait, outre cela, expier, nux 
yeux de nobles avides et de ministres corrom- 
pus , son probe désintéressement et sa vertueuse 
franchise, sous un gouvernement ennemi de tout 
privilège comme d'une injustice, de l'arbitraire 
comme d'une tyrannie, et qui n'accordait du pou- 
voir qu'au mérite, des récompenses qu'aux ser-^ 
vices rendus. Les Arétins ne cessaient de se livrer 
dans la capitale aux excès les plus scandaleux. 
Tant qu'ils furent abandonnés à leur propre im- 
pulsion, les vexations qu'ils commirent, les ar- 
restations qu'ils firent, ne tombèrent que sur les 
partisans des Français et sur ceux dé la démo- 
cratie. C'était contre les prcmiej«s qu'ils avaient 
pris les armes : les autres avaient fait éclater sans 
retenue leur haine contre l'ancien gouvernement 
que les insurgés venaient rétablir, et dont ils se 
vantaient d'être les agens. Mais ce n'étaient point 
là les seuls desseins du pai ti instigateur : l'ip^no- 
rance privilégiée , le despotisme ministériel, i'anr 
bition et la cupidité de la cour de Rome, le sncer- 
dotalisme du clergé qui fait naître et alimente sans 
cesse la superstition du peuple, avaient trop couru 
de risques, s'étaient vus trop prés de leur perte 
totale, pour qu'ils ne saisissent pas avec empres- 
sement l'occasion favorable qui semblait se pré- 



20 MÉMOIRES. 

senter à eux , de s'établir sur de nouvelles bases , 
et d'effrayer par une vengeance terrible tous ceux 
qui, à l'avenir, auraient encore osé tenter de 
leur arracher leur proie. 

« Le fanatisme qui alluma la fatale révolte d'A- 
» rezzo , dit M. l'abbé X, ne pouvait pas avoir 
» pour but de faire mesurer les insurgés toscans 
» avec les forces françaises. 11 n'eut d'autre objet 
» que la vengeance privée et l'esprit de persécu- 
)) tion contre tontes les personnes qui étaient dé- 
)) signées comme ayant approuvé les réformes 
>) civiles et religieuses faites sous le gouvernement 
» de Léopold. On regarda comme fauteurs des 
» Français les hommes immoraux, les séditieux 
» et les anarchistes furibonds , indistinctement 
» avec les citoyens les plus instruits et les meil- 
» leurs , avec les ecclésiastiques les plus éclairés 
)) et les plus vertueux '. » 

Ricci, chargé de l'inimitié de quelques grands 
et de toute la haine des moines, des prêtres et de 
la cour de Piome, avait été placé à la tête d'une 

' Il fanatisnio che animo questa fatale somniossa, non po- 
teva avère tli mira â'i niisurarsi colle forze francesi, ma ebbe 
per oggclto le private vendettc e lo spirito di persecuzionc 
contre tiitte le pcrsune , che erano notate corne propenze 
ed interessate nelle riforme civili ed ecclesiastichc fattc sotto 
il governo di Leopoldo. Furono risjuardati corne fautori dcl 
partito francese indistintamente gU inimorali, i scdiziosi , i 
fanatici, con i più culli cittadini ed i più illuminati eccle- 
siastici. — Idem, Stnr. MS. del sinodo di Pistoja , p. i i5. 



MÉMOIRES. '2\ 

liste de victimes, déjà formée à Florence avant 
rentrée des Arétins. La capitulation de cette ville 
avait été signée par les sénateurs qui s'étaient 
constitués pouvoir souverain j et parmi lesquels 
figurait Frédéric de Ricci, frère du prélat; elle 
laissait aux paysans armés, pompeusement déco- 
rés du nom de sauveurs du grand-duché , toute 
la latitude possible pour étendre autant qu'ils 
l'auraient voulu , ou qu'on le leur aurait fait vou- 
loir, les œuvres de violence, d'arbitraire et d'un 
zèle aveugle, que l'on méditait (78). 

Dès que les arrestations des léopoldistes com- 
mencèrent, l'évêque Ricci fut en danger. Pendant 
que les prisons de la capitale se remplissaient de 
malheureux de tou.tes les opinions et de toutes les 
classes , les insurgés se portèrent deux fois à Poz- 
zolatico , villa du prélat , où ils croyaient le trou- 
ver '. Lors de leur seconde visite, dit l'évêque 
Ricci, a le métayer et les autres personnes de ser- 
y> vice, entourés par ces furieux qui les mena- 
» çaient, en leur appuyant leurs armes à feu sur 
» la gorge et sur la poitrine, craignaient pour 
» leur vie, et ne voyaient aucun moyen de salut. 
)) C'était en vain qu'on disait aux Arétins que je 
» n'y étais point; ils continuaient à jurer qu'ils 
» voulaient me iuer^ sans même me laisser le 
» temps de faire un acte de contrition. De cette 
» manière , ces bons chrétiens , qui étaient venus 

' Idem, Yila MS. di moiisig. de' llicci, p, 36y. 



■?:'>. ?.ÎÉM0IÎIES. 

» pQLLi rétablir la religion que les Français nous 
n avaient enlevée , montraient combien ils étaient 
» instruits des lois de TÉvangile, et qnel était 
» l'esprit religieux qui dirigeait une armée catho- 
» liqne , à la tête de laquelle on voyait des prêtres 
)) et des moines, chargés d'armes blanches et d'ar- 
» mes à feu de toute espèce '. » 

L'infortuné évêque fut arrêté chez lui à Flo- 
rence même, le ii juillet 1799, de la manière la 
plus indécente et la plus cruelle , par des sbires 
qui le conduisirent aux prisons publiques , où il 
fut confondu, ainsi que les autres victimes de la 
fureur politique et religieuse, avec les plus vils 
malfaiteurs , et où il passa la nuit dans une cham- 
bre malsaine et infecte. Le lendemain , sur les 
instances de ses domestiques, il fut transporté à 
la forteresse dite d en-bas (daBasso), où on le ren- 

■ 11 fattore e gli altii uomiiii discrvizio, ciicondati da quei 
furibondi, che gli niinacciavano cogli arxni da fuoco alla gola 
e al nelto , slavano in forse délia loro vita, senza vedere al- 
CLino scampo. INuUa valeva il dir loro cîie io non erolà, ad 
ogni costo protestando alcuno di 1 )ro di volermi ammnzzare ^ 
senza neppurc dormi tempo difare un atto dicontrizione. Cosi 
questi buoni cristiani , ch' ernno venuti a rimetterc la religio- 
ne , che ci aveano tolto i Franccsi, mosMavanj quanlo erano 
bene intesi délie regole del Yangelo , e quai baono spirito 
p,uidava quest' armata cattolica , alla cui testa eiano e preti 
q fiati , caiichi di anue da laglio e da fuoco di ogni foggia, 
— Mcmorie MS. intorno l'arresto e la lunga dL'tenzione del 
vescovo Ricci , dopo l'ingresso degli Aretiui in Firenze , 
scriUe da lui medesimo , paite ï , f°. t, p. 5. 



ferma dans une petite chambre , avec un eorps-de- 
(jarde à sa porte ' . 

Ricci nous a laissé un tableau fort animé de 
rindiscîpline des brigands d Arezzo et des dés- 
ordres qui en résultaient à cliaque instant. La 
forteresse Basse servait de dépôt aux prisonniers 
français faits par les Arétins , c'est-à-dire aux 
traînards qu'ils avaient ramassés pendant la re- 
traite de l'armée républicaine. Us les traitaient 
avec la plus grande inhumanité, ce qui portait 
souvent ces malheureux à se mutiner , et il en 
naissait des tumultes au milieu desquels le prélat 
courut plusieurs fois risque d'être massacré. 

« Ce qui cependant , ajoute-t-il , devait plus 
» que tout cela affliger quiconque aime la reli- 
» gion , était de la voir méprisée et vilipendée 
a par ceux mêmes qui se vantaient d'avoir pris 
)i les armes pour restaurer un culte que leurs 
» actions prouvaient bien qu'ils ne connaissaient 
» pas. J'ai dû, plus d'une fois, gémir devant Dieu, 
M sur les effroyables blasphèmes et les infâmes 
» turpitudes que j'étais sans cesse forcé d'en tendre, 
» tellement que les horreurs de la prison ne m'a- 
)) vaient jamais paru si affreuses. Le jeu conti- 
n nuel et la perte de grosses sommes d'argent 
» donnaient lieu à de fréquentes querelles. Je n'ai 
» jamais su comment parvenir à distinguer la 
» sanctification des fêtes par cette troupe. Quant 

" Jb. X , YHa MS. di monsiy. di' Ricci, p H68. 



^4 MÉMOIRES. 

)) à ce qui regarde les vols dont elle ne se faisait 
» point un scrupule , il était singulier d'entendre 
» les Arétins répéter, comme un mot dont ils 
» étaient convenus pour cet effet, leur F'h'e Marie! 
» qui était le signal d'un vol fait en bonne con- 
» science , comme si , en nommant la Vierge , ils 
» pouvaient éviter le crime d'avoir transgressé le 
» précepte de Dieu , tandis qu'au contraire ils 
» l'outrageaient injurieusement en offensant son 
» divin fds. Je ne parlerai pas des meurtres vo- 
» lontaires , et qu'ils commettaient en trahison 
» et de sang-froid : toute la Toscane en a été té- 
» moin. Je me contenterai de dire que les prin- 
» cipes dont se vantaient beaucoup de prêtres et 
» de moines qui , par un châtiment du Seigneur, 
y) furent les aveugles guides de tant d'hommes 
» égarés , étaient favorables à ces meurtres ; il 
)) paraissait , à les entendre , qu'en les commet- 
» tant on rendait hommage à Dieu (79). J'ajou- 
» terai, en outre, que quelques-uns s'oubliaient 
» jusqu'à animer les brigands à se couvrir de 
>j crimes ; qu'ils en donnaient eux-mêmes l'exem- 
» pie, etqu'ilsse vantaient enfin d'avoir les mains 
» encore souillées du sang de leurs frères, ces 
)^ mêmes mains avec lesquelles ils offraient le sang 
« de l'agneau sans tache , répandu pour leur sa- 
f) lut. C'étaient là les soldats qu'on appelait sol- 
» dats de Marie ou troupe arétine ' . » 

" Quelle perô che dovea più affliggere chiunque araa la 



MÉMOIRES. aS 

l'cligionc , ora il vcro rcal dispiczzo clio se ne f;icova, nien- 
tre si spacciava di aver presolc anni pcr ristabilire qucUa re- 
ligione , che si mostrava coi fatli di non conoscere. lo ho 
dovuto più voUcgomere davantia Dio, perle orrendi bcstem- 
mie c per le infanii laidczze cli' ero costretto a sentire con- 
tinuamente, in modo che gli orrori délia carcere non mi 
avcvano mai fatto tanto ribrezzo. Il gioco continuo e la per- 
dita di grosse somme davano luogo a frequenti l'isse. La san- 
tificazione délie feste non ho mai saputo come distinguera in 
quclla truppa. Qnanto j^oi aile ruberie, di cui non si faceva 
scrupolo , era strana cosa il sentiro come ti-a loro medesimi 
era in proverbio il Viva Maria , per un segno di avère 
con buona coscienza rubato , quasi che nominandola , si 
garantissero délia trasgressione del precetto di Dio, e 
non piuttosto la oltraggiassero con insulto nell' offen- 
dere il suo divino figlio. lo non parlerô degli ammaz- 
zanicnti volonlarj e proditorj , che a sangue freddo si 
comuiettevano , perché tutta la Toscana ne è teslimone. Di- 
rô solo che la massima di molti preti e frati, che per pastipo 
del Signore furono cieche guide a tanti popoli traviati , era 
non solo favorevole a tali omicidj , come se in cosi fare pres- 
tassero osscquio a Dio, ma taluno aucora ve gli animava , 
ne duva l'esempio, e si vantava ancora di avère lordato del 
sangue di suoi fratelli quelle maui medesime, con cui offe 
riva il sangue dell' immacolato agnello sparso per essi. Tali 
erauo i soldati che dicevano di Maria , ossivvero truppa are- 
tina. — Jiicci, Memor. MS. intorno il suo arresto , part, i , 
f. 5, p. 4. 



MEMOIRES. 



CHAPITRE LXViïi. 

DURETi; I)K L'AR<:HEvinL'E DE FI.ORHNCI ENVESS BICCI . ON VEUÏ 

FORCER CELUî-Cl A DES, RÉtRACXATIOXS. 



Les Arêtins n'avaient personnellement aucune 
haine contre l'ancien évéque de Pistoie , dont la 
plupart d'entre eux n'avaient jamais entendu 
parler. Aussi quand ils l'eurent arrêté et empri- 
sonné, comme ils en avaient reçu l'ordre des fana- 
tiques de la capitale , ils crurent avoir rempli et 
au delà la tache qu'on avait prétendu pouvoir 
imposer à leur complaisance, et ils cessèrent 
non-seulement de s'informer de Ricci, mais même 
ils refusèrent ouvertement de s'en occuper da- 
vantage. 

L'ennui de la captivité et un reste de confiance 
que l'homme vertueux ne peut jamais se résoudre 
à perdre entièrement, surtout s'il croit pouvoir 
la placer en des personnes que leur état et leur 
caractère semblent devoir forcei' à s'en rendre 
dignes, portèrent Ricci à écrire à l'archevêque 
de Florence et à l'évêque de Fiesole , pour leur 
exposer sa situation et pour leur demander de 
prendre quelque intérêt, sinon à lui-même, du 
moins au (ilre d'évêque qu'il portait comme eux. 



MÉMOIRES. 37 

En attendant qu'il obtint une réponse, il se pi^o- 
cura des livres et ce qu'il lui fallait pour dire la 
messe dans sa prison. On lui avait sévèrement 
interdit toute société, et il ne pouvait recevoir 
ni ses amis ni même ses domestiques. Il regarda 
comme un miracle que les Arétins permissent à 
la fin à M. l'abbé Paoletti , le seul de ses parti- 
sans qui n'eût pas été arrêté , de partager son 
cachot '. 

Les ténébreux conseillers de l'archevêque (c'est 
ainsi qu'ils sont nommés dans la vie manuscrite 
de l'ancien évêque de Pistoie ) avaient senti tout 
le parti que l'on pouvait tirer de la lettre de Ricci 
à Martini. Ils engagèrent celui-ci à aller trouver 
son malheureux collègue , et à augmenter du 
moins ses maux par des reproches aussi cruels 
que déplacés , s'il ne réussissait de. plus, tantôt 
par de perGdes promesses, tantôt par des menaces 
qu'il n'avait que trop le pouvoir d'efïéctuer, à 
lui faire faire des abjurations et rétractations de 
ses opinions, et à lui enlever ainsi le seul bien 
qui lui restât encore, l'honneur. 

L'archevêque Martini avait été chargé par le 
gouvernement sénatorial du sort de tous les prê- 
tres suspects et de tous les individus connus pour 
n'avoir aucune moralité, soit qu'ils n'eussent 
point encore été arrêtés , soit qu'ils fussent déjà 
détenus dans les prisons : il pouvait arbiCraire- 

' Jb. X , Vila MS. rii niousiy. <!(•' iVcci , j). j^o cl ?) j i . 



28 MÉMOIRES. 

ment décider de leur sort, aiipjmenter ou dimi- 
iiuer leurs souffrances, ou y mettre un terme. 

Martini fut reçu par l'ëvêque Ricci avec toutes 
les démonstrations imaginables de sensibilité et 
de reconnaissance. L'archevêque traita Ricci avec 
hauteur et même avec dureté, comme un pédant 
inflexible, dit-il lui-même, traiterait un écolier 
qu'il aurait trouvé en faute. Il lui apprit que son 
arrestation avait été ordonnée, non pour opinions 
politiques, mais parce qu'il avait coopéré aux ré- 
formes religieuses de Léopold , et il lui traça un 
tableau effrayant du prétendu acharnement du 
peuple toscan contre sa personne, et des excès 
auxquels on n'aurait pu l'empêcher de se porter, 
si l'ancien évêque de Pistoie ne se fut hâté d'é- 
mettre quelque acte propre à calmer l'effervescence 
des esprits '. 

Ricci intimidé demanda conseil sur ce qu'il 
avait à faire , à Martini lui-même , qui lui répon- 
dit qu'il fallait, avant toutes choses, accepter la 
huWe ^uctoremfidei y déjà reçue, ajouta-t-il, par 
tout l'univers catholique (l'orbe cattolico). C'é- 
tait là, disait-il, le seul moyen de réparer plei- 
nement le scandale qu'avait donné au monde le 
concile de Pistoie , origine de tous les troubles et 
de tous les maux. Outre la tenue de ce synode , 
l'archevêque reprocha aigrement à son collègue 

' Ibid. j). 5j'2. — liicci , Mfinor MS. iutorno al suo ar- 
icslo , {"^ . ^ , \). i. 



MÉMOIUliS. 29 

sa décision sur lo serment de fidélité à la consti- 
liition civile du clerçé de France, ses rc^lations 
avec une é/jlise hérétique et proscrite (celle d'U- 
trecht ) , sa correspondance avec des ecclésiasti- 
ques novateurs, etc. , etc. 

Lors de sa seconde visite, Martini avait en- 
tièrement changé de batterie. Il avait eu de nou- 
velles conférences avec son conseil directeur, qui, 
voyant ce que l'on pouvait obtenir du prélat pri- 
sonnier, avait exigé qu'on en extorquât une ré- 
tractation formelle des maximes qui avaient guidé 
sa conduite passée. Cette fois, l'archevêque af- 
fecta une extrême douceur , et même de la com- 
passion et de la confiance, u II ne fit point diffî- 
» culte, dit Ricci, de me découvrir ses vrais sen- 
>j timens concernant les prétentions de la cour 
» de Rome, et il me dit clairement que, dans 
» l'affaire de la condamnation du synode de 
» Pistoie, elle avait procédé avec beaucoup d'a- 
» nimosité '. )) Ce ton mielleux acheva de gagner 
l'infortuné prélat, déjà fortement ébranlé par le 
faux exposé que Martini lui avait fait de la dispo- 
sition des esprits, par la crainte de voir ses maux 
se prolonger à l'infini et peut-être s'accroître 
encore de jour en jour, et par l'espoir, s'il cé- 



■"IN'on lasciô cli farmi conoscorc i suoi giusli sentimenli 
suUe pretensioni délia curia roinana , et chiaranientemi disse 
che nella condanna del sinodo , si era procedulo cou aniino- 
sitù. — fbid. 



CiO MÉMOIRES. 

(lait, d'y voir à jamais mettre un terme. Il con- 
sentit à écrire à l'archevêque une lettre dans le 
sens désiré '. 

Cette pièce importante pour les défenseurs des 
anciens abus fut soigneusement examinée et dis- 
cutée dans leurs conciliabules ; elle ne leur parut 
pas assez forte , en un mot , pas assez aniiléopol- 
àine, et Martini prit sur lui de la rapporter à 
Ricci et de lui témoigner ouvertement en cpioi et 
pourquoi elle ne l'avait point satisfait. Le faible 
évtquQ céda encore, et, pour qu'on fût forcé par 
l'excès de sa condescendance à ne pas le tourmen- 
ter davantage, il pria l'archevêque lui-même de 
corriger la lettre qu'il lui avait écrite et de la 
modifier, au point de la réduire aux termes qu'il 
croyait convenables à la situation des choses. 

Pour faire excuser, en quelque manière, la 
conduite du prélat prisonnier en cette circon- 
stance, M. l'abbé X raconte que tout alors en 
Toscane était plein de troubles et de désolation. 
Les prêtres qui ne s'étaient pas constamment 
montrés des esclaves dévoués à la cour de Rome, 
s'ils n'abjuraient point leur courageux attache- 
ment au gouvernement de leur pays , étaient 
arrêtés, suspendus de leur ministère, relégués 
dans des couvens ou exilés , sans aucune forme 
de procès, sans condamnation préalable , et «par 
» la seule fureur religion naire des Arétins et de 

' Àb. X , Yila MS. (lel vesç. Uicci , p. 370 et 574- 



M ÉMOI II F. i>. 5r 

» lu commission qui, clioisic par le sénat, ëlait 
» vulgairement appelée la cJtamhre noire '. » 

La seconde lettre de Ricci, ou plutôt de Martini, 
puisque ce prélat l'avait corrigée autant qu'il 
lavait jugé nécessaire, ne plut pas encore aux 
ennemis de l'ancien évéque de Pistoie, et l'arche- 
vêque se vit obligé d'en exiger une troisième, qui 
devait contenir en termes précis l'acceptation pure 
et simple de la bulle Auctorem j et la promesse de 
publier du haut de la chaire, à l'exemple de Fé- 
iiélon , la condamnation de sa propre personne et 
de sa doctrine. « Je voyais, dit Ricci, combien il 
» m'était difficile d'accepter la bulle, sans man- 
» quer à ce que je devais à Dieu, à mon prince, 
a à moi-même. La bulle accuse tout le clergé d'un 
» diocèse d'hérésie, de schisme et d'erreurs que 
» je sais qu'il n'a jamais soutenues. Comment 
M pouvais-je donc convenir du contraire ? Com- 
» ment pouvais-je recevoir une pareille bulle ? On 
» y donne pour des points de la discipline uni- 
» verselle de l'église, les prétentions de la cour 
» de Rome. Comment pouvais-je les admettre? Il 
» est vrai que, à l'aide des quatenîts (en tant que) 
j) et des ^i^c/i-/ (presque) qui s'y trouvent, on pou- 
« vait, strictement parlant, sauver la vérité; 
M mais cette manière de la défendre me parut 

' per il furore religionario degli Aretiiù e della 

commissioue deputala del senalo , detta volgarmenle la ca- 
méra nera. — Ibid.^ p 5y5. 



52 MÉMOIRES. 

» contraire à mes devoirs et indigne de la sincé- 
» rite clirétienne. Et puis , dans plusienrs points, 
» comme sont, par exemple, le i".etle58^, etc., 
» on ne peut sauver cette vérité' qu'au moyen de 
)) déclarations directes. En outre, pour ce qui 
» concerne les prétentions de la cour romaine, 
)) relativement aux droits des pasteurs du premier 
» et du second ordre, et relativement aux droits 
» des princes , je ne voyais pas comment j'aurais 
» pu accepter et embrasser les décisions de la 
» bulle, sans trahir ma propre conscience, et 
)) sans me comprometre envers le gouvernement 
» de mon pays \ » 



' \edevo la difficoltà nel modo di ricevere la bolla senza 
mancare a quelle clie debbo a Dio, al sovrano , a me stesso. 
Si addebita nella bolla il clero tutto di una diocesi , di eresia, 
di scisma , di erroii chc non ha mai sostenuti. Come dunq>if; 
convenirne ? Corne riceverla? Si giccreditano come punti di 
disciplina univei-sale délia chiesa, le pretensioni curiali. 
Come amnietterle? E vero clie... co'\ quaienùs e co'iquasi c}ie 
vi sono, la verità potrebbe mettcrsi in salve ; ma questo mo- 
do di difcnderla mi parve indécente e indegno délia since- 
rità ci'istiana : e altronde per salvarla iaalcuni punti come è 
la prima proposizione, iàS'". etc., etc., vi vorrebbero dcUo 
aperte di dichiarazioni. Oltre cio , in quel che riguarda le 
pretenzioni curiali rapporte ai diritti dei pasteri del primo e 
del seconde ordine , et rapporte ai diritti régi , io non vede- 
vo corne potere accettare ed abbracciare le decisieni délia 
bolla, senza tradire la propria coscienza e senza comprome't- 
termi colgoverno. — Ricci, ?,ltmor. IMS intorno il suo ar- 
rcslo , f". 6, p. 3. 



MÉMOIRES. 55 

L'archevêque assurait, à la vérité, son collè- 
gue, qu'il avait en maintes preuves évidentes de 
l'intention du grand -duc Ferdinand, de rendre 
aux cours ëpiscopales (ofTicialitës) toutes les pré- 
rogatives dont Léopold les avait dépouillées ; mais 
Ricci ne crut pas que ces assertions gratuites fus- 
sent suffisantes pour lui faire signer une déclara- 
tion solennelle, en vertu de laquelle il enlèverait 
à la couronne des droits qu'il croyait inaliéna- 
bles. 

Au nombre des motifs qui avaient donné nais- 
sance à la bulle Auctorem , Ricci place les intri- 
gues personnelles de plusieurs des membres de la 
cour romaine, cf Tout le monde savait, ajoute-t- 
)) il, combien avait travaillé dans cette affaire, le 
» métaphysicien plus que théologien Gerdil , et 
i) quelles peines s'était données le nonce Vincenti, 
j) pour obliger le pape à publier, malgré lui , la 
» bulle , avant que le synode de Pistoie , traduit 
j) en langue espagnole , eût été imprimé avec ap- 
)) probation formelle '. )) 

Quant à ce qu'on exigeait, concernant une dé- 
claration éclatante, à l'instar de celle de Fénélon, 
l'ancien évèque de Pistoie soutint que le cas était 

' Si sapeva quanto avea operatoin questo aftare il più ine- 
taCsico elle teologo Gerdil , e quanto impegao si era dato il 
nunzio Vincenti, per obbligare il papa a pubblicave, suo mal- 
grado , la bolla , prima che fosse con solenne approvazione 
pubblicato il sinodo tradotto in lingua spagnuola. — Ihiâ. 

f". 6,p. 4. 

Tome HI. 3 



34 MÉMOIRES. 

bien différent. Outre, dit -il, que ce prélat avait 
été entendu dans ses défenses , pour lesquelles on 
lui avait laissé toute la latitude, il était encore 
visiblement protégé, et ses adversaires étaient des 
personnages considérables et respectés dans l'opi- 
nion publique. « Néanmoins, l'histoire de ce temps 
» nous prouve que, ni le grand Bossuet, ni d'au- 
» très hommes doctes et éclairés, ne furent fort 
» édifiés des actes apparens de soumission et d'ac- 
» ceptation , émis par cet évêque publiquement et 
» avec tant d'apparat. Il fallut bien cependant 
j) qu'ils s'en contentassent, par égard pour le 
» parti puissant des jésuites qui défendaient Fé- 
» nélon. C'était là le rôle qu'on aurait voulu que 
» j'eusse joué comme sur un théâtre ^ « 

Ricci , nonobstant ces puissantes considérations, 
après bien des hésitations et des doutes , se réso- 
lut enfin, par amour de la paix, à satisfaire 
i'archevéque. Il était mû surtout par la conviction 
intime que la bulle pontificale ne portait aucune 
atteinte à son synode de Pistoie, et qu'elle n'avait 
-condamné que des propositions qui étaient diamé- 
Xralement opposées à l'enseignement de ce synode 

' Oltre di cio, la storia di quel tempo ci rileva corne, ne il 
^ran Bossuet, ne altri dotti ed illuminati uomini furono sod- 
tUsfatti degli apparenti atti di somniissione e di accettazione , 
latti con tanto pubblico apparato da quel vescovo , che biso- 
ijno avère per buoni, inossequio del forte partito de' gesuiti 
che le sostennero. Una siniile scenica comparsa si sarcb])fi 
yoluta da me . etc. — Ibicl. P. y, p. i . 



MEMOIRES. 35 

et au sens propre de ses actes. Il rédigea donc un 
projet de lettre à écrire au pape , et un autre d'une 
lettre adressée à Martini, qui furent soumis à la 
révision de celui-ci , subirent les corrections qu'il 
voulut y faire , et puis furent pleinement approu- 
vés par lui '. 

La lettre à l'archevêque contenait d'abord la 
prière de la rendre publique , pour être dans 
toute la Toscane une preuve de sa soumission sin- 
cère au Saint-Siège, et de son profond respect 
pour le pape. Ensuite, Ricci déclarait qu'il accep- 
tait la bulle Auctorem Jidei , ce qu'il aurait déjà 
fait depuis long-temps, disait-il, si elle luiavait 
été communiquée d'une manière officielle et au- 
thentique. Enfin, il alléguait pour excuser les 
réponses qu'il avait données à ses correspondans 
de France, concernant le serment exigé par la 
constitution civile du clergé , que ces réponses 
étaient destinées à demeurer secrètes, aussi-bien 
que les demandes confidentielles qui y avaient 
donné lieu, et sur ce qu'elles regardaient, non la 
constitution civile du clergé elle-même, qu'il ne 
connaissait pas, mais simplement les cas particu- 
liers qui avaient été énoncés par ses amis, et 
qu'il avait résolus dans la seule intention de caU 
mer les scrupules des interrogateurs ^. 

Dans sa lettre au pape , ilicci déclara qu'il re- 

' JhnteX, vitaMS. di mnnsig. do' Ricci, p. JyG. 
^ Ibid. p. Syy-SSo. 



36 MÉMOIRES. 

cevait tout ce que reçoit l'église romaine, et qu'il 
rejetait tout ce qu'elle rejette. C'est pourquoi, 
ajoutait-il , il ne faisait aucune difficulté d'ac- 
cepter explicitement la bulle Auctorem Jidei, 
comme il l'avait toujours acceptée tacitement, 
et de condamner tout ce que le synode de Pis- 
toie et les écrits qu'il avait publiés, pouvaient 
contenir de contraire à la pureté de la doctrine 
catholique '. 

Ces lettres, dit M. l'abbé X, « étaient écrites 
» par l'évêque Ricci , au milieu des horreurs 
M d'une prison , lorsque lui-même, abattu et dé- 
)) courage, privé de tout conseil et des livres qui 
» eussent pu l'éclairer , venait d'être séduit par 
)) la conduite artificieuse et lassé par l'importu-. 
» nité de son collègue ^.» 

Quoi qu'il en soit , l'archevêque ne put cacher 
sa satisfaction et sa joie, lorsqu'il eut en son pou- 
voir des pièces d'un aussi haut intérêt , et aussi 
concluantes pour les projets de son parti. Il pro- 
mit à Ricci tout ce que celui-ci pouvait désirer, 
et l'assura qu'il n'attendrait pas long-temps l'exé- 
cution de ses promesses. Le plus pressé, dit-il, 
était de le réconcilier au plus tôt avec l'opinion pu- 



' Ibid. p. 58o-582. 

^ . . . . scritte dal vescovo in stato di arresto , aLbattuto di 
spirito , privo di consiglio edi libri, ed affascinato dalle astute 
manière. e dall' insistenza del suo confratello. — Idem, stor. 
MS. del sinodo di Pistojn, p. ii4 et suiv. 



MÉMOIRES. 67 

bliquo, et de lui rendre sa bonne réputation et 
l'estime générale. A cet effet, il fit faire plusieurs 
copies authentiques des deux lettres de Ricci, et 
s'empressa de les envoyer en tous lieux et aux 
personnages les plus distingués. 

Mais ce n'en était point assez pour les atrabi- 
laires dévots. Ils ne pouvaient pas consentir à 
ce que l'ancien évêque de Pistoie, qui avait été 
pendant si long-temps leur adversaire le plus re- 
doutable, fut sitôt arraché aux angoisses de la 
persécution religieuse, et cela au prix d'une pe- 
tite humiliation qui paraissait ne lui avoir pas 
plus coûté qu'elle ne valait. Dès qu'ils connurent 
les deux lettres de Ricci, et qu'ils virent l'impor- 
tance qu'y mettait l'archevêque, ils coururent 
s'en plaindre avec chaleur à Martini lui-même, 
disant qu'il s'était trop avancé, en promettant à 
l'évêque détenu ce qu'il ne dépendait pas de lui 
de tenir, puisque le pape n'aurait pas manqué de 
rejeter avec mépris une déclaration insuffisante 
et peu sincère; que d'ailleurs , il n'appartenait 
à qui que ce fût de se mêler de la négociation de 
cette affaire, sans l'ordre, ou, tout au moins, la 
permission de Rome ; que c'était au Saint-Siège 
à la faire traiter par qui et comment il l'entendait, 
afin de ne pas s'exposer à une réconciliation feinte 
et de peu de durée; que pour terminer les diffé- 
rends , le pape aurait , sans aucun doute, voulu 
employer l'intervention de son nonce en Toscane, 
et qu'il l'aurait chargé d'exiger de l'ancien évê- 



58 MÉMOIRES. 

que de Pistoie , une rétractation et une abjuration 
publique et solennelle ; qu'enfin lui , Martini , en 
s'affichant aussi ouvertement comme le protecteur 
d'un évêque suspect sous tant de rapports , cou- 
rait le risque de se rendre suspect à son tour , et 
de passer dans le public pour un partisan secret 
d'opinions condamnées et odieuses au peuple. Le 
flexible et versatile Martini, dit la vie manuscrite 
de l'ancien évêque de Pistoie, céda à ces réflexions 
malignes; il refusa dorénavant de prendre aucune 
part à l'afTaire de Piicci, et d'envoyer au pape la 
lettre qui lui était adressée : il cessa même en- 
tièrement de le voir ^ 

Le malheureux prélat demeura ainsi pendant 
près d'un mois à la forteresse Basse, dans les 
soufFiances , les vexations et les humiliations de 
toute espèce. Les choses furent portées si loin, que 
l'aumônier du château refusa crûment d'entendre 
sa confession sacramentelle , et que l'archevêque 
de Florence fit les plus grandes difficultés avant 
de lui permettre de dire la messe ^. 

' Ibid. p. lio et suiv. — Idem, Vita MS. di monsig. de' 
Ricci, p. 582 et 585. 

* Ibid. Iccis cit. et p. 58/». 



MÉMOIRES. 39 



CHAPITRE LXIX. 



LES ALLEMANDS nENVOlENT LES ARETINS DE FLORENCE. iAMATlSME 

DES SÉNATEURS REGEINS. TERRORISME RÉACTIONNAIRE EK ÏOS- 

ÇAilE. RICCI ENTRE LES MAIMS DES DOMINICAINS. 



Les excès des Arétins avaient lassé jusqu'aux 
Allemands , pour le profit desquels ils les com- 
mettaient. Le général Klenau leur donna ordre 
de quitter la capitale de la Toscane , sous pré- 
texte qu'on avait besoin d'eux pour formel* le 
siège de Pérouse, encore au pouvoir des Fran- 
çais. Ricci nous apprend qu'il y eut une espèce 
de tumulte parmi les soldats de la garnison de 
la forteresse, lorsque cet ordre, qui leur déplai- 
sait sous tous les rapports, y fut connu. 

« Cette mesure devenue indispensable, nous 
)) dit-il, fut une conséquence des insolences que 
» la troupe arétine ne cessait de commettre dans 
» la ville , et de l'assaut et du sac que , nominé- 
)) ment les bandes de Piomagnoles et de contre- 
x) bandiers qui en faisaient partie, voulaienl 
» donner au Ghetto ou quartier des juifs 



40 MÉMOIRES. 

)) Ces gens-là croyaient avoir fait une grâce par- 
» ticuliére à la ville de Florence, en s'abstenant 
n delà piller; mais ils prétendaient qu'en récom- 
» pense on leur devait le pillage du Ghetto, et 
» ils alléguaient des promesses qu'ils disaient leur 
» avoir été faites. Sans entrer ici dans l'examen 
)) de la vérité de cette assertion , on prétend que 
» les juifs, par le paiement de grosses sommes, 
» se rachetèrent des malheurs dont on les mena- 
» çait, et dont ils avaient d'affreux exemples dans 
n les scènes tragiques qui avaient eu lieu, tout 
» récemment encore, à Sienne '. » Malgré ce ra- 
chat, les Arétins continuaient à vouloir piller 
les juifs ; ils voulaient aussi, et ils s'en expli- 
quaient ouvertement , demeurer oisifs et tran- 
quilles dans les meilleures garnisons, et occuper 
les meilleurs postes, qui leur étaient dus de 
droit, disaient-ils, comme à ceux qui avaient 



' Questa necessaria misura di governo fù la conseguenza 
délie continue insolenze che si facevano nella cita dalla truppa 
arelina , e dell' assalto e del saccheggio che volea darsi al 
ghetto , specialmente dalle bande dei Romagnoli e dei con— 
trabbandieri — Credeano di avère fatta grazia alla città aste- 
nendosi del saccheggiarla , ma pretendeano corne loi'O dovuto 
il saccheggio delghelto, e ne allegavano délie promesse. Senza 
entraide in questo esame, si vuole chegli Ebrei coUo sborso di 
grosse somme si redimessero da' guai di cui venivano minac- 
ciati , e di cui aveano l'esempio nelle orreade tragédie seguite 
di fresco in Siena. — Ricci, memor. MS. intorno al suo ar- 
resto, part, i , f". 4 , p. 2.4. 




MÉMOIRES, 4' 

chassé les Français de la Toscane. Enfin , ils pré- 
tendaient avoir rempli entièrement ce qu'ils ap- 
pelaient leur glorieuse mission, et ils refusaient 
de marcher davantage. 

« Nous ne sommes pas capables, répétaient 
)) sans cesse et les olliciers et les simples soldats, 
» de tenir la campagne et de nous battre contre 
» les troupes françaises. Nous ne sommes bons 
» qu'à nous placer derrière un arbre ou à nous 
« cacher derrière un buisson, pour lâcher un 
» coup de fusil à chaque soldat isolé, à mesure 
» qu'il en passe ; mais nous ne voulons pas nous 
>3 exposer à découvert, au milieu des champs, 
» au risque de nous faire tuer 

» Si les Arétins, dit Ricci, avaient été bien 
» disciplinés, et qu'ils eussent eu à leur tète un 
» officier courageux, ils auraient, sans aucun 
» doute, pu se faire craindre dans ces circon- 
» stances, et même renvoyer, jusque hors de 
» toute la Toscane, les Allemands qui y étaient 
» en fort petit nombre. Souvent ils protestaient , 
» il est vrai , qu'ils les auraient poursuivis et 
» massacrés, et ils appelaient tout haut les Fran- 
» çais à leur secours pour faire cause commune 
» avec eux ; de manière que rien n'eût été plus 
» facile dans ce moment d'effervescence , que de 
>i leur faire embrasser un parti contraire à celui 
» qu'ils avaient suivi jusqu'alors. Mais on voyait 
» bien, cependant, que ces bravades ne tiraient 
» pas à conséquence , et que cette masse de fu- 



4^ MÉMOIRES. 

» rieux indisciplinés et sans guide, devait promp- 
» tement se dissoudre '. )) 

Lorsqu'ils quittèrent Florence, les Arétins 
firent retentir publiquement, entons lieux, leurs 
plaintes et leurs murmures contre les Allemands. 
Quelques-uns d'entre eux parlaient encore de se 
joindre aux Français; tous manifestaient le désir 
le plus ardent de chasser les Autrichiens de la 
Toscane =. Mais revenons à Ricci. 

Le commandant du fort où il était détenu lui 
fit dire, avant de céder la place à la nouvelle 
garnison, qu'il n'y avait rien à sa charge, et il 
ordonna qu'on le mit en liberté ^. 

« Mais , pour combler l'infortune de la malheu- 
» reuse Toscane, dit M. l'abbé X, toute la mé- 

' jVoi non siamo al caso , dicevano e gli uffiziali ed i soldali , 
di presentarci in campo aperto, a combattere contre i Fran- 
cesi. Staremo dieti'o ad uu albero, ad una macchia nascosti 
per ammazzai'gli quando passano , ma non vogliamo esporci a 
campo aperto , col riScliio délia vita .... Se fossero stali cos- 
loro Len disciplinât! , ed avessero avuto alla testa uu uffiziale 
di valore, potevano certamente farsi temere e cacciare i Te- 
deschi , ch' erano in piccol numéro , anche fuor di Toscana. 
Protestavano è vero di volergli ammazzare e perseguitare , 
ed invocavano i Francesi per fare con essi causa comune , iu 
modo che era facile in quel bollore condurgli al contrario 
partito , ma ben si vedeva clic quei lumori non poitavano a 
conseguenza, c che una massa di furibondi indisciplinati c 
scnza guida, in brève si dovea sciogliere. — Ibid. 

^ Ibid. f. 5, p. 2. 

^ Jb. .Y, Yila MS. di monsign. de' Ricci, p. 084. 



MÉMOIRES. 45 

» chanceté et la dévote fureur des brigands d'A- 
» rczzo avaient passé dans les principaux membres 
n du sénat, qui, s'étant eonstitués en un comité 
)) de terreur , désolèrent leur patrie par les op- 
» pressions, les injustices et les cruautés les plus 
» inouïes (80) '. )) 

Après une courte maladie que Ricci avait faite 
en sortant des prisons, et qu'on attribua avec 
raison aux peines de corps et d'esprit qu'il avait 
eues à y souffrir , il alla trouver l'archevêque de 
Florence, qui eut la cruelle imprudence de se van- 
ter devant lui des commissions importantes dont 
le gouvernement l'avait chargé. Il lui avoua effron- 
tément que le sénat l'avait constitué l'arbitre ab- 
solu du sort des ecclésiastiques et des laïques 
soupçonnés d'immoralité, qui avaient été arrêtés 
pendant la réaction que la retraite des troupes 
françaises avait occasionée en Toscane. « Puisse, 
)) s'écrie à ce propos M. l'abbé X, puisse Dieu 
>y lui pardonner les injustices sans nombre, les 
» violences et les actes arbitraires qui furent com- 
» mis pendant ces jours de ténèbres ^ ! « 

On doit mettre au nombre de ces injustices, 

' Ma per mala sorte délia disgraziata Toscana , tutto il mal- 
talento ed il fanatisme dei briganti aretini si era ti'affuso nei 
principali membii dcl senato , chc forniatisi in un comitato 
di terrore, ricopersero la patria di oppressioni , d'ingiustizie, 
e délie più inaudite crudeltà. — Fbid. p. 585. 

' Gli pcidoni Iddio tuttc le irregolariià , le vioîcazo c gU 
arbitrj coramessi in quci tcncbrosi giorni. — Ibùl. p. 385. 



44 MÉMOIRES. 

la mesure qui fut bientôt prise contre Ricci lui- 
même. Ses adversaires eurent assez d'influence 
auprès de Martini pour l'obliger à sévir de nou- 
veau contre le prélat persécuté. Ricci ayant été 
appelé chez l'archevêque, celui-ci lui dit que le 
peuple (prétexte qui servait alors à colorer toutes 
les vengeances personnelles) se montrait peu sa- 
tisfait de le voir libre , et que , pour ne pas irri- 
ter les Florentins, le sénat lui ordonnait de se 
retirer dans un couvent de la capitale, qu'il lui 
permettait cependant de désigner lui-même à son 
choix. Le livrer aux moines, c'était le mettre en- 
tre les mains de ses plus cruels ennemis. Ricci 
demanda, mais inutilement, à voir le décret du 
sénat, en vertu duquel on le privait une seconde 
fois de sa liberté. Il fallut obéir. Il voulut se ren- 
dre chez les pères de la Mission y qui eurent la 
lâcheté de le refuser. 11 se décida alors pour les do- 
minicains, et entra au couvent de Saint-Marc. 

Des soulFrances de tous les genres y attendaient 
l'ancien évêque de Pistoie. Un père Bardani, au- 
jourd'hui secrétaire de la congrégation de \ Index, 
à l'inquisition de Rome , et alors supérieur à Saint- 
Marc, traita Ricci comme un prisonnier du Saint- 
Olïice, lui assigna pour tout logement une misé- 
rable cellule, et quoiqu'il fût encore incommodé , 
en grande partie par suite des privations qu'il 
avait endurées, il lui refusa jusqu'aux moindres 
douceurs de la vie. Les moines fuyaient leur nou- 
vel hôte comme un excommunié; ils n'assistaient 



MÉMOIRES. 45 

jamais à la messe, qu'il n'obtint qu'avec peine de 
pouvoir dire dans un de leurs oratoires privés, 
quand ils lui eurent défendu de la célébrer dans 
l'église, comme il le désirait '. 

Le père Bardani, dit M. Tabbé X, était un dévot 
intraitable , acharné , ignorant et astucieux , en- 
tièrement dépendant de l'archevêque, u Ce fut, en 
» avançant les erreurs les plus grossières et les 
;) plus insoutenables sur beaucoup de points de 
)) matière ecclésiastique ^ , » que ce moine tâcha 
d'engager Ricci à une rétractation. Celui-ci se dé- 
livra au plus tôt de cet importun catéchiste , en ré- 
pondant qu'il était depuis long-temps d'accord sur 
tous les articles avec l'archevêque. Martini vint 
lui-même au couvent peu après, et il promit d'en- 
voyer au pape les lettres que l'évêque avait écrites 
lorsqu'il était dans la forteresse, et qui avaient 
depuis lors paru être condamnées à un éternel 
oubli. Il les remit, en effet, à un ex-jésuite qui 
se rendait auprès de Pie VI en France, et qui, 
pour pouvoir mieux remplir sa commission et as- 
surer le pape de la sincérité des sentimens de Ricci , 
s'aboucha plusieurs fois avec ce prélat avant de 
quitter Florence. 

Cet ex-jésuite se nommait D.Emmanuel N**'^^. 

. — Ibid. p. 386 et 587. 

' Bardani, vomitando i maggiori spropositi e le più intole- 
rabili assurdità sopra molti punti di materia ecclesiastica, 
etc." — Ibid. p. 388. 

3 D. Emmanuel Ariète , dit l'auteur d'une brochure pu- 



46 MÉMOIRES. 

On disait qu'il avait été le confesseur du général 
Gaultier , commandant des troupes françaises en 
Toscane pendant l'occupation , et que c'était lui 
qui avait disposé ce général à accueillir favora- 
blement l'archevêque, son ami \ De la famille 
distinguée de La Puebla, le moine, immédiate- 
ment après l'expulsion de sa société du royaume 
d'Espagne , s'était rendu en Autriche , où il avait 
eu l'art de captiver l'esprit de l'empereur Joseph 
II , qui , malgré son aversion pour les jésuites , 
l'avait nommé professeur au collège ihérésien. 
Cet établissement ayant été supprimé , il passa à 
Constantinople , où il fut précepteur des fils du 
prince Ypsilanti. Enfin, de retour en Italie, il y 
accompagna le général Bonaparte dans le cours de 
ses victoires, et ne contribua pas peu à lui inspi- 
rer de l'estime pour le cardinal Mattei , qui fut 
ensuite le médiateur entre le conquérant républi- 
cain et le pape, lorsque celui-ci, après avoir in- 

Lliée à Paris (p. 128) sous le titre à' Observations suritn article 
de la Chronique religieuse , rclativcmetit et, la retractation de 
Monseig. lîicci, évêque de Pi.stoie-, et à laquelle nous consa- 
crerons une note. 

'Les confesseurs n'étaient pas encore en usage à cette 
époque , surtout aux armées, et l'on peut raisonnablement 
croire que le père Ariète , en se disant le confesseur du gé- 
néral Gaultier , s'est attribué un honneur qui ne lui apparte- 
nait point. Reste à savoir si celte yteùte fraude pieuse auto- 
rise à douter des autres aventures les plus extraordinaires du 
jésuite. 



MÉMOIRES. 47 

dignement offensé un ennemi généreux, s'était 
enfin vu réduit à implorer sa clémence ". 

L'accord qui régnait entre cet individu, l'ar- 
chevéque et l'ancien évéque de Pistoie, embarrassa 
Bardani , et l'idée que la délivrance de Ricci pou- 
vait en être la conséquence , le chagrina, a L'ar- 
» chevéque, répétait-il souvent, n'est nullement 
» porté pour les jésuites. Comment se peut - il 
» faire qu'il se soit si intimement lié d'amitié 
» avec celui-ci?... Comment encore , contre son 
» caractère, a-t-il été si fort touché de compas- 
» sion pour l'évêque Ricci , et s'est-il tant inté- 
» ressé en faveur d'un homme qui ne lui plaisait 
» guère , et ne lui était en aucune manière agréa- 
» ble , dés l'époque où avait eu lieu l'assemblée 
» ecclésiastique à Florence? Pourquoi tient -on 
» ces lettres si secrètes? Comment se fait-il que 
)) l'archevêque de Florence qui n'a jamais été 
» porté pour les prétentions de la cour romaine, 
» et qui n'a pas montré beaucoup de zèle pour le 
)t pape, même lorsqu'il était à la Chartreuse (près 
» de Florence), qui est partisan de la doctrine 
» augustinienne y et qui partage , par conséquent, 
» les opinions de l'évêque Pvicci , en un mot , qui 
M est aussi janséniste que lui; comment se fait-il 
» qu'il a changé de sentiment, et qu'il est par- 
» venu à faire également changer l'évêque détenu, 
» au point que l'on puisse croire que les lettres 

' Ricci ^ memor. MS. sul suo arresto, P. 8 , j). i. 



48 MÉMOIRES. 

)) que celui-ci a écrites , soient une vraie rétrac- 
» tation ' ? » 

Ces réflexions portèrent le père Bardani à faire 
jouer tous les ressorts de l'intrigue, et à mettre 
en usage toute Tiniluence qu'il avait sur le carac- 
tère du faible Martini , pour détourner le coup 
qu'il redoutait. Les lettres n'avaient été envoyées 
que malgré le dominicain , qui était accoutumé de 
traiter par lui-même tout ce qui regardait direc- 
tement son prisonnier. Il effraya l'archevêque en 
lui répétant et en lui faisant répéter par tous les 
brouillons dont il disposait, ce qu'on lui avait déjà 
dit auparavant dans les mêmes intentions, con- 
cernant l'insuffisance des déclarations de Ricci, 
et l'incompétence de qui que ce fût pour négocier 
cette affaire , à l'exception du nonce pontifical , ou 
de quelqu'autre personne que le pape en aurait 

» L'arcivescovo , diceva tra gli altri il P. Bardani , non ù 
punto portalo per i gesuiti. Corne mai pub avère stretto si 
grande amicizia conquesto? .... Corne mai pure contro il suo 
caraUere, si è tanto impietosito per il vescovo Ricci, e si è 
tanto interessato per uno che non gli era fino dai tempi dell' 
assemblea , in niun conto grato ed accetto? Percliè tanto se- 
grcto su queste leltere ? Corne mai egli , che non è stato 
molto portato per le pretensioni romane, che non ha mos ■ 
trato per il papa, anche mentre era alla Certosa, molto tras- 
porto , ch' è di dottrina agostiniana , e in conseguenza nelle 
niassime del vescovo , ed è in una parola giansenista anch' 
esso, corne mai avrà variato sentimento e lo avrà fatto anche 
variare al vescovo, onde possa credersi che le lettere siano 
una vora ritrattazione? — Ihid. f". 8, p. 4. 



MÉMOIRES. /j9 

spécialement chargée. Mîirlini se rejienliulc s'être 
trop avancé, promit de ne plus revoir son collè- 
gue et tint parole : il fit même plus, il changea 
entièrement de langage, et il n'osa plus exprimer 
que les opinions que lîardani professait. C'é{;)it 
là le point principal, pour empêcher que Ricci 
ne réussît enfin à se dérober à la persécution sans 
avoir sacrifié entièrement aux persécuteurs, son 
honneur, sa conscience et son repos. Quant à ce 
qui avait été fait, il fut facile d'y porter remède : 
le rusé moine qui devait avoir des amis dans 
un gouvernement comme celui de cette époque 
d'ignorance et de fanatisme , les employa pour 
inspirer aux vainqueurs de l'Italie des soupçons 
contre l'ex-jésuite qui se rendait en France; ce 
prêtre fut arrêté à Bologne par les Autrichiens , 
comme espion , et tous ses papiers entachés du 
soupçon de renfermer des écrits peu favorables à 
l'obscurantisme du jour, furent saisis \ 

Sur ces entrefaites. Pie VI mourut. A peine 
eut-on appris que les cardinaux s'étaient assem- 
blés pour procéder à l'élection de son successeur, 
que l'archevêque de Florence donna à Ricci le 
conseil d'écrire au pape futur, et de lui faire re- 
mettre sa lettre par le cardinal-doyen. Ce n'était 
pas manquer directement aux promesses qu'il 
avait faites au père Bardani; cependant celui-ci 

I ïbid. f". 9 , p. I. — J/j. X, Yita MS. iVi nionsig. d;;' 
Ricci, p. 589. 

Tome HI. 4 



5o MÉMOIRES. 

crut devoir faire échouer ce projet de conciliation. 
Il voulait une rétractation déshonorante sous tous 
les rapports, et il porta le nonce à aller trouver 
Ricci pour sVn faire le médiateur. L'évéque lui 
objecta l'intervention du métropolitain, qu'il crai- 
gnait d'offenser en s'adressant maintenant à toute 
autre personne qu'à lui , et même en acceptant 
aucun autre secours. Le nonce se retira fort irri- 
té ; Martini , jaloux de la visite du nonce, refusa 
de s'intéresser davantage à son collègue , et le 
raauvais génie du père Bardani triompha de nou- 
veau '. 

Cette continuelle incertitude du sort qui l'at- 
tendait, jointe aux incommodités de son séjour 
au couvent de Saint-Marc, détériorait sensible- 
ment la santé de l'ancien évêque de Pistoie. Ses 
amis supplièrent l'archevêque de lui rendre la li- 
berté ; mais quoiqu'il eût plusieurs fois assuré 
lui-même que cela ne dépendait que de lui , il 
fonda son refus sur ce que le sénat seul pouvait 
donner un ordre suprême pour la délivrance des 
prisonniers d'état; tandis que les sénateurs ren- 
voyaient les supplians à Martini, auquel, disaient- 
ils, ils avaient permis de régler souverainement 
et sans appel toutes les affaires ecclésiastiques, et 
de décider de la mêm^e manière du sort de tous 
les évêques, prêtres, moines, etc., qui avaient été 
arrêtés. 

' Ibid. p. 3 90 



MÉMOIRES. 5t 

llicci soulTrit sans murmurer et sans se plain- 
dre. Un nouveau chagrin pour lui , ce fut d'ap- 
])rendre que, si ce n'était à l'instigation de l'ar- 
chevêque , c'était du moins de son consentement 
que les dominicains l'empêchaient d'oiïicier dans 
leur église, aux yeux de tout le peuple de Flo- 
rence , qui était , par cela même , sans cesse 
nourri dans l'opinion qu'il s'était formée de Ricci, 
comme d'un hérétique dangereux , de l'espèce de 
ceux que l'intolérante église romaine ordonne de 
fuir comme la peste [vitandi). Les moines, en 
effet, ne répondaient eux-mêmes aux politesses 
et aux prévenances de l'infortuné prélat que par 
tous les manques d'égards que peuvent inspirer 
la grossièreté et l'égoïsme des cloîtres. Ricci, 
quoiqu'il sût que Martini se disposait à lui ôter 
encore la consolation de dire la messe, et quoique 
même l'archevêque eût fait les plus grandes dif- 
ficultés pour lui accorder un confesseur, Ricci 
continuait à célébrer dans la chapelle qui lui avait 
été assignée dans le couvent \ C'était celle du 
«vénérable Savonarole, saint martyr, dit -il, 
» dont les malheurs avaient eu beaucoup d'ana- 
» logiHavec les miens ^. » Le père Bardani , 
ajoute-t-il , nen parlait qu'avec mépris, mais le 

■ Ibid. p. agi ot, 3 9 ■2. 

^ . . . . vcnerabilo Savonaroîa, .... saiito niartire , il cni 
caso era in qualclie parte analopo al mio. — llicci, Memor. 
IMS. sul suo arresto , {''. c), p. 4- 



52 MÉMOIRES. 

« syndic de la communauté en était très-dévot et 
)) avait pour lui la plus juste vénération '. » 
L'ancien évêque de Pistoie, qui pensait de même, 
lut, pendant qu'il était à St.-Marc, la Vie de Sa- 
vonarole, écrite par le père Barsanti, et il en 
fut fort édifié; « d'autant plus, dit-il, que ma 
» famille avait toujours spécialement honoré ce 
)) serviteur de Dieu, et que sainte Catherine (de 
» Ricci), qui y avait amené une dévotion particu- 
w lière, fut, comme l'a reconnu Benoît XIV lui- 
» même , guérie par son intercession d'une infir- 
» mité des plus graves *. 

Voilà donc un moine évidemment fanatique et 
zélé républicain , condamné par l'inquisition 
commehérétique, et brûlé par ordre d'un des papes 
les plus infâmes qui aient occupé la chaire de saint 
Pierre, mais dont il avait dévoilé la scélératesse et 
la turpitude; le voilà, dis-je, tacitement canonisé 
par un autre pape , adoré par une sainte et par 
un évêque vertueux , et vilipendé par d'autres 
moines aussi fanatiques que lui, mais plus dan- 
gereux , puisqu'au nom de l'asservissement ils 
proscrivaient, comme des crimes de lèse-d^inité, 
les lumières , le courage et la vertu elle^^Siême , 



■ Molto divoto e giusto veneratore. 

" Molto più che la mia famiglia era stata piena di venera- 
zioiie per questo servo di Dio , et S. Caterina che n' era di- 
votissiiua, corne riconobbe anche Benedetto XIV, fiï per la 
intercessione di lui libéra da una grave infirniifa. — lùid. 



MÉMOIRES. 53 

qui seront éternellement opjwsés à leur égoïste 
saccrdotalisme (8i). 

L'évéque détenu passait la plus grande partie 
de son temps dans la bibliothèque du cloître, et 
y étudiait continuellement les saints Pères les 
plus favorables à ses opinions chéiies, tels que 
saint Augustin , saint Athanase, saint Cyprien, 
etc., etc. Les moines ne manquèrent point de lui 
en Taire un crime , en disant qu'il avait cela de 
commun avec tous les hérétiques , que la lecture 
qu'il ne cessait de faire des écrits de saint Au- 
gustin était pure hypocrisie , et que d'ailleurs 
c'était le saint le moins orthodoxe, puisqu'il avait 
dû corriger ses propres productions pour les ex- 
purger suivant la saine doctrine. Ce fut nommé- 
ment un (f père Arizzarca , professeur à l'univer- 
» site de Pise, dit Ricci , et qui s'est fait un nom 
» par sa naïve incapacité % » qui tint ces singu- 
liers propos. Il répétait à chaque instant au cuisi- 
nier de l'ancien évêque de Pistoie , avec lequel 
son assiduité aux cuisines du couvent l'avait ren- 
du familier, que son maître se fortifiait dans ses 
erreurs par l'étude des saints Pères de l'église , 
et surtout de saint Augustin , qui avait avancé 
beaucoup d'hérésies dont il avait été forcé ensuite 
de se rétracter ^. 

' Ibid. P. 9, p. 5. . 

' Ibid. loco cit. — Ab. X, Vila MS. di monsig. de' Rieci, 
p. 095. 



54 MÉMOIRES. 



CHAPITRE LXX. 



RICCI MALADE EST TKAJNSPORTE A SA MAISON DE CAMPAGNE. 
PERSÉCUTION DE l'aRCJIEVÉoi E MARTINI. 



LoLN de pouvoir espérer quelque con.solation 
ou le moindre secours de sa famille, llicei se vit 
encore persécuté par son propre frère, le sénateur 
Frédéric , qui jouissait d'un pouvoir presque sans 
bornes, et qui fit tant d'efforts, qu'enfin il réussit 
à faire suspendre par décret, jusqu'à la fin de son 
procès qui n'avait point encore été entamé, le 
paiement de la pension que le gouvernement 
grand-ducal avait assignée à l'évèque démission- 
naire. 

Tant de vexations de toute espèce mirent le 
prélat dans une situation qui fit craindre pour lui 
une maladie longue et sérieuse, à laquelle les 
médecins assurèrent qu'il n'avait plus la force de 
résister. Ce furent eux-mêmes qui demandèrent 
au sénat le transport de Ilicci à sa maison de cam- 
pagne, où le bon air et le repos pouvaient seuls 
le faire échapper au danger qui le menaçait. 

Le sénat, interpellé d'une manière aussi catégo- 
rique, répondit sans hésiter (|u'il n'avait jamais 
donné aucun ordre pour l'arrestation de l'ancien 



MÉMOIRES. S") 

évù{[U(' de risloic. Les niédeciiis s'adiosst'ieiit à 
rarchevè(jue , qui avait allégué, dans U; tcinj.s, cel 
ordre du gouvernement; mais il les renvoya de 
nouveau aux sénateurs, puisque, dit-il, il s'agis- 
sait , dans cette affaire , d'un prisonnier accusé 
d'opinions révolutionnaires. Cette accusation pa- 
rut, pour la première fois , en cette circonstance : 
elle avait été formellement niée par l'archevêque 
lui-même , lorsqu'il dit positivement à son collè- 
gue, alors détenu à la forteresse Basse, que la po- 
litique n'avait pas eu la moindre part à tout ce 
qui lui arrivait ; qu'il ne devait se considérer que 
comme entaché d erreurs religieuses , et devenu 
pour cela seul odieux au puhlic , dont il aurait 
sans peine regagné l'estime, aussitôt qu il se se- 
rait réconcilié avec la cour de Rome. Ecoutons 
Ricci lui-même , sur cette époque déploi'ahle. 

a On ne saurait, dit-il, peindre trop en noir 
» les injustices et les cruautés qui se eommet- 
)i talent, soit par le sénat, soit par l'archevêque, 
» sous le prétexte mendié de jacobinisme, contre 
» toutes les personnes éclairées et tous les hom- 
)) mes d'honneur. On leur a fait payer bien eiier, 
» à ces bons citoyens, en épuisant contre eux les 
» traits de la persécution la plus barbaj'e, la fa- 
» veur dont ils avaient joui sous Léopold et sous 
*) Ferdinand, en récompense des services qu'ils 
» avaient rendus à l'église et à l'état. Pour ce 
)) qui me regarde personnellement, ajoute- t-il, 
)) le motif de la sévérité avec laquelle j'ai été 



50 MÉMOIRES. 

» traité sera toujours un mystère : quoique les 
)) officiers arétins eux-mêmes m'eussent assuré 
« plusieurs fois que je n'étais cru coupable^ ni 
j) de conspiration, ni de relation aucune avec le 
» gouvernement français , qui même m'avait fait 
« soulFrir de fortes pertes dans mon intérêt pri- 
» vé , cependant je fus traîné dans les prisons 
» publiques, sur un mandat signé par le com- 
» mandant Mari (le mari de la maîtresse du mi- 
» nistre anglais, laquelle commandait avec celui- 
» ci les brigands d'Arezzo, lors de leur entrée à 
» Florence). Quand on me mit en liberté à la for- 
» teresse , je fus renfermé par ordre du sénat 
» dans le couvent de Saint-Marc. Le sénat pro- 
» leste maintenant qu'il n'a jamais signé cet or- 
» dre, etdit qu'il n'en connaît pas même les mo- 
)) tifs. L'arcbevêque, qui s'était vanté d'avoir cet 
» ordre, soutient le contraire, et cite même le sé- 
» nateur Covoni comme celui dont il l'a reçu ; 
» mais lorsqu'on le somme d'en donner commu- 
» nication, il refuse en alléguant mille prétextes 
» futiles. Covoni proteste, à son tour, que ce fut 
n non un mandat d'arrêt, mais une simple insi- 
» nuation de se constituer dans une maison de 
« dépôt. Il témoigne ou du moins il feint qu'il 
)) eût craint d'encourir l'excommunication de la 
» bulle Jn cœiiâ (s'il avait ordonné l'aireslation 
)) d'un ecclésiastique); mais lorsqu'on lui de- 
)) mande mon élargissement, il s'oppose à toute 
i) proposition , même la plus simple et la plus 



MÉMOIRES. 57 

» éqinfahlc, d'un arrangement d'où pourrait ré- 
)) suUer pour moi un soulagement quelconque , 
» et il continue à me retenir toujours enfermé à 
» Saint-Marc '. » 

Ce n'étaient point là les seules difiicultés qui 
s'opposaient à la mise en liberté de Ricci. Le sé- 

• le inyiustizie e le crudeltà, clie per opéra ilel 

scnato o deir arcivescovo si usavano , col mendicato pretesto 
di giacobinismo , contre tutte le persone di buon senso e 
onorate, aile quali colla più fiera persecuzione , si è fatto 
pagar ben caro il favore (joduto sotto Leopoldo e sotto Fcr- 
dinando , per i servigj rcsi alla chiesa e allô stato. Quanto a 
me sarà sempre un niistero la condotta severa con cui sono 
stato tvattato , mentre assicurato lante volte dagli stessi uffi- 
ziali aretini , ch' io non cra reo di cospirazione , ne di rela- 
zione alcuna col governo francese, da cui anzi avea sofferto 

molti discapiti nel privato interesse, pure fui tradotto 

nelle pubbliclie carceri , per ordine ûrmato dal comandante 
Mari. Quando fui libero délia fortezza , fui ristretto per 
ordine del senato in S. Marco. Il senalo protesta di non aver 
dato quest' ordine, e dice di non saperne neppure il motivo. 
L'arcivescovo che spacciô l'ordine lo sostiene, ma richiesto 
di dimostrare l'ordine cbe disse comunicatogli dal Govoni, 
con mille prelesti se ne disimpegna. Il Covono protesta che 
fil una semplice insinuazione e non un ordine. Mostra o finge 
di temere la scoraunica, che avi^ebbe potuto incorrere dcUa 
boUa Cefiœ, ma si oppone ad ogni proposizione la più equaper 
tenermi sempre cliiuso in S. Marco. — Ricci, Memor. MS. 
sul suo arresto, f". 1 1, p. 3 et 4- 

N. B. Ici se termine la première partie de ces Mémoires 
rédigés par moi, dit l'évêque, à ma villa de Rignana, le 
18 mars 1800. — Ibid. f. 12 , p. 2 et dern. 



58 MÉMOIRES. 

riaUîur, son frère ', exigeait qu'avant de lui ac- 
eorder la permission de sortir de Saint-Marc, sous 
quelque prétexte que ce fût, on procédât à l'exa- 
men de tous les procès formés contre les personnes 
suspectes à cette époque , afin de s'assurer si l'é- 
vêque n'y était point impliqué sous l'un ou l'autre 
rapport. Ces procès étaient sans nombre (plus de 
trente mille *), et, le moindre délai pouvait coûter 
la vie au prélat. Une considération aussi majeure 
porta d'autres sénateurs moins barbares à mon- 
trer de l'intérêt à Pvicci. Ils ne purent le faire que 
dans l'éloignement du plus acharné de ses persé- 
cuteurs, larchevèque , alors en visite dans sou 
diocèse, et de l'absence duquel ils profitèrent 
adroitement pour exécuter leur louable dessein. 

La chamhie noire fut assemblée, et, vu l'ui- 
gence du cas, cet atroce tribunal anti-révolution- 
naire crut pouvoir permettre à Ricci de se retirer 
a sa villa de Rignana^ sous condition, i°. de ne 

. ' Ce n'est point le père de MM. Ricci qui ont hérité des 
précieux papiers de l'évèque, Itfur oncle Celui-ci se nom- 
mait Jean-Baptiste , et a toujours pris aux malheurs du res- 
pectable prélat tout l'intérêt qu'exit,eait Ihunianité , et que 
méritaient ses lumières et ses vertus. Le sénateur Frédéric 
n'était qu'un dévot. 

* Le persone pi'ocessate e condannate ascendono a 02,000 
( les personnes dont on a fait le procès et qu'on a condam- 
nées sont au nombre de trente - deux mille). — Pciisieii 
sopra In xlato allualc délia Toscii/ia, indrizzali a ma maestà il 
te, p. J4 (sans date de lieu ni d année , mais imprimé en 
1801). 



M É M O l R E S . 59 

sortir du couvent de Saint -Marc que de nuit; 
2». de ne s'îirrèter que pendant peu d'heures à 
sa maison à Florence ; 5». de donner sa parole 
d'honneur qu'il n'entreîiendrait aucune corres- 
pondance quelconque (82) ; 4"- de promettre qu'il 
se constituerait de nouveau prisonnier à Saint- 
Marc, à la première réquisition du sénat '. 

A peine fut-il à la campagne, que Ricci recou- 
vra la santé. Il crut de son devoir d'écrire à l'ar- 
chevêque , et il reçut, pour toute réponse, quel- 
ques lignes par lesquelles Martini demandait de 
nouveau une rétractation. 

Ricci répliqua aussitôt qu'il était toujours et 
pour les mêmes motifs dans les mêmes sentimens 
qui l'avaient porté à condescendre à tout ce que 
son collègue avait jusqu'alors exigé de lui, et no- 
tamment à ce qu'il lui avait fait écrire au pape ; 
qu'il était prêt à y ajouter toutes les expressions 
imaginables de soumission au Saint-Siège , toutes 
les assurances possibles de la sincérité avec la- 
quelle il acceptait tous les décrets pontificaux en 
général, et en particulier la bulle Auctoreinjldei ; 
que finalement il lui protestait que ses intentions 
étaient pures , qu'elles l'avaient toujours été , et 
qu'elles l'étaient surtout quand il exécutait dans 
son diocèse des réformes qu'il croyait aussi avan- 
tageuses qu'indispensables, mais que maintenant 
il est le premier à déplorer, si elh^s ont été incon- 

' Jb. X, Vita 3IS. di monsig. de Ricci, p. 394-5g6. 



Go MÉMOIRES. 

sidérées et si elles ont causé du scandale. Cette 
lettre est du 12 octobre 1799 '. 

Martini se contenta de répondre qu'il n'avait pas 
eu le temps de lire sa longue lettre; mais que, se 
doutant bien de ce qui y était contenu, il insistait 
sur la nécessité d'écrire au nouveau pape. Ricci, 
sans faire aucune mention du cliagrin que lui cau- 
sait la dure inditFérence de son collègue, promit 
de suivre ses conseils dés que l'élection du nouveau 
pontife aurait été connue. 

Il fut ensuite, pendant plusieurs mois, comme 
isolé du monde entier, sans communication avec 
qui que ce fût, sans correspondance , évité et ab- 
horré môme par ceux qui l'entouraient, comme 
devaient l'être alors toutes les victimes de l'arbi- 
traire et du fanatisme. En voici deux exemples. 
Un prêtre de son voisinage allait quelquefois voir 
le malheureux Ricci et entendre sa confession ; il 
fut aigrement repris à ce sujet par le vicaire archi- 
épiscopal de Florence, et il dut cesser ses visites. 
L'évéque lui-même allait de temps en temps au 
couvent de Passignano, peu éloigné de Rignana ; 
Févêque de Fiesole blâma les moines des égards 
qu'ils témoignaient à Ricci, et ceux-ci ne purent 
plus le recevoir \ On se rappellera que Martini 
professait les mûmes opinions pour lesquelles il 
persécutait son collègue avec tant d'acharnement, 

' Ibid. p. 3gy-4oo. 
■^ Ibid. p. 401 et 402. 



MÉMOIIIES. Gr 

et que Mancini avait ëlë son ami, avant sa dis- 
grâce. 

Après un an de cette douloureuse retraite , que 
devait avoir en horreur une âme aussi aimante et 
aussi sensible que celle de Ricci , on commença à 
Florence à instruire son procès politique , afin de 
justifier aux yeux du public, par des accusations 
inventées pour cet objet, et par des dépositions 
provoquées, toutes les vexations qu'on lui avait 
fait éprouver avec tant d'inhumanité et d'injustice. 
Ij'archevèque , qui s'était enfin convaincu de sa 
propre impuissance pour perdre Ricci sous un 
prétexte au moins plausible, le céda au sénat, 
afin d'en faire un prévenu d'opinions anti-monar- 
chiques, après l'avoir pendant si long-temps tour- 
menté comme un impie , déjà reconnu coupable 
de révolte contre l'autorité du pape. Il se réserva , 
cependant, la faculté, lorsque le procès de Ricci 
serait terminé par la déclaration de son innocence, 
comme rien ne permettait d'en douter, de le relé- 
guer à Rome , pour l'y faire punir par ses ennemis 
naturels; et les sénateurs promirent de prêter 
main -forte au vindicatif prélat, qui parvenait 
ainsi à son but criminel , sans courir le moindre 
risque et sans que pesât sur lui la plus petite 
responsabilité. 

On devine sans peine la marche de Fiafàme 
justice du gouvernement qui prétendait alors sou- 
tenir en Toscane le trône et l'autel. On suborna 
des témoins , à défaut d'en trouver de véritables; 



G 2 MÉlMOlî! F.S. ' 

on promit rimpiinité aux prévenus de tous les 
genres qui voudraient se porter accusateurs con- 
tre l'ancien ëvèque de Pistoie. Il ne s'agissait , 
néanmoins , que de prouver bien ou mal qu'il 
était coupable du crime d'avoir aimé les Fran- 
çais '. 

Après ces enquêtes irréguliéres, qui ne produi- 
sirent aucun des résultats qu'on désirait, le chan- 
celier criminel se vit forcé de déclarer qu'il n'y 
avait rien à la charge de Ricci , et que, eu égard 
à ses longues souffrances , on pouvait prononcer 
son innocence et permettre sa mise en liberté. 
Cette contradiction ne parut point encore assez 
cruelle aux gouvernans , et sans casser les con- 
clusions de leur chancelier, ils ajournèrent l'af- 
faire , de peur que leur prisonnier ne leur échap- 
pât , avant que la nomination d'un nouveau 
pontife l'eût fait envelopper dans les fdetsde la 
persécution religieuse, au sortir même de ceux 
que lui avaient tendus l'aristocratie et le despo- 
tisme ministériel. 

On put s'apercevoir qu'à l'annonce de cette der- 
nière preuve de l'acharnement de ses ennemis , sa 
santé, mais encore plus son caractère, éprouvè- 
rent un choc dont ils se ressentirent pendant les 
dix ans que l'évèque vécut encore ^. 

■ Ibid. p. 4o3 *^t 4o4*- 
' Ibid. ]). 4o4 et 4o5. 



MÉMOIRES. 



CITAPÎTRE LXXI. 

IME Ml l'APr:. FANATISME DU CARBINAL COSSAI.Vt. 



Lorsqu'il eut appris l'élection de Pie VH, 
Ricci, qui connaissait la modération cpi'il avait fait 
éclater comme cardinal, évéque d'ïmola, et ci- 
toyen patriote de la répid^lique cisalpine, ainsi 
que la piété dépouillée de ses préjugés les plus 
funestes , de laquelle il avait donné souvent des 
preuves, conçut quelque espoir de voir mettre 
un terme à ses maux. 11 ne songeait pas, dit 
M. l'abbé X, que les papes les mieux inten- 
tionnés ne sont pas les maitres de leurs actions, et 
qu'ils ne peuvent pas toujours montrer les sen- 
limens qu'ils professent. 

L'ancien évêque de Pistoie s'empressa d'écrire 
à Pie VII; mais ce ne fut pas son archevêque qu'il 
chargea de la lettre. Celui-ci, d'ailleurs, avait 
protesté qu'il ne voulait plus se mêler en rien de 
cette affaire. Ricci fit paraître toute sa soumis- 
sion au Saint-Siège et au pontife qui l'occupait, 
et il certifia son orthodoxie , malgré toutes les ca- 
lomnies auxquelles il avait été en butte. Sa 
lettre porte la date du 2g mars 1800. 

Le pro- sécréta ire d'état, Consalvi, en accusa 



64 MÉMOIRES, 

réception, sans le moindre délai, mais sans y 
donner réponse. Cette réponse fut différée pen- 
dant six mois entiers, c'est-à-dire jusqu'à l'arri- 
vée du pape dans la capitale de ses états. Ce re- 
tard, ménagé par l'intrigue des ennemis du prélat 
toscan , ne fut pas perdu pour eux. Ils firent , 
pendant cet intervalle, jouer tous les ressorts 
pour rendre Pùcci odieux au nouveau pontife; 
ils le dépeignirent comme le chef d'un parti 
alors abhorré par tous ceux qui avaient profité 
de la réaction, et comme le principal soutien du 
moderne système de la réformation des abus, 
système qu'ils faisaient dériver en droite ligne de 
la grande réforme de l'église, préparée par les 
conciles de Constance et de Bàle , et consommée 
par les protestans d'Allemagne , et qu'ils ratta- 
chaient au jansénisme , à la déclaration des qua- 
tre articles de l'église de France sous Bossuet , et 
à la constitution civile du clergé sous l'assemblée 
constituante '. 

Pendant que cela se traitait à la cour pontifi- 
cale, le sénat florentin recueillait les dépositions 
les plus contradictoires et les accusations les plus 
puériles , pour en faire résulter, à tout prix, une 
ombre de procès. Le nonce, voyant l'occasion fa- 
vorable, et ayant à ce sujet des insîrucîions pres- 
santes de son gouvernement, insista près de l'au- 

' Ibid. p, 407-410, — Ab. X, Stor. MS. del concil. di 
Pistoja, p. 122 et suiv. 



MÉMOIRES. 65 

lorité pour qu'elle envoyât Ricci à Rome. Ce fut 
sur ces entrefaites qu'arriva la lettre menaçante 
du cardinal secrétaire d'état Consalvi, c'est ainsi 
que s'exprime Ricci % lettre que le secrétaire du 
nonce fut chargé d'aller lui-même remettre à 
l'ancien évêque de Pistoie , devant témoins et 
contre un reçu qu'on lui dit d'exiger , pour aug- 
menter l'éclat d'un coup longuement médité et 
dont on espérait les plus funestes résultats. Outre 
cette commission , le secrétaire du nonce avait 
celle d'ajouter verbalement que les sénateurs ré- 
gnans connaissaient le contenu de la lettre du 
gouvernement romain; qu'ils ordonnaient à l'é- 
véque de se soumettre sans délai à la volonté du 
souverain pontife et de faire la rétractation qu'il 
lui prescrivait, sous peine d'être livré au nonce 
parles autorités toscanes, pour être immédiate- 
ment transporté à Rome et renfermé pour le reste 
de ses jours au château Saint-Ange ^. Voici la 
lettre de Consalvi. 

Le pape veut , disait celui-ci à Ricci , en date 

du 26 septembre , u une sincère confession des 

» erreurs répandues dans beaucoup de vos écrits, 

» et principalement dans votre synode de Pistoie : 

, » en même temps , il veut une protestation d'ad- 

' La minucciosa lettera del cardinal segretaiio di stato, — 
Ricci, Memor. MS. sul suo arresto , part. 2, 1". i, p. 2. 

* Ab. X , Stor. MS. del siaodo di Pistoja, p. 126 et suiv, 
— Idem y Stor. MS. di monsig. de' Ricci, p. 4 10 4 12. 
Tome IU. 5 



66 MÉMOIRES. 

» hësion à la bulle dogmatique J uctorem fidei de 
» Pie VI, de sainte mémoire, et d'acceptation de 
» la même bulle. Cette protestation ne doit pas 
» être conçue comme celle que vous avez expri- 
)) mée dans votre lettre au susdit souverain pon- 
» tife, et dans celle au Saint- Père lui-même; mais 
M elle doit renfermer un acte d'adhésion et d'ac- 
» «eptation pure et simple , avec soumission de 
» cœur et d'esprit ; et de plus, il faut que, joint 
» à cette protestation, il y ait une déclaration par 
» laquelle vous témoignerez votre entier assenti- 
» ment à tout ce qui a été décrété dans ladite 
» bulle, tant pour le dogme qne pour la disci- 
» pline. Sa sainteté attend , en outre , une révo- 
» cation de tous les actes, ordres et décrets, dans 
» lesquels vous vous êtes éloigné de la pratique 
n commune et de la discipline universelle de Té- 
» glise ,• et une rétractation de tous les écrits et 
>) libelles, au moyen desquels vous avez cherché 
» à soutenir les innovations que vous aviez intro- 
)i duites dans le diocèse de Pistoie et Prato. 

» Enfin , le Saint-Père attend encore de vous 
» une réparation solennelle du scandale et du 
» dommage très-grave que vous avez causé aux 
» âmes des fidèles , en encourageant l'impression 
» de tant de livres pernicieux et prohibés par le 
» Saint-Siège apostolique; en tenant toujours une 
» conduite opposée à celle qu'un évoque doit te- 
» nir envers le pontife romain , et en n'ayant ja- 



MÉMOIRES. C)'] 

» mais donné pendant tant d'années aucun signe 
» jmblic de repentir '. » 

C'est là le passage le plus important de cette 
lettre que M. Tabbé X appelle, avec raison, un 
écrit plein de fiel et d'aigreur. Le reste contient la 
prière de se rendre à la volonté du pape , et des 
menaces de rigueur en cas de refus. 

M. X explique de la manière suivante la du- 
reté de cette réponse. Tout ce que les Français 
avaient fait dans les états pontificaux depuis qu ils 

' Una sincei'a confessione degli errori spavsi in molti di 
suoi scritti , e specialmcnte nel suo sinodo di Pistoja, ed in- 
sieme una jorotesta di aderire ed acceUare, non già nel modo 
con cui ella si esprime nella sua lettera alla S. M. di Pic YI, 
e in quella al S. Padre niedesimo , ma bens'i puramcnle , sem- 
plicemente, e con sommissione di cuore e mente , la bolla 
dommaticâ ^uctoremjidei deWo stesso sommo pontefice, di- 
chiarando in taie protesta l'intero suo assenso a quanto è 
stato in detta bolla decretato , in riguaido si al domma clie 
alla disciplina. Aspettava eziandio una revoca di tutti quegli 
atti , ordinazioni e decreti, con cui ella si discostb dalla pi-a- 
tica comune, e dalla universale disciplina délia cliiesa , ed 
una ritrattazione di tutti quelli scritti e libelli , con cui ella 
voile sostenere le novità da lei introdotte nelle diocesi di 
Pistoja e Prato. — La stessa santità sua attendeva finalmente 
da lei una riparazione allô scandalo e al grandissimo danno 
che lia cagionato aile anime de' fedeli , col promuovere la 
stampa di tanti libri perniciosi e proscritti dalla sede aposto- 
lica , col tenere una condotta sempre contraria a quella che 
un vescovo dee tenere verso il romano pontefice , c col non 
avei'e mai'dato in tanti anni alcun pubblico scgno di ravve- 
dimento. — Ibid. jj. 4i5 et 4i4- 



6S M ÉMOI RE s. 

en avaient chassé Pie VI, était regardé comme 
une vengeance de l'opposition qu'avait constam- 
ment montrée le même pape à toutes les innova- 
tions religieuses de l'assemblée constituante de 
France. L^ gouvernement pontifical, rentré dans 
ses anciens droits et dans toutes ses prétentions, 
résolut d'écraser à jamais tous les partisans , 
même des moindres réformes , et il crut ne pou- 
voir mieux commencer l'exécution de ce plan de 
stabilisme , que par la perte de Ricci, -tout à 
la fois réformateur et qui passait pour un des 
plus chauds partisans de la constitution civile du 
clerîT;é '. 

Nous ajouterons à cette réflexion que Pie VIÏ 
comme prince temporel et comme chef absolu de 
la monarchie spirituelle du catholicisme, et le 
cardinal Consalvi comme le coryphée de la cour 
de ce prêtre-roi , devaient à l'exemple de Pie VI , 
de tous les papes passés (les papes futurs, tant 
qu'ils régneront , suivront nécessairement les 
mêmes traces) et de tous leurs secrétaires d'état, 
être les ennemis irréconciliables de ceux qui, 
comme Ricci , ses amis d'Italie , d'Espagne et de 
France, comme le parti dont ils avaient adopté 
les couleurs , comme les conciles mêmes , et les 
saints dont ils s'étayaient , menaçaient jusqu'à 
leur existence. 

' Ibid. Stor. MS. del sinodo di Pistoja, p. laS.. 



MÉ>IOIRES. 69 



CHAPITRE LXXII. 



tA RENTREK DKS FRANÇAIS EN TOSCANE SOUSTRAIT RICCI AUX PERSECU- 
TIONS QUI I.E MENAÇAIENT. SES DECLARATIONS SUR CE DONT IL 

ÉTAIT ACCUSÉ. 



« La régence, dit l'ancien évêqiie de Pistoie, à 
» propos de la trame ourdie contre lui par la cour 
» de Rome , la régence, d'accord avec l'atrabilaire 
» gouvernement toscan d'alors , était composée de 
)) Covoni, d'Antinori, de Sommariva et de Frul- 
» lani ; elle excluait ce dernier , lorsqu'elle vou- 
)) lait prendre des résolutions irrégulières, et, 
» de cette manière , l'injustice et la superstition 
)) triomphaient toujours dans cette assemblée de 
» ténèbres. L'archevêque, à ce qu'on m'a assuré, 
» y proposa de m'envoyer à Rome comme réfrac- 
i> taire '. » 

' La reggenza composta del Covoni, dell' Antinori , del 
Sommariva e del FruUani , escludeva quest' ultimo neîlc irre- 
golari lisoluzioni che vnlea prendere, e cosi l'ingiiistizia e Ja 
superstizione trionfavano in quel congressodi tenehre. — L'ar- 
civescovo per quanto mi hanno assicurato, propose di man- 
darmi a Roma corne un refrattario. — Bicci , Memor. MS. sut 
suo arresto, part. 2, f". 2 , part. i. 



rjo MEMOIRES. 

Il ajoute un peu plus bas : « La chose avait été 
» concertée avec la régence , qui avait vu la lettre 
;) de Consalvi , avant qu'elle m'eût été remise : je 
» ne pouvais espérer aucun appui (de la part de 
>; Ferdinand III ) auprès du gouvernement de 
)) Vienne, où il avait été résolu qu'on satisfe- 
» rait en tout la cour de Rome '. » 

Celle-ci et ses partisans, dit-il encore, «croyant 
)) que les circonstances avaient enfin amené l'oc- 
» casion favorable /fli'il fallait se hâter de saisir, 
» m'ont pressé et violenté de toutes les manières, 
» pour que je me calomniasse moi-même , et que 
» je condamnasse la vérité , en m'avouant coupa- 
» ble d'hérésies et d'erreurs que je n'ai jamais 
» professées, et en abjurant et rejetant ce que la 
» Sainte Écriture et la tradition m'enseignent, ce 
;) dont les monumens de l'histoire me convain- 
» quent, tout cela pour embrasser les fables et 
» les rêveries d'hommes ignorans et prévarica- 
» teurs ^. » 



' La cosa era stata concertata colla reggenza, che avevave- 
iluto la lettera , prima che mi fosse trasraessa , ed io non po- 
tevo sperare appoggio da Vienna, dove era risoluto di com- 
j^iacere la corte di Roma. — Ibid. 

' Sperando nelle circostanze di aver colto il tempo op- 
portuno , mi hanno in varie guise angariato, perché io calun- 
niassi me stesso, e condannassi la verità, confessandomi rco 
di cresie e di errori che non ho mai tenuto , ed abjurando e 
riiifettando quello che la S. scrittura e la tradizione m'insegna, 
e i niouumentidcUastoria m'assicuiano ,per ahbracciarele fa- 



MÉMOIRES. 71 

Il avait dit peu auparavant, en parlant de ces 
fanatiques : « Le seul avocat Frullani , à ce qu'il 
» paraît, ne s'était point souillé par la partici- 
» pation à ces noirs projets \ » Mais revenons à 
la lettre de Consalvi. 

Ricci ne crut pas que son devoir lui permettait 
de condamner et de révoquer, de son autorité pri- 
vée, tous les actes de son épiscopat, puisqu'il n'a- 
vait jamais agi sans la permission expresse du 
prince , et que le plus souvent même il n'avait agi 
que par son ordre. Il communiqua ses scrupules, 



voleei delirj d'uomini ignorant! e prevaricatoi'i. — Ibùl. f . 4>, 
p, 2. 

' Il solo avA'ocato Frullani era rimasto per quanto pare , 
non imbrattato di nera pece. — Ibi'd. f°. 3, p. i. 

J'ai traduit avec plaisir ce double témoignage rendu parl'é- 
vêque Ricci à M. Frullani, mort , il y a un an, ministre des 
finances de Toscane , et celui qui , avec l'honorable M. Fos- 
sombroni , encore actuellement ministre des affaires étran- 
gères , a aidé puissamment le gi-and-duc défunt à maintenir 
dans leur patrie commune ce gouvernement juste et éclairé, 
ami des lumières, de l'industrie et de cette sage liberté qui 
les augmente sans cesse , ce gouvernement en un mot que 
Léopold, le Selon de la Toscane, a légué à cette belle pro- 
vince de l'Italie, comme le plus grand des bienfaits. 

J'offre cet hommag^e rendu à la vérité, à mon estimable 
ami, M. le professeur Julien Frullani , fils du ministre, et 
qui, dans un âge où l'on ne songe ordinairement qu'aux plai- 
sirs, a déjà su se faire dans les sciences une réputation mé- 
ritée, et promet à ses compatriotes un soutien de plus de 
leur prospérité et de leur bonheur. 



72 MÉMOIRES. 

à la régence , à laquelle il demanda , sinon de 
nouveaux ordres , du moins une autorisation de 
réprouver solennellement des lois et des régle- 
mens encore en vigueur en Toscane, émanés de 
la volonté du dernier souverain, et maintenus 
par celui qui régnait alors. Les gouvernans lui 
défendirent de faire aucune démarche avant qu'ils 
n'eussent reçu du grand-duc, qu'ils dirent avoir 
consulté sur cette affaire , une réponse qui n'ar- 
riva jamais (85). Piicci, que cette résolution ne 
mettait pas à l'abri des intrigues des dévots, allait 
être en butte aux persécutions les plus 'violentes^ 
si les Français, de nouveau victorieux en Italie, 
n'étaient venus l'arracher à sa perte '. 

Elle était d'autant plus inévitable , que Ricci ^ 
pleinement instruit, par la lettre du secrétaire 
d'état pontifical , de ce que la cour de Rome exi- 
geait de lui, était plus disposé à diminuer les con- 
cessions qu'il avait déjà faites à cette cour qu'à 
les augmenter. Par exemple , la soumission qu'il 
avait plusieurs fois promise pour les décisions du 
Saint-Siège contre lui, n'était (c'était lui-même 
qui nous l'apprend) qu'un silence respectueux 
qu'il voulait bien gaider sur son affaire, comme 
celui que , lors de la paix de Clément IX , ceux 
qu'on appelait jansénistes en France , avaient pro- 
mis d'observer sur la question de savoir sji les 
cinq fameuses propositions se trouvaient ou non 

' Ab. X, Yita MS. di monsig. de' Ricci, p. ^i5 et ^\6. 



MÉMOIRES. 'jS 

dans le livre de Jansënius. Il retira ses promesses. 
« Je ne pouvais plus les faire à Tavenii-, dit-il, 
)) depuis qu'on avait voulu donner au mot sou- 
» mission f le sens qu'a le mot approbation \ » Il 
prit le parti de se taire , convaincu par l'histoire 
de la bulle Unigeiùtus , des appelans de France 
et des schismatiques passifs d'Utrecht, de l'inu-r 
tilité de vouloir entrer en discussion avec la cour 
romaine =. 

Onze jours avant l'entrée des Français à Flo- 
rence, le secrétaire des droits de la couronne 
communiqua à l'ancien évêque de Pistoie les ac- 
cusations en matière politique intentées contre 
lui, et qui avaient été transmises au bureau des 
affaires ecclésiastiques par la commission sénato- 
riale. Il y répondit sur-le-champ, et envoya sa 
réponse, le i3 octobre 1800, au même secré- 
taire, avec une lettre. 

Elle commençait par de justes plaintes sur l'in- 
décence de son arrestation par des sbires qui le 
conduisirent à pied aux prisons publiques, à tra- 
vers la ville, un soir qu^il y avait une illumina- 
tion générale; sur l'indignité du traitement qu'il 
eut à souffrir dans ces prisons; sur les vexations 

' Non potevo più usarle in avveniie, dopo che il senso 
délia parola sommissionc volea determinarsi a quello di appro- 
vazione. — Ricci, Memor. MS. sul suo arrcslo , P. 4 5 P- i- 

' Jb. X, Stor. MS. del sinodo di Pistoja, p. i5o. 



74 MÉMOIRES. 

de toute espèce dont on l'accabla à la forteresse 
Basse, à Saint-Marc, et pendant sa retraite for- 
cée, sans communication avec qui que ce fût, à 
sa maison de campagne. Il protestait ensuite de 
son attachement au prince souverain de la Tos- 
cane, attachement dont il avait donné, dans tous 
les temps , des preuves si éclatantes , qu'elles l'a- 
vaient fait accuser dans plusieurs libelles, sous 
le régime démocratique, comme un adulateur du 
pouvoir, qui ne reconnaissait d'autres limites lé- 
gitimes à la volonté du monarque, que son ca- 
price '. 

Les accusations contre Ricci se réduisaient à 
quatre chefs. 

La première était d'avoir agité un mouchoir 
blanc hors de la fenêtre, pendant l'érection de 
l'arbre de la liberté à Florence. L'évêque le nie. 
Il avoue avoir assisté à la cérémonie dans une 
maison particulière , et il en donne pour motif 
qu'il ne voulait pas irriter contre lui le nouveau 
gouvernement , déjà fort mal disposé sur son 
compte , pour ne l'avoir pas vu s'empresser, com- 
me avaient fait l'archevêque Martini et l'évêque de 
Fiesole, de faire une visite au général-commandanÉ 
et aux autres autorités françaises. Il fait ensuite 
l'énumération des pertes que l'invasion ennemie 
lui avait fait essuyer, pour prouver que des dé~ 

' Iihm y Vita MS. cli monsig. de' Ricci, p. 417-421. 



MÉMOIRES. yS 

monstrations de joie de sa part eussent été des 
signes de démence '. 

Le second chef d'accusation était d'avoir en- 
voyé, comme don patriotique, au Club florentin, 
le portrait de Machiavel. Ricci entre en explica- 
tion à ce sujet. Un individu lui avait demandé de 
pouvoir faire former un moule sur le beau buste 
du célèbre historien , dont on savait qu'il était 
possesseur, ajoutant que c'était afin de placer le 
plâtre qu'on en retirerait dans la salle où se réu- 
nissait une société littéraire fondée par les Fran- 
çais. Le prélat, de peur qu'on ne gàtàt son Ma- 
chiavel, et pour ne pas devoir entrer en relation 
avec des personnes que , dit-il , il cherchait à 
éviter, donna un buste de rebut qu'il avait encore, 
et que depuis il sut avoir servi d'ornement à la 
la salle des patriotes toscans ^ 

Il n'est point comptable, continue-t-il , de la 
manière entièrement fausse dont le Moniteur flo- 
rentin exposa ce fait; et il renforce cet argument 
par un document qu'il joint à sa défense, pour 
montrer qu'il avait toujours désapprouvé haute- 
ment l'esprit dans lequel cette feuille démocra- 
tique était rédigée, même à l'époque de sa pu- 
blication. 

En troisième lieu, on accusait Ricci d'avoir 
tramé avec le commissaire français Salicetti, la 

■ Ibid. p. 422 et 425. 
' Ibid. p. 424 et 425. 



jG 3IÈ3IOIRES- 

démocratisatloii de la Toscane , quelques mois 
avant que les troupes de la république y entras- 
sent. Le prélat témoigne toute l'horreur que cette 
calomnie lui inspire, comme bon citoyen, comme 
honnête homme et comme chrétien. Il n'a vu Sa- 
licetti qu'une seule fois, dit-il, en lygS ou gG, 
dans une société où il ne fut nullement question 
de politique ». 

La quatrième accusation était celle d'avoir été 
intimement lié avec le commissaire, M. Rein- 
hard , chargé par le directoire de l'organisation 
de la Toscane; d'avoir entretenu une correspon- 
dance suivie avec les révolutionnaires français; 
et d'être janséniste. Il nie tous ces points. Ses vi- 
sites au ministre républicain qui devint, après le 
départ du grand-duc, l'arbitre du gouvernement 
toscan, se bornèrent, dit-il, à trois ou quatre, 
dont le seul but avait été des remercîmens que la 
civilité lui ordonnait de faire pour l'envoi des jour- 
naux et des livres qu'il avait reçus de France par 
ie canal du diplomate. Il ne correspondait avec ses 
amis de France , que pour se procurer quelques 
nouvelles littéraires, et pour être toujours exac- 
tement instruit des vicissitudes de l'église galli- 
cane. Avant l'invasion de sa patrie, les lettres 
qu'on lui écrivait lui étaient régulièrement par- 
venues par les soins des ministres toscans à Paris, 
qui les lui adressaient chez l'envoyé français. 

' Ibid. p. 4"^ G. 



MKMomr.s. 77 

Après cette époque, il rompit toute liaison avec 
M. Reiiiliard. Il rejette bien loin l'accusai ion de 
jansénisme, puisqu'il avait toujours condamné, 
et de bonne foi, les cinq propositions anathéma- 
tisées par l'église '. 

L'évêque conclut que ces diverses accusations 
sont toutes également privées de fondement'et sans 
la moindre validité. 11 en résulte que sa détention 
plus ou moins rigoureuse, pendant quinze mois, 
est injuste sous tous les rapports, et qu'outre sa 
mise en liberté sans aucun délai , on lui doit son 
entière réhabilitation dans l'opinion publique, et 
des dommages et intérêts pour les torts qu'il a 
sou/ïerts dans sa réputation et dans ses biens ^. 

Le document promis en preuve de l'opposition 
de Ricc aux maximes manifestées par le Moni- 
teur de la' république florentine , consiste en une 
lettre écri/e sur un ordre du prélat, par son 
maître de chambre (maestro di casa, M. l'abbé 
Paoletti) à l'a.bbé Charles Mengoni, rédacteur du 
même Moniteur''; avec prière de l'y insérer. Cette 
lettre était une cU'claration , par laquelle l'ancien 
évêque de Pistoie niait d'avoir aucune part à la 
publication de cetto feuille, en improuvait ouver- 
tement l'esprit, et .menaçait l'éditeur, qui avait 
été son secrétaire , de le priver de la pension de 
dix écus par mois (fr. S^), qu'il avait promis de 

' Ibid. p. 427-4'2g. 
' Ibid. p. 43b. 



7^ MÉMOIRES. 

lui payer à ce titre, s'il continuait de se mêler de 
faire le journaliste (84). La lettre à Mengoni porte 
la date du 17 mai 1799 '. 



' lùid. p. 451-455, 



MEMOIRES. 



79 



CHAPITRE LXXIII. 

BKTBAITE DE RICCI. LA PEUR DES FRANÇAIS FAIT QUE ROME AGREE 

SES PROTESTATIONS BE SOUMISSION. MALADIE DK RICCI. 



Les Français étaient de nouveau entrés à Flo- 
retice , le i5 octobre 1800 ; à leur approche, 
avaient fui les persécuteurs qui, depuis plus de 
quinze mois, remplissaient la Toscane de terreur 
et de larmes , et avec eux le nonce pontifical, leur 
chef. 

Cet émissaire romain avait été chargé par sa 
cour, et par tous les dévots exaltés, d'extorquer à 
Ricci, avec l'aide du servile gouvernement toscan, 
composé presqu'en entier de ces mêmes dévots, une 
rétractation déshonorante , ou de le livrer, en cas 
de refus, à toute la haine des prêtres, dans ce 
malheureux pays où ils ne mettent pas plus de 
bornes à leur vengeance qu'à leur pouvoir, qui y 
est absolu. Le prélat continuait à habiter Rigna- 
na, tant parce que, malgré le changement des cir- 
constances, il ne se croyait pas libre, que parce 
qu'il craignait de fournir à ses ennemis de nou- 
veaux prétextes de le compromettre. Il y reçut 
une lettre du nonce, pleine de politesse et de 



8o MÉMOIRES. 

douceur, avec la démande d'une réponse à celle 
que le cardinal Consalvi rui avait écrite peu au- 
paravant; mais les temps venaient de changer, et. 
avec eux la politique et la morale de la cour de 
Rome. Le nonce indiqua lui-même à Ricci quelle 
était la réponse qu'on attendait de lui, savoir, une 
simple assurance de soumission et d'obéissance au 
pape. L'ancien évêque de Pistoie s'empressa de 
se rendre à ses désirs : il le fit, le ni novembre, 
dans les termes mêmes qui lui avaient été suggé- 
rés, et outre cela il ajouta de nouvelles protesta- 
tions de sa parfaite concordance, en matière Se 
foi, avec l'église romaine, et de l'horreur que 
lui inspiraient les calomnies, au moyen desquelles 
on avait tenté de le faire paraître coupable d'hé- 
résie et de schisme ' . 

Le nonce en témoigna sa satisfaction , et en- 
voya la lettre de Ricci au cardinal Consalvi , que 
la peur des armées françaises força d'ajourner 
l'affaire de l'évêque , jusqu'à des temps plus mal- 
heureux pour l'Italie , temps où Rome espérait 
pouvoir reprendre encore toute son audace et 
le plein exercice de sa puissance aussi anti-so- 
ciale qu'anti-chrélienne. Ricci profita de la trêve 
que lui laissaient ses persécuteurs, pour mettre 
la dernière main à la réponse régulière qu'il 
voulait faire à la bulle Auctorem fide'i y afin de 

' Ibid. p. 454 et 455. — Idan , Stor. MS. del sinodo di Pis- 
tqja , p. i5i. 



MÉMOIRES. 8l 

prouver aux yeux des moins clairvoyans qu'elle 
ne condamnait que ce que le synode de Pistoie 
condamnait lui-même. Ce travail, comme nous 
l'avons dc'jà dit , n'a jamais clé publié : il se 
trouve dans les archives de la famille Ricci'. 

Les malheurs de l'ancien évcque de Pistoie 
avaient été connus jusqu'en France, et y avaient 
trouvé des âmes ardentes et sensibles pour les 
déplorer et chercher à les faire finir. M. l'évêque 
Grégoire, dont le nom se rencontre si souvent dans 
l'histoire de la révolution européenne, dès qu'il 
s'agit d'une action qui exige du courage et de la 
vigueur, se distingua en cette circonstance (85). 
Ecoutons Ricci lui-même parlant de cet homme 
vertueux : « Mon cher et respectable collègue , 
» Grégoire, évéque de Blois, a aussi fait toutes 
» les démarches possibles auprès de son gouver- 
>i nement, pour qu'il vînt à mon secours, dès 
» qu'on eut appris mes tristes aventures (c'est- 
» à -dire peu après le retour des Français en 
» Toscane ). Lorsqu'il eut reçu ensuite le dé- 
^> tail que je lui faisais moi-même des mauvais 
» traitemens dont on avait usé envers moi , et de 
» ceux plus cruels encore qu'on me préparait, 
» il a redoublé d'intérêt pour moi et a renouvelé 
« ses efforts généreux pour protéger ma cause , 
» et pour me procurer l'appui de la république 
» française-. » 

■ Ide/}i, Vita MS. di monsig. de' Ricci, p. 436. 
» Il luio caro c rispettabilc confratello il voscovo Grégoire 
Tome III. . ' 



83 MÉMOIRES. 

Sur ces entrefaites, le gouvernement appelé des 
quatre, institué par la régence autrichienne et le 
général Sommariva qui la présidait , le jour même 
de leur fuite, veille de celui de l'entrée des Fran- 
çais à Florence, ce gouvernement conservé par 
les vainqueurs donnait des preuves d'une inca- 
pacité et d'une nullité absolue. Ce fut , dit l'évê- 
que Ricci , « un gouvernement imbécile qui , par 
» l'ineptie de sa conduite, mérita d'être flétri 
>i sous le nom de gouvernement des quadrupè- 
» des \ 

Le général Miollis, qui commandait en Toscane, 
résolut de faire cesser les désordres sans nombre 
qui étaient la suite nécessaire d'un pareil état de 
choses : il voulut mettre fin à l'absurde contra- 
diction que commettaient ses compatriotes, en 
forçant les Toscans d'obéir aux suppléans de ces 
mêmes fléaux de tous les honnêtes gens , dont ils 
venaient si heureusement de délivrer la capitale. 
A cet effet , il substitua aux quatre partisans de 

di Blois , si è anch' egli dato ogni premura di soccorermi 
près o il governo francese , quando gli furono note le mie 
triste vicende. Dopo che poi ha avuto da me medesimo un ris- 
contro dei cattivi trattamenti che ho ricevuto , e di quel più 
che mi si preparava , si è fatto un maggior impegno di patro. 
cinare la mia causa , e di procurarmi l'appoggio del suc go- 
verno — RicciMemoT. MS. sul suo arresto , f°. 4 , p. 4. 

' Un governo irabecille , che per la sua stolta condotta 
meritô di essere qualificato sotte il titolo di governo dei qua- 
drupedi. — Ibid. T. 3, p. 4- 



MÉMOIRES. 83 

l'Autriche, trois amis des Français et des hom- 
mes éclairés que le génie de Léopold avait fait 
naître sous son règne. Les nouveaux régens s'ad- 
joignirent un ministre de la police entièrement 
dans leurs principes et dans leurs vues. 

Ce fut à cette époque que fureiU retrouvés les 
trente mille actes d'accusation , instructions de 
procès, etc., fabriqués sous le gouvernement sé- 
natorial. Les infâmes délateurs compromis dans ces 
ténébreuses écritures furent saisis de mortelles 
angoisses , par la crainte d'être découverts ; mais 
le gouvernement toscan , d'accord avec les auto- 
rités militaires françaises , ordonna que , pour 
prévenir toute vengeance particulière , et pour 
donner à la fois le plus bel exemple de générosité 
qu'on pût attendre des vrais amis de l'ordre et de 
la liberté, sous quelque système d'administration 
que ce fût, ordonna, dis-je , que tous les pro- 
cès seraient brûlés publiquement. En vertu de 
ces dispositions, on fit à l'amour de la paix le 
sacrifice d'im grand nombre de papiers, parmi 
lesquels se trouvaient , sans aucun doute , les pro- 
cès les moins intéressans , et qui furent consumés 
à la satisfaction générale; ce qui rétablit pleine- 
ment la tranquillité et la concorde. 

Quelques procès avaient été préalablement ac- 
cordés à la curiosité du petit nombre d'hommes 
probes et modérés dont, en aucun cas, on n'a- 
vait rien à craindre. Celui de l'évêque Ricci , en- 
tre autres, fut envoyé à ce prélat {^Ç^)' « Parmi 



84 MÉMOIRES. 

» les choses qui me regardaient personnellement, 
>) dit-il, et qui pouvaient servir de matériaux 
» pour la rédaction de mes Mémoires , j'y trouvai 
» la preuve d'un fait curieux pour moi, savoir, 
» que j'avais été détenu à Saint-Marc sur les in- 

» stances de l'archevêque de Florence Nihil 

» tam occultum quod ?ion rei^elabitur (^Rien n'est 
» si caché qui ne doive être un jour révélé ) '. » 
Ce fut à l'occasion du brûlement des procès 
que le gouvernement des trois fit faire à Ricci 
les plus amples protestations d'estime pour sa 
personne et de regrets pour les indignes vexa- 
tions dont il était si injustement la victime. 
Outre cette honorable réhabilitation de sa répu- 
tation, l'évêque demanda encore une attesta- 
tion formelle de l'invalidité des accusations qui 
avaient été intentées contre lui, et que le secré- 
taire de la juridiction de la couronne ne put lui 
refuser. Ce ne fut qu'alors qu'il crut voir s'ou- 
vrir les portes de sa prison. Sa i^illa de Rignana 
reprit à ses yeux l'aspect d'une retraite agréable 
et tranquille, où il continua de séjourner, au 
milieu des occupations champêtres et de ses tra- 
vaux accoutumés; il les avait déjà entrepris, 

' Fra le cose clie mi riguardano personalniente , e che pos- 
sono dar luiue a queste memorie, vi è il riscontro ch'io fui 
detenuto in S. Marco ad istanzadell' arcivescovo di Firenze... 
JN'iliil tam occultum quod non revelabitur. — Ibid. f°. 2, p. 4- 

N. B. La seconde partie de ces Mémoires fut terminée le 
10 avril i8o'j — // .W. <"■ i, P- 3. 



MÉMOIRES. 85 

avant cette époque , pour le soulagement des in- 
digens laborieux, et il les poursuivit dans le 
même but, et dans celui de contribuer à la bo- 
nification des terres ainsi qu'aux progrès de la 
civilisation et de la moralité des peuples. 

Il fut surpris dans ses philanthropiques des- 
seins par une forte maladie , que l'on eut tout su- 
jet d'attribuer à ses chagrins passés ; on se hâta 
de le transporter à Florence , où de prompts se- 
cours lui rendirent la santé. Il serait allé goûter 
les charmes de la convalescence à sa maison de 
campagne, si l'arrivée imminente du nouveau 
roi que la république française venait d'imposer 
si impolitiquement et si despotiquement à la 
Toscane ne lui eût fait un devoir de l'attendre ^ 

' Ab. X , Vita MS. di monsig. de' Ricci, p. l^'b'j-^^o. 



t^G MÉMOIRES. 



CHAPITRE LXXIV. 

LOUIS I^^. KOI d'ÉtrURIE, Y APPORTE LE FANATISME ET LA TYRAN5IE. 

KOME RECOMMENCE A PERSECUTER. ABOLITION DE TOUTES LES 

REFORMES, ET RETABLISSEMENT DE TOUS LES ABUS. • BIGOTERIE 

DE LA F.Eh-<E-RÉGE.\TE. DEVOTION DE RICCI. LETTRE DE l'aR- 

CillDUCHESSE **** d'aUTRICHK. 



Voici le jugement que porte l'évêque Ricci 
sur le roi Louis : 

«Un prince élevé par un philosophe éclairé, 
» tel que s'était toujours montré le capucin frère 
« Adéodat, avant qu'il fût devenu monseigneur 
« Turchi , évêque de Parme , devait nécessaire- 
» ment avoir acquis beaucoup de lumières en 
» Espagne, où il ne manque point d'hommes 
» distingués par leurs talens et leur éduca- 
j) tion '. M 

Mais ce roi, entièrement dominé par les comtes 
parmesans, Ventura et Salvatico, au lieu de faire 

• Un principe educato da un filosofo illuminato, qnale si 
raostrôsempre il cappuccino fraDiodato , prima che divcntasse 
monsignor Turchi , vescovo di Pariiia, dovea certamente avère 
acquistati grandi lumi in Spagiia , dove non mancano taicnti 
grandi e bene coltivati. — Ricci, Menior. 5ÎS. sui suoarresto, 
part. 3, P. I , p. -1. 



MÈMOIRKS. 87 

j)araitrc les vertus philosophiques qu'on était en 
droit d'attendre de lui, ne s'annonça, dès son 
entrée à Florence , qui eut lieu le 12 août 1801, 
que comme un fanatique et un tyran, au point 
qu'on répéta bientôt dans toute la capitale, les 
murmures contre lui, que faisaient entendre 
même les courtisans espagnols de sa propre 
suite ( 87 ). 

« Le comte Salvatico, continue Ricci, sans 
» avoir décidément un mauvais cœur, était igno- 
» rant et tout-à-fait nul; il se laissait aveuglé- 
w inenf conduire par les moines et par le nf)nce. 
w Le renversement de tout ce qui servait à entre- 
» tenir le bon ordre, la ruine totale des linan- 
» ces, les emplois les plus importans confiés aux 
» personnes les plus ineptes, la législation para- 
» lysée , tout cela était l'effet , non de la méchan- 
» ceté, mais de l'incapacité de ce seul homme '. » 

On était menacé, dit M. l'abbé X, de toute la 
maligne influence du capucin -évêque Turchi, 
prêtre ambitieux et fourbe, qui n'avait signalé 
son épiscopat que par les homélies séditieuses 
qu'il avait publiées à Parme, contre les réx^ormes 

' Il conte Salvatico , che senza esser cattivo di ciiorc era 
ignorante e da nulla , si lasciava ciecamente conduire da' Irati 
e dal nunzio. li rovesciamento di ogni buon ordinc, la total 
rovina délie finanze , l'istallamento délie persone più inette 
ne' piu alti gradi , la legislazione paralizzata , tutto era ef- 
fctto non délia cattivitè\, ma délia iucapacità di quest' uomo. 
— Ibicl. f. 2, p. 1. 



88 MÉMOIRES. 

ecclésiastiques du grand-duc Léopold et de Ricci. 
La nouvelle cour, en entrant en Toscane, parais- 
sait n'avoir posé les pieds qu'en frémissant sur 
cette terre d'infidèles. L'ancien évêque de Pistoie 
ne dut aucunement être étonné de se voir refuser, 
par les comtes Ventura et Salvatico, l'audience 
qu'il les avait priés d'obtenir pour lui du roi 
leur maître. Déjà celui-ci , en entendant pro- 
noncer le nom de Ricci, avait naïvement de- 
mandé à ses courtisans (( si c'était Ricci Vhéré-' 
tique \ » 

A ^eine le règne de l'ignorance et de*la fai- 
blesse eut-il commencé, que Rome reproduisit 
audacieusement toutes ses prétentions et reprit 
tout son pouvoir. Le nonce Morozzo exigea im- 
périeusement de l'évêque Ricci , comme on avait 
fait auparavant, la rétractation accoutumée (88). 
Le gouvernement dressa le plan de la restauration 
de l'inquisition de la foi , « sur le pied de la féroce 
;) inquisition d'Espagne , dit M. l'abbé X". » On 
proposa de soustraire à la lecture les ouvrages 
de controverse religieuse, et d'exiler les partisans 
des anciennes réformes. Heureusement pour la 
Toscane que le ministre français à Florence veil- 
lait à ses intérêts, et qu'il ne cessait de réclamer 
contre les mesures absurdes d'un pjouvernement 



' Se era quello eretico. — Ibid. f . 2 , p. 4- — ^^- ^1 ^ it.-i 
MS. di monsig. de' Ricci , p. 44 1 ^'t 44-'- 

' Sul picde fcroce dcila Spajjua. — Ibid, p. 44^- 



MÉMOIRES. 89 

sans lumières et sans prudence : la peur qu'on 
avait de son inlluence empêcha du moins de pré- 
cipiter les choses, et mit un ohstacle insurmon- 
table aux mauvais desseins du nonce contre l'an- 
cien évèque de Pistoie. 

Elle ne put pas empêcher la publication de la 
loi du i5 avril 1802 , que le parti fanatique avait 
eu soin de tenir secrète jusqu'alors, afin d'éviter 
toute opposition. Cette loi avait pour but la des- 
truction de toutes les réformes utiles et la perte 
de tous les réformateurs. On y abolissait d'un seul 
coup tous les règlemens en matière ecclésiastique , 
quels qu'ils fussent, émanés depuis l'empereur 
François I" . ; on couvrait d'épithètes injurieuses 
les gouvernemens qui , jusqu'à cette époque , 
avaient montré le désir de réformer leurs clergés 
et les cérémonies du culte; on enlevait à jamais 
au prince tout pouvoir et toute influence même 
sur les personnes et sur les biens des prêtres ; on 
privait les évêques de leur autorité spirituelle lé- 
gitime et inaliénable , pour leur accorder une 
autorité temporelle qu'ils ne peuvent et ne doivent 
jamais avoir; on livrait les Toscans sans défense 
au double despotisme de la cour romaine; on dé- 
clarait les réformes qui avaient été faites en Tos- 
cane illégales et hérétiques , ce qui constituait 
tous les fidèles de l'ex-grand-duché dans un état 
d'excommunication, dont le nouveau roi d'Etrurie 
se chargeait, disait-il, de les faire absoudre; en- 
fin on rétablissait sur des bases inébranlables le 



90 MÉMOIRES. 

tribunal de l'inquisition et la juridiction de la 
nonciature'. 

Il est difficile d'exprimer l'alarme que répandit 
la publication inattendue d'une pareille loi, et le 
trouble qu'elle jeta dans les esprits. Les ministres 
de France et d'Espagne s'élevèrent fortement con- 
tre des mesures diamétralement opposées, ainsi 
que les principes qui les avaient dictées, au con- 
cordat récemment conclu entre la république 
française et la cour de Rome (89). Mais le coup 
était porté : la seule chose qu'on gagna par cette 
désapprobation universelle, ce fut de faire tom- 
ber la loi dans le mépris , et de prouver , aux yeux 
de toute l'Europe, la nullité du prince qui l'avait 
portée. La loi du i5 avril ne fut pas révoquée; 
néanmoins les lois anciennes du grand-duché sur 
les matières ecclésiastiques , quoique abrogées 
par la nouvelle disposition du souverain , demeu- 
rèrent en vigueur et en^pleine nctivifé, sans que 
le ministère, qui ne cherchait qu'à faire renaître 
les temps déplorables de Côme III , eût la force 
de s'y opposer. 

Le fanatisme perdit , à cette époque , deux de 
ses principaux soutiens en Italie, savoir, le duc 
de Parme et l'évèque de la même ville, Turchi. 
Le roi Louis d'Etrurie les suivit de prés : il mou- 
rut le 27 mars i8o3 '. 

• Ibid. p. 444. 
''/6/rf. p. 445. 



MÉMOIRES. 91 

La reine Marie-Louise fut déclarée régente pen- 
dant la minorité de son fils. « Sans expérience, 
>i légère et bigote, » dit M. l'abbé X, et, en ou- 
tre , entièrement dépendante de l'ancien ministère 
et de l'intrigant et ignorant Morozzo, nonce pon- 
tifical , elle ne songea qu'à s'unir fortement à eux , 
pour fonder , d'un commun accord , à Florence , 
une académie cat/wli<iue , dont le but était de 
maintenir ce qu'ils appelaient la pureté de la foi 
dans la capitale et dans toute la Toscane, et qui 
avait pour règlemens ceux du Saint-Office lui- 
même : on la composa de tous les ennemis des ré- 
formes de Léopold. 

Leurs premiers travaux furent d'abolir les dé- 
crets et les lois réglementaires de ce prince sur 
l'administration ecclésiastique, la discipline et les 
saines études; ils y substituèrent la superstition, 
le cagotisme et les pratiques de dévotion les plus 
puériles. 

Ce funeste commencement fit craindre des opé- 
rations encore plus désastreuses , d'une institu- 
tion dont rien ne paraissait pouvoir arrêter l'ac- 
tivité destructive. La France et l'Espagne (go) 
s'empressèrent d'y mettre ordre, et, sur leurs 
réclamations , l'académie catholique fut dissoute. 
Les ministres de ces deux puissances furent, en 
même temps, chargés d'exiger de la reine qu'elle 
modérât un zèle aussi pernicieux que mal en- 
tendu. 

Ricci , qui se vit de nouveau arraché , comme 



92 MÉMOIRES. 

par miracle, aux persécutions qui le menaçaient, 
attribua ce miracle à la protection manifeste de 
sainte Catherine, sa parente; et, pour lui té- 
moigner sa reconnaissance, il l'associa comme 
patrone au saint titulaire de l'église de Rignana, 
à laquelle il fit, à cette occasion, des réparations 
considérables, et qu'il orna avec magnificence. 
Non content de ces signes extérieurs de sa dévo- 
tion personnelle à sainte Catherine de Ricci, il 
mit aussi tout en œuvre pour animer celle de ses 
paysans; il composa même des hymnes en l'hon- 
neur de la sainte et les fit chanter par les fidèles '. 
A peine la reine eut-elle appris toutes ces cho- 
ses, qu'elle en conçut de l'ancien évêque de Pis- 
toie une opinion meilleure que si on avait pu la 
convaincre qu'il était réellement le plus vertueux 
et le plus éclairé des hommes. Elle commença à 
soupçonner que son salut n'était pas irrévoca- 
blement désespéré , qu'il était peut-être encore 
possible de le réconcilier avec le pape, auquel 
jusqu'alors elle avait pensé, avec le vulgaire de 
ses sujets, qu'il ne croyait pas. Concevoir cet es- 
poir et vouloir réussir dans son projet de média- 
tion fut la même chose pour Marie-Louise. Pour 
y préparer les voies , elle prit un moyen aussi 
étrange que l'était le projet lui-même. Elle or- 
donna des prières dans plusieurs couvens de re- 
ligieuses, pour que le ciel daignât amollir le 

' Ibid. p. 44^^ et 447- 



MÉMOIRES. Ç)3 

cœur du prélat prétendu hérétique (g i). Ensuite 
elle fit résoudre le pape à traverser Florence, lors 
du voyaj^e qu'il était à la veille de faire en France, 
pour couronner l'empereur Napoléon '. 

Cette circonstance en fit naître une autre qui 
mit le comble au ridicule de cette comédie de dé- 
A^otes. Pie VII était fort lié, à cette époque, avec 
l'archiduchesse '*^'^*'*' d'AïUtriche , fondatrice d'un 
conservatoire de filles paccanaristes, dans la ca- 
pitale même du monde catholique ; il lui accor- 
dait toute sa confiance. Lui ayant parlé de l'in- 
vitation qu'il avait reçue de la part de la reine 
d'Étrurie , et du désir que manifestait cette prin- 
cesse de lui faire recevoir l'évêque Ricci dans ses 
bonnes grâces , la mystique archiduchesse voulut 
jouer un rôle dans cette pieuse entreprise. 

a Aussi simple par elle-même qu'elle avait été 
)) séduite par ceux qui l'entouraient, » dit M. l'abbé 
X ' , l'archiduchesse **^^ était alors dirigée 
spirituellement par le père Paccanari, « ex-jésuite, 
)) homme immoral, intrigant et très-peu éclairé. » 
Les preuves de ces assertions ont été fournies par 
Pie VII lui-même, qui fut enfin obligé de supprimer 
le conservatoire de filles que Paccanari avait fait 
instituer à ses fins, et qu'il faisait entretenir par 



' Jbid. p. 448 et 449. 

' Qiianto setnplice, altreîtanto sedotla — Ib/cl. p, 4^0. 
' Ex-gesuita, uomo immorale , intrigante e di scarsi lumi. 
-Ibid. 



94 MÉMOIRES. 

la princesse autrichienne, conservatoire « où ré- 
w gnaient le libertinage et le qulétisme '. » Le 
père Paccanari fut relégué dans un couvent, 
où on le renferma pour le reste de ses jours. 

Quoi qu'il en soit , cette même archiduchesse 
^^*^ qui, continue notre biographe, « faisait tant 
)) parler d'elle dans ce temps-là , à cause de l'ac- 
» cueil flatteur qu'elle recevait constamment du 
» pontife romain ^, » adressa à Ricci, le 19 oc- 
tobre 1804, une lettre insipide ^, dont nous allons 
rapporter quelques passages. 

L'archiduchesse commence d'abord par accuser 
l'ancien évêque de Pistoie d'avoir fait faire à Léo- 
pold , son père , bien des choses a contraires à la 
» religion '*, » pour lesquelles, dit-elle, ce prince 
est déjà « irrévocablement jugé , sans que nous 
» sachions quelle a pu être la sentence ^. » Elle 
lui demande ensuite a une rétractation publique, 
» sincère et formelle de ses erreurs ^, afin de 

' Ove regnava il libei'tinaggio e il ffuietisrao. — Ibid. 

^ Che in quei giorni faceva tanto discorrere di se, per le 
buone accoglienze che riceveva dal romano pontefice. — Ibid. 

^ Insipida. — Ibid. 

^ Contrarie alla religione. — Ibid. , et, dans \' Jppendix , 
Documenti da inserirsi secondo la chiaraata délie pagine , nella 
vita di monsig. vescovo Scipione de' Ricci, p. 25-27. 

^ Irrevocabilmente giudicato , senza che noi sappiamo il 
conie. — Ibid. 

Una pubblica , sincera e formale ritrattazione dei suoi 
errori. — Ibid. 



MÉMOIRES. 95 

» fléchir, de cette manière, la colère de Dieu .'. « 
Enlin , elle le menace de « l'enfer qni , lui dit- 
» elle, vous attend si vous ne vous repentez pas. 
)) Et encore ne sera-ce pas un seuienîeTf chose ce- 
» pendant qui serait déjà si terrible; mais autant 
» d'enfers qu'il y a de personnes que vous avez 
M induites en erreur, dans tous les pays du mon- 
» de.... Je finis, ajoute-t-elle , par vous dire que 
» je veux , à toute force , avoir votre âme qui 
M m'est chère , parce quelle a coûté tout le sang 
» de mon Jésus ^. » Le moyen qu'elle lui indi- 
que de faire ce dont Dieu voulait bien lui fournir 
l'occasion, peut-être pour la dernière fois, est de 
se jeter a^ix pieds du pape , et surtout d'avoir, en 
le faisant , sa lettre à la main. 

Sans entrer dans la question de savoir si cette 
lettre aussi niaise que malséante avait été écrite 
par la princesse, sans conseil et sans secours, ou 
si elle l'avait été à l'instigation et avec l'aide du 
pape , Ricci y répondit, le 27 octobre, par une let- 
tre pleine de dignité et de respect, dans laquelle 

' Cosi placare Tira di Dio. — Ih/'d. 

' . . . . l'inferno che l'aspetta , se lei non si ravvede , è non 
nninferno , cosa pure tanto orribile, ma tantiinferni quante 

persone lei ha indotte nell' errore , in tutti i paesi Finisco 

con dirgli , ciie voglio a tutti i patti l'anima sua che mi è tara, 
avendo costato tutto il sanguc di niio Gesù. — Ibid. 

N. B. La lettre autographe de l'archiduchesse M"^**"^ , et la 
réponse de Ricci , se trouvent parmi les Lettcre diverse^ annt 
1769-1810, n°. 121 et I >.2. 



96 MÉMOIRES. 

il chercha à détromper l'archiduchesse sur le 
compte de Léopold. Les intentions de ce grand 
prince, votre père, lui dit-il, ont toujours été, 
pendant tout son régne , aussi pures que la plu- 
part de ses actions ont été visiblement et éminem- 
ment dirigées vers le bien de la religion Quant 

à ce qui le regarde personnellement , il se conten- 
te de dire qu'il a constamment vécu dans l'unité 
de l'église avec le Saint-Siège, devant lequel il a 
souvent protesté de son entière soumission , et 
qu'il sera charmé de pouvoir de nouveau en con- 
vaincre Pie VII, en lui parlant lors de son passage 
par Florence ' . 

' Ibid. Vita MS. di monsig. de' Ricci, p. ^5i-\5^. 



aïK iMoi m '.s. 



97 



CIIAPÏTRE LXXV. 



PASSAGE DU PAPE ALLANT COURONNEK L EMPEREUR NAPOLEON. SON 

RETOUR. INTRIGUES ET SUBTILITES DE LA COUK DE ROME PQUR 

EXTORQUER DE RICCI UNE dÉcLAKATION APPELEE d'oRTIIODOXIE. 

RÉFLEXIONS BU PRELAT. 



Ricci se proposait de négocier lui-môme sa ré- 
conciliation avec le pape, et il espérait pouvoir 
y parvenir de vive voix, mieux que n'avaient 
réussi jusqu'alors tous les médiateurs qui s'étaient 
présentés pour le faire. Un de ceux-ci avait été le 
cardinal Spina qui, au moyen des explications 
franches qu'il avait données sur tout ce qui s'é- 
tait passé avant cette époque , avait encore aug- 
menté les espérances de l'ancien évèquc de Pis- 
toie. Pour mieux guider Spina dans ses tentatives, 
on lui avait communiqué la lettre qu'avait écrite 
à Ricci le cardinal Consalvi, en réponse à celle 
que le prélat avait adressé au pape, fc Cette lettre, 
» s'écria-t il aussitôt sans hésiter, n'est pas conçue 
» conformément aux intentions du pape. Je recon- 
» nais qui l'a rédigée, à certaines phrases et à 
i) certaines tirades , qu'il est accoutumé d'em- 

ÏOME III. 7 



98 MÉMOIRES. 

» ployer, comme des lieux communs, dans tous 
» ses écrits '. « 

L'affaire traîna en longueur, comme tout ce 
qui doit se traiter en dépit des entraves que des 
intrigans de profession, tels que les courtisans 
pontificaux, savent faire naître à chaque pas, 
afin d'empêcher le succès des entreprises qui ne 
sont pas dans leurs intérêts. Le cardinal Spina se 
vit forcé de remettre la fin de cette négociation , 
en cas qu'elle ne fut pas terminée avant cette 
époque, jusqu'à son prochain séjour en France, 
où il devait suivre le pape qui allait couronner 
Napoléon empereur (92). « Il crut, dit Ricci, 
» qu'il aurait une occasion plus favorable d'ar- 
)) ranger la chose , lorsqu'il aurait accompa- 
» gué le Saint-Père à Paris, puisque, loin des 
» manèges et des jalousies de cour, et surtout 
;; loin du secrétaire d'état ( Consalvi ) , il aurait 
» pu en parler directement au pape, en toute li- 
« berté et en toute confiance ^. » 

' rs'on puo essere questa iettova , cïisse egli risolutamente, 
seconde le inten^ioni del papa. Conosco chi pnô averla dis- 
tesa, da certe frasi e da certi passi che gli sono come luoglii 
comuni in tutti li scritti. — Ricci, niem. MS. sul suo arresto , 
f°. 2, p. 3. 

' Si credè allora che più opportuna occasione gli si pré- 
sentasse di trattare , accompagnando il S. Padre a Parigi , 
giacchè, lontane dagl' intriglii e dalle gelosie di corle , e 
specialmcnte dal segrelario di stato , avrebbe potuto con 
piena libeità e confidenzà pailare con il pontcace. — Ibid. 
i\ 5, p. 1. 



MÉMOIRES. 99 

Les amis de Ricci à Florence avaient la meil- 
leure idée du caractère personnel de Pie YII î ce 
pontife est beaucoup loué dans* la vie manuscrite 
de l'évêque de Pistoie , pour sa douceur chrétien- 
ne, son amour de la paix et son intention pro- 
noncée et inébranlable d'opérer le vrai bien de 
l'église, particulièrement dans ses négociations 
avec la France « Le Saint-Père, y est-il dit, 
» animé par les sentimens les plus exemplaires 
» de douceur chrétienne et d'un véritable désir 
j) de concorde, bien loin d'irriter l'esprit entre- 
» prenant de l'empereur des Français par une 
» résistance mal-entendue, n'a pas refusé de se 
» prêter à ses vues, toutes tendantes à réorgani- 
» ser le culte catholique en France , et il a réglé , 
» d'accord avec lui, plusieurs articles disciplinai- 
» res , d'une manière très-peu conforme aux opi- 
» nions des rédacteurs de la bulle Aucioreni *. )) 

Ricci se porta à Florence, au commencement 
de novembre. Ce qui l'embarrassait le plus, c'é- 
tait le moyen d'obtenir une audience du pape, 
dont les ministres de la reine-régente ne lui 

' Il S. Padie animato dai più eseinplari seRtinienti di cvis- 
tiana dolcczza e di vera pace, non clie irritare con una lua- 
lintesa resistenza lo spiiilo intrapprendente dell' impeiatoie 
dei Francesi , non l'icusô di prestarsi aile di lui mire, ten- 
denti a riordinare in Fiancia ilciilto caUolico , concordando 
con esso moltiarlicoii disciplinait, ben pococonloimi ai sen- 
timent! dei compilatori délia boUa jluctorcm. — Ab. X, stor 
MS. del siaodo di Pistoja, p. i32. 



rOO MEMOIRES, 

avaient point fait annoncer l'arrivée, comme ils 
avaient fait aux autres évoques toscans , que le 
gouvernement avait avertis par une circulaire, 
du jour où Sa Sainteté aurait pu les recevoir. 
Pie Vfï était logé dans le palais même de la rei- 
ne , chez qui Tancien évèque de Pistoie n'avait 
jamais été; ce qui augmentait encore la difficulté 
d'y aller dans les circonstances actuelles. 

Un nouvel orage sembla gronder pour quelques 
insfans sur la tète de Piicci. Déjà ses ennemis le 
menaçaient ouvertement d'une punition exem- 
plaire , et ses amis le pressaient d'abandonner la 
Toscane , tandis qu'il en était encore temps. 

Mais la fièvre jaune qui venait de se déclarer à 
Livourne, et le cordon qu'on se hâtait de tirer 
pour empêcher qu'elle ne se répandît dans toute 
l'Italie, fit avancer le départ du pape pour la 
France. Peu avant cela , le cardinal Fesch avait 
promis de procurer une audience à Ricci : en 
quittant Florence , il lui fit conseiller d'écrire à 
Pie VU, à Paris'. 

L'évêque obéit. Sa lettre, fort longue, roule 
tout entière sur ses protestations de soumission 
au Saint-Siège, et sur les assurances qu'il donne 
de la pureté de ses intentions dans toutes ses ré- 
formes, et principalement dans ses réformes sy- 
nodales, qu'il n'a jamais défendues, après qu'elles 
eurent été condamnées par Pie YI. 11 finit par dé- 

• Idem, vita MS. dol vescovo Ricci, p. 4-^^^ et 456. 



MÉMOIRES. lOr 

claror qu'il veut fernioment mourir dans rimité 
de l'i!glisc dans laquelle il a toujours vécu. Celte 
lettre est du 21 novembre '. 

Le pape ne répondit point. Déjà il avait formé la 
résolution de terminer cette dilïiculté avec Ricci 
personnellement, lors de son retour en Italie; et 
il l'en fit avertir. La reine d'Étrurie le savait; elle 
fit témoigner à l'évéque combien sa réconciliation 
avec le souverain pontife lui aurait été agréable. 
Ricci alla immédiatement trouver la reine, la re- 
mercia de l'intérêt qu'elle prenait à lui, et de ses 
bons offices auprès de Sa Sainteté, et promit de 
se rendre chez le pape aussitôt qu'il serait arrivé 
à Florence ^. 

Ricci était plein de confiance dans le pape, surtout 
à cause de ce qui se passait alors en France (g5): 
il ne songeait pas que c'est précisément lorsque 
la cour de Rome se voit forcée de céder aux puis- 
sans, qu'elle devient plus exigeante avec les fai- 
bles, afin de compenser, en quelque manière, par 
cet excès de despotisme d'un côté , ce qu elle a dû 
relâcher de l'autre , de ses prétentions accoutu- 
mées. 

u La cour pontificale , dit l'ancien évêque de 
» Pistoie, s'efforçait, à cette époque, d'arracher 



' Ibid. p. 456-463. — Idem, stor. MS. del sinodo di Pis- 
toja , p. i35 et suiv. 

" Ibid. p. \^i.—Idem , vita di monsig. de' Ricci , p. 464 
«i 465. 



I02 >IÉ MOIRES. 

» aux évêques Le Coz, Saurine, etc., une espèce 
» de condamnation et de réprobation de la fa- 
» meuse constitution civile du clergé ; elle vou- 
i) lait que ces prélats, appelés constitutionnels, 
>i signassent une formule qui n'était nullement 
» d'accord ni avec les lois du royaume , ni avec 
>* les libertés gallicanes, La formule qu'ils propo- 
» saient de leur côté, concertée avec le ministre 
» des cultes, Portalis, et pleinement approuvée 
H par l'empereur, finit par faire disparaître tout 
>j sujet de division : le pape l'accepta et la jugea 
M suffisante, et il ne fit, dans la suite, aucune 
» difficulté d'accueillir, en leur donnant des té- 
» moignages éclatans de son affection paternelle , 
» ces mêmes prélats, desquels il n'exigea rien de 
M plus, comme l'auraient voulu les curialistes..,. 
)) Les doutes que l'on élevait sur l'orthodoxie du 
» synode de Pistoie avaient beaucoup d'analogie 
» avec les sujets de mécontentement que l'on di-^ 
» sait avoir contre ces évêques '. » Ricci ne se 

' La corte ponlifica esigeva in quel tempo dai vescovi Le 
Coz , Saurine, etc. , vnna specie di condanna e di riprobazione 
délia famosa costituzione civile del clero , e voleva che da 
«juesti vescovi, cosi detti costituzionali, si sottoscrivesse una 
l'orniolachenon era punto coerenle allecosliluzioni delregno 
e aile libertà gallicane. La formola da essi pioposta , concei'- 
lata col ministro del culto, Portalis, e conmiendata d'ail' im- 
peratore , toise poi ogni inquietezza : avendola approvata e 
ricevuta il papa, che in seguito aecolse coi più cUiari segni 
di paterno affelto quci vescovi , senza esigere nulUi di pjù 



MÉMOIRCIS. lo"^ 

plaint, dans ccttr circoiistance, qiio, de la (< dn- 
» reté que l'on Ht éclater envers le respectai)]»? 
» t^véque Grégoire ' . » 

Le moment était venu où il allait cprouvei* 
toute cette dureté à son tour. Le pape , bien pré- 
paré au rùle qu'il devait jouer, étnit arrivé l\ 
Florence, dès le 6 mai i8o5. Ce ne fut que trois 
jours après , la veille de son départ pour Rome , 
qu'il envoya le vice -gèrent chez l'ancien evèque 
de Pi&toie , pour lui faire connaître son extrême 
désir de l'embrasser, ce qui cependant, lui faisait- 
il dire, ne pouvait pas avoir lieu, à moins que 
Ricci ne signât la formule de déclaration , dont 
le même vice-gérent était porteur. 

Elle contenait que le soussigné « acceptait pu- 
)) rement et simplement, de cœur et d'esprit, tou- 
» tes les constitutions apostoliques contre Baïus, 
» Jansénius et Quesnel, depuis Saint-Pie V jus- 
» qu'alors,- qu'il acceptait nommément la bulle 
» ào^ïïiàticiue ^uctoremjideif qui avait condamne 
» quatre-vingt-cinq propositions tirées du synode 
» de Pistoie, célébré sous sa présidence et publié 
» par son ordre, propositions qu'il condamnait 
» également sous les mêmes qualifications et dans 

comè avrebbero preteso i curiali Le questioni sul sinodo 

di Pistoja ei'ano moUo analoyhe a quelle che volevano farsi 
a quei vescovi. — Ricci, mcmor. MS. sul suo arresto, P. 4 , 
pag. 1. 

^ durezza che si era dimosti'aU verso il nspettabile 

vescovo Grégoire, — Ibid. 



104 MÉMOIRES. 

» les sens respeetifs exprimés dans ladite bulle; 
» que ledit soussigné désirait finalement qu'en 
» réparation du scandale, cette déclaration fut 
» rendue publique. Florence le g mai i8o5 ^ » 

Rien n'est capable de peindre le trouble de Ric- 
ci , pris ainsi à l'improviste et pressé de toutes 
parts, sans qu'on lui laissât le temps de se con- 
sulter ou de consulter ses amis, de se calmer et 
de réflêcbir; sans qu'on lui permît la moindre 
discussion ; sans qu'on voulût répondre à une 
seule de ses demandes , résoudre aucun de ses 
doutes. Toutes les observations qu'il adressa à 
monsignor Fenaja (c'est le nom du vice-gérent) 
pour le prier de considérer son état, d'avoir quel- 
que pitié des inquiétudes, de l'agitation qui boule- 
versaient son âme, pour le conjurer de permettre 
qu'il lui soumît quelques-unes des difficultés qui 
obsédaient son esprit, furent inutiles. Il ne reçut 
d'autre réponse , sinon qu'il n'y avait plus lieu à 
discuter; qu'il fallait se soumettre et donner au 
pape la preuve qu'il exigeait, ou se résoudre à 
être entièrement abandonné par le Saint Père, 
qui ne voulait de réconciliation qu'à ce prix. 

Quelques beures se passèrent dans cet inexpri- 
mable tourment de délibérations, d'hésitations 
et d'anxiétés continuelles , jusqu'à ce que Ricci 
se décida enfin, ou plutôt (car il avoue lui-même 
qu'il était entièrement hors de lui), que ses amis, 

' Âb X, vita MS di monsig. de' Ricci , p. 466, 



MÈMOir.ER. I()5 

le clmnoino riilnjieii et l'abbé Fonlani, l(\s seuls 
qui fussent prdsons à cette scène déplorable;, le 
décidèrent à céder au malheur des temps. Il 
obéit en gémissant , à ces impulsions étrangères 
et au mouvement de son cœur, et donna , par 
amour de la paix et de l'unité, une preuve de 
faiblesse dont le déshonneur avait été A^oilé le 
plus possible ; il le donna , pour se soustraire à 
jamais aux persécutions de l'ignorance et du fa- 
natisme , dont le pouvoir augmentait de jour en 
jour en Toscane '. 

Voici quelques-unes de ses réflexions, écrites 
après l'événement ( le 17 octobre i8o5), et qui 
prouvent que Ricci ne manqua d'énergie en cette 
occasion par aucun des motifs ordinaires qui 
rendent surtout coupable l'inconstance des hom- 
mes dans leurs opinions et dans leur conduite. 
Les opinions de l'ancien évêque de Pistoie de- 
meurèrent toujours les mêmes, après qu'il eut si 
manifestement déclaré qu'il en changeait : son 
changement apparent, et c'est là sa meilleure 
excuse, ne lui procura ni places, ni honneurs, 
dont il ne voulait plus. Il ne fit, en se soumet- 
tant à cette humiliante et pénible démarche que 
diminuer à son égard l'estime des seuls hommes 
qu'il pût estimer , et tromper sa propre con- 
science qui lui défendait de fléchir ; mais cette 
même cd^^i^cience (et elle ne lui parlait jamais en 

#^. 

' Ibid. p. 467-470. ^ 



Io6 MÉMOIRES. 

vain) lui disait qu'il devait, à tout prix, cesser 
d'être un sujet de discorde dans l'église , et de 
scandale pour les esprits simples. Ce fut la fausse 
idée, que l'humilité chrétienne est une vertu, 
qui l'entraîna dans Terreur. 

« Je n'entrai point en dispute avec lui(Fenaja), 
» dit-il , sur l'expression accepter toutes les con~ 
» stitutions apostoliques, émanées contre les er- 
» reurs de Baïus, Jansénius, etc. S'il y a réelle- 
n ment des erreurs, le bon catholique les con- 
» damne partout où elles se trouvent ■ . 

» Baïus, ajoute-t-il, ce pieux et docte théolo- 
M gien qui a tant illustré l'église, sacrifia à l'a- 
» mour de la paix sa propre considération , plutôt 
» que de s'engager à soutenir que les propositions 
» avaient été avancées par lui dans un sens ca- 
» tholique, et nullement dans le sens hérétique 
» et erroné, dans lequel le pape avait entendu 
» les condamner; il abjura des erreurs qu'il n'a- 
)) vait jamais professées. Il s'acquit par là, la 
» tranquillité pour lui-même, et procura un cha- 
» peau de cardinal au père Toledo, tandis qu'il 
i) donnait à l'église un grand exemple d'humilité 
» et de modestie , et qu'il laissait la cour de 



' lo non entrai con esso (Fenaja), in questione suH' espres- 
sione accettare tutte le costituzioni aposloliche, eiuanate con- 
tre gli errori di Bajo, Giansenio , elc Se gli ciw-i vi sono, 

ovunque sieno , il buon catt^co gli condanna. — Kicci ^ 
meni. MS. sul suo aneslo, f". 6, p. i. 



MÈMOIRF.S. 107 

» Rome jouir de la vanitc^ de son tiiom[)he '. » 
C'est là riiistoire de Ricci , qui crut devoir 
faire le même sacrifice et pour les mômes motifs. 
Ses deux amis l'y exhortèrent encore, par la 
crainte que leur inspiraient les demi menaces 
du vice-gérent. « Ils ne tardèrent pas de com- 
» prendre aussi par les discours de Fenaja , dit 
» le prélat, qu'il était question de me conduire à 
)) Rome, comme un obstiné et un rebelle, si mon 
» affaire ne se terminait pas à l'instant. Ils con- 
» naissaient le caractère des cardinaux qui tyran- 
» nisaient le. pape , et ils me voyaient exposé à 
» tous les événemens , sans protection et sans 
» appui ^. » 

Ricci signa enfin, devant monsignor Fanaja', 
qui alla aussitôt porter la déclaration au pape , et 

• Bajo quel pio e dotto teologo, che tan'io ha illustrato la 
chiesa, sacrifice ail' amor dclla pace la propria estimazione , 
e piuttosto che impegnarsi a sostenere che le proposizioni 
erano da lui dette nel senso cattolico , e non già nel senso 
eretico ed eiToueo in cui il papa avea inteso di condannarle , 
abjuré gli errori che non avea mai tenuti, e procuré a se la 
pace , al P. ïoledo un capello cardinalizio , alla chiesa un 
grande esempio di umiltà e di modestià , e alla curia la vanilà 
del trionfo. — Ibid. loco cit. et p. 2. 

' Capivano anch' essi dal discorso di Fenaja , che si trat- 
tava di condurmi a Roma , corne un ostinato e rihelle , se qua 
non si sbrigava l'affare. Conoscevano il carattorc dei cardi- 
UfiU che tiraneggiavano il papa , e mi vedevano in qualunquo 
PYento, privo di protczione c di appoggio. — Ibid. f. j, p. i . 



I08 MEMOIRES, 

revint, par ordre de celui-ci, prendre révêque- 
pour le conduire au palais (94)- 

Pie Mi fit au prélat un accueil plein de bonté 
et de tendresse. Ricci s'empressa de protester de 
la pureté inaltérable de ses intentions et de ses 
vues, dans toute sa conduite, et nommément 
lors de la (enue de son synode, où il n'avait sou- 
tenu que dans un sens catholique, les proposi- 
tions condamnées dans un sens hérétique par la 
bulle Juctnrem : il présenta au pape une décla- 
ration qu'il avait écrite et signée pour en faire 
foi. Le pape la lut attentivement et.Ia lui rendit, 
en disant qu'elle n'était aucunement nécessaire; 
qu'il était pleinement convaincu de tout ce que 
l'évêque lui disait : il ajouta, dit Ricci, « que 
)) personne ne pouvait juger de mon sentiment 
» intérieur, et que, quand je déclarais que ce 
» sentiment avait toujours été catholique , cela 
» suffisait pour qu'il ne fût plus permis d'en 
» douter'» Il termina, en disant qu'il se faisait 
dorénavant lui-même le défenseur de l'orthodoxie 
et de l'honneur de Ricci, et qu'il les aurait sou- 
tenus en toute occasion et partout -. 

Sur ces entrefaites , entrèrent dans l'apparte- 

' Che niuno poteva giudicaie del mio interne sentiraento, 
e che quando io dichiaiavo che questo eia sîato sempve cat- 
tolico, ciô bastava per non doverne dubilare. — Ibid. f. 8, 
p. 3 et 4- 

- Jb. X, vita 3ÎS. di nionsig. de' Ricci , p. ij i . — Idem ^ 
stor. 31S. del sinodo di Pistoja , p. i4'^- 



MÉMOIRES. 109 

ment où se trouvaient le pape et l'ancien évêqne 
de Pistoie, la reine d'Etrurie et monsignor Me- 
nocehio , confesseur de Sa Sainteté. Tous deux 
complimentèrent Ricci sur sa réconciliation avec 
le SainL-Siége, ce qui donna occasion à Menoc- 
chio de dire que le synode de Pistoie étaitl' uni- 
que cause de toutes les révolutions qui agitaient 
l'Europe, et que l'évêque avait fort bien fait d'en 
accepter la condamnation. Ricci trouva bon de 
ne pas répondre à un propos aussi ridicule que 
déplacé '. 

Ce confesseur de Pie VII passait pour un saint, 
et même pour un saint à miracles '^, dit l'évêque 
Ricci. On avait répandu que, lors de son pre- 
mier passage à Florence , pour aller à Paris au 
couronnement de l'empereur , il avait guéri mi- 
raculeusement une religieuse incurable ; mais , 
ce prodige n'ayant eu qu'un effet momentané, 
toute l'importance qu'on avait voulu lui donner 
en le publiant, s'évanouit bientôt avec la pré- 
tendue guérison de la malade. « Menoccliio était 
» grand admirateur de Gerdil , et avait pour lui 
» beaucoup de vénération ; lignorance en théo- 
« logie de ce cardinal est suOisamment prouvée 
» par ses écrits , et elle a été victorieusement re- 
» levée par l'évêque de Noli '. » 

• Idem, vita MS. di monsig. do' Ricci, p. 472. 

* Santo da mii'acoli. — Ricci, mem. MS. sul suo arresto, 
P. 8, p. 473. 

^ Grande ammivatore e veneratore di Gerdil, la cui impe- 



I lO MEMOIRES. 

li ne faut donc pas s'étonner s'il se montrait 
l'adversaire du concile de Pistoie d'un manière 
si extravagante. 11 en donna une autre preuve 
en cette occasion. Le pape s'était montré fort sen- 
sible à la peine que Ricci lui avait dit ressentir 
de devoir passer, en quelque manière , en vertu 
de sa propre déclaration , pour avoir soutenu les 
quatre-vingt-cinq propositions de la bulle Judo- 
reiïi^ dans le sens bérétique qu'avait condamné 
cette bulle; ce qui était faux. Il paraissait in- 
cliner à changer ces mots en réparation du scan- 
dale , en ceux-ci : pour Védijication générale '. 
Mais Menocchio, usant, ou plutôt abusant de l'in- 
fluence que lui donnait sur Pie VU son caractère 
de directeur spirituel, l'en empêcha, parce que,- 
lui dit-il , on accusait généralement le synode 
de Pistoie, « du renversement total de la disci- 
)i pline, et de la guerre qu'on avait faite jus- 
n qu'alors à la religion '. » 

M. l'abbé X nous rend aussi compte des motifs 
qui déterminèrent l'évéque Ricci à signer la dé- 
claration que le souverain pontife lui avait fait 
présenter. 

Il était fermement résolu , nous dit-il , à se dis- 



rizia teologica e bastanteinente cliiara da' suoi scfitti , e lu-^ 
minosamente rilevata dal vescovo di Noli. — Ibib. 

' A riparazione dello scandalo A comune cdificazione. 

' T3i lutto il rovesciamento délia disciplina, e délia giierras 
falia alla rclipione. — Jbid. 



MÉMOIRES. in 

cniper de l'accusation d'hérésie qu'on lui inten- 
tait, snr ce qu'on prétendait qu'il ne croyait pas 
au pape, accusation à la(pielle son refus de voir 
Pie Vil qui, aurait-on ajouté, lui tendait les 
bras, n'eût fait que donner un nouveau poids, 
surtout au moment où, par un élan subit de dé- 
votion, Florence tout entière était- aux pieds de 
Sa Sainteté. 

Outre cela , Ricci se voyait pressé par la reine^ 
régente, qui voulait à tout prix se donner le mé- 
rite d'avoir opéré une réconciliation, que tant 
d'éminens personnages avaient entreprise sans 
pouvoir y réussir. Il supposait qu'il en aurait eu 
tout à craindre, et même qu'il n'eût plus eu a 
s'attendre qu'à un nouvel emprisonnement ou à 
un exil perpétuel, si, par une dangereuse obsti- 
natiort dans ce qu'on appelait son schisme, il 
avait blessé l'orgueil de cette princesse , et l'avait 
frustrée de la satisfaction d'attacher son nom à 
une négociation, dont la réussite devait encore 
lui valoir des droits qu'elle croyait incontesta- 
bles à la gloire céleste. 

D'ailleurs, le pape avait manifesté son intention 
de couper court à toutes les difficultés et à toutes 
les disputes , et il avait inventé la déclaration 
comme le seul moyen propre à terminer les diffé- 
rends. Ricci , qui n'aimait pas moins que lui la 
paix et l'unité religieuse, crut lui devoir le sa- 
fice de son amour-propre, en faisant ce qui n'é- 
tait, dit-il, à le bien considérer, qu'un acte de 



II'2 MÉMOIRES. 

soumission et d'obéissance, «qui ne lésait en 
» rien le dépôt de la foi '. » 

Il réfléchit que, s'il cédait sur des points de 
discipline, il ne taisait que plier aux circon- 
stances. Celles-ci avaient totalement changé; il 
fallait donc qu'un homme prudent et sage chan- 
î^eàt avec elles, et que, continuant à vouloir le 
bien, il se décidât à le vouloir par d'autres moyens 
que ceux qu'il avait mis en œuvre jusqu'alors. 
11 réfléchit, en outre, que, redevenu homme 
privé, il devait abandonner au jugement du pape 
les innovations qu'il avait faites et les réformes 
qu'il avait introduites comme évèque, sans l'in- 
tervention du Saint-Siège. On lui avait dit que 
l'éidise entière s'était déclarée contre lui : il crut 
donc devoir tolérer avec l'église ce qu'elle ne 
pouvait pas plus approuver qu'il ne l'approuvait 
lui-même. 11 accepta la bulle Aiiclorem, pour ne 
pas paraître un novateur ambitieux et obstiné. 

Il est vrai que cette acceptation ne regardait 
pas seulement la discipline : elle emportait aussi 
la condamnation des propositions que le Saint- 
Siège avait signalées dans sa sentence, et conte- 
nait même la condamnation deBaïus, de Jansé- 
nius et de Quesnel. 

Ricci avait consumé sa vie dans l'étude de cette 
matière, cependant il voulut encore l'examiner de 
nouveau , et le résultat de ses recherches fut , 

• Senza le<lore in ninna parle il clcposito dclla fcde. 



MÉMOIRES. n5 

qu'il no fallait pas, par un entêtement hors de 
saison, réveiller les trop longues discussions, et 
la discorde que les écrits de ces auteurs avaient 
fait naître dans l'église. Rome avait montré le 
même entêtement à soutenir ses bulles contre le 
jansénisme, que ses adversaires à les refuser : un 
schisme déplorable en avait été la suite naturelle, 
et l'histoire de la religion n'avait été, pendant 
long-temps que celle d'une perpétuelle dispute 
théologique. Les deux partis (c'est toujours l'évê- 
que Ricci qui parle) étaient également ennemis 
de l'erreur, partout où ils la voyaient ; mais les 
arguties de l'école, réchauffement d'une querelle 
théologique , et , plus que toute autre chose, l'or- 
gueil de l'esprit humain, et la jalousie de secte 
avaient dicté des sentences mutuelles de condam- 
nation qui éternisèrent la discorde et la haine. 
Et puis, Baïus et Jansénius ne s'étaient-ils pas 
eux-mêmes soumis au Saint-Siège? Tous les ca-^ 
tholiques n'avaient-ils pas condamné les cinq pro- 
positions? L'ancien évêque de Pistoie^es condam- 
na de même, ainsi que celles qui sont énoncées; 
dans la bulle Auctorem ficlei ^ quels que fussent 
les écrits où elles se trouvaient. 

Ces réflexions et d'autres encore, faites après 
l'espèce de surprise dont on s'était servi envers 
lui pour obtenir la signature de la déclaration, 
et faites dans le calme et dans le silence , déter- 
minèrent r évêque Ricci à soutenir cette même dé- 
claration spontanément et sans aucune instigation 
Tome III. 8 



Il4 MÉMOIRES. 

étrangère. Il y était encore poussé par la persua- 
sion que le pape ne voyait en lui qu'un homme 
dont les opinions avaient toujours été saines et les 
intentions pures, et qui avait été entraîné par la 
force des circonstances, à opérer des réformes 
que d'autres circonstances , nous dit-il , avaient 
paru ensuite rendre nuisibles '. 

La nouvelle de sa réconciliation avec Pie Vil 
procura à Ricci un grand nombre de visites et de 
lettres de compliment, que tous les prélats de la 
Toscane s'empressèrent de lui faire ou de lui écri- 
re. Le public ne cessa également plus , depuis 
cette époque, de lui montrer l'estime la plus dis- 
tinguée et la plus grande vénération. Ce n'avait 
point été là son but, en faisant le pas important 
qui avait bien dû coûter à sa raison et à son es- 
prit. Aussi se hâta-t-il de se dérober à cet em- 
pressement général qui n'avait rien de flatteur 
pour lui, et il alla chercher la solitude à sa mai- 
son de campagne. 

Ce fut là qu'il apprit le jugement qu'on pro- 
nonçait sur l'acte qu'il venait d'émettre. Les uns 
n'y voyaient qu'une preuve d'inconstance et de 
faiblesse ; les autres le regardaient comme une 
vraie rétractation et une abj uration de ses erreurs. 
Ricci n'avait prétendu faire ni l'un ni l'autre, et 
il croyait qu'on devait le juger, plus d'après les 

' Âb. X, Stor. MS. del sinodo di Pistaja , p. i44-«5'- — 
Idem, Vitadimonsig. de' Ricci, p. 47^ et 476. 



MÉMOIRES. I l5 

intentions qu'il avait eues en agissant , que d'a- 
près ses actions elles-mêmes. 

Ce fut de là aussi qu'il écrivit au pape, le 20 
mai i8o5, pour le complimenter sur son retour 
dans sa capitale , pour ratifier de nouveau sa dé- 
claration , et pour protester de toute sa soumis- 
sion et de toute sa gratitude'. 

' Ibid. p. 4^3, 474, 477 et 478. — Idem, Stor. MS, del 
sinodo di Pisloja, p. i5i et suiv. 



Il6 MÉMOIRES. 



CHAPITRE LXXVI. 

rÉCOHCILIATION SINCERE DE RICCI AVEC LE PAPE. MACHINATIONS DU 

CARDINAL CONSALVl POUR CHANGER LA DECLARATION EN RETRACTA- 
TION. SILENCE DE RICCI, SES OCCUPATIONS. SES VERTUS. 

SA MALADIE. SA MOBT. 



Ricci était sincère dans les sentimens qu'il 
exprimait au pape , et tout nous porte à croire 
que le pape l'était également dans sa réconcilia- 
tion avec lui. 

M. l'abbé X nous fait remarquer combien 
était grande la différence de la conduite du Saint 
Père avec celle des persécuteurs de Ricci, qui n'a- 
vaient jamais cru pouvoir exiger une rétracta- 
tion assez solennelle et assez déshonorante, et 
avec celle du cardinal Consalvi qui n'avait payé 
que par les duretés les efforts du prélat pour se 
rapprocher de la cour de Rome qui le repoussait. 
La raison en est, selon cet écrivain , que Pie VII, 
encore évêque d'Imola , « lorsque la Toscane tra- 
» vaillait à la réorganisation de son régime ecclé- 
» siastique, par les soins de l'infatigable et éclairé 
)) grand-duc Léopold ; Pie VII qui , comme on le 
» savait généralement , n'avait pas vu de mauvais 



m 



MÉMOIRES. Il y 

» œil l'esprit de la nouvelle législation du grand- 
» duché ', » ne voulait pas condamner dans un 
autre ce qu'il avait autrefois approuvé lui- 
même. 

A peine le pontife eut-il reçu la lettre de Ricci , 
qu'il chargea monsignor F^naja de l'en remercier 
en son nom , et de lui promettre une réponse de 
sa propre main. Cette réponse, dit M. l'abbé X, 
fut retardée pendant un mois entier , par les in- 
trigues que suscitèrent les ennemis de l'évêque 
et de ses anciennes réformes, les rédacteurs de 
la bulle Aucioremy et le cardinal Consalvi, u qui 
» avait écrit à Ricci la lettre que nous avons 
» rapportée plus haut, pleine de tout le fiel des 
» curialistes ^ : » ils étaient tous également irrités 
de voir que cette affaire s'était terminée si facile- 
ment sans leur participation et à leur insu. Ne pou- 
vant obtenir que le pape, contre ses promesses, 
annulât ce qui avait été fait , et exigeât de l'an- 
cien évéque de Pistoie de nouvelles rétractations 
et des abjurations moins vagues, sous le vain 
prétexte que sa déclaration était peu franche et 
incomplète , ils durent se borner à glisser quel- 

' Quando la Toscana andava a riordinarsi nel régime eccle- 
siastico, per opéra dell' instancabile ed jlliiminato granduca 
Leopoldo, ed era noto che egli non vedeva di mal' occhio lo 
spii-ito délia legislazione toscana. — Idem, Stor. del sinodo di 
Pistoja , p. 143 et i44- 

* Che aveva scritta la già riferita lettera al vescovo , piena 
di tutto il fiele dei curiali. 



I i8 MÉMOIRES. 

ques expressions injurieuses dans la réponse de 
Pie VII à Ricci, et à dicter les termes plus insul- 
tans encore, dans lesquels le pape allait rapporter 
toute cette affaire devant le collège des cardinaux '. 

La lettre du souverain pontife, en date du 
21 juin, contenait le témoignage de la joie que 
lui avaient causée leur réconciliation, consé- 
quence de la sincère adhésion du prélat à toutes 
les sentences émanées du Saint-Siège contre le 
jansénisme et le synode de Pistoie, et surtout la 
confirmation spontanée de la déclaration qu'il 
HA^ait signée à Florence. En parlant à Ricci de 
celle-ci, le pape ou ses conseillers ajoutaient ma- 
lignement : « Par le moyen duquel acte vous 
» avez déclaré que vous réprouviez et condamniez 
» tes choses que vous aviez mal faites '. » 

Le consistoire fut tenu le 26 du même mois. 
Pie VII, après y avoir rendu compte aux cardi- 
naux des affaires de France, passa à celles de l'an- 
cien évéque de Pistoie. Il raconta ce qui avait eu 
lieu à Florence, lors de son dernier séjour, et 
rapporta textuellement les termes précis de la dé- 
claration que cet évéque avait signée. Tout s'é- 
tait passé dans l'ordre jusqu'alors; mais le pon- 
tife , en rappelant les protestations que Ricci lui 
avait faites de vive voix^ dans leur première en- 

• Idem, vita MS. di monsig. de' Ricci, p. 479- 
' Col quale si dichiarô di riprovare e coadaanai'c le coso da 
se mal fatte. — Ibid. p. 480-482. 



MÉMOIRLS. II() 

Irevue , dit que ce prélat l'avait assuré « que, 
» même au milieu de ses erreurs , son esprit était 
» toujours demeuré altaclié à la foi orthodoxe et 
)i au siège apostolique '. » Il termina en disant 
que, depuis son retour à Rome, Ricci lui avait 
écrit pour ratifier « la rétractation faite à Flo- 
» rence ^. » 

M. l'abbé X relève avec raison ces détours, 
ces petites vexations, par lesquelles on espérait 
navrer l'âme de Ricci , et le pousser à quelque 
résolution qui aurait fourni l'occasion de ren- 
verser et d'annuler tout ce qui avait été fait. 
Comme l'ancien évêque de Pistoie , il attribue 
tous ces manèges aux conseillers perfides du 
pape , qui surprenaient sa simplicité et impo- 
saient à sa faiblesse^. 

Ricci lui-même est encore plus précis sur cet 
article, dans les Mémoires manuscrits qu'il nous 
a laissés de son arrestation par les Arétins : il 
accuse ouvertement le cardinal Consalvi du lâche 
dessein d'avoir encore voulu le persécuter , même 
après son entière défaite "i. Les preuves qu'il en 

• Di avère avuto anche in mezzo agli errori , l'animo ad- 
detto alla fede oriodossa ed alla sede apostolica. 

' La ritrattiizione falta in Fiienze. — Ibid. p. 482-4^4 • — 
Idem , Storia MS. del sinodo di Fistoja , p. i55 et suiv. 

^ Idem y Vita MS. di monsig. de' Ricci, p. 4S5. 

^ Lorsque Ricci rédigeait ses Mémoires, le cardinal Con- 
salvi était encore dans toute la force de sa puissance : on ne 



120 MÉMOIRES. 

donne sont trop importantes pour ne pas être 
rapportées ici dans les expressions originales. 

« Le cardinal Consalvi, dit l'infortuné évêque, 
» était très-piqué de ce que mon affaire avait été 
» terminée sans son intervention et son appro- 
» bation , et , habitué comme il l'est à traiter le 
» pape avec une supériorité qui ne lui appartient 
» pas, je ne doute nullement qu'il ne le lui ait 
)i fait connaître'. » 

La réponse du pape à la lettre de Ricci ( nous 
en avons rapporté plus haut le passage le plus 
remarquable) fut envoyée de Rome au nonce 
pontifical en Toscane, lequel la fit parvenir au 

peut donc pas accuser le prélat de s'êti-e acharné sur un en^ 
nemi abattu. 

Maintenant que ce prince de Ve'glise est mort, ses actions 
sont du domaine de l'histoire. 

Mais , quand même il eût encoi'e vécu , accablé sous le 
poids de la disgrâce à laquelle il n'a pas su résister long-temps , 
nous ne nous serions fait aucun scrupule de publier les faits 
conservés dans les écrits de Tévèque de Pistoie. Plus ces faits 
rabaissent à nos yeux la réputa'.ion usurpée du cardinal Con- 
salvi , plus ils lui acquéraient de mérite auprès de sa cour, à 
laquelle, comme tous les vrais enfans du Saint Siège, il avait 
cru de son devoir de sacrifier son honneur et sa conscience. 

' Il cardinal Consalvi si trovava assai indispettito per la 
ultimazione del mio affare, fatta senza l'intervento el'appro- 
vazione di lui , ed avvezzo com'è , ad agire col papa con una 
superiorità che non gli conviene , non dubito che glie lo 
avrà fatto conoscere. — Ricci , Memor. MS, sul suc arresto , 
r 10, p. 2. 



MÉMOIRES. 121 

prélat , qui se trouvait alors en ville. Le même 
jour , le nonce fit une visite à l'ancien évcque da 
Pistoie, « et, dit celui-ci , par ordre du cardinal 
)) secrétaire d'état (ce furent ses expressions), il 
» voulut me faire sentir la désapprobation géné- 
yy raie de ma lettre au pape, comme si elle était 
» une preuve de ma dissimulation lors de la si- 
» gnature de la formule. Il ajouta que le pape en 
» était fort mécontent ; qu'il aurait voulu m'en 
» faire ressentir son indignation ; que toute la 
)) réconciliation avait été sur le point d'échouer, 
)) ce qui n'avait été empêché que par la mention 
» que le pape avait faite de ma lettre dans son al- 
» locution au consistoire. Finalement , il me dit 
» (toujours, cependant, au nom du secrétaire d'é- 
» tat) , que le pape était bon , et qu'il avait été 
» surpris ; mais que je fisse bien attention à 
» régler ma conduite avec circonspection à l'a- 
» venir ' . » 



' E di comniissione , per quanto mi disse , del cardinale 
segretario di stato , \'olle farnii scntire la disapprovazione 
délia mia lettera al papa , quasi clie fosse una prova di mia si- 
mulazione nella soscrizione délia foi'mula. Soggiunse che il 
papa n' era scontentissimo , che avrebbe ■voluto farmene sen- 
tire la sua indignazione, clie era stata sul punto di sboi'tire 
questa riconciliazione , se ormai non avesse fatto menzione 
di questa lettera nell' allocuzione. Finalmente, sempre perô 
in nome del segretario di stato , disse che il papa era buono 
e che era stato sorpreso ; ma che avvertissi a regolar bene da 
qui avanti la mia condotta. — Ibid. 



122 MÉMOIRES. 

Ricci ne répondit que par un sourire de com- 
passion à ces vaines menaces, qui désormais 
étaient plus que déplacées. Il prouva au nonce 
que Pie VII était entièrement satisfait de tout ce 
qui s'était passé, et il le prouva par la lettre 
même de ce pontife, conçue en les termes les plus 
obligeans et les plus flatteurs. 

« Ensuite, c'est lui-même qui parle, ayant 
» pris un ton plus sérieux et plus décidé , je lui 
» dis que M. le cardinal m'offensait ; que mon 
» rang, l'éducation que j'avais reçue comme chré- 
» tien et comme citoyen, .et surtout le caractère 
» dont j'étais revêtu, me faisaient avoir en abomi- 
» nation et en horreur toute espèce de feinte et 
» de dissimulation. Je lui fis comprendre que 
» l'affaire avait été entreprise et conduite à sa fin 
» par le Saint Père lui-même, avec l'intervention 
» et la médiation de S. M. la reine , et qu'il n'y 
» avait eu aucun lieu à surprise '. » 

Ayant de cette manière réussi sans peine à 
montrer que le pape approuvait pleinement sa 
conduite et ses sentimens , et qu'il le lui avait 

' E quindi messonii in tuono più serio e più risoluto, gli 
dissi che il signore caidinalt- mi offendeva ; clie la luia condi- 
zioue , la niia cristiana e civile educazione che avevo sortito , 
e sipra tulto il carattere di cui ero fregiato , mi faccvauoab- 
bominare eabborrire ogni inûnginiento. Gli fecicoinpreudere 
che l'affare era imniaginato e maturato dal S. Padre nieùe- 
sirao , coir iiitorvento e la mediazione di S. M. la regina , e 
che non vi era luogo a ?orpresa. — Ihid. {". lo, p. 5. 



MÉMOIRliS. 1:25 

clairement fait connaître par sa lettre, comme 
il l'avait fait connaître à l\'glise toute entière par 
son allocution au consistoire des cardinaux, mal- 
gré les expressions par lesquelles une main enne- 
mie avait encore tri)uvé le moyen de défigurer ces 
deux pièces de conviction , Ricci pria le nonce de 
donner une attention particulière à un passage 
de la lettre de Pie YII, ainsi conçu : 

« Plût au ciel que vous nous eussiez mis depuis 
» long-temps dans le cas de vous procurer cette 
» consolation (de leur réconciliation); pour au- 
» tant que la chose nous concerne personnelle- 
» ment, cette consolation ne vous aurait jamais 
w manqué. Certes, nous avons toujours été, non- 
» seulement disposé à vous presser sur notre 
» cœur, et à vous recevoir dans la grâce du Saint 
» Siège avec toute la tendresse imaginable , mais 
» nous l'avons toujours ardemment désiré , et 
» nous n'attendions de vous autre chose que l'acte 
» précisément, qui était indispensable, et que... 
« vous vous êtes enfin décidé à faire ". » 

« Je pourrais donc dire , continua l'ancien 
M évêque de Pistoie, après avoir relu ce pas- 

' Cosi ei avesse ella assai prima posli in istato di daile un 
taie conforte , conie per la parte nostra non le sarcbbe mai 
niancato. ]Xoi certo siamo slati ognora, non clie disposli', ma 
desiderosi di accoglierla al nostro seuo , e riceverla nella 
grazia di questa santa sede , con tutta la possibile tenerezza , 
ne altro aspettavamo da lei , cbe appunto quell' atto indis- 
peusabile a cui. . . si è finalmente indotta. — Ibid. f". i 1 , p. i • 



1^4 MÉMOIRES. 

» sage au nonce , je pourrais donc dire que ma 
» première lettre au pape, écrite le 29 mars 1800, 
)) pour le complimenter sur son exaltation, ne lui 
)) a jamais été présentée : je pourrais ajouter que 
» la réponse incivile que me fit alors M. le cardi- 
)) nal Consalvi, au nom du pape, fut faite à l'insu 
)) de ce pontife, et fut conçue en opposition à ses 
» maximes et à ses sentimens ; qu'elle fut fabri- 
» quée par une personne qui produisit une fausse 
w lettre de ma part, entièrement différente de 
» celle que j'avais écrite , afin de pouvoir m'a- 
» dresser une réponse inconvenante, injurieuse 
» et rédigée avec toute la haineuse animosité 
» dont est capable une âme basse et un homme 
M sans éducation '. « 

Ricci se contenta de prendre ce ton de dignité 
et de montrer toute la fermeté d'un homme d'hon- 
neur devant le nonce. Hors de là , le silence et la 
résignation furent les seules armes qu'il opposa à 
ses ennemis, de peur de les aider lui-même à 



' Al papa dunque , potrô dire io , non fu presentata la 
mia lettera , per la di lui assunzione, scritta nei 29 marzo 
1 800 , e soggiuugerb poi che la incivile risposta , fattami allora 
dal Sig. cardinal Consalvi in nome del papa, fù fatta senzasa- 
puta di lui , e contre le massime e i sentiment! di esso , e fù 
fata da persona che finse una mia lettera , tutta diversa da 
quellach' io scrissi, per farmi una ris-posta inipropria , ingiu- 
riosa , e scritta con tutto quel fiele di cui è capace una per- 
sona vile e ignorante. Ibid. 



MÉMOIRES. 1^5 

parvenir au comble de leurs souhaits, la rupture 
de son accommodement avec Rome. 

Le i". juillet, il écrivit de nouveau au pape avec 
la plus grande effusion de cœur, pour le remer- 
cier de sa lettre obligeante. 

Le 1 7, il en reçut une seconde réponse, de pure 
civilité, et aussi affectueuse que la première. 

Cette correspondance directe entre l'ancien évé- 
que de Pistoie et le Saint Père, rendit vains tous 
les efforts des intrigans et toutes les machinations 
de ses persécuteurs '. 

Lorsque le prélat eut reçu la lettre du pape, il 
alla voir le nonce. « Il me dit, ce sont les paro- 
)) les de Ricci, avec beaucoup de politesse, qu'il 
» ne doutait pas de ma sincérité, mais qu'il ne 
» pouvait pas concevoir le motif pour lequel le 
» cardinal secrétaire d'état continuait à insister 
» sur la nécessité de surveiller ma conduite. Je 
>i répondis par un sourire , et je demandai s'il 
» faisait alors fort chaud à Rome. Cette question 
» indifférente déconcerta un peu le nonce , qui , 
» depuis lors , n'est jamais plus entré dans de 
» semblables discours ^. » 



- * jéb. X , Stor. del sinodo di Pistoja , p. i5g et 161. 
— Idem, Vita di monsig de' Ricci, p. 485-489. 

' Mi disse con molta pulizia , che non dubitava délia mia 
sincerità, ma che non sapea come dal Cardin, segretario di 
statos'insistavapercheinvigilasse suUa mia condotta. Risposi 
con un sorriso, e doinandai se vi era gran caldo in Roraa. 



126 MÉMOIRES. 

L'évêque de Pistoie, après avoir consigne cette 
anecdote dans ses Mémoires , dit qu'il ne l'a com- 
muniquée à personne pendant sa vie, pour éviter 
les commentaires , les interprétations et les dis- 
putes qu'elle aurait pu occasioner : il ne voulait 
pas contribuer à troubler la paix de l'église et son 
propre repos qu'il venait d'acheter à si haut prix ; 
il se rappelait que la paix de Clément IX n'avait 
pu être rompue par les ennemis de l'ordre, que 
lorsque les soi-disant jansénistes s'en furent trop 
hautement vantés. «La cour de Rome, ajoute-t-il, 
» n'étant pas provoquée, n'aura ni occasion ni 
» prétexte de s'alarmer et d'inventer de nouvelles 
» intrigues pour gâter et renverser ce qui a été 
)) fait, comme l'auraient peut-être désiré le car- 
» dinal secrétaire d'état et quelque autre curia- 
n liste ' . » 

Questa insulsa demanda sconcertb alquanto il nunzio , che 
non è mai più entrato in simili discorsi. — Ricci, Mem. MS. 
sul siio arresto , {°. i i , p. 5. 

' La curia non irritata mancherà di occasione e di pre- 
testo di allarmarsi , e d'inventare nuove machine per iscon- 
ciare il fatto , corne avrebbe forse desiderato il Cardin, segre- 
tario di stato e qualche altro curiale. — Ibid. P. 1 1, p. 4- 

N. B. Cette troisième partie des Mémoires de l'évèque 
Ricci sur son arrestation , porte à la fin la date du 17 octobre 
i8o5. — Ibid. {°. 12 , p. I. 

Ces Mémoires sont suivis d'un journal de M.**, compre- 
nant, jour par jour , ce qui arriva pendant tout le temps que 
dura cette détention, p. 1-466 ; 

Les détails des vexations qu'éprouva , à la même époque , 



mémoiuks. 127 

Quoi qu'il en soit, Ricci, honoré par tous ceux 
qui avaient le bonheur de le connaître , ne s'en 
montra que plus modeste : l'opinion publique le 
désignait comme le prélat le plus digne d'occu- 
per le siège de Florence lorsqu'il viendrait à va- 
quer, et celui de Pise lorsqu'il fut vacant. 

La satisfaction que lui causaient ces témoigna- 
ges d'estime de la part de ses compatriotes fut 
un peu troublée par plusieurs lettres qu'il reçut 
de Toscane et de l'étranger, avec des reproches 
amers sur ce qu'on appelait sa faiblesse et sa dé- 
sertion du parti de la vérité. Il se vit attaqué jus- 
que dans des imprimés, comme un homme qui 
avait lâchement rétracté ses opinions. 

L'ancien évêque de Pistoie se consola dans la 
société des savans et des artistes célèbres : il cul- 
tivait lui-même les belles-lettres, et il fut fait 
membre de diverses académies. 

Les études religieuses dont il se faisait un devoir 
continuaient à être ses occupations principales. 
Il composa , à cette époque , quelques ouvrages de 
piété; entre autres , des considérations sur les épi- 
tres de saint Paul, sur l'oraison dominicale , etc. 
L'importance qu'il attachait à faire croître la 

l'évêque détenu , mais pour des matièi'es simplement ecclé- 
siastiques , p. 1-33; 

Enfin le procès original , tel qu'il fut instruit , avec toutes 
les dénonciations du barigel , les interrogatoires des témoins 
et quelques docuniens qui vienni^nt à l'appui : environ 200 
pages. 



128 MÉMOIRES. 

dévotion des fidèles envers sainte Catherine de 
Ricci, qui, dit-il, avait si ardemment médité les 
mystères de la passion de Jéslis- Christ (gS), fit 
qu'il demanda directement au pape une indul- 
gence pléniére pour le jour de la fête de cette 
sainte et celui de son octave , à mériter dans tou- 
tes les églises et chapelles de la Toscane. La let- 
tre de Ricci avait été écrite le 20 janvier 1806; 
il y reçut une réponse dans le mois de février sui- 
vant, par laquelle le pape lui accordait tout ce 
qu'il avait désiré ^ 

11 ne songea plus alors qu'à faire célébrer avec 
la plus grande pompe la fête de la sainte, sa pa- 
rente. Il fit imprimer les prières qu'il voulait que 
le peuple lui adressât, et il y ajouta des instruc- 
tions aux dévots pour bien mériter l'indulgence 
pontificale ; il fit frapper de petites médailles , et 
graver des images de sainte Catherine avec des in- 
scriptions pieuses et des oraisons, pour être dis- 
tribuées aux fidèles^. 

On a peine à reconnaître en cet endroit le col- 
laborateur éclairé de Léopold , et l'éloquent auteur 
du discours contre l'abus des indulgences, pro- 
noncé à l'assemblée des évêques toscans. 

Les minuties religieuses de Ricci n'avaient 
point étouffé ses vertus. 11 se conduisit avec beau- 
coup de grandeur d'âme envers la famille du sé- 

' Âb. X, VitaMS. di monsig. de' Ricci^ p. 490-499. 
^ Ibid. p. 5oo. 



TMÉMOIUK.'-.. 129 

natenr Ricci , lors de la mort de ce Yrère qui s'ë- 
tait si long-temps montré le plus fanalicjuc de 
ses persécuteurs. 

Les aumônes qu'il faisait aux pauvres étaient 
très-abondantes; sa fortune venait cependant de 
recevoir un échec considérable, loifl de la réu- 
nion de la Toscane à l'empire français en 180G. 
La pension de deux mille écus ( 1 1,200 fr. ) dont il 
jouissait, cessa de lui être payée jusqu'à ce qu'il 
eût pu fournir les preuves de la légitimité des ti- 
tres sur lesquels elle lui avait été assignée, ce qui 
n'eut lieu que peu avant sa mort '. 

Ricci sentait sa fin approcher. 11 voulut encore 
jouir des plaisirs de la campagne; mais, pour ue pas 
être pris au dépourvu avant de quitter Florence, 
il mit ordre à toutes ses affaires et fit son testa- 
ment. 

A peine fut-il à sa Villa, qu'il eut deux fortes 
attaques d'épilepsie , qui firent tellement craindre 
pour ses jours , qu'on lui administra les secours 
de la religion; après quoi il se fit transporter à 
Florence. 

Il paraissait y recouvrer la santé et les forces , 
lorsque , tout à coup , son mal le reprit de nou- 
veau et avec plus de violence qu'auparavant. Des 
humeurs qui d'abord avaient couvert tout son 
corps, et que les médecins attribuèrent aux cha- 
grins qu'il avait soufferts, se fixèrent ensuite 

' Ihid. p. 5oi-5o4. 

Tome III. o 



l5o MÉMOIRES. 

aux jambes et lui causèrent des douleurs aiguës. 
Sa dévotion augmentait à mesure que sa santé 
s'affaiblissait. On l'a vu , plus d'une fois, pleurant 
aux pieds de son confesseur. L'onction avec la- 
quelle il disait la messe, dit son biographe, 
quand ses forces le lui permettaient encore, ce 
qui n'était que bien rarement , ne saurait être 
décrite : il demeurait, après la consécration, 
C3rame en extase, l'hostie en main et répandant 
un torrent de larmes. Sa patience, sa résignation, 
sa douceur pendant une longue maladie et de 
cruelles souffrances édifiaient toutes les personnes 
qui l'approchaient. 

Ricci reçut le viatique, le 1 8 janvier 1810, et, 
dès ce moment, il ne s'occupa plus que de ce qu'il 
croyait devoir faire pour le bien de son âme : il 
paraissait déjà détaché du monde , dans lequel un 
reste de vie le retenait encore comme magré lui. 
Il ne tarda pas à demander l'extréme-onction. Le 
25 janvier, il reçut de son curé la bénédiction pa- 
pale appelée in articula mortis (à l'article de la 
mort), et enfin le 27, pendant la nuit, il expira '. 
Les sentimens de religion qu'il fit éclater à la 
fin de sa vie, et surtout dans ses derniers instans, 
convainquirent de sa sincérité sur cet article, 
ceux qui lui avaient fait l'injure d'en douter 
avant cette époque (c'est M. l'abbé X qui parle). 
Ce dont on eut encore tout lieu de se convaincre, 



' nul. p. 5o8-5ii. 



MïîMOIRKS. l3l 

c'est qu'il ne sentait aucun remord do ses actions 
passées : il ne parl.ut jamais de ses réformes; seu- 
lement on l'entendait souvent demander pardon à 
Dieu de ce qu'il avait pu mêler de motifs humains 
aux maximes qui l'avaient guidé pendai]^ l'exer- 
cice de son épiscopat '. 

Son corps fut embaumé avec soin, et exposé, 
le 3o janvier, à l'église de Sainte-Marie-Majeure, 
sa paroisse. On s'y porta en foule pour le voir; et, 
pendant plusieurs jours , il fut pleuré par ses 
compatriotes, qui rappelaient à l'envie ses vertus, 
ses lumières et les rares qualités de son cœur. 

Les chanoines et tout le clergé de la cathédrale 
demandèrent à la famille de Ricci qu'il leur fût 
permis de faire eux-mêmes les fonctions religieuses 
autour du cadavre. Ils se prosternèrent proces- 
sionnellement à Sainte -Marie -Majeure , et s'ac- 
quittèrent avec beaucoup de pompe des devoirs 
que leur avaient imposés l'admiration et les 
regrets. Même l'évêque de Fiesole, que nous 
avons vu donner des marques si petites de son 
dépit contre le mérite supérieur de l'ancien 
évèque de Pistoie, fut entraîné par le mouvement 
général, et il alla officier auprès des restes de spn 
estimable collègue. 

Ces cérémonies étant terminées, le corps de l'é- 
vêque Ricci fut transporté à sa villa de Rigaana , 

' Ibiîl. p. 5 12. 



ID2 MÉMOIRES. 

où il avait domaiidë à êtriB enterré par son euié '. 

Le vertueux [lontife fut regretté à l'élranp-er 
comme il Tétait en Toscane , et sa famille en re- 
çut les témoignagnes les plus honorables. Nous 
ne citerons ici que îa lettre de condoléance que le 
pape , aussiîôt que la mort de Ricci lui eut été 
annoncée , s'empressa d'écrire au chevalier Jeau- 
Baptiste Piicci , frère du prélat. Toli , ëvêque de 
Pistoie et Prato , qui avait succédé à' Falchi , 
fit célébrer à Pisloie même un service funèbre 
avec beaucoup de solennité , et le peuple y assista , 
en donnant les signes de la douleur la plus vive 
et la plus vraie ^. 

L'auteur de la vie manuscrite de Ricci a ajouté 
à ces détails une courte conclusion , dans laquelle 
il 1 épond à ceux qui ont accusé le prélat d'avoir 
été le seul à réformer la discipline ecclésiastique , 
et à s'attribuer des droits qu'une longue habitude 
avait réservés au Saint-Siège. Il prouve que les 
réformes qui avaient été entreprises ne regar- 
daient point la discipline universelle, mais seu- 
lement des abus , sinon particuliers au diocèse de 
Pistoie et Prato, du moins plus intolérables Ifi 
que partout ailleurs ; abus dont l'existence rete- 
nait le peuple dans l'ignorance, dans la supersti- 
tion et dans le fanatisme ; abus qui nourrissaient 
l'ambition, l'avidité et la dissolution du haut 

• Ibid. p. 5i3-5i6. 
^ Ibid. p. 5 1 y. 



M i*': M o 1 1! i: s . I 5 5 

«Jcr(;é et dos moiiuis; ;il)us eniiii, i\iic , lorsque» 
Ricci avait perdu toute inllueuce, <m u extirpés, 
pour la plupart, au grand coutenteincut (i(;s per- 
sonnes ])ieuses et sensées, et sans que le peuple 
semblât y prendre le moindre intérêt'. 

u Dans ces derniers temps, dit encore le même 
» écrivain dans son histoire du concile diocésain 
» de Ricci , on a vu généralement applaudir les 
)) opinions et les maximes que l'on avait prises 
» en horreur dans les actes du synode de Pistoie, 
)) et aujourd'hui l'on met tranquillement et même 
» avec zèle à exécution un nombre considérable 
)) de ces mêmes réformes qu'on détestait à l'épo- 
» que de cette assemblée^, n 

L'auteur Unit, d'après l'exemple, dit-il, de 
l'évêque Ricci , par déclarer qu'il accepte et vé- 
nère de tout son cœur la bulle Aiictorein fidei. 
Après quoi il ajoute : « Le '3o mai 1822, moi 
)j prêtre X, j'ai rédigé ces Mémoires, en foi de 
» quoi je les signe de ma main \ » 

' Ibicl. p. 52i-5u4. 

" In questi ultimi tempi si sentono appiauditi quei 

sentimeuti che si esecravanonel sinoilo , e si csservano messes 
in pratica tranquillameiite c con soddisfazione , non poche di 
quelle riforme che si ahborrivano nelquestosinodo. — Iclein^ 
Stor. MS. del sinodo di Pistoja , p. i65. 

^ Aid'i 3o maggio 1822. — (Signé : ) lo P. X , ho stcss.e 
qucste nicmoiie , cd in (idc, niauo piopria. — ibid. p. i6G^ 



MEMOIRES. 



CHAPITRE VI. 



BESUME DE LA VIE ET DU PONTÎFICAT DE 'RICCI. 



L'ÉDicATiox de l'enfance avait imprimé à l'àme 
sensible de Scipion de Ricci le caractère de la dé- 
votion; mais la culture de sa raison et la trempe 
de son esprit ne permirent pas qu'il devînt un 
fanatique ou un superstitieux. Il était né catholi- 
que romain ; on le destinait à l'état ecclésiasti- 
que. Le jansénisme était son seul refuge, et il 
l'embrassa de bonne foi. 

Ses réflexions sur la cour pontificale qu'il vi- 
sita, sont précieuses dans la bouche d'un prêtre 
sincèrement pieux ; son refus dy faire fortune, 
en entrant dans la carrière de la prélature , mon- 
tre tout le désintéressement de sa belle âme : il 
voulait pouvoir demeurer honnête homme. 

Ricci assista à la catastrophe des jésuites, qu'il 
détestait comme un corps politique dont l'exi- 
stence menaçait les gouvernemens et ks rois, 
corrompait la morale des peuples et prostituait 
la religion. Il ne voyait en eux que les falsifica- 
teurs de la saine doctrine, les satellites de la tor- 
tueuse politique papale, les ennemis de tout 



MÉMOIRES. l35 

homme qu'ils ne pouvaient pas faire servir à leurs 
fins, les empoisonneurs de Ganganelli. 

Dès qu'il eut été nommé vicaire - général de 
rarehevêché de Florence, Ricci manifesta sa 
ferme intention d'être un bon prêtre patriote, 
toujours prêt à seconder le prince qui régnait 
alors jjour le bonheur de la Toscane. La première 
preuve qu'il en donna , fut de coopérer à la pu- 
blication des livres qui dévoilaient l'ambilion, 
la cupidité, l'infamie publique et les crimes de 
plusieurs papes, livres que Rome avait condam- 
nés au premier chef ^ comme irréligieux et 
impies. 

Devenu évêque de Pistoie et de Prato ^ il se 
traça avec sévérité la ligne de ses devoirs, et y 
demeura constamment et courageusement atta- 
ché, jusqu'à ce que la fureur de ses ennemis le 
força à quitter la place. 

Le commencement de son gouvernement épis- 
copal fut aussi l'origine de tous les maux qu'il 
eut à souffrir dans la suite, et des persécutions 
sous lesquelles il succomba. Il avait irrité le corps 
puissant et dangereux des moines, et en attaquant 
leurs privilèges, en dévoilant leurs turpitudes, 
il menaçait la cour de Rome de la perte des plus 
nombreux et des plus zélés de ses émissaires j 
dés lors sa propre jjerte fut jurée. 

Un philosophe aurait toléré le superstitieux 
culte du sacré cojtir , ajouté par les jésuites aux 
superstitions précédentes, jusqu'à ce que la raison 



i3l6 mémoires. 

humaine en fit justice. Un philosophe , s'il avait 
dû souffrir que les cloîtres recelassent encore des 
individus des deux sexes, qui eussent fait vœu 
de violer toutes les lois de la nature et de ne 
remplir aucun des devoirs de la société, aurait 
peut-être mis fort peu d'importance à ce que ces 
individus vécussent ou non selon les règle^ bizar- 
res de leurs instituts , et qu'ils conservassent la 
continence qu'ils croyaient être agréable à Dieu. 

Mais Ricci était catholique de bonne foi, et 
son office de pasteur l'obligeait à surveiller le 
dé|3Ùt de la croyance religieuse de sa secte. Le 
culte du sacré cœur était à ses yeux une idolâtrie, 
d'autant plus périlleuse qu'elle était introduite 
par les partisans de toutes les erreurs, les doc- 
teurs du plus infâme relàe'aement dans la morale, 
en un mot , par les jésuites , auxquels elle était 
destinée à donner du crédit et du pouvoir. 

Il ne pouvait voir qu'avec horreur le déborde- 
ment des mœurs, dans les couvens de religieuses 
domJnicaines , où les moines du même ordre en- 
seignaient ouvertement l'athéisme, et faisaient 
régner le libertinage le plus débouté; où l'impu- 
reté, le sacrilège et les désordres de toute espèce 
étaient parvenus à leur comble. Il devait expri- 
mer toute son indignation de l'indifférence des 
supérieurs , du général même de l'ordre , de la 
cour de Rome et da chef de tous les catholiques , 
instruits depuis long-temps de ces turpitudes, et 
refusant de faire la moindre démarche pour y met- 



MÉMOIRES. iSy 

tre un terme. N'avait - il point foules les raisons 
pour en conclure que ces gens-là n'étaient pas de 
la même religion que lui, et pour les mépriser, 
puisqu'ils feignaient de ne le persécuter que par 
zèle pour cette religion? 

Qudlle àme religieuse ne gémirait pas envoyant 
l'immoralité conduire à la profanation , et la 
corruption enfantei^ l'impiété? En tolérant ces 
crimes, Rome annonçait clairement son inten- 
tion de s'en servir ; •c'était encourager à les com- 
mettre, ceux dont elle voulait faire ses complices. 

La haine du nombreux parti attaché à l'exi- 
stence de tous les abus de pouvoir de la cour de 
Rome, n'empêcha pas Ricci de marcher d'un pas , 
ferme dans la route qu'il avait eu le courage de 
se tracer. Faisant main basse sur plusieurs pra- 
tiques de dévotion pernicieuses ou pour le moins 
inutiles , il travailla constamment à rendre le 
culte plus respectable en l'épurant , à rendre ses 
ministres plus dignes d'être respectés en faisant 
d'eux des prêtres exemplaires , les pères du peu- 
ple , destinés à l'instruire dans ses devoirs , à le 
guider dans sa conduite , à le consoler dans ses 
jnaux. Animé par des vues aussi saines, il ne pou- 
vait que proscrire les missionnaires ambulans , 
et réprouver les catéchismes imposés aux fidèles 
par la cour de Rome, propres seulement, les 
uns et les autres, à fanatiser la multitude en fa- 
veur des absurdes prérogatives de la papauté. 

Ricci était tolérant, puisque sa piété é'.ait celle 



l58 MÉMOIRES. 

d'un homme juste et raisonnable, plutôt que eelle 
d'un aveugle religionnaire. C'était se contredire 
comme catholique ; mais le temps était venu où 
celte inconséquence dans les maximes du crt^/20/i- 
m772e allait être indispensable. Ricci, qui détestait 
la conduite et les opinions des deux religieuses 
perverties de son diocèse , détesta bien plus en- 
core la cruauté de l'archevêque iMartini, qui avait 
nsé de violence pour les convertir '. On attribua, 
dans le temps , à l'évéque de Pistoie le décret de 
Léopold, qui abolissait jusqu'au nom môme de l'in- 
quisition en Toscane : c'était faire le plus bel 
éloge de ce pasteur philantrope. 

' Ricci, dont la piété et la crédulité ne sauraient être mises 
en doute , qui pleui^it d'attendrissement lorsqu'il tenait à la 
main l'hostie consacrée dans laquelle il voyait son Créateur et 
son Dieu , l'évéque Ricci ne voulait pas qu'on infligeât les pu- 
nitions corporelles, même les plus légères , à des femmes qui 
se vantaient hautement de leur athéisme, quoiquelles fussent 
liées à la Divinité par des sermens solennels , et qui , égarées 
parle libertinage le plus effréné de cœur et d'esprit, abusaient 
d'une manière infâme de cette même Divinité rendue ma- 
térielle et visible à leui's yeux 

Quelle critique sublime de toute loi possible sur le sacri- 
lège ! 

C'était alors ou jamais qu'il fallait invoquer les bourreaux 
et les supplices. La postérité aurait détesté l'erreur de Léo- 
pold et de Ricci; mais elle les aurait plaints , parce qu'ils 
étaient convaincus et de bonne foi. 

Heureusement que le grand-duc et son zélé coopérateur, 
malgré cette conviction, on pourrait même dire en dépit de 
cette conviction , avaient devancé leur siècle. 



TMKMOir.K s. 1:59 

L'instruction pnl)li(juo étnit l'objet clos [)!n,s 
giantls soins de Ltojjoid et de Ricci, comme elle 
l'est de tous les vrais amis de l'humanilc. L\]- 
vèque travailla surtout à former des ecelésiasti- 
(jues éclairés et sages, parce que ceux-ci , à leur 
lour, devaient éclairer le peuple, et veiller à ce 
que la paix et la prospérité de l'état résultassent 
uaturellement de la concorde des ménages et do 
l'éducation d'une jeunesse vertueuse et patriote, 
risîoie eut son académie ecclésiastique; et, si les 
études des rémiliers avaient été réformables , l'ac- 
tivité de Ricci , encore excitée par les exhortations 
de Léopold, y aurait introduit une meilleure njé- 
t'iode d'enseignement. Mais les moines ne sont 
d'aucun pays : ce ne sont que des égoïstes igno- 
rans et portés au mal , attachés par intérêt à la 
cour de Rome, qui les soutient au prix de toute 
espèce de sacrifices , comme étant la soldatesque 
la plus dévouée de sa redoutable milice. Avoir 
tenté de les corriger, avoir voulu en faire des 
prêtres utiles, de bons citoyens, était un crime 
qui exaspéra à tel point contre l'évêque de Pis- 
toie , et la cour de Rome et les moines, que, 
pour renverser ce dangereux ennemi de l'erreur, 
tout fut mis en œuvre, même des tentatives d'as- 
sassinat. 

L'établissement du patrimoine ecclésiastique ne 
causa pas de moindres inquiétudes à Rome. Des 
ministres du culte, salariés par une administration 
entièrement indépendante de l'influence de la cour 



^4^ MÉMOIRES. 

pontificale, allaient perdie de vue les intérêts de 
celle-ci , pour ne plus s'occuper que de ceux de la 
morale et de la religion. Cette révolution , aussi 
désirable pour la Toscane que redoutée par une 
puissance dont l'élévation et la grandeur exigent 
l'obéissance servile et l'avilissement de tout ce 
qui l'entoure, semblait devoir s'opérer d'autant 
plus promptement, que Pvicci lui-même s'occu- 
pait sans relâche du soin de faire disparaître les 
obstacles qui s'opposaient à son plein succès. Non 
content d'éclairer son clergé sur les droits inalié- 
nables du pouvoir civil , sur ceux de la juridiction 
spirituelle de ce clergé lui-même, sur les usur- 
pations par lesquelles le Saint-Siège s'est emparé 
et des uns et des autres, il montrait encore, par 
son exemple , comment ces droits doivent êtr€ 
rendus à leurs légitimes possesseurs , surtout de- 
puis que le prince qui régnait en Toscane leur 
en faisait un devoir. Autorisé par- le gouverne- 
ment, que Ricci reconnaissait comme étant la 
seule autorité qui pût légalement régler le con- 
trat civil du mariage, cet évêque dispensa des 
empêchemens à cet acte, tous ceux de ses diocé- 
sains qui lui en alléguèrent des motifs valables, 
sans permettre que la daterie romaine continuât 
cà épuiser la Toscane , en s'y arrogeant un pou- 
voir qu'elle n'a jamais eu , et dont on lui paie 
l'exercice au poids de l'or. 

Les prêtres privés de tous les biens attachés 
exclusivement à Téglisi', le lurent encore par Té- 



MlfcMOIUES.' l4l 

vtijuc do Pistoic do loule juridiotion témporello, 
de louto autorilô sur los alFairos du siéolo, ol lui- 
mêmo roiionoa aux monstriioux privilô{j(',s, ([iio 
dos tonips d'i(;noranco avaient fait accord(T au 
haut clorgé, en lui attribuant des cours judi- 
ciaires, une police armée et des prisons. Tou- 
jours fidèle au plan de soustraire le clergé à l'in-. 
lluence de la cour de Rome, qui en faisait un 
corps atiti-social dans l'état, liicci dénonça au 
prince l'abus du serment de fidélité, que le Saint- 
Siège exigeait de tous les évoques en leur accor- 
dant leurs bulles. Pour la plupart d'entre eux, 
ce serment était un lien fatal : il les retenait 
dans la plus funeste opposition à toutes les me- 
sures législatives, qui, dans le but de faire le 
bonheur du peuple , étaient conçues dans le des- 
sein de restreindre le pouvoir pontifical , le plus 
puissant obstacle à ce bonheur. 

Sur ces entrefaites, Ricci ne cessait dé répan- 
dre les lumières dans son diocèse, avec les livres 
qu'il jugeait propres à produire cet elfet : beau- 
coup de ces livres étaient dos productions jansé- 
niennes, il est vrai, ce qui, à certains égards, 
était un mal, parce que la dureté do principes 
des jansénistes, et leur austérité sur des prati- 
ques pour le moins indiiïérentos, menaçaient d'en 
faire une secte intolérante et cruelle, si jamais 
elle parvenait à dominer. Mais , on y apprenait à 
ne pas reconnaître d'autorité infaillible, et l'on y 
démontrait l'absurdité et l'injustice de la plupart 



l42 MÉ^IOinES. 

des actes de celle qui se vante d'infaillibilité, ce 
qui disposait les esprits à un généreux élan vers 
l'indépendance des idées , le plus bel apanage de 
l'intelligence bumaine , comme la servilité de la 
conscience est le dernier degré de l'avilissement 
moral. 

Les réformes du diocèse de Pistoie alarmèrent , 
non-seulement la cour de Rome, mais encore le 
ministère toscan : celui-ci , ne cessant d'alléguer 
des difficultés et de susciter des obstacles pour 
lasser et dégoûter le grand-duc de ses heureuses 
iîinoVations, voyait tous les plans de sa mali- 
cieuse résistance, renversés par la facile et en- 
tière réussite des entreprises de Ricci. Les mi- 
nistres de Léopold craignaient, à la fois, les re- 
gards perçans de leur maître et ceux du public, 
que sa nouvelle législation tendait à faire porter 
sur toutes leurs opérations. C'était saper le des- 
potisme jusque dans ses bases, l'ignorance et le 
secret. Aussi ne négiigèrent-ils rien pour main- 
tenir ces fléaux, s'ils ne pouvaient encore les ac- 
croître, malgré les efforts du prince pour faire 
juger par une nation éclairée les actes d'un gou- 
vernement franc et sans mvstères. 

Cette parité d'intérêts entre le ministère et la 
cour de Rome , serra les nœuds d'une alliance 
qui n'avait d'autre effet que de perpétuer les 
maux de l'humanité, en perpétuant les ténèbres 
dont s'entoure toute puissance qui veut nuire. 
Luc aristocratie avide et éffoïste se hâta d'entrer 



MÉMOIRES. 145 

dans cette ligue, qui lui promettait la conserva- 
tion de tous les préjugés sur lesquels reposent 
ses injustes privilèges; et Ricci, en guerre ouverte 
contre le pape et ses moines, la noblesse et le 
gouvernement, n'eut pour la soutenir que l'estime 
de Léopold et le témoignage d'une conscience 
sans reproches. 

Mais on approchait d'une époque qui , en dé- 
veloppant de plus en plus les projets du grand- 
duc et de l'évoque, son confident, forçait aussi 
les ennemis naturels des réformes à concentrer 
les moyens d'attaque et de résistance dont ils pou- 
vaient disposer contre leur courageux et infati- 
gable adversaire; tandis que celui-ci, en dévoilant 
sans cesse leur méchanceté et leur incapacité, 
les exposait à toute la colère du prince et à la 
perte irréparable de leur funeste influence. Nous 
parlons de l'époque du synode de Pistoie, que 
Ricci convoqua enfin d'après les ordres de Léo- 
pold, lorsqu'il crut avoir assez instruit ses diocé- 
sains et nationalisé son clergé, pour les faire 
entrer dans des vues également inspirées par la 
religion et le patriotisme. Il ne fut point trompé 
pour ce qui regardait la majorité de ses prêtres, 
à qui il avait rendu leur dignité et leurs droits, 
en même temps qu'il reprenait ses propres droits 
sur la cour de Rome. La populace seule demeura 
exposée aux intrigues et aux puissans moyens de 
corruption que mirent en usage les ministres , les 
grands et les émissaires du pape. 



l44 MÉMOIRES. 

Le succès de Ricci trompa Léopold. Il commit 
l'inexcusable faute d'appeler à ses conseils tout le 
haut clergé de la Toscane, c'est-à-dire, un corps 
nécessairement intéressé à contrarier les inten- 
tions qu'il avait manifestées d'opérer le bien; et 
il fournit imprudemment à ce corps dangereux 
l'occasion de populariser son opposition , et de se 
proclamer ouvertement le soutien et le guide 
d'une multitude ignorante et égapée, que lui- 
même avait séduite, et qui désormais lui servit 
de prétexte pour motiver sa coupable résistance. 

L'issue de l'assemblée ecclésiastique de Florence 
fut le signal d'un tumulte à Prato. Cette émeute 
populaire fut réprimée sans peine ; mais l'exemple 
était donné : la tourbe des hypocrites et des fana- 
tiques avait vu combien facilement la superstition 
enflammait un peuple que de longues années d'un 
rapetissant despotisme avaient replongé dans l'en- 
fance. Rome , cette Rome que les gouvernemens 
même catholiques, ses ennemis nés, flattent aussi 
souvent qu'elle les aide à étouffer la généreuse 
flamme de raison et de patriotisme qui s'est allu- 
mée dans le cœur des nations, Rome osa concevoir 
le vaste plan d'armer les peuples contre tous les 
souverains réformateurs des abus, parmi lesquels 
abus elle-même tient le premier rang. Déjà ses re- 
doutables projets s'étaient manifestés ouvertement 
dans la révolution aristocratique et monacale de 
la Belgique , où elle faisait prêcher le dogme de la 
souveraineté du peuple , au profit des moines eu- 



M KMO I n rs. u,'> 



pides et de nobles inihéeilos, et surtout à son 
propre prolit. 

Les révoltes de plusieurs villes de la Toscane 
furent fomentées dans le môme esprit et par les 
mêmes a(];cns. Celle de Prato fut suivie d'une au- 
tre à Pistoie, qui ne put être calmée que par la 
fuite de Ricci et par l'abolition des réformes reli- 
gieuses qu'il avait établies, par le retour des er- 
reurs, des j)ratiques puériles et superstitieuses, des 
actes d'avilissement et de servilité envers la cour 
de Rome, qu'il avait abolis. Cet esprit de vertige* 
s'étendit jusqu'à Florence, où le ministère qui 
avait tout provoqué , qui avait soutenu les mal- 
veillans et les avait constamment guidés vers la 
plus déployable des restaurations, se hâta d'en 
tirer parti, pour mettre tout d'un coup la dernière 
main à cette œuvre de ténèbres et d'iniquité. 

Il le pouvait sans peine. Le seul homme qui 
aurait brisé cet instrument du génie du mal , ve- 
nait de quitter la Toscane. Léopold, monté sur le 
trône impérial , ne se soutint pas à la hauteur des 
circonstances ; et la philosophie eiit à pleurer 
à la fois la mort de Joseph II et l'élévation du 
grand-duc. Le fanatisme remporta en tous lieux 
une victoire complète , et ramena en triomphe 
l'ignorance et la superstition , ses compagnes or- 
dinaires. 

Sur ces entrefaites, la révolution française atti- 
rait sur elle les regards de l'Europe , et ne per- 

TOM. III. JO 



l46 MÉMOIRES. 

mettait plus de détourner les yeux sur des intérêts 
plus secondaires. Le cri de liberté prononcé à l'as- 
semblée nationale de France, avait retenti dans 
tous les cœurs , et préparé dans tous les pays aux 
guerriers de la grande nation , l'accueil qui était 
dû à des libérateurs et à des frères. Le sacerdota- 
lisme et la féodalité frémissaient à leur approche , 
et les conseils des rois , qui s'étaient de nouveau 
constitués les appuis de la noblesse et du clergé , 
invoquaient leurs trahisons et leurs poignards. 

Basseville fut, en Italie , une des premières vic- 
times de cette* ligue liberticide, et Rome encore 
teinte de son sang, Rome qui avait, dans sa dé- 
mence, osé former le projet d'affronter les braves 
enfans de la patrie, saisit ce moment pour ac- 
cabler l'évéque Ricci, qui jouissait d'un repos 
philosophique, loin du diocèse auquel il avait j^e- 
noncé dès qu'il avait été convaincu qu'il ne pou- 
vait plus y faire du bien. Une bulle, monument 
de mauvaise foi, fut lancée contre lui, pour ser- 
vir désormais de point de ralliement à tous ses 
ennemis , de prétexte à toutes les persécutions 
sous le poids desquelles on espéra pouvoir enfin 
le faire succomber. Quoique éloigné du monde et 
de ses tempêtes , Ricci ne se croyait pas moins 
oblip-é à assister de ses lumières, ceux de ses 
frères qui étaient exposés à leurs fureurs, et cha- 
cune de ses décisions était un éclatant hommage 
rendu à la vérité. C'est ainsi que, sur des doutes 



MÉMoinEs. r47 

qui lui furent communiques de France, il répon- 
dit que les prêtres pouvaient et devaient même 
y prêter le serment national jn'cscrit par les re- 
présentans du peuple, et que les fidèles ne pou- 
vaient se dispenser de regarder ces prêtres obéis- 
sans comme les vrais et légitimes pasteurs aux- 
quels était confié le soin de leurs âmes. 

Rome et la Toscane elle-même furent, à cette 
époque , envahies par les armées républicaines , 
qu'elles avaient eu l'imprudence d'irriter par une 
conduite tortueuse , appelée politique dans les 
cours , mais que les peuples qui n'ont d'autre guide 
que la morale, flétrissent du nom de duplicité et 
de perfidie. 

Ricci vivait alors dans une retraite volontaire, 
loin d'un monde qui l'avait méconnu. 

Il y fut arraché d'une manière bien pénible. Des 
brigands descendus d'Arezzo pour égorger les traî- 
nards de l'armée française, en pleine retraite dans 
toute l'Italie, depuis la perte de la bataille de la 
Trebbia, prirent possession de la capitale de la 
Toscane, au nom de l'empereur d'Autriche et d'une 
IMadone prétendue miraculeuse de leur ville : ils y 
commirent tous les excès et tous les crimes qu'on 
devait attendre d'une tourbe fanatisée par ses prê- 
tres , et sans cesse excitée au mal par un gouver- 
nement inepte. L'ancien évêque de Pistoie fut jeté 
en prison avec tous les amis de l'ordre et de la 
vertu , avec tous les partisans de Léopold et de sa 
sage législation, avec tous les jansénistes qui 



l48 MÉMOIRES. 

n'avaient pas sacrifié les intérêts de leur patrie 
à l'insatiable despotisme de Rome. 

Ici se déroule la longue liste des persécutions 
que Ricci eut à souffrir, et où jouèrent un rôle 
infâme les personnages les plus éminens par leur 
naissance , leurs dignités , leur caractère. Intri- 
gues, machinations, cruautés de toute espèce, 
rien ne fut négligé pour assouvir l'implacable 
vengeance de Rome et de ses partisans , et pour 
satisfaire Tamour-propre blessé des grands que 
Léopold avait fait rentrer dans la nullité à laquelle 
la nature les condamnait. Pendant que l'atroce 
chambre noire, le tribunal des aristocrates terro- 
ristes de la Toscane, plongeait trente mille fa- 
milles dans le deuil , Ricci , tour à tour flatté et 
menacé, fatigué par les moyens les plus capables 
d'épuiser la patience et le courage d'un vieillard 
isolé, attaqué par tous les côtés faibles que son 
âme candide et vertueuse offrait à l'astuce et à 
la malignité de ses ennemis, Ricci avait peu à peu 
été préparé à un acte de condescendance, auquel 
il n'aurait jamais consenti , s'il avait pu le voir 
sous le même aspect que l'ont vu les amis de son 
honneur et de son nom. 

Déjà les victoires des Français en Italie avaient 
arraché le malheureux évêque à la cour de Rome, 
qui le regardait comme sa proie , et qui désirait 
ardemment de se le faire livrer par une régence 
fanatique , comme jadis les princes bigots de la 



MÉMOIRES. 149 

maison de Médicis lui livraient les plus éelairés 
de leurs sujets, qu'elle brûlait en haine des lu- 
mières '. 

Mais bientôt après, les, Toscans sacrifies à une 
déplorable politique, devinrent, j)ar la plus illé- 
gitime des cessions, le partage d'un despote fai- 
ble et superstitieux, d'une femme extravagante 
et d'un ministère sans talens comme sans vertus. 
Rome sentit que ses jours de gloire allaient re- 
naître, et se promit bien de regagner en Toscane 
tout le terrein qu'elle perdait ailleurs. L'aboli- 
tion des institutions libérales de Léopold et des 
Français , et le rétablissement des abusj qu'ils 
avaient extirpés, précédèrent la chute de Ricci. 
Ce prélat, accablé sous des maux sans fm, terrifié 
par d'atroces anfécédens, séduit partout ce qui 
était capable de lui faire prendre un acte de fai- 
blesse pour un acte de vertu , signa un écrit qu'il 
crut n'être qu'un oubli du passé, mais que les 
fourbes , ses ennemis , surent convertir en une 
condamnation de toute sa conduite et des motifs 
qui l'avaient dirigée. 

L'humiliation de Ricci fut le seul succès dont 
Pie VII put se vanter, à son retour à Rome, après 
le couronnement de l'empereur Napoléon. Ses au- 
tres succès ne regardaient que la religion , et ce 



' Voyez les Notes et pièces justificatives^ note i"'*", tom. i*"", 
p .220 , en note. 



l5o MÉMOIRES. 

ne sont pas ceux dont on se vante à la coiir des 
papes. 

Après cela , l'ancien évêque de Pistoie ne fît 
plus que traîner une vie languissante, jusqu'au 
moment où la mort mit un terme à ses chagrins 
et à ses maux. 



M K M o I u r. s . 



CHAPITRE LXXVIII 



RESUME DES GRIEFS DE LA COUR DE ROME. 



La vie entière de Ricci , comme nous venons dv 
le voir, fut un enchaînement d'attaques contre la 
cour de Rome , dont il ne cessa de combattre les 
prétentions aux droits imprescriptibles des (jou- 
vernemens et des peuples, et le despotisme spi- 
rituel sur tous les membres du clergé catholique, 
dont il démasqua les fraudes hypocrites, dont il 
dévoila l'ambition, la cupidité, les intrigues et 
les cabales, qu'il menaça enfin , d'une chute iné- 
vitable et prochaine, en la citant au nom de la 
religion , de la justice et de la raison , à la barre 
du monde civilisé. 

Pouvait-il régner de l'harmonie entre une puis- 
sance toute jésuitique qui flattait, caressait, 
exaltait par tous les moyens en son pouvoir, un 
corps tour à tour insolent et cauteleux, que les 
princes chrétiens l'avaient forcé de dissoudre; et 
un prélat ennemi déclaré des jésuites, doift il si- 
gnalait à l'animadversion de tous les amis de l'hu- 
manité, les pernicieuses maximes de morale, 
aussi-bien que les principes subversifs de toute 



13?/ :mémoires. 

r>ociété , les dangereuses pratiques d'une dévotion 
superstitieuse , et les traits d'une scélératesse 
d'horrible mémoire. 

Le zèle de Ricci , lorsqu'il n'était encore que 
vicaire-général de l'archevêché de Florence, pour 
1g rétablissement des études ecclésiastiques , d'a- 
près une méthode d'enseignement plus raisonna- 
ble que celle qui avait servi jusqu'alors à diriger 
la masse des docteurs en théologie, fut un autre 
grief que la cour de Piome ne pardonna pas plus 
facilement que celui d'avoir cherché à déconsidé- 
ler la société de Jésus et ses anciens membres. 
Le motif en est palpable : toutes les doctrines 
j( eues étaient favorables au système de sacerdo- 
talisme universel qu'elles avaient servi à fonder, 
et au pouvoir des papes qii'elles soutenaient : elles 
avaient été inventées pour ceux-ci seulement , et 
])ar leurs courtisans ou leurs créatures. Chaque 
trait dirigé contre les scholastiques et les casuis- 
tes modernes , était un acte d'hostilité contre la 
cour de Rome : toute tentative pour porter l'at- 
tention des clercs sur les saintes écritures, et 
]!0ur faire accorder quelque autorité aux canons 
et aux saints pères de la primitive église , était 
une brèche faite à la domination temporelle du 
( hef d'un culte qui ne devrait rien avoir de com- 
mun avec les choses de ce monde; c'était une 
^i<'loire remportée sur ses prétentions à l'infail- 
libilité spirituelle , lesquelles sont sans cesse en 
conlradiction avec les paroles de ceux qui vi- 



MéMQIRES. l55 

valent avant la fabrication de cet absurde (^gnie. 

Nous dirons la même cliose de l'activité de 
llicci pour propager et répandre les bons livres , 
(|ift, disait cet évèque éclairé, tout le monde a le 
droit de connaître et de juger , le domaine de la 
vérité étant le palrimoine de tous les hommes sans 
exception. L'épiscopat de Ricci ne fut qu'une suite 
d'opérations tendantes à relever les études et à 
leur fournir des matériaux propres à les faire 
])rospérer. 

Mais ce qui acheva de rendre la cour de Rome 
irréconciliable avec Tévêque de Pistoie et Prato, 
ce fut l'affaire des dominicains de son diocèse. 
Avoir révélé à la face de l'univers que les fausses 
vertus ou les vertus forcées des moines et des re- 
ligieuses ne sont que de l'hypocrisie, et devien- 
nent le plus souvent un stimulant presque irré- 
sistible , qui entraine dans tous les excès les plus 
opposés à la perfection contre nature qu'on vou- 
lait affecter; avoir montré des écoles de corrup- 
tion et de libertinage dans ces institutions ap- 
pelées virginales , destinées à former de chastes 
épouses et de modestes mères de famille ; avoir 
fait avouer à ces prétendues vierges elles-mêmes, 
à ces épouses de Jésus-Christ, qu'elles n'étaient 
que des femmes dévergondées , cherchant le plai- 
sir avec fuieur, en trompant les vues de la na- 
ture, ou se livrant à des prêtres débauchés, et 
détruisant ensuite sans ivmords les fruits de leurs 
amours claustrales; avoir enfin mis au grand 



l54 MÉMOIRES. 

jour l'infâme séduction du soi-disant tribunal de 
la pénitence : c'étaient déjà là des crimes irrémis- 
sibles aux yeux d ; celui dont l'existence, comme 
puissance, déperdait de l'aveuglement des hom- 
mes sur le compte des jongleurs impudens qui 
entouraient son trône. Que ne fut-ce point, quand 
les actives poursuites de Pvicci eurent fait décou- 
vrir que les religieuses, les moines, leurs su- 
périeures, et jusqu'au chef de tout l'ordre et au 
papelui-même, toléraient non-seulement ces dés- 
ordres , mais encore qu'ils ne faisaient aucune 
démarche pour arracher les dominicains à leur 
incrédulité, à leur impiété, à leur athéisme , et 
pour les empêcher d'ajouter tous les jours de nou- 
velles victimes à celles qu'ils faisaient depuis près 
d'un siècle et demi? 

Ricci était janséniste , c'est-à-dire qu'il avait 
ouvertement arboré les couleurs de l'opposition 
contre la cour de Rome : il était franchement en- 
tré dans la ligue qu'avait formée d'abord l'exas- 
pération d'un parti arbitrairement vexé par les 
papes , et dont bientôt accoururent remplir les 
rangs , tous les prêtres sensés qui considérèrent 
l'existence de Rome et de ses intolérables abus , 
comme incompatible avec l'état actuel des socié- 
tés, et avec l'existence même de la religion sur 
laquelle les papes fondent leur domination. 

L'évê(}ue de Pistoie était publiquement en cor- 
respondance avec tout ce parti répandu en France, 
en Espagne , en Allemagne , en Italie; il l'était 



MEMOIRES. l5iï 

nommément avec Ti^j^lisc que les jansénistes 
avaient fondée en Hollande, et qui, sans vouloir 
renoiieer au généreux projet de ne plus former un 
état dans Vétat, se vengeait constamment des ana- 
thcmes de la cour de Rome en lui offrant son 
amitié. Or , Rome ne pouvait repousser ces offres 
pour aucun autre motif, que parce qu'elle-même 
voulait continuer à être un élat dans Vétat, c'est- 
à-dire , à troubler tous les états où le clergé ro- 
main serait reconnu comme le directeur légitime 
des consciences des citoyens, et le pape comme le 
chef absolu de ce clergé. 

Tous les travaux de Ricci dans son diocèse , 
servirent à le rendre odieux à ce que nous appe- 
lons les idtramontains f (expression dont les Ita- 
liens , moins ultra-papistes que bien des peuples 
d'en deçà les monts, sont justement choqués, et 
qu'ils ont remplacée par celle de curiaUstes ou 
esclaves dévoués à la cour de Rome). La reven- 
dication de ses droits , comme évêque, sur Rome 
qui en était en possession , et la restitution des 
droits des curés , étaient de dangereux exemples 
proposés à tous les prélats qui avaient encore 
quelque idée de l'organisation démocratique de la 
primitive église ; elles menaçaient les papes d'une 
révolution qui allait les rendre les frères d'évê- 
ques devenus frères de leurs curés , et qui , en 
les privant d'un pouvoir et de richesses dont ils 
avaient joui jusqu'alors, allait encore les forcer à 
acquérir des lalens et des vertus qu'ils n'avaient 



l56 MÉMOIRES. 

jamais eues, et qui désormais auraient été les seuls 
moyens de se faire reconnaître comme les pre- 
miers entre des égaux. 

Le projet de faire des moines autant de prêtres 
utiles et d'honnêtes citoyens, et celui de réformer 
les catéchismes, était vouloir à la fois priver les 
papes de leurs plus fanatiques et obscurans émis- 
saires, et mettre les fidèles dans le cas de ne plus 
se laisser dorénavant ni égarer ni séduire par 
les agens de la cour de Rome. Le plan d'une aca- 
Ciéinie ecclésiastique était le complément de cette 
restauration des études religieuses; et celui du 
patriotisme du clergé arrachait pour jamais à tou- 
te influence étrangère et les pasteurs et les 
troupeaux. L'épuration du culte des pratiques les 
plus superstitieuses était une conséquence de ce 
système, et n'irritait pas moins sensiblement la 
cour de Rome que les autres réformes. C'est sur 
ces momeries seules que se fondent les iniques 
revenus de cette cour , ainsi que l'espoir que les 
sources n'en tariront jamais. 

Rome n'eut pas à faire à Ricci le seul reproche 
d'avoir usurpé, en tant qu'évêque, sur sa préten- 
due toute-puissance, et d'avoir propagé , comme 
légaliste (anti-ultramontain), la doctrine qui af- 
franchit les puissances civiles du pouvoir reli- 
gieux, et qui soumet au contraire le culte exté- 
lieur et ses ministres à l'action du gouvernement. 
Elle le vit aussi se dépouiller volontairement de 
l'autorité abusive que d'anciens préjugés attri- 



M/^. MOIRF.S. 1^7 

buaient aux ëvêques, comme chefs des tribunaux 
ecclésiastiques nommés officiaUtés. Ces liihu- 
naux, aussi-bien que les évèques de qui ils dépen- 
daient , étaient à l'entière disposition des j)apes , 
à qui les évèques prêtaient un serment aussi anti- 
religieux qu'anti-national. Ricci, pour extirper 
le mal jusque dans ses racines, réclama hau- 
tement contre ce serment, par lequel il est absur- 
de , disait-il , que les évèques citoyens s'obligeas- 
sent à obéir à un prince étranger, et que des 
évèques probes et religieux pouvaient rarement 
tenir. 

Mais le grief sur lequel lui furent adressés les 
plus sanglans reproches, ce fut d'avoir fait de tous 
ses principes , de toutes ses maximes, de son sys- 
tème tout entier et de tous ses plans de réformes, 
un seul corps de doctrine, sanctionné par une as- 
semblée synodale de son diocèse, et réduit en ca- 
nons d'après la marche reconnue régulière et 
légale des premiers siècles de l'église. Cette 
entreprise hardie attira sur sa tête les foudres 
du Vatican , et à leur suite des persécutions 
sans fin , qui prirent , suivant les circonstances , 
le caractère de la ruse, de la perfidie, de l'au- 
dace et de la cruauté la plus raffinée. Le haut 
clergé toscan embrassa presque généralement le 
parti de la cour de Rome ^ , et s'acharna en masse 

' On ne saurait. trop la répéter, ni la répeter sous trop de 
formes , cette vérité incontestable , si bien sentie par Léopold, 



l58 MÉHOIRES. 

contre celui de ses membres qui n'avait eu d'au- 
tre tort que de montrer des lumières et du cou- 
rage , lors de la réunion de l'assemblée ecclé- 
siastique que Léopold avait eu l'imprudence de 
provoquer. Ce prince, appelé au trône impérial, ne 
vécut que le temps nécessaire pour voir son œu- 
vre chérie de la régénération de la Toscane ren- 
versée , et Ricci livré sans défense à la haine de 
ses ennemis qui triomphaient au nom de la su- 
perstition et du fanatisme. 

Depuis cette époque, l'ancien évêque de Pistoie 
et Prato , demeuré sans autorité, se condamna vo- 
lontairement à la retraite et au silence. Il ne put 
plus fournir à Rome aucun sujet de plainte; mais 
ceux qui existaient déjà pesèrent sur lui jusqu'à 
sa mort. Lors même qu'épuisé par de longues souf- 
frances , effrayé par d'horribles menaces et égaré 
par de flatteuses promesses , il eut consenti à se 



que l'ignorance et la superstition sont les plus dangereux 
auxiliaires qu'un gouvernement puisse choisir. Ceux qui, par 
état , entretiennent l'ignorance et fomentent la superstition , 
ne travaillent jamais que pour leur propre compte ; et lors- 
qu'ils se sentent assez forts pour l'avouer ouvertement , de 
rampans qu'ils étaient devant le pouvoir , ils deviennent in- 
solens et superbes , et ils écrasent le pouvoir sous leurs pieds. 
Eh ! qui alors pourrait encore s'o jiposer à leur facile victoire ? 
En vain invoquerait-on les lumières et les vertus des philo- 
sophes. Les misérables les ont combattus sans crainte comme 
sans péril : ils ont vaincu ces hommes géi,iéreux avec les ar- 
mes delà puissance... . 



MÉMoiuF.s. i5g 

condamner avec toute sa conduite passée, et à 
laisser un monument public de ce sacrifice de sa 
propre réputation à ce qu'on a])pelait trompeuse- 
ment l'édilication des fidèles et la paix de l'ép-lise; 
lorsque le pape lui-même se radoucit à la vue de 
cette humble abnégation de tout sentiment d'inté- 
rêt personnel , inspirée par de si généreux motifs, 
les exaltés du parti ne lâchèrent pas encore leur 
proie, et finfortuné prélat, succombant enfin 
sous les maladies qui étaient le résultat des bar- 
bares trailemens qu'ils lui avaient fait essuyer, 
n'expira qu'abreuvé de toutes les humiliations 
qu'avaient pu inventer la haine et la vengeance. 



M/iMOlKES. iG] 



NOTES 



ET 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



NOTE SOIXANTE -QUATRIEME. 

(64) ( Page 4- Les résolutions du gouvernement 
espagnol avaient exigé un pompt remède.) 

Une lettre de M. l'abbé Y vient à l'appui de ce 
qu'avance le biographe de l'ëvéque Ricci : elle est 
datée de Rome, 12 septembre 1794 '• 

a La réimpression du synode (de Pistoie que l'on 
allait publier en Espagne ) a fait décider la ful- 
mination du bref [Auctorem Jidei) pour l'empé- 

' Djid. anno 1794 , n"- 2o5. 

La ristampa del sinodo che era per pubblicarsi in Spagna , 
ha decisa la pubblicazione del brève, affine d'impedirla. Il 
papa ci è stato per molto tempo dubbioso. 

Tome III. i x 



102 MÉMOIRES. 

cher. Le pape cependant a hésité long-temps avant 
de s'y résoudre. » 

En effet , la pnhlication des actes du synode de 
Ricci n'eut pas lieu, par la peur que Rome inspi- 
rait encore à l'Espagne à cette époque. Toutefois 
les semences d'une réforme, dans le genre de celle 
qu'avait opérée le grand-duc Léopoîd , ne conti- 
nuèrent pas moins à y germer; et, lorsque le 
chanpement des circonstances eut opéré un chan- 
gement total dans les idées, lorsqu'il eut enhardi 
les vieux gouvernemens d'Europe , en ahaissant 
la cour de Rome, leur ancienne ennemie, les évê- 
ques espagnols sentirent renaître leur courage , 
le ministère reprit ses premiers plans, et le con- 
cordat qu'il voulut conclure alors paraissait de- 
voir être entièrement dans les principes des ca- 
nonistes modernes. Le pape tremhla, et les jan- 
sénistes se communiquèrent leurs espérances. 

M. révoque Grégoire à Fancien évêque de Pis- 
toie, Paris, i8 septembre 1796 '. 

(( Je vois avec consolation que les bons princi- 
pes commencent à pénétrer en Espagne, où plu- 
sieurs évêques pensent, dit-on, à réformer bien 
des abus. » ^:rMr. 

Le doyen Octave Ricci, au même ; Pontremoli, 
21 avril 1797 '^' 

' Ibid. anni 1796 e 1997, n°. 157. 

»Ibid. n°. 254. 

lo spcro niolto dal concordato che il pana dovrà stabilire 



MÉMO m ES. 165 

" J'espère beaucoup de bien du concordat que 
le pape sera obligé de conclure avec l'Espagne. 
Ce n'est pas le synode de Pistoie qui y demande 
ta grands cris une réforme , ce sont les hommes 
qui se réveillent enfin, tirés de leur long sommeil 
par les coups que leur a portés le despotisme ty- 
ranniquc de la scélérate Babylone (Rome). Je 
prévois aussi que le synode (de Pistoie), si mal- 
traité jusqu'à présent, deviendra la règle discipli- 
naire des nouveaux catlioliques d'Espagne. » 

Le même au même; Pontremoli, 28 avril '. 

(( On m'écrit de Rome qu'on y craint l'arrivée 
des ministres espagnols, autant qu'on craignait, 
il y a peu de tetnps , les approches de l'armée 
française. Celle-ci , en dernière analyse, n'exi- 
geait qu'une contribution temporaire. Les autres 
menacent les fonds et les revenus stables d'où 
cette cour tire de quoi fournir sans cesse aux dé- 
penses de son luxe et de son splendide entretien.» 

con la Spagna. Non è il siaodo di Pistoja che strepita, sono 
gli uomini che iina volta si destano, scossi dal tirannico 
despotisme délia malvaggia Babilonia. lo spero ancora che il 
sinodo cosi malamente trattato , dovrà ossei'e la regola di 
quella porzione di cattolicisrao spagnuolo. 

' Ihid. n°. aSy. 

Mi scrivonoda Roma che si terne egualmente la venuta dei 
legati spagnuoli , come temevasi al suo avvicinarsi l'armata 
francese. Quella esigeva alla fin fine una contribuzione tem- 
poraria ; questa minaccia i fondi e gli stabili da cui quella corte 
riceveva il suo liistrn e il sun laiito sostentamentD. 



lG4 MÉMOIRES. 

>OTE SOIXANTE-CINQUIÈME. 

(65) (Page 6. Elle {la bulle Knciore^m.) fut... vi- 
siblement méprisée même à Rome. ) • 

M. l'abbé Y à l'évêque Ricci ; Rome , le 2 mai 

1794 '• 

« A Rome on parle de cette affaire (la condam- 
nation du synode de Pistoie par la bulle Aacto- 
reni) encore moins qu'à Florence; c'est-à-dire, 
qu'on n'en parle pas du tout. )) 

IVOTE SOIXANTE-SIXIÈME. 

(66j Page 9. Il fallut bien qnil^souffrît (Ricci). 
de passer dans le public pour un hérétique 
des plus dangereux .) 

Il suffisait alors de porter le nom de janséniste, 
pour se voir accablé de toute la haine implacable 
de Rome qui reconnaissait dans les jansénites les 
ennemis les plus dangereux de son injuste domi- 
nation , et pour être en butte à toutes les persé- 
cutions et les vexations que peuvent faire souffrir 
les fanatiques, les superstitieux, les ignorans et 

' Ibid. anno 1^94, n". 106. 

In Roraa si parla cli qnesto affare , anclic nieno clie in Fi- 
renzp ; cio«î.non se ne parla pnnto. 



MÉMOIRES. l65 

les hypocrites. Le succès de la révolution Iraii- 
çaise, que l'on refjardait conime un complément 
du jansénisme, tandis (ju'ils n'étaient tous deux 
que le résultat du progrés plus ou moins étendu 
des lumières , avait rendu cette fureur religieuse 
bien plus ardente encore qu'elle n'était avant 
cette époque. 

Nous voyons dans une lettre dis l'abbé de Bel- 
legrade à Ricci, écrite d'Utrecht, le 3o juin 1789, 
que le comte Dugnani, alors nonce pontifical en 
France, accueillait d'une manière très-flatteuse 
les jansénites d'Utrecht, mieux même que ne l'a- 
vait fait le prince Doria , son prédécesseur '. 

Nous avons parlé , dans la note (65), de l'achar- 
nement que montra le pape, en 1792, contre les 
mêmes jansénistes d'Utrecht qu'il tâcha de faire 
chasser du Noordstrand par le gouvernement Da- 
nois. On crut généralement , et non sans raison, 
que les deux partis étaient irréconciliables. En 
voici un exemple assez remarquable. 

Le clergé constitutionnel était en horreur à 
Rome; mais les jansénistes, comme la souche d'où 

' Ibid. anno 178g, part, i , f°. 216. 

N. B. L'exaltation de ce Dugnani fit naturellement craindre 
pour son jansénisme. M. l'ëvêque Grégoire écrivit à Ricci , le 
18 septembre 1796 (ibid. anni 1796 et 5797 , ""• 1^7 ) ; 
« On m'annonce que M. Dugnani est actuellement cardinal et 
)) légat à Ravenne , et que cette nouvelle dignité a peut-être 
« changé quelque chose à ses opinions. '> 



l66 MÉMOIRES. 

les constitutionnels étaient sortis, l'étaient en- 
core davantage. 

On y a appris, écrivit M. l'abbé Y à Ricci, 
le 18 avril, ijgS \ que l'abbé Clément, jansé- 
niste décidé, « avait eu une grande part dans la 
rédaction du plan de la constitution civile du 
clergé de France ; et comme une preuve de sa 
catholicité, on m'a même assuré qu'il avait pro- 
posé de laisser la décision des causes majeures au 
Saint-Siège. C'était là le projet tel qu'il fut pré- 
senté à l'assemblée par ceux que l'on appelle les 
jansénistes : ce fut ainsi qu'on l'imprima ; mais 
il ne fut pas approuvé sous cette forme , sans 
qu'il y eût aucunement de la faute des propo- 
sans. » 

Voilà les jansénistes bien justifiés aux yeux de 
la cour de Rome comme constitutionnels; mais 
ils ne l'étaient pas comme jansénistes. Les con- 
stitutionnels eux-mêmes qui le savaient mieux 
que personne, lorsqu'ils voulurent rentrer dans 
les bonnes grâces du pape, cherchèrent à ne pas 
heurter la cour pontificale, par une faveur trop 
marquée, accordée au jansénisme. C'est ce que 

' ILid. auno 179^, u°. 91. 

Aveva avuta gi-an parte nel piano délia costituzioue civile 
del clero , edin coutrassegno délia sua caltolicità, mi si assi- 
cura che vi era proposta la remissione délie cause maggioria 
Roma. Era questo il piano preseutato ail' assemblea dai cosi 
detti gianseuisti. Talc fù stanipato , ma non taie fù approvato , 
non pero pcr colpa di chi lo proponeva. 



MÉMOIRES. 167 

l'ablK^ Mouton annonça à l'ancien ôv(V|ue de Pis- 
toie , par une lettre d'Utrecht (7 mars 1797), en 
lui coniniuni((uant le scrupule qu'avaient montré 
les évéques de France de confirmer la nomina- 
tion de ce même abbé Clément, élu évèque de 
Versailles de la manière prescrite par la consti- 
tution. Ce scriqjule, dit -il, naissait de ce que 
l'abbé Clément était janséniste, de ce qu'il avait 
toujours été en relation intime avec l'église d'U- 
trecht, et avec les prélats italiens et espagnols 
qui professaient les mêmes opinions. Le plus mé- 
ticuleux de tous avait été Derbois, évê({ue d'A- 
miens; et M. l'évêque Grégoire, de qui ajouta- 
t-il, on attendait quelque preuve éclatante d'une 
courageuse franchise en cette circonstance, n'a- 
vait pas osé lui résister, parce qu'il savait bien 
que la réputation de Clément pouvait être réel- 
lement un obstacle invincible à une réconci- 
liation avec le Saint-Siège '. 

NOTE SOIXANTE-SEPTIÈME. 

(67) (Page 10. Des écrivains qui professaient les 
mêmes opinions que lui (Ricci), publiaient en 
divers lieux des défenses de la doctrine de cet 
évêque.) 

L'évêque de Pistoie reçut aussi plusieurs let- 

' Ibid. aiini 1796 e 1797, n°. 29.7. 



t68 mémoires. 

très qui, en louant ce qu'il avait fait, et en blâ- 
mant le Saint-Siège qui l'avait censuré, cher- 
chaient à le consoler de la condamnation qu'il 
avait subie. 

Sciarelli, évêque de Colle, à Ricci; Colle, 22 
septembre 1794 '• 

Il est remarquable d'entendre ce prélat s'expri- 
mer comme nous allons le dire, au sujet de la 
bulle Auctorem fidei , que le cardinal CarafFa , 
préfet de la congrégation des évéques , venait de 
lui faire parvenir : (f J'y trouve condamnées plu- 
sieurs propositions que mon faible entendement 
avait crues catholiques , avant la publication de 
cette bulle. » 

Nous avons toujours vu, au contraire, l'évê- 
que de Pistoie et ses partisans déclarer qu'ils con- 
damnaient toutes les propositions condamnées pai' 
le Saint-Siège , et cela dans le sens même de la 
bulle, sens d'ailleurs , ajoutaient-ils, qui n'avait 
jamais été ni le leur, ni celui du synode diocé- 
sain. Ces sectaires, à l'exemple des jansénistes pri- 
mitifs , ne savaient-ils pas eux-mêmes ce qu'ils 
croyaient ou ce qu'ils devaient croire? ou bien 
leur plus ou moins de foi dépendait-il , non de 
leur plus ou moins de piété ou de lumières, 
mais du plus ou moins de force de leur caractère 

' Ibid. anno 1794 5 "'■ ■^i4- 

Vi scoryo condannate alcunc proposizioni , che il iiiio corto 
iatendimcnto prima di questa boUa credeva cattolichc. 



MÈMOIIIES. 169 

pour résister aux caresses et aux menaces de la 
cour de Rome? 

Camille Al bergotti Pezzoni au même; Arezzo, 
22 septembre '. 

« La manie de la domination universelle rend 
toujours la cour de Rome de plus en plus obsti- 
née dans la profession des pernicieuses maximes 
relâchées et loïolistiques : entichée de l'infailli- 
bilité du pape , elle déclare la guerre à tous les 
défenseurs de la saine doctrine de l'église, qui 
est la doctrine de saint Augustin. Le saint Père 
n'inspire que la pitié , dans les circonstances ac- 
tuelles , quand on le voit lancer et accumuler des 
sentences de condamnation , qui blessent l'auto- 
rité souveraine ( il parle de la bulle Auciorem) , 
et servent de base aux principes des partisans du 
relâchement (lassisti). C'est là l'œuvre des Bol- 
geni , des Cuccagni , des Marclietti , des Zaccha- 



' Ibid. n". 212. 

La mania per la dorainazione universale rende sempre più 
ostinata la corte di Roraa nelle perniciose massime rilassate 
c loiolistiche , e gonfia deli' infallibilità papale , avventa coipi 
ai difensori délia sana dottrina délia chiesa, che è quelle di 
S. Agostino. Fa pietà il S. Padre nell' attuaii circostanze dell' 
Europa, quando avventa e précipita condanne, che feriscono 
l'autorità sovrana , e garanstiscono le massime dei lassisti. 
— Queste sono opéra del Bolgeni, Cuccagni, Marchetti, Zac- 
charia, etc — Quesia serotina sorpresa fatta al papa da quei 
sniaccati molinisti , contro la dottrinaagostiniana , è un nuovo 
infallibile mouumenlo délia fallibilità del medesinio. 



lyO MÉMOIRES. 

ria , etc. Cette tardive surprise faite à la con- 
science du pape par des molinistes déhontés , 
pour renverser la doctrine augustùiienne , est un 
nouvel argument infaillible de la faillibilitë du 
pontife romain. » 

L'abbé Mouton, au même; Utrecbt , 6 no- 
vembre '. 

Ce sont simplement des complimens de con- 
doléance sur la condamnation du synode de Pis- 
toie, et l'envoi d'une longue lettre incluse., datée 
de la même ville, le 3i octobre 2, dans laquelle 
l'arclievêqued'Utrecht, et ses sufTragans les évêques 
d'Harlem et de Deventer, protestent de leur atta- 
chement à la personne de Ricci , et renouvellent 
la déclaration de leur adhésion et de celle de leurs 
églises au saint sjnode (liocésain de Pistoie , que 
le pape, y est-il dit, avait condamné, pour com- 
bler la mesure du scandale quil a\>aLt déjà donné 
en ne t approuvant pas ouvertement. 

M. l'abbé D. au même ; Gênes , 2g jan- 
vier 1795 ^. 

Il envoie à Ricci le décret de l'inquisition de 
Gênes , imprimé à Gênes même , et portant la 
date suivante : Ex œdihus S. inquisitionis Ge- 
nuœ, die 19 sepLembris 1794 (du palais, ^de la 
sainte inquisition de Gênes, le 19 septembre 

' Ibid. 11". 025. 
^ Ibifl. n". 2iG. 
"^ Ibid. anno 3795, n". lo. 



MÉMOIRES. 171 

1794). Ce décret était lancé contre les actes du 
synode de Tistoie, proscrits, comme on s'y ex- 
primait, par la bidle pontilicale. M. Tabbé D. 
ajoute à cette pièce, remarquable pour l'époque , 
la copie d'une lettre écrite par fra Benedetto 
( frère Benoit) Solari , évêquç de Noli , au sénat 
Génois, pour improuver et attaquer ledit décret, 
et la condamnation des actes du concile de Pis- 
toie, laquelle il déclare ne point vouloir accepter. 
M. l'abbé Y au même; Rome, 5o janvier'. 
» La publication du bref de condamnation du 
synode (de Pistoie) a été défendue dans les états 
de la maison d'Autricbe. » 

Le chevalier Jean Gianni au même ; Pise, 9 fé- 
vrier 1796 ^. 

(( La déclaration de l'évêque de INoli y a été 
lue, c'est-à-dire à Rome, avec la plus grande in- 
dignation.... On n'est pas demeuré moins stupé- 
fait, lors de l'apparition inattendue d'une criti- 

■ Ibid. n°. 14. 

Tl brève di condanna del sinodo è stato proibito negli slati 
délia mouarchia austriaca. 

^ Ibid. anni 1796 e 1797, n"- 17- 

La dichiarazione del vescovo di Noli è stata letta ivi , cioè 
in Roma , col maggiore sdegno... Ha pure fatto stordire l'in- 
aspettata ciitica del famoso giornale, che malgrado il suo 
attaccamento e la pecsione che gode da Roma, ba avuto il 
coraggio d'intaccare la bolla Auctorem fidci in tre articoli , 
sopra che TEm". Gerdil lo.ba confutato con un libreUo in 8°, 
pubblicato in Roma. 



172 MÉMOIRES. 

que dans le fameux journal ( probablement celui 
dePise), dont le rédacteur, malgré son attache- 
ment pour la cause pontificale et la pension qu'il 
reçoit de Rome, a eu le courage d'attaquer la 
bulle Auctorem fidei , sur trois de ses articles : 
l'éminentissime Gerdil a essayé de le réfuter, 
dans une brochure in-S''. , publiée à Rome. » 

L'abbé Mouton au même, Utrecht, 8 mars '. 

Il lui annonce qu'il s'occupait alors à revoir et 
à corriger, en sa qualité de théologien et de 
Français, l'ouvrage du canoniste belge, le Plat, 
en faveur du synode de Pistoie. 

M. Grégoire ( évêque de Blois ) au même ; Pa- 
ris, i3 janvier 1797 ^. 

(( Vous m'avez annoncé que la bulle Auctorem 
Jidei a été repoussée à Naples, Turin, Venise et 
Milan. » Il demande les pièces qui constatent ce 
rejet, si elles existent, afin de les rendre publi- 
ques par la voie des journaux. 

NOTE SOIXANTE-HUITIÈME. 

(68) (Page 11. Virifluence française se faisait 
de plus en plus sentir en Italie, avec la force 
des armes républicaines. ) 

C'était en Italie comme en Espagne : les nou- 
velles idées , également favorables aux gouver- 

' Ibid. n°. 55. 
^ Ibid. n". 204. 



MÉMOIRES. 175 

nemens ci aux clcrjjj's nationaux , ne trouvant 
plus la même résistance de la part d(* Rome ré- 
duite à défendre sa propre existence, se propa- 
g^eaient rapidement et étaient bien accueillies, 
surtout par ce qu'on avait nommé jusqu'alors le 
bas sacerdoce. Les constitutionnels français con- 
tribuaient de tout leur pouvoir à cette révolution 
morale , en répandant leurs opinions et leurs 
maximes, à mesure qu'ils étendaient leurs com- 
munications avec leur correspondance, seul 
moyen de rendre enfin leur église, sinon plus 
respectable devant le Saint-Siège, du moins plus 
redoutable, ce qui produisait le même résultat. 

L'abbé Clément à l'évêque Ricci; Paris, le i". 
septembre 1796 ^ 

Il lui parle des peines que ne cessait de se donner 
M. l'évêque Grégoire , dans la vue de concilier les 
esprits des personnes bien pensantes de tous les 
pays catholiques , et de tous les fidèles craignant 
Dieu. (( Il voit avec consolation des témoignages 
uniformes de ce sentiment (de la crainte de Dieu) 
dans la manière favorable dont l'Espagne voit la 
canonicité de notre clergé de France. L'épiscopat y 
estime le nôtre seul catholique , et il a éprouvé la 
valeur de l'ancien. Il n'y a pas jusqu'aux inqui- 
sitions qui y sont favorables. Elles viennent de 
rendre leur décret contre la prétention opposée 
des brefs répandus en France et passés en Espa- 

' Ibid. n°. l'i*^. 



ly/^ MEMOIRES. 

gne, qu'elles déclarent faux et obreptices, avec 
la défense wdinaire d'en prendre la lecture et de 
se les conserver. » 

Le même au même ; Paris, 14 septembre '. 
Il invite au concile national qui devait se tenir 
à. Paris l'année suivante, Ricci, Tamburini , 
Zola, de Vecchj, etc. , etc., et, s'ils ne peuvent 
pas s'y rendre , il les prie , au nom du clergé 
de France , de l'éclairer au moins par leurs lu- 
mières. 

M. l'évêque Grégoire au même; Paris , 18 sep- 
tembre ^. 

Il le remercie d'avoir consenti à être a^répié à 
la SociéLé de philosophie chrétienne de Paris , et 
il promet de respecter les motifs qu'il apportait 
pour demander que son nom ne fjit pas rendu 
public. 

Le même au même; Paris, 1 5 janvier 1197 ^. 

Il désirait proposer aux professeurs réintégrés 

de l'université de Pavie , à l'évoque de Noli et au 

père Degola , de se faire membre de la Société de 

philosophie chrétienne. 

L'abbé Clément (devenu évêque de Versailles) 
au même: Paris, le 24 janvier '^. 

u M. de Blois et moi nous voyons avec la plus 

' Ibid. n°. i55. 
^ Ibid. n". lOT. 

3 Ibid. n^ 204. 

4 îl>id. n". 2o5. 



MÉDIOIKEK. 1^5 

{jrandc consolation , que nous pouvons espérer, 
pour de si importans travaux (la tenue du eon- 
cilc de France ) , les secours des hommes les 
plus forts de Htalie, tant par leurs mémoires, 
que peut-être en personne mêiie. » Il fait part de 
son élection à révéché de Versailles. 

Le même au même; Paris, le 7 août '. 

Il annonce la convocation du concile pour 
le i5 du mois, et demande les secours spirituels 
promis. 

Le même au même ; Paris, 5o aoilt ^. 

11 lui fait connaître l'attendrissement du con- 
cile, en apprenant par ses lettres qu'il priait et 
faisait prier pour son heureuse issue. 

L'évêque Clément au même ; Paris , 4 décem- 
bre ^. 

On y annonce que le docteur belge Le Plat , en 
correspondance avec Ricci depuis la publication 
de la défense du synode de Pistoie , a été appelé à 
Paris pour travailler, de concert avec les évêques 
assemblés, à la réorganisation de la religion en 
France, qui était u énormément ignorante et su- 
perstitieuse. » M. 4'évêque Grégoire voulait passer 
à Florence , pour diriger de là , une députation 
que la nouvelle église gallicane avait l'intention 
d'envoyer au pape , et pour mieux fraterniser avec 

■ Ibid.'n". 5io. 
^ Ibid. n". 3i6. 
^ Ibid. n". 559. • 



176 MÉMOIRES. 

les églises de la république italienne et avec celles 
d'Espagne. La lettre contient un post-scriptum du 
docteur Le Plat. 

L'évêque Ricci fut aussi invité à assister au 
second concile national des constitutionnels fran- 
çais, ou du moins à lui communiquer ses lu- 
mières par lettres , et à engager d'autres prélats 
italiens à faire de même. Cette invitation se trouve 
dans une lettre écrite par le même évêque de Ver- 
sailles , au nom de la commission du premier 
concile de Paris , le 8 février 1 800 , époque à la- 
quelle Ricci ne jouissait pas de la liberté , ce que 
l'on ignorait en France '. 

NOTE SOIXANTE-JNEUVIÈME. 

(69) ( Page II. Le grand-duc venait de signer 
un traité de neutralité avec la nouvelle répu- 
blique. ) 

Voici de quel œil ce traité qui bannissait le 
fléau de la guerre , avec ses horribles conséquen- 
ces , de toute la Toscane , était considéré à la cour 
du prêtre qui se dit le vicaire du pacifique Jésus- 
Christ. 

M. l'abbé Y à l'évêque Ricci ; Rome , 7 mars 
1795=^. 

' Ibid. anni 1789-1810, n°. 16. 

' Ibid. anno iJQ^, n". ^2. 

Qua se ne dicono infamie seconde il solito, e di lui e délia 



IM/iMOIRES. 177 

L'accommodement dont nous venons de parier 
avait été conclu par le comte Carletti. « lei on 
dit tout le mal imaginable, comme de coutume, 
et de la personne de ce ministre et de son opé- 
ration. Mais si , après cet éminent service , il 
pouvait également réussir à ouvrir une négocia- 
tion (avec la France) pour l'empereur,.... il ac- 
querrait de grands mérites auprès de toute la 
maison d'Autriche , sans devoir aucunement se 
mettre en peine des vociférations de ces mes^ 
sieurs (de la cour pontificale. ) » 

NOTE SOIXANTE-DIXIÈME. 

(70) ( Page II. On ne refusait déjà pins le nom 
de grande nation {à la nation française. ) 

Le clergé lui-même , soit conviction, soit pour 
faire sa cour aux vainqueurs, convertit le lan- 
gage injurieux dont il s'était servi jusqu'alors en 
parlant des Français, dans les expressions les 
plus flatteuses. 

Le doyen Octave Ricci à l'ancien évêquede Pis- 
loie ; Pontremoli, 4 j'-^in ^19^- 

11 lui parle des instructions pastorales publiées 
par les versatiles prélats, l'archevêque de Milan , 

sua operazione. Ma se egli riuscisse ad aprire nerjoziato anclic 
pcr limperatore.... avrebbe de' meriti grandi con tuMa le 
casa d',\ustria, chcccliè ne latrassero qxiesti signori. 

ToM. TJI. ' T.> 



IjS MEMOIRES. 

et les ëvéqnes et prêtres du pays occupé en Italie 
par les Français, nation « qui n'était plus, comme 
auparavant, descendue des Cannibales, mais qu'on 
vantait, au contraire, comme étant pleine d'hu- 
manité et de zèle '. » 

La réputation de Cannibales avait été généra- 
lement donnée aux Français en Italie, partons 
les gouvernemens imbéciles et timides, qui espé- 
raient inspirer aux peuples le courage du déses- 
poir contre de prétendues espèces de monstres , 
'sur le compte desquels ils croyaient les avoir ef- 
frayés par des contes d'enfans. Le gouvernement 
papal se distingua surtout par ces puériles inep- 
ties. Il fit répandre dans tous ses états que les 
républicains français étaient des impies, des bar- 
bares; qu'ils épousaient plusieurs femmes et ado- 
raient plusieurs Dieux, entre autres l'idole appe- 
lée arbre de la liberté ; qu'ils violaient les femmes 
et les filles, et mangeaient les enfans. Cela est 
rapporté dans une brochure publiée par Annibal 
Mariotti (pérugin, et magistrat municipal sous 
les Français), qui, lors de l'entrée des brigands 
d'Arezzo à Pérouse , fut arrêté pour avoir , dans 
le temps , réfuté les absurdes calomnies papales. 
Il fut un des vingt individus détenus ^ouv jaco- 
binisme , que la régence de Pérouse choisit parmi 



• Ibid. anni 1796 e 1797, n". yo. 

.... clie non è più discendente dai Cannibàli, ma piena di 
umanità e di zclo. 



MKMOlRtS. 179 

\in millier de victimes qui cMaicnt entassées dans 
ses piisoiis , et qu'elle accorda nu\ y/ rétins (qui 
n'eu avaient. demandé que dix), pour orner leur 
retour triomphal à Arezzo. La brochure porte le 
titre de « Discours concernant quelques accusa- 
tions qu'on suppose avoir été dirigées contre An- 
nibal Mariotti , pour le rendre suspect de jacobi- 
nisme. De la villa du Panlano , le 18 juin 1800 
( sans date du lieu ni d'année , quant à l'impres- 
sion) '. it) 

NOTE SOIXANTE-OÎÎZIÈJVIE. 

(71) (Page i3. Ce fur eut les miracles et notam- 
ment le clignement djcux des images de Ma- 
dones, exposées à la vénération du peuple dans 
les églises et au coin des rues, ) 

Nous ne nous occuperons que du miracle de la 
fameuse Madonne d'Ancône, et ce que nous en 
dirons sera puisé dans un ouvrage publié il y a 
quatre ans , de manière que le lecteur y verra 
tout à la fois quel était l'espiit des gouvernans du 
temps dont nous traçons l'histoire , et quel est ce- 
lui qu'ils cherchent à faire prévaloir encore ac- 
tuellement. 

' Parlala intorno ad alcune imputazioni che si credono 
date ad Annibale Mariotti per supporlo reo di giacobinismo. 
— Dalla villa del Pantano , 18 giuyno 1800. Yide p. 4i , 
4*2 , 5y et suiv. 



l8o MÉMOIRFS. 

Cet ouvrage est intitulé : « Tableau historique 
et moral de l'invasion de l'Italie en 1796, et du 
clignepient miraculeux qui a eu lieu à la même 
époque , des yeux de la sainte image de la très- 
sainte Vierge IMarie , vénérée à l'église cathé- 
drfjled'Ancône; Assise, 1820. Avec permission \ » 

L'auteur est M. l'abbé Vincent Albertini, an- 
conitain et professeur d'éloquence à Fermo. Après 
son portt^ait , qui est immédiatement suivi de 
celui de la Madonne , se trouve la Dedica 
cleir autore alla beaûssima Vergine (Épître dé- 
dicatoire de l'auteur à la bienheureuse Vierge. ) 
Ensuite vient l'introduction dont le commence- 
ment est surtout remarquable, a La politique 
moderne , y est- il dit fort sérieusement , n'a d'au- 
tre but maintenant que de s'occuper à organiser 
les plans et les systèmes les plus modérés d'une 
amnistie qui doit être aussi salutaire qu'elle sera 
sans restrictions , et de l'oubli le plus sincère et le 
plus illimité du passé , dans la persuasion que 
c'est là, non un palliatif momentané , mais une 
panacée dont l'effet sera durable pour tous les 
maux qui ont si long-temps accablé l'Europe '. n 

' Quadro storico morale dell' italica invasione seguita nel 
1706, e del portentoso e contemporaneo aprimento d'occhi 
dcila sagra imagine di Maria santissima vencrata nella catte- 
dj'a,le di Ancona; Assisi , 1820. Con pei-messo. 

^Xbid, p. 9. 

La moderna politica tutta si occupa dei più moderati piani 
c sistemi, délie più salutari amnistie , e di una dimenticanza ^ 



MÉMOIRKS. 181 

Celles, on ne peut pus accuser M. AllKrlini de 
voir les choses en noir ! 

Entré en matière par une longue dissertation 
sur lesyeujc très-amoiireujc [amoroshsime luci) dé 
la Vierge, il dit que rien n'îtvàit été plus ordinaire 
jusqu'alors, que de la voir tourner vers nous ces 
mêmes yeux , mais seulement du haut du ciel où 
elle habite. C'est à Ancône, à qui l'auteur adresse à 
ce sujet un beau compliment , qu'était réservé lè 
singulier bonheur de posséder la première image 
de Vierge qui ouvrît et fermât visiblement des 
yeux peints sur la toile, et cela dans des momens 
où la présence des Français entretenait la vio- 
i<'nle agitation des esprits '. » 

On s'attend bien à ce qu'il attribue cette agita- 
tion qu'il ajijpelle convulsion h. « l'abominable race 
des misanthropes antisociaux , qui ont voulu 
passer pour des philosophes régénérateurs ^; » et 
il soutient que l'histoire les confondra avec les 
Ravaillac , les Gromwell , les Mirabeau, les Marat 
et les Robespierre. 

Il parle , enûn, du miracle d'Ancôné, qui eut 
lieu le 25 juin 1796, c'est-à-diré à l'époque 

la piùdisinvolta ed ostesa, sul fondamento ch' ella esser possa 
non momentanea, ma costantissima panacea di tutti que' ma- 
li , che già tanto afflissero l'Europa. 

' Ibid. p. 5o. 

^ Ibid. p. 55. 

Abominevol razza di antisociali e nusanU'opi , sediceoti 
lilosoû rii^eneratori. 



182 MÉMOIRES. 

même où les nouvelles qu'on répandait des déraftes- 
des Français en Allemagne et dans la haute Ita- 
lie, faisaient croire aux sujets du Saint Père qu'il 
ne fallait plus qu'un peu de fanatisme populaire , 
très-fdcile à réveiller au moyen de quelques pré- 
tendus prodiges , pour achever de se débarrasser 
de la présence des républicains. « Les anges, dit 
Fauteur à ses compatriotes , les anges qui , au 
haut de l'empyrée, vénèrent profondément leur 
éminente souveraine, ces mêmes anges , ô Anco- 
nitains 1 à qui il n'est pas permis de la regarder 
en face, envièrent^ en quelque manière, votre 
sort '. f) 

Tout le peuple d'Ancône courut vers cette image 
de la miraculeuse Vierge, et donna les signes les 
plus sincères de pénitence, de joie , de dévotion^ 
Le cardinal évéque Ranuzzi se montra des plus 
empressés ^. 

Il y avait un motif plausible pour que la Vierge 
fît son miracle à Ancône plutôt qu'ailleurs. 
M. l'abbé Albertini nous l'explique en ces termes : 
(( La très-fortunée Ancône, placée au centre 
de l'Italie, est un port de mer ; ce qui fait que lesf 
vaisseaux pouvaient porter , en peu de temps , 

• Ibid. p. 45. 

Gli angioli che sull' eiupiriche secîi veneiando stanno pro- 
fondamente l'eccelsa loro sovrana, gli angioli cui non con- 
sentesi fissarle in volto uno sguardo, stai'ei quasi per dir clie 
invidiassero allor vostra' sorte. 

" Ibid. p. 48 et notes , et p. 102. 



M EMOI II ES. l85 

cette nouvelle depuis le goltbAdriatifjUcjiiscju'aux 
nations les plus tUoignées des deux hèiuispliLTCs '. » 

Ce fut Jrsus-Chi'ist, nous assure l'auteur, qui 
conçut la première idée de ce prodige antirëpu- 
Micain; il lui fait tenir cet étrange discours à sa 
mère : « Va, ô conciliatrice et médiatrice entre 
Dieu et l'homme que tu as vaincu! J'ai placé en 
loi le siège de mon pouvoir. C'est par ton entre- 
mise que je fais les grâces que l'on me demande. 
De même que tu m'as donné l'essence (l'être) 
d'homme , de môme je te donnerai Vesseuce de 
Dieu y ce qui veut dire ma toute - puissance au 
moyen de laquelle tu pourras tirer de peine tous 
ceux qui se recommanderont à toi ^. ^) 

M. Alhertini veut , dit-il , non îa mort , mais 
la conversion du pécheur. Il aurait même désiré 
que l'empereur Julien, que les historiens chré- 
tiens ont nommé V apostat et qu'il appelle V impie 
inconoclasie y eût pu voir une seule fois le miracle 
dont la très-noble ville d'Ancône a joui pendant 
plusieurs mois^. 

On sent bien que la fameuse restauration des. 

■ Ibid. p. 56. 

»lbid. p. 88. 

Vanne , o paciera e médiatrice Ira Dfo e l'uonio ch' liai 
vinto ! In te coltocai del mio reyno la sede. Per tno mezzo io 
faccio le grazie clie mi si chiedono. Se lu desti a me l'esser 
di uomo, io darô a te l'esser di Dio , checjuanto dire la mia 
onnipolenza, con cui possi chi a te si raccomanda aiutare. 

-^ Ihid. p 9O. 



l84 MÉMOIRES. 

gouvernemens absolus, qui est aussi un miracle, 
ne peut pas être passée sous silence par l'histo- 
rien de l'image miraculeuse, a Tous les princes 
» italiens , à l'exception des républiques qu'on a 
» éteintes, sont dans la stupeur, comme après 
» un long rêve, en se voyant rentrés dans leurs 
» domaines féodaux , sur lesquels aucun pouvoir 
n humain ne pouvait plus les faire compter '. » 

Suit l'histoire de l'image miraculeuse placée 
dans une chapelle magnifique de la cathédrale de 
Saint-Cyriaque à Ancône^. 

« Un prodige aussi inouï , fut authentiqué par 
plus de quatre-vingt mille témoins oculaires , et 
par des enquêtes légales. On en publia chez l'im- 
primeur Sartori une sincère relation le 6 juillet, 
par ordre de son éminence monseigneur le car-^ 
dinal-évêque Ranuzzi, d'heureuse mémoire. Ou- 
ire cela, le député actuel, M. le chanoine Betti, se 
fit un saint devoir de faire passer ce fait à la pos- 
térité, au moyen d'une inscription gravée sur la 
pierre , et qui , pour qu'on en conservât à jamais 
la mémoire, fut placée dans la cathédrale'. » 

■Djicl, p. 98. 

Tutti gl' itali principi, dell' estinte repnbbliche in fuori, si 
stupiscono , come di un sogno si stupirebbero , nei vedersi 
rientrati ne' feudali loro dominj , su cui la umana potenza 
non potea più contaic. 

' Ibid. p. 102, note stor. 

^ Ibid. p. I o3. 

Cos'i inaudito portento vennc autenticato da più di ot » 



lUÊAIOlUUS. l85 

>i Le 25 iiovoinbre 1796, fut tci'minc le pr(x:ès- 
vorbal que l'on avait dressé sur les preuves de ce 
nnraele, selon toute la rijjueur des formes '. » 

Le pape venait d'instituer [>ar bref du 22 no- 
vembre une confrérie ])ieuse pour honorer cette 
ima^je, sous le nom de Jîls vt Jilles de Marie. 
Enfin, après le miracle, il fut impossible de fer- 
mer l'église pendant douze nuits consécutives, 
tant était grande la foule qui s'y portait". 

Veut- on des preuves encore plus spécifiées? 
en voici : « Le 6 juillet, trois peintres, et mon- 
signor le vicaire Pacifici, le grelïier M. Fiançois 
Vallacca, et M. l'avocat Bonavia, accompagnés 
de divers témoins pris dans la classe de MM. les 
chanoines, de plusieurs nobles et de quelques 
étrangers , allèrent examiner la manière dont la 
sainte image était peinte, afin de connaître avec 
certitude s'il ne s'y était pas glissé quelque impos- 
ture, œuvre de l'humaine malice, par le moyen 

tanta niila testimoui oculari , non che da legali ricognizioni. 
Fil pubblicata colle stampe dalSartori, nel 6 luglio '79^5, 
una genuina relazione, per ordine dell' Em°. Sig''. cardinale 
vescovo Ranuzzi di fel. mem. Ed oltre a questo , l'attual de- 
putato Sig^. Can°. Betti si fece un sagro dovere di tramandare 
— ai posteri una lapide ed analoga isciizioue nella cattetU*ale 
chiesa riposta. 

' Ibid. p. 104. 

Nel aS novembre venne ultimato il proccsso di tal prodigio 
toile l'orme le più rigorose. 

= Ibid. 



l86 MÉMOIRES. 

(le l'altifration des couleurs, etc. A peine cut-oit 
ôté le verre qui la recouvrait, que l'image ouvrit, 
deux fois de suite et plus qu'elle n'avait encore 
lait jusqu'alors, et qu'elle referma ses yeux bien- 
heureux, pour confirmer de plus en plus la vé- 
rité du premier miracle K » 

On ne conçoit pas trop d'où provenait l'incré- 
dulité des commissaires examinateurs, puisque 
l'auteur avoue que, lors de la procession solen- 
nelle du 26 juin, lendemain du miracle, la Vierge 
n'avait fait qu'ouvrir, fermer et tourner les yeux 
de toutes parts, à la grande joie des habitans 
qui pleuraient à chaudes larmes. Le:d6juin 1800, 
et le i5 août 181 7, cette même procession eut 
lieu en actions de grâces , mais la Vierge ne re- 
garda plus rien ^ : il paraît qu'elle en avait 
assez vu! 

Pie VII couronna l'image miraculeuse le i5 
mai 18 14, événement qui fut consacré par une 
inscription. Il fixa sa fête annuelle au second di- 

' Ibid. p. io5. 

Da tre pittori, da Monsig"', vicario Pacifici , dal cancellierc 

Sig^. Francesco Vallacca , dal Sig^. Av° Bonavia uuitamenie 

a varj testimonj presi dal csto dei Sig. canonici , di varj ca- 

vallieri e di alcuni forcstieri, ncl fare la ncognizione délia 

positura, eoUa quale è dipinta la sagra imagine, e pev 

riconoscere se v'era inganno alcuno dcUa uniana malizia, con 

alterare il colore, etc., lollo appena il ciistallo , ella bene 

due voile apn e cliiuse più dell' iisalo gli occhi beatissiiui a 

niiova coufcrma dcl già oj)ei'ato miiacolo. 
^ Ibid. 



MKMOIRT.S. 187 

manche du même mois , et y attacha le gain d'une 
induljjencc pléiiière. Ce ne fut pas la seuhî. 
]\I. l'abht^ Alhcitini dit qu'il serait trop Iohp; de 
vouloir dresser un catalogue des indulgences plc- 
nières et partielles que Pie VI et Pie VU ont ac- 
cordées en faveur de cette image ^ 

Enfin, je rapporterai avec l'auteur une der- 
nière preuve à laquelle il paraît attacher d autant 
plus d'importance, qu'il est certain d'avance que 
personne ne s'y attend. Le général Bonaparte, qui 
se rendit à Ancùne, peu après l'époque où s'était 
opéré le prétendu prodige, se fit apporter par les 
chanoines de la cathédrale l'image miraculeuse 
au palais Trionfî où il était logé. Il la fit dépouil- 
ler de tous ses riches ornemens et de ses bijoux , 
qu'il remit au président de la municipalité, pour 
servir de secours à l'hôpital le plus pauvre de la 
ville. L'avocat Bonavia, partisan des Français 
quoique dévot, raconta alors au général tout ce 
qui s'était passé , et appuya son récit du témoi- 
gnage de cent mille personnes , toutes présentes 
lorsque le miracle avait eu lieu. Bonaparte prit 
l'image et la considéra long -temps avec la plus 
grande attention. « On ne peut pas précisément 
assurer avec certitude, dit M. Albertini, que la 
Vierge ouvrit les yeux en sa présence; maison 
ne peut pas s'empêcher d'en former, du moins, 
la conjecture. Ce grand personnage ne cessa de 

' Ibid. p. io6j 



l88 M ÉMOI il ES. 

regarder l'image fixement, et tout à coup on le 
vit changer de couleur. 11 fit, outre cela, des 
gestes qui indiquaient le trouble et la surprise. » 
Il finit par lui rendre tous ses bijoux et ses or- 
nemens ( au grand dommage des hôpitaux et des 
pauvres quc ce nouveau miracle replongeait 
dans la misère ) , et il la fit placer sur son autel 
ordinaire , où , pour plus grande vénération , ajoute 
l'auteur, il ordonna qu'on la couvrît d'un voilée 

La publication des Mémoires de l'estimable 
docteur Antommarchi, nous a prouvé que, même 
dans ses derniers momens, l'empereur ne parlait 
qu'avec très-peu de vénération des madonnes ita- 
liennes. 

« Le prodige, dit M. Albertini en terminant, fut 
ensuite attesté par des personnes de toutes les 
classes , par des riches et des pauvres, des magis- 
trats et de simples bourgeois , des ecclésiastiques 
et des laïques, des dévots et des incrédules, des 
catholiques et des protestans, des infidèles et des 
Juifs, de toutes les nations, de tous les climats, 
de tous les rangs , comme il est constaté dans le 
procès-verbal qui se trouve aux archives de la vé- 

' Ibid. p. loy. 

Non si pottrebbe con tutta certezza asserire che la Vergine 
aprisse alla prescnza di lui le pupille ; gli è forza non ostante 
di fonnarne almeno la congettura. Quel valente personag- 
gio rimiro sempre fisso l'imagine , e videsi improvvisameute 
caugiar di colore. Ed oltracciô fcce de' moli iudicauti sLaloi- 
dimento e sorpresa. 



Mi^Mornrs. 189 

nérahie cathi^dralc d'Ancônc '. « Les incrédules, 
les protestans, les Turcs et les Juifs ne s'atten- 
daient, certes, pas plus à devoir figurer parmi 
les témoins d'un miracle opéré par et au profit de 
la cour romaine, que ne s'y attendait l'empereur 
Napoléon. 

Le 22 septembre, le miracle continuant régu- 
lièrement à se montrer aux curieux , l'empereur 
d'Allemagne fit faire une procession solennelle, 
fit un riche don en cire, et destina une forte 
somme d'argent pour célébrer des messes. Amé- 
lie , alors duchesse de Parme , broda elle-même 
des tissus précieux qu'elle envoya à la sainte 
Vierge^. * 

La reine d'Étrurie, morte il y a peu de temps 
duchesse de Lucques, a été tellement frappée de 
la victorieuse logique de M. l'abbé Albertini , 
qu'elle avait formé le dessein de l'arracher à son 
université de Fermo , afin de s'en servir elle-même 
pour illuminer sa propre université , à la grande 
édification de ses sujets. Nous ne savons pas si le 
roi-duc régnant, son fils, a persévéré dans cette 
pieuse intention. 

NOTE SOIXANTE-DOUZIÈME. 

(72) (Page i3. Ces miracles étaient inter- 
prétés comme des signes irrécusables de la 

' Ibid. p. 108. 
= Ibid. p. 109- 



igO MÉMOIRES. 

victoire que les soldats apostoliques allaient 
remporter sur les troupes républicaines . ) 
Nous joindrons ici quelques passages des lettres 
que Tévêque Ricci reçut à cette époque , et où il 
est parlé des prétendus miracles de la Vierge, de 
la guerre faite au pape par le général Bonaparte , 
des négociations entre la république et la cour de 
Rome, etc. , etc. 

Le doyen Octave Ricci à l'évêque Ricci. Pon- 
tremoli, aS juillet 1796 *-. 

u Les miracles des images d'Ancône, de Rome, 
de Civita-Vecchia, de Macerata et d'Ascoli... oc- 
cupent tellement les esprits qu'on ne parle plus 
des Français. » 

L'abbé Mouton au même ; 5o août =^. 
« Il paraît que les négociateurs du pape en 
France n'ont pas été heureux dans leur commis- 
sion, et on dit que c'est parce qu'ils ont été trop 
fins. Les succès momentanés du général Wurmser 
ont fait croire à M. Pieracchi qu'il ne devait plus 
se presser de traiter avec le Directoire de France. 
Il s'est présenté néanmoins au jour convenu ; 
mais, pour s'excuser d'entrer en négociation, il a 
prétexté qu'il n'avait pas pu letrouver ses pou- 



• Lettere diverse, anni T796 e 1797 , n". 97. 

I prodigj délie imagini di Aiicona , di Roina , di Civita 

Ycccliia , di Macerata e di Ascoli taliiiente occupano cias- 

cnno , elle orniai più non si parla dei Fraucesi. 

» Ibid. n". 121. 



MfcMOIIlKS. igt 

voirs. Ltis mauvaises nouvelles étant venues en- 
suite, les pouvoirs se sont retrouvés, mais le 
Directoire lui a dit qu'il n'avait pas le (emj)s de 
l'entendre. Les papiers publics prétendent môme 
qu'il a reçu ordre de partir dans les vingt-quatre 
heures, et on pense qu'après la prise de Mantoue, 
Bonaparte aura celui de s'avancer vers Piome. » 

Le doyen Ricci au même. Pontremoli, i5 oc- 
tobie *. 

(( Vous aurez sans doute lu la lettre de Buo- 
naparte au cardinal Mattei. Il y parle en grand 
homme, et ce qu'il dit est humiliant pour le car- 
dinal. « 

Le même au même, Pontremoli , 22 octobre =*. 

Même sujet, u Voilà les reproches que méritent 
les ministres du sanctuaire, quand ils veulent se 
mêler de choses qui ne les regardent point. » 

M. l'évêque Grégoire au même. Paris, 1 5 jan- 
vier 1797 ^. 

« Je ne serais pas surpris et surtout je serais 
fort aise de voir renaître la république romaine, 
€t les vertus chrétiennes y resplendir dans tout 

« Ibid. n°. 149. 

Ella avràletta la lettcra di Ruonaparte al card. Mattei. In 
essa parla da gi-and' uomo ed è umiliante pel cardinale. 

= Ibid. no. i5i. 

Ecco i riniproveri che si meritano i ministri del santuario, 
quando voglionsi intrigare in cose che non sono del loro di- 
partimento. 

^ Ibid. n". 204. 



iCjl MÉMOIRES. 

leur éclat. Mais si les successeurs de saint Pierre 
continuent à être princes de Rome, Dieu veuille 
leur transmettre les talens et les qualités de Be- 
noît XIV et de Ganganelli ! n 

Le chevalier Jean Gianni. Livourne, 5 février '. 

Après avoir parlé de la rupture entre la France 
et Rome, et de la guerre ridicule qui allait suivre, 
il dit : (( Je crois que lorsqu'aura eu lieu la pre- 
mière défaite des soldats bénits du pape, déjà pré- 
parés par de saints exercices à monter au ciel, 
après qu'ils auront péri dans l'acte môme de don- 
ner la mort à leur prochain, je crois, dis-je, 
qu'alors le pape sera saisi d'une belle peur. » On 
aura bien vite recours à l'assistance d'un tiers 
pour remédier au mal , « afin , comme s'expriment 
ordinairement les prêtres romains , que les enne- 
mis du souverain de Rome consentent, du moins, 
à respecter les droits et les intérêts de l'église. Si 
les choses se passent réellement de cette manière, 
le prince qui sera choisi comme médiateur, aura 

' Tîjid. no. 2og. 

Credo che quando accaderà la prima disfatta dclle Ijcne • 
dette truppe papaline , già preparate colli santi esercizj a 
salire in cielo moiendo nell' atto di dare la morte al loro 
])rossimo , allora una calda paura scuoterà il papa, etc. , etc. , . . . 
acciô, come sogliono pretestare li prcti romani, vogliano sal- 
vare li dirriti e l'interessi délia chicsa. In taie ipotesi, quel 
sovrauo mediatore , avrebbe un' occasione bella daimpiegarc 
la sua opéra perncttare da tante sozznre le menti ed i costnmi 
délia Babilonia. 



iw Kivioin F.s. lyî 

roorasion la plus pn-eieuso d'employer tous ses 
eflbrts pour puiger de l'excès de leurs souillures 
les esprits et les mœurs de Babylone (Rome). » 

M. l'ëvèque Grégoire au même; Parris, 9,5 fé- 
vrier '. 

« Dieu veuille que le chef de l'église, au lieu 
d'une cour temporelle, n'ait plus que des colla- 
borateurs dans la vigne du Seigneur : alors les 
abus disparaîtront, et les successeurs de saint 
Pierre en seront plus respectables et plus res- 
pectés. » 

M. le chevalier Jean Gianni au même ; Fisc , 
26 février *. 

La paix étant faite avec la France, il n'y avait 
plus autre chose à craindre pour la monarchie 
temporelle du pape , que le mécontentement 
toujours croissant du peuple romain , provenant 
du dérangement des finances, que les contribu- 
tions à payer à la république avaient ruinées sans 
retour. 

Le doyen Pvicci au même; Pontremoli, 3 mars ^. 

Il croit que tout bon catholique doit se réjouir 
des malheurs de la cour de Rome, qui peuvent 
seuls réduire le Saint-Siège à se contenter d'être 
ce qu'il aurait toujours dû demeurer. 

■ Ibid. 11°. 219. 
^ Ibid. n". 222. 
3 Ibid. n". 326. 

ToM. III. i5 



ig4 MÉMOIRES. 

Le même an même ; Pontremoli, i8 mars '. 

A propos des énormes contributions payées par 
le pape à la France , il dit : « J'étais à Rome 
quand y arrivèrent les millions de l'Espagne 
pour la transaction faite sur les bénéfices. Lam- 
bertini vivait alors, et il prononça ces paroles 
mémorables : Quils sont bons les princes qui 
paient pour obtenir ce dont ils powTdient libre- 
ment disposer sans rien donner à personne ! — 
Voilà donc que maintenant chaque chose retourne 
en son lieu. Il n'est que trop vrai ce que dit le 
proverbe , que les biens mal acquis* ne durent 
guère. » 

Le même au même; Pontremoli , 24 mars ^. 

' Ibid. n". 252. 

lo ero in Roma quando giunsero i milioni di Spagna per 
la transazione fatta su i benefizi. Vivea allora Lambertini , e 
disse queste memorande parole : Quanto mai sono buoni i 
principi che pagano per avère una cosa di cui potrebbero dis- 
porre senza alcun paganieuto! — Ecco dunque che le ossa tor- 
nauo al loro luogo. E troppo vero il proverbio, che le cose 
di maie acquisto hanno brève dui'ata. 

^ Ibid. no. 236. 

Sono stati malaniente da quella corle iuterpetrati i prodigj 
adoperati dalla Vergine, su i quali si fondava tanto lo spro- 
positato declamatore , nel proclama che inviava per eccitarli 
ai soldati romani. Pnô idearsi cosa più barbara e più sciocca 
di quella insipida orazione? — Ho unito al proclama la lettera 
iimiliante del papa a Buonaparte. Si desidererebbe il ritorno 
di persone illuminate , che ne facessero la concoi'danza , e che 
dessero il senso cattolico a quelle proposizioni. — Quel de- 



MÉMOlKliS. 1()5 

« La cour de Komd a mal interprété les mira- 
oies qu'avait opérés la Vierge, et sur les(|ucls ap- 
j)uyait si loi't l'absurde déclamateur dans la pro- 
clamation qu'il adressait aux soldats romains pour 
les animer au combat. Peut-on se faire l'idée 
d'une chose plus barbare ou plus ridicule que 
cet insipide discours? — J'ai joint à la proclama- 
tion la lettre humiliante du pape à Buonaparte. 
On désirerait beaucoup qu'il se trouvât ici quel- 
ques personnes éclairées pour en faire accorder 
les propositions entre elles, et pour leur donner 
un sens catholique. — L'argent qui, depuis tant 
d'années, est injustement allé se perdre dans le 
gouffre (du trésor pontifical), doit rentrer ac- 
tuellement dans la circulation , à laquelle il avait 
été enlevé. Dieu permet que les voleurs soient vo- 
lés à leur tour. » 

M. l'évéque Grégoire au même; Paris, 3i 
mars \ 



naro che ingiustainente per tant' au ni è corso a questa voia- 
gine , dee ritornare a quel circolo d'onde si era paitito. Chi 
ruba, permette Iddio che sia derubato. 

N. B. Nous joindrons à la fin de cette note les lettres du 
général Buonaparte au cardinal fliattei ; la proclamation in- 
cendiaire que le pape fit répandre pour animer ses soldats ; la 
lettre du pape au général français pour lui demander la paix, 
et la réponse de celui-ci ; ainsi que plusieurs auti-es pièces in- 
téressantes dont nous venons de faire mention et qui sont 
précieuses pour 1 histoire du temps. 

' Ibid. n°. 239. 



ig^ MÉMaiRES. 

Il lui annonce que les prêtres dissidens de France 
sont furieux d'apprendre que le pape a reconnu la 
république, en traitant la paix avec elle, et que 
le clergé constitutionnel est chagrin d'entendre 
que le traité qui a été conclu ne termine pas le 
schisme de l'église gallicane. Il témoigne son dé- 
sir, tant de fois exprimé et toujours plus ardent , 
de voir Ricci monter sur le siège archiépiscopal 
de Paris. 

§ I. — Les Italiens à l'extrême obligeance des- 
quels nous devons tous les matériaux de cet ou- 
vrage ne seront pas fâchés de voir ici quelques 
lettres inédiles de François Milizia, auteur du 
Dictionnaire biographique des architectes, des 
Elêmejis d'architecture, ete. , etc. Milizia se trou- 
vait à Rome au moment même du changement de 
gouvernement, et il communiquait à M. Laurent 
Lami( héritier du sénateur Adami dont il a pris 
le nom), son ami , à Sienne, les nouvelles les plus 
intéressantes et l'impression que faisaient sur lui 
les événemens de cette époque , au fur et à me- 
sure qu'ils avaient lieu. Ces lettres, pleines de 
plaisanteries spirituelles, ne sont pas d'ailleurs 
d'un intérêt simplement local; elles doivent ser- 
vir à prouver quelle était, à la fin du dernier 
siècle, l'opinion des Italiens pensans. 

Lors de l'entrée des Arétins à Sienne, la mère 
de M. le chevalier Adami déchira et brûla toute 
sa correspondance avec François I^Iilizia, laquelle 
aurait pu le mener au bûcher où l'on brûla les 



Tsj i;ai»oiii&€. 197 

Juifs. Il uc put recueillir, après cette horrible ca- 
tastrophe, que c|uel(jues morceaux épars (jui n'a- 
vaient point été consumés. Ayant eu la bonté de 
nous les confier, nous avops heureusement réus- 
si, en les rapprochant, à en faire les dix lettres 
dont on va lire ce que la décence nous a permis 
de traduire en français •• 

N" I . ^ Rome , 20 août 1 796. 

« Mon ami , 

M J'ai reçu aujourd'hui votre lettre , ma»is déjà 
d'une très-vieille date , c'est-à-dire du 25 juil- 
let. 

» Je vous rends mille grâces de votre cordialité. 

' JN". I. " Roma, 20 agosto 1796. 

Araico amabiln^o, 

Oggi ricevo una sua gratiss™^ , ma colla barba grigia : è in 
data de' 2 5 luglio. 

Mille grazie délia sua cordialità. Rivei'cnze degli amici, e 
particolarniente délia niia meta. Al Sig»". C"". Carletti i miei 
rispetti. 

La santis'°3 Urbe dell' orbe fa rider più cbe mai per le sue 
vertigini. Ancora è incocciata a credere disfatii escacciati d'I- 
talia i nefandissimi Galli. Perciô la mattina di là, i valoros' 
Quiriti fischiarono in foUa, e con sassi e con coltelli diedero 
la caccia a un pajo di commissarj francesi. 

Fraltanto Buonaparte , beacliè morte , e poi fuggiasco , e 
poi in una gabbia di ferro , c poi venuto a Firenze e sepolto 
nell' orto di Mio , ha costretto di portarsi al suo quartier gé- 
nérale a Verona il card. Mattei , arcivescovo di Ferrara e 
principe romano. Se cgli volesse ancor una dozzina di por- 
porati , sei dozziiie di prelati , e dodici dozziiie di abati , 



ig8 MÉMOIRES. 

Les amis vous saluent et surtout ma femme. Mes 
respects à M. le comte Carletti ( celui qui conclut 
dans la suite le premier traité entre la Toscane et 
la république française). 

» La très-sainte ville par excellence se rend 
plus ridicule que jamais par ses extravagances. 
On s'y obstine encore à croire les exécrables Fran- 
çais battus et chassés d'Italie. C'est pourquoi, 
l'autre matin , les valeureux Romains s'attroupè- 
rent en foule pour huer et poursuivre, à coups 
de pierres et le couteau à la main, deux com- 
missaires français. 

» Sur ces entrefaites, Buonaparte , quoique déjà 
mort, puis mis en fuite, puis renfermé dans une 
cage de fer, puis arrivé à Florence et enterré 
dans le jardin de Miot , a forcé le cardinal Mattei , 
archevêque de Ferrare et prince romain, de se 
porter à son quartier-général à Vérone. S'il avait 
demandé encore une douzaine de cardinaux, et 
six douzaines de prélats, et douze douzaines d'ab- 
bés, le tout avec plusieurs autres douzaines, «... 
il aurait bien fallu qu'ils fussent allés se pro- 
sterner devant lui, 

tutto questo con altre dozzine di ogni génère musicorum , bi- 
sognerebbe che andassero ad pedes. Oh quanto abbiamo da 
ridere ! 

E quoi j 2,000 Francesi venuti di fresco a Bologna, ed al- 
tri che li raggiungerano dove vorranno andave? Roma è di 
naovo in cacarcllis. Si raccoinandi a S. Caco. 

E ron tulto il cuoic 1 alib. Valr. 



MÉMOIRES. 199 

Et les tlouzc mille Franeais arrivés nouvel- 
lement à Bologiiy, et ceux qui doivent les suivre, 
où se rendront-ils ? Piome est de nouveau dans 
les transes » 

» Je vous embrasse de tout mon cœur. » 

N". 2. Rome, 26 août 1796. 

)) Mon ami, 

» Mille grâces, etc 

» Il semble que les affaires de Livourne vont 
se gâter encore davantage. Cette ville est forte- 
ment menacée par les Anglo-Corses. D'un autre 
côté , les Gallo-Corses , de Livourne où ils se trou- 
vent, menacent la Corse. Chiens corses contre 
chiens corses. Quel tapage ! Quand finira-t-il ? 
car, après tout, il faudra bien en finir une 
fois. » 

N°. 2. — Amico gentil'"", 

Grazie cordialissinie per la sua cordialità. INe la lin^razia 
anche mia consorte, laquale devotamente la riverisce insieme 
con tutti gliamici, che fanno di lei spesso onorata menzione. 

Ella mi riverisca il Sig''. C'*'. Carletti , e gli dia anche un 
amplesso. 

Par che le cose di Livoi'no vogliano più imbruttirsi. Vien 
assai minacciato dagli Anglo-Corsi. AH' incontro i Gallo-Corsî 
da Livorno minaccian la Corsica. Cani corsi contro canicorsi. 
Che cagnara! E quando finira? Finalmente finira. 

Il card. Pignatelli se n' è fuggito a Napoli per timoré d'esser 
trasportato a Brescja , dove ha dovuto andare il card. Mattei 
e un Monsigr. Lagreca , che voleva fare a Ferrara il proto 
quanquam. 

L'argenteria délie chiese e délie case non basta; siprenderîi 



:200 MÉMOIRES. 

» Le cardinal Pignatelli s'est enfui à Naples, de 
peur d'être transporté à Brescia , où a dû aller le 
cardinal Mattei et un monsignor Lagreca, qui 
voulait faire le rodomont à Ferrare. 

» L'argenterie des églises et des maisons ne 
suffit pas. On prendra le r^ste pour le donner 
tout ensemble aux ex - très - chrédens . Le nombre 
des assignats (cedole) croît tous les jours; donc 
on fera banqueroute. Tant mieux; on ne saurait 
être saint, si l'on n'est nauvre. Rome veut être 
sainte : c'est là son goût. Ainsi soit-il. 

»Pasquin avec l'abécédaire en main, lit A. C. B. 
Azara, Cacô (Cacault), Busca. Busca était secré- 
taire d'état le matin; mais le soir? Aimez- 
moi. Adieu. 

» François Milizia. » 

N*». 5. Rome, 21 octobre 1796. 

« Monsieur ie chevalier, mon très-cher ami, 

» Je suis enchanté d'apprendre que vous vous 

il lesto per darla tutta agli ex-cristianissimi. Le cedole cres- 
cono ; dunque si failirà. TanLo meglio. Non si pu5 esser santo, 
se non si è povero. Roma vuol esser santa : questo è il suo 
)]usto. Amen. 

Pasquino colla santa croce in mano, legge A. C.B. Azara, 
Cacô, Busca. Busca Segr° di stato la mattina ; ma il giorno? 
— Mi ami , mi commandi ; mille amplessi. Yale. 

Devot™o obb"'» serv. Y" am". 

Ptoraa, 26 agosto lygfj. Fvancesco Milizia. 

N**. 5. — Roma, 21 8bre 1796. 

Amabil""" Sig. convalare amie"!", 

Mi consolo cli' ella stia bene. Benone anche noi , che l'as 



MÉMOIRES. 20 1 

portez bien. Nous faisons de même et vous atten- 
dons avec impatience, afin de rire de tout ce qui 
se passe. Je ris comme un fou, en voyant tant 
d'exti*avagans qui se sont alambiqué le cerveau 
pour faire de la politique, et qui n'ont su en tirer 
que des romans. 

)) Maintenant, messieurs les Romains se pré- 
sentent la bourse à la main , pour fournir des 
dons gratuits en faveur des armées pontificales 
qui feront , dit-on, monts et merveilles. Les fem- 
mes aussi donnent gratis ce qu'elles peuvent 

donner. Vous seriez -vous jamais attendu à voir 
les troupes du pape monter à cinquante mille 
hommes? » 

^°. 4' Rome, 8 avril 1797. 

(( Ici on tient des congrégations de car- 
dinaux pour établir l'économie. Nq|ire Très-Saint 

peUiamo tutti con ansietà per ridei'e e straridere. lo lido solo 
corne un matto , in veder tanti stralunati che si spoliticano 
il capo, e non fanno che romanzi. 

Ora i signori romaneschi stanno colla loro borsa in mano 
per fare doni gratuiti per l'arniamento, che ha da far nsari e 
monti. Anche le donne, benchè senza borsa, danno gratis' 
quel che sanno dare. S'aspettava ella mai che le truppe pon- 
tificali monteranno a 5o,ooo ? 

La riverisce cordialniente mia consorte cogli amici, i quali 
domandano spesso di lei. lo i'ab" con tutto il cuore , e sarô 
sempre il suo amicone Milizia. Vale. 

N". 4- — Gentilni" amico , 

Tutti i comuni amici domandan amichevolmente di l'A , e 



202 MÉMOIRES. 

Père et Seigneur a dit que ce n'est pas le mo- 
ment de penser à économiser. Je lui en fais mon 
compliment. 

» On avait demandé un million à Gênes. Gênes 
a répondu qu'elle n'avait rien à donner. Donc 
Rome s'emparera de la vaisselle et des boucles 
d'argent pour les donner aux Français. 

» Les richesses augmentent : pour une piastre 
espagnole f fr. 5, 55 cent. ), on donne dix-huit 

tutti la rivejriscono : la più cordial riverente è la mia meta con 
cui mi rallegro ch' ella goda buona salute. Se la goda. 

Qm si tengono congregazioni jiurpuree per l'economia. Il 
santissimo signer nostro ha detto, che non è questo tempo 
da pensar ad economia. Evviva ! 

Si era chiesto un milione a Genova. Niente , Genova ha 
risposto. Dunque Roma si chiapperà posate, e fibbie, per darle 
ai Gain. 

La richezza qui cresce. Per un pezzo duro si danno diciotto 
paoli in carta. Città di carta sporca! Papa di caria sporca ! 

Un amplesso al cittadino Carletti , è un' altro alla cittadina 
Cosa Rara, ch' è la mia Dulcinea del Toboso. E che si ch' 
ella, Sig''. Lami gran padrone mio reverendissimo , quando 
ella meno vi pensa , mi vedi-à avanti al duomo di Siena. Basta. 
Del futuro si sa poco. I più dotti, quanto più dotti, aman il 
preterito. 

Ella mi voglia bene, perché io l'amo e l'abbraccio con 
tutto il cuore. Vale. 

Il Masini è présidente dell' amministrazione centrale délia 
sua Emilia. Espiegai vanni alla liberté, ail' égalité. Egli è più 
deir imperator re , che sta a soldo d'alcuni mercanti. 

Roma, 8 april 1797. 



MÉ MOIRES. ao5 

pauIs en papier (fr. 9, G5 cent. ). Ville de papier 
sale '. 

>) P. S. Massini est président de l'administra- 
tion centrale de son Emilia (la légation de Bo- 
logne). Il a déployé son vol vers la liberté et 
l'égalité. Il est plus roi que l'empereur, qui est 
lui-même à la solde de quelques marchands, n 

N°. 5. Rome, 13 mai 1797. 

H L'agent impérial a grand'peur de devenir ré- 
publicain transpadan. Au contraire, le citoyen 
Massini, membre central, voudrait que tout le 
monde fût membre , et que jusqu'à l'ami Lami 
fût membre. 



N». 5. ' Roma, 11 maggio gy. 

Mi rallrgro col mio amicis""' Sigr. Lorenzo clie goda buona 
salute, e se la goda. Anche noi stiamo bene , e già sul solito 
Esquilino , da dove la mia consorte le fa cordialissimi bacia- 
mani. 

L'agente impériale ha gran panra di diventarerepubblicano 
traspadano. AU' iucontro il cittadino Masini , membro cen- 
trale, vorrebbe che ognuno fosse membro , e anche l'amico 
Lami membro. Il nostro Sig'\ papa non sa più far lapiscia. 

Ella non si scoi'di di me. Amiamoci. Vale. Al 0-«. Carletti 
un aniplesso. 

Franco Milizia. 



' On prcfe'rail les assignats les plus nianic!i et par conséquent les plus sales , m\ 
papier neuf et propre, mais qui était souvent faux. 



204 MÉMOIRES. 

» Monsieur notre pape a une rétention d'uri- 
ne. 

» Embrassez le comte Carletti. 

» François Milizia. » 

N°. 6. (Sans date.) 

«Le 1*^. jour d'août, au matin, de bonne 
heure, le fiscal Barberi est nommé dictateur, ne 
qiiid respuhlica detrimenti capiat (pour que la 
république ne souffre aucun dommage) , et mon- 
signor Consalvi , magister equitum (général de ca- 
valerie). On arrête et on conduit au château Saint- 
Ange Angelucci , les deux frères Bouchard et le 
juif Ascareili. — Le soir, aux armes! Les places, 
les ponts , les rues , tout est encombré de soldats. 
Le palais de IMontecavallo est mis en état de siège. 
On ne voit, que canons, caissons, escadrons, cui- 

N». 6. Gentil™» amico, 

Salutazioni nostre e dei nostri coa tutto il cuore ; saluta- 
zioni al Carletti. 

A d'i I agosto di buon mattino , dittatore Barberi il fiscale, 
ne quid i-epablica detrimenti capiat ; e magister equitum 
Monsig»". Consalvi : arrestati e condotti infortezza Angelucci, 
due fiateili Bouchard, e il giudio Ascarelli. — La sei'a, ail' 
armi ! Piazze , ponti , strade, piene di squadre. Il Monteca- 
vaUo in stato d'assedio : cauuoni, cassoni , squadroni ; co- 
razzicri e cavalle;rgieri iu carabine : soldati di linea e civici 
con carichi e stracarichi. Clii va li? Chi va qui? Indietro , 
non si passa, non si passegia. Il gênerai Giustiniani, il gê- 
nerai Sinibaldi , il gênerai tutti i generali in veglia tutla 

la notte; nô quella de' cappucini. 

A di 1 item. Vivaldi si arresta e si incastella. 



MÈMOIKKS. ao5 

raSvSicrs et clirvau- lé[;ors armi^'S de carabines; 
troupe (Je lijjne et gardes nationaux armés de 
carabines chargées et surchargées. Qui va ci? 
Qui va là? En arrière! On ne passe pas! On ne 
se promène pas! Le général Giustiniani, le gé- 
néral Sinibaldi , le général , tous les géné- 
raux, enfin, font pendant la nuit la veillée, qui 
ne fut pas celle des capucins. 

» Item. Le 2 août, on arrête Vivaldi et on l'en- 
ferme au château. 

M Item. Le 5 , on arrête le gros Camille, mar- 
chand de friture au pont Sixte. 

» Item. Le 4 , les récollets d'^raceli se rendent 
au réfectoire du couvent de la Minerve j pour so- 
lenniser la fête de saint Dominique. 

A dï 3 item. E arrestato Cammilione , friggitore a ponle 
Sisto. 

A di 4 item. I zoccolanti di Az'aceli vanno nel refcttovio 
délia Minerva a solennizzar S. Domenico. 

Item. Finchè non siegue l'espiosione de' congiurati. Con- 
giurati sono gli arrestati, ed eglino stessi han detto pubblica- 
mente e lidetto , cbe a' di 5 agosto deve scoppiar la con- 
giura, per sventraie papa e papato , porporati e prelati , e 
frati e signoria. E se quest' opeïa santa non puô eseguirsi al 
di 5 , si farà al d'i 8 ; e se non al dï 8 , si farà al dï i5. Basta ; 
si avviserà prima di faisi , perché taie è la pratica costante 
de' Cattilinarj. E perché si vuol molto danaro per soUevarla 
marniaglia , percib tra cospiratori è l'Ebreo Ascarello , ricco 
sfondato di debiti. 

Tra' fasti romani il più fatosissimo è questo ; ne la cède a 
fjuello délie madonne stradarole. 



2o6 MÉMOIRES. 

» Item. Il en sera de même jusqu'à ce qu'écla- 
tera la conspiration des conjurés , car vous sau- 
rez que ceux qu'on a arrêtés sont des conjurés , 
et eux-mêmes ont dit publiquement et répété di- 
verses fois que, le 5 août, doit éclater la conspi- 
ration dont le but est d'éventrer le pape et la pa- 
pauté, les cardinaux, les prélats, les moines et 
la noblesse. Si cette œuvre pie ne peut pas s'exé- 
cuter le 5 , ce sera pour le 8 ; et si ce n'est pas 
le 8 , ce sera le 1 5 . Quoi qu il en soit , avant de rien 
entreprendre , on aura soin d'avertir tout le 
monde, puisque telle a été l'habitude constante 
de tous les conspirateurs anciens et modernes. 
Et parce qu'il faut beaucoup d'argent pour soule- 
ver la canaille , on a eu soin d'enrôler parmi les 

conjurés le juif Ascarello, qui a infiniment 

de dettes. 

» Le trait le plus digne de figurer avec orgueil 
parmi les fastes romains est sans doute celui que 
je viens de raconter : il ne doit pas même céder 
le pas à l'histoire des madones des ruelles (délie 
madone stradarole). » 

N°. 7. Sept-CoUines , 8 septembre 1797. 

« Mon très- cher ami , 
» Nos madones des ruelles augmentent de jour 

N°. 7. Sette Colli, 8 ybre 1797. 

Amicis"" amico , 

Con tutto il cuore ella ô salutata dalla niia meta, e fia tutta 
la brigata. 



MÈ Mui H r. s. ;»07 

en jour vn nombre, et gajjnent en beauté et en 
richesses; aussi ne cessent -elles pbis de nous 
rompre la tête. Les Romains sont retombés dans 
l'enfance : Laudate , pueri y madonnani (enfans , 
louez la madone; ) 

» Le nombre des assignats croit encore plus 
que celui des madones , et la misère croît en 
même temps. C'est là l'abondance secLindiini Ro- 
manns (selon les Romains ) 

» J'apprends que chez vous aussi on arrête pour 
opinions. Cela me fait peine. 

» Il sera beau de voir sous verre le roi-cardinal, 
évêque de Tusculum '. 

Queste madonne stradarole crescôno in numéro , in beltà , 
in ricchezza e in rompiculo. I RomartI fanciuUeggiano Laii- 
ilate, pueri, madonnam. 

Più délie madonne crescon le cedole e le carestie. Dunque 
Romasta, secundùm Romanos , in ventre di vacca. Anche 
Giona fù in ventre di pesce. 

Sento che anche cost'i si carccrino degli opinanti, Non ne 
ho gusto. 

Sarà belle in vetrina il re cardinale vescovo del Tuscolo. 

Se ella vuole che le sue graditissime lettere mi pervengan 
più presto e meglio, non vi metta più ne Angeletti , ne strada 
papale , ne Gesù. Mando io a prenderle dalla posta. 

Roma teme un' invazione di eserciti napoletani. 

Questa mattina il papa non ha voluto andare alla cappella 
papale al Popolo : non gli piaccion troppo le fischiate. 

Amiamoci. Vale. 

' L'archevêque de Frascati. 11 craigDail Fair, et se tenait liabituellemeal 
Jans une espèce de cage ou de guérite vitrée. 



2^^ MÉMOIRES. 

» Rome craint une invasion dos troupe.^ napo- 
litaines. 

» Ce matin, le pape n'a pas voulu aller à la 
chapelle pontificale, à l'église dite du Peuple. Il 
n'aime pas trop à être sifflé. » 

N**. 8. Rome, 1 6 décembre 1797. 

« Nous jouissons ici saintement du plaisir 

d'avoir des madones grandes et petites. 

» Tout y est cher, très-cher , et par conséquent 
trés-agréable. 

w Les Cisalpins font les fanfarons à Urbin. Il 
faut prendre le temps comme il vient , et s'ils 
arrivaient jusqu'ici , il faudrait bien aller les com- 
plimenter et danser gaiement avec eux la carma- 
gnole. ^ 

^°. 8, Roma , i5 xbre 1797. 

Si rides, Lcne est; ego quidem rideo. Fi-a tutte le bestie, 
l'iiomo è SI ridicolo e deridicolo , che bisogna ridere, anche 
quando egli piange. 

Dunque io mi rallegro cli* ella goda perfetta salute , e se la 
goda. 

Noi godiamo qui santamcnte délie madonne, delle mado- 
nine. Tutto ci è caro , carissimo , e peicio più graditissimo. 

I Cisalpini fanno gli smargiassi in Urbino. Conviea pren- 
der il tempo corne viene ; e ?e eglino vengono qua, cnnvien 
dar loro il ben venuto, e ballare allegramentc la carmagnola. 

Tutti gli amici domandano spesso délia sua amabil per 



M K MOIRES. 9.(H) 

No. (). Rome, 2 février i79<S. 

(( Mon aimable ami , 

» Je vous remercie de tout mon cœur de l'invi- 
tation que vous me faites, d'aller (joiitcr auprès 
de vous les plaisirs du carnaval. Nous avons ici 
un carnaval continuel de processions, en signe 
de pénitence, pour la découverte de certaines re- 
liques qu'on a tirées du sancîa sanctorum (du 
saint des saints), et qui sont accompagnées de 
prophéties qui promettent des miracles de mira- 
cles. En attendant, les armées françaises ont oc- 
cupé Urbin , la Marche (d'Ancône) , l'Ombrie , et 
Tinvasion de Rome est imminente. Grand événe- 
ment ! Il faudra donc en jouir et bien rire. 

n François Milizia. » 

K". 9. Roma, 2 fel/°. 1798. 

Amabil"'". amico , 
La ringrazio cordiaîniente doll iavito ch olla mi fa di venir 
a godere cost'i 1 allegiia de! cai-nevalc. Qui si gode un carne- 
vale di prosscssioni di penitenza, per certe santé l'eliquie es- 
tratto da sancta sanctorum ; corredate da profezie clie pro- 
mettou miracoli di miracoli. Fraltanto gli esercili francesi 
lianno occupato Urbino , la Mavca, l'Umbria , e l'invasione 
di Roma è imminente. Avvenimento massinio. Dunque bi- 
sogna goderselo e ridere. 

Mia consorte la riveiisce devotamente , con tuHi gli amici. 
Amiamoci. Vale. 

Dev'"°. ob™". serv. \^. amico, 
Francesco Milizia. 

ToM. m. ti 



2IO MÉMOIRES. 

IS". lO. Romt'^ 2 mars 1798. 

« Mon estimable ami , 

K Rome est sans son pape: c'est Sienne qui pos- 
sède Sa Sainteté. Que fait chez vous notre sei- 
gneur le Saint - Père avec le cardinal Zelada ? 



N". 10. Roma, 2 Marzo 1798. 

Stimat™". aiiiico , 

Lp rendo tante grazie per cotesto P. priore gentilni", che 
io andai a vitrovare, e nol trovai più. Lo riverisco di cuore. 
Mi parve un galantomone. 

Roma è spapata. Siena è impapata. Che fa di brllo coRt'i il 
uostro Signoi'e col cardinale Zelada? Grandi ospiti ha ora la 
Toscana ! Badi a se. 

La metaniorfosi di Roma è seguita con tutta tranquillità, e 
per ogni piazza, tra feste e applausi, si è solennizzato l'albero 
délia libertà. Ma dopo la calma, bisogna che venga burrasca. 
Menti , Trastevere, Borgo, etc. , si danno al diavolo , e con 
Crisli e Madonne, gridando Viva IMaria, si avventano contro i 
Francesi e contro i neonatirepubblicani romani. Qualchecen- 
tinajoframortie feriti. Un altro centinajo arrestatidel popolo 
barbara. De' fucilati alla piazza del Popolo, ventidue. Altri se 
nefucileranno, forse alquanti preti. Il prête Marchetliarrestato 
ed esiliato. Macbei-ani. Consalvi, Earberi e altri monsignori in 
castello. Roma è in tranquillità, e la repubblica romana fra 
suoi municipalisti conta ora l'exabate Caforo e l'expadre So- 
lari. Non già il Milizia. Egli gode del suo niente , e ride col 
divino Platone , che non era divino . e défini il mondo una 
tragicomedia , perche si piange di quà e si ride di là : noi 
siamo nella regione del riso , ch' è il vero paradiso. 11 niu- 
ferno è nel pianto. 

La raogliere l'arciriverisce con tutti gli amici. 



MÉMOIRES. 211 

Voilà do {grands hôlc^s ])oiii* la Toscane! Quelle 
prenne (jaicle à elle ! 

» La métamorphose de Home a eu lieu avec la 
plus parfaite tranquillité; et, dans toutes les 
places publiques, parmi les fêtes et les applau- 
dissemens, on a célébré Térection de l'arbre de la 
liberté. Mais, après le calme, il faut bien qu'il 
naisse quelque bourrasque. Les quartiers dcMonti, 
Trastevere, Borgo , etc., se sont donnés à tous 
les diables, et avec des Christ et des madonnes à 
la main , criant Vl\'e Marie! ils se sont précipités 
sur les Français et sur les républicains romains 
nouveau - nés. Quelques centaines de personnes 
sont demeurées sur le pavé ou mortes ou blessées. 
Une autre centaine de populo bcnharo (du peu- 
ple barbare) a été arrêtée. A la place dite du 
Peuple , on en a fusillé vingt-deux. On en fusil- 
lera encore d'autres, et il y aura peut-être parmi 
eux quelques prêtres. Macherani , Consalvi , Bar- 
beri et autres monsignori ont été mis au château 
Saint-Ange. Rome est fort tranquille, et la répu- 
blique romaine, entre autres magistrats munici- 
paux, compte maintenant l'ex-abbé Caforo, et 
l'ex-pére Solari. Non pas Milizia qui y savoure le 
bonheur de ne rien être, etc.. » 

François Milizia mourut d'une fluxion de poi- 
trine , peu de jours après avoir écrit cette der- 
nière lettre, dans le même mois de mars 1798. Il 
étaitné à Oria (terre d'Otran te), dans le royaume 
de Naples, en 17^5, et avait vécu long-temps à 



212 MÉMOIRES. 

Rome , dans la familiarif('' des artistes les plus 
célèbres, et du sage ministre espagnol, Nicolas 
Azara. 

§ II. — Nous avons promis de rassembler à la 
fin de cette note , les documens les plus intéres- 
sans pour servir à l'histoire du Saint-Siège , à 
cette époque critique. Les voici tels qu'ils furent 
alors'publiés. 

Nous les avons extraits d'une brochure ita- 
lienne intitulée : « Recueil des documens con- 
cernant les différends qui existent maintenant en- 
tre la république française et la cour de Rome % 
sans date de lieu ni d'année. » 

« Traité d'armistice ratifié par Sa Sainteté, — 
Après le plus mûr examen , nous avons pris une 
pleine et entière connaissance du traité d'armis- 
tice conclu entre nous et la république française, 
par la médiation de Sa Majesté catholique , et si- 
p-né en notre nom à Bologne, le 25 du courant, 
par le marquis Antoine Gnudi, muni de notre 
part des facultés et des pleins pouvoirs spéciaux 
et nécessaires ; par le général Buonaparte , com- 
mandant en chef de farmée française d'Italie , et 
par les citoyens Garreau et Salicetti, commissaires 
du gouvernement français auprès de ladite ar- 
mée; et enfin par M. le chevalier D. Nicolas d'A- 
zara , ministre plénipotentiaire de Sa Majesté 

' RacccKa di docuinculi ris^uardanti le présent! emergenre 
Ira la repubblica franccse c la corte di lloma. 



(M /■•, MO 1 H ES, ;m5 

c'afli()li(|iio , ivsidaiil pi'ès le Saiut-Sic'W ; IcquoI 
traité est lie la teiiciu- suivante ' : » 

Suit le traité d'armistice par lequel le pape 
promet d'envoyer à Paris un ministre, spéciale- 
ment et uni(piement cliar(jé de l'excuser auprès 
du directoire de toute complicité dans l'an'aire du 
meurtre de lîassville ; de délivrer les détenus 
pour opinions; de fermer ses ports aux ennemis 
de la France. Sa Sainteté consent de plus à l'oc- 
cupation par les Français des légations de Bolo- 
pjUe et de Ferrare, et de la citadelle d Ancône ; 
elle s'engage à payer à la république 21,000,000 
de francs, 'dont i5 ~ millions en espèces , et 5 ^ en 
denrées, à déterminer par les commissaires fran- 
çais, et à livrer cent tableaux, statues, etc., et 
cinq cents manuscrits, également au choix des 
commissaires^ outre les bustes désignés de Ju- 



' Ihid. p. 5. 

Tratlato d'arinistizio ratificato (la sua santilà. — r- Avendo 
Lcn riconosciuto e maluramente considerato il traltato di ar- 
niistizio tra noi e la repubblica francese , conchiuso colla me- 
diazioue di S. M. C. , e firniato in nome nostro in Bolojjna, 
il yiorno 20 del correnle mcse, dal marchese Antonio Giiiuîi 
munito per parte nostra délie opportune speciali facoltà e 
plcnipotenza , dal gênerai Buonaparte comandantc in capite 
dcir arniata francese d'Italia, e dai Citt. Garrau cl Salicctli, 
commissarj del governo francese presso la detta arniata, e dal 
Sig''. Cav. D. Kiccola d'Azara ministre plenipotenziario délia 
juaestà sua résidente presso la sanla sedo , il cjiial trattato è 
del secucntc tcnore. 



2l4 MÉMOIRES. 

nius et de Marcus Brutus. Ce traité porte toutes 
les signatures requises, et la date de Bologne^ 
le 5 messidor an 4 de la république '. 

La traduction italienne est terminée par ces pa- 
roles : 

« Nous avons accepté, approuvé, ratifié et con- 
firmé ce traité, comme en effet nous l'acceptons, 
approuvons, ratifions et confirmons ; promettant 
sur notre foi et parole , de l'observer et de l'exé- 
cuter, et de le faire inviolablement observer et 
exécuter dans tous ses points et articles. Nous 
promettons aussi de ne jamais y contrevenir, ni 
de permettre qu'il y soit contrevenu directement 
ou indirectement, en aucune de ses parties : nous 
ne doutons nullement qu'il ne soit également et 
de la même manière observé et exécuté par la ré- 
publique française, et parle général et les com- 
missaires ci-dessus nommés. En foi de quoi nous 
avons signé de notre main , la présente approba- 
tion, acceptation, ratification et confirmation, 
et nous avons ordonné qu'on y appose notre sceau 
pontifical. 

» Donné dans notre palais du Vatican, ce jour- 
d'hui, 27 juin 1796. 

)) 6'%7ie:PiLsP. P.VI. 

« Lieu du sceau ^. » 



' Ibid. p. 4-6. 

* Ibid. p. g. 

Lo abhiamo acccttiito , approvato , e ratificato , e coufcr 



M f. MOIRES. 2l5 

On put bienlol se coiivaincro, du peu de valeur 
de la parole et de la loi du ])ape. Dès le i5 sep- 
tembre, Gacault, agent de la république fran- 
çaise en Italie, se vit foreé de se plaindre au se- 
crétaire d'état pontilieal de la non observation de 
l'armistiee, relalivenient aux époques fixées pour 
les paiemens auxquels le pontife romain s'était 
obligé. « Que le traité de paix soit conclu ou non, 
lui écrivit-il, il n'en faut pas moins observer les 
conditions de l'armistice ; et rengagement con- 
tracté par Sa Sainteté de prendre toutes les me- 
sures nécessaires pour son exécution est si formel, 
que l'agent soussigné n'a pas le moindre doute 
à cet é.o;ard ^ » 



niato, coiue in efTetlo lo accettiarao, approviamo , e ratiû- 
cliiamo , e conCnniamo ; pioinettendo suUa nostra fede e pa- 
rola di eseguire ed osservare in ogai punto ed articolo , e di 
giamniai contravvenirvi, ne perineltere che direttamentc o 
indirottaïuente vi si coutiavvenga in maniera alcuna , persuasi 
che ugualmente savà escguito ed osservato nello Ptesso modo 
dalla repubblica francese e <laî générale e commissarj di sopra 
uominati. In fede di clie aljbiamo firmato di nostra mano la 
présente approvazione,.accettazione, ratifica, e couferma , e 
comandato clie vi si apponga il nostro ponlificio sigillo. 

DatodalnostropalazzoYaticano, qucstodi 27 giugno 1 796. 

Firm. : Plus P. P. YI. 

l^oco + sigilli. 

' Ibid. p. I o. 

îjia o nô concbiuso il traltato di pace , eseguirsi vogliouo 
le coudizioui dell' armislizio , c Iroppo furmale è l'impogno 



2l6 MÈMOIRliS. 

Lq 2 1 du môme mois, Cacault témoigna son 
mëcontenlemeiit des faux bruits qu'on se plaisait 
à faire répandre à Rome , sur les prétendus dés- 
avantages des armées françaises en Italie, afin 
d'induire le peuple en erreur, et de l'exciter 
contre les républicains '. 

« Les Romains, dit-il, jettent follement des cris 
ridicules de guerre , propres seulement à provo- 
quer ce lléau , avec toutes ses conséquences les 
plus funestes. On refuse de prêter l'oreille aux 
vérités politiques les plus palpables; on ne fait 
que répandre et confirmer de mille manières une 
foule d'erreurs historiques et morales. Tout pa- 
rait être abandonné au délire d'imaginations brû- 
lantes, enflammées encore par l'esprit d'impos- 
ture et de perfidie. Les ennemis de Rome ne 
peuvent contenir leur joie , depuis qu'ils ont en- 
tendu dire que monsignor Galeppi avait été en- 
voyé à Florence , avec l'ordre de répondre sèche- 
ment que le pape ne pouvait en conscience accep- 
ter les articles qui lui avaient été proposés pour 
la conclusion de la paix. Ils se rtyouissent égale- 
ment des clameurs des insensés , qui croient que 
le mot guerre de religion, déjà si mal appliqué 
dans l'abus qu'en ont vainement fait les puissan- 
ces coalisées, puisse avoir ici aucun autre résul- 

oontratlo da S. S. di assicurnrlo colle débile misure, pcrcliè 
abbiane il nienomo dubbio il sottoscriUo ajjente, etc. 
' Ibid, p. II. 



MÉMOIRES. 217 

tal (|ue celui d'y faire commedre des crimes 
individuels, dont ne sera rcsponsalde que ce- 
lui là seul qui pouvait et devait les empêcher '. 

Le pape , sur ces entrefaites , se berçant de plus 
en plus , de l'espoir de voir les Français chassés 
de l'Italie , suspend lexécution de l'armistice , en 
faisant arrêter les sommes que l'on transportait 
en France. Il rompt toute négociation de paix 
qu'il dit être incompatible avec la religion catho- 
lique et son devoir de souverain, et il public une 
proclamation pour annoncer cette résolution à ses 
sujets^. 

On y remarque le passage suivant, à propos 
de la force qu'il voulait, disait-il, opposer à la 
force, u A cet effet, Sa Sainteté enjoint à tous les 

' Ibid. p. 12 et i3. 

Tutti inalzano stoltamente ridicoli clamori di gucrra, atti 
solo a provocarla con tute le più funeste conseguenze. Non 
si vôgliono riconoscere le verità politiche le più jmlpabili ; 
solo si sparge un torrcnte di errori storici e morali. Senibra 
tutto abbandonato al delirio di accese fantasic, stravolte dall' 
ciTore e dalla perfulia. 

Tripudiano i neniici di Roma nell' udire cbe monsignor 
Caleppi sia stato spcdito a Firenze, coU' ordine di rispondere 
secçaniente, cbe il papa non puô in conscienza accettare gli 
articoli di pacc proposti. Godono pure dcUe grida dcgli in- 
scnsati, cbe crcdono cbe la pavola di gucrra di rcligione mal 
applicata , giiisto l'abuso cbc'già ne fccero senza successoi 
coalizzali , possa avère allra virtù cbe quclla di far nascere 
dei delitti individuali. 

- Ibid. p. I ( et suiv. 



2l6 MÉMOIRES. 

éveques , aux curés , aux magistrats , et à toute 
autre personne en place, d'encourager les peuples 
qui dépendent d'eux à prendre les armes, et de 
les exciter même au son du tocsin , comme il a 
été ordonnéi>âr]si notification du 3 1 janvier 1795 '. 

Et en attendant , ajoute le pape , il priera le 
Tout-Puissant, « afin qu'il daigne protéger sa 
sainte religion et la cause de ses fidèles ^. » 

Nouvelles plaintes de Cacault, le 28 septembre. 
Elles nous apprennent la suspension du transport 
des deux millions, qui avaient déjà été consignés 
aux commissaires français et mis en dépôt sous 
leur scellé. On avait également arrêté le trans- 
port des bestiaux dont l'agent français avait don- 
né reçu au gouvernement romain , et on annon- 
çait le projet de replacer au musée les statues que 
les commissaires avaient choisies , en vertu de 
l'armistice ^. 

Dans une lettre du même Cacault au cardinal 
secrétaîre d'état ( 7 octobre 1 796 ) , on lit : « C'est 
très-mal servir les intérêts de Sa Sainteté, que 

' A taie cfFâtto incuica (S. S.) a tutti i vescovi , aipaiTochi, 
ai magistrat! , e ad ogn' altro d'incoraggire i pop jli da loro 
indipendenti (dipendenti) a prender l'armi , e ad incitarli 
anche col suono dellc campaue a mai'tello, conie fù ordinato 
nella notiGcazione dei 5i genaaro lygS. 

=• Ibid. p. 16. 

Affincliè voglia degnarsi di proteggere la sua sanLa religioae, 
c la causa de' suoi Tedeli. 

^ Ibid. p. 19 et 20. 



MtMOIULS. 219 

(l'ëcliaufl'er et d'iMillainnier les esprits, dans toule 
l'étendue des états eeclésiasliques, où il jègiie un 
esprit de hauteur et d'arrogance qui n'est propre 
qu'à exaspérer les partis '. » 

Sur la demande du général Buonaparte, adres- 
sée audit cardinal par l'agent français, savoir si 
la proclamation dont nous avons parlé était éma- 
née du gouvernement pontifical , ou s'il fallait 
l'attribuer à la méchanceté de ses ennemis, le 
secrétaire d'état répondit que le pape reconnais- 
sait ce manifeste comme son ouvrage, et qu'il en 
avait jugé la publication nécessaire, pour être 
toujours en état de défense ^. 

Buonaparte, qui n'opposait que la patience du 
courage éclairé à l'opiniâtreté de l'ignorance or- 
gueilleuse , résolut d envoyer à Rome le cardinal 
Mattei, légat pontifical à Ferrare, ville qui était 
alors au pouvoir des Français, k Vous connaissez, 
M. le cardinal, lui écrivit-il, la force et la puis- 
sance des armées que je commande. Pour détruire 
le pouvoir temporel du pape , il ne me manque 
que de le vouloir. Allez à Rome,- voyez le Saint- 
Père ; éclairez-le sur ses vrais intérêts ; détachez- 
le des intrigans qui l'entourent, qui veulent sa 

' Ibid. p. 25. 

Si sex've inolto maie agi' interessi di S. S. riscaldando ed 
alterando gli spiriti in tutta l'estensione dello stato ecclesias- 
tico , dove régna una petulanza propria solo ad irritare. 

» Ibid. p. 28 et 29. 



:220 MÉlVIOillES. 

perle et celle de la cour de Rome. Le gouverne- 
ment français me pern^et encore d'écouter des 
propositions de paix. Tout peut s'arranger. La 
guerre si cruelle pour les peuples, a des résultats 
terribles pour les vaincus. Évitez de grands mal- 
heurs au pape. Vous savez combien je désire per- 
sonnellement de finir par la paix , une lutte que 
la guerre terminerait pour moi sans gloire comme 
sans péril ^. » 

Le général manifesta les mêmes sentimens dans 
une lettre qu'il écrivit à Cacault, de Vérone, le 
7 brumaire (28 octobre 1796). 

(( J'attache bien plus d'importancç au titre de 
conservateur du Saint-Siège qu'à celui de son 
destructeur. Vous savez bien vous-même combien 
nos sentimens ont toujours été conformes à ce 
sujet; et, moyennant les facultés illimilécs que 
m'a données le directoire , si à Rome on veut 

' Ibid. p. 5o et 5f . 

Voi conoscete, Sig"^. cardinale, le forze e la potenza doU' 
arniate cli' io coniando. Per distruggeiv la potenza temporale 
dcl papa, non mi manca clie il volerlo. Andate a Roma , ve- 
dcte ils. Padre , scliiaritclo su i suoi veri interessi, stacca- 
telo dagli intiiganli che lo circondano, che vogliono la sua 
])erdita e quella dclla corte di Roma. Il goveino franccse 
jjcrmctte che io ascolli ancora délie proposiziohi di pace. 
Tulto puô accomodarsi. La gucrra si crudele per i popoli , 
lia de' risullati teiribili ])cr i vinli. Kvitate délie grandi in- 
fclicità al ])apa A'oi saj)cte personalmenlc qiianlo desidcro 
fi'.iire con la pace , iina lolla che lagiTcrra tevmincrchbc per 
nie *^cnza gloria corne senza pcricolo. 



MÉIMOIRF.S. 5! 21 

fairo prouve de jiif^oinont , nous en profiterons 
pour donner la paix à eel(e helle parti(> du mon- 
de, et pour (ranqiiillis(!r les eonscicnces timorées 
de plusieurs peuples '. » 

Depuis quelque temps Cacault ne cessait d'é- 
crire au secrétaire d'état, et ne recevait jamais 
de réponse, lorsqu'on intercepta les lettres sui- 
vantes : 

ï". Une lettre d'Antoine-Marie, archevêque d'I- 
coniuni et nonce à Florence, au cardinal Busea, 
secrétaire d'état, en date du 5i décembre. Il lui 
communiquait qu'il avait apprisconfidentiellement 
du marquis Mandfredini, ministre du grand-duc 
de Toscane, que l'intention de la France était de 
conclure la paix avec Rome à tout pria: , et que 
les menaces de ses ministres et de ses généraux 
n'étaient pas sérieuses *; 

J2". La réponse du cardinal Busea (4 janvier 
1 797), avec ordre de tâcher d'obtenir des détails 
plus positifs de Manfredini , sans cependant com- 

' Ibid. p. 02 et 53. 

Ambisco assai pu il titolo di conscrvatore délia S. Scdc , 
clie (juello di distruggitore. Benlo sapetc voi stcsso quanto 
confonui siano sempre stati su rjucslo proposito i nostri sen- 
timenti , e mediante la facollà illimitata, clie dato m' lia il 
direttoi'io , se in Pioma si vuol farc sonno, ce ne approfiLte- 
remo per dar la pacc a codcsta bclla parle dcl mondo , c tran- 
quillizzarc le coscicnze timorate di molti popoli. 

* Ibid. p. 35 et suiv. 



y 



223 MÉMOIRES. 

promettre en rien le gouvernement pontifical ' ; 

5^. Une lettre du cardinal Busca à monsignor 
Albani à Vienne (7 janvier 1797). On y voit à 
découvert toute la perfidie de la cour de Rome, 
qui fiiisait négocier par ledit prélat , avec le baron 
de Tlîugut, une alliance olFensive et défensive 
entre le Saint-Siège et le gouvernement impérial; 
celui-ci s'engageait à envoyer le général Colli 
pour prendre le commandement des troupes pon- 
tificales contre les Français ^. 

(( Quant à moi , dit le cardinal secrétaire d é- 
tatt, tant que je pourrai espérer d'obtenir des se- 
cours de l'empereur, je temporiserai relativement 
aux propositions de paix que me font les Fran- 
çais ■^. n 

Il expédie à Vienne les deux lettres dont nous 
venons de parler, pour être, dit-il, une preuve con- 
vaincantedu grand désirqu'ont lesFrançaisdefaire 
la paix. 11 communique à Albani, pour qu'il en 
fasse part au gouvernement impérial, toutes les 
dispositions qu'il a prises pour faire convenable- 
ment recevoir et traiter le général Colli à Ancô- 
ne. Il accorde à ce général des appointemens au 
nom du pape : il demande un corps d'Autricbiens 

' Ibid. p. 07 et 38. 

" Ibid. p. 58 et suiv. 

3 Ibid. p. 39. 

In quanto a me, fine a tanto che avrô speranza snU' assis- 
lenza deli' imperatoie, audrô tcinporeggiaiido relativaruente 
•^lo projDosizioni di pacc fatteci dai Francesi. 



M K.MO IRES. aa') 

})Oiircoiivrir la Romof^no, et désiro qu'on envoie des 
troupes par mer, de Trieste à Aucône. Il ne s'oc- 
eupe que d'armemens ; il rend eompte de la so- 
lennité avec la(|ueile avait eu lieu, à Saint-Pierre, 
la bénédiction des drapeaux des volontaires faite 
pai-rarchevèque Brancadoro : « la cérémonie, dit- 
il, fut irès-attendrissante et fort applaudie *. » 

Il parle ensuite des efforts continuels qu'il fai- 
sait pour allumer un incendie général dans tou- 
te l'Europe. 

« Je ne puis pas même aujourd'hui , dit-il , 
vous transmettre les brefs pontificaux pour l'élec- 
Icur de Saxe et pour l'électeur de Trêves , comme 
vous me l'avez demandé, parce que monseigneur 
Stay n'en a pas encore terminé la rédaclion. » 

« Notre seigneur (le pape) ne croit pas qu'il 
soit nécessaire, pour à présent , d'émettre les au- 
tres brefs que vous m'avez proposés, parce que, 
devant être adressés à presque tous les souverains 
catholiques de l'Europe, ce serait déclarer, avant 
qu'il fut temps, une guerre qui est, en quelque 
sorte, une guerre de religion. Cette démarche du 
pape ne pouvant demeurer cachée aux Français, 
nous serions , pour les raisons que je vous ai dé- 
jà communiquées, exposés à toute leur indigna- 
tion, avant d'être assurés de l'alliance de S. M. L 
Sur ce que vous me direz , concernant ce point 

• Ibid. p. 40-45. 

La funzione fù tenera ed applaudita. 



2^4 MÉMOIRES. 

(le guerre de religion , le pape se résoudra à lan- 
cer les brefs , et à faire toute autre dëmarche que 
vous exigerez de lui ' . » 

La suite nécessaire de cette interception de let- 
tres , et de la connaissance des secrets importans 
qu'elle avait révélés au général Bonaparte, fut un 
ordre à Cacault de quitter Rome sur-le-champ. 
Cet ordre signé Bonaparte porte la date de Vé- 
rone, 3 pluviôse an 5 ^. 

Cacault le communique au cardinal secrétaire 
d'état, et obéit ^. 

Bonaparte qui ne voulait avoir aucun tort , 
même envers ceux qui en avaient eu tant à son 

• Ibid. p. 44. 

Neppure oggi posso trasmetteile i brevi pontificj per l'e- 
lettore di Sassonia c pcr l'elettorc di Trcveri, come da lei mi 
fù insinuato, perche monsignor Stay non gU ha ancora tev- 
ininati. 

Non crcde nostro Signore di scvivcre per ora gli aitri brevi 
dalei propostimi , perché dovcndo essere direUi a quasi tutti 
li sovrani cattolici di Europa , sarebbe stato un dichiararc 
ina tempo una quasi guerra di religione. Non potendo questo 
fatto del papa rimanerc occulto ai Francesi, sarcmmo per le 
ragioni clie altre volte îe ho dette, esposti alla loro indigna- 
zione, prima di csser sicuri dell' alleanza con S. M. I. Dai 
riscontri ch' ella mi darà su questo punto di guerra di reli- 
gione , si risolvcrà il S. Padre a scriver brevi e a dare altri 
passi. 

' Ibid. 45. 
'' Ibid. p. 46. 



îî v; MOI lî is. Vf?, y 

t'iy.wd , écrivit de Vi-ronc nii rardinal MaKoi , le 
f> pluviôse ; 

(f Voilà donc cette comédie ridicule sur 1.' 

])oint d'être terminée ! Les lettres que je vous 

envoie vous montreront plus clairement encore la 
perlidie, Taveuglcment et la sottise de ceux qui 
dirigent actuellement la cour de Piome '. » Il le 
prie de dire au pape que, quelque chose qui ar- 
rive d'ailleurs , il peut dtmeiu^er tranquillement à 
Rome. « Premier ministre de la religion, il trou- 
vera , à ce titre, protection pour lui-même et pour 
l'église ^. » 

(f Nonobstant cette lettre et d'autres encore du 
général en chef de l'armée française, toutes écri- 
tes dans le même esprit de conciliation , dit l'édi- 
teur de la brochure italienne, on a entendu pu- 
blier dans tout Rome la proclamation suivante , 
aussi impertinente et aussi absurde qu'elle était 
pour lors hors de saison ^. » 

I Ecco duncjue questa ridicola cominedia sul punto di fi- 
nire.... La lettere che io vi mando... vi mostreianno ancl'e 
più chiarameate la perfidia , l'acciecamento e la stovditezza 
di quelli che dirigono attualmente la coite di Roma. 

' Ibid. p. 47. 

Primo ministre délia religione , troverà a questo titolo pro- 
tezione per se e per la chiesa. 

^ Ibid. p. 48-52. 

Noa estante questa e altre lettere conciliatorie del générale 
in capite dell' armata francese , si è veduto puLblicato per 
Roma il segnente inopportune e indécente proclama. 
Tome III. i5 



. 230 M K MOIRES. 

u Haraiifïue adresséî* aux braves qui combat- 
tent sous les étendards de l'ëglise, pour le salut 
commun.» 

Arringa alla brava gente che milita sotto gli stendardi délia 
cliTesa per la fcomune salvezza. 

Ecco giunto il momento tanio sospirato , di venire ail' 
armi, popoli valnrosi , già di Quirino, ora del principe degli 
apostoli, raerabri fedcli del patrimonio di S. Pietro, figli di- 
Iptti délia santa romana chiesa ! Le iniquità di ogni génère 
commesse o\Tinque hannopenetratoquei sedicenti liberatori, 
qnei finti amici, ma veri oppressori e tiranni dei popoli , vi 
hanno sccsso , vi banno fatto pensare risolutamente ai vostri 
interessi. L'irreiigione, anzi l'ateismo il più impudente por- 
tato da costoro in trionfo , facendovi giustamentetremare , di 
vcdervi non solo vilipesa nfa affalto abolita la santa vostra 
leligione , si gelosamente custodita, e a voi tramandata illi- 
bata dai vostri màggîori , vi ha fatto da veri cattolici abonii- 
«are di voler pace, ne amicizia cogli empj ; con cbi , avendo 
riûunziato alla stessa vostra fede , si è reso più indegno del 
vostro consorzio, che ilgentile, e il pubblicano, corne quelli, 
ai qnali il divino legislatore neppur voleva si desse il buon 
giorno. L'esperienza funcsta délia loro féroce , e inumana 
condotta contro gli altri vostri consudditi di Aviguone, e di 
Carpentrasso , di ïîologna, Ferrara , non che di altri stati d'J- 
talia, derubati , devastati , dissestati , portati a morire infe- 
lici péri loro barbari capricci, edimpegni; le ingiustissirae 
pretensioni di tanti niilioni di scudi, e di tante belle cose , 
codici , statue , quadri , e quadri di chiese , i migliori di 
Roma, e dcllo stalo , a titolo d'armistizio, non per guerra 
ohc non faccste loro, ma per premio anticipato di non avcrvi 
potuto assassinare ; le condizioni più dure ancora di una men- 
lita pace, colle conscguenze più detestabili , e rovinosissime, 
clie potevanoderivarscne ; le continue minaccie insolentlfat^a 



VÛMOIUi.S. 23^ 

« Il est cnlin v<iuii le moment si désire de courir 
aux armes, ô peuples vaillans, jadis sujets de 
Quirinus, aujourd'hui sujets du prince des npô- 

a vot, e al vicario di Gesn Cristo , ni sommo ponteGce, al 
nostro aniato sovrano , dirnihanno stancatoleoricà pazieivea 
vi hannô determinato adogni costo ad implorare prima l'ajuto . 
divino, e poi a dpcidervi di tentafo la (ortti dclle hrrhi 
a rispingere la forza con la forza a , mostrarvi Romani 
già lungo tempo avvezzi a debellaré i superbi. Si , avete 
sospirato ardentcmente questb momcnto , di rimettere in 
campol'antico vostro valoi-e , terribile ail' universo. Il nostro 
sommô pastofe vi lia seconciato con tutti i mezzi , che sommi- 
nistra la prudenza umana. Il cielo stesso si è manifestamentë 
dichiarato in favor vostrô , e con l'avervi fînora mantenuti 
illesi quasi per miracolo , spettatori soltantô (Jelle altrui ca- 
lamità , e coU' avervi tanto sensibilmente awertiti la Verqinp 
beata cogli occbi suoi pietosi a non lasciani sedurrft daeli 
astuti e mensogneri nemici, e a non fidârvi di loro ne in 
pace , ne in guerra. Ma guerrà appunto ricbiedevano il vos- 
tro interesse , e il vostro dovere , la conservazione délia 
vostra santa religione, quel Diô fitesso , cbe ne l'autore. 
Voila voleste da saggi ; dovete ora farla da Piomani, da 
cattolici, e da cattolici i più favoriti dal cielo, che vi ha 
fatti i custodi, i depositai'j délia sede délia vérità, délia 
cattedra infallibile di San Pietro. Ail' arhii , ^uiique ? tutti 
air armi ! vcgliate ! alzâtevi da giganti fton degeneri dai vos- 
tri avi ! Prcvenite un nemico, che ormai conoscete per le 
sue imposture ; ma che non ha sperimentato ancor voi e 
perciô a torto vi disprezza. A suo danno , e vcrgogna senta 
il peso délie vostre braccia. Già la storia indita l'aurea sua 
penna , pér registrate nei fatti dell' immcrtalità le gloriose 
vosti-e gcsta. L'Europa da un estremo ail' altro tien Csso in 
voi lo sguardo ; non dubita dcl vostro coraggio, e d'un esito 
fclice, che gli con-ispnnda. I/ottimo imperatore nostro Frau- 



23^ MÉMOIRES. 

très, fidèlcmoiit aUîichés au patiimoine de saint 
Pierre, et iils bien-aimés de la sainte église ro- 
maine ! Les iniquités dans tous les genres com- 

cesco II, il difensore magnanimo , l'avvocato délia chiesa 
romana , nel tempo slesso clie manda ia nostro ajiito s^ï in- 
trepidi volenterosi Ungari , Transilvani , Croati , e Ale- 
manni, vi ha spedito alla prima richiesta dclsantissimo nos- 
tro affettuoso padre Pio VI, uno de' migliori, più speri- 
mentati, e più prégiati generali , che solo vi mancava , cbe 
bramavate. Ei vanne sollecito. E fra di voi. Il nome solo di 
CoUi non vi commuove, non rinfonde spirito , non ravviva 
gli animi di tutti i popoli ? QuelColU, che per due anni ha 
rese impenetrabili le fanci di Saorgio, le Termopila dell' ïta- 
lia, i coUi di Raux et di Brois, ove i cadaveri de' forsennati 
Fraacesi hanno colmato le valli , e appianate le più orride 
scoscese balze ; quello stesso Colli viene a condur voi alla 
vittoria infaillibile , non alla pngna. Egli è Italiano comevoi, 
vi ama teneramente, confida in voi con ragione più che altri 
non crede. A voi ora sta di non ismentirlo, di non cimentare 
il vostio, e il suo onore, ma di crescergli allori sul crine in- 
canutitofra l'armi , e le battaglie. L'onor commune vuole da 
voi, che lo stimiate un nuovo Cesare , onde per mezzovos- 
tro , venga, veda, wnca. Fortunati voi che potete sperarlo 
çon tanto fondaœento î Assistiti dalla potente mano del Dio 
degli eserciti, a nomen del quale spargerete , se lia d'uopo, 
il sangue, vorrete paventare ^^n furbo ,, ma vile uemico., ne- 
mico dello stesso Dio, e degli uominij che più ha confidato 
sin ora nelle sue frodi , nei tradinienti , nelle &overchi€rie , 
e nelle millauterie, che nel vero valor militare? Voi sotto 
l'immaginedi quella Vergine niedesima, che vi ha eccitati a 
questa impresa , potrete dnbitare dell' amoroso efficace di 
lei patrocinio ? Voi generosi cavalieri , che aeUe vo^tre. inse- 
gne portate lo sfolgoraute segno délia croce, non vorrete 



HIÉMOIIIF.S. :22g 

mises partout où ont péiiôtré ces soi-disant libé- 
rateurs, ces amis feints, les viais oppiesseurs et 
les tyraus des peuples, vous ont ébranlés, vous 
ont fait penser résolument à vos intérêts. L'ir- 
léligion , que dis-jc ? l'athéisme le plus impudent 
qu'ils mènent en triomphe, vous a fait craindre 

augurarvi , e crcdere firniato ne' divini decreti , che siccome 
Costantino il grande vinse il tiranno Massenzio in vii'tù di 
quel scgno divinaniente coniparsogU al ponte JMilvio, e per 
tal vittoria egU staLili nella capitale del mondo , e nel 
mondo tiitto dominante la religione cattolica , voi del 
pari da questo segno salutare protetti , trionferete di più 
enipj , e brutali neniici 5 e menterrete sacra, e inviolabile la 
religione medesima in Renia, in Italia , e ovunque ail' autor 
8U0 , il Yerbo incarnate, piacque di propagarla? E non vi 
brilla di gioja il volto,non vi si dilata il cuore a si dolce 
considerazione , clie la divina Providenza abbia voi prescelti 
a SI gran r opra ; che i Romani , i ligli prediletti délia roma- 
na, délia santa religione cattolica, ne sieno il più potente^ 
il più delinilivo sostegno? Coraggio adunque, INon temete : 
ail' armi! Noi tutti, che restiamo aile nostre case, non ci 
staremo indolenti sulla vostra sorte. Non cesseremo di con- 
tribtiii'e ai vostri bisogni ; nulla vi mancherà. Porgeremo fer- 
vorose preghiere ail' altissimo Iddio, aiïinchè diriga ad im- 
niancabil mira i vostri colpi; e pieni intanto di fiducia, che 
con tali presidj umani, e divini siate per riportare il più 
pronto, e più segnalato trionfo; aspettiamo di venirvi incon- 
tro a l'icondurvi salvi , egiulivi al primiero vostro soggiorno, 
per tendere insicme allô stesso sommo dater d'ogni bene 
quelle grazie , che l'effusione del grato nostro cuore saprà 
suggerirci. Dio è inisraële : risorgeranno tra voi i Giosuè , e 
-iGcdeoni ; non temete : ail' armi ! ail armi ! 



2^i) MÊMOIIIES. 

avec raison de voir votre sainte religion non-, 
seulement méprisée , mais encore entièrement 
abolie ; cette religion si soigneusement conservée 
et transmise sans tache jusqu'à vous par vos an- 
cêtres ! 

» En vrais catholiques , vous avez eu horreur 
de faire aucun traité do paix , de contracter la 
moindre amitié avec des impies , avec des gens 
qui , puisqu'ils ont renoncé à la foi que vous pro- 
fessez , se sont rendus plus indignes de vivre en 
bonne intelligence avec vous , que ne le sont le 
païen et le publicain , à qui le divin législateur 
ne permettait pas même qu'on souhaitât le bon 
jour. L'expérience funeste de leur conduite inhu^ 
maine et féroce envers vos cosujets d'Avignon, 
de Carpentras, de Bologne, deFerrare, et envers 
les sujets d'autres états d'Italie, qu'ils ont tous 
dépouillés , ruinés, chassés de chez eux, ou qu'ils 
ont traînés à une mort certaine et malheureuse 
pour contenter leurs barbares caprices; l'injuste 
prétention de tant de millions d'écus , de tant de 
beaux objets, manuscrits, statues, tableaux, et 
même tableaux d'églises, les meilleurs qu'il y eût 
à Rome et dans les états pontificaux, et cela à ti- 
tre d'un armistice conclu avec eux, non pas pour 
les indemniser d'une guerre que vous ne leur aviez 
point faite, mais comme le prix exigé d'avance, 
pour qu'ils renonçassent au projet de vous piller 
et de vous perdre ; les articles plus durs encore 
d'une paix mensongère , portant avec elle les con-f. 



MÉMOIRES. 25 1 

ditions les plus abominables et les plus mineuses, 
qui en (îtaienf, une consc^(juenee ; les menaees eon- 
linuelles qu'ils faisaient insolemment à vous et au 
vieaire de Jésus-Christ, au suprême pontife, à 
uotre souvciain chéri, dont ils ont enfin lassé 
l'héroïque patience : tout a servi à vous détermi- 
ner, quoi qu'il en dût coûter, d'abord à implorer 
l'assistance divine, ensuite à tenter le sort des 
armes, à repousser la force par la force, à vous 
montrer de vrais Romains, accoutumés de tout 
temps à dompter les superbes. 

)> Oui, vous avez désiré ardemment l'occasion 
de faire de nouveau briller votre antique valeur , 
si terrible à tout l'univers. Notre pasteur suprême 
vous a secondés par tous les moyens que fournit la 
prudence humaine. Le ciel lui-même s'est mani- 
festement déclaré en votre faveur, tant en vous 
conservant, comme par miracle, sahis et saufs 
jusqu'à cette époque, et simples spectateurs des 
calamités de vos voisins , qu'en vous faisant si 
visiblement avertir par la bienheureuse "Vierge , 
qui en ouvrant ses yeux charitables, vous a pré- 
munis contre la séduction d'ennemis astucieux et 
trompeurs , auxquels vous ne deviez vous fier ni 
en paix ni en guerre. 

» Mais c'était la guerre, précisément, que vous 
ordonnaient de faire votre intérêt et votre devoir, 
la conservation de votre sainte religion , et Dieu 
même, ce Dieu qui en est l'auteur. Vous avez 
T<Hi|u la guerre en hommes sages; maintenant 



J252 MÉMOIIÎES. 

VOUS devez la faire en Romains, en catholiques , 
et en catholiques les plus favorisés par le ciel, 
qui vous a constitués les gardiens , lesdépositaires 
du siège de la vérité, de la chaire infaillible de 
saint Pierre. 

)) Aux armes, donc ! courez tous aux armes î 
réveillez-vous; levez-vous comme des géans qui 
n'avez point dégénéré de ce qu'étaient vos ancê- 
tres. Prévenez un ennemi dont vous ne connais- 
sez que trop les impostures , mais qui n'a pas en- 
core éprouvé les effets de votre courage , et qui 
pour cela seul , quoique à tort , ose vous mépri- 
ser. Qu'il sente à son dommage et à sa honte le 
poids de vos bras. Déjà l'histoire a saisi sa plume 
d'or pour enregistrer vos glorieux faits dans les 
fastes de l'immortalité. L'Europe , d'une extré- 
mité à l'autre, a les yeux fixés sur vous; elle ne 
doute ni de votre valeur, ni de l'heureux succès 
qui doit la couronner. 

» Notre excellent empereur François II , le 
magnanime défenseur, lavocatàe l'église romai- 
ne, non content d'envoyer à notre secours les in- 
trépides volontaires Hongrois , Transylvains , 
Croates et Allemands, a encore fait partir, à la 
première demande de notre très-saint et affec- 
tueux père Pie VI, un de ses généraux, le meil- 
leur, le plus expérimenté et le plus estimé , la 
seule chose qui vous manquât, et que vous dési- 
riez obtenir. Il s'est hâté d'arriver; il est parmi 
nous. Le seul nom de Coîli ne vous émeut-il pas. 



MÉWOlUliS. 235 

ne vous (îoiine-(-il jias du courajje, n'anime-t-il 
pas les osprils de tous les peuples? Ce Colli qui, 
pendant di'ux aunées entières, a rendu inij)ëné- 
trables les gorges du Saorgio, les Thcrmopyles de 
l'Italie, les montagnes de Raus et de Brois , où 
les eadavres dos forcenés Français ont comblé les 
vallées et aplani les rochers les plus escarpés; ce 
même Colli vient vous guider, non pas à des com- 
bats incertains , mais à une victoire immanqua- 
ble. 11 est Italien comme vous; il vous aime 
tendrement; il a en vous une entière confiance, 
et a toutes les raisons de l'avoir plus qu'on ne 
le croit communément. . 

» C'est à vous maintenant de ne pas le démen- 
tir, de ne pas compromettre votre honneur et 
le sien, mais d'ajouter encore de nouveaux lau- 
riers à ceux qui ceignent déjà ses cheveux blan- 
chis au milieu des combats et des armes. L'hon- 
neur qui vous est commun avec lui exige que 
vous le regardiez comme un autre César, afin que 
par vous il puisse {'enir, voir, vaincre. 11 n'est que 
trop heureux de pouvoir l'espérer avec tant de 
certtiudc ! 

» Aidés comme vous l'êtes par la main puis-^ 
santé du Dieu des armées , au nom duquel vous 
répandrez, s'il le faut, votre propre sang, pour- 
riez-vous craindre un ennemi rusé mais lâche, 
qui est l'ennemi de Dieu lui-même aussi-bien 
que des hommes , et qui jusqu'à ce jour a mis sa 
confiance dans la fraude , les trahisons , les sur- 



354 MÊÎWOIRES. 

prises, les bravades, plutôt que dans la véritable^ 
valeur militaire? Vous qui combattrez sur l'image 
même de cette Vierge qui vous a excités à le faire, 
pourrrcz-vous douter de sa bienveillante et effica- 
ce protection? Vous, généreux cbevaliers qui portez 
dans vos étendards l'éclatant signe de la croix, ne 
vous direz-vous pas à vous-mêmes,et ne croirez-vous 
pas fermement que votre victoire est écritedans les 
divins décrets? De même que le grand Constantin, 
par la vertu de ce signe qui lui était miraculeuse- 
ment apparu au pont Milvius , vainquit le tyran 
Maxence , et par cette victoire établit dans la ca- 
pitale du monde et dans le monde tout entier la 
dominante religion catholique; de même vous au- 
tres , protégés par ce signe salutaire , vous triom- 
pherez d'ennemis encore plus impies et plus féroces, 
et vous maintiendrez la même religion sacrée et in- 
violable à Rome , en Italie et partout où il plut, 
au Verbe incarné , son auteur , de la propager. 

» Et votre visage ne brille-t-il pas de joie? vo- 
tre cœur ne se dilate-t-il pas à une aussi douce 
idée que celle de vous regarder comme choisis 
par la divine Providence pour ce saint œuvre; 
celle qui vous montre dans les Romains les fils 
bien-airaés de la religion romaine , de la sainte 
religion catholique , ceux qui doivent en être le 
soutien le plus puissant, le plus inébranlable? 

» Courage donc ! ne craignez rien ! aux armes ! 
Nous tons qui demeurons dans nos habitations, 
nous n'y serons pas insensibles à votre sort. Nous 



MfeMOlRLS. a55 

ne cesserons jamais de contribuer à tous vos be- 
soins : rien ne vous manquera. Nous ofl'rironsde 
ferventes prières à Dieu tout-puissant pour qu'il 
dirige vos coups et ne les laisse point tomber en 
vain. Dans la pleine confiance que tant de secours 
humains et divins vous feront remporter la vic- 
toire la plus prompte et la plus signalée, nous 
nous préparerons à aller à votre rencontre , pour 
vous reconduire sains et saufs et triomphans aux 
lieux qui vous ont vus naître, afin de rendre tous 
ensemble au suprême distributeur de tout bien 
les actions de grâces que l'effusion de notre cœur 
reconnaissant saura nous inspirer. Dieu est dans 
Israël : vous verrez reparaître au milieu de vous 
les Josué et les Gédéon : ne craignez rien. Aux 
armes î aux armes ! » 

Le général français, avant de se mettre en mar- 
che, adressa aussi une proclamation aux sujets du 
pape sur le territoire desquels il allait entrer. Pro- 
messes de sûreté et protection aux habitans paci- 
fiques et désarmés , et menaces de saccager et 
d'incendier les villes et les villages où l'on aurait 
sonné le tocsin , et d'en faire fusiller les magistrats, 
furent tout ce qu'elle contenait. Elle était datée 
de Bologne, le i2 pluviôse an 5 ^ 

Le lendemain il manifesta les motifs qu'il avait 
pour commencer la guerre. i°. Le pape a refusé 
^'observer les conditions de l'armistice qu'il avai^ 

'. Ibid. p. 53. 



2S6 MÉMOIRES. 

conclu. 2". (( La cour de Rome n'a pas cessé d'ar- 
mer ni d'exciter les peuples à la croisade par ses 
manifestes, etc., etc. 5". Elle a entamé des négo- 
ciations hostiles contre la France avec la cour de 
Vienne. /^. Le pape a confié le commandement de 
ses troupes à des olliciers généraux envoyés par 
la cour de Vienne. 5". 11 a refusé de répondre atix 
demandes ollicielles qui lui ont été faites par le 
citoyen Cacault, ministre de la république fran- 
çaise. 6°. Le traité d'armistice a donc été violé et 
rompu par la cour de Rome, etc. 

)) Signé Bonaparte '. » 

L'arrivée du général Colli au Vatican fournit, 
dans la suite, aux Italiens le sujet d'un ballet qui 
fut représenté publiquement sur le grand théâtre 
de Milan. On y avait fait exprimer, dans des dan- 
ses trés-vives et fort variées , par le militaire au- 
trichien et le Saint-Père , toute la joie qu'ils res- 
sentaient d'avance du triomphe dont ils croyaient 
immanquablement devoir bientôt jouir. D'autres 

' Arlo. 2 La corte di Roma non ha cessato di armare ne di 
eccitare co' suoi nianifcstiipopoli alla crociata, etc. Art». 3. 
Ha intrapreso délie negoziazioni ostili contre laFrancia, con 
la corte di Vienna. Art°. 4- H papa ha conûdato il comando 
jJelie sue truppe a dei generali uffiziali austriaci , niandati 
dalla corte di Vienna. Art". 5. Ha jicusato di rispondere ai 
passi uffiziali che gli sono stati fatti dal Citt. Cacault, minis- 
tre délia repubblica francese. Ait". 6. H trattato di armistizio 
è dunque stato violato e iufranto dalla cort^ di Roma. — 
Sottoscritto : Bokapakte. ' 



dansos marquaient la ])roniple (léfaito dos tionpes 
pontificales et la fuiJe de celles-ci devant un ennemi 
trop généreux, qui rd'iisa urjc seconde l'ois dé 
profiter de sa victoire. Nou^ renvoyons le lecteur 
à la spirituelle lady Morgan. 

Ce fut alors que le pape adressa à Bonaparte la 
lettre suivante, si différente de sa proclamation 
aux soldats de l'Église. 

(f Cher fils, salut et bénédiction apostolique. 

» Désirant terminer à l'amiable nos différends 
actuels avec la république française , ])ar la re- 
traite des troupes que vous commandez, nous 
envoyons et députons vers vous , comme nos plé- 
nipotentiaires, deux ecclésiastiques, M. le car- 
dinal Mattel , parfaitement connu de vous , et 
monsignor Galeppi, et deux séculiers, le duc don 
Louis Braschi , notre neveu , et le marquis Ca- 
mille Massimi , lesquels sont revêtus de nos pleins- 
pouvoirs, pour concerter avec vous, promettre 
et souscrire les conditions justes et raisonnables 
que nous espérons d'obtenir. Nous nous engageons , 
sur notre foi et parole, à les approuver et rati- 
fier en forme spéciale , afin qu'elles soient valides 
et inviolables en tout temps. Convaincus des sen- 
timens de bienveillance que vous avez manifes- 
tés, nous nous sommes décidés à ne pas sortir de 
Rome : vous verrez par-là combien est grande 
notre confiance en vous. Nous finissons en vous 
assurant de notre plus grande estime, et en vous 



258 MÉMOIRES. 

donnant la paternelle hëîiédiction apostoliquç. 
— Donné à Saint-Pierre de Rome, le 13 février 
'797» l'an 2 2<?. de notre pontificat. 

» (Signé) Pie pape VI. » 

Bonaparte répondit : 
« Au quartier-général de Tolentino , le i". ven- 
tôse an 5. 

» Très-Saint-Pére , je dois remercier Votre 
Sainteté des choses obligeantes contenues dans la. 
lettre qu'elle s'est donné la peine de m' écrire. 

» La paix entre la république française et Votre 
Sainteté vient d'être signée : je me félicite d'avoir 
pu contribuer à son repos particulier. 

» J'engage Votre Sainteté à se méfier des per- 
sonnes qui sont à Rome , vendues aux cours enne- 
mie de la France, ou qui se laissent guider par 
les passions haineuses qui entraînent la perte 
des états. 

» Toute l'Europe connaît les inclinations pacifi- 
ques et les vertus conciliatrices de Votre Sainteté. 

» La république française sera, j'espère, une 
des amies les plus vraies de Rome. 

>) J'envoie mon aide-de-camp , chef de bri- 
gade, pour exprimer à Votre Sainteté feslime et 
la vénération parfaite que j'ai pour sa personne, 
et je la prie de croire au désir que j'ai de lui don- 
ner dans toutes les occasions les preuves de res- 



î^ii. aj o i i;r.s. a3g 

\nvi tt (1(! vc'in'iation , avec losqucllcs j'ai l'hon- 
neur clYlrf* , 

n Son trts-obëissant serviteur, 

» (Signé ) Bonaparte. » 

Ces lettres se trouvent dans toutes les fouilles 

l^oliliques de cette époque. 

Le traité de paix de Tolcntino, conclu le 

i'"". ventoso an 5 ( i8 septembre 1797 v. s.), 
obligea le pape à l'exécution du traité d'armistice 
qu'il avait violé. Il dut renoncer à toute alliance 
contraire aux intérêts de la France, et promettre 
de ne jamais accorder le moindre secours à aucun 
des ennemis de la république, à quelque titre ou 
sous quelque dénomination que ce fut. Il dut 
licencier ses nouvelles levées et fermer tous ses 
ports aux ennemis de la France. Outre cela , il 
fallut qu'il renonçât purement et simplemejit à 
tous les droits qu'il avait jamais pu avoir sur Avi- 
pinon et ^on territoire, sur le comtat Venaissin 
et ses dépendances, et qu'il les transportât et 
abandonnât à la république française. Une pa- 
reille renonciation, transport et abandon h per- 
pétuité eut lieu pour les légations de Bologne et 
Ferrare et pour la Piomagne; Ancène, sa cita- 
delle et son territoire demeurèrent aux Français 
jusqu'à la paix continentale. Les 1 5, 000, 000 en 
numéraire, dus en vertu de l'armistice, furent 
convertis en 3o, 000, 000, et les cbcvaux et four- 
nitures pour l'armée , les manuscrits et objets 



2^0 :MK-'.I0I lîES. 

d'art durent être livrés selon convention. Le 
meurtre de Basseville dut être désavoué à Paris 
par un envoyé extraordinaire et ministre spécial, 
et le pape fut condamné à payer 5oo,ooo francs 
à la famille de cet infortuné. Il fallut qu'il mît 
en liberté les détenus pour opinions. 

Ce traité de paix fut ratifié par Sa Sainteté, le 
25 février 1797, comme l'avait été celui d'armis- 
tice, et le directoire-exécutif l'arrêta et signa 
dans les formes requises. Les Français , en di- 
sant que qui fut parjure une fois pouvait bien 
l'être une seconde, ne se fièrent pour son exécu- 
tion qu'à leurs victoires. 

NOTE SOIXANTE-TREIZIÈME. 

(7"^) (Page i3. L'archevêque Martini jnua le 
zèle de la conviction y et alla prendre l'image... 
pour la transporter avec la plus grande pompe 
à téglise métropolitaine. ) 

Depuis lors, l'archevêque Mailini se fit Papo- 
logiste et le propagateur de tous les miracles 
auxquels, certes, il n'ajoutait pas la moindre 
foi; mais c'était à ses yeux un moyen sûr pour 
entretenir l'ignorance et la superstition du peu- 
ple, et pour être par là toujours à même de dé- 
cbaîner son fanatisme , qu'il lui devenait très- 
facile ensuite de diriger selon ses intérêts ou ses 
désirs de vengeance. 



MÈMOl II tS. 241 

Nous possédons les rcliitions imprimées de; diMix 
décos prélendiis prodiges, et nous en donnerons 
ici les titres. Il est remarquable que c'était tou- 
jours avant l'entrée ou après le départ des trou- 
])es françaises que les miracles avaient lieu : pen- 
dant le temps de l'occupation de la Toscane par 
les républicains , les lois de la nature furent soi- 
(^neusement respectées par les saints et par les 
:nnes de l'autre monde. 

§ I. — (( Lettre apologétique sur l'apparition 
d'une âme pendant le mois d'août de la présente 
année 1800, près des collines de Rosano, à peu 
de distance de Florence , écrite par le pléban de 
Villamagna, avec l'approbation du très-illustre 
et très-révérend monseigneur l'archevêque An- 
toine Martini. Florence, 1800. Avec approba- 
tion '. )j 

C'est l'àme d'une paysanne qui apparut, nous 
assure-t-on, dans une prairie à une bergère, 
pour lui demander quelques paier et quelques 
ave y dont elle avait besoin, disait-elle, pour 
sortir du purgatoire. Jusqu'à dix mille person- 
nes à la fois se portèrent sur les lieux, pour y 

' Lettera apologetica suli' apparizione di un' anima, segnita 
nel mc9« d'agosto doi corrcntc anno i 800 , presse ai poggi di 
Rosano , non lungi dalla città di Firenze, scritta dal pievano 
di Villamagna, coU' appiovazione dell' illustr. e rcverend. 
monsignore arcivescovo Antonio 31artini. Fironze , 1800. 
Cou approvazioîie. 

Tome ill. iQ 



2/^1 MÉMOIRES. 

trouver la l^ergère qui soutenait qu'elle voyait 
l'àme du revenant. 

§ II. — « Relation abrégée de la production 
miraculeuse d'huile, qui se fit ou fut découverte 
le 5o mai 1806, dans le vénérable monastère de 
Sainte-Marie-des-Anges et Sainte-Marie-Made- 
laine-des-Pazzi , par Tintercession de la béate 
Marie-Bartholomée Eagnesi , vierge florentine du 
tiers-ordre de Saint-Dominique , authentique- 
ment confirmée ( ladite production miraculeuse) 
par sentence de la cour archiépiscopale de Flo- 
rence, le 10 décembre 1806. Florence, 1807. 
Avec approbation '. ^) 

La dévotion exigeante des Florentins , qui tous 
voulaient de l'huile des lampes de la béate Bagne- 
si, épuisait le ,couvent. Sainte Pazzi, son an- 
cienne, en créa sept barils à la fois. La reine- 
régente d'Etrurie accourut à la première nouvelle, 
et se fit oindre : Martini garantit le miracle, et 
les fidèles se prosternèrent. 

' Brève ragguagjio délia produzione prodigiosa d'olio, se- 
guita o scopcrta il dï 3o nîaggio 1806, nel venerabile mo- 
nastero di S. Maria degli Angeli e S. Maria Maddalena de' 
Pazzi, adintercessione délia beata Maria Bartolommea Dagnesi, 
vergine fioreutina del terz' ordine di S. Domenico, verificata 
autenticamente per senteaza délia curia arcivescovil^ fioren- 
tina, del d'i lodiccmbrc 1806. Firenze , iBoj. Con appro- 
vazioue. 



M I' y\ oi H ES. :?/'» 



NOTE soixainte-(^»uatouziî:me. 

(74) ( Page 14. Ces i/idigncs mojcns ne purent 

tfiompher du courage et de la valeur des ar~ 
- me'cs républicaines, j 

• 9 

Les lettres suivantes contiennent des détails 
sur le meurtre de Dupliot, et sur les circonstan- 
ces qui précédèrent et suivirent immédiatement 
l'établissement de la république romaine. On a 
déjà vu quelque chose à ce sujet dans les der- 
nières lettres de François Milizia, qui se trou- 
vent dans la pénultième note , et que pous n'a- 
vons pas cru devoir séparer. 

L'abbé Masi à Févèque Ricci ; Piome , le 29 dé- 
cembre 1797 '.. 

11 raconte l'assassinat du général Dupliot. Un 
Français qui s'était trouvé dans un cabaret du 
quartier appelé le Trastevere ( de l'autre côté du 
Tibre ) , avec plusieurs Romains qui l'habitaient, 
paie toute la dépense qu'ils y avaient faite, et, 
après cela, leur fait crier sans la moindre peine, 
J^ive la république française ! p^îve la liberté ! 
Vive Bonaparte ! etc. Il les entraîne à sa suite 
jusqu'au palais de l'ambassadeur français, où 
ils renouvellent leurs cris, et lui-même se met 
à déclamer en faveur de la révolution. On envoie 

' Letterc diverse , auni 1796 e 1797, 11°. 382. 



_o/,/| MÉ^lOIRES. 

des troupes pour dissiper le rassemblement. Jo- 
seph Bonaparte ( l'ambassadeur ) qui était des- 
cendu dans la rue avec plusieurs Fiançais de ses 
amis, parmi lesquels se trouvait le général Du- 
pliot, pour s'assurer par eux-mêmes de la cause 
de ce tumulte, est assailli par les soldats pontifi- 
caux, etJe général est blessé à mort dans la mêlée. 
Il expire sans vouloir se confesser, dit en termi- 
nant l'abbé i\[asi, et l'ambassadeur de la républi- 
que part de Rome, dans la nuit, quoique le pape 
lui eût fait donner une garde pour sa sûreté. 

Le doyen Ricci au mèmej Ponlremoli , le 17 fé- 
vrier 1798 '. 

il paîle des changemens arrivés à Rome, nou- 
vellement devenue république démocratique. II 
dit qu'il n'a jamais douté « qu'il ne dût en 
naître pour l'église le bien inappréciable dont, 
ajoute-t-il, nous sommes maintenant specta- 
teurs 

L'abbé Masi au même, Rome, 2 5 février*. 

Entrée des Français; détrônement du pape. 

' ILid. anno 1798, n^. 23. 

che ne sarebbe venuto alla cliiesa quel gran bene lîr 

cui ora noi siamo speltatori. .. Ecco Cnalmcnte abolito l'ob- 
brobi'ioso nome di corte ; ecco annicbilata la superba nionar- 
cbia. \oiTei cbe contemjioranei aPio VI vivessero, quel vec- 
clii despoti del Yaticano , percbè flagcUati cos\ nella loro 
imperbia , facessero , meglio disposti , un nuovo passaggio 
alla eternità. ^ 

' Ibid. n". 27. 



UKAfOIKES. a/jf» 

« Dimaïu'ho dernier, i8 du courant, la messe fut 
célébrée à Taulel pontifical de Saint-Pierre, par 
nionsei-jnenr- le vice-gérent, avec rassistancc de 
treize cardinaux; la cérémonie se termina par 
un Te Dciun en actions de grâces pour i'évc'ne- 
nient qui venait d'avoir lieu. » Le pape partit de 
Rome le mardi suivant, surlendemain. 

Le doyen Ricci au même; Rome , lo mars. 

Il rend compte de la fanatique émeute de la 
populace romaine, surtout de celle au delà du 
Tybre , contre les républicains français et leurs 
propres démocrates, aux cris àe Fwent Marie y 
la religion et le pape ! Un grand nombre de per- 
sonnes y avaient perdu la vie. « Ce qui m'étonne 
le plus, c'est que cette révolte a été toute entière 
l'œuvre des moines et des prêtres. Dieu clément ! 
un capucin chef de rebelles ! Ce sont des mots 
que le fanatisme seul est capable de faire mar- 
cher ensemble. Et cependant la chose est ainsi '. » 

L'abbé Masi au même; Rome, i5 avril ^. 

Doinenica scorsa , i8 del corrente, si célébré la niessa ail' 
altar papale di S. Pietro da Monsigf. vicegerente, coll' assis- 
tenza di tredici cardinali, con il le Deum in line , in esul- 
tanza , etc. 

' Ibid. 11°. 4o. 

(^uello che mi fa specie è che lulLa (la rivoita di llonia] sia 
slata opéra di frati e di preti. Dio buono ! Un cappuccino 
capo di ribelli ! Sono termini che non ci vuole che un fana- 
tisnio pei" conciliarli insieme. Eppur tant' è. 

* Ibid. no. 60. 



llf^ MÉMOIRE6. 

H A la première fête de Pâques , les curés an-f 
noncèrent devant Tautel qu'il était permis de tra- 
vailler ( sauf l'obligation d'entendre la sainte 
messe ) pendant les deux jours de fête suivans , 
comme pendant les autres jours ouvrables ; je 
crois qu'on annonça la même chose pour beau- 
coup d'autres fêtes de Tannée. — Le lundi , se- 
conde fête de Pâques, on chanta dans les églises 
paroissiales, et dans quelques-unes non paroissia- 
les, le Te Dewn pour la fondation ou plutôt la 
restauration de la république. — Un dragon à 
cheval de la troupe française s'est déclaré prêtre 
et apostat : le général commandant lui a accordé 
sa démission; ensuite in manibus (entre les 
mains ) de monseigneur vice-gérent , il a abjuré 
ses erreurs, et il a été reçu de nouveau dans la 
communion des fidèles. » 



Kella prima lesta di pasqiia fù annunciata tîi sull' altare 
dai parochi la facoltà (salvo l'obhiigo di ascoltare la Santa 
Messa} di poter lavorare come negli altri giorni feriall, nelle 
due scguenti feste , e lo stesso credo si aanunciasse per moite 
altre feste dcU' anno. — Luncdi , seconda festa di pascjua, si 
cantô nelle chiese parochiale , ed in alcuna anclie non paro- 
cliiale il Te Beum per lafondazione, ossia ripristinazione delLi 
repubblica. — Un <lragone a cavallo di qucstatruppa francesc 
sic manifcstato saccrdote e apostata : il générale comandante 
gli ha accordata la dimissionc ; indï in manibus di Rîonsigr. 
viccgerente , lia fatta l'abjura de' suoi errori , e si è riunita 
alla comuniono de' fedelL 



MÉMOIRES. 2/|7 

Lt' lut-me au inèiuc ; Ilome , 12 mal '. 

« ()iioi(|i.io les noms de daterievl de cluiucclleric 
aient été abolis, cependant les affaires (|ui sont 
envoyées à ces congrégations romaines continuent 
à être expédiées, ni plus ni moins que par le 
passé , et il s'en présente tout autant qu'il s'en 
présentait autrefois. Il n'y a pas d'aulre diffé- 
rence , si ce n'est qu'au lieu que jadis les bureaux 
et les employés se trouvaient dans un local dé- 
terminé, selon le département auquel ils appar- 
tenaient respectivement dans l'une ou dans l'autre 
de ces mêmes congrégations, maintenant il faut 
que les expéditionnaires se portent à l'habitation 
de chacun desdits employés. » — Dans les lettres 
suivantes l'abbé Masi annonce ; entre autres arres- 
tations, celle de deux chefs dexes tpibuuaux, ce 
qui n'empêcha pas encore les tribunaux d'agir. 

Le prêtre Palmieri au même ; Gênes , 12 mai. 

Il avait entendu parler des insurrectiolis qui 
avaient eu lieu dans les états pontificaux contre 
les Français , à la suite des troubles exci- 

• Ibid. nO. yy. 

Quatunque sopprcsse le denominazioni di dateria c di cau- 
cellaria , si prosiegue tuttavia a spcdirsi le mateiie clie capi- 
tano, nicnte meno di corne e quanto si è pralicato per io 
passato. Non vi è altra difFerenza , che dove da prima gli uf- 
licii e li rispeUivi ulticiali avevano sedc Cssa , secondo la tïs- 
pottività délie loro incoinbeaze in uno o ia un allro de" sud- 
delti tribunali, adesso conviene alli spedizionieri portarsialic 
lispuUivc loro case. 



:2/^8 MÉMOIRES. 

tés par le fimatisme à Rome. « Nous avons appris 
jusqu'ici ce qui s'était passé à Città di Castelio. 
Est-il possible que ces insensés ne veuillent pas 
comprendre qu'ils déshonorent la religion , en 
voulant faire la servir de prétexte aux désordres 
qu'ils excitent '. 

M. l'évéque Grégoire, au même ; Paris, 20 ger- 
minal an 6 de la république ^? 

K Voilà donc enfin la république romaine éta- 
blie : combien je l'avais désiré, combien j'en suis 
réjoui ! Je respecte dans Pie YI le cliei" de l'église , 
mais je ne puis m'empécher de dire qu'il nous a 
fait bien du mal. D'un mot, d'un seul mot il au- 
rait pu calmer les troubles qui déchiraient l'église 
gallicane ; ce mot eût empêché le sang de couler : 
il ne l'a pas fait! ^n 

L'abbé Masi au même; Rome, le 1". juin. 

On représentait alors à Rome une comédie , où 
figurait févêque de Faenza , u comme approba- 
teur de la liberté du mariage entre personnes 
inégales de rang et de naissance ^. » 

• ILid. n*». 78. 

Si è sentito anche qui l'occoiso in Città di Castelio. Possi- 
Lile che quel pazzi nou vogliano intendere che disonorano la 
religione, volendosene.servire per pretesto di disordini? 

^^ Il)id. n°. 80. 

^ Ibid. n°. 90. 

con figura di appiovatore délia libeità del matri- 

nioniô tra persone di estrazione e di nascità disuguali. 



MÉMOIRES. 249 

Le même au même ; Rome, le 2,) juin '. 

On met sur \v tliôàtre Fcrudon ou les rrli- 
i^ieuses de Cdinbnii, traduit en italien. 

Le même au même; Rome, le 29 juin''. 

(( Hier on publia un édit d'abolition de toutes 
les confréries, congrégations, réunions, de quel- 
que institution ([u'elles fussent, sansaucuneexcep- 
tion , hormis les confréries rurales , dont le Lui 
est d'aider les desservans des paroisses. » 

Le jour de saint Pierre , sa statue est habillée 
et ornée pontificalement , comme de coutume , 
mais sans le trirègjie (la tiare) qu'on remplace 
par la mitre d'évôque. 

M. l'évêque Grégoire au même; Paris, 17 juil- 
let ^. 

On disait le pape dangereusement malade. 
(( Nous craignons en France que sa mort n'occa- 
sione un nouveau schisme, si les. cardinaux, qui 
sont une superfétation inutile dans l'église , ont , 
quoique disséminés , la prétention de vouloir élire 
son successeur, tandis que le peuple romain vou- 
dra sans doute, et avec raison, jouir de ses 



• Ibid. n". 104. 

' Ibid. n'\ T08. 

leri emanô editto di abolizione di tutle e singole confiatci- 
nite, congiegazioni , adiinanzc, di qualsivoglia istituzioue, 
niuna eccettuata , a riscrva dcUe rurali , erelte in soccorso 
délie paiTocchie. 

Mbid. n". 126. 



:»5o MÉMOIRES. 

droits. Si vous saviez quels vœux ardeus nous 
formons pour que vous soyez un jour sur le siège 
(le saint Pierre ! Vous termineriez les funestes 
divisions qui ont agité l'église, et l'église repren- 
drait un nouveau lustre. » 

L'abbé Masi au même; Rome, 8 décembre '. 

Il annonce l'arrivée d'environ quatre-vingt 
mille Napolitains à Rome, le 27 novembre et 
jours suivans. Le 5 décembre, le bruit s'étant 
répandu dans la ville , du prochain retour de 
quelques milliers de Français qui s'étaient, retirés 
à leur approche , les habitans du quartier d'au 
delà du Tibre , veulent , au nombre de huit 
mille, escalader le château Saint-Ange, encore 
au pouvoir des républicains. La mitraille eu 
écrase plusieurs et les fait renoncer à ce projet. 

Le même au même; Rome, le i5 décembre ^. 

Fuite des Napolitains , chassés par une poignée 
de Français. 

INOTE SOIXANTE-QUINZIÈME. 

(70) (Page 14. Rome succomba, et son gom>er- 
nement... devint une démocratie à l'instar de 
celle de France. ) 

Dès que le pape ne fut plus le maître à Rome , 
les nouveaux gouvernails , ([uoique très-eatholi- 

' Ibid. u". 202. 
' Ibid. n". 2o3. 



MÉmOlRliS. 35 1 

ques , a<^loptèrent les mesures que d'autres gou- 
verneniens s'étaient vus obliges de prendre, pour 
mettre un frein au sacerdotalisme , et borner 
rinlluencc des prêtres au seul département des 
affaires de conscience et des relations de l'autre 
monde. C'était rappeler les réformes de Léopold, 
les plans de Ricci et du synode de Pistoic, et la 
constitution civile du clergé de France. Aussi les 
lois de la république rencontrèrent-elles à Rome, 
les mêmes dillicultés qu'avaient toujours rencon- 
trées les entreprises contre la cour pontificale. Je 
ne parlerai ici que du arment civique. 

§ I. — A peine la constitution romaine l'eut- 
elle exigé des fonctionnaires civils , militaires et 
ecclésiastiques , qu'il eut ses antagonistes et ses 
défenseurs. Parmi ces derniers, on distingue un 
abbé, M. Mastrofini, qui, il y a peu d'années, a 
voulu prouver grammaticalement et géométrique- 
ment , que Dieu est un et triple ' ; ce que ses ad- 
versaires prétendirent ne pas devoir être prouvé 
de cette manière, le seul désir de le faire étant, 
selon eux , une hérésie manifeste. Cet étrange su- 
jet de dispute excita une guerre fort vive à Rome, 
depuis la dernière restauration. (Voyez T Esprit 
de T église y 1. 8, part. 2, tom. 8, pag. i54 et en 
note. ) 

Le titre de la brochure de M. Mastrofini est : 



' Son ouvrage est iulilulc : Mciaplifsica de Dca irino et 
uiio ; Romae , 1 8 1 4 • 



3J2 MÉMOIRES. 

(f Honnételé du serment civique, proposé par 
l'article 367 de la constitulioii romaine; disser- 
tation du citoyen Mastrofini ; Rome , an 6 de la 
république française, i". de la république ro- 
maine '. » Elle a 4^ pages, et est dédiée « au 
tribun Camille Corona ^. » Le premier paragra- 
phe ne donne pas une grande idée des talens de 
ravocat de la Sainte-Trinité ; le voici : « La gran- 
deur romaine se ranime; c'est-à-dire, que les 
Scipion, les Brutus, les Pompée s'empressent 
de renaitre sur les bords du Tibre ^. » 

L'auteur du Cri de lajoi prétend encore au- 
jourd'hui que , comme il n'est pas probable que 
le cardinal-vicaire et le maître du sacré palais 
aient autorisé, dans le temps, M. Mastrofini à 
publier sa défense du serment civique, cet au- 
teur, pour l'avoir fait , est excommunié ipso 
facto , de manière à ne pouvoir être absous que 
parle pape seulement; qu'il doit payer cent écus 
d'or d'amende à la fabrique de Saint-Pierre; et 
qu'il faut qu'il aille ramer pour le reste de ses 
jours dans une galère ^. 

' Onestà del civico giuraniento, proposto nell' articolo 56^ 
délia roiuana costituzionc. Dissertazione dcl cittadino Masti'O 
fini. Roma, auno 6 repubblicano , i romano. 

' Al romano trihuno Camillo Corona. 

^ La romana grandezza ravvivasi : vuol dire , i Scipioni , i 
IJruti , i Ponipei si affreltano a rinascere sulle rive del ïeverc. 

■* L'aulore del Grido délia fedcal Sia\ D. Marco Maslroûni, 



M ^•. MOI R F, s. 9.5^ 

^ II. — On vit aussi j)aiaihe f Opinion (Parcro) 
de Bolf^eni, également favorable au serment, et 
(ju'il fit réimprimer peu après dans une bro- 
chure intitulée : 

((Jugement de Jean -Vincent Bolgeni, bi- 
l)liotliécaire du collège romain, sur le serment 
civique prescrit par la république romaine aux 
professeurs et aux fonctionnaires publics ; Rome , 
à l'imprimerie Salomoni , an 7 de la républi- 
que '. » 

Bolgeni était un ex-jésuile entièrement dans 
les principes de la société, et pendant long- 
temps le conseiller intime de Pie YI. C'est là sur- 
tout ce qui rend son écrit des plus piquans. 

Quoique l'Opinion de Bolgeni eût excité les 
plus violens murmures parmi les dévots, l'au- 
teur n'en continua pas moins à soutenir, que le 
serment de haine à la monarchie et à l'aiiarchie, 
et de fidélité et attachement à la république et à 
la constitution , le seul serment qui fût exigé par 
la république romaine, ne renfermait rien de 
contraire à la religion, et que tout catholique 
fK)uvait le prêter en conscience ^. 

s»i à professe re di mattematica e di fdosofia, etc., p. 5. In Ro- 
ma, i8'i2. Con licenza de' superiori. 

' Sentimenti di Gian Vincenzo Bolgeni , Libliotecario del 
collegio romano, sul giuramento civico, prescritto dalla re- 
pubblica romanaagli istraUori e funzionarj pu])l)lici. Roma, 
nella stamperia Salomoni, anno n repubblicano. 

■* Ibid, p. 5 et suiv. 



^54 MÉMOIRES. 

Plusieurs ecclésiastiques et théologiens ont ap- 
prouvé ce serment. Celui qui était prescrit par la 
république cisalpine, moins innocent en appa- 
rence , a été approuvé par le fait, lorsque plu- 
sieurs moines, prêtres et évêques de la haute 
Italie l'ont prêté ; et dans le droit , lorsqu'ils ont 
publié des mandemens et d'autres écrits en sa fa- 
veur ^ 

La constitution , ainsi qu'elle le déclare , n'a 
aucun rapport avec la religion. Celle-ci est, par- 
là , remise dans l'état oii elle se trouvait sous les 
empereurs païens , auxquels cependant les pre- 
miers chrétiens devaient obéissance et soumis- 
sion. La république n'ordonne rien qui soit con- 
traire à la religion ; mais aussi elle ne punit pas 
ce qui n'est que contre la religion, comme, par 
exemple , la violation des vœux religieux, qui ne 
regardent que la conscience ^. 

La haine jurée à la monarchie n'est qu'exté- 
rieure , c'est-à-dire qu'elle n'est que la promesse 
de s'abstenir de tout acte qui servirait à rétablir 
le gouvernement d'un seul , et de faire tout ce 
qui est favorable à la conservation de la démo- 
cratie. L'auteur avait exprimé cette opinion dans 
son Parère, que le gouvernement se chargea de 
faire imprimer en signe d'approbation ^. 



' Ibid. c. I , p. II. 

^ Ibid. c. 2 , p. i6 et suiv. 

3 Ibid. c. 6, p. 46 et suiv. 



WKMOir, KS. 2'):f 

Tic \ l, consuhé jKir un cardinal archevêque, 
siïr la prestation du serment de lidélité à la répii- 
bHquc cisalpine, assembla une congrégation de 
trois cardinaux et un prélat secrétaire , et d'après 
leur avis, répondit qu'il n'était pas permis de le 
prêter. L'auteur, qui veut à toute force demeurer 
catholique romain et citoyen romain, soutient 
(pie ce n'est point là un jugement ea: cathedra 
(un jugement dogmatique) '. 

Le pape avait été interrogé officiellement par 
trente évèques français , sur la canonicité du 
serment substitué par le gouvernement à celui de 
la constitution civile du clergé, laquelle, dit Bol- 
geni, avait été abrogée. Le pape consulta la mê- 
me congrégation , et ensuite il répondit que 
chacun devait agir d'après les lumières de sa con- 
science ; mais que , dans le doute si la chose était 
mauvaise, il fallait ne point jurer ^. 

Les évêques insistèrent et prétendirent que le 
pape était obligé, par le devoir de sa place, de dé- 
clarer catégoriquement si le serment était licite ou 
non. Il consulta de nouveau, et la réponse fut 
qu'on demeurait in decretis (qu'on s'en tenait au 
décret précédent); l'obligation de décider, impo- 
sée au Saint-Siège, étant réelle à la vérité, mais 
illimitée quant au temps ; c'est-à-dire que le pape. 



m 

• Ibid. c. 9, n°. 6g et sinv., p. 64- 



■ Ibid. u". ^4 5 P- 6'j. 



5.50 MÉMOIRES. 

tenu en conscienco de répondre, pouvait, s'il le 
jugeait à propos, ne répondre jamais '. 

§ lïï. — Nous ne citerons comme opposant à la 
prestation du serment civique, que le docteur 
Marchetti, déjà plusieurs fois nommé dans cet ou- 
vrage , et toujours comme l'avocat du fanatisme 
et de la superstition. 

Il existe une brochure sous le litre ridicule de : 
(( Métamorphose du docteur Jean Marchetti, chan- 
s^é de pénitencier en pénitent, exposée par Jean- 
Vincent Bolgeni , théologien de la sainte péniten- 
cerie apostolique ; pour réfuter un libelle impri- 
mé , sous le nom de Fermino Terreni , pénitencier 
d'Acquapendente, sur le serment appelé civique. 
1800 2. » 



' Hiid. n°. 75, p. 68. 

C'est ainsi que les papes, à qui nos gouvernemens modor- 
nes laissent si impolitiquement la faculté entière d'instituer 
ou de ne pas instituer les évêques catholiques, nommés aux 
sièges vacans , confessent , à la vérité , qu'ils sont obligés 
d accorder les bulles , mais cependant se réservent le droit 
de ne les accoi'der jamais , si les intérêts de la cour de Rome, 
ou Icui's intérêts personnels, ou quelque désir particulier de 
vengeance s'y opposent. 

= Metamorfosi del dott. Giovanni Marchetti, da peniten- 
ziere mutato in pénitente , esposto da Giovan Viucenzo Bol- 
jjeni , teologo délia Facra-penitenzeria apostoiica , in con- 
iutazione di un librotto stampato sotto nopie di Fermino 
Terreni , penitenzicre di Acquapendente , sul giuramcnto 
deUo civico. 1800. 



MlfeMOIRES. aSj 

On y apprend que le serment déterminé par 
la constitution romaine fut condamné par Pie VI, 
dans un bref du 5o janvier 1799 '. 

En 1798, le pape avait envoyé, de Florence, à 
monsignor Passeri , vice -gèrent, une formule de 
serment tel qu'il pouvait être prêté, si le gouver- 
nement républicain d'alors avait exigé qu'on prê- 
tât celui qui avait été prescrit parla constitution. 
Le gouvernement demanda ce serment aux pro- 
fesseurs du collège romain et de la SapiencCy à 
la fin de la même anhée ^. 

La formule constitutionnelle était ; Je jure 
haine à l'anarchie et à la monarchie, fidélité et 
attachement à la république et à la constitution ^. » 
Le pape permit définitivement par son bref du 
16 janvier 1799, de dire : a Je N. N. jure que je 
ne prendrai part à aucune conjuration, aucun 
complot et aucune sédition , tendant au rétablis- 
sement de la monarchie , et contre la république 
qui est actuellement revêtue du pouvoir; (je jure) 
haine à l'anarchie, fidélité et attachement à la 
république et à la constitution, sauf cependant la 
reiigion catholique ^. )> Cette formule fut approu- 

' Ibid. prefazione, p. 3. 

' Ibid. c. 2 , n°. 6, p. g. 

'^ Giuro odio ail' anarchia e alla monarchia , fedeltà. ed at- 
accamento alla repubblica ed alla costitnzione. 

^ lo N. N. giuro che non avrô parte in qualsivoglia con- 
TOME III. 17 



258 M É MOIRES. 

vée par !e gouvernement, mais seulement comme 
interprétation , et on resta dans l'obligation de 
prêter le serinent littéralement comme il se trou- 
vait dans la constitution. Monsignor Boni, pro- 
vice-gérent accorda par écrit {in scriptis) aux pro- 
fesseurs, la permission de se conformer aux ordres 
du pouvoir, tous leurs efforts pour contenter le 
pape étant inutiles , et n'y ayant aucun lieu de 
douter de leur intention de ne concevoir le ser- 
ment que comme il le concevait lui-même. Bol- 
p-eni alors publia son apologie du serment inter- 
prété comme le pape le désirait, et les gouver- 
nans approuvèrent son écrit. C'est cet écrit que 
Marclietti , après le départ des Français , dénonça 
comme impie et hérétique *. 

Le cardinal-vicaire Délia Somaglia , demeuré à 
Rome, avait, aussitôt après le détrùnement du 
pape, ordonné par un édit d'obéir au nouveau 
gouvernement , d'après les préceptes des saints 
apôtres ^. 

Le pape était encore à Rome, que déjà tout le 
le collège des cardinaux se portait à Saint-Pierre 
in puhlicâ forma (en pompe solennelle), pouj* y 

giura , coniploUo o sedizione, per il ristabilimento délia mo- 
narchia , e contra la repuLblica che attualmente coraanda ; 
(giuro) odio ail' anarcliia, fedeltà ed attaccamento alla re- 
pubblica ed alla costituzione , salva per altro la religione cat- 
tolica. 

' Ibid. c. 2 , n". i5 et suiv., p. i6. 

* Ibid. c. g , u°, 77 , p. 67. 



VI ï<: MOI H F, s. 25(J 

chanter h; Te Uciun, vn ac^lions de {jrâccs <Jc l'in- 
stiLulion (le lu r<''|uibli(}iie '. 

Depuis la cotitlauinaiiioiii an serment, les pro- 
Icsseurs du collège roniain l'ont rétracté, et Bol- 
geni , en particulier, a rétracté son apologie, non 
parce qu'ils avaient erré, dit-il, mais parce cpi'ils 
avaient donné du scandale au peuple, contre leur 
intention, et qu'il fallait le réparer ^. 

Pie VI avait défendu à deux reprises, de prêter 
le serment imposé par la constitution romaine, la 
première dans la réponse qu'il lit à un prêtre qui 
l'avait consulté , la seconde dans son bref du 3o 
janvier, adressé au pro-vice-gérent Boni ^ 

Par ce même bref, il condamna les professeurs 
qui avaient juré purement et simplement, selon 
le texte de la constitution , leurs restrictions et 
explications verbales lui paraissant insuffisantes ^. 
Pie VI condamna le serment ordonné par la ré- 
publique cisalpine, dans une lettre adressée au 
cardinal archevêque de Ferrare. Ce serment était 
plus contraire au catholicisme (/?«/?«/)> que, celui 
de la république romaine ^. 

A la fin de cette brochure se trouve le Parère 
(Opinion) de Bolgeni sur l'aliénation des biens 



' Ibid. n". 78 , p. 70. 

' Ibid. n°. 83, p. 74. 

•^ Ibid. cil, n°. 91 , p. 78. 

'* Ibid, nS> . loi et suiv., p. 85, 

^ Ibid. Append. art. 3, n*. 208, p. i6o. 



260 MÉMOIRES. 

ecclésiastiques^ et ses éviaircissemeiis sur cette 
opinion, concernant le scandale que la publication 
du premier écrit avait fait naître , éclaircissemens 
déjà imprimés sous le régime républicain , qu'il 
rétracta lorsque ce régime eut cessé d'exister, et 
auxquels il veut ajouter des notes explicatives et 
atténuantes. 

Son opinion était que la religion, la justice et 
les lois de l'église permettent l'aliénation des 
biens de celles-ci , aussi souvent que les besoins 
de l'état le requièrent ; que l'on se trouvait dans 
ces circonstances sous la république romaine ; que 
par conséquent le gouvernement pouvait aliéner, 
sans demander la permission à personne , parce 
que a la souveraineté civile et ses représentans 
ne sont pas et ne peuvent pas être compris sous 
ces lois ( celle de l'église qui défendent l'aliéna- 
tion). Les biens et les fonds ecclésiastiques sont 
des choses temporelles, et n'appartiennent pas à 
l'essence de la religion, ne lui sont pas néces- 
saires '. » 

C'est là le passage qui avait le plus irrité le 
pape, et le théologien-pénitencier ne croit pou- 
voir adoucir le prince restauré que par une ré- 
tractation pure et nette. Il est donc vrai de dire 

La sovranità civile ed i l'appresentanti di essa non sono e 
non possono esseie compreso sotto queste leggi. I béni e 
fondi ecclesiastici sono cose temporali , e non appartengnno 
air essenza e nécessita délia religione. 



MÉMOIRES. 261 

qu'un des dogmes de la foi catholique, prisy dans 
le sens de la cour de Rome, est que les biens 
ecclésiastiques sont de l'essence même de la reli- 
giofi. Cela nous porte à conclure que Pie VI , en 
cédant une partie des états pontificaux aux Fran- 
çais, et Pie VIÏ , en ratifiant la vente des Liens 
nationaux en France, se sont montrés de vrais 
apostats, et que Léon XII, pour faire son salut, 
doit reprendre Avignon sur son fils aîné, le roi 
de France, et prétendre la haquenée de son vas- 
sal, le roi de Naples. 
- Bolgeni terminait son parère par ces mots : 

(( Les citoyens et les étrangers pourront donc, 
en toute tranquillité et sûreté de conscience , ache- 
ter les biens ecclésiastiques, que les autorités con- 
stituées de la république romaine feront exposer 
en vente, sans se soucier aucunement de l'oppo- 
sition ou du consentement du Saint-Siège '. » 

■ Ibid. Parère^ etc. Append. n^. 232 etsuiv, , p. 180 et 
suiv. 

Potranno dunque e i cittadini ed i forestieri con lutta si- 
curezza e quiète di coscienza , comprare quei béni ecclesias- 
tici, i quali dalle autorità costituite délia repubblica romana 
saranno messi in vendita, senza niettersi in pena del bene- 
placito apostolico. 



262 MÉMOIRES. 

IVOTE SOIXANTE-SEIZIÈME. 

(76) (Pago i5. U autres (^Français) prirent pos- 
session de la Toscane j le 25 mars 1799.) 

L'entrée des Français à Florence fut annoncée 
aux Toscans par un édit du grand-duc, qu'ils 
prirent pour ce qu'il était en effet, savoir pour 
un ordre d'obéir à ces mêmes Français tant qu'ils 
seraient les maîtres de la Toscane. Ils furent bien 
cruellement desappointés , quand ils se virent traî- 
ner, par les terroristes réactionnaires, dans des 
prisons infectes; quand on les menaça de l'exil, 
des galères, de la mort, et cela uniquement parce 
qu'ils avaient obéi. Ils ne savaient point encore 
que , lorsque le souverain est assez honnête homme 
pour vouloir tenir ses promesses, môme au détri- 
ment de ce qu'il considère comme son intérêt, il est 
toujours entouré de vils agens de la tyrannie qui 
les lui font violer, ou qui les violent en son nom. 
L'édit dû grand -duc était littéralement conçu 
comme il suit ' : 

' Ferdinando III per grazia di Dio principe realc d'Ungheria 
e di Boemia , arciduca d'Austria, granduca di Toscana , etc., 
etc. Keir ingresso dclla truppa francese in Firenze, riguar- 
deremo come unaprova di fedeltà , di affet;o e di gratitudine 
dei nostri Jnioni sudditi , se secondando le nostre sovrane 
intenzioni, conscrveranno una perietta quiète, rispetteranno 
la truppa fi-anceso ed o(',ni individun délia medcsitiia, e si 



MEMOIRES. 7.65 

« Ferdinand 111, par la jjiàco de Dieu, prince 
royal de Hongrie et de Bohème, archidue d'Au- 
triche, grand-duc de Toscane, etc., etc. ^ 

» Lors de l'entrée des troupes françaises à Flo- 
rence, nous regarderons comme une preuve de 
fidélité, d'afiection et de reconnaissance de la part 
de nos hons sujets , ce qu'ils feront pour seconder 
nos intentions souveraines, en conservant une 
parfaite tranquillité , en respectant les troupes 
françaises et tous les individus qui les composent, 
et en s'ahstenantde tout acte quelconque qui pût 
leur donner des motifs de se plaindre. Cette con- 
duite sage leur acquerra de phis en plus notre 
bienveillance. — Donné le 24 mai 1799. 

^ » (Signé) Ferdinand. 

» V. François Seratti. 
» Caïetan Piainoldi. » 

NOTE SOIXA-NTE-DIX-SEPTIÈME. 

(77) (Page 16. La faiblesse des Français en 
Italie, à cette époque etc.) 

Depuis le départ du général Buonaparte, la 

asterranno da qualunque atto che potesse darli motivo di la- 
mento. Questo savio contegno impegnerà senipre più la 
nostra benevolenza a loio favore. 

Dato li a4 niaggio r ■jtjg. Ferdiuando. 

V. Francesco SeraUi. 
Gaelaiîo Ruinnldi, 



204 MÉMOIRES. 

cause des Français en Italie n'était allée qu'en 
déclinant. Les Italiens l'appelaient de tous leu^s 
vœux , pour les délivrer de la ténébreuse réaction 
qui les menaçait, tellement que les gouverne- 
mens républicains eux-mêmes durent leur impo- 
ser silence. 

Le doyen Octave Ricci écrivit à l'ancien évêque 
de Pistoie, de Pontremoli, le 4 juin 1798 ' : 

« L'horrible silence qu'on est obligé de garder 
sur le compte de Biionaparte , dans toute la Cisal- 
pine et dans la Ligurie, me surprend. En Lom- 
bardie, celui qui parle de ce général est puni 
de mort. Que veut dire ce mystère ? 

NOTE SOIXANTE-DIX-HUITIÈME.- 

(yS) ( Page 2 1 . La capitulation de cette ville 

(^Florence) laissait toute la latitude pour 

étendre les œuvres de violence, d'arbi- 
traire et d'un zèle aveugle , que l'on méditait. ) 

Dès que les Florentins furent bien sûrs que les 
Arétins étaient aux portes de leur ville , que Bo- 
logne était au pouvoir des Autrichiens qui mar- 
chaient sur la Toscane , et que le peu de Français 

' Lettere diverse, anno 1798, n°. 112. 

Mi fa specie l'orribil silenzio , clie tanto in tuUa la Cisal- 
pina che nella Ligure, si dee tenere di Buonaparte, Chi ne 
parla in Lombai'dia è punito di morte. Cosa è mai questo 
mistero? 



MÉMOIRES. 265 

qui demeurai ont encore dans la capitale se pré- 
paraient à révacuer le lendemain matin; en un 
mot, dès qu'ils furent bien sûrs qu'il n'y avait 
plus rien à craindre , ils furent , est-il dit , saisis , 
« le 4 juillet, du plus courageux enthousiasme. 
Cet enthousiasme, que la présence des Français 
avait violemment et péniblement comprimé pen- 
dant cent et un jours ' , » s'exerça uniquement 
sur l'arbre de la liberté , sur les armes de la ré- 
publique et tous les emblèmes de la démocratie, 
que les braves Florentins abattirent et brisèrent, 
afin de mettre à leur place la madonne d'Ar'ezzo 
et la double aigle impériale. Le 5, les Français 
)) et les partisans scélérats de la démocratie furent 
arrêtés l'un après l'autre , et mis dans des prisons, 
oii ils se trouvent encore , dit l'auteur de la bro- 
chure à laquelle nous avons emprunté ce passage, 
en attendant l'inévitable punition qui plane au- 
dessus de leur tète ^. » 

§ I. — La Gazette imivers-elle de Florence , 
qui venait de substituer le mois de juillet à mes- 

' ,... d'un SI ardimentoso entusiasmo, troppo oianiaicom- 
presso dal penoso stato di violenza, in cui ei'ano stati per lo 
spazio di cent'un interi lunghissimi giorni. — Collezione 
istorica di tutti i fatti d'armi ed altri avvenimenli di gucrra, 
che hanno avuto luogo in Italia fra le armate belligeranti , 
nel corrente anno 1799, dall' esplosione dellc ostilità fin a 
tutto il d"i 23 luglio; Firenze, 1799. — Vide a pag. 65. 

^Ibid. p. 64. 

I malvaggi partitanti délia demoirazia furono successiva- 



266 MÉMOIRES. 

sidor, Tan de grâce 1799, à l'an VII de la li- 
berté , le Vivent V empereur et la sainte Vierge ! 
au Vivent la république et la grande nation ! Vil- 
histrtssime et révérendissime seigneur au citoyen , 
annonça dans son numéro du mardi 9 juillet', 
l'entrée imminente de l'avant- garde de l'armée 
arétine, commandée par V illustrissime seigneur 
capitaine Mari , et pour laquelle la police exigeait 
qu'on montrât beaucoup de respect. 

La capitulation avait été signée par le gouver- 
nement plus illustre qu'éclairé de cette époque, 
de Ta manière suivante^ : 

« Le très-sage et le très-vigilant sénat floren- 
tin a fait parvenir aux Arétins par l'entremise de 
M. le chevalier Windham , ministre d'Angle- 
terre, les conditions qu'il mettait à leur entrée 
à Florence, afin qu'ils vissent si elles étaient de 
leur goût. » 

Il paraît qu'elles plurent; car un commissaire 
arétin vint examiner l'état des forteresses, de 
leur artillerie et des munitions , ainsi que les lo- 
gemens que l'on avait destinés à ses troupes. Il 
communiqua aussi , de son côté , aux sénateurs 

mente arrestali e riposti in carcere dove stanno tuttoia , as 
peltando 1 inevitabile gastigo clie loi'O sovrasta. 

' Ibid. n". 55 , p. 52 2. 

' Il sapientissimo e vigilantissimo senato Gorenlino trans- 
mise ad essi le condizioni del lovo ingresso in Firenze , per 
mezzo del Sig"".' Cav. Windham, ministro Lrittannico , affin- 
chè avesscro osservato se esse erano di loro soddisfazionr. 



MÉMOIRES. 267 

les demandes des Arétins, savoir : i**. si le sé- 
nat désirait qu'ils fissent leur entrée à Florence; 
2". s'il consentait à leur remettre les forteresses 
de la ville, ses portes, toutes les armes et muni- 
tions ; 5". s'il accordera aux Arëtins les honneurs 
militaires; 4°. s'il leur donnera le logement, les 
rations, etc., enfin, s'il ne leur refusera rien de 
tout ce qu'ils pourront exiger à l'avenir. Le sénat 
s'empressa de répondre, 1°. qu'il le désirait de tout 
son cœur; 2°. qu'il en était fort satisfait; 5". très- 
volontiers; 4°- fpie leurs demandes étaient jus- 
tes, etc., etc., enfin, en un mot, qu'il n'avait 
plus rien à leur refuser. 

Les Florentins allèrent à la rencontre de leurs 
soi-disant libérateurs, et leur adressèrent un dis- 
cours plein de la plus servile adulation, dans 
lequel ils déclarèrent que si la nation française 
était composée d'un plus grand nombre d'indi- 
vidus que ne l'était la nation arétine, elle ne 
pouvait cependant, pour tout le reste, lui être en 
aucune manière comparée. Cela valut aux Flo- 
rentins une réponse en style de mélodrame où ils 
reçurent le titre de peuple aimable. 

§ IL — a Ce fut avec cette énergie remarqua- 
ble, dit l'ouvrage dont nous avons tiré cette anec- 
dote, que messieurs les Florentins firent éclater 
les mouvemens de leur cœur magnanime ^ » 

' Insurrezione , etc., di Arezzo , p. 5o9-5i2. 
Con questa energia esternarono i siynori Fioreiilinii moli 
del loro ciiore niauiianimo. 



268 MÉMOIRES. 

Cet ouvrage porte pour titre : « Insurrection 
de l'illustre et courageuse ville d'Arezzo, qui a 
merveilleusement eu lieu le 6 mai 1799, contre 
la force des armées et contre les fraudes anarchi- 
ques des Français, publiée pour la gloire de la 
trés-sainte Marie de la Consolation , par le cha- 
noine Jean -Baptiste Chrisolino des comtes de 
Valdoppio, etc., etc. , et curé de la cathédrale 
d'Arezzo; à Città-di-Castello, 1799. — Avec ap- 
probation ' . 

§ III. — Nous revenons au journal de Florence. 
Voici comment il décrit l'entrée des Arétins : 

(( A la tête des troupes était le noble homme, 
Laurent Mari , capitaine-commandant de la divi- 
sion du Valdarno et de l'avant-garde arétine , of- 
ficier qui s'est beaucoup distingué dans cette mé- 
morable expédition. La marche de la cavalerie 
était ouverte par l'illustre M. Windham, digne 
ministre de Sa Majesté britannique. L'excellente 
dame , madame Alexandre Mari , que l'on voyait 
comme une nouvelle amazone , à cheval , au mi- 
lieu d'un groupe d'officiers, mérite aussi qu'on 

' Insurrezione dell' inclita e valorosa città di Aiezzo , mi- 
rabilmente seguita il dï 6 maggio 1799 , contro le forze delle 
armi e de' frodi dell' anarchia fraucese , esposta a gloria di 
Maria Santissima del Conforte, dal canonico Gio. BaUista 
Chrisolino de' couti di Valdoppio, etc., e paroco délia catte- 
drale aretina. In Città di Castello, 1799. — Con approva- 
zione. 



M ÉMOI II ES. 269 

iasse d'elle une mention toute particulière'.» 
Ils étaient précédés par les drapeaux de l'empe- 
reur et du grand-duc , mêlés avec les étendards 
de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, et l'édi- 
teur de la gazette dit que cette armée était au- 
dessus de tout éloge. 

§ IV. — Opposons à cette narration une des- 
cription moins sérieuse mais plus vraie. Elle est 
tirée d'un poème burlesque intitulé : V Hé'^ire 
toscane ou la Crcmanie; à Crème-. 

Le poëte dit d'abord que le ministre anglais 
avait engagé le sénat à signer la capitulation de 
Florence , en vertu de laquelle les Arétins eurent 
le droit d'arrêter toutes les personnes qui leur 
auraient été désignées comme suspectes. Il ajoute 
ensuite ^ : 



' Alla testa délie truppe eravi il nobil uomo Lorenzo Mari, 
cap, coniandante ladivisione del Valdarno eavanguardia are- 
tina, uffiziale benemerito di si memorabile impresa; come 
pure apriva la marcia délia cavaleria l'illustre Siy. Windham, 
degno ministro di Sua Maestà brittannica. Mérita pure che si 
faccia particolar menzione délia egregia Sig. AlessandraMari, 
laquale novella amazzone , v.edevasi a cavallo in mezzo a di- 
versa uffizialità. — Loco cit. p. 533. 

" L'Egiratoscanao sia la Ci^emania , cou note. — InCreina. 
Per Luigi Presidenti , S. del B. G. 

^ Dopo due giorni fecero l'ingresso 
Del Caseniin le truppe, e del Valdarno, 
Colle aretine, epresei'o il possesso 
Délie città, che signoreggia ail' Artio ; 



270 MÉMOIRES. 

« Deux jours après, les troupes du Casenlino 
et du Valdarno avec celles d'Arezzo firent leur 
entrée, et prirent possession de la ville qui com- 
mande à TArno. Elles étaient conduites par une 
femme et par un moine. 

» Le révérend Père capitaine était soldat de 

Ed erano di qnesto lebrigate 
Guidate da una donna e un frate. 

i5. 

E railitava sotto San Francesco 
Il padre condottiero riverito , 
E si vedea , che stava bene a desco . 
E gli reggeva forte l'appetito , 
Perché manifestava una collottola, 
Che pareva di ciccia una palloltoia. 

16. 

Ad onta délia sua costituzione , 
Ei come un Saracino cavalcava, 
Al popolo facea l'allocuzione , 
E un hianco fazzolelto sventolava, 
E alzando spesso la sua vocepia, 
Lacrimando dicea, Yiva Maria ! 

«7- 
Non men di lui la donna ardita e lesta 
Si monstrava fra gl' altri cavalieri. 
Cangiata avea nell' elmo la sua cresta, 
E avea gli atti e portamenti fieri ; 
E le reliquie in e:-sa si vedea 
Délia distrutta 1 atria d'Enea. 

Yid, cant. 5 , str. 14. e seg. p. Sa e 53. 



MÉMOIRES. 271 

saint François. On voyait qu'il lonait hum sa 
place à table , et qu'il avait un appétit excellent: 
Car il avait le cou tellement gros qu'il paraissaîl 
n'être tout enlier qu'une boule de eliair. 

» En dépit des statnts de son ordre, il moulait 
à cheval comme un Sarrasin : il parlait sans cesse 
au peuple, et s'avançait en agitant son mouchoir 
blanc. Parfois il élevait sa pieuse voix, et s'écriait 
en pleurant : /^/Ve Marie! 

» La femme, non moins hardie ni moins leste, 
se distinguait parmi les autres cavaliers. Elle 
avait changé sa coiffe contre un casque, et tous 
ses mouvemens étaient fiers , sa contenance était 
martiale, etc. » Le reste est un jeu de mots que 
la décence et le respect qu'on doit aux dames ne 
permet pas de traduire. 

L'héroïne (bien moins coupable sans doute 
que legrave ministre anglais qui la faisait figurer 
avec la madone, des moines et des brigands, 
vit encore et habite Florence, où on lui rend 
toute la justice qu'elle mérite, en ne se ressou- 
venant plus que de sa beauté et de ses galanteries 
passées.. Comme le conseil aulique ne se pique 
pas de politesse errvers le beau sexe, il est a sup- 
poser que c'est sous un tout autre point de vue 
qu'il a jugé madame Mari digne d'être nommée 
baronne du Saint-Empire romain. Nous aurions 
désiré rapporter en son entier, et avec tous ses 
cnnsidérans , le diplôme qui contient des preuves 
aussi précieuses de la munificence impériale ; 



272 MÉMOIRES. 

mais nous n'avons jamais pu réussir à le voir, 
quelques instances que nous en ayons faites. 
Commencerait-on à comprendre qu'il y a des 
honneurs qui ne sont nullement honorables ; qu'il 
y en a même qui déshonoreraient la personne 
qu'ils ne feraient pas rougir? 

NOTE SOIXAKTE-DIX-IVEDVIÈME. 

(79} (Page 24. Les principes dont se vantaient 

beaucoup de prêtres et de moines , étaient 

favo7'abIes à ces meurtres.) 

Voici une de ces anecdotes qu'il est précieux 
de conserver pour l'histoire du fanatisme : elle est 
rapportée par un témoin oculaire. 

§ I. — Le doyen Octave Ricci , à la vue du cor- 
tège qui accompagnait le cadavre de Pie VI, qu'on 
transportait de France à Rome , par ordre du 
premier consul , communiqua à l'ancien évêque de 
Pistoie les réflexions qu'on va lire. La lettre porte 
la date de Pontremoli, 27 février 1802. 

(c Le passage des cendres de Pie VI aurait dû 
avoir lieu immédiatement après sa mort : alors le 
cortège aurait marché au milieu des applaudis- 
semens, que les fanatiques de cette époque don- 
nèrent à la très-sainte religion , qu'ils avaient ra- 
valée au niveau de l'armée allemande. Grand 
Dieu ! Je ne puis me rappeler ces temps-là sans 
frémir; ces temps consacrés aux vengeances per- 



TVi Ê M o I ii i:s. ^.yS 

sonnolk'S, aux vols v.i aux pilla/;cs de toute es- 
pèce! Nous avions ici, il m'en souvient encore, 
pour prédicateur, un capucin qui portait sur la 
poitrine une larfje plaque en argent, avec Tcfllgic 
de la madone d'Arczzo. Il y avait un noînhre 
considérable de détenus, tant dans les prisons 
que dans la forteresse, et même dans l(;s couvens 
de religieux. Eh bien ! le moine impudent se 
permit de déblatérer, dans ces circonstances, 
conJre les jacobins, et il excita ses auditeurs à ia 
vengeance. Figurez-vous combien y en vomissant 
celte rapsodie anti-évangélique , il accrut encore 
le féroce fanatisme de la populace. Je voulus lui 
donner chrétiennement sa revanche. Il m'était 
tombé entre les mains certaines lettres que le 
moine avait écrites à une jeune personne, pour 
rinviter à toute autre chose qu'au sermon. Je Ks 
lui montrai, et ensuite, en sa présence, je les 
déchirai et les jetai au feu, en lui disant : F'oilà 
la vengeance que je prends de vous. J'avais, ce- 
pendant, commencé par faire mes conditions, 
qui étaient que le moine s'engagerait à partir au 
plus tôt; ce qu'il fit. Il y a dans ce genre uïïq in- 
linité de traiis que l'on pourrait raconter \ » 

■ Ibid. anni 178g- 1810, n''. 86. 

Il passaggio délie cencri di Pio VI savebbe dovuto succe- 

deie immediatamente dopo la sua morte , clie sarebbc pas- 

sato fra gli appiausi clie dai fanatici risc:inl.r;va la religiono 

santissinia posta a livello coU' esercito tedesco. O Dio, noa 

T0A)E 111. . ,,, 



274 MÉMOIRES. 

§ II. — Mais ce n'est là qu'un fait isolé. Nous 
avons dit que le massacre de ce qu'on appelait les 
jacobins était devenu de précepte à cette épo- 
que, et qu'on l'ordonnait au nom du prince et de 
Dieu. Une courte analyse de l'ouvrage suivant 
mettra ce que nous avançons hors de tout doute. 

« Réponse d'un théologien arétin à la demande 
d'un directeur spirituel , imprimée à Pise par 
Pierraccini, 1799'-» 

La demande était ; » Si ceux qui dénoncent ou 
arrêtent les jacobins transgressent le comman- 
dement divin de pardonner les offenses ; et si , 

posso ricordarmi di quel giorni senza altamente riscuoternii ! 
fifiorni consecrati aile private vendette e ai ladroneccj d'ogni 
sorte. Predicava a quei d\ in questo luogo un cappuccino, 
con in petto una larga imagine d'argento della madonna 
d'Arezzo. Erano allora moltissimi detenuti , chi in carcere , 
chi in fortezza, e chi nei chiostri de' religiosi. Declamô in 
quei niomenti l'impudente frate contro dei giacobini , e ani- 
mô i suoi uditoii alla vendetta. Imagini quanto accrebbe l'en- 
tusiasmo della plebaglia , con quel zibaldone antievangelico 
che vomitô. lo perô voUi renderli cristianamente la paiiglia; 
poichè venutenii in niano certe sue lettere dirette ad una 
giovane , che invitava a tutt' altro che alla predica , glie le 
mostrai; indi alla sua presenza le lacerai e le gittai sul fuoco ; 
e gli dissi : Ecco la vendetta che di lei mi prendo , a patti 
perô che accettasse la partenza , corne segui. Di questi fatti 
se ne potrebbero raccontare infiniti. 

' Piisposta di un teologo aretino alla demanda diun diret- 
toiC spirituale j stampata in Pisa, per il Pieraccini, 1799. 



M K iM o I R i: S . a 7 5 

]>ni'ai.ssan( mus par mi esprit (l«- von.jjcaticj' , iis 
inarupieiit à la cliarité envers le prochain ',? » 

Tour mieux résoudre le problème, l'auteur 
pose en fait que le jacobinisme n'est pas une 
olVense particulière faite à quelques individus, 
mais bien un crime public, puisque « les projets 
des jacobins sont principalement, qu'ils sont 
même uniquement conçus dans linterition de 
détruire la religion et de détrôner les puissances 
civiles légitimement établies, » et que, pour cela 
seul, lesdits jacobins méritent d'être jugés par le 
peuple, selon les lois humaines, d'être condamnés 
à mort, exécutés et déclarés infâmes ^. 

Les princes et leurs magistrats, continue-t-il , 
sont les Dieux du peuple, les vicaires et les lieu- 
tenans du Dieu suprême, comme nous l'apprend 
l'écriture sainte, qui est d'accord avec le pouvoir 
civil pour condamner tous les détracteurs de ce 
pouvoir ^. 

« Le souvenir du cri des Toscans rebelles, qui 

• Ibid. § I , p. 3. 

Se coloro clie denunziano o arreslano i cosi detti giacobi- 
ni, trapassino il divino comandamcnto di perJonar l'oiresc , 
e cos'i corne mossi da spirito di vendetta , niancliino alla ca- 
rità verso il prossimo ? 

= Ibid. § 4, p. 6. 

Le loro vedute sono principalmcnte , anzi unicaniento di- 
rette a distruggere la religione e le civili potostù legiuima- 
mente stabilité. 

3 Ibid. 5 5, p. 7. 



2^0 ZVTKrtîOiK ES . 

a été entendu dans toutes les rues de Florence, 
du cri de Mort au tyran! c'est-à-dire (je frémis 
en le répétant) mort à Ferdinand III, à ce prince 
juste, pieux, clément, au fiis de Marié-Louise; 
ce souvenir pourra-î-il laisser lieu à la moindre 
hésitation cliez les bons chrétiens, chez les su- 
jets fidèles .' Osera-t-on mettre en doute si ces 
rebelles méritent ou non, la haine, l'exécration, 
la vengeance des sages? Sous prétexte de faire 
triompher la religion , nous rendrons-nous com- 
plices de ces âmes désespérées qui se sont réso- 
lues à détruire et à annihiler cette même religion, 
pour autant que cela dépend d'eux? Pour mon- 
trer notre attachement au souverain légitime , 
laisserons-nous impunis ceux qui sont altérés de 
son sang? Quelle étrange charité envers le pro- 
chain est celle-là ! RéQéchissons-y. Considérons 
bien cette charité si mal entendue; elle a tous les 

caractères les plus évidens du jacobinisme 

La jace du Seigneur est contre ceux cjui jont le 
mal; elle exterminera leur mémoire de la terre 
(Psaum. 55 autr. 54, vers. 17). Vous entendez 
ici dans quels termes le Dieu de la justice pro- 
nonce ses sentences , lorsqu il s'agit de pécheurs 
publics; et nous, par zèle de religion, confon- 
dant la vengeance publique qui est commandée, 
avec la vengeance privée qui est défendue , 
abandonnerons-nous la voie des divins jugemens, 
et suivrons-nous les sentiers de notre morale 
humaine? C'est là précisément la philosophie 



MÉMOIRES. 277 

moderne, ou, comme je l'ai tlc^jà dit, c'est là le 
caractère du jacobinisme '. » 

L'auteur parle ensuite de ce qu'il appelle les 
jacobins dn temps de l'apôtre saint Jndc, et, sui- 
vant rexeniple de cet apôlrCj il compare les jaco- 
bins modernes aux incrédules juifs, aux anges 
rebelles , auxbabitansdc laTentapole , parce que, 
dit-il, ils ont abjuré la révélation et qu'ils mé- 
prisejit toute puissance légitime ^. 

' Ibia. § 7 , p. 8 et ^. 

Ora le voci dei ribelli Toscani , udite per ogni conliada : 
Morle ni tiranno , cioè (inorridisco a dirlo) aFerdinando ilJ , 
al giusto, al pio , alcleiueate, al figlio di Maria Liiisa , do- 
vrauno presse i buoai cristiaui e sudditi fedeli venire iu de- 
liberazione, se iu fatto meritaao o nô l'odio , l'esecrazione , 
la vendetta dei saygi ? Per far U'ionfai-e la religione , useremo 
uoi connivenza a quell' anime disperateche sono deterniinate 
e risolute di volerla vedere, per quanto è dal canto loro , 
annientata e distrulta ? Per mostrare il nostro attaccamento 
al legiltim ) sovrano , lascerenio inipuniti coloro cbe sono si- 
tibondi dei suo sangue ? Cbe specie di carità verso il prossimo 
è mai qnesta? Se uoi ben consideriamo questa maie intesa ca- 
rità, essa è il più deciso carattere dei giacobinismo. ... Lafac- 
cia (Ici Signovc è contro a quelli chefauno maie , per esterminar 
la loro niemoria dalla tena. — Psalm. 33, al. 34 > ver. 17. 
— Voi qui sentite , corne il Dio délia giustizia regola i suoi 
giudizj nel fatto dei pubblici peccatori ; e noi per zelo di re- 
ligione , coufpndendo la pubblica vendetta cli' è comandata, 
colla privata ch' è proibita, abbandoneremo le traccie dei 
giudizj divini, e seguiteremo le orme délia nostra umana 
morale ? Questa è appunto la modei'ua (iloso/ia , o sia corne 
ho dette, il carattere dei giacobinistoo. 

' Ibid. 5 8, p. 9. 



1278 MÉMOIRES. 

11 s'attache encore au même apôtre , pour prou- 
ver qu'il faut honorer l'autorité, et il se sert 
pour cela d'un passage puisé clans les livres apo- 
cryphes, concernant la conduite respectueuse que 
tint l'archange Michel, dans sa dispute avec le 
diable, lorsqu'il fut question de savoir à qui ap- 
partiendrait le corps de Moïse. « Michel , dit-il, 
quoiqu'il fût aussi revêtu d'un caractère ^ , » s'ab- 
stint cependant de maudire le diable (qu'il ap- 
pelle le maire des ténèbres , il potestà délie té- 
nèbre), (f parce que celui-ci était pourvu d'une 
autorité légitime ^. » La légilimiié du diable ! 

11 rapporte ensuite l'histoire de Sebua ou So- 
bua , courtisan de l'impie roi À chas , et qui de- 
vint « le majordome de son fils et successeur, 
Ézéchias , prince pieux et d'un caractère doux ^. » 
Sebua , par son orgueil , compromettait la répu- 
tation du nouveau roi , et Die'u le punit exemplai- 
rement (Isaïe , 22 , vers. i5 ). u Si Dieu traita de 
cette manière cet impie jacobin qui diffamait son 
maître, ajoute l'auteur, pourquoi, repoussant un 
si lumineux exemple , nous montrerons-nous ani- 
més d'une fausse charité chrétienne envers les 
modernes jacobins qui vilipendent avec tant d im- 

' Sebbene esso pure fosse rivestito di un carattere. 

' Ibiil. p. 10. 

Perché rivestito di autorità legittima. 

^ Dell' cnipio re Achnzzo... magfriordorao del figlio e suc- 
«•s^ai'e Eze chia , principe pio e d'indole dolcc. 



MÉMOIRES. 279 

piidt'Tice notre prince et noire >ï('i(>neilr? N'avons- 
noiis pas sur eux tout pouvoir et jusqu'au pou- 
voir de les exterminer, puisque Dieu lui-même 
Vu expressément commandé ' ? » 

Ici l'auteur rappelle l'ordre que Dieu donna 
aux Juifs d'exterminer tous leurs ennemis vain- 
cus , sans exception aucune, de peur qu'ils ne 
corrompissent les conquérans par l'exemple de 
leur corruption ; ces ennemis étaient les Chit- 
téens, les Amorrhéens, les Chananéens , les Phé- 
riséens , les Chivéens, les Jébuséens, etc., etc. 
(Deutéron. 20, vers. 16 et suiv.). « Ne sommes- 
nous pas précisément dans les circonstances que 
le divin législateur a signalées dans cet endroit? 
Nous qui avons vu naître le jacobinisme en Tos- 
cane, nous savons combien peu nombreux étaient 
ses adhérens dans le principe , et jusqu'à quel 
nombre ils sont parvenus en un court espace de 
temps , au moyen des maximes perverses adroite- 
ment, répandues par ce peu d'adeptes. Nous de- 
vons, par conséquent, ou tirer une juste ven- 
geance de cette abominable race de monstres, ou 
nous résoudre à être rebelles au prince et à Dieu. 

' Se Iddio cos'i trattô quel empio giacobiiio che infamava 
il sua padrone , e perché noi , ponendo dall' un dei lati si lu- 
minoso esempio , useremo la mal supposta carità cristiana 
verso i moderni giacobini , clie con tanla sfacciataggine vili- 
pendono il nostro signore ? Non alîbiaino noi forse la facoltà 
anco di sterniinarli , quando egjli stesso lo ha esptfissaineate 
comandato? 



38o MÉ MOI ri: s. 

Car la rébellion ne consiste senieraent pas à faire 
ce qui est déft^iKlii, mais aussi à omettre ce qui 
est commandé \ » 

L'aoîeur rapporte ensuite comme exempte du 
crime de félonie, encouru par omission, celui 
de Saûl, à qui Dieu avait ordonné de battre les 
Amalécites et de faire mourir tous ses prisonniers, 
hommes, femmes, vieillards, enfans, enfans à la 
"mamelle , bœufs , moutons , chameaux et ânes 
"(ï Sam. t5 , vers. 3 et suiv.), et qui osa épargner 
la vie du roi Agag, et réserver quelques bestiaux 
poiTr les oOVir en sacrifice. Gela fit que Dieu se re- 
pentit de l'avoir fait roi , quoique le prophète Sa- 
muel , pour le consoler plus ou moins, eût fait 
tuer, écarteler et hacher en morceaux le roi Agag 
devant la face du Seigneur. 

Voici les horribles conséquences que l'auteur 
tire de ces cruautés. 

« Si, en suivant la route que nous tracent ces 
commandemens d'en haut et ces divins exemples, 

' îbid. § 9, p. I I et l'i. 

Non siaruo noi precisamcate nelle circostanze che qui ri- 
leva iî divino legislatore ! noi clie abbiamo veduto nascere il 
j^iacouinismo in Toscana, sappiamo quanto pochi erano sul 
bel pt'incipio , e Cno a quai numéro sono in brève tempo 
cresciuti ^ev t^X insegnamenti di qiiei pochi. Dobbiamo dun- 
que o prendere la giusia vendetta di questa abborainata razza 
di mostri o sofferire di essere ribeili al principe e a Dio : 
impercioccliè la ribellione non consista' solamente in far cio 
cîi' è vietato , ma anche in oniettcre ciô ch' è comandato. 



MÉMOIRES. 28 r 

il (\st permis à un homme mortel d'entrer dans l.t 
discussion des ju.^eniens de messire le seigneur 
Dieu , pour moi je suis d'avis que notre adora- 
ble souverain a été condamné à souffrir la courte 
mortification (bien trop longue encore à nos yeux) 
d(! d(>voir descendre de son trône, parce qu'il avait 
si mal à propos écouté la voix de la clémence qui 
est innée en lui , et qu'il avait laissé pulluler et 
mûrir, au milieu de la vigne qui lui était confiée , 
une si ample moisson d'impies Chananéens et de 
pernicieux Amalécites K 

» Appuyé sur de telles autorités, nous con- 
cluons qu'il paraît incontestable , que la dé- 
nonciation des jacobins au gouvernement est or- 
donnée par un commandement formel de la Di- 
vinité, et que personne ne peut se dispenser d'y 
obéir, sans abjurer manifestement tout l'ensem- 
ble des dogmes sacrés,.. Quant aux arrestations, 
elles doivent être mises sur la même ligne que les 
dénonciations, tant que ceux qui arrêtent, le 

' Ibid. § 10 , p. 12 et i3. 

Se dietro a questi comandamenti ed esenipj divini , è per- 
messo ad un uorao mortale di entrare nella discussione de' 
giiidizj di Messer Domine Iddio , io per me son d'avviso , 
che il nostro adorabil sovrano abLia dovuto sofFrire la brève, 
ma per noi troppo lunga mortificazione di scender dal tro- 
nc ,'pei' avère inopportunamente usato délia sua innata cle- 
menza, lasciando germogliare e pcrvenire a maturilà nella 
vigna a lui affidata , tanla mosse d'empj Cananei e di perni- 
ciosi Ainaleciti. 



282 MÉMOIRES. 

font pour prêter secours au gouvernement. Mais 
dans les endroits où l'observation des comman- 
demens divins est assurée , au moyen de la vigi- 
lance que des individus spécialement chargés de 
cet office mettent à le remplir, dans les endroits 
où l'on punit ceux qui transgressent ces com- 
mandemens , et où l'on ne néglige rien de ce 
qu'exige le maintien de la sûreté sociale, là 
seulement les arrestations faites par le peuple 
sont des actes arbitraires, et ceux qui y prêtent 

la main sont rebelles au pouvoir légitime 

Cependant, cette limitation ne s'étend pas jus- 
qu'à l'arrestation des personnes que le gouverne- 
ment cherche et qu'il ne peut pas trouver '. 

» Si nous devons cacher les fautes des jacobins, 
dans l'espoir qu'ils s'amenderont un jour, il en 

' Ibid. § I 1 , p 14. 

Per qiieste autorità , e' pare incontrovertibile , che la de- 
nunzia de' giacobini al governo sia un espresso comenda- 
mento di Dio , ail' adempimento del quale niuno possa sot- 
trarsi senza manifestar rinunzia a tutto il complesso dei sacri 

dommi Ciica poi agli arresti , questi pure vanno di pari 

passo colla denunzia, fintantochè gli arrestaati prestano l'o- 
péra sua al governo ; ma ove questo per via di speciali per- 
sone a cib destinate procura l'osservanza dei divini coman- 
damenli , ne punisce i trasgressori, e provvede alla sicurezza 
délia società , allora gli arresti popolari divengono atti arbi- 
trarj , e gli arrestauti sono refrattarj aile potestà legittime..- 
Questa limitazione per6 non si estende ail' arresto di quell* 
che il governo cerca e non puô trovare. 



MÉMOIRES. 285 

résiilto qu'il faut se hâter d'abolir tous les juge- 
incns criminels; car l'espérance d'un amende- 
•ixient quelconque de la part de quelque coupable 
que ce soit, du moins pour autant que peut le 
scruter la perspicacité humaine, cette espérance 
ne manque jamais entièrement. C'est ainsi qu'en 
affectant le zèle de la religion, nous ne faisons 
que marclier dans les voies des jacobins ; nous 
rejetons l'autorité de l'Évangile qui nous ordonne 
de le dire à Vci^Use, et nous nous rendons ré- 
fractaires au fondateur de la même église , qui 
donne le commandement absolu d^ extirper le mal 
d'au milieu de nous , sans aucun égard à l'espoir 
de la conversion ^ . n 

L'auteur de ces pages infâmes, celui qui cher- 
chait à propager d'aussi atroces principes, était 
un prêtre toscan , César Malamina , qui , lors- 
qu'il publia son libelle , était depuis vingt ans 
professeur de langues orientales à l'université de 
Pise, et le fut pendant vingt ans encore, c'est-à- 

' Se nni dobhiaino lacère le colpe de' giacohini, siiila 
speranza clic quando che sia si ravvedano , non è più luogo 
ai giudizj criniinali , porche la speranza del ravvedimento , 
seconde le uniane vedute, non puô mai mancare ; cosi noi 
pure, affettando spirito di religione, calchiamo in realtà 
i orme de' giacobini, e rigettiamo il vangelo che ci coman- 
da : Dillo alla cliièsa ; e siamo rcfrattarj al fondatore délia 
medesima, che ci ordina assolutamcnte : Togli via 'il maie 
di mczzo di te , senza riguardo alla speranza del ravve- 
dinjcnlo. 



284 MÉMOIRES. 

dire, jusqu'à sa mort, qui eut lieu il y a environ 
cinq ans. La brochure de Malanima ne fut pas 
plus poursuivie par le ministère public que ne 
l'avait été sa personne. 

§ III. — L'abbé Fontani, ami de l'évêque Ricci, 
entreprit de la réfuter, dans un opuscule d'en- 
viron cent pages , qu'il a fait imprimer à la suite 
du TeologOj sous ]e titre cVEœamen de la réponse 
d'un théologien aréiin à la demande diin direc- 
teur spirituel y imprimée à Pise par François Pie- 
racciniy avec approbation ^ 

Le bon prêtre n'était pas propre à publier une 
réfutation solide de son féroce collègue , par cela 
seul qu'il était prêtre. Son caractère lui faisait un 
devoir de soutenir les principes de la Bible, en 
exécrant ceux de Maîanima , qui cependant sont 
les mêmes. Fontani s'attacha à prouver que le 
théologien avait fait un abus scandaleux du code 
sacré des juifs et des chrétiens, tandis qu'il n'en 
avait réellement fait qu'un usage catholiquement 
légitime. Il se contenta de prouver que les idolâ- 
tres ennemis des Hébreux n'étaient pas des jaco- 
bins , et que le Dieu de l'ancien et du nouveau 
testament ne pouvait point avoir désigné ceux-ci 
à la vengeance exterminatrice de ses dévots. 



' Es^ie délia risposta di un teologo aretino alla domanda 
di un direttore spirituale , stampata in Pisa , }>er Fraucesco 
Pieraccini , con approv'ïjzione. 



^1 i'.MO lu K S. 285 

L'opuscule de l'abbé Fontani conli(Mit un pas- 
sage impoi'fant. Le voioi ; . 

(' Kîi réponse à ce que j'ai dit relativement à la 
qualité des personnes qui ont eUes-nièmes (/énoncé 

et an été f on pourrait facilement m'opposer 

que, parmi les accusateurs des jacobins , il y a eu 
beaucoup d'ccclés/asiiçnes, et entre ceux-ci, plu- 
sieurs qui se sont servis du secret rie la conjes- 
sion ; qu'un grcmd nombre d'nudes ont engagé le 
peuple à dénoncer et à arrêter, non-seulement 
par leurs discours^ mais encore par l'exemple 
qu'ils donnaient, en se faisant cbefs et conducteurs 
des turbulens, et en se portant eux-mêmes, cbar- 
gés de leurs armes, aux habitations des citoyens, 
pour y faii^ des visites domiciliaires et des exé- 
cutions personnelles '. » C'était alors comme du 
temps de Jésus, dit l'abbé Fontani, lorsque les 
})harisiens et les prêtres étaient mêlés avec le peu- 
ple et allaient l'arrêter, et qu'ils demandaient, à 
grands cris sa mort. 

' Ibid. p. 108. 

lu vepHca a quanto ho dette circa la cjualità dellc pcrsone 
esecutrici délie deniinzic, arresti, etc. , potrebbe facilmente 
opporsi che , fra gli accusatori de' giacobini, vi sono stati 
molli ecclcsiasttci, c fra questi non pochi che si sono prevalsi 
del segrelo délia confcssionc sacramcniale ; e molti pure clio 
hanno incoraggito il popolo ail' esecuzioni , non solo con le 
parole, ma ben anche con l'esempio, essendosi fatti capi e 
condottieri degli altri , e portatisi carichi di aruii a far le 
visite domiciliari e l'oEeciizioni peisonali. 



a86 MÉMOIRES. 



.\OTE QUATRE-VINGTIEME. 

(80) (Page 45. Les principaux membres du sé- 
nat ^ s' étant constitués en u/i comité de terreur , 
désolèrent leur patrie par les oppressions , les in- 
justices et les cruautés les plus inouïes.) 

Voici, sur cette époque funeste, ce que j'ai 
trouvé dans une petite brochure italienne qu'on 
croit avoir été écrite par le vertueux ministre tos- 
can François-Marie Gianni. Elle porte le titre de 
La Toscane y depuis /e 2 3 mars 1799, jusrju'au 
20 mai i8or ; Gênes, de V imprimerie^ Frugnni. 

§ T. — A peine les Français avaient-ils évacué 
la Toscane après la bataille de la Trebbia, que le 
sénat florentin , qui s'arrogea l'autorité suprême , 
se montra l'ennemi le plus cruel de tous ceux qui 
avaient pris part aux affaires sous la domination 
française. Ce fut en vain que l'on invoqua le motu 
proprio du grand -duc Ferdinand III, qui avait 
imposé à ses sujets le devoir d'obéir aux Français; 
ce fut également en vain qu'on produisit la preuve 
d'avoir comblé de bienfaits les nobles et les riches, 
et d'avoir empêché , autant que possible, les maux 
de l'occupation militaire. Trois iîiquisiteurs de la 
chambre noire , un auditeur de consulte et un se- 
crétaire sans foi appelèrent auprès d'eux le plus 
atroce des satellites, pour être l'instrument de 



MKIWOl UES. 2 87 

leurs coupables intoiUions '. Les rapines, le fana- 
tisme, la cruauté, les empoisonnemens , les expo- 
sitions infamantes, les proscriptions qui ont eu 
lieu alors, ne sont malheureusement pour le nom 
toscan , que trop connus , et seront éternelle- 
ment conservés dans l'histoire pour l'exemple de 
la postérité. On pourra peut-être douter d'une 
seule chose, savoir, si ces horreurs furent l'effet 
de la méchanceté ou de l'ignorance ; mais l'histo- 
rien impartial est forcé de convenir que l'une et 
l'autre ont eu une égale influence sur les événe- 
mens, pendant tout le temps qu'ont duré ces in- 
dignes opérations. 

' Pourrinlelligence des lecteurs non loscans , nous ajoute- 
rons ici les noms des personnages qui ne sont que désignés 
par le sénateur Gianni. Les trois inquisiteurs étaient les sé- 
nateurs AméricAntinori, Roland del Benino et Marc Covoni. 
L'auditeur de consulte était Pierallini, et le secrétaire, Giunti. 
L'instrument de leurrage aristocratico-fanatique étaitCremani . 
L'infamie de Giunti, maintenant exilé de Florence pour faux , 
comme Cremani l'est pour banqueroute frauduleuse , se 
trouve consignée dans un acte notarié , par le moyen duquel 
il prouva au noble sénat de sa patrie, qu'il était digne de le 
servir, puisque, intimement lié avec la plupart des autorités 
françaises pendant l'occupation , il ue les avait flattées que 
pour mieux les trahir. Espion, traître et agent provocateur, 
Giunti méritait de devenir délateur , bourreau , et secrétaire 
du comité terroriste , institué par le gonvernement anti-ré- 
volutionnaire, et il le fut. Nous donnerons l'acte authen- 
tique qui le concerne à la fin de cette note. — Note de l'au- 
teur de la Fie de Ricci. 



288 MÉMOIRES. 

La fureur de parti fut telle, que les ministres 
les plus sages, les plus modérés de l'immortel- 
Léopold furent rais en jugement et destitués des. 
emplois distingués qu'ils oecupaient; et que la 
ju^stice fut outragée jusque dans son sanctuaire, 
par une déclaration portant que tous ceux qui 
suivaient les drapeaux infcimes cViine nation ex- 
terminatrice de toute vertu , c'est-à-dire de la 
nation française, ne seraient plus reçus désormais 
en témoignage devant les tribunaux. Ni le priiu^e 
ni le peuple n'avaient jamais été trompés, en au- 
cun temps, comme ils i étaient alors. 

Il est inutile pour l'objet que nous nous som- 
mes proposé de démontrer, que ces ministres (les 
sénateurs) trahirent également leur souverain, 
leur patrie et leurs concitoyens; qu'ils ne soup- 
çonnèrent pas même l'incertitude des événemens 
futurs; que leur haine et leur ambition les en- 
trainèrent dans un abîme duquel ils ne seraient 
jamais sortis , si la générosité française n'avait été 
plus grande encore que leurs crimes. Mais il peut 
être fort important de faire réfléchir que, ni le 
devoir qui les lie au prince , à la Toscane , et à 
leurs compatriotes, ni l'expérience de leurs fau- 
tes passées, ni la magnanimité de leurs adversai- 
res n'ont pu les rendre, jusqu'à présent, pius hu- 
mains ni plus J!!stes, et qu'ils sont peut-être 
encore prêts à profiter du premier moment favo- 
rable, pour immoler à leur implacable vengeance. 



MÉMO m ES. P.SC) 

et leurs anciennes victimes, et des victimes nou- 
velles. 

» Lorsqu'on vit à Florence approcher une se- 
conde fois les ])lia]anges républicaines, redevenues 
niaitresses de toute l'Italie par le gain de la 
bataille de Marengo, à laquelle aucune autre ba- 
taille n'est comparable dans les annales du mon- 
de , la tourbe des Allemands et les séducteurs du 
peuj)le se bâtèrent les uns et les autres de pren- 
dre la fuite % le voile mystérieux se déchira , et 
l'enchantement trompeur qui avait si long-temps 
fasciné les esprits fut enfin dissipé et entièrement 
détruit sous les murs d'Arezzo ^. Les vrais coupa- 
bles laissèrent à la merci des vainqueurs les victi- 
mes qu'ils avaient séduites; mais eux-mêmes, 
croyant que leurs crimes étaient indignes de par- 
don , abandonnèrent lâchement leurs postes : ils 
prouvèrent, par ce seul fait, qu'ils avaient trahi 
leur souverain et l'état. En fuyant, ils confièrent 

' I,es séducteurs du peuple étaient alors les membres do 
la régence , composée du général Sonimariva , et des séna- 
teurs Antinori, Covoni et Bartolini , nouvellement arrivé 
de Vienne. On aurait tort cependant de confundre entière- 
ment ce dernier avec les autres. Le sénateur Gianni lui- 
même le distinguait honorablement, comme nous le verrons 
plus bas. — INole du même. 

* Cette ville fut prise, pillée et saccagée par les Français , 
rentrés en vainqueurs dans la Toscane, et qui brûlaient de 
venger les lâches assassinats de leurs frères d'armes. — Note 
d:i même. 

ToxiE ill. if) 



290 MÉMOIRES. 

les rênes c!ii gouvernement à leurs émissaires ' , 
qui, à cause de rinsignifiancc des plaees qu'ils 
avaient occupées jusqu'à cette époque, ne s'étaient 
point encore vus dans une position qui pût leur 
mériter la haine publique d'aucun des chefs des 
divers partis. Néanmoins ils placèrent à leur 
tète l'auteur de toutes les persécutions précéden- 
tes, l'ami de Cremani 2, l'adversaire le plus ardent 
de tout système de modération , de tout ce qui 
était français ou qui pouvait seulement de loin 
paraître français; ils lui adjoignirent un avocat ^ 
qui avait alors quelque peu de réputation , mais 
qui la perdit entièrement , par son caractère 
feint et artificieux, par la nécessité où il se trou- 
va bientôt d'obéir aveuglément à son collègue, et 
par son ignorance absolue des alïiures du gouver- 
nement. 

» Les choses étaient en cet état , quand le gé- 

' Piei'allini , Cercignani, Lessi et Piombanti. — Note du 
n^.ême. 

» Pierallini. — Note du même. 

^ Lessi. 

îs. B. Sur l'exemplaire que nous avons consulté se trouve 
ccrit en marge et à la main : « L'avocat Bernard Lessi , 
>. homme d'un aspect — , avec le sourire obligé sur les lè- 
» vres. Il est tellement souple , et sait si bien se plier aux 
» circonstances, que, en mai 1799, il proposa à la munici- 
» palité dé Florence de brûler le libro d'oro (livre d'or), le 
» palladium de la noblesse de cette ville , et le monument le 
« plus insensé de l'orgueil humain. » — Note du même. 



M /-.MO lui: s. -Jijl 

lierai Dii,j)oni y j)ar un acte de justice, ordonna la 
itv('e du séquestre des biens des absens, et la mise 
< Il liberté des détenus pour opinions. L'ami de 
Cr-'itumi ( Pierallini), formé de longue main à 
toutes les cbicanes des tribunaux inférieurs, 
croyait, au moyen de subterfuges, pouvoir éluder, 
au moins en partie, les dispositions du général. 
IMais celui-ci, las de son obstination, le renvoya 
finalement de la direction des affaires. 

» Le général Miollis succéda à Dupont dans le 
commandement en clief. Il ne cessait d'insister 
pour qu'on exécutât les décrets de son prédéces- 
seur ; mais il ne put jamais parvenir au noble 
but qu'il se proposait, celui de réorganiser l'uni- 
versité et les établissemens publics destinés à l'in- 
struction , et beaucoup moins encore à celui de 
faire rendre les emplois à ceux qui en avaient été 
dépouillés pour opinions libéi'ales. Les choses en 
vinrent à un tel point , que l'on ne put pas se 
dispenser plus long-temps de nommer trois indi- 
vidus du parti français ^ , pour les adjoindre à 
ceux qui avaient été désignés et placés par la ré- 
gence autrichienne et le général Sommariva. 

'MM. Chiarenti, Pontelli et Degliores. Ils demeui'èrerit 
bientôt seuls par la démissioa de leurs trois collègues. 

Ces messieurs ont puLlié un compte rendu de leur admi- 
nistration , fort intéressant pour 1 histoire de cette époque , 
sous le titre à yl perçu des principales opérations de finances 
du gouvernement provisoire toscan , ûîilan, an 9. — Kote du 
même. 



292 ' Mr. MO IK F. s, 

)) Il était en effe( ridicule de voir que !a Toscane^ 
entièrement occupée par les Français , fût gou-^ 
veinée par ceux qu'avait choisis, pour cela, le gé- 
néral ennemi fugitif '. » 

§ II. Une autre brochure est intitulée : <f Dé- 
fense d'Antoine Landi , Vincent Fioravanti , An- 
toine Berti et Joseph Moroni , prévenus de vol 
sur les grands chemins et d'assassinat, lue par le 
docteur Joseph Giusti devant la commission mi- 
litaire de Florence (instituée par décret du géné- 
ral en chef Murât, le 2 pluviôse an 9 de la répu- 
blique) , dans la séance du 27 juillet 1801 (8 
thermidor an 9) ^ » On y trouve le tableau sui- 
vant de la situation de la Toscane après la perte 
de la bataille de la Trebbia par les Français : 

« Ce fut alors que l'irruption des barbares con- 
duisit après elle le triomphe de l'ignorance, de 
la superstition, de l'anarchie, du crime : ce fut 
alors que les prêtres enseignèrent à couvrir tous 
les délits du voi!e de la religion, que les scélérats 
les plus vils ourdirent le complot funeste dont le 
but était l'anéantissement des lumières et des 

' LaToscana, da' aS marzo 1799, etc. , p 6-10. 

' Difesa di Antonio Landi , Yincenzo Fioravanti, Anto- 
nio Berli e Giuseppe Moroni , imputati di grassazione e omi- 
cidio , letta dal dottore Giuseppe Giusti alla comraissione 
militaredi Firenze, istiluila ccn decreto del générale in capo 
Murât, del 1 piovoso anno 9 délia repubblica , ncUa seduta 
del ?.5 luglio 1801 (8 termidoro anno 9); traduzione dal 
IVauccs».'. 



vertus ; ce fut alors que la domiMatioii d'un sûnat 
usurpateur ramena dans notre patrie les temps 
aflVeux de Tibère. On ne vit plus que des scènes 
d'horreur. 

» Los liommes les plus inattaquables de toutes 
les classes etde toutes les conditions , des citoyens 
honnêtes et pacifiques , des patriciens vertueux, 
des magistrats intégres, des militaires honorés, 
des ecclésiastiques respectables, des hommes d'un 
talent supérieur, la gloire de leur patrie, et qui 
sous mille titres avaient bien mérité de la nation, 
périrent en partie d'une manière misérable sous 
les coups des assassins ou sur les bûchers élevés 
par le fanatisme '. D'autres furent arrêtés arbi- 
trairement et traînés devant un tribunal de can- 
nibales 2 : là, sans la moindre ombre de justice, 
sans preuves contre eux , sans moyens de défense, 
ils furent barbaremcnt condamnés à des exposi- 
tions infamantes, aux galères, à la détention dans 
des forteresses, à l'exil. D'autres enfin, échappés 
avec peine et au travers de mille dangers, à leurs 
féroces persécuteurs, allèrent à l'étranger mener 
une vie vagabonde et misérable, portant partout 
avec eux le souvenir cruel de la tyrannie d'un 

' rt Allusion aux atrocités commises à Sienne, lors de l'en 
trée des Arétins. « — Note de M. Giusti. 

» « La commission judiciaire de police, dirigée par l'as- 
sesseur Cremani , qui fut ensuite ministre de la police (jf/'^- 
sidentedel buon goi>cr/io). » — Pv'ote du même. 



2C)y MEMOIRES. 

gouvernement inique, et de l'ingratitude de leurs 
concitoyens. Plus de trente œille familles furent 
victimes de ces proscriptions , et le père de ses 
peuples, Ferdinand i, voyait avec complaisance, 
du sein de l'Allemagne, la ruine, le désespoir , 
l'extermination des meilleurs de ses enfans ^. 



' Il est consolant de pouvoir avouer que la conduite de 
feu le grand-duc de Toscane, depuis la dernière restaura- 
tion, nous autorise à supposer qu'il était égaré, à cette 
époque , par des conseillers perfides , dont les instigations 
infernales étouffèrent momentar.ément en lui sa justice et 
sa bonté naturelles. La mort de Ferdinand a fait couler en 
Toscane des larmes bien sincères, qui n'ont été taries que 
par la certitude de voir ce pi'ince renaître tout entier dans 
son fils Léopold II. Que ne peut-on dire de tous les autres 
souverains que les fautes de Napoléon ont rendus à leurs peu- 
ples , ce qu'on disait avec tant de justice de Ferdinand III , 
savoir que, devenu homme dans la disgrâce, il s'était cor- 
rigé pour le bonheur de ses semblables, au-dessus desquels 
le sort devait encore le replacer ! — Note de l'auteur de la 
f^ie de Ricci. 

* Voyez l'édit publié par le sénat , et d'après les ordres 
du souverain lui-même, le lo décembre 1799. — « S. A. R. a 
» été fort satisfaite d'apprendre que son bon peuple montre 
i> généralement la haine la plus prononcée pour tous ceux 
» qui ont été les adhéi'ens et les fauteurs de l'ennemi et de 
•» son système, ainsi que des maximes qu'il répandait, maxi- 
)) mes destructives de tout ordre religieux , moral et poli- 
•» tique. 

» C'est pourquoi , il a déterminé , dans sa paternelle clé- 
» mence, les bases principales sur lesquelles seront établies 
» les punitions applicables à une série de délits non prévus 



M t W O 1 n E s . 9.(Jf5 

» Tond* idiT' do morale fut rcnvorst'c ; rinsh'iic- 
tion publique fut cinpoisoiinre i«is([U(; dans ses 
sources; toul. principe d'humanité et de justice 
tut anéanti. L'exécration du nom français fut mise 
à l'ordi'c du jour : rinsuncction , l'anarchie et le 
massacre des Français et de leurs partisans furent 
prêches ouvertement par les ministres du sanc- 
tuaire, furent présentés comme des devoirs de con- 
science par mille écrits incendiaires, furent autori- 
sés et encouragés par le gouvernement lui-même '. 

)> par la loi, et que les uns ont commis comme séducleiws , 

« les autres comme séihiits : il pronnîtsa protection spéciale à 

» tousceuxrjui sont demeurés constansdans l'amour etla fulé- 

» lité dus à sa personne royale, etc. » — Note de M. Giusli. 

' « Ces faits sont notoires et n'ont pas besoin de justifi- 
cation. Qu'on voie tous les imprimés publiés avec approbation 
du gouvernement, toutes les gazettes, etc. : partout on vomit 
les injures les plus terribles contre la nation française ; on 
exalte comme des actions héroïques , les excès du fana- 
tisme , les atrocités des Arétins, qui , lors de la retraite des 
Français, allaient à la chasse de ces braves, comme à celle 
des bêtes féroces. Qu'on voie les préambules de tous les édits 
du sénat, etc. , etc. » — Note du même. 

licite l'édit du 12 septembre 1799, où le brigandage des 
Arétins est qualifié de transport généreux , le décret de la ré- 
gence du II juin 1800, qui ordonne d'exciter le peuple à 
prendre les armes contre les Français, en faisant sonner le toc- 
sin à leur approche , et répéter des signaux convenus , etc. ; 
la défense, sous peine de mort, du ministre de la police Cre- 
mani (i4 juin), de répandre des nouvelles favorables aux 
Français; enfin les mandemens et instructions pastorales de 



296 MÉMOIRES. 

M C'était là l'état de la Toscane , le 14 octobre 
1800, jour où l'approche des républicains força 
les auteurs les plus connus de ces excès à prendre 
lâchement la fuite , en laissant pour gouverner 
la Toscane, leurs propres subdélégués , à qui ils 
inculquèrent pour toute instruction , de s'attacher 
le plus possible à niiiintenir le système qu'ils 
avaient eux-mêmes établi. 

i) En etfet, ces créatures d'une régence et d'un 
général qui fuyaient , créatures dont l'autorité 
fut, contre toutes les règles de la politique, res- 
pectée par le vainqueur, après l'occupation de la 
Toscane, continuèrent à alimenter le fanatisme 
populaire, et à préparer le pays à un soulèvement 
général. Mais la générosité française s'étant 
lassée à la lin , on prit le parti , si nécessaire , 
d'adjoindre aux anciens gouvernans trois hommes 

plus dignes de confiance, etc. '. » 

§ III. — Après avoir vu les crimes des insurgés 

de la foi et de la légitimité', il est bon de voir la 

sollicitude du gouvernement pour reconnaître 

leurs horribles services. 

(( Instruction circulaire à tous les commissaires 

créés par le décret ( ?notu proprio) du so février 

i8oOj etc, 

plusieurs cvêqucs , tondant à allumer le feu de la guerre au 
nom de Dieu et de la re!if>ion. — Ibid. Annotazioni in fine, 
p. 3 1-04. 

' Difesa di Antonio Landi, etc. , p. i^-ai. 



MÉMOIRES. 597 

» Le ddcret vénère; du 10 février dornicr dé- 
clare que S. A.K. a établi une commission char- 
gée d examiner le mérite des individus qui oni , 
pendant même T insurrection des Arélins, ou après 
qu'ils curent tracé ce grand exemple, donné des 
preuves soit de valeur militaire, soit de prudence 
dans la eondnite politique, en faisant naître, eu 
fomentant et en excitant le soulèvement contre 
Vennemi dans quelqu'une des provinces du grand- 
duché. Ladite commission fera rédiger une his- 
toire des faits qui ont illustré à cette époque , 
non -seulement la ville d'Arezzo, mais aussi 
toutes les autres villes, les bourgs et villages de 
la Toscane, en signalant les noms des personnes 
les plus dignes de récompense , et en indiquant 
toutes celles qui ont perdu la vie dans cet inter- 
valle. 

Suivent les dispositions particulières, et la no- 
mination des commissaires spécialement chargés 
de les mettre à exécution. Cette instruction est 
datée du 24 mars 1800, et signée : Léonard Frul- 
lani. 

§ IV. — Nous avons promis de rapporter à la 
fin de cette note un acte authentique qui prouve 
l'infamie de plusieurs vils rt^Jo/«Z/\y/ci de ce temps 
de crise, et nommément du traître Giunti, secré- 
taire de la c/tanipre noire, qui, par les avis im- 
portans que son actif espionnage le mettait à môme 
de donner aux généraux de l'armée austro-russe 
de la haute Italie, ne contribua pas peu à la peric 



P.Ç)S MÉMOIRES. 

de la bataille de la Trehbia par les Français, et à 
l'afireiise réaction qui répandit la désolation et la 
mort dans toute l'Italie. Voici cette pièce singu- 
lière. Elle nous a été confiée par un ami de Tor- 
dre , que nous prions d'agréer nos plus sincères 
remercîmens '. 

.»N° i5. — Le 26 novembre 1799. A Pistoic. 

» Je soussigné déclare, comme étant la pure et 
simple vérité, et je m'engage, si j'en suis requis, 
à confirmer ma déclaration même par serment, 
que, dans le temps de l'occupation de la Toscane 
par les Français, et notamment la nuit du 2 mai 
1799, jour de l'Ascension , j'ai signé, au su et 
par ordre de M. Horace Blorelli, gonfalonnier de 
la commune de Florence , qui s'était concerté à 
ce sujet avec M. l'avocat Joseph Ciunti, un plan 
pour la défense et le maintien de la tranquillité pu- 
blique, plan qui devait être mis à exécution lors 
du départ des Français, que l'on espérait devoir 

' K". i5. — A dï 26 aov8mbre 1799. /« Pistoja. 

Attestas! da me infrascritto , per la pura e mera vcrilà, 
ricercato da confumarsi etiani con spéciale giuramento , conic 
nel tempo délia occupazione fatta dai Francesi délia Toscana , 
e spccialnieutc la notle del 1 maggio 1799 , giorno dell' As- 
censione, fù da me sotloscritto , di scienza e commissiotie 
del Sig"^. Oiazio Slorelli , gonfaloniere délia coraunità di 
Fireuze , couccrtato col Sig'. avvocato Giuseppc Giuuli , 
un piano di difesa e sicurezza pubblica . per la sperata immi- 
nente parteuza de' Francesi, e clie il delto progetto , con 
minuta di e<litto da stamparsi , scritto di mia mano, che de 



IMtMOIUES. 2()9 

vire fort prochain. Ledit pi'ojet avec la miiniUî 
d'un t^dit à faire iniprimer, écrit de ma propre 
main, et que l'on trouvera probablement encore 
chezM.Giunli , fut remis par nous, à sept heures 
du 5 mai, comme il était convenu, à M. Morelli 
dans la maison de celui-ci, et il y ajouta à l'in- 
stant lui-même tout ce qu'il crut nécessaire pour 
l'heureuse réussite de notre entreprise , qui n'é- 
tait tentée que par des personnes de l'honnêteté 
la plus éprouvée. 

» Je déclare également et j'atteste en con- 
science, que chaque fois que M. Morelli recevait 
par ses émissaires des nouvelles relatives aux ar- 
mées et aux dispositions militaires et politiques 
des Français, elles m'étaient aussitôt annoncées 
pour être communiquées à M. Giunti : celui-ci, 
afin de parvenir à la connaissance de tout ce qui 
se passait, donnait des secours en argent à M. le 
marquis Bianchi d'Adda, aidede-camp du géné- 



ve essere prcsso il detto Sïff. Giunti, fù da noi portato a 
forma del convenuto , aile ore selte del d'i ti'e , al Si^^"". Mo- 
relli, nella di lui casa, ovc dal med°. fù aggiuuto quanto cre- 
deva opportune alla felice riuscita dell' intrapresa , in cui lulti 
i componenti erano persone délia più sperimentata onestà. 

Devo altresi attestai-e ed assicurare in coscienza, che iitte 
le volte clie il Sig'. Morelli aveva dai suoi emissarj notizie 
interessanti le annate, e le disposizioni militari e politichc 
dei Francesi , mi erano fatte subito note per conimunicarsi 
al Sig'^. Giunti, che ail' elTelto di procurarsi tutlelc notizie, 
dava danari ed ajuto al Sig*^. marchese Bianclii d'Adda, ordi- 



5oO MÉMOIRES. 

rai Gaultier, aux domesLiques de la famille Ric- 
ciardi , et à un domestique du commissaire Rein- 
hard ; il se faisait en outre transmettre les nou- 
velles les plus importantes par un sujet dont il 
était sûr. Désirant ardemment la prompte évacua- 
tion de la Toscane, il (Morelli) se procura par 
mon entremise , et fit communiquer au susdit 
M. l'avocat Giunti, le plan des opérations et des 
mouvemens de l'armée de Macdonald. En outre, 
le 21 et 22 juin, il conçut le dessein de créer 
un corps de milice urbaine, pour l'opposer aux 
violences des Français, et de le diviser en douze 
compagnies , à la tète desquelles il plaça des hom- 
mes attachés au prince et à la patrie , entre autres 
le marquis Antoine Corsi, le prieur Ricasoli, le 
capitaine Ceilesi , Guerrazzi , le marquis Riccar- 
di , etc. , afin qu'ils se chargeassent de la défense 
intérieurede la ville : il sollicita si ardemment que, 
dés la nuit du 25 juin, il avait obtenu du com- 



nanza del [générale Gaultier, ai servitoii di casa Ricciardi , ed 
ad uuo del Commis". Reinbard, procurandosi poi le migliori 
da un soggetto sicuro ; che dcsiderando sempre l'evacuazioiie 
sollecita délia Toscana, fece per mio mezzo raccogliere e co- 
inunicare al nominato Sig'^. Giuuti il piano délie operazioni 
e movimenti dell' armata di Macdonald, e che finalmente , 
nel 2 1 e 'l'i giugno , immaginô di crcare un corpo di mili- 
zia urbana per opporsi aile sovercbierie dei Francesi , diviso 
in dodici compagnie, alla di cui testa nominô dei soggetti 
attaccati al principe ed alla patria , ira i quali il marchese An- 
tonio Corsi, il priore Pticasoli , il capitano Ceilesi, e Guec- 



M ï. MOI ri r. 5. 3oi 

mandant français les armes ntcessa ires, quoique 
depuis long-temps elles eussent été toutes cachées, 
ainsi que les munitions, poudres, balles et canons, 
par un ordre spécial donné au nuinitionnaire 
Quinquernel. Fiiialenunt, jircsque tous les jours, 
dans la société de M. Giunti et de MM. Laurent 
Bartolommei , Ange Mezzeri, Sylvestre Aldovran- 
dini et plusieurs autres personnes connues par 
leur attachement aux bonnes maximes, il (Mo- 
relli) parlait de sa douloureuse situation, et de 
la restauration tant désirée de l'heureux gouver- 
nement de S. A. R. Ferdinand III. 

)) Moi, François Paur d'Antierfeld, comme as- 
sistant à la commune de Florence, par ordre de 
S.A. R. depuis le 24 mars jus(ju'au iG septem- 
bre 1799, j'atteste ce que dessus, de ma propre 
main. 

» Le si/^nataire, I\î. François Paur, a ratifié en 
toutes ses parties le contenu du présent témoi- 

razzi, il marcliess Riccardi, etc. , per prendere la difesa in- 
terna délia città ; e clie tanto si adoperô , che aveva nella 
stessa notte del 20 giugno , ottenute dal comando franccse le 
arnii occorrenti, per quaiito fiiio dagran tempo le avesse futte 
nascondere, unitamentc a muuizioni , polvere , palle e can- 
noni , per ordine dato al inunizi niere Quinquernel; e final- 
mente che quasi tuUi i giorni col prelodato Sig"". Giunti e 
Sig''. Lorenzo Bartolommei , Angiolo Mezzeri, Silvestro Al- 
dovrandini ed altri molti soggetti noti per le buone massime, 
parlava délia sua dolorosa situazione e dello sperato ristabili- 
luento del felice l'ovcrno di S. A. R. Ferdinando III, 



502 MEMOIRES. 

gnage , par un serment que moi , notaire soussi- 
gné, lui ai déféré, et qu'il a prêté en touchant 
selon les formes , etc. ; et il a souscrit de sa main 
et de son caractère, cejourd'liui 26 novembre 1 799, 
à Pistoie. 

» (Signé) Joseph Seravalli, not. pub. fior. man. 
prop. 

» Au nom de Dieu. Amen. 

» La présente copie a été extraite de son ori- 
ginal , qui est sur papier timbré , et se trouve 
chez l'illustrisme seigneur Horace Morelli, et dans 
ses mains; elle y est exactement conforaie, sauf 
erreur, etc., ce jour, 6 décembre 1799. 

» A Florence. En foi de quoi, etc. 

» (Signé) Laurent Fabbrucci, docteur et no- 
taire public de Florence. » 

M. Giunti fut nommé dans la suite, et lorsque 
la Toscane eut été réunie à l'empire français , 
conseiller d'état prés de l'empereur Napoléon. La 

10 Francesco Paur d'Antierfeld, corne assistente alla comu 
nità di Firenze , per ordine di S. A. R. dal di 24 marzo al 
16 seltembre 1799, atteste quanto sopi'a mano propria. 

11 soprascritto Sig"^. Francesco Paur coq suo giuramenlo 
])er me not". infrascritto deferitogli , e da esso preso forma- 
lité!' tactis , etc. , lia ratificato in tutte le sue parti il contenuto 
délia présente testimonianza, avendola firmata di suo pugno 
e carattere , questo di veutisei novembre 1799, in Pistoja. 

Giuscppe Seravalli , not». pub». Gorentino , mano propria. 

Al nome di Dio. Amen. 

Estratta la présente copia dal suo originale in carta boUata, 



MEMOIRES. '.():) 

porsoniie qui possrcle l'original de la j)ièoo que 
MOUS venons de soumettre au lecteuF" la commu- 
niqua aussi Jùl au (jénéral Radet , alors à Florence. 
JjC .'T'énéral fi-ancais en fit prendre une copie au- 
thentique cl l'envoya au ministre de la police 
Fouché. Mais celui-ci ne crut pas que la conduite 
passée d'un espion et d'un traître fut incompati- 
ble avec sa promotion au rôle de sei'viteur d'un 
monarque absolu. Giunti demeura conseiller d'é- 
tat.... 

iXOTE QUATR E-VI.NGT-TJ.\lÈME . 

(8i) (Page 55. f^oilà donc un moine fanatique 
(Sai'onarole), condamné et brûlé par ordre 
du pape... , tacitement canonisé par un autre 
pape , adoré par une sainte et par U7i évéque 
vertueux. ) 

Ricci disait la messe dans la chapelle intérieure, 
que les dominicains de saint Marc ont fait con- 
struire et orner magnifiquement en l'honneur de 
Savonarole , dans l'enceinte même des petites 
chambres qui étaient autrefois ses cellules ; an- 
dessus de la porte d'entrée on lit encore aujour- 
d'hui cette inscription latine ; 

esistente appresso e nelle mani dell' 111™*' Sig"" Orazio Mo- 
relli , e concord. salv. etc. questo di sei xbre 179g. 

In Firenze. In quar. etc. 

Lorenzo Fabbrucci, dottore et not°. pulj". fioro. 



3o4 MÉMOIRES. 

Has cellulas Ven. P. F. Hieronymus Savona- 
rola, vir apostolicLis, inhabitavit. (Le vénérable 
père , frère Jérôme Savonarole , homme aposto- 
lique, a habité ces cellules. ) 

Pendant son séjour au couvent de Saint-Marc , 
l'ancien évéque de Pistoie fit quelques extraits des 
manuscrits qu'il trouva dans la bibliothèque, re- 
lativement au saint hérétique. 

§ I. — Nous avons remarqué, entre autres , 
une. lettre écrite le 9 mars f49^> V'^^ ^^^ ma(];i- 
strats de la république de Florence à messire Ri- 
chard Becchi , son ambassadeur auprès du pape 
Alexandre VI, pour le remercier de toutes les 
peines qu'il s'était données, afin de leur faire 
obtenir, que Savonarole continuât à prêcher dans 
leur capitale. Il y est fait mention de « faussetés 
et calomnies que des hommes envieux et pervers 
ne se lassent pas d'inventer et de répandre, sur 
le compte du frère Jérôme (Savonarole)... Non- 
seulement, ajoutent les magistrats, on a attaqué 
ce religieux, mais nous-mêmes nous avons été 
fortement soupçonnés, comme vous nous l'écri- 
vez, de tolérer que frère Jérôme dans ses sermons 
parle peu honorablement et sans aucun res- 
pect en public, de la sainte église et de notre sei- 
gneur (le pape). C'est pourquoi , il nous paraît 
aussi équitable qu'urgent de vous fiiire clairement 
connaître que frère Savonarole, dans ses sermons, 
n'a jamais, jusqu'à ce jour, dépassé les bornes 
qu'ont tracées les convenances, et qu'une espèce 



MÉMOIRES. 3o5 

de convention tacite oppose communément à la 
hardiesse des prédicateurs. Cela n'empêche néan- 
moins pas que ces orateurs ne doivent condam- 
ner les vices en général, signaler les défauts des 
grands, et faire trembler les pécheurs, au moyen 
des peintures énergiques qu'ils savent faire à pro- 
pos , des punitions divines dont ils les menacent. 
Si frère Jérôme était le moins du monde sorti des 
bornes dont nous venons de parler, dans ce qui 
concerne la sainteté de notre seigneur dont nous 
avons toujours été et sommes aujourd'hui les trés- 
fidéles et très-dévoués enfans, nous n'eussions 
souffert , en aucune manière , qu'il prêchât da- 
vantage à l'avenir •. » 

' Archivio Ricci; Opuscoli e frammenti diversi MS. — 
Cose attenenti al P. Savonarola, f". 8. 

Le false calumnie che sono dagli invidi e perversi homini 
contro fra Hieronymo tutto il di ficte e machinate... 

... E perché non solo lui, ma noi ne siamo in qualche 
parte secondo ne scrivete, non poco gravati, come quelli 
che pare patiamo frate Hieronymo nelle sue predicazioni , e 
contro alla ecclesia , e alla sanctità di nostro signore ardisca 
con poco honor' e dignità di quella pubblicamente parlare, 
ci pare conveniente farvi manifesto intendere , che ne lui 
mai infino a qui in tal cosa è trascorso più che si patisca 
l'onesto délia universale consuetudine de' predicanti in ri- 
prendere in génère i vitii e mancamenti de* principi, ed in- 
cuter' terrore alli peccatori con qualche promissione , edas- 
sertione de' divini flagelli, e noi se di questo fusse in modo 
alcuno uscito, presertim toccando la sanctità del nostro si- 
gnore , délia quale sempre fummo , e siamo fedelissimi , et 

TOM, III. 20 



So6 MÉMOIRES. 

Le 8 avril de la même année, les magistrats 
écrivirent au cardinal napolitain , protecteur -de 
l'ordre de Saint-Dominique, qu'ils avaient une si 
gi'ande vénération pour le prieur de Saint-Marc, 
frère Savonarole, qu'ils ne croyaient rien pouvoir 
faire de bien , à moins que ce moine ne les y eût 
exhortés. « Car la piété de cet homme est adnii- 
rable, sa vie est sans tache, sa doctrine est excel- 
lente. Mais ce qui est au-dessus de tout ce que 
l'on peut dire, un mérite bien plus rare encore 
et que nous reconnaissons également en lui , c'est 
qu'il est animé par un esprit divin. Il ne nous 
a pas seulement prédit les choses vulgaires et 
communes qui nous sont arrivées jusqu'à ce mo- 
ment, mais il nous a avertis dans ses sermons , 
des choses les plus extraordinaires et auxquelles 
nous devions le moins nous attendre , bien long- 
temps avant qu'elles n'arrivassent. Il est impos- 
sible d'exprimer de quelle utilité nous sont ses 
discours, tant pour le salut de nos âmes que pour 
la conservation et la tranquillité de notre répu- 
blique '. ») 

osservantissimi figliuoli , non havemo in modo alcuno com- 
portato predicassi. 

' Ibid. f", 9 verso. 

Est enim admiranda quaedam in eo homine religio, vita 
immaculata, doctrina excellens. Et quod raultô majus est, 
multôque rarius , loquiiur in eo , quod omnes jam fatemur, 
divinus quidam spiritus. Et non quœ evenerunt nobis hacte- 
nùs non communia certe neque vuJgavia , sed maxima pro- 



IVIÉMOIItES. 307 

Une tixjisième lettre des mngistrats florentins 
est adressée au pape Alexandre VI lui-même, 
aiin de le prier de pernicctre (jue Savoiiarole de- 
meure au milieu d'eux. C'est un cerlifieat des 
plus honorables de la piété, du savoir , de la pu- 
reté des mœurs , de la sainteté de la vie de frère 
Jérômre, et une réfutation des calomnies inventées 
pour le perdre. Cette lettre porte la date du ly 
septembre i40^ "• 

§ II. — Suivent après cela des fragmens de 
quelques lettres du savant Antoine Magliabechi à 
Théophile Spizelius, pasteur protestant de l'église 
de Saint-Jacques d'Augsbourg. 

Dans celle qui, marquée n". 8, est de l'année 
1679, on lit ^ : 

(ec\b atqne insperatissima , multô etiam antequam eveniret 
praenovinius, at({ue eventura qiiae sunt, paulo post. ipso prae- 
dicante cognoscimiis. Dici non potest quanta ex ejus praedi- 
catione percipiatur utditas ad atiimarum salutem et rei noslrae 
publies conservationerp, ac concordiam civitatis. 

' Ibid. f". 4. 

' Ibid. ( imaiédiatement après les lettres citées. ) 

Cii'caalle opposizioni fatte a Savonarola, sono inettissime 
e senza loudaiiiento alcuno. 

Intorno alla prima, e corne uomo, e conie cristiano, e 
corne religioso, e conie predicatore, eraesso in obbligo d'im- 
pacciarsi délie cose pubblicbe ; nientre ogni cosa qua andava 
in precipizio , e non solo erano i costumi relassatissimi, ma 
inoltre l'ateismo regnava cos'i sracciataniente , che si stam- 
pava e ristampava inûne in derisione délia sacra scrittura, 
cjomc puô vedersi da' sonetti del Pulci e da altri. Mille e 



5o8 MÉMOIRES. 

u Quant aux inculpations faites à Savonarole, 
elles sont ineptes et sans fondement. 

» Comme homme, comme chrétien, comme 
religieux, comme prédicateur, il était obligé de 
se mêler des affaires publiques. Car tout tendait 
vers sa ruine, et non-seulement les mœurs étaient 
très-relàchées , mais même l'athéisme triomphait 
si impudemment, qu'on imprimait et réimpri- 
mait des écrits dont le but était de tourner en ri- 
dicule les saintes écritures, comme on voit dans 
les sonnets du (chanoine) Pulci et d'autres. Mille 
et mille saints ont fait la même chose , dans des 
temps où l'on en avait bien moins besoin que lors- 
que vivait Savonarole. 

» C'est un mensonge des plus effrontés que de 
dire qu'il cherchait à capter la bienveillance et la 
faveur. S'il avait désiré les honneurs , il aurait 
flatté la famille des Médicis et le souverain pontife 
Alexandre VI , qui lui avait fait promettre, pour 
le cas où il se serait rétracté , un chapeau de car- 
dinal. » 

Dans la lettre n°. 9 , on trouve * : 

mille altri santi haano fatto l'istesso , anche ia tempo di 
molto minor bisogno, clie in quelle del Savonarola. 

Circa a che cercasse l'aura e il favore , questa è la maggior 
bucia che mai post homines natos , si sia udita. Se esso avesse 
cercato gl' onori , avrebbe adulata la casa de' Medici , e il 
sommo pontefice Alessandro VI , che gli aveva fatto inten- 
dere , che se si fosse disdetto , l'avrebbe fatto caixlinale — 

' Ibid. 



MÊMOIKES. 3o9 

« Le procès (de Savonarole ) qui cûcule dans 
le public, est, sans le moindre doute, falsifie et 
tronqué. Ce fut la raison j)our laquelle on n'osa 
pas le lire, comme il aurait fallu qu'on fit, en 
présence du même Savonarole ; ce qui scandalisa 
tout le peuple ; chose au reste dont les juges ne 
se mettaient nullement en peine. J'ai fait toutes 
les recherches possibles pour voir le vrai procès , 
mais toujours iiuitilement. Patriarca, employé à 
la chambre du fisc , et qui tient ces écrits sous sa 
garde, m'a dit avoir trouvé dans d'anciens mé- 
moires , que ce procès avait été immédiatement 
enlevé, et que les ennemis du religieux l'avaient 
déchiré ou brûlé. Us publièrent alors un procès 
interpolé et altéré, et afin qu'on ne connût pas la 
fraude , ils détruisirent le véritable procès , pour 

11 processo che va attorno , non ci è dubbio alcuno che 

è falsificato e adulterato ; onde non si ardirono di leg- 

gerlo, coiue dovevan fare al medesinio Savonarola, nel che 
scandalezzarono tutto il popolo ; ma essi ci6 poco curarono. 
lo lio fafcto grandissime diiigenzepervedere il processo vero, 
ma sempre in vano , avendomi detto il Patriarca, ministro di 
caméra fiscale, e clie ha sotto di se tali libri, che ave va ti-o- 
vato in alcune memorie , che detto processo fù subito levato, 
avendolo i nemici del padre abbruciato o tracciato. Diedero 
per tanto fuora un processo falsificato ed adulterato, e per- 
ché non potesse conoscersi la fraude , abbruciarono subito il 
pi'ocesso vero , acciochè non venisse voglia ad alcuno di 
c'onfi'ontarlo , ed in tal maniera si facesse nota la loro ini- 
quità. 



3IO MÉMOIRES. 

ôter toute possibilité de confronter ces deux piè- 
ces ei de découvrir leur iniquité. » 

NOTE QUATRE-VINGT-DEUXIÈME. 

(82) (Page 59. (Ricci dut) donner sa parole 
dhonneur cjuil Ji entretiendait aucune cor- 
respondance quelconque. ) 

La correspondance étendue de Ricci devait na- 
turellement effrayer des tyrans qui n'opéraient 
que dans les ténèbres , et n'existaient que grâce 
à elles. 

En effet, la réputation de l'évèque de Pistoie 
s'était répandue en tous lieux. 

Voici deux lettres singulières qui , outre qu'el- 
les sont intéressantes par elles-mêmes, serviront 
de preuve à ce que nous avançons. 

La première est écrite par Isacarus, bethlée- 
mite, ta l'évèque Ricci; de Pvome, le 26 mars 
1797 (peut-être 1798). 

11 demande la réponse de Ricci aux Annotations 
pacifiques de Merchetti. 

Il se plaint ensuite des persécutions auxquelles 
il était lui-même en butte à Rome , de la part des 
prêtres qu'on y nommait bons chrétiens , mais qui 
n'étaient dans le fond que des esprits forts '. En- 
fin , il le prie de l'excuser, s'il lui a écrit à la 

' Spirili forti. 



MÉVlOlUliS. 3ii 

mauièic apoifoliqiœ ' , il. il si{i;ne : « Dv votre 
bëatilude , le 1res- humble , très - dëvoué, très^ 
obligé et irès-affectionné serviteur ; ami vrai et 
intime, Isacarus le bethléemite, de Jérusalem, 
ministre de Dieu , du sacié rite primitif chrétien , 
apostoHque, oriental, «mi véritable de ses amis,' 
très-bien connu dans tous les pays, lequel vit, 
écrit et parle selon la vraie coutume apostolique. . . 
C'est assez ^. » 

La seconde lettre au même est sans date , mais 
elle se trouve placée avec les lettres de l'année 
1798. Elle est d'un certain Caïetan-Victorin de 
Faria , moinç pauliste à Lisbonne 



3 



' Alla apostolica. 

' Lettere diverse, anno 1798, n^. 48. 

Di sua beatiludine u""" div"" serv° oblig™» ed allez"'" vevo 
aniico intrinseco , Isacarus bellemita di Gerusalemnie , nii- 
nistro di Dio del sacro rito primo cristiano apostolico orien- 
tale , amico vero degli aniici , ben cognito assai per ogni 
parte, vive e scrive e parla alla vera apostolica usanza — 
Basta cosi. 

•* Ce Faria était canarin et bramine : il se convertît àù ca- 
tholicisme. Sa femme étant morte, il se fit prêtre à G'oa 
avec ses deux fils aînés ; le troisième fut fait diacre. Tons 
quatre passèrent à Lisbonne, où ils vécurent dans le couvent 
des paulistcs. Le diacre Faria y fut consacré prêtre. 

Un des trois fils de Caïetan-Victorin de Faria ( D. minicjuc 
de Faria) est celui qui, sous le nom de l'abbé Faria , sei-en- 
dit fameux à Paris , comme partisan et fauteur ardent de 
toutes les extravagances du somnambulisme. Il fut joué publL-' 
qucment sur les théâtres des boulevarts. 



3l2 MÉaiOIRES. 

« Les réguliers dans les Indes , dit-il , étaient 
devenus ( vers la fin du XVHI% siècle ) ce qu'é- 
taient les bonzes au Japon '. » 

Il ajoute que les jésuites s'étaient faits brach- 
manes aux Indes, pour pouvoir jouir des privilèges 
de celte caste , dont ils avaient aussi adopté tous 
les rites idolâtres et toutes les pratiques supersti- 
tieuses. Il explique ensuite en quoi consistaient 
les principaux privilèges que les religieux de la 
société avaient acquis par ce moyen, savoir: 
« d'avoir l'entrée libre à toutes les cours indien- 
nes; de n'être jamais mis à mort pour quelque 
délit que ce fût; et de jouir des faveurs de toutes 
les femmes qui plaisaient au brachmane , la 
croyance commune étant qu'un prêtre bracmane 
sanctifie les femmes avec lesquelles il a com- 
merce *. » Le moine pauliste parlait sciemment , 
car il nous apprend qu'il avait lui-même été 
brachmane, avant d'embrasser la religion chré- 
tienne. 

» Ibid. n°. 96. 

Li regolari erano divenuti li bonzi diGiapone, e le monar 
che discepole di Diana, e loro monasterj li serragli dei rego- 
lari , corne ho provato poi in questa corte, co" fatti espressi 
délie monache, che partoriscono più che le donne cattive. 

^'Ibid. 

Di avère una franchezza nelle corti indiane , di non essere, 
ammazzato per qualunque delitto , e di godei'c qualunque 
donna che avrà piaciuto al bracmano , perché credono essere 
sanctiûcate dal sacerdote bracmano. 



MÉMOIRES. 3l3 

NOTE QUATRE-YINGT-TROISIËME. 

(85) Page 72. Les gouvernons lui défendirent de 
faire aucune démarche ^ avant quils n eussent 
reçu du grand-duc — une réponse qui n arri- 
va jamais. 

Il paraît que l'ignorance et le fanatisme des 
gouvernans de cette époque les auraient fait pas- 
ser par-dessus toutes les considérations de pru- 
dence et de politique , que Ricci leur exposait 
d'une manière si lumineuse, si M. Frullàni ne les 
en eût empêchés. Ils avaient déjà, à son grand 
chagrin, fait faire d'autres rétractations, égale- 
ment injurieuses au grand-duc Léopold et au bon 
sens. Nous rapporterons ici deux lettres à ce 
sujet. 

M. .l'abbé N^** à M. l'abbé N'^^**; Florence, 
le 28 août 1800. 

Il lui envoie , pour qu'il la communique à l'é- 
vêque Ricci , une copie de la très-longue rétrac- 
tation qu'il avait été force de faire , de ce qu'on 
appelait toutes ses erreurs. Il s'y était déclaré 
très-humblement repentant de son amour pour 
la nouveauté; de son peu de respect pour le 
Saint-Siège ; de sa coopération à la publication 
des Annales ecclésiastiques de Florence, etc., etc., 
toutes choses qu'il condamnait , ainsi que le sy- 
node de Pistoie, etc., etc. , reconnaissant l'infail- 



5l/| MÉMOIRES. 

libilité du pape, etc. Cette rétractation avait éîé 
approuvée à Vienne, et publiée par ordre du 
grand-duc alors régnant '. 

Le même à Ricci; Florence , 28 novembre 1801. 

(( Je vous rappellerai de nouveau que vous re- 
çûtes Tordre de ne rien écrire (en matière de ré- 
tractation) sans Tapprobation du gouvernement. Je 
suis tenté de croire que cet ordre, donné à une telle 
époque , était l'ouvrage de Frullani , qui se mon- 
tra très-mécontent de ce qu'on m'avait fait faire 
à moi. Je pense que Frullani est encore fort puis- 
sant, et on me l'a dépeint comme un homme 
d'honneur ^. » 

Son influence ne fut pas de longue durée. Ce 
n'étaient pas de pareils ministres qu'il fallait à 
la reine d'Etrurie. M. Frullani donna sa démis- 
sion avec M. Fossombroni, son ami. Ils servirent 
de nouveau honorablement leur patrie, sous le 
gouvernement impérial français, jusqu'au i^etour 
de Ferdinand ÎIÏ , qui les rendit aux places qui 
leur étaient dues. 

IVOTE QUATRE- VI.\GT-QUATI11ÈME. 

(84) (Page j8. La lettre à Meiigoni porte la date 
du 17 mai 1799. ) 

§ I. — L'abbé Mengoni , ancien secrétaire de 

' IbiJ. aiini 1789-1810, n° . 19, -^o et 21. 
^ Ibid. n°. 70. 



MÉMOIUES. 5 l ) 

rcvL'(|nc Ricci, mourut le i2rjovemhrc 1 81 5, après 
une maladie lonjjue el pénible, (( emportant avec 
lui la gloire d'avoir résisté aux tentations les plus 
pressantes pour obtenir une rétractation qui l'au- 
rait avili. » C'est ce (jue nous écrivit un Floren- 
tin , en nous communiquant avec la plus grande 
obligeance toutes les pièces relatives à la dernière 
persécution que les prêtres avaient fait essuyer à 
l'ex- rédacteur du Moniteur républicain à Flo- 
rence. 

Les misérables intrigues mises en œuvre pour 
troubler les derniers instans d'un ecclésiastique 
qui protestait spontanément et publiquement de 
son orthodoxie et de son inaltérable attachement 
à l'unité de l'église, prouvent à l'évidence que 
l'esprit de la cour de Rome et de ses émissaires 
est le même, dans tous les temps, dans tous les 
lieux, et qu'on y profite des plus petites circon- 
stances comme des événemens les plus importans, 
pour étendre la puissance pontificale. 

Le chanoine Joseph Mancini, aujourd'hui évoque 
de Massa , et alors vicaire-général de l'archevêque 
de Florence, chargea un prêtre nommé Mirri, 
théologien spéculateur , est-il dit dans la lettre 
d'un des amis de l'abbé Mengoni, de profiter de 
l'afTaiblissement du malade pour extorquer une 
rétractation. 

La formule à signer contenait l'acceptation de 
tout ce qui a été déterminé au concile de Trente, 
de tout ce que l'église a décidé sur la grâce et le 



3l6 MÉMOIRES. 

libre arbitre , des bulles de saint Pie V , Gré- 
goire XIII, Urbain VIII, Alexandre VII , etc., et 
nommément de celles que l'on connaît sous les 
titres de Unigenitus , Super soliditate et Aucto- 
rem fidei ; l'aveu de croire que le pape a la pri- 
mauté d'honneur et de juridiction sur toute l'é- 
glise, et que l'église romaine est la mère et la 
maîtresse de toutes les autres ; enfin , la condam- 
nation des erreurs , des incrédules et des libertins 
en matière de religion , de la même manière que 
les condamne l'église , et celle des propositions 
anathématisées, par les bulles susdites, dans le 
même sens simple et naturel qui a été l'objet des 
an a thèmes des souverains pontifes. 

L'abbé Mengoni résista, et ayant appris par les 
bruits répandus parmi le peuple à l'instigation 
de ses vindicatifs collègues , qu'on le faisait passer 
pour un excommunié , auquel l'archevêque avait 
même l'intention de refuser l'administration du 
Viatique, il écrivit à ce même archevêque, le 
5i octobre i8i5, et dit que, non-seulement il 
avait toujours été et était encore bon catholique , 
mais que son désir le plus ardent était de mourir 
dans la communion des fidèles dans laquelle il 
avait constamment vécu. 

Il écrivit le même jour au vicaire Mancini, et 
lui demanda (f s'il exigeait de lui qu'il se souillât 
d'un mensonge, en se confessant coupable d'une 
faute dont on l'accusait, à la vérité, mais qu'il 



MÈMOIIIES. 5 17 

savait ne pas avoir commise , ce que personne ne 
pouvait savoir mieux ([ue lui? » 

Morali (c'est le nom de l'archevêque actuel) 
insista pour obtenir la rétractation (lomandëe , 
ijuoîî espérait pouvoir joindre à celle de lévéqiie 
Ricci, pour compléter ainsi la victoire remportée 
par la cour de Rome. Voyant enfin que tous ses 
efforts étaient inutiles, il n'osa pas abuser da- 
vantage de la restauration de la légitimité dans 
sa patrie, et il permit qu'on accordât au malade 
les secours spirituels. L'abbé Mengoni reçut le 
Viatique , le 10 novembre, des mains du curé de 
Saint-Gervais, son confesseur : le prieur de 
Saint-Marco Vecchio avait allégué de vains pré- 
textes pour se dispenser de remplir cet office , et 
il avait prié ledit curé de vouloir bien le rempla- 
cer dans cette circonstance. 

§ II. — Il n'y a pas cinq ans qu'une nouvelle 
rétractation eut lieu. C'était un abbé Panieri , 
chanoine de la cathédrale de Pistoie , qui con- 
damnait et réprouvait la doctrine qu'il avait en- 
seignée sous l'évéque Ricci , concernant le sacre- 
ment du mariage et les dispenses des empêche- 
mens ecclésiastiques. Cette rétractation, écrite de 
la main du chanoi|e, le 17 mars 1820 , fut 
adressée par lui , avec une lettre , à monsignor 
Marchetti , d'Empoli ( l'apologiste des miracles 
de la fin du siècle dernier) , qui fit aussitôt im- 
primer l'une et l'autre à Rome , par De Romanis , 
avec permission des supérieurs , et en envoya 



5l8 MÉMOIRES. 

plusfieiirs centaines d'exemplaires à Florence. Il 
ne réussit cependant pas à réveiller des querelles 
depuis long-temps assoupies. Le gouvernement, 
instruit de ces intentions turbulentes , fit saisir 
le paquet* au passage des frontières et le livra aux 
flammes. 

NOTE QUATRE-VINGT-CINQUIÈME. 

(<S5) (Page 8i. M. l'évêque Grégoire... se dis- 
tingua en cette circonstance. ) 

La môme chose avait eu lieu partout où les 
armées austro-russes étaient venues pour relever, 
à ce que disaient leurs proclamations, la foi et 
les mœurs outragées par l'impiété et la licence 
républicaines. On y avait restauré les anciens 
abus, au profit du fanatisme et de l'ignorance , 
et Rome s'était empressée de recommencer ses 
persécutions. 

Le prêtre M. D. écrivit à Ricci , de Gènes, le 6 
février iSoi, pour lui apprendre les démarches 
que M. févêque Grégoire avait faites en sa faveur 
auprès du ministre Talleyrand , afin qu'il l'arra- 
chât aux vexations de touted|tepèce que le prélat 
avait éprouvées par suite du brigandage arétin. 
Il lui dit que lui-même, ainsi que Zoli, Palmieri, 
Carega, Degregorj , étaient également sur le 
point d'être arrêtés et envoyés à Civita Vecchia , 
pour être livrés au gouvernement pontifical, si 



M K ni o I u i: s. 5 1 9 

les AuJricliieiivS n'avaii'iit pas été chassés fort à 
propos de Gènes par les troiii)es françaises. Il an- 
nonce enfin son départ pour Paris, où il allait 
assister au deuxième concile des constitutionnels, 
qn'il appelle la sainte assemblée (questa santa 
assemblea) '. 

NOTE QUATRE-VINGT-SIXIÈME. 

(86) (Page 85. Celui (le procès) de l'évëque 
Ricci jut envoyé à ce prélat. ) 

Ce procès, dans le recueil des Memorie, etc., 
suir arresto di monsignorde' Bicci (Mémoires, etc. 
sur l'arrestation de monseigneur de Ricci), est 
précédé du suivant (( Avis ^. Les actes dressés par 
la délégation de la police contre monseigneur 
l'évéque Ricci tombèrent entre les mains de 

' Ibid. anui 1789 1810 , n". 5i . 

* Avviso. Essendo pervenutiin mano delSig''. Enrico Pon- 
telli gli atti compilati dalla dclegazione di polizia contro 
Monsig»". vescoYO Ricci , ail' occasione che dal goveroo prov- 
visorio toscane furono ritrovati iraballati tutti i processi écarte 
relative aile operazioni délia suddetla delegazione , non estante 
che il dette governo facesse incendiare pubblicamente questo 
amniasso di' processi, pure la curiosità salvo dalle fiamme al- 
cuni di essi riguardanti persone più distinte e più conosciute : 
credè dunque il Cav". PontcUi di far cosa grata al vescovo 
Ricci con spedirii spontanearaente nel suo originale tulte le 
carte che le riguardano e che sono le seguenti, etc. 



520 MÉMOIRES. 

M. Henri Pontelli (un des Trois du gouverne- 
ment ) , à l'occasion de la découverte que venait 
de faire le gouvernement provisoire toscan , de 
tous les procès et papiers relatifs aux opérations 
de la susdite délégation, et qui avaient été trou- 
vés tels encore que les avait fait emballer le gou- 
vernement précédent. Quoique ledit gouvernement 
provisoire eût donné ordre de brûler cet amas de 
procès, cependant la curiosité porta à sauver des 
flammes quelques-unes de ces pièces, qui con- 
cernaient les personnes les plus distinguées et les 
plus connues. Le chevalier Pontelli crut, en con- 
séquence , faire une chose agréable à l'évêque 
Ricci, en lui envoyant, sans en avoir été requis, 
tous les papiers originaux qui le regardaient. Ce 
sont les pièces suivantes , etc. » — Le recueil de 
ces pièces est précédé par la lettre autographe 
d'accompagnement , de M. Pontelli , avec la date 
du 28 mai 1801. 

NOTE QUATRE-VINGT-SEPTIÈME. 

(87) (Page 87. Ce roi {celui d'Étrurie) , entière- 
ment domine' par les comtes F^entura et Sal- 
vatico , etc.) 

Voici un fragment d'une lettre du sénateur 
Gianni à son ami Biffi, écrite à Gènes, le 4 juil- 
let i8o4, et que nous possédons autographe. Elle 
commence par un éloge bien mérité de M. le con- 



N ï;!vioi n ES. 3 9,1 

seillor Frullani, mort, il n'y a pas un an, mi- 
nistre des finances, et qui avait été directeur des 
secrdtaireries , lors de la déplorable réaction du 
sénat florentin et de sa chambre noire. Cette lettre 
servira à éclairer quelques-unes des circonstances 
qui précédèrent la cession de la Toscane par la 
France à Louis de Parme : elle offre un portrait 
peu avantageux du comte Ventura \ 

» Mon ami Billi , je savais déjà que Frullani a 
montré beaucoup d'égards pour ma fdle , pendant 
la durée de la persécution. Je savais aussi qu'il 
s'est toujours exprimé avec énergie devant la ré- 
gence, et qu'il y a toujours plaidé la cause de l'é- 
quité, surtout lorsqu'il tut question de mon pro- 
cès et de la condamnation arbitraire cjue proposa 
de prononcer contre moi , le même juge qui avait 
déjà déclaré qu'il ny avait aucun lieu à me pour- 
suivre. Le général Sommari va a rendu cette justice 
à Frullani et à moi. Je ne dirai rien d'un des séna- 
teurs qui, penchant pour la sentence arbitraire, se 
désista de son opinion après que Frullani se fut ex- 
pliqué. Grâce au ciel, j'ai toutpardonné; je n'y 

■ Amico Biffi , sapevo clie Frallani fece mille aniicizie a mia 
figlia in tempo délia persecuzione. Sapevo che in reggenza 
parlô con tutta la forza délia giustizia , e specialmente qiiando 
fù questionc del mio piocesso e delîa condanna aibitraria 
proposta da un giudice, cliC aveva voLito non essere luogo 
a proccdere. Il générale Sommai'iva ne ha resa ginslizia a lui 
ed a me. Non parlo di un senatore che inclinando per la 
condanna arbitraria , se ne ritirù quando Frullani parlô. 

TOJJ. III. 2 1 



522 MÉMOIRES. 

pense plus , si ce n'est pour témoigner toute la 
gratitude que je sens pour Frullani. 

» Je savais, outre cela, qu'il était tombé entre 
les mains de celui-ci une longue lettre que j'avais 
écrite au sénateur Bartolini, qui venait de mourir 
ou du moins d'avoir été frappé d'un coup mortel 
d'apoplexie : il n'en fit aucun mauvais usage. Ce 
n'est que long-temps après et lorsqu'il était trop 
tard, que j'appris de quelle nature étaient les 
instructions que portait le comte de Ventura, à 
son arrivée. Frullani doit également les connaître. 
Frullani pouvait me perdre à cette époque , 
et il n'en fit rien. Ventura avait déjà rempli' 
l'objet de sa commission, quand il demanda au 
conseil d'état des renseignemens sur mon compte. 
Il reçut pour toute réponse un papier sans si- 
gnature et sans date, qui contenait exactement 
ce que le barigel avait dit dans sa plainte contre 
moi , sur laquelle on bâtit ensuite mon procès. 

Grazia a Dio , ho perdonato ; non vi penso più altro che per 
gustare la gratitudine che sento per Frullani. Sapevo che 
restô in sue mani una lunga lettera che scrissi a Bartolini , 
che era morto o accidentato , e non ne fece cattivo uso. Pos- 
teriormente, ma troppo tardi, ho saputQ con quali istruzioni 
venne il conte \entura; e Frullani deve conoscerle. Frullani 
allora mi poteva rovinare, e non lo fece. Ventura aveva fi- 
nita la sua commissiouc , quando riccrco di me al consiglio 
di stato , e ne ottene un fogliaccia anonimo , senza data , che 
conteneva appunto quanto disse il bargello nella sua querela, 
sulla qualc fù fatto il min processo. lo ho veduto questo fo- 



MÉMor KF.s. SaS 

J'ai vu ce papier et j'ai reconnu l'écriture du 
commis qui l'avait copié, l^o comte Ventura eut 
l'àme assez charitable pour considérer ce cIjilFon 
comme ime note olVuMelle consternant les reclicr- 
clies qu'il avait été cliarjjé de faire , et il m'adressa 
la misérable lettre que vous avez vue. Ce fut alors 
que je retournai de Pise. à Florence, et que j'allai 
voir tous les ministres et tous les hommes puis- 
sans. Je reçus chez Frullani l'accueil le plus ami- 
cal; il avait sur le cœur bien des choses qu'il ne 
voulut point me communiquer, et dont je ne sa- 
vais que la moindre partie : je sus le reste dans 
la suite. 

)) Le duc de Parme donnait secrètement le ton 
au gouvernement, et le capucin (Turchi, évêque 
de Parme) ne cessait d'inspirer la haine pour 
toutes les institutions de Léopold et pour tous 
ceux qui avaient joui de sa confiance. Un prêtre 
tenait la correspondance et faisait le rôle de mé- 
\ 

glio , e riconosciuto il caraUere tlel commeso cho lo scrisse. 
Il conte Ventura cbbe la dolcezza di prendere cjuel iofjliaccio 
per unarisposta alla sua ricerca, e nii scrisse la n)iserabile let- 
tera clie voi avete veduta. AUora tornai da Pisa a Firenze : 
feci il îjiro dei niinistii e dci potenti, e da Frullani ricevei il 
più aniichevole accoglimento ; ma gli aveva in corpo molta 
robba che non voile dirmi : io la sapevo solaniente in pic- 
cola parte , ma il più, l'iio saputo dopo. 

11 duca di Parma dava il tuono segretamente , ed il cap- 
puccino inspirava contrarietà per le cose e per le persone leo- 
poldistc. Un prête in quel tempo teneva un caitcggio da 



Oa/f. MÉMOIRES. 

diateur entre les gouvernails toscans et le duc de 
Parme. Le général Murât eu était instruit; mais 
depuis qu'avait eu lieu la grande assemblée au 
palais Corsini , dans laquelle il avait obtenu tout 
ce qu'il désirait , il fermait les yeux sur ce qu'on 
faisait, tant avec Ferdinand , ex-grand-duc , qu'a- 
vec le duc de Parme , toujours selon les temps et. 
les circonstances. 

» Après la paix de Lunéville , on me pria d'é- 
crire sur les affaires et la situation de la Tosca- 
ne, pour l'instruction du duc de Parme. Ce fut 
par le canal du marquis Vincent Pavesi que passa 
cette correspondance : il donnait mes lettres au 
duc, et me communiquait ses réponses, qui 
étaient toujours accompagnées d'expressions de 
satisfaction. J'écrivais, comme j'en ai l'habitude, 
avec vérité et franchise. Jamais je ne parlais des 
personnes , mais toujours des choses. 11 était fa- 
cile alors de restaurer la Toscane, et je fis part 

« 

mediatore tra il govenio loscano ed il duca di Parma. Il gé- 
nérale Mura lo sapeva , ma dopo la grande adnnanza in casa 
Corsini , clie gli fece oUenere ciô che voleva , lasciava correre 
tutto ciô che si faceva con Ferdinando ex-granduca, e con il 
duca di Parma , nei rispettivi tcmpi ed occasioni. Dopo la 
pace di Luncville , fui invitato a scrivere suUe cose toscane , 
per lume del duca di Parma. Il marchese Vincenzo Pavesi fù 
il canale del carteggio ; dava le mie lettere jil duca e mi rife- 
riva le sue risposte, sempre con segni di gradimento. lo scri- 
veva sempre al mio solito, con verità aperta e con sincerità. 
Mai jinrlai di pcrsone, e solamente di cose. AUora era fa- 



IVIÉMOIHES. 525 

là dessus de mes faillies idées : mes vues étaient 
aussi désintéressées (['ne loyales. Dans une lettre, 
je nrajjereus qu'il y avait un auli'e correspon- 
dant à Florence, et que le capucin n'ignorait pas 
que j'écrivais de mon côté : je ne changeai rien 
pour cela à la sincérité de mon style. Je conti- 
nuai , jusquà ce qu'on eut proclamé formellement 
le roi Louis P'. : je cessai alors d'écrire, parce 
qu'à lui seul étaient dus mes services. C'était 
ainsi que j'en avais agi avec Léopold , lorsqu'on 
proclama Ferdinand. 

M Le gouvernement français m'avait appelé à 
Livourne pour rédiger un plan de restauration, 
et je le fis, malgré toutes les astucie^ises tracas- 
series que m'opposa le gouvernement toscan de 
cette époque, gouvernement installé depuis la 
séance au palais Corsini dont j'ai déjà parlé. Le 
ministre Taleyrand approuva mon plan dans tou- 
tes ses parties. Vous l'avez vu , et vous savez que 

cile il rislaurare la Toscaua , ed id ne diedi le mie deboli 
idée, ma sincère e disinteressate. In una lettera mi avviddi 
che vi era clii scriveva da Firenze, e che il cappuccino sapeva 
il mio carteggio ; non cambial pei'ciô la sincerità del mio 
stile. Sine a che fù proclamât© Lodovico I formalmente , 
continuai ; ed allora cessai di scrivere, perché a lui solo do - 
vevo il mio debole servizio. Cos'i feci con Leopoldo , quando 
fù proclamato Ferdinando. 

Il (joverno francese mi aveva chiamato a Livorno per fare 
un piano di ristaurazione, e lo feci , malgrado le astute debo- 
lezze che mi oppose il governo allora toscaao , installato dopo 



326 MÉMOIRES. 

j'y manifestais mon inébranlable résolution de 
ne vouloir aucune place nr aucune autorité daîis 
le gouver7ieme72t de mon pajs. J'ai ap}3ris depuis, 
quel usage on a fait de mon projet : Frullani doit 
aussi en être instruit. Je résolus d'abandonner la 
Toscane, etc. » 

ISO TE QLrATRE-\ I AGT-HUITIÈ3IE. 

(88) (Page 88. Le nonce Morozzo exigea impé- 
rieusement de l'évêque Ricci ^ comme on avait 
fait auparavant, la rétractation accoutumée.') 

M. l'abbé D. était en France, à cette époque, 
auprès de M. l'évêque Grégoire. Déjà , il avait 
écrit à Ricci, dans une lettre que nous avons ci- 
tée, qu'il avait l'intention, après son séjour à 
Paris, de passer en Hollande, afin de connaître 
personnellement les saints persécutés dans ce 
pays (les jansénistes d'Utrecht) et consolari 
invicem (et afin de les consoler et d'en être con- 
solé ) • . 

la sessiones udddetta in casa Corsini. Il niinistro Taleyrand lo 
approvô pienamente. Yoi lo avete veduto , ed io vi espressi 
la mia determinazione di non volere , iiè posto , iiè autorità 
net govcmo ciel mio pae.se. Ho saputo posterioiniente l'uso cbe 
fù fatto del mio piano, e Frullani puô saperlo ; ma allora io 
risolvei di lasciare la Toscana. 

' Lettere diverse , anni lySg-iSio, n". 5i. 

Dopo la miastazioneaParigi , iocontodi passare inOIanda, 



MKMOIKES. 327 

Lors(|iril eut appris les nouvelles persécutious 
auxquelles lîicei allait être exposé, sous le règne 
de l'inepte n^nistère d'Étrurie, il s'empressa, 
ainsi que M. l'évèque Grégoire, à l'inviter à se 
rendre en France, seul moyen, mais moyen sûr 
de se soustraire aux tourmens que lui préparait 
la cour de Rome. La lettre que lui écrivirent , à 
cet effet, M. Grégoire et l'abbé D. en commun^ 
porte la date de Versailles, le g février 1802 '. 

La dissolution du concile national, suite néces- 
saire de la conclusion du concordat de Napoléon 
avec Rome , laissait à tous deux quelques mois de 
loisirs, dont ils profitèrent pour voyager. Nous 
rapporterons celles de leurs lettres à Ricci , qui 
nous ont paru mériter l'attention du lecteur. 

M. l'abbé D. à Ricci; Paris, 9 septembre 1802 ^. 

Il lui parle d'un voyage qu'il venait de faire 
en Angleterre, avec M. l'évèque Grégoire, et dé- 
crit les mœurs corrompues, dissimulées sous un 
dehors décent et hypocrite , des habitans de la 
Grande-Bretagne. Ce qui l'avait le plus frappé, 
c'étaient les adultères commis par ordre des ma- 
ris, qui chargeaient leurs femmes de séduire des 
jeunes gens de bonne famille, dont ils extor- 
quaient ensuite beaucoup d'argent. Il passe de là 

per conoscere di presenza quei santi perseguitati , e consa 
invicem . 

' Ibid. n". 8-2. 

^ Ibid. n". 95. 



328 MÉMOIRES. 

aux divorces pour adultère, demandés par les 
maris qui voulaient se débarrasser de leurs fem- 
mes : ordinairement, ils se servaient pour cela 
de quelque séducteur connu par ses nombreux 
succès dans cet art affreux, et qui s'engageait pour 
une forte somme, à fournir ensuite à son commet- 
tant toutes les preuves de la faiblesse de son 
épouse, (c Jai vu, dit M. D., un rapport officiel, 
dans lequel on assure que sur dix causes en di- 
vorce, neuf sont de ce genre '. » Il annonce qu'il 
allait faire une tournée au Port-Royal : u Gré- 
goire , dit-il , fera quelques courses à cette terre 
de bénédiction ^. » 

Le même au même; Paris, i3 novembre ^. 

Il donne une statistique de l'état du catholi- 
cisme dans la Grande-Bretagne. Londres contient 
huit mille catholiques , et quatorze ou quinze 
chapelles dédiées à leur culte; son clergé est en- 
tièrement dominé par la cour de Rome, et par 
ses quatre vicaires apostoliques. L'Ecosse a deux 
évoques, et un catholique sur cent habitans; 
l'Irlande a deux évèques, et les catholiques y sont 
aux habitans professant d'autres cultes, comme 
quatre-vingt-dix à cent; l'Angleterre en a deux à 
trois sur cent habitans. 

' lîo veduto un rapporlo ufliciale , in cui si asserisce che 
sopi-a dieci cause di divoizio , nove^ sono di tal natura. 

'■' Grégoire farà alcune scurse a quella terra di benedi- 
zione. 

^ Ibid. n". og. 



MKMOIRKS. S^y 

Co qui, selon M D. , empoche surtout les an- 
.«jlicans de se faiie catholiques, ce sont, i". les 
prétentions de la eonr de Rome; 2°. le célibat des 
ju'étres; 5". la communion sous une seule espèce; 
4". l'ollice récité en latin. M. D. voudrait que le 
pape se tînt îi sa vraie place, et qu'il étendit a 
tout le clergé anglais l'indulgence qu'il venait de 
montrer pour l'évêque Talleyrand ( Rome l'avait 
sécularisé); il est persuadé qu'on s'arrangerait 
bientôt sur tout le reste, et que le schisme aurait 
cessé d'exister. 

Il dit que le rapport sur les divorces fraudu- 
leux, dont il avait parlé dans les lettres précé- 
dentes, était une réponse de l'évêque de Roches- 
ter à lord Mulgrave. 

Le même et M. l'évêque Grégoire, au même; 
Saint-Lambert, vallée de Port-Royal, 2 5 mai 
1802 ( peut-être i8o5 '.) 

Ce sont des prières, des souvenirs , des regrets , 
des attendrissemens , des pèlerinages, etc., etc., 
qui tous se rapportent au lieu qui les a inspirés. 

M. l'évêque Grégoire au même ; Utrecht 4 j^iii 
i8o5 ^. 

La fin de la lettre est de M. D. qui avait ac- 
compagné M. Grégoire dans cette visite jansé- 
nienne. Il dit : « Ce jour a été pour nous un jour 
de fête. L'évêque Grégoire a célébré sollennelle- 

' Ibid n". loi. 
' ibid. n\ ,37. 



55o MÉMOIRES. 

ment les saints mystères, auxquels j'ai pris part 
comme prêtre assistant. L'archevêque ( d'U- 
trecht) y a assisté également sur son tabouret 
( faldistorio ) : les bons fidèles en ont été fort 
consolés '. » Il parle beaucoup du digne inétro- 
poliiain, de so/i excellent clergé, et de toute 
cette église qu'il appelle une église martjre -. 

Il paraissait cependant qu'il allait y avoir quel- 
que changement dans la politique de la cour de 
Rome envers cette église. L'abbé Mouton avait 
écrit à Piicci d'Utrecht, le 5i décembre 1802^. 

u Le nouvel évêque d'Harlem fait une excep- 
tion parmi tous nos évèques depuis M. Codde , 
étant jusqu'ici le seul dont le sacre ait été souf- 
fert patiemment et en silence de la part de la 
cour de Rome; en sorte que nous lui faisons 
presque un scrupule de n'avoir pas été excom- 
munié comme les autres. Il n'est pas difficile de 
voir en cela un motif d'intérêt bien entendu de la 
part de Rome; mais comme ce n'est pas sur cela 
qu'elle se règle , et que ses premières fautes sont 
toujours des lois pour elle, je ne sais pas ce que 

' Oggi è stato per tutti noi un giorno di festa. Il vescovo 
Grégoire ha celebrati solennemente i SS. misteri, ai quali 
ebbi parte in qualità di prête assistente. L'arcivescovo vi 
assistette pure dal suo faldistorio : i buoni fedeli ne furono 
consola tissimi. 

- Degno metropolitano ,.. . ottinio suo clero,... una chiesa 
niartire. 

^ Ibid. n". 100. 



MÉMOIK KS. 35 I 

signifie ou ce que peut présa^jcr ce silence pa- 
cifique et si long-tenqis soutenu de sa pai't. » 

L'abbé Mouton mourut peu après avoir vu 
M. Grégoire et l'abhé D. Ce fut un certain De 
Jonjjh, doyen du chapitre métropolitain d'U- 
trecht , qui l'écrivit à Ricci , le 17 octobre i8o5 '. 

Au reste, V étrange tolérance du Saint-Siège 
pour les jansénistes de la Hollande ne fut pas de 
longue durée; en 18 15, immédiatement après la 
restauration qui venait de légitimer l'usage de 
ses vieilles armes, il se hâta de lancer ses fou- 
dres contre Willibrord Van Oss, nouvel arche- 
vêque d'Utrecht, et qui lui avait fait les soumis- 
sions accoutumées, lors de son élévation au siège 
archiépiscopal. (Voyez X Esprit de f Église, part. 2, 
liv. g, tom. 8, p. 764.) 

NOTE QUATRE-VINGT-NEUVIÈME. 

ÇSg) (Page 90. Le concordat récemment conclu 
entre la république Jfançaise et la cour de 
Rome, etc.) 

Voici quelques détails sur le concordat , et 
d'autres anecdotes ecclésiastiques de cette épo- 
que , tirés de la correspondance de l'ancien évèque 
de Pistoie. 

M. l'abbé D. écrivant au nom de M. l'évèque 

' Ibid. no. 108. 



532 MÉMOIRES. 

Grégoire, à Ricci; Paris, 6 thermidor an 9 (26 
juillet 180Ï.) 

I{ lui communique le résultat des négociations 
de monsignor Spina, « sur le résultat desquelles 
le cardinal Consalvi a exercé la plus grande in- 
iluence. La semaine dernière , dit-il , ce cardinal 
a signé, ainsi que le premier consul, un accord 
qui doit terminer nos ditlerends ecclésiastiques 
avec Rome. Un sacrifice de notre part (les évê- 
ques constitutionnels) est inévitable : il ne sera 
que provisoire. Nous le devons à l'amour de la 
paix ; mais il ne se fera pas d'une manière dés- 
honorante pour notre cause. Aucune rétractation 
n'aura lieu dans cette pacification. Peut-être pro- 
posera-t-on , tant à nous qu'aux dissidens , une 
démission générale, qui sera définitive pour les 
seconds et temporaire pour nous. Il parait que 
les sièges épiscopaux seront réduits à soixante- 
dix , et cela pour ne pas trop charger la caisse 
de la nation, qui parait décidée à fixer un salaire 
raisonnable pour les ministres du culte catholi- 
que. Peut-être que pour à présent on laissera au 
pape l'exercice de la confirmation ( des nomina- 
tions épiscopaies ). La déclaration de 1682 de- 
meurera intacte; le reste sera peu à peu remis en 
vigueur. C'est-là en substance fétat actuel des 
choses qui nous concernent '. » 

' Ibid. n" 6n. 

V nelle quali lia avuto It uiaggior infliicuza il cardin. 



ai t::yîoiRES. 55^ 

Il ajoute à cela quo le premier consul s'élait 
montré fort satisfait des travaux du concile na- 
tional , et (|u'il en avait exhorté les pères à le 
pousser avec vigueur. Il dit encore que M. levè- 
que Grégoire ne cessait de recommander Tévé- 
que Ricci à toutes les autorités françaises et espa- 
gnoles, et jusqu'à Bonaparte lui-même. Enfin, il 
témoigne son étonnement de ce que Téglise jansé- 
niste de Hollande demeurait dans le silence sur 
l'église constitutionnelle de France; et il l'attri- 
bue au respect humain qui faisait craindre aux 
catholiques (non romains) hollandais d'allumer 
de plus en plus contre eux le courroux de Saint- 
Siège. 

Le même au même. Paris, ii octobre 1801. 
11 annonce la clôture du concile national par 

Conçalvi. La scorsa settimana qxiesto cardinale lia soscrilto, 
unitamente al primo consolo, un accoi'clo chc va a termi - 
nare le noslre vertenze ecclesiasliclie con Roma. E inevita- 
Lile un sacrifizio dalla parte nostra : egli non sarà che tem 
poraneo. Noi lo dobbiamo aU'amor délia pace ; ma non si 
cfTetUuerà d'ima maniera disonorevole alla nostra causa. 
KiunaritraUazione avrà luogo in questa pacificazione. Forse 
sarà proposta e a noi e ai dissidenti una gênerai dimessione , 
clie sarà finale per i second! , e provvisoria per noi. Pare chc 
le scdi vcscovili saranno ridotte a sestanta, e ciô per non 
gravar di troppo la cassa nazionale, clie serabra decisa di 
fissare un appuntamento ragionevole ai ministri dcl culto 
cattolico. Forse per ora il papa avrà l'escrcizio délia confer- 
ma. La dicbiarazione del 1682 rimarrà intatta ; il resto poi 
tornerà in vigoi'e a poco a poco. Eccovi in compendio la 
stato attuale délie cose nostre. 



3^4 MÉMOIRE s. 

insinuation amicale du gouvernement. Cette con- 
cession de la part du gouvernement lui avait paru 
devoir rendre la cour de Rome moins acharnée 
contre les constitutionnels. « Mais au contraire, 
dit-il , monsignor Spina a fait parvenir à quelques^ 
uns des évêques appelés constitutionnels, un bref 
de Pie Vil , plein des expressions les plus insul- 
tantes. Le pape offre le bienfait de la réconcilia- 
tion aux évèques constitutionnels; il exige une 
obéissance entière et une soumission en toutes 
choses; il les exhorte à rentrer dans le sein de 
Tunjté; il les oblige à s'assujétir aux jugcniens 
prononcés par Pie VI sur les affaires de l'église 
gallicane ; il leur ordonne de s'éloigner à l'instant 
même (statim abjiciantj des sièges épiscopaux, 
qu'ils occupaient sans l'institution du siège apos- 
tolique ^ etc. 

» Les évèques, en conséquence d'un bref si in- 
jurieux et qui n'est pas revêtu du pic/cet requis 
par la loi , ont présenté au premier consul un 
mémoire respectueux, mais énergique. Ils ont 
d'autant plus de raison de se servir d'une pareille 
mesure, que le premier consul s'était expliqué 
très-vivement avec plusieurs d'entre eux à ce su- 
jet, en leur disant qu'il ne se serait rien passé 
qui fût contraire à leur honneur ou qui blessât 
leur conscience. En effet , le premier consul a pris 
des résolutions fort sages (il cite la nomination 
du ministre des cultes Portalis, et rend compte 
de l'attribution de ses pouvoirs).... Vous voyez 



MÉMOIRES. Z'^^î 

bien que les circonstances exigent quelques sacri- 
fices; mais il parait qu'à la fin les libertés gallica- 
nes lenaitront dans toute leur ancienne vigueur. 
» Sous pou de jours les évoques constitutionnels 
seront invites à donner leur démission : vous sa- 
vez que le pape l'a déjà exigée d'une manière me- 
naçante des évêques émigrés. Il semble que quel- 
ques-uns de ceux-ci seront réélus ; mais en général, 
il y a apparence que les dispositions les plus favo- 
rables sont pour les constitutionnels '. » 

' Ibid. n„. 68. 

Al contrario Monsliv*^. Spina ha fatto passarc ad alcuni de' 
vescovi, deUi costitu/ionali , un brève di Pio YII,pieno 
délie più insultant! espressioni. Il papa offre // bencjlzio délia 
riconcilinzione a' vescovi constituzionali ; esige un' obbedieiiza 
pieun ed una oimimoda somniissione , gli esorta a rientrare 
ncl seno délia unità; gli obbliga ad assoggettarsi ai giiidizj 
portati da Pio VI sugli affari délia cliiesa gallicana ; ordina 
loro cbe si allontanino sul momento ( statini abjiciant) dalle 
sedi vescovili o arcivescovili , cbe occupavano sema ï istitu- 
zione délia sede apostnlica , etc. I vescovi in conseguenza di 
un brève si ingiurioso , e cbe non è rivestito délia necessaria 
placitazione , lianno presentato al primo console una rispet- 
tosa ma robusta mémoire. Eglino banno tanto più niotivo di 
usare di siffatta misura, rjuanto più vivamente il primo con- 
sole si ei'a spiegato con pareccbj di loro, cbe nulla avver- 
rebbe di contrario alla loro onoratezza , e Icsivo aile loro 
coscienze. In fatti il primo console ha preso délie savissime 
determinazioni.... Voi vedete cbe le circostanze esigono 
qualcbe sacrifizio; ma alla fine pare cbe le libertà gallicane 
risorgeranno in tutto il loro vigore. Tra giorui questi, ves- 
covi garanno ùivitati ». dare la loro dimessione, come già sa- 



336 MÉMOIRES. 

M. Tévêque Grégoire au même; Saint-Lambort , 
valiée (lu Port-Royal (sans date, reçue par Ricci , 
le lo décembre 1801.) 

Il commence par des gémissemens sur Port- 
Royal et les saints pères qui l'habitaient ; il dit 
ensuite : 

« Vous aurez ouï parler du nouvel ordre de cho- 
ses qui va modifier l'état du clergé français. Un 
M. Spina, envoyé de Rome, s'est permis d'en- 
voyer aux évêques assermentés un bref qui peut- 
être aura été fabriqué à Paris , et qui est un mo- 
nument d'injustice, d'insolence et d'ineptie. J'ai 
répondu avec fermeté à M. Spina ; mais nous n'en 
resterons pas là et nous lui rappellerons les prin- 
cipes. Du reste , nous avons prouvé à l'église et 
au gouvernement notre propension à l'union, no- 
tre désir constant de la paix, en donnant nos dé- 
missions ^ » C'est M. l'abbé D. qui termine la 
lettre par ces mots : « Dans cette sainte solitude, 
sur les cendres précieuses des martyrs de la vé- 
rité crucifiée , victimes innocentes de la cour de 
Rome , et jouets de la haine des jésuites ^. » 

pete che il papa l'ha esatta minacciosameute dai vescovi emi- 
j'rati. Pare che alcuni di quelli verranno rieletti; ma in gé- 
nérale seuibra che si abbiano le mi{>liori disposizioni in favoro 
de' costituzionali. 

• Ibid. n°. 74. 

* In questa santa solitudine, le ceneri preziose dei 

raartiri délia verità crocifisa , vittime innocent! délia féroce 
curia roniana, e bersaglio del livore gcsuitico , etc., etc. 



MKiMoir; F. s. ^^Sy 

Le doyen Octave Rieei an même; Ponlromoli, 
28 novembre 1 80 1 . 

Il dit en parlant de M. l'évêque Grt^goirc : 

i< Je suis un admirateur tellement enthousiaste 
de cet homme, qu'il me semble qu'on peut, avec 
raison, lui donner le titre de génie et de soutien 
<le la vraie religion de Jésus -Christ. Je sais avec 
certitude que Rome le craint et l'estime; et celui 
qui le sait encore mieux que personne est M. Spina. 
II ïipprit à le connaitre à un dîner chez le premier 
consul , où Grégoire le réduisit à garder un fort 
modeste silence; heureux pour lui s'il n'avait ja- 
mais parlé ! Maintenant, il (M. Grégoire) don- 
nera quelques leçons au cardinal - légat , mais je 
crois qu'il n'a pas été fort satisfait du succès des 
premières '. )> 

Pannilini, évêquc de Chiusi et Pienza, au 

même; Chiusi janvier 1802. 

« Les nouvelles de l'ami commun D. m'ont 
été extrêmement agréables, et j'ai été vraiment 

' Ibid, n°. 76. 

lo tli quest' uomo ne sono preso a segno , che ineritaracnte 
mi sembra potersegli adaUare il nome di genio e di sosteni- 
tore délia vera religion e di Gesù Cristo. So di sicuro che 
Pioma lo terne e lo stima; e se taluno lo sa meglio di tutti , 
iniparô a conoscerlo M. Spina, in un pranzo dal primo con- 
sole, dove Grégoire loridussea modestaraente tacere, ebeato 
lui se non avesse mai parlato ! Ora farà un poco di scuola al 
cardinal legato ; ma credo che non sia molto contente délie 
prime lezioni. 

Tome lU. 22 



338 MÉMOIRES. 

charmé d'apprendre qu'il était si intimement lié 
avec le grand évêque Grégoire , des lumières du- 
quel il pourra beaucoup profiter après qu'ils 
auront été tous deux consolés par le Saint-Esprit 
dans le sanctuaire de Port-Royal '. » 

Le doyen Octave Ricci au même ; Pontremoli , 
6 février 1803. 

Les mêmes nouvelles que vous avez reçues 
m'ont été confirmées d'une autre part, et j'ap- 
prends que le mécontentement du légat devient de 
plus en plus sensible. 11 voit souvent Grégorio 
( M- l'évêquc Grégoire ) , et montre qu'il a pour 
lui toute l'estime que celui-ci mérite ^. 

M. D. au même; Paris, g septembre i8oa. 

Il dit que la signature de toutes rétractations 
et formules de déclarations avait été strictement 
défendue par le gouvernement français aux asser- 
mentés : la majorité des évéques commençait à 
persécuter sourdement les constitutionnels ^. Le 

• Ibid. n?. 82. 

Le nuovo del comtine aruico D. mi sono state estrema- 
mente grate , ed ho veraraente goduto di sentirlo si bene 
unito col gran vescovo Gregoiie , dei di cui lumi potrà esso 
molto proûttare, dopo essere stati ambedue consolati dal S*** 
Soîrito nel santuario di Porto Reale. 

2 Ibid. no. 86, 

Le istesse iiuove cho ha lei , mi si confermano per altra 
parte, e lo scontento del legato si fa ogni giorno più sensi- 
bile. Egli traita molto coA Grégorio, e mostra di averne 
quella stinià che mérita. 

3 ïbid. u°. 9^. 



MÉMOIRES. 559 

post-scriptum est conçu en ce8 termes : « Talley- 
rand, ex-évcque d'Aiitun, a obtenu un bref de 
retour à la vie séculière y et il se mariera. La Ja- 
rente, d'abord évèque d'Orlé(\ns, puis apostat, 
puis marie, puis divoreé, a ('{jalement obtenu un 
bref qui le rend babile à rentrer dans la earrière. 
épiscopale '. 

L'abbé Palmieri au même; Gênes, 11 septem- 
bi*e 180:2. 

(( Le bref du pape pour la sécularisation de 
Talleyrand a surpris la plupart de nos théolo- 
giens casuistes. Accoutumés à croire que c'est un 
moindre mal pour un prêtre, d'être concubinai- 
re, adultère, etc. , que d'avoir une permission de 
se marier, ils ont été entièrement déroutés. 
Quant à moi, je voudrais qu'on ne pût pas dire 
que ces concessions sont faites dans la seule vue 
d'éviter quelque grand mal; je désirerais qu'elles 
dérivassent d'un système équitable et régulier : 
alors j'en serais encore plus édifié. Dans tous les 
cas , j'aurais voulu qu'on eût instruit d'abord les 
fidèles , et puis qu'on fût passé à accorder ces 
grâces. Mais le mal est qu'on hait l'instruction, 
par la crainte de perdre des droits imaginaires; 

■ Talleyrand, giàvescovo di Autun, lia ottenuto uu brève 
di ritorno alla vita sccolarc , e si mariterà. La Jarente, già 
vescovo d'Orléans , poi apostata , poi maritato , poi divor- 
ziato , ne lia pur attenuto uno, chelo abilita a rientrar nella 
carriera épiscopale. 



540 MÉMOIRES. 

et on fait des coups de main , peut-être dans l'es- 
poir de confirmer par-là l'idée gigantesque de la 
toute-puissance papale , à laquelle, selon la cour 
de Rome, il n'est point de loi qui ne doive cé- 
der. • . » 

M. D. au même ; Paris, i3 novembre 1802. 

Il lui parle de l'extrême confusion des affaires 
ecclésiastiques en France, parce qu'elles étaient 
rép-lées nar le gouvernement français et par la 
despotique cour de Rome , au moyen de Ca- 
prata^, et parce que les dissidens avaient une 
prépondérance décidée. Le peu de bien qui exi- 
stât encore s'était réfugié , dit -il, dans les dix 
diocèses « rie nos amis (les constitutionnels) ^ » 

Pannilini , évêque de Chiusi et Pienza, au 
même; Chiusi, 28 janvier i8o3. 

' Ibid. 11°. y4- 

A molti de' nostri casisti teologi ha faUo sorpresa il brève 
del y)apa per la secolarizzazione di ïalle} rand : assuefatti a 
credere che sia minor maie un prête concubiuario , adiil- 
tero, etc. , che uualicenza d'ammogliarsi, sono rimasti sconcer- 
tati. Quantoa me , non vorrei che queste concessioni potes- 
sero solo dirsi elletto di attrizione, ma di un giusto e regolar 
sistema, e allora ne sarei più cdiOcato. Ad ogni modo non mi 
sarebbe dispiaciuto che si istruissero prima i fedeli , e poi si 
passasse a simili concessioni ; ma il maie è che si odia la istru- 

zione per timoré di perdere imaginarj , e si fan colpi di 

mano , foise colla lusinga di conferiviare cou ciô l'idea gigan- 
tesca deir onnipotenza papale, a cui niuna legge résiste. 

^ Per mezzo di Caprara. 

3 De' nostri aniici. — lliid. n". 9g. 



MÉMOIREB. 5/|I 

« Certes, ils ont mérité toute notre admira- 
tion, ces luibiles et intrépides évéques du con- 
cile (II*', de Paris), au moyen desquels on dési- 
rait si ardemment que tout pût s'établir et se 
déterminer, pour être ensuite soutenu par le gou- 
vernement. IMais c'est la politique qui a vaincu 
et d'une et d'autre part. Le Seigneur en saura 
faire naître le bien '. » 

M. D. au même; Paris, 28 novembre i^o5. 

(( Pour ce qui concerne nos amis (les consti- 
tutionnels) qui ont été réélus ïors des nomina- 
tions aux nouveaux sièges , le pape fut trompé 
lorsqu'on lui fit accroire qu'ils avaient signé ou 
une rétractation^ ou quelque cbose de sembla- 
ble. 

» Les seuls Cbarrier de la Roclie, par politique, 
et Berdollet d'Aix-la-Chapelle , par l'effet d'une 
siu'prise momentanée, se sont rendus coupables 
de cette prévarication '^. » 

' Ibid. p. ;o5. 

riïeiitarono cortamente tutta la nostra ammirazione quci 
bravi vescovi del coiicilio , da cui aidentemente si desidcrava, 
che tutto do^essc stabilirsi, ed essere sosteniito da' governo : 
ma se l'ha vinta ia politica e da una parte e dall' altra : il Si- 
gnore saprà cavarne del bene. 

^ Ibid. n^,. 109. 

Per quel che riguarda i nostri amici rieletti aile nuove 
sedi , il papa fù ingannato , allorcbè gli si fece credei^e che 
avesserfattaunaqiialche ritrattazione o cosa siniile — I soli 
Charrier de la Roche per nializia , e Berdollet di Aix. la 



349- MÉMOIRES. 

M. D. fait après cela quelques réflexions sur le 
nouveau concordat : il avait substitué aux cent 
dix-sept sièges qu'il y aurait eus , si l'on avait 
suivi la constitution civile du clergé , soixante- 
six sièges seulement, et aux quarante raille pa- 
roisses quatre mille. Ce rétablissement au. culte, 
ajoute-t-il , a aussi rétabli w les mensonges des 
conceptionistes et des cordicoles y les superstitions 
des confréries populaires, les indulgences exces- 
sives et d'autres semblables puérilités ' , a le 
tout protégé et fomenté par la présence du légat 
qu'il appelle « une superfétation informe, incon- 
nue dans les beaux siècles do l'église *. » 

II annonce enfin la nomination des cardinaux 
de Belloy , Cambacérès , Fesch et Boisgelin. « Ce 
dernier, dit-il, doit certes s'être fait de grands 
mérites (à la cour de Rome), pour pouvoir y 
faire oublier le plan qu'il présenta à Louis XVI , 
et dans lequel il s'engageait à faire accepter par 
ie pape la constitution civile du clergé. Ce plan 
a été trouvé écrit tout entier de la main du pré- 
lat, dans l^amiOLte de fer de ce roi infortuné ^. 

Chapelle per una moraentanea sorpi'esa , si son resi colpe- 
v-oli di fiiffatte prevavicazione. 

' Le menzogne de' concezionisti e de' cordicoli , le super- 
Rtizioni di popolarl confraternité , gigantesche indulgenze , 
cd altre simili puerilità. 

" Superfctazione informe, igncta nei bei secoli. 

* Qiîcst' ultimo deve certamente essersi fatto dei gran me- 
riti , pei" pcier cancellare il picuio da esso presentato a Lui- 



MÉMOIRES. S/j') 

XOTF. Qll ATItE-V l TNGT^Dl X lÈME . 

(90) (Page gi . La France et C Espagne s empres- 
sèrent dr mettre ordre [ aux mesures réactiofi- 
naires du gouvernement d'Eirurie]). 

L'Espagne devait régler alors ees opinions et sa 
conduite sur celles de sa puissante alliée, la ré- 
publique française. Cependant son ancienne bar- 
barie perçait encore. 

M. l'évéqùe Grégoire écrivit ù son collègue 
Ricci, de Paris, le 1 4 novembre i8o5 : 

or Croiriez-vous qu'en 1794» ^ Séville , on a 
soutenu publiquement dans une thèse que le 
massacre de la Saint-Barthélémy en France avait 
été une chose très-juste? Connaissiez-vous cette 
horrible anecdote? L'inquisition a repris un cer- 
tain ascendant ; néanmoins elle n'est plus qu'un 
épouvantail politique , dont l'autorité civile se 
sert comme d'un instrument , tandis qu'elle de- 
vrait le briser. Il paraît que, dans ce pays, il y 
a du moins un reste de pudeur ; car on y a pro- 
hibé la vente de plusieurs ouvrages , où l'on in- 
sultait au clergé constitutionnel *. n 

jji XYI , in cui impegnavasi di iar accettarcr' dal jxipa la oo- 
ïftitiizione civile del cloro. Questo piauo si trovô tutto scintto 
<H niano dcl prelafco ucU' armoire de fer di cyiiel re iufelkc. 
, ■ Ibid. n^ T )5. 



544 



MEMOIRES. 



/' 



NOTE QUATRE-VI_\GT-0>ZIÈME. 

(91) (P. 95. Mfivie- Louise reine cfÉtrurie, etc.) 

Nous avons vu plusieurs lettres confidentielles 
de Marie-Louise , écrites dans le temps qu'en sa 
qualité de reine-régente du royaume d'Étrurie , 
elle ruinait les pauvres Toscans , ses sujets , et 
fatiguait , par des caprices continuels , de sages 
ministres doilt elle épuisa enfin la patience et la 
phiîantliropie. Ces lettres n'ont pas plus de sens 
commun que d'orthographe. Le seul sentiment 
un peu remarquable que la reine y exprime est 
sa ferme volonté de persévérer dans ce qu'elle 
appelle sa juste dépendance de VEspa<^ne , qu'il 
est impossible , selon elle, que L'empereur (Napo- 
léon) désapprouve. 

Nous possédons la copie autographe, de la main 
de la même reine, d'un billet qu'elle se vantait 
( et il y avait de quoi s'en vanter à cette époque) 
d'avoir reçu du tout-puissant empereur des Fran- 
çais , peu après la cessation du fléau de la fièvre 
jaune à Livourne. Le style de ce grand monarque 
est maintenant trop connu pour que nous devions 
avertir le lecteur qu'il ne faut pas croire feu 
la sœur du roi d'Espagne, sur sa parole. Voici 
le billet copié littéralement : 

« Enfin la maladie de Livourne va mieux ! 
moindre que j'ai craincs pour vous! mais sans 



WÉMOIKK s. 545 

VOUS attaquer, clic vous l'ait du mail Ma clièn» 
reine , je sens votre position ; je vois combien 
vous devez soullrire, et cependant j'ose espérer 
que rimpossibiiitc où vous êtes de remplir vos en- 
(jagemeus va vous en alTranchire pour toujours. 
C'est le souhait démon cœur, vous êtes si bonne ! 
Vous méritez tant d'être heureuse ! » 

rsOTE QUATRE-VINGT-DOUZIÈME. 

(92) (Page 98. Le pape... allait couronner Napo- 
léon, empereur. ) 

Peu avant l'arrivée du pape à Paris, M. l'abbé 
D. écrivit à Ricci la lettre suivante ' : 

Paris , 3o septembre i8o4- — '-^ On parle beau- 

■ Ibid. n". i5^. 

Qua si pai*la molto délia venuta dei papa : i protestant! 
ne han preso del mal'umore. Già il governo ba ricusato loro 
fermamente la permissione di adunarsi in concistoro , ed ora 
temono sebben vanamente, che il papa ottenga la suppres- 
sione délie leggi che favoriscono la libertà del loro culto. 
Dissi vanamente, perché sono anzi favoriti e fanno de' pro- 
grcssi... Siete voi informato del brave di scoraunica contro 
le cavallette di Merate? Yi si dice jjrobabile l'opinione degli 
scoiastici , che riguardano gli insetti nocivi corne abitati da 
spiriti infernali. Yi si vieta di assolvere'coloro che non si 
fossero prima assoggettati per forma di giuramento alla bolla 
In coènâ Domi/ii, e distintamente suU' articolo de recursu ad 
principem. Cose tutte che hanno determinato quel ministre 
Bovara a sepellire un brève si ridocolo cd ardito. 



546 MÉMOIRES. 

coup ici de la venue du pape : les protestarts en 
ont pris de l'humeur. Déjà le gouvernement leur 
a refusé avec fermeté la permission de s'assem- 
bler en consistoirey et maintenant ils craignent , 
quoique sans fondement, que le pape n'obtienne 
la révocation des lois favorables à la liberté de 
leur culte. J'ai dît sans fondement , car ils sont 
plutôt protégés que persécutés, et ils font des 
progrés. » 

Cette lettre est terminée par une anecdote qui, 
bien que hors de sa place ici , mérite d'être con- 
servée. « Etes-vous informé du bref d'excommu- 
nication contre les sauterelles de Merate (ce bref 
fut lancé à Milan ) ? On y donne comme probable 
l'opinion des scholastiques , savoir que les corps 
des insectes nuisibles sont habités par des esprits 
infernaux. On y défend d'absoudre ceux qui ne 
se seraient pas préalablement soumis avec ser- 
ment à la bulle In cœnd Domini , et particuliè- 
rement pour ce qui concerne l'article de recursu 
ad principem (du recours au prince). Toutes ces 
choses ont déterminé le ministre Bovara à sup- 
primer et à ensevelir dans l'oubli un bref aussi 
ridicule que téméraire. :» 



MÉMOIRES. 547 

NOTi; QUATRE-VINGT-TREIZIÈME. 

(g3) (Page 101 . liicci était plein de confiance dans 
le pape , surtout à cause de ce qui se passait 
alors en France. ) 

Voici quelques détails à ce sujet. 

M. l'abbé D. à Ricci ; Paris, 5 janvier i8o5 '. 

u Le pape se trouve très-bien ici, mais cepen- 
dant il n'y jouit pas de beaucoup d'influence. 
Ceux do sa Cour ont fortement tourmenté les 
évêques Le Goz , Saurine , etc.; mais Dieu les a 
fortifiés d'une manière très-visible. La formule 
qu'ils ont signée peut être appelée un nouveau 
triomphe. » 

Le même au môme; Paris , i5 février i8o5 *. 

or 11 y a quelques jours que l'on voulait persua- 

• Ibid. no. i54. 

Qiia il papa trovasi benino , ma senza grande influenza. 
Qut'i deila sua corte banno tormcntato moltissimo i vescovi 
Le Coz , Saurine, etc.; ma Dio gli ba fortificati assai visibil- 
mente. La formola che anno soscritto puô cbiamarsi un 
nuovo trionfo. 

" Ibid. n-^*". 

Giorni sono si volea persuadere al Cassiodoro di far qual- 
cbe cosa di soddisfazione al papa. Cassiodoro risposc cbe lo 
vedrebbe volentieri , alla condizione cbe lo riceva corne ves- 
covo, e senza parlar del passato. Il cardinale parente del 
nostro Cai-ega gli rispose : « Yous pourriez lui dire : Saint 
Père , vous n'êtes pas infaillible, ni moi non plus ; ainsi, lais- 
sons là tout oe (|ui s'esrî, pasrH;. ^> 



348 MÉMOIRES. 

der à Cassiodore (M. l'évêque Grégoire) de faire 
quelques démarches pour satisfaire le pape. Cas- 
siodore a répondu qu'il irait volontiers voir Sa 
Sainteté , mais à condition qu'elle le recevrait 
comme évêque et sans lui parler du passé. Le 
cardinal , parent de notre Carega (le cardinal 
Fesch) , lui répondit : Vous pourriez lui dire : 
Sailli-Père, vous n'êtes pas infaillible, ni nini non 
plus ; ainsi laissons là tout ce qui s'est piiss(\ » 

.AOTE QUATRE-Vli\GT-QUATOUZlÈME. 

(g4) (Page 108. Ricci signa enfin la déclara- 
tion , etc. ) 

Outre que la rétractation de Piicci devait pro- 
fondément affliger tous ceux de son parti , qui y 
voyaient la défaite et la perte d'un de leurs pro- 
tagonistes, elle était également pénible pour tous 
les philosophes ( et ce même parti en comptait 
beaucoup), qui la considéraient comme un pas 
rétrograde vers d'anciennes erreurs qu'il avait 
fallu tant de temps pour déraciner. Les amis de 
Ricci le lui firent sentir avec délicatesse. 

M. l'abbé D. lui écrivit , de Francfort-sur-le- 
Mein, le 9 septembre i8o5 ' : 

Que dans un voyage qu'il venait de faire en 
Allemagne, avec M. i'évéque Grégoire, il avait 
eu occasion de lire l'allocution du pape au der- 

' Jbiil. 11". iqi . 



MÉMOIRES. 34{) 

nier consistoire; que les protestans ne cessaient 
de Faire les réflexiorts les plus amères sur la lé- 
tractatioii^dc Ricci , toile qu'elle y était exprimée; 
que lui , D., espérait bien que la chose avait été 
déijgurée, et qu'elle s'était passée tout autre- 
ment que de la manière que Rome voulait le faire 
croire. 

La lettre est terminée par des considérations sur 
le protestantisme moderne des Allemands , qui 
n'est plus qu'un socinianisme légèrement voilé : 
on n'enseignait aucun dogme, pas même celui de 
l'inspiration divine des saintes écritures, si ce 
n'est pour autant qu'elles renfermaient des prin- 
cipes conformes à la raison et à la vérité. 

L'abbé Palmieri (un "des conseillers de Ricci 
dans l'afTaire de la déclaration) au même ; Gênes, 
5 juillet 1806 '. 

« Grégoire est un peu irrité à causg de ce qui 
s'est passé à Florence (la signature de la déclara- 
tion); c'est là ce que m'a dit D. » 

M. l'abbéD.au même; Gênes, ^5 janvier 1808". 

Ricci s'était plaint à lui d'avoir perdu son es- 
time, et cela pour quelque ditrérence entre les 
opinions qu'ils professaient l'un et l'autre. M. D. 
répond en montrant que ce qu'il lui avait écrit à 
ce sujet était entièrement fondé sur ce qu'on di- 

' Ibid. iiû. 21 5. 

Grégoire era alquauto in collera }>er l'occorso in Firenze , 
coiîie mi disse D 
^ Ibid. n°. •244- 



55o MÉMOIRES. 

sait de sa rétractation en Allemagne et en Suisse. 
Mieux informé de la vérité depuis cette époque, 
ajoute-t-il , il a changé d'idées sur quelques points. 
Cependant il continue toujours à regretter que 
Ricci ait cédé en la moindre chose ; et quant à 
lui , cet exemple déplorahle de la fragilité hu- 
maine lui apprendra à résister fermement à la 
persécution des promesses et des menaces. 

M. l'évêque Grégoire au même; Paris, 2 sep- 
tembre 1807 '- 

Il a été charmé d'apprendre par lui-même que 
le pape n'avait rien exigé de lui qui eût pu blesser 
sa conscience, et qu'il fallait mettre sur le compte 
de ses alentours tout ce que l'allocution au con- 
sistoire contenait de faux à ce sujet; en un mot, 
tout ce qui avait été publié par les journaux. Il 
lui apprend pourquoi il n'avait pas vu le pape à 
Paris , et lui envoie la lettre qu'il avait écrite au 
Saint-Père, relativement' à sa propre conduite, 
lettre qui était demeurée sans réponse. — Il lui an- 
nonce que les prêtres ex-dissidens continuaient à 
haïr cordialement les ex-assermentés, et il ajoute : 
(f La vérité n'est pas là où l'on ne trouve pas la 
charité. » 

Après cette époque, les lettres de M. l'évêque 
Grégoire à l'évêque Ricci devinrent plus rares , 
probablement à cause des infirmités de ce der- 

' Ibid. n". 25o. 



MÉMOIRES. 35l 

nier qui rempéchaient d'y répondre régulièrement. 
La deinière est du 9 avril 1 809. 

KOTli QUATRE-VINGT-QUINZIÈME. 

(95) (Page 128. L importance quil {Ricci) atta- 
chait à faire croître la dévotion des fidèles en- 
vers sainte Catherine de Ricci , etc.) 

L'évêque recueillit tout ce qu'il trouva d'impor- 
tant sur la vie de sainte Catherine, comme il 
avait fait relativement à Savonarole. Ses archives 
contiennent encore plusieurs manuscrits curieux 
à ce sujet. 

Voici quelques passages de celui qui nous a paru 
le plus singulier* 

§ I. — Il est intitulé : f< Abrégé de plusieurs 
choses opérées par le Seigneur Dieu, dans une 
de ses servantes de l'ordre des prêcheurs, habi- 
tante de la ville de Prato • . « 

' Archivio Ricci. — ■iMemorie istoriche diverse MS. — Pièce 
marquée n**. 8, f". 3 verso. 

Compendio di alcune cose operate dal Sig'"'' Dio in una 
^ua ancilia ordinis praedicatorum , nella terra di Prato habi- 
tante. 

Délia desponsatione. iu lei fatta da Jesu Ghristo mi pare 
dovervi far' noto , corne nel mille cinque cento quaranta- 
due , alli 9 aprile , che fù la pasqua di rcsurrectione ; nella 
aurora fu desponsata da Jesu visibilmente , cou uno anello 
doro smaltato di rosso, et dentrovi uao diaraante mirabi- 



xn 



ÙD-2 MEMOIRES. 

Apres plusieurs miracles tous plus extraordi- 
naires les uns que les autres, vient celui-ci : 
(( Je crois devoir vous faire connaître au sujet de 
son mariage (de sainte Catherine avec Jésus- 
Christ), que, l'an iS/p , le 9 avril, jour de 
pâques , au lever de l'aurore , elle fut épousée vi- 
sihlement par Jésus-Christ qui lui donna un an- 
neau d'or émaillée de rouge, et dans lequel était 
enchâssé un diamant d'une beauté merveilleuse. 
Jésus lui était apparu dans toute sa gloire, ac- 
compagné de la reine des cieux , de sainte Marie- 
Magdeleine, de saint Tliomas d'Aqiiin et d'autres 
saints dont je ne me ressouviens pas en ce mo- 
ment. Sainte Catlierine ayant fait le signe de la 
croix, leur cracha à ions à la figure, pour obéir 

lissimo, apparendoli Jesu glorioso acompagnato dalla Regina 
del cielo, et da Santa Maria Magdalena , et da SanTomraaso 
di Aquino, e da altri santi quali hora non ho in memoria, 
e segnandosi colla santa croce, e sputando poi a tutti in 
faccia per obbedire al suo superiore, accio se era illusione 
diabolica si partissi , essendoli stato detto che i santi non 
possono essaie imbrattati dalli nostri sputi, ma hanno charo 
la obbedientia, e tutto il contrario fa il diavolo , che non 
patiscie clii lie obbcdiente , ma fuggie anchora il dispregio 
suo, e veduto che non si partivono, certiûcata in quello 
che gli era Jesu , genuflessa disse : Sig". mio , io ti priegho 
che tu unisca la mia voluntà colla tua , e che tu mi 
concéda gratia che io non sia mai inghannata dal tentatore, 
e non rispose Jesu alliora, jDerche subito la Virgine ingi- 
nocchiata disse : Signior mio , io ti chiegho che tu voglia 
pigliare Chaterina qui mia Cgliuola per tuasposa. Soprastette 



W KM 01 RUS. 55^ 

à son confesseur qui lui avait dit d'en afjir de 
celte manière, alin (jue , si c'était une illusion 
diabolique, elle disparût au plus lot; car, lui avait- 
il assuré, les saints ne peuvent pas êti'e salis par 
nos crachats ; mais ils aiment beaucoup à nous voir 
obéissans envers nos supérieurs : le diable, tout 
au contraire, ne souffre pas ceux qui obéissent , 
et outre cela il ne veut pas être méprisé. 

» Voyant que la vision ne disparaissait pas, 
Cntheriue fut convaincue que c'était Jésus-Cbrist 
lui-même, et, se mettant à genoux, elle lui dit » 
Monseigneur, je te prie de confondre ma volonté 
avec la tienne, et de me faire la grâce de n'être 
jamais trompée par le tentafeur. Jésus ne répon- 
dit rien : c'est pourquoi la Vierge ployant les ge- 

Jesii alquanto , poî disse : Tu sai bene , madré niia , clie mai 
ti niegho cosa alcnna che tu çii adimandi , onde son con- 
tento pigiiarla per mia sposa corne cliiedi, benche ella non 
ne sia degna, e trattosi Jesu dalla sua niano sinistra, e dal 
dito allato al iiiininio uno anello conie di supra è detto , te- 
neudo scmpre il braccio di Cliaterina la Regina del cielo , 
Jesu gli dfUe nel dito cbiamato indice allato al dito grosso 
délia mauo mancba detto bellissimo anello, dicendo ■ Questo 
ti do io in segno che tu sarai sempre mia , ed in S(îgnio 
che mai sarai inghannuta dal tentatore, e questo latto, 
disse a Chaterina : Hora sei tu mia sposa veramente , e ba- 
ciolla Jesu in la boccha, e poi la Yergine gloriosa nel me- 
desimo luogho e tempo, et schusandosi S*^. Chaterina con 
Jesu, che non sapeva colle parole ringraziarlo conie in- 
tendeva el suo core, disse cosi : Signor mio, io ti ringratio 
che ti sei degniato pigliare per tua sposa questa sciagurata. 
ToM. III. o3 



554 MÉMOIRES. 

noux , lui {lit : Monseigneur , e'est moi qui te 
supplie de prendre Catherine, ma fille qui est iei, 
pour ton épouse. Jésus demeura encore pendant 
quelque temps sans rien dire, puis il s'écria : Tu 
sais bien, ma mère, que je ne te refuse jamais 
rien de ce que tu me demandes. Je suis donc con- 
tent de la prendre pour mon épouse , comme tu 
le désires, quoiqu'elle n'en soit pas digne. 

» Alors Jésus ôta du doigt qui se trouve à côté 
du plus potit, à la main gauche, un anneau tel 
(jue celui que nous avons décrit ci-dessus , et tan- 
dis que la reine du ciel tenait le bras de Cathe- 
rine, il lui mit ce superbe anneau au doigt appelé 
index , à côté du pouce de la main gauche, en 
disant : Je te donne ceci comme un gage de mon 
amour; tu seras toujours à moi, et tu ne seras 
jamais séduite par le tentateur. Cela fait, il s'a- 
dressa à Catherine, et dit : Maintenant tu es 
réellement mon épouse ; et Jésus la baisa sur la 
bouche , et puis la glorieuse Vierge au même en- 
droit et immédiatement après. Sœur Catlierine 
pria Jésus de l'excuser, si elle ne réussissait pas 
à exprimer, comme elle le désirait, les actions de 
grpces qu'elle sentait dans son cœur , et elle 
ajouta : Monseigneur, je te remercie de ce que 
lu as daigné prendre pour ton épouse une mal- 
heureuse (créature). 

» En i58i % le jour du saint- sacrement, et 

■ Ihid. P. 4 verso. 



MÉMOIRES, 355 

devantes même saint-sacrement exposé dans l'é- 
glise , Catherine fut ravie (comme elle le dit 
elle-même à sa garde) jusqu'au paradis. Là, à la 
prière de la Très-Sainte-Vierge, Jésus lui chan- 
gea le cœur, et lui dit que désormais il ne fallait 
plus le nommer le cœur de Catherine, puisqu'il 
l'avait changé, mais le cœur de sa maman; ce 
que nous interprétons par la figure du cœur de 
la Vierge. Elle ne révéla cet événement que huit 
mois après qu'il avait eu lieu, et lorsqu'elle y eut, 
en quelque façon, été forcée par sa garde, sœur 
Marie-Magdeleine Strozzi, personne méritoire. 



Nel i58i , el dï del Corpus Domini, dinarzi al sacramento 
di cliiosa rapta (come disse alla sua custode) al paradiso, a 
pri.'^ghi deila "Vergine S"*, da Jesu li fù mutato el core , 
cplale disse a lei, clie non si aveva piu a cliiamare el quore 
di Chateiina , havendolo lui trasrautato , ma el core délia 
sua mamma , il che noi interpretiamo la similitudine di esso 
cuore délia Yergine ; e questa cosa nonlla disse se non in 
capo a Otto niesi, forzata dalla sua custode, S''. Maria JVIag- 
dalena Strozzi, di buono spii-ito , umile e degna persona. 
E per certa occasione datagli dalla obbedientia, narro detta 
suor Chaterina, che dopo la mutazione del cuor suo , non 
aveva piu bisognio durare alcuna faticha di pensare di Dio 
come prima , ma che era tratta e guidata da esso che sopra 
ogni cosa, e che li sua concepti e pensieri erono d'un altra 
sorte che prima, e che in el vero paradiso fù condotta 
quando li fù mutato il quore, e che innanzi a questo giorno, 
se bene aveva visto Jesu , non pero Jesu ne la Vergine 
S""*, in esso paradiso proprio, dove al présente quasi sempre 
nelli raptti converssa. 



556 MÉMOIRES. 

d'un esprit doux et humble. En ayant ëté inter- 
pellée au nom du devoir de l'obéissance, ladite 
sœur Catherine raconta qu'après le changement 
de son cœur elle ne devait plus faire aucun ef- 
fort pour penser à Dieu , comme cela lui était 
arrivé autrefois; mais qu'elle se sentait sans cesse 
attirée vers celui même qui est au-dessus de toute 
chose, qu'elle était constamment guidée par lui, 
et que ses conceptions et idées étaient d'une toute 
autre nature qu'avant cette époque. Elle ajouta 
qu'elle avait été conduite dans le vrai paradis , 
lorsque son cœur avait été changé , et qu'avant 
ce jour-là elle avait, à la vérité, vu Jésus, ainsi 
que la Trés-Sainte-Vierge, mais jamais dans leur 
propre demeure, où maintenant elle converse 
presque toujours avec eux , quand elle est en 
extase. » •* 

§ II. — Dans le volume qui contient tous les 
documens originaux de la canonisation de sainte 
Catherine de Ricci ' , on trouve un Abrégé de la 
vie y des vertus et des miracles de sainte Cathe- 
rine y tiré des monumens de la sacrée congréga- 
tion des rites ; Rome y 1746; de Vimprimerie de 
la vénérable chambre apostolique ^. Il nous ap- 
prend que cette sainte, née à Florence, en 1622, 

' Monuménta canonisationis B. Cathavinae de Ricciis. 

2 Compendium vitae, et virtutum et miraculorum B. Ca- 
tharinœ de Ricciis , ex monumentis sacrae rituura congrega- 
tiôois; Romae, 1746. 



MÉMOIRES. 557 

mouiut le 2 février i5ii(.j; (ju'aprùs les iiiîbrmu- 
tions et procès usités, sons Urbain \{U et Clé- 
ment XI, Benoit XIII la proclama vertueuse au 
degré héroïque. Clément XII la béatifia, et Be- 
noit XIV la déclara sainte. 

u L'histoire rapporte, y est-il dit • , que, lorS' 
qu'elle était absorbée dans de profondes médita- 
tions, souvent la mère de Dieu se manifestait à 
elle, et se laissait contempler, et qu'elle avait avec 
elle des entretiens d'une extrême douceur; on, 
ajoute qu'elle posait amoureusement dans le sein 
de Catherine l'enlant Jésus , que les anges dési- 
rent ardemment de regarder, alin qu'elle l'em- 
brassât avec tendresse et le couvrît de baisers, et 

• Ibid. p. 8. 

Menioriae siquidem proditum est , quod , cùm aliquandô 
orationi ferventius esset intenta , seipsani ssepè Deiparam 
conspiciendam , contemplandamque illi praebuerit , ncc dcl- 
cissimos modo cum eâ sermones habuerit, sed euni ipsum 
puerum Jesum, in qucm desiderant angeU jDrospicere , in 
ejus sinu amantissiine collocaverit, ut euni tenerriniè aiu- 
piecteretur atque oscularetur, et cum illo faniiliarissimè col- 
loqiieretnr atque deiiciarctur -. quodque eadc-niniet Deipara 
Virgine pronuba, ab ipso Iledemptore, data dexterà , prse- 
tiosissimo cœlcstique annulo fuerit desponsata. JVec silentio 
prœtereundum est, quod cùm quâdam die aute Cbiisti Domini 
de ciuce pendentis imaginera prostrala jaceret, fervidasque 
de nioresuo funderet preces, brachia clavis confixa revcUens 
idem Dominus in dulcissimos amplexus Catbarinae proiuerit : 
quam cùm dulcissimo sponsae nomini compellasset , ejus 
P:reces. sibi acceptissimas esse affirmavit. 



558 MÉMOIRES. 

afin qu'elle lui pariât avec familiarité et en fit ses 
délices. On rapporte encore qu'elle fut épousée 
par le Rédempteur qui lui donna un anneau pré- 
cieux et divin , la bienheureuse Vierge, par l'en- 
tremise de laquelle ces noces se faisaient, lui te- 
nant le bras pendant la cérémonie. Il ne faut pas 
passer sous silence quêtant un jour prosternée 
devant une image de Notre Seigneur Jésus Christ 
suspendu à la croix, et lui offrant, comme elle 
avait coutume , de ferventes oraisons , le Seigneur 
arracha ses bras du bois auquel ils étaient atta- 
chés avec des clous , et se jeta dans ceux de Cathe- 
rine qui l'embrassa avec les plus douces caresses ; 
il l'appela du tendre nom de son épouse , en lui 
disant que ses prières lui étaient très-agréables. » 
Les mêmes miracles sont célébrés dans le bré- 
viaire, le i3 février, jour de la fête de sainte Ca- 
therine de Ricci, et dans la bulle sur sa canonisa- 
tion , publiée par Benoit XIV ' . 

S. D. N. Benedicti papae XIV litter. décret, super ca- 
nonis. B. Catliariaae de Ricciis, Ad nuptiale convivium , 
p. 9, et pass. j Romae, 1746. 



M i: A] tjjrU i;s. 55(y 



SUPPLEMENT. 

EMKAIT UE Vl.NCr I.KTTKKS 1)K HlCCl A Al. L KViIqUE GilliGOIRE. 



N. B. Ces lettres étant plus importantes que 
colles qu'il adressait à la plupart de ses corres- 
pondans, l'évoque de Pisloie en a tenu copie. 

Elles sont écrites en français. Nous n'y avons 
fait que les changemens indispensables pour en 
faciliter la lecture, en les débarrassant des ita- 
lianismes qui les rendaient en quelques endroits 
presque inintelligibles. Le sens a toujours été .scru- 
puleusement respecté, et la naïveté originale du 
style , conservée le plus possible. 

La publication de ces pièces servira d'éclair- 
cissement à plusieurs passages des Mémoires de 
Ricci, et fournira de nouvelles preuves de son 
patriotisme et de sa piété anti-papiste. Elles sont 
précieuses pour l'histoire de son temps, et fécon- 
des en leçons utiles, applicables à la situation 
actuelle des choses en Europe. 

Lettres de l'évéque Ricci à M. l'ëvêque Gré- 
goire. 

Florence, 5ojuin 179^). 

Il le remercie de l'envoi de sa belle encyclique. 
(« Pie VI n'est point du tout instruit des matiè- 
res ecclésiastiques. 11 est ailé fort jeune à Rome, 



56o M É MOIRES. 

et il ny a acquis d'autres idées que celles de la 
grandeur extéiiture et toute temporelle de cette 
cour. Les personnes qui sont autour du pape sont 
ou de vils adulateurs ou des ignorans fanaliques. 
Le pape, pour son malheur... n'en écoute point 
d'autres... 

M Vous avez cru peut-être qu'il éfait consterné 
par les menaces et les grandes victoires des Fran- 
çais. Point du tout : % n'en croyait rien. Il mé- 
prisait ceux qui montraient de la crainte ; et , se 
fiant aux Anglais et à l'enthousiasme dti peu- 
ple romain , il n'a commencé à avoir peur qu'a- 
près l'occupation de Bologne. 

« Pour ce qui est de la bulle Auctorenifidei, 
elle n'a été acceptée presqu'en aucun état d'Italie. 
A Turin, à Milan , à Venise , à Naples et ici , on 
a absolument refusé de la recevoir — Générale- 
ment cette buile a élé accueillie avec mépris, et 
on n'en parle pas plus que d'une chose non ave- 
nue, s 

w L'assemblée des rabbins d'Italie n'a pas eu 
lieu de la manière que vous le supposez. Il y a eu 
quelques discussions sur les matières dont vous 
me parlez, savoir, la translation du sabbat au di- 
manche, la .permission de manger du porc, etc.; 
on a tenu ici des conférences, mais le rabbin de 
Livourne, qui a consulté celui de Modène, a ojiiné 
contre, et ainsi on s'est restreint à quelques pe- 
tites permissions, comme celles de ne pas devoir 
contraindre les femmes à poiter perruque , celles 



MÉMOIRES. 5C[ 

accordées aux ienimcs de cohabiter avec leurs 
maris dans ceilains temps prohibés , etc. En gé- 
néral , h jeunesse juive et les plus instruits d'en- 
tre eux ne se soucient point de l'observance de 
leurs pratiques religieuses et rabbiniques, mais 
ils ont encore des égards pour les vieilles femmes 
bigotes. Au reste, ils se rient de tout, et il y a 
beaucoup d'incrédulité parmi eux, comme parmi 
les chrétiens. Ils sont pourtant sufiisammcnt in- 
formés de la religion chrétienne : ils sont bien au 
fait des questions; ils étudient la matière, et dans 
les points controversés ils ne prennent point le 
change. Si Dieu leur donnait l'amour des vérités 
qu'ils connnissent, afin qu'ils les missent en pra- 
tique, nous aurions en eux une grande consola- 
lion pour l'église. 

» La cour de Rome ne change jamais d'opi- 
nions , mais les personnes qui la composent 
changent elles-mêmes , et il y a des époques où 
l'on fléchit un peu sur certaines maximes, qu'on 
soutient avec opiniâtreté et raideur dans d'autres. 
C'est ce que dit un proverbe italien : Un papafo 
è in conirtidizione coLC altio ( les pontificats se 
contredisent mutuellement). 11 est toujours vrai 
cependant qu'un pape tel que Ganganelli aura im- 
manquablement le même sort. « 

Florence, 3o aoiit 1796. 

Louanges de la seconde encyclique. Il ne l'en- 
verra pas à la cour de Rome — ' 



562 :\n- MOIRES. 

u Vous êles trop bons chrétiens en France pour 
avoir une juste idée de la cour de Rome et de 
ceux qui la composent. La présomption et l'igno- 
rance de cette malheureuse cour sont trop gran- 
des pour qu'on puisse espérer que cet envoi pro- 
duise un bon effet. Je crois avoir bien mieux 
servi votre sainte église, en m'abstenant de faire 
parvenir son encyclique au pape. Soyez -en sûr, 
la cour de Rome ne connaît point la religion, et 
on se tromperait si on prenait Pie VI pour un 
théologien. Lorsqu'il alla à Vienne, il protesta 
qu'il aurait cédé sur tout le reste, pourvu que 
Josejîh annulât ce qu'il avait décrété concernant 
la bulle Uni^cnilus. C'était la seule chose qu'il 
eût à cœur et«q(]i l'avait conduit à Vienne. Le 
grand-duc Léopold m'a raconté cela dans le temps. 
Voyez donc ce qu'on pouvait espérer de ce pape.» 

Ricci parle ensuite « des fausses idées que la 
cour de Rome et les prêtres émigrés (français) 
donnaient (aux Italiens) sur la France. On dit 
que vous faites la guerre pour détruire la reli- 
gion. On croit que tous les évéques sont comme 
le malheureux Gobel , etc. Croyez-moi , les scè- 
nes tragiques qui ont eu lieu en lialie n'ont 
point eu d'autre motif. Si l'on avait désabusé ces 
pauvres ignorans, aveuglés, assourdis par tant de 
clameurs , on se serait épargné bien des mal- 
heurs ; on n'aurait pas fait couler tant de sang , 
à cause de la haine conçue contre les Français. » 



M ï: .MOI RF. s. Sf)") 



Florcncf , 20 oct^-hio 1796. 



» La question, Le papcrecrmiaît-il les constitti-^ 
tionneîsl est la question du jour. L'auteur saura 
bien développer la matière, et nous fera voir aussi 
le droit qu'ont les puissances séculières de se 
mêler de la dispute pour la tranquillité des gou- 
vernemens. Mais le pape doit être raisonnable et 
charitable , et s'il s'obstine à manquer à ses de- 
voirs, il ne fait plus que troubler l'état et l'église ; 
agissant alors contre l'objet de son institution qui 
est le maintien de l'unité, il mérile d'être 
déposé. 

» Les nouvelles d'Italie vous auront détrompé 
sur l'espérance que vous aviez conçue des bonnes 
dispositions de Rome. C'est la longue expérience 
et non l'injuste pjrévention qui me faisait dire 
que vous autres Français vous étiez trop bons. 
Plus près que vous de cette ancienne Babylone , 
nous en connaissons mieux les intrigues , la sou- 
plesse, etc. Dans des circonstances favorables 
pour moi, l'on m'a engagé à rester à Rome, 
comme prélat. J'ai voulu bien examiner l'état de 
cette cour, les qualités de ses membres, etc., et 
j'ai renoncé de bon cœur à l'espérance de tout 
ce qu'on y appelle ybr^«/?e : car j'ai vu que pour 
y parvenir il fallait ne pas être honnête homme, 
et que qui lé demeurait , c'était par prodige , 
comme celui qui conserve la santé dans un pays 



^C)4 TWÉMOIKES. 

infecté de la peste. Pour que la Babylone devienne 
la Sîiinte cilé, il lui faut un peuple nouveau. » 

Florence, 21 mars >797. 

«( Vous pourriez compter ici sur plusieurs per- 
sonnes dignes d'être membres de la Socléfé ch la 
philosophie chrétienne , mais les circonstances 
sont trop malheureuses ; tous craignent le fana- 
tisme religieux qu'on a taché d'exciter le plus 
possible dans les chaires, dans les confession- 
naux , etc. Rome est trop voisine de nous. Prê- 
tres, moines, évêques , tout conspire à affermir 
les prétentions curiales , et ceux qui vivent dans 
le silence sont accusés d'être jacobins, d'être hé- 
rétiques , d'être athées, par cela seul qu'ils ne 
sont pas fanatiques. C'est le sort de toutes les 
personnes sages et religieuses. Vos prêtres émi- 
grés n'ont pas peu contribué à cela. Parla même 
raison , et par les entraves qu'on a mises au 
commerce, nous manquons de bons livres pour 
instruire le peuple sur la vérité des choses, et 
nous sommes inondés de ceux qui inspirent le 
fanatisme et la superstition. 

» Les gouvernemens d'Italie n'ont que trop de 
raisons pour redouter le ressentiment de la cour 
de Piome;... ils connaissent les sourdes manœu- 
vres au moyen desquelles elle peut faire révolter 
les peuples. 

» Dans les états du pape , surtout dans les 
provinces qui étaient déjà occupées par les trou- 



MÉMOIRES. 365 

pes françaises, ou est fort mdcontcnt de retour- 
ner sous le joug des prêtres; on craint que ce 
joug ne s'appesantisse aussitôt nue vos troupes 
seront parties, et on aimerait mieux passer sous 
la domination d'un autre prince. A Rome on se 
figurait qu'on allait devenir république, et que 
le pape ne s'occuperait plus désormais que du spiri- 
tuel. La Providence a voulu qu'il demeurât encore 
maître d'une partie du temporel ; mais comme les 
lettres de BuscacàAlbani, publiées par Bonaparte, 
aussi-bien que la correspondance entre Cacault 
et Busca , ont fait clairement connaître aux Ro- 
mains la mauvaise foi de leur cour, je ne sais ce 
qu'elle deviendra lors du premier conclave , sur- 
tout si elle s'obstine à gouverner de la même 
manière. 

» Les provinces sont fort irritées contre le 
gouvernement du pape, et le pape et ses minis- 
tres ne font que les irriter davantage. Un de vos 
auteurs a dit que si Ganganelli avait vécu, il 
aurait retardé de quelques années la révolution 
française. Nous pouvons dire que Pie VI l'a hâ- 
tée, et qu'il fait avancer aussi plus qu'on ne 
pouvait l'espérer, cette heureuse époque, où le 
pape ne s'occupera plus du temporel , et , aban- 
donnant la cour babylonique, imitera saint Pierre 
dont il est le successeur. Sous un tel aspect , 
quelle obligation n'aura pas l'église, n'auront 
pas tous les gouvernemens à Pie VI ! Amen , 
amenî... Dans une autre lettre, je vous parlerai 



C.6G MÉr.îOIRES. 

plus au long de ces affaires.' J'ai lu la lettre du 
pape à Bonaparlo. Il l'appelle très-cher fils , et 
lui donne sa bénédiction ; il ne regarde donc 
plus les Français comme des excommuniés. C'est 
beaucoup pour parvenir à calmer les fanatiques. » 

Florence, 5o avril 1797. 

a Les bénédictions du Seigneur sur les armées 
de la république vont nous faire jouir d'un nou- 
vel ordre de choses. On espère que le Directoire 
s'occupera de la cour de Rome , et que les vœux 
des bons chrétiens seront exaucés , au moyen de 
la séparation entre le spirituel et le temporel , le 
pape demeurant le successeur de saint Pierre et 
non celui des empereurs. C'est ce qu'exigent le 
bien de l'église et la tranquillité des états. Les 
sourdes menées d'une cour qui , abusant d'une re- 
ligion sainte et divine , veut dominer sur toute 
la terre, seront constamment mises en œuvre 
contre votre république, et, si vous n'y prenez 
garde , vos neveux pleureront inutilement la 
faute que vous aurez commise , en épargnant la 
grande Babylone. La guerre de la Vendée vous 
a-t-elle coûté trop peu de sang? Croyez-vous 
que les incendies qui éclatent encore çà et là en 
France n'aient été allumés par la cour de Rome? 
Les mauvais livres qui sortent journellement de 
ce foyer de discorde ne font qu'indisposer les 
esprits contre vous, comme contre tous ceux qui 
croient que le royaume de Jésus-Christ n'est pas 



>fÊMoirvF.s. SGy 

(le ce monde, cl qiK; notre sainte religion ne doit 
jamais troubler les états. 

» Les ecclésiastiques espajjnols qui sont déjà en 
Italifc ( pour négocier un concordat) seront jone<i 
à Rome , par la mauvaise foi de cette cour, qui 
est toujours la même, et qui ne saurait devenir 
chrétienne. Tout ce qu'il est permis d'espérer 
pour le bien de l'état et de l'église , c'est qu'on ne 
conclue rien : autrement, quelque sacrifice que 
Rome se décide à faire, elle y gagnera toujours, 
puisqu'elle retiendra ce qu'on ne lui aura pas ôté, 
et ce qui cependant ne lui appartient pas. » 

Florence, 20 juillet 1797. 

Ricci dit en parlant de Naples : c( Les soup- 
çons et la défiance qui y régnent sont tels , que les 
honnêtes gens se sont interdit toute communica- 
tion, de peur d'être accusés de jacobinisme. En 
un mot, ce terme en Italie a succédé à celui de 
jansénisme. C'est à quoi tendaient les livres que 
l'on a publiés à Rome, et les sermons que l'on y 
a prononcés : on n'a que trop bien réussi. » 

Florence, 17 301111797 

Ricci se déclare uni en esprit au Saint-Concile 
assemblé à Paris. Il ajoute : « Ne permettez ja- 
mais que les richesses et les honneurs du monde 
soient attachés aux dignités ou au ministère de 
l'église. Un ecclésiastique vertueux ne peut man- 
quer de subsistance; l'expérience fait trop voir 



568 MÉMOIRES. 

qu'il est périlleux de joindre des honneurs et des 
richesses terrestres à un ministère qu'on ne peut 
pas briguer , et que ce n'est pas un mal de laisser 
aux simples fidèles le soin d'exercer des actes de 
charité envers leurs prêtres. De cette manière, 
l'union entre eux sera plus étroite. Je n'entends, 
pas pour cela blâmer ce qu'on avait déterminé 
dans votre première constitution, concernant les 
frais du culte, le maintien de ses ministres, etc. 
Vous pouvez voir dans le synode de Pistoie 
qu'on allait faire de même en ce diocèse. Mais 
puisque le Seigneur a voulu qu'on ôtât à votre 
église un fardeau si dangereux, ne permettez pas 
qu'on le lui rende de nouveau. La résolution 
prise en Hollande sur cet objet (celle de ne sala- 
rier aucun culte) a mérité vos applaudissemens 
dans les Annales de la religion. Il ne faut pas se 
démentir, ni priver l'église de son plus beau ca- 
ractère, le désintéressement. 

» Vous avez écrit au pape, vous a-t-il répondu? 
Y a-t-il des émissaires de la cour de Rome à 
Pai'is? Prenez-y garde; et quand je vous dis 
d'être bien vigilans , ne croyez pas que j'exagère. 
Vous autres Français, vous avez oublié les ruses de 
Mazarin. Rome ne recule ni ne se dément ja- 
mais. Soyez attentifs, fort attentifs. Tenez pour 
indubitable que le pape, même le mieux inten- 
tionné, tant qu'il sera prince temporel , ne 
pourra rien faire qui heurte les intérêts de sa 



:\i t Al oi r. r. s. SGcf 

rouy. S'il le fait, on le l'vvà mourir, comme il est 
arrivé à Ganganclli. » 

Florcncp, le 6 ortol)ri:' '797 

Ricci se rëjouit beaucoup de ce que la dernière 
conspiration contre la république ait échoué. 

" La Conspiration n'était pas diri.ojée contre la 
France seulement. Toute Tltalie allait être plon- 
gée dans la guerre civile la plus sanglante. Dieu 
nous a délivrés; mais il ne faut pas s'endormir. 
La cour de Rome a de trop grandes ressources 
encore pour qu'il ne soit plus besoin d'être sur 
ses gari^es (avec elle ). La fausse piété, la mau- 
vaise foi , le mensonge , sont des armes qu'on ne 
connaît pas assez, et dont elle ne sait que trop 
faire usage dans tous les temps. J étais étonné , 
ces mois derniers, devoir des troupes de prêtres 
furieux qui traversaient Florence, et qui allaient 
en France comme en un pays de conquête , pour 
y exercer les fonctions de curés, de vicaires apos- 
toliques. On en désignait plusieurs sous ce dernier 
titre. Je voyais déjà la France devenir un pays de 
mission , et partout je voyais la destruction de la 
république. La cour de Piome tient les vicaires 
comme ses agens. Cette cour ne peut pas vouloir 
de républiques. Car une république ne se con- 
fesse pas; elle n'a point de maitresses; elle ne sau- 
rait être excommuniée, etc., etc. C'est pour cela 
que, si vous croyez avoir Rome pour amie, 
vous vous trompez grossièrement. Honorez le 
ToM. III. 24 



570 MÉMOIRES. 

pape, aimez son église : mais gardez-vous bien 
de vous laisser séduire par la fausse religion de 
sa cour; elle ne vient pas de Jésus-Christ. » 

Florence, i2 dëcenibie 1797- 

« Vous avez fait part au pape de la clôture du 
concile. Soyez sûr qu'il ne répondra pas. Il faut 
que vous vous teniez bien en garde contre tout 
ce qu'il pourrait faire pour perpétuer le schisme. 
La cour de Piome ne renonce jamais à ses sourdes 
menées. Si elle peut s'insinuer dans le conseil 
( des Cinq-Cents ) , elle y fera comme le renard 
qui sait feindre. Tous moyens lui seront bons, 
pourvu qu'ils servent à déconsidérer et à chasser 
ceux qui peuvent résister à ses prétentions. Si 
elle en vient à bout , on ne pourra plus l'arrêter. 
Elle fera de l'église de France inipajs de mission, 
et après avoir usurpé une domination anti-chré- 
tienne dans l'église, elle troublera votre répu- 
blique. Je désire que ceux qui sont à la tête du 
gouvernement soient sur le qui-vive, et qu'ils ne 
se fient point verhis dolosis (aux paroles trom- 
peuses). » 

Florence, 10 mars 1798. 

(( Le sort de Rome va faire naître un nouvel 
ordre de choses. Le pape à présent esta Sienne, en 
bonne santé, et on dit qu'il espère retourner dans 
peu à Rome. Mais je crois que son grand âge et 
les circonstances actuelles l'en empêcheront. On 



MÉMO m F. s. 571 

sodcmarulo qui sera son successeur? Dcmeurera- 
l-il à Home ou en quelqu'.iutrc endroit. ? L'auto- 
rité dont il jouira, sera-ce celle que lui a trans- 
mise saint Pierre, ou celle qu'il a acquise par 
après? Ce sont là les questions que nous nous 
faisons. Prions Dieu qu'il tourne tous ces événe- 
mens au véritable bien de Féglise ! » 

Florence, i4JHiaiy98. 

« Le pape est actuellement à la Chartreuse prés 
de Florence. La scandaleuse histoire de ses en- 
tours ne contribue pas peu à le perdre dans l'opi- 
nion du peuple : il mérite bien de la compassion 
pour son grand aveuglement. Dieu veuille lui 
faire miséricorde ! Il est , à ce qu'on m'a dit , un 
peu affaibli d'esprit et n'a plus toute son énergie. 
Mais pour le reste, croyez-moi, il est le même ; et 
quoiqu il dise qu'il est détenu prisonnier, la cour 
dont il s'environne a tout l'orgueil qu'elle avait à 
Rome. Le gouvernement d'ici, lors de l'arrivée 
du pape à Sienne, défendit auxévêques, aux cha- 
pitres , aux réguliers , d'aller lui rendre leurs 
hommages , et de faire sonner les cloches à son en- 
trée ou à son passage. Le seul archevêque de 
Sienne l'a complimenté, et lui a prêté sa voiture 
jusqu'au jour où , par la médiation de notre 
grand-duc, on a permis sa translation à la Char- 
treuse. Le grand-duc lui fît une visite avec le 
marquis Manfredini, deux jours aprés'qu'il était 
arrivé. Après cela, on a permis à l'archevêque de 



!?y2 MÉMOIRES. 

Florence et à l'évéqiie de Fiesole de le visiter. 
Mais ils n'ont eu que l'honneur de se prosterner 
devant lui , de lui baiser le pied ou le genou ; et, 
cela fait, il les a congédiés. La permission de lui' 
offrir cet acte de respect n'est que pour une fois 
seulement. On prétend que le grnnd-duc y allant 
avec le marquis Manfredini , a fait sentir au pape 
la nécessité de s'abstenir de toute représentation. Il 
a témoigné qu'il lui fera plaisir de ne donner au- 
cun lieu aux désagrémens qui pourraient naître 
de la réception du grand nombre de personnes 
qui se rendraient chez lui, soit par dévotion, soit par 
curiosité, soit pour obtenir des grâces. Le grand-duc 
a fait meubler décemment son appartement, et il lui 
fournit des lits, du linge , de la vaisselle plate, etc., 
pour lui et pour sa maison. Parmi les choses qui 
ont le plus choqué le peuple, il y a celle d'avoir vu 
servir en viande la table du pape, celles de ses 
officiers et de ses domestiques les vendredis et 
samedis, et jusqu'aux quatre-temps. Cela n'est 
pas commun à Florence ; môme on dit ici , par 
manière de proverbe, que tel ou tel mange gras 
le vendredi et le samedi , pour dire que c'est un 
malhonnête bomme, qui ne croit à rien. Peu de 
gens savaient comment on vivait à la cour de 
Fiome, où, sans égards pour Jésus-Christ, on 
s'en rapportait entièrement aux brefs de son vi- 
caire , qui avait le pouvoir de tout défendre et de 
tout permettre. Le pape , après la visite du grand- 
duc, n'est plus sorti de sa retraite, et n'a près- 



MÉMOIRKS. 57!» 

que plus reçu personne Il ( le pape) irait vo- 

lonliers à Valence, en Espagne; niais j'entends 

que le roi ( d'Espagne ) ne veut lui accorder d'a- 
sile qu'à Major([ue 

» Vous nie demanderez peut-être si le pape a 
de l'argent ; je vous rt^pondrai que du moins il en 
dépense beaucoup. On dit que son ordinaire est 
de cent écus ( fr. 56o) par jour. Mais, sans entrer 
dans les détails, on compte qu'entre lui et son 
neveu ils doivent posséder des millions à Venise, 
à Londres, etc. Les sommes immenses qu'ils ont 
recueillies au moyen dej'emprunt forcé , des dons 
volontaires, du dépouillement du trésor de Lo- 
rette et de celui de Rome, n'ont point été dé- 
pensées. Avant cette époque, on disait que la 
maison Brasclii avait un revenu annuel de plus 
de soixante -dix mille écus ( t'r. 392,000). On 
prétendait autrefois qu'on avait placé sur la tête 
du sénateur Rezzonico tous les trésors des jésui- 
tes , déposés aux banques de Hollande, d'Angle- 
terre, etc. Si cela est vrai, croyez -vous qu'un 
homme qui a si bien mérité de la société (de 
Jésus) comme Pie VI, n'y ait pas trouvé son pro- 
fit? Dieu veuille que ces grandes richesses ne 
servent plus désormais à troubler l'église et 
l'état. 

» C'est un homme (le pape) qui inspire beau- 
coup de pitié , et qu'il faut bien plaindre pour 
son grand aveuglement. Rien ne m'a mieux dé- 
montré le malheureux état dans lequel il s'était 



3^4 MÉMOIRES. 

mis, et rien ne m'a plus porté à prier pour lui, 
que la publication de la bulle Auctorem Jîdei , 
Tédigée à l'instigation des jésuites par le méta- 
physicien Gerdil, le grand conseiller du roi de 
Sardaigne, dont il a été le précepteur. Le pape, 
qui faisait tant de cas de ce cardinal et du jésuite 
Bolgeni, n'a plus auprès de lui ni l'un ni l'au- 
tre ; mais ceux qui lui sont dévoués ne sont pas 
capables de suggérer des remèdes pour réparer 
les maux dont il a accablé les peuples et l'église. 
Vous dites fort bien que d'un seul mot il aurait 
pu calmer les troubles qui déchiraient l'église 
gallicane, et qu'il aurait épargné beaucoup de 
sang dans vos contrées ; mais c'est précisément ce 
mot que la religion de la cour ne lui permettait 
pas de dire. La cour voulait triompher sur vos 
ruines et dominer sur tout. 

» A l'occasion de l'entrevue de vos commissai- 
res avec Azara et Galeppi , le citoyen Saliceti, que 
j'eus l'honneur de voir , me dit : Vous semble-t-il 
que le pape puisse se refuser à cet article qui est 
le nœud de toutes les difficultés, et que la reli- 
gion y soit intéressée (il s'agissait de ce seul mot 
dont vous me parlez; c'est l'article IV)? Je lui 
répondis que la religîone délia curia non gli per- 
mettevafare altrimenti ; che la religione di G. C 
lion solo gli comandai>a aderire a quelV ariicolo , 
ma ï obhliga^Hi in coscienza a jare quanto i>i si 
en?iuciava , scnza esserne ricliicsto ( que la reli- 
gion de la co«r ne. lui permettait pas de consen- 



MÉMOIRES. ^76 

(ir ; que la relij^ioii de J.-C. , au contraire, lui 
onlonuait nou-sculement d'aceepter cet article, 
mais encore qu'elle lui imposait, comme devoir de 
conscience, de ftiire tout ce qui y était demandé, 
(|uand même il n'en aurait pas été requis). Mais, 
pour le malheur du monde, Rome ne connaît 
d'autre religion que celle de sa cour , cest-à-dire 
son intérêt personnel.... Le pape actuel est trop 
ignorant pour se mettre au-dessus des préjugés 
de la cour romaine, et ainsi il n'y a d'autre re- 
mède que d'anéantir tous les droits de cette cour, 
La république romaine devrait abolir les con- 
grégations quelles qu'elles fussent, sans en ex- 
cepter aucune. Les expéditions des bénéfices , des 
bulles d'évéquos , des dispenses matrimonia- 
les , etc. , ne se font qu'à Rome , où les gouver- 
nemens catholiques, par une politique malenten- 
due , permettent qu'on attire tout l'argent qui 
en provient. Je crains que , si on ne détruit ces 
boutiques , les préjugés de la cour de Rome ne 
se multiplient et n'augmentent à mesure que les 
besoins y croîtront. Les lois des républiques cis- 
alpine et ligurienne , pour empêcher la sortie de 
l'argent pour l'expédition des bénéfices , etc. , 
sont bonnes,- mais elles ne seront pas suJlîsantes, 
tant que la boutique existera : il faut la détruire 
entièrement. )) 

Ricci témoigne son désir pour que l'élection 
du pape se fasse par le clergé et le peuple de 
Rome , et ses craintes d'un schisme , le pape 



5'jG KIÉMOIRES. 

ayant chargé ses cardinaux, par une Ijulle , de 
faire entre eux cette même élection. 

'< Au reste, les ^eux plaies qui affligent l'église 
catholique, la superstition et l'incrédulité," vont 
faire de fijrands ravages dans Fé^lise italienne. 
Les évëques ignorans sont superstitieux et fana- 
tiques ; ils remettront en honneur, partout où ils 
le pourront , les fausses dévotions qui avaient été 
abolies. Ils gémissent déjà sur la perte de la re- 
ligion, parce que le clergé va perdre ses biens 
temporels, et ils font des vœux pour le rétablis- 
sement des jésuites et de l'inquisition — Tout le 
clergé en général , et les moines en particulier, 

sont discrédités A Rome ils sont plus mal 

vus qu'en tout autre lieu ; on en parle avec exé- 
cration. Malheureusement on en a trouvé plu- 
sieurs qui étaient impliqués dans les complots 
au'on vient de découvrir. » 

X 

Florence, 29 octobre 1798. 

g ,(( La cour de Rome n'a pas entièrement cessé 
d'exister, et ses émissaires moins connus qu'au- 
trefois, mais toujours animés d'une égale fureur, 
sont plus à craindre que jamais, à cause de leur 
dissimulation et des calomnies qu'ils répandent. 
Flectere si nequeo Supeios , Acheronta moveho 
( si je ne puis fléchir les dieux, je déchaînerai les 
enfers ) : on peut dire que c'est là leur devise et 
leur maxime principale. L'Italie et le royaume de 
Napies en particulier ne sont pas si tranquilles 



(jHc vous \c. peiiso/ , et je iio sais pas si révrcjuc 
Scnao sera (iaiis le cas de [)ouvoii' donner des lé-^ 
nioignaj^es de son al lâchement à voire é.;;lise. 
Jansénisme , jacobinisme , rébellion , tout est eon- 
l'ondii par les espi'its peilides , qui ne ehei'cbent 
ipi'à semer des soupçons contre les honnêtes 
ii;ens, contre les hommes éclairés ; qui ne veu- 
lent que Taire naitre des prétextes pour persé-^ 
euter tout bon chrétien qui désire la réforme 
des abus dans l'état et dans Té/^lise. Si les ;7)U- 
vernemens ne sont pas bien sur leurs gardes , 
on court risque de voir les iiniocens accusés et 
sacrifiés comme des perturbateurs de l'ordre et 
de la tranquillité publique. 

» Le pape est encore à la Chartreuse près de 
Florence; il se porte bien de santé, et ces jours 
dei'niers, lui et sa cour étaient comblés de joie, 
parce (pi'il avait reçu une lettre écrite tout eri^ 
tière de la main de l'empereur de Russie. Le 
pape lui a répondu de même (di piigjio). 

» Je ne sais pas quelles nouvelles nos journaux 
vous donnent du pape; mais ce que vous me de- 
mandez concernant ma visite est fort curieux. 
Vous devez savoir que, dès que le pape fut en 
Toscane, le secrétaire des droits de la couronne 
adressa une circulaire aux évêques du grand-du- 
ché, ainsi qu'aux supérieurs réguliers, pour leur 
annoncer que le pape ne recevrait point de visi- 
tes, et que, comme il était ici ificoL^nito , il ne 
fallait faire aucune démonstration publique à son 



378 MÉMOIRES. 

arrivée en quelque lieu que ce fût, comme de 
sonner les cloches, etc. Quelques ëvéques les plus 
voisins ont demandé et obtenu la permission d'al- 
ler le voir. L'archevêque de Florence , dans le 
diocèse duquel il est, y a été une seule fois, et 
cela pour une ou deux minutes. Vous savez pro- 
bablement qu'ils ne sont pas du tout d'accord 
dans leur manière de penser. » 

2 janvier t8oi . 

Il parle de toutes les persécutions qu'il a souf- 
fertes pendant la réaction austro -aréline de 
i<](^Ç),frairum invidia ( par l'envie de ses collè- 
gues), surtout de Martini, ennemi de toute ré- 
forme et de toutes les mesures prises par Léopold 
pour le bien de l'état et de l'église. 

H Le jacobinisme a été le prétexte de toutes ces 

persécutions L'archevêque de Florence a été 

le principal ministre des vexations. Le général 
Dupont disait, dans un de ses rapports, que vingt 
mille familles avaient été les victimes de la per- 
sécution ; il n'a point exagéré. » 

Efforts de la cour de Rome et de ses émissaires 
pour lui faire rétracter (à Ricci) tous les actes de 
son épiscopat, et surtout son synode. — Régence. 
— Il rend un compte détaillé de ces événemens , 
dans des Mémoires qu'il prépare sur sa détention. 

Florence , i o mars i 80 i . 

(( Les libertés ou les droits (de l'église gallicane) 



M È M O I II E s . 5 79 

(lovraicnt êtn; communes, de fait, à lou(es les 
é(jlises. C'est à vous à les diHendre avec la plus 
j;rande énergie contre les entreprises de la cour 
de Rome et contre les attentats de ses émissaires. 
Si les souverains n'y mettent pas tous leurs soins, 
la sûreté et la tranquillité des états ne seront ja- 
mais bien assurées. » 

Brùlement des procès qui venaient d'être dé- 
couverts. — « On prétend que la correSjjondance 
avec le cabinet de Vienne a été conservée ; elle 
pourra servir de canevas pour l'histoire du temps.» 

« Celui qui est bien au fait (des choses), n'est 
nullement surpris des malheurs qui ont accablé 
notre patrie. Il s'est commis ici , dans les der- 
niers temps , un si grand nombre de vols et d'as- 
sassinats , crimes qui étaient presque entièrement 
inconnus depuis le règne du grand Léopold , 
qu'il était devenu impossible de reconnaître la 
douce et pacifique nation toscane. Que de pauvres 
Français ont été tués en trahison par des gens qui 
croyaient faire un acte de religion ! C'était la con- 
séquence de ce que prêchaient les moines, les 
mauvais prêtres, etc., etc., etc. Ah! si l'on 
réfléchissait à ce que dit V Ecclésiastique , ce 
ne serait pas dans le prétendu jacobinisme que 
l'on chercherait les causes de la révolution des 
états. Re^num a génie in gentem transjertnr, 
propter injustitiam et injurias et contumelias et 
divcrsos dolos (la puissance passe d'une nation à 
une autre nation , à cause des injustices, des in- 



38o MÉMOIRES. 

jures , des aiïVonls et des tromperies multi- 
pliées.) » 

Florence, 5o avril 1801. 

11 montre combien il craignait la vengeance de 
Rome. 

« Ponr le moment elle n'a rien fait , et je dois 
en en être fort content ; car ce qui peut arriver 
de mieux avec cetîe cour, c'est d'en être oublié. 
Sa haine tue le corps, comme son amitié tue l'âme- 
Au reste, Tintérôt que vous avez pris à moi, en 
parlant au ministre des relations extérieures , et 
en formant le projet de parler même au premier 
consul, est un effet de l'amitié particulière dont 
vous m'honorez , la preuve d'un esprit sincère de 
charité et d'un zèle véritable pour la religion. Je 
ne puis assez vous en témoigner ma reconnais- 
sance, h 

Florence, 20 décembre 1801 ', 

(( Un certo M. Suvé mi la^cio in Fircnze il 
primo volume degli atti del concilio, che ho letto 
colla più grande soddisfazione, vedendo la libertà 
che vi regnava, unita al più grande spirito di ca- 

• Celte leUro, adressée à MM. l'évèque Grégoire l'abbé 
D., est écrite en italien par le secrétaire de Ricci, qui était in- 
commodé. La fin est en français, delà main même de l'évèque 
de Pistoie. 

Voici la traduction de l'italien : 

« Un certain M. Suvé (M. Suvé de Bruges, peintre , 
nomme directeur de l'académie française des beaux-arts à 



rilà. lu sono aiisioso di vedcrc (;li ahri duc volîimi, 
clii' debbono essere pieni di. cosc inlerossaiili, por 
(juanto rilevo dagli Annali délia religione. 

» Ho vodiito la Itltcra scritta a Monsig. Spina , 
con (juella iVnnczza che convienc ad un vescovo, 
c'hc sa di non cssere un cappellano. lo mi console 
con chi riia scritta , c per il coraggio che il Si- 
gnorc gli ha dato, e per la libertà che gli accorda 
in codesto clima. Ho vcdiito pure l'atto di demis- 
sione fatto con molto giudizio, mentre era ueii 
credibilc che la fina politica curiale cercasse di 
spegnere ogni esercizio del ministero episcopale , 
per dare subito dclle patenli di vicario aposto- 
lico, e ridurre i luoghi tutti délia repubblica allô 
stato di vera missione , e in conseguenza allapiù 
dura schiavitù, sotto i capriccj délia curia. Questa 
ha già ripresa con forza tutte le massime le più 

-Rome, et se rendant à son poste) m'a remis à Florence le 
premier volume des actes du concile : je l'ai lu avec le plus 
grand plaisir, et ai admiré la liberté qui y règne, jointe à 
l'esprit le plus étendu de charité. Je suis impatient de voir 
les deux autres volumes qui doivent être pleins de clioscs 
intéressantes, à en juger par les Annales de la religion. 

)) J'ai vu la lettre adressée à monseigneur Spina ( par 
M. Grégoire j, avec toute la fermeté convenable à un évêque 
quisaitqu'il n'est pas un simple chapelain. J'en fais mon com- 
pliment à celui qui" l'a écrite, tant pour le courage que le 
Seigneur lui a donné, que pour la liberté dont il jouit dans 
sa patrie. J'ai vu aussi l'acte de démission rédigé avec beau- 
coup de jugement : il était plus que probable que la poli- 
tique rusée de la cour de Rome aurait cherché à éteindre 



382 MÉMOIRES. 

avanzatc , e se la dolce politica del legato sa nas- 
condei lo , non per questo i Francesi che hanno 
già battuto le contrade d'Italia , debbono lasciarsi 
vincere dalle apparent! lusinghe. Seppe egli gua- 
dagnare l'animo di Giuseppe îl , e di Leopoklo; e 
Pio VI mostro la sua scoatentenzza riguardo a 
lui , forse perché non seconde quegli eccessi , di 
oui il buon papa non vedeva le conseguenze. Ma 
il legato è romano per tutti i titoli, e colla sua 
buona maniera , otterrà per il regno temporale 
quello che è di scapito per lo spirituale. 

Le nouveau nonce du pape , à ce qu'on m'a 
rapporté, a dit que Rome penserait à l'évêque 
Ricci, après que les affaires de France seraient ar- 
rangées par un concordat. J'espère que le prince 
régnant me défendra contre de nouvelles vexa- 
tions. La protection de votre ministre , le géné- 

tout exercice du ministère épiscopal en France, afin de pou- 
voir}- distribuer des patentes de vicaire apostolique, et de ré- 
duire tout le territoire de la république à Ic'tatd une vraieniissiorty 
c cst-à-dire à l'état du plus dur esclave , sous l'arbitraire et les 
caprices du Saint-Siège. La cour de Rome affecte déjà de 
nouveau , et elle soutient avec opiniâtreté ses maximes les 
plus outrées et les plus absurdes : si la mielleuse politique 
du légat parvient à voiler cet excès d audace , ce n'est pas 
une raison pour que les Français , qui ont tout vu par eux- 
mêmes, en parcourant l'Italie tout entière , se laissent en- 
core tromper par de flatteuses apparences. Il (le cardinal Ca- 
prara} a eu l'art de fléchir dans le temps l'esprit de Joseph II et 
de Léopold; et, si Pie Vl témoigna quelque mécontentement 
de sa conduite , c'est peut-être parce qu'il n'avait pas secondé 



MÉMOIRES. 383 

rai Clarkc, pourra alors m'ètrc aussi bien utile. 
» On [)ailc ici d'un ccriain Paccanari , géné- 
ral dos jésuites, qui va à Rome. Je me souviens 
d un jésuite espa.jjnol, 1). Emmanuel j'ai ou- 
blié son nom de famille (Ariete), qui vint me voir 
lorsque j'étais arrêté ; il se disait ami du premier 
consul, ajoutait qu'il avait été à Constantinople 
le précepteur d'un fds du ])rince Ypsilanti , et il 
m'assura qu'il allait en France travailler au réta- 
blissement de la société, ce qui ne pouvait pas 
manquer de réussir. » 

2 2 avril 1 8o2. 

Ricci rend compte de la loi par laquelle on 
venait d'abolir en Toscane .toutes les réformes 
de Léopold , toutes les mesures prises en divers 
temps par le dernier grand-duc, par l'empereur 
François I". , par les Médicis, pour que les Tos- 
cans ne fussent pas entièrement écrasés sous le 
poids du despotisme de la cour de Rome. 

« A les entendre (les ministres parmesans et 
leur maître), il semble que nous étions tous 

hors de la communion de l'église Le comte 

Salvatico de Parme est celui qui fait tout.... Le 

alors les imprudences que le bon pape commettait sans eu 
voir les conséquences. Mais le légat est Romain : il l'est sous 
tous les rapports ; et , au moyen de ses manières douce- 
reuses , il obtiendra, pour la puissance temporelle (de son 
maître ) , ce qui ne pourra que nuire aux intérêts spirituels 
des fidèles, u 



584 M É MOIRES. 

ministre Claïkc a réclamé fortement contre cettci 
loi qui nous réduit à la plus honteuse servitude; 
et il a donné quelque espoir à ceux qui s'étaient 
adressés à lui, en leur disant que la loi ne sera 
pas exécutée. Mais la chose est faite ; on a môme 
déjà commencé à la mettre à exécution , et en 
peu de temps, lorsque voire ministre y pensera 
le moins , on fera encore pis, on rétablira la non- 
ciature , l'inquisition, et on entravera le com- 
merce : on nous en a déjà menacés. Tour moi , 
j'ai le projet de demander un passe-port à votre 
légation, et d'abandonner le pays. » 

Florence, lo mars i8o5. 

(( Nous avons été témoins , cette année , du re- 
nouvellement d'un scandale qui n'existait plus 
dans les derniers temps. Ce sont les danses qui 
ont eu lien, les comédies qu'on a représentées 
dans les couvens des réguliers. On y a vu les per- 
sonnes consacrées à Dieu pour vivre dans la péni- 
tence et la retraite, s'habiller en femmes; ce qni 
est abominable aux yeux du Juge éternel. Loin 
d'entendre dans ces asiles chanter les louanges 
du Seigneur, on a entendu le son des flûtes et ie 
bruit des danseurs, etc. , etc. , et tout cela de la 
part de religieux, et en présence des séculiers. 
La chose a irrité jusqu'au peuple , qui n'a pas man- 
qué de se moquer de ces bons moines, et de les 
couvrir de ridicule, même dans les places publi- 
ques. J) 



M K MOI n r.'s. S(Sf» 

l'iaïu-riirt , i4 fcviii-r iSo4- 

(( Avez-voiis vu le concordai, pour la icpuhliqiie 
italienne? Ldopold et Joseph étaient allés plus loin 
que cela. Il est vrai (jue Rome, aux yeux de ceux 
qui raisonnent, a beaucoup perdu en cédant et 
en accordant des choses qu'elle avait toujours 
voulu faire passer pour des points capitaux de la 
religion; car les esprits les plus simples savent 
qu'en fait de religion on ne peut jamais transi- 
ger. Mais ceux qui raisonnent sont en très-petit 
nombre , et Rome conserve son pouvoir accoutu- 
mé dans l'opinion du vulgaire, en lui faisant ac- 
croire qu'il a été de son devoir de reculer. Le pape 
est bon par caractère ; je le sais depuis le temps 
du règne de Léopold , dont il estimait les lumiè- 
res ; mais tous les papes sont entourés de personnes 
qui sont guidées par leurs intérêts personnels , 
et non pas par ceux du pontife et du Sainte 
Siège : ainsi pour soutenir le curialisme , on né- 
glige les véritables droits du chef de l'église. » 

Florence, 14 février 1804. 

a Vénérable confrère et cher ami , votre lettre 
du 27 juillet dernier me fut remise par M. le 
chevalier Pontelli qui , lors de son retour à Flo- 
rence, m'a trouvé à la campagne, où je suis de- 
puis peu de jours. Vous sentez que si ma joie fut 
grande d'apprendre de vos nouvelles et de pou- 
voir parler de vous à M. Pontelli, elle le fut en- 
core davantage en voyant votre lettre et en m'en- 
ïoM. m. 2 5 



386 MÉMOIRES. 

tretenant directement avec vous par la lecture des 
sentimens que votre cœur a dictés. 

*) Je commencerai par répondre au dernier pa- 
ragraphe de votre lettre : c'est celui qui m'inté- 
resse le plus. Le silence que j'ai gardé sur l'affaire 
dont vous me parlez (la rétractation), n'est pas le 
silence delà méfiance, ni celui du refroidissement 
de l'amitié que je vous ai vouée et dont je me fais 
un honneur et un devoir. J'étais bien sûr que vous 
n'étiez pas injuste au point de condamner ma con- 
duite sur un article de gazette; mais j'aurais sou- 
haité depuis long-temps de pouvoir vous instruire 
du véritable état des choses. Ce n'était pas par 
lettres que je pouvais y réussir. M. Palmieri se 
chargea de le faire par l'entremise du sénateur 
Michel- Ange Cambiaso, mon ancien ami. C'est 
un homme très-réservé , qui a été k la cour de 
Rome et qui connaît les affaires. Adressez-vous à 
lui , à la première occasion ; il vous dira ce qu'il 
faut que vous en sachiez. Le cardinal Spina au- 
rait aussi pu vous mettre au fait , mais je crois 
qu'il est de retour en Italie , et peut-être vous ne 
le connaissez pas. C'est un de ceux qui s'intéres- 
saient à moi ; mais on avait affaire au cardinal 
Consalvi qui était alors secrétaire d'état, et qui, 
je ne sais pourquoi, a été, de concert avec le 
nonce du pape à Fiorence, mon plus violent ad- 
versaire. M. Tassoni , ministre résident en Tos- 
cane pour l'empereur (Napoléon) comme roi d'Ita- 
lie, mû par la grande amitié qu'il a pour moi, 



MÉMO m F. s. 587 

voulut en[;ao;or I\ï. lo cardinal Fescli à me pro- 
oiiivr une entrevue avec le pape, lorsque celui-ci 
j)assa en Toscane pour aller eu Fiance. Il n'y avait 
i[\iv lui qui put obtenir cette grâce. Tandis que 
tous les évêques étaient appelés à Florence par 
ordre de la reine-régente, je lus le seul oublié. Je 
n'avais pas encore réussi à pouvoir me présenter 
devant la souveraine, même pour lui adresser un 
simj)le compliment, depuis l'arrivée des nouveaux 
princes en Toscane. On m'avait dépeint comme 
un évèque hérétique, un réfractaire; c'est ainsi 
que s'exprima un jour le feu roi. 

» Réduit à cette extrémité, j'avais tout à crain- 
dre, et je ne pouvais rien espérer de la part des 
hommes. Ma confiance était en Dieu seul,- je ne 
crus pas devoir le tenter, en repoussant les moyens 
humains que la Providence me présentait. C'est 
ainsi que je crus devoir profiter des bons offices 
du cardinal Fesch , auquel j'adressai un mémoire 
sur ma position. 

» Mais Dieu voulut me préparer d'auti'es voies. 
Le cardinal qui avait précédé le pape s'arrêta en 
cliemin , à cause de quelques accès de fièvre qu'il 
eut. Le pape vint donc à Florence, logea chez la 
reine, fut complimenté par des individus de tou- 
tes les classes, excepté par moi. Vous pouvez 
vous imaginer ma situation. J'étais dans la dis- 
grâce de la cour; je ne connaissais pas la reine , 
même de vue. Le nonce du pape, l'archevêque de 
Florence, étaient fortement prévenus contre moi. 



388 MÈMOIRKS. 

On pensait sur mon coînpîc, on parlait de moi 
avec toute Tinjustice de l'esprit de parti qui se ré- 
chauffa en cette occasion. Si je n'avais pas taché 
de voir le pape, on aurait dit que j'étais brouillé 
avec lui, et que j'étais pour le moins schisma- 
lique. Si j'avais demandé de paraître devant lui , 
il ne m'aurait pas reçu , et l'on aurait dit que j'é- 
tais excommunié. Mais qui pouvait me présenter? 
J'étais dans le cas de dire hominem non haheo (je 
ne connais personne). A défaut du caidinalFesch, 
le secrétaire Testa et le cardinal Borgia auraient 
bien voulu m'assister de leurs bons offices; mais 
le temps était court et les courtisans étaient sur le 
qui vive. On prit le parti de faire connaître au 
pape mon respectueux attachement à sa personne, 
et mon désir de lui témoigner mes sentimens de 
vive voix. Le cardinal Borgia se chargea de lui en 
parler, et de là vint le bruit général que le pape 
m'aurait vu à son retour. Le cardinal Fesch me 
fit suggérer d'écrire au pape une lettre qui pût le 
satisfaire ; je le fis , et il eut la bonté de la lui re- 
mettre en mains propres. Le pape, qui avait déjà 
résolu ce qu'il voulait faire, ne répondit pas, et 
alors mes adversaires se vantèrent d'avoir vu ma 
lettre, et ajoutèrent même qu'elle n'avait nulle- 
ment contenté le Saint-Pére. Ku retour du pape, 
je me trouvais bien embarrassé; car Borgia était 
mort, Fesch ne passa pas par la Toscane , et quel- 
qu'autre cardinal qui aurait pu m'aider de ses 
bons offices , ne voyagea pas en sa compagnie. 



M ï: MO MHS. "^89 

)j Lr Scijjiiour m'ouvrit alors uik* voie impré- 
vue. S. M. la it'inc me Ht savoir (jue, désirant 
me procurer une réconciliation avec le i)ape, elle 
voulait me pai'Iei'. La manière ohlifjeante avec la- 
(luelleelle me reçut, me surprit. Elle me donna 
tout le loisir de lui parler de mes affaires et des 
circonstances dans lesquelles je me trouvais ; elle 
y prit la plus grande part, et se chargea elle- 
même de me présenter au pape, afin que je pusse 
conférer avec lui en pleine liberlé : elle me dit 
d'attendre ses ordres à cet effet. Le pape vint, et 
la veille de son départ, ayant terminé ses autres 
affaires , il envoya M. Fenaja avec une formule 
que je devais signer. Après cela, le pape et S. M, 
la reine m'attendaient, le pape pour m'embrasser, 
la reine pour me complimenter sur ma réconci- 
liation. La formule était conçue de manière à ne 
pas blesser ma conscience. Sur quelques difficul- 
tés que je fis, M. Fenaja me donna des éclaircis- 
semens. Mes amis, que j'eus le loisir de consulter, 
entre autres M. Palmieri, me rassurèrent, et le 
pape, lorsque j'allai lui faire ma visite, me fit 
coimaitre qu'ils ne s'étaient pas trompés. 11 en- 
vova M. Fenaja pour me prendre, et aussitôt que 
j'arrivai à son appartement, il vint à ma rencon- 
tre, m'embrassa tendrement, et, me faisant asseoir 
auprès de lui , ne permit pas que je fisse aucun 
acte de soumission respectueuse tel qu'on pratique 
h sa cour , mais, discourant amicalement avec 
moi, il m'assura qu'il était bien persuadé --^^ mon 



590 MÉMOIRES. 

orthodoxie , qu'il n'en avait jamais douté , qu'il 
était content de ma docilité , et qu'il désirait m'en 
donner des preuves. Lorsque la reine survint; il 
répéta avec la plus grande effusion de cœur les 
mêmes expressions , et nous assura qu'il ferait 
part de tout cela à Rome, sans blesser mon 
honneur, ni celui de mon église, et de manière 
à me donner pleine satisfaction. 

»Nous nous séparâmes enfin in ample jciipacîs, 
moi bien content de cette réconciliation si long- 
temps désirée , lui trés-satisfait de moi et tout 
désabusé des mauvaises impressions qu'on avait 
voulu lui donner de ma personne. Je compris 
bien que le pape voulait terminer l'affaire, et qu'il 
voyait la nécessité de la terminer sans l'entremise 
de ses cntours : autrement il n'y aurait jamais 
réussi. Si quelque expression de l'allocution peut 
faire naître des doutes sur la manière avec la- 
quelle le pape me rendit sa bienveillance et , je 
dirai plus môme, son amitié , c'est une tournure 
de phrase de quelque homme de cour; on le voit 
bien par les obligeantes lettres dont le pape m'a 
honoré. Le fameux Consalvi , alors secrétaire 
d'état , en fut irrité plus quaucun autre agent de 
la cour romaine, et ne manqua pas de me faire 
connaître par le nonce pontifical toute l'aigreur 
de ses dispositions à mon égard. J'appris alors 
que ce fut lui qui répondit par une lettre des plus 
déshonorantes à celle que j'avais écrite au pape 
ors de son élection , et que je crois que le pape 



n'a jamais vue. Mais, (grâces à Diou, ce minisli'e 
perlide iloiiiia sa démission. 

» Je vous écris cela en vous priant de n'en rien 
oublier. Je n'en ai fait part qu'à peu d'amis. Il y 
en a plusieurs qui porteraient dès à présent l'in- 
discrétion jusqu'à tout livrer à l'impression sans 
le moindre égard, qui compromettraient le pape,. 
S. M. la reine et moi , et qui feraient du tort à 
la vérité et à la cause de Jésus-Christ. On croit 
souvent que, se raidir et rejeter tout ménagement, 
malgré les devoirs qu'impose la charité, est un 
acte de vertu; au contraire, c'est plutôt un sa- 
crifice qu'on fait à son amour-propre. Je l'ai dit 
au pape avec sincérité , et il m'en a fait compli- 
ment. Vous devez être , mon cher ami , bien cu- 
rieux de voir les pièces qui servent de justifica- 
tion à ce que je vous écris ; mais ayez encore un 
peu de patience. Si vous passez un jour en Italie 
avant que je meure, je vous ferai tout voir; mais 
à présent je ne veux pas exposer tant et de si 
importans papiers au risque de se perdre. D'ail- 
leurs, je suis fort âgé. Après ma mort, ceux qui 
seront les dépositaires de mes écrits et de mes 
Mémoires vous satisferont pleinement. En temps 
opportun vous en ferez l'usage qu'ils méritent , et 
vous serez le maître d'en tirer tout ce qui vous 
semblera intéressant pour l'histoire de l'église. Je 
ne demande désormais , par goût et par devoir, 
que de vivre dans l'obscurité. 

>) Peu s'en est fallu, dans les mois derniers , que 



592 MÉMOIRES. 

SOUS l'appareiice d'abord d'une prétendue acadé- 
mie catholique , et après cela , sous celle d'une 
société dipreti e Inici probi ( de prêtres et laïques 
probes ) , on ne renouvelât les vexations de la 
sainte inquisition. Le nonce Morozzo est toujours 
à la tête des turbulens et des cabaleurs; il est 
bien surprenant qu'un tel homme, Piémontais 
de nation et ainsi sujet de la France , peu esti- 
mé à Rome et encore moins du pape , puisse , 
sous l'égide de son ancien protecteur Consal- 
vi , continuer sans cesse à troubler l'église et 

l'état, etc., etc. , etc 

» J'ai été bien long-temps sans vous écrire ; 
mais je ne vous oublie jamais , surtout dans mes 
prières. Mon attachement , mon estime pour vous 
sont invariables. Je crains de vous avoir ennuyé 
par une lettre aussi diffuse ; mais , d'après les 
demandes que vous m'adressiez dans la vôtre du 
27 juillet, je ne pouvais me refuser au plaisir 
de m'entretenir longuement avec un ami tel que 
vous. 

» J'implore le secours de vos prières, et en at- 
tendant avec impatience de vos nouvelles , je suis 
en Jésus-Christ, 

)) Votre ami , 

» (Signé) L'évêque Scipion de Piicci.» 

FIX DU TR0ISIÈ3IE VOLUME» 



ÏAIÏLE 

DES MATIÈRES 

CO'.NTENUES DANS LE TROISIEME VOLUME. 



CHAPITRE LXV. 

Pag. 

Ricci cite à Rome i 

iîuUe Auctorem fidci 4 

Persécutions du fanatisme envers Ricci 7 

Les traités entre le grand-duc et la république fran- 
çaise remettent en crédit les réformes léopoldines. , \ i 

CHAPITRE LXVI. 

Acliarnement de Rome contre les républicains. . . la 

glissions incendiaires ib. 

Miracles. ........"... i3 

Rome démocratisée i4 

Invasion de la Toscane ib. 

CHAPITRE LXVII. 

Insurrection d'Arezzo, au nom de la Madone 16 

Les Arétins à Florence 17 

Leui's excès 20 

Ricci est arrêté 22 

CHAPITRE LXVIII. 

Dureté de l'archevêque de Florence envers Ricci. . . 26 

On veut forcer celui-ci à des rétractations 28 

CHAPITRE LXIX. 

Les AUcniands chassent les Arétins de Florence. . . 3 y 



3g4 TABLE 

Pag. 

Fanatisme des sénateurs régens 43 

Terrôiisme réactionnaire en Toscane. . , ib. 

Ricci enti'C les mains des dominicains 44 

CHAPITRE LXX. 

Ricci, malade, est transporté à sa maison de campagne 54 
j:'ersécutions de l'arclievêque 3Iartini 6p 

CHAPITRE LXXI. 
Pie YH , pape 63 

Fanatisme du cardinal Consalvi 68 

CHAPITRE LXXII. 
La rentrée des Français eu Toscane soustrait Ricci aux 

persécutions qui le menaçaient , , 69 

Ses déclarations sur ce dont il est accusé ^4 

CHAPITRE LXXIII. 

Retraite de Ricci ^9 

La peur des Français fait que Rome agrée ses protes- 
tations de soumission 84 

Maladie de Ricci 85 

CHAPITRE LXXIV. 

Louis I*''. , roi d'Etrurie y apporte le fanatisme et 

la tyrannie 86 

Rome recommence à persécuter. 88 

Abolition de toutes les réformes et rétablissement 

de tous les abus 89 

Bigoterie de la reine-régente yi 

Dévotion de Ricci 92 

Lettre de l'archiducbesse *** d'Autriche. . l . . . . 94 

CHAPITRE LXXY. 
Passage du pape allant couronner l'empereur Napo- 
léon 97 



OKS MAT lÈ KES. 3^5 

Sou retour io5 

lutrij{iu's et subtilités de la cour de Rome ponr extor- 
quer de llicci une clc'claralion appelée d'orlhndoxie. iio 
Uéflexions du prélat ii'i 

CHAPITRE LXXVI. 

Réconciliation sincère de Ricci avec le pape iiG 

fliachinations du cardinal Consalvi pour changer la 

dcclarnlion eu rc'lrnclalion wj 

Silence de Ricci iU2 

Ses occupations 127 

Ses vertus 128 

Sa maladie 129 

Sa mort i3o 

CHAPITRE LXXVII 
Résumé de la vie et du pontificat do Ricci i34 

CHAPITRE LXXVIII. 
Résumé des griefs de la cour de Rome ï5î 

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES ^ 

NOTE LXIV. 
Lettre de M. l'abbé Y; condamnation du synode de 

Pistoic i6i 

* Lettre de l\î. l'évêque Grégoire ; commencement 

d'une réforme ecclésiastique en Espagne 162 

Deux lettres du doyen Ricci , même sujet ib. 

NOTE LXV. 

Lettre de M. l'abbé Y; la bulle Auctorumfidci mé- 
prisée, même à Rome 164 

' Les articles marcfiie's d'un astérisque * sout inédits. 



596 TABLE 

Pag. 

NOIE LXVI. 

Les jansénistes plus odieux à Rome que les constitu- 
tionnels 164 

* Lettre de M. l'abljé Y, à ce sujet 166 

' Lettre de l'abbé 31outon 167 

NOTE LXVn. 

Lettre de Tévêque de Colle, blâmant la bulle Aucto- 

rcm 168 

* Lettre de Camille Albergotti; même sujet 169 

* Lettres de l'abbé Mouton et de tout le haut clergé 
janséniste d'Utrecbt 170 

* Lettre de M. l'abbé U ib. 

* Lettre de M. l'abbé Y 171 

* Lettre du chevalier Jean G ianni ib. 

* Lettre de l'abbé Mouton 17'^ 

* Lettre de M. l'évêque Grégoire ib. 

NOTE LXYIII. 
Correspondance active du clergé constitutionnel de 
France, avec l'Espagne, l'Italie, etc. , surtout rela- 
tivement aux deux conciles nationaux ib. 

* Deux lettres de l'abbé Clément, à ce sujet 17^ 

* Deux lettres de M. l'évêque Grégoire 174 

* Cinq lettres de l'évêque de Versailles (l'abbé Clé- 
ment) ib. 

NOTE LXIX. 

* Lettre de M. l'abbé Y ; la paix de la Toscane avec la 
France hautement improuvée à Rome 176 

NOTE LXX. 

* Lettre du doyen Ricci ; les Français loués par les 
prêtres et évêques italiens, à mesure qu'ils rem- 
portent des victoires en Italie 177 

Rome les avait d'abord fait passer pourdcs monstres. 178 



ni: s MAT I i:f{ ks. 597 

NOTE LXXI. 

* Miracles tic la madone cl'Ancône, en 1796; bro- 

clmic publiée en iS-Jo '79 

NOTE LXXII. 

* Lettl'c du doyen Ricci, miracles d'autres madones, 190 

* Lettre de l'abbé Mouton; négociations entre Rome 

et le Directoire français. . . . , ib- 

* Deux lettres du doyen Ricci, sur le général Bona- 
parte et le cardinal Mattei 191 

* Lettre de M. l'évèque Grégoire, sur la situation de 
l'Italie. . i ib. 

* Lettre du chevalier JeanGianni; même sujet. . . 192 

* Lettre de M. l'évèque Grégoire igS 

* Trois lettres du doyen Ricci * . . . . ib. 

* Lettre de M. l'évèque Grégoire 195 

* Dix lettres de François Milizia , sur les événemens 

qui précédèrent le détrônement de Pie VI 196 

Détails sur les négociations et la guerre entre la 
France et le pape, depuis l'armistice de Bologne, 
jusqu'à la paix de Tolentino at2 

NOTE LXXIII. 

Apparition d'une âme près de Florence, en 1800 , * 
certifiée par l'archevêque Martini 241 

Création miraculeuse de plusieurs barils d'huile , con- 
firmée par le même 242 

NOTE LXXIV. 

* Lettre de l'abbé Masi; meurtre du général Dupliot. 24^ 

* Lettre du doyen Ricci; Rome république 244 

Lettre de l'abbé 3Iasi , même sujet ib. 

* Lettre du doyen Ricci ; fanatisme des prêtres , des 
Bioines. et de la populace de Rome 245 



5g8 TABLE 

Pag. 

Deux lettres de l'abbé Masî ; réformes reli^jieases des 

nouveaux républicains 245 

Lettre du prêtre Palmieri ; insurrections excitées par 

le clergé 247 

Lettre de M. l'évêqueGrégoire sur la république ro- 
maine 248 

Trois lettres de l'abbé Masi; anecdotes à ce sujet, . ib. 
* Lettre de 3L l'évêque Grégoire; maladie de Pie A'I. 249 
Deux lettres de l'abbé Masi; invasion de Rome par 
les Napolitains, et prompte fuite de ceux-ci. . . . i5o 

.ÎSOTE LXXV. 
Serment constitutionnel de la république romaine, ap- 
prouvé par le professeur Mastrofini /. . 252 

Injures contre lui à ce sujet ib. 

Le même serment approuvé par l'ex-jésuite Bolgeni 253 

?.îarcbctti le combit 256 

Réponse à Marcbetti ib 

Opinion de Bolgeni sur l'aliénation des biens du 

clergé i!JQ 

NOTE LXXVL 

Édit du grand-duc en quittant la Toscane , ordonnant 

de respecter les Français et de leur obéir 262 

NOTE LXXVII. 

Lettre du doyen Ricci ; Bonaparte désiré ardemment 

par les Italiens 260 

NOTE LXXVIII. 

Conduite des Florentins lors de l'évacuation de leur 

ville par les Français 264 

Histoire de l'insurrection d'Arezzo , dédiée à la Ma- 
done 265 

L'Hégire toscane, ou la Crémanie 269 



DES MATIÈRES. Sq^ 

NOïK LXXIX. 

* Leltre du doyen Ricci, contenant des détails snr le 

fanatisme des prêtres italiens contre les Français 

et lenrs partisans 272 

LcTItc'olngicnyivetin ^ brochure où l'on trouve, d'aprrs 
la Bible, qu'un catholique doit en conscience con- 
tribuer autant qu'il est en lui à l'extermination des 

jacobins. . ..• 2^4 

N OTE LXXX. 

La Toscane de 1799 à 1801 , brochure contenant des 

détails sur le terrorisme sénatorial 2R6 

Défense d Antoine Lundi ^ etc. , autre brochure sur le 

même sujet 29-2 

Décret du grand-duc, promettant des récompenses 

aux Arétins et à leurs complices 297 

Acte authentique , par lequel plusieurs seigneurs 
toscans se vantent d'avoir fait le métier d'espions 

et de traîtres ib. 

NOTE LXXXI. 

* Lettres des magistrats de la république de Florence 
à leur ambassadeur à Rome , eu i495, en faveur 

de Savonarole 5o4 

* Lettre des mêmes au cardinal napolitain ; même 
sujet 3o6 

* Lettres des mêmes à Alexandre VI ; même sujet. . 307 
Deux lettres de Magliabechi à un pasteur protes- 
tiint; même sujet ib. 

NOTE LXXXn. 

* Lettre d'Isacarus, sur l'incrédulité des prêtres ro- 
mains 010 

Lettre de Victorin de Faria , sur la corruption des 
moines, des religieuses et surtout des jésuites dans 

les Indes 3ii 



400 TABLE 

KOTE LXXXIII. 



Pag. 



* Deux lettres de M, l'abbé N*** ; rétractation forcée de 
toute opposition à la cour de Rome 3i5 

NOTE LXXXIV. 

' Tentatives inutiles pour extorquer une rétractation 
de l'abbé Mengoni , secrétaire de Bicci, lors de sa 
niortenj8i5 3i4 

Rétractations supprimées, en 1820, par oi-dre du gou- 
vernement toscan 5i8 

i\OTE LXXXV. 

* Lettre de M. l'abbé D. ; persécution religieuse géné- 
rale en Italie, pendant l'invasion de l'armée austi'o- 
russe ■ ib. 

NOTE LXXXVI. 

* Le gouvernement fait rendre à Ricci toutes les pièces 
du procès que la chambre noire avait formé contre 

lui 3 19 

NOTE LXXXVII. 

' Lettre du sénateur Gianni, sur ce qui précéda la ces- 
sion de la Toscane à Louis de Parme 020 

NOTE LXXXVIII. 

* Lettre de M. l'abbé D., qui exhorte Ricci à se rendre 

en France pour se déi'ober aux persécutions. . . . 5?.6 

* Deux lettres du même ; voyage en Angleterre et re- 

marques sur les mœurs de ce pays Sîy 

* Lettre du même ; gémissemens sur Port-Royal. . . 329 

* Lettre de M. l'évêque Grégoire; voyage à Utrecht. . ib. 

— de l'abbé Mouton ; tolérance de la cour de Rome 
envers M. l'évêque d'Harlem : 33o 

— du doyen janséniste de Jongh ; mort de l'abbé 
Mouton 55 1 



DES MATILKES. X^OI 

NOTE LXXXIX. 

* Deux lettres de 1 abbé D., sur le concuidul de 1801. 53 1 

* Lettre de M. lévèciue Grégoire ; même sujet. . . 5")() 

* — du doyen Ricci ; même sujet et louanges de M. 
Grégoire l^'5■] 

* — de l'évcque Pannilini; même sujet Ib. 

— du doyen Ricci 358 

» —de M. l'abbé D Ib. 

* — de l'abbé Palmieri ; sécularisation de l'évcque 

Talleyrand 3Zg 

* — de M. l'abbé D. . . j4o 

* — de l'évêque Pannilini Ib. 

* Lettre de M. l'abbé D 54 1 

NOTE XC. 
Lettre de M. l'évêque Grégoire ; l'intiuisition con- 
servée en Espagne, comme un instrument du pou- 
voir civil 345 

NOTE XCI. 

Marie-Louise, reine-régente d'Etrurie i44 

* Billet qu'elle prétendait lui avoir été écrit par l'em- 
pereui" Napoléon, .... fh. 

NOTE XCII. 

* Lettre de M. 1 abbé D.; craintes que fait naître la 
prochaine arrivée de Pie VII à Paris. —Excommu- 
nication des sauterelles à Milan 5^5 

NOTE XCIII. 

* Deux lettres de M. l'abbé D. ; refus des évêquesdDn- 
slitutionnels de rétracter leur serment 547 

NOTE XCIV. 

* Lettre de M. l'abbé D. ; la létractation de Ricci Ma- 
rnée par les protestans. — Ce qu'était le protestan- 
tisme en Allemagne , à cette époque 348 

ToMï m, aô 



402 TABLE 

Lettre de l'abbé Palmieri ; la déclaration de Ricci fait 
beaucoup de peine à M. l'évêque Grégoire 349 

Lettre de M. l'abbé D.; son mécontentement de la 
déclaration de Ricci ib. 

Lettre de M. l'évoque Grégoire; il félicite Ricci de 

ce qu'il n'a rien fait contre sa conscience 35o 

NOTE XCV. 
Yie manuscrite de sainte Catherine de Ricci, et 
quelques-uns de ses miracles les plus singuliers. . 35i 
Canonisation de cette sainte. 356 

SUPPLÉMENT. 

Extrait de dix-huit lettres inédites et fort impor- 
tantes de Ricci à M. l'évêque Grégoire, concernant 
divers points de l'histoire de l'évêque de Pistoie , 
et propres à faire connaître les principes qui le fai- 
saient agir 55g 

Ignorance de Pie YI, ib. 

Bulle Auctorcm Jidci 36o 

Incrédulité des juifs italiens 36 t 

Irréligion de la cour de Rome ib. 

Corruption de la prélature 362 

Influence funeste de la cour de Rome sur les états 

d'Italie 564 

Pie YI contribue malgré lui au succès de la révolution. 565 

Destruction espérée de la cour de Rome 56G 

La piété veut que les prêtres ne soient pas même sala- 
riés par l'état , 567 

II faut se tenir en garde contre les intrigues de Rome. 368 

Rome ne veut pas de républiques 569 

Détrônement du pape Sjo 

Scandales donnés par la cour papale pendant son ex^l. 3^ i 

Richesse de la maison Braschi 3.73 



DES MATIERES. 

Le pape trompé «ie tiiules parts. . . 
Intrigues des courtisans pontificaux. . 
Persécution réactionnaire en Toscane 

Crimes du fanatisme 

Audace renaissante delà cour de Rome 
Rétablissement des abus en Toscane 

Danger des concordats 

Karré des circonstances qui ont précédé la prétendue 
rétractation de l'évèque Ricci 



4o5 

l'ag. 

076 
378 

58i 
583 
385 



FIN DE LA TABLE DU TUOlSlE.UIi VOLUME. 



k- 



POTTER, L.J.A., de. BQX 

Vie et mémoires de 2577 

Scipion de Ricci. .P5R5 

P6' 
V. 3 



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