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Full text of "Vie privée de Louis XV; ou principaux événemens, particularités et anecdotes de son regne .."

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VIE PRIVÉE 

.^-^ DE .y0^-^^^ 

LOUIS X V 

TOME QUATRIEME. 



VIE PRIVÉE 

LOuYsXVi 

o*u 

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENS, 

PARTICULARITÉS, 
ET ANECDOTES DE SON REGNE. 



i. . . Video meliora proboque* 
Détériora fèquor. Hok» 



TOME QUATRIEME. 

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A LONDRES, 

Chez JOHN PETER LYTON. 

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MDCCLXXXI. 



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S--V.«v--b5i 




VIE PRIVÉE 



D E 



LOUIS XV. 



.1 j ouïs XV , fatigué à Texcès d'une guerre esssa 
tnalheureufe , à laquelle répugnoît Ton ame , Tâge 17^1, 
qui s'avançoit , & plus encore Ton caraâere d'in- 
dolence & d'inertie , vouloit la paix à quelque 
^ prix que ce fût. Mais il étoît contrarie par le 
^i Maréchal de Belle - ifle , qui avoit Tafcendant 
j^ fur le Confeil & fur le Monarque, Heureuferaent *^ 
y^ ce Minière mourut , & cette circonftancc cm- Janv. 
^ pécha de le regretter. Nous en avons déjà beau- 
^ coup parlé & nous n'en avons pas tout dit. Il 
fl loua un fi grand rôle jufqu'à la fin de (à vie 
« dans les principaux événemens de règne » que 
^ nous fommes obligés de nous arrêter encore (br 
'^ fon compte. Il étoit trop univerfel pour être un 
génie en aucun genre : mais s'il ne fut ni Condé 
ni Turenne à la guerre , ni Oxenstiern ni Riche- 
lieu dans la politique , il €t des chofès mémo- 
rables dans l'un & dans l'autre. Le travail & l'ac- 
tivité Hippléoient chez lui à l'étendue des talens# 
On a vu ce qu'iU fait à la tête des armées. Par- 

A 



▼eiitt tm SHiniReîe, Ton premier fbmfutd^té- 
17^1* founer les abus A de {libâitiief une <UJ!ciplme fë- 
vere au relacliement qui s*étoxt introduit. Du^ 
moins il en fit fentir la néceffité dès (on entrée 
au Cbnfèîl, &durantïbnadfninx(lratîon il publia 
plufieurs beaux régleœens là-deffus. Il écrivit 
une lettre à tous les Colonels au nom du Rot^ 
où il les menaçoit de la diïgrace de S. M. & de 
la perte de leur Régiment » s'ils continuoient 
plus long-tems à conniyer à ces arrangement 
clandeflins entre les Officiers , connus fous le nom 
de encordai ^ par lefquels la vénalité étouffbit 
rémulation y un intérêt fordide hâtoit la retraite 
de ceux qui étoient le plus «n état de (èrvir ^ Se 
les grades de la milice écoient mis à Tencan fou- 
▼ent par lés fujets les moins en étai de les rem-* 
plir. Par un autre ufa^e non moins pernicieux ». 
la nailTance où le créait procuroient des Régi- 
mens à des )eunes ^ns imberbes qui n'avoient 
fait aucun apprenfiuàge* U fut arrêté qu'on ne 
pourrait être Colonel qu'après fept ans de fer- 
TÎcc. ( * ) Le Marquis d'Autichampfervit d'exem- 
ple. En vain le Maréchal de Bj^egtio , Ton pa- 
rent > youloit le faire fouftraire au règlement ; 
il ne put y réuffir. 

Le luxe, toujours réprimé & toujours renaîf^ 

^ &nt dans les camps > fuite de ce caraâere de 

générofité de gaieté 9 qui anime la nation fran- 

^oi(è & la porte â la prodigalité , étoit monté à un 



(*) Par ce règlement du 19 Mars 17 5S , il falloic 
que le milicaire qui afpiroic au grade de Colonel ^ 
eût été au moins cinq ans Capitaine , & Ton ne 
pouvoit être reçu Capitaine fans avoir été au moins 
deux ans £nfeigne , Cornette ou Lieutenant. 



(7l 

excès îafbtttenable pour elle 8c embarraflant pour 
les armées. Le Maréchal fit une loi (bmptualre ^ ij6u 
ocdonoant la réduâion des équipages & de la n^^^ 
table des officiers pendant la guerre dans les cam- j^rm^ 
pagnes ^ fc les militaires n'eurent plus le prétexte 
de fe plaindre qu'ils Ce ruinoient au (ërvice. 
L*année fiiiyante il y eut une féconde loi plus | Juin 
firiâe & plus détaillée » qui défendit d*ufer de 1758, 
plats & d'affiettes d'argent. Il en fit rendre pa- 
reillement une à M. Berruyer dans fon départe- 
ment de la marine pour la table des Capitaines 
des yailTeaux 3c a^utres Officiers de la marine du 
Roi 9 mais qui n*eut aucune exécution par Tin* 
di/cîpline ordinaire de ces Meffieurs. 

Le jeu , fruit de Toifireté des camps , étant une 
fource continuelle de querelles & de perdition 
pour le militaire , afin de refroidir la cnpidité de 
ceux trop malheureufement tovrmentés de cette 
paffion 9 & (ûrtout de mettre en défaut l'aÂivité 
ittduftrieuCè des fripons qu'elle engendre» M. de 
Belle-ifle engagea le Tribunal des Maréeb4lxde 
France à rendre une Ordonnance , par laquelle ^ j^i^; 
il fut arrêté, qu'on ne pourroit plus fe pourvoir j^q. 
à leuff tribunal pour dettes du jeu au - defliis de * 
1000. livres. Défendu à tous gentilshommes & 
militaires , fous peine de prifon « de jouer fur 
leur parole an-deflus de cette fomme , 6c or- 
donné à ceux qui auroient plufieurs demandes à 
former par-devant eux , de les énoncer toutes 
dans la même requête , avec la cauCè des billets 
d'honneur & des engagemens dont on exigeront 
Texécution. 

En rappellant Tofficier à la fimplicSté des peu- 
ples conquérans , le Maréchal ne manqua pas de 
chercher à Tempécher de rougir de fon uni- 
forme, U en affigna même un décidé aux Offir 



(8) 

ciets généraux, & tous furent obligés de le porter 
xy6i. comme leur plus belle décoration. Du reâe , la 
paye & la fubfidance du foldat furent augmen-^ 
tées,l'appoîntement du (upérieur reçut des ac^ 
croiflemens à mefure qu'il acquéroit un grade ; 
21 & il inûitua l'Ordre du mérite militaire en fa- 
JniHet yeur des Officiers des troupes du Roi qui , nés 
i^yp* en pays protefiant, ne peuvent être admis dans 
Tordre de Saint-Louis i cau(è de leur religion. 
Le Prince de NaiTau-Saarbruck & le Baron de 
Wurm(èr y furent les premiers reçus , Tun Grand- 
Croix & l'autre Commandeur. 
. Enfin on doit à re Minière à peu près tous 
les changemens opérés dans radminiUratîon de 
la guerre depuis la retraite du Comte d'Argen- 
fon , auxquels il contribua par in£nuation avant 
. '2^ ^y ti'^'^^^11^^ direâement. On lui doit entr'au- 
Yéyt ^^^^ l'Ordonnance portant qu'à l'avenir chaque 
j^. Bataillon d'Infanterie aura une pièce de canon 
^^' à la Suédoife , avec un Sergent Se trois Soldats 
pour la manceuvrer. 

' On a vu par Tanecdote du Marquis d*Auti- 
champ > que le Maréchal de Belle-ifle ne man- 
.quoit pas de fermeté. M. le Comte -de Lenon^ 
court 9 Colonel du Régiment de fon nom 9 ayant 
quitté Tarmée (ans congé 6c s'étant rendu à 
Paris,. il lui écrivit que le Roi avoit nommé à 
fon emploi. Les Confeils de guerre tenus contre 
les Volontaires Liégeois Se le Régiment de Pié- 
mont firent honneur à fa févérité inflexible. Les 
Officiers des premiers furent cafTés. Ils avoient 
arrêté entre eux de ne plus rendre leurs devoirs 
à M. de Melfort , leur Colonel, qui vouloit in- 
troduire dans fon Régiment la nouvelle difci- 
pline , à Tindar de celle des troupes Pru(Iiennes« 
Un fejul avoit refufé de fe conformer à cette 



( p.) 

réfolutlon ; lis Tavoient Infulté , Sc^ffemhléspzt 
Ordre du Générai pourlui faire des réparations t 176 1« 
-plufieurs coups de fufil partis à rinflant contre 
cette malbeureure viâîme de Tefprit de corps 
avoient provoqué une information Gxt ce meur" 
tre. Les auteurs en étant reÛés inconnus , IV 
fallut au dé&ut de juflice particulière eu faire 
une générale. 

La conduite des Officiers du Régiment die Fié^ 
mont avoit été plus atroce encore. Un fils du 
fameux Armateur de MarfèiUe , connu fous le 
nom àe Roux de CorCe , étoît dans ce corps* 
Comme il étoit fort riche > il prétoit fouvent de 
Targent à Tes camarades. On abufa de (à faci- 
lité ; on ne le lui rendoit point , & Ton extgçoie 
qu'il continuât toujours les mêmes fèrvices. Sa 
patience Ce lafTa : une nuit il fut trouvé afTaf* 
fine dans fa tente. Il n'y eut pas lieu de doutet 
que ce ne f jk le fruit d'un complot abominable* 
Trois Capitaines furent condamnés à être roués 
par contumace & quarante - cinq autres a étref 
cafles , dégradés d*armes & de noblelTe» miscA 
prifen , &c. M. le Marquis d'Efparbès , Colonel y 
avoit été condamné a vingt ans 5c un jour de 
prifon par la (êntence. Sa femme, étant de la couf 
de Madame de Pompadour , obtint grâce pour 
fon mari , qui conferva le grade de Colonel en 
chef, mais fans la nomination aux emplois 9 
qu*eut M. de Surlaville, nommé Colonel en fé- 
cond du Régiment. La faveur éludoit ainfi fou- 
vent le zèle patriotique du Maréchal , qui étant 
homme y avoit des paillons. L'ambition étoit fa 
plus forte , & te defir de refier à la tête des 
affaires Tobligeoit d'acquiefcer fbuvent aux vo-^ 
lomés , aux lajuflices & aux caprices de la fa- 
vorite» 

As 



(lO) 

Une anecdote honteufe pour le Maréchal 9 
17^1. mais que rimpartîalité de Thifloire nous force 
de ne pas omettre, fe trouve conlîgnée dans 
réloge hiflorique de M, de Valliere , prononcé 
publiquement à l'Académie des Sciences par 
M. de Fouchy , fon Secrétaire* ( *) Ce Minif- 
tre , foit defir d'innover, foit qu'il crût la chofe 
plus utile dans la circenHance ^ (bit intrigue de 
cour , 8c pour Satisfaire à quelque paffion parti* 
culiere , eut envie de féparer rartiUerie du gé- 
nie ; réunion qu'avoit opérée le Conue d'Ar- 
genfbn pour le bien du lèrvice qui Texigeoit* 
Quand il eut mis Con plan (bus les yeux de 
Louis XV » (è doutant que M. de Valliere, aux 
lumières duquel le Koi avoit grande confiance 9 
ieroit çonfulté, il prévint cet officier-général « 
êc lui promit de lui faire avoir (iir le champ 
cordon rouge 8c peu après la grand' croix , s'il 
' vouloit le ^conder dans (on projet 8c donner 
un avis conforme ,au jîen. Ce grand artilleur 
refia inflexible , 8c répondit que & façon de pen- 
_ . fer étant diamétralement oppofee à celle du Mi- 
S ^^ niâre^ il ne pourroit la diffimuler fi S. M^luî 
W®' faifoit l'honneur de l'interroger. La dé(ttnionne 
$'efFeâua pas moins. 

En 17 SS * ^or(qtt'on agita fi Ton ferôît la 
guerre , ou fi Ton confèrveroit là paix , M« de 
Ëelle-iàe fut du dernier avis. Il parut étonnant 

f|U*un homme qui avoit refpiré les combats toute 
a vie , qui avoit gratuitement mêlé la France 
daiis «ne querelle , où certes elle n'avoit pa$ 
fimbraiTé le parti le plus jufie ni le plus noble ; 

(*) Cet Eloge a éiélu à la rentrée de Pâques, 
le 17 Avril 1779. 



% 



lo'rfqu'îl s*agî{Io!t de repouffer les l'nfultes d'un ^ u 
-violent & perfide agreflèur » itontrât une telle 1761. 
modération» C'efi qu'il fe fentoit alors déformais 
trop vieux pour commander les armées , & qu'il 
ne vouloit pas que d'autres acquirent une gloire 
qu'il ne pouvoit partager. Devenu Minière > il 
changea de lang^age : il en fut bien puni par la 
perte de ce qu'il avoit de plus cher. Le Comte 
de Gifors , Ton fils unique , jeune guerrier de 
la plus grande efpérance, ayant trop peu vécu pour 
s'illuârer^ mais aflez pour Ce faire connoitre Bc 
regretter, fut blelTé grièvement à la bataille de 1» Juin 
Crevelt 9 en combattant à la tête des carabiniers i^rg, 
qu'il commandoit» L'éducation mâle 5c auftere 
que lui avoit donné Ton père , avoit eu un hen« 
reux fiiccès & en fai(bit un jeune Seignenr ae* 
compli» Il fut pleuré des ennemis même 9 & le 
Prince héréditaire de Brunswick qui l'avoit fait 
prisonnier , ne le quitta point qu'il n'eut exhalé 
le dernier foupir. 

L'ambition du Maréchal qui lui rendoit ce 
coup plus fenfîble » en fut aufii le remède» Le 
tumulte des affaires fit diverfion à (a douleur « 
& ceux qui ne le voyoient pas dans (on intérieur 
le jugèrent impaflible. 

La fin de ùl carrière fut troublée par pne autre i^ro, 
amertume. Les Lettres qu'il avoit écrites au Ma- 
réchal de Contades furent enlevées par les enne- 
mis» Le Prince Ferdinand, en les rendant publi- 
ques , ufà des droits de la guerre pour dévoiler 
les plans du Maréchal , augmenter , s'il étoit pot 
fible> la haine des ennemis de la France , lui alié-> 
ner les puiflTances neutres, & accrokrela jalou^ 
fie & la méfintelligence entre les généraux» Dans 
ces lettres^ infiruit p^r fa propre expérience q^^ 
les François ne pouypîeQt g^ix^et long-temi les 

A 6 



(IZ) 

conquêtes que leur impétuoiîté leur faiu>ît fdre> 
176 !• pQur retirer du moins quelque fruit en empe* 
chant les ennemis de s'y établir, il ordonnoic de 
piller j de (àccager , de dévaûer , de brûler tout. 
Cette manière de faire la guerre > fi oppofée à la 
loyauté , à la. génér ofité de la nation , parut 
odieufe, abominable; elle rappelloit le (buvenlr 
âe rhorrible guerre du Palatinat» Le Miniflre 
Palatin fr la cour de Cologne piqués de plufîeurs 
sraits offènlàns qu'ils trouvèrent dans la corres- 
pondance interceptée, (ë plaignirent de la façon 
dont on s'exprxmoit (ur leur compte & de ce 
qu'on les (bupçonnoit de favorifer les Alliés. En* 
fin plufieurs chefs de Tarmée françoife peints 
avec àe% couleurs défavantageufes , déjà peu par- 
tKàas du Maréchal y lui vouèrent intérieurement 
une haine fourbe. Ils n'en contribuèrent que 
mieux à traverfèr (es opérations & lui impute-» 
rent ensuite leuis fautes ou les erreurs du Gé- 
néral* 

Avide de tous les genres de gloire , le Maré- 
chal voulut être auffi de T Académie françoi(e, 
comme s'il (ùfHfoit de s'y afleoir pour participer 
à l'immortalité > devife de la compagnie \ il 
n*avoit aucun titre d'admifCon ; (on fiyie , ainfi 
j[tte (bn langage» étoit (ec & négligé y & il n'eut 
jamais aflèz Tenthoufianne des lettres pourpre* 
léger ceux qui les cultivent. 

Entré au minifiere dans un tems où la discorde 
régnoit encore, quoique plus lourdement, dans 
regHfè , Il eut l'art de Ce ménager entre les deux 
parus j & de (è mêler le moins poffible de leuf s 
querelles. La politique Tattachoit aux Jéfuites -; 
il leur avoit confié la première éducation de 
ibn fils, ft tous les ans ilfè mettoit en retraite 
au noyiclatft Mais nereu du pece Fouquet » uo 



des omemeiîs de la Congrégation ié l'Oratoire , 

il penchoit fecretement pour les Janfênifles « & 1761* 

faifoit beaucoup plus de cas de ceux-cû 

Tel fut ce perCbnnage û envié & û heureux 
du côté des jouifTances de l'ambition , mais le 
plus malheureux des hommes du coté de la na- 
ture , puifqu'après avoir été à la fois époux, 
frere^ père , il Ce trouva feul de fà maifon & 
la vit s'enlèvelir avec lui toute entière dans le 
tombeau. Il eut en y entrant un dernier cha- t6 
grin , celui de (êntir Ces yeux afFoiblis , ofiuf- Janv. 
qués de la gloire naiflante de Thomme qu'il dé- i^diy 
tefioit leplus. 

Cet homme étoit le Duc de Choifeul » qui , 
Mini (Ire des affaires étrangères , perfuada que 
pour donner plus de poids à Tes négociations 9 il 
failoit encore le faire Mim'ilre de la guerre. Il 
avoit déjà fubjugué la Favorite & ne tarda pas 
à s'aflervir le Souverain. Il entra d'abord dans 
les vues , d'autant mieux que nous avons dé'yL 
obfèrvé que l'intrigue , plus que les opérations 
militaires , étoit (on élément. 

Il ne pouvait guère trouver de cîrconftances 
plus avantageufes, Georges II venoit de mourir : ^f 
k Prince de Galles, fon petit-fils , monté fur le OftoK 
trône, étoit un jeune Prince doux & tranquille. 17^* 
Le Lord Bute , fon favori , & celui de (à mère , 
entré au Confeil , ainfî que fes créatures , devoit 
non-feulement défapprouver la guerre d'AUemar 
gne , mais incliner à une paix même non proporr 
tionnée aux fuccès de l'Angleterre , plutôt que de 
fe charger des foins & de la conduite d'une 
guerre embarraflànte. Enfin Ton voit prefque 
toujours le règne (uivant contrarier le fyflcme A 
les mesures du règne précédent. Il fut donc ai(2 
de préfumer que des ouvertures de réconciliatioji 



(14) 

de la part de la France (êroient écoutées ; & après 
1761. avoîrréglé tout ce qui concemoît les préliminaires 
& les accefibires d'une pareille démarche j on 
S M * ^'^^^y^ ^ Londres M» de Bufly , celi^i qui y aveit 
J^ déjà négocié en 17^5, & qui, étant contrefait» 
' ^* a^oit acquis depuis le (iimom de BuiTy-Ragotin 9 
pour le diâinfuer de Bufly de Hnde > appelle 
Bufly-Batiii , a cau(ê de Textréme opulence dont 
il étoît » fur lequel nous aurons occafîon de reve- 
nir / 8c du fameux BufTy-Rabutin , cet aimable 
court! (an de la cour de Louis XIV , dont le nom 
fera plus immortet que celui des deux autres» 

L'objet du Duc de Choi(èul « qui commençoit 
déjà à jouer les Anglois , étoit moins de faire en 
ce moment me paix , à coup sûr très-humiliante » 
fue de gagner du tems pour laiflèr éclore une 
autre néj^ociation qu^il méditoit » qu'il dîgéroit 
dans le mence , & fur laquelle il fondoit les plus 

fraudes efpérances» Il youloit d'ailleurs (t mettre 
ien au fait de VeCptit de la nouvelle cour , & il 
avott choifi l'elpion le plus propre à ce rôle^ Les 
vieux courti&ns n'en furent pas dupes ; ils fè plai - 
gnirent qu'on admit un perfbnnage artificieux & 
tracaffier , dont on avoit été très-mécontent fous 
le feu Roi , (ùr-tout qu'on lui permît de venir s'é- 
tablir à Londres dans le tems des éleôions parle- 
mentaires* Ces déclamateurs conviennent ne pou- 
voir énoncer quel mal il réfulta précifément de la 
présence d^un négociateur aufli dangereux ; mais 
ils ne doutent pas qu'il ne fftt l'inftigateur fècret 
<les mouv^nouens des Torys. Dès-lors, Aiivant 
«ux » ou ^ décmfbautement les hommes & les 
«leftires auxquels l'Angleterre devoît fes fiiccès 
les plus iignalés» Dès-lors il (t forma des partis 
«n faveur des propositions die la cour de Verfail- 
it» 9 & celui de ntt décHna vifiblement à celle 






(M) 

de S. James , à proportion de (a fermeté Scie &* 



franchifé dans le cours de la négociation. 1761m 

M. de Bufly ayant infidieu(èment mflé des ob- 
jets étrangers concernant les points de conteôa- 
don avec VECp^tpue, ainfi que les demandes de 
flmpératrice-Reme contre le Roi de Pruile, Pîtt 
rejetta ces propositions arec hauteur > prétendant • 
que la France n'avoît , en aucun tems , le droit 
de ft aieler de pareilles diiputes arec S. M. Catho- 
Kque , & que c'étoit un attentat à l'honneur de 
la Grande- Bmagne de préfiraicr qu'elle pût man- 
quer de €délttë aux etijgstgemens envers les al- 
ités > & abandonner les intérêts de Frédéric. 11 
entrevit dès-lors qu'on ne cherchoît qu'à l'attiu- 
fer pour donner le tems à l'Efpagne de fe Her 
avec la France, & de fe déclarer, H voulut dé- 
flua^uef la première puiffance; il dépécha un 
eourier au Lord Briilol , Miniftre d'Angleterre â 
Madrid > afin qu'il remontrât énergiquement i 
ectte cour la fiirprîfe de fon maître , & fon indi- 
gnation qu'un eiprit humilié osât s'entremettre 
auprès de S. M. Britannique pour une couronne 
aâuellemem en amitié avec eÙe. Il la £t fommer 
de s'expliquer cathégorîquement , fi elle enten- 
doit ceflèr ou confeirver la neutralité. Il ra[^ella 
de Pans M. de Stanley t J}» y négocîoit avec 
parité du être de M, de Bufly , auquel on délivra 
des p^fTe-iports ppur Ce rendre dans (k patrie ; & il 
prit des oiefures afin de continuer la guerre avec 
vigueur. 

liC fameux Traité du Paâe de famille ," négocié 1 Jf 
fi fecrétement , qu'il n'en tranfpira rien qu'aprèi Août 
ÛL fignature, ne tarda pas d'éclater. Il contenoit 
vîngt-hutt articles. Le Roî de France & le Roî 
fEÏpagae y fHpuloient , tant pour eux que pour le 
Roî des Deux Siciles 0c finfant Dvç de Fanaob 



Hs j écabliilbîent entre eux une adlîance perpe« 
1761» tueÛe, convenant de regarder à Tavenir comme 
ennemie toute puiflance eonemie de l'un d'eux , 
& (e sarantiflant réciproquement toutes leuci 
poflèmons t dans quelques parties du monde, 
qu'elles (oient > fuivant Tétat où elles feront au 
moment ou les trois Couronnes & le Duc de Parme 
(à trouveront en paix avec les autres puiflknces , 
s*obligeant de (è fournir les (êcours nécelTaires» 
de ^re la guerre conjointement , & de ne pas 
faire de paix féparée l'une de l'autre. Ce traité 
portoit encore fuppreflîon du droit d'aubaine , ea 
France, en faveur des (ùjets des Rois d'Efpagne 
&de Sicile j & convention exprefTe que les fu- 
jets des trois couronnes jouiront , dans leurs états* 
réciproques , des mêmes droits » privilèges & 
exemptions que les nationaux , par rapport à la 
navigation & au commerce , (ans que les autres 
puii&nces de l'Europe puilTent être admifès à 
cette alliance de famille » ni prétendre , pour leurs 
(ujetsy le même traitement dans les royaumes de& 
trois couronnes. . 

. C*étoît là ce chef-d'œuvre dont s'applaudii^ 
foit le Duc de Choifeul , non qu'il eût lieu d'e(^ 
pérer de grands fuccès d'une pareille alliance > 
mais dans la confiance de (è procurer une paix 
moins honteufè. Il avoit un autre objet en vue, 
qui devoit caufer une diverfion , & , en multi- 
pliant les forces des ennemis de l'Angleterre , aÇ» 
foiblir & divifer les fîennes. C'étoit d'obliger le 
Portugal à (è déclarer : fîon pouvoit le détacher 
de Ton alliée naturelle , on enlevoit à celle-ci 
une fource ccmfidérable de ùl richeifé : s'il per- 
fiiloit à refier uni avec elle, on comptoit s'em- 
parer facilement d'un royaume ouvert de toutes 
parts* Le Minifirecoatmen^a par recueillir j, pouv 



07) 
fou propre compte , les récompetifes les plas flat- — jl— w 

teu(ês de £bn traTaiU Outre les affaires étrangères i75i» 
& la guerre 9 deux dépàrtemens dont II étoit 1 1 
déjà oiargé » on lui donna encore celui de la Oâob« 
marine. 

Il étoit quefUon de la- remonter ; & l'on Ce 
débarraflfa de M*Berryer, qui y étoit reilé, en lui 
accordant les fçeaux , que le Roi avoit gardés 
depuis la di(grace de M. de Machault. Cepen- 
dant le, Duc eut la modération de Ce défaire 
d'une partie du premier Minifiere en fàyeurdu 
Comte de Choifeul, depuis peu Minière d'Etat ^ 
& ci-devant AmbaiTadeur à Vienne* Ainfi ce 
département ne (brtoit pas de ia famille. 11 (avott 
d'ailleurs la £bumiffion que Con coufin caco^ 
chyme , fosble 8c pareflêux » auroit à Ces volontés ; 
&, pour plus de sûreté, il s'enréferva la partie 
la plus eifencielle en ce moment, concernant la 
correspondance de l'Efpagne & du Poitugal. 
. S. M. Catholique Ce hâta de lui témoigner 
auffi fa (atisfaâion perfonnelle, en lui envoyant la 
toifon d'or. M. le Dauphin remplit la cérémo- i^px. 
nie d'en revêtir ce Seigneur* Peu après, il fut 18 Jao. 
encore reçu , par le Roi « Colonel-général des 
Suifles & Grifbns, charge qu'il obtint de S. M. ^ 
fiir la détniffion du Comte d'Eu^ qui en étoit 
revêtu. 

A peine le Duc de Choifeul eut-il été pourvu 
du département de la marine , qu'il s'en occupa 
beaucoup > & parut s'efforcer d'y ramener la vie 
& le mouvement. Il étoit queflion d'en impoftr 
à rEfpagne par des efforts puiflans pour la réta-^ 
blir. La province de Languedoc > qui avoit déjà 
marqué Ton zèle au Roi en 1744, en lui offrant 
le régiment de Septimanie qu'elle entretient à 
fes frais » donna un autre exemple patriotique» 



plus &ÎT1 ^ue le premier. Les Etats > aflèmblés 
1762. à MompelHer, par une dfllbération unanime» 
t6 arrêtèrent i*oSik à S. M. un vaiilèau de 74 pièces 
Nûv« de canoiu Cet exemple fiit auffi-tit un iignal aux 
iTtfi* plus riches particuliers de Paris & à tous les 
corps de l'Etat de Tlmiter. Les fieurs de Mont- 
anitel & de la Borde , banquiers de la cour ; de 
Pange & defiouUongne> tréforiers de Textraor- 
dinaîre des guerres ; Michel & le Maître > tréfo- 
riets de rartillerie ; Marquet $C' de Bourgade , 
entrepreneurs des vibres de l'arihée , fe réunirent 
& donnèrent leur foumîffion pour un vaiïïeau de 
80 canons* Les compagnies des receveurs gé- 
nënn» des £nances, des fermiers généraux , des 
payeurs des rentes ; les fix corps des marchands 
de la ville de Park > la ville de Paris eUenoiéme > 
ks Etats de Bourgogne > les Adminiflrateurs des 
foûes de France , la Chambre du commerce de 
Mar&IUe , les Etats de Bcietagne , tous ces-corps 
s'eagageoentdc faire condruitt chacun un vail^ 
ikan de. ligne -plus ou moins fort » (èlon leurs fa- 
cultés* Le Msiuftre^ en donnant cette impulfîon 
générale à un zèle auffi efficace, annon^oit les 
seflburces du royaume. Mais ces leffources ne 
pouvolent réparer Cvx le champ ly vaiflèaux de 
Hgne & j6 frégates que lui coutoît cette guerre. 
(*) Elles ne pouvoient (uppléer au vuide qu'y 
biffoient plus de zf mille matelots prifonniers en 
Angleterre , undis que Ton n*en avoit pas plus 



(*} 18 vaifTeaux de ligne & 37 frégates pris, 
14 vaiflèaux de ligne. & ij frégates dé- 
truits. 
5 vaifTcaux de ligne & 8 frégates perdus par 
accident. 



^9) 

de éamé têtis i, oflfnr en ichsmgeê Cnfin -elles 
ne panToiçnt lui donner <le6 ofictefs 9c des gé- ip6At 
néraux , dont les meilleurs étoient mortç en com- 
battsnc « >&: dont il ne reûoit plus ^ne ceux aytlis 
par des dictes ho«iett(ès» H s'en trouva cepen- 
dant tm^qv! enécata im coup hardi , capable d^tnC* 
ptrer une coniance naoflEientaftée â l'S^agne. 
Le Chevalier de Ternay , Capitaine de vaifleau 9 
avec une- eftadre de deux (êulement 8c de deux 
frégates <'^) , arrive à la -baye des taureaux, dans 
rifle de Terre-neuve , y ^obarque lyoo hommes 24 Juin 
iôos ies ordres du Comte d'Haidronviile , qui 
s Vmpaie de la place de Saint- Jean , dePlaHânce 
k de toute rifie^ mais ce lie*&i( qu^un éckir de 
fiiccès : avant trois «ois , les Asiglots teprirenc 
celte conquête» pç - 

AulB l'EKpagne , qui conMnencek la pierre i»5^P« 
avec une marine tovteiraiche, ScafTecnombreulê 
pour , avec les reftes de celle de France > pouvoir 
tenir tête à la marine d*Angtetefre,ne tarda pas 
â s'apperccTcir de la faute qu*clle avoît £itte 
d'avoir attendu û tard , & de fon école encore 
pitfs grande d*y entrer. En ntoins d'un an , elle 
jperdit douze vaiiTeai^x de lij^e> Tifle de Cuba ,' 
Manille ^ plus de cent misons ^ A ne put même 
obtenir le dédommagement dont elle s*étoit flat- 
tée , en en vahiiïant un voifin que ût foibleilê feule 
avott rendu coupable. C'étoit l'hiflotre du loupt 
& dâ l'agneau^ Le Portugal foutenu par l'An- 
gleterre , de fbn tyran devenue fon défenfeur, 
après avoir cédé aux premières entrepriiès de 



(♦*) Le Ro^^u^e de 74 canons , VEveiilé de 64, 
la Garonne de 44 & la licorne de 30% 



I 




(xo5 

■EfysLgne j arrête l'armée de celle-ci , qui ne peut 
parrenir à la fiibjuguer, malgré le concours de 
ion alliée* 

Cet eflai n'étant pas de bon augure , on en re^ 
Tint aux conférences pour la paix. Le redoutable 
adyerfaîre de la France n'étoit plus heureufement 
à la tête du miniâere de S. M. Britannique* 
M.Pitt 9 s*appercevant de Tinfluence qu*avoîent , 
auprès des favoris du nouveau Roi » les in- 
trigues artificieufes du Duc de Choifeul , s'en- 
tendant répéter continuellement cette phrafè , 
avec laquelle on calmoit les inquiétudes des Pa- 
rifiens, mais ridicule & incroyable â Londres^ 
fue Les jinglois fi ptrdoient par leurs propres 
fucces > réfolut de tenter tm dernier effort. Il dé- 
clara > dans le confèil de S« James , qu'il étoit 
tems d*humilier toute la mai£bn de Bourbon; que» 
fi on laifToît paiTer cette occafion, on ne la re- 
trouveront point , & que > fi (bn avis ne Tempor- 
toit cette fois > il n*y reparoitroit plus. Il remer**-: 
cia les Minifires du feu Roi de leur appui ; il dit 
qu'il avoit été appelle à radminiftration par le 
peuple > auquel il le regardoit comme comptable 
de (a conduite , & qu'il ne pouvoit plus répondre 
des mefures qui ne (èroient pas conduites avec 
l'unanimité » la célérité , & (ur - tout le fecret 
qu'elles exigeroient* Ces paroles prophétiques 
n'ayant opéré aucun retour du Roi vers lui , il fe 
démit. 

Dès-lors les difficultés pour la paix furent 
bientôt applanies. Les nouveaux Miniflres la 
defiroient prefque autant que la France* Une 
anecdote finguliere le prouve : c*efl que le Comte 
deViry ,rAmbafladeurdeS* M.' Sarde à Londres^ 
l'agent des négociations fous la médiation du Roi 
fon maître^ fe trouve rangé, à cette époque» 



jwmi les penCoimaîres de VétahUBèmeat de l'Ir- =— « 
«nde , ayec une très-fo«e annuité ( • ). ^ÏTT 

POW-par lefs ne durèrent pas deux mois ; on oublia STo^lJ 
qneU gtierre aâueUe n'étoit née que pour a'a- 
;oa pas allez bien digéré le traité pfécédent, 

5 ^ »^°« >fl* ^« points indécis , d'autreî 
ÏÏ"£^? /Stl-on y apporta, de part& d'antre. 

ÏÏ^S^'**!'*?.^^"^.*'" Paticuliers n'auroîent 
^ nufc dans k difcuffion de quelque convention 
«apeuqpMeufe. Eh ! combien ne devoit pas l'être 

Sf^n ?"?3 9'i^^ï^l' <?«. Louis XV, confer! 
WM encore l'ombre de 6 grandeur, vit fon en- 
«MU ligner les articles dans fon palais. Ce fiit â 
jomainebleau que le Duc de Praflin, Miniflre J Nor; 
*«Ro, ; le Marquis de Grimaldi , Ambafladeur 

&"/'• * *^?ïï^ deBedfort, Ambaffadeur 
^tentiaire du Roi d'Angleterre, fe réuni- 
^,POM ce grand ob)et. L'arrangement fut dé- 
^commnn avec le Portugal , obl/gé de fe con- 

^ ÏÏ r°? ^""^ ^"» ^~«nt 1" grandes Puif- 

6 ««s l'Angleterre négligea tellement de 

ïft.*? '"^'^« «ï" Roi dIPruflê, que les 
«•«ua^sde ce Prince proteôerent, à Lt^dres^ 

& r'^?"'" du traité, en tout ce qui regar- - 
««t le Ro, leur maître. Cela n'eut pas de fuite 
«pendant , & la paix d'Allemagne tarda peu à fe 
Wndure après celle-là. 

Quelque dur & humiliant que Wt le traité de 
ga pour la France, il ne l'étoit pas en propor- 
^ de fes revers & de & foiblelfe. te parti de 
«ajMnomc, en Angleterre , le fentitj&ia conf- 
' ™^on regn* parmi le peuple à fa publication, 

. (*) Ce fait fe trooYC confîgné dans Phi/toire de 
^*Wm d€ 17 s^ ^ écrite co Anglais. 



«a-s=5 comme s'il eftt re^u la loi ^ Ott pltftâi îL^fè littat 
i^dx* aux plus yîolsfis murmures» Ceft ce %ii» ccmâ>- 
loJc le Duo de CboiftidvIJivoyek déjà» èansce 
mécootentemenc , le germe des révewtieas qu'iè 
le promît bien de fomemer : ft ne douesb pas^de 
re^a^ner y par Tintr^ue > ce que le Çott des armes 
faifoit perdre à la Frafice» Se» facrificet étokm 
imaiaifès y autant que douloureux.* cHe sesioa|Dft 
au point d'boimeur qui lui eoAttost le plus v à la 
reftitudoft de tes yatifeaitx pris confie le droit 
des gens , en pleine paix^ Se le fiijet imnédiaEt 
de la guerre* Elle renonçoit à (es prétenttonc 
fiif l'Acadic ; elleeédolt^ en toute propriété» an 
Roi d'Angleterre le Canada, l'ifle du Cap^ftietonj 
& toutes les ifles du golfe â( fleuve Saint*Lao- 
rent; eUe conlèntpît a ne jouir plus delà pèche 
de la morue que précairement , & comme ibus. le 
bon plaifir de S. M. Britannique > çui lui cédoit, 
pour (Scher le poiflbn^ les deux petites tfles de 
Saint-Pierre ft Miqudon, mais é>us la fltpida« 
tion de n'y point établir des forttf cations^ ft de 
n'y aTok qu*une |ardelintttée i cinquante hom» 
mes ; elle (e latflS^it relTerret ju^ques dans les pc)£l 
fefltons qni n*avoîent pas été émanées ; fit une 
ligne tirée au milieu du fleuTe de Miffi^i àaaa 
toute ÙL longueur , deroit Csvnt de bocne à la 
Loui£ane« L Angletetre ftiCoit aux AntHles , à 
regard des ifles neutres y le partage d» Icon* De 

Quatre elle eh gardoit trois, ft ne fe défiftoit de 
ainte^Lueie qu'afin qu'elle Cert'k de tombeau» 
par (on air peffîftsé, aux hibitanr qu'oit y esiyerf- . 
roit» Eu Afrique , elle fe réftrrois ^demeot la 
pçfiiai la plus avantageai dons leSoiégai , & 
donnait i la.Erance> dans L'ifle de Gorée> la. 
partie la plus ingrate U la pkis meurtrière. Elle 
f€ndoit9 àlaçAtedtCoromaiidel^d'Orîia) les 



leoinpto&s eidevé» > mais dans Vétstî où ik étôteiKt 
c*eft>i-clire démantelas, d^alléi & abandonnés» i^^âu 
Enfin la ville & le port de Dunkeique deroient 
£ire remis dans Tétat où ils étoient ayant, fixé 
par le traité d*Aix-la-Chapette & de» GommiC- 
iàires de S. M* BritanniqiM refier indéfiniment 
fiir^ les lieux pour veilla à renEcution de cet 
article , leiquek Commiilaires Âroitnt payés 
par la France* L'Etpagne » pour s*étre métée un 
infiant dans la querelle, futobUgée de cédera 
l'Angleterre la Fl<Hride & la Baye de Penracola ^ 
de lui permettre la coupe du bots de Campeche 
dans la baye d'Honduras Se àe Ce défifier de 
fis prétentions à la pèche de Terre-newFe» 

Ce fèroit ici le lieu d'examiner fi à taat de 
daulès irritantes en étoit ajoutée une (êcrete , in- 
finiment plus utile Se plus slocteuA pour la Grande 
Bretagne , par laquelle le petit nombre devaiC^ 
lèaux , ^'eUe daignoit fimffirir à la France, auroit 
été fixé* Lebrutt s'en eft accrédité pendant Itang^ 
tems » ft un écfiTainC^ ) ignorant , s^aaM)nçant 
HBBpudemmeirt depuis peu pour l'organe dugou* 
.f emeflient Se le yengeurde ht nation y a o£ë avan- 
cer eette ^fortion comme un fakpofittf&indu^ 
fcitable ; Hââtt il s'efl trouvé -contredit fur le 
cham^ par|ef .réclaii»ttons du Duc de Niyer-* 
nois , enr^fi à LooÉl^e^Mînifire Plénipoten-» 
tiaire de la IPranof pâur cette paix , Se par les 
Ducs de QipiAnit :j&^é ftaflîit ^ Mini Ares alors 
.:4c fowB la direâicnap^tels die fis nétdctott « 
' enfin par un arrêt dis eônfinl 9 ('^'^}qiali£antfi>tt 

{*) Le Sx. Caron de Beaumarchais « aucera^d^ane 
broebare imituiée : Ohfiroâmnf fur h Mêmér& 
pjU/kanftk Imcrnat is Lomânsi &é, 
^J!!?}Eiydat<tdui»Di s €Îtt te v^jp 



(h) 

allèmoii de fauflê h ab&rde. Le Doc de PrzAln / 
1761. dans (k lettre très-nobiemeiit écrite, après avoir 
traité la brochure qui en eft l'objet avec le mé- 
pris que mérite ion amenr , déclare ne s*y arrê- 
ter que parce que le miniftere ayant toléré Tim- 
preffion &Ia publicité de ce pami^ilet, (êmble 
lui donner auprès des leâeurs un crédit qu'il ne 
pouToit ayoir par lui - même. Du refte , il fait 
une réflexion plus convaincante que tout ce qu'on 
ajouteroit en raifonnement , c'eft que depuis 
cette paix on a uns relâche travaillé au rétabliflè- 
ment de la marine ; que les Anglois le voyoient 
d'un œil inquiet & jaloux , mais n'en ont jamais 
porté de plainte , (achant bien qu'ils n'avoient 
pas le droit de s'y oppolèr. Certes , le parti de 
la minorité n'auroit pas eu tant d'humeur & cette 
fiipulation eut été inférée dans le traité. C'étoit 
la plus eflentielle , que n'auroit pas manqué 
d'exiger Pitt, en ce qu'elle eût enlevé pour 
jamais à la France la rivalité (ur la mer ; rivalité 
que t^ ou tard elle pouvoit toujours afièâer & 
reprendre* Une autre condition du traité qui 
Voffenfoit & étoit vraiement une faute capitale , 
dont le miniflere Anglois doit s'appercevoir au- 

Î'ourd'hui , c'étoit de rendre la Guadeloupe Se 
a Martinique , deux puifTantes colonies qui 9 par 
leur population , leur richeife s leur pofition fur- 
tout 9 pouvoient ranimer encore aifément le com«* 
merce des François & leur donner une conii(^ 
tance flonifante aux Antilles* Ileft coudant que 
6 S. M. Britannique en eût exigé la ceffion , on 
n'en eut pas moins fait une paix impofée par 
la néceflSté. 

Cette guerre 8c cette paix même, étoient une 
terrible j mais fàlutaire leçon pour Louis XV » 

i% €St Tiu (fl profitât U auroit compris qu'un 

- royaume ^ 



(^5 5 

royaume i quelque puIiTant qu'il Coiî , peut décli- > 
ner aifémenc êc tomber en peu d'années du faite 1762. 
de la profpérlté dans rabbaîiTement ; que les ar- 
mées les plus nombreufès , lés mieux aguerries » 
&ns difeipline & iàns fubordinatîon ne pourront 
jamais vaincre une poignée de Spartiates i que le 
commerce j aliment continuel de la richefTe de 
TEtat 9 ne peut fe foutenir (ans le concours > fans 
la proteôion continuelle de la marine royale 9 8c 
celle-ci ne fe former qu*â l'école de Tautre ; que 
les tréfbrs ne deviennent qu'une (burce de cor* 
ruption & de ruine > s'ils ne font bien adminis- 
trés ; qu'enfin point d'empire foïide , s'il n*a pour 
ba(è l'économie i point de grand Roi , s*il ne 
tient les rênes de fon Etat ; point de Monarque 
heureux , (ans Tamour de (es fujets. 

Hélas ! Louis XV (kvoit tout cela , &f n'avoît 
pas la force de mettre ces maximes en pratique* 
Le défordre où la guerre avoit jette toutes les 
parties de (bn royaume s l'effraya ; il ne chercha 
qu'à s'étourdir pour ne pas le voir & y fonger » 
& il s'affaifla de plus en plus dans l'inertie &âans 
la crapule. C'eft ce que nous allons remarquer 
durant la dernière époque de Ton règne ^ que 
nous avons affimilée à celle que les poètes fabu- 
leux nous pré(ëntent (bus Texpreffion énergique 
& trop vraie de Jucie de jeu 

Si quelque cho(è avoit pu ramener ce Prince à 
la vertu & à (es devoirs , ç'aùroient été les per<* 
tes cruelles & (ucceflîves qu'il fit; mais elles ne 
fervirent qu'à raffermir & prouver (bn împafli^ 
bilité : du moins ne lui firent-elles que des Im« 
preflions très-légères > dont il chercha foudain à 
ft diftraire , comme èt% maux de (bn Etat. 

Madame Infante » DuchefTe de Parme > venue 
à Ver(âilles pour y recevoir les careflès de fon 

Tomt iy% S 



augufle père quî Tavoît toujours beaucoup aimée,' 
17^2» fut la première qui pérît (bus Tes yeux ; la petite 
vérole remporta* Sa mort auroît d'autant mieux 
6Nov. ^" TafFeder, que cette Princeffe étoit (a confi- 
j^-p 'dente, qu'il verfbit dans (on fein les amertumes 
7^ dont fon ame étoit abreutée. Cétoit à elle qu'il 
écriyoit ; „ ils ont tant fait qu'ils m'ont forcé à 
9j renvoyer Machault,rhomme félon mon cœur. 
,> Je ne m'en con(blerai jamais. (*) „ Et cette 
phrafe (èule peindroit Louis XV quand mille 
autres traits femblables ne le feroient pas. 
t Mars La Princeffe de Condé , que (es grâces & (a 
i76o, jeunefle ; le Comte de Charolois , que la vigueur 
XX ^^ ^n tempérament &: la vie la plus aôive ne 
Juillet, purent empêcher de defcendre au tombeau , fuî- 
virent ce premier avertiflèment ; auquel fuccéda 
peu après un troifieme ^ plus éloquent* Le Duc 
de Bourgogne , fils aine de M. le Dauphin « 
ayant langui plus d'un an , (uccomba à (es fouf- 
fraiices > fans qu'aucun fecours de l'art pût l'en 
garantir. Ce ieune Prince , en jouant avec des 
2X enfans de qualité de (on âge , fit une chute « & « 
Mars dans la crainte qu'on ne punit ou réprimandât 
i/di* celui qui en étoit l'auteur , il ne voulut pas pré- 
venir de l'accident , & recela long-tems fon mal j 
il furvint une tumeur. Les médecins, en ignorant 
la caufe vériuble , l'attribuèrent à une cau(è 
étrangère : ils ordonnèrent une opération qu'il 
foutint avec une fernieté & une confiance infini* 



(*) Le Baron de Houzc , Miniftre plénipo- 
tentiaire du Roi y près les Princes & Etats dix 
Cercle de la Baffe Saxe , doit avoir lu cette phrafe 
dans la lettre originale. 



ment au-deffus de Ces forces ; 5r« par un courage e 



plus admirable encore , il perfîfia à ne vouloir 1764* 
janiaîs nommer le coupable, & à lui faire tou- 
jours le même accueil. 

Heivetius , pour expliquer la tendreile qui ne 
remonte pz$, 8c s'accrpit au contraire à'mefîire 
qu*eUe defcend , dit que les grands-peret n*ai-^ 
ment fi fort leurs petits- en&ns^ que, parce qu'ils 
voient en eux les ennemis de leurs ennenus. A(« 
fertion qui révolte, pri(ê littéralement, & paroit 
barbare ; mais , réduite 8c modifiée , ell d'un 
grand fçns, 8c vraiemem, philofophique. L'homme 
répugnaat à (à defiruâion , par un infiinâ fècret, 
efi involontairement affligé de voij^ceux qui» 
devant ]e remplacer « lui en rappellent plus im« ^ t 

médiatement le fbuvenir. Ses arriere-ne veux , au 
contraire , defiinés par la nature à jouer un jour 
le même rôle envers les premiers > le ramènent à 
ttne idée de réfignation çonfolante » par cette 
loi de la fatalité à laquelle tous les êtres font 
^umis fans exception. Ùeâ , fans doute , de cette 
manière que Louis XV , bon père naturellement » 
ft montra plus £ènfible â la mort du Duc de 
Bourgogne, qu'il ne le fut enfnite à celle de fon- 
fils unique* Heureu&ment il lui reftoit trois pe- 
tits^fils,c'efi-à-dire, dans Paccepdon de TAuteur 
du livre de l'E/prit , trois ennemis de fon ennemU 97/ot^^^^. 

Une maladie grave, Hir venue à la Marquife dc;/^ ^7i^ 
Pompadour , durant un voyage de plaifir , fait ^^^^/l/rn/Mk 
Choify /maladie qui la réduifit bientôt à un état--/^^^ 
de langueur > dont la mort ièule devoit être le 
terme , auroit été un (peâacle déchirant pour 
l'amour, & même pour la (èule amitié. Louis XV# 
9ui , dès le commencement , voulutque laFaculté 
Ae lui diffimulât rien ^ reçut , (ans émotion , le 
coup fatal qu'elle lui pronofiiqua* U fauj tout 

Bz 



t efl même tems, îi (ê condutfoit arec la 
.I7tf4« faTorlte, comme s'il eût cru le contraire; il lui 

I>rodigua non-(èulement les égards ,les attentions^ 
es amcluités les plus conlblantes pour un malade s 
mais il continua de la confiilter fut les affaires 
publiques. Les miniffares, le royaume, tout lui 
reâa (bumis , de même qu'auparayant. Elle ex- 
pira , pour ainfi parler, les rênes de TEut encore 
dans les mains. Peu d'heures avant Ton dernier 
ibuffle, le iieur Janet vint lui rendre compte, à 
fon ordinaire , du iecret de la poûe. Chaque n^a- 
tin , le Duc de Fleuri , Gentilhomme de la cham- 
bre de fervice , apportoit à S. M. le bulletin des 
médecins de Madame de Pompadour ; & > tranfl 
portée de Choi(y à Ver failles , elle eut le privilège 
réfeirvé i la (èule faniille Royale de refier malade 
& de payer le tribut à la namre dans le château » 
» d'où l'on écarte , avec tant de foin , tout ce qui 
ïjfmars p^^^ y rappeller les miferes & la fin de la vie 
humaine. 11 eâ vrai, qu'à peine fut-elle expirée^ 
on rejetta fon cadavre , renvoyé fur une civière à 
fon hôtel particulier dans la ville ; & l'on oblèrva 
Louis XV, qui de fes fenêtres la vit froidement 
pafler. Cétoit le Hgne de l'apathie la plus com- 
plette. Sans doute , tout fentiment d'amour étoit 
éteint pour elle dans le cœur du Monarque* 
Mais quel homme peut voir brifer , (ans verfer 
des larmes , une union de vingt ans? D'ailleurs > 
cette féparation le laiffoit prefque ifolé au milieu 
. de là famille « dont la Marquife travailloit à Té- 
carter de plus en plus* D^oûté de la Reine > 
redoutant l'aufiérite de fon fils 6c de Madame la 
Dauphine> il ne pouvoit pas plus s'acconmioder 
de la morale de Mefdames, & de leur vie livrée 
aux pratiques minutîeu(ès de la dévotion. Il 
9Y9it perdu le cœur de fes fujets depuis long- 



tems y mais du moins il en partageoit la haine s 



avec (k maîtreffe ; & cette haine alloît Ce réu- 17^4. 
nirfur lui (eul. Enfin Ton indolence même au- 
roit dû réveiller (on engourdiflèment, par le far- 
deau des affaires dont Madame de Pompadour 
Tavoit débarraflë, 8c luilailToit en mourant tout 
le poids. Les Minières , & fur-teut le Duc de 
Choifèul > en devenant plus defpotes , chacun 
dans leur partie « lui âterent cet embarras , le 
ftul qui p&t véritablement afFeâer Sa MajeHé. 

Du reâe » la Marquise , que tout le royaume 
déteûoît avec raifoh , méritoit vraîement la ten- 
dreffe ou Taffeâion de (on auguSe amant, C'eft 
un point dont la -ilCcufHon , (ans juflifier Ton 
înfèn/îbilité , pourroit la mx>tîver. Bien différente 
ie Madame de Mailly , Madame de Pompadpur 
n'aima jamais le Roi pour lui-même. Eblouie 
du moins de la fplendeur du trône ^ comme 1% 
DuchefTe de Château-roux ; dévorée d'une am- 
bition noble 9 elle ne chercha pa^s non plus à 
s*en approcher pour exciter le Roi à une gloire 
dont réclat pût rejaîHir fur elle , & couvrir fon 
déshonneur* Elle avoit de Tefprît , mais petit ; 
& toutes Ces paffions portaient Tempreinte de 
cette petiteffe. Elle aimoit l'argent, & n'envi- 
fagea , dans le premier rang , qu'une facilité 
plus grande d'en acquérir, & de fatisfaire (on 
attrait exceffif pour le luxe & les frivolités. 
Si elle cultiva & favorifa les arts , ce fut tou- 
jours (bus ce point de vue , & ceux unique- 
ment relatifs aux goûts de fon (exe. Elle gou-* 
▼erna , parce qu'elle avoît affaire à un Prince 
qui vouloit l'être , & fut obligée de prendre 
les rênes de TEtat , afin qu'elles ne tombafTent 
(as en d'autres mains. Le caraâere de la fa<^ 
3rorite la rendoit (Ufceptible d'être âlTervie à fon 

B3 



(50) 

a four; & ce furent fucceflivement M. ie Ma- 



I754« chault, le Cardinal de Bernis, le Maréchal de 
Belle- Ifle« le Duc de Choi(èul« quî^ en la do- 
minant , dirigèrent le Royaume. Elle étoit de 
même dans wn intérieur ; Ces gens en faifoient 
ce qu'ils vouloient. N'ayant aucune énergie, çlle 
ne pouvoît en donner à Louis XV; & c^étoit ainfi 
la maitrefTe la plus dangereufè & la plus funefle 
pour lui & pour Ton peuple. De-là découlèrent « 
avec l'anarchie , le défordre & tous les maux de 
la France. 

An furplus, veut-on avoir une idée précife 
de cette femme î Ecoutons Voltaire , qui $ en dix 
vers , en décrit à la fois & la naiflance & la vie » 
& la figure Bc VeCpriu C'efi dans la PuceUe^ 
où Ton lit le portrait fiiivant , que nous inférons 
ici avec d'autant plus d'empreflèmeht , que ce 
morceau eft rare , & (è trouve fiipprimé dans les 
dernières éditions. 

Telle plutôt cette heureufê grîfette , 
Que la 'nature , ainfî que l'art forma 
Pour le b . • • • • ou bien pour l'opéra ; 
Qu'une maman avifée & difcrete » 
Au noble lit d'un fermier éleva y 
Et que l'amour, d'une main droite. 
Sous un Monarque entre deux draps plaça > 
Sa vive allure efl un vrai port de Reine , 
Ses yeux fripons s'arment de majefté, * 
Sa voix a pris le ton de Souveraine, 
Et fur Ton rang Ton elprit s'efl monté* 

D'après fon caraâere donné , on ne (è feroît 
pas attendu que Madame de Pompadour eût vu 
approcher la mort par degrés , fans murmure & 
avec une fermeté héroïque. Le lieu où elle étoit , 
, la tournure d'efprit du Roi , exigeoient qu'elle ne 
manquât pas de remplir les derniers devoirs de 



(30 

la religion ! ce qu'elle fit (ans fafle & (ans pu- 
fiilanimité. Elle demanda pardon hautement à (à iy6^9 
maifbn & à tous les courtî(ans préfens du fcan- 
dale qu^elle leur avoit donné. Le plus fînguHer 
de la fcene , c'efi que les Prêtres n'euflent pas 
exigé d'elle > en double adultère , ce qu'ils exigent 
dans le cas de la (impie fornication ; que la con- 
cubine quitte le (éjour de (on libertinage » fit 
qu'elle fît cette réparation dans ce palais» depuis 
vingt ans le théâtre de Ton péché. Mais il eft » 
avec les ConfeiTeurs de cour , des accommode- 
mens : il fut décidé qu'elle étoit trop mal pour 
fouffirir la traoflation. Le jour même où elle at- 
tendoit (à dernière heure « le Curé de laMagde^ 
leine , paroiiTe de (on hôtel , à Paris , vint la Yoir ; 
&j comme il prenoît congé d'elle, un moment^ 
lui dit-elle « Monjîeur U Curé , nous nouf en irons 
tnfemhU. Madame duHauffet , fa première femme 
de chambre, lui ferma les yeux. Elle étoit la 
veuve d'un homme de condition ; le befoin 
Tavoit fait s'attacher à la favorite : froide , di(^ 
crête , (ans intrigue , dévote même , depuis vingt 
ans elle la fervoit , & s'cft retirée avec une fortune 
très-médiocre. De toutes les épitaphes que l'a- 
dulation ou la làtyre ont enfantées , nous ne cite- 
rons que celle-ci , courte , énergique , & d'une 
grande vérité : 

Ci gît qui fut quinze ans pucelle , 
•Vingt ans catin^ puis huit ans maquerclle ! ( * ) 



( * ) On en fît une latine , originale , & qui , 
quoique roulant fur un jeu de mots , contient une 
vérité qui la rend précieufc : 
D. D. JoANNis Poisson Epithaphium. 
Kk fifcis Regina jacet (ma Liltafuccit 
fer ntmis ; an mirumfi norihm occuhat albis l 
Ohiit die if AprUis anno 1754. 



(30 

En Jouant par degrés ces trois rAles , il n*eA 
1764* point de fortune 9 de dignités , d'honneur ^ aux- 
quels une femme nepuifle atteindre elle 8c tout 
ce qui Tentoure. Cependant on voit dans la fa- 
mille de Madame de Pompadour un phénomène 
nouveau j un PoifTon de Malvoifin en moins de 
vingt- cinq ans devenu , de tambour maréchal 
de camp , encore après avoir été retardé dans 
fa marche par le refus humiliant que fit le régi- 
ment du Roi de l'admettre dans Ton corps ("^ }. 
Du reiie9 on ne (kuroitnombrer les millions que 



( * ) M. de PoifTon de Malvoifin étoit tambour 
dans le régiment de Piémont". Quand il fçut l'élc- 
vation de fa coufine , il vint la trouver & la foU 
licita de Tavancer. Il lui déclara qu'il avoit un goûc 
décidé pour le militaire > qu'il y vouloit refter 8c 
qu'elle écoit aiTez puiflante pour l'y avancer , 
comme ailleurs. Le Duc de Bîron , alors colonel 
du régiment du. Roi , étoit un des courcifans les 
plus afiidus de cette favorite. £Ue profite de la 
circonftance & lui témoigne le defir qu'elle auroic 
de mettre fon parent dans fon corps. Il eut la 
baflefie de l'accepter , & les officiers eurent la 
courage de le refufer. Ils accueillirent gracieufe- 
ment le tambour décrafié , mais en ne lui diffimu- 
lant pas que tout bra^^^e homme qu'ils le croyoient ^ 
il fuccomberoîc à la fin , à moins qu'il ne tuât 
iucelHvemenc tout le corps. Il fe retira. Madame 
de Pompadour , donc la vanité étoit fiirieufemenc 
humiliée , vouloit perfifter & faire punir le régi- 
ment. On étoit en rems de guerre , cela devenoit 
embarra fiant : on l'appai/a> fon parent fut fait 
Lieutenant de Dragons , puis Capitaine , puis paiTa 
au corps des Carabiniers , &c. 



(33) . 

H. le Marquis de Marigny recueillit de la fiic- i 

ceffion de ûl Cceuu La (èule vente de (on mo» 1764» 

biiier dura un an* Cétoit un (pedacle ou Ton 

alloît par curiofité : on y trouToît continuelle:- 

ment des raretés qu^on n'avoit vues nulle part« 

Il (embloit que toutes les parties du monde Ce 

fuflem rendues tributaires du luxe de la Mar- 

qnifè. En comparant les richeffes , les magniâ-. 

cences de la dépouille de cette maitreflè du Roi , 

avec la fimplicité y la pauvreté de Madame de 

Malntenon , de la veuve de Louis XIV , retirée 

à SaiRt-Cyr , on Cent aifément la différence de 

la trempe de leur ame , ainfî que de la place 

qu'elles occuperont Tune & Tautre dans le (bu* 

Tenir de la peftérité ; on conçoit pourquoi 

Louis XV 9 qui ne pouvoit eftimer (a favorite t 

la gardant par néceffité , 6c cependant defirant de 

s*en voir débarrafTé » Toublia bientôt» 

Hélas ! que n'oublioit pas Louis XV î II oublia 
pfqu'à fon fils unique , dont la mort répandit 
un fî grand deuil fur toute la France. La nation 
avoit fait peu de cas de ce Prince pendant long- 
tems , mais iU'étoit enfin concilié la vénération 
par Tauftérité de fes mœurs , par la lageiTe de & 
conduite politique » par Tétude confiante qu'il 
fai(bit de fes devoirs dans tous les ?enres pour 
fe mettre en état de régner, enfin mr-tout par 
rhorreur qu'il témoîgnoit contre le vice êc par 
Yonattention fontcnue à ne s'entourer qued'hom- 
mes efrentiels& vertueux', ou qui le trompoient 
du moins par leur hypocrifie. Ce qui doit (ur- 
tout rendre (à mémoire à jamais précieufê auK 
François, c'efi un trait d'héroifme domefiique^ 
d'autant plus grand qu'il ne pouvoit tenir qu'à 
Texcellence de fon cœur ; que la feule fatisfac- 
lion intérieure d'obéir à fa douce impal4on i'x 



«■ 



s povvoît exciter Se en ctrc là récompenfe ; que lè 



1764. fâcriSce auquel il le portoit , ferenouyelloit cha- 
que jour & devenoit plus grand à mefiire qu'il 
avoît la conûance de le perpétuer. Ayant eu le 
malheur de bleflfer par accident à la chafTe un de 
(es écuyers , il en reda incon(blable ; ilfe promit 

Août ^® ^ feyrer d'un plaifîr qui lui avoit été G funeile s 
^7S7» ^ ^^ "^ fiiccomba jamais depuis à l'occafion fré- 
quente de reprendre cet exercice. Dans les pre- 
miers momens de fon défe^poir , (es Menins: 
eflàyant de le calmer par la coniîdération que 
la plaie ne fêroit peut - être pas mortelle. Eà 
guoi, s*écnsi^iA\ i faut'il donc que f aie tué un 
homme pour être dans la douleur î Quand onn*au- 
roit confèrvé de (a vie que ce propos (èul , il 
iûffîroit pour annoncer combien un Prince qui 
fàîCoit autant de cas de l'humanité étoit digne 
de gouverner. 

' A peu près dans le tems de la mort de Ma- 
dame de Pompadour> on s*apperçut que M. le 
Dauphin , qui ju(ques-là avoit joui d'une (ànté 
flprifTante 9 commençoit à dépérir. 11 perdit in- 
fenfiblementfbn embonpoint; la fraîcheur de fon 
teint s'altéra^ & la pâleur effaça le bel incarnat 
de Ces joues. On ne peut (èdiffimuler qu'une lan- 
gueur fecrete le confumoit : on en chercha la 
caulê 8c chacun forma Ces conjeâures. On a pré- 
tendu que ce Prince avoit voulu faire pafler une 
dattre^ dont l'humeur repercutée , fans précau- 
tion, s'étoit jettée fur la poitrine. Maïs Madame 
la Dauphine n'ayant point fait part de cette anec- 
dote au rédaâeur des Mémoires de la vie de fon 
augufle époux 9 on doit là regarder comme con* 
trouvée. Il eft plus vrai(emblable , (ùivant ce 
qu'elle en fait indiquer par rhiftorieft, que le 
chagrin des maux de la religionfic âir-tout de la 



dcfimâioa des Jefuites » fat I^ principe de Con 
mal* Quoi qu*il en foit^ après avoir donné une 17^5* 
lueur d*e(pérance par l'uTage du rai/in , auquel 
il s'étoit mis pour toute nourriture « ce Prince 
s'étant trop fatigué à Conipiegne aux exercices 
du camp qu*il aimoit , il lui furvint un gros 
rhume , & Ton ne tarda pas à s'appercevoir que 
la poitrine étoit afièâée. Il ne voulut rien déran*- 
ger ni au retour de ce voyage ni à celui de Fon- 
tainebleau , dont il ne fut pas pofEble de le ra- 
mener. JLe Roi Ce conduifît à (on égard comme 
il avoit fait envers Madame de Pompadour » flc 
ne manqua en rien à l'extérieur. Il eut la corn- 
plailànce de refier en ce lieu très-trifte & très* 
mal-fain j jusqu'au moment de la mort de Ton 
fils« Mais on en calculoit les derniers inftans , $c 
il en réfiilta pour Taugufle moribond un (peâa* 
cle affireux que la religion feule lui adoucit. Il 
▼oyoit de Con lit tout ce qui Ce pafToit dans la 
cour du château , Se cela f aifoit quelquefois àiC^ 
traâion à Ces (buffirances.- Comme il approchoit 
de (à fin , 8c que le départ étoit fixé à l'inâant 
où il expireroit ♦ chacun s'empreflbit de fe pré- 
parer, afin de prévenir la débâcle de toute la 
cour , qui devoit être confidérable* Le Prince 
mourant remarqua les paquets qu'on jettoit pat 
les fenêtres & qu'on chargeoit (ur les voitures» . 
il dit à la Breuille , Ton médecin , qui vouloit lui . 
âoigner encore l'idée du fatal moment & rele- 
ver Ccn eCpolr : Il faut bien mourir •% car f impa" 
eiâmie trop de monde* 

Le Roi avoit chargé le Grand-Aumônîerdenc 
pas quitter (bnfils pendant fon agonie & de re- 
cevoir fon ame. Dès qu'il vit le Prélat reparoî- ^^ 
trechez lui , il jugea que c'en étoit fait. Il prend ^, 
£ai le choxnp fon parti , envoyé chercher M. le 



5 Duc de Berry , Tainé des enfans de France , Sc 
ij6j9 après lui avoir adreiTé un dffcours relatif aux 
circonflances , il le conduit chez Ton auguile 
mère. En entrant , il dit à Thuiffier : Annonce^ 
U Roi & Monjieur le Dauphin, La Prîncefle fen- 
t!t ce que iîgnifioît ce nouveau cérémonial ; elle 
fê ietta aux pieds de S. M* & lui demanda les 
bontés pour elle & fès enfans. 

Suivant les dernières di(pofitîons de M*. le 
Dauphin, Ton cœur feulement fut porté à Saint 
Denis % & Hdu corps fut conduit à Sens* On cé- 
lébra tt% obsèques dans toute retendue du royau* 
me, avec un zèle & un empreflèment dont on ne 
iè rappelle point d*exemple> même en faveur 
du Roi* Entre la foule d'oraifons funèbres en* 
fantées en faveur de ce Prince , point d'auffi 
belle que ce difiique de Voltaire pour être mis 
au bas de fon portrait : 

Connu par fes vertus , plus que par fes travaux , 
Il fçut penfer en fage & mourir en héros ! 

La mort d'un Prince vertueux efl une cala- 
mité universelle* Les étrangers le pleurèrent aufG> 
& voici ce qu'écrivoit d'Angleterre au Duc de 
Nivemois le Doâeur Maty , homme de lettres 
difiingué, à portée de connohre & d'apprécier 
les fèntimens de (es compatriotes* 

n Permettez â un étranger de mêler Çt% larmes 
^, aux vôtres & à celles de toute la France. Ger- 
>, manicus pleuré des Romains , le fut auffi de 
5, (es voifîns , des ennemis même de leur em* 
,> pire. Si MonfTeur le Dauphin jette encore les 
>j yeux Air la terre > il n'y voit plus en ce mo- 
r^ ment que des cœurs françois* *^ 

Si Louis Xy foutiot avec fbn indifférence 



ordtiiaîfe la mort de fon fils unique , d'un autre 
côté il (è conduifît envers Madame la Dauphfne 176 Jm 
de manière à la confoler > s'il eut été poffible » 
de la perte irréparable qu'elle vetiûit de faire. 
Il ne voulut pas qu'elle s'appérçut de (on chan« 
gement dé fort ; il lui fit augmenter 1^ nombre 
de (es gardes ; il lui donna un appartement qu*eUe 
paruLdéfîrer au-defTous du fien , & Ton y prati- 
qua , par (es ordres , un efcalier de communl-» 
cation ; il y mit toutes les recherches de la galan- 
terie , 8c pour épargner à la PrincefTe la fatigue 
de Tefcalaer > il ordonna de pofer chez lui une 
(bnnette quirépondoit à la chambre qu'elle occu- 
- poit. Con(iilté fut le rang qu'elle tiendront àéCoT'^ 
mais à la cour , il répondit ; » il n'y a que la 
>) couronne qui puiilè décider ab(ûlument du 
1) rang. Le droit naturel le donne aux mères 
» (ùr leurs enfans ; ainfî Madame la Dauphine 
)) l'aura (ur (on fils, jufqu^à ce qu'il foit Roi. >» 
Tant d'égards , de privilèges & de di(linâîons, 
»e purent produire l'effet que defîroit (încére- 
ment le Roi , celui d'adoucir le chagrin de Ma- 
dame la Dauphfne & de contribuer au rétabliC- 
fement de (a (ànté. Le coup fatal écoit porté en 
couchant avec M. le Dauphin afHdument, comme 
elle fai(bit avant qu'il fût au lit de la mort , 8c 
depuis ce tems , en le veillant fou vent , en paflânt 
des heures enueres fous Tes ridaux à a(piter les 
mia(mes peftilentieh qui s'exhaloient du mori- 
bond,fa poitrine (c trouva afFeâéeaufn>& la dou- 
leur dont elle Ce nourriflbit (ans cefTe , fi propre 
à aggraver les plus légères maladies , rendit bien^ 
tôt la fienne incurable. Quinze mois après , elle 
fut rejoindre fon époux & fut enterrée à (es 
côtés , comme elle Tavoit demandé au Roù 
Exemple s^morable d'vuour conjugal ^ £ targ 



(38) 

dans le monde & Hir-tout à la cour. Cette Prîn- 

ip57» ceffe ne le fat pas moins d'amour maternel. Elle 

3 Mars, avoit toujours regardé comme fon premier Coin , 

comme le plus indifpenlable k le plus facré , de 

, veiller fiirréducation de Ces enfans. Elle Tavoît 

toujours partagé avec le Dauphin de (on vivant » 

elle s'en chargea (èule après £k mort. Le latin 

& le françois , Thifloire Ikcrée &la profane, les 

devoirs de leur état& ceux delà religion > tout 

étoit du rcflôrt de cette favante & vertueufe 

Princeflèi & malgré Ton état de lanjgueur dcd'é- 

puilèmént , elle ne cefTa de remplir ce devoir 

que la veille de (à mort. 

Ce trifte événement avoit été précédé d'un au* 
Cre du même genre , prématuré , quoique dans 
Textréme vieillefTe , & frappant par Ces circons- 
tances* Le Roi Stanifks , que Tamour des Lor- 
rains auroit rendu immortel fi le ciel eut exaucé 
leurs (buhaits , en bonne (ànté encore , Ce trou- 
vant ièul au coin de Con feu , la flamme gagna 
P* un pan de (à robe de chambre. Il ne put être fe- 
iT^^* couru à tems & pérît d'un fi cruel accident. Enfin, 
^ * par un concours de fatalités fîngulieres, la Reine 
fut aueinte à Con tourd'une maladie de langueur 
inconnue >& que la faculté déiigna (bus le terme 
neuf ou rajeuni de Coma vigily voulant expri-' 
mer par-là Tétat de S. M. dont les facultés de 
l'ame Ce trouvoient (u(pendues , fans que Ces Cens 
fuiïent dans un r^pos véritable; ayant éprovvé 
des alternatives de mieux & de plus mal , qui 
durèrent plufieurs mois » fans aucun e(poir de la 
voir réchapper , elle fiiccomba auffi & rendit 
ttjuin^^ dernier ibupir, après un court intervalle de 
tems 9 à peu près égal à celui qui s'étoit écoulé 
entre la mort du Dauphin & de la Dauphine. 
Nous n'ignorons pas les bruits qu'on a fait 



(39) 

courir ftr la plupart de ces morts fiicceffives , 

toutes extraordinaires , quoique toutes différen- 1758» 
tes , toutes lentes y toutes prévues , toutes fixées 
a des époques certaines , déterminées & pério- 
diques en quelque forte ; mais nous les regardons 
comme le fruit uniquementderimagînatîon exal- 
tée de quelques politiques, avides d'anecdotes 
ronianefques , & croyant les forfaits les plus pé- 
«Ueux auffi aifés à exécuter qu'à concevoir. Ces 
bruits ont pris leur (burce dans une première fup- 
pofîtîon , que rafïaffinat de Louis XV étoit le 
refultat d'un complot profond. Et comme le crime 
Ignoré doit toujours s'attribuer à celui qui en 
recueille le fryit , on avoit porté l'horreur juC 
ques à foupçonncr l'héritier préfomptif dti trône. 
Malheureusement, ou plutôt heureufèment, ce 
^i commence â mettre en défaut les combinai- 
tons de ces (crutateurs fînidres , c'eft que Madame 
de Pompadour Ce trouve la première dans la 
chaîne des viâimes; c'ed qu'on ne peut croire 
raifonnablement que la même main qui auroit 
crapoîfonné cette favorite ., eût empoifonné le 
l^auphin , Madame la Dauphine , la Reine ; 
c'cft qu'alors il faut admettre à la cour deux 
fedes d'empoifbnneurs , qui luttant tour-à-tour 
l'une contre l'autre , Ce (croient exercées à Ten- 
▼le a commettre de ces atrocités , & l'auroient 
ftk (ans autre fruit que l'impunité , tandis que 
k Roi y du moins par fon filence , autorisant ces 
exécrables jeux, auroit joui du plaifir barbare 
de voir immdier autour de lui les perfonnes les 
plus chères. Speâacle qui , par fa longueur 8c 
l*effroi qu'il répandoit, à moins de donner à 
touis XV , le cceurd'un Néron, ou la diffimu- 
latfon d'un Tibère, auroit été un fiipplice per- 
pétuel pour lui 9 un fupliqe iafouteoable wàmi 



pour le plus affireux fcélérat. Telles font les con^^ 
1758. traditions, les abfùrdités , les confëquences abo- 
minables qu'entralneroit Tadmiffion d'un fait ^ 
fans lequel cependant les autres (ont invrai(èm* 
blables & s'écroulent. Il y a toute apparence que 9 
s*il y a eu des afTaffins^ ce font les médecins. 

Un aâe de tendreife qui échappa au Roi à la 
mort de la Reine , donne lieu de croire que c'eft 
celle qui Taffeâa davantage. M. de Laflone , le 
premier médecin de cette Majeilé, étant yenu» 
iùivant l'ufàge , apprendre cette funefte nouvelle 
i, fon augure époux ; il ^e (lut ; il entre dans l'ap- 
partement ; il approche du lit où étoit le cada- 
Trej & veut embrafler^ pour la dernière fois, 
ces redes inanimés. Enfiiite , il (e fait taconter , 
par M. de Laflone > tout ce qui a rapport aux der- 
niers inftans dé la Reine. Le Doâeur , en rendant 
compte au Monarque , pâlit , chancelé > le trouve 
mal. S» M. le retient elle-même dans fes bras» 
le porte £ur le fauteuil , & donne à la fois un 
exemple mémorable de tendrellë conjugale de 
d'humanité* 

Plus nous avançons dans la vie de ce Prince , 
&: plus nous le trouvons indéfiniflable. On voit , 
par fon tedament , que , dès 17^6 , première épo- 
que , où il y fongea , il avoit reconnu (es défauts 
& les vices de fon règne» Il avoît (upprimé le 
Parc-aux-Cerfs > &; cherchoit at^ moins à éviter 
le (caudale d'une vie trop publiquement diifolue ; 
& c'eft k la mort de la Reine^ qui (embloit de- 
voir le confirmer dans ces bonnes réfolutions9 
qu'il retombe dans les plus grands débordemens > 
qu'il (è livre à toutes (es foibleilès , & (buf^re 
que (bn royaume devienne la proie de tous les 
brigands qui l'entourent. 

On en fut d*autant plu^ çonflerné , que Loms« 



(41). 

Quinze avoît fait , dans cet intervalle , un aôe de 
vigueur étonnant pour lui, en ce qu*il fembloit I768.. 
annoncer une réfblution fîncere de mieux vivre » 
de foufiraire aux yeux de (on peifple tout ce qui 
pouvoit rappeller le fouvenîr de Ces é^remens. 
Entre la foule des beautés offertes à fon choix ^ 
ilavoit diflingué une demoifelle Romans, fille 
point mai née , aflèz bien éduquée , ingénue , âc 
qui, réfiftant à Ces premières carefles, n*avoit 
voulu les recevoir qu*à condiuon de ne point en- 
trer dans ce ferai! infâme , où étoient indiilinâe- 
nent confondues fes (èmblables. S. M. s'y étoit 
attachée» avoit acheté une mailbn à Pafly , où 
la jeune personne étoit accouchée d'un fils* Le 
Roi enchanté > lui avoif permis de le faire bap- 
tifer fous (on nom, avec promefle de le reconno!- 
tre en tems 8c lieu , exigeant (ur cela le iîlence > 
Tofqu'à ce qu*il lui plût manifeikr fa volonté* 
Mlle Romans avoit nourri elle-même cet illuôre 
potipon \ 8c, le con/idérant moins comme (on 
enfant , que comme celui de Louis XV , elle avoît - 
^ la puérilité de lui rendre des hommages antici- 
pés ; elle rie Tappelloit jamais que Monfeigneuri 
elle le mettoit fur le derrière de fon carroffe, & 
te tenoit fur le devant comme û gouvernante ; 
elle exîgeoit les mêmes hommages , non-feulement 
de Cti domeftîques & de fa famille , mais de tous 
les étrangers qui venoient chez elle. Lonç-tems 
le Roi, flatté intérieurement de cet enfantillage» 
l'avoit toléré ; parce que , circonfcrit dans les 
bornçs de fa mai(bn , il n'en tranfpiroit rieh au<- 
dehors. D'ailleurs , cette Sultane iùbalterne vi- 
voit dans une retraite profonde , montroit beau- 
coup de modefiie, édîfioit même, autant que le 
comportoit (on état , fes voifint , 8c Con Curé ; Ce 
faifoit aimer généralement par fa bieilfaifance 8^ 



Î4i> 

Cei charités : fiir-tout elle ne Ce méloit en rien des 
1768. afïàiies, Ceâ ce qui atoit empêché Madame de 
Pompadour , & depuis les Minifires , d'en pren- 
dre aucune jaloufîe. Mais quels afylès ne viole 
pas l'intriguant? quel repos ne trouble t-il pasj 
quand c'ett utile i Ces projets ! Un certain abbé 
de Luftrac 9 homme de condition , voyant la 
mattrefTe en titre morte fans être reniplacée , crut 
le moment favorable» & s'impatronifa chez Mlle 
de Romans» fous prétexte de concourir à Tédu- 
cation de Ton fils* Elle a peu d'efprit ; il gagna 
fa confiance ; elle fut bien aife de trouver en lui 
un confeil , un homme en état d'écrire Ces lettres 
au Roi. Quoiqu'elle ne fût pas tourmentée de 
l'ambition d'être la favorite en titre, il la prit pat 
Con foible pour fon enfant , 8c lui fit fentir. la né- 
ceflité de preffer S* M. d'efteâuer fa parole royale 
à l'égard de ce gage précieux de fon amour* 
Plus le Monarque éludoit de la remplir , plus il 
lui faifoit fentir la nécefllté de réveiller fa tèn- 
dreffe; il lui fit concevoir que le Roi ne pouvoit 
donner un état au jeune Prince , fans con(olider 
celui de la mère & le rendre inébranlable* Il 
flatta tellement Con orgueil , qu'elle Ce répandit 
plus au dehors , qu'elle afieâa des airs de gran- 
deur , & ne dilHmula pas les titres fur lefquels 
ils étoîent fondés. Elle croyoit par4à forcer , en 
quelque forte, l'augufle amant à accélérer Tint 
tant defîré. Il en arriva tout autrement, Louis XV 
prit de l'humeur « & les Minières, qui Ce trou- 
voient très-bien d'être débarraffés du joug d'une 
maîtreffe impérieulè, n'étant pas difpolcs à en 
voir renaître une féconde , aigrirent le Monarque. 
Un beau matin, on vint enlever Mlle de Romans 
fort durement : on la conduifit dans un couvent, 
par lettre 4e cachet. On la (epara de fbn fils , 



(455 

misians un collège y fans qu'elle Cqut quel îl itolt \ 
& le. Confident rat reiïerré étroitement dans un I768« 
château fort. Ainfî Ce diffipa ce complot; & le 
Publie^ qui Ignorolt la caufe (ècrete d'un tel ëvé- 
nement, l'attribua à la ré(ipi(cence du Monarque 
pécheur. Nous avons vu qu'il en étoit bien 
quelque choie. Madame Adélaïde a même dit 
depuis ( * ) fâ mort , à Toccafion du teâament 
dont on a fait mention ci-defTus « que Ton auguâe 
père étoit fîncérement converti alors 8c réfolu à 
vivre en bon Chétien ; mais que le Maréchal 
de Richelieu » (bus prétexte de le difiraire de la 
douleur, étoit venu le ramener au péché. Ce fut 
bient6t après que parut Madame Dubarri , qui 
remplit le dernier épifodedes amours de ce Prince, 
& qui mit le comble aux infamies dont (a vie"* 
o'étoit déjà que trop furchargée. Mais nous n'en 
fommes point encore à cette époque , a ce récit 
abominable , dont nous voudrions que «os lec- 
teurs ne nous demandaffent pas compte. Reçu-» 
lons-le du moins : quoique de quelque c6té que 
nous nous tournions , nous n'envllâgerons plus 
que des choies affreufes à raconter. 

Par le cerele des révolutions humaines , du 
njal le plus extrême il rélulte prefque toujours un 
bien. C'eft aînfî que la guerre , Iburce de tant 
de calamités, appaife ordinairement au fein d*une 
nation les querelles particulières , les divifîons 
înteftines ; tous les elprits le réuniffent en un lèul 
elprît de patriotiîme. Si la guerre de 17$^ "'^* 



(*) C'eft à M. d'Outrcmont,, Avocat, appelle 
à Choify lors de l'ouverture du tcftamcnt de 
Louis XV , que Madame Adélaïde a tenu le pro- 
pos rapperté. 



(445. 

teignît pas tout-à-fa!t le fcbifine^ elle le réfrol- 
17^8* dît confidérablement : elle détourna lePabiic d'y 

S rendre part ; & d'autres éyénemens ayant Cuccédé 
la paix, il ne fit plu& que tirer à ùl fin» Les 
Magiftrats eurent à s'occuper d'objets plus im-* 
portans , de^ maux plus réels , dérivant , il efi 
vrai > d'une fburce commune* C'étoient toujours 
les mêmes ennemis à combattre ; au mafque reli- 
gieux lis avoient (èulement fubflitué le ma(que 
politique. 

La Grand'chambre , reflée en 173*7, afin de 
(butenirle t6ït de médiatrice, ftd'intercellèur, 
dont elle avoit coloré fa défeâion , depuis le pro- 
cès de Damiens jugé , ne ceflbit de folliciter , pour 
prix de Ton zèle & de Ces travaux , la réunion des 
autres Chambres* Le Confeil , qui avoit befbin 
du Parlement , le feul tribunal ayant la confiance 
de la nation pour TenregiArement des impôts. Se 
qui (è flattoit de le trouver plus docile après (h 
I Sep* nouvelle difgrace , ne demandoit pas mieux* 
^7S7* Ainfî les démiflions furent rendues .• cette Cour 
^ fut rétablie dans la plénitude de Ces fondions , & 
obtint toutes les interprétations & modifications 
relatives aux loix qui la choquaient , ainfi que 
toutes les grâces pour le rappel des exilés qu'elle 
exigea. M* de Meaupou , £bn premier Préfi- 
dent , autrefois l'idole de la Compagnie , lui 
étoit devenu fufpeâ dans cette circonftance ; on 
le regardoit comme un traître. Il Ait forcé de 
fè démettre , & renyplacé par M. Mole , nom , 
qu'on ne peut prononcer , fans concevoir en 
même tems des idées de?randeur & de patriotisme* 
Enfin , on récompensa les deux Confeillers d'Etat 
qui avoient travaillé au rétabliflement des choies, 
0<^ob, en les introdui&nt au Confeil des Dépêches. C'é- 
I7i7« toient.Mr^ Gilbert de Voifius & Berryer* Le 



(40 

^r6m!er zroît été utile par Ces lumières èc (on 
efprit de conciliation > le fécond par Ces intrigues i^68« 
auprès de la Marquilê , dont il avoit Tintimité en 
qualité de Lieutenant de Police. Cette innova- 
tion fut fondée fiir ce que ce Confeil > où fe rap- 
portent les affaires concernant Tadminiâration in« 
rérieure, n'étant pre(que compofë que de mem- 
bres ignorant les lotx , les formes judiciaires , les 
droits > jurildiâions & u(àges des différens tribu* 
nairx du royaume , avoit déjà fait faire au Roi » • 

deux fois de fuite , de fauiTes démarches vis-à- vis 
de Ton Parlement. On flattoit ainfî indireâemenc 
celui-ci, & i*on vouloir lui perfuader qu^il n'a- 
voit plus de fèmblable injufîice à craindre; Bc 
ceux qui n'étoient pas au fait de la manière dont 
les plus grands événemens s'opéroient alors, ap- 
plaudirent à un arrangement formée en apparence, 
pour le bien de l'Etat. 

Par une fuite du génie de pacification qui avoit 
fait foiblir le Roi , dont le grand fyfléme étoit 
de ne jamais trouver de coupables , les Prélats 
exilés furent auffi rappelles. On en déplaça quel- 
ques-uns , mais pour les mieux traiter. Cela ne 
pouvoit plaire au Parlement. Heureufement l'Ar- 
chevêque de Paris lui fournit bientôt une jouif^ 
fince nouvelle. Dans fon entêtement toujours le 
même , n'ayant pas voulu lever l'interdidion des 
Religieuîès Hofpitalieres du fauxbourg Saînt-'4Janv; 
Marceau , il fut exilé au château de Ton frère, lyjg. 
en Périgord , endroit fort défagréable & mal-fàin^ 
où il fut obligé de fè rendre incontinent , après 
avoir nommé quatre Grands-Vicaires pour gou- 
verner fon Diocefè. La connoifTance des affaires 
de l'Hôpital général , principe du fchiûne , en 
175' I , qu'on avoit alors attribuée auGrand-Con- 17] 
feil y fut auf& rendue aux Magiflrats , qui , par Mar^ 



(4M. 

1 , ■,'■ I effence 9 en dévoient connoître. Enfin le Parle- 

175g* ment eut la fatisfaâlon de n'être point troublé 

dans Ton zèle à extirper les reiles du fcbitme. Il 

17 Jan, condamna , fans que le gouvernement s'arrêtât 

J7j'p, en rien , par contumace , au bannîiïement le Curé 

de Saint Nicolas des Champs , & quatre Ecclé* 

£ailiques de la Paroiile, pour refus de Sacre- 

^^ mens. 

J^9ac£^ .Mais révénement le plus heureux & le plus 

flatteur pour le Parlement , ce fut de voir les Je- 
^'^'^^z ^^^^nTuiTes humiliés à Tes pieds , de (àvourer lente- 
/Jj/^^/z/Z^Tnient le plaifir de la vengeance , de tenir leurs deC» 
^ tins dans (es mains « & par une fiiite de combi* 

nai(bns qu'il n'auroit ofé efpérer , d'avoir la gloire 
de renverfer de fond en comble une Société qui , 
forte de l'opinion publique , (embloit inexpu- 
gnable & infpiroit une forte de terreur aux Po- 
tentats les plus puifTans. 

Une éuncelle produi£t ce grand incendie. Le 
fujet que les JéHiites regardbient comme le plus 
rare , comme le plus propre à étendre leur ri- 
cheflè & leur crédit , les plongea dans l'abime* 
Le Père de la Valette , Procureur de la maifon 
de ^t, Viette de la Martinique , exerçoit depuis 
1747, un commerce très-lucratif. Par (es Spécu- 
lations ingénieufes & hardies , il l'avoit accru 
au point d'exciter la jaloufîe des négocians & ha- 
bitans de la colonie , qui voyoîent avec re^et 
un religieux emmagafîner toutes les denrées » 
faire verfèr dans fà caifTe toutes les e(peces 8c 
intercepter de toutes parts la circulation pour 
s'en rendre le maître & le difpen(ateur exclufîf* 
On en porta des plaintes jusqu'au trône. Il fallut 
rappeller ce membre « qui méritoit des récom- 
pen(es de Ton Ordre j & qui en reçut en même 
lemsle grade honorifique de Su^ineur général 



. - (47) - 

Jles IJles du Venu Le crédit des liens calma les 
éUaimes données au gouvernement. Le Père de I7d8« 
la Valette eut la liberté de retourner à la Mar- 
tinique, décoré de la qualité de Vilîteur géné- 
ral > Préfet Apofiolique des mifCons dans cette 
partie du monde. Il reprit bientôt le cours des 
affaires. Il forma des établifTemens jufques dans 
les ifles voifines. Il eut des comptoirs à la Domi- 
nique 9 à Marie-Galante » ila Gredade , à Sainte- ' 
Lucie , à Saint - Vincent. Il tira.des Lettres de 
change (br Bordeaux , MarfeiJle » Nantes ^ Lyon , 
Paris , Cadix , Livourne , Amilerdam , & l'on ne 
peut calculer ju(qu'où fe feroit étendue Ton am- 
bition , (ans la cataflrophe imprévue qui vint 
renverfêr. tous (es projets. 

Ses navires chargés de riche (Tes parcouroîent 
les mers avec fécurité , lorfque les Ângloîs (e li- 
vrèrent à ces hoflilités générales ^funeâe^à tant 
de fpéculateurs & fur- tout aux frères Libnày & 
Gouffre, négocians de MarfeiHe , qui , daps Tat- . 
tente de deux millions de marchandifes, aboient 
accepté pour un million & demi de lettres de chan- 
ge tirées par ce Jéfùite. A peine font-ils inflruits 
du coup funefte , qu'ils ont recours au Père de 
Sacy , Procureur général desmiffions : celui-ci 
en réîFere à £t% Supérieurs. Par une fatalité qui 
lembloit concourir alors â la chute de la focîété « 
la mort de fon Général avoit fu(pendu Tadivité 
de fbn régime. Il y eut des délais inévitables, 
ils ne peuvent recevoir les fecours qu'ils atten- 
doientyles échéances menacent , le défefpoir s'em- 
pare du cœur des Lionay. Cette maifon', dont 
les opérations rouloient fiir trente millions d'af- 
faires par an , cette maifon diftinguée Hir la place 
de Marfeiile , (è voit réduite à tomber du faîte 
de l'opvdence dans les horreurs d'une faillite dé^ 



(485 

clarée « ft elle a la douleur d'envelopper encore 
]7tf8« dans fa ruine une infinité de Bialheureux. Ses 
relations , multipliés à l'infini , portent le con- 
tre - coup de fa chute à toutes les places au 
commerce de France. Cependant le nouveau 
Général des Jéfuites Tentant la néceffité de Sou- 
tenir le crédit de ces agens , avoit donné Tor- 
dre de leur faire paffer des fonds. Le çourler , 
porteur de cette importante nouvelle » arrive 
aux frères Lionay le %i Février ijfô , & le ip 
. ils avoient depofé leur bilan. Alors , on ne ùiit 
par quel efprit de vertige , également contraire 
^ a celui d'équité , qui devoit aninaer des reli- 
gieux , & à la politique , dont on croyoit ceux- 
ci doués (bpérieurement , les Jéfuites voyant 
que réclat étoit fait , retirent leur appui. En 
vain les Lionay .écrivent les lettres les plus tou- 
chantes au père de Sacy : il n*a plus que des 
larmes Se des prières à leur accorder ; il offre 
pour eux le (àint (àcrifice de la meSé ( ^ )• 

L'inconféquence de la Société futexréme dans 
cette afl^re , car malgré fon infênfibilité aux mal- 
heurs (de £es agens , elle n'en reconnut pas moins 
d'abord comme valables les dettes du Père de la 
Valette , & en fit même acquitter une partie par 
un autre corre(pondant. Enfin, foit qu'elle Ce 
lalTât d'être iufle » foit qu'elle Ce trouvât dans 
l'impodibilité de Satisfaire à toutes , foit qu^une 
puiflânce ennemie & invifible la pouiTât elle- 
même à (a deflniôion , les canaux qui portoient 

{ "^ ) Ces phrafes dérifoires font citées dans le 
plaidoyer de Me. Legouvé^ en faveur des frères 
Lionay , comme extraites des Lettres originales 
4u Pcrc de Saç^. 

des 



,. . Ï4P) . , , 

des fonds périodiques aux mains du négociant 



àeftinés à remplacer les Lîonay^ furent ^rmés« 1768. 
tous les payemens cefTerent, Il s'éleva une nuée 
de créanciers , & les tribunaux retentirent de 
leurs plaintes. Les Jéfuites eurent encore lecré- j^ 
dit d'obtenir des lettres patentes attributives à la Août 
Grand'chambre du Parlement de Paris de toutes jy^Of 
ces conteflations. Ce fut /le dernier. Leur objet 
avoit été de faire appointer le procès 8c de le 
rendre ainfi interminable , du moins de le con« 
duire dans les ténèbres , où ils auroient pu ma- 
noeuvrer plus à Taife : il y eut arrêt qui ordonna 
que la caufe feroit plaidée , & la joie univerfelle 
qu'en manifêfla le public à Taudience , auroit àà 
les avertir du danger de fe donner aînfi en Spec- 
tacle. Ils furent lourds à cette voix falutaire & 
coururent à leur perte, ^ 

A la faute capitale de Ce commettre aux mains 
delà juflice , les Jéfuites joignirent plufieurs gau- 
cheries dans leurs défenfes. Ils varièrent deux 
ou trois fois. Ils prétendirent d'abord que les 
négociations du père de la Valette ne dévoient 
intérelTer que la maifon de la Martinique, 8c le 
père de Sacy- répondit au nom de la Société au 
Sr«Gouffire; quileibllicitoit de tenir les enga- 
gemens qu'il avoit contradés ; perljfe^ , P^^iff^f 
tous 9 nous ne pouvons rien pour vous* On a vu 
qu'enfiiite ce même Procureur général des Mifr 
fions avoit nommé un Correfpondan t pour acquit- 
ter les lettres de change tirées par la maifon de la 
Martinique ; leur Avocat fe retrancha bientôt à 

JUrétendre qu*il n'y avoit ni folidité de droit ^ ni 
blidité de fait dans TafFaire du Père de la Valette. 
înfin ils eurent recours à un fubterfuge fingu- 
Uert ils dirent que le commerce étant défendu 
par les canons de rÉglife & les loix de leur état 

Tom Wt C 



aux religieux , c*étoît une contravention formelle 
.1768. de la part du Père de la Valette, un délit dans 
Tordre de la religion , qui ne pouvoit fe réflé- 
chir contre la Société entière , parce que lés dé^ 
iits font fcrfonnels y Ù" quen crime ilnjr avoint 
de garans. Mais le comble de la mal-adrefie ce 
fut de donner dans le piège que leur avoiene 
tendu leurs adverfaires. Ceux-ci «pour prouver 
^ue le gouvernement des Jéfuites étoit despo- 
tique ; que tout étoit (bumis au pouvoir du Gé- 
néral ; qu^il étoit le feul propriétaire & difpen- 
fatéur des biens au nom de la compagnie ; que le 
Pefe de la Valette n'étoit & ne pouvoit être que 
l'agent de la Société & le prépofé du chef, in- 
voquèrent & citèrent les Conftitutions de la So- 
ciété i dont ils paroifToient s*être parfaitement 
pénétrés. Les Jéfuites, au contraire, partirent de 
ces ' mêmes Con(}itutions « pour établir que la 
Société n*étoit propriétaire de rien , & que les 
bieiis appartenoient à chaque collège ou maifon* 
C'étoit où le Miniftere public les attendoit; il 
requit le dépôt du livre fatal, d'où devoit (or- 
tir non-feulement la perte du procès , mais Tex- 
^7 ^'^* tîndion de Tordre entier. Le Parlement en con- 
ijôu féquence ordonne Tapport des Conditutions au 
greffe de la Cour, Ce ne fut plus qu'une chaîne 
d'arféts fbûdrpyans , qui fë (ticcédefent avec ra« 
r* K pidité. 

""^1' Lfe Général, fe en fà perfonne la Société des 

~, r Jé&ites furent condamnés a acquitter les lettres 

*^^* de change , aux dépens , dommages & intérêts » 

^1701» ^ (^y Igg concluions (iu miniftere public il fut 

défehdu au père de la Valette & à tous autres ^ 

fous* telle peine qu'il appaniendroit , de s'immi(^ 

cer direûement niindireâement dans aucun genre 

ëe trafic interdit aux perfonnes eccléfiaftiques ^ 



par les (àînts Caiions reçus dans le royaunr , t 



Ordonnances du Roi, Arrêts & Réglemens de 1768. 
la Cour. Ce jugement étolt terrible ; maïs les 
Jcfukes s'appercevant enfin que le (èui parti qui 
leur reMt , étoit de s'y foumettre , prirent des 
arrangemens pour payer leurs créanciers. Le • 
Frerc Gatin , devenu Procureur général des Mi(^ 
^ons de l'Amérique, trouva dans re(paçe de 
huit à neuf mois ,1e moyen de payer près de 
1 9 }oo, 000 , livres , 8c il €& probable qu'il (è f&t 
ménagé des rèiTources pour les (àtisfaîre tous dans 
un petit nombre d'années , même en ne yendatft 
rien des effets de la Société , fans le nouveau 
coup que leur porta le Parlement , coup égale- 
ment funefle & aux débiteurs & aux pourfuivans. 

De l'examen des Conftitutîonsdes Jéfuites, il 
9n ^éfulta un tableau admirable tout à la fois Se 
effrayant de cet Ordre , dont tous les membres 
unis enfemble parla conformité de la morale «- 
parla reffemblance de la doâcine & des mœurs « 
un/s avec leur chef par les liens d'une ibumif^; 
Bon aveugle Se d'une obéiiTance ardente SC 
prompte , etoient ainfi couramment pénétrés du 
méiue efprit 9 gouvernés par une Cèule ame Se 
fprmoient dans l'état. un corps abfolument SCi 
tinà, ne recevant de loix que celle d'un étran- 
pr^ fbn Général , abfolu (ut les volantes, Cwc 
les caurs , (ur la morale > fur les biens » fur le 
régime extérieur 8c fur l'InOitut même* 1 

DePexamerides titres de la fondation derOf" 
^e & de (on éubliffement dans le royaume , il 
refulta une autre vérité non moins frappante ; 
ûvoîr , qu'il en avpit été exclu formelletiient 
comme ordre religieux » comme Société de Jefiis » 
comme Jéfuîtes» c'cft-à-dire comme étant ce 
S^'^itoit ; que s'il y a voit été adsùs .par forme 

C a 



(51) 
de Collège, c*eft-à-dire pour ce qu'il n'étoit 

.176A pas, ce n'avoit été que provifoi rement, qu'à ti- 
tre d'eiTaî , que relativement à des conditions 
qu'il n*avoit jamais remplies & auxquelles (on 
Général avoit refufé de foufcrire avec opiniâ- 
treté : enforte que le contrat ne s'étoit pas formé 
entre l'Etat & ces religieux ; que leur ekifience 
en France étoit TefFet d'une tolérance feule , Se 
non pas le fruit d'nne adoption. 

Cette double découverte enchanta les Magi{^ 
trats ; ils entrevirent jufqu'où elle pourroit les 
conduire , & ils (è flattèrent de rendre à la So- 
ciété toutes les difgraces qu'ils avoient éprouvées 
depuis dix ans : dii^races dont ils la regardoient 
comme Tartifan fecret. L'Abbé Chauvelin vivoit 
encore : cet individu , que (a conformité mon(^ 
trueufe vouoit à des foufFrances habituelles , en 
avoit les humeurs aigries à tel point qu'elles 
étoient dégénérées en un fiel toujours prêt à s'é- 
pancher, fl en avoit acquis un caraôere (om- 
bre > ardent ,'(àtyrique, impropre à tous les plai** 
firs. Il avoit un deiir extrême de la célébrité , Se 
cette paffion & impérieu(è (ur les âmes (u(cep- 
tibles de Ton énergie , lui tenoit Ueu des autres 
jouiflànces» Tourmenté du be(bin de dominer , 
il s'ctoit mis à la tête du parti Janfénifte, quoi- 
qu'il s'en moquât intérieureinent. En cette qua- 
lité il avoit été difiingué lors de l'exil de 1754: 
il Ce (buvenoit du Mont Saint-Michel , Se ce fou- 
venir le ibutint dans un travail immenè ^ (bus le- 
quel on auroît cru que (on frêle phyfique auroit' 
dû (îiccomber. Il entreprit la vifîte, l'examen Se 
la difcuffion de tous les titres , cet amas indi- 
peftc de papiers dépofés par les Jé(bites ; il en 
forma, le tableau de la naiflànce » des progrès Se 
de l'état aâu^l de la Société s il la repréfenii 



/ 



comme un colofle redoutable 9 qui de (es deux 
bras embraflbit les deux mondes & afFeâoit l'em- 176^^ 
pire de l'univers. Il entraîna tellement les cham« 
bres aiTemblées par l'éloquence mordante de fon 
compte rendu, que le Parlement frappa la âatue^ 
aux pieds d'argile 9 & ^ Tindant cette mafle 
énorme , qui eOTayoit par ùl puifTance , n'efFraya 
que par Ces débris. On fit alors ce diftique, dont 
les images futiles » mais rapprochées du vrai , 
contraftoient plai(amment avec les idées gigan- 
tclques de Torateur enthouHade : 

Que fragile eft ton fort , Société pervrcrfc ? 
Un boiteux t'a fondée , un boffu ce renvcrfe I 

Il faut tout dire cependant. L'Abbé Chauve- 
lin ne (èroit jamais venu à bout de fon vafte def- 
fein , s'il n'eut eu derrière lui le Duc de Choifeul 
qui encourageoit Tes efforts & donnoit du poids 
a ùs difcours. Ce Minière remuant 8c auda- 
cieux , cherchante opérer des révolutions « non* 
feulement dans les cours , dans les états , mait 
dans Tefprit des peuples, ayant une façon de pen- 
fer libre Se dégagée de préjugés , avoit été re- 
connu par les Fhilofophos modernes > dont la 
fêâe commençoit à prendre une grande confif- 
tance , digne d'être leur jprotedeur , & il répon- 
doit à leur choix par fon zèle pour la propaga- 
tion de leur doârine. Un de leurs principes étoit 
d'extirper les moines , de détruire les couvens , 
repaires de l'ignorance Se de la bigoterie. Le Duc 
de Choifèul comprit qu'il n'y pourroît réuffir . 
tant que les Jéluites fiibfîderoient ; quoiqu'ils mé« 
prifaflènt les moines , entre lefquels ils ne vou« 
loient pas être compris , ils les regardoient comme 
la milice de l'Egliiê 8c fentoient de quel danger 

C5 



îi étoit de hîfCer (upprlmer , même raccourcir, 
1768.11 falloit donc commencer par eux. D'ailleurs , ce 

* Seigneur ne les aimoit pas perfonnellement & 
- en ctoit craint. Il avoit eu occafîoji , pendant (on 

AmbalTade à Rome de découvrir leurs intrigues 
' & leur efpionage. Enfin ce qui fe paflbit en 

Eipagne & fur - tout en Portugal , rendoit la 
. circonOance auffi favorable qu'il pouvoit la dé- 

• iîrer pour Texécution de fon projet. Ils étoient 
accufés de s'être conftitués Rois fur les Indiens 
dans le Paraguai , d'y avoir entretenu la divî- 
fion entre les fiijets reCpeâifs des deux couron- 
nes , d'y avoir excite une guerre 8c d'avoir tenu 
tête aux armées combinées de ces Souverains , 
de s'être fort/s aux attentats Us plus étranges ir 

l Sep. les plus inouïs. Fn conféquence , S. M. Très- 
175^. fidèle les regardant comme fauteurs & indiga- 
teurs de Tafiaffinat commis en ùl perfbnne , pu- 
blia une efpece de manifefle contre eux , les dé- 
clara rebelles notoires , traîtres , vrais ennemis 
& agrefieurs , tant par le pafTé qu'encore à pré- 
fent , de ^ royale perfbnne , de (es Etats de la 
paix publique de fès Royaumes & Seigneuries, 
& du bien commun de fes fidèles Ai jets C^); 
les déclara dénaturalifés , profcrits , exterminés ; 
ordonna qu'ils fuiTent châjfés de (es Etats & en 
effet les fit tranfporter incontinent dans ceux du 
Pape , pour qu'il en fit ce qu'il voudroit. L'EC- 
pagne ne s'étoit pas encore portée à cette extré- 
mité y mais fon Miniflere le défiroit y 8c l'exemple 
de la France pouvoit avoir une grande in- 
fluence Air elle* Le Duc de Choifeul qui for-. 



( * ) Exprefllons traduites de l'Edit d'expulfion 
des Jéfukcs de Ponugal , du j Septembre 175^. 



moit (bn paâe de famille atec cette cour j TOU-^ 
lut en (àtisfalfant fon reHentiment particulier » 17689 
lui faire quelque chofe d'agréable. Louis XV 
avoit été auffi frappé , & des qu'il y avoit un 
Roi d'affaffiné, ce dévoient être les Jéfuites. Un ' 
préjugé fi général coloroit déjà leur expulsion 
aux yeux de la prévention. Pour y mieux con- 
duire , on rédigea ce volume monflrueux des 
afièrtions prétendues de leurs cafuifles & autres 
écrivains , & l'on en inféra qu'ils enfeignoient 
une doârine meurtrière & abominable , non-(èu« 
' lement contre la (ureté de la vie des citoyens » 
mais même contre celle des personnes facrées 
des Souverains. L'orage étoit violent , & cepen- 
dant les Jéfuites y auroient échappé, 'fi leur con- 
duite eût été auffi verfatile qu'on la repréfentoit; 
fi par une diffimulation contraire à la fimplicité 
religieufê, mais prefcrite par cette prudence 
mondaine qu'ils polTédoient » difoit- on , à un 
• degré fi fupérieur, ils eufTent voulu (è confoi*- 
mer aux tems , aux lieux'> aux circonflançes , 
'- aux perfonnes ; fi leur Général n'avoit montré 
une inflexibilité qui ne devroit jamais être que 
le caraâere de l'homme jufle , mais du moiçs 
l'attribut d'une ame grande & héroïque* 

Les Jéfuites n'avoient guère d'ennemis ouverts 
& déclarés contre eux à la cour, que le Duc qe 
Choîfêul&la Marquife dePompadour qu'il avoît 
fîibjuguée. Peut - être même en Ce rapprochant 
' adroitement de celle - ci dans un tems convç- 
*nable > l'auroient - ils ramenée ; mais ils ne Tau- 
roient pu fans déplaire à la Reine , à M. le Dau-^ 
phin, à 'Madame la Dauphine & à toute la fa- 
mille royale qui étoit leur proteârîce. Le Roî 
cofivaincu parfafitement de leur innocence i l'é- 
gard de l'attentat commis contre fa perfonne ^ 

C5 



3 étoît à Tordlnaîre le plus indIfFéreflt dans la que-* 



17680 relie. Il fe laifTa donc aller aux follicltations des 

interceileurs chéris en faveur de la Société , qui 

Tentouroîent , & le Duc de Choîfeul , trop fin 

pour heurter de front ces auguftes perfonnages , 

ne s*y oppofa pas. On fit entendre à S..M. que le 

Parlement alloit bien vite 9 & qu'il ne falloit pas 

latflèr les accufés entièrement à la difcrétion 

des Magifirats^ dont l'animofité ne pouvoit s*igno- 

, rer. Il fut donc ordonné que pendant un an il 

Jjecla^ ^ç feroit rien ftatué définitivement ou provifoi- 

rajion jgnjçjït fyj tout ce qui pourroit concerner VinC- 

't ? titut , les conftitutions & établiffemens des maî- 

•'^V^ fons de la Société , & il fut nommé un Com- 

^7^'» mifiairè des membres du Confeil pour vérifier 

les pièces de ce grand procès. Sans doute* elles 

r n'étoient pas aufli décifîves , puifque ces Meffieurs 

avant de prononcer établirent ces quatre queA>. 

rions* 

„ 1®. De quelle utilité font les Jéfuites en 
„ France relativement aux différentes fondions 
„ auxquelles ils (ont employés î 3> 

M 2®. Quel efi leur enfeignement fur les points 
!» de doôrine contedés , le régicide , les opi- 
9> nions ultramontaines « les libertés de TEglile 
Di^ Gallicane & les quatre articles du Clergé ? » 
M 3*. Quelle eft leur conduite dans l'intérieur 
»» de leurs maifons & quel ufage ils font de 
3> leurs privilèges vis-à-vis des Evêques & des 
» Curés f y» 

3> 4**. Comment peut- on remédier aux încon- 
» véniens de l'autorité exceffive , que leur Gé- 
3» néral exerce fur ceux qui compofent la So- 
» ciété ? 3> 

Les Commiflkires defirerent avoir les avis du 
Pergé Tur ces diprens points* Douze Prélats 



furent nommés pour répondre « & de la réunion 
àe ces avis il réfulta la néceffité , non d'éteindre , 1768» 
mais de modifler^exiôence des Jéfuites enFrançe. 
Il fut dreiïé un plan d'accommodement , en* 
voyé au Pape & au Général. Celui-ci n'en vou- 
lut accepter aucun , Se répondit avec hauteur : 
Sine ut fiait , aut non Jint, L*arrét de profcrip- 6 Août 
tion fuivit â Tinfiant. Le'Parlement y jugel'ap- 1^6%% 
pel comme d'abus des Bulles , Brefs , Confiitu- 
tions & autres Réglemens de la Société dite de 
Jefus ; déclare qu'il y a abus ; difîout cette So-. 
ctété; fait défenfè aux Jéfuites d*en porter Tba* 
bit 9 de vivre fous Tobéiflance du Général & au- 
tres Supérieurs de ladite Société , d'entretenir au- 
cune correfpondance avec eux direâement^ni in- 
direâement; leur enjoint de vuider le* niaifbns 
^ui en dépendent, &leur fait défenfes de vivre . 
en commun , réservant d'accorder à chacun d'eux, 
fUrTeur requête, les penfîons alimentaires né< 
cefTaires^'&leur interdifant de pouvoir polTédec 
aucuns canonicats > bénéfices , chaires ou autres 
emplois à charge d'ames ou municipaux , qu'en 
prêtant préalablement le ferment porté audit 
anét« 

Les ci-devant rfoi-dlfant Jéfuites , c'eft la dé- 
nomination burle(que dont en les qualifia défier- 
mais , s'élevèrent avec force contre cet arrêt de 
mort , qu'ils repréfenterent comme un ouvrage 
d'iniquité monArueux. Ils s'écrièrent , car notre 
impartialité nous oblige de rapporter également 
les Mémoires des deux partis ; ils s'écrièrent 
<(u'on avoit omis dans leur condamnation cent 
formalités , dont une feule oubliée auroit annullé 
le jugement contre le moindre particulier. La 
plus eflentielle faute ; fans doute > c'étoit de ne 
{es avoir pas entendus , de ne les avoir pas a^ 



(î8) 

u. ■'■ j pelles : 8c dans quel cas ? Lorfqu'Jl s^agîflToît de 
1768. rétat « de la vie, de Thonneur de quatre mille 
individus, lorfqu'on les accufoit d'être des aflkf- 
iîns, des empoifonneurs, des régicides! Sur quels 
titres les condamnoit-on/ Sur un inftitut exalté 
dans les Bulles de vingt fouverains Pontifes ; (xir 
. des Con{litutions> chefs -d'oeuvres de régime, dont 
l'empire au furplus ne regardoit jamais que le fort 
intérieur & ne pouvoit ôter aux loix civiles leur 
autorité coercitive (ur ces religieux comme Su- 
jets ; enfin (ur un amas' d'aflèrtions , dont les 
unes n'étoient que la défenfe & le développe- 
ment du droit naturel , droit gravé dans le cœur 
de l'homme, d'ailleurs conformes à mille autres 
pareilles qu'on auroit pu extraire des remontran- 
ces mêmes des magiftrats ; dont les autres n'é- 
toient que les maximes erronnées de la fuperfti- 
tion & du fa natifme, communes dans les tems de 
trouble & d'ignorance à tous les Ordres reli- 
gieux, à tout le Clergé Se prefqu'à l'Eglife en- 
tière ; dont l'aflèmblage enfin étoit formé fans 
vérification , fans contradiâîon des accufés, avec 
une mauvaife foi , une précipitation , une négli- 
gence , qui fdutoient aux yeux de quiconque vou- 
droit prendre la peine de s'occuper d'un examen 
vétillard , ennuyeux & qui pa^r-là même exî- 
geoit le plus grand farg- froid , la circonfpec- 
tion la plus délicate* Ils pouiToient plus vigou- 
goureuftmént leurs ennemis ; ils demandoient* 
/ cù étoit le corps de leur délir condaté f quels 
étoient leurs accufateurs , les preuves , les té- 
moins ? En Portugal le Roi étoit aflaflîné ; les 
Jéfuites Alexandre, JVlathos& Malagrida étoient 
arrêtés, détenus, condamnés»; mais pour tous 
les crimes , excepté celui qui faifoit le grief eC- 
fbuielderexpulfiQndel'Ordre ëntiert En France^ 



(19) 

Datnîens ne les avoît inculpés en rîen lors dç 
l'afTaffinat de Louis XV. Il (êmWoit , au con- 1768, 
traire , tout dévoué aux Magiflrats , qu*il avoit 
o(è (bllîcîter le Roi de rappeller. Il avoit mau- 
dit l'Archevêque & Ton entêtement, fur lequel 
il avôit déclaré vouloir ouvrir les yeux à S. M, 
Ion premier mot avoit été de dire : fauve^ Mm 
le Dauphin ! comme fi les jours de ce Prince 
eufTent été en danger; tandis que c*étoit celui 
que les Jéfuites avoientleplus d'intérêt de porter 
au trône , pour lequel ils auroient fait commet^ 
fre cet horrible régicide. Si Damiens dans (es 
interrogatoires particuliers avoit révélé quelque 
chofe de relatif à ce coniplot , comment les Jugef 
àuroient-ils été cinq ans dans une (ecurité cou- 
pable ? Comment détruifant l'Ordre entier fiit 
un énoncé vague & chimérique , avoîent • ils 
craint de venger leur Souverain de l'attentat de 
quelques particuliers , qu'ils ne pouvoient laifler 
fefpirer fans devenir leurs complices & refpon- 
iàbles de tous les malheurs qui pouvoient arri- 
ver encore î Ce qu'ils regardoient fiir-tout comme 
le dernier excès de la tyrannie , e'étoit de met-. 
tfe leur (ùbfîdance au prix de l'infamie , de les, 
forcer à mentir à leur propre confcience , en 
détenant par ferment un Inditut qu'ils avoienc 
émbraflé comme faint & qu'ils regardoient encore 
comme tel. 

Ce ferment étoît d'autant plus fbttement îma- 

fîné , que d'après la morale de la Société établie, 
ans le livre des affertions , e'étoit de fes mem- 
bres qui auroient la lâcheté de le prêter , qu'il» 
falloit iê défier davantage « ne devant être que 
des traîtres , des parjures , des hypocrites. En 
cftt, quel fond faire (br des hommes qu'on re- 
préfentoit comme des Prothées toujours eiTen* 

.C(J 



tiellement les mêmes , fous quelque forme qu^lb 
1758* & traveâiffent 9 comme des pervers « qu^aucune 
correôion ne pouvoit changer , dont la tcfipif- 
cence ne pouvoit fe manifeâer par aucun /îgne 
certain ? Il n'y avoit d'autre parti à prendre 
envers eux , que de les ext>ul(èr Hins condition , 
ïaHS fefiriâion , ainfi qu*avoit fait le Roi de 
Portugal, en cela du moins beaucoup plus con- 
iequent. 

Les Farlemens de Rouen & de Rennes avotent 
été les premiers à (ûivre les erremens du Parle- 
ment de Paris» Quelques-uns étoient plus tar- 
difs ; celui de Flandre ne pouvoit Ce réfoudre à 
un aâe qu'il regardoit coflime injuHe envers des 
Religieux dont il étoit édifié. Pour faire cefTer 
cette bigarnire , le Duc de Çhoifeul fit enfin ren- 
NoV. dre un Edit par S. M. qui ordonnoit que la So- 
1^64^ ciété des Jéfuites o'auroit [dus lieu dans le 
Royaume» permettant néanmoins à ceux. qui la 
compofoient , de vivre en particuliers dans les 
Etats du Roi fous l'autorité Spirituelle des or- 
dinaires des lieux , en fe conformant aux loix du 
Royaume. 

L'adouciflement dont étoit tempérée cette loi 
de rigueur, prouvoit bien que la politique (eule « 
ou plutôt la foibleffe , dirigeoit les démarches 
de la cour , fîir tout qu'elle ne redoutoit rien 
de ces ajfajfins , de ces empoLfonneurSi de ces r/- 
gicides. Elle fourmilloit de Jédiites; ils étoient 
toujours refiés Confeffeun du Roi , du Dauphin « 
de la Reine , de la famille Royale. Il efi peu 
de courtifans qui n'en eufTent retiré chez eux, 
& c'étoit la mode d'avoir fon Jéfijite. M. 'de 
Voltaire , finge des grands Seigneurs , en avoit 
a\ifiî un. Il eil vrai que c*étoit pour en faire 
le jouet de Tes caprices , pour le tourmenter 



K le renvoyer cruellement au bout de quel- 
ques années > lorlqu'il ne le tronreroit plu^ bon 1768» 
irien. 

La fuite la plus remarquable de Texpulfîon 
de la Société , & que Ces dévots ne manquèrent 
pas de regarder comme une punition de Dieu > 
c'eà que Ces cf^anciers , qui avoient provoqué 
cette catailrophe , en furent les premières vic- 
times. Ils avoient été bien payés depuis que le 
frère Gatin avoit commencé d'entrer en arran- 
gement avec eux , jufqu'au moment où défefpé- 
rant enfin de conjurer l'orage qui les menaçoit, 
les Jéfuites cefTetent détenir les engagemens qu'ils 
avoient pris pour ne s'occuper que de leur inté- 
rêt per(bnnel. Sans doute , il auroit été plus hé- 
roïque de recevoir le coup avec ré/îgnation , s'en 
rapportant à la providence , & (ans prendre au- 
cune de ces précautions que la violation de toutes 
les loix â leur égard (embloit autori(er , mais 
que défend Tabnegation religieufe. Ils ne firent 
pas de même , & il faut avouer qu'entre ceux 
qui les condamnèrent , il en ed peu fans doute 
qui ne les euiïent imités. Us Ce laiiïerent aller à 
rinfiinâ naturel , qui prefcrit à l'homme de veiller 
à fa propre conlervation , à quelque prix & pé-> 
ril que ce (bit y enforte qu'il ne refia plus que 
les murs â inventorier. 
 cette première perte il faut joindre une foule 
de lettres de change frauduleufemc nt tirées , à 
ce qu'on prétendit, (*) par les Jé(ûites étran- 
gers f qui Ce rendant ainfî créanciers d'eux-mêmes, 
diminuèrent d'autatvt le gage des véritables , en 
forte que les créances de la Société , qui Ce mon- 



( * ) Voyez Si^Ume JLcttrc à un Provincial^ 



5 (Oient dans le principe à une maflè de trois mil«' 
17^8» lions, s'accrurent bientôt jufques à neuf. Ce 
fut une hydre de procédures effrayantes , un laby- 
rinthe de chicanes , où s*égaroient les plus ha- 
biles routiers* En un mot> ce devint une di- 
reôion , c-eâ - à - dire , une récolte abondante 
pour les Procureurs, les Avocats, les Juges, 
tous les Hippôts de juÂice employés , qui s'y en- 
richirent, 8c une (burce de perdition pour les 
créanciers * qui mangèrent leurs principaux en. 
frais & maudirent cent fois plus le Parlement que 
les Jéfuites. 

Les Magiihats eux-mêmes eurent lieu ^ fînon 
de Ce repentir > au moins de ne pas s*applaudir 
infiniment de leur viâoire. Ils éprouvèrent que 
s'il n'eft point de petit ennemi , il n*en eH pas 
de plus redoutable qu'un ennemi pouffé à bout 
St réduit à l'excès du défefpoir. Nous verrons 
par la fiiite des faits que jamais les JéHiites à 
leur jplus haut point de puiflfance & de fplen- 
deur , ne leur cau&rent autant de mal que dans 
leur ab)eâion Se leur anéantiflèment. Il n'ed pas 
j«(qu'aux Janfénifles > fi glorieux de leur chute» 
qui s'appercevant trop tard qu'ils ne tenoient 
leur confiâanceque de celle de leurs rivaux > 
femblerent s'efforcer de les fuppofèr de tems en 
t^msrefTufcités « & en combattant des phantâmes> 
d^ reprendre une confidération qu'ils avoient 
perdue. 

. En générai , la plus grande 8c la plus faîne 
partie du royaume regretta les Jéfuites* A ce 
fèntiment de pitié qu'excitent ordinairement les 
malheureux, fè ^oignoit un fentiment de recon- 
noiflance. Prefque toute là génération d'alors 
avoit été. éduquée par eux. Il efl rare, qu'on ne 
CQnferve pas pour ces maîtres quelque refie de 



( è^) 
rattachement , de la vénérauon qu'ils ont inC- s 



pires. Les Jédiites poiTédoient mieux que d'au* 17680 
très indituteurs le talent de les faire naître > & 
parmi leurs Juges ^ à certains boute-feux près» 
ils comptoient beaucoup de partisans , forcés de 
les eflimer & de leur rendre intérieurement juC- 
tice. Car enfin , fi cette grande caufe avoit 
été plaidée avec tout Tappareil , toute Timpor- 
tance -qu'elle méritoit : 3> avant de nous con- 
30 damner , à vous tous dont nous avons formé 
» le cœur & Tefprit « répondez 3> , auroient pu 
dire les Jéfiiites aux Magifirats : 33 nous nous ea. 
» raportons au jugement que vous avez dû por- 
3> ter de nous à cet âge y dont la candeur & Tin- 
39 nçcence valent bien pour décider Vainement 
3> en pareille affaire toutes lesjumieres que vous 
a> avez acquifès depuis. Répondez ; avons-nous 
3> jamais tenté dans nos écoles 9 dans nos dtf* 
3> cours , au tribunal de la pénitence » de vous. 
39 inculquer aucune de ces maximes abominables. 
3> qu'on nous reproche^Nous les avez-vous enten* 
a> du débiter ;les avez vous lues dans les livres que 
» nous avons mis entre vos mains f Avez-vous. 
» vu dans notre conduite domeûique quelque. 
yy choCe qui approchât d'une pareille façon de 
3> penser f Efl-ce lur des ouvrages enfevelis dans 
33 la poudiere des bibliothèques, eft-ce fur deSv 
33 morts que vous avez à prononcer > ou fur notre , 
M doârine vivante & avouée^ (ur nous > naguère 
39 vos maîtres , rempliflant encore les collèges » 
» les chaires , les confeffionnaux « fous Tappro- . 
» bation des deux autorités , avec les éloges des 
» Prélats & les récompenfes du Souverain î » 

. Hélaslles Magiârats élevés de Louis le Grand, 
ft difoient à eux-mêmes toutes ces chofes ; ils 
#a convcrnoient dans leur intimité > 9( des qu'ils 



étoîent (ûr les fleurs - de - Us , les oublîoient ; 
ijô^» entraînés par les fanatiques , leurs confrères* 
Quelques-uns fèuleitient obèrent donner afyle à 
leur anciens préfets , Se par cet aôe d'huma- 
nité « crurent réparer leur foiblefTe. Une obser- 
vation à Toccafionde ces Je (uites réfugiés, (ail- 
lante à tous ceux qui voulurent la faire » c'efi 
qu'avec leur robe ils (emblerent perdre pre(que 
tout leur mérite» Ce n'étoit plus les mêmes per^ 
fennages , foit que cette fouquenille fût une eA 
pece de talifmkn , dont le prefiige imposât ^ qui 
agrandît leur être aux yeux du vulgaire , & re- 
levât merveilleufëment leurs talens , (bit que leur 
nudité trahit leur impuiflance & qu*ils n'euflènt 
réellement pas le génie « les reiïburces & la vi- 

fiieur qu*on leur tuppofoit. Les la Tour 9 les 
euville, les Montigny, les Geoffroy , iesBer^ 
thier ne montrèrent que pufillanimité ; on les 
voyojt pleurer comme des femmes» Mais encore 
un coup» ils retrouvèrent toute leur énergie quand 
il s'agit de Ce venger. 

Au milieu de tant d'amertumes dont on- les 
abreuvoit> la première douceur que goûtèrent 
les Jéfuites , ce fut d'entendre les clameurs des 
provinces ) où l'on Ce plaignoit que depuis leur 
expuliîoQ les collèges étoient abandonnés dans 
plu(ieurs endroits , négligés dans le plus grand 
nombre^ & nulle part fi bien tenus que par ces 
inilituteurs. Les phîlofophes même y qui n'envi- 
fkgeant dans cet événement que le bien de Thu- 
manité &le progresses lumières, s'étoient flat* 
tés qu*on profiteroit de la circoniîar.ce pour'per- 
fedionner & changer Téducation de la ieunefle » 
contre laquelle ils Ce récrioient depuis long-tems , 
reconnurent que les Parlemens Ce bornant à (ati(^ 
&ircieur animo£téper(bnneUc > n'avoient jamais 



uable â 



eu en vue un but fi louable $c fi patriotique. Ha- i 

biles à détruire » ils ne furent pas réédifier : on 1768» 
n'améliora pas la marche lente y routinière & 
fiénle des daiïès : les maîtres fans confidération , 
ne furent , comme autrefois pour la plupart , que 
des pédans , des cuifires , des mercenaires , & les 
écoliers continuèrent à pafler dans le dégoât» 
dans les larmes & l'ennui les plus beaux jours 
de leur âge* 

La criCe où ne tardèrent pas à (è trouver les 
Cours de Magifirature par des murmures d'un 
autre genre 8c plus généraux , en donnant lieu 
aux JéHiites d'intriguer efficacement , augmenta 
davantage leur eCpoiu A M. de Silhouette avoît 
fiiccédé M. Bertin pour le contrôle général » & la^^iHoT^ 
joie d'être débarraÎTé du premier , ayant pourtant lyro, 
infiniment plus de connoiilances 8c de théorie 
que le (econd , le rendit un infiant agréable à la 
nation. C'étoit un homme doux , ami des pal- 
liatifs , fans prévoir les maux beaucoup plus 
grands 8c plus incurables qui en pouvoientrefiil- 
ter; il retira les ades de légiflation de fon pré- •• 
décefleur qui avoient le plus fait crier, 8c quoi- j-^-, 
qu'il y fubdituit un troifîeme Vingtième , un 7^ • 
doublement 8c un triplement de Capitatlon , ainfi 
qu'un fols pour livre d'augmentation fur les 
droits des Fermes , comme on jugea ces impdis 
inoins intolérables que le cruel edit de fubven* 
tion qui avoit tai{t alarmé , on lui fut gré d'une 
moindre tyrannie. D'ailleurs on imputa tout à 
M. de Silhouette > qui par les atteintes irrépa- 
rables portées au crédit & à la confiance publique» 
ayoit rendu ces rcffburces nécefTaires, Les Ma- 
gifirats , plus de fang-froid que le peuple tranf- 
porté d'un délire d'allégreffe paflfagere, auroient 
dû dans leurs ailemblées pefex l'énorme fardeau 



C661 

3e ceÈ impâts qu'on ne connoiffoit pas encortf* 
J768. Tous occupés de leur querelle propre , ils négli- 
gèrent de àipuler les intérêts de la nation 8c en- 
regiûrerent fans difficulté. Us enregidrerent ainfi 
det emprunts multipliés & n'examinèrent pas qui 
payeroit les intérêts, comment on les payeroit, 
s'ils (broient même payés. Ilïè trouva des dupes 
qui portèrent leur argent, & cela fuSiu On laii^ 
; lokt le Parlement tourmenter tranquillement les 
Jéfuites , & pour le récompenser de fa compiai- 
ûnce , on (àtisfailbit un moment fa gloriole* 

Le Parlement de Befançon ayant plus de nerf 
que celui' de Paris , 8c fur-tout plus de patrio- 
tisme^ travaillé d'un fchiûne inteftin à Toccafion 
de ces mêmes impôts qu'il n'ayoit pas voulu en* 
.regiârer,ét5it exilé dans fa portion la plus ùtine 
ic la plus nombreuie. Trente de ces membres 
.s'étoient détachés de leur chef , qui > par un abus 
.monftrueiiX'i réuniiToit i la fois en (à perlbnne 
Je$ fondions incompatibles de Premier Préfident 
& de GonomiiTaire départi dans la province , c*efl» 
.à-dire d'Intendant. Ce Chef > qui étoit M» de 
Boynes , ayoit en même tems une tache indélé- 
bile aux yeux de la Magiftrature , ayant été Pro* 
rcureur général de la Chambre Royale. Tous 
;les Parlemens prirent donc fait & caufe pour 
.celui de Befançon> & quand le Rot répondit à 
«celui de Paris que cette af&ire lui étoit étran- 
igere» il mit en avant un fyflême^ qui s'il n'étoit 
.ancien , avoit au moins quelque chofè de (pé- 
.cieux 9 âc eut merveilleufement relevé la Magi€^ 
irature , s'il eut pu le faire valoir. Il répondit 
que l'aSaire lui étoit très-per(bnnelle * puisque 
cous les Parlemens n'en compolbient qu'un (êul , 
divifé en différentes dalTes. Ceux de province ne 
nanquerent pas de recevoir avec avidité un plan 



f^7) . , ■ . 

' à^unîté qui les réhavHbît, les afTimlloIt à la Cour -,^.,lj 

des Pairs. Huit fécondèrent les infiances de cette 1768» 

dernière. Le^ Confeil n'avoit garde d'adopter 

cette prétention , il la combattit par des écrits » 

& cependant molHfTant bientôt , fournît occafîpn 

aux Magîftrats de raugn\enten Le Roi rappella Avril* 

les Officiers du Parlement de Franche - Con^tc ï7^i« 

qui étoient exilés , & leur donna fatisfaâion en 

retirant M. de Boy nés 8c de cette Cour & de 

la Province pour le nommer Confeiller d'Etat. 

Ce triomphe éphémère de la i^^agiftrature fiit 

(ùivi , ain/î que le préfumoîent les gens clair- 

voyans , d'un nouveau facrifice de l'intérêt natjo- 

' nai.'Dans un lit de {uffice s en fai^nt manquer le 3 1 Mai 

'Roi aux paroles les plus folemnelles, on prc^té* I7^jt 

Seoit pendant fix ans le (ècond Vingtième qui 
evoit finir à rihdant de la ceffation des hoftilité$ ; 
enfiibâituoit à la fuppreflion dutroifieme d'autr^st 
charges > dont il rélùltoit que les fujets payç- 
roient en tems de paix plus qu'ils ne payoient en* 
tems de guerre , d'autant mieux que les imp^ 
(bbfiitués dévoient courir à Tinflant^ tandis qije 
les fupprimés continueroient à fe percevoir eç- 
core plus de fix mois. Enfin on Ce jouott ^u 
peuple en annonçant des vues finceres de réduire 
toutes les impositions â une contribution jufle.» 
coudante & proportionnée à la valeur & au pro- 
duit des biens : opération vague « phantôme yaiii, 
deftiné à Tabuler par la trompeufe perfpeâive ie 
changemens avantageux dans l'avenir , à defleijti 
de lui faire par- là fupporter avec moins d'impa- 
' tience le poids énorme des inipo/itions conîer- 
vées. Les gens les mieux portés â bien juger 
des intentions du gouvernement , ne pouvoient 
s'empêcher de penlêr ainfi , en liiant les di(pofi- 
tions captieufes de l'édit , dans lequel , bieq 



(685 

loin de réformer les abus dont les Cours fe plaf« 
17^81 gnoîent depuis A long-tems» on ne cherchoit 
qn'i les pailler , qu'à les perpétuer par le défbr^ ^ 
dre , la confufîon , Parbîtraire & la clandefiinité* 
Si le Parlement eut çté yéritablement animé 
du zèle patriotique dont il Ce paroit, s'il 'eut mis 
dans les af&ires de la nation la même chaleur 
^ que dans celle intérefTant (à dignité ou les paC- 
fions particulières de quelques-uns de Ces mem- 
bres , c*étoit le mioment^ (ans doute , de Ce refu(èr 
à tout enreeifirement > de s'en déclarer incapa- 
ble , de foiliclter fans relâche la convocation 
des Etats généraux & de s'oppo(er ju(ques*là, en 
fe renfermant dans Ces véritables fonâîpns » à la 
perception d'impâts auffi étranges qu'odieux, La 
Cour des Aides remplie de vues plus rares, qvd, 
en auroît dû recevoir l'exemple > le lui donnoit 9 
( ^ ) mais inutilement ; le Parlement Ce laiiïa fê- 
duîre encore par des grâces que la Cour ver(a 
très-à-propos fur quelques-uns de Ces membres 
qu'elle parut admettre dans le fecret de Tadmi- 
niftration , par le choix d'un Contrôleur-général 
pris dans Ton Cein & par la confirmation récente 
d'une difiinâion dont il s'enorgueillit de plus en 
plus. 

La pufillanimité de M. Bertin , qui ne lui avolt 
pas permis de réfuter le rôle qu'on lui faifoic 
jouer en le rendant l'indrument de roppreflion 
de la France > lorsqu'il auroît dû lui faire goû- 
ter les douceurs de la paix, le fit trembler en 
même tenas au bruit des clameurs qui s'élevèrent 
4e toutes parts. Il crut les calmer d'un côté en 



{*) Dans les articles de fes Remontrances^ 
Mfêcés le é Juin 17^3. 



montrant que > dans un tems où Ton etoît inondé 
de projets de réforme & d'amélioration , il s'en 17684 
occupoit réellement ; & de l'autre , en femblant 
avoir égard aux réclamations des Magifirats & 
tempérant les loix rigoui^eufes contre lefquelles 
fils s'élevoient. En conféquence 9 il fit porter au 
Parlement une Déclaration du Roi , donnée Air i Dec; 
les repréfentations des Cours en interprétation des IT^J* 
Edits du mois de Mai précédent , par laquelle > 
^ en s'étendant avec complaifànce fur le cadaftre, 
général dont on leurroit toujours les peuples , on 
annon^oit que le Roi fupprimoit le centième de* 
nier établi lors du dernier lit de judice Hir les 
immeubles fidifs , diminuoit la durée des Ving- 
tièmes & des odrois des villes , & prenoit des 
arran^emens pour le rembourlèment des dettes 
de TEtat. 

Le même jour Ton enrégiftra des lettres-pa- 
tentes, portant établifTement d'une commifTion 
compofée de Magiârats pour examiner les moyens 
de parvenir à une meilleure adminidration des 
finances. 

Le déchaînement étott trop violent pour que 
le public fût fatisfait de promeffes trompeufes. . / 
Les cris de la nation continuant , le Duc de Choi« 
feul qui n'étoit pas fâché de fe concilier le Par- 
ment^ ouvrit l'avis de faire remplacer M. Bertin 
par un Confèiller de cette cour. Madame de 
Pompadour Tadopta^ & l'on fut bien étonné 

Îuand on apprit dans Paris.^ue M, de Laverdy j 
anfénifle fongueux , unHâes plus ardens adver- 
saires des Jélùites , étoit Contrôleur général. 
Ce n'étoit point une d|fgrace pour fon prédé- 
ceireur ; c'étoît même une retraite honorable que 
la cour lui ménageoit. On rétablit la quatrième 
charge de Secrétaire d'Etat qui avoit éfé %;: 



(7o) 

Il ' . primée , 8c Ton lui forma un départemeat de 
1/(^8. toutes les minuties des autres : petit minifiere 
très- analogue à (on petit génie. 

Le c^oix du Roi ouvrit la carrière a Tambition 
de tous Meilleurs , & il n'ed pas de jeune Con- 
lèiller des Enquêtes qui ne fe flattât de pouvoir 
un jour gouverner TEtit. Ce délire tourna les 
têtes du rarlement au point de lui faire oublier 
le fyûéme favori qu'il avoit imaginé , & de mé- 
conoitre tout-à-coup Ces intérêts bien entendust 
Ceux de province s'étoient infiniment mieux con- 
duits dans TafFaire des impots ; ils a voient op- 
pofe une réfîflance courageufè aux tranfcriptions 
illégales , & bravé les menaces & la barbarie de 
pluueurs commandans à la tête de ces expédi- 
tions militaires. Entre ceux-ci , le Duc de Fits- 
james s*étoit fur-tout fignalé en Languedoc , & 
avoit poulTé l'excès du defpotiûne jufqu'à mettre 
aux arrêts dans leurs 'maifons les membres du 
Parlement de Touloufe. Ce fut à cette occafîon 
que (on fils ayant rencontré le Marquis «de Royan 
qui venoit de dîner d'une maifon où il y en avoit 
plufieurs , lui demanda û depuis que ces Mef^ 
îièurs étoient en mue , ils les avoit trouvés plus 
gras î Non , répondit-il féchement , mais ils m'ont 
faru bien grands. Propos vigoureux qui occa- 
fionna une rixe entre ces deux Seigneurs , oà 
le premier fut blefTé. Quoi qu'il en (oit , on ne 
pou voit tenir éternellement en chartre privée 
cette Compagnie ; il fallut la rendre à (es fonc- 
tions*, & fon premier foin avoit été de décréter 
de prife de corps fon tyran. Maïs comme il s'a-^ 
giffoît d'un Pair ; qui avoit lé droit d'être jugé 
par (es Pairs , que la convocation naturelle & plus 
aifée de voit s'en faire auprès de la perfonne du 

Roi |.. le PArlemeni de Touloufe enjcya toui^ 



la procédure à celui de Paris > pour le procès être i \ 

continué ^fait & parfait au Duc de fit ^-j âmes . On 1 768» 
be pouvoit (è conduire avec plus de modération 
k d'égards. Cependant les IVIinifires jugeant Toc- 
eaiîon favorable de jetter la pomme de diicorde 
cntre^h Magiftrature , confeillerent à S. M. de ' 
permettre au« Princes , aux Ducs & Pairs de (e 
rendre au Palais , de reconnoitre le Parlement • 
de la capitale pour être éminemment & unique* 
iinent la Cour efTentielle des Pairs , & de lui faire 
^ntendre en conféquence que les Magiftrats de 
Touioufê avoient empiété fur (es droits. L'amour- 
(ropre des Confëillers de Paris > fôdutt ou enivré 
par les paroles douces du Monarque > ils (è pré- 
valurent d'un aveu auffi précieux de ùl part. Sans 
égard pour le fyâéme d'unité qu'ils a voient tout 
récemment enfanté > ils caftèrent la procédure du 
Parlement de'Touloufe & le déclarèrent incom- 
. pètent pour connoitre d'une affaire concernant 
un membre de la Pairie. Puis par une effufion 
de leur reconnoiilànce pour le bienfait de la ' 
cour > ils eurent la complaifance de ne donner 
aucune fuite au procès de de laiiTer jouir le Duc 
de Fitz- James de fon triomphe , fans mcmel'en- 
:tacher «comme ils firent quelques années après à 
^l'égard dû Duc d'Aiguillon. Cet attentat contre - 
•le droit des autres claffes réveilla leur zek relies 
firent presque toutes des Arrêtés , Contenant des j 
proteilations contre la prétention du Parlement 
de Paris. Celui- cî-mcme , revenu de fon prcmief 
enthoufiaûne , effaya de corriger ce que fà dé^ 
cifîon avoit d'allarmant» en reconnoîflfant que 
1 fa dignité de feule & unique Cour des Pairs 
ne devoit point rompre la - confraternité entré 
des meml>res faiHint tous un même corps. Ler ' 
gens Wésnrentdu replâtrage, acplttfieurs clafiet ' 



.... -.-. •* •> '» 



(70 

^ s*cn Indignèrent au point de renoncer à june aflb- 

1768. dation > qui ne leur en procuroit que les char- 
ges » (ans jouir des honneurs. 

La Magiûrature ayant perdu par ce défaut de 
cohérence une partie de la force qu'elle a voit 
acquife depuis dix ou douze ans , (es ennemis 
redoublèrent d'efforts contre elle. Ils exagérè- 
rent aux yeux de la cour les empiétemens , les 
ufurpations qu'elle faifbit chaque jour fur Tauto- 
rité : ils la représentèrent aux yeux des peuples 
. comme ne (bngeant qu'à fa propre grandeur Se 
abandonnant les droits & les intérêts de la nation « 
toutes les fois que fa réfifiance pouvoit. compro- 
mettre ou fa liberté ou (es prérogatives. Enfin 
cherchèrent à augmenter de plus en plus la défu- 
nion entre les divers Parlemens , bien certains 
que le (èul moyen de les détruire étoit de les 
attaquer fucceffivement. Ils y parvinrent ainfi , 
mais après bien de la perfévérance, des intrigues» 
des travaux & des (ècouiTes : avant ce grand 
événement il s'écoula encore plusieurs années 9 
toutes fécondes en faits dignes de l'attention du 
leâeur. 

Entre les fruits funedes dé la malheureu(ê 

fuerre qui venoit de fe terminer > il faut compter 
eux procès , qu'on pourroît appeller nationaux, 
qui occupèrent long-tems l'attention du public* 
Celui des Canadiens commença le premier. Sur 
la fin de la guerre le gouvernement excédé des 
murmures & des plaintes qui lui revenoient de 
toutes parts , pour calmer un peu la fermenta- 
tion occafîonnées par tant de défaâres , de pertes 
& de fautes , (è ré(olut à faire un exemple. Mais 
trop foible pour attaquer les abus dans leur (burce 
& punir les grands coupables , il chercha des vic- 
times ^ui n-euflènt pas des emours trop puifTans 



Cependant (ufceptîbles de faire CenCinon par leur sjils^ 
place 4 par leur nombre & par la nature de leurs 1768. 
forfaits. M. Berryer , qui agiffoit avec les mêmes 
précautions > & naturellement dur & malfaifant > 
étoit Ibuv^nt retenu par la crainte de fe nuire 
a lui - même , trouva toutes les conditions re- 
qui fes dans les Chefs & ÂdminiUrateurs du Ca- 
nada. 

Avant la perte de cette Colonie , il lui étoIt 
fbuvent revenu des mémoires du déplorable état 
où elle Ce trouvoit : et Tout le pays , lui écrivoit- 
, on , eft prêt à déposer des malver(ations qui 
, s*y font commifes , & s'y commettent joumel- 
, lement* Jugez.-enpar les fecours con/îdérables 
, que vous avez envoyés , & par la mifêre dont 
, nous (brames atcablés. Jugez-en par les for- 
, tunes rapides qu'elles ont occafîonnées ; c'efl 
, aux dépens du Roi qu'elles fe font faites : il 
9 épui(bit fes coffires pour nous nourrir , & nous 
, donner la force de combattre à fon fervice ; 
, la faim nous confume , & c'efl de notre fubfiG- 
, tance qu'on s'eft engraifle, „ Ce iWiniftre, déjà 
furieux de l'énormité des fommes que fes prédé* 
cefTeurs avoient fournies , & de celles qu'il étoit 
obligé d'y faire palTer lui-même , malgré tout 
fon plan d'économie , niais plus encore des dettes 
qui refioient à payer , même après la perte du 
Canada; înftruit, d'ailleurs, de l'excès des dé« 
(ordres 9 à ne pouvoir en douter , puisque les 
Chefs & les Subalternes l'en avoient également ^ 

prévenu , dans l'efpoir de s'en décharger respec- 
tivement , & de faire tomber le blâme 8c le repro^ 
che fur d'autres , commença par s'en prendre di-i 
reôement à l'Intendant. C'étoit un M. ïigott 
très-bien né , fils d'un Confeiller , mort Sous« 
Doyen du Parlement de Bordeaux ^ Se petit-fils 

Tome ir. I> 



f74) 

j d*iin Greffier en chef de cette même compagnie, 
J7^9» parent aiTez proche du Comte de Marville. Ce 
Miniftre l'avolt fait entrer dans le corps de Tad- 
xniniâration de )a marine , qu'on appeiloit alors la 
plume j Se il avoit mis fon cadet dans Tépée. 
Ap-ès a^oir parcouru , dans cette carrière , les pre- 
sniers emplois , cet aîné fut nommé , par le Comte 
de Maurepas , Commiffaire-Ordonnateur à Louis- 
bourg. Il y étoit en 174J» lorfque la forterefïb 
tomba au pouvoir de Tennemi , & fut accufé dès- 
lors d'avoir contribué au foulé vement de la gar- 
nifon , indignée de voir qu'on s'appropriât le tru it 
de fès (ueurs, en la fruflrant de la paie que lur 
accordoit le Roi pour la conftrudion & répa- 
ration des fortifications. Cependant > comme les 
plaintes portoient également contre le Gouver- 
neur & les Officiers (iibalternes qu'il auroit fallu 
impliquer dans le procès > comme le Minîdre 
étcit un homme doux « ennemi de l'éclat , & 
croyant le mal difficilement ; comme > d'ailleurs » 
il y auroît eu beaucoup de difficulté j Se pç^t-étrc 
d'impoffibilité à acquérir les preuves d'un fait , 
où tous les Chefs Ce trouvoient ligués contre les 
Soldats , comme enfin la gloire dont Ce couvroit 
alors la France, effa^oit jufqu'à fès difgraces> 
l'accufation n'eut pas de fuites > & M. Bigot n'en 
fut pas moins nommé, à la paix , Intendant delà 
Nouvelle France. Malheureufèment impuni , il 
n'en acquit que plus d'aud,a^ à malverfer dans 
une Colonie, où, par l'éloîgnement de la Mé- 
tropole avec laquelle on efl huit mois fans com^ 
munication , un Chef a ncceilàirement une auto- 
rité très-illimitée : l'éloîgnement des pofles mul- 
tii^liés , dont elle eâ compofée en grand nombre , 
& à des diflances confîdérables , ne favori(è pas 
moins Ces manœuyrcs ténébreu&s > & la nature de 



fa geHtcm ; \m ' génie mercantile qu'exigent (k% 
fonftîpns , doivent nçceffairenaent excita ou faire 17^^» 
naître la cupidité dans un cœur rafceptihle de 
cette pa£on, La traite de certaines marchandi- 
ùs d'Europe contre les pelleteries & autres mar- 
chandifes du pays , les préfens à faire aux (au va- - 
ges , la (îzbfiÂance des troupes & de la colonie > 
dont efl presque chargé en entier l'Intendant , avec 
des appro vifîonnemens qu'on lui envoie d'Europe^ 
tant de détails compliqués , dont on ne peut fè 
tirer que par une fagacité rare , offrent , en même 
tems, à la fraude les reviremens les plus adroits 
& les plus avantageux. M. Bigot en avoit profité 
avec tant de Tuccès , qu'il étoît devenu fort 
nche , & beaucoup d'autres avec lui ; parce que 
cette manutention ne peut Ce faire que par l'en- 
tfemife de coopérateurs , d'agens & de fubal- 
ternes , qui tons s'évertuent dtans la même pro- 
portion , quelquefois même encore avec plus 
d'ardeur & d*adivitc. Mais c'eft touiours fur te 
Chef que fe portent ordinairement les regards; 
c*eft contre lui que s'élèvent les réclamations. 
M. Bigot eut la gaucherie de ne pas cacher du ^ 
sapins aflèz ion opuknce> &, au milieu de la 
mifère publique , de tenir l'état le plus (plendide . 
& le plus énorme« Dans le tems de la plus grande 
difette, il avoit une table de vingt couverts ^ Se ^ 

^ttte table auroit (ufB à nourrir deux cens habi- 
tons. M» Berryer , infiruit du luxe & des profu- 
fions de Tlntendant, lui avoit écrit : '* Je vous 
» prie de faire de trcs-férieufes réflexions fut la. 
n façon dont Tadminiilration qui vous eil confiée 
9) a été conduite jufqu'à pré(ënt ; cela efl plus im-;. 
j> portant que vous ne pen£êz. ^^ Il n'en tint comp-. 
* î ayant échappé à Louisbourg à un danger 
tWs ixt&suxt 9 puifqu'il avoit pour accufateurs 

D 2 



1 



(76) 
dîreâs toutes les troupes de la Colonie; il Ce 
1768* flatta de fe tirer encore mieux d'afikirç dans un 
tems où le changement continuel de Miniflre le 
débarraflêroit bientôt de cet Argus importun. 
D'ailleurs, bien plus riche qu'il n*étoit autrefois > 
Il avoit des moyens de jufiification .plus surs 8c 
plus puifTans auprès d'une Cour corrompue ; 8c 
la confufion générale dés affaires devoit laifler un 
▼oile il épais fur Ces malver&tions , qu'il reg ar- 
doit comme impplïîble que personne pût le li* 
vrer. Raifuré par tant de reflburces qu'il envi- 
fage, il part du Canada; &, malgré les lettres 
menaçantes du MiniOre , il arrive à Versailles ; il 
fe présente à lui ; il lui demande le paiement de 
lettres de change dont il efl porteur; il les an- 
nonce comme d'autant plus Sacrées , que c'efl le 
résultat de Ces propres apppintemens qu'il a Sa- 
crifiés pour acheter du blé , 8c faire vivre laCx)-. 
lonie« Le Silence du MiniSlre ne l'épouvante 
p%int; il n'en produit pas moins une partie de 
fk fortune au dehors ; il place Ces fonds , il acheta 
des terres , il étale Sa magnificence juSques aux 
portes de Verfailles. C'eft au milieu de cette fé- 
ti7Nov, curité apparente, car la détention de Cadet, le 
iy6u Munitionnaire général des vivres du Canada^rin^ 
«7 Dec *^%"^*^* ^"^ » chargé par cet accufé, il efl arrêté 
^ ^ * lùi-méme & conduit à la BaSliUe. Un mois après > 
il Ce publie des Lettres-Patentes , dont le préam- 
bule dit : ** Que le Roi eSl informé que , dans fes 
9, Colonies de l'Amérique Septentrionale > & par- 
3, ticuliérement dans celle du Canada, il a été 
^, commis des monopoles , abus , vexations 8c 
,> prévarications , qui ont porté un préjudice. 
j, considérable auxdites Colonies, ont caufé la 
^, ruine de plusieurs habitans , 8c font d'autant 
9i plus puniilables > que quelques-uns de ceux 



P 



(77) 

»> qui en (ont (bupçonnés , ont aburé dn nom ti 
n de Taurorité de S. M. ,> Après cet expofé, le 17^81 
Roi ordonne qu'une. CommifGon du Châtelet in(l 
truiCè le procès des auteurs > complices , fau« 
teurs 6c adhérens defdits ^ crimes > ce qui implir 
quoit plus de cinquante accufés de tout état y 
parmi lesquels étoient le Gouverneur > Tlnten- 
dant 9 dix-(èpt Commandans de pofles , deux 
Commiflaires de la marine^ un Confeiller auCon- 
feil ftipérieur de Québec y &c. En général , les 
Commiffions font odieufes; cependant elles le; 
(ont moins , lor(que ces membres en font choifis 
entre les juges ordinaires. D'ailleurs^ dans un 
procès auffi long & au (fi compliqué que celui-ci, 
il falloit néceflairement chercher à abréger les 
formalités judiciaires^; & il n'étoit pas poifible 
de gêner tout le cours de la Jufiice pour une inC- 
truôiofi qui pouvoit prendre des années. Le 
Pré/îdent de cette Commiffion de voit être M. de 
Sartine, alars Lieutenant de Police, qui 9 par la 
namre de là place , par refprit d'aduce dont il 
ctoit naturellement doué, & qu'il y avoit merveil- 
Icufement développé, par les divers interroga- 
toires qu*il avoit déjà fait fiibir aux principaux 
accufes , (èmbloit celui des Chefs du Châtelet le 
plus propre à cette fonâion. M. Dupont , Con- - 
îèiller au Châtelet , étoit le Rapporteur ; & il 
auroit été difficile de trouver un Magidrat plus 
éclairé dans de (èmblables matières , plus intè- 
gre , plus formalise , mieuif pourvu de l'efprit 
d'ordre , de minutie & de chicane néceffaire à 
Ton rôle , & (ur-tout doué d'une patience plus in- 
fatigable. On ne gofitoit pas également le Pro-* 
cureur du Rot, rempli d'efprit ; mais dont la pro- 
bité, déjà trop fufpeâe , ièmbloit devoir céder i 
Uûe épreuve difficÙe à fubir , même pour lui plus 

Dj 



. (78) 

S—- ■ — a întafte t on Tavoît tiommé Procureur- General de 

Jj6^. la Commiffion. L*infiruâîon de ce procès > fur 

lequel la France , toute l'Europe , & même le 

Nouveau Monde 9 aroient les yeux ouverts , 

dura pendant trois ans. Le jugement ne répondit 

ï Dec, pas à l'intérêt public : il fut ordonné , en tout , 
^7^S* environ douze millions de reftitutîon envers le 
Koi. Le Marquis de Vaudréuil fut déchargé de 
Taccufation , &: il le méritoit perfonnellement ; 
mais (a foiblefle, foit envers l'Intendant , Ton 
collègue, dont il ne pouvoit ignorer les concul^ 
fions y Coït fur-tout envers les Officiers particu- 
lièrement fournis à fes ordres , étoit trcs-répré- 
henfîble. Les fîeurs Bigot , l'Intendant; Variu, 
Commiflâire-Ordonnateur à Montréal > & Bréard» 
Contrôleur de la Marine à Québec 9 convaincus^ 
pendant le tems de leur adminidratioh, d'avoir 
toléré, favori(e& commis eux-mêmes les abus, 
malverlations , prévarications & infidélités dans la 
partie des finances mentionnés au procès, ne furent 
punis que du banniffèment : quelques Officiers fu- 
rent feulement adraoneftés, quoique cenfés avoir 
connoifîânce des vols faits au Roi » & y avoir par- 
ticipé* Mais le plus étonnnant , ce fut le (leur 
Péan> le Major des troupes, qui, condamné à 
600,000 livres de reflitution envers le Roi , no^ 
reçut pas la plus petite note d*infara.ie. ' Les 
CommifTaires excuferent la douceur de leur juge- 
ment , fiir ce qu'il n'y avoît point de loi c,ui les 
autorisât à prononcer la peine de mort en pareil 
cas. Cependant on pduvoît , tout au moins , aflî- 
miler le crime des Canadiens au vol domeftique; 
& Ton fait qu'une malheureufe fervante, pour 
avoir dérobé une lerviette à fa maîtrefïe , eft pen- 
due. Quant aux douze millions de reftitutions 
ordonnées , on fè doute bien qu'il n'en entra 



(79) ,. . . 

guère dans les coffires du Roi. Cadet , le Muni- i,!— l^j 
tionnaire général , devoit, pour Con compte > re- 1768. 
gorger /î^c millions; mais il en demandoit dix ou 
onze. Pour être quitte , on le réhabilita ; & 
M.Gerbier , Ton Avocat , fut celui qui tira le plus 
de tout cela : il eut 300,000 livres d'honoraires, 
Penniffeault , (on Commis , avoit eu la précau- 
tion de Ce pourvoir d'une jolie femme , qui avoit 
eut le bonheur de plaire au Duc de Choifeul ; elle 
fit avoir des lettres de Juflification à fbn mari , 
4uî le rendirent blanc comme neige , & lui con- 
ièrverent les gains frauduleux qu'il avoit été forcé 
de rendre. Un fils de Bréard époufa depuis une 
parente de ce Minifti-e. Le feul Intendant, fur 
quiron tenoit les yeux trop ouverts, qui, vieux 
garçon , n'avoit ni femme ni fille à proflituer , 
a (ubi (on châtiment, fans pouvoir rentrer eii 
France. 

Le procès de M. de Lally, que nous avons 
déjà annoncé, commença plus tard, & fut plus 
long, L'accufé étoit d'une toute autre confîdé-^ 
ration ; & il avoit pour accufafteurs non-feule- 
nient le Mîniftere public, mais toute l'Inde , dont 
celui-là n'étoit que l'organe. La bafe fut une 
requête prélentée au Roi par le Gouverneur & j Août; 
k Confèil fupérieur de Pondichéry , à leur re- 1761. 
tour, où , Ce plaignant d avoir été ofFenfés, yaC- 
ques à l'excès , dans leur honneur & dans Jeux 
féputation , par les imputations du fieur de Lally , 
>ls demandent juûice à S. M. & un tribunal pour 
la leur faire rendre. 

Cette requête étoit appuyée d'un mémoire, 
tendant à prouver ' * que le Confeil & la malheu- 
« reuCe Colonie de l'Inde avoient été écrafés, de- 
« puis le commencement jufqu'à la fin , fous Tau- 
i> torité d'un maître defpotique , qui n'avoit ja- 

V D4 



(8o) 

Li-j " '■ „ mâîs connu lés regjes de la prudence, deThon- 
17<^S« ,f neur, ni même de rhumanité; que le Comte 
„ de Lally étoit feul comptable de toute la régie 
^, & adminidration , tant de rintërieur que de 
„ l'extérieur de la Compagnie» ainfî que de tous 
„ les revenus des terres* & dépendances qu'elle • 
,, pofledoit, . . • qu'il étoit comptable de la perte 
5, de Pondichéry , puifque la TÎlle n'avoit été 
,, rendue que faute de vivres » & que lui feul 
), avoit en main les rnoyens qui pouvoient en pro- 
5, curer; (avoir, l'argent pour les acheter, le 
„ fruit des terres , le produit des récoltes , & les 
„ troupes pour les protéger. „ Enfin, on articu- 
loit , dans ce mémoire , neuf articles capitaux , 
prouvant , félon les dénonciateurs , plus que de 
l'incapacité. 

IVI. de Lally, inflruit que ces plaintes ont pro- 
duit fènfation à la Cour , Ce rend à Fontainebleau. 
On lui annonce qu'il eil quefiion de le mettre i 
Nov. la Baftille ; cette nouvelle ne l'intimide pas. Il 
1752, écrit au Duc de Choifeul une lettre ferme , où 
il déclare qu'il apporte au Roi fa tête & fon in- 
nocence. Il eft arrêté. Quinze mois s'écoulent , 
fans qu'il foit interrogé ; &, fî Madame de Pom- 
padour ne fût pas morte , peut-être leroît-il 
îbrti glorieux , ou du moins impuni de (a prifon. 

Par un incident bilarre , l'afïàire fut d'abord 
fnî(c en juftice réglée. Un Jéfuite, car il s'en 
trouvoit de mêlés par-tout , nommé le l^ere La-- 
vaur , éunt mort dans le tems de la déroute de la 
Société, à la Compagnie des Indes, où il avoit 
obtenu un logement comme Miffionnaire , autre^ 
fois au (ervice de'cette Compagnie, le Parlement 
fit mettre les (celles chez lui. On trouva, dans les 
papiers dé cet Apôtre d'une nouvelle elpece , 
pour près de i^zoo,ooo livres ^'effets ^ & un mé-^ 



(8i5 

nioire contre M« de Lally ; nne anecdote, aflez ■ ' ■,' ■ ■ ■ 
curieufe à ce fii jet , eu rapportée dans les Faéiums ij6$» 
du Comte > & mérite quelque créance , appuyée 
du témoignage d'un témoin oculaire de la can- 
deur la plus re(peâable. (*) L'Enfant d*Ignace, 
bomme de précaution , ignorant ce qui fe paffe- 
roit en Europe 9 à l'arrivée du Général , qui , par 
fcn crédit , pouvoit intimider ou confondre Ces 
accuTateurs^ avoit compofé deux écrits, donc il 
deyoit produire l'un ou l'autre , (ùivant les cir- 
cenfbnces. Quoiqu'il ne fût rien moins que porté 
en (à faveur , le premier contenoit de grands élo- 
gc^du Comte de Lally; 8c c'eil celui qu'a vu le 
militaire cité. Le fécond étoit le revers de la 
médaille. Dès que le Jéfuite fut affuré du progrès 
*f du fticcès du complot formé contre le prifon- 
iûer> il brûla vraifèmblablement fbn apologie, 
& ne confêrva que le libelle. Il fut remis aux 
mains du Procureur-général , qui rendit plainte, 
contre le Comte de Lally , de conçu ffions , de \ 
Vexations , d'abus d'autorité , même de haute 
trahifon. Il intervint Arrêt , qui renvoya l'inflance 
de l'affaire au Châtelet, fauf l'appel'enla Cour, djuîll. 
Alors le Roi , très-indécis , à Ton ordinaire, fur le 17^4» 
parti qu'il de voit prendre, & qui fe laifToit en- 
tr^ner par les circonftances , fit expédier de pre- 




» un grand nombre de mémoires , on nous auroic 
9« expofe que ces pertes fi multipliées, & en même 

{ * ) M. le Marquis de Montmorency , Officier 
^cs gardes du corps aujourd'hui , & ayant fcrviau- 
^cfois dans l'Inde. 

r>5 



(8i) 

■ ,-^i,ji ,, tems R funeftes , auroîent été occafîonnées par 
i/dS» >, des déprédations, des concuffions, des diver- 
se, tiffemens de deniers ; il efl de notre juftice 
„ que ces délits (oient approfondis par une pro- 
» cédure juridique.,, Ainfî, aux termes de ces 
lettres , Tindruâion tendoît uniquement à décou- 
vrir le criipe par-tout oh il pouvoir exîfter. 
Elle n'étoit dirigée fpécialemenf contre aucun 
accufé; elle devoit comprendre , en général, tour 
les délits commis dans rinâe , relativement à l'ad" 
miniftration & au commerce de la Compagnie ^ 
fait avant i~foit depuis l^ envoi des troupes fous Lt 
conduite du Comte de Lally; & la Grand'ch am- 
bre afîembléc étoit le tribunal déiîgné pour e» 
çonnoître. On découvroit encore , dans ces pre-' 
mieres lettres, la main protedrice qui foutenoit 
le Comte de Lally : on ne la retrouve plus dans 
les fécondes , parce quMle n^exiftoit plus en effet. 
EnAvr, (*) Il y eft défîgné & nommé comme le fèul> 
1754* ou du moins comme le principal coupable; leu 
autres à reconnoître ne font que Tes complices 
& adhérens. Cétoit un point bien effentiel ga- 
gné par (ks ennemis , qui faifbient aînfî tomber 
les dénonciations d'abus faites par le Général , & 
d'accufés devenoient accul&teurs : c'eft qu'ils 
étoient libres ; c'eft que , connoiffant mieux que 
lui Tutile emploi à faire des fommes énormes 
qu'ils avoient gagnées ou pillées , ils avoient ré^ 
^ pandu l'or en profufîon ; c'eft qu'en un mot , liés 

entre eux par l'Intérêt puiffant de leur défenfe 



(*) Madame de Pompadour n'cft morte réelle- 
ment que le 15 Avril, mais elle languiflToit depuis 
fîx femaincs , & ne mettoic plus aux afFaires Tinté- 
téc qu'elle y auroic pris dans' un autre cems. 



perfonnelle , ils formoîent une confédération în- s*, 
deflruâible. On ne peut expliquer autrement > 1768. 
que dans la foule de ces (êrviteurs infidèles de la 
Compagnie des Indes , prefque tous revenus 
îmmenfëment riches , lorfqu'elle s'eft trouvée 
ruinée ; prefque tous défîgnés au Comte deLally « 
à (on départ , par Tadminidration d'Europe , 
comme des prévaricateurs , dans un Mémoire con- 
tenant des notes intéreflantes fur le caradere & les 
qualités des différens Sujets > avec ce refrein fré- 
quent au bout de chaque article : Une sy oublie 
pa-^i prefque tous reconnus pour tels, dénoncés 
par ce Chef, Se dénoncés à cette même Compagnie 
pour des déprédations dont il prétendoit avoir les 
preuves acquifes; que» dans cette foule, encore 
un coup , il ne s'en foit pas trouvé un feul de 
puni, & que le glaive de la Juftice ne Ce foit 
appefanti que fur la tête de celui avant l'arrivée 
duquel elles exîftoîent, & envoyé pour les dé- 
couvrir & les venger. 

Quoi qu'il en foit , après tout l'appareil énorme 
qu*exigeoit un tel procès , le Rapporteur fit fon 
expofé, chef-d'œuvre au gré des Magiflrats qui 
l'entendirent , nvàU , fans doute , contenant biea 
des balourdifès aux yeux d'un Marin , d'un Mili- 
taire ^-d'un Géographe , qui le liroientrCe Rap- 
porteur 4toit M. Pafquier, le même qui a voit fait 
k rapport de Taffitire de Damiens ; très-expert 
dans lé labyjrinthe de la chicane & des loix ; très- 
adroit , trés-iubtir, c'étoit en même tems un 
vieillard fiijet aux préventions , entêté , fou- 
gueux , colère & d'un caradere bien oppofé au 
caraâere flegmatique & impaflible'du rapporteur 
àts Canadiens. M. de Lally a voit la plupart des 
bernes défauts. De - là des fcenes vives entre 
ces deux perfonnages dans les interrogatoires* 



(84) 

a ■ '. Chez de pareils hommes il en réfulte Couvent uflt 
1768. levain qui fermente fourdement & Içs rend très- 
dangereux quand ils font Juges ; à plus forte 
raifon quand 9 chargés du développement d'une 
affaire auflî compliquée » leur rapport n'eft pas 
dirigé par l'exade impartialité. Ceft ce qu'on 
reproche à IW, Pafquier. (*) Ce Confeiller ce- 
pendant ne put articuler aucun crime affez décî- 
£f > (îir-tout dans le fait de haute trahifon , pour 
mériter à Taccufé la peine de mort j en s'en te- 
nant à la lettre de l'ordonnance* Mais il fit 
envisager aux juges que dans un procès de cette 
nature, hors du cours ordinaire de la judice , 
qui ne devoit pas être de leur compétence , il 
falloit s'élever au deffiis de la loi , entrer dans 
refprit du légiflateur , & prononçant d'après les 
grandes vues d'adminidration , faire un exemple 
éclatant fur un coupable illullre* Ses confrères 
enflammés par fbn difcours devinrent fangui- 
naires , & le Comte de lally (ut condamné à 
6 Mai ^voîr la tête tranchée. La manière dont il avoit 
]7%5« ^tc interrogé l'avoit dû préparer à cette nouvelle. 
Dépouillé de fa grand-croix , de fon cordon» 
mis fur la feHette> il s'enfuivoit que les déci- 
£ons du parqufft tendoient au moins à une peine 
af&iâive. Il ne put tenir à cet arrêt infâme ; cou- 
vert de quatorze cicatrices , quelle deflinée de 
tomber auK mains du bourreau ! Quand on le lui 
lut à la Chapelle de la Conciergerie , ne Ce poffé- 
dant plus de rage , il vomit Tes plus horribles 
imprécations contre la terre Sr le ciel , contre (es 
juges & fur - tout contre fon rapporteur. Puis 



•^■ 



(*) Vo7''zles mémoires manufcrits du Comte 
4e ToUendal , fils naturel du Comte de Lally« 



(80 

prenant , en apparence , des fentimens de réfîgna- 
tion , il demanda à faire fa prière , Se dans cet 1768* 
ititervalle , à l'aide d'une pointe de compas qu'il » 

avoit cachée dans fa redingote » il voulut fe 
percer le cœur. On Tarréta & on lui ota les 
moyens d'exécuter fon projet , qui au (urplus 
n'écoit (ans doute pas bien formé , car il s'y (èroit 
pris d'une manière plus efficace. Quoi qu*il ea 
foit , Tufage eft qu'au moment où un criminel a 
entendu (on arrêt , il relie dès-lors en la pofleA 
fion- de l'exécuteur qui eto répond perfonnellç- 
ment» 

Le Roî prévenu d'avance du fort du Comte de 
Lally, avoit fait dire au Premier Préfident que 
le Parlement pouvoit aller fon train; qu'il n'é- 
loit dif^ofé à aucune grâce > & qu'afin de fe ga- 
rantir de toute follîcitation, il alloit fe renfermer 
a Choify , dont l'accès feroit défendu à tout le 
inonde. Il avoit recommandé pourtant qu'en fa- 
tisfaifant à la juftice, on eût pour le coupable 
tous les égards que pourroit comporter fon (îip- 
plice. En confêquence , il avoit été convenu que 
M. de Lally , demeuré fous la garde du con- . 
cierge , monteroit à la nuit dans fon carroffe avec 
le confefTeur , un exempt en habit bourgeois Ôt 
fon valet de chambre ; que l'exécuteur fe trou- 
▼eroit (èulement à Téchafifàud pour y remplir 
fon minifiere. M. Pafquier s^étoit oppofê de 
toutes (es forces à cet adouciffement ; il avoit 
okjeâé que dans pareil cas la mort n'ed rien ; 
c'eft l'appareil infâme qui l'accompagne qui doit 
en faire toute l'horreur; les fers , le tombereau 9 
le bourreau. Il renouvella fon avis à l'occafîon 
^u deffein du Comte de Lally de fe foudraire à 
Texécunon de l'arrêt. On dépêcha un courier 
i Choijîy 1 5c H réponfe fut que les juges fecoient 



(Î6) 

ce qu'ils voudraient. Le bourreau prit donc 
I7tf8« pofTedion de fa proie , lui garotta les mains , 8t 
ibus prétexte que les Nègres avoient Tadrefle 
de s'étrangler avec leur propre langue , que M* 
de Lally y dans Tes voyages , auroit bien pu Tap- 
prendre > il propo(a , pour Ten empêcher de 
lui metrre un bâillon ; ce que le rapporteur 
adopta avidement , d'autant que cela lui épar- 
eneroit d'entendre bien des injures que le Comte 
S^rcené voudroit envain exhaler contre lui. 

Ce fut dans cet appareil & fur la voiture u£tée 
pour les plus vils fcélérats que M. de Lally fut 
conduit à la Grève , à travers une foule Im* 
inen(è, non-(èulementde peuple & de bourgeois » 
mais de tous les miliraires & de toute la cour« 
Au pied de l'échafFaud on lui ota fon bâillon* 
Bien des gens s'attendoient à l'entendre haran- 
guer : il reprît fa fermeté", monta tranquille- 
ment & (ans proférer une parole reçut le coup 
fatal. r 

Le public , toujours difficile, toujours mécon* 
. content , dont , quelque bien que l'on faiïe » il faut 
s'attendre à être critiqué , û avide d'exécutions 
& fi Hifceptible de commifération aveugle y qui 
avoit trouvé le jugement des Canadiens trop 
doux , trouva bientôt celui du Comte de Lally 
trop cruel. C'eft qu'il ne lut dans l'Arrêt que 
ces mots .-pour les cas ré/ulfans du procès» Enoncé 
vague dont les cours prétendent avok le droit 
d'uler, & qui peut couvrir bien des*a^eries^ 
des abus , des injuftices & des horreurs ; for- 
, mule qui ne devroit point être admi(e de la 
part d'un miniftere terrible , dont les moindres 
aâes doivent être déterminés par ia loi feule , 8c 
V fous laquelle il peut s'exercer également contre 
ic crime &4'innoce&ce. Quoi qu'il en foit, aa 



(«75 

moment même du fupplice du Comte de Lally , - 
dans la pouffiere des claiTes il s'élevoit déjà un i768t 
vengeur de fa mémoire. Son fils naturel 5 depuis 
connu fous le nom du Comte de Tollendal , 
réfolut dès - lors de juftifier fon père. Depuis 
ce tems il p'z pas paffé un feul inftant fans s*en 
occuper, ^oué de tous les talens de la nature 
& de l'art « au lieu de fe livrer aux frivoles amu- 
femens de (on âge, il a étudié les divers codes 
criminels de l'Europe ; il ne s'en eft pas tenu à 
CCS préparatifs immenfes, il s'eil frayé un accès 
jufqu'auprès du trône , & le feu Roi qifî avott 
été inexorable pour le père , s*eft laiffé attendrir 
parle fils, & outre les bienfaits pécuniaires dont 
il l'avoit comblé , lut avoit fourni les moyens 
de combattre avec avantage au confeil , en lut 
fournifTant des pièces fecretes qu'il li'auroit pu 
avoir autrement. Avec ces fecours & une protec- 
tion encore plus forte qu'il a trouvée auprès du 
îttonarque reenant , & fur-tout de fon augu(!e 
compagne , il èft venu à bout de faire caffer 
l*Arrét du Parlement , & la connoifîance du fond 
eu renvoyée au Parlement de Rouen, 

Nous ignorons^ ce que prononcera cette cour 9 
dont l'arrêt pourroit, comme tant d'autres , ctfe 
le fruit d'une obfeffion continue & de la fa- 
veur éclatante dont eft couvert le Comte de. Tol- 
lendal. Mais après avoir expofé tout ce qui s'eft 
dit contre le rapporteur & les iuges , notre im- 
pattialité nous oblige d'avouer qu'il eft bien dif- 
ficile qu'un homme de ce rang , condamné una- 
nimement par quarante Magiftrats , ( * ) ne fût pas 

( * ) Un fcul M. Maynaud , fut d'un avis diffi- 
'cnt , mais plus grave. U dît que d'après 1^ raf* 



(88) 

coupable; que raccufê perfîftant à reculer tous 
.I7tf8« les témoins comme frappons ou intéreffés à l'in* 
culper,M. Pafquler lui ayoic ofièrt d'en admi- 
nifirer de ùl part y (bit nationaux » (bit étrangers i 
qu'il l'avoit aiïuré que le gouvernement les feroit 
Tenir de quelque endroit où ils fuiïent y êc que 
M« de Lally s'étoit conftamment refufé à cette 
lide y Cous prétexte qu*il n'en connoiffoit point » 
qu'il n'avoit vu dans Tlnde que des coquins , des 
Scélérats à rouer ; que loin qu'on eût égorgé M« 
de Lally fans l'entendre , il avoit fubi un interro- 
gatoire à différentes repri(ès , qui ne devant pren- 
dre que trente heures y en avoit confommé cent 
quinze 5 pendant lequel tems il avoiteu en tout 
le loifîr de rédiger (es répon(e$, au point qu'il en 
efl telle qui ayoit duré trois heures ; qo'enfin le 
rapport fait fous trois alpeâs différens, ayoit d'a- 
bord été celui d'un hifiorien racontant feulement 
les faits; qu'enfuite les reprenant , M. PaTquier 
y ayoit lié les déportions relatives ; & que les 
ré(umant encore pour la troiiieme fois , il en 
avoit formé l'enfêmble , d'où devoit réfulter la 
conviâion ou la décharge de l'accufé ; & que 
pendant les nombreu(ès (eances que ce rapport 
avoit tenues j il avoit été fait (î nettement, que 
M» Pafquier ne s'étoit pas entendu interrompre 



port de M. Pafquier il voyoit clairement que le 
Comte de Laily , durant trente - deux mois qu'il 
avoit paiTé dans l'Inde , n'avoit ufé de Ton auto« 
rite que pour faire fouftrir tous ceux qui avoient 
été ibus fes ordres , ou fous fa protedion } qu'il 
Voudroit en conféquencc un fuppiice qui durât auffi 
long-tems > mais que , comme il n'y en avoit pas , 
il opinpit pour le plus long , q[ui etoit la xouc* 



^ 



(89)' 

une feule foÎ5| que fà conclufion avoît été, qu'en 

fuppofant M. de Lally un homme d^e(prit» tel 1762% 
que Tavoient toujours jugé ceux qui l'avoient 
,coiinu , £à conduite devenoit parfaitement éclai- 
rée ; il demeuroît convaincu du moment où ii 
étoit parti jusqu'à la reddition de Pondichéry , 
d'avoir formé & exécuté (on plan d'aflbuvir Ton 
ambition , Con avarice , (a vengeance , à quelque 
prix que ce fût , même en trahifTant les intérêts 
du Roi , de TEtat & de la Compagnie ; qu'autre- 
ment il faudroît le croire le plus imbécille det 
hommes , mais noir « méchant > atroce & cou- 
pable cependant d'une infinité d'horreurs ifolées» 
dont la moindre mérîteroit toujours l'animadi- 
Verfîon de la juûice. 

La feule objeûion plaufible, au premier coup 
d'oeil qui Ce préfente j c'efl qu'un procès de cette 
cfpece étoit le fait d'un Confeil de guerre* D'a- 
bord, ce (èroit au Gouvernement qu'il faudroit 
adtelTer le reproche, puifque le Parlement n'a 
jugé le Comte de Lally que comme commiffion. 
Mais ce reproche même feroît-il bien fondé? 
Tout ce qu'on pourroit dire ^c mieux , c'eft 
^u'il auroît fallu un tribunal mixte , puifque les 
chefs d'acculation , en préfentant des délits qui 
fembloient militaires , en ofFroient encore plus 




11 le déclare duement atteint & convaincu d'a- 
voir trahi les intérêts du Roi , de fon Etat 8c 
de la Compagnie des Indes ; d'abus d'autorité ; 
de vexations & d'exaâions envers les Sujets du 
Roi & étrangers , habitan? de Pondichéry. Il faut 
avouer que les Magiflrats ont du moins eu la 



(9o) 

précaution cle le présenter fous un afpeâ par, 
l/dS* lequel lis ne paroîflènt point avoir pafTe la limite 
de leur Juriâiâion. Le dirons-nous f L'homme 
qui a jugé le plus rigoureufement M. de Lally j 
c*eft celui qui a o(e le défendre le premier en pu- 
blic, & par écrit ; c'eft ce Voltaire dont on cite, 
«avec tant de complaifknce , le bon mot : C'eft un 
homme , diH^it -il , fur lequel tout U monde avo'u 
droit de mettre la main , excepté U bourreau ; bon 
mot plus rpécieux que folide. En effet > fîgnifîe-t-il 
que M. de Lally fut coupable de toutes les hor- 
reurs * excepté les crimes que punit la loi î Ce 
ne feroit qu'une (àtyre de notre légiflation trop 
outrée , trop ridicule , pour mériter quelque 
créance, & faire imprefCon. Il faut donc s'en tenir 
au fens vrai k. naturel. Mai-s 9 comme , en France 
& dans tout Etat policé , perfonne n'a droit de (e 
faire judice^ c'ed donc.> en dernière analyse) 
fous la main du bourreau > & du bourreau (eul » 
que devoir tomber la tête du Comte de Lally« 

Tandis que le procès des Canadiens & celui- cî* 
matière des converfatîons , perpétuoient trop 
long-tems le fouvenir d'une guerre défaûreuO, 
le Duc de Choi(èul cherchoit à TefiFacer par les 
avantages de la paix. Sans avoir le titre de pre- 
mier Miniftre, il en exerçoit, comTie le Cardi- 
nal àt Fleury , toute l'autorité, puifqu'il gérbît 
lui feul les trois Départemens les plus importansi 
car nous avons obfervé que le Duc dePraflin (* ) 
n'étoit , fî l'on peut s'exprimer ainfî , qu'un 
mannequin politique , que fon coufîn plaçoit, 
remuoit & déplaçoit à fbn gré. Jufques à la 

(*) Le Comte de Choifeul avoit été déclare par le 
Roi Duc de Pràslin, le i Novembre 17*^1. Il fut 
reçu au Parlement Duc & Pair le 10 Dec. fuivant. 



(5>i > 

de Madame de Pompadour^ le Duc de 



oifeul n'avoit gouverné le Roi qu*en fécond ; 17681 

k alors il le iiibjugua tout-à-fait. Son pre- 

ier foin avoît été de gagner la confiance du 

^nverain , en écartant de S. M. toute appréhen- 

•n d'une rupture prochaine, que les murmures 

e la nation angloifê y mécontente du traité, pou- 

)i€nt occafîooner, C'eft (îir-tout ce que redou-j 

it Louis XV , qui , fatigué à Texcès de la guer- 

I auroit facrific la moitié de Ton royaume pour 

i plus en entendre parler. Afin à^y parvenir & 

e mieux tranquilliser le Monarque , le Minière 

?ife de toutes les reflburces de fon génie , tourné 
^'intrigue j ou plutôt à la tracailerie. Dès qu'il 
cofinoifloit ub Ai jet propre à Tes defleins, il lui 
" ionnoît un grade , & l*envoy oit , foît à Londres , 
foit dans rAmérîque , & jufques aux Indes An- 
^Wes, Ces artifans de fourbes, dirigés par fon 
, imptLÎfîon, fomentoiefit , d'unepart , les divifioni 
^ excitées par VTilkes ; de Tautre , les querelles des 
Colonies avec la Métropole; enfin > foulevoient , 
en Afîe , aux rivaux/ de la France un ennemi for- 
: tBidable, en la perfonne de Hyder-Ali-Kan, E« 
' même tems , il reflèrroit l'union du paÔe de familU 
\ entre TEfpagne & les divcrfes branches de la 
i fflaifon de Bourbon. Il confoloit S. M. Catho- 
' lique par refpoir d'une revanche , & d*autant 
îW ^uTe , qu'elle feroit plus lente & mieux corn* 

♦ binée. Il fe concilîoit, en conféquence, avec Iç 
Y Comte d'Aranda , ce célèbre Préfîdent du Con- 
[ feil de Caftille, le Choifeul de Madrid : il l'ex- 
il citoit à éclairer fa nation, à brifer le joug de la 
i Ht^^ùion & du fanatifme , à expulfer les Jé- 

• ft»«es, à abolir l'exécrable tribunal de Tlnquifi- 
> ^iofi , à rétablir la marine , à faire fleurir le coitt- 

^rcc en le dégageant de lès entraves , à adoucitt 




(91) 
i poHr les moeurs desEfpagnols par les arts & la 

lettres. 

En même tems » il ne perdoît pas de vue une 
autre alliance, moins récente ^ mais plus difficle' 
à confërver celle de la maîfon d'Autriche.' Son 
attachement pour elle , & la confiance de cette 
augufle Maî(bn en lui > applanirent bien des ob£- 
lades fans celTe renaiffans. La perCpeâiye , quoî- 
qu'éloignée d'une Archiduchefle affile au trône 
de France 5 fut le charme dont il u(k pour faire 
prendre un autre cours à la politique du Cabinet 
de Vienne. Par la crainte de cette union , il 
enchainoit Taôivité du Roi de Pruife , cet allié 
/! utile i l'Angleterre pour Ces di verrons effi- 
caces. Il ne fe Hattoit pas de pouvoir rompre 
Tamitié établie entre les Cours de Londres & de 
Pétersbourh; mais il cherchoit à. rendre inutile 
à la première celle-ci , occupée à calmer la Po- 
logne, dont ilfavori(bit lourdement lestroubles , 
8c menacée d'une guerre avec la Turquie , autre 
fruit des in/înuations artificieuses qu'il faifoit 
donner au Divan par l'Ambafladeur de France, 
La Czarine ne fut point dupe de ces intrigues » 
ni même d'une conceffion formelle & gracieufe 
qu'elle a voit fort â cœur, fuivant laquelle , ayant 
fait une Déclaration en forme de Reverfale , que 
le titre Impérial n'apporteroit aucun changement 
au cérémonial ufîté entre les Cours de France 8c 
de Ruffie , le Roi accordoit publiquement a cette 
Pripceffe le titre Impérial, & le reconnoifToit 
en elle comme attaché à Ton trône. Elle avoit 
une antipathie naturelle contre ce Minière , Se 
le détefioit encore plus , depuis qu'elle favoû 
qu'il avoit fait drefler, par un de ces émiffaî- 
res, (*) dont il inondoit les Cours étrangères, 

( ♦ ; M. de Rulhicrcs. 



.1 (91) , . . 

une relation cîrconfianciée de la reyolutlon qui i 

Tavoit portée au Trône Impérial ; relation dont 1^68» 
elle redoutoit la publicité. Au reâe , dans Tim- 
poffibilité de détruire tout-â-fait une trame aufll 
bien ourdie , elle Ce contentoit de tâcher d*ini«' 
primer du ridicule aux vaftes prétentions Hc ce 
turbulent Négociateur : elle l'appelloit^/^i^^w/- 
de MufiapAa , U cocher de l'Europe y " 

Enaflurantj au dehors , la tr^quillité de la 
France , par les affaires qu'il fjji^itoit aux autres 
royaumes , le Duc de Choifeul efTaya de la dé- 
dommager de ît% pertes y en améliorant oufai- 
fant d'autres acquifitions ji il travailloit aufli , dans 
Tintérieur , à la mettre Çii état de recommencer la 
guerre plus avantageusement » lorfque les circonG 
tances Texigeroîent ci[u le permettroient. Il dé- 
ploya là-deffus un efprit fyftématique peu propre 
auïiiccèsde fon projet, mais très-,utile pour lui 
faire des créatures. Après avoir opéré , dans le 
Département, de cette partie , une première ré- jy Yio^ 
forme ittdx^penfable.à la paix , tant afin de rie pas ly^^ 
alarmer les Puîffances voifînes par des armées 
.. plus nombreufes que ne le coraportoit cet Etat , 
qu*afin de remplir une économie dans les dépenfcs 
^u'il n'étoit pas poffible de foutenir fiir le même 
pied, il rendit à grande Ordonnance fi critiquée, loDcci 
&^ui fut comme le fîgnal de tous les bouleverfe- 17^31, 
mens caufés depuis dans les troupes. 

Par cette Ordonnance , le Roi réduifou fon 
infanterie à dix-neuf régimens de quatre batail- . 
Ions , vingt-deux de deux bataillons , & /îx d'un 
bataillon. Il vouloit que tous les régimens por- 
taflèni , à l'avenir , des noms de Province, pour 
xnîeux conferver la mémoire de leurs adions : il 
fe réfervoit de nommer déformais les Lîeutenans- 
colonels & les Majors ; il créoît une caiffe & un 
Txéforier pour chaque régiment ; tt fixoii; Tenga* 



/ 



(94) 

gement des foldats à huit années « aulîeu de (îx; 
1768. il établiiîoit une demi-folde & un habiUement 
pour ceux qui ne Ce retireroient qu'après avoir 
icrvi le tems de deux engagemens, & une (bide 
c'ntitrc pour ceux qui en auroient fervî trois, 
ave^-^^^ pcrmifTion de le porter chez eux , ou 
d'être f^^^s au< Invalides ; il augmehtoit les 
appointemeîï^des Officiers, ftir-tout en tems de 
guerre ; il Ce dS^geoit des recrues & des armé- 
niens auxquels lBI| Capitaines étoient autrefois 
obliges ; & enfin orSÎ^nnoit que tous les régimens 
d'infanterie françoife feraient vêtus de blanc 9 
excepté celui des Garons-Lorraines, 

L'efprit de cette Ordonnance étoit d'avoir de 
vieux Soldats & de jeunes Officiers ; les uns 
comme plus fbuples à la discipline > 8c les autres 
comme plus ardens à la maintenir .* mais l'incon-. . 
vénient étoit d'augmenter , d'une part, les défer- 
tions, & de charger l'Etat d'une dépenfe qu'il ne 
pouvoit ftipporter ; de l'autre , d'éteindre l'ému- 
lation , de décourager les anciens Officiers , Se 
d'ouvrir la porte à^ la faveur , déjà fi adive fous 
le gouvernement fran<^ois. Quant aux recrues > 
la nouvelle forme prévenoît beaucoup d'abus & 
. de fripponneries ; elle maintenoit le complet au- 
tant que l'on vouloit, mais elle fomentoit la 
négligence du Capitaine , & conûituoit le Roi en 
des rrais énormes. 

Cette Ordonnance fut (uîvîe d'autres, dont les 
plus eflentielles étoient celles par le/quelles la 
cavalerie étoit réduite à trente régimens , non 
compris celui des Carabiniers; les Dragons à 
onze , Se les Troupes légères à quatre légions .^ 
lavoir : la Légion Royale , les légions de Flandre, 
"^^^ de Hainaut Se de Conflans; outre les régimens / 
176X9 des Volontaires de Clermont & de Soubiê. Ces 
ideiuc corps furent depuis érigés en légions. 



Le corps des Grenadiers de France , compofé 
des compagnies de Grenadiers réformées, loin »7^^/ 
d'éprouver aucune diminution , reçut plus de*' Dec» 
luiire , parce qu'il étoit commandé par M. ie ^Z^*» 
Comte de Stainville, frère du Miniftre. Il fut 
établi furie pied de quatre brigades , chaque bri- 
gade de douze compagnies , portées de quarante- 
cinq hommes , chacune à cinquante-deux. 

Comme c*étoît fur-tout contre les Angloîs que 
la France fembloit devoir fe difpofer à combattre 
déformais , c'efl-à-dire , à des guerres d'outre- / 
•mer, le Duc de Choifeul avoit fenti la néceflité 
d'habituer les troupes à ces tranfmigrations. En 
conféquence , en (upprimant les cent compa- S NoT# 
gnies franches de la marine, il les avoit incor- 17^*« 
potées dans des régimens deflinés à fervir éga- 
lement fur terre & dans les cplonies ; & de- 
puis il en augmenta le nombre dans la mémo 
idée. Son Département de la marine fut celui 
dont il s^occupa le plus. Pour éteindre , s'il 
«oit pofllble , la génération des militaires de 
ce corps , qui s'étoit iî mal conduit dans la 
dernière guerre, il y avoit fait une réforme ^q jan^ 
confîdérablc : phénomène qui l'épouvanta > & i76it 
dont il n'y avoit pas d'exemple. U conferva 
les meilleurs , les plus jeunes , ou ceux qui don- 
noient le plus d'efpérance , & les avança en 
gtades. Afin de détruire le génie mercantile» 
invétéré depuis trop long-tems en eux , il aug- 
menta leurs appointemens > dans l'efpoir de les 
naettre en état de (h foutenir convenablement ,. 
^ être entraînés en faifànt leur fervice par des 
'vues d'intérêt. Et ^ quoique le corps de la plume 
fiit le plus néceffaire en temfs de paÎK , & fur-, 
tout à cette époque où le Confeil cherchoit à faire 
prendre une nouvelle vigueur aux travaux de; 



ports 4 il fit paroitre , peu de )ours après , une pa- 
^75^' reille réforme dans ceîuî-cî^ pour augmenter da 
produit de cette économie les appointemexis des 
Officiers d'épée. 

Nous a?ons vu comment le Duc de Choi(euI, 
en excitant le zèle des différens corps , & même 
de particub'ers riches , avoit reçu des foufcrip- 
tîons qui , efièâuées » dévoient former une ma- 
rine puiflànte. Tout récemment « il venoit d'ob- 
' tenir un million du Clergé pour le même objet. Il 
ne s'agifToit plus que de pourvoir les départemer s 
de matériaux propres aux confiruôions. Il y a 
beaucoup de bois y en France , de cette efpece « 
mais dont on ne pouvoit fe fèrvir alors > faute de 
débouchés: Les forets de la vallée de Gaipe > en 
Béam^étoient de ce nombre; fécondes en arbres , 
droits & de la plus belle venue : le Miniflre les 
fit mettre en coupe , & rendre navigable le Gafpe 
dans un cours de vingt^quatre lieues , néceffaire 
pour le tranfport. Un premier convoi de matu- 
res arriva à Bayonne (ur cette rivière > conduit 
par M. d'EtJgny , Intendant de la Province , 
fous la-direâion duquel tous les obûaclcs que 
Ton avoit cru ]u(ques-là invincibles , avoient 
été (urmontés. Ce convoi fut reçu dans la ville > 
au bruit du canon & aux acclamations du peuple •• 
- c'étoît un véritable triomphe pour le Commif^ 
faire départi , un des plus habiles qu'il y ait eu 
fous le règne de Louis XV , un véritable homme 
de génie & de tête. 

En regarniiïant Ips ports de vaîflèaux , en 
TemplifTant les magafins d'agrès , d'apparaux , de 
munitions navales^ le Duc de Choifeul fèntoit 
bien qu'il ne travailleroit que pour le profit 
des ennemis de la France , s'il ne refondok la 
çonâitution de la marine militaire , coaditutloii 






(97). . 

fadicalement vîcîeufe, le principe de toutes les 5^^5J 
défaites -multipliées & continues en ce genre du- ^7^^» 
rantla dernière guerre , qui avoient forcé de de- 
mander la paix & d'en recevoir les conditions 
humiliantes. Il s'en étoit occupe ; il avoit mé- 
dité t confulté, & il avoit vu que le feul remède 
étoit la fuppreffion entière du corps de Tépée & 
h récréation fur un pied différent. Déjà il y tra- 
vailloit ; il fbngeoit à ouvrir la porte au mérite , 
ï le compo(er indiftinâement de tous les marins 
qui auroient acquis quelque gloire durint la der- 
nière guerre ; ce qui l'auroit rendu plus nom- 
breux en officiers bleus , en officiers corfaires , 
en officiers marchands même , qu'en membres 
confèrvés de la marine royale. Il ne croyoit pas 
devoir garder le fecret fur une opération avan- 
tageufe â TEtat & glorieufe pour le Monarque. 
Il fe trompa ; il fut bientôt affailll de toute la 
haute noble ffe y allarmée de l'opprobre qui alloit 
réjaillir (iir elle par la dégradation de tant d'in- 
dividus tirés de fon fèin > lorfque l'honneur bien 
entendu Tauroit dû exciter à folliciter elle-même 
la radiation d'officiers indignes de lui apparte-. 
nir. Toute la cour fut en rumeur « & ce Minis- 
tre > tout - puifTant pour faire le mal , ne le fut 
pas affez pour réuffir dans le bien. Il fe dépita , 
il abandonna un département qui neluidonnoit 
que du chagrin & des dégoûts : il le remit â fon 
coufin le Duc de Praflin & reprit les affaires 
étrangères. 

Le mauvais fiiccès qu'avoîent eu les defleîns 
de ce Minidre pour la redauratien des ancien- 
nes colonies & la formation de nouvelles , n« 
contribua pas peu à lut faire prendre ce parti» 
Les troupes de terre étoient très-mécoiitentes 
de leur tranfmigration continuelle dans des cU- 

Tome 11^. E 



, (98). 

mats iîitteftes , ou elles pérîflbient en foule. Ees 
1768. habitans détefioieot les gouverneurs qu^on leur 
âyoit donnes , qui , fuivant le nouveau Cyûêmey 
pris dans les officiers de terre auffi , n'enten- 
doient rien à radminifiration qui leur étoit con- 
fiée 9 & n'7 apportoient qu'un defpotifnie révol- 
tant partout 9 mais davantage dans ces pays , Ce 
reflentant encore de l'attrait pour la libené9 
que re(piroient les premiers habitans , & non en- 
core façonnés à l'eîclavage des peuples de l'Eu- 
rope. M. d*Ennery à la Martinique > M. de Noli- 
vos à la Guadeloupe , & le Comte d'Eftaing à 
Saint-Domingue étoient autant de petits tyrans , 
qui fai(bient regretter aux uns la domination des 
Ànglois , dont ils avoient goûté la douceur , 8c 
la tàiCoicnt defirer aux autres. Le dernier prin- 
cipalement , quoiqu*avec de grands talens » par 
rinjuflice de fês demandes, parla bifarreriede 
fès projets, par fà dureté dans leur exécution, 
occafionna la plus grande fermentation dans Tiile, 
& fut à la veille delà voir Ce révolter ( * ). 

Le Duc de Cboifèul n'avoit pas été plus heu- 
reux à créer les nouveaux établiflèmens dont il 
prétendoît remplacer ceux que la France avoit 
perdus , ou plutôt il manqua de Timelligence né- 
cdTaire à l'exécution de (èmblables entrepri(ès« 
On ne peut lui refiifçr du talent, mais il n'avoit 
pas celui d'un fondateur. Son génie bouillant & 
sÊ6tif étoit trop oppofé aux combinaifons lentes 
Se réfléchies , à la patience néceflaire 1 celui-ci* 
Audacieux pour vaincre les obilacles, il s'en re- 



{* ) A ToccaGon du rétablilTcracnt des milices 
qu^il tenta , il avoic fait imprimer le Code Tbéodal^ 
pièce curieofe de ùl compollcion. 



(99) 

butovt 'ahëoimt , lorfque U réiiâanee 4ei?eiioit ! - u 

trop longue. Ceft ainfî qu'au lieu de latfTer l'ifle 17^8. 
de Satme-Lude fe peupler avec k tems des émi- 
H^môns de U Martinique , trop (ùrcbagée d*ha* 
bitans , il voulut tout à coup y établir des cultu- 
res; il y £t pafler à grand frais & ayec plut 
d'appareil qu'il ne convenoit y (ept ou huit cens 
hommes 4 dont la fatale defHnée inlpira plus de 
pitié que de fiirprife aux habiles (péculateurs. 
Tout périt biemât dans un lieu inculte & mal 
^n , où l'on n'aToit pris aucune précaution pour 
y admettre avec les foins convenables la peu- 
plade moderne. On n'avoit pas manqué d'y en- 
Toyer un Gouverneur & un Intendant , les deux 
être les plus inutiles & fouVent les deux fléaux 
les plus funeftes aux colonies narffantes. Après 
ttn court efCisÀ , non moins dispendieux en argent 
qu'en hommes » il fallut ^'énoncer au projet. On 
fit revenir les chefs , quand il n'y eut plus de 
fodété à régir , & le gouvernement de Sainte- 
Lucie , ainh que l'intendance y fut réuni à celui ^ 
àe la Martinique. 

La fondation de la Guyatine « décorée du fu* 
pcrbe nom tle France Equinoxiale , entreprise 
dans le même tems, fut une opération encore 
plus folle S: plus ^éraAredfe* On vouloit , en 
faifant oublier à la nation ^s calamités , lui faire 
perdre de vue les fautes qui les avoient ame- 
nées & l'on la plongeoit dans d'autres malheurs 
par d'autres fautes, L'ifle de Cayenne, habitée 
depuis tin iiecie > étolt conftamment dans un état 
de TM&xe & d'enfance , dont il auroît fallu la 
tirer uniquement , lorfque le Duc de Qioi(euU 
plus occupé dek gloire que du bien du royaume » 
adopta à cet égard le plan d'hommes ambitieux , 
}tt*ég«roit leur préfomption > & l!è laiiTa âduire 

. Ex 



(100 ) 

par fd magnificence. On lui ttptiCentTL qu'eif 
.1768.. établîflant dans le yafte continent de la Gayanne 
une population nationale & libre , capable de 
téRAer par elle-même aux attaques étrangères 9 
& propre à yoler au fecours des Colonies à fucre 
lorfque les circondances pourroient Texiger , il 
ie procuroit des racines de population & de vi- 
gueur* capables de réparer la perte du Canada» 
Ceft donc , pour ainfi parler , une fuccurfale à 
la mere-patrie qu*il Ce ménageoit , une pépinière 
d'hommes & non une mine de richelTes. Les vues 
étoient bonnes, mais le tems, les circonûanccs 
6c le local mal choifis. Les mesures furent plvs 
mal prifes encore : on fit venir â grai^ds frais des 
familles AKàciennes y dont quelques-unes pente- 
rent mourir àe faim en France , avant d'être em- 
barquées ; fircheux pronoâic de la dei^inée qui 
les attendoit. Douze mille hommes furent dé- 
barquées à la fois , après une longue navigation 
fur des plages défèrtes & impraticables dans lu 
failbn des pluies. Le gouvernement devoit les 
loger & les nourrir dans les commencemens* 
Un mauvais hangard fut le Cevà hofpice qu'on 
leur fournit > & les (ubfiâances altérées par la 
chaleur, l'humidité & le tranfport, y causèrent 
. l'épidémie & la mortalité* Les inondations ache- 
vèrent de détruire ceux qu'avoit épargnés la 
maladie. 

Le Chevalier Turgot , auteur du projet , nom* 
mé Gouverneur de la Guyanne avec cent mille 
livres d'appointemens, dont il a voit joui paifi- 
blement ici pendant dix* huit mois , fous prétexte 
d'aider le Miniflre de Ces confeils » fut enfin 
obligé de partir pour remédier à tant de défaf^ 
très. Sur les plaintes générales que portèrent les 
colons 9 contre Mt de ChanvaUom l'iAtendant , 



rioi) 

il crut devoir s'afliirer de (a perfbnne ; îl le fit 
arrêter êc l'envoya pieds & poings liés en I7(î8« 
France, Il revint après cette expédition rendre 
compte de la colonie, c'eft- à-dire apprendre ce 
que répandoit déjà la rumeur publique, qu'il n'y 
avoit plus de colonie. Il en a réftilté une que- 
relle entre les deux chefs , s'inculpant récipro- 
quement, Cétoit un troifîeme procès d'adminil^ 
tration , dont le jugement étoit attendu avec ira- 
patience* Mais le gouvernement, pour en éviter 
la cenfure , voyant d'ailleurs le peu de luccèt 
des deux premiers, a pris le parti de s'en réfer- 
yer la connoiffance : il a été traité dans Tinté- 
rieur du cabinet des Minifires , & il n'y a même 
proprement jamais eu de décifîon du moins lé- 
gale. Le Chevalier Turgqt & M. de Chanval- 
lon. Ce font vus difgraciés tour à tour ; le der- 
nier cependant condamné à une prifbn perpé- 
tuelle , mais ikns aucune expiation pour le fang 
verfé dans ces contrées éloignées , criant inutile* 
ttent vengeance. 

^ Les propos critiques du public qu'on Vouloit 
éviter , n'ont pas moins eu lieu & plus amère- 
ment. Le Parlement a même pris parti dans 
cette caufe & rendu arrêt , faute de comparoir , 
contre M. Chardon , Maître des Requêtes , le 
rapporteur du procès au Con(èil. Il s'en efl 
fiiivi une affaire majeure avec la cour , qui , à 
force d'incidens , s'eft perdue dans Timmen/ité 
des autres , 8cz traîné jufqu'à la révolution. M. 
de Chanvallon s'eâ depuis trouvé libre & même 
innocent , auffi incognito qu'il avoit été jugé y 
avec la défenfè bifarre de publier fon jugement. 
I^ feul M. Chardon eft refté entaché & 5'en eâ 
>^qué y n'en a pas été moins nommé enâiite 

E3 



( î«^2.) 

Intendant de Coïfc & à diflKrcntcs places dom 
T7da. a étoit fu&eptible. ^ .^ . 

Une anecdote trop cuneuie pour être omife, arri- 
véeà TocGafion de la cataftrophe de la Guyanne, 
peint mieux te Duc de Choifeul & la najture de 
fon projet que tout ce qu^oii en pourroit dîrct 
UAuteur de V Année littéraire , ayant inféré dans 
fes feuilles une lettre » qui lui étoit adreffee au 
fuietd'un trait d'humanité exercé envers une far 
sniUe éttangere , à k veille de périr de mifere 
en route, en allant s'embar<juer à Rochefort, 
pour ce pays de malédiâion ,• te Minière en- 
tend parler à taUe de cette avanture: /< gueux 
de Freron , s'écrie - t - il > SAviJe de farter de If 
Guyanne , qu'on m apporte U Numérom On lui lit 
l^endroit touchant & qui ne ifeatok en rien te 
détraâeuf ; tl eomhera ce foir au Fort-^Mvéque , 
continua- t-il. Ce qui eut lieu. U eiJ vrai que te 
Miniftre revint bientôt à des fentinacns plus géné^ 
reux. Le Journaliôe lui écrivit , fe pSaignit du 
traitement qu'il éprouvoit & fut élargi.. Ceft 
ainfî que le Duc de Choifeul ayant l'efprit lé^er 
& le cœur bon y commettoit & réparoit une in- 
juftke avec la méfre facilité. 

Les moyens piis pour rétablir te comaierGe de 
la Compagnie des Indes fembterent d'abord plus 
ûtisfaifans au* aâionnaires , & leur firent e(pé- 
• rer pendant quelqiucs aimées un iiort heureux & 
brillant ; mais cette régénération portait en clte- 
mcme un vice radical , un principe de defiruc* 
ôon , dont tôt ou tard dévoient éclater tes eflfeK. 
Quoi qu'il en fait , ayant ofé dire au gouver- 
nement que c' étoit à lui à s'imputer les mal- 
heurs âC les fautes de la Compagnie > puisqu'ils 
n'avoient géré durant la guerre teuffs affaires 



que Cous Con influence , ou plutât > qu^à le bien 
dire t ils n'y avoient pris réellement aucune ij69f 
part 'y celui-ci feniible en apparence à leurs re- 
proches , les autorifa à délibérer fur leur pofî- 
tion y & tous confentirent à fe laiiïer diriger 
par un Négociant qui , marchant à grands pas 
vers la fortune , écoit dévoré d*une ambition 
fourde dont on ne ^ défioit pas* Il ouvrit uo 
plan fi lumineux , fi fage 8c d utile , qu'il en- 
traîna les divers partis. M. Necker , c'eft fon 
nom , fut regardé comme le refiaurateur de la 
coihpagnie. Dans la première aflembiée déci- 
Bve y on rétrocéda au Roi le port de l'Orient , 
les cotes d'Afrique , les ifles de France & de 
Bourbon. De fa part , S. M. remit les douze 
mille adions & les billets d'emprunt dont elle 
ctoit en pofleffion , & laifTa la faculté de prendre 
au gré des votans & fans l'affiil^nce d'aucuns 
commiilaires royaux , les arrangemens de les 
moyens les plus convenables pour le rétabliffe- 
ment du commerce. En conféquence , dans ce 
premier moment de liberté , on nomma des Syn-» 
dics , des Diredeurs , qui ne dévoient être que 
les adjoints & les coopérateurs du héros du jour 
dans le fyftéme d'adminiftration qu'il a voit pro- 
pofé. Il fàvoit comment Ce produit l'emhour 
fiafme , & il avoit pouile l'audace juCques à a(£U 
gner le terme où les aâions commencerolent à 
bénéficier. Chacun entrevoyoît déjà d^avancç 
cette époque de profpérité > & à peine dégagée 
des entraves du gouvernement, la Compagni* 
fe remit ainfi aveuglement à la discrétion d'un 
particulier. 

Cette reftauratîon» quoique faite avant que le 
Duc de Choilèul quittât la marine , ne le regar- 
doit direâement pas , puifque la Compagnie des 

E4 




Indes ftoît dans le département du Contrôleur 
général : maïs celui-ci n'étant en quelque forte 
que (on premier commis , elle doit être réputée 
comme (on ouvrage , d'autant mieux que depuis^ 
par les retrocefTions faites au Roi , l'autorité Ce 
trouvoît mélangée , & que le Duc 9 homme à Ce 
l'attribuer où il ne l'avoit pas , étoit très - di(^ 
pofé à Ce l'attirer toute entière « pour peu que 
ion influence pût agir. 

D'autres projets lui rouloîent dans la tête en- 
core. Il voulut s'immortalifer en bâtiffant une 
ville. Il y avoit une lande appartenante à la Fran- 
ce > qui donnoit fur le lac de Genève. On nomme 
cet endroit Verfoi , il efl peu diftant du terri- 
toire & de la ville qui domine le lac de fonnom. 
On étoit mécontent de cette république , tour- 
mentée de troubles inteftins* 11 imagina que le 
moyen de la punir étoit de lui donner une rivale , 
en conftruitknt un port dans ce lieu érigé en 
cité , & que l'adulation ne tarda pas d'appeller 
ChoiJeuL la ville : Ton defTein étoit de rendre ce 
port libre , ainiî que la ville , d'y admettre & 
recevoir pour citoyens les étrangers de toute reli- 
gion , avec faculté de l'y exercer en liberté. 
C^étoit le moyen de la pourvoir bientôt d'ha- 
bitans & de la rendre floriflante , vu fon heu- 
reuse po/îtion qui la mettoit à portée de faire le 
plus grand commerce , de partager & peut-être 
d'enlever celui de fes voifîns. Les travaux com- 
mencèrent ; ils le fuivoient avec ardeur : M. de 
Voltaire les avoit déjà chantés iorfque la di(^ 
grâce du Atiniûrè fit interrompre & oublier (on 
plan* 

Mettrons-nous au rang des acquifîtions faites 
II Juin, à la France parle Duc de Choifeul la ville d'Avi- 
gnon Se le Comtat Venaiflln , dont on s'empara 



uns coup férir? Si la choCe n'eut dépendu que 
de ce MiniiSre » il y a (ans doute à parier que ce . i^dS* 
beau pays , ne Cerok jamais retourné fous 1^ do* 
nination du Souyerain Pontife; mais il connoiA 
iàh trop bien la pufiUanimité de (on maître , pour 
^ flatter de le déterminer à maintenir irrévoca- 
blement le coup de vigueur auquel il $*étoitpor- 
t& Louis XIV 9 plus abfolu que (on petit-£ls , 
3Voit fait crois fois cette manœuvre & reftitué 
trois fois les mêmes Etats. Il eii vrai qu'alors 
J$ philofophie n^ayoit pas autant éclairé les Sou- 
verains qu'elle l'a fait depuis. Mais Louis XV, 
n'étoit rien moins que philoCbphe. Il s*étoit 
permis cette agreffion contre le Pape pour Thon- 
^Qf de la lâaifon de Bourbon , in&ltée en U 
perfomie du Duc de Parme pour les anathcmes 
de (à Sainteté. C'étoit une fîmple correôion donc 
n vouloit ufer , & non une fciffion abfolue , trop 
éloignée de (on caradere. On en peut juger par 
la manière refpeâueufe dont s'exécuta rinvafion, 
par Tambiguité même des lettres-patentes , où 
1*00 n'o(bit articuler le vrai grief du Souverain 
Pontife , & où Ton parloit fimplement d'une 
ï^nion opérée en vertu de Tinaliénabilité des 
«omaines de la couronne ; enfin par VenregiC- 
trement du Parlement de Provence qui , fuivanc 
les inikittations de la cour, ordonnoit (èulemerit 
q«eles armes de notre Saint Père le Pape, fe- , 
roient ôtées avec refpcâ & décen^it des lieux où 
elles (è trouveroient, & à leur place, remiles 
celles du Roi. En conféquence , on (è préfenta 
dcYant Avignon avec deux bataillons d*infan- 
terie, deux efcadrons de dragons « & canons âc 
ftortiers. 

Le Vice-Légat parut plus grand que iv. Géné- 
|al François en ceue oçcafion. U dû à M« d^ 

f 5 



(loé) 
Roche chomit , tpn Un notifia les intendom cle 
ijdS* S. M« 9 qui avoit ordre de (à Sainteté de n'op- 
po(èr nulle réfîfiance , maïs en ménie tems de 
loi déclarer quitnt telle conduite mettou ceux qui 
la tenaient dans le cas des peines eccUJîaftiques 
portées par la Bulle in Cctna I^minL L'intentton 
du Duc de Choîiêiil^ quîaTOÎt à coeur Textlnc- 
tion abfblue des Jéfiiites dans la Chrétienté, 9c 
qui dans cette quereUe Yoyoit tou]oiirs le doigt 
de Lojola {*) étoit du mcMns décidé de ne re- 
mettre â Rezzonico cette portion de fon Etat» 
non-^èulement qu'après qu'il auroit donné iâtis- 
faôion à l'Infant de Parme , mais encore anéanti 
' l'Ordre que pourfùiroit (à rengeance inlplacable» 
Le Pape eut le courage de s'y refufèr & oiourut 
fans aToir fàtisfait â aucun de ces deux points > 
qu'on n'obtint que fous fbn (uccefièur Ganga* 
nelli. 

Les premiers bruits, répandus fiir TinvafîoB 
prochaine d'Avignon, firent éclorre, à la coo- 
noiiTance du Public, un. pari aflez bizarre* M« le 
Marquis de Poyanne > lors du traité de paix en 
}7((3 f avoit jremis à M. de firancas une fbmme 
de 1 8000 livres , dont le dernier rendroit à Tau-tre 
douze livres par jour jufqu'à la première hoAilité 
entre la France & quelque autre Puiffance > au^ 
quel cas M. de firancas devoit garder le refiant 
du pari ; à la charge , au contraire , qu'il paieroit 
l'excédent (ùr le même pied , tant que la paix 

{ * ) Nous renvoyons aux Pièces pour fervir à 
cette hiftoire , une Lettre manufcrice de Kome» 
aui courut dans le tems , & nous parok traiter à 
lond la matière , quoique la politique de rauccor 
£c foie uouvée en dé£iut , N^. L 



durerolt. On demanda iî cette Invanon étolc une g— -^ 
hodilité ? Point d'oppofitîon ni de défenCe , aucun ij6i^ 
coup de fufil de tiré ; les Minières revoient reC- 
peâivement dans les Cours où ils réfîdoîent. On 
ne (ait pas comment fut décidé la queftion , qui 
dut^ au furplus , ne pas tarder â être réfolue par 
la guerre de Corft. 

Cette Ifle et oit fouleyée^ depuis quarante ans, 
contre la république de Gènes ; celle-ci perfiiloic 
a s'en attribuer la Huerai neté ; après avoir dé* 
penfë des (bnimes énormes, avoir épuifé fes for- 
ces uns (ttccès 9 elle avoit été obligée de recourir 
^ la France > qui » au Lieu de fubfides » s'était 
chargée des frais de fouveraineté » & de conte- 
lûr » avec dès troupes y les prétendus rebelles de 
ce Royaume. Mais les fubfîdes étant éteints à la 
pair y & les Génois toujours dans l'irapuilTance 
de (bbjuguer par les armes ) ou de ramener par la 
douceur >un peuple que leurs cruautés leur avoienc 
aliéné ; les Corfes , dès que les François fe fe- 
raient retirés , étaient à la veille de iouir de 
cette liberté qu'ils réclamoient comme originai- 
re, & dont ils n'avoient jamais été privés, 
même (bus les Romains , ces vainqueurs de la 
terre ^ que par la force & pour un tems. Il y 
avoit X matheureufement pour eux , un Choifeul 
dans le Minidere de Ver(ailles : il fit entendre 
au Confeil qu'il feroit aifé d'obtenir de la répu- 
blique de Gènes la ceffion d'une Ifle qui ne lui 
étoit qu'onéreufe , & qu'elle étoit obligée d'a- 
bandonner de fait : il la repréfenta comme Une des 
meilleures acquittions qu'on pût faire; comme 
une Colonie fertile , excellente ; comme très- pro- 
pre à dédommager d'une partie des autres , fur- 
tout du Canada, puifqu'aux pelleteries près, on 
pouvoir y retrouver tout ce qui venoit 4e Q^ 

E6 



g ' . v-5 Pays ^ principalement des dois de con&ni&ton 8C 
tyôB» des munitions de différente efpece pour la marî^ 
ne (*) i que la confervation n'en feroit pas diflS- 
cile, vu la proximité; qu*en un mot> ce projet 
auroit le double avantage , & de (e ménager un 
point d*appui pour le commerce de la Méditer- 
ranée , & de rôter à la Grande-Bretagne , qu'il 
prétendit y (bnger. On ne manqua pas d'applau- 
dir aux vues politiques du Minière ; le Roi fevâ 
en fut alarmé > par la crainte de la jaloufîe des 
Anglois. M, de Cboifeul étoit trop bon courtifàn 
pour ne pas raiïurer S. M* à cet égard , & lui 
promettre que l'achat & la conquête s'en feroient, 
làns qu'ils en témoignafIènt> par aucune rupture , 
leur mécontentement. Sans doute, il y eut des 
Membres aflèz fages pour envifager aufli les 
dépenfes auxquelles cette expédition devoit en- 
traîner ; mais on n'y fit pas grande attention ^ 
eu l'on s*aveugla fur le montant auquel elles 
ponrroient aller : il fut réfolu de confommer 
racqnifjtion. Une chofe qu'on n'examina pas, 
& qui en valoît pourtant bien la peine, c'etoît 
la queDion fi les droits de la république de Gè- 
nes fur la Corfe étoient bien valides f fî la récla- 
mation confiante d'un peuple entier , qui , depuis 
près d'un demi-fiecle , s'étoît affi-anchi de Cbn 
joug tyrannique , n'étoit pas beaucoup plus légi- 
time ? enfin , en fuppofant la jufiice de ces pré« 
tendus droits , s'il étoit permis à cet Etat de 



( ♦ ) Tous CCS avantages font détaillés dans une 
jMtrc d'uni Philofo^he , voyageatu en Corfe , manul^ 
tfrite, ac que nos Lcâcurs lixom a?cc plaifir, 
NML ^ 



(109 5 

tranfporter à la France la Ibuveràîncté , (ans le -a 

confèntement exprès ou tacite de la nation f 1768. 

Sans agiter ces grands points de diplomatique 
réferyés â la dircuilîon des fpéculateurs oififs « 8c 
bons , tout au plus > dans les Tains traités du droit 
de la nature & des gens , le Mîniftcre de Ver- 
sailles fit valoir la feule loi des Souverains , It 
Loi du j)lus Fort, Le Marquis de Chauvelin 9 
nommé Général des troupes du Roi , à (bn arri- 
vée, (ans autre formalité préalable, manifefte un 
Edit de (on Maître , par lequel S, M. s'annonçoit 
comme Roi de Corfe ; & , par une Ordonnance _ 
particulière , il déclara rebelle quiconque ne fe a qL_ 
foumettroit pas , 8c tenteroit , lui vant le principe 
dti droit naturel, de repouffer la force par la 
force. £nfin > il étoit enjoint aux bâtimens cor- 
fes de prendre le pavillon françois ; finon ils 
ciojent déclarés pirates, & Ton invitoit toutes 
ks Puiffances à leur courre fus. De premières 
hoflilitcs , exercées avec (liccès , enflèrent Tor- 

Seil du Duc de Choifeul , qui les fit inférer 
ns la Gazette de France , avec un fade puérile 
ft des expreffions indécentes -• il eut lieu de 
s'en repentir ; & le récit des humiliations qu'é- 
prouvèrent bientôt les troupes françoifes j fut 
rendu (budain par les Gazettes étrangères , avec 
wne complaifance qui lui apprit de quel œil d'in- 
dijjnation toute l'Europe voyoit cette invafîon, 
Un Manifefie modéré , mais ferme , au nom ^^ ^ . . 
Général 8r du fuprcme Confeil d'Etat du royau- *o Août 
n»c de Cor(è , ne contribua pas peu à i'augmen- 
^t. Ce Peuple G. fier s'y plaignoit que S. M« 
Très-Chrétien ne , après l'avoir fpécialemcnt re- 
connu- pour libre 8c indépendant, après avoir 
traité Cvn ce pied d'un accommodement entre la 
nsûna 8c ht républi^ de Gènes 9 pendant ^«a? 




(no5 

ttt années^ coaGfcutiyes> parlât de fe fabÛlcuer 
à de prétendus droit de cet Etat , dont elle 
a voit avoué rimpulflaoce : il y établi (Ibît qu^ea 
admettant même la (buveraineté de Gènes , elle 
n'avoit pu s'opérer que par un contrat raisonné 
eâtre les deux parties , réfolu néceiTalrement dès 
que Tune d'elles s'en départoit , par une ceffion 
dont l'autre non-(êulement n'étoit pas consentan- 
te > mais à laquelle elle n'a voit pas même été ap- 
pellée ; car il falloit favoir avant fi les motiâ qiii 
auroient pu déterminer la délibératioB volontaire 
de la CorCè de contracter avec Gènes » étoienc 
les mêmes envers la France. On faiCaît valoir 
les égards que la nation avoit tou)Our& eus pour 
les troupes firançoifes ^ bien loin de leur avoic 
fourni aucun motif de la traiter es ennemie ; on 
$y plaignoit de la perfidie du Duc de Choi(bul ^ 
q^ après lui avoir écrit pour la railufer que ioa 
étatn'étoit point changé ^ qu'on pourroit repren* 
dre de nouveau les négociations relatives à une 
pacification avec la république de Geaes , fouf^ 
ffoit que des troupes, admifès ibus ce prétexte « 
eacerçalTent de véritables hodilités , cherchafliènt 
i envahir te Royaume , â traiter les Çor(è& comme 
une nation conquiCè , commme un troupeau de mou* 
iûns vendus au marché 

Ce IVlanifede fut foutenu d'une défenfe fi vi- 
goureufe, que la fin de la campagne tourna toute 
enMerè en rhonneur des Corfes : ih avoleaf 
à kur tête Paoli , i la fois homme de lettres 
legiflateur , politique , guerrier ; du moins tella 
étoit alors fa réputation. 11 (èntoit parfaiteiment 
tie pouvoir être en état de réfiiler ifeul à la Fran^ 
ce; mais (on obiet étoit de gagner du tenupaç 
vne guerre de chicane , de mines l'arnvée enne*i 
nie paj; l'intempérie ^yx climat., par rintàlubrii^ 



(ni 5 

ivL local;» par les maladies .* il Ce fiattoit de tfoxh» 
ver de Tappui en Angleterre ; il en reçut efièât- 176S0 
Tement des lecours ; quelques particuliers y pa& 
foent^ & n attendoit des efforts plus efficaces* 
Cependant on muriQuroit beaucoup en Fran* 
ce; on a^oit perdu des milliers d'hommes » oa 
en était déjà au trentième million de dépenfe; ^ 
tontes les lettres qu'on recevoir des lieux» bien 
loin de coofoler, ne contenoient que des lamen- 
tations : oa en faifoit même une defcription £ 
affi'eutè, ^Ur'en (uppofant la reddition complette 
de lifle M on s'attendoit à la trouver déferte » in- 
culte ; il y iàUoit tout créer > & (àcrifier deux 
cents fl»ilUons, avant d'en recueillir aucune uti-» 
Uté. Le Duc de Choifèu! , qui , facile à s'é- 
Uouir des premières Tpéculations brillantes s'of* 
firant à (on imagination , n'avoit point l'eméte** 
nent d'u&génie borné , & re venoit auffi aifément 
i des confîdératioRs plus fages, reconnut la folie 
de Ton proies; il Tautoit peut-être abandonné, 
£ (à faveur, & fur-tout fou honneur, n'eufTent 
dépendu de fa réuffice. Le Roi prenoit de Thu- 
tneur : 1^ Marquis de Chauvelin^ (on favori t 
outré du rôle de fugitif qu'on lui faifoit iouer 
devant une poignée de Montagnards , ne ceflbitde 
ft plaindre qu'on l'eût envoyé avec trop peu de 
troupes ; il en demandoit i force des nouvelles ; 
pour fe compromettre moins, il exagéroît les 
difficultés , tes dépenfes , & le peu d'avanpges à 
retirer d'une (emblable conquête ; il avoit lur-tout 
une frayeur extréine que les Anglois. ne lui toto^ 
'balTent (hr les bras > & tout auroit été perdvk Le 
pue de Choî(ful vit qu'il n'y avoit pas à reculer; 
il intimida » féduiiît ou endormit tellement la 
Cour de Londres , qu'elle ne remta pas ; il r^ 
folut de remplir la Coifo de ttoupes i il y fit p*€: 



(lia) 

Cet ]u(qu^à quarante-huit bataillons ; il fit Cuh&U 
JJ6B0 tuer au Marquis de Chau velin le Comte de Vaux» 
Général rigide, même dur, qui ne parloit que 
de potences & de bourreaux ; il le flatu du bâton 
de Maréchal de France , s'il nettoyoit la Corfe 
promptement* Celui-ci remplit fa miffion trop 
habilement (ans doute; car, n'ayant qu*à (e pre- 
fenter par-tout > en moins de deux mois , il (ë 
trouva maître de toute Tlfle i & cette rapidité 
de conquêtes i par laquelle il Ce fiattoit d'arriver 
à, la diffnité promifè, fer vit de prétexte poux ne 
pas s'y élever ; il n'avoit rien fait d'afïèz difficile 
qui méritât une pareille récompense , en le fai- 
fant pafTer fur le corps de tant d'anciens non 
fnoins méritans. 

Dans le vrai , le découragement (êul avoit tout 
Opéré. Les principaux Chefs , ne trouvant point 
dans l'Angleterre les reflburces auxquelles ilr 
s'attendoient , 8c dont la perfpeâive leur avott 
fervi à Soutenir l'efpoir 8c le courage de leurs 
compatriotes , regardèrent la réfiftance comme 
auflli vaine que périlleufè : ils fe réfugièrent dans 
les Etats voiiins ; 8c Paoli , paflé à Londres , y per- 
dit » 8c Ces vains titres , 8cCa. gloire audî vaine , 8c 
snéme Ce$ talens , devenus un problème. 

Le &ccès de renyahiflèment de la CorCe retar- 
da de dix- huit mois la chute du Duc de Choi- 
ftul : elle étoit devenue inévitable par un chan- 
gement -opéré dans l'intérieur de la Cour ; chan- 
gement que le Miniilre auroit pu prévenir, 8c 
Sont il ne craignit ou ne prévit pas aflez les fui- 
tes -funeftes. Avant de détailler cette Singulière 
anecdote, en rentrant dans la vie privée du Mo- 
narque , pourfuîvons le tableau de l'état des 
fnanccs , de la juftice & de la religion , les Cévi$ 
iléparteanem <jvd nous reAent i parcourîr« 



(in) 

Nous ayons vu comment M. deLaverdy étoît y.. " J 
devenu Gontrâleur général. Ce choix j fait dans lj69^ 
la claffe de la Magilirature 8c entre les membres 
du Parlement les plus auderes, produifit un mo- 
ment d'enthoufîaône* On Ce flatta qu'on (bngeoît 
férieufement à rétablir Tordre dans les finances .* 
on ne parloit que de retranchemens d'écono- 
mie. La Marquife de Pompadour^ concourant 
elle-même à accréditer là haute opinion qu*on 
concevoit de ce (âge à la Cour , afFeâa de lui 
adrefler une boîte de carton avec le portrait de 
Sully. Dans un mot, de (à main, elle lui difoit 
galamtnent que , préfumant trop de fa modeôie 
pour croire qu'il fe fût fait tirer , elle lui en voyoit 
fa reiïèmblance véritable ; &^ au fond de la boite 
éroit le quatrain Aiiyant : 

De Thabile & fagc Sully , 
Il ne nous refte que l'image : 
Aujourd'hui ce' grand perfonnagc 
Va revivre dans Laverdy. 



Les premières opérations de ce Minière furent 




, portant permiffion 
&la transport des grains de toute cfpece, de pro- 
tince à province , (ans payer aucuns droits ; 6c , ip Juil« 
au bout de quelques mois , un Edit fur la même 1764* 
matière , par lequel le commerce des grains étoit 
tendu entièrement libre , fans qu'il fût befoin de 
permiffion pour les faire entrer & (brtir du 
Royaume , à la charge feulement d'un droit 
léger dans le premier cas , & ne défendant l'ejc- 
poitation par les ports & lieux fitués fut la fron^ 
^ere , que lorfque le prix du bled auroit été porté , 



pendant trois marchés confecutifs , à un prix ilBr 
1758. gné & alarmant. 

Mais c'ed encore au Duc de Choifeui qu'il 
falloit rapporter ces heureufes innovations dans 
le régime réglementaire , ou plutôt à une Cède 
nouvelle de Philofophef qui commençoit à faire 
bruit y & qui ayant Ton Chef auprès de la Marqui- 
fe , avoit acquis beaucoup de confîdance & de 
crédit. Il eft bon de la faire connoitre , à rai- 
fon du grand rôle qu^'elle joua dans ces tems-là« 
C'étoit une émanation des Encyclopédilles. Un 
Encyclopédifle , fuivant la définition du mot » 
embrafle le cercle de toutes les connoiflanccs 
humaines ; il eA univerfeL Cependant , comme 
un mortel ne peut fuffire feul à tant de chofès , 
cette efpece de Philofophes s*attachoit principa- 
lement à la métaphysique & à la morale. Une 
claife d'entre eux , entraînée par un attrait parti- 
culier » prit pour objet de Ces fpéculations les 
matières agraires 8c la partie d'adminiôration qui 
y eft relative; en un mot, Téconomie intérieure 
du Royaume ; de-là leur furnoni à* Economi/ies, 
L'hotamele plus profond dans cette^lcience étoit 
M. Quelnay » Médecin de Madame de Pompa- 
dour. Louis XV y qui n'étoit point affez ^n- 
thoufîaAe du mérite pour aller au-devant de lui , 
avoit trop, d'efprit pour ne pas Taimer , lorfqu'il 
tomboit > pour ainfî parler , fous (à main ; il 

Îfoika M. Quefiaay; il converfoit volontiers avec 
ui; il l'appelloit CoTiFenfeury Bc lui donna pour 
armes trois fleurs de penfée. Ce Dodeur initia 
S«^ M. aux œyâeres des pcincîpes économiques , 
ou plutôt lui en apprit les étémens r rès-fîmples ; 
cax cette Ccieace n'eft devenue compliquée & 
abârufe que par le chairUtanirme de Ces maîtres. 
Le Mariais de Mirabeau^ Auteur de l*Amid€s 



Ikmmes ^ n'y avok pas peu contribué , en pu- aSHSi 
bliant cet Ouvrage rempli d'excellentes vues, ^7^^* 
mais ob&urcies par le galimathias des penf^s , 
le néologilqfie barbare du flyle, des tournures^ 
& fur-tout par un pédantiûne emphatique ,. bien 
capables d'en dégoilter. Son Livre produifit ce- 
pendant tout le contraire : il excita l'attention 
ûu une matière aufli importante que TAgricul- 
ture & la Population i toutes les idées fe tour- 
seKot vers cette partie > & des Ecrivains plus 
lumineux l'ayant bien dtCcutée > il fe fit une heu- 
teufe révolution à cet égard , qui auroit rendu 
h. France beaucoup plus florifiante , fîelle n'eut 
eu à fa tête des Minières plus attentifs à tourner 
cette améltorauon au profit du fifc public , qu'à 
V!avantage & au bonheur des fujcts. On ne parla 
phts que de défriçhemens & de labours , d'éco- 
nomie rurale. Toutes les fciences de fpéculatîon 
& d'utilité relatives 9 avoient des Académies en 
France ; elles y étoient étudiées & approfondies 
a^cc foin ; les parties feules de l'agriculture & 
du commerce, qui (bnr de néceffite & d'utilité 
première les plus intérelfantes de toutes pour le 
fcutien & la puiffance d'un grand empire « étoient 
négligées. On en rougit ; on inôitua dans lef 
diverfes provinces du royaume des compagnies 
occupées, de parier ces fciences au degré de per- 
fcàioti dont elles font fufceptibles » & de procii- 
ler au royaume tOAites les reflbUrces qu'il eft à 
portée de faire valoir d'un côté par la fertilité 
de fou fol i de l'autre par fon héureufe pofîtion 
ûr les deux mers« La Bretagne donna l'exem- loMai» 
île : il sfy forma de l'agrément du Roi » xme 17 S7^ 
fociété d'agriculture » de commerce & des arts. 
Cet exemple &t bientôt fuivi à Paris & ailleurs* 
Oa comnaen^ à faire cas des travaux dfi*b 



(lié) 

campagne ; on tenta des expériences ; de grands 
1768, Seigneurs ne jugèrent point indignes d'eux de s'en 
occuper. La claffe des payfans , jufqu'alors fî 
méprifée , fî vexée > acquit une forte de confîf- 
tance , fut plus ménagée. On les encouragea ; on 
fentit Tabfurdité de laifler mourir de faim une 
province , lorfque cette limitrophe regorgeoitde 
bleds ; d'empêcher les cultivateurs de profiter de 
leurs récoltes abondantes , en procurant aux étran- 

ters une (ub(îflance dont ils manqueroîentj& Ton 
t les loix fages dont nous avons parlé. 

14 Juin Une déclaration du Roi , portant exemption de 

1754. taillçs & autres importions pour les marais qui 
feront deiféchées , Se celle portant exemption pen- 

1} Juil* dant trois ans de privilèges des commen(èaux de 
lamaifbn du Roi«& que les officiers de judica- 
ture ne jouiront d'aucune exemption de taille 
qu'en faifànt réfîdence dans le lieu de rétabliflè- 
ment de leurs offices » continuèrent de faire hon- 
neur à M. de Laverdy, parce qu'on s'imagina 
qu'elles yenoient de lui 9 & qu'il s'occupoit à 
adoucir le fort des villageois. L'aveuglement 
ne fut pas long* On reconnut bientôt que ce 
Contrôleur général n'aimoit ni les philofophes 
tii la philofbphie ; que croyant receler en lui 
feul toutes les lumières , il n'en vouloit pas rece- 
voir d'ailleurs. Il fit une déclaration , défendant 
de rien écrire , imprimer ni publier fur la réforme 
ou Tadminiflration des finances : on y trouve 
l'empreinte d'un génie petit, étroit , minutieux 

17 Dec* & tendant au defpotifme. Enfin fon édït pour 
17^4. la libération des dettes de l'Etat trahit fon inep- 
tie. Cet édit , monument de honte éternelle & 
pour le Minifîre qui l'enfanta & pour le Parle- 
ment qui l'enregiftra, non- feulement ne foular 
geoit en rien TEtat) mais le grevoit encore de 



( 117 ) 

iDouveaux impôts & donnoît pluj d'exten/ion 

aux anciens. Le prétexte étoit rétablifTcment 17(^8, 
des deux cailles > dont Tune « pour le paiement 
des rentes & effets dûs par le Roi , l'autre , 
pour le rembourlèment & amortifTement des ca- 
pitaux. Pour y mieux parvenir & embralfer d'un 
coup d^œil la totalité des dettes ; on obligeoit 
tous les porteurs de contrats de les faire renou* 
veller & vilèr , & les porteurs d'effets de les faire 
liquider 8c réduire en contrats , formalités lon- 
gues 9 gênantes & non moins difpendieufes pour 
les particuliers & pour le Roi. Mais au moyen 
de ce convertiffement , il n'y avoit plus rien 
d'exigible. S. M. goûta fort cet arrangement qui 
la mettoit à l'aife. Ayant rencontré le Duc de 
Bouillon, abîmé de dettes» elle lui demada com- 
ment alloient Ces affaires f „ Fort mal , Sike , 
lui répondit- il > s'imagînant peut-être toucher 
la bienfaifance du Monarque : „ fort mal , mes 
,y créanciers me tourmentent toujours beau- 
coup »• Mais pour toute confblation : ^ue ne 
yy faites 'VOUS comme moi „ lui répliqua - t-il > 
5, Laverdy vient de me mettre à J ur. 

Cette libération , dont le fond etoit un (ùrcroie 
de charge , car pour fe donner un air d'équité 
plus févere , le Contrôleur général ^ bien diffé- 
rent de fes rêmblables , qui comptent pour rien 
les injuftices de leurs prédécefTeurs & ne fè pré- 
tendent point obligés de les réparer , rétablit les 
rentes réduites fur le pied des anciens capitaux , 
mais pour le rembourfement feulement. C'étoit 
une leurre qu*il avoit donné à (es confrères du 
Parlement, ayant beaucoup de rentes de cette 
efpece , dont ils fe flattèrent d*être rembourfés 
les premiers > quoique (îiivant Tédit , ce ne dût 
eue que par la voie du £brt» On prétend quQ 



("8) 

le grand banc même le fut fîir le champ ; ce qui 
J7j5» facilita beaucoup l'enregiikement. 

Le Confeil fut gré à M* de Laverdy de cette 
tournure , qui fit valider ainfi légalement la per« 
ception des deux vingtièmes êc autres impôts , 
qui ne s*exerçoît que par un.enregifirementfaît 
en lit de juftice , toujours odieux. Le Fade*' 
ment anéantifToit par-là toutes Tes remontrances 
& toutes celles des autres ; il fembloit venir à 
jréfipifcence , s*avouer coupable d'une réfîflance 
déraisonnable, & reconnoîtfe implicitement la 
juftîce des coups d^autorité frappés , avec tant de 
rigueur , (iir les clafTes de Province s auffi la Cour 
des Aides , plus attentive à éviter cette inconfé-^ 
«quence , & à conferver l'honneur de la Magiftra- 
ture , après diverfes modifications « ajouta ces 
paroles remarquables : 

*' Sera fupplié, en outre, ledit Seigneur Roi 
,9 de rendre au corps entier de la Magifèrature la 
3, judice qui lui efl due pour les violences 
3, inouies exercées envers plufîeurs Cours de 
„ fon Rcrya'ume , Se de rafîlirer Tes Peuples , qui , 
9, témoins des excès auxquels on sVd porté con- 
,, tre les Magifhrats , n'ont que trop appris ce 
„ qu'ils avoient à craindre , (î de pareils abus de 
jj l'autorité militaire n'étoient réprimés par la 
Si punition la plus (evere. Ordonne que copies 
«, collationnées de la présente Déclaration , en- 
3, femble du préferit Arrêt , ftront envoyées es 
9> Sièges des Elevions ^ ^c«„ 

Une autre di(pofîtion de cet Edit , qui avpit 
Snguliérement flatté le Parlement > & peut- être 
en avoit impofé, à un certain point , à la Nation, 
c'étoit l'éta^liflèment d'une Chambre compose 
de Membres de cette Compagnie , pour veiller à 
ion exécution ^ en conduire tqutes les opérations ; 



(119) 
le décider toutes les quemons 6c conteilatiotis 
qui pourroîent s'élever à leur occafion. Mais ij6t% 
cette Chambre ne fut qu'une charge de plus pour 
le Royaume j par les honoraires de Ces Membres. 
Du refle > elle n'arrêta point la diverfion des 
deniers > elle ne procura point l'exaditude des 
paiemens; les rembour(emens des capitaux n'eu- 
rent lieu qu'une ou deux fois , autant qu'il falloit 
pour fatisfaire aux engagemens pris avec les 
Membres les plus accrédites de cette Compagnie ; 
&Ie défordre des Finances , au lieu de diminuer , 
ne fit que s'accroître. Il falloit ^ d'une part , fatis- 
faire aux dépenfès du Roi , qui j n'ayant plus de 
maîtrefle en titre , avoit beaucoup de fantai/îes, 
& étoit entouré de courtifans 8c de favoris avides 
profitant de fa facilité ; de Taùtre , aux prodiga- 
lités du Duc de Choifeul , qui , n'économifant 
pas plus le tréfor de l'Etat que le iîen , tranchoît 
du petit Souverain dans Ton genre > & a voit 
encore plus de créatures à fâtisfaire que fon ' 
naître. 

M. de Laverdy , qui , fous un air cafard & 
modeôe > nourriâbit une ambition démefurée, 
ne pouvant reûer en place qu'en fiibvenant aux 
continuelles demandes & de Louis XV & de 
fonMiniflre, étoit, fans relâche, occupé à cher- 
cher de nouvelles reffources ; &, comme il n'en 
avoit aucune dans le genre des Finances où il 
n'entendoit rien > il etoit obligé de recevoir 
toutes les idées que lui fuggéroient de cupides 
fixbalternes. A chaque befom d'argent , c'étoit 
quelque nouvelle invention fifcale qui provo- 
quoit les remontrances des Couis , car il ne 
pouvoit pas toujours corrompre > Se quelque- 
fois le Patriotifme l'emportoit , ou ITiumeur, 
Rien de plus, révoltant ^ue les lép oUfes i^u'il 



(iio^ 

T" fiiggéroît au Roi , où , joignant la baiTeiïe du men- ' 
i/dS* Congé à une commifération dcrifoire , il faifoit 
fans ceife afTurer par S. M. qu'elle portoit Ces 
Sujets dans Ton coeur ; que c'étoît malgré elle 
qu'elle augmentoit le fardeau des impofidons ; 
qu'elle efpéroît être bientôt en état de les Soula- 
ger par les réformes , par Téconomie, par la 
bonne adminidration , par ramélioration des 
Finances ; tandis que tout ce qui fe pafToit fous 
les yeux de la Nation étoit une contradiâion ma- 
nifeSe de ces difcours hypocrites. 

Ce fut ce Miniftre qui contribua merveîUeufe- 
ment à accroître les troubles de Bretagne , en 
attentant aux droits des États , en leur écrivant 
des lettres infolentes , en faifant ensuite le rôle 
d'Auteur & d'Hidorien , & répandant des pam- 
phlets , où il ergotoit avec leurs Ecrivains , pour 
détruire leurs privilèges , & établir le de(potiûne 
du Roi fur les ruines de leur droit public. On 
. fe rappelle encore avec quel mépris il fut cban- 
fbnné dans cette Province. Le ridicule fut la 
feule arme qu'on employa contre lui , .& elle de- 
vint efficace. On en fit bientôt autant à Paris ; 
& ce qui le défola fur-tout, ce fut une carrîcatu- 
xe i où on le repréfentoit fous la figure d'un 
homme portant une hotte fur les épaules , une. 
canne à bec de corbin dans les mains ( l'attribut 
du Contrôleur-général ) cherchant dans tous les 
ruifleaux & dans tous les tas d'ordures : du 
bout de fon bâton fbrtoient des rouleaux de pa- 
pier, intitulés ; Arrêts du ConfeiU II a voit des i 
lunettes fur le dez , & fèmbloit pourvu d*une J 
vue fort courte ; défaut au phyfîque & au mo- ^ 
rai de ce perfonnage. Enfin au bas étoit écrit ; 
uiu grand Chifonier de France, Parodiant Vef^ 
palien , qui avoit mis un impôt fur les urines , on 

pouflâ 



^ 



(m)' 

poulla ia dérifîon jufqu'â lui adreflèr un projet 
anonyme pour établir des latrines publiques dans i/d&s 
des brouettes au coin des rues, où l'on n'auroit 
pu entrer qu'en payant un droit; projet peu diC* 
pendieux, & qui deyoit rendre beaucoup an 
gouvernement. 11 fallut renvoyer un Minifiret 
qui , la fable de la cour & de la ville ^ com^ 
mençQÎt à exciter des murmures & des ^bule- 
yemens, La liberté accordée au commerce def 
bleds, (bit dans l'intérieur du royaume , foit avec 
Pétranger , bien loin d'opérer les falutaires efifètt 
^u'on s'en promettoit , formoit une époque cruelle 
par la cherté énorme de cette denrée ; cherté 
foutenue,âr qui > (âufde légers rallentiflèmens 
par intervalles , dura jufqu'â la mort du Roi. Les 
partisans de la Bûutine » les gens à préjugés , ceux 
qui profitoient des ffènes & des entraves > attri- 
buèrent cette calaimté au fyftéme des novateurs. 
Les Economifies ,. au contraire, la rejetterent 
fur les mauvaifès récoltes , mais plus encore (îit 
la manière dont on modifioit leur plan. Ils pré- 
tendirent qu'une demi - liberté étoit plus perni- 
cieufe qu'une contrainte abfblue. Ils Ce défen- 
dirent ainfi, n'ofànt découvrir la caufe véritable 
tenant à des manœuvres puiflantes & (ècretes , 
qui prenoientleur fource jufqu'au trône , & dont 
les Minifires , agens intermédiaires , faifbîeut 
mouvoir des fubalternes , qui ne craignant ni 
i'infamie ni la haine publique, s'engraiitoient de 
la plus pure (Ubftance des peuples. On ne fut 
pas fâché de détourner les recherches > en fixant 
l'attention Gxt un Miniflre difgracié , qui , char- 
gé fpécialement de la partie des bleds , (èmbloit ^ 
refponfable de tous les maux de la disette. Telle 
étoit la politique de la fin du règne de Louis / 
XV. Quand la mefure de l'iniquité étoit com- 

Tomc ly. F 



(122) 

blée^ on en renyoyoit Tauteur , maïs ion ou-» 
17^8. Trage (iibfîftoit. 

M. de Laverdy^, qui 3 en entrant au Contrôle 
général,, avoît voulu conserver fà mai(bn parti-* 
culiere , ^pour s*y retirer quand il (èroit rendu à 
la vie privée ; qui avoit donné un état de (à for* 
tune médiocre * ne voulant pas qu'elle fût aug- 
mentée dlirant fa geftion des financer; qui , gen- 
dre d*un Marchand de drap > fîls d*un Avocat , 9c 
Bourgeois lui-même , deâroit ne quitter jamais 
cette claflè , & s'étoit fait prier jufqu'à trois fois 
pour entrer au Minidere , en fortit un homm» 
tout différent* On lui fit une généalogie , par 
laquelle il juflifioit une longue poflèffion de no* 
bleflfe de race très-ancienne > & devenpit Hifcep* 
tible de tous les honneurs. Il voulut être Con* 
ièiUer d'honneur du Parlement, Membre hono- 
raire de TAcadémie des Belles-Lettres; & Ci va-? 
nité fouffrit beaucoup de n'avoir pas eu le tem^ 
d'être décore du cordon bleu. Quelqu'un* pour 
lui faire (a cour, lui ayant offert un prix exor- 
bitant de ùi petite maiâ^n de la rue des Blancs* 
^ manteaux , il la vendit , & fe fit. donner par le 
Roi , & rebâtir le petit hôtel de Conti , pour 
rembelliffemént duquel on étrangla même Thâtel 
de la Monnoie dans (à partie contigue. Il fit faire 
à fon beau-pere , fort riche & retiré du commerce» 
ime féconde fortune pl\is confidérabl^ que la pre- 
nûere .* il la fit faire à (es beaux-freres , à toute (k 
famille ; & lui-même » pofTefTeur de deux cents 
mille livres de rentes, eut raifon. d'écrire à fes 
JBUes , en leur annonçant (à retraite qu'il nétaim 
^lus dans la financé. C'eA l'expreffion dont il (e 
fërvoit , & qui caraâérifoit à merveille la ma^ 
niere dont il avoit géré fa place pour ù>n propre 
compte» ^ * 



(e Duc 4^ Cbpî^eul lui fil nottmec peur fiic* ^ 



çeffeur M. Maynon d'invau. Sa réconnolffancf i^^^^ 
envers ce Goa^iller d*Ètat ; la fegaçité qu'ij j^Sep, 
çrâyoît li|î avQir reconnue dans Ces ra|)ports au 
confeil ; enfin Coa caraâere doux & modéré le 
rendirent i Ces yen% digne de eette confiance, 1$: 
il k laifTa aveugler par Taniitié. D'ailleurs , 
comme le Contrôleur - général n'étolt-plue ^u'imi 
premier Comnûs plus diâingué fous le Cktfiu. 
Confia des Finances , dont le Duc de Choi£èul 
mitfaii; rétablir la dignité pour le Duc dePraf 
Kn, qui , lui -même content d'en recevoir le# 
riches émolumens > n'exeri^oit que ^us l'influence 
de Ton coufin ; celui - ci (è âatta d'aider de Tes 
ConfeiU & de ditigef Ton protégé ^ mais il ne 
trouva pas en lui Thomme qu'il e(péroit« iU. d'Iar . 
yau i d*une (anté foible > peu laborieux , étoi( 
incapable de foutenir le fardeau par lui-même» 
^ d'obéir à la violente tny;>ulfîon de Ton conducr 
teiur; il maqquoit également d'énergie & pour 
le bien & po\u: le mal : il ne fit que pafièr. La' 
ièule chofe qu'on ait à lui reprocher, c'eil, par 
une compl^&uce aveugle envers ks deux Mi- 
nières & autf es gens de la Cour , qui avoient for- 
mé (les fpéculations de fortune &r la (ù(penfioa 
du privil^e de la Compagnie 4es Indes , d'avoir 
Ok(è porter le premier la main à cet édifice , qu9 
foo antiquU^ % ^ magnificence , & le nom de (on 
Auteur auroient dft lui rendre plus reipeâable» Il 
paroit que cett^ tache n'a pçint fait de tort à & 
réputation ; qu'il doit peut-être moins à lui- 
mçfne» qu*à Ton pji^édécefièiur & 4 fon fucceffeur* 
Quoi qu'Û en foit , on lui fut gré du courage 
qu'il eut d'envoyer (à démiffion après un Con- 
feil , oà (es fM'oîetsi ne furent pas go&té» ; & plus 
encore > d'avoir ûipplié le Roi de lui pen^cùre de 

Fa 



^ I 



ne point isâcéplbr la penfion d'ufàge ; &, s*ii nV 
J7^8« Toit point été utile à TEtat durant (on mlnidere» 
de ne lui être pas au moins à charge dans Toifi- 
veté de (a retraite. li fut remplacé par le fameuic 
Abbé Terrai» qui va bientôt figurer dans le cer- 
cle des Minières , coopérateurs du bouleverfe- 
ment de la conilimtion de l'Etat , & de la der-^ 
niere ruine des finances & du crédit du Rqi. Celui 
des Choi(euls commençoit à tomber. Le nouveau 
Contrôleur- général fut Touvrage de M. leChan- 
celier de Meaupou, qui^ méditant, de (on côté$ 
une grande révoluuon dans la MagiÂrature , ayoit 
befoin d'un pareil (econd. 

Les Parlemens étoient dans une fermentation 
plus violente que jamais. La pomme de discorde » 
jettie entre eux par la prééminence accordée à 
celui de Paris, n*avoit produit qu'une (ctffion 
momentanée. Un intérêt plus prefTant les for^a 
de Ce réunir. Si , par le rappel des Commandans 
qui les avoient moleflés , ils avoient repris le 
Âaut du pavéj (ùivant Texpreffion d*un célèbre 
Procureur*général (^) s ce n'avoit pas été pour 
long-tems. Le filence que leur avoit impo(e la 
Cour fiir cet objet, & les grâces d'un autre genre» 
dont ces courtiHins avoient été comblés , ne 

Îouvoient leur faire efpérer un calme fincere* 
l'orage recommença bientôt ^ & plus violem- 
ment. La deiiruâion du Parlement de Pau , à 
Juin laquelle les autres claflès ne s'oppofèrent pas 
vil^U ^^^ fortement , & recoudrait au gré dû Mi- 
^^ Tiifiere, encouragea celui-ci à de^ entreprilès 
plus hardies \ 8c les deux Procureurs-généraux 

C * ) M. de la Chalocais , dans une Iccirc à fon 
fils ^ imprimée au procès^ 



de Rennes , ainfi que plufieurs ConfeSllefs de 
cette Cour, à la veille de perdre la tcte, firent '7^^^ 
fentîr aux Magxdrats des autres la néceàité de 
redoubler d'efïorts pour fauver ces confrères 9 8c 
réclamer leur privilège d'être jugés par leurs Pairs. 
Ce procès eftce qu'on appelle l'affaire de Bretagne^ 
un des plus incroyables épifodes du règne do 
Louis XV. 

Elle prit (a (burce dans les Arrêts donnés con- 
tre les Jé(uites (*) , &dans les comptes rendut 
à ce fujet. M. de la Chalotais, l'Auteur de ces 
Ecrits , leur parut leur plus redoutable adversaire 
en Bretagne ; & n'ayant pu fe foudraire à leur 
deHniâion « ils (ongerent à profiter du parti 
puiiTant qu'ils avaient dans cette Province , afin 
tfy exciter des troubles , & en former le foyer de 
leurs intrigues pour leur rétablifTement , ou du 
moins pour Ce venger. Les Etats de 17^1 leur 
fournirent occafîon de commencer : les Evêques ; 
celui de Rennes , Defiios , à leur tête , étoient 
pour -eux : prefque tout l'Ordre Eccléfîaftique ; 
quelques membres de la NoblefTe compofoient 
un nombre aflez confidérable 9 foutenue & pro- 
tégé par le Commandant, qui d'ailleurs difpofott . 
du Tiers. 

Leur objet étoît de faire invalider les Arrêts 
qui avoient diflbus la Sociéié en Bretagne » 
comme rendus contre les droits des Etats , d'op- 
pofer ceux-ci au Parlement & la nation à la na- 
tion. Leurs parti/ans furent très - animés ; des 
gentilshommes qualifiés fe firent, fiir le Théâtre 9 

^' " I « M il II III ■ — 

( * ) Tout cet hidorique eft pris en partie d'un 
Mémoire manufcrii de M. de la Chalotais , qui fe 
trouve dans la bibliothèque de M. le DucdeRohan. 

F 3 



/ 



(11(5) 

( * ) des flwnatfcs ; A: le Duc d'Aîguîllott, qixî 
*i7<^« aurott dû arrêter ces excès, les autonfoit îndî— 
reâetnent par fon fîlcnce. On revînt trois fors 
i la charge, on liToît & Ton faifoît lire clandef^ 
tinement écs lettres , vraies ou fauiïes , du feu 
Dauphin, pour émouvoir les e/prits en faveur 
des Jéruites;& iî Ton eût laiffé le cours à ces 
mouvemens, ils euflent probablement excité dans 
la province une guerre civile , qui , bientôt après ^ 
fe fût communiquée dans tout Iç royaume. 

M. de laChalotais , autant intéreflé par amour 
propre , par sûreté de fa perfbmie , que par pa- 
trîotifme , à maintenir un ouvrage dont il étoit le 
principal infiigateur, détourna les troubles que 
le Commandant, tour-à-tour protégé & protec- 
teur des Jéfuites , chérchoit à exciter eti leur 
feveur. Il prévînt le Duc de Choifeul de leur* 
manoeuvres combinées, qui, découvertes, per- 
dirent toute leur aâivité aux Etats. Mais la 
Société crut cependant avoir obtenu un grand 
fuccès , en rendant leur querelle personnelle au 
Duc d'Aiguillon , devenu l'implacable ennemi du 
leur. Fiers de ce Chef, ils formèrent le dcffeîn 
de réuffir d'une autre manière. 

îl y avoir , en Bretagne , des plaintes générales 
contre l'adminiilration du Commandant concer- 
nant les grands chemins. Le Parlement les avoit 
prifès en confîdération ; & , comme les IWagil^ 
trats , dénonciateurs des plaintes , étoient les mê- 
mes qui avoient paru oppofôs aux Jéfuites , ceux- 
ci & le Duc d*Aigutllon Ce réunîretrt dans le deG- 
ièin de les perdre. Par une adrefTe digne des pre- 

(*) On appelle ainfi le Heu de raffemblée gé- 
nérale des crois ordres. 



(i27) 
Biiers i en aîgrifTant Tamour-propre du Contrfi- 
leur-généralLaverdy, ils firent concourir indi- 
reâement à leur projet ce perfonnage yain , Jan- 
fénide outrée Se qui aroit été ^ dans la compagnie , 
ihi de leurs plus infatigables ennemis. Furieux 
d'être le jouet de la Province, il (ëcondaleDnc 
d'Aiguillon pour multiplier les coups d'autorité 
contre elle & contre le Parlement. Il fe trouva 
tellement emporté hors de fes mefùres % que » par 
une (uite de démarches incompréhenfibles , dont 
plusieurs étoient préparées fi artificieufement « 
qu'il étoit impoflîble d'éviter le piège « on par- 
vint à précipiter les MagiQrats dans le parti des 
demi (fions , que prefqu'aucun d'eux ne defîroit. 
Les Jéfuiter & leurs partifans » ainfi reflés 
maîtres du champ de bataille , tinrent toutes les 
aflemblées , tous les conventicules qu'ils jugèrent 
à propos ; & le réfultat fut de con(bmmer leur 
ouvrage dans la Province , en perdant M. de la 
Chalotais , auquel ils ne pouvoient pardonner Ces 
ccmpus rendus , où il avoit dévoilé fi éloquem- 
ment le vice des confiitutions & du régime de 
l'Ordre > & qui , pendant les Etats ^ s'étoit opporé5 
de tout Ton pouvoir , à leurs manœuvres. Par 
luite , Ton fils , & quelques Magiflrats , les plus 
ardents contre eux> dévoient être viâimes du 
complot ; toutes les circonfiances étoient favora- 
bles à la réuHilte ; ils avoient pour eux le Com- 
mandant de la Province , & Ton oncle le Comte 
de Saint- Florentin» ayant la Bretagne dans fon 
département» qui , par (à place, organe des vo- 
lontés du Souverain, fe trouvoit ainfi Juge Se 
Partie , Se avoit eu l'infamie de ne pas fè reculer 
en pareil cas. Ils avoient quelques autres Membres 
du Parlement, les feuls reflés, & prêts à formes 
un Tribunal ^ui leur fèroit dévoué totalement : 




(iz8) 

enfin , ilf aroient le Roi , tellement îndîgné Si 

1768* courroucé contre les Bretons, qu*ilétoit accldé 
à ne leur accorder aucune grâce en aucun genre ; 
il en avoit prévenu les Miniftres, & même celui 
dépofitaire des grâces eccléfiaftiques (*)• . 

La désolation » répandue dans la Province pat 
ladf (perfion du Parlement , occafîonnolt des mur- 
mures , des plaintes» des pamphlets, des aâes 
de dé(e(poir , dont ils tirèrent même avantage. Il 
7 a grande apparence qu*à la faveur de cette fer- 
mentation générale, ils (è portèrent à fabriquer 
des pièces propres â leur deflein« & cenfees en- 
fantées par les mécontens. Déjà il y avoit une 
procédure commencée à Paris , concernant dî- 
▼erlès intrigues , pratiquées pour exciter du trou«- 
Ue; divers libelles diffamatoires^ tant en vers 
qu'en ftoCe , tendant à attaquer Thonneur 8c la 
réputation de certains Magifirats , ou autres Su- 
jets zélés , dévoués au Gouvernement ; dtverfes 
lettres anonymes, injurieuses à l'autorité royale, 
adreflées à, des Mini (Ires, ^a connoiflance de ces 
délits avoit été attribuée au Parlement de la Ca- 
pitale : pendant qu'il s'en occupoit , û Ce paiïbit 
de nouvelles horreurs. 

La nuit du 10 au 1 1 Novembre 17^5 , MM. de 
laChalotais, père & fils, & trois Confèillers du 
Parlement démis , furent enlevés à main armée « 
avec Tappaieil le plus fcandaleux, Op Jut en- 
suite, par un aâe de la Majeûé Royale, où Von 
rendoit le Monarque accufateur lui-même , que 



{ * ) Cette anecdote fc trouve dans une Lettre 
de M. Piquet de Moctreuil , Confcillcr de Grand'- 
Chambre du Parlement de Bretagne , datée de Vcr-« 
failles 9 le x8 Décembre i7^4^confignéeau Procèv 



(129) 
Magîftrats lui ayoient été rcpréc'êfltès comme 



également ennemis de fon autorité & de la tran- I7dp. 
quillité publique. On y difoit qu'ils étoient iuf- Lettres 
t^ment (bupçonnés d'avoir cherché , depuis queU paten* 
que tems, à exciter & fomenter, en Bretagne, ^es du 
une fermmtation dangereuft; que, pour y par- ,^ ^q^ 
venir, ils aroient fait entre eux des aflemblécs ij6j^ 
xliîcites, formé des aiTociations criminelles, Se 
entretenu des correspondances (ufpeâes ; que, 
non contens de diffamer , par différens libelles ^ 
ceux qui avoient marqué de l'attachement au fer- 
vice du Souverain , ils avoient entrepris de té" 
pandre des écrits , compofês dans refprit d'indé- 
pendance qui leur avoit fait tenir « en public , les 
dKcours plus (editieux ; qu'enfin , ils aboient porté 
Taudace jufques à faire parvenir à la Cour des 
billets anonymes , injurieux à la perfbnne du Mo- 
narque, & attentatoires à la Ma jefté Royale. 

C*eft flir ces accufàtions vao[ues que commen- 
ta une procédure monftrueuU , dont il n'exiile 
aucun exemple dans les faftes de la Juftice. Pour 
iàuver les apparences de la régularité, pour mieux 
tromper le Roi , on offrit au Parlement de Bre- 
tagne raffemblé, de lui rendre Ces démiffions, 8c 
de lut laiiTer juger Ces manbres arrêtés. On cher- 
choità faire croire, par- là , que l'on étoit bien 
certain de leur crime ; qu'on ne les inculpoît du 
moins que de bonne foi & avec la plus entière 
impartialité, puifqu'on ne vouloit point d'antre 
Tribunal que celui-méme que leur donnoit la loi; 
mais en méiae tems on mettoit à cet offre une con- 
dition impoflible à remplir pour les Magiflrats, 
celle , en reprenant leurs fondions ,^e trahir leur 
honneur , leur ferment 8c leur patrie. Ce qu'on 
ai«>it prévu arriva. Le Parlement , délibérant fiir 
les ordres du Roi , atréta que les motifs déterxm-^ 

F s • 



( Jjo) 
V ■ nins de Taâe àes démîflions fiibfiSoîent dans toute 
lyôç. leur force , & y perfiderent. Quelques-uns même 
%j des non-démettans y accédèrent cette fois. C'eft 
X * ^^ Q'i'o'* defiroît. Alors, encouragé par Texeniple 
' '* du Parlement de Pa« , on réfolut de reconfbriiire 
celui de Rennes fiir le même pied ; & proyifotre- 
> ment on le fit tenir par le Confèll. On lui adrefTa » 
dès jfon ouverture , des Lettres-Patentes pour pro- 
26 ÎJ04 c^der à Tindruâion du procès des Magiilrats ac-' 
çi^Césm Puîs, ayant recruté quelques Omciers 'dé- 
^ I iTiis.^ <& rétabli le corps, on parut ^ un Infiant » 
éut leur n'envoyer la connoîflancesde TaSaîre* Cette 
^7^^ manœuvre étoit concertée avec eux> qui, non 
moins enoçmis de ces iUu0res prifbnniers ^ dont 
la fermeté ^^oit 4in reproche continuel de leur 
licheté , n'olei-f nt cependant rendre le Jugement 
que dé/îroit la Côur , 8c Ce déportèrent d'un droit 
^ont ils pOBVoient cefufer de jouir , mais dont ils 
ne pouvoient priver ies accufçs. Ce fut un pré- 
texte d'ordonn.er aux Commiffaîres de continuer 
rïnftruâion; &, iceteftt» nouvelles Lettres- 
%4 Jair. Patentes portant éVabliffemem d'une Commiffion 
1766. ^« Confcil de S. A^ï, pput tenir une Chambre 
Royale à Saint-Malo* 

C'eft dans cette ville que fè reproduîfe ce 
TriUnal po/iiehe (*) , difpa:tu de Rennes. Ceft- 
là qu^apres avoir éprouvé toutes les révolutions > 
toutes les modifications > tous lV« changemens de 
lieux, de marches , que vouloit le Commandai»^ 
de la Province» inftigateur fecretde xttte machi- 
nation ; ce qui feifoit fubir à la procédure autant 
ip variations^ c>ft là qu'avec des fornî«^ nçn* 

lii ' " — I * ■ ■■II.», ■■ m i ■ • ■! ■ Il «III . 1 

( ♦ ) Exprcflion des Kemovtrancti du farUmem 
féant à^Kouen^ adieâîks au'Koi ca 176^. 



fi3i) 

iGeHes, crécespourrafFdîre» desloix multipliées „ 

pour elle lêule « fabriquées par raccufateur > dé« x/dp* 
rogeanc nicceffivement Tune a Tautre , & propor- 
tionnées aux jours , aux momens , aux difficultés 
naiiTances , fut enfiinté un Code exprès pour noircir 
les accufés > £Sr opérer leur condamnauon. Déjà 
too^étoît prêt pour l'exécution d'un Jugement, 
minuté à Ver(àiUes avant le départ des Commif- 
faires; & , G Ton eo croit une tradition coudante» 
le bourreau étoit parti avec tous les inÛrumens 
du fiipplice qui devoit iê brusquer dans la çita« 
deUe de Saint- Malo , lorsque les vigoureufès re- 
montrances du Parlement de Paris ^etterent dans. 
le corur du Monarque un remords raluiaii;e,. Le^ 

S^uc de Choifèul vint trpuver « en ce moment > le. 
oi toujrmenté d*anxiétés cruelles ; il acheva d?, 
rémottvoir j & lui $t révoquer l'Ajnrét de bxLg 
déjà figné* 

L'afi^ire prit un autre cours : les pouvoirs de 
U Commiflion ceflèrent ; la continuation du pro- 
cès^ revint pardevant les juges naturels , guV 17 Fcv; 
voient condamment réclamés les prifonniers : x^^* ^ 
i9ais ces Juges naturels, n'étaot que des Magis- 
trats en petit nombre » gagnés par faveur y ou in^ 
timides par crainte > ne pou voient former le véri-* 
table Parlement , qui réfidoî t dans la perfonne des . 
exilés. M. de la Chalotais & Ces co-accufés dé- 
clinèrent ce Tribunal dans Tétat où il étoit , at-^ 
tendu qu'il ne pouvoit connoStre d'un procès 
concernant de fimples particuliers , eucore moio» 
d'un concernant des Membres d'une Cour» 
ayant le droit d*ctre lugés toutes les Chambres 
aflêmblées ; ôc ils demandèrent à être renvoyés 
pardevant te Parlement de Bor deaux C^)» L'inC>. 

( '^j Ce Pariementéfl désigné par i'Ordounance 

E6 



tmBtlon nVti continua pas moins à la pôurHiite 

1769. de M.Gcoflfiroy de la ViHe-Bianche, Confeil- 
1er > nommé Procureur -général â cet effet, 
quoiqu'il eât déclaré > pour moyen derécufation , 
fon inimitié capitale envers M» de Caradeuc. 
Tout étoit mêlé de biûrrerîes, d'irrégularités» 
de defpotifine dans ce procès , où l'on ne Cem ' 
bioit revenir de tems en tems à Tordre, que pouf 

itMars*'^" écarter plus étrangement enfuite. Par un 
ijC6^ Ai'^^t du Confeil, il fut ordonné que les procé- 
dures £iites au Parlement de Paris » concernant 
les premiers troubles de la Bretagne, (èroient en- 
voyées au Grefïè du Parlement de cette Province , 
pour y être jointes au procès criminel qui s'y 
pourdiivoit; & en confêquence , dans la vacance 
de Pâques, on vint enlever militairement cet 
pièces chez le Rapporteur , tellement étourdi de 
cetaâe extra- judiciaire > quUl eut la foibleflè de 
les livrer. 

P Juill. Après cette réunion , il y eut encore dis jonc- 
1755. <îon 9 enfin évocation du tout au Confeil , fit trans- 

%\ Mo. lation des prisonniers à la Baftille : nouvelles ré- 

iy66% damations de ceuK-cî ^ perfiôant à demander pour 

Tribunal celui que défignoit ta Loi. Ce fut alors 

que y dans une aiïemblee (blemnelte du Con(èit 

des Parties > où affida le Roi , après un hidorique 



axDéc 



que fit M. le Noir, Rapporteur, qui termina là 
» perorai(bn par Tinviter à la clémence, S. M. dit 



de 17^7 , pour éire ruhro|;é à celui de Rennes^ 
dans le cas où celui-ci n'eft point en état de coiw 
Aohre des affaires qui lui font portées^ 



(133) 

tous délits 8c accutàtions a cet égard : ce qui eut 

lieu par des Lettres du (ceau» I7^p« 

Par une concradiôion manifefie, tandis qu*ona4Décé 
exaltoit la (àgèflè , la modération , la bonté du 
Souverain , on lui faifbît exercer la tyrannie la 
plus criante. Les Magifirats , Cottis de la Baflille, 
non-(èulement ne rentrèrent pas dans leurs fonc- 
tions ; mais on fit déclarer i S. M. qu'^elle ne 
rendroit jamais la confiance ni Ces bonnei grâces 
â Ces Procureurs-généraux. Tous furent eicilét 
avec une excefllve dureté ; ils ne purent pas 
même roir, en partant, leurs amis & leurs proches» 
Le Parlement de Paris infifiant fur cette incon- 
féquence > (ur une punition capable de laifler en- 21 Jan« 
core des fbupçons contre les accufés, le Roi ij6jm 
déclara çui Uut honneur n'était pas compromis. 
Ced ainfi que » par de miférables fiibterfnges 
fiig|érés â la vengeance particulière de Louis- 
Qumze , leurs ennemis aflbuviiTbient encore la 
leur .* ils avoient pîqué Tamour-propre du Roi par 
des lettres interceptées , où les Magiûrats , fans 
Qfiènfèr la Majefié > traitoient Thomme avec une 
vérité à laquelle il n'étoit pas fait. 

Ils languirent encore plufieurs années , fans 
que leurs mémoires multipliés > fans que les Inf^ 
tances des Cours puiTent rien faire en leur fa- 
veur. En un mot > reconnus innocens des maux 
ir des opprobres qu'on leur avoit fait fbuffrir , 
ils ne purent obtenir aucun njoyen de juftîfica- 
tion légale ; ils étoient cohdamment les viâi- 
mcs", &. leurs opprefleurs triomphoîent : genre 
d*iniquité propre à l'horrible cpoque du fiecU 
dont nous nous occupons. 

Bien loin qu'une pareille conduite rétablit le 
calme dans la province de Bretagne « comme 
on en avoit flatté le Roi , elle fut en fbu plin 



qve jamais» La cab;ile JeHutique coDtlnuoîc iy* 
\y6g, ^uffier la di(corde par-tout* Le Parlement , vain- 
fimuiacfe « déchu de Ibn ancienne (plendeur» 
n^étoît plus le Qnâuaîre de la Jufttce , mais un« 
vepaire d'iniquités, uJitrib«naldén(bîrei[ appelle- 
I^ Mailliage d'aiguillon. Les Etats dwiCéi 
yfoyoient les coups d^autoritè multipliés contre 
leur liberté expirante : l'Ordre de la Nobleife 
luttoit encore contre les deux antres entiéremetir 
fitbjugués* majs étoit travaillé hii-pmême d'un 
fthirme élevé par les intrigues du Commandant r 
celui-ci, defpote abfolu; entouré â*e(pians y 
de délateurs , de Appâts de £ès fureurs ; maître 
des Lettres de cachet ^le décernoit à Cod gré fou 
oncle ilimâre , dépeuplok la Province de (et 
défendeurs , â force d'exils & de proscriptions {*")• 
Enfin 9 il avoir entrepris de confommer la deftruc* 
tîon totale des conAitutions de la Bretagne , en 
faifânt énregifhrer par ordre un règlement terrible 
de deux cents trente-un articles» dont les di(pofi- 
tions infidieufès tendoient» pour la plus grande 
partie » à ériger en loi toutes les innovations 
qu*il avoit introduites , tous les abus d'autorité 
qu'il s'étoit permis» toutes les violences qu'il avoit 
tentées; en un mot» entièrement contraire ait' 
droit & aux ufaget anciens, tant au fond que dans 
la forme. 

Heureusement pour les Bi^etons , ce &t le ter^ 
sne de Tadminiûration du Commandant. La me^ 
(ure de Ces iniquités étoit comblée; 8c la nation , 
tu défefpoir , pouvoit & porter aux plus cruelles 

( * ) Voyez la Répomfe dei "Etats au Mémoire du 
Urne d'Aiguiilon , où ils comptent 1 54 lettres clofes 
décernées pcadant le cours d'exiTironuois années. 



entttnnés : dn mcini c'ett fpuf ce pomt de ▼«€» . 

q«e le Ooc de ChoifèuU enoeau pertoanel du Pue iTd^t» 

d'Aiguillon y dont il redomoit l'ambition exce£^ 

fit e , représenta les choCes au Monsgrque pour Fe& 

frayer. Après hii aroir fait naître det inquiétudes 

fur le règlement » luiaTOtr faii «nvifager les 

troubles quUldeToit occafionner n/éceiTair^meiit 

dans la prockaini; teiuu9 des Etais t il lui Cuggém 

i'en convoquer une euttaordinaire , o¥ il feroit 

adopté plus librement. Ce Miaîôre fàvoit corn.* 

ment il fallolt prendre le Roi , qui (e (êroit ref^-- 

^ à détniijfie tout*fl-«coiip un ouvrée odi^cui» 

nais exécttfté fous fes prdees : ii ns parla que 

d'adovciflemens, de modificaiious » qui ne conu- 

promettoiem point Ton autorité» ^» «n çonCex^ 

vant les di(pa&ions ncceflàinçs pouc contimt 

ls6 mouveoiens trop tHioiiltyf ui^ des \^t9^ i eu* 

chaineroie&t fdus sâremeiit WNobleilè, lorCqu elle 

aoroit concouru eile-mém^ à forger (es fers« 

Afin de mieux féduir« fon maître , il lui pro* 

pofa de charger de cette çoinmiffion le Préfi* 

dent Ogier 9 perfontieUefneAl ?gréa.ble à S. iMU 

dont Elle aimoit refprttdedçqçeur Se deconcî-^ 

dation , en ^ EUe avoit une con$ance particu* 

Itère ; d'ailleiirs , homme de Loi , très-infiruit 

des formes , & qui, d^ouillé de tout l'appareil 

militaire du Commandant , n'auroit que l'air d'un 

pacificateur. Louis XV ik rendit» ou plutât fe 

laiffa entraîner; 8c le Commiffaire fut nommé» 

^ Duc d'Aiguillon , qui ferttoît oà le coup 
devoit porter, dii&mula fon r^flèntimem; mais» 
PV (es émiflaires , il tacha de Técarter , en fomen*, 
Hnt l'elprit de faâion qu'il avoit intérêt de ne 
pas laifler ralentir en ce moment. Ayant mis 
en auvre (es Ecrivains à gages , il fit imprimer 
& dtftribuer , prefqu'à la TetUe de l'alIemUéç ff9s 



traordlnaîre de 1768 , an écrit intitulé : Enire^ 
'f tfP* tiens , dans lequel deux ou troii Interlocuteur 
Février jonoîenr les imbécîlles , pour inculper tout TOr- 
*7^^. drc de la Noblefle , & entretenir la défunion (♦). 
Lès Bretons aroienttrop à cceur de faire voir le 
calme fiiccéder à Torage ^ dès que le Préfident 
Ogter paroitroit. Jamais plus de concert ne ré- 
gna dans les aflèmSlées; jamais plus d'union en* 
tre les Ordres. Ce que le Duc de Choifèul avott 
prévu pour rendre docile Tamour-propre du 
Monarque » arriva. L'avis de Se borner à (itp- 

{»Her S. M. de vouloir bien retirer le Code de 
%îflauon monftruea(ê dont Ce plaignoient les 
Etats , de les àiCpenitt même de le di fcuter » p arce 
que, fuîvant le droit & la poflêflion ancienne» 
à eux appartient de faire leurs réglemens (bus 
fbn bon plaifîr ; cet avis , que fontenotent 
fortement les partisans du Commandant , affec- 
tant en ce moment la défen(ê des kitérêts de la 
Province , qu*iis avoient iriolés tant de fois « fut 
rejette. On (è contenta, après une proteftation 
re(peâueu(ê , de l'examiner article par article ; 
& Tautorité , qui empiète toujours , conserva 
toute fon influence. Le Préiident fut obligé de 
faire Téloge des Bretons à la Cour ; & il fut décidé 
que ce fèroit le Duc de Duras qui uendroit les 
grands Etats. 

Tous ces changements dévoient amener néce(r 
fàirementle retour du Parlement , qui sVfFeâua en 
effet un an après , auquel furent reunis même les 
quatre Magtflrats (t) impliqués dans le procès 
des Procureurs-généraux , les (èuls fur lefquels 



. ( * ) Voyez la Réfonfe des Etats , &c. 

►: ( t^ Mrs, Charcttc 4ç laGafchçrJe , Piquet dç 



on ne put jamais faire revcair le Roî , & retran- 

chant toujours à les déclarer innocens , maïs pré- ^7^* 
tendant toujours avoir des raîfons (ècretes de 
les retenir en exil. Ceux-ci Ce prévalurent de 
cette rigueur pour recourir de nouveau à leuf 
corps, & demander une juftification qu'ils avoient 
Sollicitée vainement à tous les Tribunaux ) ce qui 
amena Tétrange procès indruit devant la Coût 
des Pairs, Evénement fingulier , au defliis de tous 
ceux qui l'a voient amenée terminé par un dé- 
nouement plus Singulier encore , avant-coureur 
de la^ définition abfolue de tout Qrdre > de la 
Magîftrature & des Loix. 

M. Lamoîgnon de filanc-Me&il avoit de dou- 
loureux reproches à Ce faire fur fa trop grande 
complai(ance à fe prêter au defpotifme de la 
Cour. Chef de la Juftice , il avoit vu > pendant 
dÎK ans , des orages perfévérans s'élever îbus Con 
influence contre fes Minières ; il avoit fait in-*- 
fliger des exils confêcotifs, des mandats, des' 
empiiConnemens à Paris, à Bordeaux , à AiX) 
à Rouen , â Rennes , à Befançon , à Grenoble , 
^ Toulouse ; il avoit livré des attaques générales 
ou particulières aux Cours de Maginrature, 
tantôt par rétabltfTement d'une Chambre Roya^ 
le , tantôt en fufcitant les gens du Grand-Con- 
fèii contre toutes les claflTes du Parlement , tan«> 
tôt en jettant des fèmences de divîfion entré 
les Etats & le Parlement d'une même Province, 
Hais il avoit reconnu l'abyme qu'il creufoit 
infenfibiement fous les fûndemens de l'Etat 
ébranlé; il en avoit été effrayé ; &, dans Ces re* 

Uoncreuil , Charette de la Coliniere , arrêtés le^ 
pttmiers , & Kcrfalaun , arrêté depuis^ 



mords > s'écoît reAifë à laifler gagner le prînci 
174^ de diifôluttoa qu'il avou trop fait valoir , le coon 
BMndeaient fubâitué à la loi : tl s'écoit égale* 
nent refufê à donner (à démiffion , & dans tine^ 
inaâion moins honteu(ê que toutes Ces oeuvres , 
dans un exil plus doux que fes jours de protpé- 
ticé y il gémiflbit des maux dont il devoit (h te- 
garder pourtant comme le principal auteur. 

On lui avoit Cnbùhvki M* de Maupeou » qui 
attendoit depuis plufieurs années la récompense 
de fa défeâion , & ne pouvant par aucune infi* 
«nation déterminer M. de Blanc-Mefnil à le ré- 




jouit que 

Le Parlement ne voulut pas le reconnoitre y & 
les Magifiracs « en jouant fur (on nom , le qua- 
lifioient énemqui:mem ; ils ne rappelloient que 
le yUeC^ }. C*étoit un beau parleur, fort igno-* 
sant » fort (buple, & fous qui Ce paflerent toutes 
les horreurs que nous venons de décrire* 
$ Mars ^'^^ Cens lui que Ce tint au Parlemem la fa« 
17669 VkeuCe féancedu Roi « le ) Mars 1766 , appellée 
Ufia^tlUuien , parce qu'elle reflembloit aifez 
â celle de Louis XIV , lorsqu'il y vint le fouet à 
la main. Louis XV y proscrivit (blemnellement 
toutes les innovations prétendues des Cours , fur-^ 
tout ce mot de CUffty qui choquoit fort l'o- 
reille des Minières, 5c y avança l'étrange afTer- 
taon qu'il ne uno'ufa Courbant que de Dieu* Non 
content de l'avoir ainfi promulguée dans la capi-' 
laïc > il fit apporter aux Parlemens de Province 



( * ) Voyez les divcrfçs lettres inférées au procès 
imprimé de M. de la Chaiotais» 

i 



(159) 

itutt €€giûtes , ^vr y voir î«(crire en ccfesic^ 
me ëc en corps la menie réponfe. Ceft alors lyi^p^ 
^'on vit bien ce que raiitorité courroucée pou* 
Tott en «tfi €eél jour contre quinze ans d'agran-* 
diâetnent de la Magiârature. Ces diverlès coni* 
ftagmes retournèrent triâcAient c}iez elles» faire 
des arrêtés (bards , dans ieCqaels elles n*o(êreiit 
pas mcffle combattre la faulleté de k proportion 
KTokame énpncée ci-defTtts. £lles furent telle- 
fient ctotirdies du coup > que le mot de Clajè 
n\ pas reparu depuis dans aucim de leurs écrits. 
Si cette démarche yiroureufe du Roi eut été 
Cbotenue , c'en étoit fait , le defpotirme triom* 
phoit dès ce moment. Par bonheur la diiOTentioa 
étoit eotve les Miniâres , Se tous ménageoienC 
ftpaTément la Magîdrature pour leurs yues psur- 
ticiilieres* Le Contrôleur-général avoît des edits 
i faire paflêr ; le Vke-Chanoelier de/iroit tou- 
jours être CkanceUef ea pied ; le Duc de Choi- 
^ui fur-tout ne Yonloît pas laHTer léuffir le Duc 
d*AiguiUon dans /l'affa ire de Bretagne. 11 exci- 
toit fous main les Procureurs généraux à Ce prér 
^oir de leurs premiers avantages, Se les Magif- 
trtts à les appuyer. Par la retraite de M. Mdlé » 
qui avoit vu échapper les (ceaux qu'il croyoit 
dûs à Ton nom & à Ton zèle , d'ailleurs fatigué 
du rôle difficile de Ce maintenir avec la cour, Uns 
trahir (k compagnie , le Pat lemem avoit à fa tête 
fefil» du Vice Chancelier, plus intriguant , plus 
9df oit, plus fcélérat que foxi père; car il joignoit 
à tous fes défauts Thypocrifie 2 il oe le re^ardoit 
qwe comme le gardien d'une place que devorok "^ 
^ia fou ambition j & ce a'étoit pour lui qu'un 
rival à lupplanter quand il en ftroit tems. Il s'é-. 
toit attaché au Duc de Choifeul , comme au Tout* 
Ntlaut d'alors; il lui fu&it baflemeat ûl coufi 



Se en recevoit l'impulfion qu^il reniolti & coin- 
I7<S8 • pagnie. Celle - ci enhardie , malgré ïesàèfenSss 
du Monarque , infida de nouveau dans le procèr 
de Mrs.de la Chalotais» à mefure querimpé-^ 
ritle du Vice-Chancelier lui f aifoit faire quelque 
fauITe démarche , 8c les Parlemens de ProTÎnce , 
fingés de celui de Paris', reprirent les mêmes er« 
remens* Le Monarque incapable de garder par 
lui-même une afliette fixe , balotté entre Tes Mi- 
iiiilres , gauchit bientôt dans Telpoir d'une cran-» 
qui^ité qu'il cherchoît & ne pouvoit trourer. U 
n'a^yoit pas fait un pas en arrière, qu'on s*en pre- 
valoit pour lui en faire faire un autre, C'eû do ' 
fëin de ces contradiâions perpétuelles que le 
Premier Pré/îdent de Maupeou , efpéroit yoir 
bientôt (brtir fz grandeur, U favoit que Con 
père , embarrafié de deux Parlemens démxits > 
du Grand Confèîl démis & à rétablir » après 
avoir plongé le Roi dans un labyrinthe de dif- 
ficultés inextricables-, n'auroit jamais afièz de 
refTources dans l'efprit pour en retirer S. M*' 
Ce moment qu'il attendoît , comme celui où 
le Prince trop heureux de lui abandonner le 
fil des aflfàîres , fèroit forcé de le prendre pour 
ion confèil unique , de (è livrer aveuglement à 
ù. direâion 8c de le laiiïer frapper tous les coups 
que lui infpiroient fa vengeance, . 
Les affaires de la Religion n'étoient pas plus 
6 Juin fixes que celles de la Magiftrature. Depuis la mort 
17/7* ^u Cardinal de la Rochefoucault» elles étoient 
entre les mains éo M. de Jarente, Evéque de 
Digne « & puis d'Orléans. Cétoit un Roué^ dans 
toute la force du terme > qui , aux ordres de la 
favorite , tant qu'elle vécut , étoit paffé à ceux 
du Duc de Choifêul ; menant la vie la plus dif> 
jtdhie» vendant^ fans pudeur > lesi^éaéfices, fou-. 



^'40 . 

^Qt le fâi^ire an métier le plus infâme* On con- 
çoit que ce Prélat , marchant, en tout» Cut les IJ699 
traces du Cardinal Dubois , mais n'en ayant pat 
le génie , ne failbit pas plus de cas des Jaa(B- 
tiiftes que des Moliniâes ; il n'aroit ni la force ni 
le ton propre à en impofêr à Tun ou à l'autre parti. 
Egalement méprifé du Clergé & de la Magifira-* 
tore > il fe laiiïoit aller au torrent , fuivant que 
fouffloit le vent de la Cour, 

Les Zelanti » entre les Evéques , voulurent 
profiter de TalTemblée décennale de 1761 , pour 
confommer l'ouvrage commencé dans celle de 
i75f ^ & afleoir une opinion certaine fur cettd 
buUe Unigtniius , qui , née , depuis plus d'un de^ 
ml-fîecle , (ans opérer aucun bien « avoit produit 
tant de maux : ils parvinrent i former un corps 
de doârine à cet égard , fous le titre èiAdes du 
Clergé it \j6$ 9 & > fe doutant bien de la (iippre(^ 
^en qui en (croit ordonnée parle Parlement, en 
fe réparant , en firent une difiribution publique 
& gratuite à tous les Fidèles , qui , prévenus , ou 
par. hazard , (e rencontrant aux Grands-Augu(^ 
' tins , recueUlirent cette manne fpirituelle» Les 
Magiilrats ne tardèrent pas à févir contre un nou- 
veau monument de fanatifaie» où ils étoient per- 
fonnellement offenfés, & lui donnèrent ainfi une 
tonfiftance, qu'il n'auroit pas eue par lui-même* 
Cet ouvrage , où il s'agilToît de faire parler Dieu « 
en éclairant les peuples fur les objets de leur foi, 
. étoit non-(èulement indigne de rin(piration de 
i'Efprit Saint , mais très-médiocre , comme pro« 
dttâ^on humaine : celle- ci avoit été enfantée avec 
tant de précipitation & d'ignorance, qu'elle devint 
U dérifîon des impies , le (caudale des foibles , U 
ttcita l'indignation du Clergé (avant. Sans l'é- 
clat qu'afoit fait le Parlement à Ton fu jet , eU£ 



sn'auroît cauiX aucttne Ctnûuwn^ suciin bmtjL 
i^Sp* p«u de gens l'auFOÎept lue* Ses Arrêts U fij^nîl 
connoître ; ils occafioimerent la ré^Aance d« , 
quelles Gurés ardens , qui puUierest ce& Aâei 
à leur Prône , & furent décrétés* La Cour > plus 
Incapable que jamais de décidons vtgoureufes , 
cberchoît (èuletnent à Ce maintenir entre les deux 
partis, fans les laiilèr trop empiéter. Elle reor 
dit un Arrêt du Con(èil , en explication de ce; 
Aâes, pour ce qui intérefibit l'autorité du Roi> 
que les Magiârats prétendoienc compromift « & 
en même tems pour aflurer à la Fuiflance Ec* 
clé(iaftique les droits efTentiels qu'elle tient du 
Ciel , 8c que les E vêques rédamoient (ans relâche. 
Personne ne fut content. Représentations dei 
Prélats > fur ce qu'en déterminant les limites des 
deux PuiffanceSf S. M. laiflbit de l'ambiguïté 
à Téffard de la leur , dotot on pouvoit ôret des 
conféquences fachep(ès : renK>Q£raaces du Par- 
lement 9 (ur ce que cet Arrêt regard oit la bulle 
Unigenitus comme loi de l'Egli^ & de TEut ; 
ibutenoit ainfî le fchifme , (br la caflTation de (es 
décrets , (ur de nouveaux refus de Sacremeos » 
fur des înterdiâions nouvelles , prononcées par 
TArcbevêque de Paris. On ne (àvoit auquel 
entendre ; & la confudon regnoit , pln$ que jar 
'mais , dans cette partie de Padmtniâration. Quel- 
quefois on laifToit aller le Parlement > ^ Ton 
croyoit qu^il avoît gain de caufe , puis oa lui 
cnlevolt (es viâimes par des Lettres de cachet* 
On n'ofoit rétablir les Prêtres décrétés; mais 
on leur donnoit des penfions , de meilleurs bé* 
néfices. Voulok-tl s'en prendre auxSupérieues 
najeufs les plus coupables , on l'ariéeolt tout 
court ; on aUongeott l'afiàire; on la faifoit dé* 
fénércr en objet de «outeSatioa & de £pmei 



<m rétenii(bit par les délais. La Cour fut Rt 
mois à faire aux célèbres remorftrances fur les 17699 
zàes (k réponfêfort longae , ft ne damant définitif 
Tement ihx rien. Le fingulier , û quelque choCe 
aroît pu le paroitre alors , c*e(l que le Confêil 
des Oépéches , où s*agiroient ces matières , étoic 
préfidé par M* le Vice-Chancelier de Maupeou » 
qui préfîdoit le Parlement pendant les grands mou- 
Tetnens « & avoit établi contre le rchifme lec 
principes les plus lumineux Se les plus irréfîfii* 

ihles y c'eft que M. de Laverdy « (brti de cette 
Compagnie j un des plu< fougueux Janfénifles 
^qu'elle eut^ peroroit I ce ConfHl, k entrainoit 
fouTcnt les fuffirages ; c*eâ qu'enfin » il étoir mu 
par le Duc de Choifèul , ennemi du Qergé , 
cherchant à capter la Magiftrature y & d*un ca* 
raâere altier & tranchant , 6 jamais il en fut. 

Tout cela s'explique par le caraâere irréfblu 
du maître 9 qui , trompé continuellement dans les 
moyens qu'on lui failbit prendre » avoit renoncé 
à toutes vues du bien ; il Tavoit cherché d'abord ; 
Ton jugement exquis le lui avoit fait entrevoir; 
il n'avoit pas eu le courage de l'exécuter de 
(on propre mouvement. Entraîné par une foule 
de Conseillers pervers , il ne favoit plus comment 
y revenir , & en étoit à ce degré d'infouciànce » 
où il ne défiroit que s'étourdir lûr la fîtuation 
de. (on royaume; que gagner du tems^ en évi- 
tant toute commotion violente > qui auroit pu le 
troubler dans (on repos* 

On auroit cru que cette façon de penfer eût 
dft le conduire à avoir un premier Mini(lre ; mais 
ion amour-propre répugnoit à cet ade de fbi- 
Weflê de la part d'un Prince (ut le tr^ne depuis 
un demi - fide ; il n'avoit pas le coura^ de 
l'exécuter. Le Duc de Choifèul l'étoit bien k 



^ quelles égaras* Louis XV goutoit fâ façon de 
IT^P» travailler lefte 9 qui lui épargnoit toute conten- 
tion d*eîprit ; mais il n*aiinoit pas Ton caraâere 
extrême 5c décidé; 5c dans la crainte qu'il ne 
prit trop d'empire (îir lui » il lui oppofoit quel- 
quefois d'autres miniilres ou courtifant , qui £ê 
Bévalant de ce moment de faveur « prou voient au 
oc que la fienne n'étoit pas inébranlable. II. 
tù, vrai qu'il reprenoit bientôt le defTos > quoi- 
que toujours fous la main du maître , qui ne pou- 
vant le contenir par lui-même lui oppofoit un 
autre rival. Mais malgré ce manège , & quoi-» 
que tout (ê fit en fon nom ^ Ton état étoit ce qui 
l'occupoJt le moins : chaque opéradon poitoit 
l'empreinte, du génie de l'homme auquel il s'en 
étoit rapporté. Et comme il varioit fouvent 
dans le choix de (à confiance 9 ou plutôt qu'il la 
donnoit à celui qui &voit la (îirprendre dans le 
moment > le gouvernement fe reflèntoit de cette 
inflabtlité« 

C'efi ce parti que Louis XV avoit pris de s'i- 
(bler en quelque (brte de fon royaume , de dis- 
tinguer en lui deux hommes presque toujours 
oppofés, le Monarque À le Particulier , qui don- 
tie paiement la clef de plufîeurs autres traits de 
fà vie. On a vu qu'il continuoit d'accorder (on 
intimité & (a familiarité à ceux qu'il avoit dis- 
graciés comme Roi , aux Maillebois, aux Qer- 
mont $ aux Richelieu. De même il en éloignoit 
ceux qu'il ne pouvoit s'empêcher d'eftimer pour 
leurs tervices rendus à l'Etat , pour leur patrio- 
tifme; le Prince de Conti, M. de la Oialotais» 
tous ces Magiftrats qui foutenoient les droits de 
fa couronne 5c qu'il détefioit. C'eft ainfi que , 
tandis qu'il laifloit le Parlement humilier > tour- 
inemer « vexer les Prélats > il approchoit de ùl 

perfonoe 



perfonne les plus fanatiques , îl les admettoît à ùl ^ •"'• 

tatle. A la cérémonie de la dédicace de la paroifîe ï7^P' 
de Choifi-le-Roi , l'Archevêque de Paris qui laiT-Sep. 
faifoit en préfence de S. M. , aflîfté des Arche- 1760, 
véques d'Arles , de Tours , de Befançon , de Tou- 
loufe & d*Albî , & des Evéqùes de Grenoble , 
de Chartres , d'Orléans , de Meaux , de Metz 
& d*Autun, tous les Prélats confécrateurs , ceux 
qui avoient alTidé à ce pieux fpedacle, & les 
deux Agens généraux du Clergé eurent l'hon- 
neur de manger avec elle.C'eft ainfî que, tan- 
dis qu'il iîgnoit l'Arrêt de profcription des Jé- 
fuites , ,il les conferyoît a fa cour. Mais Tanec- 
dote la plus incroyable en ce genre , c'en eftune 
confiatée depuis (a mort, & contribuant à déve- 
lopper merveiileulement Je caradere incpmpré- 
henfîble de ce Prince. 

On Ce rappelle l'étrange procès qui s'éleva 17(^3, 
après la paix entre le Comte de Guerchy, Am- 
bafîadeùr de France en Angleterre , & le Cheva- 
lier d'Eoiï , qui avoit été Miniftre Plénipoten- 
tiaire dans VinuriniM On ftit fort étonné alors 
de voir l'audace avec laquelle le dernier inflil- 
toit & baffouoit le Comte , & plus encore de Tim- 
punité dans laquelle il continua de vivre à Lon- 
dres & de répandre les pamphlets les plus outra- 
igeans contre fon ennemi. ÎJin-quarto^ intitulé : 
Xi tires , Métuoires & Négociations farticuLieres^ 
&c, étoit non feulement déshonorant pour celui- 
ci , mail compromettoit les perfonnages les plus 
puiffans de ce tems-là , le Duc de Choifeul j le 
Duc de Praflin , le Duc de Nivernois> la Mar- • 
quife de Pompadour même. Leur petitelTb d'c(^ 
prit s'y déceîoit par leur propresdépêches 8c l'oit 
fent combien l'amour - propre eft irrafcible en 
pareil cas! On a appri? depuis qu'en effet il avoit 

Tomelf^. G 



(146) 

L J. fti queftîon de faire enlevçr le Chevalier d'Eon; 

iy6^% qu'on avoit eu ragrément du Roi , & qu'en même 

tems S. M. ayant voulu favoir la manière dont 

s'exécuteroit le projet , depuis long-tems en corr 

refpondance ignorée avec ce confident , lui don- 

noit avis de tout ce qui (e paiToit 8c les moyens 

de Ce tenir fur fes gardes , pour déconcerter les 

I Avr. ravifleurs. Bien plus , quelque tems après Louis 

jy5^^ XV lui accorda une penfion fecrete de douze 

mille livres , dont la formule conçue dans les 

termes (uivans > efl fignée & écrite en entier de 

fa main. 

j. En con(equence des fer vices que le Sieur 
99 d'Eon m'a rendus , tant en RufSe que dans 
99 mes armées , & d'autres commifCons que je 
„ lui ai données , je veux bien lui afliirer un 
j9 traitement annuel de douze mille, livres , que 
jt je lui ferai payer exaâement tous les fix mois> 
>, dans quelque pays qu'il foit ( hormis en tems 
)> de guerre chez mes ennemis ) & ce, jufqu*à 
pj ce que je juge à propos de lui donner quelque 
,9 pofie 9 dont les appointemens foient plus con~ 
3,.iidérables que le préfent traitement* A Ver- 
„ failles, le i Avril 1766. (Signé) Louis. „ 

Il paroît que depuis ce Chevalier touîours 
reflé à Londres jofqu'à la mort du Roi, lui fer- 
voit d'elpion , moins des Anglois que de fon Am- 
bafladeur : circonflance qu'un autre auroit mieux 
fait concourir aux grandes vues de la politique, 
& dont il ne tira parti que pour s'amufer , que 
pour rire aux dépens de Ces Miniflres. 

Ce Chevalier d'Eon , qu'on a travefti depuis 
en femme, & qui Traifèmblablement participe 
aux deux Cènes , mérite d'être connu plus parti- 
culièrement. Voici comme il raconte fon hi(^ 
toire.Née i Totmerre, Mlle. d'Eoo^ fille XiiH 



(147), 

vant Ton aveu , Ce trouva douée dès l'âge le plus •. 



tendre d'une prudence capable de féconder les ly^p, 
vues politiques de (es parens qui la faifoienr paf- 
fèr pour garçon. Elle fut envoyée à Paris & mife 
au collège Maiarin , ou Ton Cent tout ce qu'il 
dût lui en coûter de dégoûts > de travail & d'ef« 
forts pour y (uivre les divers exercices d'efprit 
& de corps , (ans trahir le fecret de Ton (exe qu'on 
ne foupçonna jamais. A Tétude des belles-let- 
tres (uccéda celle des loix. Elle fut reçue Doc- 
teur en droit civil, en droit canon, puis Avo- 
cat. Connue déjà par phifieurs ouvrages , elle 
eut occafîon de Ce dévoiler au Prince de Conti^ 
qui honoroit (a famille d'une bienveillance parti- 
culière. La Rufïie éioit alors brouillée avec la 
France. Il étoit eflèntiel de rapprocher les deux 
cours; on vouloit un agent myftérieux , fans ca* 
raâere, ^cependant capable de s'infinuer & de 
remplir la miition délicate dont il feroit char- 
gé. Le Prince de Conti crut avoir trouvé en 
Mlle d'Eon toutes les qualités requifes , & la 
propofa à Louis XV , qui aimoit fort ces fortet 
de myilfires. Il adopta volontiers le négociateur 
femelle qui , aux approches de Pétersbourg, prit 
les habits de Ton vrai (exe , & réu(rit (i bien dans 
fon rôle , que f^. M. Ce plut a le renvoyer une 
féconde fois en Ru(Ge avec le Chevalier de 
Douglas. Alors elle avoit repris les habits d'hom- 
îne , & joua ce fécond perfonnage avec plus de 
finefTe encore , puifqu*on aflure qu'elle ne fut 
pas même reconnue de Tlmpératrice. Le fruit 
de leurs négociations fut de déterminer la RudiQ 
à s'allier aux cours de Vienne & de Verfailles , 
plutôt qu'avec la FriifTe. Quand le traité fut fi- 
gné, Mlle. d'Eort fut chargée d'en porter la nou- 
7^e au -Roi* Elle Ce cafla la j^uibe en route. 

G 2 



(148) 

r Cet accident ne l'arrêta point , & (on arrivée i 
17^9. Verfailles précéda de trente-fî* heures celle d'un 
Courier dépéché par la cour de Vienne au mo* 
ment où elle en étoit partie* Le .Roi enchanté 
ordonna à (on Chirurgien de prendre un foin 
particulier de Mile d'Eon & lui accorda une 
Lieutenance de Dragons qu'elle dé/îroit. Elle 
fervit dans les dernières campagnes , puis rentra 
dans la carrière de la politique ; & fut envoyée 
Secrétaire d'Ambaffade à Londres , où elle Ce 
rendit iî agréable à . cette coiir , que S. M. Bri- 
tannique , contre Tufage « la choifit pour pôr* 
ter à Verfailles & à M. le Duc de Bedford , fon 
«AmbafTadeur à Paris » la ratification du traité 
de paix conclu entre les deux nations* Ce fut à 
cette occaiîon que le Roi lui accorda la croix 
de Saint-Louis. Elle en avoit déjà deux pen/ion^. 
Au refte, il faut avouer que c'eft Têtre le plus 
extraordinaire du -fiecle. On a vu plufîcurs fois 
ées filles fe travcfiir en homme & en remplir les 
fondions à la guerre ; mais on n'en connoît 
aucune qui ait réuni autant de talens militaires, 
politiques Se littéraires. 

L'anecdote que nous a également révélée M. 
le Comte de Broglio, prouve plus que jamais 
ce que nous avons dit du caraâere du feu Roi. 
Il rapporte ( * ) que ce Monarque lui fit remet- 
tre en 1 75*1, à fa nomination à TAmbafTade de 
Pologne, par feu M .le Prince de Conti , un 
ordre de la main de S. M, de correfpondre (è- 
crétement avec elle , Ôc de préférer ceux qu'elle 



. { * ) Dans un Mémoire produit en juftice & 
inoprimé en 1779 , ayant pour titre : Exfofé des 
motif i qui ont née ejjité la plainte du Comte de Brcglio, 



lu! fcroit paffér par ce Prince» à ceux qui lui i— — . 
TÎendroîent dîreâement de fon Confeil. Il ajou-' i^5p, 
te qu'en 1757 » lorfque cette AlteiTe eut perdu 
les bonnes grâces de LqmU XV » le Roi lui con- 
fia direâement cette correfpondance » & qu'elle 
a continué telle jufqu'à (à mort» Sa diflunula- 
tion alla julqu'à punir deux foisvce Seigneur » 
en lui donnant une atteftation intime que ces 
deux exils étoient non mérité , & il montre au* 
jourd'htti cet écrit. Il exigea (îir-tout dans l'af* 
faire de la Baftille (*) que le Comte de Bro- ^ 
glio inculpé, laiflat compromettre, fans fe jus- 
tifier , (ans Ce plaindre , (à liberté , fon honneur » 
qu'il vU accumuler (îir (à tête les plus graves 
accusations» & fe (buffrît dénoncer à la patrie» 
aux cours étrangères , comme un incendiaire 
politique, comme un artifan d'intrigues & de 
manœuvres abominables. 

Nous ignorons dans quel tems (è forma l'inti- 
mité fècrete du feu Roi avec le Duc d'Aiguillon; 
mais il ed certain qu'elle s'accrut & commença 
à être publique précifément dans le tems où ce 
Commandant devenoit plus odieux en Bretagne ; 
qu'obligé de le retirer pour fatisfaire la nauon , 
il l'approcha de (k perfonne en l'agréant pour 
Commandant des Chevaux-légers de fa garde ; 
qu'enfin en reconnoiffant folemnellement l'inno- 
cence de M. de la Chalotais indignement calom- 
nié , il recéloit en quelque forte alors dans fon 
palais le calomniateur & s'obftinoit à le fouf- 
traire à toutes pourfiiites» 

Après ces exemples frappans de la manière 



( * ) En 1773 , nous reviendrons fur cette ancc- 
docç. 

G 3 



dont Lotus XV difiîngiioit en Inî-inéme le par" 
^7^9* ticiiiier da chef de i'£tat , on ne fera pas (brpris 
qu'il en (cparât anffi fès intérêts» Il aroit une 
coifle à lui tont-à-fait différente de la caiflè pu- 
blique , donc il laiifoit la dîfpenfadon & les re- 
viremens au Contrôleur général , & il s'étott 
cboi/i pour la fienne un homme de confiance , 
«n Minifire aJAûc : c'étoît M. Bertin. Non-ièu- 
lenient il n*auroit pas (bufièrt qu'on eût rien 
tiré de (bn pécule pour le fifc de TEtat , mais 
même quand il pouvoit augmenter le fien aux 
dépens de celui-ci , il regardoit cela comme 
une Spéculation heureufe. Il avoit toutes for- 
tes de papier > & il n'arrétoit pas au Confeil 
le dilcrédit de quelques-uns , qu'il ne donnât 
ordre fiir le champ â fon agent de mettre fur 
la place ceux de cette claffe & de s'en défaire 
avant que la baîffe eût lieu. Lorfque le Rot 
de Suéde d'aujourd^huî , alors Prince Royal, 
vînt en France pour arranger raflfàîre des hib- 
/ides dûs à fon père, le trélbr royal étant à fèc> 
Louis XV eut beaucoup de peine à avancer 
cette forome de fts propres fonds , & ce ne fut 
qu'à condition qu'elle lui feroit bientôt rem- 
Z' \ placée. 
A 79t^ Ce qui n'étoît d'abord qu'un enfantillage rîfi- 
' r^ ble , fe tourna , à Tépoque de la vie de Louis XV 
CMau^^ ' où nous fonimes parvenus , en une dureté de 
coeur incroyable. Les pervers qui l'entouroient, 
aiguillonnant fa cupidité , Téblouirent par des 
fpéculations d'un bénéfice immenle ftir le mono- 
pole des bleds , qu'ils pouvoient d'autant mieux 
exercer fous S. M. , que le Cy&ème de liberté 
prétendue le favorifoit davantage. On lui per- 
fuadade confiruire des magafins pour le Roi* 
fous prétexte de pourvoir aux befoins ies peur 



pies 9 ce qui oceaConnant la rareté de la denrée t e 



i 



la Contint à un prix de cherté continue , augmen- 17^^. 
tce encore par des récoltes peu favorables. Nous 
n'entrerons point dans le détail des manœuvres 
pratiquées parles acupareurs fùbalternes , dépein* 
tes d'une façon lumineufe dans une foule d'écrits 
àes Economises. Nous observerons feulement 

ueLouis XV s'occupoît ii férieufement de cette 
péculation , que ceux admis dans Ces petits ca- 
binets voyoient iîir fon Secrétaire des cafer- 
nets exaâs du prix des bleds jour par jour dans 
les difiërens marchés du royaume. Voilà pour- 
quoi les cours , autorifêes en apparence à remon- 
ter à la fburce des abus , etoient arrêtés dès 
qu'elles auroient pu en découvrir le fil , & fur- 
tout lorfqu*elles voul oient févir contre les au- 
teurs. Cefl ce qui rendit illufoire la fameufe 
aflêmblée des notables , tenue à Paris en 1768 , 
fous le nom ^affemhUc de la police générale , , c }j>j 
qui auroit pu devenir très-importante fî le Par- j.^» ' 
lement eut eu quelque nerf» ou n'eut pas été ^ * 
prélidé par un chef abfolument vendu à la cour. 
Nous voyons par le récit que le Préfident Cheart 
de la cour des Aides fit à (à compagnie en for- 
tant de l'invitation pour avifer au parti qu'il con- 
Tenoit de prendre fous le bon plaifîr dû Roi » 
relativement à la cherté excefllve des grains & 
iu pain » qu'il eu obligé de convenir n'avoir 
rempli qu'imparfaitement fa miflîon. Il nous ap- 
prend que l'objet de l'invitation & de la délibé- 
ration n'a été connu que quelques momens avant 
l'aflèmblée , quoiqu'on eût à opiner fur les plus 
grandes quedions ; qu'il ne put jamais obtenir 
que raffemblée fît remife à un autre jour, ni 
qu'on lui donnât un délai fuffiûnt pour prendre 

& porter le voeu de fa compagnict II finit par 



■■ j.. - ..^ marquer à Tes confrères la doyletir d'avoîr été 
1 7^<?. forcé de Ce déterminer trop promptement fur des 
objets fi dignes des plus profondes réflexions « 
dans une alTemblée imprévue , & dont beaucoup 
de membres ctoient vraifemblablemenf dans le 
même cas que lui, ( * ) Il s'enfuit que cette af- 
femblée étoit une vraie dérifion , une leurre pour 
tromper le peuple Se lui perfuader que le Roî 
«*occupoit de (es mauK > lorfqu'il y coopcroit lui- 
même. Enfin les curieux con fervent avec foin 
XAltnanach Ro/al de 1774, où Ton eut l'impu- 
dence de placer au rang des Officiers de finance 
chargés des deniers royaux , le Sr. JMirlavaud^ 
Tréforier des grains au compte de Sa Majefté» '. 
On a dît fur la fin du règne de Louis XV , qu'ex- 
cédé des troubles & des malheurs de (on royau- 
me » il avoit eu quelque velléité d'abdiquer. In- 
capable d'exercer fbn autorité , il en étoit en mê- 
me tems trop jaloux pour remettre fbn droit i 
quelque autre. Sans doute, fi en renvoyant à 
ion fucceffeur le fardeau entier dû gouverne- 
ment! il eût pu en conlerver tout rhonoriâque» 
tout ce qui pouvoit contribuer à fa fureté, à fbn 
bien-être perfonnel , il Tauroit fait volontien. 
IMiais on voit par ce que nous venons de racon- 
ter » qu'il avoit abdiqué de fait depuis longtems , 
en ce qu'il regàrdoit fon peuple & même les fiens* 
comme lui étant étrangers pour tout ce qu'il 
croyoit devoir être la charge de l'Etat. Outre 
ce qu'on vient de lire , nous choifirons un trait 
entre mille autres, pour dernier coup de pinceau 
à cette apathie raifbnnée de Louis XV* 



( * ) Voyex Mémoires four fervir à Phiftoire in 
irifit fublic de la France en matière d^Impôts, 



Le Curé de Saint-Louis de Ver&xlles,paroî(re *== 
du château, vînt un jour à Ton lever , fuivant 176p. 
le privilège qu'il en a. S. M. toujours humaine 
à Tettérieur, s'informe de la fîtuationdes ouail- 
les de ce pafleur. Elle demande s'il y a beau-- 
coup de malades , de morts , de pauvres f A cette 
dernière queftion le Curé pouffe un grand fbupir , 
repond qu'/Y y en a Beaucoup. ■ Mais , ré- 

pliqua- t-ii avec intérêt, les aumônes ne font^ 
elles pas abondantes ^ n'jr fuffijent^e lies pas ; U 
nombre des malheureux eft- il augmenté î — — 
^fi ! oui , Sire, * Comment cela fe fait^il ? 

fè récrie le Monarque ; d'où viennent-ils ? 

^i^^ » c'e/I qu'il y a. jufquà des valets de pied 
de votre mai/on qui me demandent la charitém 
■ ' Je le crois bien y on ne les paye pas , dît 
le Roi avec humeur. Il fait une pirouette & 
rompt la conversation , comme fSché d'apprendre 
des maui qu'il ne pouvoit foulager. Quelqu'un 
' qui , fans (avoir la queftion > auroit entendu U 
réponfè, auroit cru que le Roi parloit des gens 
du Grand Seigneur , ou de l'Empereur de la 
Chine» 

Ceft â ce période d'înfenfîbilité que le trouva 
parvenu le Roi de Danemarc lorfqu'il vint à 
Paris. La première entrevue des deu* Majeftés ^| 
fè fit à Fontainebleau. Le Roi revenoit de la Oâob 
chaffe ; il fit attendre un quart- d'heure fon frère j-^g * 
pour s'habiller , & lui en demanda eKCufe , en lui ' 
difant qu'a fon âge on avoit befoin d'un peu de 
toilette. Il en impofà d'abord à ce Prince par 
une réponfe qui ne partoit malheureufement'que 
des lèvres. L'étranger , après avoir fait fa vifite 
aux Enfans de France & aux Princeïïès , en ren- 
trant chez le Monarque lui témoigna fa (atisfac- 
•tion des auguâes perfonnages qu'il venoit dt 



gu-iJLLi Toîr ; il le félicita d'être aufli bien entouré. Ce 
176^, qui donna occafîon â Louis XV de rappelier les 
pertes qu'il avoit faites récemment, & fur ce 
que S. M. Danoise obfèrvoit que la nombreuse 
famille qui lui reftoit, en étoit un dédommage-r 
ment bien précieux; il s'écria en (bupirant: J'en 
ai une infinin\ent plus nomhreufe $ dont U bonheur 
f croit vraiment le mien, Phrafè de (ên/ibîlité 
qui émut le coeur encore neuf du jeune Monar* 
que 9 mais dont il reconnut bientôt la nullité 9 
lorfque dans les routes il vit fbn carrofTe entouré 
de gens delà campagne qui lui demandèrent du 
pain; quand il re^ut desplacets où l'on le prioit 
d'apprendre au Roi la trifie £tuation de Ton 
Royaume ; lorfqu'il (çut enfin que ces (cènes (è 
renouvelloient fouyent autour du carrofTe de 
Louis XV » & toujours avec auffi peu de 
fucccs» 

Dans le (buper qui eut lieu , ce foir-là , entre 
les deux Rois & les Courtifans» on convint que 
tout l'esprit > toutes les faillies étoient partis du 
côté de l'Etranger. £n parlant de la difpropor- 
tion d'âge qui étoit entre eux, Louis XV lui 
dit .• Je fer ois votre grat.d -fere* Cefl ee qui 
manque à mon bonheur, répliqua > avec effufion« 
S. M. Danoife. 

Une autre réponfe, non moins ingénieufè, 
fut celle qu'il fit encore au Roi , qui , remarquant 
qu'il fe plaifoit beaucoup avec Madame de Fla- 
vacourt, auprès dé laquelle il étoit , lui demanda 
avec une méchanceté apparente , qui cependant 
étoit aufïi éloignée de (on ame que Toppole : 
Croirie^'VOus que cette Dame aimable avec qui 
vous caufe^ , a plus de cinquante ans! '■^ Oefïunt 
marque , ^ire , quon ne vieillit point à votre Cour. 

£n preuve de noue aifertion que Louis XV, 



V 



et) diCsmt des méchancetés , nt les aiToit pas plus &- 



dans le cœur que les chofès tendres qu'il profé- i/^^p. 
rott , ce qui formoît une autre iingularité de Ton 
caraâere , nous ne pouvons omettre l'anecdote 
de l'Abbé de Broglio , une des plus convaincantes 
que nous puiffions rapporter. 

Un jour de grand couvert, le Roi ayant de- 
mandé des nouvelles d'un de (êsCotnmentâux, 
on lui répondît quf'il étoit mort. Je U lui avais 
hitn. 




'apoâroph 

Ce Seigneur , hargneux , dur & colère » a peine â 
fe contenir ; il répliqua : Sire , Fotre Maje/^é efl 
allée hier à la châjfe , il eft venu un orage , ElU ^ 
été mouillée comme Us autres ; & puis y fbrtit 
bouillant de rage. Voilà comme efl cet Abhé de 
'broglio y s'écria le Roi , il fe fâche toujours. Et il 
»*en fut pas autre chofc 
' Au refte , fi Louis XV ne (t piqua pas de mon- 
^rerî en (bciété avec S. M. Danoife » cette anu- 
bîlité qu'il (èmbloit réferver plus fpécialement 
pour Tes familiers ; fi « (ùr le trône , il ne déploya 
pas â Cts yeux, les qualités vraiment royales de 
i'adminiflration » Il le reçut avec une magnifi* 
cence digne de l'un & de l'autre. Le Duc de Du- 
^s » premier Gentilhomme de la Chambre , étoit 
chargé d'accompagner par-tout le Prince étran- 
ger. Il le fit combler de riches préfcns : il voulut 
que tous les Princes de fbn Sang le traitaflent fuc- 
ceifivemcnt ; & les fétes auxquelles (avenue donna 
^fcu, tirèrent un peu la Cour de fa trifteflè & de 
fon ennui. Au fond , le Roi déiiroit fort d'être 
^ébarraflede ceSpeâateur incommode, pour fe 
lîtfer librement à une nouvelle paffion qu'il 
atoit conque , ft dont , &mam lui-ménae Ja 

C6 



l 



turpimde ^ il n'ofbît en avouer l'objet à (es jenv» 
17(^9* Depuis la mort de la Marquife • & la diigrace 
^^^^-^ç MUc de Romans, Louis XV n'avoit point eu 
^w»f^^^ç maitreffe en titre , ni même de connue. Cc- 
toîent continuellement de nouvelles paflkdes, (bit 
de femmes de la Cour » foit de Bourgeoifès , (bit 
de gri(êttes ; on lux en choifîffoit dans les divers 
ordres de TEtat ; car là luxure inlàtiable trouvott 
tout bon , mais (ê dégofitoit bientôt de tout« Ce- 
toit l'emploi de ces hommes vicieux qui Ta voient 
replongé dans la débauche , dont il avott eu un 
inflam la velléité de (ê retirer > de lui procurer 
fans celTe des jouiflances propres à raffouvir. 
Entre ceux-là étoit le fieur le Bel^ premier Valet- 
de-chambre de S. M» Qiécialement chargé des 
découvertes. Un jour qu'il étoit en quête > il 
rencontre un certain Comte Duharri, faisant 1^ 
mêmes fondions pour plusieurs Seigneurs de la 
Cour; il lui témoigne ton embarras. « N'eft-ce 
99 que cela >>> lui répond celui-ci .' ^ N'allez pas 
9> plus loin, j'ai votre affaire , un véritable mor- 
» ceau de Roi; vous i'allez. voir r». Il le mené 
chez lui, & montre à (on ami une demoiselle 
TAnge » autrefois (à maitrefTe > H dont il faifbit 
alors part aux autres : par fpéculation de for- 
tune ) il . iTure le fieuf le Bel que , lorfque le 
JMonarque en aura tâté, il fe tiendra pour long-» 
tems à celle-ci. La créature plut tellement an 
Bonneau moderne 9 qu'il convint de l'introduire 
au lit du Monarque. Nous ne fouillerons pas 
plus avant dans les myileres ténébreux de l'en- 
trevue : nous obfcrvcrons (èulement que S» M. 
en fut lî enchantée , qu'EUe en témoigna (a fatil^ 
faAion au Duc de Noailles, en avouant quelle 
lui avoit donné des plaifirs qu'Elle îgnoroif en- 
core* « Sire » , lui répondit ce Courtilkn» avec 



une franchise que bien d'autres n'auroient pas^ 
eue , ccc'eft que vous u'avez jamais été au B..«.. ». 17^9* 
Ce mot auroît dû ouvrir les yeux de Ton Maître « 
s'il eut été fufceptible de vaincre cet indigne 
attachement. Le charme étoit trop puifTant; il ne 
put plus fe pafler de cette dévergondée ; il fallut 
la conduire fècrétementà Compiegne, aînfrqu'à 
Fontainebleau ; St , Texcès de Ton ardeur Tavcu- 
glant de plus en plus , il voulut qu*on la mariât, 
pour qu'elle eût un nom , & fut fufceptible d'être 
préftntée. Le Comte Dubarrl avoit un frère très- 
propre à jouer ce râle ; & Mlle l'Ange ne fut 
plus connue que fous le nom de Comtejfe Duhdrrim 
Nous ne nous arrêterons pas a difcuter qui elle 
étoit; de quelle origine, bâtarde ou légitime.* 
tout cela nous pardit affez bien édaîrci dans les 
Apudotes (*) de cette beautés II fiifit que, née 
dans Une condition très-obfctjrt , vouée au. li- 
bertinage dès fa' tendre jeuheflê, autant par gott 
que par hkt ^ elle ne put oflfirir à fon augufle 
amant, malgré la fleur de la jeunefle, & les 
brillans appas dont elle étoit encore pourvue, 
que les reftes de la plus vile canaille , de la prot 
titution ; qu'il ne fut guère poflible qu'il l'igno- 
rât , & qu'il en vint au point de crapule & d'aban- 
don de raffimiler à fa famille, de forcer fcs en- 
fcns à la voir , de l'afTeoir prefque fur le trdne 
avec lui , de prodiguer le tréfor public pour lui 
faire étaler un luxe de Reine , de multiplier ks 
împots pour fatîsfaire fes fantaifîes puériles , & 
défaire dépendre le deûîn de fes fujcts des pa- 
prices de cette folle. 

( * ) Voyez Anecdotes fur Madame la Comtej^ 
J>Mharri. 



L'âératioii de Madame Dubarrifi^eut pas Iku 
176^0 cependant fans occaiionner bien des tracalTeries 
À la cour ; mais ies contradîâîons ne Servirent 
qu*à rendre la paffion de Louis XV plus opi- 
niâtre. C'efI peut-être la (eule occafîon où , Ce 
ToidifTant contre les difficultés , il ait témoigné 
une fermeté perfeTcrante > dont il manquoit dans 
les choies les plus importantes* 

Le premier obfiade vint de la part d'une fem- 
mte )alott(ê y non du cœur du Roi , mais de fon 
Sceptre , qu'elle Touloit partager* Il s*a^it de la 
DuchefTe de Grammoht , fatixr du Duc de Choi' 
lèvL Altiere> impérîeufe» aride de pouvoir â 
l'excès , elle avoit déjà tellement fubjugué fou 
frère , que ce lliniilre , fî £er , fi abfolu , s'en 
laiflbit gouTcrneff à fon gré. Ne (kchant à quoi 
ittribuer ce Sîiguiiet ascendant * la malignité des 
Cottfftifàns kur en ayoit iàit chercher le principe 
dans use intimité plus que fraternelle entre ces 
deux perfbnnages, d'ailleurs trop au-deiïus des 
préjugés, r«B & Tautlre > pour Çs laifler arrêter par 
ceux de religion ou d'honnêteté publique. Quoi 
qu'il en (bit , cette anecdote , fort accréditée à la 
Cour , où l'on croit tout $ parce qu'on s'y Cent 
•capable de tout, avoit étéconiîgnée, d'une ma- 
nière très-adroite & très- ingénieuse > dans les 
:qttatre Vers itiivans , relatifs aux principaux éyé« 
nemens d^alors ; l'expulfion des Jéfuîtes > & la 
:|Aort de la Marquift ; 

Apres avoir détruit l'auccl de Ganimcdc , 

Vénus a quitté l'horifon : 
A tes malheurs encor, France , il faut un rcmcdcî 
Chaffe Jupiter & Junon. 



(159) 

La DuchefTe de Grammont , (ans doute de _ 
concert avec (on frère, pour confolider mieux, iJô^à 
& perpétuer le pouvoir dans leur famille, avoît 
imaginé de devenir maîtreflê du Roi. Quoiqu'elle 
ne fût ni jolie ni jeune, la connoiffance que tous 
deut avoient du paiTé & du caraâere du Prince, 
les autorifoit à efpérer le (ucccs du projet. L*exem« 
pie de Madame de Mailly , n'ayant ni plus de 
charmes ni plus de fraîcheur, qui avoît réuflS ce- 
pendant , grâces à fa hardiefTe & à fon impudence, 
ctoitun grand encouragement; êc la DuchefTe Ce 
rcgardoit comme vidorieufe, lorfqu'elle fe vit 
expulfée par une nouvelle venue. Elle en fut 
d'autant plus furieufe , qu'elle ne tarda pas à être 
inôruite quelle efpece de femme lui étoit préfé- 
ïée. Elle fit paffer d rage dans le cœur de (on 
frère, dont Tame élevée lé faifoit répugner na*' 
tutellement aux avances de ce parti ; car les Du- 
barri , n'ofant lutter d'emblée contre ce Mimftre 
tout-puifTant , cherchèrent d'abord à fe le con- 
cilier. On afTiire même que laComtefTe lui fit det 
agaceries , qui" auroient pu aller plus loin , s'il en 
eut voulu profiter. Sa hauteur envers eux , les 
progrès incroyables de la favorite dans le cœur du 
Monarque , fit les rivaux des Ghoifeuls qui (è raff- 
getent de leur Coté, les pouffcrem à une gherté 
^uverte qui de voit aboutir â «ne difgracfe, dont 
*5 pue , endormi par dix années de profpérité i 
w jugeoit bien élëigné. Ce fut éonc moins danÉ 
wtte crainte , que pour (àtisfaire le reffentiment 
je fa fœûr, qu'il réfohit d'ouvrir les yeux de 
«on Maître fur l'infamie dont fon choix Fallolt 
couvj&r ;>ivon diredement il en connoiilûit trop 
le danger, mais indireâement , & par les voies 
^w plus détournées. Il mit d'abord en mouver 
nient fe$ «(pions , pour confiater la filiatioii fcair; 



daleafê des aventures de la ComteflTe ; ii Ic^fic 
I7^p. confîgiier dans des vaudevilles , dans des nou- 
velles manufcrites y dans de petites hliloriettes , 
dont on amufoit les cercles. La Police à Ces or- 
dres , loin de jetter officieu(èment le voile (ur les 
turpitudes du Souverain y contribua la première 
â les divulguer par ces Poms-ndufs , dont elle 
amu(e la populace de la Capitale; Ponts-neufs 
allégoriques j il ed vrai , mais dont chacun eut 
bientôt la clef. On enïmbutla Cour ; & l'hidoirc 
de la Bourbonnoife (*) parvint jufqu*à Méfiâmes } 
ce qui les rendit difficiles fur la préfentation. 
Louis. XV > qui connoifToit bien fa fottxfej ne 
vouloit pas lui donner plus d'éclat , en brufquant 
révénement, avant d'avoir préparé les eiprits de 
la Famille Royale. Ce fiit donc une négociatioa 
longue , qui tint la Cour en fufpens durant quel^ 
ques mois » & donna lieu aux paris , pour ou 
contre. Les Choi(èuIs excitoient , fous main , les 
PrincefTes à tenir ferme;& cependant redoubloient 
d'efForts pour éclairer S. M. lui defCUer Ici yeux, 
& la faire rougir de fon goijt. On prétend même 
que le fîeur le bel, envisageant les fuites que pou- 
yoit avoir l'impodure dont il avoit ufé , en cette 
occafîon 5 envers ion Maître * & craignant fon 
reflentiment, efTaya, uns (uccès, de le préve- 
nir; qu'effrayé de Tinutilité de fa démarche 9 
dont il auguroit une meilleure iflue , dans foQ 
âé^èfpôir , il pécît fubitement d'une façon fîniiîlre^ 
(bit volontaire , Coxx. forcée* 

Quoi qu'il en (bit , les agens mis en œuvret 
fou$ les aulpices de leur augulle père « ne purent 

* ( * ) Nom fous lequel on défignoic Madame Du- 
barri dans les Cbanfons. 



. (j6\) 

déterminer Mefdames qu'en leur faîfant craîridre 
pour ÙL Czmé, qu'altéroit le chagrin, caufé par ^7^9* 
leur con tradition : elles Ce rendirent à ce motif 
irréfîftible. Ce fut une autre difficulté de trouver 
une femnae qui Ce chargeât du céréirtonial. On 
fut obligé de rechercher une Madame de Béarn , 
vieille plaideufè , à qui l'on donna cent mille li- ^ 
vres pour fa. peine , & pour tenir compagnie i la 
nouvelle préfentée , dans les commencemens oà 
aucun autre ne vouloît frayer avec elle. Le vent 
de la faveur ne tarda pas à lui amener une Cour« 
Le Roi foupoit » tous les foirs , chez (a maîtrelTe: 
elle invîtoit ; & , pour que les Grands ne puflènt 
s'y refufer , elle ajoutoit , au bas de l'invitation : 
S. M. nî honorera de'^apréfence. Quelques Dames 
s'y firent infcnfîblement : la Comtefle de l'Hô- 
pital, Madame de Valentinois^ la Maréchale de 
Mirepoix donnèrent l'exemple ; & l'on vît le 
Comte de la Marche groffir la foule de fès ado« 
tateurs. Le Prince de Condé , ayant obtenu du 
Roi la grâce de le pofTéder à Chantilly , en té"- 
tcoigna fa reconnoiflance à S. M. en y recevant 
h Comteffe. 

Le Duc de Choîfeul commença de s'apperce* 
▼oir qu'il n'avoît pas été affez politique à Tëgard 
de la favorite; mais, trop aveuglé par le re(^ 
fentiment de ùl four , il s'étoît porté i un éclat 
dont il ne pouvoit plus revenir : il courut^ les 
rifques de l'orage qui fe préparoît; & , Tcnvifa- 
geant avec' fermeté , ft difpofa à lui tem'r tête, 
n vit fon parti diminuer , &ks créatures qu'il ft 
croyoit les plus attachées, fe tourner contre lui. 
Entre celles-là , la première à l'abandonner fut 
celle qui lui avoit le plus d'obligation ; qui lui 
a7oit avoué , en apparence , le plus inviolable 
dcyoucment, Cétoit le Chancelier, towt court; 



car « en ce momem , il y en ayoït trott en France* 
17^P' L;i fourberie fonnoît Con caraâere dominant ; & . 
il s'en Servit merveilleufement pour fatîsfaire (on 
ambition. Son patelinage auprès du Minifire Ojh 
prcme lui en avoit obtenu une finguUerc bien-* 
▼eillance : Con adrefle à tourner fa Compagnie 
â (on gré; à lui donner, (iiivant la volonté dtt 
Duc , de l'adivité , ou â la ralentir > & croire â 
celui-ci qu*il lui feroit encore plus utile à la tête 
de la Magiilrature , dont il Touloit écarter M« 
Bertin ^ qui , par la confiance particulière dont 
Thonoroit le Monarque, y avoit des prétentions » 
& ne lui convenoit pas , à cau(e de Ton attache- 
ment connu aux Jéfuites. En conféquence , il fit 
négocier auprès de M* de Q^nc*Me(hil , & mit 
en œuvre M. de Malesherbes « le fils de ce vieil- 
lard , non moins dupe que le Duc de ChoilèuU 
L'adreiTe de M. de Maupeou fut telle , qu'il fit 
tourner au progrès de (à fortune ce qui devolt la 
i:enver(èr« Comme premier Préfident , c'étoit lui 
qui comptoit les voix. Dans une aifemblée , îl 
Ait accuâ d'avoir abufé de (a place pour en im- 
pofer , & faire paffbr Tavis le plus favorable à 
la Cour, quoique le plus foible en (liffrages. C'é- 
toit, heureusement pour lus , aux approches des 
vacances : on remit , à la Saint- Martin , à le 
mercuriaUfer ; & il profita de ce délai , & intri- 
gua fi artificieufement, que le Chancelier donna 
là démiffion en faveur du Vice-Chancelier , qui » 
iUivant la convention, fatisfait de cet indant de 
jouifiânce réelle & paifible, remitj le lendemain, 
la place â Ton fils* 

Les Membres du Parlement , qui connoi Soient 

Sep* bien ce caméléon , prédirent au Duc de Choîfeul 

1768* qu'il venoît de fe donner le plus dangereux en* 

nemi ; il ne leva pas d'abord tout- à-fait le maf 



]ti^«. Encore incertain de la tournure que pren- 
iroit la faveur de^ Dubarri, il Ce ménagea entre 176^1 
les deux partis. Mats, lor(que la préCemation eut 
:onCblidé celui-ci , il s'y rangea tout entier : il 
pkouila le rafinement de Con adulation julqu'à Ce 
trouver parent; & il n'appelloit la Comteflè que 
Cft Cbu/i/ie. La Ibuplefle 4e Ton génie le faifoit 
K*aiTer vir à toutes les extravagances de cette fem* 
ine ^ ians pudeur comme fans raifon .* il Ce per- 
mettoît , pour lui plaire , de déroger à la dignité 
àe £k place > de devenir (on jouet 8c même celui 
de Con Nègre , 6c il n'eft forte de métamorpho(e 

K'il ne fubit dans ce projet , qu'il ne perdit pat 
vue un (èttl inûant. Malgré tant de baffellè 
êc d'aviliflèment , il ne put jamais obtenir qu'une 
confiance fubalterne dans cette Cour, où il avoit 
été devancé par un Seigneur plus aimable , non 
moins rempli d'efprit » non moins fin & en tout 
|4as propre à réuffir auprès des femmes» On voit 
que nous voulons parler du Duc d'Aiguillon qui « 
par ce canal , Cotût d'un très - mauvais pas où 
Tavoit \ette M. de Maupeou , Cous prétexte de lui 
rendre (èrvice, 8c peut -être dans l'intention 
réelle de le perdre déjà 8c de fupplanter ce con» 
current , dont le crédit éctipfoit le fien. Cepen- 
dant il eâ à croire qu'il étoit de bonne foi en ce 
moment , parce que fon intérêt même le portoit â 
Ce liguer avec cet ennemi des Choi(èuls , , qu'il 
n'eut pas plutôt abandonnés , qu'il fentit la nécef- 
Bté de les culbuter. 

Tandis que Louis XV , par cette contradidîon» 
foutenue durant toute (à vie, mais encore plus i 
la fin de ^n règne, parce que (â foiblefle aug- 
mentoit , punifîbit de Texil les Procurcurs-géné-* 
raux du Parlement de Bretagne , qu'il avoit dé- 
clarés innocens ; il combloit d'une faveur plus 



(T<Î4) 
2 éclatante le Duc d'Aiguillon , auquel îl n*aroit 



ijdp» pu s'empêcher d'ôter le commandement de cette 
Province , (ur le compte que lui avoit rendu le 




que 

doute « d'être agréé pour Commandant des Ghe*' 
vaux-légers de la Garde de S« M. ce qui ne 
contribua qu'à aigrir davantage les Bretons > & à 
infpirer plus d'aâivité aux Magiilrats pour le 
pourniivré. L'af&ire avoît pris une nouvelle 
tournure. Le Parlement de Rennes^ (bus pré- 
texte de troubles caufës dans Con RefTort par les 
ci-devant foî-difantJé(uites, qui avoîent profité 
de fa difperfîon, & de l'accueil qu'ils y recevoîent» 
pour s'y réfugier en foule ; pour s'y raflembler» 
y tenir des conventicules (ècreis, y intriguer, & 
en former le foyer & l'arfènal de leurs vengean- 
ces > avoit ordonné au Miniilere public de veiller 
CxT eux , dont il étoit réfulté une immen(e inf- 
truâion faite dans toutes les villes de la Province, 
& un Arrêt foudroyant qui leur ordonnoit d'en 
fonlr, à moins qu'ils ne prêtafTent le ferment 
exigé. Durant le cours de la procédure « on avoit 
trouvé que le Duc d'Aiguillon étoit prévenu d'a- 
voir follicité, par lui-même & par des agens 
fùbalternes , des témoins, pour dépoler contre 
les Maeiflrats accufés. On découvroit , dans les 
déportions, des indices d'une vexation inouïe, 
d'un abus énorme de pouvoir, du crime le plus 
atroce j (expreffion même de la Lettre du Par- 
lement de Bretagne à M. le Chancelier , fous 
laquelle il déguifoit le fbupçon d'empoifbnne- 
ment prémédité des Procureurs-généraux )• te 
Parlement , (ur cette connoilTance , ne pouvoit 
fe diCpcnCet d'ordonner une nouvelle informa^. 



don ; elle Ce continue ; un grand nombre de j ^ — u 

témoins font entendus , d'autres font indiqués ; le I7^P« 
JMinifiere public eft chargé de conclure; &> au ^ 
moment où la procédure va fubir l'examen im- 
partial de Tes Juges naturels, un Arrêt du Con- 
feil , notifié dans la forme la plus illégale , dé- 
fend à la Partie publique , aux Commillaires du 
Parlement ; au Parlement même , d'achever 
rinilruâion, & de prononcer un Jugement. Cé- 
toit encore le firuit du crédit du Duc d'Aiguillon 
auprès de U favorite , qui avoit exigé cette com- 
plaifance du Chancelier. Mais c*étoit le fujet de 
nouvelles plaintes, de nouvelles réclamations; 
& Taffiiire que Louis XV Ce flattoit de voir aiTou- 
pie 9 renaifToit avec d'autres branches , qui , en 
la compliquant davantage > ne pouvoient que lui 
donner plus d'éclat, fur-tout par l'art qu'on avoit 
eu d'y faire paroître pour accufé un Duc & Pair; 
ce qui alloit mettre en mouvement le Parlement 
de Paris , comme Cour des Pairs. 

Dans ces entrefaites^ la Ccmmtfllon intermér 
diaire des Etats de Bretagne , toujours fubfil- 
tante durant l'intervalle de leurs rèflions , ne 
crut pas devoir relier (êule*'i garder le Chnce 
fur Paffaire de iVlrs de la Chalotais , & adreflà 
des repréfentations à S. M. en forme de Mémoire , 
.fi vigoureufes , qu'elles ne laifToient aucun doute 
de l'agitation où feroient les Etats , cette année* 
On y appuyoit principalement fur ^incroyable 
contradiâion des difcours & de la conduite du 
Roi a leur égard. « Nous ne pouvons pas dif- 
3> fîmuler à V. M, écrivoit-on , la défolation 
» univerfelle qu'a <;aufé fa réponfe : le témoi- 
» gnage même, G glorieux pour k s Procureurs- 
aï généraux > & fi fàtisfaifant pour nous , que 
» vous rendez à leur innocence < devient un^ 



n 



(l66) 

« fource de terreur pour tous les Cîtoyensti 
I7^P* 9> Quoi! Sire, ils font innocens, Se vous les! 
puniiTez ! •••••••• •••! 



9> 
93 



» Nous n'avons pu voir fans une furpri ft , mélct 
» d'effroi , des faits & des mécontentemens par* 
• » !ticulîers> donnés pour motifs ^'une punition 
*M publique. Tour Magiflrat, tout Citoyen, tout 
9» homme qui efl puni , doit être jugé coupable î 
» & Ton ne peut le juger , (ans lui laiiler la fa- 
3f culte de fe défendre. S'il eft accufé , il faut 
9J qu'il (àche par qui , & pourquoi .• s'il eft 
» condamné , il faut (f abord qu'il ait été coa- 
9) vaincu, 

« Nous avons la propriété de notre honneur, 
» de notre vie & de notre liberté, comme vous 
» avez la propriété de votre couronne. Nous 
» verfèrions notre fzng pour vous conserver vos 
M droits ; mais confervei-tlous les nôtres, U ne 
M s'agit pas ici de fîmples privilèges* . . • • • 
» c'eft dans le pur droit nartirel que nous trou- 
as vons aujourd'hui celui qui fait l'objet de 
93 notre réclamation. 

» Dieu même, dont vous êtes la vivante îma- 
» ge, ne peut punir l'innocent ; & le coupable 
M qu'il châtie, ne doit pas douter de Ton crime: 
M oui , la déclaration de Tinnocenëe , & l'inflio- 
yy ti on d'une peine font impoffibies â la fois, au 
93 Tout-puiflant même; &ce feroitun blafphéme, 
93 que de lui attribuer une fi odieufe contra- 
93 diâion. 

93 Nous ne concevrons jamais que ceux dont 
a> l'honneur n'eâ pas compromis, &dontV. Bf« 
93 daigne même^ par des déclarations réitérées , 
93 ranurer la délicateffe , ne fbient pas parfaite* 
w meitt innoçens | ft noi» çoncevrotis encore 



(1^7) 

moins comment ceux dont rinnocence efi 

parfaite , peuvent éprouver le fort réfervé au ^7^9* 

crime âc aux vrais coupables* 

a> A quoi doivent s'attendre les /impies Cî- 

a> toyens , fî les premiers Magiflrats ne font pai 

99 à î'abri d*une fi funefle oppreffionf Sire, la 

» Province, à vos genou jt, réclame votre ]uC- 

» tice .* il n'y en a plus , R Ton peut nous enlever 

3> dans nos maifons ; nous jetter dans les fers ; 

3> nous retenir dans un exil fans fin > fous pré* 

M texte de délits fecrets , appuyés fur des déla- 

>y tiôns obfcurcs , dont nous ne pourrons nous 

M défendre , & qu*on ne nous fera connoitre que 

99 par la rigueur de la peine. 

m • • •••••• Daignez, Sîre , vous rappel- 

39 1er la longue chaîne des calamités de ceuK 
. 3> dont vous reconnoifTez Se atteftez l'innocence* 
! 99 Ils ont été arrachés à leurs fondions & à leurs 
1 3> familles ; ils ont été traînés comme de vils cri* 
» minels de prifbn en prifon; ils ont été annon* 
3> ces à toute la France comme des prévarica* 
3> teurs & des traîtres i i)s ont efiuyé rhorrëur 
9> d'une procédure criminelle , dont la violence 
m égaloit rinjuiiice ; ils ont vu les apprêts de 
9> leur (ùpplice, 8c ils n'ont échappé à une mort 
» ignominieufe (fî la vertu pou voit craindre 
99 rignominié") que pour relier dans un long 
9» exil , dont le terme n'efl pas fixé« ••••••« 

99 L'accufâtion pourfuivie avec tant d'éclat efl 
M abandonnée , mais la vengeance fubfifle* Def 
3> faits ât des mécontentemens qu'on n'articulé 
» point , afin de n'avoir rien à prouver, pren- 
a» nent la place d'une infiruôion prouvée calom- 
3> nieufê ; & Ton fubûitue à des procédures vexa- 
9B toires une vexation fans procédure* » 
Il faudroit copier , en entier » ce ftfpexbe mor^ 



1 



ce au ) R nous voulions en faire connoître toutes 
iy6^, les beautés à nos Leâeurs. Son éloquence a cela 
de particulier , que Tanthitefe, figure Ibuvent 
puérile , fur- tout lorfqu'elle eft trop répétée dans 
un difcours , quoique revenant fréquemment 
ici , lui donne plus de force & d'énergie , parce 
qu'elle a pour ba(e une logique concife , (èr- 
rée y preiïante , lumineufe , parce qu'elle eu. l'i- 
mage naturelle Se vraie de la conduite perpétuelle 
de la cour dans le procès dont il s*a£it* 

Les Minifires craignirent fî fort la ftnfation 
qu*éprouveroit , à la leâure de cet écrit, le Roi, 
pourvu de trop d'efprit pour ne pas ouvrir les 
yeux fur le rôle tyranriique , & ce qui pouvoit. 
encore plus bleifer par Ton amour-propre , tran- 
chons le mot , fur le rôle imbécille qu^on lui &i- 
foit jouer depuis cinq ans , qu'ils ne jugèrent pas 
à propos de lui en parler. Ils renvoyèrent ces re- 
préfentations aux Commiffaires , en fe faifantun 
mérite auprès d'eux de ce filence, fous prétexte 
qu'elles auroientfiîrement provoqué l'indignatioît 
• de S. M, Les auteurs n'en penferent pas de mc- 
fne;.il tranfpira bientôt des copies de leur mc- 
înoire. 11 fit la plus grande fortune dans le pu- 
blic ; on le regarda comme un chef- d'œuvt^ , 
traité de droit public , renfermant en chef tous 
les principes qui conftituent le véritable état mo- 
narchique ; principes dont on s'étoit fî fort écarté 
depuis quelque teras , qu'ils étoient devenus un 
problême pour "bien de.s gens. Les patriotes 
étoient enchantés de les voir reproduits au c yeux 
de la nation ; ils s^arrachoient cet ouvrage , ils 
le tranfcrivoient Se le multiplioient à l'infini. 

Dani* l'embarras du Confeil de fe tirer de la 
;crife orageufe où il fe trouvoit retombé plus que 
]amats, oa imagina de négocier avec M. de la 

Chalotais, 



Chalotais^de le tenter parles oflSres lef plus fédui- 
fantes & d'obtenir de lui ua défiâement. On re- 17^P» 
garda cette tournure comnae feule capable d*aP- 
u)upir TafEiire , de Téteindre & d'en eflFacer le 
f lus léger veftîge. 11 y avoît dans Paris un Bre- 
ton , menibre de l'Académie Françoise , fort lié 
avec* les Procureurs-généraux v fort chaud pour 
leurs intécérs , mais peu fin « barard > brufque , 
étourdi , qualités afTez incompatibles ayec celles 
d'un négociateur. Cependant la difficulté d'en 
trouver un autre ût choifîr celui-ci. C'étoit 
Duclos. Il fut envoyé avec une autorifatîon ver- 
bale , (eulcment comme un homme fans confé- 
quencè & qu'on pouvoit défavouer en cas dcf 
tefus« Ce cas , après le caradere connu de M, 
de la Chalotais , étoit inévitable. Prévenu de 
Tarrivée de l'agent fecret , àts le premier inP» 
tant il lui demanda s'il venolt à Xaintes cotnme 
fon ami , ou comme fon féduôeur ; qu'en la 
Çretniere qualité il feroit bien reçu & pouvoit 
refler ; qu'en la féconde , il n'avoît qu'à repartir r 
ce qu'il fit. Son meffage ne fut pas lon^. Il 
fillut* avoir recours à qùelqu'autre expédient. 
Cela devenoit d'autant plus urgent , que S. M# 
commençoît à fe lafier , & que plus on lui dé- 
guifoit de chofes^ plus il devenoit néceffairede 
lui en dérober l'entière connoiffance. Le Chance- 
lier, qui fentoît l'importance pour lui de fîgnalet 
fon avènement i la tête de lajnagîflrature,par quel- 
«îue ade impdfant qui 'lui donnât l'entière con- 
fiance de fon maître, l'affura qu'il ne connoiC- 
fôît pas d'autre Àiôyen i que de laifler un libre 
^feours à' l'affaire , d'en faifîr U Cour des Pairs 
& de laver le Duc d'Aiguillon pat un Arrêt fo- 
lemnel. 'Soit qu'en efiPet iî n'eôt rien vu dans la 
procédute envo-jfé^ par'lç Parlement de Breta- 

tomcjr. ' H 



giie qui put miuîpcr (er lèûremérit ce Comman- 
1770, daht, foit qu'il, ne Teût pas aflez ctudiéc. Coït 
qu'il ne fût pas fdcbé de fe réndirè . néceflaîre à 
celui-ci à meHirè qù*il fe tfouvèrôît coqnip*romîs> 
ibit enfin , ce qui eft le plus vràifèmblable > qu'il 
fe âattit de pouvoir influer plus efEcacemen^. 
âans la Cour dès Pairs > dont il copnoilToit lés 
înémbres divers 9 qtie dans un Parlement étran- 
ger & éloigné. Au teûe , qui pourroit fonder toos 
[es replis a up^ càur auffi faux? Le Parlement de 
Bretagne , prévenii des Lettrês^paténtes » avoit , 
fous îes^ ré/crvcs expreffes éc nécelTaires , pour 
«ue cette démarche ne pût préjudicier en rien â 
fon eflènce , de Ton propre mouvement envoyé 
toute la procédure au Parlement de Paris. If 
çvitoit ainii le conflit qui en auroit pu réfulter » 
& empéchoit que la contefiation qui n'aurojt pas 
xhanque de s'élever entre les Idéux Cours , ne £c 
perdre de vue le fond pour la formé , 8c par cette 
adreile 4 nécedltbit en quelque forte Fa Cour dés 
l'airs d'intervenir. Dans là perpIexTté que cau- 
foit la nouvelle tournure que TafifaTre Drènbit^ 
|e premier avis devoit étfe de Ce laiiiTer aller au)C 
î:irconilances.& de fe ménager le tems de pren- 
dre les délibérations ultérieures qu'elles fuggére- 
ioient. CtA ce qui àvoit ^déterminé révocati6'n« 
Le Roi fe.réfervapt par-Illà liberté 3è la fiifpén- 
jire ou la faire ceflei: quândbpn lui lemblèroit » 
jl fut convenu que S, M. aflîfiecoît élle-hiême aux 
ieances^ ce qui çn dèvbit'àiliin modérer PêfFer- 
.vefcencc i. Se qu'elles àûrbîeht lîeii à V^rfaîlles-» 
^our contenir davantage iés Magiiirats trop 

ardens» . i. -. - 

loMars . Le Parlement # quant au 'premier'artj|cle,"ar- 
.rcu qu'il n'avoit awunl^efpinde tcttres-iiatent.ès 
pour prendre çonndillànce 'de Fafl^edyhPa'rt 



, (ml 

&: Itii fàife ibh {>rocès , éunt la Teûle « unique 
& effèrîtielle Cobr où ce procès aille de droit, i??^* 
A Tégard^du fécond , il en itoit trop flatté pour 
s'oppofer à cet afle dei la Majefté Royale. Il fit 
feulement un arrêté , qui chargeoit le Premier 
iPréfident de repréfenter l'irrégularité de la tranf- 
lation , tant en elle-même que par les inconvé- 
hiehs qui pouvoient en réfulter. Quelques Pairs 
ayant voulu élever une prétention ancienne , & 
toujours re jettée , de former , 8c fans le concours 
des Légifles , à eux feuls, préfîdés par le Roi , 
la Cour des Pairs » t>n l'anéantit de nouveau; on 
leur prouva que lej JWagiftrats aduellement n'é- • 
toient pas plus ce qu'on nommoit anciennement 
les Légiftes > que les Pairs d'aujourd'hui n*é- 
toîenr les Pairs du Toyaume aautrefois ; que 
ceujc- ci n'étoient que des gentilsJiommcs confti- 
tués par S, M. en dignité plus éminénte^ & rien 
par euk-mémes; qu*aini(î sis bc pouvoient s'a(G- 
mîler à ces grands feudataires de la couronne > 
autant de îbuverains, 8c fans le concours de(^ 
.qjiels le Monarque ne pouvôit rien faire. Le ^ 
Prîftce de Conti , zélé Parlementaire , appuya 
beaucoup là-defTus & applaudit à la diffindion 
infinie qu'il deyoit y avoir eptre les Princes ^ 
Jes Pairs ; il parla du (yftême de ces derniers en 
k couvrant d'une forte de ridicule ^ mais il con- 
vint qu'heureufement ce jryfleme » de fraîche 
date, n'étoit pas celui du grand nombre. 

La première feance de la Cour des Pairs 9 à 
Verfailles , eut lieu le 4 Avril. Le Roi entra ftul ^ Aff. 
avec les Princes : toute fa 'garde ie retira,^ 
les Huilfiers de la Cour s'emparereât des porter • 
Ak le Chancelier^ radieux r de gloèrei) ouvcU 
VaflTemblée par un diicourr trè&-bieQ fait- fur (on 
Pbjeti il annonça , de la part duHoi , que Tin* 

H2 



tentîon de S. KL étoîc que la liberté des (ûffira- 
1770, gés & des opinions fût entière» & que l'on ju- 
geât Taffaire ayec la dernière rigueur» pour àb- 
foudre bu condamner les accules» 

Le Premier Préfîdent répondit par un autre 
àifcours , où* il inféra les reprélèntations dont il 
a voit été chargé. 

On lut entuite les informations prifes par le 
Parlement de Bretagne. Il fut ordonné de^es 
dépofer aux Greffe , &que le Procureur-Général 
en prendroit communication pour donner Ces 
concluions ^ le tout fans préjudice des droits 
refpeâifs de la Cour des Pairs & de tous ceux 
qui y ont féance , & fans qu'on puifTe induire 
<^ue toute autre cour foit autorifee à continuer 
aucunes inforn^ptionSv ou procédures , dans lef* 
quelles un Pair fe trouve nommé. 

On finit par arrêter que le Roi feroît très-hum- 
blement remercié d'avoir bien voulu qu'en (k 
préfencc & avec fon approbation folemnelle , les 
vrais & anciens principes de la Pairie fuifent de 
nouveau confàcrés & confervés» 

Le Roi parut prêter très - attentivement J'o- 
reille à toutes les informations que lifoit le Pre- 
mier Préfîdent , & comme cette ledure longue 
fatîguoit ce Magidrat » dont la voix baiuoxt 
'infenfiblement « on obfêrva que S. M, fe pcn- 
cfaoit pour mieux entendre & n'en rien perdre. 

Le Parlement revint très-(àtisfait de la féan- 
ce 9 où il avoit reçu un nouvel éclat par la 
confirmation authentique que le Souverain lui 
accordoît , ainfi que de fon effence intégrante 
^vcc la Pairie pour former la Cour des Pairs > 
comme auffi de l'être uniquement & exclufîve- 
xnent à tous les autres Parlemens* Quelques mem- 
bres étoient particulièrement enchantés d'avoir 



été remarqués par le Monarque , entre autres 
M. Pafqùier» le fameux rapporteur de Damietù 1770. 
& du Comte de Lally \ que le Chancelier dé- 
%na d'un gefle au Rbi % défîrant le conHdérer 
de plus près » lor(qu'îl pafTa (bus les yeux de Sa 
Majefté. 

La féconde fëance > du 7 Avril , ne fut pas m Avr^ 
moins agréable au Parlement* Le Procureur- 
Général y rendit plainte contre )e Duc d'Ai- 
guillon > & le nommé Audouard y Major des 
Milices de Nantes, qui paroifloit être d^ns cette 
afifaire l'Agent du Duc. En confcquence on an- 
nub toutela procédure faite en Bretagne ; comme 
illégalement dreiTée , puisqu'il y étoit queflion 
d'un Pair. On ordonna une autre inftruâion , 
' d'autres informations , &c. 

Dans le cours des indruûions , M. J^lichau 
de Montblin (é didingua par fon éloquence au 
point que le Roi lui déclara être de l'avis de 
M. Michau , en témoignant toutefois ùt répu- 
gnance pour les mOnitoires > voie ufitée dans 
toutes les procédures. Mais par déférence pour 
S. M,, oa revînt par un Omnes ('*') à l'avis de 
S* M. , qu'on regarda comme un ordre, & l'on 
peut inférer de- là , quelle étoit la forte de li- 
.berté qui régnoit dans cette affemblée. 

Quoiqu'il en (bit , tout alloit à mejrv^ille ju(^ 
ques - là , & S. M. (èmbloit prendre tellement 
goût à préfîder & Cour des Pairs , qu'elle donna 
f'ord^ de conftruire inceflament , dans l'an- 
cienne Hille de Comédie , une Gr^nd'chambrc « 
un parquet, des cabinets > des buvettes , des piffb- 
tieres ^ en un mot tout ce qui étoit néceffaire 

( * ) C'eft-à-dirc , l'avis général & unanime. 

H3 V 



( m) 

•T^ pour former un palais. Les deux âfitrùeres (e^rir 



1770. CCS s'étoicnt tenTses dans Tanti -» chambre de H 
Reine ^ où fè tiennent les lits de justice : ce qui 
en efiet étoit peu décent. Malheureusement le 
Roi perdit bieiitclt cette fantaifî.e paifagere» i 
laquelle Tinrent d'abord fuive div€rfion le ma- 
riage de M. le Dauphin & les fêtes données en 
réjouiffance de çei événement. 

C'efl, fans doute,un des plus importans du rè- 
gne en lui-mjcme, & pat l'alliance qu'iJ reilêr- 
roit avec'la maifon d'Autriche ; 8c par l'es cir^ 
confiances q^i l'accompagnèrent de le (yivirent. 
On le dut aux foins du Duc de Choiieul 1 qui 
Traifèmblablemem envifageant autant (à grandeur 
que le bonheur de la France , applanlt toutes les 
drâîcultés ) & parvint à conclure heureufèmcfit 
cet bymen# Il fe formoit >- on ne peut pfu^ i 
propos pour lui 9 qui ayant dédaigjtré de s^ètayer 
par de petites intrigues., alloit voir pour /ap- 
port Madame la Dauphine même. On n'^yroit 
p^s cru qu'il eût pu Ce fbutenir jufqu'à cette 
époque; mais quand on la vît arriver. Ces par- 
ti(ans conçurent un meilleur efpoir > fur-tout par 
le râle diâingué qu'il }oua daas cette occurrence. 
Il eut la permiffiôn du Roi de (ê rendre à Com- 
pîegne au paffage de cette Princeffe , & de lui 
offrir, le premier des Miniffa'es^ fon* hommage. 
Madame la Dauphine fy accueillit finguliere* 
ment bien ; elle lui accorda un entretf<Q/i pârci- 
culier, où après lui avoir témoigné tout le defir 
qu'elle avoit de le yqir , elle le remercia êe fcs 
foins à contribue): k (on bonheur > elle ajouta 
qu'elle comptpit fur leur continuation, pour 
aider de Ces foins , f^ jeuneflè & fon inexpé- 
rience. 

Il u'étoit guerre po'ifible que les préparatifsf U , 



I 
j 



pompe 8c les réjouiflànces du marîage de Théri- 
tier préromptif de la Couronne , malgré ta dé- 1770, 
trefTe où Ce trouvoit le royaume n'entraînaffent 
beaucoup de dépenfe^mais elle deyinc exceflive 
fous un maître prodigue , ne s*occupant que de 
li^I , laiffant tout aller comme on vouloît & fer- ' 
mant les yeux fur les déprédations , auxquelles 
ces frais extraordinaire^ ouvroiêht une carrière 
îinmenfè. Pour en donner une idée , on calcu* 
lôit que trente, mille chevaux dévoient être em- 
ployés* au voyage. On parloit d'un détachement 
de tapîrtîers, courant en pofte de yîllc en ville , 
afin d*orner les divers lieux où devoit féjourner 
là PrincefTe ; de (bixante chai(ès toutes neuves 
formant une partie du cortège , ^ut étoit aile la 
prendre à Strasbourg. " 

Ce n'étpît <jUe le prélude^ h'pitl n'avoît en- 
core' rien vu dé 'fçîtfblaDte aux hàbîUijmens du 
Roi & des Princes, quç le' public içouroît en 
foule kdmîreiï' chez le brodeur & le taflletir, Cer 
lui de S. Mj.^ en' étoit un , qui lui av,çft été pré* 
fente déjà aiix néces du Duc de Chartres; quq 
f\ir la demande qu'elle fit , fi Ton pouvôît en 
imaginer un plus beau , & Hir la réponfè néga- 
^vç, elle avoit ordonné de réferver pour'ie ma- 
riage de fbn petit fils. On en comptoit fix de cq 
I^xe précieux , & ceu'x cfes enfans de France v 
répondoiçnt. Ils dévoient être en outre parfémés 
d'une infinités de Pierreries, Les carrofTes de pa- 
rade ne formoîent pas un objet de curîofîté moins 
grand : ils joigrioiènt la richeffe à Télégance, Se 
l'on n'en . fçra pas étonné quand on faura qu'ils 
avoiçiîjt ,été commandés par le Duc de Choifeul. 
• Quant aux fpeducles, les fêtes de Louis XIV, 
5 renommés dans T Europe & dans l'hiitoire > 
aç j^ouYojieAt être comparées à celles - ci* Le 
' . H 4 



•070 , 
iz^L!^^ bouquet fêul du feu d'artifice dçvoît être corn- 

1770. pofcde trente mille fufées^qui, à un écu pièce, 

fQrmoient un objet de quatre mille louis , Se Voa 

fait que le bouquet d'un feu d'artifice occupé 

exaâemçnt refpace d'un clin d'œil. 

Les apprêts de ces prodigalités contraftoîônt 
i'une façon criaftte avec les révoltes occafîonnées 
par la di^tte du pain, qui continuoit &augmen- 
toit en même tems dans quelques provinces. Il 
y en -eut à Be(ànçon & à Tours. Dans cette der- 
nière ville, elle fut telle, qu'elle obligea l'Inten- 
dant de s'enfuir par une porte de aerriere , k 
que l'Archevêque crut devoir venir en Cour, 
déployer Ca, follicitude pafforale. On comptait 
dans la Marche 8c le Limoufîn plus de qua- 
tre mille peribnnes mortes de faim 9 & beaucoup 
plus auroient péri dans la première (^ns.les cha* 
ifités-de M. de Perlàn » Maîprè dés Requêtes , qui» 
Seigneur d'une partie de la j>rovinçe , fif pafler. 
de puiflans ïçcours à (es vauaùx* 

Ces malheurs firent naître un petit pamphlet' 
inûtxxXkzXdéeJingulierc d*ui Bon c'uoyen ^, concert 
nant Us jêus publiques qu'on fe propofe de don-~ 
ncr a Paris Ù* à la Cour , 4 Votcafion du mar'ugé 
de Monfeigneur le Z^auplun. Après avoir fait 
l'énuméràtion des frais,. des repas , fpeâacles, 
feux d'artifice, illuminations 1 bals, portés au 
plus haut point de magnificence, & dont la ré- 
capitulation montoit à un capital de vingt mil- 
lions , l'auteur terminoit ainfi fa feuille , vraie- 
ment originale. ^ 

3> Je propofe de ne rien faire de tout cela, 
03 mais de remettre ces vingt millions fiir lés îm- 
» pots de l'année, à fli.r-tout fur la taille. C'eft 
33 ainfi qu'au lieu d'amufèr les oifîfs de la Cour 
93 & de h capitale par des divertiAèmexts vains 



(177) .-, • 

93 Se momentanés» on répandra la joie dansTaine 

» du trifte cultivateur; on fera participer la na- 1770^ 
» tion entière à cet heureux événement^ & Von 
» s'écriera jufqu'aux extrémités les plus recu- 
» iées du royaume : f^ive Louis U hitn aimé ! 
» Un genre de fêtes aulfi nouveau couvriront le 
» Roi d'une gloire plus vraie & plus durable » 
» que toute la pompe & tout le fafte àts fêtes 
» A/îatiques , & Thifloire confacreroit ce trait 
» à la podérité avec plus de complaifance que 
=» les détails frivoles d'une magnificence onéreufe 
» au peuple , & bien éloignée delà grandeur vé- 
» ritable d'un Monarque , père de lès lii jets. » 

Il y avoît trop de gens accrédités , intéreflcf 
a ce que cette idée ne réuTsit pas , pour qu'on y 
fît attention ; ils s^fiForcerent feulement d'e m pé- 
cher que les cris àei malheureux ne parvinfTent 
jttfqu'au trône , & fur-tout jufques à laPrincefTe , 
dont le cœur jeune , fcnfîble & tendre « auroit été 
sûrement ému. Op afïèâa de faire inférer , dans 
la Gazette de France (*), qu'il y avoit â Nantes 
beaucoup de bled , dont les mauvais tems , le 
débordement des rivières & autres contrariétés » 
avoient iufques-li empêché la circulation. 

Ce fut (bus ces funeftes aufpîcesque Madame 
la Dauphine arriva à Compiegne. Le Roi étoit 
trcs-empreffé de la voir» de lavoir H elle étoit 
jolie. On raconte que , lorfque le Prince de Poiac 
^int lui apprendre la nouvelle de l'arrivée de 
V^rchiducheffe à Strasbourg, le fieur Bouret, 
Secrétaire du Cabinet , lui préfcnta en même tems 
le contrat d'échange foit fur la frontière': S. Af. 

■ ■■ I — — ■ — — ^i—— — ^— I— — il 

(*) Voyez la Gazerce de France, du lundi 14. . 
Mai 1770. 

H s 



txès-famillere avec ce (erviteur , luî demaoîa 
i77o«, comment il trouvoit 'Madame la Dauphîne» fi 
elle avoit de la gorge ? Il répondit que Madame 
la Dauphine étoit charmante de figure / qu'elle 
avoxt de très-beaux yeux , &c. « Ce u&ù pas 
^, cela dont je parle ,,, reprit S. M. en^ieté; 
** je vous demande Ci elle a de la gorge ? -^ '* Sire^ 
^, je n*ai pas pris la liberté de porter mes regards 
fy jufques-là^», , répliqua Tadroit Couriifaiu 
*- ** VoDs êtes un nigaud »», continua le Mo* 
itarque^ en riant , *' cefl U frtmitre chofe quon 
<t regarde auxfim/mj^ ,, 

On peut juger , par cette hiftorîette ^ de Tavî- 
drté avec laquelle Louis XV parcourut fa bru, 
er. approchant d'elle. Il fut aii-devant^ iufqu'jau 
terme prefcrit où cette PrinceiTe , couformimeiit 
au cérémonial > defcendit de cariofle , & jetta aux 
genoux de S. M. qui la releva avec bonté , 5c 
rembraflà. Ils couchèrent à Coni^iegne ; &, le 
lendenuin , en pajfTant à Saint-Denis , furent voir 
lladame Louife, une des Dames de France , ^ui» 
depuis peu , avolt pris le voile aux Carmélites de 
cette ville* Toui Paris s'étôit cantonné fur la 
route ; 6c c'étoit une double haie de carroITes 
depuis Saint- Denis jutquesâ la porte Maillot. La 
Famille Royale (bupa au château de la Muette ^ 
où Louis XV ne rougit point de prélênter lui- 
même la CoimeiTe du fiarri à Madame la Dau- 
phine > & d« la faite manger avec cette Princeflè* 

Madame la Dauphine avoit ignoré, jufques à 
ce moment , le rÂle de Madame du Barri, dont 
elle entendoit parler fouvent à (à Cour. Un jour» 
impatiente d'entendre répéter continuellement ce 
'ftom à'fès ôreîîles, elle demanda ce que feffoit 
cette femme qui caufoit tant de bruit ? On Avi 
répondit qu'elle amufoit le Roi, ^t dùMaai >»t 



(179) . 

s'écria îfigénuement la jeune ArehJduchefle 9 •*yV 
19 me déclare fa rivale ,9, Elle n'étoit plus tentée I770# 
de la devenir en ce moment, qu'on l'avoit, à 
coup sûr , mieux inOruite ; mais> attentive à fiât- ' 
ter le goût du Monarque » S. M. lui ayant de- 
piandé comment elle trouvoit cette Dame , elle 
repondit , charmante ; ce qui combla le toyal 
amant. Il eft certain qu'elle étoit alors la femme 
la plus remarquable à la Cour, par fa £gute fan» 
apprêt & par (es grâces naturelles. Oa la pôuyoit 
dire belle de Ùl propre beauté ; & , par une fingu- 
larité encore plus merveilleufe , elle étoit , à 
Textérieur, la plus décente dans (on majntien & 
^dans fbn propos. 

Le Roi , M. le Dauphin & la famille royaUs 
revinrent, de la Muette, coucher à Verfailles. 
Madame la Dauphine y refta feule > pour obék 
aux loix de TEglife , de ne pas habiter fous lé 
même toit que (on futur époux : elle ne (e rendit 
que le lendemain auXhâteau , où , après s*étre 
Xevêtue de (es habits de cérémonie , elle fut à h 
Chapelle recevoir la fiénédiâion nuptiale. L'on 
y admira laPrinceiîe, qui , au milieu d'un monde 
^nconnu , & daiis rétonnement naturel de tant de 
cho(es nouvelles > ne parut point embarraffée , & 
remplit le cérémonial avec beaucoup d'aifance & 
avec des grâces uniques. 

L'aprcs-piidî, un monde immenfe s'étoit ré- 
pandu dans les jardins « où étoient les difpodtions 
jdu feu & de l'iUiimination , qui devoieflt s'exé- 
•^uter le foîr. On vit avec peine , au milieu de tant 
^e préparatifs d'une fête fuperbe , que ces lieux 
Soient en fort mauvais ordre ; & rçfTembloient, 
incertains endroits, aux jardins d'undiâteau en 
^décret. D'abord les eaux , partie eflentielle en 
Pareil fiVLt, ne jouoient p^s , & n'étoient pas en 

- ^ .Hé 



(i8o) - y ■ 

état de }Ouer : plufîeurs balHns étoîent a (ec ; le 
1770. canal même étoit mal- propre & plein de fange. 
Des âatues,. mutilées & épar(ès à terre, annon- 
çoient la négligence qu'on a voit eue de les rele^ 
%ety ou d'en ibtrâraire aux yeux les débris« Il 
ïïiy avoit pas jufqu'aux marches des escaliers qui 
ne fuilent Jiorriblement dégradées ; point de vio- 
lons, point de danCes , point de viôuailles pour 
le peuple »i qui n* étoit pas dans cette gaieté, pre* 
tnier caraâerç d*une (été publique» Quelques 
Bateleurs Ce diTpofoient (êulement à jouer des 
.farces pour le foir* Le ciel, en outre, fut pea 
d'accord avec la terre; & deux orages effroya- 
bles obligèrent les curieux de s*en aller , fans 
voir le feu &. l'illumination , remis à un tems plus 
favorable. Par une autre négligence , indigne de 
la majeflé du lieu , les cours , à neuf heures du 
fbir, n'étoient pas même éclairées comme celle 
d'un particulier. Les coridors , les paffages 
étoient refiés dans une profonde obfcurité : pas 
un lampion^ pas une lanterne à la façade inté- 
rieure > nt. à la façade extérieure du Palais. La 
ville de Vcrfailles ne parut participer en rien à 
ce grand événement; & Paris reçut le reproche 
d'avoir fait les chofès avec la plus grande mes- 
quinerie. On vit > avec indignation « les p^uivres 
qui dem'andoient l'aumône > ce jour-là , comme 
les autres : ni cervelats , ni pain , ni vin pour eux» 
Les grsRids Seigneurs ne Ce diflinguerent pas da- 
Tantage;. ôc le magnifique Palais du Minière de 
Paris , du Comte de Saint-Floreptin-, n'étoit 
éclairé que par deux ifs de lampions; peu élevés 
ée terre. 

Du refl^ tous ceux qui entrèrent aux appar^ 
temens le jour du mariage , & fur-tout ceux qui 
afliâêrent au feflin r<^4 * convinrent qu'ils n*ft* 



Voient Jamais vu de coupd'œîl auflî mîraculetlx ; 
lis prétendirent que toutes les defcnptions qu'ils ^77^* 
en ferpîent, fêroient au-deffbus de la Tcrite ; &• 
que celles qu'on lit dans les Romans àfi féerie » 
ne peuvent' en donner qu'une idée très-impar- 
faite. La rîchefïè & le luxe des habits, l'éclat 
^^s diamans , la magnifîcencedu local , ébloui!^ 
foient les Tpedateuri , & les empêchoient de rieii 
détailler. Madame la Dauphine étoit la perfonne 
fur qui les yeux (ê portoient le plus avidement * 
fr, retires par refpeâ, y revenoient fans celTe* 
Voici le portrait qu'on en traça dans le tems..' 
<« Cette PrîncefTe, d'une taille grande pour fon 
» âge, tO.^ niaîgre fans être décharnée, & telle 
» qu'une jeune perfonne non encore formée ; 
* elle eft très-bien faite > bien proportionnée dam 
» tous Ces membres. Ses cheveux font d'un beau 
» blpnd ; on juge qu'ils (èront, par la (uite , d'un 
» châtain cendre; ils (ont admirablenient plantés» 
» Déjà la maiefté ré/îdcHir (on front; la forme 
» de (on vifage eft d'un bel ovaïe, mais un peu 
9> alongé : elle a les (burcils aufli bien fournis > 
» qu'une blonde peut les avoir* Ses yeut font 
M bien* (ans être fades , & jouent avec une viva- 
» cité pleine d'efprit : fon nez eft aquilin« un 
» peu effilé du bout* Madame la Dauphine a 
» la bouche petite , quoiqu'ayant les lèvres 
» épailTes , (ùr - tout Tinférieure , qu'on fatc 
» être la lèvre autrichienne : l'éclat de fon teint 
» eft éblouiflànt; 6c elle a des couleurs naturel- 
» les , qui pourroient la difpen(èr de recourir au 
» rouge. Son port eft celui d'une Arc|iiduchefre ; 
» mais (à dignité eft tempérée par la douceur v 
*> & il efl difficile , en contemplant cette Prin- 
* ceffe , de fe refiifer à un teCoeâ mclé de tea^ 
» dreflè »,* 



Le bal paré » la partie dt* fêtts la j)If|S «A« 

1779. nuyeufe , parce que tout y ^ft d'étiquette, oc» 

./ionna auflî beaucoup de tracafTeries. S, M. » 

avoit fix( d'avance le cérémonial : Elle étoit 

convenue^ d*aprè^ les infiances de rAmbaflTadedr 

île rEmpereur&derimpératrice-Reiney qu'el^ 

fnarqueroit quelque diflinâîon à Mlle àt Lor^ 

* raine^ qui avoit l'honneur d'être de leur auguA^ 

lûàiCoa; en conféquence qu'elle la nommeroit 

^.our danfèr avant toutes les Ducbeffes , inamç,- 

diaten^ent ajpjrcs Jes Pri/icefles du Sing , cqmntf 

.M, Je Prince de L^mbefc înaniiédîatempfit apC5l 

le$ ffinc^s. Cela .fit une affaire fêrieufe. L^ 

f'ujp Sic Finies s'a&mblereji^ chez M* Ae Broglîo) 
vegue & Comte de ppyon , comme le pli» 
éànciçjik 4c? faits pppr lor? à Parf s ; j^ , V^]^ 
^'hqriiçpr ^ :rEgîifc poyr la .d^p(e, on y ]dif- 
^U,4^êdigiqa/^l4^,yn ijlémoîre^'que le P^efat 
(^x cl^a^gc de j)téfen,^er au Roi :'p,Qur le rendre 
"îliis fol^mqe^,, j^s requirent * en cette occa^n^ 
^ 'adh^n de Ja Ji^yte NobielTe > dont up granft 
nombre dçpfif Cft £gnature. JLe R,oj, fort em- 



f: 



(Cnoie qu4 ne ppuygitstirex a çanfe^ner 
ijce.que îe c/iqîx des.daofêurs & dan(èu(çs ne dc- 
^pejodpit que de ifa volonté (*) :. il. invoqua leur 
^délité , attachement , founiiflion , ^ .n^Ç"!f 
ja^tié. Cette réponde , pe\i digr^e d'i^n grarâ 

( * ) Ces cxpreffionsjfjnt tirées de !a fînjçuîierc 
JUenre du R/îirf<e*i)»a, que voici en entier. *Èflc 
cft du 17 Mai 1770. • 

» L'AmbaJCadcur de L'Eiqpcrear & de Timpi- 
» ratrice Rcioe ^ dans une audience c^u'il a eue 



rqae ^ me £t que prêter 4Ui ridicule ; & U 

la à la cérémonie que ceux qui ne purent IJp^ 

i/penXèr. 

On ne ûniroit {^ de détailler lesfSte^t ^ec* 

^cles Se té\ouifiweii qui fefui^^dejrent penîdttt; 

pi«$ d'un mois. Mais comment pal&r (pmiAtno^ 

l'effirc^able c^t^ftropbe du j ^ Mai ^ cb .cette naift 

ié&OiffmGss fiù^ »¥i^4a.d'ti«e)Qie<u0iultuett(è# 



«p-» 



** de mpi , xn'jft -demandé dpja paui 4c fon tnair 
** irc ( & )e Xias obligé 4'a^^cr foi 4^ tont c§ 
** quW dit } de vxxuloiir n^axA^uer queif]ue diftioct 

* préfence d#a 9uri^ç4c ipp^^pcjûtruls ^vccTAr^ 

* chiducbcilc Aatouictu. j^a 4a;)£c ^u bal écao( 

* la feulp^chQfeiçjuî ac pjjiflp xircr à confé(juep/:c ^ 

* puif^ue icjàhoix dQs4aefewrj$ &4fs,danrcufe* 
ivc dépend ^nc de 91^ vplcxoté, laps diftin<ftioqi 

>.» des places , ou x^<)g$ > ou d^goités , .cxccpi;40Jt 

»* les Princes fit Vrinccfks ic mon fang , qui ap 

>» peut êtte comparés ni mis cp rang avcc.aùcuQ 

*» autre François , & ne ypulanc d pilleurs rie^i 

" itmovôr à ce qui fe pratique à ma Cour , )ç 

»» compte que les Grands ^ la NoWeflc de mot$ 

»» royaume , en vertu de la fidélité , foumiflîon p 

*> attachement & même amitié qu'Us m'ont tou* 

'* jours marqués & à mes prédécçffcurs , n'occa- 

*» donneront jamais rien qui puiffe me déplaire, 

^> fur-tout dans .cette occurence-ci , où Je defire 

** tnarc^ucr à l'Impératrice ma rcconnoinancc du 

** préfcnt qu'elle me fait , qui, j'efpere ainfi que 

*> vous , fera le bonheur du rcftc de oncs jours,. ^ 

Saint-Jxousnt.xiu 



îl périt plus de monde >. qu'il n'en pérît (buTenfr 
'^yyo* dans une aâion fanglante! C'étoît le Jour 0ÙI2 
Ville aroit fait exécutée fon feu d*artifi.ce. Le 
local étolt on ne peut mieux choifi » autour de la 
âatue de Louis XV , dans ce yaft^emplacemeot 
qui a plus Tair d'une plaine que d'une place. Au 
feu devoit fiiccéder une iliumination fur les bou- 
levards \ ce qui déterminoit la foule à déboucher 
par une rue fon large , aboutifTante au rempart* 
Oeâ cependant dans cette rue que (è paflà un 
carnage , dont il n'y a point d'exemple. Trois 
circonftances concourturent à l'augmenter, i ^ . Un 
complot , formé par les fiioux , de causer un 
engorgement , une preflfe , un tumulte çonfîdé- 
rable, afin de pouvoir > au milieu du défordre* 
faire leurs coups de main , 6c voler impunément. 
Plufîeurs cadavres de ces icélérats^ reconnus» 
atteflerent leur crime, x^., La néglîbence de 
i'Architeéie de la Ville à faire applanir le ter- 
rein par où dévoient' s'écouler environ fi x cents 
mille Speâateurs à combler des foffés qui fè 
trouvoient dans les paifages^ 6c à écarter lef 
divers obftacles qui pouvoient reflerrer ou gcner 
la circulation, g^. L'infufEfance de la Garde, & 
la léfînerie du Bureau de la ville, de n'avoir pas 
Voulu accorder au régiment des Gardes-FrançoI- 
lès une gratification de mille écus , conime l'exi- 
geoit le Maréchal Duc de Biron « pour les mettre 
iur pied ce iour-là , 6c (uppléer à la foiblefTe 6c à 
l'incapacité des Archers de la Garde bourgeoife. 
Quoi qu'il en foit, on enleva (îir le champ 
cent trente- trois cadavres , reftés fut la place j 
qu'on dépofa au cimetière de la paroifle de la 
AAagdeleine de la Ville-l'Evéque > pour être rc* 
connus , & auxquels on fit enfuite un Service fo 

lemnely par Ordoimançc du Lieutenant- criaiinet| 



miidite fur lè Réqyifitoîre du Procureur du Roû jmiifiua 
t A <^e nombre , en joignant les bleflfés , les eâro- , 1770* 
I ptés & fûfToqués , conduits dans des maifbns voi- 
i £nes ou dans des Hôpitaux , Se morts peu après > 
tous ceux qui , croyant en être quittes , & cra* 
chant le (âng par fuite y' font , dans le cours de fix ' 
Semaines, deyenu$ viâimes de leur curiofîté, on 
calcula que l^on pou voit en compter onze à douzo 
cents. Ce qui indigna » ce fut de voir, trois jours 
après ce défafire , M. Bignon , le Prévôt des Mar- 
chands , qu*on en regardoît commele principal au« 
teur, fe montrant en public, dans (à loge à POpéra* 
Au contraire , Jïl. le Dauphin fut cruellement 
affligé d'avoir été la cau(è indireâe de ce mal- 
heur : il enraya au Lieutenant de Police (on mois 
de deux mille éçus , le lèul argent dont il pût , 
dîrporêr , pour fpulager les plus" malheureuit. . 
Madame la Dauphine, Méfiâmes ,\t$ Princes, 
du Sang (ûivirent cet exçmple. Divers corps- 
Pimiterent auffi. Le Parlement , dont un des . 
Membres avoit failli être du nombre des morts», 
voulut prendre connoiffance ^y fait , & remonter 
aux cau(ès. On citoit i\n exemple de cette e(*! 
pece , quoique de beaucoup moins grave, arri-' 
vé fous Louis XII , Aiivant lequel le Prévôt 
des Marchands & les deux premiers Echevins 
avoient été mis à Pamende pour n'avoir pas affez 
veillé à un pont qui avoit manqué ; cç qui occa-^ 
fionna la mort de quatre ou cinq Citoyens. Il y; 
a^it de quoi effrayer M. Biynon ; mais P Avo- 
cat-général Séguier, dans fon compte rendu, le 
dîfculpa ; il attribua le tout à la fatalité; & , les 
\ Magiftrats fe trouvanr d'ailleurs diftraits par d'au- 
tres objets qui les touchbiént davantage, il en 
' fut quitte ^)Our la peur , & pour un Règlement qui 
I rcOreignit la Jurirdiaioil de là Ville en pareil cas. 



■5. Quand on eut epuîfç cette triSematl/ére.; qu!on 
iy?^» fnt îas d ÇB parler > Ôc qu'on eut vomi toutes les 
mciléciiâîons contre le Prévôt des Marchands , oa^ 
eh revint â des objets plus agréables : on ne s*ea- 1 
tretenoit que de Madame la Dauphine; on ap-|] 
pUudifToit à Ces vivacités , à £bs gentilleffes , ij 
là franchise avec laquelle elle s'étoit rbudraiteS' 
aux gçns qui Tentouroient ; elle n'avoit fait rien 
cependant que de l'agrément du Roi. Elle ap- 

fiellok Âfadâme l'Enqu^ue la Comtefïç de Noail- 
es, fa Dame d'Honneur, très-grave, très-auf- 
tere,' qui lui repréfentoit à chaque indant qu^elle 
dérogeoit aux ufages àp Ton rang , & n'en (ui- 
Toit pas moins Ces fantaifles, (ur-tout dajis les 
chofès contraires à la gaieté de (on caradere oa 
' à (a C^nté : eÛe marchpit (eule ^ f^ns Ecuyer \ 
cfie fottojt quand & comme .elle vouloît ; ejle & 
ptomep<)it |*t>ied ; eji|.rormoit aii^f Çe^ facultés 
pîiyffques^, ^.îaîfpit valoir les forces que râ£$ 
deyeloppqu chez elle .* ege i^vitoit a dmec , f 
louper , quandj l'idée lui en vç^oit , Tes frères, 
fis ficurS| (es tantes; 8c elle alloit n^anger chez 
eux avec la même liberté ; en un ijaot , elle rap- 
pelloit , autant qu'elle ppuyoiti la familiarité in- 
thna avec laquelle yil^ ^^ns JTon intérieur ^ la 
Cour devienne, qui, très-jàloi^fedu ccrérnonial 
en public , eft pleine 4*aifance; & de hp'nhomie 
au dedans. - 

Cette façon de vivre ^ analogue au fond di^ 
caraâere de Louis XV , lui aurait infiniment 
convenu dans ces tems heureux où il avolt la 
tpême innocence que fa petite-bru ; maïs , à un 
certain âge , Ton ne Çq réforme point, fe'aîîleurs, 
ies minières , Ces favoris , fa maîf reffe ayoient 
intérêt qu'il ne Ce livrât piis trop a (a famîUe \ &, 
$ (on s^miùif fa bont^ po^r i^Iadame la Pauphiae^ 



nf lui ^enufentpa^ de h contraindre autant ^*îl$ 
Tauroient defîrét 4^ n^W parvinjrent*iU à Vér }7fOf 
loi^ner d'elle , au lien de Ven rapptpçt)er > â 
quoi Tauxolt néceilai^^me^t conduit le ton ùtçile 
^*elle avoit pris avec Sa Majefté, 

Après tous l^s fpeâacles 4ont la galanterie 
fraiiçpi/è «ivoit amufé Madame la Daupbioe, le 
Roi lui an foutjtik ua pl^us majeâueux^ qu'on ne. 
yoit w'e» ce soyaiiimf, & dopt U coup d'ceil 
i^poUnt sM^rott pu doaiier à la Prîia<:dQ[e une^ 
idé^ de la grandeur du tfôi;ie , o^ ?lle étbit dfiC- 
Ùnée à s'affeoir ua Jour, s'il n>ût été on même 
tfiXRs açcoinpagné de la coiiâeri\atîon de tous les ^ 
aâeuri. Nous ^OigloBs parler du lit de jui^ice 17 Juin* 
du 17 Juint Da^s Ton origine , 9c ièlon fa Vf aiç 
naiMre , un iîi 4^ m^îce efi: n^ ^nce fole^i- 
n^Ue du Roi 9^P|ri^iiif9^5 pour y 4âiWfeç f^f 
1^ a/Çi^fes iinpartaf^t^ 4e iqç Ji^mi.. €>ft I9 ço^ 
Uiittatip9 df OBI aiiçienç^ ^geçiblçei^ g^^^fa^s » 
q^ (è lenpiem ^uefojU^ iS^ qu'on eonnoifloit. 
Tous le nom de Champ de Mars ou de Md » ^n^ 
oises enfK^lte P toqués gin^r^fix 9 Ççurs pléuifféis $ 
pUin Pari^r^éBt , Ofaffd-^Ç^fiiL 

Les Rois y fiégeoie»! alors Cnt un irâpe d'of« 
Pepuîs que ces aiTemUlées Ce font formées dans 
Tintérjeur d^ln P^Uis • 09 y a fiibiftitué un da» & 
des couffin». Dle-U le oom de Lit de }^(iiçe» 
Bafçe que dans 1^ Ung^e antique un fîege çou-i 
▼ert d'un dais s'appelloit «n lit. Cinq <:ouflrins 
forment le fiege de ce Ut. Le Monarque efl 
^(Gs (Ur Tun, u9 autre dent lieu de dQ^ûf» 
deux fervent comme de bras & foutiennent les 
coudes de S. M. Le cinquième eft fous fes pieds. 
Charles V renouvella cet ornement. Louis XII 
dans la (uîte l'a refait à neuf; il fub/îftoît en* 
coie fous le règne de Louis XV » qui en a & 



(188) 

(otnFent uCt qo'tl ne (èroîc pas fiirprenan» qu*3 
1770» en fallut anjourdlmi mi nooreaiu 

Les Rois réunifloîent dans ces aflèmblées gé- 
nérales tons ceux qui avoient droit de fbffirages ^ 
les Princes , les Pairs , les Barons , les Sénateurs 
ou Gens de loi. Le Souverain 7 faifoit propo- 
1er > & (burent propofbît lui-même le (ujet de 
la délibération. Celle - ci étoit véritable Ôc fe- 
rieufê } chacun opinoit tout haut , afin que le 
Roi pût entendre les avis 8c les pe(èr« A i^é- 
- (ent , au contraire , c'eil le Chancelier qui . va 
recueillir les voix dans les rangs diâerens. Cha- 
cun parle bas , ou ne parle pas. Le Prince n'en- 
tend rien de cette fcene muette où , par une 
étrange inverfîon de la nature des chotês , il 
Ce trouve hors d*étatd*en profiter & perfîde dans 
une résolution priCe » Huis que Tobjet de la féance 
qui , dans riniHtution , étoit de Téclairer , de 
l'y confirmer , ou de Ten détourner (uivant le 
bien on le mal qu*on y découvriroit » ait été rem- 
pli aucunement. 

Dans la forme primitive des Lits de juflice , 
on ne pouvoit trop defîrer de ces àiïemblées , 
dont il ré(ult<$It de la lumière & des connoif- 
~ Tances pour le fouverain , des biens infinis pour 
les peuplés , des avantages inefiimables pour le 
royaume. Les maux publics y étoîent expofés , 
les (urprifès dévoilées » la vérité parloit & brillpit 
dans tout fon jour. (* ) 

Un Lit de juflice aujourd'hui n*e(l qu'un fimu- 
lacre des anciens ; le Roi ne fait qu'y répéter c^ 

( * ) On petit voir là-dcffus une Lettre ft» les 
UtsdejHjlice ^ datée du i8 Août 175^, 



]ti^n avolt décidé dans Ton Con(êiU Tout y paflê 
fans examen préalable > fans délibération véri*- 1770* 
table* C*eâ un aôe de puifTance abfoliie , qui 
ti*a lieu communément que pour des loix re- 
jettes parles cours, 8c conféquemment pour des 
loix mauvaifes 6c déiafireufes : c'eil un jour de 
deuil pour la nation* ^ 

Tel fut celui où airi{la Madame la Dauphîne 
dans une lanterne* Il Ce tint avec le cérémonial 
ordinaire à Verfailles* Le Chancelier ayant pris 
les ordres du Roi , y pronon<^a un difcours , dont 
le réfumé étoit que S* M. n*avoit d'abord pas 
voulu admettre la requête de demande en jufiifi- 
cation par devant la Cour des Pairs que lui avoir 
présentée le Duc d'Aiguillon au mois de Janvier 
^766 , perfiftant dans (on intention d'éteindre les 
troubles de la Bretagne , & de ne permettre rien 
qui pût les réveiller ; que depuis S. M, ayant 
vu que ledit Commandant de Bretagne Ce trou- 
voit compromis par des informations faites dans 
cette province , & voulant connoître par elle- 
même quelle étoit la nature de ces accufations» 
elle avoit rendu des Lettres-patentes pour cette 
inflruâiofi ; que l'accès du trône avoit été ou- 
vert ; les formes avoient été fuivies , les témoins 
entendus, tout l'appareil exécuté; inais que S* M* 
avoit reconnu avec indignation dans le cours 
de la procédure ; 1^. qu'on Ce permcttoitde s'in- 
gérer de l'examen & de la difcuflîon d'ordres 
Imanés du trâne , & qui liés continuellenient 
.avec l'adminifiration dévoient relier dans le fecret 
jdtt miniûere ; qu'on avoit pouffé la témérité ju& 

Îues à annexer des arrêts du Con(èiLaux dépor 
tiens : x^. qu'il regnoit dans toute cette affaire ^ 
jtine animofîté révoltante , une partialité mar- 
quée; que plus on* la (bndoit , plus on y trouvoI( 



•1*^70. *f 6iiloit tlétournet les yeux; qu'en conffqueiuîe 
il lui phtfbît de ne plus ^?ritertdre patbér de à | 
■f ?ocès , lirrêter par la plénitude de (a {JUifliftà 
toiife procédure ultérieure , 8c itriporer ttn fîleiée , 
^(blu fut toutes les parties des acctxfatioMs réd- ' 
' proques. 

Ce difcôurs fut fuîvî de rénregîflrèrhent des 
i^res-paftentes nouvelles , qui annulldient toit 
et qui avoit été fait jufqu'alors , taiit contre le 
Duc d'Aiguillon, que cohtre les fîeurs de laCha- 
'Iptaîs & de Caradeuc ; qui ordotinoient que toit 
aôe concernant cette affaire fût regardé cdthÉte 
non avenu, défendant à qui que ce foit de laré- 
téiller , & impoïànt refpeâivemèiit te filencc te 
'plus ablblu. 

* Nos Ledeurs , déjà fbulevés d'itldîgnatîoh àto 
récit de ce fait, nous difpenfent d'aucune réfle- 
>tion fur la démarche humiliante ^û l*on avait 
im^ené le Monarque dans cette affaire, 4ui , poiit 
la troifîeme fois, ïe terminoit âinfî. Il fetnbloit 
•qu'on ne Te ut porté à lui donner à celle-ci le plvïs 
^rand éclat , que pour ie rendre plus folemhelle- 
tnem la dérifîon de la France & de l'Europe en- 
^tiere : liSifeui peut-être dfe fon royaume n*ehroà- 
•gît pas.Bcs lèfoir même , il nomma le Duc d'Ài- 
■^uîlloh du voyage dé Mariy , & l'admit i i'hon- 
mBiir 4^ Ibupër avec lui. 

Le Patleiiidit revitit fur?eiix : diéja.prév&yânt 
lé cotip id'autorité ijui i>6iirroît fe frajjper dans 
xétte {çâhce îrrcgulîère , il avoit fàh pafler tih 
'arrêté en préfence des Prîricés & dfes Wîts , où il 
^ llédàrbît qu'il ne regàrdérolt jamais cofhnHê JuÀt- 
Hè tout a:cdifi qiJi le fefôit rfatis tin Lit de ftifiîce , 
. "ic tiotattîrièhtle'lîetif Dtic d'Aiguillon. Pôtir em- 
tié^heria Aritis àk'téttttèti^k^ùi, tn fûttm 



Je raâêmbtje , iiifima au» Princes & 'Pairs qui n. 1 

bTeconduîCoienf, (ùiiahi l'étiqueiiç , des dé- 1770. 
KaCes de Ce rendre , le lehdemain au Palais , aînli 

^uèdi prendre aucune part i la délibéraiioncom- 
niencïe concernant l'Eu- commandant de Breta- 
gne , leur donna ordre , dans le cas où , Ce trou- 
vant en la Cour, i l'occafioh de quelque autre 
afirre , on Toudroit àgiier celle-U , de Ce fetiret 
fur le champ. ' 

^ Lé Chancelier, toujours rufé, Te flattoit, par 
CM incident , de donner le change au Parlement; 
niais celui-ci ne perdit pas de vue fon objet prin- 
cipal, & rendit uii Arrêt à jamais mémorable,! Jui'IU 
cù j déclarant que le Diic d'Aiguillon éioît gra- 
vement inculpe , & prévenu de (bupçons , meiiié 
de ^iis qui entachoiem fon honneur, il lûTpen- - 
police Pair des fonflions de la Pairie, jufqu'à ce 
3«e j par un Jugement rendu en la Cour des 
Pairs, dans les formes, & àvèt les foléinniiéi 
freictites par les Loix Sr Ordonnances du Royau- 
^^ , que rien ne peut îuppléer , il fe fût pleine- 
iatiit purgé,' &c. . ' 

Dts Commi flaires du Parlement Te iraiiïportc- 
rentfurle champ, par ordre de la Cour, chez 
j'mptiniêùi, ponrfaireimprimérfoûi leurs yeujt 
la minute, dont il fut tiré dis mille eKçmplaires, 
« fait figriificàtion , dans l'tieure j ^u Duc d'AÎ- 
piillon , ^ui fe irouTà chez lui ; & les Cham- 
wçsne'fe lïparérétit qu'après qu'il leur' eut -été 
tendu compte de l'eKécution entière de l'Arrêt, 

W. de Maupeou, jnVpbiir dupe, à'IÔn tour, 
P^r cette tournurï(."à Taquélle il. rie i';itiendoît 
pa*, éprouva toufcBhûnieut'-^u'iravcIt donnée 
^Patlêment, quand, on. Jùî"j«;éftiiia cet Arrêt, 
* 's déchira de d^pi h p'iiJlo jj-jccoiirir de nou- 
Vsïu ?.u Roi, Si ■ÊBux'êïTe* ïepfgcKes 4e 5, M, 



1 

n falloit calTer cet Arrêt, & çrès-inG^flammeut .' 
1770. il failoît couper court aux fuites ^ue cela ne 
manqueroit pas d'avoir; arrêter la fermentation 
qui en atloit réfulter dans les autres Cours , fur- 
tout ^ Rennes & aux Etats de Bretagne , qoi 
dévoient s'ouvrir cette année. Cétoit une hy- 
dre de tracafleries ; cent remontrances pour une 
Hc^ Qui alloient -naître; peut-être des (ufpenfions de 
fervice , des ceffations, des démiflions. S'il eut 
été feul i diriger fon maître , tout cela ne Teût 
pas effrayé : il connoiflbit ion corps ; il avoit cal- 
culé le genre de rélîftance que chaque Membri 
pouvoit oppo(êr ; & il (avoit comment sy pren- 
dre pour gagner les uns, pour intimider les au- 
tres , pour le fubjuguer ainfî avec le tems , & ei 
détail ; maïs il étoit contrée-balancé par Tafcen- 
dant que le Duc de Choifeul confervoit cnc«rc 
fur refprit du Roî, Ce Minière l'a voit dcmaT- 
qué : il n'y a voit aucun efpoir de le regagner; 
& Il n'ignoroit pas qu'au contraire , le Duc intri- 
guoit fourderoent pour exciter & foutenir les 
Parlemens dans leurs ^ntreprifès; Ia vengeance > 
cette pafHon G aâive dans certaines âmes, Ipi fit 
concevoir refpoir de vaincre les difficultés , de 
furmonter les obftacles , & de renverfer jufques 
au bienfaiteur auquel il devoit foh élévation ; ex- 
trémité où il le forçoit de Ce porter, puifqu'il 
étoit devenu (bn ennemi. Il fallut > pour cela, 
fé lier plus étroitement au Duc d'Aiguillon > le 
favori de la favorite. 

Dès le lendemain de TAnêt, leChefde la Jut 

t Juîl. ^^^^ ^" fit rendre lin par le Roi dans fon Con- 

* * ftil , qui le cafloît , & en]otgnoît à Taccufé de 

continuer (èà fohâîons de Pair de France .'il le 

fit /îgnifier au ParlepeBL cï'une m^iiîére iftfoUte 

& méprifante» Cela* fou/nll matière X de nou- 



f .• -.<■. 



'= ■ "• vélles 



Veiles remontrances, & il y ayolt bien de quo! ; .' ■! 
car indépendamment de toutes les formes vio- 1770* 
lées : quoi de plus bîfarre que dans une indance 
contenant des délits aufti graves « concernant les 
troubles d'une grande Province « durant depuis 
plufîeurs années , ayant donné lieu à des procé- 
dures monârueufes > ayant compromis la liberté 
d'une infinité de citoyens , de trouver tour-à- 
tour innocens les accufés & Jes accufateurs ; 
qiî'après avoir déclaré tels les Procureurs-Géné- 
raux , de déclarer âuffi telle Commandant q^û 
les avoit inculpés f Quoi de plus cOntradiâoire> 
qu'après être convenu folemnellem^nt de la né- 
ceffité de laver la Pairie des crimes d'un Pair, 
ou le Pair des crimes qu'on lui imputoit(*); 
qu'après avoir fait dire au Roi qu'il vouloit que v 
la liberté des opinions fût entière ; que les cou- 
pables fuiïent punis , s'il y en avoit , avec la plus 
grande févéritc , de lui faire cn(uite prononcer 
aveuglément ^u^l n'y en a point ? Quoi de plus 
abfurde , que de prétexter que c'eft pour appai- 
ftr & enfevelir â jamais dans l'oubli les diffen- 
fions , lorfqu'ayant tenté vainement cette voie 
a différentes reprifes , l'on a éprouvé que c'eft 
le moyen , an contraire , de les faire renaître » 
de les augmenter & les^erpétuer. 

La manière dont s'étoit conduit M. de la Cha- 
lotais en pareil cas, & celle dont fe conduifft 
fe Duc d'Aiguillon , décident .feules quel étoît 
k vrai coupable. Ce dernier , bien loin de fe 
plaindre comme le premier, qu'on empêchât par 
une tournure auffi despotique Ton innocence 



O Exprcffiojis du dlfcours du Chancelier à 
1 ouverture de la féancc du 4 Avril. 

Tomc'ir. I 



N 



C194) . : 

sr d'éditer , bien loin d^infifter auprès du Roî pouf 

1770, qu'il voulût bien hiî permettre de Ce jutlifier ju- 

rtdiqueinent & iaîifer un libre cours à la juftice , 

eut la lual-àdrefTe de manifeder publiquement fa 

joie , & dès le fbir du jour où l'Àrrét de caffa- 

tîon fut rendu , de donner un fouper Iplendide 

à (es partifans & à Tes créatures. Le Duc de 

Briflac n'en penfa pas de mênie. Ce Seigneur « 

d'un génie romanefque , & dont les exprefTions 

portent toujours l'empreinte de Ton imagination 

TÎvc , originale & pittoiefque , s'écria énergi- 

quement, que Vaccufé avolt fauve fa tête , maif 

quon lui avait tordu le coum Comme c'étoit à la 

ComtefTe que le Duc d'Aiguillon deroit Taâe 

d'autorité du Roi > on ne manqua pas de conil- 

gner le fait dans ce malin Vaudeville : 

Oublions jufqu'à la trace 
De mon procès fufpendu. 
Avec des lettres de grâce 
On ne peut être pendu : 
Je triomphe de l'envie > 
Je jouis de la faveur > 
Grâces aux foins d'une amie , 
J'en fais quitte pour la peur. 

Cependant les Remontrances du Parfemem fu- 
rent portées au Roî , & une phraft qui s'y trou- 
va dirigée fpéciàlement contre le Chancelier , 
çû en parlant des dernières Lettres-patentes, oa 
s'écrioît : eft'ce impéritie , efi- ce mauvaife foi ie 
U part du RédaQeur ? acbeva de ralîéner. D 
)ura que les auteurs l'e&c^Fokné de^ leim la^. 
TELtB > & dès-lots il vouloit faire décerjser pat 
S» M. quatré^lettres de cachet contre eux; mais 
elle ne fe rendit pas pouç le momemâ fa %-. 



geftîon dans la crainte d^une ftrmerifatîcvrt qu-elle 
confenroit encore refpoir de calmer. Elle le ^T/^ 
perdit bientôt, ^on-feulement le Parlement de 
Paris perfîffa à s'occuper des fuites^ de l'affaire , 
mais plufieufs Claffes deProvince firent des arrê- 
tés contre ^le Duc d'Aiguillon. Celui de Bor* 
deaux fur- tout, fe fîgnala par un , qui valut au 
jeiine Màgîftrat , ( * ) f'on auteur , & h captivité 
& rilluftratîon. Deux Magifhats (f) du Par- 
lement de Rennes , plus întéreflcs que tout autre 
à ne pas foufcrire au defpctirme du Souverain , 
furent arrêtés à Compicgne en fortant de Pati- • 
dtence du Roi. Le Monarque ne fâchant plus 
comment fe tiret du labyrinthe où il s'ctoit Jette r 
las d'*erret à l'aventure ôc de tomber de p/ege ett 
yiege , rcfblut de s'e^n confier abfblcment art 
ChanceKet & d'éprouver fî, en lui remettant fort 
îtitorité, il en fbriiroit à fon honneur. Il' fe ré-' 
daifît au rôle de fîmple fpedateur , bien décidé 
à le fîflier , comme Ces Courtifans , s'il ne tenoîe 
pa? parole 8c échou<.>it : ce que fon bon fèns lui 
ftifoit prévoir, & cependant il lui remit fès de(^ 
tins. Cétoît ce qtre vouloit M. de Maupeou; 
non qu'il eût" aucun plan fixe , mais il connoif- 
foit trop les hommes pour rîe pas calculer jut 
qu'où l'on peut les mener par la crainte des châ- 
cimcns ou l'appas des récompenfès, 

n commença par un coup d'autorité , digne 
it lui & de tout ce qui avoh précédé. Il mena 

( * ) M. Dttpaty 9 Avocat-'Général de cette Cour 5 
ce qui rendit l'accufation plus grave , en ce qu'é- 
tant rhomfne du Roi , il étoii difpcnfé de fe m^- 
Ver de U délibération , bien loin de la fuggérer, 

( t ) MM. de k Noue & de Laiàc. 

1 Z 



( 1 9<5 ) 

le Roî au Parlement , furpn's , & à peine ayant 
1770. eu le tems de fe raffembler. Il fit enlever du 
greffe toutes les minutes de la procédure cqiî- 
cernant le Duc d'Aiguillon. Il fit intimer par 
S. M. des défenfes de délibérer , d'agiter même 
cette matière. Il fit en quelque forte chaffer de 
là Grand'Chambre MM. des Enquêtes & des Re- 
quêtes , qui eurent ordre du Roi de (brtir & de 
fe rendre à leurs Chambres , 8c par plufieurs pe- 
tites rufes de forme , il gagna les vacances & Ce 
donna le tems de méditer d'autres entreprises 
• plus décifives. 
/^iiléipft^- ^' ^® Maupeou concevoît parfaitement qu'il 
tv^^ #_^?pe réuffiroit jamais , s'il ne lê débarraffbit du 
'^^J^'^ Winiflrequi roffufquoit.Ceft^ quoi il travailla, 
c^Béf^mu^ de concert avec le Duc d' ATguillon , qui n'/ 
etoit pas moins intérefle *; & la Comtefle Du- 
- barri qui le détefioit de plus en plus & ne pou- 
Voit lui pardonner fes mépris. Celle-ci, plus 
franche que les deux autres , ne le cachoît pas 
de fon at\tipathie , &^ce qui la rendoit plus 
dangereufe auprès du maître , c'eft qu'elle y don- 
noit une tournure puérille & folâtre , très-agréa- 
ble à Louis XV. Quelquefois elle prenoit une 
orange dans chacune de Ct% inains & les lançoit 
cnTair alternativement, en s'écriant : y2w/rtf Chol- 
fcul! faute ^ PraJlLn! Une autre fois ayant ren- 
voyé un Cuifinier qui refTembloit au Duc , (on 
ennemi , elle dit au Roi :jai chajfé aujourd'hui 
mon Choifeul^ quand chajftre^- vous U votre. 
Qui le croiroit \ Celle qui contribua le plus à 
I l'événement , fut la Ducheffe de Grammont , fa 

four. On eut dit que non contente d'avoir été 
la première caiife de fon dîfcrédit , elle n'auroit 
point de ceiïè qu^elle ne l'eût fait abtblument 
jKxpiUfeç dç la Cour » tant elle s'y prit gauche: 



(^97) 

ment pour fe venger & fupplaiiter (a rîvale. Au 
lieu de tenir ferme à Verfaïlles & de miner four- ^77^' 
dément â la manière des Gourd fans , elle ïie put 
renfermer (a rage , elle s'exila elle-même , fons 
prétexte de voyager. Elle fut aux eaux , Se 
ayant pafTé par différentes villes de Parlement, 
elle fournit matière à une inculpation grave , 
odieufe & plus propre que toute autre , à irriter 
le Roi. On lui fit entendre qu'elle avoit eu des 
conférences avec eux & les avoit excités à la 
. réfiftance , en les alTurant de la proteâion de &ti 
frère. Cette accufatioh produiHt un tel effet fut 
Tefprit de S. M. , que dès-lors elle fe refroidit 
(èn/iblement envers fon Miniftre ; çUe ne l'ho- 
nora pas d'un mot de conversation , quoiqu'elle 
continuât encore de travailler avec lui & de Tad* 
mettre à fês foupers* 

LouÂs XV avoit fort à cœur de fe voir débar- 

, rafle des tracafferies de fes Parlemens » mais peut- ' 

être n'auroit - il jamais pris un parti violent > 

contre le Duc de Choifeul, fi à ce grief on n'en 

eut joint un autre , celui de chercher à alhiraer 

la guerre avec les Anglois, comme le moyen 

de fe rendre néceffaîre & 3e reprendre toute fon 

influence. Cette accufation^ ailèz vraifemblable» 

conforme au génie de ce Minifire , Ibggérée par 

les circonftances , étoit cependant difficile à 

prouver, & le Roi héfitoit toujours. En vain 

ià charmante M aitrefTe, dans ces ' orgies où le 

Prince brûlant d'amour, & la tête échauffée des 

vins exqub qu'elle lui verfoit , fe prétoit à tous 

fcs defirs , lui avoit déjà fait fîgner plufieurs 

fois le renvoi du Duc de Choifeul^; le matin , 

revenu à lui , il jettoit au feu cet arrêt de proG> 

crîption. Le Chancelier eut recours au moyen 

extrême qu'il méditoit depuis long - tems. Il 

I 3 



fil.f of tf r an Parlement un Edit cofitenaiit dansion 
1770* préambule les inculpations les plus graves con« 
ue les» Magi (Irais ; enfbrte qu'ils ne pouvoieot 
renregîQrer fans Ce déshonorer* Ses émiflaires 
7 Dec. furent à jréclamer contre. Lit de Juftice en con- 
' Csquence où , malgré leur arrêts , ils eurent la 
mortification de voir fîéger le Duc d'Aiguillon 
, parmi les Pairs. Protefiations de leur part , re« 
pcéfêntations « rufpenfïon du (èrvice dans leur 
douleur profonde j qui ne leur laifle pas l'ei- 
pgt afTez libre pour décider àes biens > de la 
vie 8c de l'honneur des fujets. Enfin commence 
ce combat étrange > dans lequel le Roi s'obûine 
à ne pas écouter Ton Parlement qu'il n'ait repris 
Us fondions « & le Parlement à ne pas repreo- 
dre Us fondions que le Roi ne Tait éconté* 
Depuis quinze jours duroit le (peôacle incroya- 
ble d'un Monarque» s'annon^ant comme ab(blu , 
exigeant que (à volonté faiTe loi y & d'un Corp 
de MagîArats ytéCiù^nt quatre fois à (es ordr£s , 
donnés (bit par écrit de (a main Royale, £bit 
de fa bouche, foit par des Lettres de juffion les 
plus préci(ês & les plus caraâéri(ees , (ans que 
depuis ce tems le Priitce eut déployé la puiilânce 
defpotique qu'il s'approprioit & qu'il dédàroit 
« éfider dans Ton eilence. Paris étoit dans l'atten- 
le « & cet événement fai(bit la matière de la dif» 
cufllon de tous les politiques & des diverfès dafles 
de dtoyens. Les grands , les militaires qui font 
pour une obéi (Tance ab&lument paffive , pout 
que le Roi fafTe tout ce qu'il veut , dans VeC- 
poir de jouir à leur tour du même privilège , à 
raifon du ^roit^du plus fort > blâmoient haute- 
ment le Parlement éc le jugeoient coupable d'unr 
révolte très-criminelle. Le Clergé:^ ennemi jurî 
d'ua corps qui s*étoit toujours oppo(2 â (ks pxér 



tentions, qui Tempéchoit d'étendre Con pouvoir — jl^j 
& de ûibjuguer l'autorité même en (ùbjuguant 1770* 
les confciences , animé de Tefprit de charité qui 
le dévore^ deyouoit la Magidrature aux der-^ 
iiiers (tipplices. Le peuple , accablé d'impôts , 
mangeant le pain, fort cher, fans la moindre ré- 
fidance de la part de ceux qu'il étoit accoutumé 
à regarder jufques-là comme Tes pères & Ces dé- 
fenfeurs , voyoit la querelle aflez indifFéremment: 
il ne s'intérefToit pas à un corps qui le trahiïïbit 
lâchement & ne s'échauâàit que fur ce qui lui 
étoit perfonnelt Les Phtlorophes feuls > les vrais 
pFançois, un peu plus profonds rai Conneurs , fai* 
iiilantles conféquences intermédiaires de la chute 
du Parlement , gémiifoient de lui voir enlever 
une autorité qu'il n'avoit exercée que pour lui- 
même , mais que dans un moment d'enthoufiafme 
patriotique» il pouvoit mieux employer; au lieu 
que par (à chute s'établifloit le defpotifme le plus 
formidable* Dans cette cnCç violente les Magîf- 
trats qui s'actendoient chaque nuit à fe voir en- 
.lever par Lettre de cachet, étoient (îirpris de le 
trouver encore libres chaque matin. Mais le 
moment n'étoit pa^ arrivé , il en réfulta feule- 
ment ce que defîroit la cabale conjurée contre le 
Duc de ChoifeuL Madame .Dubarri, foùfRée 
par le Duc d'Aiguillon 9c le Chancelier , difoit 
au Roi , i mefure qu'excédé de cette lutte péni- 
ble 9 il verfbit dans (on Cein (es perplexités & (a 
douleur > que rien ne finiroit tant que le Parle- 
ment fe (bntiroit appuyé à la Cour par un Mi- 
nière qu'il regardoit comme capable d'arrêter 
les coups qu'on vouloit lui porter , comme plus 
puifTant que S. M* même ', tant qu'il exiûeroit 
une correfpondance entre eux. Cétoit prendre 
par fou foible Louis XV , qut.confentit décidé- 

1 4 



( io6) 
ment i l'expulfion de M. de ChoîfêiiL Le 



1770. de la Vrillîcre « nouvelle dignité qu'avoit acquifc 
le Comte de Saint - Florentin pour (es bons & 
loyaux fervices en Bretagne ^ vint lui porter la 
fatale Lettre de cachet , conçue en ces termes : 

Mon Cpufin , 

» Le mécontentement que me caufènt vos fer- 
» vices j me force à vous exiler à Chanteloup 9 
» où vous vous rendrez dans vingt-quatre heu- 
» res. Je vous aurois envoyé beaucoup plus loin 9 
3» fi ce n*étoit l'edime particulière que jai pour 
» Madame la Duchefle deChoi(èul>dont la fanté 
3> m*eft fort intéreffante. Prenez garde que vô- ^ 
» tre conduite ne me faflè prendre un autre 
» parti. Sur ce j je prie Dieu > mon Coufin ) 
91 qu'il vous ait en (a fzinte garde. » 

La préfence de Con collègue était une drconl- 
tance humiliante , en ce que ce Minillre y oncle 
du Duc d*Aîguillon , ne pouvoit qu'être trcs-ft- 
tisfait intérieurement de fa commiflion. Auill 
Texilé ne fut-il pas dupe de fbn compliment de 
condoléance, & lui répondit : Monjuur U Duc^ 
je fui* ferfuadé dé tout U plaijir que vous avef 
h m' apporter une pareille nouvelle* Du refle , ja- 
mais &vori ne (brtit de place avec plus de gloire. 
Sa di(grace fut un triomphe. Quoiqu'il lui fût en- 
joint de ne recevoir perfonne pendant Ton (ejour 
à Paris » une foule immen(ê de gens de toute 
cfpece te fit înfcrire à (à porte , & le Duc de 
Chartres , fon ami particulier , força toutes les 
bajrrieres & fut fe jetter dans fcs bras en larro- 
fànt de larn)ies. 

Le lendemain , jour de (on départ « ceux qui 
n'avoil^nt pu voir le Duc de Choilèul > furem 



(1201) 
ft mettre fiir 6 route , & le chemin fe trouva 
bordé d'une quaniité de carofles formant une 1770m 
double hùe» 

Il n'y eut que le Maréchal' d'Etrées qui nç 
mêla point Ces acclamations à tant d'autres. Il 
étoit mourant. Quand on lui apprit le renvoi 
- de Con ennemi capital , il iè ranima : /^ ^ . • . . • 
é^ donc pan f y s'écria- 1^ ily/c pire /ans/ait ! 
& il pafla peu après. 

D*où provenoit tout-à-coup cet excès de fa- 
nattfine ? Le Duc de Choifeul méritoit - il tant 
de regrets ? Son renvoi étoit -il une vraie ca- 
lamité pour la France î II eft certain qu'on le 
prônoit beaucoup dans ce tems-ià ; que ce Mi- 
niftre, trcs-critiqué , étoit devenu depuis peu 
ridole d'un certain parti & de la multitude aveu- 
gle , qui juge fur parole & fe laifTe entraîner par 
quiconque a l'intérêt ou le defir ardent de diri- 
ger fon affeâion. ht$ membres du Parlement , 
moins fans doute par admiration de fes taleris 
que par haine contre leurs ennemis communs., 
affedoient de dire dans toutes les fecictés que 
c*étoit le plus grand Miiiiftre qu'eût eu la France^; 
que ce_ feroit la plus grande perte qu'elle put 
iaîre s'il étoit difgracie , & de cette répétition 
continuelle d'éloges particuliers , il en étoit xèr 
iulté un concert général de louanges ♦ auquel on 
fbufcrivoit , fans que perfonne eût pu trop ali- 
gner le motif de Ton (iifFrage. Ceft par fes opé- 
rations qu'il faut le juger, par la comparaifon 
de fa (îtuation oii étoient Ces départemens lorf- 
qu'il les prit, avec la fituation où il les a laiiïéf. 
On ne peut raifonnablemenr lui attribuer ït$ 
malheurs de la guerre de 1756 : le cours en étoit 
trop avancé lorfqu'il vint à la tête des affaires j, 
pour pouvoir le changer. Il faut même lui f^-: 

J 5 * 




(202) 
rcit quelque gré de la paiX) que tKMis smriooi 
^770* pent'étce £ûte plus bonteu(b (ans Con paâe de 
famille , donrr£(pagne eut (èule à (^ reptatir» 
quoiqa*eiie ne parut pas lui en témoigner de 
rhumeur^ par Telpoir qu'il lui donna' Yraiièm* 
blableraent d'un (iiccès pkxs heureux par la Hilte. 
Il Ceroit feSidieux de reprendrela récapitulaticn 
de (es ceuvres , comme Secrétaire d'htat de la 
marine» de la guerre, des a&ires étrangères: 
nous en arons donné le tableau , 8c l'on peut en 
juger. Nous n'infîÛerons que fur un point, for 
le ton de dépendance oà il ayoit iponté tous les 
départeoiens, ce qui éà>it (ans exemple; (utGk 
prodigalité e«ce(Iitre envers (es créatures : d& 
feuts avec le(quels on ne peut ;amats être graad 
Mintûre , parce qu'ils tendent néceflairement à 
£iire échouer, tout ce que le génie pourroit en- 
treprendre 9 parce qu^aujourd nui où tout eâ calr 
eut , le Monarque le plus «edoutable , le {^s sAr 
de vaincre » eft cehiî qui ,' par (on économie > s'eft 
ménagé aflêz de iàcukAi pout (butenir le plus 
long-tems les dépends de la guerre^ Sous oe 
point de vue , toutes (es (avantes &, artificieu(ès 
€ombinai(bns pour travailler de divifions întefi»- 
nes, ou occuper de querelles étranges les ua^ 
tions que redoutoit fon maître , étoient fauflès , 
en ce qu'il (àcrifioit pour cela les tré(br$ du roya»* 
ine, l'énervoit & le mettoit de plus en plus hoi» 
d'état de reprendre fa (bpériorité. Lorfqae M. de 
Vergennes , Ambaffadeur de Frariçe à Cenilan* 
tfflople ,-^u'il prefloit de faire déclarer la Porte 
contre rimpératrice de Rtiffie^ lui écrivoit ; Jif 
ferai armer les Tuns quand vour iH>udre^ ; ai^is 
je tùus préviens quiU feront battus ; fwf cent 
guerre tournera eon4re Pos^ intentions , €n rendant 
h Ki^ j^s glorieiêfe & flms paiftntt f çc Nc; 



.goctateurfemofltroit, fans doute, bîcli fup&ieiit sasHae 
çn politique à M. deChoifeul. 1770 

Ce qui prouve encore le plus la profondeyr 
de Ces vues , c'eil que , malgré tant de défavan- 
J^gjes , on ne peut guère douter qu'il ne fongeit 
leneufement à replonger la France dans la guer- 
re, comme l'en accuferent Tes ennemis auprès 
du Roi, Les ordres qu'il avoit donnes awx Offi- 
ciers , paffés dans l'Inde à cette époque , étoient 
abrolument hoililes, à ce qu'ils ont déclaré de- 
puis. C'étoit par l'Efpagne qu'il comptoit la faire 
commencer; &, au moyen du paâe de famille, 
fon Maître s'y trouvoit engagé malgré lui. La 
foibleflè du caraâere de Louis XV lui répondpit 
qu'il neréfiâ^roit point aux rcquifîtions de cette 
.alliée, qui naguère s'étoit facrifiée pour lui; 5c 
que , par cette même foibleflè, fentant le befoin 
qu'il avoit d'un Miniftre tenant dans Css mains Ifes 
fils divers de unt d'intrigues , il n'ofcroit le rea- 
voyer. 

X-e fiijet du différend alors étoît une prétention 
des Efpagnolsfur les iiles Falkland & Maloïnes, 
où ils s'étoicnt emparés du port Egmont , dont 
ils avoient chalTé les Anglois. Ceux-ci fe pM- 
gnoient hautement d'une entreprife qui n'étoit 
rien moins , félon eux , qxt'une inficadion au^ 
traités les plus fol.emnels , & menaçoient de fe 
porter aux dernières extrémités, iî on, ne leijMT 
donnoit l4tis£aâion. Les conférences s'entamè- 
rent avec beaiicQup d'aigreur de part & d'autre; 
& ce qui confirme que TEfpagnc n'agifloit que 
|>ar une impulfîon étrangère , c'eû qu'à peine le 
Duc de Clîoifeul fut-ij hors du Mi^iilere^ que la 
face Af la négociation changea; que non-(cul&- 
jnent S. M. Catholique confemit de défdvouçT 
i'^tfiy^fi^Xvit le forn Egmont , âç 4e ieu4fe lc;f 



îûes Falkiand , mais .qu'elle accéda même i niw 
i770t acceptation pure & fimple de l'évacuation, fans 
infifter fur un examen pacifique de Ces droits, 
«tent on étoît d'abord convenu , & auquel fe re- 
fufa bientôt , avec hauteur , la Cour de Londres. 
Ce fut donc un bonheur réel que Texpulfion de 
ce Miniftre brouillon & turbulent dans ce mo- 
ment critique. En vain , ne pouvant trop arti- 
culer en détail le bien qu'il avoix produit durant 
fon minifiere, fes pardfans^'écrioient vaguement 
qu'il en impofbit aux Anglpis » qu^ils le crai- 
gnoient; (à retraite , loin, d'être le fîgnal de la 
guerre , fut le fceau de la paix, (ans que les en- 
nemis de la France aient ofé depuis Ce prévaloir» 
jusqu'à la fin du règne , de Ces malheurs , de ^ 
divisons , de fa foibleflè & de fon anéantilTe* 
menu 

<^vftéiùi/f^jif /ii^Qw^^*'^ \^ R®i *^*^ût pas contre le Doc de 
J^ ^ ^^ rraffin les mêmes motifs de mécontentement que 
>^^^^^ contre le Duc de Choifeul , (à difgrace étoit une 
^^^ fuite néceiïaire de la première : il reçut^ le même 

jour , une Lettre de cachet beaucou£ plus coune 
& plus méprifance. Elle portoit : « Je n*ai plus 
» befoin de vos (crvices ; & je vous exile à PraC- 
»> lin , où vous vous rendrez dans vingt-quatre 
» heures »• A l'humiliation près, ce Seigneur 
n'auroit pas été affligé de (a retraite. Il ne co»- 
fèrvoit (a place que par complaifance pour (on 
coufin \ il ne foupiroit, au fond > qu'après le re- 
pos ; c'étoit (on vœu fecret. Sa difparition du 
Département de la marine ne fit aucune rènla^ 
j tion ; & cependant, à ne confîdérer que I-9 ui? 

chanifme de (es fondions , il ne les avoit pas mal 
remplies , & il donnoit plus d'inquiétude aux ri 
vaux de la France que (on coufin , qu'on s'efibr- 
'çoit de peindre comme leur ép ouvanlàii. Oa 



coniptoît> en ce moment dans les ports « loixante- 
quatre Vaîffeaux , indépendamment de ceux qui i'ffà% 
étoient fur les chantiers; toutes les matières né- 
ceÏÏàlres pour en conflruire dix ou douze de plus» 
& environ cinquante grofTes frégates ou corvet- 
tes (*) : c*étpit,' en cinq ou fix ans, un rétablit^ 
(êment prodigieux des forces maritimes de la 
France , qui annonçoient de quoi elle étoit ca- 
pable avec de l'économie > vertu favo(ite dont 
il avoit éprouvé le (ûccès dans (es propres affai- 
res , & qu'il appliquoit aufli heureufement à cel- 
les du Roi. Peut-être lui fit-elle négliger de 
former des Matelots & des Officiers par des àr- 
memens plus fréquens. Mais la marine marchande 
pouvoit fuppléer au premier objet, & même au 
(ècond , s*il eût eu la force de changer , à cet 
égard , la conûitution du' régime de l'épée. / 

Ce fut en cela qu'il pécha efTentiellement. Au 
lieu de fuivre les erremens de Ton prédéceffeuri 
il ne fit qu'étendre les prérogatives ; encourager 
rinfoience • les déprédations & le luxe de ce 
cor^s, en rompant l'équilibre de pouvoir qu'a- 
▼oit établi dans les arfenaux, entre le Comman- , 
dam & rintendant y l'Ordonnance de i6^p. il 
porta la première atteinte à fès Réglemens , qyi 
tombèrent bientôt en défuétud^, & furent rem- 
placés par toutes les bifarreriés des efprits nova- 
teurs qui lui fuccédcrent ; il pouffa la complat-* 
ûnce pour ces Meffieiirs jufqu'à s'occuper de leuri 
plaifirs , en faifant conftruire des falles de Comé- 

( * ) C'cft le compte que rend îuî-racmc , de foti 
adminiftration, M. le Duc de Praflin dans fa Let- 
tre à M, le Comte de Vcrgcnnes ,'dont on a déji 
parlé. 



aie dam les dIfFérens ports : il po.fa là premiers 
1770. pierre à celle deBrefl, & afTiila à fon ouverture.. 
Si 9. après une indruftion très-longue du fameux 
procès de l'Ordonnateur de la Loui/îane contre 
le Gouverneur de cette Colonie, que le preniier, 
▼iâime de Ces chagrins, des perfêcutions , 8c peut- 
être des crimes atroces de (on adverfàire, n'eut 
jtas le bonheur de voir finir, M. de Kérlerec» 
Capitaine de vaifleau , le Chef militaire dont il 
s'agit , (bccomha avec ignominie ; c'eft que M. de 
kochemore, d'un nom diflingué, laiÏÏa^ poqr 
venger (a mémoire > une femme adive, coura- 
geu{e , qui bala»^, â force de patience^ de folii- 
citations > de faveur 8c de crédit» les menaces àfi 
ion puiHant adverfàire. 

Qn peut reprocher encore i radmîni(!tatiott 
dé M. de Praflin le deQ>oti(me exercé dans les 
Colonies , 8c fur-tout à Saint-Domingue , où par 
une mauvaife foi révoltante , ayant obligé les 
habitans de Ce racheter de la milice , on létablit 
les milices quelque tems après ^ 8c les Magi^rats» 
forcés de prendre la défenfe des habitans relative- 
tnent aux fuites des défordres qu'elles occafîonne- 
rent> furefit traités, avec encore plus d'indignité 
-que ceux de la M ère- patrie.* troiiblés dans leurs 
fondions» menacés, arrêtés, on les tran(pprta 
en France, & , conÔitués prifonniers » ib furent 
remplacés dans leur triUunal de la manière la. plus 
illégale. 

La ce^on de la Louisiane à TEfpagne > quoi- 
qu'un démembrement de fon département > fiA 
une f^ute , fans doute , à attribuer au Minidre 
des AfEiires étrangères, plutôt qu'à lui. Nous 
n'examinerons pas iufqu'à quel point c'en écoit 
une , en politique d'abondonner un pa^ys,, le plu^ 
fertile j le plus falubre » le plus varié , le plu* 



(t07') 
beau du monde \ nous en ayons parle Taffiâm** 
ment : maïs nous gémirons de ùl mplielTe à faire 177<H 
ftatuer dans le Confeil , fur les plaintes que lui 
adredèrent les malheureux habitans de cette Co- 
lonie; à faire valoir leurs réclamations auprès de 
S« M* enfin fur la dureté , ou plutôt fiir k bar- 
barie qu'elles provoquèrent « lor(qu*vn Gouver- 
neur étranger y fans ancre forme de procès > fii 
fuiîller douse des plus illufires Chefs de h Nou*» 
▼elle-Orléans t dont le crime préteadu a'étoie 
%u'un attachement trop aveugle poiur un maltrt 
^ui pe le méricoit pas» 8c qui d'ailleurs tran(por-» 
toit , fans leur consentement $ à uu Souverain 
étranger , un xiroit de vie & de mort qu'il n'ar 
Toit pas lui-mém^e* 

Après r^xpulfiûn des Cliotfeuls » il eût été 
«tial*adroii, d^la- part du. Chancelier» de ne pat 
laiffer (è rafleoir , au motus un moment « la£sN 
mentatîon du Parlement ; îLiuit en (ùjet le Prince 
deCondé: il (àveif qtt'ami>uf<ieuic de la Princffle 
^e Monaco , qui. i^doit en réparation avec (bu 
mari* il avott. le plus grand defir de voir ]^^9f 
ce procès, i»ser«ampn avec le court ordinaire 
^ la Jttdice. M* de Maupeou & fervic de cet 
illuAre Agent pour faire entendre auH Magidralf 
que , s'ils vouloient reprendre le (èrvtce » S. M« 
Àoit difpofée à retirer fon Edit. Trompés par 
tme entremit aufiî augufie , ils retournèrent i 
leurs Mandions ; as témoignèrent leur reconnoid 
lance à Son Altefle , en expédiant prompcement 
ft fevorablement Paî&ire à laquelle elles'tntére& 
Ibit* Mais bientât de nouvelles Lettres de juCElcm 
plus précr^s les diffiiaderent ; ils furent obligés 
é'en revenir à. refier les Chambres afièmblées d^ 
nouveau ; âr , pour lier un peu les intérêts de lu 
nation aux leurs , Ils réiblurent^ en inteccouipa^ 



(lùî) 

l'examen ièf afikîres des particuliers 9 de s*occa- 
1770. per de tout ce qui intérefToit les af&ires pàblî« 
qnes ; 8c en conféquence , celle des bleds étant une 
des plus efTentielles, ils 7 vaquèrent avec un zèle 
a£Feâé , dont le peuple ne fut pas dupe» 

Le Chancelier, maître du champ de bataille* 
profita de la circonâance pour déclarer au Roi 
que c*étoit le vrai moment d'aflurer à {amais (on 
autorité > & de préyenir Tinfurreâion de (es Par- 
lemens , en tenant ferme ; en déployant toute la 
fivérité de fa juftice j &en faifant, s*il le felloiti 
fauter quelques têtes des plus mutins , afin que 
les Màgifirats recorniufTeut que ce n*étoit plus 
un jeu. 

Pour entendre ce mot indécent) ce (èmble, 
dans la circonûance, mais qui avoit une très- 

Srande fignification, il faut (àroir que précé» 
emment, le premier Préfident ayant porté au 
Roi les représentations de (à Compagnie 9 du 
3 Décembre , S. M. les lui demanda & les jetta 
au feu ; puis lui remit un papier qui devoit con- 
tenir fa réponse « fuÎYant Tufàge. Quelle fut la 
furpritè de M d'Aligre! en l'ourrant» d'y lire 
ces mots : Il faut que Fotre Majeflé écoute Us 
reffifentAtions avec beaucoup if humeur; qu\ElU 
ait L*air mime très-en colère , & les jette au feu. Il 
fut obligé de rentrer & de demander au Chance- 
lier fî c'étoient bien là les paroles du Roi > dont 
îl devoit être porteur ; ce qui déconcerta un peu 
leChef de la Juflice. 

Pour rendre (a conduite plus recommandabk 
auprès du Roi « M. de Maupeou lui fit compren- 
dre que , dans tous les cas., elle tendoit au même 
but , d'une manière ou d'autre : fi le Parlementi 
revenant a fon devoir & convaincu des volontés 
fjiu Souverain > & çonformoit à rEdit» c'étoit 



( ZÛ9 ) 

une lot dont îl ne devolt plus s*^carter /ans xtn 
crime de dérobéifTance , & il s'ôtoît^ à Taycnir^ 1770» 
les divers prétextes dont il avoit jufques-là coloré 
fes démarches féditieufes \ s'il perfévéroit dans C9. 
réfi (lance, on ne pouvoit avoir une caufe plus 
îufte de deHituer de leurs offices des Magiilrats 
réfraâaires > de de les remplacer pardl'autres , ac- 
ceptant le<s conditions qu'on leur prelcrirott. Il 
et oit intimement perfuadé qu'il lui refleroit tou- 
jours un noyau de Parlement , c'étoit ftn expreA 
fîon , comme à Pau » à Rennes, & que c'en étoit 
aflez pour former facilement une autre Cour : il 
comptoit fur la plus nombreuse partie de la Grand'- 
Chambre , fur les Abbés & fur (es créatures , qui 
le démafqueroient au befoin. Le corps entier ne 
pouvant être ébranlé, il crut triompher eo atta- 
quant féparément les membres* 

Tous , fà même nuit > à la même heure , font '^ '9 ^^ 
éveillés au nom du Roi. Deux Moulquetaires 2'P J^°« 
entrent dans leur Chambre > & leur présentent ^77^^ 
Tordre de reprendre leurs fondions , de répondre 
par écrit à cet ordre , oui ou non , & de fîgner 
ce mot (êul » fans pérîphrafê > fans adouciflement* 
En effet , plufieurs , même des plus fermes , fu- 
rent intimidés de cette tournure; partageant l'ef- 
froi de leur femme , de leurs enfans , de leur 
snaifbn en pleurs , ils eurent la foibleffe de Ce 
irétraâer: mais, au moment où leur ennemi (è 
félîcitoit du firatagéme , & en. rendoit compte 
à S. M. ranimés par leurs Confrères , & réunis 
en corps le lendemain , ils défkvouerent leur 
erreur de la nuit. 

On étoit trop avancé de part & d'autre ; il n'y 
avoit plus moyen de reculer. La nuit fuivante , 
on réveille encore les IVIagiflrats. Un Huiffier 
de la chaîne notifie à chacun d'eux un Arrêt i^ 



Confèil , qui déclare leurs charges confisquées ; 
J77i« qui leur défend de faire déformais leurs fonc- 
tions > & de prendre même la qualité de mem- 
bres du Parlement. A peine il eft Conï > que des 
Moufquetaires furviennent Se leur apportent des 
Lettres de cachet» qui les exilent tons dans des 
lieux différens» Sctrès- éloignés les uns des autres* 
Toute cette conduite étoit fî étrange » fî odieu- 
fs ,& tyr^nnique , que le Chancelier fut pris lui- 
même pour dupe ; & , abandonné de Tes propres 
parti fans , n'eût pas ce noyau fur lequel il comp« 
toit. Pas un MagiHrat qui ne Ce mît en devoir 
de (ûbir (a punition , & les feuls Gens du Roi 
lui refterent. Il étoit homme à reffources, & le- 
va cette première difficulté , en venant lui-même 
Indalier le Con^il, pour tenir lieu de Parlement. 
Il a depuis avoué que y dans le premier moment 
* de fermentation oà étoit Paris alors > il avoit dû 
s'armer de courage ^ & n'étoit pas tranquille Icif- 

În'il (è rendit ai| Palais : il fut bientôt rafluré. 
a fcene Ce pafla en prélînce d'une foule im- 
meniè de gens les plus qualifiés de la Cour « de 
'utilitaires , & de Citoyens de tous les ordres» 
fois qu'on témoignât autre chofe que de la conf- 
ternauon. Quand ce premier fentiment fut diffipé» 
le Parifien reprit fa gaieté ; & JVIeffièurs du Ccn- 
feil en fiirent quittes pour les quolibets > les far- 
cafmes , les épigrammes des perfifleurs , & les 
"huées de la populace & des clercs. 

Après avoir érigé ce tribunal fantadique , mais 
qui lui donnoit le tems de (e reconnoîtrei 
Âl. de Maupeou ne craignit plus que deux cho- 
ies : que le Châtelet ne ceiQt fes fonâions dans 
Taris , & que les Parlemcns de Province n^en fif- 
fent autant» Il prévint le premier inconvénient» 
j6n évitant toute coUnfion entre la Cour fupérieure 



(2ll) 

& rinférkufe , jiiiqu'à ce ^u'U en eût cof rompu 
les chefs ;.& quant au fécond , il rufa très-adroi- 1771^ 
tement ; il fit répandre le bruit par Ces étnîSki^ 
res que la (ïifpenfion des affaires patticuUeres 
arrêtée par le Parlement de Paris , avoit été U 
fkute la plus capitale que le corps exilé eut coni'» 
miûs ; que (ans elle il n'auroit pu jamais exécu- 
ter (es projets de yengeance & qu'il defiroit fort 
que Ce^ autres clafTes en fiflfent autant, afin dV 
voir un motif de les détruire à. leur tour. Cet 
propos înfidieux les efirayerent. Au lieu d'en* 
voyex leurs démiflions à la fois ^ ou de refier les 
Chambres aifè^iblées , d*intercepter tout le co^rs 
de la jufiice d'un bout du royaume à l'autre , & 
par cette calamité générale de frapper les peui- 
ples d'une frayeur Slutaîre « d'exciter leurs ré*- 
clamations rerpedueuiès , d'inviter les Princes » 
les Pairs & les Grands à les (econder, & d'inG- 
pirer au Rot le defflr de les, entendre & d'inftmire 
€à religion Çnxfpnk, de lui. en fuire (êntir la n& 
ceflîté « ces compagnies fe rédmfirettt à de» c^ 
montrances multipliées que le Monarque ne lut 
pas % qui ne parurent dans le poblic.que'ComRte 
des écrits ténébreux & crtminek; elles redou.^ 
blerent au coatrasffe , de aele dans Texpéditîoii 
des procès, At firent dire qu'elles aTOÎent bo- 
loin de ce coup de fouet: M« le Chancelier -eut 
ainfi le tems de travailler à Faifè & d'exécuter 
Ion plan de la régénération de la Magi(hatur«. 
Il commença par créer fix Confeils fupérieurs^ 
i Arras , Blois , Cbâlons , Clermont , Lyon fie 
Poitiers* Le prétexte (pccieux de ces établiflè»- 
mens f\rt d'accélârer l'expédition des afikires en 
diminuant l'étendue du reffort du Parlement , ft 
la cau(e véritable , de (è faciliter le moyen d'ao- 
^érit affez de fujets pour compietter la nourellQ 



1 



{in) 

cour 9 en réduifant aînfi le nombre de (es mem^ 
1771. bres* La premit:re explofîon faite , il ne crai- 
gnit pas de reparoStre une féconde fois au palais 
pour l'enregifirement de Tédit de créaûon de ces 
Confèîls. 11 y prononça un di&ours , dont le but 
étoit d'infînuer à la nation qu'il n*y avoit rien 
de plus heureuK pour elle que les arrangemens 
annoncés ; mais qu'il avoit fallu profiter du mo- 
ment où les Magiilrats anciens avoient difpanit 
pour arrêter le défordre & la grandeur du mai, 
affiranchir la judice de Ces entraves , faire éclore 
enfin un ordre plus heureux , defiré depuis loog- 
tetns. Outre ce premier avantage , il annonçotc 
des réformes non moins falutaires , telles que de 
fupprimer la vénalité des Charges » de rendre 
gratuite Tadminifiration de la JuAice , de am- 
plifier les procédures & de faciliter la punition 
des crimes. 

Ayant ^infi de beaucoup échancré le reiTort 
du Parlement , il s'occupa de trouver des ûijecs 
jpour le composer » & il les réduifit au nombre 
de (bixante-quinze* Le Grand-Conleil avoit plus 
que jamais à Ce plaindre de cette compagnie qui » 
depuis qu'il étoit rentré en fondions , n'avoit 
cefle de le tourmenter* M« de Maupeou tourna 
ùs regards vers cette cour & Ce flatta d'en trou- 
ver la plus grande partie (buple à Con impulfion , 
d'autant que ce Tribunal étoit le feul qui fut 
reâé dans un honteux fîlence Cut les outrages 
faits à la JMagifirature & aux Loix. La Chambre 
des Comptes , quoique non moins vexée & mé- 
prisée par Ton rival , étoit en ce moment agi- 
^tée d'une fermentation patriotique peu durable « 
mais qui ne lui laifla pas l'elpoir d'en tire: 
parti ; & quant à la Cour des Aides > il )uget 
' liéceiTaire > au contraire 9 de la liipprimer^ afin 



î 



9*ev!ter tes contradiâiohs qu^il en prévoyoït. Il i .1 
s'enima trop heureux d'en réduire quelques mem- i jyi « 
bres. Il en choifit dans l'Ordre des Avocats,' 5c 
convaincu de la^néceffité de former promptement 

iet aifemblage , il ne (e rendit pas difficile fur 
e furplus, U fut admirablement bien fervi pour 
les Clercs par rArcheyêque de Paris , qui lui 
dopiia Ton propre neyeu. 11 ramaffa de la forte 
fes deux tiers de fes Confeillers. Le grand banc, 
qui ne devoit être compofé que de cinq Préfî- 
dens> le premier compris , fut ce qui donna 
le plus de peine à ce créateur. Ce n*eft pas qu'il 
manquât dé gens afpirans aux honneurs du mor- 
tier : c'ed que perfonne n*ofoit rofppre la glace. 
U fut obligé de prendre àts gens de nom , mais 
tarés 9 pour Chef il leur donna un Confeiller 
d'Etat qui ne lesvaloit pas; c'étoit l'Intendant 
de Paris , Berthier de Sauyigny , homme très- 
borné , & de la docilité duquel il étoit afiuré , 
riche d'ailleurs. Connme c'étoit (a femme qui 
le conduifoit , il aiguillona Tamour- propre de 
celle-ci & fon ambition. Elle détermina fon mari 
qui , la veille de fon inftallation , rougiilant en- 
core du râle qu'il avoit prt^ , n'avoit ofé fe dé- 
clarer )& pouiToitdé gros foupirs chez Madame 
Berryer , fans qu'on pût deviner la caufe de (k 
douleur , dont personne ne fe doutoit. 
• Le Parquet n^étoit pas aifé à bien composera 
Malgré la foibleiTe de ce' corps & fèscareifes, 
M, de Maupeou ne put le déterminer à s'agré- 
ger au nouveau tribunal. Il ne trouva que le 
jeune Fleuri , roué , dans toute la force du ter- 
me « abîmé de dettes > efclave d'une femme 
^vare , qui , à force d'argent le décida à reôer • 
feul de tout fon* corps & a accepter la placé de 
&oçuiettc-Gé|[iérâl > qu'elle envifagea mo'm dii 



( ^^4) ; 

c&té de Photiorifique que du cAté du luere hsh 
ïï^u menfir qu'elle fe propofott d'en retirer. Quant 
aux Avocats généraux, réduits à deux » il crut 
vn moment pouvoir les tirer du Con^il. Pour 
le premier y A avoit jette les yeux £ur M. de 
Tolozan , fils d'un Commerçant de hyott, & trop 
heureux de s'illulkrer ainfi tovt à coup par une 
des premières places de la Magiârasure. Il ror-* 
tott delà Coiar àes Monnoies de cette Cafâtale; 
Il y avoit exercé en petit ces fonâiofis« ^uot- 
qaç dénué des premières notions de Ifi pirilpm- 
dence ; quoiqu'il eût Télocution pefànte & la fi- 
gure peu fpintneUe , il aroh uff fond d'amour- 
propre qui Hippléoit â tout s il (è regardoit comme 
î-aigle du Confeil , & par (à coidlance au tra^ 
raif > tl réparoît ce qui lui manquoit du câcé 
de la facilité. M. de Tolozan > trop déTOué'au 
Chancelier pour ofer lui réfifier en face , n'a- 
voit qu'une inquiétude ; c'étoit que le perfoo- 
nage biiUant qu'on lui o&oit ne durât pas. Il 
avoit henreufemeut pour ami , Bl. le Gourée $ 
Avocat de mérite > qu'il confùha. Celui-ci le 
dîilùada ; il en exigea de reârer (a parole , & de 
peur que M. de Maupeou y par Ton langage le- 
duâettr i ne le rengagent une (econde uû$ , il le 
oonduifit i fa campagne > où ce Maître des Re^ 
quêtes fit le malade jusqu'à ce que la perfèco^ 
tion fut paflèe par la non^ination d'autres Avo- 
cats généraux* M • Giac » homme derien » comme 
fbn confrère , étort l'autre fur qui comptoit le 
Chancelier* Il s'autorila de l'eiûempie de (on an- 
cien pour s*excu(er, & M« de Meaupéou fut 
obHgé de nommer deux fiijets entre les Magif- 
trau^ pris dans les Cours. 

Ce grand œuvre du Chancelier ne put s'efièc- 
mer que Àwê rei|«ce de {Itfieurs moîs» cn cDre 



imparfalcemenu Quand il eut aiïez de Sujets s 
pour réredîon defon fîinulacrc de Parlement, il f/jtm 
fit tenir un Lit de juilice ,v où il n'a(&â^ de Prin- 1 1 Avr^ 
ces que les Enfans de France flt le Comte de la 
Marche ; ce qui fit dire au Roi à ce dernier , 
quand il le vit '• 'Sqyf^ U bien- venu « nous tÎau» 
tons pas nosparens. Le Comte de la Mardie le 
faToit avant S» M. Les autres Princes du Sang, 
après avoir vainement tenté les derniers efforts > 
pour ramener celui-ci , a voient fait une protel* 
tation contre tout ce qui devoit s'y paffer « 8c 
enfoyé encore chez S. A* > à minuit, la preflet 
d'y adhérer. Dans ce Lit de iuflice j le dern^ 
& le plus mémorable , c'eU-à-dire le phxs dé(àf- 
tiueux du règne de Louis XV, furent lus trois 
Edits. Le premier de-caiTation de l'ancien Parle** 
ment: le fécond de caffation de la Cour des 
Aides ; & le dernier de ttunsfijlîan du grand Con- 
^il en nouveau Parlement. Le Roi termina la 
fçance par ce petit difcours ; 

^ Vous venez d'entendre m«s intentions , je 
» veux qa'on s'y conforme ; je vous ordonne d.e 
» cofnmejQjcer vos fonâions Lundi ; mon Cb-an-- 
» celier ira vous inÛalUr. Je défends toute dé- 
^ libération contraire à mes volontés, & toutes 
3>~repréftntations en faveur de mon ancien Par<n 
» lement , car je ne changerai jamais »• 

S. U. prononça ces dernières paroles , ^ ^t^' 
tQut le mot jamais , avec une énergie qui im- 
prima la terreur dans to«te l'aflèmUée. C'était 
uns aAuce du Chancelier , qui , connoifTatif le f eu 
de fonds à faire fur lea réfolutiot» df ftm Maître » 
voulut le lier folesuieUemeat par cette a&f anee 
^thentique* Âu(& beaucoup de gens n'y cru- 
rent-ils pas; entr'autres. un Pair, le Duc de 
Niyetooi^i ii|i des treize réclamans contre cettç 



infraâiofi ani loîx conftitutîyes de la Monarchie» 
1771. & adhérens i la proteûation des Princes. Ma- 
dame du Barri , l'ayant rencontré peu après le 
Lit de juflice , l'arrêta 8c lui dit : Monjuur U 
I}uc s il faut efpirer que vous vous déparelrc^ de 
votre oppojition ; car vous tave^ entendu > le Roi 
dit qu'il ne changereit jamais. «^ Oui 9 Madame , 
répondit - il finement ; mais il vous regardais. 

Dès le fbir, M. le Chancelier vint , pour la 
troifieme fois> au Palais infialler le nouveau Par- 
lement. Tout Paris étoit fur la route de Verfailles, 
empreflé devoir cesMagiârats, dont rignomînie 
lèmbloît caraâérifer le (àcerdoce nainant. Le 
lêul M. Lambert , Doyen duGrand-Confeili en 
revenant de Verfailles , où il avoit appris , pour la 
première fois y le rôle auquel on le dedinoit , eue 
le courage de fe foufiraire au ioug & de fe 
rendre chez lui > au lieu de (e rendre à la feance » 
& depuis , ayant eu une Lettre de cachet portant 
ordre de Ce joindre à (es Confrères ^ il ne monta 
fur les fleurs de lys que pour protèfter plus au- 
thentiquement contre (à préfènce , & reprocher 
aux autres leur lâcheté ; ce qui en entraîna plu- 
fieurs .* mais le plus grand nomjbre eut le front 
de relier. Se cela fuf&t pourrie moment. Ce 
tribunal étoit très-précaire , abandonné prefque 
de tous les Aippôts de l'ancien 5 il n'avoit ni Avo- 
cats > ni Procureurs , ni Plaid)?urs : en bute aux 
bons motSjà la dérifîon , aux if^céties , aux pam- 
phlets » il étoit encore foudro^ par les Parle- 
mens » qui accumuloient fur Ces membres des 
Arrêts mépri(âns, des qualifications d*i/7/rtfi> de 
parjures y de violateurs de leur ferment (*) , qui 

( ♦ ) ExprcflTions de VArrù d» Parlement de 
B»nçn^ du X j Avril 1 77^, 

déclaroient 



déclaroîentt d'avance nuls tous aAes émanés 
d^eux. Tant de contradiâions ne purent ébran- l??^* 
1er M. de Maupeou. Il (àToit que rautorité qui 
pèrfévere > qui fait employer à propos les care C> 
îès & les menaces , les récompenf^s & les châ- 
tlmens , ed fûre de triompher dans un pays donc 
il connoifToît la baflèfTe y ravxllflement Se la cor- 
ruption. Il s'attacha feulement â maintenir Loris 
XV dans les difpodtions où il Tavoit mis « à & 
conferver le pouvoir que S. M. lui avoit con- 
fié , à lui faire frapper promptement tous les 
coups dont il auroit befotn pour parvenir à (on 
but. A cet effet , il (è tint étroitement lié ati 
Duc d* Aiguillon & à la Comte^e Dubarri^ 8c 
c'étoit dans les (bupers que celle-ci donnoit à 
fon augufte amant , qu'elle continuoit â lui faire 
figner les divers ordres dont on avoit befbin & 
auxquels fon ame débonnaire ou puHUanime Ce 
fut peut-être refîifée , s^il eût été de fang froid. 
Quelquefois on Tintimidoit par l'exemple de 
Charles I ^ dont la favorite avoit acheté le 
portrait. Elle le conduifoit au pied de ce ta- 
bleau : M Voyez ce Monarque infortuné , » lui 
diCoit - elle ; » yos Parlemens auroient peut- 
» être fini par vous traiter comme il le fut 
» par le Parlement d'Angleterre, fi vous n'aviez 
'»> eu an Minière aflez intrépide pour s'oppoCèr 
d> à leurs entreprises & braver leurs mena* 
9> ces* M 

C'eft par ces moyens , ou de femblables ^ tous 
petits plus ou moins « mais multipliés , variés i 
rinfini , proportionnés aux perfonnes, aux lieux^ 
aux tems , aux circonftances 9 que le Chancelier 
parvint à s'arroger la portion la plus dangereuse 
du pouvoir (buvérain^dc fut aflimilé aux anciens 



(2li) 

-Maires dv Palais. (*) Les lettres de cachet ft 
^77 ï% décemoiem , les prifonss*ouvroient,les militât» 
res » les Commandais de province marchoient à 
(a Tolonté , & fi le ùtng ne coula pas (ur les 
échaftauds9 c*efi qu'il ne (e trouva aucun patriote 
aflez ferme pour les mériter. Tpus les indi* 
vidus dans la Magiflrature (ubal terne , qui ne 
fléchilToient pas ailez proroptement aux ordres 
de M« de Maupeou^ etoient vexés , deftttués; 
tous ceux qui ecri voient contre Ces opérations « 
ou qui les blâmoient publiquement , étoient en- 
fermés. Les gazettes étrangères prenoient- elles 
cette liberté , il en fai(bit défendre l'introduc- 
tion. Au contraire) il Ce faifoit prôner par les 
Vautres, qu'il foûdoy oit fort cher. Celle même de 
France 9 fi renommée pour (à véracité , étoit de- 
.venue l'organe du menfonge & de la calomnie. 
IDu moins par (es notices artificieufês » méléi^ de 
Vrai & de faux , il répandoit avec rapidité les 
nouvelles qu'il vouloit accréditer > & (butenoîc 
le moment d'illufion qu'il avoit intérêt de pro- 
duire 9 ^our déterminer tant d'hommes-qui ne Ce 
jconduilent ^ue d^^rès l'exemple & parvenir i 
iêsfins. 

Le irefie de Tannée Ce paila en des définirions 
de corps qu'il (upprimoit & recréoit au besoin » 
jpn ne les coihpount que de gens don^ il fut (i^r. 
C'eô aînfi que les divers Farlemens de Province, 
.après avoir lutté quelque tems contre celui 
qu'on vouloit leur aflimiler , fiireht fucceflive- 
snent anéantis & recréés. Alors on vit remon- 



■k* 



( * ) Voyez une brochure du tems ^ intitulée : 
U Maire du Falais. 



•er for ces mtmes fleurs-de-Iys des Magiflrat» »s= 
* qui 9 nagueres » .avoient cou7ert d'une flmiiTurc i77i« 
indélébile ceux qui oferoient s'y introduire par 
.une pareille lâcheté. Un corps entier dVntre 
eux 9 oubliant (à morgue , de Cour (bu7eraine 
.qu'il étpit avants consentit à n'être plus qu'une 
Cour fubalterne » & toute la Magifirature du 
royaume , renouvellée à la Saint-Martin , ne fut 
déformais composée que d'intrus ou de fchîf- 
gnatiques. 

M. de Maupeou » en cette circondance > opé- 
ra plus que n'avoit oCe fe promettre en pareil 
cas M. le Régent , qtii conyenoit avoir le pou- 
TCir défaire taire les /avocats j mais non celui dt 
les far ei parler A\ en vint à bout. Son nouveau 
tribunal (è trouva bientôt garni d'un Barreau 
confidérable » d'Orateurs âi(êrts Bc de cau(ès cu- 
rieufès & intérefTantes , qui attirèrent un audi- 
toire auffi nombreux qu'aux jours les plus bril-^ 
laos de l'ancien Palais. 

La machine générale delà juftice aînfi remon- 
tée y Louis XV (entit > pour la première fois , 
la douceur d'être le maître* de uite toutes (es 
volontés (ans oppofition j (ans réclamation , (ans 
remontrances, de ne plus (ê voirob(édéde ro- 
lats rouges ou noires , qui depuis cinquante ans 
le fatiguoîent (ans interruption. M. de Mau- 
peou lui fit recueillir un autre avantage bien 
plus précieux pour (à mattrefTe* pour Tes favo« 
ris s pour ces Courti(kns voraces , qui plus que 
jamais aflailloîent le trâne. Ce fut de faire enre- 
gîfirer tous les Edits bur(aux, que p(it enfanter 
Te génie fi(caU de les accroître & les étendre à . 
volonté. Le Chancelier dans (on opération avoit 
obéré le fi(c public de quatorze on quinze mil- 
lions dont il avoit difpo(e pour (ëduire & cor* 



(2io ) 
rompre $ (ur-tout pour payer cette afmëe de dé- 
J771» lateurs & d*e(pions qvt'iï avoità (es gages, tl atoic 
chargé TEtat d'environ cent millions de rembour^ 
iement à faire > ou de cinq millions de rentes* Il 
falloit fiibyenir à cet accroiflêment de dépeniès; 
il falloit foudoyer tous ces fiipp6ts zSktnés dont 
il avoit compofé (es tribunaux d'inâitution noa- 
▼elie« Pour rendre la juilîce jgratuite on força 
les tailles dans toutes les Provmces , qui achetè- 
rent ainfi fort chèrement ce prétendu bienfait. 
On mit un dixième fur les rentes perpétuelles 9 
im quinzième fur les viagères : on doubla , tri- 
})la » quadrupla le marc d'or ; on créa un cen- 
tième denier fur les offices ; on fit payer une fé- 
conde fois la noblefle à ceux qui Tavoient acquifê; 
on étendit les fols pour livre ju(qu*à huit. Après 
dix ans de paix , on prorogea indéfiniment le 
premier Vingtième & pour dix ans le (ècond» 
tous deux lur nouvelles déclarauons ; ce qui 
cuvroit un libre cours aux vexations des pré- 
pofés > vexations que le Parlement du moins 
avoit arrêtées ]u(ques-là par Ces enregifiremens » 
êc qui faifbient équivaloir ces deux Vingtièmes 
a trois & peut-être à quatre. Enfin ilfufGfoitqu'on 
propofâtau Minière des finances quelque moyen 
de preflurer la nation pour qu'il fut adopté. Oa 
porta dans un jour juCqu'à onze Edits bur(kuc 
au Palais ; ce qui fit dire â {ufie titre dans un 
écrit du tems> que Louis XV avoit mis â lui 
fèul plus d*impâts> que Ces (bixantc-cinq prédé- 
ceilèurs ensemble ( * ). 

11 n'y avoit plus rien de (acre : non-(êulement 
toutes les propriétés particulières étoient atta- 
iquées , mais on pilloit impunément les dépôts . 

( * ) Voyez les Correffondanç^s, 



publics* Les capitulations d«s Proyînces itoïcnt 
violées. La Normandie, réduite i deux Con- I77i« 
fèils (upérieurs » s*étoit tu ravir (ans aucune 
comnaotion le droit qu^elle avoît d'avoir un Par- 
lement dans la Province. On menaçoit les Etats 
de /Bretagne de les (upprimer, s'ils ne fe ren- 
doîent pas dociles aux volontés de la Cour , St 
sk devenoient (buples* La liberté des citoyens 
n'étoît pas refpeftée d'avantage : près de (ept 
cens Maffiûrats exilés , les prifo^s regorgeant 
de captifs , les Princes du Sang dîfgraciés & 
tenus loin de la Cour. Tel étoit Tétat du 
royaume » que l'infenfîbîlitc générale rendoit 
plus dé/efpéré en ne laifTant entrevoir aucun 
remède. Sans dolite ; la France s'étoit trouvée 
dans des cri(ê^ infiniment plus cruelles , mais 
jamais dans cette léthargie profonde 8c Aupide» 
Nulle énergie dans les individus ; tous les corps 
écoient réduits au filence. La nobleflfe d'une 
Province frontière ayant voulu s'afTembler pour 
réclamer contre Tinfradion de Ces privilèges, 
un Commîffaire^ afTiAé d'un Exempt de Police » 
avoit eu la hardiffe d'en (eparer les membres » 
d'en enlever plufieurs 8c ils étoient revenus 
fains 8c ùlvlù à Paris avec leurs viâimes. Les 
chefs de la nation (ê laiflbient braver impuné* 
ment par l'auteur de la révolution y 8c Von 
voyoît le premier Prince du Sang in(ûlté juC- 
ques dans (on Palais par un MiniSre , qui n'en 
étoit refTorti que plus audacieux 8c plus impu- 
dent. On s'en tenpit à des écrits , â des pam- 
phlets remplis d'excellentes chofès , mais qui 
n'étant avoués ni (ignés de personne , ne por- 
toient aucune authenticité 8c annonçoient plu- 
tôt la timidité âr l'effiroi que tout autre (ênti- 
ment dans k\irs auteurs. ;Oeux fei|ls d'entre 

K3 



( ^22 ) 

:,.■■ ,mi evtK» ( encore Tuti coinpofoit-n en pajt étran- 
1771. ger, ) olêrent mettre leur nrom , & la patrie ne 
doit pas oublier ces défenfêurs difiingués , phcr 
encore par leur zèle que par leur haute naiC- 
fance , le Comte de Lauraguais de le Vicomte 
d'AubuITon. 

Maïs il ne (iiffifoft pas au Qiancelier d'aroir 
arrêté toutes les réclamations , d'avoir étouâfè 
jusqu'aux gémiflèmens 8c aux (bupîrs , d'en- 
dormir la nation (ûr le bord du précipice ; il 
falloit auffi que le Roi ne fut circonvenu que de 
gens qui le retinflent dans la funefle (ecurité 
où il Tavoit mis , qui calmaflènt (es anxiétés 8c 
Tes remords toujours prêts à renaître. Ceft i quoi 
il avoit travaillé en faifànt compo(èr le Conlèil 
de membres intéreâés à maintenir 8c consolider 
la révolution. Depuis L'expulfîon du Duc de 
Fraflin la marine écoit reôée vacante ; le Duc 
d'Aiguillon y avoit été nommé un indant, mais 
on lui avoit fait entendre que ce n*étoit pas le 
moment d'entrer en place ; précifément lorfque 
traduit fiir la fcene dans les mémoires difiâmans 
des Etats de Bretagne qui duroient encore > il 
en alloit accroître la fermentation 8t les trou- 
bles ; qu'il devoir attendre que , lavé de nouveau 
par le Roi , on Ce fut habitué à l'envifàger dans 
un état d'innocence, où iln'avoit pas été depuis 
long-tems. L'abbé Terrai avoit eu Vinurim de 
ce département & auroit fort defiré le con(erver« 
On avoit trop befoin de lui au timon des finan- 
ces 9 où Ton ne laiflTa , & l'on nomma au Dépar- 

9 Art *^"^^"^ ^^ ^* Marine le Sr. de Boynes. C'étoit 

* une récompense que M. de Maupeou lui faifoit 

donner des fovices qu'il lui avoit rendus dans 

fon opération : c'étoit (ùr - tout un détraâeur 

violent des Parlemens # très - propre à pérorer 



dans le Conftil 8c à renverfer Içs raîfbnnemeiis 
de quiconque ofëroit parler en leur faveur. 1771* 
Devx mois après le Duc d'Aiguillon fut dé- 6 Juin« 
claré Minière des affaires étrangères ; c'étoît en- 
core une excellente acquifition pour le parti anti- 
Parlementaire 9 & il n*y ayoît aucun retour à 
craindre de la part d'un ennemi au(& implacable. 
Le Département de la Guerre avoit été refu(e 
dii Comte de Muy , qui ne voulut pas i^échit 
le genou devant l'idole , trou voit la Coût trop 
.corrompue > & (ùr-tout le miniiiere trop vil » 
pour y figurer ; trop vertueux pour gouverner 
ibus un rrince entouté de tous les vices ; en uiï 
mot , fembtoit par infpiration fe réferver à une 
époque plus heureafe. Au défaut de ce perfo^i- 
nage , qui 9 malgré toute (on auftérité , conve- 
noit fort à certains égards au Cyûèmc par ùs 
Tues reUgieufès 8c Ces liaifons avec le Clergé 
£ ardent pour l'œuvre du Chancelier , on admit 
en la perfonne du Marquis de Monteynard > uii , j ^ 
homme foiUe , médiocre dans Ton métier 8c^ 
fort Ignorant (îir le refle> qui du moins n'au- 
toit m le talent ni le courage de contrarier. On 
étoitHir du Duc de la VriUiere qui , à tant de ti- 
tres , devoit redouter les Kevenajis ( * ) > & même 
de M. Bertin , personnage Tournois dont la con-^ 
duite, étant Contrôleur-Général, avoit annoncé 
le goût pour le de(poti(met Enfin l'Abbé Terrai 
par-de(Tus tout devoit s'oppo(èr invinciblement 
i un rappel qui ne pouvoit gueres lui être moins 
fatal qu'à M* de Maupeou. 



( * ) ExprelTion dont on fc fcrvoit alors pour 
les Parlerocns , comnae on s'en étoic fcrvi aupa- 
ravant pour les Jéfuices. 



l 



(224) 

RaiTuré du câté du Mintâere» M. de Manpeou 
1771* s'occupa de déterminer peu à peu les JHagîf- 
trats fupprimés , en fe faifânt liquider , à paroitre 
acquieé^er â fon ouvrage. Il Ce douta bien que 
la longueur de Texil > que l'incommodité des 
lîeuic 9 que la crainte de perdre la finance de 
leurs oftces en ébranleroient beaucoup; il (avoit 
lue pluiieurs n'attendoient qu'un exemple ; il le 
[t donner par le Chef de la compagnie. M* d'A- 
I>pp9 qui auroit dû relier le dernier > fut le pre- 
mier à fîgner iâ démifCon > à recevoir le rem- 
bourfèment de ion brevet de retenue 8c à Ce mon- 
trer chez le Chancelier. La crainte d'un châ« 
seau-fort 9 dont celui-ci le menaça , Ta varice & 
le defîr de retrouver les plaifirs de Paris , furent 
les puifTans mobiles qui le déterminèrent. Le 
Grand'banc le fui vit bientôt & les ConfeîUers 
ne tardèrent pas à les imiter; ce qui entraîna na- 
turellement tous les Parlemens de province. Une 
choCe âatta Hir-tout le moderne réformateur 
de la juftice ; ce fut de voir le Maréchal de 
BrifTac, ce paladin à tête romanelque , digne des 
tenis de l'ancienne chevalerie , devenu bas & vili 
force d'ambition^ prêter le ferment comme Gou- 
verneur de Paris entre les mains du Sr. de Sau- 
yigny Se comparoir fans pudeur devant un tribu- 
nal illégal , réprouvé des Princes , d*une partie 
des Ducs & Pairs & de la plus nombreuse & la 
plus (kine portion de la nation. Mais la défec- 
tion des Princes arrivée un an après fut bien un 
autre triomphe pour M. de Maupeou. 

On les connoifToit fi mous, fiaflèrvis^ qu'on 
avoit lu avec étonnement leur proteilation. Ce 
n'étoit pas qu'on fût content de cet écrit, long, 
diffus, entortillé > hériffé de phrafès du palais > 
d*un fiyle dur & barbare > qu'on eut moins pris 



pouf le Tteu des chefs généreuK d'une nation 
franche & loyale » que pour l'ade de chicane ^77^* 
d'un Pratlcfcn fiibtil, cherchant â garocter Ton 
dient dont il craint la mauvaise roi* (*) On 
afîùre que celle avoit été Tidée des rédaâeurs ^ 
qui profitant du moment d'énergie de ces au- 

Sufles personnages , les avoient ainfi enchaînés 
a mieux qu'ils avoient pu « pour les mettre pre& 
que dans rimpoffibilité de revenir (ur eux-mé* 
ines> en réclamant d'avance contre leur propre 
prélènce par cette étrange formule : Si nos corft 
pouvoUni être à et point contraints : autrement ils 
les auroient lailTés aller , ils les auroient même 
excités à fe rendre au Lit de iuftice & à y parler 
avec la fermeté qui leur convenoit ^ démarche 
plus noble , plus digne de leur ran^ ; démarche 
folemnelle , authentique , propre à diriger les 
difiérens corps de la nation & à leur fervir de 
centre de ralliement. La crainte des auteurs de 
la proteftation s'étoit {uftifiée par le peu de fuite 
que les Princes y avoient donnée* Les Parlemeiis 
feur ayant même écrit pour, favoir fî Vimprimé 
qui fe répandoit fous leur nom , étoit avoué 
d'eux, ils tergiverferenc & ne firent qu'une ré-, 
ponfé vague , embarralTée & fur laquelle les cours 
ne pou voient établir aucune démarche vigour eu(è« . 
M. de Maupeou n'ignoroit pas quel étoit leur 
earaâere ; il étoit bien (ïïr qu'avec le tems il les 
détacheroit du parti patriotique ; c'efl pourquoi 
*l eflkya d'abord de les effrayer & détermina 
S* M. à leur marquer (on indignation par l'exil* 
le mariage de M. le Comte de Provencf Ce cé- 
lébra même fans eux. Le Comte de Ctermonfi 

- ( * ) Voyez VEfùion dnglois. 

K4 



sYÎToit alon, il étoit malade; ne pouvant (bf 



^77'* ^^^* ^^ conférences s'étoient tenues chez lui & 
Taâe y avoit été drefle. On ne l'avoit pas cro 
}u(qu'alors fufceptible d'une réfifiance, d'uncoui^ 
rage tels que l'exigeoient lacrife où Ct trouTok 
la France Se (on propre état. Ce fut lui cepen^ 
dant qui , (acrifiant ce qu*tl ayoit déplus chert 
donna l'exemple aux autres, & (ur-tout à (bn 
neveu le Prince de Condé , qu'il condnt taot 
^u'il vécut. Le Comte de QennoBt tenoit tovt 
ce qu'il avoit des bienfaits du Roi > il avoit été 
âevé avec S. M* ; elle i'honoroit d'une amitié 
fKirticuliere. Il Ce vit mourir preique (ans (econrs, 
privé de cette amitié, fans que Louis XV dai- 
gnât envoyer (avoir de ïès nouvelles», Mais s'il 
perdit les bonniss grâces de fon Makre , il en 
fut bien dédommagé par la bienveillance de la 
nation , par les larmes qu'elle répandit (iir (à 
tombe. 

Après la mort de Toncle^ M. de Maupeouft 
fiatta dé pouvoir (eduire plus facilement le ne- 
veu. Il le connoifloit ambitieux ; il favoit que 
le Comte d'Artois , le troifieme Enfant de Fran- 
ce , à marier , avoit du goôt pour MademoiftUe\ 
il lui fit infinuer par des émiffaires adroits que 
c'étoit le cas de (è rapprocher de la Cour & de 
tlcher de metue à profit la paifiou de ce jeune 
Prince, avant qu'on lui eût deûiné une Princefle 
étrangère. Dix -huit mois (k paSèrent encore 
fins que la négociation réuffit ; mais les befoins 
de finance Ce faifant fentir , ce fut un autre motif 
déterminant qu'on mit en avant & que firent va* 
loir (ur«tout les gens de la maifon de S. A. , eiin 
Auyés de ne recevoir ni argent nj grâces. Enfin 
Dec. ^^ Chancelier eut la joie de lire une lettre de 
^77%9 ^oumiffion au Roi > écrite par le Prince de Condé 



(227) , 

& le Duc de Bourbon. Ce dernier , quoique s 



EfprL 



marié , étoît encore enfant. La perfpeâive du l^^l% 
Cordon - bleu dont il avoit été fruftré à l'âge 
où les Princes du Sang en font décorés, fut le 
jouet frivole qui l'attira ; ce qui donna lieu au 
quolibet (ur le premier voyage à Verfailles que 
U Père & U Fils étaient allés chercher le Saint" 
mt. 

Les Ducs d'Orléans & de Chartres ne tardè- 
rent pas a Hiivre. Le premier étoit mu par une 
femme de qualité > afpirant â l'honneur de rem- 
placer la pren^iere Princefle du Sang. Madame 
de Monteflbn ne perdit pas ce projet de vue » 
4epuis plufîeurs années ; 8c ce fut elle que mit 
en jeu M. de Maupeou » fi habile à fe fervir de 
tous les moyens de corruption* Il lui fit conce* 
voir que le retour dé (on amant à la Cour » par 
(on canal , ferolt le meilleur moyen de fe rendre 
favorable le Roi ; de gagner du moiss la Com* 
teflè du Barri , qui pou rr oit l'appuyer auprès du 
Monarque. Le Prince de Conti. refia (èul iné- 
branlable, 8c n'en fut pas fâchié, en ce qu'il 
fixoit ainfî mieux les regards de la nation , 8c en 
devenoit l'idole. On prétend que c'eft à la Cour 
que furent compotes ces couplets abominables , 
où on le peignoit le fouet à la main , châtiant 
les autres Princes dégradés » avilis , le jouet du 
Chancelier , 8c les fuppôts du defpotifme. 

Il ne reâoit plui que le: Pairs protefians , qui» 
dès le principe t n'avoient guère épouvanté » 
puifqu'on n'avoit pas daigné les exiler. La ma- 
nière dont ils avoient reclamé , par de fimples 
écrits i(olés & déposes chez des Notaires , d'où 
- ils pouvoient les tirer à leur gré , annonçoit 
déjà leur pufiUanimité ; auffi etoient - ils tou- 
joori reflés à la Cour , autour du Roi s 9c dans 



(îa8) 

les fondions de leurs charges. On avolt {èule-- 
1771* ment ôté i quelques-uns leur gouvernement, d^ 
crainte qu'ils ne s'acquittaflent pas arec aflez de 
xele du minîAere qu'on auroit pu leur confier « 
comme répugnant a leur faqon de penièr. lyaîl* 
leurs ^ les Pairs Ecdéfiaftiques & le p^os grand 
nombre des autres étoient pour Topéradon. On 
avoit TU l'Archevêque de Paris dire la Meflê 
rouge au nouveau Parlement > & nous avons 
fut mention du Duc de Briflkc, y paroiflknt en 
▼allait ûnt ^ée, & prêtant le (èrment : ma» 
aucun ne s*y étoit encore fait recevoir , n'y avoit 
Cégé ) enfiurte qu*on lui refulbit toujours la qua- 
lité de Cour des Pairs. Le Roi lui-même , avec 
Ion incon(2quence ordinaire 9 ne témoignoit pas 
une grande confidtotion pour ce Tribunal » qu'il 
ne regardoit pas comme le fien , mais comme 
celui de M. deManpeou* Ce Minière s'inquiétoic 
peu de cet obftacle; il fentoit qu'il pourroit pro- 
fiter de la même indiffîrence , pour porter le 
Maître à une démarche qu'il épioit le moment 
d'amener / il avoit , dans la Famille royale en- 
core de puiflàns coopérateurs ; & Madame Louiâ 
étoit, (ans doute^ la plus aéUve. 

Cette Princefiè , fort aimée de fon augufle 
^f^, qui, après s'être oppolS long-tems à u re- 
traite, y avoit confênti enfin , ne lui en étoit de- 
venue que plus chère. Laflè des ennuie de la Cour 9 
elle avoit pris le paru violent de renoncer av 
inonde en apparence « pour y briller davantage; 
non qu'elle eût formé aucun delTein à cet égard ; 
elle croyoît obéir â ùl vocation (ùr-humaine , ft 
ne (uivpit réellement que nmpùlfîon dé Con ame 
inquiète, fatijg[uée> tourmentée de (on inuulité; 
ft le Roi 9 qui ne fe défioit point de cette ambi- 
don détournée » ne voyant plus en ùl fille qu'une 



Keligieufè livrée aux attniitt d'une rie a(cétx- 
que , la vifitoît fbuvent , & lui ouvroit (on cœur. ^77^* 
le Chancelier ayoit compris tout le parti qu^il 
pouvoit tirer de cette intimité. Par les infînuÀ- 
tions des peribnnages graves qui jomflbient dé 
la confiance de la rrinceflè» il avoit mis en jea 
ûi paffion dominante. On lui aroit fait entendre 
que c'étoit travailler pour Tintérét du Gel , que 
de favorifèr l'ouvrage de M. de Maupeou , que 
de (émettre â la tête du partie & de gouverner 
la Religion en France. Un motif aum puiflànt 
l'avoit déterminée à accepter ce râle , fi conforme 
i Con goût } fr » ne croyant rien faire de plus agréa* 
blc à Dieu , que de concourir â l'extirpation de 
l'andenne Magifirature, & â la profpérité de la 
nouvelle , elle prenoit la coft(bmmation entière 
de la révolution auffi à cœur que Con auteur. On 
^ure que celui-ci « pour mieux en impofèr à la 
fervente Novice fiir la pureté de tes vues reli- 
gieu(ês , par une ru(e abominable , avoit invoqué 
m lumières de l'Efprit-Saint (bus Ces yeux , en 
pvticîpant au plus redoutable desMyfteres^ ft» 
de tems en tems , renouvelloit cette farce hypo- 
crite. Quoi qu'il en (bit , il fai(bit ainfî réunir en 
fa faveur Tenfer & le ciel , le vice & la vertu % 
la maitreiTe du Roi & (on augufie fille. Si , dans 
le choc des faâions dont étoit agitée la Cour de 
la première » la fienne éprouvoit du defTous, il 
& ménageoit une reflburce dans Tappui confiant 
de la féconde, que lui promettoit tout ce qui 
éntouroît Madame LouiCe^ intéreiTé au maintien 
de fon édifice. Aflurément , avec auifi peu de 
déUcatelTe (iir les moyens ^ il n'étoit pas poflible^ 
de mettre plus d'adr elfe <^ns (k conduite. Tout 
rioît au Chancelier ; il voyoit (bn cortège groflRf 
li^éme de fes ennemis» L$ Cc^feil fk ttta^MoS^ . 



de membres liquidés ; les Patriotes les plus con* 
I77i« £ans commen^oieot à délèfpérer de la chofe pu- 
blique , lorsqu'un événement , qu'il n'avoic pas 
lieu de craindre de fi-tât, vint renverlêr Con ou? 
frage & lui-même* Pour mieux en concevoir Iç 
boiîeur» parcourons ce qui & paiToit, à cette 
époque > dans les divers Départemens ; vovons 
i quel degré de crapule > d'abandon» de meprk 
4e la part des étrangers & de Con peuple , étok 
tombé Louis XVf 

On ne pouToit révoquer en doute U capacité 
4» Duc d'Aiguillon pour les 9$iires étrangères: 
cependant il avoit eu peine 4 y prçndce confif* 
lance* Les Coucs de Vienne 6c de Madrid le 
Toyoient, avec répugnance i dans une place oà 
kur voro rappeUoit toujoiurs le Duc de Choi(êuL 
U y a apparence que , fous celui-ci « TEmpereipc 
ne fut jamais entré dans le partage de la Polo- 
gne 9 non moins honteux pour les Souverains 
qui Teireâuerent 9 que pour les Souverains qui 
en refiesent ttmoins'muett & infènfibles. Il n'ci 
pas de notre plan de raconter Se de discuter cet 
^événement incroyable « mais d'obiërver combien 
étoit devenue nulle & dédaignée des autres na- 
tions la Cour de France ; puifque, ne craignant 
point (on reflentiment , les Puiflàpces co-parta,- 

Eantes ne commencèrent â lui conununiquef 
ir traité qu'après l'exécution. 
Depuis long-tems, on n'avoitperfonne à Var«4 
ibvie, où , l'Ambailadeur ayant plus de crédit 
que le Roi 9 la France n'auroit joué qu'un rôle 
UibaltPffne* incQmpaiible avec fa dignité. Ses 
Minières , dan$ les Cours circpnvoifines 9 don-^ 
notent bien des avis indireâs de ce qui fe pa0bit» 
i»ais le Duc d'Aiguillon y ^pportoit peu d*atteo-. 
lion, &ix.9i'il mf.pu( çiçkç à m cçncert i 



ilifidle i réallftr, (bit quCf convalnev que (on 
Maître « préférant (on repos à (a gloire « ftroit ijjft» 
bien-aife qu'il lui évitât de Ce mSer d'une né» 
goctation qu'il n'étolt poffiUe d*empécher qu'en 
ttiontrant une fermeté dont il étoit éloigné pluf 
qne {amais : ce qitt It fit accnfer de nég^gence^ 
ft le mît mal dans Telprît de Louis XV , qui 9 
ft reflbuvenant d'avoir été le pacificateur dt 
l'Europe , 8c comparant ce perfimnage à celui 
qu'on lui faifoit faire en ce moment , s'éccin 
àouloureuièinent l Ah f fi Choifeul avoir été ici^ 
cela ne fut pas arrivé» Cette exclamation n'étoit 
que rélan notoraentané d'une ame qui avoit eu de 
l'élévation autrefois ; elle retonba bientât dane 
ibn'afiàiflfèment. Louis XV oublia» dans les brae 
àe fa maitre{& , toute l'amertume d'une fi fatale 
nouvelle; 8c ^ raccommodé, par Madame* dtt 
Barri, avec d>tt Mtniilre, il ne lui en fit pa» 
moins bonne mine le lendemain. 

La révolution de Stockholm , dont le détail 9 Aoflt» 
n'eft pas davantage de notre refibrt , mais exécu- 
cée fous les aufpices de la France , y vint heureu* 
fement faire diverfion, 8c prouva que, (bus ui» 
autre Monarque & dans des circonftances moint' 
épîneuiès , le Duc d'Aiguillon auroit pu (cnitenic 
û^randeur du gouvemenaent. 

te Roi de Suéde aâuel> n'étant que Prince* 
Royal, étotc venu à Paris , précifêment dans le 
tems des troubles de la Magiârature : il avoit 
TU de près la corruption 6c U bair«fië de In 
Cour; atnfi que la déprédation des finances; 8t 
il avoit connu la néceflité de ne point biffer s'ar<« 
rîérer davantage les fubfides dus au Monarque» 
Ton père. Le miniilere des affaires étrangères 
^ant alors vacant , îl avoit été obligé de traitée 

^e^emcnt ave^ Louis XV4 à avoit -admiriiioi^ 



à la foit & (âgacité & Ton goAt pour leî nîatlf^ 
177 Jb« ries 9 quoiqu'il (è liTrât auffi i des amuiemei» 
plus relevés. Un jour » après avoir parlé poliu- 
que 9 ce Prince lui donna une quantité de gnu« 
sies rares qu'il avoit recueillies, à Trianon , de 
iès Qiains royales , & le charj[ea d*en faire prêtent 
mu fiimeux LiiuniSt qui vivolt alors, premier 
Médecin du Roi de Suéde » & le plus grand 
homme en Botanique. Cette attention eût, ans 
doute > fait concevoir au Prince -Roval une 
luute idée des exercices de Louis XV , & de 
Ibn attrait pour les (ciences » s*il n'eut eu occa* 
£on de reconnoitre» par le peu de cas que S» M* 
fiûlbit des (avans de (bn royaume « qu'elle cher- 
«hoit à Ct difiraire & à tuer le tems. 

Dans (es conver&tions , le Prince- Royal avoit 
preffenti le Roi (ûr une révolution qu'il méditoit 
en Suéde , pour la faire fortir de l'anarchie oà 
elle étoit 9 pour renverfer & te^raflTer le pouvoir 
« arifiocratique , en réhabilitant dans toute (à force 
l'ancienne liberté des Peuples & du Prince, qae 
le Sénat avoit également aflTervis .* il avoit fait 
concevoir à ce Monarque l'intérêt que la France 
y avoit , en fortifiant (bn allié , qui , dans les 
a£&ires du Nord , lui iêroit utile en proportion 
de ù. puiffance. Devenu Roi, ce jeune Prince 
n'avoit (ùivi l'exécution de (bn deflèin qu'avec 
plus d'ardeur; le Duc d'Aiguillon l'a voit adopté; 
le Comte de Vergennes , Ambafladeur de France 
en cette Cour, y étoit paflfé comme très-propre, 
par (bn expérience &*(ês conseils, à diriger le 
Monarque ; des troupes y dévoient arriver af ec 
des munitions» & fur-tout beaucoup d'argent 
pour débaucher les Chefs. La fermeté du jeune 
Monarque avoit fuppiéé à tous ces (ècours; de, 

?jrant trouyé le moment, faroxable > il avoit pré 



Veau rinfiant coiiTenu» &> en cinquante-quatre 
heures , rompu Ces fers » & repris les- ténes de 
l'empire > telles que Guftaye Adolphe les dîrx- 
geoit > & qu'elles ont ^té conduites jufques en 
1680. 

Le Duc d'Aiguillon 9 pour Ce faire valoir « dès 
la première nouvelle de la révolution anticipée » 
fit imprimer ^ en diligence , au Département des 
Affaires étrangères à Verfailles> une relation cir- 
conÛanciée de tout ce qui étoit arrivé en Suéde , 
depuis le ip iufqu'au 21 Aout« On en répandit 
gratis une infinité d'exemplaires » fr il en reçut 
les complimens , comme s'il en eut été le vérita- 
ble Auteur; ce qui }etta une forte de lufire fur fon 
adminidration , & lui fit prendre un peu de crédit 
auprès des AmbaiTadeurs étrangers, fur-tout au- 
près de celui d'Ëfpagne > qui ne vouloit point 
travailler avec lui. o« M. Catholique , voyant 
tous fes proîeu hofiiles contre les Anglois dérou- 
tés par ce Minidre^ ne pou voit que lui en &- 
voir mauvais gré ; ainfi que des humiliations 
qu'elle éprouvoit de ces rivaux qui Ce préva- 
loient de la certitude des difpofîtions , plus apa- 
thiques encore que pacifiques du Monarque fran- 
çoîs* Le Duc d'Aiguillon , pour Ce maintenir en 
place , (èntoît tellement la néceffité d'éloigner 
toute altercation avec ces indiiaîre s , que « re- 
doutant les menées du Comte de Guignes , Am- 
baifadeur du Roi à Londres , créature du Duc de 
Çhoifeul, tout dévoué à (on parti, fc dès-lors 
capable d'intriguer, de tracaflêr pour troubler 
l'harmonie, il favorifa les accu(àtions de fon 
Secrétaire contre lui , & l'obligea de revenir 
pour plaider au Confeil contre ce fubalterne. ^ 
Mais ce qui avoit fur-tout flatté le Roi , 8c fait 
augmenter le crédit du Duc d'Aiguillon , c*efl 




la deitcrité ayee lamelle il avolt déterminé les 
J77i« PrinclM à vifiter la Comtefle du Barri, lors de 
levr retour à la Cour» & à lui rendre des hom- 
magei • Il ne faut pas croire qu'en travaillant à J 
ce rapprochement , il eut un but différent itr- 
Chancelier > & q«*il (bnj|eât à^ le réunir à eux» 
pour trayailler au rétabufTement du Parlement^ 
On répandit ces in£nuations dans les pamphlets 
iàtyriqjues du tems, qui affèâoient de méoaget . 
beaucoup le Duc d'Aiguillon ; non que leurs 
auteun cruffênt yéritablement à la converfioa : 
il eft yrai(èmblable que leur politique étoit de 
chercher â (èmer la zizanie encre ces deuipcr- 
(bnnages y à les exciter à fe détruire réciproque- 
ment. En efièt ^ ils n'étoient point bien enfem- 
t>le« Le génie infinuant âe impérieux de IL de 
Maupeott ne pouyoit le concilier long- tems avec 
celui.de Ibn rival » qui ne tarda pas a le contra- 
rier , & à l'écarter de la cour de la favorite ; mais 
Wiii^liement afin de rempêchejr de trop dominer t 
& non afin de détruire (on ouvrage > qui fûfoit 
la sûreté & le repos de tous les Miniflres* 

D'ailleurs » le Duc d'Aiguillon étoit trop iffl« 
placable ennemi pour opérer le retour des Ma- 
giârats ; & ce retour pouvoit avoir des fuites 
trop funcfles : ç'auroit été le moyen de faire re- 
tiaîire la cabale des Choifeuls , dont il poucfui- 
voit » au contraire » les refles avec acharnement. 
On attribua à fon attachement à ce parti le dé* , 
façrément que reçut le Baron de Breteyil , nom- 
me à.rambaflkde de Vienne, & qui ne put partit J 
& fiit remplacé par le Prince Louis. L'aâàire de la 
^ Baflille prit apffi (à fource dans cet efprit de ven- 
ioAout geance. La néceffité de punir des faâieux qnî 
cherchoient à fomenter en Allemagne des dif- 
fcntions, germe d'une guerre , fer vit de prétexta- 



I 




fîeurDufiiourier> jaune-Officier plein d'ef- 
8c de taienis , envoyé autrefois en Pologne y^h 
(on prédéce{Ièur> fut accufê de continuer à 
« un râle dont il tf'étoit plus chargé"; il fut-ar* 
ké à Hamboarg, 8t amené àla Baâille , o& furent^ 
buduits* auffi Ces correlpondans à Paris-; âr, la 
kaine remontant jusqu'au Comte de Broglio» 
[Duc d'Aiguillon fit fentîr à Si M', la néceffité 
jb punir de l'exil ce Seigneur, nommé Amba(^ 
kdeur Extraordinaire pour ^ler au-devant de 
Hadame la future Gomteflè d'Artois: il avoît 
lèmandé Tagrénient de pouffer jusqu'à Turin. 
Le Mmiftre ei\ conclut que le Comte , inquiet 8c 
remuant , vouloit intriguer à cette Cour contre 
lui. Une lettre infolente qu'il en reçut , rendit 
raSaire plus grave : fa difgrace fut décidée. S. M» 
ne l'admit pas moins au voyacedeChoity , dont 
die Tavoit nommé: il eut l'honneur de manger 
avec elle , de feire ût partie au triârac i 8i, à 
fen retour à Paris , il en re^t une lertre , qui 
lai ordonnoit de Ce rendre â Bntkc ; ce qui fit 
dire plai&mment au Duc de Choi(èul , qui con« 
noiiloit toutes les prétentions de cet ambitieux i 
Je l*avoU toujours connu pour une mauvaife tête^ 
p9ur un hommo qui fait Us chofes à rehours : il 
frtnd le miniflerepar la queue* 

Le Duc d'Aiguillon auroit bien voulu profiter 
de (on ci^dit pour revivifier (es bons amis , les 
Jéfuites : ils eurent une lueur d'e(t>oir ; ils repa- 
roliToient impunément; ils étoSent employés, par 
les Evéques, dans les travaux apoftoliques; ils 
infedûient les chaires > Tes confe(fionaux; ils (b 
gliiToîent même dans l'infiitution de la jeunefle ^ 
dont ils avoient été nommément exclus; ils diri-* 
geoientles journaux, les écrits périodiques > qui 
déterminent, pour U multitude, la âianicre df 



îoger des ouvrages, des opinions, des éféu^ . 
1775 « mens : ib étoîent en (bus-ordre dans le mîmâéie; 
& quelques-uns occupoîent des podes juiqacs 1 
dans le corps diplomatique* Un concert génccal 1 
s'étoît rétabli entre eux ^ ils Ce corre^pondoieai | 
non-fèulement d'un bout du royaume à Tautie; 
mais des deux bouts de Tunivers. Malhenreo^- 
ilient, les Minières d'Ëfpagne & de France i^ 
Rome ne coopéroient pas à cette tolérance : ils|| 
en pourfùivoient infatigablement la diiTolution; 
& , profitant contre eux de Ta&endant pris fur 
le Saint-Pere, ils en extorquèrent enfin cette 
Bulle 9 que la politjique avoit fait promettre i 
Ganganelli de rendre pour être élevé au Pond- 
ficat 9 & que la politique Tauroit du empêcher 
de figner. En marque de (k fatisfaâion , S* H« 
lui fit rendre Avignon & le Comtat- Venaiffin. 
Tels (ont les principaux événemens qui for- 
ment le tableau du miniflere du Duc d* Aiguilloiii 
]u(qu*à la mort du Roi ; tableau aiïez bien reohf^ 
pli , pendant trois ans qu'il l'occupa, 6 le revers' 
n'offiroit Tenfèmble des refTorts honteuK qu'il fài- 
Ibit jouer pour s*y maintenir ; fi Ton n'y vojoît 
ÙL bafTefTe fervile auprès de Madame du Barri, 
bafTeilè à laquelle il forçoit la Ducheiïe (à femme 
de s'afTocier ; s'il n'eut compromis fa dignité joT- 
qu'à fe laiflèr gour^nander par les roués qui en* 
touroient la fayorite , par tous ces du Barris qui 
lui faifoient perpétuellement (èntir les obligadons 
qu'il leur avoir ^ en exigeoient un retour, une 
dépendance absolue ) fi , continuant d'employer 
les moyens qu'il avoit mis en oeuvre dans fon 
gouvernement , & pouvant les faire valoir plus 
en grand , il n'eut encouragé l'elpionnage , la 
délation \ fi , violant le (ecret de la pofte , dont 
& place le rendpit maître, il n'eut poulie l'infa- 



m\e îtt(qu*à la tévéimon , la rétentlotl j la fotif- 
tfaàion quelqtiefoîs abfolue des lettres : fi, par ijy^^ 
une inquiiîtion) aitfii pénible qu'cdleu(e« jufques 
dans les prefTes étrangères > il. n'eut forcé la vé- 
tité y prête â éclorre , d'y refter captive : en un 
lâot , fi «. maître du cours des Lettres de cachet , 
il n'eur multiplié, à Tiiifini > ces abus d'autorité 
totttre quiconque non-feulement étoit coupable j 
mais fiifped à fes yeux. La chute du Marquis de 
Monteynard, qu'il fit ménager & accélérer par 
fz proteârice^ afin de s'enrichir de Ces dépouilles, 
efi la dernière infamie qu'on reproche au Duc 
d'Aiguillon , qui , en failknt beaucoup de mal i 
fentoit aufli la néceffité de faire du bien « & de 
fe ménager ainfi des créatures .* fon Départe* 
ment lui fourm'flbit peu d'occafions d'accorder 
des grâces ; il couroit à celui de la guerre » 
comme le plus propre à remplir Ces Tues. 

Si le Marquis de Monteynard > qui l'occupoit • 
n^avoit pas eu le courage du Comte du Muy » 
refu(ànt de s'aflbcier à des Collègues auffi décriés , 
on ne pouvoir du moins lui reprocher aucune 
infamie , aucune intrigue ; il ne (bngeoit â rien 
moins qu'à Ion élévation , lorfqu'on vint l'enle- 
ver à Grenoble , au coin de Con feu , pour le 
conduire à Ver(killes ; foit que cette nouvelle ne 
lui infpirât aucune joie » foit qu'il Ce contint , il 
la re^t avec fi peu d'altération > que perfonne 
des fpeâateurs ne (bup^onna l'événement^ Il le 
dut au Prince de Condé , flatté de créer un Mi- 
niftre , & d'ailleurs ne doutant pas qu'en recon- 
noîfTance , fon protégé n'entrât dans fes vues ' 
fecretes , pour la place de Grand-maître de l'ar-i 
tUlerie , qu'il dcfîroit faire rétablir en fa faveur. 
La difgrace des Princes , en reculant les e(pé- 
lances deSoo Alte&j donna le tems au Marquis 



de Ce fermer au ^énte de la Cour ; $ » zlàt 
^77h ^'^^^^ beaucoup promis à (on Uenfaîteur , %ph '■ 
ravoir auuifé long-tems^ il ne put Ce déterminer 
à démembrer fa place à ce point, &.^arda tQHb 
Le. Prince deCondé lui-même aToit deniœ 
lui un iniligateur plus adroit , le Comte de Mal* 
leboîs, qui le premier Tavoit excité à défigaedi 
S. M. le Commandant du Dauphiné : s'iLlaToit 
4)12, il Ce Cetoit bien défigné lui>méaie ; il s'ctott 
npproché , depuis quelque tems , de la Coor» 
A cet effet , Il s'étoit infinué chez la favorite ; il 
lèntoit qu'il ne trouTeroit }amais une fi bdle 
occafion. L'exemple du Duc d'AigutUon l'cfr- 
coorageoit merveilleusement , inais il n'étoit pas 
allez ancré. Le tribunal des Maréchaux de France 
•dont il redoutoit la réclamation « étoit.plus en 
crédit alors que le Parlement. Il imagina dooc 
de commencer par tater ce tribunal > & ^ en &i- 
iànt nommer un Militaire fbn ami , de Ce remet- 
tre d'abord en aâivité: s'il pouvoit parvenir à 
ce premier point , ayant eu la précaution de le 
choifîr inepte » borné , peu ambitieux 9 îl entre- 
▼oyoit la poffibilité de le (ûpplanter aiiSment, 
M de parvenir à ion but par cette vole détour- 
née, lente» mais plus sûre. Efiçâivemenr, une 
des premières opérations du nouveau Secrétaire 
de la guerre j convaincu des talens du Comte de 
AlatUebois , & voulant reconnoitre les obligations 
^tt'il.^voit au feu Maréchal (on pere> fut de ht 
donner une des trois places de Direâeurs géné- 
raux de la, guerre^ qu'il créa pour l'aider! (on 
P^yfler avènement au- Miniâere. Cette tenutiye ne fut 
J771; P^^ heureufe. Les Maréchaux de France s'aiTem- 
. blerentâce iuytt Si rédigèrent un M/moire au 
Roi , qui leur attira une réponfë plus agréaUe 
^ de S. M» ft très « avantageuiè pour Taccnfè , 



(^395 , 

dais qu! eut fon effet en ce qu*ti né conCctrti 
as fa place. Il eH vrai que peu après le Comte ^77$: 
le Maillebois obtint le commandement du haut 
[anguedoc > 8c depuis a bravé hautement & fts 
nges & le public; ce qui a toujours été la Aiîte 
lu premier ellai , qui -lie fit pas honneur au 
Hiniâre» 

U Ce conduifit'mîeux dans le relie. Un de Ces 
prîhcipaux objets fut de réduire les dépenfes de 
(on département 9 portées à un point exce^Hf 
ibus fbn prédécelTeur. Il chercha â rétablir Tor- 
dre & Témulation parmi les troupes jablblument 
détruits foiis le defpotifme de Tautre , dont les 
déplacemens & tes nominations arbitraires avoienc 
interverti l'harmonie de tous les corps. Il arrêta 
ou Hipprima les innovations dangereuies d*un gé« 
nie inquiet , avide de laire parler de lui & peu 
délicat fiir les moyens. La désertion étoit fi con- 
fidérable « que le Duc de Choi(èul avoit établi 
une chafaie ûxt la frontière » qui coûtoit un mil* 
lion deux cens mille livres par an. M. de Mon- ' 

teynard la fit retirer , persuadé que les bons 
traitemens réprimeroient ce mal plus quelacon- 
'tralnte. En outre » il introduifit des récompen- 
iès honorifiques 9 propres à conferver un fonds 
de vieux foldats pour former les nouveaux , Bc 
ime augmentation graduelle de la paie> qui, à 
Ion époque , ne formoit qu'un objet inlènlîble de 
dépenfej mais pouvoît être un jour très-onéreu- 
lè ; ce qu'il n'avoit pas con/îdéré» Sa converfion 
des milices en régim'ens provinciaux & (on or- 
donnance concernant ces régimens étoient très- 
*bien vues. En rapprochant leur conditution de4 Aoftt 
celle de Tinfanterie ancienne^ elles augmentoient 1771 Se 
tout de (ùite, en cas de guerre, le nombre des 18 No« 
tioupcs; 8c, dans la tev& & le remplacement 177], 



des hommes, on écartoit les abus Introduits, oii 
^77 !• dimîntioît la charge des peuples, & confervoit 
des fujets à Tagnculture. C*eà ce que le Marquis 
de Monteynard fît de bien, foit par lui , foit pat 
fës conlèils. Comme il avoit le travail tardif,, 
lourd & minutieux , il n'avançoit pas beaucoup 
en besogne ; ce qui ne contribua pas peu à en 
dégoûter Louis XV, & à donner beau jeu i 
fes concurrens. Il n*étoît pas en place , qu'on 
parloitdéja de le renvoyer. Cependant ce Prince, 
qui voyoit en lui le plus honnête de Tes Minif- 
très , luttta quelque tems contre la cabale : 
Ef2fin , dit-il , U faudra hUn que cela arrivt % 
€ar il n'y a que moi qui U foutitnnu Le Confeil 
de guerre des Invalides fut ce qui groilit davan- 
tage l'orage contre le Marquis de Monteynard* 
Ses intentions étoient bonnes ti pures ; il cher- 
choit , dans la fincérité de Ton cânir % à porter 
tm œil Scrutateur fur les déprédations énormes 
& habituelles qui fe pratiquoient i depuis quel- 
que tems > dans rartilterie : elles avoient com- 
mencé fous le Duc de Choi(èul, & s*éto*enc 
prodigîeulèment accrues à là faveur du (yilénie 
nouveau adopté pour cette partie* Ses ennemis j 
espérant pouvoir trouver une occadon de Pincul- 
per encore mieux , & confbmmer fa perte » exci« 
terent la vigilance & la fêvérité de f. n (hccefleur. 
Un Officier général , jaloux du fuccès de lès 
rivaux , de voir les principes modernes rem- 
porter (iir la vieille routine, de (ê trouver réduit 
a une înaâion humiliante , ^tisfit fès vengeances 
particulières , & colora (t% délations (burdes de 
zele^ pour le (êrvice de S. M. & le bien public. 
Delà ce Confeil de guerre (î irrégiilier , fi bi- 
lârre , fî mondrueux, où préfidoient rignoratice 
0c la préTcnùon \ oà toutes les formes furent 

violées 



Ttolées , ou la partialité Ce mamfeSoit à chaque se 
pas y où Ton ôtoit aux acctt(Ss la liberté de Ce 177 i* 
défendre > où Ton leur prefcrivoit Je choix de 
leurs Avocats , où l'on exlloit ceux qui olbienC 
élever la voix en leur faveur, où intervint, en 
un mot , ce jugement incroyable > qui condam- 
noit un OfEcier pour avoir prévariqué dans Ces 
fonâions , pour avoir eu la baiTeffe de favori fer 
un vol fait fur le Roi , d'y participer, de s*étre 
allié à Tauteur de ce vol j & ne lui faifbît pas 
arracher £a marque d*honneur , & lui laiiloit la 
croix de Saint-Louis ! 

L'entêtement que mit le Marquis de Montey- 
nard à maintenir cet ouvrage d'iniquité , â (è re- 
fuler a toutes les voies que la vérité prenoit pour 
Ce faire entendre de lui , firent perdre beaucoup 
de Ca, conlidération à ce Mlniûte , non-fèulement 
auprès du corps de l'artillerie > mais même au* 
près de la nation. Ses liaifons avec le Chance- 
lier , dont il avoit adopté le fy^éme conforme 
aux principes du militaire, (ur robéiiïknce paC^ 
/îve & abrblue due aux volontés du Souverain , 
Ce remarquèrent principalement datis ce tems-là > 
en ce, que n'étant. point mu , comme Ces collé* 
gués , d'aucun efprît d'intrigues particulier , il 
reôoit conûamment attaché au parti qu'il avoit 
embraffé , & fe trouva feul de celui-ci , dans la 
fermentation éltvêe au fein du Miniflere contrç 
M. de Maupeou. Econome des grâces, il s'é- 
toit d'aiileurs fait peu de créatures ; il n'avoit 
pas CH pour les Dubarri les complaisances fcr- 
viles qu'ils at^roient defirées> il n'efi pas étonnant 
qu'il (uccombât. 

Louis Xy , dans le renvoi de ce Secrétaire 
d'Etat, le dernier qu'il ait congédié , conferva 
loute la fîngularité ^ toutes les contradiâions de 

Tome ly. L 



(bu canAfff. il ne pouvok douter encote itil 
V7}* ^^"P ^^ rintégîité du Marquis de Monteynardf 
de fbn attachement à ^à perfonne , de Ton envie 
de s'acquitter de Ton mieux de Con devoir; mais 
dans la boura(quç ou étoit le royaume , ce Mo- 
narque avoit moins befoin de gens honnêtes que 
d'hommes audacieux , qui tinlFent le timon & 
lui cachaflent ce funefie (peôacle* D'un autre 
côté, l'iDjulHce de fe défaire du meilleur de Tes 
ièiviteurs, lorfqu'il auroit dû l'encourager j de 
le punir, au lieu de le récompenfer^l'emrayoit; 
la vertu de celui-ci balança long-tems ùl difgrace* 
Louis XV n'ofoit la lui faire notifier» il prit le 
parti de chercher à le dégoûter par des mortifi*^ 
cations* Un jour Thuiffier ayant averti ce Secré» 
taire d'Etat pour le confëil , la (èule manière 
^ dont fe déclare un Miniûre , & le Marquis de 
Monteynard s'y étant rendu , S. M. le fit fbrtir 
honteufement en imputant la faute au fitbaltemè 
qui fut cafie v une autre fois , le Marquis et 
Monteynard étant venu pour travailler avec le 
Roi , il lui ditv m que venez- yous hitcî me 
3> propofer le gouvernement de l'école mih'taire 
» pour Timbrune , c'eâ fini ; deux mille écus 
» de penfion^pourMadatDeChauvelin, accordé.» 
S'il lui déclara de la forte les diverfes grâces qu'il 
avoit arrêtées , il fuppofa qu'elles étoieât toutes 
dans le porte-feuille de ce Miniûre , & le con* 
gédia fans le lui laifTer ouvrir. 

Louis Xy , comptoît que Ton Minifire de la 
^erre fentiroit ce que cela voudroit dire ; mats 
loit qu'il eût peine à quitter la place , (bit qw^ 
n'ayant rien à fe reprocher^ il ne put croire que 
fon maître voulût réellement fe défaire de lui U 
qu'il fe flattât de reprendre le deffus i il n'enten- 
doit point ce langage > At refia trois nois eutieo 



j&iis tfwrailler ayec le Roi. Tout Paris retéfl- l 
tiiToît de ia difgtace prochaine^ lui fèul (emblok 1773* 
l'ignorer ; c^étoit à rapproche des étrennes^, les 
marchands de nouveautés , qui dans les frivolités 
de la nouvelle année , tcaûenc foulent allégori- 
quement Thiftoire do jour , imaginèrent des écrans 
À la Mcnteynard , c'efl-i-dire > qu*au plus léger 
choc ils tomboient & puis (b relevoient d'eux* 
Jinémes. Métaphore tngénieuTe des .hauts Si des 
bas qu'éprouvoit ce Miuiflre , qu'après avoir cul* 
buté pendant huit jours dans les converlàtions , 
Ton rétabliflbit enfuite & puis qu'on culbutoit 
de nouveau. Enfin le Duc d'Aiguillon « impa- 
lient de ces alternatives , engagea fà proteâritè 
à tourmenter fi «bien Ion auguâe amant % qu'elle 
Jui fit figner la lettre de cachet que le Duc de la 
Vrilllere fut à l'inftant chargé de fignifier au 
Uarquis de Monteynard. Ses gens mêiaies s'at- 
tendoient tellement à ceue cataftrophe> que le 
Suifle dès Qu'il vit le .petit Saint 9 ne put s*em- 28 Jan* 
pécher de lui dire : » Hontblgneur, je crains ij^j^4 
3» bien que vous ne nous apportiez une mau- 
^ vaife nouvelle. » K quoUe Duc répondit « (ans 
ayftere : a» Tu as raifon. » On n'avoit point eu 
la cruauté d'exiler le difgracié; mais le^oi & 
fouvenant de l'apparition du Marquis de JUaffiac ^ 
lie voulut pas fe trouver dans le même embar-< 
vas , & Tordre portoit défi^nfes à M. de Mon- 
teynard de paroitre devant S. M. Le Duc d'Ai- 
guillon eut la pudeur de ne fe faire donnner d'a- 
bord que X intérim , afTaifonné d'un compliment 
qui valoit bien la nomination complette* Louis- 
Quinze, en lui remettant le porte-feuille, devant 
les Courtifans lui dit : » Je vous le confie,îufqu'à " 
^ ce que je trouve quelqu'un plus digne de Ta- 
a» voir> xnaisje vous avoue que }e fuis difficile! )» 

L 2 



n fût bientôt eti titr« & fa première zaiieoct tiït 
IJJ^ plus brillante > qu'itùctthes dé celles qu'eût jamsâs 
données le Duc de Chôtfèul , dans les plus beau!t 
jours de fa gloire. 

Le Secrétaire d'Etat , cliafgé du départémenc 
de la Marine > n*avoit pas , cOÀime le /Vlarqnfs 
de JVlonteynard , l'avantage d'étrè tiré du corp» 
confié à (es foins. Il étoic même tfè's-ignoraift 
en cette partie ^ quand S. M. l'y nomma ; mais * 
il fe flattât à l'exemple de (es prédécçifeùtsyde 
fe mettre promptement au fait de (à matière & 
<le fuppléer > par (k (àgacité , à ce qui lui man- 
quoit du c6té des connoiiTances. Il fe conduifit 
d'abord avec affez de circonfpeôion s comme un 
jeune élevé, il prît des maîtres dans les divers élé- 
mens de l'art qu'il vouloit diriger , il fit venîf 
tm ancien premier commis des nouveaux bu- 
reauit auxquels ilpréfîdoit, il vainquit la répu^- 
gnance de ce Mentor fit le violenta pour qu'A 
lui donnât fes confeils. Il eâ vrai qu'il (ecoua 
bientôt fes lilieres. M. de Boifnes avoit un e(^ 
jprit d'innovation peu aflbrti à celui du per(bi<«' 
nage qu'il condxhoit , & par (on âge &.par (es 
principes attaché à l'Ordonnance de Louis XIV, 
il prétendoit qu'il étoit de la vieille marine & le 
ïédui(ît à l'infpeâion des fonds. Quant à fes pra* 
jets, il choilit pour le (econder un homme d'une 
trempe analogue à la (lehne* Cetoit un nommé 
Boux , Officier bleu , fils d'un artifân de Roche* 
. 'fort , qui par fon mérite aVoit percé dans les di& 
férents grades, & étoit enfin entré dani le grand 
corps en qualité de Lieutenant de vaifTeau : ce 
Boux , doué d'un génie naturel , de beaucoup 
de feu> d^une précifion mathématique dafls (es 
* idées, parloit avec facilité , quoique (ans lettres 
& (ans éducation > quoique ne pouvant rédiger 



luî-fflemé pàf éprit ce qui fêmbloît ttès-Iumn 
neux dans la conyer&tîon : il entendoît auffi la 1774». 
conftni^bn ; en un mot 9 il étoit très au fait 
des différentes parties de la marine. Ce fut avec 
lui principalement que M. de Boifhes jetta le pre- 
mier plan de cette Ordonnance & bizarre , fi deC 
truâiye de la compofition & de Tharmonie de 
chaque corps , que tous en furent prefque égale- 
ment mécontens ; cependant celui de Tadminif- 
tracion , quoique le plus maltraité 5 forcé par fon 
impuiflance à y acquiefcer , fut le premier à s*y 
conformer avec ré%tiation ; au contraire , M* de 
Boifnes pafla tout le tems de Con miniftere à y 
ployer l'indocilité de l'épée & il ne fut pas hors 
de place que Ton ouvrage fut anéantie 

Ce n*eil pas > au refle , qu'il n'y eât des chofês 
excellentes dans cette Ordonnance ^ que l'auteur 
ne f&r parti d'un principe admirable qui pouvoit 
avoir les fiiites les plus heureufes ^ fi le Minière 
en la laiffant mûrir davantage , en balançant le 
pour & le contre , en prévoyant tous les incon* 
véniens, & y remédiant n'eut pas trop précipité 
Texécutioii. L'article le mieux vu 8c qui bleuoit 
le plus les Officiers, parce qu'ils en fentoient fe 
but > c'eft la défunion du tout , c'efi la difiribu* 
tion qu'on en faîfoit en difierents régimens qui « 
indépendamment de la concurrence générale 
qu'elle âtoit , puisqu'on ne devoit avancer que 
par ordre d'ancienneté dans fon régiment » & non 
fiiivant celle de la marine , détrutfoit radicale- 
ment refprit du corps , qui avoit toujours rendu ^ 
celui-ci fi indiscipliné & û intraitable. 
^ U» de BoiCneSi par la. réfi^bnce & les contra« 
didions qu'il éprouva du câté de Tépée > com< 
prit le tort qui avoit eu de lui affujettir le corps 
de radminiftration & en l'afFoibliiTant d'avoir 

L3 



augmenté rîfifblence de l'autre , peur rétablir 
1774, réquilibre ilayoit imaginé de fortifier ce dernier 
par la réunion des Officiers de Port 8c de ceux 
du Génie de la marine 9 afia de le (àpper îu& 
quet dans fe$ fondemens d'inftituer une éeoie 
d'élevés .pépinière générale d'où deToient fb|u 
tir tous les fiijets â placer dans les diâSrente» 
parties de la marine , proportionnement i leurs 
lalens. Comme il ne falloit aucunes preuves de 
Noblefle pour entrer dans cette école > il eiU 
inlênfiblement anéanti cette hauteur, cette mor- 
gue } dans laquelle s^ntretenoient les gardes* 
narines , qui faifoit l'eflence de leur état Sl 
étoit la (burce de toutes mauvaifès qualités qu'ils 
développoient enfiiite. 

Trop de précipitation gâta d*au(fi bonnes Tuesi 
d'ailleurs les circonftances n'étoient pas favora- 
bles I ce MiniÛre n'ayoît pas aflez de crédit^ de 
confiftance pour en impofer ; il e&t été merveil- 
leux que dans le délbrdre général du royaume « 
fon département feul en eut été à l'abri & eât 
reçu une amélioration qui eût exigé dans fom 
auteur la vertu la plus rigide , réunie aux plus 

frands talens. Tout le tems du minifiere de NU 
e Boifiies Ce pafla donc en projets, en divifons 
intefiines dans les ports, en eifais dispendieux, 
ic négligeant le matériel de la marine , qu'avoit 
au moins entretenu (on prédéceiTeur^ elle ft trouva 
dans le plus mauvais état à (k difgrace. 

Au refiei fi M. deBoifiies ne pouvoir tirer un 
grand lufire de Con département , il comptoit 
mieux réuffir dans une autre dignité plus conve- 
nable â fon génie , à fon état , a Con gofit ^ à (k 
capacité ; il (e flattoit intérieurement de devenir 
tdt ou tard Chancelier ou Garde des (beaux* 
Créature de M. de Meaupcou» il lui auroit rendu 



folontter» Plngratitude dont celui-ci avoltpayé 
(on bienfaiteur. Quoique prévenu de ce qui de- 1774* 
voit arriver , le chef fuprémede la jufiice s'étoît 
laifTé aveugler par (on amour - propre & avott 
commis la même faute que le Duc de Choi(eul « 
Qu plutât cédant au be(bin du moment, ilavoit 
été au plus preflTé : on prétend que Gja$ un tel 
fécond M. de Maupeeo n'eût jamais dû fortîr du 
labyrinthe où il s'étoit jette , 8c c'étoit fous l'édi- 
fice même auquel M. de BoiCnes avoit concouru» 
qu'il efpéroit en voir écrafer Tauteur dès qu'il 
ne le foutiendroit plus. Il avoit pris pour pré- 
texte (es nouvelles occupations , qui le deman^* 
doient tout entier. Il connoiflbit la fougue de 
M. de Maupeou , (bn e(pric de domination : 
étourdi , inconfîdéré , il prevoyoit qu'il (è brouil- 
leroit bientôt avec le Duc d'Aiguillon , avec 
l'Abbé Terrai , avec la Favorite , que le Roi lui- 
même ne tarderoit.pas.à perdre le peu de con- 
fidération qu'il avoit pour lui ; mats qu'en vou- 
lant s'en débarrafTer, on (èroit bfenai(ède con- 
ftrver (bn ouvrage s'écroulant de toutes parts » 
ic qu'on croiroit ne pouvoir mieux s'adrelfer 
pour le reâaurer qu'à fon architede véritable. 

A (bn ambition près ôc (i démé(urée qu'il 
Q^eft aucun forfait auquel il ne fut porté pour 
la (àtisfaire ; M* de Boi fhes n'étoit guère propre 
à la Cour corrompue où il Ce trouvoit : au nû- 
lieu de la licence la plus effirénée , il ofFroit le 
fpeâacle d'un Miniftre plein de mûfurs; il vivoit 
bourgeoi(èment dans (a famille j il étoit reli- 

fieuK & fous le manteau de la dévotion , cachoit 
abillement la paffion dont il étoit dévoré. L'auto 
térité de fon caraâere ne pouvant, (è ployer à 
la futilité des Courti(an$, il avoit cherché à 
t'étayer du parti des dévots, du Clergé j dQ Man 



( h8 ) 

dame LoiiKe , ^tit tous ayant pour objet la de£ 
1774, tniâion des Parleniens 6c connoiflant (k haine 
icTÎncible pour ces grands corps , avoient la 
plvs grande confiance en hiî : ce qui le rendoic 
fiir - tout très- agréable au Gouvernement , aux 
'Miniftres, i Louis XV, c'eft le defpotifine qu'il 
aroit dans la tête 8c dans le caur. Il prétendoit 
que tout devoit céder fous raotorité royale > 
que celle-ci s'étant une fois aTancée, ne devoit 
jamais reculer , quand même elle avoir tort ; 
qu'en un mot , il ne falloit qu'un maître & que 
tout le refie devoit être efclave. Heureufement 
fn confrères & (ûr - tout le Roi , pénétrés des 
mêmes maximes , n'avoîent pas la même roi- 
deur poikr les fbutenir & les réduire en (ydéme 
inconfiant 8c variable; car fi tout le Confeil eut 
été compolé d'hommes aufli inflexibles, il 7 eut 
eu une crifè terrible « ou toute la nation étoit 
fous le joug. D'ailleurs , les jaloufies particu- 
lières traverfoient cette unité de fyfteme. Le 
Chancelier n'ayant plus besoin de ce confrère 8c 
craignant fa rivalité , cherchoit à le décrier dans 
refprit du Roi , non ouvertement , mais par des 
moyens fi extraordinaires , qu'ils fèmbloient ne 
pouvoir être controuvés 8c n'être pas fondés fiir 
des faits apparens. Il prétendit que ùl tète s'afibi- 
bliflbit 9 qu'il avoit des disparates , qu'il per- 
doit la mémoire, 8c il cherchoit à chaque inf- 
' tant à le prendre en défaut dans le Confeil de-; 
vant S« M* pour juilifier ces infi^nuations* 

L'Abbé Terrai > qui ne vivoit plus que politi- 
quement avec M. de Maupeou , n'étoit pas fâ- 
ché de voir ces deux hommes occupés de fe dé- 
truire réciproquement ; il clpéroit en recueillir 
le fruit 1 car il avoit auffi des prétentions i de- 
venir chef Aiprême de la JuiUcet C'eJEl dans cet 



elpoir qu*îl foutenoît le fardeau des finances > n 



în(bppor table pour quiconque auroit eu le moin- 1774» 
dre fentiment d'humanité ou de patriotiMne. Ce 
Icélérat ^ car la poûérité lui confirmera > fans 
doute 9 une qualification fi jufiement acquife de 
£es contemporains, ce (célérat étoit difiingué des: 
autres qui obfédoient le Souverain par une im- 
paffibilité unique. Ceux-ci du moins étoient 
tourmentés de paillons violentes , dont on ne fàu- 
rolt calculer les effets & dont ne peuvent quel-» 
quefois Ce défendre les hommes les plus ver^ 
tueux. L'Abbé Terrai étoit indiffèrent au bie» 
ou au mal ; il faifbit Tun fans goût & Tautre 
iàns remords. Sous Henri IV, il eut peut-être 
été un Sully ; il fut un monfire fous Louis XV : 
il a voit toutes les qualités propres à réuflir dans 
deux extrêmes ; malheureufèihent il ne Ce trouva 
dans le cas que' de déployer les. plus détedables 9 
& il le fit au dernier 4egré. Intrépide dans le 
crime, il dédaigna Thypocrifie du Chancelier > 
il Ck montroit tel qu'il étoit. Il ne connoifibic 
point les douceurs de Tamour, mais il a voit du 
tempérament & il apportoit dans (k lubricité le 
snéme (àng -froid que dans tout le refie. Dans 
là nouvelle maifon de la rue de Notre-Dame des 
Champs , il avoit un lit fuperbe , dont le fond 
étoit gani d'un tableau voilé : en levant le ri- 
deau , on trouvoit une femme nue , & il dilbit 
aux curieules: 3) Méfiâmes^ voilà le coflhume^>y 
Jamais aucunes de Ces maStrefies ne le gouverna* 
La Baronne de la Garde vendoit aifez publique- 
pû; 0ientles faveurs de ce Minifire; il s'y prétoit, 
0; parce qu'il trouvoit commode de la payer ain fi ; 
f^^ dès qu'il vit que cela pouvoit lui faire tort 9c 
115» qu'il en réfultoit des murmures trop dangereux, 
à' il la fit exiler & la renvoya de chu lui très-dur^t 

0; ' x 5 



ment. Il couchoît fans fcrupule ayec Madame 
'774* I^^n^cf val , (k bâtarde : c'étoit un morceau friand 
qu'il l'étoît réfervé ; il avoît fait éic?er exprès 
cette jeune perfonne pour fon lit ; il s'en déca- 
cha quand elle plut à Madame Dubarri & qu'il 
fut quefiion de la propofer à Louis XV. 

L'Abbé Terrai s'cmbarraflbit peu des plaintes 
des mécontens : il s'oppofoit à ce qu'on voulût 
ks étouffer ; il dtfbit qu'il Moit laiflêr crier ceux 
qu'on écorchoit. La même bonne foi le failbit 
convenir de ce qu'il étoit. Les agens du Clergé 
lui repréfentant, dans une circondance qui con- 
cemoit leur ordre, qu'il commettoit une injuG» 
tice , il répondit : ^ui vous dit que ctfijufle i 
fuiS'je fait pour atare chofe? Une autre fois que 
l'un d'eux , violemment piqué , s'écria : Mais ^ 
Monfeigneur , c'tft prendre dans Us poches ; il 
répliqua ; Ou voulez-vous que f en prenne autre*^ 
ment? Il fe moquoit des quolibets , des épigram* 
mes, des pamphlets» On l'appelloit, à laCeur, 
l'enfant gâté , parce qu'il touchoit à tout \ le 
grand houjfoir ^ parce qu'il atteignoit par-tout; il 
rioit de ces fobriquets. Un jour , en pailànt dans 
l'œil de bœuf, rempli de courti(ans « il fuivoît 
un des Muy , pour lequel la foule s'étoit ouverte 
avec une forte de refped; mais ensuite, la preilê 
augmentant^, on lèrra violemment les cotés de 
M. l'Abbé, qui j demandant humblement qu'on 
lui fit pafîage , & qu'on ne l'étouffat pas , on en- 
tendit une voix lui répondre : On nefait pl^ceiei 
qu'aux honnêtes gens ; & , quand le phyfique fut 

faranti , fon ame n'en fut pas moins impertur* 
able. Son feul (buci étoit de trouver de l'argent^ 
afin de n'être pas renvoyé \ & , comme tous les 
expédiens lui étoient bons , il avoit peu de peine ; 

«n reflant en pied » & s'éteadant même, j ( car ^ 



(2^1) 
fins aimer tii les arts ni les fciences « îl avoît én- 
kvè au Marquis de Marfgny l'Intendance des bâ- 1774, 
timens ) , îl attendoit qu'il Ce fit un jour favora- 
ble à Cortir de fon département pour quelque 
chofè de mieux : aÇn même d'accélérer ce mo- 
ment 3 il a voit imaginé la tournure de fe faire 
faire Cardinal ; & le bruit couroit qu'il avoît 
acheté du Prétendant la nomination au Chapeau> 
500,000 livres. Avec cette dignité , on n'auroit 
pu le laiiTer au Contrôle , il auroit fallu recréer 
pour lui la charge de Surintendant , & il fubor- 
donnoit tous les autres Minières. Jufqu'à ce 
brillant avenir , il rendoit fans cède desÈdits bur- 
iàux ; & , le jour de la mort de Louis XV , on 
afficha , dans le parc de Verfailles , une Déclara- 
tion ^ portant continuation de nouveaux droits» 
publiée peu avant , ou même pendant que refpi- 
loit encore ce Monarque} avec cette infcription : 
C^efl ainfî qu en panant 'y je vous fais mes adieux» 
Un des phénomènes les plus extraordinaires 
du règne de Louis XV , c'eft lans doute d'y voir 
en place , pendant plus de cinquante ans > le Duc 
de la VrilUere , & , parmi cette foule de iVlinidres, 
fts confrères ) difgraciés tour-à-tour, feul réfif- 
ter à tous les orages : c'eà que , dans les commen- 
cemens , il excita peu l'envie , & par Tes talens» 
& par le genre de fon département ; c'eil que fon 
défaut de génie même fut ce qui plaifoit le plus 
à fon maître » en garde contre ceux qui , en ayant 
trop» pou voient prendre de lafnpériorité fur lui» 
Dans cette id^e , il fe livroit avec confiance à ce 
Secrétaire d'Etat,- il Ce trouvoit de niveau avec 
lui, & il en réfulta une affeâion (inguliere de I4 
part du Roi , qui ^ dans le fond , étolt un per- 
fonhage d'habitude , qui détçiloit le changement, 
fc^ malgré les variations continuelle^ de ânCon^ 

L 6 



-sfs feîl , par (a timidité naturelle dont itnt Ce défit 
ij^4. jamais , redoutoit les nouveaux yilkges. Du reŒe, 
des qualités fublimes étoient peu néceilàires 
dans la portion d'adminidration , dont le Duc de 
1^ VrilUere fut chargé pendant long-tems ; il 
avoit les plus efTentielles , l'efprit d'ordre, d'arran- 

fement, d'expédition : c'étoient auffi celles dont 
ouïs XV faifoit un cas particulier; 8c le Public 
qui s'en trouvoit bien > aimoit ailèz ce Secré- 
taire d'Etat : il ne coremença à devenir Tobjet 
de fon mépris & delà haine, qu'au moment oft^ 
devenu efclave d'une femme injurieulè & avare» 
il commit toutes les iniquités qu'elle lui diâa > 
lorfque (ur*tout par la réunion du Département 
de Paris, il put donner un plus libre cours aux 
lettres de cachet , âr aux horreurs qu'elles en- 
traînent ; enfin qitand (on neveu , le Duc d'Aï- 
ruillon , ayant befoin de fon appui en Bretagne «.' 
le fit (ervtr d'orga^ne ft d'inflrument à (es ven- 
geances > jufqu'à dire aux Députés de la Pro- 
vince en 1772 : « Sa Majedé ne veut point de 
3> ré£fiance; fi les Etats s'occupent du Parlé- 
es ment 5 ils Cetont cafTés dans trois jours, ar 

Il étoit trop tard alon pour quelle Monarque 
pât rompre les liens qui Tattachoient à ce Mt- 
mflre ; il lui donna des marques plus fpéciales de 
l«'::iveillance 8c d'amitié : quand le Duc de la 
Vrilliere eut une main emportée à la chafle» 
Louis XV lui écrivit de la fienne une lettre très- 
affeâueufe, & lut dit, en le renvoyant : Tu n*as 
firdu qu'une main , O* tu en trouveras toujours 
deux en moi à tonfirviee. Dans les derniers tems 
où la malignité des courti(àns , éveillée (îir le 
compte de ce Minifire» (èmoit fourdement le 
bruit de (a di(grace ou de fa retsaite, (on Maînre 
le ralliira^ c» ajoutant i II n^faut pas que vous 



ftie ^uittie^ ; vous avc^ trop btfiin de moi» Ô^moi 
éievaasÇ*% ^77^* 

Ces bruits s'étoient accrédités lors de Texll 
du Chevalier d*Arc , favori de la Marquîfe de 
Langeac^ maitreffe du Duc 9 dans l'intîmité du- 
quel elle avoît fait mettre cet intriguant : fous 
fo au(pice$ , il commettoit toutes fortes de cou- 
cu(Eons ténébreuses , qui avoient enfin éclaté; 
maïs le Duc en fut quitte pour le (àcrifier , en 
expédiant contre lui une lettre de cachet , que 
la jaloufîe feule auroit dû lui faire donner beau- 
coup plu tât 9 & qu'il figna en pleurant , convaincu 
du coup fen fible qu'if portoit à (on infidèle. 

Le foible de ce Minière pour cette femme étoit 
tel , que , malgré la maladie de Louis XV > il 
donna , dans (on h^tel > une fête pour le mariage 
de (à fille avec le Marquis de Champbonas ; in- 
décence R étrangevi que M. le Dauphin^ ire pou- 
vant le croire , voulut s'en convaincre (ccréte- 
ment par Ces yeux ; & l'on conçoit aifément que # 
8*il n'avoit fuivi que (on mépris pour le Duc de 
laVriUiere, ç'auroit été celui qu'il auroit chaifê 
k premier , à fbn avènement au trône. 

Après le Duc de la VriUiere, M. Bertîn étoit 
le Minière le plus goûté du Roi , tout ours par Iz 
Oiéme rai(bn de l'analogie de fon efprit avec celu» 
de S. IM. Elle fe trou voit à l'aift avec ce perfon- 
"age* qui ne déployoit pas trop de lumières , quî 
"e lui en impofoit pas, pour aînfi dire , par une 
politique trop profonde & trop rafinée ; en un 



(*) Ces anecdotes foni tirées de VEloge du Duc 
dçla Vrtîlierey prononcé à l'Académie desBcllcs- 
Lcttrcs , lors de la fcancc publique de la renuée 
delà St, Martin, U 14. Novembre 1777* 



mot» qtt! ayoît de Tani, de la bbtihommîe datif 
I774« Ces idées 8c Tes di(cours auCon(èîl; car Louis XV 
avoit appris , à l'école du Cardinal de Fleuri « à 
faire plus de cas du bon Cens que du génie. C'efi 
ce qui mit M. Bertin dans Tintimité de Louis XV» 
qui , comme nous l'avons die > lui confia Con 
porte-feuille 8c la manutention de Ces eSsts ; il 
étoit auffi chargé de prendre foin d'une quantité 
de filles natureUes du Roi » élevées â la Préâ^nta-» 
tion , 8c que S. M« comptoir marier » i mefiire 
qu*elles auroient atteint Tige de l'être. Cène 
confiance de Tauguile amant fur toutes (bries de 
détails ijjtérieurs lui donnoit également beaucoup 
de liaifon avec la Comteffe du Barri : ce qui ne 
rautorifoit pas moins » que M. de Boiliies & 
TAbbé Terrai , i former des prétentions 4àus 
/ dépouilles du Qiancelier; car les objets de foa 

adminiâratîon publique étoient miférables, & il 
ne pouvoir s'y fignafer , ni par de grandes fau- 
tes , ni par des entrepri&s giorieufes. 

La France lui aura cependant robligation de 
rinfiitution de l'Ecole vétérinaire : c*eft une 
Ecole d*Anatomie pour connoitre la (Iruéhire 
du cheval , les maladies auxquelles il peut être 
(ujet, la nature des acci-iens t^e comportent « & 
fon e(pece dans la claflTe des animaux « 8i (ba 

fenre de (êrvice. On doit le regarder comme le 
ondateur du chef4ieu de cet établiilèment , au 
château d'Alfort» près Paris. Il avoit mis à la 
tête des études un M. Bourgelat^ Ecuyer de Lyoïit 
très-renommé pour (es connoi(rances : on y re« 
çoit nombre d'Elevés pensionnaires des diveries 
Provinces du Royaume , 8i même des Pays étran- 
gers» moyennant une modique (bmme. LesPar« 
ticnliers qui ont des chevaux malades ou efiFO« 
piés I peuvent les y envoyer > i tfès-bon comfie 



aufli, ju(qu*à leur entière guériron. Les progrïs Jl 
des e^ériences qu'on fait dans cette Ecole , de- 1774» 
puis Coù origine » s'étendefltf fe multiplient & fe 
perfedionnent (ans relâche. Il e& commun au- 
fourd'hul dy remettre à ces animaux une jambe 
cailee , forte d'accident auquel on ne favoit pas 
remédier autrefois ;.on les trépane , en un mot 
on les ibumet i prefque toutes les opérations 
chirurgicales pratiquées envers l'homme. On 
iênt qu'il doit en fortûr d'excellent maréchaux for-i 
mes par de CemhlMes études ,& rimportance 
dont efl cette clafle depuis Tu^e fi fréquent le 
£ néceflàire des chevaux , doit donner une idée 
proportionnée ^e rinfiitution. 

M. fiertin aTok en outre 4ans fon dîilrid des 
provinces coniidérables , telles que la Guyenne 
& la Normandie 9 qui le murent à portée de jouer 
tin r61e lors de la révolution de la Magificamre ; 
dernière époque fi importante dans la fin dit 
règne de Louis XV « & qui depuis quatre ans 
^(brhoit prefque toute l'attention du Miniâre 
8c du public. 

. Quoique ftm caraAere ne lympatKitSt guère 
arec celui de M* de Maupeou , cependant il en 
ayoit propagé r«uvre de fon mieux^ non-feule- 
ment par les vues générales de fes copfreres^ 
mais par des Yues particulières qu'il auroit bien 
defiré faire réuffir. Créature des Jéfuites , il leut 
éioit toujours attaché & il ne tint pas à lui.qu'ils 
ne profitaflertt mieux des circondances ; mais fon 
amitié fe reffentoît de fon caraâere moU , & il 
n'^ioit capable d'être su^haud partifan» ni vedou« 
ble ennemi. 

Il fe condtti(ît dans le refte avec une pufflla- 
nimité : convs^incu du mal qu'il faifoit > il ne * 
prêta pas moins à toui; «ehit qu'exigeoil & ^Un, 



ic tacha (êulefflent de l'adoucir le plus qu'il p&t 
'774« ans ^ compromettre ; dans ces tems d'horreurf 
êc d*abommations , ou lui fut gré de n^arotr pal 
été auffi méchant que les autres : ce qui ne lel 
difculpera pas aux yeux de la poftérité plus] 
(êvere. ^ ] 

Tous ces Membres de radmlnldration n'é- '| 
soient , â proprement parler , que les dîfpen(k- 
leurs des grâces » les exécuteurs des volontés de 
la FaTorite : en peu de tems > elle avoit pris un 
afcendant , tel que n*en aToit jamais eu celles ;{ 
qui Tavoient précédée ; 8c le (ceptre de Louis XVt 
ju(ques-là, tour-à-tours le )ouet deTamour « de 
rambitîon» deTavarice) derint^ entre les naaîns 
de la Comtefle y la marotte de la folîe* Quoi de 
plus extrayaguant> en efièt, que tout ce qui Ce j 
paflbit alors i la Cour; que les (cènes privées 
entre les deux amans j toujours trop publiques « 
puilque des témoins indiscrets les relevoiem ! En 
entendant raconter cette foule d*anecdotes dont 
Paris égayoit (es (bupers , on croyoit , fbus un 
-- coftisme différent , voir reproduire les délires de' 
l'empire de Caligula. Une fois> c'étoit Madame 
du Barri , qui , en préfence du Roi & d'un No- 
taire, (brtoit nue de Ton lit. Ce fai(bit donnet 
une de fes pantoufles par le Nonce du Pape^ 8c 
h féconde par le Grand- Aumânier ; ft les deux 
Prélats s'edimant trop dédommagés de ce vil & 
ridicule emploi , en jettant un coup d*oeil fugitif 
iiir les charmes (^crets d'une pareille beauté* Une 
autre fois, c'étoitla Marquifède Ro(es, Dame 
pour accompagner Madame la ComtefTe de Pro* 
▼ence , fouettée par les femmes de chambre de 
la Favorite, fous Ces yeux, (bus prétexte que le 
Roi, Texcufànt fur fa jeunefTe à l'égard de quel- 
que inanquement envers ellej ayoit dit en riant< 



$on / c'e/f un enfant propre à neeVàir le fouet { 
t ces deux folles s'embraffant enfuitc , & fe liant 1774« 
ÂMs étroitement que jamais. Cétoit, par une 
ïdulation plus méprifable , le Duc de Trefmes 
le trouvant pas la Favorite chez elle , & écrivant 
ï fa porte .• Le Sapajou de Madame la Comtejfe du 
Barri efi venu pour lui rendre f es hommages^ & 
la faire rire , parce qu'elle s'amufôit de la boue 
de ce Seigneur , & qu'il: s'eilîmoit trop fortuné 
d'en être le joujou. Cétoit M. de Boifncs, accor- 
dant la croix de S. Louis à un Ccmmiflaire de 
la Marine , en reconnoiffance d'une perruche 
dont il avoît fait préfent i la Comtefîe. Quel 
comique, indécent encore , de voir Madame du 
Barri frappant fur le ventre du Duc d'Orléans» 
qui venoit la foUIciter d'être favorable a fon 
mariage avec Madame de MontefTon , & d'en- 

Îfager IçRoi à la reconnoître pour DuchefTe d'Or- 
éans, & lui dire : Gros père \ ipoufe^-la toujours \ 
nous verrons â faire mieux en fuite : vous fente9 
^ue j*y fuis fortement intéreffée\ comme fi elle 
n'eut pas défefpéré de marcher, quelque jour, 
fur les traces de Madame de Maintenon. ^ 

Rien n'égaloit , fans doute , l'abicâion de 
Louis XV , qui , partageant avec le NégnUon de 
cette Dame it% faveurs , pour lui plaire , créoit 
Zamore, Gouverneur du château de Lucienne , 
aux appointemens de 600 livres , & lui en faifoit 
fceher les provifions par le Chancelier ; qui , fe 
laiffant affimiler par fa maltreffe à fes valets, ea 
avoir reçu le furnom de U France , & s en égayoït 
dans fes petits cabinets , oè il aimoit à faire lui-, 
même fon déie^ner. Qui , dans le Royaume, n a 
fçu ce propos de Madame du Barn, dans ton 
lit, pendant que le Roi, préparant le café, étoit 
difirait de quelqu'autre objet : « Eh ! prescts 



» donc Mrdc « la France , tott ca£K ù 



• • 



1774, » camp!» 



Cétoic cette même femme fi déyergpndée , fi 

Sroffiere» fi dégoûtante dans Ton Intécieur » qm 
onnoit audience anx Ambaflàdieurs , qui Aj 
Toyoit entourée des Députés de& Confédérés , 
de ceux de toutes les petites PrincipautiEs à,*Al'* 
lemagne» tremblantes pour leur defiin/Iors da 
partage de la Pologne, & foUioitant (àproteâîon 
auprès du Roi pour leur foutien* C'étoit cette 
même femme que Louis XV promenoît en triom- 
phe au déceintrement du pont de Neuilly , fête 
dont les Princefles » & Madame la Dauphina 
ménie , avoient été exclues > afin que rien ne pâl 
réclip(èr : c'étoit cette même femme qui lui &- 
fi>it trouver mauvais que l'Héritier pré(bmptif 
du tr4ne Tefit écartée de la (bciété de* (on angufte 
Compagne « dans utt fiaupei; de raccommodement 
qu*une intriguante de la Cour avoit imaginé , aa 
Hoint d'en témoigner fon humeur, en s*écriant: 
Je vpis tien gue nui €nfms^ n^ m* aiment pas ! C'é- 
toit cette même fiemme pour qui Ton traraillpii 
une toilette d*or, quoique Madame UDauphine 
n'en eftt pas , 9c nue la Reine n'en eût jamais eue : 
on lemarquoit (ur-tout le miroir, Airmonté de 
deux petits Amours tenant une couronne (îilpeit* 
due fur Ci tête, toutes les fois qu'elle s'y re^- 
doit ; allégorie de celle où on la defiinoit un jouTt 
C*étoit cette même femme qui j ne fe trouvant 
pas zStz bien logée au Palais d'une Princefle du 
Sang j avoit fait hâtir le nouveau pa\ illon de Lu- 
cienne , colifichet dont on ne pouvoit calculer 
la dépentè, parce que tout y étoit de fantaifie» 
& n'avoit d'autre prix que la cupidité de t'artifie 
& la folie du propriétaire. C'étoit cette femme 
enfin, qui » fur des cbifons fîgnés de â mdsx, pui* 



bit, i Cou gitt , au fife public « etld £ tous lefi 
iens; qui coûtoit plu» à elle ftule que toutes Les 17749 
qpaisreÂès que Louis XV avQÎteii«&^iie6-là; 
i^> malgré la miX^re <}e« peufdes & les oalamitét^ 
Hibliques, a^loit tellement crotflàm en prodiga- 
lités & en dépr adations , qu'elle eût » ea peu d^an*» 
nées , englouti le Royauroe, fi la mort deLouts- 
Qttin;^ n'y eut mis iua terme» 

Ce iMonar^uO) depuis le mariage du Comte 
d^ Artois > étoit devenu plus tride que de cou- 
tume / il (en toit fts forces s'aâbiblir. Divers aver- 
tiilèmens de la nature lui annonçoient qu'il n*é<- 
toit plus propre aux plaiHrs de Tamour; lui-* 
iBeme ayclt dit i (on Chirurgien ; Je vois bien 
^uilfmii que j* enraye; (urquoi celui-ci luiavoit 
t^ondu avec firanchife & (ùr le même ton : Sire » 
ym^fyrie^ AUn dd dételer tout^à-rj^u l^z, mort 
iitbite du Marquis de Chauvelin> Tuo de (es fa-; 
voris j jouiflant d'une (ànté floriflante « comps^ 
gnon de toutes (es parttes de débauche , $c tombé 
dans Tune (bus (es yeux , l'avoit frappé : il y (on- 
geoit (ans eeflê» Celle du Maréchal d'Armentîe- 
les « à peu près (êmblable 9 & prelque de Tâ^ du 
Monarque, avoit augm^té (a mélancolie, cafitt 
un femion, prêché devaet lui, le Jeudî-Saint» 
- par le fameux Evéque de Sene^^, avoit fait entrer 
le remords dans (on ceeur. Cet éloquent Prélat lui 
rappelloit l'époque de fa maladie de Metz, cir- 
confiance la plus glorfeufe de (à vie , puifque 
c'étoît où l'amour de (t% Sujets s'étoit manifefté 
à un plus haut degré ; il ne lui diffimuloit pas que 
cet amour s'afibiblifToit , que la nation , accablée 
de fubfîdes , ne pouvoît plus que gémir (br (es 
propres maux \ il faifoit preffentir au Monarque 
^ue, quoique fur le trône, il avoit des amis fans 
doute I & étoit digne d*en avoir; mais que fou 



meilleur am! deroit être fon peuple ; il finîflbit 
1774* par Texhorter à ne pas s'en fier aveuglémem t 
pour radminldratton , aux con(êils de & Mini& 
très , trop (buvent intérefTés à le tromper ; mais 
à ne s*en rapporter qu'à lui-même , à £on cœuri 
à l'expérience de plus d'un demi-fîecle. 

Louis XV n'aroit pas été mécontent de cette 
bardieflè évangéUque ; il avoit très-bien accueilli 
le Prédicateur ; il lui avoit rappelle l'engagement 
pris d« prêcher devant S« M. le Carême de 177^1 
engagement qu'il le (bmmoitde remplir , avoit-îl 
ajouté en riant, quoîqu'Evêque. Depuis ce tems, 
il avoit redoublé Ces vlfîtes à Madame Louifei 
êc l'on (avoit que cette Princeiïe employoit tous 
Ces foins pour le ramener à Dieu. Les courti(àns 
pervers craignirent que la même foiblefle qui le 
rendoit leur e(clave , ne le rendit celui àes Prêtres. 
Un comité , tenu chez la Favorite » décida qu'il 
fiilloit tirer S. M. de cet état par quelque orgie 
vive, capable de le diflraire 8c de lui rappeller le 
goût du plaifin On l'engagea à ordonner uo 
voyage à Trianon , où l'on fit trouver un jeune 
objet» armé de tous les charmes de la réduc- 
tion i car Madame du Barri , depuis quelque tenis« 
imitoit Madame de Pompadour ; & , pour Ce re- 
pofèr, autant que pour exciter fon amant bla(ci 
lui procuroit fans cefle de nouvelles jouif- 
fances. Par une fuite de cette fatuité aveugle t 
qui Ce joue des vains projets des hommes , H 
confond fouvent la plus haute (kgeilèt les eé>ttB 
même de ces corrupteurs pour perpétuer leur 
empire , tournèrent contre eux i & la France (ai 
fauvée. 

La Beauté novice « mi& dans le lit du Roi,' 
receloit déjà dans ConCein le germe de la petite 
vérole > qui commençoit à fe développer, Se h 



/ 



hniolt înlênfible, indocile même aux embralfe- 

mens du Monarque : cependant on avoii aidé le 1774. 
phy/îque de S. M. par les divers fecours que 
l'art a imaginés pour aiguillonner la lubricité plus 
aâive î enibrte que, tandis qu'il pompoît, en 
tous Cens , les miaônespeftilentiels de cette cruelle 
maladie^ il s'otoit d'autant ^ parfes efForts, la 
vigueur néceffaire pour la foutenir. Il s'alita dès 
le lendemain 5 & le projet des confeillcrs de la 
Favorite fut de retenir S. JVI. àTrianon , & de la 
drconvenir .• mais la Faculté décida autrement^ 
& le malade fut ramené^ en robe de chambre i à 
Verfailles, 

On ne tarda pas à ft voir que Louh XV avoit 
la petite vérole , & la nouvelle eh fut porté* 
promptement aux extrémités du Royaume ? le 
■ grand nombre ^'en réjouît 5 d'autres envifageoieht 
ton SucceiTeui , qui n'avoit pas vingt ans , & 
trembloient. 

Cependant M. le Dauphin Ce comportoit avec 
tine prudence àu-defTus de fon âge ; (on premier 
foin fut de Ce présenter à la porte de la chambre 
de fon grand- papa. Sans apprendre.au malade 
fcn genre de maladie > on Tavoit engagé à ne 
pas lai^r pénétrer les Enfans de France ; le Duc 
de la Vrilliere déclara au Prince , de la part de 
S. M. que fa fanté étoit trop précieuse à l'Etat; 
qu'elle n'étoit point à lui » & qu'il ne pouvoit 
- larifquer» en entrant dans l'appartement de.foa 
augufte aïeul 9 qui lui ordonnoit de s'en abfle- 
tiir. Il Ce retira , Ce renferma avec Madame la 
Dauphine $ & refufa de voir Ja foule de courti-; 
^ fans qui Ce tournoient vers le foleil naiflant. 
Toute la Faculté fut appellée ; mais le Roi 
ftvoît fait exclure formellement le Doâeur Bou- 
dard # l'ennemi peclônnel du Doâeuc BordeVf 



Médeom de Mftâame du Barri ^ fttf^giièfelle aYokj 
1^74. engagé Ton augufie amant de donner ùl canfianccbJ 
On Vit alors ce que c'eft que Tétiquetie » 8c cotor-l 
bien un Monarque, fi abfblu pour £iiire le œid deJ 
lès Sujets j eà gêné pour (a propre con&r^»tio9«J 
Dès le commencement de la petite yérole dci 
Louis XV , un Médecin Anglois » nommé Suu^u 
de la famille de ce nom , célèbre par une mé- ^ 
thode particulière d'inoculation > & par on (pé* , 
cifique contre la petite Térole ^ fe trouvant aFt- 
ris » iè préfema Se offrit de traiter le maiade»4t ^ 
de le (àuTen La Faculté Pécarta bien loin; an * 
le rappella qu*au moment où S. M.fut xlélè^^i ^ 
il répondit qu'il étoit trop tard. 

Dès le commèhcement de la maladie, on pt- ' 
Trit Taris défaire admioffirer Louis XV» mais 
le Doâeur Bordeu , (àcbant coihbien cet éréae* 
ment devoit être fuaeAe à fa maitreflTe > le retar- , 
da le plus qu'il pût , & s'oppofa fortement à<e | 
qu'on parla de rien au Roi ; il aflkra ^u'â oe 
Yojoît pas de danger évident »& <|ue cette aa- 
jionce faiibit mounr les trots quarts des malades* 
Madame Dubarri profitoit de ce répit pour être 
ikns ceflè au chevet de (on amant, qui, dans ks . 
^emiers îours ignorant fon état , lui £ufoit.pafir j 
îês mains blanches Si délicates fîir &s -boutons 
pirulens. On rapporte même , que> luxurieux | 
jttfquedansfbnlitde'mort, il la carefToit encoce 
quelquefois > baifolt & gorge , 'dr (è lîvroit aitf 
autre» impudîcifés que lui permettoit ùl foibkfle* 
^ Le Clergé , dam 'la crainte que l'augiifie mo- 
ffîbond ne lui =éehapplt j étoit fiirîeux ; il inctil* 
poit hautement TArchevêque de Paris > qui s'é- 
toit bien rendu à la Cour , dès le coitomencemeot 
*)de la fatale "nouvelle « mais n'avoit fait aucun ef- 
firi poofaVnipafef de^taconfatcfice du Roi; & 



( 



on aiètmUmé exclure de & piiCeMe^ i^e assat 
P« humiluBte Ce Prélat étoit alor, incom- ^ 
•de d une maladie de veffre , à la queUe les ^^ 
iJans , qui ne prcnoient pas la chofe fi fort à 
ur, firent allufion; il, prétendirent que Mon- 

.i LT ''"•" ,^ f "?^'"- Ce fut le malade 
■i-méme qui , le St. de la Martiniere , touiours 

5r«'Ji ^! •" *'• •""'. i ««« qui l'e«touroient.. 

U^t^rt JL^""!'-^" ^«^''":' Après cette dou^ 

Je peiw â réuffir pour le reôe; Louis XV fot 
«dmmiflré le furlendemain .■ avait le Grand A« 

* Q«oîque le Roi tae doite compte de Ta 

te coiidu«e qu'à Dieu feul, il efi fôcbétraToit 
* €«!« du fcifidàle à Tes fujets , & dëchre qu'il 

L'Orateur iVoitttfolu dan. cé dîfcours con- 
ftr*er4a (di^mtc die «foh maître. Se àiCoh une 
abOirdue, tine ckôfe cohtraire, àiémè aux ma* 
«mes .du Clergé ; <ia en admettant le principe -, 
ju nu Roi ne foit-jws ebteptaMe de Ce* aôions â 

fcs ftfjfew da» l'ordre politique , ilTie fcor doit paà 
noms Pexenf le (joAtme Chrétien date l'ordre'dt 
fa ««tigfem , * le adt '^'atoant ^« , qu'il «9 ^ut 
«8Vé « aftrefftt â dès 'derôirs pli» rîgouretix ft 
^«s <écht«M ; «"M C« îu'Oïi :[^lw «nts IM 



/' 



jOttff dans les chaires : mais M» de la Rôcbe^ 

%^f^, Aymon , un des Prélats les plus ignorans & les phi 
bornés de France, & c'eft beaucoup dire, pailr* 
avec le zèle d'un courti(ah , & non celui d* 
apôtre ; il (kvoît mieu x aduler , que raifonner. S'i 
eût fait Ton devoir, il eût, fans doute, détermin 
S* M. à rapprocher de fa perfonne le Prince (k 
Conti encore dans (a di^race ^ & à une récon- 
ciliation, la première démarche que la religioa 
exiee des mourans. 

Louis XV nie furvécut que tfois jours à foa 
adminîfiration ; le lendemain il eut un mieux 
momentané; on en jugea pat la conduite des 
coUrtilans; à Pindant ils avoient hué les duBarrii 
au point de les obliger d'abandonner tous Ver- 
failles , & de Forcer la jeune Marqui(è de ce nom» 
obligée de reder, pour Ton (èrvice, auprès de 
Madame la ComteÏTe d'Artois , à retirer du moins 
/a livrée , pour fe moins afficher : leur conduite 
changea ; ce fut une proceflion continuelle àt 
carroflès de Verfailles à Ruelles , où étoit la Fa- 
vorite , plus conSdérable que celle de Paris à 
Verrâilles . inaîs ils rétrogradèrent bientôt , à me- 
fure que le bulletin devint plus fâcheux. 

Le Roi mourut le lo Mai , à trois heures vingt 
minutes. A Tinâant, toute la Cour fe tranfporti 
à Choify > il ne refta , auprès du cadavre , que 
ceux néceflaires au (êrvice : il n'y eut rien de 
plus prefl*é que de Tenlerer du Château \ on ne 
remplit aucune des formalités d'u(àge , afin d'a- 
bréger , ^ faute de trouver des gens de Tartaflez 
intrépides pour y latisfaire. Au bout de deux fois 
vingt-quatre heures, il fut transféré à Saint- 
Denis, arec une (uite de quarante Gardes di 
corps ; quelques Pages portaient des flambeaux. 
l'f cercueil çtoû dans m çmçtb de chafre,& 

paifoit 



paffbit à travers rouverture du devant ; (on ef- 
torté fai(blc courir le mort du même train qu'il *774 
les avoit menés fi fouvent durant fa vie. Jamais 
Monarque ne fut conduit fx lefiement. La même 
indécence regnoitfbr les chemins parmi lés fpec- 
tateurs & à St. Denis : les cabarets étoient rem- 
plis d'ivrognes qui chantoient; Ci c'efl dans le 
Tîn qu'eft la vérité , on connoîtra facilement la 
façon de penfer du peuple au propos d'un ; on 
vouloit le faire fortir; pour s'en débarrafTer , on 
lui difoit que le convoi de Louis XV alloit pal- 
fer ;» comment i » s'écria-t-il avec une licence 
qui îudiquoit bien fon état \yi ceB . . . . Là 
» nous a faii mourir de faim pendant fa vie & 
» il nour feroit encore mourir de foif à fon 
»> trépas* M 

Un bon mot d'un autre genre mis dans la bou- 
che de l'Abbé de Ste Geneviève, ajoute à ce 
vœu de la populace groffiere celui ^t% citoyeng 
qui réfléchiflbient davantage. On plaifàntoit ce 
religieux fur la Sainte, fur le peu de vertu que 
veripit d'avoir la découverte de fa chafTe , Ç\ effi- 
cace autrefois ;3> Eh bien ! Meffieurs, répondit- 
** >1 > de quoi vous plaignez-vous î eil-ce qu'il 
*> n'eft pas mort f » 

Enfin le furnoro de Louis le defiré y qu'on dé- 
cernoît unanimement au fuccefleur , étoit » fans 
^oute la fàtyre la plus fanglante qu'on pût faire 
du règne de Louis le hien-aimé. 

La décence ne permettoit pas à Louis XVI 
"[^^opter cette dénomination d'une flatterie anti- 
cipée ; il la réjetta avec indignation, jaloux» 
fans doute , de travailler à l'obtenir plus digne- 
nient de la Poftérité. O utinam f 



( ^^6 ) 



Expédition fccrcu de ij^S à 1759. 

AvEtlTISSEMBNT. 

Le J/émoire fuivant nous a été communiqué 
Autrefois ^ar un premier Commb de la Marine% 
Voici Ci quil nous apprit fur cette finguliere 
fiece. M. Berruyer , alors Miniftre de ce dépar» 
tement , nefachant à quoi s'en tenir fur /'Expédi- 
tion fecrete & fur ce qui s'y étoit pajfé^ coji" 
fulta 31, de l.effert , qui étoit embarqué fur VEf 
ladre qui en étoit chargée. Quoique frufiré du htni* 
fiçe quil avoit envifagé dans ce voyage , ce NégO' 
ciant étoit le plus impartial Hiftorien qi^il en pût 
avoir 9 11 paffoit poar un homme £ efprit ^ de mérite 
^ de probité : comme il avoit navigué plujieurs 
fois 9 il fe connoiffoit affe^ en marine pour rédiger 
une relation telle que la dejïroit le Mini/Ire , & 
Von voit en la Ufant que cet étranger ^ quoique 
mlus lié avec le Sr» Marchls qu'avec les Ojfficiers » 
ne difjimula pas les fautes Ù* les défauts du 
"premier» 

Du rtfie % V anecdote dufoufflet 6* la notice fur 
te Sr% Aiarclûs > nous . ont été communiqués par . 
un homme vrai tr dont le témoignage ne doit pas 
•êtrefufpeù. 

tour terminer ce qui concerne cet avantarier 
xêlehre , M. Marchis efl mort che^ les Mallais i 
dans une émeute oii il a été tué. 

Il revient tous les ans de l'Inde en Angleterre 
)ine cenainç quantité de yaiflfeaux chargés de 



( 2^7 ) 
tnarchandi(ès de l'Afie,- ce font to Taifleamc 
qu'il étoit queûion d'intercepter ^ & c'eil de 
rexécution de ce projet , dont on fè propofê de 
parler (bus le nom ^Expéditiùn fecrcu. 

Un homme fe trou ira dans Paris en \J$%* Grand 
routier des mers orientales, ayant été long-tems 
au (èrvice de la Compagnie de Hollande , il 
avoit acquis des lumières afîez exades fur te 
commerce des Anglois dans l'Inde ; il avoît quité 
ce (èrvice pour des raifbns particulières, & étant 
né François , il n'avoit point perdu les (ènti- 
mens de bon patriote ; il avoit projette d'enlever 
quelques-uns des yaifTeaux dont on a parlé ci« 
deilus > il vouloit avoir des frégates du Roi » 
fit s'étant ouvert un accès auprès du Gouveriîe- 
ment , il fit fa demande à celui qui étoit pour 
lors chargé du département de la Marine. La 
"Cour , toujours dllpofée à profiter des lumières 
qu'on lui donne , voulut s'indruire plus à fond i 
le projet fut difcuté dans la plus grande éten*. 
due 9 ^ quand le Minidre l'eut pofledé. parfaite- 
ment j il le trouva digne d'être exécuté pour le 
compte de S. M. On fit entendre à M. Marchis 
f c^étoit le nom du fpéculateur) qu'il fêroit plus 
glorieux pour lui de faire une pareille expédi-» 
tion au nom du Roi. Celui-ci » qui n'a voit point 
. appris en Hollande les manèges de la Cour de 
France , fut facilement fubjugué ; il (è prêta fuc- 
ceffivement à tout ce qu'on voulût , il fut fiatté 
de la belle perfpedive qu'on lui montroit , & il 
ne s'apperçut qu'elle changeoit qu'à raefure qu'il 
approchoit du terme: enfin le nuage disparut, 
lorfqu'il n'étoit plus tems de reculer. Il eft quc(^ 
tîon maintenant d'examiner quel étoit (on plan , 
nous verrons enfuite comment on s'y prit pouf 
i^éçuter & accélérer Tarmcment nécefikire ^ nous 

M z 



( 2(58 î 

réfiimerons après les dîverfès opérations de h 
campagne , & nous ferons voir avec naïveté par 
qu'elle fatalité » ou par quel enchaînement de 
mauvaifes manœuvres , ce projet fi beau , fî clair, 
fi fimple , fi (ur en apparence » eu pourtant avorté 
de la façon la plus complette. 

Pour réufCr dans une croifiere > il faut i ^. être 
fur d'un point fixe où rencontrer les différées 
bâtimens qu*on veut intercepter : x^« favoir qu^i Is 
y paflèront dans un tems déterminé .* |^. ne point 
craindre que la faifon , les vents ou les courans 
fafTent perdre leurs limites aux vaiflêaux croi- 
seurs : 4^. être en état de calculer les forces plus 
ou moins grandes > auxquelles on peut avoir af- 
faire , afin d'être toujours en forces {upérieu- 
res ;- 5^. enfin avoir au moins un voilier afTez 
excellent pour atteindre à la courfe un bâtiment 
quelconque. Le Miniftre crut avoir trouvé tou- 
tes ces conditions dans ce projet accepté. 

On afiîgnoit d'abord la croifiere fur Ste. Hel- 
lène , comme une relâche invariable des vaiffeaus 
de la Compagnie Angloifë revenant des Indes & . 
de Chine ; outre les raifbns de convenance » ik 
ont des ordres abfolus d'y toucher pour y trou- 
.yer le vaifTeau d'efcorte envoyé d'Europe. La 
giierre n'étoit pas un motif pour craindre qu'ils 
changeaffent de route; durant la dernière & de* 
puis le commencement de celle - ci j» ib ne Ta- 
voient pas fait. (*) On démontroit enfîiite que 



(*) D'ailleurs la fubfiftance des Habîtans de 
l'iflc cil dépend , puifque chaque navire cft obligé 
.d'y apporter trois tonneaux de rîz, dont ilfe charge 
dans i'indc. 



le p^ttzge de ce$ bâtîmens commençoît au ptut/Sc 
en Décembre & finiiToit au plus tard en Mai.- 
. On appuyoit cette afTertion fur des preuves ti- 
rées de la connoiflance des mouflons , qui fouf- 
flent vers les différentes côtes où commercent 
les Anglois , & fur-tout fur la néceffité de doubler 
dans la £aifbn convenable ie Cap de Bonne-Ef- 
péraflcc , appelle à fî jufle titre le Cap des tour^ 
mentes. D'ailleurs cette croifîere ctoit préfen- 
tée comme une des plus favorables que Ton 
puiffe tenir. Les vents y régnent prefque tou- 
jours de la même partie i jamais forcés , les mers 
y font belles & tranquilles , le ciel en eft pur & 
iàns nuages» ie climat fain & tempéré; mais le 
plus grand avantage » c'eft une longitude pref- 
que certaine fans voir la terre , par la connoif- 
fence de la variation dans ces parages. On n'a- 
voit pas non plus à craindre d'être furpris par 
un ennemi iupérieur. On fait que les vaiffeauK 
qui viennent d'Europe fe gardent bien de preh-» 
dre connoiffance de Sainte-Helene > & les An- 
glois n'étoient pas dans Je cas de rappeller au- 
cunes forces del'Inde cette année ; il falloit donc 
feulement f!ê mettre en état de combattre une 
frégate de 40 canons , qui accompagne quel- 
quefois ces bâtimeiis dans leur retour , ou un 
vaiffeau de 50 , qui vient d'Angleterre les cher- 
cherr De toutes ces (lippo/îtions il réfultoit 
enfin , qu'étant maître d'envoyer des vaifTeauK 
plus ou moins forts , rien n'empêchoit de choî- 
fîr les meilleurs voiliers , & d'augmenter même 
cette qualité par tous les moyens pof&bles. Quels 
fuccès n'avoit-on pas lieu d'attendre , lorfqu'à- 
vec toutes ces facilités on réfiéchiffoit que c^é- 
toient des vaiffeaux du Roi qui alloient atta- 
quer des vaifleaux marchands , que ceux-là fè- 

Ml 



/ Ca7o) 

roîent careités de frais , légers & manau^éfi atcc 
autant de rapidité que de précifion ; tandis que 
ceut-ci aiKoient fatigaé à la mer pendant piu* 
£eurs mois , feroient encombrés julques dans- 
leurs hauts ) auroient la plus grande partie de 
leurs équipages fur les cadres. Le projet ^onc 
ainfi combiné y pour réuffir^il falloit crois cho- 
ies : premièrement , mettre l'Efcadre qu'on def- 
linoit à cette expédition, en état de primer l'en- 
iiemi , & la faire partir d'affez bonne heure pour 
être au deiTus des hafards& des contrariétés qui 
font fi fouYcnt échouer lesentreprifes raarîtimcs* 
fecondement , la pourvoir de tout ce qui feroit 
eflentiel à fa confervation & à fon avitaillement 
alîez , pour , en commençant la croifîere aufli-tot 
qu'il endroit » la prolonger auffi tard que Texi- 
geroient les circonàances .-troifiemenient, comme 
l'harmonie , la précifîon , la confiance dans l'exé- 
cution deToient feules contribuer "soi (îiccès , il 
falioît prévenir par les moyens le» plus efficace* 
tout te qui pouvoit faire naître ,parmi les chefr 
Se les Subalternes- des difpofitions contraires* 
Nous verrons par la fuite que c*cft fur - tout 
ici qu'a échoué la politique du Kim&ett» 
Voyons maintenant quels étoient les préparatifs. 
Au mois d'Août 17.J8 , c'eft-à-dîre , lorfquc 
TEfcadre auroit dû mettre fous voiles , il vint 
à Breil un ordre d'armer un vaiflèau de ^ , & 
deux frégates. Poux, accélérer davantage > on en 
avoit nommé un doué àes plus excellentes qua- 
lités/, mais qui étoit à recevoir un radoub con- 
fidérable , ei^core très - peu avancé; on fit fèn- 
tir à la Cour qu'elle n'avoit pas fuit attention 
qu'il auroit autant valu nommet un vaiReau 
à condruire: on en fubflitua un autre de 50» 
leconnu-cncpf e pour très-bon; mai)s le Capitaine 



fie I*ayant pas trouvé à fon gré , il fallut en nom^ 
mer un troifîeme : c'étoit un yaifTeau de Pro- 
vence. C^ ) Nous avons déjà marqué qu'on équi- 
poic deux frégates : elles ne pouToient porter que 
pour fis mois de vivres, & le Commandant n'en 
avoir que pour fept, pour un voyage d'un an au 
moins* On eût remédié (ans peine à cet incon-^ 
vénîent , en chargeant une flûte à la ^ùite de 
FEfi:adre; on trouva un expédient plus facile en- 
core 8c moins coûteux. On po(a pour principe 
que nous n'aurions pas dépalTé la hauteur des 
Ifles de Madère fans avoir fait plufîeurs prifes» 
en conféquence on avoit déjà pris des arrange- 
mens , afin d'en conferver une ou plufieurs pouf 
hôpitaux, & où Ton renverferoît ravitaillement 
des autres. Ces efpérances dévoient être bien fo* 
lides 9 autrement c'étoit pour peu de chofesf 
hazarder de manquer l'expédition , foit en con- 
ibmmant dans la première relâche un tems très- 
précieux à faire u» remplacement de vivres > foit 
en ne pouvant ^ faute de cette reilource > con«^ 
ierver la croifîere auffi long-tems qu'il faudroit 
peut-être. Mais le MiniHre n'a voit plus rien de 
plus prefle que de fe débarraiTer de nous ; on s'î-^ 
magine trop aifement dans la Marine que lorf^ 
qu'une Efcadre ed dehors , tout efl fait. La nôtre 
reda encore quelque tem^ en rade : on renforça 
les équipages; mais il n'y avoit point d'argent 
pour les payer. • • . On envoya des lettres de 
change , qui n'étoient point échues. • Enfin on fie 
la revue, on embarqua 40^000 liv^ pourfuppléer 
par cet argent à la flûte , ou aux prifes qu'on 



{*) V Achille de 64\Jûons : les deux frégates 
ttoient le Zéphir Sl la Syrene^dc 3 1 canons chacune» 

M4 



( X7a) 

Tfgardoît comme ffires* Il y avoît là de quoi 
avoir environ fix fe mai nés de vivres , Se c'eft 
avec ces fecours que nous appareillâmes le 14 
Oâobre par un vent aiTez favorable* Le myâcre 
fur notre mîfTion étoit la cho(ê qui avoir été la 
mieux obfervée ; quand nous partîmes « on nota 
envoyoit par-tout excepté oà nous allions ; on 
avoit embarqué incognito deux paffagers qui don- 
nèrent lieu i beaucoup de fpéculations, M. de 
Maffiat n'avoit plus qu'une inquiétude , fî nous 
écbapperions aux Anglois ; du reHe > il devoit 
fe féliciter d'avoir fait une entrepri(e , dont le fuc- 
cès devoit illufirer fon minière > quelque court 
qu'il dût être » ainfi qu'il le prévoyoit. Il comptoit 
beaucoup fur le Commandant de TEfcadre , C^) 
qui avoit eu fon intimité. C'étoit un homme de 
condition , mais pauvre j qui devoit à lui iêul 
toute fon éducation. Sans avoir jamais été à la 
Cour 9 il avoit le manège du Courtisan le plus 
délié : dénué d'appui & de protégions, il avoit 
irouvé le moyen à force de travaux , de fbupleSe 
& de confiance , de fupplanter quantité de Tes 
camarades ; dur à la fatigue , exaâ à fès devoirs» 
aimant (on métier , il avoit long-tems commandé 
«ne frégate dans deux Efcadres, & il s'étoit tou- 
jours diflingué par fa vigilance à découvrir Ten- 
nemi, fou adivité à le pourfiiivre, Ion ardeur 
à le prendre .; enfin c'étoit l'homme du Cardi- 
nal Mazarin , il étoit heureux. Ces merveil- 
leufes qualités le renc' oient très-propre à l'expé- 
dition dont il étoit chargé. Des Capitaines des 
deux frégates , l'un étoit ami & allié du Minît 

^ m U 

(*) M. de Marnicr*^' Capitaine de vaifTcau, 
commandoit ru^r^i/ZeiÇAdc GrafTc, Lieutenant 



irniersii Ca 
éphir ^cl M. 



de vaiflcau , le Zéphir , oc M. Dumatz, la Syrene» 



(^73) 

; Taiître étoît (on neveu : c'étoît leur plus 
rrand mérite. Le premier pafToit pourtant pout 
>on Officier fubalterne . . . Tels étoient les chefs 
ie notre expédition. Elle commença alFei heu- 
reufèmem , puifqu'il ed devenu un bonheur pour 
Les François de n'être point pris à la fortie de 
leurs rades ; nous échappâmes donc aux AngloÎ5> 
qui croilbient (ur nos côtes & nous évitâmes > 
iuîvant les ordres de la Cour , de reconnoîtce 
aucun bâtiment quelconque» Le 1.8 M. de Mat- 
nicres, fe faifant à plus de ijo lieues d'Ouef- 
iàn y ouvrît Ces paquets , & le premier réfultat 
fut de changer de manœuvre & d'ordonner aux 
frégates de chaflfer tout ce qu'elles rencontre- 
roient » de de combattre j prendre ou couler bas 
les vaiffeaux ennemis. Dès le lendemain nous 
amarinâraes un petit bâtiment Anglois chargé 
de charbon de terre ; il paroifToit naturel de le 
brûler » ne pouvant nous être d'aucune utilité , 
& , au contraire, devant nous retarder beaucoup 
dans une route dont tous les momens devcnoient 
précieux ; on ne le fit point & on jugea à pro- 
pos de mener en triomphe cette conquête & 
de la remarquer 9 afin de ne pas la perdre de 
' vue. En ne confîdérant que cet objet de parade, 
dès le lendemain les connoiiîeurs eurent lieu de 
préfumer qu'on avoit bien fait > & que nous 
ne ferions guère de prifes que de cette nature. 
En effet , dès fix heures du matin les frégates 
ayant fignalé deux batiraens 4ans le S. & S. So., 
au lieu de rerter â la cape , comme nous étions, 
on orienta les quatre voiles majors & Ton gou- 
verna du S, S. E. au S. un quart S* E. au plus 
près du vent avec pavillon & flamme Anglois : 
la mer ayant embelli , le bâtiment du Sud porta 
fur nous en dépendant ; on ne douta point que 

M s 



.ra74) * 

ce ne fut un Corfaîre ; il étoît trè^jcli > c'ctolt 
notre fait » & on fe féltcîtoit déjà de (a capture, 
mais c'écott vendre ia peau de l'ours , avant 
qu'il fût tué ; au lîeu de le îarlTer s'engager & 
de faire revirer de bord à Tune des deux fré- 
gates pour lui couper au vent y nous courions 
tous trois les armures à tribord , tandis qu'il 
portoiç bas bord armures au vent à nous qui 
étoit pour'^lors du S. (X au S. S. O* La Syftnt 
qui marchoit de i'avanc d: qui- (è trouvoit la 
plus près de l'ennemi , s'étant mi(è par Ton tra- 
ven 9 lui lâcha A bordée y allant toujours de 
l'avant ; on voit baiflèr le pavillon à l'inûant. 
lâns tirer un (eu! coup ; on présume que Penne- 
mi a amené 9 & l'on fè difpofè à l'allef amari- 
ner. Quelle furprife > lorfque le pavillon fe biflè 
de nouveau ^ & qu^il fe couvre à% voiles ; on 
trouve cette manœuvre indigne âr contre la^ 
)K>nne foi , on parle de la punition quil médte, 
©D ft propofè de le vexer d^mportance , \\ n*ett 
Toloit que plus rapidement v il fallut revirer de- 
bord, narguer tes ri& qui étoient encore pis. Pen- 
dant toute cette manœuvre > qui ne fut rien 
moins que précife, il s*cioigna confidéfaWemem,. 
faifant le O. N. O. > & après deux heures de 
chafTe^ fâ marche flipériettre le maintenant tou- 
jours dans (on avantage, on remit à l'antre bord> 
avec le regret d'avoir manqué fà proie. Il ne fut 
plus que/^ion que de favoir a qui étoit la faute. 
Le Commandant la rejetta fur les (bbalternes ; 
ceux-ci fur le chef & les chofes n'en allèrent pas 
mieux ; depuis ce tems nous ne rencontrâmes 
que des neutres, jufqu'aux Ides du Cap Verd> 
oô nous mouillâmes le \6 Novembre, Cette re- 
llche étoît effeftivement la première que nous 
devions faire Cuvant les ordiesde U C&ur >maia 



3s étoiént cohdttÎQnels , & les crrconffonees ofi 
nous nous trouvion5,rembloient nous mettre dans 
le cas de paflèr.oatre ; nous avions en partant 
de France pour plus de loo jours d'eau , ce quç 
Ton ignoroit ; il nous en reftoit encore pour en- 
viron 80 , ce qui , bien économifé , auroit p& 
en donner pour po & même pour 100. Pourquoi 
donc s'amufèr près de huit Jours dans une relâche 
^Columéat. inutile, & perdre un tems devenu de 
plus en plus précieux par tous les retards que 
nous avions^ déjà effuyés î Ce fut le moindre in- 
convénient qu elle eut, & il eft tems de com- 
mencer à développer les premières (êmences de 
discorde , qui Ce fortifièrent eoûrite au point d'oc- 
cafionner en grande partie cette fuite de mal-* 
heurs que TElcadre éprouva» On a déjà remar- 
qué qu^il s'étoit embarqué incognito deux paifa-^ 
gers« Quels étoient ces deux hommes- ^ que de- 
voient-ils faire ? Ce fut dans les commencement 
un probléihe pour les Etals-Majors. Cela auroit 
pu l'être long-tems à certains égards , fî le /Hence 
présent eût été obfervé. Mais à peine M. de 
Marnieres eût-il ouvert fes paquets , qu'on fut: 
qu'il y avoit dedans un brevet de Capitaine de 
frégate pour la campagne , accordé au St. Mar-r 
chi$» auteur du projet & Tun des- deux étran- 
g€r« ; l'autre étoit un Négociant de Lisbonne*. 
(*) C'eft'tout ce qui çn avoit encore tranCpî- 
té : il n*étoit pas pofSble que ceci fût ignoré 5 

( ♦ ) M. de Leflcrt, Négociiinc François établi 
à Lisbonne : (a miàion étoit , connoiffanc le 
pays , de préiîdcr à la vente des marchandifes as» 
YailTeaux amarinés^ d'en procurei; un débit 
tagcttx. 



mais ce qui aarott dû f être , c*eft que dans les 
mêmes paquets il y a voit un ordre du Roi , qui 
établilToit M. le Chevalier de Graffè pour Com- 
mandant de TËfcadre , en cas de mort de M. de 
Marnicres , & au défaut des deux le Sr. Mar- 
chîs. Voici ce qui aigrit confidérablement les 
efprits, & le point de politique où échoua le 
miniHere. En eSkt , on ne fit point de bon ac*- 
cueilà un étranger qui n'entroit dans la marine que 
dans riniiafit même » à la veille de donner des 
ordres à trois Etats - majors. 11 étoit déjà afTo^ 
dur de le voir Capitaine en Ccconà; û cette 
qualité , qui ne délîgne qu'un homme dans le 
vaifTeau qui n*a rien à faire > n'eût confolé de 
cette primauté; D'ailleurs , M. de Marnieres 
avoit fait tout ce qu'il avoit pu pour éluder de 
le faire reconnoitre dans ce grade , & cette re- 
connoiiTance même avoit. été faite d'une façon 
Û informe » qu'à proprement parler il n'avoit en 
tûut que les attributs d'un fîmple paiïager qu'on 
confidere à un certain point. Il ne jouiflbit pas 
même de Ton logement, & le Commandant, en 
le comblant de toutes fortes de politeflès vaines y 
lui avoit (buHrait infenfiblement les différentes 
petites prérogatives qui auroient pu caufer la 
moindre jalouiie au plus jeune des enseignes. 
Cette conduite , toute irréguliere qu'elle étoirt, 
auroit réuffi > fans doute , (i le caradere dur' & 
plein de morgue de M. Marchis eût pu s'accom- 
moder du caraâere fouple & artificieux de M* 
de Marnieres ; celui-ci ne recueillit d'autre fruit 
de fes rufe^j que de fe jeiter à chaque inftant 
dans de nouvelles cri(ès> dont il fe tiroit de 
plus mal en plus mal , parce que l'autorité une 
fois coi^ipromife , ne reprend jamais fa vigueur « 
ik va toujours déçroiiTant» 



. M. Marchls devant être i*ame de t'expédîtlorr; 
fl étoit enjoint à M. de Marnicres , dans Ces iilf- 
iruâîons , de ne rien faire fans l'avis même, par 
écrit, de cet étranger. Sa milHon devoit fur-tout 
commencer au départ des îfles du Cap-Verd , 
parce que le paila^e de la ligne étant regardé 
comme le plus difl^ilé & de la plus grande con- 
féquence » il étoit eiTentiel d*étre guidé par un 
Pilote expérimenté; c'étoit le moment décifîf. 
Le Commandant pouvoit encore revêtir M, Mar- 
chis s fbn Conlëil , de toutes les diftindions » 
«dont il avoit plu au Roi de l'honorer ; faire fen- 
tir de quel poids il devoit être dans l'expédition, 
k en Impofer aux fùbaltérnes au point qu'ils 
A'ofàflènt manquer à la Subordination ;: leur 
faire craindre , s'ils s'en écartoient > de déplaire 
à la Cour , 8c de contribuer au malheur d'une 
campagne, dont l'appareil & le fecret tenoient 
la France dans une attente finguliere* L'amour» 
propre de M. de Marnieres & ^n peu de fermeté 
ce lui permettant pas de prendre ce parti , il ne 
s'en tint pas même, a Ton défaut, à celui qui 
paroïfToit naturel ; tout autre eût hazardé le tout 
pour le tout > il eût déclaré à M. Marchis qu'o» 
regardoit £bn inuuâon comme inutile > comme 
déshonorante même , & qu'on fe pafTeroit très- 
bien de lui. Le Commandant n'avoit garde de 
faire une pareille déclaration ; il s'en fia à (a po- 
litique , & crut qu'à force de rufes , il ménageroît 
à la fois Ton amour propre, celui de Tétranger,. 
& même celui des (ubalternes. Il prenoit donc le» 
avis de M» Marchis > mais incognito , Ik tran(l 
niettoit enfiiite les ordres , comme venant de 
fon chef. La canipagne (ê fut très-bien pafîée- 
de la forte , (î cela eût duré; mais l'étranger 
& les fubàiternes , s'appercevant 4cr. cett^ i&^ 



r' 



(278). 
flonrrre % furent également indî(pûrés contre M* 

de Marnteres. Le premier affeâa de donner Tes 

avis publiquement > & les autres de ne riefi faire 

de tout ce qui venoit de cette voie : au moyen 

de quoi M. de Marnîeres étoit concinuellement 

anx expédiens pour pallier » pour calmer , pour 

adoucir ; il neréuffiiToit d'aucune part : les fîeos 

s'aliénoient de lui , & il ne (è. concilioit M. Mar- 

chis que politiquement ; on n*avoit recours à ce 

Con(èilf que quand on ne pouvoit faire autre» 

ment 9 & celui-ci ne s'onvroit qu'autant que 

rexigeoient fen devoir & fa confcience : il con- 

.lèrvoit un reflêntiment profond du peu de ca> 

qu'on faifoitf & de (à perfbnne & de (es avis; 

â (ê trouvoit indignement ioué > & ^ de tems en 

tems, il ne pouvoit s'empêcher de laifiêr percer 

fbtt mécontentement. . En vain ei!âya-t-il« pSu- 

£eurs fois , de faiiir .quelque portion de rautorité 

qui lui revenoit : il n'en réfultoit qu'une nouvelle 

aigreur; & l'antipathie devint telle, qu'il écoît 

déjà mis en quarantaine pir tout l'Etat- Major , 

au Capitaine près , lorsque nous arrivantes as 

Dap de Bonne-Efpérance. Malgré toutes les divi- 

iîotts, une Providence veillant, (ans doute, Ar 

nous 4 notre traverfée avoit été afTez heiireufe t 

nous avions coupé la ligne dans un point & dan» 

un moment favorable ; notre route n'a voit duré 

que cinquante- cinq jours. 

C'eil dans cette rade du Cap de Bonne*- Efp^- 

rance > qu'on vit éelorre les haines qui n'avotent 

été que ft crêtes jufques-Ii : plusieurs circonf- 

tasces concoururent à faire éclater la difcorde. 

D'abord Meffieurs de la Marine n'eurent pour 

l'intrus , que ce mépris général & de conventioft 

pour tout ce qui n'eil pas de leur corps; mais 

des jcunci gens ,» 6as expérience & lâns talens» 



ïie pc^vorent s'empêcher de s'en Tailler impotef 
beaucoup par la capacité d'un honune qui avoit. 
navigué dans les mers des fndes & du Sud , qui 
avoÎÊ vifrté les difFérens comptoirs Anglois de 
Hollandois 9 qui a voit commandé des flottes 9c 
des efcadres ponr les Etats-Généraux ; qui fedi- 
fait 9 en un mot, revêtu de dignités éminentes i 
leur iêrvice. M. Marchis faifoit valoir tout cela» 
d'autant mieux qu'il fentoit de quelle importance 
il étoit de €t donner du relief; roalheureu^èment 
il i n'étoît pas afTez adrok pour tirer parti de ces 
avantages : au lieu de Ce communiquer rarement ». 
de Ce couvrir du manteau de la.modeiUe , d'écar^» 
ter les profanes qui auroient voulu Itc pénétrer ^ 
de ne répondr-e, à la manière des Oracles, que. 
d'une fa^on laconique & ambiguë, il afficha moin«> 
les connoifTances d'un voyaeeur , que la manie de 
duper la crédulité: il le trahit par Ces propres di(^ 
cours , il tomba en contradidion ; à force de vou^ 
loir être un homme extraordinaire > on ne le trou* 
va pas même un homme ordinaire ; il découvrir 
à nud le fond de Ton caraâere, qui étoit une 
vanité baiïe & puérile , un amour-propre infou- 
tenable : le mépris qu'on avoit pour (a perfonne- 
n'étant plus contre-balancé par la haute opinion* 
de Ton favoir , rejaillit ju(que (ur foi^ mérite; de» 
pfonoftics qu'il hazarda (ur notre navigation ^ des 
afTertioos fur les vents , les couran», qui ne ft* 
confirmèrent pas par TcxpcMence , le firent tota- 
lement tomber en difcrédit; on ne le regardoit 
déia plus qne comme un ignorant , comme ub 
împofteuf. A notre arrivée au Cap, c'étoit lui 
qui étoit chargé de nous mouiller dans cette 
fade ; il faut avouer que , (bit timidité , foitoubli 
du local , il ne brilla point en cette occaiion». 
lis fubaUernes remarquèrent très-bieu fi)A ene 



(x8o) 

karras , & s'en prévalurent contre lui ; maïs ci 
qui établit le fchifme de la façon la plus écîa* 
tante , ce fut Timprudence qu'eut M. Marchis 
d'arborer un uniforme de la marine : on regarda 
cette vanité comme une audace impardonnable» 
l'indignation fut pouffée au point d'oublier dès- 
lors les ordres du Roi , l'autorité du Comman- 
dant , tous les procédés de rhunranité même.' 
bn étoufià d'autant plus facilement les remords, 
^ù'on reçut avec avidité les bruits populaires qui 
couroient fur Ton compte dans la ville (*) i on le 
crut facilement un infâme , un coquin , un im- 
poi!eur, qui avoit trompé la Cour, parce qu'on 
fouhaitoit qu'il le fût, M,^de Marnieres lui-même 
céda au fchifme , & le priva authentiquement 
de toutes les prérogatives de (à place , dont il lui 
avoit fblemnellement promis de -le faire jouir, 
êc dont il avoit même avoué qu'il ne pou voit le 
dépouiller^ fans prévariquer efTentiellement. Pour 
le coup, l'arrogance de M. Marchis fut déconte- 
nancée-, il renonça à toutes les perfpedi ves d'hon- 
neurs & de dignités qu'il Ce promettoit ; il préfenta 
un mémoire a M. de Marnieres, où il le fommoit 
de lui déclarer cathégoriquement s'il le regardoit 
comme inutile à la confbmmation de la miffion » 
auquel cas il le fupplioit de lui permettre de 
retourner en Europe , ou de le punir , s'il étoit 
coupable , & qu'il le îugeât encore néceflaire > 
ou enfin , s'il étoit utile & innocent de le faire 
jouir de tous les droits de (a place. M. de Mar- 






(*)On faura ce que c*éroit que ces bruits par 
le précis de la vie de M. Marchis , qu'un Offi- 
cier qui l'a beaucoup connu dans l'Inde, nous a 
communiqué , trop- long pour l'inférer en note. 



esleres n'étoît pas homme à prendre un parti dé- 
cidé Air tons ces chefs : il ne pou voit (e difïimu- 
1er la bonté du projet, dont TaiTurerent plufîeurs 
Officiers de la compagnie expérimentés : d'un 
si.utre coté, il avoit befoin de quelqu'un qui 
ircpondh de Ton inexécution, s'il ne réuffifîbît 
pas i il n'eût donc garde de laiiïêr à M. Marchis 
la liberté de partir comme inutile > il ne le punit 
point comme coupable , mais il ne le réintégra 
jpoint dans les fondions qu'il réclamoit ^ il ter- 
pîyerfa , il éluda , il gagna du tems i & Ton partit 
Su Cap , (ans que Tun & Tautre fçufTent trop à 
quoi s'en tenir & ce qu'ils vouloient faire. 
' Enfin , le lyFévrier au matin , Ton appareilla r 
chacun étoît fort attentif à la manoeuvre que nous 
allions faire; &, à cet inâant , il devoit éclorre 
un fecret qui exerçoit , depuis pluiîeurs mois , la 
cario^té de toute l'encadre : quand on vit que 
nous revenions (iir nos pas j on ne douta plus 
que nous n'allaffions croifer fur Ste. Hélène : on 
ne pouvoit' blâmer ce projet, parce qu'il étoit 
approuvé par tous les habiles marins du cap ; on 
fe contenta de déprécier le mérite de l'invention , 
on critiqua la forme de Texécution & l'on dit 
qu'on s'y prenoit trop tard qu'on favoit , à n'en 
pas douter , qu'il n'y avoit plus à pafTer que les 
vaifleaux de Chine, Ces reproches ne pouvoient 
' tomber fur M. Marchis ; celui - ci , au con- 
traire , ufoit de repréfailles plus jugement & 
trouvoit à redire aux différentes manœuvres , il 
trouvoit mauvais qu'on lui demandât des avis 
qu'on ne fuivoit point ; malgré toutes ces con- 
trariétés, nous apperçûmes Ste. Hélène le cinq 
JVIars. 

Nous redâmes à croifer jufqu'au 4 Mai , fans 
rien apperccvoir que des neutres, nous aflurant 



me flotu rencontrions infailliblement tes Tatf^ 
leaux 4e Chine qui n'étoient pas encore pafies 
êc peut- être d'autres ; ce qui défoloit les Ofi 
ciers qui éeoutanr leur jaloufîe préférablement 
leur intérêt » auroxent defiré que le projet 
échoué , non- Seulement dans l'exécution > 
dans la Spéculation , 0c ils faifoienc tout ce q 
dépendoit d'eux pour cela .* on continuoit dt^ 
plus en plus à regarder fon àujteur comme lUt*. 
être nul » on ne le confultoit en rien , oa fî quelr 
quefois M. ide Marnieres le faifoft^ c'étoxt pouf 
mal fuîvre Tes conseils. M. Marchis avoit ob* 
i!êrvé d'abord que potir reconnoiire la terre i oa 
s'en étoit trop approché & l'on s'étoit rais daos 
le cas d'être découvert de Tenneini ; enliiitet 
qu'on s'en étoic trop écarté^ s'en tenant quelque- 
fois à plus de 50 lieues; enfbrte qu'il pouvoit 
facilement atterrer des vaiffèaux entre Tifleft 
nous. ( '^ ) Il motivoit cette ob jeôion fut le rai* 
{bnnement d'un marin expérimenté. En cfièti • 



( * ) Sa conjecture s'étoit vérifiée par l'intcr» 
ception du SiFitf^ chalouppe poncée , Tortîe de Sic 
Heicne pour croifer au-devanc des vaiiTeauz at- 
tendus de Chine & de llndes lequel avoit déclaré 
que le II Mars il écoit atterré un vaifTeau vc« 
nant d'Europe > chargé d'argent pour l'ifle , & 
reparti tout de fuite pour Bancoul , fans que noas 
eudions eu connoiflance de fon entrée ou de ik 
fbrtie. Cette précaution, juftifioic auiïile reproche 
de M. Marchis , de s'être trop approché de terre, 
puifqu'il eft vraifemblablc que la chalouppe n'a- 
vojt été expédiée que fur la connoifTance qu'on ^ 
avoit eue dans Tlflc , de notre croifiere, par notre 
imprudence de nous en laiâer voir* 



>ît-il ^' quoique Tulage des Anglois revenant 
rinde 9 Coit de Ce mettre en latitude de Ste» 
iene environ à So lieues , comme ce n*efi que 
leur eftime » il efl très-poflible qu'il y ait 
as leur point une erreur de 30 à 40 lieues » 
r^tout après une aufli longue navigation ; il 
Xèrvoic encore 9 que les frégates s'écartoient 
e\<|uefois trop « en un mot , il ne yoyoit qu'in- 
»lence > négligence , inexaâitude , pitoyables 
anœuvres , & lur - tout mauTaife volonté dam 
ftte croifîere , dont le principal fiiccès devoit 
revenir de la vigilance , de la précifion & du 
e\e avec lequel on la tiendroit* 

Cependant y malgré tant de caufes qui detoient 
îdre échouer le plan de campagne en totalité, 
ye 4 Mai , nous découvrîmes quatre bâtimens 
jtt'on jugea être des vatifeaut de Chine , parce 
que, pliant beaucoup, ils s'annonçoient conune 
irès-chargés dans les hauts, (îiivant la nature de 
leurs marchandises > ce qui n'arrivoit point aux 
antres , moins encombrés & portant mieux la 
voile. Il (eroit failidieux de détailler toutes le» 
manceuvres de cette journée mémorable $ où la 
jple des équipages fut d*abord d*autant plus- 
grande , que les ennemis témoig noient une ex- 
trême confiance, 8C arrîvoient en dépendant fur 
nous : il n'étoit alors que huit heures du matin ,. 
& î\s n'étoîent pas à quatre lieues de dillairce ; on, 
n'ofoit mettre au même bord qu'eux , pour ne 
^s les efiàroucher -, on ne le fit qu'à près de 
midi, lorfque 9 par leurs diverfes ^évolutions , 
on jugea qu'ils commençoient à nous fufpefter , 
& qu'i\s étoient d'ailleurs aflèz engagés , s*étant 
■ rapprochés d'environ une lieue. 

La chaffe qu'on leur fit, fiit alors fi mal e>ié-^ 
cutée, que nous ne pûmes leur gagner qu'envi^ 



fort une llevte îu(qu'à la nuît> où on les perdit 
totalement de vue. 

M. Marchis obferya quatre fautes capitales» 
d'où étoit réHilté le peu de fuccès de cette 
journée. 

i"*. Il fe plaignolt, depuis long-tetns, qu*ofl 
ne fe tenoit point par la latitude du milieu de 
rifle ï qu'on ne (uivoit nullement (es indruâions» 
qui portoîent que la Syrene^ comme meilleure yol- 
lierez fê tiendroit le plus au vent par les i6 d« 
5 m. & nous au milieu par i$ d. 45 à 50 m. Or 
il s'efi trouvé aujourd'hui que le vaiflêau le pliis 
élevé n'étoit pas par les 15 d. 45 m. Quelle difi- 
rence ! fî Ton fut refté dans lès véritables limites , 
les ennemis étant exaâement par le milieu de la 
terre, fuivant leur coutume» étoient fous notre 
écoute , & ne pouvoient nous échapper* 

2^, Il vouloit que la Sytene » à raifon de (à 
marche fîipérieure^ fftt toujours ^ à la pointe du 
Jour , â trois lieues du vent ; ce qu'on n'ob(ervoit 
pas , les trois bâtimens courant , depuis quelque 
tems , l'un fur Tautre. 

3?» Il prétendoit que^ pour mieux tromper 
l'ennemi » il falloit arborer pavillon HoUandois. 
Il étoit d'autant plus aifé de lui en impofer par 
cette manœuvre» que c'étoit la (àifbn où pafloit 
la féconde flotte du Cap » & que la conTention 
efl qu'en cas de féparation » on vienne s'attendre 
fur Sainte- Hélène. 

4^« Comme on voyoît U Syrene tomber fous le 
yent » on lui fit » dans l'après-midi » le fignal de 
tenir le vent le plus qu'elle pourroit* Ce fignal 
étoit un pavillon mi-parti blanc & bleu. M. Mar- 
chis s'en défèfpéra » parce que la couleur blanche ' 
étant la plus fenfible dans Téloignement , cette 
yue (culç étoit capable de confirmer les Anglois 



dans leur (bupçon , & de nous déceler tout-à- 
ùdt. 

Une cinquième faute plus efTentielle fe mani- 
fefta le fur-lendemain , où l'on retrouva U Sy 
rené , qu'on avoit perdue depuis la foirée du 4« 
M. Dumatz , fon Capitaine > nous ayant pafTé à 
poupe, rapporta qu*à l'entrée de la nuit, ne nous ' 
diftinguant plus, il aroit couru différens bords, 
.& que> le lendemain , le hazard lui avoit fait 
découvrir les quatre Ânglois , qu'il les avoit con- 
fervés tout le jour , que fur le foir il s'écoit ap- 
perçu qu'il les gagnoit , mais qu'inquiet de notre 
ab(ènce , il avoit jugé à propos de revenir au lieu 
de la croiiiere & de rendre compte de ce qu'il 
ayoit vu. 

Cet événemicnt fit demander pourquoi M. de 
Marnieres n'avoit pas donné aux Capitaines des 
frégates des inilruâions en cas de féparation , 
iors de la chafTe , il eu certain que la Syrene fuffi- 
foit pour prendre & amariner ces quatre bâti- 
mens , s'il lui eut été enjoint de les pourfuivre 
à toutes voiles > fans s'inquiéter du refle de 
l*efcadre« 

Par le rapport de la frégate , on jugea que les 
Anglois ne s'étoient pas défîftés du projet d'en- 
trer dans rifle & l'on prit dans cette circons- 
tance le part 
à la bloquer 

a découvrir uc nouveau i cjui^aha , s h ic; LoiiwAfc 

dans ces parages. Cette fois M. de Marnieres 
/entant les torts qu'il avoit auprès du Gouver- 
nement , par tout ce qui venoît de ftpafler, 
voulut fè réconcilier. M. Marchis,lefit appcller 
au confèil tenu entre les Capitaines & fuivre fon 
avis : ce ne fut pas pour long-iems. 
Le 14 Mai on eut une connoiilance plus p^{- 



faite d'unliâciment découvert la Yellle. Ce bâu- 
ment « après dlfFéreotes manceurres arriva fui 
nous; on reconnut que c*étoît un vaifTeau de 
guerre , mais inférieur à nous ; il y a voit tout 
lieu de préfumer que c'étoit le vaifTeau d'ef- 
corte venant d'Europe > pour prendre (bus ton 
convoi les navires de la compagnie Angloife .* 
nous avions fait jufques^li tout ce qui étoit né- 
cefTaire pour le tromper, on avoit envoya les fré- 

Sates plus près de terre9 on avoit fermé les (abords 
e la première batterie « êc mafqué même quel- 
ques-uns de la féconde ; cependant on cherchoit 
en apparence à délier V Achille par divers expé- 
diens & Ton faifoit à cet égard des expériences 
qu*on auroit du tenter plutôt» On négligea 
même les avis des matelots Provençaux , qui 
avoient déjà fait campagne Hir ce vaiflèau , & 
qui indiquoient les moyens pratiqués dans d'au- 
tres occasions pour le rendre bon voilier. 

Quoiqu'il en (bit > le vent nous étoit favorable, 
& quoique l'ennemi ayant reconnu notre fupé- 
riorité eût pris chafle , nous le gagnions (ênfi- 
blement » la vidoire paroiiToit imniianquable, 
lor(que M. de Marnieres y par une imprudence 
qu'on ne peut attribuer qu'à l^furia frcLnufe , 
perdit tout le firuit de cette journée ;pour piquer 
Ton adverfàire d'émulation il veut faire jouer 
des canons de chaiTe ; il en parle à M. Marehis, 
qui luîrepréfcnte : i^. que c'cft vouloir nous dé- 
mafquer abfolument pour François ; que l'en- 
nemi quoiqu'il eût toutes raiibns de nous juger 
tels, pouvoit encore en douter .• *^» que nous 
allions le mettre à même de calculer notre force 
par notre calibre : j**. que les canons de chafe 
j)ous retarderoien dans notre marche ; 4^. qu'au 
iKOfitrakei en ViJiyitant à nous ripoâer par Ici 



jfiens de tetratte , nous lui fournîflions un moytû 
d'accélérer fa fuite , comme il eft d'expérience* 
Le Commandant n'aimant pas les représenta- 
tatxons , fut fburd à celle-ci ; il ordonne qu'on 
polê des canons de l'ayant & qu'on (è prépare au 
combat ; en conséquence TAumânier donne la 
bénédiâion ; des cris de Tive le Roi annoncent 
la joie & la ferveur de l'équipage » le filence 
fûccéde» M« de Martlnieres parle 8c prononce la 
liarangue (ùiyante* 

ce Mes ^mls , tous êtes tous de braves gens» 
'bi» )€ n'ai rien à vous dire ; vousf avea befoin de 
M- bardes , voilà un magafin où vous en trôû* 
•w verez» a» 

De nouvelles acclamations fiiccedent à ce dil!^ 
cours ; on hifTe pavillon blanc , & on l'afTure de 
plufieurs coups de canon de chafle à boulet : au. 
troifîeme , le âegme anglois s'émeut ; notre ad- 
Terfaîre hiffe le pavillon de fa nation » à queue 
rouge 9 & ripofte par Rx coups de canon de re* 
traite : nous tirions de loin en loin ; mais le jeu 
fèmbloit plaire à l'ennemi > & il nous rend oit 
nos boulets avec ufure ; nous n'étions plus qu'à 
portée de canon ; les £ens nous dépailbient beau» 
coup» & tomboient» par notre arrière > à dix 
toiCès de la galerie : pendant ce tems , il cher- 
choît à s'alléger , en jettant tout dehors ; ce que 
nous reconnûmes, aux divers débris qui pafToient» 
le long du bord. Le vent continuoit à nous favo- 
rifer; l'Anglois tombolt fous le vent> &c nous 
n^étions plus qu'à portée de canon : le calme fur. 
vient; l'ennemî ne peut gouverner; il préfente, 
^algré lui , fon travers ; on compte Ces (abords .• 
le maître Canonnîer , bouillant d'impatience , 
vient affurer M# de Mamicres que, de (à première 
I>atteries S volt parfiiiten\eni: le vaifleau, que 



(a8») 

tonte la Tolce peot porter. Le Capitaine yent 
attendre encore qo*on (bit plus près .- tandis qo*oa 
délibère, les rems Tarient; ils (âutent d'un minb 
i l'antre , on ne fiiit ps afirz ces changemens , 
nul ordre , personne n*eft à fon pofie » tout le 
inonde parie , nn Officier crie brailè bas - bord , 
un antre brafle tribord» un troifieme braflè quar- 
ré« L'ennemi oblênroît, en fîlence, le moment 
où le Tent Ce décideroît : il arrire cet infbnt ; 
nous nous trouYons coëffes du S«E. nous abattons 
fur tribord; BCy comme par un enchantement, 
TAnglois eu, tout-à-coup au vent i nous ; Ces joïks 
pleines Bc enflées , fillonnant la mer arec rapidité » 
aton , mais trop tard , M^ de Marnieres fait tirer. 
Tout réquipage s'indigne , aucun^coup ne porte , 
on perd la tête > on veut chafTer , de Ton eil plus 
de trois quarts d'heure à orienter toutes lesyoiles 
dont on pouvoit Ce Cerrtr» La fureur efi générale. 
L'Eut-Major feul ne peut contenir fa joie, il 
foupe avec un appétit & une préfènce d'eQ>rit 
qu'on ne peut trop admirer. Il faifbit une nuit 
obfcure $ on attendoit la lune pour apprécier Vê" 
loignement du fuyard; elle paroit » mais c'efl 
^our éclairer notre honte ; nous l'eiiimons déjà i 
près d'une demi-lieue : n'ayant rien de mieux i 
faire ^ on continue à chafTer s on avoit aiTez bien 
con(èrvé le bâtiment dans la nuit , mais le Capi- 
taine abforbé dans fa douleur , s'étant retiré dans 
fsL chambre , en deux heures il s'étoit éloi- 
gné fenfiblement , Se réquipa?e ne pouvant 
contenir (à rage » s'en prenoit hautement à la 
^'^f l'gcnce , à rimpéritie 8c fur-tout à la rnau* 
yaife volonté de l'Officier de quart. 

A la pointe du jour , outre le vaiilèau qu'oà 
pour(Uivoît, on découvrit deux autres voiles, 

qui tinrent MçatAt M I^nt connue nous > l'en* 

nemi 



fiemi parut embarfaiTé de cette màtice iirre Bsr il 
arriva un moment ^ comme pour nous traverfec 
par Tavant , & de crainte de Ce trourer entre 
cous & les deux batimens , qu'on imagina qu'il 
prenoit pour nos frégates. 

M. de Mariiieres , revenu à lui , témoigna & 
(atisfaâion en voyant l'ennemi arriver » reprit 
confiance & Ce flatta encore une fois de s'en 
emparer ; Ton ardeur embraflant tout , il ne veut 
pas perdre les deux autres batimens; les frégates 
auroient été d'une grande utilité en cette circonfl 
tance ^ & il (êntit le tort qu'il a voit eu de s'en 
(i^arer^ elles auroient donné chafïè aux deusc 
batimens nouvellement découverts , qui dévoient 
être encore deux navires de Chine , tandis que 
le Commandant auroit pour fui vi Se combattu le 
vailTeau de guerre. Afin de mieux tromper ceux* 
ci , ayant observé que notre ennemi avoit Ton , 
pavillon , il a fait arborer au Ai pavillon rouge« 
Qu'eft-il arrivé de cette manceuvre ? L'Anglois 
auiii-tôt appréciant notre rure>e(l revenu au vent» 
fans aucune défiance' (i<& ces deux batimens; on 
s'apperçoit qu'on avoit fait une faute 8c l'on la 
répare par un autre ; on amené ce pavillon là , 
& l'on hifle pavillon blanc, avec un coup de 
canon. Toute cette conduite étoit abfurde. C'é« 
toit » après avoir inflruit le vaiïïèau de guerre 
chafle 9 que les deux voiles qui paroiflbient n'é- 
toient point à nous , chercher à faire connoitre 
auTC navires de Chine » que nous n'étions point 
des leurs ^ À comme ils nous dévoient remar-: 
quer pourfuivant celui-là , c'étoit leur dire en-* 
core > qu'étant François, celui après lequel nous 
courionsu^ étoit de leur nation. M. Marchis très-* 
piqué de. n'être confulté en rien dans tout ceci » 
en jette les hauts cris ; il prévoit ce qui C& arri« 



iré f c*efl ^'on ne prendroîc ni le Tuflèan de 
giierre , ni Jet yaiflèaux marchands. M. de Mar* 
nieret avoit conferré long-tcms Telpoir de Tain- 
crê le premier ,8c'ûCc conloloit du relie , difant 
qu'il aimoit micua la gloire que l'argent* iMais 
c'étoit une mfe de l'ennemi , qui ralentiflant 
adroitement fa marche , Texcitoit à la chaife k 
latifoît àinfi le tems aux navires marchands de 
iê dégager & de fuir ; lorTqn'il les jugea bon 
d'atteinte^ il reprit (à coutfe & s'éloigna (ènfi- 
blement* 

Le lendemain on ne TÎt plus aucune voile > on 
s>fiima trop heureux de retrouver les frégates; & 
le (corbut gagnant les équipages,on parla- de finit 
la croifiere. 11 7 avoit encore au moins un vail- 
lëan du Bengale qui devoir paflêr. M. Marchis 
propofê de prendre les malades des frégates , ft 
les laiifer encore un mois en fiation ; mais le 
Commandant trop foible n'o(è propolèr la choft 
aux Capitaines 9 & malgré toutes les oblèrvaticos 
de (on Capitaine en fécond , prend fon point de 
départ 9 afin de relâcher «à la baye de tous les 
Saints 9 lieu où il nous étoit prefcrit d'aller , non 
pour y montrer notre honte « mais pour nous y 
défaire des riches cargaifons dont nous nous 
ferions emparés* 

M, de Marnîeres n'eut pas même avant de 
partir la légère (àtisfaâion de faire quelque mal 
à Tennemij ainfi qu'il sVmétoit flatté ; dans le 
deflein de Ce venger de fon mauvais (iiccès 9 3 
menaçbit d*aller tenter un coup de main (ûr la 
rade^e Ste« Hélène > fbit pour y enlever les 
navires qui y (croient 9 (bit pour les br&lér ; le 
rapport des frégates lut âta cette rellburce du 
défefppir , en ce qu'il portoit qu*tl n*y a rien ab* 
fidlument daus cette rade» 



(i90 

Nous mottillames « le p Juin « i la btjre ie toof 
les Saints» où nous eûmes la douleur de noui 
'CrouTer à c6té des ûx navires de Chine que nouf 
-avions manqué^^ & donc la car^ailbn» fiiivanC 
la dcpofition qu'ils en avotenc faite à l'Amirauié 
de cette ville. Ce montoit à 9,000,000 cntîàdef^ 
Veâ-à-dire à x2,5oo>ooo livres de notre monnoîe. 

Il eu, inutile d'ajouter combien les Gipitalnet 
iê moquèrent de nous« en nous avouant que 
leurs équipages qui ne montoient pas â cent 
hommes pour chacun, étoient plus de la moitié 
Cuv les cadres , & en vérifiant la Juflefie de toutes 
les obfervations deM* Marchis uir nos mauvai&s 
snanceuyref êc nos faufîès combinailons. M. de 
4Marnieres avoîc encore une lueur d'efpojr» en 
faifànt des efforts auprès du Gouverneur Portu« 
gais C)t pour qu'il obligeât les Anglois d'ap- 
pareiller» après avoir obtenu les fecours qu'Us 
demandoient î mais ceux-ci répondirent, avec 
hauteur, qu'ils ne le pouvoient en présence d'ua 
eanemi , & que fi le Gouverneur f'obfiinoit à 
celte violence » ils fe Croient échouer fous les 
fortt de la capitale du Brefil, 5c en rendroîent le 
Portugal: re^n&ble auprès de leur gouverne* 
ment. Cependant ils £ibriquefem j dans k fiLrace ^ 



{*) Ces eflbns dévoient tcre d'autant plus vains 
auprès du Viceroi , qu'il écoic tout Anglois le 
ayant d'ailleurs peu de vénération pour M, de 
Marnicres , qu'il appelloit un foyei^ Imomo s un 
.]>auvre homn^è. Comme ce Commandant n'allon: 
jamais che2 lui fans le Chevalier de Graffe , CapU 
taine du Zéfhir , e(pcoe de Cçlofie fort lourd ^ 
fiwt béîe & fort groflicr dans fon arrogance j U 
.ftff elloic i^cloMi un cm^allù : un chcviuL 

N â 



f 2p2 ) 

une chaloupe pontée » qu'ils armèrent Bc dépê- 
chèrent en Europe, pour donner avis de leur 
l2jour , & demander une efcorte. Cette chaloupe 
appareilla fous nos yeux , 6c Ton ne regarda pas 
comme digne du ^piiiSn firan^oîs, de la pour^ 
itiÎTre. • 

Aînfi Ce termina cette expédition , qui ne fut 
tnalheureufè qu'à force de mauvalKè volonté, de 
contravention aux ordres du Roi , aux inftniâiont 
*dù ftliniOre^ de fautes multipliées & imlpunies, 
de prévarications de la part des fubalternes, &de 
foibleïïè de la part du chef. 

On ne peut raisonnablement imputer i Ni» de 
Mamieres de n*aToir pas eu le defir fincere de 
capturer les navires que la miffîon étoit d*ititer- 
cepter ; il fouhaitoit (ur-tout ardemment s'empa^ 
rer du vaiflèau de guerre. D^ns l'état de fortune 
médiocre où étoit ce Capitaine , plus d'un milr 
Iton de bénéfice qui en auroit réAilté pour (a 
part , étoit une amorce trop pui iTante pour renon- 
cer , de gaieté de cœur > aux riches pri(es à faire; 
df , quant à la féconde conquête, elle étoit trop 
elTentielle pour balancer Ces premières fautes-Ce 
n'auroit pas été une petite gloire'de ramener en 
France un vaiffèau de guerre, conquis fiir les 
, Anglois dans des mers auflx éloignées : efpece de 
triomphe qui n 'étoit encore arnvé que deux fols 
depuis les hofiilités. Il y a > (ans doute , aflez de 
griefs à imputer à M • de Marnieres , qui , malgré 
fsL bonne volonté , fut la cau(è eflentieUe & ra-. 
dicale de la nullité de notre campagne. 
' ils font ^*abord, en partant de France, de 
n*avoir passait jouir M. Marchis de fba grade tle 
Capitaine en fécond , de n'avoir pas puni les 
Officiers lorsqu'ils ont commencé à lui manquer 
comme s'ilt ne le r^co fkaotiToiem pas pour td^ 



Se ne $'ctre pas littéralement conformé à Ces inP- 
tf uôîons en adoptant fes avis fur tous les poinu 
oà il était oblige de les demander ft de les fui- 
vre, par cette préfomption déplacée d'avoir en- 
couragé le mépris des fubalternes , d'avoir fermé 
les yeux fur tous les torts de ceux - ci , enfin 
d'en être venu au point de les autorifer par fon 
exemple. 

Quant aux OfSciers, (*) il efl confiant pat 
le témoignage général de l'équipage, que bien 
lom de /econder les bonnes intentions de M • de 
Marnieres , ils ont contribué de tous leurs efforts 
a les éluder , craignant les chatimens qu'ils étoien t 
dans le cas d'encourir , fi M. Marchis par le fuc- 
ccs de fon expédition acquéroit quelque crédit 
auprès du miniflere, fit ne voyant d'autres ret 
fources ày échapper qu'en faiftnt échouer abfo- 
luoient fon projet, qu'en représentant fon auteur 
€omme un aventurier qui avoir induit le Gou- 
vernement en erreur» ils facrifioient un intérêt 
médiocre à l'envie dont ils étoient tourmentés 
d'abord , 8c enfuite à la confervation de leur état 
& â leur propre (ureté, 

^ Pour mieux connoitre à quel degré s'étoit por- 
tée Tînfubordination de ceux-ci, leur fureur 6c 
leur rage , il faut remonter plus haut. 

Dès le premier branle-bas, M .Marchis , comme 
Capitaine en fécond , avoît pris fon poftç fut 
le gaillard d'avant, où un En feigne (t) devoit 
être fous Ces ordres ; mais bien loin de les rece- 
voir , celui-ci prétendit devoir commander &ul ; 



' ( * ) Il eft queftion feulement de rEtat-Major 
de ï'Achme. 
( t ) M. de la Vicomte. 

N 3 



H ajouta qu^al n^étoit point fait povr &twlt tont 
un pareil nedîn .* cette querelle ne pat heuren- 
feaieiit inmier fiir un combat qui n'eut pas lieu % 
mais fur le refte de la campagne, en ce que t 
malgré les plaintes de M. Marcbis , celui-ci n« 
leçut aucune (ktîsfaâion ; ce qui encourages 
Pinlbleoce de l'autre ft de (es camarada. 

IL de Marnieres aroit prétendu que cett» 
iTenture étoîc une afl&ire particulière d'kommf 
i homme , qu*il étoxt d'ufage que les Officiera 
Tuidaflènt entre eux. D*après ce principe 9 arrivé 
i la baye de tons les Sainu , M. Marchis iarite 
ion ad?er(àtreà defcendie, mais eelui-ci refufil 
toujours feus le prétexte qu'il n'efl pas fiùt pont 
iê melbrer avec lui ; de-là une rixe £ vive que 
M. Marchis, fort Bc trapu , après aToir fbiifleté 
f:>n adTerfiiire« le jettott i-la mer de la galerie 
où la ftene Ce paflbit , lorfqu'on accourt 9c le| 
fcpare : ils (ont mis aux arrêts l'un 9c l'autre^ 
mais le corps des Officiers étant yemigourmaiH 
der le Capitaine d'afCmiler ainfi un poliilbn à 
«n de leurs membres, il fait descendre à terre 
M. Marchis & l'autre fert de fa chambre* 

Il &Uoit revenir en France, & que M» Marchts 
ft rembarquât» H. de Marnieres imagina de le 
mettre aux arrêts i (a rentrée dans le TaifTeau , 
âr de L'y laiiTer jufqu'au moment où Ton a mouillé 
i Brefi , le 5 Novembre» il arriva dans cette 
captivité, tel qu'un prifonnier d'État coupable 
des plus grands forfaits .* il partit pour Parir; ft , 
par l'examen de (es plaintes , on reconnut non- 
iêulement qu'elles étoient fondées , mais qu'il 
avoit donne un projet excellent. On Taffura va- 
guement qu'il aurolt {uSice; & Ton voulut lui 
en faire exécuter d'autres de même genre , avec 
promeflè de l'en laiilèr alffolunient le maître > do 



Ten rendre le chef, de dé ne mettre (but fes ot^ 
dres que des OfSciers bleus , les plus dociles ft 
les plus expérimentés* La vanité de cet hommf 
étoit telle 9 qu'oubliant tous les maux qu'il ayoit 
(bufifèrcs, toutes les injufiices qu'il ayoit éprou« 
yées, toutes les indignités, toutes les horreurt 
dont onTaroit tourmenté, toutes les fourberie! 
dont on avoit ufê i Ton égard pour le tromper» 
il confêntit à ce qu'on voulut ; & le di(po(bit i 
une féconde expédition (êcrete. 

Cependant on avoit mandé M. de Marnieres » 
fort embarrafl! de ùt personne ; il étoit neveu du 
Lieutenant-Colonel du Régiment des Gardes^Mi- 
litaire eftimé : il avoit d'autres entours , qu'il 
snettoiten mouvement; Se tout fon corps d'ai}-> 
leurs étoit intéreffé à ne pas le laîflèr (uccomber 
dans une pareille querelle. Malheureu(ëment le 
combat de M* de Conflans ne mettoit pas^ ce 
corps en grande recommandation ; & , s'il s'étoit 
trouvé un moment favorable pour faire (àuter 
une tête de la marine ^ dans unCon(èil de guerre # 
c'étoit celui-là. 

M. de Marnieres , homme d'efprit , mais qui 
perdoit facilement la tête , dans fon dé(êfpoir« 
fit un coup d'étourdi digne du Garde«marine It 
plus fou , ou plutôt capable de le faire rouer en 
bonne judice. Il Ce rend au fpeâacle un jour j o& 
M. Marchis y étoit ; êc, comme celui-ci de(cen« 
doit l'efcalier, donnant la main i une Dame, il 
lui applique par derrière un fbufHet de la gauche, 
& de la droite tire fon épée en poignard pour le 
percer. Grand tumulte. On l'arrête; on leur 
donne des Gardes des Maréchaux de France /l'af* 
faire ed portée au tribunal « 8c les (ôUicitationt 
agiflènt tellement auprès de celui-ci , qu'il élude 
' 4f juger le fond § fous prétexte que le ueur Mac* 



âm, n^zjzM en qo'im brevet de Capîtaine de 
frégate pour la campagne» dont les fonâJons ibnt 
fnies, n'eft plus militaire i il punit fèiilenient 
M. de Mamiem pour aroir troublé l'ordre dans 
m lien pnbb'c » & le condamne à relier quelques 
lematnes au Fort-l'Evéque. 

Dnunt cet interralle » les proteâeun du prt- 
Ibnnier circonyiennent le Mimûre : on lut repré- 
faite qu'il n*eft pas poffible qu'un homme désbo- 
iioré , ayant reça un foufiBet , ait un comman- 
4em«it; qu*il éudroît d'abord qu'il (è battît» 
qu'il fut tué, ce qui le rendort inutile ; ou tuât 9 
ce qui le fbumettoit au glaive des loix \ que} 
dans l'un & l'autre cas , il ne pouvoit refier ca 
France i qu'ainfî le mieux étoit d'éviter un mal^ 
beur , en lui enjoignant d> n (brtir , avunt que 
Con adversaire fût hors de pri(bm La foiblefle do 
gouvernement étoit au point que ce qui auroit da 
perdre ùmt refTource M. de Mamieres , le fauva* 
M* Marchis reçut ordre de quitter le royaume 
ibus un délai déterminé , & il paiTa au (êrvice 
de Danemarck* 

Notice fur M. MarchUm 

m 

M* Marchis eft né i Satnt - Malo : Con père y te- 
noit une petite auberge à renseigne de la Croix 
blanche ^ il fit mal Tes affaires ; & , lut le bruit 
•que Ton fils a voit fait fortune aux Indes , il s'em- 
barqua fbldat fiir le Saint'- Louis , vaiiTeau de la 
Compagnie » où il mourut. Le fils a voit pafle 
Piiotin. M« Dupleix le tira de là, pour le faire 
navijguer, en qualité d*Officier , furies vaiifeaux 
particuliers qu*il armoit pour le commerce de 
rinde* C'efl alors que M. Marchis, en revenant 
4e Manille fiir.im de cesvaiiTeaux dont il étoit 



ftcond Lieutenant, fut pr:s, dans le détroît de 
Thalacca « par les Anglois , qui mirent leurs 
prifbnniers à terre à Batavia. M. Marchis ne man- 
quoit ni d'efprit , ni de talens ; il avoit de la diC^ 
pofttion pour apprendre toutes les langues très- 
promptement ; ce qui fit qu'ayant appris un peu 
rHoUandois « un Bourgeois de Batavia lui donna 
-une -embarquation de cent cinquante tonneaux à 
conduire au Pérou. Ce fut au retour de ce vovage 
que je le connus, étant arrivé alors» & nommé 
Supercargiie pour la Chine. Uij mot que Je Gé- 
néral me dit qjgjfournit Toccafion de lui propofer 
M. Marchis pour premier Lieutenant du vaifl^eau 
fur lequel ie paifois. Il me dit de le lui amener » 
car il ignoroit Ton exigence* Cependant , après 
quelques queÛions y- il plut au Général « qui le 
fiorama premier Lieutenant au fervice de Isi 
Compagnie» 

A peine notre voyage fut-il commencé, que 
]e remiarquai dans M. Marchis une fufïîlance qui 
iurpafToit fes talens : point de foupleflè avec (es 
'Supérieurs, de la hauteur avec fes égaux, & du 
mépris pour fes inférieurs; par-defïus tout, une 
vanité finguliere, qu'il prétendoit foutenir par 
des fanfaronnades infupporcabies : je ne xftànquai 
pas de lui dire , en particulier , que ce n'étoit 
pas le moyen de s'avancer , fur- tout chez une 
nation étrangère. Mais mes a>is, répétés fou vent ^ 
éloignèrent entièrement JVJ. Marchis de moi , ak 
point que, de retour de ce voyage, je ne le vis 
plus. Comme aucun Capitaine ne vo;uloit de lui 
pour fécond^, on lui. donna un vieux vaifTeau^ 
fîir lequel on va raffembler ^ le long de la côte de 
Java , les bois de conârudion ; emploi dont per- 
fbnne ne ycut. 
. JMr Marchis , pour & jiirer de cette^tuatioi^^ 

■ N5 ' ; 



iugea â propos d*époa(er une }enne TenTe d'ifl 
'erroqttîer , de faimlle de réfugiés firançoîs , qu'il 
iàvoit être fort protégée du Général ; par ce 
moyen « il eut un beau yaifleau » de i loo tonneauxj 
iout neuf » frais ^ venant de l'Europe > defiiné pour 
aller â Surate^ISc de là à Moka : excellent Tovage* 
Revenu â Surate, il s*agiflbit de retourner a &• 
1 avia , pour faire nétoyer & efpalmer le vaiflêau S 
snaif M. Marchis défiroic retourner à Moka j et 
voyage étant lucratif. ~ 

Il fiiut (avoir que, dans le (êrvice de la Com- 
^gnie Hollandoi(è , le Capitaine eft tnaitre ab« 
ibui en mer; mais , au(fi-tàt qu'il efi mouillé dans 
une rade ou port, où il y a un établiflëment dt 
la Compagnie » il ne peut plus faire la moindre 
cfaofè , fans Tordre de celui qui commande à tet- 
re : ces ordres même » de quelque peu de cunCé* 

fuence qu'ils fbîent , te donnent par écrit , & (ont 
la décharge'du Capitaine. Celui qui comman- 
doit alors à la rade ^ étoit un fou , étourdi a« 
poffible « & fans probité : M. Marchis l'engagea 
aifèment , par quelque vue d'intérêts » â le nom- 
mer pour retourner à Moka, & à renvoyer à Ba* 
tavïa le vailTeau dediné à ce voyage ; mais il le 
perfuada encore qu'il n'y avoir rien de plus aî(2 
que d'échouer & d'elpalmer (on vaiffeau dans la 
rivière de Surate. Deux Capitaines de laCompa- 
nie 9 exceilens Marins , que J'ai connus alors fus 
s lieux , qui furent cette réfolution, furent re- 

i»réfêntf r au Diredeur que , comme ferviteurs de 
a Compagnie , quoique la cfao(è ne les regardât 
point f ib fè (èntoient obligés de Tavertir qu'on 
^erdroit infailliblement ce vaiffeau par cette en- 
treprife ; jamais on ne voulut les écouter. 

Enfin M. Marchis échoua fbn vaiflèaii ^ qisl 
creva , auflUâf ^c l'eau fè retira i alors le Difw- 



s 



( ^99 ) 

âlarrepréftnuiM. Marchis, qu'ils écoient per* 
dus Ttin & l'autre; mais que peut- être £ Tua 
défèrtoit , Tautr* viendroit à bout de Te diîfçul« 
per« jpn Imputant toute la faute â lablênt. Ùtâ 
ce qui fit prendre à M. Marchis le parti de Cû 
réfugier â fiombay , & delà repaflèr en Europe, 
Le pku vilain de l'afiàire , c*ell qu'il emporta 
quarante â cinquante mille livres qu'il avoic pn$ 
a la groife aventure à Bauvia , pour le(queilet 
il ne laîflà que ùt femme dans la mifere , ok 
Je Tai vue cinq ans avant mon départ de l'Inde» 



M*. I. ( Page io6) ExtraU ^utu Litsn di Ramè^ 
du 17 Mai 1768* 

. Vous avez raifon de feconnoltre ronivfc 
Jéfiiitique dans tout ce qui émane aujourd'hui 
de. La Cour de Rome ; Ricci en eft l'ame 8c !• 
mobile* Ce defpote outragé prévoit ù. chûtt 
preique inévitable ; nouveau Samfon, il veut aa 
0)oins (îiccomber avec éclat » & 9 s'il fe peut » 
çntnuii^er , en tombant » l'Eglife univer(èUe. Ainfi 
ce Bref tant hué , que vous regardez comme, 
vne imprudence 9 comme uapas de clerc', comme 
le délire d'un vieillard , eu de la part de U 
Société un chef-d'eeuvre de politique ; elle re- 
flet par-U la puiilance temporelle auz pri&i 
mvec lapuiflance (pirituelle > elle engage de nou- 
veau une querelle plus difficile à terminer qut 
jamais , 9c prend peut-être le Cevl moyen de raU 
lumer le fanatifme éteint dans la plupart dee 
foyaumes de la Cbcétienté* Clément XIII % n 
abdiquant Ton perlbnnage de Prince laïque 9 PPVf 
t'en tenir au rôle de Chef d'Eglift , élude imz 

K4E 



ment' le droit du plus fort ; comment IV 
^uer pour ainfî dire ^ dans le fort de Catholi- 
cité où il Ce retranche ! comment s'en prendre a« 
Saint Efprit ^ avec lequel il s'identifie ! qnelles fou- 
dres oppo(èr à fes foudres (pirîcuelles ! Les Rois 
ofiènfés peuvent - ils également déposer leiin 
qualités augulles de Majefté trés^Chrétieiille , de 
Majeâé très-Catholique » &c ? Les fils s'arme* 
ront-ils contre leur père désarmé f & s'ils le font « 
t^efprtt de paiix & de charité , le Téritable elprit 
évangélique» dont Ce pare le SouTeràn Pontde^ 
fa déclaration que le fang liumain ne doit couler 
en rien dans une querelle oii Dieu Ceul peut être 
CoD Ibutien & fen. juge , ne font-ils pas les moyens 
les plus propres > en perdant lès Etat^, de con- 
server au moins les coeurs dé Ces fuiets î 11 re- 
jette aiufi tout l'odieux Cur yos exécutions mili- 
taires , & rend tout' â la fois tyrànnfques Sr pucr 
riles en ce moment vos reptiles de poflèflion « 

Eut - être très - légitimes dans un autre ten». 
'ailleurs « l'humanité réclamé toujours pour les 
m.alheureux : dans la grande tragédic'qui Ce pré- 
pare , les peuples attendris feront pour un vieil- 
lard blanchi fous les travaux ApoftoUques^ priaftt; 
gémiïïànt aux pieds des autels, offrant de fubi^ 
reul toutes les peines que les-Princes lui infii-f 
geront, même l'exil, à l'exemple de (es cbu-; 
ifageux prédéceffeurs , plutôt ^ùe de trahir* laf 
Caufe de l'Eglife & les devoirs de fon mkîftèréé 
' P^r la conduite 'du St/Pêrt.i^ voilà donc leè 
Princes ofïènfés., rédufts à ife éombattré fenple-' 
rfrent- à ^rmes égalés , c'efl:^'à*dire à coups dé 
^lurae & avec ties'pi&ifèfles.* Q(i*avàncerez- 
vou^' encore fQue feront tbtar lès Requifitoire» 
de ^0$ Procureurs génçrajak , tôqs les Arrêts de 

vos PâriemçAs, «ontr^lç^. Anathcmes invifible» 



5 qàe ne peuvent renverfcr les langues les pluf 
éloquentes ? Aurez-vous recours à vos Théolo- 
giens ! Il s'en trouvera « fans doute, d'aller lâ- 
ches, d'aiTez vendus à la cour) pour trahir leuf 
confcience & trouver la caufe du Pape mau- 
vaîftf, fût-elle bonne i Mais reconnoîtra-t-on 
l'autorité de quelques particuliers dans un procès 

' qui intéreffe toute TEgliie ? Il faut un Concile 
Général , ou au moins àes Conciles Nationaux i 

6 c'ed où les Jéfuites veulent vous réduire. Je 
fuppolè qu'il Ce falTe en France , par exemple g 
une aflemblée du Clergé , comme en 168x9 
croyez - vous que Louis XV fîit le maître de 
celle-ci , autant que Louis XIV l'étoitdela pre- 
mière f S lors de la dernière en 176 j , convo- 

# quée uniquement pour la matiutention d'intérétt 
temporels ,<>n n'a pA arrêter la férAiéntation que 
'par la difîblutiôn de Taflemblée v^ar la diiperfioii 
des membres , que n'avez- vous pas à ctaindre 
de celle-ci , où les Evéques fe prévaudront du 
beibin que vous aureï dVux , où reconnoiffant 
en quelque forte la nécefGté de leur concours 
poùt rindépendance de la couronne , où le* re- 
niettfoit de ncniveau à leur arbitrage, où j avant 
que de terminer le véritable ob'et de la con- 
vocation , ils rappelleront toutes leurs demande* 
^ «exigeront qu'ori falTc droit' 'fur toutes leur» 
plaintes ^fbr toutes leurs proteftations. Croyer 
que les jéfuites. du fond de l'Italie gouvernè- 
roient ce Conciliabule prefqu*auffi . fortement- 
^ue ip coiti?ftoîW du Papfe à Rome, ft quelles 
firiTes funeiles W pourroit pas'a^oir ce -parti ',1e' 
jjltis pi-udent au- premier coup H'deil', le plus cbn*' 

; for^^^ Ï3 religion du Roî, rnâls le plus* propre 
i rév^'U'er le fanatifnnte , à rallumer le flambeau* 

'. de la- <iifiiotde.d^ bouc de ^-'Europe i P^uirf^* 



Que hirt dans ces circonfiances, 6r comineBC 
ft tirer d'un pas auflt difficile ^ Trancher le noeud 

Îordien , comme Aie&andre, déchirer le voile 
e la fupeiiUtion, fapper dans Ces fondemens 
une puifTance coloiIàle« qui n*a pour fupport que 
les têtes des Monarques courbés fous Tes pieds; 
tel eu le vent du philofophe clairvoyant , td 
ièroit le iydéme d'une politique intrépide. Mal- 
beureuiêment ce fiecle éclairé ne Tefi point aflêz 
pour changer tout à coup de maximes , tranûnifes 
de fiecle en fiede 8c consacrées par une longue 
ignorance* On a trop dit que la religion étoit 
le plus ferme appui du trône» qu'il n'y avojt 
point de bons fujets (ans elle, & que fi elle 
si'exifioit pas» l'intérêt des Rois feroit d'en créer 
une. 

Dès qu'on n'étoit ptu déterminé à une fciffion 
totale t alors il falloit regarder comme non 
^avenu le firef en queûion , traiter fourdement 
de ùk révocation , ne pas donner à cette affaire 
lin éclat dangereux , attendre des tems plus op* 
ponuns , fi l'on ne pouvoit réuffir auprès du Pape 
ségnant , éviter furrtout de compromettre la di- 
gnité royale , de l'avilir par des négociations 
ouvertes & infruâueufes , 8c de Te réduire a la 
cruelle alternaiiTe , ou d'agir bofiilement contre 
un Pontife delàrmé « ou d'avoir befoin du /è- 
cours des Evéques dans une cauft ^qui » a« 
fonds , e(l la leur » 8c dans laquelle ils (èroot 
toujours juges 8c panies. :l 

Mais les fpéculateurs profonds reconnoiilènt 
i«icore ici le dqigt de Loyola* Dans Textrémité 
où les Jéfuites (è trouvent réduits, leur intérêt 
e^ de porter le trouble 8c U confîifion partout , 
d'agiter l'Europe en tout ' Cens , pour tacher 
4e iê ttouver à leur f lace ^ jregagner le tetrein 



quMls ont periu .'il-ne Teroît donc pas étonntik 
qu'ils euiTent eux-mêmes (bufBé La dilcorde dans 
le coolèil des Princes « 6c qu'après avoir armé le 
Pape de (es anathémes » ils armaflTent les Rois 
de leurs foudres. Que réfiilte|:a»c-il de unt d'e& 
forts f Ne prématurons pas les événemens; maii 
leur étabiiffemem (broit moins étonnant que levf 
chute* 



N^. IL (Page toi.) Extrait fu/it LeitraTa^ 
FfHlofofhe vo^dgtant en Corfê , dm ao j^aéi 
, 1768. 



V 



o« PoLiTic^uis (péculent* Monfieur^ 
£ur ce que nous voulons faire de Viùe de Corfê; 
fâvez-vous bieii, en fiippofant la réduâion de 
Ces habitans prompte 8c volontaire , que c'eft une 
des meilleures acquittions pour la France ; une 
Colonie fertile & excellente» très- propre à la 
dédommager de I4 pêne d'une partie de Tes autrei 
Colonies : elle peut tûppléer merveillenftmentA. 
par exemple , à celle du Canada; car, fauf les 
pelleteries » nous y pourrons trouver tout ce qui 
lious venoit de ce pays. Je fats que l'étendue de 
Ion terrein n'ell pas comparable à cet immenft 
continent , mais c'eil un nouvel avantage. Notre 
patrie^ n'eft pas allez peuplée pour fufire a«t 
Migrations qu'exigeroit le dernier ; & la défenfe 
de tant de poâes éloignés , néceiTiires i noitt 
commerce , & ne p uvant Ce (ecourir mutuelle* 
jneht, fîi'a toiiiours paru un obftacle invincible 
à nous foutenir , dans cet autre hémifphere » 
contre les efforts natureb des Sauvages pour 
défendre leur liberté > & ceux de nos Toifinsi Ict 



. . . (504) . 

Anglois , pour faire des ufurpatîons Hif nouu 
Je ne parle pas de l'éloignemenc de ce nouveau 
Monde ; des flottes continuelles qu*il y falloit en- 
voyer à grands frais; des pertes d*hotnmes qu'oc^ 
cafionnoient néceflairement unt de voyages de 
long cours* Je reviens i Tifle de Corfe, 6c vais 
vous en tracer la defi:ription , pour vous mettre 
â même d*en juger , 8c d'edimer les avantages 
qui peuvent en réfulter pour nous. 

L'Ifle de CorCe e& fîtuée dans la Méditerranée^ 
entre les ^6 & 4\e degrés de latitude, ayant , ao 
Sud , rifle de Sardaigne ; ft > au Nord , ks càtes 
d*It<ilie : ÙL plus grande longueur s'étend depuis 
Capo Bonijacio^ au Sud » julqu'à Capo Car/6 ^ au 
Nord; elle efl de \6q lieuesKtaliennes : (a largeur 
fAétif des mêmes lieues y depuis Capo Calien , 
à rOued , jufqu'au lac à^Urhino , au Levant* 
On fait monter tout (on circuit i »i j lieues ^ tou- 
^urs d'Italie. 

Cette Ifle (ê divi/e en dix Jurifdiâions & qua- 
tre Fiefs, composant 6Z Pieves. 
, On entend « par Pieve , un aHemblage de plu-. 
£eurs lieues feus la même régie , quoiqu'ils dè- 
pendent.de diverfci ParoifTes , lefquelles compo- 
ïênt chaque Jurifdiâion. 

De ces dix Judrdiâions il y^ en a fîx en-deçi 
des monts « qui font : Cxpe Çorfo , Balagna ; 
Caivi , BafliAy Corto; AUeria; 8c trois Fiefs, 
favoir : Nou^a Brando & Canary* 

Au -delà des monts, on trouve les quatre autres 
Jurifdiôions : f^icOyAjacciOj Sarter,€y BonifaciOy 
^ïeFie£d'I/éria. 

. 11 y a , diiés cett,e Ifle , cinq E véchés : MArianâf^ 
j^ehiio , ÂUeriA , Ajaccio 8t Sagome» < 

. L'intérieur des terres ell rempli de montagnes , 
ilom f luiieurs foBt plantées de bois d^oilviers & 



(3^0 

de châtaigniers , & fourniffenc des pâturages 
pour les troupeaux ; entre ces hauteurs , ii Ce 
trouve des plaines abondantes : on y voit des 
vignes, des orangers, desbergamotiers, des ci-» 
troniers , des oliviers ^ difiPérens arbres fruitiers* 
Sur la plus élevée de ces montagnes , qu'on ap- 
pelle Gradanio , font les lacs de Cremo & de Dino% 
aiTez proches Tun de l'autre : du premrer , Tort 
voie fbrtir les rivières de Liamono 8c àtTarîguano^ 
âont Tune coule vers l'Occident , & l'autre en 
iens contraire ; celle de Gaulo fort du lac Dino^ 
êc Ce jette dans' la mer, près àjs Alc^rUna. Outre 
ces trois rivières , qui font les plus confidérables 
de l'Ifle 9 & qu'on pourroit rendre navigables » 
avec quelques dépenfes , il en eft pluHeurs autres # 
mais qui ne font que des ruiflfeaux, qui coupent 
presque toutes les plaines, & les féconderoient 
davantage, fi l'on en multiplipit les canaux. 

La petite province de la BuUgna efl la plut 
abondante de la Corfe en tout .-.celle de Capo 
Corfo , quoique la plus expofée , ne lui cède 
guère ; & toutes, ou presque toutes, ne deman- 
dent que des bras pour les cultiver* 

Quant aux produâions , outre les vignobles 
dont je vous ai parlé , qui rendent un vin blanc 
& rouge , qu'avec du foin on aflîmileroit à celui 
de Candie , de Chypre , de Syracufe & de JUalaga , 
Il s'y produiroit du grain en grande quantité > 
pour peu qu'on fertiliiat le terrein î & , malgré la 
fainéanti(è des habitans , la nature , en quelque 
forte trop prodigue , trompe quelquefois leur 
indolence, & leur offre des récoltes très-abon-' 
dantes. Les beûiaux ne manquent point ici : on 
j voit des oi(eaux de toute efpece , quantité de 
gibiers , fur- tout des perdrix rouges. Pendant l'hi- 
ver , on prend au filet une aUTe^ grande qu^tiii 



{206) 
de cet ietnîens > pour en fournir plnfieurs Tilks 
d*Iulie. Cette faifon produit encore beaucoup de 
merles noirs « dont on ne fait nul cas ailleurs s & 
^ui (ont ici très-recherchés & très-délicats. 

Il ne manque donc rien en Cor(è , du coté âes 
comeAibles , que d'excellens Cuîfiniers pour ap- 
prêter tout cela : mais , indépendamment des 
choies de première nécefllté ,- les arts & le com- 
merce trouVeroient auffi de quoi s'y exercer. 

Il y a j dans ce Pays 9 plufieurs bains , tant 
chauds que froids ; des eaux minérales , (alutaires 
pour toutes Cottes de maladies ; des oliviers , qui 
^umiroient un commerce d*huile confidérablei 
ft propre à Taj^rovifionneinent de la France ; des 
mûriers & des vers à Coie, qui» avec de TinduC- 
trie & de Taâiyité, hous mettroient dans le cas 
de nous paflèr des (bieries d*Italie; des bois d^ 
mâture Se de conftruâion »* qui nous dédomma- 
geroient de ceux du Canada; des mines d'or, 
d'arrent « de cuivre & de fer i des carrières de 
marbre & de porphyre ; un crydal de la plvs 
grande beauté par Ces différentes couleurs , qui fe 
congelé dans la montagne de Borgna.no. 

£n général « le climat de cette Ifle eil le plus 
beau du monde. Le ciel n*y eft jamais obfcurci 
deux jours de (uite ; il n'y fait prefque point 
d'hiver; les chaleurs de l'été y font modérées t 
dans les montagnes > par les ventf du Mord ; elles 
Ibnt plus fortes dans les villes de BafiU^Saint'- 
ttorenro * là GaglioU , Cahi & AJAcclo : on at» 
tribue a cette intempérie de Tatr les maladies auK- 
'quelles nos troupes (ont fu jettes ; & je croîs que 
c'eû plutôt au défaut de bonnes eaux » qui man- 
quent dans ces endroits pendant l'été , & qu'oa 
pourroit y conduire facilement des montagnes. 

Parce court expofii» MonSeur, vous concevez 



(307) 
&cil€0ieiit h yfititi de mes ipéculadom ; je ne 
diffimulerai pas que ces avantages font balancéf 
par les dépen&s oiormes qu'il faudroit faire dans 
^^tte Ifle 9 pour la mettre à Tabrl des infiiltes « 
Bon-(èttlement des Naturels que je fiippofè fou- 
rnis» mais des Etrangers* L'étendue de Ces côtes> 
l'accès itbre en quantité d'endroits, exigeroient 
des traTaux, dont le calcul eu effrayant. La plu- 
part des villes font démantelées , ou fortifiées 
a*une manière très-imparfaite » les ports comblés 
ou en mauTais ordre. Corn, qiû étoit autrrfots 
la Capitale de Tlfle , & qui eâ pre(qu'au centre » 
seflfemble plus aujourd'hui i un village qu'à un« 
cité. £éifita efi la ville la plus remarquable : on a 
déia commencé à y faire plufieurs ouvrages ; mais 
il nittdroit creulèr le port ^ dans lequel les frégates 
8l barques armées ne peuvent entrer» En revenant 
i la c£te occidentale j on trouve Flortniô^ viUa 
-dans le plus grand délabrement : (on golfe efl 
immenlê» fie pourroit contenir une quantité pro* 
dsgîeulè de vaiflèaux; fon ouverture eft de plus 
d'une lieue 9 fiir trois de profondeur dans les ter- 
cet .* si efi bordé de hautes montagnes » qui la 
mettent à l'abri de tous^ les vents , excepté du 
Nord-Efi : fon enfoncement efi rempli de grot 
roche» â fleur d*eau , qui ne permettent d aborder 
i, terre qu'à des chaloupes* La LâgagUoU vient 
après p avec une nuuvaifo rade , où il ne peut 
aborder que de petites tartanes & des felouques; 
enfoite Cahi, dont le port très-grand ne reçoit 
que dés frégates anédiocres : celui ^Ajâccio efi 
plus commode âc plus profond ; les vaifleaux peu- 
Tent y jetter l'ancre au milieu du baflin» Bonl^am 
€10 termine la pointe de la cÀte occidentale ; il v 
a un petit port bon & sûr. A la câte orienule , & 
trouTe P9riO''Ff€hi9 $ le plvi beau port de la JHé« 



(5o8) 

SIterranée .* les plus gros TaifTeaiiK y peuvent en- 
trer; mais îl y règne un mauvais air, qui a fait' 
défêrter la ville , (ans qu'on ait pu réuflir à la re- 
peupler. On ne trouve plus fur cette cAte ja(qu*â 
Bdfiia , qui la termine , ^AUtria. , prefque 
détruite. 

Jugez , Monfîeur , que d*argent il faudroit 
pour mettre en état tant de villes & de ports , tous \ 
e/Tèntiels , & où , avec plus ou moins de danger » 
peut débarquer l'ennemi étranger & apporter . 
des fecours aux naturels révoltes* 

Les villages valent infiniment mieux que les 
, villes ; Ils (ont prefque tous bâtis fur de petites 
montagnes & dans les fituations fortifiées natu- 
rellement} toutes les maisons crénelées > voû- 
tées , rerraflées & réunies £è flanquent & (è dé« 
fendent les unes & les autres \ de manière que 
chacun de ces endroits (emble. mériter un fîege» 
dont nous avons eu un petit échantillon dans 
les villages de Barhagio Se de Panimonio. 

Une autre dépenfe indîfpenfable & qui feroit 
énorme encore, c'eft celle des grands chemins» 
qu'il faudroit ouvrir prefque dans toute Tifle ; 
enfin nos Ingénieurs > à vue de pays , eiliment 
qu'il y auroit à confacrer deux cens millions pour 
mettre l'ifle de Corfe dans Tétat le plus floril^ 
ûnt. Il n'ell pas de doute qu'elle ne rendit un 
jour l'intérêt de tant de dépenles ; mais (bmmes- 
nous en état de faire de pareils projets dans ce 
moment* ci ^ Ceft à notre mîniffere bon & (âge 
qu'il faut s'en rapporter ; ce qu'il y a de fur « 
c'çft que tout- annonce le deflèin de conquérir i 
& de confèrver ce pays-là , par les troupes qui | 
nous arrivent tous les jours & par les établifTe- ^ 
mens de toute efpece qu'on y forme , maritimes > 
militaires & municipsUic* 



La Magîfirature aura de quoi i*y exercer. En. 
^739 » ^OTs de notre preaiiere réduâioit de cette 
ifle .par feu le Maréchal de Mdillebois , on IF ' 
cômptoit déjà iSooo ailaflinats commis impune- ^ 
ment. Jugez combien d'autres depuis* Il eu vrai 
que Paoli a établi parmi les fiens une efpece 
de juftice ^ mais il n'eu pas affez puilTant pour 
pouvoir Texercer avec toute l'étendue que Texi*- 

Seroic la férocité de ce peuple. Auffi là popu- 
uion y diminue- 1^ elle de jour en jour. Dans 
ce tems-là> le dénombrement de Ces habitans 
alloit à ii^ooo hommes; aujourd'hui on n'en 
trouveroit furement pas une pareille quantité. Il 
faudroît rétablir la harmonie dans tous les or- 
dres de l'Etat confondus. Le droit de Noblefle 
a été ôt^-par les Génois aux plus anciennes fap 
milles > de forte qu'il ne Ce trouve prefque plus 
de différence entre ceux qui ont été autrefois 
gentils- hommes Se lev payfans. Il n'y avoit plus 
de charges y nulle forte d'éducation pour les 
enfans;la République ne vbuloit les admettre 
à aucunes dignités éccléfiadiques ou militaires. 
Leur nouveau chef a reparé tous ces défordres . 
de fon mieux , c'eft' à-dire qu'il a empêché qu'ils 
ne cruflent autant qu'ils auroient fait. Sa puif- 
iknce précaire , foti autorité toujours chanceU 
latite^ fa vie même à chaque indant en danger, 
tïc lui ont pas permis de pratiquer tout le bien 
qu'il auroit voulu , & dont fon génie & (a (a* 
geflè le rendoîent capable. 

Du refte vous concevez facilement par ce 
détail « MonCisvLt, d'où naît la haine invincibre 

tde«' Corfes pour la République ; elle femblè 
'avoir pris tous les moyci» d'anéantir ce peu- 
ple : il n'cft pas jufqn'3tf.,fammerçe de toute 
eCfCce qu'elle lui avoit incec^t > elle s^emjparoii 



fous ks am de leurs huiles 8c «utres itttict 
à grand riiarché ^ fit leur fsdCoit payer fort cher 
le (êl t Te fer , le cuÎTre ft les autres' cho&s 
dont ib avoient be(bin : en un mot , elle Icf 
traitoît plutôt comme dei barbares qu'elle Von* 
loit exterminer que comme des fujets qu'elle 
devoît protéger. Il faut efpérer que notre ca« 
raâere de douceur, la (àgeffe de notre gouTer- 
nement fr la bonté ne nos loix répareront tant 
de maux , 9r feront (êntir au nouveau royauflie 
de Corlè le bonhettf de vivre Ibus la domina* 
tîon de Louit le Bien-aimém 



N^ XIIÎ. { Tome III , page %%% * ) Ce^it ée h 
« Lettre écrite au Atinifire » par JH* à^Athi | ù 
[IJle de France » /!r jo Oûohre 17J'S« 

M O M S X I G M 1 & t 

J/AI eu l'honneur de vous rendre compte d« 
mon arrivée à Hfle de France & de mon dé- 
part précipité pour la Côte de Coromandeli 
rérplu par un conftil générât ; il ne me refit 
plus aâuetlement qu*à yo^% inâruire de la con- 
duite que j'ai tenue & de la ikuation des aut- 
res- maritimes de Tlnde. 

Je (uis parti de l^Ifle de France le 17 Jaa^ * 
Yîer. Je fus contraint j pour pourvoir mon Efca- 
dre de rafraichifleraens & de vivres qui lui écoient . 
fiéceflàires « de paiTer par l'Ifle de Bourbon » d'oi 
étant parti le 4 Février fiiivanc , )e me décidait 
Vu la moulTon contraire » à prendre la gjraade 

{^) Cerre Letsrt» 6c la Relation qui fuit^ k 
rapportent a la p^^}S (hi volume IU« 



route » du fentlment de cous les Capitaines ^ qui 
dans cette faifon font d'ordinaire ces ibrtes de 
voyagfs. I^es calmes , les différentes contrarié- 
tés ne me permirent pas de couper la ligne que 
le 17 du mois d'Avril , par les 7p i 80 degrés 
de longitude , & je n'eus connoifTance de l'ifle 
de Ceilan que le ii du même mois. Je dépêchai 
, alors la frégate la Diligente, ^ovj aller prendre 
langue à Rankalle , & s'informer de l'état ac« 
tuel des affaires du pays. Pour moi^ après avoir 
cGtojé rifle avec la dernière exaâicude & Tavoîr 
fait examiner de près par mes découvertes , je 
. continuai ma route & fus mouiller le 26 au 
comptoir ci-defTus , pour m'informer par moi- 
niéme des forces maritimes que les Angloispou* 
Voient avoir à la c6te« 

Toutes les nouvelles que je reçus > me paru» 
rent fort incertaines. On m*aflura cependant que 
les ennemis n'a voient 'que quelques vaifleaux 
presque déârmés & hors d'état de paroitre do- 
rénavant. 

Je me hâtai donc de me rendre i Pondichery 
au plutât 9 pour , de concert avec M. de Lailj^ 
pouvoir commencer de bonne heure nos opé- 
rationi» 

Comme je paroIflTois le 2.8 à la pointe du 
màt à la vue de Goudelour & du fort Saint- 
David 9 deux frégates Angloifès qui y étoient 
mouillées depuis long - tems » Se qui caufbient 
der dégâts confidérables aux environs , après 
avoir vainement e&ayé de Ce (àuver , Ce jette* 
rent à la câte & Ce brûlèrent avec la dernière 
précipitation. Ce premier début fit un éfièt ad« 
^" mirable fur refprit des équipages. Sur le cham]^ 
M. de Lallv ^ pour profiter des premiers infians » 
sue propou de bloquer par mer Goudelour ft 



^^ 



k fort Se Davidi tatKÎis que Ini avec les troupes 
qu*il prendroît à Pondichery , iroit de nuit pour 
TinveAir par terre. Il ne me reCloit que très-peu 
de vivres & encore moins d'eau ; j'avois ip 
malades fur les cadres'; tout le refte de mon 
équipage étoit épuifé de fatigue > après une tra: 
verfée de 90 jours : mais rocca/ion étoit belle 
de le bien de l'Etat y étoit intéreiTé : 3*acceptai 
donc avec plaifir le parti que l'on me propofbît. 

En conféquence , j*expédiai au (fi- tôt le vailTean 
ié Comte de i^rovence , & la frégate la Diligenu ,• 
' pour porter à Pondichery M. de Lally & Ton Etat- 
Major ; & > avec le reÔe de mes forces j je fus < 
mouiller en ligne devant Goudelour & le fort 
Saint- David. J'eus foin auffi d'envoyer fur la 
frégate le CommifTaire de TE/jcadre , pour me j 
préparer les vivres^ dont j'avois befbin, , 

Déjà la nuit du x8 au zp étoit écoulée ; j*avoîà^ 
même connoiOTance» par le grand feu des ennemis^ 
de l'approche de nos troupes' de terre » qui ve- 
noient inveftir la place, quand la Sylphide^ que 
j'avois envoyée à la découverte » me fit le /îgnal 
de neuf vaiueaux. Je ne tardai pas à en avoir^ ; 
connoiilknce moi-métiie; &, comme ils me pa- *j 
roiffoient faire vent arrière fur nous ^ toutes voi- \ 
les dehors , je fis > fans perdre de tems , filer les » 
cables par le bout> & ranger auffi-tôt mon efca- 
dre fur une ligne ; le Bien- Aimé à la tcte , fuivi * . 
.du Vengeur & du Condéi je me plaçai au centre » 
ayant pour matelots , devant & derrière , U Duc 
£Orléa,ns & le Saint-Louis ; le Moras , qui fui voit- 
ce dernier yaiflfeau , tenoit la tête de mon arrière- 
garde ^%^U Duc de Bourgogne fêrroit la file. Je 
donnai ordre > en même têms • à U frégate U 
Sylphide de fè pofier de façon à pouvoir tirer 
dans les intervalles* Tous les vaiiTeaux dans cette 

fituation^' 



fîcuatîoii , ]e fis le fignal de Ce prepaf ef au cwn- 
bat 5 & nous attendîmes Tennemi avec fermeté. 

De fon côtéV le Vice- Amiral , tenant Tavan- 
tage du vent avec Ces neuf vaiflTcaux , fit à fou 
tour (à difpofîtion * il étendu d*abord (ur un 
firant parallèle à ma ligne « deux vaifTeaux , maïs 
à grande diflance l'un de l'autre ; puis précédé 
d'un vaiflèau de force , & fulvi de trois autres » 
* ii arriva en dépendant pour commencer raâion. 

Cependant) mon avant-garde Ce trouvant à 
portée de celle de Tennemi > je fis le fignal de 
commencer le combat ; & bientôt^ les deux cen« 
très Ce trouvant rapprochés , l'affaire fut engagée 
de toutes parts fur les deux heures après-midi. 

Trois fois le Vice-Amiral Pocok, hors de (k 
ligne, ainfi que pioi^ me combat â portée du 
pifïolet , & met à culer ; & trois fois il revint à 
la charge. Soutenu de mes deux matelots , Mef» 
jfieurs de Surville cadet & Joannîs, tous trois nous 
inahraîtidns confidérablement le corps de bataille 
des ennemis , dont le principal feu étoit dirigé 
jfiir moi, 

M* Bouvet > commandant le JBUn'Jfim/j ne (b 
comportoit pas avec moins de valeur à Tavam- 
garde i Ceuï il maltraitoit confidérablement le 
Taiifeau qui étoît par fon travers ; ^ Vengeur ^ 
commandé par M. de Palliere , après quelques 
volées 9 obligea le fien de tenir le vent ; & , maU 
gré tous (es efforts , il ne put jamais le rengager 
au combat. Enfin j, Mon/eigneur , je dois leur 
rendre cette judiee , que tous étoient parfaitement 
à leur poSe « & qu'ils y ont vaillamment com« 
battu. 

Quant zviDuc de Soufgo^nt ^ commandé par 
M. 4'Aprét , il ne garda ni ne fut jamais au fien ; 
au contraire , 4ès le commencement de Tadion i 

Tome IK O 



Rarrifa àr ne combattit qu'à travers les mits de 
nos vaifleaux , dont il s*étoit mis à Tabri» La 
Sylphide ^ commandée par M* Mahî , ne put ja- 
mais réfifler long-tems « comme je m'y étois at* 
tendu ; & > malgré fa bonne volonté , les pre* 
snieres volées la forcèrent déplier & de paffer fous 
le vent* Le Moras , commandé par M. Bec de 
Lièvre > Ct trouva prefqu'aufli-tât dans le même 
cas ; quelques volées malheureufes , qui lui mi- 
rent la moitié de Ton monde hors de combat > 
l'obligèrent d'arriver pour éviter d'être écraie 
totalement. 

Il eft aifé de voir> par ce que je vieçs de dire , 
que je fus contraint de combattre à nombre égal , 
avec des vaiiTeaux inférieurs à ceux des ennemis ; 
malgré cela » quoique , d'une part , mon centre 
& le premier de mon avant-garde (bufiriflènt 
confidérablement » de l'autre ^ celui de TElcadre 
Angloî&, (iipportant à peine notre feu > plioit 
pounant , & fe laiflfoit culef. Voyant cela » je fis 
£gnal au vaiffeau de Tavant de virer de bord » 
pour couper & mettre entre deux feux l'arriére*^ 
garde des ennemis , & la (eparer de (on avant* 
garde 9 qui étoit irès-maltraitée ; mais « la fumée 
empêchant de voir le fignal > je ne pus profiter 
de l'avantage que nous avions déjà. Le Comte de 
Provence & la Diligente , qui n'avoient pu voir 
que tard le fujet de mon appareillage ^ de à qui 
j^avois envoyé un canot pour les en infiruire, 
commençoient à (ë rapprocher de moi & à (è rallier* 
î'ennêmi alors fort incommodé fir qui pendant 
quelque tems avpit plié jufque dans ma ligne » 
rapiqua au vent de toutes (es forces \ mais pour» 
fiiivant mon premier deflein que les vaifleaux de 
9K)n avaiît-garde n'avoient pu comprendre» je 
pus ea mcme wo& le parti de &irç virer toutQ 



V^Ccmétercnt^mkte. J'avois-en outre idettc-tai* 
Unis pour cela , qui me parurent fort eilentieUefi? 
la première étoit que la nuit approchant je ne 
TOtiloîs pas perdre de vue » autant qu'il me (è- 
rott poffibie , Goudelour & le fort St. David •* 
l'autre que par ce mouvement je rengagoîs de 
nouveau le combat en m'approchant de terre & 
snettotc à Ton pofte le vaifleau tout irais qui 
sn*arrivoit. 

£n effet > je me mis en devoir d'exécuter Gins 
retardement ce que j'avois projette; mais Ten- 
ncmi Ce doutant de ma manoeuvre (erra le vent 
de plus en plus « 8c dégoûté powr le moins au- 
tant que maltraité du combat ^ â la , faveur de 
la miit qui fiirvint, il'pafla fous le vent & fe 
retira vers Madras. Je ne négb'geois rien pour 
le conserver ; mais comme il ne mit aucun feu , 
je ne pus m'appercevoir de ce qu'il devenoit. 
J'appris le lendemain qu'il étoit fort délëmparé. 
EÎii reâe y comme je couroîs fiir la terre , j'or* 
donnois au Comte de Provence » commandé par 
M. dé la Cbaife , qui connoiffoit parfaitement la 
côte , de faire' la route Se de ménager les bor* 
dées ou de mouiller s'il Hrgeoît la diO& conve* 
oable. En eflfèt, il en fit tes fignaux que nous 
répét&mçf à l'inâant* 

Le lendemain f 30 du mois, nous nous trou« 
vâmesavoîr jeué l'ancre devant l'Amparvé^ fêpc 
lieues (bus le vent de Pondichery , oà le cou* 
rant 8c la dérive nous avoient jette pendant le 
combat. J'eus la douleur de voir au point -du 
jour le JBien'jéimé qaisLTOit fait câte» Ce vai^ 
Aau* qui a voit combattu valeureuiêment pendant 
l'aâion 9 avoît eu (es cables hachés 8c avoit per« 
du deux ancres; il arroic mouillé la feule qui 
lui ceâat à' (ba boSoir , & on ibupf oana que le 

Oz 






t- 



Due di Bourgogne ^allant pendant roblcurtté lui 
coupa CovL cable avec fa quille : ce qui le força 
de lûbir ce malheureux fort. Je ne puis vous 
ei^rîmer le chagrin que je reflentis à la' vue d*im 
pareil (peôade , auquel il n^y avoit point de 
remède. Rendu à Pondichery , je démontai M« 
d'Aprét, non pas unt pour cette raifon, que 
pour la q^niere dont il s'étoit comporté pendant 
le combat , & je donnai Ton uraiiTeau à M. Bouvet^ 
^ui étoit inconfblablc du malheur qui venoit 
de lui arriver* 

Ma fituation vers TEmparvé étoit d'autant 
lus cruelle « que TElcadre du Roi> ainfî que je 
*ai dit ci-devant, y étoit prefque (ans eau «(ans 
bois , (ans vivres , avec beaucoup de malades & 
quantité de blefTés : néanmoins , à la faveur des 
brifes de terre & du large « & après avoir donné 
les (ècours néceflâtres au vaiflêau le Bun^Aimé^ 
je me rendis le 7 Mai dans la rade de Pondi- 
chery > le centième jour depuis mon départ de 
Maurice. 

Je vous prie , Mon(èigneur , de vouloir bien 
remarquer que dans ce pays , lorfqu'on eA aflkié 
fous le vent d'un endroit dans les mois de Mai 
& Juin , on a beaucoup de peine à s'en relever» 
J'ai été afTez heureux d'en venir à bout , & d'y 
parvenir avec bien des difficultés. 

Quoi qu'il en (bit 9 il réfulte de tout ce que 
\e viens de dire , que j'ai débarqué l'argent > les 
groupes & les munitions de guerre 9 dont j'étois 
chargé pour Pondichery ; que )'^i livré avec des 
équipages fort aSbiblis & harcelés par 4es fati- 
gues de trois longues traverfées» toutes dans les 
iâifons contraires > un combat naval à rE(cadre 
Angloilè) qui venoit pour apporter du (ecours 
à la place nouvellement a(&égée » ou pour ett 



(317) 

IrideTer les effets ; que l'ayant m!(ê fons Iç ven| 
elle n^a pu exécuter Ton projet; que la préfence 
de PEfcadre du Roî Va détournée d*a(&ége| 
Karikaile» comme j'ai fu qu'elle TaYOÎt réfolu; 
^e cette bataille n'a pas peu , à ce que je crois « 
csomribué à la prifè'de Goudelour 3c du £otf 
Su OaTid* 

Lorfque j'eus fait mon arrivée ici « le 7 Mai t 
le débarquement des troupes de terre que i'a* 
Tois fut mes vaifleaux , je me trouvois dénué 
de monde, tant par les^ maladies que par le 
combat que je yenois d'eiluyer* Le con(èil 
mixte décida que je refterois Cous les murs de 
Pondicheryj jufqu'à ce qu'on pût m'en fournir 
êc que j'eufTe fait de l'eau & les vivres > dont 
rSfcadre avoit un extrême befoin : malgré cela * 
ayant pris les ravitaillemens néceffaîres pour 
Tingt iours , je tins , M. de Lally étant alors 
occupe au fie?e du fort S. David ^ un con(eil 
4e marine « ou M. de Leyrit & les Confeillers 
furent appelles , touchant la pofition de l'en- 
nemi , qui n'ayant pu gagner par le large la hau- 
teur de Goudelour , cherchoit depuis quelques 
jours à y parvenir le long de la terre* Il s'y 
faifbit déjà voir du haut de nos mâts , même à 
Pondichery. 

J'y expofois la trille fituation d'une efcadre 
mouillée fous une fortèreflè qui la défend de 
fort loin, les malheurs qui s'enfuivroient fi 
elle y étbit attaquée , que ce parti étoit le pire 
de tous ceux qu'on pouvoit ;choifîr & qu'il ti- 
reroit > fans doute, à de très * grandes conféo 
quences dans l'Inde^ ii par des brûlots « ou au- 
tres chofes de cette nature qu'on ne po|ivoit 
. parer , on étoit obligé de jetter les navires à la 
[ côte ou de s*y brûler foi-même 9 que dans l'el* 

O 3 



frft Am fenpUtitt pays Vefkt n^etf pcmVôit Art 
fue tréi-iiia«ifais d»nf$ les coBJeôtnre» fréCentt9» 
fiir-cottt apfèi la batàillt qui' s^étok donnée , ft 
^«'enfin il Yalolt inihiffient ntteiix que Peftaidii 
Bïit i la Toîle ft qu'elle déeampât, fi Toii ut 
poiiTiMC lui donner le monde AifÈ^nc pour l\tf» 
sner que de prendre un parti qui de^noic nott 
moins honteux à la nsition que dé&vanta^eux 
du gloire des armes du Roi , au bien public ft 
à la Compagnie. 

Tous convinrent j (ans néamnoîns rieii déci^ 
der de la (blidité de mes reprélentations « ft 
Ton fut d'avis d*envoyer vers M» de Lally pour 
lui faire part de la pofition des Anglois qui 
étoient à la vue j âc lui demander en même tena 
les lècours qu'il lui (èroit poflibic de m'cnvoyec 
pour mettre l'Efcadre du Roi en état d'appa- 
reiller & de s*oppofer à. Tennemi , s'il s'obûi- 
noit i gagner Gouddour & à v jetter quelques 
ftcours. Se chargeai de cette eéputation M. le 
Chevalier de Monteil , Major deTEfcadre , avec 
une lettre » ce fujet. MM. de Palliere & Srn^ 
ville cadet 9 Capitaines de vaiflèaux de la Coiih 
pagnie^ 8i M. de Clouet, Conlèillerde Pondi- 
chery , y tannt auffi envoyée & l'accompar 
gnerent. 

M. de Lally > infiruit par ces Meffieurs delà 
pofition des deux Efcadrcs> piaignit avec raifoa 
ma trifie iîtuation ; mais fort occupé lui-même 
vis-à-vis une place auffi forte que celle qu^îl 
affiégeoit & devant laquelle il étoit important 
qu'il ne (e retirât pas , fit n'ayant d'ailleurs pas 
trop de monde pour lui-même» il ne pouvoit 
que difficilement me fecourir ; cependant la né* 
ceffité l'emportant fiir toutes cesconfidérations, 
& Autant dé plus combien ^la^ pré&npe de VKC: 



cadre étoit d'un grand poids pour hiter la prtA 
du fort S. David ,Hfc détermina à partir le lenr 
demain pour fe rendre à Pondicfaery. Là « le coa- 
lèil mixte étant aflèmblé , il dit qu'il conceToit 
par la députation que }e lui avois envoyée U 
Teille , combien nos raifibaux étoient en dan- 
ger fî , dépourvus d'équipages comme ils étoient^ 
ils reîloient mouillés dans la rade de Pondir 
chery ; qu'en confêquence de cela il alloit faire 
Tenir des troupes & des Cipayes ( e(p€ce de folr 
dats du pays ) pour me les donner. 

Je ne puis vous diffimuler la joie que cette 
réponfe me fit; dans Tinfiant , pour pro&er dp 
la bonne volonté de M* de Lally > nous fîmes 
enfembie le recensement , en préfence du confeit, 
tant des matelots aâùellement à bord ; que de 
ceux qui, malades au}i hâpitaiix , pou voient êtse 
en état de s'embarquer pour un coup de main* 
Le recenfement fait, il me donna no fbidats 
& 600 Cipayes , dont (ùr le champ nous fîmes 
la répartition. Je donnai des ordres auffi- tôt pour 
cet embarquement, & on y travailla avec tant de 
diligence que je fus en état , tant bien que mal » 
de mettre à la voile le i Juin , à la vue de l'En- 
cadre Angloi(è« 

Comme j'appareillots à la pointe du jour , 
l'ennemi mouitlé fous te vent à moi & qui m*ol>- 
iêrvoit depuis quelque tems , en fit autant (ans 
retardement; mais (bit pour m'attif er fous le vent 
dePondichery ^ m'éloigner du fort St. David, 
ou foit qu'il fût déconcerté de ma pré(ènce , au- 
tant que de ma démarche , foit enfin ne voulant 
pas combattre fous le vent , ou pour quelqu'autre 
raifon que j'ignore , il fit porter à petites voiles 
ic fe laiiTa dériver confidérablement* 

Conune je me doutois par (a manœuvre quel 

04 



(320) 
|K>iiToIc elfe fi>n defleîn , je me donnots k'eii 
garde de le poHrfuivre 9 tant pour ne point per- 
dre mon objet de vue , que pour me con(èrvec 
tovjoun Pondicbery fous le vent en cas d'un 
iêcond combat. Je contimiois donc à gagner Ters 
Je fort St. Darid pour en fuîvre le blocus , me 
flattant d'y attirer àinfi l'ennemi & de lui livrer 
la bataille s'il entreprenoit de lui donner du Re- 
cours, comme i'aToîs lieu de le préfumer. Je 
"ne fus pas peu fuipris quelque tems après d'ap- 
prendre qu'on l'avoit perdu de vue. Je crus qu'il 
▼ouloit encore tenter la voie du large pour y 
parvenir ; mais la fuite me £t voir que ma con- 
jeâure étoit fauffe » puifqu'en eSét je ne le revis 
plus. 

Quoi qu'il en foh , TEfcadre du Roi Ce trou- 

^ vant le % Juin vis-à-vis le fort Su David ^ la 
garnifon demanda fiir le champ à capituler* M« 
de Lally me fit part de cette bonne nouvelle 9 
m'apprenant Veffet admirable qu'avoit produit 
notre préfence ; il me priûit de plus d'aller à 
terre pour nous y concerter enfêmble fur ce qu^il 
y avoit à faire dans le moment préfent* Je m*y 
rendis fans difierer , (i-tôt que le tems pût me le 
permettre. 

En effet , le 4 du mois je descendis au fort 
St. David : là , m'ayant témoigné le defir qu*il 
avoit que TEfcadre parût devant Divicoté , pe- 
tite place qu'il avoit envie d'enlever» j'appareil- 
lai fans perdre de tems & je m'y rendis auffi-tât« 
Ce fort ayant été pris (ans réfifiance , je crus 
qu'il étoit bon de fuivre un peu le long de la 
côte , puifque j'avois déjà commencé. Cette dé* 
marche f félon moi , devoit produire un eSét 
admirable dans Tefprit des peuples du pays» tant 

pour nous maintenir xeux q\u nous étoiem atta* 



ches» que pour maintenir dans le fîience ceux 
qui ^uvoîent nous être contraires. 

En outre , j'apprenpis , par une lettre du Gou- 
verneur de Karikalle, qu'il étoit arrivé > depuis 
peu , dans la rade de Negapatuam-j un vaifTeau 
angFois à deux batteries , que j^avots deilein d'in- 
-tercepter ; & d'ailleurs > attendant le vaiiTeau le 
Centaure y qu'on devoit m'envoyer de Maurice ^ 
î'écois bien-aife de faciliter Ton atterrage > & de 
m'emparer de tous les renfons qui pourroient 
arriver aux ennemis. Ces railons & celles de pren- 
dre des vivres à Karikalle me déterminèrent à y^ 
aller mouiller. 

J'y jettai rancre> en effet , le même jour au 
ibir; éc j*y pris, le lendemain « .quelques rafrai- 
chiflêmens ; je demandai du bois pour raccom<> 
moder les gouvernails de deux de mes vaifTeaux ; 
mais je ne pus en trouver : je communiquai aux 
Capitaines de mon Efcadre le deifeiti que j*avois 
de remonter la câte jufqu'à Tifle de Ceilan. Ils 
furent tous de mon avis , parce que > dans cette 
iaifon, tous les vaifleaux d'Europe arrivent d'or- 
dinaire à la cote de Coromandel. 

Je fis part, fur le champ, à M. de Lally de cfi 
'^ue nous avions arrêté; & j'appareillai , ie 9 Juin, 
.pour aller à Afégapatuam : j'y mouillai le mén\e 
jour i avec toute mon Efcadre ,* & «ce. comptoir 
hoUandofs , ayant falué par terre & par mer le 
pavillon du Roi^me donna ce qu'il put en vivres j 
boiflbn & agrcts : de-là , mettant à la voile , je 
continuai ma route vers Tifle de Ceilan. Chemin 
faifant « je m'emparai d'un petit brtgantinanglois, 
que f expédiai, (ans retardement, pour Pondy- 
chery , afin qu'il ne m'arrêtât point dans ma mar- 
che. Comme , dans les différent bords que je cou- 
oi5> je reparoiiloiiB, le j6 Juin > derant Karî-: 

O 5 



kalle , je reçus un Arrêt du Confeil fiipérieur , tm 
date du i j courant » par lequel on me detnandok 
la prélênce de TEÎcadre , pendant Tablènce de 
M. de Lally » qui aUott , dans les terres « iatie 
quelques opérations. A la réception de cet écriti 
je ne difllerai pas d'un moment à tae rendre an 
de/îr qu'on avoît de moi ; en effet, je moaiUaî « 
le if^ à Pondicherf; fil, le lendemaîa, ayant 
TU M« de Lally , il me fit part du deflein qn^tl 
, alloit exécuter. Loriqnfîl fntpaxti > M» deLeynt 
me tétnoignant aroir befoin de quelqu'un , pour , 
en cas d'accident , donner maki forte aux troti^ 
qui gardoient les prifonniers de guerre 9 j^ 1^ 
accordai , fur le champ , un Officier & cinquante 
Matelots , pour monter la garde, tous les jours, 
dans le Fort.' 

Cependant la retraite des ennemis 5c la fiipérîo- 
rlté que nous paroîffioas aroir à la câte, ne 
m'ébloutflbient point ; jeconnoiilois leurs forceSi, 
ic nligrîoroffs pas d'ailkurs ayec quelle prcmpd- 
tude on ëquipoit leur Elcadre à Madras > pour U 
remettre en état de remonter la càtc : d'un autre 
côté, je voyois, avec bien du chagrin , combieii 
peu de fècours on aToit à tirer de Pondichery > 
eè l'on n'étoit ab(blument occupé que de Texpcr 
dîtion de M. de Lally dans le Tanjaour. Ainfî^ 
réduit a tirer des reflburces de ma propre mifere, 
je ne^ fongeai plus qu'à raritailkr mon Eicadre» 
tant bien que mal> pour pouroîf aUcr j encoie 
une fois, attaquer Temiemi , s'il reparoiiTott. 

Tandis que j'étois tant ettier à œs occi^^ 
tionc^ j'appris de Karikalle, que trois gros yaiC- 
ièaux angiois venant de Bengale , avoient mouil. 
iés dans la rade de Triiiqu^ar.J'allois appareil-^ 
ter (ur le champ avec quelques-uns de mes vaiG- 
leaux , pour tâcher de les intercepter , quand je 
reçus la nouvelle de leur départ : j'appris j en 



\ 



in£me teins , qu'ils étoient rkheniem chargés , 8c 
qu'ils avoient fait route pour Madras» Juge^ , Mon- 
ieigneur, combien je regrettois d'avoir été con- 
iraint de quitter ma croinere. On Ce repentit bien 
alors de m'avoir rappelle , mais il étoit trop tard* 

Bientôt on n'ignora plus à Madras dans quelle 
fituatipn j'étois i & combien mon Efcadre étoit 
afibiblie > tant par les maladies que par l'ablènce 
de i^armée de terre , dont je ne pôuvois plus tirer 
aucun recours. Dès-lors , les ennemis croyant 
dévoir profiter de leur (upériorité ^fiir nous » 
prirent le parti de remonter la c&te y après avoir 
embarqué fur leufs vaiiTeaux » comme je Tai ûi 
depuis» 800 hommes de la garnifon de Madras ^ 
qui , joints au renfort de ijo hommes « tirés des 
trois vaiiTeaux de Bengale , tendoient leur Efca- 
dre infiniment plus forte que la mienne. 

La fécurité oà Ton étoit à Pondichery » tou- 
chant les diffêrens mouvemens des ennemis y penfa 
caufer notre perte. Ils étoient déjà à l*Emparvé , 
que je .rignorois encore. Enfin je n'eus avis de 
leur approche que quand on les vit du haut des 
ixiats. Mon gouvernail & ceux de plufieurs vai& 
féaux étoient à terre, &, comme le mien, hors, 
d^état de fervir. Je donnai ordre à Tinftant qu'on 
les fît apporter à bord * j'envovai auflî vifiter les . 
Hôpitaux pour y prendre ceux des moins malades 
qui pouvoient être en état de donner encore un. 
coup de main ; mais > malgré toutes les recherches 
que je pus faire , mes vaiileaux étoient toujours 
dénués de monde > & le peu qui reftoit » étoit fiir 
le^ dents. Cependant les ennemis approchoient 
toujours ; il falloit prendre un paru. J^afTemblai 
les Capitaines de TEfcadre, qui convinrent tous 
du danger qu'il y avoit de nous laiffer attaquer 
à Pancre, Ainfi , dg leur avis , & déchargé de la 

06 



garde de Pondicherv > par le réfultat au Con(e!l, 
comme je Ten avois fommé » j'appareillai « le ij 
J'^iiiet , à la vue des ennemis , pour tâcher dt 
conferver le vent que j'avois fur etrx , Se être 
par conséquent le maître de mes mouvemens. 

J'avois alors , dans mon vaifleau , 500 hom^ 
mes d'équipage ; ceux de 60 canons en aVoient 
550 9 ou 400 tout an plus , & les autres zxf: 
encore avois-fe été obligé de dé(àrmer la frégate 
la Sylfhidâ , pour , de Ion équipage > ri^nforcer 
mes plus foibles vaiiTeaux. 

Telles étoient les forces avec lelquelles j'allois 
combattre une Efcadre pourvue de tout, ubfolu- 
ment Hipérieure a la mienne par la groiTeur des 
vaifleaux, & le calibre de leur artillerie; tou« 
jours aflurée de Ton avantage fur nous > par la 
ijuaptité confidérabie de troupes dont elle étoâ 
renforcée. 

Malgré cela , rcnncmj ne dut pas s'appercevoir 
de notre fbibleiTe » par la bonne contenance que 
nous fîmes* Les deux Efcadres mahoeuvrerent 
toute la journée 9 à vue Tune de l'autre* Je pro- 
fitai de la nuit pour gagner dans le Sud; dr , des 
le lendemain > }e ne revis plus TEfcadre ennemie» 
Me trouvant alors par le travers de Négapatuam» 
je pris le parti d^aller mouiller àlCarikalle, pour 
tâcher d'apprendre ce qu'elle étoît devenue ; mais 
on n^en avoit aucune nouvelle : je ne doutai plus , 
dès-lors , que les ennemis ne fuflent (bus le vent« 
& qu'ils n'eufTent pris le parti de nous attendte au 
paÂage. Ainfi , ré(blu de profiter de Tavantage du 
vent > le /cul que i'eufle & que je pufic efpérer ^ je 
nç balançai donc pas à aller les chercher. 

J'appareillai » en conféquence > de Karikalte « 
le premier Août ; & , ayapt fait ranger mes vaif^ 
fèâux fur un même front pout découvrir davan- 
tage , je de(cendi$ la câte , bieii sur de les ipx^ 



èônifer^ s*xls y étoîent. En effet, nous ne tarJî-' 
mes pas à les appercevoir. A neuf heures du ma- 
tin , j'eus Gonnoiffance de TEfcadre Anglolfe, 
qui étoît par le travers de Portonovo , & cherchoît 
à remonter la c6te : auffi-tôt je tins le vent pour 
ateendre la hriCe du large , & pouvoir aller Tatta- 
quer fans confufion. Cette bri(ê s'étant déclarée i 
midi , je forlnrai ma ligne au vent > It Comte de 
Prùvtncê à la tére, fifivi du Moras & du Duc ttOr^ 
léans^ mon matelot d'avant : après moi, tenoit> 
leSaini'Lûuis^ fuivi du Duc de Bourgogne . énftiite'^ 
le CondéSc le Fengeuty qui formoient rarricre- 
garde. J'arrivai , dans cet ordre, fiirles ennemis $ 
ils étoîent fort loin ; ce qui , joint à la pe(ànteur 
de plufîeurs vaiffeanx de TEfcadre, fit que nouff 
ne pûmes être à portée d*eux que fur les cinq; 
heures du foir. Malgré cela ; toujours détermine 
à profiter de mon avantage » j^étois fur le point 
d'engager l'affaire , quand le Saint-Louis me cri» 
qu'il ne pouvoir ouvrir fa batterie baffe. Je m'ap- 
perdus , en même tems , que plufieurs autres yaif^ 
féaux étoient dans le même cas. Cet inconvénient, 
)oim à l'approche de la nuit , m'obligea de tenir 
le vent ,. & de courir ainfî pour le confervcr , & 
profiter d^une occafion plus favorable. 

Le lendemain , n'ayant plus revu les ennemis, 
je fus mouiller à Karikalle , pour fàvoir ce qu'ils 
étoient devenus ; mais j'en eus bientôt des nou- 
velles par moi-même i car , deux heures après 
minuit , je vis tous leurs feux , & ne doutai plus, 
dès-lors , qu*ils ne manœuvraffent pour me ga- 
gner le vent. J'appareillai aiiffi-tôt pour les pré- 
venir > & , en prolongeant , comme eux , la côte > 
je les apperçus , au point du jour , environ une 
lieue & demie fous le vent. Je crus que c*étoît le 
moment de donner ; j*en fi^ le fignal en çonfés 



qvence > Bc chacun des yai{&aux exécuta cet ordre 
avec tant de précifion, que je crHs remarquer, 
dans l'ardeur générale qui les faifoit voler à l'en- 
nemi , un bon augure pour le &ccès de cette 
jpuraîe. 

Ma joie ne fut pas de longue durée • }*em 
oncore la douleur de voir le Saim-Louis 8c deux 
autres vaifleaux dans le mène cas où ils s'étoient 
trouvéf d«u» JQUXS auparavant : la mer étoit ce* 
pendant belle > mais, Monfeigiieur , )e ne puîi 
sa-em|^cber de vous le dire , on vous a trompé^ 
*ft la Compagnie s'eâ trompée elle-même .* je n'a- 
%Qh 9 dans mon Efcadre > que trois vatficaux de 
guerre ; les a^tces n'avoient qu'une foible artille- 
W» ^ encore ne pouvoient-ils pai^ s'en fervir; 
jfen VQ){ois la preuve avec bien du chagrin , mais 
4 falloir (bnger â y remédier. 

Dans la fîtuation où étoient les deux Etcadres » 
«elle des ennemis étoit biçn alors fbi^s le vent; 
mais, à la brife du large, elle fe trouva néceflài- 
sement au vent a noujs > ainfî ils. pouv oient nous 
fçrcet à combattre entre la terre & eux : d'un 
s^utrecâté, il falloit renoncera l'avantage de fè 
iiattre au ^en^ , vu Tétat où Ce trouvoient plu- 
£eurs vaifTeaux , dont les premières batterie^ 
étoient inutiles. Je crus donc que ce qu'il y 
avoit de mieux à faire , étoit de faire arriver le 
YaiiTeau de la tête, & les autres fuccefOvement 
dans Tes eaux, fai&nt, par la contre- marche > les 
mêmes mouvemens que lui , pour prolonger le 
£gne des ennemis > de-li arriver tout court » pour 
pafler à poupe du dernier de leurs vaifleaux , Si 
lui envoyer chacun notre volée à portée de piC- 
tûUt, & courir ainfî, dans le même ordre, une 
lieue ou deux , plus ou moins ^ pour nous trou- 
ver encore au vent à eu^j à labrife du large, Pac 



cette manosufte) fécrafolstindeleursvciiireavxj 
Se j*étois à même de venir attaquer au vent cette 
Encadre , qui eût été confidérablement afibîbUe 
pour- lors* Au refie ^ie ^is q/ai m'en p&t arriver» 
étoit d'être fous le vent )i fi la. brife manquoit 
trop tôt ; & y quelque chofe que je filTe , je ne 
pouyoisf l'éviter» 

J'cavoyài au Comtg dt Ptouenct la frégate I4 

I>iUgent4y pour le prévenir de mon deilêitt; 

avec ordre de Texécuter au premier figqal que 

)*eii feroifi : j'ordonnai auHi au Duc dt Bxfurço^nt 

àê prendre la pla^e du Mwàs, tancKis qu^ ce decr 

nier vaifle^u iroit remplir fotiL pofte à Tarnere*!' 

garde. Tout étant ainii di(po(e ,. êc chs^un n'atr 

^ndant pWquiele moment d'arriver 9 yen fis le 

^goal par deu^ coups de canon , coup (ùr coup*. 

Au^rtôt M. de la Chaife^ commandant fa^ 

premier vaiiTeau dje Tavant- garde» s'empreflii 

d'exécuter^ de point en point. Tordre que ie lui 

avois donne : tous le fuivirent également bien ; 

& , à voir Tardeur avec laquelle chacun s^empre^ 

iôit de tenir Ton pofle , il fembloit que ce fôt uç: 

nienae elprit qui le» fit tous agir. Je crois que 1^ 

bonne contenance avec laquelle cette manceuvre 

jFut exécutée, ne contribua pas peu à ietter, dan^ 

}4 ligne df s ennemis , le trouble k Tiitcertitadç 

que je crus y appercevoîr* 

Ils ne tardèrent pas à y prendre le change que 
)6 vouloîs leur donner ^ éc ys commençois à ne 
plus douter de la réuffite de cette fuite. Bientôt 
ie Comte de Fr&venee , qui conduifoît toujours la 
tête de la ligne , av c une prudence & une fierté 
dont il ne fe démentit point , fe trouvant à une 
portée & demie du canon des Anglois , fit fa derr 
ijiere arrivée, pour aller pailèr à poupe du dçfe 
nier de leurs vaiffeauxt 



Nous le fiûvîmes tons , forçant de VbileS , pàni 
ne pas donner le tems à l'ennemi de Ce recofinot- 
tre t plus nous approchions , plus il paroiffoit 
étonné de notre manœuvre : bientôt îl ne fut 
plus tems de s'en dédire, nous étions déjà à por- 
tée du canon. Enfin nous étions fiir le point de 
terminer notre entreprife , quand la brîfe de 
terre , nous manquant tout d'un coup , nie força 
de former ma ligne fiir celle des ennemis , & fous 
le vent de TEfcadre Angloîfe, 

Ce contrc-tcms ne ralentit cependant , en au- 
cune façon, l'ardeur de nos équipages; & je vis, 
avec grand plaifir, qu'au contraire leur animo- 
filé ne faifoit qu'en augmenter. 

Au refte , je n'avois ceffé d'admîrer le zèle ft 
la bonne-volonté, qui paroiflbiént guider chacun 
des vaifTeaux; mais je ne crains pas de dire que 
la précifîon & la hardiefle aVëc laquelle ils roa- 
Bttuvrerent alors, me fit, en quelque façon, 
oublier leur foibleffe ; je me hâtai dortc de pro* 
fiter de cette ardeur générale , pour me mettre en 
état de recevoir l'ennemi , qui , de Ton côté , fof- 
moit fa ligne au devant & deflus la mienne. L'A- 
miral étott au centre , ayant, devant 8c derriercf 
lui , deuîc de Ces plusjfros vaifleau* : M, SteVensi 
commandant un vaiffêau de 70 canons > étoit à la 
tête de la, ligne , & elle étoit fermée à l'arriere- 
garde par un vaiffeaû de même force. 

Les Anglois ne nous firent pas attendre long* 
tems ; il étoit midi & demi , quand ils arrivèrent 
fur nous. Leur manœuvre me fit fbupçonner qu'ils 
avoient envie de tomber fur ;rton arriere-gar^e 5 
mais je prévins leur deffem , en mettant en panne/ 
pour donner le tems. aux vaifTeaux de l'arriére de 
ferrer fiir moi .• ils prolongèrent alors notre lîff^ 
en trcs'bon ordre. 



AI. Stercns, Ce trouvant déjà i. portée de pifio^ 
|et du Comiâ de Provence , mît à culcr « pour ta-* 
ichér d'éviter une partie de fon premier feu ; mais 
jfce vaifTeau en ayant fait autant pour le conferver 
toujours par Ton travers « les deux Efcadres ne 
tardèrent pas à s'approcher; & on n'attendit plus> 
de part & d'autre , que le moment de commen* 
cer le combat., 

A peiiie en eus-}e fait le fignal , que les deux 
avant-gardes s'attaquèrent avec un acharnement 
réciproque ; bientôt TafiFaire devint générale > & 
ce ne fut plus , de part & d'autre^ qu'un feu très* 
Txf & très-animé. 

Cependant les premiers coups qui furent tirés 
à la première heure» ne furent pas à l'avantagt 
des ennemis y où un de leun vaiUeaux fut dém&té 
d'un mât de perroquet de fougue , & paroiflbit 
dé{a fort maltraité : d'ailleurs «leur feu diminuoit 
beaucoup par la violence du n6tre' ; ce qui « joint 
à Tanimofité des équipages , qui augmentoit tou- 
jours ) pouvoit contre-Salancer la fupériorité de 
leurs forces ) quand un accident auquel je n'eus 
jamais dû m'attendre « fit bientôt changer la face 
aux chofès , & décida tout en faveur des ennemis* 
Us avoient à bord des artifices de toutes efpeces ; 
le vaifTeau qui combattoit le Comte de Provence t 
lui en lança un , qui mit d'abord le feu dans fès 
voiles , & enfuite dans (on mât d'artimon. Ce 
malheureux vaifTeau, que là bonne mancmvre 
& fbn courage fèmbloient avoir dû préfèrver d'un 
pareil accident , tint bon , tant qu'il put , pour 
ne pas rompre la ligne ; mais enfin la flamme « qui 
commençoit d'etnbrafler. fa dunette , l'obligea 
d'arriver pour l'éteindre. Il auroit peut-être eu 
beaucoup de peine à y réuflSr , fans M. Bouvet, 
commandant U Duc de Bourgogne , qui fe f4çrifi^ 



m? le mettre à couveit do feu eondimcl it 
rennemi 9 ^ n'e&i ceffé deTinquiéter > & iâun 
Mofi, par (à Talenr ic (à prudence, ce yaiffeaut 
qui peut-être ek péri fans lui* Il n'y a point d'é» 
feget , Mottftî^eur, que cette bonne manerayrc 
ne mérite , m de récompense , que ne doin 
e^éreir celui qui en eft rantrur^ & qui d'ailieun 
en efi digne i tous é^rds. 

Cependant la retraite forcée du Comte de Prê" 
^nteàonnoh une fitpériorité décidée à rennemtb 
L'Amiral Anglois , qui connoifibit d'ailleurs la 
foibleflè de notre artillerie, lût aflez profiter de 
l'avantage du vent pour nous combattre , tou* 
jours à bonne portée du caUibre de ja ; de façon 
que la plupart de nos vaifTeaux ne pouvoient 
qulncommoder fort peu leurs adver/aires : povt 
,iaif & rappellant (ans doute la façon dont je 
Parois requ la première fois » il fë tenoit toojouii 
par la hanche ; celui qui le précédoît me tiroit 
de Tavant, Se pas un d'eux ne vint Ce mettre par 
mon trayers^ Outre cela, j'allols venir au yeot 
pour enyoyer toute ma yoléeâ l'Amiral ^ quaod 
un coup de canon emporta ma roue de gou yemail; 
Se , pour-lors , n'étant plus maître du vat fléau , je 
dépaflki , malgré moi , U Duc itOrlêans , quj , 
in*ayant abrîé un infiant, me donna la facilité de 
réparer ce déHifire , fie de venir me mettre en li- 
gne de l'ayant à lui« Alors le combat recom- 
mença ayec plus d'acharnement que jamais .* (ba- 
tenu de tous mes yaiflèaux , dont il (èmbloit que 
la foibleflTe augmentât le courage , je fis &ce â 
l'ennemi. La drone de mon gouvernail ayant été 
pre(qu'au(fi-tât coupée , je me trouvois encore 
dans le même cas qu'auparavant ; mais l'aâivité 
de ceux de mes Omciers qui me refioient, fup- 
pléant à tout , je fus bientôt en état de revenir 



la charj^ ft d*àUer lecoimr mes jeux Inrret 
celots , qui zvec quelques vaiilèaux (bvte» 
oient, ièub le feu de toute la ligne AngloîA* 
Que voiu dirai i-)e , fflonfèigneur « der prodt^ 
s de yaleur qui fe psiToîent à Tavaiit-garde f 
e feu continuel qui en fortoit ^ me caona pei»* 
féam quelque têtus le dommage que nos Tai/l» 
féaux y avoient efluyé* Enfin, cependant j^eut 
la douleur de voir que le Candéëc le Mêf^is^ 
trop foibles toujours pour être mis en ligne j ne 
pouvant plus réfifler à des forces auffi Tupcrfeu^ 
lies que celles qui les écralbienc, furent contrains 
d'arriver pour (è rétablir un peu & reeommen^ 
cer le combat; 

Au refle, le danger que ces raiflêaux Tenoienl 
d'éviter , n'étoîent rien en comparaîfen de celui 
auquel je fus expofêun moment après^ un'artî^ 
fice que les ennemis me lancèrent ^ jetta le feil 
dans ma (bute aux poudres & je me vis (ur le 
point de fauter en Tair â tout inilant. C'eft«*làt 
Monfeigneur , où je fentis plus que jamais corn* 
bien on eft heureux dans ces fortes d*acca(iont 
d'avoir àts Officiers tels que ceux que )'ai« La 
iëcurité & le (àng - froid qu'ils firent paroltre 
alors , (îiffirentpouv contenir réquipage allarmé s 
le feu fut éteint par les feins de M* GuîUemint 
mon Ecrivain , fans que pour cela on difcon* 
tinuât de tirer & que Temiemi pût s*appercevoir 
de cet acddent. 

Malgré tant de défafires ,nous réfîffions encore ; 
fen étois étonné moi-même ^ vu que les Angloxs 
ne s*appercevant pas de leurs pertes parla grande 
quantité qu'ils avoient pour les réparer , fai- 
. foient toujours un feu violent & continuel* J V 
vois alors néanmpins dans mon vaiiTeau 190 
hommes 9 tant tués que blefles : la plupart de met 



Officim hors de combat > moî-mâDe j^arroisilèf 
k commencement reco une bleflure très^dange- 
MtuCe & dont je (bnffirois beaucoup : toutes ma 
snancruTres étoîent hachées , mes voiles cribIcOf 
plufîcurs canons démoAtés t un entr'autres avoi 
crevé à la première batterie Se m'avoit tué ij 
hommes : enfin }e m'apperçus que mon éqni' 
page , prefque réduit i rien» ne jettolt pios que 
ion dernier feu. Les autres vaiiTeaux ne me pa- 
ToilToient pas être dans un meilleur état, tout 
le courage de ceux qui les commandoient ne 
pouvant plus les faire refiler à des forces fi far 
périeures. 

Ainfi , après deux heures 8c demie de combat, 
toyant le Comte de Provence encore en ièui 
mon arriere-garde écrafée , mon propre Taiflèau 
tout en pièces , je pris le parti d*arriver pour 
ménager la retraite à mes vaifleaux. qui avoient 
été forcés de plier* Tandis que nous exécudoos 
cette manœuvre » le croilTant qui tenoit la barre 
de mon gouvernail vint à manquer , de façon 
que mon vaifTeau ne gouvernant plus , je ne pus 
éviter de m'aborder^ pour comble de mallieur^ 
avecle Duc d'Orléans^ qui étoit tout auffi dé- 
gréé que moi. Je me trouvai alors dans la pofi- 
tion du monde la plus critique. Les ennemis 
avoient arrivé, comme nous, & pouvoient pro- 
fiter de notre embarras pour achever de nous 
écrafèr; mais les équipages, àTexeniple de leurs 
Officiers, qui les animoient au milieu du dan- 
ger , agirent dans ce moment avec tant de bonne 
volonté & de courage 9 que nous fûmes bientôt 
dégagés , & dès- lors maîtres du vaifleau, dont on 
venoit de raccommoder le gouvernail avec la 
inéme promptitude ; je pris la queue de rÊfca- 

ire &&ilgnî çnsgrçfeu dg deux feords, j'écarte 



(3335 

fceax det ennemis qiii pou voient nous înqaiixtf:' 
Nous trarailiâmes au(fi*t6t à nous regréer ^ 
tant bien que mal , pour nous mettre en état de 
f ecommencer , en cas que l'Amiral s'attachât à 
Dous pourAiivre > Se ayant fait route pour Pon- 
àichery » je fis fignal au Fcngeur de venir (è 
mettre derrière moi. J'eus encore la douleur de 
Toir en paflant ce vaifTe^u qui pompoit beau- 
coup, & qui me parût très- maltraité : au refle, 
je devois m'y attendre après la vigoureuse dé* 
fen(è que je venois de lui voir faire. 

Quelques yaifTeauK ennemis parurent d'abord 
.touloir nous chalTer , mais ayant formé ma li* 
gne de nouveau ils dé(è(pérerent de nous enta- 
mer & tinrent le vent pour aller mouiller à Né- 
gapatuam. Il étoit alors cinq heures & demie 
du (bir* Pour moi , continuant ma route pour 
Pondichery > j'y arrivai le lendemain au (bir, âc 
donnai ordre au même tems à toul Ici vaiflèaux 
dé s'emboiTer en ligne & le plus près de la 
place qu'il feroit poilîble. 

Au reile, les deux combats que j*avois efluyés 
depuis que j'étois à la câte ^ me coûtoient cher: 
il ne me reçoit prefque plus d'Offiders ^ ayant 
perdu Mrs. de la Bourdonnaye, Blonac & Du-* 
pie (fis f Pafcau , fujets de mérite & de diûinâion « 
& depuis , Mrs. Du Desfaits , Lieutenant , & le 
Cheyalier le Maintier> garde du pavillon. M« 
d'Hercé étoit mort de Tes bleiTures & je venois 
encore de voir (bus mes yeux mourir un de mes 
neveux , qui avoit eu la jambe emportée ; il avoit 
été bleffé dans le premier combat » ainfi que (bn 
frère » le Chevalier de Senneville , qui avoit re^u 

Elufîeurs éclats à la jambe : c'eft un (ujet excel* 
:nt 9 il étoit au combat de M. de la GallilTon^ 
niere ; il eil mon neveu & par la mort de foq 



titre aîné >il féOe iètil à & familfo. Trois con^ 
bats 9u*il a efluyéfl » mes ftrviccs & ià bonne 
Tolonté me font efpérer que tous aurez la bo&tê 
de lui continuer le brevet de Lieutenant de yiit 
ièau que je lui ai donné. 

Prefque tous les autres ont été Méfies « enta [ 
autres M« Gotho , qui eu une contuiîon à ^ 
tête , M« de Baudran aux deux jambes , âc M. à» J 
Genlis au bras & au genouiU | 

Le Chevalier d'Acné a en les deux tuatus & 
le vifage brâlé; M. de Grei&gny , Garde de la 
maritae a été bleiTé dans les deux combats : moi- 
snéme^ dans le dernier « je reçus une Uefliue 
très-danjjereufe, dont j'ai été £x femaines à gvé^ 
rir. En&, Monfeigneurj il n'y a personne qui 
8i*ait eu ik; part; ce qui me donne lieu d'e£pérer 
que cenfidérant les bleflnres de tous mes Offi- 
ciers 9 leurs travaux 8c la dureté de cette cam- 
pagne, vous leur ferez accorder à tous les ré* 
compenfes^ dont ikjlbnt d'autant plus dfgaes, 
qu'ils ont contribué de la tête & ^ bras daof 
toutes mes opérations. 

M. Gotho par fon ancienneté efi dans le cas 
é*étte Capitaine ; c*efl mon lêcond 8c un tcis« 
bon fujet , capable de commander 8c de cempfo 
avec dignité toutes (bnes de miflion. Il s*eftfaic 
femarquer par (a bravoure > s*atnre le CuSngt 
de tout le monde. 

M; le Chevalier de Monteil, à qui , dèsPIfle 
ie France j'ai donné le brevet de Capitaine de 
isaiiTeau, mérite à tous égards que vous le hi 
continuiez ; c'efl un excellent âijet» il a tontes 
fcnes de talens pour le métier 8c eu d'ailteun 
d'une bravoure remarquable. 

M^defiaudran a des talens, il eâ; brave & l'a 
prouvé j il mente la màne gracct 



^ M. de la Pommeraye efi un Officier de dx(^ 
tlnûion , 11 a des calens infinis : ce (èroit une 
bonne acquintion pour le port « il mérite d'être 
Lieutenant , il eu. très-brate* 

M. de Larchantel e(l un très - bon manoeu- 
yrîer : il étoit fur le gaillard d'arrière avec moi » 
il m'a rendu de grands ^TÎces. 

M. de Genlis a de refprit , fera un^ très-bon 

Officier , il eft très-bien. & j'en fuis fort content. 

M. d'Aché fera un très -bon Oâicier.il efl 

brave , a le caraâere doux , aimable ^ de plus» 

,il eft mon neyeu. 

M* de Senne ville fera un^ très-bon Officier > il 
a beaucoup d'efprit , d'un caraâere doux êc 
d'une grande valeur > il eft auffi mon neveu. 

Je ne puis m'empécher de vous former U 
même demande ^ue celle que je vous ai £ikite 
pour mes Lieutenans « en faveur de mes EnCei- 
gneç , que fai pourvus de brevets de Lieutenant» 
ainH que mes deux Gardes - marine « Mrs. de 
Greffigny & Jolins , de ceux d'Enfèigne : rem- 
plis de difpofition , de bonne volonté & d'e(prit » 
)e me flatte que toutes c^s qualités doivent vous 
parler pour eux. Au^(ur{^us > ce petit remplaciez* 
ment ne pem faire ombMge à personne ; la cam- 
pagne qu'ils font ^ eft d'une nature fi extraordi- 
naire par rapport à celle qu'on a coutume de 
faire dans la marine , & ks peines qu'on y effixye » 
font ^ configurables , que ce feroit dégoAter dam 
la fuite les Officiers dont onauroit beCbinpout 
de (êmblables voyaigea* J'e(pere donc » Mon(èî« 
gneur que le petit nombie» la dureté de la cam* 
pagne ft leurs travaux dans un pays très- éloi- 

Ene ; j'elpere dis» je que toutes ces coofidérations 
Tont que vont Tendrez bien avoir ^ard aux 

juftes demxadeaqae ]*n l'houneurdc — ^'-^ 



Permettez que ]e tous recommande auffi M. 
Termigon , Lieutenant des yaifleaux de ia Com- 
pagnie , que j'avois embarqué fur mon vaifleaa 
avec une commîffion de Capitaine de brûlot; ^ i 
a été biefTé très-dangereufement à la te te & i ' 
manqué de perdre Toeil. 

Les fieurs de la Rigaudiere & Herbo « fous 
deux Enfeîgnes de la Compagnie , embarqués 
avec moi , ont fait des merveilles ; il eâ jufle 
qu'ils profitent de l'avantage qu'ils ont eu de 1er- 
TÎr fur le vaiflèau du Roi. Je leur ai donné i 
chacun un brevet de Lieutenant de frégate. 

Je neiàurois trouver d'expreffions auez fortes 
pour vous dire, Monfèigneur, combien )e fuis 
iatis&it des Capitaines de la Compagnie ; ils . 
font auffi braves qu'attentifs & bons manœuvriers. 

M. de la Chaife s'ed comporté dans le com- 
bat du I Août avec une valeur & un zèle qui 
le mettent bien à Tabri de' toutes les mauv^ifès 
impreffions que 'Ton a voulu donner de lui ; il 
mérite à tous égards vos bontés & celles de la ' 
Compagnie. 

M. de Palliere ed , (ans doute » dans le même | 
cas : il a toujours manoeuvré dans Toccafîon avec 
itne intelligence & une précifîon ^ qui repos- 
dotent bien à la valeur qu'il a fait paroître. 

M. Joannis joint i une capacité & une expé- 
rience con(bmmée « une bravoure qui me l'a fait 
remarquer dans le combat du xp Avril. Il étoit 
Teâé malade à Pondichery pendant notre der- 
nière fortieyâc mal^é (abonne volonté>il ne put 
•être en état de (ùivre le (brt de fbn vaiilèau* 
• M. Bouvet s'ed didin^ué dans les deuK com- 
bats, paniculiérement dans le dernier* J'ai déjà 
Îarlé de la belle manoeuvre qu'il fit ; c'efi à 
lonlèigneur à décider de fon mérite* 

Je 



(3Î75 

Je n*at pas de moindres éloges à vous faire 
de 1^0 de SurvîUe le cadet; j*ai trouvé dans lui 
toutei les qualités qu*on peut attendre d'un ex- 
cellent homme de mer. Il s'efi fait un honneur 
infini dans les deux combats & a été blefTé dan-^ 
gereufement dans celui du 3 Août. 

MM. 6ec-de-lievre & Rosbau ont fait au-deli 
de ce qu'on pouroit attendre de la foibleilè de 
leurs vaifTeaux. 

M. Mahi , a fait au combat du ip Avril , tout 
ce qu'on pouvoit attendre d'une frégate de Csi 
force ; il fê présenta de la meilleure grâce du 
monde & réfîda auffi long-tems qu'il étoicpof^ 
fible de le faire. C'efl un très-bon fujet; }e Tài 
chargé de plufieurs miffions , dont il s'efi ac- 
quitte au mieux» 

M. Dufrêne Marion me (êrvoit de répétiteur* 
Je l'ai employé en différentes occa(?ons impor- 
tantes ; il eft extrêmement intelligent « bon ma* 
nauvrier , bon à tout , & l'on peut en toute 
fureté compter fur lui. 

Voilà , MonCèigneur > ce que ie pen(è de tous 
les Capitaines de la Compagnie ; ils méritent 
tous afTurément des grâces particulières & des 
marques de dtftinâxon. Je vous les demande 
comme une jufiice qui leur eu due ^ & pour 
moi fous les ordres duquel ils étoient. 

Je (èrois bien touché, Monfeigneur« 6 vous 
ne faifîez pas pour eux tout ce que yotre jufiice 
& les qualités de votre coeur me font efpérer» 

Le Sr. Fermandy mon Secrétaire, a reçu fiit 
mon vailTeau tin coup de moufquet qui lui a fra« 
caflé les deux mains , de Tune defquelles il eft 
même eftropîé. C'eftiin fort bon fujet , il a de» 
talens & j'en (ttis très-content ; mais comme il 
tft fans fortune 8c qu'il lie vit qu'i l'appui de fott 

- Tome 11^. ? 



in^CTt b &uU reuûurce « je cms , Moii(eS- 
gjucvr • ^ue voiu ne lui cefuferez pas yn état qui 
le mette à Tabrl de la milè^e : fes calen$ le ren» 
d|30t tfès «propre d'ailleurs icue logcnîeuf de U 
marine. 

J'ai eu rhonneur de tou^ marier que le leiN 
'dematn de mcn fécond combat j'étois ^nÎYC i 
Pondichery « que je m'étois embolTé au(fi-tot 
pour meure mec TaiiTeaux en état de Ce défen- 
dre encore» tant bien que mal , fi nous y étîouf 
attaqués. 

Je fis part en même tems au ConCell « de Te* 
t^ où fe trouvoit r£(cadre du Roi , dénuée de 
inonde « de vivres, d'^gréts , &c. Je deœandoii 
àts mâtures , des vergues & enfin généralement 
de tout. 

On me répondît « comme à l'ordinaire, qu'il 
i)'y avoit rien , mais que cependant on alloit faire 
fi)n poflible pour tâcher de me fournir une pari^ 
tie de ce dont j'avois befbin. Je donnai ordre 
en ccttféquence à tous les valfTeaux de travail- 
ler à (è regréer au plutôt , & de fonger unique-! 
mept à le mettre en état de partir* 

La difette abfolue où l'on étoit à Pondichery , 
tfint pour les vivres que pour les relfources qui 
concernent la marine , fit qu'au bout de huit 
^urs nous n^étioo^ pas plus avancés que le pre- 

.L'ennemi étoit au vent & nous inquiétoit fans 
. cefle : ma fituation étoit cruelle , encore ne pou* 
vois- je y remédier. 

J'appris quelque tems après qutune frégate 
'Angloile ^'étoit emparée du briganttn le JiuèUf 
^k>n m^avoit dépêché de l'Ifle dé trance* Ce 
l^âtîment ayant cru trouver q^elqu'a(yle[ dans U 
çadc de Négapatuan|, s'étoit'réfu^éi^ à,u|ie j^ott 



%èe it fufil du canon d« cette ftace; mais lef 
Sloilandois, fou par la crainte que leur çsaxtoit 
là proximité des ennemis , Coit plut6t par nfau- 
Tai(è volonté pour nous , Taroient laiflë pren- 
dre (ans lui donner aucun Cecours, malgré la 
£:mimation qui leur en fut faite parle Capitaine 
do brigantin* 

Je regardai cette conduite des Hollandob 
comme une înfulte faite à la nation , contre le 
droit des geirs^ & dont on ne pou voit les faire 
jr-epentir qu'en ufam die repréfaîUes. 

J*en eus Toccafion peu de jours après* Un de 
leurs vaiflèaux « parti de Batavia , étoit venu 
Hfiouiller au vent de Pondickerv , peut-être en- 
core pour nous examiner» Je le fis arrêter fur 
le champ êc le remis entre les mains du Conlèil 
iiipérieur , pour qu'il en décidât. 

Ayant appris par M. Dujardin , qui comman- 
àoit le Rubis y que le Centaun étoit en zxm^ 
WRtnt i riile de France , quand il étoit parti » 
}e dépéchai la frégate la Sylphide pour aller croî« 
Cet fur Ceilan & pouvoir informer ce vaiiTeau i 
9*i\ arrivoit » des mefures qu'il avoit â prendre 
pour venir me joindre en sûreté. 

Pendant ce tems-là je celTois de preilèr le 
ravitaillement de TEfcadre ; mais les fubfides 
qu*on nous fournSfIbit étoient fi peu de choIè » * 
que je ne iàvois encore fur quoi compter* Bien?- 
tôt après , le retour de M. de Lally du Tan- 
jaour 9 me caufà de nouveaux embarras. On me 
proposa ^'appareiller encore une fois >& avec 
j /o honunes de renfort d'aller rechercher les en- 
nemis & de leur faire quitter leur croifiere (ur 
ïfégapatuam# Quelques déplacées que furent ces 
propofitions , je ne pus me difpenfir d'y répotir 
^e;.jfe fis obfi»rver au Coniêil, gue ce n'itpiC 

P 2 



N 



(340) 

pas encore tant les hommes que des Talffeavi 
qui me.nnanquoient ;que n'ayant pu me battre 
au yent jufqu'alors « je me trouveroîs dans le 
SQéme cas , toutes les fois que je youdroîs l'entre- 
prendre > qu'aînli de combattre (bus le vent 
étoit donner un avantage marqué à rennemî» 
Je repréfentai l'état où etoit mon TaîiTeau » Ces 
mlts prefque hors d'état de fertir déformais « 
lé côté de tribord tout haché , & rimpcffibilité 
où il feroit de reprendre la mer , s'il efluyoit un 
sroifieme combat. Je mis (bus les jeux du Coih 
lêil la 'peine qu'on avoit encore aôuellement i 
réparer en partie les dommages les plus confîdé« 
râbles que nous venions d'effuyer* D'ailleurs t 
Aippofé que j'euiTe. cbafTé les ennemis > je ne 
pouYois en retirer aucun avantage, & bien loin 
de4à > je me voyois dans la néceffité de brûler 
la moitié de TEfcadre pour ramener l'autre » 
faute de matelots ^ dont il nous manquoit ab(bla- 
xnent ,8c d'agréts pour réparer nos dé(afires. On 
tie pouvoit dans le moment pré(ènt que raccoffl* 
moder à peine nos mats & nos vergues; mais dans 
quel eut me (erois-je donc trouvé alors f D'ail>-. 
leurs fî j'cuiïé été battu , comme 11 y avolt toute 
apparence , où en eus - je été ? L'Efcadre étoit 
. perdue fans reiïburce & l'Inde par con(èquen(; 
Au lieu de cela > en prenant le parti de retour^ 
fier à Vl(ie de France , je me mettols dans le 
cas de recevoir les fecours qui pouvoiem m'arri- 
ver de l'Europe « de radouber mes vaKfeaux & 
de reparoitre à la côte de bonne heure « de de 
combattre les ennemis du Roi , peut-être avec 
tavanage, 

M. de Lally ne comprit ou du moins ne vou- 
lut rien comprendre à ces raKbns , quelque 
konnes qu'elles fulfent i 11 ne fit pas mime dq 



3ifScultéde dire que je Tabandonnois; bien plus» 
on verbalifa» & en me chargeant de tous les évé- 
iiemens , on me reprochoit mon départ comme 
une chofe honteule à la nation, rendant ce 
tems-là on me refufoit des vivres » même juf^ 
^u'au journalier. 

Je regardai tous ces mauvais traitemens 8c 
d^autres procédures qui s'enfuivirent , plutôt 
comme animofité de la part des uns & foiblefTe 
de fa part des autres^ que comme des conleils 
dont je pus fa.re aucun cas. Je diflimulois ce- 
pendant pour ne pas faire d*éclat;mais toujours 
ferme dans le fentiment que j*avois pris & où 
]e voyois clairement le bien de l'Etat, j'afTem- 
blai'mes Capitaines , qui convinrent tous du dan- 
ger qu'il y avoit de refier à la cote, v.u le mau- 
vais état de leurs vaifTeaux, qui ne pourroient 
peut-être pas g^agner Tlfle de France & Ton tar- 
doit plus long - tems. D'ailleurs , nous étions 
inutiles déformais» L'ennemi étant au vent & nous 
hors d*état de l'attendre , nous ne pouvions donc 
que reiler (ans fuccès« expofés aux dangers qui 
BOUS menaçoient de toutes parts. J'envoyai à M. 
de Lally le réfultat de nos concluions & donnai 
auffi-tAt les ordres nécefTaires pour le départ de 
TEfcadre* En effet , les vaiffeaux Ce trouvant 
enfin raccommodés tant bien que mal, j'app^7 
reillai de Pondichery le 3 Septembre ; je déta- 
chai en même temsla Sylphide qui étoit de re- 
tour depuis peu & la renvoyai encore une fois 
croifèr fur Ceilan , jufqu'au zi du mois pour 
n'avoir rien à me reprocher , au cas qu*il dût 
nous arriver quelques vaifleaux ; ce que je ne 
pou vois cependant prévoir. Pour moi , conti- 
nuant ma route > je pafTai la Ligne le i7«& 
ayant quitté ceux de mes vaiffeaux qui pou- 

Pi 



toient TM faîte perdre du ieinf » {e is tant ié 
diligence que je moulHai le i f Oùohre i Tlflé 
ie rrance 9 après avoir efltiyé dé}a bien des 
contrariétés, des calmes ft des orages. 

En appercevant la Cornette' qui écoîc dan» la 
rade 9 je me flattai d'abord que c'étoit pour tat 
relever ; mais non , le Roi veut que ;e retourne 
dans rinde ; j'exécuterai (es ordres 9c vous pou- 
vez l'aiTurer que j'y ferai mon devoir *, mais , 
Monseigneur , je (bis excédé ; tous les Capi* 
laines » Officiers & Equipages de mon E (cadre 
le font auffi .- tous nos vaifTeaux font écrases» 
k nous trouvons ici pour refTources des miferj^ 
de toute efpece. 

Nous manquons de tout ; les hommes ipéme 
nous manqueront : comment faire la guerre f Je 
pars de l'Inde , parce qu'il n'y a rien ; j'arrife 
ici & ie m'y tiouve encore plus dans TembarraSi 

Enfin, Monfeigneur , c'eil au point que nous 
fbmmfs obligés d*envoyer au Cap de Bonne- 
Efpérance , un vaiifeau de Roi > & onze de la 
Compagnie > fous les ordres de M» de Ruis , pour 
aller nous chercher des fûbfî^ances Ik géi|érale- 
ment tout ce qu'il pourra obtenir .* voîla notre 
ftule refTource , voilà au vrai ma pofitîon ; ma 
volonté fera toujours la même , je fouhaite que 
mes forces y répondent. 

Nous dépêchons la frégate la TiàeUe pouf 
aller portef un million à Pondichery; Je crois 
que ce fecours fera un grand plaifir \ M. de Lally 
iachant tous les befoins qu'il tloit «n avoir aâuel-* 
lement. 

Vous ne pouviez, Monfeîgneur , me feîre 
plus de plaifîr que d'envoyer ici M. de 1* Ai- 
guille \ c'eft mon ami de tout tems ■ vous cou- 
noifl*ez (es talens & (bn mérite , je ferai de mon 



043} 

mieux pour profiter de fts lumières > niaîs .^ 
lVIon(eîgneur , un Officier-général comme lui eA 
-déplacé en fécond. Il ctoit plus propre que qt(i 
ique ce foit pour conduîrte cette expéditioiti 
3e fiiîs ctichanté d'avoir AIM. de Ruîs & Beau'- 
chéne « avec de tels Officiers on peut fe flatteï 
tle faire de bonne befogne. 

Tout ce dont je puis vous aflurer, Mbnfeî- 
^eur, c'eô que, puifque le Roi' m'ordonne dfe 
Tetourfter dans Tlnde , j'obéirai Se je facrifierai 
xna vie poitr Con ftrvice : tout ce que j'attleiïds de 
■fa bonté, c'eii que , fî je fais tué ou que p fuç- 
cambe au< fatigues d'une campagne attffi pénible 
que celle-ci , il n'abandonne point Madame d' A- 
ché , qui a vendu tout (on bien pour me foutenîr, 
6c que je laifferois dans la plus affreufe mifere. 



Rtlariofl ,M^iUèt d^s deux Com^ass livrée' à 
I i'Rfcudré, A^loipt par C Efcadre du Rai y ^«m- 
mandée pdf Afé là Cornu £ Achi ; U frtmUA^ 
à vue du fort Saint' David & de Pondtckery y 
le %9 j4vri£i le fécond, à wte de N/g<^4Uuam 
tr de KaricalU ^ U i JÊoât 1758. s 

nr^ • * 

J_jTAKT LKBsràt A Mauricc > le 17 Décembre 
^757 ^ ^ ayant armé une efcadre de neuf vaJfc 
ièaux Bc de defux frégates, nous partîmes de cette 
lue, le xy Janvier, pour nous rendre à la côte 
deCoromandel > emportant avec nous toistes les 
troupes & les munitions de guerre deftinées pour 
rinde* La moufTon {^) étant contraire i Tefcadre 

(*) On appelle MoufTôn , des vents généraux qui 
fecù&cût fix mois d'un c6cé& fix mois de l'autre. 



(344), 

liit obligée de prendre la grande route , la Colonie 
^ant dépourvue de tout , & n'ayant pu entretenir 
les équipages des Taiffeaux & les Ibldatsde débar- 
quement jufqu'à la faifon ordinaire & convenable 
four le départ. 

Les Tents furent en effet très-contraires ]ufqu*au 
j Avril : le 17 de ce mois , après une navigation 
frès'pénible > nous paflaines enfin l'équateur ; &^ 
le 22 , nous eûmes connoifTance de Tifle de Cei- 
lan , d*où le Général détacha la DHfgentt vers 
Karikaile pour y prendre langue > tandis que 
Tefcadre » fuivant la frégate , s'avançoit elle- 
même vers ce comptoir. Nous comptions y trou- 
ver des intelligences certaines de la pofîtion des 
Anglois à la côte de Corpmandel. On tious y con- 
firma feulement la jonâion des cinq vaiiTeaux 
de M. Stevens à ceux remis dn Gange- aux ordres 
du Vice- Amiral Pocok« lequel etoit Ibrti de 
Madras , le 17 Avril , portant (iir Çôvi eftadré des 
attirails & des munitions de gtterre , . & laîilànt 
deux frégates en crotfiere devant le Fort Saint- 
David. 

Le 27 au fbir « nous appareillâmes de Karikaile, 
en réglant notre voilure de feçon à nou» trouver 
en ligne devant poudelour, au lever du fbleiL 
Kous eûmes effeéivèment connoiiTance des deux 
frégates angloifes ; & , qupiqu'eUes fuflènt appa- 
reillées , fè trouvant entre la terre & les vaifleaux^ 
elles ne fongeoient qu*à (e jetter fous le Fort Saint- 
David; maïs étant vivement pouriui vies, elles 
furent obligées de s^échouer oi^ la 1>ordée les 
conduisit ; & elles fe brûlèrent > (ans nots donner 
le tems de les combattre.^ Cette première expédi- 
tion , jointe à la vue de nos. forces , paroi (Toit 
répandre la terreur chez les Angloi$« L«s deux 
Généraux s'empreiTerent de profiter de ceue pre^ 



(HO 

tniete conffernation. M. de Laliy , impatient i'àt^ 
taquer le Fort Saint-David , déiiroit qu'on le mit 
à terre ; tandis que Tefcadr^ , pour ne pas perdre 
l'avantage de (à pofîtion , continueroit â tenir le 
▼ent; &, pour contribuer encore mieux à l'en- 
treprifè , on fit mouiller les vaiflTeaux devant 
Goudelour . M. de Lally devant donner des or* 
dres précis pour faire pauer à lefcadre les rafrai- 
chiflèmens néceffaires pour maintenir une croi- 
fiere ^uffi importante : cependant M. le Comte 
d'Aché voulut détacher lé Comte de Proimnce & U 
Diligente y pour porter le Général de terre & &s' 
principaux Officiers à la rade de Pondtchery. . 

Pendant que Ton faifbit ce premier débarquep» 
ment y après lequel on efpéroit que nous ferions 
rejoints tout de fuite par ces deux navires ^ (i né* 
ceflàires à Tefcadre » nous louvoyâmes pouC 
mouiller devant le Fort anelois» difpofant les 
vaiflèaux de la manière la plus convenable pour 
étendre le blocus. 

Dès le lendemain , 19 Avril ^ nous entendîmes 
les canons des ennemis , à Tattaque de leurs pof- 
tt% avancés^ auprès defquels nos troupes mar« 
choient déjà > faisant Tinveâiture de la Place. 
M« le Con.te d*Aché, ayant également à cœur 
la réuffite du fiege , & voulant couper toutes les 
communications du câtétie la mer, fit appareiller 
la Sylphide y afin qu'allant mouiller au vent dans 
la rivière de Goudelour , elle fut â portée d'em- 
pêcher tout fècours aux afliégés, & d'âter les 
moyens d'évacutr les efièts de leurs comptoirs. 
Comme la Sylphide s'élevott pour gagner bord, 
lur bord , elle fit le (îgnal de neuf voiles. Sur le 
champ , le Général donna ordre de fe préparer 
au combat; & bientôt, ayant reconnu nous -me- 
ffics les aaTiics qui faifoîcnt ÎQiçfi de Yoilesi 



comnt (ur nous en bon ordre , on fit le figeai 
d'appardller en filant les cables , & en même 
tems celui de (c ranger en bataille > 1 arniure à 
firibord. 

Pendant que la TaîflTeaux s'arrangeoient fuc- 
ceffivenient en cet ordre » & que )*on manera- 
Troit pour en rallier qaelques-^uns q«i étoicni 
fbus le venCf l'on fatibit k fignal au Camttdi 
f*fov€nt€ Sciia Diligenn de (è rallier ; & « pour 
que ces deux bâtinoens fi eflènciels ne puilent 
manquer de^joindre avant Toâton , M« le Comte 
d'A^hé leur envoya » par un petit canot. Tordre 
de couper leurs cables , pour courir , à toutes 
Toiles > (iir Tefcadre qu'il conduisit au devant de 
rennesni « obfèrvant exaâement de ne pas tenir 
le plus près pour faciliter le ralliement de ces 
deux vaiflèaux , qui étoient à notre vue mouilles : 
enCuite » pour empêcher lés Anglois d'întroduist 
aucun iècoufs dans le Fort Saint- David» nous 
retînmes le vent pour les couper» ou les obliger 
i combattre* 

Ceâ ainfi que nous nous pré(êntions à euxv 
ayant en avsmt le Bitn'-jiimé^ U Vtngeur ^ U 
Candé , l^OrUans ; & derrière, îe Sainte Louis , k 
Moras^ le'I>u€ ât Bourgogne^ entre lesquels on 
fit placer /(f Sytpkidt > pour occuper la j^ace du 
Chef de divîfion , que Ton attendoit à tous mo- 
mens > & dont on avoit ^té .obligé de changer le 
pofie ; mettant Tarriere-garde a Tavant-gajrde % 
par rapport â la pofition du C^mu dt Fraptiuxt 
qui devoit nous venir ioiadre par-derrière .* Vt£^ 
cadire courant dans l'Eâ » les v«fits étant de 11 
patrie du Sud. 

Les An^lcis formolent auffi leurs, lignes , o$ 
ils ftmbloient d'abord faire «ntrer leurs frégates » 
& s'étendant faceittesKiit à AOJ»» ils jMrriyoieif 



(3^7) 

en dépendant i fans diminuer leurs voilures ; ce 
qui balançoit l'idée de revirer tous à la fois , 
d'autant nue le I>u€ d'Orléans n'étoic point en^ 
core rallie ; il le Ait peu de t«ins après > & comme 
on s*apperçut que les Anglois tenoient plus 1$ 
▼ënt , en diminuant de voiles & qu'on pou^ 
'Toît aînS (uppolèr le dfefleiii de revitcr tout *à 
ifeup' pour ttoniMef au vi^nt* d» fort ^alnt-Da« 
Tid , le Général fit le ^nal de challèr en ba» 
Ktîlle' 

A midi TAmiràt Angloi» hiSk fyrt pavillon 
9t raflûra ; à Tinfiant nous arborâmes le n6tre^ 
& raflur&mes de même d*uA coup de canon , 
tir comme il arrivoit en dépendant pour proloti;« 
ger notre ligne, nous tînmes le terit êrf^obfer* 
Vant la manoeuvre de rennem! ^ qui ré^anf A 
di(po(ition fut la ^nâtre , fit paflçr en avaM UA 
de Ces vaiflêaux de ràrrierê-gàrde, pour éga- 
Ufex les -forces" que' nous lui praêntîons* 

Bientôt il n'y eut plus à douter que 4'Amiral 
A/kglofs tie fut décidé à combattre ; ainfi , pour 
vépondre i fon intention, & pour livrer le com- 
bat à une didance de terre qui pût faciliter te 
raHîemem du Comfe Jr ^rovekâè , ^ohfitle fignal 
à* Fârriere-'g^irde t!e dimmuc*r de Voiles , & nout 
attendîmes Tennemi fous les- det/K huniers. A 
"dtuK heures on commença \ être fort près; la 
ligne des François bien formée ^BiÇi ftrrée que 
par précaution nous fîmr s le (îgnal d*ouvrir ua 
peu \a file > celle de Pennemî étant moins (errée 
ât aufli étenfhie , rangée dans l'ordre Suivant* 
L'Amir.il Anglois, portant pavîltbn blariçà crai« 
rouge au mât dé misaine , ajrant trois gros vai(^ 
(eau* en avant 8t ^int frégate , & trois auwét 
auffi. de force derrière • avec une (èconde fir^ 
irate ; qui répétoit (es fignaux* 



A deux he«res un quari l'ennemi arriva pouf 
engager raâion : M. le Comte d*Acbé & faire 
alors le SgnA pour (t préparer aii combat , mar- 

fant aiofi Tinâam o& fur chaque valilêau tout 
monde de voit demeurer fixé à Ton pofie. Nous 
Cûmmeoçâmet à p^intori nos èanons^ Se. chaque 
Officier ne (bngea> plus qu*à ob&rvec le Co0p 
mandant dans U diipofition fuivantc. 

M. de Gotho , Capttaine , (itr le Gaillard d'à» 
vantf avant avec bû MM* de la Pommeraie ft 
d*Hercé. 

M* le Chevalier de Monteil, Major de VEC- 
cadre-ji auprès de la perfonne du Général «.a^aat 
MM. de Larchantel & Semieville pour conunanc 
des à ia mouTqu^teric 4c aider a. l'eaécuuon des 
£gnauK. , ^ ' 

A la première batterie, Mfi^ de Baudran» 
Senneville» d'Aché» le Chevalies du* Fouette» 
Grefîgny & le Minthier. 

A Ta (êconde batterie^ MM. du DeSkj , Dih* 
{ileffis » Par&au 9 le Chevalier de Genlis ft 
Geflitt* . i * . 

Sur 1% Dunette,. le Chevalier%de Bloflac , dr 
la Bourdonnaye , le Chievalif r de fieaudras , ft 
Gtti, Volontaire» 

Tous les vaiflèaux étotent parfaitement ran- 
gés ; Ton fit de plus crier de vaifleauen vaiiTeav 
jufqu'au premier de notre avant garde «. qu^il» 
cuftent attention au I>uc de Botttgognt^ afin de 
j&ciliter i ce vaiflèau le mpyen & nous, fiiine 
;& d'être tou fours dans nos eaux« 
. Par l'attention qu'apportoîent tous les Capi- 
tainee i iVi^cation des divers mouvement^ 00 
jie pouToit qu'augurer un bon^lucçès^ & M.le^^ 
Comte d'Aché latlsfait encore de l'ardeur de 
tous Ici équipages » qui éclatoient par dès c» 



ée" vive R Roî , d'un bout de la file i Tautre? 
ayant va que notre avant-garde fe trouvok déjà 
à bonne portée, ordonna qu'on lui fît le £gnat 
d'attaquer. Au même indanc le BUn-Aimé tira 
ia volée ftr le premier itê ennemis, & (îicceffi- 
Tentent tous nos vaifleaux firent feu faf l'Efca^^ 
dre Angioffe* L'Amiral Angiois nous ripofia â 
bordée , eii Continuant d'arriver , & futi^ de 
Ces deux matelots , il s'approcha de notre corps 
de bataille avec beaucoup de réfolution. 

Cependant, quoique le feu fut très -vif, Bf, 
que ces deux vaifleaux dirigeaflent prefque tou- 
jours une partie de leur route fur le Zodiaques 
nous Tobligeimes bientôt â brafler (urle mât* 
tandis que nous tenions l'artimôh bordé pour 
tirer (ans intérruptioh fuir le matelot d'avant ^ 
que le Duc à^OrUans combattoit de près. Le Sn 
JLûidis ^recevait fort bien à (on tour le Comman-' 
dant Anglais, lor(qu'en quittant notre travers 
il Ce trouvoit à portée ; le Fengeur parut bien- 
tôt avoir l'avantage fîir (on adverfaire , qui tenoit 
\fPvéxA\ 8c manœuvroit autant qu'il lui étoit poiïi* 
Me )^ti d'en iloigner , & fur- tout pour éviter 
le féu éu'Conde; qui tâchoit de Ce diriger fur 
hii : le A/ôniJ tiri^t âufli vîgoureufement fuf 
l'avant-dernier de la ligne Angloîfe. Tandis que 
ces cho^s Ce paSbient à notre avant-garde êc au 
corps de bataille , à notre grand étonnement le 
■X>ac de Bourgogne '9 commandé par M. d'Après 
de ManneviUette , (brtit de la ligne : la Sylphide , 
qu'il génoit par ce mouvement, pHa av(u fous 
le feu d'un vaiiTeau de la première for ce» ' 

Cependant l'Amiral Angloîs , toujours plus 
attaché à combattre de près le Zodiaque , avoic 
forti de la ligne pour s'approcher à la ponée.do 
fttfil , êc pen^am que bous répondions im^V^ 



tMieot 3l fon feu , fou articrc-garde conAâttôîl 
avec avantage le St. Lù^iis & le MorAs , deve- 
nus feuls par la déferûon d* Due de Bourgogm^ 
No« vaiffcaiix de la tête j pour fe confervef 
p«r le travers de renneni» avoîcnt été obligés 
de faire de la yoile « & ils & trouyoîent aUex 
4e Tavan^ pçiAr avoir Te^ce de virer entre le 
fteMer 9l le fécond de la %Qe AngLoife ; (ùf 
k chasip le Général Icar en fit le %nal , afin 
qu'ils pulTeM meufe Tarriere - garde Angloift 
mtre deuxfi9U« , la^telle s*obâiaottà combattre 
de pris nos vaiflèaux de Tarriere , & qui s> li- 
vroient même fans obferver l'âoignement de 
leur avam-garde. 

Par malbeur nous n'avions point de freg^ei 
(Qwr répéter les figna^x > &, ciwime il n'arrive 
QUe trop ordiiiairenient % la fumée étoit un fe« 
cand obftacle pour ^e M. de Palliere ^pper- 
fut le fignal de fa divîfion» On s*eSbt^a en 
Tftiû de neUr le premier vaiflfeau pour faii» 
fafler la voix de l'un à l'autre. Le f^engtut 
fiEMT^oit de voiles en pinçant le vent « pour.coin-»- 
battre de plus prèe ; le BUn - Aimé i 1% jK>rt^ 
du. fiiitl fi^iioit un feu contii^nel , \& reçevoit 
quantité de boulets dans (es agiéts, Quelq^ 
eems après nolis amenâmes ce ngnal > voyant 
que la plupart de nos vaîiTeaux » ainfi que nous % 
Atoient trop degréés pour viret vent devant : 
Ittais Ton Cbngea dès^lors à revirer tous à la fois 
irent arri^rî?) dès que la pofition ftroit £avo? 
fablei» parce que l'emiemt (è ponant à notre 
queue >;dérivoii confidéraUemént > &qu*ainfîll 
crx^fott la fieniie à être coupée » (ans compter 
)*a«9ntage de nous rapprocher d'une côte q«t 
96us avions tant d'intérêt de ne par perdre dans 



nocre ugne « cîrolt (ans ^îfteraer plidieari Mfw 
kcs fur nos yaidèaux , Se . nous fîmes en vain 
fort fîgnal pour le rapf>eller â fon devoir. La 
Sylfhidd qui nous rangeoît suffi fous le irentg 
droit avec plus d'attention par les intervalkst 
& s*approchoit de notre tête > oà le BUnr^Aim0 
& le Fiengtur avoieai déjà d|(ètnparé leurs ad* 
Terfàires & les chauffoient avec «n avanta^ 
nmarquable .* Ar les quatre fieuret^ le Mor^iB 
fut obligé de quiteer la Ugne ^ à caviè de U 
qpiantité de boulets reçus à fleur d'eau .* dis^ 
lors tous les coups de l'eimemi fe réunifibioit 
(iir le corps de bataille. 

Le combat devenoit ainfi plus animé des dem 
parts : à la vérité , Ton voyoit U Comt dt Prâ^ 
venct Sl U DUigenu emfùnytt tous leufs foins 
pour eagner leurs poAes ; & » fi^it qu'un tel te» 
fort fat garant de la viâoire , jamais le feu dt 
J^éu d'Orléans , du Zodinqui di du Saini'-Louiss 
ne fut plus foutenu. L'Amiral ne tarda pasencoffe 
à culer; nous trouvant alors (bus la poupe ds 
I>ue dt Orléans , nous fûmes obligés de lui pailer 
en avant pour l'éviter : mais , rebordant anifi*^ 
notre artimon , cette manenivre nous porta d'tello»* 
même à la pofidon qui nous convenoit le mieux # 
U Saint^Loiiis ayant» parce moyen» «n vaifleaa 
de plus à l'aider. 

Cependant te feu eontînupit toujours ; ft le 
SÂtre fut tel , que T Amiral Anglois euh pour la 
aroifieoae fois : s'étant laifle dériver, il fi? trouva 
par le travers du Duc dt Orléans 9 qui le ccmbattik 
vîvenLent « ^ > étant arrivé à lia portée du Sains** 
Louis , M^ de Joannis lui envoya plufieurs voléea 
à bout portant^ aiprès le(quelies il demeura ftt 
toiles criblées , ft le vent defihs : tous les autrea 

^lailTcauR; mf^iê^ twuiit & HMUuMUie'lJHniàt 



Ibient aoffi en panne » ce quî formoît un effatt 
confidérabie entre le centre & la tête des ennemis. 

Pour-lors , U f^engéur , toutes voiles dehors 9 
alloit couper le vaiiTeau que U BUn-Aimê retc- 
aotc , malgré lui , fous fon feu ; U Syfyhlde » avec 
beaucoup d'ardeur, Hiivoît de même en queue, 
ft tenoit le plus près du vent pour être à portée 
de tirer auffi ; U Cornu de Provence alloit être 
bientôt ï même de donner vent devant, & de 
fon bord gagner le centre de notre li^e, yen 
laquelle U Diligente étoit prefque ralliée, répé- 
tant déjà nos fîgnaux. 

Comme l'arriére - garde angloîfe demeuroît 
dans (à pofition , & que nos vaideaux , étant fort 
de Tavant , n'étoient que plus ï portée de la 
couper fur l'autlre bord , cette manœuvre étoit 
praticable, en virant proroptement, tous à la 
fois, pour tenir le plus près l'armure à bâbord* 
*!. le Comte d'Aché fentit que ce mouvement 
étoit tout décidé ; aufli ne perdimes-nous pas ufl 
infiant pour faire prendre lof pour lof, la plupart 
de nos vaiflèaux n^étant plus en état de donner 
▼ent devant : nous mimes donc le fignal de virer 
.irent arrière ; & nous y ajoutâmes celui de l'or- 
dre de la bataille , Tarmure i bâbord , afin que 
Jios vaiflèaujt compriilênt mieux l'idée de notre 
manoeuvre. 

L*Amiral Andois ne tarda pas à en iuger lui- 
même; du moms il fit précipitamment /tgnal i 
lès vaifTeau^de tenir lèvent.* & lui même» qui 
étoit le premier des quatre , & le plus (bus te vent, 
travailla auiTi-iât â armurer (es baflfes voiles» & 
à border (es perroquets 9 & mettoit tout en ufage 
pour qu*en ralliant fa tête , il tir Jt (on arrière- 
garde de la pofition critique où elîe (e trouvoit 
jrers Jet cinq heures du Coiti Au refie» tous ks 



i efforts qVîi auroît pu employer pour Ce conCetvei 
i-i ie vent (tzr nôtre queue, devenoient îmipies » 
ij parce que notre avant-garde , abandonnant les 
If deux vaiffeaux angloi$^ maltraités & abfolùment 
É dégréés , auroit toujours pu doubler M.Pocok au 
If vent, qui étoft Tobjet d'importance, 8c le fujet 
i; du mouvement propoft. 

Il Le Moras Ce trouvant par notre travers (bus le 
1, Vent , nous le hélâmes pour qu*il nous laiflat 1» 
I place de changer le lof pour lof i étant bien sûrt 
I que nous (crions imités par le Saint- Louis & lé 
Duc d'Crléans^ 8c fucceflSvement par tous nos 
( vaifTeaux, qui n'attendoient probablement que 
, notre manœuvre : nous la commençâmes en e&t* 
Cependant , étant vent arrière , M. le Comté 
; ^Aché crut plus à propos d'approcher le Comte 
^e Provence >i qui, malheureufement jugeant mal 
! 'de notre manœuvre , cargua fa grande voile ,* 
' giflais qu'il remit auffi-tof, dès qu'il l'eut com^ 
i pris ; pour courir fur nous , toutes voiles dehors* 
'. Le Saint'-Louis' nous héla fur ces entrefaites; 
& » pendant que la queue des ennemis étoit pre& 
que dans nos eaux , & que notre avant-garde étoît 
fort de l'avant , M. de Joannis cria au Général 
^u'il étoît prêt i le (ûivre pour recommencer, A 
M. àe Sur ville prit les armures à bâbord le pre- 
mier; & nous comptions bien que , des cet infiant 
Inême , nous formerions notre ligne (ur U Due 
d'Orléans , devenu notre tcte ; fauf au Comte de 
Provence & à (a divifîon de (errer deflus nous j 
dès que nous aurions remis an plus près , tandis 
que notre avant-garde auroit (erré le vent » pout 
tenir iSirriere-garde entre fon feu & le nôtre. 

Quoi qu'il en (bit , pendant que l'efcadre fit 
Quelque circuit en Ce formant , les ennemis j 
revenus de leur premier trouble, fe rallièrent en 



koam le phi près fut le bord ^>po(2 au notre; 
êc f par malheur « le joar allant finir , il n*y eut 
pas moyen de regagner aiTtz au vent pourTê ren« 
gager de nouveau* 

Avant la nuît , les Anglois revirerent •• il y a 
lieu de croire que c*Àoit plus pour Ce confervet 
(e Tent« que pour rengager un fécond combat» 
car» dès U fin du jour, M. le Comte d'Aché fit 
aUuTner tous Ces feux de commandement ; Se cba* 
que vaiflèau portoit (on fanal de poupe , tandis 
que les An^^tots ne montroi'ent aucune lumière i 
pour nous dérober leur manoeuvre. On remarqua 
que les Anglois avoient leurs voiles & agréts bâ- 
chés > & que les deux vaifleaux de Tavant^garde 
qui avoient été combattus par /e Fengeur & h 
SIm - Aimé-, étoient entièrement déîèmparési 
qu'il y en avoit un qui avoit fon mit de perro- 
quet de fougue en bas , & l'autre (ba petit mit 
de perroquet. Un de ces deux var&aux (è port») 
pendant Tadion , à un tel éloignement , qu^ayanti 
comme nous » arrivé après le combat , il pafià au 
▼ent de la ligne angloi(e, où il (è mita la bande 
pour fe raccommoder. 

Le ZûdUque , qui avoit été le plus maltraité i 
(ut en état bientôt d'orienter lès quatre corps do 
voiles ; & » pendant que chacun travailloit à (t 
regréet) Telcadre étant formée Tarmure à bâbord) 
M. le Comte d'Aché ordonna à U Diligente de 
courir h ligne» pour avertir les vaifTeaut qu'il 
iè propofbit de livrer un fécond combat. La ionc- 
lion du Comte de, Provence & de ^ Diligentt 
nous promettoit en effet les plus grands avanta- 
ges; mais les Anglois parurent bien éloignés d< 
ce deilèin , ils reUoient maîtres du vent & con- 
tinuoient à tenir de plvs près» en nous cachaal 
l^urs manoBUvrest 



he QénhA se Tongca qu'A tovToyer faidsac 
1« nuit , ou bien de ^mouilier à la céte » fi Ici 
coucans&k vem ne penBCtioietit pat de gagnef 
plii« dans le Sud. Ce dernier parti fetnlMitaiéiiie 
le ^us convenable , à caufe de ta, rapidité du 
courant ; il renvoya luie feconde fois U IHUggntt 
pour dire au Conug di Province de faire lui- 
même le fignal de mouiller , dès ^u'il le juger 
roic à propos* 

A neuf heures du fbi'r » le Ccmtt dt ProvencM 
nous fit le fignal de mouiller nous le répétâmes 
à i'inftant , & ie marquâmes de notre mieux » 
afin que les vaifTeauic ne perdilTent pas de tenu 
 parer leurs ancres & ferrer leurs Toilts/ 

Nous mouillâmes par les neuf braffes d*eaii 

Ml vîmes fticceilivement mouiller tous nos navi* 

fes ; ainfi TEIcadre iê trouvoit avantag^ulcment 

placée & à peu de difiance de Pondichery ; mais 

au point du jour nous eftmes le faul coup d'ail 

du Bicn^Aimi qui étoit allé à la côte. Ce vai& 

feau avoît perdu deux ancres dans le combat , St 

par une fatalité finguliere » le Dut de Bourgogne , 

dont la conduite avoit été fi honteufe pendant 

l'aôion , lui ra(ànt (a quiUe , lui coupa fon der« 

nier cable. La brife qui étoit tiès-forte le por- 

toit à terre ; il mouilla une petite ancre à jet 

qui lui refioit & qui ne pût réfiiler aux courans \ 

il voulut appareiller > mais fes voiles & manoni«> 

vres hachées pendant le combat ne furent pour 

lui d'aucune refiburce. Enfin M. Bouvet» après 

avoir fi bien combattu & avoir fait toutes les 

manœuvres d'un brave & excellent Officier « eut 

le malheur de perdre (on vaiiïeâu. La mâture 

étoit déjà coupée, & y ayant envoyé fur le champ 

IVI. le Comte d'Aché ^ apprit qu'il n'y avoit plua 

aucune reflburce pour ce valfTeau \ on dirpo(k 



Ihilenent lei cho(ès pour ikurct les hommes; 
avee cous les effets & les munitions,^ M. Bon- 
!Vet demeura a Ton bord pour s'acquitter de ce 
devoir avec fon équipage « tandis que MM. Lan- 
diTÎzîeau 8c le Chevalier de Grillon » qui pen- 
dant le combat a voient donné de bons exemples 
aux troupes , les conduifoient à Pondichery. 

Ce même jour on eut nouvelle de TEfcadre 
Angloife. Elle avoit profité de robfcurité de la 
nuit pour faire vent arrière jufqu'à Cobloa, où 
elle étoit à portée de recevoir tous les (ècours 
de Madras , ce comptoir n*en étant éloigné que 
de trois lieues. M. le Comte d'Aché n'étoit pas 
en état de la pourfuivre û loin. A peine pou- 
voît-on efpérer d'avoir affez de vivres & d'eau 
pour gagner la rade de Pondicbery ; plufieun 
Taifleaùx en manquoient prefque entièrement & 
l'extrémité étoit telle , qu'outre le grand nom- 
bre de bleffés , TEfcadre étoit encore embarraffce 
d'une grande quantité de malades , fur-tout de 
fcorbutiques , dont Tétat demandoit les fecoun 
les plus preflans : d'ailleurs Ton joignoit à ces 
confîdérations la néceffité d'aller débarquer les 
sroupcs& les munirions deguerre»& de Te rappro- 
cher du fort St. David que M. de Lally atta- 
quoit déjà vigourcufêment. 

Nous remîmes donc à la voile peur continuer 
de louvoyer : les vens & les courans nous fo- 
rent R contraires > que quelquefois nous perdîmes 
au lieu d'avancer , & ce ne fut qu'après des 
travaux incroyables que l'Efcadre parvint jufqu'â 
la rade de Pondichery, oà elle mouilla le 3 de 
Mai après cetit jours de navigation & un com- 
bat des plus vifs. 



(117) 

Lyit des Officiers du vaiffiau de Roi U Zo^xii^ 
que , tu(4 & hUJfês dûM U somàat du 29 jiPfil 

Meffieun U Qieralier de la Bourdon- r . 
nxye , Dupleffis Pafcau , d'Hercé. \J^^i 

Meffieurs le Comte d'Àché , de Go- r 
tho 9 de Senneville Tainé , dé Senne- ) .. ^^ 
▼iUe le cadet, de Grefigny , de Min-S '*^«^- 
thler> du Pouet. ^ 

Quarames hommes tués pendant le combat » 
trente-cinq morts de leurs bleiTures^ de cent cin* 
quante-quatre de bleflés* 

Dix-fèpt coups de canon à Teau» 

En débarquant les troupes & les paflTagers 9 qui 
contribuoient à la force de nos Taifleaux 9 nous 
efimies auffi à mettre à terre au-deli de ixoo 
blefTés ou malades > & nos équipages obligés de 
trayailler au déchargement des vaiiTeaux , etoient 
tellement épuilés 9 que le nombre des malades ne 
fidfbit qu'augmenter tous les jours* 

Mm Pocok > pleinement informé de notre pofi« 
tion > & fe prévalant fort de la perte accidentelle 
du Bien* Aimé s après avoir tiré de Madras tout 
les (ècours néceflaires pour (on efcadre 9 appareilla 
de cette rade le 10 Mai 9 pour tenter de (êcourir 
le Fort Saint-David. Ce mouvement fit preflèc 
encore les demandes pour les befoîns de (.'efca- 
dre ; mais enfin « n'étant point en état d*y fauV 
faire pour le préfent , il fut décidé 9 par un Con« 
ièil mixte> que l'efcadre s'emboflèroit en ligne 
de combat 9 jusqu'à ce qu'elle pAt avoir de l'eau « 
des vivres 9 du lefi, &c. dont plufieurs vaifleaus 
étoient dépourvus» fir qu'elle pût être en état de 
téattaquer les tv^vm% Oo employa feulemefii 



Ict tttgMi i tratiQiorter les munitions an fie^i 
qàe nos troupes preflbieacTirement , audgte to 

g and feu comiaoei ^ue &âk>it la gatntibn » ^m 
trouYoit renforcée de l'équipage des deuxfté* 
gâtes que nous avions brfilées le xS d'Avril. 

Le i6 Mai , Tcfcadre ai^ift parut devant 
Lampardé ; elle n^avoit pu gmitr par les bordéei 
du large > & femblost régler U manœufiee % poitf 
remoBier la câte &ns la perdre de vue ? die avoit 
i U (ttite quelques brûlois» ft« notre pofitiou ne 
nous pennetunt pas d'appareiller , £iate d'hom* 
mes , M. Pocok auroît eu lien dé nous attaquer 
ftr nos aneres avec iKancoup d'avantage» ft a»- 
roit pu en même tems mettre dbÛMde au ûiooèt 
de M. de Lally. 

Nous ne perdîmes pas us moment pour ralKcr 
les équipages en état de rembarquer, 8c l'on ^ 
pofoit tout pour la défenfe des vaîfieaux* Cepea* 
dant, M. le Comte d*Aché préférant toniovn de 
€ouper cbemin i l'eicadre aagloife » pour lui 
offrir nous-mêmes te combat « on aflembbi «• 
Conftîl mixte , oA il fut rélblu qu'on députeroil 
M. le Chevalier de Monteil , M. de Palliere & 
M. de Surville , Capitaines , pour aller , en tonte 
diligence « auprès de M. de Lally » faire remar* 
quer i ce Général les conséquences qu'il y anroîi 
i attendre Tennemi, & les grands avantages qai 
fé&iterorent de notre (brtie , pourvu que , pst 
quelque renfort, l'efeadre fiît en état de Ce con* 
ferver le vent, pour livrer une féconde bataille. 

Les ennemis s*avan^oient de jour en jour, &, 
éh le lendemain ^ parurent i vue de Pondicheryt 
En coin(éq«ence des repréfentations qu'on avoit 
feites à M. de Lally , ce Génâral (e rendit à Pon* 
dicbery > iliivi de )40 Soldats Européens ^ & de 
f à f oo Ci^ag^esi AîiiMy^i de<e aeAfortj^âl» If 



Ï3W) 

Comte d* Actiè' donna les orèret iu cEépart ; S ^ 
obferyant les ennemis > dès quUls appareillèrent 
vers le Fort i nous Éimes. les figoaux de mettre à 
ia voile, en nous formant en ligne. 

Ce fut alors que le Général, dcfirant. donner 
aux Officiers de fon vaiffeau une marque de fon 
contentement de leur conduite, remit aux Lieu- 
tenans un brevet de Capitaine ; â chaque Enfei- 
gne ^ un brevet de Lieutenant , & un brevet d'En- 
&ig;né à chacun de Ces Gardes de la Marine, L*E(^ 
cadre angloi& parut d'abord réfolue 4e ri(quer 
un fécond combat i mais enfin y au lieu de rap- 

{porter à terre avec la brifede large, elle continua 
a même bordée , & ditparut : l'eicadre fot mouiU 
1er en ligne devant Goudelour ; & cette place « 
n'ayant plus aucun (ècours a efpcrer. Ce rendit 
aux armes du Roi le i Juin 1753. 

IM. de Lally ayant marché tout aufli-tét vert 
Divicoté, pour chafler lies Anglois de cette place 
i l'approche de nos troupes , m. le Comte d'A- 
ché , pour employer Tefcadre au« objets qui lui 
parurent lès plus intéreiTans, réfolut de croifêr 
à Tattérage des vaiffeaux , foit pour rallier le$ 
Recours qui pourroient nous arriver , ou pour 
intercepter ceux des Anglois ; foit enfin pouf 
faire voir nos forces aux peuples du Tanjaour « 




Laïcaris, nous ipîgnit Cvr la côte, 8c amarina, 
par le travers de ïfegapatuam , un bâtiment an- 

Îloîs , que nous envoyâmes fur le champ! Pon- 
Ichecy ) fous les ordjres de M. de Minthier, qui, 
quoique Eleffé ^^ngereufement dans le combat j^ 
9c n'étant pas epcçrejfuéri , s'étok embar^jué païf 
«le i| k pour' donner une preuve oç* û Boïujft 



Ipolofité; fiiaif dont la blelTure ayant empiré, 3 
ftt contraint de retourner à Pondichery poyr %i 
faire traiter. 

Peu de )ours après ,' M. d*Aché reçut une lettre 
du Confeil de Pondichery > qui l'invitoit à y 
mener Tefcadre , dont la pré(ence paroiilbit né- 
ceilàire , pour le tems où les troupes du Roi (è- 
roient employées à la guerre du Tanjaour » dont 
09 efpéroit tirer toutes les fommes néceffaires 
pour Texpédition de Madras : nous arriyâmes en 
cette rade le 17 de Juin» & Ton commença de 
s'occuper à pourvoir les vaifleaux > & les mettre 
en état de pourluivre les opérations, concertées 
avec l'armée de terre. 

Etant à Pondichery» (ans pouvoir toutefois 
remplir les divers befbins de Tefcadre , à caufe 
du défaut de reflburces , les Anglois > recevant 
plus de recours de leurs Colonies « Ce rétablie 
îbient à Madras , & , après s'être renforcés de 
réquipage de trois vaiffeaux » pafTés devant Ka- 
rikalle quelques jours après que nous eûmes quitté 
la croifiere , M Pocock « infiniit de la réfîdance 
du Rei de Tanjaour, & préAimant que notre 
efcadre, dénuée de troupes, lui préfèmeroit i 
l'ancre une viâoire atfée » Ce détermina à venir 
à nous , en remontant la c6te. 

M. le Comte d'Aché n'en fut infiruit que lorf- 

Î|ue la plupart de nos vaifleaux avoient encore 
cur gouvernail à terre; & , dès le lendemain 17 
Juillet, on eut connoîfTance de Tefcadre angloife» 
laquelle s'avançoit beaucoup , pendant que Tef- 
cadre n'avoit pas encore tout rembarqué. Nous/ 
travaillâmes jour & nuit > en difpo&nt néanmoins 
les vaiffeaux pour fe battre en rade , puifque Ton 
ne voyoit d'abord aucune apparence de pouvoir 
^er à leur rençonttei ayant qu'ils euflent gagné 

nôtre 



lîotte travers. Leis vent« leur refufcrent teHement > 
•qu'avant reviré fur Pondichery , ils ne purent 
mouiller qu'en arrîeiV de nos vaiffeaux & fous 
le vent. 

Ayant pour-lors ra^etnblé tous nos convalef- 
eens > & prenant la plus grandie partie des équipa- 
ges des deux frégates « S parut qu'avec ce petit 
renfort , l'efcadre feroit ablblument dans le cas 
de Ce battre : ainfî , quoiqu'il fût bien différent 
de foutenir un combat emboffé , ou d'aller livrer 
tine aâion à la voile > à caufe du nombre d'hom- 
mes qu'il faut didraire pour la manœuvre » ba- 
lançant d'un autre c6té tous les inconvémens de 
cette première pofition avec les avantages de 
l'autre 'parti , M. le Comte d'Aché s'y arrêta, 
êc ayant dépéché M. le Chevalier de Monteii à 
la ville pour déclarer fa réfolutîon au confeil^ 
on travailla dès-lors à l'appareillage & l'on vint 
même (ur les ancres avec tant de promptitude» 
qu'au retour du Major l'Efcadre fe mit â la voile >' 
£c chafTant pour longer l'ennemi , Ce forma en 
Ifgne de combat. 

Les Anglois appareillés depuis fix heures da 
^fnatin marchoient dans le même ordre , & dans 
l'eCpoirde nous gagner le vent ils forçoient de 
.voiles ; ils revirerent à deux heures ; bientôt 
nous revirâmes nou^-mêmes pour profiter de la 
^riCe de terre en rapprochant la cote Se repre-^ 
liant enfuite le bord du large ; il parut que ndtts 
pourrions ctoiCer au vent de l'ennemi , d'autant 
que le premier vaiflèau , à l'approche du Comte 
de Provence ,^ cargua (es voiles & ne balani^a pas 
à attendre les fiens : pour-lors « comme le jour 
finifToit , nous eûmes un grain violent du Nord- 
Oued , qui nous fit porter au Sud quart Sudr 
Ouefl ; fi bien qu'on fe flatta dès-lors de cgnièj^ 



\ 



( 3<îa ) 

*er k vent , & que k lendemain noia fetio« 

X cletés dans le Sud pour être affure, d« 
lu»» <le Pondichery aptes la bataille. 

"ΫS»« «?--"7p« été auffli £k»onr« 
TV «n ne put auffi les Toir que du haut 

r S '&^toP t«d pour qu-il fut poffible d'ei. 
*• !^ rakioni ainfi nous conunuâmes de porta 
^^i . nrfeT en ménageant nos bordées , puif- 
Wi! é oft "rJferWabfe que les Anglois cher- 
lllrS à profiter des premières brifes d. 

Xr i «rre & au Sud de nous. D'aUleurs, 
palier a teii Taniaour entrant pour 

l'objet de J»^ff;fJ,VdeM.Pocok, ilétoit 
'''r°?crtantpSrïUionque l'Efcadreparû^ 
f ^!rrc"u"?a"„t que les Tahjaouriens v^ 
9^ a" «ouvèUes de leurs aUiés. Manœuvra* 
Se poinous élever le long de la tern^ 
nbfervanttouioursles Anglots, nous mouillam» 
à vue S Traliquebar à l'entrée de la nuit , & y. 

"¥eTjâet?apavo!r louvoyé fansdéco.. I 
vrir l'Efïe eineSe.- nous iettâmes Pancre e. 1 

/K^riVaile . d'où nous appareillants des 
Te la bSede' terre fe fut formée , en conu, 
Tan de «ni' exadement le plus près du ve«, 
nuant acv appris à notre comptoir de 

vu que » f .*"* "JJon de M. Pocok, il y avou 
f^^^Tecrlireqîï avoir continué de courirU 
1""^ ï ?« Jaree pour tâcher de gagner enu« 
Stn &' nÏ/A»- . afin d'avoir fe vent f«r 

^Te ï i Juaiet , palTant en bataiUe le long de b 
.-,. nous nous fîmes chaffer par deux navira 
« 'entdeNégapatuam,a«e la/>i^.«/. reço^ 
Tv^^vx HoiLndois , & le foir ayant lewe f« 



la terre , fans avoir eu connoiilknce des enne<^' 
mis , M. le Comte d'Aché fit gouverner pour 
Karikalle j pour apprendre enfin quelque éclair- 
ciflement fur la pofnion de TElcadre Angloife .* 
mais n'ayant rien appris, 8c quelques-uns penfant 
que M. Pocok pourroit avoir pris^ le parti d'hi- 
quiéter le fort St. David , ou d'opérer quelques 
di verfions aux troupes , il fut décidé qu'on iroit 
diredement le forcer au combat. 

Le 1 Août , ayant rangé tous nos vaifleaux de ' 
front 9 nous courions la cote > quand à neuf heures 
du matin la />/7i^f yz/^ nous fignala TEfcadre An- 
gloife* Elle avoit appareillé de Divicoté , & (e 
S^rmant en ligne l'amure à bâbord , les ventt 
au Sud , elle parut nous attendre. Nous remar- 
quâmes toutes fois que les Anglois portoient en 
plein ce qui pou voit retarder Taâion : pour 
nous 9 ayant bientôt formé la ligne du combat 
parallèle à celle des ennemis , M. d'Aché or- 
donna 4e faire le (ignal d'arriver. Au même in&. 
tant chaque vaiffeau mit le cap fur (on adver- 
saire 9 tandis que nous gouvernions droit (Ur le 
Tarmouth , placé , ainfi que nous « au centre de 
fon Efcadre, toujours compofée de fept gros 
vaifleaux , d'un brûlot & d'une frégate pour U 
répétition de (es fignaux* 

Les deux Efcadres ne (è trouvèrent cepeiif 
dant à portée que vers les cinq heures du foir « 
parce que la bri(e du Sud quart Sud -Eu avoit 
été afTez foible ; mais alors elle augmenta con*. 
fidérablement & la mer s*étant élevée > plufîeurc 
dé nos vaifTeaux furent obligés de fermer leurs 
batteries bafTes ; le iir. Louis prtfTé de faire cette 
remarque importante nous hela , ei| priant le 
Général d'obferver qu'il lui étcit impo(fible de 



û'&rfit Ae fa batterie : il fallut donc tenir le . 
.Tent & renoncer allonger l'ennemi. J 

Il ne profita pas de notre dlfpofition & négU- ^ 
géant de commencer un combat qu'il crut > fans J 
doute « que nous ne différions que par rapport 
à la nuit , les Anglois t &ns cirer « parurent 
avoir envie de nous doubler ièulementau veot: 
mais lelf obfervant avec la plus parfaite exaôi- 
tudet nous faifions la même voilure qu'eux « 
voulant ainfî leur faire voir que nous n'atten- 
dions que le lendemain pour engager ïnôion, 
lorfque l'on revîra fur la terre > nous en fimts 
les fignaux avec des coups de canon ; & ne ceA 
f^mes d'avoir nos feux de poupe en marchant 
en bataille au vent à eux» 

Cependant nous apperçûmes que les enne- 
mis avoient placé le CumhcrUni après le Sa" 
Hsbury 9 qui fuivoit VElifaheth , ^iXàni lent 
avant-garde : au lieu de laifTer à la nôtre le 
Moras entre le Comte de Provence 8c le I>uc d'Or* 
léàns 3 nous fîmes pçndant la nuit.pafièrle/>itf 
de Bourgogne en (a place, les prévenant tous j 
deux de changer en même tems fur leur flamme de ; 
divifion , afin que fi nous pouvions dès la pointe 
du jour engager lt$ ennemis trompés â la pre- 
mière apparence « ils n'eulTent pas le tems de rien 
changer à leurs difpbfitions, & conféquemment 
le Moras avec le Condé ^ ÇovXtnxet du F'engeurt 
dévoient tâcher de rompre ou de détruire le 
î^ewcaflie & le JS^eymouth i qui compofoient 
Ifarriere-garde de TEfcadre Angloife. 

Le 1 au matin nous ne revîmes pas les An- 
gtois qui avoient continué de courir la bordée 
de large : on crut les appercevoir pendant h 
}ournée au Nord - EU , & comme JH» d'Achc 



3e?oIt conférer ayec les Capitaines de vaUIêau i 
h fit gouverner pour Karikaile« 

On agita en préfence de MM. les Capitaines; 
Se Officiers du Roi le point funeile des batterie^ 
des vaiflèaux de la Compagnie > le Général ayant 
conclu qu^il faudroit encore laiflèr l'avantage 
du vent aux ennemis , pourvu que la mer fût 
mauvai£è , on proposa une manœuvre à faire 
en ce cas , laquelle avoit été déjà propofé la 
veille. 

Quand- on fut obligé de lHifpendre Tattaque « 
l'on entra dans tous les détails de ce projet ; & 
l'on convint que dans la même occurrence VEC" 
cadre > feignant alors de longer l'ennemi, arri- 
veroit infeniiblement les vaiiieaux dans les eaux 
les uns des autres > & qu'en fe (errant tou- 
jours de fort près , le Comte de Provence iroic 
ranger le dernier vaifleau Anglois à la portée 
du piâolet i & que tous les vaifTeaux; en fuivant 
direâement fa manoeuvre , enverroient leur feu 
à bout touchant (ur le (erre- file des Anglois , de 
qu'en continuant de courir le même bord, ils 
& formeroient en ligne à une demie-lieue fous 
le vent des Anglois , après avoir coupé les deux 
frégates & défemparé probablement un de leurs 
vaifTeaux. 

Chaque Capitaine fut ainfi prévenu de ce 
qu'il aurolt à faire. On s'en expliqua (ur^tout 
lieaucoup arvec M. de la Chai(è , qui ponvoîc 
le plus contribuer au (liccès de cette manœuvre > 
en acceptant dès- lors un (ignal pour le moment 
où l'on auroît à en faire ufage* 

Nous nous propofions d'être fous voiles avant 
l'aube du jour, à cau(è des ennemis 9 quand à 
une heure l'on entendit leurs coups de canon 
de fignaux^ & vîmes leurs feux qu'ils mirent 

a 3 



en virant par la brife de terre pour longer Ut 
c6te. 

Le ) Août , audi-fât nous appareillâmes pour 
courir nous-mêmes fur ce bord; & ia Oiligente^ 
avec laquelle nos yaifleaux formèrent la ligne en 
marchant 9 nous mettoit dans le cas de pouvoir 
engager les ennemis» ayant que la brifê fût renr 
forcée* 

- C'efi aînfi que nous attendions arec impatience 
le point du Jour. Dès qu'on pût le voir, les An« 
elois le preflerent de manœuvrer à la hâte .* dans 
Te même infiant 9 nous fîmes le fîgnal d'arriver 
en bataille ; & « eh marchant 9 nous tirâmes ua 
iècond coup de canon pour aflùrer le pavillon du 
Roi* Tous nos vaiifeaux 9 s'obfèrvant dans le 
meilleur ordre du monde 9 (èmbloient^ à l'envi 
les uns des antres 9 approcher l'ennemi : celui-ci 1^ 
obligé de plier en dépendant pour (è former 9 pK 
f oillbit embarraflS de nous voir aller à lui atec. 
tant de réfolutîon > & > pendant qu'il le di(pofoft 
fUcceffivement à nous recevoir 9 lès cris de Vive 
le Roi édatoient d'un bout de notre ligne à Tau- 
'tre; mais 9 par malheur, la brifè ayant renfor- 
cé, U Saint-Louis nous héla encore pour nous 
apprendre que fbn vaiilèau 9 ainfi que plufieurs 
autres de la Compagnie 9 étoient dans rimpofliT 
bilité de (ê (ërvir de leurs canons d'en-bas. 

Nous étions alors par le travers de Negapa- 
tuam 9 à peu de dtfiance de la rade \ & > par le 
changement régulier de la brifè 9 nous ne pou- 
vions tenir en obfervation que julqu'à midi» 
tems auquel TAmiral Pocok devoit venir lui- 
même livrer le combat 9 ayant (ur nous le vent 
du large : ainfî > puifque l'aâion étoit inévitable, 
il fut propofé de mettre fur le champ en pratique 
h manœuvre dont on 9 voit parlé la nuit denuere; 



ft) avec toutes les raîfons qui juSifioîene cette 
idée , l'on avoit encore celle de pouvoir enfuîte 
reprendre le vent , en courant au Sud-Ed jufqa'â 
la fin de la bri(ê de terre » après avoir foudroyé le 
ferre-file des Anglois, & coupé leurs frégates* 
Nous en étions la à fix heures du matin ; les 
ennemis courant au Sud par le vent d*Ouefl bon 
frais, & nous longeant de miême la câte à arriver ^ 
depuis que l'on avoit éprouvé le fatal défaut de 
nos batteries. Cet intervalle fut employé à con- 
fulter fur le mouvement propofe , au fujet du- 
quel M. d'Aché défira (avoir, en dernier reffort» 
le (èntiment des Capitaines : enfin , /a I>iUgenie 
étant de retour , & voyant que le tems (e paflbit 
pour l'exécution d'une manœuvre que le calme 
(èul pou voit empêcher d'être déci fi ve, nous fîmes 
le fignal convenu. Auffi-t6t, M. de la Chaife 
manœuvrant , 8c chaque vailTeau imitant le Comte 
de Provence , l'efcadre s'avaniçoît dans l'ordre le 
plus convenable à notre deflein , de façon 1 le 
cacher à Tei'.nerai, qui parut ne le comprendre 
que lor(qu'il ne lui étoit plus poffible de l'empé* 
cher. En effet, nous nous trouvions > à dix heu- 
res, dans la fituation la plus avantageufe : \e$ 
Anglois n'avoient pas jugé à propos de faire arri- 
ver leur tcte pour porter tous en dépendant comme 
nous; jugeant enfuite qu'un tel mouvement ne 
feroit pas pour eux une reffource (uffifante , ils Ce 
contentoient de (errer exaôement la file de leur 
arriere-garde. 

Bientôt , nous voyant approcher de leur queue y 
Se reconnoi fiant que nous allions être à portée 
de cribler le dernier vaîfTeau , & couper leurs fré- 
gates >.ils firent fuccefCvement plufîeurs manœu- 
vres différentes ; tantôt les uns arrivant fur leurs 
snifaiAesj tantôt revenant au lof, Ôc s'aidant de 

Q4 



( 368 5 

leurs canots. Ils travailloient à Gs mduttemr Noti 
& Sud ) tandis que nous , courant toujours grand 
largue â l'Eft-^ud , nous tenafit le beaupré (iir la 
poupe » nous gouyernions droit » en ailam écnUèr 
leur dtmîer yaifTeau, & féparer leurs frégates. 
Celles-ci avoient^ pour les remarquer « )u(qu^ 
cinq bâtimens à rame; mais^ voyant que tous 
leurs efForts feroient. inutiles pour gagner leurs 
pofies , elles abandonnèrent leur efcadre : mais^ 
quoiqu'elles couruiTent au large > touter voiles 
dehors « certainement la Diligente^ qui s*y diC- 
pofoit déjà, auroit pu les contenir » & les £ure 
amener fous le feu d'un de nos vaifTeaux. 

Plus nous approchions de la queue de Tenoe- 
mi 9 & plus il y paroifloit de confusion .* M. Po- 
€ok faiîbit des fignaux continuellement; & le 
dernier vai(reau> le plus inquiet fur fa propre 
Situation , vouloit abattre (iir flribord pour oe 
pas recevoir tous nos coups dans fa poupe , (k« 
fonger qu'il ne (èroit que plus en danger ; tandis 
que fon e(cadre , n'ofant aucunemejit fe rompre « 
m dériver par la contre - marche > demeuroit, 
avec les deux huniers, (bus une ligne mal formée. 

C'étoit aînii que Tefcadre du Rot alloit rem* 
porter inévitablement un premier avantage > puis 
ïè mettre à portée de livrer entre les deux briCes 
im combat général aux iixvaiflèaux qui auroient 
leûé à M.Pocok* Nous ne voyions aucun obfla- 
de de (à part ; & déjà , manœuvrant avec conAir 
fion > il s*étoit abordé lui-même avec un de 6s 
^vaifleaux , tandis que nous allions toujours con« 
fiamment à notre objet. Le Comte de trovence 
étoit déjà prêt d'envoyer (bn grand feu , quand la 
bri(è , qui avoit déjà beaucoup molU , calma 
entièrement , & fut fiiivi du vent du laree. 

Cette révolution ^ arrivée encore plutôt 90e 



nous ne l'avlotis craÎBt > & que rennemi n'avoît 
pu refpérer lui-même , remit Its choyés dans 
leur premier état : M. ie la Cbai(è , avant même. 
que nous lui en fiiCons le fignal , ne fbngea plus 
qu^à manœuvrer fuivant les circonfiances ; &# 
puisque Tennemi avoit le vent que nous avions 
été obligés de lui céder > c^étoit à lui à en pro- 
fiter, tandis que, notre ligne étant bien formée* 
lious rattendions de pied fernie. 

M., Pocok fut quelque tems à débrouiller (es 

Taîflèaux) enfin , à midi , ayant placé l'EUfahethy 

le Salishury 8c U Cumberland à là tête , (uivî du 

^SP^iymouth NeweafiU & du Tigre y ïï fit le fignal 

d*arriver fur nous : fon avant- garde n'obfervant 

pas précisément la marche des autres , l'Eiifaèetk 

étoit parvenue très-près -du Comte de Provence « 

quand le Yarmouth étoit encore éloigné de nous^ 

& que toute la queue ennemie n'étoit point à 

portée d'occuper notre arriere-garde* Notre Gé» 

néral voulut attendre M. Pocok, pour mieux Tin- 

vicer à prolonger (à ligne,; nous fîmes le fignal à 

la tête de carguer encore de Tes voiles > en bral^ 

fànt notre grand hunier fur le mât , dès que nous 

vîmes VEUfabeth parallèle au Comte de Provencêm 

L'ELifabethy fe trouvant rendue à la portée du 

pifioletj mit alors en panne; & M. de la Chai(è> 

qui avoit toujours montré autant de fierté que 

d'intelligence dans lès manœuvres , braiTa au (H 

en panne pour fe tenir fous fon feu ; &» dès Tint 

tant > nous commençâmes à hifiTer le pavillon du 

combat : il lui envoya à bout portant fa bordée 

entière , en recevant de même celle de rennemi. 

^ Le Duc d'Orléans & U Due de Bourgogne tire- 

tent au même infiant fiir les autres : nous voulions 

garder notre feu pour UYarmouih^ quand le Cum- 

htrUnd qui le précédoit, nous ayant tiré là bot* 



^ 37c> ) ^ 

aéc, noof luî adrclTâmes la nôtre. Le SAÎnt-Lonis 
attaqua au même inftant 1* Amiral , qui lui tira , 
flivant de fe rendre » par notre travers » & les dent 
arrière-gardes fe tirèrent auffi , quoique peu à ; 
portée à cette.premiere volée. 

C'eft aînfî que le combat fut engagé , & avec 
la meilleure apparence , puîfque l'Elifahetk eut 
fon perroquet de fougue emporté , & que U Cornu 
de Province fembloit nous promettre de plus gr^ds 
avantages , quand , au milieu de la fumée qu'ex- 
citoit le feu continuel de fes batteries , nous vî* 
mes fon mât d*artimon enflammé ; accident cauic 
par les artifices des ennemis , & d'autant pins ter- 
rible , que ce vaiffeau fe trpuvoit engagé i la 
portée du pîftolet. M. Bouvet, fon Matelot d'ar- 
rière « y pourvut fur le champ , & « tandis que 
M. de la Chaife chcrchoit à s'éloigner poot : 
éteindre fon feu , il coupa promptemem entre ics 
deux pour combattre lui-même fAé Stevens* Le 
Duc it Orléans partagea auffi Cts coups pour 
occuper le Salishury , & nous dirigeant alterna- 
tivement (ur le Cumherland & i' Amiral^ nom 
continuions la bataille, qui étoit fort vive de j| 
part & d'autre > & déjà très-(knglante. Dès le com- 
mencement du combat ^ notre roue de gou vemail 
£ut emportée; &, avant que d'avoir réparé cette 
perte , nous n'ajuflions que difficilement nos 
coups 9 tandis que nous en recevions (ans ceflè 
du CumèerlandSc de l'AmiraU D'ailleurs, à peine 
eûmes-nous difpofé une (èconde roue , que le fe< 
qui avoit pris à notre cale jetta un trouble épou- 
vantable i en nous mettant dans le cas de fauter 
en l'air. Ce malheur fut bientôt réparé; mais bien- 
tôt notre tamife ou croiflant » détaché par k 
canon de la Sainte-Barbe crevé en tirant » rete- 
noi^ encore notre barre î ce qui nous empécboii; 



071 ) 

Se venir, auflî au vent que nous le décrions; 
pour ajoiler le vaifleau de M. Pocok , lequel fè. 
lêntant par notre hanche nous incommodoit fort, 
6c ne pouvoit être bien chauflS que par le Saint- 
JLouis : cependant nous lui coupâmes fa vergue 
de grand hunier, & ne ceffions de lui tirer, dès 
çue nous pouvions le découvrir. 

Auffi- tât que nous pûmes gouverner > nous nous 

attachâmes à rapprocher le Duc de Bourgogne ^ 

qui , en (e maintenant , (butenoit un combat très- 

opîniâtre avec Pavant-garde ennemie , & pour 

cela nous voulions nous-mêmes pafTer au vent 

du JDuc d'Orléans; mais pendant que nous nous 

atvancions > & que ce vaiÂeau , pour (è prêter à 

notre deflein> braiToit (es voiles, la droilè de 

notre (êconde roue fut emportée au milieu des 

volées continuelles dont nos agréts fouffrolent 

beaucoup : finalement , par le défaut de gouvetr 

nail > nous nous vîmes forcés d*aborder , de Long 

eii long, M. de Surville. Par bonheur, les An- 

glols ne purent profiter de cette conjonâure , ou 

nous demeurions expoHfs i tout, s*ils avoient 

conduit leurs brûlots (ur le Zodiaque : nous n*eû* 

mes à les combattre que la même diflance > 8c 

le Duc d'OrMans^ ainfi que nous , ayant travaillé 

avec une viteflè & une ardeur incroyables » les 

deux vaiiTeaux furent prefque auffi-tôt dégagés \ 

Bc celui de M. de Surville recommençant à tirer, 

le Due de Bourgogne eut lieu de Ce rétablir en 

combattant. 

Le Vengeur , qui fermoit notre ligne , kxtoit 
le plus près ; & nous leur voyions toujours faire 
un feu prodigieux : enfin > malgré toutes nos per- 
tes , nous efpérions que le Comte de Provence. 
pourroit revenir > lorfque le Moras^ ainfi que 

Q6 



(371) 

teConié^ quittèrent for les quatre heures, 
avoir beaucoup (buffèrt. 

Dès-Ion nous préparâmes le fî^nal pour yôrj 
tous à la fois Tent arrière , continuant pourtatj 
la bataille en rapprochant le Comté dt ^rovena^ 
qui ne ceflbit de traTailler à fe réparer > nui 
qui > heureux de n'avoir pas fauté en l'air « o'é> 
toit pas encore en état de reprendre {on poâe. D 
devoit d'ailleurs avoir plus de facilité a le r^ 
prendre , éhs que Tefcadre auroxt pris à Vdxm 
bord % ainfi nous hifTâmes le fîgnal pour Yiref 
lof pour lof 9 avec celui pour Tordre de bataille, 
Tarmure à bâbord , obfervant nous-mêmes de 
virer les derniers , pour fa vorilèr Texécutioir de 
ce mouvement. 

Le Vengeur^ qui non-(êulement avoit bief 
rempli les vuides du Motûs & du Condé, mail 
qui avoit eu Coin de prolonger en tirant (ans crfej 
contribua auffi beaucoup au (iiccès de cette ma« 
nœuvre. L'e(cadre €t trouva donc bientôt orien* 
tée pour la nouvelle ligne de combat, les deux 
petits vaifleaux à la tête , St /r Vengeur 8c nous à 
l'arriere*garde« 

^ Les Angloif , dont aTOit été aufli dérangée b 
lignç , loin de nous (errer alors que nous viriom 
pour rallier le Meras 8c le Condé ^ ne revirereiit 
qu'en faifànt une e(pece de contre*marche , qui 
éloignoit les deux efcadres ; deux de leurs yaif* 
fèaux (èulement s'acharnoient à tirer (ur U Zo^ 
diaque , qui dans ce moment faifant feu des deux 
bords en même tems, prétoit c6té à presque 
toute la ligne angloifè , pour tâcher de (àuver 
deux de fes vaifleaux abfblument dégréés , & bon 
d'état de manœuvrer* Cette manœuvre eut Çon 
effet ; & (es vaifleaux , ayant mis les voiles qu'ils 
purent gréer ^ fe tirèrent du mauvais pas où îb 



I 

; 



le tfouvoîent engagés. Alors M. le Comte d'A-s 
ché , chauffé par cinq TaifTeaux, fe détermina à 
Tirer lui-même lof pour lof ; &, UVmgcur ayant 
£erré ûir nous , n^us courûmes largue poi^ ralliet 
nos vaiflcaux qui fc trouvoient fort de l'avant* 
Le vaiiTeau de M.Pocok refioit fort de Tarriere > 
âbfolument dégréé ; il n'y aroit que l'Elifahak 
êc le Nipvca/l/e qui nous approcboient : ils ne le 
faifbient cependant qu'en garant* 

Peu après, le Comte de Provence ^ dégagé de 
ion mit d'artimon qu'il avoit coupé > fê rappro- 
cha pour faire fermer à rarriere-garde>|& M^Po- 
cok y qui avoit eu tant de bonheur dans cette 
journée , 8c dont l'efcadre étoit alon dans u^e 
disposition bien plus favorable que la nâtre , au 
lieu de rengager le combat, fit le fignal de tenir 
le vent* Nous ne changeâmes rien a notre ma- 
nœuvre ; ia Diligente avoit été avertir tous nos 
VaiiTeaux de bien marcher en ordre, en Ce rac- 
commodant de leur mieux. Nous conservâmes 
toujours le fignal pour Tordre de combat, l'ar- 
mure à bâbord; & cependant, vu lebefbin preC- 
fant de réparer les navires > nous gouvernâmes 
pour Pondichery, 

^e lendemain 4 Août , nous nous entrouvâmes 
à portée , 8c fumes mouiller en bataille devant 
cette Place. En y arrivant, le Général envoya 
M. le Chevalier de Momeil à la ville , 8c lui 
commanda de dire, en paSant , à JM. de laChaift 
combien il étoit content de la conduite , témot- 
<gner auffi les mêmes fentimens aux autres Capi- 
taines : mats convaincu, par leur rapport, des 
défauts aéhiels d'homnies, d'agrêts & de muni- 
tions , & ne pouvant fur-tout, par rapport aux 
l>atteries de la plupart des navires , fe flatter de 
liécider VUmp ça xé* attaquant icB enneiiMs 9 oa 



■ <1 

I 

féfolut AhAotî de s'emboflér près de h Placel 
9c les magafins étant abfolument dégarnis, M.|e 
Comte d' Aché , voyant que la réparation des vail- 
feauK y devenoit d*aut|int plus difSdle , que h 
Colonie manqttoit des premiers moyens, &qB« ^ 
l'armée de terre , obligée d'abandonner le fieg« « 
Tanjaour, loin d'apporter les fruits que roncf- 
péroit de cette entreprife , alloit encore augmen- 
ter l'embarras de nos (ùbfiilances , fe détermina a 
partir le plus promptement qu'il lui feroit p 
fible. 

Lifte des Officiers du Roi , iués & BUJfés au f^^' 
hat naval du 3 Août I7j'8« 

M. DudefFais , Lieutenant de yaiflêaux >r ^^- ; 
M. de Seneville Tainé, M. de Minthier.L 

MM. Comte d'Aché> de fieaudran^fo^, il 
d'Aché, de Genlis & de Tremizoi« L I 

35 Hommes tués roides , & jettes â la mti^' - 
dant le combat. , 

40 Morts de leurs bleflures, & lyo deblen<^ J 

Les Angloisfe réparant entre Karikalle & Ne' 
gapatuam , & allant chercher du fècours à ^ ^ 
comptoir j une de leurs frégates s'y empara d'an 
brigantin , expédié de l'IOe de France, & auqud 
lesHollandois eurent la foibleflê de refuser toute 
proteâion : heureulèment qu'en apprenant cette 
nouvelle » nous eûmes connoiffance d'un vaifTean 
de la Compagnie d'Hollande , qui pafToit en ts^ 
de Pondichery* On le fit chaflèr par la Diligtnttt 
qui le conduim en rade, où il fut décidé qu'on le 
retiendroit jufqu'à ce que les Hollandofs eufleo' 
Satisfait au dommage > & ce vaiflèau , ayant beau* ,; 
coup d'agréts & de munitions , nous procura ii^ 
àt$ reiToiurcçs d'autant plus préçieufes, que nos 



bcûyitïs étoient plus preiTans. Le 14 d'Août » Tét 
cadre anglôife, ayant appareillé des environs de 
Négapatuam , parue revenir fur nous ; cependant 
elle ne dépaiïa pas la hauteur du Port Saint- Da- 
vid .* nous/ avions des intelligences certaines du 
fêcrct de M. Pocok, qui avoit préparé cinq brû- 
lots pour venir nous attaquer fur nos ancres. Le 
défaut d'agrêts 8c de vivres, qui mettoit Tefcadre 
du Roi dans le cas le plus critique , fi nous étions 
obligés de livrer un troifîeme combat , détermina 
M* le Comte d'Aché â partir pour Tlfle de Fran- 
ce ; & » en ayaat informé M. de Lally 8c le Con- 
ieil, nous appareillâmes, le 3 Septembre > de 
Pondîchery > & , après une traverfée des plus 
heureufes, nous arrivâmes, le i} Oâobre 1718, 
â Maurice* 



F IN.