(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Villes et tribus du Maroc; documents et renseignements. Publiés sous les auspices de la Résidence générale"

RÉSIDENCE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU MAROC 



Villes et Tribus du Maroc 



DOCUMENTS ET RENSEIGNEMENTS 



PUBLIES PAR LA 



DIRECTION DES AFFAIRES LTOÈNES ET DD SERVICE DES RENSEIGNEMENTS 

(SECTION sociologique) 



VOLUME VII 



TANGER ET SA ZONE 




PARIS 

EDITIONS ERNEST LEROUX 

28, RUE BONA'pARTE (vI«) 
I92I 






u 






Presented to the 

UBRARYofthe 

UNIVERSITY OF TORONTO 

PROF. ANDREW WATSON 



Villes et Tribus du Maroc 



VOLUME SEPTIÈME 



TANGER ET SA ZONE 



RÉSIDENCE GÉNÉRALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU MAROC 



Villes et Tribus du Maroc 



DOCUMENTS ET RENSEIGNEMENTS 



PUBLIES PAR LA 



DIRECTION DES AFFAIRES INDIGENES ET DU SERVICE DES RENSEIGNEMENTS 

(SECTION sociologique) 



VOLUME VII 



TANGER ET SA ZONE 



PARIS 

EDITIONS ERNEST LEROUX 

28, RUE BONAPARTE (VI') 
I921 



lA ZOA/S DE TAA'GSff BT LE MAfiOC 

d^g ZONE ESPAGNOLE 




TANGER ET SA ZONE 



AVANT-PROPOS 



Les six premiers volumes de la collection de Villes et 
Tribus du Maroc jyarws de igi5 à ig2o (/) ont été publiés 
sous les auspices de la Résidence générale par la Mission 
scientifique du Maroc. 

Les documents four7xis par la Direction des Af aires 
indigènes et du Service des Renseignements ont été large- 
ment mis à contribution pour la rédaction de ces volumes. 

La publication de Villes et Tribus est continuée par la 
Section sociologique des Affaires indigènes, qui n'est autre 
chose que Vancienne Section marocaine de la Mission 
scientifique., rattachée complètement au Protectorat . 

Le septième volume ^ « Tanger et sa Zone », est le pre- 
mier que fait paraître la Section sociologique : en le pu- 
bliant^ il est nécessaire de rappeler brièvement l'origine 
de cette publication, afin de conserver à son inventeur le 
mérite et la propriété de ridée dont elle est la réalisation. 

Après rétablissement du Protectorat, en igi3, M. A. 
Le Chatelier, professeur au Collège de France, Délégué 



(i) Volumes I et II : Casablanca et les Châouia. — Volumes III à VI 
Rabat et sa région (E. Leroux, Paris;. 



II TANGER ET SA ZONE 

général de la Mission scientifique du MaroCy avait été 
frappé de V intérêt que devait présenter pour notre poli- 
tique indigène l'étude méthodique et documentée de la so- 
ciologie du pays que nous étions appelés à administrer. 

Déjà en jgo2, M. Le Chatelier avait publié sous le titre 
^eNotessur les Villes et les Tribus du Maroc les documents 
recueillis par lui dans un voyage accompli en i88g- 
i8go{i). 

Dans sa pensée, ces notes n'étaient, comyne il le disait 
lui-même, quun « débrouillage» destiné à faciliter le tra- 
vail qu'il envisageait. 

Débrouillage précieux, en tout cas, qui dénombrait les 
tribus, leurs fractions et leurs principaux centres, les 
Zâouias, les confréries, les influences religieuses et mara- 
boutiques. C'était, en un mot, un premier classement mé- 
thodique, d'après des « renseignements indigènes » pris 
sur le terrain, dans le chaos marocain dont on connaissait 
à peine la surface, c'est-à-dire ce que les Sultans et le 
Makh^en avaient bien voulu nous laisser voir d'eux- 
mêmes. 

D'autre part, les Archives marocaines, publication de 
la Mission scientifique du Maroc, dirigée par M. Le Cha- 
telier, avaient, sous son impulsion, fait paraître plusieurs 
études de villes et de tribus, conçues dans cette même idée 
de politique indigène : en 1904, les Fahciya, la Qaçbade 
Tanger. De i go 5 à igio: Confréries et Zâouias de Tan- 
ger ; Essai sur l'histoire politique du Nord marocain. — 
El-Qçar el-Kebir. — Tétouan. — Les tribus arabes de la 
vallée du Lekkous. — Notes sur Rabat et Chella. — L'ad- 
ministration de Rabat. — L'organisation des finances au 
Maroc. — Description de Fès. 

En igii : Quelques tribus de montagnes de la région 



(i) Notes sur les Villes et les Tribus du Maroc en i8go, par A. Le Cha- 
telier. Angers, 1902. 



AVANT-PROPOS III 

du Habt. En ig 12 : Le Raïs El-Khadir Ghaïlan. Les Me- 
drasas de Fès : En igi3 : Le Gharb. 

De semblables résultats autorisaient M. Le Chatelier à 
mettre à la disposition du Résident général sa propre ex- 
périence et l'instrument de travail qu'il avait créé par V ap- 
plication de ses méthodes. 

C'est ainsi que, par un accord intervenu en igi3 entre 
le général Lyautey et lui, la publication de Villes et Tri^ 
bus du Maroc a été entreprise par la Mission scientifique. 

Le Service des Renseignements a apporté à cette publi- 
cation le concours de la documentation réunie dans les 
différents postes ; la Direction des Affaires civiles y a con- 
tribué également dans les régions administrées par des 
contrôleurs civils. 

L'œuvre actuelle est toujours celle entreprise et mise en 
marche par M. Le Chatelier, dont les méthodes précises 
et sûres continueront à être appliquées par ceux qui ont 
profité de ses directives et de ses conseils. 

Il semble que l'étude de Tanger aurait dû être entre 
prise dès la création de la Mission scientifique, il y après 
de dix -sept ans. Son premier chef , Georges S almon, y avait 
certainement pensé lorsqu'il publiait, dans les premiers 
volumes des Archives marocaines, d'importants travaux 
sur Tanger et sur sa région. 

Il paraissait d'autre part inutile d'étudier au point de 
vue politique indigène la ville la plus européenne du 
Maroc, sa capitale diplomatique. Le point de vue s'est 
modifié depuis quelques années et la pénétration plus 
complète du reste du Maroc fait considérer aujourd'hui 
Tanger comme une ville beaucoup plus marocaine qu'elle 
ne le paraissait autrefois. 

Il fallait profiter de ce léger retour en arrière, qui n'est 
que transitoire, pour étudier Tanger avec ses institutions 
locales et ce caractère spécial qui doit être la base de sa 
constitution future. 



IV TANGER ET SA ZONE 

Le volume ^e Tanger et sa Zone a été commencé vers la 
fin de la guerre, à la Mission scientifique, par le lieutenant 
de réserve J, \allantin, qui, après avoir gagné la croix 
de guerre au front de France, avait été envoyé comme ins- 
tructeur d'infanterie au Tabor de Police Chérifienne n" i,à 
Tanger (/). 

La description du territoire [limites, géographie, oro- 
graphie, hydrographie) a été rédigée par lui, ainsi que ce 
qui a trait à la structure du sol, la géologie, la faune, etc. 
Ces derniers chapitres ont été r^evus et complétés par 
M. Charrier, professeur de sciences au Collège Regnault, 
qui a bien voulu faire profiter le volume de Tanger de 
ses recherches scientifiques personnelles. 

M. Vallantin a contribué également à la rédaction de 
la partie historique et à celle d'une partie du chapitre sur 
la tribu du Fahç ; il a dressé notamment la liste des vil- 
lages . 

Toutes les Administrations de Tanger ont très aimable- 
ment répondu aux demandes de renseignemejits qui leur 
ont été adressées et qui ont permis, tout en s'occupant plus 
spécialement de la politique indigène, de donner un aperçu 
suffisamment complet de l'organisation européenne de 
Tanger. 

Les recherches historiques, la description de la ville, le 
groupement de la documentation recueillie, tout cet im- 
portant travail est dû à M. A. Graulle,drogman, premier 
adjoint au chef de la Section sociologique. 

Tanger, octobre 1920. 

Ed. Michaux-Bellaire. 



(1) M. Vallantin est aujourd'hui Vice-Consul de France à Cologne. 



LE PAYS 



LE PAYS 



La ville de Tanger est située sur le détroit de Gibraltar, 
à l'endroit où, s'élargissant, il s'ouvre sur l'océan Atlan- 
tique. Elle est située à l'extrémité N.-O. du continent afri- 
cain. 

Tanger se trouve entre les parallèles 39,5o et 40 N. et 
les méridiens 9 et 9,5o O. (Greenwich). 



Situation. 



La zone de Tanger se compose, outre la ville, de la plus 
grande partie de la tribu du Fahç et de quelques villages de 
l'Andjera bâtis sur le versant des collines à l'E. de la baie. 

Elle est limitée : au N. par cette baie, qui s'ouvre sur le 
détroit de Gibraltar, à l'O. par l'Océan ; au S. et à l'E., par 
la zone d'influence espagnole (i). 



Limites. 



(1) Art. 7 de la Convention signée à Madrid le 27 novembre 1912 entre la 
France et l'Espagne : 

« Art. 7. — La ville de Tanger et sa banlieue... formeront une zone 
comprise dans les limites décrites ci-après : 

« Partant de Punta Altares sur la Côte sud du Détroit de Gibraltar, la 
frontière se dirigera en ligne droite sur la crête du Djebel Béni Meyimel, 
laissant à l'ouest le dchar appelé Dchar-Ez-Zeitoun et suivra ensuite La ligne 
des limites entre le Fahç d'un côté et les tribus de l'Andjera et de TOued 
Ras de Tautre côté. De là, la frontière suivra le thalweg de l'Oued Es- 
Seghir, puis ceux des Oued M'harhar et Tzahadartz jusqu'à la mer. 

« Le tout conformément au tracé indiqué sur la carte de l'État-Major 
Espagnol qui a pour titre : Croquis del Imperio de Marruecos, à l'échelle 
de i/ioo.ooo, édition 1906. » 



4 TANGER ET SA ZONE 

Son territoire présente un développement périphérique 
de io3 kilomètres, dont 48 de littoral et 55 de limite ter- 
restre. La superficie est de SyS kilomètres carrés. 

La côte. Sur les 48 kilomètres de littoral, 24 environ se déve- 

loppent le long du Détroit, de la Punta Altares au cap Spar- 
tel, et 24 le long de l'Atlantique, du cap Spartel à l'embou- 
chure de l'oued Tahaddart. 

La côte du détroit est formée de falaises, interrompues 
vers TE. par une plage de 3 kilomètres. En partant de l'E. 
elle forme d'abord les deux promontoires de Punta Altares 
et du cap Malabata, puis elle se creuse vers le S. pour 
former la baie de Tanger. 

Celle-ci, qui est comprise entre la pointe Malabata (Ras 
El-Menar) à l'E. et la pointe de Tanger à TO., a peu de 
profondeur. Elle semble, du large, beaucoup plus creuse 
qu'elle ne l'est en réalité et présente une belle plage de 
qable au delà de laquelle on voit quelques collines de 
moyenne élévation. Parmi ces collines, on remarque le 
Gharf(i), mont de direction de la marine, qui sert de 
point de repère aux navires pour entrer dans la rade. 

Les fonds offrent une assez bonne tenue ; sable et gra- 
vier, mêlés de quelques plateaux de roches. 

La baie est ouverte aux vents du N.-O. et du N.-E. Les 
vents du N.-O. sont les plus à craindre; venant de l'Océan, 
ils soulèvent dans la rade une assez grosse houle que Ton 
ressent également par vent de S.-O. Ceux du N. et du N.-E. 
durent peu et soulèvent moins de houle. A 3oo mètres au 
S. du plateau de roches de la pointe de Tanger, il y a un 
groupe de rochers réunis à la plage par un autre plateau 
ne découvrant qu'en partie, même dans les grandes marées. 

: l'éminence, la hauteur. 



LE PAYS 5 

Entre ces deux plateaux est une petite anse naturelle où 
l'on trouve 2 mètres d'eau environ jusqu'à 200 mètres 
delà plage. Un môle en pierre, partant de Bordj-el-Baroud, 
s'étend d'abord vers l'E. sur environ 200 mètres, puis vers 
le S.-E. sur la même distance. Des quais et des magasins 
relient le môle à un wharf en bois situé à 200 mètres plus 
bas. 

De la pointe de Tanger au cap Spartel la direction géné- 
rale de la côte est E.-O. La côte présente une suite ininter- 
rompue de falaises assez élevées, formant plusieurs caps 
et anses dont les principaux sont : la petite plage de Remel 
Qala^ à l'embouchure de la rivière des Juifs, où finissent 
les rochers du Marchan, entre la pointe de Tanger et cette 
rivière; la pointe « Frailecito » ou du Petit-Moine, à un 
mille un quart au N.-E. du cap Spartel. 

Le cap Spartel (i) se termine par un massif rocheux de 
forme conique, qui, vu du N. ou du S. apparaît comme 
un îlot détaché. A 100 mètres au N.-E. de ce cap se dres- 
sent quelques pointes rocheuses, qui ressemblent à des ai- 
guilles. C'est au cap Spartel que se trouve le phare de ce 
nom; une station'de signaux du Lloyd anglais est établie 
à 3oo mètres environ au S.-O. 

A partir du cap Spartel, la côte prend une direction 
nettement S. ; elle offre d'abord, à un demi-mille du cap, 
une petite anse sablonneuse appelée anse de Spartel. Au 
S. de cette anse, de petites dunes de sable blanc s'étendent 
jusqu'à Ras Achaqqar, appelé par les Européens : promon- 
toire des grottes d'Hercule ou cap de la Roche Percée. On y 
remarque des falaises à pic se détachant nettement sur la 
plage. Au S. de la Roche Percée, le fond est généralement 
de sable ou de gravier, et, à un mille de terre, on a une 

(i) Du terme berbère Ichbartil. 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 2 



TANGER ET SA ZONE 

profondeur régulière de 3ô mètres. C'est à ce mouillage, 
appelé Mouillage de Jeremias ou encore Mouillage des 
grottes, que les navires à voiles qui ne peuvent pas franchir 
le détroit viennent s'abriter contre les vents d'Est. 

Au S. de Ras Achaqqar, une longue plage de sable 
s'étend sur une vingtaine de kilomètres jusqu'à l'embou- 
chure de rOuedTahaddart. De la mer on aperçoit à l'inté- 
rieur une plaine au milieu de laquelle se dresse la hauteur 
de Djebila « la Petite Montagne», le mont Nipple des cartes 
marines ; elle est remarquable par son isolement et sa 
furme conique. 

L*2ntérieur. L'ensemble de la région se compose de mamelons de peu 

Le relief. de hauteur, séparés par des petites vallées. 

A rO. de la ville, commence le massif du Djebel elKe- 
bir (Grande Montagne), le plus important du Fahç. Il est 
séparé du plateau du Marchan par l'étroite vallée de l'Oued 
El-Yhoud, et se termine à TO. par le cap Spartel, où il at- 
teint une altitude de 3i5 mètres. Au S.-O. du cap il s'en 
détache un saillant appelé Djebel Mediouna. 

Le versant N. du Djebel el-Kebir est peu habité, sauf 
dans sa partie orientale qui est boisée et parsemée de mai- 
sons de campagne entourées de jardins. Par contre, son 
versant méridional porte plusieurs villages : Djama* El- 
Moqra, Mesnana, Ez-Ziaten, Mediouna, etc. 

Au S. de ce massif s'étend la plaine de Boukhalf. Elle 
est dominée par la hauteur isolée de Djebila. 

Au centre du territoire, s'étend une petite chaîne du 
S.-E. vers le N.-O. Elle commence vers le village de Goua- 
ret, à l'E., pour se terminer sur la côte de l'Atlantique, et 
se compose de plusieurs collines: Djebel Aïn-Dalia, Djebel 
Sidi Hoseïn, Djebel Dar Z'hirO;, Djebel Bougdour et le 
Djebel Agadir, qui vient mourir en pentes douces sur la 



LE PAYS 7 

côte, au S. de isidaya de Sidi Qâsem. La hauteur moyenne 
de ces collines est de 200 mètres. 

Al'E., s'étend, dans une orientation générale N.-S., la 
ligne des collines du Djebel Béni Medjimel, dont les crêtes 
servent de limites à la zone. Ces collines sont le prolonge- 
ment des montagnes de l'Andjera, derniers contreforts de 
la chaîne rifeine. Elles se terminent sur le détroit par des 
falaises qui forment le cap Malabata, et la Punta Altares 
d'où part la frontière officielle de la zone. Leur plus haute 
altitude atteint 400 mètres. 

Enfin entre le Djebel Béni Medjimel et les collines d'Aïn 
Ed-Dalia s'élèvent quelques hauteurs isolées, d'une hauteur 
de 60 à 100 mètres : le Charf, Béni Makada et Bahreïn 
(les Deux Mers). 

La zone de Tanger se partage en versant du Détroit et Hydrographie. 
versant de l'Atlantique. 

L'Oued Chatt, l'Oued El-Halq et l'Oued El-Yhoud se 
jettent dans le détroit ; l'Oued Mediouna, l'Oued Boukhalf, 
l'Oued Boughadou et TOued Tahaddart, dans l'Atlantique. 

L'Oued Chatt est un torrent qui tombe dans la baie à 
environ 3 kilomètres au S. du cap Malabata. 

L'Oued El'Halq^ plus important et jamais à sec, est formé 
de la réunion de l'Oued El-Melalah, de l'Oued Es-Souani 
et de l'Oued Mghoura, à quelques centaines de mètres de 
son embouchure au fond de la baie. 

L'Oued El-Melalah, ou rivière des Salines, prend sa source 
dans le Djebel Et-Touati, près du village des Chadjirât : des 
salines sont établies dans la partie inférieure de son cours. 

L'Oued Mghoura descend des collines qui limitent la . 
zone près du village de Monbar ; son cours est d'une di- 
zaine de kilomètres avec un débit assez restreint. 



8 TANGER ET SA ZONE 

L'Oued des Souani vient du S. -G. des Çfacef, près de 
Mers-Tarkouch ; il traverse sur 2 ou 3 kilomètres les 
jardins de la périphérie de Tanger, où se trouvent de nom- 
breuses norias, d'où son nom [Souani (les norias), sing. 
Sania]. 

Le cours supérieur de l'Oued Mghoura arrose la plaine 
de Mghoura et de Tandja El-Balia. 

UOued El-Yhoud, ou rivière des Juifs, sort du versant 
S.-O. du Djebel El-Kebir ; dans son cours supérieur, il s'ap- 
pelle Oued Boubana et traverse la vallée du même nom : 
il reçoit sur sa rive droite le petit torrent de Bahreïn et 
prend bientôt après le nom de Oued El-Yhoud entre les 
pentes du Marchan et du Djebel Kebir (i). Son parcours 
est d'environ 5 kilomètres. 

L'Oued Chatt et l'Oued El-Yhoud ont un régime torren- 
tiel ; ils grossissent et débordent pendant la saison des 
pluies, et restent à sec pendant les mois d'été. 

Il en est de même pour les Oueds du versant de l'Atlan- 
tique qui descendent du Djebel El-Kebir, l'Oued Mediouna 
et rOued Boukhalf, alors que l'Oued Boughadou et l'Oued 
Tahaddart ont un régime régulier. 

UOued Mediouna se jette dans l'Océan après un cours 
de peu de longueur ; il descend du village du même nom. 

L'Oued Boukhalf est formé de la réunion de plusieurs 
petits ruisseaux descendant du versant méridional du Djebel 
El-Kebir ; il traverse la plaine de Boukhalf et va se perdre 
dans la lagune de Sidi Qasem. 

A quelques kilomètres plus au S. se trouve l'embouchure 
de VOued Boughadou, YQnu du massif de Sidi Hoseïn qu'il 
longe du côté N. 

( I ) On raconte que des Juifs auraient fait naufrage à l'embouchure de cette 
rivière, qui, depuis, porte le nom de rivière des Juifs. 



LE PAYS 9 

Plus au s. et servant de limite à la zone de Tanger, coule 
VOued Mharhar ou Amharhar. Cette rivière, à partir de 
sa source, prend successivement les noms d'Oued El-Kebir, 
Oued Mharhar et enfin de Tahaddart après avoir reçu l'Oued 
El-Kharroub, vulgairement appelé Mechrâ El-Hachaf. C'est 
le cours d'eau le plus important de la zone. 

Il prend sa source en zone d'influence espagnole, dans 
les environs du Fondaq d'Aïn Djedida (Ouadras), à une 
vingtaine de kilomètres de Tétouan. Son cours est d'envi- 
ron 5o kilomètres. Dans la zone de Tanger, il reçoit 
quelques affluents sur la rive droite. Ce sont : l'Oued 
Eç-Ceghir, grossi de l'Oued Qlaïa, dont les thalv^egs for- 
ment la limite de la zone jusqu'au confluent de l'Oued El- 
Kebir et de l'Oued Sammar appelé aussi Oued El-Djaj, et 
qui est issu des hauteurs de Bahreïn. Le débit de l'Oued 
Mharhar, quoique de caractère torrentiel comme tous les 
oueds de cette région montagneuse, est cependant un peu 
plus régulier que celui des autres rivières de la zone de 
Tanger. Les principaux gués sont celui des Slaouiin dans 
la direction de Tétouan, celui de Seguedla et celui de Had- 
jrat en-Nahal dans la direction d'Arzila. Près des deux 
derniers, des ponts ont été construits l'un en bois, par le 
Génie espagnol, près de Seguedla, l'autre en béton armé, 
par le service des Travaux Publics, sur la route de Tanger- 
Fès, entre le Charf El-Aqab et l'Aqbat El-Hamra. 

L'Oued M'harhar, devenu l'Oued Tahaddart, se jette dans 
l'Océan à environ 24 kilomètres au S. du cap Spartel et à 
12 kilomètres au N. d'Arzila. 

Nos connaissances sur la géologie de la région de Tanger Structure (i) 
sont encore rudimentaires malgré les travaux de Desguin 
(1870), Bleicher (1874), Brives (1902) et Gentil (1910). 

(i) L'étude de la structure, du sous-sol et de la faune marine est due à 
l'obligeance de M. Charrier, professeur de Sciences au Collège Regnault, à 
Tanger. 



10 TANGER ET SA ZONE 

Les formations géologiques dominantes appartiennent à 
l'éocène supérieur, sans que Ton puisse préciser davantage. 
Elles sont représentées surtout par des grès et des argiles. 

11 faut y joindre des calcaires marneux où Bleicher a signalé 
de nombreuses empreintes de Fucoïdes. Cet ensemble 
affleure dans presque tout le pays, de Tanger au Spartel, 
du détroit de Gibraltar à Aïn Daliàv^Toutefois ce « flysch» 
cocène n'a pas la simplicité structurale que lui attribue 
Brives (i). Si, au premier abord, par exemple, la bordure 
côtière du détroit ainsi que le massif du Djebel El-Kebir 
qui la domine apparaissent formés de grès, souvent ferru- 
gineux d'ailleurs, tandis que les argiles se remarquent 
surtout dans les vallées et les dépressions voisines, un exa- 
men plus attentif ne tarde pas à révéler une disposition plus 
complexe. En effet, toute la côte, de Tanger au cap Spartel, 
se montre constituée par des bancs alternants de grès et 
d'argiles souvent bariolées, bancs dont l'épaisseur est extrê- 
mement variable. Certaines couches, en effet, forment de 
très minces feuillets, tandis que d'autres au contraire at- 
teignent plusieurs mètres. Tous les intermédiaires se ren- 
contrent entre ces deux extrêmes. 

Nous retrouvons cette constitution dans presque tout 
l'éocène supérieur du pays, compliquée assez souvent par 
l'apparition des calcaires marneux qui en forment la base. 

A partir de Aïn Dalia jusqu'à l'Oued Mharhar, l'éocène 
supérieur fait place à l'éocène inférieur représenté par des 
calcaires à silex et des argiles schisteuses. Ces dépôts s'éten- 
dent même, comme l'a constaté Brives, de l'autre côté de 
l'Oued où ils forment le soubassement de la montagne 
Rouge (Aqbat El-Hamra), ainsi nommée des grès rouges 
miocènes qui la constituent avec despouddingues du même 
âge. 

(i) Brives, Voyages au Maroc, 1901-1907. 



LE PAYS I I 

Enfin tout le long de la côte atlantique existe une bande 
de grès pliocènes où l'érosion a creusé des grottes d'impor- 
tance variable. 

Les terrains tertiaires ne sont point les seuls entrant 
dans la constitution du pays. Il convient de signaler aussi 
par ordre d'importance les formations secondaires, quater- 
naires et les dunes récentes. 

Le secondaire est représenté par le crétacé supérieur. 
Brives l'a signalé de Bahreïn à l'Oued Mharhar qu'il dé- 
borde au S. Desguin et Bleicher, qui en avaient reconnu 
antérieurement Texistence, le font commencer peu après 
l'Oued Souani. Il est formé par des schistes bruns avec in- 
tercalationsde calcaires marneux et de calculs durs à Ostrea 
Scyphax et Ostrea Mermeii^ ce qui permet d'attribuer ces 
couches au Cénomanien. 

Toutefois on y a signalé aussi Hemiaster Fourneti, 
Ostrea Nicaisi. Il faut donc admettre que leSénonien y est 
aussi représenté. 

Quant au quaternaire, il convient de lui attribuer les 
pouddingues rencontrés autrefois près du feu ûxq rouge, 
actuellement masqués, et par les argiles bleues du fond de 
la baie à Cardium eduleel Ostrea edulis, argiles que recou- 
vrent les dunes. 

Celles-ci ont pris en ce point une importance qui les a 
rendues gênantes. Il en existe bien le long de l'Atlantique, 
mais c'est surtout dans la baie de Tanger qu'elles ont ac- 
quis un développement notable. 

En effet, tout le long de cette baie, de la pointe de Tanger 
à l'embouchure de l'Oued El-Halq, et vers l'intérieur jus- 
qu'à rOued Souani, s'étend un réseau de dunes ne dépas- 
sant pas 40 à 45 mètres. Elles forment une série de rides 
irrégulières se déplaçant sous les vents violents d'E. et 
d'O. Mais par suite de la dominance des premiers elles ten- 



12 TANGER ET SA ZONE 

dent à cheminer vers l'Ouest. Cependant leur mobilité 
est maintenant atténuée par les travaux en cours et les 
constructions récentes. 

Au point de vue tectonique le Fahç n'a point la monoto- 
nie de certaines autres régions du Maroc, la plaine des 
Rhamma par exemple où les couches géologiques se pour- 
suivent horizontalement durant des dizaines de kilomè- 
tres (i). Malgré son apparence peu tourmentée, son relief 
peu accidenté, ce pays a subi fortement le contre-coup des 
mouvements orogéniques dont la chaîne du Rif est issue. 

Est-ce à dire, comme le déclare Goulven (2), que la ré- 
gion de Tanger se trouve sur une ramification de la 
chaîne alpine qui, traversant primitivement remplace- 
ment actuel du détroit de Gibraltar, unissait le Rif à la 
Cordillère bétique ? Il conviendrait, semble-t-il, de réser- 
ver ce terme de ramification alpine à la chaîne du Rif, 
d'autant plus que nous ne trouvons point ici les caractères 
d'une ancienne chaîne de montagne arasée, mais tout 
simplement les plissements plus ou moins accentués trou- 
blant l'ordonnance des dépôts laissés par les mers ter- 
tiaires. 

Ces plissements se montrent nettement même dans les 
environs immédiats de Tanger, que l'on suive les falaises 
du Marchan ou les routes nouvellement tracées. Certains 
de ces plis atteignent une grande envergure, tel celui qui 
constitue le sommet du Djebel el-Kebir, et surtout l'anti- 
clinal qui fait affleurer le Crétacé supérieur parmi les dé- 
pôts néogènes. 

La constitution géologique du pays, sa tectonique, per- 
mettent de comprendre facilement son aspect et les par- 
ticularités qu'il peut présenter. 

(i) Gentil, le Maroc physique, p. 56. 
(2) GouLVEK, le Maroc, p. 52. 



LE PAYS l3 

Dans les hauteurs dominent les formations gréseuses. 
Celles-ci se désagrégeant en surface sous l'influence des 
agents atmosphériques forment des plateaux où des blocs 
plus ou moins volumineux abondent au milieu des gra- 
viers et de sables grossiers. C'est la lande parsemée de 
palmiers nains avec çà et là quelques bois d'oliviers. 

Quant aux flancs de ces plateaux, ils ont naturellement 
les caractéristiques qu'imprime l'érosion aux roches per- 
méables et peu résistantes : falaises escarpées, aspects 
ruiniformes, grottes, etc. 

Par contre, là où abondent les terrains argileux, nous 
avons un paysage aux lignes indécises, au modelé flou, un 
assemblage de buttes, de mamelons parmi lesquels au 
moment des pluies les eaux de ruissellement courent en 
tous sens, dessinant sur les pentes adoucies une multitude 
de petites rigoles, de petits ravins dont les flancs s'ébou- 
lent sans cesse. 

Dans les bas-fonds, dans les plaines argileuses, les maré- 
cages abondent en hiver. C'est surtout dans la partie sud 
de la région de Tanger que cette zone marécageuse ac- 
quiert son plus grand développenient. Elle s'étend tout 
le long de l'Oued Mharhar et de l'Oued Tahaddart, qui 
l'alimentent ainsi que les sources issues des plateaux gré- 
seux d'Aïn Dalia et de Charf el-Aqab. 

Sources et niveaux d'eau sont en effet assez bien déve- 
loppés dans toute la région de Tanger,"^ce qui se comprend 
aisément quand on se reporte aux formations géologiques 
que nous avons indiquées et à leur répartition. Les grès 
couvrent une grande partie du pays, les couches sous-ja- 
centes sont de nature argileuse, c'est-à-dire imperméables; 
il en résulte par suite de nombreuses nappes, des sources 
persistantes telles que celles que nous avons citées plus 
haut. 

Toutefois par suite de la tectonique du pays, de l'alter- 



14 TANGER ET SA ZONE 

nance des terrains gréseux et argileux une partie au moins 
de ces eaux sont relativement superficielles. Il en résulte 
qu'elles laissent à désirer comme fraîcheur, que leur con- 
tamination est facile ; aussi doivent-elles être soigneuse- 
ment surveillées quand elles doivent servir à l'alimen- 
tation. 

Dans les environs immédiats de Tanger, entre la ville 
etl'Oued El-Halq, il y a plusieurs nappes aquifères dont 
l'origine est un peu différente. Ce sont en effet les sables 
dunaires qui forment la couche perméable. Aussi la plu- 
part d'entre elles sont-elles destinées à disparaître avec l'ex- 
tension de la ville. Déjà, d'ailleurs, de nombreux puits se 
sont taris à la suite des travaux exécutés. 

Le sol. On peut diviser le territoire du Fahç en terrains de cul- 

ture et terres de pâture, suivant la nature du sol. 

Les terres de culture sont généralement de nature mar- 
neuse ; elles se divisent en terres blanches (sablonneuses;, 
terres rouges fortement chargées de carbonate de chaux, 
terres noires, les plus propices à la culture comme étant 
les plus riches en humus, et les terres grises ou argileuses. 
Cependant la présence de Targile est un obstacle à la ferti- 
lité régulière du sol qu'elle rend tributaire de la quantité 
plus ou moins grande d'eau tombée dans la saison ; les 
pluies trop abondantes, comme la sécheresse, nuisent à la 
fertilité des terrains du Fahç. 

Les meilleures terres sont les tirs^ qui peuvent être de 
teintes différentes, mais dont les plus fertiles sont les noirs. 
La fertilité des tirs est bien connue dans tout le Maroc; la 
terre noire est supérieure à la terre rouge-hamri^ à la 
terre blanche et sablonneuse, m'remla, et à la terre argi- 
leuse. 

Dans la zone de Tanger, la terre noire se rencontre prin- 
cipalement dans la région des Souani et des Béni Makada, 
dans les vallées de Boubana et de l'Oued Boukhalf; elle 



LE PAYS 13 

contient gSS p. looo de terre fine et 42 p. 1000 de cailloux. 
Riche en humus, en azote et en potasse, elle convient à la 
grande culture. Le hamri est peu riche en azote et en 
humus, mais contient du calcaire, de l'acide phosphorique 
et de la potasse. Sa fertilité, quoique moindre que celle 
des tirs, est grande ; elle convient également à la grande 
culture avec des pluies peu abondantes. 

La terre blanche ou sablonneuse, mVem/a, est siliceuse, 
pauvre en azote et en humus ; cependant elle convient à 
la culture maraîchère. 

Dans le voisinage des oueds, on trouve le D'haç, terre 
tendre, de couleur rougeâtre, qui n'est ni sablonneuse ni 
argileuse et qui provient des dépôts effectués par les débor- 
dements des Oueds. Elle convient à toutes les cultures. 

Enfin, peuvent se classer comme terres de pâture les 
terres forestières, les terres caillouteuses, les pentes des 
collines, les terrains de culture non labourés ou les vallées 
marécageuses et les adir (prairies naturelles). 



On est encore mal fixé ^ur les ressources du sous-sol. 

Des argiles assez pures sont exploitées pour la fabrica- 
tion des tuiles et des poteries. Des calcaires à chaux et à 
ciments commencent à être exploités. En plusieurs points, 
des gisements gréseux ou calcaires fourniront des car- 
rières dont le développement sera surtout fonction de 
celui des routes. Certains de ces grès, ceux de la pointe 
d'Achaqqar en particulier, fournissent des meules très ap- 
préciées (i). 



Le sous-sol. 



Le climat de la zone de Tanger est soumis aux échanges 
atmosphériques violents qui s'eff"ectuent entre les deux 



Le ditnat. 



(i) On venait autrefois en chercher depuis le Gharb. Elles ont l'avantage 
de ne pas s'effriter et de ne pas laisser de gravier dans la mouture. 



l6 TANGER ET SA ZONE 

mers à travers l'étroit couloir du détroit. C'est donc un 
climat essentiellement maritime, influencé à la fois par 
l'Atlantique et la Méditerranée. 

Des observations des phénomènes atmosphériques ont 
été enregistrés par Sir H. White, ministre d'Angleterre à 
Tanger, MM. Weber et GolTart, et plus tard par les sta- 
tions météorologiques des Pères Franciscains de la Mis- 
sion espagnole, du Cap Spartel et du Collège Français. 

La température de Tanger est assez basse, principale- 
ment dans la région occidentale, sur la côte de l'Atlan- 
tique ; il y a en effet des différences assez notables entre 
les températures moyennes prises au Cap Spartel ( 12^,4 en 
janvier, 23", 3 en août) et celles enregistrées à Tanger pour 
les mêmes mois : 13*^,9 et 24^,2. La température estivale 
s'élève rarement au-dessus de 25*^, tandis qu'en hiver, elle 
ne descend que très rarement à o^ Les températures 
moyennes de 1897 à 1906 ont été les suivantes : 

Janvier, février, mars . . . i2<',67 

Avril, mai, juin 18^,27 

Juillet, août, septembre. . . 23^,34 

Octobre, novembre, décembre 16", o3 

Soit une température moyenne annuelle de 170,58. Les 
mois les plus froids sont décembre et janvier ; le plus 
chaud, août. 

Une variation assez brusque de la température se pro- 
duit généralement à la tombée de la nuit. 

Le régime des pluies est bien caractérisé à Tanger. 
D'après les observations recueillies de 1879 à 19 18, tant 
par Sir H. Withe que par MM. Weber, Goffart et Irwin, 
la sécheresse est presque absolue dans les quatre mois 
d'été et la pluie très abondante de décembre (124 mm. 9) à 
avril (76 mm.) avec un maximum en mars (127 mm. 3). 



LE PAYS 



17 



D'après Goffart, la colonne d'eau recueillie à Tanger est 
de 825 mm. 8 en moyenne par an. 

« Le Nord du Maroc, dit L. Gentil (i), est soumis aux 
échanges atmosphériques fréquents et parfois violents qui 
se font par le Détroit de Gibraltar. Les différences de pres- 
sions atmosphériques ou d'échauffement sur les deux mers 
favorisent la formation de courants aériens fréquents. 
Tanger, est de ce fait, très ventilé ; c'est tantôt le vent d'Est, 
tantôt le vent d'Ouest. » Le vent d'Est (charqi) souffle 
en moyenne 71 jours par an. 

Le vent chaud (siqal) vient du S.-O. ; il souffle en été, 
mais assez rarement à Tanger, et encore est-il moins sen- 
sible sur la côte que dans l'intérieur de la zone, où il est 
combattu par la fraîcheur de la mer. Ce vent, qui échauffe 
parfois l'atmosphère dans des proportions considérables, a 
été observé par MM. White et Goflart ; ils ont noté comme 
températures extrêmes 39^,4 (White, 11 septembre 1899) et 
40*^,9 (Goffart, 8 août 1902) sur la période 1879-1918. 

/ La présence de courants marins froids dans le voisinage 

; du littoral contribue à maintenir dans la région de Tanger 

j une certaine égalité de température. Alors que la surface 

de la mer présente environ 19^ dans le détroit, de juillet à 

septembre, elle est, à la même latitude, de 20 à 22^ dans 

l'Océan et de 21 à 23« dans la Méditerranée, 'De Tarifa à 

/ la baie de Tanger le thermomètre accuse en surface à 

travers le détroit successivement : i3",9, 1 6*^,7 et i5'%5, soit 

la température d'août sur la côte d'Irlande.^ D'après les 

calculs effectués sur la côte, ainsi qu'au large entre Spartel 

et Arzila, il a été établi que ces courants froids n'occupent 

sur le littoral qu'une bande de 12 kilomètres (2). 

(i) Le Maroc physique, pp. 255 et seq. 
(2) Gentil, le Maroc physique, p. 253. 



l8 TANGER ET SA ZONE 

De mai à septembre, on constate quelquefois la présence 
d'une épaisse bande de brouillard en flocons compacts, 
voyageant de l'E. à l'O. et qui, voilant le soleil jusque vers 
le milieu de la journée, rafraîchit en été la température; il 
en résulte une humidité considérable avec une rosée abon- 
dante qui peut donner de l'eau au pluviomètre (o mm. 2 
à o mm. 3). 

En dehors de ces cas spéciaux, l'humidité est habituelle- 
ment grande dans la région: 86,3 p. 100 en janvier, 
77,6 p. 100 en juillet (i). Ces chiffres ne concordent pas 
avec ceux de M. Goffart, basés sur une triple observation 
journalière. Il donne comme moyenne 80,8 en janvier 
et 77,7 en juillet. 

Végétation. Le territoire de Tanger semble avoir été beaucoup plus 

boisé qu'il ne l'est actuellement. Le déboisement peut être 
attribué à plusieurs causes, dont les principales sont : 
l'extension croissante des constructions, le défrichement, 
la fabrication du charbon, et le besoin de bois de chauf- 
fage pour les hammams et pour les fours. Ces causes 
expliquent la nudité relative du pays ; seules sont boisées 
les pentes septentrionales du Djebel el-Kebir, les deux ver- 
sants des massifs de Sidi Hoseïn (2) et d'Aïn Dalia, les hau- 
teurs de Charf El-Aqab et de grands jardins dans les envi- 
rons immédiats de Tanger. 

Partout où des soins ont été apportés à l'entretien et à la 
conservation de la végétation arborifère, les essences 
d'arbres et de plantes les plus diverses y croissent facile- 
ment, même les plantes tropicales. Il s'est même formé 
une flore spéciale d'un aspect très curieux, qui semble due 
au climat extrêmement tempéré de Tanger. La flore indi- 
gène et même les essences importées prennent en effet 

(1) Gentil, op. cit., p. aSg. 

(2) Les arbres sont respectés autour des marabouts parce qu'ils bénéfi- 
cient de leur horm. 



LE PAYS 19 

dans cette région une forme plus svelte, plus gracieuse que 
sous le climat méditerranéen ; les végétaux tangérois sont 
nettement « Canariensis ». 

C'est au bord de la mer, dans les propriétés qui sont 
situées sur le Djebel el-Kebir, que l'on trouve les plus beaux 
jardins : les eucalyptus, les variétés les plus diverses de 
mimosas, les cocotiers, les palmiers, les bambous, les 
pins, etc., atteignent un développement remarquable dans 
ces endroits favorisés. 

Partout ailleurs la végétation est moins florissante. 
Quelques oliviers, figuiers, cactus, dans les vergers entou- 
rant les villages, et, au bord de la côte, des fourrés de 
lentisques, de tamarins et de palmiers nains. 

La faune terrestre de la région de Tanger n'a jusqu'à Faune. 

présent été l'objet d'aucune étude scientifique. 

Quelques recherches malacologiques ont été faites par 
Morelet (1880), Kobelt (1880), Péchaud (i883), Ponsonby 
(1880-1889), Buchet (1904-1909), auxquelles il faut ajouter 
les travaux plus récents de Pallary et de Charrier. 

Faune terrestre. — Elle ne semble présenter aucun 
caractère spécial et est à peu près semblable à celle du 
Sud de la France. On peut citer comme gibier sédentaire : 
le sanglier, qui se trouve exclusivement au Charf el-Aqab 
et aux Haouara; le lièvre, le lapin, la perdrix rouge, 
l'alouette huppée, le merle et les vanneaux ; comme gibier 
de passage: la caille, le canard sauvage, la bécasse, la bé- 
cassine, l'étourneau, les ramiers. 

En dehors du gibier, on trouve : le hérisson, qui est 
mangé par les indigènes; le chacal (rare), des aigles au 
Charf el-Aqab (Colline des Aigles) et dans les rochers 
du Djebel El-Kebîr, des faucons, des éperviers, des émou- 
chets, des corbeaux, des ibis-pique-bœufs ou fausses ai- 
grettes, etc. 



20 TANGER ET SA ZONE 

Dans les jardins vivent des rossignols, des mésanges, des 
chardonnerets, etc. 

Les oiseaux migrateurs qui nichent à Tanger sont les 
cigognes et les hirondelles. 

Les reptiles sont représentés par les lézards, les sala- 
mandres, les couleuvres, etc. ; les vipères seraient très 
rares. Enfin les scorpions se rencontrent assez fréquem- 
ment hors de la ville. 

Faune marine. — Les eaux baignant les côtes de la ré- 
gion sont très poissonneuses. On y trouve une grande 
variété d'espèces: sardines, soles, raies, rougets, maque- 
reaux, limandes, pageaux, loups, thons, etc. 

Mais la faune marine, comme la faune terrestre, est 
encore à étudier systématiquement. Les derniers essais ont 
été tentés, Tun par Pallary (i), l'autre par Charrier (2). 
Le premier a trait aux mollusques, le second aux anné- 
lides polychètes. 

Trois cent cinquante espèces de mollusques ont été 
signalées ou décrites. Les plus fréquentes appartiennent 
aux genres Siphonaria, Aphysia, Gibberula, Turricula, 
Nassa^ Cerithium, Turritella, Cardiwn, Tapes, etc. Les 
Pholas et Gastrochoena abondent dans les calcaires argi- 
leux. 

Quant aux Annélides Polychètes, les types les plus 
abondants sont l'AM^OMinia ientaculata, Perinereis culiri- 
fera, Arenicola branchialis. Les Euniciens sont aussi bien 
représentés, notamment par les genres Marphysa, Lumbri- 
conereis et Maclovia. 

Il y a accord entre les deux auteurs pour reconnaître que 
les sables de la baie sont d'une très grande pauvreté, et 
que les zones les plus riches sont d'une part celle qui va 

(i) Pallary, Liste des Mollusques tesiacés de la baie de Tanger. 
(2) Charrier, Contribution à la faune marine de la baie de Tanger. 
Notes sur les Annélides Polychètes. Tanger, 1919. 



LE PAYS 21 

du feu fixe à la plage, et d'autre part la plate-forme côtière 
du Marchan. 

Un autre fait, intéressant à signaler, résulte des recherches 
indiquées. Si cette forme de mollusques et -d'annélides 
présente à la fois des caractères atlantiques et méditerra- 
néens, ce qui est inévitable par suite de la position géogra- 
phique de Tanger, ce sont toutefois les types atlantiques 
qui y dominent. 



VILLES ET TRIBUS. 



HISTORIQUE 



DE LA PREHISTOIRE A L'ISLAM 



L'histoire de Tanger englobe naturellement celle de sa Archéologie 
Zone et il serait difficile de les séparer ; la Zone de Tanger, préhistorique. 
en raison de ses dimensions très restreintes, n'a pas en 
effet de vie propre : économiquement et politiquement elle 
relève de la ville dont elle constitue la banlieue, et qui est 
pour elle l'unique centre d'attraction. 

Les recherches palethnologiques effectuées dans la région 
de Tanger depuis un demi-siècle environ ont fait découvrir 
un certain nombre de témoins des civilisations primitives, 
dont l'inventaire semble encore loin d'être terminé. 

La présence de dolmens ou monuments funéraires mé- 
galithiques a été pour la première fois signalée par C. Tis- 
sot. En 1876 il réussit à en identifier plusieurs groupes, 
répartis dans le Fahç, généralement au sommet de collines : 

Dans le bassin de l'Oued Bou Khalf , sur les monticules 
d'El-Mers et de Dâr Ghoulman ; 

Près de l'embouchure du même oued, sur la colline ô!El- 
Mriès, qui domine la lagune de Sidi Qâsem; 

Sur le col qui sépare les vallées de l'Oued Bou Khalf et 
rOued Boughadou ; 

Sur le versant méridional de la colline d'Aïn Dalla. 



26 TANGER ET SA ZONE * 

Ces nionuments sont établis d'après un même plan. 

Les dolmens du Maroc présenient la même construction que ceux 
de l'Algérie; quatre dalles brutes plantées de champ forment le coffre 
funéraire, que recouvre une cinquième dalle. Le coffre affecte toujours 
la forme d'un trapèze; sa largeur et sa profondeur sont d'un mètre. Le 
cadavre ne pouvait y être placé que replié sur lui-même. Tous les 
dolmens que j'ai observés sont enterrés dans le sol; la dalle supérieure 
apparaît seule (i). 

Les tombes dont parle Tissot avaient été pour la plupart 
ouvertes et fouillées par les indigènes de la région à la re- 
cherche de trésors, ce qui explique l'indigence de leur mo- 
bilier funéraire. La seule qu'il ait explorée minutieusement 
ne contenait plus que des restes décalcifiés. 

Un autre type de sépultures a été identifié en 1904 par 
G. Salmon et Buchet dans le groupe d'El-Mriès. Il se com- 
posait d'une simple fosse creusée dans le sol sans aucun 
appareil de soutènement des terres et recouverte d'une pe- 
tite dalle brute. Le squelette y était allongé, les pieds 
tournés vers l'Est, les bras ramenés contre le corps, la 
tête infléchie sur la poitrine. D'après le mobilier funéraire 
qui s'y trouvait, Buchet croyait pouvoir attribuer ces mo- 
numents à l'âge de bronze, en donnant à ce terme une va- 
leur très relative (2). 

Les restes d'un petit dolmen constitué par sept dalles de 
calcaire ont été retrouvés par M. Pallary à Aïn Sahila, au 
bord des marais du Charf el-Aqab (3). 

(i) Ch. Tissot, les Monuments mégalithiques et la population blonde au 
Maroc, 1B76; — Recherches sur la Géographie comparée de la Maurétanie 
Tingitane, 1878. 

(2) Cf. Archives marocaines, vol. I, pp. 290-297: Note sur les dolmens 
d'El-Mriès, par G. Salmon. — Bulletin de Géographie historique et des- 
criptive, 1907, pp. 396-399 : Note préliminaire sur quelques sépultures 
antiques du N.-O. du Maroc, par Buchet. —Bulletin du Comité de l'Afrique 
française, 190 Supt., p. 229 : Rapport sommaire, parle même. 

(3) P. Pallary, Recherches palethnologiques dans le Nord du Maroc. 
Congrès de Montauban, 1902. 



DE LA PREHISTOIRE A LISLAM 27 

La région de Tanger contient un certain nombre de 
grottes et abris préhistoriques: la présence de quelques- 
unes de ces grottes dans les falaises du Gap Spartel a été 
signalée dès 1875 par le docteur Bleicher. 

Dans les environs du village de Médiouna, Tissot a re- 
trouvé presque à fleur de sol des fragments de silex et des 
pointes de flèches régulièrement taillées; une hache datant 
de l'époque de la pierre polie avait été trouvée par des in- 
digènes quelque temps auparavant dans les mêmes pa- 
rages. 

Entre le massif de Spartel et celui d'Achaqqar, des fouilles 
pratiquées par Buchet dans une série de petites grottes ont 
donné une collection de silex taillés, d'os façonnés, des dé- 
bris de poteries néolithiques et des vestiges de foyers. 
L'une de ces grottes contenait de petits objets en terre 
cuite façonnés sur un môme type, qu'on put identifier avec 
de grossières images religieuses ou des ex-votos phalliques 
ofl'erts à quelque divinité de la génération : Buchet lui 
donna le nom de Caverne des Idoles. Cette caverne a été 
retrouvée en 1909, non loin de Ziâten, sur la route des 
Grottes d'Hercule, dans une anfractuosité de la falaise 
d'Achaqqar qui surplombe la mer (i). 

Depuis la plus haute antiquité jusqu'à nos jours, la ville Légendes; 
de Tanger est désignée chez les auteurs sous les noms de 
Tingis, Tingi, Tingê, Titga et Tandja; ces termes sem- 
blent être d'origine berbère ou libyenne; leur sens nous 
échappe entièrement aujourd'hui. 

La situation de Tanger à la limite du monde connu des 
anciens a donné naissance à des légendes fameuses. De 
Ceuta, que domine le Djebel Moûsa, jusqu'à Larache, où 

(i) Cf. Archives marocaines, vol. XVIII, pp. Sgi et seq. — Recherches 
archéologiques au Maroc, III : La Caverne des Idoles au sud du cap 
Spartel. La reproduction photographique des ex-voto et des autres pièces 
archéologiques y est donnée en appendice, planches XIV à XVIII. 



28 TANGER ET SA ZONE 

l'on situe le Jardin des Hespérides, on peut, en suivant la 
côte, évoquer les exploits d'Hercule et d'Antée et les aven- 
tures d'Ulysse; près du Cap Spartel on remarque encore des 
grottes qui auraient été habitées par Hercule et qui portent 
son nom. 

C'est dans les parages de Tanger en effet que passe pour 
avoir vécu le roi du Nord-Ouest africain, Atlas ou Antée, 
fils de Neptune et de la Terre; muni d'un énorme bouclier 
en peau d'éléphant, il parcourait la région, forçant ceux 
qu'il rencontrait à se battre avec lui ; il avait élevé un temple 
à son père avec les crânes de ses victimes quand Hercule, 
fils de Jupiter, se présenta pour le combattre, mais le géant 
Antée reprenait des forces chaque fois qu'il touchait des 
pieds la Terre, sa mère; Hercule réussit à l'étouffer en 
1« tenant soulevé dans ses bras. Son tombeau se trouverait 
soit à Djebila, au Sud du Cap Spartel, près des Grottes 
d'Hercule, soit au Charf, au fond de la baie de Tanger. 
Hercule se saisit ensuite de la fille d'Antée, Tingé, pour la 
donner en mariage à son fils Sophax. 

Une variante dit que Tingé était la femme d'Antée ; Her- 
cule l'épousa et eut d'elle un fils, Sophax, qui fonda une 
ville à laquelle il donna le nom de Tingé, en l'honneur de 
sa mère. 

Le tombeau d'Antée aurait été ouvert par Sertorius dans 
les premiers temps de l'occupation romaine : on y aurait 
trouvé un squelette de soixante coudées de longueur 
(33 mètres). 

Une autre légende veut que le Maroc et l'Espagne aient 
formé anciennement un même territoire, fait d'ailleurs 
admis comme exact par la science contemporaine. Les 
Marocains ayant à supporter des attaques continuelles de 
leurs voisins se plaignirent à Hercule, de passage chez eux. 
Hercule éleva une digue du côté de Tanger ou d'El-Qçar 



DE LA PREHISTOIRE A L ISLAM 2^ 

eç-Ceghîr, une autre du côté de Tarifa, puis il ouvrit un 
canal entre les deux digues : les eaux de l'Atlantique, plus 
hautes que celles de la Méditerranée, se précipitèrent dans 
cette mer, qui s'éleva au même niveau. Le Maroc se trouva 
dès lors séparé de l'Espagne (i). 

Une variante de cette légende dit qu'Hercule ouvrit le 
détroit en coupant en deux une montagne reliant l'Espagne 
au Maroc : la partie restée en Espagne serait Calpé (Gi 
braltar), l'autre enterre d'Afrique Abîla (Djelbel Moûsa) 
Ces deux tronçons de la montagne constitueraient les Co- 
lonnes d'Hercule. 

D'après une autre légende, rapportée par Léon l'Afri- 
cain, Tanger aurait été fondée par « un Seigneur appelé 
Sedded, fils de Had, qui, comme ils disent, dompta etgou- 
verna tout l'univers. Au moyen de quoi, il luyprint envie de 
faire bâtir une cité conforme et ressemblante au paradis 
terrestre. Et persistant en son opinion, feit ériger les mu- 
railles, et couvrir les maisons d'or et d'argent, expédiant 
en toutes parts des Commissaires pour recevoir les tribuz». 

En-fin les indigènes actuels racontent que les gens du 
Sous auraient autrefois bâti dans la région de Tanger une 
ville merveilleuse, avec des palais ornés de colonnes de 
pierres précieuses. Nous ne reviendrons pas ici sur la pré- 
sence des Sousis dans le Nord marocain depuis des temps 
reculés, pas plus que sur la signification du terme Sous, 
qui s'appliquait autrefois à tout le Maroc (2). On peut se 
demander toutefois si la tradition ci-dessus s'applique à la 
fondation de Tanger par des tribus berbères venues du Sud 
ou si elle fait allusion à la ville de Cotta, signalée par 
Pline et située par Tissot soit à Agla, soit à Médiouna. On 

(i) Cet exploit est quelquefois attribué à Alexandre le Grand par la légende 
marocaine. 
(2) Cf. Villes et Tribus du Maroc, Rabat et sa région, t. III, pp. 45 et 46. 



3o 



TANGER ET SA ZONE 



ne peut affirmer là-dessus rien de précis, non plus que pour 
la ville de Pontion, que Tissot place aux villages actuels 
des Hadjrïin et d'El-Mriès. 

Les premiers On peut rappeler encore qu'aux temps bibliques le sol de 

habitants. l'Afrique aurait été peuplé entièrement par des nègres des- 
cendant de Cham ; ces nègres auraient été postérieurement 
refoulés du nord vers le centre par une invasion de blancs. 
Sans remonter à des temps aussi lointains on peut se 
demander avec Boissière, qui se base sur Salluste, si les 
premiers habitants de l'Afrique n'ont pas été les Gétules et 
les Libyens. 

Ce sont là les aiitochthones, affirme cet auteur, ceux dont, les hiéro- 
glyphes font mention sous le nom de Lebous, ceux dont un papyrus 
plus récent désigne le pays sous le nom de Tamahou; ce sont les in- 
digènes bruns... les antiques fabricateurs de ces instruments en silex, 
de ces pierres taillées qui sortent du sol africain plus nombreux chaque 
jour ; c'est, en un mot, la race berbère qui vit aujourdliui près de 
nous, et dont les purs échantillons, échappant à toute conquête, se 
sont réfugiés dans les inaccessibles retraites du plateau central. Mais 
voici que l'armée d'Hercule se débande en Espagne; les Mèdes, les 
Perses et les Arméniens (i) qui en faisaient partie, traversent le détroit 
de Gibraltar, passent en Afrique, se mêlent par mariages, les uns aux 
Gétules, les autres aux Libyens, et s'absorbent petit à petit dans le 
courant de la race indigène. Or, vers 1600 avant Jésus-Christ, se pro- 
duit, dans l'Europe occidentale, un grand mouvementde populations: les 
Kymris, venant du Nord refoulent certains groupes de Celtes jusqu'en 
Espagne, et les habitants de cette contrée, poussés eux-mêmes par 
l'invasion, s'échappent en directions diverses, les uns par les Pyrénées 
vers l'Italie, sous le nom de Ligures, les autres par le détroit de Gi- 
braltar. 

N'est-ce pas là l'armée d'Hercule ? Les Mèdes, les Arméniens de 
Salluste, c'est-à-dire, sous un nom hasardeux, des peuples d'origine 
aryenne, ne sont-ils pas ces hommes blonds aux yeux bleus, venus du 
Nord par les îles delà Méditerranée et la Péninsule Ibérique, et qui cou- 
vrirent la Tunisie, surtout l'Algérie et le Maroc, d'une traînée inin- 



(1) Cf. injra, lignes 3i et Sa. 



DE LA PRÉHISTOIRE A l'iSLAxM 3i 

terrompue de monuments mégalithiques de toutes sortes, de dolmens et 
de sépultures où nous ne retrouvons pas seulement leurs ossements, 
mais leurs instruments et leurs armes, tantôt de pierre polie, tantôt de 
bronze et de fer (i) ?... 

Ainsi, d'après Boissière, les Gétules et les Libyens, pre- 
miers habitants du N. de l'Afrique, seraient les hommes 
de la pierre taillée, la race « de nos indigènes actuels, qui 
en majorité sont bruns, la race berbère » ; les Aryens, 
blonds et aux yeux bleus, qui auraient envahi leur pays, 
constitueraient les hommes de la pierre polie et des monu- 
ments mégalithiques. Relativement peu nombreux, ceux-ci 
auraient à la longue été absorbés par les autochtones, dont 
la race aurait repris le dessus avec ses traits physiques et 
autres : ce seraient les représentants des deux races fu- 
sionnées que trouvèrent dans le pays les conquérants suc- 
cessifs. 

Les Gétules, terme dans lequel on reconnaît assez faci- 
lement les Gzoûla, occupaient le Sahara et ses abords, de 
l'E. à rO. de l'Afrique. A un point de vue plus local, au 
Maroc ils avaient pour voisins les Maçmoûda, qui leur 
étaient apparentés et constituaient peut-être une de leurs 
fractions. A la famille des Maçmoûda appartiennent les 
Ghomara, leurs représentants dans le N.-O. du Maroc. Or 
les Ghomara sont signalés dans la région de Tanger de- 
puis les premiers temps connus de l'histoire berbère (2) ; 
la population actuelle de la région comprend des types 
bruns et des types blonds aux yeux bleus. 

On peut rappeler que des auteurs anciens placent dans 
la même région un peuple qu'ils appellent les Métagonitaï: 

(i) Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration dans le 
Nord de l'Afrique, par Gustave Boissière, pp. 97-99. Paris, Hachette, 1878. 

(2) Cf. Villes et Tribus du Maroc, vol. V : Rabat et sa région, t. III, 
pp. 45 et 46. 



32 



TANGER ET SA ZONE 



il est inutile d'essayer d'identifier cette appellation avec 
celle des habitants actuels, les noms propres ayant été en- 
tièrement déformés par ces auteurs, qui ne connaissaient le 
pays que par des traditions mal transmises ou des rensei- 
gnements indirects et ignoraient la langue qu'on y parlait. 
De plus, admettre cette hypothèse ce serait admettre que 
les populations du Maroc sont toujours restées sédentaires; 
or le fait contraire est indiscutablement établi par l'étude 
des déplacements formidables des tribus, dont on a vu des 
exemples si frappants dans la « Châouia » et dans la région 
de Rabat et dont plusieurs remontent à peine à moins de 
trois siècles. A cela s'ajoute que la région de Tanger a été 
de tous temps un lieu de passage pour les invasions venues 
d'Espagne et d'Afrique et que les représentants des races 
primitives s'y sont raréfiés. 

La carte de Tissot porte, à côté des Métagonitaï, les 
Abrida; c'est là un terme berbère qui s'applique à ceux qui 
habitent les bords d'un détroit, tels les Rouafa (Rifains) 
actuels; ce n'est pas un nom de peuple. 

De tout ce qui précède nous retiendrons que la fusion 
des Aryens, constituant la prétendue armée d'Hercule, et 
des Maçmouda Ghomara, habitants primitifs du pays, 
semblerait s'être opérée à partir de 1600 avant Jésus-Christ. 

Nous dirons également que, d'après les auteurs indi- 
gènes, Tanger était anciennement la capitale du Soûs Ei- 
Adna (i). 

Les Les Phéniciens. — Une tradition obscure place la venue 

Phéniciens. de Phéniciens à Tanger vers 1460 avant Jésus-Christ, à 
l'époque où, refoulée vers la mer par les Hébreux, la popu- 
lation de la Palestine « s'embarqua sur les vaisseaux de 

(i) Cf. supra, p. 29. 



DE LA PREHISTOIRE A L ISLAM 

Tyr et de Sidon et alla fonder des colonies jusqu'aux extré- 
mités occidentales de la Méditerranée (i) »• 

Dans rétat actuel de la documentation il est impossible 
d'affirmer que les Phéniciens ont été les fondateurs de 
Tanger. Il est probable qu'ils y trouvèrent quelque agglo- 
mération indigène, l'une de ces innombrables bourgades 
ou villes berbères actuellement disparues et dont les au- 
teurs indigènes signalent la présence sur tout le sol du 
Maroc ancien. Visant dans leurs entreprises des buts sur- 
tout commerciaux (2), les Phéniciens se bornèrent sans 
doute à fonder à Tanger un comptoir de commerce ana- 
logue à ceux qu'ils possédaient dans les autres parties du 
littoral africain, sans chercher à pénétrer à l'intérieur des 
terres ni à soumettre les populations indigènes. 

L'emplacement sur lequel s'élevait la ville à cette époque 
reculée n'a pas encore été identifié avec certitude. 

Une hypothèse d'ordre général veut que, le long des 
côtes, les indigènes s'établissent de préférence au fond des 
baies, n'ayant rien à craindre des populations de l'inté- 
rieur, tandis que les conquérants au contraire s'installent 
sur les pointes, le plus loin possible de ces mêmes popula- 
tions, naturellement hostiles. 

Il est difficile d'établir le bien-fondé de cette hypothèse. 
Néanmoins il semble qu'il n'y ait pas lieu de s'arrêter à 
l'opinion de certains auteurs, qui situent Tingis sur l'em- 
placement des ruines de Tandja El-Balia, à 3 kilomètres au 
S.-E. de la ville actuelle; Graberg di Hemso prétend à tort 
que ces ruines datent d'une époque antérieure aux Phéni- 
ciens: elles remontent tout au plus au moyen âge ber- 
bère (3). Du temps de Procope, vers 53o après Jésus-Christ, 



(i) Les Villes maritimes du Maroc, par Élie de la Primaudaie, in Revue 
africaine, 1872, p. 3io. 

(2) Gustave BoissiÈRE, loc. cit., pp. 3 et 4. 

(3) TissoT, loc. cit., p. 45. 




54 TANGER ET SA ZONE 

il y avait à Tanger deux colonnes portant l'inscription 
phénicienne suivante: Nous sojnmes ceux qui avons fui 
devant le brigand Josué, fils de Navé{i). Castellanos pré- 
tend de nos jours que ces deux colonnes se trouvaient au 
milieu des ruines de Tandja El-Balia(2). 

Pour d'autres auteurs, tels que Renou et Tissot, la situa- 
tion du mouillage suffirait à elle seule à établir que Tingis 
occupait l'emplacement de la ville indigène actuelle, empla- 
cement qui d'ailleurs n'aurait jamais varié avec les occu- 
pants successifs. La présence de nombreuses tombes d'ap- 
parence liby-phéniciennes creusées dans le roc, sur le 
plateau du Marchan, semble confirmer entièrement cette 
opinion (3). D'autre part, le Marchan paraît avoir consti- 
tué de tout temps une vaste nécropole. 

Les tombes du plateau du Marchan sont les seuls vestiges 
actuels de l'époque liby-phénicienne ; il faut y ajouter peut- 
être une stèle grossière, taillée dans une pierre meulière 
provenant des carrières du Cap Spartel et découverte par 
Tissot près de l'ancienne légation de France. Enfin, dans 
un couloir souterrain partant de la Qaçba, J. Buffa aurait 
découvert des chambres mortuaires contenant des débris 
d'urnes funéraires avec des caractères puniques (4). 

Les Les Carthaginois. — Aux Phéniciens vinrent se super- 

Carthaginois, poser les Carthaginois vers l'an 53o avant Jésus-Christ. 

On ne sait rien de cette nouvelle période de l'histoire, 
sinon que l'amiral Hannon franchit à cette date approxi- 
mative les Colonnes d'Hercule et qu'il fonda une station à 

(i) D'après Élie de la Primaudaie, loc. cit., p. 3 10. 

(2) Castellanos, Historia de Marruecos, p. 46. 

(3) Cf. Tissot, loc. cit., p. 46. — Cf. également Archives marocaines, 
vol. XVIII, p. 375: Recherches archéologiques au Maroc; les Sépultures 
antiques du plateau du Marchan. 

(4) Travels through the empire of Morocco, p. «4. Buffa aurait visité ce 
souterrain en i8o5. 



DE LA PRÉHISTOIRE A l'iSLAM 35 

Tingis; après lui Himilcon dépassa également ces mômes 
Colonnes. Tingis est citée dans le Périple de Hannon ; de 
la relation de Himilcon il ne reste malheureusement que 
quelques fragments. 

On a déjà vu que les Phéniciens se livraient au com- 
merce sans aucune apparence d'occupation politique ou 
militaire du pays. Les Carthaginois au contraire nous 
sont donnés par Thistoire comme cherchant à appuyer sur 
la force leur monopole du négoce ; il est peu probable 
qu'ils aient eu à imposer leur domination commerciale à 
Tanger : elle leur était acquise de fait par la présence des 
Phéniciens, leurs frères de race et leurs prédécesseurs de 
longue date ; leurs guerres avec les Romains absorbèrent 
d'ailleurs la plus grande partie de leur activité. 

Après la chute de Carthage, Phéniciens et Carthaginois 
restèrent dans le pays, où ils furent absorbés lentement 
par le milieu indigène; aucun auteur, aucune tradition ni 
légende ne fait mention de leur départ. 

Bokkar. — Au début du troisième siècle avant Jésus- Les rois 

Christ, le Maroc obéissait à Bokkar, qui résidait à Tanger, indigènes. 
capitale du royaume, et qui était un lieutenant du roi de 
Numidie Syphax. En 202 avant Jésus-Christ, après la cap- 
ture de Syphax, il devint le vassal de Massinissa. 

Bokkus /"^ — Vers io5 avant Jésus-Christ, le Maroc est 
sous la domination du roi Bokkus, qui réside également à 
Tanger. Le règne de ce souverain fut marqué au début par la 
lutte contre l'influence romaine, qui se manifestait par un 
appui occulte prêté à des chefs d'opposition. 

Bokkus I"*" entra en lutte avec les Romains aux côtés de 
son gendre Jugurtha, mais ne le jugeant pas de taille à 
leur résister et cédant aux intrigues de Sylla, lieutenant 
de Marius, il le trahit presque aussitôt et le livra à ses 



36 TANGER ET SA ZONE , 

ennemis (io5 av. J.-C.) ; son royaume s'agrandit alors 
jusqu'au delà de la Moulouia. Il resta depuis constamment 
fidèle à Sylla, même aux temps de la rivalité avec Marius. 

La fin du règne de Bokkus fut marquée par des revers 
de fortune. Ce fut d'abord une tentative de main mise sur 
Tanger par Sertorius fuyant devant Sylla, puis la révolte 
d'Ascalis, fils de Iphta, qui chassa Bokkus de la capitale et 
se posa en prétendant; ce fut ensuite le siège de Tanger par 
Sertorius. Bokkus fut alors abandonné par Sylla, qui se 
tourna du côté d'Ascalis et envoya des troupes à son 
secours ; mais Sertorius battit ces troupes et enleva d'assaut 
Tanger, où il captura le prétendant et sa famille (82 avant 
J.-C). 

Sertorius étant repassé en Espagne quelque temps après, 
Tanger se trouva incorporée de nouveau au royaume du 
Maroc. 

Bogud /'"'. — Sur ces entrefaites Bokkus était mort et 
son royaume avait été partagé entre ses deux fils, Bogud 
et Bokkus. La partie occidentale, avec Tanger pour capi- 
tale, échut à Bogud et prit, d'après les auteurs latins, le 
nom de Bogudiana; la partie orientale revint à Bokkus 
(Bokkus II). 

Alors commence une période obscure d'une quarantaine 
d'années, sur laquelle les auteurs ne nous ont transmis 
aucun renseignement précis. En outre, une confusion 
extrême règne sur les noms de Bokkus et Bogud, qu'on n'a 
jamais pu identifier. 

Un Bogud, sans doute Bogud P^ est donné comme 
ayant soutenu Pompée contre le roi de Numidie, Yarbas. 
Un personnage du même nom se serait déclaré partisan 
de César ; il serait même passé en Espagne en 48 et 45 
avant Jésus-Christ pour l'aider à écraser le parti pompéien, 
et, en récompense de ses services, aurait reçu la Maurétanie 
Sétifîenne, qu'il auraitajoutée à son royaume (46 av. J.-C). 



DE LA PREHISTOIRE A L ISLAM ^7 

Un Bokkus perd la Sétifîenne en 44, l'année même de son 
arrivée au pouvoir. En l'an ^o, un Bogud, fils de Bokkus, 
est donné comme ayant hérité du royaume de la Tingi- 
tane, tandis qu'à la même époque un Bokkus (Bokkus III) 
gouvernait la Sétilienne. 

Bogud II. — Bogud, fils de Bokkus, régnait à Tanger; 
il est représenté par les historiens comme héritier de la 
haine de son père envers Octave. Passé en Espagne en 38 
avant Jésus-Christ pour combattre en faveur d'Antoine les 
partisans du triumvir, il fut attaqué sur ses derrières par 
le roi de la Sétifienne, Bokkus III, qui s'empara de ses 
États : Tanger se révolta et se constitua en république. 
Bogud s'enfuit à Alexandrie auprès d'Antoine : fait prison- 
nier à Méthone par Agrippa, il devait être décapité en 
l'anSi. 

Bokkus III. — Bokkus III devint alors roi de toute la 
Maurétanie, à l'exclusion de Tanger, devenue un État in- 
dépendant. La même année (38 av. J.-C), il se déclara 
vassal de Rome; à sa mort, cinq ans après, il ne lui fut 
pas donné de successeur. 

Tanger cité romaine. — On vient de voir que Tanger L'occupation 
s'était révoltée en 38, qu'elle avait refusé de recevoir le romaine. 

roi de la Tingitane Bogud II et l'usurpateur Bokkus III 
et qu'elle s'était constituée en république. 

Cet état de choses fut maintenu par Octave : Tanger fut 
exclue des possessions de Bokkus III et déclarée cité libre ; 
elle conserva la forme du gouvernement qu'elle s'était 
donnée. 

On sait que le Maroc participa à la révolte générale de 
l'Afrique du Nord consécutive à l'assassinat à Rome du 
roi berbère Ptoiémée, qu'il fut vaincu en 41 après Jésus- 
Christ par le préteur Suetonius Paulinus,et définitivement 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 4 



38 TANGER ET SA ZONE 

conquis par Hasidius Geta. Vers l'an 42 il fut réduit en 
province romaine par l'empereur Claude : Tanger fut 
élevée au rang de colonie (i) et devint la capitale adminis- 
trative et militaire de la Maurétanie Tingitane ; ses habi- 
tants, considérés comme citoyens romains, jouirent de 
toutes les prérogatives attachées à ce titre : ils étaient 
notamment exemptés du tribut. 

En dehors de cette particularité, l'histoire de la ville 
se confond avec celle du pays tout entier. On rappellera ici 
que la Tingitane, de même que la Césarienne, étaient 
régies par des Procurateurs choisis pour un an, qui rele- 
vaient de l'Empereur et exerçaient tous les pouvoirs, aussi 
bien militaires que judiciaires et administratifs. 



(i) Pline déclare que Tingis (Tanger) reçut dès lors le nom de Julia Tra- 
ducta; c'est le seul auteur latin qui le dise. 

Une ville du nom de Julia Transducta, ou encore Julia Jos^a, a été fondée 
anciennement sur la côte méditerranéenne de l'Espagne par des Africains 
d'origine phénicienne ; d'après Strabon (début du premier siècle après J.-C), 
ces Africains seraient des habitants de Tanger et d'Arzila qui y auraient été 
transplantés par les Romains ; d'autre part, Mêla, qui écrivait quelques 
années à peine après Strabon (40 après J.-C), parle des colons phéniciens 
transportés d'Afrique, mais il ne dit pas qu'ils l'aient été par l'ordre des 
Romains. Julia Joza, en Espagne, aurait été fondée au temps d'Annibal. Il 
est possible qu'une partie de la population de Julia Transducta ait été 
ramenée à Tanger, ce qui expliquerait le nom donné à la ville par Pline. 

Telle est l'opinion de Mannert {Géographie ancienne des Etats barba- 
rexques, d'après l'Allemand de Mannert, par M. L. Marcus et Duesberg, 
avec des additions et des notes par M. L. Marcus, Paris, 1842, pp. 545-547). 
Marcus se range à la version de Pline {ibid., p. 729), César aurait forcé une 
partie des habitants de Tanger à aller s'établir en Espagne, parce que le 
roi de la Tingitane Bokkus avait envoyé ses fils au secours des Pom- 
péiens (cf., p. 454) ; par la suite, l'empereur Claude aurait laissé ces habi- 
tants revenir à Tanger, qui aurait pris dès lors le nom de Julia Traducta. 
Marcus semble oublier que si les fils de Bokkus combattirent pour Pompée, 
Bokkus lui-même lutta contre lui. 

A une date plus récente (1877) Tissot admet également la version de Pline 
et apporte à l'appui une inscription latine {loc. cit., pp. 49-5i). Un simple 
examen de cette inscription, dont il ne reste d'ailleurs que des fragments et 
dont une interprétation différente de celle de Tissot a déjà été donnée par 
Besnier {Archives marocaines, vol. I, p. "ijZ, Paris, 1904) suffit à montrer 
qu'elle est trop incomplète pour servir de base à quelque hypothèse que ce 
soit. 



DE LA PRÉHISTOIRE A l'iSLÂM 89 

Plus tard, en 291, sous le règne de Dioclétien, la Tingitane fut ratta- 
chée au diocèse d'Espagne et placée sous les ordres d'un Cornes Tingi- 
tanœ, relevant du Magister Pediium de Rome ; l'administration civile 
fut confiée à un Praeses obéissant au vicaire d'Espagne. 

En 323, elle fut décrétée par Constantin dépendance de la Préfec- 
ture des Gaules ; un Praeses y représentait le préfet du prétoire ; un 
comte relevant encore du Magister Peditum, y exerçait les pouvoirs 
militaires avec, sous son commandement, un préfet de cavalerie, cinq 
tribus de cohortes et des corps mobiles; les finances et les domaines 
étaient gérés par des délégués spéciaux (i). 

Le port principal de la Tingitane était Tanger. C'est par 
là que s'écoulaient la plus grande partie des produits ex- 
portés du Maroc à destination de Rome en passant par 
l'Espagne : blé, huile, thuya, peaux, bêtes fauves, che- 
vaux, etc. La région de Tanger était couverte d'olivettes 
et de nombreuses fermes s'y élevaient. 

L'occupation romaine dura près de cinq cents ans ; elle 
n'alla pas sans résistance de la part des autochtones, qui 
firent même une descente en Espagne vers 170; une nou- 
velle révolte de la Tingitane se produisit vers 225, sur la- 
quelle nous ne possédons aucun renseignement. 

On ne sait à peu près rien de l'introduction du Christias- 
nisme à Tanger, pas plus que dans le reste de la Tingi- 
tane. Les actes de saint Marcellus, centurion de la légion 
trajane, et de saint Cassanius, qui furent martyrisés à 
Tanger vers 298, sont les plus anciens textes qui existent à 
ce sujet. D'autre part, Tanger n'est pas énumérée dans la 
nomenclature donnée par Morcelli des évêchés d'Afrique 
et de la Tingitane aux quatrième et cinquième siècles. 

Voies romaines. — Tanger communiquait avec le Sud 
du Maroc, d'après Tissot, par une simple piste peu ou pas 

(i) Villes et Tribus du Maroc, vol. Y, Rabat et sa région, 1. 111, p. 48. 



40 TANGER ET SA ZONE 

entretenue, la seule d'ailleurs qui existe encore entre Tan- 
ger et Arzila, par Aïn Dalia et Dchar Djedîd {Ad Mercuri) 
d'où partaient d'autres routes. Des ruines jalonnent ce 
tracé : les restes d'un pont à hauteur de Bou Amar etceux 
[Soueïar) d'un poste militaire qui commandait un défilé 
entre Aïn Dalia et l'Oued M'harhar. 

Une autre voie reliait Tanger àTemuda (Tétouan) : elle 
était jalonnée par des postes, dont celui de Duga ; les 
ruines de ce poste, appelées actuellement El-Bouniân (les 
Constructions) se trouvent au S. -S. -E.de Saïoufa(Ouadras), 
entre Soueïar et Tétouan. 

Vestiges de Vépoque romaine. — On ne connaît, dans la 
région de Tanger, que de rares vestiges de l'époque romaine. 

Au onzième siècle, les restes apparents étaient encore 
nombreux, au dire d'El-Bekri (i), et les fouilles pratiquées 
dans les tombeaux donnaient souvent des. résultats fruc- 
tueux ; cette particularité a même donné naissance à la lé- 
gende populaire de trésors enfouis dans le sol de Tanger. 

De ces vestiges, il ne reste plus aujourd'hui que les 
ruines d'un aqueduc, dont on aperçoit encore les derniers 
débris sur la rive gauche de la rivière des Juifs, près de 
l'embouchure, et qui amenait dans la ville les eaux de la 
Montagne, et les ruines de thermes à Aïn el-Hammâm,au 
pied du Charf El-Aqab{2). 

Il faudrait y ajouter semble-t-il, quelques-uns des chapi- 
teaux et colonnes qui, à la Qaçba ornent le Palais du Sul- 
tan et le tribunal des Khalifas du Pacha, au milieu de chapi- 
teaux et colonnes de construction moderne ; sur l'empla- 
cement de la Qaçba doivent s'être élevées, en effet, au temps 
de l'occupation romaine, de nombreuses constructions dont 



(0 Description de C Afrique septentrionale, trad. De Slane. Paris, Alger, 
igiS, p. 214. 

(2) Cf. Archives marocaines^ vol. XVIII, pp. SSi-Sgo : les Thermes 
d'Aïn el-Hammdm, par Péretié. 






DE LA PREHISTOIRE A L ISLAM 



les restes ont été utilisés par les musulmans ; la légende^ 
veut même qu'il y ait eu un temple consacré à Hercule. 

Le sous-sol paraît moins pauvre que la superficie : « Les 
fouilles pratiquées pour creuser des puits ou établir des 
fondations, déclare Tissot, ont toujours traversé des subs- 
tructions romaines. » 

Des pièces archéologiques isolées ont été trouvées en di- 
vers endroits au hasard des travaux de substruction. Parmi 
les plus curieuses, on peut citer une mosaïque découverte 
en i88i dans les fondations de l'église espagnole en cons- 
truction et représentant Orphée jouant de la lyre, au mi- 
lieu d'animaux reproduits chacun dans un encadrement ; — 
un fragment de colonnette de marbre et un petit autel en 
pierre schisteuse, près du rempart sud de la ville, à la partie 
basse du cimetière juif; — les ruines d'une ferme romaine 
avec une meule en grès d'un moulin àhuile, des jarres, etc., 
— enfin, un grand nombre de pièces de monnaie. 

Des travaux de démolition entrepris en 1906 sur l'em- 
placement de l'hôtel de l'ancienne légation de France ont 
mis à jour, à une assez grande profondeur, une chambre 
sépulcrale à coupole, à laquelle on accédait par un puits 
débouchant dans une galerie. La chambre principale con- 
tenait un assez grand nombre de vases en terre, d'époques 
différentes; elle était flanquée d'une annexe sans mobilier 
funéraire, mais présentant des restes d'ossements humains 
calcinés ; quelque temps auparavant, on avait déouvert au 
même endroit, une inscription latine sur marbre et deux 
grandes urnes cinéraires. 

Un abri funéraire dissimulé sous un tumulus a été dé- 
couvert en 1908 par la Mission scientifique du Maroc au 
S.-O. de Tandja El-Balia, près de Meghoura Eç-Ceghîra ; 
il était constitué par de gros blocs de pierre et l'entrée en 
était fermée par une dalle de i m. 10 x o m. 45. A l'inté- 
rieur, on remarquait deux chambres 'trapézoïdales d'iné- 




42 TANGER ET SA ZONE 

gale grandeur, communiquant entre elles par une porte 
formée de trois dalles, dont celle du sommet était cintrée ; 
trois des faces de chaque chambre comportaient des niches. 
Le mobilier funéraire comprenait plusieurs vases de terre 
vernie. Ce tombeau pourrait faire croire à la présence en 
cet endroit d'une nécropole berbère remontant au temps de 
l'occupation romaine (i). 

Les résultats d'ensemble les plus importants ont été ac- 
quis par la Mission scientifique du Maroc dans les dunes 
de Bou Khach khach, entre l'actuel boulevard de la Dette, 
le collège Regnault et les immeubles de la Société Immobi- 
lière. Des travaux de lotissement firent apparaître une né- 
cropole romaine, enfouie sous les sables, dont une tren- 
taine de tombes ont été identifiées et étudiées d'octobre 1908 
à avril 1909 (2). 

La plupart de ces tombes portaient des peintures poly- 
chromes, représentant soit des motifs d'ornementation de 
fleurs ou de feuillages, soit des scènes inspirées sans doute 
par le rang du défunt ou les fonctions qu'il exerçait avant sa 
mort, soit des animaux divers (oiseaux, paons, etc.) dont la 
figuration répondait peut-être à un symbole dont le sens nous 
échappe. L'une de ces fresques représente un soldat entre 
deux chevaux de profil, avec un bouclier au bras gauche et 
une cravache à la main droite; sur une autre on remarque, 
dans un encadrement de colonnes, des attributs divers : un 
écran ou éventail, des sandales, des traces de pas. 

Ces échantillons d'un art pictural africain de l'époque 
romaine sont les seuls qu'on ait encore découverts au Ma- 
roc ; on n'en connaît d'ailleurs qu'un petit nombre dans le 
reste de l'Afrique du Nord. 

(i) Les vases trouvés dans cet abri funéraire sont conservés au musée de 
la Mission scientifique du Maroc, à Tanger. 

(2) Sur le détail de ces fouilles, cf. Repue du Monde musulman^ t. VI, 
pp. 410-432. On y trouvera la reproduction photographique des tombes et les 
fac-similés en couleur des principaux motifs d'ornementation. Cf. Appendice l- 



DE LA PRÉHISTOIRE A l'iSLAM 48 

Le mobilier funéraire était malheureusement assez 
pauvre, les sépultures ayant été violées à une époque anté- 
rieure : quelques pièces de monnaie, des vases et des 
lampes en argile, des lacrymatoires en verre irisé, des 
bijoux en ambre ou en pâte de verre. En outre, trois ins- 
criptions funéraires permirent de fixer, sans risque d'er- 
reur, l'époque à laquelle appartient cette nécropole. 

Au point de vue épigraphique, on n'avait encore relevé 
â Tanger qu'une douzaine d'inscriptions latines : deux dé- 
dicaces religieuses, une dédicace impériale, deux dédicaces 
honorifiques, quatre épitaphes païennes, deux épitaphes 
chrétiennes et une estampille de tuiles et briques prove- 
nant des ateliers impériaux. 

A cette liste, les travaux de la Mission scientifique du 
Maroc ont permis d'ajouter des fragments d'inscriptions 
et quatre inscriptions entières : trois épitaphes romaines 
païennes et une épitaphe romaine chrétienne ; cette der- 
nière date de 3^5 et le texte en est donné dans les Archives 
marocaines^ volume XVIII, page 876 (i). Voici le texte des 
inscriptions qui n'ont pas encore été reproduites; on y 
a ajouté celui d'un très beau fragment d'inscription sur 
marbre : 

D. M. s. D. M. 

AURELIAMA C. AUREL. HERMA 

XIMA. VIXIT. AUR. NATALIS 

ANNIS. L. LIB. VIX. AN IV 

H. S. E. S. T. T. L. H. S. E. S. T. T. L. 

S. MANIBUS 

H. ROHAVI. VET. AN. LXX 

CADAMI. VET. AN. LXXX 

H. S. S. I. T. L. 



(i) Sur l'archéologie romaine à Tanger, cf. 
TissoT, loc. cit., pp. 44-5i. (Suite p. 44). 



44 TANGER LT SA ZONE 

Un résumé des recherches archéologiques effectuées par 
la Mission scientifique du Maroc est donné en appendice à 
la fin de cet ouvrage. 

Les Vandales. On a vu dans Rabat et sa Région (i) que la domination 
romaine au Maroc fléchit brusquement en 429, qu'elle se 
releva en 442 et qu'elle tomba définitivement en 476. Fran- 
chissant le détroit de Gibraltar en mai 429 sous les ordres 
de Genséric pour se porter au secours du gouverneur Boni- 
face, les Vandales passèrent en Tingitane et envahirent 
l'Afrique du Nord en direction d'Hippone (Bône). 

En l'absence de documents, il est permis de se demander 
si la région de Tanger fut occupée efTectivement et en per- 
manence ou si, plus probablement, les Vandales ne firent 
qu'y passer : la première opinion paraît peu vraisemblable, 
en raison même de la faiblesse numérique des envahisseurs, 
dont Tefîectif n'atteignait pas le chiffre de 80.000, en y 
comprenant les femmes, les enfants, les vieillards et les 
esclaves (2). Il est normal cependant de supposer que l'ar- 
mée de Genséric se soit préoccupée d'assurer ses derrières 
en cas d'échec ; mais elle trouva immédiatement des auxi- 
liaires dans les indigènes marocains, sur qui pesaient lour- 



M. Besnier, Recueil des Inscriptions antiques du Maroc, in Archives ma- 
rocaines, vol. I, pp. 372-425. 

BiARNAY et Pkretié, les Sépultures antiques du plateau du Marchan, ib.., 
pp. 373-380. 

Péretié, les Thermes d\Aïn el-Hammâm, ib., pp. 381-387. 

M. Besnier, Découverte d'une nécropole romaine de Tanger, in Revue du 
Monde Musulman, vol. VI, pp. 410-418. 

Ed. Michaux-Bellaire, Fouilles dans la nécropole romaine de Tanger^ 
ib., pp. 419-432. 

G. BucHET et Ed. Michaux-Bellaire, Nouvelles fouilles dans la nécropole 
de Tanger, ib., vol". VII, pp. 433-436. 

Jb., vol. X, pp. 297-312. 

Bulletin du Comité de l'Afrique française, 1906, Sup. : pp. 23 1 et seq. : 
Mission Buchet, rapport sommaire d'ensemble. 

(1) Villes et Tribus du Maroc, vol. V, pp. 48 et seq. 

{2) Histoire de la domination des Vandales en Afrique, par M. Jean 
Yanoski. Paris, i883, p, 10. 



DE LA PREHISTOIRE A L ISLAM 



45 



dément les rigueurs de la discipline romaine et les exi- 
gences d'une fiscalité impitoyable. Ces ennemis de Rome 
furent considérés comme des « libérateurs » et, de fait, on 
ne leur offrit au Maroc aucune résistance : Tanger et Ceuta 
seraient même devenues leurs tributaires (i). 

En 458, à la suite de la rupture du traité de Carthage (442) 
les Vandales reparurent peut-être dans la région pour s'op- 
poser au débarquement d'une armée romaine massée à 
Carthagène et prête à passer en Tin gitane. 

Quoi qu'il en soit, l'histoire de Tanger et de sa région 
demeure confuse et se perd dans l'histoire générale des 
événements qui se déroulent en Afrique du Nord jus- 
qu'après la chute de l'Empire romain d'Occident, en 476. 
On peut dire néanmoins que la Tingitane ne semble pas 
avoir été évacuée par les Romains, aucun texte ne faisant 
mention de leur départ. 

L'Empire vandale s'écroula en 533, sous les coups du 
général byzantin Bélisaire. 



La domination byzantine au Maroc ne fut jamais que 
nominale ; elle ne fut marquée effectivement que par l'oc- 
cupation de quelques points, dont le plus important fut 
Ceuta, où fut installée une garnison et où vint mouiller 
une escadre (534). 

A la fin du septième siècle et au commencement du hui- 
tième, Ceuta et les Ghomara étaient gouvernés au nom de 
l'empereur de Byzance par un personnage de religion chré- 
tienne, Yliân (Julien) leGhomâri, qui entretenait des rela- 
tions suivies avec les Wisigoths d'Espagne. 



Les 
Byzantins. 



A la même époque, dit Ibn El-Qoutbiya (2), « la ville de 
Tanger appartenait aux chrétiens. Un négociant étranger, 



Les 
Wisigoths. 



(i) The Moorisch Empire, by Budgett Meakin, p. 17. 
(2) Histoire de la conquête de l'Espagne, trad. Cherboxneau, in Journal 
asiatique. 



4^ TANGER ET SA ZONE 

appelé Julien, s'y rendait fréquemment pour acheter des 
faucons et des chevaux de luxe ». 

La présence d'une population chrétienne à Tanger dès le 
commencement du septième siècle (i) laisse supposer qu'il 
y avait dans la ville des éléments étrangers assez nombreux : 
il est en effet difficile d'admettre que cette population chré- 
tienne ne comprenait exclusivement que des Berbères con- 
vertis, dont la foi peu profonde changeait rapidement avec 
les circonstances. Peut-être même ces chrétiens étaient-ils 
des ariens, ce qui dénoterait une influence des Wisigoths 
d'Espagne, qui pratiquaient l'arianisme, comme d'ailleurs 
leurs prédécesseurs les Vandales. 

D'après plusieurs auteurs, Tanger aurait appartenu aux 
Goths au septième siècle, avant l'introduction de l'isla- 
misme ; d'autres précisent que l'occupation de la ville par 
les Goths aurait eu lieu en même temps que celle de Ceuta 
sous le règne d'Héraclius (610-641) : en 621 le roi Sicebut 
aurait pris et pillé Tanger. Léon l'Africain déclare qu'après 
la prise de possession de Tanger par les Goths, « cette cité 
fut ajoutée au domaine de Sebta » (Ceuta) (2). 

Apparition Au moment où l'islamisme essaie de pénétrer au Maroc 

de rislam. avec Oqba ben Nâfi, en 682, Tanger semble encore dé- 
pendre de Ceuta, au moins nominalement : « Le roi de Tan- 
ger, un chrétien du nom de Yliân le Ghomari... », dit l'au- 
teur du Djoummân (3). On sait qu'à cette époque le comte 
Julien était également gouverneur de Ceuta. 

D'autre part, il ressort de l'étude des auteurs indigènes 
qu'en l'an 707, à l'arrivée du général arabe Mousa ben 
Noceïr, le comte Julien n'était gouverneur que de Ceuta et 

(i) Cf. l'Afrique byzantine, par Diehl, p. 266. 

(2) Cf. Histoire des Berbères, par Ibn Khaldoun, trad. De Slane, t. I, 
p. 209. — Description de l'Afrique^ par Léon l'Africain, Paris, 1897, t. II» 
p. 245. 

(3) D'après VIstiqçâ, op. cit., t. 1, p. 38. 



DE LA PREHISTOIRE A L ISLAM 47 

des Ghomara : il n'est pas fait mention que Tanger fût 
placée sous son autorité. 

A son arrivée au Maroc l'Islam se heurta immédiatement 
à la population berbère, qui professait le paganisme, le 
judaïsme ou le christianisme. Dans la région du N.-O. 
l'élément chrétien dominait presque entièrement, bien que 
mélangé sans doute à un élément juif. 

Le conquérant arabe Oqba ben Nâfi se serait présenté 
devant Tanger en 682 ; d'après El-Bekri, il aurait emporté 
la ville d'assaut et en aurait massacré la population mâle : 
selon l'auteur du Djoummân, la ville aurait capitulé sous 
conditions ; enfin, suivant Ibn Khaldoun, Oqba ne serait 
même pas venu à Tanger. 

Quoi qu'il en soit, le comte Julien aurait versé un tribut 
au conquérant arabe ; celui-ci abandonna immédiatement 
le Nord-Ouest marocain et se porta vers le Sud contre les 
« Berbères impies (i) ». 

Aucune conversion à l'islam ne semble avoir été obtenue 
dans la région par Oqba ben Nâfi. 

{\)Istiqçà, op. cit., t. I, p. 38. 



L'OCCUPATION MUSULMANE 

(707-1470) 



L'islamisation. L'islamisation de la région de Tanger remonte au début 
du huitième siècle, sous le gouvernement de Mousa ben 
Noceïr, qui s'empara de tout le Maroc. Il commença par 
imposer la capitation au comte Julien , à Ceuta, se fit donner 
des otages et vint s'emparer de Tanger vers l'an 707 : il 
donna le gouvernement de la ville à un Berbère converti, 
Tarîq ben Ziyâd El-Leïthi, à qui il confia la garde des 
otages livrés à Ceuta et chez les Maçmoûda. D'après une 
autre version, il n'aurait pas réussi à s'emparer de Ceuta. 

Mousa ben Noceïr fit une propagande très active en 
faveur de l'islam ; il efifaça peu à peu le christianisme en 
faisant enseigner le Qoran par un groupe de vingt-sept 
Arabes et en instaurant la loi musulmane sur les territoires 
qu'il occupait. 

Mais la foi des néophytes berbères n'était pas solide: les 
conquêtes en Espagne auréolèrent les nouveaux convertis 
du prestige de la victoire et firent plus pour l'islam que 
tout le zèle des prédicateurs. 

La première expédition en Espagne fut dirigée par le gou- 
verneur de Tanger, Tarîq ben Ziyâd, avec une petite armée 
de 7.000 Berbères et 3oo Arabes qui avait été concentrée 



L OCCUPATION MUSULMANE 



49 



près de la ville (avril-mai 711). Cette armée alla s'embar- 
quer à Geuta, sur des bateaux fournis par le comte Julien ; 
elle était divisée en deux corps : l'un, sous le commande- 
ment direct de Tarîq, alla débarquer au pied du rocher 
connu depuis sous le nom de Djebel Tarîq (Gibraltar) ; 
l'autre, sous les ordres de Tarif ben Malek En-Nakha*ï, 
alla dresser le camp sur l'emplacement de la ville à laquelle 
ce chef a donné son nom (Tarifa). Cette armée battit les 
Wisigoths près de Xérès et non loin d'Ecija. Ce fut le début 
des conquêtes arabes en Espagne, sur lesquelles il n'y a 
pas lieu de s'étendre ici. 



En ^"^2^ le Maroc reçut pour gouverneur Omar ben Obeïd 
Allah El-Mouradi, avec résidence à Tanger ; le Sous fut 
administré en sous-ordre par Ismaïl ben Obeïd Allah. Omar 
ben Obeïd Allah adopta à l'égard des Berbères une poli- 
tique impopulaire; l'une de ses mesures les plus vexatoires 
fut l'établissement d'un impôt du quint sur la population. 

A la même époque le mouvement kharédjite se dessinait 
en Afrique du Nord. Meïsara profita du mécontentement 
général contre les Arabes pour se révolter dans la banlieue 
de Tanger et entraîner rapidement dans la révolte l'Afrique 
du Nord tout entière. Ce personnage, surnommé El-Khafîr, 
appartenait à la tribu des Madghara, qui était inféodée aux 
doctrines çof rites et l'avait pris pour Chaikh. Mais le kha- 
redjisme n'était pour lui qu'un prétexte : il cherchait moins 
à faire triompher une doctrine religieuse qu'à soustraire 
son pays à la domination arabe. 

Meïsara se porta contre Tanger en 740 ; il s'en empara, 
tua le gouverneur Omar ben Obeïd Allah et donna la ville 
à l'un de ses partisans, Abd El-Alâ ben Djoreïj El-Afrîqi, 
premier imam des Çofrites. Le mouvement de révolte gagna 
rapidement le Maroc tout entier ; répudiant la souveraineté 
des khalifes d'Orient, les Berbères proclamèrent Meïsara et 
lui décernèrent le titre d'Émir des Croyants. 



Réaction ber- 
bère : 
Meïsara. 



50 TANGER ET SA ZONE , 

Le gouverneur de l'Afrique, Ibn El-Hajjâb, dirigea contre 
lui une armée sous les ordres de Khâled ben Habib El- 
Fahri. Une bataille indécise se livra dans la banlieue de 
Tanger, à la suite de laquelle les deux armées auraient 
simultanément battu en retraite : Meïsara serait rentré à 
Tanger, où il aurait été tué par ses partisans quelque temps 
après et remplacé par Khâled ben Hamîd Ez-Zenati. Ibn El- 
Hajjâb fut destitué. 

Une autre version place la mort de Meïsara un peu plus 
tard : le successeur d'ibn El-Hajjâb, Keltoûm ben Ayyâdh, 
marcha en personne contre Meïsara à la tête d'une armée 
forte, dit-on, de 70.000 hommes et le rencontra sur les 
bords du Sebou. Une grande bataille s'engagea : Keltoûm 
fut tué et son armée décimée et coupée en deux ; l'un des 
tronçons se replia sur Ceuta, l'autre recula vers l'Est. 

Meïsara serait alors devenu le maître incontesté du 
Maroc ; à sa mort il aurait eu pour successeur Yahya ben 
Harith, de la même tribu des Madghara. 

Certains auteurs prétendent que la bataille du Sebou 
aurait été livrée contre Khâled ben Hamîd Ez-Zenati (i). 

Le mouvement kharedjite déclanché par Meïsara se ré- 
percuta jusqu'en Tripolitaine ; il ne devait s'arrêter, hors 
du Maroc, que vers l'an 785, sous les coups de Yezîd ben 
Hâtem, gouverneur du khalife Haroun er-Rechîd. Il eut 
pour résultats la dislocation politique de l'Afrique du Nord 
et sa constitution en trois royaumes indépendants. 

Au Maroc même il provoqua, au sud du Bou Regreg, 
l'hérésie des Berghouata à la voix de Çaleh, dont le père 
Tarif avait été un chef de guerre de Meïsara et qui avait par- 
ticipé lui-même aux campagnes de ce dernier ; plus près de 

(i) Cf. Istiqçâ, op. cit., t. I, p. 49. 



L OCCUPATION MUSLLMANE 



5l 



Tanger, le faux prophète Hamîm se leva chez les Ghomara. 
Si l'hérésie de Hamîm fut de courte durée, celle des Ber- 
ghouata devait persister plusieurs siècles ; on trouvera 
même à la fin du onzième siècle un gouverneur berghouati 
à Tanger, où il se maintiendra jusqu'en 1084 (i). 

On vient de voir qu'à la suite de la révolte de Meïsara Sous les 

le Maroc avait rejeté la souveraineté des khalifes d'Orient; Idrisites. 

les Abbasides cherchaient à rétablir leur autorité dans ce 
pays quand, en 788, un descendant du Prophète, Idrîs ben 
Abdallah, fuyant devant eux, arriva à Tanger, d'où il 
gagna Volubilis. 

A Tanger, disent les auteurs arabes, Moulay Idrîs « ne 
trouva pas ce qu'il cherchait » : il s'y heurta sans doute 
à un milieu peu propice à ses entreprises, à une population 
relativement civilisée, tière de son indépendance, pleine 
encore du souvenir de Meïsara, à l'esprit ouvert par les 
relations traditionnelles avec l'Espagne et rendu circon- 
spect par les exigences des conquérants étrangers. Moulay 
^Idris ne pouvait trouver « ce qu'il cherchait » que chez 
les populations simplistes de l'intérieur. L'histoire, ou la 
légende qui en tient lieu, ne mentionne pas qu'il soit jamais 
revenu à Tanger ; il en est de même pour son fils Idrîs IL 

Ce silence n'est rompu qu'en 829, sous le règne de son 
petit-fils Mohammed ben Idrîs, lors du partage de l'empire. 
Il peut faire supposer que Tanger, avec une banlieue plus 
ou moins vaste, vivait dans l'indépendance sous les ordres 
d'un chef local, le successeur probable de Khâled ben 
Hamid Ez-Zenati ou de Yahya ben Harith El-Madghari, 
qui, ainsi qu'on l'a déjà vu, passent tous les deux pour 
avoir pris la suite de Meïsara. 

La légende historique veut que la ville et la région de 

(i) Sur la résistance opposée à l'islamisation par les autochtones du Maroc, 
cf. Villes et Tribus du Maroc, vol. V, pp. 54-57. 



52 TANGER ET SA ZONE • 

Tanger, jusqu'à Tétouan et Hadjar eii-Nasr, aient été 
données en 82g à Qâsem, petit-fîls d'Idrîs I*'^ Qâsem ayant 
refusé de marcher contre son frère Aïsa, qui s'était révolté 
à Chella, l'Imâni Mohammed envoya contre eux un autre 
frère, Omar, qui les battit successivement et s'empara de 
leurs États. 

Qâsem s'était enfui de Tanger ; il alla fonder un ermi- 
tage sur les bords de l'Oued Tahaddart, où il passa le reste 
de sa vie ; son tombeau, appelé encore Sidi Qâsem, se 
trouve sur la côte Atlantique, à 7 kilomètres au S. du 
Cap Spartel : un grand moûsem s'y tient chaque année à 
la fin de juin. 

Omar mourut en 835. Son vaste commandement devint 
un véritable fief, que ses descendants se transmirent de 
père en fils pendant plus d'un siècle. Arzila et Chella sem- 
blent en avoir été détachés en 92g par Mousa ben Abîl- 
Afiya ; vingt ans plus tard, en 94g, Tanger tombait aux 
mains des Omeyyades d'Espagne. 

En 958, le gouvernement de Tanger fut donné au ber- 
bère Ya'la ben Mohammed El-lfreni par Abderrahman En- 
Nâcer, qui le nomma en même temps son khalîfa au Maroc. 
Ya'la amena ses tribus autour de la ville; il fut vaincu et 
tué la même année par les troupes obéïdites du qâïd 
Djaouhar. Quelque temps après, les Béni Ifren étaient 
refoulés sur Chella par les Maghraoua. 

Les Avec les Berbères qui passèrent en Espagne au service 

Hammoudites. des Omeyyades se trouvaient deux descendants de Moulay 
Idrîs, Ali et Ki-Qâsem : ils étaient tous les deux fils de 
Hammoûd (ben Mimoûn ben Ahmed ben Ali ben Obeïd 
Allah ben Omar ben Idrîs) et descendaient en ligne directe 
d'Omar, qui avait été gouverneur de Tanger. 

L'omeyyade Souleïman El-Mousta'ïn Billah donna à 
Ali ben Hammoud le gouvernement de Tanger et des Gho- 



l'occupation musulmane 53 

mara. Il se souleva plus tard contre les Omeyyades, rentra 
en Espagne et fut proclamé calife à Cordoue en l'an 1016 
sous le nom d'El-Moutaouakkil li-Dîn Allah. A sa mort, en 
1018, il fut remplacé par son fils Yahya, qui fut également 
proclamé calife et remplacé à Tanger par son frère Idrîs 
ben Ali, à qui succéda El-Hasan ben Yahya, puis son frère 
Idrîs ben Yahya. 

Celui-ci, qui avait été proclamé calife à Malaga, où ré- 
gnaient les Hammoudites, fut détrôné par son cousin 
Mohammed ben Idrîs ben Ali. Les Berbères, pour ne pas 
le livrera ce dernier, le firent passer en Afrique, où gou- 
vernaient deux affranchis berbères, Saqqout El-Berghouati 
à Ceuta et Rizq Allah à Tanger, dévoués aux Idrisites. Ces 
deux gouverneurs décidèrent plus tard de renvoyer en 
Espagne Idrîs ben Yahya, qui mourut à Comarès d'après 
Ibn Khaldoûn, à Ronda d'après El-Homeïdi. 

De ces événements, Tun des plus intéressants au point de 
vue local est la présence de gouverneurs berghouata dans 
la région de Tanger. C'est l'époque de l'invasion almora- 
vide: une coalition générale des autochtones se forme, 
dont les Maçmoûda Berghouata, au centre, constituent 
l'élément principal ; les Maçmoûda Ghomara forment, 
dans le Nord, les éléments extrêmes de la résistance, et c'est 
un Berghouati qui se trouve à leur tête. 

La prière du vendredi était cependant faite à Tanger au 
nom des Idrisites Hammoudites. 

La ville fut emportée par les Almoravides en 1077 
(H. 470), après une bataille qui coûta la vie à Saqqout. Son 
fils, Dia ed-Daoula, s'enfuit de Tanger à Ceuta, qui fut 
emportée à son tour en io83 (H. 476). Le règne des Ham- 
moudites à Tanger était terminé : il avait duré une soixan- 
taine d'années. 

VILLES ET TRIBUS. — Vil] 5 



D4 TANGER ET SA ZONE 

Les En dehors de ces événements, aucun fait saillant ne 

Almoravides s'est produit à Tanger pendant la dynastie des Almora- 

(1077-1148). vides. Les nombreux passages de Yoûsef ben Tachfîn en 

Andalousie avec ses troupes et la grande victoire de Zal- 

laka sur les chrétiens en 1086 (H. 479) affermirent leur 

autorité dans toute la région. 

Le seul événement local que l'on puisse citer est l'arri- 
vée à Tanger, en 1090, d'Aboû'l-Qâsem Mohammed ben 
Abbâd EUMou'tamid, émir de Séville, fait prisonnier par 
Yoûsef ben Tachfin lors de la prise de cette ville. Il arriva 
chargé de fers, et un poète qui habitait Tanger, El-Hoçri, 
lui adressa une pièce de vers. De Tanger il fut transféré à 
Meknès, puis à Aghmat, où il mourut en 1095. 

Les Sous les Almohades l'histoire locale de Tanger se perd 

Almohades complètement dans l'histoire générale d'un empire im- 

(1148-1273). mense. C'est en 1 148 que la ville tomba au pouvoir d'Ab- 

delmoumen ben Ali. En 1 196 on y signale la concentration 

de la grande armée de Ya'qoûb El-iMançoûr, qui partait 

pour la campagne d'Alarcos. 

A cette époque Tanger était, avec Rabat, le principal 
port du Maroc ; il s'y faisait un grand commerce d'expor- 
tation de laines, de peaux, de fruits secs, de miel et de 
cire ; l'importation était également considérable et portait 
sur les étoffes, la quincaillerie et les armes. 

De plus, Tanger était un arsenal maritime : il put four- 
nir une soixantaine de vaisseaux équipés pour le transport 
des troupes en Espagne et en Tunisie. 

Sous les Ibn El'Amir-El-Hamdâni (i). — On sait que TEmpire 

Mérinides. almohade fut renversé par les Mérinides. Au milieu des 

convulsions qui en marquèrent la fin, le Nord-Ouest 

marocain se tint à l'écart des luttes dynastiques et vécut 

dans une indépendance complète. 



(i) Cf. Istiqçây op. cit., t. II, p. 17. 



l'occupation musulmane 55 

A Ceuta règne Aboû'l-Qâsem ben Abî'l-Abbâs El-*Azafi, 
qui envoie sa flotte attaquer et démolir Arzila pour la sous- 
traire à une occupation possible (i265). 

Tanger obéit à In El-'Amîr Ei-Hamdâni, de son vrai 
nom Aboû'l-Hadjadj Yoûsouf ben Mohammed. Celui-ci, 
après avoir reconnu pendant une année la souveraineté 
d'El-Azafi, la répudia pour se ranger du côté des Hafsides, 
ensuite du côté des Abbasides de Bagdad. Enfin il préten- 
dit régner en son nom. 

Il fut traîtreusement assassiné en 1266- 1267 (H. 665) par 
un groupe de Mérinides qui avaient pénétré dans Tanger 
en dissimulant leurs armes. La population prit fait et 
cause pour sa famille ; elle tua les assassins d'Ibn El-Amîr 
et proclama son fils, qui ne régna que cinq mois. Assiégé 
par El-Azafi à la fois par terre et par mer, celui-ci réussit 
à s'échapper et s'enfuit à Tunis auprès des Hafsides. 

El-Azafî nomma à Tanger un gouverneur, assisté d'un 
conseil de notables. 

Prise de Tanger par les Mérinides. — Telle était la 
situation de la ville quand le sultan mérinide Ya'qoûb 
ben Abd El-Haqq décida de s'en emparer ; il ne réussit à 
s'en rendre maître qu'après un siège de trois mois. 

L'émir des musulmans, voyant que le siège se prolongeait indéfini- 
ment, s'était décidé à l'abandonner ; mais la veille de son départ, un 
nouveau combat s'engagea entre les assiégeants et les assiégés, et, 
vers le soir, une troupe d'arbalétriers apparaissant tout à coup sur les 
forts de la ville avec les principaux chefs, appelèrent à eux les soldats 
du camp en agitant un drapeau blanc. Ceux-ci, accourant, s'emparè- 
rent aussitôt du fort, et, de là, ils battirent les habitants durant toute 
la nuit. Le matin, quelques renforts d'arbalétriers et autres s'étant 
joints à eux, ils redoublèrent l'attaque et les assiégés, ayant fait une 
brèche dans leurs murs, prirent la fuite pendant que les assiégeants 
entraient d'assaut. L'émir des musulmans usant de clémence envers 
la population fit aussitôt publier l'aman. Il ne mourut qu'un très 
petit nombre de personnes, celles qui faisaient résistance aux troupes 



56 



TANGER ET SA ZONE 



au momeni où elles entraient dans la place. Cette prise de Tanger et 
rentrée de l'émir des musulmans à l'assaut eut lieu dans le mois de 
Choual 672 (J.-C. 1274) (1). 

Comme sous les Almohades, Tanger servait toujours de 
lieu de concentration des troupes en partance pour l'Es- 
pagne ; ces troupes allaient le plus souvent s'embarquer à 
El-Qçar eç-Ceghîr sur les bateaux venus des ports de 
Ceuta, Tanger, Rabat... ; on signale toutefois un embar- 
quement à Tanger d'une armée destinée à débloquer Aigé- 
siras le 19 juillet 1279 (H. 8 Rebî I 678). 

A partir de cette date commence une période obscure, 
sur laquelle les renseignements manquent complètement 
au point de vue local. On note la révolte de la ùmille d'El- 
Azafî dans la région de Ceuta en i3i6, mais on ne sait pas 
si cette révolte s'étendit à Tanger ; elle fut étouffée ; une 
nouvelle et dernière révolte de cette famille fut écrasée 
en i33o. 

Révolutions au Maroc. — En i359, c'est la prise do 
Tanger par le frère d'Abou Inân, Abou Salem, venu d'Es- 
pagne au Maroc, où il s'empara du trône. Quelque temps 
après, le fils d'Abou Salem, Ahmed, est emprisonné à 
Tanger. 

A partir de i373, le roi de Grenade suscite au Maroc une 
série de prétendants : Ahmed ben Abî Sâlem est tiré de sa 
prison par le gouverneur de Ceuta, Mohammed ben 
Othman, et proclamé sultan : il s'empare de Fès en 
juin 1374 et prend Mohammed ben Othman pour vizir. 
Mais deux ans après, un nouveau prétendant surgit, 
Moûsâ ben Abî Inân : Ahmed ben Alî Sâlem est envoyé à 
Grenade, Mohammed ben Othman meurt dans les tor- 
tures. 

(1) Roudh el-Qartâs, trad. Beaumier, p. 446. 



l'occupation musulmane 57 

En i387, Ahmed ben Abî Sâlem reparaît : débarqué à 
Ceuta, il vient mettre le siège devant Tanger, défendue 
par un corps d'archers andalous ; après des alternatives 
diverses il remonte sur le trône de Fès : le sultan dé- 
trôné, El-Ouathiq, est emprisonné à Tanger et meurt en 
prison. Ahmed ben Abî Sâlem meurt en iSgS, laissant pour 
successeur son fils Aboû Fâris. 

Désastre des Portugais à Tanger: 148 y. — L'anar- Apparition 
chie ne tarde pas à se déclarer au Maroc, qui se frac- des Portugais. 
tionneen trois royaumes indépendants; le détroit de Gi- 
braltar et le littoral sont infestés de pirates. 

En 141 5, les Portugais, traversant le détroit, viennent 
s'emparer de Ceuta. Rêvant alors de développer leur con- 
quête, ils décident en 1437 Toccupation de Tanger. 

Le roi de Portugal, Edouard ^% donna à cette expédi- 
tion le caractère d'une croisade ; une bulle dite de Cru- 
^ada fut demandée à Rome qui attachait des indulgences 
à l'aumône en vue de la guerre sainte. Le corps expédi- 
tionnaire, embarqué à Lisbonne le 12 août 1487 (H. 841), 
débarqua à Ceuta le 26 ; il était sous le commandement 
de D. Henri et de l'infant Ferdinand. 

Le 23 septembre (i), Tanger fut attaquée par terre et par 
mer; la place était défendue par Çâleh Ibn Çâleh, le même 
qui avait défendu Ceuta ou son fils. 

Après deux assauts malheureux, les Portugais se virent 
attaqués par une nuée de Moudjahidin (2) accourus de 
toutes les régions du Maroc. Pris entre les troupes de la 
garnison et les Moudjâhidîn, ils furent refoulés jusque sur 
le plateau du Marchanet durent capituler. 

Ils obtinrent de se rembarquer, après avoir livré leurs 
armes, contre la promesse d'évacuation de Ceuta : en garan- 

(i) Le i5 septembre, d'après Chénier, Recherches historiques sur les 
Maures et Histoire de l'Empire du Maroc, t. II, p. 410. 
(2) Combattants de la guerre sainte. 



58 TANGER ET SA ZONE * 

tie de leur engagement, ils laissèrent Tinfant Ferdinand 
en otage. 

Cette convention ne fut pas approuvée par les Cortès de 
Portugal : Ceuta ne fut pas évacué et l'Infant Ferdinand, 
dont on offrit inutilement une rançon, fut chargé de fers 
et emmené à Fès, où il mourut en prison le 5 juin 1448 (i). 

Nouvelles tentatives d'occupations : 1458 et 1464. — 
En 1458 le roi Alphonse V entreprit une nouvelle expédi- 
tion sur la côte Nord du Maroc avec une flotte de 80 
vaisseaux portant 17.000 hommes de troupes ; passant 
devant Tanger le 6 octobre, il n'osa pas l'attaquer et 
préféra aller s'emparer d'El-Qçar eç-Çeghîr (2). 

Six ans plus tard (1464 )la ville fut attaquée une deuxième 
fois par terre et par mer; ce siège ne fut pas plus heureux 
que le premier et les Portugais durent se retirer, attribuant 
leur insuccès au mauvais temps. 

Occupation de la ville: 1471, — Les Portugais réussi- 
rent à occuper Anfa (Casablanca) en 1468; en 1471 Arzila 
tombait à son tour entre leurs mains. 

Tanger fut occupée sans combat le 28 août 1471. 

A la nouvelle de la prise d'Arzila les habitants de Tanger furent 
effrayés et ils appréhendèrent que le roi Alphonse « n'eust envie, dit 
Marmol, de venger sur eux, comme c'esloit sa résolution, tant de 
pertes, de morts et de captivitez que les Portugais avaient souffertes par 
leur moyen, outre celle de l'Infant qui estoit son oncle. Ils voyoientque 
Muley Chec où consistoit toute leur espérance, estoit retourné à la 
guerre de Fez ; de sorte que dépourveus de tout secours, ils résolurent 
d'abandonner la ville, et emportant tout ce qu'ils purent, brisèrent le 

(i) L'auteur de la Mir'at el-Mahâsin dit à tort que la prise de Tanger par 
les Portugais date de 841 (J.-C. 1437). 

(2) Cf. El-Qçar eç-Çeghîr, par Ed. Michaux-Bellaire et Péretié, in Revue 
du Monde musulman, vol. XVI, décembre 191 1. 



l'occupation musulmane 59 

Teste pour en oster l'usage à l'ennemi, et se retirèrent sans oser mettre 
le feu de peur d'estre découverts. Mais le roy Alfonse, assuré de leur 
résolution qu'il ne vouloit pas croire d'abord, envoya le fils du duc de 
Bragance avec des troupes pour s'en saisir, et s'y transporta ensuite 
pour voir sa nouvelle conqueste, qu'il eust été plus aise d'avoir faite 
l'épée à la main pour venger toutes les injures que nous avons dites; 
mais Dieu voulut que ce qu'on n'avoit pu faire en tant d'années et avec 
tant de travail et de peine s'obtinst en un instant par la bonne fortune 
de ce prince et le gouvernement en fut aussi-tost donné à Ruy de Mêla 
qui fut depuis comte d'Olivença. Les rois de Portugal prirent depuis 
en leurs titres, rois de deçà et delà la mer. Alfonse écrivit mesme au 
pape et aux rois chrestiens, aussi bien qu'à toutes les villes de son 
royaume la victoire que Dieu luy avoit donnée, et retournant à Arzille 
s'embarqua pour le Portugal, où il arriva trente-cinq jours après qu'il 
en estoit parti. On fit des processions pour cette conqueste par toute 
l'Andalousie et le royaume de Grenade, et ensuite par toute la Castille 
aussi bien qu'en Portugal (i) >. 

Don Ruis de Melo (2) reçut le commandement de 
la place ; le prieur de Saint-Vincent de Lisbonne y fut 
nommé évêque. 

Cette conquête valut à Alphonse V les surnoms d' «Afri- 
cain et de Rédempteur des captifs » (3). 

(i) L'Afrique, par Marmol, in Appendice de la Description de V Afi'ique , 
par Léon l'Africain. Éd. Ch. Schefer, Paris, 1897. 

{2) Alias Ruy de Mello. Cf. Historia de Tangere, par D. F. de Menezes, 
p. 35. 

(3) Cf. Aperçu de Voccupation portugaise au Maroc, par Péretié, in 
Revue du Monde musulman, vol. Xll, pp. 233-256. 



L'OCCUPATION PORTUGAISE 

(1471-1661) 



De 1471 à 1581. Une fois installés à Tanger, les Portugais ne purent s'y 

maintenir pacifiquement malgré une trêve de vingt ans 
passée avec le Sultan. Ils durent exécuter plusieurs opéra- 
tions contre les tribus environnantes et se défendre contre 
les entreprises du Qâïd de Tétouan. En i5o2 leurs garni- 
sons de Tanger et d'Arzila furent même battues par le 
Sultan de Fès. En i565 Tanger aurait eu à supporter une 
attaque du Saadien Moulay Abdallah El-Kebîr ben Mo- 
hammed Ech-Chaikh El-Akbar (i). 

On sait que les Portugais furent chassés de Tintérieur 
du Maroc en iSyS, à la suite de leur défaite sur les bords 
de rOued El-Mkhâzen ; au point de vue local on peut si- 
gnaler que c'était de Tanger, où s'était réfugié Mohammed 
Ech-Chaikh (El-Mesloûkh), qu'était partie la demande 
d'appel aux Portugais et c'était là que le roi Sébastien était 
venu rejoindre son protégé. 



Réunion du 

Portugal 

à TEspagne 

(1581). 



En i58i, lors de la réunion du Portugal à la couronne 
d'Espagne, les possessions portugaises du Maroc (Tanger, 
Ceuta, Mazagan et Arzila) passèrent nominalement à l'Es- 

(i) D'après Becker, Historia de Marruecos, p. 99. 



l'occupation portugaise 



6i 



pagne. De fait elles ne subirent aucun changement, Phi- 
lippe II ayant juré aux Cortès de Thomar de respecter les 
droits, coutumes et privilèges de ses vassaux; les villes oc- 
cupées par les Portugais conservèrent donc leur adminis- 
tration et même leurs garnisons portugaises. Les auteurs 
indigènes parlant de Tanger à cette époque citent toujours 
les Portugais, jamais les Espagnols. 

Sous le règne de Philippe II et de ses successeurs il n'y 
eut aucune tentative d'agrandissement au xMaroc ; les éta- 
blissements portugais perdirent peu à peu tout caractère 
décentres commerciaux pour devenir de simples forte- 
resses tenues par des garnisons qui y vivaient dans un 
perpétuel q'ui-vive et qui s'y considéraient comme 
exilées (i). 

Cet état de choses se maintint jusqu'en 1643, date à 
laquelle Tanger était gouvernée par le comte de Sarcedas. 

Dès 1640, le Portugal s'était affranchi de la domination Révolution à 
espagnole en plaçant sur le trône Jean IV, de la famille de Tanger; 

Bragance. Trois ans après cet événement, une révolution retour de la 

éclata à Tanger et la ville redevint portugaise. ville aux Por- 

Élie de la Primaudaie rapporte de cette révolution une tugais (1643). 
relation intéressante, découverte dans les archives du Se- 
crétariat Général du gouvernement de l'Algérie : 

Un certain nombre des principaux habitants de Tanger, nobles ei 
autres, avaient résolu de s'emparer de la kasba par surprise et de faire 
prisonnier le comte de Sarcedas qui commandait la place pour le roi 
Philippe IV. Le complot existait depuis plus de deux ans, et il parais- 
sait à tous miraculeux que le gouverneur n'eût été prévenu de rien ; 
mais le projet s'étant ébruité, et des femmes et des enfants ayant été 
mis imprudemment dans le secret, les conjurés qui craignaient une 
indiscrétion pensèrent qu'un plus long retard pouvait tout perdre. 



(i) En janvier i63o, on signale la présence devant la ville du célèbre émir 
de guerre sainte El-'Ayyâchi, qui déclanche contre « les Portugais » une 
attaque sans résultat (10 janvier). 



62 TANGER ET SA ZONE • 

Le 23 août 1643, veille de la Saint-Barthélémy, les chefs de la 
conspiration donnèrent rendez-vous aux autres conjurés dans le cou- 
vent où ils se réunissaient habituellement. Chacun étant convaincu de 
la nécessité d'agir sans plus attendre, il fut décidé que la nuit suivante 
on tenterait l'entreprise. Un capitaine de la garnison qui était du complot 
se trouvait de garde cette nuit même à la kasba. Il se tint prêt à rece- 
voir les conjurés lorsqu'ils se présenteraient. La nuit venue, trois heures 
avant le jour, ceux-ci gravirent en silence et sans être aperçus des sen- 
tinelles, le sentier qui conduit au château. La porte leur fut ouverte 
par Manoël Diaz de Villalobos, que le capitaine de garde avait prévenu 
et qui s'empressa de la refermer derrière eux. Dans le même temps, les 
conjurés demeurés dans la ville occupaient sans bruit les principaux 
postes: le couvent des chanoinesses, le chouriso (i) et la porte de la 
Ferronnerie. 

Jusqu'alors tout s'était bien passé, et il ne restait plus qu'à procéder 
à l'arrestation du comte de Sarcedas. L'Archidiacre d'Arzilla, deux re- 
ligieux et un autre conjuré se rendirent au palais du Gouverneur. Ayant 
appelé la garde et demandé à voir à Tinstant le comte de Sarcedas, les 
soldats sans même venir reconnaître ceux qui se présentaient, ouvri- 
rent la porte et les laissèrent entrer. Le gouverneur ne se doutant de 
rien reposait fort tranquillement. Réveillé en sursaut par les coups que 
l'on frappait à la porte de son appartement, il demanda ce qu'on lui 
voulait. L'archidiacre lui dit que le peuple s'était soulevé et venait d'ac- 
clamer le roi Jean de Portugal. Perdant la tête à cette nouvelle et 
s'imaginant qu'on venait pour l'assassiner, le comte s'empressa de 
répondre qu'il était prêt à reconnaître pour roi le duc de Bragance et 
qu'il ferait tout ce que voudrait le peuple. En même temps il ouvrit la 
porte et se jeta tout épouvanté dans les bras de l'archidiacre. Ce der- 
nier le rassura, ainsi que la comtesse qui venait d'arriver. 

Pendant que ceci se passait, d'autres conjurés avaient pénétré dans 
le palais. Quelques-uns étaient armés de haches qui devaient leur ser- 
vir à enfoncer les portes, si on refusait de les ouvrir. A leur vue, la 
comtesse, à demi-morte de peur, croyant qu'ils venaient pour tuer son 
mari, les supplia de la frapper elle-même, mais d'épargner le comte. 
L'archidiacre parvint à la calmer, non sans peine, en lui répétant que 
la vie du gouverneur et la sienne seraient respectées, puis il lui demanda 
les clés de la ville et celles des archives, qu'elle fit donner aussitôt. On 
la conduisit ensuite au palais de l'évêque, avec le comte qui paraissait 
anéanti et tous les gens de leur maison. 

C'est ainsi que se fit la révolution de Tanger, sans effusion de 

(i) A granja do chouriso, note de l'auteur. 







L OCCUPATION PORTUGAISE 

sang et sans qu'il en résultât aucun dommage pour personne. Deux 
heures après tout était fini et le peuple fort tranquille; à l'exception de 
quelques visages renfrognés, mais qui se déridèrent plus tard, 
toutes les physionomies étaient joyeuses et chacun se félicitait. 

Le même jour, on nomma un gouverneur, et Andres Diaz da França 
fut élu par le peuple. Le lendemain, 25 août, Francisco Banha et Diego 
Vaz Machado s'embarquèrent sur une frégate pour porter au gouver- 
neur la nouvelle de l'acclamation de Tanger, ainsi que les serments de 
fidélité du peuple. Quand ils se présenrèrent dans le port de Tavira, on 
refusa d'abord de les laisser descendre à terre : on les prenait pour des 
Castillans. Mais lorsque l'on connut ce qui venait de se passer de 
l'autre côté du détroit toute la population, le gouverneur en tête, vint 
en procession au-devant d'eux, avec des palmes dans la main, comme 
s'il se fût agi de recevoir Sa Majesté elle-même. 

On raconte que le roi Jean donna trois mille cruzades au messager 
qui lui apprit que Tanger était redevenu une dépendance de sa cou- 
ronne. Il fut si joyeux qu'il ordonna une grande fête dans tout le 
royaume pour célébrer cet heureux événement, et il dit aussi que cette 
bonne nouvelle lui avait fait plus de plaisir que la naissance d'un fils, 
le prince Edouard, qu'on lui avait annoncée le même jour (i). 

Ses débuts. — Tanger resta aux mains des Portiigais jus- Qhaïlân. 

qu'en 1661. La période finale de l'occupation correspond à 
une époque d'anarchie et de troubles généraux qui précipi- 
tent la décadence des Saadiens et préparent l'avènement 
des Alaouites ; de tous côtés surgissent des agitateurs qui, 
sous le prétexte de guerre sainte, cherchent à s'emparer du 
pouvoir. 

Dans le Nord-Ouest marocain le mouvement de révolte était 
mené par un homme des Béni Gorfet, le Reïs El-Khadir 
Ghaïlân, dont le père Ali avait été, pour la région du Habt, 
moqaddem de guerre sainte de l'Émir Mohammed El-Ay- 
yâchi (2) et avait été tué dans une attaque contre les Portu- 
gais de Tanger. 

Ghaïlân entreprit de suivre à sonprofitdans leNord-Ouest 

(i) Répue africaine, année 1872, pp. 3i3-3i5. 

(2) Sur El-Ayyâchi, cf. Villes et Tribus du Maroc, vol. III, pp. 68-76; 
vol. V, pp. 74-89. 



64 TANGER ET SA ZONE • 

du Maroc, la politique de son maître El-Ayyâchi dans le 
centre ; en tant que Moudjâhid, son principal objectif devait 
être la conquête de Tanger sur les infidèles (Portugais et 
Anglais) : d'autre part, comme il cherchait à se créer un 
royaume indépendant, il avait à défendre son territoire au 
Sud contre les entreprises des Dilaïtes d'abord, des Filâla 
ensuite. 

Les chroniqueurs de l'époque font de Ghaïlân un portrait 
peu flatteur (i). 

Son rei;ard est perçant et franc, mais sa nature fermée et réservée ; 
il est hardi, mais mélancolique ; vaillant, mais sachant fuir au besoin; 
turbulent, mais peu bavard; vigilant et sensuel; soigné et désordonné; 
une contradiction en nature. Il avait naturellement cette tristesse qui 
convient à un «prêtre » car, à l'exemple de son père, il affectait une 
très grande piété, mais aussi il avait acquis les allures condescendantes 
d'un prince. Ses deux grands défauts étaient la perfidie et la cruauté ; 
ses serments lui servaient à mieux tromper et ses flatteries cachaient 
toujours quelque méchanceté- Ses pensées, il ne les exprimait jamais 
clairement, de façon à pouvoir les retourner au mieux de ses intérêts, 
selon les circonstances, sans que ses amis puissent se tromper sur ses 
intentions, ni ses ennemis surprendre ses projets; quant à ces derniers 
il ne traitait jamais avec eux que s'ils étaient trop forts pour pouvoir 
être vaincus ; il disait en parlant de l'un d'eux : « // est pain pour lui 
de songer à la paix,tant qu'il ne sera pas devenu lui-mêine terrible-^ 
Ses ambitions primaient toutes les autres considérations et, en dehors 
de ses intérêts, honneur, foi et conscience n'étaient que de vains 
mots (2). 

Ghaïlân commença par se procurer l'appui de person- 
nages puissants en épousant leurs filles; de ce nombre on 
peut citer les gouverneurs d'El-Qçar El-Kebîret deTétouan 
et le chef de guerre sainte des Andjera, Qâsem Chat El- 



(i) On remarquera une ressemblance assez frappante entre Ghaïlân et le 
moderne ChérifReïsoûli. 

(2) Cf. Archives marocaines, vol. XVIII, p. 23. — Le Raïs El-Khadir 
Ghaïlân, par Péretié. 



■ 


W" 


^^ 


^H 


PI 


1 




^H 


r 


Pf 


4, 


\^H 


^^fc. -■ -'>''•'"'<',- 




#1^' 


1 


■ 


[ 




*l 


1 


^ 


■ 


.^Ni^H^^HÉ^' * ^^^H 



Inscription portugaise de la grande mosquée. 



Ph^t. Buchet. 



l'occupation portugaise 65 

Andalousi. Il réussit à disposer d'environ 17.000 piétons 
et cavaliers. 

Ce serait dépasser le cadre de cette monographie que 
d'étudier entièrement Thistoire de ce personnage ; il n'en 
sera donné que ce quia trait à la région de Tanger (i). 

Luttes contre les Portugais. — C'est en i65i que Ghaïlân 
entreprit la lutte contre les Portugais. Il vint dresser son 
camp près d^ la rivière des Juifs. Cette première tentative 
ayant été malheureuse, il abandonna le siège de la ville, 
pour le reprendre deux ans plus tard. Dans l'intervalle il 
employa son activité à consolider son autorité dans le 
Fahç. 

En juillet i653 il entra en négociations avec le gouver- 
neur de Tanger, D. Rodrigo de Lancastre, qui lui « en- 
voya en cadeau des confitures et un harnais brodé, ainsi 
que d'autres présents pour les moqaddems, qui s'en retour- 
nèrent très contents (2) ». Mais, malgré ces démonstrations 
amicales, la paix n'était pas assurée et Ghaïlân ne renon- 
çait pas à son projet de s'emparer de la ville: en no- 
vembre i653 et au début de 1654 les attaques se renouve- 
lèrent, sans résultat d'ailleurs. 

En mars i656 le nouveaugouverneur de Tanger, D. Fer- 
nando de Menezes, informé de l'imminence d'un assaut en 
forces, s'y prépara en organisant tout un système d'obs- 
tacles; il fit encombrer de ronces les chemins et les pistes 
et placer des boîtes à mitraille dans certaines tranchées. 
Le 24 mars, 2.5oo cavaliers et de nombreux fantassins at- 
taquèrent les positions portugaises : gênés par les obstacles, 
décimés par la mitraille et par des feux d'artillerie et de 
mousqueterie, ils furent repoussés avec de fortes pertes. 

Quelques jours après, Ghaïlân fit reprendre les négocia- 

(i) On trouvera dans le volume XVIIl des A. M. une étude détaillée sur 
Ghaïlân. 
(2) Cf. PÉRETiÉ, loc. cit. y p. 3i. 



66 TANGER ET SA ZONE * 

tions avec les Portugais en envoyant ses moqaddems auprès 
du général comte de Menezes, sous la conduite de son se- 
crétaire Abdelqâder Ceron, qui était d'origine andalouse et 
parlait la langue espagnole (i). 

La trêve ne dura qu'un an. En i657, Ghaïlân rassembla, 
dit-on, 25. ooo hommes devant la ville, pendant les fêtes de 
Pâques. Il livra assaut sur assaut, fit creuser des tranchées 
pour protéger ses hommes du feu de l'artillerie et coupa 
l'aqueduc romain de la rivière des Juifs qui amenait l'eau à 
la ville (2). La place était tellement pressée que le général 
portugais demanda des renforts à Lisbonne, mais les ca- 
ravelles qui les lui amenaient furent capturées en route par 
des corsaires. Le siège dura une vingtaine de jours; décou- 
ragés par la résistance, les assiégeants brûlèrent leur camp 
et se retirèrent. 

Ils revinrent quelque temps après, en mai, renforcés de 
nouvelles troupes envoyées par le gouverneur de Tétouan; 
cette fois encore Ghaïlân essaya de faire démolir plus com- 
plètement l'aqueduc de la rivière des Juifs, mais il fut gêné 
par le tir d'un petit bateau embossé à l'embouchure de la 
rivière et ses hommes durent élever des bastions déterre 
pour se protéger. Tous ses efforts furent vains ; il leva le 
siège au bout de huit jours. 

Il n'y eut désormais que des escarmouches sans impor- 
tance. En i658 on note des négociations entre Ghaïlân et 
les Portugais, négociations qui traînèrent en longueur et à 
la suite desquelles il s'établit un état de paix relatif. 

L'activité de Ghaïlân avait d'ailleurs à se porter vers le 
Sud, où son territoire était menacé par les Dilaïtes. 

(i) Abdelqâder Ceron est vraisemblablement le même personnage dont il a 
été parlé dans le volume III de Villes et Tribus du Maroc, pp. 67 et 82, et 
qui a été chef de l'État communal de Rabat en 162g. 

{2) D'autres canalisations desservaient Tanger, mais les assiégeants 
oublièrent de les couper; quelques puits d'ailleurs se trouvaient dans la 
ville. 



L OCCUPATION PORTUGAISE 



67 



L'occupation portugaise prit fin en 166 1 parla cession 
de Tanger aux Anglais ; la ville faisait partie de la dot 
de Catherine de Bragance, épouse du roi d'Angleterre 
Charles II. 

Le gouverneur D. Menezes, ne pouvant consentir à livrer 
à des étrangers une ville qu'il avait longtemps défendue, se 
désista de ses fonctions et fut remplacé par D. Luiz de Al- 
meida. Celui-ci se montra d'abord aussi récalcitrant que 
son prédécesseur, mais finit par se soumettre devant l'arri- 
vée d'une escadre anglaise, venue prendre possession de 
la ville. Il laissa l'amiral anglais, comte de Sandwich, dé- 
barquer 5oo marins pour occuper les principaux points; ce 
débarquement eut lieu le 16 janvier 1662 ; les troupes d'oc- 
cupation, sous les ordres du comte de Peterborough, arri- 
vèrent le 29 et prirent possession de Tanger et de laQaçba 
le lendemain 3o (i). 

D. Luiz de Almeida s'embarqua aussitôt après pour le 
Portugal, emmenant ses hommes et la presque totalité de 
la population portugaise (2); ils faillirent être écharpés à 
leur arrivée à Lisbonne. 

L'occupation portugaise avait duré effectivement près de 
deux siècles. 



Pin de 

roccupatiott 

portugaise 

(1661). 



(i) Les historiens placent à des dates différentes l'entrée des Anglais à 
Tanger: Berbrugger, milieu de 1661 {Revue africaine, 1861, pp. 337-349); 
Mercier, août 1661 (Histoire de l'Afrique septentrionale, t. III, p. 256) ; 
BuDGETT Meakin, 1662 (loc. cit., p. i2o) ; Cholmley, 16 janvier i6ôi pour la 
prise de possession de la ville, 29 janvier suivant pour l'occupation [An 
Account of Tangier, p. 16). Nous avons adopté la relation de Menezes. 

(2) Telle est, du moins, la relation de D. Fernando de Menezes, dans son 
Historia de Tangere (éd. de Lisbonne, 1732, p. 277) : « embarcouse O General 
D. Lui^ de Almeida com a sua familia... » Certains auteurs prétendent à 
tort qu'il fut tué avec presque tous ses soldats dans un engagement avec les 
Maures, ce qui aurait facilité l'établissement des Anglais à Tanger. Il y a là 
une confusion probable entre le nom du Gouverneur et celui du dernier 
« Adail » (commandant du corps de cavalerie légère) Simào Lopes de Men- 
donça, qui périt avec 62 cavaliers dans un combat malheureux contre les 
Marocains, peu de temps avant l'arrivée des Anglais. 

La relation de Menezes a été rédigée après l'évacuation de la ville et son 
auteur est l'ancien gouverneur portugais. 



68 TANGER ET SA ZONE • 

La ville SOUS Les villes occupées par les Portugais étaient en général 

les Portugais, des sortes de presidios où l'activité commerciale était 
presque nulle. Tanger, cependant, en raison de sa position 
géographique, n'avait pas tardé à devenir une ville com- 
merciale de premier ordre, en même temps que le principal 
établissement portugais du N.-O. de l'Afrique. 



La population européenne y était nombreuse et le port fréquenté 
par de nombreux bâtiments. Des rochers que l'on voit à fleur d'eau 
en avant de la Porte de la marine (Bâb el-Mersâ) formaient comme un 
brise-lames en avant du môle, armé de deux batteries, l'une au musoir, 
l'autre à quelque distance sur la gauche, de manière à répondre à la 
ligne d'embossage qui, en cas d'attaque, se développait naturellement 
sur le N. La jetée, qui formait le port du côté de la baie, avait aussi 
une batterie à son musoir. Des ouvrages extérieurs protégeaient les 
abords de la place sur le plateau maintenant sans défense et qui 
s'étend au S.-O. de la Casbah. La ville s'était rapidement embellie. 
Outre la cathédrale, on voyait à la partie basse de la marine, plusieurs 
églises et monastères ; Saint-Dominique, le Saint-Esprit, Notre-Dame- 
du-Carmel, Saint-Roch, Saint-Jean, et dans la partie supérieure, au S., 
un hôpital (i). A côté des habitations mauresques se trouvaient de 
belles maisons qui servaient de résidences aux marchands portugais et 
espagnols. Le mouvement commercial s'était en partie concentré au 
bord de la mer. L'on y trouvait une foule de nègres occupés à charger 
et à décharger les navires; l'on y rencontrait des négociants, des capi- 
taines qui réglaient leurs comptes et faisaient des achats. Si l'on pé- 
nétrait dans l'intérieur de la ville, l'on rencontrait des bazars qui ne 
donnaient que l'embarras du choix, et des boutiques qui suffisaient à 
peine au besoin de la consommation locale. Le marché de comestibles 
était toujours bien approvisionné, et l'on y trouvait de la viande, des 
poulets, du poisson et des légumes aussi bien qu'en Europe. Un autre 
marché occupait la place principale qui aujourd'hui porte le nom de 
Zocco. C'était là où se rencontraient les marchands venus du dehors 
avec leurs chameaux ; c'était là où l'on pouvait choisir entre les 
produits de tout genre et de toute sorte. Le spectacle qui se déroulait 
alors était des plus curieux à voir : Portugais, Espagnols, Maures, 
Arabes, Berbères, nègres et Juifs circulaient et formaient des groupes 



(i) Les Portugais élevèrent à Tanger 17 églises et chapelles. 



l'occupation portugaise 69 

et l'animation qui y régnait indiquait que les transactions y étaient 
nombreuses. Si, par certains côtés, Tanger avait conservé sa couleur 
orientale, cependant l'on sentait que Ton se trouvait dans une cité eu- 
ropéenne et dans un centre qui prenait une importance de plus en plus 
grande (i). 

(i) Castônnet des Fosses, /e5 Portugais au Maroc. Paris, 1886, pp. 17 et 18. 



VILLES ET TRIBUS. — VII. 



L'OCCUPATION ANGLAISE 

(1662-1684) 



Débuts de Dès leur prise de possession de la ville, les Anglais la 

l'occupation. mirent au pillage, brisant les images religieuses et les 
vases sacrés dans les couvents et les églises. Des dix-sept 
églises et chapelles élevées par les Portugais, ils n'en lais- 
sèrent qu'une seule, avec un couvent, à Tusage des quel- 
ques catholiques restés dans la ville ; la principale de ces 
églises fut désaffectée de son culte primitif et affectée au 
culte protestant sous l'invocation de« Charles-le-AIartyr» ; 
elle paraît avoir occupé l'emplacement actuel de la grande 
mosquée. 

Cependant, Tanger ne tarda pas à devenir le refuge des 
catholiques et à être considérée de ce fait comme « un nid 
de papistes (i) ». 

L'amiral comte de Sandwich laissa le gouvernement de 
Tanger au comte de Peterborough avec une forte garnison 
estimée par Menezes à « plus de 4.000 Anglais et de nom- 
breux chevaux». 

L'occupation anglaise était un fait accompli ; depuis plu- 
sieurs années déjà l'Angleterre convoitait la possession de 

(i) BuDGETT Meakin, loc . cit., pp. 123 ct seq. 



L OCCUPATION ANGLAISE 7 1 

cette place, merveilleusement située sur le Détroit ; en i656, 
à la suite du meurtre de quelques marins anglais débar 
qués sur le rivage de Tanger, on avait attiré sur elle l'at- 
tention deCromvvell : « Il y a là, lui disait-on, à la sortie du 
détroit, un château que les Portugais ont appelé Tangar, 
sur la côte de Barbarie, qui, si on s'en emparait, nous se- 
rait très utile (i). » 

La réalisation de ces desseins quelques années plus tard 
souleva l'enthousiasme de l'Angleterre ; le roi Charles put 
déclarer au Parlement que « la nouvelle acquisition de Tan- 
ger devait être regardée comme un joyau d'une immense 
valeur dans le diadème royal », et Pepys, historien anglais 
contemporain de Charles II, résuma l'opinion populaire 
en écrivant que « Tanger devait vraisemblablement deve- 
nir la place la plus importante du roi dans le monde (2) ». 

Siège de Tanger, — Les nouveaux occupants de Tanger 
s'y trouvèrent en butte aux mêmes difficultés que leurs pré- 
décesseurs. Le gouverneur comte de- Peterborough com- 
mença par distribuer 400 livres sterling aux qâïdsetchaikhs 
des environs de la ville. Inaugurant la politique qui devait 
être suivie plus tard par l'Angleterre, il essaya de se rap- 
procher de Ghaïlân et de se servir de cet « empereur ou 
prince de la Barbarie occidentale » pour combattre l'in- 
tiuence de plus en plus marquée des Alaouites, soutenus 
par la France et dont Téloile commençait à monter. 

Le 22 mars 1662, Ghaïlân ayant rassemblé 10.000 hom- 
mesà une lieue de la ville, il s'empressa de conclure avec 
lui une trêve de six mois, qui ne fut guère observée : moins 
de deux mois après la conclusion de cette trêve, le 3 mai, 
le colonel Fines était, avec 400 hommes, attiré dans une em- 
buscade et perdait presque toute sa troupe; des soldats an- 



(1) BUDGETT MeAKIN, loC. cit., p. IIQ. 

(2) Id., p. 123. 



Ghaïlân. 



72 TANGER ET SA ZONE 

glais, isolés ou en petits groupes, étaient souvent tués 
jusque sous les murs de la place. 

Devant ces difficultés croissantes, le comte de Peterbo- 
rough se rendit en Angleterre et demanda à être relevé de 
ses fonctions. Il reçut pour successeur lord Rutherford, 
comte de Teviot (mai i663). 

Le nouveau gouverneur trouva la garnison démoralisée 
par les attaques continuelles et les pertes qu'elle subissait ; 
les troupes n'osaient plus sortir hors des remparts et te- 
naient les portes toujours fermées. 

Voulant donner de l'air à la place, il entreprit la cons- 
truction entre Bâb el-Fahç et le haut des Ciaghîn d'une 
forte redoute flanquée de deux bastions à laquelle il donna, 
en l'honneur de la reine, de nom de Fort Catherine (i). Il 
fit faire en outre quelques retranchements avancés pour 
protéger l'espace nécessaire à l'entretien d'un troupeau. 

Ces préparatifs éveillèrent l'attention de Ghaïlân qui ré- 
solut de les arrêter; le 14 juin, il déclancha subitement une 
attaque contre la ville ; ses troupes, d'abord victorieuses, 
vinrent s'embarrasser dans des chausses-trappes et finirent 
par être refoulées avec de grosses pertes. 

Trêve avec Ghaïlân : 1663-1664. — A la suite de cet 
échec Ghaïlân entama des pourparlers avec le comte de 
Teviot et, le 2Z août i663, il signa une trêve de six mois. 
« Libre commerce fut ouvert avec les Maures, qui ame- 
naient quotidiennement leurs chameaux chargés de mar- 
chandises et en retour recevaient de l'argent et autres 
choses (2) » ; de leur côté, les Anglais s'engagèrent à ne 
pas élever de nouvelles fortifications. 

Cette trêve fut bien observée de part et d'autre. Elle per- 



(i) Cf. infra, p. iSj. 

{2) Cannon's History of the 2 nd Régiment o/Foot, p. 6. 



l'occupation anglaise 73 

mit au comte de Teviot de se rendre en Angleterre, où il 
remit au roi une lettre de Ghaïlân l'assurant de ses bonnes 
intentions et lui demandant le prompt retour du comte 
« pour que nous puissions avec lui, disait-il, perfectionner 
toutes choses assez grandement pour être aimé et estimé». 
Les protestations d'amitié de Ghaïlân paraissaient sin- 
cères : il résista aux intrigues de l'Espagne, qui, voyant 
d'un mauvais œil les progrès de l'Angleterre à Tanger, le 
poussait à profiter de l'absence du gouverneur pour s'em- 
parer de la ville ; un plan secret avait même été établi, 
qui devait assurer le succès de l'entreprise. Mais la trêve 
n'avait pas expiré à cette date et Ghaïlân ne voulut pas le 
rompre ; bien plus, à la suite d'un accord avec le gouver- 
neur intérimaire, le colonel Fitzgerald, il la prolongea de 
deux mois. 

Rupture de la trêve. — Ces bons rapports ne devaient 
pas durer ; le comte de Teviot, de retour à Tanger le 
14 janvier i665, apporta des instructions précises du roi 
Charles II et fit connaître à Ghaïlân qu'il avait reçu l'ordre 
de poursuivre la fortification de la place. Ce à quoi Ghaïlân 
répondit « qu'ayant consulté tous ses légistes et prêtres 
sur le point, il apparaissait qu'ils étaient liés par une loi 
à ne pas souffrir que les chrétiens élèvent des constructions 
en Afrique (ij ». 

Les hostilités reprirent à la grande joie des Espagnols, 
heureux de voir la tournure prise par les événements. Le 
comte de Teviot fit activer les travaux de fortification, 
malgré les attaques continuelles de Ghaïlân. 

Revers anglais. — Les Anglais n'avaient ni espions, ni 
informateurs, à l'encontre des Portugais, qui étaient tou- 



(i) Anonyme, London, 1604, A Description of Tangier, pp. ic et seq. 
Playfair, Bibliography of Morocco, n» 226. 



74 TANGER ET SA ZONE * 

jours renseignés sur les intentions de leurs adversaires. 
Cela leur valut des surprises très meurtrières. C'est ainsi 
que le 3 mai 1664, jour anniversaire du désastre du colo- 
nel Fines, le comte de Teviot tomba dans une forte embus- 
cade au delà de la rivière des Juifs, à la Montagne, et fut 
tué avec 481 officiers et soldats. 

Nous donnons ci-après le récit officiel de ce nouveau dé- 
sastre : 

Le comte de Teviot s'était enhardi « à marcher sur la rivière des 
Juifs, dans un bois épais, opposé à la colline qui est à l'O. de la mer ; 
il le parcourut avec une troupe de fantassins, pendant plus de trois 
milles sans qu'on lui fasse aucune résistance et y trouva seulement 
une maison bâtie de pierres et de chaux ; à l'approche de my Lord, 
elle fut abandonnée par les Maures qui y laissèrent quelques chau- 
drons, faucilles et autres instruments que nos soldats emportèrent à 
leur retour. Le 3 de ce mois, my Lord fit, au S.-E., de bon malin, avec 
sa cavalerie, une reconnaissance plus éloignée qu'il n'avait encore 
jamais fait auparavant ; puis, après avoir placé des sentinelles et 
des gardes, jugeant que la contrée à une grande distance au moins 
était dépourvue d'ennemis, il ordonna à toute la cavalerie d'y faire 
des fourrages et plaça auprès d'elle un peu d'infanterie, afin de faire 
une bonne retraite au cas où il arriverait quelque chose d'inattendu ; 
lui-même prit la résolution d'entrer dans le bois avec quelques fantas- 
sins pour y couper du bois : il alla immédiatement par la vallée à la 
colline O., vers le fort Charles, et prit avec lui sept bataillons de fan- 
tassins, tous armés de fusils, et étant les meilleurs et les plus choisis 
de nos hommes, avec les principaux officiers de notre garnison pour les 
commander ; lui-même, accompagné de plusieurs gentishommes volon- 
taires et officiers réformés, se rendit par la rivière des Juifs dans le bois 
où ils prirent trois chemins différents, tous devant se rencontrer à un 
endroit déterminé, à quelque distance, sur la colline. Cependant, mal- 
gré la lointaine reconnaissance faite auparavant par la cavalerie, ce 
qui, je le crains, leur avait donné une confiance plus qu'ordinaire, ils 
n'étaient pas arrivés au milieu de la colline dans le bois, que plusieurs 
embuscades se découvrirent, avec lesquelles nos hommes escarmou- 
chèrent, avant de se mettre à battre en retraite ; mais alors de tous 
côtés les ennemis se levèrent et apparurent en si grand nombre qu'ils 
eurent immédiatement entouré nos hommes ; en même temps la cava- 
lerie se dressait de toutes parts dans la vallée et sur les collines, au 



l'occupation anglaise 75 

S.-E., au nombre d'au moins 2.000 et non seulement se précipi- 
tait sur notre cavalerie, mais encore prenait en un moment l'avan- 
tage pour tomber entre le bois où était notre infanterie, et la colline, de 
telle sorte que, malgré le combat aussi résolu et le feu aussi nourri que 
nos hommes pouvaient faire, étant ainsi entourés par toute leur armée 
de fantassins et de cavaliers, notre valeureux général, ses gentilshommes 
les officiers qui l'accompagnaient et toute la troupe des soldats furent 
décimés et à peine trente d'entre eux, selon ce que je peux en juger, 
purent s'échapper. Dans cette action, nous perdîmes Son Excellence 
le comte de Teviot, notre général, avec 19 officiers commissionnés et 
i5 gentilshommes et volontaires, le docteur, ainsi que 3g6 officiers 
non commissionnés et simples soldats, dont le détail et autre chose 
sont envoyés à M. le Secrétaire (i) ». 

En l'absence du colonel Fitzgerald qui se trouvait en 
Angleterre, Sir Tobias Bridges fut choisi comme gouver- 
neur intérimaire par les officiers de la garnison. A son 
retour, le colonel s'employa à mener à bonne fin les tra- 
vaux de fortification commencés, en fit entreprendre de 
nouveaux et fit exécuter en ville divers travaux. Son com- 
mandement ne dura que quelques mois ; en avril i665 il 
fut remplacé par Lord Bellasyse. 

Intrigues espagnoles. — Ghaïlân s'enorgueillit beau- 
coup de sa victoire. Les Espagnols saisirent l'occasion qui 
s'ofirait de flatter sa vanité et l'excitèrent à compléter la 
défaite des Anglais en les expulsant de la ville : le duc de 
Médina Cœli promulga même un édit punissant de mort 
tout individu convaincu d'avoir fourni à Tanger des ma- 
tériaux de construction, et un homme fut pendu à Gibral- 
tar pour y avoir apporté de la chaux. Des armes et des mu- 
nitions furent livrées à Ghaïlân ; on lui suggéra d'élever 

(i) Lettre écrite au roi d'Angleterre le 5 mai 1664 P^^ Sir Tobias Bridges, 
qui prit le commandement delà place après la mort du comte de Teviot; in 
Archives marocaines, vol. XVIII, pp. 137-140. Cf. ibid., pp. 140 et 141, et 
pp. 53-54. 

Dans la relation qu'il donne de cette bataille, Menezes exagère les pertes 
et les effectifs anglais. 



76 TANGER ET SA ZONE * 

sur l'emplacement du Vieux Tanger les fortifications dont 
on voit encore les ruines sur la plage, près de l'embou- 
chure de l'Oued El-Halq. 

Cette attitude des Espagnols irrita l'Angleterre. Le roi 
Charles fit sentir son mécontentement à l'ambassadeur 
d'Espagne, D. Patricio Olemedio, en lui disant « qu'ils 
(les Espagnols) n'avaient pas plus à voir avec Tanger 
qu'avec Plymouth ; que Tanger était une ancienne acqui- 
sition de la couronne de Portugal ; qu'il l'avait reçue 
comme partie de la dot de la Reine et que s'ils ne voulaient 
lui reconnaître un droit légal sur cette place, ils feraient 
mieux de lui dire alors qu'ils désiraient en venir à une 
querelle avec lui, auquel cas il saurait comment pro- 
céder (i) ». 

Alliance de Ghaïlân avec les Anglais : 1666. — Ghaï- 
lân, de son côté, semblait se jouer de l'Espagne ; en 
même temps qu'il affectait de suivre ses directives et ac- 
ceptait d'elle armes et munitions, il montait et exécutait, 
sans succès d'ailleurs, une attaque contre sa possession de 
Larache (1664). 

Ce fut son dernier acte de guerre sainte ; les progrès 
rapides de MoulayEr-Rechîd, sous l'impulsion de la France, 
détournèrent brusquement son attention vers le Sud et le 
portèrent à rechercher un appui solide. S'étant aliéné 
l'Espagne par sa trahison de 1664, il se tourna du côté de 
l'Angleterre et, le 2 avril 1666, il conclut un traité d'al- 
liance (2) avec Lord Bellasyse, gouverneur de Tanger. 

Les deux parties s'engageaient à se secourir mutuelle- 
ment en cas d'attaque d'un ennemi quelconque. Toute 
l'étendue de terrain entre la rivière des Juifs et l'Oued El- 
Halq était concédée aux Anglais. Ceux-ci recevaient toute 



(i) Cf. Archives marocaines^ vol. XVIII, pp. 141-142. 

(2) Les articles de ce traité sont donnés ibid., pp. 145 et seq. 



L OCCUPATION ANGLAISE 77 

liberté de réparer les fortifications existantes, d'achever 
celles en cours d'exécution et de poursuivre la construction 
du môle ; ils pourraient extraire la pierre dont ils avaient 
besoin, depuis le Cap Spartel jusqu'à la pointe deMalabata. 
La ville devait être ravitaillée par l'intérieur du territoire, 
et libre passage serait accordé aux caravanes. Deux cents 
barils de poudre seraient remis à Ghaïlân. 

Défaite de Ghaïlân par Moulay Er-Rechîd ; sa fuite 
et sa mort. — A peine ce traité était-il signé que Ghaïlân 
était battu dans le Gharb par Moulay Er-Rechîd ; il fut 
poursuivi jusqu'à Arzila, où il se maintint deux ans grâce 
à des secours anglais fournis en exécution du traité. 

Revenu à Tanger en juillet 1668, il s'y embarqua pour 
Alger. 

Il reparut en 1672, accompagné de Turcs, après la mort 
de Moulay Er-Rechîd ; mais il fut vaincu et tué par Mou- 
lay Ismaïl à El-Qçar El-Kebir en 1673. 

Déclin de Vinfluence anglaise. — Les Anglais avaient 
basé leur politique au Maroc sur le prestige de Ghaïlân ; 
malheureusement pour eux, ils ne purent l'utiliser que 
lorsqu'il commençait à décroître. Leur alliance avec ce 
personnage devint dès lors une gène ; elle eut pour unique 
résultat de procurer un répit momentané à la garnison de 
Tanger. 

L'occupation anglaise se maintint tant bien que mal 
une dizaine d'années après la mort de Ghaïlân. Elle fut 
marquée au point de vue général par une tentative d'en- 
tente avec Moulay Ismaïl (i), tentative qui n'eut d'ailleurs 
aucun résultat durable, et au point de vue local par l'achè- 



(i) Une ambassade, dirigée par lord Howard, fut envoyée à ce Sultan en 
1669; ^" '674, Moulay Ismaïl dépêcha à son tour à Londres un ambassa- 
deur, qui obtint à la cour un grand succès de curiosité. 



78 TANGER ET SA ZONE * 

vement de grands travaux, dont bientôt il ne devait plus 
rester trace. 

Tanger sous Population de la ville. — La population de Tanger 

les Anglais. ^^^^^ ^^^^ ^^ chiffre qu'elle atteint de nos jours et ne com- 
prenait pour ainsi dire pas d'éléments indigènes. Elle était 
à peine de 2.5oo individus, en majorité anglais. Encore dans 
ce nombre est-il compris l'effectif de la garnison, variable et 
qui était en moyenne de i .5oo hommes ( i) ; le reste de la po 
pulation ne se composait que de commerçants et d'ouvriers 

En 1676 la population civile s'élevait à 700 individus 
dont 514 Anglais, 5i Juifs, 5 Musulmans et i3o étrangers 

La population militaire occupait l'actuelle Qaçba, les 
bastions et les tours échelonnées le long des remparts, ainsi 
que les fortins des lignes de défense extérieures. 

La population civile était logée à l'intérieur des remparts. 
Une agglomération ouvrière occupait un village bâti sur 
le bord de la mer, au pied delà falaise du Marchan, à proxi- 
mité immédiate d'une carrière de pierres : c'était le village 
de Whitby, ainsi nommé en souvenir de Whitby en 
Yorkshire, d'où étaient venus les premiers ouvriers an- 
glais ; là vivaient i5o ouvriers et on y trouvait des écuries 
pour 90 chevaux. 

Cette petite colonie avait un Mayor de même qu'un 
Council, créé en août 1660 et qui comprenait 6 Aldermen 
et 12 Councilmen ; Mayor, Aldermen et Councilmen 
accompagnaient le gouverneur au temple chaque dimanche, 
les premiers vêtus d'écarlate, les autres de pourpre. La 
colonie avait également une chambre de commerce {Court 
Merchant), dont on a conservé les archives. 

Travaux de fortification. — On se souvient que les 
Portugais avaient entouré la ville d'un rempart flanqué de 

(1) Second Régiment of Foot, Tangier Régiment, aujourd'hui Queen' 
Royal West Surrey. 



l'occupation anglaise 79 

tours ; les Anglais réparèrent ce rempart et y ajoutèrent 
de nouveaux bastions : la Tour de Peterborough (Peterbo- 
rough Tower, à Bâb el-Qaçba), la Tour des Irlandais 
(Irish Tower, face au cimetière juif), la Tour de l'Est 
(Eastern Tower, près de Bâb Dâr «d-Debbâgh) rappellent 
par leur nom le souvenir de l'occupation anglaise. 

Le rempart O. fut doublé sur la seconde partie de sa 
longueur d'un mur qui allait rejoindre la Tour des Irlan- 
dais ; entre le haut des Ciaghîn et l'actuelle Bâb el-Fahç 
une grande redoute fut construite, le Fort Catherine (Kathe- 
rine Fort). 

Hors des remparts, dit Menézes, les Anglais «entourè- 
rent la ville de fortifications du côté où il n'y avait que de 
simples tranchées, qui ne servaient qu'à arrêter la cavale- 
rie, et, en dehors de ces fortifications, ils élevèrent un fort 
voisin de la montagne et capable de contenir 5oo hommes 
et de l'artillerie ; ils en élevèrent un autre à Alcorào et 
creusèrent des tranchées de formes régulières avec des 
tours de guet et garnies d'infanterie, sous la direction 
d'un gouverneur qui se considérait comme un grand in- 
génieur ayant à lutter contre la puissance de Barbarie ». 

Une gravure de l'époque donne une idée assez précise 
de ce qu'étaient ces fortifications. Elle donne d'abord une 
ligne de forts avancés ; ce sont, en partant du littoral Nord : 

DeviVs Drop, sur l'emplacement du Bordj actuel de 
Bou Amaïr, non loin et en deçà de l'embouchure de la 
rivière des Juifs ; 

Henriette Redoute, sur le flanc occidental du Marchan, 
dominant cette même embouchure ; 

Charles Fort, à l'extrémité Ouest du Marchan ; 

Kendall Fort, qui commandait la vallée de Boubana ; 

A7ine Fort^ sur la route de Fès ; il dominait la dépres- 
sion de l'Oued Es-Souâni ; 



80 TANGER ET SA ZONE • 

James Fort, à l'E. du précédent ; il était orienté dans 
la même direction. 

Entre cette ligne et les remparts étaient bâtis d'autres 
fortins : 

Norwood Fort, au S. de l'actuelle Villa de France ; 

Pôle Fort, aux environs de l'actuelle Villa Valentina ; 

Bridge Fort et Monmouth Fort, sur les collines de 
sable de Bou Khachkhach ; 

York Fort, au pied du Charf, à côté du pont dit des 
Portugais. 

Le long de la place s'échelonnaient le Belloses Fort, 
VIrish Battery, le Cambridge Fort et le Fountain Fort. 

A l'intérieur de la Qaçba, un «Château» près de tomber, 
en ruines fut réparé par Lord Middleton et relié par un 
mur au York Castle, également restauré, qui se dresse 
encore à la pointe occidentale de la rade. 

Le môle. — De tous les travaux exécutés par les Anglais, 
le plus considérable fut la construction d'un môle. Le pro- 
jet remontait aux premiers jours de l'occupation et l'em- 
placement avait été choisi par le comte de Sandwich, à 
l'arrière d'un banc naturel de rochers ; les travaux com- 
mencèrent en août i663. 

Ce môle partait du pied de York Castle, à l'endroit où 
commence le môle actuel, mais au lieu de s'infléchir vers 
l'intérieur de la rade il filait droit vers la pointe de iMala- 
bata. Il était bâti avec des caissons de 5oo à 2.000 tonnes, 
remplis de pierre et de tuf, et était complété du côté de la 
mer par un système de brise-lames ; la pierre provenait 
des carrières de Whitby (i) et était apportée sur des cha- 

(i) Cf. supra, p. 78. 



l'occupation anglaise 8i 

lands, ou par des chariots sur une route aménagée le long 
du rivage. 

Le môle mesurait 484 m. 63 de long sur 33 m. 62 en 
moyenne de large. Il avait été construit par Sir Hugh 
Cholmley et M. Shere. 

Un projet de port, avec un petit môle, des jetées, des 
magasins, etc., fut dressé en 1675 et envoyé l'année sui- 
vante en Angleterre; il ne fut pas exécuté, (i). 

Impopularité croissante de Voccupation de Tanger. — 
Les dépenses énormes occasionnées par l'ensemble de ces 
travaux et les pertes subies par la garnison rendirent l'oc- 
cupation de Tanger très impopulaire en Angleterre. De 
plus, la Métropole finit par se désintéresser complètement 
d'une place qu'on disait être un nid de papistes et où le 
« Tangier Board » de Londres n'envoyait que des aventu- 
riers suspects. 

De 1670 à 1672, Sir Hugh Cholmley dut poursuivre les 
travaux du môle sur son crédit personnel. La solde même 
de la garnison n'était versée que très irrégulièrement : en 
1675, dit Budgett Meakin, il y avait un arriéré de vingt- 
six mois ; après trois ans de séjour la garnison n'avait 
reçu que quinze mois de solde et les soldats vendaient leurs 
uniformes pour se procurer des ressources. Le 29 novembre 
1680, en réponse à une demande de fonds pour l'exécution 
de divers travaux à Tanger, les Communes répondirent 
que cette place coûtait plus cher que toutes les garnisons 
d'Angleterfe, que les papistes ennemis de la couronne ne 
méritaient aucun intérêt, et elles refusèrent tout crédit. 

Devant la tournure que prenaient les événements, il fut 
question de rendre la ville aux Portugais, qui s'offraient à 



(1) Sur le Môle de Tanger, cf. : An Account of Tangier, by Sir Hugh 
Cholmley. — Budgett Meakin, loc. cit. — Repue du Monde musulman, 
vol. XIII, pp. 46-63 : Le Môle de Tanger sous Voccupation anglaise, par 

PÉRETIÉ. 



82 TANGER ET SA ZONE • 

rembourser toutes les dépenses, mais cette opinion ne pré- 
valut pas. En i683 lord Dartmouth fut envoyé à Tanger 
avec des instructions secrètes : la place était abandonnée à 
son malheureux sort. 

Siège de D'autre part, la tentative de rapprochement avec Moulay 

Tanger par Ismaïl (i) avait abouti à un échec, la politique de ce sultan 

Moulay Ismaïl ayant naturellement visé la conquête des ports du Maroc 

(1678-1684). occupés par les étrangers : Mehediya avait été reprise sur 

les Espagnols en 1681 ; Tanger devait l'être sur les Anglais 

en 1684. 

Le blocus de la ville dura près de six ans. 

Moulay Ismaïl avait réuni vers 1678 une armée de Ri- 
fains (Temsaman, Béni Ouriaghel, Baqqouïa et Guelaïa) 
qu'il avait placée sous les ordres du chef de guerre Amar 
ben Haddou, gouverneur d'El-Qçar El-Kebîr, cousin ger- 
main du pacha Ali ben Abdallah Er-Rîfi ; une qaçba, celle 
de Bou Amar, fut bâtie pour loger ces troupes. 

Les attaques contre Tanger se succédèrent dès lors à 
intervalles assez rapprochés ; les forts avancés, Kendall Fort 
et Anne Fort, tombèrent les premiers (1678-1679). Puis ce 
fut le tour du Fort Charles, sur le Marchan (2) ; la retraite 
de la garnison fut coupée par les Marocains, qui avaient 
creusé trois grandes tranchées entre le fort et la ville : sur 
176 hommes, 48 à peine purent s'échapper. Le Fort Charles, 
miné avant son évacuation, sauta et fut entièrement dé- 
truit ; c'était le plus puissant des forts avancés. Sa prise 
eut un grand retentissement dans les tribus environnantes 
et jusque dans l'intérieur du Maroc : « Au milieu du mois 

(i) Cf. supra, p. 77. 

(2) Ce fort était bloqué de toutes parts; pour dérouter les assiégeants, 
parmi lesquels se trouvaient des renégats connaissant la langue anglaise, la 
garnison communiquait avec la place en langue irlandaise, à l'aide de porte- 
voix. 

(3) \achr el-Mathânî, par NlouxyiMEU El-Kadiri ; trad. franc, in Archives 
marocaines, vol. XXIV, p. 337. 



L OCCUPATION ANGLAISE 



83 



de Rabî II (mai), lit-on dans le Nachr el-MathâvA (3), ar- 
riva à Fès la nouvelle de la prise d'un fort de Tanger par 
les musulmans, commandés par le Qâïd d'Al-Qaçr, Amar 
ben Haddoû Al-Battouî. Celui-ci conclut un armistice 
avec les chrétiens au commencement du mois de Djou- 
mada V^ (avril-juin). » 

Cet armistice fut d'ailleurs de courte durée : « Au milieu 
de Ramadan (septembre-octobre), lit-on à la page suivante 
du même ouvrage, arriva à Fès la nouvelle d'une sortie des 
Chrétiens de Tanger pour se battre contre les Musulmans. Il 
mourut dans ce combat plus de cent de ces derniers. » 

Les Marocains se servaient de grenades qu'ils fabri- 
quaient eux-mêmes et employaient des méthodes de guerre 
assez perfectionnées ; leurs travaux de mines étaient diri- 
gés par des Turcs de Candie, et, pour démoraliser leurs 
adversaires, ils invitaient leurs chefs à venir les examiner. 
Les Anglais, de leur côté, parsemaient les abords des forts 
d'innombrables cultraps, engins à quatre piquants dont 
l'un était toujours tourné vers le ciel ; des chiens de Saint. 
Malo les avertissaient de l'approche de l'ennemi (i)* 

Evacuation de 

Amar ben Haddou étant mort en 1681 au siège de Me- la ville (1684). 
hediya, le commandement des Moudjahidin fut donné à 
son frère Ahmed, qui le partagea avec son cousin germain 
le pacha Ali ben Abdallah Er-Rîfi (2). 

Le siège de la ville se resserrait de plus en plus. En nn 
de compte, l'évacuation fut décidée par les Anglais, qui mi- 
nèrent les principaux ouvrages de défense et le môle. Le 
Le 6 février 1684, lord Dartmouth quitta Tanger, après 
avoirfait embarquer les civils, avec leurs chevaux et leurs 
meubles. 

(1) BUDGETT MeAKIN, loC. cit., pp. 120- 127. 

(2) Aboul-Hasan 'Ali ben Abdallah Et-Temsamàni Er-Rîfi est l'ancécre 
d'une illustre famille à laquelle appartient le Pacha actuel de Tanger. 



84 TANGER ET SA ZONE • 

Les principaux ouvrages sautèrent avant l'entrée des 
Marocains; quelques parties restèrent à peine debout, une 
cinquantaine de barils de poudre n'ayant pas pris feu. Les 
Marocains avaient connaissance qu'une mine à retarde- 
nient avait été placée sous une batterie, mais, dans leur 
hâte d'entrer dans la ville, ils arrivèrent sur cette batterie 
au moment où elle explosait : huit d'entre eux furent 
tués. 

Les Marocains affectèrent de considérer l'occupation de 
Tanger comme une grande victoire. L'auteur du Nachr 
el-Mathânî s'exprime cependant là-dessus avec modé- 
ration : « Tanger, dit-il, a été prise sans combat par les 
Musulmans, au commencement du mois de Rebî I" (fé- 
vrier 1684). Les chrétiens abandonnèrent la ville, après 
avoir détruit les maisons, et s'enfuirent ; que Dieu soit 
loué (i). » 

De tous les travaux exécutés par les Portugais et les 
Anglais, presque plus rien ne subsistait ; l'œuvre de plus 
deux siècles était anéantie. 

{i)Loc. cit., pp. 371-372. 



sous LES ALAOUITES 



I. — Le territoire militaire de Tanger 

ET SES CHEFS. 

Aussitôt maître de Tanger, le pacha Ali ben Abdallah Ali ben Ab- 
s'occupa de reconstruire la ville ; il répara les remparts, dallah Er-Rîfi 
lit bâtir des mosquées, etc. ; la Qaçba notamment fut re- (1684-1713). 
levée de ses ruines, la mosquée fut édifiée, des batteries 
furent établies, le donjon situé à l'angle Nord-Est et qui 
semble avoir été la résidence de lord Middleton fut entière- 
ment restauré. D'après le Nachr el-Mathânî, la recons- 
truction du rempart aurait été entreprise au début de Djou- 
mâda h"" (avril- mai 1684). 

Le territoire du Fahç, considéré comme conquis sur les 
infidèles, fut concédé à l'armée qui avait pris la ville. 

Les Moudjahidin s'y installèrent et furent organisés en 
Guich; en échange du territoire dont ils avaient la jouis- 
sance, ils devaient le service militaire. Ali ben Abdallah et 
son cousin Ali ben Haddou les menèrent à la conquête de 
Larache en 1690, à celle d'Arzila en 1691 , au siège de Badis 
et enfin à celui de Ceuta, qui ne devait être levé qu'en 1 727. 

Le siège de Ceuia traînant en longueur, malgré la pré- 

VILLES ET TRIBUS. — MI. 7 



< 

< 



< 

< 

X 

w 

Û 

w 

o 
o 

< 
o 

< 



■Ë ^ 
< ^ 



-B-è 

^ 2 

< 



% 






00 -t 

t^ QO 

^w o 

o £ 

J3 






— Ë 



- oo 
JS o^ 



^ — ce . 

<u c t; o 

E cd aj 'ï' 

- O a "ôl <^ 

%^ ^ .^ 

o: S ^ ^ 
9. s. 



/^ 






C 

o 

T> 

C 
es 
t- 
su 

O" 

C 

o 

Xi o 



O 



00 






<u 



-Ë 






W 



- 1/5 I 

jD OO 



Ë §î 
S OO 






OO .^ 

Ë a-g 

t/i o rt 



3 
Ou 
su 



5> 5 
«- o 

■ ■ Xi 
Si 



«u 





— f 


M 




x: 


00 




<: 


-.^ 


B^ 






S^ 






^ — 





4» c<-i 



I 

La 



cr 
os 

ci 
. o_ 

O 

-a 

X) 

<: 



"^ S^ o- :5 

rt es „ 

:i: a 2^ 



T3 
<^ 

Ë;C 

^^ 

-^ <^ 

o T 

^ S. 

— . oc- 

X 






't3 C 

T3 



cO 
(/} -^ 

*i c 
o — 

!i 

(U T3 
ex CO 

G ^ 

<-> cr 
<u — 
- ««« 



<u o 

c ^ 
c 

o rf 
O 

-■2 



sous LES ALAOUITES 8/ 

sence du Sultan et d'une armée d'Abîd, Ali ben Abdallah 
se fit bâtir une maison et une mosquée près du camp, tan- 
dis que ses soldats cultivaient à son profit les terres aux 
alentours de la place. 

En 1692, il abandonna momentanément son camp pour 
venir recevoir à Tanger un ambassadeur de Louis XIV^ 
Pidou de Saint-Olon, envoyé auprès de Moulay Ismaïl 
pour négocier le rachat de captifs français. 

Du temps du pacha Ali ben Abdallah, le commandement 
de Tanger englobait, outre la ville et le Fahç, la tribu des 
Andjera, le territoire d'Arzila depuis la conquête de cette 
ville, et les territoires rifains compris entre Tétouan et 
Badis ; le siège de ce commandement était à Tanger. 

Ali ben Abdallah mourut en 171 3 (H. 1 125) ; ses descen- 
dants actuels placent son tombeau à Boubana. 

Ses débuts, perte de Tétouan. — Son fils et successeur 
Ahmed poursuivit lesiègedeCeuta pendant quatorze ans (i). Ahmed ben Ali 
Il résidait le plus souvent à Tanger, mais se rendait fré- (1713-1743). 

quemment à Tétouan, où son autorité était combattue plus 
ou moins ouvertement. 

Les habitants de Tétouan, les plus policés du Maroc 
avec ceux de Rabat et de Fès, supportaient en effet avec 
peine les soldats du Rîf, étrangers à la ville, et dont l'esprit 
de brigandage était une cause permanente de désordres ; ils 
réussirent à se soustraire à l'autorité d'Ahmed ben Ali en 
faisant donner le gouvernement de la ville et de sa banlieue 
à l'un des leurs, Omar El-Ouaqqach, ancien secrétaire de 
Moulay Ismaïl. 

Ahmed ben Ali se retira à Tanger ; il profita de la mort 
de Moulay Ismaïl en 1727 pour lever définitivement le 
siège de Ceuta et marcher sur Tétouan, dont il s'empara 
par surprise; mais ce succès fut de courte durée et le pacha 

(i) Voir Appendice V. 




88 TANGER ET SA ZONE 

Ahmed ben Ali, refouléparOmar El-Ouaqqach, eut grand'- 
peine à regagner Tanger, où il se fixa définitivement. 

Révolte contre Moulay Abdallah. — Cependant l'unité 
de l'Empire marocain s'était brisée à la mort de Moulay 
Ismaïl, dont le trône était revendiqué par tous ses fils. Tan- 
dis qu'à Tétouan, Omar El-Ouaqqâch se proclamait indé- 
pendant, Ahmed ben Ali prenait parti pour Moulay Abdallah 
et lui envoyait une députation de notables (H. 1 143 = 
•J. C. 1730-1731): Moulay Abdallah les fit assassiner (i). 

Ahmed ben Ali se révolta aussitôt contre lui et se rap- 
procha de l'Angleterre par l'intermédiaire du gouverneur 
de Gibraltar, dont une escadre venait souvent stationner 
devant Tanger et qui, pendant la lutte contre Omar El- 
Ouaqqach, lui avait déjà fourni des munitions. L'Angle- 
terre, saisissant l'occasion qui s'ofi'rait de reprendre la po- 
litique interrompue par la mort de Ghaïlân, accorda son 
appui au révolté, dont elle voulut faire un prétendant; 
mais cette fois encore, le but devait lui échapper par la dé- 
faite et la mort de son protégé. 

Malgré sa révolte contre le sultan, Ahmed ben Ali ne fut 
pas inquiété ; huit ans s'écoulèrent qu'il employa à gou- 
verner son territoire en toute indépendance et à construire 
un immense palais à la Qaçba de Tanger (2). 

Il ne commença à manifester de l'hostilité contre les 
régions soumises à Moulay Abdallah qu'en 1737, date à la- 
quelle il gêna le ravitaillement de Fès, au cours d'une fa- 
mine (3), en arrêtant les caravanes de chameliers venant de 
Tétouan et des autres ports (3). 

(i) Cet acte de barbarie du Sultan ne s'appliqua pas à la seule délégation 
da Pacha de Tanger. Sur la politique de Moulay Abdallah, qui consisia à 
opposer les Berbères aux Abîd et réciproquement, cf. Archives marocaines, 
vol. IX ; cf. notamment pp. 184 et seq. 

(2) Cf. infrà pp. 160 et seq. 

(3) Cf. Archives marocaines, vol. IX, p. 201. 



sous LES ALAOUITES 89 

Puissance d'Ahmed ben Ali; il fait proclamer les 
rivaux de Moulay Abdallah. — En 1788 il prit parti 
pour Moulay El-Mostadhi et le fît proclamer dans la région 
de Tanger. Comme Omar El-Ouaqqâch, à Tétouan, refu- 
sait de reconnaître ce nouveau sultan, il se fit donner 
l'ordre de marcher contre lui, se porta contre sa capitale et 
réussit à s'en emparer; il y tua 800 notables, frappa la 
ville d'une forte contribution de guerre et rétablit son auto- 
rité sur tout le territoire environnant ; pour marquer sa 
victoire, il se fit bâtir un palais à Tétouan. 

A partir de cette date la puissance du Pacha de Tanger 
ne cesse de grandir. Au début de 1740 il reçoit et garde 
deux mois à Tanger le sultan El-Mostadhi fuyant devant 
Moulay Abdallah, qui n'ose pas l'y poursuivre. En 1741 il 
se risque à faire une incursion sur le territoire d'El-Qçar 
el-Kebir et jusque dans le Gharb ; en vain Moulay Abdal- 
lah fait-il occuper El-Qçar, ses troupes évacuent la ville 
sans combat à la seule approche des Rifains. 

Il donne asile à Moulay Zîn El-Abidîn, frère et rival 
d'El-Mostadhi et de Moulay Abdallah ; son influence se 
fait maintenant sentir jusque chez les Abîd de Meknès et il 
peut leur faire proclamer son hôte, que reconnaissent 
naturellement Tanger, Tétouan, les Rifains, les Fahçia et 
les Djebala; il le fait escorter jusqu'à Meknès. Le règne de 
Zîn el-Abidîn ne dure qu'un mois et Moulay Abdallah 
revient au pouvoir (juillet 1741). Moulay El-Mostadhi 
rentre en scène (mars 1742), mais, malgré l'appui immédiat 
d'Ahmed ben Ali, il doit s'enfuir presque aussitôt après. 

Guerre avec Moulay A bdallah ; défaite et mort d'Ahmed 
ben Ali. — Ahmed ben Ali entreprit alors la lutte directe 
contre le sultan Moulay Abdallah. En février 1748 il 
marcha contre lui à la tête de ses contingents du Fahç, du 
Djebel et du Rîf ; le mois suivant il campait dans les envi- 
rons de Fès, à El-Assal, où il était rejoint en avril par El- 



«90 TANGER ET SA ZONE • 

Mostadhi et ses Abîd. Les deux armées réunies ravagèrent 
le territoire desCherarga,des Oulâd Djâmaet des Hayaïna. 

Nombre de gens moururent de faim et de misère. Le désordre res- 
semblait aux vagues de la mer. Le prix des denrées monta. La popu- 
lation se trouva dans la plus grande détresse. Matin et soir, le canon 
tonnait, et les tambours battaient dans les mhallas de Moulay Elmos- 
tadhi et d'Errîfi. Tout le monde se préparait à la guerre (i). 

Ahmed Er-Rîfî vint se poster auprès du Sebou, sur la 
colline de Tamzazit, au-dessus du pont; ses troupes fran- 
chirent ce pont et allèrent s'établira Arourat, sur la rive 
gauche du Sebou, aux portes mêmes de Fès. « A son tour, 
Moûlay Elmostadhi, laissante son camp les archers, les 
canons et les bagages, franchit la rivière avec les Abîd et 
échelonna ses troupes dans la plaine (2).» 

L'armée de Moulay Abdallah, établie sur une ligne de 
hauteurs depuis Aïn Mqaboua jusqu'à Dâr Ben Amar, 
descendit brusquement dans la plaine. Les troupes d'Ahmed 
Er-Rîli et d'El-Mostadhi, refoulées jusqu'au Sebou, s'affo- 
lèrent et vinrent s'entasser du côté du pont, qu'elles repas- 
sèrent dans le plus grand désordre, poursuivies par leurs 
adversaires. Le camp d'Ahmed Er-Rîfî et d'El-Mostadhi 
tomba tout entier aux mains des vainqueurs. 

Nous reconnûmes la qoubba du bâcha Ahmed et nous nous en em- 
parâmes, raconte le fils de Moulay Abdallah, Sidi Mohammed. Je fis 
venir les muletiers, qui chargèrent vingt mules de caisses pleines de 
douros. Je fis emporter du drap et de la toile sur trente chameaux qui 
appartenaient aux chameliers arabes Bdâoua. Ils transportèrent aussi 
deux qoubbas ; Tune était celle d'Ahmed Errîfi, et l'autre était, je crois, 
celle de Moulay Elmostadhi. Quant aux Arabs, aux Berbers, aux Oû- 
dâya et aux gens de Fès, ils prirent, chacun de leur côté, tout ce 
qu'ils purent emporter... (3). 



{i) Archives marocaines, vol. IX, pp. 219-220. 

(2) Id., p. 220. 

^,3) Archives marocaines^ vol. IX, pp. 221-222. 



sous LES ALAOUITES QI 

Le pacha Ahmed avait perdu 900 hommes; il regagna 
péniblement Tanger, tandis que Moulay El-Mostadhi s'en- 
fuyait vers les Béni Ahsen. Arrêté à son passage au Djebel 
Zebîb, entre Tanger etTétouan, le pacha dut engager un 
combat au cours duquel périt le fils d'El-Mostadhi, Sidi 
Mohammed, qui avait été pris pour un Rifain. 

La défaite d'Ahmed Er-Rifi risquait de ruiner son auto- 
rité et le territoire de Tétouan menaçait déjà de lui échap- 
per. Reconstituant rapidement ses forces et s'étant fait 
livrer des munitions par les Anglais, il envoya à Moulay 
El-Mostadhi 200 tentes, 200 chevaux, un millier de fusils 
et 5o.ooo mithqals, et repartit en campagne en juillet 1743, 
à la tête d'une forte armée de Rifains, de Fahçia, de Dje- 
bala, de Khlot, de Tlig, de Bedaoua et de contingents de 
Larache et d'El-Qçar. 

La rencontre eut lieu à El-Minzah, près d'El-Qçar, le 
26 juillet. Ahmed Er-Rîfi eut à peine le temps d'arriver 
pour assister à la défaite d'El-Mostadhi ; attaqué à son 
tour, il fut battu et tué. On apporta sa tête à Moulay Abdal- 
lah, qui l'envoya à Fès et la lit exposer à Bâb el-Mahroûq ; 
le corps du Pacha fut enterré à El-Qçar el-Kebîr. 

Confiscation de ses biens. — Dès le lendemain, 27 juil- 
let, Moulay Abdallah se porta sur Tanger; les habitants de 
la ville étant allés au-devant de lui, avec des Qorans sur 
la tête, il leur accorda Taman. 

L'inventaire et la confiscation des biens du Pacha 
durèrent quarante jours. 

Des experts de Fès pénétrèrent dans son palais, « fouillèrent tous 
les magasins et rassemblèrent tout ce qu'ils trouvèrent en fait d'argent, 
d'armes, de selles, de vêtements, de draps, de toile, de matelas, d'usten- 
siles de ménage et d'effets mobiliers. Il y en avait une quantité consi- 
dérable. On fit l'inventaire de tout et dressa également une liste des 
esclaves, des négresses, des chevaux, des mules, et de tout le bétail, 



92 



TANGER ET SA ZONE 



chameaux, bœufs et moutons. Le tout atteignait un chifTre élevé. Le 
bétail fut donné aux Berbers. Quant aux tners (i), ils furent abandon- 
nés au guich ; les soldats s'emparèrent de tout le blé et l'orge qu'ils 
y trouvèrent. Le Sultan s'occupa ensuite des qâïds, des secrétaires et 
de tous les gens qui avaient des liens avec Errîti, et leur enleva leur 
argent et leurs trésors... En s'emparant de ces magasins, le Sultan fit 
une capture comparable à celle des trésors de Qâroûn (2) ». 

Les fermes du Pacha furent pillées, les champs moisson- 
nés et son palais de la Qaçba démoli en partie. 

Les tribus de la région reconnurent l'autorité de Moulay 
Abdallah et lui envoyèrent des députations. 



Abdeikerîm 
ben Ali ben 

Abdallah 
(1743-1748). 



Malgré ces événements, le commandement de la ville et 
du Fahç (3) fut donné à un frère de l'ancien pacha, Abdei- 
kerîm ben Ali ben Abdallah. Le nouveau gouverneur essaya 
de maintenir l'autorité du Sultan. 

Cependant, Moulay El-Mostadhi, traqué partout au 
Maroc, put revenir s'établir dans la ville au début de 1745. 
Abdeikerîm, voulant protester de sa fidélité à Moulay 
Abdallah, envoya aussitôt à ce dernier une députation de 
100 Rifains, accompagnés d'une veuve d'Ahmed avec ses 
deux enfants : le Sultan reçut cette députation à Qaçba 
Bou Fekrân, où il se trouvait alors (mai 1745) ; il accepta 
les cadeaux qui lui étaient apportés, puis il fit exécuter les 
cent Rifains et les deux enfants. 

Abdeikerîm n'en persista pas moins dans sa soumission 
à Moulay Abdallah ; il contrecarra les projets de Moulay 
El-Mostadhi, qui affectait d'agir en maître et opprimait la 
population de la ville et du Fahç. Celui-ci finit même par 
se poser de nouveau en prétendant; il arrêta Abdeikerîm, 
lui creva les yeux et confisqua tous ses biens. Les Rifains 



(0 Groupes de silos. 

{2) Archives marocaines, vol. IX, p. 227. 

(3) Il semble que les territoires de Tétouan, du Habt, etc., aient été retires 
du commandement de Tanger après la mort d'Ahmed ben Ali. 



sous LES ALAOUITES qS 

rarrêtèrent à son tour (27 juin 1748) ; ils se demandaient 
s'ils devaient ou non le livrer à Mouiay Abdallah, quand 
ce dernier lui fixa Arzila pour résidence obligatoire. 

Mouiay El-Mostadhi se mit dès lors à faire le commerce 
des grains avec des négociants étrangers de Tanger et des 
autres ports ; ses intrigues lui valurent d'être relégué à 
Sefrou et de là au Tafilelt, où il mourut en 1 178 de l'hégire 
(J.-C. 1759-1760). 

Abdeççadaq ben Ahmed ben Ali Er-Rîfi succéda à son Abdeççadaq 
malheureux oncle Abdelkerîm dans le gouvernement de ^^^ Ahmed 
Tanger et du Fahç. Les premières années de son com- ben Ali 

mandement semblent s'être passées dans le calme; il dut (1748-1766). 
mettre à profit cette période de tranquillité pour grouper 
autour de lui un parti nombreux et sûr en attirant les 
Rifains dans le Fahç; il se fit construire une maison au 
pied de la Qaçba, dans le quartier de Djenân El-Qarptan. 

Lors d'un passage en vue de Tanger de Sidi Mohammed 
ben Addallah, qu'il était allé rejoindre autrefois à Marra- 
kech quand le Sultan n'était que khalifa, il se rendit à 
son camp avec les notables de Tanger et du Fahç pour 
faire acte de fidélité et lui offrir des hedias ; le Sultan lui 
fit le meilleur accueil et fit distribuer à ses hommes de 
l'argent et des vêtements ; un frère d'Abdeççadaq fut 
même chargé de se rendre à Tétouan pour y surveiller la 
construction de galioîes (H. 1173=:]. C. 1759-1760). 

La confiance du Sultan ne se maintint pas; rien dans 
le commandement d'Abdeççadaq ne permettant apparem- 
ment d'expliquer ce fait, il est à supposer que le fils du 
pacha Ahmed ben Ali fut desservi au Makhzen par des 
qâïds malveillants. 

Abdeççadaq fut arrêté à Meknès en 1766 (H. 1180) avec 
une centaine de ses proches et de ses gens, et le Sultan, 
venu en personne à Tanger, confisqua ses biens et déplaça 
son guich. 



94 



TANGER ET SA ZONE 



Substitution La famille d'Abdeççadaq fut envoyée en résidence obli- 

des Abîd gatoire à Mehediya ; sur les 3. 600 soldats du guich, 

aux Rifains; 2.000 environ furent déplacés dans la même ville et mis 

Ech-Chaikh. sous le commandement de Mohammed ben Abdelmâlek 

El-Tensamâni Er-Rîfi ; i.5oo Abîd de Mehediya furent 

établis à Tanger avec Ech-Chaikh pour qâïd. Mohammed 

ben Abdelmâlek ne tarda pas à revenir à Tanger, à une 

date et pour des motifs inconnus. 

A partir de 1766 s'ouvre une période obscure au point 
de vue local et qui dure une dizaine d'années. Elle corres- 
pond à une période de troubles généraux au Maroc, où 
l'armée des Abîd, que le Sultan cherche à disloquer, fait 
preuve d'un esprit de mutinerie inquiétant. 

En 1775, les Abîd ayant reçu l'ordre d'envoyer mille de 
leurs familles de Meknès à Tanger, cette armée se révolte ; 
le calme revient et le Sultan peut déplacer deux bataillons. 
L'année suivante les i.5oo Abîd de Tanger, grossis des 
deux bataillons se soulèvent contre leur chef, Ech-Chaikh, 
et contre celui des Rifains, Mohammed ben Abdelmâlek, qui 
s'enfuient tous deux à Arzila ; les instigateurs de la mutinerie 
sont arrêtés, envoyés au sultan à Meknès et amputés d'une 
main et d'un pied ; les deux qâïds reviennent à Tanger. 

Rn des Abîd Deux ans après (1778), les Abîd de Larache et de Tanger 

(1778). furent concentrés à Dâr El-Arbi, dans le Gharb, sous pré- 

texte de leur rappel définitif à Meknès; par ordre du 
Sultan ils y furent cernés par les Béni Ahsen, les Sofyan 
et les Béni Malek, désarmés et dispersés commes esclaves 
dans les tribus avec leurs femmes et leurs enfants. 



Reconstitu- L'ancien guich d'Ali ben Abdallah et d'Ahmed ben Ali 

tion du reparut alors, composé presque exclusivement de Rifains. 

guich r if al n. H comprenait 3. 600 hommes, dont 2.400 fantassins et 
cavaliers, 5oo artilleurs et 700 marins. 



sous LES ALAOUITES 9 5 

Les artilleurs [topdjiya) assuraient la garde et la défense 
des bordjs ; ils accompagnaient les cavaliers et fantassins 
quand le guich exécutait des opérations en tribu. L'artil- 
lerie de Tanger comprenant des pièces de fort calibre, les 
Sultans la déplaçaient de temps en temps pour battre les 
fortifications de Ceuta ou même celles de Fès ; vers 1788, 
lors de la réorganisation du guich, elle fut placée sous les 
ordres des Fennîch (i), famille d'artilleurs dont un des 
membres, le qâïd Et-Tâher Fennîch, reçut même le gou- 
vernement de la ville (1790 et 1691). Des sqalas et des 
plates-formes furent construites. 

Quant aux marins' {B a hriy a) , ils s'occupaient de tout 
ce qui regardait la flotte ; ils construisaient et réparaient 
les bateaux à l'arsenal, qui était situé devant l'immeuble 
actuel de Renschausen, fournissaient les équipages, assu- 
raient la défense des côtes et du détroit, etc. ; ils devaient 
assurer également l'embarquement et le débarquement des 
marchandises. 

La flotte était commandée par un Reïs, ou amiral ; un 
khalîfa du Reïs remplissait les fonctions de capitaine du 
port. Les agrès provenaient de la Suède, de la Norvège, 
de la Hollande et du Danemark. 

Un essai de développement de la flotte fut entrepris en 
1788 par Sidi Mohammed ben Abdallah, qui fit inscrire 
sur les contrôles 600 Aït Atta et 400 Abîd du Tafilelt. 
Équipés et armés à Tétouan, ces hommes furent 
envoyés à Tanger, où ils montèrent une vingtaine de ba- 
teaux destinés à la course ; cet essai n'eut pas de suite ; 
les mille hommes furent licenciés deux mois après leur 
arrivée à Tanger, après quelques courses dans le détroit et 
devant les côtes d'Espagne. 

(i) Sur la famille des Fennîch, originaire de Salé, cf. Villes et Tribus du 
Maroc, vol. III, pp. 96 et seq. 



qO TANGER KT SA ZONE • 

Fantassins, cavaliers, artilleurs et marins touchaient 
individaellement une solde mensuelle de i miihqal 
(5 francs environ à l'époque) ; malgré le bon marché 
extrême de la vie, elle était insuffisante devant les frais 
d'installation du guich et, en 1786, le Sultan dut faire 
une avance de quinze années. 

Un Bit el-Mâl, ou Trésor, était constitué dans chaque 
port. 

Outre leur solde, les soldats du guich rifain avaient en 
jouissance une parcelle du territoire de la banlieue de 
Tanger. C'était le Pacha du guich, en même temps gou- 
verneur de la ville, qui distribuait les parcelles par déléga- 
tion du Sultan ; il tenait un registre, dit Kounnâch el- 
Guich, où étaient inscrites les parcelles avec le nom des 
bénéficiaires. 

La jouissance des parcelles passait généralement de 
père en fils ; les filles n'y avaient aucun droit. 

Cette organisation devait peu à peu tomber en désuétude 
à la mort de Sidi Mohammed ben Abdallah : le guich 
rifain ne reçut plus de solde, mais il n'en continua pas 
moins à exister avec ses cavaliers et ses fantassins, ses 
artilleurs et même ses bahriya. 

De nos jours les artilleurs n'existent plus et les Bahriya 
sont devenus de simples barcassiers, mais le Pacha du 
Guich exerce toujours en principe le commandement de 
tout ce qui en subsiste. 



2. — De 1778 A 1920. 

Nous avons vu que depuis l'évacuation de Tanger par 
les Anglais jusqu'en 1766, le gouvernement de la ville et 
de la banlieue avait été exercé par la famille rifaine d'Ali 



sous LKS ALAOUITES 97 

ben Abdallah pour laquelle il constituait une sorte de fief. 
L'arrestation d'Abdeççadaq ben Ahmed ben Ali ben Abdal- 
lah et le déplacement du guich eu 1766 interrompit mo- 
mentanément cette domination. 

Elle reprit avec une branche collatérale de la même Mohammed 
famille. C'est en effet un descendant d'Ahmed ben Had- *»^en 

dou (i), Mohammed ben Abdelmalek, qu'on trouve à Abdeïmaiek. 
partir de cette époque à la tête des Rifains du Fahç ; on 
se souvient que ce personnage avait été envoyé à Mehediya 
en 1766, mais qu'il n'avait pas tardé à revenir à Tanger. 

Le contingent des Abîd est sous les ordres de Chaikh El- Ech-Chaikh 
Bokhâri. Eî-Bokhâri. 

Le gouvernement de la ville même semble avoir échappé Alohanimed 
à ces deux personnages: des textes de l'époque établissent ben 

qu'à côté ou au-dessus du chef des Rifains et de celui des Ali El-Hahi. 
Abîd, le Sultan avait placé un ancien secrétaire du Dâr el- 
Makhzen, Mohammed ben Ali El-Hahi, chargé probable- 
ment de les surveiller. Mohammed ben Ali El-Hahi est 
signalé à Tanger en août 1770 et et novembre 1777 
(H. Rabî II 1 184 et Choual 1 191) ; il y a fait construire la 
médersa sur l'ordre de Sidi Mohammed ben Aballah (2). 
On ne connaît pas la date exacte à laquelle il abandonna 
ses fonctions. 

Ce fut probablement en 1778, lors de la dislocation du 
guich des Abîd, suivie de la reconstitution du guich ri- 
fain ; les causes qui avaient motivé la nomination d'un 
troisième chef pour surveiller les deux autres tombaient 
du même coup : le gouvernement de Tanger et celui du 
Fahç furent de nouveau réunis en un seul. 

(1) Cf. suprà, pp. 82 et 8ô. 

(2) Ci. Archives marocaines, \o\. XXIII, pp. 145 et i55. 



98 



TANGER ET SA ZONE 



Mohammed ben D'après la tradition locale, ce commandement aurait été 

Abdelmalek. donné à Mohammed ben Abdelmalek, chef du guich 
i^fois.) rifain. 

Abdelmalek Vers 1784 il céda la place à son fils Abdelmalek, sur- 

Melloûk. nommé Si xMelloûk, qui semble avoir été maintenu jusqu'en 

1790, date de la proclamation de Moulay Yezîd; le nou- 
veau gouverneur est signalé à Tanger en octobre 1788 et 
juin 1789 (H. Moharrem et Ramadhan i2o3) (i). 



Moulay Mos- Sous le règne de Moulay Yezîd, le territoire de Tanger 

lama ; Tâher et du Fahç faisait partie d'un commandement étendu, qui 

Fennîch englobait Tétouan, le Habt, le Djebel, Larache et Arzila ; 

es-Slâoui. ce commandement était exercé par Moulay Moslama, 

frère et khalîfa de Moulay Yezîd. 

Tanger et le Fahç étaient commandés en sous-ordre par 
Et-Tâher Fennîch Es-Slâoui (2), d'une famille d'artilleurs 
originaire de Salé. Ce choix ne peut s'expliquer, semble- 
t-il, que par le caractère agressif de la politique de Mou- 
lay Yezîd, qui fut marquée par une recrudescence de guerre 
sainte contre les Espagnols et par le siège de Ceuta, auquel 
répondit un bombardement de Tanger le 24 août 1791. 

On sait que les Fennîch constituaient une famille puis- 
sante de Salé ; tombée en disgrâce en 1766 (3), elle avait 
été dispersée dans les ports, où ses membres avaient reçu 
le commandement de l'artillerie. Une partie de cette famille 
avait été envoyée à Tanger et c'est à elle qu'appartenait 
Tâher Fennîch. En sa qualité de topdji (artilleur), il était 
particulièrement qualifié pour commander une place mari- 
time de l'importance de Tanger, exposée à des bombarde- 
ments du fait de la guerre sainte. Il commanda sans doute 
le guich rifain devant Ceuta ; il y exécuta surtout de nom- 

(i) Cf. Archives marocaines, vol. XXIII, pp. ni, 112 et 169. 

(2) Cf. Archives marocaines, vol. XXIII, p. io3. 

(3) Cf. suprày p. 95, n. T. 



sous LES ALAOUITES 



99 



breux travaux de siège et assura le bombardement de la 
place avec de la grosse artillerie provenant en partie de 
Tanger. 

A la mort de Aloulay Yezîd en février 1792, Moulay 
Moslama entreprit de se faire proclamer sultan ; il fut re- 
connu sur son territoire, mais son règne ne dura que quel- 
ques jours et la région de Tanger se hâta de reconnaître 
Moulay Slimân, à l'annonce de la proclamation de ce der- 
nier à Fès (i I mars 1792). Moulay Moslama eut cependant 
le temps de nommer un gouverneur du Nord, Ahmed ben 
Abdelmalek, à qui il donna immédiatement l'ordre de lui 
faire parvenir les produits de la douane, l'encaisse des ha- 
bous, etc., de Tanger et de Larache ; le gouverneur s'exé- 
cuta le 14 avril 1792 (i). 



Ahmed ben 
Abdelmalek. 



Dès la proclamation de Moulay Sliman, un aventurier, 
Zeïtan, de son vrai nom Mohammed ben Abdessalâm El- 
Khomsi, qui s'était révolté chez les Ghomara et dans le 
Habt, réussit à étendre son autorité jusque dans le Fahç 
de Tanger, sans toutefois pouvoir atteindre la ville. 

Le commandement du Nord fut alors donné à Moulay 
Tayyeb, frère du Sultan, avec résidence obligatoire à Tan- 
ger ; le Fahç fut soumis le premier. Les opérations contre 
Zeïtan devaient durer jusqu'en 1794 et nécessiter Tenvoi à 
Tanger d'une colonne de renfort (2). 

Quelque temps après, le guich, sous le commandement 
de Moulay Et-Tayyeb, prit part à une campagne contre 
les Châouia (1795). 



Mouîay 

Tayyeb ben 

Mohammed 

ben Abdallah; 

révolte de 

Zeïtan. 



Moulay Et-Tayyeb fut nommé en 1798 khalîfa du Sultan Abdallah ben 
à Marrakech. Il fut remplacé à Tanger par Abdallah ben Abdelmaîek. 
Abdelmalek, dit « 'Abbou », qui gouverna la' ville deux ans. 



(i) Cf. Archives marocaines, vol. XXIII, pp. io4etio5. 
(2) Id., vol. IX, pp. 397-399. 



roo 



TANGER ET SA ZONE 



Abderrahmân Le commandement du Nord, avec celui des places mari- 

Ach'ach limes, fut alors donné à Abou Zeïd Adberrahman Ach ach 

Et-Tétaouni. Et-Tétaouni, qui résida tantôt à Tétouan, tantôt à Tanger. 
On ne sait à peu près rien de ce personnage, pourtant 
légendaire à Tétouan et que l'auteur de VIsiiqçâ se con- 
tente d'appeler « le célèbre qâïd (i) ». 11 semble ne pas 
avoir favorisé outre mesure les intérêts du Makhzen ; il 
laissait pratiquer dans le Rîf une large contrebande de 
grains et de bétail, dont l'exportation était interdite, et 
cette province ne payait d'impôts que sous la pression de 
fortes colonnes du Sultan. 

Il fut destitué en 1808 et remplacé par un Bokhâri, 
M'hammed Es-Slâoui. 

M'hammed Avec le nouveau gouverneur le territoire du Nord englobe 

ben le Djebel et même le Gharb ; le guich participe en 1812 à 

Abdessaîam une expédition contre les Aït Yousî et les Guérouan. 
Es-Slâoui M'hammed Es-Slâoui, suivant l'exemple de son prédé- 

El-Bokhâri. cesseur, ne fit aucun efïbrt sérieux pour réprimer la con- 
(1808-Î813). trebande : les Rifains venaient vendre leur bétail et leur 
blé aux négociants européens jusque dans le port de Tan- 
ger. En 18 12 il put les obliger cependant au versement de 
l'impôt; l'année suivante il dut renouveler son expédition, 
mais le Sultan lui envoya son fils Ibrahim pour le sur- 
veiller et lui-même vint en personne assister aux opérations. 
M'hammed Es-Slàoui finit par être destitué; le Rîf fut 
détaché du territoire, de même, semble-t-il, que les régions 
de Tétouan et de Larache. 



Abdessalâm 

ben 

Abieççadaq 

(I813-18I6). 



A cette époque on note le retour en faveur de la famille 
d'Ali ben Abdallah Er-Rîfi ; tandis que l'un de ses 
membres, Ahmed ben Abdeççadaq, reçoit le commande- 
ment du Rîf, un autre, Abdessalâm ben Abdeççadaq, 
reçoit celui de Tanger et de sa zone. 



{i)Cf. Aî'chipes marocaines, vol. X, p. 25. 



sous LES ALAOUITES 10 1 

Le gouvernement d'Abdessalâm ben Abdeççadaq ne 
dura que trois ans ; de connexité avec le gouverneur de 
Rabat, ce qâïd refusa, malgré les ordres du Sultan, de 
restituer les équipages de trois bateaux capturés, dont un 
appartenait au Hanovre et deux à la Hollande ; il fut arrêté 
en i8i6en même temps que son complice. Il faut ajouter 
que, malgré la présence de son frère dans le Rîf, la con- 
trebande de grains et de bétail ne cessait pas et que le Sul- 
tan vint en personne à Tanger pour aviser aux mesures à 
prendre : c'est probablement au cours de ce voyage (1816) 
que fut décidée l'arrestation du gouverneur (i). 

La seconde moitié du règne de IVIoulay Sliman est mar- EI-Arbi Es- 
quée par la révolte générale des Berbères au Maroc ; le Sa ïdi. 

mouvement est à la fois antiarabe et antidynastique et le (1817-1822). 
fondateur de la confrérie des Derqaoua, Si Mohammed 
El-Arbi ben Ahmed, y participe, d'accord avec Am'haouch : 
il est arrêté en novembre 1820. 

Le Nord du Maroc prend position pour Moulay Ibrahim 
ben Yazîd ; Ahmed ben Abdeççadaq, frère d'Abdessalâm, 
semble avoir embrassé ouvertement dans le Rîf la cause 
du prétendant. 

Tanger cependant est maintenue dans la fidélité à Mou- 
lay Sliman par l'énergie de son gouverneur, Abou Abdal- 
lah Mohammed El-Arbi ben Ali Es-Saïdi ; il expulsa même 
de la ville le qâdhi Ahmed El-Fellous, qui voulait faire 
proclamer Moulay Ibrahim ben Yezîd, et le fit remplacer 
par Aboû'1-Baqâ Khâled Et- Tandji ; il envoya les gros 
canons de Tanger participer au siège de Fès par le Sultan. 
Celui-ci vint même passer quelque temps à Tanger. 

Le gouvernement d'El-Arbi Es-Saïdi englobait Tanger, 
Larache et leur zone. 

(i) D'après le registre des Habous de Tanger, Abdessalâm ben Abdeççada 
semblerait être encore e.i fonctions en 1817-1818 (Archives marocaines 
vol.XXlII, p. 194). 

VILLES ET TRIBUS. — VU. 8 



î «i TANGER ET SA ZONE 

■ '-> , 

Ahmed ben A la mort de Moulay Sliman en novembre 1822, la 

Abdeççadaq famille des Oulâd Abdeççadaq semble avoir profité de la 
(1823). situation troublée du Maroc pour renverser El-Arbi Es- 

Saïdi. La tradition locale, conservée par le pacha actuel de 
Tanger, est obscure et semble voiler des événements que, 
d'autre part, les auteurs marocains, gênés par la censure, 
n'ont pas reproduits (i). 

Ahmed ben Abdeççadaq, appuyé par les Derqaoua, tenta 
de faire proclamer Moulay Saïd ben Yezid, frère de Mou- 
iay Ibrahim. On sait que l'habileté politique de Moulay 
Abderrahman fît tomber presque aussitôt la résistance ber- 
bère, notamment par la mise en liberté du Chaikh Der- 
qaoui, qui d'ailleurs ne tarda pas à mourir à Bou Berrîh, 
chez les Béni Zeroual Ghomara (fin octobre 1823). 

Ahmed ben Abdeççadaq retourna précipitamment dans 
le Rîf. 

Ou Aîimoûn II fut remplacé par un pacha étranger à la ville ; c'était 

El-Querouani. un Berbère réputé pour son énergie, le qâïd Mohammed 
Ou Mimoûn, de la tribu des Guerouan. Les mesures vio- 
lentes auxquelles il eut recours provoquèrent une révolte 
contre lui : menacé de mort jusque dans sa maison par ses 
administrés, il dut s'enfuir précipitamment (2). 

El-Mehdi Pour calmer cette révolte, le sultan Moulay Abder- 

Es-Saïdi. rahman, qui se trouvait alors à Marrakech, donna le gou- 

vernement de Tanger à un notable rifain de la famille des 
Oulâd Es-Saïdi, le fqîh Si El-Mehdi. Mais celui-ci, un let- 
tré inhabile à commander, devint rapidement la risée de 
ses contribules. 



(i) D'après cette tradition, Ahmed ben Abdeççadaq aurait succédé directe- 
ment à son frère Abdessalam, ce qui semble être établi comme faux par les 
tu-xies de l'époque. 

. f2) Mohammed Ou Mimoûn est signalé comme gouverneur de Tanger à la 
d-jie du 7 choual 1240 et à celle du 2 choual 1242 (J.-C. 25 mai KS5a et 
2, avril 1827). Archives marocaines, vol. XXlII,pp.67 et 73. 



sous LES ALAOUITES 



Il fut relevé et reçut pour successeur El-Hâdj Moham- 
med ben *Abbou, qui appartenait aux Oulâd *Abdelmaiek, 
branche collatérale de la famille d'Abdallah Er-Rifi. Le 
nouveau gouverneur se maintint peu de temps. 

El-'Arbi Es-Saïdi reprit alors le commandement de Tan- 
ger, où on le trouve en 1844, lors de la guerre franco-maro- 
caine, marquée par la bataille d'Isly (14 août), le bombarde- 
ment de Tanger (6 août) et celui de Mogador (i5 août). 

L'escadre qui bombarda Tanger, comme Mogador, 
était commandée par le prince de Joinville ; elle ouvrit le 
feu vers 8 heures du matin. 

Le Suffren, portant le pavillon amiral, le Jemmapes et V Argus, for- 
maient la première ligne d'attaque ; une heure après, le Tritofi et la 
Belle-Poule s'engagèrent dans la lutte. Le Rubis lança des fusées qui 
mirent le feu à un camp situé hors de la ville et dans la ville même, 
où l'on épargna le quartier franc. Malgré la houle et la fumée lente à 
se dissiper, le tir des Français fut admiré pour sa justesse. Les cons- 
tructions à la partie inférieure de la Casbah eurent beaucoup à souf- 
frir ; dès le début, la batterie Tophana et la batterie basse (i), qui font 
face à la rade, furent démantelées, et la foule qui s'y était réunie se dis- 
persa. Les artilleurs marocains répondirent durant une heure par un 
feu bien nourri; mais quelques pièces seulement se soutinrent jusque 
vers la fin du combat, qui dura près de trois heures. La batterie du 
Renégat (2), formée de dix pièces, sur une pointe, à i mille ouest de 
Tanger, incommoda notablement par la proue les vaisseaux de la pre- 
mière ligne ; mais le Triton, chargé de la rendre inutile, la fit taire 
promptement. Grâce aux remparts et aux terrassements qui les cou- 
vraient, les Maures ne comptèrent que 220 hommes tués et environ 
400 blessés. Les pertes des Français furent relativement insignifiantes. 

L'escadre espagnole et des bâtiments anglais étaient spectateurs du 
combat (3). 

(0 La batterie Top'hana et la batterie basse sont séparées par la Porte de 
la Marine; la batterie basse, actuellement désarmée, se trouve en contre-bas 
du Bordj es-Salâm, exactement au-dessus des anciens magasins de la douane; 
peut-être s'agii-il du Bordj es-Sa!âm. 

(2) Le Bord) Bou '^Atnaïr, ou la Batterie d'artillerie du Marchan (poste 
actuel du Tabor n' 2). 

(3) Godard, Description et Histoire du Maroc, t. II, pp.6o5-6o6. 




El-Hâdj 
Mohammed 
ben Abbou. 



El- Arbi 
Es-Saïdi. 

(2' fois). 



Guerre franco- 
marocaine : 
bombarde- 
ment de 

Tanger (1844). 



104 TANGER ET SA ZONE 

Sur le plateau du Marchan, à remplacement actuel du 
poste de police du Tabor n° 2, à côté de Tlnstitut Pasteur, 
se trouvait une batterie d'artillerie; le qâïd qui la com- 
mandait ne put résister au désir de faire sortir ses pièces 
et de tirer sur l'escadre. L'escadre répondit : un grand 
nombre de boulets vinrent s'abattre sur le plateau, où les 
habitants les ramassèrent après le combat. Ces boulets 
servaient d'ornement, il n'y a pas longtemps encore, à la 
façade des maisons de la Société Immobilière du Mar- 
chan ; ils ont été enlevés récemment par des rôdeurs noc- 
turnes. 

Du bombardement de 1844 on aperçoit encore,àlaQaçba, 
un boulet encastré dans une voûte du donjon en ruines 
d'Ali ben Abdallah Er-Rîfî (i). 

Une pièce du Bordj Bou Amaïr passe chez les indigènes 
pour avoir coulé un vaisseau français ; elle est vénérée 
depuis sous le nom de Sidi Mimoûn. 

El-HadJ Le gouvernement général du Nord avait été reconstitué 

Mohammed au cours de ces événements ; il engloba désormais tout le 

Ben 'Abbou. territoire compris entre Tanger et la rive droite du Sebou. 

{2^ fois). Ce vaste commandement fut donné d'abord à Si Bou 

Selham Astot, ensuite à Si M'hammed El-Khatîb Et- 

Tétaouni. 

Le territoire de Tanger fut administré au nom de ces 
gouverneurs par Ben Abbou, dont le règne dura quinze 
ans environ. Du temps de Ben Abbou on peut signaler 
l'assassinat du Français Paul Rey, le 22 février i855, 
par un chérif filâli du nom de Saïd ; celui-ci fut exécuté : 
il est depuis vénéré comme un martyr et un saint et 
son tombeau, au cimetière du Marchan, est un but de pè- 
lerinage. 



(i) Cf. infrà, pp. i58 et seq. 



sous LES ALAOUITES 



I05 



Ben Abbou eut pour successeur Hommân Es-Saïdi vers Hommân 
1860, lors de la guerre hispano-marocaine ; ce personnage Es-Saïdi. 
appartenait à la famille d'El-Arbi Es-Saïdi, dont il a été 
parlé. 

Le gouvernement de Tanger passa ensuite aux mains El-Abbâs 
d'un Rifain des BeniOuriaghel, El-Abbâs Amkiched, auquel Atnkiched. 
succéda bientôt après un qâïd bokhâri envoyé de Meknès, 
Mohammed ben Abd El-Kerîm El-Djebboùrî, dit Ben Ker- Ben Kerroûm. 

roûm(i86i). 

Après Ben Kerroûm vint pour la deuxième fois El- El-Abbâs 

Abbâs Amkiched, à la fin du règne de Sidi Mohammed ben Amkiched 
Abderrahman. On raconte que, lors de l'avènement de i^^ fois) 

Moulay El-Hasan en 1878, il mourut subitement au mo- ^t son frère 
ment où il se préparait à aller lui apporter ses dons de M'hammed. 
joyeux avènement. 

Son frère M'hammed reçut alors le commandement, qu'il 
dut céder peu après à Si Ali El-Mesfioui, secrétaire du Dâr 
el-Makhzen. 

De même qu'El-Mehdi Es-Saïdi, le fqîhEl-Mesfîoui n'eut Ali 

pas le prestige nécessaire pour en imposer à la population El-Mesfioui. 
rifaine de Tanger et de sa banlieue. 

Il dut être remplacé par un Bokhâri, à qui l'excès de sa Djilâli 

sévérité, jointe à sa qualité d'étranger, ne tarda pas à rendre ben Hammou, 
la situation intenable. 



Le Sultan décida alors dje donner encore le commande- 
ment à la famille rifaine d'Ali ben Abdallah ; il nomma 
pacha Abdeççadaq ben Ahmed (ben Abdeççadaq ben Ahmed 
ben Ali. ben Abdallah) qui avait été pacha du Rîf de 1861 à 
1875, avec résidence à Jenata. Cette famille n'abandonnera 
plus désormais le pouvoir qu'à de rares intervalles. 

Sous le règne de Moulay El-Hasan (i 873-1894) le terri- 



Abdeççadaq 
ben Ahmed. 



loO 



TANGER ET SA ZONE 



toirede Tanger comprenait lo tribus; le Fahç, la Ghar- 
biya, les Amer, les Mzoura, les Andjera, l'Ouadras, les 
Béni Mçaouar, le Djebel Habîb, les Bdaoua et les Bcni 
Ider. 

On constate dès le début une tendance des Andjera à re- 
jeter l'autorité du pacha de Tanger. Affiliés presque tous à 
la confrérie antimakhzen des Derqaoua, les Andjera de- 
vaient être la première tribu qui s'affranchit de la dépen- 
dance de cette ville. Cette tendance séparatiste se mani- 
festa ouvertement en 1876, au moment de la nomination 
dcAbdeççadaq ben Ahmed au gouvernement du territoire. 

A la même époque la maison d'Ouazzan commençait à 
développer son influence. 

Les Andjera entretinrent des relations avec le chérif Hadj Abd es- 
Salâm, demandant à se placer sous sa protection pour échapper au 
Makhzen... Ils eurent alors un qâîd indépendant, du nom de M'hammed 
Amkeched, frère d*El-Abbâs, ancien pacha de Tanger, puis furent re- 
placés sous Tautorité de Abdeççadaq ben Ahmed (i), qui s'y fit repré- 
senter par des chaïkhs ; mais trois de ces fonctionnaires soupçonnés 
d'entretenir des intelligences avec les insurgés furent révoqués succes- 
sivement et, lors de son passage à Tanger en 1889, Moulay Hasan dé- 
cida, malgré les protestations des Andjera, de les placer directement 
sous l'autotité du pacha de Tanger. Le supplice de l'av^euglement, que 
les Andjera firent subir à un délégué du pacha à la suite de cette me- 
sure, montra que la tribu était décidée à résister jusqu'au bout (2), 



EI-Hâdj Mo- 
hammed ben 
Abdeççadaq. 



En 1891, Abdeççadaq ben Ahmed fut remplacé par son 
fils El-Hâdj Mohammed, qui se montra incapable et dont 
les exactions soulevèrent les tribus et créèrent une violente 
agitation à Tanger. Les puissances européennes durent 
même envoyer des croiseurs devant la ville pour protéger 
leurs nationaux. 

El-Hâdj Mohammed fut révoqué par le Sultan et rem- 
placé par son cousin Abderrahmân Ben Abdeççadaq. 



(1) Le texte dit par erreur « Mohammed ben Abdeççadaq >. 
{2, Archives marocaines, vol. II, p. go. 



sous LES ALAOUITES 



J07 



Celui-ci sut ajourner la séparation de l'Andjera. Une me- 
sure dirigée contre les Européens lui donna une grande po- 
pularité dans la région. Ayant remarqué que les ambas- 
sades rapportaient le plus souvent, à leur retour de Fès, 
des concessions de terrains dans la banlieue de Tanger, il 
prit les devants et offrit aux Fahçiya et aux musulmans de 
Tanger qui en feraient la demande des terres Makhzen ina- 
liénables. Il obtint même du Sultan l'autorisation d'acheter 
pour le compte de Makhzen des terres susceptibles de tom- 
ber entre les mains des Européens, par suite de vente après 
décès des propriétaires. Ces terres étaient ensuite prêtées à 
des fonctionnaires, qui n'en payaient même pas le loyer. 

De nouvelles agglomérations se formèrent ainsi, telles 
que Djâma El-Moqra et les Drâdeb. 



Abderrahmân 
(ben Moham- 
med ben 
Abdessaîam) 

ben 
Abdeççadaq. 



En i88g Abderrahmân fut nommé gouverneur de Fès 
et remplacé à Tanger par Tâher Et-Tâzi El-Fâsi, qui mou- 
rut quelques mois après et eut pour successeur Ciddiq 
Bargach, fils de Saïd Bargach, le délégué du Sultan à Tan- 
ger. Bargach n'ayant pas tardé à être nommé Amîn, le 
Hâdj Abdessalâm ben Abdeççadaq reçut le gouvernement 
de Tanger (1902). 



TaherEMazî. 

Ciddiq 

Bargach. 



Le pacha El- Hâdj Abdessalâm eut, dès sa prise de com- El- Hâdj 

mandement, des difficultés avec la tribu des Andjera ; mais Abdessalâm 

des difficultés plus graves lui furent créées par un person- ben 

nage qui fait parler de lui depuis une vingtaine d'années Abdeççadaq. 
et qui offre de grandes ressemblances avec l'ancien agita- 
teur Ghaïlân El-Gorfti, l'allié des Anglais. 

Le chérif Moulay Ahmed ben Mohammed ben Abdallah Reïsoûli (i). 
Er-Reïsoûni El-Yoûnsi El-Alami El-Idrîsi El-Hasani, connu 



(i) Cf. Le Chérif Moulay Ahmed ben Mohammed ben Abdallah Er Ri- 
soiini El Younesi El Alami El Idrisi, par Ed. Michaux-Bellaire, in Repue 
du Monde musulman, vol. V, pp. 5o3-5ii. 



I08 TANGER ET SA ZONE 

SOUS le nom de Reïsoûli, est né vers 1870 à Zinat, dans le 
Fahç de Tanger (zone d'influence espagnole); il descend de 
Mohammed ben Idrîs et des Chorfâ du Djebel Alam et est 
apparenté avec les Chorfâ d'Ouezzan. 

A l'âge de 23 ans, Reïsoûli était un coupeur de routes et 
un brigand de grand chemin ; arrêté par le Pacha de Tan- 
ger, sans doute Abderrahmân Ben Abdeççadaq, il <"ut dé- 
porté à Mogador et mis aux fers ; il fut remis en liberté 
après li ou b ans d'emprisonnement, sur l'intervention des 
Chorfâ Reïsouliïn et du Hâdj Mohammed ben El-Arbi Et- 
Torrès. 

Il reprit ses brigandages sur une plus large échelle, cette 
fois avec la complicité latente du Makhzen, qui avait be- 
soin d'un épouvantai! pour empêcher la pénétration euro- 
péenne de Tanger vers l'intérieur du Maroc. 

En juin igoS une mehalla envoyée contre lui sous les 
ordres de Moulay Bou Beker, oncle du Sultan, vint camper 
sur la rive gauche de l'Oued M'harhar, à une quinzaine de 
kilomètres de Tanger, et se porta ensuite sur Zinat, qu'elle 
oublia de cerner et d'où Reïsoûli put s'enfuir facilement. 
Un Anglais, M. Harris, correspondant du journal le Times, 
qui s'était aventuré trop loin vers Zinat, tomba aux mains 
de Reïsoûli, qui le relâcha peu après contre remise de 
quelques partisans faits prisonniers. 

Malgré la présence de la mehalla de Moulay Bou Beker, 
Reïsoûli tenait la campagne et exécutait des coups demain 
dans le Fahç. En 1904 il enlevait un riche Américain, 
M. Perdicaris, ainsi que son beau-fils, M. Cromvsrel Varley, 
qui habitaient une maison de campagne au sommet de la 
montagne, à 4 kilomètres de Tanger. Il ne les relâcha que 
moyennant le paiement d'une forte somme, le départ de la 
mehalla chérifienne et la révocation du pacha de Tanger 
et du Fahç, El-Hâdj Abdessalam ben Abdeççadaq, qui in- 
triguait contre l'usurpateur de son territoire. 



sous LES ALAOUITES IO9 

M. Perdicaris quitta le Maroc en déclarant qu'il n'y re- 
viendrait qu'après la mort de Reïsoûli. Quant au pacha 
Abdessalâm ben Abdeççadaq, il n'a jamais pardonné sa ré- 
vocation au brigand. 

Reïsoûli était maintenant le maître de Fahç et nul Euro- 
péen ne pouvait sortir des environs immédiats de Tanger. 
Sur les plaintes réitérées des puissances, le Sultan envoya 
contre l'agitateur une nouvelle mehalla commandée par le 
pacha Abdelkerîm ould Bâ Mohammed Ech-Chergui ; il 
n'y eut pas de combat, mais Reïsoûli reçut du Pacha le 
gouvernement de tout le Djebel et du Fahç (igoS). 

Reïsoûli devenait donc un fonction nare régulier du 
Makhzen ; il administra le Fahç sans quitter Zinat, en s'y 
faisant représenter par un marchand de poules, Ben Man- 
çour. Son autorité s'exerçait exactement jusqu'aux rem- 
parts de Tanger, et les parties delà ville situées en dehors, 
y compris les légations, étaient dans le territoire de son 
commandement. Installé en plein Grand Socco, l'ancien 
marchand de poules « faisait la loi, arrêtait les gens à tort 
et à travers, frappait des contributions, intervenait dans 
tous les conflits, même dans les affaires de propriété, et tout 
le monde, y compris les légations et les représentants du 
Sultan lui-même, cédait devant ces prétoriens de bas 
étage ». 

Cette situation dura jusqu'à la fin de 1906. Le but oc- 
culte poursuivi par le Makhzen était atteint : les Européens 
étaient strictement enfermés dans Tanger, la pénétration 
à l'intérieur était arrêtée. 

Enfin, devant une démarche collective des représentants 
des puissances auprès du Sultan, un corps de quelques 
milliers d'hommes fut dirigé sur Tanger sous les ordres 
du ministre de la Guerre Si M'hammed El-Guebbâs. Ben 
Mançoûr, délogé de son poste du Grand Socco, abandonna 



no TANGER ET SA ZONE 

immédiatement son maître, qui le fit assassiner aux portes 
mêmes de Tanger. Quant à Reïsoûli, il lut attaqué àZinat 
dans les premiers jours de janvier 1907 ; cette fois encore on 
le laissa s'échapper et la mehalla le poursuivit inutilement 
dans les montagnes. Zinat avait été démoli et pillé. 

Des négociations s'engagèrent alors entre le Makhzen et 
Reïsoûli par l'intermédiaire d'un Anglais, le qâïd Sir Harry 
Mac Lean. Celui-ci se laissa attirer trop loin et fut fait pri- 
sonnier (!«'■ juillet 1907). Une nouvelle expédition orga- 
nisée contre Reïsoûli fut interrompue par les événements 
de Casablanca et la proclamation de Moulay Hafidh à Mar- 
rakech. Le qâïd Mac Lean fut relâché, à la suite de négo- 
ciations longues et laborieuses, contre versement d'une 
rançon de 20.000 livres, dont 5. 000 payables immédiate- 
ment; Reïsoûli recevait la protection anglaise et ses par- 
tisans retenus prisonniers à Fès, Larache et Tanger étaient 
libérés. Le qâïd fut amené au chargé d'affaires d'Angle- 
terre dans la nuit du 6 au 7 février 1908 par Reïsoûli lui- 
même, qui repartit immédiatement. 

Reïsoûli vint quelque temps après à Tanger se réconci- 
lier avec le ministre de la Guerre. Il renonça ensuite à la 
protection anglaise au cours d'un voyage à la cour de Ha- 
fidh à Fès pour se faire confirmer le commandement des 
Djebala ; à partir de cette époque il se mit en relations avec 
les frères Mannesman n. En 191 3 il revint à Tanger; installé 
à la Montagne, il y recevait les ^iâras des indigènes et of- 
frait le thé aux visiteurs européens. 

Depuis cette date il est rentré en scène dans la région des 
Djebala, où son activité politique n'a jamais cessé de s'exer- 
cer ; d'abord en guerre avec les Espagnols, il a su leur mar- 
chander avec l'habileté d'un diplomate subtil un concours 
douteux, qui a même dégénéré un moment en hostilité ou- 
verte. 




< o 

Q js. 

< 0, 



W 



sous LES ALAOUITES III 

On a vu que Reïsoûli avait exigé en 1904 la révocation Derniers 

du Hâdj Abdessalâm ben Abdeççadaq. gouverneurs. 

Le gouvernement de Tanger fut alors donné à El-Hafid 
Berrada, qui ne resta en fonctions qu'un mois et demi. Il 
fut remplacé par Ham^a ben Hima, à qui succéda peu 
après El-Hasan Bou 'Achrîn. Celui-ci, peu au courant des 
coutumes de Tanger, voulut imposer à ses administrés les 
usages de Fès, même en ce qui concernait le costume des 
femmes; il ne tarda pas à être révoqué. 

A la fin de 1906, le Makhzen envoya à sa place un 
homme énergique, le qâïd Qaddoûi^ ben El-Ghâ^î, pour 
rétablir la sécurité, qui était souvent troublée par les mon- 
tagnards du voisinage à l'instigation de Reïsoûli, établi à 
Zinat, à quelques heures de la ville. Le jour même de l'ar- 
rivée de Qaddoûr ben El-Ghâzi, des coups de fusil étaient 
échangés sur la plage entre les gens de l'Andjera ; le qâïd, 
qui n'était pas encore descendu de cheval et se trouvait au 
Soûq El-Barra, se porta immédiatement sur les lieux avec 
ses cavaliers d'escorte et rétablit Tordre avec une énergie 
telle qu'on craignit qu'elle ne fût de nature à créer des 
complications. 

Au commencement de 1907 Zinat était prise et Reïsoûli 
en fuite; le gouvernement de Moulay Abdelaziz put don- 
ner une deuxième fois le commandement de la ville au 
Hâdj Abdessalâm ben Abdeççadaq. 

Celui-ci fut révoqué en 1908, à l'avènement de Moulay 
Abdelhafîdh, qui lui donna pour successeur Mohammed 
ben M'hammed El-Guebbâç, fils du représentant du Sultan 
à Tanger, et plus tard le Hâdj El-Mokhtâr El-Moqri, fils 
du gr^nd vizir et beau-frère de Moulay Abdelhafidh. 

Le Hâdj El-xMokhtâr fut révoqué au commencement de 
1914, lors de la nomination d'El-Guebbâç au grand vizirat, 
et le Makhzen donna pour la troisième fois le gouverne- 
ment de Tanger au Hâdj Abdessalâm ben Abdeççadaq. 

Le Hâdj Abdessalâm a partagé avec le Hâdj M'hammed 



ri2 



TANGER ET SA ZONE 



Et-Tâzi, représentant du Sultan, la tâche délicate d'admi- 
nistrer la ville de Tanger pendant la guerre; il s'en est 
acquitté avec tact, malgré des difficultés continuelles, sou- 
vent d'une réelle gravité; il est encore en fonctions actuel- 
lement. Le 14 juillet dernier il a été nommé commandeur 
de la Légion d'honneur. 

Le gouvernement de Tanger a été reformé sous les or- 
dres du pacha de la ville au début de 1907, après la défaite 
de Reïsoûli. Les Andjera, moins quatre villages, ne font 
plus partie de ce commandement, leur territoire ayant été 
rattaché à la zone d'influence espagnole par la conven- 
tion franco-espagnole du 27 novembre 1912; le Fahç lui- 
même a été amputé d'une bande de terres dans sa partie 
méridionale. 



3. — Tanger capitale diplomatique du Maroc. 

Événements On s'est attaché jusqu'ici à étudier l'histoire de Tanger 

principaux; dans ce qu'elle a de purement local. Depuis le dix-neuvième 
traités, etc. siècle la ville présente un intérêt particulier du fait qu'elle 
est la résidence des représentants des pays étrangers; en sa 
qualité de capitale diplomatique du Maroc, elle a vu se 
dérouler des événements qui relèvent de l'histoire générale 
de l'Empire. Ces événement sortant du cadre de la présente 
monographie, on s'est contenté d'énumérer les principaux 
sans les considérer dans leur ensemble ni dans leurs réper- 
cussions générales. 



La situation particulière de Tanger lui a valu la visite 
fréquente des sultans ; c'est souvent dans ce port que dé- 
barquaient les ambassadeurs envoyés à la Cour du Maroc, 
ainsi que des envoyés extraordinaires et des agents divers 
dont la mission n'est pas toujours bien connue. 



sous LES ALAOUITES Il3 

Au nombre de ces derniers on peut citer l'Espagnol Do- 
minique Badia y Leblich, qui débarqua à Tanger en i8o3 
sous le nom d'Ali Bey El-Abbasi en se faisant passer pour 
un musulman natif d'Alep : envoyé en mission secrète 
par le Prince de la Paix, il fut reçu à Tanger par le Sultan 
Moulay Sliman, qu'il émerveilla par ses connaissances 
scientifiques et qu'il alla plus tard rejoindre à Meknès et 
àFès(i). 

C'est à Tanger que fut conclu le traité du lo septembre 
1844 ^^i "^it fi" à ^^ guerre franco-marocaine ; il fut signé 
au nom du Sultan par Bou Selhâm ben Ali Astot Er-Rîfi. 
On a vu plus haut que Bou Selhâm était à cette époque 
gouverneur général du Nord marocain ; ce personnage a 
été le premier délégué du Sultan à Tanger. 

C'est à Tanger également que se poursuivirent les négo- 
ciations antérieures et consécutives à la guerre hispano- 
marocaine de 1859- 1860. Entamées par M'hammed El- 
Khatîb Et-Tétaouni, successeur de Bou Selhâm Astot, elles 
furent menées à leur fin par le Hâdj Mohammed ben El- 
Hâdj Tâher Ez-Zebdi Er-Rebâti et par Moulay El-Abbâs, 
frère de Sidi Mohammed ben Abderrahmân. 

Les deux premiers délégués du Sultan à Tanger cumu- 
laient cette fonction avec celle de gouverneur du Nord ; le 
troisième, Si Mohammed Bargach Er-Rebâti, représenta le 
Sultan sans exercer de commandement. 

Si Mohammed Bargach était probablement à Tanger 
lorsque fut passée la Convention Béclard relative à la pro- 
tection diplomatique et consulaire (19 août i863). Il a signé 
le 3i mai i865, une convention relative à l'entretien et à 
l'administration d'un phare au cap Spartel, dont la cons- 



(i) Cf. Voyages d'Ali Bey El-Abhassi en Afrique et en Asie pendant les 
années i8o3, 1804, i8o5, 1806 et /Sa/. Paris, 1814. 



114 TANGER ET SA ZONE 

truction avait été décidée (i); cette convention est passée 
entre le Maroc d'une part, l'Autriche, la Belgique, l'Es- 
pagne, les États-Unis d'Amérique, la France, la Grande 
Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède 
d'autre part. Si Mohammed Bargach est encore le négo- 
ciateur marocain de la Convoniion de Madrid du 3 juil- 
let 1880 sur la protection, l'acquisition de la propriété im- 
mobilière, la naturalisation étrangère des sujets marocains 
etc.; les travaux préparatoires avaient eu lieu en 1879 dans 
une conférence tenue à Tanger. En application de la Con- 
vention de Madrid, un règlement dit Teriîb, ou impôt agri- 
cole, fut établi par le corps diplomatique d'accord avec le 
délégué du Sultan le 3o mars 1881 ; ce règlement de Ter- 
tîb a été modifié à Tanger le 23 mars igo3. En application 
également de la Convention de Madrid, la protection fran- 
çaise fut en i883 officiellement accordée aux Chorfâ 
d'Ouezzan. 

En 1886- 1887 (H. i3o4), il convient de signaler la limita- 
tion au seul port de Tanger du droit d'importation du 
tabac, moyennant un droit d'entrée de 10 p. 100 (2). 

Les délégués du Sultan à Tanger, depuis Si Mohammed 
Bargach, ont été le Hâdj Mohammed ben El-Arbi Et-Tor- 
rès, Si M'hammed El-Guebbàc et le Hâdj M'hammed ben 
Abdelkerîm Et-Tâzi, encore en fonctions. En outre, des 
délégués extraordinaires étaient quelquefois envoyés dans 
la ville pour y traiter des affaires particulières; de ce 
nombre on peut citer le Hâdj Abdelkerîm Bricha. 

En 1905 l'ambassade Saint- René Taillandier fut envoyée 
par la France au Sultan du Maroc pour lui proposer un 
programme de réformes. L'Allemagne s'opposa violem- 

(i) Cf. i7ifra. 

(2) Cf. Le Monopole des Tabacs au Maroc, par T» Paquignon, in Revue du 
Monde musulman, vol. XIII, n» 3, pp. 8-22. 



sous LES ALAOUITES Il5 

ment à cette politique, qui ne pouvait manquer d'assurer 
à la France la prépondérance au Maroc. 

Le 3i mars, tandis que l'ambassade se trouvait à Fès, 
l'empereur Guillaume 11 débarquait à Tanger à ii heures 
du matin et déclarait qu'il venait faire une visite au « Sul- 
tan du Maroc, souverain indépendant ». Reçu au débarca- 
dère par Moulay Abdelmalek ben Abderrahman, oncle du 
Sultan, il se rendit directement à sa légation sur le 
Grand Socco, par la rue de la grande mosquée et celle des 
Ciaghîn. Une fête avait été préparée au Marchan, où avaient 
été dressés un arc de triomphe et une tente d'honneur. 
Mais le séjour de l'Empereur fut très court; il ne se rendit 
ni à la Qaçba ni au Marchan; il assista seulement à une 
fantasia sur le Grand Socco, devant sa légation. 

On peut ajouter qu'en tête de l'escorte chérifienne qui 
l'accompagnait marchait le qâïd Mac Lean et que les 
troupes de la garnison (1.200 hommes) étaient sous les 
ordres du capitaine instructeur Fournie, de la Mission mi- 
litaire française au Maroc. 

Vers 4 heures de Faprès-midi, l'Empereur quittait Tan- 
ger à destination de Gibraltar. 

Le i5 janvier 1906 s'ouvrit la Conférence d'Algésiras, 
à laquelle participèrent : l'Allemagne, l'Autriche-Hon- 
grie, la Belgique, l'Espagne, les États-Unis d'Amérique, la 
France, la Grande-Bretagne, l'Italie, le Maroc, les Pays- 
Bas, le Portugal, la Russie et la Suède. A cette conférence 
la France était représentée par MM. Revoil, ambassadeur, 
et Regnault, ministre plénipotentiaire; le Maroc, par El- 
Hâdj Mohammed ben El-Arbi Et-Torrès, représentant du 
Sultan à Tanger; El-Hâdj Mohammed ben Abdessalâin El- 
Moqri, ministre des Finances; El-Hâdj Mohammed Es-Sef- 
fâr et Si Abderrahman Bennis. 

En application des décisions de la Conférence qui insti- 
tuaient des troupes de police dans les postes, il fut créé à 



Il6 TANGER ET SA ZONE • 

Tanger deux tabors de police chérifienne: l'un (n« i), ins- 
truit par des officiers et sous-officiers français, chargé d'as- 
surer la police dans la zone de Tanger, hors des remparts 
de la ville; l'autre (n« 2), instruit par des officiers et des 
sous-officiers espagnols, chargé du même rôle dans la par- 
tie de la ville comprise à l'intérieur des remparts. Les 
tabors de police institués dans les ports par la Conférence 
devaient être inspectés par un officier supérieur de l'armée 
suisse portant le titre d'Inspecteur général et résidant à 
Tanger. Après l'établissement du Protectorat en 1912 et la 
suppression des troupes de police dans les autres ports, 
cette inspection, réduite à Tanger, fut confiée à Abdel- 
malek, dernier fils de l'émir Abdelqader; il était lui-même 
ancien colonel de l'armée turque; en 19141! déserta son 
poste. 

Il fut créé également une Banque d'État du Maroc, avec 
siège social à Tanger. Des dispositions diverses furent 
prises concernant les Services et Travaux publics. 

Le Service de la Dette marocaine avait été créé en 1904 
après l'emprunt négocié en France par le Maroc. 

On sait que le 3o mars 1912 l'Empire du Maroc est passé 
sous le protectorat de la France et que le 26 novembre de 
la même année, la France a reconnu à l'Espagne une zone 
d'influence, dont Tanger ne fait pas partie. Tanger et sa 
banlieue constituent une zone distincte dont le régime doit 
être déterminé ultérieurement; en février 192 1 ce régime 
n'est pas encore établi. 

Les relations régulières de Tanger avec TEurope datent 
de la fin du dix-huitième siècle. 
Les Consuls. C'est en 1795 que pour la première fois on y trouve un 

consulat de France ; il fut créé par un décret du 4 frimaire 
an III (25 novembre 1795) en remplacement de celui de 
Rabat, dont l'extension de Mogador avait diminué l'impor- 



sous LES ALAOUITES • I ly- 

tance. Le premier titulaire du poste fut Du Rocher, qui 
mourut à Cadix en 1796, en allant l'occuper; il eut pour 
successeur Guillet. 

Les puissances représentées à Tanger en i83o étaient les 
suivantes : Grande-Bretagne, Danemark, Suède, France, 
Espagne, Portugal, Toscane, Sardaigne, États-Unis d'Amé- 
rique. 

La situation des consuls à Tanger était loin d'être ce 
qu'elle y est devenue depuis : en butte à l'esprit de haine 
de la population,, ainsi qu'à la mauvaise foi et à la morgue 
des agents du Makhzen, ils n'avaient rri pouvoir ni pres- 
tige. C'est ainsi qu'en 1820 le consul de France Sourdeau 
reçut un coup de bâton sur la tête, tandis qu'il se prome- 
nait le long du port ; pour éviter la punition du coupable, 
qui était un chérif, le Sultan crut devoir faire appel « à la 
charité évangélique» du consul. 

Rien n'est plus suggestif à cet égard que les manœuvres 
de toutes sortes auxquelles dut avoir recours le vice-con- 
sul Delaporte, successeur intérimaire de Sourdeau, pour 
recevoir et rapatrier René Caillié, revenant de Tom- 
bouctou. 

Arrivé à Tanger, la ville « la plus fanatique de toute 
l'Afrique », le 7 septembre 1828, René Caillié se présenta 
au consulat de France le lendemain ; à la sortie du consu- 
lat, il dut expliquer à son muletier qu'il venait de recevoir 
l'hospitalité d'un « bon et charitable marabout » et alla 
passer la nuit dans un fondaq. 

Le 9 septembre, à la nuit tombante, raconte l'explorateur, je me 
présentai de nouveau chez M. Delaporte : au moment où j'entrais, la 
domestique ne me reconnut pas ; elle se retira en arrière en jetant un 
grand cri ; aussitôt, le soldat du vice-consul, qui était assis dans la 
rue, entra précipitamment, et, me mettant la main sur l'épaule, me 
demanda ce que je voulais, et qui j'étais. Je fus singulièrement décon- 
certé. M. Delaporte, attiré par le bruit, descendit ; il me reconnut, 
mais il feignit de se mettre en colère, et me dit même des duretés 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 9. 



Il8 TANGER ET SA ZONE 

pour ne pas donner de soupçons : c Laissez aller ce chien de men- 
diant ; que veut-il ? Va-t'en. » Le soldat me demandait toujours ce 
que je voulais : pour me tirer de ce mauvais pas, je dis, en considé- 
rant la maison comme un homme qui se trompe: «N'est-ce pas là 
que demeure Sidi Mohamed ? Je crois que je me trompe », et je me 
retirai. Le soldat, me suivit un instant, mais comme il faisait nuit, il 
me fut facile de me débarrasser de lui. Revenu au fandac, je me cou- 
chai par terre pour me remettre de l'émotion que ce contre-temps 
m'avait causée ; une heure après, je retournai dans la rue où logeait 
M. Dolaporte, espérant qu'il aurait envoyé quelqu'un à ma recherche 
pour me rassurer ; mais je ne vis personne. Je passai une nuit bien 
agitée, et dormis peu. Lorsqu'il fut jour, je vins me placer devant la 
maison du vice-consul... Je m'assis en face de la porte d'un pauvre 
cordonnier, épiant le moment où je pourrais entrer au consulat sans 
être vu... Le vice-consul me témoigna obligeamment combien il était 
fâché de la petite scène de la veille ; il ne me dissimulait pas les 
craintes qu'il avait pour moi, si je restais plus longtemps dans cette 
position ; cependant il ne savait comment faire pour me sauver, et 
j'étais encore bien plus embarrassé ; sans ses secours, je ne pouvais 
jamais quitter ce pays. Me voyant décidé à sortir promptement de cet 
état de détresse et d'anxiété, M. Delaporte me .fixa une heure de la 
nuit à laquelle je pourrais entrer dans le consulat, n'en plus sortir que 
pour m'embarquer, et voguer vers l'Europe. Je retournai au fandac, 
où je passai le reste du jour ; je dis aux gens que ma subite dispari- 
tion aurait pu occuper, que je voulais me rendre à Taone, sur la 
route d'Alger : lorsqu'il fit tout à fait nuit, je roulai mon sac dans 
ma couverture pour le soustraire à tous les yeux, et je me rendis à 
l'endroit convenu ; un moment après, je vis M. Delaporte, et un Juif, 
qui venaient me chercher pour me conduire dans l'asile qui m'était 
destiné. J'entrai au consulat par une porte de derrière ; on me donna 
une bonne chambre. M. Delaporte me fit apporter sur-le-champ des 
habits européens... 

Le 27 septembre 1828, un peu avant le coucher du soleil, on 
m^envoya des habits de matelot, pour que je pusse, sous ce déguise- 
ment, me rendre à bord sans danger. Un Maure s'informa qui j'étais, 
disant qu'il ne m'avait pas vu débarquer avec les autres; le Juif qui 
m'accompagnait lui répondit que j'étais un Français venant de Té- 
touân, et que je repassais en France ; il ne me dit plus rien. J'arrivai 
à bord de la goélette /a Légère (i)... 

(i) Journal cTun Voyage à Tombouctou et àJenné, dans iAJrique Cen- 
trale, par RenéCaillié. Paris, i83o; t. III, pp. 1 33-140. 



sous LES ALAOUITES IIQ 

Les puissances européennes payaient un tribut au Sul- Le Tribut. 
tan du Maroc. Chaque consul disposait en outre de som- 
mes et de cadeaux qu'il devait remettre aux autorités lo- 
cales, et souvent de fonds destinés à capter les influences 
politiques. 

« Parmi les subsides donnés par l'Angleterre à diverses 
puissances de 1797 à 1814 inclusivement, pendant la 
guerre contre la France, le Maroc figure pour la somme de 
16.277 livres sterling ; de plus, c'est surtout de l'Angle- 
terre que le Maroc recevait ses munitions de guerre et de 
marine... En outre, 400 livres sterling étaient données 
chaque année au consul de Tanger pour cadeaux aux auto- 
rités de la ville. » 

En 1765, la république de Venise payait un tribut annuel 
de 10.000 sequins (i) par l'intermédiaire de son consul à 
Tanger ; ce tribut fut supprimé lors de la réunion [de Venise 
au royaume d'Italie. A la même époque les Pays-Bas ver- 
saient à Tanger i5.ooo talleri, qui, comme pour Venise, 
furent supprimés avec l'incorporation des Pays-Bas à la 
France. 

La France ne payait pas de tribut ûxq, mais ses cadeaux 
s'élevaient à plus de 10.000 talleri ; de plus, elle versait 
100 talleri par an au couvent des Religieux Espagnols éta- 
blis à Tanger. 

Le tribut du Danemark s'élevait à 25.000 talleri en ij3'5. 
La Suède, d'après le traité de 1763 avec Sidi Mohammed 
ben Abdallah, devait payer 20.000 talleri, mais en 1771 le 
roi Gustave III refusa de verser un tribut fixe et se réserva 
le droit de faire tous les deux ans un cadeau à sa conve- 
nance ; ce nouveau régime dura jusqu'en i8o3, date à 
laquelle il fut convenu que la Suède verserait chaque 
année, le jour de l'Ancera (24 juin de l'année julienne), une 



(i) Monnaie d'or italienne qui valait de ii à 12 francs. 

(2) Le taliero : c'est le thaler de Marie-Thérèse qui valait 6 francs. 



120 TANGER ET SA ZONE 

somme de 20.000 talleri et remettrait de menus cadeaux 
aux autorités locales. 

UEspagne, en vertu du traité de 1767, ne payait aucun 
tribut fixe ; ses cadeaux ne dépassaient guère i.ooo talleri, 
sauf en de rares circonstances où ils s'élevaient à des 
sommes énormes. Le Portugal ne payait aucun tribut: il 
offrait seulement un petit cadeau en cas devenue du Sultan 
à Tanger ; les cadeaux aux autorités locales n'atteignaient 
pas 400 talleri par an. 

Le premier traité de la Sardaigne avec le Maroc date de 
1820; le traité définitif n'a été conclu qu'en 1826, après 
rétablissement à Tanger "d'un consulat sarde indépendant, 
qui ne payait aucun tribut, mais dont les cadeaux étaient 
de plus de 800 piastres par an. La Toscane ne payait rien, 
et son agent à Tanger n'était pas rétribué. 

Les États-Unis d'Amérique ont conclu leur premier 
traité avec le Maroc en 1795, traité qui devait expirer 
après cinquante années lunaires ; ils ne payaient pas de 
tribut, mais distribuaient des cadeaux d'une valeur totale 
de plus de 1.200 piastres par an (i). 

La bataille d'Isly, en 1844, débarrassa le chrétienté du 
tribut qu'elle payait au croissant marocain. « Les intérêts 
du moment, dit tristement l'auteur de VIstiqçâ en parlant 
du traité de Tanger, amenèrent le Sultan à décharger défi- 
nitivement le Danemark et la Suède des sommes qu'ils 
versaient annuellement au Gouvernement Sublime, et qui 
étaient, pour le premier, de 25. 000 douros, et, pour le se- 
cond, de 20.000. De même, il abolit diverses autres 
charges qui lui étaient dues par d'autres gouverne- 
ments (2). » 

La guerre hispano-marocaine de 1860 acheva de ruiner 

(i) Graeberg di Hemso, Specchio di Marocco. Gênes, 1834, pp. 232 et 
seq. 
(2) Cf. Archives marocame^, vol. X, p. 172. 



sous LES ALAOUITES 121 

le prestige du Maroc ; à partir de cette date la représenta- 
tion des puissances européennes se renforce à Tanger, où 
apparaissent des légations ; ces légations, sauf celles d'Al- 
lemagne et d'Autriche-Hongrie, ont elles-mêmes été rem- 
placées vers 191 3 par des agences diplomatiques et con- 
sulats généraux ; les légations d'Allemagne et d'Autriche- 
Hongrie ont été fermées en août 19 14, lors de la guerre 
européenne. 

Les puissances représentées à Tanger en 192 1 sont les 
suivantes : la Belgique, l'Espagne, les États-Unis d'Amé- 
rique, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays- 
Bas, le Portugal, la Russie et la Suède. 

Le Sultan du Maroc est représenté dans la ville par un 
Nâïb, El-Hâdj M'hammed ben Abdelkerîm Et-,Tâzi. 



TANGER 



LA VILLE 



i» Description générale. 



Avant d'étudier Tanger en détails, il n'est pas inutile Vue 

d'en donner rapidement l'impression, la vue d'ensemble. d'ensemble. 

La baie magnifique, terminée à l'E. par la pointe de 
Malabata où s'élève une ancienne tour de vigie et à l'Ouest 
par la Qaçba, a été souvent décrite ; c'est la seule véritable 
baie naturelle de toute la côte marocaine où par tous les 
temps les bateaux puissent trouver un abri à peu près sûr ; 
des travaux relativement peu coûteux en feraient rapide- 
ment un excellent port, placé sur un des points les plus 
passagers de la navigation mondiale. 

A rO. de cette baie, en dessous de la Qaçba dont le 
minaret octogonal et les vieilles tours carrées se dessinent 
sur l'horizon, la ville s'étale en pente jusqu'à la mer. L'im- 
pression générale est que c'est une ville blanche et, mal- 
gré les nombreuses constructions européennes qui aug- 
mentent chaque jour, l'aspect en est celui d'une ville indi- 
gène. 

Les murailles, dont la construction se ressent naturel- 
lement des différents occupants qui se sont succédé depuis 



120 TANGER ET SA ZONE 

plusieurs siècles, commencent à disparaître sous les mai- 
sons d'habitation qui les ont successivement envahies ; 
mais, depuis une trentaine d'années, la ville a débordé 
l'enceinte et se répand depuis la plage, au S.-E., jusqu'au 
Djebel El-Kebîr (la Montagne), à TOuest, dans la direc- 
tion du Cap Spartel, l'Achbartil des Berbères, PAmpélus- 
siumdes anciens, dans les jardins et les bois qui séparent 
les murailles des terres de labour et de pâturage. 

Sauf quelques rares maisons de rapport à plusieurs 
étages et quelques édifices officiels, la plupart des cons- 
tructions de ces quartiers nouveaux sont des villas entou- 
rées de jardins. Une riche végétation et de grands arbres 
forment encore une ceinture de verdure autour de Tanger ; 
malheureusement la spéculation et les lotissements qui en 
sont la conséquence naturelle ont déjà commencé à dé- 
truire les arbres, pour les remplacer par des immeubles. 

Le quartier de la Montagne semblait, par sa situation 
éloignée du centre des aff'aires, devoir échapper à cette 
destruction. Cependant, non seulement les murs y rem- 
placent déjà les haies, mais de très beaux parcs avec des 
arbres de haute futaie ont été détruits par des indigènes 
riches, qui les ont remplacés par des plantations d'arbres 
fruitiers. 

Malgré ce vandalisme, le Djebel El-Kebîr est encore un 
charmant endroit de villégiature. Depuis la rivière des 
Juifs jusqu'au Cap Spartel, tout le long du détroit, c'est 
une succession de bois et de jardins; la petite vallée du 
Khandaq Ouadras, à Agla,est un coin ravissant, oij un de 
nos compatriotes a ajouté aux nombreux arbres qui s'y 
trouvaient des plantations d'essences variées, qui en font 
un véritable jardin d'essai. 

La Montagne est arrosée par un grand nombre de 
sources dont plusieurs sont ferrugineuses, et sur son ver- 
sant méridional de jolis villages, parmi lesquels Ziaten, 
Khandaq El-Gour, Mediouna, sont construits au milieu de 



LA VILLE 127 

bois parcourus par des ruisseaux d'eau claire. La propriété 
européenne commence à s'étendre jusqu'à cette région, 
éloignée de la ville d'environ i5 kilomètres. 

Le centre des affaires se trouve encore aujourd'hui dans 
Tenceinte de l'ancienne ville, la Médîna, et le forum en est 
une petite place appelée couramment Petit Socco, c'est-à- 
dire Petit Soûq, le petit marché, et que les indigènes ap- 
pellent Soûq El-Dâkhel, le Marché Intérieur, par opposi- 
tion au Soûq El-Barra, ou Marché Extérieur, qui se trouve 
au S.-O. de la ville, hors des murailles. 

Le Petit Socco, qui a été très modifié depuis une tren- 
taine d'années, est entouré par des banques et des cafés ; 
c'est là que se reçoivent, se fabriquent et se commentent 
les nouvelles et que se font les affaires ; c'est en même 
temps un Forum et une Bourse. On y parvient du port en 
suivant la voie principale qui traverse la ville de l'E. à 
à ro. et dont la montée assez raide conduit au Grand 
Socco extérieur. 

Pendant longtemps cette rue a été la seule permettant 
d'aller du porta l'extérieur de la ville : le renflement formé 
par le Petit Socco était alors un point de dégagement 
indispensable pour permettre le croisement des caravanes 
d'ânes qui transportaient les marchandises du port ou les 
y amenaient. 

Il est vrai que le mouvement était alors beaucoup moins 
important qu'il ne l'est devenu plus tard et on se souvient en- 
core de l'époque, qui n'est pas très éloignée, où les Oumana de 
la douane n*y descendaient que lorsqu'il y avait un bateau 
en rade, ce qui ne se produisait pas toutes les semaines. 

Depuis bien des siècles, le centre d'activité de Tanger 
n'a pas changé et se trouve toujours au Soûq El-Dâkhel. 

D'après les projets qui attendent depuis longtemps une 
réalisation et dont il sera parlé plus loin, le port doit être 



128 TANGER ET SA ZONE * 

créé au fond de la baie, à proximité d'une gare de chemin 
de fer, où aboutira, dit-on, la ligne Tanger-Fès. 

Le déplacement du port vers l'E. déplacera forcément 
le centre d'activité de la ville et l'ancienne cité indigène, 
avec ses rues étroites et ses maisons inconfortables et 
sombres, sera complètement abandonnée par la popula- 
tion européenne. 

La ville d'affaires occuperait ainsi le S. et le S.-E. de 
la ville ancienne et s'élèverait même jusque sur les pentes 
de TAndjera. La ville officielle serait à peu près dans le 
quartier dit des légations, c'est-à-dire ceux des Maadi et 
de la Mçalla. Le plateau du Marchan, où se trouvent déjà 
l'Institut Pasteur, la Section sociologique et les hôpitaux 
français et anglais, serait, ainsi que la Montagne, réservé 
plus particulièrement aux villas et aux jardins. 

En 1889, lorsque le Sultan Moulay El-Hasan vint à Tan- 
ger, il fut vivement impressionné par le mélange dans la 
Médina de la population musulmane avec les chrétiens et 
les juifs; cette promiscuité de nature à créer un rappro- 
chement apparut au Sultan comme un danger pour l'au- 
torité du Makhzen, déjà très compromise par la protection 
consulaire; de plus, les Oulama qui l'accompagnaient la 
trouvaient incompatible avec la dignité musulmane. 

Pour remédier à cet état de choses, Moulay El-Hasan 
avait projeté, ne pouvant expulser les infidèles de la ville, 
d'en faire sortir les musulmans et de faire construire pour 
eux une Médina nouvelle sur le plateau du Marchan, qui 
fait suite à la Qaçba à TO. de la ville. La cité musul- 
mane aurait été ainsi isolée et déplus elle aurait dominé la 
partie de la ville habitée par les non-musulmans. Il en a 
été de ce rêve islamique de Moulay El-Hasan comme de 
bien d'autres : c'est lui en effet qui, pour arrêter la pénétra- 
tion européenne, avait donné l'ordre aux Oumana de ses 
douanes de racheter à n'importe quel prix les propriétés 



LA VILLE 129 

acquises par des étrangers. Ils en ont racheté quelques- 
unes et on affirme que ni les vendeurs ni les Oumana n'y 
ont perdu ; aussi a-t-il fallu bientôt y renoncer. 

Par une singulière coïncidence, ce même plateau du 
Marchan semble aujourd'hui l'endroit préféré par les mu- 
sulmans riches. Outre les trois villas du Chérif d'Ouezzan, 
on y trouve également le palais d'El-Menebhi, les maisons 
du Hadj Idris ben Djelloul et de l'Amîn Ben Zekri, de 
Fès ; de Rekina, de Tétouan ; la belle villa, dans un ma- 
gnifique jardin, du Hadj Mohammed Et-Tâzi, représentant 
du Sultan ; celles du Pacha, le Hadj Abdessalâm ben Ab- 
deççadaq, de Si Qasem Ed-Doukkali ; les villas du Grand 
Vizir, le Hadj Mohammed El-Moqri, et celles de ses fils; 
les maisons du qâïd Idris Ech-Châoui, de Si Abdelouahed 
Et-Tazi. L'ancien Grand Vizir, Si M'hammed El-Guebbaç, 
y avait commencé une grande construction restée inachevée 
et qu'il vient de vendre (1920). Les Bricha de Tétouan, les 
Ghannâm de Rabat y ont des maisons de rapport ; enfin, 
dernièrement, le Hadj Tahami El-Glaoui, Pacha de Mar- 
rakech, vient d'y racheter tous les immeubles de la Société 
Immobilière du Marchan pour plusieurs millions. 

Lorsque le port et le chemin de fer seront construits et 
que le mouvement de la ville se portera complètement au 
S.-E. là où très probablement se trouvait l'ancienne ville 
berbère de Tandja, au fond de la baie, la ville qui est main- 
tenant l'ancienne ville, c'est-à-dire celle des conquérants 
qui s'y sont succédé. Phéniciens, Carthaginois, Romains 
Arabes, Portugais et Anglais, sera très probablement aban- 
donnée dans ses murailles à la population pauvre musul- 
mane et juive ; dans un avenir plus lointain elle dispa- 
raîtra sans doute complètement pour être modernisée et le 
souvenir des anciens conquérants ne sera conservé que 
par la Qaçba qui la domine et qui seule d'ailleurs présente 
un certain intérêt artistique. 



I 30 TANGER ET SA ZONE * 

Situation. Tanger s'élève à la pointe Ouest d'une grande rade, sur 

le côté Sud du détroit de Gibraltar, à lo kilomètres du 
Cap Spartel. Elle se trouve entre les méridiens g et 9, 5o 
O. et les parallèles 39,5o et 40 N. 

Elle comprend l'ancienne ville indigène, ou Médina, à 
l'intérieur d'un rempart, et, en dehors de ce rempart, de 
nombreux quartiers de construction récente et qui sont 
habités soit par des Européens, soit par des indigènes mu- 
sulmans et juifs de condition aisée. 

La Médina affecte la forme d'un quadrilatère et se dresse 
on amphithéâtre à la corne N.-O. de la rade, face à la pointe 
deMalabata ; elle commence presque au bord de la mer et 
s'élève graduellement jusque sur un sommet couronné par 
une grande qaçba, qui la domine tout entière. Sa largeur 
moyenne est de 35o mètres de l'E. à l'O., sa longueur 
de 55o mètres du N. au S. et sa superficie de 25 hec- 
tares. Elle est habitée exclusivement par des musulmans 
dans la partie haute, par des Juifs ou des Espagnols de 
condition modeste ainsi que par des musulmans dans la 
partie basse. 

La Médina est prolongée au S. par des agglomérations 
qui, s'élevant par étages depuis le bord de la rade, gagnent 
le plateau, qu'elles couvrent et vont déborder par endroits 
sur le flanc opposé. Ces agglomérations sont dites : de la 
Plage, des Maadi, des Souani, de la Mçalla, des Çfaçef (San 
Francisco) et du Marché-aux-Bœufs (Soûq el-Baqar) ; le 
groupement des Béni Makada, sur une colline isolée, fait 
suite aux Souani et ferme la ville au S. 

D'autres agglomérations se trouvent sur la face O., 
du rempart. Plus à PO., au fond et sur les deux versants 
d'une vallée dite de Hasnona, on remarque de nombreuses 
habitations isolées ou en groupes. 



LA VILLE l3l 

Au N., un quariier, Sidi Bou Qnadel, s'accroche sur 
la falaise entre la mer et le rempart. 

A rO. de ce quartier s'étend un grand plateau, le 
Marchan, dont les versants portent du côté de la mer des 
maisons et villas modernes et, à l'O. et au S.-O., deux 
agglomérations indigènes : les Dràdeb et le Marchan. 

Au delà du plateau et séparé de lui par une vallée du nom 
d'OuedEl-Yhoud(RivièredesJuifs),un village, DjâmaEl-Mo- 
qra\ se dresse sur la pente orientale d'un massif appelé Djebel 
el-Kebir par les indigènes, la Montagne par les Européens. 

De nombreuses villas s'élèvent en outre sur les flancs et 
même au sommet de ce massif, face à la ville, au détroit 
ou à la campagne. 

La ville se développe principalement vers le Sud et vers 
le S.-E., le long de la plage. Le plateau du Marchan et sur- 
tout la Montagne semblent devoir devenir des quartiers de 
plaisance. 

Il est difficile d'évaluer la superficie d'un ensemble dis- 
parate, où, hors des remparts, de misérables huttes indi- 
gènes ou des baraques habitées par des Espagnols pauvres 
voisinent avec des maisons européennes de belle appa- 
rence et entourées de parcs magnifiques. En se basant sur 
le plan donné ci-contre, qui englobe des quartiers pas 
encore bâtis, on peut l'évaluer à 91 5 hectares, non compris 
le village de Djama el-Moqra', l'agglomération deBoubana 
et le quartier de la Montagne, qui n'est pas délimité et dont 
les maisons sont disséminées sur de grands espaces boisés : 

Médina 25 hectares. 

Sidi Bou Qnâdel, le Marchan et ses dépendances . . 140 — 
Espace limité extérieurement par la route de la mon- 
tagne, le Chemin des Amoureux, le Boulevard de 
Ceinture et la route de Tétouan: 760 — 

Total : 915 hectares. 



l32 TANGER ET SA ZONE 

Les remparts. Le rempart qui entoure la Médina et sa qaçba a un dé- 
veloppement de 2. 200 mètres ; il est construit en maçon- 
nerie et comporte par endroits des créneaux et un chemin 
de ronde; la partie inférieure de la face O. est doublée 
d*une muraille de 35o mètres de long, d'apparence beau- 
coup moins ancienne. 

D'après Tissot, le rempart recouvrirait presque partout 
une enceinte de l'ancienne Tingis dont il ne reste plus de 
traces. Il ne reste d'autre part aucun vestige de murailles 
en pisé qui auraient été construites par les premiers conqué- 
rants arabes. Le rempart actuel date en grande partie de 
l'époque portugaise (1471-1661) ; il a été consolidé, recons- 
truit par endroits et réparé par les Anglais (1661-1684); 
des restaurations nouvelles y ont été faites et des fortifica- 
tions ajoutées par les sultans alaouites depuis la réoccupa- 
tion musulmane de la ville. 

La face N. du rempart s'étend en ligne droite, au 
sommet de la falaise, sur une longueur de 600 mètres et 
se termine à chaque extrémité par un hordj^ dont l'un est 
bâti sur une pointe dominant à la fois la rade et le détroit, 
et l'autre à l'extrémité opposée. 

La face O. a une longueur de 760 mètres et se déve- 
loppe presque en ligne droite également et en direction 
N.-O.-S.-E., entre ce dernier bordj et une tour d'angle, la 
Tour des Irlandais, face à l'entrée d'un cimetière. 

Sur une partie de son parcours, le long de la Qaçba, le 
rempart a été consolidé il y a quelques années par des con- 
treforts en forme d'arcades. Dans sa partie centrale, il est 
masqué par des maisons bâties à l'européenne sur l'empla- 
cement du fossé {hajîr), ensuite par des maisons indigènes, 
des magasins et par le marché couvert. 

La muraille qui double le rempart sur cette face com- 




CQ 



LA VILLE l33 

mence à hauteur de l'ancienne Légation de France ; elle se 
détache de ce rempart, file vers l'O. sur une vingtaine 
de mètres, oblique vers le S., clôturant la Rahbat ez-Zera 
(Marché-aux-Grains),faitun coudeàBâb el-i\larchan, longe 
le jardin de l'ex-légation d'Allemagne, tourne vers le S.É. 
est coupée par Bàb el-Fahç et par la rue de Fès et arrive à 
Bâb el-Plaça (Porte du marché couvert) ; à partir de cette 
porte elle est parallèle au rempart jusqu'à hauteur de la 
Tour des Irlandais, où elle va le rejoindre. 

Entre le rempart et cette muraille, qui d'ailleurs est ac- 
tuellement démolie par endroits, se trouvent : une petite 
place où sont vendus les objets et effets d'occasion et qui est 
dite Soûq el-Bargha^în, — la rue de Fès, avec les maisons 
et magasins qui la bordent à droite et à gauche et qui sont 
construits sur l'ancien Soûq es-Semmarîn (place des 
maréchaux-f errants), — le Marché couvert (Plaça), des 
marchés divers, l'ancien abattoir (Gowrna) et l'ancienne 
Makinat es-Soultan. 

Le Soûq el-Berghazîn et la rue de Fès sont en outre sé- 
parés par un mur reliant la muraille à un bastion en 
ruines adossé au rempart ; contre ce mur sont établis des 
magasins. 

De la Tour des Irlandais le rempart oblique directement 
vers le N.-E. (25o mètres), pour remonter ensuite vers le 
N., où, après un parcours irrégulier, il va rejoindre le 
bordj qui domine la rade et le détroit (600 mètres). Cette 
dernière partie du rempart est postérieure à l'époque por- 
tugaise, Tancienne muraille ne reparaissant que par frag- 
ments ; la première partie et la Tour des Irlandais elle- 
même ont été restaurées récemment. Le propriétaire d'un 
immeuble contruit contre cette muraille restaurée vient 
dV percer une fenêtre ornée d'un balcon. 



VILLES ET TRIDUS. — VII. 10 



1 34 TANGER ET SA. ZONE 

Les Portes. Le rempart comporte plusieurs portes^ qui sont : 

Bâb el-Qaçba, près de la corne N ord- Ouest ; elle donne 
accès de l'extérieur à la Qaçba et s'ouvre de l'intérieur sur 
le plateau du Marchan. Dans certains plans et croquis elle 
est appelée improprement Bâb el-Marchan, nom que lui 
donnent également les habitants de la Qaçba ; du temps 
de l'occupatio-n anglaise elle était dite Peterborough Gâte. 

Bâb et-Tourkia, ou Bâb'Am et-Tourkia (la Porte de 
l'année du Maïs), porte nouvelle construite en mars 1920, 
à 260 mètres au Sud d« la précédente ; elle s'ouvre d'un 
côté sur le quartier de Sidi Ali ben Hamdoûch, de l'autre 
sur un carrefour. Son nom lui vient du fait que, par suite 
de la pénurie extrême des vivres au début de 1920, les indi- 
gènes ont dû substituer le maïs au blé dans leur alimen- 
tation. 

Bâb Rahbat e^-Zera ed-Dâkhiliya, porte de construc- 
tion récente, percée à hauteur de, l'ancienne légation de 
France ; elle s'ouvre sur la Rahbat ez-Zera (Marché aux 
grains). 

Bâb eÇ'Ciaghîn, au haut de la rue du même nom ; cette 
porte, appelée autrefois Bâb el-Fahç, est actuellement 
démolie ; elle était gardée par deux bastions (Katherine 
Fort), dont un subsiste encore. 

Sur la muraille qui double le rempart depuis l'ancienne 
légation de France jusqu'à la Tour des Irlandais, on 
compte huit portes : 

Bâb Rahbat e^-Zera el-Barraniya; elle est située en face 
de Bâb Rahbat ez-Zera ed-Dâkhiliya et met le marché aux 
grains en communication avec la route du Marchan (rue 
du Télégraphe- Anglais). 

Bâb el-Ma7xhan ; elle s'ouvre du Soûq el-Berghazîn sur 
la route qui mène au Marchan et à Bâb el-Qaçba ; elle a 




Porte de la Qaçba dite également Bab Marchan. 
(Vue intérieure). 



Phot. Coffin. 






■v>^ 



" .»< *''■ 



LA VILLE 

été construite en 1860, lors de la guerre hispano-ma 
caine, pour barrer éventuellement l'accès du Marchan. 

Bab Rahbat e\-Zera el-Fouqaniya; elle touche d'un 
côté à la précédente, de l'autre au bastion adossé au rem- 
part dont il a été parlé plus haut; elle fait communiquer 
le Marché aux grains avec le Soûq el-Barghazîn. 

Bâb eUFahç^ entre le Soûq el-Barghazîn et le Soûq el- 
Barra (Grand Socco) ; elle a été reconstruite vers 1900. 

Bâb el'Plaça ; elle s'ouvre du marché couvert sur le 
Soûq el-Barra. Entre Bâb el-Fahç et Bâb el-Plaça, dis- 
tantes d'environ 70 mètres, la muraille a été coupée par la 
rue de Fès, percée vers 191 o. 

Deux portes de dirhensions plus restreintes donnent 
accès de l'extérieur aux marchés qui se tiennent dans le 
fossé du rempart, une autre à l'ancienne Makinat es-Soul- 
tan. 




Le mur transversal qui relie la muraille au rempart, 
de Bâb Rahbat ez-Zera el-Fouqaniya à Bâb el-Fahç, com- 
portait une porte faisant communiquer le Soûq es-Sem- 
marin (rue de Fès) avec le Soûq el-Barghazîn ; elle est rem- 
placée de nos jours par deux portes jumelles. 

L'ensemble formé par Bâb Rahbat ez-Zera el-Fouqa- 
niya, Bâb el-Marchan, Bâb el-Fahç et les deux portes- 
jumelles, qui s'ouvrent toutes sur le Soûq el-Barghazîn, 
porte improprement le nom de Carrefour des Trois- 
Portes. 

La face Sud-Est du rempart n'est percée que d'une 
seule porte, Bab el-Merikan, construite en janvier 191 1 et 
qui a remplacé une poterne obstruée avec de gros blocs de 
pierre : elle est a l'extrémité de la rue où se trouve le con- 
sulat général d'Amérique. 



Bâb ed-Droûdj. — Sur la face de la rade, près d'une 



l36 TANGER ET SA ZONE • 

tour ronde, le rempart est surmonté d'une porte neuve ; 
à cette porte fait suite un grand escalier en maçonnerie 
construit depuis 1904 et qui aboutit à une rue en contre- 
bas passant par la porte ci-après. 

Bâb Dâr ed-Debâgh (Porte de la Tannerie), ou Bâb el- 
B'har (Porte de la Mer) ; cette porte est d'apparence très 
ancienne et se trouve en contre-bas de la tour ronde, près 
du grand escalier ; elle est surmontée d'un chemin de 
ronde en pente, visible derrière les créneaux ; elle doit son 
nom à une tannerie installée à l'extérieur, vis-à-vis d'une 
fontaine. Avant la construction du terre-plein, elle s'ou- 
vrait sur la plage. 

Bâb el-Marsâ (Porte du Port ou de la Marine) ; elle fait 
communiquer la ville avec les magasins de la douane et 
le port. 

Le rempart Nord n'a qu'une seule porte, Bâb er-Ràha 
(î^5^l^-^l), construite en mars 1920 près de l'angle Nord- 
Est de la Qaçba ; elle s'ouvre d'un côté sur une place, dite 
du Bît el-Mâl, de l'autre sur le détroit de Gibraltar, qu'elle 
domine du haut de la falaise : les indigènes vont s'y repo- 
ser en contemplant la mer et la côte andalouse, d'où son 
nom de Bâb er-Râha, la Porte du Repos. 

Les Bordjs(i). A l'angle Nord-Ouest de la Qaçba se dresse le Bor^dj en- 
Naam (Fort des Autruches) ; la plate-forme en est armée 

(i) Tanger est défendu par un système de forts, dont les plus considérables 
par l'armement sont le Bordj en Na*am, le Bordj Dâr el-Baroûd et le Bord 
El-Hadjoui, qui sont armés, chacun, entre autres de deux gros canons Arms- 
trong, de 20 tonnes. 

Ces six canons ont été importés de Gibraltar vers 1880 ; ils étaient servis 
par une équipe d'artilleurs instruits par un Anglais, le qâïd Silva. Certains 
indigènes prétendent que Moulay Ha.san fit tirer une des pièces sur une 
cibie placée à la pointe de Malabata. Budgett Meak in affirme qu'elles n'ont 
pas tiré; le Sultan « ordonna, dit-il, de faire tirer l'un des canons; il était 
amusant d'assister à la scène, comme je le fis, et d'écouter les raisons et 
excuses données au Sultan pour ne pas exécuter son ordre. » (Cf. The land 
of the Moors, by Budgett Meakin, p. 99.) 





4. 






Bail' 


^1 


H«B|^|^^I^^HKii|||^lf 1 


fe 


" ^ 



LA VILLE l3y 

de deux canons Armstrong faisant face à la mer. A côté 
de cette batterie, dont l'entrée se trouve dans la Zanqat et- 
Touîla, s'élève actuellement la caserne du Tabor de police 
urbaine. Le Bordj en-Na'am doit son nom au fait qu'on y 
avait enfermé des autruches ; il s'appelait auparavant 
Bordj Ben Dahmân. 

Deux autres batteries sont établies non loin de ce bordj, 
au-dessus de Bâb el-Qaçba, l'une à droite, l'autre à gauche ; 
elles commandent de leurs vieux canons de fonte le pla- 
teau du Marchan et la vallée et défendent l'entrée de la 
Qaçba. L'ensemble de ces deux batteries constitue le Bordj 
Ben Amar. 

Un système de fortification qu'il est maintenant diffi- 
cile de reconstituer se trouvait à hauteur de l'ancienne 
Bâb eç-Ciaghîn ; il était appelé par les Anglais Katherine 
Fort, ou Fort de Catherine. On a vu plus haut qu'en 1684 
les Anglais firent sauter une partie des fortifications de la 
ville ; du Fort Catherine il n'était resté que deux bastions, 
situés à droite et à gauche de la porte : l'un, celui qui 
touche au marché aux grains, est presque entièrement 
détruit, mais on y remarque encore les restes d'une échau- 
guette ; l'autre existe encore et recouvre une casemate. Les 
autres fortifications qui complétaient le système ont, après 
l'occupation musulmane, fait place à des murs crénelés. 

Irish Tower, ou Tour des Irlandais, est un bastion 
carré, bâti à l'angle Sud-Ouest du rempart ; on n'y 
remarque de nos jours ni porte ni fçnètre et le couronne- 
ment en est démantelé ; des maisons indigènes s'adossent 
à la face interne de la tour. D'après la tradition locale, la 
tour des Irlandais servait aux musulmans de magasin 
d'artillerie ; le Makhzen ayant voulu, il y a trente ans, en 
retirer les canons, on dut les hisser avec des treuils par- 
dessus le couronnement. 



l38 TANGER ET SA ZONE * 

Hors du rempart Sud-Est, au delà du fossé actuellement 
transformé en route, se trouve une demi-lune qui com- 
mandait la direction de la plage ; on remarque encore sur 
le rempart une poterne murée, par laquelle on descendait 
dans le fossé pour se rendre à cette demi-lune. 

Un peu plus bas, un souterrain voûté faisait communi- 
quer la place avec le pied du rempart ; il venait déboucher 
là où commence actuellement la maison Renschausen. 

Du côté de la rade le rempart porte quatre fortifications, 
qui sont du Nord au Sud : Bordj Dâr el-Bâroûd, Bordj es- 
Salâm, Bordj Ech-Cherrât et Bordj El-Hadjoui. 

Le Bordj Dâr el-Bâroûd, sur une pointe, à l'angle 
Nord-Ouest de la rade, est ainsi nommé parce qu'il conte- 
nait la poudrière; c'est l'ancien York Castle des Anglais. 
Il est armé de 2 canons Armstrong, de 4 canons d'un 
modèle ancien et de plusieurs autres canons de fonte, 
sans valeur. Au Bordj Dâr el-Bâroûd est installée actuel- 
lement la batterie de salut. H s'y trouve en outre divers 
locaux alïectés au casernement d'une compagnie de troupes 
chérifîennes. La poudrière a été transférée par Moulay 
Abderrahmân sur la côte du Marchan et de nos jours au 
Bordj Bou Ameïr au bord du détroit, hors de la ville. 

Le Bordj es-Salâm, au Sud du précédent, étale en arc 
de cercle, face au wharf, une magnifique batterie de 
29 canons de bronze, visible de tous les points de la 
rade : ces canons^ alignés comme des trophées, ont tous 
été pris à l'ennemi ou livrés en tribut ; en voici la liste 
complète (du Sud au Nord). 

Si, Canon portugais ; Dom Afonso VI 1661 

2. — espagnol-flamand lôSg 

3. — français (Comte de Tonlouze, Admirai de France) . 1692 

4. — portugais; Joanes V lySS 




Inscription du canon Saadien de Moulay Zeïdan. 

Piiot. de la Section Sociologique. 



LA VILLE l39 

5. Canon portugais ; Joanes V sans date. 

6. — — Joao V 1710 

7- — — Joseph ï«'(i) 1753 

8. — — Dom Afonso VI 166 1 

9. — espagnol ; Philippe IV i663 

JO. — — — . i663 

11. — portugais; Joseph I^"^ (i) 1753 

12. — — — (i) 1753 

i3. — — Joao IV .... (sans date; de 1640 à 1 656). 

14. Canon saadien de Moulay 2idân. Ce canon porte l'inscription sui- 
vante, en deux lignes séparées par la khanfoûsa, ou sceau manuel 
du Sultan : 

^ J>\ 4iJl jl jla>J UV^ ^J^ jJ>\ ^ Ajiil J^ dX^ ^\ 

i3o3 C«» 4JJI 

Fabriqué par ordre du serviteur de Dieu^ l'Émir des croyants^ 
Notre Maître Zidân par Dieu, fils de l'Émir des croyants, 

Notre Maître Ahmed, fils de l'Émir des Croyants, Notre Maître 
Mohammed Ech-Chaikh; puisse Dieu Vassister. An i303 (2). 

Au-dessous de cette inscription on lit la date grégorienne 1626 (2). 
Autour de la culasse, en caractères romains : 

Willem. Wegewaert. Me. Fecit. Hagae. (Willem Wegewaert m'a 
fabriqué. La Haye). 

N" du canon : 4696. 

On a donné ci-contre l'estampage de l'inscription arabe. 

(i) Ce canon est cité par L. A. Berbrugger, dans les Colonnes d'Hercule. 
Constantine et Paris, i863, pp. 69 et 70. 

(2) Les dates hégirienne i3o3 et grégorienne 1625 ne concordent pas entre 
«lies et la première est historiquement fausse. 

D'après les Sources inédites de l'Histoire du Maroc, par le comte Henry 
de Castries (Première série; dynastie saadienne ; archives et bibliothèques 
des Pays-Bas ; t. 111, pp. 5oi, 47761 533), la seule partie de la correspondance 
relative à des canons entre Moulay Zîdân et les États Généraux est de io33. 
Il faut donc lire io33 au lieu de i3o3. 

La date hégirienne io33 correspond à la période grégorienne du 25 octobre 
1623 au i3 octobre 1624. Il s'ensuit que la date 1625 donnée par l'inscription 
est également inexacte ; le chiffre 5 est d'ailleurs mal formé ; il faut lire pro- 
bablement 1623. Cf. l'estampage ci-contre. 



140 TANGER ET SA ZONE • 

i5. Canon du roi de Naples 1607 

16. Canon portant près de la gueule cette inscription arabe : 

Fabriqué pour Moulay Mohammed Ech-Chér if , puisse Dieu lui don- 
ner un règne puissant ! 

A la culasse : 

4^^Ujfc*J*j •^-^«^•^j (V*** C 7?^' {sic) ysLji Jl«^ 
Fabriqué par Mançour le Renégat en 95S (J.-C. 1645). 

17. Canon portugais; on y remarque sculpté en relief un homme 
armé d'un bouclier et d'une massue; au-dessous on lit : Louis. 

18. Canon espagnol Barcelone, 1 3 avril 1780 

19. — portugais ; Dom Afonso VI 1664 

20. — — Joanes V 1737 

21. — anglais 1722 

22. — espagnol ; Philippe V 1726 

23. — — Barcelone, 1780 

24. — — Séville, 1779 

25. — — Philippe V 1743 

26. — — Séville, 1780 

27. — napolitain i636 

28. — sans date, « offert en hediya (cadeau) par le roi de Suède 
Gustave III > (1771-1796) : 

OWi jlL>«jP A>^ jlial-» -^/V ^-^ 
29- Canon identique au précédent et portant la même inscription. 

Le Bordj es-Salâm était anciennement, comme son nom 
l'indique, la batterie de salut. On n'y tire plus de nos jours 
que les salves de Ramadhan avec une pièce de yS Schnei- 
der, qui a été adjointe à la batterie. 

Il est signalé dès 1790 sous le nom de Bordj Ben Allai, 
qu'il porte encore en i8o5; en i865 il était dit Bordj Cha- 
chou. Ces appellations diverses lui viennent des divers 
qâïds qui ont commandé successivement la batterie. 



LA VILLE 141 

Le Bord) Ech-Cherrât se trouve en avant et en contre- 
bas du précédent; il est désarmé depuis une vingtaine d'an- 
nées et on n'y remarque plus que la plate-forme, dont les 
casemates sont utilisées par la douane. 

Le Bord) El-Hadjoui fait suite, au S., au Bordj 
Ech-Cherràt. Il portait anciennement le nom de Bordj 
Top'hana, ou Bordj de la Batterie d'artillerie. Comme 
celui de Dâr el-Bâroûd, il est armé de deux Armstrong et 
de vieux canons sans valeur. 

Le Bord) Bou 'Ameïr (Fort des Émouchets) est situé 
hors de la ville, sur le bord du détroit, entre la pointe N.-O. 
de la rade et l'embouchure de la Rivière des Juifs. Une 
de ses pièces passe pour avoir coulé un vaisseau de guerre 
français lors du bombardement de 1844. ^^ bordj sert 
actuellement de poudrière ; il est de constrution relative- 
ment récente et c'est à tort que les Européens Tattribuent 
aux Portugais. 

Les autres forts de Tanger, sans aucune utilité ni valeur, 
achèvent de tomber en ruines: ce sont leBordj El-Ghan- 
doûri, près du lazaret, et le Bordj el-Mayiâr, à la pointe 
de Malabata. 

Une ligne de fortins a été établie de nos jours par le ta- 
bor de police extra urbaine pour protéger la ville contre 
toute incursion de tribus. 

La principale rue delà Médina est celle des Ciaghîn, pro- Leg Rues. % 
longée à l'O, par la rue de Fès et le Soùq el-Barra, à 
l'E. par je Soûq ed-Dakhel (Petit Socco) , la rue de la Grande- 
Mosquée, qui mène à Bâb el-Marsa, et par la rue de la 
Légation d'Espagne, dite encore de la Poste Française, qui 
traverse la Hofrat Ben Ech-Cherqi et mène à Bâb ed-Droûdj, 
vers le front de mer. 



142 TANGER ET SA ZONE 

Cette artère centrale traverse entièrement la ville de l'O. 
à l'E., presque en ligne droite; c'est une des plus an- 
ciennes de la ville et elle est portée sur les cartes datant de 
l'occupation portugaise. 

De chaque côté viennent aboutir, du N. au S. et du 
S. au N., des rues venant des divers quartiers de la ville 
et dont les principales sont : 

La Aqbat El-Francés, prolongée au N. par la Aqbat e^- 
Zeïda, dont elle est séparée par la place de la Seqaïa Dje- 
dida (Fuenta Nueva). Cette artère dessert les quartiers des 
Djenan el-Qarptan, des Gzennaïa, de la Seqaïa Djedida et 
du Dherb El-Medououar; la Aqbat ez-Zeïda est doublée 
d'une rue parallèle, longeant le rempart; 

La rwe des Chrétiens et la rue de la Qaçba, qui, comme 
les deux précédentes, se prolongent l'une Tautre; elles des- 
servent la Qaçba, l'Amrah, l'Oued Ahardan et l'ancienne 
Qaïceriya; 

Le Dherb el- Bord), qui descend de Dâr el-Baroud, longe 
le rempart et aboutit à Bâb el-Marsa ; 

Un ensemble de ruelles sans appellation distincte venant 
du quartier des Béni Ider, au Sud, et dont le groupe le 
plus important vient aboutir au Soûq ed-Dâkhei. 

En outre, des voies transversales sillonnent la ville de 
rO. à l'E. On peut citer celles qui empruntent d'une ma- 
nière générale la dépression faisant suite à la vallée de Has- 
nona et qui vont de Bâb et-Tourkiya à Bâb el-Marsa en 
passant par la Seqaïa Djedida, POued Ahardan et le Dherb 
el-Oued ; la voie la plus directe pour se rendre de Seqaïa 
Djedida à Bâb el-Marsa passe par le Qaous Ed-Doukkali et 
la Zanqat Et-Torrès. 

La Aqbat el-Oua^^aniya fait communiquer la Qaçba 
avec le quartier de Dâr el-Baroud, en passant par le quar- 
tier d'Agmar; elle aboutit à la Gara, petite place où com- 
mence le Dherb el-Bordj. 



LA VILLE 143 

Hors de la Médina, à l'C, une rue parallèle au rempart 
mène de Bâb el-xMarchan à Bâb el-Qaçba; elle est dite du 
Télégraphe- Anglais ; au delà du carrefour de Bâb et-Tourkiya 
elle s'achève en pente très raide {Côte du Télégraphe An- 
glais des Européens, Aqbat el-Kharrouba (i) des indi- 
gènes. La rue du Télégraphe-Anglais est appelée par les 
indigènes Tarîq el-Marchan, ou Route du Marchan ; mais 
la route du Marchan proprement dite part du carrefour de 
Bâb et-Tourkiya et oblique ensuite versle N.-O., oùellese 
continue jusqu'au plateau en pente assez raide (Paseo Ce- 
narro des Espagnols, Côte du Marchan, Aqbat el-Mar- 
chan). 

Du Soûq el-Barra une rue, dite rue la Plage, mène vers 
la mer en bordant d'abord le rempart O. , ensuite le quartier 
des Brâmel. 

La rue des Remparts longe à l'extérieur le rempart S.-E. 
et joint la rue de la Plage, entre le rempart et le cimetière 
juif, à la rue de la Douane. 

A l'E. de la ville, la rue de la Douane et le Terre-Plein du 
du port sont prolongés vers le fond de la rade par le boule- 
vard du Front-de-xMer. 

Enhn le Soûq el-Barra est un vaste carrefour où conver- 
gent toutes les routes et rues desservant les quartiers exté- 
rieurs : la Route de la Montagne, — la route des Çfàcef, 
ou de San Francisco, — la rue de la Légation d'Angleterre 
et le Chemin des Légations, — la Route de Fès. 

Les villes marocaines comportent en général, en dehors Places 

des marchés forains, autant de soûqs qu'elles comptent de et Soûqs. 
corporations ouvrières ; cette organisation est tombée pro- 
gressivement à Tanger devant les perturbations apportées 
par Tafflux des Européens. 

{•[) Aqbat el'Klian-ouba, Cbie (\\x COiTonbÏQv, ànnom d'un caroubier qui 
se trouvait au milieu de cette côte. 



144 TANGER ET SA ZONE * 

Le Soûq ed-Dakhel {Petit Socco), entre les Ciaghîn et la 
rue de la Grande-Mosquée, était autrefois occupé par les 
Baqqâlîn ; on n'y remarque plus aujourd'hui que des cafés 
européens et indigènes, des banques, des établissements di- 
vers ; le Soûq ed-Dâkhel est devenu une sorte de forum 
cosmopolite, où se brassent des affaires de tout genre. 

Au Souq ed-Dâkhel il convient de rattacher l'ancienne 
Qaïceriya, c'est-à-dire la rue des Chrétiens et la rue du 
Commerce, qui s'enfoncent vers le centre de la ville et le 
long desquelles s'échelonnent des magasins espagnols et 
juifs. 11 faut citer également le Fondâq Er-Rouchdi, où 
étaient vendus des objets d'occasion et qui vient d'être 
transformé à l'usage des Européens. 

La rue des Ciaghîn, ou rue des Orfèvres conserve en- 
core en partie l'aspect qu'elle semble avoir eu au cours des 
siècles ; à droite et à gauche sont établies des échoppes de 
bijoutiers, d'horlogers, d'orfèvres... ; on y remarque en 
outre des magasins d'étoffes, un grand établissement de 
commerce français, une église et un couvent espagnols... 

Un Fondâq, dit également Fondâq eç-Ciaghîn, y est de- 
venu une sorte de Qaïceriya, où sont vendues des étoffes 
de toutes provenances. 

Le Soûq es-Senimarin, sur le prolongement O. de la rue 
précédente, n'a plus ses maréchaux-ferrants; il est devenu 
la rue de Fès, le long de laquelle des Européens ont installé 
des magasins divers. 

La Plaça, ou Marché couvert, s'étend entre les deux en- 
ceintes, de l'ancienne Bâb eç-Ciaghîn vers le S. ; elle est oc- 
cupé par les Gue^\arîn (bouchers) et lez Khaddarîn (mar- 
chands de légumes verts) et par le Soûq el-Hoûth (marché 
aux poissons). Au marché couvert fait suite un autre soûq, 
établi sur l'emplacement d'un ancien abattoir (Gourna), 
dans le fossé qui sépare les deux enceintes et où se tiennent 
encore des Khaddarîn. 



LA VILLE 145 

Le Soûq el-Bergha^în, entre Bâbel-Fahçet Bâb el-Mar- 
chan, est une petite place où sont vendus à l'encan les 
effets d'occasion; quelques Attarîn et marchands d'étoffes 
y sont établis. 

La Rahbate^-Zera, appelée également Fona'd^ es^^-Zera, 
est le marché aux grains ; il se trouve entre les deux en- 
ceintes, au N. de l'ancienne Bàb eç-Ciaghîn ; trois portes la 
mettent en communication avec le Soûq el-Berghazîn, la 
route du Marchan et la Aqbat ei-Françis. 

Seqaïa Djedida {Fuente Niieva des Espagnols), près de 
Bâb et-Tourkiya, dans la dépression qui fait suite à la vallée 
de Hasnona, est le nom d'une fontaine actuellement sans 
eau et masquée par une échoppe de Khaddari ; ce terme ne 
sert plus qu'à désigner une petite place, où se trouvait la 
fontaine et qui est un des carrefours les plus importants de 
la ville. On y remarque des échoppes de baqqalîn, de 'atta- 
rîn, de kbaddarîn, de khabbazïn, des boutiques juives, etc. 

Au centre de la ville, à une centaine de mètres à l'E. de 
Seqaïa Djedida, se trouve un petit soûq, celui de VOued 
Ahardan; là sont établis des marchands de babouches, de 
foulards, de vêtements, etc. Plus loin, un tronçon de rue, 
Beïn ed-Dra^aî^ rappelle l'ancien emplacement des tisse- 
rands. 

Plus loin encore, à 100 mètres au N.-E. de Beïn ed-Drazat, 
la Gara de Dar el-Baroud constitue un autre carrefour où 
aboutissent plusieurs rues venant des quartiers d'Agmar, 
de Dar El-Baroud, du Dherb El-Oued et de Bab Ei-Marsa ; 
quelques indigènes y tiennent boutique. 

Au S. de la Médina, dans le quartier des Béni Ider, 
près de la Zaouïad'Ouazzan, il convient de citer une petite 
place d'où part tout un ensemble de ruelles. 

La ville possède en outre deux marchés forains : le Soûq 
el- Barra {Grand Socco) et le Soûq el-Baqar [Marché aux 
Bœufs) . 



146 TANGER ET SA ZONE 

Le premier s étale à la sortie de Bâb el-Fahç et de la rue 
des Ciaghîn ; il se tient le dimanche et le jeudi et est ap- 
provisionné par les indigènes de la banlieue. On y vend des 
légumes, des fruits, de la laine en suint ou lavée, de la 
laine filée, des poteries, des moutons, des ânes, des che- 
vaux, des mulets, etc. Sur le Soùq se tiennent en perma- 
nence des loueurs d'ânes ou de mulets destinés aux touristes, 
aux promeneurs...; l'endroit qui leur est réservé s'appelle 
Soûq el-B'haïm. 

Le Soûq el-Barra est prolongé par le Soûq el-F'ham, ou 
marché au charbon. 

Quaat au Soûq el-Baqar, de création récente, il se trouve 
à Sidi Amar, à 1.400 mètres à l'O.-S.-O. du Soûq El-Barra 
et se tient également le jeudi et le dimanche, de grand 
matin. Le commerce des bœufs se pratiquait au Soûq el- 
Barra il y a une vingtaine d'années; en raison de i'exten- 
sion de la ville et de la réduction progressive de la place où 
se tient le marché, un emplacement nouveau a dû lui être 
donné. 

Les Mosquées. On ne peut manquer d'être frappé par le petit nombre 

et l'aspect moderne des mosquées de Tanger; cette parti- 
cularité s'explique par le fait que la ville, autrefois de di- 
mensions restreintes, n'a commencé à se développer réelle- 
ment qu'à partir de 1684, c'est-à-dire depuis son évacuation 
par les Anglais. 

On y compte sept mosquées de Khotba, dont trois hors 
des remparts, et six autres mosquées de dimensions ré- 
duites et sans minaret. En voici la liste complète : 

Mosquées de Khotba^ à V intérieur de la Médina. 

Djâma el-Kebir (Grande Mosquée), dans la rue du 
même nom, en dessous du Soûq ed-Dâkhel; cette mosquée, 
transformée en église lors de l'occupation portugaise, fut 
rendue au culte de l'islam en 1684, par le Pacha Ali ben 




La grande mosquée et sa rue. 




MlNAKETDE LA QaÇBA. 



LA VILLE 



47 



Abdallah ; des restaurations successives y ont été apportées 
par Sidi Mohammed ben Abdallah et surtout par Moulay 
Sliman en 1821 (H. i236). 

Djâma el-Djedîda, en face de la Zâouia des Aïsaoua, 
dont elle est séparée pas une petite place où commence la 
rue des Chorfâ; elle est surmontée d'un minaret finement 
décoré de mosaïques. Cette mosquée a été restaurée par El- 
Khatîb vers 1860. Elle est appelée à tort par les Européens 
Mosquée des Aïsaoua ou encore Mosquée du Palmier : la 
Zâouia des Aïsaoua n'a pas de mosquée et c'est au-dessus 
de cette Zâouia que se dresse un palmier. 

Djâma Sidi Ahmed Ben Nâcer, petite mosquée au mi- 
naret peu élevé, sise à la Seqaïa Djedida ; c'est une an- 
cienne Zâouia des Nâciriïn. 

Djâma el-Qaçba ; elle fait partie des constructions élevées 
par le Pacha Ahmed ben Ali et sera étudié en même temps 
qu'elles. 

Mosquées de Khotba, hors de la Médina : 
Djâma el-Marchan, dans le quartier et le village du 
même nom, à l'extrémité S.-O. du plateau; elle a été 
bâtie de igiB à 1916 et les frais de construction ont été 
couverts par des aumônes et des collectes publiques. A 
cette mosquée se rend le Naïb actuel du Sultan et 
presque tout le personnel de la Dâr en Niâba, le chérif 
d'Ouazzan... 

Djâma Sidi Bon ^Abîd, sur le Soûq el Barra, à l'extré- 
mité O. ; cette mosquée, dont la construction a été entre- 
prise vers 191 3, n'est pas encore entièrement achevée 
(1921) ; elle est surmontée d'un haut minaret d'aspect gra- 
cile, orné de mosaïques multicolores. La mosquée de Sidi 
Bou 'Abîd a été bâtie sur le tombeau d'un saint du même 
nom avec le produit de collectes prélevées exclusivement 
chez les indigènes originaires du Sous. Sidi Bou 'Abîd est 
considéré par la tradition comme un descendant de Sidi 



148 TANGER ET SA ZONE 

Ahmed ben Mousa Es-Semlâli ; son mausolée date des en- 
virons de 1896 (i). 

Djâma Sidi Bou Arraqiya, petite mosquée dans le ci- 
metière du même nom, à l'O. du Soûq el-Barra ; elle fait 
partie du sanctuaire de Sidi Mohammed El-Hâdj Bou Arra- 
qiya, patron de la ville (2). 

Autres mosquées: 

Mosquée de la Zâouia d'El-Harrâq, à Dâr el-Baroud ; 

Mosquée de Sidi Ben Daoud^à Dâr el Baroud, en face 
de la précédente ; 

Mosquée de la Zâouia des Kittaniïn, près de la Gara de 
Dâr el-Baroud, en face de Dâr edh-Dhamana; 

Mosquée de l'ancienne Zâouia des Tidjaniïn, à l'Oued 
Ahardan ; 

Mosquée de la nouvelle Zâouia des Tidjaniïn, dans la 
rue du même nom, près de la Seqaïa Djedîda; 

Mosquée de Sidi Bou Qnâdel, dans le quartier du même 
nom ; elle a été construite par le Hâdj Idris ben Djelloûl, 
délégué du Makhzen à l'Administration du Contrôle de la 
Dette. 

Synagogues. Les synagogues sont plus nombreuses que les mosquées 

et on n'en compte pas moins de quinze, dont sept au Mel- 
lah, une aux Kharrâzîn, deux à la Seqaïa Djedîda, deux 
au bas de la côte du Marchan, deux sur le plateau du 
même nom et une à Hasnona. Aucune ne présente d'inté- 
rêt artistique ; en voici la liste complète, avec les noms 
soLis lesquels elles sont connues actuellement : 

Synagogue de Rebbi Mordokhaï, rue des Touâhen ; 

— de Souiri, rue des Synagogues ; 

— deNahon, — — 

(i) Cf. Archives marocaines, vol. I, p. 263 ; vol. IV, p. i56. 
(2) Cf. infra. 



LA VILLE 149 

Synagogue de Rebbi Yahya, rue des Synagogues ; 

— de Laredo, — — 

— de Rebbi Mesaoûd, — — 

— de Rebbi Abraham, — — 

— d'Assayàgh, rue des Kharrâzin,en face de la Dâr 

en Niâba ; 

Synagogue de Youdi Benattar, rue de la Seqâïa-Djedîda; 

— de Mousâ — — 

— de Barchilon au bas de la côte du Marchan; 

— Akhnasat Orahim, — 

— de Ferez, au Marchan ; 

— de Judah Cohen, — 

de Benchimol, à l'hôpital Benchimol (Hasnona). 

Le culte catholique est exercé à Tanger dans deux EgHses. 

églises et quatre chapelles, dont une hors de la ville, à la 
montagne. Ce sont : 

L'église de V Immaculée-Conception^ la plus importante 
de Tanger, dans la rue des Ciaghîn ; elle a été fondée 
en 1880 ; 

U église du Sacré-Cœur de Jésus, dans les sables de 
Bou Khachkhach, au-dessous du Boulevard de la Dette ; 
elle est dite « église des Sables » ; sa construction remonte 
à une douzaine d'années ; 

La petite chapelle de la légation d' Espagne ; c'est la 
plus ancienne des églises et chapelles de Tanger ; 

La chapelle de San Diego, à l'hôpital espagnol, à la 
Barriada de San Francisco ; 

La chapelle du Saint-Esprit, au couvent de San Fran- 
cisco ; 

La chapelle de San Juan del Monte à la Montagne. 

Tanger ne compte que trois chapelles dédiées au culte Temples. 

protestant: la chapelle anglicane, au haut du Soùq el- 
Barra ; celle du haut de la rue de la Plage, à droite, où offi- 
cient les pasteurs français de passage, et celle de l'hôpital 
anglais, au Marchan. 

VILLES ET TRIBUS. — VU. II 



i5o 



TANGER ET SA ZONE 



La Medersa. En face de la Grande Mosquée se trouve une Medersa, 

désaffectée depuis longtemps et sans aucun intérêt artistique. 
C'est une maison ordinaire, sans étage, avec un patio et des 
chambres latérales, dont la construction remonte à 1 777 (H . 
1 191), sous le règne de Sidi Mohammed ben Abdallah (i). 
La dilapidation des habous a peu à peu entraîné la sup- 
pression des professeurs de la Grande Mosquée et du môme 
coup l'abandon de la Médersa par les étudiants. Vers 191 3, 
la Médersa est devenue le siège de la Djamaat el-Kheïriya 
ellslâmiya (Société musulmane de Bienfaisance). Depuis 
quelques années, on y fait des distributions aux indigènes 
pauvres . 



Les Ecoles 
coraniques. 



On a donné ci-dessous la liste des principales écoles co- 
raniques [msâïd, sing. msîd) de Tanger. 



Qaçba : Msîd près de la caserne du tabor de police urbaine. 

Msîd du Fqîh Ben Amar, face à l'entrée de l'hôtel 

Continental ; 

Msîd de la Gara, près de Sidi Ali Ben Daoud; 

Dârel-Baroud j Msîd du Fqîh El-Mestari, près de la Gara et du 

Farrân Ben Rabah ; 

Msîd du Fqîh El-Hoseïn, dans la Zanqat Ames- 

roûq ; 

Msîd de la Zanqai El-Bouerdi. 

Agmai' : Msîd de Bâb Haha. 

. , ( Msîd de la rue de Damdam ; 

( — d'Es-Sedjiri, près de Sidi El-Housni. 

Msîd de la Zâouia des Derqaoua, à Beïn ed-Drazat, près de Moulay 

Abdelqâder. 

r, jAu ^ \ Msîd du Fqîh K'hihal; 

Oued Ahardan: { ^ ^. . ' 

( — Ziouziou. 

Djenan el-Qarptan : Msîd près de la Kharba et de la Saniat Ya'la. 

G^ennaïa : Msîd de Sidi Ali benHamdouch. 

Msîd du Fqîh Fedhîla, près de Djâma Djedida ; 

— Si Idrîs, — 



(i) Cf. Archives marocaines, vol. XXIII, pp. 144 et 145. 




Le Four dt; Hadj 'I'ahar 
(ancienne tour poriuijaise ou anglaise). 



LA VILLE 



i5i 



Msîd du Fqîh Biyoût, à la Grande Mosquée, à l'entrée d'une rue ; 

— El-Haouari, près de la Grande Mosquée, au Semât 

des Adoul. 
Béni Ider : Msîd près de Sidi El-Hâdj Abdessalâm El-Ouazzani. 
Marchan : deux Msâîd, près de la Mosquée. 
Drâdeb : un Msîd. 
Mçalla: deux ou trois Msâïd. 
Çfâçef: Msîd de Aïn Qtiout. 
Maadi : un Msîd, près de la maison du Hâdj Nâcer Es-Sousi. 

Ces écoles contiennent de 20 à 5o élèves chacune ; quel- 
ques autres, de moindre importance, ne sont fréquentées 
que par une dizaine d'élèves. 

Les fours {farâren, s'ing. farr an) de la Médina sont au Fours publics. 

nombre d'une vingtaine, répartis dans les divers quartiers. 
Ce sont: 

Da7îs le quartier de la Qaçba: le Four de Hasiouen, 
près et au Sud de Bâb El-Qaçba, et celui du Hâdj Tâher 
dans la Gourna. Le jfour du Hâdj Tâher est installé dans 
la casemate d'une vieille tour ronde datant de l'époque 
portugaise ou anglaise, à côté de la Kharba ; la fumée 
s'échappe latéralement par les fissures. 

Dans le quartier d'Agmar: le Farrân ez-Zeïtouna, ou 
four de l'Olivier, près de la maison de Ben Abdelmoumen, 
chaikh actuel des Derqaoua. 

A Dâr El'Baroud: le Farrân Djelloûl, au dessous du 
Farrân ez-Zeïtouna ; le Farrân Qâsem, près du Dherb es- 
Sania et de la Gara ; le Farrân Ben Rabah, à la Gara, près 
d'une école coranique et de Sidi Ben Adjîba. 

Dans VAmrah : Farrân IVlerghîch, à la Aqba de Sidi 
Ber-Reïsoul. 

Entre Beïn ed-Dras^at et Dâr el-Baroud : le Farrân 
Cha'îb,ou Farrân Ould El-Hâdj Cha'îb, derrière laZâouia 
des Kittâniïn. 

Dans le quartier de VOued Ahardan : le Farrân Bou 



l52 TANGER ET SA ZONE * 

Arraqiya, en face du Hammam du même nom, dont il est 
séparé par une rue, près de la maison de l'ancien pacha 
Hammân Es-Saïdi. 

A la Seqaïa Djedîda : le Farrân En-Nouino, près de 
Sidi Ahmed Ben-Nâcer. 

Dans le quartier des G^ennaïa : le Farrân Bou Guettaïa 
et ceux de Mimoùn et de Ben Djilâli, celui-ci à Bâb et 
Tourkiya, près de Sidi Ali ben Hamdouch. 

Dans le Djendn el-Qarpian : le Ferrân Djedîd et ceux 
d'Azeriah, de Laghmîchet de Châchoûn. Le four de Lagh- 
mîch doit son nom à Taher El-Lagmîch, qui était Nadir 
des Habous de Tanger dans la seconde moitié du dix-hui- 
tième siècle; ce personnage avait succédé dans la même 
fonction à Abdelqâder ben Mohammed ben Fâris Et-Tou- 
zini.Le Farrân Châchoûn, dit également de Tchatchoun, se 
trouve près d'un puits dénommé Saniat Ya'la, contre l'an- 
cienne maison d'Amqiched; il y a cent cinquante ans en- 
viron, il appartenait au Hâdj El-Hoseïn El-Qasmi, qui en 
vendit la moitié vers 1784 au qâïd Abdeççadaq, fils du 
pacha Ahmed ben Ali Er-Rîfî. Les héritiers du qâïd 
mirent cette moitié du four aux enchères en i8o5 ; elle fut 
achetée 120 mithqals par le qâïd El-Arbi ben Mohammed 
Cheba' Et-Touzini et le nadir des habous, Si Omar ben 
M'hammed Ou Sid'houm(i). 

Le quartier du Djenan el-Qarptan étant le plus pauvre de 
la ville, les quatre fours qui s'y trouvent cuisent en grande 
partie le pain destiné à la vente ; on sait en effet que seules 
les familles pauvres pétrissent le pain pour le vendre. 

A la Qaïceriya Qedîma : le Farrân el-Djâma se trouve 
dans la rue du Commerce ; il est constitué en habous, de 
même que deux pièces bâties au-dessus du four, en faveur 
des lolba du hi^bde la Grande Mosquée (2). 

(i) Cf. Archives marocaines, vol. XXIII, pp. 5i et 55 : les Habous de 
Tanger. 

(2) Cf. Archives marocaines, vol. XXIII, pp. 107 et 108: les Habous de 
Tanger. 



LA VILLE lt»3 

Dans le quartier des Béni Ider : le Farrân Er-Reghioui, 
au Mellah ; celui d'El-Ga'mouri, dans une ruelle, près de 
la légation des États-Unis d'Amérique, en face de la mai- 
son du Hâdj Mohammed ben Dahdouch ; celui de Moham- 
med El-Amarti à l'E. du précédent, dans la direction de 
Hofrat Ben Ech-Cherqi, près des immeubles Bendelac et 
Nahon(i). 

Il y a à Tanger quatre hammams principaux, exclusive- i^g 

ment réservés aux musulmans : un à Dâr El-Baroud, un Hammams. 
autre à l'Oued Ahardan, le troisième à la Seqaïa Djedîda, 
le quatrième hors des remparts, dans le quartier de Sidi 
Bou Qnâdel, près de Bâb El-Qaçba. Les trois premiers ap- 
partiennent aux Habous. 

Le hammam de Dâr el-Baroud se trouve dans le Dherb 
el-Bordj face à la porte d'entrée de l'hôtel Continental; il 
est détenu par un certain El-Kharroubi depuis plusieurs 
années. Ce hammam, qui serait mal situé ou mal construit 
et où les baigneurs seraient exposés aux courants d'air, 
passe pour être maudit ; il rendrait malades ceux qui le 
fréquentent. 

Par contre, le hammam de Sidi Bou Arraqiya, à l'Oued 
Ahardan, guérirait les malades; il devrait cette vertu à la 
baraka du saint dont il porte le nom. Le tenancier de ce 
hammam change chaque année. 

Le hammam de la Seqaïa Djedîda est depuis longtemps 
aux mains des Oulâd Cheba' ; il passe pour être particuliè- 
rement à l'abri des courants d'air. 

Quant au hammam de Sidi Bou Qnâdel, il a été construit 
récemment par Ahmed Aharrar. 

D'autres hammams, de dimensionsbeaucoup plus petites, 
se trouvent disséminés dans la Médina ou hors des remparts 

(i) On trouvera une étude intéressante sur les fours de Tanger dans les 
Textes Arabes de Tanger, par W. Marçais, pp. 127-151. 



l54 TANGER ET SA ZONE 

et sont fréquentés indifféremment par les musulmans et 
les Juifs. On peut citer : 

Le hammam Ed-Doukkali, dans la rue des Chorfa 
(Qaous Ed-Doukkali) ; 

Le hammam de Barchilon, qui appartient à un Juif, au 
pied de la côte du Marchan ; 

Le hammam El-Menebhi, dans un groupe de maisons 
appartenant au Hâdj El-Mehdi El-Menebhi, hors du rem- 
part, entre Bâb El-Qaçba et le hammam de Barchilon. 

Seqaîas Les fontaines de Tanger sont presque toujours sans 

et Puits. eau et, de plus, ne présentent aucun intérêt artistique ; 

l'eau leur était amenée anciennement par une canali- 
sation partant des Maadi, où se trouvent encore les 
chambres de captation, et longeant la rue de Fès et celle 
des Ciaghîn. 

Une première fontaine se trouve à l'ancienne Bâb Eç- 
Ciaghîn, à l'entrée de la rue des Touahen ; masquée par 
une boutique de boucher, elle a été dégagée en 1918. 

La Seqâïa de Djâma El-Kebîr, face à la porte de la Grande 
Mosquée, à côté de la Medersa, a été également restaurée 
par les Habous à la même date. 

Une autre fontaine, à Bâb Dâr Ed-Debagha, a entière- 
ment été restaurée la même année (H. i336), elle est située 
en face de la tannerie. 

La Seqâïa de Djâma Djedîda est adossée au mur de la 
mosquée du même nom entre la rue des Chorfa etSidi Ben 
Aïsa ; elle a été restaurée comme les précédentes en 191 8. 

Deux fontaines, dont il ne reste plus de traces, se trou- 
vaient dans la rue des Ciaghîn, l'une à côté de Dâr en- 
Niâba, l'autre au Soûq Ed-Dâkhel (Petit Socco), à l'entrée 
du quartier des Béni îder. Il faut en dire autant de la 
Seqâïa Djedîda, sur la place à laquelle elle a donné son 
nom, et d'une autre fontaine dont le nom est tombé et qui 
coulait non loin de la Gara de Dâr El-Baroud. 




Fontaine des Ciaghîn. 



LA VILLE l55 

Quant aux puits, ils sont aussi rares que les fontaines ; 
on en compte trois dans le quartier de Dâr El-Baroûd : un 
à la Gara, contre le mur de Sidi Ben Daoud, un autre dans 
le Dherb Es-Sania, letroisième dansleDherb El-Mferredj. 

Un puits est creusé dans le Dherd Ed-Dçouli, un autre 
au-dessous du Farrân ez-Zeïtouna. 

Le quartier de Djenan El-Qarptan en possède un, le Bîr 
de la Saniat Yala, au-dessous de la Kharba. 

On en compte plusieurs sur le plateau du Marchan ; ils 
ont été pourvus de margelles à une date récente. 

A Hasnona il faut citer la Sania de Qiioût et Aïn Ben 
Ech-Châmi, cette dernière près de Bâb Et-Tourkiya, au- 
dessus du lit desséché de l'Oued Hasnona. Une grande 
sania se trouve dans le même quartier, dans la propriété 
de Moulay Hafidh. 

Une autre grande sania, dite Saniat El-Hadjti, est 
établie dans une propriété privée du même nom, entre la 
route de la Montagne et celle des Çfâçef . 

De nombreuses sanias sont alimentées par la nappe d'eau 
des Maadi, qui se prolonge sous les jardins des Souâni. 

L'eau des puits est généralement très calcaire ; l'eau po- 
table provient des fontaines ou, le plus souvent, de certains 
puits situés hors de la Médina, tels que le Bîr El-Khar- 
roûbi^ ou encore Bîr El- F rancis, à l'ancienne plage, et de 
citernes construites au-dessous des maisons et qui se rem- 
plissent à la saison des pluies. 

Il y a à Tanger deux cimetières musulmans, un cimetière Les 

juif, un cimetière protestant et trois cimetières catholiques. Cimetières» 

Le plus considérable des cimetières musulmans est celui 
de Sidi Mohammed El-Hâdj, contigu au Soûq El-Barra, à 
rO. ; il doit son nom au patron de la ville qui y est enterré 
et dont le tombeau et la mosquée se trouvent dans la partie 
haute, dominant tout le cimetière ; depuis une vingtaine 
d'années il est clôturé par un mur et l'accès en est interdit 



l56 TANGER ET SA ZONE • 

aux non-musulmans ; il est coupé par la route de la Mon- 
tagne et celle des Çfâcef . 

Le second cimetière est celui du Marchan, à l'extrémité 
O. du plateau du même nom ; là sont enterrés les morts 
provenant des Drâdeb, du Marchan et de la Qaçba. 

Aucun de ces deux cimetières n'est entretenu. 

Le cimetière juif se trouve au S. de la Médina, dont il 
est séparé par la rue des Remparts ; il fait face à la mer. 

» 

Le cimetière protestant est à hauteur du Soûq El-F'ham 
(Marché au charbon), entre la route des Çfâcel et celle de 
la Légation d'Angleterre ; le terrain sur lequel il est amé- 
nagé a été concédé aux Anglais, qui y ont élevé une cha- 
pelle avec un clocher carré, en forme de minaret. 

Le premier et le plus ancien des cimetières catholiques 
se trouve à l'extrémité E. de la vallée de Hasnona, entre 
le jardin de l'ancienne légation d'Allemagne et une rangée 
de maisons bâties à l'européenne (rue de Tétouan) ; de 
dimensions restreintes, il est bientôt devenu insuffisant. 

Un cimetière plus vaste a été aménagé sur une pente au 
delà du Marché aux bœufs, mais des glissements de ter- 
rain s'étant produits qui déplaçaient le sol assez rapidement 
et entraînaient les tombes vers le fond de la vallée, il a dû 
être abandonné. 

Un troisième cimetière a été créé alors dans la vallée 
du Boubana, près de Djâma El-Moqra. 



2° La Qaçba. 

Description La Qaçba est bâtie sur un sommet et commande la ville ; 

de la Qaçba. c'est un ensemble de constructions englobées entre les faces 



LA VILLE \bj 

N. et O. du rempart et couvrant une superficie de trois 
hectares. 

Une muraille transversale, longue de 3oo mètres et sui- 
vant une ligne irrégulière, la sépare de la Médina ; elle 
part du rempart N., à quelques mètres de Bâb-Er-Raha, 
descend vers le S., tourne à l'O. et enfin vers le S.-O., où 
elle va rejoindre le rempart ; cette dernière partie compor- 
tait un système de fortifications, dont une tour ronde et 
un bastion en ruines, appelé de nos jours la Kharba^ cons- 
tituent les derniers vestiges. 

Entre la muraille et la Médina s'étendait autrefois une 
zone où aucune construction ne s'élevait ; c'est ainsi que 
le Djenân El-Qarptan, qui se développe parallèlement à la 
muraille, n'était pas un quartier bâti mais un simple jardin. 

La muraille est percée de deux portes : Bâb Haha, près 
de Bâb Er-Râha, et Bâb El-"Aça séparées entre elles par 
les écuries du Makhzen et la prison des femmes {Dâr 
Teqa). 

Bâb El-'Aça, ou Porte de la Bastonnade, est ainsi nommée 
parce que c'est là qu'on donnait autrefois la bastonnade 
aux délinquants et criminels ; elle s'ouvre sur le panorama 
magnifique de la ville, de la rade et, à l'horizon, des col- 
lines de TAndjera, des montagnes de l'Ouadras, etc. 

On a vu d'autre part que deux autres portes sont percées 
dans le rempart extérieur : Bâb El-Qaçba (ou Bâb El- 
Marc/i<3w), qui donne sur le plateau du Marchan,et la porte 
nouvelle de Bâb Er-Râha, qui s'ouvre sur le quartier de 
Sidi Bou Qnâdel et le détroit de Gibraltar. 

La Qaçba comprend deux places, Tune à l'O., l'autre à 
l'E., reliées entre elles par deux rues parallèles : IsiZanqat 
Ei-Touîla, qui longe le rempart du côté du détroit, et le 
Dherb Ben 'Abbou, qui, passant au S. de la précédente, 
traverse d'abord un quartier appelé Gourna, franchit en- 
suite un passage voûté, dit Qaous Ben 'Abbou, et, à partir 



i58 



TANGER ET SA ZONE 



de ce point, longe la muraille séparant la Qaçba de la 
Médina. 

La place O. est celle du Tabor de police urbaine ; une 
caserne est bâtie contre le rempart, dans le Bordj en- 
Naâm. 

La place E. est généralement appelée place du Bit El- 
Mâl. Beaucoup plus grande que la précédente et de forme 
presque rectangulaire, elle mesure 85 mètres de long sur 
en moyenne 26 mètres de large ; elle est encadrée par le 
rempart et Bâb Râha, le tribunal des Khalifas du Pacha, 
les écuries du Makhzen, les prisons et le Bit El-Mâl. 

Le quartierde la Gourna s'étend entre la place du Tabor 
de police urbaine, le rempart O. et la muraille de la Qaçba 
jusqu'au Qaous Ben Abbou ; c'est là qu'étaient logées les 
familles des soldats et que vivent encore leurs descendants 
et d'autres indigènes. Il est traversé de l'O. à TE. par le 
Dherb Ben Abbou et sillonné de nombreuses ruelles et 
impasses. Il doit son nom à un ancien abattoir {Gourna) 
qui se trouvait dans le quartier. 

Au delà de la Gourna, entre la Zanqat Et-Touîla et le 
Dherb Ben Abbou, se trouve un ensemble de bâtiments 
appartenant au Makhzen et dont fait partie le palais du 
Sultan avec ses dépendances. 

Plus loin, au delà de la place du Bit El-Mâl, entre Bâb 
Er-Râha et Bâb Haha, se dressent contre le rempart les 
ruines d'un donjon attribué au pacha Ali Ben Abdallah 
Er-Rîfî. 



Donjon du 

Pacha Ali ben 

Abdallah. 



L'entrée de ce donjon est sur la place ; un couloir, au 
plafond écroulé, mène après un coude à angle droit à un 
grand patio rectangulaire entouré de seize arcades en 
ogive, dont cinq sur chacun des grands côtés et trois sur 
chacun des autres ; l'ouverture sur le ciel en est octogo- 
nale, les quatre coins de la corniche étant coupés par de 
petites voûtes et des trompes d'angle ; au milieu du patio 




Donjon du pacha Ali ben Abdallah. 



Phot, Cotfin. 



LA VILLE l59 

deux ouvertures carrées, entourées d'un mur de protection, 
marquent les entrées d'une citerne. 

A droite comme à gauche se trouve une grande pièce, 
également rectangulaire, dont le plafond et la terrasse sont 
effondrés ; une autre pièce, qui fait face au rempart, passe 
pour avoir servi d'écurie. 

Du côté opposé à cette prétendue écurie on remarque 
un boyau voûté, qui devait conduire au pied de l'enceinte 
ou à une poterne sur la mer ; un boulet de petit calibre, 
tiré probablement par un canon de l'escadre du prince de 
Joinville en 1844, a percé la voûte dans laquelle il est resté 
accroché et où on le voit encore. 

Deux tours carrées, reliées entre elles à hauteur du pre- 
mier étage par une galerie couverte en partie effondrée^ 
dominent les ruines du donjon et la mer ; elles avaient 
chacune un escalier ; la tour O. porte deux embrasures de 
canons, celle de l'E. quatre ouvertures en ogive, séparées 
par des colonnettes à chapiteaux. 

Le donjon du pacha Ali ben Abdallah semble s'élever 
sur l'emplacement d'une maison fortifiée, démolie en 1684 
et qui avait été construite sur des bâtisses en ruines par 
Lord Middleton. Ce gouverneur fit en effet « réparer le 
château, qui était près de tomber en ruines, et le transforma 
à peu de frais en une maison digne de son rang de gouver- 
neur et général ; ayant pour instructions de déplacer le 
stock de provisions (du YorkCastle) dans le Château Supé- 
rieur par mesure de précaution, il les mit à l'abri, sous 
la protection d'un mur solide et bien flanqué qui relie le 
château au port (r) ». De ce point il pouvait à la fois sur- 
veiller le Château Supérieur (2) et le York Castle (3) ; il domi- 



(i) An Account of Tangier, by Sir Hugh Cholmley, 1787, p. 78. 

(2) Le palais actuel du Sultan. 

(3) Le bordj de Dar el Baroud. 



l6o TANGER ET SA ZONE 

nait également le détroit et le port, toute la ville et une 
partie de la campagne. 

Le pacha Ali ne pouvait choisir un meilleur endroit pour 
y construire son palais ; « il pouvait ainsi s'établir rapide- 
ment dans une véritable forteresse, indépendante de la 
Qaçba tout en en faisant partie, où il était à l'abri de toutes 
les attaques possibles de ses administrés, où, au cas échéant, 
il pouvait résister à Moulay Ismaïl lui-même et d'où il 
pouvait gagner la mer (i) ». 

De ce palais, plafonds, toitures et terrasses ont entière- 
ment disparu ; les murs lézardés de toutes parts achèvent 
de s'ouvrir. Un abattoir clandestin s'est établi dans ces 
ruines croulantes. 

Le Palais Historique. — Le palais occupe la partie E. de la Qaçba, 

il est situé entre les deux rues qui longent les murs d'en- 
ceinte : la Zanqat eUTaouila^ au N. du côté de la mer, et 
le Dherb Ben 'Abbou au S. du côté de la ville. A l'E. se 
trouve une place de forme irrégulière qui sépare le palais 
et les bâtiments qui y attiennent des écuries du pacha et de 
l'ancienne habitation, aujourd'hui en ruines, du pacha Ali 
ben Abdallah. 

A rO. des maisons particulières sont mitoyennes aux 
murailles du palais et semblent même pénétrer dans l'en- 
semble de ses constructions, ce qui est absolument con- 
traire à la règle d'après laquelle toute habitation des sultans 
forme toujours, avec ses dépendances, un îlot complète- 
ment isolé des maisons voisines. Il est donc certain que, 
d'une part, une place devait s'étendre à PO. du palais et 
qu'elle a été progressivement envahie par des constructions 
particulières; d'autre part, que certaines parties du palais 

(i) Cf. Un Coin de la Qaçba de Tanger, par Ed. Michaux-Bellaibe, in 
Revue du Monde musulman, vol. XXXV, pp. \00-104. 



du Sultan. 




Plan du palais du sultan a la Qaçba. 



I. 


Dherb Ben 'Abbou. 


14. Qoubbat El-Boukhâri. 


2. 


Zanqa Toaîla. 


i3. Le palais. 


3. 


Place du Bit el-Mâl. 


16. Le Riâdh. 


4- 


Donjon du pacha Ali ben Abdallah. 


17. La Qoubbat el-Khadra. 


5. 


Bâb Hâha. 


18. La tour carrée. 


6. 


Bâb er-Raha. 


19. Les cuisines. 


7- 


Écuries du pacha. 


20. Maison occupée par les OulâdEI-Baqqà 


8. 


Mechouardes Khalifas. 


21. Dâr el-Ma'az; les Guenaoua. 


9- 


Colonnade du Bit el-Mâl. 


22. La mosquée. 


10. 


Bît el-Mâl. 


23. La petite prison. 


II. 


Grand Mechouar. 


24. La grande prison. 


12. 


Vestibule du palais. 


25. Porte d'entrée du Riâdh. 


i3. 


Bâb el-Qasdîr. 


26. Vers Bâb eMAçâ, 



LA VILLE l6l 

lui-même ont été usurpées à différentes époques, démolies, 
reconstruites, transformées, de façon à autoriser des attri- 
butions privées. 

L'emplacement du palais avait très probablement été uti- 
lisé dès l'antiquité par les Carthaginois et par les Romains 
mais il ne reste aucun souvenir des constructions antiques 
qui ont pu y être élevées, sauf une vague légende d'après 
laquelle il s'y serait trouvé un temple d'Hercule. 

On n'a pas de renseignements précis sur les construc- 
tions élevées dans la Qaçba pendant la première période 
musulmane. Ibn Khaldoun parle de Yousef Ibn El-Amir 
El-Hamdani, qui au treizième siècle s'installa à la Qaçba 
de Tanger dont Er-Rachid, souverain de Marrakech, lui 
avait donné le commandement : s'étant déclaré indépen- 
dant quelque temps après, il fut assassiné sur l'ordre des 
Mérinides (i). D'après le Roudh El-Qartas, c'est le Méri- 
nide Yaqoub ben Abdelhaqq qui enleva Tanger à l'autorité 
des derniers Almohades et en donna le gouvernement à son 
neveu. A la mort de celui-ci la ville fut occupée par Aboul- 
Qasem El-Azafi, le maître de Ceuta (2). Yaqoub ben Abdel- 
haq l'en chassa en 1272. Son petit-fils About-Thabit ben 
Yousef passa un certain temps à la Qaçba de Tanger en 
i3o8. Il s'y trouvait donc, dès cette époque, un palais suffi- 
sant pour y recevoir le Sultan, et c'est sur son emplace- 
ment qu'ont dû être successivement construits la maison 
du gouverneur portugais, le domus praefecti des gravures 
du seizième siècle et le Upper Castle, château supérieur 
des Anglais. 

C'est sur les ruines de l'Upper Castle détruit par les An- 
glais au moment de leur départ, que le pacha Ahmed, fils 
du pacha Ali ben Abdallah El-Hamami Et-Temsamani Er- 
Rifi construisit le palais actuel. Le pacha Ali ben Abdallah 
s'était installé dans l'ancien palais de lord Middleton, situé 

(i) Cf. supra, pp. 54-55, 
(2) Cf. supj^a, ibid. 



102 TANGER ET SA ZONE • 

au N.-E. de TUpper Castle, et qu'il avait fait aménager 
pour lui. Ce palais aujourd'hui en ruines, est au N. de 
Bab Haha, la porte E. de la Qaçba qui s'ouvre sur le quar- 
tier d'Agmar. Il est séparé du palais du Sultan par la place 
du Bit el-Mal. 

Il est probable que les constructions antérieures n'ont 
pas été rasées complètement par le pacha Ahmed et que 
certaines parties ont dû être utilisées par lui ; mais il est 
impossible aujourd'hui de distinguer les uns des autres les 
bâtiments des difTérentes époques, confondus dans un 
délabrement général. Cependant on peut penser que la 
tour de guet carrée qui s'élève au-dessus du palais est un 
reste des constructions portugaises et que c'est celle dont 
parle Fernando de Menezes, qui était gouverneur de Tan- 
ger (i). 

Les constructions élevées par le pacha Ahmed ont été elles- 
mêmes modifiées : on sait qu'il a été tué en 1748 à EI-Qçar 
El-Kebir, dans un combat contre Moulay Abdallah ben 
Ismaïl : ce sultan se rendit en personne à Tanger pour 
s'emparer des biens du qaïd rebelle et, suivant la coutume, 
les murailles de sa maison furent fouillées pour y décou- 
vrir les trésors qui pouvaient y être cachés : il arrive sou- 
vent que les maisons des gouverneurs emprisonnés ou 
morts sont complètement détruites par ces perquisitions; 
la maison du pacha Ahmed a dû être bouleversée de fond 
en comble par Moulay Abdallah, dont les besoins d'argent 
étaient considérables pour soutenir les luttes qui occupèrent 
tout son règne contre ses frères, contre les Bouakhar et 
contre les Berbères. 

L'état de conservation relative du palais du Sultan per- 
met de supposer que ce qui le constitue aujourd'hui avait 
été construit par le pacha Ahmed ben Ali, pour y loger un 
des prétendants, Moulay El-Mostadi ou Moulay Zin El- 

fi) Historia de Tangere escrita por don Fernando de Menezes. Lisbonne, 
173», p. 41. 



LA VILLE 



1^3 



Abidin, qu'il soutenait contre le Sultan Moulay Abdallah 
et que sa propre maison était ailleurs. 

Le qaïd Abdeççadaq, fils du pacha Ahmed, fut arrêté et 
emprisonné à Meknès en 1180 (1766) par le sultan Sidi 
Mohammed ben Abdallah, qui se rendit aussi à Tanger 
pour piller la maison de ce gouverneur et s'emparer de ses 
biens. La famille du pacha Ali ben Abdallah El-Hamami, 
connue aujourd'hui sous le nom de « Oulad Ben Abdeçça- 
daq », a donc été dépouillée de ses biens par deux sultans 
successifs. 

Ces deux confiscations, avec les perquisitions brutales 
qui en sont la conséquence, ont forcément détruit en par- 
tie les immeubles habités par cette famille et dont la pro- 
priété avait été attribuée aux Domaines dès le premier 
voyage à Tanger de Moulay Abdallah après la mort du 
pacha Ahmed ben Ali. Quant au palais proprement dit, il 
a subi lui-même quelques transformations depuis sa cons- 
truction, et l'abandon dans lequel il a été laissé lui a fait 
perdre beaucoup de son ancienne splendeur. 

De plus, les gouverneurs de Tanger qui en ont la garde 
s'en sont souvent servi pour loger leurs contribuas : ceux- 
ci y campaient comme en pays conquis, faisant dans les 
salles des feux pour cuire leur nourriture, sans souci des 
dégâts qu'ils causaient aux fines dentelles creusées dans le 
plâtre des murailles, aux mosaïques et aux plafonds en 
boiseries sculptées, peintes et dorées : quelques réparations 
y ont été faites à différentes époques, mais, semble-t4l, 
sans la préoccupation de reconstituer les ornements primi- 
tifs; on cite particulièrement les réparations faites par 
Moulay Sliman au commencement du dix-neuvième siècle 
et celles faites au moment du voyage à Tanger de Moulay 
El-Hasan en 1889; ces dernières sont encore en partie vi- 
sibles et donnent l'impression d'un replâtrage hâtif et ma- 
ladroit, plutôt que d'une reconstitution artistique. De plus, 
pendant ces dernières années, deux gouverneurs ont obtenu 

VILLES ET TRIBUS. -— VII. 12 



1G4 TANGER ET SA ZONE 

du Sultan Tautorisation d'habiter le palais et ils s'y sont 
établis en sacrifiant à leur commodité personnelle non seu- 
lement le côté artistique, mais la simple conservation de 
l'édifice. Enfin, après son abdication, en 191 2, Moulay 
Abdelhafid a passé quelques mois dans le palais ; il l'a laissé 
en très mauvais état malgré les badigeonnages qu'il a fait 
subir aux boiseries et aux murailles. 

Depuis cette époque, le délabrement du palais du Sultan 
n'a fait que s'accentuer et il est maintenant dans un état 
d'abandon regrettable (i). 

L'ensemble des constructions qui constituent le palais 
lui-môme et ses dépendances se divise en sept parties: 

i« le palais du Sultan, appelé également Dar el-Kebira; 

2« la mosquée ; 

3** le Mechouar et le Bit el-Mâl ; 

4" la maison des Oulàd El-Baqqal; 

5** les prisons: 

6" Dar el-Ma'az et les Guenaoua; 

7° le Riadh. 

Le palais. — Il est confié à la garde du pacha, qui en a 
les clefs : on y accède dans la rue Ben Abbou, par une 
porte assez modeste, dite « Bab el-Qasdir » parce que les 
battants en sont recouverts de zinc. Entre cette première 
porte et la deuxième se trouve un vestibule dans lequel 
s'ouvrait à main gauche un couloir aujourd'hui muré qui 
communiquait avec le Riadh. On arrive ensuite dans un 
petit patio carré, dont le plafond garni de boiseries est 
percé d'une ouverture octogonale par où pénètre la lumière. 
A main droite une porte communique avec le fond du 
grand Mechouar : il semble d'ailleurs probable que l'es- 
pèce de grand vestibule à porte monumentale, que Ton 



(i) On trouvera une belle et poétique description delà Qaçba dans l'ouvrage 
de Gabriel Charmes : Une Ambassade au Maroc, pp. 11 à i5. Paris, 1887. 




La Qolbbat El-Bokhari. 

(Inlcriear). 



Phot CotTin. 



LA VILLE l65 

appelle le grand Mechouar, était primitivement la véritable 
entrée du palais du Sultan, ou tout au moins son entrée 
principale. 

En face du couloir venant de Bab el-Qasdir une porte en 
ogive donne accès à un couloir coudé où sont couchées 
quatre colonnes de marbre blanc. 

A droite une porte donne accès à un escalier qui conduit 
à un long couloir occupant tout le premier étage du côté 
E. du palais et allant rejoindre un escalier qui mène à côté 
de la porte des cuisines. A gauche après avoir tourné le 
coude du couloir d'entrée on aperçoit en face de soi le patio 
du palais. Mais avant d'y entrer on trouve à main gauche 
un escalier qui conduit à un charmant réduit, malheureu- 
sement un peu sombre et un peu triste. C'est ce que Ton 
appelle une douaïriya^ littéralement une maison en réduc- 
tion. 

Elle est désignée sous le nom de Qoubbat El-Boukhari et 
se compose d'un petit patio et de deux chambres avec une 
salle d'ablutions et des dépendances. Le plafond du patio, 
ouvert au milieu, est en bois sculpté et peint comme ceux 
des chambres et comme les portes. La partie inférieure 
des murailles est couverte de ^ellidjs et une inscription sur 
faïence émaillée faisait le tour des pièces à hauteur d'homme 
et séparait le lambris de zellidj d'un lambris de plâtre ou- 
vragé (i); il n'en reste d'ailleurs presque plus rien et ce joli 
bijou d'art arabe, déjà en très mauvais état, ne tardera pas 
à tomber en ruines. Avant d'arriver à la douaïriya, au 
premier étage, on peut continuer à gauche l'escalier qui 
conduit à la terrasse. Une autre porte, à main droite, ouvre 
sur un couloir sombre qui se relie à l'ensemble, en partie 
détruit, de ce qui constituait le premier étage du palais. 

(i) C'est dans cette inscription qui n'existe plus, que Budgett jMeakin 
{The Land of the Moors, pp. 96-97) croyait avoir trouvé la date de la cons- 
truction du palais. Salmon, dans La qaçba de Tanger [Archives maro- 
caines, vol. I, p. 122), fait remarquer l'erreur de l'auteur anglais. 



^^. f *. 



f: 



•• 



V 



,l66 TANGER ET SA ZONE 

Il faut revenir sur ses pas pour entrer dans le grand patio 
du rez-de-chaussée : c'est une vaste cour, un atrium d'envi- 
ron 20 mètres sur i5, entourée de seize colonnes de marbre 
blanc légèrement renflées, surmontées de chapiteaux d'ordre 
composite, qui soutiennent une galerie circulaire. Les arché- 
ologues ne sont pas d'accord sur l'origine de ces colonnes ; 
quelques-uns pensent qu'elles sont romaines mais que les 
chapiteaux sont modernes. Il paraît plus vraisemblable de 
croire que le tout est moderne et a été importé d'Italie par 
le pacha Ahmed (i). Le sol du patio est pavé en zellidjs et 
au milieu se trouve un bassin octogonal en zellidj égale- 
ment, au centre duquel s'élève une vasque de marbre. 

xMalgré le désaccord de style évident entre les colonnes 
romaines, avec leurs chapiteaux d'ordre composite, et les 
arcs en ogive de la galerie circulaire et des portes, l'en- 
semble de ce patio a assez grande allure et est d'un bel 
aspect. Huit portes en ogive s'ouvrent sur cet atrium ; 
mais pour conserver le nombre fatidique de sept, auquel 
les musulmans attachent une importance superstitieuse, 
ces huit portes ouvrent seulement sur sept chambres, 
dont une grande à chaque extrémité, trois à droite et deux 
à gauche : la porte centrale de ce côté, au lieu de donner 
accès dans une chambre, s'ouvre sur une fontaine en zel- 
lidj, aujourd'hui desséchée comme la vasque centrale, et 
sur une sorte de perron intérieur assez large, qui condui- 
sait par des couloirs aujourd'hui murés, à gauche à la 
Qoubbat El-Boukhari, à droite à d'autres pièces du pre- 
mier étage du palais et à celles du Riadh, dont il sera 
parlé plus loin. 

(i)Des chapiteaux d'ordre composite également, mais qui présentent cer- 
tains caractères d'antiquité, se trouvent au Mechouar des Khalifas sur des 
colonnes plus petites. On en a retrouvé de semblables hors de la Qaçba. 
On pourrait donc penser que des vestiges antiques existaient réellement dans 
cette partie de la ville et que la vue de quelques colonnes et de quelques 
chapiteaux datant de l'occupation romaine aurait peut-être engagé le pacha 
Ahmed à en faire venir d'Italie d'un modèle semblable pour la construction 
du palais ; mais ce n'est qu'une simple hypothèse. 



^OtUG, 





LA VILLE 167 

Les cinq chambres latérales ne présentent aucun intérêt : 
leur ornementation a disparu et leurs plafonds en bois 
ont été remplacés par du plâtre. 

Les deux grandes pièces qui se trouvent à chaque extré- 
mité du patio, et qui ont environ dix mètres de long sur 
près de trois de large, sont en meilleur état de conserva- 
tion. Les pièces principales des maisons arabes portent le 
nom de qoubbas^ coupoles ; le plus souvent en effet leurs 
plafonds sont formés d'une ou de plusieurs coupoles en 
bois travaillé. Les deux qoubbas du palais ont approxima- 
tivement les mêmes dimensions ; cependant celle qui est au 
haut du patio est un peu plus large que celle qui se trouve 
dans le bas, c'est-à-dire à droite de l'entrée ; elle porte le 
nom de Qoubbat el-Kebira, la grande coupole : c'est la 
chambre d'honneur. Ces deux pièces avaient à l'origine la 
même ornementation, qui se composait d'un sol de zellidj 
de Fés, d'un revêtement circulaire des mêmes zellidjs se 
terminante hauteur d'homme par une frise épigraphique 
sur faïence émaillée. Deux alcôves formant des arcades 
en ogive se trouvent à chaque extrémité des qoubbas ; 
une troisième alcôve plus profonde est en face des portes 
d'entrée. Les plafonds sont en bois sculpté, peint et doré, 
en caissons avec, au milieu, un dôme du même travail, 
admirablement fouillé ; les boiseries qui forment les plat 
fonds des trois alcôves de chacune des deux qoubbas sont 
également d'un très beau travail orné de pendentifs. Ces 
plafonds sont désignés sous le nom de nids d'abeilles^ 
parce que la façon dont ils sont fouillés les font ressem- 
bler à l'intérieur de grandes ruches. Les lambris supé- 
rieurs de ces deux pièces sont recouverts d'un lacis d'orne- 
ments de plâtre travaillé et ciselé, où se trouvent répétés 

comme motifs de décoration les mots \^\ El-Afiya^ 

le salut éternel, et aAIV ^\ El-Ghinâ lillah, la richesse 
est à Dieu. 



l68 TANGER ET SA ZONE * 

La qoubba à main droite en entrant a perdu une partie 
de sa décoration, entre autre la frise épigraphique qui se 
trouvait entre le lambris de zellidj partant du sol et le 
lambris de plâtre de la muraille. 

La grande Qoubba qui est au fond du patio est en meil- 
leur état. L'inscription en zellidj, à lettres noires sur fond 
blanc, qui entoure la pièce à hauteur d'homme est presque 
intacte ; c'est une pièce de vers qui célèbre les beautés du 
palais (i). Au milieu de cette inscription, au fond de l'al- 
côve centrale qui est en face de la porte d'entrée, on re- 
marque trois mots écrits en zellidj également, mais en 
lettres bleues sur fond blanc et qui attirent l'attention ; 
ces mots sont : SjL* j<^ cij Ouaqtoun Saïdoun Mou- 
barakoun, moment heureux, béni. C'est un chronogramme 
qui donne Tannée ii53 (J. C. 1740-41) (2). C'est la date 
de l'achèvement de la construction du palais. A celte 
époque le pacha Ahmed ben Ali était à l'apogée de son 
pouvoir ; à la fin de ii53 et au commencement de 1154 
de l'hégire, le palais a été habité par Moulay Zîn El-Abi- 
din, que le pacha Ahmed avait fait proclamer Sultan à 
Tanger et dans le Fahç, à Tétouan et dans toute la région 
des Djebala. 

Toutes les portes des pièces qui donnent dans le patio, 
doivent dater du passage de Moulay El-Hasan à Tanger 
en 1889. Elles ont été depuis recouvertes d'une peinture 
verdâtre qui a fait disparaître les couleurs primitives. 
Telles qu'elles sont, ces portes ne sont pas en rapport avec 
la richesse du palais. 

Au haut du patio, à main gauche, un petit escalier con- 
duit à des appartements délabrés, dont la partie la mieux 

(i) Le texte et la traduction de cette poésie sont donnés en appendice. 
(2) Voici la décomposition de ce chronogramme : 

1153 = 20 200 1 2 40 4 10 70 300 400 100 6 



LA VILLE 169 

conservée est une petite mosquée ou plus exactement un 
petit oratoire ; le caractère de cette pièce est indiqué par 
un mihrab qui se trouve dans le mur du côté de la 
Mecque. 

A gauche également dans la prolongation du mur de la 
grande qoubba, à l'angle du patio, une porte fait commu- 
niquer à un petit vestibule où se trouvent deux autres 
portes, l'une donnant accès à un escalier qui conduit à 
des appartements en ruines, et l'autre s'ouvrant sur le 
Riadh, mais qui est fermée. On entre dans le Riadh par 
une autre porte donnant dans la Zanqat et-Touila. A 
main droite du patio se trouvent des portes parallèles aux 
deux premières ; l'une donne sur un escalier qui conduit, 
au premier étage, au long couloir ramenant à l'escalier du 
vestibule d'entrée ; Tautre mène aux cuisines du palais. 

Ces cuisines sont elles-mêmes une véritable maison 
avec un patio à arcades en ogives. Un des côtés de cette 
maison, au rez-de-chaussée, est occupé par la cuisine pro- 
prement dite, composée de grands âtres en briques et 
d'une grande cheminée ; les trois autres côtés sont occu- 
pés par des magasins à provisions. Le premier étage com- 
prend plusieurs chambres pour loger les négresses char- 
gées de la cuisine. 

La Mosquée. — Elle est à l'extrémité E. de la Zanqa 
Ben Abbou, entre le couloir qui conduit au palais en en- 
trant par Bab el-Qasdir et le grand Mechouar. Aucune 
inscription ne permet de retrouver la date exacte de sa 
construction ; mais il est probable qu'elle remonte au 
pacha Ali ben Abdallah, ainsi que la grande xMosquée. Le 
minaret octogone et d'une forme très élégante est orné de 
zellidjs qui commencent malheureusement à se détériorer ; 
il a été élevé par le pacha Ahmed qui a agrandi la mos- 
quée et y a ajouté des ornements en même temps qu'il 
construisait le palais. 



170 TANGER ET SA ZONE • 

Les dernières réparations importantes ont été faites à 
cette mosquée par le qaïd El-'Abbas Amqiched El-Ouria- 
ghli, qui était gouverneur de Tanger et du Fahç sous le 
règne de Sidi Mohammed ben Abderrahman : enfin en 
1889, au moment du voyage à Tanger de Moulay El-Ha- 
san la mosquée a été remise en état avec le reste du palais. 
Dernièrement le Nadir des habous a fait repeindre l'enca- 
drement de la porte et a recouvert ses ornementations des 
couleurs les plus malheureuses et qui sont du plus fâcheux 
effet ; il en a fa^it d'ailleurs autant aux portes de toutes les 
mosquées de la ville : il ne s'agit heureusement que d'un 
enduit qu'il sera toujours facile de supprimer et Tarchi- 
tecture elle-même n'est pas modifiée. 

La mosquée communique par une petite porte avec le 
grand Mechouar, ce qui permettait au Sultan de se rendre 
à la mosquée sans passer par la rue. C'est à la mosquée de 
la Qaçba que le Pacha fait la prière solennelle du vendredi 
avec le cérémonial habituel. 

Le Mechouar et le Bit el-Mal. — Le Mechouar est un 
grand couloir de plus de 10 mètres de long sur 4 de large ; 
le sol est surélevé de deux marches à son extrémité sur 
une longueur de 4 mètres : les pachas se tenaient sur cette 
partie surélevée, pour recevoir leurs contribules. D'après 
la disposition des lieux, il semble que le Mechouar fait 
partie du palais dont il est en réalité le vestibule. Ses di- 
mensions permettent en effet de croire que c'était le me- 
chouar du palais du Sultan, c'est-à-dire l'endroit destiné 
lors du séjour du Sultan, au Qaïd el-Mechouar et aux Me- 
chaouriya. Cette supposition paraît d'autant plus plausible 
que l'on peut aisément retrouver, dans les bâtiments connus 
aujourd'hui sous le nom de Bit el-Mal (Trésor) et qui sont 
voisins du mechouar, l'emplacement des beniqas des secré- 
taires et des fonctionnaires constituant le Makhzen. La 
grande salle où siège actuellement le Pacha et qui avait été 




o 



LA VILLE 171 

construite avec une grande recherche d'ornementation, 
était certainement la salle d'audience du Sultan. 

Cette salle mérite une description particulière, mais il 
faut auparavant la situer dans l'ensemble de ce que l'on 
appelle le Bit el-Mal. 

Lorsqu'on entre à laQaçba par Babel-' Aça, on- débouche 
sur une place à peu près rectangulaire, plus longue que 
large; à main gauche, le petit mechouar, où siègent les 
khalifas du Pacha, celui de la ville et celui de la campagne. 
Il est de construction assez récente et ne présente de remar- 
quable que les colonnes de marbre à chapiteaux d'ordre 
composite qui supportent les trois arcades. Les petites 
salles où sont assis les Khalifas sont précédées d'une double 
colonnade fermée d'une grille de fer. Les colonnes du petit 
mechouar sont de la même forme que celles de l'intérieur 
du palais, mais de dimensions moindres et leurs chapiteaux 
sont très probablement antiques. 

En laissant à main gauche la rue qui conduit au grand 
mechouar dont on voit la porte à une vingtaine de mètres, 
on trouve au coin de cette rue et toujours à main gauche, 
au haut d'un perron d'une dizaine de marches, la colon- 
nade du Bit el-Mal qui se compose de quatre colonnes de 
front, formant trois arcades en ogive; la partie supérieure 
de cette façade se termine par une ligne de créneaux. La 
colonnade comprend trois travées, c'est-à-dire seize co- 
lonnes par rangs de quatre. Les fûts de ces colonnes et 
leurs chapiteaux sont en marbre blanc de qualité inférieure : 
leur style est très différent de celui des colonnes de marbre 
du palais et du petit mechouar ; le travail est beaucoup plus 
fruste et semble avoir été fait sur place. L'ensemble de cette 
colonnade, placée à 2 mètres environ au-dessus du sol, 
est très artistique et c'est certainement le plus joli spécimen 
d'architecture arabe extérieure qui soit à Tanger. Contrai- 
rement à l'intérieur du palais, ce qui fait le charme de ce 
petit monument consiste uniquement dans la pureté des 



172 TANGER KT SA ZONE • 

lignes et le parfait équilibre des proportions : on n'y voit ni 
arabesques ni plâtres ciselés etles plafonds eux-mùmessont 
formés de simples planches juxtaposées ornées de peintures 
très sobres, ce que Ton appelle des psat. 

La colonnade est flanquée à droite et à gauche de deux 
tours sans saillies^ qui devaient autrefois s'élever au-dessus 
du niveau de la terrasse; ces deux tours sont recouvertes 
de coupoles extérieures ; mais le mur, qui est certainement 
de construction postérieure, cache à la vue les deux cou- 
poles et termine l'édifice par une ligne droite crénelée. La 
ligne générale de la construction gagne d'ailleurs à cette 
modification. Chacune de ces tours est partagée en deux 
dans la hauteur par un plancher qui forme deux petits cabi- 
nets, l'un au rez-de-chaussée, l'autre au premier. On arrive 
à chacun de ces cabinets supérieurs par une petite échelle. 

Autrefois une porte ouverte au milieu du mur du fond de 
la colonnade, en face du perron, donnait accès dans des 
réduits en mauvais état et dans un petit patio où donnent 
deux pièces. Il y a deux ans, cette porte a été bouchée et 
remplacée par une autre à main droite; les pièces délabrées 
ont été réparées, ainsi que le patio, dont l'accès a été dégagé. 
Avant d'arriver au patio on voit à main droite une pièce où 
se trouvent les secrétaires du Pacha; à main gauche un 
couloir qui conduit à une porte s'ouvrant à angle droit près 
de celle du grand Mechouar. 

Les deux pièces qui s'ouvrent dans le patio méritent une 
description spéciale ; la plus grande setrouveà main droite : 
elle est précédée d'une galerie couverte, à trois arcs en 
ogive ; on l'utilisait pour y mettre de grands coffres de bois 
de cèdre, bordés de fer et fermés d'immenses cadenas, 
dans lesquels on enfermait les revenus des douanes versés 
par les Oumana, d'où le nom de Bit el-Mal donné à l'en- 
semble de la construction. La monnaie d'argent étant très 
rare, les paiements se faisaient presque uniquement en 
monnaie de bronze, appelée Jîous (sing. fels); il fallait 



LA VILLE 173 

donc des coffres énormes pour enfermer des sommes assez 
peu importantes. Les flous n'étaient pas comptés, mais pe- 
sés et il y a quelques années on voyait encore les balances 
qui servaient à cette opération. Il suffit de voir la pièce qui 
servait de Bit el-Mal, pour se rendre compte que telle 
n'était pas sa destination primitive. Ses murs étaient ornés 
de zellidjs aujourd'hui détruits; son plafond, se compose 
d'une immense coupole recouverte en bois sculpté et 
fouillé aux peintures rehaussées d'or. C'est incontestable- 
ment un des plus beaux plafonds de ce genre au Maroc et 
il rappelle par sa richesse ceux que l'on peut admirer à 
Marrakech aux tombeaux des Saadiens. Ce plafond, qui 
commençait à se détériorer, a été restauré il y a deux ans; 
ainsi que les boiseries murales qui s'y joignent et qui en- 
tourent toute la pièce. Cette restauration a été très heureu- 
sement réussie et permettra de conserver pendant plusieurs 
années encore ce beau type d'architecture indigène : à main 
gauche en entrant, on voit l'encadrement d'une porte au- 
jourd'hui murée et qui communiquait au palais par un cou- 
loir voûté. 

Un tel luxe est évidemment en contradiction avec le 
rôle de magasin qu'on a attribué à cette construction de- 
puis plus de cinquante ans. Ses portes treillagées, en fortes 
barres de fer qui conviennent à cette dernière destination, 
ont certainement remplacé les battants de bois richement 
peints et ornés de dorures qui fermaient autrefois cette 
vaste pièce. En un mot, tant par sa position dans la topo- 
graphie générale du palais que par ses proportions et la ri- 
chesse de son ornementation, on peut penser que c'était la 
Qoubbat en-Naçr, la salle du trône, que le pacha Ahmed 
Er-Riti avait fait construire pour y proclamer et y faire re- 
connaître celui des fils de Moulay Ismaïl qu'il aurait pu 
élever au trône contre Moulay Abdallah ; c'est là sans doute 
qu'il reçut Moulay El-Mostadi en ii53 (1740) et qu'il fit 
proclamer Moulay Zîn El-Abidin en 1154(1741). 




174 TANGER ET SA ZONE * 

Vis-à-vis de cette grande pièce, de l'autre côté du patio, 
à main gauche, est une autre salle de proportions beaucoup 
moindres et dont le plafond est également fort beau ; il 
n est pas en forme de qoubba comme celui de la salle du 
trône, c'est-à-dire qu'il n'est pas en dôme ; ce plafond af- 
fecte la forme d'un immense baquet carré, renversé, vu 
d'en dessous : c'est ce que l'on appelle un plafond en;e/na. 
A gauche de cette deuxième pièce, sur le même plan, donne 
un petit escalier qui conduit à une assez grande chambre 
qui s'étend au-dessus d'une partie dumechouar : sa fenêtre 
à trois ogives, de construction récente, s'ouvre au-dessus 
de la porte de ce mechouar sur le panorama de la baie et 
des montagnes de TAndjera. Plusieurs petites portes, dans 
le patio et au premier étage, permettaient de communiquer 
avec l'intérieur du palais : ces portes sont aujourd'hui con- 
damnées. 

Si la dénomination de Bit el-Mal ne semble pas pouvoir 
convenir à la grande salle à coupole ni à celle qui est vis- 
à-vis d'elle, il est très possible qu'elle puisse être exacte- 
ment appliquée au péristyle à colonnes qui précède ces 
salles ; en. effet, sous ce péristyle, qui est élevé de deux 
mètres environ au-dessus du sol, s'étend une grande pièce 
voûtée, une sorte de cave, dont la porte est à gauche et qui 
pouvait parfaitement convenir pour y enfermer les caisses 
de monnaie du trésor de la douane de Tanger. 

Ce péristyle et le caveau qu'il recouvre devaient doncètre 
le véritable Bit el-Mal dans l'ordonnance primitive de la 
construction ; plus tard, pour simplifier la manipulation 
des flous et s'éviter la peine de les faire descendre dans le 
caveau, les Oumana delà douane auront trouvé plus com- 
mode d'enfermer les caisses dans la grande qoubba qui ne 
trouvait plus son utilisation comme salle du trône. 

Les prisons. — Sur la place du Bit el-xMal, après le pé- 
ristyle à colonnes, se trouvent les deux prisons. La pre- 



LA VILLE I7D 



mière est réservée aux jeunes gens de la ville arrêtés pour 
des délits de peu d'importance; c'est plutôt l'équivalent de 
notre poste de police qu'une véritable prison. La grande 
prison est réservée aux gens de la ca'mpagne et aux con- 
damnés à une peine plus ou moins longue. Les prisonniers 
delà première sont tous en liberté, ceux de la grande, selon 
la gravité de leur cas, ont souvent les fers aux pieds et 
quelquefois la chaîne au cou. La construction des prisons 
est analogue à celle de toutes les prisons marocaines; c'est- 
à-dire qu'elle se compose, d'un patio à ciel ouvert, mais 
grillé, entouré de plusieurs travées formées par des arcades 
à colonnes carrées, où sont attachées les chaînes des pri- 
sonniers. Quelques réduits obscurs servent de logement aux 
condamnés à plusieurs mois ou à plusieurs années de dé- 
tention. Un petit vestibule se trouve devant la porte de 
chaque prison ; il sert de poste aux geôliers. Dans chaque 
porte est ouvert un guichet grillé, qui permet aux prison- 
niers de communiquer avec leurs familles. 

Depuis quelques années l'aménagement des prisons 
a été amélioré ; les murs sont fréquemment blan- 
chis à la chaux et l'éclairage électrique a remplacé 
les anciens quinquets à l'huile d'abord, au pétrole ensuite 
qui enfumaient les prisons plus qu'ils ne les éclai- 
raient. 

Entre les portes des deux prisons, une troisième s'ouvre 
sur l'escalier de la terrasse. 

Après les prisons une porte en plein cintre donne dans 
un terrain vague ; il s'y trouve quelques misérables mai- 
sonnettes sans étage, construites dans des ruines et des 
vestiges de murailles ; on a en face de soi les murs du pa- 
lais et on peut se rendre compte que des constructions au- 
jourd'hui détruites se rattachaient autrefois à ces murs : 
une porte en ogive, récemment murée, s'ouvrait sur les 
cuisines du palais. Dans l'intérieur de ces cuisines on voit 
cette porte, qui a même conservé ses battants. 



176 TANGER ET ZONE * 

La maison des Oulad El-Baqqal. — Entre les prisons, 
les bâtiments du Bit el-Mal et le palais, s'élève une grande 
maison, dont la porte actuelle s'ouvre sur le terrain vague 
dont il vient' d'être parlé. Cette maison, qui est inscrite 
avec les autres bâtiments du palais sur le registre des biens 
du Makhzen, est occupée aujourd'hui parles héritiers de 
Sidi El-Mokhtar El-Baqqali ; il sera parlé de sa famille dans 
la vie religieuse. 

C'est sans doute à sa réputation de sainteté d'une part 
et à ses alliances avec les familles Abdelkhalaq et Abdeç- 
çaJaq que Sidi El-Mokhtar a dû de pouvoir habiter cette 
maison et que ses héritiers ont pu y rester après lui ; d'au- 
tres maisons qui faisaient évidemment partie de l'ensemble 
du palais et de ses dépendances sont d'ailleurs aujourd'hui 
l'objet d'appropriations privées et le temps semble avoir 
régularisé ces usurpations. 

Le terrain vague qui précède la maison habitée par les 
descendants de Sidi El-Mokhtar El-Baqqali, était occupé 
par d'autres constructions aujourd'hui disparues et qui se 
reliaient à la porte d'entrée qui subsiste encore aujourd'hui 
et qui s'ouvre sur la place de Bit el-Mal, à la suite des 
prisons. 

Dar el-Maa^; les Giienaoua. — Dans le même terrain, 
dans la partie qui se prolonge jusqu'à la Zanqa Touila et 
qui fait l'angle de cette rue avec la place du Bit el-Mal, se 
trouve un endroit appelé Dar el-Ma*az, la maison des 
chèvres; cet endroit servait d'étable aux chèvres apparte- 
nant aux quelques familles de serviteurs et de nègres 
des pachas qui habitaient dans les dépendances ruinées 
du palais ; l'endroit qu'ils habitent est situé entre la 
cuisine du palais et le Riadh : il est connu sous le nom 
de place des Abids ou des Guenaoua. 

Le Riâdh. — Après avoir tourné le coin de la place du 



LA VILLE 177 

Bit El-Mai et de la Zanqa Touila, on arrive, à une tren- 
taine de mètres à main gauche, à une grande porte 
dont les montants et la corniche sont chargés d'orne- 
ments en plâtre, d'ailleurs assez médiocres et sans aucune 
finesse. La date qui se trouve au milieu d'une inscription 
aujourd'hui illisible donne l'année i3o6 (1888-89) (i), c'est- 
à-dire celle qui a précédé le voyage à Tanger de Moulay 
El-Hasan,qui est arrivé au commencement de 1307(1889). 
Cette porte remplace l'ancienne entrée du Pviadh qui se 
trouve plus loin et qui déjà en 1888 était comprise dans 
ce^ parties du palais devenues des propriétés privées. 

L'impression que l'on éprouve en entrant dans le Riadh 
est celle de l'abandon et de la ruine. Quelques arbres y 
poussent de droite et de gauche : deux palmiers ont résisté 
aux intempéries et au manque de soins : les allées autre- 
fois pavées de zellidjs sont complètement délabrées, les 
treilles qui les couvraient sont brisées et les plates-bandes 
remplies de mauvaises herbes. 

Il est d'usage que la jouissance du Riadh soit donnée au 
représentant du Sultan à Tanger. Bargach et Torrès y 
venaient quelquefois et entretenaient un peu le jardin. 
Guebbaç l'habitait et avait aménagé pour lui quelques 
pièces : il recevait dans une salle qui avait une très belle 
vue sur la mer. 

Tazi, le Naïb actuel, habite au Marchan une très belle 
maison qui lui appartient, et après avoir fait cultiver pen- 
pant quelques années dans le Riadh des légumes qui étaient 
mangés par les rats, il l'a complètement abandonné et se 
contente d'en garder la clef sans s'en occuper davantage. 

Le Riadh se divise en deux parties séparées l'une de 
l'autre par un mur dans lequel est percée une porte de 
communication. D'après la disposition des lieux, ce mur 
doit être d'une construction postérieure au Riadh lui-même. 

(i) Cf. Archives mai'ocaineSy vol. I, La Qaçba de Tanger, par G. Sal- 

MON, p. Il5. 



178 TANGER ET SA ZONE • 

Le Riadh du Sultan se compose effectivement de plu- 
sieurs bâtiments qui enferment le jardin, et dont deux 
pavillons sont placés l'un en face de l'autre. Le mur qui 
partage aujourd'hui cet ensemble coupe la perspective et 
dérange la topographie habituelle de ce genre de jardins. 

En faisant abstraction de ce mur, voici comment se pré- 
sente le Riadh : à droite de la porte d'entrée quelques 
pièces au rez-de-chaussée ; au premier, un assez grand patio 
à ciel ouvert, entouré d'arcades dentelées, et plusieurs 
pièces dont une construite sur la voûte qui recouvre la 
Zanqat et-Touila. Cette pièce dont le plafond conserve un 
reste de peintures est éclairée par une baie qui s'ouvre 
presque directement sur la mer et d'où on a une vue 
magnifique sur le détroit. A l'extrémité opposée du Riadh, 
exactement en face de ce pavillon, s'en trouve un autre 
appelé la Qoubbai el-Khadra, la Coupole Verte, parce qu'il 
est recouvert d'une toiture en tuiles émaillées vertes. Il est 
remarquable par un grand panneau de bois sculpté qui 
recouvre toute sa façade sur une hauteur de 6 mètres en- 
viron et sur une largeur de 4 mètres. 

La partie inférieure de ce pavillon est faite d'une pièce 
qui s'ouvre par une baie dans le bas du panneau sculpté 
qui l'encadre. Au-dessus de cette baie se trouve une petite 
fenêtre très élégamment ornée qui donne dans le patio du 
premier étage. Ce patio, auquel on parvient par un escalier 
à gauche, au fond du Riadh, n'est pas à ciel ouvert : son 
plafond se compose d'une qoubba en bois artistement tra- 
vaillé et peint ; en face de la porte d'entrée, se trouve une 
baie à plafond sculpté également. Les murs sont couverts 
d'arabesques sculptées dans le plâtre où l'on retrouve des 
restes d'inscriptions. 

A gauche de la Qoubbat el-Khadra, le Riadh est fermé par 
un petit corps de bâtiments qui se compose au rez-de- 
chaussée d'un grand arc surbaissé, derrière lequel on voit 
une sorte de couloir voûté qui, à main gauche, communi- 




Le Qoubbat El-Khadr.j 



Phot. Coffin. 




LA VILLE ryg 

quait avec le grand palais : la communication est aujour- 
d'hui murce. On arrive au premier étage par un escalier à 
droite de ce corps de bâtirr.ents et à gauche de la Qoubbat 
el-Khadra, dans l'angle. En tournant à droite dans l'esca- 
lier on parvient au premier étage de la Qoubbat el-Khadra 
qui est décrit plus haut, et en tournant à gauche on arrive 
dans une galerie au-dessus du couloir voûté, dans le haut 
de l'arc surbaissé. Trois pièces s'ouvrent sur cette galerie : 
la première et la troisième sont des chambres doubles, c'est- 
à-dire séparées en deux par une muraille ouverte au milieu. 
La pièce centrale est une baie sans muraille antérieure. 

La première pièce a dans ses deux parties de beaux pla- 
fonds en bois travaillé et des murs recouverts de lambris de 
plâtre ornés d'arabesques. La baie centrale a un très beau 
plafond en dôme, tout en bois fouillé et peint : ses murs 
sont couverts de lambris en plâtre avec comme principal 

motif les mots ^AJV ^\ el-ghinâ lillah : « la richesse est à 

Dieu », comme dans la grande qoubba du palais. Sur un 
linteau en bois peint en rouge qui est au-dessus du lambris 
de plâtre et qui relie la qoubba au plafond, on lit, en lettres 

d'or : l^\ ^^1 ^LCII <i^JI el-barakat el-kâmila el- 

afiyat el-baqiya : « La bénédiction complète, le salut 
durable. » 

La troisième pièce est semblable à la première, mais 
elle n'a plus ni plafond ni lambris. 

Toutes ces pièces sont obscures et tristes. Du haut de !a 
galerie on pouvait, par des couloirs, communiquer avec le 
grand palais ; mais les portes sont fermées ou murées : il 
faut donc redescendre dans le Riadh pour chercher la 
porte de communication encore existante. 

Une tour carrée à créneaux qui est une ancienne tour 
de guet, s'élève dans le Riadh, à gauche en entrant, à 
l'angle qui se trouve entre le grand palais et le pavillon qui 
vient d'être décrit. 

VILLES ET TRIBUS. — VII. l3 



l80 TANGER ET SA ZONE • 

Cette tour peut être le reste de raticien château portugais 
conservé dans TUpper Castle des Anglais ; il semble même 
que c'est autour d'elle que les constructions du pacha 
Ahmed ben Ali ont été élevées et qu'elle en est pour ainsi 
dire l'axe. Pour rentrer dans le grand palais, en venant de 
la Qoubbat el-Khadra, on contourne les quelques bâtiments 
qui forment la base de la tour, on tourne à main droite et, 
par un couloir coupé de marches, on arrive dans l'atrium 
à colonnes de marbre du palais, à droite de la grande 
qoubba. C'est-à-dire que, ainsi qu'on l'a vu dans la des- 
cription du palais, cette porte de communication se trouve 
à l'angle supérieur gauche lorsqu'on entre dans l'atrium 
par le grand Mechouar. 

Cette description assez aride du palais du Sultan donne 
une faible idée de l'ensemble de constructions élevées parle 
pacha Ahmed Er-Rifi et de la luxueuse recherche de leur 
ornementation. Des sommes considérables ont dû être dé- 
pensées par ce gouverneur qui exerçait une très grande 
autorité sur le N.-O. du Maroc et qui a lutté pendant toute 
sa vie contre le Sultan de Fès, à l'instigation d'une poli- 
tique étrangère dont il était l'instrument ; on ne saurait 
expliquer autrement les dépenses du pacha Ahmed, ni 
l'armement et les munitions dont il a toujours disposé. 

On est frappé, en visitant le palais du Sultan, par toutes 
les précautions prises par les constructeurs pour permettre 
aux habitants de se cacher et de s'enfuir : c'est toute une 
complication de petites portes et de couloirs dissimulés dans 
les murs se croisant et s'entre-croisant de façon à dérouler 
les poursuites. Un passage souterrain en partie retrouvé 
devant la porte du donjon d'Ali ben Abdallah, permettait de 
communiquer avec ce palais, d'où un couloir compris dans 
les murailles mêmes de la ville, conduisait à l'abri jusqu'au 
port. 

Quoique certainement bien réduit et malgré le délabre- 




LA VILLE loi 

ment causé par l'abandon et par le vandalisme de ceux qui 
l'ont quelquefois habité, le palais du Sultan est encore un 
morceau intéressant d'architecture arabe, tant par cette ar- 
chitecture elle-même que par les souvenirs historiques qui 
s'y rattachent. 



3"" Les Quartiers. 

Dans les villes déjà étudiées, les quartiers étaient déli- Quartiers 
mités et fermés par des portes. Il n'en est pas de même à intérieurs. 
Tanger, où, hors de la Qaçba, les quartiers ne sont pas 
définis ôt empiètent les uns sur les autres. 

La Médina peut se diviser en 14 quartiers : Dâr el- 
Baroud, Agmar, Amrah, Djenân el-Qarptan, Gzennaïa, 
Sqâïa Djedîda, Dherb Ech-Chorfâ, Oued Ahardan, Dherb 
el-Oued, Dherb el-Bordj, Dherb el-Qâdhî, Qaïceriya 
Qedîma, Dherb El-Medououar, Béni Ider. 

Le quartier de Dâr el-Bâroûd [Poudrière) se trouve au 
N.-E. de la Médina, du côté opposé à la Qaçba; il doit 
son nom à une ancienne poudrière qui s'y trouvait et qui 
a été désaffectée par Moulay Abderrahmân lors de la guerre 
franco-marocaine en raison de sa trop grande proximité de 
la mer ; une nouvelle poudrière a été établie alors hors des 
remparts, sur une pente, à l'entrée du Marchan (i). Le 
quartier de Dâr el-Bâroûd est limité au N. et à TE. par le 
rempart, au S. par la petite place de la Gara, qui en fait 
partie, et par la Aqbat el-Ouazzaniya ; à l'O. il touche 
au quartier d'Agmar. Ses rues aboutissent naturellement 
à la Aqbat el-Ouazzaniya et à la Gara. 

Le quartier à" Agmar s'étend entre la Qaçba et Dâr el- 

(i)Cf. supra, p. i38. 



l82 TANGER ET SA ZONE 

Bâroùd ; il est également limité au S. par la Aqbat el- 
Ouazzaniya, où aboutissent toutes ses rues. 

UAmrah est un petit quartier qui se développe autour 
d'un endroit découvert, à la sortie de Bâb el-Açâ. C'était 
autrefois un A^ib détenu par un nègre du nom de Blâl. 
On y remarque les mausolées de Sidi Ber-Reïsoûl et de 
Sidi El-Housni. De l'Amrah partent la Aqbat el-Ouazza- 
niya et la rue de la Zâouia des Derqaoua. 

On donne le nom de Djenân el-Qarptan (i), le Jardin 
du Capitaine, à l'espace compris entre l'Amrah, le mur 
de séparation entre la Médina et la Qaçba, le rempart 
O. et le quartier des Gzennaïa ; du temps des occupations 
portugaise et anglaise c'était un simple jardin ; il s'y élève 
aujourd'hui tout un quartier traversé de l'O. à TE. par 
le Dherb El-Qniouî et relié au centre de la Médina, vers 
le S., par la Aqbat ez-Zeïda. 

Le Djenân el-Qarptan est un quartier pauvre ; on y 
remarque cependant une maison assez luxueuse apparte- 
nant à une branche de la famille des Oulâd Es-Saïdi. Au 
pied du mur de la Qaçba, à hauteur de la tour dans 
laquelle est installé le four du Hâdj Tâher, se trouvent 
les ruines d'un ancien bastion, la Kharba, actuellement 
transformé en une écurie privée. 

Au Djenân el-Qarptan, le long du rempart de la Médina, 
fait suite au S. le quartier des Gzennaïa, prolongé par 
le petit quartier de Sidi Ali ben Hamdouch qui le sépare 
de la Seqâïa Djedîda ; il atteint à l'E. l'Oued Ahardan et 
le mausolée de Sidi Ber-Reïsoul. Ce quartier doit son nom 
à une fraction de la tribu des Gzennaïa venue s'y établir 
en 1684; il est traversé du N. au S. par deux rues, dont 

(1) Déformation de Qaptan. 



LÀ VILLE l83 

l'une prend le nom de Sidi Ali ben Hamdouch à hauteur 
de la qoubba du saint : l'autre est appelée Aqbat ez-Zeïda 
et vient déboucher à la Seqâïa Djedîda. 

Le quartier de la Seqâïa Djedida fait suite au S.-E. à 
celui des Gzennaïa. Il est limité par Sidi Ali ben Ham- 
douch et le rempart, le Qaous Bou Selhâm, le Qaous Ed- 
Doukkali et l'Oued Ahardan. Il doit son nom à la fontaine 
dont il a été parlé plus haut. 

Le Dherb Ech-Chorfâ se développe le long de la ruelle 
du même nom, entre la rue de la Zâouia des Aïsaoua \S.) 
elle Qaous Ed-Doukkâli (N.), l'ancienne Qaïceriya (E.) et 
le Qaous du Reïs Balga (O.). Il était habité presque exclu- 
sivement par des Chorfâ Baqqaliïn, qui n'y sont plus 
représentés aujourd'hui que par une seule famille. 

UOued Ahardan est au centre de la ville, dans la 
dépression qui fait suite à la vallée de Hasnona ; il est tra- 
versé par une rue menant à l'O. vers Seqâïa Djedîda par 
la Zanqat El-Ghassâl, à l'E. vers le Dherb el-Oued et le 
Dherb el-Bordj par Beïn ed-Drâzat ; une autre rue le tra- 
verse du N. au S., venant de l'Amrah et aboutissant au 
Soûq ed-Dâkhel. Le long de l'Oued Ahardan se trouvent 
des magasins d'étoffes tenus exclusivement par des musul- 
mans ; ces magasins se trouvaient à une époque assez 
récente le long des deux rues qui vont du Soûq ed-Dâkhel 
vers rintérieur de la ville et qui constituaient la Qaiceriya. 

Le quartier du Dherb el-Oued s'étend entre la Aqbat el- 
Ouazzaniya, qui le sépare de Dâr el-Bâroûd au N., la 
Zanqat Et-Torrès, qui le sépare du Dherb El-Qâdhî au 
S., l'Oued Ahardan à l'O. et le Dherb el-Bordj à l'E. 
Il comporte une rue centrale S.-N. passant par le Qaous 
Bicenté et plusieurs ruelles latérales pour la plupart sans 



184 TANGER ET SA ZONE • 

issue. Au N.-O. du quartier, une rue dite Beïn ed-Drâzat 
le met en communication avec l'Oued Ahardan ; elle doit 
ce nom au fait que de nombreux tisserands y étaient 
autrefois établis sur les deux bords. 

Le Dherb el-Bordj est un petit quartier qui se déve- 
loppe du Nord au Sud, le long de la rue du même nom, 
entre la Gara de Dâr el-Bâroûd et Bâb el-Marsa. 

Le Dherb El-Qâdhi englobe tout l'espace compris entre 
la Zenqat Et-Torrès au N., la rue de la Grande Mosquée 
au S., la rue du Commerce à l'O. et le Dherb el-Bordj 
à TE.; là se trouve une maison des Habous affectée au 
logement du Qâdhi de Tanger. 

L'appellation Qaïceriya Qedîma s'applique au quartier 
actuellement desservi par la rue des Chrétiens et la rue 
du Commerce, réunies entre elles par la ruelle Benchi- 
mol. Ce quartier constituait autrefois la Qaïceriya de la 
ville ; mais, progressivement envahi par les commerçants 
espagnols et juifs, il a fini par être évacué par les com- 
merçants musulmans, qui se sont transportés à l'Oued Ahar- 
dan. Le nom même de Qaïceriya est presque entièrement 
tombé dans l'oubli. 

Au commencement de la rue des Chrétiens, du côté du 
Soûq ed-Dâkhel, sont installées des cuisines de marchands 
de fritures : cette partie de la rue est de ce fait appelée 
Qallaïn el-Hoût. 

Le Dherb El-Medououar s'étend entre la rue des Cia- 
ghîn, la *Aqbat El-Francis et le rempart, le Qaous Bou 
Selhâm, la rue de la Zâouia des Aïsaoua et une impasse 
parallèle aux Qallaïn el-Hoût, à hauteur du Soûq ed- 
Dâkhel. Ce quartier comporte une ruelle parallèle à la 
rue des Ciaghîn, la Zenqat El-Medououar, qui part de la 
*Aqbat El-Francis et aboutit, en face de la Dâr en-Niâba, 





■P 


■ 






1 






1 


% «• ^ 




m 


\ 


^ 


1 




Rue bi'S CiAGHÎN. 




LA VILLE l85 

h un petit carrefour où commencent les Kharrâzîn. Il 
communique avec le Qaous Bou Selhâm par une ruelle 
transversale, avec les Ciaghîn et la rue de la Zâouia des 
Aïsaoua par les Kharrâzîn. Les Kharrâzîn (Cordonniers) 
englobent l'ensemble des maisons qui s'ouvrent sur la rue 
du même nom ; c'est là que siégeait autrefois la corpora- 
tion des cordonniers. 

Dans le Dherb El-Medououar, à hauteur du marché- 
aux-grains, était bâti l'hôtel de l'ancienne Légation de 
France, qui a donné son nom à la 'Aqbat El-Francis 
(Côte des Français) ; cet hôtel a été démoli pour faire place 
à un groupe de 4 immeubles. Là commence la rue du 
Qaous Bou Selhâm, qui, prolongée par celle de la Zâouia 
des Aïsaoua, mène aux Qallaïn el-Hoût et de là au Soûq 
ed-Dâkhel. 

Le quartier des Béni Ider est le plus important de tous 
par son étendue ; il se trouve au S. de la Médina, entre 
le rempart, la rue des Ciaghîn, le Soûq ed-Dâkhel et la 
Grande Mosquée. Il doit son nom à une fraction de la 
tribu des Béni Ider du Nord du Djebel Alam qui avait par- 
ticipé à la reprise de Tanger sur les Anglais et s'était ins- 
tallée sur cet emplacement. Le quartier comprend les 
agglomérations des Touâhen et du Mellah à 10., de la 
rue de Sidi El-Hâdj Abdessalâm El-Ouazzâni et du Qaous 
El-Merican (Voûte des Américains) au centre, de Hofrat 
Ben Ech-Cherqui à l'E., le long du rempart, à hauteur 
de Bâb ed-Droûdj. 

La rue des Touâhen (sing. Tahoûna) était autrefois 
celle des meuniers ; il s'y trouvait un certain nombre de 
moulins, actuellement disparus et qui étaient actionnés 
par un cheval ou un mulet. 

Le Qaous El-Mérican, appelé également Dherb Sidi 
Amar Alilech, est le nom d'une rue aboutissant à une porte 
qui donne accès à la rue moderne des Remparts; on y re- 



l86 TANGER ET SA ZONE . 

marque un passage voûté, sur lequel s'ouvre la porte de la 
Légation des États-Unisd'Amérique. 

Quant à la Hofrat Ben Ech-Cherqi, c'est la dépression 
qui se trouve à droite et à gauche de la rue de la poste fran- 
çaise ; la tradition fait remonter la création de ce petit 
quartier à un Andalou du nom d'Ech-Che'rqi. 

Le quartier des Béni Ider a cinq débouchés : deux sur les 
Ciaghîn , un sur le Soùq ed-Dâkhel , deux autres dans la rue 
de la poste française et le dernier sur la rue des Remparts. 
Toutes les rues se rejoignent vers le centre, où elles for- 
ment deux ou trois carrefours. 

Quartiers Quartiers extérieurs. — On donne le nom de Sidi Boû 

extérieurs. Qnâdel à un quartier presque exclusivement musulman 
qui s'étend au N. de la Médina, entre le rempart et la mer 
et hors de Bâb el-Qaçba. Ce quartier est d'aspect misérable; 
les indigènes y habitent des huttes dressées contre le rem- 
part ou accrochées sur le flanc de la falaise. Seule la partie 
du quartier sise à hauteur de Bâb El-Qaçba contient un 
groupe de maisons de belle apparence appartenant à trois 
riches indigènes, le Hâdj Idris ben Djelloûl, Si Mohammed 
ben Zekri et le Hâdj El-Menebhi ; on n'y remarque quune 
maison appartenant à un Européen, M. de Billy. 

Sidi Bou Qnâdel possède une petite mosquée, dont il a été 
déjà parlé et qui a été construite par le Hâdj Idrîs ben 
Djelloûl. Le saint qui a donné son nom au quartier est in- 
connu ; son tombeau, au bord de la mer, est représenté par 
un rocher et des blocs de maçonnerie écroulés du haut de 
la falaise. 

Le Marchan est un grand plateau de 1.200 mètres de 
long limité par Sidi Bou Qnâdel^ les Drâdeb, Hasnona et la 
mer. Il est bordé au N. et au S. par une série de villas, 
par l'hôpital anglais, le palais du Naïb du Sultan, la Léga- 
tion de Russie, la section sociologique des Affaires Indigènes, 



LA VILLE 187 

une école française, etc. ; à l'E., par un ancien dépôt d'ar- 
tillerie {Dâr el-Khâliya) transformé en poste du tabor de 
police urbaine et par un groupe de constructions, dont 
l'Institut Pasteur du Maroc, Thôpital français, la maison 
d"El-Menebhi, la Légation d'Italie, la poudrière... 

L'extrémité O. est occupée par un grand cimetière, un 
ensemble de constructions modernes et par un village ap- 
pelé Dchar Marchan ; tout l'espace intermédiaire est vide. 
Le Dchar Marchan est en pleine voie de transformation : 
les huttes à toit de chaume y font place de plus en plus à 
des maisons spacieuses et à de magnifiques villas; une 
grande mosquée y a même été élevée de 1910 à igi6. Toute 
cette partie du Marchan constitue actuellement un des fau- 
bourgs les plus intéressants de la Ville ; elle est habitée 
entre autres par le Pacha... 

Deux routes parallèles, réunies par des transversales, 
desservent le plateau du Marchan en passant en bordure 
des maisons et villas ; l'une vient aboutir à Bâb el-Qaçba, 
l'autre arrive, à hauteur de l'Institut Pasteur, au sommet 
d'une côte qui mène vers le carrefour de Bâb Et-Tourkiya et 
vers le Grand Socco. Une route transversale mène vers Has- 
nona; du côté opposé une rue passe devant le palais du 
Naïb du Sultan et aboutit d'une part à des rochers domi- 
nant la mer, d'autre part au Bordj Bou Ameïr. Des ravins 
aboutissent aux Drâdeb, à la rivière des Juifs et à la plage 
du même nom, en direction de la Montagne. 

Les Drâdeb (Terrains en pente) constituent la pente S. 
de l'extrémité occidentale du Marchan. Ils sont limités au 
N. par le plateau du Marchan, à l'E. par les Jardins 
Braunschvig et Abelardo Sastre, au S. par les Grijnat, 
la dépression empruntée par la route de la Montagne, le 
pont et la rivière des Juifs. Au-dessus de la route de la 
Montagne, ce quartier est habité presque exclusivement 
par des musulmans pauvres, qui y vivent sous des huttes 



l88 TANGER ET SA ZONE • 

OU des bioût. Au S. de la route se trouvent quelques mai- 
sons isolées, des baraquements et une usine de production 
de lumière électrique. 

Le quartier des Drâdeb est de création récente et remonte 
à peine aux environs de 1895, à l'époque du pacha Abder- 
rahman ben Abdeççadaq ; il a été créé pour décongestionner 
la Médina surpeuplée. 

Une rue le traverse dans sa partie haute de l'E. à l'O. ; la 
partie basse est coupée par la route de la Montagne. Ces 
deux voies, à peu près parallèles, sont reliées par des che- 
mins perpendiculaires et à pente raide, que la pluie trans- 
forme en ravins. 

Hasnona est le nom d'un oued actuellement à sec, qui 
prenait sa source dans les jardins de l'ancienne légation de 
Belgique, sur l'emplacement du palais deMoulay Hafîdh (i), 
et entrait en ville sous une voûte, à Bâb et-Tourkiya. 
Le quartier du même nom est limité au N. par le Marchan 
et la Côte du Marchan, au S. par la route de la Montagne, 
à l'E. par le rempart delà Médina. 

Il comprend une agglomération assez dense, misérable, 
en majeure partie espagnole, et un hôpital juif (fondation 
Haïm Benchimol) immédiatement à l'E. du palais de Mou- 
lay Hafîdh, au fond de la vallée ; à cette agglomération fait 
suite, le long de la route de la Montagne, un groupe de 
maisons parmi lesquelles il faut citer l'École de l'Alliance 
Israélite (2) et le consulat d'Espagne. Du côté opposé, à la 



(i) La propriété sur laquelle est bâti ce palais a été achetée en 1909 à la 
veuve du Consul général de Belgique par Moulay Hafîdh, qui a détruit le 
magnifique parc qui s'y trouvait pour y construire à grand frais (trois millions 
de francs au minimum) une immense bâtisse sans aucun style, entourée 
d'un mur en ciment armé, d'où émergent quelques toits à tuiles vertes, sur- 
montés de boules dorées. 

(2) Cette construction a été élevée il y a une quarantaine d'années pour 
servir à l'installation d'une roulette ; le corps diplomatique de l'époque- 
s'opposa à une pareille affectation. L'immeuble a servi depuis aux légations 
d'Autriche et de Portugal, ensuite aux Postes et Télégraphes Chéritiens. 



LA VILLE 189 

limite avec le Marchan, sont bâtis des villas et plusieurs im- 
meubles de belle apparence appartenant à des juifs. 

Enfin, àl'E. du côté de la xMédina, se trouvent tout un 
pâté de maisons, dont une partie est coupée en deux par la 
rue de Tétouan, et un cimetière catholique actuellement 
désaffecté ; on y remarque en outre une sania, dite de 
Qtiout, et un puits alimenté par une source, Ain Ben Ech- 
Châmi. 

Le quartier du Soûq-el-Barra englobe l'espace qui avoi- 
sine immédiatement le marché : l'ancienne légation d'Al- 
lemagne, la mosquée de Sidi Boû Abîd, la chapelle pro- 
testante, la légation de France, le dispensaire indigène, 
le bureau des Postes, Télégraphes et Téléphones Chéri- 
fîens, avec les constructions qui l'avoisinent, et le collège 
Alphonse-XIIi: 

Sur la colline des Ç/cîce/ (Peupliers) s'élevaient autrefois 
quelques peupliers; sa partie haute s'étend vers l'O.-S.-O. 
jusqu'au delà du marché aux bœufs {soûq el-baqar). Le 
quartier auquel cette colline a donné son nom peut être 
délimité par la route de la Montagne au N., le cimetière 
du Soûq el-Barra, la Mçalla et Aïn Qtiout à TE., les Souâni 
Fouqâniïn au S. ; il est traversé dans toute sa longueur 
par une route partant du Soûq el-Barra et se prolon- 
geant au delà du marché aux bœufs vers les Moudja- 
hidin et Boubana. Il est appelé San Francisco par les 
Espagnols. 

On y remarque notamment un moulin et une grande 
boulangerie mécanique français, un groupe de maisons 
{Barriada de San Francisco), l'hôpital espagnol et le cou- 
vent delà Mission catholique espagnole, ainsi que plusieurs 
villas échelonnées le long de la route et entourées de parcs. 
Entre cette route, celle de la Montagne et le Chemin deS 
Amoureux, à PE., se trouvent un grand parc (propriété 



igO TANGER ET SA ZONE • 

Brooks) appelé par les indigènes Saniai El-Hadjii, Bou 
Ghaba (i) et le sanctuaire de Sidi Mohammed El-Hadj. 

Le quartier de la Mçalla, au S.-O. du Soûq el-Barra, 
comprend la Mçalla proprement dite, la légation d'Angle- 
terre, un hôtel français (Villa de France), des jardins etc., 
et un espace actuellement vide, Aïn Qtiout, où vivait jusqu'à 
l'année dernière une agglomération misérable mi-espagnole 
mi-indigène. Il touche à Râs Soûq el-Barra, au cimetière 
musulman, aux Souâni Fouqaniïn et aux Maadi. 11 est 
bordé à i'E. et à TO. par deux rues qui viennent se rejoindre 
à hauteur de la légation de France, au-dessus d'un pont 
bâti sur un torrent aujourd'hui comblé. 

La Mçalla de Tanger est, contrairement à la coutume 
musulmane, entourée d'un haut mur, qui la cache aux 
regards des « infidèles ». 

Le terme Maâdi sert, chez les indigènes, à désigner le 
groupe de sources qui alimentaient la ville en eau potable ; 
le quartier appelé de ce nom par les Européens s'applique 
à l'ensemble des terrains où ces sources se trouvent ; il est 
compris entre la Mçalla, les Souâni Fouqaniïn et Bou 
Khachkhach. 

Il est occupé par la résidence du ministre de France, les 
immeubles Bessonneau, la villa Valentina et un groupe de 
maisons sises en bordure de la route de Fès. 

Bou Khachkhach n'est pas le nom d'un quartier propre- 
ment dit, mais celui de terrains autrefois plantés de vignes 
et qui ont été envahis par les sables; ces terrains partent 
du Chemin des Vignes et s'étendent de chaque côté du 
boulevard de la Dette. 

(i) Bou Ghaba est une propriété de la famille de ce nom, dont une partie 
est habous de Sidi Mohammed El-Hadj ; il s'y trouve des maisons assez 
misérables habitées par des musulmans et des espagnols pauvres. 



LA VILLE 



191 



C'est là que des fouilles entreprises par la iMission 
Scientifique du Maroc ont fait découvrir les tombeaux ro- 
mains dont il est parlé par ailleurs (i). Plusieurs maisons 
commencent à s'y élever : le Contrôle de la Dette, l'im- 
meuble des Travaux Publics, les magasins du Monopole 
des tabacs, etc. 

Les Brâmil comprennent une forte agglomération entre 
la mer, la rue de la Plage, Bou Khachkhach et l'emplace- 
ment de l'immeuble occupé par la Compagnie Saint frères. 
On y remarque notamment une usine espagnole de produc- 
tion de lumière électrique, un théâtre espagnol (Cervantes) 
et un hôtel anglais (Cecil Hôtel). 

Le nom de Brâmil (Tonnelets) tient probablement à ce 
fait que de nombreux indigènes viennent avec des tonne- 
lets chercher de l'eau aux puits qui s'y trouvent et dont le 
plus connu est le Bîr El-Kharroûbi, le puits de la plage des 
Européens. 

Kedaoui er-Remel, les collines de sable. — La zone dé- 
signée sous ce nom était faite de dunes de sables amon- 
celées par le vent et qui ont été fixées par quelques cons- 
tructions, des routes, des barrières limitant les propriétés 
privées, etc. Les Kedâoui er-Remel s'étendent au delà de 
Bou Khachkhach et des Brâmil, à droite et à gauche sur le 
prolongement du boulevard de la Dette, entre l'avenue du 
collège Regnault et la route de Tétouan ; elles font partie 
des Souâni Sefliïn. Le collège Regnault et la sardinerie sont 
presque les seules constructions qui s'y trouvent. 

Les Kedâoui er-Remel sont parcourues par une route 
prolongeant le boulevard de la Dette en direction de l'Oued 
el-Halq et par une autre route croisant la première non loin 
du collège Regnault et allant d'un côté vers le front de mer, 
de l'autre côté vers la route de Fès. 

(i) Cf. supra, pp. 42 et seq. ; infra, pp. 408 et seq. 



102 TANGER ET SA ZONE • 

Les Souâni, au S. de la ville, englobent une vaste 
étendue de terres qui, s'abaissant en pente douce, vont 
former une légère dépression empruntée par l'Oued es- 
Souâni, au delà de laquelle elles se relèvent; le quartier de 
ce nom peut être délimité comme il suit : route des Çfâcef 
et son prolongement au N.-O. et à l'O., — Aïn Qtiout 
(Mçalla), Maadi, Bou Khachkhach et Kedâoui er-Remel au 
N., — rOued es-Souâni, considéré comme formant la 
limite S. de la ville, la plage, entre les Brâmil et l'Oued el- 
Halq, à l'E. 

Cette zone est occupée presque entièrement par des jar- 
dins ; les maisons y sont très clairsemées : on peut citer 
l'usine du Monopole des tabacs, au confluent de l'Oued es- 
Souâni et de l'Oued el-Meghoura sur la plage, et l'immeuble 
de la Société de constructions France-Maroc. 

Les Souâni se divisent en Fouqiïn et Sejliïn : les Souâni 
Fouqiïn, ou de la partie haute, sont au N.-O. de la route 
de Fès ; les Seffliïn, ou de la partie basse, entre cette route 
et la rade. 

Les Souâni doivent leur nom aux nombreuses norias 
{souâni^ sing. saniïa) qui s'y trouvaient et dont quelques- 
unes fonctionnent encore. 

Plage. — La plage commençait autrefois au-dessous du 
phare du port, devant Bâb el-Bahar (Bâb Dâr er-Debâgh), 
pour s'étendre directement vers le S., ensuite vers le S.-E. 
et vers TE. Un terre-plein a été conquis sur la mer au pied 
de la batterie Top'hana, de la douane à la rue de la Plage ; 
derrière ce terre-plein s'élève un grand immeuble de cons- 
truction récente, la maison Renschausen. Un boulevard, 
dit du Front-de-Mer, lui fait suite et aboutit au delà de Pim- 
meuble occupé par la société Saint frères. 

C'est à partir de ce dernier immeuble que commence la 
plage actuelle ; on n'y remarque guère pour toutes construc- 
tions que la Sardinerie et, plus loin, l'usine du Monopole 



LA VILLE 193 

des tabacs, dont il a été parlé à propos du quartier des 
Souâni. Elle est coupée ensuite par l'Oued el-Halq; des sa- 
lines sont aménagées sur la droite; une colline, appelée 
Charf , porte le village du même nom et, au sommet, une 
maison en forme de mosquée, qui a été bâtie par un Fran- 
çais en 1917. 

A TE. de l'Oued El-Halq se trouvent les ruines d'un pont, 
le village de Tandja El-Bâlia, les ruines de la Qaçba de 
Ghaïlan(i), une villa construite par l'Anglais Mr. Harris, le 
Bordj El-Ghandouri et enfin un lazaret. Une tour, appelée 
Tour de Malabata, se dresse à la pointe de la rade, face à 
la Médina. 

(i) Cf. supra, p. 76. 




LE PEUPLEMENT 



Les II serait impossible, à travers les différentes invasions 

Musulmans. et les nombreux passages du détroit dans un sens et dans 
l'autre, de reconstituer la succession des populations qui 
ont occupé Tanger depuis l'époque légendaire. 

Toutes ces populations ont d'ailleurs disparu de la ville ; 
on ne trouve plus aucune trace ni des autochtones ni des 
conquérants qui s'y sont succédé (i). 

Il semble bien qu'au moment de l'occupation chrétienne 
les indigènes ont complètement évacué la ville ; plusieurs 
familles l'avaient même abandonnée lors des premières 
tentatives des Portugais en 1487 et en 1464, entre autres 
celle du fameux cheikh çoufique Abou Mohammed Abdal- 
lah El-Habti, qui appartenait à la tribu des Imathnah, des 
Cinhadja de Tanger. Les ancêtres de ce cheikh abandon- 
nèrent la ville pour se réfugier dans la tribu des Akhmas, 
près de Chefchaouen. 

Pour étudier le peuplement actuel de Tanger, il faut 
donc s'arrêter à l'époque où les Musulmans y sont rentrés 
après le départ des Anglais. 

Pendant la fin de la domination portugaise et les pre- 
mières années de l'occupation anglaise, les attaques contre 

(i) Cf. pp. 3o et seq., 358 et seq. 




LE PEUPLEMENT IqS 

Tanger avaient été dirigées par Ghaïlan ; ses troupes se 
composaient plus particulièrement des contingents fournis 
par les tribus montagnardes situées entre Tanger, Té- 
touan et El-Qçar El-Kebir. A l'apparition des Filala, 
Moulay Er-Rechid ben Ech-Chérif cherchait au Nord 
de Taza à établir les bases de sa souveraineté en s'ap- 
puyant sur Roland Fréjus et sur la France, contre Ghaï- 
lan qui était devenu l'allié et le prétendant des Anglais; 
il s'occupa également de trouver des alliés dans le pays 
même et, par son mariage avec la fille du Cheikh 
Aaras (i), obtint l'appui des tribus rifaines. C'est là le 
point de départ du concours apporté par le Rif à la dy- 
nastie des Filala et de l'organisation des combattants de 
guerre sainte Rifains qui, après la mort de Ghaïlan, furent 
employés par Moulay Ismaïl contre Tanger, Larache et 
Mehediya. 

Les premières opérations de Moulay Ismaïl contre Tan- 
ger furent dirigées par Ahmed ben Haddo El-Hamami 
Er-Riti; Amar ben Haddo assiégeait Mehediya; à la mort 
de ce dernier, il fut remplacé par son frère Ahmed, 
et son cousin Ali ben Abdallah ben Daho fut chargé de 
continuer les attaques contre Tanger. Les troupes qu'il 
commandait se composaient de contingents fournis par 
les différentes tribus du Rif et par quelques tribus des 
montagnes des environs de Tanger. 

Lorsque les Anglais durent évacuer la ville, les troupes 
musulmanes y pénétrèrent et se partagèrent les immeubles 
abandonnés. La ville elle-même ne pouvait évidemment 
pas contenir toutes les troupes qui l'avaient assiégée : les 
principales familles s'établirent dans l'intérieur des murs, 
tandis que l'ensemble des troupes recevaient en partage 
la jouissance des terres du Fahç, où elles formèrent le 
Guich er-Rifi, qui n'a jamais été supprimé, mais qui, 

(i) Des membres de cette famille se trouvent encore à Tanger. 

VILLES ET TRIBUS. — VII. i4 



06 



TANGER ET SA ZONE 



ainsi qu'on le verra d'autre part, a perdu en fait toute son 
organisation. 

Des apports nouveaux se sont évidemment produits 
depuis plus de deux siècles; cependant la majorité des 
notables de la ville de Tanger se compose encore aujour- 
d'hui des descendants des chefs rifains qui y sont entrés 
avec le pacha Ali ben Abdallah El-Hamami Er-Rifi. 



Principales 

familles 
musulmanes. 



Ces familles sont les suivantes : 

Oulâd Abdeççadaq. — Originaires duTemsaman,dans le 
Rit. Ce sont les descendants du pacha Ali ben Abdallah, 
qui constituent encore aujourd'hui la famille la plus im- 
portante de la ville et à laquelle appartient le pacha actuel. 
On a donné sa généalogie dans la partie historique de cet 
ouvrage. Une branche de celte famille a toujours refusé des 
emplois makhzen ; c'est une famille de tolba, qui a même 
fourni un qadhi. Le représentant le plus important de 
cette branche est actuellement Si Idris ben Mohammed 
ben Ahmed ben Abdeççadaq ben Ahmed ben Ali. 

Oulâd Abdelkhâlaq. — Branche issue des Oulâd Abdeç- 
çadaq etdont la généalogie fait partie de celle de cette famille. 
Un de ses membres, Mohammed ben Abdelkhâlaq, a été 
pacha d'Arzila ; chassé il y a plusieurs années de cette ville 
par Raïsouli, il est aujourd'hui retiré à Tanger. 

Oulâd Ben 'Abbou. — Ils descendent de Haddo, frère de 
Daho père d'Abdallah, qui était lui-même le père du fameux 
pacha 'Ali. On a vu qu'un des ancêtres des Oulâd Ben 
'Abbou, Ahmed ben Haddo, avait dirigé les opérations 
contre Tanger avant le pacha *Ali ben Abdallah. Plusieurs 
membres de cette tamille ont été gouverneurs des Gho- 
mara ; ils ont gouverné cette tribu avec une cruauté qui 
est devenue proverbiale. Mohammed ben Abdelmalek, un 
des ancêtres des Oulâd Ben 'Abbou, a fait partie de l'am- 
bassade envoyée à Vienne par le sultan Mohammed ben 
Abdallah. 



LE PEUPLEMENT I97 

Le chef actuel de la famille, 'Allai Ben *Abbou, a été 
pacha de Casablanca après l'occupation française et plus 
tard pacha de Mogador ; il est aujourd'hui ressortissant 
espagnol et vit à Tanger dans une très belle maison qu'il 
a fait construire à la Qaçba. 

Oulâd Abaroudi. — Ils sont originaires des Béni Ouria- 
ghel. Plusieurs membres de cette famille ont rempli les 
fonctions de Mohtasib. Abdessalam Abaroudi a été Nadir 
des habous en i85o. 

Elle est représentée par Si El-'Arbi Abaroudi, qui, après 
avoir fait du commerce, a été adjoint au Hadj Abdelkerim 
Bricha de Tétouan, commissaire général du Maroc à 
l'exposition de 1889. Il a été ensuite Mohtasib, puis Amîn 
de la taxe urbaine et n'exerce plus aujourd'hui aucune 
fonction. 

Oulâd Amkichet. — Des Béni Ouriaghel ; c'est une fa- 
mille de qaïds. El-Abbas Amkichet a été pacha de Tanger 
à la fin du règne du Sultan Sidi Mohammed. Ses frères 
xVrhammed et Idris ont été gouverneurs de l'Andjera et 
d'Arzila. Leurs enfants n'occupent aucune fonction. 

Oulâd Bou Çouf. — De la tribu des Baqqioua du Rif ; 
c'est une famille de tolba. L'un d'eux a été mothasib en 
1800 sous le règne de Moulay Sliman; un autre a occupé 
les miêmes fonctions il y a quelques années ; un frère était 
employé au port ; il a quitté ses fonctions au commence- 
ment de la guerre. Plusieurs membres de cette famille 
sont employés à l'Administration de la Dette marocaine. 

Oulâd Ahardan. — C'est une des plus riches familles 
de Tanger; elle est originaire du Temsaman. Abdelkerim 
Ahardan était Nadir en i85o. Si Abdesselam Ahardan était 
à Tanger l'agent de confiance de Moulay El-Hasan, qui lui 
avait donné l'administration d'un moulin à vapeur qu'il 
avait créé pour essayer d'empêcher la création de moulins 
européens. Cette entreprise n'a donné d'ailleurs aucun 
résultat. Si Abdessalam Ahardan a été également Amîn 




198 TANGER ET SA ZONE ' 

de la douane à Tanger. La famille Ahardan est alliée avec 
celle des Oulâd Abdeççadaq ; elle a donné son nom à un 
quartier de la ville où se trouvent plusieurs immeubles 
lui appartenant. 

Oulâd Temsamani. — Comme leur nom l'indique, ils 
sont originaires du Temsaman. C'est une famille de tolba, 
qui a fourni de nombreux adoul. L'un d'eux, Si El-Mokh- 
tar, est actuellement mohtasib; deux autres. Si Abdelmed- 
jid et Si El-Arbi sont adoul. Ce dernier est secrétaire du 
pacha. 

Oulâd Bernai. — C'est une famille d'Andalousie. Les 
Oulad Bernât sont des gens aisés et qui ne remplissent 
aucune fonction. 

Oulâd Balga- — Us sont également Andalous. Sous le 
règne de Moulay El-Hasan, Abderrahman Balga était capi- 
taine du port (Raïs el-Marsa) ; à sa mort, il y a quelques 
années, il a été remplacé par son fils ; mais ses fonctions 
sont pour ainsi dire honoraires et sont effectivement rem- 
plies par un capitaine au long cours du Service de la Dette. 

Oulâd El-Moudouar. — Ils sont originaires d'Anda- 
lousie. Plusieurs d'entre eux étaient maîtres tanneurs ; ils 
ont également fourni des adoul. Un quartier de la ville 
porte leur nom. 

Oulâd Es-Saïdi. — Des Béni Saïd du Rif. Il y a eu 
plusieurs pachas de cette famille à Tanger. Sous le règne 
de Moulay El-Hasan, le Qaïd Abdelmalek bel-Hachemi 
Es-Saïdi a été ambassadeur à Paris et a été reçu par 
M. Grévy, qui était Président de la République. Il a été 
ensuite 'amei d'Oudjda, puis gouverneur d'El-Qçar et de 
Larache et enfin de Taza, où il est mort. Son fils Abdes- 
salam ben Abdelmalek est Qaïd el-Mechouar du pacha. Un 
de ses cousins, Si El-Arbi Es-Saïdi, est aujourd'hui le chef 
de la famille. 

Oulâd Adjouaou et Oulâd Amedjaou. — Ce sont des 
familles de mokhazniya. 



LE PEUPLEMENT 1^9 

Oulâd Ou Haroun. — Des Béni Ouriaghel ; commer- 
çants et propriétaires. 

Oulâd El-Ghassal. — C'est une famille de Regraga 
(tribu des Maçmouda sur l'Oued Chichaoua, entre Marra- 
kech et Mogador) qui se trouvait établie dans la tribu des 
Marnisa, au moment où Ali ben Abdallah El-Hamami 
réunissait les contingents de guerre sainte contre Tanger. 
Les Oulâd El-Ghassal se joignirent à lui et restèrent établis 
à Tanger. Le chef de la famille est le Hadj El-Hasan El- 
Ghassal, actuellement khalifa du pacha; il est assez lettré 
et a écrit des notes sur ses voyages à Marrakech et à la 
Mecque et une notice historique sur Tanger. 

Oulâd Bou Hoseïn. — Béni Touzîn. Famille de tolba et 
de mokhazniya. 

Oulâd Bouselham, — Béni Touzîn. Tolba. L'un d'eux 
a été, il y a une cinquantaine d'années, secrétaire indigène 
à la légation d'Angleterre. Son fils, Mohammed ben Bou- 
seiham, était avant la guerre répétiteur d'arabe à l'École 
des langues orientales à Berlin. 

Oulâd El-Amarthi. — Béni Amarth du Rif. C'est une 
famille de mokhazniya. Il y a eu un qaïd Amarthi à la fin 
du dix-huitième siècle. Les Oulâd El-Amarthi habitent le 
village des Souani, où ils ont fait construire plusieurs mai- 
sons ; ils avaient il y a quelques années encore une situa- 
tion importante, qui tend à diminuer. 

Oulâd Zaïdi. — Originaires du Temsaman. Cette famille 
a fourni plusieurs adoul et, en i8i i , un nadir, Tayyeb bel- 
Hadj El~*Ayyachi ; elle est aujourd'hui ruinée. 

Oulâd Bour^ian. — Guelaïa. C'est une famille de bahriya^ 
barcassiers. 

Oulâd Aharrar. — Originaire de Tafersith, près des 
Beni-Touzîn. C'est une famille, de mokhazniya et de cul- 
tivateurs, qui a fourni quelques tolba. Le chef actuel de la 
famille, Ahmed Aharrar, avait été nommé Khalifa du Fahç 
en 1909 par le chef de la Mehalla contre Raïsouli ; mais il 



200 TANGER ET SA ZONE 

ne resta en fonctions qu'une dizaine de jours et fut révo- 
qué à la demande de Guebbaç, représentant du Sultan à 
Tanger. 

Oulâd Ben Sellâm. — Originaires de la tribu des Djaïa 
sur le haut Ouargha. Sous le règne de Moulay Sliman, le 
feqih Ben Sellam, qui habitait Fès, fut envoyé à Tanger 
par le Sultan comme professeur ; il sV établit, et sa famille 
y resta. C'est aujourd'hui une famille de cultivateurs. 

Oulâd El-Fellous. — De la tribu des Soumata; ils pré- 
tendent être chorfa. Cette famille a fourni des qadhis, des 
adoul, des professeurs ainsi que des khatibs et des imams 
à la grande mosquée. C'est encore aujourd'hui une famille 
de tolba etd'adoul. 

Oulâd El-Ftouh. — Originaire des Gzennaïa: c'est une 
famille de tolba. L'un d'eux, Si Ahmed El-Ftouh est secré- 
taire indigène au consulat d'Angleterre à Tanger : affilié à 
la confrérie des Derqaoua, il a joué un rôle assez impor- 
tant dans les agissements de cette confrérie et passe pour 
avoir exercé sur son cheikh, El-Hadj Mohammed ben Ciddiq 
El-Ghomari, une réelle influence. 

Oulâd Mefarradj . — Ils sont originaires des Beni-Oua- 
raïn et, après avoir été établis pendant un certain temps à 
Chefchaouen, ils sont venus à Tanger à la fin du dix-hui- 
tième siècle. L'un d'eux était qadide Tanger en 1804. Cette 
famille a fourni des adoul ainsi que des mouqits, des 
imams et des khatibs à la grande mosquée. Si Allai Mefar- 
radj, quia été nadir il y a quelques années, est aujourd'hui 
amîn à la Douane. 

Oulâd El-Bouërdi. — Des Gzennaïa. C'est une famille de 
commerçants et de propriétaires. 

Oulâd El'Hadjoui. — Des Beni-Saïd du Rif. Commer- 
çants. 

Oulâd Laghmich. — Originaires de l'Andjera. Un Lagh- 
mich a été nadir en 1791 ; un autre était Khalifa du capi- 
taine du port, il y a une cinquantaine d'années. 



LE PEUPLEMENT 201 

Oulâd Ben Idris. — Des Beni-Ouaraïn. Famille de 
tolba. On retrouve l'un d'eux comme adel en 1767. 

Oulâd Ou Sidhoum. — Andalous. C'est une famille de 
tolba. On trouve un Ou Sidhoum nadir au commencement 
du siècle dernier. Si Mohammed Ou Sidhoum est actuelle- 
ment mouqit de la grande mosquée. 

Oulâd El-Khammal. — Originaires des Beni-ltefth du 
Rif. Propriétaires, agriculteurs et commerçants ; quelques 
tolba. L'un d'eux, le Hadj Abdessalam, est actuellement 
chargé de représenter le pacha pour les questions d'arpen- 
tage. 

Oulâd Bon Guem^a. — Les plus anciens membres de 
cette famille que l'on retrouve à Tanger, sont Qaddour ben 
Ali Bou Guemza Er-Rifî, sans indication de tribu, et ses 
deux frères Mohammed et M'hammed. 

Les Bou Guemza administraient, à la fin du règne de 
Sidi Mohammed ben Abdallah, tous les Béni Touzîn de 
Tanger; ils étaient donc probablement originaires eux- 
mêmes de cette tribu. 

Ils furent accusés d'abus d'autorité et de contrebande. 
En 1788, le Sultan Sidi Mohammed ben Abdallah ordonna 
au qaïd Mohammed ben Abdelmalek de vendre tous les 
biens des Oulad Bou Guemza et de lui envoyer l'argent. 
Cette vente fut faite en 1790 sous le règne de Moulay El- 
Yazid et les biens achetés par les habous ; en 1791, Moulay 
Moslama, pendant son règne de quelques jours, donna l'or- 
dre de restituer leurs biens aux Oulad Bou Guemza; enfin, 
en 1793, au commencement du règne de Moulay Sliman, 
la vente fut annulée par le qadi de Tanger. 

Il ne semble pas cependant que les biens des Oulâd Bou 
Guemza leur aient été complètement restitués; les mem- 
bres de cette famille qui habitent aujourd'hui Tanger sont 
en effet très pauvres. 

Oulâd Zaoudi. — Cette famille porte simplement l'eth- 
nique « Et-Tandji » sans indication de tribu. Leur nom 



202 TANGER ET SA ZONE • 

apparaît pour la première fois dans les actes en iSSy, avec 
le feqih Si Abdesselam quia laissé deux fils, Abderrahman 
et Mouçtafa. 

Si AbderrahmamZaoudi a été secrétaire du représentant 
du Sultan, leHadj Mohammed Torrès ; affilié à la confrérie 
Kittaniya, il semble qu'il ait voulu fonder lui-même une 
confrérie, sans y réussir d'ailleurs. Depuis une vingtaine 
d'années, il vit retiré dans sa maison, sans jamais sortir et 
donne des consultations juridiques [fatâouï) -^ il est con- 
sidéré comme un âlem. 

Son frère Mouçtafa a fait des études de médecine avec le 
docteur espagnol Ovilo, mais il n'a jamais pratiqué. Il 
avait au moment de la déclaration de guerre, en 1914, un 
emploi de secrétaire à la Douane. Accusé de menées franco- 
phobes, il a été arrêté et transféré à Rabat où il est encore. 

Les Oulâd Zaoudi prétendent avoir une origine arabe et 
appartenir aux Oulâd El-Ghassan de la tribu d'Azd. 

Oulâd Ben Yahia. ~ Ils ne portent également que l'eth- 
nique Et-Tandji sans indication de tribu. C'est une famille 
de tolba. On y trouve un qadhi, un imam de la Zaouïa Tou- 
hamiya, en 1798, et des professeurs. Si Ahmed Ben Yahia 
est aujourd'hui secrétaire indigène à l'Agence diploma- 
tique d'Angleterre. 

Oulâd Chebâa. — Béni Touzîn. Tolba et commerçants ; 
ils ont fourni un qaïd du guich en i8o5. Si Mohammed 
Chebâa est aujourd'hui Amin du Bit el-Mal, que l'on ap- 
pelle vulgairement Abou Maouarith et Ouqil el-Ghouïab^ 
c'est-à-dire qu'il est chargé de prélever la part du Makhzen 
sur les successions qui ne sont pas absorbées par des héri- 
tiers directs et d'administrer les successions vacantes. 

Oulâd Akhdim. — Originaire du Djebel Habib. Pro- 
priétaires et commerçants. 

Oulâd Tou^ini. — Des Béni Touzîn. Abdelqader ben 
Mohammed ben Fâris Et-Touzini était nadir en 1790. Les 
Oulâd Touzini comptent un grand nombre de branches. 



LE PEUPLEMENT 203 

Oulâd El-Meçaouri. — Originaires des Béni Meçaouar. 
On y trouve un fqih en 1828 et un secrétaire indigène de 
la légation de France, il y a une cinquantaine d'années. 

Oulâd Doukkali. — Comme leur nom l'indique ils sont 
originaires de la province des Doukkala. Il y a, à Tanger, 
deux familles de ce nom : la plus importante est celle qui 
descend de Mouçtafa Doukkali, chargé par le Sultan Mou- 
lay Abderrahman de l'exploitation du monopole du com- 
merce des peaux. Ses petits-fils vivent encore actuellement 
à Tanger. L'autre famille descend du fqih Doukkali qui 
s'est établie à Tanger en i85o en révenant d'Orient. Son 
fils a été secrétaire indigène à la légation de France après 
le fqih El-Meçaouri ; il est mort il y a une trentaine d'an- 
nées. 

Oulâd El-Baqqal. — Ils sont originaires d'El-Haraïaq, 
dans la fraction des Béni Medrasen de la tribu des Ghe- 
zaoua. C'est la famille la plus vénérée de Tanger, et c'est 
à elle qu'appartient Sidi Mohammed El-Hadj Bou 'Araqia, 
le patron de la ville, mort en 17 18. D'après les uns, Sidi 
Mohammed El-Hadj serait mort sans postérité et les Oulâd 
El-Baqqal de Tanger descendraient de son frère Sidi El- 
Ghazouani. D'après les autres, les deux frères auraient 
laissé des enfants. Quoi qu'il en soit, les Oulâd El-Baqqal 
sont très nombreux à Tanger; on en trouve qui sont assez 
fortunés et d'autres très pauvres ; ils sont alliés à toutes les 
familles notables de la ville. 

L'un d'eux, Ahmedbel-Mokhtar,estcaissier de la Douane; 
il habite une maison du Makhzen sise à la Qaçba contre 
le palais du Sultan. 

Oulâd Ben Adjiba. — Originaires de l'Andjera. Il ne 
semble pas que cette famille, qui a à Tanger une grande 
notoriété, y habite depuis très longtemps. Le plus ancien 
Ben Adjiba que Ton retrouve dans les documents est Si 
Ahmed ben Ahmed Ben Adjiba à la fin de la première moi- 
tié du dix-neuvième siècle. Les Oulâd Ben Adjiba sont des 



a04 TANGER ET SA ZONE * 

plus notables de la confrérie des Derqaoua et sont alliés à 
la famille du Cheikh Derqaoui, le Hadj Mohammed ben 
Eç-Ceddiq El-Ghomari. 

Les Chorfa d'Ouas^!{an. — On retrouve à Tanger, dès la 
fin du dix-huitième siècle, des Chorfa d'Ouazzan, Oulâd 
*Abdeldjelil ben 'Ali. Leur dernier descendant, Sidi El- 
Hosni,est mort il y a environ vingt-cinq ans sans postérité. 
Les chorfa actuels, Moulay 'Ali et Moulay Ahmed, sont les 
fils de Sidi El-Hadj Abdessalam, qui est venu s'établir à 
Tanger à la fin du règne de Sidi Mohammed, vers 1870. 

Autres familles. — A ces familles, il faut ajouter, les 
Oulâd El-Habahi et les Oulâd Ben Kiran, originaires de 
Fès ; les Oulâd Zouggari et les Rekina, de Tétouan. Si 
Ahmed Rekina, neveu de l'ancien hadjib de Moulay Abde- 
laziz, est actuellement à Tanger nadir des habous. 

On trouve également quelques familles d'Algériens éta- 
blies à Tanger depuis près d'un siècle, les Oulâd Bit el- 
Mal, les Oulâd Ben Siam, les Oulâd El-Kharroubi, les 
Oulâd El-Dje^aïri, les Oulâd Bou Taleb, parents d'Abdel 
qader. 

Étrangers, — Il faut faire figurer sur cette liste, des 
étrangers à la ville qui y sont établis depuis moins de 
vingt ans, mais qui ont acquis droit de cité par leurs fonc- 
tions, par leur personnalité ou par l'importance de leurs 
propriétés, entre autres : 

L'ancien sultan Mow/aj A Me/a;^/^, établi à Tanger depuis 
1908 ; il possède une très belle habitation à la montagne. 

Son frère, l'ancien sultan Moulay Abdelhafîd, venu à 
Tanger en 19 12, après son abdication; il a fait construire à 
grands frais deux palais, l'un à Hasnona, l'autre à la mon- 
tagne, après avoir abattu les arbres des parcs qu'il avait 
achetés. Moulay Abdelhafid est aujourd'hui en Espagne et 
ne semble pas devoir revenir à Tanger. 



LE PEUPLEMENT 205 

Le Hadj M'hammed Et-Ta^i. — Représentant à Tanger 
du Sultan Moulay Yousef : il possède une très belle pro- 
priété au Marchan. 

Le Hadj El-Mehdi El-Menebhi, ancien ministre de la 
Guerre de Moulay Abdelaziz et son ambassadeur à Londres 
et à Berlin. Menebhi habite Tanger depuis 1904; outre le 
palais qu'il habite au Marchan et qui couvre plusieurs hec- 
tares, il a dans la ville des maisons de rapport et dans le 
Fahç des propriétés agricoles considérables et qu'il aug- 
mente tous les jours. 

Le Hadj Idris ben Djelloun, de Fès. Délégué Chérifien à 
la Dette marocaine; il est propriétaire de plusieurs immeu- 
bles au quartier de Sidi BouQnadel. 

Si El- A bb as Ben Daoud, ancien amîn des constructions 
du palais à Fès, ancien pacha de Marrakech; retiré à Tan- 
ger depuis plusieurs années, il y a fait construire au Mar- 
chan une maison d'habitation. Ben Daoud vient de vendre 
récemment ses nombreuses propriétés de Fès et de Marra- 
kech. 

Si Qasem Ed-Doukkali. — Originaire des Doukkala ; 
secrétaire de Menebhi et négociant, possède également plu- 
sieurs immeubles. 

Les héritiers du Hadj Naçar Es-Sousi. — Cette famille 
est originaire du Sous et prétend appartenir à la descen- 
dance du Chérif Semlali Sidi Ahmed ou Mousa, dont le 
tombeau se trouve à Iligh et qui est le patron des acro- 
bates. 

On raconte que le Hadj Naçar, qui était lui-même fai- 
seur de tours, était l'ami ou le client du Qaïd El-Hadj 
Mennou, également originaire du Sous, qui avait une cer- 
taine influence auprès du Sultan xMoulay El-Hasan. Grâce 
à la protection de son compatriote, le Hadj Naçar obtint 
l'autorisation d'aller à l'étranger avec des bandes d'acro- 
bates recrutés dans son pays. Il parcourut ainsi plusieurs 



206 TANGER ET SA ZONE • 

fois TEurope et l'Amérique et réalisa une assez belle for- 
tune. A sa mort il a laissé d'importants immeubles au 
quartier des Vignes, entre Bou Khachkhach, les Qedaoui 
er-Remel et les Maâdi, au S. de la ville. 

Outre cette famille notable, il faut également noter les 
baqqals (épiciers) du Sous. Les principaux membres de 
leur corporation et qui la dirigent sont : Si Idris Es-Sousi ; 
Si Çalah ben Ali Es-Sousi ; Si El-Hosaïn el-Mrabet el- 
Hahi; Si El-Hadj El-Hasan ech-Chtouki; Si Ahmed el- 
Oudrimi ; Si El-Hadj Ahmed el-Mrabet et-Tameni. 

Quoique le Grand Vizir Si El-Hadj M'hammed El- 
Moqri n'habite pas Tanger, il y possède plusieurs im- 
meubles au Marchan. Un de ses fils, le Hadj\El-Mokhtar, 
ancien pacha de Tanger, est aujourd'hui amîn à la Douane; 
il est également propriétaire à Tanger. 

A ces notables il faut ajouter les noms de quelques per- 
sonnes étrangères à la ville et n'y possédant aucun im- 
meuble, mais jouissant d'une certaine notoriété, telles 
que : 

Si Abdallah Es-Senonsi. — Ancien percepteur de Moulay 
Abdelaziz. Ce personnage, qui vit aujourd'hui à Tanger 
assez pauvrement et très retiré, est le frère d'Omar et 
d'Ibrahim Es-Senousi. Omar s'était retiré à Constanti- 
nople, où il vit peut-être encore. 

Ibrahim est mort à Alexandrie, après une vie d'in- 
trigues assez compliquée. Originaire de Fès, il avait été 
d'abord à Tunis, puis au Caire, où il rencontra El-Hababi, 
de Fès également. Cheikh El-Megharba^ c'est-à-dire agent 
du Maroc en Egypte. Hababi l'envoya à Alexandrie pour 
le représenter dans cette ville ; là Ibrahim Es-Senousi fît 
la connaissance de Dhafer Eddîn, chef de la confrérie des 
Madaniya, branche des Derqaoua. Celui-ci, qui dirigeait 
alors le mouvement panislamique, fît venir plus tard 
Ibrahim Senousi à Constantinople et le fit charger par le 



LE PEUPLEMENT 2O7 

Sultan Abd El-Hamid d'une mission secrète pour Moulay 
El-Hasan Sultan du Maroc. Son frère Abdallah, aujour- 
d'hui à Tanger, semble avoir joué un rôle secondaire dans 
toutes ces intrigues panislamiques (i). 

Si El-Hadi Es-Slaoui. — Ancien secrétaire de Moulay 
Abdelhafid et pendant quelques temps son agent à Tan- 
ger. Si El-Hadi est un lettré qui possède une belle biblio- 
thèque arabe et jouit d'une certaine considération dans le 
monde musulman de Tanger. Sa famille, quoique portant 
l'ethnique Slaoui, de Salé, est en réalité originaire du 
Tadla. 

Si Mohammed Skiredj. — Adel à la Douane ; c'est le 
frère de Talem de Fès, Si Ahmed Skiredj, qui a fait partie 
de la mission envoyée à la Mecque par le sultan du iMaroc 
pendant la guerre. Si Mohammed est également un lettré ; 
il a fait entre autres une consultation sur l'indépendance 
du Maroc vis-à-vis du Khalifa de Constantinople et une 
brochure sur la famille des Oulad-El-Baqqal. 

Si Mohammed Guennoun El-Fasi. — C'est un profes- 
seur de droit musulman et un interprétateur savant des 
traditions du Prophète. Il a quitté Fès depuis plusieurs 
années pour venir donner son enseignement à Tanger, où 
il vit très simplement et même assez pauvrement. 

Ce serait sortir du cadre de cet ouvrage que de vouloir Les Juifs. 
rechercher les origines des populations juives qui ont 
habité Tanger avant l'Islam^ et de faire leur histoire (2). 

De même que pour les musulmans, il faut se borner à 
citer les principales familles juives qui habitent Tanger 
aujourd'hui. Cependant on peut rappeler que, sous les 
Omeyyades, les juifs de Tanger, comme tous ceux du Maroc, 
relevaient de l'Andalousie. Al-Mançour, Khalifa du Calife 

(i). Cf. Les Confréries musulmanes du Hedja^, par A. Le Chatelier, 
pp. 112 et seq. Paris, Ernest Leroux, 1887. 
(2) Cf. in/ra, pp. 358-359. 



208 TANGER ET SA ZONE • 

de Cordoue, El-Hachem, avait nommé chef de tous les 
juifs, depuis l'Andalousie jusqu'à Sidjlamassa, un juit 
nommé Yaqoub ben Gau, ou Djau (ou Ben Djio) ; c'est lui 
qui, dans toute l'étendue de l'empire, nommait et desti- 
tuait les juges juifs et les percepteurs d'impôts et qui s'oc- 
cupait du rendement de ces impôts. Cette situation s'est 
maintenue après la chute du Califat de Cordoue, sous la 
dynastie berbère de Grenade (i). 

Les persécutions des Almohades ne laissèrent pas sub- 
sister cette organisation et la communauté juive de Tan- 
ger fut détruite comme toutes celles du Maroc : les juifs 
émigrèrent en Andalousie ; en iSgi, les persécutions chré- 
tiennes les en chassèrent et un grand nombre de familles 
revinrent au Maroc, avec des juifs andalous. 

Tant que les Portugais n'eurent pas introduit chez eux 
l'inquisition, les juifs semblent avoir particulièrement 
favorisé l'expansion portugaise en Afrique ; leurs senti- 
ments se sont évidemment modifiés depuis et on ne sait 
pas ce qu'ont fait les juifs qui se trouvaient à Tanger 
lors de l'occupation de la ville par les Portugais en 1471. 
Il semble cependant probable qu'ils ont dû quitter Tanger 
et se réfugier à Tétouan et même plus loin. 

On retrouve en effet au seizième siècle à Tunis la famille 
des rabbins lettrés Tanoudji, en arabe Tandji, originaires 
de Tanger, qui donnèrent une activité nouvelle au mouve- 
ment littéraire hébraïque. 

Tanger était occupée par les Portugais en 1492 lors de 
l'expulsion définitive des juifs d'Espagne. Un nombre 
considérable d'expulsés se réfugièrent à Oran et à Tétouan, 
d'où un grand nombre se dirigea sur Fès. Il n'est pas 
question de Tanger dans cette émigration. Il est donc à 
peu près certain que les familles juives qui habitent 



(0 Cf. Archii'cs marocaines, t. IV. Étude sur l'Histoire des juifs et du 
judaïsme au Maroc, par Nahum Slousch. Paris, 1906, p. 98. 



LE PEUPLEMENT 2O9 

aujourd'hui Tanger y sont revenues de Tétouan, de Fès 
ei d'autres villes, après la rentrée des musulmans. 

Une des plus anciennes familles juives de Tanger est Principales 
celle des Toledano. Comme leur nom l'indique, ce sont familles 

des émigrés de Tolède ; ils auraient habité Meknès avant juives. 

de venir à Tanger et ils remontent dans leur généalogie 
jusqu'au rabbin Daniel Toledano, qui vivait à Tolède. Un 
autre rabbin, qui vivait à la fin du dix-huitième siècle, 
Abraham Toledano, a laissé une réputation de sainteté. 
Son tombeau est un lieu de pèlerinage et il est considéré 
par les juifs comme le patron de Tanger. Les Toledano 
se divisent en plusieurs familles de notables commer- 
çants. 

Les Nahon. — Originaires de Tétouan. C'est une famille 
de banquiers et de négociants qui se partagent en de 
nombreuses branches. 

Famille Cohen. — Il serait plus exact de dire « les 
familles Cohen »; elles sont en effet très nombreuses. On 
sait que les Cohen constituent une noblesse sacerdotale 
dans l'organisation hébraïque. Il y a à Tanger plusieurs 
négociants de ce nom, entre autres la maison Cohen frères 
qui est une des plus importantes du Maroc. 

La plupart des Cohen de Tanger sont originaires de 
Tétouan et de Chefchaouen. 

Famille Bendelac. — C'est en 171 5 que le premier Ben- 
delac vint de Hollande s'établir à Tanger. Ses descendants 
ont conservé la nationalité hollandaise. Les Bendelac 
sont à Tanger agents de la Cie de Navigation Paquet, de 
Marseille. 

Famille Laredo. — Originaires d'Andalousie. C'est une 
famille de négociants. L'un d'eux est vice-consul d'Italie. 

Famille Benasuli. — Une branche de cette famille était 
établie à El-Qçar, l'autre est restée à Tanger. Le chef de 
cette branche est propriétaire de plusieurs immeubles et 



210 TANGER ET SA ZONE 

d'une minoterie qu'il exploite lui-même. Son tils est ingé- 
nieur de l'École Centrale de Paris. 

Famille Abensour. — Elle est sans doute originaire 
d'Andalousie, mais est venue à Tanger de Rabat. D'autre 
part on retrouve en Hollande un grand nombre de tombes 
de la famille Abensour. Le chef de la famille, qui est ban- 
quier, est sujet anglais. Son père était déjà censal, c'est-à- 
dire agent interprète de la légation britannique. 

Famille Pariente. — Originaire de Tétouan. C'est une 
famille de banquiers. Les Pariente étaient censaux de la 
légation britannique. 

Les Benchimol. — Un grand nombre de familles de 
négociants portent ce nom. La plus connue, aujourd'hui 
éteinte, a fourni pendant plusieurs générations des cen- 
saux à la légation de France. Le dernier, Haïm Benchimol, 
avait été naturalisé français et était vice-consul honoraire 
de France. Il était banquier et agent de la banque et de 
la Cie Transatlantique et de la Cie Paquet. 

Famille A^ancot. — Commerçants alliés à la famille de 
Haïm Benchimol. 

Famille Sicsou. — Négociants. Abraham Sicsou était 
consul général de Belgique sous le règne de Moulay El- 
Hasan. Il était propriétaire dans le quartier de Hasnona 
des beaux jardins dits de Belgique, que sa veuve a vendus 
à Moulay Abdelhafid ; celui-ci en a coupé presque tous les 
arbres pour construire son palais. 

Famille Serfaty. — En hébreu Haserfaty, le français, 
de Serfath, la France ; il est probable que c'est une 
famille de juifs français ven]js au Maroc par l'Andalousie. 

Famille Bengio. — Venue d'Arzila. 

Famille Corriat. — Originaire de Tétouan. 

Famille Ben Harrouch. — Originaire de Meknès. 

Famille Pimienta. — Originaire de Tétouan. Un mem- 
bre de cette famille, professeur à l'école de l'Alliance, a été 
correspondant du Temps pendant plusieurs années. 



LE PEUPLEMENT 211 

Famille Casés. — Originaire de Tétouan. 
Famille Labhos. — C'est une famille juive d'Angleterre 
qui, de Gibraltar, est venue s'établir à Tanger. 

Autres familles. — Les autres principales familles juives 
de Tanger sont : les familles Hadida, Benzaquem, Benas- 
sayag, Azulay, Bouzaglo, Pinto, Delmar, Bensousan, Ben- 
chetrit, Bendayan, etc. 

Outre ces familles notables, la population juive de Tan- 
ger en compte un grand nombre d'une situation plus 
modeste. Quelques-unes font partie de ce que l'on peut 
appeler les juifs indigènes, c'est-à-dire qu'elles ne viennent 
pas d'Andalousie comme la plupart des familles notables. 
Parmi ces familles elles-mêmes, il est aujourd'hui difficile 
de faire une distinction entre celles des anciens juifs maro- 
cains établis en Andalousie il y a plusieurs siècles et reve- 
nus dans leur pays d'origine au moment des proscrip- 
tions, et celles qui ont une origine purement andalouse ou 
plus exactement qui n'ont pas une origine africaine. 



VILLES ET TRIBUS. 



i5 



L 



LA VIE ADMINISTRATIVE 



Le régime La présence à Tanger d'un corps consulaire depuis plus 

politique. d'un siècle et du corps diplomatique depuis environ soi- 
xante ans, a forcément donné à cette ville un caractère 
particulier. 

Outre les pouvoirs que les chefs de Missions diplomati- 
ques tiennent de leurs pays respectifs et qui, par un élar- 
gissement des principes des Capitulations, leur permettent 
d'intervenir dans les questions d'intérêt général, ils ont, en 
certaines matières, un droit d'intervention plus directe dans 
les affaires du pays en vertu de délégations par lesquelles 
les sultans ont conféré au corps diplomatique une partie 
de leur autorit)p. 

Il a été fait pour la première fois allusion à cette situa- 
tion particulière de Tanger dans l'art. IX du traité secret 
franco-espagnol du 3 octobre 1904, ainsi conçu : « La ville 
de Tanger gardera le caractère spécial que lui donnent la 
présence du corps diplomatique et de ses institutions mu- 
nicipale et sanitaire. » 

La même idée est reprise dans des termes plus exacts, 
dans l'art. I du traité du Protectorat du 3o mars 19 12 : «De 
même la ville de Tanger gardera le caractère spécial qui 
lui a été reconnu et qui déterminera son organisation 
municipale. » 



LA VIE ADMINISTRATIVE 2l3 

Le traité secret de 1904 prêtait un peu à équivoque en 
laissant supposer que les institutions municipales de Tan- 
ger existaient déjà et qu'elles étaient une des causes de 
son régime spécial, tandis que le traité du Protectorat con- 
sidère avec plus de raison que ces institutions municipales 
seront la conséquence du caractère particulier reconnu à la 
ville de Tanger et du régime spécial qui lui est réservé. 

L'article 7 du traité franco-espagnol du 26 novembre 19 12 
définit exactement le régime politique actuel de Tanger ; il 
est ainsi conçu : « La ville de Tanger et sa banlieue seront 
dotées d'un régime spécial qui sera déterminé ultérieure- 
ment: elles formeront une zone comprise dans les limites 
décrites ci-après, etc. » La ville et sa banlieue constituent 
donc une zone dans le Protectorat établi sur tout le terri- 
toire du Maroc par le traité du 3o mars 191 2. La manière 
dont le principe du Protectorat lui sera appliqué sera l'ob- 
jet d'un régime spécial à intervenir. 

En attendant que ce régime spécial soit instauré, Tan- Le Makhzen 
ger continue à vivre sous le régime de la Convention de (i). 

Madrid (1880) et de l'Acte d'Algésiras (1906), c'est-à-dire 
sur le principe des capitulations et des délégations données 
par les sultans au corps diplomatique. On verra plus loin 
la nature et l'objet de ces délégations. Le Makhzen de la 
ville est composé des fonctionnaires suivants : 

Le Naïb du Sultan. — Il représente à Tanger l'autorité 
chérifîenne et agit en vertu des instructions du sultan, dans 
la limite des conventions diplomatiques en vigueur à Tan- 
ger : il maintient vis-à-vis du corps diplomatique et 
d'accord avec lui l'exécution de ces conventions en ce qui 
concerne Tanger et sa zone. Le Naïb actuel du sultan est 
Si El-Hadj M'hammed ben Abdelkerim Et-Tazi, qui a été 
autrefois Mohtasib à Fès. 

(i) Cf. G. Salmon, L'administration marocaine de Tanger, in Archives 
marocaines, vol. I, pp. i à 37. 



2 14 TANGER ET SA ZONE * 

Le représentant du sultan a un adjoint que Ton appelle 
le Khalifa du Naïb ; c*est actuellement Si El-Arbi Eç-Cen- 
hadji, de Fès. Le personnel de Dar en-Niabat ech-Che- 
rifa, la maison delà représentation chérifienne, se compose 
en outre d'un conseiller juridique, Si Mohammed El- 
Ghazi, d'un conseiller des Affaires consulaires, Si El-Hadj 
M'hammed bel-Abbas Bencheqroun, d'un interprète et de 
plusieurs secrétaires. 

Le Naïb préside comme délégué du sultan la Commission 
générale des adjudications et des marchés, le Comité spé- 
cial des travaux publics, la Commission du budget de la 
caisse spéciale. 

Le service temporaire du ravitaillement, pour les pro- 
duits venant de la zone française, est rattaché à ceux du 
Naïb ; c'est cette administration qui délivre aux négociants 
de Tanger les licences d'importation de ces produits. 

Le Pacha. — En principe, le pacha de Tanger est non 
seulement gouverneur de la ville, mais pacha du Guich 
er-Rifi, c'est-à-dire de la tribu militaire composée de gens 
du Rif descendants des soldats du pacha Ali ben Abdallah 
qui ont occupé Tanger au départ des Anglais. Il avait donc 
une situation analogue, dans la hiérarchie du Makhzen, à 
celle des qaïds des autres tribus militaires. 

Sans qu'aucune décision officielle ait jamais été prise 
relativement à la situation du pacha de Tanger, elle s'est 
trouvée modifiée cependant par les événements. De fait, le 
guich er-Rifi n'existe plus ; une partie de son territoire 
se trouve même aujourd'hui faire partie de la zone espa- 
gnole et le gouverneur de Tanger administre ses contri- 
bules selon les besoins et les possibilités du moment, plutôt 
qu'en vertu d'un principe administratif bien établi. 

Tandis que le Naïb du sultan s'occupe avec les représen- 
tants des puissances des questions d'ordre diplomatique, le 
pacha traite avec les autorités consulaires. Il arrive d'ail- 



LA VIE ADMINISTRATIVE 2 I b 

leurs fréquemment que les affaires chevauchent sur les 
attributions de ces deux fonctionnaires. 

Le pacha est non seulement chargé de la police de la 
ville et de sa zone, mais il tient de véritables audiences, où 
il juge les affaires de simple police et même les affaires cri- 
minelles. 

Il est aidé par deux Khalîfas, Tun pour la ville, l'autre 
pour la tribu. 

Le pacha actuel, El-Hadj Abdessalam ben Abdeçadaq, est 
un descendant du pacha Ali ben Abdallah; le Khalifa de 
la ville est le Hadj El-Hasan El-Ghassal d'une famille ori- 
ginaire des Regraga ; le Khalifa de la campagne est le qaïd 
El-Arbi El-Arfaoui El-Boukhari. 

Les services du pacha comprennent également un qaïd 
el-Mechouar, plusieurs secrétaires, un interprète et une 
soixantaine de mokhaznia. Le qaïd el-Mechouar est Si Ab- 
dessalam ben Abdelmalek Es-Saïdi. Ce fonctionnaire com- 
mande les mokhaznia de service à la Qaçba; il sert en 
même temps d'introducteur dans les réceptions officielles 
du pacha. 

Dans les cérémonies, où le pacha figure à cheval, il est 
précédé par son qaïd el-Mechouar portant haut son fusil. 

Il faut ajouter à ce personnel le chef des gardes de la 
ville, le qaïd ed-dour, qui fait des rondes pendant la nuit, 
avec un certain nombre de mokhaznia : le rôle de cet 
agent se borne à peu de choses près à surveiller les maisons 
mal famées ; les geôliers des deux prisons et la geôlière de 
la prison des femmes, Daret-thaqa, que l'on appelle El-Arifa. 

On verra dans l'organisation de la tribu du Fahç qu'elle 
est partagée en fractions administrées chacune par un mo- 
qaddem. Ces moqaddems sont placés sous l'autorité du 
pacha. 

Le Qadi et les Adoul. — Les fonctions du qadi et celles 
des adoul ont été souvent décrites. A Tanger comme 



2l() TANGER ET SA ZONE 

partout, le Qadi n'a plus guère à connaître que des affaires 
concernant le statut personnel des musulmans et des liti- 
ges immobiliers. 

Les adoul sont nommés par le Qadi, qui est en principe 
responsable de leurs actes ; dans la pratique, il ne recherche 
pas si les actes d'adoul sont conformes à la vérité, se con- 
tentant d'examiner s'ils sont rédigés conformément aux 
formulaires admis. 11 résulte de ces errements que les pro- 
cès se réduisent généralement à des questions de procédure 
établies sur des actes réguliers dans la forme et qui suffisent 
d'ailleurs rarement à établir suffisamment les droits vérita- 
bles de Tune des parties. L'effort du Qadi tend le plus sou- 
vent à diriger les adversaires vers un arrangement amiable. 
Les droits à percevoir par les adoul pour les actes qu'ils 
rédigent ne sont réglés par aucun tarif : ils sont l'objet de 
marchandages entre eux et les intéressés; il en résulte que 
les adoul perçoivent souvent plus du lo p. loo de la 
somme qui fait l'objet de l'acte. 

En matière immobilière, les exigences des adoul sont 
incroyables, quoique, d'après l'art. 65 de TActe d'Algésiras, 
la Conférence se soit ralliée à la proposition faite par la dé- 
légation marocaine d'établir, avec l'assistance du corps 
diplomatique, un droit de mutation au maximum de 
2 p. 100 sur les ventes immobilières. Le qadi de Tanger 
est le faqih Si Abdessalam El-Harabi. 

Le Nadir. — C'est l'administrateur des biens habous : il 
touche les revenus de ces biens, entretient les mosquées et 
les sanctuaires, paye les appointements du personnel du 
culte et défend les propriétés des habous contre les empié- 
tements des particuliers ; il sera traité plus loin des biens 
habous de Tanger, de leur historique et de leur situation 
présente. Le Nadir est Si M'hammed Rekina, de Tétouan. 

LAmîn du Bit el-Mal, désigné vulgairement sous les 



LA VIE ADMIMSTRVnVE 217 

noms d'Abou'l-Maouarit et d'Ouqil el-Ghouiab, c'est-à- 
dire : celui qui est chargé des successions et qui représente 
les absents. 

Ses fonctions consistent à prélever sur les successions 
qui ne sont pas complètement absorbées parles héritiers, 
la part qui revient au Trésor, à recueillir les parts des héri- 
tiers absents et à prendre possession des successions vacan- 
tes. Le produit de ces perceptions, valeurs, meubles ou 
immeubles, doit être versé par l'Abou Maouarit à TAmîn 
El-Moustafad qui en prend charge pour le compte du Tré- 
sor. Depuis plusieurs années les fonctions d'Abou Maoua- 
rit semblent échapper à tout contrôle et la charge qui lui 
incombait d'ensevelir aux frais de TÉtat les musulmans 
morts sans ressources est aujourd'hui remplie par le Nadir 
des Habous. 

L'Amîn du Bit el-Mal actuel est Si Mohammed Chebàa. 

Le Mohtasib. — On sait que ces fonctions étaient autre- 
fois parmi les plus considérables de l'organisation musul- 
mane. A Tanger, comme partout, elles ont perdu beau- 
coup de leur importance du fait de la protection consulaire 
et de rétablissement dans la ville de petits commerçants et 
d'ouvriers européens. Cependant, le mohtasib continue à 
exercer son autorité sur les corps de métiers ; cette autorité 
se manifeste d'une façon générale sur les poids et les me- 
sures employés par les ouvriers ou par les commerçants 
indigènes et dont le mohtasib a l'inspection et la surveil- 
lance : elle s'exerce également sur la partie technique de 
la fabrication. Chaque corps de métier est représenté par 
un lamm, qui est pour ainsi dire le chef de la corporation. 
En cas de malfaçon par un ouvrier, le lamîn est chargé 
par le mohtasib de convoquer cet oXivrier et son travail 
est examiné par des Arbabîn et-Tourka, maîtres-ouvriers 
qui décident si l'objet fabriqué l'a été conformément 
aux règles du métier ou s'il y a eu fraude ou malfaçon. 



2l8 TANGER ET SA ZONE • 

Le mohtasib prononce son jugement conformément à l'ex- 
pertise. 

Les corps de métiers qui relèvent du mohtasib sont les 
suivants : les menuisiers, forgerons, potiers, tisserands, 
cordonniers, savetiers, marchands de légumes, bouchers, 
marchands de charbon, baqqals, marchands de grains, 
marchands de viande hachée {qefta), marchands de bei- 
gnets isfendj), marchands de poissons, marchands de 
beurre et d'huile, marchands de lait, marchands d'objets 
d'occasion (souq el-bali), maréchaux-ferrants. Le mohtasib 
administre également les crieurs publics qui vendent dans 
les rues des objets aux enchères. Ces crieurs, particulière- 
ment ceux qui vendent des bijoux ou des objets de valeur, 
ne peuvent exercer leur métier qu'à la condition d'être 
agréés par le mohtasib, qui ne les admet que s'ils sont pro- 
priétaires ou moyennant une caution. 

Il est bien entendu que l'autorité du mohtasib ne s'exerce 
que sur les indigènes marocains et que les marchands ou 
ouvriers européens ne sont pas justiciables de cette autorité. 
Les indigènes protégés cherchent eux-mêmes à échapper au 
contrôle du mohtasib, et il en résulte une certaine anar- 
chie et de nombreux abus. 

LAmînel-Moustafad. — Ce fonctionnaire, nommé par 
le sultan, a l'administration des Biens Domaniaux, dont il 
perçoit les loyers, et des moustafadât , appelés également 
meks, c'est-à-dire les droits des portes et les droits de marché. 

Il prenait charge autrefois des perceptions opérées par 
TAbou Maouarit, mais ne semble plus recevoir ces verse- 
ments. Il percevait également les droits d'abattoir, qui de- 
vaient être employés au balayage de la ville. Ces droits sont 
acquis aujourd'hui à la Commission d'hygiène. Pour l'ad- 
ministration des biens domaniaux et des moustafadât, 
l'Amîn est placé aujourd'hui sous le contrôle de l'adminis- 
tration de la Dette. 



LA VIE ADMINISTRATIVE 2I9 

Les Oumana de la Douane. — Les administrateurs de 
la Douane sont nommés par le sultan ; ils sont au nombre 
de trois et choisis le plus souvent parmi les négociants de 
Fès et de Rabat ; autrefois on les prenait également à 
Tétouan. Tanger, ville plutôt militaire, était le plus sou- 
vent incapable de fournir des oumana ; il y en a eu cepen- 
dant appartenant aux familles Ahardan et Ghassal et 
aujourd'hui l'un des oumana est de la famille tangéroise, 
mais originaire des Béni Ouaraïn, des Oulad Moufarradj. 
Le rôle très important jadis des oumana, qui contrôlaient 
les gouverneurs, tenaient les registres des biens du Makhzen 
et payaient les dépenses du port et les achats des sultans, 
est aujourd'hui très diminué ; ils se contentent de perce- 
voir les droits de douane sous le contrôle des agents de la 
Dette marocaine. Les fonctions d'Amîn el-Marsa ne sont 
plus recherchées comme autrefois. 



LE CORPS DIPLOMATIQUE (l) 

Tanger a été pendant longtemps la capitale diplomatique 
du Maroc ; c'était là que se trouvaient les légations des 
puissances accréditées auprès du sultan. Ces légations ont 
été remplacées par des agences et consulats généraux, 
gérés tantôt par des ministres plénipotentiaires, tantôt par 
des consuls généraux ou par des conseillers d'ambassade. 
Ces chefs de missions, quel que soit leur grade, sont tou- 
jours accrédités auprès du sultan du Maroc auquel ils vont 
présenter leurs lettres de créances par l'intermédiaire de 
son ministre des Affaires étrangères, qui est le résident 
général de France. 

(1) Les puissances représentées à Tanger actuellement sont : la Belgique, 
l'Espagne, les États-Unis d'Amérique, la France, la Grande-Bretagne, la 
Hollande, l'Italie, le Portugal, la Russie et la Suède. 



220 TANGER ET SA ZONE • 

Comme autrefois, les consuls étrangers des différentes 
villes du Maroc correspondent avec leurs chefs de mis- 
sions respectifs à Tanger. 

Seuls les agents de France et d'Espagne ont des pouvoirs 
restreints à la seule zone de Tanger, à laquelle est limitée 
leur juridiction consulaire; la circonscription du consul 
de France à Tanger comprend les consulats de Tétouan 
et de Larache et El-Qçar. Les consuls d'Espagne de la 
zone française correspondent avec l'ambassade d'Espagne 
à Paris. 

L'agent diplomatique de France présente ses lettres 
de créance au sultan à Rabat. L'agent diplomatique 
d'Espagne semble n'être accrédité qu'auprès du corps di- 
plomatique. 

Le maintien dans la zone de Tanger du régime des capi- 
tulations et de la protection permet, comme par le passé, 
l'intervention des agents diplomatiques et consulaires, non 
seulement pour la défense de leurs nationaux, mais aussi 
pour celle de leurs protégés indigènes. 

Comme autrefois les Européens qui vivent à Tanger 
sont les ressortissants de leurs consulats et ils sont justi- 
ciables de leurs tribunaux consulaires respectifs. 

Cette organisation, qui était suffisante lorsque les ressor- 
tissants étrangers étaient peu nombreux et les transactions 
peu importantes, ne répond absolument plus aux besoins 
actuels et provoque de fréquents et d'inextricables conflits. 
On a caractérisé la situation de Tanger en disant que les 
nombreuses autorités qui s'y contredisent empêchent le 
fonctionnement d'une autorité nécessaire. Cette situation 
n'est d'ailleurs que transitoire. 

La En vertu de conventions diplomatiques et de délé- 

collaboration gâtions Chérifiennes, le corps diplomatique avait acquis 

administrative un véritable droit de collaboration dans certaines affaires 

des Puissances, de l'Empire. 



LA VIE ADMINISTRATIVE 221 

Le Conseil sanitaire {i) . — Les consuls européens 
avaient toujours cherché à obtenir des autorités maro- 
caines certaines réformes ou au moins certaines précau- 
tions sanitaires; mais ce n'est guère qu'à partir de 1792 
que l'on retrouve la trace de ce qui est devenu plus tard le 
Conseil sanitaire. 

En 1844, le sultan Moulay Abderrahman chargea offi- 
ciellement les représentants des puissances de la police 
sanitaire et, en 1879, ^^ dahir de Moulay El-Hasan cons- 
titua le Conseil sanitaire, composé des membres du corps 
diplomatique. 

Son rôle consistait en principe à établir et à lever les 
quarantaines. 

Comme aujourd'hui, la présidence du Conseil sanitaire 
était exercée à tour de rôle par l'un des Représentants des 
puissances. 

Depuis 1901, dans les différents ports, les corps consu- 
laires avaient constitué des conseils sanitaires locaux qui 
relevaient de celui de Tanger, où devaient se présenter 
tous les navires porteurs de patentes brutes. Les quaran- 
taines étaient purgées dans un lazaret qui fut établi pour 
la première fois en 1799 dans un des forts de la Marine à 
Tanger. Ce lazaret de fortune fonctionna jusqu'en 1828; 
mais ce n'est qu'en i865 que le sultan Sidi Mohammed se 
décida à constituer en lazaret officiel l'île de Moga- 
dor ; en 1897 cette île fut transformée en prison d'État. 
Cependant en 1900 le lazaret y fut organisé par les soins 
du docteur L. Raynaud pour recevoir les pèlerins de la 
Mecque. A cette époque le sultan donna des ordres pour la 
construction d'un lazaret à Tanger. Il a été construit depuis 
à l'est de la ville, entre l'Oued el-Halq et la pointe de 
Malabata ; il tombe actuellement en ruines sans avoir 
jamais été utilisé. 

(i) Cf. Étude sur l'hygiène et la médecine au Maroc, par le docteur 
L. Raynaud. Alger, 1902. 



222 TANGER ET SA ZONE • 

L'établissement du protectorat a restreint les pouvoirs 
du Conseil sanitaire au seul port de Tanger. 

En 1892, le comte d'Aubigny, ministre de France, lors 
de son ambassade à Fès, avait obtenu de Moulay El- 
Hasan une extension des pouvoirs du Conseil sanitaire, qui 
fut chargé de veiller à la voirie de Tanger et fut autorisé 
à recevoir des habitants une souscription volontaire et à 
percevoir certaines taxes. 

Commission d'hygiène et de voirie. — Le Conseil 
sanitaire délégua. le soin de faire nettoyer la ville à une 
commission nommée à l'élection parmi les habitants qui 
souscriraient à ces dépenses de balayage. 

Cette filiale du Conseil sanitaire prit le nom de Com- 
mission d'hygiène et de voirie ; elle se compose de onze 
membres élus, dont quatre français, quatre espagnols, un 
anglais, un portugais, un italien, plus un délégué cliéri- 
fîen, un secrétaire et un trésorier. 

La Commission d'hygiène est présidée par un délégué 
du Conseil sanitaire, qui est à tour de rôle, pour un an, 
le consul de France et celui d'Espagne. 

Un médecin est attaché à la Commission d'hygiène. 

Le budget est alimenté : 

i'' Par les souscriptions; 

2» Par la taxe des abattoirs ; 

3" Par les droits perçus pour l'entrée sur le môle ; 

4*^ Par les droits de marché ; 

5° Par la moitié de la taxe urbaine. 

Ces différentes contributions sont d'ailleurs insuffisantes 
à faire face à toutes les obligations que le développement 
de Tanger a imposées successivement à la Commission 
d'hygiène, que l'on a quelquefois, à tort, confondue avec 
une municipalité, dont elle n'a ni les pouvoirs, ni les 
ressources, ni la constitution. 



LA VIE ADMINISTRATIVE 



223 



Le Phare du cap Spartel. — En i865, le sultan Sidi 
Mohammed a donné au corps diplomatique de Tanger la 
direction supérieure et l'administration du phare du cap 
Spartel, qui venait d'être construit en exécution de l'ar- 
ticle 43 du traité de 1861 entre l'Espagne et le Maroc, en 
stipulant que « cette délégation ne portait aucune atteinte 
aux droits de propriété et de souveraineté du sultan ». 

L'administration du phare du cap Spartel est toujours 
exercée à tour de rôle par un des représentants des puis- 
sances. Les frais d'administration et d'entretien sont sup- 
portés par les puissances contractantes ; ceux de réparation 
ou de reconstruction le sont par le sultan. Aucun agent 
technique n'est chargé de surveiller le fonctionnement de 
ce phare. 

Depuis 1892, un sémaphore a été établi au cap Spartel; 
il est administré par le bureau du Lloyd sous la surveil- 
lance du corps diplomatique. Le sultan n'a reconnu offi- 
ciellement qu'en 1894 l'accord intervenu entre les puis- 
sances en 1892 relativement à ce sémaphore. 



Outre ces délégations, le corps diplomatique de Tanger 
en a reçu virtuellement plusieurs autres par certains 
articles de la convention de Madrid (1880) et surtout par 
l'acte d'Algésiras (1906). Leur ensemble constituait un 
acheminement visible vers une véritable internationalisa- 
tion de l'administration marocaine. 

En application des articles 12 et 1 3 de la convention de 
Madrid, le corps diplomatique de Tanger avait établi, 
en 1881, d'accord avec le représentant du sultan, un 
règlement pour la perception du droit des portes et de 
rimpôt agricole, dit Terlib ; ces impôts devaient être per- 
çus, non seulement sur les sujets marocains, mais sur les 
protégés et les Européens. Les autorités consulaires inter- 
venaient dans la perception de ce tertib, qui n'a d'ailleurs 
jamais été appliqué. En 1896, des modifications aux droits 



La 

Convention 

de Madrid 

et l'Acte 

d'Algésiras. 



•^24 TANGER ET SA ZONE * 

des portes ont été apportées par le corps diplomatique 
d'accord avec un délégué chérifien ; en 1908, le tertib était 
lui-même profondément modifié, dans les mêmes condi- 
tions. 

Mais c'est particulièrement l'acte d'Algésiras qui a donné 
au corps diplomatique un véritable droit d'ingérence dans 
les affaires du pays. 

L'article 5g établit que les autorités consulaires retien- 
dront un tant pour cent des rentrées du tertib encaissées 
sur leurs ressortissants. 

Le taux de cette retenue sera fixé d'un commun accord 
par le Malciizen et le corps diplomatique. 

L'article 61 est relatif à l'établissement d'une taxe sur les 
constructions urbaines, dite taxe urbaine: le taux de cette 
taxe, son mode de perception, etc., seront établis par un 
règlement édicté d'un commun accord par le gouverne- 
ment chérifien et le corps diplomatique à Tanger. 

L'article 66 établit que le programme des travaux publics 
à exécuter sur les fonds de la caisse spéciale (produit de la 
surtaxe de 2 1/2 p. 100 sur les droits de douane) sera arrêté 
parle corps diplomatique à Tanger; que les adjudications 
publiques seront passées dans les formes et aux conditions 
générales prescrites par un règlement établi par le corps 
diplomatique et un représentant de S. M. Chérifienne. 

D'après les articles 70 et 71, les droits de stationnement 
ou d'ancrage dans les ports marocains, les droits de maga- 
sinage en douane, seront établis par un accord avec le corps 
diplomatique et ne pourront être modiliés sans son con- 
sentement. 

L'article 96 prescrit une commission des valeurs doua- 
nières réunie à Tanger pour fixer la valeur des principales 
marchandises. 

L'article 97 institue à Tanger un comité permanent des 
douanes, pour trois années, composé d'un commissaire 
spécial de S. M. Chérifienne, d'un membre du corps diplo- 



LA VIE ADMINISTRATIVE 225 

matique ou consulaire, désigné par le corps diplomatique 
à Tanger, et d'un délégué de la Banque d'État. 

L'article 98 prescrit qu'une révision des règlements de 
magasinage actuellement en vigueur sera effectuée par les 
soins du corps diplomatique statuant à la majorité, de 
concert avec le gouvernement chérifien. 

La collaboration du corps diplomatique aux affaires 
marocaines apparaît encore plus nettement au chapitre VI, 
relatif aux travaux publics : 

Art. 108. — Le gouvernement chérifien fera part au 
corps diplomatique de sa décision de procéder à une adju- 
dication et lui communiquera le cahier des charges. 

Art. iio. — Un règlement des adjudications sera arrêté 
parle gouvernement chérifien, avec l'assistance du corps 
diplomatique. 

Art. 117. — En matière d'expropriation et en cas de 
désaccord entre les membres du jury d'abord et les arbi- 
tres ensuite, un tiers arbitre sera désigné par le corps 
diplomatique à Tanger. 

Art. 118. — Les arbitres devront être choisis sur une 
liste établie au début de l'année par le corps diplomati- 
que, etc. 

Les règlements. — En application de ces différents arti- 
cles, le corps diplomatique à Tanger, d'accord avec la 
délégation chérifienne, a élaboré pendant les années 1907 
et 1908 une série de règlements et constitué plusieurs com- 
missions. 

Les règlements sont les suivants : 

i« Règlement sur les adjudications en général; 

2" Règlement sur le budget de la caisse spéciale des tra- 
vaux publics; 

3« Règlement relatif aux adjudications effectuées sur les 
fonds de la caisse spéciale ; 

4« Règlement de la taxe urbaine; 



226 TANGER ET SA ZONE * 

5* Règlement relatif à l'expropriation ; 

6** Règlement des douanes ; , 

7» Règlement relatif à l'établissement des droits de maga- 
sinage dans les ports du Maroc; 

8*» Règlement relatif au commerce des armes de chasse 
et de luxe, non rayées, et de leurs munitions ; 

g^ Règlement relatif à l'importation des explosifs à 
l'usage de l'industrie et des travaux publics : 

10" Règlement minier. 

Comités et Pour mettre en œuvre tous ces règlements le corps diplo- 

commissions. matique a constitué un certain nombre de commissions : 
i<* Le Comité spécial des travaux publics (pour les tra- 
vaux à efiectuer sur les fonds de la caisse spéciale). 11 se 
compose d'un président, d'un délégué du Sultan, d'un délé- 
gué du Khalifa de la zone espagnole, de cinq membres du 
corps diplomatique et de deux suppléants, désignés chaque 
année par le doyen du corps diplomatique ; d'un délégué 
du conseil sanitaire qui est le Consul (ie France ou d'Espa- 
gne pendant la même année qu'il est président de la com- 
mission d'hygiène; de l'ingénieur des travaux publics, prévu 
par l'acte d'Algésiras; d'un secrétaire des séances nommé 
tous les ans par le président et agréé par le comité. Le 
personnel comprend en outre un chef de bureau, un archi- 
viste, un interprète et un secrétaire indigène. Le président 
est élu chaque année. Jusqu'à présent, le représentant de 
S. M. Chérifienne à Tanger a toujours été élu à l'unani- 
mité et sans aucune opposition. 

2« Commission du budget de la caisse spéciale. — On a 
procédé en 1917 à la ventilation de la caisse spéciale et, 
depuis, chaque zone a l'administration de son budget. Ce- 
pendant les budgets de la caisse spéciale de chacune des 
trois zones (zone française, zone de Tanger, zone espagnole) 
doivent au commencement de chaque année être approuvés 



LA VIE ADMINISTRATIVE 227 

par la commission du budget de la caisse spéciale de Tan- 
ger qui se compose de trois membres, à voix délibérative : 
le président du comité spécial (le représentant du Sultan), 
l'ingénieur en chef des travaux publics, à Tanger, comme 
ordonnateur de la caisse spéciale, et un délégué du corps 
diplomatique., élu chaque année par le comité spécial, 

3« Commission générale des adjudications et des mar- 
chés^ pour traiter de toutes les adjudications et de tous les 
marchés de gré à gré du gouvernement marocain (i). Cette 
commission se compose d'un président, qui est le repré- 
sentant du Sultan à Tanger ; d'un délégué marocain delà 
zone espagnole, de deux membres du corps diplomatique, 
d'un délégué de la banque d'État, d'un délégué de l'admi- 
nistration qui a provoqué .l'adjudication ou le marché, de 
l'ingénieur en chef des travaux publics comme conseiller 
technique du Makhzen. 

Depuis la ventilation de 1917, l'ingénieur en chef délègue 
un ingénieur adjoint espagnol, pour les adjudications ou 
les marchés passés en zone espagnole. 

Le personnel se compose d'un secrétaire administratif, 
d'un secrétaire des séances, d'un secrétaire-adjoint, d'un 
archiviste et d'un secrétaire indigène. 

L'importance de cette commission a diminué depuis 
l'établissement du protectorat et son action ne s'exerce 
plus que pour Tanger et sa zone, ainsi que pour le che- 
min de fer de Tanger à Fès. 

On l'a admise, par extension de ses prérogatives, à con- 
naître des adjudications des sociétés concessionnaires, alors 
qu'en réalité ces adjudications ne devraient être soumises 
qu'au contrôle de l'ingénieur en chef, conseiller technique 
du Makhzen. 



(i) Pour les fonds de la caisse spéciale, le Comité de cette caisse se 
constitue en bureau d'adjudication. 

VILLES ET TRIBT s. — VU. l6 



228 TANGER ET SA ZONE • 

40 Commission de la taxe urbaine. — Dans l'origine 
l'administration de la taxe urbaine s'étendait à tout le Ma- 
roc. Son comité se composait d'un délégué du conseil sani- 
taire, d'un directeur général, d'un secrétaire général, d'un 
interprète et de plusieurs commis. Depuis 1916, cette com- 
mission n'a plus à administrer que la taxe urbaine de 
Tanger et ne se compose plus que d'un administrateur 
chérifien, d'un délégué du Conseil sanitaire qui est à tour 
de rôle, pour un* an, le Consul de France ou d'Espagne, 
pendant la même période où il est également président de 
la Commission d'hygiène. 

La Commission comprend en outre un chef de bureau, 
un secrétaire européen, un secrétaire indigène et des 
commis. 

5** Commission des valeurs douanières. — Elle est 
nommée pour trois ans et se compose de trois délégués 
chérifiens, de trois délégués du Corps diplomatique, d'un 
délégué de la Dette marocaine, d'un délégué de la Banque 
d'État. 

Cette commission , qui avait été fondée pour tout le Maroc, 
ne fonctionne plus que pour la douane de Tanger. 

6*^ Le Comité permanent des douanes^ prévu par l'ar- 
ticle 97 de TActe d'Algésiras, existe toujours, sans fonction- 
ner effectivement. La présidence, qui devrait régulière- 
ment être exercée à tour de rôle par les différents chefs de 
Missions diplomatiques, l'est de fait par l'Agent diploma- 
tique anglais depuis 1907, sans interruption. 

D'autres commissions existent encore en principe, mais 
n'ont jamais fonctionné et n'ont même jamais été consti- 
tuées ; elles ne pourraient d'ailleurs plus être utilisées que 
pour la zone de Tanger, en attendant son régime spécial ; 
ce sont les commissions de l'alignement, du lazaret, de 
l'expropriation, des phares, de la vente des armes, etc. 



LA VIE ADMINISTRATIVE 



229 



Outre les fonctions d'ingénieur de la Caisse spéciale qui 
se bornent à celles définies par l'Acte d'Algésiras et par les 
textes qui en dérivent, l'ingénieur en chef s'est vu, dès 
l'origine, confier par le Makhzen les fonctions de directeur 
des travaux publics de la zone de Tanger et de conseiller 
technique du Makhzen. A ce titre, il administre le domaine 
public, terrestre et maritime, prépare les contrats de con- 
cessions, contrôle le fonctionnement des compagnies con- 
cessionnaires autres que le Tanger-Fès (i). Ce rôle est com- 
plètement indépendant de celui d'ingénieur de la Caisse 
spéciale et pourrait être rempli par tout autre ingénieur 
qui à ce titre ne relèverait que du Gouvernement chérifien. 

Tout cet arsenal de Règlements, de Commissions et de 
Comités faisait de Tanger la capitale d'une souveraineté 
diplomatique que l'établissement du Protectorat en 1912 a 
sensiblement diminuée ou tout au moins circonscrite à la 
seule zone de Tanger. 

Il en résulte un véritable encombrement. 



Travaux 
publics. 



LA BANQUE D ETAT 

C'est une institution créée par l'Acte d'Aîgésiras, cha- 
pitre III, articles 3i à 58. 

La banque d'Etat du Maroc doit remplir les fonctions de 
trésorier-payeur de TEmpire ; elle a un droit de préférence 
à conditions égales pour tous les emprunts publics du 
Maroc ; elle a de plus le privilège exclusif de la frappe et 
de la refonte des monnaies, ainsi que toutes autres opéra- 
tions monétaires qu'elle fera pour le compte et au profit du 
Gouvernement marocain. 



(i) Il contrôle le Tanger-Fès comme ingénieur en chef de la Caisse spé- 
ciale, en vertu de l'Acte général de concession. 




23o 



TANGER ET SA ZONE 



Le Gouvernement chérifien surveille la banque d'État 
par un haut commissaire, qui contrôle l'émission des billets 
de banque et appose sur Cxhaque billet sa signature ou son 
sceau. 

Un tribunal spécial, composé de trois magistrats consu- 
laires et de deux assesseurs, peut seul connaître des actions 
intentées au Maroc contre la banque d'État. L'appel des 
jugements de ce tribunal sera en dernier ressort interjeté 
devant la Cour fédérale de Lausanne. 

Le siège social de la banque d'État du Maroc est à 
Tanger; son siège administratif est à Paris, 3, rue Volney. 

Le directeur général est français, le directeur espagnol. 
Le conseil d'administration est composé d'autant de mem- 
bres qu'il y a de parts dans le capital initial. 



LA DETTE MAROCAINE 

Emprunt 1904 En 1904, le sultan Moulay Abdelaziz a contracté en 

France un emprunt de 62 millions 5oo.ooo francs garanti 
par le 60 p. 100 des douanes. L'administration de cet em- 
prunt a été établie à Tanger avec un délégué français et un 
délégué marocain des porteurs de titres. 



Emprunt 1910 En 1910, le sultan Moulay Abdelhafîd a contracté un 

nouvel emprunt de loi millions 124.000 francs. La sous- 
cription à cet emprunt a été ouverte à Paris, à Berlin, à 
Francfort-sur-le-Mein et à Madrid ; il était garanti par le 
40 p. 100 restant des douanes, par le produit de la vente 
du tabac et du kif qui a été plus tard constitué en mono- 
pole ; par le produit des impôts dits Moustajadat^ c'est-à- 
dire les droits des portes et les droits de marchés, dans 
les ports; par le produit des biens domaniaux dans les 
ports et dans un rayon de 10 kilomètres autour des ports; 



LA VIE ADMINISTRATIVE 23 I 

enfin par la part revenant au Gouvernement marocain sur 
la taxe urbaine dans les ports. 

L'administration de l'emprunt de igio a été réunie à 
celle de l'emprunt de 1904 et l'ensemble a formé l'admi- 
nistration de la Dette marocaine. Cette administration, dont 
le siège central était établi à Tanger, a exercé pendant plu- 
sieurs années son contrôle sur les différents gages des em- 
prunts dans tous les ports du Maroc. 

Après l'établissement du Protectorat et la séparation 
administrative de la zone d'influence espagnole, un accord 
est intervenu le 27 novembre 19 12 avec la Dette en vertu 
duquel l'administration espagnole prenait la gestion des 
revenus concédés de Tétouan et de Larache contre paie- 
ment d'une redevance forfaitaire. 

En mai 191 3, l'administration de la Dette passait au gou- 
vernement du Protectorat le service del'aconage, qui était 
rattaché à la direction générale des Travaux publics, et ne 
conservait que l'aconage de Tanger. 

Enfin, à partir du i«^ janvier 1918, le Service des douanes 
et l'administration des revenus concédés, domaines, mous- 
tafadat, etc., éiaient rattachés à la direction générale des 
finances du Protectorat. 

L'administration de la Dette marocaine n'a donc plus 
actuellement que le contrôle des douanes et des revenus 
concédés de Tanger et se contente, pour les autres ports, 
de recevoir les intérêts des emprunts. 

A Tanger la Dette marocaine administre : 
i<* La douane y compris l'aconage et le magasinage; 
elle contrôle les administrateurs [oumana) de la douane 
nommés par le sultan et assure, avec le personnel local, 
l'embarquement et le débarquement. 

En principe les barcassiers [bahriya) de Tanger sont une 
fraction du guich, dirigée par un Raïs (capitaine) et par 
un Khalifa, mais placée sous les ordres du pacha du guich, 



232 TANGER ET SA ZONE . 

qui est le gouverneur de la ville. Les hahriya de Tanger 
comme les autres gens du guich, jouissaient de certains 
privilèges tels que : exemption d'impôts, concessions d'im- 
meubles, maisons et terres, et recevaient en outre une solde 
pour leur service, qui était d'ailleurs obligatoire; ce n'était 
pas une corporation, mais une milice maritime. La dé- 
sorganisation progressive du guich depuis une trentaine 
d'années, qui a abouti à sa suppression complète, a eu 
naturellement comme conséquence la désorganisation des 
bahriya. Ceux-ci se considèrent maintenant comme une 
sorte de corporation ouvrière, et le principe de discipline 
militaire, qui était une garantie de l'exactitude du service 
d'embarquement, de débarquement et de manutention des 
marchandises, a complètement disparu. 

2» Les Biens domaniaux urbains et ceux compris dans 
un rayon de lo kilomètres autour de la ville, administrés 
par l'Amîn el-Moustafad, sous le contrôle de la Dette. 

Ces biens sont ceux qui sont l'objet d'un loyer; c'est- 
à-dire que l'Amîn n'a pas l'administration des biens guich, 
qui ne relèvent que du pacha. 

L'emprunt de 1910 a repris les gages immobiliers qui 
avaient été donnés par le Makhzen à la banque Mendel- 
sohn en 1906, pour une avance de 10 millions de marks 
qu'il a remboursée ; or à Tanger le gage immobilier ne 
comprenait que les biens domaniaux administrés par 
l'Amîn el-Moustafad, et non les bien du guich, d'après les 
termes formels du contrat d'hypothèque passé à Tanger 
entre le représentant de la banque Mendelsohn et le dé- 
légué du sultan, le 12 çafar 1824 7 avril 1906). 

3*" Les Moustafadaty c'est-à-dire les droits des portes et 
les droits de marchés de la ville de Tanger, administrés 
ou adjugés par l'Amîn el-Moustafad. 



LA VIE ADMINISTRATIVE 



233 



ORGANISATION MILITAIRE 

Pendant de longues années, la seule organisation mili- 
taire de Tanger a été le guich créé sur Tordre du sultan 
Moulay Ismaïl par le pacha Ali ben Abdallah. Ce guich 
ne comprenait d'abord que des riiains. On a vu dans la 
partie historique les diverses modifications qu'il a subies. 
On verra d'autre part, dans le chapitre du Fahç, les détails 
de son organisation. 

Telle qu'elle était il y a une dizaine d'année, cette orga- 
nisation militaire ne répondait plus à son objet. Elle est 
aujourd'hui complètement détruite ; on peut même se de- 
mander si cette désorganisation n'a pas été voulue de la 
part du Makhzen, qui espérait trouver dans sa propre fai- 
blesse un moyen d'arrêter la pénétration européenne en 
détruisant les moyens d'assurer la sécurité. 



Le €uich. 



Vers 1904, pour donner satisfaction aux réclamations du 
corps diplomatique, qui trouvait que la sécurité de Tan- 
ger n'était vraiment plus assurée par rien, et que les incar- 
tades de Raïsouli devenaient inquiétantes, le Makhzen 
forma à Tanger un corps de troupes de police d'environ 
1.200 hommes. 

L'organisation et l'instruction de ces troupes furent con- 
fiées à deux officiers de la Mission militaire française, 
créée en 1877 et qui accompagnait le sultan dans ses diffé- 
rentes résidences. Les cadres se composaient d'un capi- 
taine, d'un lieutenant et de trois sous-officiers. 

Un corps de troupes de 1.200 hommes, avec des instruc- 
teurs français, pouvait paraître suffisant pour protéger 
Tanger et y maintenir l'ordre; cependant on jugea néces- 
saire de lui adjoindre des troupes de la police issue de 



Les troupes 
chérifiennes. 



234 TANGER ET SA ZONE • 

l'acte d'Algésiras. Le oorps de troupes primitif, avec des 
contingents réduits de plus de moitié, existe toujours, sous 
le nom de compagnie auxiliaire marocaine. Cette compa- 
gnie est commandée par un qaïd marocain et a toujours 
comme instructeurs un capitaine, deux lieutenants et plu- 
sieurs sous-offîciers français. 

Quelques artilleurs, vestiges des anciens fo/?;iya du guich, 
sont joints à cette compagnie auxiliaire et ont comme ins- 
tructeur un maréchal des logis-chef d'artillerie français. 
Ces artilleurs font le service de la batterie de salut, qui se 
compose aujourd'hui de canons Krupp achetés à Berlin 
il y a une dizaine d'années. Cette batterie, placée au Bordj 
de Dar el-Baroud, a remplacé Tancienne batterie de salut 
de la Douane composée de vieilles pièces de différentes 
nations et dont quelques-unes sont assez curieuses. Outre 
ces vieux canons, les différentes batteries sont garnies de 
grosses pièces Armstrong, achetées à l'Angleterre il y a 
une quarantaine d'années; elles avaient été amenées de 
Gibraltar par un ancien sous-officier anglais d'artillerie, 
qui était resté à Tanger comme instructeur et que l'on 
appelait le qaïd Silva. 

Les troupes Elles ont été créées par le chapitre I''"" de l'acte d'Algé- 

de police. si ras, et les conditions de sa création, de son organisation 

et de son fonctionnement sont réglées par les douze pre- 
miers articles de cet acte diplomatique. 

En voici le résumé : la police sera placée sous l'autorité 
souveraine de S. M. le sultan (art. 2). L'effectif total ne 
devra pas dépasser 2.5oo hommes ni être inférieur à 
2.000 (art. 5). Les cadres seront espagnols à Tétouan, 
mixtes à Tanger, espagnols à Larache, français à Rabat, 
mixtes à Casablanca et français dans les trois autres ports. 

On a donné le nom de Tabor aux unités de ces troupes 
de police. Un colonel suisse avait rang d'Inspecteur. 

L'établissement du protectorat a forcément modifié cette 



LA VIE ADMINISTRATIVE 235 

répartitix)n des forces de la police chérifienne, qui aujour- 
d'hui n'existe plus qu'à Tanger. Le colonel suisse a été 
remplacé par Abdelmalek, fils de l'émir Abdelqader, qui 
s'est enfui en 1914. Son caractère exclusivement chérifien 
n'est évidemment modifié [en rien. Cependant on a pris la 
mauvaise habitude de dire : Police française, pour indi- 
quer le Tabor n« i, police extra-urbaine, qui a des ins- 
tructeurs français; Police espagnole, pour désigner le 
Tabor n^ 2, police urbaine, qui a des instructeurs espa- 
gnols. Ce manque d'unité est encore accentué par des 
diiTérences entre les uniformes des deux tabors (i). 

On peut avoir ainsi le sentiment qu'il s'agit de deux 
corps différents, tandis qu'en réalité il ne s'agit que d'un 
seul et même corps de troupes chérifiennes de police, payé 
par le Makhzen du sultan et soumis à un seul règlement. 
Les instructeurs seuls diffèrent, mais non le commande- 
ment. 

il avait été réglé qu'il y aurait à Tanger un commandant 
français et un capitaine espagnol ; à Casablanca un com- 
mandant espagnol et un capitaine français. Il serait difîi- 
cile de savoir exactement ce qui s'est passé, mais le fait est 
qu'il y a maintenant à Tanger un commandant français et 
un colonel espagnol, ce qui peut paraître exagéré pour un 
total de 760 hommes de troupes. 

Ces 760 hommes se répartissent de la façon suivante : 

Tabor n<* i : 5oo hommes, dont 280 fantassins, 200 cava- 
liers et 20 artilleurs, avec une pièce de 76 Schneider-Ca- 
net. 

l^abor n'» 2 : 260 fantassins. 

En 19 14, le Tabor n" i avait été porté à 600 hommes, le 
Tabor n« 2 à 3oo ; mais en 1918, on est revenu à l'effectif 
primitif. 

(i) C'est Abdelmalek, ancien colonel turc, qui a voulu modifier l'uniforme 
prévu et remplacer le tarbouch africain par un bonnet haut et rigide, de 
forme turque. Cette nouvelle tenue n'a été adoptée que par le tabor n" 2. 



^36 TANGER ET SA ZONE 

Le cadre d'instruction se compose, pour le Tabor n« i : 
d'un commandant, deux capitaines, un lieutenant indi- 
gène, trois sous-officiers d'infanterie, un d'artillerie et 
quatre de cavalerie ; pour le Tabor n^ 2 : d'un colonel, un 
capitaine, trois lieutenants et un sous-lieutenant indigène. 

Le cadre de commandement comprend : 

Tabor n« 1, infanterie : un qaïd tabor, un motaçarif, 
cinq qaïds mias ; cavalerie : un qaïd tabor, un motaçarif, 
six qaïds mias. 

Tabor n** 2 : un qaïd tabor, un motaçarif, cinq qaïds 
mias. 

Chaque tabor a de plus un imam pour assurer le ser- 
vice religieux. 



LES IMPÔTS ET LES TAXES 



Comme le reste du Maroc, et peut-être plus encore, Tan- 
ger est régie, en matière d'impôts, par les prescriptions de 
l'acte d'Algésiras, qui ne prévoit comme impôt agricole que 
le tertib et, comme impôt urbain, que la taxe urbaine et le 
droit des portes. 

Dans la ville, le seul impôt est la taxe urbaine, payée 
d'ailleurs très irrégulièrement par les uns et complètement 
impayée par beaucoup d'autres. 

Le droit des portes, perçu à l'entrée et à la sortie de la 
ville et qui constitue une sorte de droit d'octroi, fait partie 
des revenus engagés; il est donc perçu par l'Amîn el-Mous- 
tatad pour le compte de l'administration de la Dette. A 
ces impôts prévus et réglés par l'acte d'Algésiras, s'ajoutent 
quelques taxes, dites municipales, quoiqu'il n'y ait pas de 
municipalité, et perçues au bénéfice de la Commission 
d'hygiène et de voirie, en vertu de décisions du Conseil 
sanitaire, c'est-à-dire du corps diplomatique. 



LA VIE ADMINISTRATIVE 287 

Ces taxes sont les droits de stationnement au marché, 
les taxes sur les animaux de louage, sur les voitures et 
sur les automobiles. 

En dehors de ces taxes officielles, il faut en joindre 
d'autres établies sur des bases moins définies, telles que 
les taxes sur les filles publiques et les amendes prélevées 
dans les aiïaires de police, réglées par le tribunal du pacha. 



POSTES ET TELEGRAPHES 

Pendant longtemps les correspondances étaient appor- Les Postes. 
tées à Tanger par les bateaux qui y touchaient et il n'y 
avait aucun service régulier. Les lettres furent ensuite ap- 
portées plus régulièrement par un voilier qui venait de 
Tarifa : ce voilier était connu sous le nom de « falucho» 
(petite felouque) ; la poste espagnole fut établie au petit 
Souq. 

Poste française. — Il y a une quarantaine d'années, en 
vertu d'un accord entre la France et TEspagne, les sacs de 
correspondances françaises, scellés à la frontière, traver- 
saient l'Espagne et étaient transportés à Tanger par le 
voilier espagnol de Tarifa. Un bureau de poste français 
fut créé à la chancellerie de la légation de France; il était 
tenu par le chancelier, qui faisait assurer le service par un 
employé, mais sous sa responsabilité. Ce bureau de poste 
faisait les recommandations, les valeurs déclarées et les 
mandats jusqu'à concurrence de 5o francs. 

Plus tard, un receveur des postes de carrière assura le 
service dans un local de la légation et enfin, il y a une 
trentaine d'années environ, la poste fut établie dans un 
local indépendant et le bureau de Tanger réellement cons- 
titué. 



2 38 TANGER ET SA ZONE • 

Le service postal français ne dépassait pas Tanger; les 
transports des lettres pour l'intérieur se faisait au moyen 
d'un service local dont il sera question plus loin. 

Vers 189 1, un français de Tanger créa un service parti- 
culier de Tanger à Fès ; en 1893, ce service fut repris par 
le gouvernement français et des postes françaises furent 
établies dans tous les ports et dans toutes les villes de Tinté- 
rieur. Le bureau de Tanger fut élevé en recette principale. 

Depuis l'établissement du Protectorat, les choses ont été 
modifiées et le bureau de Tanger n'a plus à assurer que 
le service de la ville et de sa zone ; c'est aujourd'hui le 
seul bureau français du Maroc, ceux de la zone française 
ayant été remplacés par la Poste chéri fienne. 

Poste anglaise, — Le] service postal anglais était fait de- 
puis de longues années par Gibraltar, où étaient concen- 
trées les correspondances anglaises et d'où elles étaient 
amenées à Tanger par de petits vapeurs qui faisaient le 
trajet plusieurs fois par semaine; mais ce n'estqu'en 1892, 
que le Sultan Moulay El-Hasan accorda à Sir Ewan Smith, 
ministre d'Angleterre, le droit de louer pour soixante- 
cinq ans neuf boutiques habous au Souq intérieur, pour 
y construire la Poste Anglaise de Gibraltar. Plus tard 
cette poste a été transportée un peu plus bas, où elle est 
encore aujourd'hui. 

Lorsque la poste française établit des bureaux dans 
toutes les villes du Maroc, la poste anglaise suivit son 
exemple; ces bureaux existent encore et dépendent de 
celui de Tanger. 

Poste espagnole. — On a vu que la Poste espagnole 
avait, il y a déjà de longues années, son bureau au Souq 
intérieur, en face de la légation d'Espagne. Il est toujours 
situé au même endroit, mais s'est notablement agrandi de- 
puis quelques années. 



LA VIE ADMINISTRATIVE 289 

Comme la Poste anglaise, la Poste espagnole a créé des 
bureaux dans l'intérieur après iBgS. Depuis l'établisse- 
ment du Protectorat, les bureaux de la Poste espagnole de 
la zone française ont été fermés, comme les bureaux de 
la Poste française en zone espagnole. Par contre les bu- 
reaux de Tétouan, Larache et Arzila ont été déve- 
loppés. 

Poste chérifienne. — Il existait autrefois, pour le trans- 
port des lettres de Tanger dans l'intérieur, et même sur la 
côte, un service postal privé, appelé Boustat-et-Toudjar, 
Poste des négociants. Ce service très irrégulier avait été 
créé par les négociants pour leurs besoins. Lorsque vers 
1891, un négociant français prit l'initiative de créer un 
service postal intérieur avec une administration plus sé- 
rieuse, des timbres, etc., le Sultan Moulay El-Hasan chercha 
à exercer son monopole d'Etat et il créa à la fin de 1892 
un service chérifîen des postes. Les Oumana el-Mous- 
tafad étaient chargés d'assurer ce service. A Tanger, le 
bureau était dans un café arabe du Souq intérieur, où se 
trouve actuellement un café français. C'est là que sié- 
geait VAmîn Er-Rakkasa, l'administrateur des cour- 
riers (i). 

Plus tard le service fut organisé sérieusement avec un 
personnel français, sous le nom de Poste du Makhzen 
Chérifien (Barîd el-Makhzen ech-Chérif). Le gouverne- 
ment du Protectorat a repris ce service postal, par lequel 
il a remplacé l'ancien service français tandis, que dans la 
zone espagnole, c'est le contraire qui s'est produit et la 
Poste chérifienne y a été complètement supprimée. 

Il y a à Tanger un bureau de la Poste chérifienne qui 
se trouve au Grand Souq. Il relève de la Direction géné- 
rale des Postes chérifien nés du protectorat. 

(i) Cf. Une tentative d'organisation postale marocaine. —Revue du Monde 
musulman, vol. XV, juillet-août 191 1, p. 90. 



240 TANGER ET SA ZONE 

Il est inutile de parler de la Poste allemande, qui n'existe 
plus au Maroc depuis 19 14. 

Télégraphes. Télégraphe anglais (Eastern Telegraph Company). — 

C'est le premier par ordre de date ; il a été établi en 1887, 
malgré les protestations du gouvernement du sultan ; il a 
aujourd'hui deux lignes : l'une par Gibraltar et Londres, 
l'autre par Malte. 

Télégraphe espagnol. — Il a été établi quelques années 
plus tard. Le télégraphe espagnol a non seulement deux 
câbles reliant Tanger l'un à Algésiras et l'autre à Ceuta, 
mais encore une ligne télégraphique reliant Tanger à 
Arzila, à Larache et à El-Oçar. 

Télégraphe français. — Il a été établi en 1901 un câble 
entre Tanger et Oran. Son bureau se trouve à la Poste 
française : il appartient à l'Administration des Postes et 
Télégraphes de la Métropole. 

Télégraphe cher ifien. — C'est en 1912 que la ligne de 
Tanger, Arzila, Larache, etc. fut établie par l'Administra- 
tion des Postes et Télégraphes chérifiens, qui venait d'être 
créée par le Makhzen à la suite du rachat de la Société in- 
ternationale de la Télégraphie sans fil. 

Le bureau du Télégraphe chérifien se trouve à la Poste 
chérifienne. Il n'utilise que la voie terrestre pour ses com- 
munications ; entre Tanger et la zone française, il use du 
fîl télégraphique espagnol, qui est mis à sa disposition à 
certaines heures. 

Télégraphe sans fil. — En 1907, un ingénieur français, 
xM. Henri Popp, voulut établir au Maroc la télégraphie 
sans tîl et débarquer une partie de son matériel à Tanger. 
Il se heurta à toutes sortes de difficultés d'ordre interna- 



LA VIE ADMINISTRATIVE 24 T 

tional. Pour les neutraliser il se décida à mettre son exploi- 
tation en Société internationale également. Il arriva à 
faire fonctionner son exploitation en 1908. Plus tard le 
Makhzen racheta à la Société internationale l'exploitation 
de la télégraphie sans filet fonda les Télégraphes chéri- 
fiens, auxquels il ajouta un service postal. Tous ces ser- 
vices ont été repris par le gouvernement du Protec- 
torat. 

Les deux pylônes de 5o mètres de hauteur de la Télé- 
graphie sans fil se trouvent à Tanger près du village des 
Souani. 

Il existe également un poste de télégraphie sans fil à la 
légation d'Espagne. 



INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES, 
MÉDICALES ET D'ENSEIGNEMENT 



Institut L'Institut Pasteur du Maroc se dresse à l'entrée du pla- 

Pasteur (i). ^^^^ ^^ Marchan; il est bâti sur un terrain de près d'un 
hectare de superficie concédé par le sultan à la France, à 
la suite de l'assassinat du Français Albert Charbonnier. 
Commencés en igio, les travaux de construction furent 
terminés le 14 juillet igiS. 

L'Institut Pasteur se compose d'un bâtiment principal, 
d'un pavillon pour animaux et d'annexés diverses. 

Le bâtiment principal couvre une superiicie de 65o mè- 
tres carrés et a une façade de 45 mètres de long; l'aile 
droite renferme le cabinet et le laboratoire particulier du 
Directeur, un grand laboratoire de bactériologie, une 
chambre étuve, puis le service de la rage avec des salles 
d'attente et de pansement, une salle d'inoculation, un la- 
boratoire spécial pour la trépanation des lapins, l'extraction 
des moelles, etc. , l'aile gauche comprend le service vétéri- 
naire avec deux grands laboratoires de bactériologie et de 
parasitologie, la laverie, le poste de service et une salle de 
conférences qui sert de bibliothèque et de salle d'honneur 

(i) Cf. Paris Médical : Vlnstitut Pasteur de Tanger, par le docteur Rem- 
LiNGER, J.-B. Baillière et fils, ig, rue ilauiefeuille, Paris, igiS. 



J^'-^UA 





INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES 



243 



et occupe toute la largeur du bâtiment; cette salle sert de 
lieu de réunion à la Société des sciences médicales de 
Tanger, dont la fondation a suivi de près celle de l'Ins- 
titut Pasteur. Des sous-sols s'étendent sous tout le bâti- 
ment; ils renferment des chambres noires pour la photo- 
graphie, pour la dessiccation des moelles rabiques, la 
glacière, les caves, etc.; on y fait l'élevage des petits 
animaux de laboratoire, notamment celui des lapins et 
des cobayes. Le premier étage de l'Institut est affecté aux 
appartements privés du Directeur. 

Le pavillon des animaux est parallèle au bâtiment prin- 
cipal, derrière lequel il se trouve; il couvre une superficie 
de 180 mètres carrés. 

Il ne comprend qu'un rez-de-chaussée. Le centre en est 
occupé par un laboratoire vétérinaire; l'aile gauche est 
réservée aux animaux de grande taille (chevaux, ânes, etc.) 
et à la vaccine qui a son laboratoire particulier et ses éta- 
bles. L'aile droite est réservée aux petits animaux : les 
lapins du service antirabique y ont leur pièce spéciale. 
Un chenil pour l'observation des animaux mordeurs com- 
plète le service. 

L'Institut Pasteur de Tanger est dirigé par le docteur 
Remlinger. Le service vétérinaire est assuré par M. Bel, 
successeur de M. Séjournant qui a été tué à la guerre. 



En face de l'Institut Pasteur se trouve établie la Section 
sociologique des Affaires indigènes. 

Avant de parler de cette institution elle-même, il faut 
dire quelques mots de la Mission scientifique du Maroc 
dont elle est issue. 

Créée en 1904, la xMission scientifique, qui avait son ad- 
ministration à Paris, n'a eu d'abord qu'une seule publica- 
tion, les Archives Marocaines, où étaient traitées les 
différentes questions relatives à la « politique indigène », 
c'est-à-dire qu'elle a publié des monographies de villes et 



Section 

Sociologique 

des Affaires 

Indigènes. 



VILLES ET TRIBUS. — VU. 



17 



244 



TANGER ET SA ZONE 



de tribus, des études historiques musulmanes et juives, des 
traductions d'ouvrages marocains, d'histoire, de jurispru- 
dence et de droit coutumier, etc. 

En 1907, la Mission entreprenait une nouvelle publica- 
tion, la Revue du Monde Musulman. Cette publication 
comme son titre l'indique, traite toutes les questions mu- 
sulmanes: sa direction et son secrétariat de rédaction sont 
à Paris. La Mission scientifique à Tanger y a collaboré par 
de nombreux articles généralement réunis sous le titre de 
Sec li 071 du Maroc. 

En 1914, une troisième publication. Villes et tribus du 
Maroc, s'ajoutait aux deux premières, avec la collaboration 
des Affaires indigènes de Rabat. Par un arrêté viziriel en 
date du 14 octobre 19 19, la section marocaine de la Mis- 
sion scientifique a été rattachée à la direction des Affaires 
indigènes de la Résidence générale de France au Maroc, 
sous le nom de Section sociologique ; elle conserve la pu- 
blication des Archives Mai^ocaines ei de Villes et tribus du 
Maroc ; la Revue du Monde Musulman continue à être 
publiée par la Mission scientiîique du Maroc à Paris. 

Les Archives Marocaines comptent actuellement 24 vo- 
lumes. Villes et Tribus du Maroc ont publié 6 volumes; le 
septièmeest le volume actuel,deux autres sont en préparation. 

La bibliothèque de la Section sociologique des Affaires 
indigènes compte environ 10.000 volumes dont i.Soo ou- 
vrages arabes. 



Station Une station scientifique a été créée récemment à Tanger 

Scientifique par le directeur de l'enseignement au Maroc, pour étudier 

du Collègue la faune et l'océanographie locales; elle a été confiée à 

Reg^nautt. M. Charrier, professeur de sciences naturelles au Collège 

Regnault, qui a fait paraître en 19 19 une Note sur les 

Annélides Polychètes. 

A côté de la station scientifique fonctionne une station 
météorologique. 



INSTITUTIONS MÉDICALES 245 

Hôpital français. — C'est en octobre 1864 que le pre- Hôpitaux et 
mier hôpital français a été fondé à Tanger; il se trouvait Dispensaires. 
dans l'intérieur de la ville au quartier de Dar el-Baroud, 
dans une des petites rues voisines de l'hôtel Continental. 
C'était une simple maison indigène, propriété du Makhzen, 
inconfortable et peu saine. Près de trente ans plus tard 
seulement, en iSgS, l'hôpital actuel a été construit dans de 
meilleures conditions hygiéniques ; il est situé sur le côté 
nord du plateau du Marchan, entre la propriété de Menebhi 
et celle des Chorfa d'Ouezzan. 

L'hôpital se compose : 

I» D'un grand corps de bâtiment oià se trouvent, au rez- 
de-chaussée, une salle d'opérations, un bureau, une salle 
de bains, la salle à manger, la lingerie et deux chambres 
de malades ; la cuisine et l'office sont également au rez-de- 
chaussée dans un pavillon séparé; la pharmacie se trouve 
dans un autre pavillon, près de la porte d'entrée. A droite 
du bâtiment principal il y a une buanderie, un séchoir et 
une chambre de désinfection. 

Au premier, 8 chambres de malades et i chambre d'in- 
firmier. Soit en tout, 10 chambres de malades, avec 25 lits. 

2" En contre-bas du bâtiment principal, à gauche, est 
construit un pavillon pour les malades indigènes ; il se 
compose d'une grande pièce partagée en trois parties, con- 
tenant ensemble 16 lits, d'une cuisine et d'un office. Sous 
le pavillon principal se trouve une citerne, dont les eaux 
sont élevées dans des réservoirs par une pompe aéro- 
motrice. 

Le service de l'hôpital est assuré par un docteur en 
médecine, un auxiliaire indigène diplômé de la Faculté 
d'Alger et plusieurs infirmiers. 

Une infirmière, qui s'occupe également de la lingerie, 
est chargée plus spécialement de soigner les femmes ad- 
mises à l'hôpital et auxquelles sont réservées des chambres 
spéciales. 



246 TANGER ET SA ZONE 

Les indigents sont hospitalisés et soignés gratuitement ; 
les autres malades payent par jour une somme propor- 
tionnée à la chambre qu'ils occupent et qui est augmentée 
en cas d'opération. 

L'hôpital est administré par un conseil composé du 
médecin et de notables français, réunis sous la présidence 
du consul de France ; son budget est alimenté par les jour- 
nées d'hospitalisation, par les rentes d'un capital prove- 
nant de dons et legs et par des subventions du ministère 
des Affaires Etrangères et du ministère de la Marine. 

Un terrain mitoyen à celui de l'hôpital a été acquis der- 
nièrement en prévision de constructions nouvelles. En 
attendant que les possibilités budgétaires permettent la 
réalisation de ces projets d'agrandissement, ce terrain a été 
converti en jardin. 

Des consultations gratuites sont données aux indigents. 

Dispensaire. — Le premier dispensaire a été créé le 
ler février 1901 sur la suggestion du docteur Fumey, méde- 
cin de l'hôpital, avec le concours de M. Revoil, ministre de 
France. Devant les résultats obtenus, des dispensaires 
analogues furent créés dans les principales villes du Maroc. 
Nommé gouverneur général de l'Algérie, M. Revoil y fît 
établir des dispensaires pour les indigènes, sur le modèle 
de ceux qu'il avait inaugurés au Maroc. Ce premier dis- 
pensaire de Tanger se trouvait au quartier d'Amrah, c'est- 
à-dire en plein centre indigène; en 191 1, il a été trans- 
porté dans un local spécialement construit à cet effet, mieux 
aménagé, mais peut-être moins central pour les indigènes 
de la ville elle-même. 

Le nouveau dispensaire est installé au haut du grand 
souq; autour d'une cour intérieure se trouvent : une salle 
de consultation, une salle de pansement, la pharmacie, 
une salle d'attente, les cabinets des médecins; le service 
est assuré par deux docteurs : l'un est un spécialiste de la 



INSTITUTIONS MEDICALES 247 

syphilis, l'autre fait de la médecine générale ; les médecins 
sont aidés par des infirmiers et des infirmières. Les consul- 
tations ont lieu tous les jours, à des heures différentes 
pour les hommes et pour les femmes. 

Hôpital et dispensaires anglais. — Il y a près de 40 ans, 
la « North Africa Mission » a fondé au plateau du Marchan 
un hôpital sous le nom de Hope House. L'hôpital, cons- 
truit dans un jardin, se compose de trois corps de bâti- 
ment : l'hôpital proprement dit, la maison d'habitation du 
médecin, des pasteurs et des missionnaires hommes et 
femmes et un pavillon pour les maladies contagieuses. 

L'hôpital comprend, au rez-de-chaussée, la pharmacie, 
la salle de visite et la cuisine : au premier, 2 grandes 
pièces contenant chacune 14 lits; une nouvelle pièce y a 
été ajoutée dernièrement. Le pavillon d'isolement com- 
prend 4 pièces d'un lit chacune. 

La maison d'habitation, qui constitue la partie la plus 
importante de Tensemble, comprend, outre les logements 
du personnel de l'hôpital, une grande salle servant de 
chapelle et où on fait des lectures pieuses. 

L'hôpital anglais ne reçoit que des malades musulmans ; 
trois fois par semaine on y donne gratuitement des re- 
mèdes aux gens de toutes les religions. 

Au Marchan également, dans une maison particulière, 
une missionnaire donne des remèdes aux femmes indi- 
gènes exclusivement, deux fois par semaine. 

Les anglais ont également un orphelinat musulman au 
Djebel el-Kebir et, au Souq extérieur, un refuge de nuit où 
peuvent coucher, dans deux hangars séparés, les hommes 
et les femmes de la campagne venus au marché et n'ayant 
pas regagné leurs villages. 

Hôpital espagnol. — Construit sur la route des Cefa- 
cef, aujourd'hui San Francisco, l'hôpital espagnol a été 



24^ TANGER ET SA ZONK 

inauguré en 1889; il se compose de plusieurs bâtiments 
dont le principal a un étage; au rez-de-chaussée se 
trouvent les salles des hommes, au premier celles des 
femmes ; dans les autres constructions, indépendantes les 
unes des autres, se trouvent la chapelle, la salle d'opéra- 
tions, la cuisine, la morgue et un petit laboratoire. 

Cet hôpital reçoit des Espagnols et des indigènes; le ser- 
vice médical y est assuré par 2 médecins militaires, des 
infirmiers et 5 sœurs de Tordre de Saint-François. L'hô- 
pital compte une trentaine de lits. 

Laboratoire espagnol d'analyses. — Il faut citer égale- 
ment un petit laboratoire situé à San-Francisco entre 
révêché et une des maisons d'habitation des sœurs ; on y 
fait quelques travaux bactériologiques. 

Le Maristan. — Pour mémoire, il faut nommer Thôpital 
indigène, ou Maristan^ qui se trouvait dans la ville près 
de la grande mosquée. Des habous avaient été constitués 
pour l'entretien de cette institution charitable ; mais il 
n'en reste rien ou à peu près. L'ancien local du Maristan 
est aujourd'hui loué à des particuliers par les soins du 
nadir. 

Quant aux indigents musulmans ils peuvent en principe 
être hospitalisés dans un assez grand local créé hors ville 
près de la télégraphie sans fil, il y a 8 ou 10 ans. L'em- 
bryon d'organisation de refuge semble avoir disparu et les 
rares malheureux qui s'y trouvent ne reçoivent plus de 
soins médicaux, ni une nourriture suffisante. On ne sait 
d'ailleurs pas exactement qui en a la charge. 

Le Laf{aret, — Il y a plus d'un siècle que l'on s'occu- 
pait de créer au Maroc un lazaret. En 1799, un des forts 
du port de Tanger servait de lieu d'observation pour les 
voyageurs contaminés. De nombreuses démarches du corps 



INSTITUTIONS d'eNSEIGNEMENT 249 

consulaire auprès du sultan pour obtenir la création d'un 
lazaret restèrent sans résultat. Enfin en 1866, le Sultan 
Mohammed ben Abderrahman concéda à cet effet l'île de 
Mogador; cette concession, retirée en 1897, fut rétablie 
en 1899. Enfin il y a quelques années un lazaret fut cons- 
truit au fond de la baie de Tanger. Jusqu'à présent ce laza- 
ret n'a jamais été utilisé ; il a même été presque complè- 
tement abandonné pendant plusieurs années. Un poste de 
troupes de police y est établi aujourd'hui ; mais d'autre 
part l'anarchie du régime immobilier et. la possibilité 
de faire impunément de faux actes de propriété ont per- 
mis à des spéculateurs de prétendre à la propriété d'un ter- 
rain qui a été régulièrement concédé par le Makhzen pour 
y construire un lazaret. 

On a vu déjà que les établissements d'enseignement mu- L'enseîgnc- 
sulman à Tanger ne comptent que des écoles de Qoran. ment français. 
Quelques cours faits à la grande mosquée sur les commen- 
taires du Boukhari et de Sidi Khalil représentent seuls l'en- 
seignement supérieur. 

L'enseignement européen en général et l'enseignement 
français en particulier se sont beaucoup développés pen- 
dant ces dernières années. Sans entrer dans les détails 
professionnels, on indiquera seulement ici les principaux 
établissements d'enseignement de façon à faire voir leur 
progression "et leur développement. 

Institution Robinet. — C'est la plus ancienne école fran- 
çaise de Tanger; elle a été fondée en i885 par Mme Ro- 
binet aidée de ses deux filles ; c'était en premier lieu un 
cours de langue et d'éducation française suivi par les 
jeunes filles des familles aisées. Une des demoiselles Robinet 
a continué l'œuvre créée par sa mère en la développant. 

Une petite subvention a été accordée à Mlle Robinet 
en 1907 par la légation de France et l'Alliance Française. 



25o TANGER ET SA ZONE , 

De nouveaux arrangements intervenus depuis peu avec 
la direction de l'enseignement de Rabat ont donné à cette 
école une organisation plus universitaire, tout en lui con- 
servant son caractère de maison d'éducation, qui la fait 
rechercher par certaines familles. 

L'Institution Robinet est au Marchan, en face de l'Ins- 
titut Pasteur. 

Ecole Perrier. — École privée à l'origine, comme la 
précédente, l'école Perrier a été tondée en 1904 par 
MvPerrier. C'était d'abord une école mixte. Une première 
subvention lui a été accordée par la légation de France et 
l'Alliance Française en. 1907 et, en 1908, elle devenait une 
école primaire de garçons. 

M. Perrier est mort il y a un an comme Inspecteur pri- 
maire. L'école Perrier est à la plage. Après avoir porté 
pendant quelque temps le nom de « Petit Collège », elle 
s'appelle aujourd'hui « École Antoine Perrier », du nom de 
son fondateur. 

Collège Regnault(i). r— L'idée delà création d'un col- 
lège français à Tanger, qui était considérée comme oppor- 
tune depuis quelques années, fut réalisée par la légation 
de France le 1 5 janvier 1909. 

Le collège fut d'abord établi dans une villa particulière, 
à Hasnona, sur la route de la Montagne. L'endroit n'était 
peut-être pas très salubre et le local était insuffisant. Un 
collège fut construit au S. de la ville à Kedaouî er-Remel, 
entre les Souani et la baie. 

Il se compose de deux grands corps de bâtiment à un 
étage surmontés de terrasses et séparés par le pavillon 



(1) Pour commémorer le nom de M. Regnault, ministre de France à 
Tanger, qui a été l'instigateur de sa construction. On sait que c'est M, Re- 
gnault qui a signé en 1912 avec le Sultan Moulay Abdelhafid le traité de 
Protectorat de la France au Maroc ; il est aujourd'hui ambassadeur. 



INSTITUTIONS d'eNSEIGNEMENT 25 1 

du directeur. Ces bâtiments renferment i8 classes de 
5o mètres carrés : salle de dessin, dortoir, lavabos et dépen- 
dances pour 3o internes. Deux cours de récréation ont cha- 
cune une superficie de 1.800 mètres carrés environ. Un 
pavillon indépendant pour les sciences, se trouve au fond 
de la cour. 

Le collège de Tanger donne deux sortes d'enseigne- 
ments : 

i« Enseignement secondaire classique, avec trois langues 
vivantes : anglais, arabe, espagnol ; 

2" Enseignement commercial. 

Son effectif est passé de 60 élèves en octobre 1909, à 280 
en novembre 1920. 

L'enseignement est donné par 3o professeurs ou chargés 
de cours, détachés des cadres de l'Université. 

Le collège Regnault, créé par le ministère des Affaires 
Etrangères et administré par lui pendant les premières 
années de sa création, relève aujourd'hui, au point de vue 
administratif et financier, de la direction de l'enseignement 
de Rabat. 

Collège Saint- Aulaû^e {i). — Une école française d'en- 
seignement secondaire pour les jeunes filles avait été fondée 
par le ministère des Affaires étrangères le i5 octobre 1909. 
Installé d'abord dans une maison particulière près de la 
plage, cet établissement fut transporté en octobre 1918 
dans des bâtiments construits à cet effet non loin du 
collège Regnault et prit le nom de collège Saint-Aulaire. 

Ce collège comprend 10 classes, dont 5 d'enseignement 
primaire et 5 d'enseignement secondaire qui préparent au 
diplôme de l'enseignement secondaire et au baccalauréat. 
L'enseignement est donné par 6 professeurs d'enseigne- 
ment secondaire, 5 institutrices pour les classes primaires, 

(i) Du nom du comte de Saint-Aulaire, ancien chargé d'affaires à Tanger, 
aujourd'hui ambassadeur à Londres. 



abl TANGER ET SA ZONE • 

3 professeurs pour la couture, le dessin et le solfège, 
2 maîtresses répétitrices et un professeur de latin. 

Le nombre des élèves, qui atteignait io5 en 1916, est au- 
jourd'hui de 180. 

Groupe scolaire. — En 191 8 on inaugura au quartier 
des Souani de nouveaux bâtiments contenant une école 
primaire de garçons, avec un directeur, une école pri- 
maire de filles avec une directrice. Chacun de ces deux 
établissements possède environ i5o élèves. On y a ajouté 
récemment un cours complémentaire mixte, qui permet 
aux élèves déjà pourvus du certificat d'études d'obtenir le 
brevet élémentaire. 

L'enseignement français compte en outre plusieurs éta- 
blissements d'enseignement primaire : 

L'école Antoine-Perrier dont il a été parlé ; l'école de 
filles de la plage ; l'école primaire de la rue de Tétouan ; 
une école professionnelle de garçons et une école profes- 
sionnelle de filles à la montée du Marchan dont il sera 
parlé plus loin. 

Ecoles franco-arabes. — La première école franco-arabe 
de Tanger a été fondée en 1898, sous le patronage de la 
légation de France et avec les ressources fournies presque 
exclusivement par le Comité régional de l'Alliance Fran- 
çaise ; installée jusqu'en 1906 dans une maison arabe du 
quartier de l'Amrah, elle fut établie ensuite plus au sud, 
dans le quartier de Saqaïa Djedida. Elle était fréquentée 
par une moyenne de j5 élèves, répartis en 3 classes; le 
personnel enseignant comprenait 3 instituteurs et i maître 
<ie coran. 

Le nombre des écoles franco-arabes est actuellement de 
trois ou quatre; celui des élèves qui les fréquentent varie 
de i5o à 200. Les écoles dépendent de la direction de l'en- 
seignement au Maroc ; l'enseignement y est gratuit. 



INSTITUTIONS D ENSEIGNEMENT 



253 



Écoles projessionnelles, — A côté des écoles franco- 
arabes, il convient de citer l'école professionnelle, ins- 
tallée en bas de la côte du Marchan ; les élèves y sont 
initiés au travail du fer et du bois par deux maîtres- 
ouvriers; une institutrice y est chargée de l'enseignement 
général. 

Enfin une autre école, sise également au bas de la côte 
du Marchan, a pour but de donner aux jeunes filles un 
enseignement ménager et professionnel. 



L'Alliance Israélite Universelle a fondé à Tanger une 
école de garçons et une école de filles ; la première date 
de i865, la seconde de 1874. En juillet 1907, le nombre 
des élèves qui les fréquentaient était de 322 garçons 
(157 payants, i65 gratuits) et de 355 filles (loi payantes, 
254 gratuites) ; il est actuellement de i.o5o, dont 490 gar- 
çons et 56o filles. 

On y enseigne l'hébreu, l'espagnol, l'anglais et le fran- 
çais; l'enseignement général est donné surtout en français. 



Ecoles 

de rAUiance 

Israélite. 



Écoles Aphonse-XIII. — Les écoles Aphonse-XIII ont 
été fondées en avril i9i3; une somme de Soo.ooo pesetas 
ayant été remise au roi d'Espagne par feu le marquis de 
Casa-Riera pour être affectée à une œuvre espagnole, il fut 
décidé la création à Tanger d'un grand centre d'enseigne- 
ment. 

Les écoles Alphonse-XIII comprennent deux grands 
bâtiments, l'un pour les garçons, l'autre pour les filles. 

L'enseignement y est poussé jusqu'au baccalauréat in- 
clusivement; les élèves qui se destinent aux carrières juri- 
diques peuvent y continuer leurs études au delà du bacca- 
lauréat. 

Des cours de commerce et de comptabilité sont donnés 
le soir ; après 3 ans d'études les élèves peuvent obtenir le 
brevet de comptable. 



L'enseigne- 
ment 
espagnol. 



254 TANGER ET SA ZONE , 

En outre les écoles comportent des classes spéciales 
pour le solfège, le piano, le dessin, la peinture élémen- 
taire ; on y enseigne également les langues étrangères (fran- 
çais, anglais, arabe, allemand). 

L'enseignement donné aux filles est identique à celui 
qui est donné aux garçons ; toutefois les cours d'arabe et 
d'allemand sont remplacés par des cours de coupe, de cou- 
ture et de chant. 

Les écoles Alphonse-XIII comptent près de i.ooo élèves, 
garçons et filles ; le personnel enseignant comprend 32 pro- 
fesseurs (il religieux et 8 laïques, 12 religieuses et 
I laïque) ; les professeurs laïques sont rétribués par l'État. 

Le prix de l'enseignement est de 6 pesetas par mois ; il 
est gratuit pour les pauvres. 

École religieuse de filles. — Une école pour filles se 
trouve dans le quartier des Béni Ider ; l'enseignement y est 
donné par des religieuses. 

Collège laïque de garçons et de filles. — 11 y a en 
outre à Tanger un collège laïque pour garçons et filles; on 
y enseigne les langues, la musique et on y prépare au 
baccalauréat et aux carrières spéciales. Il est installé dans 
un immeuble de la rue de Hasnona. 

Ecole Une école primaire italienne est installée du côté de 

italienne. l'église des sables ; elle est suivie par une quarantaine 
d'élèves. 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 



I" Vie économique indigène. 

La vie économique indigène à Tanger dépend complè- 
tement aujourd'hui de la plus ou moins grande activité 
du mouvement économique européen ; on peut même affir- 
mer qu'il n'y a plus à Tanger de vie économique indigène 
proprement dite. En effet, toutes les affaires et toutes les 
industries sont entre les mains des européens et des juifs et 
les indigènes mulsumans n'y jouent qu'un rôle subalterne. 

La propriété immobilière indigène, sauf celle qui est 
entre les mains des hauts fonctionnaires du xMakhzen et 
de quelques notables très riches, recule devant la spécula- 
tion. En un mot, la petite propriété et plus spécialement 
la petite propriété indigène tend à disparaître, absorbée par 
la grande propriété. 

Jadis à Tanger, comme dans la plupart des villes maro- 
caines et comme d'ailleurs dans nos anciennes villes d'Eu- 
rope, bien des gens pouvaient vivre en étant propriétaires 
d'une petite maison en ville, d'un jardin dans la banlieue 
et de quelques arpents de terres de labour dans la cam- 
pagne voisine ; ils vivaient modestement sans doute, mais 
enfin ils vivaient. 



256 TANGER ET SA ZONE . 

Cette manière de vivre n'est plus possible, et seuls les 
gros propriétaires peuvent encore organiser leur vie en 
liabitant la ville et en exploitant des fermes. D'une part 
les besoins et le prix de la vie ont augmenté, et d'autre 
part la plus-value immobilière considérable a engagé 
bien des petits propriétaires à vendre des immeubles 
qui leur appartenaient quelquefois effectivement, mais qui 
souvent appartenaient au Makhzen et dont ils n'avaient 
que la jouissance. De ces ventes plus ou moins régulières, 
il est résulté un bien-être momentané, suivi d'un dénue- 
ment complet et de l'obligation de travailler pour vivre. 
La pénétration européenne a créé à Tanger un prolétariat 
qui n'existait pas auparavant; sans doute il s'y trouvait 
des riches et des pauvres, une sorte d'aristocratie et des 
ouvriers; mais ces ouvriers étaient organisés en corpora- 
tions qui avaient leurs obligations et leurs privilèges ; 
c'étaient presque des bourgeois. 

Aujourd'hui, en dehors de quelques boutiquiers musul- 
mans qui vivent assez péniblement de la vente des mar- 
chandises achetées chez des intermédiaires, de quelques 
artisans qui diminuent de jour en jour, la masse de la 
population a dû se mettre au service des européens. Depuis 
les guides d'hôtels, les courtiers en terrains, les garçons 
d'hôtels, de cercles et de cafés, jusqu'aux domestiques des 
particuliers, aux porteurs du marché, aux cireurs de bottes 
et aux cochers de fiacres, sans parler des chaouchs des 
différentes administrations et des ouvriers de plusieurs in- 
dustries telles que la Régie des Tabacs, la Compagnie des 
Eaux, les Travaux Publics, les briqueteries, les carrières et 
même les garages d'automobiles, les descendants des an- 
ciens petits propriétaires musulmans de Tanger et des 
mokhazeniya du guich er-Rifî vivent avec leurs familles 
de la vie nouvelle que les européens ont apportée avec eux 
et leur propre existence en dépend. 

Les industries indigènes ont presque complètement dis- 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 25/ 

paru ; on ne trouve plus que quelques rares tisserands 
d'étoffes de laine et quelques potiers, qui fabriquent des 
vases assez grossiers pour l'usage des indigènes. 

Ces poteries sont de deux espèces : celles dites de frour 
ou plus exactement afrour, car le mot est rifain ; (c'est une 
argile rougeâtre et poreuse); elles comprennent spécialement 
les vases destinés à aller au feu, marmites, plats, kaskas 
(appareils pour fabriquer le couscous). Certains de ces 
objets plus soignés sont ornés de dessins en noir ; ce sont 
les véritables poteries rifaines. Les poteries d'Afrour sont 
fabriquées particulièrement au village du Marchan. 

D'autres ateliers de poteries se trouvent aux Souani, ou 
sont fabriqués les objets en tîn, argile grasse ; on y fabrique 
plus spécialement les vases destinés à conserver l'eau ; 
berrad (pi. berared), petites jarres pour rafraîchir l'eau ; 
khabia (pi. khouâbi), grandes jarres, etc. Ces différents 
objets sont vendus au marché de Tanger le jeudi et le 
dimanche. 

Les anciennes corporations ont presque complètement 
disparu ; on retrouve cependant encore celles des bahriya 
du guich de Tanger. Devant la désorganisation du guich^ 
les mariniers ont cherché à maintenir leurs anciens pri- 
vilèges en se constituant en corporation et ce qui dans 
l'origine était une obligation presque militaire est devenu 
une sorte de privilège corporatif. Les portefaix musulmans 
du port, de formation relativement récente, ont suivi dans 
leur organisation les bahriya et sont arrivés à former éga- 
lement une véritable corporation, qui a quelquefois une 
tendance à prendre la forme d'un syndicat. 

Les Ahl Sous, les gens originaires du Sous, qui sont 
répandus dans toutes les villes du Maroc, sauf à Tétouan, 
comme baqqals, sorte d'épiciers qui vendent un peu de 
tout, du sucre, du thé, du café, des bougies, du pain, des 
bonbons, etc., et souvent des cigarettes, forment dans 
chaque ville une sorte de corporation commerciale. 



258 TANGER ET SA ZONE 

Éloignés de leur tribu, inconnus des commerçants de la 
ville et offrant peu de surface pour obtenir du crédit, voici 
comment ils étaient organisés autrefois. Les plus notables 
d'entre eux habitant Tanger depuis longtemps et y ayant 
des propriétés qui leur donnaient un certain crédit sur la 
place, constituaient une sorte de comité de garantie, qui 
répondait auprès des négo::iants de la ville des achats faits 
par leurs compatriotes pour remplir leurs boutiques. Il 
n'agissait pas ordinairement sans s'être assuré lui-même 
de certaines garanties vis-à-vis de ceux dont il se rendait 
responsable et, de fait, les nombreux Sousis qui occupaient 
des boutiques n'étaient pas autre chose que les employés 
des membres du comité de garantie. 

Depuis quelques années, le crédit étant devenu plus par- 
ticulièrement dur, le comité des gens du Sous ne donne 
plus une garantie qui ne serait peut-être plus acceptée, 
mais avance aux petits boutiquiers de leur pays ce qui 
leur est nécessaire pour leurs achats. Ces avances ne sont 
consenties qu'après une enquête qui permet aux prêteurs 
de s'assurer que leurs emprunteurs ont dans leur pays 
une situation suffisante et de plus à certaines conditions de 
contrôle, d'intérêts ou de partage des bénéfices, qui mettent 
les boutiquiers du Sous dans la dépendance complète du 
comité. Malgré cet état d'infériorité, les baqqals sousis, 
grâce à une grande parcimonie et à une vie assez dure (ils 
habitent généralement leur boutique) arrivent au bout de 
quelques années, non seulement à rembourser ce qu'ils 
doivent, mais à amasser un petit pécule qui leur permet 
de rentrer dans leur pays et d'y acheter un lopin de terre. 
Il y a là une véritable organisation du petit négoce, une 
manifestation de solidarité commerciale, qui ne sont 
d'ailleurs pas spéciales à Tanger mais qu'il était intéressant 
d'y constater. 

Les A hl Sous^ ainsi que cela est dit d'autre part, ont 
construit à leurs frais uniquement et sans accepter aucun 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 259 

argent étranger, une mosquée sur le tombeau d'un chérif 
semlali qu'ils disent avoir retrouvé il y a quelques années 
au haut du souq extérieur. Les sousis riches ont donné 
des sommes assez importantes et les baqqals versaient 
un demi-douro {2 P. H. 5o) par mois. La mosquée est 
aujourd'hui presque complètement terminée. Les gens du 
Sous qui étaient en France comme ouvriers volontaires 
pendant la guerre envoyaient régulièrement des petites 
sommes pour contribuer à sa construction. 

En résumé, la vie indigène dépend de la vie européenne, 
ce qui ne veut pas dire que les indigènes soient européa- 
nisés, ni que le contact journalier ait créé un courant de 
sympathie, ni même un certain rapprochement. Comme 
partout ailleurs, la vie économique et la vie mulsulmane 
sont restées parallèles, sans se confondre. 

Les musulmans vivent des européens, mais n'ont pour 
eux ni estime, ni considération; ils les tolèrent malgré eux 
et semblent même considérer comme un devoir pieux de 
les mépriser et de les exploiter de toutes leurs forces; ils 
leur en veulent certainement d'être obligés d'avoir recours 
à eux pour vivre et de dépendre d'eux. 

Cet état d'esprit est général à tous les pays musulmans, 
mais il semble que la population musulmane tangéroise, 
grossière par essence, plus libre d'autre part dans ses 
manifestations par le manque d'autorité, laisse voir plus 
facilement que les autres son éloignement, on pourrait 
presque dire sa haine de l'européen. On a en vu une 
preuve frappante pendant la guerre parla quantité de gens 
de toutes les catégories qui se sont affiliés à la confrérie 
xénophobe des Derqaoua. L'espoir des tangérois est que 
leur ville continue à rester dans la situation imprécise qui 
la maintient en dehors du régime de protectorat et leur 
donne, malgré leur dépendance économique, l'illusion 
d'une certaine indépendance politique et sociale. 

VILLES ET TRIBUS. — VU. ï8 



a60 TANGER ET SA ZONE 



2® MOUTEMENT ÉCONOMIQUE. 



flistorique. Ce n'est qu'à la fin du dix-neuvième siècle que Tanger 

a repris dans le mouvement économique du Nord maro- 
cain la place qu'elle tenait avant l'occupation européenne. 

La période troublée quia suivi l'avènement de la dynastie 
des Filala et particulièrement la révolte du pacha de 
Tanger Ahmed ben Ali er-Rifî, sous le règne de Moulay 
Abdallah, n'avait pas permis le développement des transac- 
tions par Tanger. 

Sous le règne de Sidi Mohammed ben Abdallah, dans 
la seconde moitié du dix-huitième siècle, les douanes 
furent organisées et des traités de commerce conclus avec 
plusieurs puissances européennes, entre autres avec la 
France; mais les pirates marocains continuaient à cap- 
turer les navires européens, réduisaient leurs équipages 
en esclavage et s'emparaient de leurs cargaisons; le gou« 
vernement du Maroc continuait à exiger des puissances 
européennes un tribut sous une forme plus ou moins dé- 
guisée, pour autoriser leurs négociants à trafiquer dans les 
ports marocains. 

Afin de se réserver plus complètement les bénéfices du 
commerce, les sultans préféraient vendre à certaines com- 
pagnies des privilèges qui leur constituaient presque des 
monopoles, plutôt que d'ouvrir franchement le pays au 
commerce. 

En ce qui concerne Tanger particulièrement, les ré- 
voltes qui ont troublé le règne de Moulay El-Yazid et 
celui de Moulay Sliman rendaient difficile le trafic entre 
Tanger et Fès, le plus important marché du Nord ma- 
rocain. 

Sous le règne de Moulay Abderrahman, après la bataille 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 26 I 

de llsly, en 1844, les tributs ou les cadeaux exigés des 
puissances européennes furent complètement supprimés 
et la liberté commerciale commença à s'établir. 

Cependant Moulay Abderrahman s'était réservé le 
monopole de certains commerces, entre autres celui des 
peaux et celui des sangsues; c'était toute une organisa- 
tion, qui s'étendait dans tout le pays et qui autorisait 
tous les abus sous prétexte du monopole que le sultan 
s'était réservé. L'exportation des produits monopolisés 
se faisait par Tanger et par Casablanca. L'administra- 
tion de ce monopole avait été confiée par le sultan à 
Tamîn Mouçtafa Ed-Doukkali, qui réalisa de ce fait une 
très grosse fortune : ses descendants habitent encore 
Tanger. 

C'est seulement à la fin du règne de Sidi Mohammed 
et pendant ceux de Moulay El-Hasan et de Moulay Abd 
El-Azîz que le commerce de Tanger a pris le développe- 
ment qu'il a conservé jusqu'en 1912. 

A partir de cette époque, si l'importance du trafic de 
Tanger ne diminue pas d'une façon absolue, il ne tient 
plus la place qu'il occupait dans l'ensemble du commerce 
marocain ; en un mot, il n'a pas profité de l'augmentation 
considérable du mouvement économique du Maroc depuis 
l'établissement du protectorat. 

Rapports de comparaison entre le commerce de Tanger 
et celui du Maroc. 



1903 
igoS 
igo6 
1908 

Ï909 
1910 



importation 


Exportation 


Commerce total 


0/0 


0/0 


0/0 


14,91 


18,60 


16,27 


14,94 


i3,55 


14,40 


16,14 


23,01 


i8,83 


i3,i3 


8,94 


11,21 


14,57 


9,61 


12,60 


14, i3 


11,74 


i3,ii 



202 



TANGER ET SA ZONlC 



191I 
I912 
1913 
1914 
1915 
I916 

Ï917 
1918 
I919 



Importation 


Exportation 


Commerce total 


0/0 


0/0 


0/0 


i3,6o 


10,96 


12,36 


13,91 


6,40 


9,40 


10,57 


7,33 


10, o3 


11,64 


3,99 


10,40 


7»92 


i,7ï 


6,55 


7,00 


1,89 


-%79 


6,57 


2,339 


5,39 


8,02(1) 


4,55 


7,35(1) 


6,85 


2,94 


5,67 



Importations 

et 
exportations. 



Le commerce de Tanger était surtout un commerce de 
transit; les marchandises à destination de Fès se parta- 
geaient selon les saisons entre les ports de Tanger et de 
Larache, et les négociants de Fès avaient dans ces deux 
villes des agents appelés Qabbâl (receveurs), qui accom- 
plissaient les formalités de douane, acquittaient les droits 
et expédiaient les marchandises à Fès par caravanes de 
chameaux ou de mulets. 

Les peaux, les œufs et les babouches étaient les princi- 
paux articles d'exportation. Le commerce des œufs était 
considérable et pour ainsi dire monopolisé à Tanger (2). 
L'insécurité de la région au sud de Tanger à la fin du 
règne de Moulay Abdelaziz, qui s'est prolongée jusqu'à 
ces dernières années, le partage du Maroc en zones, d'une 
part, et, d'autre part, les facilités de transports en zone 
française par des routes et des chemins de fer se dirigeant 
sur les ports de l'Océan, ont forcément réduit le transit 
par Tanger et par conséquent diminué le commerce de ce 
port. 

Qenitra et Casablanca servent maintenant de ports de 



(i) Ce relèvement du commerce de Tanger en 1918 est provoqué par les 
importations destinées au corps d'occupation espagnol. 

(2) Cl. Revue du Monde musulman, vol. X. p. 262 :Nole sur le commerce 
des œufs dans le Nord marocain, par L. Martin. 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 203 

transit à Fès. L'exportation des œufs se fait principalement 
par Mazagan. Tanger conserve encore pour l'exportation 
une petite partie du commerce des peaux ; il faut y ajouter 
celui des babouches, des alpistes et de certains tissus con- 
fectionnés. 

L'importation est en partie réduite aux marchandises 
nécessaires à la consommation de la ville et de sa région. 
Les céréales, le sucre, le thé et tous les produits alimen- 
taires, les tissus, les tabacs, les fers, fontes et aciers, les 
bois de construction y tiennent la première place. 

II faut remarquer, à ce propos, que les statistiques de ces 
dernières années peuvent induire en erreur sur l'impor- 
tance réelle du mouvement économique de Tanger. Cette 
apparence trompeuse provient de deux causes : 

I" Tanger et sa région ont toujours eu une production 
très inférieure à leur consommation et ont toujours été 
alimentées par les céréales de la vallée du Lekkous et de la 
plaine du Sebou. Les transports de ces céréales étaient faits 
par terre et ces importations ne figuraient par conséquent 
sur aucune statistique. Depuis plus de six ans, ces mêmes 
céréales sont transportées par mer et contribuent ainsi à 
donner aux statistiques du port de Tanger une importance 
absolument factice. 

2"" D'autre part, 80 p. 100 environ des farines, orges, 
fourrages, du sucre et des produits alimentaires importés 
à Tanger par l'Espagne, sont destinés non pas à l'alimen- 
tation de la ville, mais au ravitaillement des troupes espa- 
gnoles et sont admis en franchise à Tanger comme mar- 
chandises de transit pour la zone voisine. 



264 



TANGER ET SA ZONE 



Importations principales en igi3 et IQ18. 





1913 


1018 II 


DÉSIGNAITON 










Pays de prove- 




Pays de prove- 


DES 


VALEUR 


nance ou sous 


VALEUR. 


nance ou sous 




EN 


le pavillon des- 


EN 


le pavillon des- 


IMPORTATIONS 




quels les mar- 




quels les mar- 




FRANCS 


chandises ont 
été importées. 


FRANCS 


chandises ont 
été importées. 


Soies grèges 


292.282 


France. 


196.085 


France, Italie. 


Viandes salées, con- 










serves de viande, 










charcuterie. . . . 


188.173 


France, 

Angleterre, 

Espagne. 


199.904 


Espagne. 


Beurre frais et salé. 


74-794 


Angleterre, 
France, Italie. 


lié. 377 


Id. 


Blé 


3i3.352 

464.684 

i.o3o.659 


France. 
France. 


52.931 

67.578 

402.895 


France. 
Espagne. 
Id. 


Orée 


vyig^. . 

Farine de froment. 


France, 






Angleterre, 










Belgique. 






Semoules et semou- 










lettes 


954.759 


France. 


3.154 


Id. 


Légumes secs et 










leurs farines . . . 


97.975 


France, 
Autriche. 


189.693 


Id. 


Légumes frais . . . 


59.119 


Espagne, 
Angleterre, 


57.936 


Id. 


Légumes salés, con- 




France. 






fits, eic 


74.5o3 


Id. 


43.760 


Id. 


Riz 


76.001 


Espagne, 
France, 


143.091 


Id. 










Pays-Bas. 






Pommes de terre. . 


159.902 


Espagne, 
France, 
Allemagne, 
Pays-Bas. 


329.672 


1 Espagne, 
France. 


Fruits secs 


112.385 


Angleterre ; 
F'rance(datte8.) 


502.496 


Espagne ; 
{France (dattes.) 


Fruits frais 


109.185 


Esp., Anglet. 


314.726 


^Espagne. 



REGIME BCONOxMIQUE 



265 



DÉSIGNATION 

DES 
I-MPOUTATIONS 


igiS 


] 


918 


VALEUR 

EN 
FRANCS 


Pays de prove- 
nance ou sous 
le pavillon des- 
quels les mar- 
chandises ont 
été importées. 


VALEUR 

EN 
FRANCS 


Pays de prove- 
nance ou sous 
le pavillon des- 
quels les mar- 
chandises ont 
été importées. 


Oléagineux 


20.435 


Espagne, 
France. 


I 22 , 203 


Espagne. 


Huiles d'olives . . . 
Huiles de coton . . 
Huiles minérales. . 


199.676 
248.802 

I 6 . 945 


Espagne, 

France. 

Angleterre, 

Allemagne. 

Belgique, 

États-Unis. 


777.723 
3.077 

137.409 


Id. 

France. 

Espagne, 

France, 

États-Unis. 


Pétrole raffiné . . . 
Sucre raffiné .... 


112. 081 
I .323.101 


États-Unis. 

Autriche, 

France, 


41.672 
2.175.903 


Etats-Unis. 

France, 

Espagne. 


Café 


267.934 
197.431 


Allemagne, 

Belgique. 

France, 

Pays-Bas, 

Angleterre. 

Angleterre, 

France, 


175,376 
860.176 


Espagne, 
Angleterre. 

Angleterre. 
France. ; 


Thé 




Poivre et piments. . 
Vins 


62.786 
539.701 
128.934 
336.858 


Allemagne. 

Espagne, 

France. 

Espagne, 

France. 

Allemagne, 

France. 

France, 


275.038 
594-997 

65.025 
270. 470' 


Angleterre, 1 
France. j 
Espagne. : 

Id. ! 

Id. 


Bière 


Eaux-de-vie, ialcools 
et liqueurs . , . . 


Fourrages et paille. 
Allumettes 


23.995 
93.182 


Allemagne, 

Pays-Bas. 

Espagne. 

France, 

Espagne. 

Italie, France. 


246.684 
484.867 


Espagne. 

France, j 
Suède, ; 
Angl., Italie. 



266 



TANGER ET SA ZONE 





iqi3 


1918 


DÉSIGNATION 










Pays de prove- 


j 


Pays de prove- 


DES 


VALEUR 


nance ou sous 


VALEUR 


nance ou sous 




EN 


le pavillon des- 




le pavillon des- 


IMPORTATIONS 

1 


FRANCS 


quels les mar- 
chandises ont 
été importées. 


KN 
FRANCS 


quels les mar- 
chandises ont 
été importées. 


Tabacs, cigares, ci- 










garettes 


2.052.833 


France, 

1^2tats-Unis, 

Angleterre. 


6.865.055 


p:spagne, 

France, 

Angleterre. 


Papier à cigarettes. 


— 


— 


175.026 


France, 
Espagne. 


Papier d'emballage. 


71.802 


France, 

Espagne, 

Belgique. 


430.945 


Espagne, 
France. 


Papiers divers . . . 


162. 63i 


France, 
Angleterre, 


147-399 


Espagne, 
France. 


Gravures, estampes, 




Espagne. 






cartes, albums, 




France, 






etc 


42.972 


Allemagne. 


482.894 


France, 


Parfumeries et sa- 


Espagne, 


vons de parfume- 








Angleterre. 


rie 


66 . 294 


France 


152.416 


France, 




Espagne, 




Espagne, 


Savon ordinaire. . . 




Angleterre. 




Angleterre. 


207.939 


France, 


826.066 


Angleterre, 






Espagne, 




Espagne. 






Angleterre. 






Bougies 


253.901 


Angleterre, 

Belgique, 

Italie, 


308.840 


France, 
Angleterre. 


Peaux préparées, 




Autriche. 






vernies et cuirs. . 


I 54.850 


France, 

Angleterre, 

Espagne. 


85.984 


Espagne. 


Chaussures 


245.873 


Espagne, 

Angleterre, 

France. 


544.514 


Id. 


1 Fils de coton. . . . 


55.71g 


P.-Bas,Ang., 
Autrich., Fr. 


119.057 


Angleterre, 
Espagne. 



REGIME ECONOMIQUE 



267 



DÉSIGNATION 

DES 
IMPORTATIONS 



Ficelles et cordages 



(chanvre). 



Tissus 



Meubles en bois . 



Bois de construc- 
tion 



Ciment 

Chaux. 
Briques 
Houille 



Machines et méca 
niques. 



Fers, aciers, fontes, 
tôles 



Argent en masses, 
lingots ouplaques 



VALEUR 

EN 

FRANCS 



33.834 
6.000.926 

267.513 

696.882 

354.158 

137.764 
160. 35o 
109.258 

619.377 
I .482.950 

142.992 



9.3 




918 


Pays de prove- 




Pays de prove- 


nance ou sousj 


VALEUR 


nance ou sous 


le pavillon dcs-j 




le pavillon des- 


quels les mar- 


EN 


quels les mar- 


chandises ont] 


FRANCS 


chandises ont 


été importées. 1 

France, Italie. 




été importées. 


123.047 


France, 






Espagne. 


France, 


8.097.852 


Angleterre, 


Ang.jAUem., 




Espagne, 


Espagne. 




France. 


France, 


132.435 


Espagne. 


Espagne, 


1 




Angleterre, 






Autriche. 






Suède, 


414.688 


Espagne. 


Russie, 






France, 






Autriche. 






Belgique, 


193.818 


Espagne, 


T ' 

France, 




Angleterre, 
France. 


Espagne, 






Angleterre. 






Belgique, 
France. 


16.819 


Espagne, 
France. 


Espagne, 


6.943 


Espagne, 
France. 


France. 






Angleterre, 


283.026 


Angleterre, 


' 
France. 




Espagne. 


Allemagne, 


315.764 


Espagne, 


Angleterre, 




États-Unis, 


France. 




France. 


France, 


992.729 


Espagne, 


Belgique, 




France, 


Allemagne, 




Angleterre. 


Angleterre. 






Fr., Anglet., 





— 


Allemagne. 







268 



TANGER ET SA ZONE , 



DÉSIGNATION 

DES 
IMPORTATIONS 




1913 


1918 


VALEUR 

EN 

FRANCS 


Pays de prove- 
nance OQ sous 
le pavillon des- 
quels les mar- 
chandises ont 
été import(5es. 


VALEUR 

EN 
FRANCS 


Pays de prove- 
nance ou sous 
le pavillon des- 
quels les mar- 
chandises ont 
été importées. 


Cuivre pur ou allié. 


122.378 


France, 
Allemagne. 


114.874 


France. 
Espagne, 


Armes de chasse, 










munitions, etc. - 


114.813 


France. 


28.334 


France, 
Angleterre, ', 


Produits chimiques 








Espagne. 


divers 


I05.III 


France, ' 


136.454 


Espagne, 


, 




Espagne, 
Angleterre. 




France. 

; 


Couleurs 


75.633 


France, 
Angleterre. 


138.676 


France, 

Angleterre, 

Espagne. 


Verres et cristaux. . 


194.359 


France, 

Belgique, 

Allemagne. 


227.417 


Espagne. 


Bimbeloterie . . . . 


413.880 


France, 

Angleterre, 

Espagne, 


123.595 


Espagne, 
France. 






Allemagne. 







REGIME ECONOMIQUE 



269 



Exportations principales en igi3 et igi8. 





1913 


1918 


DÉSIGNATION 








Pays de desti- 




Pays de desti- 


DES 


VALEUR 


nation ou sous 


VALEUR 


nation ou sous 






le pavillon des- 




le pavillon des- 


EXPORTATIONS 




quels les mar- 




quels les mar- 




FRANCS 


chandises ont 
été exportées 


FRANCS 


chandises ont 
été exportées. 


Bœufs. . 


998.075 


Angleterre, 
Espagne. 


__ 


— 


Volailles 


151,891 


Angleterre, 
Espagne. 





— 


Œufs de volailles. . 


636.966 


Espagne, 
Angleterre. 


i3.ooo 


France. 


Peaux de bœufs . . 


278.655 


France, 
Espagne, 
Allemagne, 
Italie. 


995.321 


Espagne, 
France. 


Peaux de chèvres. . 


287.854 


France, 

Angleterre, 

Pays-Bas. 


3.o38.23i 


France. 


Peaux de moutons. 


19.478 


France. 


I I . 600 


Id. 


Cire brute 


80.558 


Allemagne, 
France. 


44.206 


Espagne, 
Angleterre. 


Poissons marinésou 










à l'huile 


23.920 


France, 
Belgique. | 


88.200 


France. 


Alpistes 


43.275 


Angleterre, j 
France. 


317.799 


• Id. 


Sorgho 


— 


— 


82 . 5oo 


■ Id. 


Graines de cumin. 


4 


France. 


17.445 


E'spagne, 
France. 


Son 


7.485 


Id. 


31.148 


Angleterre, 
Espagne. 




Fourrages 


— 


— 


20.035 


Angleterre. 


Chiffons 


4.235 


France, 


62.013 


Id. 


Tissus confection-' 




Espagne. 






nés 


74.174 


Espagne, 

France, 

Egypte. 


237.671 


Espagne, 
Egypte. 



270 



TANGER ET SA ZONE 



DÉSIGNATION 

DES 
EXPORTATIONS 



Babouches (i). . . 

Sacoches et bour 
ses 



Pelleteries diverses 

Or en lingots. . . 
Ferraille 



VALEUR 

EN 
FRANCS 



I9I3 

Pays de desti-} 
nation ou sous 
le pjvillon des-i 
quels les mar- 
chandises ont' 
été exportées. , 



ÔS6.I36 

5.804 

267 



Egypte, I 
France. 

Espagne, 
France. 
Espagne, 
Egypte. 



1918 



VALEUR 

EN 

F K AN es 


Pays de desti- 
nation ou sous 
le pavillon des- 
quels les mar- 
chandises ont 
été exportées. 


697 . 3oo 


Egypte, 
Espagne. 


17.261 


Espagne, 




France. 


i3.65i 


Espagne. 


30.000 


France. 


10.732 


Espagne. 



Tableau des importations et exportations de Tanger 
de igo3 à igig. 









Importations. 


Exportations. 


Total. 


1903 . . . 9.312. 177 


6.804.970 


16. 117. 147 


1905 






6.393.862 


3.722.578 


10. 116.440 


1906 






7.293.738 


6.716.868 


14.010.606 


1908 






8.079.676 


4.639.096 


12.718.772 


1909 






11.668.934 


5.050.798 


16.719.732 


I9IO . 






10.164.262 


6.286.529 


16.450.791 _, 


I9II 






12.826.902 


9. 166.842 


21.993.744 


I9I2 






21.223.809 


5.004.304 


26.228.113 


I9I3 






24.454.465 


3.408.281 


27.862.746 


I9I4 






2 I . 3oo .317 


I. 41 1.686 


22.712.003.,. 


I9I5 






17.823.680 


1.025.870 


18.849.550 


1916 






19.384.061 


1.654- Ï72 


21. 038.233 


1917 






2 I . 240 . 654 


2.915.270 


24.155.924 


I9I8 . 






3 1. 601. 091 (2) 


5.820.502 


37.421.593(2 


I9I9 . 






39.091.263 


7.241.739 


46.323.002 



(i) Les babouches sont exportées presque exclusivement à destination de 
rÉgypte et du Sénégal. 
(2) Cf. supra p. 262, note i. 



REGIME ECONOMIQUE 27 1 

On peut se rendre compte par les statistiques ci-après 
que la France, l'Espagne et l'Angleterre sont presque les 
seuls pays qui se disputent actuellement la prépondérance 
commerciale à Tanger. 

De igoS à 191 7, la France vient en tête et son mouve- 
ment commercial accuse un accroissement continu, surtout 
à l'importation. Pendant la même période, le commerce 
anglais se maintient à peu près stationnaire, tandis que le 
commerce espagnol, dont l'exportation est d'abord supé- 
rieure à l'importation, se développe sans arrêt. 

Le mouvement commercial de certains pays, tels que la 
Belgique, les Pays-Bas, l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche- 
Hongrie, a été ralenti ou arrêté par la guerre européenne. 

En 1918^ la France et l'Espagne, laissant l'Angleterre 
assez loin en arrière, détiennent dans les statistiques les 
chiffres les plus élevés. Apparemment l'Espagne semble se 
placer au premier rang, mais il faut tenir compte qu'une 
énorme partie de ses importations est destinée à ses 
troupes d'occupation et n'entre à Tanger qu'en transit. 







O Tl-, Th 


1 a^es 


T^r- 


a^X) 1 r^ 


i 


i 


T-êoocr 


^ 




(A 

c 






■^■-:- 


8 


co Th 


00 


o vn 


es 










TfCO 


OO 




<u 






- 00 


c^ u-j 


t^ 


Tf o 


vn 










Ci O 


es 




.Q 




oc 


oo ro 


r^ 


-« 0-. 


o 


00 O". 


r«^ 










00 00 


O 




t/5 




a> 


CT. cr. 


00 


vn vo 




t-<r^ 


vn 


^ <^ 


<% 


A <ai 


A 


r^oo 


O 






-OD 


CD 


vn — 


t>s 


vO O 


c^ 










OO o 


vn 




-O 






a.co 


eo 


•O 


o 


Tf -. 


vn 






1 






'— 










co es 


wO 


-^j-co 


r-. 


o r>« 


1 1^ 








r^oo ivn 






t^o-) 


es 


0%C0 


fi 


c^ r^ 


m 










•o O 


r^ 




3 




r^ 


es iTl 


00 


r^c 


00 


00 O 


Tf 










C^O 


r^ 




cr 






vo a> 


>r> 


vn es 


r^ 


«o t>. 


Tf 


A A 


A 


* A 


* 


-o 


1^ 








<y> 


»r> r^ 


CT) 


COcO 


■— 


o o^ 


O 










0^ 


0-. 








"" 


Tf es 


r- 


vn Tj- 


O 


ô - 


Ci 






















oô - 


C-. 


^ 


vn 


t^ HH 


■X 










- 


— 




(-1 






es SN 


Tt- 


a>eo 


es 


<0 O^ vn 


»-> — 


co |CO 


co 00 


» 






vO o 


•■O 


OiO 


C 


TfOO 'CO 


O 


O 


Tf 


Tf 


— r^ 


en 






<o 


O cr. 


a> 


OO c^ 




t^oo 


O 


es A 


C>1 


o i!^ 


O 


vn « 


o 




o 






r* — 


fO 


Oco 


^ 


o o 


r^ 


vn 


vn 


CO 


CO 


vnoo 


co 




a> 






O es 


es 


00 o 


00 


vn vn 


G 






rv» 




es t^ 


o 








"" 


C^rf 




o es 


00 


O l^ 


'X 










O) es 


es 




^ 
m 






r^ 


00 


rr 


Tf 


>n 


vn 










« 


es 








lO ^ 


a> 


vn es 


1 ^ 


co o 1 cr> 


.o 


vn 


O 


o 


es OO 


O 






PO r-^ 


o 


r^ (y, 


o 


TfOO 




r^ 


t^ 






Tf — 


^n 




a. 




U-) 


es OO 




vn c^ 


00 


Tfvn 


O 


00 * 


oc 


Tf A 


Tf 


•-I .- 


es 








a» 


\r) cTi 


o^ 


t^ — 


OO 


vO co 


O 


vn 


vO 


^ 


„ 


r>»t-- 


Tf 




c 




<N es 


T^ 


rs cr» 


vn 


co Ci 


o 


O 


O 


es 


Ci 


"^Tf 


rr. 






, 


1 


OO cVi 




OO r» 


O 


Ci co 


vn 






*» 




00 - 


o» 




co 


{< 




'O 


r^ 


CT) 


■4- 


Tf 


Tf 










es 


es 




D 
T3 


k^ 




o ~ 


^ 


vn TT 


0-- 


COOO - 


o 


o 


00 -. 


O^ 


— es 


co 




- c^^ 


eri 


co es 


vn 


o Tf 


_ 


vO 


vn 


00 ^ 


O^ 


t>- O 


r^ 




C 








O 


^O 
ci d 


es 


«N Tf 

oÔ cri 


C^ 


es' #t 


ri 


co o 
00 vri 


cri 


Tf q, 
— Tf 


co 




> 


c xr 


lO 


co -^ 


r^ 


vn o 


es 


o 


O 


g>* 


Tf 


o J 


M 




*-t 


S 




a>Tj- 


co 


o ^ 


^ 


OO c< 


•— 


Ci 


es 




es es 


Tf 








r-- 


XI 


T^ 


Tt- 


co 


Tf 


— 


« 




J 


-o 


cri 




Tf 




tn OO 


CTi 


m o 


vn 


Tf - vn 


Tf es 


O 


00 co 


_ 


O^ t^ 


O 


C3^ 






r^co 


o% 


r^vn 


c^ 


vn OO 


co 


00 es 


O 


a^^ 


vn 


C^CO 








o 


co 


COO 


X 


co Tj- 


00 


t^ t^ 


vn 


o^oo 


00 


co m 


O-' 


vn O 


O 




D 


<X) 




r^Tf 


CT> 


r^oc 


vn 


PO a^ 


co 


-. vn 


t-^ 


0^ cq 


^ 


co t^ 


Q 




-a 


?\ 


Oi 


Tt-iO 




Tf- o^ 


Tf 


Ci o^ 


es 


vn 


lO 


co 00 


es 


Tfvn 


Q 






Q 




OO 


- 


O - 


es 


es oc 




O 


O 


00 


a> 


o vn 


es 




yn 






«— 


es 


'^ - 




Ci 


cri 


■— 1 


•-> 


1— 1 


Hl 


co 


Tf 






y^ 




•— ' — 
















« 


î 




— es en 


00 co - 


■n CT-. 


Tf 


o o 


^n 


co co 


O 


O t^ 


CO 1 






MD es OO 


- O 


es 


C Tf 


vn 


co OO 




co es 


vn 


vn es 


00 




.ctf 


es 


O <0 j c>j 


Ocs 
oô (y> 


oc 


r^vri 


5 


co o 
oô !>. 


o 
o 


Ci !>. 

ôo' 




t^ q^ 
r^cri 


o 




c 

cd 

3 


2 


Oi 


C'-^ \^ 


oc^ 


cy> 


vO - 


00 




es 


vn o 




t-^iO 


co 




•— 


00 ts.|»^ 


00 r^ 


o^ 


C-vO 


co 


o 


O 


t>- 


00 


O^ t>. 


t>. 






à> 1 6 


-^ — 


o 


l-> .- 


co 


^ 


„ 


^ 


^_ 


H- 


CI 




O 


?^ 




















1 




-O 






~ in o 


cr^^ co 


(y'-'^o 


in 


o CT> 


vn 


'^ \ri \0 


o 00 


Tf 




*t3 




OO OO 


O 


O O 


— 


O^'-O 


•sO 


-eri 


vn 


C^Tf 


■_ 


es co 


^0 




O» 




H^ 


vn o 


es 


— vn 


o 


o 00 


O^ 


OO 


vn 


l^Tf 


Ci 


T^fvn 


O. 




?r? 


Oi 


00 CI 


^ 


es t>. 


o^ 


00 OO 


o 


00 Tf 


co 


►^ H- 


CO 


r^ -- 


00 




C/5 


►3î 


— t^ 


m 


OQO 


00 


Cf. r^ 




— Ci 


Tf 


t^vn 


CI 


t^vn 


Ci 




a> 


'^ 




<o U-) 




O vn 


vn 


es O 


co 


vn 


vn 


00 


a> 


vnoo 


Tf 










Lci es* 


co 


co M 


vn 


« ':'-■ 


Tf 










— 


es 








>o Tf a% 


O Tf 


Tf 


O es 


00 


H^ 


^ 


vn O 


vn 


— 00 


CT. 


(-. 




l>>0 


r^ 




es 


O Tl- 


Tf 


es 


es 


vn a> 


Tf 


co m 


OO 






1 


« OO 


o-. 


q - 


c^ 


00 vn 


co 


co 


co 


Tf TT 


a> 


a>oc 


r^ 




a> 


S 


«ooo 


•rj" 


- t>. 


OÔ 


l>s'0 


Tf 


es "^ 


c^ 


Tf r^. 


•-I 


-o 


OO 




Vi 


^^î 


Tj- 


co CI 


vn 


r-.o 


Tf 


O 


o 


o m 


es 


Ci — 


co 




C 




*"■ 


O^ 


o -- 


t^ 


vn 00 


Tf 






O 


l^ 


OO es 


O 








«ri — 


Tj- 


— cri 


Tf 


— 


es 












^ 


Ci 




00 O 00 


«.O es 


OO 


« 00 


CT> 


^ 


_ 


vn o^ Tf 


- a> O 1 




a^« 


O 


00 t:^ 


vn 


vn o 




es 


es 


HH O 


Ci 


a>Tf 


Tf 






a 


o^ r^ 


t^ 


es Tf 


r^ 


Tfvn 


O 


s« 


O. 


c^o 


<y> 


es 00 




O) 


c:S 




— « 


er> 


t^vn 


es 


Cr> es 


es 


t^ 


Tl- Ci 


o 


es c* 


CO 




F 




c^ cri 


lO 


O es 


o^ 


00 - 


O 






o Oi 


cr. 


o^o 


vn 


o 








00 t-> 


»o 


<o co 


a> 


Tf ~ 


O 


Ci 


Ci 


co 


co 


00 Tf 


co 


Cï 


<v 






es 


eo 


« — 


Ci 


^ 


— 












— 


^ 


-o 






r^ o 


r-N. 


CTirO 


c< 


vn o 


_ 


Ci O es 1 


O OO OO 


TfCO 


r^ 








OO OO 


O 


00 O^ 


00 


<0 CO 


o 


00 r^ 


m 


OO Tf 


es 


t>> o^ 


^o 




c 
v 

c 




o 


OO 


o 


O^ et 
r^od 


o 


Ci o^ 
es* Tf 


es 


co es 

oô c^ 


O 
vn 


es co 
vri c^ 


O 
Ci 


— vn 


co 

o 


o 

c 




00 c^ 




co !>> 




es co 


vn 


Tf 


vn 


O Tf 


^ 


- o 


r^ 


c 






cr> vr> 


a. 


TT Tf 


C^ 


c^vn 


es 






O ^ 


r^ 


- O 




Ci 


a> 






cri 


PO 


cî — 


co 


es 


co 






— 


H^ 


— es 


co 


CJ 


> 
O 
u. 






i-I u, 


C U. ' 


ul fZ 






t-^ u 






CLCL iS 


o o 15 


ais 


aas 


aas 


aas 


n- 


O. 






cucx, s 


Cl 


Crt 






c X o 


c fKi o 


c X O 


èë^ 


ë&^ 


ScSh 








(3 
5^ 


3 v) 






: 


o: 


• 


• 




•< 


t<5 


ïl 






w 
u 


w 
z. 

o 


o 

o 
5 


o 
w 


en 


UU15 






--; 


O 


f^ 


j 


J 


H 










« 


z 


w 


u 


J 


D 










[x. 


< 


CxJ 


û3 


<: 


.<* 




3 






O 
O 



il 






en 






U-) 



00 
00 



o 






•y. 



o 



o 

es 2 



00 <^ 



"oT 






es 






o 

o c< 

00 t-^ 



oc o 
"1 oô 






00 o 



C4 o 



en : 



H- OO 



a. 

si 
.<3 






o 



s; 

.o 



co o 



O ^ 

en • 



OO o 



00 



.-, en 



«.o ^ 

en '^ 

en 



en 

en oo 



- a-. 



§.5 






00 

oo 
00 en 



U-5 

OO o 



oo o 



o 
es 

0~' eo 
O 



vO 
00 ro 

2 d 

co 



c^ oo 

00 • 






u-> 

es >J~» 

^^ 
eo 






^ q 

o-, r^ 

o 

co 



00 ,^' 



vjO co 

OO 

co 






OO 

o 



00 
es 



O 

Cl 



^ O 
co 



^ 



o2R 



o o 



vO 



O o 



00 vn 
eô 



O 
es ^ 
O *^ 
■- co 



00 



vo o 

Tj- co 

-, o 

oo 






£-4 



en 

en 



co 
Q> es 



co 

o 



es 

O 00 



00 

00 ^n 
co 



c» 

o ?' 

^ d 
00 



o 

00 2 

o 



es 
es « 



I 



2 S) 

o o 
2: H 



< 
a; 





i = 

o o 




• 


- 1 

C G 



Ci 

w 

> 




274 



TANGER ET SA ZONE 



Mouvement Le mouvemenl de la navigation n'est presque jamais 

de la interrompu à Tanger. Il n'y a dans toute l'année que 

navigation. six jours de barre et quatre jours de mer démontée : deux 
ou trois jours par an, par vent d'est ou grosse houle 
d'ouest, les bateaux ne peuvent pas tenir sur leurs ancres 
et sont obligés de gagner le large. Enfin, vingt-cinq jours 
. par an, les opérations d'embarquement et de débarquement 
sont retardées de quelques heures par vent d'est. 

Le tableau de la page 278 donne, pour les années igoS- 
1918, le mouvement de la navigation par pavillons, en 
droiture avec les divers pays et au cabotage (entrées). 

Le Môle. Une jetée a été construite à Tanger en vertu d'un accord 

antérieur à l'acte d'Algésiras. La concession des travaux a 
été faite à l'Allemand Renschausen moyennant le verse- 
ment par le iMakhzen de la somme de 175.000 francs. La 
jetée a été achevée en 1908; elle a 840 mètres de lon- 
gueur. 

Partant du pied de Bordj Dar el-Baroud, elle suit 
d'abord le tracé de l'ancien môle anglais, puis oblique vers 
le sud-est, c'est-à-dire vers l'intérieur de la rade; elle porte 
un phare à son extrémité. 

L'espace compris entre cette jetée et les magasins actuels 
de la douane constitue un petit port, où sont mouillées les 
barcasses de Taconage. 



Le Wharf. Un wharf en bois, ou embarcadère, avait été construit 

vers 1882 par un Autrichien, qui en avait obtenu la conces- 
sion et l'exploitation et qui percevait un droit de péage. A 
l'expiration de la concession, ce wharf, qui était d'ailleurs 
en mauvais état, fut reconstruit. Le nouveau wharf, éga- 
lement en bois, menaçait de s'écrouler à son extrémité et 
des réparations importantes ont dû y être faites récemment. 
La longueur en a été diminuée et les piliers de bois ont été 
remplacés par des piliers en ciment armé. 



t^ 



^ 



v 






?>>.Vtr^e j6««^.,./^^ /^ 



-rioî' 



.tv ^,\; -;^ 






















VILLES ET TRIBUS. — VII. 



»9 



REGIME ECONOMIQUE 



275 



Matériel, — Le matériel de l'aconage se compose de 
25 embarcations (barcasses), d'un tonnage total de 
65o tonnes ; de 3 remorqueurs à vapeur (de 100 à i5o che- 
vaux chacun); de 4 grues à vapeur, dont la plus forte peut 
soulever 9 tonnes, et de 4 grues à main d'une force 
maxima de 5 tonnes. 



L'Aconage(i 



RECETTES ET TRAFIC DE l'aCONAGE DE IQlS A IQIQ 



nnée 


i9i3: 


Recettes en P 


— 


1914: 


— 


— 


1915 : 


— 


— 


1916 : 


— 


— 


1917: 


— 


— 


1918. 


— 


— 


1919: 


— 



1.048.218,45 
912.899,21 
705.162,24 

578.063,39 

658.258,72 
644.056,05 
698.535,41 



Années I9i3: Tonnes manipulées: kg. 

— 1914 

— 1915 

— 1916 

— ^917 

— 1918 

— luiq 



II 1.757.968 
87.345.524 
62.794.789 
50.007.382 
51.696.752 
53.921.783 
49.948.285 



Taxes. — Les taxes d'aconage sont perçues en monnaie 
hasani et varient de 4 P. H. 5o à 20 P. H. la tonne. De- 
puis mars 1920, elles sont majorées d'une surtaxe de 
2 P. H. 5o par tonne, quelle que soit la nature de la mar- 
chandise. Les recettes sont d'environ 12 P. H. par tonne 



(i) Les renseignements relatifs à l'aconage ont été bienveillarament donnés 
par M. Jaurand, capitaine au long cours de la marine marchande française, 
faisant fonction de capitaine du port. 



276 TANGER ET SA ZONE • 

manipulée. Elles étaient fixées anciennement par unaccord 
entre les commerçants et les bahriya, sous les auspices du 
Naïb du sultan. 

Personnel. — Les opérations de Taconage sont exécutées 
sous le contrôle d'un capitaine au long cours français 
et la direction d'un Reïs, le Hadj Abdallah Balga, par 
80 bahriya (ou matelots) commandés par un Khalifa, et 
i5o hammâla (portefaix) commandés par 4 ou 5 moqad- 
dems. 

Chaque barcasse est montée par 5 bahriya ; un reïs tient 
le gouvernail. 

Bahriya. — Les bahriya font partie du guich rifi et relè- 
vent en principe du pacha de Tanger, chef de ce guich; 
dans la hiérarchie makhzen ils se plaçaient au dernier rang, 
après les mokhaznis, les soldats et les artilleurs. Lors des 
solennités religieuses, ils faisaient partie de l'escorte qui 
accompagnait le pacha. 

Lasoidedesbahriyaétait, du moins au dix-neuvièmesiècle, 
prélevée sur les recettes de Taconage; à la fête de l'Achour 
ils recevaient du Makhzen une étrenne de 5o pesetas et un 
vêtement. Leur solde actuelle est d'environ 12 fr. 40 par 
jour; chaque bahri reçoit 6 fr. 25 par journée de présence, 
auxquels s'ajoute une gratification mensuelle de5o francs, 
payables par quinzaine; en outre l'équipage de chaque 
barcasse reçoit 20 francs par voyage. La solde est établie en 
francs depuis le 5 novembre 1920. 

Les bahriya étaient choisis exclusivement dans la tribu 
des Fahçiya. La création de ce corps remonte vraisembla- 
blement à l'année 1778. On se souvient (i) qu'à cette daie 
le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, voulant déve- 
lopper sa flotte, avait fait inscrire sur les contrôles 600 Aït 

(1) CL supra p. gS. 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 2/7 

Atta et 400 Abid du Tafîlalet et leur avait donné une ving- 
taine de bateaux destinés à la course. L'essai n'eut pas de 
suite et les i.ooo hommes furent licenciés deux mois après 
leur arrivée à Tanger. 

La tradition conservée par les bahriya actuels de Tange 
veut qu'ils n'aient jamais fourni d'équipages à des bateaux 
de course, à l'encontre des bahriya de Rabat et autres ports 
de l'Atlantique. Leur rôle, plus modeste, consistait à 
amener à terre les marchandises des bateaux mouillés 
en rade et à les « porter sur le dos » jusque devant les 
portes des magasins, et vice versa. Des portefaix juifs as- 
suraient la manutention des marchandises à partir de ces 
portes. 

L'organisation des bahriya n'a pas subi de modifications 
sensibles. Ils ne participent plus aux cérémonies officielles 
en compagnie des mokhaznis et des soldats du guich, ils 
ne reçoivent plus d'étrennes du Makhzen, mais ils conti- 
nuent à assurer comme par le passé leurs opérations d'em- 
barquement et de débarquement des marchandises; ils ne 
portent plus « sur le dos » et se contentent d'amener les 
marchandises à quai, où la manutention est assurée par 
des portefaix. 

Hammâla. — Devant le développement du trafic com- 
mercial le nombre des portefaix {hammâla) a été augmenté 
graduellement jusqu'à atteindre le nombre de i5o, effectif 
actuel. Les portefaix juifs ont disparu depuis une trentaine 
d'années et ont été remplacés par des musulmans; un grand 
nombre sont originaires du Sous. 

A rencontre des bahriya, les hammâla ne font pas partie 
du guich. Leur paye journalière est d'environ ii fr. 5o ; 
elle est établie sur la base suivante ; 

1° Une gratification mensuelle de 5o francs ; 

2^ 7 fr. 25 par journée de présence; 

3" Une prime de 2 francs par tonne manipulée. 



278 



TANGER ET SA ZONE 



Les hammâla passent pour être des hommes particu- 
lièrement pieux; ils abandonnent une partie de leur paye 
à des œuvres de bienfaisance, telles que secours aux fa- 
milles miséreuses, aux veuves de portefaix, etc. Ils mettent 
un point d'honneur à se montrer plus généreux que 
les bahriya. 

Les hammâla immolent un taureau chaque année, aux 
fêtes du Mouloud, sur la tombe de Sidi Mohammed El- 
Hadj Bou Araqia. Les bahriya font de même et, en outre, 
offrent le drapeau rouge, qui est hissé tous les vendredis 
sur la mosquée du saint. 

Santé. Le service de Santé, patronné par le Conseil sanitaire, 

fonctionne à Tanger comme dans les autres ports du Maroc. 
Il n'offre rien de particulier ; il dispose d'un canot auto- 
mobile acheté en Hollande en 191 3. 



Douane. Les magasins de la douane ne comprenaient autrefois 

que les bâtiments contigus aux casemates du Bordj 
Ech-Cherrat, entre ce bordj et celui de Dar El-Baroud. 
D'autres magasins ont été construits à une date assez 
récente, sur des terres-pleins gagnés sur la mer entre 
le môle et le wharf et entre le wharf et le Bordj El- 
Hadjoui. Un magasin a été réservé aux colis postaux au- 
dessous de Bab el-Marsa, à droite en venant de la Médina. 
Deux petits locaux ont été aménagés pour la visite des 
paquets divers arrivés à Tanger par les postes espagnole 
et française. 

A Tanger comme dans les autres ports du Maroc, les 
droits de douane sont de i2,5op. 100 ad valorem; 10 p. 100 
sont versés au Makhzen et c'est sur cette part que l'ad- 
ministration de la Dette marocaine prélève les intérêts des 
emprunts 1904 et 1910; 2,5o p. roo servent à alimenter la 
Caisse spéciale, créée par l'acte d'Algésiras pour les tra- 
vaux de voirie et la construction de routes. 



REGIME ECONOMIQUE 



279 



Un chantier de construction de barcasses se trouve près 
du môle, au pied de Dar El-Baroud. Des perfectionnements 
ayant été apportés dans l'outillage et les méthodes de travail 
par l'administration de la Dette, le chantier peut lancer 
des barcasses d'un assez fort tonnage. 

Un atelier a été créé à côté du chantier; son outillage 
moderne lui permet d'assurer la réparation des moteurs 
à pétrole ou à essence, les machines des remorqueurs, etc. 



Ateliers 
de la Dette. 



Les compagnies de navigation desservant Tanger sont les 
suivantes : 

Compagnie de navigation Paquet. Cette compagnie, 
la plus importante au point de vue du trafic des mar- 
chandises et du transport des voyageurs, assure des ser- 
vices réguliers entre Tanger et Marseille d'une part, 
Tanger et les ports de la côte marocaine atlantique 
d'autre part. Quelques bateaux font communiquer la ville 
avec Oran ; 

Compagnie générale transatlantique. Des bateaux de 
cette compagnie, venant entre autres de Nantes et de Bor- 
deaux, touchent Tanger régulièrement; 

Compagnie orano-marocaine , Ma^ella et C'« ; elle met 
Tanger en communication avec les ports marocains de 
l'Atlantique et les ports de l'Algérie ; 

Correos de Africa : service quotidien entre Tanger et 
Algésiras; 

Bland Line : service régulier entre Gibraltar, Tanger et 
Casablanca et vice versa; 

Franco British Commercial Company Limited; 

Pover Line; 

Compagnie de navigation mixte; 

Les Affréteurs Réunis (Blanc); 

Armement Adolf Dappe; (Anvers), Société d'études; 

Services de navigation côtière au Maroc (de Maindre- 
ville, armateur). 



Compagnies 
de navigatiovU 



28o 



TANGER ET SA ZONE 



Maisons et Les deux principales maisons de commerce de Tanger 

Compagnies sont les maisons Georges Braunschvig et Cohen frères ; 
de commerce, leurs opérations commerciales s'étendent d'une manière 
générale à tous les articles d'importation et d'exportation : 
soieries, grains, peaux, etc. ; elles ont des comptoirs dans 
presque toutes les villes du Maroc et à l'étranger; leur 
siège central est à Tanger. 

Au nombre des compagnies de commerce on peut citer : 

La Compagnie Marocaine; 

Franco-British Commercial Company Limited (Compa- 
gnie française de marine et de commerce; the Aolian Com- 
pany Limited) ; 

L'Union commerciale indo-chinoise et africaine, qui a 
remplacé la Société d'études et de commerce; 

Paris-Maroc (Magasins Modernes); 

La Industrial Orbea (quincaillerie, ferronnerie, etc.); 

Emilio Dahl (quincaillerie, ferronnerie, bois); 

Tangier Motor Company Limited (commerce d'automo- 
biles). 

Sociétés Les sociétés immobilières de Tanger ou représentées 

Immobilières, dans la ville sont : 

La Compagnie Marocaine; 
La Société immobilière au Maroc; 
La Société immobilière de Tanger; 
La Société immobilière du Marchan. Cette société est en 
voie de disparition, les immeubles qu'elle détenait ayant 
été vendus récemment au Hadj Tahami El-Glaoui, pacha 
de Marrakech. 



Sociétés L'industrie européenne porte principalement sur la mi- 

industrielles; noterie (moulins Sacase, Benasuli, Olcese et Benzaquen), 
industries les tabacs (usine du Monopole), la pêche et les conserves 
diverses. de poissons (Sardinerie), la production de lumière élec- 

trique (Compana Electra Hispano-Marroqui). 



REGIME ECONOMIQUE 



2»I 



Il faut y ajouter deux scieries (Emilie Dahi et Auberger), 
une fabrique de carreaux déciment (Arquis et Cie), une 
briqueterie (Arquis, d'Ayral et Cie), une tuilerie (So- 
ciété des tuileries de Tanger), une fabrique de savon mou 
(E. Bonnet). 

L'industrie hôtelière, très atteinte par la guerre euro- 
péenne, commence à reprendre son ancienne prospérité. 
Les principaux hôtels de Tanger sont : 

La Villa de France, la Villa Valentina, l'Hôtel Cecil, 
l'Hôtel Continental, le Restaurant Comte, etc. 

La ville compte g imprimeries, dont 2 anglaises, 3 es- 
pagnoles et 4 françaises. Ce sont : les imprimeries John 
Gonzalez et Abrinez ; les imprimeries Santiago-Otero et 
Lugaro et celle du Porvenir ; l'Imprimerie artistique, 
l'imprimerie Benaïoun, l'Imprimerie administrative et 
commerciale H. Tellier et l'Imprimerie marocaine. 



Une société française de pêche et de commerce a été 
constituée à Tanger en 1906; elle s'est maintenue jusqu'en 
1912. De igiS à 1919 l'exploitation de la pêche a été reprise 
par la Société française d'alimentation la Mouna. Ces 
deux sociétés successives s'approvisionnaient presque en- 
tièrement sur le marché local; par suite de la raréfaction 
de la sardine elles ont fait de plus en plus porter l'exploita- 
tion sur la pêche et la mise en conserve des thons, bo 
nites, etc. En 1919, un groupement franco-portugais s'est 
substitué à la Société française d'alimentation la Mouna 
sous la raison sociale « Société générale de Pêcheries et 
Conserves au Maroc » ; elle a pour objet l'exploitation de 
la pêche à la madrague (thons, bonites, melvas, etc.). 



Sardinerie. 



Enfin d'autres sociétés s'occupent d'entreprises de bâti- Sociétés d'en- 
ment, d'agriculture, de transports, etc. Il convient de citer : treprises, etc. 

La Société France-Maroc, entreprise générale du bâ- 
ment; 



282 



TANGER ET SA ZONE 



Mauritania, société d'entreprises; 

Société française de culture et d'élevage; 

Espana Coloni^^adora, société espagnole de colonisation; 
entreprise de transports automobiles entre Tanger-Tetouan, 
Tanger-Larache-El Qçar, Tanger-Arzila. 

Lumière C'est en 1894 que la Compagnie Transatlantique espa- 

électrique. gnole établit à Tanger une usine de lumière électrique. 
Pendant plus de quinze ans la lumière n'était distribuée 
que dans les quartiers centraux. Il y a quelques années, 
une nouvelle usine a été construite à une certaine dis- 
tance de la ville, près de la rivière des Juifs, ce qui permet 
d'éclairer les quartiers suburbains. 

La compagnie porte maintenant le nom de Compania 
Electra Hispajxo-Marroqui. L'installation est assez primi- 
tive et la production électrique assez faible. Comme orga- 
nisation provisoire l'installation actuelle rend de véri- 
tables services en éclairant, outre les maisons, les rues et 
les routes. 

Téléphones. Le téléphone a été établi à Tanger en i883 par un Es- 

pagnol, Rotondo y Nicolau. 

Le siège de la société est à Madrid. 

Banques. Tanger ne comporte pas moins de 12 banques, dont une 

internationale : 

La Banque d'État du Maroc ; elle a son siège social dans 
la ville (i); 

La Société générale (française) ; 

La Compagnie algérienne (française); 

Le Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie (française); 

La Banque algéro-tunisienne (française) ; 

La Banque commerciale (française); 



(i) Sur la Banque d'État du Maroc, cf. supra pp. 229-230. 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 283 

La Société marseillaise de crédit industriel et commercial 
et de dépôts (française) ; 
Bank of British West Africa Limited (anglaise); 
Banco de Espana (espagnole) (i); 
Banque Théo Furth et Cie (privée, française); 
Banque Salvador Hassan (privée, portugaise); 
Banque iMoses Pariente (privée, anglaise). 

Le théâtre Cervantes a été bâti en igiB dans le quartier Salles 

desBrâmil; c'est l'un des monuments de ce genre les mieux de spectacles. 
établis du Maroc. 

Il faut citer encore le Casino Kursaal français et le 
Palmarium. 

Tanger possède deux Chambres de commerce, un comité Chambres de 
consultatif du commerce français et un comité suisse de commerce (2). 
commerce. 

La Chambre de commerce espagnole a été fondée il y a. 
plus de trente années; elle est présidée actuellement par 
M. Carillo de Albornoz, directeur de la Banque d'État du 
Maroc. Le commerce espagnol à Tanger, bien que floris- 
sant, ne compte qu'une seule grosse entreprise, Orbea et 
Cie (quincaillerie, ferronnerie, matériaux de construction, 
bois, fers, ciment, etc.) et il n'y a dans la ville qu'une seule 
banque espagnole. Banco de Espana (i). 

La Chambre de commerce britannique remonte à 1916 
et son premier président a été le qaïd Mac Lean ; ses mem- 
bres sont au nombre de 6 à 8. Il n'y a à Tanger qu'une 
seule banque anglaise, Bank of British West Africa Li- 
mited. 

Le Comité consultatif du commerce français a été créé 

(i) La Banque de Bilbaova ouvrir une agence à Tanger. 

(2) D'après une note obligeamment communiquée à la Section sociolo- 
gique par M. Mauiion, conseiller du commerce extérieur, vice-président du 
comité consultatif du commerce français. 



284 TANGER ET SA ZONE , 

le 12 septembre 1909, sous le patronage du ministre de 
France au Maroc, M. Regnault, avec l'approbation du mi- 
nistre du Commerce qui en a reconnu le caractère officiel. 
Il lui a été accordé une subvention annuelle, dont le mon- 
tant, d'abord fixé à 2.000 francs, s'élève maintenant à 4.000. 
Le comité consultatif du commerce français cherche de- 
puis deux ans à se faire constituer en Chambre de com- 
merce. Il comprend un président, deux vice-présidents, 
un secrétaire et un trésorier, faisant partie d'un conseil de 
i5 membres. Le consul de France, président d'honneur, 
assiste personnellement aux séances ou s'y fait repré- 
senter. 

Enfin Tanger compte 5 conseillers du commerce exté- 
rieur. 

Presse. La presse locale est représentée par deux journaux quo- 

tidiens paraissant Tun le matin {Dépêche Marocaijie), 
l'autre le soir {El-Porvenir), et par des journaux divers 
paraissant une ou deux fois par semaine. 

La Dépêche Marocaine a été fondée en 1906; elle est 
imprimée à l'Imprimerie Marocaine. 

El-Porvenir est dans sa vingt et unième année d'exis- 
tence; deux de ses colonnes sont occupées par le journal 
arabe El-Haqq. Il est imprimé à l'imprimerie du même 
nom. 

Les autres journaux de Tanger sont les suivants : 

El-Eco MauritanOy journal bi-hebdomadaire espagnol 
paraissant le mercredi et le samedi. C'est le plus ancien de 
tous les journaux de Tanger (3o« année) ; il sort de l'Impri- 
merie Lugaro ; 

El-Moghreb El-Aksa, journal hebdomadaire anglais 
paraissant le samedi (Imprimerie Abrinez) ; 

El-Heroui {El-Hourria^ la Liberté), écrit partie en 
langue arabe vulgaire, mais avec des caractères hébreux, 



REGIME ECONOMIQUE 

partie en français; sa fondation remonte a 4 ou 5 ans 
(Imprimerie Benaïoun); 

Et-Taraqqiy journal arabe fondé en janvier 19 16 et 
paraissant le mercredi et le samedi (Imprimerie Maro- 
caine). 

La Galette de Tanger paraît le samedi (Imprimerie Ar- 
tistique), VUnion des Travailleurs le jeudi (Imprimerie 
administrative et commerciale H. Tellier). La création de 
ces deux journaux remonte seulement à quelques mois. 
UAdelante, journal hebdomadaire espagnol, est encore 
de fondation plus récente (Imprimerie Santiago-Otero.) 




La main-d'œuvre est fournie par les indigènes, soit de 
la ville même et de ses environs, soit du Rif, et par 
les Espagnols. Le prix en est de 20 à 25 francs par jour. 
Les manœuvres reçoivent un salaire quotidien de 8 à 
10 francs. 

Ces prix, donnés ici en francs, sont le plus souvent éta- 
blis en pesetas espagnoles ou en pesetas hasanies, suivant 
l'a nationalité des travailleurs. 



Main- 
d'œuvre. 



Depuis de longues années, les monnaies usuelles pour 
les transactions à Tanger étaient la monnaie marocaine, 
dite hasani, le franc et la monnaie espagnole. 

La monnaie hasani était plus particulièrement employée 
pour les affaires avec les indigènes et pour tous les achats 
directs de leurs produits ; elle l'était rarement dans les tran- 
sactions entre européens. 

Avec l'ancienne valeur de l'argent, la monnaie hasani, 
qui n'était garantie par aucune réserve d'or, n'aurait dû 
valoir que son poids d'argent, c'est-à-dire la moitié de sa 
valeur fiduciaire. 

Cependant, la quantité de cette monnaie étant insuffi- 
sante pour les transactions, elle était demandée ; il résul- 
tait de cette demande qu'au lieu d'être vis-à-vis de la 



La Monnaie. 



286 TANGER ET SA ZONE 

monnaie française au cours de 200 p. 100, elle variait entre 
140 et 160 p. 100, c'est-à-dire que 100 francs valaient 140 
ou 160 pesetas hasani, selon les demandes plus ou moins 
grandes dont le hasani était l'objet. 

Ces variations de change permettaient un agiotage assez 
considérable sur le cours du hasani. 

La plus-value ascendante du métal argent, qui s'est pro- 
duite il y a quelques années, a naturellement modifié cet 
état de choses. La monnaie hasani a subi une hausse qui a 
encore été accentuée par la disparition du franc métal et 
son remplacement par le papier. 

Au mois de novembre 19 17 le hasani était au pair avec 
le franc; il y a été maintenu pendant plus d'un an par un 
dahir du sultan ; mais en octobre 19 19, il devenait néces- 
saire de laisser le hasani suivre son cours normal et il ne 
tardait pas à atteindre 200 p. 100 sur le franc et même 
davantage. 

Enfin, en exécution de la mesure prise par la Commis- 
sion interministérielle siégeant à Paris, un dahir du 
19 mars 1920 ordonnait la démonétisation immédiate du 
hasani et le rachat aux caisses publiques au cours de 
200 p. 100, jusqu'au 20 avril dans les localités pourvues 
d'un représentant du Trésor chérifien, jusqu'au 20 mai 
dans les autres. Le même dahir ordonnait également qu'à 
dater du 20 mars 1920 nul ne serait admis à stipuler un 
contrat de paiement en hasani. 

Un arrêté viziriel du i3 avril de la même année stipulait 
qu'à partir du 20 avril pour certaines localités et du 20 mai 
pour les autres, la circulation du hasani était interdite et 
que cette monnaie, si elle paraissait, serait saisie et rem- 
boursée en francs au pair. 

Aucune de ces mesures n'a été appliquée à Tanger, où 
le hasani continue à avoir cours au change moyen de 
160 p. 100 sur le franc, c'est-à-dire que 160 francs valent 
100 pesetas hasani. 



RÉGIME ÉCONOMIQUE 287 

Le franc, la monnaie espagnole et le hasani continuent 
donc à être les monnaies les plus courantes à Tanger, mais 
avec des cours de change tels que le franc perd actuelle 
ment près de la moitié de sa valeur. Cependant la monnaie 
hasani n'est plus acceptée dans les banques, mais seule- 
ment par les changeurs. 

La monnaie anglaise, qui ne circule pour ainsi dire pas, 
est l'objet d'importantes transactions en banque, pour les 
achats de marchandises en Angleterre. 



LE REGIME IMMOBILIER(^) 



Situation Sans remonter jusqu'aux principes de la propriété en 

immobilière. droit musulman et sans examiner la possibilité juridique 
pour les Européens d'accéder à cette propriété, on se rend 
compte, en étudiant particulièrement la question immo- 
bilière à Tanger et dans sa zone, qu'il y a contradiction 
entre le statut immobilier de cette région et l'article 60 de 
l'Acte d'Algésiras. 

Dès la première conquête musulmane, au premier siècle 
de l'hégire, le territoire de Tanger, soumis par la force 
des armes, a été rangé dans la catégorie des habous de la 
communauté musulmane, qui sont inaliénables et dont les 
occupants musulmans doivent payer un loyer qui est le 
Kharadj. 

Pendant les occupations portugaise et anglaise, le terri- 
toire de Tanger est devenu bledel-harb^ territoire de guerre, 



(1) Cf. Saurin (Daniel), le Régime foncier au Maroc. Tanger, 1907. 

— — la Propriété dans le droit musulman, particuliè- 

rement au Maroc. Tanger, 1908. 

Michaux-Bellaire et Aubin, le Régime immobilier au Maroc. Leroux, 
Paris, 1912. 

Amar (Emile), V Organisation de la propriété foncière au Maroc. Geuth- 
ner, Paris, 1913. 

Michaux-Bellaire, Revue du Monde musulman, vol. V, 486 ; VII, 365 : 
XI, 396 ; XIII, 197 et 487 ; XIV, 514 ; XV, 74 ; XXI, 4I. 

Michaux-Bellaire, Archives marocaines, vol. XVII, 161 ; XX, 92. 



LE RÉGIME IMMOBILIER 289 

ne pouvant être occupé pacifiquement par des musulmans 
qu'une fois reconquis par eux. Cette nouvelle conquête 
eut lieu en 1684, après le départ des Anglais; le territoire 
de Tanger redevint terre d'islam, mais terre reconquise sur 
les infidèles, c'est-à-dire qu'elle reprit son statut antérieur 
de terre de Kharadj, habous de la communauté musul- 
mane. 

En qualité d'administrateur de cette communauté, le 
sultan Moulay Ismaïl chargea le pacha Ali ben Abdallah 
Er-Rifi de constituer avec ses rifains le guich de Tanger et 
de partager entre eux le territoire du Fahç, avec les privi- 
lèges habituels des tribus militaires, dites tribus guich, 
c'est-à-dire qu'au lieu de payer en argent le droit de jouis- 
sance des terres, comme les tribus de naïba, les rifains du 
Fahç acquitteraient ce loyer en remplissant des obligations 
militaires. 

Le territoire de Tanger se trouvait donc doublement 
inaliénable, comme habous de la communauté musulmane 
et comme territoire guich. 

D'autre part, l'article 60 de l'acte d'Algésiras dit textuel- 
lement que : « Conformément au droit qui leur a été re- 
connu par l'article 11 de la convention de Madrid, les 
étrangers pourront acquérir des propriétés dans les ports 
ouverts au commerce et dans un rayon de 10 kilomètres 
autour de ces ports, sans que l'autorisation prévue par 
l'article 11 delà convention de Madrid soit désormais né- 
cessaire. » Les étrangers peuvent donc acheter librement 
sans autorisation préalable dans un rayon de 10 kilomètres 
autour de Tanger. Or, on vient de voir que les terres com- 
prises dans ce rayon sont doublement inaliénables. On se 
trouvait donc de fait en face de cette situation singulière, 
que les étrangers avaient bien le droit d'acheter, mais que 
les indigènes n'avaient pas le droit de vendre. Il eût été 
facile de prendre des mesures nettes de nature à sauve- 
garder les droits d'acquérir des européens, les droits des 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 20 



290 TANGER ET SA ZONE 

occupants et ceux du Makhzen lui-même et du Trésor. Au 
lieu de cela, on a préféré laisser les choses dans le vague et 
dans l'imprécis et le qadi qui, en vertu du même article 60 
de Tacte d'Algésiras, devait être spécialement désigné 
pour assurer la régularité des transmissions immobilières, 
ne Ta jamais été. 

Voici comment la propriété privée a été constituée dans 
le rayon de 10 kilomètres prévu par l'article 60 de Pacte 
d'Algésiras : 

L'occupant d'une parcelle fait faire un acte de notoriété 
appelé moulkiya, établissant qu'il occupe paisiblement cette 
parcelle depuis plus de dix ans. Pour obtenir l'autorisation 
d'établir le document, il faut trois déclarations: une du 
pacha, qui a trait évidemment au territoire guich, mais il 
n'en est pas fait mention; une de l'Amîn el-Moustafad, 
que la parcelle ne fait pas partie des biens dont il a l'ad- 
ministration ; une du Nadir, que la dite parcelle n'est pas 
habous. Cette moulkiya constitue un titre de propriété sur 
lequel la vente est consignée. 

De cette simplicité de l'établissement du droit de pro- 
priété et du principe même de la moulkiya, il ressort natu- 
rellement que la propriété n'existe que par une occupation 
effective et que la mutation de la propriété ne peut être 
connue que parla prise de possession effective parle nouvel 
acquéreur. Sans cette occupation de fait, rien n'empêche- 
rait de vendre la même parcelle à plusieurs acheteurs : 
c'est ce qui s'est produit dans des régions très voisines 
cependant de Tanger, où l'occupation de fait par un euro- 
péen est encore impossible ; par exemple dans la petite 
portion de l'Andjera comprise dans la zone de Tanger et 
qui ferme la baie à l'est. Il y a dans cette région, pour la 
même parcelle, plusieurs propriétaires inpariibus, de natio- 
nalités différentes, qui s'ignorent peut-être encore récipro- 
quement et il serait évidemment délicat de préjuger de la 
valeur réelle des documents parfaitement réguliers dans la 



LE REGIME IMMOBILIER 29 1 

forme, dont ils sont tous porteurs. Le fait s'est même pro- 
duit pour des parcelles du Fahç voisines de l'Andjera. 

Il arrive aussi que plusieurs moulkiyas chevauchent Tune 
sur l'autre et la question de limites finit souvent par se 
régler par des arrangements amiables. Il existe également 
certaines moulkiyas qui ne semblent s'appliquer exactement 
nulle part, ce qui permet de les appliquer un peu partout. 
Le principe d'après lequel une vente n'est valable que si le 
vendeur met son" acheteur en possession effective de la 
chose vendue, permettait d'éviter bien des difficultés ; mais 
le grand désir d'acheter pousse souvent, à Tanger comme 
ailleurs au Maroc, à acheter même du contentieux. 

Malgré toutes ses imperfections, l'instrument du régime 
immobilier de Tanger a fonctionné tant bien que mal et il 
fonctionne encore. Le temps, s'il n'efface pas les irrégula- 
rités de certaines origines, les fait oublier et le futur statut 
de Tanger n'aura plus qu'à consacrer une situation de fait, 
en inaugurant l'immatriculation qui assainira progressive- 
ment la propriété immobilière de Tanger en lui donnant 
une base définitive. 

Ainsi qu'on vient de le voir, le territoire guich de la Le Territoire 
zone de Tanger se compose de toutes les terres occupées Guich. 

par le guich er-rifi. 

Il sera parlé plus loin de l'inventaire des biens du 
Makhzen dressé sur l'ordre de Moulay Abdelaziz en igoS 
pour donner un gage à l'avance de lo millions de marks, 
demandée à la banque allemande Mendelsohn. Le dernier 
chapitre de cet inventaire est consacré aux terres du guich 
et il s'exprime ainsi : 

« Il faut ajouter les terres de labour du Fahç de Tanger, 
qui sont entre les mains du guich er-rifi, ainsi que les 
villages qui y sont construits dont les noms suivent (suit 
la liste des villages du Fahç). Ces terres de labour sont 
limitées par la mer du côté de Sidi Qasem (c'est-à-dire par 



292 TANGER ET SA ZONE 

rOcéan), par les Amer, par les Béni Meçaouar, lesOuadras 
et par TAndjera. » Plus loin les délégués déclarent qu'ils se 
sont consultés sur ce qu'il y avait à faire relativement aux 
terres de labour se trouvant entre les mains du guich er- 
rifi. Ces délégués se sont trouvés en face d'usurpations 
telles de la part de personnages influents, que leur embarras 
est visible et ils s'en sont tirés en décidant « que le meilleur 
moyen était d'indiquer ces terres en bloc, sans entrer dans 
les détails et sans indiquer explicitement les unes et non 
les autres, comme par exemple Charf el-Aqab, Boukhalf 
et d'autres terres qui sont inscrites au registre des Oumana, 
à cause de ce qui s'est produit que certaines de ces terres 
ont été l'objet d' appropriatioyxs privées et d'autres non. En 
réalité toutes ces terres de labour appartiennent au Makhzen : 
en effet les ancêtres du sultan y ont établi le guich er-rifî 
pour protéger la ville et ce guich ne possède que la jouis- 
sance uniquement. La forme de la déclaration des délégués 
prouve qu'ils n'ont pas eu à leur disposition le registre des 
biens du guich où la répartition du territoire du Fahç 
entre les gens du guich était indiquée et modifiée au fur 
et à mesure des décès et des remplacements. Ce registre 
existait encore il y a une trentaine d'années ; il a disparu. 
En un mot, tout en reconnaissant le principe de l'ina- 
liénabilité des terres guich, les délégués du sultan, pour 
des raisons quelconques, reculent devant une mise au 
point qui pouvait révéler toute une organisation de pillage 
méthodique. Cette dilapidation a donc commencé anté- 
rieurement à l'Acte d'Algésiras. On a vu déjà que par l'ar- 
ticle 60 de ce contrat diplomatique, le Makhzen renonce 
implicitement à ses droits sur le territoire guich de Tan- 
ger, au moins dans un rayon de 10 kilomètres autour de 
la ville; cela n'aurait pas dû consacrer les usurpations 
antérieures, surtout en dehors des 10 kilomètres; mais il 
semble que tout a été fait pour créer une situation que le 
manque non moins voulu de toute autorité efficace rend 



LE RÉGIME IMMOBILIER SçS 

tout à fait inextricable. D'ailleurs on sait que l'autorité du 
Makhzen se déclare aisément impuissante si on cherche 
à supprimer les abus qu'il peut commettre à Tabri de cette 
autorité. On en a vu de fréquents exemples un peu par- 
tout depuis que Ton cherche à utiliser l'autorité locale 
pour mettre un peu d'ordre dans le maquis administratif 
et financier du Maroc. 

Le résultat de l'autorisation d'acheter sans avoir modi- 
fié le statut immobilier de la région, sans avoir établi 
quels seraient les droits des occupants qui n'avaient que 
la jouissance, ni ceux du Makhzen propriétaire, a été que 
souvent l'occupant effectif a été frustré par de plus habiles 
ou de plus puissants et que le Makhzen en tant qu'admi- 
nistrateur de la communauté musulmane l'a été complè- 
tement. Une fois de plus l'intérêt général a été sacrifié à de 
nombreux intérêts particuliers, de telle sorte que la mise 
dans la circulation des biens inaliénables du guich, qui 
aurait dû être un élément de bien-être pour tous les 
occupants sans exception et une source de profits pour 
l'État, n'a obtenu ni l'un, ni l'autre de ces deux résultats. 

A Tanger, comme dans les autres villes du Maroc, les Les biens 
propriétés du Makhzen se composent d'abord des bâti- du Makhzen 
ments officiels des services administratifs, qui sont Makh- 
zen par essence dès leur origine, d'acquisitions et aussi de 
biens confisqués à des gouverneurs emprisonnés par ordre 
du sultan, ou à la mort de ces gouverneurs. Les biens du 
Makhzen les plus anciens datent de la rentrée des musul- 
mans dans la ville. Toutes les fortifications, tous les bâti- 
ments militaires, magasins, arsenaux, etc., ainsi que tous 
les immeubles qui servaient à Tadministration anglaise 
ont été certainement classés parmi les biens du Makhzen • 
la Qaçba, par exemple, dans son entier. 

De plus deux confiscations considérables qui sont des 
faits historiques ont dû augmenter notablement la quan- 



294 TANGER ET SA ZONE • 

tité des biens du Makhzen. C'est d'abord, en 1748, à la 
mon du pacha Ahmed ben Ali, tué à El-Qçar, la confis- 
cation de tous ses biens à Tanger par le sultan Moulay 
Abdallah qui est venu 3^ assister lui-même. Il fît faire l'in- 
ventaire de tous ses biens mobiliers et immobiliers, de ses 
esclaves, de son bétail, etc. ; Moulay Abdallah confisqua 
également les biens des qaïds qui étaient sous les ordres 
du pacha Ahmed ben Ali. 

En 1766, le sultan Mohammed ben Abdallah, après avoir 
fait emprisonner à Meknès le qaïd Abdeççadaq ben Ahmed 
Er-Rifi et les gens de sa famille qui l'avaient accompagné, 
alla lui-même à Tanger pour confisquer les biens d'Ab- 
deççadaq et transporta à Mehediya tous les rifains sauf 
i.5oo, auxquels il ajouta i.5oo Abids de Mehediya. 

Toutes ces confiscations avaient non seulement fait 
réintégrer dans les biens du Makhzen ce qui avait pu en 
être usurpé par les gouverneurs, par leurs familles et par 
leurs gens, mais y avaient même ajouté ce qui appartenait 
en propre aux fonctionnaires dépossédés. 

D'autre part, il arrivait que tout ou partie des biens 
confisqués par un souverain à un gouverneur était plus 
tard restitué aux héritiers de ce gouverneur par le succes- 
seur du souverain. C'est ainsi que Moulay Sliman autorisa 
vers 1800 la veuve et les héritiers du qaïd Abdeççadaq ben 
Ahmed, mort à Meknès dans la prison où il avait été 
enfermé par Sidi Mohammed ben Abdallah, à revendi- 
quer une partie des biens de ce qaïd, entre autres la moi- 
tié d'un four à la Saniat Yala, « la grande maison » et un 
jardin aux Souani ; mais ces revendications n'ont été auto- 
risées que pour permettre la vente des immeubles reven- 
diqués. 

A l'origine, les biens du Makhzen étaient administrés 
par les Oumana des douanes qui avaient la charge d'en 
tenir les registres. Plus tard leur administration fut confiée 
à l'Amîn el-Moustafad. 



LE RÉGIME IMMOBILIER 295 

Le 17 djoumada I de l'année i323 (20 juillet 1905), pen- 
dant l'ambassade Saint-René Taillandier à Fès, le sultan 
Moulay Abdelaziz, pour gager une avance de 10 millions 
de marks qu'il voulait se faire consentir par la banque 
allemande Mendelsohn, ordonnait par un dahir à ses repré- 
sentants à Tanger de faire un inventaire « de toutes les 
propriétés du Makhzen dans la ville de Tanger et autour 
de cette ville, constructions, jardins et terres de labour, 
loués, concédés moyennant loyer, ainsi que les construc- 
tions à 6 p. 100 et les propriétés données en jouissance, 
ainsi que les terres complètement abandonnées ». 

Le même dahir indiquait les fonctionnaires chargés de 
cet inventaire et précisait qu'il devait être rédigé par deux 
adoul. 

Conformément à ces ordres, les fonctionnaires désignés 
ont relevé tous les biens du Makhzen dans les registres de 
la douane et dans celui de l'Amîn el-Moustafad et ils ont 
le même jour commencé la reconnaissance des immeubles 
et la recherche de ceux qui étaient abandonnés. Ce travail 
a été terminé le i3 chaoual i323 (22 décembre 1905) et 
l'inventaire a été signé par deux adoul et légalisé par le 
qadi. Ce n'est donc pas une simple liste, mais un docu- 
ment authentique. 

La liste des biens qu'il contient est considérable et pou- 
vait constituer pour le Makhzen une véritable richesse. En 
dehors des terres de labour, la valeur de ces biens était 
estimée, il y a environ i5 ans, à plus de 18 millions de 
francs. En admettant une certaine exagération d'évaluation 
à l'époque, la plus-value acquise depuis par les immeubles 
permet de considérer cette appréciation comme très infé- 
rieure à la réalité actuelle. 

Le gage constitué par ces biens pour l'avance Mendel- 
sohn a été repris par l'administration de la Dette, qui a 
remboursé cette avance lors de l'emprunt de 1910. 

Depuis cette époque les biens du Makhzen ont continué 



296 TANGER ET SA ZONE 

à être administrés par i'Amîn el-Moustafad, mais sous le 
contrôle de l'administration de la Dette. 

Cette administration a eu parfois de grandes difficultés 
à défendre son gage et ses efforts ont été souvent impuis- 
sants à conserver au Makhzen la propriété de son bien. 

Il semblerait qu'en donnant en gage une partie de ses 
biens domaniaux, le Makhzen faisait un acte de faiblesse 
qui lui enlevait tout son prestige même vis-à-vis de ses 
propres agents. 11 serait long, délicat et inutile d'ailleurs de 
citer les cas nombreux où l'administration de la Dette était 
presque considérée comme faisant de l'arbitraire parce 
qu'elle cherchait à défendre une partie du gage qui lui 
était confié. 

En résumé les biens du Makhzen, usurpés par les uns 
et par les autres, ne correspondent certainement plus 
aujourd'hui à la liste dressée en igoS; la petite zone de 
Tanger, dont les ressources sont très médiocres, aurait pu 
trouver dans les biens domaniaux de son territoire une 
valeur utilisable dans l'intérêt général ; comme pour les 
biens du guich, ce sont quelques intérêts particuliers seuls 
qui en ont profité, sans grand profit pour la morale 
publique, ni pour les intérêts bien compris de la commu- 
nauté. 

Parmi les biens du Makhzen dont la situation doma- 
niale est incontestable et que les rédacteurs de l'acte de 
recensement ordonné par Moulay Abdelaziz ne font qu'in- 
diquer, il faut citer le grand adir de Gharf el-Aqab. 

On sait que le Makhzen avait dans plusieurs tribus des 
pâturages [adirs). Ceux de la région Nord-Ouest étaient 
administrés jusqu'au commencement du règne de Moulay 
Abdelaziz par les Oulad Ed-Daouïa (i). 

Les quatre principaux étaient : les adirs de Mechra El- 
Hadar et de Bghoura dans le Gharb, celui d'El-Mliha, dans 

(i) Cf. Archives marocaines, vol. XX : le Gharb, p. 192. 



LE RÉGIME IMMOBILIER * 297 

le Khlot, entre El-Qçar et Larache, et celui de Charf el- 
Aqab. 

Lorsque l'administration des adirs fut retirée aux Oulad 
Ed-Daouïa, elle fut confiée aux gouverneurs des tribus. 

D'après des documents datant du règne de Sidi Moham- 
med ben Abdallah en 1191 (J.-C. 1777), l'adir de Charf el- 
Aqab se trouve « dans un grand terrain entre les Da'da'ât 
et rOued Amharhar ». 

On sait que les biens habous sont constitués par des Les Habous 
donations, généralement testamentaires, en faveur d'une (i). 

mosquée, d'un sanctuaire, d'une institution pieuse. Il est 
inutile de reprendre ici l'origine des habous et leurs diffé- 
rentes catégories ; à de très rares exceptions près, tous les 
habous de Tanger sont constitués en faveur de la grande 
mosquée ou d'une zaouia. Comme partout au Maroc, les 
habous des mosquées de chaque quartier étaient adminis- 
trés par un nadir nommé par les notables de ce quartier ; 
chaque zaouia avait également son nadir particulier. De- 
puis le commencement du dix-neuvième siècle, les habous 
des mosquées sont administrés par des nadirs nommés par 
le Makhzen ; à Tanger, les habous de la zaouia Naciriya et 
ceux des Oulad El-Baqqal, sur leur demande, sont depuis 
un certain nombre d'années administrés également par le 
nadir officiel. Les autres zaouias ont conservé l'adminis- 
tration de leurs biens. En principe, l'administration de 
tous les habous, quels qu'ils soient, doit être soumise à la 
surveillance du qadi, comme toutes les institutions reli- 
gieuses. 

Dans la pratique, le qadi n'intervient que très rarement 
dans cette administration. 

Les habous sont inaliénables : ils ne peuvent être ni ven- 

(1) Cf. Al-Mountabassir, Les Habous de Tanger : Repue du Monde 
musulman, t. I, p. 325 ; — Michaux-Bellaire, Les Habous de Tanger : 
Archives marocaines, yo\. XXII et XXHI. 



298 TANGER ET SA ZONE 

dus, ni donnés, ni être compris dans une succession ; mais 
ils peuvent être acquis par voie d'échange avec une autori- 
sation spéciale du sultan. Les habous actuels de Tanger 
ne datent évidemment que de la fin du dix-septième siècle, 
après la rentrée des musulmans dans la ville. La première 
constitution en habous est celle faite par le pacha Ali ben 
Abdallah, sur l'ordre de Moulay Ismaïl, aussitôt après la 
reprise de Tanger. Cette constitution était faite en faveur 
de la grande mosquée et comprenait toutes les terres de 
labour depuis les Souani jusqu'au torrent de Bahreïn, à la 
rivière des Juifs et jusqu'au chemin qui conduit à 'Aouama. 
On peut encore retrouver les limites de ce terrain, mais 
il y a de longues années que la constitution en habous a 
été oubliée et que les terres ont été vendues et revendues. 
Il en est d'ailleurs ainsi d'un grand nombre de biens 
habous de Tanger. Que l'on n'ait pas hésité à battre 
monnaie des biens du Makhzen au détriment de l'État on 
peut jusqu'à un certain point l'admettre dans un pays où 
les fonctions officielles, mal rétribuées, ne sont considérées 
que comme un moyen d'abuser de la part d'autorité que 
l'on peut détenir ; mais que des musulmans, affichant 
même une certaine intolérance, ne reculent pas devant la 
violation du caractère religieux des biens habous, cela per- 
met de se faire une idée de la valeur réelle de la foi musul- 
mane de la plupart des habitants de Tanger. Ils cherchent 
une excuse dans la casuistique, en disant qu'il vaut mieux 
se partager entre musulmans les biens habous que de les 
laisser tomber entre les mains des chrétiens, qui ne man- 
queraient pas de s'en emparer. Il n'est pas besoin d'ajou- 
ter que, pour le partage, quelques individus privilégiés se 
constituent de leur propre chef les mandataires de la com- 
munauté. 

Les dilapidations remontent d'ailleurs à de longues an- 
nées et ont pris bien des formes ; abus du principe de la 
clef, qui est souvent devenu une propriété ; abus du prin- 



LE REGIME IMMOBILIER 299 

cipe de l'échange, qui a permis d'acquérir des habous bien 
placés en échange d'immeubles excentriques ; abus des 
contrats à long bail et des avances pour réparations, etc. ; 
bref tous les abus. Malgré cela le patrimoine des habous 
existe encore, quoique très diminué. Le nadir actuel, Si 
Mohammed Rekina, qui est négociant et a le sens des 
affaires, fait les plus méritoires efforts pour maintenir ce 
qui reste. Sa besogne est des plus ingrates et il ne peut cer- 
tainement pas toujours maintenir comme il le voudrait les 
droits d'une institution qui paraît avoir été, à Tanger, vo- 
lontairement sacrifiée depuis une quarantaine d'années. 



CONCESSIONS ET TRAVAUX 



i<* L'adduction d'eau potable. 



La question de l'approvisionnement de Tanger en eau a 
toujours dû être une préoccupation pour ses habitants. Le 
petit torrent d'Hasnona dans la vallée duquel la ville est 
construite a toujours en effet été insuffisant pour l'alimen- 
tation de la ville et les anciens occupants l'avaient d'ail- 
leurs utilisé pour en faire un égout. D'autre part, les quel- 
ques puits qui se trouvent dans les maisons ne donnent 
qu'une eau très calcaire qui n'est pas potable. 

On a vu que les Romains avaient amené dans la ville 
une partie des sources du Djebel el-Kebir au moyen d'un 
aqueduc qui franchissait la rivière des Juifs à la hauteur du 
plateau du Marchan. Cet aqueduc a été détruit par Ghaï- 
lan (i) ; on en voyait encore une arche il y a une tren- 
taine d'années ; il en reste à peine aujourd'hui un pan de 
muraille en ruine, du côté du Djebel. Sur le plateau du 
Marchan lui-même on peut encore à peu de profondeur 
retrouver les restes de la conduite qui devait amener l'eau 
à l'emplacement actuel de la Qaçba. Aux sources du Djebel 

{i) Cf. supra p. 66. 



CONCESSIONS ET TRAVAUX 3oi 

El-Kebir s'ajoutaient certainement les eaux du sommet du 
Marchan et des Dradeb : en effet, il y a quelques années, 
une ouverture pratiquée dans la conduite à la hauteur de 
l'Institut Pasteur servait, surtout en hiver, à l'écoulement 
des eaux; plus loin entre cet endroit et la Qaçba, la con- 
duite était détruite. L'eau amenée jusque-là se déversait 
sur le sol et formait un véritable marécage. Aujourd'hui 
encore, malgré les travaux de voirie, cet endroit révèle 
souvent par son humidité la présence d'une nappe d'eau. 

L'eau était encore amenée dans la ville de trois autres 
endroits: 

!<* Des jardins qui se trouvent au sommet de Hasnona 
(Saniat El-Hadjti, Jardin de Belgique). Les nappes d'eau 
qui formaient l'oued Hasnona avaient été en partie 
captées ; 

2'^ Des hauteurs qui dominent les Cefaçaf. On retrouve 
encore dans les jardins de Lalla Chafîa les vestiges des 
conduites qui dirigeaient l'eau sur la ville ; 

S»* Les Mâadi (les nappes d'eau), sur la route de Fès. 
Les cubes de maçonnerie qui servaient à capter ces nappes 
étaient encore visibles sur la route il y a quelques années : 
on en retrouve encore quelques-uns dans des jardins limi- 
trophes, mais la plupart ont été démolis. 

Les canalisations qui amenaient ces différentes nappes 
d'eau dans la ville, oij elles alimentaient de nombreuses 
fontaines et les chambres d'ablutions des mosquées, ont 
été détruites par les constructions nouvelles. Les fontaines 
sont aujourd'hui desséchées et on cherche à faire venir à 
grand frais l'eau de Charf el-Aqab. 

Il y a d'ailleurs près de quarante ans que les européens 
de Tanger se préoccupent de cette question de l'eau : elle 
est devenue de plus en plus urgente pour plusieurs raisons. 

D'abord la population européeune a augmenté ; ensuite 
les contructions nouvelles ont achevé de détruire les an- 
ciennes canalisations, de sorte que l'eau potable fait absolu- 



302 TANGER ET SA ZONE ^ 

ment défaut et n-ieme souvent, en été, l'eau d'une façon géné- 
rale. Les citernes, que Ton construit dans la plupart des 
maisons et qui donnent d'ailleurs une eau assez médiocre, 
sont elles-mêmes insuffisantes. 

Pour avoir une chasse d'eau dans les égouts des nouveaux 
quartiers de la ville, il a fallu avoir recours à l'eau de mer 
que l'on fait monter avec des machines élévatoires dans 
des réservoirs construits dans les parties hautes de ces 
nouveaux quartiers. 

Après plusieurs tentatives infructueuses de constitution 
de sociétés, la concession des eaux a été accordée par le 
gouvernement chérifîen à la Société marocaine de distri- 
bution d'eau, de ga!{ et d'électricité, le 3o septembre 191 8. 

Par l'acte de concession, le gouvernement chérifien con- 
cède à ladite société l'autorisation d'exécuter les travaux 
et installations d'adduction des eaux de Charf el-Aqab et 
de toutes autres eaux potables existant dans la zone défi- 
nie par l'article 7 de l'accord franco-espagnol du 2"] no- 
vembre 1912, ainsi que le droit exclusif d'exploiter ces 
eaux pour l'alimentation publique de la ville et du port 
de Tanger et éventuellement de la zone en question. 

Cette concession a été accordée moyennant certains 
engagements réciproques qui ont fait l'objet d'une conven- 
tion en plusieurs articles. 

Le bénéfice net de l'exploitation sera partagé, tous frais 
payés, entre le gouvernement chérifien et le concession- 
naire. 

A l'expiration de la concession, le 3i décembre 1990, le 
gouvernement chérifien sera subrogé à tous les droits du 
concessionnaire; il n'aura rien à payer à celui-ci, mais 
assurera le service des emprunts des trente dernières 
années et remboursera au concessionnaire les fonds de 
concours fournis par lui pendant la même période et ses 
amortis sur les comptes d'exploitation. 

D'autre part, à partir du i^"" janvier 1935, le gouverne- 



CONCESSIONS ET TRAVAUX 3o3 

ment chérifîen aura la facilité de racheter la concession à 
la date d'un premier janvier et après préavis d'un an au 
moins. Les conditions de ce rachat sont prévues dans 
l'article 9 de l'acte de concession. 

Il serait impossible de savoir dès maintenant à quel 
prix la compagnie pourra donner le mètre cube d'eau. 
L'augmentation du prix des matériaux et de la main-d'œuvre 
a forcément modifié les prévisions premières. 

Les captages des sources de Charf el-Aqab ont été exé- 
cutés il y a plusieurs années et la canalisation établie par 
la Société des eaux est en grande partie terminée. L'adduc- 
tion des eaux et sa mise à la disposition du public ne sau- 
raient donc tarder. 

Des mesures ont été prises pour ménager les droits des 
indigènes et faire profiter les pauvres de l'adduction de 
'l'eau. 

D'une part, le concessionnaire mettra gratuitement à la 
disposition des indigènes de Charf el-Aqab un volume 
d'eau quotidien, qui sera fixé par le gouvernement 
chérifien et qui ne sera pas inférieur à cinquante mètres 
cubes. 

Dans la ville, 70 bouches d'arrosage et d'incendie et 
i5 bornes-fontaines publiques seront établies. En outre 
les anciens porteurs d'eau professionnels {guerraba) seront 
admis à puiser à dix des bornes-fontaines qui seront dési- 
gnées ; ils auront à payer un droit de un franc par jour. 
La liste de ces porteurs sera établie et de nouveaux titu- 
laires n'étant plus admis, les porteurs d'eau disparaîtront 
par extinction. 

Il sera d'ailleurs toujours loisible à la corporation des 
guerraba de continuer d'aller puiser de l'eau ailleurs 
qu'aux bornes-fontaines de la Compagnie des eaux. 



304 TANGER ET SA ZONE 



2<* Chemin de fer Tanger-Fès. 

D'après la lettre annexe au traité franco-allemand du 
4 novembre 191 1 adressée par M. de Kiderlen, ministre 
d'État allemand, à M. Cambon, ambassadeur de France à 
Berlin, le gouvernement allemand « comptait que la mise 
en adjudication du chemin de fer Tanger-Fès ne serait 
primée par la mise en adjudication des travaux d'aucun 
autre chemin de fer marocain ». 

Sans doute, il ne reste plus rien aujourd'hui de ce désir 
du gouvernement allemand auquel la France avait accédé; 
mais le 27 novembre 1912 un protocole était conclu à 
Madrid entre la France et l'Espagne, d'après lequel, art. i" : 
« Dans un délai de trois mois à compter de la signature de 
la présente convention, les deux gouvernements de France 
et d'Espagne détermineront dans leurs zones respectives le 
tracé général de la ligne du chemin de fer Tanger à Fès et 
ses stations principales. » 

D'après l'article 2 du même protocole du 27 novembre 
la ligne doit être concédée à une compagnie unique. La 
concession sera accordée : pour la partie située en zone 
française parle sultan sous l'autorité et avec la garantie de 
la France ; pour la partie située en zone espagnole, par le 
Khalifa sous l'autorité et avec la garantie de l'Espagne; pour 
la zone de Tanger, par les autorités qualifiées à cet effet et 
sous leur garantie. 

« Toutefois, dans le cas où les susdites autorités ne 
seraient pas définitivement constituées au moment où pour- 
ront être prononcées les concessions française et espagnole, 
les deux gouvernements contractants conviennent que la 
concession du tronçon Tanger et banlieue sera prononcée, 
sous leur garantie commune et après entente entre les 



CONXESSIONS ET TRAVAUX 3o5 

deux cabinets, par le sultan, pour être repassée ensuite, 
avec les droits et obligations qu'elle comporte, à l'autorité 
tangéroise. ^> 

Conformément à ce protocole, la concession du chemin 
de fer Tanger-Fès a été accordée, le i8 mars 1914, par une 
convention signée par le général Lyautey, commissaire 
résident général de la République française, pour la zone 
française, agissant au nom du sultan et du gouvernement 
français ; par le général Marina, haut commissaire de S. 
M. le roi d'Espagne, pour la zone espagnole ; et par Si 
Mohammed El-Guebbaç, grand vizir de S. M. le sultan du 
Maroc, pour la zone de Tanger. 

La concession est accordée à la « Compagnie franco- 
espagnole du chemin de fer de Tanger à Fès », constituée 
par la « Compagnie générale du Maroc » de Paris et par 
la « Compagnie espagnole d'Afrique » de Madrid. Le 
capital sera formé par des actions et des obligations dont 
60 p. 100 à la société française et 40 p. 100 à la société 
espagnole. Le directeur général sera français, le directeur 
adjoint espagnol. Le haut personnel, tant de la construc- 
tion que de l'exploitation, :sera pour 60 p. 100 français, pour 
40 p. 100 espagnol. Les agents d'exploitation seront exclu- 
sivement espagnols en zone espagnole ; ils seront pour 
moitié français et pour moitié espagnols dans la zone de 
Tanger, où pourront être admis également des agents d'une 
tierce nationalité. 

La concession est donnée pour une durée de quatre-vingt- 
cinq ans à compter du jour où cette concession aura reçu 
la double sanction d'une loi française et d'une loi espa- 
gnole. 

En outre, S. M, le sultan du Maroc concède pour la 
même durée auxdites sociétés, qui acceptent conjointe- 
ment et solidairement, les voies de quai destinées à des- 
servir le port de Tanger. 

Les statuts de la compagnie ont été approuvés par le 

VILLES ET TRIBUS, — VII. 21 



3o6 TANGER ET SA ZONE 

gouvernement français et par le gouvernement espagnol 
en juin 1916. La société, au capital de i5 millions de francs, 
a son siège social à Meknès, son administration centrale à 
Paris et un représentant attitré à Madrid. Les statuts ont 
été déposés au greffe du tribunal de Casablanca le 17 août 
1916. 

Les travaux sont assez avancés en zone française, sur la 
rive gauche du Sebou ; ils le sont moins sur la rive droite 
et ils sont à peine ébauchés dans la zone espagnole- 
La direction du Tanger-Fès est installée à Tanger. 
Les travaux de construction de la voie ferrée dans la 
zone de Tanger ont été adjugés à un entrepreneur français 
par la commission des adjudications et des marchés, le 
23 juin 1919. Les travaux ont été commencés il y a peu 
de temps. 

La société prendra fin le 3 1 décembre 2001, sauf dissolu- 
tion anticipée ou prorogation. 



3" Voirie. 

{Travaux exécutés par r Administration 
des Travaux Publics.) 

L'activité.des Travaux Publics s'est portée principalement 
sur la construction de routes, de rues et de bâtiments di- 
vers et sur rétablissement d'un réseau d'égouts. 



Routes. — Le réseau routier construit autour de la ville 
par cette administration a une longueur totale de plus de 
00 kilomètres, non compris le tronçon de la route Tanger- 
Rabat entre le souq el-barra et le pont de l'oued M'harhar. 

Outre ce tronçon, il comprend les routes et les rues sui- 
vantes : route de Djebila (2 km.), route de la Montagne 



CONCESSIONS ET TRAVAUX Soy 

(4 km.), route de San Francisco ou des Çfaçaf (2 km.), 
route de Boubana (2 km), prolongée par la route en cons- 
truction du Cap Spartel, route des Moudjahidin (o km. ySo), 
chemin du réservoir et embranchement (i km. 5oo), che- 
min de l'asile des pauvres (o km. 5oo), routes du Marchan 
et autour du Marchan (2 km.), Paseo Cenarro (o km. 5oo), 
rue du Télégraphe Anglais (o km. 5oo), rues conduisant 
du Marchan à la Qaçba (0 km. 760), routes conduisant de 
la route de la Montagne au Marchan (i km. 800), route de 
la légation d'Angleterre (o km. 600), chemin des légations 
(o km. 700), route du patio Schmidel (o km. 5oo), voies du 
lotissement Paquet (i km. 200), chemin des vignes (i km. 
260), boulevard de ceinture (routes de la télégraphie sans 
fil et des Souani : 4 km.), avenue du Collège-Français 
(i km.), chemin de l'Ecole Française (o km. 25o), route du 
Tabor Français (o km. 800), route France-Maroc (o km, 
700), boulevard Axial (2 km. 200), boulevard Front-de- 
Mer (i km.), rue de la Plage (o km. 400), voies du Grand 
Socco (o km. 25o), rue du Cimetière Juif (o km. 260), rue 
du Pétrole (o km. 3oo), route du Charf (o km. 3oo), route 
de l'Abattoir (i km. 800), route de la Station Sanitaire 
(i km.), routes diverses (2 km. 70). 

Ponts. — Aux travaux de routes il convient d'ajouter 
la construction ou la réfection de huit ponts : 

Pont de l'oued M'harhar, en béton armé, à la limite de 
la zone de Tanger et de la zone d'influence espagnole ; c'est 
à ce point qu'aboutit le tronçon tangérois de la route 
Tanger-Rabat ; 

Pont de l'oued Meghoura, à trois arches, près du Charf; 
ce pont, construit en 1917 sur les ruines d'un pont arabe 
datant de 1846 (H. 1262), est appelé improprement « pont 
des Portugais » ; 

Pont de l'oued es-Souani; 

Pont de la rivière des juifs; à une centaine de mètres 



3o8 TANGER ET SA ZONE 

au-dessous de ce pont se trouvait un pont de construction 
arabe dont il ne reste actuellement aucune trace (i) ; 

Pont de la route du Tabor de police extra-urbaine ; 

Pont de la route France-Maroc ; 

Pont de l'oued Bou Khalf, en ciment armé ; 

Pont des Gzennaïa, en ciment armé. 

Constructions et installations diverses. — La liste ci- 
dessous indique une série de constructions et installations 
diverses exécutées par les Travaux Publics: institut Pas- 
teur, poste de police du Grand Socco, postes-vigies, station 
sanitaire, collège français de garçons, collège français de 
filles, groupe scolaire de garçons et filles, distribution d'eau 
de mer et réservoirs, hangars et bâtiment pour les services 
du port et de la douane, bâtiment du feu du Charf, répara- 
tions aux bâtiments du phare du Cap Spartel, entretien 
des feux du port et. des bouées de la rade, cimetière euro- 
péen, restauration et aménagements divers à la Qaçba, 
murs de soutènement du cimetière juif, murs de clôture de 
la légation de France et de l'ancienne légation d'Alle- 
magne, boutiques du Grand Socco, urinoirs, bordj de po- 
lice du Chàrf el-Aqab, bâtiment des gardiens du Charf 
el-Aqab, restauration d'une partie du rempart O., de la 
tour des Irlandais et du rempart S.-E. , etc. 

Abattoir. — A cette liste, il convient d'ajouter l'Abattoir, 
construit en 1916-1917 au pied du Charf, au delà de la 
voie ferrée Tanger-Fès, sur les bords de l'Oued Meghoura. 
Il comprend un hall d'abatage entièrement outillé à la mo- 
derne, une écurie, un bâtiment pour la triperie et une 
maison d'habitation ; cet ensemble est clôturé par un mur 
et couvre une superficie de 26.000 mètres carrés. 



(i) Ne pas confondre avec les ruines de l'aqueduc romain, situées un peu 
plus bas. 



r 




i 










L'intérieur de l'abattoir. 

Phot. de la Section Sociologique. 



CONCESSIONS ET TRAVAUX BoQ 

È goûts. — Toutes les villes musulmanes, même les plus 
misérables sont pourvues d'égouts et même du tout à 
l'égout. L'ancienne ville de Tanger, c'est-à-dire la partie 
qui est encore aujourd'hui comprise dans les murailles, 
avait un égout collecteur et plusieurs réseaux d'égouts de 
quartiers qui s'y déversaient. On a vu que la ville de 
Tanger était construite dans la vallée du petit oued Has- 
nona. En entrant dans la ville du côté ouest, cette petite 
rivière canalisée et recouverte, devenait l'égout collecteur 
de la ville, qui allait tomber dans la mer près de la douane. 

Autant qu'il est possible de reconstituer l'ancien réseau 
des égouts, il semble que les égouts du S. de la ville, c'est- 
à-dire d'une partie du quartier des Béni Ider, ne se déver- 
saient pas dans l'égout collecteur de l'Oued Hasnona, 
mais qu'ils étaient dirigés dans la mer à la plage au moyen 
d'un petit torrent extérieur alimenté par les sources de 
Ain Bou Qtiout et Ain Bou Çaboun. Ce petit torrent, après 
avoir passé sous le pont qui, au haut du souq extérieur, 
conduit à la Villa de France, passait là où se trouve le 
jardin de la légation de France, puis sur le pont de la route 
de Fès, longeait l'abattoir juif puis traversait le jardin de 
Frasquito Sevillano, où se trouve aujourd'hui le théâtre 
Cervantes. 11 y a une trentaine d'annés, pour arriver à la 
petite maison qui subsiste encore derrière ce théâtre, on 
traversait le jardin de Frasquito Sevillano et on y fran- 
chissait ce torrent sur une passerelle de bois. C'est plus 
bas que ce torrent devenait un égout. Quoi qu'il en soit, 
depuis les constructions récentes il a disparu, comme 
d'ailleurs l'oued Hasnona, et les deux ponts qui subsistent 
semblent n'avoir plus de raison d'être. 

On qualifie généralement de « portugais » les anciens 
égouts de la ville ; il semble cependant très probable qu'ils 
sont antérieurs à l'occupation portugaise. Datent-ils de 
l'époque arabe ou de l'époque romaine, il serait difficile de 
le dire. Ce qui est certain, c'est que ces égouts sont cons- 



3 10 TANGER ET SA ZONE 

truils à grand appareil, qu'il est facile d'y circuler et qu'ils 
sont parfaitement appropriés à la situation de la ville au 
bas de pentes abruptes: leurs grandes dimensions leur per- 
mettent de supporter, sans être obstrués, les apports par- 
fois subits causés par les grandes pluies et par l'état encore 
très fruste des environs. Les lits des anciens torrents ont 
en etîet été plus ou moins comblés par des constructions, 
mais leur régime n'a pas été modifié, ni les eaux qui les 
alimentaient régulièrement détournées. Aussi les tentatives 
faites jusqu'à présent pour réduire à des proportions plus 
conformes aux procédés modernes les égouts de Tanger, 
n'ont-elles pas donné d'heureux résultats. On a vu par des 
pluies torrentielles les eaux rompre les obstacles insuffi- 
sants qu'on leur avait opposés, reprendre leur ancien cours, 
se précipiter brutalement dans les égouts et, ne trouvant 
plus le large émissaire d'autrefois, causer de sérieux dé- 
gâts. 

Les nouveaux quartiers extra-urbains ont été pourvus en 
partie d'un réseau d'égouts ; les chasses d'eau sont faites 
au moyen d'eau de mer amenée par des machines éléva- 
toires dans des bassins placés aux endroits les plus hauts, 
entre autres à la Qaçba et au plateau du Marchan ; les 
travaux de l'égout du quartier des légations, du boulevard 
de la Dette et du quartier de la plage sont en cours d'exé- 
cution. 

L'expérience concluante, que les égouts adoptés jusqu'ici 
sont insuffisants et mal adaptés aux besoins locaux, a dé- 
cidé le Comité des Travaux Publics à exécuter le pro- 
gramme des grands travaux arrêtés en 1918. 

L'exécution du programme commencera par la rue de la 
Plage, le port et le Paseo Cenarro (montée du Marchan). 
Les travaux prévus dans la rue de la Plage comprennent la 
construction d'un égout collecteur spécial qui ne sera pas 
relié avec l'ensemble des égouts existants. Ce collecteur 
sera d'un très grand volume de manière à permettre le 



CONCESSIONS ET TRAVAUX OU 

passage d'un amas considérable d'eau et de sable. Le 
nombre des bouches sera considérablement augmenté et 
les conduites aboutiront à une vaste chambre d'où l'eau 
sera chassée par un jeu de vannes qui servira en même 
temps à curer les collecteurs aboutissant au port. 

L'égout « portugais » de la rue de la plage sera réparé et 
sa valeur soumise à des épreuves décisives. 

L'égout « portugais » qui débouche dans le collecteur du 
port est en mauvais état ; mais en raison de sa très grande 
section il sera utilisé. Il sera réparé puis relié aux multiples 
égouts de la ville indigène qui seront eux-mêmes l'objet 
d'un curage attentif. Enfin il s'unira lui-même à un égout 
à grande section allant jusqu'au bas du Paseo Cenaro. Afin 
d'éviter que les eaux dévalant du plateau du Marchan ne 
viennent comme aujourd'hui obstruer les égouts de la 
ville, elles seront conduites directement vers la mer à tra- 
vers la falaise, par un collecteur spécial. Les bouches du 
Paseo Cenarro lui-même seront multipliées : ces bouches 
ont l'avantage de supprimer les mauvaises odeurs. Il res- 
tera à perfectionner, à dédoubler et à agrandir les multiples 
égouts desservant les rues. 



LA VIE RELIGIEUSE") 



Historique. Ce n'est guère que depuis la rentrée. des musulmans à 

Tanger, que Ton peut retrouver l'existence religieuse de la 
ville et de sa zone et les influences des Confréries et des 
Zaouias qui se sont exercées sur les populations. 

Cependant, on peut rapidement retracer les lignes princi- 
pales des événements qui constituent la vie religieuse de 
Tanger depuis que l'islam a pénétré au Maroc, c'est-à-dire 
depuis l'année 62 de l'hégire (J.-C. 681-82). 

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'islamisation de 
Tanger, ni sur la manière dont cette islamisation a été faite. 
Il semble bien, cependant, que ce n'est pas Oqba Ibn Nafi\ 
mais Mousa ben Noceir, qui, le premier, a imposé l'islam 
aux habitants de Tanger ; il leur donna pour gouverneur 
Tarik Ibn Ziyad et laissa dans la ville avec lui quelques 
arabes lettrés pour apprendre aux Berbères la langue arabe, 
le qoran et pour leur enseigner les devoirs de la religion 
musulmane. 

Les quatre rites orthodoxes n'existaient pas encore et 
les musulmans suivaient les règles des Compagnons du Pro- 
phète et de leurs successeurs immédiats. Plus tard, à Tanger 

(i) Cf. Archives marocaines, vol. I, pp. 100 et 1 19 : « Confréries et Zaouias 
de Tanger » — « Marabouts de Tanger », par G. Salmon. 



LA VIE RELIGIEUSE 3l3 

comme en Andalousie, ils se conformèrent au rite de Coufa, 
au rite ouzaTte et, plus tard, au rite hanifite ; enfin, sous 
les derniers Idrisites, au quatrième siècle, le rite Malikite 
apparut à Tanger et ne tarda pas à être le seul pratiqué 
dans tout le Maroc. 

Mais, au deuxième siècle, l'hérésie du kharidjisme, avec 
les doctrines des Rafidites, des Çoutrites, etc., pénétra à 
Tanger et dans sa région; il est même très probable que 
l'influence du schisme des Berghouata s'y est fait sentir. 
Lors de l'insurrection de Maïçara, le chef desÇoufrites Abd 
El-Ala Ibn Houdjaidj El-lfriqi, qui était d'origine chré- 
tienne et récemment converti, fut proclamé souverain de 
Tanger; puis Maiçara se proclama lui-même khalife et 
imposa aux populations la religion kharidjite : il fut assas- 
siné peu après. 

Il semble que ce n'est qu'au cinquième siècle (onzième 
J.-C.) à l'époque de Mouïz ben Badis Eç-Cinhadji, que la 
religion orthodoxe avec le rite malikite s'imposa définitive^ 
ment à Tanger. 

Les doctrines mystiques du Çoufisme, apportées d'Orient 
au Maghrib à la fin du cinquième siècle (onzième J.-C.) ont 
certainement été enseignées à Tanger; maison ne retrouve 
plus aujourd'hui aucune trace de cet enseignement; le seul 
souvenir bien vague qu'il ait laissé se trouve dans la tribu 
de l'Andjera : c'est un lieu de pèlerinage qui porte le nom 
deSidi 'Ali ben Hirzihim, vulgairement Harazim. Ce per- 
sonnage qui est enterré à Fès, où il est mort au sixième 
siècle (douzième J.-C.) professait les doctrines d'Abou'l- 
Hamid El-Ghazzali ; il a été un des professeurs de Sidi Bou 
Médian El-Ghaout, dont le tombeau à EFAbbad, près de 
Tlemcen, est bien connu. 

Le souvenir de ce personnage conservé dans l'Andjera, à 
quelques heures de Tanger, permet de supposer qu'il s'y 
sera arrêté pendant un voyage en Andalousie et que ses 
doctrines y ont été enseignées. Il ne faut pas oublier, d'ail- 



3 14 TANGER ET SA ZONE 

leurs, que le centre le plus important de renseignement çou- 
fîque dans le Nord marocain... se trouvait,... à la fin du 
sixième siècle... ou au commencement du septième (dou- 
zième et treizième siècles J.-C.),... à peu de distance de 
Tanger, au Djebel 'Alam, dans la tribu des Beni-Arous. C'est 
là, en effet, qu'habitait le fameux Chaikh mystique Moulay 
Abdessalam ben Mechîch dont l'enseignement procédait de 
Ghazzali par Bou Médian et par Ali ben Hirzihim et qui a 
enseigné lui-même leurs doctrines à son disciple Chadili. 

C'est donc des environs de Tanger qu'est parti le chadi- 
lisme, une des principales Tariqas de l'islam et dont pro- 
cèdent la plupart des Confréries marocaines. 

Sans doute, l'influence de Moulay Abdessalam ne semble 
pas avoir été de son vivant ce qu'elle est devenue quelques 
siècles plus tard, lorsque les doctrines de Chadili ont été 
exploitées, au quinzième siècle, par Mohammed ben Sliman 
El-Djazouli pour exciter les populations contre Tinvasion 
portugaise. 

En 1415, les Portugais s'emparaient de Ceuta ; en 1471, 
d'Arzila et de Tanger; d'Agadir en i5o8: un mouvement 
de guerre sainte a certainement dû se produire dans 
les environs de Tanger dès l'occupation de cette ville 
par les Portugais; ce mouvement devait même avoir com- 
mencé dès la prise de Ceuta, mais on n'en trouve pas 
trace avant l'arrivée dans la région des prédications de 
guerre sainte venues du sud, à la suite de l'enseignement 
Chadilite de Djazouli et de ses disciples et la création des 
zaouias. 

Dès le seizième siècle, on trouve la trace de ce mouve- 
ment de guerre sainte : d'après la Daouhat en-Nachîr, d'Ibn 
Askar, le père de l'auteur de cet ouvrage, Ali ben Miçbah, 
qui habitait Chefchaouen, était prisonnier des Portugais de 
Tanger dans la première moitié du seizième siècle; ce per- 
sonnage était en relations avec les Oulad El-Baqqal d'El- 
Haraïaq dans la tribu des Ghezaoua, avec les Oulad Ber- 



LA VIE RELIGIEUSE 3l5 

Raïsoun de Tazerout, dans la tribu des Beni-Arous. Plus 
tard on voit apparaître dans les combats les Oulad El-Miç- 
bah, Zenata originaires des Chaouia et qui avaient à El- 
Qçar et dans le Gharb plusieurs zaouias, entre autres celle 
de Da'da'a sur l'Oued M'da. Sidi Aïsaben El-Hasan, le fils 
du fondateur de cette zaouia, a été tué en 1 574 dans un com- 
bat près de l'Oued Amharhar, contre les Portugais de Tan- 
ger ; un autre Miçbahi^ Sidi El-Hasan, a son tombeau à 
Charf El-'Aqab. 

Vers la même époque, Moulay Boucheta, dont le tombeau 
se trouve dans la tribu des Fichtala, a passé, d'après le 
Moumatti' El-Asma, un certain temps avec les chrétiens à 
Tanger ou à Geuta. Il est certainement venu à Tanger : on 
y voit en effet, encore aujourd'hui, à l'angle N.-O. de la 
Qaçba, à gauche de la caserne du tabor de police n" 2, un 
sanctuaire qui porte le nom de Khaloua (retraite) de Moulay 
Boucheta. Il est probable que c'est près de là que Moulay 
Boucheta était logé pendant le temps qu'il a vécu à Tanger. 
Moulay Boucheta était le Chaikh de Sidi Mohammed El- 
Hadj El-Baqqal,fils de Sidi Allai El-Hadj d'El-Haraiaq,dans 
les Ghezaoua, et qui s'était révolté contre le sultan Saadien 
Mohammed Ech-Chaikh El-Mamoun, après que celui-ci 
eut cédé Larache aux Espagnols pour obtenir leur appui 
contre son frère Moulay Zidan. 

La présence à Tanger, comme prisonnier ou comme hôte 
des Portugais, de ce personnage qui touche de si près aux 
Oulad El-Baqqal qu'il est à tort considéré comme apparte- 
nant à cette famille, permet de croire que les Oulad El- 
Baqqal ont eux-mêmes pris part à la guerre sainte contre 
Tanger et qu'ils ont été également mêlés aux intrigues des 
différents sultans Saadiens avec les Turcs, les Espagnols 
et les Portugais eux-mêmes. 

La guerre sainte a été conduite également par Moham- 
med El-Ayyachi, disciple d'Abdallah ben Hassounde Salé, 
par les Marabouts de Dila et surtout par le Raïs Abou'l- 



3r6 TANGER ET SA ZONE . 

Abbas Ahmed El-Khadir ben Ali Ghaïlan (i), des Beni- 
Gorfet, dont le père était moqaddem de guerre sainte d'El- 
Ayyachi, de même que Qasem Chatt El-Andalousi, de la 
tribu de TAndjera, beau-père de Ghaïlan. Enfin, sous le 
règne des Pllala, après la mort de Ghaïlan, qui s'était lui- 
même allié aux Anglais de Tanger contre Moulay Rechid 
et contre Moulay Ismaïl, la guerre sainte a été menée par les 
Rifains commandés d'abord par Amar ben Haddou et plus 
tard par son cousin Ali ben Abdallah, qui entra à Tanger 
après le départ des Anglais en 1684. 

Les Oulad El-Baqqal, dont la zaouia principale à El 
Haraïaq au nord-est de la tribu des Ghezaoua est voisine 
des Ghomara du Rif, ont certainement contribué aux 
expéditions des Rifains contre Tanger et plusieurs mem- 
bres de cette famille ont dû entrer dans la ville abandonnée 
par les Anglais. C'est la seule explication du prestige con- 
sidérable dont cette famille jouit encore à Tanger et qui 
l'emporte sur celui de toutes les autres familles de Chorfa 
ou des descendants de chaikhs qui y habitent. On verra 
plus loin l'autorité considérable prise par le Chaikh des 
Derqaoua et par sa confrérie. Malgré cela les Oulad El- 
Baqqal sont toujours considérés comme les maîtres de la 
ville et comme ses protecteurs. Le patron de la ville, Sidi 
Mohammed El-Hadj, appartient aux Oulad El-Baqqal : on 
dit qu'il est le petit-fils de son homonyme tué parle sultan 
Saadien, Mohammed Ech-Chaikh El-Mamoun ; le peuple 
confond même ces deux personnages, quoique le premier 
soit mort vers 1610 et l'autre en 1718. La vénération des 
Tangérois pour le patron de leur ville est un véritable 
culte national. 

Il ne semble pas qu'il y ait jamais eu à Tanger ni 
zaouia, ni confrérie Baqqaliya; mais le tombeau de Sidi 



(i) Cf. Archives marocaines, vol. XVIII « Le Rais El Khadir Ghaïlan » 
par A. PÉRETiÉ. Cf. également supra, pp. 63-77. 




ZaOUÏA des aïs AOL a. 



LA VIE RELIGIEUSE 



3.7 



Mohammed El-Hadj est le lieu de pèlerinage journalier de 
Tanger et des environs et le nom de ce personnage est 
invoqué par les Tangérois dans toutes les circonstances. 

Par une coïncidence singulière, une gravure du Tanger 
portugais du seizième ou du dix-septième siècle indique, à' 
l'endroit occupé aujourd'hui par le sanctuaire de Sidi 
Mohammed El-Hadj, une qoubba entourée de palmiers, 
avec cette inscription : Ethiopum fanum hue fuit. Cela 
permet de croire qu'avant l'occupation portugaise, un mo- 
nument religieux se trouvait déjà à cet endroit et on peut 
trouver dans cette coïncidence la survivance d'une dévo- 
tion ancienne ; de plus, la petite élévation où est construit 
le tombeau de Sidi Mohammed El-Hadj est appelée 
Qoubbat Es-Salâtin, la coupole ou le dôme des sultans. 
Cette dénomination a trait évidemment à un monument 
depuis longtemps détruit et dont la tradition elle-même 
s'est perdue. 



Aïsaoua. — Cette zaouia se trouve au centre de la ville 
près de Djama El-Djadida et du Souq Ed-Dakhil; elle se 
distingue par un assez grand palmier. Elle est séparée de 
Djama El-Djadida par une rue et par une petite place sur 
laquelle se trouvent la porte de la mosquée et celle de la 
zaouia. 

La confrérie des Aïsaoua, fondée à Meknès par Sidi 
M'hammed ben Aïsa vers i5oo, compte à Tanger environ 
5o foqarade la ville; ils sont beaucoup plus nombreux dans 
le Fahç. 

Le moqaddem, Sidi Ahmed, est un descendant de Sidi 
M'hammed. ben Aïsa; il est venu habiter Tanger depuis 
l'établissement du protectorat, pour recueillir les Ziara 
(offrandes) et pour administrer les habous de la zaouia 
de Tanger pour le compte de la zaouia principale de 
Meknès; il est donc en même temps nadir et mo- 
qaddem. 



Les Zaouias 

et les 
Confréries. 



3l8 TANGER ET SA ZONE 

Hamadcha. — La Zaouia de Sidi Ali ben Hamdouch se 
trouve dans la rue qui porte son nom, parallèle à la mu- 
raille ouest de la ville et qui conduit de la rue de l'ancienne 
légation de France au quartier des Gzennaya. Moqaddem Si 
Mohammed Tarfous, avec environ cent foqara dans la 
ville et quelques-uns dans le Fahç; il administre les 
habous pour le compte de la zaouia principale qui est au 
Djebel Zerhoun, près de Meknès. 

Naciriya. — Leur Zaouia se trouve près de la Saqqaia 
Djadida; c'est une petite mosquée de Khotba, avec un mi- 
naret très bas. Il n'y a d'ailleurs plus de foqara de cette 
confrérie à Tanger et la petite mosquée dont il s'agit con- 
serve le nom de zaouia naciriya par simple souvenir. De- 
puis 1878, les habous assez nombreux de cette zaouia ont 
été incorporés à ceux qui sont administrés par le nadir 
officiel et leur registre a été recopié sur celui des habous de 
la grande mosquée. C'est donc le nadir nommé par le 
sultan qui est maintenant chargé de l'administration des 
habous des Naciriya et de l'entretien de la mosquée qui 
leur servait de zaouia. 

Kitianiya. — La première zaouia de ce nom a été fondée 
àFès vers i85o par Sidi Mohammed bel-Kebir El-K.ittani. 
Son petit-fils, qui portait le même nom que lui, a fondé 
la confrérie en 1890. Il a été mis à mort à Fès en 1908, 
sur l'ordre de Moulay Abdelhafîd. La zaouia de Tanger 
s'est installée à l'ancienne zaouia des « AhlTaqqit », vis-à- 
vis de la maison de Moulay Ahmed ben Abdessalam, chérif 
d'Ouezzan, près du quartier de Dar el-Baroud. Fermée 
après la mort de Sidi Mohammed bel-Kebir, elle a été rou- 
verte il y a quelques années. Une deuxième zaouia a été 
construite dernièrement au quartier suburbain de la 
Meçalla. Une centaine de foqara sont dirigés par Si El 
Hadi El-Ghazi, conseiller juridique de Dar En-Niaba, qui 



LA VIE RELIGIEUSE 3l9 

sans être effectivement moqaddem, est le véritable direc- 
teur de la confrérie. 

Tidjaniya. — Cette confrérie n'est pas originaire du 
Maroc et ne procède pas de l'enseignement de Djazouli; 
elle a été fondée en 1781 par Ahmed Tidjani à Aïn El- 
Mahdi au sud du Djebel Amour, dans le Sud algérien. 

Ahmed Tidjani, persécuté par les Turcs, s'est réfugié à 
Fèsen 1806; il y est mort en 181 5 et son tombeau est un 
centre religieux très important. La première zaouia de 
cette confrérie a été créée à Tanger il y a une trentaine 
d'années, par un indigène de Rabat, Si Zoubaïr, dans une 
maison de l'Oued Ahardan. 

Il y a quinze ans environ, Moulay Abdelaziz autorisa 
la confrérie à prendre possession de l'ancienne zaouia de 
Sidi Ech-Chaikh, inutilisée depuis longtemps et qui se 
trouve au-dessus de la Saqqaia Djedida, près du quartier 
des Gzennaya. Une autre zaouia est en construction au 
quartier desMaadi. Les Tidjaniya sont une centaine et ont 
pour moqaddem Si El-Arbi El-Arfaoui El-Boukhari, Kha- 
lifa du pacha. 

La confrérie Tidjaniya au Maroc est plutôt gouverne- 
mentale; elle se compose surtout de fonctionnaires du 
Makhzen, de lettrés et de négociants riches. 

Qadiriya, — Leur zaouia se trouve entre le Qaous 
Ahardan et le dherb du farran Djelloul. Sidi El-Hadj 
Ahmed, chérif Qadiri, venu d'El-Qcar et qui administrait 
la zaouia, est mort il y a une quinzaine d'années ne lais- 
sant qu'une veuve et des filles. La dernière survivante de 
ces filles, Lalla Moulât, administra à son tour la zaouia 
jusqu'àsa mort, survenue il y a un an. Le neveu de Sidi 
El-Hadj Ahmed, qui s'appelle Sidi Ahmed Oud Lalla 
Zohra, s'occupe actuellement de la zaouia; c'est lui qui 
touche les revenus des habous et les ziara. La veuve du 



320 TANGER ET SA ZONE • 

Chérif mort il y a quinze ans a continué à habiter la 
maison voisine de la zaouia; cette femme appartenait à la 
famille des Oulad el-Ghassal; elle avait été mariée en pre- 
mières noces au chérif d'Ouazzan Sidi El-Hadj Abdessalam; 
elle vient de mourir récemment. Les Qadiriya comptent 
plus de cent foqara dans la ville et un grand nombre dans 
le Fahç. Les quelques habous de la zaouia sont adminis- 
trés par le chérif venu de Rabat. 

Touhama. — Les Touhama d'Ouazzan ont une zaouia 
à Tanger, mais pas de confrérie, malgré la présence de 
deux fils de Sidi El-Hadj Abdessalam, Moulay Ali et 
Moulay Ahmed. On dit que Moulay Tayyeb lui-même, le 
petit-fils du fondateur de la confrérie d'Ouazzan, Moulay 
Abdallah Chérif, serait venu à Tanger et que c'est lui qui 
aurait fondé la zaouia qui s'y trouve. 

Moulay Tayyeb vivait sous le règne de Moulay Ab- 
dallah ben Ismaïl; il a même pris une certaine part dans 
la rébellion du pacha Ahmed ben Ali Er-Rifi contre ce 
sultan, en faveur de ses frères, Moulay El-Mostadi et 
Moulay Zaïn El-Abidin; il est donc possible qu'il soit venu 
à Tanger pour se rencontrer avec le pacha Ahmed et 
qu'il ait profité de ce voyage pour y créer une zaouia. 

Le premier chérif d'Ouazzan qui se soit installé à Tanger 
est le Hadj Abdessalam; il y était venu à plusieurs re- 
prises sous le règne de Sidi Mohammed ben Abderrahman, 
mais ne s'y est définitivement établi que sous le règne de 
Moulay El-Hasan. Il est mort à Tanger en 1892 et a été 
enterré dans la zaouia de Moulay Tayyeb qui se trouve au 
quartier des Béni ïder ; sa mère, Lalla Salama, veuve de 
Sidi El-Hadj El-Arbi, y avait déjà sa sépulture. Cette zaouia 
est un lieu de pèlerinage assez fréquenté. Les chorfa 
Moulay Ali et Moulay Ahmed y groupent quelques fidèles 
après la prière du vendredi pour y entendra la lecture des 
Dalaïl el-Khaïrat de Djazouli et, pendant la nuit du 26 au 



LA VIE RELIGIEUSE 321 

27 Ramadan, Lz/a^ el-Qadr, on y fait la récitation du Qoran 
tout entier, comme dans tous les sanctuaires et toutes les 
mosquées : les chorfa y font servir du couscous aux 
tolba. Le moqaddem est Si Abdallah ben Amar; les habous 
sont administrés par les Chorfa. ' 

Haddaoua. — La confrérie des Haddaoua a sa zaouia au 
Djebel Alam, au tombeau de Sidi Heddi, non loin de 
Moulay Abdessalam. On a raconté sur cette confrérie ces 
choses bien extraordinaires et il faut reconnaître qu'elle ne 
ressemble en rien aux autres confréries du Maroc. On ne 
sait pas exactement qui était Siddi Heddi, le fondateur de 
la confrérie, ni à quelle époque il vivait; cependant, 
malgré les légendes qui en font le contemporain de Moulay 
Abdessalam, il semble qu'il était contemporain de Moulay 
El-Arbi Ed-Derqaoui, qui est mort au commencement du 
dix-neuvième siècle. Les Haddaoua ont une discipline très 
sévère; ils ne se marient pas, accomplissent strictement 
toutes les obligations religieuses; ils se réunissent à la 
zaouia du Djebel Alam pour réciter leur dhikr, qui se 
compose des paroles suivantes : Bismillah oua billah; 
Allah oua el-Hamdoulillah ; la ilah illa Allah; Moham- 
med rasoul Allah. « Par le nom de Dieu et par Dieu; 
Dieu et louange à Dieu; il n'y a de divinité que Dieu; 
Mohammed est l'envoyé de Dieu. » Dans la zaouia égale- 
ment, ils fument de nombreuses pipes de kif. Le kif 
semble d'ailleurs jouer [un grand rôle dans cette confrérie 
et l'on conserve précieusement à la zaouia la pipe de Sidi 
Heddi. 

Il serait difficile de préciser le rôle des Haddaoua dans 
l'organisation religieuse du Maroc : ils partent de la zaouia 
du Djebel Alam par bandes de trois ou quatre, couverts de 
haillons, ayant pour tout bagage leur pipe, du kif, à^d 
tabac en feuilles, une planchette et un couteau pour hacher 
ce kif et ce tabac; souvent ils sont accompagnés d'un che- 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 22 



322 TANGER ET SA ZONE 

vreau qui les suit comme un chien. Ils ont dans les dif- 
férentes régions des centres de réunion : dans le Gharb, à 
Lalla Mimouna; à El-Qcar, à Sidi El-Hadj Ahmed Et- 
Tlemsani; à Tanger sous un olivier sauvage, au cimetière 
de Sidi Mohammed El-Hadj. Ils vivent toujours entre eux, 
sans se mêler aux autres musulmans, et demandent l'au- 
mône en récitant le dhirkr et en s'accompagnant sur un 
grand tambour. Leur tournée accomplie, ils rentrent à la 
zaouia du Djebel Alam. 

Sont-ce, comme on Ta pensé, des informateurs et des 
chercheurs de nouvelles ; sont-ce les émissaires d'une or- 
ganisation secrète, qui échappe encore aux investigations, 
ou simplement des gens dégoûtés de la vie et des hommes, 
heureux dans leur indépendance et dans leur pauvreté? Il 
serait difficile de le savoir et les enquêtes faites sur leur 
organisation et sur leur rôle ont seulement permis de sa- 
voir qu'il y avait parmi eux d'anciens fonctionnaires du 
xMakhzen et que deux fils du sultan Moulay Sliman avaient 
été Haddaoua. 

Ils avaient complètement disparu de Tanger pendant la 
guerre. Après la signature de la paix, ils sont revenus et 
se sont inquiétés de savoir quand le ministre d'Allemagne 
rentrerait. Qn leur faisait fréquemment l'aumône à la lé- 
gation d'Allemagne; c'est peut-être la seule raison de leur 
curiosité. 

Giienaoua. — Cette confrérie de nègres de Guinée n'a 
rien de musulman que le fait de s'être placée sous l'invo- 
cation de Sidi Blal EL-Habbachi, l'esclave et le mouedden 
du Prophète ; ils se placent également dans l'invocation 
de Moulay Abdelqader en lui attribuant les pouvoirs de 
Salomon sur les démons. Leurs pratiques consistent à con- 
jurer .les fâcheuses influences, en s'adressant aux divinités 
souterraines qui en disposent. Ils n'ont pas de zaouia à 
Tanger et se réunissent chez leur moqaddem qui habite 



LA VIE RELIGIEUSE 32 3 

actuellement au quartier des Dradeb. Aux fêtes musul- 
manes, ils parcourent les rues en frappant sur de grands 
tambours et vont donner une aubade auxChorfad'Ouezzan. 
Outre les cérémonies d'exorcismes et d'incantations qu'ils 
vont faire dans les maisons où ils sont appelés, ils ont une 
sorte de fête particulière au printemps, au moment où les 
fèves mûrissent ; on appelle cette fête Aïd el-foul, « la fête 
des fèves ». 

Les Guenaoua comptent une cinquantaine d'affiliés, 

Derqaoua. — Il y a à Tanger trois zaouias de Der- 
qaoua : la plus ancienne se trouve au quartier de Dar el- 
Baroud, dans une petite rue qui porte son nom, vis-à-vis 
du sanctuaire de Sidi Ali ben Daoud, près de l'hôtel Con- 
tinental. Cette zaouia était à l'origine une petite mosquée 
de quartier ; il y a une quarantaine d'années, un Amîn du 
sultan, le Hadj Mohammed Ez-Zouggari, affilié à la con- 
frérie derqaouia d'El-Harraq de Tétouan, réunit dans 
cette mosquée un certain nombre de foqara dont il se cons- 
titua le moqaddem. Sidi Mohammed El-Harraq, fondateur 
à Tétouan de cette confrérie, était disciple de Sidi El-Arbi 
Ed-Derqaoui de Bouberrih dans les Béni Zeroual ; il fut 
lui-même le chaikh de Sidi Ahmed ben 'Adjiba, qui fonda 
dans la tribu de l'Andjera, à Zimmidj, une importante 
zaouia derqaouia. 

11 y a une dizaine d'années, un chaikh derqaoui de la 
zaouia de Tazgan dans les Ghomara vint s'établir à Tan- 
ger ; il s'appelait Sidi El-Hadj Mohammed bel-Hadj Eç- 
Ciddiq ben Ahmed ben Abdelmoumen. Le Hadj Ahmed, 
son grand-père, avait été disciple de Moulay El-Arbi Ed- 
Derqaoui, comme Sidi Mohammed El-Harraq. Les deux 
zaouias de Tazgan en Ghomara et d'El-Harraq à Tétouan 
sont donc toutes deux des filiales de la grande Zaouia de 
Bouberrih ; mais elles ont fini par constituer des confré- 
ries indépendantes. 




324 TANGER ET SA ZONE 

La famille du Hadj Mohammed bel-Hadj Eç-Ciddiq e^t 
originaire d'Algérie et son premier ancêtre connu, qui s'ap- 
pelait Abdelmoumen, est enterré à Bider, dans la tribu de 
Msirda, du cercle de Maghnia. 

A son arrivée à Tanger, le Hadj Mohammed prit d'abord 
comme centre de son enseignement la petite zaouia d'El- 
Harraq. Plus tard, les Derqaoua riches ont élevé à leurs 
frais une nouvelle zaouia au bas de la montée de la Qaçba, 
à l'est de l'Oued Ahardan, et une maison d'habitation pour 
le chaikh. Une autre zaouia a été construite par les foqara 
au quartier de la Meçalla. 

La propagande des derqaoua ne s'exerce pas seulement 
sur les hommes. Tandis que le chaikh leur donne son 
ouerd dans sa zaouia, sa femme, qui appartient à la fa- 
mille des Oulad ben 'Adjiba, le donne aux femmes dans sa 
maison ; de plus la sœur du chaikh, mariée à Sidi Ahmed 
ben Mehdi ben 'Adjiba, a créé dans sa maison de la Qaçba 
une véritable zaouia derqaouia pour femmes. Un grand 
nombre de tangéroises ont pris le chapelet de l'ordre 
et se réunissent le vendredi dans la maison des Oulad 
Ben 'Adjiba à la Qaçba, pour réciter le hi^b et le dhikr 
du chaikh. 

Ce dhikr consiste à répéter plusieurs centaines de fois 
la première moitié de la profession de foi musulmane : la 
ilah ila Allah, « il n'y a de divinité que Dieu ». La répé- 
tition de plus en plus rapide de cette formule finit par 
causer aux fidèles, hommes ou femmes, qui la prononcent 
une sorte de frénésie qui se termine par une crise nerveuse 
ressemblant à de Tépilepsie. C'est ce que l'on appelle le 
hdly ce qui, dans la terminologie çoufique, signifie un état 
passager de communion de l'âme avec Dieu, par opposition 
au maqâm, qui désigne le degré le plus élevé où puisse 
atteindre 1 ame humaine, qui est l'état constant de com- 
munion, presque même de confusion avec Dieu. 

Par les femmes l'influence de la confrérie s'exerce direc- 



LA VIE RELIGIEUSE 



325 



tement sur les enfants et les prépare à subir plus facile- 
ment l'action des doctrines du chaikh. 

11 résulte de cet ensemble que les principes des Derqaoua 
ont pénétré très profondément la population de Tanger. 

On se trouve donc là en face d'une véritable organisa- 
tion religieuse et politique, qui rappelle un peu, dans une 
forme plus moderne, l'organisation des premières zaouias 
de Djazouli et de ses disciples. C'est une force dont il ne 
faut pas sans doute exagérer Timportance, mais dont il 
faut tenir compte. 

La zaouia derqaouia de Tanger a quelques propriétés ; 
c'est même la seule confrérie en faveur de laquelle les 
fidèles fassent encore des constitutions de habous. 



Les tombeaux de saints personnages actuellement véné- 
rés à Tanger sont postérieurs à la rentrée des musulmans 
dans cette ville et il ne reste plus rien des sanctuaires 
antérieurs aux occupations portugaise et anglaise, qui 
réunies ont duré plus de deux cents ans. 

On a vu cependant qu'une gravure de Tanger pendant 
l'occupation portugaise indique, au haut de l'emplacement 
actuel du grand souq qu'il se trouvait là, avant l'arrivée des 
Portugais, un temple des Éthiopiens, c'est-à-dire des abo- 
rigènes. On peut penser que le tombeau du patron de la 
ville, Sidi Mohammed El-Hadj El-Baqqal, est une survi- 
vance de cet ancien sanctuaire, dont personne d'ailleurs 
ne conserve plus le souvenir. 



Les 

Marabouts 

de la ville 

(hors les murs] 

(0. 



Sidi Mohammed el-Hadj el-Baqqal. — C'est le patron 
de Tanger ; son tombeau se trouve, ainsi que l'indique son 
testament écrit de sa main, dans un jardin qui lui appar- 
tenait, sis à la Qoubbat es-Salâtin, hors de la porte de 



(i) L'extension de la ville en dehors des murailles oblige à comprendre 
dans cette nomenclature des marabouts et des sanctuaires situés dans les 
régions suburbaines. 



320 TANGER ET SA ZONE 

Bab el-Fahç. Ce testament est du 20 djoumada II-1126 
(•3 juillet 1714) et Sidi xMohammed est mort en 1718. 

11 appartient à la famille des Oulad El-Baqqal, qui 
remonte à Sidi Allai El-Hadj El-Baqqal El-Medraceni El- 
Ghezaoui, le fondateur de la Zaouia d'El-Haraïaq dans la 
tribu des Ghezaoua et qui est mort en ibj'i. D'après la 
tradition, le patron de Tanger serait Tarrière-petit-fils de 
Sidi Allai et son grand-père serait un autre Sidi Moham- 
med El-Hadj avec lequel les gens du peuple le confondent; 
c'est celui qui vers 1610 a été tué par le sultan Mohammed 
Ech-Chaikh El-Mamoun. 

Les historiens sont muets sur le rôle joué par les Oulad 
El-Baqqal dans les luttes contre les chrétiens dans le Nord- 
Ouest marocain ; ce rôle cependant a été considérable et 
c'est à lui que les membres de cette famille doivent le pres- 
tige dont ils jouissent dans toute la région et particulière- 
ment à Tanger, où ils sont considérés comme le symbole 
de l'indépendance nationale. 

Le sanctuaire de Sidi Mohammed el-Hadj se composait 
à l'origine d'une simple haouch, qui entourait la sépulture 
du saint. 11 y a "une vingtaine d'années seulement, les 
fidèles lui ont élevé une grande qoubba entourée de six 
plus petites. Une mosquée a été construite ensuite, puis un 
minaret et la mosquée est devenue une des mosquées de 
Khoiba de Tanger. 

Sidi Mohammed Ei-Hadj est connu sous le nom de Bou 
'Araqia, l'homme à l'araqia, du nom d'un bonnet d'étoffe 
blanche qui se met sous 'le tarbouch de laine rouge pour 
l'empêcher de déteindre sur la tète. Comme les pèlerins 
qui s'embarquent pour la Mecque y vont en \iara avant 
leur départ, on l'appelle également Mesaïfat El-Hodjadj, 
«celui qui expédie les pèlerins ». A côté de son tombeau 
se trouve celui de son frère, Sidi El-Ghazouani ; on dit que 
ce dernier seul a laissé une descendance. 

Le sanctuaire de Sidi Mohammed El-Hadj est ouvert 



LA VIE RELIGIEUSE 3^7 

tous les jours aux pèlerins ; mais le vendredi est plus par- 
ticulièrement réservé aux i{iaras. 

Le mousem a lieu les septième et huitième jours après 
la fête du Mouloud, c'est-à-dire les 19 et 20 du mois de 
Rebi El-Aouel. Les familles de Tanger et des environs 
font circoncire habituellement leurs enfants le jour de 
Toctave du Mouloud et cette cérémonie s'accomplit à Sidi 
Mohammed El-Hadj. 

Sidi Bou 'Abid Et-Tandji. — Au nord-est de Sidi xMo- 
hammed El-Hadj et à peu de distance de ce sanctuaire, 
dont il est séparé par la route des Cefaçaf, aujourd'hui 
de San-Francisco, se trouvait, il y a quelques années, une 
tombe ignorée. Les gens du Sous, nombreux à Tanger, 
prétendirent que cette tombe était celle d'un chérif de leur 
pays, Bou 'Abid Es-Semlali Es-Sousi, de la descendance du 
fameux Sidi Ahmed ou Mousa du Tazeroualt. Une chapelle 
fut élevée sur le tombeau aux frais des gens du Sous et, les 
dons augmentant, la chapelle finit par devenir une mos- 
quée de Khotba avec un minaret élancé qui domine le 
Souq. De fait personne ne sait exactement qui est Sidi 
Bou 'Abid, ni quelle est la véritable raison de la construc- 
tion d'une mosquée sur un tombeau qui était resté si long- 
temps ignoré. 

Le Mrabet Sidi Ali Er-Rifi. — Cest un simple haouch 
vis-à-vis de Sidi Mohammed El-Hadj, à l'ouest, contre le 
mur du consulat d'Espagne. On suppose que c'est Tendroit 
où se tenait le pacha Ali ben Abdallah, lors de l'entrée à 
Tanger des troupes musulmanes après le départ des An- 
glais. 

Sidi El-Mokhfi (Monseigneur l'Inconnu). — C'est un 
marabout anonyme au milieu du grand souq ; il se com- 
pose d'une chambre et d'un patio découvert. On y dit les 



3^8 TANGER ET SA ZONE 

cinq prières obligatoires et une sorte de moqaddem y 
réunit des aumônes pour acheter de l'eau qu'il donne à 
boire aux pauvres H sabil Allah, dans la voie de Dieu. 
Autour de ce marabout se tiennent des tolba qui écrivent 
des amulettes. 



Sidi Amar Tahadjart. — Haouch en ruines au marché 
aux bœufs. On n'a aucun renseignement sur ce person- 
nage : ce doit être un moudjahid tué dans un combat contre 
hs Anglais ; son tombeau se trouve au milieu d'un ancien 
cimetière. 

Les Moudjahidin. — On prononce vulgairement Me- 
jahdin. C'est, comme son nom l'indique, un cimetière de 
combattants de guerre sainte, qui se trouve plus loin que 
le marché aux bœufs, sur un plateau qui domine Boubana. 
Plusieurs qoubbas aujourd'hui en ruines se dressaient au 
milieu de ce cimetière et il est devenu impossible de savoir 
en l'honneur de qui elles avaient été construites. Une seule 
est encore relativement conservée ; c'est celle qui est élevée 
sur le tombeau du pacha Ali ben Abdallah El-Hamami Et- 
Temsamani Er-Rifi. 

Sidi Ali El-Meçmoudi. — Au Djebel El-Kebir. Sans 
doute un moudjahid de la tribu des Meçmouda. Le tom- 
beau du saint est entouré de chambres qui permettent aux 
pèlerins d'y passer la nuit. C'est un lieu de pèlerinage très 
fréquenté par les femmes de Tanger qui y séjournent sou- 
vent plusieurs jours. Un jardin qui était attenant au sanc- 
tuaire a été en grande partie englobé par El-Hadj El-Mehdi 
El-Menebhi dans sa propriété. En échange il a augmenté 
les contructions du marabout. Il n'y a pas de mousem de 
Sidi Meçmoudi, mais le samedi est considéré comme le 
jour le plus favorable pour y aller en pèlerinage. 



.•.•-OGy;^^,. 



X 



C^ A rr 



XJ\ 






LA VIE RELIGIEUSE • " ^!iQ, '"—— -— -^ ^^^^ 

Sidi Amar El-Hadi. — Au-dessus du village de Djâma "^ 
el-Moqra', presqu'au sommet du Djebel El-Kebir. Non loin 
de là se trouve la source de Lalla Yannoû Er-Rijîya, où 
les femmes de Tanger vont laver leur linge. 

Sidi FA-Mokhtar El-Baqqali. — Entre le cimetière du 
Marchan et la mer. 

Sidi El-Moktar appartenait à la famille des Oulad El-Baq- 
qal. Il habitait une maison de la Qaçba qui appartient au 
Makhzen et qui fait incontestablement partie des cons- 
tructions du palais. Un de ses fils, Sidi Ahmed, l'habite 
encore aujourd'hui. 

Sidi El-Mokhtar a laissé une réputation de sainteté et 
son tombeau qui se trouve dans un jardin qui lui appar- 
tenait et qu'il a constitué en habous est un lieu de pèleri- 
nage. C'est là qu'aux fêtes musulmanes] les Aïsaoua, chassés 
petit à petit par la pénétration européenne, vont se réunir 
pour faire leurs exercices au bruit des iebbals et des ghaï- 
ias. Sidi Mokhtar est mort en 1888. 

Sidi Saïd. — Au cimetière du Marshan. Son tombeau 
est recouvert de tuiles. Sidi Saïd el-Filali, chérif de la 
famille impériale, a assassiné au petit Souq de Tanger, 
en i855,un commerçant français, Paul Rey, neveu et beau- 
frère de Daniel Colaço, alors consul général, plus tard 
ministre du Portugal au Maroc. Ben Abbou était alors 
pacha de Tanger. Sidi Saïd a été exécuté à Tanger sur 
l'ordre du Sultan Moulay Abderrahman. C'est le premier 
musulman mis à mort au Maroc pour avoir tué un chré- 
tien. On allume encore aujourd'hui de nombreuses bougies 
au tombeau de Sidi Saïd, considéré comme étant mort 
martyr [Chahid). 

A ces marabouts il faut ajouter des endroits consacrés 
par les croyances superstitieuses et qui sont de la part des 
femmes l'objet de pèlerinages et d'une sorte de dévotion 



33o TANGER ET SA ZONE 

particulière. On peut y retrouver des survivances païennes 
à peine déguisées sous des vocables musulmans (i). 

C'est ainsi que l'on trouve Lalla Chajîa dans un jardin 
de la route des Çfaçaf qui conduit au marché aux bœufs. 
Lalla Chafia, dont le nom peut être traduit par « la dame 
guérisseuse », est considérée comme une fille de Moulay 
Yaqoub ben Mançour, personnage légendaire dont on 
retrouve souvent le nom auprès des sources sulfureuses. 

Les femmes de Tanger font de fréquents pèlerinages à 
Lalla Chafîa ; c'est pour elles un but de promenade. 

Au bas du plateau du Marchan, au bord de la mer, on 
trouve Lalla Djemila et Sidi Mimoun. La première est une 
roche abordable à marée basse; le deuxième est un canon 
qui se trouvait au Bordj Bou 'Amaïr, non loin de cette 
roche. 11 y a un canon Sidi Mimoun dans presque tous les 
ports marocains et on lui prête les exploits. les plus extra- 
ordinaires contre les navires chrétiens. 

Plus à Test, au bas de la Qaçba, au bord de la mer, on 
voit Sidi Bou Qnadel et Sidi Hammou ; de l'autre côté de 
la ville, un rocher qui avance dans la mer, vis-à-vis de la 
rue de la Plage, porte le nom de Moulay Abdelqader : les 
femmes le blanchissaient à la chaux et allaient lui demander 
des enfants ; le pacha a depuis q.uelques années interdit 
ce pèlerinage, qui donnait en spectacle aux européens les 
baignades des femmes musulmanes autour du rocher. 

Enfin, à la montagne (Djebel El-Kebir), au-dessus de Sidi 
El-xMeçmoudi, se trouve une sorte de chambre à moitié 
ruinée connue sous le nom de Dar El-Hamra « la Maison 
Rouge ». C'est le temple d'un véritable culte des démons 
{djenoun). G. Salmon dans son étude sur les « Supersti- 
tions dans la Région de Tanger (2) » a donné sur ce culte 
des détails très intéressants. 



(i) Cf. Archives marocaines, vol. I, p. 262 ; « Les superstitions dans la 
Région d€ Tanger », par G. Salmon. 
(2) Ibid., pp. 269 et seq. 



LA VIE RELIGIEUSE 



33 1 



Sidi El'Hadj Abdessalam. — Le Chérif d'Ouezzan, Sidi 
El-Hadj Abdessalam bel Hadj El-Arbi, qui était le grand 
maître de la Maison d'Ouazzan depuis la fin du règne de 
Moulay Abderrahman, pendant tout le règne de Sidi Moham- 
riied, est mort à Tanger en 1892, sous le règne de Moulay 
El-Hasan,en revenant d'un voyage au Touat. Il a été enterré 
dans la zaouia de Moulay Tayyeb, au quartier des Béni Ider. 
Il avait reçu la protection officielle de la France en i883 et 
il était Grand Officier de la Légion d'Honneur. Son influence 
à Tanger et dans la tribu de l'Andjer'a était considérable. 
D'après la croyance populaire^ le corps de Sidi El-Hadj 
Abdessalam ne serait pas resté à Tanger ; il aurait été mira- 
culeusement transporté àOuazzan, où il serait enterré dans 
la tombe de son grand-père, Sidi Ali ben Ahmed. 

Sa mère Lalla Salamaest enterrée dans la même zaouia. 



Les 

Marabouts 

de la ville 

(dans les 

murs). 



Sidi 'Amar 'Alilech. — C'était un homme pieux, dont 
le nom était 'Amar ben 'Abdelkhalaq Er-Rifi ; dans des 
documents d'adoul le concernant, on lui donne la qualifi- 
cation de Qo^^qui sert à désigner le rang le plus élevé dans 
la terminologie çouhque. Il est mort il y a une soixantaine 
d'années et a été enterré dans la maison qu'il habitait au 
quartier des Béni Ider, contre les fortifications, derrière 
l'ancienne tour des Irlandais (Irish Tower). Ses héritiers ont 
constitué son bien en habous et ont fait construire une 
qoubba sur son tombeau. C'est aujourd'hui un marabout 
un peu perdu dans un quartier où il n'habite presque plus 
de musulmans. 



Sidi 'Ali ben Daoud. — Sous la voûte qui conduit de 
l'hôtel Continental à la petite place de Dar el-Baroud. D'après 
les uns il est Ouriaghli, et d'après les autres Amarti ; il y 
a eu d'ailleurs plusieurs saints personnages de ce nom : le 
plus illustre est Sidi 'Ali ben Daoud, qui a son tombeau dans 
la tribu de Mernisa. On dit qu'il était originaire du Sous. Jl 



332 TANGER ET SA ZONE 

était disciple de Moulay Boucheta, et il est mort en i025 
fJ.-C. 1616-17). Par Moulay Boucheta, Sidi Ali ben Daoud 
El-Mernisi se rattache aux Oulad El-Baqqal. 

Il ne serait pas étonnant que le sanctuaire de ce nom qui 
se trouve à Tanger ait été fondé en l'honneur de Sidi Ali 
Ben Daoud des Mernisa, qui avait été disciple de Moulay 
Boucheta avec Sidi Mohammed El-Hadj El-Baqqal, tué 
vers lôiopar le [Sultan Mohammed |Ech-Ghaikh El-Ma- 
moun. On peut même se demander s'il n'y a pas eu à cette 
époque une tentative de Moulay Zidan de se rapprocher 
des Portugais pour obtenir leur appui contre les Espagnols, 
auxquels son frère Sidi Mohammed Ech-Chaikh venait 
de céder Larache pour obtenir leur concours. Les Oulad 
El-Baqqal, Moulay Boucheta et peut-être Sidi Ali ben 
Daoud, son disciple, pouvaient avoir été chargés de négo- 
cier avec les Portugais, ce qui expliquerait la présence de 
Moulay Boucheta à Tanger et à Ceuta. Il est même possible 
qu'il ait été accompagné dans sa mission par Sidi Ali 
ben Daoud et par Sidi Mohammed El-Hadj El-Baqqal 
lui-même. 

On pourrait trouver là une explication des deux sanc- 
tuaires l'un à la mémoire de Moulay Boucheta à la Qaçba, 
l'autre à celle de Sidi ben Daoud, à un endroit où se trou- 
vait une citadelle portugaise, et cela jetterait une certaine 
lumière sur la vénération extraordinaire dont jouit encore 
aujourd'hui le patron de Tanger, Sidi Mohammed El-Hadj, 
qui porte le même nom que son grand père, le disciple de 
Moulay Boucheta. 

Le mousem de Sidi Ali ben Daoud est célébré le jour de 
l'octave du Mouloud. 

Sidi Ahmed ben 'Allai Et-Tandji. — Qoubba au quar- 
tier des Gzennaya, au pied de la Qaçba. D'après une tradi- 
tion qui d'ailleurs ne repose sur rien, ce tombeau serait 
celui d'Ibn Abdallah Mohammed El-Louati, connu sous 



LA VIE RELIGIEUSE 333 

le nom de Ibn Batouta (i). Mais ce voyageur célèbre, né en 
effet à Tanger, est mort en 1878, c'est-à-dire près d'un 
siècle avant l'occupation de Tanger par les Portugais. Il 
semble peu probable qu'il y soit mort, et moins probable 
encore, s'il y avait eu son tombeau, que celui-ci ait été res- 
pecté pendant plus de deux cents ans d'occupation euro- 
péenne. 

Sidi Ahmed ben 'Adjiba. — Affilié à la confrérie der- 
qaouia des Oulad Ben 'Adjiba : tombeau sans qoubba, au 
bas de l'^Aqbat el-Ouazzaniya, en face du Qaous Farran 
Djelloul. Sidi Ahmed ben 'Adjiba, qui était un faqih, est 
mort il y a une soixantaine d'années. 

Sidi El-Hosni ben Tahami El-Oua^^ani. — Ce Chérif 
d'Ouazzan est mort il y a une trentaine d'années. Il a été 
enterré dans sa maison, qui est à l'est de la porte de la 
Qaçba dite Bab el-'Aça, dans le quartier d'Amrah. Les fils 
de Sidi El-Hadj Abdessalam,à qui il a laissé par testament 
le peu qu'il avait, ont fait bâtir une qoubba sur son 
tombeau. 

Sidi Mohammed ber-Raisoun. — C'est un frère de Sidi 
Abdessalam ben-Raïsoun de Tétouan qui a été un person- 
nage considérable dans les premières années du règne de 
Moulay El-Hasan. Ce sultan l'honorait particulièrement et 
se servait de son influence auprès des chorfa du Djebel 'Alam. 
Leur père Sidi Ali, originaire de Tazerout dans les Béni 
Arous, avait fondé à Tétouan une importante zaouia. On 
sait que les Oulad Ber-Raïsoun, vulgairement Ber-Raïsoul, 
sont descendants de Sidi Younes ben Boubeker, frère de 
Sidi Mechich. C'est une des principales familles des Béni 
*Arous, qui a son centre à Tazerout. 

(i) Ci. Voyages cV Ibn Batouta. — Trad.DEFRÉMERYetSANGuiNETTi. Publi- 
cation de la Société Asiatique. 4 Volumes, E. Leroux, Paris, iSgS. 



334 TANGER ET SA ZONE • 

Sidi Mohammed est mort il y a une quarantaine d'années 
et a été enterré sur la pente qui conduit à la Qaçba entre 
Amrah et Oued Ahardan. La qoubba qui recouvre son 
tombeau a été construite vers 1886. Ce sanctuaire a servi 
de lieu de réunion aux foqarade la confrérie kittaniya avant 
que cette confrérie ne se soit installée dans l'ancienne zaouia 
des Ahl Taqqit. 

Les Moulay Bouçheia. — En entrant à la Qaçba par la porte 

Marabouts du Marchan, on aperçoit à main gauche dans l'angle du 
de la Qaçba. rempart une porte au haut de quelques marches et un 
petit drapeau au-dessus de cette porte. C'est le sanctuaire 
de Moulay Boucheta el-Khammâr. On a vu plus haut que 
ce personnage, dont le tombeau se trouve à Amargo, dans 
la tribu des Fichtala,avaitétéle chaikh de Sidi Mohammed 
El-Hadj El-Baqqal et les raisons qui peuvent expliquer que 
son souvenir soit conservé à Tanger. Moulay Boucheta, qui 
s'appelait efTectivementMohammed ben MousaEch-Chaoui, 
est mort en 1589. 

Sidi Mohammed ben Tayyeb El-Baqqal. — Dans la 
Zanqat El-Touîla, avant la nouvelle maison du pacha en 
venant par Bab Marchan, à main droite. Ce personnage 
est mort il y a une centaine d'années ; il a été enterré dans 
sa maison et une qoubba a été élevée sur son tombeau. 
Les gens du quartier font leurs prières dans ce sanctuaire, 
que l'on appelle courammentla zaouia des Oulad El-Baqqal. 

Sidi Ahmed Bon Qoudja. — De la famille des Oulad el- 
Baqqal. C^était un homme un peu fou qui portait les che- 
veux longs eten désordre, d'où son surnom deBouQoudja. 
Il est mort il y a une trentaine d'années. Sidi Ahmed Bou 
Qoudja a été enterré dans sa maison du quartier de la 
Gourna, dont une partie a été recouverte d'une qoubba. Le 
reste de la maison était occupé par sa veuve, morte il y a 



LA VIE RELIGIEUSE 335 

peu de temps et par son fils Sidi El-Mokhtar, plus fou que 
son père et que le Makhzen avait consigné dans sa maison 
sous la surveillance de sa mère, qui était enfermée avec lui. 
La folie de Sidi El-Mokhtar s'était manifestée peu de 
temps avant la guerre et on raconte à ce sujet une histoire 
assez singulière. Il serait entré un soir à la légation d'Alle- 
magne à l'heure du dîner et aurait trouvé le ministre à 
table; il lui aurait avec véhémence intimé l'ordre de faire 
ses malles et de partir, ajoutant qu'il n'avait plus rien à 
faire au Maroc ni lui ni ses compatriotes et que le temps de 
l'Allemagne était passé. Le ministre fît mettre Sidi El- 
Mokhtar en prison. De hautes interventions lui permirent 
d'être détenu chez lui avec sa mère. Peu après la fin delà 
guerre sa mère mourut et Sidi El-Mokhtar retrouva la rai- 
son. Il est maintenant en liberté et paraît très tranquille. 

Sidi Qasem ben Idris. — Au S. de l'embouchure de Les 

rOued Boukhalf, près de la plage de l'Atlantique, se Marabouts 
trouve le tombeau de Sidi Qasem, fils de Moulay Idris le du Fahç. 

fondateur de Fès. L'origine illustre de ce personnage au- 
rait dû donner à son tombeau une importance considé- 
rable dans tout le N.-O. marocain; cependant ce sanc- 
tuaire est assez négligé et l'ignoranceprofonde des gens du 
pays fait souvent de Sidi Qasem un chérif Baqqali. On a 
vu d'ailleurs que les Oulad El-Baqqal sont les chorfa les 
plus vénérés de la région, quoique leur origine chérifienne 
soit des plus contestables. 

L'histoire de Sidi Qasem ben Idris est connue. Voici ce 
que dit à son sujet Ibn Rahmoun (i), qui écrivait en 
1693, c'est-à-dire moins de dix ans après la rentrée des 
musulmans à Tanger. « Al-Qâsem, fils d'Idris II, obtint de 
son frère Mohammed le gouvernement de Tanger et fut 

(i) Choudour Ed-Dahabfi Khair Nasab, parTouhami ber Rahmoun. Trad. 
G. Salfnon; — Archives marocaines, vol. III, fasc. II, p. 227. 



336 TANGER ET SA ZONE , 

enseveli après sa- mort sur la plage d'Achaqqâr, au bord 
de l'Oued Tahaddart, à mi-chemin entre le Cap Spartel 
et Acila. Sa qoubba et les tombeaux des moudjahidin qui 
l'entouraient sont bien Iconnus, [malgré leur délabrement. 
On y célèbre un grand moûsem le jour de l'Onçora ». Ibn 
Rahmoun ne dit pas dans quelles conditions Sidi Qasem 
était venu s'établir sur les rives de l'Océan. Dans le par- 
tage du Maroc entre les fils d'Idris, Qaseni avait reçu 
Tanger, Ceuta ei les régions voisines de ces deux villes; 
son frère Aïsa s'étant révolté contre Mohammed ben Idris, 
celui-ci chargea Qasem de le soumettre; il s'y refusa et 
Mohammed chargea un autre de ses frères, 'Omar, de châ- 
tier 'Aïsa et Qasem. 'Omar s'empara de leurs États et c'est 
alors que Qasem alla se consacrer à Dieu dans un ermi- 
tage entre Arzila et le Cap Spartel. Rien ne prouve que la 
petite construction très modeste réparée il y a quelques 
années par les habitants du dchar des Hadjriin, près d'un 
marais, recouvre réellement les restes de Sidi Qasem ben 
Idris, mort au troisième siècle de4'hégire (neuvième siècle 
J.-C.) De toute façon il est élevé à sa mémoire, ce qui 
prouve que son souvenir s'était conservé dans la région 
après plus de huit cents ans. 

Le mousem de Sidi Qasem est encore célébré aujourd'hui 
le jour de TAncera, c'est-à-dire le 24 juin de l'année ju- 
lienne. 

Sidi Haseïn. — Une qoubba blanche, entourée d'un bos- 
quet d'oliviers sauvages, se voit à mi-côte de la colline 
d''Aïn Dalia à main droite en venant de Tanger, au vil- 
lage d"Aïn Asel. C'est le tombeau de Sidi Haseïn. On 
n'a sur lui aucun renseignement. Les gens du pays disent 
que c'est un fils de Moulay Idris; cette affirmation ne re- 
pose sur aucune preuve et il est très probable que Sidi 
Haseïn soit encore un moudjahid ; son nom semble indi- 
quer qu'il devait être originaire du sud marocain. Les 



LA VIE RELIGIEUSE 337 

gens de Tanger vont assez fréquemment en pèlerinage à 
Sidi Haseïn, qui n'est qu'à une douzaine de kilomètres de 
la ville, et un grand mousem annuel y est célébré au mois 
d'août. 

Sidi El'Faqih ben Abdallah. — Le tombeau de ce per- 
sonnage se trouve au Dchar de Tefer dans le Sérif : c'était, 
dit-on, un chérif Alami. Il était chaikh er-rema, professeur 
de tir; il avait étudié le Qoran à Dar Zhiro, à l'O. d'Aïn 
Dalia, où son souvenir a été conservé. Le mousem du 
Faqih ben Abdallah est célébré à Dar Zhiro le jour de l'oc- 
tave du Mouloud ; un autre mousem est célébré à son tom- 
beau à Tefer, huit jours après. Autrefois les tolba et les 
tireurs, venus de différentes régions de la montagne, assis- 
taient aux deux mousems. 

Sidi El-'Arbi El-'Aïdi. — Aux Gouaret. On ne connaît 
pas son origine. C'est un lieu de pèlerinage assez fré- 
quenté ; on y célèbre un mousem le jour de l'octave du 
Mouloud. 

Autres marabouts. — On trouve encore Sidi El-Hasan 
El-Miçbahi à Charf el-Aqab, Sidi Idris à Bahreïn; Sidi 
Maata Allah à Misnana, Sidi Abdallah Er-Regragui et 
Sidi Abderrahman ben Wdjiba à El-Khrab, Sidi 'Amer 
ben Yacer k Aïn Dalia, etc. 

Aux Béni Makada se trouve une Me^ara deMoulay Ab- 
dessalam ben Mechich. Autrefois, les pèlerins qui se ren- 
daient au Djebel Alam se réunissaient à cet endroit et y 
passaient la première nuit de leur voyage. 

On vient de voir dans Ténumération des marabouts tous Pèlerinages, 
les pèlerinages locaux de Tanger et de sa zone; le plus 
habituel est celui de Sidi Mohammed El-Hadj, qui est 
certainement le centre religieux le plus fréquenté. 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 23 



338 TANGER ET SA ZONE 

Les musulmans de Tanger et de sesenvirons se rendent 
également à des pèlerinages éloignés. Autrefois ils allaient 
au printemps au grand mousem de Moulay Bouselham 
dans le Gharb (i). Aux fêtes du Mouloud, les Aïsaoua et les 
Hamadcha se rendaient les premiers à Meknès, les seconds 
auZerhoun; depuis une quinzaine d'années, l'insécurité des 
routes d'abord et les bouleversements politiques ensuite 
ont arrêté ces pèlerinages, qui sont aujourd'hui sortis des 
habitudes du pays et sont presque oubliés. Des pèlerinages 
extérieurs, sans parler de celui de la Mecque, interrompu 
lui-même depuis près de six ans, le seul qui subsiste est 
celui de Moulay Abdessalam ben Mechich, au Djebel Alam, 
dans la tribu des Béni Arous. Ce pèlerinage a lieu deux 
fois par an, le jour de la Neskha, le i5 du mois de Chaa- 
ban, et le jour d'Ara/a, celui qui précède V 'Aïd el-Kebir, 
c'est-à-direle 9 du mois de Dhoul-Hidja. 

Selon les saisons, ces pèlerinages sont plus ou moins 
importants; lorsqu'ils correspondent aux saisons sèches le 
nombre des pèlerins est considérable. Les pèlerinages à 
Moulay Abdessalam prennent quelquefois une importance 
politique. Il est impossible d'exercer aucune surveillance 
effective sur le lieu même du pèlerinage ou d'être rensei- 
gné d'une façon certaine sur ce qui s'y passe. Les habitants 
des différentes tribus insoumises s'y retrouvent, se commu- 
niquent leurs impressions et y échangent les nouvelles de 
leurs régions respectives. Des accords sont conclus et des 
mesures décidées pour prolonger la résistance des tribus 
et organiser des attaques contre les régions soumises. 

Influences D'après ce qui précède, on peut se rendre compte que 

religieuses. l'influence religieuse la plus populaire, celle qui est entrée 

complètement dans les mœurs et qui est vraiment tradi- 

(i) Archives mat^ocaines, vol. VI : Les tribus arabes de la vallée du 
Lekkous, pp. 358 et seq.; — Villes et Tribus du Maroc ; vol. VI : Rabat et 
sa Région, t. IV, p. 62. 



LA VIE RELIGIEUSE Bîg* 

tionnelle est toujours celle des Oulad El-Baqqal, qui date 
de la rentrée des musulmans à Tanger. 

Le patron de la ville, Sidi Mohammed ben Abdallah 
El-Hadj El-Baqqal, n'était ni un chaikh ni un savant; 
cependant c'est en lui que tous les habitants de Tanger 
mettent leur confiance, à la fois religieuse et pour ainsi 
dire nationale, et tous les membres de sa famille béné- 
ficient de cette situation. Les Oulad El-Baqqal consti- 
tuent, pour les gens de Tanger et du Fahç, une aristocratie 
supérieure à toutes les autres, parce qu'elle est tangé- 
roise. 

Il y a une quarantaine d'années, avec Sidi El-Hadj 
Abdessalam, la confrérie d'Ouazzan a paru prendre un 
certain moment de l'influence, plus particulièrement dans 
l'Andjera; mais cette influence était due à la person- 
nalité du chérif plus qu'à sa confrérie, qui d'ailleurs 
n'a jamais été organisée à Tanger ; cette influence n'a 
été que passagère et a disparu avec Sidi El-Hadj Abdes- 
salam. 

Lorsqu'il est mort en 1892, il a été enterré à Tanger dans 
la Zaouia de Moulay Tayyeb. On pouvait penser que la 
tombe de ce personnage qui avait pendant sa vie tenu tant 
de place à Tanger, allait devenir un centre important de 
pèlerinage. Aussitôt une réaction s'est produite et le tom- 
beau de Sidi Mohammed El-Hadj a été entouré de bâti- 
ments nouveaux; on y a ajouté une mosquée avec un 
minaret et cette mosquée n'a pas tardé à devenir une 
mosquée de Khotba, c'est-à-dire où Ton prononce la prière 
solennelle du vendredi : en un mot, un efl'ort a été fait 
pour empêcher que le tombeau de Sidi El-Hadj Abdessalam 
El-Ouazzani pût remplacer celui de Sidi Mohammed El- 
Hadj dans la vénération populaire et il est résulté de cet 
eff"ort que la sépulture du chérif d'Ouazzan n'est plus vi- 
sitée que par de rares fidèles, tandis que, malgré l'impor- 
tance prise par les derqaoua depuis quelques années, le 



340 TANGER ET SA ZONE 

tombeau de Sidi Mohammed El-Hadj est toujours le sanc- 
tuaire le plus fréquenté de la ville. 

La situation des Derqaoua est d'ailleurs tout autre que 
celle des Oulad El-Baqqal : les Derqaoua sont pour ainsi 
dire une confrérie de combat que l'on utilise pour les 
besoins du moment et dans la crainte d'un danger; mais 
c'est malgré tout un élément étranger qui ne tire son 
prestige que d'un état de choses passager. Sans doute, 
les Oulad Ben 'Adjiba derqaoua, qui habitent la ville de- 
puis longtemps, y ont acquis droit de cité, mais ils n'en 
constituent pas, comme les Oulad El-Baqqal, la base tradi- 
tionnelle. 

L'influence des Derqaoua est combattue par celle des 
Tidjaniya et des Kittaniya, qui d'ailleurs se combattent 
également entre elles. Jusqu'à présent l'influence politico- 
religieuse des Derqaoua l'avait emporté sur les deux 
autres. Le rétablissement de l'autorité du Makhzen a 
suffi pour ramener le rôle des Derqaoua à celui d'une 
simple confrérie religieuse. 

Au-dessus de toutes ces zaouias et de toutes ces con- 
fréries plane, à Tanger comme sur tout le N.-O. marocain, 
la grande ombre de Moulay Abdessalam ben Mechich, le 
Qotb d'Occident. L'emplacement de son tombeau au Djebel 
Alam, dans la tribu des Béni Arous, se voit de Tanger et 
tout le pays vit dans son rayonnement tutélaire. Son pres- 
tige est tel qu'il ne supporte aucune comparaison : c'est 
Moulay Abdessalam et cela suffît. Quelques-uns savent 
peut-être qu'il est descendant de Moulay Idris, le fonda- 
teur de Fès, au moins d'après les généalogies consacrées 
parla tradition; d'autres, plus rares encore, que c'est le 
plus grand chaik.h mystique du Maghreb, le maître de 
l'Imam Ech-Chadiii ; mais toutes ces considérations con- 
crètes n'entrent pour rien dans le véritable culte dont il 
est l'objet; elles en sont sans doute les causes primordiales, 
mais les causes sont oubliées depuis longtemps, l'effet seul 



LA VIE RELIGIEUSE 34I 

subsiste et seul il importe. C'est toujours, au fond le même 
sentiment de nationalisme berbère, qui existait bien avant 
rislam, qui s'est revêtu plus tard d'une apparence de fana- 
tisme religieux, qui prendra sans doute d'autres formes 
encore et qui est après tout non pas à propremen-t parler 
la haine de l'étranger, mais la haine de sa domination et 
surtout de ses indiscrétions. xMoulay Abdessalam est la 
plus pure incarnation de ce sentiment d'indépendance et de 
véritable patriotisme. 

Les manifestations de ce sentiment sont naturellement 
plus apparentes dans les régions comme Tanger, où la 
pénétration européenne n'est pas accompagnée de l'exer- 
cice d'une autorité effective. C'est ainsi que l'on peut re- 
marquer que depuis une vingtaine d'années on a construit 
à Tanger trois nouvelles mosquées de Khotba : celle de 
Sidi Mohammed El-Hadj, celle de Sidi Bou'Abidet celle du 
Marchan. Cependant la population musulmane n'a pas 
augmenté à Tanger de façon à nécessiter trois mosquées 
nouvelles et leur construction est plutôt une protestation 
contre l'augmentation de la population européenne, une 
véritable manifestation contre l'invasion. 

Comme dans tous les pays musulmans, quatre grandes Les Fêtes. 
fêtes religieuses sont célébrées tous les ans à Tanger; ce 
sont, par ordre de dates : 

1° LAchour, qui est célébré le dixième jour du mois de 
Moharrem, le premier mois de l'année. L'Achour, ou 
Achoura, est la survivance d'une fête antéislamique (i), 
mais qui a été admise par le Prophète lui-même. Il n'y a 
d'ailleurs pour sa célébration aucune manifestation reli- 
gieuse. C'est à l'Achour que les musulmans purifient leurs 
biens, en distribuant aux pauvres la ^aka, c'est-à-dire 
environ le 2 et demi p. 100 de leur avoir. Les fêtes de 

(i) Cf. Archives marocaines, vol. XX, le Gharb, pp. 296 à 3oo. 



342 TANGER ET SA ZONE , 

TAchour sont célébrées à Tanger de la même façon que 
dans le reste du Maroc. Dès la veille au soir les femmes 
mènent dans les maisons un grand vacarme de tambou- 
rins ; on achète aux enfants des jouets et on mange des 
pâtisseries, entre autres une sorte de gâteau au miel ap" 
pelé chebbakia. Autrefois, on installait au souq el-Barra 
des espèces de grandes roues verticales appelées naoras ; 
c'étaient des chevaux de bois verticaux, dont les chevaux 
étaient remplacés par des caisses de bois montées sur des 
axes mobiles, pour s'asseoir. Tout cet appareil très gros- 
sier tournait bruyamment à la grande joie des enfants 
montés dans les caisses. Depuis une trentaine d'années cet 
amusement a été défendu comme susceptible de troubler 
Tordre public. 

2» Le Mouloud. — Célébration de la naissance du Pro- 
phète, le 12 du mois de Rebi' el-Aouel. 

Cette fête est caractérisée à Tanger par le simulacre du 
départ des 'Aïsaoua pour Meknès, des Hamadcha pour 
le Djebel Zerhoun et par le simulacre de leur retour, 
quelques semaines plus tard. 

Dès la première nuit du mois jusqu'à la nuit de la fête 
elle-même, les musulmans pieux se réunissent entre le 
moghreb et l"acha dans les mosquées et les sanctuaires 
pour assister à la lecture de la Hamziya et de la Borda de 
Bouciri et à celle de poésies appelées Mouloudiyas, où est 
célébrée la naissance du Prophète. Pendant la première 
nuit seulement, les femmes se réunissent également dans 
quelques maisons de chorfa, entre autres chez les chérifas 
d'Ouazzan. 

On a vu plus haut que le mousem de Sidi Mohammed 
El-Hadj était célébré au moment des fêtes du Mouloud, le 
septième et le huitième jour après le jour anniversaire de 
la naissance du Prophète. 

Outre les circoncisions, qui se font le jour de l'octave 



LA VIE RELIGIEUSE 343 

de la fête et qui donnent lieu à de curieux cortèges d'en- 
fants de cinq à six ans, habillés comme des idoles et montés 
sur des chevaux richement caparaçonnés, le mousem lui- 
même de Sidi Mohammed El-Hadj est plus particulière- 
ment célébré la veille de l'octave, c'est-à-dire le 19 du mois 
de Rebi* el-Aouel, par de nombreux sacrifices de taureaux 
au tombeau du patron de la ville. 

Chaque quartier sacrifie un taureau, qui est amené par 
les notables. De plus les corps de métiers, les bahriya, 
hammala, baqqala du Sous offrent chacun un ou plu- 
sieurs taureaux. 

Cette coutume d'immoler des animaux au sanctuaire du 
personnage dont on célèbre le mousem n'est pas particu- 
lière à Tanger; on la retrouve dans toutes les villes du 
Maroc et pour tous les mousems en général. Ce qui dis- 
tingue le mousem de Sidi Mohammed El-Hadj et qui mérite 
d'être signalé, c'est le caractère très particulier de cette 
manifestation. 

Il s'agit en effet de fêter l'anniversaire de la naissance du 
Prophète et, quoique la célébration de cet anniversaire re- 
monte à une date relativement récente (le mouloud a été célé- 
bré au Maroc pour la première fois à Ceuta par les Béni El- 
Azafi au treizième siècle), il n'en est pas moins une fête qui 
pour tous les musulmans a une importance considérable et 
qui est célébrée partout avec une grande ardeur religieuse. 

A Tanger cette fête essentiellement musulmane présente 
de véritables caractéristiques d'une fête païenne. Tout en 
répétant la phrase consacrée : 

Moulay Mohammed, ô toi qui es ombragé par une nuée, 
Sur toi s'étend la grâce de Dieu, ô fiancé de la résurrection. 
Fais-nous accorder le pardon, ô le maître des maîtres, 
O toi, le prestigieux, qui connais notre faiblesse. 



344 TANGER ET SA ZONE 

Ceux qui amènent au sacrifice des taureaux enrubannés 
et fleuris sont pour la plupart parfaitement ivres et con- 
tinuent même à boire pendant la cérémonie. Par groupes, 
entourant un bouquet de tieurs porté par l'un d'eux, ils 
hurlent l'invocation au Prophète en titubant et en levant 
les bras qu'ils abaissent en indiquant de l'index tendu,, 
dans un geste d'ivrogne, le bouquet qu'ils entourent et qui 
lui-même monte et descend alternativement. Des cavaliers 
grotesques, armés de sabres et de fusils, la tête couverte de 
foulards de soie, complètent le cortège, qui donne plutôt 
l'impression d'une fête de Bacchus que d'une cérémonie 
musulmane. Faut-il voir dans ces manifestations la survi- 
vance d'un culte païen qui se célébrait jadis à l'endroit où 
se trouve aujourd'hui le tombeau de Sidi Mohammed El- 
Hadj ? On a déjà vu que, d'après une ancienne gravure 
portugaise, ce tombeau s'élève à peu près sur l'emplacement 
d'un ancien temple. Un rapprochement peut donc être sug- 
géré. De plus on peut rappeler que dans toute la région de 
Tanger on trouve des souvenirs de vignes : le village d'Aïn 
Dalia, la source des vignes ; le Djebel Zebib, la montagne 
des raisins secs, qui sert à désigner toute la région mon- 
tagneuse au sud-est de Tanger; le cap Spartel, l'ancienne 
Ampehisia ou Kcottjç ày.çto>)^ le cap des vignes, etc. ; enfin 
la découverte récente, aux thermes d'Aïn Hammam du Charf 
El-Aqab, d'unestatuette représentant un Bacchus enfant avec 
un baudrier de pampres. Malgré son caractère assez peu is- 
lamique, le mousem de Sidi Mohammed El-Hadj est incon- 
testablement la plus grande fête de Tanger; c'est la véritable, 
fête de la ville et de sa région. Les femmes de toutes les con- 
ditions de la ville et des villages voisins s'y rendent en foule. 
L'enthousiasme est considérable; mais, en analysant cette 
joie générale, on a bien le sentiment que l'anniversaire de 
la naissance du Prophète peut être plutôt le prétexte que la 
cause véritable de cette manifestation , qui aun caractère beau- 
coup plus exclusivement tangérois que toute autre chose. 



LA VIE RELIGIEUSE 3^5 

Au caractère spécial des fêtes du Mouloud à Tanger, il 
faut ajouter la coutume des femmes musulmanes de porter 
sur les tombes de leurs parents des branches de myrte 
(rihân). On peut également retrouver dans cette coutume 
un souvenir de paganisme, si l'on se souvient que le myrte 
était une des plantes consacrées à Vénus. 

3" UAïd Eç-Ceghir. — Fête de la rupture du jeûne de 
Ramadan, le i«^ du mois de Chaoual. Une prière publique 
est dite le matin vers, 9 heures, à la Meçalla de la ville. La 
cérémonie se fait avec un assez grand apparat. Le naïb du 
Sultan, le pacha, tous les fonctionnaires du Makhzen et 
les chorfa d'Ouazzan se rendent de la ville à la Meçalla en 
cortège à cheval ou à mule, escortés de cavaliers et de ser- 
viteurs. Tous les hommes de la ville les accompagnent, 
revêtus de leurs plus beaux vêtements. Au moment de la 
prière le canon tonne et le retour se fait également en grand 
cortège. L'extension de la ville et les constructions nou- 
velles font que la Meçalla qui, il y a quelques années en- 
core, était de fait hors ville, sur un assez grand plateau au- 
dessus du grand Souq extérieur, se trouve aujourd'hui 
entourée d'immeubles et qu'il a fallu l'entourer d'un mur 
élevé pour permettre aux musulmans d'y accomplir en 
paix leurs cérémonies religieuses. 

L'^Aïd el-Kebir. — La Grande Fête, célébrée le 10 du 
mois de Dhoul-Hidja. C'est la fête du mouton, celle où, 
dans chaque famille musulmane, un mouton est immolé. 
A Tanger, où les coutumes rifaines se sont maintenues, les 
gens du peuple sacrifient souvent un bouc au lieu d'un 
bélier. Comme pour T'Aïd Eç-Ceghir, une prière publique 
est dite à la Meçalla et avec le même cérémonial ; après 
cette prière, le premier mouton est égorgé à la Meçalla, 
d'où il est transporté aussi rapidement que possible à la 
maison du Qadi ; on considère comme de bon augure qu'il 



346 TANGER ET SA ZONE 

y arrive vivant. Le canon tonne au moment du sacrifice du 
mouton à la Meçalla ; c'est le signal de regorgement des 
moutons dans les maisons. 

Les fêtes musulmanes, sauf l'Achour, ont un octave sans 
aucune cérémonie religieuse. A Tanger et dans les villes 
du Nord-Ouest marocain, cet octave est effectivement fêté 
le huitième jour, c'est-à-dire le même jour que celui de la 
fête, huit jours après. Dans les autres villes telles que Fès, 
Meknès, Rabat, Marrakech, etc., cet octave est célébré le 
septième jour après la fête. 



LE CULTE CATHOLIQUE 



Origines. On ne sait rien de précis sur l'organisation du culte chré- 

tien à Tanger pendant Tépoque romaine ; le christianisme 
y avait certainement pénétré de bonne heure, et après 
s'être répandu d'abord, semble-t-il, dans la population ber- 
bère, il s'était élevé, grâce au prestige que lui donnait les 
persécutions, jusque dans l'armée romaine. En 298, Tan- 
ger ajoutait deux martyrs à la liste déjà longue du marty- 
rologe africain : un centurion, Marcellus, qui avait refusé 
de prendre part aux fêtes païennes et s'était déclaré chré- 
tien, fut décapité; le greffier Cassianus, qui avait refusé 
d'écrire la sentence contre Marcellus et qui avait proclamé 
sa foi chrétienne, était décapité également quelque temps 
après. 

Les Berbères, qui avaient embrassé le christianisme par 
une sorte de protestation contre le gouvernement impérial, 
ne tardèrent pas à tomber dans le schisme, lorsque la reli- 
gion chrétienne devint elle-même officielle. Ils adoptèrent 
successivement le donatisme, l'arianisme et le schisme des 
circoncellions. 



LA VIE RELIGIEUSE 347 

L'abbé Godard (i) pense qu'avant le quatrième siècle il 
y avait un évêché à Tanger ; cependant le nom de cette 
ville ne se trouve pas dans la nomenclature des évêques de 
Tingitane aux quatrième et sixième siècles, par l'abbé Mor- 
celli, dans VAfrica christiana. 

Mgr. Toulotte(2) déclare que Ton ignore si Tingis a eu 
des évêques à l'époque romaine. 

La Tingitane, quoique dépendant administrativement de 
l'Espagne et des Gaules, devait, comme la Césarienne, être 
rattachée à Carthage au point de vue de l'organisation 
religieuse. Les trois Maurétanies formaient au commence- 
ment une seule province ecclésiastique ; sur la fin du qua- 
trième siècle, la Maurétanie sétifîenne et la césarienne 
furent séparées en deux provinces distinctes ; la Tingitane 
faisait partie de la Césarienne. Il est possible que plus tard 
la Tingitane ait formé à elle seule une province séparée, 
mais il n'existe. pas de documents permettant d'établir s'il 
y avait un évêché à Tanger même ou si [l'épiscopat ne 
comprenait pas Tanger et Ceuta, avec son siège effectif 
dans cette deuxième ville. 

La découverte de la tombe d'Aurelia Sabina ancilla 
Christi, à la fin de 1910, à l'entrée du plateau du Marchan, 
du côté de la ville, peut faire supposer que le cimetière 
chrétien se trouvait de ce côté, c'est-à-dire au nord-ouest. 

Le cimetière païen se trouvait au contraire au sud-est 
de la ville. 

D'après les caractères de l'inscription du tombeau d'Au- 
relia et d'après la date consulaire, cette sépulture date de 
la moitié du quatrième siècle (3). 

L'arrivée de l'islam, au septième siècle, ne tarda pas à 

(i) Description et Histoire du Maroc. Paris, 1860. 

(2) Géographie de l'Afrique chrétienne, par Mgr. Toulotte, évêque 
titulaire de Tagaste, vicaire apostolique du Sahara mauritanien. Mon- 
treuil-sur-Mer, 1894. 

(3) Cf. Les sépultures antiques du plateau du Maschan à Tanger, Archives 
marocaines, vol. XVIII, p. SyS. Paris, 1911. Cf. également infra pp. 403-411. 



348 TANGER ET SA ZONE , 

faire disparaître le christianisme de Tanger. Les églises 
qui y existaient furent détruites ou transformées en mos- 
quées et il faut attendre l'occupation portugaise au 
quinzième siècle pour retrouver à Tanger une organisation 
chrétienne. 

En entrant dans la ville les Portugais transformèrent la 
grande mosquée en église ; mais les auteurs ne sont pas 
d'accord à propos de l'invocation sous laquelle cette église 
fut placée. 

D'après Fernando de Menezes(i), l'église fut dédiée au 
Saint-Esprit et un prieur de Saint-Vincent désigné comme 
évéque. 

D'après Castellanos(2), elle fut placée sous l'invocation 
de Saint-Antoine de Padoue, et des Pères Fransciscains, 
qui accompagnaient l'expédition, furent mis en possession 
de la mosquée et d'un très beau collège (la medersa) où 
enseignaient les musulmans et qui devint un centre d'en- 
seignement chrétien. 

Enfin, Mgr. Toulotte (3) dit que la cathédrale a été 
dédiée à l'Immaculée Conception. 

On peut expliquer les divergences d'opinions du fait 
qu'il y avait certainement plusieurs mosquées à Tanger; 
que Tune fut consacrée au Saint-Esprit (il est établi que 
c'est la grande mosquée), une autre à saint Antoine de 
Padoue et une troisième à l'Immaculée Conception. Cette 
explication est d'autant plus vraisemblable, qu'avant les 
constructions modernes, qui ne remontent pas à plus de 
vingt ans, il n'y avait à Tanger que trois mosquées à mi- 
naret : la grande mosquée, qui est sur l'emplacement de 
l'ancienne cathédrale portugaise, c'est-à-dire l'ancienne 



(i) Historia de Tangere, par D. Ferdando de Menezes, p. 34. Lis- 
bonne, 1732. 

(2) Historia de Marruecos, par Fr. Manuel, P. Castellanos, p. 52. Tan- 
ger, 1898. 

(3) Loc. cit., p. 247. 



LA VIE RELIGIEUSE 849 

grande mosquée ; Djama el-Djedida et la mosquée de la 
Qaçba. Or, la tradition veut qu'il y ait eu un couvent à la 
Qaçba. On peut donc retrouver dans les trois mosquées 
actuelles de l'ancienne ville les trois églises des Portugais 
établies dès le jour de leur occupation dans les trois mos- 
quées de la ville. 

D'autres églises et chapelles ont été élevées plus tard pen- 
dant l'occupation portugaise, mais leurs noms ont été ou- 
bliés ainsi que leurs emplacements. 

On trouve dans Castellanos (i) l'explication de la dispa- 
rition des traces des églises catholiques. Lorsque en 1662 
lord Peterborough entra à Tanger « il fît immédiatement 
savoir aux Tangérois que, s'ils ne voulaient pas rester dans 
la ville, il les transporterait à Lisbonne. La presque totalité 
de la population réunit les objets mobiliers et les images 
sacrées, se réfugia à bord des navires et, avec d'amers san- 
glots, livra ses foyers et ses églises à la sacrilège impiété des 
protestants. Ses craintes étaient fondées. En effet les An- 
glais entrèrent à Tanger aussi brutalement que s'ils l'avaient 
prise d'assaut ; ils enfermèrent dans l'église cathédrale les 
malheureux chanoines, les Pères Dominicains et les autres 
prêtres du diocèse de Tanger. Poussés par leur fanatisme 
iconoclaste et parodiant les anciens Vandales, ils s'achar- 
nèrent contre l'antique couvent des Franciscains et les trois 
églises mineures qui se trouvaient dans la ville, détruisant 
les images que les Portugais n'avaient pu enlever et, s'ap- 
propriant les vases sacrés, ils convertirent en écuries les 
demeures du Seigneur, monuments de la foi lusita- 
nienne ». 

Ce qui pouvait rester des édifices du culte a naturelle- 
ment été détruit ou transformé depuis l'occupation musul- 
mane; il n'est donc pas étonnant que l'on ne retrouve plus 
trace aujourd'hui des anciennes églises portugaises. 

(i) Historia de Marruecos^ op. cit., p. 54. 



350 TANGER ET SA ZONE 

Les Sans vouloir faire l'historique de l'ordre de Saint-Fran- 

Pranciscains. çois au Maroc, il est nécessaire d'en dire quelques mots à 
propos du rôle joué par cet ordre à Tanger. 

On sait que l'ordre des Franciscains fut fondé au com- 
mencement du treizième siècle. Dès 1208, François d'As- 
sise, son fondateur, pensa à une mission au Maroc: « O 
Tingis ! Tingis ! disait-il, o dementa Tingis ! O Marro- 
chium! Marrochium, illusa civitas ! » 

11 semble cependant que ce n'est qu'en 147 1 que les pre- 
miers Franciscains s'établirent à Tanger au moment de 
l'occupation portugaise : l'effort de la mission s'était porté 
au sud, principalement à Marrakech où a habité dès i233 
un évêque Agnello, qui était également évêque de Fès. Il 
eut pour successeur Lupo (ou Lopez) qui fut remplacé 
lui-même par le Fr. Blanco, qui paraît avoir gouverné 
toute l'Eglise du Maroc jusqu'en 1289. Vers 1267, le 
Fr. Lorenzo avait été nommé titulaire de Ceuta. 

Jusque vers 1260, Tévêque du Maroc était nommé par le 
Pape sur la proposition des principaux chrétiens et des 
missionnaires du pays ; à partir de cette époque, le droit de 
présentation fut accordé au roi d'Espagne. 

Pendant l'occupation portugaise, l'évêque qui y résidait 
dépendait de l'archevêché de Lisbonne. Outre le prieur de 
Saint-Vincent, nommé dès les' premiers jours de l'occupa- 
tion portugaise, on ne connaît que deuxévêques de Tanger 
pendant cette période : 

Gonzalve, de l'ordre des Mineurs, jusqu'en 1567, et son 
successeur, Francisco de Coresma. 

« Vers 1750, le pape Pie V réunit les Églises de Tingis et 
Septa en un seul diocèse (i). » 

En i568 le roi Sébastien, sur les instances des Pères de la 
Trinité, leur céda le couvent de Saint-Antoine à Tanger et 
les Franciscains retournèrent au Portugal. 

(i)TouLOTTE, op. cit., p. 25i. D'après Wadding, 19, 76. 



LA VIE RELIGIEUSE 35 1 

En 1629, Juan de Prado fut nommé par Urbain VIII 
préfet apostolique de Fès et de Maroc ; il ne put remplir 
sa mission et mourut martyr à Marrakech en janvier i63i 
d'après le R. P. Henry Koehler, le 24 mai i636 d'après 
l'abbé Godard. 

Le II mars 1 641, c'est-à-dire encore pendant l'occupation 
portugaise de Tanger, le pape confiait aux Franciscains le 
droit de mission au IVlaroc et en donnait la direction à la 
préfecture de San Diego d'Andalousie (i). 

Il ne semble pas que les Franciscains soient revenus à 
Tanger avant la rentrée des musulmans dans cette ville. 
En 1763, le vice-préfet apostolique, le P. Lazaro Gimenez 
de Jésus Maria, inaugura à Tanger un hospice franciscain, 
sous l'invocation de saint Joseph et plus tard sous celle 
du bienheureux Jean de Prado. Cet hospice se trouvait, 
paraît-il, entre le quartier des Béni Ider et celui connu au- 
jourd'hui sous le nom de Mellah, c'est-à-dire non loin de 
la zaouia de Moulay Tayyeb. 

En 1790, le sultan Moulay El-Yazid ayant expulsé les 
missionnaires de tout le Maroc, les Franciscains quittèrent 
Tanger le 21 décembre. 

Sous le règne de Moulay Sliman, les missionnaires 
furent admis de nouveau et, le 17 janvier 1794, cinq mis- 
sionnaires s'installèrent à Tanger sous les ordres du vice- 
préfet apostolique Fr. Pedro Gallardo, qui avait aussi le 
titre de « supérieur de Meknès » qui fut conservé jusqu'en 
1859, quoique le couvent de l'Immaculée Conception de 
cette ville eût disparu depuis 1790. Depuis ce retour en 
1794, les Franciscains sont restés à Tanger jusqu'aujour- 
d'hui, sauf les petites interruptions de séjour causées par 
le bombardement de 1844 et la guerre de Tétouan en 
1859-60. 

Jusqu'en 1880, la seule église catholique était une petite 

(i) La Pénétration chrétienne au Maroc, par le R. P. Henry-Koehler, 
Paris-Poitiers, 1914. 



352 TANGER ET SA ZONE • 

chapelle qui existe encore entre la légation d'Espagne et 
l'ancienne légation de Portugal. Jusqu'au milieu du dix- 
neuvième siècle, la France payait aux Franciscains une 
subvention annuelle de loo talleri, soit environ 600 francs, 
pour le service divin. 

En 1880, les Franciscains se rendirent acquéreurs de 
l'ancienne maison de Suède, rue des Ciaghîn, mitoyenne 
de l'ancien consulat de France. Ils y construisirent un 
couvent et une église sous l'invocation de l'Immaculée 
Conception. 

En i883, près de la propriété de l'ancien ministre de 
Portugal, Daniel Colaço, les Franciscains construisirent à 
la montagne une chapelle qui reçut le nom de San Juan del 
Monte, en mémoire du nom que les Portugais avaient donné 
à la montagne pendant leur occupation de Tanger et qu'ils 
appelaient « la Cerra de San Joâo. » 

Un hôpital fut construit en 1888 entre Bou Ghaba et les 
Çfaçaf, dans le quartier connu sous le nom de Barriada de 
San Francisco. Cet hôpital et sa chapelle furent placés 
sous l'invocation de San Diego, en mémoire de la préfecture 
de même nom, en Andalousie, dont relevaient les Francis- 
cains de Tanger. 

Dans le même quartier, en 1902, furent construits un 
grand couvent et une église. Cette église encore inachevée 
a été placée sous l'invocation du Saint-Esprit, en souvenir 
de l'ancienne église cathédrale des Portugais. 

Il y a quelques années, une nouvelle église et un petit 
couvent ont été construits dans le nouveau quartier euro- 
péen qui s'élève au-dessus de la plage dans les sables. Cette 
église, dédiée au sacré Cœur de Jésus, est particulièrement 
réservée aux Français. Le P. Franciscain qui y officie et 
donne les sacremiCnis est espagnol, mais parle français. 
C'est là également qu'habite et officie le franciscain fran- 
çais chargé des fonctions d'aumônier au collège Regnault. 

La communauté religieuse du Maroc est aujourd'hui 



LA VIE RELIGIEUSE 353 

dirigée par un Père franciscain, Mgr Francisco Cerveira, 
évêque in partibus de « Fessea in Numidia », vicaire 
apostolique. 

Il relève directement de la Sacrée Congrégation de la 
Propagande à Rome, qui dirige tous les pays dits de mis- 
sions parmi lesquels se trouve le Maroc. 

Récemment, avec l'autorisation de la Cour de Rome, 
l'évêque de Fessea a délégué à un franciscain français ses 
pouvoirs de vicaire apostolique pour la zone française. 

Le premier délégué français est Monseigneur Darré. 



VILLES ET TRIBUS. — VII. 24 



LE FAHÇ 



LA TRIBU 



Le Fahç constitue la banlieue de Tanger. C'est la Limites. 

partie inférieure du Habt (descente), dont les pentes septen- 
trionales menaient les anciens combattants de guerre sainte 
vers le littoral du détroit, où ils venaient s'embarquer 
pour l'Espagne. 

Le Fahç a pour limites naturelles, au nord, Tanger et le 
détroit de Gibraltar; à l'ouest, l'océan Atlantique; au sud, 
l'oued Tahaddart et une ligne de hauteurs marquée par 
la 'Aqbat el-Hamra (Côte rouge) et le petit massif de Se- 
guedla; au sud-est et à l'est, le Djebel Zinat et le Djebel 
Béni Medjimel; du Djebel Béni Medjimel au détroit la li- 
mite est constituée par une ligne de crêtes. 

Certains auteurs font passer la limite sud-ouest du Fahç 
à l'oued Bou Ghaddou et aux collines d"Am Dalia. Les 
Arabes *Amer, il est vrai, qui sont établis entre cette limite, 
l'oued Tahaddart et la 'Aqbat el-Hamra, répudient tout 
lien de parenté avec les Rifains du Fahç; mais il n'en est 
pas moins vrai que, de même que les groupements d'ori- 
gines diverses qui occupent les autres villages du Fahç, ils 
sont compris dans l'ensemble de la tribu des Fahçiya. 

La tribu des Fahçiya (occupants du Fahç) touche au 
N.-E. aux 'Andjera, dont quatre villages lui ont été ratta- 



358 TANGER ET SA ZONE 

chés politiquement; à TE. et au S. aux Ouadras (i) et aux 
Béni Mçaouar, au S.-O. à la Gharbiya (2). 

Peuplement. On a vu plus haut dans l'historique du territoire (3) le 

nom des peuples qui l'ont occupé dès la plus haute antiquité 
connue. Ce sont d'abord les Maçmoûda Ghomara, peuple 
considéré comme autochtone, avec lesquels semblent s'être 
fondus des Aryens venus d'Europe en passant par l'Espagne, 
à partir de 1600 avant J.-C. 

Les Phéniciens vinrent ensuite vers 1460 avant J.-C, 
puis les Carthaginois; mais, établis vraisemblablement 
dans la ville même de Tanger, ils se bornèrent à entretenir 
des relations purement commerciales avec la banlieue. Ce 
furent enfin les Romains, qui, à partir de l'an 3o avant 
J.-C, colonisèrent la région, où ils régnèrent en maîtres 
pendant près de cinq siècles. 

Phéniciens, Carthaginois et Romains ont à leur tour été 
absorbés par les Maçmoûda Ghomara ; aucun texte ne fait 
mention de leur départ. 

On ne peut citer que pour mémoire les Métagonitaï, dont 
ridentifîcation est encore impossible (4), ainsi que les Van- 
dales et les Byzantins, qui n'ont fait que passer ; il faut en 
dire autant des Wisigoths d'Espagne. 

Ces éléments divers, fondus dans le milieu autochtone, 
pratiquaient le paganisme, le christianisme ou le judaïsme, 



(i) Vel Ouadghaç. Certaines cartes européennes portent Oued Ras, ce qui 
semblerait constituer une inversion inexplicable pour Râs el-Oued, la tête 
de l'oued. Cette transcription est mauvaise: le terme Ouadras n'est pas 
composé ; il est d'origine berbère et on peut le rapprocher du terme 
Idrâsen. 

(2) Ne pas confondre avec le Gharb, au N. du Sebou et des Béni Ahsen. 
Les indigènes de la Gharbiya formaient une fraction des Doukkala, dont une 
partie a été amenée au temps de l'occupation portugaise pour couper les 
communications entre Arzila et Tanger. 

(3) Cf. supra, pp. 3o et seq. 

(4) Cf. supra, pp. 3 1-32. 



LE FAHÇ — LA TRIBU 359 

quand l'islam apparut. Les deux premiers disparurent assez 
vite ; le dernierse maintint, sinon dans la région, du moins 
dans la ville. La question de la survivance du judaïsme 
dans les territoires conquis par l'islam est encore obscure 
et il convient de distinguer les Berbères de religion juive et 
les Juifs de race. Ceux-ci étaient installés de préférence dans 
les villes et les gros centres, ceux-là vivaient dans la cam- 
pagne. 

Si les Juifs de race n'ont vraisemblablement jamais oc- 
cupé la banlieue de Tanger, on ne peut en dire autant des 
Berbères judaïsants ; leur souvenir s'est maintenu de nom 
dans le village des xMediouna, au S. du cap Spartel. 

L'histoire nous apprend que les Mediouna constituaient 
anciennement une tribu zénète professant le judaïsme, qui 
était installée dans les environs de Tlemcen ; après sa con- 
version à l'islam, au début du huitième siècle, une partie 
vint s'établir le long de la côte atlantique, au S. du Bou 
Regreg ; lors de la première invasion en Espagne, une 
fraction vint camper plus au N. et c'est là qu'il faut proba- 
blement chercher les prédécesseurs des Mediouna actuels du 
Fahç (i). Le village de ce nom ne comprend plus du reste 
que des indigènes d'origine rifaine, venus à partir du dix- 
septième siècle. 

A une époque qu'il est difficile de préciser et qui se place 
sans doute à la fin du dixième siècle ou dans la première 
moitié du onzième, les Ghomara disparaissent du terri- 
toire, sous la pression de tribus nouvelles qui les refou- 
lent vers TE. et le S.-E. et s^installent à leur place. Au 
milieu du onzième siècle, dit El-Bekri, « le territoire de 
Tanger est occupé par des Sanhadja (2) ». 

(i) Cf. Villes et Tribus du Maroc, vol. I {Casablatica eî les Chdouia,t. I), 
pp. i3i et 182; vol. V (Rabat et sa région^ t. III), p. 65. 
(2) Description de l'Afrique septentrionale, op. cit., p. 2o5. 



360 TANGER ET SA ZONE 

Ces Çenhadja appartiennent sans doute aux groupements 
ethniques qu'lbn Khaldoûn appelle de la première oude la 
troisième race, sans qu'il soit possible de préciser (i) ; ils 
sont antérieurs aux Almoravides, également Çenhadja, qui, 
lors de leurs expéditions en Espagne, ont laissé à leur tour 
de leurs éléments dans la région. 

La présence de Çenhadja dès le onzième siècle est d'au- 
tant plus intéressante à noter que la majorité de la popula- 
tion actuelle du Fahç est constituée par des Rifains, qui 
sont un mélange de Çenhadja et de Zénata. 

Au début du quinzième siècle, des Çenhadja se trouvent 
encore dans le Fahç, où ils sont représentés, entre autres, 
par la tribu des Imathnah, dont il reste encore quelques 
familles, les OulâdEl-Methni (2). 

Au reste, toutes les tribus berbères du Maroc sont passées 
sur le territoire de Tanger pour aller participer aux con- 
quêtes en Espagne : Mediouna, Çenhadja, Maçmoûda, Zé- 
nata Goumiya des Almohades et Zenata des Merinides... 
Des mélanges se sont produits et il serait arbitraire et con- 
traire à la vérité d'établir des classifications rigoureuses. 

A côté des éléments berbères, il faut citer quelques élé- 
ments arabes établis dans la partie Sud de la zone de 
Tanger. Ils sont les représentants de la tribu hilaliennedes 
Riâh, amenée au Maroc à la fin du douzième siècle par l'al- 
mohade Ya'qoub El-Mançoûr et dont une partie fut établie 
dans le Habt (3). Lors de la pénétration portugaise au Ma- 
roc, une idâla, venue de la Gharbiya des Doukkala, 



(i) Cf. Villes et Tribus du Maroc, vol. Y (Rabat et sa région, t. III), 
pp. 188 et 189. 

{2) Cf. Daouhat en-Nâchir ; trad. fr. in Archives marocaines, vol. XIX, 
p. 22 ; — Nechr el-Mathdnî, ib., vol. XXI, p. 42. Il y a encore des Oulâd el- 
Methni à El-Qçar El-Kebir. 

(3) Sur les Riâh cf. Villes et Tribus du Maroc, vol. V [Rabat et sa ré- 
gion, t. III), pp. 66 et seq. 



LE FAHÇ LA TRIBU 36l 

fut envoyée au S. de l'oued Tahaddart, entre ArziLa et 
Tanger. Une partie des Riâh qui occupaient ce dernier 
territoire poussa plus au N. au delà du même oued : ce 
sont les ancêtres des 'Amer actuels du Fahç. 

On a vu qu'à la fin du dix-septième siècle le territoire de 
Tanger est devenu territoire guich et a été concédé aux 
Rifains qui avaient conquis la ville sur les Anglais. La 
majeure partie de la population actuelle du Fahç descend 
donc des Moudjahidin du pacha 'Ali ben' Abdallah er-Rîfi ; 
les Rifains appartiennent aux Berbères Çenhadja et Ze- 
nata. 

Depuis 1684 la tribu s'est grossie d'autres éléments venus 
encore du Rif; des villages nouveaux se sont formés, tels 
ceux des Béni Ouasîn, des Drâdeb, de Djâma-el-Moqra, de 
Bou Khachkhach, etc. 

Les tribus rifaines représentées actuellement dans le 
Fahç sont les Temsaman, les Béni Ouriaghel, les Béni 
Touzîn, les Béni Iteft, les Béni Bou Frah, les Gzen- 
naïa, les Boqqouïa, les Béni Amart, les Béni Maaden et les 
Guelaïa. 

Des Djebala sont en outre établis sur le territoire ; il faut 
y ajouter quelques descendants des 'Abîd qui l'ont occupé 
de 1766 à 1778. 

On trouvera plus loin la provenance des habitants de 
chaque village. 

Dans l'ensemble les Rifains représentent 85 p. lôo de la 
population totale, les Djebala et autres Berbères 9 p. 100, 
les Arabes 6 p. 100. Étant donnée la rareté des éléments 
étrangers à l'élément rifain, on peut dire que la tribu des 
Fahçiya présente un homogénéité ethnique presque parfaite 
et qu'il est rare de rencontrer dans les autres tribus maro- 
caines. 



362 



TANGER ET SA ZONE 



Population. . La population de la zone, en dehors de Tanger et de ses 
dépendances immédiates du Marchân, des Drâdeb, de la 
Meçalla et de Bou Khachkhach, s'élève à 1 1.795 habitants, 
répartis en 62 villages {dchoûr, sing. dchar). L'adjonction 
des quatre villages ci-dessus porterait à 14.795 le chiffre de 
la population musulmane totale, avec une densité de 40 ha- 
bitants au kilomètre carré. 

L'habitat. Les Fahçiya habitent soit des maisonnettes en pierre 

(bioût, sing bîi), couvertes de chaume et quelquefois de 
tuiles ou de feuilles de zinc, soit des huttes de roseaux 
(nouâîl, sing. nouâla) également couvertes de chaume; elles 
sont séparées les unes des autres par une haie de roseaux 
ou de cactus, formant autour de chaque habitation un en- 
clos où le troupeau passe la nuit. 

L'ensemble de plusieurs habitations, plus ou moins es- 
pacées, constitue le dchar, ou village, qui est entouré lui- 
même d'une épaisse bordure de cactus. 

Les villages sont répartis suivant les lignes de hauteurs, 
à proximité des sources ou des cours d'eau, et se dressent 
sur les pentes, à égale distance des sommets et des bas- 
fonds; ils sont assez rapprochés les uns des autres. Leur 
importance est très inégale et le nombre des maisonnettes 
ou des huttes qui les constituent varie de dix à deux cents. 

Il n'y a aucune kheïma (tente) sur le territoire. 



Le type La population du Fahç comprend deux types distincts : 

humain. 1^ type brun et le type blond aux yeux bleu-clair ou gris- 

bleu. 

Le premier se trouve principalement chez les Arabes qui 
occupent le S. du territoire, le second chez presque tous 
les Rifains et les Djebala. 

Chez les femmes rifaines le type blond domine; on re- 
marque également de nombreux types châtains. 



LE FAHÇ — LA TRIBU 



363 



La figure est ovale, souvent allongée, quelquefois ronde. 
La coupe de la barbe ne présente aucune particularité. lien 
est de même des moustaches, soigneusement taillées sur 
les bords supérieur et inférieur ; quelquefois les extrémités 
en sont laissées pendantes ou en pointe : c'est un dernier 
reste de l'influence turque, qui d'Algérie a pénétré chez les 
Rifains par les Béni Iznasen et par Badis. 



La langue généralement parlée dans la zone de Tanger 
est l'arabe, mais grossier et mélangé d'expressions em- 
pruntées aux Djebala et de termes espagnols déformés. Les 
Rifains parlent entre eux les dialectes berbères du Rîf, 
mais tous comprennent l'arabe, sauf les nouveaux venus 
qui n'ont pas encore eu le temps de l'apprendre. 

Les habitants de Tanger ont un accent particulier assez 
fortement prononcé, qui a été étudié par M. W Marçais(i); 
la plupart, surtout les femmes et les enfants, ne peuvent 
pas prononcer la lettre qaf ( J) qu'ils remplacent par la 
consonnance du ham^a. 

La deuxième personne du singulier, pour le pronom per- 
sonnel et le prétérit du verbe, affecte toujours la forme fé- 
minine, chez les citadins comme chez les Fahçiya; cette 
particularité du langage s'étend à toute la région du Habt. 



La langue. 



Le costume porté par les Fahçiya n'est pas celui des Ri- 
fains, malgré l'origine rifaine de la population, mais celui 
des Djebala ; il a été adopté à la longue par les Arabes du S. 
du territoire. 



Le costume. 



Les hommes portent une culotte de coton, une chemise 
de cotonnade blanche, une souquenille de grosse laine 
blanche sans manches [qechchâba), une courte djellaba 
blanche; enfin, recouvrant le tout, une seconde djellaba 



(i) Textes arabes de Tanger, par W. Marçais. Paris, E. Leroux, 191 1. 



364 TANGKl ET SA ZONE 

descendant jusqu'aux genoux, généralement brune et ornée 
de pompons multicolores, à manches ordinaires, au capu- 
chon double et repliésur le devant. 

Les babouches, en cuir jaune, ne présentent aucune par- 
ticularité. 

La coiffure des enfants et des jeunes gens est la calotte 
rouge. Celle des hommes se compose d'un petit bonnet de 
laine blanche Çaraqïya), orné souvent de dessins en lo- 
sange {taguiya) et autour duquel est enroulée une bande 
de mousseline ou de cotonnade, ou môme un fourreau de 
fusil en laine bleue. Quelques-uns vont nu-tête : d'autres 
portent pour toute coiffure un cordon en poils de cha- 
meau, etc. 

Les affiliés à la confrérie des Derqaoua sont vêtus de 
blanc; le capuchon de la djellaba n'est pas relevé sur le 
devant, de même que pour les tolba ; un long chapelet' 
à gros grains, passé autour du cou, retombe sur la 
poitrine. 

Une sacoche de cuir ornée de dessins est portée en ban- 
doulière sous la djellaba ; un poignard à lame légèrement 
recourbée à l'extrémité complète souvent la tenue. 

Les femmes portent un pantalon bouffant, plus long 
que la culotte des hommes, une chemise et un gilet brodé 
d'or; la tête est coiffée d'un ou plusieurs foulards de coton 
ou de soie ; autour du cou est enroulée une bande de mous- 
seline blanche, dont l'extrémité peut être ramenée contre 
la figure, qu'elle sert à cacher. 

Les jambes sont quelquefois enserrées de jambières en 
peau de chèvre tannée {trâbak). La chaussure est la babou- 
che rouge {rihiya), qui n'est généralement chaussée que 
pour entrer en ville ; dans la campagne les femmes vont 
le plus souvent nu-pieds. 

Pour venir à la ville les Fahçiyât revêtent une serviette 
{foûta) ou un guedouar^ pièce d'étoffe de laine analogue 



LE FAHÇ — LA TRIBU 



365 



au haïk des femmes de la ville mais de dimensions beau- 
coup plus réduites. 

Le costume des Fahçiyât tend à se modifier au contact 
des femmes de la ville ; c'est ainsi que le pantalon court 
est remplacé de plus en plus par un pantalon de toile arri- 
vant jusqu'aux chevilles et dont le bas porte quelquefois 
un galon d'or; le guedouar devient de plus en plus ample; 
les jours de fête, au-dessus du gilet se place un caftan 
recouvert d'un transparent [dfîn), le tout serré fortement 
à la taille par une large ceinture {ha^a77i)j etc. 

Les bijoux ne présentent rien de particulier 



Le seul tatouage porté quelquefois par les femmes est 
la siâla, simple trait vertical au menton, coupé ou non de 
petits traits transversaux; il est d'ailleurs assez rare et tend 
à disparaître. Les hommes ne sont jamais tatoués. 



Tatouées. 



Les coutumes des Fahçiya revêtent en général un carac- 
tère religieux; elles ne diffèrent pas de celles des habitants 
de Tanger et ont été étudiées par ailleurs (i). 

Les pratiques de sorcellerie sont innombrables; elles 
sont à peu près identiques à celles des tribus déjà étudiées. 



Coutumes. 



(i) Cf. supra, pp. 341-346. 



VIE ÉCONOMIQUE 



Condition La condition économique du Fahç est dans son ensemble 

économique analogue à celle des autres tribus marocaines établies dans 
générale. la banlieue d'une ville ; il n'y a pas lieu de s'y étendre ici 

et le lecteur n'aura qu'à se reporter aux études sur les ban- 
lieues de Casablanca, Rabat et Salé, déjà parues dans 
Villes et Tribus du Maroc. Les coutumes agricoles, les 
instruments aratoires, les associations pour la culture et 
pour rélevage du bétail, etc., sont les mêmes. 

Le territoire du Fahç couvre une superficie approxima- 
tive de 36.5oo hectares; sur ce nombre 7.000 à peine sont 
cultivés (1) ; 5. 000 au sud-ouest sont couverts par des étangs 
ou des prairies marécageuses ; le reste est constitué par des 
terrains impropres à la culture, des hauteurs quelquefois 
boisées, de maigres taillis, etc. Les parties les plus fertiles 
sont celles des Souâni, des Béni Makada, de Bou Khalf et 
de Bougdour. 

Dans l'ensemble la région est une des plus pauvres du 
Maroc: elle ne suffit pas à nourrir ses habitants, môme par 



(1) Ce chiffre n'est qu'approximatif; dans la partie du Maroc relevant de 
la France les surfaces cultivées sont connues avec, précision du fait du 
fonctionnement du tertîb ; il n'en est pas de même dans le Fahç, où le 
tertîb n'est pas appliqué, bien qu'il soit prévu par la Conférence d'Algésiras 



LE FAHÇ — VIE ÉCONOMIQUE 307 

les années de bonne récolte. La ville de Tanger, où les 
Fahçiya doivent venir se ravitailler, a toujours été appro- 
visionnée en grains et en bétail par le Gharb et même par 
les tribus de la rive gauche du Sebou, et la plus grande 
partie de ses légumes sont importés d'Espagne. Avant le 
fractionnement politique actuel, rhuile,le charbon de bois, 
la volaille et les œufs lui venaient des Djebala. 

Dans les régions du Maroc déjà étudiées, l'orge et le blé Cultures. 
occupent presque toute la surface cultivée. Il n'en est pas 
de même dans le Fahç: l'orge et le blé, bien qu'occupant 
des étendues relativement considérables, ne viennent qu'a- 
près le sorgho (drâ) ; le maïs {tourkiya) est également très 
cultivé. 

Il faut citer encore les fèves, les lentilles, les petits pois, 
les pois-chiches, le fenu-grec, le henné, le lin, le chanvre 
{kanneb) et le kîf, ou chanvre indien. 

Le Fahç produit également des légumes verts, qui sont 
cultivés dans les jardins : patates, choux, carottes, salades, 
tomates, aubergines, artichauts, radis, courges, pastèques 
et melons. 

L'ensemencement se fait soit en automne, soit au prin- 
temps, d'où la division très connue des cultures en bekriya 
et ma^ou^ia : le sorgho, le maïs, les pastèques, melons et 
pois chiches, semés au printemps, sont des cultures mazou- 
ziya; le blé, l'orge, les fèves, les lentilles, le lin, etc., sont 
des cultures bekriya. 

La vigne est peu cultivée'; quelques essais tentés par des 
Européens ont donné de bons résultats. Il y avait autrefois 
des champs de vignes à Bou Khachkhach ; ils ont été 
envahis par les sables. « On ne peut s'empêcher d'être 
frappé par la fréquence, dans le Nord-Ouest marocain, des 
noms de lieux rappelant les vignes ou les raisins. La région 



368 TANGER ET SA ZONE • 

montagneuse qui se trouve au sud-est de Tanger porte le 
nom de Djebel Zebib, la montagne des raisins secs ; à une 
douzaine de kilomètres de Tanger, parla route de Fès, on 
trouve le village d'Aïn Dalia, la source des vignes. Le cap 
Spartel était désigné par les Grecs sous le nom de ApTreXouçia 
ou de KwTTj; axpov, le cap des vignes. « Ptolémée, dit M. Tis- 
sot, donne la forme pluriel Kwtei; et semble désigner, sous 
ce nom collectif, non seulement le massif du cap Spartel, 
mais tout le plateau projeté par les montagnes du Rif entre 
Tingis et Lixus. » Enfin la ville arabe qui s'est élevée en 
face de Lixus, sur la rive gauche du Lekkous, porte le nom 
d'El-Aràïcli, les treilles (i). » i 

Dans les jardins des environs immédiats de Tanger, qui 
sont à la fois des vergers et des potagers, et quelquefois à 
l'intérieur du Fahç poussent quelques arbres fruitiers : 
l'oranger, aux oranges petites, douces et de peau presque 
toujours verte, le citronnier, le poirier, le pommier, le 
figuier, l'abricotier, le merisier, le grenadier, le cognas- 
sier, Tolivier sauvage. 

Le ricin croît un peu partout à l'état sauvage. Sur les 
pentes N. du Djebel el-Kebir, dans les environs d'Agla, on 
trouve des chênes-lièges. 

Il semble que dans la banlieue immédiate de la ville les 
conditions climatériques et le sol seraient particulièrement 
favorables à la culture des primeurs, qui sont semés en 
septembre et dont la récolte arrive en décembre et janvier; 
mais cette culture n'est encore pratiquée que par de très 
rares Espagnols et indigènes. 

Il faudrait en dire autant de la culture des fleurs. Toutes 
les fleurs, indigènes et exotiques, s'y développent en plein 
air, sans aucun abri, qu'elles soient originaires des régions 

(i) Archives marocaines, vol. XVII, p. 23 ^ n. I. 



LE FAHÇ — VIE ECONOMIQUE 869 

tropicales ou des régions tempérées, et la culture de celles 
qui reçoivent une utilisation industrielle pourrait devenir 
une source de bénéfices importants (origanum compactum, 
mentha rotundifolia, mentha pulegium, lavandula stoe- 
chas, myrtus communis, rosmarinus officinalis, jasmi- 
nium divers, pelargonium capitatum) (i). 

Les principaux pâturages du Fahç se trouvent dans la Elevi^e. 

vallée de TOued Meghoura, dans les plaines de Bougdour 
et de Bou Khalf et au Charf el-*Aqab ; on peut citer encore 
la vallée de Boubana, le Djebel el-Kebir et toutes les hau- 
teurs qui dominent le territoire. 

Ces pâturages sont généralement maigres et suffisent à 
peine à l'alimentation d'un troupeau peu nombreux ; il n'y 
a pas dans le Fahç de prairies artificielles. 

L'élevage porte sur les bœufs, les moutons, les chèvres, 
les chevaux, les mulets et les ânes. Il n'y a pas de cha- 
meaux sur le territoire. L'élevage des porcs est pratiqué 
par quelques Européens, en majorité espagnols, dans les 
environs immédiats de Tanger. 

Un recensement du troupeau en 192 1 d'après les rensei- 
gnements indigènes a donné les chiffres suivants, dont \l 
est difficile de contrôler l'exactitude : 

Khareb et 
Flafliya. Beddoun. Bahreïn. Bougdour. Andjera. Totaux. 

Bœufs i.ioS 935 626 2.535 2.o3o 7.23» 

Moutons .... 2.060 2.3oo i.Sgo 3.276 3.o8o i2.io5 

Chèvres i.5oo i.38o 220 826 2.35o 6.276 

Chevaux et Mulets. 204 2o5 160 328 435 i.33a 

Anes 3i5 260 204 211 463 1.453 

Le troupeau du Fahç ne présente aucune particularité. 
Un essai d'amélioration de la race chevaline a été entre- 
pris en 19 18, date à laquelle le Service des remontes du 

(i)Cf. Appendice III : liste des fleurs et arbustes, par M. Goppart. 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 25 



370 TANGER ET SA ZONE 

protectorat a envoyé au tabor extra-urbain un baudet de 
grande taille et deux étalons ; mais les indigènes ne sem- 
blent pas encore comprendre l'intérêt qu'ils auraient à amé- 
liorer la race et manifestent une certaine répugnance à 
amener leurs juments. 

L'apiculture est à l'état rudimentaire ; on trouve cepen- 
dant des ruches dans presque tout le Fahç ; elles sont 
faites de roseaux ou d'écorce de chêne-liège. 

Enfin l'élevage de la volaille, bien que pratiqué sans 
aucune méthode, est une source de revenusappréciables pour 
les indigènes habitant à proximité de Tanger. 

Industries. Les indigènes fabriquent du charbon de bois au Djebel 

el-Kebir, au Charf el-Aqab et sur les collines du Djebel 
Béni Medjimel; ils l'apportent au soùq de Tanger, où 
viennent s'approvisionner non seulement les habitants 
de la ville, mais encore ceux de presque toute la zone. 

Les carrières de Râs Achaqqâr fournissent des meules 
réputées pour leur extrême dureté et qui sont fabriquées 
par les Medioùna. 

Des marais salants sont exploités près de l'Oued el-Halq. 

Des fours à chaux sont établis dans les environs de 
Tandja el-Baliya, à Sania et dans les villages Andjera, où 
on fabrique également des briques. 

La pierre à bâtir provient des carrières de Sania et des 
'Béni Ouasîn ; elle est assez abondante chez les Gzennaïa, 
de même qu'à Boubana, au Djebel el-Kebir, sur le bord du 
détroit. 

Les terres argileuses de la vallée de Boubana sont utili- 
sées par les potiers des Drâdeb et du Marchân. 

Des nattes en jonc sont confectionnées dans les villages 
de Bedrioûn, de Ghouiqrech et des Béni Saïd Bou Amar. 

Enfin l'industrie de la pêche en mer est pratiquée par 
les indigènes de Tandja el-Baliya et des villages Andjera. 



LE FAHÇ 



VIE ECONOMIQUE 



37. 



Le seul marché de la zone est Tanger, où les indigènes 
viennent, le dimanche et le jeudi, vendre leur bétail, de la 
volaille, des œufs, de la laine, du charbon, etc., et acheter 
du sucre, du thé, des bougies, des cotonnades, etc. Les 
poids et mesures usités sont ceux de la ville. 

Il y avait autrefois un marché à l'intérieur du Fahç : il se 
tenait le vendredi à Zinat, mais depuis le rattachement de 
Zinat à la zone d'influence espagnole, ce soûq est de moins 
en moins fréquenté. Il faut en dire autant du soûq el-had 
de laGharbiya, du soûq el-arbaades Béni Mçaouar, du soûq 
et-tlâta d'Ouadras et du soûq et-tnîn de Mlousa (Andjera), 
qui se tiennent dans les tribus limitrophes de la zone. 



Marchés. 



Le Fahç est traversé du nord au sud par la route qui 
doit joindre Tanger à Rabat à travers la zone d'influence 
espagnole. 

Le tronçon de la zone de Tanger, ou tronçon nord de 
cette route, a été construit par le Service des Travaux pu- 
blics et achevé en 1918; il part de Tanger, oblique vers le 
sud-ouest, passe au pied du Charf el-Aqab, franchit l'oued 
M'harhar sur le « pont international » et arrive à la limite 
nord de la zone d'influence espagnole. 

Le tronçon sud, compris entre la limite sud de cette 
même zone et Rabat, est en voie d'achèvement et sera livré 
à la circulation au printemps de 192 1. 

Entre ces deux tronçons extrêmes, c'est-à-dire en zone 
d'influence espagnole, il ne se trouve encore qu'une simple 
piste, impraticable aux voitures dès les premières pluies. 

Dans la direction de Larache, la route dépasse Arzila. 



Routes 
et pistes. 



La piste Tanger-Fès passe plus au centre du territoire, 
par Bahreïn, 'Aïn Dalia (et la 'Aqbat el-Hamra) ; elle est 
carrossable pendant la saison sèche. 



La piste de Tétouan fait suite au boulevard axial de 



Zy2 TANGER ET SA ZONE 

Tanger : elle longe l'oued Mghoura, passe par le village du 
même nom, sort de la zone au nord du massif de Zinat 
et file sur Tétouan par le fondaq d'Aïn Djedida. 
Une route par l'Andjera est en construction. 

Les autres routes ou pistes principales du Fahç sont les 
suivantes : 

Route de la Moniagney qui part du Soûq el-Barra, fran- 
chit la rivière des Juifs sur un pont métallique de construc- 
tion récente, monte en pente raide jusqu'à la crête du 
Djebel el-Kebir, longe cette crête et se prolonge jusqu'au 
phare du cap Spartel. 

Route du cap Spartel. Cette route, actuellement en cons- 
truction, part de la précédente près du pont métallique, em- 
prunte la vallée de Boubana et va en pente douce rejoindre 
la route de la Montagne, au sommet du Djebel el-Kebir, à 
hauteur de la propriété Perdicaris. Au fond de la vallée, 
une piste prolonge cette route en direction de Médiouna. 

Route des Moudjahidin^ par le marché aux bœufs ; elle 
est prolongée par une piste menant au village des Ziâten. 

Route des Oliviers, Partie de la route des Çfâçef (ou de 
San Francisco), elle aboutit à une bonne piste qui mène 
aux Ziâien. 

Piste Tanger- Regaïa, par les Béni Makada. Sur la pre- 
mière partie de son parcours elle emprunte la route de 
Rabat; de cette dernière aux Béni Makada, s'étend une 
route plus étroite. 

Piste Tanger- Andjera^ par le lazaret. 

Oaçbas II y a deux qaçbas en ruines sur le territoire du Fahç : 

l'une à l'est et non loin de l'oued el-Halq, Tautre légère- 
ment au nord des collines d'Aïn Dalia. 

La première a été bâtie par Ghaïlan en 1664, ^^^^ ^^ 
l'occupation de Tanger par les Anglais (i). 

(1) Cf. supra, pp. 75-7Ô. 




a 



LE' FAHÇ — VIE ÉCONOMIQUE 3/3 

La seconde, dite de Bou Amar, passe chez les indigènes 
pour avoir été bâtie par les Portugais, ou encore par le 
pacha Abdelkerim ben Ali ben Abdallah Er-Rifi ; dans ce 
dernier cas la date de sa construction se placerait entre les 
années 1748 et 1748 (i). Une version plus probable, donnée 
par Si El-Arbi Es-Saïdi, en fait l'œuvre du qaïd Amar ben 
Haddo, d'où son nom (2) ; elle aurait été bâtie sur Tordre 
de Moulay Ismaïl, lors du siège de Tanger, qui était occupée 
par les Anglais. 

La qaçba servait de campement et d'abri aux moudja- 
hids, dont c'était en même temps le centre de ravitaille- 
ment ; elle semble en effet construite plutôt contre Tanger 
que pour défendre la ville. 

Le qaïd Amar ben Haddo, qui dirigea les premières opé- 
rations de siège, mourut de la peste en 1681, après la prise 
de Mehediya qu'il dirigeait également. Il fut remplacé dans 
les opérations contre Tanger par le pacha Ali ben Abdallah 
son cousin, qui s'empara de la ville en 1684 (3). 

La qaçba de Bou Amar se trouve sur une hauteur, à la 
partie Est des collines des Gzennaïa, près du dchar des Béni 
Saïd, et domine la partie du Fahç comprise entre ces 
collines et Tanger ; elle était autrefois armée de plusieurs 
canons. 

Il n'en reste actuellement que des ruines : les murs, 
épais d'un mètre, dépassent à peine le sol ; deux portes, 
dont les restes branlants dominent le mur, permettaient 
l'accès de la qaçba à l'est et à l'ouest. De nombreuses mai- 
sons, dont les murs affleurent le sol, s'élevaient à l'inté- 
rieur. 

La qaçba est de forme trapézoïdale ; elle couvre une su- 



(i) Cf. supra, p. 92. 

(2) Dans le Rif et le Djebel, Amar et Bou Amar se disent indifféremment 
Tun pour l'autre. 

(3) Cf. supra, p. 82-83. 



374 TâJiGER ET SA ZONE 

perficie de iS.iyS mètres carrés. De la porte Est à la porte 
Ouest on ne compte pas moins de i55 mètres; les faces 
Nord et Sud ont une longueur de 160 mètres, la face Ouest 
a 100 mètres de long, la face Est 70 mètres. Une tour 
carrée est construite à chaque angle ; la face Nord comporte 
en outre trois tours semblables, la face Sud deux ; ces neuf 
tours forment saillie hors du rempart. 

Les murs de l'enceinte, aussi bien que ceux des maisons 
à rintérieur, sont en pierres assemblées par un mortier 
assez solide. 

La qaçba a été habitée par les Béni Saïd à une époque 
relativement récente et des murs en pisé ont été construits 
au-dessus des anciens murs de pierre. Elle aurait été aban- 
donnée à cause de sa mauvaise exposition. 

Ruines. Sans parler des ruines présentant un intérêt archéolo- 

gique, comme Taqueduc romain de la rivière des Juifs, les 
thermes du Charf el-'Aqab, etc. (i), on peut citer celles 
d'un pont jeté sur l'oued el-Halq, près de Tandja el-Baliya : 
la tradition locale l'attribue aux Portugais ; mais il est pro- 
bable qu'il est l'œuvre de Ghaïlân et qu'il a été construit 
pour permettre aux troupes de siège, campées à la qaçba 
du même nom, le passage vers Tanger; dans ce cas, sa 
construction remonterait à 1664. 

(i) Cf. supra, p. 40 ; infra, pp. 409 et seq. 




Ruines du « pont de Ghaïlan ». 



ORGANISATION ADMINISTRATIVE 



On a déjà vu que la tribu des Fahçia est en principe une 
tribu guich et que la création de ce guich remonte au len- 
demain de la conquête de Tanger sur les Anglais en 1684. 
Déplacé en partie à Mehediya en 1766, il fut ramené dans 
le Fahç et reconstitué en 1778. 

Le guich comprenait 2.400 cavaliers et fantassins, 
5oo artilleurs et 700 marins, soit en tout 3. 600 hommes. 

Les 2.400 hommes de troupe étaient divisés en vingt et 
une mias (centaines), commandées chacune par un qaïd 
mia ; trois d'entre elles étaient constituées par les msakh- 
riya (ou mokha^eniya)^ qui étaient chargés spécialement 
du service administratif du pacha et portaient ses ordres ; 
les mokhazeniya étaient logés à la Qaçba dans de petites 
maisons construites à cet effet par le Makhzen. Chaque 
mia comprenait des hommes d'une même tribu (Béni 
Sa'ïd, Temsaman, Béni Touzîn, Béni Ouriaghel, Amart, 
Gouaret, etc.). 

Plusieurs mias constituaient une rahâ^ commandée par 
un qaïd rahâ. 

Les artilleurs étaient commandés par le qaïd et-topdjia, 
les marins par le raïs el-bahar ; les uns et les autres étaient 
logés à la Qaçba. 



StC» TANGER ET SA ZONE 



L'ensemble du guich était sous les ordres du gouverneur 
de Tanger, pacha du guich. 

Les hommes de service recevaient une solde mensuelle 
de dix ouqias, ou un mithqal, soit environ 5 francs au 
cours de l'époque. 

De plus tous les hommes du guich avaient la jouissance 
d'une parcelle de terre dans le Fahç. Les terres étaient par- 
tagées dans les proportions suivantes : 

Qaïd raha : superficie de dix attelées de labour. 
Qaïd mia : ~ quatre — 

Moqaddem: — deux — 

Cavalier : — une — 

Fantassin : — une demi — 

Cette organisation s'est maintenue une centaine d'années ; 
en 1884, le pacha Abdeççadaq Et-Temsamani put encore 
avec le seul guich réduire les Andjera, qui s'étaient ré- 
voltés. 

La tradition de l'organisation du guich rifi s'est perdue 
depuis cette époque. La possibilité donnée aux étrangers 
d'accéder à la propriété immobilière engagea les gens du 
guich à transformer, à l'aide de moulkiyas, leur droit de 
jouissance des terres en droit de propriété pour pouvoir les 
vendre. Les petites maisons de la qaçba, mises à la dispo- 
sition des msakhriyin, des artilleurs et des marins, furent 
également mises dans la circulation et vendues: la base 
même de toute l'organisation disparaissait et les gens du 
guich, n'ayant plus leurs terres ni leurs habitations, récla- 
mèrent des augmentations de solde qui n'étaient prévues 
par aucun budget ; il fallut en réduire le nombre et fermer 
les yeux sur de nombreux abus d'autorité qui pouvaient 
seuls compenser l'insuffisance de la solde. 

De plus, on donna à Tanger des gouverneurs étrangers^ 



LE FAHÇ — ORGANISATION ADMINISTRATIVE 877 

originaires de Rabat, du Haouz ou de Fès, qui ignoraient 
complètement l'organisation du guich. 

Enfin, malgré l'interdiction de donner la protection aux 
gens du guich, de nombreux individus de la tribu des 
Fahçia sont parvenus à l'obtenir. 

L'organisation militaire du guich a de nos jours presque 
entièrement disparu. A Tanger, il y a bien encore de nom- 
breuses pièces d'artillerie démodées dans les bordjs, mais 
il n'y a plus d'artilleurs; les marins, devenus de simples 
salariés de l'aconage, ont une tendance à se grouper en 
corporation, comme les ouvriers de la ville ; les msakhriya, 
changés en mokhazniya, forment toujours l'escorte du pa- 
cha, mais leur nombre est relativement réduit. 

Dans le Façh, il n'y a plus pour tout organisme admi- 
nistratif que les assemblées des villages ; chaque village 
obéit à un moqqadem qui relève du pacha de Tanger. 

La tribu se divise en cinq roubou' : les Flafîiya, Bedrioûn, 
Bahreïn, Bougdour et El-Khareb ; au reba" d'El-Khareb 
sont rattachés les villages de l'Andjera qui font partie de la 
zone. Il n'y a pas de cheikh à la tête de chaque reba' et les 
seuls organes de liaison avec le Makhzen sont les moqqa- 
dems de villages. 

Au point de vue des impôts, la situation du Fahç est des 
plus particulières. Comme tribu guich, la zone de Tanger 
n'aurait à acquitter que l'aumône religieuse, la zakat et 
Pachour ; mais sa situation guich n'existe pour ainsi dire 
plus, et d'autre part elle n'est pas tribu de nâïba. D'après 
l'acte d'Algésiras, elle devrait payer le tertib et elle ne le 
paye pas, parce que jamais le tertib n'y a été organisé ; il 
ne semble pas d'ailleurs que la perception de la zakat et de 
Tachour le soit davantage. 

Il est donc impossible de déterminer avec certitude quels 
impôts payent les gens du Fahç, en dehors de quelques 



SyS TANGER ET SA ZONE 

droits plus ou moins arbitraires sur la vente des terrains et 
de quelques amendes prélevées selon les possibilités, sans 
règle définie. 

La population du Fahç possède environ 6i8 fusils : 
2o3. fusils Gras, 200 fusils Remington, 71 fusils Martini 
Henry, 94 fusils Mauser et 5o fusils divers. 



LISTE DES VILLAGES (dchoûr) 



I. — RouBOu* DES Flafliya. 
Ci 3 villages, 3.870 habitants.) 





Marchan (i). 


Drâdeb (i). 


Population . . 


. 600 hab. musulmans» 


1. 000 hab. musulmans. 


Origines . . . 


. Rif (Béni Saïd, 


Béni Tou- 


Rif, Djebel, Sous, Algé- 




zîn). 




rie, etc. 


Moqaddems . 


. El-Hoseïn. 




Mohammed El-Hassâni 
El-Andjeri. 


Notables . . . 


. Cf. supra. 




Sidi Mohammed El-Baq- 
qâli ; Sidi Abdessalâm 
El-Aroûsi;El-HâdjSaïd; 
Abdessalâm El-Aoua- 
mi ; Abdelkerim ben El- 
Guizzou ; Boû'l-Kheïr ; 
El-Hâdj Mohammed 
Barga ; Ali d'Amrar ; 
El-Hâdj M'bârek; El- 
Khelifi; El-Marrakchi ; 
Abdelkerîm El-Frihi. 


1 Bovins . . 


40 




Elevage pratiqué par les 


3 1 Ovins. . . 


. 




Espagnols. 


2 1 Caprins . 


100 




400 chèvres. 



Chevaux et 

mulets . . 

Anes .... 

Porcs. . . . 



5o 
3o 



Porcs nombreux. 



(i) Le Marchan, les Drâdeb, la Mçalla et Bou Khachkhach constituent 
maintenant des faubourgs immédiats de la ville de Tanger, avec laquelle 
ils ont été étudiés ; les chiffres donnés ici pour la population ne s'appliquent 
qu'à la population musulmane ; le total général a été englobé dans la popu- 
lation de la ville. Les Drâdeb, de formation récente, ne faisaient pas partie 
des Flaflia. 



38o 



TANGER ET SA ZONE 



Djâma el-Moqra (i) 
el Djebel el-Kebir. 



Population . . . 
Origines 



i.ooo 



Rif (Béni Amart, Béni Ou- 
riaghel) ; Djebel (Oua- 
dras. Béni Mçaouar, 
Andjera). 



Moqaddems . . 


Ben Fâtah; El-Hâdi Er- 




Rifi. 


Notables .... 


El-Mokhtar Ez-Zerouali ; 




El-Hâdj Mokhtar ech- 




Chérif el-Aroûsi. El- 




Hâdj Haddou; Mouh Ou 




Sellâm ; El-Hasan ould 




El-Baqqâch; El-Hâdj 




Mohammed Arrih. 


1 Bovins . . . 


ii5 


6 i Ovins. . . . 




2 1 Caprins . . 


i5o 


§ j Chevaux et 




fZ 1 mulets . . 


II 



Mesnaua. 



6o 



Anes 



100 



Rif (Baqqioua) ; Djebel 
Habîb. 



Ahmed ben El-Hâdj. 

Abdessalâm Aharrar; Ab- 
dessalâm ben Aïsa ; Ah- 
med del-Maïz. 



40 

100 

i5o 

II 
i5 



Brâueç. 



Population 
Origines. . 



Ziâten. 



Moqaddems 
Notables . . 



i5o 100 

Brâneç du Nord de Taza. Rif (Temsaman) ; Djebel 

(Béni Ziyat). 

Mohammed ben Fâtah. Si El-Hachmi. 

El-Hâdj El-Bernouçi ; Si El-Hâdj" El-Mfaddal ; El- 



Mohammed El-Ghoma- 
ri ; Mohammed ben 
Ahmed El-Bernouçi ; 
El-Hâdj Ahmed ben El- 
Hâdj Hoseïn; M'ham- 
med ben Abdallah. 



Hâdj Abdessalâm ben 
Amar ben Aïsa ; El- 
Ayyâchi ben Qaddoûr. 



(i) Ce village se divise en Dchar el-'Ali, ou de la partie haute, et Dchar 
el-Asfal, ou de la partie basse. 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 38 1 

Brânec (suite). Ziâten {suite). 



3 
O 



Bovins . . . 


3o 


Ovins. . . . 


80 


Caprins . . 


100 


Chevaux et 




Mulets . . 


6 


Anes .... 


8 



3o 
100 
5o 

8 
3o 



Population . . 

Origines . . . 

Moqaddems . 

Notables . . . 



Ahmar. 



i5o 



BouKhalf (i). 



10 



Bovins . . . 
Ovins. . . . 
Caprins. . . 
Chevaux et 
mulets . . 
Anes .... 



Rif(Beni Ouriaghel, Béni 
Touzîn) ; Djebel Habîb. 

El-Açri. 

Mohammed ben El-Ayyâ- 
chi En-Nâçer ; Abder- 
rahmân El-Açri. 



60 
200 

5o 
10 



Doukkala 
Bdaoua. 



(Gharbiya) ; 



i5 



Mohammed ould Bououd. 

Ahmed Bououd; Abdel- 
qâder Bououd ; Ahmed 
Dja'aba et son frère El- 
Hasan ; Sliman er-Rifi ; 
Ali Ez-Zaïri. 

200 

5 00 

40 

10 



Mghàïr. 



Djebila. 



Population . . 
Origines. . . . 



i5o 
Rif (Gzennaïa). 



Moqaddems . . Ez-Zeïdi. 



200 



Rif (Béni Touzîn, Zoua- 
oua) ; Khiaïta, Brarga. 

Qâsem Ez-Zekri. 



(i) Le territoire de ce village est occupé en grande partie par le pacha de 
Tanger, El-Hâdj Abdessalâm ben Abdeççadaq, qui y exploite un as^ib. 



382 



TANGER ET SA ZONE 

VLghêiir (suite). 



Djebila (suite). 



Notables .... Mohammed bel-Hachmi 
EI-Mnisar ; Ould Si Ab- 
dessalam Cherroud; Ab- 
dcssalam ben El-Briyal. 



Bovins . . . 


3o 


Ovins. . . . 


80 


Caprins. . . 


5o 


Chevaux et 




mulets . . 


6 


Anes .... 


3o 



Abdallah ben Ez-Zekri, 
frère du moqaddem ; 
Mohammed ould Ker- 
moun, et son frère Ab- 
derrahman ; Mohammed 
ould Bou Azza ; Ould 
Et-Tahami er-Rifi ; El- 
Mokhtar ben Yaman. 

25o 

200 

40 

3o 

25 



Khandaq Gour. 



Mediouna. 



Population 
Origines. . 



i5o 



Moqaddems . 
Notables . . . 



eu 

eu, 

3 
O 



Rif (Gzennaïa) ; Gharb. 



Abdessalâm ben ^El-Qâ- 
dhi. 

TahamiEl-Gharbaoui; El- 
Fqîh EI-Gharbaoui ; Ah- 
med El-Fellah et son 
frère Abdessalâm. 



Bovins . . . 


40 


Ovins. . . . 


i5o 


Caprins. . . 


60 


Chevaux et 




mulets . . 


10 


Anes .... 


25 



i5o 

Rif (Béni Touzîn, Zoua- 
oua) ; Khiaïta, Brarga; 
Djebel Çarçar. 

Ben El-Hachmi. 



Sidi El-Mekki Eç-Çarçari; 
Sellâm El-Barraq ; Mo- 
hammed ould Eç-Ça- 
daq ; Ould El-Hâdj Ab- 
dessalâm ben Mousa. 

70 

5o 

i5o 

12 
i5 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 



38S 





Hadi'rim (i). 


Population . . 




5o 


Origines. . . . 


. Andjera, Ouadras, etc 


Moqaddem . 


, Eç-Çadiq. 




Notable 


El-Hoseïn 




Bovins . . 




200 


P Ovins. . . 




600 


2 Caprins. . 




200 


g Chevaux e 






^ mulets . 




10 


Anes . . . . 




12 



2. — ROUBOU* DE BeDRIOUN. 

(10 villages, 1.555 habitants.) 



Ain ed-Dalia eç-Çeghîra. 



Aïn el-Asel. 



Population ... 120 

Origines Rif (Béni Amart) ; Be- 

daoua des environs de 
Larache. 

Moqaddems. . . M'hammed ould Bouïa. 

Notables .... Qâsem ben Ahmed ben 
Hammou ; El-Hâdj Ab- 
dessalam ben El-Fatmi; 
Ahmed ben Hammou 
ben Ayyad; Mohammed 
ould Ahmed ben Ech- 
Chaikh ; Ahmed ould 
El-Hâdj Mohammed 
ben Qaddour. 



120 

Rif (Gzennaïa) ; 
(Andjera). 



Djebel 



Hoseïn ben Abderrazzaq. 

Ould El-Hoseïn El-Ah- 
nouni ; Amer ben Mo- 
hammed ; Ould El-Hâdj 
Amar ; Mohammed ben 
Abdessalam Djebilou ; 
Ould El-Hâdj Ali Aftot. 



(i) La plupart des habitants de ce village sont les bergers de Si El-Mehdi 
El-Menebhi, qui habite Tanger. 



384 



TANGER ET SA ZONE 





Aïn ed-Dalia eç-Çeghira 


A 


ïn el-Asel 




(suite). 






(suite). 


/ Bovins . . . 


100 






90 


3 i Ovins. . . . 


3oo 






200 


S 1 Caprins. . . 








80 


g \ Chevaux et 










^ i mulets . . 


28 






ï7 


[ Anes .... 


40 






i5 




Khandaq ez-Zerzour. 




Bedrioun. 


Population . . . 


100 






2^ 


Origines 


Rif (Baqqioua) ; 
(Djebala Oulâd 
qâl, Ouadras). 


Djebel 
el-Baq- 


Rif (Béni 


i Amart). 


Moqaddems. . . 


Mohammed El-Ouadrasi. 


Ahmed ed-Derrâz. 


Notables .... 


Sidi Mohammed 


El-Baq. 


Mohammed ben Idris ; El- 




qali ; Ahmed 


ben el- 


Hâdj Qâsem ben Ham- 




Fqîh M'râbet; 


Ahmed 


mou ; 


Qâsem ben El- 




ben El-Arbi El-Yamou- 


Fqîh; 


Abdessalam ben 




di ; Ayyad ; El 


-Hoseïn 


Amar. 






ben Gnmet. 








Bovins . . . 


100 






70 


6 Ovins. . . . 


200 






3oo 


^ Caprins. . . 


3oo 






3oo 


g Chevaux et 










H mulets . . 


i5 






20 


Anes . . . . 


10 






5o 



Population . . 
Origines. . . . 
Moqaddems. . 

Notables . . . 



Béni A'djàlât. 
i5Ô 
Djebel (Andjera) ; Gharb. 
Abdessalam bel-Hoseïn. 

Ould Amar ben Saïd ; Ah- 
mido ben Sellam ; Mo- 
hammed ben Sellam ben 
Ali; Ali ben Abder- 
rahman. 



Béni Saïd Bou Amar. 
100 
Rif (Béni Saïd). 

Abdessalam ben Amar 
Reqqas. 

Oulâd Touzani; EI-Hâdj 
Abdessalam ed-Drisi; 
Oulâd Si Abdallah; Mo- 
hammed ben Ahmed 
Guerroudj. 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 385 

Béni A'djâlât {suite). Béni Saïd Bou Amar {suite). 



( Bovins . . . 


70 




70 


6 l Ovins. . . , 


25o 




200 


g,l Caprins. . . 








I ) Chevaux et 








H mulets . . 


20 




i5 


, Anes . r . , 


3o 




20 




Ghouîqrech. 




Fraïhîn. 


Population . . . 


100 




go 


Origines 


Dçoûl, des environs de 


Rif (Béni Bou Frah) ; 




Taza. 




Gharbiya. 


Moqaddems. . . 


Si Qâsem. 




Mohammed El-Fellâh ben 
Amar. 


Notables .... 


Ahmed ben Sellâm 


; Mo- 


Mohammed ben Ali et son 




khtar ben Sellâm 


; Mo- 


frère Qâsem ; Sellâm 




hammed ould : 


Sellâm 


ben Djihiden; Çadiq 




Krimou ; Ali El- 


Djeba- 


ben El-Hachmi ; Mo- 




ri; Mohammed ben Ab- 


hammed El-Brichi. 




derredjâ. 






1 Bovins . . 


40 




35 


p l Ovins. . . . 


i5o 




100 


^1 Caprins. . . 


i5o 




5o 


§ 1 Chevaux et 








H 1 mulets. . 


10 




i5 


\ Anes .... 


25 




20 



Gzeunaïa. 



Cheraqa. 



Population . . . 35o 200 

Origines Rif (Gzennaïa, Guelaïa) ; Rif (Béni Touzîn); Sous. 

Djebel Habîb. 

Moqaddems. . . Abdessalam ben El-Hâdj ErAyyâchi ben Çadiq. 
Amar. 

VILLES ET TRIBUS. — VII. 20 



386 



TANGER ET SA ZONE 



Gzennaïa (suite). 



Cheraqa {suite). 



Notables .... 


Abdessalam ben El-Hâdj 


Ahmed ben Qaddour; Ah- 




Mohammed ; Qâsem 


med ben Hamman ; Ou- 




ould El-Hâdj Qaddoûr; 


lâd ben Abdessalam ; 




Ahmed ben El-Hâdj 


Mohammed ben Men- 




Abdessalam ; Moham- 


nana; Mokhtar ben Es- 




med ould Amar; Mo- 


Sa'ïdi; Sidi Mohammed 




hammed ben Abdallah. 


El-Baqqali ; Moham- 
med ben Es-Sousi. 


/ Bovins . . . 


300 


i6o 


3 i Ovins 

^) Caprins. . . 


3oo 


3oo 


3oo 


200 


g J Chevaux et 
f 1 mulets. . 






35 


3o 


Anes .... 


25 


25 



3. — RouBOu' DE Bahreïn. 
(i3 villages, 2.81 5 habitants.) 



Population . . 
Origines. . . . 



Moqaddems. . 
Notables . . . 



Mçalla. 

600 (i). Cf. supra. 

Rif (Temsaman, Béni Ou- 
riaghel); Djebel, Sous, 
Drâ, etc. 

Mohammed Ei-Ouadrâsi 
(kittânî). 

El-Hâdj Bou Selhâm (der- 
qâoui); Boubout (der- 
derqâoui) ; 



Bou Khachkhach (2). 

800. Cf. supra. 

Rif (Béni Ouriaghel, Béni 
Ileft, Baqqouïa) ; Sous, 
etc. 

Mohammed ben El-Hâdj 
er-Rifi. 

El-Hâdj Abdallah Es-Soû- 
si; El-Hâdj El-Hoseïn 
Es-Soûsi ; 



(i) Ce chiffre ne comprend que la population fixe. La population flottante 
peut être évaluée à plus de 5oo âmes. 

{2) Village de formation récente et qui se transforme rapidement en quar- 
tier urbain. Il ne faisait donc pas partie du Roubou* de Bahreïn, pas plus 
d'ailleurs que le quartier de la Mçalla, considéré actuellement comme appar- 
tenant à la ville. 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 3Sj 

Mçalla {suite). Bou Khachkhach (suite). 



Notables . 
(Suite). 



El-Moqaddem Chaïb(der- Ould El-Hâdj Nâçer Es- 



o 



Bovins . . . 
Ovins. . . . 

Caprins. . . 

Chevaux et 

mulets . . 

Anes .... 



qâoui) ; Si Mohammed 
El-Mrâbet (derqâoui); 
EI-Hâdj Mesoûd; El- 
Hâdj Amar (derqâoui) ; 
E!-Hâdj Allai (der- 
qâoui). 

20 



25 
25 



Soûsi ; EI-Abbâs Hasan 
Es-Soûsi; El-Mrâbet 
Ech-Chaïb ; Hammâdi 
El-Mrâbet. 



20 

3o 

100 



Mersterkhouch. 



Azib Ben Dibân. 



Population 
Origines. . 



Moqaddcms. 
Notables . . 



lOO 

Ri f (Béni A m art). 

Mohammed bel-Hâdj A- 
mar Ech-Chougari. 

Abdessalâm Ech-Chouga- 
ri ; Mohammed ben Ab- 
dessalâm Ech-Chouga- 
ri ; Ahmed ben El-Hâdj 
Abdessalâm Ed-Dîb ; 
Mohammed ben Qâsem; 
Mohammed ben Ahmed 
Er-Rifi. 



Bovins . . . 


40 


Ovins. . . . 


100 


Caprins. . . 




Chevaux et 




mulets . . 


4 


Anes .... 


10 



100 

Rif (Béni Ouriaghel) ; Dje- 
bel (Andjera). 

Ahmed Ech-Chatt. 

Abdessalâm ben Abder- 
rahman; Sellam ben El- 
Mehdi; Mohammed ben 
Ali ; Abdessalâm Ech- 
Chatt ; Abdessalâm Ah- 
med ben Sellam. 



3o 

100 



3S8 



TANGER ET SA ZONE 

Souâni. 



BeniMakada. 



Population 
Origines. . 



Moqaddems. 
Notables . . 



25o 
Rif (Béni Amart). 

EI-Hâdj El-Mokhtar. 



i5o 

Rif (Béni Ider); Djebel 
(Andjera). 

Abdessalam El-Achiri. 



Ali Rechouq ; Mohammed Abderrahîm ; El-Arbi Er- 



Bou Guern ; Abdallah 
ould Eî-Hâdj Ali; Ali 
ben El-Hâdj Moham- 
med et son frère Si Mo- 
hammed Kouimen;Qad- 
dour Ou Ghânem ; Mo- 
hammed El-Gharbi; A 
mar ben Bellach. 



Bovins . . ^ 


i5o 


(ont 


leurs troupeaux 




au 


i Charf el-Aqab). 


Ovins. . . . 






lOO 


Caprins. . . 






i5o 


Chevaux et 








mulets . . 






i5 


Anes .... 






6 



Reqif; Ould Si Ham- 
mân; Ahmido del-Ho- 
seïn Er-Reqif; Moham- 
med El-Achiri; El-A- 
qal. 



5o 

i5o 
5o 

9 

10 



Harrarrîn. 



Béni Said de Bahreïn. 



Population . . 

Origines. . . . 

Moqaddems . 

Notables . . . 



200 

Rif (Béni Ouriaghel). 

Abdessalam Bou Ghâba. 

Sellam ould El-K'hal; Mo- 
hammed ould Qaddour; 
Abdallah Aharrar; Mo- 
hammed ould El-Hach- 
mi El-ldri ; Abder- 
rahman ould ed-Der- 
qâoui ; Tayyeb ould 
Bouroura. 



125 

Rif (Béni Saïd). 

Abdessalam Ayyoûb. 

Tahami ben Mes'oud ; 
Hammani ben Mes'oud; 
El-Fqîh El-Hammouch; 
El-Hoseïn. 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 



389 





Harrarrtn {suite\. 


Bovins . . . 


40 


Ovins. . . . 


200 


Caprins . . 




Chevaux et 




mulets . . 


20 


Anes .... 


4 



BeniSaîd de Bahr eïii(suite). 

80 
i5o 



5 
14 



Population . 
Origines. . . 
Moqaddems. 

Notables . . 



Bovins . . . 
Ovins. . . . 
Caprins. . . 
Chevaux et 
mulets . , 
Anes .... 



Mers Achennad (i). 

70 
Rif (Baqqioua). 
Mohammed Bou Ghâba. 

Mohammed Abaqiou; El- 
Fqîh Ben Chaïb ; Ab- 
derrahman ben Ali er- 

■ Rifi ; Mohammed ould 
Ali er-Rifi. 

3o 
i5o 



Achennad. 

3o 

Rif (Béni Amar). 

Mohammed ould Ali ben 
Amar. 

Sellâm ben Ahmed bel- 
Hâdj ; Bou Ghâba ; Mo- 
hammed Ez-Zerhoûni ; 
Abdessalam ben Si 
Idrîs. 

i5 
5o 



Population . . 
Origines. . . . 
Moqaddems. . 
Notables . . . 



Béni Touzin. 



120 



Béni Ouriaghel. 



70 



Rif (Béni Touzîn). Rif (Béni Ouriaghel). 

El-Arbibel-FqîhKhalladi. Mohammed El-Tadjer. 

Mohammed ould Ben Zah- Mokhtar ben Bouchta ; 
ra; Ahmed ben Tahâmi; Çadiq d'Ouaddi ; Mouh 
Mohammed ould el- er-Rifi. 
Fqîh ben Ahmed ; Mo- 
hammed ben Hammou. 



(i) Près de Mers Achennad se trouve un *azib, qui représente l'ancien 
village de Ya^kilen ; cet ^azib appartient à Si El-Mehdi El-Menebhi. 



39 o 



TANGER ET SA ZONE 



ctf 
V 

a., 

a 

o 



Bovins . 
Ovins. . 
Caprins. 
Chevaux 
mulets 
Anes . . 



et 



Béni Touzin [suite). 
40 

80 
i3 

4 



Béni Ouriaghel [suite). 
60 



Population . . 
Origines. . . . 
Moqaddems. . 
Notables . . . 



Bovins . . . 
Ovins. . . . 
Caprins. . . 
Chevaux et 
mulets . . 
Anes .... 



Azib El-HAdj Qaddoûr (i). 

300 

Rif(Mtalsa).' 

El-Mokhtar Agrigar. 

EI-Hâdj Ahmed El-Griri ; 

Ouid Ei-Maati bon A- 
mar ; Si Idris El-Griri ; 
Ould ben El-Mekki EI- 
Hâdj Oulleben ; Mou- 
çtafa Aqalaï. 

100 
260 

i5 
10 



4. — ROUBOU' DE BOUGDOUR. 

(i3 villages, 2.355 habitants.) 

Dâr Z'hiro. Cherâqa. 

Population . . . 25o 200 

Origines Rif (Béni Touzîn) ; Dje- Rif (Béni Touzîn); Soûs. 

bel (Béni Ysef). 

Moqaddems. . . Ahmed Es-Saïdi. El-Ayyachi ben Çadiq. 



(1) Du nom d'un qaïd mis à mort il y a une trentaine d'années. 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 



39' 



Dâr Z'hiro {suite). 



Cherâqa (suite). 



Notables .... Mokhlar Es-Saïdi ; Ah- 
med bel-Arbi ; Moham- 
med bel-Hâdj El-Arbi 
Fartoul ; Ahmed Cher- 
qaoui; Mfaddal bel-Ar- 
bi ; Ali bel-Arbi; Abdes- 
salâm bel-Hâdj ; Mo- 
hammed ben Ismaïl ; 
Hamman ben Ismaïl ; 
Ahmed bel-Hasan; Ali 
Er-Rih. 



Ahmed ben Qaddour; Ah- 
med ben Hamman; Ou- 
lâd ben Abdessalam ; 
Mohammed ben Men- 
nana ; Mokhtar ben Es- 
Saïdi ; Sidi Mohammed 
El-Baqqali; Mohammed 
ben Es-Soûsi. 





Bovins . . . 




170 






160 


p 

n) 


Ovins. . . . 




200 






3oo 


s. 


Caprins. . . 




i5o 






200 


o 


1 Chevaux et 












h 


mulets . . 




25 






3o 


Anes .... 




3o 






25 






Daïdaat 










(Azibdes Chorfad'Ouazzan). 


Aïn ez-Zitoûn. 


Population . . . 




no 






60 


Origines 


Gharbiya (Doukkala). 




Azghar (Riâh Amer). 


Moqaddems . . 


Ahmed 


bel-Arbi 


El-Far- 


Mohammed ben El- Tâleb. 




qah. 










Notables .... 


Abdessalam ben Ham- 


Abdessalam El-Mçaouri ; 




mou ; 


Qâscm 


ould 


El- 


Abdessalam ben Aïcha ; 




Hâdj; 


Ahmed 


ben 


El- 


Ahmed ben El-Tâleb. 




Hadeg 


• 








/ Bovins . . . 




i5o 






160 


6 l Ovins. . . . 




200 






3oo 


2^1 Caprins. . . 




100 






25 


g ) Chevaux et 












{ÎU 1 Mulets . . 




20 






40 




Anes .... 




25 






II 



392 



TANGEH ET SA ZONE 





Ain el-Hammàm. 


Haouara. 


Population . . . 




3o 


55 


Origines 


Azghar 


(Riâh Amer). 


Gharbiya (Briïch). 


Moqaddems . . 


Ahmed 


ben Ahmido. 


Mohammed El-K.hodar. 


Notables ..... 


Aucun notable. 


Ahmed ed-Driya; Abdal- 








lah El-Azeïri; Ali Ez- 








Zaari ; Mohammed El- 








Miknasi ; Tâhar ben El- 








Asrouf. 


Bovins . . . 




20 


25o 


g Ovins. . . . 




5o 


200 


a,! Caprins. . . 






i5o 


o Chevaux et 








h mulets . . 




4 


20 


Anes .... 




3 


8 



Population . . . 
Origines Gharb. 



Chriaa. 



90 



Ghâouia. 



40 



Moqaddems 
Notables . . 



Si 



Bovins . . . 
Ovins. . . . 
Caprins. . . 
Chevaux et 
mulets . . 
Anes .... 



Abdelqâder En-Negri 

Bouchta ben Sellâm 
Mohammed ben El-Qâ 
dhi ; Ahmed Halhoul. 

5o 
200 



8 
10 



Andjera, Riahde l'Azghar. 

Mohammed Es-Souisi. 

Ali ben Ahmed ben El- 
Arbi ; Mohammed El- 
Andjeri. 

35 
200 



Population . 
Origines. . . 



Slàouiïn 

( Azib des Chorfa d'Ouazzân). 

3oo 
Azghar (Riâh Amer). 



Gouâret £1-Mchâala. 

3oo 

Rif (Caret) ; Gharb (Che- 
raga); ÇafF El-Hamam 
(Amer). 






LE FAHÇ 



LISTE DES VILLAGES 



■i 



Slâouiïn {suite] _ . ^ «i «» i.* i . ■ ^ 

(AzibdesChorfad'Ouaz«,n). «"'"'"' El-MchâaU, («rfe). 



Moqaddems . . Ben Ali. 

Notables .... Hammou Bou Azza ; El- 
Hâdj Abdessalam Chen- 
touf; Mohammed El- 
Mrâbet ; Abdessalam 
ben Abdelqâder El-Bri- 
gui ; Allai Hammouda. 



Bovins . . . 


35o 


Ovins. . . . 


5oo 


Caprins. . . 




Chevaux et 




mulets . . 


40 


Anes .... 


i5 



Ahmed ben Amar. 

Tayyeb ben Sellam Bou 
Azza ; El-Hasan ben 
Bou Azza ; Ahmed ben 
El-Hâdj El-Arbi; Ah- 
med ben Amar; Abdes- 
salam Bennoûr; Oulâd 
Sellam Saïd. 

400 
3oo 



45 
20 



Gouâret El-M'harza . 



Aïn ed-Dalia El-Kebira. 



Population ... 3oo 

Origines. .... Rif i^Garet) ; Azghar (Riâh 
Amer) ; Çaff El-Hamam 
(Amer). 

Moqaddems . . Si Omar. 

Notables .... Ahmed ben Zahra; Mo- 
hammed ould Abdelqâ- 
der ben Aïsa ; Abdelqâ- 
der Bouzian ; El-Hâdj 
Ahmed; Ahmed Abdes- 
salam ben Qaddoûr ; Bou 
Selham ; El-Harizi. 



95 
Azghar (Riâh Amer). 



El-Bjiji. 

Mohammed ben-Fqîh ben 
Amar; Mohammed bel- 
Mesouda ; Mohammed 
El-Bjiji ; Ahmed ben 
El-Arbi. 



Bovins . . . 


3oo 


Ovins. . . . 


175 


Caprins. . . 




Chevaux et 




mulets . . 


3o 


Anes .... 


25 



100 
i5o 



10 

20 



394 



Population . 
Origines. . . 



Moqaddems . 
Notables . . . 



TANGER ET SA ZONE 

Aîn Belloût. Bougdour. 

1 25 6oo 

Rif (Béni Oulchekt); Dje- Rif (Béni Oulchekt) ; Dje- 
bel (Ouadras). bel Habîb ; Gharb (So- 

fyan). 

Mohammed ben Ali. 



Abdessalam Es-Stitou. 

Abdelqâder Es-Stitou ; 
M'hammed Es-Stitou ; 
Ahmed ben Meriem ; 
Ahmed El-K.hammâl ; 
Mokhtar El-Khammâl ; 
El Fqîh El-Haouzi. 



Aïsa er-Rifi et son fils ; 
Ahmed ben Hamman ; 
Abdessalam Zrinou ; A- 
mar ben Mes'oûd ; Ah- 
med ben Yazîd; Mo- 
hammed ben Sellam 
ben Ali; Ahmed Berra- 
da ; Ahmed ed-Drirez ; 
Mohammed bel-Hâdj 
El-Hachmi Cherroud ; 
Abdessalam Asoufi; El- 
Mokhtar Es-Sofyani et 
ses frères Abderrahman 









med Es-Sofyani et son 








frère Amar; El-Hasan 








Es-Sofyani ; Abdessa- 








lam Zekri ; Mohammed 








Es-Skiri ; Mokhtar ben 








Skiri; El-Hâdj Ahmed 








Es-Souifi ; Abdessalam 








bel-Hâdj Ahmed Khar- 








chaf ; Abdessalam Ham- 








douch. 




Bovins . . . 


i5o 


5oo 


p 


Ovins. . . 


200 


6oo 




' Caprins. . . 


100 


3oo 


O 


1 Chevaux et 








mulets . . 


20 


6o 




Anes .... 


i5 


25 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 



395 



5. -— RouBOu* d'El-Khareb et villages de l'Andjera. 

A. — RouBOu* d'El-Khareb. 
(i3 villages, 3.290 habitants.) 



Population 
Origines. . 



Charf. 



120 



Tanja El-Baliya. 
35o 



Moqaddems 
Notables . . 



Rif(Temsaman); Tunisie. Rif (Temsaman, Baq- 

qioua, Gzennaïa) ; Dje- 
bel (Béni Hassan, Dje- 
bel Habîb). 



Ahmed Bargach. 

Si Mohammed Bargach ; 
Ahmed El-Oudiï; Ab- 
dessalam Derdeb ; Si 
Mohammed ben Ahmi- 
do; Ahmido d'Amar; 
Mohammed El-Boug- 
douri. 



[ 


Bovins . . . 


40 


§ 


Ovins. . . . 


60 


3^ 


Caprins . . 




P 


Chevaux et 




H 


mulets . . 


25 




Anes .... 


10 



Si Tahami Ech-Chatt. 

EI-Hâdj Ahmed Ech- 
Chatt; Si Tahami Ze- 
guef ; Si Ahmed ben El- 
Hâdi ; Ahmido Aqaa- 
boun ; Si Mohammed 
Melloul; El-Hâdj Ab- 
dessalam ben El-Arbi. 

i5o 
3oo 
200 

i5 
5o(i) 



Population 
Origines. . 



Moqaddems 
Notables . . 



Mghoura El-Kebira. 

35o 

Rif (Baqqioua) ; Djebel 
(Andjera, Béni Gorfet). 

Si Hammân. 

Si Abdessalam Chabou ; 
Ahmed bei-Hâdj et son 
frère Ahmed ; 



Meghoura eç-Çeghira. 

100 
Rif (Baqqioua, Béni Ider). 

Mohamnied El-Gharafi. 

Chérif Idrîs El-Baqqali; 
Chérif Abdelkerîm El- 
Baqqali ; 



(i) Les ânes de Tandja El-Baliya sont employés à transporter des briques 
fabriquées par les gens du village. 



396 



TANGKR ET SA ZONE 



Mghoura £1-Kebira (suite). Mghoura eç-Çeghira(5ut7e) 



Notables . . 
(Suite). 



Bovins . . . 
Ovins. . . . 
Caprins . . 
Chevaux et 
mulets . . 
Anes 



Mohammed Amimou; 
Ahmed ben Mesoud 
Abdessalam El-Messari 
Abdessalam ben Râbah; 
Mohammed Ez-Zekkari 
et son frère Abdessalam; 
Abdessalam El-Hamam; 
Ali El-Gorfti. 

200 
100 



20 
20 



Abderrahman ben Mes- 
aoud ; El-Miknâsi ; 
Ahmed ben Sellâm d'el- 
M'hadjer. 



5o 
5o 



i5 
3 



Population 
Origines. . 



Azib Abaqiou. 

Rif (Baqqioua, Gzennaïa); 
Djebel (Andjera). 



Sânia. 



160 



Rif (Temsaman, Béni 
Touzîn) ; Djebel (And- 
jera). 



Moqaddems . . 


Mohammed ben Hâzem. 


Si El-Ayyâchi. 


Notables .... 


Abdessalam Bouloufa; 


Ali Zeral ; Ali ben El-Ha- 




Ahmed ben 


Hâzem ; 


san ; El-Hâdj Tahami ; 




Abdessalam El-Baladi. 


El-AyyâchiEch-Chouat; 








El-Hachmi ben Allai; 








Mouçtafa Dandou. 


Bovins . . . 


80 




80 


6 j Ovins. . . . 


i5o 




100 


1^1 Caprins. . . 






3oo 


g j Chevaux et 








[Z 1 mulets . . 


20 




10 


1 Anes .... 


T2 




25 




Âharrârech 


• 


Ghedjirât. 


Population . . . 


200 




160 


Origines 


Rif (Baqqioua) ; 


Djebel 


Rif (Gzennaïa); Djebel 




(Andjera). 




(Andjera). 



LE FAHÇ — LISTE DES VILLAGES 



397 



Moqaddems . 
Notables . . . 



Aharrârech suite, 

EI-Arbi bel-Hâdj Ali Che- 
baa. 



Ghedjirât {suite). 
Abdessalam Azgoud. 



El-Ayyâchi ben Ali ; Mo- Qaddourben Abdelkerîm; 





hammed EI- 


-Haouari ; 


Abdelkerîm Gheziïl;Mo- 




El-Yazid ben 


Ali; 


Mo- 


hammec 


1 El-Haddân ; 




han^imed ould El- 


Hâdj 


Ahmed 


ben Abdallah; 




Abdessalam ; 


Ahmed 


Mohammed ben Abdal- 




ben El-Hâdj 


Abdessa- 


lah. 






lam Er-Rahouniïa 








Bovins . . . 


80 








40 


Ovins. ... 


i5o 








5o 


Caprins. . . 


3oo 








200 


Chevaux et 












mulets . . 


40 








8 


Anes .... 


10 








20 



Khareb. 



Béni Ouasîn (i). 



Population . . . 400 

Origines Hamian, Ouadras, Andje- 

ra et Béni Gorfet. 

Moqaddems . . Abdessalam Zoudjal. 

Notables .... Abdessalam ben Ahmed 
Zoudjal ; Ahmed Ech- 
Cherrari; El-Hâdj Ah- 
med ould SiM'hammed; 
M'hammed Bou Saïd. 



i35 

Béni Ouasîn de l'Angad 
(sujets français). 

Qaddour ben Mbârek. 

Abdessalam ben Sâlem; 
Ibrahim ben Amar et 
son frère Ahmed ; El- 
Hâdj Abdessalam ben 
El-Hâdj Qaddour; El- 
Hâdj iMançoûr et son 
frère Ahmed ; El-Arbi 
ben Mançoûr; Qaddour 
ben Ahmed ben Tayyeb; 
Ahmed ben Hammou ; 
Abdessalam Ech-Cher~ 
gui. 



(i) Ce village, de formation récente, 
née i85o. 



remonterait aux environs de l'an- 



398 



Bovins . . . 
Ovins . . . 
Caprins. . . 
Chevaux et 
mulets . . 
Anes .... 



TANGER ET 


SA 


ZONE 


• 


Khareb {suite). 






Boni Ouasin (suite). 


250 






i5o 


200 






200 


400 






100 


3o 






i5 


12 






20 


Aouâma. 






Deïmoûs. 



Population . 
Origines. . . 



Moqaddems . 



700 

Rif (Temsaman, Béni A- 
mart); Djebel (Andjera). 

Abdessalam Ou El-Hâni. 



225 

Rif (Béni Aman); Djebel 
(Andjera). 

Mohammed ben Abd El- 
Ghouat. 



ibles .... 


El-Hâdj Mohammed ben 


Qaddoûr ben Sellam ; El- 




Amar; Mohammed Chi- 


Hàdj Mohammed ben 




oua; Ahmed ben Ab- 


Ahmed ben Sellam ; 




dallah; El-Ayyâchi El- 


M'hammed ben Sellam; 




Idri; El-Hâdj Abdessa- 


El-Hâdj Abderrahman 




lam ben M'hammed; 


Abczzaad ; Mohammed 




Hoseïn ben Qaddoûr ; 


ould El-Hâdj Moham- 




Qâïd Si Ahmed Bou 


med ; Mohammed ben 




Djebel ; Abderrahman 


Amar et son frère Ah- 




El-Idri. 


med. 


Bovins . . . 


200 


200 


Ovins. . . . 


5oo 


5oo 


Caprins. . . 






Chevaux et 






mulets . . 


5o 


3o 


Anes .... 


60 


5o 



Menbar. 



Population . 
Origines. . . 



Moqaddem 



3oo 

Rif (Baqqioua, Gzennaïa) ; 
Djebel (Andjera). 

Si Abdelqâder ben Azîz. 



LE FAHÇ 



LISTE DES VILLAGES 



399 



Meubar (suite). 

Notables .... Ofilâli ben Djilâli ; Qâsem 
bel-Hâdj Bou Azza; Ah- 
med bcl-Hâdj Çâdiq ; 
Abdessalam Zoudjal ; 
Ahmed er-Rabati; Ah- 
med ben El-Ayyâchi ; 
Mohammed EI-Ftouh ; 
Ahmed ben Bou Azza ; 
El-Hoseïn ben Saïd. 



Bovins . . . 


200 


Ovins. . . . 


3oo 


Caprins. . . 




Chevaux et 




mulets . . 


60 


Anes .... 


5o 



B. — Villages de l'Andjera, 
(4 villages, 910 habitants.) 
El-Menâr. 



Nouinouch. 



Population . . . 400 160 

Origines Djebala de l'Andjera. Andjera; RiâhdeTAzghar. 

Moqaddems. . . Mohammed ben Haïa; Abdessalam El-Djebari. 
Mohammed El-Gouzi. 

Notables .... Qaddour ed-Dekar; Mo- Ahmed El-Djiyar ; Mo- 







hammed ed-Dekar: 


;Ei- 


hammed El-Djiyar;Abd- 






Fqîh Es-Saïdi; 


Ali 


ben 


essalam 


El-Djiyar; Abd- 






Yousef ; 


; Abdessalam 


essalam 


ben Aïsa; Abd- 






Sakkouh. 






essalam 


Et-Touidjar ; 














Mohammed Azzouz ; 














Ahmed Bou Neqoub. 




Bovins ... 




i5o 








40 


6 


Ovins. . . . 




100 








70 


Cl. 


Caprins. . . 




3oo 








i5o 


§^ 


Chevaux et 














h 


mulets . . 
Anes .... 




60 
5o 








20 
i5 



400 TANGER ET SA ZONE 

FeddânChâboû. Ain ez-Zitoûna, 

Population . . . 260 100 

Origines Andjera ; Béni Hassan Andjera. 

(Djebala). 
Moqaddems. . . El-Hasan. Mohammed Ech-Chaïri. 

Notables El-Fqîh Zerrad ; Si Allai Ahmed ben Kadjou; Abd- 

Nouinou ; Ahmed ben essalam ben El-Mehdhi ; 
Abdelmalek. Mohammed ben Idrîs. 

60 

100 

^] Caprins. . . 200 i5o 

D ■ 
O , 

9 
16 



Bovins . . . 


60 


Ovins. . . . 


i5o 


Caprins. . . 


200 


Chevaux et 




mulets, . 


8 


Anes .... 


3o 



APPENDICES 



VILLES ET TRIBUS. — VII. 27 



APPENDICE I 

Résumé des recherches archéologiques faites a Tanger 
PAR LA Mission Scientifique du Maroc (i) 



Les quelques recherches archéologiques pratiquées dans les environs 
de Tanger par la Mission scientifique du Maroc ont fait l'objet de cinq 
études différentes : 

i® La Nécropole romaine de Bou Khachkhach ; 

2^ Le Tombeau de Moghoura eç-Ceghira ; 

30 Les Sépultures du Marchan; 

40 Les Thermes d'Ain Hammam, à Charf el-Aqab ; 

5° La Caverne des Idoles. 



Les tombes. — Bou Khachkhach se trouve au sud de Tanger, entre 
la plage et la route de Fès. L'ancienne nécropole était recouverte en- 
tièrement par des dunes de sable qui atteignaient, à certains endroits, 
plus de 5 mètres de hauteur. 

Une trentaine de tombes ont été retrouvées dans un état de conser- 
vation suffisant pour pouvoir être étudiées. 

Ces tombes présentaient plusieurs types : les unes se composaient 
d'un fût demi-cyhndrique couché, d'environ 2 mètres de long sur 
o m. 70 de large et o m. 3o d'épaisseur, reposant sur un soubas- 
sement rectangulaire un peu plus large, le tout adossé à un cube 
de maçonnerie ; ce petit monument était entouré d'une muraille 
de o m. 5o à o m. 60 de hauteur avec une ouverture faisant face au 
tombeau ; quelquefois, cette enceinte entourait plusieurs tombes. 



La Nécropole 
romaine de 

Bou 
Khachkhach. 



(i) Cf. Revue du monde musulman, vol. VI, pp. 410 a 482 ; vol. VII, pp. 433 
à 436; vol. X, pp. 297 à 3 10. Archives marocaines^ vol. XVIII, pp. 373 à 400. 



404 TANGER ET SA ZONE , 

D'autres sépultures se composaient, soit d'un fût couché sans le cube, 
soit du cube sans ce fût; quelques-unes enfin, sans monument, étaient 
formées, soit d'une jarre de terre cuite dans laquelle étaient enfermées 
^es cendres, soit de 6 larges tuiles plates dont 4 enfoncées vertica- 
lement dans le sol, une au fond et une sur le dessus, servant de cou- 
vercle. Celte sépulture en tuiles, contenant les cendres, se retrouve 
également dans les tombeaux ayant un monument au-dessus du sol. 
Tous les tombeaux contenaient des cendres, et les traces de feu que 
présentait ie sol autour de certaines sépultures permettent de croire 
que la crémation était souvent faite sur place. 

Les fresques. ~ La particularité la plus intéressante de ces monu- 
ments funéraires consiste dans la décoration picturale dont quelques- 
uns étaient encore ornés. 

La première tombe dégagée du sable laissait voir des guirlandes de 
feuilles d'olivier disposées en festons et nouées de rubans rouges ; sur 
une autre on voyait une véritable fresque, représentant un homme 
vêtu d'un manteau bleu, tenant de fa main droite une cravache et 
ayant au bras gauche un bouclier ; à sa droite et à sa gauche, deux 
chevaux de profil. Une tombe porte sur une de ses faces un oiseau vert 
et rouge, tenant un brin d'herbe dans le bec et entouré d'un cadre 
de feuillages à baies rouges ; sur une autre on voit une double guir- 
lande en volutes, accompagnée de rosaces rouges en forme de croix. 

La maçonnerie de ces tombeaux, décalcifiée par l'eau filtrant à tra- 
vers le sable, rendait leur déplacement difficile ; il a été possible cepen- 
dant de transporter à la Mission scientifique les fresques dont il vient 
d'être parlé, ainsi que le cube entier d'une tombe sur lequel on peut 
encore voir des peintures, représentant sur trois faces des oiseaux, 
dont un paon, et sur la quatrième une sorte de léopard passant, d'un 
dessin très stylisé. 

Une des tombes, en partie détruite et qui n'a pu être conservée, por- 
tait sur les deux faces encore existantes de son cube des peintures très 
curieuses. Sur une des faces on voyait, entre deux colonnes, un éven- 
tail ou un écran, des sandales et quelques feuillages (1) ; sur l'autre 
face un dessin géométrique formant des triangles par croisement de 
lignes diagonales, le tout colorié en rouge, bleu, noir et jaune; ce pan- 
neau était accosté à droite et à gauche par des ornementations bleues et 
jaunes, relevées de blanc. D'autres tombes avaient encore des vestiges 
de peintures où l'on pouvait voir des fleurs, des guirlandes de verdure 
et des plantes aquatiques. 

(1) Cf. photographie ci-conire. 



APPENDICE I 405 

Les inscriptions. — Outre les quelques fresques dont il vient d'être 
parlé, les fouilles de Bou Khachkhach ont permis de retrouver 
quelques inscriptions tombales ; un certain nombre d'entre elles ont 
déjà été publiées et ont été, avec les autres documents relatifs aux 
fouilles, l'objet d'une communication à l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, le 8 novembre 1908, par M. M. Besnier, professeur à 
l'Université de Caen. Voici ces inscriptions : 

|0 Sur une stèle faisant partie d'un tombeau : 



COSC N I 

V S C A L V s 

H - s . H s T 
S T T L 

Cosconius Cal{v)us h[ic) s{itus) e{st). S(it) t[ibi) t{erra l[eyis). 



N I V S . D E X 

S E s Q V A E . 
ARIVS . ALA. 
MI . NATIONE. 

VTENVS. AN. L. 

E. S. T. T. L. 

SIVS. MARTI A 
F. C. 



M. Besnier propose, à titre purement hypothétique^ la lecture sui- 
vante : 

{Anto)nius Dex{ter), sesquae {plic)arius alà{e) (Pri)mi natione ... 
utenusy an{nis) L, {hic situs) e(st), s(ti) t{ibi) t[erra) l{evis), {Volu)sius 
Martia{lis /(aciendum) c{uravit). 



406 TANGER ET SA ZONE 

3» D . M . 

L.ANTON 
. P V E R . 
DVPLICARIF 
V I X . N . V I I I 
M E N . V I I II 
D I E B . X X I I I 
S . T '. T . L 

D(is) M(anibus). L[ucius) Anton{ius) puer . Duplicari(i) f(ilius)y 
vix{it) an(ms) VIII, men{sibus) VIIII, dieb{us) XXIII. S{it) t{ibi) 
t{erra) l{evis). 

Sur plusieurs grandes tuiles on a relevé l'estampille suivante : 

EX FIGVL CAES N 

Ex figul{inis] Caes(aris) n{ostri), « sorti des ateliers de poterie de 
noire César ». 

Deux inscriptions entières et deux fragments d'inscription, qui sont 
comme les précédents conservés à la Section Sociologique, n'ont janiais 
été publiés ; on en trouvera ci-contre les photographies. 

Le mobilier. — La plupart des tombes retrouvées à Bou Khach- 
khach avaient été violées et vidées de leur contenu ; cependant 
quelques objets ont pu être retrouvés, malheureusement en assez mau- 
vais état. Au milieu de nombreux débris, les seuls objets intéressants 
consistent en une urne cinéraire, un lacrymatoire en verre irisé et 
quelques lampes en terre cuite; sur l'une d'elles on voit un palmier 
et un cheval ; sur une autre deux chiens et deux lièvres. Quelques 
pièces de monnaie de bronze complètement effacées, sauf Tune d'elles 
qui est de Caesar. Nerva. Les objets les plus curieux consistaient en 
des fragments de collier et une petite figurine en pâte de verre. 

Au nord des ruines d'un monument qui semble avoir été assez im- 
portant se troruvaient, à moitié enfouies dans le sol, une certaine 
quantité de grandes amphores de terre, de i mètre de haut, et de 



APPENDICE I 



407 



o m. 40 de diamètre à la partie la plus large ; ces amphores, à deux 
anses, sont terminées par une pointe dans leur partie inférieure. 



Dans la plaine marécageuse qui s'étend au sud-est de Tanger entre 
l'oued Moghoura et l'oued Tandja el-Baiiya, on a découvert, en 1909, 
un tombeau qui rappelle les tombeaux puniques de Carthage décou- 
verts par le R. P. Delattre dans la nécropole de Saint-Louis (i). 

Ce tombeau, placé dans une sorte de tumulus, se compose de deux 
pièces de dimensions inégales reliées par une ouverture. La porte 
d'entrée était fermée par une dalle de i m. 10 de hauteur sur o m. 46 
vde largeur. 

La première pièce, sorte de vestibule de forme trapézoïdale, mesure 
I m. 35 de longueur, i mètre de large du côté de l'entrée, o m. 88 du 
côté intérieur et i m. 60 de hauteur. Le plafond est formé de deux 
dalles ; les parois sont faites de pierres de grandes dimensions gros- 
sièrement taillées ; de chaque côté, "une large niche est pratiquée dans 
la muraille et, en face de la porte d'entrée, se trouve une autre porte, 
cintrée dans le haut, qui donne accès dans la chambre sépulcrale. 

Cette deuxième pièce mesure 2 m. 10 de profondeur et i m. ']^ de 
largeur. Deux niches sont pratiquées à droite et à gauche, et une dans 
le mur du fond. Le plafond n'est pas horizontal comme celui de la 
première pièce, mais en forme de toit ; il est formé d'une grande dalle 
plate, qui tient toute la longueur de la pièce et sur laquelle s'appuient 
dix autres dalles, cinq de chaque côté, légèrement en pente, de telle 
sorte que le milieu de cette pièce est plus élevé que les côtés. 

Le sol des deux pièces est en terre battue. 

Ce monument,'lors de sa découverte, avait déjà été visité par les indi- 
gènes du village de Moghoura eç-Ceghira ; il a été impossible de savoir 
s'il s'y trouvait des ossements et quelle était l'importance de son mobi- 
lier funéraire ; on n'a pu en retrouver que trois vases de terre qui ont 
été conservés. Leur photographie et le plan du monument funéraire de 
Moghoura ont été publiées dans la Revue du Monde musulman, vol.X, 
pp. 3 10 et suivantes. 



Le tombeau de 
Moghoura 
Eç-CeghIra. 



On a depuis longtemps signalé des tombes considérées comme phé- 
niciennes, dans les affleurements rocheux du plateau du Marchan, au 
sommet de la falaise. Ces tombes se composent d'une auge creusée dans 
le roc ; toutes celles que l'on avait trouvées étaient ouvertes et vides. 

En 19 10, des travaux faits dans un jardin particulier à l'extrémité 



Les sépultures 
du Marchan. 



(i) Cl. Revue archéologique, t. XVil, 1891 : les Tombeaux puniques de 
Carthage ; ia Nécropole de Saint-Louis, par le R. P. A. L. Delattre. 



408 TANGER ET SA ZONE , 

Kst du plateau, près de Sidi Bou Qnadel, ont mis à découvert une 
véritable nécropole, formée de quatorze tombes, dont une seule était 
encore fermée. Les treize autres avaient la forme habituelle d'une auge 
allongée creusée dans le roc et mesurant environ i m. 80 de long 
sur o m. 5o de largeur, avec une profondeur variant entre o m. 40 
et o m. 70. 

La tombe fermée était presque carrée : ses quatre faces mesuraient 
respectivement i m. 40, i m. 55, i m. 47, i m. 61. La fermeture se 
composait d'abord de plus d'un mètre cube de maçonnerie, puis d'une 
dalle de. 32 centimètres d'épaisseur, posée sur un seuil de 19 centi- 
mètres taillé dans le roc. L'intérieur de la sépulture mesurait 1 m. 08 
de côté; il s'y trouvait un cercueil de plomb de o m. 80 de longueur 
sur o m. 24 dé large et o m. 20 de haut, portant comme seule orne- 
mentation, sur le milieu du couvercle, une ligne brisée formant des 
demi-losanges. C'était un cercueil d'enfant ; il contenait encore quelques 
ossements d'un enfant très jeune et le mobilier, en mauvais état, se 
composait d'un vase en verre malheureusement brisé, des restes d'une 
petite statuette de terre cuite, qui a été décrite en détail dans le 
vol. XVIII des Archives marocaines, p. 878. 

Les éléments d'information dont on dispose ne permettent pas de 
fixer une date à ces sépultures, généralement considérées comme phé- 
niciennes. 

Au mois de décembre de la même année, des travaux entrepris à la 
mon^tée 5ud-est du plateau du Marchan (Paseo Cenarro) mettaient 
jour une tombe chrétienne de l'époque romaine, avec l'inscription sui- 
vante : 

AURELIA. SABINA.ANCILLA 

CRESTI. VIXSIT. PL. MI. 

ANN I S . XXIII. ME. V. D I . XIII. 

O R . VIIII. FE. INPACE REQVET 

AMANTIO. ET. ALBINO. CON 

SOLIBUS 

Aurélia Sabtna, ancilla Cresti (pour Christi), vixsit (pour vixit) 
pi (us) mi {nus) annis XXIII, me (nsibus) F, Di (ebus) XIII, (h) or 
(is) VIIII, fe [liciter) in pace requet (pour requiescit), Amantio et 
Albiîio consolibus (pour consulibus). 

En marge, à l'extrémité de la deuxième ligne, on remarque le mono- 




Tombeau de Mghoir/ 



APPENDICE I 409 

gramme constantinien, les lettres grecques X et P, initiales du mot 
Christus, entrecroisées et inscrites dans, un cercle. 

« Aurélia Sabina, servante du Christ, a vécu vingt-trois ans, cinq 
mois, treize jours, neuf heures: elle repose heureusement en paix; 
sous le consulat d'Amantius et d'Albinus. » 

D'après la date consulaire, cette tombe remonte à l'année 345 après 
Jésus-Christ. On ne connaissait auparavant que deux inscriptions 
chrétiennes du Maroc antique ; elles provenaient également de Tanger- 
La colline boisée de Charf el-'Aqab (la colline des aigles), située à Les thermes 
une vingtaine de kilomètres au S.-O. de Tanger,- près de l'Océan, est d'Aïn Hammam 
entourée de sources. 

L'une d'elles porte le nom de Aïn Hammam, la source du bain ; elle 
se trouve au sud de la colline. En contre-bas de cette source se trou- 
vaient des thermes romains, qu'elle alimentait et dont les ruines étaient 
encore visibles il y a quelques années ; elles se composaient de deux 
corps de bâtiments distincts : le principal était formé de deux pans 
parallèles, avec chacun, sur sa face intérieure, trois niches d'environ 

2 mètres de haut. Au Sud et à une vingtaine de mètres de ce premier 
corps de bâtiment, se trouvaient les ruines d'une petite pièce de 
4 mètres carrés qui devait être le caldarium ; c'est en effet le seul en- 
droit des thermes où se voyaient des briques noircies par le feu. 

Les deux pans de mur encore debout devaient délimiter la salle prin- 
cipale des thermes, qui était voûtée et avait environ 7 m. 80 de long 
sur 6 m. de large et 4 à 5 mètres de hauteur. Les murs étaient formés 
de gros moellons réunis par un ciment très dur. A la hauteur de 

3 mètres environ se trouvait, dans le mur, une double rangée de 
briques indiquant la naissance de la voûte. 

La piscine occupait presque toute la surface de cette salle ; elle me- 
surait 6 m. 5o avec une profondeur d'environ i m. 20. Un saillant de 
o m. 5o à o m. 60 permettait de circuler autour de la piscine, où on 
descendait par un escalier de trois marches. Trois autres piscines de 
dimensions moindres communiquaient avec la piscine prmcipale par 
des tuyaux de plomb; des tuyaux semblables servaient à l'écoulement 
des eaux pour vider les piscines. 

Quelques objets ont été retrouvés à Aïn Hammam et dans ses envi- 
rons, qui établissent d'une façon positive l'origine romaine des thermes 
et permettent de supposer qu'ils existaient encore à la fin du quatrième 
siècle de J.-C. D'abord quelques monnaies d'argent et de bronze : 

1° Une pièce d'argent de Julia Domna, femme de Septime Sévère 
(i93-3ii); 



410 TANGER ET SA ZONE 

2'' Monnaie de bronze d'Hadrien (iij-iSS); 

3° — — de Constantin (Soô-SSy) 

40 —. — de Gratien (307-383) ; 

5" Monnaie d'argent de Faustine la Jeune (161-181) 

6° — — d'Alexandre Sévère ^(2 22-235) ; 

7* Monnaie de bronze de Tetricus le père ^268-273). 

On a trouvé également un petit buste de marbre blanc, d'une fac- 
ture assez fruste et en assez mauvais état, mesurant o m. 26 de haut ; 
il semble que c'est à tort que l'article du volume XVIII des Archives 
marocaines, page '386, désigne ce buste comme représentant une 
image de femme, et il paraît plus vraisemblable de croire qu'il s'agit 
d'un Bacchus enfant. 

Parmi des débris de poteries, de vases en verre, de revêtements de 
marbre, etc., la partie supérieure d'un mascaron de bronze mérite seule 
d'être citée. Ce mascaron devait se trouver à l'orifice d'un des conduits 
amenant l'eau à la piscine. 

Les dimensions réduites des termes d'Aïn Hammam permettent de 
supposer qu'ils devaient dépendre d'une petite agglomération et très 
probablement d'une villa romaine, comme il y en avait un certain 
nombre dans les environs de Tanger. 

La Caverne La caverne dite « des Idoles > est une grotte qui se trouve dans la 

des Idoles. falaise, au sud du cap Spartel (i). 

On y parvient soit par le cap Spartel lui-même, soit par la piste des 
Ziaten ; en prenant cette dernière piste, on rencontre, près du 
village de Ziaten, une colline appelée « Qoudiatel-Mâl», où se trouvent 
plusieurs tombes néolithiques qui ont été fouillées pair Btichet en 

1904. 

On arrive ensuite à un plateau bordant la falaise rocheuse d'Achaqqar 
qui domine la mer. L'ouverture de la CàTerne dès Idoles est d'un 
accès difficile;. elle donne au-dessus de la mer dans les rochers à pic 
qui terminent la falaise. Buchet y avait trouvé les « idoles » qui ont 
donné leur nom à la grotte; ces objets en terre cuite, de 7 à 8 centi- 
mètres de hauteur, et dont il ne subsiste que les photographies, 
peuvent être considérés comme des ex-voto phalliques offerts à quelque 
divinité de la génération. Le reste du matériel archéologique de cette 
grotte se composait de fragments de poterie, de coquillages et d'outils 
de silex et d'os. 

(i) Ne pas la confondre avec la grotte dite « d'Hercule », oîi se trouvent 
des meulières. 




Figurine phénicienne. 



APPENDICE I 411 

A l'entrée de la plage qui s'étend au sud de la Caverne des Idoles, 
on rencontre à fleur de terre, sous des taillis de lentisques, une grande 
quantité de débris de poterie. Une canalisation souterraine, signalée 
par Tissot comme un aqueduc d'après des renseignements indigènes, 
amenait à cet endroit l'eau des sources voisines de Mediouna. On peut 
y retrouver, recouverts par les taillis, des restes de constructions an- 
ciennes, entre autres une pièce souterraine voûtée, large de 4 mètres et 
profonde de 5 mètres, qui semble être une ancienne citerne. 

On peut se demander s'il s'agit d'une ville romaine, comme le pensait 
Tissot, ou peut-être plutôt d'une ville liby-phénicienne (i). 

A ce résumé il faut ajouter la découverte en 1912, près de Sidi Amar 
Tahadjart, au S.-O. de la ville, d'un fragment de statuette en terre 
cuite, de o m. 10 de hauteur, dont ci-contre la photographie. 

Cette statuette présente certains caractères d'art égyptien ; mais 
d'autre part, il ne faut pas oublier que les Phéniciens n'avaient pas 
d'art particulier et qu'ils se sont surtout inspirés des Égyptiens et plus 
tard des Grecs ; il est donc à peu près certain que le fragment de sta- 
tuette de Sidi Amar est d'origine phénicienne. 

(î) Cf. Archives marocaines, vol. XVIII, pp. 891-400. 



APPENDICE II 

Catalogue des Monnaies 

RÉUNIES PAR LA MiSSION SCIENTIFIQUE DU MarOC 
DE 1907 à I914 (l). 



MONNAIES AFRICAINES 



d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



TINGIS, Colonie phénicienne. 

i GB D) Tête de Baai, barbe pointue à g. 

R) Deux épis, légende punique. Tanger, la plage. 

2 MB D) Tête de Baal, barbue, à droite. 

R) Le même. Tanger. 

3 PB D) Tête de Baal, barbe pointue 

à droite. 
R) Trois épis, légende punique. Tanger. 

4 PB D) Tête de Baal, imberbe, à droite. 

R) Deux épis, légende punique. Tanger. 

5 PB D) Le même. 

R) — Tanger. 

6 PB D) Le même. 

R) Celui du n« 3. Tanger. 

7 PB Même pièce que le n" 3. Tanger. 

(i) Ce catalogue a été dressé par M. Henri Rabanit, correspondant de 
l'Agence Havas à Tanger jusqu'en 1914. 



APPENDICE II 41 3 

N" 
d'ordre. Métal. Description. Provenance. 

MAURÉTANIE TINGITANE 

1 PB^ D) Tête de Baal de profil à droite. 

R; Étoile, légende punique. Lixus. 

2 MB D) Tête nuejeune à droite... CAESAR. 

R) Grappe de raisin. Lixus. 

3 PB D) Tête barbue de profil à droite. 

R) Étoile à 4 pointes et 4 points, 

légende punique. Tanger, la plage. 

4 GB D) Tète de Cabire à gauche coiffée 

d'une tiare perlée avec cordon 
et gland à trois fils. 
R) Deux grappes de raisin, inscrip- 
tions phéniennnes. Lixus. Tanger, la plage. 

MASINISSA I, Roi de Nuinidie Orientale (Massylie), 
202-148 av. J.-C. 

I PB D) Tête laurée avec une barbe en 

pointe ; sceptre sur l'épaule. 
R) Légende punique Masiîiissa roi 

sous un cheval au galop. Tanger. 

JUBA I, Roi de Numidie Orientale (Massylie), 
60-46 avant J.-C. 

1 - AR D) ivBA REX. Buste de Juba, barbu, 

diadème, les cheveux calamis- 
trés, le sceptre sur l'épaule. 
R) Lég. punique Juba roi. Temple. Tanger. 

JUBA II, Roi de Maurétanie (25 avant J.-C. — 23 après J.-C.) 

i AR D) REX iVBA, devant sa tête laurée à 

droite. 
R) Sceptre et corne d'abondance en Colonia Aelia Ba- 
sautoir. nasa. 

2 AR D) Le même. 

R) — un croissant dans le 

champ. — 



A-H 



TANGER ET SA ZONE 



d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



AR D) Le même. Colonia Aelia Ba- 

R) Éléphant passant à droite. nasa. 

AR D) ivBA (à g.), REX (à dr.), sa tête 
la.urée à droite. 
R) R. XXXI la victoire allant à droite. Lixus. 

AR D) Le même. 

R) Lvcvs-AUGvsTi '. Autcl cnguiflan- Colonia Aelia Ba- 
de entre deux arbres. nasa. 

AR D) REX ivBA, devant sa tête à droite 
coiffée de la dépouille du lion. 
R) R. xxxxi en exergue, capricorne, 
globe, gouvernail et corne d'a- 
bondance. — 

AR D) Droit du n^ i . * 

R) R. xxxxvi. Corne d'abondance et 

trident en sautoir. — 

JUBA II et CLÉOPATRE, sa femme. 

AR D) REX ivBA^ devant sa tête laurée à 
droite. 
R) KAEOiîATPA BA.CLA.ICCA, crocodilc Colonia Aelia Ba- 
allant à gauche. nasa. 

AR D) Le même. 

R) BACiAiccA KAEOTîATPA, Symbole 

d'Isis et sistre. Tanger, la plage. 

AR D) Le même. 

R) Même légende, croissant et Colonia Aelia Ba- 
étorle. nasa. 

AR D) Le même. 

R) Même légende que le n® i, sym- 
bole d'Isis. — 

AR D) REX ivBA, tête laurée de Juba à 
droite. 

R) BA-CI-A KAE07CATPA , SymbolC 

d'Isis et sistre. — 



APPENDICB II 41 5 

d'ordre. Métal. Description, Provenance. 



JUBA II et Ptolémée, son fils. 

AR D) REX ivBA, devant sa tête laurée à 
droite. 

R) REX PTOLEMAEVS REGIS IVBAE F., 

buste diadéTié et drapé de Colonia Aelia Ba- 
Ptolémée à gauche. nasa. 

ZEUGITANE (Monnaies frappées à Carthage). 

MB D) Tête de Perséphone à droite cou- 
ronnée d'épis. 
R) Cheval à droite. Tanger. 

MB D) Tête de Perséphone. 

R) Tête de cheval à droite. — 

CELTIBÉRIENNES 

MB D) Tête barbue à gauche. 

R) Deux poissons, légende punique 

Gadès {Cadix). Tanger, la plage. 

MB D) Tête de Jupiter, à dr. carteia. 
R) Proue à droite aed. cnaai. l.arg, 
en trois lignes. Carteia. 

PB D) Tête barbue à droite. 

R) Taureau à droite, au-dessus crois- 
sant. Obuleo (Porcuma). Grenade. 

GB D) Tête nue, imberbe à droite. 

R) Griffon à tête de femme, à droite 

devant : étoile. Castulo. Grenade. 

MB D) Tête nue, barbue à droite, de- 
vant vase? 
R) Le même, au-dessous. Castulo. Grenade. 



4l6 TANGER ET SA ZONE 



2° MONNAIES ROMAINES 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



CONSULAIRES 

AR D) Tête barbue à gauche ; derrière 
RO.MA et... 
R) Bige allant à droite; un bras tend 
du ciel une couronne au con- 
ducteur : en légende au-des- 
sous : L. MKMMi.GAL(Memmia). Tanger. 

AR D) Tôte barbue à droite ; devant el, 
dessous pivs. 
R) Éléphant allant à dr. ; lég. Tanger. 

AR D) Tête casquée à droite. 

R) Les Dioscures chargeant à dr. Tanger. 

AR D) Tête casquée (ailée) de Rome? à 
droite ; derrière x. 
R) Deux personnages face à face; 
entre eux... légende timinv- 

CICI. RO-MA. AYGVR... (MinUC- 

cia). Grenade. 

MARC ANTOINE (30 avant J.-C). 

AR D) AN m. viR. R. p. c. Galère 

prétorienne. 

R) LEG. XVII. c Aigle entre 

2 enseignes ? Tanger, la plage. 

CLAUDE I«^ (41-54). 

GB D) TI CLAVDIVS CAESAR AVG PM. TR. P. 

sa tête nue à gauche. 
R) s.c. femme allant à dr. Bou Khachkhach. 

GB D) TI CLAVDIVS CAESAR AVG PM. TR. P. 

sa têie nue à gauche. 



APPENDICE II 4'17 

N- 
d'ordre. Mét'al. Description. î^i'ôvenance. 



R) Pallas debout à droite 

làilçantun javeibt de là main 
droite et tenant un bouclier. 
Dans le champ : s.c. Tanger, la plage. 

GB D) Tl CLAVD CAESAR AVG PM TR... Sa 

tête nue à gauche. 
R) s.c. Personnage ? de- 
bout à droite. Tanger, la plage. 

GB D) TI CLAVD. CAESAR AVG. PM TR P 

iMP... satête nue à gauche. 

R) TAS AVGvsTA - S.C femme Tanger, le Mar- 

aliant à droite. chan. 

GB D) Celle du n*' i sa tête nlie à g. 

R) Celui du n^ 2. s.c. Grenade. 

NÉRVA (96-98). 

GB D) IMP NERVA CAES AVG PM TR.P.COS. 

II. sa tête laurée à droite. 

R) AS PVBLicA. Femme (?) Tanger, nouveau 

debout à gauche, s.c. boulevard. 

TRAJAN (9M17). 

MB D) IMP CAES NERVA TRAIAN AVG GER 

DAC, sa tête laurée à droite. 

R) CI s.c.Femme(?) Tanger, nouveau 

debout, à ses pieds boulevard. 

AR D) IMPTRAIANOAVÔ.GÉR. DAC.PM.tr P. 

Son buste laurè à droite, le pa- 
ludamentum sur l'épaule g. 

R) COS.V. pp. s. p. Q.R.OPTIMO. PRINC. 

Victoire debout à g. tenant 

une couronne et une palme. Tanger. 

HADRIEN (117-138). 

GB D) HADRiANVS AVGVSTVS. Sou buste 
laurè- à droite avec le paluda- 
mentum. 

VILLES ET TRIBUS, — VII. 28 



41 8 • TANGER ET SA ZONE 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



R) cos s.c ; femme debout de 

face, regardant à droite la main 
droite ouverte, la gauche te- 
nant une victoire ? Charf el Aqab. 

GB D) sa tête laurée à dr. 

R) Charf el Aqab. 

iMB D) IMP CAESAR TRAIANVS HADRIA.NVS 

AVG. PM.TR.p.cos.iii. son bustc 

radié à dr. l'épaule g. drapée. 

R) SALVS PVBLiCA, la santé debout à 

gauche tenant une patère et un Tanger, don de 
sceptre. Dans le champ : s.c. M. Goffart. 

MB D) Celui du n» i. 

R) Galère allant à g. lég.. . . ex : s.c. Grenade. 

ANTONIN LE PIEUX (138-161). 

GB D) ANTONiNvs AVG pivs pp Sa tête 
radiée à droite. 
R) TR. POT. cos II. Femme (?) de- Tanger, don de 
bout à droite s.c. M. Gofl'art. 

MB D) ANTONINVS AVG PIVS PP sa tête 
laurée à droite. 

R) s.c. femme debout à 

droite, le bras droit levé. Tanger, la plage. 

FAUSTINE MÈRE, femme d'Antonin. 

GB D) FAVSTINA AVGvsTA. Son buste, 
cheveux ondes à droite. 
R) ivNONi REGiNAE - s.c Junon dc- 
bout de face tenant une pa- 
tère. Tanger, la plage. 

MARC-AURÊLE (161-180) (Monnaies de Marc-Aurèle César). 

GB D) AVRELIVS CAESAR AVG.P II.F.COS... 

son buste, jeune barbe nais- 
sante à droite, le paludamen- 
tum sur l'épaule gauche. 



APPENDICE II 



419 



d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



R) PiKTAS.AVG. Vases et instruments 

de sacrifice s. c. Tanger, la plage. 

2 GB D) AVRELivs CAESAR, sa têtc à droite, 

barbe jeune. 
R) TR. POT. COS. II La Fortune ? de- 
bout à gauche tenant un sa- 
blier et un gouvernail s.c. Grenade. 

MARC-AURÈLE (161-180) (Monnaies de Marc-Aurèle, Empereur). 

I MB D) M. ANTONINVSAVG GERM SARM TRP 

XXX. Son buste nu, radié à dr. 
R) iMP VIII cos III. se. La Paix ? de- 
bout à gauche. Grenade. 

FAUSTINE JEUNE, femme de Marc-Aurèle. 

1 MB D) FAUVSTINA AVG ANTONINI PII FIL 

son buste en cheveux à droite. 
R) vENVs. s.c. Vénus debout regar- 
dant à droite. Tanger, la plage. 

2 AR D) FAVSTiNA AVGvsTA. Son buste à 

droite les cheveux tenus par un 
bandeau, et chignon. 
R) ivNONi REGiNAE. Junon debout à 
gauche tenant un sceptre et 
une patère, à ses pieds un 
paon. Aïn Tarfaniya. 

CRISPINE, femme de Commode. 

1 MB D) cRispiNA AVG son buste à 

droite, cheveux ondes. 
R) FORTVNA AVG. s.c. La Fortune de- 
bout à gauche tenant une fleur 
et un gouvernail. Tanger, la plage. 

SEPTIME SÉVÈRE (193-211). 

I AR D) L. SEPT. SEV. AVG. IMP XI. PART. 

MAX. Sa tête laurée à droite. 



^2(y TANGER ET SA ZONE 

d'ordre. Métal. Descripticwi. Provenance. 



R) œs II pp. La Victoire passant à 

gauche tenant une victoire. Tanger, la plage. 

AR D)' SEVERVS Pivs AVG. Sa tête laurée 
à droite. 
R) PM.TR.p.xvii.cos.iii p.p. L'Abon- 
dance (?) debout à gauche. Tanger, la plage. 

JULIÂ DOMNA, femme de Sei^time Sévère. 

AR D) i-VLiA. AVGvsTA, son busteà droite, 
cheveux ondes. 
R) MATER DEVM, Cybèlc assise à gau- 
che tenant un sceptre ; à ses 
pieds un lion. Charf el-Aqab. 

GETA^ frère de Caracalla (211-212). 

AR D) p.SEPT.GETA.cAES.PONT, bustc de 
Géta tête nue dtapé, à droite. 
R) FELICITAS PVBLicA. La FéHcité de- 
bout à gauche tenant une 
corne d'abondance, et... Tanger, la plage. 

ÉLAGABALE (218>-222). 

AR D) iMP. ANTONiNvs AVG. Son buste 
lauré à droite et drapé. 
R) p.M.TR.p.cos II p.p. Femme (?) 

debout à gauche. Tanger. 

AR D) Même légende, son buste lauré 
à droite. 
R) p.M.TR.p.ii.cos.ii.p.p.La Paix pas- 
sant à gauche tenant un scep- Tanger, don de 
tre et un rameau. M. Goffart. 

AR D) Le même. 

R) PROviD^ DEORV.M. La Ptovidence 
debout à gauche tenant un 
globe et une corne d'abon- 
dance. Marrakech. 



APPENDICE II 421 

N- 
d'ordre. Métal. Description, Provenance. 



AR D) iMP ANTONiNVS Pivs AVG. sa têtc 
iaurée à droite. 
R) iNviCTVs SACERDOS AVG. Élagabalc 

debout auprès d'un autel à g. Tanger. 

AR D) IMP. CAES. M. AVR. ANTONINVS. AVG, 

son buste radié et drapé à dr. 
R) MARS VICTOR. Mars allant à droite Tanger, don de 
tenant une haste transversale. M. Goffart. 

JULIÂ MÀESA, grând'mère d'Élagabale. 

AR D) iVLiA MAESA AVG. Sou buste à dr. 
R) piETAS AVG. La Piété debout à 

gauche auprès d'un autel allu- Tanger, don de 
mé, levant les mains. M. Goffart. 

ALEXANDRE SÉVÈRE (222-234). 

AR D) IMP ALEXANDER PIVS AVG. SOU 

buste lauré et drapé à droite, 
R) lovi. PROPUGNATORi. Jupiter allant Tanger, don de 
à g. et regardant à dr. M. Goffart. 

AR D) IMP.C.M.AVR.SEV.ALEXAND.AVG.SOn 

buste lauré et drapé à droite. 
R) p^.TR.p.cos.pp. L'Empereur de- 
bout à gauche en habit mili- 
taire tenant un sceptre et une 
hâste, pointe en bas. Aïn Tarfaniya. 

AR .D) IMP ALEXANDER PIVS AVG SOn buStC 

lauré à droite. 
R) MARS VICTOR. Mars casqué tenant 

une lance et une victoire. Tanger, la plage. 

MB D) IMP. SEV. ALEXANDER AVG, Sa têtC 

Iaurée à droite. 
R) pROFECTio AVGvsTi, Alexandre à 

cheval allant à gauche. Tanger. 



422 TANGER ET SA ZONE 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



MAXIMINI" (235-238). 

AR D) IMP MAXIMINVS PIVS AVG, SOH bUStC 

iauré et drapé à droite. 
R) pRoviDENTiA AVG, la Providencc 
debout à gauche tenant une 
baguette et une corne d'abon- Tanger, don de 
dance, à ses pieds un globe. M. Goffart. 

GORDIEN III le Pieux (238-243). 

AR D) IMP GORDIANVS. PIVS.FEL.AVG. Son 

buste radié et drapé à droite. 
R) p.M.TR.p.iiii.cos II. p. p. Rome as- Tanger, Don de 
sise à g. tenant un rameau. M. Goffart. 

AR D) Le même. 

R) MARTEM PROPVGNATOREM. MarS 

armé passant à droite. — 

GB D) Le même ; son buste iauré et 
drapé à droite. 
R) VICTORIA AETER. La Victoire de- 
bout à gauche appuyée sur un 
bouclier. Grenade. 

PHILIPPE Père (244-249). 

GB D) iMP.M.iVL.PHiLiPPvs AVG, son buste 
Iauré et drapé à droite. 

R) L'Abondance(?), 

debout tenant un gouvernail 

et une patère. Tanger, la plage. 

OTACILIE, femme de Philippe père. 

AR D) MARCIA OTACIL SEVERA AVG. Son 

buste diadème à droite sur le 
croissant. 
R) pvDiciTiA AVG, la Pudeur assise à Tanger, don de 
gauche. M. Goffart. 



APPENDICE II 423 

N- 
d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



PHILIPPE Fils. 

AR D) M.IVL.PHILIPPVS CAES. SOTï bUSlC 

radié à droite. 
R) PBiNCiPi ivvENT. Philippe allant 

à droite tenant un globe et Tanger, don de 
une haste transversale. M. Goffart. 

GB D) Même légende, son buste drapé, 
tète nue à droite. 
R) Le même. Grenade. 

HERENNIUS ETRUSCUS, fils de Trajan Dèce. 

AR D) QHER.ETR.MES.DECIVS,NOB.C, buste 

radié et drapé à droite. 
R) piETAS. AVGVSTORVM. Bâton d'au- 
gure, couteau de sacrificateur, 
patére, vase à sacrifice, sim- Tanger, don de 
pule et aspersoir. M. Goffart. 

TRÉBONIEN GALLE (251-254). 

GB D) IMP CAES.C.VIBIVS TREBONIANVS 

GALLvs AVG. Sou buste lauré 
à droite. 
R) ivNONi MARTiALi. Juuon asslsc 

sous un temple rond s.c. Grenade. 

VALiRIEN Père (253-260). 

AR D) IMP.C.P.LIC.VALERtANVS.AVG. SOH 

buste radié à droite. 
R) VICTORIA AVGG. Mars debout à 

droite en armes. Lixus (Larache). 

GB D) IMP.CAESAR.C VALERIANVS... Son 

buste lauré et drapé à droite. 
R) L'Empereur et Gallien (?) assis 
face à face se serrant la main 
au-dessus d'un autel. Au-des- 
sus un modius {?). Tanger. 



424 TANGER ET SA ZONE 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



GALLIEN (253-268). 

BP D) GALMENVS AVG. Son busic radié 
à droite. 
R) DiANAE coNS AVG. Ccff à dfoite 

ex : étoile. Tanger, la plage. 

BP D) Le même. 

R) LiBERO.p.coNS. Panthère allant à 

gauche. Grenade. 

SÂLONINE, femme de Gallien. 

AR D) SALONiNA AVG. Son bust^ diadè- 
me à droite si^r le croissant. 
R) VBNvs FBLtx, Vénus assise à gau- 
che tenant une patère et un Tanger, don de 
sceptre, à ses pieds un paon. M. Goffart. 

Billon D) Le même. 

R) ivNO REGiNA. Juuou dcbout à 
droite tenant une patère et un 
sceptre. Tanger, la plage. 

VALÉRIEN Jeune, frère 4e GalUen. 

AR D) iMP.c.vALERiANvs.cAES. Son 'buste 
radié et drapé à droite. 
R) piETAS AVGG. Bâton d'augure, 

couteau et vase de sacrifice, Tanger, don de 
patère, simpule, aspersoir. M. Goffart. 

TÉTRICUS Père (268-273). 

PB D) iMP TETRicvs . . . Son buste radié 
à droite. 

R) lovi Jupiter? debout à 

gauche tenant un sceptre et 

un globe. Aïn Hammam, 

PB D) çvs p. AVG., sa tête raçliée 

à droite. 
R) Fruste fabrication bar- 

bare. Tanger. 



APPENDICE II 425 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



TÉTRICUS Fils, fils de Tétricus père. 

PB D) c.ptv.ESv TETRicvs cAEs.Son buste 
radié à droite avec le paluda- 
mentum. 
R) SPES AVGG. L'Espérance mar- 
chant à gauche. Tanger. 

CLAUDE II, le Gothique (268-270). 

PB D) iMP. GLAVDivs AVG., sa tête radiée 
à droite. 
R) PM.TR.p II. COS. pp., debout de 

face regardant à gauche. Aïn el Hammam. 

PB D) iMP. GLAVDIVS AVG., sa tête radiée 
à droite. 
R) AETERNiTAS. L'Éternité debout à 

droite. Tanger. 

PB D) IMP. GLAVDIVS AVG., sa tête radiée 
à draite. 
R) Li.GONS. AVG., griffon ailé à dr. Tanger. 

PB D) La même légende, buste radié à 
droite. 

R) , debout à gauche, dans le 

champ N. Tanger, la plage. 

PB D) Le même. 

R) — Personnage debout. Tanger. 

CLÂUDS II (Monnaies de consécration). 

PB D) Divo CLAVDio sa tête radiée à dr. 

R) GONSECRATio, autel. Tanger. 

PB D) Diyo CLAVDIO, id. 

R) ... Fruste. Tanger. 

PB D) DIVO CLAVDIO, son buste radié à 
droite. 
R) coNSEGRATio. Aigle éployé de 
face regardant à droite (bar- 
bare). Tanger, la plage. 



426 TANGER ET SA ZONE 



d'ordre. 


Métal, Description. 


IVovenance. 


4 


PB D) Le même. Sa léte radiée à dr. 






R) Le même. 


Tanger. 



AURÉLIEN (270-275). 

1 Billon D) iMP.c.AVRELiANvs AVG., son buste 
radié et drapé à droite. 
R) RESTiTVT ORBis. L'Empcreur de- 
bout à gauche, tenant un scep- 
tre, reçoit d'une divinité une 
couronne, q; ex : xxi. Tanger. 

PROBUS (276-282). 

I PB D) IMP.C.M.AVR.PROBVS.P.F.AVG., SOn 

buste radié à gauche avec le 
manteau impérial tenant un 
sceptre surmonté d'un aigle. 
R) PAX AVGvsTi. La Paix debout à 

gauche; à l'exergue xxiv. Lixus (Larache). 

DIOCLÉTIBN (284-305). 

1 PB D) JMP DiocLETiANvs. . . son bustc 

lauré à droite. 
R) lovi coNSERVATORi. L'Empereur 
debout tenant une victoire à 
gauche ; à ses pieds un aigle. Aïn El Hammam. 

2 PB D) IMP.C.C.VAL.DIOCLETIANVSP.F.AVG. 

Son buste radié et drapé à dr. 
R) truste. Tanger, la plage. 

3 PB D) IMP.C.DIOCLETIANVS P.F. AVG. SoU 

buste drapé et radié à droite. 
R) VOTXXCK. dans une couronne. Grenade. 

CONSTANCE CHLORE (292-306). 

I PB D) PL. VAL CONSTANTIVS NOB CAES. 

Son buste lauré à droite avec 
le paludamenium. 



APPENDICE II 427 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



R) C. Chlore debout à gau- 

che, reçoit une victoire de 
Jupiter (?) en armes; entre 
eux un autel ? Tanger. 

THÉODORÂ, 2<' femme de Constance Chlore. 

PB D) FL.MAX THEODORAE AVG. Son 

buste iauré à droite. 
R) piETAs ROMANA. La Piété debout 

à gauche, exergue: r*e (Rome). Tanger. 

PB Même pièce exergue... Tanger. 

GALÈRE MÂXIMIEN (292-311). 

PB D) MAXIMIANVS NOB.CAES. SOH buStC 

radié et drapé à droite. 
R) voT XX dans une couronne de 

lauriers. Tanger, la plage. 

SÉVÈRE II (305-307). 

MB D) iMP.c.SEVERvs p. F.. .son buste Iau- 
ré et drapé à droite. 

R) VIRTVS.AVGG.ET.CAESS.NN. L'Em- 

pereur à cheval au galop à 
droite terrassant deux enne- 
mis à genoux, ex: R.T(Rome). Tanger. 

LICINIUS Père (307-323) 

PB D) IMP.C.VAL.LICIN.LICINIVS PF AVG. 

Son buste casqué et cuirassé 
à gauche. 
R) lovi coNSERVATORi. Jupiter de- 
bout regardant à droite tenant 
un sceptre et une victoire, à 
ses pieds devant un aigle, der- 
rière un captif, dans le champ : 
t; à l'exergue : smna (Syr- 
mium). Tanger. 



428 TANGER ET SA ZONE 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



PB D) Liamvs pf avg. Son buste cas- 
qué et cuirassé à droite. 
R) VICTORIA Deux Vic- 
toires debout tenant un bou- 
clier sur lequel est écrit : vot 
XX exergue... Tanger. 

PB D) iMP LiciNivs p. F. AVG. Son buste 
lauré et drapé à droite. 
R) personnage de- 
bout. Tanger. 

PB D) iMp LICINIVS AVG. Son busle cas- 
qué et drapé à gauche avec le 
sceptre. 

R) JOVI CONSERVATOAI AVGG. JupitCr 

nu debout à gauche tenant 

une Victoire et un sceptre : 

devant lui à ses pieds un., . 

Dans le champ : t; exergue : 

SMN (Syrmium). Tanger. 

CONSTANTIN I -^ le Grand (306-337). 

PB D) IMP. CONSTANTINVS MAX AVG, buSte 

casqué ceint de iauriers et cui- 
rassé à droite. 

R) VICTORIAE LAETAE PRINC PERP. 

Deux Victoires soutenant un 
bouclier au-dessus d'un au- 
tel. Sur le boucJier : vot. pp. 
Sur l'autel : c, exergue : t. Tanger. 

PB D) CONSTANTINVS AVG. Sou buste 
lauré et drapé à gauche. 
R) PRoviDENTiAE AVG. Porte de camp, 
au-dessus étoile ; ex : sis, frap- 
pée à Syzique. Charf el Aqab. 

PB D) IMP CONSTANTINVS AVG. Son bUStC 

lauré et cuirassé à droite. 



APPENDICE ir 429 

d'ordre. Métal. Descriptioa. Protvenatrce. 



R)soLi iNYicTo coMiTi. Le Soleil 
debout regardant à gauche. 
Dans le champ : m.s; exergue : 
p.L.c ^Lyon). Tanger. 

4 PB D) TMP CONSTANTINVS P. F. AVG. Son 

buste diadème et drapé à dr. 
R) Le même, le soleil tient un 
• giobe : dans le champ à gau- 
che : T, à droite r ; exergue : 
ARE (Arles). 

5 PB D) Le même. 

R) — Dans le champ c ; 

exergue : g. — 

6 PB D) CONSTANTINVS MAX AVG. Son buste 

diadème et drapé à droite. 
R) GLORIA EXERCiTVS. Dcux soldats 
debout, entre eux deux en- 
seignes. — 

y PB D) IMP CONSTANTINVS MAX AVG. SOH 

buste diadème et cuirassé à 
droite. 
R) Le même, une seule enseigne : 

exergue: coNs(Constantinopre). — 

8 PB D) LMP. CONSTANTINVS P. F. AVG. Sa 

tête diadémèe à droite. 
R) Le même, exergue Tanger, la plage. 

9 PB D) Même légende, son buste lauré 

à droite. 
R) Celui du n° 3 ; dans le champ j 

F ; exergue : — 

10 PB D) Le même, buste lauré et drapé à 

droite. 
R) Le même, dans le champ : 

es exergue : tars (Arles). Tanger. 

11 PB D) Même légende, son buste casqué 

et cuirassé à droite. 



43o TANGER ET SA ZONE 



N- 
d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



R) Celui du n" 3; exergue : ae 

(Alexandrie). Grenade. 

12 PB D) Légende du n" 2, son buste dra- 

pé et diadème à droite. 
R) Celui du n° 2, dans le champ : 
tf; ex : pconst (Constanti- 
nople). Grenade. 

i3 PB D) Légende du n°8, son buste lauré 

et drapé à droite. 
R) Celui du n° 3, dans le champ : 

f; ex : rd (Rome). Tanger. 

CONSTANTIN V^ (Monnaies de consécration). 

t PB D) Dv. coNsrANTiNvs p. F AVGG. Sa 

tête voilée à droite. 
R) ivsTVEN MEM. L'équité debout à 

droite; ex. : smkf (Carthage ?) Tanger. 

CONSTANTIN l" (Monnaies à Teffigie de Constantinople ). 

I PB D) coNSTANTiNOPOLis. Buste de Cons- 

tantinople à gauche avec le 
casque lauré, le manteau im- 
périal, tenant le sceptre. 
R) Sans légende. Victoire passant à 
gauche sur une proue tenant 
une lance et un bouclier ; 







ex : A... 


1 anger. 


2 


PB 


Le même. 


— 


3 


PB 


— 


— 


4 


PB 


-— ex : p. cons 


— 


5 


PB 


— ex|: R.A. Rome 


— la plage, 


é 


PB 


— ex : TRP. 


Grenade. 



APPENDICE II 43 I 

N- 
d'ordre- Métal. Description. Provenance. 



CONSTANTIN P"- (Monnaies à l'effigie de RomeV 

PB D) VRBSROMA. Buste casqué de Rome 
à gauche avec une aigrette et 
le manteau impérial. ' 

R) La Louve allaitant Romulus et 

Rémus. Tanger, la plage. 

PB D) Le même. 

B.) — ex : PRC. (Rome). Tanger. 

CRISPVS, fils de Constantin V' (317-326;. 

PB D) CRISPVS NOB.cAES. Buste diadème 
et cuirassé à droite. 

R) DOMINOR. NOSTROR. CAESS. VOT X 

dans une couronne, au-des- 
sous croissant ; ex : t (Tarra- 
gone). Tanger, don de 

M. Tourinel. 
PIj D) D.N. CRISPVS NOB. CAES. buste cas- 
qué et cuirassé à droite. 

R) BEATA TRANQVILLITAS. Autel SUr- 

monté d'un globe, sur la face 
antérieure : votis xx; ex : ..ra 
(Rome ?) Tanger. 

PB D) FL. IVL. CRISPVS NOB. CAES. SOH 

buste casqué ? et cuirassé à g. 
R) CAESARVM NOSTRORVM. Dans Une 

couronne vot.v; ex : . .a, . . Tanger, la plage. 

DELMÀCE, neveu de Constantin I«' (335-337). 

PB D) FL. DELMATivs. AVG. Son buste 
diadème à droite. 
R) GLORIA EXERCiTvs. Dcux soldats 
en armes, entre eux une en- 
seigne ; ex : smtsc (Thessalo- 
nique). Tanger. 



432 



TANGER ET SA ZONE 



d'ordre. Métal. 



Description. 



Provenance. 



PB 



PB 



PB 



PB 



PB 



PB 



PB 



CONSTANTIN II, le jeune (337-340). 

D) CONSTANTINVSIVN. N. C. Son buStC 

diadème à droite. 

R). GLORIA EXERCiTvs. Deux soldats 
debout, entre eux deux en- 
seignes ; ex : con (Constanti- 
nopie). Tanger. 

D) Le même. 

R) — une enseigne; ex : 

SMALP. (Alexandrie). Tanger, Sidi Bou 

Qnadel. 

CONSTANT I^»- (330-360). 

D) FL. ivL. GONSTANS..., bustc dia- 
dème à droite avec le paluda- 
mentum. 

R) GLORIA EXERCiTvs. Deux guerdcrs 
debout, entre eux deux en- 
seignes ; ex : ra. Tanger. 

D) constans avg. Son buste 

diadème à droite. 

R) Deux guerriers de- 
bout, entre eux une enseigne. Tanger. 

D) DN. CONSTANS P.P. AVG. Son buStC 

diadème et drapé à gauche. 
R) FELTEMP reparatio. L'EmpcreuT 
allant à droite entraînant un 
captif, à gauche un arbre; 
exergue : trp (Trêves ?) Tanger. 

D) Même légende. Son buste dia- 
dème et drapé à droite. 

R) Même légende. Phénix sur un 

bûcher; ex ; pard (Arles). Tanger. 

D) Le même. 

R) Même légende. L'Empereur al- 
lant à gauche sur une proue, 



APPENDICE II 433 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 

tenant le labarum et une vic- 
toire, derrière une Victoire 
rame ; ex : . . . Tanger. 

I PB D) D.N. FL. coNSTANS AVG. Son buste 

diadème et drapé à droite. 
R) Celui du n^s^; ex : rtos (Rome). T anger, la plage 

CONSTANCE II (323-361). 

1 PB D) D.N. coNSTANTivs. . . Son busic 

diadème et drapé à droite, 

R) FEL.TEMP. BEPARATIO. Phénix pO- 

sé sur un globe ; ex : smna 
(Sirmium). Tanger. 

2 PB D) D.N. CONSTANTIVS P. F. AVG., le 

même. 
R) Même légende ; Romain terras- 
sant un ennemi tombé de 
cheval. Tanger. 

3 PB D) D. N. CONSTANTIVS P. F. AVG., IC 

même. 
R) Le même; ex:s MK...(Carthage ?) Tanger. 

4 PB D) Le même. 

R) — ex: swNL(Nicomédie?) Tanger. 

5 PB D) Le même. 

R) — ex Tanger. 

^ PB D) FL. IVL. CONSTANTIVS NOB.C. SoU 

buste à droite tête nue. 
R) Le même; ex : b.s (Rome). Tanger. 

7 BB D) DN. CONSTANTIVS P.F,AVG. SoU 

buste diadème et drapé à dr. 

R) FEL. TEMP. REPARATIO. L'Empe- 

reur debout à gauche, à ses 

pieds un captif. Lixus (Larache). 

8 PB D) CONSTANTIVS PF. AVG. Son buste 

diadème et drapé à droite. 

TILLES ET TRIBUS. — VII. 2g 



4^4 TANGER ET SA ZONE . 

N' 
d'ardre. Mëtal. Description. Provenance. 

R) FEL.TEMP.REPARATio. L'Empcfeur 
debout dans une barque allant 
à gauche, tenant le labarum 
et une Victoire, conduit par 
une Victoire ; ex : r. . . Tanger. 

9 PB D) FL.IVL.CONSTANTIVS NOB.C. BuSte 

lauré à gauche avec le palu- 
damentum. 

R) PROVIDENTIAE CAKSS. PortC dC 

camp, au-dessus une étoile. Tanger. 

10 PB D) Même légende, le même cuirassé. 

R) GLORIA EXERCiTVS. Dcux soldats 
debout, entre eux deux en- 
seignes; ex : M... Tanger, la plage. 

11 PB C)) CONSTANTIVS PF. AVG. Son bUStC 

lauré à droite. 
R) Deux Victoires sou- 
tenant un bouclier .î* Tanger, le Mar- 

chan. 

12 PB D) Celui du r.o ;. 

R; — du no 3 ; ex :. . . Tanger, la plage. 

i3 ' PB D) Le même. 

R) Celui du n" lo, une enseigne; 

ex : ES... Tanger. 

14 PB D) Celui du no 6. 

R) — du n® 10 ; ex : rbt. Tanger. 

16 PB D) Celui du no 3. 

R) — du no 3 ; ex : scons (Cons- 
tantinople). 

HAfiNENCE (350-353). 

I PB D) D.N.MAGNENTIVS P.F. AVG. San 

buste tête nue à droite, drapé, 
derrière h. 
R) GLORIA ROAiANORVM. Cavalier ro- 
main à droite terrassant un 
ennemi ; ex : . . Tanger. 



APPENDICE II 435 

N* 
d'ordre. Métal. Description. Provenance» 

2 PB D) Le même, derrière F. 

R. VICTORIAE.DD.NN.AVGG ET CAESS. 

Deux Victoires debout tenant 
une couronne dans laquelle 
on lit : voT.v.MVLT.x ; ex : r 
(Rome). Tanger. 

3 PB D) Même légende, son buste dia- 

dème et drapé à dr. 
R) REiPVB. L'Empereur de- 
bout à gauche tenant le globe 
et relevant une femme age- 
nouillée ? Ex : . . Tanger, la plage^ 

CONSTANCE GALLE (351-354). 

I PB D) D.N.FL.CL. CONSTANTIVS NOB. CAES. 

Son buste tête nue à droite avec 
le paludamentum. 

R) FEL.TEMP.REPARATIO. Romaïu tCr- 

ras.sant un ennemi ; ex : parl 
(Arles). Tanger. 

2 PB D; dn.constantivs.nob.c. Son buste 

diadème et drapé à droite. 

R) Même légende. L'Empereur de- 
bout à gauche tenant une Vic- 
toire et le labarum, derrière un 
captif accroupi, le tout sur 
une proue ; ex : parl (Arles)^ Tanger. 

3 PB D) D.N. CONSTANTIVS Nc. . . , le même. 

R) Même légende et revers que le 

n<> 1. Tanger, le Mar- 

chan. 

4 PB D) CONSTANTIVS NOB. CAES. Son bustc 

tête nue, drapé à droite. 
R) Celui du no I ; ex : . . . Tanger, la plage. 



436 TANGER ET SA ZONE . 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



JULIEN II L'APOSTAT (355-363). 

PB D) D.N. ivLiANvs. Son busie dia- 
dème à droite. 

R) L'Empereur debout 

à gauche tenant le globe et le 

sceptre ; ex : bsis (Siscia). Lixus (Larache). 

PB D) DN.CL.ivLiANvs. Son buste diadè- 
me à droite. 
R) FEL.TEMP.REPABATio. Romain ter- 
rassant un ennemi tombé de 
cheval ; ex : Tanger. 

PB D) D.N.IVLIANVS NOB.CAES. Son bUStC 

tête nue à droite. 
R) Le même ; ex : asis (Siscia). Tanger, la plage. 

VALENS (364-378). 

PB D) D.N.VALENS.P.F.AVG. Son bUStC 

diadème à gauche avec le pa- 
ludamentum. 
P) FEL.TEMP.REPARATio. Romain en 
armes entraînant un captif 
vers la droite sous un arbre à 
gauche ; ex : smna (Nicomé- 
die). Tanger. 

PB D) Même légende. Buste diadème 
et drapé à droite. 
R) Le même. L'Empereur passant 

à droite, derrière lui un captif. Lixus (Larache). 

PB D) Le même, n° 2. 

R) GLORIA ROMANORVM. L' Empereur 
debout allant à droite tenant 
le labarum et entraînant un 
captif. Dans le champ : A; ex : Tanger. 



APPENDICE II 487 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 



VALENTINIEN I" (364-375). 

MB D) D.N.VALENTINIANVS P.F.AVG. Soil 

buste casqué et cuirassé à dr. 
R) GLORIA ROMANORVM. Valentiniefi 
passant à gauche sur une 
proue, derrière lui un captif. 
Dans le champ à gauche une 
couronne ; ex : con (Constan- 
tinople). Tanger, la plage. 

MB D) D.N.VALENTINIANVS P.F.AVG. Son 

buste diadème et drapé à dr. 
R) GLORIA ROMANORVM. L'Empercur 
debout à droite tenant le globe 
et le labarum, — 

MP D) Le môme. 

R) GLORIA ROMANORVM. L'Emp«reur 
allant à droite tenant le laba- 
rum et traînant un captif. 
Champ : rop (Rome). — 

6RATIEN (367-383). 

MP D) D.N.GRATiANvs. P.F.AVG. Son buste 
diadème et drapé à droite. 
R) REPARATio REiPVB. Gratien debout 
tenant une Victoire et relevant 
une femme agenouillée ; ex : 
p.coN.(Constantinople). — 

MP D) Le même. 



MP 
MP 



R) — Ex : CON 
nople). 

D) Le même. 

R) — Ex : 


(Constanti- 


Charf el Aqab 
Aïn Tarfania. 


D) Le même. 

R) — Ex : SM. 




Tanger, la plage 



438 TANGER ET SA ZONE 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 

5 MP D) Le même. 

R) — Ex : s. Tanger, la plage. 

6 MP D) Le même. 

R) — Ex : SM.TES (Thessa- 

lonique). — 

7 MP D) Le même. 

R) — Ex : SMAE (Alexan- 

drie). Tanger. 

6 MP D) Le même. 

R) — Ex : ANTÂ (Anlioche). Tanger. 

9 MP D) Le même. 

R) — Ex : SMFT (Rome). Tanger. 

VALENTINIEN II (375-392). 

I MB D) D.N. VALENTINIANVS IVN.P.F. AVG. 

Son buste diadème et drapé à 
droite. 
R) RÉTPARATio REiPVB. L'Empcrcur 
debout à gauche tenant une 
victoire et relevant une femme 
agenouiU^e; ex : ksisc (Siscia). Tanger. 

2 MB D) Le même. 

R) REPARAT. REIPVB. Lc même. Ex : p. Tanger, 

'3 MB D) Le même. 

R) Celui du n» I ; ex : 

THÉODOSE (379-395). 

I MB D) D.N.THÉODOSIVS P. F. AVG. Son 

buste dîadénié et drapé à dr. 
R) GLORIA ROMANORVM. L'Empcfeur 
debout à droite tenant un 
globe et le labarum ; ex : smnb 
(Nicomédie). Tanger. 

2 MB D) Le même. 

R) — Ex : A,NTi. (Antioche). Tanger, la plage. 







APPENDICE II , 


4H 


d'ordre. 


Méul. 


Description. 


Provenance, 


3 


MB 


D) Le même. 

R) - Ex : ., 


Tanger. 


4 


MB 


D) Le même. 

R) — Ex : . . . 


Tanger. 


5 


MB 


D) Le même. 





R; RESTiTVTOR.REiPVB. L'EmpcrcuF 
rdevant Tîne femme agenouil- 
lée ; ex : ant, (Antioche). Tanger. 

6 MB D) Le même. 

R) REPARATio REiPVB. Lc même ; ex : 

SMAQ (Aqtiilée). Tanger, la plage. 

7 MB D) Le même. 

R) Celui du n« i dans le champ : 
étoile à six pointes ; ex : smn 
(Nicomédie). Tanger, la plage. 

HONORIOS, Empereur d'Occident (393-423); 

1 MB D) D.N. HONOftius p.F.AVG. Sonbuste . 

diadépié et drapé à droite. 
R) GLORIA ROMANORVM. L'Empereur 
debout à gauche regardant à 
droite tenant le labarum et 
une Victoire ; ex : s.m.n.a. (Ni- 
comédie). Tanger. 

2 MB D) Le même. 

R) — Ex: ant (Antioche). Tanger, la plage. 

3 MB D) Le même. 

R) — Ex : Tanger, la plage, 

4 MB D) Le même. 

R) — Ex : SMTS (Thessalo- 

nique). . Tai^gcr. 

CONSTANCE m (421), 

I PB D) DN.CONSTANTIVS IVN NOBC Son 

buste tête mie à droite. 



4|0 TANGER ET SA ZONE 

d'ordre. Métal. Description. Provenance. 

R) FEL.TEMP.REPARATio. Guerrier ro- 
main terrassant un ennemi 
tombé de cheval ; ex : asis 
(Siscia). Tanger, la plage. 



3» MONNAIES BYZANTINES 

ARCADIUS, Emperear d'Orient, fils de Théodoie (395-408). 

PB D) D.N. ARCADivs p.F.AVG. Son buste 
diadème et drapé à droite. 
R) GLORIA ROMANORVM. Arcadius de- 
bout regardant à droite et te- 
nant un globe et le labarum ; 
ex : AN (Antioche). Tanger. 

PB D) D.N. ARCADIVS. . . Son buste dia- 
dème à droite. 
R) Croix sur le sol ; ex : 

s.M.N.A. (Nicomédic). Lixus (Larache). 

PB D) Le même, n» i . 

R) SALvs REiPvpLicAE. Victoirc pas- 
sant à gauche entraînant un 
captif, dans le champ ; ex : 
AQB (Aquilée). — 

PB D) Le même. 

R) Celui du no I ; ex : antb (An- 
tioche). Tanger. 

ANASTASE I»% Emperear d'Orient (491-518). 

GB D) D.N ANASTASIVS.P.F.AVG. Son buste 
diadème et drapé à droite. 
R) Un grand M occupant tout le 
champ ; au-dessus : croix ; 
à droite étoile, dans le champ: 
B ; ex : con (Constantinopie). Tanger. 



APPENDICE II 441 

N- 
d'ordre. Métal. Description, Provenance. 

2 MB D) Le même. 

R) Un grand M occupant tout le 
champ ; au-dessus : croix ; 
ex : coN (Constantinopie). Tanger. 

JUSTINIEN I«' (527-566), Emperear d'Orient. 

I MB D) D.NIVSTINIANVSP.F.AVG.SonbUSte 

de face, diadème, tenant une 
croix levée de la main droite. 
Dans le champ à dr. une croix. 
R) Un grand R occupant tout le 
champ. Dans le champ : anno 
III N I. En haut monogramme 
du Christ. Tanger. 



APPENDICE III 

Flore locale. 

[O PLANTES INDIGÈNES OU SE REPRODUISANT 
NATURELLEMENT DE FAÇON CONSTANTE (i) 



Plantes 
industrielles. 



Ricinus communis. 
Origanum compactum. 
Ulex megalorites. 
Chamoerops humilis. 
Arundo donax. 
Mentha rotundifolia. 
— pulegium. 



Lavandula Stœchas. 
Myrtus communis. 
Rosmarinus officinalis. 
Datura stramonium. 
Agaves divers. 
Pelargonium capitatum, 
Acacia Farnesiana. 



Salix pedicellata. 

— cinerea. 
Quercus Mirbeckii. 
Arbres. { — suber. 

— ilex. 

— coccifera. 
Populus alba. 



Laurus nobilis. 
Viburnum tinus. 
Phœnix dactylifera. 
— canariensis. 
Melia azedarack. 
Nerium oleander. 



Arbustes. 



Rhamnus alaternus. 
Lonicera divers. 
Myoporum divers. 
Sorbus domestica. 
Erica arborea, 
— australis. 



Cistus landaniferus. 

— crispus. 

— salvifoiius. 
Helianthenum divers. 
Pistacia lentiscus. 
Cenisia triacanthos. 



(i) D'après M. Goffabt. 



APPENDICE m 



443 



Âcanthus mollis. 
Gladiolus bysaniinus. 

— segetum. 
Linarie tingitana. 
Smilax mauritanica. 
Clematis flammula. 
Plantes j — cirrhosa. 
ornementales A Iris Tingitana. 

j Sempervivum atlanticum. 
Cyperus divers. 
Vitex aynus castus. 
Mesembrianthenum 

divers. 
Asparagus aphyilus. 



Rétama monosperma. 
Richardia œtioptica. 
Chamœrops humilis. 
Iberis gibraitarica. 
Narcissus. 

Amarillis belladona. 
Canna indica. 
Davallia canariensis. 
Osmunda regalis. 
Asplenium palmatum. 
Selaginelle denticulata. 
Pelargonium zonale. 
Ruscus hypophyllus. 



Arbres 
Jruitiers, 



Olea europea. 
Ficus carica. 
Vitis vinifera. 
Punica granatum. 
Pyrces divers. 
Prunus divers. 
Amygdalus communis 



Musa divers. 
Eribotrya japonica. 
Arbustus uneda. 
Ziziphus vulgaris. 
Caratonia siiiqua. 
Cydonia divers. 
Armeniaca vulgaris. 



2° PLANTES EXOTIQUES 
MAIS S'ADAPTANT PARFAITEMENT AU CLIMAT (i) 



Arbres. 



Acacias divers. 
Gleditschia triacanthos. 
Grevillea robusta. 
Ficus divers. 
Bambusa divers. 
Machuerium tipa. 
Platanus divers. 
Pinus divers. 
Dracœna draco. 
Eucalyptus divers. 



Cedrus divers. 
Cypris divers. 
Thuia divers. 
Phytolacca dioica. 
Schinus molle. 

— therebentinus. 
Araucaria excelsa. 

— Bidvillii. 
Casuarina divers. 
Spondias dulcis. 



(i) D'après M. Goffart. 



TANGER ET SA ZONE 





Abcria cafFra. 


Eugenia mitchelii. 


1 

Arbres 
fruitiers. ^ 


: Passiflora edulis. 


Horenia dulcis. 


Feijoa selloviana. 


Diospyros divers. 


' Citrus divers. 


Aragary. 


1 


Anona cherimolia. 


Persea gratissima. 




Grevillea divers. 


Echiums. 




Rosa divers. 


Erythrina divers. 




Sollaya lieterophiiia. 


Abutilons divers. 




Lagerstrcmia divers. 


Kennedya divers. 




Hekea divers. 


Hibiscus rosa chinensis. 


Arbustes. { 


Plumeria rubra. 


Laxsciandra macrantha. 


Plombago capense. 


Pavonia hastata. 




Bignonia capensis. 


Parkinsonia acuelata. 




Lantana divers. 


Poinsetiia. 




Bougainviliea divers. 


Wigandia divers. 




Palmiers divers. 
^ Yuccas divers. 


Cinnamomum campho- 




reum. 




Cyperus papyrus. 


Senecio curentus. 




Phyllodendrons divers. 


Fresia. 




i Strelizia augusta. 


Slatice arborea. 




Musas divers. 


— imbricata. 


Plantes 


/ Cysas. 


— brassicœflia. 


ornementales. 


Cyclamen. 


— divers. 




Ixia. 


Lopezia miniata. 




Sparaxis. 


Muhlenbeckia divers. 




Colocasia csculenta. 





APPENDICE IV 

Texte de la. Qacida 
DE LA Chambre d'honneur du palais du Sultan (i). 




(i) Cette qacida est écrite dans le mètre dit : Bahr el-OuaJir « Mon/aala^ 
toun — Monfaalatoun — Faaloun, » 



JVï>ji\3U(ôà\^^\9 



Traduction de la Qacida formant la frise éwgraphique 
DE LA Chambre d'honneur du Palais du Sultan (i). 



Accourez dans la paix et dans le bien pour la satisfaction du Maître 
du Salut (2). 

Que Dieu soit loué et glorifié; il est mon aide et ma protection. 

Il répand partout sa grâce et sa générosité et il répartit la bonne et 
la mauvaise fortune, 

En distribuant comme il lui plaît ses bienfaits sur les hommes et sur 
les choses. 

Il comble de ses dons et accorde des bienfaits par sa grande géné- 
rosité. 

C'est lui qui a produit ma remarquable beauté et qui a enlevé le 
voile de mon visage radieux. 

Il m'a revêtu d'un splendide vêtement taillé dans des broderies de 
l'Yémen et de la Syrie. 

J'ai laissé tomber sa traîne et j'ai aspergé ses manches du parfum 
d'une gratitude éternelle. 

Il m'a orné de perles dont les plus précieuses forment ma cein- 
ture (3). 



(i) Cette poésie est écrite sur des carreaux de faïence d'environ 12 cen- 
timètres carrés, en caractères noirs sur fond blanc. Plusieurs de ces car- 
reaux ont été brisés ; lors de la restauration hâtive du palais pour y recevoir 
Moulay El-Hasan en 1889, ils ont été remplacés au hasard par des carreaux 
provenant sans doute d'une autre inscription ; quelques-uns même ont de 
simples ornements au lieu de lettres : il en résulte que certains passages de 
la Qacida sont absolument incompréhensibles. Ces interruptions dans le 
texte rendent de plus le sens général assez obscur. 

(2) C'est le palais qui parle. 

(3) Allusion à ia Qacida elle-même, qui entoure la chambre comme une 
ceinture. 



448 TANGER ET SA ZONE 

Ce sont les perles magnifiques de la poésie et je resplendis de la 
beauté de leur forme et de leur harmonie. 

A la plume craintive comme au sabre tranchant il appartient de 
faire revivre aux yeux de tous les vestiges du passé. 

Ma gloire est haute dans la constellation de la gloire et ma grandeur 
est élevée dans le firmament de la grandeur. 

Je suis la maison de la générosité et de la bienfaisance ; je suis la 
maison de l'accueil et de l'hospitalité. 

Je suis pour les tentes de l'Islam une forteresse solide qui les groupe 
et qui les protège. 

Je me suis élevée et je suis arrivée par la noblesse et par la gloire à 
être rétoile qui est le pôle des braves. 

Lorsqu'elle brille dans les yeux du lion(i) parmi les étoiles, le rang 
de l'Emir bien dirigé s'élève... 

// manque ici plusieurs vers. 

Les monuments de sa grandeur sont durables ; son nom est le pre- 
mier parmi les noms glorieux. 

Je suis soumise à ses ordres et je me conforme à sa volonté et à ses 
désirs. 

Si vous voulez savoir mon âge et la date de ma naissance, sachez 
que mon étoile coïncide à une époque heureuse, bénie. 

Elle a atteint le point culminant du bonheur et j'obtiens tout ce que 
je désire. 

Il me suffit que mon Maître soit satisfait et tourne vers moi son 
regard ; c'est le bonheur ou la lumière dans l'obscurité. 

Par lui, la fortune apparaît plus heureuse et s'épanouit dans la joie. 

... Vous trouverez la vérité dans les paroles de Houdam (2). 

// manque ici quatre vers. 

Il a mis à mon service des esclaves debout, pour répandre la louange; 
ce sont des colonnes de marbre (3). 

Dès l'entrée on est réjoui par leur forme élancée et par leur belle 
ordonnance. 



(1) Taraf : ce sont deux étoiles de la constellation du Lion, dites: « Les 
yeux du lion ». Les Mansions lunaires des Arabes de Mohammed El-Maq- 
QARi. Trad. Motylinski, p. 23. Alger, 1899. 

(2) Ce deuxième hémistiche est de Ouasim ben Tariq. Houdam était fille 
d'El-Abiq ben Aslam ben Idekar ben Anza. Tad; El-Arous, vol. VIII, 
p. 228. 

(3) Allusion aux colonnes de la cour intérieure du palais. 



APPENDICE IV 449 

Que l'on ne parle plus de Khaouarnaq, de Sadir(i), ni d'autres du 
même genre. 

Sa beauté est telle que l'imagination est incapable de se la figurer, 
même en songe. 

Combien l'Islam possède-t-il de monuments qui glorifient Dieu pour 
l'éternité. 

L'effort du temps et les circonstances heureuses n'ont pas obtenu 
une œuvre plus complète. 

Les jours ne cessent de se réjouir de ses belles proportions et de sa 
jeune beauté. 

Puisse durer son existence, c'est la félicité, la vie heureuse et la 
bonne voie. 

Que l'Emir soit conservé dans cette maison par la grâce du Dieu de 
la Mecque et des Territoires Sacrés. 

Qu'il soit toujours entouré par le Miséricordieux, des bienfaits de la 
bénédiction et du Salut. 



(i) Khaouarnaq et Sadir, deux célèbres palais dont les merveilles ont été 
célébrées souvent par les poètes arabes. Tous les deux ont été construits 
par Noman le Grand, fils d'Imroul-Qais El-Lakhmi, dit le borgne. Khaouarnaq 
se trouvait dans l'Hira. Noman l'avait fait construire par un architecte étran- 
ger, nommé Sinimmar : il fit ensuite précipiter l'architecte du haut des 
murailles. 

Sadir, d'après le Mouhit el-Mouhit, a été construit également par Noman, 
dans l'Iraq. D'après Yaqout, t. III, p. 53, Noman l'aurait enlevé à un roi de 
l'Adjam. 



VILLES ET TRIBUS. — VII. 



APPENDICE V 

Le tombeau de la fille du pacha Ahmed ben Ali 



On vient de découvrir tout récemment à Ceuta une pierre tombale 
qui rappelle le long séjour du pacha Ahmed ben AU au siège dé cette 
.Vi)Ie. ' .\ ,' ' . , /, .',■■•' \ " / '■■ ■ . / '['■ '' ' ' 

'. ,' La photographie publiée, ci-contre provient de robligeariçede'MvC^s- 
tells, chef de service; à l'administration du chemin de -fer 4e. Tanger, 
à Fès, qui l'a rapportée de Ceuta. " • 

Cette tombe e.st ^en marbre blanc et mesure i m. 55 de long sur 
1 8- centimètres et demi de large ; elle est de forme prismatique avec une 
inscription qui commence sur une des faces et se termine sur l'autre : 
« les prismes allongés, en nnarbre, dit M. Alfred Bel dans sa savante 
étude des Inscriptions arabes de Fës, servaient jadis à orner les tombes 
des grands et des princes, aussi bîeri au Maroc sous les Mèrinides, qu'à 
Tlemcen sous les Abdelwàdites: Aujourd'hui l'usage s'en est. perdu 
au5si bien à Tlemcen qu'à Fès. Mais des prismes de marbre de ce 
genre subsistent encore au Maroc sur des tombes... (i)». On peut 
citer entre autres les .tombeaux du Mérinide Aboû'l-Hasan Ali et de sa 
femme à Chella(2) et ceu^c des Saadîens à Marrakech. 
.Là forme même du tombeau trouvé à Ceuta implique donc que c'est 
celui d'une personne d'un rang élevé. 

, D'après l'inscription dont on trouvera plus loin le texte et la traduc- 
tion, il s'agit d'une fille du pacha Ahmed ben Ali. 



,' (i), Inscriptions arabes de Fès, pa.r M. Alfued Bel. Extrait du /oMrna/ 
d«ïà//^ùe,, 1917-1919.. Paris, Imprimerie Nationale, MDCCCCXIX, p. 14. ' 

(2) Cf. Villes et Tribus du Maroc, vol. III ; Rabat et sa région, t. I, 
pp. 44-48. 





n 


^^^^^^^^^^^^^^^^B^ ^ 


H 




T£Â 


^^^^^^^^t 1 


^^^^B 




. .-t*V 


^^^^^^^^B"; -' 


^^^^^^^^H 






^^^^^^^■< '' 


^^^^H 




< 


^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^H 


^^1 


^^^^ IH^^I 


t -j. 


^^^^^^^^l tkl'lJ-^i. 


^^^^^^1 


v^^r >' -'^^ IH^^^^^^I 


;\ 


^^^^^^^^^^^^^^^^^B Ir"^"-"^ 


^^^^^^^^^^B 


^^^Vg^M^^^H 


, ■ .\> 


^^^^^^^^^^^^Ifj^^' 


ll^^^^^^l 




■ .,■ 


i^^^^^^^^^^^^^H'^P^'^^'l * 


ll^^^^^^^l 








^1 




:1 




H 




i ^V' 


^^^^^^^^^^^^^^B 


^^^^^^^1 






I^^^^^^^H ' 


^^^^^ 








H 




' •' 




H 








^H 






^^^^H' '' 


^^^^^^H 
^^^^^^^H 




i'.Jt*. - 


^^^^^^^^^^B 


^^^^^^^^^^^H 


v^^^^^r " '— 4^H^^^^^^I 


1.: .■ 


^^^^^^^^^^^^^^m ' " ' 


^^^^^^^^^1 


kH 


!- 




^^^^^^^H 




.; 




^H 




L î 


^^^^^^^Hf " '^ 1 


^^1 




k 


flBri 


I^^^^^^^^H 



APPENDICE V 45 I 

Texte. 
Traduction. 



J'ai recours en Dieu contre Satan le lapidable. Au nom de Dieu 
Clément et Miséricordieux. Que Dieu répande ses bénédictions sur 
Mohammed et sur sa famille et qu'il leur accorde le Salut. O hommes. 
Les promesses de Dieu sont véritables ; que la vie de ce monde ne vous 
éblouisse pas. 

Que la vanité ne vous aveugle pas sur Dieu(i). Haoua, fille d'Ah- 
med ben Ali, est morte le 27 djoumada II-iio(2); que Dieu lui fasse 
miséricorde et fasse miséricorde à qui l'implorera pour elle. 

D'après VIstiqça, c'est en 1102 (J.-C. 1691) que le pacha Ali ben 
Abdallah commença le siège de Ceuta. De son vivant, son fils Ahmed 
ben Ali fit construire près de la ville une mosquée et une maison où il 
s'installa; il continua le siège de Ceuta jusqu'à la mort de Moulay 
Ismaïl en 1727. 

(i) Qoran, sourate 35, les Anges ou le Créateur, verset 5 ; trad. Kasi- 
mirski, p. 352. 

(2) On remarquera que la date de l'inscription dit : A^U î Jt>g- cent dix. 



Il faut évidemment sous-entendre v— JI3, et mille, et lire 11 10. La forme de 

la pierre tombale et les caractères de l'inscription suffisent à prouver qu'il 
ne peut pas s'agir d'une tombe datant de l'an iio de l'Hégire (J.-C. 728). 



APPENDICE VI 



BIBLIOGRAPHIE 



Ali bey el-Abassi. — - Voyages en Afrique et en Asie pendant les 

années i8o3, 1804, i8o5, 1806 et 1807. Paris, 1814. 
Archives marocaines. — Paris, 1904-1920. 

Ibn Batouta. — Traduction Defremery et Sanguinetti. Paris, 1893. 
Becker. — Historia de Marruecos. Madrid, 191 5. 
Bel (Alfred), — Inscriptions arabes de Fez. Journal Asiatique, 1917- 

Bekri. — Description de l'Afrique Septentrionale. Traduction de 
Slane. Paris-Alger, 1913. 

BoissiÈRE. — Esquisse d*une histoire de la conquête et de l'administra' 
tion romaine dans le nord de V Afrique. Paris, 1878. 

Brives. — Voyages au Maroc, 1901-1907. 

BuDGETT Meakin. — Thc Moorish Empire. Londres, 1899. 

Buffa (John). — Travels trough the Empire of Morocco, i8o5. 

Bulletin du Comité du Maroc, 1906. 

Bulletin de Géographie historique et descriptive, 1907. 

Caillé (René). — Journal d'un voyage à Tombouctou et à Jenné dans 
l'Afrique centrale. Paris, i83o. 

Castellanos (Manuel). — Historia de Marruecos. Tinger, 1898. 

Castonnet des Fosses. — Les Portugais au Maroc, 1886. 

Charrier. — Contribution à la Faune marine de la région de Tan- 
ger. Note sur les Annélides polychètes, 1919. 

Le Chatelier (A.). — Les confréries musulmanes du Hedja\, 1887. 

Chénier. — Recherches historiques sur les Maures et l'Histoire de 
l'Empire du Maroc. Paris, 1787. 

Cholmley (Hugh). — An Account of Tangier, 1787. 



APPENDICE VI 453 

R. P. Delattre. — Les tombeatix puniques de Carthage ; la nécropole 
de Saint-Louis. Revue archéologique, 1891. 

DiEHL. — L'Afrique bys^antine. Paris, 1896. 

Gentil (Louis). — Le Maroc physique. Paris, 1912. 

Godard. — Histoire du Maroc. Paris, 1860. 

Grâberg di Hemso. — Specchio di Marocco. Gênes, 1834, 

Ibn Khaldoun. — Histoire des Berbères. Traduction de Slane. 
Alger, i852. 

KiTAB EL-IsTiQCA. — Traduction Fumey. Archives marocaines (IX etX). 
— Texte arabe^ Le Caire i3o6 (1888). 

R. P. H. Koehler. — La pénétration chrétienne au Maroc. Poi- 
tiers, 1914. 

LÉON l'Africain. — Histoire de l'Afrique. Paris, 1897. 

El-Maqqari (Mohammed). — Les mansions lunaires des Arabes. Tra- 
duction MoTYLiNSKi. Alger, 1899. 

Marçais (W.). — Les textes arabes de Tanger. Paris, 191 1. 

Marmol. — L'Afrique. Paris, 1667. 

De Menezes (Fernando). — Historia de Tangere. Lisbonne, 1732. 

Pallary. — Liste des mollusques testacés de la rade de Tanger, 
Paris, 1902. 

Playfair. — Bibliography of Morocco, 1892. 

Elie de la Primaudaie. — Les villes maritimes du Maroc. Repue afri- 
caine, 1872. 

El-Qadiri (Mohammed). — Nachr Al-Mathani. Traduction, Archives 
marocaines. Vol. XXI et XXIV: 

Ibn El-Qoutbiya. — Traduction Cherbonnkau. Journal asia- 
tique, i853. 

Docteur L. Raynaud. — Étude sur l'hygiène et la médecine au Ma- 
roc, 1902. 

Docteur Remlinger. — L'Institut Pasteur de Tanger. Paris-Médical, 
Paris, 1913. 

Revue du Monde musulman. Paris, 1907-1920. 

RouDH el-Qartas. — Traduction Beaumier. Paris, 1860. 

TissoT. — Les monuments mégalithiques et la population blonde au 
Maroc, i 876. 

TissoT. — Recherches sur la géographie comparée de la Maurétanie 
Tingitane, 1878. 

Mgr TouLOTTE. — Géographie de l'Afrique chrétienne. Montreuil- 
su.r-Mer. 1894. 

Villes et tribus du Maroc. Paris, 1915-1920. 

YANOSKi(Jean). — Histoire de la domination des Vandales en Afrique, 
Paris, i883. 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

Avant-propos 1 

Le Pays i 

Situation 3 

Limites 3 

La côte 4 

L'intérieur ; le relief 6 

Hydrographie 7 

Structure 9 

Le sol 14 

Le sous-sol i5 

Le climat i5 

Végétation i8 

Faune (faune terrestre ; faune marine) 19 

Historique 23 

De la Préhistoire a l'Islam 25 

Archéologie préhistorique 25 

Légendes 27 

Les premiers habitants 3o 

Les Phéniciens 32 

Les Carthaginois 34 

Les rois indigènes ; Bokkar, Bokkus I", Bogud I^', Bogud II, 

Bokkus III 35 

L'occupation romaine: Tanger, cité romaine ; les voies romaines, 

les vestiges de l'époque romaine 37 

Les Vandales 44 

Les Byzantins 45 

Les Wisigoths 45 

Apparition de l'Islam 46 



456 TANGER ET SA ZONE 

Pages. 

• L'Occupation musulmane (707-1470) 48 

L'islamisation 48 

Réaction berbère ; Meïsara 49 

Sous les Idrisites 5i 

Les Hammoudites • . 52 

Les Almoravides (i 077-1 148) 54 

Les Almohades (i 148-1273) 54 

Sous les Mérinides : Ibn El-'Amîr El-Hamdâni ; prise de Tanger 

par les Mérinides; révolutions au Maroc 64 

Apparition des Portugais : désastre des Portugais à Tanger 
(1437) ; nouvelles tentatives d'occupation (1458 et 1464) ; occu- 
pation de la ville (1471) 67 

L'Occupation portugaise (1471-1661) 60 

De 1471 à i58i 60 

Réunion du Portugal à l'Espagne (i58i) • • . 60 

Révolution à Tanger: retour de la ville aux Portugais (1643) . 61 

Ghaïlân : ses débuts ; luttes contre les Portugais 63 

Fin de l'occupation portugaise 67 

La ville sous les Portugais 68 

L'Occupation anglaise (1662-1684) 70 

Débuts de l'occupation 70 

Ghaïlân; siège de Tanger; trêve avec Ghaïlân (1663-1664) ; rup- 
ture de la trêve ; revers anglais ; intrigues espagnoles ; alliance 
de Ghaïlân avec les Anglais (1666) ; défaite de Ghaïlân par 
Moulay Er-Rechîd : sa fuite et sa mort ; déclin de l'influence 

anglaise 71 

Tanger sous les Anglais : population de la ville ; travaux de 
fortifications ; le môle ; impopularité croissante en Angleterre 

de l'occupation de Tanger 78 

Siège de Tanger par Moulay Ismaïl (1678-1684) 82 

Évacuation de la ville (1684) 83 

Sous les Alaouites (1684-192 i) 85 

1° Le territoire militaire de Tanger et ses chefs (1684-1778). 85 

Ali ben Abdallah Er-Rifi (1684-1713) 85 

Ahmed ben Ali (1713-1743) : ses débuts, perte de Tétouan ; ré- 
volte contre Moulay Abdallah; puissance d'Ahmed ben Ali: 
il fait proclamer les rivaux de Moulay Abdallah ; guerre avec 
Moulay Abdallah : défaite et mort d'Ahmed ben Ali ; confis- 
cation de ses biens 87 

Abdelkerim ben Ali ben Abdallah (i 743-1748) 92 

Abdeççadaq ben Ahmed ben Ali (1748- 1766) 93 

Substitution des Abid aux Rifains : Ech-Chaikh 94 

Fin des Abid (1778) 94 

Reconstitution du guich rifain. . 94 

2" De 1778 à ig2i 96 

Mohammed ben Abdelmalek 97 

Ech-Chaikh El-Bokhari 97 



TABLE DES MATIERES 457 

Pages. 

Mohammed ben AH El-Hahi 97 

Mohammed ben Abdelmalek (2« fois) 98 

Abdelmalek Mellouk. 98 

Moulay Moslama ; Tahar Fennich Es-Slaoui 98 

Ahmed ben Abdelmalek 99 

Moulay Tayyeb ben Mohammed ; révolte de Zeïtân 99 

Abdallah ben Abdelmalek 99 

Abderrahman Ach'ach Et-Tetaouni 100 

M'hammed ben Abdessalam Es-Slaoui El-Bokhari {i8o8-i8i3). . 100 

Abdessalara ben Abdeççadaq {i8i3-i8i6) 100 

El-Arbi Es-Sa'ïdi (18 17-1822) loi 

Ahmed ben Abdeççadaq (1823) 102 

Ou Mimoun El-Guérouani 102 

El-Mehdi Es-Sa'ïdi 102 

El-Hadj Mohammed ben 'Abbou io3 

El-Arbi Es-Sa*ïdi (2* fois) io3 

Guerre franco-marocaine: bombardement de Tanger {1844) . . io3 

El-Hadj Mohammed ben 'Abbou (2" fois) 104 

Homman Es-Sa'ïdi io5 

El-*Abbâs Amkiched io5 

Ben Kerroum io5 

EMAbbâs Amkiched (2' fois) et son frère M'hammed .... io5 

Ali El-Mesfioui io5 

Djilali ben Hammou io5 

Abdeççadaq ben Ahmed io5 

El-Hadj Mohammed ben Abdeççadaq 106 

Abderrahmam ben Mohammed ben Abdessalam ben Abdeççadaq 107 

Tahar Et-Tazi 107 

Ciddiq Bargach 107 

El Hadj Abdessalam ben Abdeççadaq 107 

Raïsouli 107 

Derniers Gouverneurs m 

3* Tanger, capitale diplomatique du Maroc 112 

Événements principaux, traités, etc 112 

Les consuls 116 

Le tribut 119 



TANGER 

La ville 125 

10 Description générale 125 

Vue d'ensemble i25 

Situation i3o 

Les remparts i32 

Les portes 134 

Les bordjs i36 

Les rues . . . . , 141 



458 TANGER ET SA ZONE 

< • 

Pages. 

Places et Souqs 143 

Mosquées 146 

Synagogues 148 

Églises 149 

Temples 149 

La Medersa i5o 

Écoles coraniques i5o 

Fours publics i5i 

Hammams 158 

Seqâïas et puits i54 

Cimetières i55 

2° La Qaçba i56 

Description de la Qaçba f56 

Donjon du pacha Ali ben Abdallah i58 

Le palais du Sultan : historique ; le palais ; la mosquée ; le Me- 
chouar et le Bit el-Mâl ; les prisons ; la maison des Oulâd El- 

Baqqàl ; Dar el-Ma*az et les Guenaoua ; le Riadh 160 

3* Les quartiers 181 

Quartiers intérieurs 181 

Quartiers extérieurs 186 

Le peuplement 194 

Les musulmans 194 

Principales familles musulmanes 196 

Oulad Abdeççadaq. 196 

Oulad Abdelkhàlaq 196 

Oulad Ben Abbou 196 

Oulad Abaroudi 197 

Oulad Amkichet 197 

Oulad Bou Çouf 197 

Oulad Ahardan 197 

Oulad Temsamani 198 

Oulad Bernât 198 

Oulad Balga 198 

Oulad El-Moudouar 198 

Oulad Es-Sa'ïdi 198 

Oulad Adjouaou et Oulad Amedjaou 198 

Oulad Ou Haroun 199 

Oulad El-Ghassal 199 

Oulad Bou Hosein 199 

Oulad Bou Selham . . v 199 

Oulad El-'Amarthi 199 

Oulad Zaïdi 199 

Oulad Bouzian 199 

Oulad Aharrar 199 

Oulad Ben Sellam 200 

Oulad El-Fellous 200 

Oulad El-Ftouh 200 

Oulad xMefarradj 200 



TABLE DES MATIERES 459 

Pages. 

Oulad El-Bouerdi 200 

• Oulad El-Hadjoui 200 

Oulad Laghmich 200 

Oulad Ben Idris 201 

Oulad Ou Sidhoum • 201 

Oulad El-Khammal 201 

Oulad Bou Guemza 201 

Oulad Zaoudi 201 

Oulad Ben Yahya 202 

Oulad Cheba'a 202 

Oulad Akhdîm 202 

Oulad Touzini 202 

Oulad El-Meçaouri 2o3 

Oulad Ed-Doukkali 2o3 

Oulad El-Baqqâl 2o3 

Oulad Ben Adjiba 2o3 

Chorfa d'Ouazzan 204 

Autres familles 204 

Étrangers 204 

Les Juifs 207 

Famille Toledano 209 

— Nahon 209 

— Cohen 209 

— Bendelac 209 

— Laredo 209 

— Benasouli 209 

— Abensour 210 

— Pariente , 210 

— Benchimol 210 

— Azancot 210 

— Sicsou 210 

— Serfaty 210 

— Benjio 210 

— Corriat 210 

— Ben Harrouch 210 

— Pimienta 210 

— Casés 211 

— Labbos . . • 211 

— Autres familles 21 r 

Vie administrative 212 

Le Régime politique 212 

Le Makhzen (Nàïb du sultan, pacha, qadhi et adoul, nadir, amîn 
du Bit el-Mâl, mohtasib, amîn el-moustafad, oumana de la 

douane) 2i3 

Le Corps diplomatique 219 

La collaboration administrative des Puissances (Conseil sanitaire, 

Commission d'hygiène et de voirie, Phare du cap Spartel). . 220 



460 TANGER ET SA ZONE 

• 

Pages. 

La Convention de Madrid et l'Acte d'AIgésiras ; les Règlements. 223 
/ Comité spécial des Travaux Publics ; 
l Commission du budget de la Caisse spéciale ; 
Comités j Commission générale des Adjudications et des 
et < Marchés ; 
Commissions, j Commission de la taxe urbaine ; 

f Commission des valeurs douanières; 

\ Comité permanent des douanes 226 

Travaux publics 229 

La Banque d'État 229 

La Dette marocaine 280 

Emprunt 1904 23o 

Emprunt 1910 23o 

Organisation militaire 233 

Le guich 233 

Les troupes chériliennes 233 

Les troupes de police 234 

Les impôts et les taxes 236 

Postes et Télégraphes 236 

Les postes (poste française, poste anglaise, poste espagnole, 

poste chérifienne) 236 

Télégraphes (télégraphe anglais, télégraphe espagnol, télégraphe 

français, télégraphe chéritien, télégraphie sans fil) 240 

Institutions SCIENTIFIQUES, MÉDICALES ET d'enseignement 242 

Institut Pasteur 242 

Section sociologique des Affaires indigènes 248 

Station scientifique du collège Regnault 244 

Hôpitaux et dispensaires {hôpital français ; dispensaire. Hôpital 
et dispensaires anglais. Hôpital espagnol ; laboratoire espagnol 

d'analyses. Le maristân. Le lazaret) 245 

L'enseignement français (Institution Robinet, École Perrier, 
Collège Regnault, Collège Saint-Aulaire, Groupe scolaire, 

Écoles franco-arabes. Écoles professionnelles 249 

Écoles de l'Alliance Israélite 253 

L'enseignement espagnol (Écoles Alphonse XIII, École religieuse 

de filles, Collège laïque de garçons et de filles) 253 

École italienne 254 

RÉGIME ÉCONOMIQUE 255 

I* Vie économique indigène 255 

2" Mouvement économique 264 

Historique 260 

Importations et exportations 262 

Mouvement de la navigation 274 

Le môle 270 



TABLE DES MATIERES 46 1 

Pages. 

Le wharf. 274 

L'aconage (matériel ; taxes ; personnel; bahriya ; hammàla) . 275 

Santé ... 275 

Douane 278 

Ateliers de la Dette 279 

Compagnies de navigation 279 

Maisons et compagnies de commerce 280 

Sociétés immobilières. 280 

Sociétés industrielles ; industries diverses 280 

Sardinerie i 281 

Sociétés d'entrciprises 281 

Lumière électrique 282 

Téléphones 282 

Banques 282 

Salles de spectacles 283 

Chambres de Commerce 283 

Presse 284 

Main-d'œuvre 285 

Monnaies 285 

Le Régime immobilier 288 

Situation immobilière 288 

Le territoire guich 291 

Les biens du Makhzen 293 

Les habous 297 

Concessions et Travaux 3oo 

1" L'adduction d'eau potable 3oo 

2" Chemin de fer Tanger-Fès 804 

3" Voirie (travaux exécutés par l'administration des Travaux 
Public) : Routes ; ponts ; constructions et installations 

diverses; abattoir; égouts 3o6 

La vie religieuse 3i2 

Historique 3 12 

Les zâouïas et les confréries (Aïsaoua, Hamadcha, Naçiriya, 
Kittaniya, Tidjaniya, Qadiriya, Touhama, Haddaoua, Gue- 

naoua, Derqaoua) 3i7 

Les marabouts de la ville (hors les murs) : Sidi Mohammed El- 
Hâdj El-Baqqâl ; Sidi Bou Abid Et-Tandji ; le Mrabet Sidi Ali 
Er-Rifi ; Sidi El-Mokhfi ; Sidi Amar Tahadjart ; les Moudjahi- 
din ; Sidi Ali El-Maçmoûdi ; Sidi ^Amar El-Hadi ; Sidi El- 
Mokhtar El-Baqqali ; Sidi Sa*ïd ; Lalla Chafia ; Lalla Djemila ; 
Sidi Mimoun ; Sidi Bou Qnadel; Sidi Hammou ; Dar el- 

Hamra 325 

Les marabouts de la ville (dans les murs) : Sidi Ei-Hadj Abdes- 
selam; Sidi Amar Alilech ; Sidi Ali Ben Daoud ; Sidi Ahmed 
Ben Allai Et-Tandji ; Sidi Ahmed Ben Adjiba ; Sidi EI-Hosni 

ben Tahami El-Ouazzani; Sidi Mohammed Ber-Raïsoun . . 33 1 



462 TANGER ET SA ZONE 

Pages. 
Les marabouts de la qaçba : Moulay Boucheta ; Sidi Mohammed 

ben Tayyeb EI-Baqqal ; Sidi Ahmed Bou Qoudja 884 

Les marabouts du Fahç : Sidi Qâsem ben Idris ; Sidi Haseïn ; 

Sidi El-Faqih Ben Abdallah ; Sidi El-Arbi El-*Aïdi ; autres 

marabouts 335 

Pèlerinages 337 

Influences religieuses 338 

Les fêles: l'Achour, le Mouloud, l'Aïd cç-Çeghir, l'Aïd el- 

Kebir 841 

Le Culte catholique 346 

Origines 346 

Les Franciscains 35o 

LE FAHÇ 

La tribu 357 

Limites 357 

Peuplement 358 

Population 362 

L'habitat 362 

Le type humain 362 

La langue 363 

Le costume 363 

Tatouages 365 

Coutumes 3b5 

Vie économique 366 

Condition économique générale 366 

Cultures 867 

Élevage 369 

Industries 370 

Marchés 371 

Routes et pistes 371 

Qaçbas , 372 

Ruines 374 

Organisation administrative 375 

Liste des villages . . • . 37g 

APPENDICES 

Appendice I : Résumé des recherches archéologiques faites à Tanger 

par la Mission scientifique du Maroc 408 

La Nécropole romaine de Bou Khachkhach (les tombes, 

les fresques, les inscriptions) 408 

Le tombeau de Meghoura Eç-Çghira 407 



TABLE DES MATIERES 403 

Pages. 

Les sépultures du Marchan 407 

Les Thermes d'Aïn Hammam 409 

La caverne des Idoles 410 

Appendice II : Catalogue des monnaies réunies par la Mission scienti- 
fique du Maroc de igoy à IQ14 412 

I* Monnaies africaines 412 

2° Monnaies romaines 416 

3° Monnaies byzantines 440 

— III : Flore locale 442 

r Plantes indigènes ou se reproduisant naturellement 

de façon constante 442 

2" Plantes exotiques mais s'adaptant parfaitement au 

climat 443 

— IV : Texte et traduction de la Qacida formant la frise épi- 

graphique de la chambre d'honneur du palais du 

Sultan 445 

— V: Le tombeau de la fille du pacha Ahmed ben *Alî. . . 45a 

— VI : Bibliographie 452 

Tarle des matières 455 



Tours, Imprimerie i- . Aira lt et U'. 



\ 



EDITIONS ERNEST LEROUX 

28, RUE BONAPARTE, PARIS 

POeUCATIOliS ûe la BÉSIDENCE GÉNÉHALE de la RÉPUBLIQUE FRAlIllAiSE au MAROC 

Affaires indigènes et Service des Renseig-nemenfs 

SECTION SOCIOLOGIQUE 

(Ancienne Misaion Scientifique du Maroc) 

ARCHIVES MAROCAINES 

Déjà y.irus : Volumes I à XXIV, in-8, figures, planches et cartes. 
I.c:; volumes XXV et XXVI sont en préparation 

VILLES ET TRIBUS DU MAROC 

Volumes de I à VII parus. Chacun 20 fr. 
Les volumes VIII et IX sont en préparation. 

Les Sources ioéililes de lllsloire da l^aroc, de 1530 à 1845 

Recueil de Lettres, Documents et Mémoires conservés dans les Arclilves Européennes 

Publié par le Comte Henry de Castries. 

I. Archives et Bibliothèques de France. Tomes I, II, III. 
H. Archives et Bibliothèques des Pays-Bas. Tomes I, II, III, IV, V. 
III. Archives et Bibliothèques ^'Angleterre. Tome I. 

Chaque volume gr. in-8, fig. et cartes 25 fr. » 

Ouvrage capital qui formera une trentaine de volumes. 

Couronné par l'Académie des sciences morales et politiques. 

Prix Drouyn de Lhuys. 

PUBLICATIONS DE LA MISSION SCIENTIFIQUE DU MAROC 

REVUE DU MONDE MUSULMAN 

Collection complète, 1907-1920, in-8, figures et planches, i.ooo fr. 
Abonnement annuel : Paris, 40 fr. — Départements et colonies, 42 fr. 
Étranger .... 46 fr. 

Putlicatlons ûi l'Ecole supérieure de Langue arate et de Oialecles DerDéres de Batat 
ARCHIVES BERBÈRES 

Publication trimestrielle du Comité d'Etudes ubibàres de Rabat 
Le numéro 7 fr. 5o 

Abonnement : i E^^""' ^^^^°^' A'^^^^^' '^^"'^^^ f {'' ^ 

( Etranger ............. 32 fr. » 

4922. — Tours, imprimerie E. Arrault et O*.