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VISITE 

V L'EXPOSITION 

UNIVERSELLE 

DE PARIS, EN 1855 






CE VOLUME 

A ETE IMPRIMÉ EN UNE JOURÎIEE 

PAR CH. LAHURE 

IMPI'.IMKm DU SÉNAT ET DE LA COUR DE CASSATION 

riiP de Vaugirard, 9, à Pari? 



PL«(;£\ER.U, i)ei;k\to 




OrfJoe c/'J^.i ZWffOf/ / J!Uiru//jftr^t f,? /é^ 



lOX UXIMRSELLE DE 1855, 




Ijr^ jllmje/fmf'r,j7tA>T7>fZfùiois 6 



VISITE 

A L'EXPOSITION 

UNIVERSELLE 

DE PARIS, EN 1855 

CONTENANT 

<° L'énumération des objets 
sur lesquels doit se porter principalement l'attention des visiteurs 

•2° L'indication des places où se trouvent ces objets 

3" Tous les renseignements nécessaires 

relatifs à leur mécanisme, à leur emploi, à leur fabrication 

à leur prix, etc. 

PUBLIE AVEC LA COLLABORATION DE MÎJ. 

AlcaD, professeur au Conservatoire îm- ^ C. Nepveo, entrepreneur de travaux 
périal des Arts et Alétiers; < publics; 

Baudement, professeur au Conserva- ^ H. Pélîgot, préparateur au Conserva- 
toire : j toire ; 

Stf>^nîlIoii , bibliothécaire au Conser- ' Proonîer, ingénieur civil ; 

vatoire; ^ SîlbernaaDn, conservateur fies eollec- 

Delbronck aîné, architecte; ^ lions au Conservatoire; 

Deherain, préparateur de chimie au ^ e. Xrélat, professeur au Conservatoire- 
Conservatoire; ? architecte ingénieur de la Commission 

Fortin Hermann, constructeur d'in- ? impériale; 

struments pour les sciences; ^ U. Trélat, dDCteur en médecine ; 

J. Gaudry, ingénieur civil; ^ Tresca, sous-directeur du Conservatorn- 

Mollnos, ingénieur civil ; 7 impérial des Arts et Métiers : etc.. etc. 

SOUS LA DIRECTION DE M. TRESCA 

Inspecteur principal de l'Exposition française à Londres, ancien commissaire 
du classement à l'Exposition de 1855 



PARIS 



LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C 

RUE PI ERRE-SARRAZIN, N" 14 

1855 

Droit, de traduction r-^serve 



CENÎER 



AVIS. 



Les lettres et les chiffres qui servent à indiquer les emplace- 
ments occupés par les divers produits , sont ceux qui ont servi au 
placement. 

Dans l'Annexe, les piliers ont été numérotés de l à 146 à partir 
(Je la place de la Concorde , et, dans le sens transversal, les seules 
lettres A . B , C , D indiquent les distances à partir du côté du 
bord de l'eau. 

Dans le Palais principal et les bâtiments de la carrosserie , les 
chiffres régnent dans le sens longitudinal , les lettres dans le sens 
transversal. 



VISITE 

A L'EXPOSITION 



UNIVERSELLE. 



INTRODUCTION HISTORIQUE. 



Le public a si souvent été entretenu des défauts que pré- 
sentent les locaux affectés à l'Exposition universelle de 1855, 
des retards que son ouverture et son achèvement ont éprou- 
vés , des ennuis supportés par les exposants , des inconvé- 
nients subis par le public faute d'une ventilation suffisante, 
qu'il ne sera sans doute pas superflu et qu'il paraîtra peut- 
être de toute justice de lui faire connaître , en quelques mots , 
quelles ont été les difficultés , les résistances à vaincre pour 
achever les choses au point où elles sont aujourd'hui et pour 
expliquer comment, malgré le désir unanime de donner à 
cette grande solennité industrielle tout l'éclat possible et 
une splendeur digne de la France, la diversité dans les opi- 
nions sur son succès probable et l'influence des circonstances 
ont exercé sur la marche des préparatifs une action regret- 
table. 

La Commission impériale, créée par le décret du 24 sep- 
tembre 1853 pour diriger et surveiller l'Exposition univer- 
206 a 



2 VISITE 

selle , sous la présidence de son Altesse Impériale le Prince 
Napoléon, avait, dès le 29 du môme mois, formé dans son 
sein une sous-commission chargée de préparer l'exécution de 
cette grande œuvre. 

La première et la plus grave des questions qui préoccupè- 
rent cette sous-commission présidée par le Prince, fut celle 
de l'insuffisance du bâtiment appelé le Palais de l'Industrie, 
qui n'offrait, avec ses galeries, qu'une superficie de 45 000 
mètres pour réunir les produits de l'industrie du monde en- 
tier à une seconde exposition universelle, tandis qu'à la pre- 
mière , dans des circonstances peu favorables, 97 000 mètres 
carrés avaient à peine suffi. Après plusieurs séances consa- 
crées à la discussion de cette grande difficulté et à la recher- 
che des moyens de la résoudre, une députation de la sous- 
commission , accompagnant son président , alla demander à 
l'Empereur la permission de lui exposer les besoins de la si- 
tuation. Dans une audience que Sa Majesté voulut bien lui 
accorder dans les premiers jours de février 1854^ la sous- 
commission exposa qu'une superficie de 105 000 mètres car- 
rés était nécessaire et que , si l'on voulait employer le Palais 
de l'Industrie à l'exposition universelle, il était de toute 
nécessité d'y ajouter de spacieuses annexes. L'Empereur, 
Convaincu de l'exactitude de ces appréciations , autorisa la 
sous-commission à lui présenter le projet des annexes qu'elle 
jugerait nécessaires. 

Le 14 février 1854, la sous-commission chargea deux de 
ses membres, M. le général Morin et M. Vaudoyer, d'examiner 
les projets d'annexés présentés par la Compagnie du Palais de 
l'Industrie, et au besoin d'en préparer d'autres. Le 17 février, 
un rapport fut lu à la sous-commission à l'appui d'un projet 
d'annexés qui portait la surface totale à 90 000 mètres carrés. 
L'emplacement appelé le Jeu de Paume était élargi ainsi 
que l'avenue qui conduit à l'allée d'Antin, par la suppression 
d'une rangée d'arbres de chaque côté ; deux vastes galeries 
de 25 mètres y étaient élevées et formaient le prolongement 
du bâtiment principal auquel elles auraient servi d'entrée. 
Autour de ce bâtiment , des galeries de 20 mètres de largeur 
en accroissaient la superficie , et l'on obtenait ainsi un sup- 
plément de 50 à 60 000 mètres donnant en tout, avec le 
palais principal , 95 à 100 000 mètres carrés. Le reste devait 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 3 

être fourni par l'enceinte extérieure dans laquelle on pro- 
posait d'enclore une partie du carré Marigny. 

Cette construction, exécutée, à l'extérieur, en maçonnerie, 
de même apparence que le palais principal , et à l'intérieur 
en fonte et en fer , n'était pas estimée à plus de 5 500 000 fr. 

Ce projet fut immédiatement soumis à Sa Majesté , et le 21 
février 4 854, le prince Napoléon annonçait que 1 Empereur 
l'avait approuvé, ainsi que les demandes formulées par la 
sous-commission pour son exécution. 

Mais le prince Napoléon partit alors pour l'Orient , et ce ne 
fut que le 3 mai suivant que la sous-commission apprit de 
M. le ministre d'État, qui la présidait en l'absence du Prince, 
qu'en raison de la diiticulté de la construction des annexes 
qui avaient été proposées, et des circonstances dans lesquel- 
les l'Exposition devait avoir lieu , il avait été décidé qu'on se 
contenterait du local existant pour les produits des manufac- 
tures et que, pour les machines et les instruments d'agricul- 
ture, on pourrait avoir recours, si cela était nécessaire , à 
des constructions temporaires. 

Des idées bien difïérentes de celles qu'avait exprimées la com- 
mission dominaient; et, comme on le voit, au lieu d'une expo- 
sition splendide, plus riche que celle de Londres, on pouvait 
craindre de n'obtenir qu'une exposition restreinte, influencée 
par les circonstances de la guerre. La commission persista dans 
son opinion précédente, et réclama vivement contre cette res- 
triction qu'elle regardait comme fatale ; mais. elle ne put faire 
revenir sur le projet qui réunissait l'Exposition entière dans un 
local unique, et ce ne fut que le 23 juin suivant qu'elle apprit 
qu'un traité, pour lequel elle n'avait pas été consultée, avait 
été passé avec la compagnie du Palais de l'Industrie pour la 
construction d'une annexe de 4 200 mètres de longueur sur 
25 mètres de large, destinée à fournir, sur le quai de la Con- 
férence, un complément de surface de 30 000 mètres. 

Après plusieurs observations, la sous-commission demanda 
qu'au moins cette annexe fût reliée au palais prmcipal par une 
ou plusieurs galeries transversales, et elle chargea M. le général 
Morin et M. Vaudoyer de préparer des études en ce sens. 

Le projet qui fut présenté quelques jours après et qui reçut 
l'approbation de la sous-commission, se rapprochait beaucoup 
de la disposition actuelle. 



4 VISITE 

Dans ceprojet,leJeudePaume était couvert par une galerie, 
qui, prolongée jusqu'auprès du quai delà Conférence, venait, 
par l'effet de l'obliquité forcée des lignes, s'approcher de très- 
près de l'extrémité de l'annexe, ce qui permettait de donner 
à ces deux bâtiments une façade monumentale et de leur 
ménager une entrée commune près du pont de la Concorde. 
On avait aussi proposé d'occuper le panorama, de l'entourer 
de galeries circulaires et de le prendre pour centre d'une ga- 
lerie de jonction avec l'Annexe; mais à ce moment on regarda 
comme impraticable l'expropriation prononcée depuis, et il 
fallut se borner à utiliser deux allées existantes pour les 
transformer en galeries couvertes de jonction , entre le Palais 
et TAnnexe. 

Ce projet, qui avait du moins le mérite de former, de l'Expo - 
sition , un ensemble unique et de lui donner encore un assez 
grand caractère, fut approuvé par la sous-commission, mais 
il ne put obtenir la sanction de M. le ministre d'État, et dès 
lors il fallut se résigner à organiser le mieux possible l'Expo- 
sition dans deux bâtiments n'offrant ensemble qu'une super- 
ficie disponible de 70 000 mètres carrés, auxquels cependant 
un étage de galeries établies dans la moitié seulement de 
l'Annexe, ajouta environ 8400- mètres, ce qui formait un 
total de 78 400 mètres carrés. 

La préparation des règlements généraux, et les détails de 
la correspondance avaient été, par le décret d'institution, con- 
fiés à M. Arles Dufour età M. Thibaudeau que leurs profondes 
connaissances des nécessités d'une grande entreprise appe- 
laient naturellement aux fonctions de secrétaires généraux. 

La classification des produits fut confiée à une commission 
qui en arrêta les bases , à la suite de nombreuses séances 
auxquelles assistèrent MM.Morin, Leplay, Rondot, de Chan- 
courtois, Focillon et moi ; chacun de nous se chargea de la 
rédaction des classes qui étaient le plus en rapport avec ses 
aptitudes personnelles. 

Sous la direction de M. le général Morin , je préparai les 
différents projets de répartition entre les puissances étrangères 
et la France. 

Les termes du premier projet donneront une idée complète 
de l'esprit qui présidait dès lors aux préparatifs de l'Exposi- 
tion : 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 5 

Projet de répartition pour l'Exposition de 18i>5. 

« Les espaces occupés par les différentes nations à Londres 
ont servi de base à ce projet, si ce n'est en ce qui concerne la 
France et TAngleterre. 

« Pour la France, on s'est reporté aux expositions quin- 
quennales, qui ont fourni les indications suivantes : 

Expositions ,,p,3,,,,, 3,,f,,, ,,,,„. ^J^^,,^ 

1834 2447 l4 288'"-<= 6,84"»-<= 

1839 3381 16 600 4,94 

1844 3960 17 760 4,49 

1849 4532 27 040 5,96 

« Les circonstances fâcheuses au milieu desquelles l'Exposi- 
tion de 1849 a dû se produire ne permettent pas de supposer 
qu'il y ait moins de 5000 exposants français en 1855. Les 
chiffres précédents indiquent qu'il faut compter pour chacun 
d'eux un espace de 6 mètres carrés, passages compris, puis- 
que cet espace était de 5'", 96 à l'exposition de 4849, bien 
qu'aucune machine n'y lût mise en mouvement. 

a L'exposition de Londres confirme d'ailleurs ce chiffre : 
l'espace moyen par exposant y était de 6"^27 , et pour la 
France, seulement, de 6"%51. 

« On a donc pensé qu'il y avait lieu de compter, au mini- 
mum, 5000 exposants français, à raison de 6 mètres pour 
chacun, représentant par conséquent un espace de 30 000 mè- 
tres carrés. 

a L'espace alloué à l'Angleterre a été déterminé par d'autres 
considérations. Les commissaires anglais qui ont été récem- 
ment envoyés à Paris ont déclaré que, pour qu'ils puissent 
s'occuper avec succès de l'exposition de 1855 , il était néces- 
saire qu'une surface en tables, de 40 000 pieds leur fût assu- 
rée, soit environ 4000 mètres carrés, sans compter celle qui 
serait occupée par les machines de chemins de fer et les appa- 
reils d'agriculture. A Londres , l'espace total était de 2,80 fois 
aussi grand que l'espace occupé par les objets exposés, en telle 
sorte que , sur les mêmes bases ' , la surface demandée par 

4 . Il y a lieu de croire que la disposition du palais des Cliarapg- 



6 VISITE 

les commissaires anglais serait 4000 x 2, 80 = 11 200 mè- 
tres carrés, soit 12 000 en tenant compte du matériel des che- 
mins de fer et des machines agricoles. 

« Cette demande, d'ailleurs, n'a rien d'exagéré, puisque la 
France occupait à Londres M 144 mètres, c'est-à-dire une 
surface équivalente. Cette surface de 12 000 mètres ne re- 
présenterait encore que 1738 exposants, si l'espace de 6™, 39 
occupé par chaque exposant anglais à Londres était reconnu 
nécessaire. 

« L'Angleterre comptera donc, au minimum, pour 1750 ex- 
posants, occupant un espace total de 12 000 mètres carrés. 

(( Au point de vue de l'exposition de 1 855, comme à celui de 
l'exposition de 1851, l'Angleterre et la France sont dans une 
position tout exceptionnelle, qui motive suffisamment le mode 
exceptionnel de répartition dont les bases viennent d'être in- 
diquées. 

« Les autres pays , au contraire, se trouvent dans une posi- 
tion presque identique par rapport aux deux expositions. 
L'espace occupé par eux à Londres paraît devoir leur être in- 
dispensable à Paris ; il conviendra même d'allouer une surface 
un peu plus grande à nos voisins immédiats qui, comme la 
Belgique et la Suisse, ont des industries similaires aux nôtres, 
ou qui, comme la Sardaigne et l'Espagne, ont plus de facilités 
pour nous adresser leurs produits. 

« La Suède et le Danemark, qui, par des circonstances im- 
prévues, n'ont pu paraître à Londres qu'avec très-peu de 
produits, devront disposer d'une surface plus en rapport avec 
l'importance de leur industrie. 

« Si, d'un autre côté, l'on remarque que les États-Unis n'a- 
vaient qu'imparfaitement utilisé la surface de 4120 mètres 
qu'ils occupaient à Londres, et qu'à New-York même leurs 
produits ne comprenaient qu'une surface presque égale, de 
4500 mètres , on ne s'étonnera plus que cette grande nation 
n'ait été comprise dans la répartition actuelle que pour 
3000 mètres seulement. 

« La même observation est applicable à la Russie, qui a été 



Élysées ne pormeUra pas d'utiliser aussi bien la surface totale, et que 
les passaijes devront occuper plus des deux tiers de cette surface. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 7 

comptée pour 1000 mètres carrés : mais l'on sent toute l'in- 
certitude de ce chiffre au milieu des circonstances actuelles. 

« Il est vrai que le projet ne comprend que les États ayant 
réellement figuré à l'exposition de Londres : plusieurs qui s'y 
étaient fait inscrire, tels que le royaume de Naples, l'Arabie 
et le Maroc, n'y ont cependant envoyé aucun produit ; il est 
permis d'espérer, d'ailleurs, que beaucoup d'autres , parmi 
lesquels les grands États de l'Amérique, prendront part à 
l'exposition de 1855, bien qu'ils n'aient été aucunement re- 
présentés à celle de 1851. Mais, en l'absence de bases certai- 
nes sur lesquelles il serait possible d'établir, quant à présent, 
leurs parts dans la superficie totale, on doit certainement ad- 
mettre que les envois de ces contrées établiront une compen- 
sation surabondante par rapport à la surface éventuellement 
dévolue à la Russie ; en portant à 70 000 mètres carrés la su- 
perficie totale, on réserverait ainsi de 1500 à 2500 mètres 
pour être distribués au fur et à mesure des demandes qui par- 
viendraient à la Commission delà part des États non désignés 
dans la répartition actuelle. 

« Telles sont les considérations d'après lesquelles a été pré- 
paré le tableau suivant, dans lequel les chiffres ont été, d'ail- 
leurs, fractionnés en nombres ronds, de manière à allouer le 
même espace aux différents pays qui avaient figuré, pour des 
surfaces à peu près égales, à l'exposition de Londres. 



VISITE 



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A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 9 

« Ces chiffres établissent en faveur de chacun des pays qui 
y sont dénommés une part plus considérable que celle qui leur 
était dévolue à Londres ; mais, pour exercer envers eux une 
telle libéralité, la France seule se trouvera forcée de se res- 
treindre aux proportions des dernières expositions nationales. 
Il suffira d'ailleurs de jeter les yeux sur ce tableau pour re- 
connaître la nécessité d'obtenir une superficie minimum de 
70 000 mètres carrés, sans laquelle il serait impossible d'assu- 
rer à chaque nation un espace proportionné à ses besoins, j) 

En acceptant les bases de cette répartition , sauf quelques 
modifications de détail, la commission impériale admettait 
qu'un espace supplémentaire de 25 000 mètres serait obtenu 
par des annexes, et quelques jours plus tard elle acceptait, 
avec le projet suivant, le chiffre de 80 000 mètres qui servit 
de base aux allocations officielles transmises le 1 2 et le 1 8 août 
à M. le ministre des affaires étrangères. Voici ce projet ; 

« Les nouvelles dispositions prises pour les annexes du palais 
de l'Industrie exigent une répartition par pays, en détermi- 
nant dès à présent les produits qui, suivant leur nature, 
doivent prendre place dans chacun des deux bâtiments. 

« En distribuant parmi les vingt-sept classes françaises les 
produits qui ont concouru à l'exposition de iSol, on arrive- 
rait aux résultats suivants , pour l'espace occupé par chacun 
des sept groupes de la classification adoptée par la Commission 
impériale. 

Espace occupé à Londres Proportions par rapport à l'espace 

par total occupé par k-s produits 

les produits dé chaque groupe. de l'industrie. 

1" groupe 4433 0,133 \ 

2"^ groupe 7365 0,222 [0436 

3* groupe 2658 0,081 ) 

4« groupe 3030 0,092 ^ 

5« groupe 4699 0,143 f ,^, 

6^ groupe 5336 0,162 T'^'^^ 

7« groupe 5584 0,167/ 

« On voit, d'après cette énunnération, qu'il serait convenable 
de placer dans le bâtiment principal les quatre dernières 
classes, et de réserver pour l'Annexe les produits des trois 
premières. 

« La surface disponible du bâtiment principal étantde 45000 



iO VISITE 

mètres, il en résulterait que celle de l'Annexe devrait être de 
(45,000 ^Ifl =) 35,000 mètres, ce qui est à peu près la 
surface du bâtiment projeté sur le quai de la Conférence. 

« La surface totale serait alors de 80 000 mètres, c'est-à-dire 
de iO 000 mètres de plus que dans le précédent projet de ré- 
partition. 

« De ces 10 000 mètres, 5000 devraient être réservés à la 
France par suite des demandes nombreuses qui sont déjà si- 
gnalées pour les machines en mouvement ; on pourrait, pour la 
même raison , augmenter de 3 000 mètres l'espace réservé à 
l'Angleterre, tout en accordant aux autres pays, et particu- 
lièrement au Zollwerein, à l'Autriche et à la Belgique, des 
augmentations proportionnelles, ce qui conduirait aux chiffres 
suivants : 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 



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n - VISITE 

a Ces chiffres seraient dignes de la France, puisqu'ils éta- 
blissent, en faveur de tous les pays, une surface plus grande 
que celle qu'ils occupaient respectivement, à Londres. Il n'y 
a d'exception à cet égard que pour les États-Unis et la 
Chine. » 

Les détails historiques que nous avons donnés relative- 
ment à la réalisation de ces 80,000 mètres montrent qu'outre 
la perte de temps que des discussions souvent stériles en- 
traînaient, le service exécutif de l'Exposition avait à résoudre 
un problème devenu d'autant plus difficile par la réduction 
de l'espace mis à sa disposition, que d'une autre part et à 
l'inverse, on avait, par tous les moyens de la publicité et de 
l'action gouvernementale , provoqué tous les industriels du 
monde à se présenter à ce grand concours. 

L'organisation du service intérieur de l'Exposition éprou- 
vait aussi des modifications et des incertitudes, et ce ne fut 
que le 31 octobre 1854, que le commissariat général fut défi- 
nitivement constitué par la nomination de M. le général 
Morin, qui avait agi jusqu'alors comme président du comité 
exécutif, et qui fut investi, comme commissaire général, de 
tous les pouvoirs nécessaires. A partir de la même époque, 
les fonctions de commissaiie du bâtiment appartinrent à 
M. Vaudoyer. Le service général du classement m'avait été 
confié dans les premiers jours de juin. En même temps , 
M. Natalis Rondot avait été nommé commissaire du cata- 
logue, et M. Trélat architecte-ingénieur de la Commission 
impériale. 

Les chiffres étant arrêtés , il appartenait au service d'exé- 
cution de désigner les emplacements eux-mêmes. Nous avions 
un instant pensé à réunir ensemble les produits d'une même 
classe à quelque nationalité qu'ils appartinssent , mais il eût 
fallu à l'avance , pour mettre ce projet à exécution , connaître 
l'importance des produits de chaque classe, et pour la France 
et pour chacun des pays étrangers. Nous ne pouvions espé- 
rer que ces renseignements nous parviendraient en temps 
convenable, et dès lors nous avons dû nous borner à assigner 
des emplacements à l'ensemble de l'exposition de chaque con- 
trée. Mais combien de considérations durent influencer la dé- 
cision. Nous ne pouvions placer les pays étrangers dans l'An- 
nexe : ils se seraient plaints d'être relégués loin de l'exposi- 



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XCIPAL. 




pour meiTc' 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 13 

tion principale ; nous ne pouvions y placer exclusivement la 
France , la surface eût été trop petite , et nous pensions dès 
lors que c'eût été prendre pour nous le local le plus conve- 
nable et le mieux approprié à une exposition de l'Industrie. 
Le mieux était de partager les deux bâtiments entre tous les 
intéressés. On a vu plus haut sur quelles bases il a été possible 
d'indiquer à l'avance, dans l'ordre de la classification adop- 
tée , les produits qui pourraient trouver place dans l'un et 
dans l'autre bâtiment ; on a naturellement réservé le palais 
principal pour les objets manufacturés , dont l'ornementation 
et les formes gracieuses se prêteraient mieux à un grand effet 
d'ensemble, et l'on a consacré plus particulièrement l'An- 
nexe aux produits naturels et aux machines. Celle division , 
moins philosophique que le mélange de tous les produits simi- 
laires , porte avec elle un caractère important qu'une autre 
solution n'eût pas offerte : d'une part, toutes les richesses 
du sol, classées géographiquement ; d'autre part, les produits 
de l'industrie , offrant une plus facile comparaison. La néces- 
sité de fournir de l'eau et de la vapeur aux machines, en for- 
çant à réunir en un même point ces grands instruments du 
travail , venait encore compléter cette division rationnelle. 

Chaque pays eut donc dans le palais principal une part 
calculée sur les 47 pour 100 de son allocation totale : il 
trouva dans l'Annexe le surplus, soit dans la section des 
machines jusqu'à concurrence de ses besoins, soit pour tout 
ce qui ne sera pas de cette nature dans la section des pro- 
duits. 

Il était dès lors possible de partager le palais principal, 
mais, il fallait avant tout arrêter un plan général de circula- 
tion que la disposition des lieux rendait difficile, alors surtout 
que le premier devoir consistait à ne perdre aucun espace. C'est 
à cette époque que nous visitâmes le Palais en détail, et que 
nous reconnûmes l'absolue nécessité d'éclairer la partie du 
rez-de-chaussée située au-dessous des galeries , de manière à 
pouvoir au besoin négliger les ouvertures vitrées sur les 
Champs-Elysées, pour trouver des surfaces verticales. Ce ne 
fut pas sans quelque résistance que nous fîmes adopter le 
principe des ouvertures nombreuses, dès lors pratiquées dans 
le plancher, et sans lesquelles le rez-de-chaussée, trop obscur 
encore malgré l'abatage de quelques arbres, n'eût pu être 



14 VISITE 

utilisé. Mais ces ouvertures nous enlevaient encore une par- 
tie de cette place que nous devions ménager à tout prix , et 
l'étude des dispositions intérieures devenait par ce fait plus 
difficile. 

C'est alors que fut adopté le projet de distribution générale 
dont la suite des événements s'est chargée d'indiquer les avan- 
tages , et qu'il nous a fallu poursuivre au milieu de toutes les 
critiques. Nous eussions sans doute préféré ménager au mi- 
lieu de cette nef quelques grands effets, nous eussions volon- 
tiers évité ces salles intérieures qui la rétrécissent , si les né- 
cessités de la situation n'avaient commandé de tout utiliser. 
Un mètre perdu, c'était un exposant de moins: le choix 
n'était pas difficile, 

Telle est l'origine de notre grande ligne de vitrines-tro- 
phées, que Ton a voulu depuis lors qualifier du nom de vi- 
trines d'honneur ; en nous permettant d'utiliser mieux l'es- 
pace, elles avaient d'ailleurs l'avantage de déguiser le vice 
principal de la construction , cette grande voûte qui vient 
jusqu'à terre et qui faisait ressembler le Palais à un vaste 
hangar. Les vitrines-trophées, en limitant la vue, forment 
comme les pieds droits de cette voiàte, et lui rendent la pro- 
portion qui lui manquait. 

Obligés d'arrêter les dispositions générales en l'absence de 
tous renseignements, nous fixâmes d'une manière invariable 
les massifs des tables à deux mètres de largeur , nous propo- 
sant d'utiliser ensuite cette dimension en fractions exactes de 
un mètre et de cinquante centimètres, suivant la nature des 
produits. L'exposition de Londres nous avait appris que, pour 
tous les objets manufacturés , la profondeur de un mètre est 
la meilleure. 

Cest aussi dans ce mémorable précédent que nous avons 
puisé le désir de voir apparaître les produits similaires par 
vastes assortiments, avec installation commune. Les vitrines 
ont été , je ne crains pas de le dire , une de mes grandes 
préoccupations , et tout en reconnaissant qu'une partie des 
retards éprouvés sont dus à ma persistance à cet égard , 
lorsque je me dégage de toute considération personnelle , je 
me félicite encore aujourd'hui d'avoir soutenu cette thèse at- 
taquée de toutes parts. Les vitrines collectives sont pour 
beaucoup dans le grandiose des installations, je dirai même 



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A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 15 

dans la variété des aspects, chaque industrie s'étant groupée 
sous une forme particulière. Une circulaire spéciale prescrivit 
aux exposants des profondeurs et des hauteurs réglemen- 
taires. 

Ce n'était pas tout que d'avoir décidé en principe que tous 
les pays seraient représentés dans le palais principal , il fal- 
lait encore indiquer à chacun sa place ; de nouvelles diffi- 
cultés nous attendaient. Les galeries supérieures étaient évi- 
demment celles qui se prêtaient le mieux à une exposition, 
mais il était impossible de les donner à tout le monde; 
chacun d'ailleurs, si petit qu'il fût, tiendrait à faire briller 
son drapeau sur la nef ; la justice voulait que Ton fît un sa- 
crifice à ceux qui devaient envoyer un moins grand nombre 
de produits. Ces considérations et d'autres encore conduisirent 
à ne placer sur le sol que les grandes nations qui se trouve- 
raient ainsi moins favorisées au premier étage. L'Angleterre, 
les États-Unis, la Belgique, l'Autriche, le Zollwerein furent 
seuls avec la France à occuper le rez-de-cliaussée ; chaque 
pays occupa dans la galerie l'emplacement situé au-dessus de 
celui qu'il occupait sur le sol ; toutes les autres contrées fu- 
rent distribuées au premier étage , aux dépens surtout de la 
place que la France aurait dû proportionnellement y conser- 
ver. Sous ce rapport , la Confédération suisse est en quelque 
sorte la plus favorisée ; c'est elle qui a, dans la répartition, la 
plus grande part, après les pays déjà cités , et toute son ex- 
position du Palais est dans la galerie supérieure. Pour satis- 
faire d'ailleurs à cette condition de donner à tous vue sur la 
nef, l'Exposition française abandonna son terrain le meil- 
leur à la Sardaigne et aux États pontificaux à l'est, à l'ouest 
à l'Espagne et au Portugal. 

La Suède, la Norvège, le Danemark et la Hollande d'une 
part, la Toscane et les pays orientaux de l'autre, occupèrent 
les deux galeries transversales. 



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Répartition de l'espace alloué à la France. 

Les chiffres qui précèdent indiquent comment nous avons 
pu échapper, par l'étude des faits antérieurs, aux incertitudes 
de toute nature qui pesaient sur les préparatifs de l'Exposi r 



J6 VISITE 

tion. Examinons maintenant ce qui, dans les travaux du clas- 
sement, regarde plus particulièrement la France. Par les soins 
ducommissariatgénéral, 199 comités départementaux avaient 
été constitués en France avec mission de provoquer dans leurs 
circonscriptions respectives l'adhésion des industriels, et 
pour les engager à paraître dignement au grand concours. 
Dans les premiers jours d'octobre, la plupart des 'comités 
avaient adressé Tindication sommaire des espaces demandés 
sur les listes d'inscription, et l'état récapitulatif de ces de- 
mandes, établi avec grand soin dans les bureaux du secrétariat, 
fut envoyé à M. le commissaire général. Dès lors on put voir 
dans quelle situation fâcheuse le manque d'espace plaçait la 
commission impériale ; les demandes avaient dépassé les espé- 
rances les plus exagérées, ainsi qu'on peut s'en convaincre par 
le rapport suivant qui porte la date du 11 octobre 1854, et 
qui émane plus particulièrement du service du classement ; 
le même esprit de déférence envers les gouvernements étran- 
gers se remarque dans toutes les pièces officielles émanant de 
la commission impériale. 

« J'ai pris connaissance des états récapitulatifs des différents 
comités des départements, et du relevé général qui en a été 
fait par les soins du secrétariat, afin de préparer, suivant 
votre désir, un projet de répartition de l'espace réservé à la 
France, entre les différentes localités. 

«. Voici les bases sur lesquelles ce projet de répartition me 
paraît devoir être établi. 

« Parmi les renseignements fournis par les comités, il en est 
deux auxquels il ne m'a pas semblé possible d'accorder la moin- 
dre confiance : la profondeur moyenne n'est pas un élément 
qui puisse servir de base à une évaluation simple, et d'ail- 
leurs elle a été faussement évaluée dans la plupart des dé- 
partements, le comité de la Seine, seul, ayant nettement in- 
diqué qu'il préférait ne donner aucune évaluation pour la 
profondeur moyenne. Quant aux questions que soulève la. 
hauteur, elles se trouvent suffisamment éclairées par les in- 
structions récemment données aux comités relativement aux 
vitrines, en ce qui concerne les objets de petite dimension; 
et il est inutile d'observer que les grands objets ne sauraient 
être soumis à aucune réglementation. 

« La longueur des façades des expositions est dès lors le seul 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 17 

document sur lequel un projet de répartition puisse être con- 
venablement basé. En additionnant les chiffres des 1 99 comités 
français, on arrive à une longueur totale de 28 kilomètres, 
sans y comprendre les dix comités suivants qui n'ont pas en- 
core adressé leurs bulletins au secrétariat : ce sont les comités 
de Rodez, Rochefort, Calvi, Valence, Pont-Audemer, Cher- 
bourg, Bar-le-Duc, Montreuil, Rouen et Mirecourt. 

« En l'absence de renseignerçients positifs émanant de ces 
comités, il m'a paru convenable de leur assigner un espace 
moyen, égal à la moyenne des demandes des autres comités, 
celui de la Seine excepté : la longueur totale en façade se 
trouve ainsi portée à 29 kilomètres ; c'est d'après ce chiffre 
total que j'ai pu fixer la proportion des réductions à opérer. 

« Le plan général des distributions dans le bâtiment princi- 
pal étant maintenant complet, j'ai pu calculer la longueur de 
façade que l'exposition française y pourra trouver ; cette 
longueur est de 5 kilomètres, à quelques mètres près; et, d'a- 
près cette mesure, j'estime que l'Annexe présentera seulement 
4 kilomètres de façade : en tout 9 kilomètres. Prise dans son 
ensemble, la longueur en façade doit donc être réduite dans 
la proportion de 9 à 29, c'est-à-dire à 31 pour iOO. 

« Resterait à savoir s'il convient de faire porter cette réduc- 
tion d'une manière uniforme sur tous les espaces demandés 
par les différents comités, ou si une étude spéciale des be- 
soins de chacun doit faire prévaloir le système d'une réduc- 
tion variable. 

« Le premier mode offre sans contredit l'avantage d'une 
grande simplicité, et ne laisse prise à aucune réclamation ; 
l'autre, au contraire, est d'une application difficile, et ne 
saurait, il faut bien le dire, être appliqué en toute connais- 
sance de cause. 

« A première vue, il aurait été naturel de penser que, l'expo- 
sition de 1 855 étant la première en France qui fît appel à cer- 
tains produits, aux produits naturels particulièrement, il con- 
viendrait de traiter plus favorablement la province au préjudice 
de la capitale, qui compte dans son sein une foule de petites 
industries, très-intéressantes sans doute, mais qui n'ont été 
jusqu'ici acceptées dans les expositions précédentes qu'avec 
une certaine réserve. 

« L'examen plus attentif des chiffres nous a démontré que ce 
206 b 



18 VISITE 

qu'il était juste de faire en faveur des produits naturels s'était 
fait tout naturellement sans qu'il soit nécessaire de leur venir 
en aide. 

a: A l'exposition de 1 849, le département de la Seine comptait 
61 exposants sur 100, les départements 39. 

« Pour 1 835, le chiffre des demandes pour Paris n'est que de 
48 pour 100, le chiffre des départements s'élevant ainsi de 39 
à 52. 

« Il nous a semblé dès lors que la réduction devait être opé- 
rée entre les comités au prorata des demandes, et qu'ainsi il 
y avait convenance à vous proposer d'allouer à chaque co- 
mité un espace représenté par une façade égale aux 31 cen- 
tièmes de la façade demandée par chacun d'eux. 

ï S'il était nécessaire de fixer en mètres carrés la surface 
mise à la disposition de chaque comité, il suffirait de multi- 
plier par 1 met. 20 cent, cette façade, ce chiffre étant la me- 
sure de la profondeur moyenne présentée par les emplace- 
ments réservés à l'installation des produits dans le bâtiment 
principal. L'espace en mètres carrés serait donc, pour chaque 
comité, représenté par 37 centièmes du chiffre de la demande 
en façade, avec instruction, quant aux profondeurs, d'avoir 
égard aux prescriptions indiquées dans la circulaire pour les 
vitrines. 

« Il sera sans doute préférable de faire porter la réduction 
sur le nombre des exposants, laissant ainsi à chaque exposi- 
tion individuelle les éléments nécessaires pour qu'elle soit 
aussi complète que possible. 

« On peut déjà indiquer, à titre de renseignement, quel sera 
le nombre approximatif des exposants français. Le chiffre des 
inscriptions est de 12 795 exposants ; il s'élèvera, lorsque les 
renseignements seront complets, à plus de 13 000, et cepen- 
dant il importe que ce nombre soit réduit à un maximum de 
6000. 

« Les statistiques des précédentes expositions portent, y 
compris les passages , l'espace occupé en moyenne par chaque 
exposant à plus de six mètres carrés (6 mètres 30 à l'expo- 
sition de 1849, 6 mètres 50 à l'exposition universelle de 
1851). Cette évaluation par exposant en porterait le nombre, 
pour les 35 000 mètres carrés réservés à la France, à 35000 di- 
visé par 6 ou 5833, soit à 44 pour 100 des demandes inscrites. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 19 

« Si ces bases sont admises, il en résulterait donc que le pro- 
jet définitif de répartition auquel elles conduiront forcément 
réduira à 31 pour 100 la longueur totale en façade demandée 
pour les divers comités français, et que le nombre des expo- 
sants se trouvera réduit, par la force même des choses, aux 
44 centièmes des demandes inscrites. 

« La France sera donc traitée plus sévèrement encore que 
les pays étrangers à l'exposition universelle de 1855. » 

Porté par M. le commissaire général à la sanction de la 
sous-commission, le lendemain, ce rapport fut approuvé quant 
au principe de la répartition , mais en laissant à chaque co- 
mité le soin de répartir entre le nombre d'exposants qui lui 
paraîtrait le plus convenable l'espace mis à sa disposition. 

Il est peut-être intéressant de connaître les résidences des 
comités français et l'espace alloué à chacun d'eux : on a joint à 
ces renseignements les dates de l'arrivée des bulletins des- 
tinés à faire connaître définitivement le nombre des exposants 
et l'espace attribué par comité. 



20 



VISITE 



TABLEAU 

DE LA RÉPARTITION ENTRE LES COMITÉS FRANÇAIS 
DE l'espace réservé A LA FRANCE. 



3'rà. 

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DÉPARTEMENTS. 



AS.., 



AISNF. 

ALLIEU 

ALPES (basses-). 
ALPES (HAUTES-) 
AP.DECUE 

ARDENNES. 



AUBE 

AUDE. . . . 

AVE-ÏRON 



BOUCHES-DU-RHÔSE. 
CALVADOS 



COMITÉS. 



Boorg 

Beliey 

Gex 

Nantua 

Trévoux 

Laon 

Sainl-Quenlin. 

Vervins 

Moulins 

Moiilluçon .... 

Dignes 

Gap o.. 

Privas 

Annonay 

Largeniière. .. 

Mézières 

Sedan 

Relhel 

Uocroi 

Vouziers 

Poix 

Pamicrs 

Saint-Girons. . 

Troyes 

Carcassonne... 
Casielnaudary. 

Limoux 

Narbonne 

Rodez 

Espalion 

Milhau 

Sainl-Affrique. 
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1 mars 


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9 déc. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 



21 



DÉPARTEMENTS. 



CALVADOS (Suite).... 



CANTAL. 

CHARENTE 

CHAIŒNTE-IÎJFÉRIEURE 

CHER 

CORRÈZE 

CORSE 

côte-d'or 

CÔTES-DU-NORD 



CREUSE 

DORDOGNE . . 

DOLBS 

DUÔME 

EURE 

EURE-ET-LOIR 
FIMSTERRE... 
GARD , 



GARONNE (HAUTE-). 



COMITÉS. 



Baveux 

Falaise 

Lisieux 

l'ont-rÉvè(]ue . .. 

Vire 

Aurillac 

Anguulênie 

La Uochelle 

Kochefort 

St-Jean-d'Angely 

Bourges 

Tulle 

Ajaccio 

Bastia 

Calvi 

Corte 

Sarteiie 

Dijon 

Beaune 

Cbàtillon-s. -Seine 

Semur 

Saint-Brieuc. .. 

Quiritin 

Loudeac 

Dinan 

Guimgamp 

I.annion 

nueret 

Périgueux 

Besançon 

Valence 

Saint-Dié 

Nyons 

Montélimart. .. . 

Andelys 

Bernay 

Évreux 

I.ouviers 

Pontaiidemer.. . 

Cliartres 

Quiniper 

Mnies 

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22 



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101 

102 
103 
104 
105 
106 
107 
108 
109 

110 
111 
112 
113 
114 
115 
116 
117 
118 
119 
120 
121 
122 
J'23 
124 
125 
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DÉPARTEMENTS. 



GF.RS 

GinONDE . . 

HÉRAl'LT 

ILLE-ET-VILAINE 



INOP.E 

INDRE-ET-LOIRE, . 
ISÈRE 

JURA 

LANDES 

LOIR-ET-CHER.... 

LOIRE 

LOIRE (HAUTE-). .. 
LOIRE-INFÉRIEURE. 

LOIRET 

LOT 

LOT-ET-GARONNE.. 

LOZÈRE 

MAINÈ-ET-LOlRE... 

MANCHE 



COMITÉS. 



Auch 

Bordeaux 

Montpellier 

Béziers 

Lodèvc 

Saint-Pons 

Hennés 

Saint-Malo ...... 

Fougères 

Viti é 

Hedon 

Montt'ort 

Chàteauroux . ... 

Tours 

Grenoble 

Vienne 

La-Tour-du Pin. 
Saint-Marcellin. . 
Lons-le-Saulnier. 
Moni-de-Marsan. 

Saint-Sever 

Dax 

Biois „ .. 

Komorantin 

Vendôme 

Saint Etienne... . 

Monthrison 

Roanne avec St- 

Étienne 

Le Puy 

Nantes 

Orléans 

Cahors 

Gourdon 

Figeac 

A«en 

Mende 

Angers 

Cholet 

Sauniur 

Avranches 

Cherbourg 

Coutances 

Morlain 

Saint-], ô 

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25 


20 


« 


14 déc. 


6 


8 


» 


iodée. 


10 


% 


» 


3 déc. 


» 


» 


1) 


22 fév. 


7 


12 


» 


22 fév. 


8 


8 


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1 mars 


8 


5 


>, 


18 fév. 


2 


2 


>' 


3 fév. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 



23 



oi 

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o 

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127 

128 
129 
130 
131 
132 
133 
134 
135 
136 
137 
138 
139 
140 
141 
142 
143 
144 
145 
146 
147 
148 
149 
150 
151 
152 
153 
154 
155 
156 
157 
158 
159 
160 
161 
162 
163 
164 
165 
166 
167 
168 
169 
170 
171 
172 



DÉPARTEMENTS. 



MAUNE 

MARNE (haute-) 
MAYENNE 

MEURTHE 

MKUSE 

MOUBIHAN 

MOSELLE 

NIÈVr.E 

NOUD 



OISE 

ORNE 

PAS-DE-CALAIS 



PUY-DE-DOME 

PYKÉNÉES (BASSES-). • 
m-RÉNÉES (HAUTES-). 
PYRÉNÉES-OKIENTALES 

RHIN (BAS-) 

RHIN (HAUT-) 

RHÔNE 

SAÔNE (HAUTE-) 

SAÔNE-ET-LOIRE 

SARTHE 

SEINE 

SEINE-ET-MARNE 

SEINE-ET-OISE 



COMITÉS . 



Chàlons 

Reims 

Chauniont 

Laval 

Mayenne 

Chàteau-Gonlier. 

Nancy 

Bar-le-Duc 

I. orient 

Metz 

Sairei^uemines. . 

Nevers 

Avesnes 

Cambrai 

Douai 

Diinkerque 

Hazebrouck 

Lille 

Valenciennes.. . , 

Conipiégne 

Senlis 

Clermont 

Beauvais 

Alençon 

Arras 

Béthune 

Boulogne-sur-Mer 
Montreuil-s-Mer. 
Sainl-Omer ...... 

Sainl-l'oi 

Clerinont-Ferr.. . 

Pau. 

Tariies 

Perpignan., 

Strasbourg 

Colmar 

Lyon 

Vesoul 

Gray 

Lure 

Maçon 

Chàloi)S-s-Saône. 

Le Mans 

Paris 

Melun 

Versailles 



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43 


25 >. 


5dec. 


108 


140 « 


5 lev. 


28 


32 » 


10 mars 


48 


60 .. 


1 3 mai s 


12 


3 >. 


13 mars 


2 


19 » 


1 3 mars 


95 


85 >. 


2» dee. 


50 


65 » 


6 fev. 


23 


20 » 


7 mars 


57 


60 « 


27 lev. 


21 


25 >. 


I9dec. 


42 


40 >. 


I4janv 


48 


55 » 


5 mars 


48 


35 » 


8 déc. 


63 


55 .. 


iSjanv 


22 


20 >. 


16 mars 


22 


15 » 


9dec. 


375 


600 » 


4janv 


107 


120 >. 


8 mars 


33 


15 » 


13 mars 


28 


25 « 


6 doc. 


23 


35 » 


6 fov. 


60 


55 >. 


SOJativ 


88 


65 « 


l6dec. 


24 


25 » 


aojanv 


7 


5 >> 


1 1 mars 


32 


50 X 


20jaiiv 


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30dec. 


12 


15 » 


10 dec. 


4 


3 » 


5 déc. 


103 


160 « 


1 mars 


41 


25 .. 


22 lev. 


7 


8 >' 


10 mars 


43 


32 .. 


18 lev. 


87 


130 >. 


I8tlcc. 


169 


650 >. 


25janv 


480 


650 » 


l'ijaiiv 


5 


13 » 


19 dec. 


6 


5 >> 


19 dec. 


12 


15 » 


I3tév, 


9 


7 » 


i3tëv. 


17 


18 .. 


27 dec 


44 


40 )) 


7avnl 


6248 


5000 » 


7avril 


120 


100 « 


23 déc. 


123 


160 » 


6 fev. 



24 



VISITE 



a 
















5.'i 




c.^ 




c = 




cS 


DEPARTEMENTS. 




Zb 








:^ 




z 




173 


SEIXE-INFÉUIEURE 


174 




175 




1-6 




178 




179 




180 


DEUX-SEVP.ES 


181 


SOMME 


182 


TARN. 


I82b 




183 




184 




185 




186 


TARNET-GARONNE. .. 


187 


VAl; 


188 




189 




190 




191 


VALCLUSE 


192 


VENDÉE 


193 


VIFNXli 


19 i 


VIENNE (HAUTE-) 


195 


VOSGES 


195 




197 




198 




199 


YONNF 







COMITÉS. 



Rouen ... . . 

Elbeuf 

Dieppe.... 
Le Havre.. 

Bolbec 

Neufcliàiel 

Yvelot 

Niort 

Amiens . . . 
Albi 



Castres 

Gaillac 

Lavaiir 

Moniauban. .. 

Bi'ii,'iiules 

Giasse 

Diaguignan . . 

l'uulon 

Avignon 

Napoléon -Vendée 

Polders 

Limoges 

Épinal 

Mirccourt. ... 

llemiremont 

Saint-Dié 

Auxerre 



il 



155 

51 

41 

32 

8 

15 

12 

33 

147 

20 

» 

34 

5 

1 

21 

5 

7 

7 

37 
24 

38 
87 
37 
18 
19 
37 
48 



ISO 

25 

30 

5 

10 

15 

25 

170 

9 

35 

3 

1 

20 

2 

4 

4 

16 

25 

16 

32 



a .5 



27 fév. 
25déc. 
22déc. 

1 déc. 

28 déc. 
16 déc. 

5 déc. 
iodée. 

10 mars 

6 déc. 
12 déc. 

23 mars 

4 janv 

I 4 mars 

9 déc. 
9 déc. 

11 déc. 

24 mars 
24 mars 

26 déc. 
24 dec. 

9 déc. 
30 janv 

1 déc. 

5 déc. 
23 déc. 

9 déc. 

II déc. 



La loi d'une proportionnalité rigoureuse ne fut pas ap- 
pliquée cependant d'une manière absolue; nous prîmes soin 
d'examiner pour chaque circonscription si le chiffre demandé 
par exposant était plus ou moins exagéré, et nous tînmes 
compte de cette circonstance dans les chiffres définitifs. 

Les administrations publiques restaient en dehors de cette 
répartition, ainsi qu'un certain nombre d'établissements in- 
dustriels de premier ordre qu'il était important, au point de 
vue national , de voir figurer avec tout l'éclat désirable au 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 25 

concours de toutes les nations. C'est ainsi que la commission 
impériale se réserva de statuer directement sur les demandes 
de M. Schneider, du Creuzot, de MM. Nicolas Schlumberger 
et André Kœcklin, dans l'Alsace, de M. Cail et Cie, de 
M. Mercier, de Loaviers, etc. , etc. 

Malgré toutes les précautions prises, la répartition, on le 
pense bien, fut l'objet de réclamations nombreuses pour les- 
quelles M. le secrétaire général dut entretenir une volumi- 
neuse correspondance, dont les éléments devaient émaner de 
nous, qui avions, en définitive, la responsabilité de l'organi- 
sation intérieure et de la répartition des places. Mais la diffi- 
culté devint plus grande encore au moment où nous arrivèrent 
les bulletins individuels dont nous avons parlé déjà : 
80000 mètres étaient distribués sur le papier, nous n'en avions 
toujours en réalité que 75 000, dont 45 000 appartenaient aux 
expositions étrangères; le surplus nous donnait à peine 
42 000 mètres de surface utilisable pour la France, d'après 
les plans adoptés pour les passages et pour les emplacements 
que les produits devaient occuper. Sur ces 4 2 000 mètres, 
nous n'en avions que 500 en réserve pour les éventualités im- 
prévues, mais toujours à la condition que nous trouverions, 
de manière ou d'autre, l'emplacement supplémentaire qui 
manquait à notre total de 80 000. 

Les bulletins des comités arrivaient lentement, mais la 
plupart avec des augmentations de surface, auxquelles il nous 
était impossible de satisfaire. De là la nécessité de voir par 
nous-mêmes toutes les demandes, de les restreindre, de les 
discuter , d'éclairer dans leurs réclamations les présidents 
des comités eux-mêmes, de manière à maintenir toujours les 
chiffres de notre répartition primitive. 

L'arrivée des documents de province devint plus abondante 
à partir du 4" janvier, et il fut nécessaire de doter immé- 
diatement le service du classement du personnel destiné à 
préparer les travaux d'organisation intérieure. 

Dès le commencement, M. Savoye avait été nommé com- 
missaire adjoint; M. Picot fut nommé inspecteur principal; 
l'inspecteur ingénieur de la galerie des machines, M. Lecœu- 
vre, avait coopéré jusqu'alors au service d'installation des 
machines confié à M. Trélat, et, par arrêté du 18 janvier, 
MM. Robin , Grobost , Loyau , Duranton , Marlin , Forest , 



26 VISITE 

Gromort, Dahistein , Duffourc d'Antist, Sauvageot et de 
Saint-Martin furent désignés pour remplir les fonctions d'in- 
specteurs ; 6 sous-inspecteurs, MM. Peligot, Houzeau, Hoa- 
rau , Masson , Domergue et Decombes remplirent les mêmes 
fonctions sous un autre titre ; enfin 4 employés aux écritures 
vinrent compléter le personnel qui devait classer les produits, 
recevoir plus de 30 000 colis, distribuer et désigner les places 
à plus de 20 000 exposants; c'était environ 1 fonctionnaire 
pour 4 500 colis et 1000 exposants; tout devait être fait en 
moins de cent jours. MM. Marlm et Robin quittèrent le ser- 
vice , pojr cause de santé , pendant le cours des opérations. 
MM. Hoarau et Sauvageot n'ont demandé à se retirer qu'après 
l'ouverture de l'Exposition. 

Pour faciliter le travail, en même temps que pour réunir 
tous les éléments qui devaient y concourir simultanément , 
le Conservatoire des Arts et Métiers mit à la disposition de 
la Commission impériale les locaux nécessaires au service du 
classement et à celui du catalogue, confié, comme nous l'avons 
déjà dit, à l'habileté de M. Natalis Rondot, et dont l'organi- 
sation définitive date de la même époque. 

Aussitôt l'arrivée des pièces , des relevés furent faits de 
tous les produits annoncés par catégories d'industrie, de ma- 
nière à pouvoir connaître toujours le total des allocations 
faites à chaque catégorie de produits : ces totaux étaient in- 
dispensables pour pouvoir réunir avec ensemble tous les en- 
vois de même nature. Chaque bulletin individuel , vérifié préa- 
lablement par moi , était enregistré de la sorte et transmis en- 
suite au catalogue. Les difficultés , et elles furent nombreuses , 
étaient jugées chaque jour par M, le commissaire général, et 
les bulletins étaient réservés jusqu'à réponse du comité com- 
pétent aux observations transmises par nous à M. le secré- 
taire général. 

En même temps des fiches individuelles étaient faites pour 
chaque exposant ; classées à leur tour par nature de produits, 
elles devaient nous servir à vérifier les relevés directement 
faits sur les listes départementales. Ce travail fastidieux et 
pénible fut abordé de la meilleure grâce; nous y travaillâmes 
tous de concert, puisant ainsi, dans cet exercice d'écriture, 
l'habitude qu'il nous fallait acquérir pour classer plus tard 
sur le terrain. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 2T 

La date fixée pour la remise des bulletins définitifs était 
celle du i" novembre, mais elle fut prorogée jusqu'au 30 du 
même mois. On peut voir, par le tableau qui précède, com- 
bien ces envois furent relardés; sur les 199 comités français, 
112 seulement étaient en règle le 45 janvier, 
428 — le 31 janvier, 

435 — le 7 février, 

443 — le 17 février, 

466 — le 7 mars, 

4 83 — le 20 mars. 

Les renseignements des départements n'étaient donc pas 
complets quatre mois après l'époque fixée pour l'achèvement 
de cette opération préliminaire. 

Mais on se ferait encore une opinion très -inexacte des 
embarras que de pareils retards ont dû apporter dans toutes 
nos opérations, si l'on n'observait que les comités les plus 
importants figurent parmi les moins pressés : les 166 listes 
déjà reçues, à la date du 7 mars, ne représentaient que la 
moitié environ de l'espace utilisable réservé à la France ; 
Paris, Amiens, Valenciennes, Le Puy , Toulouse, etc., etc., 
n'avaient encore transmis aucun renseignement. 

Chaque jour suffisait à son travail; nos relevés étaient au 
courant ; nos cartes étaient terminées , le personnel allait se 
plaindre de n'avoir plus rien à faire, quand enfin la liste de 
la Seine arriva, c'est-à-dire 3200 noms dont les produits de- 
vaient occuper une surface totale de 7000 mètres carrés , 2000 
de plus que ne le permettait le chiffre fixé à 5000 dans l'état 
de répartition définitif. 

Toute augmentation était impossible : tout retard était un 
danger; le comité de la Seine avait eu à examiner tant de 
demandes, que l'examen auquel il s'était livré l'avait conduit 
en quelque sorte à la veille de l'ouverture; un nouveau tra- 
vail de commission était impossible , et c'est alors qu'aidé de 
M. 'VarcoUier fils, en ce moment secrétaire adjoint du jury, 
j'obtins de M. le commissaire général l'autorisation de reviser, 
avec chacun de MM. les présidents de section, les listes pré- 
parées par eux , en prenant pour points de comparaison les es- 
paces alloués dans les départements aux industries similaires. 
Commencée le 3 mars, cette révision fut terminée le 15, grâce 
au dévouement de tous les membres du jury d'admission , qui 



28 VISITE 

voulurent bien , dans cette circonstance difficile , m'honorer 
d'une bienveillance dont je ne saurais trop les remercier. 

Toujours est-il que les lettres d'admission des exposants 
du comité de la Seine n'ont pas été reçues avant le 15 mars; 
six semaines avant l'ouverture de l'Exposition, nos princi- 
paux fabricants ignoraient encore s'ils étaient refusés ou ad- 
mis : en l'absence de toute décision, chacun s'était arrêté dans 
ses préparatifs, et si d'autres causes ne devaient être consi- 
dérées comme prépondérantes pour retarder l'installation des 
produits, celle-ci seule eût été suffisante pour ne pas per- 
mettre à l'industrie parisienne de figurer dès les premiers 
jours, avec son éclat accoutumé , dans les galeries de l'Expo- 
sition. 

Le tableau suivant fait connaître les résultats du travail 
d'admission : les chiffres réservés correspondaient à des ex- 
posants qui avai(mt demandé des espaces considérables, sur 
lesquels on espérait obtenir des réductions de quelque im- 
portance. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 



29 



TABLEAU 

PRÉSENTANT PAR CLASSES LES NOMBRES DES EXPOSANTS 
ADMIS ET RÉSERVÉS AVEC LA DÉSIGNATION DES DIVERSES 
SUPERFICIES QUI LES CONCERNENT. 





____^B9aB 














il 


NOMBRE DES EXPOSANTS 


SURFACES 




il 


















admis. 


réservés 


totaux. 


admises. 


réservées 


totales. 




1 


37 


4 


41 


53 35 


29 24 


82 59 




2 


22 




22 


24 07 


6 » 


30 07 




3 


35 


„ 


35 


49 95 


» >) 


49 95 




4 


63 


1 


64 


434 98 


22 75 


457 73 




5 


85 


1 


86 


390 23 


» » 


390 23 




6 


112 


9 


121 


476 11 


80 45 


556 56 




7 


43 


5 


48 


80 45 


21 » 


101 45 




8 


2i6 


8 


224 


142 41 


9 37 


151 78 




9 


121 


17 


138 


92 42 


123 12 


215 54 




10 


333 


1 


334 


229 47 


15 60 


245 07 




tt 


146 


1 


147 


76 97 


4 » 


80 97 




12 


87 




87 


87 20 


>. >, 


87 20 




13 


31 1 

44 « 


3 


78 


39 90 
15 >> 


25 50 


80 40 




14 


56 


9 


65 


64 06 


41 70 


105 76 




15 


58 


1 


59 


25 95 


2 >. 


27 95 




16 


76 


1 


77 


59 50 


.. 50 


60 » 




n 


216 


14 


230 


345 50 


74 50 


420 » 




18 
19 
20 
21 
22 


72 


» 


72 


119 50 


» » 


119 50 




23 


>> 


23 


32 40 


j) » 


32 40 




76 


1 


77 


212 17 


6 » 


218 17 




31 




31 


47 20 


» >) 


47 20 




19 


„ 


19 


17 35 


» » 


17 35 




23 
24 
25 


105 


» 


105 


157 72 


» » 


157 72 




186 


8 


194 


333 36 


18 .. 


351 36 




375 




375 


272 30 


» >) 


272 30 




26 


262 


4 


266 


145 84 


8 25 


154 09 




27 


173 


10 


183 


227 16 


111 15 


338 31 




3103 


98 


3201 


4252 52 


599 13 


4851 65 





Des renseignements que j'ai pu faire prendre dans les docu- 
ments officiels, il résulte qu'en 1851 le Comité exécutif était 



30 VISITE 

en possession, dès la fin de novembre, de toutes les listes 
d'exposants, à l'exception de celles de Manchester et de 
Londres, qui ne furent complétées qu'au commencement de 
février. On sait d'ailleurs que l'ouverture de cette Exposition 
avait été fixée, et a eu réellement lieu au 1" mai. 

Les documents étrangers n'avaient pas, au point de vue des 
travaux du classement, la même importance que les docu- 
ments français, puisque nous ne nous proposions d'intervenir 
en rien dans l'arrangement intérieur des compartiments al- 
loués aux autres pays ; mais la date de leur arrivée n'a pas 
laissé que d'avoir une influence considérable sur la rédaction 
du catalogue de M. Rondot. 

Voici toutefois les dates de l'arrivée des premiers rensei- 
gnements officiels pour chaque pays : 



Dates d'arrivées des premiers documents reçus des divers pays 
représentés à l'exposition de 1865. 

Angleterre 25 février. 

Zollwerein 9 mars. 

Autriche 10 avril. 

Belgique 15 mars. 

États-Unis 15 février. 

Suisse 5 février. 

Hollande 15 mars. 

Turquie 15 mars. 

Danemarck 20 avril. 

Egypte 15 mai. 

Espagne 10 avril. 

Portugal 15 mai. 

Rome 10 avril. 

Sardaigne 24 février. 

Suède et Norvège 2 mai. 

Toscane 15 avril. 

Tunis 1o mai. 

États du nord de l'Allemagne. . . 15 février. 

États de l'Amérique méridionale. 10 mai. 

Grèce 19 mars. 

L'arrivée tardive de ces documents peut faire pressentir que 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 31 

de?' retards du même ordre ont eu lieu pour l'arrivasie des 
colis, sans lesquels aucune installation définitive n'était pos- 
sible. Quelques caisses isolées avaient été reçues au Palais 
de l'Industrie dans le courant du mois de février; les récep- 
tions furent encore peu nombreuses en mars, et ce fut seule- 
ment en avril que les envois furent assez considérables pour 
nous offrir des embarras sérieux, alors qu'il fallait les rece- 
voir à la fois dans le palais et dans l'annexe et les surveiller 
dans ces deux constructions qui n'étaient encore closes d'au- 
cun côté. 

Les premiers arrivages avaient dû être placés provisoire- 
ment dans le bâtiment principal, d'où il fallut ensuite les 
transporter à l'annexe. Aussitôt que le dépouillement des do- 
cuments écrits nous avait permis d'assigner une place aux 
diverses industries qui devaient être reçues dans le palais, 
chaque caisse était portée dans la salle même où les produits 
devaient être installés, et cette disposition importante fut 
exécutée avec l'ordre le plus parfait; mais, par suite des 
heureuses circonstances que nous aurons à signaler bientôt, 
nous verrons que les locaux affectés à certaines industries 
spéciales durent pour la plupart changer de destination, ce 
qui vint, dans une grande proportion, entraver la plupart des 
mesures d'ordre qui avaient été mûrement débattues et arrê- 
tées au commencement des opérations. Ces mesures, cha- 
que fois modifiées quand les circonstances en faisaient en- 
trevoir la nécessité, n'eurent pas toujours pour effet de 
régler toutes les difficultés avec la précision qu'elles auraient 
inévitablement atteinte s'il n'était survenu aucune modifi- 
cation. 

Vers la fin du mois de mars les travaux de dépouillement 
étaient complètement terminés, au moins pour les documents 
transmis. Un grand nombre de places collectives étaient déjà 
distribuées sur le papier; mais il devenait nécessaire de dis- 
tribuer le service entre toutes les personnes qui devaient y 
coopérer, pour désigner dès lors les emplacements indi- 
viduels. 

Plusieurs d'entre nous s'étaient jusqu'alors mis constam- 
ment , au palais de l'Exposition, à la disposition de toutes 
les demandes individuelles; mais à partir de cette date, le 
service du classement y fut complètement installé dans des 



32 VISITE 

locaux qui n'étaient pas terminés encore, mais qui suffirent à 
tous les besoins. 

A partir de cette époque, chaque inspecteur fut chargé 
d'un service spécial; la première édition du catalogue donne 
la nomenclature de cette distribution, qui fut plus tard mo- 
difiée suivant l'état d'avancement de telle ou telle partie du 
service. 

M. Savoye avait pris la direction de la réception des colis: 
M. Picot voulut bien se charger de la concentration de tous 
les documents et de toutes les mesures d'ordre que leur con- 
servation exigeait; M. Dahlstein continua la direction des 
plans d'ensemble, sur lesquels était faite avec la plus grande 
exactitude la désignation de toutes les places assignées. 

C'est au moyen de cette distribution du service , dans la- 
quelle chacun avait des attributions déterminées , mais sou- 
mises à une direction générale, qu'il devint possible d'a- 
chever en grande partie pour le 15 avril la répartition des 
places dans le palais principal ; dans l'annexe les travaux 
étaient moins avancés^ surtout dans la section des produits , 
par suite de la non-livraison de la galerie supérieure, dont 
les travaux, en encombrant le plancher, ne nous permirent 
d'utiliser jusqu'alors ni l'élage ni le sol. 

Pour donner à cette partie du travail son caractère propre, 
il m'a paru utile de faire dresser un état complet des dates 
de l'arrivée des colis français et étrangers ; les documents re- 
cueillis dans le prst report des commissaires anglais pour 
l'Exposition de 185! noiis ont permis, dans cet état, d'indi- 
quer d'une manière comparative les mêmes dates pour les 
deux expositions universelles. Un enseignement important 
doit ressortir de ces chiffres, qui ont été continués jusqu'à la 
fin de juin. 



A L'EXPOSITION UMVERSELLK. 



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A L'EXPOSITIOX UNIVERSELLE. 3f) 

De ces cliiffres officiels que nous avons restreints autant que 

possible, il résulte que les arrivages étaient, aux différentes 
époques , les suivants : 

1851, 1855. 

Le \ 5 février 181 » 

22 — 4,057 » 

28 — 3,681 

8 mars 5,970 » 

15 — 8,199 15 

22 — 10,420 1,485 

31 — 14,282 4,351 

5 avril 18 850 7 842 

12 — 23 875 11 125 

19 — 24 302 14 233 

30 — 28 681 17 779 

10 mai 29 223 21 660 

17 — 29 348 22 430 

24 — 29 483 22 710 

31'— 29 950 24 186 

7 juin 30 001 24 459 

14 — 30 035 24 744 

22 — 30 089 25 272 

30 — 30 236 25 978 



Le 15 mars, on avait reçu à Londres plus de 8000 colis; à 
Paris, 15 seulement, et cette différence ne fait qu'augmenter 
jusqu'au 12 avril, époque à laquelle elle s'élève à 12 000. 
Tandis qu'à cette époque l'Exposition de Londres avait reçu 
les quatre cinquièmes de ses colis, l'Exposition de Paris n'é- 
tait en possession de ces quatre cinquièmes que le 10 mai, 
cinq jours avant l'ouverture de l'Exposition. 

Tandis que pendant le mois de mai l'Angleterre a reçu 
1300 colis, la France en a reçu 7000; en juin, les chiffres 
respectifs sont de 250 et de 1500. 

On s'étonnera sans doute que l'Exposition de 1855 accuse 
un moins grand nombre d'envois que celle de 1851. Cela 
lient uniquement à ce que les fabricants parisiens ont apporté 
leurs produits sans emballage, et que si ceux de Londres ont 
fait de même, ils sont incomparablement moins nombreux, la 



36 VISITE 

capitale de l'Angleterre n'étant pas, à l'égale de la nôtre, une 
ville manufacturière. 

Encore bien qu'il ne m'appariienne pas d'examiner les 
causes de ces différences, que je ne puis attribuer qu'aux in- 
certitudes de la e>iluation générale, il ne sera pas inutile 
d'observer que les retards les plus cons'uiérables se remar- 
quent dans les envois des puissances étrangères. 

L'Angleterre avait encore à recevoir le 4" mai 1855 
2000 colis ; la France n'en atlendait plus à la même date, en 
1851, que 340. Les États allemands du Zolwerein ne reçu- 
rent à la première Exposition que 46 colis après le 30 avril ; 
il en a reçu 500 à partir de la même époque, en 1855. L'Au- 
triche, après le 1" mai de cette année, a encore admis 
1600 colis, tandis qu'à Londres son contingent ne s'est com- 
plété que par 42 colis seulement. Tous les autres États sont 
dans une semblable situation , et ils doivent s'attribuer une 
orande part dans les retards dont les journaux étrangers se 
sont plaints. La moyenne des retards pour les nations étran- 
gères seulement est d'environ six semaines; n'eussions-nous 
eu que ces seules difficultés à surmonter, qu'encore nous 
aurions fait preuve d'une diligence plus grande, en étant 
prêts le 15 juin, comme l'était le bâtiment de Hyde Park au 
jour de l'ouverture, c'est-à-dire fort incomplètement. Après 
avoir disculpé la France du reproche d'inexactitude qu'un 
examen moins attentif pourrait lui attribuer, examinons à un 
autre point de vue les préparatifs de l'Exposition. En fixant 
au l*"" mars la limite à laquelle les colis devaient être admis, 
la commission impériale était loin de compter que la moitié 
seulement des envois serait réunie le 20 avril, dix jours avant 
l'ouverture annoncée; elle n'avait pu prévoir que, même à 
cette époque, l'état des bâtiments ne permettrait pas de rece- 
voir les produits, et que les exposants eux-mêmes refuseraient 
d'exposer aux inconvénients d'un bâtiment inachevé, tous les 
objets présentant quelque délicatesse ou quelque frai\'heur. 

Mais il nous faut remonter en arrière pour apprécier, dans 
leurs conséquences, les modifications de superficie que le re- 
tour du Prince entraîna. Dans la partie française, les manu- 
factures impériales avaient été placées près de la porte nord- 
est ; autour d'elles, les meubles, les instruments de musique 
venaient prendre place; puis, en remontant vers l'ouest. 



A L'EXPOSITION L'MVERSELLE. liT 

I imprimerie, les dessins de fabrique et la plastique indus- 
trielle, la céramique, la verrerie, les bronzes, les armes et la 
quincaillerie. La plupart des places étaient distribuées déjà; 
la lin;j;erie et la confection devaient occuper la grande 2;alerie 
latérale; les tissus, au rez-de-chaussée, étaient dès lors en 
possession des salles occupées aujourd'hui par Lille , par 
Reims et par les centres de l'industrie drapière. 

Beaucoup de départements, ceux surtout qui avaient le plus 
tardé à se mettre en règle, demandaient des augmentations 
d'espace; certaines industries parisiennes étaient en récla- 
mation; le déficit contre lequel nous n'avions cessé de com- 
battre allait en augmentant. 

Tel était l'état des choses lorsqu'à son retour le prince Na- 
poléon, plus que jamais convaincu de l'insuffisance du hical 
et de la nécessité de réunir Tannexe au bâtiment principal , 
fit décider roccupalion du Panorama et sa jonction à ces 
deux bâtiments au moyen d'une galerie et d'un passage au- 
dessus du Cours-la-Reine, ainsi que cela avait été proposé dès 
le mois de juillet 18oi. Il obtenait en même temps la clôture, 
jusque-là refusée, de la portion des Champs-Elysées qui est 
aujourd'hui occupée par divers hangars. 

Sans c<^s accroissements de superficie et cette réunion des 
deux bâtiments, il eût été impossible de recevoir tous les 
produits admis, et en levant les objections qui avaient été, 
en son absence, opposées à ce projet, S. A. I. a rendu à 
l'Exposition un immense et incontestable service; mais cette 
mesure tardive vint apporter de nouveaux relards au classe- 
ment même des produits. La distribution dt-s espaces aux 
exposants français, qui avait été terminée et tracée sur le 
terrain après tant de labeurs et de peines, était à refaire en 
entier, et des travaux d'installation déjà très-avancés durent 
être sacrifiés. 

Son .4ltesseTmpériale,danssa sollicitude pour les demandes 
le? plus fondées, décida qu'une nouvelle annexe, communi- 
quant avec les deux palais, couvrirait dans toute sa largeur 
l'avenue occupée aujourd'hui par le hangar de l'agriculture. 
Nous proposâmes aussitôt un nouveau projet de distribution ; 
le lendemain de celte décision, des in.-tructions nouvelles 
avaient été approuvées par M. le commissaire général . et 
chacun travaillait au nouveau projet. L'étude de certaines 



38 VISITE 

difficultés, particulièrement celles qu'entraînerait pour l'Au- 
triche la communication à établir sur son terrain, amenèrent 
bientôt à la pensée d'occuper le panorama. Ce fut le 20 avril 
que cette décision fut prise, décision dont la portée a exercé 
sur le succès de l'entreprise une influence si considérable, 
mais qui avait, au point de vue de la rapidité des travaux, 
ce double inconvénient d'exiger encore une fois des disposi- 
tions nouvelles pour l'installation des produits déjà pourvus 
de leurs emplacements , et de conduire à un nouveau choix 
dans les produits qui occuperaient la galerie de communica- 
tion. 

Tandis que dans le cas de la galerie unique, nous y au- 
rions mis la quincaillerie, la grosse céramique , les instru- 
ments de précision, les appareils de chirurgie, ce qui concerne 
le chauffage et l'éclairage, il nous fallut au contraire grouper 
autour du panorama les produits les plus brillants, destinés 
à former cortège aux chefs-d'œuvre des manufactures impé- 
riales. Les meubles, les instruments de musique, leâ tapis, les 
papiers peints, les dessins industriels furent proposés à l'ap- 
probation de Son Altesse Impériale, et aussitôt les emplace- 
ments déjà distribués dans le palais à ces industries durent 
céder à d'autres le droit acquis, et dans bien des cas, l'instal- 
lation commencée. Le travail ainsi modifié reçut une exécu- 
tion aussi prompte que possible, et l'on voit par la note ci- 
jointe, que j'ai écrite dans la nuit du 14 au 15 mai, et que 
Son Altesse Impériale a fait insérer dans le catalogue officiel, 
que toutes les dispositions étaient alors prises, qui ont été 
définitivement exécutées. 



Distribution des objets exposés. 

« Les bâtiments consacrés à l'Exposition universelle de 1 855 
devaient se composer d'abord du palais de l'Industrie, con- 
struit sur le carré Marigny, et de l'annexe établie sur la rive 
droite de la Seine, sur une longueur de 1200 mètres, depuis 
la place de la Concorde jusqu'au nouveau pont de l'Aima. 
Par décision de S. A. I. le prince président de lacommission 
impériale, ces deux bâtiments sont en ce moment réunis par 
une galerie de jonction qui, partant de l'entrée sud du palais. 



A L'EXPOSITION UJNIVEKSELLE. 30 

traverse et entoure l'ancien panorama, et conduit au rez-de- 
chaussée de l'annexe par un double pont sous lequel on a pu 
conserver la circulation du Cours-la-Reineetdel'alléelatérale. 

ce Une vaste enceinte de 22 087 mètres carrés a, en outre, 
été réservée autour du panorama pour placer les objets d'un 
grand volume, les modèles de constructions, divers pavillons, 
des vitraux, et un hangar de 1500 mètres carrés de surface 
pour les voitures et les machines agricoles. 

(( La libre circulation des visiteurs dans cette enceinte, cjui 
donne accès à d'immenses buffets , ajoutera sans doute un 
grand intérêt à l'Exposition. 

« La surface totale recouverte est ainsi répartie entre les 
différentes constructions : 

« Palais principal, y compris les marquises 

d'entrée 32 665 mètres. 

« Annexe aveclebàtiment des chaudières. 33 700 

« Galerie de jonction , avec les buffets. . 9 026 

« Galerie des voitures et des machines agri- 
coles 1 500 

a Surface couverte dans l'enceinte par ap- 
proximation 500 

« Total. . . . 107 510 mètres. 

(c Le bâtiment de l'Exposition de Londres présentait en rez- 
de-chaussée et galeries, une surface totale de 94 000 mètres 
seulement. 

(( Les différents pays qui ont pris part à l'Exposition y sont 
représentés chacun en plusieurs endroits; en général, les 
produits des onze premières classes du système de classifica- 
tion ont été placés dans l'annexe; mais, dans ce bâtiment 
même, les machines sont toutes placées entre l'avenue d' An- 
tin et Chaillot, tandis que les autres produits occupent l'autre 
moitié du bâtiment, entre la place de la Concorde et l'avenue 
d'Antin. 

« Dans chacune de ces divisions, comme dans le palais prin- 
cipal, les différents produits d'une même nation se trouvent 
groupés ensemble, et pour chacune d'elles on s'est efforcé de 
réunir les produits similaires. 

((Les surfaces occupées parles diverses nations se trouvent 
ainsi réparties : 



40 



VISITE 



PALAIS PRINCIPAL. 



nu't. 

France 2'2 664 

Angleterre 9 l4l 

Etals de l'Association 

allemande 4 855 

Autriche 2 8;'8 

Belgique 2 604 

Siiisse 1 î Kl 

Etats-Unis ifii9 

Hollande 300 

Turquie 330 

Danemark 300 

Egypte 363 

Espagne 338 

Etats Romains 307 

Etats Sardes 350 

Portugal 33G 

Suède et Norvège 300 

Toscane 315 

Tunis 130 

Villes hanséaliques... 138 

Grèce 104 

Etats de l'Amérique 

du sud 216 



SecLion 

des 
produits, 



met 
6888 
3608 

2732 
2132 
984 
656 
984 
570 
246 
207 
2i6 
162 
164 
328 
108 
3 15 
246 
164 
108 
82 

246 



Sert! on 

fies 
macdi- 

nés. 



met. 
8316 
3348 

1296 
972 
972 
54 
270 
120 

40 



40 



GALERIE 

de 

jonction. 



met. 
8000 



met. 
45 8n8 
16 100 

8 883 

5 932 

4 560 

1826 

2 87 3 

990 

576 

547 

6i>9 

490 

471 

678 

444 

655 

561 

294 

246 

186 

462 



« Ces chill'res ne comprennent pas les surfaces des escaliers, 
buffets et dépendances. 

(( Dans le palais principal, la moitié du rez-de-chaussée est 
exclusivement occupée par les produits français, La nef 
contient des pièces monumentales de tous les pays. En 
face des produits manufacturés de la France se trouvent ceux 
de l'Angleterre, des États-Unis d'Amérique, de la Belgique, 
de l'Autriche et des États de l'Associiilion allemande. 

« Dans la galerie supéric'ure, les nations étrangères occupent 
une place proporlionnellement plus grande par rapporta celle 
qui est réservée à la France, et leurs [)roduits y sont disposés 



A L'EXPOSITlOiN L'iNl VEUSELLE. M 

dans l'ordre suivant, en parlant de l'escalier principal et en 
faisant le tour de la galerie vers la gauche: France, Sardai- 
gne, États-Pontificaux, Toscane, Grèce, Turquie, Tunis, 
Égypie, Angleterre, Étals Unis, Amérique du sud, Belgique, 
Autriche, Association allemande, Villes hanséatiques, Dane- 
mark, Suède et Norvège, Hollande, Suisse, Espagne, Portu- 
gal, France. 

« Des nécessités partculières ont obligé à modifier en quel- 
que point cet ordre dans l'annexe, où il est remplacé par la 
disposition suivante, en partant de la place de la Concorde. 

« Section des produits : Angleterre, États-Unis, Amériquedu 
sud, Tunis, Egypte, Turquie, Grèce, Toscane, Élats-Pontifi- 
caux, États sardes, Portugal et E^pagne, Suisse, Hollande, Villes 
han;éaiiques, Danemaik, Suéde et Norvège, Étals de l'Asso- 
ciation allemande, Autriche, Belgique et France. 

a Section des machines ; France, Belgique, Autriche, Asso- 
ciation allemande, Angleterre, Hollande, Suisse, Danemark, 
Suède, Norvège et Étals-Unis de l'Amérique du sud. 

« Les instruments agricoles et les voitures sont pour la plu- 
part réunis dans les constructions qui entourent le pano- 
rama. 

« Une partie des produits français étant en outre distribués 
dans la galerie de jonction, il ne sera peut-être pas inutile 
d'indiquer en quelques mots dans cette noie comment ils se 
trouvent répartis. 

« Annexe : En partant de l'avenue d'Antin et se dirigeant 
vers la place de la Concorde, on trouvera successivement au 
rez-de-chaussée les produits de l'A'gérie et des autres colonies 
françaises, les matières minérales et les produits métallur- 
giques, compris dans la première classe du système de clas- 
sement, ceux des classes 2, 3, 8, 9, 10, 11 et 12. 

« Les machines qui forment les classes 4, 5, 6 et 7 se trou- 
vent immédiatement auprès de l'entrée principale, en face de 
l'avenue d'Antin. 

« La galerie de jonction contiendra, d'un côté, les objets de 
métal, la quinc;iilierie, la coutellt^rie, les fontes moulées, les 
modèles de constructions civiles et les armes. Elle renfermera 
dans l'autre partie de son pourtour les meubles et les instru- 
ments de musique que les nouvelles dispositions prises ont 
permis d'enlever au bâtiment principal, réservé dès lurs aux 



42 VISITE 

tissus (le toutes sortes, à la céramiijue et à la \errerie, aux 
bronzes, à la bijouterie, à lorfévrerie, à riniprimerie, à l'art 
industriel et aux articles de fantaisie. 

a Les produits des manufactures impériales et les diamants 
de la couronne trouveront place dans la partie centrale de 
l'ancien panorama. 

« Le commissaire du classement, 
« H. T. » 

Nous ne parlerons pas ici des heureuses dispositions prises 
sous la direction de M. le général Morin, pour la réception des 
produits, pour l'installation du service des douanes, pour le 
déchargement et le bardage des colis, pour le service médi- 
cal, pour la distribution des cartes provisoires et définitives 
des exposants ; chaque jour amenaitses difficultés, qui, suivant 
leur degré d'importance, étaient décidées par le président de 
la commission impériale ou par les fonctionnaires compétents; 
mais il est une question plus grave qui a exercé aussi une 
énorme influence sur la rapidité des aménagements extérieurs : 
nous voulons parler de l'installation des vitrines. 

La compagnie du palais de l'Industrie qui avait pris l'i- 
nitiative de l'exécution des divers bâtiments, et qui les 
avait construits en vertu de contrats spéciaux, avait cru 
trouver dans ses contrats mêmes le droit absolu pour elle 
d'exécuter, sans distinction, tous les travaux d'emménagement 
intérieur, soit pour le compte individuel des exposants, soit 
pour celui de la commission impériale. Cette prétention qui 
ne nous parut pas suffisamment justifiée, et qui d'ailleurs 
paraissait en opposition manifeste avec l'article du règlement 
général, fut, après pourparlers, discutée en sous-commission, 
La décision qui intervint, tout en refusant de sanctionner 
une prétention si nettement formulée, maintint à la compa- 
gnie le droit d'exécuter les travaux, dont le règlement par 
la commission serait d'ailleurs obligatoire, tout en réservant 
aux exposants la faculté de les faire exécuter par eux-mêmes, 
ou par telsouvriersqu'il leur plairait. Nous fûmes en consé- 
quence invités à adresser les exposants à la compagnie, tout 
en les informant toujours qu'ils n'étaient aucunement tenus à 
s'adresser à elle. La faculté de faire régler les mémoires par 
la commission impériale fut sans doute la raison dominante 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 43 

qui fil affluer chez les entrepreneurs de la compagnie des 
demandes nombreuses, que ceux-ci ne s'étaient pas suffisam- 
ment mis en mesure d'exécuter, alors surtout que l'exécution 
des cloisons et des tables, à la charge de l'administration, 
avait été forcément confiée aux mêmes entrepreneurs. 

De tous les travaux d'installalion, ce sont ceux relatifs à la 
confection des vitrines qui éprouvèrent les plus grands retards; 
aux plaintes qu'on lui adressait sur le défaut apparent d'acti- 
vité dans les travaux dont il était chargé, le principal entre- 
preneur répondait que tout le montage se faisant chez lui, la 
mise en place ne demanderait qu'un temps très-court , et un 
grand nombre d'exposants, tant étrangers que français, 
exprimèrent les plus vifs mécontentements, lorsque, après les 
délais expirés, ils reconnurent que leurs travaux étaient à 
peine commencés. De là des récriminations interminables qui 
nous forcèrent, à un instant donné, à introduire de nouveaux 
entrepreneurspourfaireà la hâte les travaux les plus urgents. 
Quelques difficultés, survenues d'ailleurs sur la question du 
payement des mémoires, n'ont peut-être pas été sans influence 
sur la lenteur de certains travaux ; peut-être aussi les con- 
structeurs du bâtiment trouvaient-ils dans les retards des in- 
stallations individuelles, cet avantage qu'on penserait moins 
à leur attribuer les lenteurs de leur propre travail. 

Des difficultés d'un autre genre se levèrent bientôt sur les 
limites des droits de la Compagnie du palais de l'Industrie et 
delà Commission impériale, en ce qui concernait une foule 
de détails du service intérieur; elles ne purent être réglées 
qu'après de nombreux pourparlers et des difficultés sé- 
rieuses. 

A mesure que les préparatifs du classement avançaient , il 
devenait de plus en plus nécessaire de presser l'achèvement 
du bâtiment principal et de l'annexe pour y faire les prépa- 
ratifs d'installation des produits; mais, sans action directe, 
sans pouvoir sur les entrepreneurs de la Compagnie, le com- 
missaire général ne pouvait que réclamer une action plus 
vive de la part du ministère d'État. Des difficultés réelles, et 
dont il est juste de tenir compte à la Compagnie, apportaient 
à ses travaux des retards très-fâcheux et indépendants de sa 
volonté. La prolongation des froids, les exigences des ou- 
vriers, tout concourait à empêcher l'achèvement des travaux, 



ii MSI TE 

et les relards lurent tels que le bâtiment principal, qui de- 
vait être livré le 31 janvier 1854, le fut à peine le 6 mai, huit 
jours avant la séance d'ouverture, et que l'annexe ne l'a été 
que plus de six semaines après. 

A travers toutes ces complications, une question impor- 
tante, négligée à l'origine des études sur le bâtiment princi- 
pal, celle de la ventilation d'un local couvert en verre et 
destiné à recevoir un public si nombreux, avait été, encore 
à temps, vers la fin de 1854, soulevée par la commission et 
examinée par M. le général Morin et par M. Vaudoyer; mais 
les moyens qu'ils avaient indiqués alors , bien que d'une 
exécution facile à cette époque, n'avaient pas été acceptés, 
et elle était restée en suspens jur^que vers le milieu de février, 
époque à laquelle M. le ministre d'État chargea une commis- 
sion spéciale, présidée par M. Regnault, de lui proposer une 
solution. 

Mais déjà le plancher était posé, une grande partie des 
tables étaient en place, et il n'était plus possible d'établir des 
canaux d'appel convenablement multipliés et répartis. La 
commission fut obligée de se borner à prescrire l'ouverture 
de deux galeries d'appel parallèles, de grandes sections desti- 
nées à amener, dans les passag^^s et sous les tables, de l'air 
qui y arriverait par les orifices extérieurs du bâtiment, et à 
faire ouvrir, dans le faîte des arcs en f» r, des lanternes d'é- 
chappement. Ces moyens, employés tardivement, ont entraîné 
des travaux qui ont troublé et entravé l'installation des 
produits de manière à donner lieu à des réclamations nom- 
breuses et fondées de la part des commissaires étrangers, et 
l'expérience a prouvé que l'appel de l'air, au lieu de se faire 
parles galeries, avait simplement lieu par les portes et par 
les fenêtres du palais. La quantité d'air évacué a d'ailleurs 
été trouvée suffisante, et d'environ 28 mètres par personne, 
en admettant qu'il y ait 25 000 visiteurs dans le palais. 

Pour en finir avec les difficultés inliérentes au bâ'iment, il 
nous reste à dire quels effets fâcheux l'action du soleil et 
celle de la pluie qui tombait à travers les toitures, et surtout 
à l'annexe, exercèrent longtemps leur influence, non pas 
seulement en détériorant les produits, mais en arrêtant leur 
installation. 

J'ai fait faire a la date du 2i avril, par l'un des inspecteurs 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 45 

du service de classement, un état abrégé de ce qui manquait 
au bâtiment principal pour être terminé. 

A cette date , la porte de l'entrée principale n'était pas po- 
sée, non plus que celles des entrées e.>t et ouest. Celles des 
quatre pavillons d'angle étaient en place, mais sans ferrures 
et sans vitrages. Le dallage en bitume près des entrées était 
à peine commencé. 

Aucun water closet n'était encore établi dans ce bâtiment, 
qui devait quelques jours plus tard recevoir des milliers de 
visiteurs; aucun paratonnerre n'était encore posé à cette épo- 
que; mais ce travail fut exécuté plus tard avec une précision 
et une ponctualité admirables sous l habile direction de 
M. Bridel. 

Le conduit de ventilation était encore incomplet sur divers 
points, ainsi que le plancher, aux endroits où il avait été en- 
levé pour la construction de ce conduit. Les supports en fer 
de la lanterne supérieure manquaient en différents endroits, 
mais ils étaient mis en place pour toutes les lanternes de la 
nef. La pose du vitrage entraînait de graves inconvénients 
pour l'installation des produits, par suite des nombreux dé- 
bris de verre qui tombaient à chaque instant. 

Le sol et les toitures, on le voit, étaient, avec les portes et 
les fenêtres, les parties lesmoins avancées, celles par lesquelles 
se terminait le travail. Nous avons dit déjà comment les be- 
soins d'une ventilation suffisante avaient exigé à cet égard quel- 
ques travaux supplémentaires, et l'on conçoit toute la gêne que 
la conduite de ces opérations a dû apporter dans l'organit-ation 
de tous les aménagements intérieurs. En même temps, la re- 
confection du plancher, qui avait été fait jointif, quoique par 
parties détachées, et dans lequel il fut reconnu plus tard qu'il 
convenait de laisser des vides entre les planches, était venue 
bouleverser toutes les cloisons et toutes les tables déjà con- 
struites, à tel point que quelques-unes d'entre elles, bien que 
convenablement établies d'abord, se trouvèrent à la suite de 
cette opération entièrement disloquées. 

Une commis'iion nommée par M. le ministre d État pour la 
réception du bâtiment, accrpta les travaux le 25 avril ; mais 
la commission impériale n'en prit effectivement possession of- 
ficielle que le 3 mai suivant. 

Un état semblable fut dressé relativement aux travaux d'in- 



46 VISITE 

slallation intérieure , en reîard par le fait des divers entre- 
preneurs ; mais il serait sans intérêt de l'énumérer ici. 

Pendant que les travaux se terminaient , et jusqu'à ce que 
l'appropriation entière fût complète, les fabricants parisiens 
refusèrent absolument d'apporter leurs produits, de telle sorte 
qu'un certain nombre de salles, plus particulièrement consa- 
crées à l'industrie parisienne, restèrent, jusqu'après l'ouver- 
ture, entièrement vides. 

Cependant l'ouverture de l'Exposition, fixée primitivement 
au 4" mai, fut remise au 15, et les travaux continuèrent avec 
une croissante activité, dans tous les points où ils étaient 
possibles. Le seul espace qui pût être réservé pour le trône 
et pour les principaux corps de l'État était le centre même du 
palais. Le centre sur lequel nous installâmes la belle fontaine 
qu'on y voit aujourd'hui, et toute la salle de l'orfèvrerie fran- 
çaise, durent être réservés pour la cérémonie, au rez-de- 
chaussée; la grande galerie latérale qui règne au pourtour de 
la nef, au premier étage, fut garnie de banquettes pour les in- 
vités. Ce balcon magnifique, dans lequel les places principales 
étaient distribuées à la bijouterie française qui les occupe si bien 
aujourd'hui , ne put recevoir , avant la cérémonie d'ouverture , 
que ces lustres en bronze , en cristal et en pierreries qui de- 
vaient, d'après le projet arrêté, en faire le principal ornement. 
Les tapis qui devaient se dresser à l'arrière de cette galerie 
ne s'obtinrent qu'avec la plus grande difticulté, les exposants 
ne voulant les mettre qu'après l'installation des vitrines dont 
le placement était impossible encore. Quoi qu'il en soit , la 
cérémonie d'ouverture ne laissa rien à désirer : l'exposition 
était loin d'être complète, mais le spectacle principal , celui 
du pourtour de la nef, qui faisait en quelque sorte le pro- 
gramme de la promenade officielle, était orné suffisamment. 

Le succès d,e l'Exposition était dès lors décidé. 

Les quinze jours qui suivirent furent employés à distribuer 
les places aux nouveaux exposants qui, d'abord refusés par le 
comité de la Seine, avaient été admis par Son Altesse Impé- 
riale après examen de M. Leplay , chargé déjà à ce moment 
de diriger le bureau des réclamations. Ces exposants supplé- 
mentaires n'avaient pu recevoir leurs allocations respectives 
avant que l'on sût si quelque emplacement restait encore dis- 
ponible parmi les profhiits siiriilaires. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 47 

Le travail était devenu plus actif dans l'Annexe aussitôt 
que les préoccupations de la cérémonie d'inauguration avaient 
été terminées; les places du panorama avaient été arrêtées, 
afin qu'aussitôt la livraison du bâtiment on pût procéder à 
leur distribution; l'ornementation des escaliers, celle du 
palais et celle de la partie supérieure des vitrines étaient en 
cours d'exécution. 

Par suite d'une autorisation spéciale de M. le ministre d'É- 
tat, M. le commissaire général avait enfin pu faire la com- 
mande des toiles destinées à intercepter les rayons du soleil, 
dont l'influence, malgré le dépoli des carreaux , avait , sur les 
produits délicats , une action telle que les vitrines se défor- 
maient sur quelques points et que les industriels trouvaient, 
dans cette nouvelle cause d'avarie, une raison presque suffi- 
sante d'abstention. 

Tel est le cadre très-abrégé des opérations multiples aux- 
quelles l'administration dut se livrer : sans action directe sur 
les constructeurs, sans autorité pour une foule de détails de 
service que la Compagnie trouvait trop souvent occasion de 
discuter, elle était la plupart du temps conduite à agir au 
milieu d'obstacles de tout genre qui demandaient à la fois un 
respect profond pour les différents intérêts engagés dans une 
question aussi complexe et une grande fermeté. 

En tenant compte des immenses difficultés qu'elle avait eues 
à surmonter, la commission avait fait tout ce qu'humaine- 
ment il lui était possible de faire ; si tout n'était pas prêt, 
tout se trouvait préparé et le temps seul devait naturellement 
achever l'œuvre. 

Ce fut lorsque les choses se trouvaient en cet état, qu'il 
survint un fait dont je n'ai point ici à rechercher les causes, 
mais qu'il m'appartient de considérer dans ses conséquences, 
notamment en ce qui concerne l'influence qu'il a eue sur ma 
conduite ultérieure. 

M, le général Morin donna sa démission de commissaire 
général, et fut remplacé par M. Leplay. 

La retraite inattendue du chef bienveillant sous les ordres 
duquel j'avais, pendant une année entière, consacré à cette 
grande entreprise tout ce qui m'est donné de dévouement 
et d'énergie, m'affecta douloureusement. La nomination d'un 
nouveau commissaire général devait nécessairement changer 



48 VISITE 

ma position, et le désir exprimé par le Prince de me voir 
rester au poste que j'occupais fut la seule cause qui m'em- 
pêcha de résigner aussitôt des fonctions qu'il avait daigné me 
confier sans que je lui en eusse adressé la demande. 

Ce désir fut un ordre pour moi et je continuai mon service 
auprès de la nouvelle direction Je pensais d'ailleurs qu'en se 
portant héritière du fruit des travaux et des veilles de celle 
qu'elle remplaçait, elle se montrerait envers celle-ci, sinon 
reconnaissante, tout au moins animée de ce vulgaire respect 
humain, qu à défaut d'autres sentiments, on affiche en pareil 
cas pour ceux dont on héiite. 

Eh bien ! il n'en fut pas ainsi ; la retraite du général Morin 
fut suivie d'abord de sourdes attaques contre lui, qui se 
traduisirent immédiatement en mauvais vouloir contre tous 
ceux qu'on lui savait le plus particulièrement affectionnés : 
sourdes attaques , qui ensuite et à mesure qu'on profilait 
davantage des bonnes dispositions qu'il avait prises, se chan- 
gèrent en hostilité déclarée. 

Quant à moi, en me décidant à rester à mon poste, j'atta- 
chais surtout uh vif inlérêl à connaître le résultat de la grande 
expérience qu'avait ordonnée l'Empereur. 

Lors de la dernière visite que Sa iMajesîé avait faite à l'Expo- 
sition, il avait été décidé que l'entrée du palais de l'Industrie 
serait gratuile le dimanche 28 mai. J'avoue que ce ne fut pas 
sans une certaine émotion que j'attendis, ce jour-là, l'anivée 
de la foule, qui devait condamner ou sanctionner les disposi- 
tions que nous avions toujours regardées comme suffisantes 
pour la circulation d'un public nombreux. La galerie du Pano- 
rama n'était point encore ouverte, non plus que l'Annexe, 
et pourtant quatre-vingt mille personnes furent admises sans 
discontinuité; aucun désordre, aucun encombrement ne fut 
signalé nulle part. Cependant la foule entrait partout à sa 
fantaisie, sans suivre aucune voie obligatoire : le comparti- 
ment indien fut le seul dans lequel nous fûmes obligés d'établir, 
vers la fin de lé journée, un sens déterminé à la circulation. 

L'expérience dès lors était pour moi complète : les disposi- 
tions que nous avions arrêtées pour ks deux autres bâti- 
ments, la galeiie du Panorama et l'Annexe étant encore plus 
favorables sous ce rapport : je regardai notre œuvre comme 
achevée. 






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fF5 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. i9 

Dégagé de celle principale préoccupation, toute d'intérêt 
général, je deviens plus libre de refléchir sur ma position 
personnelle. Plusieurs dissidences d'opinion avec le nouveau 
commissaire général, la prévoyance d'autres plus nombreuses 
qui ne pouvaient manquer de surgir entre nous dans l'ave- 
nir, enfin le juste mécontentement que me causèrent quelques 
modifications administratives, me décidèrent à supplier de 
nouveau S. A. L de recevoir ma démission que, cette fois, 
elle voulut bien accepter. Mais en me retirant , j'offris néan- 
moins de me mettre à la disposition de M. le commissaire 
général pour lui prêter un concours officieux que pouvait né- 
cessiter la direction dont il était si inopinément chargé. 

En fciisant cette offre qui ne fut pas acceptée, j'avais pensé 
que ce concours pourrait être encore utile, non certes par 
ma valeur personnelle, mais par les renseignements dont j'é- 
tais en possession. J'avais supposé que c'était par pur dévoue- 
ment à la chose publique, qu'un homme d'une po.-ition élevée 
avait consenti à se dévouer à l'entier achèvement d'une œuvre 
qu'il avait trouvée, pour le moins fort avancée et ma retraite 
toute volontaire me faisait un devoir de ne point l'abandonner 
dans les premières ditficultés. 

Il a paru successivement dans le Moniteur universel et 
dans plusieurs autres journaux, sous la forme de communi- 
cations, émanant delà direction actuelle, une série d'articles 
pleins de malveillance et d'accusations mensongères contre 
l'ancienne administration. Ne pouviez-vous donc profiter en 
silence des labeurs de ceux qui vous ont remis un travail 
presque achevé, qui vous ont livré des plans que vous avez 
suivis à la lettre, sans chercher à mettre à leur charge tous 
les mécomptes inévitables dans une pareille entreprise, sans 
s'efforcer d'ameuter contre eux tous les mécontentements in- 
séparables du conflit de tant d'intérêts opposés? Pense-t-on 
s'être grandi et n'est-ce point un triste piédestal que celui 
d'une aussi injuste polémique? L'opinion des hommes consi- 
dérables qui , par suite de leurs fonctions officielles , ont 
suivi les travaux de près, est-elle donc si indifférente qu'on 
lui préfère celle d'un public irréfléchi et frondeur, qui s'in- 
(luiète fort peu de savoir par qui et comment l'Exposition 
s'est faite ? 

L'honorable général sur cpii a porté le fort de vos attaques 
206 " d 



80 VISITE 

a pu les dédaigner, moi-même je les eusse passées sous silence 
si d'autres que moi n'y eussent été intéressés, me tenant 
pour satisfait d'avoir pu faire mon devoir dans mes fonctions 
difficiles, heureux surtout des nombreux témoignages de sym- 
pathie que j'ai reçus de toutes parts , au moment où ma démis- 
sion fut connue. 

J'ai cru devoir raconter simplement les faits ; le public est 
maintenant à môme d'apprécier. 

Mais je ne regarderais pas cette partie de ma tâche comme 
complètement achevée, si je la terminais sans rendre ici un 
solennel et respectueux hommage au prince qui a su, sous 
l'ancienne administration comme sous la nouvelle, imprimer 
à l'ensemble des travaux l'impulsion de sa prodigieuse acti- 
vité. Il est peut être permis de demander si cette influence 
prépondérante est respectée autant qu'elle a droit de l'être 
dans cette continuelle insistance que l'on apporte à éta- 
blir entre les deux administrations une démarcation si tran- 
chée. Les résultats eussent été assurément les mêmes , 
puisque la haute volonté du prince présidait, dans tous les 
cas, aux opérations. 

Les difficultés inséparables d'une nouvelle direction vinrent 
entraver, pendant une quinzaine de jours au moins, la rapidité 
des travaux d'achèvement , et il est juste de tenir compte de 
ces retards inévitables si l'on veut apprécier avec convenance 
la part de ce qu'a fait chacun. 

Pour ne point nuire à l'ensemble de cet exposé, nous n'a- 
vons jusqu'ici parlé que du bâtiment principal : on sait main- 
tenant en quel état nous l'avons livré à l'administration qui 
nous a succédé ; mais il est indispensable de nous re- 
porter à quelques mois en arrière, et d'examiner comment 
ont été conduits les travaux dans l'Annexe. En ce qui con- 
cerne les dispositions générales à prendre pour la mise en 
mouvement des machines, le lecteur sait déjà que la commis- 
sion impériale s'était confiée à l'habileté de M. E. Trélat qui, 
comme commissaire adjoint du service du bâtiment, avait en 
même temps à s'occuper des travaux de construction de l'An- 
nexe. 

Le bâtiment proprement dit et même les galeries supérieu- 
res ont été exécutés comme le bâtiment principal ; mais 
tout ce qui concerne l'installation des machines a été remis, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 51 

quant à l'exécution, à M. Nepveu, sous la direction de M. Tré- 
lat et avec l'utile collaboration de M. Lecœuvre , attaché au 
service du classement comme inspecteur des machines. 

Confiée M. Trélat, le service d'installation des machines 
devait se suffire à lui-même, et je n'aurais à revendiquer 
ici aucune part d'action, si les dispositions générales que 
j'ai été chargé de prendre n'avaient donné lieu à quelques 
critiques; je tiens à garder la part de responsabilité qui m'ap- 
partient. 

Le projet de distribution générale étant arrêté, nous vîmes 
bientôt qu'il serait convenable de placer les machines vers 
l'extrémité de Chaillot; nous pensions dès lors que le fonc- 
tionnement des appareils serait pour le public un attrait puis- 
sant, et qu'en forçant tous les visiteurs à explorer ia galerie 
la plus éloignée , nous assurions d'une manière plus complète 
une circulation aussi uniforme que le peut permettre une exposi- 
tion. Il avait été décidé que l'eau, que la vapeur seraient mises 
gratuitement à la disposition des exposants, ainsi qu'un arbre 
général de transmission sur lequel ils emprunteraient la puis- 
sance mécanique dont ils auraient besoin. 

Nous avions pendant longtemps espéré que la Commission 
impériale finirait par sanctionner le projet qui lui avait été 
soumis par M. le général Morin, pour la construction de deux 
galeries élevées de i mètres chacune, dans toute sa lon- 
gueur. En formant comme un vaste balcon , d'où l'on pour- 
rait observer toutes les machines en mouvement, ces galeries 
auraient sans aucun doute ajouté beaucoup à la beauté du 
coup d'oeil. Dans le cas où elles auraient été construites, il 
eût été peut-être convenable de fixer latéralement les trans- 
missions , si le défaut absolu d'une résistance suffisante ne se 
fût rencontré dans le mode de construction des piles, exécu- 
tées exclusivement en petits matériaux de rebut. Celte raison et 
le désir de donner un grand effet à l'ensemble de cette instal- 
lation engagèrent avec raison M. Trélat à placer un arbre 
unique dans l'axe même du bâtiment. 

La question de savoir si cet arbre serait placé sous le sol ou 
au-dessus avait une telle importance , comme dépense et 
comme caractère, qu'elle fut étudiée avec le plus grand soin. 
En Angleterre, les arbres n'avaient point une disposition uni- 
que, parce qu'ils étaient établis par chaque constructeur, à ses 



o!2 VISITE 

frais et suivant ses convenances propres. La Commission im- 
périale se proposant d'être à cet égard plus généreuse, une 
disposition générale était nécessaire. Plusieurs industriels an- 
glais, parmi lesquels nous citerons sans hésiter MM. Platt 
et Cie, regardaient Farbre supérieur comme absolument in- 
dispensable ; mais cette raison ne fut pas la plus importante 
de celles qui nous déterminèrent. Si l'on songe que les cour- 
roies , pour transmettre d'une manière commode le mouve- 
ment, doivent avoir une certaine longueur, il est facile de 
comprendre que celte longueur ne peut ôlre obtenue avec un 
arbre sous le sol qu'à la condition d'en éloigner davantage 
les machines et de perdre ainsi un emplacement considérable, 
tant par cette cause que par suite du passage des courroies à 
la hauteur du plancher. H fallait d'ailleurs une installation 
qui se prêtât à toutes les circonstances possibles. Si nous ne 
nous trompons, l'expérience a prouve suraboridamment que 
la disposition adoptée satisfait à toute la généralité du pro- 
blème. Nous avons d'ailleurs établi qu'aucune considération 
ne pouvait nous permettre de perdre la moindre parcelle de 
terrain , et cette disposition est de beaucoup la plus favorable 
sous ce rapport. 

D'un autre côté, la hauteur des supports a fait l'objet de 
quelques observations; mais on oublie qu'au moment où 
M. Trélat en arrêtait les dimensions sur un spécimen en bois 
qu'il avait placé dans l'Annexe , la galerie était encore indé- 
cise, et que la hauteur actuelle fut jugée par tous la meilleure 
pour satisfaire à la fois la vue, au premier étage comme au rez- 
de-chaussée. 

Le principe de cette disposition ayant d'ailleurs été sanc- 
tionné par M. le général Morin , alors commissaire général , il 
faut bien croire qu'au point de vue de l'agencement mécani- 
que, elle était réellement la plus favorable. 

Le commissaire du classement n'eut d'ailleurs, il le répète, 
à intervenir en aucune façon dans les travaux d'installation 
proprement dits; il n'eut plus tard à s'entendre avec M. Tré- 
lat que pour la désignation des emplacements offerts aux ma- 
chines des différents pays, alors que It's commissaires étrangers 
furent en position de préciser les espaces dont ils auraient 
besoin pour leurs machines. 

Cette distribution ne put avoir lieu (|ue le 15 avril: a 



A L'KXPOSITION UNIVERSELLE. ri:', 

cette époque, chaque pays fut mis en possession do tout l'es- 
pace qui lui revenait encore, soit dans la section des machi- 
nes , soit dans la section des produits , de manière à réaliser 
autant que possible les chiffres primitifs des allocations offi- 
cielles. 

Les travaux de M. Nepveu marchèrent > à partir de cette 
époque, avec une merveilleuse activité; mais les tables 
destinées à recevoir, vers l'extrémité est du bâtiment, les au- 
tres proluits des douze premières classes, ne purent s'exé- 
cuter qu'avec lenteur, au milieu des colis nombreux qui en- 
combraient le sol et df s ouvriers qui achevaient le bâtiment 
lui-même. En ce qui concerne la France, les places étaient 
distribuées pour toutes les industries qui ne devaient pas 
trouver place dans le bâtiment du Panorama, et la plupart 
des vitrines collectives étaient en cours d'exécution avant 
l'ouverture officielle. 

Les travaux étaient moins avancés dans le bâtiment du Pa« 
norama, qui ne fut livré à la Comm s-ion impéiiale que vers 
le 25 mai, époque à laquelle cependant toutes les dispositions 
intérieures, les tables et les cloisons, étaient aiiêtées sur 
plan à peu près comme elles ont été depuis lors exécutées. 

A l'époque de notre démission , le 30 mai , aucun des deux 
bâtiments qui ont reçu depuis lors les pioduits de la carros- 
serie française et étiangère , n'existait mêm.e en projet; les 
produits agricoles, à ce moment installés dans l'Annexe, ne 
furent transportés que plus tard à la suite des instiuments de 
l'agriculture, pour lesquels nous avions fait construire le han- 
gar dans lequel ils se trouvent aujourd'hui. 

D après ce qui précède , on peut voir que si des retards re- 
grettables ont eu lieu relativement à l'achèvement des travaux, 
du moins aucune fausse manœuvre n'est venue peser sur les 
opérations ultérieures, les seuls changements qui aient été 
apportés depuis étant réellement sans importance au point de 
vue de l'effet général. 

Quelques semaines spulement après notre retraite, au mo- 
ment même où les travaux du jury allaient commencer, les 
jurés angliiis étaient les premiers à proclamer les mérites de 
l'Exposition ; l'opinion publique a ratifié ce jugement qu'il 
importe de conserver, en souvenir de la bienveillance con- 
stante de tons les fonctionnaires étrangers. Voici textuelle- 



d4 visite 

ment la note inscrite au Moniteur du 2 juillet dernier : « Dans 
une réunion des divers jurys anglais pour l'Exposition univer- 
selle, tenue aujourd'hui, rue du Cirque, n" H, sous la prési- 
dence de lord Ashburton, il a été résolu unanimement qu'il 
est désirable tV attirer l'attention du public anglais sur le grand 
mérite de r Exposition et sa supériorité dans les produits ex- 
posés sur celle de 1851 , et quelle est éminemment digne de 
l'attention des artistes, des manufacturiers, de leurs ouvriers 
et de toutes les classes du royaume uni. » D'autres commis-^ 
sions ont également adopté des résolutions analogues. 

Cependant l'administration ne restait pas inactive. Son 
état-major avait été modifié par l'adjonction de plusieurs 
hommes de talent, et tout le personnel qui s'était formé avec 
nous depuis le commencement des opérations était là pour 
l'éclairer sur toutes les mesures prises et sur les décisions à 
prendre. Les principaux soins du commissariat général durent 
se porter sur divers travaux d'achèvement parmi lesquels nous 
nous bornerons à signaler les plus importants. 

L'ornementation du palais, confiée à M. Vaudoyer, qui s'ad- 
joignit M. Rqssigneux, fut l'objet d'améliorationsremarquables. 
Nous avons dit que la fontaine monumentale du centre de la nef 
était en place, mais les bancs circulaires et les fleurs dispo- 
sées au pourtour ne furent installés qu'après notre départ. La 
toile de la toiture, en étoffes de couleur rayée, produit un 
effet très-satisfaisant; l'arrangement des couronnements des 
vitrines principales, pour lequel nous avions commencé à em- 
ployer des corbeilles de fleurs d'un aspect fort agréable, fut 
complété par une toiture uniforme , rayée en bleu et blanc, 
qui égayé sans monotonie la vue générale. Des rideaux en 
mousseline brodée furent placés en portières dans les galeries 
supérieures peut-être avec une trop grande profusion ; de 
nouveaux objets furent autorisés à occuper la nef, déjà un 
peu embarrassée, et, sous ce rapport, nous exprimerions vo- 
lontiers quelques regrets de ce que le principe qui avait pré- 
sidé jusqu'alors au choix des objets qui devaient occuper ces* 
emplacements principaux ne continua pas à être observé. 
Nous n'avions placé de celte façon que les pièces monumen- 
tales, qui avaient dès lors leur raison d'être exceptionnelle- 
ment exposées ; il y aurait eu plus d'effet d'ensemble si l'on 
n'avait entremêlé parmi eux cette quantité de petits objets qui 



pan^ora: 




' tjte,x^£/>ha7>d' M . Borut^joiffiK^ /^i- 



flcheu^' de 



X\RPD' 



IPAL 




Fàfi^r /Tnv>£rn€^A:^tiu. KyAfU</Tjruc.J>uJ3oif 6 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 55 

changent complètement le caractère de celte partie de l'Expo- 
sition. 

L'Annexe s'est terminée sans aucune modification impor- 
tante, si ce n'est pour les produits de l'agriculture qui , à 
l'exception de ceux de M. Vilmorin, ont été réunis aux instru- 
ments agricoles , dans le hangar prolongé. Restée sous la 
direction de M. Trélat, la galerie des machines est absolument 
ce qu'elle devait être dès le principe. 

Le bâtiment du Panorama et le palier qui le sépare de l'An- 
nexe ont été plus particulièrement arrangés par h s soins de 
la nouvelle administration , quoique la partie centrale , que 
nous avions réservée en faveur des manufactures nationales , 
ait été disposée sous la direction de M. Chabrol, architecte du 
ministre d'État. 

Les emplacements principaux, occupés aujourd'hui par les 
fontes de M. Ducel et par la chaire de M. l'abbé Choyer, 
étaient désignés à notre départ; les autres ne l'étaient encore 
sur les plans que collectivement pour chaque nature d'indus- 
trie, à peu près comme on le voit aujourd'hui sur le terrain. 
Cependant la salle des dessins industriels ne devait point, dans 
notre projet, utiliser la galerie extérieure du sud-ouest, ré- 
servée alors pour le buffet ; celle du sud est occupée aujour- 
d'hui par la quincaillerie ; elledevait avoir la même destination. 

Nous avons dit déjà que les hangars de la carrosserie ont 
été construits aux derniers moments, par suite des admissions 
supplémentaires, le long du bâtiment principal, emplacement 
que nous avions souvent proposé pour des annexes, mais qui 
nous avait été refusé constamment pour ne pas nuire à l'effet 
principal. 

L'horlogerie , placée d'abord sur les deux voies du passage 
de communication, n'en occupe plus qu'une seule aujourd'hui. 
Cette galerie, ainsi réduite, peut encore témoigner des diffi- 
cultés que l'on rencontre pour obtenir une disposition conve- 
nable avec des vitrines isolées et sans projet d'ensemble. 
Toute l'Exposition aurait eu le même aspect si le principe 
des vitrines collectives n'avait pas fait l'objet d'une règle gé- 
nérale dans la plupart des cas obligatoire. 

Ces notions historiques données, il nous reste à indiquer 
quelle a été la marche croissante du nombre des visiteurs 
depuis l'ouverture de l'exposition. Pour donner plus d'inté- 



50 



VISITE 



rèt à cesindicalions, nous mettrons en regard les chiffres cor^ 
respondanls pour l'exposition de I80I. 



F.XI'OSITION 1)K 1855 



20 mai 

27 mai 

3 juin 

10 juin 

17 juin — 
24 juin.. . 

1*' juillet 

8 juillet., 
15 juillet. 
22 juillet. 
29jiiinet. 

6 août... 
12 août... 
10 août... 





NOMBRE 


PRIX 


de 


d'entrée. 


per.>^ori- 


\v. c. 


nes. 




0,20 


» y> 


[Gratuit.^ 


80 118 


0,20 


42 908 


0,2(> 


o4 587 


0,20 


61 81!) 


0,20 


86 606 


0,20 


62 208 


0,20 


62 107 


0,20 


73 521 


0,20 


86t)12 


0,20 


910:4 


0,20 


74 224 


0,20 


dt 000 


0,20 


1 




EXI'OSiriON DE 18;: 



24 mai 

29 mai 

5 juin — 
9 juin. . . . 

17 juin.... 

24 juin.. . , 
l"juiUet 
8 juillet. 

15 juillet. 

22 juillet. 

29 juillet. 
5 août . . 

12 août... 

19 août... 





NOMBRE 


PRIX 


de 


d'entrée 


person- 




nes. 


fr. c. 




3,25 


34812 


1,25 


52 518 


1,25 


55 837 


1,25 


54 •. 04 


1,25 


68 155 


1,25 


08 3!)4 


1,25 


51 009 


1,25 


65 902 


1,25 


74 122 


1,25 


«18 161 


1.25 


69 036 


1,25 


68 069 


1,25 


58 554 


1,25 


57 079 



On voit par ce rapprochement que les chiffres, de nos jours 
à 20 c. (le dimanche) , donnent un total notablement supé- 
rieur à celui des visiteurs à 1 fr. 23 c. de l'Exposition de Lon- 
dres; on doit donc espérer que, pendant les mois de sep- 
tembre et d'octobre, le nombre des visiteurs s'élèvera au- 
dessus de ^109 000, qui est le chiffre le plus élevé que l'on ait 
atteint à l'Exposition de I80I ; encore ce chiffre n'a-t-il été ob- 
tenu que pendant deux jours, les 7 et 8 octobre, c'est-à-dire 
à la veille de la fermeture qui a eu lieu le 11 de ce mois ; la 
nôtre n'est annoncée que pour le 31 octobre. 

Les prix d'entrée, en France , pour des opérations de ce 
genre, ne sont pas acceptés avec la même facilité qu'en An- 
gleterre, par suite sans doute de l'habitude contractée de vi- 
siter gratuitement toutes les Expositions; l'augmentation ce- 
pendant se fait aussi remarquer pour les entrées à 1 fr. ; tan- 
dis qu'au commencement le nombre des visiteurs ne s'élevait 
guère au-dessus de 30 000, plusieurs journées du mois d'août 
dénotent la présence de plus de 90 000 personnes. 



A L'EM'OSlïlOiN UNIVERSELLE. M? 

Un autre élément d'appréciation fera mieux connaître Tim- 
portance relative des deux grands concours : encore bien que 
le nombre définitif des exposants ne soit pas officiellement 
arrêté, puisque de nouvelles admissions se font encore, il nous 
a paru qu'il serait intéressant de faire connaître les nombres 
comparatifs des exposants de chaque nation en 1851 et en '1855. 

Nous avons, dans la li^te ci-jointe, rangé les différents 
pays d'après ces nombres eux-mêmes. 

TABLEAU DU NOMBRE DES EXPOSANTS DE CHAQUE NATION 
EN 1851 ET EN 1855. 



/France 

Empire français. ; Algérie 

\ Colonies 

Royaume uni de\ ArA+„^^^i 

laGiv.nde-Brela-)?.^^^/™.P°l^ 

^^neetdlrlande.)^^^^'^^^^ 

Royaume de Prusse 

Empire d'Autriche 

Royaume de Belgique 

Royaume d'Espagne et colonies espa 

gnôles 

Royaume de Portugal et colonies por 

tugaises 

Royaume de Suède 

Royaume des Pays-Bas 

Confédération suisse 

Royaume de Wurtemberg 

États sardes 

Grand-duché de Toscane 

Royaume de Bavière 

Royaume de Grèce 

États-Unis d'Amérique 

Royaume de Norvège 

République mexicaine 

Royaume de Saxe '. 

A reparler 



18ol. 



9-; 90) 

7iJ4 10 691 
177^ 

^^^^! 2 4i5 
985) ^^'^ 

1313 

1296 
686 

568 

443 
417 
411 
408 
207 
198 
197 
172 
131 
13U 

121 

107 
9(j 



20 027 



1641 i 
(i9( 1710 



620 



I - 



;3Si 

872 
731 
500 

286 



157 
1 17 
113 
2f.3 
109 

95 

99 
999 

30 
499 
Compris avec 
la Suède. 

12 
190 



14 175 



VISITE 



Report. 



Monarchie danoise 

Villes hanséatiques 

Grand duché de Bade 

Grand-duché de Hesse 

États pontificaux 

Duché de Nassau 

Ville libre de Francfort-sur-le-Mein. . 
Grand-duché de Luxembourg 

Royaume de Hanovre 

Duché de Brunswick 

Duchés de Anhalt, Dessau et Cœlhen. 
Électoral de Hesse 



du 



République de la Nouvelle -Grenade. 

Grand-duché d'Oldenbourg 

Duché de Saxe-Cobourg- Gotha.. . 
Confédération argentine, empire 

Brésil 

République de Costa-Rica 

République dominicaine 

Egypte 

République de Guatemala 

Royaume Hawaïen 

Principauté de Lippe-Detmold 

Empire ottoman 

Principautés de Reuss 

Grand-duché de Saxe-Altenbourg. . 

Duché de Saxe-Cobourg 

Duché de Saxe-Meiningen 

Grand-duché de Saxe-Weimar 

Principauté de Schaumbourg-Lippe.. 
Principauté de Schv/artzbourg-Ru 

dolstadt 

Tunis 

Russie , Chine et Perse 



Totaux 



20 027 
90 
89 
88 

74 
71 
69 
24 
23 

18 

IG 
15 
14 



m 



14175 
39 
134 
Compris avec 
la Prusse. 
80 
62 
13 
.33 
6 
Compris avec 
la l'nisse. 
Id. 
Id. 
Id. 



Compris avec 
13 l'Arnérique 

1 du Sud. 
. „ (Compris avec 
^'^ la Prusse. 
11 



1* 



20 709 



305 



14 837 



* L'empire oUoman, l'Egypte, Tunis, etc., ne sont compris dans ce 
tableau pour un si petit nombre d'exposants, que parce que les produits 
ont été envoyés par les gouvernements eux-mêmes. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. r)9 

On peut dire que le palais de l'Industrie et ses annexes ren- 
ferment les produits de plus de 20 000 exposants; la moitié 
en plus du chiffre officiel de l'Exposition de Londres. 

Celte différence est à elle seule un immense succès. 

Je ne terminerai pas celte nolice sans adresser mes bien 
sincères remercîments à tous mes collaborateurs pour le zèle et 
le dévouement qu'ils ont apportés, pendant mon administra- 
tion, dans l'accomplissement de leur tâche; je leur suis sur- 
tout reconnaissant d'avoir continué leurs bons offices après 
notre départ; c'est à leur coopération assidue qu'il faut en 
grande partie attribuer la complète réussite de la grande en- 
treprise qui doit jeter sur l'industrie française un nouvel éclat. 
C'était avec une bien vive satisfaction que je recevais de la 
bouche du prince, dans l'une de ses nombreuses visites dans 
lesquelles il apporte tant d'intérêt et d'affeclion pour les arcs 
industriels , l'assurance que ces services avaient été conve- 
nablement appréciés par Son Altesse Impériale et les hommes 
qui y consacrent leurs veilles. 

MM. les commissaires étrangers voudront bien aussi rece- 
voir l'hommage public de ma gratitude pour l'extrême bien- 
veillance que j'ai toujours rencontrée dans mes nombreux rap- 
ports avec eux; je conserve précieusement , comme titre de 
famille, les lettres par lesquelles la plupart d'entre eux ont 
bien voulu m' exprimer les regrets qu'ils avaient éprouvés de 
la résolution que j'avais prise en me retirant. J'espère que la 
continuation de leur bienveillance ne sera pas, à la fin de 
l'Exposition , sans profit pour les collections du Conservatoire 
des arts et métiers. H. T. 



DESCRIPTION GENERALE 

DE L'EXPOSITION. 



La première exposition des produits de toutes les nations 
s'est ouverte à Londres en '1851 le 1" mai dans le bâti- 
ment justement appelé le palais de Cristal, dont les dimen- 
sions dépassaient toutes celles des expositions antérieures : 
la longueur du palais était de 564 mètres (ISol pieds) et sa 
largeur n)aximum de 1481. 

La capitale de l'Angleterre, si riche en squares et en parcs, 
avait consacré l'une de se.-< promenades 1rs plus fréquentées à 
cette grande entreprise, dans le plus admirable site, auprès 
de la rivière de lu Serpentine, dont les eaux arrosent la [lariie 
ouest de la ville. A proximité des quartiers les plus riches, 
entre la ville et la campagne, cette situation ressemblait assez 
à celle qui est occupée par notre palais de l'industrie; seule- 
ment les pâturages de Hyde-Park sont remplacés par la ma- 
gnifique promenade des Champs-Elysées, la Serpentine par 
la Seine , les brouillards de la Tamise par le soleil de la 
France. 

La principale voie conduisant au palais de Cristal, était 
Piccadily, cette grande route de Londres qui aboutit au mo- 
nument de Wellington, après avoir côtoyé les parcs piinci- 
paux de Saint James et du Régent , qui renferment les palai> 
royaux. 

Notre palais de l'Industrie est desservi par plusieurs gran- 
des voies de communications: la grande avenue des Champs- 
Elysées et le cours la Reine sont les principales, et l'on y ar- 
rive avec une grande facilité, par les boulevards, par les 
quais, par la rue de Rivoli, le Palais-Royal et les Tuileries. 



VISITE A L'EXPOSITION LNIVERSELLE. (51 

Vins, rapprochée du centre de la capitale, entourée de nom- 
breux monuments admirablement placés, la grande fête indus- 
trielle est moins isolée en France qu'elle ne l'était au milieu 
de Ilyde-Park. 

Une différence essentielle doit d'ailleurs être faite ; tandis 
que l'exposition de l'Industrie attirait à Londres tous les visi- 
teurs, nous avons cette fois plusieurs expositions qui se dis- 
putent les regards; l'exposition des Beaux-Arts, celle de la 
Société d'horticulture, qui se renouvelle chaque semaine, 
celle des animaux reproducteurs qui, par suite des condiiions 
spéciales qu'elle entraîne, n'a pu durer que peu de temps. 

Si nous entrons au palais de l'Industrie par la porte princi- 
pale, nous ne sommes pas, il faut en convenir, éblouis comme 
on l'était à Londres par ce vaste transept au fond duquel 
quelques arbres restés debout venaient former une imposante 
ornementation. L'entrée de noire bâtiment étant placée sur 
sa longue face il n'était pas possible de ménager un effet de 
môme importance. L'œil est plutôt étonné des nombreuses 
merveilles qu'il rencontre à chaque pas qu'il n'est ébloui par 
la première inspection. 

On trouve trop petit le Palais lorsqu'on le compare à celui 
de Londres, mais celui de Londres n'offrait pas cette somptuo- 
sité des objets disposés dans la nef, il ne possédait pas ce 
balcon qui permet d'embrasser d'un coup d'œil tout l'ensem- 
ble; il n'avait pas surtout ces galeries supérieures dont les 
voûtes sont d'un admirable aspect. 

Le grandiose du bâtiment de Hyde-Park n'était pas exempt 
d'une certaine monotonie que le nôtre ne comporte pas; la 
rotonde du Panorama, la galerie circulaire qui l'entoure, le 
Jardin avec ses instruments agricoles et la carrosserie, ne res- 
semblent en rien au palais principal ; con>acrés à des produits 
de natures différentes, chacun de ces emplacements est ap- 
proprié à cette nature même. 

Tous les espaces sont si bien utilisés et la variété en est si 
grande que l'on croirait avoir tout vu lorsqu'on se trouve au 
bas de l'escalier de jonction : on croit sortir de la vaste en- 
ceinte et l'on se trouve dans un nouveau monle, qui n'a ni 
commencement ni fin, qui renferme les richesses naturelles 
les plus variées et les plus inattendues d'un côté, tandis que 
de l'autre se déroulent une innombrable quantité d'engins 



62 VISITE 

puissants, dont une pareille réunion n'a jamais existé ; l'An- 
nexe, palais des produits bruts et des machines, n'a pas moins 
de 1200 mètres de longueur, le double environ de la longueur 
du palais de Hyde-Park. 

La nef principale du palais a une ouverture de 48 mètres; 
les voûtes supérieures S^, et celle de l'Annexe 27. 

A Londres le transept avait une largeur de 28 |mètres seu- 
lement; la nef longitudinale 21 mètres. 

Le palais principal et les annexes ont été exécutés sur les 
dessins de M. Viel par MM. Yorck et Cie , entrepreneurs géné- 
raux, dont M. Barrault et M. Bridel ont été les ingénieurs. La 
dépense totale des constructions s'est élevée à environ 18 mil- 
lions qui se répartissent de la manière suivante : 

Palais principal 13 millions. 

Annexe 4- millions. 

Panorama 1 million. 

L'appropriation de ce dernier bâtiment a été conduit par 
M. le commandant Guillaumot et par M. Chabrol , architecte 
du ministère d'État. 

La compagnie concessionnaire du Palais a pour directeur 
M. le comte de Rouville, et pour administrateurs MM. Ardouin, 
Ricardo et Bouissin. 

Le palais de Hyde-Park, proposé d'abord en adjudication 
publique, a été entrepris sur des plans nouveaux et plus éco- 
nomiques , par MM. Fox et Henderson , sur les dessins de sir 
Joseph Paxton. 

Le caractère architectural est bien différent pour les deux 
bâtiments ; à Londres, point d'ornementation : une construc- 
tion simple en fonte et en bois, sans maçonnerie, couverte en 
verre ; à Paris, des murs en pierre décorés avec art, mais qui 
ne servent en rien à la solidité de l'édifice, la construction re- 
posant entièrement sur les colonnes en fonte. A Londres, des 
toitures planes vitrées de sept mètres, de support en support , 
si ce n'est dans les parties principales, la nef et le transept; 
à Paris, des voûtes en verre dépoli dans toutes les parties de 
l'édifice. 

A Londres, la surface totale s'élevait à 95 000 mètres, en 
y comprenant les passages et les cours intérieures , l'admi- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 63 

nistration et les buffets ; à Paris, elle doit être estimée, si 
l'on y comprend le jardin , comme il suit : 

Palais de l'Industrie 50 737 mètres. 

Galerie du quai de Billy 41 540 

Panorama et pourtour 9 026 

Terrain enclos de barrières 22 087 

Total 423 390 

Les conditions des deux entreprises sont, comme on le voit, 
bien différentes; nous ne pousserons pas plus loin cette com- 
paraison, nous bornant à donner quelques indications géné- 
rales sur la disposition des produits en 4 855. 

Palais principal. 

La grande nef est occupée par les produits monumentaux 
de toutes les nations, parmi lesquels on remarque les fon- 
taines des exposants français, le trophée de la marine an- 
glaise, le trophée des terres cuites de l'Autriche , le phare de 
l'administration des travaux publics, la statue du feu roi de 
Prusse. Une glace de Saint-Gobain, une glace belge, deux 
chaires des Pays-Bas , des autels en orfèvrerie et en marbre , 
des bronzes complètent dignement cet ensemble dont notre 
planche indique le caractère principal. 

Au rez-de-chaussée, la partie sud appartient entièrement 
aux nations étrangères; la partie nord à la France. Sur les 
deux fronts, vingt vitrines monumentales renferment des 
produits remarquables. Derrière ces vitrines, des salles sur 
lesquelles plane la vue des galeries, sont consacrées à autant 
d'industries distinctes : ce sont pour la France, l'imprimerie, 
la plastique industrielle, les coffrets et les jouets d'enfants, la 
céramique, la verrerie, lorfévrerie et enfin les bronzes, cette 
gloire de l'industrie parisienne. 

On trouvera dans l'introduction historique, page 4 5, la ré- 
partition de l'espace entre les différentes contrées, soit au rez- 
de-chaussée, soit au premier étage : les plans ci-joints suffi- 
ront d'ailleurs pour indiquer les divers emplacements occupés 
par chacune d'elles. 



64 VISITE 

Les tissus de luxe , les fleurs artificielles , la bijouterie l'ont 
de la galerie supérieure, dans la partie française, un véritable 
paradis des dames. 



Panorama et jardin. 

Au centre d'une grande salle circulaire, dans laquelle la 
lumière est adroitement ména:j;ée, s'élève une vaste estrade 
au sommet de laquelle les di;imanfs de la couronne attirent 
de nombreux visiteurs; tout autour, les chefs-d'œuvre de la 
manufacture de Sèvres, se dessinent en silhouettes gracieuses 
auprès du service de l'empereur, sorli des ateliers de M. Chris- 
tone. 

Les murs sont ornés des magnifiques tapis des Gobelins et 
deBeauvais, qui représentent dignement les manufactures 
impériales auprès des tapisseries de M. Sallandrouze et des 
moquettes d'Aubusson. Quelles perfections dans ces produits: 
ces couleurs inaltérables, fixées sur le bi-ciiit ou le tissu, as- 
surent à ces œuvres d'art l'admiration des siècles à venir. 

La galerie au pourtour renferme d'une part les instruments 
de musique, les armes et la coutellerie; de l'autre, tous les 
produits de fébénisterie française auprès desquels les dessins 
de nos artistes industriels occupent une galerie spéciale. 

Dans le jardin, deux hangars contiennent la carrosserie de 
la plupart des nations représentées au Palais de l'Industrie, 
l'Angleterre et l'Autriche exceptées. Le bâtiment des instru- 
ments et des produits agricoles étale les conquêtes dont les 
arts mécaniques ont doté l'agriculture. 

Dans le jardin , des modèles de construction, le yacht de 
l'empereur, le modèle d'une hélice et un grand nombre de 
pièces de dimensions considérables entourent la galerie cir- 
culaire qui est le principal bulfet de l'établissement. La can- 
tine pour les ouvriers et les hommes de service est placée 
tout auprès du modèle de cité ouvrière qu'a fait construire 
M. Glarck, et qui sera meublé bientôt de tous les objets spé- 
cialement destinés aux populations ouvrières. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 65 



Annexe. 

Le plan général que nous donnons des annexes, indique à 
la fois la distribulion entre les nations étrangères pour la sec- 
tion des produits et pour celle des machines. 

Dans la section des produits, une double galerie de 7 mètres 
de largeur, disposée pour recevoir les produits les moins en- 
combrants, est surtout remarquable par les produits naturels 
des colonies les plus importantes, et par les nombreux instru- 
ments scientifiques qu'elles renferment. Au rez-de-chaussée se 
trouvent les produits minéraux et métallurgiques, les produits 
agricoles des pays étrangers, les substances alimentaires et 
les produits chimiques. 

Vers le centre de l'annexe, la section des produits se ter- 
mine par l'exposition des colonies françaises et les magni- 
fiques collections de l'Algérie. 

Si ces témoins de la fécondité du globe n'offrent pas tou- 
jours une variété suffisante pour attirer les regards des visi- 
teurs les plus pressés, la section des machines, au contraire, 
jouit du rare privilège d'être favorablement apprécié par tous. 
Ces masses de fer de toutes formes qui travaillent le métal le 
plus résistant, la pierre la plus dure, les bois les plus difficiles 
aussi bien que les fils les plus fins et les tissus les plus légers, 
excitent l'admiration générale. Cette longue galerie dans la- 
quelle le mouvement est partout, qui décèle par quels moyens 
l'homme a su soumettre à ses besoins la puissance des eaux 
et celle de la vapeur, qui fait voir comment les mille doigts 
de la mécanique peuvent être doués de tous les genres de pré- 
cision , laisse bien loin derrière elle la galerie par laquelle la 
commission royale de Londres avait inauguré, en 1851, ce 
genre d'expositions. 

La disposition générale fait le plus grand honneur à l'ingé- 
nieur qui a dirigé les travaux et au constructeur qui les a si 
habilement exécutés. 

Notre plan général indique les emplacements occupés par 
les machines des principales contrées. 

Les indications qu'il renferme seront suffisantes pour faire 
connaître au visiteur où il devra chercher les différents pro- 
duits ; mais il nous a paru désirable , avant de nous livrer à 
200 e 



66 VISITE 



un examen comparatif des produits similaires , de jeter un 
coup d'oeil rapide sur l'Exposition de chaque pays. 



FRANGE. 

Annexe, section des produits, travées 44 à 71, de A à D. — 
Annexe, section des machines, travées 71 àlU, deAàD. — 
Bâtiment des produits agricoles. — Bâtiment de la carrosserie. 
— Panorama tout entier. — Palais principal, rez-de-chaussée, 
travées 1 à 32, de A à H. — Palais principal, galerie, tra- 
vées 1 à 10 , de A à B ; 10 à 23 , de A à ; 23 à 32 , de A à B. 

Dans l'examen comparatif des produits des différentes clas- 
ses, la France occupe nécessairement une assez large place 
pour qu'il soit inutile de décrire ici le caractère spécial que 
présente son Exposition. 

Dans les arts du dessin , dans les articles de luxe , elle n'a 
de rivale nulle part ; le bon goût qui préside aux œuvres de 
nos ariistes, le sentiment général de la forme ont dès long- 
temps imprimé leur influence dans la plupart des industries 
françaises. Nous verrons d'ailleurs sur quels points la France, 
soit au point de vue agricole, soit au point de vue de l'indus- 
trie manufacturière, a su maintenir en sa faveur une évidente 
supériorité. 

Afin de rendre plus facile la recherche des produits fran- 
çais , nous avons reproduit la table suivante qui pourra être 
consultée avec fruit. 

Les lettres A, J et P qui précèdent la désignation indiquent 
qu'en général les produits de la même nature, qui appartien- 
nent aux pays étrangers , sont placés dans l'Annexe , dans le 
Jardin ou dans le Palais de l'industrie. 



Nomenclature des produits français, avec l'indication 
des emplacements qu'ils occupent. 

A. Aciers et coutellerie. . . Panorama. 

P. Armes Panorama. 

J. Agriculture ( instru- 
ments d') Jardin, 

^, Agricoles (produits).,. Jardin, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 67 

A. Alimentaires (substan- 
ces) Annexe ; A à B ; 44 à 49. 

P. Bijouterie Palais ; g. G à D ; Il à 20. 

P. Bronzes Palais; r.-d.-c. D. à F ; 20 à 29. 

P. Bonneterie Palais; r.-d.-c. E àF; 1 à 3. 

P. Broderies Palais; g. B etC ; 2 à 28. 

P. Brosserie, vannerie. . . Palais; r.-d.-c. G à D; 2à 8. 

P. Boutons Palais ; r.-d.-c. C à D; 20 à 24. 

A. Boissons Annexe; r.-d.-c. A à B; 47 à 53. 

P. Cotons filés et tissés . . Palais ; r.-d.-c. A à G ; 1 à 6. 

P. Couvertures et flanelles. Palais ; r.-d.-c. D à G ; 30 à 32. 

P. Chaussures Palais ; r.-d.-c. C à D ; 17 à 30. 

P. Chapellerie Palais ; r.-d.-c. G à E ; 1 à 3. 

P. A. Constructions navales. Annexe; r.-d.-c. A àD ; 14 à 16. 

A. Conslruction ( maté- 
riaux de) Annexe; r.-d.-c. B à D; S4à60. 

P. A. Cordages Palais; r.-d.-c. A à B; 14 à 12. 

P. Châles Palais ; g. A ; 24 à 32. 

P. Coffrets et nécessaires. Palais; r.-d.-c. B à A; 9 à 11. 
P. J. Carrosserie , sellerie , 

bourrellerie Jardin. 

A. Cuirs et peaux Annexe; r.-d.-c. AàD; 73 à112. 

A. Caoulchouc, gutta-per- 

cha, etc ,..:... Annexe; g. A à D ; 59 à 65. 

P. A. Chauffage, appareils, etc. Annexe; r.-d.-c. BàD ; 48 à 54. 

P. Dentelles Palais ; g. B à G; 14 à 20. 

P. Draps Palais;r.-d.-c. ; AetB;24à32. 

P. Dessins de fabrique. . . Panorama. 

P. Étoffes de soies Palais ; g. A à G ; 5 à 26. 

P. Éventails et écrans. . . Palais; r.-d.-c. C à D; 19 à 21. 

P. Fleurs artificielles Palais; g. B à G; 10 à22. 

P. Fourrures Palais ; r.-d.-c. D à G ; 1 . 

p. Gravures, lithographies 

et photographies. . . Palais; r.-d.-c. B à G; 3 à 8. 

P. Ganterie Palais; r.-d.-c. G et D; 30 à 32, 

P. A. Horlogerie Annexe ; r.-d.-c. BàD; 44 à 47. 

P. Imprimerie et librairie. Palais; r.-d.-c. B à F ; 3 à 8. 
P. A. Instruments de préci- 
sion Annexe; g. G à B; 44 à 52, et 

r,-cl.-c. BàC; 47 à 48. 



68 VISITE 

P. Jouets d'enfants ^^^^'''^ '•-^:'''- ^^V llï'll' 

P. Laines filées Palais ; r.-d -c. A a C ; 20 a 32. 

P. Mérinos Palais; r.-d.-c. B a C; 19 a22. 

A. Machines Annexe; A a B; 73 a 112. 

p Meubles Panorama. 

P. A. Marbrerie Marquises est et ouest. 

P. Musique ( instruments 

(\q\ Panorama. 

P. Modes et confection , i, tr-ihn 

pour dames Palais; r.-d.-cetg.BetG, 1 a4. 

4 Mines Annexe;r.-d.-c. AaD;5éaGD. 

P Orfévr'erie P^'^^^' ^-l"" "''!'' îo" 

P Porcelaines et poteries. Palais; r.-d.-c. A a E; 13 a 19. 

A* Papiers Annexe; g. G à D; 52 a 57. 

p" Parapluies et camées.. Palais; r.-d.-c. Ca D ; 9 a 14. 
P A Papiers peints et déco- 
rations Panorama. 

A Produits chimiques. . . Annexe; A aB; 49 a 59 . 

a! Quincaillerie Panorama. 

P. Soies grèges et cocons. Palais ; g. A a B ; 30 a 32 

p^ Toiles..! Palais;r.-d.-c. AaB;10a15. 

p' Tapis Panorama. 

P Tapisseries Palais; g. B à C; 10 à 22. 

p Vitraux et stores Palais ; escaliers. 

P. Velours et peluches... Palais; g. B à G; 8 a 12. 
p! Voyage (articles de) .. . Jardin. 

Nous avons dit pour quelles raisons il nous paraissait inutile 
de décrire sommairement le caractère de l'Exposition fran- 
çaise • on trouvera dans les notices suivantes un aperçu gé- 
néral sur celles de chaque pays, en commençant par l'Algérie 
et les colonies françaises. 



ALGÉRIE. 

Annexe , section des produits ; travées 65 à 70, de A à D. 

Dans l'espace réservé à nos colonies, et c'est justice, l'Al- 
gérie occupe la plus grande place; à gauche , se trouvent ses 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 69 

bois, ses denrées alimentaires ; au milieu, ses vins, ses huiles, 
ses matières textiles; à droite enfin, dans les galeries, les pro- 
duits de l'industrie arabe ou coloniale et les objets fabriqués 
avec ces matières premières. 

La collection de bois de TAlgérie est très-complète : essen- 
ces de nos climats et arbres tropicaux, chênes verts, chénes- 
liéges, palmiers, thuyas, orangers, oliviers, cèdres, se trou- 
vent réunis dans notre colonie africaine et peuvent y atteindre 
des dimensions énormes si on en juge par le tronc d'olivier 
sauvage qui aurait eu plus de mille ans d'existence. 

Parmi les bois d'ébénisterie , le thuya se place en première 
ligne; ses belles teintes sombres, ses veines brunes sur un 
fond rouge et chaleureux , expliquent la préférence qu'on lui 
a donnée; des pianos, des meubles, des caisses à liqueur, 
montrent tout le parti qu'on peut tirer de cet arbre précieux. 
M. Testut, ébéniste à Alger, a exposé un grand nombre de 
beaux produits exécutés soit en thuya, soit en olivier, dont 
la couleur est beaucoup plus claire , et qui rappellent dans 
des tons plus jaunes l'acajou neuf. Nous avons remarqué 
surtout un meuble en thuya et en houx coloré en bleu noi- 
râtre, rehaussé d'ornements en cuivre. 

Dans la partie nord de l'Exposition sont placées les huiles 
de l'olivier domestique ; cette galerie obscure que personne 
ne regarde et où se trouvent réunis les huiles, les vins et les 
laines d'Algérie nous paraît, si on y ajoute les céréales, ren- 
fermer tout l'avenir de notre belle colonie; deux systèmes 
sont en effet en présence : faut-il tenler en Algérie la culture 
des denrées coloniales, du sucre, du coton, même du thé, ou 
bien faut-il que nous ayons en Afrique une succursale de 
notre Provence, qui nous donnera des céréales, du vin, de 
l'huile, de la garance, de la soie et de la laine fine? Le pre- 
mier système paraît être celui du gouvernement ou plutôt 
celui du général qui dirige l'administration spéciale de l'Al- 
gérie: un grand prix de 10 000 francs a été décerné en effet 
aux cultivateurs de coton, sans qu'aucune récompense ana- 
logue soit venue encourager les producteurs de céréales; le 
second, surtout représenté par M. Decaisne, professeur de 
culture au Muséum , qui , dans ses leçons comme dans ses 
écrits, soutient son opinion avec l'énergique passion pour le 
bien qu'il apporte dans toutes ses œuvres. Nous ne pouvons 



10 VISITE 

entrer ici dans la discussion que nécessiteraient des ques- 
tions d'un si haut intérêt; cependant, quand on songe à la 
rareté et au prix considérable de la main-d'œuvre en Algérie; 
quand on voit que d'un côté il y a tout à créer, tandis que de 
l'autre il n'y a qu'à continuer la culture à laquelle le sol est 
propre, puisqu'elle y existe de toute antiquité, il nous semble 
qu'il n'y a pas à hésiter. 

La garance, le cochenille, le tabac, le lin, le ricin, l'oli- 
vier, le mûrier, la vigne , l'asphodèle, telle est l'extrême va- 
riété de plantes industrielles que porte le sol algérien. 

Blé dur et tendre, maïs, orge, avoine, dattes, telles sont 
les denrées alimentaires dont l'Algérie peut déjà exporter des 
quantités considérables. Les céréales algériennes paraissent 
d'une qualité tout à fait supérieure, et la palme qu'avait ob- 
tenue l'Australie en 185'! pourrait bien cette année passer à 
notre colonie d'Afrique. 

La culture des fruits sera encore pour ce pays la source 
d'une grande richesse; elle ne disparaît de notre Provence 
que pour se retrouver de l'autre côté de la Méditerranée. Les 
oranges , les citrons , les fruits frais et confits seront sans 
doute prochainement un article important d'exploitation pour 
l'Algérie. 

Les laines enfin , dont nous voyons un grand nombre d'é- 
chantillons et qui méritent toute l'attention , forment une des 
parties les plus importantes de la collection des produits 
algériens. L'Arabe est éminemment pasteur; sa richesse ré- 
side presque exclusivement dans ses troupeaux. Il y attachera 
donc un soin tout spécial et se hâtera de les améliorer si on 
le pousse dans cette voie, si, en lui achetant plus cher des 
produits plus parfaits, on le met à même d'améliorer ses toi- 
sons au moyen de croisement avec des béliers mérinos ; ce 
croisement est appelé à réussir d'autant mieux que l'examen 
que M. Bauderaent a fait d'un grand nombre d'échantillons 
algériens l'a conduit à penser que déjà plusieurs troupeaux 
avaient reçu autrefois du sang mérinos, si toutefois les mé- 
rinos eux-mêmes n'étaient pas originaires de nos provinces 
barbaresques. Au reste , quelques producteurs ont exposé 
des échantillons de toisons croisées qui présentent d(\jà un 
grand progrès sur la laine commune des races indigènes. 

Les vitrines de la galerie nord renferment les produits de 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 71 

l'industrie arabe : écharpes légères et transparentes brodées 
d'or et de soie, burnous rouge et blanc, gaudourahs de mous- 
seline transparente, riches éventails de plumes d'autruche, 
maroquins repoussés , bottes de cavaliers armés de longs 
éperons, babouches de femme sans talon ornées d'or , vraie 
chaussure de haremavec laquelle on ne peut faire un pas, 
mais qui donne à la démarche cette nonchalance , cette pa- 
resse de mouvement qui est un des charmes des mau- 
resques. 

Puis la selle , les harnais , les armes de l'homme de grande 
tente, de l'argent sur le velours et le cuir, de l'argent encore 
sur le fusil et sur le yatagan ; on sent que ces richesses porta- 
tives conviennent à un peuple non attaché au sol , qui veut 
tout transporter avec lui ; peuple nomade qui vit sous la 
tente, qui, lorsqu'il est poursuivi, chasse ses troupeaux de- 
vant lui, et fuit vers le désert, sur sa jument rapide, animal 
de cette race célèbre, aussi élégante que robuste, aussi résis- 
tante que vive, qui deviendra aussi l'une des causes de pros- 
périté de la colonie. 

Les richesses minérales de l'Algérie, encore mal connues, 
mal exploitées , se sont discréditées au point que les actions 
des mines de Mouzaïa et de Tenez sont cotées à la Bourse aux 
prix les plus bas ; les échantillons déminerais sont assez beaux 
cependant, et il est possible que la non-réussite de ces affaires 
tienne plutôt à une mauvaise administraiion qu'à une pau- 
vreté réelle des mines ; de la galène, du fer oligiste, de la 
limonite, promettent à l'Algérie du plomb et du fer; enfin, les 
marbres sont déjà une richesse tout acquise qu'elle pourra 
exploiter quand ses voies de communication seront plus par- 
faites. Nous avons remarqué entre autres quelques beaux 
échantillons de marbre portor qui ne se trouve plus nulle 
part ailleurs. L'agate, connue sous le nom d'onix africain, est 
un magnifique produit spécial à l'Algérie; les plaques qui 
existent à l'Exposition sont de toute beauté; la demi-trans- 
parence, les veines coloriées, le fond blanc jaspé de cette belle 
variété de quartz en feront une des matières premières les 
plus recherchées pour la confection de la sculpture d'orne- 
ment. 

Si Ton se rappelle qu'il y a à peine quinze ans qu'on s'oc- 
cupe sérieusement de cette partie africaine de notre territoire, 



72 VISITE 

on comprend qu'on ne soit pas encore arrivé plus loin. Ce 
qu'on devait demander à cette exposition, c'était de montrer 
non pas ce qui était fait en Algérie, mais ce qu'on pouvait y 
faire; l'exposition des produits minéraux et végétaux prouve 
qu'un immense avenir attend cette succursale de la France, 
où nous pourrons faire ce qui nous manque en Europe ; des 
céréales qui nous donneront un complément utile toujours, 
indispensable quelquefois; des huiles que notre midi ne fait 
plus qu'avec peine; des vins, si la terrible maladie qui ruine 
nos vignerons continue encore ses ravages ; de la soie, enfin, 
de la laine fine si nous suivons l'exemple de l'Angleterre , 
nous réservant de faire de la viande chez nous comme elle a 
fait chez elle, et faisant de la laine fine en Algérie comme elle 
en fait à Victoria et à Melbourne. 



COLONIES FRANÇAISES. 

Annexe , section des produits ; travées 69 à 

La pauvreté et le petit nombre des échantillons envoyés 
par nos colonies a conduit, sans doute, au système de classi- 
fication que nous avons vu en vigueur dans l'exposition de 
nos colonies. Tous les produits réunis, agglomérés, sans dis- 
tinction de pays, qu'ils viennent des Antilles ou du Sénégal, 
de la Guyane ou de la Réunion , forment sans doute un en- 
semble assez satisfaisant au premier coup d'œil, mais cette 
confusion augmente énormément les difficultés d'un examen 
sérieux. Il nous semble qu'il eût été plus digne et en même 
temps plus utile de montrer franchement notre pauvreté; 
plus elle aurait été évidente et palpable, et plus viie on se 
serait occupé de la détruire.... Il est difficile de guérir quand 
on cache son mal. 

Le Sénégal et le Gabon sont peu représentés à l'Exposition, 
ou du moins leurs produits éparpillés sont difficiles à appré- 
cier. Le Gabon nous a envoyé un bel échantillon d'huile de 
palme qui pourra devenir d'un haut intérêt pour le commerce 
de ce comptoir; le Sénégal envoie des dents d'éléphant , de 
la gomme , du caoutchouc, des résines, de l'indigo et des 
armes sauvages. 



A L'EXPOSITION UiMVERSELLE. 73 

L'exposition de l'île de la Réunion est plus riche, elle appa- 
raît toujours avec ses cafés et son sucre, ses épices, muscade, 
girofle et cannelle; l'huile de coco qu'elle envoie pourra de- 
venir un article d'exportation intéressant, maintenant qu'on 
emploie cette huile en grande quantité dans la confection des 
savons. 

Nous avons trouvé dans nos colonies des Antilles des pro- 
duits analogues; leur café et leur sucre continuent à être leur 
principale richesse, grâce à la législation spéciale qui les pro- 
tège ; en revanche , notre Guyane n'a rien , et c'est là une 
grande faute. On s'est beaucoup occupé depuis quelque temps 
de la Guyane ; on espérait et on espère encore arriver à quel- 
ques résultats en faisant de cette colonie un lieu de déporta- 
tion ; mais l'occasion était belle pour montrer les richesses 
naturelles de cette contrée , tandis qu'on sera encore dans 
l'avenir réduit à discuter dans le vide comme par le passé , 
sans avoir vu, sans avoir eu entre les mains les produits de 
cet immense territoire inculte et inoccupé. La faute est d'au- 
tant plus grave, que la Guyane anglaise a une fort belle expo- 
sition bien classée, et dont plusieurs produits montrent tout le 
parti que les Anglais ont déjà su tirer de cette conquête qu'ils 
ne possèdent cependant que depuis quarante ans. 

Nos possessions de l'Inde nous ont envoyé deux magots; 
au moins, on ne leur attachera pas plus d'importance qu'elles 
n'en ont. 

De tous nos établissements d'outre-mer , deux seulement 
peuvent être appelés à un grand avenir : l'Algérie sera une 
seconde France, jeune, fertile, peuplée par le trop plein de la 
mère patrie; elle pourra lui donner les matières premières 
que celle-ci mettra en œuvre; enfin , la Guyane, l immense 
Guyane, saine quand on pénètre à l'intérieur, pourrait pro- 
duire toutes les denrées coloniales que sa latitude lui per- 
met de cultiver et qui réussissent si bien dans les possessions 
anglaises voisines. Le succès de l'Algérie est maintenant cer- 
tain, mais celui de la Guyane est douteux encore si le gouver- 
nement ne se décide à soutenir cette colonie avec une éner- 
gique patience contre la malveillance dont elle est l'objet. 



fi VISITE 



ROYAUME UNI DE LA GRANDE BRETAGNE 
ET DE L'IRLANDE. 

Annexe, section des produits ; travées i à 10 de A à D,— Annexe, 
section des machines; travées 126 à 142 de A à D. — Jardin.— 
Palais principal , rez-de-chaussée ; travées 1 à 16 de H à N. — 
Palais principal, galerie; travées 1 à 15 de K à N. 

L'Exposition universelle de Londres, en 1851, au succès de 
laquelle nos industries françaises avaient si heureusement 
concouru, devait être pour nous un gage de l'empressement 
qu'apporteraient les grands manufacturiers de l'Angleterre à 
se rendre à notre premier appel. L'hésitation fut cependant 
grande. L'opinion publique se préoccupa pendant quelque 
temps des questions économiques qui ferment aux produits 
anglais le marché de la France, et la plupart des industriels 
ne paraissaient vouloir prêter à l'Exposition leur concours que 
dans le cas où il leur serait permis d'espérer , dans un pro- 
chain avenir , un abaissement notable dans les droits de 
douane. En profitant avec habileté de notre communauté d'in- 
térêts dans la question européenne , le dévouement des com- 
missaires anglais parvint cependant à rallier les plus hostiles, 
et plus de deux mille exposants ont envoyé leurs produits à 
l'Exposition. Les nombreuses colonies anglaises, qui ne sont 
pas comprises dans ce nombre, ajoutent encore à la splendeur 
de l'ensemble par l'immense variété de leurs produits. 

Nous jetterons un coup d'œil rapide sur la physionomie 
générale des galeries anglaises, les plus (Complètes après celles 
de la France. Les colonies seront examinées à part, ces pour- 
voyeuses de la métropole offrant chacune un caractère propre 
qu'il est utile de mettre en évidence; les Indes, le Canada, 
l'Autriche nous offriront surtout d'intéressantes richesses. 

Dans la classe des mines et de la métallurgie, nous aurions 
pu désirer une collection plus imposante, eu égard à l'im- 
mense développement que le traitement du fer a pris dès long- 
temps dans l'industrie des îles britanniques, si, en regardant 
de plus près les produits exposés, nous n'y trouvions un choix 
à la fuis sobre et judicieux de toutes les branches les plus im- 



A L*EXPOSITÏON UNIVERSELLE. 7S 

portantes de cette industrie; on s'étonne à première vue du 
petit nombre d'objets ; bientôt on n'est pas moins étonné de 
leur importance. La source de toute la fortune de nos voisins, 
• la houille , devait surtout figurer au premier plan ; 264 échan- 
tillons réunis par le board of trade dans tout le royaume, sont 
là pour attester combien les exploitations de ce précieux com- 
bustible sont nombreuses. Les cokes qui les accompagnent, 
particulièrement ceux de Newcastle, exciteront l'envie de 
toutes les nations moins bien traitées. Les briquettes compri- 
mées d'anthracite et de bitume, pour les forges, la marine et 
les locomotives, sont là pour attester le parti que nos voisins 
savent tirer de ce combustible si riche, mais d'un emploi dif- 
ficile ; c'est à peine si chez nous l'anthracite est exploitée pour 
quelques fours à chaux ; rarement et comme par exception 
pour le chauffage de quelques usines. 

Quoique les produits de l'industrie du fer soient exposés 
sous le nom collectif du Département des sciences et des 
arts, et que, par conséquent, ils doivent faire l'objet d'un 
éloge d'ensemble, tant pour la beauté des échantillons que 
pour leur judicieux arrangement, nous nous permettrons de 
citer d'une manière toute spéciale deux rails qui, par leurs di- 
mensions, peuventplus particulièrement édifier les visiteurssur 
la puissance de production des usines anglaises : un rail Barlow 
de i6'",02, un rail Brunel de 24"^^, 45, une manivelle colossale 
pour machine de bateau , un canon en acier fondu , sont au- 
tant de pièces importantes dans cette remarquable collection, 
qu'on pourrait simplement appeler une carte d'échantillons, 
tant il est vrai qu'elle représente les véritables produits com- 
merciaux. 

Parmi les autres productions minérales , nous nous borne- 
rons à citer encore celles de l'exploitation de M. Sopwith; on 
trouverait difficilement une illustration plus complète des 
procédés employés dans le traitement des minerais de plomb 
argentifère. 

Les fontes moulées de Coal Brookdale Company sont d'une 
belle exécution sans doute , mais nous leur reprocherions vo- 
lontiers la négligence de leurs dessins. 

Ne quittons pas les produits minéraux sans dire un mot de 
cette belle carte géographique de M. Mylne, qui ne le cède 
en rien, sous aucun rapport, aux plus belles cartes connues. 



76 VISITE 

Les productions végétales occupent, dans les envois des colo- 
nies anglaises, une large place. Leur prodigieuse variété , leur 
action dans l'industrie manufacturière et dans l'alimentation 
du pays, leur assignaient naturellement un rôle considérable 
à l'Exposition de 4855. Mais nous n'étions pas autant préparés 
à voir figurer les produits agricoles de l'Angleterre avec un 
tel éclat. Tandis que les envois des Indes frappent par une 
variété qui exclut, pour ainsi dire, toute classification métho- 
dique, ceux-ci nous apparaissent dans un ordre admirable, et 
nous permettent d'apprécier d'un seul coup d'œil les résultats 
de cette culture perfectionnée dont la nécessité d'une large 
production a su doter cette grande nation. Les céréales , les 
légumineuses , les fourrages, les bois sont pris dans les pro- 
duits naturels eux-mêmes; les racines et les fruits sont repré- 
sentés par des imitations parfaites; les animaux, par des 
peintures soignées. Cette collection, dans son ensemble , fait 
le plus grand honneur au professeur Willson qui l'a faite : 
nous regrettons seulement que la place qui lui a été affec- 
tée dans l'annexe soit un peu éloignée des grandes lignes 
de circulation ; il faut monter dans les galeries pour la 
voir. 

Puisque nous parlons d'agriculture, disons un mot des in- 
struments , de ces instruments de l'Angleterre, si bien con- 
struits, si bien étudiés sous tous les rapports. Ils sont là tous : 
charrues, herses, rouleaux, extirpateurs, semoirs, pour repré- 
senter le système de culture mécanique, si cette expression 
est permise, que nos voisins ont adoptée. Chacun des appareils 
remplit parfaitement, son but; mais ce but n'étant pas le 
même que celui que nous nous proposons avec les instruments 
similaires, ils ne sont applicables chez nous qu'à la condition 
de les employer tous. Les machines locomobiles , qui com- 
mencent à s'acclimater en France, les moissonneuses, les fau- 
cheuses, les faneuses, les machines à battre, dont une pour la 
force d'un homme, forment l'arsenal agricole de l'exploita- 
tion anglaise , sans contredit le plus complet et le plus par- 
fait qui ait été jusqu'alors réuni. Trois constructeurs surtout 
sont à la tête de cette industrie ; M, Croskill , M. Garrett et 
fils, M. Ramsomes et fds ont des usines importantes. Les in- 
struments agricoles de l'Angleterre sont construits dans des 
ateliers complets ; leur construction est chez nous livrée trop 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 77 

souvent aux charrons de village ; différence essentielle qui a 
bien aussi sa raison d'être dans le morcellement de notre 
sol. 

Les machines anglaises sont remarquables par l'invention 
et par l'exécution. Lorsque les Penn, les Whitworth, les 8le- 
phenson, les Fairbairn figurent au nombre des exposants, la 
France peut s'enorgueillir de ne pas être en arrière, et d'op- 
poser aux œuvres du génie anglais ses chefs-d'œuvre. 

Les machines motrices sont moins nombreuses qu'en 
France dans la partie anglaise de l'Exposition. Si nous excep- 
tons les belles machines de Fairbairn, les essais rationnels 
de Siemens, nous voyons en général un point d'arrêt dans la 
construction des machines à vapeur; cependant les machines 
de bateaux préoccupent vivement les constructeurs anglais. 
Mais les machines outils, les machines de filature et, en géné- 
ral toutes les machines de fabrication sont l'objet de conti- 
nuels perfectionnements. La grande presse hydraulique de 
Dunn, pour essayer la résistance des bois et des câbles , les 
machines outils de Whitworth, celles aussi de Buckton, parmi 
lesquelles une machine pour tailler les engrenages et une 
autre pour tailler les molettes, la scierie de John Birch, qui a 
servi à la construction du Palais-de-Cristal de Londres , la 
tréfilerie de Johnson , peuvent donner aux visiteurs des no- 
tions assez complètes sur l'emploi des moyens mécaniques 
usités dans le travail des métaux et du bois. 

Les opérations successives de la filature du coton sont exé- 
cutées devant le public par les belles machines de MM. Platt 
frères ; la machine à peigner le lin , de MM. Comb et Cie ; le 
tissage mécanique de M. Smith et frère, donnant 230 coups 
de navette à la minute ; le beau Jacquart à double effet du 
même fabricant, enfin le métier à moquettes de M. Wood 
complètent l'assortiment des machines employées dans les 
arts textiles. Ce dernier appareil , qui coupe la trame pour 
produire le velouté , a été acquis, quant au principe , à l'Ex- 
position même, pour l'énorme prix de 230 000 francs. 

La locomotive Stephenson , célèbre par le nom de son in- 
venteur, ne présente aucune supériorité sur nos machines 
françaises. La pompe d'Appold étonne toujours la foule par 
la nappe d'eau qu'elle entretient; un autre appareil, de 
M. de Bergue, cherche à lui faire une concurrence dans 



78 VISITE 

laquelle il lui sera difficile de l'égaler quant à l'effet utile 
produit. 

Parmi les machines de moindre importance, nous citerons, 
pour l'élégance de leurs principes et l'intérêt qu'elles offriront 
aux visiteurs, un appareil de M. Cripps, de Manchester, pour 
graver sur rouleaux les dessins d'étoffes dessinées sur papier, 
au moyen d'une transmission par courroies en ressorts d'a- 
cier ; un indicateur de niveau, de M. Coffey , avec soupape 
selfacting, se fermant d'elle-même si le tube indicateur vient 
à se briser ; une charmante petite machine pour marquer de 
numéros successifs les tickets de chemins de fer; enfin , le 
ventilateur de Lloyd, qui ne doit faire aucun bruit quand il 
fonctionnera; nous verrons bien. 

Nulle part, si ce n'est à Paris et à Bruxelles, on ne fait 
aussi bien la carrosserie qu'à Londres ; aussi les voitures an- 
glaises attirent-elles l'attention générale. Tout est si bien 
en ce genre, qu'il est à peine permis de dire que les voitures 
de MM. Davis et fils, celle de M. Rock, le dog-cart de M. Sta- 
rey ont une légère prééminence. 

L'horlogerie anglaise est toujours irréprochable, mais ne 
présente cette année aucune nouveauté fort essentielle ; 
nous nous bornerons à distinguer les produits de deux maisons 
importantes de Londres, celles de MM. Davis et fils, et de 
MM. Frodsham et Baker, pour leurs chronomètres. L'exposi- 
tion des instruments d'optique est plus complète et compte 
des instruments de premier ordre : nous parlerons en détail 
du grand cercle méridien du professeur Airy, dont un modèle 
en bois et carton a les honneurs de la nef : plusieurs autres 
observatoires, celui d'Edimbourg, celui de Kew, ont envoyé 
la plupart de leurs instruments d'observation pour l'astrono- 
mie et la météorologie. Lord Wrottesley, lord Ross ont suivi 
l'exemple des établissements publics. Le modèle du téles- 
cope de lord Ross , est accompagné d'épreuves photogra- 
phiques du monde planéteiire : ces représentations sont toutes 
fort intéressantes. Les microscopes de M. LuddsetdeM. King, 
de Bristol, sont d'une excellente construction, et les prépara- 
tions microscopiques deTopping sont bien faites. Les appa- 
reils enregistreurs d'Oshr et de Brooke sont tout à fait excep- 
tionnels. On sait que les observations météorologiques de 
l'observatoire royal de Greenwich sont toutes faites avec les 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 79 

beaux instruments que le Conservatoire des arts et métiers 
de Paris s'était empressé d'acquérir en 1851, et ce sont ceux- 
là même qui sont exposés au Palais de l'Industrie. L'image 
photographique continue que l'on obtient de toutes les varia- 
tions barométriques, thermométriques et autres, permet de 
conserver une trace permanente des différents phénomènes ; 
ces instruments ne sont pas encore répandus en France, mais 
l'observatoire de Paris vient d'en étudier la marche. La col- 
lection des instruments trigonométriques du lieutenant-géné- 
ral James, de l'arme du génie, est la plus complète que l'on 
puisse voir. 

Les appareils de chauffage et de télégraphie figurent en 
grand nombre dans la neuvième classe ; l'appareil fumivore 
du docteur Arnott, les grilles deHoole, les soufflets de M. Omons 
sont surtout intéressants. Les appareils électriques du profes- 
seur Wheastone, le télégraphe électrique de Walker employé 
sur le Soulh-Easthern-Railway, celui de W. Henley, auquel 
un aimant artificiel sert de pile, ainsi qu'un appareil du 
même genre avec lequel il peut obtenir et transmettre à une 
distance quelconque une étincelle incendiaire; la collection 
des fils métalliques pour télégraphes sous-marins, mines, che- 
mins de fer, de M. Newall, sont principalement dignes d'inté- 
rêt : un spécimen du câble de Calais à Douvres fait partie de 
cette dernière collection. 

Non loin de ces objets sont les modèles destinés aux écoles 
du département des sciences et arts : l'institution de Marlho- 
rough-House, a été fondée avec les fonds provenant de l'expo- 
sition universelle de 1 85 1 . Bien que gérée par une commission 
indépendante, sous la présidence de S. A. R. le prince Al- 
bert, cette entreprise ne voulut faire aucun bénéfice. Tous 
les fonds disponibles devaient, aux termes même de sa con- 
stitution, être employés en faveur du développement de l'in- 
dustrie. Il n'en pouvait être fait un meilleur usage que par la 
création de ce nouveau service public , qui, sous une admi- 
nistration intelligente, a su répandre ses bienfaits dans toutes 
les provinces du royaume. Les modèles exposés sont ceux 
que l'établissement central fait établir au meilleur marché 
possible pour les céder encore avec réduction de prix aux 
établissements secondaires ; on s'est moins attaché à produire 
fies modèles irréprochables qu'à les rendre facilement accegv 



80 VISITE 

sibles par leur prix, et c'est à ce point de vue surtout qu'il 
importe de les juger, encore bien que plusieurs soient d'une 
exécution parfaite. 

M. le professeur Willis s'est placé dans le même ordre d'i- 
dées pour la construction de ses intéressants modèles de mé- 
canique. Sa double machine d'Atvood fait immédiatement 
saisir quelques lois de la chute des graves et quelques prin- 
cipes élémentaires de la science ; le joint universel de Hooke 
avec ses plateaux divisés rend un bon compte de toutes les 
circonstances du mouvement transmis par cet organe. 

Le département des sciences et arts a déjà obtenu des ré- 
sultats considérables depuis quatre ans : il s'est mis résolijment 
à l'œuvre pour faire pénétrer le goût des arts dans les masses, 
et déjà quelques objets de l'exposition anglaise sont, sous le 
rapport de la forme, bien supérieurs aux produits similaires 
à l'exposition de 1851. 

Les produits chimiques, les substances al'imentaires, les 
instruments de chirurgie seront examinés dans leurs classes 
respectives avec les détails convenables. Disons que les pro- 
duits chimiques proprement dits sont plutôt des produits 
exceptionnels de laboratoire que des objets de grande fabri- 
cation : la collection de Londres était plus industrielle que 
celle d'aujourd'hui. Le prussiate rouge de Kind, sa naphta- 
line, les beaux produits de M. Warren Delarue, le camphre, 
le calomel, le sublimé corrosif de Baker sont parmi les pro- 
duits les plus intéressants. Les appareils en platine de Ben- 
thums et Froends sont tout à fait remarquables. Le graphite 
désagrégé chimiquement de Brodu appelle d'autant plus l'at- 
tention que cette matière réduite en poudre, purifiée par lévi- 
gation et rassemblée par pression dans le vide en blocs suffi- 
samment résistants , sert à la fabrication de ces excellents 
crayons dont l'Angleterre a le monopole et dont la mine est 
détachée par sciage des blocs ainsi obtenus. Il paraît que la 
désagrégation s'obtient au moyen de l'acide sulfurique. 

Les cuirs et les papiers qui se rattachent aux industries 
chimiques ont d'habiles représentants : les cuirs tannés de 
M. Hepburn, les maroquins pour reliure de MM. Watson et 
Robert, les maroquins pour sellerie de MM. Wilson et Walker 
sont de la plus parfaite fabrication. Aussi, voyez comme ils 
sont mis en œuvre dans ces nombreux spécimens do la selle- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 81 

rie anglaise dont M. Langdon surtout peut être fier. Les pa- 
piers de luxe de M. Delarue dans le palais, ceux de Holling- 
worth dans l'annexe, la collection des nouvelles matières 
premières employées dans la fabrication et réunies par le mi- 
nistre du commerce, les vieux cordages et le papier qui en 
provient, de M. Lamb, forment unesériedesplus intéressantes. 

La classe des substances alimentaires se fait surtout remar- 
quer par les fromages les plus renommés et les conserves de 
bœuf salé. 

La marine et l'art militaire, celui des constructions civiles 
devaient être largement représentés à l'exposition. Le grand 
trophée de la nef, d'un aspect un peu sauvage, a le rare mérite 
d'attirer l'attention générale. Composé de tous les éléments 
principaux du matériel naval, il est surtout remarquable par 
ces modèles si bien exécutés de navires, de barques, de ba- 
teaux pêcheurs, de bateaux de sauvetage, du comité de Sun- 
derland. Les dessins de R. Napier et fils, parmi lesquels 
celui du bateau à vapeur le Persan, maintenant en construc- 
tion, de la puissance de 1000 chevaux, et de 3600 tonnes, 
sont moins visités, malgré l'intérêt réel qu'ils présentent, que 
la coupe longitudinale du James Buyns, qui laisse voir tous 
les aménagements intérieurs et l'ameublement de ce navire 
plus spécialement chargé pour l'Australie. 

Si l'on voulait caractériser d'un mot la puissance maritime 
de l'Angleterre, il suffirait de citer les nouvelles construc- 
tions de Blackwall : ce bâtiment, qu'exécute en ce moment 
jM. Scott Russell, disposera de 3000 chevaux de force et pourra 
porter 30 000 tonnes. Telle est la richesse de l'Australie que 
les Anglais, pour communiquer avec elle, n'hésitent pas à 
préparer d'aussi prodigieux moyens de transport. 

Le choix sera difficile pour faire seulement quelques cita- 
tions parmi les modèles de construction. Le modèle en relief 
des docks et du port de Sunderland, ceux du pont de Salt-Ash, 
du pont de Chepstow, par Brunel , celui du Merinos-Salt de 
Bradfort, le Victoria-Bridge, enfin le magnifique modèle du 
Britannia, ce premier pont tubulaire qui relie l'Angleterre à 
TÉcosse, tels sont ceux qui suffisent pour faire apprécier les 
ressources immenses dont nos voisins disposent dans les 
constructions qu'ils savent élever partout où leur commerce 
en demande. 

206 f 



8^ VISITE 

Toutes les industries des métaux ouvrés sont amenées depuis 
longtemps en Angleterre à un degré de perfection que les 
moyens mécaniques dont disposent toutes les usines ontcontri- 
bué depuis vingt ans à développer encore ; cependant ellesn'ont 
pas également répondu à l'invitation qui leur était faite en ce 
moment par la France. Tandis que la fabrication des aciers et 
celle des outils de toutes sortes a pris soin d'envoyer ses plus 
beaux et ses meilleurs produits , la quincaillerie proprement 
dite s'est presque entièrement abstenue, ou du moins n'a 
envoyé qu'une représentation insuffisante des nombreux 
articles qu'elle fait en si grande quantité ; serait-ce que les 
conditions du concours, bien différentes pour ces deux indus- 
tries principales, ont encouragé les uns et conseillé l'absten- 
tion aux autres? Encore bien que la France possède quelques 
fabriques d'acier fin, que quelques-unes de nos usines préfè- 
rent quelquefois aux aciers anglais, c'est là un fait exception- 
nel qui ne saurait suffire pour contester la supériorité géné- 
rale des aciers anglais sur les nôtres. La maison anglaise de 
W. Jackson est encore en possession du marché français, 
sinon pour toutes les grosses pièces, au moins pour tous les 
aciers de taillanderie et de qualité, elle tient encore le pre- 
mier rang sur notre importante maison Jackson frères, Petin, 
Gaudet et C% et sur les beaux produits prussiens de M. Krupp. 
Les aciers fondus de la maison Bedford, à Schefifield, illustrés 
par là plus belle collection de limes que l'on puisse voir, ceux 
de Specer et Jackson, les ressorts [de Tliurton et fils, et 
dotant d'autres, soutiendraient encore la supériorité des 
aciers anglais en l'absence de la maison principale. Les faux 
de Gurfelt et fils, les faucilles de Butterley, Hobson et Cie, 
ajoutent encore à l'importance de cette magnifique exposi- 
tion. 

Les arts métallurgiques se sont tellement développés en 
Angleterre , que partout où la fabrication mécanique peut 
être introduite, la beauté des résultats et le bas prix ne lais- 
sent rien à désirer. Mais aussitôt que la main-d'œuvre devient 
considérable, nos grands établissements, favorisés par le bas 
prix des salaires, peuvent soutenir avec avantage la concur- 
rence. Nous pourrons citer tels articles de serrurerie, qui, 
fabriqués en France avec les fers anglais, vont se vendre en 
Angleterre à des prix inférieurs aux produits anglais eux- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 83 

mêmes, quoique chargés de frais de transports et de droits 
considérables. 

Parmi les petits objets en métal, nous trouvons en général 
des formes commodes, mais bizarres, exécutées avec tout le 
soin et la solidité désirables ; mais ces objets d'usage journa- 
lier nous semblent souvent trop chargés d'ornements et de 
moulures sans but et sans originalité. Nous avons cependant 
remarqué beaucoup de choses intéressantes, les petits bronzes 
pour l'ébénisteriede Wooldridge, les tuyaux et appareils à gaz, 
de Russell et Cie, la serrurerie d'appartement, de Hart et fils, et 
de Boobbyer, les serrures de sûreté de Bramah, les articles 
de fantaisie d'Allen et Moore, les services de table et de thé 
de Griffiths et Cie, les poteries en fer émaillé de Henrich et 
fils, surtout ses tubes pour conduites d'eau; les mors et autres 
articles de sellerie, de Valsall, se recommandent à divers titres, 
mais, eu général, pour le prix et l'exécution. Les aiguilles 
anglaises ont une supériorité bien établie; les tôles vernies 
de Hopkins, les cheminées de plusieurs fabricants ne nous 
paraissent ni commodes ni bien appropriées au combustible 
minéral, le seul employé en Angleterre pour les usages domes- 
tiques. Peu habitués à ces formes anormales, nous les jugeons 
peut-être avec trop de sévérité ; les fourneaux de cuisine se 
rapprochent davantage des nôtres ; ceux de MM. Benham 
et fils sont parfaits : rien n'y manque, et ils ne sont point 
surchargés d'ornements. 

La grille en fonte de M. Baylegs, qui se trouve à l'est de la 
nef, est certainement la meilleure pièce d'ornement en 
fonte. 

Si l'exposition de l'orfèvrerie anglaise a pour but de mon- 
trer que la Grande-Bretagne est riche et qu'elle peut laisser 
dormir impunément de gros capitaux, elle a parfaitement 
réussi , car il est rare de voir réunies d'aussi grandes masses 
d'argent ; mais si nos voisins ont cru exposer des objets d'art, 
ils se sont considérablement trompés. Le mauvais choix des 
sujets a beaucoup contribué à cette non-réussite ; des accidents 
de chasse , des scènes historiques, des épisodes de romans ne 
sont pas toujours faits pour fournir un thème à des œuvres 
dont les conditions sont aussi spéciales qu'un vase, une ai- 
guière ou un candélabre. Le goût un peu bourgeois de la com- 
mande a mis l'artiste dans In nécessité de placer de petites 



8i VISITE 

figures les unes à côté des autres, sans pouvoir les réunir et les 
grouper en une ligne agréable à l'œil. 

La pièce de la société des orfèvres de Londres nous semble 
être ce qu'il y a de meilleur, ce genre étant une fois admis, 
et cependant là encore l'exécution artistique laisse à désirer ; 
les figures sont mal dessinées, peu élégantes et bien décidé- 
ment en argent. Personne ne pourra croire qu'elles s'anime- 
ront jamais. 

Deux choses cependant méritent l'attention : un bouclier 
et plusieurs vases en argent bruni dont le ton sobre permet 
de voir les détails , tandis que le brillant des autres objets 
produit un miroitement qui fatigue. Ces œuvres ont été des- 
sinées et exécutées par un Français. 

M. Elkington a seul une exposition réellement remarqua- 
ble. Dans une vitrine de la galerie , on peut voir des imita- 
tions littérales de l'antique et de l'art indien qui valent mieux 
que les œuvres du cru anglais. L'exemple de M. Elkington, 
qui a certainement pris modèle sur nos artistes, devrait être 
suivi. L'Angleterre est assez grande, elle est assez supérieure 
à toutes les nations dans plusieurs industries, pour avouer 
franchement qu'elle est inhabile à certaines choses , et puis- 
qu'elle est riche , qu'elle prenne nos sculpteurs et nos peintres ; 
ils la guideront plus sûrement dans la bonne voie, ils la ra- 
mèneront au beau style de l'école florentine du xvi^ siècle 
qui , en somme, n'a jamais été surpassée. 

La bijouterie anglaise est bien supérieure à son orfèvrerie, 
autant d'un côté il y a de lourdeur et de richesse grossière: 
autant ici il y a de délicatesse et de bon goût. L'exposition 
est tout à fait remarquable par la beauté des pierres , cela va 
sans dire, mais aussi par l'extrême habileté de la monture: 
ce que nous n'attendions pas. Les diamants, les rubis, les 
saphirs se lient les uns aux autres sans qu'on s'en doute; l'ar- 
gent disparaît sous ces flots de pierreries. Les bijoux en or 
sont travaillés avec une rare perfection de main-d'œuvre : 
entre autres les tissus entrelacés pour parures, de M. Bisson. 

Puisque nous en sommes aux œuvres d'art, nous pouvons 
passer aux poteries anglaises; nous aurons là beaucoup à 
apprendre. Les arts céramiques sont arrivés à de beaux résul- 
tats en Angleterre ; elle fait aussi bien que nous les })orcelaines 
et les faïences de luxe, si nous réservons toutefois les chefs- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 85 

d'œuvre de notre manufacture impériale. Mais elle fait infini- 
ment mieux les grès et les terres cuites pour les arts et les 
manufactures. 

Quelques-uns des objets de M. Minton sont tout à fait hors 
ligne ; nous avons surtout admiré de petits vases à forme len- 
ticulaire qui portent des ornements d'or et des figures peintes 
dans ces tons sobres, pâles, qu'affectionne M. Gérome, et 
dont il donna un si beau spécimen dans le grand vase de l'ex- 
position de Londres, Deux candélabres offerts par S. M. la 
reine Victoria à l'empereur sont de très-bon goût; nous n'au- 
rions pas cru que le biscuit de porcelaine put aussi bien se 
placer à côté du bronze. M. Minton a encore de belles imita- 
tions de l'étrusque et des bustes d'après l'antique qui jouent 
le marbre à s'y méprendre. Au reste nous ne sommes pas 
seuls de notre avis ; le nombre de vendu exposé sur les pro- 
duits de M. Minton , fait voir qu'il est fier de montrer que les 
Français ont apprécié son talent et son habileté. 

Les poteries de grès dénotent une fabrication bien plus 
avancée que la nôtre; de grands appareils pour les distilleries 
et les opérations chimiques, des serpentins énormes munis 
de robinets, une foule de pièces que nous employons ordinai- 
rement en fer-blanc ou en étain sont là en terre cuite et en 
grès, et il est inutile de parler de l'économie que peut procu- 
rer cette substitution. 

La cristallerie anglaise est en retard au contraire. Les ver- 
res taillés et moulés sont lourds; ils n'approchent pas de cette 
légèreté, de cette forme ample et délicate dont la mode s'est 
répandue en France depuis quelques années. En revanche 
certains articles spéciaux sont parfaits : de grandes jattes à 
mettre le lait, une foule d'objets usuels se recommandent par 
leur bon marché. L'exposition de MM. Chance frères et Cie, 
de Oldbury , nous arrêtera un instant : et d'abord de magni- 
fiques objectifs de 0"',74 de diamètre ; on comprend toute la 
difficulté d'exécuter, sans un défaut, sans une soufflure, une 
pareille masse de verre qui pèse plus de 60 kilog. 

Le bloc de verre dans lequel le disque est taillé pèse plus 
de 200 kilog.; c'est dans ce bloc qu'il faut chercher dans tous 
les sens une masse qui présente l'homogénéité désirable, tail- 
ler, puis faire recuire; cette dernière opération est la plus 
dangereuse; souvent le disque se brise en refroidissant. Les 



86 VISITE 

objectifs de MM. Chance sont au nombre de deux, l'un exis- 
tait à l'Exposition de ISol ; on a mis 5 ans avant d'obtenir le 
second. 

Nous trouvons à côté de ces objectifs de grandes masses de 
verre dépoli pour les serres, et des vitres d'un mètre carré de 
deux couleurs, rappelant les verres de Bohême : un verre 
blanc et un verre coloré sont accolés , puis, à l'aide de l'acide 
fluorhydrique, on enlève le verre coloré par places , et on 
obtient ainsi une gravure en creux, blanche, qui produit un 
joli effet en se détachant sur le fond rouge. 

Les fenêtres du grand escalier de l'Est portent quelques vi- 
traux appartenant à la chambre des lords dont nous ne par- 
lons que pour mémoire. 

La fabrication des tissus est , chez un peuple , la première à 
laquelle il se livre, parce qu'elle satisfait à ses besoins les 
plus impérieux lorsqu'il a pourvu à sa subsistance. Nous 
voyons ensuite cette fabrication se développer avec une rapi- 
dité toujours croissante à mesure que toutes les autres in- 
dustries manufacturières lui servent en quelque sorte de 
bases dans ses périodes successives d'accroissement. Si ces 
observations sont fondées, rien ne saurait mieux peindre la 
puissance industrielle de l'Angleterre que l'importance de 
ses industries textiles : en aucun point du globe ces indus- 
tries ne sont à beaucoup près aussi développées : cherchant 
partout ses matières , la Grande-Bretagne envoie partout ses 
produits, et son commerce d'exportation en tissus est la 
source la plus abondante de son incroyable prospérité. Les 
cotons , les laines , les soies que son climat ou d'autres né- 
cessités lui refusent , elle les obtient le plus souvent en 
échange des mêmes produits dont elle a quadruplé la valeur 
par le travail. 

L'industrie du coton est , de toutes , la plus importante et 
la plus prospère ; Manchester, qui en est le principal centre , 
lui doit d'avoir décuplé sa population en cinquante ans. L'An- 
gleterre seule met en œuvre quatre fois autant de coton que 
la France. 

C'est surtout au point de vue commercial que l'exploitation 
des cotonnades a été faite ; Les districts de Manchester et Sal- 
ford se sont fait représenter en masse : on a pris chez chaque 
fabricant ce qu'il fait , non de plus beau , mais le mieux , et 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 87 

ies produits ont été placés de manière que les visiteurs, les 
acheteurs surtout, puissent les examiner à loisir sur les vastes 
comptoirs qu'il occupent. Malgré cette simplicité d'arrange- 
ment , ces tissus n'en forment pas moins la plus riche et la 
plus belle collection qui ait jamais été faite. Aucun nom n'est 
sur les produits , mais un carnet d'échantillons bien fait suffit 
pour enregistrer chaque jour des ordres importants. 

Quoique l'introduction encore récente du coton en Europe 
ait modifié d'une manière notablela prééminence qu'avaient eue 
jusqu'alors les différentes industries qui s'exercent sur la 
laine, les emplois variés que l'on fait de cette matière, pure 
ou mélangée , lui ont permis de subsister et de s'accroître à 
côté de l'industrie cotonnière. La population deBradford s'est 
élevée, de 1801 à 1830, de 6400 à 23 000 âmes. Leeds, qui 
fabrique en grande quantité les draps , ne s'est fait repré- 
senter que d'une manière insuffisante, sinon par rapport à 
la bonne qualité des produits, du moins par leur quantité. 
Les tissus pour robes d'Halifax et de Glascow sont convoités 
par nos parisiennes, qui ne peuvent, à prix d'argent , s'en 
procurer. Ceux de M. Akroid et fils attirent surtout les re- 
gards. 

La belle collection des popelines d'Irlande jouit avec les 
châles d'Ecosse de la même vogue. Parmi ceux-ci , les tartans 
de M. Alorgan et Cie, parmi ceux-là les tissus de MM. Pim 
frères et Cie, de Dublin, ont les honneurs. Les châles de 
MM. Kerr et Scott , et ceux de MM. Claburn et Crisp ne dif- 
fèrent des châles français que par leurs prix plus favorables. 

Les tissus d'Alpacca de MM. Sait, Titus et Cie sont d'au- 
tant plus admirés qu'il est impossible de se les procurer en 
France. 

Quoique quelques essais d'éducation du ver à soie aient 
été faits en Angleterre sans grand succès, et que par consé- 
quent toute la matière que la fabrication des soieries con- 
somme provienne exclusivement du commerce extérieur , la 
valeur de la matière brute actuellement mise en œuvre atteint, 
si elle ne dépasse, 125 millions de francs. Manufacturées dans 
un grand nombre de villes , les soieries anglaises sont nota- 
blement inférieures aux nôtres ; nous excepterons cependant 
de cette appréciation générale quelques moires antiques, celles 
de M, Clarke et celles de MM. Kempe Stone et Cie , les ma- 



88 VISITE 

gnifiques velours de M. Th. Kempe, les très-beaux crêpes de 
MM. Grout et Cie. Les autres tissus, les rubans surtout, sont 
d'une infériorité marquée, et ils n'ont d'autre mérite que leur 
bon marché. 

Tel est l'avantage d'une puissante organisation commer- 
ciale et industrielle que les tissus de MM. Harrop, Taylor et 
Pearson , exclusivement confectionnés avec des soies de 
Chine , ont un prix moitié moindre que celui des tissus de 
Lyon fabriqués avec la soie française. Les étoffes de soie pour 
tentures de MM. Kerth et Cie font un bon effet. 

Le lin est un des produits les plus importants de l'Irlande, 
mais les quantités sont insuffisantes, on le pense bien, pour 
alimenter toutes les fabriques du royaume : 70 millions de 
kilogrammes sont tirés du dehors. Dundee , Arbroust , Belfast 
sont les principaux sièges de l'emploi du chanvre et du lin. 
Lorsqu'on se rappelle l'importance des tissus damassés en 
Angleterre, on s'étonne que cette grande industrie ne soit 
pas mieux représentée au Palais des Champs-Elysées, quoique 
M. Beveridge de Dumferline ait une exposition remarquable; 
les toiles à voiles et les batistes sont plus favorisées sous ce 
rapport. 

La bonneterie anglaise jouit d'une grande réputation qu'elle 
mérite à tous égards : solidité et bon marché , ce sont là les 
seules qualités dont on ait à s'inquiéter dans les produits de 
cette nature. Les bas, les tricots se présentent à des prix dont 
nous ne nous doutons pas en France; à côté des dentelles si 
connues d'Angleterre , et qui sont magnifiquement représen- 
tées à l'Exposition, se trouvent des rideaux brodés à la méca- 
nique d'un bon marché fabuleux, article peu connu chez nous 
et qui y aura un grand succès s'il peut s'introduire en fran- 
chise. Le confort anglais ne saurait se passer de tapis : aussi 
les manufacturiers se sont-ils mis à l'œuvre et ont-ils pro- 
duit ces tapis assez jolis et à si bon marché qu'on en rencontre 
partout à Londres d;ms les appartements comme sur les esca- 
liers; ce qui est encore un luxe chez nous est une habitude 
de l'autre côté du détroit. Nous n'avons rien vu d'aussi bril- 
lant , non pas que nos tapis de Beauvais et des Gobelins , 
mais que nos produits habituels français. En revanche, nous 
avons vu des tapis dont toutes les bourses peuvent appro- 
cher, ce qui vaut mieux. Toutes les fois qu'elle peut fabri- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 89 

quer en grand pour les masses , que les machines peuvent 
jouer le rôle le plus important dans la production , l'Angle- 
terre triomphe et nous laisse loin derrière elle. C'est le carac- 
tère propre de cette belle exposition anglaise : infériorité de 
l'artiste, supériorité de l'ouvrier : faire bien, beaucoup, à 
bon marché, voilà ce que fait l'Angleterre ! Faire beau mais 
peu , voilà malheureusement ce que fait la France , avec ses 
produits élégants qui restent l'apanage des classes aisées et 
ne pénètrent pas dans les masses. 

Les industries concernant l'ameublement et la décoration 
ne sont pas une des parties les plus brillantes de l'exposition 
anglaise ; cependant les galeries du rez-de-chaussée qui ren- 
ferment cette classe comptent quelques objets d'un haut in- 
térêt. 

Un autel en pierre de Caen , dans le goût du moyen âge, 
destiné à une chapelle de l'Immaculée Conception , est d'un 
bon style gothique et l'exécution en est très-soignée. 

Quelques corniches en carton pierre, d'après des dessin:; 
probablement français, sont les choses les plus intéressantes, 
en y ajoutant toutefois les produits d'une nouvelle industries 
qui nous paraît appelée à un grand avenir. 

M. Magnus de Londres expose des chambranles de cheniinéi^ 
en ardoises émaillées au grand feu , qui jouent très-bien lu 
marbre et qui ont sur lui l'avantage d'un extrême bon mar- 
ché ; quand les ornements sont de bon goût , les produits de 
M. Magnus ne laissent rien à désirer. 

Les ébénistes anglais n'ont envoyé qu'un petit nombre de 
meubles au grand concours de 1855 ; presque tous ces objets 
en style gothique sont assez ordinaires; ils sont solides, per- 
sonne n'en doutera , mais ils exagèrent même un peu cette 
qualité qui dégénère en une lourdeur exagérée. 

Nous dirons plus loin tout le prix que nous attachons au 
meuble de Graham ; cette œuvre exceptionnelle demande à 
être examinée en détail. 

Quelques lits, quelques chaises gothiques, un buffet en bois 
sculpté, enfin un meuble compliqué servant de bibliothèque., 
de pupitre à feuilleter les livres et à écrire, c'est là presque 
toute l'exposition des meubles anglais. 

Si nous passons sous silence la marqueterie, les boîtes mi- 
roitantes imitant les laques indiennes, nous ne pouvons nous 



90 VISITE 

dispenser de citer quelques sculptures sur bois très-remar- 
quables. M. Wallis, à Louth ^Lincoln), a plusieurs groupes 
d'oiseaux : bécasses et perdrix exécutées avec un talent hors 
ligne; nous trouvons près de là plusieurs bouquets de fleurs 
également sculptés sur bois , mais bien inférieurs aux œuvres 
de M. Wallis. 

Les papiers peints anglais couvrent les murs du grand es- 
calier de l'est ; ils sont bon marché, et de plus les fabricants 
de la Grande-Bretagne ont la sagesse de ne pas demander à 
cette industrie plus qu'elle ne peut faire; les papiers sont 
couverts de dessins de fantaisie ; ce ne sont pas de mauvais 
tableaux comme ceux que font maintenant nos fabricants 
en ce genre. Une bordure qui règne le long du vestibule de 
l'est, copiée de l'Alhambra, est d'un fort bon effet. 

Dans ce même escalier, nous trouvons une collection de 
bois d'ébénisterie et de marbres imités , bien supérieurs à 
tout ce que nous connaissions en ce genre. 

Le caoutchouc se trouve sous toutes les formes dans l'expo- 
sition anglaise comme dans la nôtre: bateaux, manteaux, 
vêtements de plongeur, souliers, bretelles, manches de cou- 
teau, bois de fusil, tout est en caoutchouc; les vêtements 
imperméables sont bien confectionnés , et quelquefois le 
caoutchouc est entièrement dissimulé dans une étotfe légère; 
les prix sont encore un peu élevés , mais nul doute que si la 
demande continue à croître comme elle le fait depuis quelque 
temps, on arrivera à produire ces articles à prix réduit. 

Au milieu de l'exposition des chaussures, qui nous ont paru 
peut-être moins élégantes que les nôtres, nousavons rencontré 
un nouveau mode de fabrication qui conduit à un bon marché 
extrême : les bottines de troupe de M. Atoff , de Londres, ne 
coûtent que ï fr. 60 c. ; les chaussures de chasse, un peu plus 
soignées, reviennent à 5 francs. 

Le manque d'indication des prix ne nous a pas permis de 
découvrir ces produits fabriqués à des prix très-faibles, pour 
femmes et enfants, ([ui avaient été remarqués à l'exposition 
de Londres, chez MM. llickson, dont l'exposition actuelle doit 
renfermer cependant des articles analogues, sinon supérieurs, 
des souliers d'enfants à 5 fr. la douzaine, 42 cent, la paire, 
des souliers de femme à 7 fr. 50 c. la douzaine, à 62 cent, la 
paire. La douzaine de bottines confectionnée en Angleterre 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 91 

pour l'exportation commençait à 55 fr. en 1851, il est pro- 
bable que les prix en sont encore baissés. 

Les cliaussures pour femmes n'ont rien de bien'remarquable, 
il nous paraît seulement impossible que les produits que ren- 
ferment les vitrines puissent jamais être vendus : les Anglaises 
ne sont pas des Cendrillons et les petits souliers exposés sont 
de la taille de la célèbre pantoufle de verre. 

Si vous n'aimez pas ces gants de peau, bien faits, mais de 
tons bizarres, voyez ceux de laine et de drap que l'Angleterre 
exporte en grande quantité, et qui présentent solidité et bon 
marché. Les ganis anglais s'exportent en Amérique. La 
Grande-Bretagne consomme peu elle-même les produits de sa 
ganterie, et c'est à la France qu'elle demande ses articles de 
luxe. 

Le peuple anglais , voyageur et ami du confort , devait 
mettre grand soin aux nécessaires de toilette : l'exposition en 
renferme en effet quelques-uns, d'une très-grande richesse et 
de très-bon goût, montés en argent et en vermeil; peut-être 
même la recherche a-t-elle été un peu trop loin, et personne 
ne fera croire à un homme sérieux qu'on ait besoin d'au- 
tant de petits outils pour se laver les mains et se faire la 
barbe. 

Des nécessaires de toilette à la librairie, la transition est 
brusque, mais il n'y a qu'un pas à faire à l'exposition pour 
rencontrer les livres et les photographies anglaises ; on nous 
permettra donc, sans autre excuse, de nous y transporter. 

Les Anglais ont une grande collection de gravures et de 
lithographies au Palais de l'Industrie, qui aurait "peut-être été 
mieux placée au Palais des Beaux-Arts; on connaît le remar- 
quable talent des graveurs anglais, dont les œuvres sont 
bien souvent au-dessus des tableaux originaux qu'elles repro- 
duisent. M. Mac Queen, de Londres, a plusieurs planches 
très-johes, entre autres celle de l'oncle Tobie et la veuve 
dans la diligence (Tristam Shandy). Les petits enfants, éta- 
blis sur un banc et apprenant leurs leçons, sont remplis de 
naturel et de finesse; on a pu obtenir, parles procédés de la 
stéréotypie, toute la suite de la Petite Passion d'Albert Durer, 
la facilité de refaire un nouveau cliché quand celui qu'on em- 
ploie est fatigué, permettra de tirer un nombre d'épreuves 
pour ainsi dire infini de ces belles gravures. Il serait à désirer 



92 VISITE 

que la même opération fût reproduite pour toutes les cslam- 
pes dont on a conservé les bois originaux. 

Les tons durset crus des épreuves lithochromiques montrent 
que cette nouvelle méthode n'est pas encore arrivée à toute 
la perfection désirable, mais si on ne peut obtenir d'œuvres 
d'art, on appliquerait cependant ces procédés très-utilement 
aux dessins d'ornement et de machines. 

Les photographies anglaises sont fort belles, nous avons été 
tout à fait séduit par quelques paysages aux tons gris et har- 
monieux dont les sites sont encore plongés dans leslDrouillards 
du matin. Nous n'avons, dans notre exposition, rien qui soit 
supérieur à la collection de la société photographique de Lon- 
dres. 

Quelques épreuves tirées de la reproduction complète des 
collections de la reine d'Angleterre composent un fragment 
du plus haut intérêt et que tous nos peintres devraient aller 
voir. Nous avons surtout remarqué les Trois Grâces^ des frag- 
ments du Massacre des Innocents, la Vierge aux enfants, plu- 
sieurs têtes d'après nature, une Lécla reproduite d'après les 
dessins originaux de Raphaël ; le fac-similé est complet. On 
est là en contact immédiat avec le maître sans une pensée 
entre la sienne et la vôtre; les épreuves de M. Thompson nous 
ont paru atteindre la perfection de M. Delessert dans sa re- 
production du Marc Antoine, ou de MM. Bisson dans celle des 
Rembrandt ; remarquons de plus que les photographies'^de nos 
habiles artistes ont été exécutées d'après des gravures qui se 
prêtent mieux à la reproduction. 

Nous apprécions la netteté de caractère des livres anglais, 
et les gravures sur bois qu'ils renferment sont fort jolies; 
plusieurs d'entre elles, exécutées par M. Thompson, sont au 
niveau de ce qu'on fait de meilleur. Ces livres illustrés nous 
ont paru peut-être un peu chers ; ajoutons que si nous avons 
trouvé dans l'exposition anglaise de sérieux in-folios, reliés et 
imprimésavec tout le soin désirable, nous n'avons rien trouvé 
d'aussi complet, d'aussi charmant que le petit Horace de 
M. Firmin Didot, c'est là un chef-d'œuvre de goût auquel 
l'exposition anglaise n'a rien à opposer. 

Les reliures bon marché sont très-convenables : le livre 
entièrement sombre donne aux lettres d'or du titre beaucoup 
de relief. Les reliures de prix nous ont paru moins heureuses, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 93 

elles sont trop chargées , on voit trop qu'elles ont voulu être 
riches : ce sont plutôt des reliures de livres d'étrennes desti- 
nées à faire de l'effet, que des œuvres sérieuses comme les 
apprécient les amateurs. 

Il ne nous reste, pour avoir passé en revue toute l'exposition 
anglaise, qu'à dire quelques mots des instruments de musique, 
il nous a semblé que la collection la plus complète appartenait 
à M. Érard, qui a plusieurs pianos et une harpe. Les pianos, 
au lieu d'être en acajou comme on les aime en France , sont 
en général en noyer; au reste, on ne trouve rien de nouveau 
dans cette industrie arrivée déjà à une perfection remar- 
quable. 



POSSESSIONS DES INDES. 

Annexe, section des produits, travées. — Palais principal, 
galeries, travées , 1 à 3, K et L. 

Il n'est peut-être pas, dans tout le Palais de l'Industrie, une 
partie qui ait un cachet plus spécial que le coin sud-est de 
la galerie où se trouve l'exposition des Indes. On voit là, 
rassemblés, dans quelques vitrines, tous les produits de cette 
terre à laquelle tout le monde a rêvé. Tissus, meubles, 
armes, jouets, bijoux; tout est là, c'est complet, surtout 
parce que rien n'y est ajouté. L'honorable Compagnie a eu 
le bon esprit de n'apparaître nulle part ; sa main n'a agi que 
pour transporter toutes ces merveilles à Paris, mais elle leur 
a conservé tout leur caractère et toute leur naïveté. 

Singulier peuple que ces Hindous! qui ont tout inventé 
deux mille ans avant Jésus-Christ, et qui en sont restés là, 
regardant passer le monde sans se donner la peine de le 
suivre: vivant près des Anglais comme près des Mogols , avec 
leurs castes nettement dessinées, leur soumission aveugle à 
la fatalité, à la loi du plus fort, servant leurs vainqueurs sans 
se mêler à eux. 

Que de richesses accumulées dans cette exposition, et des 
richesses qui seront toujours inconnues en France et même 
s'éloigneront d'elle de plus en plus, maintenant qu'il nous 
faut faire absolument du bon marché. 

Au milieu, la tente du rajah s'étale dans toute sa splendeur 



94 VISITE 

avec ses tapis de velours rouge brodé d'argent; on croirait 
qu'elle n'est vide que pour un instant : les lits de repos sont 
à leur place; sur les étagères , les jeux d'échecs d'ivoire et de 
corail n'attendent que les mains des joueurs; les pipes cise- 
lées, la coiffure du prince indien , ses éventails de plume, ses 
armes, sont épars sous sa tente. Entouré de tout ce luxe, fu- 
mant, rêvant, se laissant vivre comme il est si facile de le 
faire en Orient, ces fantômes de princes souverains, regar- 
dant danser les bayadères , se font éventer par leurs ser- 
viteurs, tandis que la vieille dame de Londrefi , comme ils 
appellent la Compagnie, veille à tous leurs besoins, les dé- 
barrassant de tout soin comme de toute puissance. On peut 
voir à quelques pas une collection de petites poupées qui sont 
la fidèle image de cette existence sans but, l'étiquette elle- 
même vous le dit : modèle d'un prince indien avec sa suite. 
En effet, c'est un vrai modèle; car celui qui est en chair et 
en os est aussi impassible et aussi inerte. 

Des coffrets de bois de sandale, des boîtes d'ivoire et de 
marqueterie montrent à quelle perfection peut arriver ce 
travail indien, travail lent, mesuré, qui produit des mer- 
veilles en prenant son temps. Les petites statuettes d'ivoire, 
de bois peint, dont l'exposition abonde, montrent tout un 
côté de ce vieux peuple enfant qui s'amuse à faire des jouets 
et qui les fait si bien. A côté des processions ou marchent les 
éléphants, entre des files de graves soldats anglais, revien- 
nent les fameuses divinités à six bras et à triples rangs de 
mamelles, images de ce peuple si nombreux, si fécond , mais 
dont les bras sont sans énergie, dont la tête sans fierté se 
courbe sous le bùton. 

Les châles, le désespoir des fabricants français, sont voi- 
sins de l'exposition anglaise; les uns sont sobres de tons, 
leurs couleurs rabattues se marient sans se heurter; chez les 
autres , au contraire , l'éclat des rouges les plus vifs , des verts 
les plus crus vient lutter avec d'éblouissantes broderies d'or 
et d'argent; mais toujours dans ces gammes harmonieuses 
qui font le charme de ces fins tissus. Qui a inventé aussi ces 
dessins bizarres qui les couvrent? Dans queis nuages vaga- 
bonds a-t-on pu découvrir ces courbes gracieuses qui s'en- 
chevêtrent, reviennent, circulent sans qu'on y'voie ni com- 
mencement ni fin! 



A l'exposition universelle. 95 

Les bijoux , dont quelques-uns renferment des pierres d'un 
grand prix, sont d'une finesse, d'une légèreté inouïes; à côté 
des saphirs transparents, on voit les diamants de Tlnde, les 
plus beaux du monde , montés à jour sur des fils d'argent qui 
s'agitent sous le souffle. Les vases d'argent émaillés de bleu 
ont des formes d'une parfaite élégance , qui renvoient bien 
loin derrière eux les gros blocs d'argent poli de l'exposition 
anglaise, les statues de Pierre le Grand , etc. 

Ah ! chers voisins et alliés, faites du fer, de la viande, et 
tissez du coton; mais laissez vos Indiens vous faire des bijoux, 
des vases et des châles, ils s'y entendent mieux que vous. 

Les armes présentent l'assemblage le plus singulier : il y a 
là des fusils sur lesquels un homme a passé sa vie à fouiller 
précieusement des ciselures, qu'il a rehaussées d'or et même 
d'émail avec de petites figures charmantes; mais ce sont des 
fusils à mèche, et un troupier n'en voudrait pas ; il y a des 
sabres de ce fameux acier indien , que l'Angleterre ni la 
France ne savent faire, des yatagans formidables et puis un 
appareil propre à égratigner l'ennemi. Il y a encore des 
casques d'où pendent de longues cottes de mailles, des cas- 
ques empanachés d'aigrettes fines et délicates, des arcs, des 
piques, des poignards dont la lame va se repliant comme un 
serpent. 

Un bon marché inouï de main-d'œuvre, des spécialités 
absolues, l'absorption de tous au profit de quelques-uns : 
voilà l'Inde. 

Notre spirituel voyageur Jacquemont avait une suite de 
trente serviteurs, et il ne dépensait pas 25 louis par mois; il 
était obligé d'avoir trois hommes pour soigner un cheval, un 
pour couper l'herbe, un pour panser la bête, et un troisième 
pour lui apporter à boire. Il ne serait venu à aucun d'eux 
l'idée anarchique de cumuler ces trois fonctions, et si le 
coupeur d'herbe était mort, le palefrenier se serait fait rouer 
de coups plutôt que de donner une poignée de foin à l'animal 
qu'il étrillait. 

Quelques Anglais suffisent à conduire cet immense conti- 
nent qui subit la loi sans la comprendre et sans la discuter. 
Les guerres sérieuses n'ont pas été avec les Hindous, mais avec 
les Afghans qui sont, au contraire, assez belliqueux, mais 
qui n'ont plus les talents de leurs voisins du sud. 



96 VISITE 

Cette masse innombrable de travailleurs produisant au 
profit de quelques privilégiés, travaillant lentement, et tou- 
jours dans le même sens, a dû produire facilement les mer- 
veilles que nous voyons ici et qui ne sont réalisables que 
dans ces conditions. 

Nous venons de parler longuement des objets manufac- 
turiers de l'Inde, mais c'est depuis peu de temps qu'ils sont 
goûtés en Europe, et le sol lui-même produit des denrées qui 
ont les premières attiré les Européens dans ce pays du soleil. 
Le poivre noir et blanc, les matières colorantes, l'indigo, 
entre autres, qui est pour l'Inde, maintenant, l'objet d'un si 
grand commerce; le thé qu'elle produit et qu'elle reçoit de la 
Chine ; les fibres résistantes et soyeuses de ses végétaux, aloès, 
plantain, etc.; les huiles, celle de ricin qui peut maintenant 
être appelée à de grandes applications industrielles; le tabac, 
les soies, les laines, ces magnifiques laines du Thibet qu'on 
cherche à acclimater dans notre Algérie. 

Des dents d'éléphants, des peaux de tigre, des gommes, des 
parfums, de grandes nattes, sur lesquelles il est si bon de 
s'étendre sous un ciel de feu, se trouvent encore dans l'expo- 
sition de l'annexe. 

Que dirons-nous de Ceylan; c'est une migration de l'Inde 
qui reflète tous ses produits manufacturés et denrées natu- 
relles, tout ce que peut produire un sol fertile, inépuisable, 
avec des irrigations bien entendues, un peuple énervé qui 
travaille peu, il est vrai, mais qui travaille pour rien ; pauvre 
grand peuple, toujours conquis, toujours absorbé, et qui n'a 
plus d'histoire. 

AUSTRALIE. 

Annexe, section des produits; travées. — Palais principal, 
salon de l'escalier sud-est. 

L'Australie, se présente avec un caractère tout spécial qu'il 
nous faut examiner; l'or et la laine, voilà les deux richesses 
de l'Australie; l'or a été découvert récemment, et il a déjà 
attiré dans la colonie un mouvement d'affaires et d'individus 
qui aura forcément la plus grande importance sur le dévelop- 
pement futur de ce nouveau monde. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 97 

L'Angleterre a compris que sur son sol morcelé, envahi par 
la culture, à côté de sa population dense et exigeante, il fallait 
chez elle faire des produits alimentaires ; aussi a-t-elle poussé 
ses races de moulons exclusivement vers la boucherie, s'inquié- 
tant peu ou pas de la laine. Elle avait en Australie, au contraire, 
d'immenses prairies, admirablement disposées pour le par- 
cours; c'est là qu'il fallait faire de la laine, et c'est là qu'elle 
en a fait. Elle vient encore tous les ans acheter en France, 
en Saxe, les plus beaux béliers mérinos pour les exporter en 
Australie; aussi est-elle déjà arrivée à de remarquables résul- 
tats : la finesse des toisons qu'elle expose, leur longueur de 
mèche ne laissent rien à désirer. 

De la houille, des minerais de cuivre et d'étain, quelques 
fourrures, des peaux, des denrées alimentaires, du riz et des 
céréales entrent encore dans les produits de la colonie. 

Les céréales, qui avaient été considérées à juste titre comme 
les plus belles de l'Exposition de 4851 , doivent nous arrêter 
un instant. Le sol de la colonie de Sydney est tellement riche, 
qu'une surface de plusieurs milliers d'ares cultivés en blé a 
rendu en 1852 dix-huit boisseaux par are, sans que le sol ait 
reçu aucun engrais et sans même qu'on se soit préoccupé 
d'un système régulier d'assolement. 

Le maïs réussit bien aussi dans la colonie. Malheureuse- 
ment la cherté de la main-d'œuvre, à cause de l'attrait 
qu'exercent les mines d'or, a empêché jusqu'à présent la cul- 
ture du coton de prendre un grand développement. 

Ajoutons qu'une assez grande quantité de vins se rencon- 
trent dans l'exposition australienne ; ces vins, qui parais- 
sent pour la première fois en France, ne sont pas encore 
assez connus pour qu'on puisse se prononcer sur leur 
valeur. 

Une collection de bois incomplète encore, dit le catalogue 
de l'Australie , bien qu'elle soit déjà considérable, donne les 
plus belles espérances pour cet article d'exportation. Le bois 
d'ébénislerie, avec lequel sont établies les vitrines de l'esca- 
lier, n'est cependant pas très-beau; il rappelle un peu, mais 
incomplètement , notre thuya de l'Algérie. 

Appuyée d'un côté sur la production de la laine fine, de 
l'autre sur les masses d'or que fournit son sol, conduite par le 
génie entreprenant, hardi des Anglais, l'Australie voit s'ouvrir 
306 g 



98 VISITE 

devant elle la plus belle carrière, et le jour n'est peut-être pas 
loin ou elle pourra peser d'un grand poids sur les destinées 
du monde civilisé. 



CANADA. 

Annexe, section des produits; travées 10 à 13, de A àD. — Annexe, 
section des machines; travées 142 à 143, A. 

A l'exception du Mexique, des petites républiques qui se 
trouvent au sud de cet État, et des possessions russes du 
nord-ouest , toute l'Amérique septentrionale est peuplée par 
la race anglaise. 

Toute la région centrale de ce grand continent constitue 
maintenant les États-Unis et est indépendante. Mais l'Angle- 
terre a conservé la partie septentrionale qui porte le nom gé- 
nérique de Nouvelle-Bretagne. La plus grande partie de cette 
immense étendue de terrains est continuellement ensevelie 
sous les glaces et la neige , aussi ne nous occuperons-nous 
spécialement que des provinces méridionales du Canada, dont 
l'exposition est des plus intéressantes. 

Le Canada se divise en deux provinces dont la physiono- 
mie est bien distincte : le haut Canada est occupé par les 
Anglais; le bas Canada, qui nous appartenait autrefois, a 
conservé les mœurs, les lois, presque le cœur français. 

L'émigration continuelle de la Grande-Bretagne, qui va se 
fixer surtout dans le haut Canada, augmente rapidement la 
population de cette province, qui est maintenant la plus peu- 
plée. L'émigration française est nulle dans le bas Canada; 
mais malgré ce désavantage la population marche aussi vers 
un accroissement rapide. D'après les documents les plus ré- 
cents, on peut porter à deux millions d'âmes la population 
des deux provinces réunies. 

Le gracieux trophée qui s'élève au centre de l'espace ré- 
servé au Canada nous indique immédiatement quel est le 
caractère spécial des productions de ce pays. A la base se 
rangent des barriques remplies de denrées alimentaires , cé- 
réales , viandes et poissons conservés ; sur la partie supérieure 
s'élève un faisceau de billes de bois de construction qui sup- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 99 

portent les outils de l'agriculteur et du bûcheron; enfin des 
pelleteries entremêlées aux pavillons britanniques couron- 
nent le sommet. 

Arrêtons-nous donc un instant devant ces différents pro- 
duits, et examinons en premier lieu les bois. 

Dans les exportations de 1853, les produits des forêts en- 
traient pour 47 millions, juste la moitié des exportations to- 
tales. Ce résultat montre assez de quelle importance sont pour 
le Canada les immenses forêts qui couvrent une partie de son 
sol. Les essences du nord de l'Amérique sont en général celles 
que nous rencontrons en Europe : le chêne, le noyer, dont 
les échantillons sont magnifiques, le charme, l'orme, le sapin 
et le cèdre. Citons encore le tamarac, ou épinette rouge, em- 
ployé avec succès à la construction des navires. Les pins 
dont est couverte la côte du Labrador atteignent des dimen- 
sions considérables , et sont recherchés pour le gréement des 
vaisseaux. 

Les Canadiens savent employer habilement ces richesses 
naturelles : toute la boissellerie envoyée à l'Exposition est re- 
marquablement traitée; il en est de même de la menuiserie; 
le trophée est muni d'une porte bien construite et dont le prix 
arriverait à peine à 17 francs; en France une porte semblable 
coûterait au moins 30 francs. 

Les céréales sont un article important d'exportation pour 
le Canada; les maraîchers de Montréal ont aussi conservé les 
traditions de la belle culture française, et ils exportent leurs 
fruits et leurs légumes dans plusieurs parties de l'Amérique 
septentrionale. 

Malgré la guerre d'extermination qui a un peu dépeuplé les 
forêts canadiennes, l'Exposition renferme plusieurs belles 
fourrures , parmi lesquelles se distinguent celles des renards 
noirs et argentés; le prix de cette fourrure est incroyable, elle 
atteint quelquefois 600 francs pour une seule peau de renard 
noir. Le trophée est surmonté d'un castor, cet animal intéres- 
sant qui a presque disparu. 

Les poissons conservés et tous les produits qu'on extrait de 
leurs dépouilles , ainsi que de celles des grands mammifères 
aquatiques qu'on rencontre encore dans l'océan Arctique, en- 
trent pour une part notable dans le commerce du Canada. La 
baie où va se jeter le fleuve Saint-Laurent est connue pour 



100 VISITE 

l'extrême abondance du poisson, elles pêcheries y font chaque 
année des bénéHces considérables. 

Les richesses minérales du Canada consistent surtout enfer 
et en cuivre. Des gisements censidérables de cuivre natif ont 
été découverts récemment près du lac Supérieur, et l'exploi- 
tation en est déjà commencée ; l'Exposition en renferme plu- 
sieurs beaux échantillons, ainsi que despyritesde cuivre et des 
malachites; de la blende, de la galène argentifère, de l'argent 
et de l'or natif complètent la belle collection des produits mé- 
talliques du Canada. 

Depuis longtemps habité par des Européens, ce pays pos- 
sède déjà une industrie habile, de jolies voitures, de beaux 
tissus, une belle collection de taillanderie, qui montrent que 
le temps n'est peut-être pas loin où les importations en pro- 
duits manufacturés n'auront plus au Canada l'importance 
qu'elles ont encore. Les machines agricoles du Canada sont 
les plus perfectionnées du monde , et ne le cèdent en rien à 
celles de l'Angleterre elle-même. 

Au reste, la richesse de la colonie se montre dans les énor- 
mes travaux d'art qu'elle entreprend ; elle est couverte d'un 
réseau de chemins de fer qui viennent de tous côtés rejoindre 
le fleuve Saint-Laurent, cette immense artère de l'Amérique 
septentrionale que de nombreux travaux mettent en commu- 
nication avec les grands lacs. La facilité de la navigation et le 
bon marché qui en résulte pour les voyageurs et les marchan- 
dises donneront à cette grande route une importance prépon- 
dérante pour les communications avec l'Amérique occiden- 
tale, et pourront faire une sérieuse concurrence au canal de 
l'État de New-York. Le grand fleuve lui-même va être traversé 
près de Montréal par un pont destiné au passage d'un chemin 
de fer : sa longueur sera de près de 2 kilomètres. Une co- 
lonie qui exécute de pareils travaux pour s'éviter des frais 
de transbordement est certes dans une belle voie de pro- 
spérité. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. iOl 



COLONIES ANGLAISES. 

Annexe, galerie; travées 1 à 13, A et D. — Palais principal , 
palier de l'escalier sud-est. 

Le génie entreprenant de la race anglo-saxonne, les gran- 
des guerres de l'Empire pendant lesquelles la marine anglaise 
a dominé les mers durant vingt ans, ont doté le royaume- 
uni d'un grand nombre de colonies sur tous les points du 
globe; nous avons déjà parlé des Indes, cet immense conti- 
nent qui appartient à une société de marchands, mais le cap 
de Bonne-Espérance et l'île Maurice, en Afrique, le Canada, 
la Guyane et la Jamaïque en Amérique, enfin l'Australie, voilà 
encore des possessions britanniques appelées à un immense 
avenir, et qui montrent déjà maintenant où elles pourront 
arriver plus tard. 

La Guyane doit nous occuper spécialement. Nous avons là 
aussi un territoire énorme, mais les gouvernements successifs 
qui y ont envoyé des colons paraissent avoir pris à tâche de rui- 
ner cette possession dans l'estime de la mère patrie, et quand 
un homme dit qu'il va à Cayenne, on. le considère en France 
comme un homme mort. Cependant la Guyane française est 
exactement dans la même situation que la colonie anglaise. 
Très-rapprochées, elles ont le même climat, les mêmes pro- 
ductions, et nul doute que si nous avions une exposition de la 
Guyane française, nous y trouverions la répétition delà belle 
exposition de la colonie britannique. Celle-ci produit du sucre 
en quantités considérables; en 1854, la colonie a exporté 83 
millions de livres anglaises de sucre et 2 millions de gallons de 
rhum. Remarquons de plus que ce sucre pourrait être parfai- 
tement raffiné dans la colonie qui possède les machines pro- 
pres à celte opération, mais le gouvernement a mis sur l'intro- 
duction de ces produits des droits tels, que la colonie n'exporte 
que des cassonades. 

La Guyane britannique ne fait plus ni coton, ni café, pro- 
ductions dans lesquelles elles réussissait cependant, mais les 
droits d'exportation l'ont encore forcée à abandonner ces cul- 
tures. Son exposition de bois est des plus remarquables : bois 



loi VISITE 

de marine , bois d'ébéiiisterie les plus variés croissent spon- 
tanément sur tout le sol. 

Quelques-unes de ces plantes donnent en outre des fibres 
textiles qui paraissent supérieurs à notre chanvre, qui n'exi- 
gent presque aucune culture. Les fibres de plusieurs palmiers, 
brillantes et solides , pourront sans doute être employées aux 
usages les plus variés ; celles du bananier , dont les Indiens 
fabriquent des cordages d'une résistance remarquable, celles 
d'agava, du mahoe, sont encore recueillies sur les plantes 
qui les produisent, mises à rouir pendant quinze jours ou 
trois semaines, puis propres à la fabrication. 

Les fécules les plus variées, banane, igname, arrow-root, les 
gommes, les résines, les huiles sont encore les produits natu- 
rels de cette belle colonie, qui, malheureusement, n"a pas 
encore assez d'habitants, puisqu'elle n'en compte pas 90 000, 
et sur ce nombre à peine 4000 Européens, y compris la garni- 
son. II n'est pas douteux, cependant, que celte exposition 
aura un effet excellent sur la prospérité de la colonie en 
montrant toutes les richesses dont elle est douée; ajoutons que, 
d'après des statistiques officielles, les côtes seules de la 
Guyane sont attaquées de temps à autre par la fièvre jaune, 
mais que l'intérieur du pays est parfaitement sain, et qu'on y 
rencontre des cas de longévité extraordinaire. 

La Jamaïque est la plus importante des Antilles anglaises. 
Sucre, café, rhum d'une réputation universelle, piment, 
arrow-root , bois de teinture et d'ébénisterie : tels sont les 
articles d'exportation de cette colonie à peu près semblables 
à ceux des autres Antilles. 

Nous avons remarqué avec intérêt les fibres du lace Balk 
découpées en lames extrêmement minces, de manière à four- 
nir une sorte de tissu fort élégant à mailles écartées, et que 
les créoles paraissent employer comme -ornement sur des 
étoffes de soie. 

La belle colonie du Cap, que les Anglais prirent aux Hol- 
landais pendant les guerres de l'Empire et qui leur fut dé- 
finitivement laissée en 4 814, est bien représentée dans l'expo- 
sition des colonies anglaises. Nos alliés ont là une possession 
importante au point de vue maritime, et qui leur assure un 
lieu de relâche très-utile pour leurs vaisseaux qui se rendent 
dans les Indes ; la rude guerre que leur font les Cafres est aussi 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 103 

une excellente école pour l'année britannique. D'après des chif- 
fres qui remontent à une dizaine d'années, la colonie exporte- 
rait annuellement pour une valeur de 6 millions de francs; ces 
exportations consistent spécialement, comme le montre l'ex- 
position, en bois d'ébénisterie, bois de construction; en vins, 
et parmi eux le fameux vin de Constance , remarquable sur- 
tout par sa rareté; enfin en produits animaux provenant des 
nombreux troupeaux que nourrit le sol du Cap , et aussi en 
dépouilles des bêtes sauvages qui s'y rencontrent, éléphants , 
autruches , etc. 

Les habitants du cap de Bonne-Espérance, descendants des 
Hollandais depuis longtemps fixés sur le soi, constituent 
une race à part : les Afrikanders, aimables, doux, flâneurs, 
qui contrastent singulièrement avec la roideur extrême des 
Anglais, dont les habitudes finissent cependant par déteindre 
sur les mœurs des premiers colons. 

L'émigration se dirige peu vers la colonie du Cap, dont la 
prospérité pourra être sérieusement menacée lorsque l'Angle- 
terre trouvera dans le canal de l'isthme de Suez un chemin 
plus rapide pour se rendre à ses possessions des Indes. 

L'ile Maurice, voisine de notre île de la Réunion, n'appar- 
tient aux Anglais que depuis 1810; jusque-là elle avait été 
colonie française. Elle se défendit courageusement, mais finit 
par succomber. En 1815, les Anglais nous rendirent l'île 
Bourbon et gardèrent l'île de France, dont les productions 
sont semblables à celles de sa voisine; elle est pourvue de 
plusieurs ports excellents, tandis que notre colonie n'en a 
aucun; du café, du sucre, de l'indigo , des épices, des bois; 
tel est l'aspect de l'exposition de cette colonie anglaise. 

L'importance des produits envoyés par le Canada et l'Aus- 
tralie nous engage à en faire l'objet d'un examen spécial. 

SUÈDE, NORVÈGE ET DANEMARK. 

Annexe , section des produits, travées 25 et2G, A et D.— Annexe, 
section des machines, travées 145 et 146, B et C. — Palais prin- 
cipal, galerie, travées 30 à 32 , H à I. 

Ces trois contrées, qui occupent le nord de l'Europe, ont 
conservé, dans l'état de leur industrie, un rapprochement 



lOi MSITE 

que leurs relations politiques ont dû contribuer à rendre plus 
intime. La Suède et la Norvège, quoique obéissant au même 
monarque, ont cependant deux gouvernements distincts, et le 
signe de l'union entre les trois pays se laisse voir sur leurs 
drapeaux respectifs. 

Pour consacrer autant que possible ces bonnes relations, 
les produits sont groupés ensemble, quoique distingués par 
les emblèmes de chaque pays, soit dans le bâtiment principal, 
soit dans l'annexe. 

La Suède est la seule des trois contrées qui nous ait envoyé 
quelques machines importantes, parmi lesquelles une machine 
de bateau fort remarquable, d'où l'on pourrait conclure que 
cette puissance est beaucoup plus avancée que les autres dans 
les arts mécaniques; l'on sait d'ailleurs combien ses richesses 
minérales ont contribué au développement et à la prospérité 
de sa métallurgie. Ailleurs, cependant, la première place sem- 
ble lui échapper : les porcelaines du Danemark, par exemple, 
sont bien supérieures aux siennes, et, dans les ébauches de 
l'industrie norvégienne, on voit déjà poindre, dans quel- 
ques directions, une inspiration artistique que la Suède ne 
possède pas au même degré et dont la Norvège est sans 
doute redevable à l'impulsion donnée par quelques peintres 
célèbres dont elle a raison de s'enorgueillir. Nous dirons en 
quelques mots ce qui distingue principalement les trois expo- 
sitions. 

La Suède a la presque totalité de ses produits dans le bâti- 
ment principal , si l'on en excepte ses machines et ses fers 
qui sont placés vers les deux extrémités de l'annexe. Ses 
échantillons de fer de toutes dimensions sont d'une qualité 
vraiment prodigieuse : contournés à froid sous toutes les formes, 
ils ne paraissent pas avoir le moins du monde souffert dans 
leurs qualités essentielles; aussi le fer de Suède est-il partout 
recherché pour les objets dans lesquels il est besoin d'un mé- 
tal de qualité supérieure. Quelques spécimens de forge, d'armes 
à feu et d'armes blanches suffisent, au reste, pour constater 
les avantages de la production suédoise sous ce rapport; on 
comprend que de pareilles armes doivent résister à tous les 
chocs sans se briser; et ce n'est pas sans étonnement que l'on 
voit des lames de sabre qui se redressent sans aucun accident 
après avoir été pliées en cercle jusqu'à ce que les deux exlré- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 105 

mités se joignent : les fusils ont peut-être le défaut d'être d'un 
poids trop considérable. 

Nous avons déjà dit un mot des machines delà Suède ; elles 
sont d'une exécution surprenante, et, bien qu'elles soient en 
petit nombre, on peut en conclure que ce pays est surtout 
avancé dans les arts faisant em.ploi du métal qui constitue sa 
principale richesse. Les produits manufacturés sont loin d'at- 
teindre à une pareille perfection. 

Les vases et les meubles de porphyre et de marbre sont 
moins beaux que ceux envoyés en 1851 à l'exposition de 
Londres ; les meubles ne sont point d'un goût irréprochable; 
mais quelques instruments de précision, assez bien faits, quel- 
ques spécimens de verrerie et de porcelaines, des toiles da- 
massées, des châles, des soieries et des étoffes pour meubles, 
enfin quelques papiers peints et de belles fourrures, laissent 
pressentir l'importance que l'industrie suédoise se dispose à 
prendre dans un avenir prochain. 

Nous mentionnerons encore, dans l'Annexe, comme objet 
exceptionnel, un traîneau qu'on ne croirait point fait pour le 
roi Oscar, mais qui est orné de fourrures admirables, parti- 
culièrement de petit gris. 

Quoique la Norvège ait envoyé moins de produits que les 
pays qui l'avoisinent, et que son industrie soit certainement 
moins avancée, son exposition offre cependant quelques ob- 
jets dignes d'intérêt. On remarquera surtout, dans l'Annexe, 
ses échantillons de sapin du Nord dont l'importance est bien 
connue et dont quelques spécimens atteignent un mètre de 
diamètre. Les petits cabriolets de montagne à voie étroite, 
pour une seule personne, sont à la fois solidement établis, bien 
suspendus et d'une légèreté extraordinaire : est-ce pour cela 
qu'ils sont installés dans la galerie supérieure? Le traîneau de 
Finlande, en forme de bateau, avec son voyageur en costume 
national et son attelage spécial pour un renne , forme un objet 
de curiosité fort original. 

L'industrie minéralogique de la Norvège n'est représentée 
que par un petit nombre d'échantillons et un petit monument 
en talc. 

Dans le palais, on ne saurait citer vraiment, comme produits 
remarquables, que quelques sculptures sur bois dans le style 
byzantin, bien imparfaites encore, et de beaux atlas lilhogra- 



iOG VISITE 

phiés que l'on peut louer sans réserve. Deux ou trois cylindres 
en verre fabriqués pour vitrage, quelques costumes natio- 
naux , divers tissus communs , des articles de vêtement . 
parmi lesquels des chaussures en caoutchouc, forment à peu 
près le complément de l'exposition de Norvège. Une table de 
salle à manger d'un beau bois et d'un bon travail est disposée 
pour prendre cinq ou six formes différentes : on la croirait 
faite pour nos petits appartements de Paris, dans lesquels on 
sait de moins en moins comment réunir quelques personnes. 

Les produits du Danemark se rapprochent davantage de l'en- 
semble de la fabrication allemande ; nous n'y avons point vu 
de minéraux, mais des outils de taillanderie et des instruments 
d'agriculture accompagnent une collection de céréales et de 
laines qui peut donner une assez juste idée de l'agriculture 
du pays. 

Quelques dynamomètres et d'autres instruments de préci- 
sion d'une construction nouvelle indiquent les tendances ac- 
tuelles de l'industrie. Des chronomètres et une très-belle col- 
lection d'échappements portent le nom célèbre de Jurgensen. 

Dans une autre direction, des rouleaux de papier mécanique 
montrent aussi de grands progrès accomplis; ils sont placés 
dans le voisinage de quelques essais de fabrication d'ustensiles 
en gutla-percha. Nulle part le filigrane d'acier ne se fait avec 
plus de perfection, non plus que les meubles en vannerie et 
en fil de métal. Des instruments de chirurgie, deux appareils à 
douche très-bien construits, de la coutellerie, de jolis échantil- 
lons de poterie d'étain dans le genre anglais, quelquesspécimens 
de bronze, de très-beaux médaillons et statuettes en porcelaine, 
de magnifiques pelleteries de phoque, d'ours blanc, des peaux 
de renne accompagnant les gants fabriqués avec elles et qui 
sont d'une exécution irréprochable, des tissus imprimés de 
laine et de coton de couleurs un peu tranchantes, enfin des 
pianos qu'on croirait français, forment les objets principaux 
parmi les envois du Danemark au Palais de l'Industrie. 



A L^EXPOSITION UNIVEKSELLE. 10' 



PAYS-BAS. 



Annexe, section des produits; travées 23 à 24, A à D. — Annexe, 
section des machines; travées 144 à 145, C — Palais principal, 
galerie ; travées 30 à 32, G à H. 

L'exposition des Pays-Bas présente deux caractères bien 
distincts, si l'on considère séparément les produits euro- 
péens et ceux des Indes Orientales, qui sont peut-être trop 
confondus dans les emplacements qui leur sont consacrés en 
commun. Nous sommes cependant conduits à décrire sépa- 
rément chacun de ces groupes, qui appartiennent à deux civi- 
lisations bien distinctes que les relations commerciales ne 
suffisent pas à rapprocher. La métallurgie de la Hollande ne 
se fait point remarquer par de nombreux spécimens : parmi 
eux, le cuivre sous toutes les formes, provenant des usines 
de M. Anthoven, de La Haye, et de MM. Folkers et C% 
d'Amsterdam, est le seul métal qui soit convenablement 
représenté; quelques articles de poêlerie en fonte sont in- 
suffisants pour constater l'avènement de l'industrie néerlan- 
daise que l'on retrouve cependant avec une incontestable 
supériorité dans la galerie des machines en mouvement. Les 
appareils de la société V Atlas , son compteur à eau , qui 
est utilisé sur une conduite dans le palais principal, et les 
diverses machines à vapeur qui figurent à l'Exposition , sont 
d'une exécution satisfaisante, tout en ne présentant aucune 
particularité nouvelle. 

MM. Van Stolz frères ont pris la peine de réunir une col- 
lection de onze cent vingt-sept échantillons de produits agri- 
coles, la plupart récoltés dans le pays. Les lins rouis à l'eau 
chaude de M. Ochtmann, et la vitrine qui l'avoisine doivent 
attirer à bon droit notre attention. Cette vitrine porte une 
mention ainsi conçue : La guerre avec la Russie privant le 
commerce , entre autres productions , de son chanvre , Vexpo- 
sant a pour but de montrer à Vinduslrie textile des matières 
premières d'autres contrées. Ces matières premières consistent 
en lins ou chanvres de Manille, de Java, du Brésil, de la 
Hongrie, de Naples, delà Westphalie, du Hanovre, et en 



108 VISITE 

différents filaments de Java désignés sous les noms d'agave , 
rameh, koffs , pisang , etc., etc. Il appartenait à la Hollande 
de continuer à l'Exposition le rôle si important qui lui a si 
longtemps appartenu dans le commerce du monde. 

Son exposition, dans l'annexe, se complète d'ailleurs par des 
tabacs, des cordages de toutes sortes très-remarquables, 
quelques carreaux émaillés dans le genre flamand, des pa- 
piers et de nombreux produits chimiques. Les cires des Indes 
et les acides gras fabriqués à Amsterdam ont produit de très- 
belles bougies pour l'éclairage. 

Parmi les denrées alimentaires, la Hollande a eu soin de 
nous envoyer ses fromages, ses pains d'épices, ses eaux-de- 
vie, ses liqueurs , ses farines, et surtout ses sucres qui sont 
d'une fort belle fabrication ; une raffinerie importante a été 
récemment établie à Java. 

La carrosserie de M. Hermans ne laisse rien à désirer, par- 
ticulièrement sa calèche, très-sobre d'ornements, destinée à 
Sa Majesté néerlandaise. Dans la galerie du palais principal, 
les produits de la Hollande sont trop en contact avec ceux du 
Japon : l'avantage, au point de vue du goût, n'est pas tou- 
jours au profit des premiers, quoique les autres laissent voir 
déjà une certaine tendance vers les formes européennes; 
cette observation est surtout applicable aux meubles, si l'on 
veut en excepter toutefois les l3eaux objets en imitation de 
laque de Chine, de M. Leeyers, d'Amsterdam, qui se rap- 
prochent nécessairement de ceux du Japon pour la délicatesse 
du travail et pour la forme. A en juger cependant par quel- 
ques chefs-d'œuvre, la sculpture sur bois est en grand hon- 
neur en Hollande comme en Belgique : la chaire de vérité, de 
MM. Cuypers et Stoizenberg, et celle de M. L. Veneman, sont 
en effet, comme coupe et comme travail de bois, les deux 
pièces capitales de TExposition; d'un style simple et d'une 
exécution hardie, ces deux monuments concourent heureuse- 
ment à la décoration de la nef principale. 

Les modèles de constructions navales ne pouvaient man- 
quer d'être nombreux parmi les envois de la Hollande; nous 
n'avons particulièrement remarqué que la suite des poulies de 
toutes dimensions réunies dans l'Annexe. La plupart des in- 
struments de précision sont relatifs à la marine, ou aux obser- 
vations de laboratoire. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 109 

D'autres grandes industries, exploitées plus spécialement 
en Hollande, ont également envoyé leurs œuvres : celle de la 
taille des diamants, particulièrement chez M. Dumoulin; la 
fabrication des toiles fines, des draps, des couvertures de 
laine, et celle des lapis de haute laine, d'une beauté et d'un 
bas prix exceptionnels, surtout chez M. Kenkensfeldt, de 
Delf, et chez M. Khonemberg; enfin les œuvres typogra- 
phiques de M. Enschédé , de M, Vomkens, et la volumineuse 
collection de la Société de librairie néerlandaise. La passe- 
menterie d'or et d'argent aussi bien que l'orfèvrerie ne se 
distinguent des produits anglais ni par la forme, ni par la 
sobriété avec laquelle l'argent massif est employé. 

Ces indications rapides établissent suffisamment que les 
arts industriels n'ont point encore atteint la même préémi- 
nence que le commerce chez cette nation qui a été la pre- 
mière du monde; les progrès accomplis annoncent cependant 
une ère nouvelle inaugurée déjà par la présence de près de 
cinq cents exposants au Palais de l'Industrie. 

Les meubles en laque, aux couleurs brillantes et si variées, 
les porcelaines si délicates et les bronzes fort originaux du 
Japon occupent une place importante, nous dirons même la 
meilleure place dans l'emplacement dont les Pays-Bas dis- 
posent au palais principal. On sait que l'empire japonais , plus 
clos que ne l'est la Chine par sa muraille fantastique , reste 
absolument fermé aux étrangers de toutes les nations; les 
Chinois, les Chorcins et les Hollandais peuvent seuls commu- 
niquer avec Nangosuck , dans l'île de Kuisiu; encore cette 
communication n'est-elle tolérée que pour un seul bâtiment 
de la marine hollandaise admis à y charger des marchandises 
indigènes en échange d'autres produits européens adressés par 
le gouvernement néerlandais aux autorités du Japon. On com- 
prend dès lors tout l'intérêt qui s'attache à ces curiosités 
japonaises dont nous n'avions pas vu d'aussi complète réunion. 

COLONIES NÉERLANDAISES. 

Annexe, section des produits; travées 23 à 24, de G à D. 

Java, les Moluques et plusieurs des îles de l'archipel in- 
dien . dans les mers situées entre l'Australie et la Chine , 



110 VISITE 

sont pour les Pays-Bas ce que sont depuis longtemps les 
Indes, et ce qu'est déjà l'Australie pour l'Angleterre. Sous 
l'influence du même climat les colonies néerlandaises récol- 
tent les mêmes produits, tandis que, sous le rapport des ob- 
jets manufacturés, c'est à peine si l'on y retrouve les traces 
de la civilisation de l'Inde , dans les produits les plus com- 
muns et les moins recherchés, dans ceux-là même qu'on 
chercherait en vain dans l'exposition des Indes anglaises. 
Dans la galerie supérieure, les produits des Indes Orientales 
néerlandaises, recueillis par le comité local de Java, ont 
conservé leur caractère primitif: ce sont bien là les nattes, 
les vases qui indiquent l'enfance des arts; les cotonnades et 
les ombrelles y viennent attester le commerce avec le monde 
de l'Occident. D'ailleurs, une riche variété de produits natu- 
rels, parmi lesquels les bois, le caoutchouc, la cire, la coche- 
nille, constate l'importance commerciale de ces possessions 
lointaines; mais cette importance est bien mieux encore mise 
en lumière par l'exposition collective de la Société de com- 
merce des Pays-Bas, à Amsterdam; car c'est à elle qu'appar- 
tient cet immense trophée qui n'a pas moins de douze mètres 
de hauteur et dix mètres de diamètre à sa base, et qui n'est 
cependant formé que des produits des possessions néerlan- 
daises dans les Indes Oiientales, 

La partie inférieure du trophée se compose de vingt-quatre 
vitrines contenant les échantillons des produits importés par 
la société dans la mère patrie; plus haut se trouvent les em- 
ballages qui servent au transport des diverses denrées ; au- 
dessus sont inscrits les noms des résidences de Java et des 
principales possessions voisines. La Société de commerce a 
fait des dépenses considérables pour la réunion et l'installa- 
tion de ces produits, qui forment un tout fort original et très- 
satisfaisani. 

Ce qui l'est plus encore , c'est que les importations des co- 
lonies dans les Pays-Bas dépassent chaque année le chiflVe 
énorme de 30 millions de francs. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 111 



ROYAUME DE BELGIQUE. 

Annexe , section des produits , travées 41 à 44 , A à D. — Annexe , 
section des machines, travées 112 à i 16 , A à D. — Bâtiment 
des instruments d'agriculture. — Bâtiment de la carrosserie. — 
Palais principal, rez-de-chaussée, travées 17 à 21 , H à N. — 
Palais principal, galerie, travées 11 à 20, K à N. 

La Belgique occupe au palais des Champs-Elysées une 
place beaucoup plus étendue que ne sembleraient le compor- 
ter sa population et son importance commerciale. Le grand 
nombre des produits exposés à Londres et l'espoir d'un meil- 
leur résulat encore à celle de 1855 avaient conduit la Com- 
mission impériale à classer la Belgique parmi les nations les 
plus favorisées, et ses produits occupent dans le palais prin- 
cipal, entre les États-Unis de l'Amérique et l'Autriche, un 
emplacement considérable. 

L'empressement des exposants belges doit, sans doute, être 
attribué en grande partie au voisinage, à la communauté de 
langage, aux relations constantes de commerce avec la France ; 
mais il atteste aussi une grande activité de travail, une pro- 
duction industrielle incontestable. 

Dans le palais, quatre genres de produits attirent surtout 
l'attention et représentent en quelque sorte le cœur et les 
deux extrémités du pays. Bruxelles brille par ses dentelles; la 
province de Liège se recommande par une variété de draps 
et une collection d'armes très-considénible, tandis que la 
Flandre expose des fils et des toiles dignes de sa vieille répu- 
tation. 

Dans la galerie supérieure , les dentelles étalent leurs 
dessins élégants et leurs admirables réseaux. Les armes, 
les toiles et les draps occupent la plus grande partie du rez- 
de-chaussée. Il y a des échantillons pour toutes les conditions, 
pour toutes les bourses. Ces produits, par leur bon marché 
relatif, défient toute concurrence et s'expédient à l'Étranger 
dans presque toutes les directions. La draperie s'exporte en 
Amérique, les toiles suivent en partie la même voie, et con- 
jointement avec les fils, elles se consomment aussi dans plu- 



112 VISITE 

sieurs contrées de l'Europe. Les armes de luxe alimentent le 
marché de Paris, et celles de guerre sont demandées par- 
tout. 

Le caractère spécial de ces produits est leur bas prix. On 
peut faire partout aussi bien qu'en Belgique ; mais l'on ne 
saurait, sans partialité, mettre ce pays sur l'arrière-plan, si 
l'on met, en regard du goût et de la solidité de ses produits, 
l'indication de leur valeur commerciale. 

L'exposition belge ne renferme ni chefs-d'œuvre, ni tours 
de force; elle s'adresse aux consommateurs, aux hommes sé- 
rieux beaucoup plus qu'à la foule curieuse et avide de choses 
extraordinaires. Et cependant elle a bien aussi son côté at- 
trayant. A part les dentelles qui attirent les regards du public 
élégant, elle appelle l'attention des visiteurs par une immense 
glace (16 mètres carrés environ) de Floreflfe qui se trouve 
dans la nef et qui semble servir d'enseigne à l'exposition 
belge, aussi bien que les riches broderies d"'or, d'argent et do 
soie de M. Van Halle de Bruxelles. 

A l'étage, derrière les dentelles, sont rangés les cotons, les 
étoffes de fantaisie , les instruments de musique , la poterie, 
la verrerie et plus loin les tapis, les marbres, etc., etc. 

Il y a peu de meubles parmi les produits belges si l'on en 
excepte des parquets et des portes d'appartements que re- 
commande un travail parfait ; mais l'industrie métallurgi- 
que, par ses applications les plus usuelles (classe xxi), tient 
une grande place et laisse deviner qu'à l'annexe on retrou- 
vera, non sans quelque importance, le fer et le zinc à côté des 
machines et des produits agricoles. 

Dans l'annexe, la place occupée par la Belgique est moins 
grande, mais il faut remarquer qu'avant d'arriver à la galerie 
du Cours-la-Reine on trouve, sous des tentes , entre cette 
galerie et le palais principal, les voitures et les instruments 
aratoires de la Belgique à côté de ceux de la France. Ce dé- 
membrement de produits enlève sans doute à l'ensemble 
quelque chose de sa grandeur, lui cause un certain préjudice 
dans l'esprit des masses ; mais il aurait permis de comparer 
plus efficacement les produits des divers peuples, si tous 
avaient bien voulu adopter ce mode de morcellement. Du 
reste, l'essai qu'on en a fait sur les machines agricoles et sur 
les voitures peut porter des fruits pour l'avenir, et amener 



A L'EXPUSITIOIN UINIVEHSELLE. M^ 

une organisation beaucoup supérieure à celle dont l'Angle- 
terre avait donné l'exemple en 1851. 

La carrosserie de Bruxelles a une ancienne réputation à sou- 
tenir; aussi est-elle entrée en lice avec ses meilleurs fabricants. 

Les machines et les produits de l'agriculture tiennent, les 
uns et les autres, un rang honorable ; les machines industrielles 
et le matériel des chemins de fer couronnent dignement le 
contingent belge. 

Peut-être devrait-on regretter que nos voisins si riches en 
produits naturels, en charbons, en minerais de fer, de zinc, 
de plomb, aient, jusqu'à un certain point, négligé cette partie 
de leur exposition ; ils n'ont pas donné non plus une idée sai- 
sissante de leur production métallurgique. Il y a, sans doute, 
des expositions de fonte d'un grain et d'une couleur parfaites, 
des fers dont la nervure ne laisse rien à désirer. Le jury saura 
sans aucun doute apprécier ces qualités ; mais, pour le public, 
cette partie de l'exposition belge est tout à fait insuffisante; Se- 
raing seul offre u nepièce forgée qui attirera l'attention générale. 

En résumé, l'exposition belge, qui compte 700 exposants, a 
un caractère très-sérieux; elle est éminemment commerciale. 
Malgré les lacunes qu'elle présente, on peut, après l'avoir visitée, 
se faire une assezjuste idée des échanges que toutes les nations 
pourraient utilement faire avec la Belgique, pour peu que l'on 
énumère avec soin les prix indiqués sur la plupart des produits. 



VILLES ANSÉATIQUES. 

Annexe, section des produits , travées 25 à 26, A et B. — Palais 
principal , galeries, travées 30 à 32 , L. 

Les villes de Hambourg , Brème et Lubeck sont plus con- 
nues par leur immense commerce que par les industries qui 
leur sont propres; et, quoique le nombre de leurs exposants 
soit assez considérable, il ne faut point s'étonner de l'absence 
de tout caractère national dans l'ensemble des produits. Quel- 
ques-uns cependant ne laissent pas que d'être très-remar- 
quables, et nous pourrions citer une vingtaine de noms parmi 
les 83 exposants des villes libres, qui ne sont pas sans intérêt. 
206 h 



114 VISITE 

Les cigares importés à Hambourg, ou fabriques dans cette 
ville avec les tabacs étrangers , constituent une branche de 
commerce importante qui est bien représentée. A cette in- 
dustrie se lie celle de la fabrication du papier à cigarettes ; 
ce papier, fait avec les tiges et les débris du tabac, est encore 
une curiosité qui , grâce à l'accroissement indéfini du nom- 
bre des fumeurs, est sans doute appelé à un certain avenir. 

Les cuirs tannés et vernis de Hambourg méritent aussi une 
mention particulière, ainsi que les chaussures dans la confec- 
tion desquelles ils sont employés. 

Les meubles sont établis avec soin et sont certainement 
d'une grande solidité , mais on ne saurait y rencontrer les 
conditions artistiques qui seules pourraient motiver les prix 
élevés auxquels la plupart d'entre eux sont cotés. Il faut tou- 
tefois excepter les sièges et autres ouvrages en vannerie , qui 
sont à la fois d'une très-belle exécution et d'un prix peu 
élevé. 

L'industrie des conserves alimentaires ne pouvait manquer 
de figurer parmi les produits des villes anséatiques ; les prix 
sont très-modérés, et l'on sait, en examinant les boîtes, 
que les produits qu'elles renferment jouissent d'une réputation 
européenne. 

Les produits exposés par les différents États du sud de 
l'Allemagne présentent à peu près le même caractère. 

Le grand-duché du Luxembourg se fait remarquer cepen- 
dant par ses peaux de chevreau pour gants, et par une bi- 
bliothèque en fonte pour laquelle une grande somme de tra- 
vail a été dépensée au profit du plus grand dévergondage de 
goût que l'on puisse rencontrer. 

Francfort expose surtout des caractères d'imprimerie et des 
ouvrages de typographie et de lithographie. 

Le grand-duché de Hesse compte , au nombre de ses pro- 
duits, de magnifiques objets de galvanoplastie, des peaux, 
des cuirs vernis, des nécessaires et des chaussures. 

Dans l'exposition de l'électoratde Hesse, on trouve princi- 
palement des bijoux, des émaux et des jouets d'enfants. 

Oldembourg se distingue par sa bijouterie en pierre dure et 
(luelques autres contrées par des produits assez importants 
pour qu'il en soit fait une mention spéciale. 
Nos lecteurs nous sauront gré de leur donner, sur l'indu- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. i15 

strie tout exceptionnelle des pierres dures, quelques détails 
intéressants. 

Elle compte à peu près 160 moulins à polir l'agate , qui oc- 
cupent 1600 ouvriers. 

Environ 250 perceurs d'agate, contre -maîtres et apprentis, 
y sont employés. 

Les pierres polies sont montées par 350 orfèvres patentés, 
occupant 1100 ouvriers. 

Le production brute dépasse annuellement 2 500 000 francs 
dans lesquels la main-d'œuvre est comprise pour moitié, ce 
qui porte en moyenne à 750 francs par tète le salaire des po- 
lisseurs, qui s'élève pour les plus habiles jusqu'à 2000 francs 
et plus. Du reste, ces polisseurs, perceurs et orfèvres travail- 
lent tantôt pour leur propre compte , tantôt sur les ordres des 
marchands d'agate , qui leur fournissent souvent les des- 
sins et les modèles. 

Outre les agates qui proviennent des mines d'Oberstein et 
de ses environs, on travaille principalement les pierres du 
Brésil , les topazes , améthystes , cornalines , chalcédoines , 
aventurines, le jaspe oriental, l'ouyr, le lapis-lazuli, etc. 

La plupart de ces pierres polies se vendent en Angleterre, 
en France, en Allemagne, en Belgique, dans l'Amérique du 
Nord. Les pierres montées sont surtout destinées, soit aux 
foires de Leipzig et de Francfort, soit aux marchés améri- 
cains. 



ROYAUME DE PRUSSE , 

bans l'exposition duquel se trouvent aussi les produits de l'Unior. 
de la Thuriuge, du grand-duché de Mecklenbourg, des duchés 
de Brunswick et Anhalt-Dessau , des principautés de Lippe et 
Schauraburg-Lippe et de la ville libre de Francfort. — Annexe, 
section des produits, travées 27 à 33, A à D. — Annexe, sec- 
tion des machines, travées 120 à 12G, A à D. — Palais principal, 
rez-de-chaussée , travées 24 à 30 , H à L. — Palais principal , 
galerie , travées 24 à 30 , L à N. 

L'exposition prussienne est une des plus importantes au 
Palais de Tlndustrie, tant par le nombre de ses e.\pooan(s 



i \ 6 VISITE 

que par l'importance et la variété des produits : elle résume 
en quelque sorte toute l'exposition allemande, qui se recom- 
mande surtout par le caractère de vérité qu'elle présente ; 
moins qu'ailleurs, les produits ont été fabriqués en vue de 
^expù^ition : 11 est vrai que celte bonne foi doit être consi- 
dérée comme une condition indispensable de la plupart des 
productions de l'Allemagne , dont le principal mérite consiste 
dans des prix que Ton regarderait ailleurs comme impos- 
sibles. 

Si l'on considérait, comme dernier terme de la civilisation, 
la fabrication des produits à bas prix pour la consommation 
générale, nul doute qu'il ne faille accorder à l'Allemagne une 
prééminence marquée; ses articles principausr sont ceux , en 
efïet, dont l'usage est le plus répandu et qui se prêtent même 
à une grande fabrication , sans exiger un matériel considé- 
rable. Il y a moins de manufactures en Prusse qu'en France 
et en Angleterre , mais il y a beaucoup plus d'artisans. 

La fabrication des draps et des toiles, les articles de coutel- 
lerie, de quincaillerie, la fonderie de fer et de zinc, et en 
général l'emploi industriel de tous les métaux communs sont 
en Allemagne d'une exploitation presque générale ; il faut 
y joindre, pour quelques localités, certaines fabrications spé- 
ciales , telles que celles des cotons, des soieries, des armes, 
des outils, des terres cuites, des jouets d'enfants, des usten- 
siles de ménage, etc., etc.. pouvant occuper, dans quelques 
localités, un grand nombre de bras peu rétribués. 

L'introduction des machines-outils et des machines de fa- 
brication a contribué plus qu'aucune autre circonstance à 
modifier, sur la plupart des points, les conditions économiques 
de la production dans ces contrées , mais cette introduction 
même porte l'inHuence des progrès qu'elle entraîne à sa 
suite sur les principaux objets de la fabrication antérieure, 
plutôt qu'elle n'a eu pour résultat la création d'industries 
nouvelles. 

A cette amélioration a succédé , depuis une dizaine d'an- 
nées surtout , un progrès sensible sous le rapport du goût et 
du dessin, à tel point que les formes sont méconnaissables, 
et que certains produits de l'orfèvrerie , de l'industrie des 
bronzes, des soieries , des porcelaines et de la fonderie ne le 
cèdent en rien , sous ce rapport, aux productions les plus re- 



A L'ËXPOSÏTION UNIVERSELLE. 147 

marquables des nations considérées comme les premières dans 
les arts d'imitation. En examinant avec attention l'exposition 
allemande, on sent cependant que ce progrès n'est pas 
général : à côté de produits très-irréprochables, on rencontre 
souvent des formes bizarres , que le contraste met davantage 
en lumière, mais dont la Prusse a su, mieux que tous les 
autres États allemands, se garder. Cette transition toutefois 
ne peut se faire sans quelques écarts regrettables, qui se 
rencontrent quelquefois jusque dans le mode d'installation des 
produits. 

Le royaume de Prusse, qui s'étend au travers de l'Alle- 
magne depuis la France jusqu'à la Russie, se divise en deux 
parties séparées par le Hanovre , la Hesse et le duché de 
Brunswick. La Prusse rhénane est le principal centre de 
l'industrie, puis aussi la Westphalie; et il est curieux de 
suivre sur la carte le prodigieux mouvement industriel de 
toutes les contrées allemandes qui avoisinent la France , 
depuis la Belgique jusqu'à la Suisse. Le grand -duché de 
Bade, la Bavière et surtout le Wurtemberg, participent, 
autant que les provinces rhénanes, à celte activité qui se fait 
sentir encore dans les différents pays de Saxe. 

D'un autre côté , le voisinage de la mer du Nord et de la 
Baltique exerce, sur le commerce des États du nord de l'Alle- 
magne, une influence non moins marquée ; Berlin, Breslau , 
Stettin et Magdebourg , sont les principaux côtés. L'examen 
des produits exposés par les différents États ne peut manquer 
de mettre en relief ces différentes causes d'influence. 

Dans l'Annexe, les matières minérales de la Prusse occupent 
une place considérable : les houilles maigres et les cokes de 
la vallée de Sarrebruck, assez semblables aux produits simi- 
laires du centre de la France, sont réunis en collection par les 
soins de l'administration royale des mines avec les houilles 
grasses du même bassin , et forment comme une introduction 
à la métallurgie du fer, si bien représentée tout auprès. Les 
combustibles minéraux d'Essen, près de Dusseldorf, laissent 
beaucoup plus à désirer. Presque tous les métaux figurent à 
côté de leurs minerais : le plomb, le cuivre, le nickel, l'ar- 
gent, mais surtout le fer et le zinc se trouvent exposés dans 
leurs différents états de préparation ; les usines de fer n'ont 
oublié ni le combustible ni les fondants, ni aucune des modifi- 



an VISITE 

calions apportées parla fabrication dans les métaux préparés. 
Les minerais de fer et ceux de zinc sont surtout nombreux et 
importants : le fer carbonate des houillères, rencontré vers 
1849 sur les rives de la Ruhr, occupe une place distinguée 
à côté des anciennes exploitations du pays. Par les ruptures 
ménagées dans les spécimens de fonte , le visiteur distingue 
facilement les fontes blanches , les fontes grises et les fontes 
truitées : quelques échantillons présentent un caractère la' 
melleux très-remarquable. 

11 serait difficile de citer les plus importants parmi ces 
échantillons nombreux, dont quelques-uns atteignent des 
dimensions inusitées; nous avons remarqué cependant les 
fers et les tôles de MM. Stumm frères, ceux de la société ano- 
nyme du Phénix, une tôle du poids de 750 kilogr. d'une ré- 
gularité remarquable, de MM. Jacobi , Haniel et Huyssen ; 
ainsi que les tôles de quelques fabricants, aussi minces que 
des feuilles de papier ; aussi M. le comte de Renard distri- 
bue-t-il pour adresses de petits carrés de tôle de fer , dont 
l'épaisseur n'atteint pas trois centièmes de millimètre , et qui 
lui servent de cartes de visites. Rien déplus élégant que les 
ornements fabriqués avec les tôles, dans le genre des fers 
repoussés des xv* et xvi^ siècles. 

Le laminage du zinc réalise les mêmes progrès : les feuilles 
n°' 16 et au-dessous , de MM. Ruffer et Cie, de Breslau , sont 
d'une fabrication tout à fait exceptionnelle. Leurs tôles de 
zinc ondulées méritent également une mention particulière. 
Nous rencontrerons dans la même voie les trois établissements 
prussiens de la société de la Vieille-Montagne, qui expose 
également en Belgique, en France et dans le duché de 
Bade 

La fabrication du nickel , dit argent allemand , n'est pas 
sans importance en Prusse; MM. Herbers, d'Iserlohn, et Kay- 
ser, de Naumbourg, en Silésie, préparent ce métal avec une 
pureté telle qu'il ne contient plus ni arsenic ni soufre. 

Les produits les plus remarquables de la métallurgie prus- 
sienne sont ceux de M. F. Krupp , dont les aciers fondus 
avaient déjà fait grande sensation en 1851. Il s'est en quel- 
que sorte surpassé lui-même. Le bloc d'acier fondu de 
5000 kilogrammes, plusieurs rouleaux de laminoirs, un canon 
flu calibre de 12, un ressort chargé de 3000 kilogrammes, sont 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. H 9 

lous des objets remarquables , dont la parfaite homogénéité 
se trouve suffisamment établie par les belles cassures de quel- 
ques autres pièces. Les cloches en acier fondu, delà société de 
Bockum, ont un son magnifique qui n'est que trop attesté pour 
les oreilles des visiteurs par l'usage exagéré qu'on en fait 
dans l'Annexe. Les fers-blancs des hauts-fourneaux d'Ein- 
tracht méritent aussi d'être mentionnés particulièrement. 

Les cuivres laminés de Heckmann , et surtout les appareils 
évaporatoires pour sucreries, construits dans ses ateliers, sont 
bien faits pour accompagner les riches minerais de cuivre py- 
riteux, de cuivre carbonate et même de cuivre natif que ren-» 
ferme cette division de l'exposition prussienne. 

Les produits agricoles sont d'un haut intérêt ; ils se com^ 
posent principal.ejnent de laines , de céréales et de lins ; 
quelques toisons de Silésie , Posnanie et du Brandebourg 
présentent les plus belles qualités de laines fines. 

Dans les arts chimiques, les acides de la distillation des 
corps gras, les substances préparées pour la teinture de 
Trommsdorf, les plus beaux peut-être de l'Exposition, les prO' 
duits divers de l'industrie sucrière sont bien préparés et d'un 
bas prix remarquable. Des effets de coloration fort singuliers 
sont obtenus par quelques gouttes de plusieurs substances 
distribuées sur divers tissus et étendues en repliant l'é- 
toffe sur elle-même ; ces premiers essais du D' Runge sont 
loin de dire que ce procédé n'ouvrira pas une voie nouvelle 
dans laquelle M. Jobard avait voulu déjà trouver un moyen 
d'improvisation pour les tissus industriels. 11 va sans dire 
que quinze Farina se disputent la palme pour la véritable 
eau de Cologne ; il paraît que cette industrie n'est pas des 
moins lucratives. 

L'exposition prussienne , dans l'Annexe, est complétée par 
les cuirs , des courroies bien fabriquées , les mêmes objets de 
cuirs vernis pour l'exportation ; par des amadous formidables 
qui serviraient au besoin de vêtements, puisqu'on en fait déjà 
des casquettes , sans doute non incombustibles ; par des pa- 
piers de toutes sortes, parmi lesquels il convient de distinguer 
les papiers non filigranes , en couleur, de MM. Ebart frères, 
de Berlin, et par toutes sortes d'objets en caoutchouc naturel, 
vulcanisé ou durci , voire même le buste de l'empereur Na- 



120 VISITE 

poléon l^' à Sainte-Hélène, qui est vraiment d'une exécution 
très-parfaite; enfin par quelques instruments de précision, les 
articles de poêlerie et les papiers peints. 

Parmi les instruments de précision en verre , les modèles 
pour la cristallographie sont intéressants, quoique l'exécution 
laisse peut-être à désirer; mais le télégraphe de MM. Siemens 
et Halske attire l'attention générale; on sait que l'un des as- 
sociés faisait profiter de son appareil la Russie, pendant que 
l'autre rendait à l'armée alliée le même service. 

Nulle part ailleurs la fabrication des appareils de chauf- 
fage par le gaz n'est aussi avancée ; les fourneaux et calori- 
fères de M. Eisner, de Berlin, nous montrent les petits foyers 
à double courant d'air, dans lesquels les gaz mélangés vien- 
nent brûler à la surface d'une toile métallique. 

En machines, l'exposition prussienne est, sinon complète, 
du moins intéressante ; ses machines à vapeur, ses locomo- 
tives , sa sucrerie à vapeur, ses presses, ses cardes, quelques 
machines de la fabrication des draps et des papiers , et un 
métier Jacquart , attestent un mérite d'exécution que l'état 
d'avancement de son industrie métallurgique ne peut que 
faire progresser. 

Conformément au plan général, les produits des quinze der- 
nières classes sont placés dans le bâtiment principal, et nous 
y retrouvons tout d'abord les métaux sous toutes les formes ; 
les outils d'acier, la coutellerie de Henkels et Schmoiz, les 
armes blanches d'Hœller et Eunenschlok qui sont exportées 
en grand nombre en Amérique et en Asie; les cuivres es- 
tampés pour ornements et boutons; la tréfilerie de fer et de 
cuivre; les tuyaux sans fin en plomb et en étain ; les cuivres 
guillochés pour cadres, tabatières et autres emplois; les 
aiguilles de toutes sortes , particulièrement celles des fa- 
briques Printz Schleicher et Beissel , à Aix-la-Chapelle ; les 
articles de sellerie en argent, de Berlin; les coffres-forts 
de toutes dimensions jusqu'à celle d'un simple registre, surtout 
ceux de MM. Sommermeyer et Cie ; les ustensiles de ménage 
en fer élamé, les poêles en fonte d'un travail parfait, forment 
une série non interrompue d'ouvrages en métal , jusqu'aux 
fontes de Berlin et aux plus beaux ouvrages d'orfèvrerie. Des 
éventails du comte Stolberg qu'on prendrait pour de la den- 
telle, si ce n'était leur rigidité; des couvertures en fonte, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 121 

fondues sur des modèles en papier découpé, et presque aussi 
délicates, nous montrent ce que nos voisins font et ce que 
nous ne pouvons encore faire. 

Les armes de luxe et lorfévrerie sont représentées par des 
produits fort estimables, particulièrement comme ciselure, et 
la galvanoplastie en argent fm ne pourrait revendiquer une 
œuvre d'un plus beau travail que le bas-relief offert par la 
ville de Berlin au prince de Prusse , à l'occasion du 25" an- 
niversaire de son mariage. 

La fonderie du zinc excelle aussi dans rexécution des or- 
nements de l'habile architecte Diebitsch dans le style de 
l'Alhambra , et la statue de bronze damasquinée de Frédéric- 
Guillaume III, au centre de la nef, fait le plus grand honneur 
à rÉcole des arts et métiers fondée par le célèbre Beuth, dont 
l'influence , ainsi que celle de l'architecte Schinkel, a exercé 
une action si considérable sur les destinées industrielles de 
l'Allemagne : leurs ouvrages se trouvent dans la grande logo 
aux galeries, ornée de leurs bustes. 

Citons encore les poêles en fonte , les dorures sur bois les 
plus solides , les boutons les plus variés de Ritzel et de Greeff, 
pour compléter Ténuméralion des principaux articles de 
quincaillerie. 

Les tissus prennent une grande part dans l'exposition 
prussienne ; on y remarque entre autres les cotonnades imi- 
tant les fourrures de différents animaux, de Gladbach ; les 
velours de laine de Schœller et fils ; de très-beaux velours et 
peluches de laine , des velours et des tissus de soie , des 
tissus légers dans le genre de Mulhouse et de Paris; enfin 
les draps de toutes sortes dont la collection est aussi complète 
qu'on puisse le désirer; l'industrie du défilochage est déjà 
depuis quelque temps acclimatée en Prusse. 

Quoique Berlin ait quelques ébénistes habiles , on ne voit 
point dans son exposition de meubles remarquables, si ce 
n'est quelques laques de Stobwassen d'une très-belle exé- 
cution; les instruments de musique, en petit nombre, sont 
venus de Berlin, Breslau, Dantzig, Brunswick, Cologne, 
Dusseldorff et Werel. 

La manufacture royale de porcelaines représente presque 
seule l'industrie céramique ; mais ses principales pièces, par 
leurs décorations et leurs peintures, sont d'une perfection très- 



122 VISITE 

remarquable ; les Uthophanies en blanc et en couleur , qui 
sont appliquées aux fenêtres de l'escalier sud-ouest , appar- 
tiennent au même établissement ; et, parmi les produits plus 
ordinaires, MM. Villeroy et Boch , qui occupent un des tro- 
phées de la nef, ont des biscuits et des poteries fort inté- 
ressantes. 

Dans les arts de reproduction enfin, nous rencontrons des 
livres de sciences en grand nombre et d'une très-belle exé- 
cution chez MM. VVieweg et Winkelmann; mais nous avons 
particulièrement remarqué les chromolithographies de Rei- 
mer , de Berlin, et quelques cartes géographiques. Les cartes 
muettes, exécutées au pinceau sur papier ciré, ouvrent une 
méthode nouvelle dans l'enseignement de la géographie , en 
ce qu'elles permettent de tracer à la craie tous les détails omis 
à dessein, et de les effacer ensuite. 

Nous ne dirons rien de la magnifique reliure de l'album 
donné au prince et à la princesse de Prusse par les provinces 
du Rhin; les vues les plus pittoresques et les scènes histo- 
riques les plus intéressantes de ce beau pays , dues pour la 
plupart aux principaux peintres de Dusseldorff, sont réunies 
dans une œuvre d'art , en ivoire et orfèvrerie , d'un travail 
tout à fait remarquable. 

M. le commissaire de la Prusse représente , auprès de la 
commission impériale , en même temps que le royaume de 
Prusse, un certain nombre d'États de l'Allemagne : ce sont 
les duchés d'Anhalt-Dessau et Cœthen, le duché de Bruns- 
wick, le royaume de Hanovre, la principauté de Reuss , bran- 
che aînée (la principauté de Reuss, branche cadette, a délégué 
un commissaire spécial), le duché de Saxe-Cobourg, le duché 
de Saxe-Cobourg-Gotha , la principauté de Lippe et Schaum- 
bourg-Lippe, celle de Schwarzbourg-Rudolstadt, le duché 
de Saxe-Meininger, le grand-duché de Mecklembourg et celui 
de Saxe-Weimar. Les produits de ces différents États alle- 
mands sont réunis à ceux de la Prusse et sont d'ailleurs 
trop peu nombreux pour qu'il soit possible d'entrer dans 
quelques détails à leur sujet; nous dirons seulement que la 
fabrication des objets en métal et que l'industrie des laines et 
des draps constituent la partie dominante de ces expositions 
partielles. Les différents genres d'impression , la galvano- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 123 

plastie, et surtout la fabrication des jouets d'enfants occupent, 
après ces industries principales, la place la plus impor- 
tante. 



GRAND-DUCHÉ DE BADE. 

Annexe, section des produits, travées 26 et 27, C. — Section 
des machines, 123 et 124. — Galerie d'agriculture, 2 à 6. — 
Palais principal, rez-de-chaussée et galerie. 

Les cent exposants du grand -duché de Bade ont fourni des 
produits à presque toutes les divisions de la classification of- 
cielle, les ressources de ce pays industrieux le portant à la 
fois vers l'agriculture, les mines et la plupart des manufac- 
tures. L'exploitation minérale de la vallée de Kinzig, dont 
l'existence remonte à une époque fort éloignée, présente une 
collection remarquable de minerais de plomb et de cuivre, à 
côté desquels la société de la Vieille-Montagne a disposé les 
spécimens de ses mines des environs deWieslach, autrefois 
abandonnées , mais qui ont acquis depuis lors une grande 
importance. Tandis que , dans l'exposition prussienne , le lin 
et la laine formaient la plus grande part des produits agri- 
coles , nous rencontrons ici les bois, les céréales, le chanvre 
et le tabac ; sous l'infiuence d'un heureux climat, et par l'em- 
ploi de bonnes méthodes de culture, le grand-duché de 
Bade a pu rendre sa production agricole considérable. 

Les bois de la forêt Noire sont exportés au loin , particu- 
lièrement pour la France et pour Paris; la production du 
chanvre en i853 dépassait 3 500 000 kilogrammes, et elle 
s'est encore élevée l'an dernier; cette matière textile, très- 
résistante, est recherchée pour la fabrication des toiles à 
voiles et des cordages de marine ; la plupart des échantillons 
sont d'excellente qualité, aussi la semence est-elle aussi fort 
recherchée. Plusieurs producteurs ont exposé des tabacs du 
pays , dont la production s'élevait , particulièrem.ent dans le 
Palatinat, à plus de 7 millions de kilogrammes. Les feuilles 
de MM. Fraumann et Cie et de M. Hirschhorn et fils méritent 
un intérêt particulier. Le houblon des mêmes contrées ne 
le cède en rien à ceux de Bohême et de Bavière. Le .lardin 



124 VISITE 

Central d'agriculture d'Heidelberg , transporté en iSoO à 
Carlsruhe, d'après les plans de son directeur, feu Mezger, 
figure au nombre des exposants par des spécimens des diffé- 
rentes cultures du pays, qui doivent aux écrits de cet agri- 
culteur la plus grande partie des améliorations réalisées. 

La construction des machines a pris , dans le grand-duché 
de Bade comme en Wurttemberg, une activité remarquable. 

La locomotive à grande vitesse de la société de Carlsruhe, 
est d'une très-bonne exécution. Étant chargée de 62 tonnes 1/2, 
elle brûle 5'' 85 de coke par kilomètre, avec une vitesse de 
64 kilomètres à l'heure ; son prix est de 60 000 francs avec 
son tender. 

Les pompes à incendie de M. Metz sont d'une exécution 
très-soignée : c'est cet industriel qui a organisé dans diffé- 
rents pays de l'Allemagne le service des pompiers volontaires; 
le fourgon spécial sur lequel il transporte tous ses appareils 
de sauvetage en cas d'incendie est très-bien entendu. 

Le grand-duché de Bade est le berceau de la fabrication de 
l'horlogerie dans la forêt Noire : fondée dans le milieu du 
XVII* siècle, cette fabrication produit aujourd'hui de 600 à 
700 000 pièces. En 1 847 on comptait 1 568 maîtres et 2566 ou- 
vriers, exclusivement employés à cette industrie, sans comp- 
ter les femmes et les enfants qui sont fréquemment chargés 
de quelques opérations spéciales. Par la fondation d'une 
école d'horlogerie à Furtwangen en 1850, le gouvernement, 
en fournissant aux fabricants des modèles bien confectionnés 
et de bon goùi, a considérablement contribué aux perfection- 
nements introduits depuis lors. Le travail est en général divisé 
de manière à faire descendre autant que possible le prix de 
vente, et l'on est étonné de la précision à laquelle certaines 
pièces, établies dans ces conditions, peuvent atteindre. 

La fabrication des cuirs est bien représentée, notam- 
ment par les produits de MM. Heintze et Freudenberg : on 
sait que l'on attribue à la parfaite qualité du tan de la forêt 
Noire et de l'Odenwald la bonne préparation des cuirs dans 
cette contrée. 

Les vins du Rhin et les kirschenwasser de la forêt Noire 
ne pouvaient être oubliés parmi les produits badois : 19 000 
hectares de terre sont consacrés à la viticulture, et la pro- 
duction ne s'élève pas à moins de i30 000 hectolitres. 



A L'EXl'OSlTlOiN LMVEHSELLE. 125 

Les eaux minérales de Freyersbach , Rippoldsau , Anto- 
gast, Pelersthal, Griesbach , Baden-Veiler , Langenbruken, 
ont toutes des propriétés particulières qui les font recher- 
cher : les analyses du professeur Bunsen, d'Heidelberg, don- 
nent des indications fort intéressantes sur leur composition. 

Nous trouvons encore dans l'exposition badoise des toiles 
métalliques, des garnitures de cardes, des appareils et pro- 
duits chimiques, des cigares, dont ceux de MM. Mayer frères 
sont très-remarquables, des gravures de la maison Artaria et 
Fontaine et des instruments de musique. 

Nous mentionnerons particulièrement, parmi les manufac- 
tures de tissus, les velours de coton de la Société pour la fi- 
lature et le tissage à Eltlingen ; ces produits sont remarqua- 
bles par le complet assortiment des couleurs, et les produits 
en laine et soie de M. Kœchlin et fils, ainsi que les mouchoirs 
de coton de M. Herosé, que l'on peut citer parmi les pre- 
miers industriels de l'Allemagne, ne peuvent manquer d'être 
également remarqués; les industries du coton seulement n'a- 
limentent pas moins de 417 fabriques, occupant 9000 ou- 
vriers. 

Des industries si diverses et déjà si développées chez une 
population de i 360 000 âmes, confectionnant pour plus de 
50 millions de produits, constatent une heureuse tendance 
vers une prospérité qu'il suffira d'encourager pour en obtenir 
de plus importants résultats encore. 



ROYAUME DE WURTEMBERG. 

Annexe, division des produits, travées 27 à 28. — Annexe, divi- 
sion des machines, travées 124 à 127. — Bâtiment des instru- 
ments d'agriculture. — Palais principal, rez-de-chaussée, tra- 
vées 29 et 30 , I et J. — Palais principal , galerie , travées 29 et 
30, N. 

Les produits de Wurtemberg, quoique envoyés en petit 
nombre et par 182 exposants seulement , forment un ensem- 
ble remarquable, caractérisant, avec une grande exactitude, 
l'industrie allemande au milieu de laquelle cette partie de 
l'Exposition apparaît cependant avec les quahtés qui lui sort 



1:26 VISITE 

propres; tous les genres d'industrie s'y rencontrent avec des 
spécimens intéressants qui font de l'exposition wurtember- 
geoise un des types les plus complets au Palais de l'Industrie. 
La classe des produits minéraux est représentée par les pierres 
à aiguiser, les pierres de construction et les pierres ponces 
artificielles, dont une fabrique très-renommée existe à Bieti- 
gheim. Les os broyés pour engrais, les instruments de l'Insti- 
tut royal pour l'agriculture et l'art forestier, de beaux échan- 
tillons de houblon et la collection complète des laines du 
^yurtembe^g représentent convenablement les tendances agri- 
coles du pays. 

La fabrication des machines, plus ordinairement réservée 
aux grandes nations , est représentée par des cardes d'une 
bonne exécution et surtout par les produits des usines d'Ess- 
lingen , chargées de la*construction des locomotives Engerth 
pour le Sœmmering, et de nombreuses commandes pour les 
chemins de fer du Nord et du Midi en France. Les deux lo- 
comotives exposées par ces usines portent les numéros de 
construction 268 et 271, et elles sont toutes d'une remarqua- 
ble exécution. 

On connaît la précision avec laquelle marchent les horloges 
de la forêt Noire ; quoique exécutés en bois, et en apparence 
assez gros, ces instruments ont quelquefois une précision ex- 
trême que Ton rencontrera souvent chez les huit exposants 
de ces articles. 

Les Allemands sont grands amateurs de collections : celle 
des fossiles de Souabe et de Franconie , et celle des plantes 
médecinales du Wurtemberg, sont tout à fait remarquables. 

C'est au Wurtemberg qu'est due l'invention des ardoises 
artificielles, d'un usage plus satisfaisant pour l'écriture et 
pour l'enseignement que les ardoises ordinaires : les produits 
de l'inventeur méritent de fixer l'attention des visiteurs de 
l'Exposition. 

Dans les arts chimiques, le sulfate de quinine, l'amadou, 
le cirage à base de glycérine, qui utilise une matière en- 
core sans emploi, les savons de toutes espèces, les gélatines 
pour colle forte , les cuirs et les maroquins , les carmins et 
les outre-mers, les papiers de chiffons, de bois et de paille , 
blancs et des couleurs les plus variées, indiquent une fabri- 
cation fort avancée et très-économiquement conduite. 



A L'EXPOSiTlOlS UNIVERSELLE. 127 

Sous le numéro 92 , M. Wagner a réuni de nombreux échan- 
tillons de pierres de construction : les granités, les grès, les 
calcaires démontrent une précieuse richesse en matériaux de 
ce genre, parmi lesquels il convient de distinguer particuliè- 
rement les grès du terrain Kuperien supérieur, qui sont 
employés à la construction de la cathédrale de Cologne et des 
principaux monuments de l'Allemagne. Les chaux hydrauli- 
ques et ciments de MM. Leube frères, à Ulm, figurent digne- 
ment à côté de cette collection. 

Les manufactures du Wurtemberg ont dès longtemps acquis 
une grande importance, la coutellerie, les outils de tous 
genres , particulièrement les faux et faucilles, les toiles métal- 
liques , les objets de quincaillerie et les meubles en métal , 
jouissent d'une réputation bien défendue par les articles ex- 
posés : nulle part on ne trouverait une exposition plus com- 
plète que celle des faux et faucilles de MM. Haucisen et fils, 
de Stuttgard, suivant les formes usitées en France, en Alle- 
magne j en Italie, en Suisse, en Pologne, en Hollande et 
presque en Amérique ; ces articles font l'objet d'exportations 
considérables. 

On voit, par cet exposé rapide , combien les produits du 
Wurtemberg sont variés, et il faudrait citer encore ses verres 
ornés, dits verres mousseline , ses draps et cuirs de laine, ses 
toiles, sa bonneterie d'une qualité extrême, ses chapeaux de 
feutre d'un bas prix extraordinaire; ses jouets d'enfants font 
une concurrence sérieuse à Nuremberg, en Bavière ; l'impri- 
merie de Stuttgard a envoyé de très-belles œuvres, et il n'est 
pas jusqu'aux instruments de musique qui ne soient repré- 
sentés par une fabrique de pianos des plus importantes. 



ROYAUME DE SAXE. 

Annexe, sectioti des produits, travées 28 à 29, C— Palais pnn- 
cipal, rez-de-chaussée, travées 27 à 29 , J à L. 

Le royaume de Saxe, situé au centre de l'Allemagne , n'est 
représenté à l'Exposition que par environ cent exposants, la 
plupart de Leipsick , de Dresde , de Chemnitz. L'industrie 
saxonne produit annuellement en fil de coton, tissus de lin, 



i^8 \1S1TE 

de coton, de laine, toiles cirées, broderies, dentelles, bon- 
neteries, jouets en bois , instruments de musique, pour envi- 
ron 200 millions de francs, tant pour l'exportation maritime 
que pour les marchés continentaux. 

Parmi les conditions favorables à ce grand développement 
de l'industrie manufacturière en Saxe, il faut en première li- 
gne placer ses combustibles minéraux : la houille des deux 
bassins de Plauen et Zwickau est de très -bonne qualité et 
l'extraction annuelle s'élève déjà de 9 à 10 millions d'hectoli- 
tres. Les lignites sont également en aussi grande abondance 
en Saxe et ceux exposés sous le numéro 3 sont vraiment re- 
marquables. 

L'exposition du pays dénote l'importance de ses laines et 
de tous les produits textiles : les machines de la filature et du 
tissage y ont suivi les progrès des produits eux-mêmes. 

La fdature de coton occupe 500 000 broches, réparties en- 
tre 120 établissements ; la filature de la laine cardée et de la 
laine peignée, 220 000; dans cette dernière industrie la pei- 
gneuse Schlumberger devient d'un usage général. La filature 
de lin semble au contraire avoir perdu par la concurrence 
de l'Irlande la plus grande partie de son ancienne activité. 

Le tissage a pris en même temps une extension considérable 
et l'on pourrait considérer la Saxe comme une vaste manufac- 
ture de tiss'js de toutes sortes, parmi lesquels cependant les 
draps et lu bonneterie doivent être signalés à la fois pour leur 
bas prix et leurs qualités. Le catalogue spécial publié par 
M. le commissaire de Saxe renferme des indications précieuses 
sur les prix de ces différents tissus , parmi lesquels les étoffes 
pour meubles et les dentelles occupent encore un rang impor- 
tant. 

En générel l'industrie du lissage ne s'exerce pas en ce pays 
dans de vastes ateliers; les tisserands travaillent chez eux 
comme nos ouvriers lyonnais; l'introduction progressive du 
tissage mécanique modifie de jour en jour ce mode de tra- 
vail et changera nécessairement, dans un avenir rapproché, 
les conditions économiques de la production dans ce pays. 

Nous citerons encore les huiles volatiles parmi les produits 
de l'exposition saxonne, quatre exposants de Leipsick ayant 
envoyé sous ce rapport des collections vraiment remar- 
quables. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 120 



ROYAUME DE BAVIÈRE. 



Annexe , section des produits ; travées 26 à 2T , A à B. — Palais prin- 
cipal, rez-de-chaussée: travées 30 à 32, GàL. — Palais principal, 
galerie; travées 31 à 32, L etM. 

Quoique les fabriques d'objets manufacturés ne forment 
pas en Bavière un faisceau considérable, il est pourtant in- 
contestable que depuis une vingtaine d'années les sciences et 
les arts y ont fait d'étonnants progrès. L'examinateur sérieux 
trouvf^ra, dans l'exposition bavaroise, la preuve de ces progrès 
remarquables ; quoique les produits envoyés ne présentent pas 
en général le brillant éclat et le goùL qui distinguent ceux de 
quelques autres contrées , on y trouvera cependant des objets 
d'un mérite incontestable, parmi lesquels il faut citer parti- 
culièrement une magnifique collection de minerais formée par 
la direction générale des mines et des salines à Munich. Cette 
ville a toujours été réputée pour ses instruments scienti- 
fiques, et bien qu'elle présente les excellents télescopes de 
M. Bauder. il n'en faut pas moins regretter l'absence de 
M. Merz et fils, les dignes successeurs de Fraunhofer, dont les 
produits cependant avaient été annoncés. 

Parmi les produits chimiques, on remarquera, par son bas 
prix, l'extrait de noix de galle de MM. Borer et Porzetius de 
Ratisbonne , les crayons très-renommés de MM. Faber de 
Slein , près Nuremberg , et surtout les bronzes en poudre qur 
pendant longues années ont assuré à la Bavière le monopole 
de l'approvisionnement de l'Europe. 

On sait la réputation dont jouit M. Adam Kuchenrenter pour 
ses pistolets de tir, rayés, qui portent avec une étonnante 
précision jusqu'à une distance de 500 mètres. Une carabine 
à deux canons de ce constructeur mérite la plus grande at- 
tention. 

MM. Klelt et Cie, les habiles constructeurs du Palais de l'In- 
dustrie de Munich en 1854, n'exposent que des clous et des 
épingles, mais la fabrication de ces menus objets est chez eux 
d'une importance considérable. 

M. Steigervald représente principalement l'industrie de Ja 
206 i 



130 VISITE 

cristallerie en Bavière ; ses grands vases égyptiens et mores- 
ques ne le cèdent en rien , sous le rapport de la fabrication . 
aux produits les plus remarquables de ce genre, et la rapidité 
avec laquelle la plus grande partie des produits exposés par 
cet industriel se sont vendus, témoigne suffisamment du bon 
goût qui a présidé au choix des modèles. 

La pierre lithographique de Munich ne pouvait manquer de 
figurer à l'Exposition de 1855 : celle de MM. Fischer et Kluge 
est d'une beauté remarquable, et quoiqu'il faille surtout cher- 
cher les mérites des produits bavarois dans les objets de 
grande consommation, il ne faut point négliger cependant de 
mentionner les gravures photographiques de M. L. Schomnyer, 
et surtout les portraits de M. F. Honfstangl qui sont peut-être 
les plus beaux spécimens de ce genre, que la photographie 
puisse revendiquer dans le Palais de l'Industrie. 

Le nombre des exposants bavarois ne s'élève qu'à 125 : 
on aurait pu croire à un plus grand empressement de la part 
des industriels qui ont assisté à la grande exposition de Mu- 
nich l'an dernier, si les désastres amenés par le cruel fléau 
qui a frappé cette ville, au milieu de la splendeur de cette 
exposition, n'avaient considérablement refroidi le zèle des plus 
ardents. Réduite à ses modestes proportions, l'exposition de 
la Bavière n'en doit pas moins être comptée parmi les plus in- 
téressantes, en ce qu'elle ne contient que les produits habi- 
tuels de l'industrie du pays. Le nombre des exposants bava- 
rois était à Munich de 2460, parmi lesquels 63 obtinrent la 
grande médaille, 263 la médaille dhonneur, et 531 une men- 
tion honorable. 



CONFÉDÉRATION SUISSE. 

Annexe, section des produits, travées 20 à 22, A à D. — Palais 
principal, galerie, travées 22 à 39, B à G. 

Pour un pays de deux millions et demi d'habitants, l'expo- 
sition de Suisse est relativement considérable; ses limites 
sont d'autant plus faciles à reconnaître dans le palais prin- 
cipal, que son exposition est gracieusement entourée d'une 
ceinturede broderies, devant lesquelles les dames font station. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 431 

On y voit, en outre, les articles les plus variés d'horlogerie, 
de bijouterie, des soieries unies, des rubans, des coton- 
nades, avec leurs nombreuses variétés, des bourres de soie, 
qui constituent, sans qu'on s'en doute, une branche très-im- 
portante et très-productive de fabrication, des colons filés et 
teints, des articles de paille et de sculpture en bois, des in- 
struments de mathématiques, des outils, si multiples pour 
l'horlogerie, des pianos, des parquets, dont les exposants 
ont reçu des commandes pour les palais du Louvre et de 
Saint-Cloud, des cuirs et peaux, des télégraphes usuels et 
perfectionnés, des dessins de machines, plusieurs reliefs de 
la Suisse ou d'une partie de ce pays, des meubles, des cara- 
bines, si chères aux Suisses, et qu'ils manient si adroite- 
ment, de la poterie, et, entre autres, trois remarquables 
poêles en faïence et des vins des bords du lac Léman. N'ou- 
ijlions pas de mentionner deux petites vitrines devant les- 
quelles la foule passe sans même y jeter un coup-d'œil : l'une 
contient de tous petits ressorts pour chronomètres, l'autre des 
p.int et des crowii-glass , produits remarquables qui ont ob- 
tenu la grande médaille à Londres. 

La Suisse a une exposition d'industrie dans toute l'acception 
du mot. Ses principaux produits sont répandus dans toutes 
les parties du monde : en Orient, aux États-Unis, dans l'Amé- 
rique méridionale, en Chine, sur la côte de Guinée, etc. 

Ces énormes montres que vous voyez dans une des vitrines 
de Neufchatel, sont destinées à l'empereur et aux mandarins 
de la Chine. Le siège principal de la fabrication des montres 
est dans les montagnes arides du canton de Neufchatel, et il 
s'en fait un millier par jour, depuis le prix de 20 fr. jusqu'à 
celui de 1000 fr. 

A Genève, c'est l'horlogerie fine et à enjolivements qui se 
fabrique le plus ; vous y voyez des montres dont les dimen- 
sions extérieures ne dépassent pas celles d'un franc, en- 
châssées dans des lorgnons ou des carnets de cartes de 
visite. 

Le canton de Saint-Gall et le demi-canton d'Appenzell se 
livrent avec succès à la fabrication des broderies , des mous- 
selines et des cotonnades. Ces deux petits pays , dont la po- 
pulation réunie dépasse à peine 200 000 âmes, font pour 
plus de 50 millions d'articles d'exportation. 



d32 VISITE 

Ces stores et rideaux que vous admirez se confectionnent 
dans les familles pendant le cours des longs hivers et l'inter- 
ruption des travaux des champs. Industrie morale qui mérite 
encouragement, et à laquelle nous souhaitons une prospérité 
croissante. 

Les soieries de Zurich sont exposées collectivement par 
cinquante-huit fabricants de ce canton. Elles ne sont pas 
comparables à celles de Lyon, sans doute, mais elles offrent 
le précieux avantage d'un extrême bon marché. Il y en a 
beaucoup à 1 fr. 50 c. le mètre. 

Les rubans forment la principale fabrication de la riche 
ville de Bâle, qui croît en importance d'année en année. Ces 
rubans joignent à la distinction le mérite du bon marché; mé- 
rite qui ne peut pas toutefois être apprécié, puisque les expo- 
sants de Bâle ont, malgré toutes les sollicitations, refusé de 
désigner les prix , tant est grande la crainte de MM. les com- 
missionnaires , qui interviennent toujours entre le producteur 
et le consommateur. 

Les articles de paille occupent une longue suite de vitrines : 
c'est encore une branche importante de fabrication en Suisse ; 
le siège principal en est dans la partie catholique du canton 
d'Argovie , et , dans une mesure beaucoup plus restreinte , 
à Fribourg; ces articles , ainsi que ceux d'horlogerie, sont 
admis en France avec des droits modérés, mais les broderies, 
les mousselines, les cotonnades, les cuirs, en sont, comme on 
sait, complètement exclus. 

L'économiste se demande comment l'industrie peut prospérer 
dans un pays placé dans des conditions si peu favorables : à 
une grande distance de la mer, sans matières premières, sans 
houille, sans douanes protectrices. 

Et cependant, non-seulement l'industrie manufacturière n'y 
décline pas, mais elle s'y développe d'une manière remar- 
quable. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 133 



EMPIRE D'AUTRICHE. 

Annexe, section des produits , travées 35 à 41 , A à D. — Annexe, 
section des machines, travées ll6àl2l,AàD. — Palais prin- 
cipal, rez-de-chaussée, travées 21 à 25, H à N. — Palais prin- 
cipal, galerie , travées 20 à 25 , K à N. 

On chercherait vainement, dans l'exposition autrichienne, 
un caractère industriel bien prononcé : les tendances du tra- 
vail manufacturier sont loin d'être identiques dans toutes les 
parties du vaste empire, formé d'éléments si divers ; l'Italie 
autrichienne se fait remarquer par sa prédilection marquée 
pour tous les arts d'imitation, négligés ailleurs d'une manière 
fâcheuse ; l'industrie de la Bohême ne ressemble pas à celle 
de la Hongrie, quoiqu'on puisse regarder ces deux contrées 
comme les centres principaux des industries agricole et mi- 
nérale du pays. 

Malgré ce défaut d'ensemble, que l'on aperçoit bientôt en 
visitant avec attention l'exposition autrichienne, elle ne laisse 
pas cependant que de présenter, par la variété de ses pro- 
ductions, un grand intérêt, tantôt au point de vue de l'élé- 
gance et de la bonne qualité de certains produits ; mais dans 
la plupart des cas, par les conditions économiques particu- 
lières à ses industries principales. 

La Moravie et la Hongrie se font surtout remarquer par 
leurs exploitations minérales dont l'administration impériale 
des mines a formé, dans les différents districts, une excel- 
lente collection technologique. Les houilles et les cokes qui 
figurent à l'Exposition proviennent en grande partie de la 
Bohême et de la Moravie ; mais les mines de Steyordef, en 
réunissant à leurs charbons les minerais de fer carbonate 
qu'elles possèdent, peuvent cependant fournir d'exacts ren- 
seignements sur la valeur des combustibles de la Hongrie ; 
ceux de la Transylvanie sont également bien représentés par 
les produits des mines de Magyar Hermany. Un bloc remar- 
quable de lignite provient des mines de Léoben (Styrie). La 
plupart des fers autrichiens sont traités au charbon de bois, 
particulièrement ceux destinés à la fabrication de l'acier : les 



134 VISITE 

usines d'Innerberg en Styrie, celles de Freybuch en Carinthie 
qui produisent Tacier dit des Curmes à la double marque, 
celles de Jenbuch,dans leTyrol. doivent être comptées parmi 
les plus intéressantes. Le pudlage au gaz de tourbe est un 
des traits caractéristiques de la fabrication autrichienne : 
plusieurs forges ont obtenu des succès remarquables dans 
cette direction, et l'établissement de Secco, à Milan, présente 
plusieurs échantillons de fer obtenus sans autre combustible. 
L'exposition la plus importante pour les pièces de grandes 
dimensions est celle de MM. Rosthorn et Dickmann. Les au- 
tres métaux sont aussi l'objet d'une exploitation notable : les 
plombs deBlecberg et de Untersitzen, les zincs d'Auronzo, les- 
cuivres de Brixlegy et de Kitzbiihl, dans le Tyrol, l'étain des 
différentes mines de Bohême attestent une variété de pro- 
duction fort remarquable. Le tellure est un produit important 
au laboratoire général des monnaies de Vienne , le mercure 
s'exploite à Brùnn, le nickel et le cobalt à Berndorf, l'anti- 
moine et l'argent en Hongrie, principalement à Iglo , les mi- 
nerais aurifères à Kremnitz, 

Lelaminage du cuivre, du laiton, et des différents alliagesdu 
nickel et du cuivre, connus sous les noms d'alfucia, de pack- 
fond, de maillechort, constitue une fabrication très-avancée 
dans les districts des forges. Une feuille de packfond des usines 
de M. Schailer, près Vienne, n'a pas moins de 14 mètres de 
longueur. Les laitons laminés de Tafilmethas sont d'une par- 
faite fabrication. 

Les échantillons de produits agricoles ne font pas défaut 
dans l'exposition autrichienne. On y remarque les blés, les 
orges, les seigles, les avoines de Hongrie, de Moravie et de 
Bohême, les riz de la Lombardie analogues à ceux de nos dé- 
partements d'Alger. L'empereur Ferdinand expose de fort 
jolis colzas de son domaine de Prague. Le maïs a été l'objet 
d'essais très-intéressants ; l'épi dépouillé de sa graine et con- 
verti en farine a été soumis à une sorte de panification ; les 
biscuits obtenus avec cette substance ont contribué déjà à la 
nourriture de 5 ou 600 personnes l'an dernier, et permettent 
d'espérer, en temps de disette , de trouver ainsi les éléments 
d'une alimentation supplémentaire. En se bornant à la con- 
casser, on l'emploie avantageusement à la nourriture des 
bestiaux. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 4 35 

Les tabacs occupent une place importante dans l'exposition 
autrichienne ; ceux de la Gallicie sont les meilleurs, si on les 
compare avec les produits similaires delà Hongrie, de la Si- 
lésie, de la Lombardie, dont les nombreux échantillons sont 
réunis par les soins de Tadministration impériale. 

Les laines constituent le produit agricole le pins important 
de l'Autriche : nulle part les toisons n'ont été plus soigneuse- 
ment préparées pour l'exposition, et nulle part on ne ren- 
contre une collection plus intéressante, La société pour amé- 
liorer la production de la laine en Bohème, n"a rien négligé 
pour que les plus beaux troupeaux fussent dignement repré- 
sentés ; on remarque surtout les toisons du comte François 
de Thun Honenstein, celles du prince Ad. Swarzemberg, bien 
connu par ses constants efforts en faveur de l'agriculture, 
celles du comte de Mundy. Les laines du troupeau des fer- 
miers réunis et bien d'autres encore qu'il conviendrait de citer, 
rendront la lâche du Jury bien difficile lorsqu'il s'agira de 
répartir, entre les exposants de l'Autriche, les récompenses que 
ne peut manquer de leur attirer cette f^xposition tout excep- 
tionnelle par ses nombreuses variétés, et ses qualités supé- 
rieures. En général ces laines sont destinées à la carde : nous 
n'avons vu qu'un seul échantillon de laine à peigner. 

Les pians de drainage de M. Kreuter sont intéressants : 
cet ingénieur, depuis o ans, n'a pas drainé moins de 5000 piè- 
ces de terre. 

Les bois du comte Zomoeski offrent un intérêt particulier 
pour la marine. Ses chênes, sapins et frênes de Gallicie pour 
raient être amenés sur le marché français avec des avantages 
marqués. Les mélèzes en grume de M. Bumert, et en planches 
débités peuvent alimenter, comme bois d'harmonie, tous les 
facteurs d'instruments de musique. 

Les cuirs de Hongrie, particulièrement ceux de MM. PoUak 
fils et de M. Suess ont une réputation bien méritée : quelques 
peaux en poils complètent cette partie de l'exposition autri- 
chienne. Les articles do sellerie les accompagnent : les selles 
variables, pour tous chevaux, au moyen d'un arçon régu- 
lateur, ne présentent aucune nouveauté d'invention. 

La quincaillerie, les produits chimiques et les substances 
alimentaires occupent les deux galeries de l'Annexe. La tail- 
landerie de la Carinthie et de la Styrie sont remarquables ; 



136 VISITE 

les produits surtout de M. J. Zeitlinger, de M. Weinmes- 
ter, et ceux de MM. Gobel et Gie, dans la haute Hongrie. 
Les scies de M. Miller et Gie sont d'une excellente fabri- 
cation. Sans être aussi complète sous ce rapport que l'ex- 
position prussienne, celle de l'Autriche est encore remarqua- 
ble, et a souvent l'avantage du bon marché. Les armes 
communes auxquelles on pourrait reprocher surtout leur 
mauvaise mise en bois, sont fabriquées à des bas prix extra- 
ordinaires ; où trouverait-on ailleurs des pistolets à 4 francs la 
paire? Les cadrans, étiquettes et ustensiles en fonte émaillée 
sont également d'un bas prix remarquable. Quelques instru- 
ments de mathématiques et de précision , et parmi ces der- 
niers les nouvelles batteries galvanique de M. Jedlik, Esapo 
et Hamar, occupent, avec quelques pièces d'horlogerie, l'une 
des galeries latérales. 

Les bougies d'acide stéarique et les allumettes allemandes 
doivent sans doute au grotesque de leur arrangement d'oc- 
cuper une place spéciale dans l'avenue principale: les autres 
produits des industries chimiques occupent la galerie du côté 
de la Seine. Les papiers de Josefstal et ceux de Lorenz fils et 
Echmann, sont cités pour leur bonne fabrication ; les céruses 
et les savons font l'objet d'une industrie considérable. 

Les collections de farines sont assez importantes, celle 
principalement de la société impériale des moulins à vapeur 
de Vienne ; les sucres indigènes de M. le comte de Larish- 
Meennich à Freistadt, ceux de M. Richter, préparés directe- 
ment en cubes de I à 2 centimètres de côté, pour les usages 
domestiques, annoncent que cette fabrication est très-avancée 
en Silésie et en Bohème : cette industrie compte d'ailleurs un 
assez grand nombre d'exposants. Nous ne dirons rien des 
sculptures fondantes en sel gemme de la direction des salines 
et des domaines de Hongrie : bientôt il ne restera rien de ces 
échantillons bizarres. 

L'immense bouteille figurée avec des milliers de bouteilles 
des diff'érents vins de l'Autriche, de M. Scherzer, pourrait à 
bon droit paraître ridicule, si elle n'était destinée à faire con- 
naître une des plus grandes richesses de l'Autriche, richesse 
méconnue ou à peine appréciée en France. Le vin est peut- 
être, sous ce rapport, le fait capital de l'exposition autri- 
chienne; sans parler des vins fins, dont quelques-uns sont de 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 137 

très-bonne qualité, il importe que l'on n'ignore pas avec, 
quelles facilités les différents crus de l'Autricbe pourront 
arriver sur le marché français dans des conditions de prix 
très-favorables ; les vins de Tokay sont chers, mais ce que 
l'on appelle les vins de commerce, et ce sont précisément 
ceux-là que M. Scherzer a réunis, se vendent à un prix rela- 
tivement très-inférieur. 

C'est surtout dans le palais principal que l'exposition d'Au- 
triche laisse apercevoir l'absence d'ensemble que nous indi- 
quions tout à l'heure. En réunissant, par groupes distincts, 
les produits, dans des salles bien décorées, on a cependant 
cherché à atténuer ce défaut par une installation convenable. 

Les cuivres estampés occupent une petite place auprès 
d'objets de toutes sortes que l'on pourrait qualifier du nom 
générique d'industrie parisienne de l'Autriche, si les fabri- 
cants qui ont contribué à cette réunion n'avaient pris soin de 
négliger tout à fait la forme, ou de n'y penser que pour la 
rendre plus tourmentée et plus bizarre. Nous examinerons ces 
produits dans leur ensemble, parce que si nous voulions les 
citer en détail , il nous serait impossible de ne pas indiquer 
que la plus grande partie se compose de pipes de toutes sortes, 
particulièrement en écume de mer : on n'en verra jamais 
une égale collection. On sait que la matière première se ré- 
colte en Crimée , et quelques beaux échantillons nous mon- 
trent celte singulière substance en grande masse ; d'un grain 
fin et homogène , on ne pourrait mieux la comparer quà la 
faïence fine pour sa blancheur et son aspect général , si n'é- 
tait son étonnante légèreté. Elle est ici tourmentée de mille 
manières, ciselée, creusée, représentant sur le bout d'une 
pipe colossale jusquà des sujets à huit ou dix personnages , 
qui peuvent bien contribuer un peu à faire ptrdre, par leur 
masse, tout l'avantage pour lequel nous avons dit que cette 
substance était recherchée. A côté des têtes de pipes , les 
tuyaux de toute espèce; l'arsenal est tout à fait complet. 

Les boulons de nacre ne sont pas moins nombreux que ces 
instruments des loisirs de l'Allemagne, et ils dénotent au 
moins une industrie fort avancée par la variété que les diffé- 
rents fabricants ont su mettre dans leurs produits. A voir ceux 
de iM. VVinter, on croirait que tous les boutons du monde 
sont confectionnés dans ses ateliers. Les petits monuments en 



d38 VISITE 

nacre de M. Schwartz sont très-brillants, sinon jolis; ils sont 
très-recherchés et d'un beau travail : quelques-uns d'entre 
eux ont jusqu'à 30 centimètres de hauteur: Les jouets 
d'enfants de toutes sortes sont d'un bas prix extraordinaire; 
ceux en bois blanc sculpté, dans le genre suisse, ne laissent 
pas de présenter un caractère de naïveté fort original. A côté 
d'eux, les cannes, parleur nombre et leurs variétés, sem- 
blent se disputer avec les pipes la prééminence dans l'exposi- 
tion autrichienne. Les ciselures des pommes de quelques-unes 
d'entre elles sont tellement grandes et tellement contournées, 
que le seul moyen de s'en servir sagement consisterait à les 
tenir par l'autre extrémité. A en juger par l'exposition , on 
doit croire que cette industrie n'est pas sans importance en 
Autriche. Citons encore, pour compléter la description de 
cette première salle, les boîtes et encadrements en composi- 
tion plastique ; quelques-uns de ces objets se vendent 40 et 
50 centimes la douzaine, nous n'avons pas le droit de de- 
mander qu'ils soient d'une forme gracieuse. 

Les papiers de fantaisie gaufiés ou marbrés de M. Kneper 
forment une fabrication importante aussi par l'extrême bon 
marché, le format grand-raisin de toutes les sortes ne se 
vendant que 30 francs la rame. L'exposition de M. Wert- 
heim, de Vienne, est bien plus intéressante encore : sa grande 
fabrication lui permet d'obtenir tous les outils à des prix im- 
possibles ailleurs : ses rabots montés , de tous profils, à i fr. 
la paire, vaudraient trois f(>is autant partout ailleurs. Des 
presses à papier, des coffres-forts, et parmi eux les pro- 
duits remarquables de M. Kosak demandent à être particu- 
lièrement cités pour leur bonne construction et le fini du 
travail. Les bronzes et la bijouterie sont peu nombreux; di- 
sons seulement que les tabatières en argent, et surtout les 
belles parures de grenat, méritent d'être mentionnées : nulle 
part on ne fait mieux en ce genre , et ces produits ont un ca- 
ractère particulier qu'on voudrait retrouver plus souvent en 
visitant les galeries autrichiennes. La fonderie de fer de 
Kitschelt a également envoyé quelques produits intéressants. 

La Bohême nous avertit que dans les arts de la verrerie et 
de la céramique nous trouverons beaucoup à admirer; aussi 
les trophées de la nef sont-ils consacrés à ces industries prin- 
cipales. La porcelaine se distingue plutôt par le caractère 



A L'EXPOSITrON UNIVERSELLE. 4 39 

propre de l'industrie allemande , le bon marché , que par 
des qualités particulières. Les imitations de Chine, cependant^ 
sont très-remarquables , et la fabrique du comte de Thun 
tient , à n'en pas douter , le premier rang. L'industrie des 
terres cuites est peut-être plus complètement représentée que 
celle de la porcelaine : celles de M. Brunseweller , de Wa- 
gram, disposées en pyramide dans la nef, ont à la fois le 
mérite d'une bonne exécution et d'un bas prix. A en juger par 
le dessin qui accompagne dans l'Annexe les produits cérami- 
ques de M. Miesbucq, qui expose aussi cette jolie fontaine en 
terre cuite que l'on remarque presque au centre de la nef, 
nous devons considérer cette fabrique comme une des plus 
importantes , sinon comme la plus considérable. M. Miesbucq 
est le Minton de Vienne et l'un des plus grands producteurs 
de l'Autriche. 

La cristallerie de la Bohème soutient sa vieille réputation, 
et si les produits de la France lui sont quelquefois égaux et 
supérieurs sous le rapport du goiit et de la forme, nous ne 
pourrions méconnaîlre sans injustice le mérite des couleurs 
et du travail. Peut-être a-t-on fait plus d'efforts en 1851 , mais 
tels qu'ils sont , les produits de M. Gebruder , ceux du comte 
de Harrach , ceux surtout de M. Mayer neveu, doivent être 
comptés parmi les plus beaux de l'exposition de 1855. Les 
cristaux gravés de Negenburth sont d'une perfection inimi- 
table. Le filigrane en verre, de Venise, est exposé par M. Tom- 
masi , les plus belles aventurines, par M. Biguglia; mais 
pourquoi cette belle matière est-elle si fâcheusement intro- 
duite dans tous ces objets de verrerie , dont le caractère 
principal devrait être celui d'une grande légèreté? Les essais 
de reproduction en verre des médailles et des camées laissent 
deviner , chez M. Pantosek , une industrie pour laquelle nulle 
substance ne saurait présenter plus d'avantage. Les ustensiles 
en verre pour la chimie de M. Stolzle sont d'une exécution 
et d'un bas prix fort remarquables. 

Les tissus forment la principale richesse de la fabrication 
autrichienne, remarquable surtout par ses draps et ses soieries. 
Le damassé de fil est d'une belle exécution , ainsi que le prou- 
vent surtout les produits de M. Oberlecthner, les mouchoirs 
imprimés du comte de Narrach , les cotons de M. Dornalzer , 
de Plugen ; les teintures Andrinople de M. Ganal et Cie, les 



140 VISITE 

crins tissés et quadrillés pour meubles ont bien aussi leur 
importance. Les draps , d'une excellente fabrication , sont 
d'un bas prix extraordinaire ; ces beaux drap^ militaires , 
particulièrement les draps blancs , dont l'Autriche fait un si 
grand usage , sont cotés , chez M. Skène , 4 fr. 75 c. le mètre ; 
les étoffes pour pantalons, de Strakish , à 5 fr. 50 c. et 6 fr. , 
Offermann , Scholler, etc., sont dans des conditions pres- 
que identiques. 

Les châles sont plus surprenants encore; Rossi, Klawatsh, 
Krammer, Zusel en exposent à 24 francs qui ne laissent rien 
à désirer, et ces maisons considérables en fabriquent dans 
tous les genres. Les étoffes de soie pour meubles de JN'ell, celles 
deNaas et les nombreux tapis de cet éminent industriel, ca- 
ractérisent surtout la fabrication autrichienne, dont les tissus 
de soie ne le cèdent en rien aux plus renommés. 

Les pelisses de voyage en fourrures, avec ornements de cou- 
leurs en cuir et en laine ont une ampleur et un confortable 
tout à fait particuliers ; ce costume national est d'un effet 
excellent. Les beaux vêtements en feutre, de M. Muck, de Pra- 
gue, pour hommes et pour femmes, doivent aux mêmes formes 
d'attirer également l'attention générale. 

L'Autriche se faisait remarquer à Londres par ses belles 
ébénisteries : elle a été beaucoup plus sobre celte fois, quoi- 
qu'un meuble très-remarquable de M. Rosani mérite d'être 
apprécié; mais c'est à M. Thonet qu'appartient la première 
place parmi les meubles ordinaires fabriqués en bois débité 
sur la longueur des fibres, puis courbés au feu ; ses sièges sont 
d'une solidité à toute épreuve en même temps qu'agréables 
par la forme. Cette innovation est une de celles qu'il importe 
d'encourager. Les coffrets en imitation de vieux chêne , de 
MM. Stammer et Breul, donnent lieu déjà à une exploitation 
considérable : le prie-Dieu en marquetterie, qui se trouve au- 
près de leur exposition dans la nef, sort également de leurs 
ateliers. La reliure et la maroquinerie sont chez M. Girardet 
des industries considérables , exécutées dans ses divers ate- 
liers comme on exécute les objets d'art. Les boîtes à ouvrage 
de M. Klein sont aussi d'une bonne et solide exécution. 

L'imprimerie impériale de Vienne conserve toujours sa 
prééminence, surtout par l'invention : aucun établissement 
public n'a plus fait pour l'industrie; ses produits galvanopla- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. Mi 

stiques et ses chromolithographies ont été trop bien appréciés 
à Londres pour qu'il soit nécessaire de revenir sur ce sujet. 
Ses tableaux en chromotypographie ne sont pas moins remar- 
quables, mais le nouveau mode de reproduction des objets 
d'histoire naturelle estpeut-élre ce qui mérite les plus grands 
éloges. Une petite branche, avec ses feuilles, étant passée au 
laminoir entre deux planches de zinc et de plomb doux, laisse 
une empreinte en creux sur celle-ci, qui, reproduite par les 
procédés de la galvanoplastie , permet ensuite de multiplier 
par l'impression tous les détails de l'empreinte originale; les 
collections de plantes, les broderies, les dentelles et les tissus 
de toutes sortes, soumis à ce procédé, fournissent, à en juger 
par les résultats, des images très-satisfaisantes. Les copies 
galvanoplastiques de camées , les gravures hyalographiques 
sur verre sont aussi fort intéressantes. La carte d'Europe, la 
carte topographique des États pontificaux , et la plupart des 
ouvrages typographiques , sont d'ailleurs en tous points des 
chefs-d'œuvre. 

Les reliures d'album, en velours gaufré en or, constituent 
l'une des spécialités de l'industrie milanaise. 

Les gravures par zinc de Forster suffisent pour prouver que 
ce mode de reproduction facile est d'un avenir assuré : les 
grandes photophées de Conti ont le défaut d'être un peu du- 
res. Celles exécutées par Lorent, de Venise, sont d'une harmo- 
nie de tons étonnante : on sait d'ailleurs que l'emploi du 
papier ciré pour recevoir les épreuves négatives ajoute beau- 
coup à la douceur des tons dans les œuvres photographiques. 

La facture des instruments en cuivre est en Autriche fort 
avancée, et les spécimens exposés témoignent de l'importance 
de cette industrie. Les pianos sont peu nombreux ; nous n'en 
connaissons qu'un seul, encore son mérite est-il très-discuté. 
Les accordéons doivent être considérés plutôt comme jouets 
que comme instruments sérieux. 

Les détails qui précèdent suffiront sans doute pour faire 
connaître l'importance de findustrie dans les contrées qui 
nous occupent. Près de 4800 exposants se sont présentés 
au concours; un très-grand nombre ne peuvent manquer d'y 
recueillir de nouvelles distinctions. 

L'exposition autrichienne laisse deviner que la construc- 
tion des machines n'a pas encore fait tous les progrès désira- 



142 VISITE 

bles : les spécimens sont peu nombreux ; l'exécution laisse 
souvent à désirer. La locomotive Engerth , dont Tapplication 
se répand partout en Allemagne et sur plusieurs chemins de 
fer français , n'est représentée en Autriche que par un des- 
sin, tandis que le Wurtemberg l'a construite. Cette impor- 
tante machine sera considérée sans doute comme une ample 
compensation à la pénurie que nous sommes obligés de si- 
gnaler. L'exposition très-variée de M. Schmid, de Vienne, 
une presse mécanique lithographique et typographique de 
Sigl, et, parmi les métiers de filature de tissages, deux car- 
des, une pour la laine, l'autre pour le coton, et un banc à 
broches constituent à peu près les machines principales de 
r Autriche qui compte encore cependant deux locomotives, 
dont une avec son tender , sortant des ateliers de M. Gun- 
ther , est d'une jolie disposition. 

La carrosserie ressemble à celle que l'on fait partout ail- 
leurs, si ce n'est toutefois la voiture d'apparat d'un mauvais 
goût extrême, et dont la décoration rappelle assez celle de nos 
corbillards de luxe. 



ITALIE. 

Les seules contrées qui aient pris part au grand concours 
de 1855 sont , avec les États sardes , le grand-duché de Tos- 
cane et les États du pape. Le royaume des Deux-Siciles , qui 
n'a point pris une part officielle à l'exposition, a cependant 
les produits d'un exposant dans le palais de l'Industrie : il en 
est de môme du duché de Parme : deux cheminées de marbre 
et une psyché d'un charmant style qui attire l'attention géné- 
rale dans la nef, sont toutefois les seuls produits envoyés 
par cet État indépendant. 

ÉTATS SARDES. 

Annexe, section des produits; travées 18 à 20, C et D. — ' Palais 
principal, galerie ; travées 7 à lO, B à D. 

L'exposition des États sardes, bien qu'incomplète, révèle 
néanmoins le véritable caractère d'un pays producteur, où 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 143 

l'agriculture et l'industrie manufacturière ont fait des progrès 
remarquables. 

La minéralogie qui , dans les montagnes de la Savoie , du 
Piémont, de la Ligurie et de la Sardaigne, est aujourd'hui 
l'objet d'études et de recherches importantes , brille dans les 
collections de minerais de la chambre de commerce de Cham- 
béry et de l'institut technique de Turin. On y remarquera aussi 
les échantillons envoyés par plusieurs sociétés, dont les capi- 
taux importants ne tarderont pas sans doute à donner à la 
production des métaux un développement considérable, no- 
tamment du fer de la vallée d'Aoste, dont les bonnes qualités 
sont bien connues 

Tout récemment on a su trouver l'emploi de bois très-pré- 
cieux, qui précédemment restaient dédaignés. 

D'heureuses innovations dans les instruments d'agriculture 
témoignent du progrès général. 

Les produits naturels du sol sont représentés par des 
échantillons qui en constatent la fertilité, même dans les val- 
lées froides, comme celle d'Aoste où l'on est parvenu à ré- 
colter du maïs bien mùr et d'excellente qualité. 

Les huiles exposées proclament la même vérité en même 
temps qu'elles dévoilent les conditions d'une bonne fabri- 
cation. 

En mécanique, l'application de l'électricité à la Jacquart, 
par M. Bonelli , est un heureux point de départ pour les pro- 
grès futurs de celte contrée, que constatent déjà les beaux 
produits de l'école d'horlogerie de Cluse, fondée par le gou- 
vernement, sous la direction de M. Benoît, ainsi que quelques 
échantillons exposés par d'autres fabricants. 

Les produits chimiques sont peu abondants; mais leur pe- 
tit nombre prouve néanmoins que les États sardes ne sont pas 
en arrière dans ce genre de fabrication. 

Les cuirs, les peaux vernies et cirées ainsi que les fourrures 
témoignent également de la bonté des méthodes suivies dans 
leurs préparations. 

La production et la conservation des substances alimen- 
taires sont représentées par des échantillons qui prouvent 
des soins intelligents, surtout dans le nettoyage du riz et la 
préparation des pâtes. 

Les vins d'Asti et de Caluso, dont la réputation est bien 



144 VISITE 

méritée, ceux non moins célèbres de Vernaccia (île de Sar- 
daigne) sont dignement représentés ainsi que les vins d'O- 
ranges récoltées sur les bords de la Méditerranée depuis 
Gênes jusqu'à Nice. 

Les nombreuses sources d'eaux thermales qui surgissent 
dans les États sardes, ne sont représentées que par la collec- 
tion des eaux de la Savoie, envoyées par la société médicale 
de Chambéry, et par celle des eaux de diverses sources ex- 
ploitées par la société des sources minérales de Valdieri. 

Les échantillons d'ergotine, extraite du seigle ergoté, de 
M. Bonjean, prouvent que l'art des préparations pharmaceu- 
tiques est loin d'être négligé en Piémont. 

L'adoption que paraît avoir faite le gouvernement piémontais, 
pour son artillerie, d'une lumière de canon facilement rem- 
plaçable, connue sous le nom de , (/min Matins, trouvera, nous 
l'esjiérons, sa sanction complète sur les champs de bataille de 
la Crimée. 

Les échantillons de marbre, naturels ou artificiels, ainsi 
que les ardoises, sont très-remarquables. 

La serrurerie est représentée par des produits que distin- 
guent leur précision et leur prix peu élevé. 

Les arts d'ornement sont brillamment représentés par un 
lustre magnifique en cristal déroche, exécuté par MjNL Pansa 
frères, de Turin. 

Les produits des arts céramiques sont peu abondants, mais 
nous appellerons l'attention sur des briques réfractaires d'une 
très-bonne qualité. 

L'industrie cotonnière, aujourd'hui convenablementoutillée, 
nous offre des échantillons de tissus blancs et teints de 
bonne qualité. 

La draperie n'a qu'un seul représentant dont les beaux 
échantillons et le prix modéré font regretter l'absence d'au- 
tres concurrents. 

La soie est la branche principale de la production piémon- 
taise, qui occupe un espace considérable où figurent les pro- 
duits de trente-quatre exposants , ainsi qu'une collection 
commune à tous, offrant aux regards, dans toute leur sim- 
plicité, les conditions successives et diverses de cette pré- 
cieuse matière. 

Les velours^ dans les qualités supérieures, sont toujours, à 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. li.^; 

tous les titres, dignes de l'ancienne réputation du velours de 
Gênes, berceau de cette belle industrie. 

Les progrès contemporains se font également remarquer 
dans les échantillons des autres espèces de soieries, qui prou- 
vent à quel degré d'avancement sont parvenus les nombreux 
fabricants du Piémont. 

Nous signalerons encore quelques beaux ouvrages de 
sculpture en bois et de marqueterie, des imitations de fruits 
d'une rare perfection , et quelques produits très-remarquables 
dans l'art typographique, la lithographie et la pholhographie. 

GRAND-DUCHÉ DE TOSCANE. 

Annexe, section des produits, travées i6 à 18, C et D: palais 
principal, galeries; travées 1 à 4 de D à E. 

La Toscane, par les produits naturels et industriels qu'elle a 
présentés au grand concours de toutes les nations, paraît bien 
digne de la réputation dont elle jouit. L'industriel et le sa- 
vant sont égalemeat intéressés à étudier son exposition, qui 
nous fait voir d'une manière assez complète ses grandes 
ressources naturelles et les efforts que l'on a déjà déployés 
pour en tirer un parti avantageux. 

Elle nous offre -199 exposants, parmi lesquels se distingue 
rinstitut technique de Florence, qui réunit à ses admirables 
collections les appareils scientifiques construits dans ses 
ateliers. Sa collection des produits du règne inorganique soi- 
gneusement classés d'après leur ordre straligraphique et d'après 
leur utilité industrielle est une des plus riches qui figurent îi 
l'Exposition et, peut-être, la seule qui présente une aussi 
belle ordonnance et tant de variété. On n'y voit point d'or ni 
de pierres précieuses, mais l'argent, le mercure, le cuivre, le 
fer, l'antimoine, le plomb, le manganèse, le chrome compen- 
sent assez de l'&bsence d'autres richesses moins immédiate- 
ment applicables. L'art de bâtir s'y trouve représenté par les 
ciments, les pierres réfiactaires , les pierres meulières, les 
granits et les marbres dont la beauté n'a presque pas de 
rivales. Tous les arts y reconnaissent les calcaires saccha- 
roïdes, les serpentines, les agates , les jaspes, les pierres 11- 
206 j 



146 VISITE 

thographiques , les dépôts calcaires que certaines sources 
abandonnent spontanément à la surface des corps, et les ala- 
bastrites blanches comme de la neige, faciles à travailler, 
qui offrent l'aspect des plus beaux marbres. La chimie voit 
avec bonheur dans cette longue série de minéraux le soufre 
et l'acide borique, l'alun et le sel gemme, le graphite et les 
plus belles ocres du monde. La présence de nombreux spé- 
cimens d'anthracites, de lignites et de tourbes montre que le 
sol de la Toscane renferme de quoi alimenter les industries 
dont la chaleur est le principe d'activité. Mais les collections 
de l'Institut technique n'embrassent pas seulement les ma- 
tières minérales ; les bois de toute espèce révèlent au visiteur 
de l'Exposition tout ce que l'industrie peut tirer d'un sol 
naturellement favorisé par la nature. 

Les exposants particuliers ont joint, à cette réunion de mi- 
nerais, des mines qui se trouvent en complète exploitation en 
Toscane et surtout ceux du fer provenant de l'île d'Elbe, ceux 
de cuivre de la mine de Montentini, ceux de plomb et d'argent 
de la mine du Botum, ceux d'antimoine de la mine de Mon- 
tini, les serpentines provenant des nouvelles carrières de 
M. Carpi de Pradt, dont MM. Visconti et Herenci et M. Scheggi 
ont profité pour sculpter les candélabres, les vases, la grande 
coupe qu'on voit à l'Exposition, les produits des laguni bora- 
cifères de M. le comte Larderel et d'autres encore qu'il serait 
superflu de nommer. 

Une mine qu'il ne faut point négliger , quoiqu'elle ne soit 
pas encore exploitée très en grand , c'est celle de houille de 
Monte-Bamboli, dont MM. Meilland, Cuillon et Formigli, de 
Livourne, ont déjà commencé à livrer les produits aux usines- 
et aux manufactures de la Toscane. 

Relativement au règne organique il ne faut pas oublier la 
collection de produits agricoles présentés par l'académie des 
géorgophiles et celle de produits forestiers de M. Siemoni, qui 
a même envoyé à l'Exposition des échantillons très-remar- 
quables des bois des forêts royales du Casentino. 

Si des produits bruts on passe aux produits travaillés, on 
aperçoit immédiatement le fer de l'île d'Elbe utilisé à l'état 
de fonte brute dans la fonderie de Follonica, à l'état de fonte 
de deuxième fusion par MM. Benini et Michelagnoli de Flo- 
rence; à l'état de fer en barre, par M. le sénateur Fenzi, et 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 147 

par la maison des pauvres de Florence; et à l'état d'acier qui 
peut mordre, sans s'ébrécher, sur le porphyre, par M. Tonti. 

Les instruments de jardinage, d'une construction nouvelle, 
qui sont présentés par M. Terhlio, les ciseaux et les couteaux 
de MM. Buffi et Curtucci, sont construits avec les aciers tos- 
cans. Un objet assez remarquable de fer repoussé a été pré- 
senté par M. Ignesti ; c'est un casque, tout d'une pièce , tiré 
d'une planche de la grandeur d'un demi-mètre carré. Le 
cuivre travaillé en vase par M. Brucci ; les belles serrures, 
quoique assez compliquées de M. Ciani, les mors, gourmettes, 
mousquetons, grappins de M. Beru , méritent une mention 
spéciale. MM. Jeffrey et Parkin, et M. Barry ont rendu un 
très-grand service à la Toscane en y construisant, dans les 
ateliers des chemins de fer Léopold et Maria-Antonia, une 
grande partie du matériel nécessaire à l'exploitation et à l'en- 
tretien de ces chemins de fer, et des machines, instruments, 
outils que jadis on réclamait de l'étranger. 

L'exposition toscane nous montre aussi la tendance agri- 
cole du pays par ses vins, ses huiles d'olives, de lentisque et 
de pignons; ses alcools de vin, d'asphodèle et d'arbousier re- 
présentent une très-grande richesse du sol. Les produits du 
règne animal ne le cèdent guère en importance et en beauté ; 
les laines, la soie, la cire et les crins sont en Toscane au 
moins aussi beaux que partout ailleurs. Puisque notre inten- 
tion est de parler ici des choses plus remarquables de l'exposi- 
tion toscane, il nous est impossible de ne pas rappeler 
MM. Gonti, Vyde, Gonnin , Nannucci , Musini, c'est-à-dire 
les représentants de l'industrie des chapeaux de paille, qui est 
toute spéciale à la Toscane, et place ce pays au premier rang 
parmi ceux qui fabriquent des objets de luxe d'une rare per- 
fection. M. Pelucini prépare des tissus très -recherchés en paille 
et crin , imitant parfaitement les tissus suisses. 

Les tissus de soie, de laine , de lin et de chanvre, sans être 
aussi parfaits que possible , promettent beaucoup pour l'ave- 
nir industriel du pays. MM. Jossi et Bruscoli, M. Linsi, 
M- Jurentino, MM. Borgagniet Borgognini pour les tissus en 
soie, M. Padriddii pour ceux de coton, M. Ricci pour les 
draps , M. Manetti pour les tissus mixtes de laine et coton , 
et de coton et soie méritent bien d'être nommés. Les toiles à 
voile et les câbles de M. Ferrigni sont au-dessus de tout éloge. 



548 VISITE 

L'art du tanneur et du corroyeur ne sont pas restés en ar- 
rière ; et la sellerie et la botterie qui ont atteint une perfection 
assez remarquable savent maintenant utiliser les cuirs et les 
peaux du pays. 

La céramique et l'art de la verrerie ont pris en Toscane un 
développement considérable depuis quelques années. Non- 
seulement on y a perfectionné la fabrication des différents ob- 
jets en terie cuite ordinaire, mais on a pu fabriquer des 
pierres d'une très-grande dimension et améliorer la na- 
ture et la couleur des couvertes. M. le marquis Ginori et 
M. Villorini ont envoyé à l'Exposition des poêles en terre cuite 
d'une forme très-élégante. La porcelaine travaillée autour, la 
porcelaine coulée, les tableaux de grande dimension et les faïen- 
ces de la fabrique de M. Ginori ne laissent rien à désirer com- 
parativement aux produits des fabriques de France et de 
Saxe. 

Les objets exposés dans le palais de l'Industrie montrent 
encore que la Toscane a la gloire de ne point avoir d'émulé 
dans plusieurs industries d'un mérite incontestable. Les mo- 
saïques en pierres dures , connues sous le nom de mosaïques 
de Florence, surtout celles de la manufacture royale, sont 
d'un si haut mérite et d'une si grande richesse que peu 
d'objets résultant du travail de l'homme pourraient réunir au- 
tant de valeur et de beauté. Les ouvrages en serpentine et les 
grandes pièces en albâtre qui constituent un des plus jolis 
ornements du compartiment toscan dans le palais de l'Indus- 
trie sont aussi les seuls produits de ce genre. Les ouvrages en 
scagliola, la spécialité des bronzes d'art exibés par M. Papi de 
Florence, parmi lesquels on admire des objets d'un travail 
assez singulier, et entre autres une plante où la nature se 
trouve réellement saisie sur le fait , sont de même des choses 
qu'on chercherait en vain ailleurs. 

Rappelons enfin, pour compléter ce tableau , les admirables 
faïences historiques imitées des anciennes faïences italiennes, 
faites dans la manufactuie du marquis Ginori et envoyées 
à l'Exposition par INL Frippa ; les marqueteries si admirées 
de M. Nolli ; les parquets en marqueterie de MM. Chalon 
et Estienne ; les sculptures en bois de MM. Rossi , Marin- 
ghi , Leoncini et Lombardi ; les fleurs en cire de Mme Borbo- 
tini, m.algré les avaries qu'elles ont éprouvées dans le trans- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 149 

port , et les violons de M. Giovannetti qui luttent, dit-on, de 
sonorité et de douceur avec les meilleurs instruments anciens 
de ce genre. 

ÉTATS PONTIFICAUX. 

Annexe, rez-de-chaussée, travées 18 à 19, C etD. — Palais 
principal, galerie, travées 3 à 7 de B à D. 

Les produits des États pontificaux n'occupent, dans l'An- 
nexe , qu'un emplacement fort limité , mais plusieurs d'entre 
eux présentent un intérêt réel ; le beau bloc d'alun de roche , 
qui est essentiellement une production du sol romain, n'a 
plus aujourd'hui l'importance qu'il aurait eue encore au com- 
mencement de ce siècle: l'alun, comme on le sait, peut se fa- 
briquer partout avec les argiles. 

Parmi les substances agricoles nous avons surtout remar- 
qué la collection des bois exploités dans la province de Bolo- 
gne, les pommes de pin de Ravenne, fruit du pinus pinea ^ 
dont les belles amandes sont recherchées dans la confiserie, 
les plus beaux chanvres du monde envoyés par l'institut agri- 
cole de Ferrare, des graines de chanvre qui font l'objet d'ex- 
portations de quelque importance , du ricin , du riz , etc., etc. 
Le citrate de chaux qui accompagne ces produits est obtenu 
directement avec les oranges inutiles à la consommation. Les 
gélatines , qui sont encore dans le palais principal , sont d'une 
bonne préparation. 

Deux industries principalement figurent dans l'exposition 
pontificale , celles des soies grèges et des mosaïques. Les soies 
exposées par M. Saluri et par M. Féoli ne le cèdent en rien 
aux plus belles soies des autres provinces. Les mosaïques de 
Galland sont d'une rare exécution ; un tableau du Forum ro- 
main dont les dimensions atteignent I'",o0 sur 75 centimètres, 
et ces tables et guéridons , ornés de guirlandes de fleurs sur 
fond noir, montrent bien ce que l'on peut faire en ce genre. 
Les fleurs surtout sont admirées. Quant au mode de fabrication 
de ce que l'on appelle mosaïque miniature , le mot n'est pas 
déplacé pour plusieurs des mosaïques de Galland ; on sait que 
la matière première se compose de marbres ou plus générale- 
ment d'émaux en baguettes de diverses formes, colorées en 



150 VISITE 

toute nuance ; on extrait de ces baguettes de petits prismes 
qui sont assemblés sur du ciment romain ; lorsque ce travail 
d'assemblage est terminé , il suffit de polir la surface pour 
faire apparaître les tons dans toute leur vivacité. La mosaï- 
que, ainsi faite, est une peinture inaltérable qui est néces- 
sairement d'un grand prix; le tableau principal ne vaut pas 
moins de 25 000 francs. 

Quant aux mosaïques des bijoux communs qui sont plus 
grossièrement assemblées sans doute , elles peuvent être 
vendues depuis 4 franc jusqu'à 30 ; elles sont aussi remar- 
quables au point de vue du bon marché , que les œuvres de 
Galland le sont au point de vue de l'art. 

Les camées en pierres fines, de M. Michelini, sont aussi 
d'une perfection admirable : la sardoine, la cornaline, entre 
autres pierres dures , sont principalement employées par cet 
artiste avec une finesse de goût et d'exécution qui ne se trouve 
que dans quelques carnées antiques. La Vénus de Milo, son 
plus grand sujet en pierre occidentale, est du prix de 6000 fr. 
Les marbres sculptés de Jacometti et de Pauliaca sont d'un 
beau travail ; la grande coupe en jaune de Sienne de cet ex- 
posant ne pourrait trouver une place convenable que dans 
un musée. 

Rome est plus adonnée à l'industrie qu'aux beaux-arts, les 
autres parties de son exposition témoignent encore de ce ca- 
ractère national : voyez plutôt ce meuble en marqueterie qui 
peut être cité comme un modèle de travail, par M. Gutti; 
parmi les coraux, ce collier dont les chaînons entrelacés, sur 
une longueur de 25 centimètres , ont été détachés d'une même 
pièce, ces fleurs en cire , de M. Dies et de son élève , cette re- 
production en bronze doré de la colonne Trajane , chef- 
d'œuvre de patience et de ciselure de M. Stragna, les photo- 
graphies enfin dont quelques-unes sont bien réussies. 

Les cordes de boyaux de Rome sont estimées, et cette 
industrie se rattache encore aux beaux-arts; la préparation 
des stucs , les carrelages en poterie sont dans le même cas. 
Nous n'avons ailleurs à citer que quelques tissus, quelques 
papiers, et un instrument spécial de chirurgie dont il sera 
parlé plus loin. Le nombre des exposants ne s'élève pas à 
plus de soixante. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 151 



ROYAUME D'ESPAGNE. 

Annexe , section des produits , travées I6 à 18 , A et B. — Palais 
principal, galerie , travées 26 à 29 , B et D. 

L'Espagne ne compte pas moins de 500 exposants, sans y 
comprendre ceux de ses possessions d'outre-mer à la Havane 
et à Puerto-Rico. Ce nombre aurait pu être beaucoup plus 
considérable si l'appel fait par le gouvernement avait été 
mieux entendu, particulièrement en ce qui concerne les soies 
et soieries, les tissus de coton et les draps. Valence, qui est le 
centre principal de l'industrie séricicole, s'est absolument abs- 
tenue. 

Les machines surtout font défaut à l'exposition espagnole , 
quoique les procédés de la métallurgie soient depuis long- 
temps en usage dans un pays aussi richement doté en miné- 
raux utiles. 

Nous avons vu dans l'exposition française de M. Boignues et 
Cie, un tuyau de conduite d'eau pour la ville de Madrid qui 
n'a pas moins de 92 centimètres de diamètre, et une notable 
partie de la canalisation dans laquelle ce tuyau doit prendre 
place, s'exécute cependant dans les usines du pays : mais le 
défaut d'outillage et d'expérience dans ces sortes de travaux 
permet à l'Angleterre de les livrer à pied d'oeuvre à meilleur 
marché qu'ils ne seraient obtenus sur place. 

L'Espagne possède tous les éléments d'une industrie per- 
fectionnée, mais l'obligation de faire venir de France ou d'An- 
gleterre jusqu'aux moindres machines est un des caractères 
les plus frappants de Tindustrie espagnole. 

La métallurgie se trouve représentée plutôt par des matiè- 
res brutes que par des spécimens de fabrication : les dimen- 
sions des échantillons de fer espagnol indiquent jusqu'à un 
certain point combien on pourrait utiliser mieux ces richesses 
minérales. 

L'établissement d'artillerie de Travia figure cependant au 
nombre des exposants pour un canon du calibre de 32 et pour 
une machine à fabriquer les balles de fusil. 



1S2 VISITE 

114 échantillons de houille, provenant pour la plupart des 
Asturies, permettent de croire que le combustible minéral est 
abondant dans cette contrée : le charbon est maigre et d'une 
grande densité, mais quelques morceaux de coke, particuliè- 
rement ceux du district dOUomigo, ne paraissent pas impro- 
pres aux usages métallurgiques. 

Plusieurs établissements ont envoyé des minerais de 
plomb, de cuivre, de zinc, de manganèse et d'argent, parmi 
lesquels il convient de distinguer particulièrement les plombs 
d'Almeria, l'argent natif de la province de Guadalaxara; la 
mine d'étain de Zamora, et surtout le cinabre de la compagnie 
minière Asturienne, sont d'un grand intérêt. 

Les métaux, à l'exception du plomb et du mercure, sont en- 
core peu exploités ; le fer s'obtient habituellement par conver- 
sion directe du minerai; on sait d'ailleurs qu'il présente toute 
la ténacité et toute la ductilité désirables. 

Le soufre de Murcie, le sel gemme de Cardona, les mar- 
bres deSégovie, complètent la série des substances minérales. 

L'agriculture et l'art forestier doivent surtout aux établis- 
sements royaux de figurer convenablement à l'Exposition : 
La collection de l'école forestière de Villaviciosa est fort sé- 
rieuse ; elle se compose de nombreux échantillons de bois, de 
charbons et cendres de bois, résines, écorces, spartes, etc.; 
les instruments de l'art forestier y figurent à côté des produits. 

Les lièges bruts et ouvrés, les huiles et produits résineux 
envoyés par d'autres établissements complètent admirable- 
ment cet ensemble, auquel on ne pourrait faire d'autre repro- 
che que celui d'être composé d'échantillons trop petits pour 
être expérimentés. 

Les céréales, les lupins, les fèves, la garance sont au nombre 
des produits agricoles avec les fruits du caroubier, et les 
figues du cactus , qui croît spontanément en Espagne comme 
en Algérie, des amandes et des noisettes des meilleures va- 
riétés. L'arachide et le ricin se trouvent aussi parmi les pro- 
duits exposés dans la collection de l'Institut agricole de Bar- 
celone ; les huileset surtout les vins si renommés de l'Espagne 
ne sont pas d'une moindre importance que les produits de 
même nature dans aucune autre partie de l'Exposition. 

Producteur autrefois des laines les plus fines, le royaume 
d'Espagne cherche à reprendre son ancien rang , et les trou- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 153 

peaux de la reine ont fourni des toisons de race saxonne acclima- 
tée qui ne le cèdent po'nt aux produits de la Saxe elle-même. 

Nous ne voyons, parmi les produits chimiques à citer, que 
quelques bougies stéariques et des cuirs, en faisant toutefois 
mention toute spéciale des maroquins de Madrid. Les produits 
céramiques, à l'exception des carreaux de faïence de Valence 
et de quelques pièces de verrerie , ne présentent aucun inté- 
rêt particulier, non plus que les articles d'ornements religieux 
et d'orfèvrerie; mais nous ne saurions trouver trop d'éloges 
pour les armes et autres objets en métal de MM. Zuloaga 
père et fils; les produits de ces habiles artistes suffiraient 
pour indemniser l'exposition espagnole des lacunes que cer- 
taines industries laissent paraître ; la ciselure sur fer, la da- 
masquinure, la gravure à l'eau-forte, non plus que l'art du 
repoussé, n'ont jamais eu des interprèles d'un plus remar- 
quable et plus varié talent. Un groupe d'oiseaux morts , ciselé 
dans la masse et un bouclier en fer repoussé sont dus plus 
particulièrement à M. Zuloaga fils, qui a fait également les 
cires de la plupart des autres pièces, parmi lesquelles il faut 
citer une couverture d'album en fer, damasquinée à l'intérieur, 
gravée à l'eau forte au dedans ; la beauté du travail ne permet 
pas que l'on critique la singularité de l'objet : l'album est 
néanmoins un peu lourd. Une boîte à pistolets, dont toutes les 
pièces ont été ciselées et damasquinées dans le style maures- 
que, et qui est destinée au général Narvaez , ne le cède en 
rien aux deux pièces capitales de celte exposition , une dague 
et un sabre dont les poignées sont de la plus belle exécution. 
Les figures, ciselées en ronde bosse, se détachent merveil- 
leusement sur l'ensemble du travail, dont la damasquinure 
est tout à fait irréprochable : la gravure des lames et des 
fourreaux complète dignement ce travail. 

Les armes à feu , dans différents styles , témoignent encore 
des mêmes qualités chez ces artistes ; mais l'un des fusils , tout 
à fait semblable pour le goût et l'exécution aux armes de luxe 
de l'industrie parisienne, nous a permis d'apprendre que 
MM. Zuloaga ont travaillé pendant quelque temps à Paris; il 
est éminemment intéressant de voir ce que peut produire un 
artiste formé à l'école française, lorsque son talent a pu s'inspi- 
rer des besoins et des habitudes d'un peuple qui a conservé, 
dans plus d'une direction, son originalité première. 



15i VISITE 

La fabrication des tissus n'a pas fait , au Palais de l'Indus- 
trie, les envois qu'elle aurait pu faire; nous avons déjà parlé 
de l'abstention presque complète de Valence; la province de 
Barcelone , la plus manufacturière du royaume , ne s'est fait 
représenter que par un petit nombre d'exposants ; néanmoins 
les soieries, particulièrement celles de M. Escuder, de Barce- 
lone, suffisent pour assigner un rang supérieur à ces pro- 
duits ; les crêpes de Chine brodés , de José Reig, sont égale- 
ment d'une excellente fabrication , ainsi que les chenilles de 
couleurs étagées de M. Font. La fabrication des blondes et 
des dentelles forme un des traits caractéristiques de l'indus- 
trie espagnole. M. Fiter est considéré comme le premier fa- 
bricant de ces élégants tissus ; ceux qui proviennent de la 
fabrication mécanique de M. Roldos méritent également l'at- 
tention. 

Les draps particuliers du pays , dits satins , parmi lesquels 
ceux de M. Casonova , les draps fins de la province de Barce- 
lone, particulièrement]de MM. Gally et de M. Trins à Turrusa, 
remarquables par la modicité des prix, donnent une juste 
idée de la fabrication espagnole. Les couvertures communes 
de Palencia, en laine dite Chuzza, forment un produit impor- 
tant qu'il ne faut apprécier qu'au point de vue du bon mar- 
ché , les couleurs et le dessin ne pouvant sans doute être jugés 
favorablement. 

C'est aussi dans la Catalogne que l'industrie du coton est 
principalement concentrée ; elle compte 25 exposants, mais 
elle pourrait en fournir en bien plus grand nombre : les pro- 
duits ressemblent d'ailleurs à tous les cotons imprimés. 

En dehors de ces branches principales de la fabrication es- 
pagnole, nous citerons encore quelques pianos assez ordi- 
naires, un secrétaire et une psyché appartenant à la reine ; 
d'un beau travail de marqueterie , ces meubles ne sont pas 
d'un aspect irréprochable. Les gants de Madrid sont de qualité 
supérieure et d'un prix relativement favorable ; enfin les li- 
thographies des principaux chefs-d'œuvre du musée de Ma- 
drid , témoignent de l'état d'avancement des arts de reproduc- 
tion en Espagne. 

Les produits les plus intéressants de l'île de Puerto-Rico 
consistent en bois indigènes et en fils de bananier, de mugney, 
d'ananas; parmi ceux de la Havane, les cigares occupent né- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 155 

cessairement la première place: mais il faut citer à côté d'eux 
une casquette en crin blanc , d'un charmant travail , et sur- 
tout les esterillas ou paillassons, qui sont d'un usage général 
dans les pays chauds. 



ROYAUME DE PORTUGAL. 

Annexe, section des produits, travées 18 et 19, A et B. — Palais 
principal , galerie , travées 23 et 26, B à D. 

L'exposition portugaise compte 441 exposants , représentés 
pour la plupart par des spécimens peu nombreux, dont les 
dimensions, particulièrement pour les produits naturels, lais- 
sent souvent à désirer. L'ensemble de cette exposition ne 
manque cependant pas d'intérêt, surtout pour les produits des 
nombreuses colonies portugaises. Le conseil des colonies à 
Lisbonne a bien voulu porter des soins tout particuliers au 
choix des échantillons destinés au grand concours de 1855; 
c'est à lui que nous sommes redevables des produits de la 
province d'Angola et de Benguela, dans l'A-frique ocxiden- 
tale, de la province des îles du cap Vert, de Bissao, Cacheo, 
et dépendances dans la Guinée, de la province des îles de 
Saint-Thomé et Principe dans le golfe de Guinée , de la 
province de Mozambique, Sofala et Rios de Senne, à l'est de 
l'Afrique, de la province de Goa, Damao et Duc, dans l'Inde 
portugaise, et de la province de Macao, Solor et Timor, en 
Chine et dans l'Océanie. 

Quelques exposants sont venus aussi représenter l'archipel 
des Açores, et la province des îles de Madère et de Porto- 
Santo. 

L'industrie a encore peu de place dans l'exposition de la 
métropole , surtout dans celles des colonies. Les citations 
qui viennent d'être faites annoncent suffisamment une grande 
variété de produits agricoles, parmi lesquels les céréales, 
les huiles d'olives et les vins, ont une importance prépondé- 
rante. 

Les blés tendres et les blés durs, les orges, le riz, le maïs, 
dénotent une production agricole des plus riches ; le Portugal, 



156 VISITE 

en effet, suffit à sa consommation sous ce rapport; soixante 
échantillons d'huiles d'olives, envoyés par vingt producteurs 
différents; soixante-cinq exposants de vins de diverses prove- 
nances, suffisent pour caractériser ces deux produits princi- 
paux; les seuls vins de Porto alimentent un grand commerce 
d'exportation, principalement avec l'Angleterre; ceux de 
l'Estréniadure, assez semblables à notre bordeaux, sont peu 
connus; les muscats mousseux, cependant, seraient surtout 
appréciés avec faveur; les liqueurs et les fruits confits sont 
aussi très-remarquables. 

Le miel et le carthame, les cuirs forts de Porto, les con- 
serves de porc salé dEvoror, les sucres raffinés de Lisbonne, 
figurent encore parmi les produits importants de la péninsule 
portugaise. Les cigares fabriqués avec les tabacs du Brésil et 
les bois de l'île de iMadére, fournissent à l'industrie manu- 
facturière un contingent précieux. 

Un modèle de pressoir et quelques grands vases de poterie 
qui portent dans le pays le nom de Talha, témoignent heu- 
reusement des procédés qui se sont perpétués en Portugal, 
pour la préparation et la conservation de ses vins spiritueux. 
Les produits de l'agave sont intéressants, cette plante pou- 
vant être utilisée pour ses fibres textiles, dont la finesse 
leur a fait donner le nom de soie végétale; elle sert aussi 
à la fabrication du papier et à la confection d'ouvrages 
en vannerie fort curieux. Le suif végétal de Mafarra est aussi 
une substance sur laquelle il est bon d'appeler l'attention pu- 
blique. Une belle collection de bois et de lièges offre, dans 
l'exposition portugaise, d'autant plus d'intérêt que les bois de 
construction n'ont pas été oubliés à côté des bois d'ébénis- 
terie. 

Les marbres du Portugal, particulièrement le rose, les pou- 
dingues de même couleur, le jaune de Sienne qu'on ne trouve 
plus nulle part ailleurs, le jaune et le vert antiques, figurent 
avec distinction parmi les produits de la marbrerie. Un bel 
échantillon de malachite est placé parmi les produits miné- 
raux de l'Annexe. 

Le combustible minéral, découvert en 1851 , et qui es? 
exposé par deux industriels, M. Croft et M. Lacorda, pourra don- 
ner quelque essor aux, exploitations métallurgiques. M. Braga, 
de Lisbonne, figure auprès de ces échantillons de houille et de 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 157 

lignite, pour quelques spécimens de minerais d'étain, nouvel- 
lement reconnus. 

Les porcelaines de M. Pinto Basto, unies et décorées, sont 
d'un prix qui serait encore digne d'intérêt si Texécution en 
était moins parfaite. Les essais de grandes pièces laissent 
encore beaucoup à désirer, mais les statuettes sont en général 
bien réussies. Les poteries noires de M. Damazio sont inté- 
ressantes par leur légèreté spécifique et leur bas prix. L'appa- 
reil de Woolf, qui accompagne dans le Palais quelques pote- 
ries, est assurément d'une très bonne fabrication. La fabrique 
de plombs de chasse de M. Cardozo a quelque importance ; 
les fontes de fer, pour usages domestiques, de MM. Furia et 
Damazio, leurs sièges en métal, peuvent être considérés 
comme point de départ dans l'emploi industriel des métaux 
ordinaires. La sellerie, la construction des instruments chi- 
rurgicaux, sont plus avancés ; les statuettes en filigrane d'ar- 
gent, de Ribeiro, sont moins intéressantes par le dessin que 
par le travail, mais les pierres montées de M. Pinto é Souza, 
sont de tous points irréprochables. 

Bien que les laines du Portugal ne figurent point en nature 
à l'Exposition, la fabrication des draps est considérable. Les 
draps fins de MM. Larcher et Neveux, qui fabriquent eux- 
mêmes leurs peignes et leurs cardes, sont en grande répu- 
tation ; les draps de troupe à 2 fr. 50 c. le mètre, sont confec- 
tionnés avec les laines du pays. La petite ville de Covilha se 
consacre spécialement à la draperie. La compagnie de Torres 
Novas s'occupe particulièrement des" toiles à voile et des 
coutils; la compagnie lisbonnaise de filature et de tissage 
emploie mille ouvriers et quiitre-vingts chevaux de force, à la 
fabrication des tissus de coton, qui sont, pour la plupart, in- 
troduits par contrebande en Espagne. Bragance est le prin- 
cipal centre de la production séricicole, qui est habilement 
mise en œuvre à Lisbonne et à Porto. Les dentelles communes 
font l'objet d'une grande consommation ; les cordages de tous 
genres, particulièrement ceux fabriqués avec les fibres du 
phormium tenax^ occupent à l'Exposition une place inté- 
ressante. 

Les bouquets en moelle de figuier, imitant l'ivoire, sont les 
spécimens d'une industrie toute spéciale; il en est de même 
des boîtes à fil décorées, qui ont une certaine vogue. Les gants 



158 VISITE 

en peau de chèvre, bien fabriqués, à bas prix, quelques 
meubles en marqueterie, d'un travail ordinaire, un très-beau 
guéridon de marbre; enfin, de beaux spécimens d'impression, 
obtenus sur composition en filets de zinc, complètent i'énumé- 
ration des objets qu'il nous a été donné de remarquer plus 
attentivement dans l'exposition du Portugal. 



CONTRÉES ORIENTALES. 

De l'Italie jusqu'à la Chine , le monde a changé d'aspect. 
La civilisation européenne est remplacée par la poésie vague 
de ces pays tant vantés de l'Orient dont les misères, moins 
connues , ne sont pas moins réelles que les nôtres. Ce que nous 
nommons le progrès est inconnu chez ces peuples, primitifs 
encore , chez lesquels la masse travaille pour un seul , tandis 
que tous nos efforts, au contraire, tendent à diriger notre 
production toujours croissante vers les besoins de ces mêmes 
masses, qui ne consomment que pour produire davantage. La 
Grèce et la Turquie marquent la route de l'Inde. 



GRÈCE. 

Annexe, section des produits: travées 20 à 21, A et B. — Palais 
principal, galerie, travées 2 à 5, de E à F. 

La Grèce moderne est une nation de fraîche date qui n'a 
pas encore créé d'industrie caractérisée : au point de vue in- 
dustriel , la Grèce est ce qu'elle était autrefois , elle n'a au- 
cune originalité qui la distingue des autres contrées de 
l'Orient. 

Ses produits naturels , qu'il faut chercher en quatre points 
différents dans la galerie et au rez-de-chaussée, ont cependant 
une certaine importance : les marbres en forment, dans l'An- 
nexe, la partie la plus considérable. Le marbre blanc de Paros, 
le marbre rouge de Mantinée , le pentélique , etc. , se pré- 
sentent avec cette transparence nacrée ou ces belles teintes 
brunes qui les ont fait rechercher de tout temps. Les ciments 



• A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. i^9 

volcaniques de Sanlorin , cette île sortie des ondes sous les 
yeux de l'homme, ont des propriétés remarquables ; le soufre 
de Naxos , plusieurs échantillons de pierres meulières et 
quelques pierres lithographiques représentent suffisamment 
les richesses minérales de la presqu'île grecque. 

Le miel du mont Hymettus , les raisins de Corinthe et 
d'Élide, deux espèces bien distinctes, les céréales, le colza 
nouvellement introduit en Grèce , le tabac et les cigarettes 
d'Athènes, constituent, avec les huiles d'olives et surtout les 
fameux vins de Malvoisie, un assez bel ensemble de produc- 
tions végétales. Les peaux tannées viennent du Brésil et sont 
seulement préparées en Grèce ; mais les éponges et les soies 
sont bien des produits nationaux. Les éponges d'Argolide sont 
les plus grandes qu'on puisse voir; les soies sont belles et la 
filature d'Athènes est une des plus importantes parmi celles 
des pays séricicoles. 

Les produits manufacturiers sont peu nombreux : quelques 
chaussures en maroquin , mais surtout une collection extrê- 
mement complète de vêlements, sont là pour nous faire con- 
naître comment s'habillent, au xix^ siècle, les arrière-petits- 
neveux de Léonidas et de Périclès ; les gazes de soie , d'une 
incomparable légèreté, sont bien celles que portait la fiancée 
d'Abydos ; ces vestes brodées d'or, ces armes ciselées sont 
celles de Giaour. Byron a éclairé la Grèce du reflet de son 
génie; on ne la voit qu'à travers le prisme séduisant de ses 
brillantes descriptions. 

Les monuments se sont encore mieux conservés que le 
costume national, et les photographies que l'Exposition nous 
offre nous dédommagent amplement des lacunes nombreuses 
que nous pourrions signaler. Un manuscrit, le Bouquet clas- 
sique d'Athènes, réunit, à des vues bien faites, des indications 
bibliographiques étendues et l'herbier moderne des végétaux 
qui s'élèvent sur les ruines de l'art antique. L'imprimerie et 
la gravure sur bois témoignent seules de la culture des arts à 
Athènes. 



460 VISITE 



TURQUIE. 



Annexe , section des produits ; travées 19 à 20, de A à B, — Palais 
principal, galerie; travées 1 à 6, de G à H. 

L'empire ottoman , dont le sort préoccupe si vivement les 
Éiats européens, a senti, malgré les soins de toutes sortes qui 
viennent l'assaillir, qu'il devait répondre à l'appel de la 
France, sa plus ancienne et plus constante alliée. 

Toutes les provinces de l'empire ottoman ont envoyé leurs 
produits qui sont dispo.-és dans d'élégantes vitrines. 

Les produits naturels de l'Annexe présentent de l'intérêt; 
ceux de la Turquie d'Europe sont de beaucoup les plus abon- 
dants; l'Asie Mineure n'apparaît que de loin en loin, l'activité 
industrielle de ces grandes civilisations, dont l'histoire a con- 
servé le souvenir , a complètement disparu ; quelques Bé- 
douins pillards , chassant devant eux de maigres troupeaux, 
parcourent le sol classique où s'élevaient Ninive et Babylone. 
où ont vécu Sémiramis et Alexandre. 

Une belle collection d'huiles et quelques savons , des ma- 
tières textiles^, chanvre, lin et coton, du pavot, du sumac, 
du tabac, ce tabac jaune et parfumé si agréable dans les 
tchibouks et les narghilés; de belles laines de la Valachie, 
des fourrures, des plumes d'autruche, du maroquin que nous 
importions il y a soixante ans et que nous laissons loin der- 
rière nous maintenant ; tels sont les produits les plus intéres- 
sants classés dans l'Annexe- 

Ajoutons-y cependant une collection complète de matières 
médicales otTerles à l'École de pharmacie de Paris par 
M. Délia Sudda, pharmacien en chef de l'armée ottomane. 

Nous remarquons des cocons énormes de la race de vers à 
soie, créée par M. Dalgue Mourgue d'après son système de 
croisement des races. Puis des étoffes imprimées sorties de 
la manufacture impériale ; des tapis d'un bleu foncé avec 
bordure d'ornements blancs ou rouges détachés par un filet 
blanc, en un mot, comme dans l'Inde, en Egypte et à Tunis , 
des couleurs franches , primitives , qui s'harmonisent parfai- 



A L'EXPOSITION LiNlVERSELLE. IGl 

tement avec la vigueur de ton de la nature de ces climais 
orientaux. 

Nous voyons aussi de belles étoffes de soie , rouges ou 
blanches, lamées d'or et d'argent, légères et transparentes, 
qui décèlent une fabrication assez avancée. 

Des instruments de musique de toutes sortes, des armes 
damasquinées et une profusion de tuyaux de pipes, décorés 
en or, en argent, en nacre et paille, des tasses à café dans 
des porte-tasses en filigranes d'argent, et de petites tables en 
ébène avec incrustations de nacre et d'argent , sur lesquelles 
les femmes turques , assises sur ces beaux tapis que nous 
avons vus , prennent leur café , sont les objets les plus origi- 
naux de ce peuple conquérant si vite abâtardi, qui faisait 
trembler l'Europe il y a deux cents ans et qu'on est obligé de 
défendre maintenant. 

Feti llannet a envoyé des produits très-remarquables, 
comme forme, de sa fabrique de porcelaines d'Indjer-Kene. 

Nous avons remarqué des portraits photographié^ d'Omer- 
Pacha et de ses aides de camp , et la photographie d'un mo- 
nument projeté par M. Bilezikdji, architecte, en mémoire de 
la promulgation du tanzimat et de l'alliance de la France, de 
l'Angleterre et de la Turquie. 

Nous ne devons pas sortir du quartier oriental du Palais de 
l'Industrie , sans féliciter l'architecte qui a su si bien harnio- 
nier la décoration des vitrines avec les pays dont elle de- 
vaient renfermer les produits. 

Toutes ces expositions orientales sont uniquement com- 
posées d'objets de luxe; ces nations se personnifient encore 
dans une classe riche et supérieure par la naissance; la masse 
du peuple disparaît; on ne travaille pas pour lui, ou ce qu'on 
fait ne vaut pas la peine d'être montré. 



EGYPTE. 

Palais principal, galerie; travées 1 à 4, de I à J. 

Depuis la conquête que nous en avons faite à la fin du 
siècle dernier, l'Eiiypte a déjà fait des pas sensibles dans la 
voie du progrès; l'élan que lui avait imprimé le contact de 
20G h 



16-2 VISITE 

notre civilisation active, continué par JNléhemet-Ali , l'ont 
déjà placé bien en avant des autres États mahométans , et le 
percement de l'Isthme de Suez que l'on va entreprendre 
pourra la relever complètement et faire renaître une splen- 
deur éclipsée depuis tant de siècles. Les écoles militaires, 
fondées à l'imitation de nos écoles françaises, semblent avoir 
apporté un certain mouvement scientifique, si nous en ju- 
geons par une collection de livres assez complète sur la géo- 
métrie, l'art nautique, etc. 

La fécondité de lÉgypte est proverbiale, aussi son exposi- 
tion de produits naturels est-elle très-remarquable : blé, 
maïs, riz, se reproduisant indéfiniment avec les inondations 
fécondantes du Nil ; de l'indigo, des gommes, des dattes, de 
la cochenille, du soufre, du marbre magnifique et ce granité 
dont sont sortis tant de monuments gigantesques, sont les 
principaux produits végétaux et minéraux du sol égyptien. 

Les objets fabriqués ont le même caractère que ceux de 
Turquie, étoffes de soie et de laine rayées d'or, pipes, armes, 
selles de velours rehaussées de broderies, présentent toujours 
cette même richesse de la race conquérante, accompagnée de 
la misère la plus complète de la race vaincue , plus malheu- 
reuse ici que dans les autres États orientaux. 

Ce qui manque à celte exposition , c'est un caractère spé- 
cial ; on eût changé les écriteaux et mis Turquie à la place 
d'Egypte, que tout le monde s'y serait trompé. 

L'Egypte n'est-elle donc plus qu'une province turque, ne 
reste-t-il plus rien de ces trésors de science d'Alexandrie- 
depuis Sésostris, le grand conquérant des âges héroïques , 
jusqu'à Cléopâtre, ce type, toujours jeune de grâce et de vo- 
luptéj tout a-t-il disparu? Il faut le croire, tant de peuples 
ont passé sur ce pays sans cesse dévasté! Le sabre des Arabes 
a commencé la destruction , puis celui des Turcs est venu 
l'achever ; leur despotisme brutal a tué toute résistance, et les 
malheureux feilahs ne savent plus rien de leurs splendeurs 
passées; plus misérables que leurs aïeux , ils n'élèvent même 
pas , au prix de leur sang , ces pyramides gigantesques pour 
dire aux âges futurs leur souffrance et leur martvre. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 163 

TUNIS. 

Palais principal, galerie; travées 1 à 4, de H à I. 

L'exposition de la régence de Tunis est riche en vêtements 
de toutes sortes ; burnous en laine blanche avec ornements 
d'or, tuniques, pantalons larges, manteaux, calottes du pays 
et babouches en velours; ces costumes des grands dignitaires 
sont tout couverts de broderies d'or et d'argent, afin de frap- 
per iïmagination du peuple. 

Nous avons remarqué une selle en velours rouge couverte 
de broderies d'or et d'argent formant de jolis entrelacs arabes, 
avec des glands en or, qui donnent à cette selle un caractère 
bien oriental. 

Des brûle-parfums , de? bracelets en or émaillé et ciselé 
sont d'un style bien original. 

En un mot l'esposition de Tunis est très-brillante, dans le 
petit nombre des produits envoyés. 



ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. 

Annexe , section des produits; travées 13 à 14, de C à D.— Annexé, 
section des machines; travées 143 à 144, de A à D. — Palais 
principal, rez-de-chaussée; travées 15 à 18, de H à L. 

On est cruellement désappointé quand , arrivé au pavillon 
qui indique les galeries de l'Union , on rencontre à peine 
quelques échantillons de coton, quelques machines et divers 
objets de caoutchouc; qui n'aurait cru que ce peuple améri- 
cain , qui semble avoir atrophié toute la partie artistique de 
la nature humaine pour se concentrer dans l'agriculture^ l'in- 
dustrie et le commerce, qui aurait cru que cette nation , qui 
doit tant à la France, qui l'a aidée de son épée et de son ar- 
gent dans la guerre de l'indépendance , qui aurait cru qu'elle 
reculerait devant le grand concours de 4 855 ! 

Le peu de succès de l'exposition de New-York , des mal- 
entendus entre le gouvernement central , ceux des différents 



loi VISITL 

États qui constituent l Union et les exposants eux-mêmes, 
ont contribué à faire manquer l'exposition des Étals-Unis; 
ce sont des excuses, en effet, mais qui ne détruisent pas le 
mauvais effet produit. 

Les États-Unis d'Amérique occupent un territoire énorme, 
presque aussi grand que l'Europe, et qui présente les climats 
les plus variés; la population va se doublant en vingt-cinq 
ans; les émigrations si fréquentes de l'Europe entrent pour 
une part considérable dans cet accroissement rapide, et les 
causes qui poussent à cette émigration existant toujours , il 
est probable qu'elle se continuera encore longtemps. Si la 
population continue la marche qu'elle suit en ce moment , 
avant la fin du siècle les États-Unis auront une population de 
4 00 millions d'habitants. 

Quelle puissance n'aura donc pas alors cette masse énorme 
douée de cette activité fébrile, de ce besoin de travail, de 
cet amour de création qui distingue les premiers pas d'une 
grande nation ; ce peuple né il y a cinquante ans , qui a plus 
de chemins de fer, plus de canaux que l'Angleterre, qui pos- 
sède autant de vaisseaux qu'elle et qui , placé sur un sol fé- 
cond , inépuisable , peut en faire sortir toutes les richesses : 
du fer, de l'or, de la houille, du bois, du coton, du sucre ; un 
peuple sans armée et qui a su vaincre les troupes anglaises . 
qui avaient lutté contre Napoléon, qui a su se créer une marine 
militaire aussi rapidement qu'il fait toutes choses, et sur la- 
quelle il peut entretenir 1 20 000 des meilleurs marins du monde. 

L'Espagne possédait la Californie depuis trois cents ans, 
le Mexique depuis quarante, ils n'y avaient rien fait ; ce terri- 
toire fut cédé aux États-Unis en 18i8. Maintenant San-Fran- 
cisco fait un commerce plus grand que la Nouvelle-Orléans, 
et qui pourra prochainement atteindre celui de New-York. 

Orgueilleux , croyant le monde fait pour eux et capables 
de se donner raison d'une hardiesse qui va jusqu'à la témé- 
rité dans leurs luttes contre la nature ou contre les hommes, 
tenant haut et ferme leur drapeau libéral, froidement ver- 
tueux, étroitement dévots, les Américains, extrêmement ha- 
biles dans les affaires commerciales, y apportent la persévé- 
rance qui fait le succès. 

Pleins de respect pour les femmes ou plutôt ne s'occupant pas 
d'elles, ils vivent plus avec leur tète qu'avec le cœur ; les Etats 



A L'EXPOSITION INIVERSELLE, 16r. 

du Nord détruisent les Peaux rouges qui les gênent, tandis 
que les États du Midi conservent l'esclavage qui leur est utile. 

Deux mots peignent complètement l'amour effréné du tra- 
vail et de la production qui distingue les Anglo-Américains. 
Forward, en avant, vaincre les obstacles, triompher de toute 
résistance, arriver vite , au risque de sauter en route, peu 
importe, en avant! Make mone?/, produire une richesse, créer 
une entreprise nouvelle, être riche pour être puissant ; de là 
ces faillites si fréquentes aux États-Unis et qui passent ina- 
perçues ; ceux qui sont ruinés ne s'amusent pas à plaider, ils se 
mettent au travail et bientôt retrouvent une nouvelle fortune. 
Cet esprit de spéculation se traduit même dans le langage; au 
lieu de : Je pense, les Américains disent : Je calcule. 

Les Américains sont essentiellement commerçants et agri- 
culteurs. Les importations s'élèvent de 180 à 200 millions de 
doUards par an (le dollard vaut à peu près 5 francs). Les 
exportations de produits nationaux ont été, en 1851, d'environ 
180 millions, et celles des produits étrangers de 15 millions. 
Les principaux articles d'exportation «ont les suivants : 

Cotons 65 à 1 00 000 000 dollards. 

Farine, blé, maïs 30 000 000 

Bœuf, porc, lard, produits ani- 
maux 13 000 000 

Tabac 8 000 000 

Bois de construction, produits 

des forêts 7 000 000 

Produits de la mer, huile de ba- 
leine 2 500 000 

Le tonnage complet des États-Unis est de 3 535 45i ton- 
neaux; c'est plus qu'en aucun autre pays, si l'on en excepte 
la Grande-Bretagne. On a construit, en 1850, aux États-Unis, 
1360 navires; le nombre entier des navires parés dans les 
ports de l'Union était, en 1850, de 18195. 

Les États de la Nouvelle-Angleterre, dont le sol est moins 
fertile que dans les États du Sud, le climat moins favorable, 
sont plus essentiellement manufacturiers; ce sont eux qui 
travaillent pour l'Union les étotfes de coton et de laine, les 
cuirs, les métaux, etc. 



466 VISITE 

Au Sud , au contraire , s'étend la culture du coton , la 
grande richesse de l'Union, l'élément le plus énergique de sa 
puissance, avec lequel elle tient entre ses mains les États eu- 
ropéens, l'Angleterre surtout. 

Au coton, au tabac, il faut joindre les céréales que les 
Américains produisent en quantités considérables; le maïs, 
entre autres, qu'importe maintenant l'Angleterre, soit 
pour le consojnmer en nature , soit pour le transformer en 
boissons fermentées (wisky) ; la Californie commence à plan- 
ter des vignes , dont les produits pourront faire un jour une 
concurrence redoutable aux vins français, portugais et espa- 
gnols; enfin, les richesses minérales des États de l'ouest et du 
nord, l'or de la Californie, le cuivre et le fer du lac Supérieur, 
entrent encore pour une part notable dans les exportations 
des Anglo-Américains. 

Que pourra nous enseigner leur exposition? Nous trouvons 
quelques échantillons de coton et pas de tissus fabriqués; on 
croit généralement que les Américains ont eu raison de 
s'abstenir pour ce dernier produit; quelques objets de bos~ 
sellerie, bien fabriqués et assez élégants, en bois de cèdre 
blanc et rouge entremêlés ; quelques livres, quelques épreuves 
daguerriennes, enfin une immense quantité d'objets en caout- 
chouc durci exposés par M. Goodyear qui, au reste, possède 
également une vitrine dans nos produits français. 

L'exposition américaine ne peut rien nous apprendre ; 
l'Union est habitée par un grand peuple , tout le monde le 
sait, mais il faut le savoir, car l'Exposition tendrait à prouver 
le contraire. 

Quelques objets cependant viennent témoigner de l'état 
d'avancement auquel sont parvenus les arts chez ce peuple. 

Les balances et les poids étalons , qui ont été donnés par 
le congrès à notre Conservatoire des arts et métiers , et qui 
lui ont été remis par M. Vattemare, sont d'une exécution tout 
à fait remarquable. Une des balances , entre autres, ne sau- 
rait être mieux faite ni par Deleuil ni par Blanchi. 

Dans les machines, l'exposition américaine reprend toute 
son originalité : la machine à vapeur chronomètre , à double 
cylindre oscillant, de MM. Tousley et Heed, fera époque dans 
l'art des constructions mécaniques ; le découpoir circulaire, 
de M. Thompson, est un nouvel outil, d'un très-bon usage, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 107 

malgré la négligence de l'exécution ; la machine à réduire la 
ronde bosse , de M. Blanchard, exécute devant le public son 
travail d'une manière irréprochable. 

Une machine très-ingénieuse pour faire les sacs de papier, 
une autre pour travailler le bois, de M. Moore, dénotent la 
tendance générale en Amérique de tout faire avec les machines. 

Nous ne parlons ni des machines à coudre ni des fameux 
revolvers , ces armes qui peuvent tirer dix fois sans disconti- 
nuer. Les uns et les autres sont d'invention américaine : ce 
peuple, en tout, veut économiser le temps. 



MEXIQUE. 

Palais principal, galerie; travées 16 à 17, de K à L. 

De tous les États américains peuplés par les Espagnols, 
le Mexique est le seul qui ait une exposition de quelque im- 
portance. Toute proportion gardée, elle est certainement plus 
complète que celle des États-Unis. 

Indépendant seulement depuis une cinquantaine d'années, 
sans cesse tourmenté par la guerre civile, mal dirigé, assez 
imprudent pour s'attaquer successivement à la France et aux 
États-Unis, le Mexique est loin d'avoir atteint le développe- 
ment dont il est susceptible. La richesse de ses mines d'ar- 
gent, la fertilité de son sol qui produit abondamment une 
foule de produits recherchés en Europe, pourraient cependant 
lui assigner une belle place parmi les États américains; mal- 
heureusement le Mexique a dans l'Union un voisin ambitieux, 
peu scrupuleux sur le choix des moyens, qui semble vouloir 
prendre partout ce qui lui convient, sans se soucier autrement 
du droit des gens; voisin qui lui a déjà ravi le Texas et la Cali- 
fornie, et qui probablement ne s'arrêtera pas dans cette voie 
de conquête. Si les Mexicains tiennent à leur indépendance, 
qu'ils soient forts en devenant unis, qu'ils recherchent l'al- 
liance des grands États européens qui, seuls, seraient capables 
de les défendre contre l'envahissement des Anglo -Américains. 

Tous les voyageurs qui ont parcouru le Mexique s'accordent 
sur le manque de voies de communication ; leur absence est 
assez complète pour paralyser une partie des transactions 



1 08 VISITE 

commerciales. Il y a certainement une fraction importante de 
ia minime population mexicaine qui passe sa vie entière à 
conduire les mulets chargés des transports. 

De l'argent natif, de l'argent antimonio-sulfuré se trouvent 
en abondance dans les mines du Mexique, les plus riches du 
monde; elles fournissent annuellement environ 537 000 kilo- 
grammes d'argent, 112 millions de francs ; l'or y est moins 
abondant, les gisements ne produisent guère que 4 à 5 mil- 
lions de francs; le mercure qu'on emploie pour l'amalgamation, 
existe également au Mexique; du fer, de la houille, du cuivre 
complètent les richesses minérales de cette contrée privilégiée. 

De la soie brute et travaillée, des matières textiles, du maïs 
et les autres céréales, des huiles de plusieurs espèces diffé- 
rentes, du cacao, du café, de la cannelle, du coton qui pour- 
rait devenir pour le Mexique une source inépuisable de 
richesses, comme il l'e^t devenu pour la Louisiane, de l'in- 
digo, des bois de teinture les plus variés, de la cochenille, du 
tabac, tels sont les échantillons les plus intéressants des pro- 
duits végétaux du Mexique. 

Les produits fabriqués n'ont pas un caractère bien spécial. 
Ce sont des imitations plus ou moins parfaites de ce qu'on 
fait habituellement en Europe ; quelques vases cependant sur 
lesquels resplendissent des viva Francia ont un cachet assez 
national ; on reconnaît dans leur forme un peu bizarre, dans 
les dessins qui les recouvrent, les traces de celte ancienne 
civilisation mexicaine si cruellement détruite par les Espa- 
gnols ; des articles de harnachement ont aussi une grande 
originalité; les larges étriers damasquinés d'argent, les épe- 
rons à mollettes énormes bien ciselés sont un des luxes du 
peuple mexicain, essentiellement cavalier. 

Ajoutons enfin plusieurs livres de l'imprimerie établie à 
Mexico par M. Decaen, et qui ressemblent plus aux livres 
anglais qu'aux nôtres. 

Qu'adviendra-t-il du Mexique? On ne le sait. Cependant l'in- 
térèt qu'il semble avoir apporté à l'exposition de 18bo prouve 
qu'il commence à comprendre qu'un pays, tout en conservant 
une sage liberté, doit se préoccuper avant tout de la produc- 
tion matérielle, que le temps des discussions et des agitations 
stériles est passé , que le travail est désormais la seule voie 
ouverte à l'humanité. 



A L'EXPOSITION INIVERSELLE. 1(19 

La république de Guatemala est placée à l'Exposii ion comiiK^ 
en Amérique, à côté du Mexique; son exposition, un peu tar- 
dive, est intéressante cependant; elle nous offre une belle 
collection de sa faune ailée, de ces oiseaux aux couleurs 
éclatantes qui animent la belle végétation tropicale. Du maïs, 
du bois de teinture, du tabac, quelques étoffes, des hamacs, 
tels sont les principaux produits que nous envoie ce petit 
État. 

AMÉRIQUE DU SUD. 

Annexe, section des produits; travées 12 à 13, de A à B. 

A part la magnifique exposition de la Guyane anglaise, 
l'Amérique du Sud s'est peu préoccupée de l'appel de la France. 
Le Brésil n'a rien pour ainsi dire; celte immense contrée, 
magnifiquement douée de tous les avantages naturels, d'une 
végétation splendide, la plus riche du globe peut-être, de 
bestiaux innombrables, de mines qui fournissent de l'or, des 
diamants, de l'argent, du platine, du fer; ce dernier, si abon- 
dant dans la province des mines, qu'il pourra un jour appro- 
visionner pendant de longues années le monde entier ; de 
tout cela le Brésil ne lire encore qu'un bien médiocre 
parti. Serait-il donc vrai que l'homme n'arrive à produire que 
lorsqu'il y est forcé par son contact avec une nature avare, 
qui ne le nourrit que lorsqu'elle est sans cesse sollicitée par 
le travail, et qu'au contraire, quand elle se pare de toute sa 
beauté, quand elle lui offre abondance et variété, il se repose 
sur elle du soin de son existence, et tombe dans l'inaction ? 
L'histoire du genre humain tend à le prouver : la France, 
l'Angleterre, la Russie sont autrement puissantes, avancées, 
industrieuses, que la molle Espagne et tous les États qu'elle 
a peuplés dans les deux Amériques. 

Quoi qu'il en soit, le Brésil est bien jeune encore, et on peut 
espérer son réveil ; outre les produits de ses mines qui se- 
raient une richesse de premier ordre, si l'exploitation était 
habilement conduite, s'il existait des voies de communication, 
ce grand empire aura encore deux sources inépuisables de 
prospérité : ses bestiaux qu'il serait bien facile d'améliorer, 
ou du moins de mettre en état, si on résout le grand problème 



170 VISITE A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 

de la conservation des viandes dont tant d'esprits se préoc- 
cupent maintenant ; enfin ses bois, ses bois de teinture, qui 
ont été depuis la découverte, et qui sont encore maintenant, 
les produits de son sol les plus recherchés. 

Le sucre, le café, le cacao, le tabac, les quinquinas, tels 
sont les denrées que le Brésil exporte et qu'il pourrait expor- 
ter en quantités infiniment plus considérables. Notre com- 
merce avec le Brésil est, au reste, assez important, bien qu'il 
soit inférieur à celui des Anglais; nous portons dans cette 
partie de l'Amérique du Sud des toiles fines, des étoffes de 
soie, de la bonneterie, de la parfumerie, des objets de mode 
et de fantaisie, des livres enfin dont nous avons le monopole 
exclusif. Cette absorption de toutes les littératures par la 
littérature française est un fait assez curieux ; en Espagne, 
en Amérique, en Angleterre même, les journaux publient des 
traductions de nos romans, et les théâtres des pièces imitées 
des nôtres ; Paris est bien décidément l'Athènes du monde 
moderne, le grand producteur littéraire et artistique qui tra- 
vaille pour le monde entier. 

L'exposition de la Nouvelle-Grenade est un peu plus com- 
plète que celle du Brésil; comme matières premières, nous 
avons remarqué de la nacre, des écailles, différentes espèces 
de quinquina, de la vanille, du café ; quelques échantillons de 
galène et quelques minerais de cuivre sont les seuls produits 
minéraux que nous envoie cet État. 

Parmi les objets fabriqués se placent en première ligne ces 
fameux tissus de paille connus dans le monde entier; les cha- 
peaux de Panama, les étuis à cigares sont tressés avec une 
finesse et une légèreté qui expliquent les prix élevés aux- 
quels ils arrivent sur les marchés européens. 

Le Paraguay , si longtemps fermé aux étrangers, semble 
vouloir maintenant lier quelques relations avec les États 
européens. Au-dessous de son drapeau et de son écusson, sur 
lequel on voit un lion formidable, on rencontre des produits 
végétaux assez variés, plusieurs substances médicinales (sal- 
separeille, séné, etc.), du tabac et du coton. 

La Bolivie, le Pérou, le Chili sont complètement absents; 
de Buenos-Aires, nous avons reçu une collection assez com- 
plète de minerais. 



EXAMN COMPARATIF 

DES PRODUITS 

DANS L'ORDRE DE LA CLASSIFICATION OFFICIELLE 



SYSTÈME DE CLASSIFICATION. 

1" Croupe : Industries ayant pour nhjet principal l'extraction 
ou la production des matières brutes. — V classe : Art des 
mines et métallurgie. — 2* classe : Art forestier, chasse, pêche 
et récoltes des produits obtenus sans culture. — 3* classe : Agri- 
culture, y compris toutes les cultures de végétaux et d'animaux. 

2* Groupe : Jndustries ayant spécialement pour objet l'emploi 
des forces ^mécaniques — 4'^ classe : Mécanique cénérale appli- 
quée à l'industrie. — 5^ classe : Mécanique spéciale et matériel 
des chemins de fer et des autres modes de transport. — 6" classe : 
Mécanique spéciale et matériel des ateliers industriels. — 
7* classe. Mécanique spéciale et matériel des manufactures de 
tissus. 

3* Groupe : Industries spécialement fondées sur l'emploi des 
agents physiques et chimiques, ou se rattachant aux sciences 
et à renseignement. — 8* classe : Arts de ])récision, industries 
se rattachant aux sciences et à l'enseignement. — 9* classe : 
Industries concernant l'emploi économique de la chaleur, de 
la lumière et de l'électricité. — 10" classe : Arts chimiques, 
teintures et impressions, industries des papiers, des peaux, du 
caoutchouc, etc. — 11* classe : Préparation et conservation des 
substances alimentaires. 

4" Groupe : Industries se rattachant spécialement aux professions 
savantes. — 12'' classe : Hygiène, pharmacie, médecine et chi- 
rurgie. — 13* classe : Marine et art militaire. — 14* classe : Con- 
structions civiles. 

5* Groupe : Manufactures de produits minéraux. — 16* classe : 
Industrie des aciers bruts et ouvrés, — 16' classe : Fabrication 
des ouvrages en métaux, d'un travail ordinaire.— 17* classe : 
Orfèvrerie, bijouterie, industrie des bronzes d'art. — 18* classe : 
Industrie de la verrerie et de la céramique. 

C* Groupe : Manufactures de tissus. — 19* classe : Industrie des 
cotons. — 20* classe : Industrie des laines. — 21* classe : In- 
dustrie des soies. — 22* classe : Industrie des lins et des chan- 
vres. — 23* classe : Industrie de la bonneterie, des tapis, de la 
passementerie, de la broderie et des dentelles. 

7* Groupe : Ameublement el décoration, modes, dessin industriel, 
imprimerie, musique. — 24*" classe : Industries concernant l'a- 
meublement et la décoration. — 25* classe : Confection des ar- 
ticles de vêtement, fabrication des objets de mode et de fantai- 
sie. — 26'" classe : Dessin et plastique appliqués à l'industrie, 
imprimerie en caractères et en laille-douce, photographie, etc. 
27* classe : Fabrication des instruments de musique. 



EXAMEN COMPARATIF 

DES PRODUITS 



PREMIÈRE CLASSE. 

Art des mines et métallurgie. 

Le but que nous nous proposons dans cette noie n'est pas 
de donner une description détaillée des objets exposés, un 
catalogue complet de tous les produits relatifs aux industries 
des mines et aux arts métallurgiques; c'est un travail qu'on 
ne peut faire au début d'une vaste Exposition, et qui nous se- 
rait rendu impossible aus^i bien par les limites que nous de- 
vons nous imposer, que par le temps qu'il nécessiterait ; c'est 
donc dans un autre esprit que nous offrons ces lignes au 
public. Le développement remarquable de l'industrie à notre 
époque, répondant à des besoins toujours nouveaux, pousse 
toutes les branches des arts dans une voie de progrès rapides. 
Tous ces besoins se traduisent clairement par la nature des 
perfectionnements accomplis, par la tendance générale de 
ceux qu'on recherche; aussi le caractère des expositions 
subit-il des transformations frappantes, et aucune industrie, 
peut-être, ne porte le cachet d'une aussi ardente activité que 
celle dont nous allons nous occuper. C'est donc le carac- 
tère de cette Exposition universelle que nous allons essayer 
d'esquisser, en otïrant à l'appui les exemples les plus remar- 
quables qui nous ont paru le déterminer. Nous croirons avoir 
rendu quelques services au visiteur, en lui mettant en main, 
pour ainsi dire, un fil conducteur qui l'aidera à former son 
jugement, et même à réparer les nombreux oublis que nous 
ferons certainement dans un examen si rapide. 



17 i VISITE 

Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter aux nombreuses 
collections minéralogiques qui figurent à l'Exposition^ les pro- 
duits du sol de presque toutes les parties du monde s'y trou- 
vent représentés, depuis les minerais de fer les plus communs 
jusqu'aux pépites d'or de l'Australie ; mais une description de 
cette nature n'offre d'intérêt qu'autant qu'elle est fort dé- 
taillée ; nous abandonnerons donc ces collections à la curiosité 
du visiteur, pour arriver tout de suite à des questions plus 
générales. Nous nous occuperons d'abord des travaux relatifs 
à l'exploitation des minçs. 



Exploitation des mmes. 

Le premier objet qui frappe les yeux est un modèle curieux 
de l'exploitation d'une couche des mines d'Anzin. La couche 
exploitée est inclinée de 75 degrés à l'horizon ; le système 
d'exploitation s'appelle méthode des gradins renversés. Voici 
en quoi il consiste : 

On commence par foncer en dehors de la couche un puits 
qu'on prolonge jusqu'à une Certaine profondeur; on perce 
alors une galerie dans la direction de la couche, bien reconnue 
par les travaux de recherches préparatoires, et on l'arrête à 
la couche elle-même. Au point d'intersection on ouvre dans 
la couche une galerie horizontale. On répète exactement le 
même travail, en poussant la profondeur du puits à 40 mètres 
plus bas ; en sorte qu'au moyen d'une nouvelle galerie hori- 
zontale, on partage la couche en tranches isolées de 20 mètres 
de hauteur, soutenues par les boisages de la galerie infé- 
rieure; on réunit ensuite les galeries horizontales par des 
puits perpendiculaires percés dans la couche elle-même, et on 
établit dans un de ces puits un plan incliné qui doit servir à 
l'exploitation de la portion de couche séparée. Ces plans in- 
clinés se composent simplement d'un wagon attaché au moyen 
d'une corde passant sur une poulie, et dont l'autre extrémité 
est fixée à un contre-poids assez lourd pour faire remonter le 
wagon vide à la partie supérieure du puits, mais qui est en- 
traîné lui-même, lorsque le wagon est chargé de houille. Les 
ouvriers s'échelonnent alors sur la face latérale de la couche; 
le premier enlevant au moyen de pics le coin inférieur, jus- 



A l'exposition IINIVEHSELLE. ilo 

qu'à une profondeur de 4 mètres environ et sur une hauteur 
de 2 mètres. La houille, ainsi abattue, est jetée dans la galerie 
inférieure et enlevée comme nous le dirons plus loin. L'ouvrier 
placé immédiatement au-dessus de lui attaque ensuite la sur- 
face qui lui est opposée et enlève une autre tranche de houille de 
i mètres de longueur, sur 2 mètres de hauteur, pendant que 
le premier ouvrier abat lui-même une autre tranche de mêmes 
dimensions. Le travail continue ainsi, les ouvriers s'échelon- 
nant les uns au-dessus des autres, de manière que le front de 
la portion de couche enlevée, présente, à peu près, l'aspect de 
gradins renversés, d'où cette méthode d'exploitation tire son 
nom. A mesure que ces ouvriers avancent, ils placent der- 
rière eux un boisage, composé de pièces de bois debout, serré 
fortement au moyen de cales contre les deux parois du ter- 
rain, et destinés à en prévenir l'éboulement. Un plancher est 
placé sur ces bois et sert au roulage de la houille jusqu'au 
\vagon du plan incliné qui la descend dans la galerie infé- 
rieure. On ne peut, en effet, l'y jeter directement sous peine 
de la réduire en morceaux trop menus, ce qui diminue consi- 
dérablement sa valeur commerciale. 

C'est donc dans cette galerie inférieure que se rend en défi- 
nitive la houille dont se compose la couche, sur une hauteur 
d'environ 20 mètres; il faut de là la transporter au puits 
d'extraction, par lequel elle devra être montée au jour. Le 
roulage, dans cette galerie, se fait au moyen de chevaux; ils 
traînent des trains de petits wagons de la contenance de 
5 hectolitres chacun. 

Quelque extraordinaire que puisse paraître aux personnes 
étrangères à cette industrie ce travail si dangereux et si inté- 
ressant du mineur, il ne faut pas croire que toutes les couches 
des mines d'Anzin soient d'une exploitation aussi facile que 
celle-ci. Les couches du bassin du nord sont beaucoup moins 
épaisses que celles du bassin du centre de la France. Il y a 
des couches exploitées dans le nord qui n'ont pas 0'" ,60 d'épais- 
seur; l'inclinaison de quelques-unes de ces couches est voi- 
sine de l'horizontale. Comme il importe de n'enlever que la 
plus petite quantité possible de terrain sans valeur, elles 
sont exploitées sur une faible épaisseur ; le mineur se glisse 
entre les deux parois du terrain qui renfermait la houille, et 
l'abat en travaillant couché; le nom de ce mode d'exploitation 



170 VISITE 

en peint mieux la difticulté que nous ne pouriions le faire : il 
s'appelle abatage à col tordu. 

Lorsque le minerai est amené à la partie inférieure du 
puits, il faut l'enlever jusqu'au jour, et celte partie de l'exploi- 
tation est une des plus intéressantes et de celles qui, dans ces 
dernières années, a reçu les perfectionnements les plus ingé- 
nieux et les plus féconds; nous devons appeler l'attenlion 
sur ce point, car l'Exposition de 1855 est elle-même très-re- 
marquable sous ce rapport. 



Extraction. 

Pendant longtemps le seul mode d'élévation du minerai 
consistait en une espèce de tonneaux appelés bennes ou ciiffals, 
dont la forme et la capacité variaient suivant les usages, et 
dans lesquels on versait le contenu des wagons qui servaient 
au roulage dans la mine. Ces cuffats étaient ensuite enlevés au 
moyen d'espèces de treuils ou bobines, mues par une machine, 
jusqu'à l'orifice du puits où ils étaient vidés, la houille étant 
ensuite transportée au dépôt au moyen de wagons ordinaires. 
Ce procédé, encore usité dans un très-grand nombre de 
mines, présente beaucoup d'inconvénients, La manœuvre du 
chargement de ces cutfats est longue, et cause un certain 
déchet résultant du bris de la houille lors du transvasement. 
Ces cufïats ne peuvent être remontés qu'à une vitesse d'en- 
viron V^SO par seconde, ou 2 mètres au plus; au delà, on 
s'exposerait à les faire choquer violemment contre les parois 
du puits, à rompre le câble, et, par suite, aux plus graves ac- 
cidents. 

D'un autre côté, le percement d'un puits est une opération 
souvent fort difficile et qui absorbe de grands capitaux ; on 
conçoit donc qu'il soit de la plus haute importance de perfec- 
tionner les moyens d'extraction, de manière à faire produire à 
un puits, dans un temps donné, la plus grande quantité de 
minerais possible. 

Dans les exploitations au moyen des cuffats les mieux 
installés, au grand Hornu (Belgique), par exemple, où Ton 
em[)loie des cuffats contenant 21 hectolitres, avec une vitesse 
ascensionnelle de 2 mètres par seconde, on peut enlever au 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 177 

maximum 300 à 350 cuffats, dans une journée de douze heures, 
ce qui porte la quantité maximum de houille extraite par jour 
à 7000 hectolitres environ. En moyenne, il faut réduire ce 
chiffre à 4 ou 6000 hectolitres. 

Un progrès immense apporté à cet état de choses fut l'in- 
vention des cages. Cette méthode d'extraction, appliquée 
depuis longtemps en Angleterre aux mines de Newcaslle, 
importée depuis quatre ou cinq ans en Belgique, et plus ré- 
cemment en France, est représentée dans le modèle exposé 
par la compagnie d'Anzin. 

Ces cages consistent en un châssis en fer à deux étages, 
attaché au câble du treuil et guidé au moyen de glissières et 
de deux grands madriers placés dans toute la hauteur du 
puits, contre la paroi. Les wagons arrivant du chantier même 
où travaille le mineur, amenés au bord du puits par les che- 
vaux, sont poussés dans la cage qui en contient ainsi quatre. 
On supprime donc le transvasement dans la benne; de plus, 
la vitesse de ces cages, ainsi guidées, peut être, avec toute 
sécurité, portée à 3 mètres par seconde et même plus; les 
wagons arrivés au jour sont poussés à l'extrémité de la plate- 
forme qui règne à l'orifice du puits, et de là, versés dans 
d'autres wagons qui emmènent la houille au dépôt; celle-ci, 
depuis le chantier d'abatage jusqu'au dépôt, n'a donc subi 
qu'un seul transvasement. La durée d'une ascension est ainsi 
réduite de plus d'un tiers, en sorte qu'un puits qui, exploité 
par la méthode des cufîats^ ne pouvait fournir que 7000 hecto- 
litres en une journée de douze heures, produira facilement 
9 ou 10 000 hectolitres par le fait de l'application des cages. 
Il y a en Angleterre des puits ainsi exploités, dont la pro- 
duction journalière est de 12 000 hectolitres. On conçoit sans 
peine l'influence que doit avoir cet ingénieux perfectionne- 
ment sur le prix de la houille extraite. 

La rupture du câble qui sert à enlever les cages est évi- 
demment un accident qui peut avoir de terribles conséquen- 
ces ; les ouvriers sont descendus dans la mine et remontés 
après leur travail, soit dans la benne, soit dans les cages elles- 
mêmes. Tout le monde a présent à la mémoire le souvenir de 
quelques-uns de ces accidents funestes , qui ont souvent 
coûté la vie à plusieurs hommes à la fois; c'est un danger que 
toute la prévoyance possible ne saurait entièrement écarter, 
206 / 



178 VISITE 

La mine de Decize expose un appareil ingénieux dont le 
but est de prévenir les conséquences de la rupture d'un cable; 
cet appareil consiste en deux barres de fer croisées, dont 
l'extrémité inférieure est taillée en biseau, et dont la partie 
supérieure est armée d un contre-poids, en sorte qu'il pré- 
sente absolument l'apparence d'une paire de ciseaux entr'ou- 
verte; cet appareil est interposé entre le câble et la cage , de 
manière qu'il conserve sa position tant que le câble est tendu; 
mais si ce dernier vient à casser, les deux contre-poids sont 
lâchés et les branches des ciseaux s'ouvrent et viennent pé- 
nétrer dans le bois des glissières qui servent à guider la cage, 
en l'arrêtant ainsi dans sa chute; cet appareil est ingénieux, 
simple, et nous paraît devoir bien fonctionner. 

Les cages ne sont pas le dernier mot des progrès de l'exploi- 
tation des mines; nous avons encore à parler d'un modèle 
exposé par M. Varoquié, de Mariemont, en Belgique , qui 
représente une méthode nouvelle, digne du plus haut intérêt, 
La première idée de ce système d'extraction est reproduite 
dans un modèle représentant la coupe d'un puits avec un 
appareil spécialement destiné à la descente et à la remonte 
des ouvriers. 

Nous avons dit que dans les mines exploitées au moyen de 
bennes , la descente et la remonte des mineurs se fait au 
moyen de ces bennes, et pour les mines contenant seulement 
une centaine d'ouvriers, la longueur de cette opération para- 
lyse pour un temps considérable le travail d'extraction du 
puits. C'est pour obvier à cet inconvénient que M. Varoquié a 
imaginé la disposition dont nous parlons ; elle consiste en 
deux grandes tiges de bois, descendant jusqu'au fond même 
du puits et portant une série de plateaux tous séparés par la 
même distance de 6 mètres. Lorsque la machine est au repos, 
les plateaux se correspondent tous ; lorsqu'on la met en mouve- 
ment, une disposition particulière communique aux deux 
tiges un mouvement allernatif régulier d'ascension et de des- 
cente dont l'amplitude est exactement égale à la distance de 
deux plateaux ; si maintenant, un ouvrier veut descendre, il 
se place sur le plateau fixé à la tige qui va s'abaisser; il des- 
cend avec elle de la distance d'un plateau , et se trouve ainsi 
porté en face du second plateau de l'autre tige. Pendant un 
temps d'arrêt do trois secondes qui so produit alors, il passe 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 179 

sur ce plateau, fixé à la tige qui va descendre à son tour, tandis 
que l'autre remonte; il se trouve alors arrivé en face du troi- 
sième plateau de la première tige , sur lequel il passe et ainsi 
de suite, en sorte qu'à chaque mouvement des tiges il descend 
de 6 mètres. On voit alors avec quelle rapidité se fait l'opé- 
ration de la descente ou de la remonte des mineurs, puisque 
si on suppose un homme placé sur chaque plateau, la machine 
conduira au fond de la mine ou au jour un homme toutes les 
vingt-cinq secondes à peu près, et de plus, les plateaux peu- 
vent facilement en contenir deux ou trois à la fois. La ma- 
chine de M. Varoquié peut ainsi descendre ou remonter cent 
soixante mineurs dans l'espace d'une heure dans un puits de 
200 mètres de profondeur. 

Le deuxième modèle qui est accolé à celui-ci représente une 
machine basée absolument sur le même principe, mais adap- 
tée à la descente et à la remonte des wagons. Il suffit pour 
opérer la transformation de remplacer les plateaux par un 
appareil de leviers à contre-poids qui, lorsque le wagon vient 
se présenter devant eux par suite du mouvement alternatif 
des tiges, s'empare de ce wagon et le transporte jusqu'au 
plateau suivant. 

On se figure aisément la puissance immense de production 
qu'offrirait un puits exploité par un sembable procédé, puis- 
qu'à la rigueur, celte machine, une fois mise en fonctionne- 
ment régulier, pourrait amener au jour un wagon toutes les 
vingt ou vingt-cinq secondes. Malheureusement cet appareil 
n'est pas encore exécuté, et ce modèle n'est que la repro- 
duction d'un projet. 

Deux exposants français, MM. Degousée et Mulot, représen- 
tent l'industrie des sondages, avec tous les instruments qui 
servent à ces travaux difficiles, tels que tarières, clefs pour 
enlever les sondes et outils cassés, etc. M. Degousée a exposé 
un modèle intéressant du montage complet d'une sonde, avec 
le treuil autour duquel s'enroule la chaîne qui sert à donner 
à la sonde un mouvement alternatif et la machine motrice ; 
quelques nouveaux perfectionnements ont été encore apportés 
par MM. Degousée et Laurent aux méthodes et aux instru- 
ments de sondage qui leur sont déjà redevables de tant de 
progrès. 

Une des plus graves difficultés de ces opérations, lorsque le 



180 VISITE 

sondage pénètre à une grande profondeur, est le poids con- 
sidérable des tiges , qui se brisent souvent en retombant 
an fond du trou de sonde lorsqu'on effectue le battage; on a 
obvié depuis longtemps à cet inconvénient en interposant 
entre les dernières tiges de sonde et les tiges supérieures une 
coulisse qu'on appelle du nom de son inventeur, coulisse 
d'iEynhausen, disposée de telle sorte que le battage est effec- 
tué seulement par quelques tiges, les tiges supérieures se 
trouvant équilibrées au moyen d'un contre-poids. Dans la 
disposition présentée par M. Degousée, l'outil retombe seul et 
la tige entière est équilibrée. 

Les Chinois ont, depuis longtemps, imaginé un mode de 
sondage fort élémentaire qui consiste à percer le trou au 
moyen d'un outil qu'on soulève et qu'on laisse retomber 
alternativement au moyen d'une corde. Ce procédé est peu 
employé en Europe pour plusieurs raisons ; d'abord il est dif- 
ficile de maintenir la verticalité du trou de sonde, l'outil 
n'étant pas guidé d'une manière rigide, comme avec les tiges 
métalliques; de plus, on ne peut effectuer le rodage, opéra- 
tion qui consiste à arrondir le trou de sonde en communi- 
quant à Toutil un mouvement de rotation au moyen des tiges. 
M. Degousée a remédié au premier de ces inconvénients, en 
employant simplement un outil plus long; au second, en fai- 
sant passer la corde dans un tube qui ne sert à rien pour le 
battage, mais qui permet de roder. Il exécute en ce moment 
avec succès, d'après cette méthode, un sondage déjà parvenu 
à 4oO mètres. 

M. Mulot expose un appareil dont le but est de forer, 
comme un trou de sonde, un puits de mine de 4 mètres de 
diamètre; mais ce procédé, appliqué au foncement d'une 
avaleresse dans le Nord , paraît avoir échoué devant la grave 
difficulté des niveaux. 



Aérage et éclairage des mines. 

Le:=î vastes excavations, les nombreuses galeries souterraines 
qui composent une mine en exploitation ne tarderaient pas 
à contenir un air impropre à la respiration , si on ne prenait 
soin de le renouveler par des moyens artificiels. La profon- 



A L'EXPOSITION LiNlVEUSELLE. 181 

deur à laquelle ces travaux parviennent et leur disposition gé- 
nérale ne permettent, en effet, l'établissement d'aucun courant 
d'air naturel, si ce n'est dans des cas tout à fait exceptionnels; 
tandis que la respiration et surtout l'exhalaison des gaz mé- 
phitiques et souvent même inflammables, provoquée par Ta- 
balage des parois du minerai, tendent à vicier rapidement 
l'atmosphère de ces galeries. 

Il est donc nécessaire de pourvoir à l'aérage des galeries de 
mine par l'emploi de moyens mécaniques. On se sert, à cet 
effet de foyers d'aérage et de machines soufflantes ou aspi- 
rantes. Les foyers d'aérage se placent dans des puits qui 
agissent alors absolument comme des cheminées ordinaires. 
L'écoulement de l'air est déterminé par la diminution de 
densité de la colonne d'air du puits . résultant de l'élévation 
de la température. 

Quant aux machines soufflantes, il en existe une très- 
grande variété. Ces machines agissent généralement par aspi- 
ration. Il existe à l'Exposition plusieurs ventilateurs : l'un 
vient des mines de Blanzy et consiste en un ventilateur à 
ailes métalliques en hélice, mis en mouvement par une m£- 
chine directe, dont la disposition est ingénieuse; l'autre est le 
ventilateur Fabri, appliqué déjà en Belgique, depuis environ 
quatre ans, à la mine de Saint-Pierre. Ce ventilateur se com- 
pose de deux arbres munis d'espèces de grandes dents d'en- 
grenage; ces deux arbres sont animés de mouvement en sens 
contraires au moyen de deux manivelles et bielles attachées à 
la tige du piston d'une machine verticale, par le moyen d'ure 
traverse; la longueur des dents et leur forme sont combinée s 
de façon que deux d'entre elles soient toujours en contact; il 
s'ensuit que les deux dents suivantes, avec le coursier dans 
lequel se meut le ventilateur, forment une espèce de caisi^e 
fermée, au fond de laquelle aboutit l'orifice du puits, et dont 
la capacité s'agrandit à mesure que les dents s'éloignent. Il y 
a donc aspiration de l'air du puits qui est projeté au dehois 
sur tout le contour du coursier. C'est une machine excellente 
et dont l'effet utile est considérable. Le ventilateur de M. Fa- 
bri et celui de M. Lemielle, de Valenciennes, rivalisent en 
Belgique par leurs bons effets. 

La présence de gaz inflammables dans les mines de houille 
est une des causes de danger les plus redoutables qu'on ren- 



18^ VISITE 

contre dans l'exploitation. Il n'est personne qui n'ait entendu 
parler d'un certain nombre d'accidents terribles causés par 
\e grisou, et qui, surtout autrefois, prenaient souvent la pro- 
portion d'un véritable désastre. 

Le grisou, ou hydrogène protocarboné, est un gaz qui se 
produit par la décomposition spontanée des matières végé- 
tales. Les cavités que renferment les couches de houille en 
sont donc souvent remplies, et lorsque le pic du mineur vient 
les ouvrir, le gaz,s'échappant par l'issue qui lui est offerte, se 
répand dans les galeries, se mélange à l'air qu'elles renfer- 
ment, et souvent dans des proportions telles, que le contact 
d'une lampe allumée détermine une explosion formidable. 

Avant l'admirable invention de Davy, aucun moyen efficace 
n'était connu pour se préserver de ce danger. Les seules 
précautions en usage consistaient en un aérage qui entraînait 
le gaz à mesure qu'il se répandait dans les galeries et empê- 
■chait le mélange d'air d'atteindre la proportion à laquelle 
l'explosion devient à craindre. Quelquefois aussi on allumait 
le gaz partout où il se produisait, et en le brûlant ainsi à 
mesure, on en prévenait l'accumulation; mais il est inutile de 
dire que l'on ne devait pas avoir une confiance complète dans 
ces moyens insuffisants, et que de graves accidents continuè- 
rent à le prouver de temps à autre. 

La lampe de Davy fut le premier préservateur imaginé con- 
tre ce fléau, et les services qu'elle rendit peuvent être mesu- 
rés à l'élan de reconnaissance qu'elle souleva chez les mineurs 
anglais et aux marques éclatantes qu'ils en donnèrent à son 
auteur. Le principe de cette lampe est très-simple; il est 
fondé sur la propriété que possèdent les toiles métalliques 
d'éteindre les gaz en combustion qui les traversent; ainsi, si 
on pose une toile métallique au-dessus de la flamme d'une 
bougie, en la rapprochant de la mèche, le métal prenant aux 
gaz dégagés la chaleur nécessaire à leur combustion, à la fa- 
veur de sa grande conductibilité, on voit ces gaz s'éteindre, 
et il ne passe plus au-dessus de la toile que de la fumée. 
Davy eut l'idée de construire une lampe dont la flamme, ainsi 
que toutes les issues par lesquelles l'air nécessaire à la com- 
bustion peut entrer ou les produits de la combustion sortir, 
soit complètement enveloppée de toiles métalliques , qui em- 
pêchent par conséquent la flamme de la lampe d'allumer 



A LKXPOSlTlOiN UNIVERSELLE. 183 

Je mélange combustible dont peut alors se composer impu- 
nément l'atmosphère ambiante. L'usage de ces lampes, immé- 
diatement répandu dans toutes les mines où le grisou exis- 
tait , a considérablement réduit le nombre des accidents 
auxquels il donnait lieu. Il n'est pourtant pas prudent de 
séjourner avec cette lampe dans des galeries dont l'air con- 
stitue un mélange explosif, ce qui arrive lorsque la proportion 
du gaz est à celle de l'air dans le rapport de un à douze 
environ; on voit alors la flamme de la lampe s'allonger, 
prendre une teinte bleuâtre, et le mineur averti doit se re- 
tirer en tenant sa lampe très-bas, car le grisou dont la pe- 
santeur spécifique est à peu près la moitié de celle de l'air, 
tend toujours à se concentrer dans la partie supérieure des 
galeries. 

La lampe de Davy fait partie de l'exposition des mines 
d'Anzin, à côté d'un certain nombre de lampes qui recher- 
chent toutes le même perfectionnement. Le modèle primitif de 
la lampe de Davy a en effet un inconvénient grave pour les 
mineurs, dont le travail est généralement payé à la lâche, 
et qui par conséquent attachent une grande importance à élre 
bien éclairés : c'est de ne donner que peu de lumière. Du- 
ménil, Mueseler et d'autres inventeurs ont cherché à la ren- 
dre plus éclairante; mais le prix et le poids en sont toujours 
augmentés en même temps. On verra dans l'Exposition un 
assez grand nombre de ces modifications. 



Préparation mécanique des combustibles. — Lavage. 

La houille est généralement mélangée de schistes, de pyrites 
composés de sulfures et arséniures métalliques, et de quelques 
autres corps étrangers qui, suivant les applications auxquelles 
on la destine , peuvent être fort nuisibles; ainsi, dans les 
traitements métallurgiques, la présence du soufre altère 
considérablement la qualité du fer obtenu ; si elle doit être 
convertie en coke pour l'usage des chemins de fer, comme il 
est de la plus grande importance de n'employer pour les 
machines locomotives que des combustibles possédant, sous 
un volume donné, la plus grande chaleur spécifique possible, 
il est fort intéressant de débarrasser la houille de tous ces 



184 VISITE 

corps étrangers qui, d'ailleurs, dans ce dernier cas, produisent 
en se brûlant des g.iz nuisibles à la conservation des foyers 
et des tubes des chaudières. On peut obtenir des houilles 
presque complètement pures, au moyen d'une opération qu'on 
appelle le lauafje et qu'on fait actuellement subir à la presque 
totalité des houilles qui sont transformées en coke pour l'usage 
des chemins de fer. 

Le principe de cette opération est basé sur ce fait, bien 
simple à concevoir, que si on entraîne dans un courant d'eau 
deux corps de densités différentes, le plus lourd se déposera 
le premier et sera ainsi séparé de l'autre. Or, les schistes 
argileux et les pyrites qui sont mêlés à la houille ont une 
densité notablement supérieure à la sienne ; il s'ensuit qu'en 
opérant sur de la houille réduite en morceaux de petite 
grosseur, et en la jetant dans un caniveau dans lequel on 
fait couler de l'eau, les schistes ^e déposeront à l'origine du 
conduit, et la houille pure pourra être recueillie à l'autre 
extrémité. C'est ce qu'on appelle le lavage au moyen des 
tables allemandes. En Belgique , on emploie aussi d'autres 
appareils; ce sont les caisses à piston ; ces caisses se compo- 
sent d'une sorte d'auge en bois contenant de l'eau et commu- 
niquant à la partie inférieure avec un cylindre également en 
bois, dans lequel se trouve un piston auquel on donne un 
mouvement alternatif de bas en haut et de haut en bas, qui 
se communique naturellement à l'eau contenue dans l'auge. 
Dans cette auge, se trouve une grille inclinée sur laquelle on 
jette la houille en petits fragments; le mouvement de l'eau 
soulève toute la masse à chaque coup de piston, et les corps 
se placent alors par ordre de densité, les schistes sur la grille 
et la houille à la partie supérieure. M. Cérard expose un 
appareil fondé sur ce dernier principe; c'est une machine 
complète et ingénieuse, mais qui n'est peut-être pas assez 
simple pour le travail un peu grossier qu'elle doit effectuer, 
et nous ne sachons pas que les résultats industriels en soient 
encore bien établis. 

Ces méthodes de lavage sont applicables à toute espèce de 
minerais que l'on veut séparer de leur gangue, c'est-à-dire 
des corps étrangers qui contiennent le minerai et qu'on est 
contraint d'abattre en même temps dans la mine ; dans ce 
cas , il faut préalablement soumettre le minerai à l'action 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE, iSo 

mécanique de pilons qu'on nomme bocards , afin de les 
réduire en petits fragments. 

Nous devons aussi dire quelques mots d'une industrie qui 
n'est pas très-ancienne, c'est celle des houilles agglomérées. 

L'exploitation d'une mine produit toujours une quantité 
plus ou moins considérable de menu, c'est-à-dire de houille 
réduite en très-petits morceaux dont la valeur commerciale 
est très-faible. On a imaginé d'utiliser ces menus , en les pu- 
rifiant d'abord au moyen d'un lavage et en fabriquant des 
espèces de briques à l'aide d'un corps agglutinant, tel que des 
résidus de goudrons ou de schistes très-bitumineux; on est 
arrivé à produire ainsi un excellent combustible et à utiliser 
ces produits sans valeur dont les mines de houille se trou- 
vaient encombrées et qu'on était pourtant forcé d'extraire, 
caries houilles menues sont sujettes, lorsqu'elles sont laissées 
en tas au contact de l'air, à entrer dans une sorte de fermen- 
tation à la suite de laquelle leur température s'élève assez 
pour qu'elles arrivent à s'enflammer spontanément. L'aban- 
don de ces houilles menues dans une mine déterminerait 
donc des incendies souvent impossibles à éteindre. La mine 
de Blanzy, et quelques autres du département de la Loire, 
exposent des produits de ce genre fort intéressants. 

Métallurgie du fer. — Fonte, 

Le fer, ce métal dont les propriétés sont si précieuses, et 
les usages industriels si nombreux, se trouve très-répandu 
dans la nature. On sait que le fer à l'état natif n'est qu'une 
rare exception qui n'appartient même pas, pour ainsi dire, 
à la constitution minéralogique du globe. On peut donc dire 
que, sauf des cas tout à fait exceptionnels, nous ne trouvons 
le fer qu'à l'état de combinaison , principalement avec l'oxy- 
gène , le soufre, l'arsenic, le phosphore, etc., et souvent 
sous forme de sels, comme le fer carbonate. Tous ces mine- 
rais ne sont pas également propres à la production du fer ; la 
présence du soufre, du phosphore, de l'arsenic, altère pro- 
fondément les qualités du métal, et la difficulté qu'on trouve 
à séparer ces corps force à rejeter comme inutiles une immense 
quantité de ces minerais. On ne peut, en effet, considérer 
comme minerais de fer proprement dits que les oxydes, qui 



180 VISITE 

comprennent, du reste, un assez grand nombre de variétés, 
telles que l'oxydule de fer, le fer oligiste, les hématites 
rouges, jaunes et brunes, et les carbonates qu'on trouve cris- 
tallisés , c'est alors le fer carbonate spathique , ou à l'état 
amorphe, c'est le fer carbonate des houillères ; ce dernier mi- 
nerai se trouve, en effet, dans certaines mines, alternant 
avec des couches de houille. 

Les préparations mécaniques qu'on fait subir aux minerais, 
pour les rendre propres au traitement métallurgique, dépen- 
dent beaucoup de leur nature ; mais elles se réduisent tou- 
jours à un bocardage, c'est-à-dire à une opération qui a 
pour but de concasser le minerai en morceaux de faibles di- 
mensions, en un lavage pour séparer les schistes, enfin, en un 
grillage qui a souvent pour double but, de désagréger le mi- 
nerai par l'action de la chaleur et de faire partir l'arsenic et 
le soufre qu'il peut contenir, en les transformant en acides 
arsénieux et sulfureux, lesquels en vertu de leur état gazeux, 
se dégagent dans l'atmosphère. 

Il existe deux méthodes de préparation du fer : 

L'une, la plus ancienne, est connue sous le nom de méthode 
catalane; elle n'est applicable qu'aux minerais très-riches ; ce 
sont généralement des fers oligisles ; l'esprit de cette méthode 
est fort simple , il consiste à mélanger le minerai avec du 
charbon de bois dans un fourneau dont la forme est celle 
d'une espèce de creuset rectangulaire et dans lequel le char- 
bon est brûlé à l'aide d'un courant d'air forcé; il se produit 
alors de l'oxyde de carbone , qui s'empare de l'oxygène allié 
au fer, la gangue forme avec une partie du fer une combinai- 
son' fusible à la température du foyer et se sépare à l'état 
liquide, en sorte qu'à la fin de l'opération on retire du creuset 
une masse spongieuse qui, soumise à l'action du marteau, 
donne un fer d'excellente qualité. 

L'autre mode de traitement des minerais consiste dans 
l'emploi du haut fourneau, c'est de beaucoup le plus répandu. 
Il s'applique aux minerais riches ou pauvres ; c'est le seul qui 
soit employé en Angleterre, en Allemagne et en France, à de 
très-faibles exceptions près. Les différences essentielles qui 
le distinguent de la méthode catalane sont l'élévation de la 
température, beaucoup supérieure dans le haut fourneau à celle 
du foyer catalan, et l'emploi des fondants. Nous avons dit 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 187 

que dans la mélhode catalane la gangue se séparait du métal 
en formant avec le fer une combinaison fusible à la tempéra- 
ture du foyer. Mais lorsque le minerai est pauvre la produc- 
tion de semblables scories causerait un déchet trop considé- 
rable. On protège alors le fer, en ajoutant de la cliaux ou de 
l'argile suivant la composition de la gangue ; cette gangue à 
la température élevée du haut fourneau forme avec ces fon- 
dants une scorie fusible, dans la composition de laquelle il 
n'entre qu'une quantité de fer insignifiante. 

Un haut fourneau est une tour conique de 15 à 20 mètres 
de haut environ , dont l'intérieur a à peu près la forme de 
deux cônes renversés. A la partie supérieure se trouve un 
large orifice qu'on appelle yueulard ; à la partie inférieure, 
une sorte de bassin qu'on nomme creuset. Le minerai et les 
fondants se chargent à la partie supérieure, et par couches 
alternatives, avec du charbon de bois ou du coke, quelquefois 
un mélange des deux, ou même de la houille. Une combustion 
active du charbon est entretenue au moyen d'un violent cou- 
rant d'air lancé à la partie inférieure du fourneau par des 
machines soufflantes; le minerai est alors réduit et on trouve 
dans le creuset un métal qui n'est pas du fer, comme dans la 
méthode catalane, mais une combinaison de fer et de char- 
bon qu'on appelle fonte. C'est de ce métal qu'on tire ensuite 
le fer au moyen d'une série d'opérations que nous décrirons 
plus loin en peu de mots. Dans cette méthode, la production 
de la fonte est continue, c'est-à-dire qu'un haut fourneau, 
une fois allumé, marche souvent pendant plus d'un an sans 
interruption, en produisant chaque jour de 8 à 12 tonnes de 
fonte en général ; mais il y en a qui fournissent jusqu'à 
18 tonnes. 

La fonte joue dans l'industrie un rôle considérable, tout à 
fait différent de celui du fer, en rapport avec ses propriétés 
très-différentes elles-mêmes ; la fonte est, en effet, beaucoup 
plus fusible que le fer, moins résistante que lui, si on la soumet 
à un effort de traction, elle n'est pas malléable; au reste, 
toutes ces propriétés varient dans de grandes limites avec les 
différentes espèces de fonte. 

La fonte, par sa fusibilité, se prête donc au moulage, et 
c'est par là que ses applications se trouvent si multipliées. 

On emploie , dans le moulage , des fontes de première et 



188 VISITE 

de deuxième fusion; la première se coule au sortir même du 
haut fourneau; autrement on fait usage de fontes de diverses 
provenances qu'on fait refondre dans des fourneaux spé- 
ciaux ; le moulage en deuxième fusion a sur le premier 
l'avantage de permettre l'emploi de mélanges, qui condui- 
sent à un métal d'une qualité déterminée, et par suite de 
n'être pas soumis aux variations qui se produisent toujours, 
plus ou moins, dans la marche d'un haut fourneau. Quant à 
la finesse des produits, on peut l'obtenir également dans le 
moulage en première fusion ; elle dépend , avec la qualité 
de la fonte, de celle du sable qui sert à confectionner les 
moules et du soin apporté dans le travail. 

Moula},^e. 

Voici en quelques mots les principales opérations du mou- 
lage. 

Les divers procédés employés varient avec la forme et les 
dimensions des pièces que l'on veut obtenir. 

La fonte a la propriété d'augmenter de volume en passant 
de l'état liquide à l'état solide; elle éprouve ensuite un re- 
trait en se solidifiant. Ce retrait est d'autant plus grand, 
pour des fontes fabriquées de la même manière, qu'elles 
sont moins grises^ c'est-à-dire qu'elles contiennent moins de 
charbon interposé à l'état de graphite. 

Le moule dans lequel on coule la fonte, à raison delà 
haute température du métal , de sa dilatation et du reirait 
qu'elle prend, doit être réfractaire, peu conducteur, et pou- 
voir se déformer sans grande résistance; de plus, la tempé- 
rature de la fonte dilate l'air renfermé dans le moule, vapo- 
rise l'eau contenue dans la matière qui le constitue; il doit 
donc permettre le libre dégagement de ces gaz, autrement 
on s'exposerait à le briser ou à ne le remplir qu'incomplè- 
tement. 

La matière employée pour les moules est toujours com- 
posée de sable légèrement argileux, mélangé d'un peu de 
charbon. 

On distingue deux espèces principales de moulage : 

'1° Le moulage en sable vert; 

"2" Le moulage en sable d'étuve. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 189 

Le moulage en sable vert est employé pour les pièces de 
faibles dimensions et surtout de faible épaisseur. La matière 
que l'on emploie pour le moule se compose de quatre cin- 
quièmes de sable et d'un cinquième de houille que l'on broie 
ensemble. Ce sable est tamisé et ensuite humecté pour lui 
donner une certaine cohésion. Le mélange de la houille 
avec le sable a pour but de rendre le moule très-poreux 
et de permettre un dégagement facile aux gaz qui sont très- 
abondants , le moule n'étant pas desséché avant qu'on y 
introduire la fonte. 

Le moulage en sable d'étuve s'emploie pour les pièces de 
grandes dimensions et qui demandent des surfaces très-lisses. 
Les moules employés dans ce cas doivent être plus solides 
que dans le moulage en sable vert. Ils se composent de 
sable de carrière légèrement argileux , mélangé avec un 
vingtième de son volume de houille; le mélange est broyé 
très-fin, puis tamisé et humecté d'un peu d'eau au moment 
de l'emploi. Gomme un pareil moule est peu poreux et qu'il 
ne permettrait pas un dégagement facile des gaz, on le sèche 
avant de couler la fonte. Cette dessiccation augmente beau- 
coup la résistance du moule, aussi les pièces moulées par 
ce procédé doivent avoir des formes telles qu'elles puissent 
prendre leur reirait sans que le moule doive se déformer, 
et, même dans ces circonstances, le retrait se produit in- 
complètement et la pièce perd de sa résistance. Tous les 
moules, en sable vert ou d'étuve, sont, avant qu'on retire 
le modèle , percés d'un grand nombre de petits trous pour le 
dégagement des gaz. 

Les moules sont desséchés dans des étuves spéciales ou 
sur place, qirand ils sont de dimensions trop considérables. 

Pour faire le moule d'une pièce , on se sert généralement 
d'un modèle présentant les formes et les dimensions de la 
pièce, en ayant égard aux modifications que doit apporter 
le retrait. Ces modèles sont en métal quand on veut obtenir 
des surfaces très-lisses ou quand ils doivent servir à mouler 
un nombre de pièces très-considérable, telles que des coussi- 
nets de chemins de fer, des poteries, des ornements, etc.; 
dans presque tous les cas ils sont en bois. 

Quand la pièce est très-importante et qu'elle présente des 
surfaces de révolution, on se sert pour faire le moule d'un 



490 VISITE 

profil en bois , que l'on fait tourner autour d'un axe, et qui 
donne au sable la forme de la pièce. 

Pour retenir le sable, que le moulage soit en sable vert ou 
en sable d'étuve, on se sert de deux châssis de fonte pouvant 
se superposer; leur position relative est maintenue par trois 
ou quatre broches fixées sur l'un d'eux et qui entrent dans 
les oreilles de l'autre. 

Le moulage se fait de la manière suivante : on commence 
par placer le modèle dans le châssis inférieur; on tasse du 
sable autour, de façon à remplir le châssis, puis on met en 
place le châssis supérieur et on lui fait subir la même opéra- 
tion; on enlève ensuite le châssis supérieur, puis le moule 
(ses formes doivent être telles que cette opération soit possi- 
ble); on pratique plusieurs trous dans le sable du châssis su- 
périeur, les uns pour introduire la fonte, et les autres pour 
servir de trop-plein et laisser dégager l'air contenu dans le 
moule. Les moules en sable vert sont saupoudrés avec du 
poussier de charbon de bois qu'on lisse sur le moule avec une 
spatule, puis les châssis sont replacés et on procède au cou- 
lage de la fonte. Les moules en sable d'étuve sont couverts 
d'une couche de charbon de bois délayé dans l'eau , puis 
sèches comme nous l'avons dit plus haut. 

Les pièces creuses, telles que colonnes, tuyaux, etc., sont 
d'abord moulées pleines; puis on introduit dans l'intérieur 
du moule un tuyau de fonte percé de trous recouverts d'une 
terre très-poreuse qui permet aux gaz de se dégager dans 
l'intérieur du tuyau par les trous percés à sa surface. Ce 
tuyau ou noyau laisse entre sa paroi et celle du moule l'é- 
paisseur exacte qu'on veut donner à la fonte. 

L'exposition française est riche en fontes moulées en pre- 
mière et deuxième fusion. 

Les fonderies de MAL Pinart frères , à Marquise, exposent 
des modèles de poutres en fonte qui ont servi à la construc- 
tion des caves de la gare du chemin de fer de l'Ouest , à 
Paris, et de plusieurs ponts du chemin de fer d'Auteuil. Ces 
poutres, remarquablement exécutées, ont présenté quelques 
dinicullés. 

Les poutres qui soutiennent les trottoirs des ponts du che- 
min de fer d'Auteuil sont très-légères; elles offraient de 
grandes surfaces à remplir sur de faibles épaisseurs, ce qui 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 191 

est une difficulté sérieuse d'exécution ; elles ont été fort bien 
réussies. 

La collection des modèles exécutés à cette usine est inté- 
ressante; elle donne une idée du rôle que joue actuellement 
le métal dans les constructions. Il faut ajouter pourtant que 
l'emploi de la fonte , comme poutres , tend de plus en plus 
à se borner à des ouvrages de faibles dimensions; la plus 
grande sécurité offerte par le fer, la résistance supérieure 
de ce métal , le fait préférer pour des travaux d'une grande 
importance, surtout lorsqu'on arrive à des poutres assez 
longues pour ne pouvoir être moulées d'une seule pièce et qui 
exigeraient alors des assemblages. 

MM. Pinart exposent également des conduites d'eau , des 
roues de wagon de terrassement , qui , dans le moulage , ont 
reçu une trempe profonde, de 0"',007 environ; la dureté que 
la fonte obtient ainsi leur assure une longue durée. Cette 
trempe s'obtient par l'emploi d'un moule dont une partie est 
en métal. La fonte en fusion, au contact d'un corps très-con- 
ducteur, se refroidit brusquement et acquiert une très-grande 
dureté. Ce genre de moulage porte le nom de moulage en co- 
quille. 

Nous trouvons à côté, dans l'Annexe, un affût de canon de 
Fourchambault, d'une belle exécution. Ces affûts en fonte 
sont destinés à des canons de rempart. 

Ici, tout en avouant notre incompétence, nous devons ex- 
primer un doute qui nous est venu depuis longtemps à l'es- 
prit; la fonte est-elle bien le métal qui convenait à cet usage? 
Est-il logique d'exposer aux ravages d'un boulet un affût 
composé de pièces minces d'un métal très-cassant qu'un choc 
violent doit faire voler de toutes parts en éclats? Cette tenta- 
tive est sans doute un progrès sur les affûts de bois sujets à la 
pourriture, aux attaques des insectes, et, par suite, à une 
destruction rapide; mais l'emploi du fer n'est-il pas clairement 
indiqué, dans cette circonstance, par toutes ses propriétés et 
surtout par la facilité des réparations? Il nous semble que la 
question n'est guère douteuse, mais nous devons la léguer à 
de plus expérimentés sur cette matière spéciale. 

La même usine expose une fort belle conduite d'eau desti- 
née à la ville de Madrid; elle a 3 mètres de longueur sur 0"',90 
de diamètre et 0"',016 d'épaisseur. 



192 VISITE 

La fonderie de Gonches, dans l'Eure, est représentée par 
une cloche de près de 4 mètres de diamètre; sur la faible 
épaisseur de 0'",0I3. Dans ces conditions, c'est un travail 
d'une grande difficulté et d'une exécution remarquable. 

En entrant dans l'Annexe par la porte du milieu, on aper- 
çoit un fort bel arceau sortant de la fonderie de Mazières, 
c'est une pièce de fonte digne de la réputation de cette usine. 
Une grande partie des fontes qui entrent dans les construc- 
tions métalliques exécutées dans ces derniers temps sortent 
des ateliers de Mazières. Nous citerons , par exemple , les en- 
tablements de la gare du chemin de fer de l'Ouest, une partie 
du Palais de l'Industrie, des halles centrales, etc. 

Nous avons reporté à la classe 15 les indications que nous 
avions à donner sur les procédés du moulage. Depuis une 
vingtaine d'années, la fonte de fer a remplacé le bronze dans 
un grand nombre d'applications, et si la substitution n'est pas 
encore plus complète, il faut l'attribuer àce que la fonte ne peut 
se prêter avec la même facilité que le cuivre aux réparations 
et aux retouches ultérieures ; aussi , doit-elle être réservée 
aux objets de construction, aux grandes pièces monumentales 
et à tous les usages dans lesquels la délicatesse de la forme 
n'est point de nécessité. 

L'Exposition ne renferme pas de pièce de fonte d'un poids 
exceptionnel, mais un assez grand nombre sont remarquables 
parleursdimensions, avec l'augmentation successive desquelles 
les difficultés du moulage deviennent presque insurmontables. 
La plupart des machines-outils anglaises sont très-intéressan- 
tes par leurs beaux bâtis en fontes sur lesquels nous aurons 
à revenir avec quelque attention ; la nécessité dans laquelle 
elles ont mis les constructeurs d'obtenir des pièces de for- 
mes variées a contribué puissamment à reculer, sous ce rap- 
port, les limites du possible ; nous avons vu quelquefois des 
masses de fonte dont le poids s'élevait jusqu'à 30 000 kilogram- 
mes, et dont l'exécution ne laissait cependant rien à désirer ; 
nous pourrions citer sous ce rapport une grande arcade de 
balancier qui devait servir à la fabrication des couverts d'ar- 
gent par estampage, et qui sortait des ateliers de M. Auguste 
Pehet , ainsi que des tables à couler les glaces de la fonderie 
de M. Cave. 

D'autres usines ont également exposé des produits fort re- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 193 

marquables et que nous regrettons de ne pouvoir décrire 
faute d'espace. 

Métallurgie du fer. 

Les constructions métalliques se répandent de plus en plus 
dans l'industrie. Le développement excessif des chemins de 
fer, en forçant à construire des gares immenses, des ponts 
à grandes travées, entourés de diflicultés que l'emploi des 
matériaux ordinaires ne pouvait surmonter, a déterminé l'in- 
troduction définitive du fer dans les constructions , et les pro- 
priétés de résistance de ce métal , la facilité avec laquelle il 
se prête aux formes les plus utiles, aux combinaisons les plus 
économiques que la science enseigne à choisir, tendent à ac- 
croître tous les jours l'importance de son rôle. Cette conquête 
d'un élément de construction nouveau et puissant sera carac- 
téristique pour l'art de notre époque. La métallurgie du fer a 
dû en ressentir une puissante impulsion , tant sous le rapport 
du développement que sous celui du progrès et des perfec- 
tionnements de ses procédés ; c'est, en effet, ce que l'Exposi- 
tion actuelle va nous permettre de constater. 

Afin de bien faire comprendre l'importance des dilïicultés 
déjà vaincues et la voie actuelle du progrès, nous allons es- 
sayer d'inrjiquer en peu de mots les principes fondamentaux 
de la métallurgie du fer. 

Nous avons dit plus haut que, pour retirer le fer de son 
minerai, à part la méthode catalane qui n'entre que pour 
une très-faible proportion dans la production européenne , il 
fallait commencer par fabriquer, au moyen d'un haut four- 
neau, de la fonte, c'est-à-dire une combinaison de fer et de 
charbon; pour convertir cette fonte en fer, il faudra donc 
simplement lui enlever ce charbon , et c'est à quoi on arrive 
au moyen de deux opérations, le pudcllage et le hallage. 

Pour puddler la fonte, on la place dans un four à réverbère, 
où elle se trouve portée à une haute température et soumise à 
l'action des gaz résultant de la combustion du charbon, sur 
\me grille placée en tête du four. L'action combinée de la 
chaleur et de ces gaz brûle le charbon de la fonte , et il reste 
sur la sole du four une masse spongieuse composée d'éléments 
de fer et de divers corps étrangers fusibles à la haute tem- 
20G Ml 



494 VISITE 

pérature à laquelle elle se trouve portée et qu'on nomme 
scories On réunit alors la masse de fer en une boule, on la 
retire du four avec de fortes pinces et on la porte sous un 
lourd marteau. Le martelage réunit les molécules entre elles, 
les soude et exprime les scories ; on amène ainsi la masse de 
fer à une forme lectangulaire et on la porte encore rouge au 

laminoir. ' * „„ 

Un laminoir consiste en deux cylmdres superposes et par- 
faitement parallèles , sur lesquels sont creusées des canne- 
lures qui peuvent être de formes très-différenles. Ces cy- 
lindres sont mis en mouvement au moyen d'une machine a 
vapeur et animés de vitesses égales, mais en sens contraires. 
Aune extrémité du cylindre se trouvent des cannelures tres- 
larses de forme ogivale; elles vont en dmiinuant jusqu au 
bout du cylindre. On conçoit alors que si on vient présenter 
la masse de fer devant la première cannelure, et qu'elle soit 
a^sez grande pour en permettre l'introduction , elle s y trou- 
vera entraînée tout entière à la faveur de la vitesse dont les 
cvlindres sont animés et en sortira ayant subi un certain al- 
lonsement et pris la forme de la cannelure, en vertu de la mal- 
léabilité que le fer pos^^èûe à cette température élevée. Ea 
réDétant la même opération dans un certain nombre de canne- 
lures placées sur ditîérents laminoirs, qui composent ce qu oa 
appelle un train, on arrive donc à transformer a masse de fer 
martelée en une barre de fer d'une certaine longueur et de 
Son rectangulaire. On coupe alors ces barres de f.r com- 
posées d-un fer qui s'appelle fer puddlé , qui n'est m bien 
S , ni homogène, m pur, et on forme avec les morceaux 
des paquets qu'on place dans un four analogue au four a 
nuddler et qu'on appelle four à baller ou a rechauffer. Lorsque 
Haquet est arrivé au blanc soudant , on le relire et on le 
aminé dans descybndres portant des cannelures qm amènent 
successivement le fer à la forme définitive qu'on veut lui 

^''c'est à peu près ainsi que sont fabriqués les rails , les fers 
^nnt la section a la forme d'un T , les cornières ou fers 

Scontou-rnées, qu'on comprend sous le nom genenque 
de fers spéciaux. La dernière cannelure du laminoir a alor.^ 
exactement la forme de la barre de fer finie. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 195 

Pour la tôle, on procède à peu près de même ; seulement 
les laminoirs, au lieu de porter des cannelures, sont, au con- 
traire, parfaitement polis. C'est en les rapprochant plus ou 
moins que l'on produit des tôles d'épaisseurs différentes. 
On trouvera, 'du reste, dans la partie de l'Annexe où sont 
placées les machines en mouvement , et du côté de l'eau , 
deux modèles représentant Tinstallalion d'une forge anglaise 
complète, avec trains de laminoirs, marteaux, cisailles, etc., 
qui donneront une idée exacte de l'ensemble de ce travail. 

Telles sont, bien en abrégé, les principales opérations qui 
constituent la métallurgie du fer. Les difticullés qu'elle offre 
sont nombreuses ; à part celles qui sont relatives au puddiage 
et au réchauffage, sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas , 
parce qu'elles sont communes à tous les fers , le laminage qui 
détermine la forme définitive de la barre en présente souvent 
de graves; les barres peuvent pécher, en effet, par défaut de 
soudage entre les éléments qui les composent ; elles peuvent 
présenter des vices de forme ; leur poids est limité par celui 
des paquets qu'on peut mettre dans les fours et manœuvrer 
facilement ; leur longueur l'est également par la difficulté des 
manœuvres, par le refroidissement; car si le laminage dure 
trop longtemps , la barre se refroidit et perd la malléabilité 
nécessaire pour se plier à la forme des cannelures; enfin par 
suite de l'insuffisance des machines. 

Le passage d'une barre entre les laminoirs donne lieu à 
des pressions énormes sur les cylindres ; ces pressions cor- 
respondent à des résistances considérables qui tendent à 
arrêter la machine. Lorsqu'on lamine des barres de faible 
longueur, la machine se ralentit durant le passage de la 
barre, mais ne s'arrête pourtant pas à cause de la masse de 
tous ses organes, du volant qui, se trouvant en mouvement, 
peuvent l'entraîner pendant un certain temps; mais si la 
barre est trop longue, la machine s'arrête, à moins d'être elle- 
même d'une force considérable. Comme point de comparai- 
son , il suffit de réfléchir que pour laminer un rail Barlow de 
40 à 12 mètres de longueur, il faut une machine d'environ 
450 chevaux. 

La forme des cannelures peut arriver à être aussi une diffi- 
culté très-considérable. 

Imaginons , par exemple , qu'on veuille laminer un fer 



i96 VISITE 

ayant la forme d'un T; la dernière cannelure du cylindre 
devra avoir exactement cette forme, la plus lon.2;ue branche 
du T étant placée sur la ligne de contact des deux cylindres, 
l'autre dans le sens perpendiculaire et partagée par moitié 
entre les cylindres supérieur et inférieur. Si cette dernière 
branche est trop longue, lextrémilé du fer qui la remplit va 
se trouver entraînée par le frottement d'un point du cylindre 
animé d'une vitesse notablement inférieure à celle des points 
situés sur la ligne de contact; il s'ensuit que les différents 
points de la soction du fer à T se trouvent sollicités par des 
vitesses très-différentes; conséquemment la barre tendra à se 
déchirer longitudinalement et le laminage pourra devenir im- 
possible. 

Pour les tôles, les difficultés sont de même nature; le poids 
des grandes tôles est, comme pour les fers laminés, limité par 
celui des paquets, leur longueur par les manoeuvres ; lorsqu'on 
veut arrivera des épaisseurs très-faibles, on rencontre un 
obstacle dans le refroidissement qui devient alors excessive- 
ment rapide. 

Les besoins de l'industrie ont fait depuis longtemps réaliser 
de grands progrès sous tous ces divers rapports. Il arrive, 
en effet, que toutes les fois qu'on surmonte une des difficultés 
que nous venons d'énumérer , c'est toujours au profit d'une 
certaine branche de lart. 

La construction des ponts en tôle a introduit d'une ma- 
nière courante la fabrication de tôles de grandes dimensions 
comme longueurs et co-nme épaisseurs. Il est clair, en effet, 
que l'emploi des grandes tôles est un moyen de diminuer le 
nombre des joints dans ces constructions et, par suite, le 
poids du métal et même le travail. Oa sait, en effet , que les 
joints se font au moyen de plates-bandes ou cowcre-jom^s, 
qui sont d'autres tôles qu'on place de chaque côté du joint des 
deux tôles à réunir, placées bout à bout et qui sont rivées avec 
chacune de ces deux tôles; or, dans beaucoup de ponts ac- 
tuellement construits, le poids total des couvre-joints s'élève 
à deux cinquièmes environ du poids total du métal employé. 
On conçoit donc toute l'importance qu'il y a à réduire le 
nombre de ces joints, fût-ce d'un tiers ou d'un quart , au 
moyen de l'emploi de matériaux de grandes dimensions. 

Pour les fers spéciaux en forme de T, de double T, etc. , il 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 197 

y a le même avantage à obtenir de-j, pièces longues et de sec- 
tions un peu considérables : c'est un progrès de cette nature 
qui a fait ennployer le fer dans la construction des planchers 
des maisons particulières, usage maintenant très-générale- 
ment répandu. Bientôt le besoin se fit sentir de barres de fer 
laminé plus longues et de plus grandes sections, pouvant, en 
un mot, supporter des charges plus considérables et fournir 
des poutres toutes prèles pour construire de petits ponts, 
des fermes de charpente de grandes portées , des plaques 
tournantes, etc. C'est alors que parurent les fers à T de l'usine 
de la Providence, qui ont jusqu'à 0"',30 de hauteur, et cet 
exemple, inspiré comme toujours par la nécessité, fut bientôt 
imité par un grand nombre d'usines. 

On peut dire, du reste, qu'il n'y a pas de limite dans cette 
voie et que bien des progrès, encore retardes par de vieilles in- 
stallations, seront réalisés au bout d'un temps plus ou moins 
long; nous en trouverons un exemple dans la fabiication des 
rails. On sait que les voies de la pkqiart des chemins de fer 
français sont faites avec des rails à double champignon, placés 
bout à bout et reposant dans des coussinets en fonte portés 
eux-mêmes sur des traverses en bois. La partie la plus défec- 
tueuse de ces voies est toujours le joint des deux rails; de- 
puis fort longtemps la longueur des rails les plus longs est 
de 6 mètres, il serait maintenant facile à un grand nombre 
d'usines de livrer à l'industrie, d'une manière courante, des 
rails d'une longueur double, ce qui réduirait ainsi de moitié 
l'inconvénient du joint. 

Quelques exemples, pris à l'Exposition, vont nous per- 
mettre de constater la valeur des progrès accomplis dans- 
nôtre métallurgie, et si cette industrie n'a pas encore atteint 
la puissance de production, qui recommande la métallurgie 
anglaise à l'admiration des hommes spéciaux, il n'est pas 
moins vrai qu'elle a pris dans ces derniers temps un déve- 
loppement bien remarquable et qui donne pour un avenir 
prochain de plus giandes espérances encore. 

La fabrication des rails s'est enrichie de nouvelles bran- 
ches ; les rails Brunel, fabriqués pour la première fois chez 
M. Martial Leclerq, pour le chemin d'Auteuil, sont mainte- 
nant définitivement introduits dans l'industrie française. Le 
chemin de fer du Midi, dont la voie est en partie dans ce 



498 VISITE 

système, en a fait laminer à Aubin et à Decazeville; c'est un 
rail assez difficile à fabriquer à cause du défaut de symétrie 
de sa section. Aubin expose un de ces rails dont la longueur 
est de 12"', 50. 

Une importation bien plus remarquable encore est celle 
du rail Barlow. Cette voie est construite au moyen de rails 
de très-grandes dimensions, d'une forme qui leur permet de 
s'appuyer directement sur le sable, ce qui supprime l'em- 
ploi du bois et des coussinets; les rails sont rivés les uns 
aux autres, en sorte que toute la voie est solidaire. 

Ces rails, d'une forme qui présente les plus grandes diffi- 
cultés à obtenir au laminoir, pèsent 45 kilogrammes par 
mètre courant. Decazeville et Commentry en exposent des 
spécimens; cette fabrication exige un montage spécial dans 
les usines et des machines d'une grande puissance. 

Les forges de Denain et d'Anzin exposent des rails du mo- 
dèle du chemin de fer du Nord d'une longueur de 15 mètres. 

Le pays de Galles (usine de Tredegar et de Rhymney), 
expose des échantillons magnifiques de rails à double cham- 
pignon de 26 mètres de longueur et de rails Barlow de 
'\6 mètres. On peut juger par là de la différence qui existe 
encore entre le montage de ces usines et celui des nôtres. Les 
produits métallurgiques de la Prusse nous montrent égale- 
ment des rails d'une longueur remarquable parmi lesquels on 
en distingue de 23 mèires. 

La fabrication française des fers spéciaux est magnifique ; 
Commentry expose des cornières de 17"', 60 de longueur, dont 
les branches ont 0"',170 de hauteur; il y a quelques années, 
en France, des cornières de 10 à 12 mètres de long, avec 
des branches de O'^jlOO étaient regardées comme une grande 
difficulté. 

Nous recommandons à l'attention du visiteur les fers à 
T de Montataire, qui sont très-beaux ; la collection des fers 
de la Providence, qui a produit les plus grands échantillons 
dans ce genre, ainsi que l'exposition anglaise à l'extrémité de 
l'Annexe. 

Les fers ronds laminés sont représentés par de fort beaux 
échantillons; mais le plus remarquable est celui qui est en- 
voyé par la société allemande du Phœnix-Thenin ; il a 0"',267 
de diamètre, 7"',015 de longueur, et pèse 3348 kilogrammes. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 199 

Montataire, Commentry, Anzin, le Creuzot , ont exposé des 
tôles qui rivalisent de beauté sous le rapport de la qualité et 
•de la difficulté d'exécution : 

Une tôle de Commentry a 1 8 mètres de long et pèse 700 ki- 
logrammes; 

Une tôle de Montataire pèse le poids énorme de 1550 kilo- 
grammes ; 

Une autre de Denain et Anzin ,913 kilogrammes. 

Le Creuzot expose une belle tôle emboutie et un spécimen 
de bordage en fer forgé, destiné aux nouvelles canonnières 
que le gouvernement fait construire; ce sont des plaques de 
0'",'I1 d'épaisseur, à l'épreuve du boulet. 

Nous devons signaler aussi des tôles d'Audincourt, très- 
minces, embouties sous forme de bouteilles ; on ne peut exé- 
cuter une pièce semblable sans des matériaux de qualité tout 
à fait supérieure. La Belgique a envoyé des tôles minces qui 
ne sont pas moins remarquables. 

Quoique la plupart de ces produits soient exceptionnelle- 
ment fabriqués pour l'Exposition, il ne faut pas perdre de vue 
qu'en indiquant la limite de ce qui est possible comme art , ils 
ont une signification intéressante , en montrant de combien 
la limite de ce qui est praticable, au point de vue industriel, 
s'est trouvée reculée. Ainsi, il y a déjà plusieurs années, 
l'usine de Commentry fournissait pour la construction du pont 
d'Asnières, et d'une manière courante, des tôles de 8"\16 de 
longueur sur 0'",70 de largeur, dont le poids moyen était 
•de 600 kilogrammes. 

Nous n'abandonnerons pas la tôlerie sans signaler un pro- 
duit également nouveau et qui a pris un vif intérêt par l'ap- 
plication qui en a été faite par M. Flachat , ingénieur en chef 
du chemin de fer de Saint-Germain, à la couverture de la 
gare des marchandises de la gare des Batignolles; nous vou- 
lons parler de la tôle ondulée. Cette tôle est fabriquée d'une 
manière fort ingénieuse par l'usine de Montataire, en faisant 
passer des tôles réchauffées préalablement dans un laminoir 
d'une forme spéciale , d'où la tôle sort avec des cannelures 
profondes de O^'jOSO sur 0"',160 de largeur; l'épaisseur de la 
tôle peut d'ailleurs varier, mais elle est généralement de 0'",002 
à 0'",003. On conçoit que la forme de cette tôle cannelée lui 
■donne une grande rigidité, en sorte qu'elle a été employée 



200 VISITE 

comme couverture, sans le secours d'aucune pièce de char- 
ponte, à Batignolles et aux gares chi chemin de fer d'Auteuil ; 
il y a quelques-unes de ces dernières qui ont jusqu'à 18 mètres 
de largeur et dont la couverture se compose d'une simple 
feuille de tôle ondulée, repliée en arc de cercle. C'est un mode 
de couverture simple, économique et élégant à la fois, qui 
est certainement destiné à une grande faveur. Nous devons 
ajouter que les tôles ondulées, fabriquées ju-qu'alors en 
Angleterre, présentaient bien moins de difficultés; c'étaient 
des feuilles cannelées dans une sorte d'étampe, dont les on- 
dulations n'avaient pas plus de 0"',03. 

Kous ne pouvons pas non plus passer sous silence les 
belles pièces de forge envoyées par l'Allemagne et quelques 
usines françaises'. 

Les ateliers de M. Gavé ont exposé quelques pièces remar- 
quables, entre autres une boîte à graisse tout entière en fer 
forgé et amenée par l'emploi seul du marteau à des formes 
presque définitives, et une tige de pston, pour un pilon co- 
lossal du poids de 8000 kilogrammes , également en fer forgé 
et destiné à forger des arbres moteurs de grande dimension 
pour la marine impéi iale. 

jMM. Russery-Lacombe de Rive-de-Giers, ont envoyé une 
belle bielle de bateau à vapeur , qui montre à quelle préci- 
sion peut arriver un travail de forge, et un essieu coudé, dont 
la forme est préparée au rnaiteau-pilon. C'est une innovation 
qui nous paraît heureuse. Les essieux coudés pèchent géné- 
ralement par le coude, qui dans le mode de fabrication ordi- 
naire est découpé dans une masse de métal qu'on réserve à 
cet effet à la forge, et qui par suite ne subit qu'un martelage 
incomplet. L'essieu de M, Russery-Lacombe et Cie ne pré- 
sente pas cet inconvénient et doit être par conséquent plus 
résistant. 

Le cadre qui nous est imposé nous force à terminer ici cette 



< . L'exposition de MM. Pelin et Gaudet, entre autres pièces de forge,, 
se recommande par un mortier en fer martelé d'un beau travail. Comme 
pièce importante par son poids , nous citerons le modèle ù'un arbre ii 
sis coudes, construit pour la marine impériale. CeUe pièce pèse 23 GOO"^. 
C'est a notre connaissance la plus considérable qui ail été exécutée eu 
France. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 201 

esquisse, beaucoup trop rapide ; il nous faut donc négliger une 
foule de produits intéressants, (lont un grand nombre méri- 
tent une attention toute spéciale; nous espérons pourtant que 
les indications succinctes auxquelles nous avons dû nous bor- 
ner pourront aider le visiteur à les découvrir et à les appré- 
cier par lui-même. 

Marbres et ardoises. 

Nous ajouterons seulement encore quelques mots sur les^ 
marbres et les ardoisps. 

Parmi les produits français , la palme nous paraît revenir 
sans contestation possible à l'Algérie et à la Corse. L'exposi- 
tion du ministère de la guerre présente des spécimens admi- 
rables de marbres et d'agate, et la Corse envoie des colonne.- 
en marbres gris et verts qui, outre leur beauté, paraissent 
pouvoir être livrées au commerce à des prix qui permettent 
d'en tirer pai ti. Il nous semble que ces colonnes figureraient 
mieux sur le péristyle d'un hôtel moderne que les ornements 
surchargés au moyen desquels on cherche maintenant à atti- 
rer l'attention. 

Nous signalerons aussi de très-beaux échantillons de mar- 
bres piémontais et espagnols. 

Les ardoisières d'Angers, de la Mayenne et de la Sarlhe . 
exposent de fort belles ardoises propres à des escaliers à vis 
et même à certains usages de luxe, tels que des tdbles de bil- 
lards. — On peut voir, en effet, une ardoise destinée à ce 
dernier emploi, qui a 3'", 30 de long sur une largeur de 1"',60 
et 0"',020 d'épaisseur. Un spécimen de ces dimensions qui 
ne [)résente pas de défauts est rare. 



202 VISITE 



CLASSE II. 

Art forestier, chasse, pêche et récoltes de produits obtenus 
sans culture. 

Le domaine de cette classe et celui de la classe suivante se 
touchent souvent d'assez près pour risquer de se confondre ; 
il importe de définir clairement l'un et l'autre. 

La classe suivante comprend tous les produits obtenus par 
la culture périodique et régulière de la terre, aussi bien que 
par l'élevage des anim.aux domestiques, c'est-à-dire par l'a- 
griculture et la zootechnie. 

Dans la classe qui va nous occuper ici viennent se ranger 
les produits du sol forestier, et tous ceux que l'homme tire du 
règne végétal et du rèi^ne animal , en dehors des conditions 
communes de l'exploitation agricole et zootechnique. 

Dans ces limites , l'Exposition se fait remarquer surtout par 
deux ordres de produits, mieux représentés que les autres par 
le nombre et l'importance des objets: les bois, auxquels se 
lie l'indusirie si intéressante et si utile de leur conservation ; 
et les matières textiles de toute nature, à l'exception des lai- 
nes et des cotons qui rentrent dans la classe suivante. 

Quelques produits d'une consommation plus restreinte et 
plus spéciale, tels que les épices , les matières tinctoriales, 
les gommes, méritent aussi une mention , mais ne se présen-» 
tent pas avec autant de richesse dans les échantillons, au- 
tant de cachet dans l'ensemble. Ils forment, dans l'économie 
générale de l'exposition des produits de cette classe, l'acces- 
soire et non le principal. 

Les arbres s'en vont de l'Europe ; l'Allemagne seule est en- 
core forestière ; la France , la Belgique, l'Angleterre ont déjà 
vu ou voient chaque jour leurs bois diminuer. En Belgique 
et en Angleterre , la culture des arbres isolés a pris beaucoup 
d'importance, et suppléera peut-être en partie à la disparition 
des forêts; la {7rande-Breta,j:ne fait d'ailleurs, en ce moment, 
d'immenses efllorts pour peupler ses landes , ses collines im- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 203 

productives , une grande partie de l'Ecosse d'arbres conifères 
et en particulier de cèdres de l'Himalaya. 

Aux yeux de beaucoup de personnes , cette disparition des 
arbres forestiers n'a rien d'anormal ni rien d'inquiétant; elles 
n'y voient quel'usage et non l'abus du droit de propriété ; elles 
admettent qu'on ne défriche que pour mettre en culture, et 
que tout le monde gagne là où le propriétaire seul paraît faire 
un bénéfice ; elles nient que le déboisement ait une influence 
quelconque sur la salubrité du pays ; elles appellent le mo- 
ment où la houille remplacera le bois pour le chauffage, oii 
le fer se substituera au bois pour les constructions. 

Dans de certaines limites, et quand on ne les pousse pas 
jusqu'à leurs conséquences systématiques et extrêmes, ces 
idées ne manquent pas de justesse; on peut, en fait de 
construction , considérer le bois comme la matière première 
de l'enfance de l'industrie , et le fer comme la matière pre- 
mière d'une période avancée de perfectionnement. Mais il ne 
faut pas trop généraliser, et il y a deux genres de travaux 
de premier or ire qui demandent encore une production con- 
sidérable de bois : l'ébénisterie et les constructions navales. 

C'est ainsi, au reste, que pensent les Anglais qu'on n'ac- 
cusera pas de ménager l'emploi du fer, et de tenir aux vieux 
errements. Nous venons d'indiquer les tentatives qu'ils font 
sur le sol des Iles Britanniques ; leur préoccupation sur ce 
point se trahit mieux encore par les efforts étonnants de leurs 
colonies. 

La magnifique exposition des colonies anglaises se caracté- 
rise par deux sortes de matières , celles que nous avons indi- 
quées comme étant les plus remarquables de la classe en- 
tière : les bois et les fibres textiles. Ces deux produits ne sont 
pas les seuls que présentent ces colonies, mais ils sont telle- 
ment prépondérants, qu'ils dominent et éclipsent tous les 
autres. La Guyane anglaise, l'Australie, le Canada, la Ja- 
maïque se distinguent surtout par des échantillons bien 
choisis, nombreux, extrêmement variés. 

Un exemple fera comprendre l'importance qu'a pour l'An- 
gleterre la production des bois de construction navale. Un 
petit retour sur nous-mêmes nous montrera que cette produc- 
tion n'a pas moins d'intérêt pour notre pays. 

On estime, en général , qu'il entre 1 mètre cube 461 déci- 



i20i VISITE 

mètres cubes de bois par tonne anglaise dans la construction 
d'un navire. Donc un navire de mille tonneaux absorbera 
4 461 mètres cubes de bois. 

Ces H(j\ mètres cubes de bois se décomposent de la ma- 
nière suivante : 1169 mètres cubes de bois résistant pour la 
coque, et 292 mètres cubes de cèdre, pin, sapin et autres 
bois légers employés pour le pont , les cabines et ouvrages^ 
intérieurs divers. 

Comme le poids spécifique des bois varie avec l'espèce , il 
est clair que les M 69 mètres cubes qui entrent dans la coque 
ne pèseront pas également s'ils sont de bois de chêne ou s'ils 
sont de bois d'acajou. 

Supposons donc qu'ils soient de chêne anglais. Ce bois 
pèse 853 kilogrammes 7 par mètre cube; les 1-169 mètres 
cubes de la coque donnent donc un poids de 997 975 kilo- 
grammes. 

Quant aux bois légers , ils ])èsent, en moyenne , 590 kilo- 
grammes le mètre cube ; ils entreront donc pour 172 28ù ki- 
logrammes dans le poids du navire. 

Ajoutons à ces deux nombres 102 000 kilogrammes pour 
les mâts, cordages , voiles, chaloupes, agrès de toute sorte, 
nous trouverons pour le poids total de notre vaisseau de 
mille tonneaux anglais, le nombre rond de 1 272 000 kilo- 
grammes. 

Si le navire était construit en acajou de Honduras, les 
chiffres seraient modifiés. Ce bois ne pesé que 683 kilogram- 
mes le mètre cube. Les 11 69 mètres de la coque pèseraient 
donc 798 427 kilogrammes qui, ajoutés auxdeux poids que nous 
avons trouvés plus haut pour les bois légers et pour les agrès 
divers , donnent le chiffre rond de 1 073 000 kilogrammes 
pour le poids total du navire. 

Le vaisseau construit en acajou de Honduras pèse donc 
200 000 kilogrammes de moins que le navire con^truit en 
bois de chêne anglais. Or, comme on calcule qu'un vaisseau 
vide déplace la moitié de son volume d'eau, il restera dans le 
vaisseau en acajou un espace disponible où pourront se loger 
100 000 kilogrammes de chargement, en plus de ce que con- 
tient le vaisseau en chêne. 

C'est en acajou qu'étaient construits les vaisseaux Erebus 
et Terror qui ont fait le voyage au pôle antarctique sous le 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 205 

commandement de sir James Ross. L'un de ces bâtiments, 
sous le commandement de Franklin , s'est perdu ensuite au 
pôle arctique. 

Remplacer le bois de chêne par des bois durs obtenus sur 
le sol colonial, c'est donc là \me question fort importante 
pour l'Angleterre , d'autant qu'elle ne produit plus guère de 
chêne, et que le continent lui vend fort cher le peu qu'il ex- 
ploite encore. Aussi l'impoi talion de ces bois, et en particu- 
lier des bois d'acajou en Angleterre s'est-elle beaucoup ac- 
crue dans ces derniers temps. Jusqu'en 18i3, les importa- 
tions d'ac.njou de toutes variétés et de toutes provenances 
avaient été de 22 millions de kilogrammes par année 
moyenne; elles se sont élevées depuis à 34 millions de kilo- 
grammes par an, et l'on remarque dans les chiffres des années 
dernières une tendance plus grande encore. 

A côté de cette importation, la nôtre n'est rien. Les An- 
glais emploient l'acajou en planchers , en poutres ; nous ne 
l'employons qu'en placage. 

Les forêts de la Guyane britannique, celles de l'Australie 
et des Antilles paraissent surtout destinées à répondre aux 
besoins du Royaume-Uni, sous ce rapport. Plusieurs bois de 
la Guyane anglaise rivalisent avec le fameux bois de Teck, 
del'lnde et de Ceyian , reconnu pour être extrêmement dur 
et l'emporter en durée sur le meilleur chêne. 

On peut citer, entre autres, les variétés jaune et noire du 
Greenheart [Necfandra Rodiœi) dont l'Exposition présente de 
belles coupes transversales. La résistance de ce bois , surtout 
de la variété noire , aux forces de tension et de compression, 
le rend extrêmement précieux pour les constructions navales. 
Le bois est fin , uni de grain , sans nodosités et très-dur. 

A côté du Greenheart, et peut-être avant lui, se place le 
Mora {Mora excelsa), l'arbre le plus magnifique des forêts de 
la Guyane, et dont la tête, souvent portée à 30 et 45 mètres, 
domine toutes les autres essences. Il n'est pas rare que le tronc 
mesure 18 mètres avant la naissance des branches, et prenne 
45 et 50 centimètres d'équarrissage. Sa dureté, son grain serré 
et croisé qui le rend dilficile à fendre, la tendance de ses 
branches à se contourner, destinent cet arbre à jouer un rôle 
important dans les constructions navales, auxquelles il four- 
nira particulièrement des quilles solides et des pièces courbes. 



206 VISITE 

Aussi le Lloi/d a-t-il classé le Mora, comme le Greenheart, 
parmi les huit premières essences navales. Des expériences, 
continuées pendant dix ans, ont prouvé que ces bois sont plus, 
solides et plus durables que le chêne. Depuis dix à douze ans, 
des chargements considérables sont arrivés à Liverpool et à 
Greenock. 

Des bois analogues ou des espèces excellentes pour l'ébé- 
nisterie et la droguerie, figurent en grand nombre dans l'expo- 
sition des colonies anglaises , il est impossible de les énumérer 
ici. Mais il est évident que plusieurs des Eucahjplus de la 
Nouvelle- Hollande pourront remplacer les acajous. Le Dacry- 
dium Franklinii ^ ou Pin Huon, ainsi appelé du nom d'un 
officier qui faisait partie de la célèbre expédition dEntre- 
castaux, et qui l'a fait connaître le premier, donne un bois 
jaune d'or des plus brillants, qui, d'ici à peu, aura un rôle 
important dans l'ébénisterie. Nous ne serions pas étonnés 
non plus que la tabletterie de luxe fît bon accueil à un bois 
qui nous semble être un aca»na, et dont l'Australie nous pré- 
sente un échantillon, sculpté de manière à imiter un pied de 
violette. Ce bois répand, en effet, la plus douce odeur de 
violette, et en emplit la cloche sous laquelle on emprisonne 
son parfum. De petits coffrets de ce bois seraient bien préfé- 
rables à ceux de bois de santal. 

Le Canada présente, dans ses produits forestiers, un carac- 
tère tout diflérent, mis en relief sous une forme très-pitto- 
resque par le trophée qui le personnifie dans l'Annexe. Ce 
sont des pins, des sapins, des chênes blancs, des articles de 
boissellerie et de vannerie, des bois de fente diversement 
ouvrés, des bois légers et à teintes pâles, des essences rési- 
neuses qui prennent un grand développement en même temps 
qu'une grande homogénéité, et qui sont excellents pour 
mâture, pour voliges, pour toutes les industries qui se ratta- 
chent à la sjlviculture. Les bois du Canada complètent ainsi 
les ressources forestières que les colonies anglaises offrent à la 
métropole. Le noyer noir seul rappelle les bois plus solides; 
ses teintes brunes et chaudes tranchent vigoureusement sur le 
fond blanchâtre des essences auxquelles le charmant trophée 
canadien doit sa couleur un peu uniforme. 

Cette nature toute particulière des bois du Canada donne, 
au point de vue forestier, quelque chose d'allemand à cette 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 207 

colonie anglaise. Tout y est enveloppé de bois blanc ; les grains 
qu'a envoyés le pays sont enfermés dans de charmants petits 
tonneaux, nets, légers, propres et coquets. 

Ce rapprochement nous conduit à signaler de très-beaux 
bois de mélèzes, exposés par l'Autriche, préparés et sciés pour 
les tables d'harmonie, pour les objets de lutherie en général. 
Ces sapins et des chênes envoyés par le même empire, sont 
d'une homogénéité et d'une régularité de couches admirables. 

Gomme bois d'ébénisterie comparable à ce que les pays 
étrangers exposent de plus remarquable, il faut citer les 
énormes loupes de Callitris quadrivalvis ou Thuya articulata, 
dont un ébéniste d'Alger a envoyé de magnifiques échantil- 
lons. C'est avec ce bois que les anciens faisaient leurs tables 
si renommées sous le nom de ciiri. Dans le commerce de 
Paris, ces loupes si vives de ton, si ronceuses, si riches sous 
le vernis, se vendent '1 fr. 50 cent, le kilogramme. 

Il serait à désirer que l'administration forestière surveillât 
avec soin l'aménagement de ces bois ; sans cela, ils peuvent 
être vite épuisés par la spéculation, et les loupes qui en font 
toute la valeur ne se montrent que sur des arbres de cent à 
cent cinquante ans. 

Ces loupes ligneuses d'Algérie sont bien plus brillantes et 
plus chaudes de ton que les loupes exposées par la colonie 
hollandaise d'Amboine et dont l'une est estimée 1200 francs. 

Nous ne parlerons des bois d'olivier que pour dissuader 
l'Algérie de leur attacher quelque importance. La culture de 
l'olivier est une de celles qui appartient le plus légitimement 
à l'Algérie, comme nous le dirons en passant en revue les 
produits de la classe suivante ; mais ce n'est pas comme bois 
de travail que cet arbre doit être exploité. 

Il en est tout autrement du chêne-liége, naturellement associé 
à l'olivier dans le climat méditerranéen, mais plus méridional 
que lui. L'Algérie peut en disputer l'exploitation à TEspagne, 
à la Sardaigne, à Naples, à la Turquie. Les beaux échantillons 
qu'elle présente prouvent qu'elle est bien en position de sou- 
tenir cette concurrence. 

On sait que c'est à l'âge de 40 ans que le chêne-liége a 
acquis une valeur commerciale; à partir de cet âge on l'exploite 
de dix en dix ans, et chaque arbre donne, en moyenne, 50 ki- 
logrammes de liège à 40 ans, 100 kilogrammes à 100 ans. 



tOS VISITE 

La Corse et notre département du Var, sur une étendue de 
deux à trois myriamètres, de la Seyne à l'embouchure du Var, 
possèdent des chênes-liéges. L'Aleérie, pour ce produit comme 
pour tous les autres, peut continuer et développer notre Pro- 
vence au delà de la Méditerranée. 

La quantité de liège importée en France est considérabie ; 
elle s'élève à 365 000 kilogrammes en liège brut, et à 
I 472 000 kilogrammes en bouchons et liège ouvré. La pres- 
que totalité de cette dernière importation est faite par l'Espa- 
gne ; les Étals sardes, puis l'Espagne ont la plus grande part 
dans l'importation du liège brut. Les bouchons pour vins de 
(Champagne se vendent à raison de 30 à 120 francs le mille ; 
les bouchons pour vins de Bordeaux, valent de 18 à iO francs. 
Rien n'est petit en industiie, et l'Algérie peut se laisser 
tenter parlesbénélices que promettent ces chiffres d'importa- 
tion et ces prix de vente. 

Après les bois et peut-être avant eux se placent les fibres 
textiles que nous trouvons si répandues à l'état d'exploitation 
ou d'essais dans les expositions des colonies anglaises. Deux 
idées préoccupent nos voisins • satisfaire au besoin de leur 
marine, et renouveler les matières premières qui entrent dans 
la composition des papiers. 

Le chlore et l'eau de Javelle, si généralement employés dans 
le blanchissage du linge, ont altéré profondément les chiffons 
qu'on emploie à la fabrication du papier. De nombreux efforts 
sont faits depuis longtemps en Angleterre, en Allemagne et 
chez nous pour substituer des matières premières vierges à 
ces chiffons que l'usage a réduits en filaments ténus, sans rési- 
stance, sans cohésion, en véritable poussière. M. Yelli. notre 
compatriote, s'est occupé de cette question depuis 1836, et la 
nouvelle industrie lui doit de remarquables progrès. 

Toutes les colonies anglaises s'ingénient à trouver de nou- 
velles substances propres à renouveler les anciennes fibres. 
On peut remarquer les fibres de bananier, le chanvre de Ma- 
nille et une matière dont on se préoccupe beaucoup depuis 
quelque temps, sous le nom de China grass. 

Le bananier e^t l'objet d'études fort sérieuses à la Jamaïque 
et surtout à la Guyane anglaise. D'après les calculs faits, dans 
cette dernière colonie, par un propriétaire qui a Texpé- 
rience de dix ans de culture, sur une surface de 200 hectares. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 209 

on trouve qu'en exploitant le bananier exclusivement pour sa 
fibre textile et en négligeant son fruit, on peut obtenir, en 
deux ans, après trois coupes de h'jit en huit mois. 1 1 250 tiges 
environ par hectare. Chaque tronc pèse de 33 à 34 kilogram- 
mes, et toute sa partie solide consiste en fibres reliées entre 
elles par du tissu cellulaire. Celte partie solide forme le dixième 
du poids du tronc ; l'eau y est contenue dans la proportion de 
90 pour 100, et l'on retire 1 kilog. 134 de fibre texlde propre, 
et 681 gr. de fibre décolorée. On récolterait donc tous les 
deux ans par hectare de 20 à 21 000 kilogrammes de matière 
textile, dans lesquels les fibres propres figureraient pour 
12 ou 13 000 kilogrammes, et les fibres décolorées pour 
7 ou 8000 kilogrammes. 

L'entretien d'une plantation de bananiers coûte 750 francs 
pour les deux ans ; Tenlèvement et le transport des tiges à 
l'exploitation s'effectuent à raison de 5 francs pour 100 tiges, 
soit 562 fr. 50 cent, pour ces opérations durant les deux ans. 
Le total des frais d'exploitation s'élèverait donc à 1312 fr. 
oO cent, pour une récolte de 11 250 troncs fournissant de 20 
à 21 kilogrammes de fibres textiles. Cela porte à 11 centimes 
et demi le prix de revient du tronc, et à 6 cent. 4 celui du 
kilogramme de fibres. 

Pour l'extraction de la fibre du bananier on a imaginé di- 
verses machines, et un large projet est maintenant présenté 
par M. Sharp, de Londres, qui propose de consacrer une 
somme importante à construire un système complet de ma- 
chines, et à organiser une usine en grand pour exploiter la 
libre du bananier à la Guyane anglaise. L'industrieuse An- 
gleterre saura, sans doute, tirer du bananier tout le parti 
possible, mais la nature de la fibre permet de douter qu'on 
puisse jamais l'utiliser pour des tissus d'une finesse même 
moyenne. 

Quant au China grass^ il en est autrement ; c'est une ma- 
tière première qui a certainement le plus bel avenir ; les fils 
en sont blancs, brillants, lustrés et solides; ils peuvent at- 
teindre une grande finesse, se laissent facilement teindre, et 
prennent les nuances les plus délicates. 

Mais qu'est-ce que ce China (^rass? L'histoire en est curieuse 
et instructive. 

11 y a dix ans, en avril 1845, le savant professeur de Cul- 
20G n 



âfO VISITE 

ture du Jardin des Plantes, M. Decaisne, publiait une note 
sur une plante économique, nouvelle pour l'Europe, exploitée 
depuis un temps immémorial en Chine et dans quelques par- 
lies de l'Inde, où sa fibre donne des étoffes d'une finesse, 
d'une blancheur, d'une solidité comparables à celles des plus 
beaux tissus de lin. Cette plante était le Ramie, VUrtica ou 
Bœhmerîa ulilis des botanistes. 

Cinq ans plus tard, le même savant envoya des échantil- 
lons de filasse de Ramie au ministre du commerce, en le priant 
de charger une commission de filateurs de se prononcer sur 
la valeur industrielle de cette nouvelle matière. L'examen fut 
superficiel de la part de certains commissaires ; les autres 
reconnurent à la plante quelque mérite; mais la chose en 
resta là. 

Cependant M. Decaisne obtint des graines de VUrtica 
utilis, apportées de Chine par M. le capitaine de vaisseau 
Freycinet, Semées au Muséum, sous un climat beaucoup plus 
froid que celui de leur pays d'origine, ces graines donnèrent, 
en pleine terre, des tiges do 1 mètre et demi de hauteur. Des 
plants en furent envoyés à la pépinière d'Alger, à celle de 
Biskra et au Gabon. Peut être les beaux échantillons qui figu- 
rent au Palais de l'Industrie, dans l'exposition de l'Algérie, 
viennent-ils de là. 

En '1852, des instances auprès du ministre de la marine 
obtinrent qu"on tenterait la culture du Ramie dans nos colo- 
nies intertro[)icales et en parliculier à la Guyane. L'expérience 
n'a pas encore été essayée. 

Consulté, en 1853, sur l'opportunité qu'il y aurait à intro- 
duire, dans le Midi et en Algérie, une certaine plante oléifère, 
l'Argan du Maroc, dont on faisait beaucoup de bruit, M. De- 
caisne répondit au ministre de la marine qu'il n'y avait rien 
à attendre de cet arbre, et profita de l'ouverture pour recom- 
mander encore la culture du Ramie. On distribua les graines 
de l'Argan aux pépinières de l'État ; on laissa le Ramie en 
Chine et à Java, qui nous en montrent à l'Exposition de ma- 
gnifiques spécimens. 

Importée depuis peu en Angleterre, une certaine filasse y 
fait fureur ; l'exposition universelle de Londres a enthousiasmé 
en sa faveur les industriels et les jurys : on la désigne sous le 
nom de China grass. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 2H 

Ce China grass est tout simplement le Ramie,cet Urtica uti- 
Us qui n'a pu être prophète chez soi et qui fera peut-être son 
chemin, maintenant qu'il nous vient d'ailleurs. 

Il n'y a plus d'hésitation sur la valeur de cette précieuse 
ortie : la Chine l'emploie, depuis les époques les plus reculées 
de ses anciennes dynasties, à fabriquer des tissus renommés; 
les Indes orientales l'exploitent dans le même but, et l'on sait 
qu'au xvr siècle elles vendaient à l'Europe des étoffes faites 
avec cette plante, que les Hollandais préféraient aux étoffes de 
lin ; la matière première fut elle-même reçue en nature dans 
les Pays-Bas, et servit à y fabriquer une sorte de batiste ou 
mousseline. Les indigènes des Moluques et des grandes îles 
de l'archipel indien emploient aussi le Ramie pour tissus, 
cordages et filets, et des expériences exécutées récemment 
avec le plus grand soin par ordre du gouvernement hollan- 
dais, ont m.ontré que la quantité de fibres obtenues du Ramie 
dépasse le rendement du meilleur lin ; que la ténacité de ces 
fibres est plus grande que celle du lin et du chanvre; que leur 
blancheur et leur beauté éclipsent celles du lin. 

Suivant la commission hollandaise, cette substance si re- 
marquable pourrait être apportée sur les marchés d'Europe 
en grande quantité, et vendue de 1 fr. 20 à 1 fr. 60 le kilo- 
gramme, prix du meilleur lin. Il y aurait là, pour les posses- 
sions hollandaises de l'Inde orientale, une place importante à 
prendre dans le commerce d'importation. Il n'est pas douteux 
que cette plante ne réussît à Pondichéry, à Cayenne, et même 
en Algérie, dans les marais de la Calle, par exemple, où vé- 
■cales, 
gètent spontanément quelques plantes des régions [Iropi- 

Dans leur impatience de régénérer leurs fibres textiles pour 
améliorer leurs papiers, les Anglais avaient cru trouver une 
nouvelle matière excellente et toute prête; c'étaient les 
langes des momies que renferment tous les sarcophages d'E- 
gypte. Un essai fait à Londres, en 1847, avec quelques-unes 
.de ces bandelettes et toiles de lin, donna des papiers et des 
bristols admirables. On calcula que les tombeaux d'Egypte 
pourraient bien fournir 20 millions au moins de quintaux mé- 
triques de tissus de lin, et qu'il y aurait une belle matière à 
produire et de beaux bénéfices à faire si l'on mettait en pâte 
è papier les bandelettes et la cendre des morts. Des industriels 



212 VISITE 

proposèrent au vice-roi de lui acliPter ces dépouilles des 
tombeaux anciens; il est probable qu'ils attendront longtenif.s 
une réponse favorable. 

Le caractère des colonies hollandaises est tout autre que 
celui des colonies an^^Iaiies. Les fibres textiles, et en parti- 
culier le Ramie, y figurent encore avec quelques bois, mais 
leurs produits, extrêmement variés, comprennent surtout 
des épices admirables, de belles matières tinctoriales, des 
cafés et des thés. Le caractère y est cosmopolite. 

Le trophée (]ui réunit, dans l'axe de l'Annexe, toutes ces 
récoltes des colonies néerlandaises , traduit bien le caractère 
du pays et du peuple. Ces caisses, ces tonnes, ces ballots . 
ces sacs, n'ont pas été préparés pour le jour de l'Exposition ; 
ce sont les enveloppes habituelles dans lesquelles le com- 
merce hollandais livre au monde les produits de son sol colo- 
nial. On y sent la mer, le goudron , tous les parfums du bord, 
îl semble que le navire vient d'entrer dans le port et qu'on 
vient de viJer la cale sur le pont. De ce tonneau défoncé 
s'échappent par milliers les noix du muscadier ; celte caisse 
forcée montre les magnifiques cylindres de la cannelle; ce 
baril ouvert jette , com.me une corne d'abondance, de super- 
bes cubes d'indigo; cet autre verse les minces feuillets de 
la gomme-laque. Voici du poivre , du café, du thé, des clous 
de girofle dans cette coupe indienne. Cette balle évenlréecsl 
toute pleine des fibres du Ramie, dont un écheveau est sus- 
pendu à l'angle de cette caisse. De ce côté, s'ouvre une boite 
de cigares; de cet autre, se montrent de belles feuilles de la- 
bac de Hollande. Il y a dans ce fouillis de richesses , dans ce 
chaos de matières brutes qui donnent l'existence à mille in- 
dustries, une sorte de sentiment de sa valeur; cela respTo 
l'intelligence du producteur, l'art du commerçant, rartivit.é 
de ce grand peuple, autrefois le maître des mers, qui sut si 
bien tirer échange de tout, encaquer ses harengs, Iroquei 
ses tonnes infectes contre des tonnes d'or. Rien, dans le Pa- 
lais de l'Industrie , n'a plus de dessin , de couleur et de vie, 
que ce trophée dans lequel s'engagent les plis du drapeau na- 
tional , comme poussé par le vent de mer. 

Par ses productions, Ceylan se rattache au groupe hol- 
landais des îles à épices, et c'est aussi ce caractère que pré- 
sentent la plupart de nos colonies françaises. On remarque 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 213 

entre autres produits, le rocou de notre Guyane , matière co- 
lorante, d'un jaune rougeâtre riche ; les gommes du Sénégal , 
l'huile de palme du Gabon, la vanille, le cacao, le café de 
lile de la Réunion , le café de la Guadeloupe. 

Les épices ont eu, chez les peuples anciens, une très- 
grande importance comme condiments et agents digestifs; 
elles ont aussi été Irès-recherchées par les peupl s modernes , 
jusqu'à ce que le café et le thé aient pris une partie de l(Hir 
rôle. 

La France importe environ 146 000 kilogrammes de can- 
nelle , dont 134 000 désignés comme venant de Chine. 

La muscade a été inti-oduite de Batavia à l'île de France 
en 1753, et plus tard à Cayenne. Nous en importons à peu 
près 5 ou 6000 kilogrammes sans coques, 2 ou 3000 kilo- 
grammes avec coques, et 6 ou 700 kilogrammes de macis, 
sorte de réseau à larges mailles qui enveloppe la noix. L'An- 
gleterre en a fait de.s plantations considérables à Sumatra 
et au Bengale; elle en consomme environ 10 000 kilogrammes 
l)ar mois. 

La culture du giroflier, d'abord confinée dans les Molu- 
ques, fut importée, en 1770 , à l'île de France, par le célèbre 
Poivre; puis se répandit à Bourbon, à la Martinique, à 
Saint-Domingue, à Cayenne. La France importe annuelle- 
ment 233 OuO kilogrammes de clous de giroQes , qui ne 
sont autre chose que des fleurs et des ovaires non fécondés , 
et 133 000 kilogrammes de griffes ou grappes qui portent les 
fleurs. 

Le poivre noir est d'une consommation beaucoup plus 
étendue. Nous en recevons 2 millions et demi à 3 millions 
de kilogrammes, fournis, pour la presque totalité, par les 
Indes hollandaises et anglaises. 

11 ne faut pas croire que le commerce des épices soit une 
question de peu d'importance; il a troublé la paix du monde, 
ensanglanté l'Océan, et c'est par lui qu'ont été ouvertes les 
mers des Indes. Aujourd'hui si vulgaires, les épices fines ont 
été d'abord réservées au luxe le plus délicat ; elles ont donné 
leur nom à certaines redevances judiciaires ; sous François I*'' 
et Henri IV, la corporation des marchands d'épices avait le 
second rang, immédiatement après celle des drapiers. Son 
domaine était alors bien limité , et n'avait pas encore envahi, 



âl4 VISITE 

comme aujourd'hui, à peu près tout ce qui peut se vendre en^ 
petit détail. 

En dehors des produits que nous venons de passer en re- 
vue, comme étant les plus remarquables de cette classe et 
comme caractérisant l'état ou les tendances commerciales 
des peuples, nous ne voyons guère à citer, pour mémoire, 
que les fourrures de bêtes fauves exposées en si grand nom- 
bre par les Indes anglaises et l'empire ottoman. 

Nous terminerons par quelques observations sur une indus- 
trie qui s'annexe à la production des bois, et prend une im- 
portance de premier ordre dans Fétat actuel de notre écono- 
mie forestière; nous entendons parler des procédés de con- 
servation des bois de M. le docteur Boucherie, 

L'exposition de M. Boucherie comprend deux parties : des 
modèles de chantiers sur lesquels il prépare les bois qu'il s'a- 
git de conserver, et des pièces de bois qui démontrent l'ef- 
ficacité de sa méthode de pénétration : le procédé et les ré- 
sultats. 

Le procédé est simple, les frais de matériel sont presque 
nuls. Une corde serrée à l'extrémité des pièces de bois y 
forme un réservoir dans lequel est conduit , par un tube en 
caoutchouc , le liquide d'injection qui s'écoule d'une cuve 
soutenue à une certaine hauteur par un petit échafaudage. 
La pression suffit pour engager le liquide dans la pièce de 
bois et la pénétrer. 

Une bille de hêtre , de 70 centimètres de diamètre, fendue 
de manière à laisser voir le bois dans toute sa longueur et 
jusqu'au cœur suivant le rayon , montre que la pénétration 
est complète dans les deux sens. 

Quant à la sûreté du procédé et à sa valeur pratique, une 
démonstration nous en est donnée par deux ordres de faits 
qui ne laissent subsister aucune ombre de doute. Ces faits 
sont les traverses de chemin de fer, et les poteaux des lignes 
télégraphiques exposés par l'inventeur. 

Six traverses de chemin de fer avec leurs coussinets ont 
été retirées de la voie, après huit années d'un séjour consé- 
cutif dans la terre, et sont aujourd'hui au Palais de l'Indus- 
trie. 

Une de ces traverses était de bouleau non injecté; elle a 
ubi une altération profonde, elle se décompose et tombe en 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 215 

pourriture. Ses voisines , qu'on avait laissées aussi à l'état 
naturel, comme terme de comparaison, n'ont pu être re- 
trouvées, ou bien ont laissé à leur place une masse plus ou 
moins saisissahle de terre et de matière organique, du ter- 
reau au lieu de bois. 

Les autres traverses de bouleau, de hêtre, d'aune, de 
charme et de pin , pénétrées par le liquide conservateur, sont, 
après un semblable service de huit années, parfaitement 
saines, même à leurs parties les plus superficielles, qui ré- 
sistent absolument comme le bois frais, quand on cherche à 
les entamer avec le couteau. 

Or, après un séjour de huit ans dans la terre, les traverses 
du meilleur chêne sont déjà en voie de décomposition ; les 
coussinets n'y sont plus solidement fixés , parce que les che- 
viliettes ne peuvent plus serrer dans un bois altéré et ra- 
molli; il devient indispensable de les changer de place. 

Le même résultat n'est pas moins évident sur les poteaux 
des lignes télégraphiques. Ceux que M. le docteur Boucherie 
expose ont été retirés au mois de juin dernier, après un ser- 
vice de neuf années : ils sont aussi sains qu'au jour de leur 
mise en place. On ne peut apercevoir la moindre modification 
appréciable sur les lamelles des couches les plus extérieures; 
il n'y pas la plus légère différence de texture ni de solidité 
au point où la partie aérienne du poteau s'unit à la partie 
souterraine. 

Nous citons ces faits, parce qu'ils sont le résultat d'appré- 
ciations officielles qui mettent hors de toute contestation l'effi- 
cacité de la méthode du docteur Boucherie. D'importantes 
applications industrielles de ce procédé ont déjà été faites. 

Aujourd'hui, tous les poteaux des lignes télégraphiques, 
sans exception, ont été préparés ainsi; ils sont au nombre 
de deux cent cinquante mille , et n'ont coûté à l'État qu'en- 
viron 2 millions de francs, ce qui les met au prix moyen 
de 8 francs pièce. Un examen récent a prouvé qu'ils n'ont 
subi, après neuf années de service, aucune espèce d'altéra- 
tion. 

Si ces mêmes lignes eussent été construites en poteaux de 
chêne, comme l'avait été la ligne primitive de Rouen, les 
frais de premier établissement auraient été doublés, et la du- 
rée eût été réduite à cinq années. L'adoption de ces bois a 



216 VISITE 

donc déjà permis à l'État de bénéficier de 2 millions au 
moins sur les frais d'inslallation , et d'une somme presque 
égaie sur les frais d'entretien. 

Les administrations des chemins de fer ont été plus lentes 
à adopter pour traver.-^es les bois préparés ; il leur fallait des 
garanties de durée que l'expérience et le temps pouvaient 
seuls leur donner. C'est à 1847 que remonte la première four- 
niture; elle était de vingt-cinq mille billes, que la compagnie 
du Nord fît placer sur la voie de Cieil à Saint-Quentin. Depuis 
cette époque, et jusqu'à la fin de 1854, les commandes di- 
verses n'ont pas dépassé cent mille traverses. Cette année, il 
en a été demandé deux cent mille qu'on prépare actuellement 
sur vingt chantiers étabfs dans les départements des Arden- 
nes, de l'Oise, de l'Aisne, de la Marne, de la Seine-Infe- 
rieure , de la Loire-Inférieure , etc. 

La marine aussi a songé à utiliser la découverte : sept cents 
stères sont à l'essai. 

Les faits sont décisifs, et nous n'hésitons pas à dire que ja- 
mais lasciencL» n'adonné à la pratique un procédé plus simple, 
moins coûteux et plus certain. 

Tous ceux qui se préoccupent des questions d'intérêt pu- 
blic peuvent j^révoir l'avenir et Timportance de cette nouvelle 
industrie; il suffit de mettre en parallèle l'état de notre pro- 
duction et celui de nos besoins. 

On sait, en effet, que les forêts ont été depuis quelque 
temps dépeuplées ou défrichées de manière à diminuer dans 
une proportion considérable les ressources de l'avenir. Le dé- 
peuplement a surtout porté sur le chêne, auquel on a toujours 
donné la préférence, pour les travaux des villes, sur toutes les 
autres essences. La production de toutes les forêts est de onze 
cent mille stères au-dessous de la consommation. Nos états 
de douane de 1833 constatent l'entrée en France de bois de 
toute sorte, pour une valeur de vingt-huit millions de francs. 

D'un autre côté, en négligeant la consommation des bois 
pour tous les services, et en ne considérant que les besoins des 
chemins de fer pour la construction et l'entretien de leurs 
voies, on trouve que, très-prochainement, il aura été placé 
sur toutes les voies établies, vingt millions de traverses qui 
devront être renouvelées en totalité tous les dix ans; à 6 fr. 50 
en moyenne par traverse, c'est une dépense décennale de 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 217 

130 millions de francs. Il ne sera plus possible de fournir à 
cette immense consommation qu'au moyen des essences 
tendres ; et ces essences ne peuvent être employées qu'après 
avoir subi une préparation eificace. 

La question que résout l'ifivention du docteur Boucherie est 
donc des plus importantes. Nous sommes certains que le jury 
usera de tous' les moyens de contrôle et d'enquête qu'il a à sa 
disposition pour juger, en dernier ressort, du mérite réel du 
procédé, et éclairer enfin le public sur la valeur comparative 
des différentes méthodes proposées dans le même but. 

Les ingénieurs anglais suivent avec une grande anxiété l'in- 
vention de notre compatriote. Espérons que l'histoire de la 
conservation des bois ne fera pas pendant à l'histoiredu Uamie. 

Vue analogie très-lointaine, une analogie de nom seule- 
ment, nous conduit à dire un mot d'un produit exposé par 
M. Meyer, de Hambourg, sous le nom de bois-marbre. Nous 
avions supposé d'abord qu'il s'agissait ici de procédés d'in- 
jection des bois; il n'en est rien. Ce bois-marbre paraîtêtre 
simplement obtenu par l'agglutination de la sciure de bois, 
d'ivoire, dos, etc., à l'aide d une pâte, d'une sorte de mastic. 
On peut donner à la masse toutes sortes do nuances, de ma- 
nière à imiter les marbres, les bronzes, les bois, et il est fa- 
cile de comprendre que cette masse peut, avant sa solidifi- 
cation, recevoir ainsi toutes sortes de formes par le moulage, 
le coulage ou autres procédés. Elle reçoit d'ailleurs un beau 
poli et ne manque pas d'effet, comme le montrent les meubles 
fabriqués avec cette matière qui n'a rien de commun, on le 
voit, avec les procédés d'injection et de conservation. 



CLASSE m. 

Agriculture, y compris toutes les cultures de végétaux, 
et d'animaux. 

Dans aucune classe les produits ne sont plus variés que 
dans celle-ci; dans aucune ils ne sont, non plus, aussi inté- 



218 VISITE 

ressants. C'est là que se trouvent nos aliments et nos vête- 
ments, la base la plus large de notre industrie et de notre 
commerce. 

Au milieu de cette innombrable diversité de produits, il en 
est quelques-uns qiii se distinguent cependant et par leur im- 
portance même, et par la beauté exceptionnelle de leurs re- 
présentants à l'Exposition, et par l'étude qu'ils provoquent 
dans l'intérêt de notre pays. 

Les céréales, les laines et les cotons prennent le premier 
rang, à une grande dislance des autres produits qui pourront 
nous occuper; nous leur conserverons dans notre examen la 
place et l'importance qu'ils prennent au Palais de l'Industrie. 
în'ous parlerons ensuite de la production d'un engrais désigné 
sous le nom de guano de poisson , puis d'une collection d é- 
chantillons des sols arables et des sous-sols de l'arrondisse- 
ment de Valenciennes, dans lesquels se révèle l'existence d'un 
des plus précieux amendements que puisse réclamer l'agricul- 
ture. Nous aurons enfin quelques mots à dire sur un atlas agri- 
cole qui paraît des mieux entendus et doit être des plus utiles. 

Nous toucherons ainsi, par les points les plus saillants, à 
chacune des granJes catégories que comprend celte classe ; 
questions de constitution du sol, études statistiques, produc- 
tions de la terre et des animaux domestiques; nous aurons 
ainsi essayé d'embrasser, sinon d'épuiser le vaste ensemble 
qui se présente à nous si compliqué de détails. 

Une exposition particulière, celle de l'Algérie, fixera plus 
spécialement notre examen, comme elle attire les yeux des 
visiteurs par la place qu'elle occupe et qu'elle remplit si bien 
au centre de la galerie annexe. C'est une personnalité qui se 
révèle avec éclat ; il importe d'apprécier ses tendances et 
de chercher comment s'établit, entre elle et la métropole, 
l'harmonie d'efforts qui doit tourner au profit de toutes 
deux. 

Sous le rapport des céréales, l'Algérie tient la tête à l'Expo- 
sition. Ses blés durs sont magnifiques, et ceux de la colonie 
agricole de Saint-Louis sont remarquables entre tous par leur 
qualité générale et uniforme. Les richelles de Naples que nous 
montre l'Algérie sont bien supérieures aux plus belles que Na- 
ples nous ait jamais données. Grâce à la nature de son climat, 
l'Algérie peut avoir achevé sa récolte en mai et juin, l'expé- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 21^ 

dier en France dès le mois de juillet. Nous pouvons donc 
juger sa récolte de 1855 : blés et orges sont très-beaux. 

On peut surtout admirer des blés d'Abyssinie et une orge 
de même provenance, plus hâtive que les nôtres d'un mois. 
Ces grains proviennent d'un envoi fait par Shimper au Muséum 
de Paris, qui les a ensuite distribués aux différentes pépi- 
nières d'Algérie. Celle de Biskra seule a compris l'importance 
de ce don, et a cultivé les nouvelles plantes avec un soin que 
le succès couronne. 

L'intelligence et la persévérance peuvent tout attendre de 
la fécondité du sol algérien, signalée par des prodiges d'une 
végétation depuis longtemps proverbiale. Pline raconte qu'Au- 
guste reçut, de cette partie de l'empire, une belle gerbe de 
blé formée par quatre cents tiges s'élevant d'un seul pied. Une 
autre, de trois cent soixante épis nés d'un seul grain, fut of- 
ferte à Néron. Shaw rapporte avoir vu un pied de froment 
garni de cinquante chaumes, et avoir appris qu'un gouver- 
neur de province en avait reçu un qui en portait cent vingt. 
A l'exposition de 1849, nous avons vu deux pieds de blé por- 
tant, l'un cent vingt-deux, et l'autre cent cinquante-deux épis. 
Des grains d'orge ont rendu jusqu'à trois cent douze épis. Il y 
a, dans cette terre algérienne, une fécondité latente accumulée 
par le repos, qui lui rend tous les avantages de la virginité. 

Ce n'est pas seulement par la qualité de ses céréales que 
notre colonie se dislingue, c'est aussi par le développement 
que cette culture prend, pour le plus grand bénéfice de la co- 
lonie elle-même et de la mère-pairie. 11 y a quelques années, 
l'Algérie tirait de l'étranger la majeure partie du blé et de la 
farine de sa consommation ; depuis que la loi dedoua^nes lui a 
ouvert nos ports, elle a fourni à la France un excédant de 
consommation important. En 1 853, elle nous a vendu près d'un 
million d'hectolitres de céréales ; en 1 854, elle a exporté, prin- 
cipalement pour l'armée d'Orient, près de 2 millions d'hecto- 
Utres de blé et d'orge, 2 300 000 kilogrammes de farine, et 
plus de 2 millions et demi de pain et biscuit de mer. 

On estime que les blés tendres y pèsent régulièrement de 
80 à 85 kilogranmies l'hectolitre, au lieu de 75 à 76 kilogr. 
qu'ils donnent chez nous. Les prix auxquels se sont vendus 
les blés en Algérie, au mois de mai dernier, alors qu'ils at- 
teignaient leur maximum de cherté en France, montrent 



220 VISITE 

aussi quelles ressources promet à l'avenir l'extension de la 
culture des céréales dans notre colonie africaine ; l'hectolitre 
a valu lo francs en moyenne; les prix extrêmes ont été 
Il fr. 50 et 20 francs. 

Si jamais culture a été indiquée par la nature à l'homme, 
c'est bien certainement celle des céréales en Algérie. Il est 
inutile d'ins'ster pour montrer que c'est aussi dans cette cul- 
ture que la France trouvera le secours le plus utile que puisse 
lui prêter sa colonie. 

Outre sa collection de céréales, et en particulier de fro- 
ments, la p'us belle de l'Exposition, l'Algérie nous montre en- 
core de jolis 1ms en graines, de magnifiques oranges et citrons, 
de belles plantes fourragères. Ses luzernes et la richesse de 
ses prairies nous font rêver, pour l'Algérie, une bien grande 
prospérité par Télevage des animaux domestiques. Nous re- 
viendrons tout à l'heure sur cette grave question. 

Auprès de l'Algéiie, mais au-dessous d'elle, se place l'Au- 
stralie pour la qualité de ses grains. Puis vient le Canada qui 
se distingue par un ensemble de produits de premier choix, les 
seuls qu'il ait exposés, et qu'il a merveilleusement exposés. Les 
blés sont extraordinairement remarquables; les avoines sont 
très-belles; les pavots pour l'exiraction de l'huile, les pois 
gris pour fourrages sont admirables. Voilà deux grandes co- 
lonies que le Royaume-Uni peut montrer avec orgueil au reste 
du monde. Si nous pouvons leur opposer l'Algérie sous le 
rapport de la qualité des céréales, elles reprennent le dessus , 
Tune pour ses bois, et l'Australie pour ses laines dont nous par- 
lerons bienlôL II est vrai que notre établissement africain est 
de date plus récente ; mais le temps n'est pas l'élément qui 
nous a manqué, ni celui qui a décidé du succès des colonies 
anglaises dont nous parlons : nous dirons plus loin comment 
.s'explique la situation. 

Deux produits distinguent surtout l'exposition de l'empire 
autrichien : les céréales et les vins. Quelques récoltes d'une 
importance secondaire y figurent aussi avec honneur , et 
nous citerons les plus remarquables. 

Les blés et surtout les seigles de la Bohême, les houblons des 
mêmes provinces, les maïs de Hongrie et de Styrie, les orges 
de Hongrie, et, entre autres, celles de Deutsch-Kreutz et des 
Bénédictins de Saint-Martinsberg; tels sont les produits qui 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 221 

SB placent iiu ])remicr rang dans l'immense variété de produits 
de cet immense empire. 

Les houblons de Bavière et surtout les très-beaux échan- 
tillons belges de Poperingue, le disputent aux houblons de 
Bohème. Aux beaux maïs de Hongrie et de Siyrie, on peut 
opposer ceux d'Algérie et de Portugal. La Suède aussi nous 
montre quelques maïs hâtifs qu'on s'étonnerait de trouver 
dans un pays aussi septentrional, si l'on ne se rappelait qu'un 
été court, mais chaud, suffit à la maturation de ce grain. Les 
seigles, les avoines, mais particulièrement les blés de la Suède 
sont d'une qualité supérieure; la pesanteur annoncée des blés 
est bien extraordinaire ; on la porte à 8i kilogrammes l'hec- 
tolitre. 

Quelques blés tendres d'une belle qualité, de jolis seigles 
et des orges tout à fait hors ligne , caractérisent l'exposition 
agricole du Danemark. 

La Belgique tient une belle place par les produits de sa grande 
culture, et ceux de sa culture de plantes industrielles. Elle 
offre en très-beaux échantillons , des houblons, des blés ad- 
mirables, des lins très-remarquables de Courlray et de Ter- 
munde, un sarrasin argenté de la Campine, le seigle de Rome, 
qui fait son chemin dans cette Sologne belge que les efforts 
persévérants du pays gagneront à la culture, pour le plus 
grand bien d'une population nombreuse. 

La Hollande présente peu de choses : une petite collection 
de haricots; une grande collection de blés étrangers insuffi- 
samment instructive, faute d'étiquettes correctes. C'est dans 
son sol colonial que se trouve la richesse agricole de la Hol- 
lande; son territoire européen est surtout occupé par un ma- 
gnifique bétail élevé spécialement en vue de la laiterie. 

Le Portugal a une belle série de blés, et surtout des blés 
rouges très-fins. Ses seigles sont de qualité moyenne; ses 
orges, médiocres, sont bien au-dessous des orges autrichiennes 
et danoises. Ses riz sont assez fins, et pourraient prendre un 
très-beau rang, si la chambre de commerce de Lugano n'avait 
présenté une magnifique collection de riz de premier mérite. 

Des amandes, des figues sèches d'une qualité supérieure, 
des gesses, des lupins et surtout des pois chiches d'une éton- 
nante beauté, complètent l'exposition du Portugal dans ce 
qu'elle offre de plus saillant. 



222 VISITE 

La Grèce a d'assez belles vesces, une assez jolie collection 
de blés durs, et de beaux sésames. Le miel du mont Hymelte 
qu'elle expose, est très-beau et excellent, dit-on; l'agriculture 
reste ainsi fidèle aux traditions des poêles. 

Les blés de la Turquie sont très-beaux, mais sales ; il faut, 
toutefois, en excepter ceux de Candie, dont tous les produits 
sont supérieurs, et par la qualité et par la netteté des échan- 
tillons. En général, les orges et les riz ont été mauvais en 
Turquie; les avoines et les sorghos médiocres, les maïs bons. 
Quelques produits particuliers appellent aussi l'attention sur 
l'exposition turque : des anis, des pistaches et des châtaignes 
superbes, de beaux sésames d'Andrinople, des mûres blan- 
ches, séchées, d'un usage général parmi les femmes turques, 
et assez bonnes, à ce qu'il paraît. Le miel d'Angora est infé- 
rieur à celui du mont Hymelte. 

Nous venons d'indiquer les produits qui nous paraissent 
dignes entre tous d'appeler l'examen des visiteurs pour les- 
quels l'Exposition est une occasion d'études; nous avons ré- 
servé, pour en parler en dernier lieu, les produits agricoles 
de la France et de l'Angleterre. 

L'analyse de spécimens aussi divers, aussi nombreux et 
aussi importants que le sont ceux de ces deux grands pays, 
est impossible ici, et serait de nul intérêt pour le but que nous 
nous proposons. Une circonstance heureuse nous permettra, 
cependant, de continuer, pour la France et pour l'Angleterre, 
la tâche que nous avons entreprise, de comparer et de caracté- 
riser l'exposition des divers peuples, sans trop étendre notre 
champ, ni éparpiller nos recherches. 

En effet, les produits agricoles du sol français et ceux du sol 
anglais se trouvent résumés, en quelque sorte, dans deux 
magnifiques collections exposées, l'une par la maison Vilmo- 
rin, de Paris, l'autre pnr le département des sciences et arts, 
de Londres. L'une et l'autre présentent une admirable réunion 
de céréales en paille et en épis, de grains et graines pour 
semence, de plantes fourragères, tinctoriales, économiques. 
Les variétés sont nombreuses; tous les sols, tous les climats 
y peuvent trouver les plantes qui leur conviennent. 

La collection anglaise se développe sur un grand espace et y 
étale des spécimens bien choisis, bien nets, dun beau volume. 
La collection française compte deséchanlillons bien plus nom- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 223 

breiix sur une surface moindre, et se distingue par sa richesse 
exceptionnelle, surtout par la connaissance profonde des va- 
riétés et leur détermination exacte. Nous ne ferons que répé- 
ter une vérité bien connue de ceux qui ont étudié ces ques- 
tions délicates, et mise hors de doute à chaque exhibition 
nouvelle, en disant que notre compatriote est, en Europe, 
l'homme qui connaît le mieux les céréales au point de vue 
scientifique et praticiue. 

On peut caractériser d'un mot ces deux admirables collec- 
tions : celle de France est plus scientifique , celle d'Angleterre 
est plus statistique. 

Le département des sciences et arts de Londres a placé, 
devant les vitrines de son exposition, des tableaux destinés à 
faciliter l'enseignement botanique et l'étude si complexe des 
céréales. Ces tableaux, parfaitement réussis, montrent plu- 
sieurs espèces de divers genres décomposées en leurs parties 
constitutives, de manière à faire voiries relations des organes 
entre eux, et à mettre en évidence les différences caractéristi- 
ques. C'eit une dissection de la plante elle-même faite par la 
science au profit de la pratique, et fixée d'une manière per- 
manente sur le papier : c'est un herbier analytique. 

M, Vilmorin expose aussi son bel atlas indiquant les varié- 
tés des plantes de culture, et présente les premières feuilles 
d'un ouvrage où seront représentées les graminées utiles. Le 
dessin et la couleur donnent une image fidèle de chaque 
plante; l'exactitude est parfaite. De telles planches à côté des 
tableaux-herbiers de l'Angleterre, simplifient l'étude des vé- 
gétaux , sans lui rien ôter de sa précision scientifique, et la 
rendent accessible à tous. 

Nous devons mentionner, dans le même ordre d'idées, une 
belle collection de graines agricoles de Carlsruhe, dont le 
grand mérite consiste à présenter les types mêmes de l'ou- 
vrage de Metzger sur les céréales d'Europe. 

Après les plantes qui donnent à l'homme sa nourriture, 
une des plus précieuses et des plus importantes est le coton- 
nier ; c'est aussi une de celles dont se préoccupent le plus au- 
jourd'hui les pays producteurs et les pays manufacturiers. 

Il y a longtemps que l'Amérique emploie le coton comme 
plante textile. Le manteau d'une momie du plateau de Tunja, 
examiné par le docteur Roulin, était de coton, et partout où 



224 VISITE 

les conquérants pénétrèrent, ils trouvèrent le coton en pleine 
culture. Ainsi, Colomb vil leco'on cultivé à Cuba, en '1492; 
Cortez, au Mexique, en 1519; Pi/arre, au Pérou, en 1522; de 
Vaca, au Texas et à la Louisiane, en 1536. Sir Waller Ra- 
leigb, à la fin du xvi* siècle, le trouva cultivé dans la Virgi- 
nie et la Caroline du nord, et il était exploité dans la Caroline 
du sud et la Géorgie longtemps avant la révolution de 1776. 

Ce ne fut cepen iant que vers la fin du xviir siècle que le 
coton entra dans le commerce comme objet d'écbange impor- 
tant. La variété sea islancl, nommée chez nous Geornie longue 
soie, la plus belle de toutes les variétés connues, était cultivée 
dans la Caroline du sud, dès 1790. Le champ où fut tenlé le 
premier essai de culture de cette variété, renfermait la place 
même où, en 1562, Jean Ribault, le pionnier des explorateurs 
français en Amérique, éleva une colonne de pierre pour pren- 
dre possession du territoire au nom de la France. C'est de ce 
champ même que le gouvernement a tiré, pour l'Algérie, les 
graines qui ont permis à notre colonie de récolter les magnifi- 
ques échantillons de coton longue soie exposés au Palais de 
l'Industrie. 

Un autre rapprochement n'est pas moins curieux. Les plus 
beaux échantillons de la Caroline du sud à lExposilion sont 
certainement ceux de MM. Seabrook et Mekel ; les plus beaux 
cotons longue soie de l'Algérie, récoltés en 1854 et présentés 
par M. Goby, de Blidah, sont indiqués comme provenant des 
graines de M. Seiibrook, de Charleslown, à qui le ministre de 
la guerre les avait achetées. Si les cotons des deux prove- 
nances ont entre eux tant de ressemblance, il ne faut pas s'en 
étonner ; la supériorité de l'un explique la supériorité de 
l'autre. 

Mais ce n'est pas par le résultat même obtenu dans la qua- 
lité du coton, que la question de l'opportunité de cette cul- 
ture en Algérie peut être résolue; il faut, avant tout, se ren- 
dre compte de l'état actuel de la production, de celui de la 
consommation , et des besoins combinés de la France et de 
l'Algérie, 

Aujourd'hui, le premier pays producteur de colon est l'U- 
nion américaine; nous avons dit pius haut que la culture de 
celte plante n'y a commencé à être quelque peu importante 
que vers la fin du dernier siècle. En 1747, sept balles seulement 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 225 

furent expédiées de Charlestown en Angleterre ; et lorsque, en 
178-4, le même port envoya en Angleterre 71 balles nouvelles, 
c'est-à-dire 8 à 9 mille kilogrammes, la cargaison fut saisie 
comme contrebande, sous prétexte qu'il était tout à fait im- 
possible que l'Amérique eût produit une aussi grande masse de 
coton. 

En 1791, le total des exportations des États-Unis était d'en- 
viron 86 000 kilogrammes de coton. 

En 1793, il s'éleva à 3 millions de kilogrammes. 

En 1820, il atteignit le chiffre de 80 millions de kilo- 
grammes. 

En 1840, celui de 358 millions de kilogrammes. 

En 1850, celui de 448 millions de kilogrammes. 

En 1833, celui de 587 millions de kilogrammes, évalués 
600 millions de francs. 

En soixante ans à peu près, la production, ou pour parler 
plus exactement l'exportation est donc devenue près de 
7 mille fois plus forte, en suivant les lois d'une progression 
croissante qui ne semble pas devoir s'affaiblir. 

C'est un des plus magnifiques exemples du développement 
d'une industrie; c'est une des valeurs les plus considérables 
que puisse jeter un seul produit du sol dans le pays produc- 
teur. Et si l'on considère que la valeur de la matière brute est 
au moins quadruplée par la fabrication, on arrive au total 
énorme de plus de 2 milliards de francs, comme exprimant la 
richesse annuelle due au coton seulement. 

Quant aux bénéfices de fabrication, on peut les estimer à 
1500 millions de francs , dont un cinquième tout au plus 
s'applique aux Étals-Unis, le reste aux manufactures de 
l'Europe : à celles d'Angleterre en première ligne, à celles de 
France ensuite. 

Pour l'année qui se termine au 1"'"juin 1834, l'Angleterre a 
reçu 286 millions de kilogrammes ; la France a reçu directe- 
ment d'Amérique, sans compter ce qu'elle peut avoir tiré de 
la Grande-Bretagne , 64 millions de kilogrammes. L'importa- 
tion en Espagne, par les ports de la Méditerranée, n'est qu'un 
cinquième de celle de la France, et surpasse, cependant, celles 
de toutes les autres puissances continentales. 

Mais les États-Unis ne sont pas les seuls producteurs de 
coton. Dans la campagne de 1853, où nous venons de voiries 
206 



226 VISITE 

États-Unis figurer pour 587 millions de kilogrammes, TÉgypte 
a produit 31 millions; les Indes orientales, 30 millions: le Bré- 
sil, "25 millions; et quelques autres pays, 6 millions de kilo- 
grammes. 

La production totale de coton pour l'année 1853 , s'élève 
donc à 679 millions de kilo:j;rammes, quantité qui représente 
l'importance du marché qui s'ouvre devant la production, et 
qui est bien faite pour tenter les pays auxquels leurs condi- 
tions climatériques et agricoles laissent l'espoir de voir réussir 
la culture de cette plante. On comprend donc que l'Algérie 
ait été tentée. 

Cependant la place est déjà bien prise par les pays produc- 
teurs que nous venons de citer, et la marche incessamment 
croissante de leur production n'indique pas qu'ils soient dis- 
posés à renoncer à une culture aussi fructueuse II est vrai 
que les manufactures des États Unis se développent et con- 
somment une quantité de plus en plus considérable de coton, 
qui s'est élevée de 1 million 200 mille kilogrammes en 1825. 
à 121 millions de kilogrammes en 1853, c'est-à-dire qui a plus 
que centuplé dans l'espace de 28 ans. Il est vrai encore que ce 
développement des manufactures américaines est stimulé par 
le désir de s'emparer de l'importation de tissus grossiers et 
rustiques en Chine, et de s'assurer ainsi la consommation 
d'une population de 300 millions d'individus Mtiis il n'est pas 
moins vrai aussi que les conditions de culture sont exception- 
nellement favorables au coton dans ce pays; que tous les 
efforts d'un grand nombre d'États se dirigent naturellement 
et forcément vers ragiiculture; que les terres n'y sont pas d'un 
prix élevé ; que la population n'est pas assez nombreuse pour 
commander la production des denrées alimentaires ; que la 
main-d'œuvre n'y est cependant pas chère; que le dévelop- 
pement des manufactures n'ira pas très-loin , gêné qu'il est , 
malgré la possession de la matière première et les avantages 
de la navigation la plus économique du monde, par la con- 
currence des marchandises étrangères sur les marchés inté- 
rieurs , et gêné au dehors par le bas prix des produits avec 
lesquels lutte et peut lutter l'Angleterre; déjà les fabricants 
en sont à réclamer des droits protecteurs élevés, qui leur 
garantissent au moins leur marché, bien que le tarif actuel 
soit déjà de 25 pour 100 de la valeur. 11 est donc certain qu'il 



A L'EXPOSITION UTVIVERSELLE. 227 

sera bien longtemps encore de l'intérêt de l'Amérique de 
produire une matière qu'il est de l'intérêt bien entendu des 
peuples du continent de manufacturer et de consommer. 

Ce n'est pas nous , d'ailleurs , qui sommes directement 
menacés par la concurrence industrielle des États-Unis, c'est 
l'Angleterre qui voudrait fabriquer assez pour s'opposer, sans 
trop de sacrifices, à l'envahissement de la consommation chi- 
noise par les Américains, Aussi l'Australie essaye-t-elle d'a- 
jouter à la production de l'Inde, et elle expose de beaux 
cotons obtenus sur son sol. 

Cependant une difficulté s'opposera, en Australie, à l'exten- 
sion considérable de la culture du coton , c'est le manque de 
bras; et, bien que des travailleurs de divers pays, notamment 
des Chinois, y soient attirés, il pourrait bien arriver pour 
l'Australie ce qui est arrivé pour la Guyane anglaise. 

Jusqu'en 1820, le coton a été, pour cette Guyane, le prin- 
cipal article d'exportation: mais l'énorme accroissement delà 
production du coton dans l'Amérique du Nord , l'abaissement 
des droits sur les cotons étrangers, le prix de la main-d'œuvre, 
nécessairement plus élevé avec le travail libre qu'il ne l'était 
dans les États à esclaves de l'Union américaine, forcèrent la 
Guyane anglaise à abandonner le coton pour le sucre. 

Il y a, dans cette histoire, un enseignement pour rÂlp:érie. 
Elle se trouve en face d'un concurrent aguerri, possesseur 
d'une terre riche, au milieu de conditions extérieures très-favo- 
rables, chez lequel le crédit est admirablement organisé, qui 
a la main-d'œuvre à bas prix , des transports faciles; elle lui 
oppose une population de 3 millions dindigènes et de 1 40 mille 
Européens , répandue sur une surface de 40 millions d'hec- 
tares, le manque de bras, le manque d'argent, le manque de 
routes. 

On espère cependant, parce que les variétés qui réussissent 
le mieux en Algérie sont précisément celles qui rapportent 
davantage, et en particulier la variété longue soie, qui obtient 
toujours les plus hauts prix sur le marché. Mais il faut obser- 
ver que l'emploi de cette magnifique variété est d'autant plus 
restreint qu'elle est plus belle; qu'elle se paye aujourd hui 
d'autant plus cher qu'elle est offerte en moindre quantité: 
qu'on en récolte annuellement, en Amérique, 40 000 balles, 
sur lesquelles lOOOO balles au plus, c'est-à-dire 1 million et 



228 VISITE 

demi de kilogrammes, entrent en France; que la métropole 
ne consommerait pas la quantité tout entière produite , si 
celte quantité devenait un peu considérable, et que l'Algérie 
produirait ainsi pour d'autres marchés, alors que nous man- 
querions peut-être de denrées beaucoup plus nécessaires. Il 
faut remarquer encore qu'il est bien plus important pour notre 
industrie cotonnière de fabriquer pour la grande consomma- 
tion que pour la consommation restreinte. 

La Guyane anglaise aussi pourrait produire d'immenses 
quantités de coton, et des plus belles variétés, comme le 
montrent les échantillons qu'elle expose, et comme le prouve 
son passé; mais sa situation économique ne lui conseille pas 
de poursuivre ce but, et elle en prend un autre. 

La culture du coton, telle qu'elle se pratique dans les États 
de l'Union où se récoltent les plus belles variétés, exige, d'ail- 
leurs, un travail considérable et une attention de tous les in- 
stants; chaque travailleur y surveille exclusivement une très- 
petite surface. Or , le chiffre de la population algérienne, 
comparé à l'étendue du pays, donne moins dcl habitant pour 
12 hectares. Quelque négligence dans la culture porte vite 
atteinte au développement et au rendement; le sol sec et sili- 
ceux est nécessaire, un sol argileux est nuisible; le drainage 
doit être parfait. Toutes ces conditions ne se trouvent pas 
toujours réunies en Algérie. 

On remarque entre les rendements attribués à l'Algérie et 
les rendements des États-Unis, des différences considérables. 
Ainsi, le coton Géorgie, longue soie, donnerait, en Algérie, 
1460 kilogrammes de produit brut et 267 kilogrammes de 
produit net, tandis qu'on n'obtient aux États-Unis que 566 ki- 
logrammes bruts et 139 kilogrammes nets. La variété Loui- 
siane rendrait 2005 kilogrammes bruts et oOI kilogrammes nets 
en Algérie, alors qu'aux États-Unis elle ne donne que lOOoki- 
loorammes bruts et 335 kilogrammes nets. Ces écarts extraordi- 
naires, au bénéfice de l'Algérie, où les récoltes seraient ainsi 
deux fois plus fortes qu'aux Étals-Unis, ne sont malheureu- 
sement pas la conséquence de conditions exceptionnellement 
favorables à notre colonie. Ils s'expliquent quand on se rap- 
pelle que les rendements des cotons algériens ont été calculés 
d'après les résultats fournis pas des cultures conduites avec 
un soin tout spécial, sur de petites surfaces; on se tromperait 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 229 

si l'on prenait ces calculs pour base d'une exploitation faite 
dans les conditions ordinaires de grande culture. 

Malgré toutes ces considérations, qui ne lui ont pas échappé 
certainement, le gouvernement français fait tous ses efforts 
pour animer et soutenir la production du coton en Algérie. Il 
fournit des graines aux colons; il achète, et promet d'acheter 
jusqu'en 1857, les cotons récoltés par les planteurs; il accor- 
dera, jusqu'en 1859, des primes à l'exportation en France des 
cotons algériens; il allouera, jusqu'à la même époque, des 
primes à l'introduction en Algérie de machines à égrener; il 
distribue des prix provinciaux importants; il délivrera, au nom 
de l'Empereur et sur sa liste civile, un prix annuel de 20000 fr. 
au planteur algérien qui aura récolté les meilleurs produits en 
coton sur la plus grande échelle. 

Ces encouragements produiront problablement le résultat 
qu'on veut obtenir ; ils sont nécessaires au début de l'entre- 
prise, et, sans eux, la culture du coton tomberait ou serait 
déjà tombée ; ils ont déterminé l'ensemencement de 7 à 800 hec- 
tares. On espère que les Arabes seront gagnés à la culture du 
coton. Mais, même avec la certitude du succès, on se demande 
si l'intérêt combiné de la métropole et de la colonie n'appelle 
pas d'autres tentatives, et s'il ne serait pas plus important, aux 
premiers temps de l'établissement agricole, de donner d'au- 
tres cultures pour base au progrès futur. Ce que nous avons 
déjà dit sur les céréales et ce que nous allons dire sur les 
laines, nous permettra de répondre à cette question. 

Les laines exposées au Palais de l'Industrie forment trois 
groupes nettement caractérisés dans leur ensemble : les laines 
longues de l'Angleterre; les laines courtes de l'Allemagne ; les 
laines intermédiaires àe la France. 

Les laines anglaises, classées très-méthodiquement, com- 
prennent une centaine d'échantillons qui donnent une idée 
très-exacte de la valeur des races ovines de l'Angleterre, au 
point de vue de la toison. Toutes ces laines ne sont pas des 
laines longues au même degré, mais celles dont la mèche reste 
plus courte ont cependant les qualités générales des laines 
longues du type anglais, et se rapprochent déplus en plus de 
ce type. 

En effet, la laine, pour l'éleveur anglais, est l'accessoire, la 
viande est le principal ; et l'on sait que toutes les conditions 



230 VISITE 

qui favorisent la formation du mouton de boucherie, amènent 
l'élongation du brin, nuisent à la laine courte et fine. Les 
laines des races anglaises Southdoivn, Cheviot, Dorset, ne 
peuvent être considérées comme courtes que relativement aux 
très-longues mèches des races Lincoln^ Dishley, Cotswold et 
autres ; mais elles ne sont pas réellement des laines courtes 
comme l'entend la fabrication des étoffes drapées fines, comme 
le sont les admirables laines exposées par l'Allemagne. 

Au reste, les Anglais n'ont pjis la moindre prétention à pro- 
duire chez eux la laine fine; leurs conditions agricoles, leurs 
conditions sociales, l'intérêt national leur imposent l'obligation 
de produire de la viande, et ils ont accepté cette situation 
avec le parti pris industriel qui les distingue. De cette situa- 
tion, ainsi comprise et acceptée, sont sortis d'admirables ré- 
sultats. Ils ont doublé en un siècle leur population ovine, qui 
monte aujourd'hui à 40 millions de têtes, comme la nôtre. Ils 
entretiennent ces 40 millions do moutons sur 31 millions d'hec- 
tares, tandis qu il nous faut 53 millions d'hectares pour le même 
nombre de moutons. Leurs races, exclusivement façonnées 
pour la boucherie, leur donnent deux fois plus de viande que 
les nôtres, et sont tuées à un âge deux fois moins avancé. 

Cela ne veut pas dire qu'en spécialisant ainsi leurs races 
ovines et en les ramenant toutes à un même type, celui des 
bêtes à viande, les Anglais n'aient rien obtenu même pour la 
laine. La laine est devenue certainement plus commune; mais 
elle a gagné en longueur, en vigueur, en brillant, ce qu'elle 
a perdu en finesse, en douceur et en moelleux. Cette laine 
longue lisse est, comme laine à peigne, admirablement appro- 
priée à la fabrication des étoffes rases dont la consommation 
s'étend chaque jour davantage. 

Il ne faut pas croire d'ailleurs que l'Angleterre ait renoncé 
pour cela à produire et à employer la laine courte. Ce qu'il 
n'était pas avantageux de faire chez elle, elle l'a fait dans ses 
colonies. L'Australie, 'Van Diémen et le Cap lui fournissent 
de belles laines mérinos qui lui permettent d'élever sa fabri- 
cation détotfes drapées presque au niveau de sa fabrication 
d'étoffes rases, et d'exploiter la laine mérine peignée. 

Les toisons exposées par l'Australie sont admirables de fi- 
nesse; on peut leur reprocher seulement le défaut dont il est 
si difficile de garantir les toisons fines, le manque de tassé 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 231 

On remarque avec plaisir les laines de M. Mac Arthur, le fils 
du capitaine Mac Arthur qui introduisit à Sydney le premier 
troupeau de mérinos, et donna ainsi une preuve de la netteté 
de vue avec laquelle il avait compris les intérêts de la colonie 
et de la métropole. Les laines exposées par M. Mac Arthur 
sont fournies par des moutons du troupeau même élevé par 
son père , et conservé depuis dans le plus grand état de pu- 
reté. 

La quantité de laine fine que l'Angleterre reçoit mainte- 
nant de ses colonies de l'Océanie et du Cap s'élève à plus de 
20 millions de kilogrammes qui s'ajoutent aux 94 millions de 
kilog. de laine que lui fournit son territoire européen. 

Ce magnifique résultat obtenu en une cinquantaine d'an- 
nées, a permis aux fabi icants anglais de s'exonérer en partie 
du tribut qu'ils étaient forcés de payer aux autres pays pro- 
ducteurs pour la laine fine dont ils avaient besoin. Ainsi la 
quantité de laine que l'Angleterre demande aujourd'hui à 
i'E.-pagne est trente fois plus faible qu'elle n'était au commen- 
cement de ce siècle. L'importation des laines allemandes est 
diminuée des deux tiers. L'importation ru^se est restée station- 
naire depuis vingt ans. 

Voilà les conséquences d'une amélioration bien entendue 
des moyens de production ; voilà comment l'agriculture et l'in- 
dustrie doivent se donner la main. 

En France, nos laines les plus parfaites sont en majeure 
partie intermédiaires , c'est-à-dire propres à peu près égale- 
ment au peigne et à la carde , aux étoffés rases et a la drape- 
rie. Cela résulte de plusieurs causes. 

îsous avons songé assez tard à l'amélioration de nos mou- 
tons, et nous avons porté d'abord tous nos soins sur la laine. 
Les mérinos d'Espagne ont été introduits ; ils ont été alliés à 
un grand nombre de nos races indigènes, et le résultat de ce 
croisement a été naturellement une laine de qualité moyenne. 
De plus, on a employé très-communément comme reproduc- 
teurs des béliers métis qui ne pouvaient pousser à raffinement 
de la toison. Dans la majorité des cas, la finesse n'était pas 
d'ailleurs possible à obtenir économiquement, de sorte qu'on 
a cherché à compenser la qualité par la quantité. Ceci s'est 
produit même pour les mérino^ purs dont on a voulu corriger 
les défauts d'organisation, grandir la taille , augmenter le 



232 VISITE 

poids de tonte. En un mot nous avons voulu associer la pro- 
duction de la viande à la production d'une laine de grande 
valeur, et nous avons réussi à rester, pour l'une et pour l'au- 
tre, dans un état moyen dont il nous faudra forcément sortir. 

En effet, à mesure que l'agriculture fera des progrès, elle 
supprimera ses jachères , auo;mentera ses ressources en four- 
rages, sentira la nécessité d'utiliser économiquement ces four- 
rages en les donnant à des animaux excellents consomma- 
teurs ; elle sera poussée à choisir les races de boucherie. 

A mesure aussi que la population grossira , que le prix du 
sol s'élèvera , les progrès de l'agriculture seront sollicités et 
commandés, et toutes les conséquences que nous venons d'in- 
diquer s'imposeront. 

En définitive, les essais que nous faisons pour produire no- 
tre état intermédiaire, transformation de la race mérine, dé- 
veloppement des métis, croisement avec les races anglaises, 
trahissent le sentiment de cette pression du milieu. Mais nous 
nous roidirons en vain : ou bien nous marcherons résolument 
dans la voie de-5 améliorations agricoles qui nous poussent à 
la production de la viande pour le plus grand profit de nos 
populations; ou bien nous resterons en arrière, et perpétue- 
rons la gêne des producteurs et des consommateurs. L'indus- 
trie comme l'agriculture est engagée dans cette question, et 
nous croyons que la logique l'emportera. 

Aujourd'hui, avec notre population de 40 millions de mou- 
tons , nombre égal à celui que possède l'Angleterre , nous ne 
produisons que 74 millions de kilogrammes de laine, dans les- 
quels les laines fines ou intermédiaires figurent pour 18 à 
20 millions de kilogrammes. Il ne reste donc à notre industrie 
lainière que 55 millions de kilogrammes de laines communes, 
très-inférieures aux lames longues anglaises. Nos fabricants 
sont donc forcés d'acheter au dehors la presque totalité de 
leurs laines fines, et de demander à l'Angleterre , à Andrino- 
ple , à Salonique, à cent autres lieux une grande partie de 
leurs laines longues. Nous rappellerons que ce produit infé- 
rieur en laine , nous l'obtenons sur une surface presque dou- 
ble de la surface du sol anglais, avec des animaux qui don- 
nent moitio moins de viande, et sont tués à un âge double. 

Qu'y a-t-il à faire pour modifier cei état de choses? Amé- 
horer les moyens de production en prenant résolument le 



A L EXPOSITION UNIVERSELLE. 233 

parti industriel qu'a pris l'Angleterre, en spécialisant les 
spéculations : à la métropole, la production des races de bou- 
cherie; à la colonie algérienne, celle des races à laine fine. 
Nous allons revenir sur ce point , après avoir achevé la revue 
des laines exposées au Palais de l'Industrie. 

Nous avons dit que les laines françaises étaient générale- 
ment intermédiaires. Les toisons de mérinos purs , celles de 
métis-mérinos, celles de dishley-mérinos , celles mêmes de 
Rambouillet prouvent assez la vérité de cette appréciation , 
qui de^ ient bien plus exacte encore quand on étudie les trou- 
peaux de la France. En effet , les éleveurs qui exposent des 
toisons montrent tout naturellement leurs laines les plus fines , 
celles qui s'éloignent le plus du type intermédiaire dont ils se 
contentent dans leur production courante, et qui est ainsi 
bien plus général dans les troupeaux français que dans les 
vitrines françaises de l'Exposition. 

Deux exposants français, habitués aux succès et connus 
chacun par une nature de laine particulière, sont restés fidè- 
les à leur passé. M. Graux, de Mauchamp, montre ses belles 
laines longues, soyeuses, exceptionnelles; M. le général Gi- 
rod , de l'Ain , ses lairies de Naz , courtes , fines , qui rivalisent 
avec les laines électorales. Les unes et les autres sont fournies 
par des mérinos purs. Les laines de Mauchamp ont leur ori- 
gine dans un accident dont l'éleveur a eu l'intelligence de 
comprendre la valeur et qu'il s'applique à perpétuer dans un 
troupeau de plus en plus nombreux, depuis 1828. Les laines 
de Naz sont dues aux soins persévérants du propriétaire, qui 
a commencé, en 1798, une sélection en vue de la finesse , 
dans un troupeau de mérinos qui s'est constamment reproduit 
en lui-même. 

Du troupeau de Naz aux laines de l'Allemagne , la transition 
est facile: ces laines sont toutes des laines fines et courtes du 
type électoral qui , de la Saxe s'est répandu en Prusse, dans 
les divers États de l'Autriche et même en Russie, en Austra- 
lie, au Cap et ailleurs. 

L'Allemagne doit ses belles laines aux connaissances toutes 
spéciales de ses éleveurs, qui ont bien compris les conditions 
de la production dans un pays où la population est rare , où 
les grandes propriétés se prêtent mieux à l'agriculture pasto- 
rale, où la viande n'est pas aussi demandée, où l'on peut la 



234 , VISITE 

sacrifier à la laine. Tous les troupeaux d'où sont tirés les laines 
qui figurentà l'Exposition sont nombreux, renommés, et plu- 
sieurs appartiennent à la grande aristocratie. La Moravie , la 
Bohème, la Silésie, le grand-duché de Posen , la Saxe ont en- 
voyé d'admirables laines, non-seulement par leur finesse, 
mais aussi pour le tassé et l'uniformité du brin. Nous ne pou- 
vons résister au plaisir de citer, entre autres, les magni- 
fiques toisons de Bohème , exposées par M. le baron de 
Mundy, et qui nous semblent les plus belles de toutes celles 
qui figurent au Palais de l'Industrie. 

En comparant les belles laines d'Espagne à ces belles laines 
allemandes dontl'ongine est pourtant espagnole, on sent de 
combien l'agriculture est restée en arrière de l'autre côté des 
Pyrénées. Les laines de Ségovie, les léonnaises sont dégéné- 
rées et s'abâtardissent; les laines des troupeaux Churras sont 
tout au plus bonnes pour matelas et pour couvertures. La 
Couronne essaye de ressusciter les anciennes races du pays ; 
elle emploie, dans ce but, le bélier saxon, et l'idée est bonne, 
si la production de la laine superfine est celle que doit entre- 
prendre l'Espagne dans les conditions où elle se trouve. Mais 
le choix des iDéliers doit être mieux fait. Il est évident qu'on a 
cherché surtout l'exlréme finesse, sans se préoccuper des 
autres qualités de la toison , et spécialement de l'uniformité 
de qualité ; il en est résulté des toisons légères , inégales et 
mécheuses. 

Nous avons différé jusqu'ici de parler des laines d'Afrique, 
pour terminer notre revue par elles. Ces laines sont générale- 
ment communes, mais elles ne manquent pas de nature dans 
beaucoup de tribus arabes. La province d'Oran est la moins 
bien partagée ; puis vient la province d'Alger; la province 
de Constantine renferme les meilleures laines des divers 
types. 

Rien ne serait plus facile que d'améliorer nos laines d'Afri- 
que ; de simples modifications dans l'élevage aujourd'hui tout 
à fait barbare produiraient seules d'excellents effets; le croi- 
sement par les béliers des races fines, ceux de Naz, de Saxe 
ou de la plaine d'Arles , amèneraient rapidement la population 
ovine à l'état où la peuvent désirer notre industrie et nos con- 
sommateurs; les résultats obtenus déjà à la ferme d'Arbal le 
prouvent de reste. De faibles dépenses suffiraient à ce but 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 235 

qui ne demande , pour être atteint, qu'un peu de persévé- 
rance. 

L'Algérie possède 10 millions de moutons au moins qui 
produisent annuellement 16 millions de kilogrammes de 
laine, sur lesquels la consommation indigène prend 2 mil- 
lions. Il reste donc 1i millions de kilogrammes de laine dis- 
ponibles, mais d'une laine commune. 

Si ces 14 millions de kilogrammes étaient de laine compa- 
rable à la laine des colonies anglaises, et si nos 74 millions 
de kilogrammes de laine métropolitaine égalaient les laines 
des îles britanniques, outre les avantages que retireraient l'a- 
griculture et les consommateurs, l'industrie trouverait à sa 
disposition des qualités qu'elle demande en vain aujourd'hui 
à nos producteurs. Et il est bien clair, en outre, que la popu- 
lation ovine augmenîerait en France comme en Algérie. Nous 
aurions plus de laine, des laines de qualités mieux appro- 
priées aux besoins de notre fabrication; nous aurions en 
même temps plus de viande. 

De cette façon , les progrès agricoles marcheraient de pair 
dans notre pays et dans notre établissement africain ; ils se 
soutiendraient et se compléteraient. Ils aideraient au dévelop- 
pement de notre industrie lainière , bien autrement impor- 
tante actuellement que l'industrie cotonnière. Celle-ci produit 
aujourd'hui une valeur de 580 millions à la consommation et 
de 50 millions à l'exportation; l'industrie lainière produit 
805 millions à la consommation et 116 millions à l'exporta- 
tion. Mais, en outre, l'avenir s'ouvre bien plus vaste pour 
l'industrie de la laine que pour lindustrie du coton. 

Les céréales et les laines , voilà les deux produits qui doi- 
vent servir de pivot à toute l'agriculture algérienne, dans l'in- 
térêt de la France comme dans celui de l'Algérie, dans l'in- 
térêt du colon et dans celui de l'indigène, qui ne peut plus 
être désormais laissé en dehors de notre mouvement. 

Puis l'Algérie doit concentrer entre ses mains et féconder 
pour la France toutes les richesses culturales des parages 
avoisinant , au nord et au sud , la grande ligne méditerra- 
néenne qui s'étend de Gibraltar à la Syrie. Elle doit s'appro- 
prier la culture de nos oliviers qui nous quittent , celles des 
mûriers et des vignes qui s'y annexent , et les cultures com- 
plémentaires qui lui sont naturellement indiquées, les tabacs, 



236 VISITE 

les soies, la cochenille, la garance, les oranges. Elle est ap- 
pelée à remplacer pour nous l'Espagne que nous ne possédons 
pas, la Provence qui se transforme. 

Elle peut laisser dans le jardin d'Alger, comme curiosités 
pour le botaniste, les cannes à sucre, le café et autres végé- 
taux des tropiques. 

On a répété bien souvent que le dernier mot de la chimie 
sur les engrais est phosphate et azote, et l'expérience a prouvé 
que la science est dans le vrai. Des engrais azotés très- 
précieux sont maintenant offerts au commerce, mais en 
quantité trop petite encore ; les phosphates sont beaucoup 
plus rares. Le nouvel engrais nommé guano de poisson pro- 
met une addition importante aux sources d'azote et même 
de phosphate. Nous dirons quelques mots des richesses que 
nous apportent ce guano de poisson et le phosphate de chaux 
du Nord. 

Le nom de guano de poisson ou ichthyo-guano est assez 
mal choisi, en ce qu'il semble indiquer une communauté 
d'origine entre cet engrais et celui qui est connu dans le 
commerce sous le nom de guano du Pérou. 

Ce dernier guano est le résultat de l'accumulation, durant 
des siècles, des excréments d'oiseaux nombreux qui habitent 
les îlots et quelques points de la côte de la mer du Sud , 
spécialement sur le littoral du Pérou. L'engrais qu'on désigne 
sous le nom de guano de poisson est obtenu en traitant con- 
venablement les débris de la grande pêche et les poissons si 
nombreux que dédaigne la consommation , et qui sont sans 
valeur commerciale. 

Cet engrais a cela de commun cependant avec le guano 
du Pérou, qu'il est pulvérulent, facilement transportable, 
qu'il peut être employé à l'époque où le cultivateur juge 
avantageux de le donner à la terre, qu'il est très-riche sous 
un petit volume , qu'il emprunte sa puissance fertilisante à 
une source étrangère , qu'il ne prend rien à notre sol et lui 
donne le bénéfice entier de ses éléments de fécondité. 

L'idée d'utiliser comme engrais les poissons et les débris 
de la grande pêche n'est pas précisément nouvelle , mais 
c'est récemment qu'on en a fait l'application pratique en 
grand. L'honneur de cette initiative revient à un agriculteur 
du Finistère, M. de Molon, qui eut plus tard pour collabo- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 237 

rateur M. Thurneyssen , avec lequel il établit une usine à 
Concarneau , entre Lorient et Brest, à un kilomètre environ 
de Quimper. Le soin de continuer l'œuvre si bien commencée 
appartient maintenant à la Société générale maritime, qui est 
devenue propriétaire des procédés de fabrication de l'engrais, 
et qui en expose des échantillons au Palais de l'Industrie. 

Les moyens mis en usage pour obtenir V engrais -poisson 
consistent à opérer d'abord la cuisson des matières tout hu- 
mides, poissons entiers et débris, dansune chaudière à double 
enveloppe, dans laquelle on introduit la vapeur sous la 
pression de quatre à cinq atmosphères. Cette cuisson est 
achevée en une heure au plus , et la substance cuite est im- 
médiatement soumise à une pression très-forte. On obtient 
ainsi des espèces de tourteaux qu'on divise à l'aide d'une 
râpe semblable à celle qu'on emploie pour les betteraves 
dans les fabriques de sucre ; puis , la pulpe qui résulte de ce 
travail est soumise à une dessiccation méthodique dans une 
étuve, où la reçoivent des châssis de toiles tendues, qui sont 
entraînés dans un sens contraire à celui que suit l'air chaud 
en mouvement. Enfin, la matière, ainsi desséchée, est jetée 
dans la trémie d'un moulin , qui la réduit en poudre fine et 
parfaitement sèche. Il ne reste plus qu'à l'enfermer dans des 
sacs ou des barriques pour l'expédier à destination. 

L'engrais-poisson sec , à l'état pulvérulent , correspond à 
22 pour 4 00 du poids des poissons ou des débris de poissons 
à l'état naturel. 

La fabrication de cet engrais peut être alimentée par des 
sources diverses. On y peut employer les débris provenant 
de la préparation des sardines ; on peut pécher spécialement 
pour elle des poissons qu'on néglige aujourd'hui , et qui se 
montrent quelquefois par bancs immenses dans certains 
parages ; on peut exploiter, et l'on exploite déjà les débris de 
la préparation des morues. Une usine fonctionne à Terre- 
Neuve, depuis quatre ans, à cet effet. 

Si l'on considère que la pêche de la morue, à Terre-Neuve, 
donne annuellement 1 400 000 tonneaux de poissons frais, 
dont 700 000 tonneaux sont utilisés par les pêcheurs, et 
700 000 tonneaux jetés à la mer ou sur le rivage en pure 
perte, on comprendra de quel intérêt il est, pour notre agri- 
culture, de recueillir ces précieux débris. 



238 VISITE 

Ces 700 000 tonneaux de matières restées inutiles peuvent 
fournir , après cuisson , compression , dessiccation et pulvé- 
risation, 140 à 150 millions de kilogrammes de l'engrais 
riche qui nous occupe. C'est le chargement de 300 navires 
de 500 tonneaux chacun ; c'est h fumure de plus de 
350 000 hectares, à 400 kilogrammes par hectare. 

Par sa composition , V engrais-poisson correspond au meil- 
leur guano du Pérou : il donne 10 à 12 pour 100 d'azote et 
16 à 22 pour 100 de phosphate. Son efficacité n'est pas dou- 
teuse , elle est établie par de nombreuses expériences faites 
par des agriculteurs. Peut-être même son action , qui sera 
moins rapide que celle du guano péruvien, en raison de sa 
■constitution même , sera-t-elle plus certaine et plus avanta- 
geuse, mieux appropriée aux développements des plantes. 

En admettant que le prix de V engrais-poisson soit de 
20 francs les 100 kilogrammes, pris dans un des ports d'em- 
barquement, comme l'établissait M. de Molon, les matières 
fertilisantes ne dépasseraient pas le prix auquel l'agriculture 
peut raisonnablement payer l'azote et les phosphates pour 
faire une bonne opération. Dans ce cas même, l'agriculture 
payerait ces matières moins cher qu'en achetant l'engrais pé- 
ruvien. Cela prouve de quelle importance est, pour notre 
agriculture, la fabrication du nouvel engrais , si supérieur à 
tous les autres engrais artificiels qu'on a jusqu'ici prônés, 
par sa richesse même et par la nature des produits qu'il 
donne. 

Nous devons quelque reconnaissance à ceux qui ont su 
rendre utiles des débris négligés auparavant, et qui étaient 
trop volumineux et trop lourds pour être transportés écono- 
miquement à quelque distance des lieux où ils se trou- 
vaient, 

V engrais-poisson n'est pas un des produits les moins im- 
portants de l'Exposition, bien qu'il attire peu les regards et 
occupe peu de place. Nous en dirons autant du phosphate de 
chaux, dont les échantillons se perdent dans la collection des 
sols et sous-sols de l'arrondissement de Valenciennes, expo- 
sée, comme nous l'indiquons plus haut, par M. Delanoue. 

Le nouvel amendement découvert dans le Nord par M. De- 
lanoue, puissant à la fois par sa chaux et par son acide phos- 
phorique, occupe un bassin fluvio- lacustre qui s'étend de Bre- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 239 

teuil à Aix-la-Chapelle, de Calais à Bavay. La carte géologique 
de France le désigne sous le nom de Lœss; c'est ce que 
M. Dumont appelle limon hesbayen dans ses belles cartes 
de Belgique exposées au Palais de l'Industrie. 

C'est sans doute à la présence de cette substance que la 
Gaule belgique doit sa fertilité antique, car elle a formé le 
sol et constitue encore aujourd'hui le sous-sol de cette 
contrée. 

Un exemple fera comprendre l'importance de cette couche. 
On peut évaluer à 15 kilogrammes environ par hectare l'acide 
phofphorique qu'enlève au sol chaque récolte de froment. 
Le Lœss en contient 5/10 000. La couche arable, estimée 
à 20 centimètres d'épaisseur ou "2000 mètres cubes par 
hectare, pèsera 4 millions de kilogrammes qui représentent 
l'énorme quantité de 2000 kilogrammes d'acide phosphorique 
par hectare seulement, quantité bien supérieure à celle qu'en- 
lève la récolte, et qu'entretiennent cependant les fumiers 
très-phosphatés employés dans le pays : les tourteaux , l'en- 
grais flamand, etc. On peut donc emprunter au Nord un 
amendement extrêmement important, dont l'absence explique 
en partie la stérilité de la Campine, des Ardennes , de la 
Sologne. 

L'obstacle qui existait à l'emploi du phosphate de chaux, 
son haut prix, n'existe plus. L'administration des mines avait 
déjà signalé la présence de phosphate en rognons dans la craie 
du nord ; M. Delanoue vient de le découvrir en couche régu- 
lière, constituant le réservoir le plus abondant d'acide phos- 
phorique qu'on ait peut-être encore reconnu, ayant plusieurs 
myriamètres d'étendue, 60 à 80 centimètres d'épaisseur, dans 
un pays où les voies de communication sont faciles , les 
moyens d'extraction et d'exportation commodes. 

Après la découverte du guano, aucune découverte ne 
pourrait être plus importante pour l'amendement du sol 
arable. 

Nous terminons en citant, dans l'ordre des travaux scienti- 
fiques et statistiques, un allas destiné à résumer tous les do- 
cuments généraux qui peuvent intéresser l'agronome. Cet 
atlas a été conçu et exécuté par M. Nicolet, avec une intelli- 
gence et un bonheur qui révèlent une inst.fuction profonde et 
une grande habileté artistique. Il présente, en quatorze cartes 



240 VISITE 

imprimées en couleur, accompagnées de douze tableaux com- 
plémentaires de texte , des renseignements qu'on ne recueil- 
lerait qu'avec infiniment de peine dans mille publications 
éparses et coûteuses sur les climats, la distribution des pluies, 
la géologie agricole, la direction des vents, la répartition des 
plantes , des animaux , des cultures , sur toutes les questions 
de physique et de météorologie dans leurs rapports avec 
l'agriculture. 

Ces cartes se complètent l'une l'autre ; en les rapprochant 
on rapproche les faits de leurs causes, et l'on fait naître de leur 
comparaison des points de vue nouveaux, des explications 
soudaines, des aperçus inattendus. C'est la théorie de la 
pratique sous une forme simple, claire, rapidement saisis- 
sable, sur des problèmes cependant très-complexes. 



CLASSE IV. 

Mécanique générale appliquée à Tlndustrie. 

La quatrième classe comprend toutes les machines motri- 
ces, et leurs applications aux opérations les plus générales, 
c'est-à-dire celles qui se rencontrent dans la plupart des opé- 
rations mécaniques, sans qu'elles appartiennent spécialement 
à telle ou telle fabrication. Le nom de machines motrices 
sous lequel on comprend les moteurs hydrauliques, les mou- 
lins à vent, les machines à vapeur, ne doit point faire suppo- 
ser que ces machines créent de la force ; elles n'ulihsent au 
contraire qu'une portion de la puissance mécanique qui est 
mise à leur disposition par la chute de l'eau, le mouvement 
de l'air ou la force expansive de la vapeur : une autre portion 
est perdue en frottements et autres résistances passives, et la 
perte résultant de ces causes s'élève souvent à plus de la moi- 
tié de ce que l'on appelle le travail moteur. 

Au point de vue dynamique, la meilleure machine est celle 
qui réduit cette perle au minimum : de là la nécessité d'avoir 
des appareils appelés dynamomètres, qui sont destinés à me- 



A L'EXPOSlTlOiN LIS'IYEUSELLE. 24j 

surer le travail développé sur l'arbre moteur ou le travail con- 
sommé par telle ou telle machine de fabrication. 

Les dynamomètres sont dits de traction, lorsqu'ils sonl 
destinés à mesurer le travail transmis en tirant, comme celui 
des chevaux attelés à une voiture; ils sont appelés dyna- 
momètres de rotation^ lorsqu'ils peuvent mesurer le travail 
transmis à tel ou tel arbre de transmission : lorsque la puis- 
sance motrice est empruntée à la force musculaire de l'homme 
travaillant à la manivelle, on se sert d'un appareil de même 
nature qui prend le nom de manivelle dynamoméîrique. 

Comme dynamomètres de traction , ceux de M. le général 
Morin paraissent avoir le monopole de la précision, en ce qu'ils 
enregistrent par un trait ineffaçable tous les efforts exercés 
par l'attelage, quelles que soient leurs variations. Le dynamo- 
mètre anglais de Bentaaln'a pas la même exactitude, mais son 
montage sur un avant-train bien disposé lui permet d'être 
très-commodément employé pour les expériences de traction 
sur les charrues. Le nouvel avant-train disposé sur l'appareil 
de M. Morin a été emprunté à l'excellente disposition de l'ap- 
pareil anglais. 

Comme dynamomètres de rotation, ceux de M. Morin, plus 
ou moins modifiés par M. Clair, sont pour ainsi dire seuls en 
usage. Nous avons cependant remarqué dans l'exposition an- 
glaise un instrument , bien établi dans le genre du dynamo- 
mètre de White, qui permet de remplacer dans les expérien- 
ces de travail , le frein de Prony, par une disposition ayant 
l'avantage de tarer \a machine pendant que l'opération indus- 
trielle s'effectue. Le Danemark a également envoyé deux 
instruments dignes d'intérêt. 

Il nous serait impossible dans cette note succincte de pas- 
ser en revue tous ces petits appareils destinés à mesurer la 
pression dans les machines, à assurer le niveau dans les 
chaudières, etc. Nous nous bornerons à indiquer les manomè- 
tres métalliques qu'un habile constructeur, M. Bourdon , a sub- 
stitués aux anciens manomètres à mercure : nous rencontrons 
dans la même voie M. Desbordes en France, et MM. Schaffer 
et Budenberg en Prusse. 

L'indicateur du niveau de M. Lethuillier Pinel, au moyen 
d'une aiguille aimantée, qui suit à travers l'épaisseur du 
verre tous les mouvements du flotteur, permet d'éviter les 
206 P 



242 VISITE 

stufiBng-box , dont la garniture ne pouvait être parfaite, alors 
qu'il fallait laisser une liberté suffisante pour que la tige du 
flotteur put fonctionner. 

Les compteurs à eau sont peu nombreux , mais la question 
qu'ils se proposent de résoudre ayant une grande importance, 
nous nous permettrons de citer la petite turbine de Sce- 
ment qui mesure le débit par le nombre de tours qu'elle fait 
sous l'action du liquide en mouvement, et le compteur de la 
société l'Atlas à Amsterdam, qui mesure d'une manière fort 
ingénieuse tout le liquide qui passe, au moyen d'augets dis- 
posés pour le recevoir. Cet appareil placé dans le palais prin- 
cipal, 45, A, nous a paru d'un grand intérêt. 

Les autres appareils du même ordre, tels que l'anémomètre 
de M. Morin, divers compteurs à gaz, etc., demanderaient 
une description trop minutieuse pour que nous puissions 
nous livrer à un examen approfondi. Les balances pour usa- 
ges commerciaux, les bascules ordinaires de toutes dimen- 
sions, depuis les plus petites jusqu'à celles qui pèsent une 
locomotive, ne présentent, depuis l'Exposition de Londres, 
aucune amélioration qui mérite d'être signalée. M.Béranger à 
Lyon, et M. Schmidt à Vienne sont lesdeux industriels qui ont 
apporté sous ce rapport les collections les plus complètes. La 
bascule pour locomotives de M. Sagnier est d'une très-belle 
exécution. 

L'Exposition ne renferme aucun manège isolé ; nous en au- 
rons plusieurs à citer en parlant des machines agricoles: ce- 
lui de M. Pinet, dans le jardin, présente une disposition très- 
remarquable. 

L'absence des moulins témoigne de l'éloignement toujours 
plus marqué dont ces moteurs trop incertains sont l'objet. 

Moteurs hydrauliques. 

Dans tout moteur hydraulique, l'on doit commencer par 
avoir égard au volume d'eau que l'on possède et à la hauteur 
de chute , c'est-à-dire à la différence des deux niveaux d'arri- 
vée et de sortie d'eau. 

L'importance d'une chute s'évalue en prenant le produit du 
poids de l'eau dont on dispose dans un temps donné par la 
hauteur verticale dont elle descend. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 243 

Les appareils qui reçoivent l'eau portent le nom de récep- 
teurs hydrauliques et ne peuvent jamais recueillir qu'une par- 
tie de ce produit. Le but que Ton se propose doit donc tendre 
à se rapprocher le plus possible de ce maximum théorique. 

Les systèmes de récepteurs hydrauliques dont on fait usage, 
sont : 

1° Les roues à augets, qui reçoivent l'eau soit à leur som- 
met, soit entre le sommet et le centre; 

2" Les roues à palettes, emboîtées dans des coursiers cir- 
culaires qui reçoivent l'eau soit par des vannes en déversoir, 
soit par des orifices avec charge; 

3" Les roues à palettes planes , qui reçoivent l'eau eu 
dessous; 

•4" Les roues à aubes courbes , qui reçoivent l'eau à la par- 
tie inférieure par des vannes inclinées; 

5° Les roues à axe vertical, nommées turbines. 

C'est du choix de l'un ou de l'autre de ces systèmes que 
dépendent en grande partie les résultats que l'on retire d'une 
chute : aussi, avant de prendre une détermination, doit-on 
se rendre un compte bien exact de la chute et du volume d'eau 
à dépenser aux différentes époques de l'année. 

Les quatre premières espèces de roues ne sont représentées 
à l'Exposition que par des modèles sans importance. 

Le modèle de M. Chaverondier, de Saint-Germain-Laval 
vLoire), représente une roue en dessous, à grande vitesse, 
qui a une largeur double de celle de la vanne. 

MM. Waddington frères, de Saint-Remi-sur-Avre (Eure- 
et-Loir), exposent un modèle de roue décote entièrement 
construit en tôle. Lafonçure est garnie d'armatures en fer qui 
dispensent d'arbre. 

La roue de M. Flageollet, de Vagney (Vosges), est en des- 
sous, sans tète d'eau et à suspension. Le modèle que l'on 
rencontre à l'Exposition est exécuté avec soin et montre une 
disposition bien entendue. 

Les turbines peuvent dépenser des volumes d'eau très-va- 
riables, fonctionner hors de l'eau ou sous l'eau avec une 
grande vitesse, sans perte sensible dans le rendement; elles 
sont, depuis quelques années, recherchées par les propriétaires 
d'usines. Les nombreuses dispositions que l'on trouve dans 
l'Exposition indiquent la vogue dont elles jouissent. 



2ii VISITE 

Lon distin2;uedeux espèces de turbines : 1° celles qui pren- 
nent l'eau et la rendent à la même distance de l'axe, et 2° celles 
qui prennent l'eau à une certaine distance de l'axe et la ren- 
dent à une distance plus granfle. Les turbines de MM. Fon- 
taine, Brou et Froment, Tenbrinck et Dychkoff, Roy et Lau- 
rent, et Mesnier et Chenneval appartiennent à la première 
espèce; celles de MM. Cousin frères, Fourneyron, Canson, 
Duvoiret de l'administration des mines de Jenbach dépendent 
de la seconde. Nous allons les examiner successivement. 

MM. Fontaine, Braud et Froment, de Chartres (Eure-et- 
Loir), ont employé à plusieurs reprises, un vannage à papillon 
qui avait l'inconvénient très-grave d'exiger un effort très- 
considérable pour être mis en mouvement. Ces constructeurs 
ont corrigé l'inconvénient que nous venons de signaler, au 
moyen d'une bande annulaire en gutta-percha pouvant s'en- 
rouler sur deux cônes en fonte dont les axes sont dirigés dans 
le même plan. En faisant décrire au système de cônes une 
demi-conférence , l'on découvre ou l'on masque tous les ori- 
fices des directrices. Les applications qui ont eu lieu jusqu'à 
présent ont donné d'excellents résultats. 

MM. Tenbrinck et Dychkoff, de Bar-le-Duc (Meuse), expo- 
sent une turbine dans laquelle chaque directrice est garnie 
d'une vanne horizontale. L'on peut à volonté les manœuvrer 
deux à deux ou les ouvrir et les fermer toutes à la fois. Cha- 
cune d'elles est mise en mouvement au moyen d'un pignon 
et d'une crémaillère. L'arbre est à pivot inférieur et plonge 
dans un grand réservoir d'huile que l'on peut visiter au moyen 
d'une ouverture pratiquée dans un tube cylindrique en fonte 
qui entoure l'arbre de la turbine. 

La turbine de MxM. Roy et Laurent, de Dijon (Côte-d'Or) , 
est à bâche fermée. Le vannage s'effectue à l'aide de clapets 
que l'on soulève successivement à la main. Chacun d'eux 
recouvre l'intervalle compris entre deux directrices. 

MM. Mesnier et Chenneval, de Pontoise (Seine-et-Oise) , ont 
aussi cherché, comme dans les dispositions précédentes, à 
dépenser des volumes d'eau variables. Chaque directrice ren- 
ferme une vanne verticale. On les soulève successivement une 
-à une, deux à deux, trois à trois, etc. , de façon à avoir les 
orifices mobiles constamment pleins d'eau. 

Dans les turbines que nous venons d'examiner, l'eau se 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 245 

dirige de haut en bas, tandis que, dans celles qu'il nous reste 
à voir, l'eau se dirige horizontalement. 

MM. Cousin frères, de Bordeaux (Gironde), exposent une 
turbine présentant comme ensemble la disposition de la tur- 
bine Fourneyron, Le tracé des aubes n'est pas celui donné par 
cet ingénieur distingué; l'on a suivi la méthode de M. Weis- 
bach , qui a l'avantage de faciliter la sortie de l'eau. Les aubes 
sont partagées sur leur hauteur par une cloison horizontale 
qui permet de dépenser plus avantageusement des volumes 
d'eau très-variables. L'arbre de la turbine est à pivot supé- 
rieur. Une partie des ateliers de la poudrerie de Saint-Médard, 
près Bordeaux , est mise en mouvement par une turbine con- 
struite sur ce modèle, et l'administration est très-satisfaite des 
résultats qu'elle donne. 

M. Fourneyron, de Paris, dont nous venons de citer le nom 
en parlant de la turbine de MM, Cou?in frères, par des cir- 
constances indépendantes de sa volonté, n'a pas encore ter- 
miné son installation. La turbine que l'on peut voir mainte- 
nant, se compose d'un appareil double dans lequel l'eau arrive 
par la partie supérieure et par la partie inférieure. Dans cha- 
que portion , l'eau se distribue dans deux compartiments d'où 
elle sort verticalement et horizontalement, de sorte que, par 
le fait, le récepteur de M. Fourneyron est formé de quatre 
turbines. Il est établi de façon à pouvoir dépenser le maxi- 
mum du volume fourni par le cours d'eau, et à ne renfer- 
mer aucun moyen de régler la dépense. Le vannage doit 
se trouver dans la seconde turbine, qui n'est pas encore 
montée. En adoptant cette disposition, qui supprime complè- 
tement les directrices , M. Fourneyron se propose de réduire 
considérablement les dimensions des turbines destinées à 
dépenser de très-grands volumes d'eau. 

M. Canson, d'Annonay (Ardèche), a pour but, dans la 
construction de sa turbine, de diminuer sensiblement le 
prix de revient. Pour y arriver, il supprime les directrices et 
il fait venir l'eau dans l'intérieur de la turbine par un tuyau en 
tôle. Comme dans les turbines Fourneyron ordinaires, l'eau sort 
à peu près tangentiellement à la roue. Le pivot de l'arbre est 
supprimé et remplacé par une embase reposant sur deux galets. 
M. Canson expose un second récepteur à axe horizontal , qui 
a beaucoup d'analogie avec celui que nous venons de décrire» 



246 VISITE 

M. Duvoir, de Liancourt, a joint à son envoi de machine à 
vapeur, une turbine à réaction, composée d'un axe creux 
portant des bras courbes, également creux. En ouvrant le 
robinet d'arrivée d'eau, l'appareil tourne dans un sens opposé 
à celui de la sortie du liquide. Le frottement de l'eau contre 
les parois intérieures des tubes absorbe une partie consi- 
dérable du travail moteur, de sorte que le rendement est 
moindre que dans tous les appareils que nous venons d'exa- 
miner. 

La partie étrangère de l'Exposition ne nous montre qu'une 
seule turbine, c'est celle envoyée par l'administration impé- 
riale des mines et forges de Jenbuch (Tyrol). Elle est f -rmée 
d'aubes courbes maintenues entre deux anneaux horizontaux. 
L'eau arrive tangentiellement à la roue, au m.oyen d'un canal 
rectangulaire garni, près de la turbine, d'une vanne verticale. 
Ces roues , proposées depuis longtemps par le général Ponce- 
let, sont très-répandues aux États-Unis d'Amérique et en Autri- 
che , où elles donnent de très-bons résultats. Elles sont très peu 
connues en France ; c'est à peine si l'on en rencontre quelques 
exemples dans les environs de Toulouse. Il est essentiel d'a- 
jouter que, pour obtenir un rendement considérable, elles 
ont besoin d'une grande chute. 

Chaudières à vapeur- 

Les chaudières à vapeur servent à produire de la vapeur 
d'eau à une pression plus ou moins élevée, que l'on emploie 
soit comme force motrice soit comme moyen de chauffage. 

Les vases dont on fait usage sont complètement fermés, et 
se construisent soit en cuivre, soit en tôle. C'est à ce dernier 
métal que Ton donne habituellement la préférence, à cause 
•du bas prix auquel on peut se le procurer. 

Quand une chaudière à vapeur doit fournir de la vapeur 
sous une pression voisine de celle de l'atmosphère, on peut 
lui donner la forme que l'on veut, en se servant de tôles assez 
minces; lorsqu'au contraire l'on a besoin de vapeur à haute 
pression, les formes sont très-limitées; l'on emploie le plus 
ordinairement des chaudières cylindriques, en donnant aux 
feuilles métalliques qui les composent des épaisseurs conve- 
nablement calculées. Avec celte forme simple, les foyers sont 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 247 

extérieurs, mais dans certains cas, comme dans les locomo- 
tives et dans les bateaux à vapeur, on est obligé d'employer 
des foyers intérieurs, ce qui complique énormément les dis- 
positions. On ne peut se passer de surfaces planes qui exigent 
des armatures très-solides pour s'opposer à la déformation. 

Les chaudières envoyées à l'Exposition sont fort peu nom- 
breuses et toutes françaises. 

Si nous nous transportons dans le bâtiment des chaudières 
destinées à fournir delà vapeur aux machines en mouvement, 
nous trouvons trois chaudières à bouilleurs superposés de 
M. Farcot. Dans les chaudières ordinaires à bouilleurs, ceux-ci 
sont placés sous le réservoir d'eau et de vapeur appelé vulgai- 
rement corps de chaudière. Au lieu de les disposer de cette 
manière, M. Farcot a eu l'idée de superposer les bouilleurs et 
de les ranger latéralement à la chaudière. Les produits de la 
combustion agissent directement sur le corps de chaudière 
et passent successivement autour de chacun des bouilleurs, 
en commençant par le bouilleur supérieur. L'eau , au con- 
traire, entre dans le bouilleur inférieur, s'élève dans le suivant 
et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle arrive dans le corps de 
chaudière où elle est sur le point d'être réduite en vapeur. Il 
en résulte que l'eau suit un chemin opposé à celui de la 
flamme et qu'elle s'échauffe graduellement, tandis que les gaz 
chauds se refroidissent de plus en plus, en se rapprochant de 
la sortie. C'est, en grandepartie, cette heureuse innovation qui 
a valu à M. Farcot la moitié du prix de 10 000 francs proposé 
par la Société d'encouragement. 

A côté de l'une des chaudières de M. Farcot, nous voyons la 
chaudière à foyer intérieur , que MM. Nepveu et Cie ont con- 
struite d'après les plans de M. Molinos. C'est une chaudière de 
locomotive dans laquelle se trouve, à l'extrémité de la grille, 
une cloison méplate remplie d'eau, servant d'autel , et forçant 
la flamme à se renverser avant d'entrer dans les tubes. Derrière 
la grille et sur les côtés, sont pratiquées des ouvertures circu- 
laires communiquant avec un ventilateur, et que l'on règle au 
moyen de plaques ou registres. Le but de cette di^^position est 
de brûler la fumée et de produire une plus grande quantité 
de vapeur avec un poids donné de combustible; mais dans les 
appareils de ce genre , il est excessivement difficile , pouï ne 
pas dire impossible, de n'introduire que le volume d'air stricte- 



248 VISITE 

ment nécessaire à la combustion des gaz. Les expériences que 
Je jury se propose de faire apprendront si cette disposition 
répond aux vues de son auteur. 

Un peu plus loin, nous trouvons l'appareil de M. Beau- 
fumé, que MM. Pommereau et Cie ont fait établir. Il consiste 
en un foyer avec grille, entièrement fermé dans lequel l'air 
est lancé par un ventilateur, et en un fourneau renfermant 
une chaudière à vapeur ordinaire. Le combustible que l'on 
introduit dans le foyer par la partie supérieure, sans établir 
de communication avec l'air extérieur, se transforme en gaz 
combustible, que l'on brûle ensuite sous la chaudière à l'aide 
d'une partie de l'air du ventilateur. Les produits de la com- 
bustion s'échappent à une faible température, sans donner de 
fumée. Dans les expériences qui ont eu lieu dernièrement à la 
pompe à feu de Chaillot, M. Grouvelle a constaté une produc- 
tion de 1 0^^,54 de vapeur par kilogramme de houille brûlée. 

Nous arrivons à la chaudière de M. Clavières, qui se com- 
pose d'un grand nombre de tubes verticaux aboutissant à 
des tubes horizontaux. Tout cet ensemble de tuyaux est 
placé au-dessus d'un foyer dans l'intérieur d'un fourneau en 
maçonnerie, de façon à profiter de la chaleur rayonnante du 
combustible. Le but de cette disposition est d'avoiidans la 
chaudière un volume d'eau très-faible, et d'obtenir prompte- 
ment de la vapeur à haute pression. Ce système, dont on fait 
usage sur les bateaux de la compagnie des bateaux porteurs, 
nous semble très compliqué et d'un nettoyage difficile. 

Si nous rentrons dans l'Exposition , nous trouvons, vers le 
milieu de l'Annexe, dans le voisinage de la fontaine de 
MM. Béchu et Leclerc, les belles chaudières à vapeur de 
M. Durenne fils. Elles sont toutes deux à foyer intérieur. 
L'une d'elles est simplement exposée comme travail de chau- 
dronnerie : c'est une chaudière de machine locomobile. Afin 
de pouvoir mieux en apprécier le mérite, M. Durenne a eu 
soin de ne pas la faire peindre. Il est difficile d'atteindre une 
pareille perfection , qui indique un atelier bien monté et bien 
dirigé. La seconde chaudière présente des dispositions nou- 
velles, qui , pour être bien comprises, ont besoin de quelques 
explications. Elle est formée de plusieurs tronçons réunis 
par des boulons. Le premier, de forme rectangulaire, ren- 
ferme uniquement le foyer, et les suivants, de forme cylin- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 249 

drique, sont composés de cylindres traversés par des tubes 
en grand nombre. Chaque compartiment, monté sur quatre 
roues, forme pour ainsi dire une chaudière complète. Le 
dernier porte la cheminée. Ces divers tronçons sont mis en 
communication , par le haut et par le bas , au moyen de tubes 
en cuivre. Les produits de la combustion qui se dégagent du 
foyer traversent les tubes du premier compartiment , et trou- 
vent à la suite une chambre où ils se dilatent; ils passent à 
travers le second faisceau de tubes , et ainsi de suite, jusqu'à 
leur entrée dans la cheminée. Pendant ce cheminement, l'eau 
qui vient dans le tronçon qui porte la cheminée, s'y échauffe; 
i'eau la plus chaude de ce compartiment arrive , au moyen d'un 
tube convenablement disposé , à la partie inférieure du sui- 
vant, et parvient de proche en proche dans la portion qui ren- 
ferme le foyer où elle est sur le point d'être réduite en va- 
peur. Comme dans la chaudière de M. Farcot, les gaz chauds 
sont en contact avec l'eau la plus chaude, et ne sortent de 
la chaudière qu'avec la température convenable pour avoir un 
bon tirage. C'est une disposition qui n'est pas encore sanc- 
tionnée par une expérience prolongée, mais elle est remplie 
d'avenir. M. Durenne a obtenu, avec du charbon de qualité 
ordinaire , 9 kilogrammes de vapeur par kilogramme de 
houille brûlée. 

Près de la chaudière de M. Durenne, nous avons la chau- 
dière tabulaire à foyer intérieur de MM. Duez frères, de 
Fives (Nord). Elle présente un peu d'analogie avec celle que 
nous venons d'examiner. La partie de la chaudière qui ren- 
ferme le foyer est complètement isolée de celle qui contient 
les tubes : l'eau arrive dans celte dernière portion avant de 
se rendre dans la première, ce qui s'obtient au moyen d'un 
tube de communication situé à la partie supérieure. MM. Duez 
ont appliqué ce système aux chaudières à bouilleurs. Cette 
disposition ne figure à l'Exposition, qu'en dessin. 

En parcourant le catalogue officiel, nous voyons figurer, 
parmi les exposants de générateurs à vapeur, les noms de 
MM. Belleville et Isoard. Jusqu'à présent, ces messieurs ont 
manqué à l'appel; il eût été pourtant intéressant d'examiner 
leurs produits, qui, à une certaine époque, ont excité vive- 
ment l'attention publique. Les avantages de ces deux sys- 
tèmes sont les suivants : sécurité complète , diminution 



250 VISITE 

considérable de poids et de volume , production rapide de 
vapeur à haute pression et emploi de la vapeur sèche. A 
côté de ces avantages précieux, il y a malheureusement un 
inconvénient considérable résultant de l'énorme difficulté du 
nettoyage. 

Les deux chaudières, dont nous venons de dire quelques 
mots, nous conduisent naturellement auprès du modèle de 
générateur de M. Boutigny. La chaudière de cet exposant se 
compose d'un cylindre terminé vers le bas par une demi- 
sphère et fermé dans le haut par un couvercle. L'intérieur 
de ce cylindre contient des diaphragmes percés de trous et 
superposés. Cet ensemble se place dans un fourneau en 
maçonnerie qui ne présente aucune particularité. La pro- 
duction de la vapeur étant instantanée, il arrive constam- 
ment, parla partie supérieure, la quantité d'eau nécessaire 
à la vaporisation. Avec ce système, construit sur une très- 
petite échelle, M. Boutigny a obtenu une quantité de vapeur 
assez considérable, puisqu'il a eu 7'', 50 de vapeur par kilo- 
gramme de houille. M. Boutigny attribue ce résultat satis- 
faisant à ce fait, que la chaudière est toujours décapée et 
que les dépôts de sels calcaires se forment sur les dia- 
phragmes. 

Avant de quitter les appareils de production de vapeur, il 
nous reste à appeler l'attention des visiteurs sur l'appareil de 
MM. Beaumont et Mayer, qui est destiné à produire de la 
vapeur par le frottement. Ils arrivent à ce résultat en faisant 
tourner, à la vitesse de 400 tours par minute, un cône en 
bois, revêtu d'une tresse en chanvre imprégnée d'huile dans 
l'intérieur d'un cône métallique faisant partie d'une chau- 
dière à vapeur remplie d'eau. Le problème que ces m.essieurs 
ont en vue est de convertir les forces naturelles perdues en 
chaleur utile. Tl nous est impossible d'exprimer la moindre 
confiance dans l'emploi de ce système, qui doit absorber un 
travail de frottement très-considérable. 

La chaudière en tôle d'acier, essayée à dix-huit atmosphè- 
res, de MM. Jackson frères, Peters, Gaudet et Cie, ouvre une 
voie nouvelle; bien que l'acier soit encore plus cher que la 
tôle à poids égal, la résistance de plus grands efforts sur ce 
métal permet de réduire considérablement les épaisseurs , 
et de réahser ainsi une réduction de poids considérable. Il 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 251 

est impossible d'ailleurs de voir de la chaudronnerie d'an 
plus beau travail. 

Comme il importe d'alimenter les chaudières avec de l'eau 
à une température élevée, il est intéressant de faire attention 
à l'appareil de MM. Legris , Choisy et Ligon, qui est monté 
sur l'une des machines à vapeur, servant à remplir d'eau les 
réservoirs nécessaires au fonctionnement des machines. Cet 
appareil utilise une partie de la vapeur d'échappement de la 
machine pour le chauffnge de l'eau d'alimentation, qui ac- 
quiert ainsi une température de 100 degrés. 

Machines à vapeur. 

Dans les premières applications de la vapeur d'eau comme 
force motrice, l'on n'eut en vue que l'élévation des eaux qui 
gênaient l'exploitation des mines. Plus tard, l'on entrevit la 
possibilité d'appliquer la force élastique de la vapeur d'eau à 
d'autres travaux; c'est au célèbre Watt que revient l'hon- 
neur d'avoir réalisé cette idée. Quand il voulut Ja mettre 
à exécution, il fut arrêté dès le début par des difficultés 
de tous genres; ainsi, en dehors des moyens d'exécution 
qu'il dut créer, il eut à déterminer les pressions de la 
vapeur, correspondantes aux différentes températures, les 
volumes et les poids correspondants aux diverses pressions, 
les quantités d'eau nécessaires au refroidissement de la 
vapeur et les dimensions des chaudières pour obtenir un 
poids donné de vapeur d'eau. A la suite d'un travail inouï, il 
parvint à construire la machine à vapeur que nous voyons 
journellement, soit dans les établissements, soit sur les ba- 
teaux à vapeur. 

Elle a été perfectionnée, et surtout simplifiée par un grand 
nombre d'ingénieurs et de mécaniciens ; mais les dispositions 
principales n'ont pas été changées, les indications numéri- 
ques qu'il a fournies sont restées les mêmes. Les moyens 
d'exécution ont été modifiés et améliorés, c'est ce qui a per- 
mis d'entreprendre des projets auxquels il eût été impossible 
de songer. L'on effectue maintenant au moyen de machines- 
outils ce que l'on était autrefois obligé d'exécuter à la main. 
L'on construit de la sorte beaucoup mieux et à plus bas prix. 
La diminution des prix résulte encore des modifications que 



252 VISITE 

l'on a proposées et réalisées depuis quelques années. Autre- 
fois l'on se croyait forcé de suivre les modèles de Watt qui 
comprenaient des balanciers, des bielles, des manivelles, des 
entablements en fonte d'un poids considérable et d'un travail 
excessif; peu à peu on est parvenu à sortir de ces disposi- 
tions et à construire des machines à mouvements directs qui 
n'ont pas tardé à conduire aux machines horizontales. En 
môme temps que l'on osait s'écarter si loin des vieilles habi- 
tudes, on essayait d'augmenter les vitesses des pistons à 
vapeur. Ces tentatives ayant été couronnées de succès, elles 
ont trouvé beaucoup d'imitateurs ; aussi existe-t-il peu de 
mécaniciens s'occupant exclusivement de la construction des 
machines à balanciers. 

Ce sont surtout les machines de bateaux à vapeur qui se 
sont ressenties des améliorations que nous venons de signaler ; 
nous pouvons à peu près affirmer que l'on ne construit plus 
de machines à balanciers pour la navigation. La substitution 
presque générale des hélices aux roues à palettes contribue 
encore à l'adoption des machines horizontales, aussi bien dans 
la marine militaire que dans la marine marchande. 

L'application immédiate des moteurs à vapeur aux opéra- 
teurs est un progrès au moins aussi important que celui de 
l'augmentation de la vitesse, cela permet de supprimer un 
grand nombre de pièces intermédiaires qui absorbent, en frot- 
tement, un travail très-considérable. Nous aurions pu trouver, 
dans lExposition un plus grand nombre d'exemples de cette 
idée féconde, mais il y en a bien assez pour montrer le 
parti que l'on peut tirer de l'appropriation convenable de la 
machine à vapeur au travail que l'on a en vue d'exécuter. 

Si les Anglais sont restés longtemps nos maîtres en fait 
de constructions de machines à vapeur , nous n'avons plus 
rien à leur envier maintenant, nous pouvons marcher de pair 
avec eux, nous leur sommes même supérieurs sous le rapport 
du meilleur emploi de la vapeur comme force motrice. Cette 
supériorité tient au prix élevé des combustibles qui a obligé 
nos ingénieurs à trouver des dispositions économiques. 

De tous les moteurs, ce sont les machines à vapeur qui 
rendent les plus grands services, parce qu'on peut les appli- 
quer partout, dans toutes les industries, depuis la filature du 
fil le plus fin et le plus délicat jusqu'au travail des pièces for- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 253 

gées les plus lourdes. L'on ne doit pas pour cela négliger les 
moteurs hydrauliques, qui sont d'un emploi si économique 
chaque fois que l'on dispose d'une chute d'eau. 

Une machine à vapeur se compose essentiellement d'un 
cylindre fermé à chacune de ses extrémités, dun piston et 
de conduits disposés d'une manière convenable pour l'entrée 
et la sortie de la vapeur. Quand la vapeur a terminé son ac- 
tion sous le piston , elle se rend dans l'air ou dans un appa- 
reil rempli d'eau froide appelé condenseur, destiné à l'anéan- 
tissement presque complet de la pression. Pendant que la 
vapeur s'en va de la partie inférieure, il en arrive par la par- 
tie supérieure qui sert à son tour à pousser le piston en sens 
contraire , et ainsi de suite. L'on obtient de la sorte un mou- 
vement alternatif ou de va-et-vient. 

Si l'on intercepte l'entrée de la vapeur à partir d'un certain 
point de la course du piston , le reste de la course sera par- 
couru par l'efiet de Texpansion ou de la dilatation de la va- 
peur. La machine est alors dite à détente. Suivant que la ma- 
chine est avec ou sans détente, et avec ou sans condensation, 
Ton distingue quatre espèces de machines à vapeur, savoir : 

1" Les machines à vapeur sans détente et sans condensa- 
tion; 

2° Les machines à vapeur à détente et sans condensation ; 

3° Les machines à vapeur sans détente et à condensation; 

•4" Les machines à vapeur à détente et à condensation. 

Suivant les fonctions que remplissent les machines à vapeur, 
l'on peut avoir à considérer les machines fixes, les machines 
locomotives, les machines locomobiles et les machines de 
bateaux; nous ne nous occuperons ici que des machines à 
vapeur fixes. 

Machines à cylindres verticaux. 

Les premières machines à vapeur que l'on aperçoit , lors- 
que l'on entre dans la galerie des machines, sont celles de 
MM. Powell, Scott et Lacroix père et fils, de Rouen, qui cnt 
exposé trois machines de mêm.e puissance et à peu près de 
même forme. Chacune d'elles est de la force de quarante che- 
vaux et du système de Wolf , ou à deux cylindres de diamè- 
tres différents. Dans ce système, la vapeur vient directement 



254 VISITE 

dans le petit cylindre où elle agit à pleine pression, passe 
dans le grand cylindre où elle est forcée d'occuper un vo- 
lume plus considérable, puis sort de ce cylindre pour aller 
au condenseur, où l'on obtient un vide d'autant plus parfait 
que la machine est mieux établie. 

Les deux cylindres dont il vient d'être question, sont le 
plus souvent entourés d'une enveloppe vulgairement appelée 
chemise; la vapeur circule entre cette enveloppe et les cy- 
lindres avant de commencer son action. MM. Powell et La- 
croix père et fils ont établi une cloison dans la chemise, de 
façon à empêcher la circulation de la vapeur de la chaudière 
autour des cylindres. La vapeur passe d'abord autour du petit 
cylindre , entre dans ce cylindre, va dans le grand , et enfin , 
sort entre ce cylindre et Tenveloppe. 

Dans Id machine de M. Scott, les choses ne se passent pas 
tout à fait ainti : la vapeur de la chaudière arrive dans le 
petit cylindre, passe dans le grand, et se rend directement 
dans le condenseur. L'on empêche le refroidissement des 
deux cylindres à l'aide d'un courant de vapeur que l'on prend 
sur le tuyau d'arrivée de vapeur. Cette disposition nous semble 
préférable aux précédentes qui sont elles-mêmes supérieures à 
ce que l'on pratiquait auparavant. 

A côté de ces grandes machines à balanciers, avec entable- 
ments destinés à être encastrés dans des murs, se trouve la 
machine de M. Lecouteux, de Paris, également du système 
de Wolf. Étant d'une force moins considérable, le balancier 
est porté sur deux bâtis triangulaires reliés au moyen d'en- 
tretoises. Comme dans le système de Wolf, les deux cylindres 
sont contenus dans une chemise, dans l'intérieur de laquelle 
arrive la vapeur de la chaudière ; mais les entrées et les sorties 
de la vapeur sont tellement combinées que l'on peut marcher 
à volonté avec les deux cyUndres ensemble ou séparément. 
Chacun d'eux porte un tiroir à détente variable au moyen de 
cames mises en mouvement par le modérateur. Cette innova- 
tion fort heureuse fait honneur au successeur de M. Moulfa- 
rine, qui a construit les belles machines motrices de la Mon- 
naie de Paris. 

M. Legavrian , de Lille, s'est proposé, dans la machine 
qu'il a envoyée à l'Exposition, d'obtenir une grande puissance 
avec un minimum de matière. La disposition qu'il a suivie ne 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 235 

peut être mieux comparée qu'à deux machines de Wolf ré- 
unies, dans lesquelles on a supprimé l'un des petits cylin- 
dres. Pour que le petit cylindre puisse alimenter de vapeur 
chacun des grands, on donne à son piston une vitesse double 
de celle des grands pistons. C'est ce constructeur qui a par- 
tagé avec M. Farcot le prix de 10 000 fr. proposé par la 
Société d'encouragement. Nous croyons que la nouvelle dis- 
position ne sera pas adoptée par les industriels, et que M. Le- 
gavrian reviendra à la machine qui lui a valu une aussi haute 
distinction. 

A peu de distance de la machine de M. Legavrian , nous 
voyons la machine à vapeur de M. Trésel , de Saint-Quentin, 
qui n'a eu d'autre but, en exposant, que d'indiquer son sys- 
tème de détente. Le mécanisme en question, qui a paru à 
l'Exposition de 1849, présente les avantages suivants, sa- 
voir : de faire arriver la vapeur avec la tension qu'elle pos- 
sède dans la chaudière , d'opérer la détente à tous les points 
de la course, d'introduire la vapeur sur le piston par une 
ouverture complètement démasquée aux 7[100 de la course, 
et d'admettre le même volume de vapeur au-dessus qu'au- 
dessous du piston. 

Ces avantages sont obtenus au moyen de deux tiroirs : l'un 
de distribution et l'autre d'arrêt pour intercepter les passa- 
ges. Le premier se meut dans un cadre rectangulaire , et le 
second dans un cadre formé de quatre courbes. Il serait à dé- 
sirer que cette disposition, donnant d'excellents résultats, 
se répandît; car c'est la seule détente rationnelle qui ait été 
faite jusqu'à présent. 

M. Hermann a joint à son exposition de machines à fa- 
briquer le chocolat , une machine à vapeur à condensation 
et à détente variable par le modérateur, qui fait fonc- 
tionner une faible partie de l'arbre de transmission de 
mouvement. Le cylindre vertical est monté sur un enta- 
blement supporté par quatre colonnes. L'arbre à manivelle , 
placé près du sol , reçoit son mouvement de la part de la tige 
du piston , par l'intermédiaire d'une bielle ayant la forme 
d'un cadre, à l'un des angles duquel est articulée une trin^;le 
qui fait marcher le levier des pompes. L'avantage de cette 
disposition est d'avoir une bielle assez longue, sans trop 
élever le cylindre à vapeur au-dessus du sol. L'ensemble 



256 VISITE 

est compliqué, lorsque l'on veut fonctionner à condensa- 
tion. 

L'une des machines en mouvement , qui attire le plus l'at- 
tention des visiteurs, est celle de M. Flaud , de Paris. Elle 
se compose principalement de deux cylindres à vapeur avec 
pistons agissant, par l'intermédiaire de bielles, sur un arbre à 
manivelles coudées à angle droit. Les pièces qui la consti- 
tuent se retrouvent dans toutes les machines à vapeur; ce qui 
la distingue des autres, c'est qu'elle donne un plus grand 
nombre de coups de pistons; l'arbre à manivelles ne fait pas 
moins de 250 révolutions par minute. Le grand avantage de 
semblables machines est d'avoir des moteurs très-puissants 
sous un très-petit volume, et, par suite, à très-bas prix. 
Leur côté faible est de ne pas être d'un emploi économique, 
à cause du volume de vapeur compris entre le piston et le 
couvercle que l'on perd à chaque pulsation. M. Flaud a en- 
core deux autres machines verticales, appliquées l'une à la 
carde de M. Clénet, l'autre aux pompes de M. Delpech. Elles 
sont d'une simplicité remarquable et fonctionnent également 
avec une vitesse considérable. 

Machines à cylindres horizontaux. 

Parmi les machines verticales, nous n'en avons trouvé 
qu'une seule faisant marcher une petite partie de l'arbre de 
transmission de mouvement. Le reste de l'arbre, en ce qui 
concerne les machines françaises , fonctionne à l'aide de ma- 
chines horizontales que nous allons passer en revue. Quant à 
celles en repos ;, nous nous bornerons à examiner les princi- 
pales. 

En venant du côté de la place de la Concorde, c'est-à-dire 
en nous dirigeant vers l'ouest, nous arrivons d'abord à la 
machine à vapeur de MM. Révollier et Cie, de Saint-Étienne, 
qui présente plusieurs perfectionnements intéressants à faire 
connaître. Le plus important se trouve dans le mode de dis- 
tribution de la vapeur. Chaque extrémité du cylindre est 
munie d'une boîte à deux compartiments percés de deux ou- 
vertures circulaires servant, Tune à l'introduction, l'autre à 
la sortie de la vapeur. Ces ouvertures sont garnies de sou- 
papes, dites de Gornouailles , que l'on soulève à l'aide d'un 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 257 

effort très-peu considérable. Elles portent des tiges aboutis- 
sant aux extrémités d'un T qui reçoit son mouvement par 
l'intermédiaire d'une excentrique et d'une bielle. L'oscillation 
de ce T est telle que, lorsqu'on baisse l'une des soupapes, l'on 
soulève l'autre. L'avantage de cette disposition est de dimi- 
nuer la longueur des conduits d'arrivée de vapeur, de pou- 
voir soulever les soupapes sans faire éprouver de fatigue 
à la machine, et d'introduire presque instantanément le 
volume de vapeur nécessaire à chaque pulsation. Cette 
machine, construite pour le service d'extraction d'une mine, 
est à détente variable à la main , afin de pouvoir augmenter 
la puissance du moteur au fur et à mesure de l'approfondis- 
sement des travaux. 

Les coussinets des paliers qui portent l'arbre du volant 
sont en quatre parties, de façon à pouvoir les serrer horizon- 
talement et verticalement. C'est une disposition que l'on de- 
vrait introduire dans la construction de toutes les machines 
horizontales. 

La machine à vapeur de M. Bourdon est également à dé- 
tente et sans condensation. La détente de cette machine 
s'effectue d'une manière particulière; elle s'obtient au moyen 
d'une plaque appliquée contre le tiroir de distribution, que 
l'on règle à la main au moyen d'une came extérieure. Le cy- 
lindre à vapeur est entouré d'une chemise dans l'intérieur de 
laquelle on fait circuler un petit jet de vapeur que l'on prend 
sur le tuyau d'arrivée dans le voisinage delà boîte de distri- 
bution. Cette chemise est revêtue de bois afin d'empêcher 
autant que possible la déperdition de la chaleur. 

La machine de M. Farcot, qui vient ensuite , est une ma- 
chine de cinquante chevaux, à détente variable et à conden- 
sation. 

Le cylindre à vapeur est entouré de toutes parts par une 
couche de vapeur contenue dans un second cylindre que l'on 
enveloppe lui-même d'une couche de bois. 

La détente a lieu par l'intermédiaire du modérateur qui fait 
tourner, dans l'intérieur de la boîte de distribution, une came 
contre laquelle vient heurter une plaque poussée par la vapeur 
contre le tiroir de distribution. Suivant la position que cette 
plaque occupe la vapeur entre plus ou moins longtemps dans 
l'intérieur du cylindre. Cette disposition, qui fonctionne très- 
206 q 



258 VISITE 

bien quand elle est bien réglée, est malheureusement com- 
pliquée : il serait à désirer qu'on pût la simplifier. 

L'eau d'injection du condenseur ne se projette pas direc- 
tement sur la vapeur comme cela se pratique habituellement, 
elle traverse des tôles percées de trous qui sont placées pour 
retarder son arrivée et la transformer en pluie fine. Les 
pompes à air avec clapets en caoutchouc sont à double effet. 
Deux de ces clapets servent pour l'air et les deux autres 
pour l'eau. 

La dernière machine qui fait fonctionner la transmission 
est celle de l'école d'Angers qui a été construite pour une 
exploitation ardoisière des environs d'Angers. Cette machine 
exécutée avec assez de soin, à part l'arbre coudé qui laissée 
désirer, fonctionne aussi convenablement qu'on peut le désirer. 

En revenant sur nos pas , il nous reste à signaler un cer- 
tain nombre de machines horizontales en mouvement. Parmi 
celles-ci, nous trouvons les petites machines de M. Flaud, 
faisant marcher, l'une une pompe de M. Éloy, et l'autre une 
machine à faire les parquets de M. Sautreuil, de Fécamp. 

Ces machines, sont excessivement simples et fonctionnent 
à grande vitesse comme les machines verticales dont nous 
avons déjà parlé. Elles sont établies de façon à éviter les dé- 
rangements; l'on peut les employer en toute confiance dans 
un grand nombre de circonstances. 

M. Flaud a encore une machine à vapeur horizontale , dite 
petit cheval d'alimentation , elle est destinée à l'alimentation 
des chaudières à vapeur. La bielle ayant été remplacée par 
une coulisse, le volume de la machine est aussi réduit que 
possible. 

L'amélioration principale introduite par M. Flaud dans les. 
machines depuis l'exposition dernière consiste dans l'élargis- 
sement considérable qu'il a donné à toutes leurs parties frot- 
tantes. Sans modifier le frottement, il arrive de cette manière 
à éviter, en grande partie, la destruction des principaux or- 
ganes par l'use. 

M. Duvoir de Liancourt s'est proposé de construire des ma- 
chines à vapeur en supprimant les boîtes à étoupes des tiges 
de piston. 

Pour arriver à ce résultat , il s'est trouvé forcé d'employer 
dans chaque appareil deux cylindres , deux pistons et deux 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 259 

tiges. Dans cette machine , la vapeur n'agissant qu'à simple 
effet, l'on a presque doublé le volume nécessaire. L'on a en 
outre remplacé le frottement d'une tige de petit diamètre par 
celui d'un piston d'un diamètre beaucoup plus considérable. 
Quoique cette machine fonctionne facilement, nous ne voyons 
pas bien le progrès que l'auteur a voulu réaliser. Le seul 
avantage d'une semblable disposition , c'est que , les pistons 
étant visibles sur l'une des faces, il est facile d'apercevoir les 
fuites, quand elles se déclarent. 

En continuant l'examen des machines en mouvement, nous 
arrivons auprès des deux petites machines envoyées par l'École 
des arts et métiers de Châlons de la force de trois à quatre che- 
vaux chacune L'une d'elles met en mouvement le ventilateur 
de M. Lemielle, de Valenciennes, tandis que l'autre est attelée 
à rhydro-extracteur de M. Tulpin, de Rouen. Les dispositions 
de ces machines sont simples et bien choisies. L'exécution due 
à des élèves qui ont encore peu l'habitude du travail des 
pièces mécaniques est très-remarquable. 

Dans les machines à vapeur, surtout lorsqu'elles ont des 
dimensions très-considérables, la manœuvre du tiroir de dis- 
tribution est très -difficile , à cause de l'énorme pression 
exercée par la vapeur. M. Maldent, de Bordeaux, a exécuté 
une disposition qui répond assez bien au but qu'il s'est pro- 
posé. Le tiroir percé de deux ouvertures glisse à frottement 
doux entre la table des lumières du cylindre et une pièce 
tenue à distance fixe, portant des ouvertures pour l'introduc- 
tion et l'échappement de la vapeur. Les différentes surfaces 
rodées avec soin sont en contact tellement immédiat qu'il 
n'existe aucune fuite. 

L'encadrement de la boîte de tiroir étant supprimé , l'on 
peut vérifier les fuites et les réparer quand il s'en déclare. 

A peu près en face de cette machine l'on aperçoit une 
machine à vapeur de trente chevaux exposée par l'école 
d'Aix. Cette machine doit servir de moteur djms une garan- 
cerie. Pour indiquer le mode de transmission de mouvement, 
l'on a monté deux des différentes paires de meules qu'elle 
doit faire tourner. Cette école , d'une fondation plus récente 
que celles d'Angers et de Châlons , a su former des élèves 
assez habiles pour exécuter la machine que l'on voit dans 
l'Exposition. 



260 VISITE 

Les réservoirs d'eau servant à tout le service des machines 
et appareils en mouvement sont alimentés par des pompes 
que l'on fait marcher au moyen de deux machines à vapeur 
à détente variable et à condensation, construites par MM. Nep- 
veu et Cie. La variation de la détente s'obtient à l'aide de la 
coulisse Stephenson. Ces machines sont bien traitées et ne 
laissent rien à désirer. 

Une des heureuses applications de la vapeur comme force 
motrice consiste à employer le moteur destiné à un outil dé- 
terminé de manière à éviter autant que possible les transmis- 
sions lourdes ou compliquées. Nous en trouvons quelques 
exemples dans l'Exposition. 

MM. André Kœchlin, de Mulhouse, ont établi une machine 
à vapeur spéciale pour faire marcher leur belle machine à 
imprimer les étoffes. 

M>L Thomas et Laurens donnent directement le mouvement 
à un cylindre soufflant au moyen d'une machine à vapeur 
horizontale. Ils suppriment de la sorte les organes compliqués 
de transmission de mouvement dont on faisait autrefois usage. 

Les mines de Blanzy ont exposé un ventilateur à axe ver- 
tical et à ailes courbes que l'on fait tourner directement à 
l'aide d'une petite machine à vapeur horizontale. 

M. Gratiot, d'Essonne, a envoyé une pile à papier qui re- 
çoit son mouvement au moyen d'une machine à vapeur ap- 
pliquée contre la cuve de la pile. 

M. Voruz s'est borné à l'envoi de la cuve d'une pile à pa- 
pier qui est également conduite par un moteur spécial. 

Ces quelques applications suffisent pour faire comprendre le 
parti que l'industrie peut tirer de l'emploi des machines à 
vapeur agissant directement sur les machines et outils que 
l'on a besoin de mettre en mouvement. 

En outre de l'avantage qui résulte de la simplification des 
transmissions de mouvements, l'on est certain de ne jamais 
éprouver de cliômages, parce que, tandis qu'un moteur est 
en réparation , les autres continuent à effectuer leur travail. 

Les machines horizontales en repus sont assez nombreuses. 
Parmi les plus remarquables à citer, nous avons celles de 
MM Cail et Cie., de Paris. L'une d'elles est à détente sans 
condensation , et l'autre est à détente avec condensation. La 
pompe à air de cette dernière est également horizontale et 



A L'EXPOSITION UiNlVERSELLE. :261 

reçoit son mouvement par l'inlermédiaire d'un balancier. L'en- 
semble de ces machines est très-satisfaisant , tant sous le 
rapport des formes que sous celui de l'exécution. Elles ne 
renferment pas des dispositions nouvelles de nature à faire 
progresser l'industrie des moteurs à vapeur , mais les pièces 
dentelles sont composées sont si bien groupées, si bien agen- 
cées qu'elles échappent à toute critique. 

M. Farinaux, de Lille, expose une machine à vapeur hori- 
zontale du système de Wolf . à détente variable. Les deux 
cylindres sont fondus d'un même morceau , le petit cylindre 
seul est entouré d'une chemise. Une détente mise en mouve- 
ment par le modérateur est appliquée sur le petit cylindre. 
Elle se compose de deux glissières situées l'une en avant et 
l'autre en arrière du tiroir de distribution et reliées au mo- 
dérateur par l'intermédiaire de deux petites tiges. Quand le 
modérateur n'agit pas, la machine marche sans détente, 
mais, lorsque les boules s'écartent, les deux glissières vien- 
nent masquer en partie les orifices de distribution du cylindre 
à vapeur, et il y a détente. La détente est d'autant plus 
grande que les boules du modérateur sont plus écartées. 

Le condenseur est en avant des deux cylindres, ce qui né- 
cessite, pour transmettre le mouvement à la manivelle, l'em- 
ploi d'une énorme bielle à fourche qui n'est pas d'un bel 
effet. 

Dans cette machine, l'on a eu surtout en vue de mettre toutes 
les pièces aussi en évidence que possible ; c'est ce qui donne 
à l'appareil une complication plus apparente que réelle. 

MM. Tenbrinck et Dyckhoff, de Bar-le-Duc, ont envoyé à 
l'Exposition une machine à vapeur horizontale qui ne diffère 
des autres machines de même espèce que par le moyen qu'ils 
ont employé pour faire varier la détente. Elle a lieu à l'aide 
de roues dentées avec rochets , disposées de façon à tourner 
dans un sens ou dans l'autre, suivant que les boules du mo- 
dérateur s'élèvent ou s'abaissent. Par l'intermédiaire d'arbres 
et de roues d'angles, l'on parvient à augmenter ou à rétrécir 
les orifices du tiroir de distribution, et, par suite , à obtenir 
une détente variable- 

M. Frey expose une machine de 40 chevaux à détente va- 
riable. Pour diminuer l'usure du cylindre , la tige du piston 
traverse les deux couvercles qui ferment les extrémités, mais 



262 VISITE 

cette disposition n'est pas nouvelle. La détente est obtenue 
au moyen d'une came à courbes variables , montée sur l'arbre 
du modérateur. L'une des extrémités de la tige du tiroir porte 
un galet et l'autre est munie d'un petit piston qui force le 
galet à s'appuyer contre la came. L'on évite le choc qui a lieu 
lorsque le tiroir se ferme par un ressort. 

Pour terminer ce que nous avons à dire sur les machines à 
vapeur horizontales, nous citerons les noms de MM. Rouffet 
et Martin , de Paris, et M. MarioUe-Pingnet , de Saint-Quen- 
tin, qui ont exposé, les premiers des machines à détente sans 
condensation , et le dernier une machine à détente avec con- 
densation. Ces trois machines, qui ne présentent pas de dispo- 
sitions particulières , sont très-bien exécutées. 

Machines à vapeur oscillantes. 

La plus importante des machines oscillantes envoyées à 
l'Exposition est celle de M. Boyer, de Lille. Elle est à deux 
cylindres et à condensation. L'on reconnaît en la voyant l'ha- 
bile exécution de ce constructeur de premier ordre qui con- 
struit de si belles et si bonnes machines à balancier. Nous 
craignons cette fois que l'expérience ne réponde pas aux vues 
de l'auteur qui n'a eu d'autre but que de diminuer le prix de 
vente. 

M. Béchu a exposé une petite machine oscillante dans la- 
quelle la distribution de la vapeur a lieu au moyen de deux ti- 
roirs superposés. Le tiroir de distribution fixe est mû par un 
excentrique à cames qui démasque brusquement les orifices 
du cylindre. L'autre tiroir sert pour la détente que l'on rend 
variable à la main en diminuant sa course. 

La dernière machine oscillante que nous ayons à citer a été 
©nvoyée par l'association des tul listes de Saint-Pierre-lès- 
Galais. Cette petite machine sert à faire fonctionner le métier 
à tulles qu'ils ont exposé. 

Machines rotatives. 

L'Exposition française renferme très-peu de machines à va- 
peur rotatives. La seule qui mérite d'être mentionnée est celle 
de M. Moret, construite d'après les dispositions indiquées par 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 263 

M. Pecqueur. Elle se compose d'un bras ou piston se mou- 
vant circulairement dans l'intérieur d'une enveloppe annu- 
laire. La distribution s'opère au moyen de deux plaques ho- 
rizontales qui avancent et reculent dans un plan passant par 
l'axe de l'arbre. M. Moret a rendu ce système plus parfait en 
modifiant les presse-étoupes de l'arbre de transmission de 
mouvement. 

Machines à air et à vapeurs combinées. 

Les machines à air sont très-rares à TExposition, on ne 
peut citer que celle de M. Franchot. Ce moteur accomplit 
son action au moyen de réchauffement et du refroidissement 
subits de quatre masses d'air passant successivement d'une 
chambre chaude dans une chambre froide. L'exposant an- 
nonce une dépense d'un kilogramme de charbon par force de 
cheval et par heure. Il est douteux que l'on puisse obtenir un 
résultat semblable. 

M. Pascal, de Lyon, a exposé, sous la dénomination de mo- 
teur générateur à combustion comprimée, un appareil qui 
trouve parfaitement sa place à côté des machines à air. Il se 
compose de quatre parties bien distinctes : un foyer renfermé 
dans un récipient clos de toutes parts, une pompe à air, un 
cylindre à vapeur ordinaire avec sa boîte de distribution et 
une petite pompe alimentaire. On brûle le combustible dans 
le foyer avec le secours de la pompe à air, on produit au- 
dessus du foyer de la vapeur instantanée, on mélange les 
produits de la combustion avec la vapeur surchauffée et l'on 
envoie le tout dans le cylindre moteur. Il paraît que l'on ob- 
tient des résultats excessivement économiques, avec des ap- 
pareils de ce genre, mais jusqu'à présent l'inventeur s'est 
abstenu de les faire connaître. Il sera très-curieux de visiter 
le bateau portant un appareil moteur de ce système, qui doit 
venir se montrer sur la Seine, pendant la durée de l'Expo- 
sition. 

Les machines à vapeurs combinées de M. Du Tremblay ont 
abordé par une autre voie le problème de raïuélioration des 
machines à vapeur. Imaginez qu'on fasse rendre la vapeur 
d'échappement dans un vase métallique renfermant une très- 
grande quantité de tubes remplis d'éther ou de chloroforme, 



264 VISITE 

liquides qui se réduisent en vapeur à très-basse température ; 
l'eau, en se condensant dans ce vase, vaporisera une cer- 
taine quantité de ce liquide, qui pourra agir par sa force ex- 
pansive sur une nouvelle machine en tout semblable à la 
première; ce principe fécond permet d'utiliser une seconde 
fois la chaleur produite, mais il est nécessaire d'avoir dans ce 
second appareil des clôtures parfaites, si l'on ne veut avoir à 
craindre les fuites de ces vapeurs secondaires, très-facilement 
inflammables et d'ailleurs d'un prix élevé. 

Les applications déjà faites, par M. Du Tremblay, de son 
système ne laissent pas que d'avoir une assez grande impor- 
tance; on construit en ce moment de grandes machines de 
bateaux pour l'emploi des vapeurs combinées^ expression qui 
est vicieuse , en ce sens que les deux vapeurs sont toujours 
parfaitement isolées l'une de l'autre. 

La revue des machines françaises étant terminée, le visi- 
teur voudra bien nous permettre de le conduire dans les parties 
étrangères, où nous continuerons à observer le même ordre. 

Machines à cylindres verticaux. 

La première machine qui se présente lorsque l'on quitte les 
machines françaises, est celle de M. Schmid, de Vienne (Au- 
triche). Elle est établie d'après le système de Wolf sans double 
enveloppe ; la vapeur agit à haute pression dans le petit cy- 
lindre et se détend dans le grand. L'appareil étant de puis- 
sance moyenne, le balancier est supporté par des bâtis trian- 
gulaires reliés à l'aide d'entretoises. On ne rencontre aucune 
disposition nouvelle dans cette machine, mais on peut affir- 
mer que sa construction est très-soignée et ne laisse rien à 
désirer. 

En nous dirigeant du côté de Chaillot, nous arrivons 
auprès de la machine de MM. Van Vlissengen , Van Helle, 
Derosne, Cail et Cie, à Amsterdam (Hollande), qui fait partie 
d'un appareil à cuire le sucre dans le vide. Elle est à détente 
variable et à condensation. Dans les machines à balancier, 
on fait presque toujours usage du parallélogramme de Watt, 
pour que la tige du piston à vapeur se dirige verticalement; 
dans celle-ci, pour simplifier la construction, on a remplacé 
le parallélogramme par deux guides en fonte, dans lesquels 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 265 

glissent des coulisseaux. Des traverses relient les extrémités 
de ces guides aux sommets des supports du balancier. C'est la 
seule particularité saillante de cette machine qui est assez 
bien traitée. 

MM. Cail, Hallot et Cie, de Bruxelles (Belgique), nous pr^ 
sentent une machine motrice verticale, destinée à faire le vide 
dans un appareil à cuire le sucre. Ce système, plus ramassé 
que le précédent, est plus convenable pour le service auquel 
il est affecté. 

La plus belle machine à cylindre vertical que nous ayons 
à considérer à l'étranger est sans contredit celle de M. Fair- 
bairn, de Manchester (Angleterre). 

L'appareil qu'il a envoyé à l'Exposition, et qui fait marcher 
les machines de filature anglaises, se compose de deux ma- 
chines à colonnes du système connu vulgairement sous le 
nom de machine Fairbairn. Ces machines sont à détente fixe 
par recouvrement du tiroir et sans condensation. L'arbre à 
manivelles situées à angle droit, porte une roue dentée ser- 
vant à la fois de volant et de roue d'engrenage. Cette roue 
engrène avec un pignon monté sur l'arbre de transmission ; 
l'entente des dispositions et les soins apportés dans la con- 
struction font voir que l'on est en présence d'une maison de 
premier ordre. 

La machine à vapeur de MM. Neumann et Esser, d'Aix-la- 
Chapelle (Prusse), est à détente et sans condensation. Elle est 
formée d'un cylindre soutenu au-dessus du sol sur deux co- 
lonnes cannelées, d'une tige de piston agissant par l'intermé- 
diaire d'une bielle, sur un arbre à manivelle situé près du sol, 
et de deux excentriques circulaires servant, l'un au tiroir de 
distribution et l'autre à celui de détente. L'exécution de cette 
machine est très-satisfaisante ; s'il y avait une critique à 
faire, elle porterait sur l'ensemble du système, qui ne nous 
paraît pas présenter une grande solidité. 

En nous transportant à lextrémité de la galerie des ma- 
chines, nous nous trouvons en présence de la machine à va- 
peur à détente variable et sans condensation, de M. Bolinder, 
de Stockholm (Suède). Son cylindre est attaché sur le sol, et 
l'arbre a manivelle est élevé à une certaine hauteur. La plaque 
de fondation du cylindre et le support de l'arbre sont reliés 
par un bâti en fonte fixé contre un mur. Les guides delà tige 



^6 VISITE 

de piston sont attachés sur ce bâti et sont disposés de manière 
à pouvoir être rapprochés au fur et à mesure de l'usure. 
Les deux tiroirs destinés, l'un à la distribution fixe et l'autre 
à la détente, sont en avant du cylindre, et au lieu d'être 
mus par des excentriques sont mis en mouvement par une 
manivelle. La variation de la détente s'obtient au moyen 
d'une pièce à coulisse montée sur le bouton de manivelle. 
Dans les machines à détente , la mise en marche est quel- 
quefois difficile ; pour obvier à cet inconvénient, on remarque 
un robinet qui met en communication les deux boîtes à ti- 
roirs. La machine est munie de deux pompes alimentaires 
que l'on fait fonctionner par l'intermédiaire d'une bielle et 
d'un excentrique. Cette disposition permet de pouvoir faire 
marcher les pompes à la main, ce qui est très-commode dans 
bien des circonstances. Cette machine, parfaitement entendue 
dans son ensemble et dans ses détails, est exécutée d'une 
manière très-remarquable. 

La machine sphérique de M. Gray, de Londres (Angleterre), 
trouve sa place à côté des machines que nous examinons 
maintenant. Le piston de cette machine est demi-circulaire 
et reçoit de la part de la vapeur un mouvement oscillatoire 
qui lui fait décrire un arc d'une certaine amplitude à chaque 
oscillation. Le piston est attaché sur un arbre horizontal qui 
traverse deux boîtes à étoupes. L'une des extrémités de cet 
arbre porte un levier ou demi-balancier, qui transforme son 
mouvement de va-et-vient en un mouvement de rotation par 
l'intermédiaire d'une bielle et d'un arbre à manivelle. Cette 
machine, qui fonctionne régulièrement, fait mouvoir une 
partie de la transmission. 

Avant de clore la liste des machines à vapeur verticales, 
nous avons à indiquer les petites machines d'alimentation de 
M. Luschka, de Laibach (Autriche), et de MM. Schaëffer et 
Budenberg, de.Magdebourg (Saxe). Ces deux machines ont cela 
de remarquable, que la distribution a lieu directement sans 
l'emploi d'excentriques. 

Les tentatives que fait M. Siemens pour appliquer aux ma- 
chines à vapeur le système de régénération de la chaleur, au 
moyen des toiles métalliques d'Éricson , sont assurément plus 
rationnelles que celles entreprises dans la même direction sur 
l'air seul. Les expériences qui pourront être faites, à l'Expo- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 267 

sition même, sur la machine à trois cylindres de M. Siemens 
ne peuvent manquer de jeter un grand jonr sur cette question 
importante. 

Machines horizontales. 

La plus importante des machines horizontales que l'on 
trouve dans l'exposition étrangère est celle de M. Schmid , de 
Vienne, exposant dont il a été déjà question en parlant des 
machines verticales. Elle est destinée à faire marcher une 
pompe horizontale à double effet. Les pistons à vapeur et à 
eau sont fixés sur la même tige, et, afin de donner'moins de 
longueur possible à l'appareil, l'on a fait usage de deux 
bielles latérales. 

La forge impériale de Révitza expose une machine hori- 
zontale ayant à peu près les mêmes dimensions que celle de 
M. Schmid. Cette machine , beaucoup moins bien exécutée 
que la précédente, ne présente d'autre particularité que 
l'emploi de la coulisse de Stephenson, qui permet de varier 
la détente et de faire tourner l'arbre à manivelle dans les 
deux sens. 

MM.Cail, Hallot etCie, à Bruxelles, présentent une machine 
motrice horizontale mettant en mouvement une pompe à air 
et une pompe à eau pour le service d'un appareil à cuire le 
sucre. La disposition de cette machine présente beaucoup 
d'analogie avec les machines exposées par la maison Cail 
et Cie de Paris. 

La pompe d'Appold est mise en mouvement par la machine 
à vapeur de MM. Barrett, Exall et Andrewes , de Reading 
(Angleterre). Cette machine ne mériterait aucune mention 
spéciale si elle ne faisait pas marcher l'appareil qui fixe tant 
l'attention des visiteurs. 

M. Steenstrup, de Christiania (Norvège), a envoyé une pe- 
tite machine à vapeur de trois chevaux, dans laquelle tous les 
mouvements sont directs. La tige du piston se trouve à la fois 
guidée par une douille et par un support placé sous le point 
d'articulation de la bielle. Cette dernière disposition nous 
paraît complètement inutile dans un appareil d'une aussi 
faible puissance. L'on ne se sert pas d'excentrique pour 
transmettre le mouvement au tiroir, on fait usage d'une 



268 VISITE 

petite manivelle fixée sur le bouton de la grande manivelle. 
Cette petite machine est bien entendue et très-bien exécutée. 

Machines oscillantes, 

La machine de M. Lestor-Stordeur, d'Houdeng-Aimeries 
(Belgique), se compose de deux cylindres oscillants agissant, 
par l'intermédiaire des tiges de piston , sur deux manivelles 
situées à angle droit sur l'arbre de transmission de mouve- 
ment. La distribution de la vapeur s'effectue sans tiroir, au 
moyen d'ouvertures pratiquées dans les supports et les tou- 
rillons. C'est une disposition très-simple; mais elle occa- 
sionne une grande dépense de vapeur, à cause des fuites qui 
se manifestent après fort peu de temps de service, et dont on 
ne peut se rendre maître. 

En se dirigeant du rôté de Chaillot , l'on trouve la machine 
de M. Williams (Angleterre), qui fait marcher une partie de 
la transmission de mouvement. Elle oscille à la partie supé- 
rieure du cylindre sur un entablement supporté par quatre 
colonnes. Le tiroir de distribution , placé au-dessus du cou- 
vercle du cylindre, se meut à l'aide d'une coulisse, dont on 
varie l'inclinaison avec un levier mis à la disposition du con- 
ducteur de la machine. 

Dans le voisinage de la porte Chaillot, nous arrivons au- 
près de quatre machines envoyées par MM. Tousley et Reed, 
de New- York (États-Unis). L'une de ces machines est sans 
détente et sans condensation. Le principe de la disposition 
dont on a fait usage, est de pratiquer des ouvertures sur les 
conduits qui amènent la vapeur dans l'intérieur du cylindre 
et de la faire venir en même temps par des points diamétra- 
lement opposés, de manière à éviter les frottements produits 
par la pression de la vapeur. 

Les supports sur lesquels le cylindre oscille sont creux et 
partagés en deux parties égales par une cloison. La cliambre 
supérieure sert à l'introduction de la vapeur, et celle infé- 
rieure à l'échappement. Ces chambres, percées d'ouvertures 
latérales, sont mises successivement en communication avec 
le dessus et le dessous du piston. Chaque support est percé 
au centre d'une ouverture conique dans laquelle pénètre l'un 
des tourillons servant à l'oscillation du cylindre. Ces sup- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 269 

ports sont appliqués contre les surfaces frottantes au moyen 
de vis que l'on serre au fur et à mesure de l'usure. 

Les inventeurs se sont surtout appliqués à simplifier les 
dispositions des machines oscillantes. Ils y sont parvenus de 
la manière la plus heureuse, en supprimant les excentriques 
et les tiroirs, qui sont toujours gênants dans la construction 
des machines de cette espèce. 

La seconde machine , composée de deux cylindres accou- 
plés, esta détente et sans condensation. Lorsqu'elle marche 
à pleine vapeur, la distribution est absolument la même que 
dans la machine que nous venons de décrire; il n'en est plus 
de même quand elle fonctionne à détente. La disposition dont 
on se sert pour cela, se compose de deux anneaux placés à 
chaque extrémité des cylindres, ayant extérieurement le dia- 
mètre intérieur du cylindre. Ces anneaux portent deux tiges 
transversales traversant les couvercles. Quand on ne veut 
pas de détente, ils viennent se loger dans des cavités pra- 
tiquées dans les fonds, mais lorsqu'on désire de la détente, 
l'on s'arrange de façon à placer les anneaux devant les lu- 
mières du cylindre et à présenter un obstacle vis-à-vis les 
tiges qui glissent dans les couvercles. Plus cet arrêt se pré- 
sente vite, plus la détente a de durée. L'obstacle dont on fait 
usage est formé de deux bras montés sur un arbre que l'on 
manœuvre à la main. Pendant l'oscillation du cylindre, les 
tiges qui passent à travers les fonds viennent heurter les bras 
tenus dans la position que l'on désire; par suite les anneaux 
masquent les orifices d'introduction de la vapeur, et il y a 
détente. 

Cette machine présente une autre particularité : elle con- 
tient une valve creuse au moyen de laquelle on peut marcher 
dans les deux sens, régler la vitesse et arrêter le mouvement. 

La troisième machine, à cylindre oscillant, ressemble beau- 
coup à la première ; elle est seulement disposée de manière à 
faire trois mille tours par minute. 

La dernière machine ne devrait pas figurer parmi les ma- 
chines oscillantes; c'est un petit cheval d'alimentation à cy- 
lindre horizontal, dans lequel la pompe à eau est montée sur 
le prolongement de la tige du piston à vapeur. La distribution 
de vapeur a lieu directement, au moyen d'un bras monté sur 
la tige du piston, qui vient frapper deux arrêts fixés sur la 



270 VISITE 

tige du tiroir de distribution. Celte disposition n'est pas nou- 
velle , elle se retrouve dans les appareils alimentaires de 
MM. Penn et fils , de Londres. 

Les trois premières machines de MM. Tousley et Reed sont 
excessivement remarquables par suite des innovations qu'elles 
présentent; mais elles pèchent un peu sous le rapport des 
formes, qui sont loin d'être gracieuses. 

Machines rotatives. 

M. Guibal , de Mons (Belgique) , expose un appareil à dé- 
tente et à condensation , formé de deux machines rotatives. 
La vapeur agit à haute pression dans la première machine , et 
se détend dans la seconde. Chacune d'elles est composée d'un 
tambour dans lequel se meut un piston plan , incliné sur l'axe 
de l'arbre de transmission de mouvement. Les pistons, ne 
portant pas de garniture , ne peuvent s'opposer aux fuites qui 
doivent se manifester peu de temps après la mise en marche. 
Ce système, quoique fort simple, a selon nous peu d'avenir. 

Les étrangers , ainsi que les Français, ont fort peu de ma- 
chines rotatives; nous n'avons à citer que celles de MM. Wal- 
ker et Nicole, exposants anglais. 



Grues fixes. 

Parmi les divers engins servant à la manœuvre des far- 
deaux , l'Exposition ne nous présente guère que cinq ou six 
grues, lesquelles sont remarquables d'ailleurs par leur bonne 
exécution. 

La construction des grues a été, depuis dix ou douze années, 
tellement perfectionnée par la plupart des plus habiles con- 
structeurs, tant en France qu'en Angleterre, que les machines 
de ce genre, si l'on en excepte la grue hydraulique à trans- 
mission, de M. Vorutz, ne comportent aucune nouvelle com- 
binaison. 

Ce genre de machines se rencontre aujourd'hui dans toutes 
les industries, et chacun sait qu'elles servent à soulever et à 
manœuvrer de lourds fardeaux. C'est surtout depuis l'emploi 
des voitures locomotives que l'on s'est occupé de l'établisse- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 271 

ment de grues capables de soulever des poids de 30 000 et 
même de 40 000 kilogrammes. 

La grande grue exposée par les ateliers Gavé peut porter 
35 000 kilogrammes. C'est une- fort belle machine , montée 
avec tout le soin et la solidité qu'exigent ces sortes d'appareils. 
MM. Bourgougnon et Cie, successeurs de M. Gavé, ont conti- 
nué avec succès les divers genres de construction qui consti- 
tuaient la spécialité de cette importante usine. 

Outre les grandes machines à vapeur transatlantiques et ces 
lourdes pièces qui exigent un outillage de premier ordre , 
M. Gavé avait aussi toujours construit des grues d'une par- 
faite exécution. Ge qui distingue principalement celle exposée 
par M. Bourgougnon cette année , c'est la forme de l'arbre 
vertical dont la légèreté apparente n'exclut point la solidité , 
bien que l'appareil ne soit point double , ainsi qu'il arrive 
souvent dans les grues d'une grande puissance. 

La grue exposée au centre de l'Annexe par M. Vorutz aîné, 
constructeur à Nantes , présente une combinaison toute nou- 
velle et digne d'examen. 

Jusqu'à ce jour les grues étaient presque exclusivement 
manœuvrées par la force de l'homme appliquée à une mani- 
velle simple ou double; mais lorsque l'appareil doit fonction- 
ner d'une manière presque continue, cette manœuvre devient 
excessivement coûteuse. 

Le mouvement de rotation de l'arbre vertical qui porte le 
treuil de la machine devait nécessairement, sinon rendre dif- 
ficile, au moins compliquer l'application d'une force mécani- 
que. Aussi n'avait-on point encore eu recours à l'emploi régu- 
lier de la vapeur. 

M. Vorutz vient de combiner la force mécanique de la va- 
peur avec le principe de la presse hydraulique , et son appa- 
reil constitue une application remarquable de ce principe. 

L'arbre vertical renferme le corps d une presse hydrauli- 
que dont le piston est surmonté d'une crémaillère verticale 
qui met en jeu les engrenages du treuil , et la presse hy- 
draulique fonctionne elle-même par l'adjonction d'une petite 
machine à vapeur placée à telle distance qu'on voudra. Elle 
porte sur son bâti la pompe foulante, qui est mise en commu- 
nication avec le pied de la grue au moyen d'un petit tuyau 
d'un centimètre de diamètre et d'une Iongu<'ur quelconque. 



272 VISITE 

Le cadre trop restreint de notre compte rendu ne nous 
permet point d'entrer dans des détails de construction; nous 
nous bornerons à dire que cette ingénieuse combinaison est, 
sous tous les rapports, d'une fort belle exécution, et qu'elle 
témoigne de la sagacité de l'inventeur. 

Les grues de cette espèce qui ont figuré à l'Exposition de 
Londres et qui sont maintenant répandues dans plusieurs docks 
de l'Angleterre, alimentent d'une autre manière leurs presses 
hydrauliques. Une machine à vapeur, ou même une simple 
conduite, est chargée d'une manière continue de remplir d'eau 
un réservoir supérieur dans lequel une pression suffisante 
est au besoin maintenue; ce réservoir est mis en communica- 
tion avec la presse par un simple robinet qu'il suffit d'ouvrir 
ou de fermer pour obtenir le mouvement ou le repos. Les di- 
vers mouvements, celui du câble et celui de rotation de tout 
l'appareil , s'obtiennent ainsi dans le sens que l'on désire 
toutes les fois qu'il en est besoin , sans aucun arrêt dans le 
moteur principal. L'appareil de M. Vorutz est moins impor- 
tant, mais plus applicable au travail moins régulier que la 
plupart de nos grues ont à faire. 

Pompes. 

Les pompes que nous offre l'Exposition , si l'on en excepte 
la pompe d'Appold, ne sont remarquables que par leur bonne 
exécution et par quelques perfectionnements de détail, dus à 
l'emploi nouveau du caoutchouc. C'est donc sur ce point que 
nous appellerons plus particulièrement l'attention. 

Citons cependant de suite, comme objet curieux, une pompe 
rotative de M. Franchot, qui paraît avoir eu le premier l'idée 
du principe de l'appareil plus connu sous le nom de pompe 
Jobard; un galet décrivant une circonférence autour d'un 
arbre moteur comprime un tube en caoutchouc disposé circu- 
lairement ; par l'effet de cette compression qui suit la marche 
du galet , l'eau est aspirée et en même temps refoulée d'une 
manière continue. Cette disposition si simple fonctionne bien; 
si le caoutchouc s'use rapidement, il peut être facilement 
remplacé, et l'extrême simplicité de cet appareil permet de le 
recommander dans certains cas pour l'approvisionnement 
domestique. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. ^73 

Le même exposant exhibe une canne hydraulique pouvant 
élever l'eau à une grande hauteur, sans piston ni aucun mou- 
vement de rotation. Un tuyau en cuivre, vertical, tenu en 
suspension par un ressort, plonge au fond d'un puits et s'é- 
lève par sa partie supérieure au-dessus du sol, à la hauteur 
de quelques mètres ; il est muni inférieurement d'une bonne 
soupape. On peut , en appuyant avec la main sur le ressort, 
lui imprimer verticalement un petit mouvement rapide d'os- 
cillation ; l'eau contenue dans le tube reste presque immobile 
par suite de son inertie, et permet dès lors à l'eau du puits de 
soulever la soupape d'une hauteur égale à l'oscillation; c'est 
ainsi que cette eau , passant dans le tube et retenue par la 
soupape, s'élève, par une suite continue de petites secousses, 
jusqu'au sommet du tube. La simplicité de cet appareil le ren- 
dra utile dans bien des cas, et son prix, sans doute peu élevé, 
permettra d'en répandre l'usage dans l'agriculture ou la cul- 
ture des jardins. Il ne faudrait cependant pas espérer de son 
emploi un grand effet utile, le ressort n'ayant d'autre effet 
que de faciliter la manœuvre. 

M. Yarz, de Toulouse, expose une pompe qu'il appelle 
hydrodynamique, dont le principe est intéressant et dont une 
application en grand a été faite lors des fondations du pont de 
Londres ; cette machine n'est autre qu'une pompe de Vera 
modifiée. Imaginez une courroie sans fin en gutta- percha, dé- 
coupée à jour par des trous en furme de trèfles, et passant sur 
un cylindre horizontal qu'on a placé directement au-dessus 
du puits , à un mètre du sol ou davantage , suivant la hau- 
teur à laquelle on veut élever l'eau. La partie inférieure de la 
courroie plonge au fond du puits, et elle y est maintenue par 
un rouleau de tension fixé à demeure. Dès qu'on tourne le 
cylindre supérieur au moyeu d'une manivelle, la courroie suit 
le mouvement, et chacune de ses découpures , en venant suc- 
cessivement plonger au fond du puits, entraîne un peu d'eau 
nouvelle. Par l'effet de la capillarité et de l'attraction molé- 
culaire, qui la maintiennent attachée et suspendue à la cour- 
roie , une partie de cette eau parvient jusqu'au cylindre supé- 
rieur. A ce moment , soit par compression contre la surface 
cylindrique, soit par suite du mouvement circulaire, elle 
abandonne la courroie et retombe dans une auge disposée con- 
venablement pour la conduire dans le réservoir à alimenter. 
206 r 



274 VISITE 

La gutta -percha étant à peu près inaltérable dans l'eau, et 
ne subissant dans ce travail aucune usure sensible , l'appareil 
paraît devoir fonctionner bien des années sans aucun en- 
tretien. 

Celui qui est exposé peut, avec cinq courroies de cinq à six 
centimètres de largeur chacune, fournir 125 litres d'eau par 
minute. La seule nouveauté de cette machine consiste dans les 
découpures et le choix de la matière; en général, ces appa- 
reils ne donnent qu'un effet utile très-faible. 

Il en est presque toujours ainsi pour tous ces appareils siin- 
ples, que chaque exposition fait surgir et qui tournent toujours 
dans le même cercle. 

Passons maintenant à l'examen des pompes proprement 
dites , c'est-à-dire des machines à pistons et à clapets ; nous 
remarquons d'abord une petite pompe de M. Stolz fils, à deux 
corps et à deux pistons. Elle diffère des pompes ordinaires à 
double effet en ce qu'elle n'a plus besoin de clapet d'aspiration, 
et que l'un des deux pistons refoule l'eau dans la colonne d'as- 
cension, lorsque la tige monte ou descend. 

M. Letestu expose deux belles pompes à simple effet, 
qui élèvent ensemble, à 15 mètres de hauteur, '1250 litres 
d'eau par minute, qu'elles tirent de la Seine pour le service 
de la grande galerie des machines. Ses pompes à incendie , 
d'une exécution parfaite , sont remarquables par l'excellente 
disposition des clapets d'aspiration et d'ascension. Tous deux 
sont garnis en caoutchouc, ou plutôt d'un tissu de toile à 
plusieurs épaisseurs superposées, entre chacune desquelles 
alternent des rondelles de caoutchouc; le tout comprimé for- 
tement, de manière à ne former qu'une substance solide, com- 
pacte et élastique. 

M. Letestu emploie aussi des soupapes ayant la forme d'une 
pomme d'arrosoir , parfaitement libres sur leur siège et sans 
aucun guide; de telle sorte qu'elles retombent exactement et 
rapidement à leur place, quoique s'étant soulevées assez haut 
pour laisser passer les corps solides que l'eau entraîne avec 
elle dans les tuyaux d'aspiration. Elles sont chaussées d'un 
caoutchouc vulcanisé, qui épouse leur forme comme un man- 
chon , et les rend ainsi hermétiques , sans exposer le siège à 
aucune usure ou détérioration , comme avec les clapets mé- 
talliques. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 273 

M. Letestu préfère ce dispositif aux clapets sphériques; 
ceux-ci , dont le noyau est en fonte ou en grenaille de plomb, 
sont recouverts également d'.un caoutchouc vulcanisé , mais 
qu'il est impossible de couler sur le métal sans laisser exté- 
rieurement un léger bourrelet qui nuit à la fermeture du 
clapet, 

M. Nillus jeune , du Havre , expose une pompe du système 
dit des prêtres^ qui n'est remarquable que par sa bonne exé- 
cution. On l'emploie avec avantage pour la marine et pour 
des épuisements à de petites profondeurs. 

Les pompes à incendie de MM. Fiaud et Guérin, de Paris, 
sont excessivement commodes et parfaitement exécutées, mais 
elles ne présentent aucune innovation sérieuse. 

Enfin la grande pompe anglaise d'Appold mérite une men- 
tion particulière. 

Cette puissante machine , excellente pour élever l'eau à de 
petites hauteurs , convient surtout au dessèchement des ma- 
rais. Semblable, à peu près, au ventilateur tel que l'a proposé 
M. Combes, elle se compose d'un axe horizontal animé d'une 
très-grande vitesse de rotation , armé d'un certain nombre 
d'ailes courbes qui tournent dans un cylindre fermé ou tam- 
bour. Ce cylindre communique avec le réservoir inférieur au 
moyen d'un double tuyau d'aspiration qui part, à droite et à 
gauche, de son centre, et qui est surmonté d'un tuyau verti- 
cal formant la colonne d'ascension pour la conduite de l'eau 
dans un réservoir supérieur. Par le mouvement rapide des 
ailes, l'eau est aspirée et chassée avec énergie dans la colonne 
d'ascension qui lui offre un large débouché. Elle présente les 
avantages d'être d'un prix peu élevé , relativement au volume 
d'eau quelle débite; son seul inconvénient est d'exiger un 
mouvement rapide de rotation , qu'il n'est possible d'obtenir 
que par des transmissions compliquées; cette rapidité devant 
augmenter en même temps que la hauteur à laquelle on doit 
élever l'eau , cet appareil ne convient que pour de faibles élé- 
vations; mais, comme il ne contient aucun piston, aucune sou- 
pape, il n'est sujet à aucun dérangement. Cette machine est, 
sans contredit , parmi les pompes hydrauliques , ce que l'Ex- 
position nous présente de plus intéressant. 

La pompe de M. Lessertois est fondée sur le principe de 
celle d'Appold ; mais elle est moins parfaite que cette der- 



276 VISITE 

nière, l'aspiration ne s'y opérant que d'un seul côté. La ma- 
chine ne pourrait fournir, pour les mêmes dimensions, qu'une- 
quantité d'eau beaucoup moindre. 

Ventilateurs et souffleries. 

Les machines les plus importantes de la section qui nous 
occupe sont les machines à piston et les ventilateurs. 

Les machines à piston sont ordinairement composées d'un 
ou plusieurs cylindres en fonte dans lesquels se meuvent des 
pistons également en fonte, garnis de cuir. Les extrémités de 
chaque cylindre portent des clapets qui permettent l'entrée et 
la sortie de l'air. La tige de piston traverse le couvercle du 
cylindre et reçoit son mouvement soit directement, soit par 
l'intermédiaire d'un balancier. 

Les souffleries à piston que l'on rencontre à l'Exposition 
diffèrent beaucoup de la disposition généralement usitée, que 
nous venons de décrire sommairement. 

La machine soufflante la plus remarquable est sans contre- 
dit celle de MM. Thomas et Laurens , qui est mise en mouve- 
ment par une machine à vapeur horizontale, à détente et à 
condensation. Dans cet appareil, les clapets sont remplacés par 
un tiroir de distribution posé à découvert et pressé contre la 
table des lumières par des ressorts. L'air entre et sort absolu- 
ment de la même façon que la vapeur dans une machine à 
vapeur. Les avantages de cet appareil sont assez nom- 
breux ; il permet de marcher sans bruit avec une vitesse de 
150 coups doubles de piston par minute, de voir ce qui se 
passe dans l'intérieur du cylindre et dans la distribution, et de 
diminuer les chances de grippement du tiroir, parce qu'il n'est 
appuyé contre le cylindre que par une pression assez faible. 

La machine à vapeur qui donne le mouvement à la machine 
soufflante est établie de manière à pouvoir fonctionner à 
grande vitesse. Pour améliorer le vide du condenseur, l'injec- 
tion de l'eau froide a lieu aussi près que possible de l'échap- 
pement de la vapeur et l'eau arrive en pluie fine. 

Cet appareil, construit par M. Bourdon, avec beaucoup de 
soin, fonctionne à l'Exposition avec une grande régularité; les- 
machines de ce système sont appelées à se répandre dans tous 
les établissements où l'on a besoin d'air comprimé. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 277 

MM. Cail et Cie ont parmi les machines qui sortent de leurs 
ateliers une soufflerie établie d après le système de MM. Tho- 
mas et Laurens. Elle est construite plus solidement et pré- 
sente plus de sécurité que la première , qui laisse à désirer 
dans quelques-uns de ses détails. 

Antérieurement à la machine de MM. Thomas et Laurens, 
une disposition analogue avait été employée par MM. Schnei- 
der et Cie, du Creuset. 

La machine soufflante de MM. Vauthier et Gibour, de Di- 
jon, est composée d'un cylindre horizontal en fonte, fermé par 
deux fonds percés d'un grand nombre d ouvertures, recouvertes 
intérieurement d'une matière flexible. Ces ouvertures servent 
à l'introduction de lair, qui a lieu avec une contraction pres- 
que nulle. L'air sort du cylindre par l'intérieur de la tige du 
piston , qui est mise directement en mouvement au moyen 
d'une machine à vapeur horizontale. 

Les machines de ce système peuvent fonctionner avec une 
assez grande vitesse et fournissent une quantité d'air égale 
aux j^ du volume engendré par le piston. 

Cette disposition, quoique assez simple, ne vaut pas à beau- 
coup près les machines à tiroir. Elle n'est, selon nous, appli- 
cable qu'aux machines soufflantes d'une faible puissance. 

Un ventilateur se compose habituellement d'un tambour 
dans lequel se meuvent avec une grande vitesse plusieurs ailes 
attachées solidement sur un axe. L'dir entre au centre par 
deux ouvertures circulaires et sort, soit par la totalité de la 
circonférence, soit par un tuyau qui y prend naissance. 

Dans le premier cas, le ventilateur est aspirant, et dans le 
second , il est foulant. 

Lorsqu'on fait marcher les ailes, l'air qui les entoure tend , 
par l'effet de la force centrifuge, à s éloigner du centre et à se 
diriger vers la circonférence. Il se produit ainsi un courant 
d'air, qui est d'autant plus actif que la vitesse de rotation est 
plus grande. 

Les machines à piston servent dans les hauts fourneaux et 
dans toutes les applications où l'on a besoin d'air à une pres- 
sion élevée, tandis que les ventilateurs sont employés dans 
l'aérage des habitations , dans les forges et surtout dans les 
fonderies. 

M. le capitaine d'artillerie Orrlinaire de La Colonge, atta- 



278 VISITE 

ché à la poudrerie de Saint-Médard , près Bordeaux , a envoyé 
à l'Exposition universelle un ventilateur dans lequel il a suivi 
les proportions indiquées dans un mémoire qu'il a présenté, 
il y a quelques années, à l'Académie des sciences. 

Il est établi de façon à donner, avec une vitesse de 1260 
tours par minute, un volume de mille litres d'air par seconde 
sous une pression de 0"',135 d'eau , en exigeant une force mo- 
trice de 3 chevaux 6 dixièmes. 

Les expériences qui ont eu lieu récemment ont constaté 
que l'auteur ne s'était pas trompé dans ses prévisions, ce qui 
nous donne lieu d'espérer que nous ne tarderons pas à possé- 
der une théorie sur laquelle on pui?se compter. 

M. de La Colonge ne s'est pas appliqué à faire disparaître 
le bruit désagréable que l'on entend dans tous les ventila- 
teurs établis jusqu'à présent. D'autres constructeurs se sont 
occupés de cette question importante , entre autres M. Llyod , 
de Londres , qui a résolu la question de la manière la plus 
heureuse. Les palettes courbes de son ventilateur, qui a en- 
viron 1 mètre de diamètre , sont fixées solidement sur deux 
troncs de cônes opposés par leur partie concave. Les petites 
bases sont garnies de cercles en cuivre ayant intérieurement 
des diamètres égaux à ceux des entrées d'air des enveloppes. 
Comme dans les ventilateurs ordinaires, l'air entre par la 
partie centrale et sort par la circonférence. 

MM. Dubied et Ducommun , de Mulhouse, et Mou'Ssard , de 
Paris, ont apporté aux ventilateurs des modifications analo- 
gues qui doivent également faire disparaître le bruit. 

La société des mines de Blanzy expose un ventilateur des- 
tiné à renouveler l'air des galeries d'une houillère. Il est à 
axe vertical portant pour ailes des portions d'hélice. Ce venti- 
lateur est mis directement en mouvement par une petite ma- 
chine à vapeur. La disposition est simple et doit donner de 
bons résultats. 

Les ventilateurs qu'il nous reste à examiner s'éloignent 
sensiblement , sous le rapport du principe , de ceux que nous 
venons de passer en revue. 

Le ventilateur de M. Lemielle , de Valenciennes, se com- 
pose de deux cylindres excentrés, l'un, fixe, muni de deux ou- 
vertures servant à l'entrée et à la sortie de l'air, et l'autre, mo- 
bile garni de deux panneaux disposés de manière à empêcher 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 27t) 

la communication entre les deux ouvertures. Le cylindre fixe 
est extérieur et construit en maçonnerie ; celui mobile est in- 
térieur et formé de cercles à croisillons recouverts de madriers. 
Ce dernier porte deux faces planes, parallèles entre elles, sur 
lesquelles sont articulés deux panneaux mus par des tiges qui 
appuient constamment leurs extrémités contre la surface in- 
térieure du cylindre enveloppe. 

Les ventilateurs de ce système peuvent être à axe horizon- 
tal ou vertical. Dans le premier cas l'arbre est mis en mou- 
vement par une poulie, tandis que dans le second il est 
mû directement par une machine à vapeur horizontale. Les 
deux dispositions se trouvent à l'Exposition ; il n'y a que la 
première qui fonctionne. Les expériences n'ayant pas encore 
eu lieu , l'on ne peut pas affirmer que l'effet utile soit consi- 
dérable ; mais il y a lieu d'augurer favorablement. Dans ce sy- 
stème , la pression du vent est 5 ou 6 fois plus élevée que dans 
le ventilateur ordinaire ; c'est un avantage qu'on ne manquera 
pas d'utiliser dans bien des circonstances. 

Vient enfin le ventilateur pour l'aérage des mines, de M. Fa- 
bry, construit par M. Colson, à Haine-Saint-Pierre ( Belgique). 
Cet appareil se compose principalement de deux arbres hori- 
zontaux parallèles garnis de roues à trois palettes qui s'en- 
grènent et se meuvent dans deux coursiers cylindriques en 
maçonnerie. Le ventilateur dont il s'agit se place sur l'ori- 
fice du puits et peut à volonté aspirer ou refouler l'air sui- 
vant le sens dans lequel on fait tourner les roues. C'est une 
propriété excessivement précieuse dans les appareils de ce 
genre , ce qui fait que ce système est appelé à rendre d'im- 
menses services. Le mouvement des roues est obtenu de la 
manière la plus simple. Un cylindre à vapeur est disposé ver- 
ticalement entre les arbres, à égale distance des centres ; l'ex- 
trémité supérieure de la tige du piston porte une traverse aux 
extrémités de laquelle sont articulées deux bielles comman- 
dant deux manivelles fixées sur les arbres. Ces manivelles 
doivent être inclinées de telle façon , qu'elles fassent con- 
stamment le même angle avec l'horizontale passant par le 
centre des arbres. Avec une pareille disposition , la tige du 
piston à vapeur tend à s'élever et à s'abaisser verticalement ; 
il n'y a par conséquent pas besoin de se servir de guide , ce 
qui simplifie sensiblement la construction . 



280 VISITE 

Il est fâcheux que les limites étroites de notre compte 
rendu nous aient empêché d'entrer dans des développements 
plus étendus; nous espérons néanmoins que ces notions suf- 
fisent pour que le public puisse apprécier les améliorations 
sensibles que l'on a apportées dans la construction des ma- 
chines soufflantes , depuis un petit nombre d'années. 



CLASSE V. 

Mécanique spéciale et matériel des chemins de fer et des autres 
modes de transport. 

L'importance toujours croissante, et dont on ne peut pré- 
voir le terme, du trafic des chemins de fer, et son extension 
dans des proportions si considérables depuis une dizaine d'an- 
nées, se trouvent dignement représentées à l'Exposition uni- 
verselle de 1855, sous le rapport de l'engin principal de ce 
trafic, la locomotive. 

On ne compte pas moins de 22 locomotives dans la galerie 
des machines, et presque toutes sont remarquables par les 
tendances qu'elles dénotent dans l'esprit des ingénieurs. 

Mais avant d'examiner le point caractéristique de ces ten- 
dances dans chaque pays, il n'est pas inutile de donner une 
définition succincte et une description sommaire des princi- 
paux éléments qui composent la locomotive. 

Une machine locomotive qui n'est, à proprement parler, 
qu'une machine à vapeur attachée à sa chaudière, portée elle- 
même sur un train de roues, qui lui sert à la fois de support 
et de propulseur, est composée de trois appareils distincts : 
•1° le producteur de force ou chaudière, 2° le distributeur de 
force ou mécanisme, 3° Vutilisateur de la force ou le véhicule. 
La chaudière , destinée , comme tous les appareils de vapori- 
sation , à produire la plus grande quantité de vapeur, dans le 
temps le plus court , et avec le moins de dépense possible , se 
compose, à son tour, essentiellement, d'un foyer intérieur, de 
tubes conducteurs de l'air chaud, d'une boîte à fumée, récep- 
teur des gaz qui se dégagent de la combustion , d'une chemi- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 281 

née qui rejette ces gaz dans l'atsmosphère , de la chaudière 
proprement dite , vase métallique contenant l'eau et la va- 
peur. En outre des différentes pièces accessoires qui en font 
partie intégrante, telles que prise de vapeur, régulateur, sou- 
pape de sûreté, tube de niveau d'eau, robinet d'épreuve, sif- 
flet d'alarme, manomètre, trou d'homme, robinets réchauf- 
feurs, robinets de vidange, pompes alimentaires, cendrier. 

Le mécanisme, destiné à transmettre le mouvement au véhi- 
cule, doit consommer le moins de vapeur possible, en donnant 
le plus grand résultat utile. Il se compose des cylindres et de 
leur boîte de tiroir, dans lesquels se meuvent les pistons mu- 
nis de leur tige qui traverse le fonds du cylindre, en passant 
à travers une presse éloupe {stuffing box), fermant toute issue 
à la vapeur. La tige se termine par une tête (crosse ou co- 
quille) faite d'un bloc de métal carré, formant deux semelles 
qui glissent sur deux pièces en métal, fortement reliées au 
châssis, nommées glissières et qui servent à guider le mouve- 
ment alternatif de la tige du piston. Cette tête reçoit la petite 
tète de la bielle motrice, forte tige en fer forgé qui transmet 
le mouvement alternatif rectiligne du piston aux roues mo- 
trices, en le transformant en un mouvement circulaire con- 
tinu. Cette transformation se fait au moyen d'une manivelle 
portant un bouton pour recevoir la tète de la bielle. 

Pour que la transformation du mouvement alternatif recti- 
ligne en un mouvement circulaire ait lieu, il suffit que le 
rayon de la manivelle soit égal à la moitié de la course du pis- 
ton. Dans la machine locomotive , la manivelle est remplacée 
soit par un coude sur l'essieu moteur, soit par un bouton de 
manivelle fixé surun renflement du moyeudes roues motrices. 
Dans le premier cas. la machine a généralement des cylindres 
à l'intérieur des roues ; dans le second, elle les a à l'extérieur. 

L'essieu moteur, ainsi mis en fonction par le mouvement du 
piston, commande à son tour le tiroir d'introduction de va- 
peur dans les cylindres, au moyen d'une manivelle d'un petit 
rayon qui imprime au tiroir, au moyen d'une bielle, un mou- 
vement alternatif de va-et-vient. 

En pratique, la manivelle de distribution est remplacée par 
un excentrique, et la bielle prend alors le nom de barre d'ex- 
centrique. 

Deux excentriques pour chaque cylindre sont attachés à 



282 VISITE 

l'essieu moteur. Dans les anciennes machines , chaque barre 
d'excentrique se terminait par un V ou pied de biche, em- 
brassant , dans toutes les positions , le bouton placé à l'extré- 
mité inférieure du levier de distribution ; les deux barres d'ex- 
centriques, étant liées entre elles par une entretoise articulée, 
pouvaient être abaissées ou relevées par l'appareil de distri- 
bution de marche, de telle sorte que le mécanicien pouvait, à 
volonté, régler l'introduction de vapeur, de manière à obtenir 
lamarche en avant et la marche en arrière. M. Stephenson a rem- 
placé cette disposition par une coulisse en arc de cercle, qui réu- 
nit les extrémités des deux barres d'excentriques, et dans la^ 
quelle se trouve engagée à frottement la tête de la tige du 
tiroir. Cette coulisse porte le nom de son inventeur. On obtient, 
par le déplacement, en haut ou en bas, de cette coulisse, par rap^ 
port au bouton de la tige du tiroir, le changement d'introduction 
de vapeur, et , par conséquent , le changement de marche. Elle 
est, en outre, appliquée à produire la détente variable. Cette 
dernière disposition est maintenant la plus généralement adop- 
tée. Le déplacement de la coulisse s'obtient par un appareil 
dit de changement de marche, qu'il est inutile de décrire ici, 
et dont un des bouts se trouve à la portée de la main du mé- 
canicien. 

Un organe intermédiaire entre la chaudière et le méca- 
nisme est le tuyau d'échappement de la vapeur, dont les dis- 
positions varient suivant les constructeurs. Ce tuyau d'échap- 
pement est placé dans la boîte à fumée et aboutit à la base 
de la cheminée. On a profité de l'échappement de la vapeur 
pour activer le tirage de la cheminée , et maintenant on rend 
cet échappement variable en faisant varier la section de l'ori- 
fice qui livre passage à la vapeur. 

Le véhicule se compose du châssis ou bâti, cadre rectangu- 
laire dont les deux brancards ou longerons en fer plat, posés de 
champ, ou en bois armé de tôle, portent la chaudière, et dont 
les traverses d'avant et d'arrière, généralement en bois, ser- 
vent d'attache au crochet de traction, à la barre d'attelage, 
aux chaînes de sûreté et de guide, aux tampons de choc et 
d'écartement. Le châssis est relié aux roues, dont le nombre 
varie de quatre à huit, en s'appuyant au moyen des plaques 
de garde des ressorts de suspension et de la boîte à graisse sur 
la fusée des essieux. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 283 

Telles sont les dispositions généralement adoptées dans la 
construction des machines locomotives, dispositions qui, jus- 
qu'à ce jour, varient surtout dans leurs détails, mais non dans 
leur ensemble. 

Les besoins du trafic des chemins de fer ont donné nais- 
sance à trois classes de machines locomotives : 

i° Machines à voyageurs, à grande vitesse; 

2° Machines mixtes, à voyageurs ou à marchandises; 

3° Machines à marchandises, à petite vitesse, à très-grande 
force. 

Les machines à voyageurs se distinguent par l'indépen- 
dance des roues motrices et leur grand diamètre. 

Les machines mixtes ont, en général, quatre roues cou- 
plées, et leur diamètre moyen est de 1'",70. 

Les machines à marchandises ont, en f^énéral , six roues 
couplées, et leur diamètre ne dépasse guère 1™,50. 

Deux graves questions partagent les ingénieurs, tant en 
France qu'en Angleterre : ce sont celles relatives à la place 
des cylindres, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur du châssis, 
et au poids des machines, ainsi qu'à la répartition de ce poids. 
Depuis la facilité qu'on a obtenue de se procurer des essieux 
coudés de bonne qualité, on est généralement revenu aux cy- 
lindres intérieurs. Quant à la question du poids, quoique nous 
ayons, depuis dix ans déjà, des faits suffisants pour nous éclai- 
rer, la méthode de ces observations a été tellement différente 
pour chaque ingénieur, qu'il est difficile d'arriver à une opi- 
nion pratique basée sur l'expérience. On ne peut s'empêcher 
de regretter vivement ce manque d'ensemble dans la manière 
d'observer et de compter les dépenses du service de traction, 
en pensant aux immenses résultats pratiques qu'aurait pu 
donner un même mode d'observation. 

La tendance générale de l'Exposition française est de don- 
ner aux machines locomotives un poids considérable, réparti 
sur un grand nombre de paires de roues. Cette tendance , qui 
s'était déjà manifestée depuis plusieurs années, a donné heu 
en Allemagne au système Engerth, dont le caractère prin- 
cipal est la liaison du tender à la machine par une articu- 
lation qui sert à répartir le poids total sur les roues de la 
machine et du tender. En Angleterre , au contraire , quoique 
ce pays soit représenté à l'Exposition par un nombre insufïi- 



284 VISITE 

sant de locomotives pour pouvoir juger ses tendances, nous 
croyons qu'on revient aux machines légères. 

Dans la visite que nous faisons ci-après des machines 
exposées, nous avons considéré le tender comme partie in- 
dispensable de la machine et l'avons examiné en même temps 
qu'elle. 

Un fait bien remarquable à l'Exposition de 4 855, c'est la 
tendance presque générale pour les machines à vapeur fixes à 
adopter les machines à grande vitesse, avec les dispositions 
analogues à celles employées pour le mécanisme des locomo- 
tives. Ce fait et celui de l'emploi de l'acier pour remplacer les 
pièces principales des machines sont sans contredit les plus 
saillants de 1 Exposition et donneront d'ici â peu d'années des 
résultats inattendus. 



Machine à marchandises de M. Polonceau , construite dans les 
ateliers de la Compagnie d'Orléans, gare d'Ivry. B. 73. 

Cette machine, à six roues couplées, est à cylindres inté- 
rieurs inclinés vers l'essieu moteur; les tiroirs sont verticaux 
et placés sur le côté extérieur du cylindre et en dehors des 
roues; ils marchent par une distribution extérieure. Cette 
disposition est extrêmement heureuse parce qu'elle rend la 
réparation el l'entretien faciles et peu dispendieux. Nous ne 
doutons pas que, par la suite, elle ne soit plus généralement 
adoptée. 

Châssis. — Le châssis est extérieur aux roues et composé de 
deux longerons en fer forgé avec les plaques de garde venues 
de forge. 

Essieux. — Les trois essieux sont intercalés entre la boîte à 
feu et la boîte à fumée; celui du milieu est coudé et porte 
au dehors les boîtes à graisse, les excentriques de distribu- 
tion et la manivelle d'accouplement en fer forgé. Les mani- 
velles du milieu sont d'une seule pièce avec les poulies d'ex- 
centrique, elles relient, par des bielles d'accouplement les 
manivelles, rapportées également aux extrémités des essieux 
d'avant et d'arrière pour l'accouplement des roues. 

La charge sur ' ju moteur se trouve répartie en trois 
pomts de sa longueur par trois ressorts, dont deux supérieurs 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 285 

attachés sur les longerons, et un inférieur au milieu attaché 
à un longeron central fixé au-dessous de la chaudière sur les 
supports. 

Bielles. — Les bielles motrices sont à fourche à deux bran- 
ches parallèles , embrassant la coquille du piston et livrant 
passage au support des glissières. La grosse tête de bielle est 
à chape mobile avec coin de serrage à vis au lieu de cla- 
vettes. 

Distribution. — La distribution est à coulisse renversée; le 
relevage s'effectue sur le coulisseau, il est bien étudié et par- 
faitement exécuté. La coulisse double , dont la convexité est 
tournée vers l'essieu moteur, est suspendue par son milieu 
et oscille autour d'un point fixe pris sur le longeron. Le cou- 
lisseau , attaché à une grande bielle de tiroir, est mobile ver- 
ticalement dans la coulisse et manœuvré par l'arbre de rele- 
vage, quand on marche à petite introduction et qu'on change 
la marche. 

L'arbre de relevage est porté par trois supports ; les deux 
extrêmes sont fixés sur la barre d'écartement des plaques de 
garde, et celui du milieu au support des glissières, fixé lui- 
même au support d'avant, en tôle et cornière, de la partie 
cylindrique de la chaudière. 

Pompes. — Les pompes sont à petite course, fixées exté- 
rieurement sur les longerons; le plongeur est mû par une 
bielle fixée et articulée à l'arrière du collier d'excentrique de 
la marche en arrière. 

Prise de vapeur. — Le régulateur est placé dans une boîte 
à l'avant de la chaudière un peu en arrière de la cheminée. 

On a appliqué à cette machine la grille fumivore de 
M. Chobrzenski, qui a donné, dans des expériences faites au 
chemin d'Orléans, ^ 4|2 d'économie de houille rapportée 
à la dépense actuelle de coke. 

En résumé, cette machine est très-bien exécutée et établie 
avec soin; elle peut traîner, nous assure-t-on, en service or- 
dinaire, un train de 45 wagons chargés de 6000 kilogrammes. 

Voici les éléments que nous avons pu recueillir sur le but 
et sur la construction de cette machine. 

Elle a été exécutée en trois mois : commandée le 9 jan- 
vier 1855, elle a été terminée le iO avril. 

Les avantages qu'on a recherchés sont les suivants : 



286 VISITE 

1° Abord facile de toutes les pièces du mécanisme pour la 
visite, le nettoyage et l'entretien ; 

2° Augmentation des surfaces de frottement, obtenue par 
suite de l'espace réservé à chacune des pièces, et par consé- 
quent diminution de l'usure ; 

3° Abaissement du centre de gravité de la chaudière et al- 
longement de la cheminée. 
Les dimensions principales sont les suivantes : 

Surface de chauffe -1 ,34 mètres. 

Diamètre des cylindres 0,42 

Course des pistons 0,65 

Diamètre des roues 1,57 

La chaudière est timbrée à 8 atmosphères. 
Le poids de la machine est de 26 585 kilogrammes. 
Le poids de la machine chargée d'eau et de coke , 
30 950 kilogrammes. 

Les essieux d'avant portent 4 0184 kilog. 

du milieu Id 4 562 

— d'arrière Id i 184 



Ville de Genève : machine mixte construite dans les ateliers 
de M. André KœcMin. A 73. 

Cette machine a ses quatre roues d'arrière couplées; la 
bielle motrice se trouve en arrière de celle d'accouplement ; 
elle a ses cylindres extérieurs et horizontaux avec tiroirs 
intérieurs et verticaux. Elle est à détente variable. 

Châssis. — Il est composé de deux longerons en fer avec 
plaques de garde rapportées. 

Essieux. — Les trois essieux sont entre les boîtes à feu et à 
fumée. Celui du milieu est moteur; les roues du milieu et 
d'arrière^ à moyeux en fonte portent les boutons moteurs et 
d'accouplement. 

Cylindres et mouvement. — Les cylindres sont appliqués 
extérieurement aux longerons avec deux glissières à chaque 
cylindre, soutenues d'un bout sur le couvercle et de l'autre 
sur un support fixé au longeron. 

Distribution. — La distribution est faite par deux tiroirs 
à chaque cylindre au moyen de deux coulisses : l'une , ordi- 
naire, double, suspendue par son milieu à l'arbre de relevage ; 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 287 

l'autre, donnant le mouvement au premier tiroir, est articulée, 
par son extrémité supérieure, à un support boulonné à la chau- 
dière, l'autre extrémité est commandée par un bouton pris 
sur le collier d'excentrique de la marche ; la détente s'effectue, 
dans cette dernière coulisse, par le coulisseau qu'on abaisse 
ou qu'on lève au moyen d'un levier spécial qui se trouve à 
la portée du mécanicien. Chaque tige de tiroir passe dans un 
guide rond appliqué sur le longeron , celle qui prend son 
mouvement sur la coulisse ordinaire est assemblée au prolon- 
gement du coulisseau par un serrage fixé à clavette. 

La première coulisse améliore d'une manière sensible la 
distribution produite par la coulisse ordinaire, en rectifiant 
en partie ses inconvénients ; la détente n'est cependant pas 
parfaite; avec ce système, on n'obtient toujours qu'un rétré- 
cissement d'ouverture. Les guides des tiges de tiroir, étant 
ronds, sont moins coûteuses de contruction et d'un entretien 
plus facile. Quoique l'assemblage du prolongement du coulis- 
seau avec la tige de tiroir soit fixe et rende ainsi le tiroir 
plus long à régler , celte construction a l'avantage de dimi- 
nuer les chances de réparation. 

Foyer. — Le foyer est muni à la partie inférieure de bou- 
chons de lavage, bien disposés pour empêcher qu'il reste du 
tartre sur le cadre ou dans les entretoises. 

Prise de vapeur. — Le dôme de prise de vapeur se trouve à 
l'arrière un peu en avant de la boîte à fumée. 

Le mouvement de cette machine est très -bien fait, les 
pièces sont dégagées et les formes convenables; les surfaces 
de frottement sont larges, bien proportionnées; l'entretien 
et le graissage des pièces sont faciles à faire. Cette machine, 
tout en présentant un aspect de légèreté dans son ensemble , 
peut soulever facilement des trains très-chargés, sur des che- 
mins à fortes rampes, à une vitesse convenable. 

Machine à marchandises avec tender articulé à l'arrière (sys- 
tème Engerth), construite au Creusot par MM, Schneider et Gie. 
B 74. 

Le caractère distinctif du système Engerth est de reporter 
sur les roues du tender une partie du poids de la machine , 
afin d'obtenir une plus grande adhérence sans fatiguer la 



288 VISITE 

voie par une surcharge sur un même point. Cette répartition 
du poids se fait au moyen d'une articulation entre le tender 
et la machine , articulation surtout remarquable dans la 
machine du Creusot. Nous y reviendrons dans sa descrip- 
tion. 

La locomotive de MM. Schneider et Cie est à six paires de 
roues, dont les trois d'avant seulement sont couplées; les 
cylindres sont extérieurs, horizontaux avec tiroirs en dessus, 
inclinés vers l'essieu moteur. 

Distribution. — La distribution est extérieure avec coulisse, 
oscillant au moyen d'une bielle de suspension autour d'un 
point fixe, pris en dessous du tablier. Solidement maintenue 
en cet endroit, la coulisse po-te au milieu, pour la suspen- 
sion, des oreilles latérales qui permettent le passage à la four- 
chette de la bielle à tiroir qui embrasse le coulisseau. Celui-ci, 
fixé à l'extrémité d'une longue bielle de tiroir, est manœuvrée 
par l'arbre de relevage ou de changement de marche. 

Châssis. — Il y a deux châssis, l'un, celui de la machine 
proprement dite, est extérieur et composé de deux longerons 
avec plaques de garde et barres d'écartement découpées d'un 
seul morceau; l'autre, celui du tender, est extérieur et égale- 
ment composé de deux longerons évidés avec plaques de 
gardes et barres d'écartement. 

Essieux. — Les trois paires de roues couplées sont placées 
entre les boîtes à feu et à fumée; celle du milieu ne porte pas 
de boudin. L'essieu d'arrière est moteur; les roues sont à 
moyeu en fer forgé, qui porte les boutons moteurs et d'ac- 
couplement. Les bielles d'accouplement sont en dedans, contre 
les m.oyeux ; les bielles motrices au dehors, et semblables à 
celles des machines Crampton. 

Les boutons moteurs sont terminés par une manivelle por- 
tant les deux excentriques de la distribution qui se trouve à 
l'intérieur des glissières. 

Pompes. — Les pompes sont fixées de chaque côté contre le 
support des glissières ; le plongeur est mû par un bras de le- 
vier venu de forge avec la tige du piston. 

Prise de vapeur. — Le régulateur est à l'avant delà machine, 
et un tuyau d'admission pénétrant dans la base de la chemi- 
née et dans la boîte à fumée sert à distribuer la vapeur aux 
cylindres. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 289 

Grille. — La grille est mobile, e tse manœuvre du dessus du 
tablier. 

Tencler articulé. — Le tender est supporté par six roues, une 
paire à l'avant de la boîte à feu et les deux autres à l'ar- 
rière. 

Le châssis du tender extérieur aux roues est articulé et at- 
taché à l'avant du foyer qu'il entoure , au moyen d'une tra- 
verse horizontale solidement boulonnée aux extrémités avant 
des longerons. Un bouton d'articulation fixé dans cette tra- 
verse oscille et tourne dans le sens transversal de la voie, 
dans une armature en fer forgé solidement fixée contre les 
longerons intérieurs delà machine qu'elle entretoise; le jeu 
ménagé au-dessus et au-dessous de la traverse permet le dé- 
placement vertical de l'avant du tender, pendant qu'il oscille 
et tourne autour du bouton comme centre. 

Ce boulon , sorte de cheville ouvrière , lie le tender à la 
machine d'une manière intime , en permettant le déplacement 
latéral dans les petites courbes , et le déplacement vertical 
dans les inégalités de la voie. 

Le châssis du tender porte une partie du poids de la ma- 
chine qu'il distribue aux roues d'avant et du milieu de cet 
appareil. 

Cette répartition s'obtient au moyen d'un robuste support 
enfer forgé, rivé contre l'enveloppe de la boîle à feu, et 
portant une calotte hémisphérique emboîtée dans une glissière 
pouvant glisser en frottant par sa partie inférieure sur un 
patin horizontal en fer, fixé solidement sur le châssis du lon- 
geron du tender. Ce patin , entouré de rebords rapportés , 
forme réservoir d'huile de manière à baigner constamment 
le glissoir. Le mouvement du glissoir est celui que peut faire 
le tender en tournant latéralement autour de son centre d'ar- 
ticulation. 

Caisses. — La capacité destinée au coke se trouve au-des- 
sus du tablier du tender, et la caisse réservée à l'eau est au- 
dessous du tablier, dessus et entre les longerons extérieurs. 

Frein. — Le frein n'agit que sur les quatre roues d'arrière. 
Les quatre sabots, deux de chaque côté, sont suspendus et 
articulés par le milieu de leurs ferrures, ce qui leur permet 
de saisir et de frotter concentriquement les bandages , quelle 
que soit la hauteur du châssis ou de la machine par rapport 
20G * 



290 VISITE 

au centre des roues. Ou sait que cette hauteur varie suivant 
l'approvisionnement d'eau et de coke plus ou moins grand 
dans le tender et la machine. 

Ressorts de suspension. — Cette machine tender, quoi- 
que ayant douze roues, n'est supportée que par huit points : 
la machine en quatre points, et le tender également en quatre 
points. L'essieu du milieu et celui d'arrière, ou moteur de la 
machine, ont deux grands ressorts longitudinaux en com- 
mun ; les extrémités de ces ressorts pressent et appuient sur 
les boîtes à graisse du milieu et d'arrière d'un môme côté ; 
de cette façon le châssis de la machine ne porte que par 
deux points sur les quatre roues d'arrière et du milieu ; les 
quatre roues darrière du tender, qui supportent l'action du 
frein, sont chargées de même par deux grands ressorts lon- 
gitudinaux; la seule différence est que, pour la machine, les 
ressorts sont intérieurs aux longerons , et pour le tender ex- 
térieurs aux longerons. 

Au résumé , celte machine est un magnifique échantillon 
de la science d'exécution et de l'habileté que les ingénieurs du 
Creusotont mise à tirer parti du système Engerth dans tous 
les détails de construction. Elle fait le plus grand honneur aux 
considérables établissements de MM. Schneider et Cie. 
Voici les principales dimensions de celte machine : 

Surface de chauffe 4 61 "',130 

Diamètre des cylindres ,48 

Course des pistons ,64 

Diamètre des roues 1 ,30 

La chaudière est timbrée à huit atmosphères. 

Poids de la machine vide 35 500 kil, 

Poids du tender vide 13 000 

Poids total vide 48 500 

Poids de la machine pleine.- iO 800 kil. 

Poids du tender plein 21 300 

Poids total pleine 62 1 00 

Répartition des poids sur les essieux. 

Essieu d'avant de la machine. 12 000 kil. 

Essieu de milieu id * 12 000 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 291 

Essieu d'arrière de la machine 12 000 kil. 

Point d'appui du foyer sur longerons de 

tender " 4 800 

Essieu d avant-tender 4 300 

Essieu de milieu d'avant-tender 8 500 

Essieu d'arrière d'avant-tender 8 oOO 

U Duc de Brabant : Machine à marchandises (système Engerth) 
conslruite à Serang par MM. Cockerell. (P. 115\ 

Cette machine a douze roues : huit sont couplées, les quatre 
autres soutiennent le tender proprement dit. 

Les cylindres sont horizontaux, placés extérieurement, ainsi 
que le mouvement et la distribution. La boîte à feu entre dans 
l'avant du tender et forme corps avec ce dernier par une arti- 
culation à trois pivots, dont l'un est placé au-dessous de la 
chaudière, et les deux autres entre les longerons. Cette division 
en deux parties distinctes de la machine permet, comme 
dans la machine du Creuset, de franchir sans inconvénient 
les courbes de petit rayon. 

Mouvement. — Les cylindres sont horizontaux , avec tiroir 
incliné placé en dessus. La crosse à chape du piston, dans 
laquelle s'introduit la bielle que commande l'essieu de la 
troisième paire de roues, est maintenue par deu\ glissoirs. 

Distribution. — Les deux poulies d'excentriques sont en 
fonte, clavetées sur un tourillon cône, venu de forge avec la 
manivelle. La coulisse est simple , renversée et porte sur le 
côté deux oreilles dans lesquelles les tètes de barres d'excen- 
triques s'articulent. Elle pivote sur son milieu par un sup- 
port à tourillon, rapporté au moyen de deux rivets fraisés. Le 
point de relevage de la barre du coulisseau est très-jjrès de 
la coulisse, l'autre extrémité de cette barre commande le guide 
hexagonal par un bout de saillie, venu de forge sur ce der- 
nier. La tige du tiroir passant dans le milieu de ce guide s'y 
trouve boulonnée de chaque côté, et le guide glisse lui-même 
dans un support appliqué sur la face du longeron. 

Pompe. — La pompe, fixée sur le bout du support soute- 
nant les extrémités des glissières, est commandée par la crosse 
du piston portant une tète dans laquelle vient se fixer le bout 
du plongeur. 



292 VISITE 

Couplement. — Les trois premières roues sont couplées par 
une même bielle portant une articulation au milieu; la qua- 
trième paire est couplée à la troisième au moyen d'engrena- 
ges droits dont deux sont calés sur les essieux , et le troisième 
intermédiaire , fixé sur un arbre attaché à un châssis sup- 
portant le pivot , est boulonné aux longerons du tender dans 
lesquels se trouve maintenue la quatrième paire de roues. 
Ces trois engrenages sont en acier fondu et trempé. Les 
contre-poids des roues sont venus de forge avec les rayons. 

Suspension. — La charge supportée par les deuxième et 
troisième paires de roues se trouve transmise de chaque côté 
par un seul ressort dont chaque extrémité s'appuie sur les 
boîtes à graisse ; le collier porte à sa partie inférieure une tige 
passant dans l'entretoise des plaques de garde, à sa partie 
supérieure un œil dans lequel vient s'adapler une patte à 
teton fixée à la face extérieure du longeron- 
Foyer. — Le foyer est muni d'une grille fumivore à étages , 
dont l'introduction dans les machines locomotives est due à 
M. Chobrzenski, et permet l'emploi de la houille comme com- 
bustible, avantage considérable avec la disette ac'uelle du 
coke. 

Chaudière. — La chaudière produit une grande quantité 
de vapeur équivalente à la dépense des cylindres , elle a 
2351 tubes de 5'" de longueur, de 0,050 de diamètre intérieur. 

Tender. — Le tender peut recevoir une grande quantité de 
coke (au moins 3500 k,). La caisse à eau est en partie en 
dessous du parquet ; elle contient environ 10 mètres cubes 
d'eau. 

Frein. — Le frein agit dans l'intervalle des deux essieux 
d'arrière, et porte de chaque côté deux sabots mis en mouve- 
ment par des bielles inclinées au moyen d'une vis verticale; 
une barre d'écartement empêche les essieux de s'éloigner. Le 
frein est très-puissant et enraye les sabots très-promptement. 

Cette machine a fait le service entre Lille et Amiens pen- 
dant deux mois. 

Dans un voyage d'essai fait avant de l'envoyer à l'Exposi- 
tion , elle a donné les résultats suivants , en traînant 46 wa- 
gons chargés de houille et de coke , et pesant ensemble 
669 040 kilog. : la distance de 28 kilomètres a été franchie en 

h. 5 m. à l'aller, et en 4 h. 2 m. au retour. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 293 

Le temps accordé aux machines à marchandises à 6 roues 
couplées est 1 h. 15s., et elles remorquent en train normal 
30 wagons chargés de 10 tonnes, soit 420 tonnes : il y a donc, 
avec une vitesse plus grande, une différence de 249 tonnes en 
faveur de ces machines. C'est certainement, au point de vue 
de l'exploitation et du trafic, un avantage notable et une faci- 
lité de circulation considérable ; mais ce genre de machine 
demande un entretien considérable et très-dispendieux, et 
nécessite un matériel de plaques tournantes appropriées à leur 
poids, en même temps qu'elles fatiguent la voie dans une 
proportion notable; l'avenir seul pourra décider complètement 
la question. 

Nous croyons que cette tendance générale en France rers 
l'usage de machines d'un poids considérable provient plu- 
tôt de l'organisation des chemins de fer que de besoins réels , 
car elle ne répend pas du tout avec la voie, trop faible 
pour de semblables charges, que possèdent actuellement ces 
moyens de communication. Ne serait-ce pas à la division en 
deux services toujours distincts et souvent hostiles de la voie 
et de l'exploitation qu'elle est due ? 

La Gironde : Machine mixte construite par MM. E. Gouin et Cie. 

(A. 75). 

Cette machine porte son tender à l'arrière, ce qui permet 
de lui/ faire porter sa provision d'eau et de combustible, 
et supprime le poids mort en l'utilisant à augmenter la puis- 
sance ou force d'adhérence de la locomotive. 

(>ette disposition peut être bonne pour des machines des- 
tinées à des services spéciaux , tels que ceux des terrasse- 
ments, mines, etc. Elle ne nous paraît pas applicable sur une 
grande échelle sans de graves inconvénients, tels que de sur- 
charger l'essieu de l'arrière, d'augmenter le nombre des 
roues, d'obliger à des arrêts fréquents pour renouveler l'eau 
et le coke. 

Elle est bien exécutée , mais sa forme n'est pas satisfai- 
sante. 

Voici ses principales dimensions : 

Surface du foyer 8"', 86 

Surface des 180 tubes 97"\83 



294 VISITE 

Diamètre des cylindres 0"',42 

Course des pistons 0"',o6 

Diamètre des roues motrices.. 4 '",74 
Son poids est de 27 tonnes. 

L'Aigle : Machine à grande vitesse, système Blavier et Larpent, 
construite dans les ateliers de MM. Gouin et Cie. (D. 75.) 

Cette locomotive présente, comme caractère distinctif, la 
séparation de la chaudière en deux parties : l'une, placée au- 
dessous des essieux des roues motrices , est l'appareil généra- 
teur de vapeur; l'autre est un réservoir de vapeur qui se 
trouve placé au-dessus des mêmes essieux et en communi- 
cation avec la précédente par deux tubulures semblables à 
celles qui existent dans les chaudières à bouilleurs des ma- 
chines fixes. 

Les résultais qu'on a cherchés par cette nouvelle combinai- 
son nous paraissent les suivants : 

Avec deux roues d'un grand diamètre (2"", 80), le centre de 
gravité de tout le système se trouve aussi bas que possible, 
puisqu'il est au-dessous des essieux des grandes roues; de là 
doit résulter une grande stabilité dans la marche de cette 
machine aux plus grandes vitesses; d'autre part . par le cou- 
. plement des deux essieux, on obtient une adhérence suffi- 
sante pour remorquer, aux vitesses ordinaires, les trains les 
plus lourds sur des profils accidentés. 

La surface de chautîe est de '130 mètres carrés, les cylin- 
dres ont 0"',4o de diamètre et 0"',80 de course; la charge sur 
les essieux couplés est de 29 tonnes, en sorte qu'on a pu 
remorquer facilement, dit-on, sur la ligne de Paris à Chartres, 
qui a des rampes de 6 et 8 millim., des Irains de marchandises 
de 275 tonnes. 

Ainsi, cette machine semblerait permettre non-seulement 
d'atteindre pour les trains express des vitesses effectives de 
80 à 100 kilomètres, avec dimmution de chances de déraille- 
ment par suite de l'abaissement de son centre de gravité, 
mais encore de suffire à assurer le service des trains de mar- 
chandises sur la plupart des lignes de chemins de fer, lorsque 
la composition normale des trains ne dépasse pas 250 tonnes 
(28 ou 30 wagons chargés de 6 tonnes). 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 2^5 

Les expériences relatives à la consommation de cette ma- 
chine ont été, dit-on, satisfaisantes; il est à regretter vive- 
ment que la nécessité de l'envoyer a lExposition n'ait pas 
permis de recueillir des résultats assez complets pour être 
entièrement fixé à cet égard. 

On a pu seulement constater, dans les voyages d'essai, que 
la vapeur passe dans les cylindres dans un état de sécheresse 
remarquable, et que le tirage présentait une grande régula- 
rité due à la hauteur de la cheminée (environ 3'", 50), et que 
le foyer, d'une disposition spéciale, favorisait la combustion 
complète de l'oxyde de carbone dans la chambre de combus- 
tion. 

Si l'expérience vient confirmer les résultats que se sont 
proposés les inventeurs, ce ne sera pas un des moindres 
avantages de pouvoir réduire à un seul type , d'un poids mo- 
déré de 28 tonnes , le matériel des locomotives des chemins 
de fer, dont le trafic n'est pas trop considérable. 

Le mécanisme de cette locomotive est bien traité, il est fa- 
cile à entretenir et à visiter, et présente un aspect robuste 
que cette disposition a permis de lui donner. 

Nous ne témoignerons qu'un seul regret, qui peut-être ne 
se justifiera pas par l'expérience, c'est la faiblesse apparente 
des roues motrices, faisant craindre à première vue un flé- 
chissement qui pourrait donner lieu à de graves conséquen- 
ces, s'il existait. 

En tout cas, on ne saurait trop féliciter les auteurs de cet 
essai, qui peut conduire les locomotives dans une voie de 
progrès toute nouvelle. 

Ferrache : Machine à, voyageurs construite par UU. Cail et Cie. 
(P. 8;î.) 

Cette machine , remarquable échantillon de la fabrication 
de MM. Cad et Cie, a le singulier mérite de n'avoir pas été 
faite spécialement et soignée en vue de ITxposition. C'est 
une machine fort bien faite, semblable en tout à celles qui 
sortent journellement des ateliers de ces constructeurs , dont 
l'habileté et la bonne et consciencieuse exécution sont géné- 
ralement reconnues. 



296 VISITE 



Machine de M. Zaïiian-Sabatier et Cie , de Bruxelles. [P. Uô." 

Les cylindres et les mouvements se trouvent placés exté- 
rieurement, le tiroir est horizontal et au-dessus des cylindres. 

Distribution. — Les barres d'excentriques sont fixées à un 
très-grand coulisseau suspendu en son milieu par deux ju- 
melles reliées à l'arbre de relevage; il monte et descend dans 
une coulisse en deux morceaux , soudés chacun à un bout 
d'arbre horizontal et fermés à leurs extrémités par une entre- 
toise ; le tout formant arbre horizontal de renvoi avec cou- 
lisse tournant sur son axe; en relevant progressivement le 
coulisseau dans la coulisse, la course du tiroir augmente dans 
le même rapport. Le coulisseau étant très-long et demandant 
très-peu de parcours pour donner au tiroir les courses maxi- 
mum convenables pour la distribution, il tend moins à pren- 
dre du jeu que ceux des coulisses ordinaires. Le graissage se 
fait très-facilement par des évidements pratiqués dans son 
épaisseur; la coulisse est très -simple de construction et 
facile à entretenir. 

Longerons. — H y a un double longeron de chaque côté, 
garni de bois dans le milieu ; les plaques de garde sont sou- 
dées dessus : c'est l'annienne disposition abandonnée aujour- 
d'hui. 

Ressorts. — Chaque roue est munie d'un ressort de suspen- 
sion , ce sont les formes des anciens ressorts mal calculées 
et disproportionnées par rapport à la charge qu'ils suppor- 
tent. 

Sablière. — La sablière est placée sur le milieu du corps 
du cylindre de la chaudière, conduisant de chaque côté le 
sable sous les roues motrices par des tuyaux tournant gra- 
duellement à l'aide d'une tringle à poignée, placée à la por- 
tée du mécanicien, qui en accélère ou en ralentit le mouve- 
ment suivant la nécessité. 

Cette machine a 172 tubes de 4o "V" de diamètre intérieur 
et pèse 22 tonnes; elle peut remorquer des trains à voyageurs 
à raison de 50 à 60 kilomètres à l'heure, avec 15 wagons, 
sur des chemins qui ne présentent pas de fortes rampes. 



A L'EXPOSITION INIVERSELLf-:. 29" 



Machine à grande vitesse, construite par M. Borsig, de Berlin. 

Cette machine est à cylindre extérieur, avec des roues mo- 
trices de 2 mètres de diamètre appliquées au milieu des deux 
autres paires de roues. 

Mouvement. — Les bielles sont en acier fondu trempé, la 
petite tête est fixée à la crosse du piston par une traverse 
portant deux coulisseaux en fonte , lesquels glissent dans 
quatre glissières avec mises en acier. Ces glissières sont d'un 
bout appuyées sur les couvercles du cylindre, de l'autre sur 
un support fixé au longeron. Ce support est relié avec celui 
du côté opposé par une entretoise, ce qui rend les glissières 
parfaitement rigides et solidaires Tune de l'autre. 

Distribution. — Les coulisses sont placées intérieurement . 
elles sont simples, suspendues chacune par leur milieu, au 
moyen de deux jumelles prenant le levier de relevage; les 
barres d'excentriques sont d'une seule pièce avec le corps de 
l'excentrique, le prolongement du coulisseau est rond et passe 
dans un support appliqué intérieurement au longeron, la tige 
du tiroir est reliée à ce prolongement par un clavettage coni- 
que et un écrou ; par ce moyen on peut faire avancer ou re- 
culer le tiroir; les clavettages habituels n'ont pas cet avan- 
tage. 

Pompes. — Elles sont fixées sur le fond du foyer et reliées 
par une entretoise qui maintient leur écartement; elles se 
trouvent commandées par l'excentrique de la marche en ar- 
rière, par une bielle recourbée, passant en dessous de l'essieu 
moteur et boulonnée au collet du collier d'excentrique; le peu 
de distance qu'il y a entre la pompe et l'essieu moteur ne 
permettrait pas de les commander comme on le fait habitiiel- 
lement; les tuyaux d'aspiration et de refoulement n'otfrent 
aucun coude , c'est une très-bonne disposition qui empêche 
les pompes de perdre. 

Suspension. — Chaque roue porte son ressort de suspen- 
sion; ceux d'avant et du milieu sont reliés par un balancier 
articulant au longeron , ce qui fait que quel que soit le choc 
éprouvé par l'une ou par l'autre paire de roues , il" se trouve 
annulé en se portant sur l'autre ressort; c'est d'un grand 
avantage pour une machine à grande vitesse, parce que les 



298 VISITE 

secousses multipliées ne se font pas sentir sur le tablier et ne 
tendent pas à ébranler le mouvement. 

Fo?/er.— Le loyerest bien proportionnéà la surfacedechauffe 
et aux cylindres, la chaudière contient 156 tubes de 45 niil- 
lirn. de diamèîre intérieur, et d'environ 4"', 50 de longueur. 

Dans cette machine, les surfaces de frottement sont bien 
entendues; toutes les précautions sont prises pour un grais- 
sage facile, tout le travail est parfiiitement fait, très-soigné, 
et les pièces sont bien étudiées; l'entretien doit être presque 
nul, et, en tout cas, il est facile à faire et peu di^^pendieux. 
Cette machine étant très-légère ne tend pas à détruire la voie^ 
tout en pouvant remorquer des trains express assez forts à 
une très-grande vitesse sur des chemins à moyennes rampes. 

Tender. — Il est monté sur ses roues et peut contenir une 
grande quantité d'eau et de coke. Le frein enraye toutes les 
roues; chacune se trouve comprimée par deux sabots, ce qui 
ne tend pas à détruire le parallélisme des roues. Ce frein est 
très-puissant , mais il coûte fort cher d'établissement. 

Les ressorts de suspension sont encastrés dans les longe- 
rons, à l'endroit de la partie servant de plaque de garde. Ces 
vides ainsi faits augmentent la largeur des longerons et les 
rendent lourds d'aspect. L'emploi de six roues, dans ce cas, 
est un peu une exagération , car le tender ordinaire à quatre 
roues avec fusées convenables remplirait le même but. et coû- 
terait moins^cher. 

Trifclds : Machine à grande vitesse, sysLème Crampton, cunslruite 
à Essienger par M. Em. Ke^sler, (P. 12G.) 

Avant de décrire cette machine, quelques mots sont né- 
cessaires pour dire à nos lecteurs ce qu'est le système 
Crampton. 

L'habitude des chemins de fer et une sécurité assez com- 
plète, firent naître le besoin d'augmenter la vitesse. On ne 
pouvait arriver à cet accroissement de vitesse qu'en aug- 
mentant le diamètre des roues motrices, ce qui avait le 
grave inconvénient de trop élever le centre de gravité dans 
le système ordinaire. En 1849 ou 50, M. Crampton eut l'idée 
de placer les roues motrices tout a fait à l'arrière de la chau- 
dière; il se donnait ainsi la possibilité d'augmenter leur dia- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 21)9 

mètre autant qu'il le jugeait convenable. Ce changement en- 
traîna quelques dispositions nouvelles. 

Cette machine de M. Kessler a ses cylindres appliqués sur 
les longerons, entre les roues du milieu et celles d'avant; la 
bielle commande l'essieu d'arrière, la manivelle et les poulies 
d'excentrique sont d'un seul morceau calé en avant de la 
roue sur l'essieu , le tuyau d'échappement passe par-dessous 
la machine et traverse la boîte à fumée pour se rendre dans 
la cheminée. 

Distribution. — Le mouvement se trouve placé du côté du 
longeron, la coulisse est en deux morceaux, articulant par son 
milieu sur deux jumelles reliées à l'arbre de relevage. Le pro- 
longement du coulisseau est carré, passant dans deux guides 
appliqués sur les longerons, la tige du tiroir prend son mouve- 
ment sur ce prolongement entre les deux guides. Les guides 
carrés sont généralement abandonnés maintenant et sont rem- 
placés par des guides ronds moins coûteux. 

Régulateur. — Lerégulateur est placé verticalement et glisse 
dans un secteur juxtaposé à celui du changement de marche. 

La sablière est placée sur le tablier longitudinal près du 
garde-corps à la portée du mécanicien et n'offrant aucun 
obstacle pour la circulation sur le tablier. 

Plate- forme. — Les roues motrices passent à travers le tablier 
transversal; elles sont recouvertes, laissent entre elles un 
grand emplacement très-utile pour le service des mécani- 
ciens. 

Les pièces du mouvement , la distribution et les pompes sont 
toutes très-faciles de démontage et d'entretien , elles sont dé- 
gagées et en harmonie l'une avec l'autre, le travail est très- 
soigné et la machine a un aspect fort satisfaisant. 

Tender. — Le tender a six roues, chacune porte un ressort de 
suspension encastré dans les longerons, ces derniers sont en 
deux pièces garnis de bois dans leur intervalle. 

Boîtes à graisse. — Les boîtes à graisse peuvent recevoir une 
grande quantité de graisse, la partie de devant s'ouvre à vo- 
lonté et permet de visiter la fusée et de vider le dessous des 
boîtes. 

Caisse à eau. — La caisse à eau est en partie en dessous du 
parquet, elle peut contenir un grand volume d'eau, et l'empla- 
cement du coke est aussi très-vaste. 



;iOO VISITE 

Ce système a l'avantage d'abaisser le centre de gravité et de 
rendre ainsi la stabilité plus grande. 

Frein. — Le frein enraye les six roues à la fois, chacune par 
deux sabots qui les compriment , le parallélisme se trouve ainsi 
maintenu. 

Prise d'eau. — !La prise d'eau se fait par un robinet avec ca- 
dran choisi pour connaître le degré d'ouverture. L'emploi d'un 
robinet est plus simple que le clapet actuel , mais peut-être 
conserve-t-il moins bien l'eau. Ce tender est très-léger, d'une 
bonne forme, appropriée à celle de la machine. 

Emperor : machine à voyageurs construite par M. Stephenson. 
(D. 141.] 

Cette machine est extrêmement intéressante, non pas sous 
le rapport de la nouveauté, mais parce qu'elle présente et 
résume, sans doute, les derniers perfectionnements et l'opinion 
de l'habile ingénieur qui l'a construite. 

Elle porte ses cylindres et son mouvement à l'intérieur, les 
roues motrices sont au milieu. 

Cylindres et mouvement. — Les cylindres sont réunis et fixés 
aux longerons; les tiroirs sont verticaux, et communiquent 
dans la iiiême boîte à vapeur. La petite tête de bielle porte 
une traverse qui passe à chaque bout dans un coulisseau 
glissant dans deux glissières soutenues d'un bout au cou- 
vercle du cylindre, de l'autre, à une entretoise qui relie les 
longerons ; cette entretoise servant de support au corps cy- 
lindrique. 

Distribution. — La coulisse est simple ; deux jumelles la re- 
lèvent par sa partie supérieure; le même boulon d'attache 
prendl'œil de la barre d'excentrique de la marche en avant; 
le coulisseau est fixé à deux autres jumelles dont l'une des 
extrémités donne le mouvement à la tige du tiroir, par l'in- 
termédiaire d'une bielle clavelée dessous ; l'autre extrémité est 
suspendue à une petite bielle qui s'articule à un support bou- 
lonné à l'entretoise des longerons. 

Celte disposition a l'avantage de soulager d'une manière 
très-notable la perturbation qui a lieu sur le coulisseau, et de 
lui faire prendre beaucoup moins de jeu. 

Pompes. — Elles sont appliquées sur la face de la boîte à feu : 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 301 

Commandées par deux tiges recourbées; elles embrassent 
l'essieu moteur, et prennent de l'autre bout le collier d'excen- 
trique de la marche en arrière; cette disposition ne pourrait 
pas être évitée à cause du peu d'espace qui existe entre la 
boîte à feu et l'essieu moteur. 

Suspension. — Chaque roue a son ressort de suspension placé 
au-dessus des longerons. 

Longerons. — lis sont doubles et garnis de bois à l'intérieur. 
La machine peut remorquer des trains, de 50 à 60 kilomètres 
à l'heure, avec une forte charge. 

Peut-être peut-on reprocher à ce système l'inconvénient de 
donner lieu à un grand entretien , de rendre la visite, le net- 
toyage et le graissage difficiles. 

L'exposition de M. Stephenson prouve qu'il n'a dévié en 
aucun point de son ancien système; on y retrouve exacte- 
ment les mêmes dispositions que celles existantes dans ses 
anciennes machines. 

Ce fait est très-remarquable et il se reproduit pour les che- 
mins de fer français, sur le chemin de fer de Rouen qui de- 
puis son origine a conservé les mêmes types de machines et 
a satisfait aux exigences d'un service important. 

L'Angleterre nous a envoyé, en outre, une machine de 
M. Firbairn, qui n'a d'autre intérêt que d'avoir été construite 
dans les ateliers de cet habile constructeur ; une seule parti- 
cularité est à remarquer : sa suspension sur des ressorts en 
caoutchouc. 

Elle a aussi exposé, pour représenter le système Crampton, 
une machine construite en France dans les ateliers de 
MM. Cail et Cie. La compagnie du Nord , à qui elle appar- 
tient, a eu l'heureuse idée d'y afficher son parcours total, 
soit 269 045 kilomètres, depuis le mois de mai 18*9 au 
1" juin 1855. C'est le plus bel éloge qu'on puisse faire de cet 
engin, et la compagnie du Nord aurait su joindre à ce rensei- 
gnement la vitesse moyenne de ce parcours , le prix moyen 
de l'entretien et de la dépense de combustible, afin d'initier 
autant que possible le public aux dépenses que nécessitent 
ces puissants engins. 

On remarque encore, dans l'Annexe, d'autres machines que 
nous aurions désiré examiner, quoique, à vrai dire, elles n'of- 
frent rien de saillant, que quelques particularités de détail 



302 VISITE 

insignifiantes au point de vue général. Le reste du matériel 
roulant des ciieniins de fer, représenté par un petit nombre 
de véhicules, compte quelques voitures et quelques wagons. 

Nous dirons seulement quelques mots de ceux de la Bel- 
gique et de la Suisse, qui présentent quelques particularités 
intéressantes. 

Le wagon à voyageurs , qu'expose la première de ces con- 
trées, est une élégante voiture de première classe qui ap- 
partient au chemin de fer de Luxembourg et qui est con- 
struite par M. Pauwells de Bruxelles. La caisse est assez 
haute pour que les voyageurs puissent se tenir debout dans 
les trois compartimenis, parmi lesquels celui du milieu est 
plus vaste que les autres ; chaque compartiment contient 
quatre fauteuils qui peuvent être transformés en couchers et 
qui donnent à cette voiture un confortable tout spécial. 

Le wagon suisse, d'une longueur de quatorze mètres, est 
divisé en chambres qui communiquent entre elles par un 
couloir longitudinal. Celle voilure , destinée aux chemins de 
fer de l'Amérique, est très-élégamment meublée ; une dispo- 
sition particulière des trains rend possible cette longueur ex- 
ceptionnelle, même dans les coudes. 

Le wagon à marchandises exposé par M. Colson présente 
une disposition toute nouvelle qui pourrait le faire désigner 
sous le nom de wagon roulant. Ce sont en effet deux cylindres 
garnisde bandages circulairesqui roulent à la manière ordinaire 
sur la voie ; les cylindres sont munis de trappes au moyen des- 
quelles s'opèrent le chargement et le déchargement des maté- 
riaux en vrague que cet appareil doit Iransporler. On prétend 
que pour les longs parcours celle disposition, quiabaisseautant 
que possible le centre de gravité , et qui permet de diminuer 
le poids mort, demande même pour les houilles un chargement 
très-coùteux et très-soigné, pour peu que l'on veuille éviter la 
pulvérisation de la matière ; une cloison diamétrale, soli- 
daire avec l'essieu fixe, ,tend au reste à diminuer cet inconvé- 
nient, en immobilisant la charge pendant que le cylindre seul 
tourne autour d'elle. 

Un wagon en fer, par M. Nepveu et Cie, présente un mode 
nouveau de construction. Le châssis, entièrement établi avec 
les fers du commerce, dénote la tendance actuelle de l'indu- 
strie, et réalise une diminution notable dans le poids de la voi- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 303 

ture, si on le compare à celui des constructions ordinaires en 
bois. Cette disposition ne peut manquer d'avojr de l'avenir. 

Carrosserie. 

La carrosserie compte, à l'Exposition , 76 exposants, dont 
33 Français, 14 Anglais, 5 Belges, 5 Autrichiens, 3 des Pays- 
Bas, \ des États sardes, 2 du Canada, 4 Suédois, 5 Norvé- 
giens, 1 Mexicain et enfin 1 Ilambourgeois. Leurs produits 
sont au nombre de 87, comportant : 5 voitures de gala, 1 ber- 
line, Sllandeaux, 2o calèches, 10 coupés, 7 américaines, 6 phaé- 
tons, 5 Victoria, 3 cabriolets à quatre roues, 2 tilburys, 
2 voitures de chasse, 2 breeck, 4-dog-cait, 1 cab, 1 char à 
bancs, 1 omnibus, 3 voitures de fantaisie, 3 véhicules dont 
l'usage est spécial au pays de provenance, et enfin 3 traîneaux. 

Il est à remarquer que les spécimens envoyés par les qua- 
tre premières nations se rapprochent pour la pl-jpart des for- 
mes adoptées en France , et que les différences que l'on re- 
marquait autrefois à cet égard ont presque complètement 
disparu 5 il est certain qu'en imitant les formes françaises 
les produits de nos voisins ont beaucoup gagné en légèreté et 
élégance. Il est juste cependant de dire que ce progrès paraît 
moins sensible chez l'Autriche, car si une ou deux de ses voi- 
tures sont construites avec légèreté, la plupart ont conservé 
la lourdeur et les formes disgracieuses de l'ancienne carrosse- 
rie. Ainsi , il existe certainement une différence très-marquée 
sous le rapport du goût entre la voiture d'apparat du maire 
de Vienne, de MM. Laurenzi etCie, et les voitures d'ap- 
parat exposées par MM. Clochez, Leclerc . de Paris , et Goner 
frères, de Bruxelles. Autant cette dernière est légère, gra- 
cieuse de forme et flatte l'œil par l'heureuse disposition de ses 
ornements, autant la première, qui lui est certes supéiieure 
comme richesse de détail, choque le regard par le mauvais 
goût de ses décorations et la lourdeur de la galerie qui la sur- 
monte : ce couronnement peut avoir son mérite, mais il se- 
rait mieux placé sur un autel que sur une voiture. 

Le royaume des Pays-Bas est plus exempt des reproches 
que nous faisons à l'Autriche, et nous devons reconnaître que 
la carrosserie de MM. Hermann et Cieest bien traitée. 

Il est pénible , à côté des efforts tentés par les autres con- 



304 VISITE 

trées, d'avoir à constater l'absence complète de la Prusse. 
Nous savons cependant que les fabricants de cette nation ne 
peuvent pas être taxés d'impuissance et que les produits de 
Berlin et de Magdebourg peuvent facilement soutenir la com- 
paraison avec ceux des autres puissances de l'Europe; nous 
ne savons donc quelle peut être la cause de cette fâcheuse 
abstention de la Prusse, et nous devons d'autant plus la re- 
gretter que cette nation n'a rien épargné pour être dignement 
représentée, dans toutes les autres branches, au concours uni- 
versel de l'industrie. 

Le Canada, mieux inspiré, ne s'est pas effrayé des distances; 
cette colonie n'a pas craint d'affronter la lutte, et nous nous 
plaisons à reconnaître que, malgré ce que peuvent avoir d'é- 
trange pour nous certains détails auxquels nous ne sommes 
pas habitués, les voitures exposées par MM. Clovis Leduc de 
Montréal et Edouard Gingras, de Québec, ne manquent ni de 
fini, ni de goût, et réunissent ce que l'on recherche ordinaire 
ment, la solidité et la légèreté. 

En chargeant M. Wilson , de Mexico, de nous envoyer un 
spécimen de sa fabrication , la république mexicaine a voulu 
nous prouver les efforts faits par elle pour se mettre à la hau- 
teur de l'industrie européenne; quoique un peu lourde, la ca- 
lèche exposée par ce fabricant est très-soignée dans tous ses 
détails, et peut être mise avec avantage en comparaison avec 
celles de ses confrères d'Europe. 

Ce coup d'oeil jeté sur l'ensemble des produits de la carros- 
serie, il ne nous reste plus qu'à signaler ceux qui ont le plus 
particulièrement fixé notre attention. 

Rendons-nous d'abord dans la tente dont l'entrée fait face à 
l'avenue d'Antin. 

La première voiture qui frappe nos regards est une voiture 
de chasse complètement construite en fer poli de M. Clovis 
Dumont, d'Abbeville; elle est d'une exécution remarquable, 
tous les détails en sont très-soignés, et, quoique le bois 
soitpartout remplacé par le fer, elle nous a paru très-légère, et 
cet essai de M. Clovis Dumont nous semble devoir être cou- 
ronné de succès. 

Trois autres breeck sont exposés par MM. Delongueil, Gra- 
vier, de Valenciennes, et Mulhbacher frères. Ces voitures réu- 
nissent, aux commodités que l'on recherche généralement 



A L'EXPOSITION LiNiVEKSELLE. 305 

dans ce genre de véhicules, l'élégance de formes et la solidité. 
Celle exposée par M. Delongneil nous a paru surtout parfaite- 
ment conçue dans tous ses détails. 

La carrosserie de luxe se trouve principalement représentée 
pour la France par MM. Clochez et Leclerc , de Paris. Les 
deux voitures envoyées par M. Clochez pèchent, selon nous, 
par la profusion de sculpture et le bariolage d'ornementation 
qui produisent un effet de très-mauvais goût. Nous préférons 
la calèche de M. Leclerc, qui , quoique encore un peu chargée 
d'ornements de bronze, nous a paru plus digne de fixer l'at- 
tention. ^L Leclerc présente, du reste, une idée neuve qui 
pourra peut-être produire de bons résultats dans l'avenir : 
son système consiste à recouvrir extérieurement chaque pan- 
neau d'une glace, de sorte que la peinture ou la garniture ex- 
terne, se trouvant complètement garantie, n'est plus exposée 
à être endommagée par la pluie ou la boue. Si, comme nous 
l'a affirmé M. Leclerc, il peut éviter que l'eau ne s'introduise 
entre la glace et le bois, il y aura un grand avantage à adop- 
ter son système pour toute espèce de voiture, car la peinture 
extérieure est ce qui souffre le plus et se détériore le plus 
vite. 

Les voitures de ville sont naturellement en plus grand nom- 
bre que les voitures de gala, et ce genre est, eu général, bien 
traité ; elles présentent plus de goût et d'harmonie dans tou- 
tes les parties ; 'et , pour notre compte, nous avouons que 
nous préférons la sévère simplicité des calèches exposées par 
MM. Lelorieux et Dunaime au luxe de celles de M. Clochez. 
Nous croyons que tout le monde pensera avec nous qu'il est 
impossible de trouver une serrurerie mieux finie, une forme 
plus gracieuse, une garniture mieux soignée que celle delà 
voiture exposée, sous le n" 1064, pai- M. Lelorieux. MM. Du- 
naime, Dameron et Rothschild ont aussi, sous les n"* 1050, 
1053 et 1072, trois calèches qui ont été traitées avec con- 
science, et dont le travail ne laisse rien à désirer. Du reste, 
la comparaison des produits groupés au Palais de l'industrie 
confirme une fois de plus la supériorité incontestable de la 
fabrique de Paris sur toutes les autres carrosseries du monde. 
Il est cependant juste de dire que MM. Bergeron , de Bor- 
deaux, et Cliquenon frères, de Lille, ont exposé, le premier, 
deux voitures, dont une calèche fort élégante, et le second , 
206 t 



306 VISITE 

trois voilures, parmi lesquelles un coupé avec incrustation 
en bois des îles et en cuivre , produisant un très-bon effet et 
méritant, sous tous les rapports, d'être mis en parallèle avec 
la carrosserie de Paris. 

Nous croyons devoir citer encore à l'attention des visiteurs 
un phaéton àsiége mobile de M. Hayot, de Caen. En le sépa- 
rant en deux, on peut former à volonté une voiture à deux 
roues ou à quatre roues, et lui conserver, malgré ce change- 
ment, sa solidité et son élégance. Ce système, appliqué avec 
intelligence, peut rendre de grands services, surtout pour 
les campagnes. 

Un omnibus, sortant des ateliers de MM. Boutherie et Cie, 
nous a paru avoir subi dans ses dispositions intérieures des 
modifications utiles aux voyageurs, et être traité, pour ce qui 
est de la construction, avec tout le soin que ce carrossier ap- 
porte à tout ce qui sort de ses ateliers. Nous ne terminerons 
pas cet examen sans exprimer le regret de ne pas rencontrer 
dans l'Exposition plus de voitures de campagne. M. Veder- 
kelr, de Colmar, est le seul qui, sous le n° 1077, ait exposé 
un char à banc , et , bien que cette modeste voiture paraisse 
déplacée au milieu des riches équipages , il eût^été à désirer 
que d'autres eussent suivi son exemple, car, s'il en eût été 
ainsi , bien des visiteurs auraient pu trouver un véhicule dont 
l'usage, importé dans leur pays, eût pu être plus approprié à 
ses besoins que ceux employés jusqu'à ce jour.' 

Les exposants beiges sont peu nombreux et se réduisent à 
quatre ou cinq. Leurs produits méritent cependant une men- 
tion toute spéciale; ceux de MM. Goner frères, de Bruxelles, 
sont surtout remarquables par le soin apporté dans leur con- 
struction , par le fini de la ferrure et l'élégance des formes. 
La berline demi-gala, exposée par cette maison, est surtout 
digne d'attention. Les sculptures et les moulures sont d une 
exécution très-soignée; la contruction de la caisse, bombée 
devant et derrière, a dû présenter des difficuliés réelles, qui 
ont été résolues delà manière la plus heureuse. Les galons de 
l'intérieur sont armoiries et ont dû être fabriqués sur trois 
métiers afin que les couronnes et les chiffres fussent placés en 
regard dans les différentes parties de l'intérieur. En un mot, 
chaque détail a été étudié avec tant de soin que nous n'hési- 
tons pas à dire que cette voiture ne peut manquer d'attirer les 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 307 

regards de tous les gens de goût, et méritera, nous n'en dou- 
tons pas, l'appiobation des personnes compétentes. MM. Goner 
frères ont, en outre, exposé deux cabriolets forme Victoria., 
qui prouvent qu'ils sont aussi habiles dans la construction 
des voitures de ville que dans celle des voitures de luxe. 

Les produits présentés par les Pays-Bas paraissent traités 
avec conscience. Nous signalerons une calèche de ville con- 
struite par MM. Hermans et Cie pour S. M. le roi des 
Pays-Bas, et qui, sous le rapport du confortable et de la 
bonne exécution, ne le cède en rien à celles dont nous avons 
déjà eu occasion de parler. Un charmant dog-cart construit 
tout en fer par le même fabricant a aussi attiré notre atten- 
tion. 

Pour terminer l'examen des voitures exposées dans le local 
affecté plus particulièrement à la carrosserie nous n'avons plus 
qu'à signaler la calèche exposée par M. Wil?on de Mexico- 
cette voiture qui lui a été commandée par la république mexi- 
caine en vue de l'exposition, est d'une construction un peu 
lourde, la forme en est peu gracieuse et e^t depuis longtemps 
passée de mode chez nous; cependant nous devons recon- 
naître que la fabrication en est bonne, et que la ferrure et 
la garniture en sont très-soignées. 

Pour terminer Texamen de la carrosserie, il faut mainte- 
nant nous rendre aux annexes. Nous trouvons à la pile l'17 D 
les voitures exposées par l'Autriche. Elles sont peu nombreu- 
ses, et celles exposées par MM. Laurenzi et Cie sont les seules 
qui méritent de fixer l'attention ; ce sont la voiture d'apparat 
du maire de Vienne et un coupé de ville. Nous avons dit plus 
haut ce que nous pensions de la voilure d'apparat; sa richesse 
d'ornementation attire seule les regards. (Juant au coupé, il 
nous donne meilleure idée du goût du constructeur, car cette 
voiture est d'une forme gracieuse; les détails en sont soignés, 
et ne laissent rien à désirer. 

Plus loin, à la pile 127 D nous trouvons l'Angleterre, et 
dans cette partie elle est encore la digne rivale de la France. 
Nousidevons même reconnaître que nos voisins, ens'attachant 
surtout à nous envoyer des voitures d'un genre sévère et 
utile, se sont plus rapprochés du but de l'exposition. 

Nous rencontrons d'abord un phaéton de M. Vrupp, et plus 
loin des voitures du même genre, de MM. Thorn de Londres 



308 VISITE 

et de M. Starey de Nottingham. Bien que les deux premiers 
soient construits avec tout le soin et la légèreté que demande 
ce genre de véhicule, celui de M. Starey appelé cotlage- 
phaéton est digne, par son ingénieuse construction, d'une 
mention particulière. 

Cette voiture peut affe-^ier trois formes : phaéton à deux 
places, phaéton à deux sièges et à quatre places, et la même 
voiture avec siège couvert. Ce qui la dislingue surtout, c'est 
sa simplicité, sa légèreté et, pour ainsi dire, l'instantanéité 
avec laquelle elle change de forme suivant le besoin ; à cha- 
que instant vous pouvez l'approprier à la circonstance dans 
laquelle vous vous trouvez ; les changements de forme se font 
aussi bien en route que sous la remise, de sorte que vous 
n'êtes jamais exposé à vous trouver pris au dépourvu. 

Deux fabricants, MM. Kesterton de Londres et Roch et fils 
ie Hastings, ont exposé sous le nom d'amempton et de dio- 
fophe, deux voitures de ville qui peuvent aussi se transfor- 
mer de manière à former suivant les besoins une calèche 
entièrement fermée , une calèche découverte ou un char 
découvert. 

MM. Davies et fils, de Londres , présentent un coupé qui 
paraît traité consciencieusement et se recommandée l'atten- 
tion par un marchepied qui tient si peu de place qu'il se 
confond avec le contour de la voiture. 

Nous avons encore remarqué, dans la partie anglaise, trois 
calèches fabriquées avec le plus grand soin, tant sous le 
rapport de la serrurerie et du charronnage que sous celui 
de la garniture intérieure; elles sont de MM. Bigby et Ro- 
[)inson, Peters et fils et Hopper et Cie, de Londres. 

Bien que les quelques voitures exposées dans l'annexe 
du côté de la place de la Concorde n'offrent pas un grand 
intérêt, nous engageons le visiteur qui veut compléter l'exa- 
men des voitures à se rendre à la pile M D; il y trou- 
vera, parmi les produits du Canada, deux voitures : l'une 
de M. Clovis Leduc de Montréal , l'autre de M. Edouard 
Gringar de Québec. Ces voitures sont d'une forme élégante, et 
la ferrure a été surtout traitée avec beaucoup de soin; elles 
font honneur au goût des constructeurs; M. Clovis Leduc a 
cependant conservé à son américaine un genre décapote qui 
n'est plus en usage depuis longtemps , et ({ui lui ôte beaucoup 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 300 

de sa grâce, et M. Edouard Gringar a monté la sienne sur un 
train et des roues trop peu élevés; ce qui nuit à l'har- 
monie qui doit toujours régner dans toutes les parties d'une 
voiture. 

En passant à la pile 24 D , nous pourrons encore voir 
les trois voitures norvégiennes qui ne présentent cependant 
qu'un intérêt de curiosité , car nous doutons que ce genre de 
véhicule, qui consista en un siège très-étroit pour une seule 
personne et qui est monté sur un train, fort large et des roues 
très-hautes, puisse jamais , dans nos contrées, trouver un 
emploi utile. 

Sellerie. 

Cette section compte 98 exposants, dont 29 à la France, 
9 à l'Algérie, 31 à l'Angleterre, 6 à la Belgique, 10 à l'Au- 
triche, 5 aux Pays-Bas, 3 à la Prusse, 2 au Canada, 1 à la 
Toscane et enfin 1 au duché de Brunswick. 

Nous allons d'abord examiner les produits exposés par la 
France. Ils se trouvent pour la plupart groupés sous la tente, 
à droite de la porte sud du grand palais. 

La première vitrine qui frappe nos regards est celle de 
M. Bourse; ce fabricant s'est attaché à y réunir tout ce qui 
se rapporte à son industrie. Nous y avons remarqué un har- 
nais d'une grande richesse, des selles, diles anglaises, tra- 
vaillées avec soin , des brides d'une grâce et d'une légèreté 
extraordinaires, dont la finesse, en raison de l'excellente' 
qualité des matières employées, ne nuit en rien à la solidité. 
Enfin une selle avec harnachement de cheval de maréchal de 
France a aussi fixé notre attention, les détails sont bien trai- 
tés; tout y est riche, mais simple, et de meilleur goût que 
les harnachements militaires de l'exposition anglaise. 

MM. Lambin et Prax ont fait des efforts sérieux pour re- 
présenter dignement leur industrie. La plupart des objets 
qui se trouvent dans leur montre nous ont paru remar- 
quables. Nous devons citer comme devant être mis complè- 
tement hors ligne un harnais commandé par S. A. L le prince 
Murât; le soin apporté dans tous les détails de fabrication , 
le fini des armes et des chiffres en font plutôt un objet d'art 
qu'un article de sellerie . et malgré tous les ornements qui le 



310 VISITE 

décorent, il est impossible de rien trouver de plus léger, de 
plus coquet et de meilleur goût. 

Dans la sellerie de luxe nous avons encore remarqué un 
harnais d'une grande richesse et d'une exécution irrépro- 
chable de MM. Exmelin et Arlot aîné. 

Sous le n" 99G, M. Garnier présente plusieurs colliers dont 
le principal mérite est un ressort qui permet d'élargir ou de 
rétrécir le collier à volonté. Tout en ne cherchant en aucune 
manière à déprécier la découverte de M. Garnier, nous devons 
dire que son système nous a paru n'être pas exempt du vice 
reproché à ses devanciers, et qui con-isle en ce que le mé- 
canisme se dérange souvent et ne résiste pas ordinairement 
au tirage du cheval. 

Plusieurs systèmes ont été exposés pour dételer les che- 
vaux instantanément. Ceux de MM. Payr et Richard frères, 
d'Abbeville, sont les plus simples; mais les divers moyens 
employés dans ce but nous paraissent avoir l'inconvénient 
d'empêcher d'alteler le cheval avec autant de solidité qu'à 
l'ordinaire, et par conséquent de nuire toujours au tirage. 

L'anti-mors de M. Chambon peut aussi être cité comme 
un moyen nouveau de direction; mais il nous semble d'une 
application difficile : car les plaques qui se trouvent au-dessus 
des naseaux de l'animal et servent à opérer une pression, 
doivent nécessairement enlever le poil et en très-peu de temps 
défigurer le cheval. 

Quant à la sellerie étrangère, nous devons reconnaître 
que nos voisins, qui autrefois tenaient le premier rang dans 
ce genre de fabrication , n'ont rien négligé pour soutenir leur 
ancienne réputation. Tous les genres se trouvent représentés 
dans celte partie de leur exposition. 

Nous trouvons cependant que , malgré tous les efforts 
tentés par les fabricants anglais, les produits français et 
belges supportent la comparaison, et que nos selles ne le 
cèdent aujourd'hui en rien aux leurs sous le rapport du fini 
et de l'élégance. 

Nous remarquons d'abord MM. Garden et fils, Blackwell 
et R. Cuff, de Londres, dont les produits sont parfaitement 
traités; le choix des matières employées nous a paru excel- 
lent. La vitrine de M. R. Cuff se dislingue de celles de ses 
confrères par quatre selles de cavalerie, dont deux avec har- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 311 

nacheinent de cheval pour officier de hussard et. de dragon 
et deux autres d'officiers généraux. Nous devons savoir gré à 
M. Cuff d'avoir clierché à nous initier aux uniformes de son 
pays; ils ne manquent pas de richesse, mais soit défaut d'ha- 
bitude ou esprit national, nous dirons franchement que nous 
n'aimons pas ces caparaçons surchargés d'ornements qui 
nous paraissent, surtout pour les officiers inférieurs, peu en 
rapport avec les grades. Les dessins sont d'assez mauvais 
goût, et nous préférons la sévère simplicité des harnache- 
ments de notre cavalerie ; là , la splendeur de la housse n'é- 
crase jamais le cheval ni le cavalier. 

Plusieurs harnais exposés par M. Shipley méritent aussi 
une mention spéciale; deux brides aux armes d'Angleterre et 
de France sont d'une légèreté et d'un bon goût remarqua- 
bles; nous avons aperçu danslamême vitrine un harnais com- 
plet, dont les dessins sont exécutés avec des plumes découpées ; 
quelle que soit la difficulté que doit présenter un tel travail , 
il est d'un effet très-heureux, et si cet assemblage réunit la 
solidité à l'élégance, nous ne doutons pas qu'il ne soit em- 
ployé par la suite avec succès. 

Citons aussi les produits de M. Dunlop, de Haddington. 
Ils ne se recommandent pas comme les précédents par la grâce 
et la légèreté, les formes adoptées par ce fabricant sont 
même assez disgracieuses; comme travail de bourrelerie ces 
produits sont dignes de fixer l'attention par le soin qu'il pa- 
raît avoir apporté dans sa fabrication et dans le choix des 
matières employées. 

On trouve auprès de l'américaine de M. Clovis-Leduc, de 
Montréal , un harnais dune grâce et dune légèreté remar- 
quables, et qui fait honneur au goût de M. Georges Barrington, 
de Montréal. Les piqûres de ce harnais, faites avec beaucoup 
de soin, sont surtout d'un effet charmant. 

La Prusse^ dont nous avons eu à constater l'absence com- 
plète pour la carrosserie, n'a pas fait beaucoup de frais pour 
la sellerie. Trois selles et quelques brides sont les seuls ob- 
jets exposés par ses fabricants. Les selles n'ont rien d'ex- 
traordinaire. Elles sont faites avec le soin que l'on apporte 
généralement aux produits destinés à être exposés; mais il 
n'en est pas tout à fait de même des brides de M. Kornbach 
qui méritent certainement une mention spéciale, sous le 



312 VISITE 

rapport de la légèreté et du fini du travail, et nous nous 
plaisons à reconnaître qu'aucun objet du même genre ne leur 
est supérieur. 

La sellerie exposée par l'Autriche est peu nombreuse; les 
harnais sont ordinaires, et si quelque objet peut attirer l'at- 
tention, ce sont les selles exposées par M. Loefler , car elles 
réunissent toutes les qualités désirables ; élégance, solidité et 
bon marché. Nous citerons encore la bride hongroise de 
M. Hoimberg et le harnais \alaque de M. Sindel d'une lé- 
gèreté vraiment remarquable. 

L'exposition des Pays-Bas est aussi assez restreinte; nous 
ne pouvons cependant passer sous silence la selle à l'usage 
des chirurgiens de l'armée, parfaitement établie et réunissant, 
dans son aménagement , toutes les commodités désirables. 

La Belgique, qui depuis quelques années a réalisé des pro- 
grès sérieux dans ce genre d'industrie, a voulu déployer à 
l'Exposition tous ses moyens; aussi voyons-nous la sellerie, 
bien que le nombre des exposants soit peu nombreux, y oc- 
cuper une place importante. 

La vitrine de M. Ladoubée-Lejeune est très-complète et ce 
fabricant paraît s'être appliqué, par la multiplicité des objets 
qu'il a exposé , à prouver qu'aucune partie de son art ne 
lui est étrangère; aussi trouvons-nous dans cette montre de- 
puis le harnais de luxe jusqu'au harnais de camion, depuis 
la selle anglaise jusqu'à la selle de cavalerie , et cette fabrica- 
tion n'est inférieure à aucune autre. Les harnais et les selles 
sont bien soignés et réunissent l'élégance à la solidité. Nous 
avons surtout examiné avec intérêt deux harnais de traîneau 
d'une légèreté ravissante. 

Pous être juste nous devons dire cependant que nous pré- 
férons, pour le harnais de luxe , le genre de la maison Maré- 
chal, de Bruxelles : ses produits sont moins lourds, et les dé- 
tails sont traités avec plus de goût que ceux de M. Ladoubée- 
Lejeune. 

Nous devons encore signaler comme travaillés conscien- 
cieusement les harnais exposés par MM. Théry de Gand, et 
Rousseau de Liège. 

Avant de quitter la Belgique nous remarquons encore un 
genre de harnais qui lui est propre , exposé par M. Van 
Molle d'Arsche. Ce harnais, enrichi d'une multitude d'orne- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 31 rî 

ments de cuivre, est plus spécialement en usage pour les bras 
seurs; il nous a paru réunir d'excellentes qualités sous le 
rapport du travail et des matières employées, mais nous ne 
nous rendons pas bien compte de la profusion avec laquelle 
les clous et les plaques de cuivre y sont jetés. 



CLASSE VI. 

Mécanique spéciale et matériel des ateliers industriels. 

Le titre de cette classe suffit pour indiquer toute l'étendue 
de son domaine ; il n'est plus une seule industrie qui n'appelle 
à son aide un grand nombre de ces liabiles auxiliaires qui 
travaillent plus vite et mieux que ne pourrait faire la main de 
l'homme, et qui savent se prêter à toutes les exigences en dis- 
tribuant, suivant les besoins, la puissance et ra'2;ilité dans 
les conditions les plus favorables à la rapidité et à la bonne 
confection du travail. 

Il nous serait impossible , on le conçoit , d'examiner un à 
un tous les appareils de cette sorte , disséminés dans tous les 
points de la galerie des machines françaises et étrangères. 
Obligés de nous restreindre , nous ferons choix des appareils 
qui nous paraissent présenter un plus grand intérêt d'actuahté. 

Les machines à travailler les pierres, les métaux et les bois 
sont celles dont l'usage est le plus générid. 

Un exposant autrichien , M. Viltorelli , entretient en tra- 
vail une machine à débiter et raboter la pierre, dont le fonc- 
tionnement ne laisse rien à désirer. Une scie à plusieurs lames 
verticales débite le bloc en tranches, pendant que des burins 
écroùtent la surface horizontale qui leur fait obstacle dans un 
sens et qu'ils retournent inactifs dans l'autre, par suite de 
l'articulatioji ménagée dans l'assemblage de chacun d'eux sur 
leur support commun. 

Le travail mécanique des pierres et des marbres a pris, sur 
les lieux mêmes de l'extraction, un développement considé- 
rable, et nous regrettons de n'avoir pas un ensemble des dif- 



314 VISITE 

férentes machines employées dans ces industries, particuliè- 
rement des machines à moulures dont quelques-unes sont fort 
remarquables. Nous en sommes réduit à citer un appareil 
d'un emploi moins :;énéral, mais d'une disposition ingénieuse, 
à l'aidcï duquel MM. Kabaiy et Deville fi ères taillent leurs 
ardoises suivant les formes diverses réclamées par le con- 
sommateur. 

Le visiteur verra travailler avec plaisir la machine à l'aide 
de laquelle M. Chevalier parvient à scier les pierres les plus 
dures, le verre, le quartz , le granit , et le moyen dont il se 
sert paraîtrait plutôt destiné à couper des matières très-ten- 
dres, puisqu'il est emprunté au mode assurément bien simple 
que l'on pratique sur nos marchés. Le fil de fer de M. Cheval- 
lier est monté comme une courroie sans fin sur deux poulies, 
qui lui permettent de se mouvoir dans le même sens d'une 
manière continue ; on a soin d'approvisionner de sable mouillé 
les places par lesquelles le fil e^t en contact avec le bloc à 
scier, et ce sable, entraîné par le mouvement même du fil, 
l'aide à faire son logement dans la masse jusqu'à la profon- 
deur convenable. Les spécimens des pièces à moitié coupées, 
qui sont au nombre des produits de cet exposant, témoignent 
d'une manière avantageuse de l'efficacité de son procédé. 

La machine que M. Hermann emploie pour lourner ses 
vases et ses cylindres en granit, aurait dignement accompa- 
gné ce petit appareil qui, comme lui, s'attaque aux pierres 
dures. 

Les machines à fabriquer les briques et les tuyaux de drai- 
nage ont, depuis plusieurs années surtout, l'avantage d'une 
immense popularité; chaque comice agricole a voulu possé- 
der la sienne, dont la plupart du temps il ne fait rien. On 
sait qu'en général ces machines opèrent au moyen d'un piston 
qui refoule la terre, dans un espace qui en est préalablement 
rempli. La terre suffisamment malaxée, que fon renouvelle 
après chaque opération , se trouve chassée par la pression au 
travers des ouvertures d'une lilière, et vient se disposer en 
une masse continue ayant la forme même du profil qui varie 
d'une filière à l'autre. Cet organe principal a tantôt une forme 
circulaire ou elliptique, s'il s'agit de tuyaux de drains, tan- 
tôt une forme quadrangulaire si l'on veut en obtenir des bri- 
ques pleines ou creuses. Dans tous les cas, des fils de fer, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 31 o 

tendus sur châssis mobile , sont disposés pour couper le 
tuyau sans fin à la longueur convenable pour la nature du 
produit. Lesbriques creuses de M. Boriespprêtentadn)irable- 
ment à ce mode de travail. A. l'exception de la machine de 
M. Touaiilon, qui se sert d'une hélice pour diviser et malaxer 
la terre, et qui aurait besoin de la sanction d'une longue ex- 
périence, tous les autres appareils sont fondés sur le même 
principe. M. Borie et M. Calla,, en France, M. Whitehead, 
en Angleterre , ont envoyé les plus importants. La machine 
verticale de M. Clayton ne diffère des autres qu'en ce que la 
filière est placée horizontalement. 

Dans tous les cas, une sorte de fourcliette en bois sert à en- 
lever du tablier sur lequel ils avancent, au fur et à mesure do 
leur confection, les tuyaux coupés. 

Les machines destinées au travail des bois sont largement 
représentées, tant dans la partie française que dans la partie 
étrangère. 

Dans l'exposition française, nous rencontrons d'abord la 
machine à débiter les moulures et pièces contournées, de 
M. Périn. Elle se compose essentiellement d'un scie à lame 
sans fin, enroulée sur deux poulies garnies de cuir, afin 
d'éviter le glissement qui , jusqu'ici , s'était produit dans ces 
sortes de machines. La scie est, en outre, guidée par deux 
pièces de bois dans lesquelles elle entre un peu , pour empê- 
cher la lame de se voiler. Au moyen de cet instrument, 
M. Périn débite les pièces de bois des formes les plus contour- 
nées et les plus bizarres. On peut voir, du reste, à peu de 
distance de sa machine, quelques échantillons débités succes- 
sivement dans le même bloc, et qui s'emboîtent avec une 
merveilleuse exactitude les uns dans les autres, comme une 
lame dans son fourreau. 

MM. Delaporte fils et Frisch exposent une scie qui ne dif- 
fère pas sensiblement de la précédente. Les guides en bois 
sont remplacés par des galets , et il y a trois séries de poulies 
porte-lames , au lieu d'une seule , afin de pouvoir, quand on 
veut, diminuer les frottements en employant les plus petites 
poulies, si cela est possible. 

Dans la machine à mortaiser de M. Damon, la mortaise se 

, fait au moyen d'une mèche tournante. On avance la pièce de 

bois pour faire la profondeur et la largeur voulues; la mor- 



316 VISITE 

taise ayant îles angles arrondis , on est obligé de la retoucher 
à la main. La machine de M. Bernier est fondée sur ce même 
principe. Elle est, en outre, munie d'un tambour à deux fers 
de rabots pour faire les tenons. 

A côté de ces deux machines, se trouve celle de M. Escafit, 
pour fabriquer les queues de billard. On place la pièce de bois 
sur deux pointes de tour à bois , et elle est travaillée par un 
rabot cheminant dans une coulisse en pente au moyen de 
deux vis sans fin. La pièce de bois tourne à grande vitesse. 
On obtient au moyen de la pente de la coulisse la conicité 
nécessaire. Une queue de billard se trouve parfaitement tour- 
née en deux minutes et demie. 

M. Sautreuil, constructeur à Fécamp, expose deux ma- 
chines, l'une destinée au rabotage des pièces de charpente, 
et l'autre au travail du parquet. Dans la première, la pièce de 
bois est amenée sur des galets, et serrée contre eux par 
des cylindres en fonte cannelée , munis de contre-poids pou- 
vant se régler à volonté, suivant les dimensions des pièces. 
Elle est travaillée par quatre tambours tournants, armés de 
fers de rabots. Deux sont horizontaux et deux verticaux, de 
manière à opérer le planage à la fois sur les quatre faces. 
Elle passe ensuite entre quatre galets, deux horizontaux et 
deux verticaux qui servent à la guider, et qui sont réglés au 
moyen de vis de pression. Cette machine sert à faire les bor- 
dages de navires. 

La machine à faire le parquet fait la planure sur la face an- 
térieure, puis la rainure et la languette sur les deux faces 
latérales. La planure se fait , comme dans la machine précé- 
dente, par un rabot circulaire, la languette, au moyen d'un 
tambour à double fer, et la rainure, par un autre tambour 
dont le fer est placé au milieu. Ces deux tambours sont à 
axes verticaux. La pièce est guidée d'un côté par un bultoir 
fixe, et de l'autre par un buttoir à ressort, afin qu'elle soit 
toujours sufilsamment maintenue. Les deux machines sont 
bien exécutées , avec des bàlis solides , et dans les meilleures 
conditions de travail. 

M. Quétel-Trémois expose également une machine à par- 
quets. Le tambour porte trois fers inclinés par rapport à 
l'axe , et disposés de manière que le tranchant soit parallèle à 
la surface à raboter. Une règle eu bois, placée au-dessus de 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 317 

l'axe du tambour porte-fers, sert à régler leur hauteur. La 
pièce est guidée en partie par des guides plans, et en partie 
par des galets à contre-poids. Le travail de la rainure et de 
la languette ne diffère pas sensiblement de celui de la machine 
de M. Sautreuil. 

Gomme les précédentes , cette machine est exécutée avec 
soin et dans de bonnes conditions de solidité. 

M. Bandât expose une scie à lame droite alternative pour 
débiter les bois de placage. 

M. Normand , du Havre , a monté deux machines à scier. 
L'une d'elles est destinée au sciage des bois de membrures 
des navires avec leurs courbures, équerrages , torsions et 
changements progressifs d'épaisseurs. Ces différents résultats, 
si difficiles à obtenir, sont dus principalement à la suppres- 
sion presque complète du lignage, qui se réduit au tracé d'une 
seule courbe suivant gabarrit. Les scies sont conduites et 
bandées avec précision, et les pièces de bois dirigées dans les 
conditions voulues, au moyen d'une espèce de gouvernail que 
manœuvre facilement l'ouvrier, de manière que chaque élé- 
ment à scier vienne toujours se présenter dans le plan des 
lames, et sous l'angle voulu par l'équerrage. 

La seconde machine de M. Normand est une scierie droite, 
à plusieurs lames imitant, au moyen d'une bielle munie d'un 
parallélogramme, l'action des scies à bras, qui scient, comme 
on le sait, suivant une courbe. Les scies, après avoir travaillé 
de bas en haut, se relèvent sans toucher la pièce. 

Les machines de M. Normand sont deux des choses les plus 
intéressantes de notre exposition , et résolvent d'une manière 
nouvelle et presque complète le problème difficile du sciage 
uiécanique. 

Un peu plus loin que les machines de M. Normand, se trouve 
l'exposition de l'usine de Graffenstaden , exclusivement com- 
posée de machines outils et de machines à bois. Occupons-nous 
de ces dernières, composant l'outillage complet pour le travail 
des wagons. 

Pour faire les mortaises, on se sert de deux machines, l'une 
pour percer, l'autre pour mortaiser . La machine à percer est dou- 
ble. Elle se compose de deux porte-outils portant deux mèches 
anglaises verticales, et équilibrées au moyen'de contre-poids. 
Le mouvement de cette machine n'a rien de particulier. Elle 



318 VISITE 

peut faire des trous de 0,42 à 0,15 de diamètre, suivant les 
mèclies que l'on em- ploie, à une profondeur réglée selon les 
besoins, au moyen d'un arrêt mobile. 

Les trous une fois faits , on fait les mortaises au moyen de 
la machine à mortaiser ; on emploie, dans cette machine, des 
outils coupants sur trois faces, et pouvant se retourner, afin de 
faire les deux extrémités. On va de suite à la profondeur 
voulue et le bois avance au moyen d'un chariot. Les mâchoires 
sont constamment maintenues parallèles par une double ma- 
nivelle articulée. On peut, en outre, faire varier la vitesse du 
chariot, en le faisant avancer, tantôt par un double engrenage, 
tantôt par une crémaillère. Le chariot est, dans les deux cas, 
mû à la main. 

Outre cette machine, on en trouve une autre, dans laquelle 
l'outil, placé horizontalement, et pouvant sa retourner comme 
dans la précédente , est mù par bielle et manivelle , qui lui 
donnent lo mouvement alternatif. Celte machine est desservie 
par une petite machine à percer dans laquelle l'outil est ho- 
rizontal. 

Dans la machine à tenons doubles, les tenons sont faits par 
des fers placés sur un manchon, et inclinés sur l'axe comme 
dans la machine de M. Quétel. Les fers sont mobiles, et peu- 
vent être rapprochés ou éloignés l'un de l'autre suivant les 
besoins du travail. L'arbre, entièrement en acier fondu, est 
monté sur pointes, afin de pouvoir lui donner une très-grande 
vitesse. 

On peut faire , avec là machine à tenons simples , plusieurs 
pièces de suite ; la table étant assez grande pour en comporter 
un certain nombre, il suffit de remplacer à mesure les pièces 
terminées par des pièces nouvelles. 11 y a deux porte-outils, 
qui permettent de travailler en même îemps en dessus et en 
dessous. Le manchon porte, outre les fers de rabots, d'autres 
fers perpendiculaires à la pièce qui viennent commencer le 
travail en coupant le bois debout. De celte manière, les ra- 
bots n'ont, pour ainsi dire, qu'à enlever les copeaux, déjà à 
moitié séparés par les premiers fers. On peut régler les outils 
de façon a augmenter ou diminuer à volonté la profondeur de 
la partie enlevée et à faire un tenon égal ou inégal. Enfin une 
scie circulaire, placée latéralement, vient araser la pièce. 

Toutes ces machines sont d'une admirable exécution , mu- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 310 

nies de bâtis solides et transporlables , et les quelques mots 
(jne nous venons de dire , doivent suffire pour faire compren- 
dre l'avantage que l'on peut retirer de pareils outils, qui sont, 
du reste, de fabrication courante à l'usine de GrafTenstaden. 
La scierie de M. Damey est une scierie à vingt lames, bien exé- 
cutée , mais ne présentant rien de particulier. 

Nous trouvons encore dans l'exposition française le des- 
sin d'une machine à fabriquer les seaux, barils, brocs, de 
MM. Raiilard père et fils, au moyen de laquelle, en em- 
ployant une lame courbe, on débite, dans un bloc de bois, 
plusieurs pièces de cette nature , s'emboîtant les unes dans les 
autres, en ne perdant pour ainsi dire que la sciure. 

Nous rencontrons encore une petite vitrine de M. Picot, 
renfermant deux modèles au dixième de machines à débiter 
les bois de placage sans sciure. La première coupe les bois 
d'une épaisseur de un dixième de millimètre ; les feuilles 
ainsi obtenues sont propres à la lithographie, à faire des 
cartes de visites, etc. La seconde est destinée au travail des 
bois de placage en grande dimension pour l'ébènisterie. Ces 
petits modèles, construits avec soin par l'inventeur lui-même, 
sont accompagnés de produits fort intéressants. 

MM. Godraut frères exposent une machine à faire les par- 
quets , assez semblable à celles dont nous avons déjà parlé , 
et munie, en outre, d'une scie circulaire pour ébarber les 
planches. M. Ch. Sester présente un modèle de machine à 
faire les coins de chemins de fer. C'est un plateau circulaire , 
tournant, sur lequel on peut faire six coins. Le travail s'exé- 
cute au moyen d'un rabot mù par une m.anivelle, qui lui 
donne un mouvement alternalif. 

Nous avons enfin les machines à faire les bouchons. Le 
principe est généralement celui-ci : le liège pris entre deux 
mâchoires, tourne à grande vitesse, tandis qu'un couteau 
dont le tranchant va 1 gèrement en pente, débite le bouchon 
auquel il donne la forme un peu conique. Telle est la machine 
de M. Jacob. Celles de M. Duprat ont quelque chose de plus. 
Dans les machines précédentes, en effet, quels que soient les 
défauts du Iiége, le bouchon se trouve coupé de la même ma- 
nière. Celles-ci, au contraire, le reprennent, et en font un 
autre bouchon plus petit que le premier. Cette opération peut 
se répéter jusqu'à ce que le défaut ait entièrement disparu. 



320 VISITE 

On peut donc corriger la mauvaise qualité du liège et faire 
des bouchons de toutes dimensions, avantages que ne pré- 
sentent pas les machines ordinaires. 

Dans l'exposition étrangère, nous trouvons en Prusse la 
machine de M. Schvvartzkopff; c'est une scie à vingt-quatre 
lames. La pièce de bois est maintenue par une tige verticale 
mobile portant un rouleau, et on empêche l'écartement indé- 
fini des placages débités par un système de mâchoires mo- 
biles. Ce que cette machine a surtout d'intéressant, c'est 
qu'elle est mue par une machine à vapeur placée sur le même 
bâtis. Cette machine est à détente fixe, et à deux tiges de 
piston au-dessus des porte-lames. Elle donne deux cents coups 
de piston par minute, et fait faire, par conséquent, deux cents 
mouvements alternatifs aux scies. Cet attelage direct peut 
avoir d'assez grands avantages, la scie étant facilement trans- 
portable et pouvant se monter et s'employer plus commodé- 
ment à quelque endroit que ce soit. 

M. Nelson Barlow, de New-Yorck, expo?e une machine à 
raboter, qui n'a d'autre particularité que des fers très-longs 
pouvant, par conséquent, planer sur une grande largeur. 

La machine de M. Albin Warth est de-tinée à faire les 
pièces contournées comme manches de plumeaux, de balais, 
etc. L'outil est conduit par une tige articulée qui se meut sur 
une pièce ayant le profil que l'on veut obtenir, à peu près 
comme les tours à portraits de M. Collas. 

Nous arrivons à l'expo.rition du Canada, dans laquelle les 
machines à bois ont une large part. 

M. Mumo, de Montréal, expose une machine à parquets qui 
ne diffère pas sensiblement des précédentes, et I\iM. Lellan 
et Cie, une machine à mortaiser, travaillant intérieurement 
au moyen d'une fraise, et à l'extérieur au moyen d'un bé- 
dane. C'est une idée nouvelle véritablement ingénieuse, le 
travail du trou préliminaire et celui de la mortaise pouvant 
ainsi se faire simultanément. 

Nous trouvons enfin une machine à faire les gournables, 
une machine à planer, et un établi mécanique de menuisier, 
de M. William Rodden. 

Dans la machine à gournables la pièce est tirée pendanf 
que l'outil tourne autour à très-grande vitesse, et lui donne 
la façon voulue. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 321 

Le planage se fait, dans la machine à planer, par deux 
gouges placées aux extrémités d'un bras horizontal tournant 
à très-grande vitesse. 

L'établi de menuisier est chose très-intéressante ; on fait, 
sur ce même bâti, le rabotage, la moulure, le perçage, les 
tenons, le chantournage, la rainure et le sciage. 

Le rabotage et la moulure se font sur le même axe, au 
moyen de rabots, comme dans les machines ordinaires. Le 
chantournage s'opère par une scie à chantourner, assez sem- 
blable à celle de M. Perrin, dont nous avons parlé. Cette ma- 
chine , quoique n'ayant rien de particulier dans chacun de 
ses éléments, est cependant fort remarquable par la simpli- 
cité extrême du montage et des transmissions , par son peu 
de volume, et enfin par son prix , qui n'est que de 2000 fr. 

Toutes les machines qui nous ont été envoyées par le Ca- 
nada sont montées sur de solides bâtis en bois d'un aspect 
agréable, qui remplacent économiquement, dans ce pays, les 
bâtis en fonte de nos machines. 

Nous ne sommes entrés dans des détails aussi nombreux 
sur les moyens mécaniques de travailler le bois , que parce 
que la plupart de ces appareils sont encore nouveaux, à 
peine employés exceptionnellement dans quelques industries 
depuis cinq ou six ans. Ces machines promettent de fournir 
une carrière aussi importante que celle des machines-outils, 
que tous les ateliers de construction possèdent , quoique leur 
introduction en France date à peine de quarante ans. 

La généralité de l'emploi de ces dernières machines nous per- 
mettra de ne présenter à ce sujet que quelques considérations. 

Tandis qu'à la fin du dernier siècle les machines-outils , 
dans le sens propre que nous attachons à ce mot, n'exis- 
taient pour ainsi dire qu'en miniature dans l'outillage de l'hor- 
logerie, nous avons vu successivement l'Angleterre les appro- 
prier à des constructions de plus en plus importantes. Les 
dimensions de ces nouveaux exemplaires des tours, des ma- 
chines à percer, des machines à raboter et à limer , en appe- 
lant sur elles l'attention des hommes les plus habiles dans les 
travaux d'atelier, • prirent successivement des formes nou- 
velles , appropriées en quelque sorte au nouveau monde 
qu'elles devaient peupler. Les supports en fer, remplacés 
d'abord par des bâtis en bois, n'eurent plus bientôt la stabi- 
206 M 



322 VISiïË 

lité nécessaire; le fer employé sous toutes les formes, mais 
plus particulièrement assemblé comme on assemble les char- 
pentes, fut bientôt appelé à consolider ces appareils, dont la 
principale condition est d'être parfaitement rigides. 

L'emploi plus général de la fonte vint ajouter à ces trans- 
formations, qui aboutissent aujourd'hui à établir ces bâtis en 
fonte d'une seule pièce, qui caractérisaient, il y a quelques 
années encore, les machines anglaises, mais qui maintenant 
sont également employés chez nous. Whitvvorlh, dont l'ex- 
position est encore cette année si remarquable, doit être con- 
sidéré comme le principal promoteur de cette transformation , 
dont l'importance est tout à fait capitale. 

L'avantage qu'ont les constructeurs anglais de n'exécuter 
que leurs propres modèles , en petit nombre pour chaque na- 
ture de machines, assure à ces modèles mêmes tous les per- 
fectionnements de l'expérience, en même temps qu'il évite le 
renouvellement continuel des travaux de modelage , dont nos 
constructeurs ne tiennent pas un compte suffisamment exact. 

Le caractère essentiel des machines de Whitv^orth se re- 
trouve encore dans celles de MM. Spink Shepherd et Mill, 
et dans celles de MM. Smiih, Beacock et Tannett. Le mé- 
canisme particulier à l'aide duquel on obtient le retour ra- 
pide de l'outil dans la plupart de ces machines, ne paraît 
pas avoir eu la sanction générale de l'expérience, et les 
quatre outils opposés dans les tours à chariot ne sont plus 
employés que pour des usages particuliers. 

MM. Decoster, Calla, Ducommuu et Dubied, Cail etCie, 
Vurrull, Middleton etElwell, sont, avec l'usine de Graffens- 
taden,dans l'exposition française, les principaux représen- 
tants de la construction des machines-outils, très-bien com- 
posées, exécutées avec une rare perfection. Ces machines 
laissent quelquefois à désirer sous le rapport de la meilleure 
répartition du métal. 

Le tour à quatre outils de M. Polonceau, pour roues de 
wagons, n'a rien à redouter d'une comparaison avec celui de 
Whitworth : une moindre élévation de l'axe du tour au-des- 
sus du sol lui a permis de diminuer d'une manière notable les 
dimensions et le poids du bâti; la machine anglaise cependant 
conserve encore l'avantage de pouvoir être comparée à ce chef- 
d'œuvre. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 323 

M. Hartmann, de Chemnitz, expose une petite machine à 
raboter, dans laquelle le retour rapide de l'outil est obtenu 
par deux roues dentées elliptiques, qui se commandent l'une 
l'autre, en tournant chacune autour de son foyer. L'applica- 
tion de ce système au métier Jacquart , envoyé par le même 
exposant, paraît produire de très-bons résultats, malgré la 
difficulté de donner aux dents les profils convenables. 

Le marteau avec tampon en caoutchouc de ]\1. Schmerber, 
du Haut-Rhin , et la machine à forger de M. Whitworth , qui 
déjà avait fait sensation à Londres, doivent être particulière- 
ment mentionnés. 

La cisaille américaine de M. Richmond de Boston , malgré 
la forme assez disgracieuse de son bâti, doit être considérée 
comme une nouvelle conquête ; elle coupe la tôle au moyen 
de deux cisailles circulaires laissant entre elles une certaine 
distance; coupée sur ses deux faces à la fois , la tôle se sé- 
pare uniquement par le prolongement, dans toute son épais- 
seur, de la fente commeiîcéepar cette double action. 

C'est surtout dans l'industrie parisienne que l'on trouve 
une mulîitude de petites machines employées à découper et à 
façonner le métal , toutes les fois qu'il s'agit d'obtenir de nom- 
breux exemplaires d'une même pièce. MM. Frey et Stoltz se 
distinguent par leurs machines a clous, qui transforment en 
pointes de Paris le fil de fer de toutes dimensions, la ma- 
chine se chargeant elle-même de former la tête par un coup 
vigoureux , à la suite duquel la pointe est coupée par des mâ- 
choires d'une forme spéciale; l'introduction du caoutchouc, 
comme ressort, dans les machines de M. Stoltz, n'est pas 
une modification sans importance. 

Les machines à faire les épingles, celles qui tournent, 
plient et aplatissent le fil de cuivre en forme d'agrafes; 
celles qui arrivent au même résultat au moyen du découpage 
de la tôle de laiton; les découpoirs à faire les maillons 
pour le tissage , parmi lesquels nous pouvons citer ceux de 
M. Lefort, qui enlèvent à la fuis et concentriquement plusieurs 
maillons de dimensions différentes dans la même pièce; la 
machine à faire les capsules en une seule passe, par M. le 
capitaine Humbert; les laminoirs cannelés de M. Clément 
(Aude) pour la préparation des petites pièces de métal pour 
filature, et particulièrement pour la fabrication des fers demi- 



324 VISITE 

ronds pour goupilles; l'ingénieuse machine de M. Kurtz, 
pour forger par cintrage et pression les fers à cheval; les 
cisailles de M. Reymondon , pour fabriquer les ressorts de 
parapluies; les cisailles droites et circulaires de M. Chaleyer ; 
enfin mille autres machines de ce genre indiquent tous les 
services qua les conceptions mécaniques les plus diverses 
rendent journellement à un grand nombre de professions. 

Machines agricoles. 

Si nous n'avions dû considérer que la France, il eût été 
plus convenable sans doute d'apprécier, à côté des produits 
agricoles, les instruments de culture qui ne sont pas à propre- 
ment parler des machines ; mais si nous jetons un coup d'œil 
sur les appareils agricoles que l'Angleterre a réunis vers le 
commencement de l'Annexe, enlre les piles 9 et 10, il devient 
difficile d'établir une démarcation bien tranchée entre les 
simples instruments de culture et les machines. 

Tandis que la construction de ces appareils est livrée chez 
nous trop souvent au charron du village, quelquefois au la- 
boureur lui-même, de l'autre côté du détroit les machines 
agricoles alimentent des ateliers considérables, qui comptent 
leurs ouvriers par centaines et qui possèdent toutes les res- 
sources de l'outillage mécanique. 

Celte différence d'origine se traduit assurément par un ca- 
ractère bien différent dans les instruments des deux pays. 

D'une solidité et d'une simplicité irréprochables, les instru- 
ments de labour, en Angleterre, sont confectionnés sur des 
types invariables dont l'expérience a proclamé les succès. Es- 
sayées sur notre terre de P'rance , les charrues anglaises ont 
effectué leur travail avec une aisance et une netteté à laquelle 
nous ne sommes pas habitués. 

Ce serait cependant une erreur grave que de croire qu'il 
suffirait d'apporter en France les charrues renommées de 
Bail, deRansome, deHornsby, ces premiers constructeurs de 
l'Angleterre, pour en obtenir aussitôt des résultats satisfai- 
sants. Les charrues anglaises, qui donnent lieu à un tirage 
moindre que les nôtres, ne satisfont pas à toutes les condi- 
tions auxquelles nous voulons que satisfassent nos charrues. 
Elles rcto'îrnonl spn> doute le sol avec une régularité par- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 32S 

faite, mais pour peu qu'il soit argileux , cette première opé- 
ration le laisse sans l'avoir aucunement divisé. Ce premier 
instrument se trouve donc lié aux façons ultérieures que nos 
voisins font subir au sol avec leurs rouleaux Croskill, formés 
de rondelles indépendantes qui émiettent le sol et qui for- 
ment un des caractères de leur culture perfectionnée. 

Tout se tient en agriculture, le drainage, la façon de la 
terre et les moyens d'en récolter les produits : avec le drai- 
nage il n'est plus nécessaire de cultiver en billons élevés; la 
culture à plat rendra le travail du sol plus facile et conduira 
nécessairement à l'emploi de ces machines à moissonner qui 
ne peuvent encore qu'avec peine arracher à la terre ses ri- 
chesses dans nos terrains accidentés. 

L'Amérique qui manque de bras , le Canada surtout , sem- 
ble avoir devancé l'Angleterre dans la voie qui vient d'être 
indiquée : aussi les instruments des contrées américaines 
semblent-ils déjà faits pour des pays beaucoup plus avancés. 

Les semoirs à tubes articulés qui distribuent à la fois les 
semences et l'engrais, les faneuses, les machines à ramasser 
le foin, fonctionneront d'autant mieux que l'on s'approchera 
davantage des conditions qui viennent d'être indiquées. 

Tous ces engins sont, il faut le dire , d'un emploi difficile 
chez nous; nos semoirs, nos herses et nos autres instru- 
ments n'ont point encore les dimensions usitées en Angle- 
terre, parce que leur manœuvre serait plus difficile ; la divi- 
sion exagérée de la propriété foncière sera d'ailleurs un 
obstacle permanent à l'introduction des machines qui de- 
mandent toujours quelque entretien et qui sont d'un prix re- 
lativement élevé. 

Dans les essais dynamométriques, la charrue de Grignon, 
et même notre charrue ordinaire, dite charrue de Brie, occu- 
pent un rang honorable que les instruments belges peuvent 
également revendiquer. 

Les instruments des autres pays ressemblent plus ou moins 
à ces types principaux. 

Nous ne dirons rien des nombreux instruments accessoires 
tels que les cultivateurs, extirpaleurs, houes à cheval, herses, 
rouleaux, qui affectent, suivant les différentes contrées , les 
formes les plus diverses : la herse de Norvège, cependant doit 
être citée pour son action tout à fait remarquable. 



326 VISITE 

Les machines à moissonner présentent au plus haut degré 
un intérêt de nouveauté et d'actualité. Aussi ont-elles été 
dernièrement essayées dans une expérience solennelle, en pré- 
sence de S. A. I. le prince Napoléon. Les moissonneuses de 
M. Mac Cormick, de M. Wright, de M. Manny, qui toutes 
trois sont envoyées par les États-Unis, et celle de M. Cour- 
nier (France), ont rapidement et sans encombre achevé leur 
travail. Les autres ont dû renoncer par suite d'accidents sur- 
venus dans le cours de l'opération. 

Il est juste, cependant, de dire que celle de M. Moody 
(Canada), munie d'un mouvement automatique de râteau pour 
faire les javelles, avait précédennnent bien opéré. Ces mou- 
vements, imitant d'une nmnière remarquable le développe- 
ment du bras de l'homme, ne nous paraissent pourtant pas 
d'une application facile dans les travaux champêtres. 

L'Exposition possède près de quarante machines à battre , 
dont le travail , comme on le sait , tend de plus en plus à rem- 
placer celui des batteurs au fléau. Un certain nombre d'entre 
elles, choisies par le jury, ont été essayées en même temps 
que les moissonneuses. 

Nous serions fort embarrassé de dire lequel de ces appa- 
reils a donné les meilleurs résultats. Citons scnlement pour la 
rapidité du travail celui de U. Pitts, de Buffalo (États-Unis^, 
qui a dévoré en une demi-heure 190 gerbes de blé encore 
presque vert. Cette machine bat le blé en long, et brise par 
conséquent la paille. Celle de M. Duvoir, qui travaille en tra- 
vers, les machines de M. Pinet et de M. Clayton , ont donné 
de bons résultats. Il est regrettable que les appareils de 
MM. Lotz aîné, Renaud et Lotz, Cumming, etc., n'aient pu 
être transportés; ils doivent, du reste, être essayés sous peu 
de jours, avec toutes les autres machines à battre. 

Ce genre d'appareils fonctionne au moyen de manèges ou 
de machines à vapeur, la plupart montées sur roues et con- 
nues sous le nom de machines locomobiles. Très-nomibreuses 
en Angleterre, ces machines commencent à être employées 
chez nous : nous pourrions citer tel département de la France 
dans lequel une industrie nouvelle s'exerce avec grand succès: 
un entrepreneur, avec sa locomobile et sa machine à battre, va 
d'exploitation en exploitation battre le grain à prix débattu. 
Les locomobiles de Calla, de Clayton, de Cumming, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 327 

de Lotzne laissent aucune supériorité, ni à l'Angleterre ni à 
la France. 

Plusieurs machines à battre, mues par manivelles, sont 
exposées en Angleterre, en Autriche et en Allemagne. 

Machines des industries chimiques et alimentaires. 

Parmi les pièces les plus importantes de l'exposition fran- 
çaise, le moulin à cinq paires de meules de MM. Froment, 
Fontaine et Brault peut être cité ajuste titre, tant pour le 
mouvement des meules, dit mouvementé friction, où chaque 
meule peut être, à un moment quelconque du travail, rendue 
indépendante des autres, que pour la nouveauté de sa vanne 
et sa manœuvre facile. C'est une vanne en gulta -percha , à 
morceaux articulés, recouvrant entièrement les orifices de la 
turbine au moment de la fermeture , et pouvant les découvrir 
petit à petit en s'enroulant autour de deux cônes mus par une 
tige et un engrenage. 

D'autres moulins , à bras, à manèges et à vapeur, se trou- 
vent dans la galerie des machines, ainsi qu'une intéressante 
exposition d'éléments de meunerie de MM. Grellet père et fils, 
de Rouen. 

Mentionnons également ici le tamis à fécule de M. Huck , 
perfectionnement de ceux de MM. Dailly et Saint-Etienne, et 
les appareils à nettoyer les grains, trieurs et cribleurs, à la 
main et mécaniques, de M. Vachon, de Lyon. Quant aux nom- 
breux pétrins mécaniques et à la grande quantité de machines 
à boucher les bouteilles , ils dénotent peut-être un esprit d'i- 
mitation que l'on pourrait justement critiquer. 

Parmi les appareils des industries chimiques, nous ne 
pourrons citer que quelques-uns de ceux qui sont employés 
dans les industries les plus importantes : nous commencerons 
par ceux de la fabrication et du raffinage du sucre. 

La fabrication du sucre de cannes remonte aux temps les 
plus reculés. Ce n'est, au contraire, que depuis quarante-cinq 
ans environ que l'on pratique l'extraction du sucre de bette- 
raves. Cependant, cette industrie, exploitée dans tous les 
pays industriels de l'Europe, a acquis un développement 
énorme, et est aujourd'hui bien plus avancée que la sucrerie 
coloniale. 



328 VISITE 

Rappelons d'abord en quelques mots la série d'opérations 
de la sucrerie indigène : 

La betterave, lavée le plus convenablement possible afin 
d'enlever les pierres et la terre qui pourraient altérer les 
râpes, est soumise ensuite au râpage, destiné à la réduire en 
pulpe propre à être pressée. La pulpe est ensuite livrée aux 
presses qui, par un certain nombre d'opérations successives, 
i'épuisent d'une manière à peu près complète en séparant de 
la partie solide le jus qui est recueilli dans un vase à ce des- 
tiné, et envoyé immédiatement à la chaudière à déféquer. 
La défécation a pour but de purger le jus des matières étran- 
gères solubles qu'il contient, et se fait au moyen de la chaux, 
qui, agissant chimiquement sur ces matières, transforme les 
sels solubles en sels insolubles, facilement séparables du jus 
sucré. Celui-ci est aussitôt recueilli et filtré, puis évaporé 
dans une première chaudière qui le concentre de manière à 
lui faire marquer 10** à l'aréomètre Baume, de 5" environ 
qu'il marquait à la sortie de la chaudière à déféquer. La fil- 
tration a lieu sur un filtre chargé de noir animal en grains, et 
le but de cette opération est d'enlever le plus possible l'excès 
de chaux qui se trouve presque nécessairement dans le jus 
déféqué, et de le décolorer un peu. Le liquide, à la sortie de 
la chaudière évaporatoire, est dirigé sur un deuxième filtre 
où il se clarifie de nouveau et perd de plus en plus sa cou- 
leur; puis on lui fait subir une seconde évaporation destinée 
à l'amener à marquer 25" à l'aréomètre. Filtré de nouveau , le 
jus est concentré dans une troisième chaudière où il atteint la 
consistance sirupeuse caractérisant la fin de l'opération. Celte 
dernière concentration s'appelle la cuite. Le sirop, suivant 
qu'il a été cuit à l'air libre ou dans le vide, est alors conduit 
dans des rafraîchissoirs ou dans des réchauffoirs dans les- 
quels commence la cristallisation. 

Lorsque les cristaux sont suffisamment formés, on racle les 
bords du cristallisoir afin de les répartir dans la masse, puis 
on procède à l'égouttage et au clairçage des sucres, soit au 
moyen des formes, soit en employant les appareils à force 
centrifuge. Ces deux opérations ont pour but d'éliminer du 
sucre la mélasse ou sucre incristallisable qui s'y trouve mé- 
langée, et de lui donner le grain et la couleur à peu près 
blanche qui constituent les sucres bruts de belle qualité. Les 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 329 

résidus sont eux-mêmes recuits et soumis à la cristallisation, 
à l'égouttage et au clairçage, jusqu'à ce que l'on n'obtienne 
plus de cristaux ; c'est par ce procédé que l'on fabrique des 
sucres de deuxième, troisième et quatrième jet, d'une qualité 
généralement inférieure à ceux du premier jet. 

La canne à sucre, étant beaucoup plus riche que la bette- 
rave et contenant peu de matières élraniières, est loin de né- 
cessiter un traitement aussi compliqué. Il suffit de presser les 
cannes en les écrasant, de déféquer le jus, de l'évaporer et 
de le cuire, puis de faire cristalliser les sirops , et enfin d'o- 
pérer le clairçage et l'égouttage, sans avoir besoin de nom- 
breuses pressions et filtrations sur noir, comme dans le tra- 
vail de la betterave. 

Le sucre brut colonial ou indigène est ensuite soumis au 
raffinage destiné à éliminer les matières étrangères et la mé- 
lasse qui se trouvent encore interposées dans les cristaux, et à 
lui donner un aspect et une forme plus agréables. Il serait 
trop long d'énumérer ici les opérations successives de ce tra- 
vail. Qu'il nous suffise de dire qu'elles consistent essentielle- 
ment en fonte du sucre brut, clarification par le sang ou les 
œufs , filtrations diverses, cuite et cristallisation , puis enfin , 
égouttages, clairçages et étuvages. 

Examinons maintenant les différents appareils destinés à la 
sucrerie indigène et coloniale, et commençons par rendre 
compte de l'exposition de MM. Cail etCie, qui se sont depuis 
longtemps acquis dans la fabrication de ces appareils une ré- 
putation européenne. 

La râpe à betterave de M. Cail a sur les râpes ordinaires 
l'avantage de présenter des sabots couverts avec transmis- 
sion en dessous, ce qui permet de faire arriver les betteraves 
entre les poussoirs et le cylindre râpeur au moyen d'un râ- 
teau, sans qu'il soit nécessaire de les pousser avec la main , 
comme cela arrive trop souvent avec les autres râpes, néces- 
sité qui occasionne des accidents fréquents. 

La presse de première pression est destinée à remplacer les 
presses à vapeur qui agissent d'une manière trop brusque et 
déchirent souvent les sacs dans lesquels est renfermée la 
pulpe. Les engrenages sont calculés de façon à opérer une 
pression lente et continue , condition indispensable d'un bon 
travail. 



330 VISITE 

Nous trouvons aussi dans l'exposition de M. Cail une chau- 
dière à cuire dans le vide , un moulin à cannes , puis l'ap- 
pareil à quintuple effet pour l'évaporation et la cuile , l'appa- 
reil Rousseau et l'appareil Shuzembach destiné à rextraction 
du jus de betteraves par lévigation méthodique. 

La chaudière à cuire dans le vide et le moulin à cannes ne 
sont remarquables que par le soin qui a présidé à leur con- 
struction, et ne présentent aucune disposition nouvelle. Il 
n'en est pas de même de l'appareil à quintuple effet, qui se 
compose d'un appareil dit à triple effet, auquel on a adjoint 
un système de serpentins condensateurs. 

L'appareil à triple effet a pour but d'économiser le com- 
bustible. Il se compose de trois grandes chaudières tubulaires; 
le liquide à concentrer se trouve autour et au-dessous des 
tubes , dans l'intérieur desquels circule la vapeur destinée au 
chauffage. Une pompe à air et un condenseur sont destinés à 
faire le vide dans les chaudières, qui communiquent ensemble 
au moyen d'un système de robinets. 

Pour produire l'économie de combustible, on se sert pour 
chauffer la première chaudière des vapeurs perdues de la fa- 
brique; pour la seconde, on emploie les vapeurs provenant de 
la première, et l'on chauffe la troisième par la vapeur que 
produit l'ébullition du liquide dans la seconde. Le vide est 
toujours moindre dans la première chaudière que dans les 
deux autres. 

La concentration a lieu de 5 à 15" dans la première chau- 
dière , de 15 à 25° dans la seconde, et de 25" au point de 
cuite dans la troisième, quand cet appareil est employé seul. 
Lorsque , au contraire , on se sert en outre des serpentins 
condensateurs, on commence par rapprocher le jus en le 
faisant couler sur ces serpentins qui sont chauffés intérieure- 
ment par la vapeur provenant de la troisième chaudière. 
L'action de Tair sur le jus et le grand nombre de surfaces de 
chauffe accélèrent l'opération. 

Tel est le principe de l'appareil à quintuple effet, ainsi ap- 
pelé par suite des quatre effets successifs de la vapeur et de 
l'effet produit par l'air. Nous avons, quant à nous, grande 
confiance en l'appareil à triple effet, et nous sommes parfai- 
tement convaincu de ses excellents résultats au point de vue 
économique; mais nous ne pensons pas que l'addition des 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 331 

serpentins soit heureuse. Ce système de serpentins est loin 
d'être nouveau, et a eu quelque succès aux colonies, où il 
économise la bagasse, seul combustible dont on puisse dispo- 
ser; mais il a été bientôt abandonné, le cuivre se couvrant 
presque inévitablement, au contact de l'air et des sirops, 
d'une certaine quantité de vert-de-gris qui, passant dans le 
sucre, lui donnait une qualité vénéneuse des plus préjudi- 
ciables. En outre, nous avons peine à croire que, lorsque l'o- 
pération est bien conduite et l'appareil bien fait , la vapeur 
sortant de la troisième chauriière soit à une température as- 
sez élevée pour produire quelque elfet. surtout dans les pays 
chauds. 

La défécation, pour être bien faite, exige presque toujours 
un excès de chaux qu'il est ensuite très-difficile d'éliminer. 
M. Rousseau a imaginé un procédé qui consiste à faire bar-- 
boter, dans le jus déféqué et filtré, un courant d'acide car- 
bonique qui transforme la chaux à l'état libre en carbonate 
de chaux insoluble parfaitement séparable. C'est l'appareil 
qui sert à mettre ce procédé en pratique qui se trouve exposé 
sous le nom d'appareil Rousseau. Quant à ra[)pareil de 
M. Shuzombach, il est destiné à opérer l'extraction du jus 
par la macération, c'est-à-dire au moyen d'un lavage métho- 
dique. Il se compose d'une série de bâches étagées, en fonte, 
munies de robinets de vidange, agitateurs, tamis, etc., et com- 
muniquant ensemble. La pulpe ou les cossettes, placées dans 
ces vases, se trouvent épuisées par l'eau que Ion y fait cou- 
ler, et qui se charge de plus en plus de matière saccharine, 
jusqu'à épuisement à peu près complet. On a depuis long- 
temps tenté ce mode d'opération, qui. jusqu'ici, n'avait pas 
parfaitement réussi, le liquide fermentant très-souvent, par 
suite de son contact prolongé avec l'air. On dit cependant 
beaucoup de bien de l'appareil de M. Shuzembach , encore 
tout nouveau. Il ne peut d'ailleurs présenter le même incon- 
vénient dans les distilleries, où la fermentation rapide du jus 
ne saurait être un obstacle. 

La maison Cail expose encore im appareil à force centri- 
fuge, pour l'égouttage et le clairçage, construit d'après le 
système breveté de MM. Roîph, Seyrig et Cie. Nous ne sau- 
rions donner trop d'éloges à l'excellente construction de tou- 
tes ces machines. 



332 VISITE 

En dehors de celle exposilion, on Irouve, dans la parlie 
française : un appareil évaporatoire de M. Boutigny fils, con- 
struit d'après le même principe que le cône de Lembeck; une 
énorme chaudière à cuire dans le vide, de M. Légal, d'un bon 
travail de chaudronnerie, mais à laquelle se Irouve adaptée 
une série de regards dont le sens nous échappe. M. Numa 
Grar a envoyé deux appareils conjugués à force centrifuge ; 
ce sont les deux premiers appareils de cette nature con- 
struits en France. L'emplacement de M. Decosler renferme 
aussi un appareil à force centrifuge avec application de son 
système de paliers graisseurs. Enfin, M. Le Gavrian expose 
un appareil à force centrifuge, dit turbine à pains, destiné à 
accélérer le travail d'égouttage et de clairçage des pains au 
raffinage. Nous n'insisterons pas sur celte machine, qu'il suf- 
fit de regarder pour la comprendre. 

Dans la partie étrangère, on trouve : en Belgique, l'appa- 
reil à triple effet, l'appareil Rousseau et une chaudière à 
cuire dans le vide, exposés par MM. Gail, Halot et Cie. Ces 
machines sont bien construites. La chaudière à cuire est sur- 
tout remarquable comme travail de chaudronnerie. 

La maison Van Vlissingen et Dudok . Van Heel et Derosne 
et Cail, d'Amsterdam, expose également un appareil à triple 
effet, d'une bonne construction, qui ne diffère des précédents 
que par quelques modifications de détail assez insignifiantes. 

Enfin, nous trouvons, dans la section des produits delà 
galerie du quai de Billy, un appareil à triple effet de M. Heck- 
mann, de Berlin, composé de trois grandes chaudières en 
cuivre rouge. Cet appareil est bien travaillé, mais nous ne 
pouvons comprendre cette profusion de cuivre, métal beau- 
coup plus cher que la fonte, qui le remplace si avantageuse- 
ment dans les appareils de M. Cail. 

La fabrication de l'alcool de betteraves, indiquée, comme 
chose possible, par M. Dubrunfaut, dès 4825, n'a été mise 
sérieusement en pratique qu'en 1852, époque à laquelle le 
prix élevé des alcools de vins permit aux fabricants d'obtenir 
avec certitude un résultat avantageux. 

Ce fut encore M. Dubrunfaut qui imagina les procédés de 
fabrication, et parvint à les faire adopter à un grand nombre 
d'industriels. Ce savant et ingénieux chimiste, qui a rendu à 
l'industrie sucrière de si grands services, particulièrement en 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 333 

vulgarisant les procédés d'utilisation des mélasses , tant pour 
la fabrication de l'alcool que pour celle du sucre, indiqua 
l'emploi des acides pour opérer la fermentation directe du jus 
de betteraves sans se servir de levure de bière, ou en n'em- 
ployant qu'une dose minime de cette substance. 

Trois procédés principaux sont actuellement usités : celui 
de M. Dubrunfaut a pour but d'employer le matériel des su- 
creries, tantôt pour l'extraction du sucre, tantôt pour la fabri- 
cation de l'alcool, en traitant le jus de betterave par une 
petite quantité d'acide sulfurique, de manière à utiliser le 
ferment contenu dans cette racine. C'est la transformation 
des sucreries en fabriques d'alcool. 

Le procédé de M. Champonnois est surtout applicable à 
l'exploitation rurale. Il se sert d'un système de macération 
particulier, qui consiste à épuiser la betterave, divisée par 
un coupe-racines, au moyen de la vinasse même de l'opération 
précédente. MM. Cail et Cie ont exposé un modèle d'en- 
semble de distillerie agricole suivant ce procédé , modèle 
qui en donne une idée parfaitement exacte, et qui permet de 
comprendre toute l'économie que les cultivateurs peuvent 
apporter dans la fabrication de l'alcool. 

M. Leplay a voulu, au contraire, constituer des établisse- 
ments industriels spéciaux et exclusifs pour cette fabrication. 
Son système consiste dans la fermentation et la distillation 
des rubans de betteraves en nature, sans extraction préalable 
de jus ; la fermentation a lieu par un courant de vapeur d'eau 
au milieu des morceaux. Ce procédé repose donc sur la con- 
centration de l'alcool dans la betterave même, d'où on l'extrait 
ensuite par la distillation. Le modèle de distillerie exposé par 
MM. Hurtrel et Cie montre très-bien la marche des opéra- 
lions. 

Quoique plusieurs moyens aient été proposés pour opérer 
la distillation et la rectilication proprement dites, la plupart 
des fabricants s'en tiennent aux colonnes distillatoires et aux 
appareils rectificateurs de Derosne et de Laugier. 

MM. Cail et Cie présentent des cuves de macération 
en tôle, système Champonnois, pour opérer sur 12 000 kilog. 
de betteraves par jour, avec les tuyaux et robinets néces- 
saires; un petit appareil à distiller, système continu de 
(allier Blumenthal, perfectionné par Derosno, pouvant tra- 



334 VISITE 

vailler 12 000 litres de jus par vingt-quatre heures; un autre 
appareil du même système, pour le travail de 80 000 litres 
de jus dans le môme temps; enfin un appareil de rectification 
pouvant produire 4 2 000 litres d'alcool rectifié. 

Dans tous ces appareils, d'un travail de chaudronnerie 
très-soigné, les cylindres en cuivre sont assemblés par le sys- 
tème ordinaire de brides avec pinces en fer, usitées en pareil 
cas. 

L'appareil de M. Egrot fils, destiné aux exploitations agri- 
coles, est disposé de manière à pouvoir opérer sur des ma- 
tières liquides ou semi-fluides. Les joints sont faits au moyen 
de brides en laiton assemblées par des boulons de même 
métal. Les brides en fer nous eussent paru préférables, tant 
à cause de leur prix moins élevé que de la résistance plus 
grande du métal. 

Nous trouvons dans l'appareil de Mme veuve Ducoudun et 
Bardies aîné, quelques perfectionnements intéressants. D'a- 
bord le serpentin destiné à conduire les vapeurs alcooliques 
au réfrigérant est vertical, au lieu d'être horizontal, ce qui 
présente l'avantage de placer les tubes de retour à des hau- 
teurs difiérentes , d'obtenir par conséquent les vapeurs à dif- 
férentes températures, et de faciliter par là la marche de 
l'opération. Cet appareil comporte, en outre, un système par- 
ticulier de joints, consistant en un collier brisé, en fer, en 
forme de pince, embrassant le cuivre, et le serrant au moyen 
de deux boulons. Entre le fer et les deux épaisseurs de cui- 
vre, se trouve interposée une rondelle de caoutchouc, des- 
tinée à empêcher complètement le passage de l'air. En 
somme, c'est un appareil bien entendu et bien construit. 

M. H. Mouquet-Descamps expose un appareil de distillation 
et de rectification datis lequel on remarque le serpentin ver- 
tical comme dans l'appareil précédent; puis une modification 
assez notable dans la construction des plateaux de la colonne 
évaporafoire, modification destinée à augmenter les surfaces 
de contact; enfin la suppression de l'enveloppe du réfrigérant 
et quelques autres perfectionnements de détail. Le travail de 
chaudronnerie est bien entendu. 

La colonne distillatoireen fonte, de M.Traxler,est,du reste, 
en tout semblable aux colonnes ordinaires en cuivre. Cet ap- 
pareil, fonctionnant convenablement, au dire de l'inventeur, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 33o 

offre d'assez grands avantages économiques. Il a été fondu 
chez MM. Muel Wahl et Cie, avec tout le soin désirable. 

Seule des nations étrangères , la Belgique nous adresse 
quelques appareils de distillerie; ce sont le condensateur à 
colonne continue de M. de Miilder, de Nivelles, et l'appareil 
de M. Delaltre, de Bruxelles, distillant 75 000 litres de jus 
par jour, et l'amenant de 4" à 28^. L'un et l'autre sont d'un 
travail ordinaire, et ils ne présentent aucune disposition nou- 
velle importante. 

Typographie et imprimerie. 

Presses typographiques. — Les presses typographiques et 
lithographiques abondent à l'Exposition. Le plus grand nombre 
des premières fonctionne, les unes sans rien produire , les au- 
tres fournissant des exemplaires plus ou moins nombreux 
d'ouvrages divers. 

Disons de suite qu'aucune ne présente un système réelle- 
ment nouveau , mais que toutes se distinguent par d'impor- 
tants perfectionnements de détails et une remarquable exécu- 
tion.' Si aucune n'atteint, dans les ateliers français , l'énorme 
tirage de quelques presses anglaises ou américaines, quelques- 
unes, notamment les presses dites universelles de M. Marinoni , 
donnent, assure-t-on, le chiffre très-raisonnable de 6000 jour- 
naux à l'heure. 

On peut diviser en deux catégories les presses mécaniques 
qui fonctionnent dans l'exposition française. Les presses à 
cylindres , c'est-à-dire celles où la pression est exercée par 
un ou plusieurs cylindres dont la circonférence se développe 
sur la forme, et celles à platiiie , où la pression s'exerce dans 
les conditions de l'ancienne presse à bras. 

M. Dutartre s'est acquis, depuis longtemps, une réputation 
bien méritée dans la construction des premières, qu'il destine 
plus spécialement aux ouvrages de luxe comportant des vi- 
gnettes, qu'aux tirages rapides, à grand nombre. 

L'une de celles qu'il expose peut tirer deux couleurs à la 
fois sur une même feuille et permettre, par conséquent, un 
tirage plus rapide des aquarelles typographiques dont la mai- 
son P. Dupont exposait de magnifiques spécimens en 4849, et 
que M. Pion termine devant le public de l'Exposition avec une 



336 VISITE 

presse Marinoni , en appliquant la dernière teinte sur deux 
vues du Palais de l'Industrie, 

Après ces noms, nous pouvons encore citer , comme ayant 
fait leurs preuves, pour l'exécution des presses à grand tirage, 
ceux de MM. Normand et Giraudot. 

La seconde catégorie , celle des presses mécaniques à pla- 
tine, ne peut pas lutter avec toutes les presses à cylindres 
quant à la rapidité du tirage; mais elle présente sur celles-ci 
l'avantage de ménager le caractère par la simultanéité de la 
pression sur la surface entière d'une forme dont toutes les let- 
tres résistent à la fois ; tandis que, dans les presses à cylindres, 
la pression ne s'exerce que par une arête de ceux-ci, et n'est 
supportée que par un nombre de caractères comparativement 
très-petit. Aussi, avant les presses à cylindres de M. Dutar- 
tre, considérait-on comme impossible le tirage soigné d'un 
ouvrage à vignettes, autrement qu'avec la presse a platine 
manœuvrée à la main. 

Feu Selligue est le premier qui , à notre connaissance , ait 
songé à faire marcher mécaniquement une presse à platine. 
Celle qu'il exposait en 1834 avait pour principe le levier funi- 
culaire et avait beaucoup d'analogie avec la presse monétaire 
qui, dans l'Annexe, frappe les médailles commémoratives de 
l'Exposition. Ce principe a été particulièrement appliqué à de 
nombreuses presses à bras. 

Dans la presse mécanique à platine qu'expose M. P. Du- 
pont, et à l'invention de laquelle l'un de ses conducteurs de 
machines, M. Victor Derniame, a pris une grande part, le le- 
vier funiculaire de Selligue est réduit à une seule bielle qui 
donne la pression {réglée à volonté) , lorsque sa direction 
coïncide avec celle de la manivelle motrice de la ma- 
chine. 

M. Derniame a fait une très-heureuse application de cette 
condition aussi simple qu'ingénieuse à une jolie petite presse 
à épreuves, qui épargne à la fois le caractère, le temps de 
l'ouvrier et qui surtout donne des épreuves d'une lisibilité 
parfaite. 

Nous louerons également une presse à bras avec toucheur 
mécanique des mêmes inventeurs. 

De nombreuses tentatives ont été faites pour obtenir méca- 
niquement le tirage des épreuves lithographiques. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 337 

La machine imaginée il y a quelques années par M. Perrot, 
l'ingénieux auteur de la perroline , aurait très-probablement 
atteint le but s'il l'avait confiée à des mains plus soigneuses, 
si ceux qui l'exploitaient avaient envisagé les résultats qu'elle 
pouvait donner à un autre point de vue que celui du tirage le 
plus nombreux possible. 

Deux presses de ce genre figurent encore dans l'exposition 
de M. P. Dupont. Dans l'une d'elles, due à la coopération de 
MM. Dupont, Daret et Carlier, l'encrage de la presse se fait à 
la main et permet les épreuves les plus soignées, la machine 
à vapeur ne déterminant que la pression. 

Dans l'autre, à l'invention de laquelle ont pris part 
MM. Vaté, Huguet et Carlier, l'encrage et le mouillage de la 
pierre se font mécaniquement. 

La première peut tirer 600 exemplaires par jour ; la seconde 
peut atteindre 4000 feuilles. 

On a fait de nombreuses tentatives pour tirer mécanique- 
ment les épreuves de planches en taille-douce , et nous ne 
croyons pas qu'aucune ait franchement réalisé les conditions 
de la pratique industrielle. 

L'essuyage de la planche paraît avoir été partout la pierre 
principale d'achoppement. 

M. Fontaine, de Marseille, expose une presse double qui 
n'est pas complète à l'Exposition , mais dont nous avons pu 
examiner les autres conditions dans un atelier où on la ter- 
mine. Le dispositif employé pour l'essuyage nous a paru aussi 
simple qu'intelligemment conçu, et nous a fait concevoir l'es- 
poir que ce problème difficile est enfin résolu. 

Parmi les nombreuses presses en tout genre destinées à l'u- 
sage des particuliers, comme presses à copier, à timbrer, etc., 
qui figurent à l'Exposition , nous appellerons particulière- 
ment l'attention des visiteurs sur les produits de la maison 
Lecoq, qui se distingue surtout par la spécialité des appareils 
qui permettent le contrôle efficace d'un très-grand nombre 
d'opérations commerciales ou industrielles. 

Nous citerons d'abord une machine destinée au numéro- 
tage mécanique, et par conséquent sans erreur possible, des 
obligations émises par les compagnies industrielles ou finan- 
cières, tant sur la souche que sur les coupons qu'on en doit 
détacher, en même temps qu'elle y appose un timbre à la fois 
206 V 



338 VISITE 

sec et humide, c'est-à-dire réunissant les deux conditions du 
relief en blanc et de la couleur. 

Mais ce qui nous a le plus intéressé , au double point de 
vue des résultats obtenus et du mérite remarquable des moyens 
employés , ce sont les appareils destinés à l'impression et au 
contrôle des billets de voyageurs sur les chemins de fer. 

Beaucoup de ces billets représentent une valeur assez éle- 
vée, et on conçoit la sollicitude des administrations pour un 
service aussi important, les mesures prises pour assurer une 
prompte et régulière distribution , et les précautions contre 
le détournement, la contrefaçon ou la falsification de ces 
billets. 

Dans le principe, on s'est servi et on se sert encore , dans 
quelques gares, d'une bande de papier détachée d'une souche, 
portant un numéro d'ordre, la désignation de la classe et les 
noms des stations de départ et d'arrivée. 

A ces bandes de papier on a substitué des billets ou petits 
carrés de carlon imprimés et numérotés en feuilles par les 
procédés typographiques, puis découpés ensuite. Alors, comme 
avec le système précédent, les erreurs de composition étaient 
fréquentes et le contrôle fort laborieux sinon impossible. Mais 
c'était déjà un progrès. Le prix de revient de ces cartons était 
de 5 fr. 50 c. le mille. 

Un mécanicien anglais, M. Edmondson, eut le premier l'i- 
dée d'une machine destinée à l'impression et au numérotage 
successif des billets découpés à l'avance. Cette machine fut 
immédiatement adoptée même sur le continent, parce qu'elle 
permettait, dans les bureaux mêmes de la gare , l'impression 
de 8 à '10 000 billets par jour. 

La France ne devait pas longtemps rester, sur ce point, tri- 
butaire de l'Angleterre. M. Lecoq , remplaçant ces procédés 
insuffisants par une intelligente et fort jolie machine qui figure 
à l'Exposition, a donné à chaque compagnie les moyens d'im- 
primer elle-même dans ses bureaux les billets nécessaires à 
sa circulation. 

A l'aide de cet ingénieux appareil, les cartons de billets, dé- 
coupés à l'avance par une machine spéciale, sont imprimés 
et numérotés simultanément, à la vitesse de 1 000 par heure, 
soit en moyenne 70 000 par jour, par une seule personne et 
sans fatigue. Le prix de l'impression et du numérotage s'est 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 339 

par là abaissé à 2 fr. 3a c. le mille ; économie dont on com- 
prendra l'importance, si l'on considère que beaucoup de com- 
pagnies consomment annuellement de 5 à 6 millions de billets. 
Ajoutons que leur impression comme délicatesse et netteté ne 
laisse absolument rien à désirer. 

Les billets une fois imprimés, il fallait les compter et véri- 
fier l'exactitude du numérotage. L'ingénieur anglais pourvut 
à ce besoin par un petit appareil qui fut d'abord jogé suffi- 
sant , mais qui aujourd'hui ne peut soutenir la comparaison 
avec celui auquel M. Lecoq a confié les mêmes fonctions. Ce- 
lui-ci non-seulement compte et vérifie les billets , mais en- 
core applique, sur la tranche de chacun, une portion de lettre 
ou d'un dessin dont l'ensemble résulte de la superposition 
régulière des billets comptés et contrôlés, et qui, tout en ren- 
dant un compte rigoureux de la place qu'occupait chaque bil- 
let dans le travail du numérotage, permet de reconnaître im- 
médiatement toute soustraction ou substitution de billets. Le 
produit de cet appareil est double de celui de la machine à 
imprimer, soit i 30 à 140 000 billets par jour. 

Après l'impression , le numérotage et le contrôle rigoureux 
des billets vient l'opération la plus délicate du service; 
nous voulons parler de la distribution des billets aux voya- 
geurs , distribution qui doit être instantanément précédée de 
l'application, sur chaque billet, de la date du jour et du nu- 
méro du train en partance. Il ne s'agit rien moins que de da- 
ter et distribuer, en quelques minutes, plusieurs centaines et 
quelquefois un millier de billets. M. Lecoq y a pourvu au 
moyen d'appareils qui peuvent dater jusqu'à 1800 billets en 
iO minutes, avec la même délicatesse de lignes que le fait sa 
machine à imprimer. 

Comme tous les appareils typographiques, celui-ci exige des 
soins particuliers de nettoyage , faute desquels tout leur mé- 
rite disparaît, il laissait donc à désirer sous ce rapport, puis- 
qu'on ne pouvait pas le confier aux mains du premier 
venu. 

Tout récemment , M. Lecoq y a pourvu au moyen d'un 
autre appareil qui, avec une rapidité au moins égale , appli- 
que en creux, dans le corps même du billet, à l'aide de carac- 
tères tranchants, une impression aussi distincte que celle de 
ses premières machines. L'administration y trouve encore uue 



340 VISITE 

nouvelle et plus sérieuse garantie contre la falsification ou la 
contrefaçon des billets. 

Enfin nous terminerons cette revue rapide de l'exposition 
de M. Lecoq par l'indication d'une autre machine non moins 
ingénieuse, au moyen de laquelle il frappe en creux , sur de 
petits blocs de métal, les caractères qui , dans l'impression 
des billets, apparaissent en blanc sur fond coloré. 

Les machines de la Prusse et de l'Angleterre n'atteignent 
pas le même degré de perfection. 

Fonderie de caractères. — La fonte des caractères typogra- 
phiques paraît tendre à sortir enfin des habitudes de la rou- 
tine , où elle semblait retombée après le gigantesque, mais 
presque stérile effort de la fonderie polyamatype. 

L'Exposition nous offre plusieurs appareils destinés à fon- 
dre mécaniquement les caractères. Celui qui , en France , pa- 
raît l'emporter quant à présent, est celui de M. Derriey , qui 
conserve le moule traditionnel , dans lequel un piston injecte 
la matière en fusion. On paraît reprocher à l'emploi de ce 
moule l'inconvénient de ne pas se débarrasser de lui-même 
des portions de métal qui , sous la pression du jet , se logent 
dans les joints ; ce qui diminuerait la rapidité de la fonte en 
obligeant l'ouvrier à un nettoyage fréquent. 

Ce reproche ne peut pas s'adresser à l'appareil de M. John- 
son de Londres, qui fonctionne dans l'Annexe, parce que 
toutes les pièces qui forment le moule, se séparent complète- 
ment quand la lettre est fondue, et se nettoient d'elles-mêmes 
dans leur mouvement de séparation. 

M Derriey est également l'inventeur d'appareils pour cou- 
per les filets d'après des angles variés, pour former des figures 
diverses, notamment dans les encadrements ornés. On lui 
doit également l'invention de cadrais cambrés permettant 
l'exécution de figures rondes , ovales et serpentées, de toutes 
grandeurs , qui offrent d'utiles ressources à la typographie- 
"^ Nous si'^nalerons également, comme très-ingénieuses , les 
machines ''de MM. Melin et Doré, au moyen desquelles les 
vieilles interlignes sont converties très-rapidement en espaces 
de tous les corps. Leur appareil permet aussi l'exécution ra- 
pide des onglets de tous les angles et des filets dits systé- 
matiques. 

Enfin , M. Cardon, de Troyes, expose une machine qui a 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. U\ 

pour but la fabrication de caractères dont la tige est en métal 
typographique , mais dont l'œil est en laiton. La machine ne 
fonctionne pas, et c'est la vue seule des caractères exposés 
qui nous a renseigné sur son but, le Catalogue désignant 
l'exposition de M. Gardon sous le nom de presse d'impri- 
merie. 

Composition mécanique des caractères typographiques. — 
Les premières tentatives pour produire mécaniquement la 
composition des caractères typographiques paraissent remon- 
ter, du moins pour la France, à une quinzaine d'années. 

On sait que, dans les conditions ordinaires, cette opération 
consiste à prendre un à un , avec la main , ces mêmes carac- 
tères placés dans des boîtes appelées cassetins , à les ranger 
côte à côte dans une espèce d'équerre en fer nommée compos- 
teur ; puis, lorsque cette équerre est remplie entre les deux 
talons qui limitent la ligne, à lajwsfi^er, c'est-à-dire à lui don- 
ner sa longueur précise en augmentant ou diminuant réguliè- 
rement l'écartement des mots , au moyen de petits paralléli- 
pipèdes moins hauts que les caractères et qu'on appelle des 
espaces. Les lignes sont successivement placées les unes à 
côté des autres sur une galée , espèce de cadre à rebords où 
elles finissent par former des pages qu'on dispose ensuite 
dans un châssis de fer, où elles sont fortement serrées, de 
manière à ne former qu'un bloc de toutes les nombreuses 
pièces qui composent cet ensemble qui prend alors le nom de 
forme. 

En 1842, M. le baron Séguier rendait compte, à l'Académie 
des sciences, de l'invention de M. Gaubert, qui faisait alors 
grand bruit et dont on ne parle plus aujourd'hui. 

D'après le rapport , l'opération s'exécutait au moyen de 
deux machines, la première appelée distributeuse, la seconde 
composeuse. 

Les fonctions de la distributeuse consistaient à séparer tous 
les caractères d'une forme , et à classer tous ceux de même 
espèce dans les conditions qui permettaient à la composeuse 
d'en faire une nouvelle forme. Jetés pêle-mêle sur un plan in- 
cliné garni de canaux, ces caractères arrivaient à un organe 
formé de plusieurs aiguilles qui , s'appuyant sur chacun 
d'eux, exploraient toute la surface qui leur était présentée , 
en s'enfonçant dans des crans qui servaient à distinguer 



842 VISITE 

chaque caractère. Si celui-ci se présentait convenablement , 
c'est-à-dire sur le côté où les crans désignaient son espèce , 
il était immédiatement conduit à son récipient spécial et placé 
dans la position exigée par la composeuse. Si, au contraire, il 
se présentait dans une position anormale, les aiguilles, qui ne 
rencontraient qu'un cran dit de retournement , l'envoyaient 
sous d'autres organes qui le retournaient et le conduisaient à 
sa destination. 

Les caractères , convenablement disposés par la distribu- 
teuse, étaient placés sur la composeuse. Un clavier , dont les 
touches correspondaient à un récipient spécial, en faisait sortir 
les caractères un à un lorsque cette touche était attaquée par 
le doigt , et chacun allait prendre le rang qui lui était assigné 
par l'ordre même dans lequel les touches étaient attaquées. 

La composeuse de M. Delcambre, qui figure dans la nef, 
réalise les diverses conditions que nous venons d'énumérer. 
Elle avait déjà paru aux expositions de 1844 et de 1849. 

La distributeuse exige la lecture des paquets à distribuer , 
■qu'une pédale promène au-dessus d'une rangée de rainures 
dans chacune desquelles l'ouvrier fait tomber le caractère qui 
•lui est attribué. 

Si nous sommes bien renseigné , ces deux appareils ne 
fonctionnent encore que dans l'imprimerie de M. Delcambre. 

Ses machines rencontrent une sérieuse concurrence dans 
l'appareil simultanément compositeur et distributeur exposé 
par M. Sorensen, de Copenhague. A la vérité, il exige, comme 
l'appareil Gaubert, des caractères de formes spéciales, c'est- 
à-dire comportant des crans dont le nombre et la position 
différencient chacun d'eux. Tous ont cependant en commun un 
cran en queue d'aronde placé à la même hauteur. 

L'ensemble extérieur de l'appareil est un cylindre vertical 
formé de l'assemblage de tiges de cuivre, correspondant, en 
nombre, à celui des caractères et laissant entre elles un cer- 
tain espace. 

Le cylindre se compose de deux parties dont la supérieure 
est mobile et tourne sur la partie inférieure, au moyen d'une 
pédale dont les conditions sont telles que, dans le mouvement 
de rotation, le cylindre supérieur s'arrête un instant, à cha- 
que coïncidence de ses rainures verticales avec celles du 
cvlindre inférieur. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 343 

La «composition à distribuer est placée dans les rainures du 
cylindre vertical, dont une des faces porte une languette à 
queue d'aronde qui se loge dans le cran de même forme pra- 
tiquée sur le corps du caractère. Celte même languette règne 
sur toute la longueur de chaque rainure du cylindre infé- 
rieur. Mais l'entrée de ces rainures porte une cjarde analogue 
à celle des serrures, c'est-à-dire qu'elle est découpée de ma- 
nière que ses saillies correspondent exactement aux crans 
de l'un des caractères employés, de sorte que ce caractère 
seul peut s'y introduire lorsqu'il passe sur cette garde, dans 
le mouvement périodique du cylindre supérieur, et que chaque 
caractère trouve dans ce même mouvement la rainure qui lui 
est propre. 

Supposons maintenant le cylindre inférieur convenable- 
ment garni de caractères occupant leur rainure spéciale, 
et le cylindre supérieur chargé de caractères à distribuer. Le 
compositeurseplace devant un clavier disposé au bas de l'ap- 
pareil , et ses doigts appuyant successivement sur les touches 
correspondant chacune à un caractère spécial, font sortir ce- 
lui-ci de sa rainure d'où il s'engage dans un canal qui le 
mène à un grand composteur , où , comme dans les appareils 
précédemment décrits, il occupe le rang que lui ont assigné 
les doigts du compositeur qui, manœuvrant en même temps 
sa pédale, opère la distribution des caractères placés au haut 
du cylindre. 

Les caractères qui servent à l'Exposition, au fonctionnement 
de cet appareil sont loin d'être neufs, et nous avons pu lire, 
sur une ligne qu'ils formaient, qu'ils proviennent de l'impri- 
merie du Journal de Copenhague, le Fœdrelander, où fonc- 
tionne la machine de M. Sorensen. 

De même que les deux autres machines que nous avons déci i- 
tes, celle-ci présente l'inconvénient sérieux d\mQjustipcation 
manuelle , ce qui atténue notablement les avantages qu'elles 
présentent au point de vue de la rapidité de la composition. 

Machine à imprimer les tisms. — Parmi les machines à in:- 
primer les tissus, nous appellerons particulièrement l'atten- 
tion des visiteurs de l'Exposition sur celle de MM. André 
Kœchlin et Cie, de Mulhouse, parce qu'elle est le type de 
celles qu'on emploie généralement dans les fabriques d'Al- 
sace. Elle peut imprimer simultanément quatre couleurs. 



344 VISITE 

La netteté de l'impression dépend en grande partie de la 
perfection avec laquelle on construit cette espèce de machine, 
dont la solidité est une condition essentielle, surtout en ce qui 
concerne les points d'appui des cylindres gravés qui exercent 
chacun une pression indépendante de celle des trois autres. 
Cette disposition a été pour beaucoup dans le succès de la 
machine , qui diffère encore des divers systèmes employés en 
France et en Angleterre par les conditions au moyen des- 
quelles sont commandés les cylindres. 

Au lieu de placer les roues dentées sur les axes mêmes des 
cylindres, MM. A. Kœchlin et Cie ont préféré placer celles-ci 
sur des arbres de rallonge qui portent chacun une boîte 
d'emmanchement. Ce dispositif permet de donner aux roues 
un grand diamètre, et par conséquent de trouver plus facile- 
ment le rapport exact à établir entre les diflerents dessins 
gravés sur les quatre cylindres. Ces arbres de rallonge sont 
placés dans un bâti spécial où sont disposées deux poulies 
motrices fixe et folle qui , au moyen de deux courroies, peu- 
vent transformer la rotation uniforme de 4 50 tours par mi- 
nute, qu'elles reçoivent du moteur, en deux vitesses diffé- 
rentes. Deux manchons de débrayage permettent en outre 
deux autres vitesses. Il résulte de cette disposition que l'on 
peut, pendant la marche même de la machine, lui donner 
l'une ou l'autre des quatre vitesses dont ce mécanisme per- 
met de disposer. 

Ce n'est que comme spécimen d'application directe du mo- 
teur à la machine que MM. Kœchlin y ont joint une petite 
machine à vapeur d'une simplicité remarquable et dont ils se 
seraient probablement passé si , au moment du montage, ils 
avaient été bien certains de pouvoir disposer à leur gré de la 
force et de la vitesse qui leur étaient nécessaires. 

La machine exposée a fonctionné à l'Exposition en impri- 
mant deux couleurs seulement, parce que l'emplacement 
qu'elle occupe eût rendu difficile l'impression à quatre cou- 
leurs. Mais pendant le peu de temps qu'elle a travaillé pres- 
que incognito, attendu le peu de bruit qu'elle fait, elle a im- 
primé 3(ï 000 mètres de calicot et de jaconas appartenant à 
MM. Dolfus-Mieg , qui ont également fourni les imprimeurs , 
les couleurs et les cylindres gravés. 

On concevra sans peine qu'une machine qui imprime 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 345 

3000 mètres en douze heures ne fonctionne pas tous les jours, 
ni du matin au soir, à l'Exposition, d'autant plus que les pro- 
duits qu'elle y donne ne pouvant, faute d'étuves, y être sè- 
ches à mesure de leur confection , sont fabriqués en pure 
perte. 

MM. Doifus-Mieg possèdent, à Dornach, près de Mulhouse, 
douze machines du même système que celle dont nous nous 
occupons. Lorsque ces douze machines fonctionnent , elles 
peuvent imprimer par jour 60 kilomètres de tissus. 

Machines à sculpter. 

A l'extrémité ouest de l'Annexe fonctionnent deux machines 
autour desquelles s'empressent les visiteurs que n'a pas re- 
butés une promenade de 1200 mètres. Ce sont les machines à 
sculpter de M. Blanchard, de Boston. 

L'une d'elles produit, sur marbre, des bustes; l'autre , des 
médaillons de même matière. Dans toutes deux, le modèle en 
bronze reçoit un mouvement de rotation que la machine im- 
prime également au morceau de marbre à travailler, de ma- 
nière que tous deux font leur révolution exactement dans le 
même temps. Un système de leviers équilibrés porte sur un 
point une touche ou pointe mousse qui repose sur le modèle, 
et, sur un autre point, une espèce de foret tournant avec une 
grande rapidité. Les leviers sont tellement combinés que 
chaque mouvement de la touche est reproduit par le foret , 
mais diminué de grandeur. Supposons-les réduits au quart. 
Si l'on fait tourner le modèle et le morceau de marbre, toutes 
les saillies que la touche rencontrera la soulèveront; elle 
s'abaissera quand elle se trouvera sur une dépression. Or, 
comme tous les mouvements de la touche sont répétés, mais 
réduits au quart, par le foret, celui-ci pénétrera tantôt plus, 
tantôt moins dans le marbre, et laissera, sous sa trace, les 
mêmes saillies et les mêmes dépressions que la touche aura ren- 
contrées sur le modèle ; et, comme à chaque tour de celui-ci, 
tout le système de leviers s'est déplacé d'une petite quantité, 
de manière que la touche et le foret décrivent une spirale au- 
tour du modèle et du marbre, le résultat final est la repro- 
duction , au quart, sur le marbre, du modèle en bronze. 

Nous ne pouvons partager l'admiration que cause cette ma- 



346 VISITE 

chine aux visiteurs de l'Exposition, parce que nous savons de 
insu que nous avons beaucoup mieux en France. 

Les machines de M. Collas , dont l'exposition de M. Bar- 
bedienne montre les magnifiques produits, sont assurément 
plus exactes dans leurs résultats parce qu'elles sont beaucoup 
moins compliquées, et ne comportent qu'un très-petit nombre 
d'articulations d'une précision et d'une délicatesse infinies. 
Ajoutons que pour travailler le marbre et même l'acier (car il 
reproduit jusqu'aux coins des médailles), le modèle peut n'être 
qu'un plâtre à peine effleuré par la touche. L'exposition 
de M. Sauvage prouve également que les machines à sculp- 
ter françaises n'ont rien à redouter de la concurrence amé- 
ricaine. 

A cette occasion, nous croyons devoir rectifier une erreur 
qui s'est beaucoup propagée depuis l'ouverture de l'Exposi- 
tion. On attribue aux seules machines de M. Sauvage la pro- 
priété d'exécuter directement les rondes bosses, et Ton pré- 
tend que M. Collas est obligé de découper son modèle en 
fragments assez petits pour être disposés sur ses machines à 
l'état de bas-relief. Ces conditions étaient effectivement celles 
qu'appliquait M. Collas il y a une vingtaine d'années; mais 
nous pouvons affirmer que, depuis plus de quinze ans, il ob- 
tient directement les rondes bosses qu'il exécute entièrement 
d'une seule pièce, lorsque les formes s'y prêtent, les bustes, 
par exemple, ou par tronçons, lorsqu'un membre de la statue 
ou une draperie s'interpose entre la touche et une autre por- 
tion de la pièce à reproduire. 

Il n'est pas plus vrai, comme on le prétend encore, que les 
machines de M. Sauvage n'exigent aucune section du modèle 
ou de la copie ; les nombreux joints qu'on peut constater dans 
les pièces de son exposition y donnent le démenti le plus 
formel. 

Enfin, et comme dernière rectification d'assertions sans 
fondement, nous dirons que, comme celles de M. Sauvage, les 
machines de M. Collas peuvent donner des copies plus grandes 
que le modèle, parce que, comme lui, il n'a qu'à mettre l'un 
à la place de l'autre , et qu'en outre, ce que ne ferait peut- 
être pas M. Sauvage, il peut donner à ses produits les dimen- 
sions exactes de l'original. 

Nous n'avons pas vu les machines de M. Sauvage, mais 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 347 

nous avons trop bien étudié celles de M. Collas pour croire 
qu'elles puissent être surpassées en précision. 

Machines diverses. 

Le travail du cuir se trouve représenté par les machines à 
refendre de M. Salomé et de M. Schuloff , destinées à faire, par 
une espèce de dédoublage, avec des peaux de vaches, des 
cuirs fins à l'usage de la carrosserie et d'autres industries ana- 
logues; par les machines à rebrousser de MM. Rabatti et Ret- 
tiget de M. Chaumont, qui opèrent mécaniquement le travail 
jusqu'ici si pénible du rebroussage , enfin par la machine à re- 
battre de M. Bérendorf, travail destiné à augmenter la sou- 
plesse du cuir. 

L'éjarreuse de M. Chaumont a pour but de préparer le poil 
de lapin propre au feutrage. 

La peau est, en effet, couverte do deux espèces de poils, l'un 
très-fin et ayant au plus haut degré la qualité feutrante , l'au- 
tre gros et se refusant complètement à ce travail. C'est ce der- 
nier qu'il s'agit d'éliminer; M. Chaumont y arrive en soumet- 
tant le poil à deux lames marchant en sens contraire et se 
rapprochant assez pour enlever les gros poils, tandis que les 
plus lins passent dans lintervalle. 

Pour les préparations du papier, nous avons deux piles à 
triturer les chiffons, l'une à AL Gratiot, l'autre à M. Vormz. 
Toutes deux sont fondues d'une seule pièce, et sont exposées 
uniquement comme travail de fonderie. 

La machine à papier de M. Lhuillier est extrêmement inté- 
ressante comme spécimen remarquablement exécuté d'une de 
nos industries nationales. Elle ne présente pas, du reste, dans 
sa construction, de caractère spécial. On sait que cette ma- 
chine, à laquelle est livrée la pâte, fournit à l'autre extrémité 
des rouleaux de papier entièrement terminé. 

Nous terminerons cette revue par l'indication des machines 
employées dans la fabrication du chocolat. 

M. Hermann en expose une série complète qu'accompa- 
gnent des machines à broyer pour les substances pharmaceu- 
tiques et pour les produits vénéneux. 

Mais c'est surtout dans l'exposition de M. Devinck que nous 
trouverons des machines ingénieuses qui pèsent, moulent et 



348 VISITE 

transportent les tablettes de chocolat à un autre appareil qui 
les enveloppe absolument comme le ferait l'ouvrière la plus 
habile. 

M. Devinck se plaît à reconnaître qu'une grande partie de 
ces inventions est due à son contre-maître, M, A. Daupley. 



CLASSE VIL 

Mécanique spéciale et matériel des manufactures de tissus. 

La septième classe comprend toutes les machines spéciale- 
ment destinées à la filature et au tissage, c'est-à-dire à la 
transformation en fils des matières premières, connues sous 
la dénomination générique de matières filamenteuses, et à la 
transformation de ces fils en tissus de toute espèce, unis ou 
façonnés. 

Avant de nous occuper de ces machines, qu'il nous soit 
permis de rappeler en quelques mots l'origine de ces deux 
industries au point de vue mécanique. La filature automa- 
tique, dont les procédés ont acquis aujourd'hui un si haut 
degré de perfection, est cependant une industrie assez récente. 
Ainsi que le dit M. Alcan dans son ouvrage intitulé : Essai sur 
les maliéres textiles, ce ne fut qu'en 4760 que les Anglais, 
voyant l'accroissement que prenait leur commerce d'étoffes, 
tant avec les pays voisins qu'avec les colonies américaines, 
sentirent le besoin de produire un plus grand nombre de fils 
et cherchèrent à construire une machine qui, mue par un seul 
ouvrier, en produisît plusieurs à la fois, résultat que le rouet, 
jusque-là seul en usage, ne permettait pas d'obtenir. C'est 
alors que fut imaginé le célèbre métier appelé Jenny ou Jean- 
nette, qui, perfectionné peu à peu, nous donne aujourd'hui 
le métier MulUJenny self acting opérant d'une manière en- 
tièrement automatique l'étirage, la torsion et le renvidage 
du fil. Le grand nombre de produits que l'on put obtenir né- 
cessita bientôt des perfectionnements analogues dans les ma- 
chines à préparer. On remplaça donc, pour le cardage et les 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 349 

autres opérations préliminaires, le travail à la main par le 
travail mécanique et la filature automatique fut inventée. 

Le manque de fils avait, comme nous l'avons dit, nécessité 
ces différents perfectionnements. La grande quantité de fils 
qu'ils permirent de produire fit chercher les moyens de les 
employer, et l'on substitua, pour les étoffes unies, les mé- 
tiers à tisser mécaniques aux métiers ordinaires. Ce fut encore 
en Angleterre que cette industrie prit naissance. 

Le tissage façonné, au contraire, tel qu'il se pratique au- 
jourd'hui , est d'origine toute française, et les travaux de 
Vaucanson et de Jacquard sont assez récents pour qu'il soit 
inutile de les rappeler. 

Ces préliminaires une fois posés, commençons la revue des 
machines de la filature et du tissage exposées par les différents 
pays, en suivant l'ordre de la classification générale. 

Les peignes, les cardes, les rots, les semples, les canettes, 
bobines, broches, etc., sont disséminés dans tous les points du 
Palais. 

Ainsi, tandis que pour la France, une partie de ces produits 
est au palais principal , et l'autre à l'Annexe, dans la galerie 
des machines, l'Angleterre, la Belgique, les ont placés tous 
avec leurs machines, et la Prusse dans la section des produits 
de la galerie du quai. Du reste ces éléments, qu'il est im- 
possible de faire fonctionner, sont difficiles à juger et nous 
nous bornerons ici à citer quelques noms, qui ont acquis à 
bon droit une grande célébrité industrielle et commerciale. 
Tels sont pour la France MM. Scrive frères et Miroude, 
dont les importantes fabriques de rubans de cardes fournis- 
sent la plus grande partie de nos établissements de filature; 
MM. G. Peugeot et Cie, fabricants de cylindres cannelés et de 
pression, broches, plates-bandes pour métiers, bouc'nons, 
crapaudines et appareils de transmission par engrenages pour 
donner le mouvement aux broches; et M. Fleury, fabricant de 
cylindres de pression. 

Il y a en outre un grand nombre de peignes à lin, peignes 
à tisser, rots, broches, etc. 

Dans l'exposition étrangère, nous avons remarqué en 
Prusse des rubans de cardes bien travaillés, et nous citerons 
comme fabrication nouvelle ceux de M. Risler, d'Aix-la-Cha- 
pelle, dans lesquels le cuir est remplacé par une bande de 



3o0 VISITE 

caoutchouc vulcanisé; l'Angleterre a envoyé aussi un grand 
nombre d'éléments de filature, parmi lesquels des rubans de 
cardes de M. W. Horsfall, de Manchester, dont les pointes 
sont montées sur un fort tissu de lin ; l'un de ces rubans a tra- 
vaillé pendant treize ans dans la filature de M. Feray à Es- 
sonnes, sans altération sensible. 

Ainsi que nous l'avons dit, la filature automatique du 
coton est d'invention anglaise, et, depuis le moment où elle a 
été imaginée, l'Angleterre n'a cessé de rester à la tête de cette 
industrie; à tel point que nos filateurs acceptent difficilement, 
aujourd'hui encore, des machines fabriquées dans d'autres 
pays. Aussi les Anglais ont-ils, comme nous le verrons, une 
exposition de machines de filature presque exclusivement 
composée de machines à coton. 

Occupons-nous d'abord de la partie française. L'Alsace 
nous offre un grand nombre de machines pour les préparations 
et la filature du coton, machines sur lesquelles nous revien- 
drons bientôt. 

En dehors de cette exposition , nous rencontrons peu de 
machines de celte catégorie. 

M. Lecœur expose, collectivement avec M. Dannery, une 
grande carde débourreuse. L'invention de M. Lecœur a pour 
but d'augmenter la production de la carde, et d'après lui, de 
la doubler. Sous les cylindres cannelés se trouve une traverse 
à couteau, qui facilite le nettoyage du coton, et la surface 
de cardage est considérablement augmentée. Le but de 
M. Dannery est de remplacer le débourrage à la main des cha- 
peaux, qui offre de graves inconvénients, par le débourrage 
mécanique; il parvient à faire cette opération d'une manière 
satisfaisante en débourrant plus souvent les chapeaux les 
plus rapprochés de l'alimentation, qui sont naturellement ceux 
dans lesquels se logent le plus les impuretés. En somme, la 
machine de M. Lecœur, avec le perfectionnement de M. Dan- 
nery, est une chose intéressante, dont l'industrie du coton 
peut tirer un parti sérieux. 

M. Clenet présente une carde à coton, dont le mécanisme 
est le même que celui de toutes les cardes, et qui n'a d'autre 
particularité que d'être conduite directement par une petite 
machine à grande vitesse de M. Flaud. 

M. Dubrute fils expose aussi une carde à coton dont les 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 331 

cylindres et le grand tambour sont en fonte et qui est bien 
exécutée. 

M. Danguy jeune nous montre un rota-frotteur et un banc 
d'étirage. Le rota-frotteur est muni d'entonnoirs de sortie et 
conduits d'arrivée mobiles et faciles à changer, pour per- 
mettre le frottage en gros, en moyen et en fin. Il est en outre 
perfectionné dans sa construction par la disposition des brosses 
qui font pression sur les rouleaux d'étirage. 

Le banc d'étirage est à huit rubans, et fait un étirage de 1 
à 12. Les rubans viennent se réunir sur une table inclinée, 
d'où ils tombent dans une boîte de laquelle on les dirige au 
troisième et dernier passage. Ces deux machines sont bien 
exécutées. 

IMM. Gallet et Dubus exposent un métier Mull-.Tenny, de 
432 broches pour le coton, dont le système de commande de- 
puis la poulie motrice jusqu'aux tambours commandant les 
broches, est entièrement par engrenages, ce qui régularise la 
tension des broches en annihilant les effets de contraction 
et d'extension, produites par les variations hygrométriques de 
l'air. Le mouvement de renvidage est obtenu à l'aide de deux 
roues hélicoïdales, afin de rendre cette opération moins fati- 
gante. Enfin les chaînes à la Vaucanson qui conduisent le cha- 
riot sont mises en mouvement exclusivement par des roues 
dentées; de cette manière il n'y a pas de glissement, la vi- 
tesse du chariot est toujours régulière, et Ion peut facilement 
la varier au moyen de changements d'engrenages. 

Le métier de MM. Gallet et Dubus est bien exécuté, et pré- 
sente, comme on le voit , un grand intérêt. Il est regrettable 
qu'il ait dû être placé en dehors des machines en mouve- 
ment, et que l'on ne puisse, par conséquent, juger de son 
travail. 

Dans la partie étrangère, nous ne trouvons de machines à 
coton que dans l'exposition anglaise. Là, par exemple, cette 
industrie est largement représentée, et offre tout l'intérêt d'un 
ensemble complet de fabrication. 

MM. Dobson etBarlow, deBolton, exposent deux machines 
brevetées de M. Evan Leigh; Tune est une carde dont les cha- 
peaux se nettoient seuls, et l'autre une machine à réunir, au 
moyen de laquelle on obtient une nappe pour le second pas- 
sage, nappe composée de cinquante à soixante rubans. 



352 VISITE 

M. J. Mason, de Rochdau, présente un banc à broches en 
gros avec rebords brevetés, des plateaux diviseurs, un frein et 
un mouvement à dégager ; les broches font 800 tours à la 
minute; un banc à broches en fin avec ces mêmes éléments, 
les broches faisant 1200 tours à la minute; un métier continu, 
une carde à coton et un étirage; il expose en outre un métier 
à tisser mécaniquement des étoffes de grande largeur. 

MM. J. EIce et Cie exposent un batteur à un seul volant, 
une carde, un laminoir à quatre têtes, six rubans; un banc à 
broches en gros de 48 broches; un banc à broches en fin de 
80 broches; deux métiers Mull-Jenny self acting de 340 bro- 
ches chacun entièrement pareils; enfin un métier continu de 
160 broches et deux dévidoirs à compteurs. 

L'exhibition de MM. Platt frères, d'Oldham, se compose 
d'un assortiment complet de filature de coton. Nous allons 
donner l'énumération et l'explication de ces machines, d'après 
l'exposant lui-même , afin de faire comprendre le travail du 
coton : 

1" et 2' Opération. Batteur-étaleur : l'ouvreur divise et net- 
toie le coton après le passage par des cylindres alimentaires, 
en le soumettant à l'action des volants; les boutons sont re- 
jetés en dessous, et la poussière enlevée par un ventilateur; 
par l'action du batteur-étaleur, le coton se trouve battu et 
nettoyé à un degré supérieur et réuni en masse. 

3*= Opération. Carde en gros : purifie le coton et en aligne 
les fibres, qui sont disposées en rubans. 

4^ Opération. Machine à doubler : réunit plusieurs rubans 
en une seule nappe large et unie qui s'enroule sur une en- 
souple. 

5" Opération. Carde en fin : achève le travail de la carde en 
gros, et forme un ruban plus fin. 

6* Opération. Banc d'étirage : étire les rubans accouplés de 
la carde en fin et les dispose en rubans encore plus fins; six 
têtes, huit rubans. 

7* Opération. Banc à broches en gros de 28 broches : conti- 
nue l'opération de l'étirage, et donne à la mèche une légère 
torsion, en l'enroulant sur des bobines. 

8* Opération. Banc à broches, intermédiaires de 68 broches : 
double la mèche en gros, l'étiré et lui donne la torsion en 
l'enroulant sur des bobines de plus petite dimension. 



A L'EXPOSITION LMVERSELLE. 'AoA 

9* Opération. Banc à broches en fin de 88 broclies : doubir 
la mèche en moyen , l'étiré et lui donne plus de torsion en 
l'enroulant sur des bobines plus petites. 

10^ Opération. Métier à iiier sell-acling de 200 broches: 
étire la mèche en fin, la transforme en fil, et la dispose sur 
des bobines en forme de canettes. 

M' Opération. Métier continu de '112 broches: employé 
quelquefois en place du métier Mull-Jenny pour filer les nu- 
méros forts. Enroule les fils sur des bobines à di.-ques. 

'12*= Opération. Métier continu doubleur de 92 broches : 
réunit et tord ensemble deux ou plusieurs fils pour faire des 
fils plus forts. 

13'' Opération. Métier à relor.lre self-actiniz; de 200 broches: 
double et tord ensemble deux ou plusieurs fils, en les dis- 
posant sur des canettes propres à être employées au tis- 
sage. 

MM. Platt frères exposent aussi une machine à émeri pour 
aiguiser les tambours et chapeaux de cjirdes , et deux métiers 
mécaniques à tisser, l'un pour le calicot, l'autre pour la fu- 
laine. 

Terminons ici la revue des machines de la troisième section , 
et disons que cette industrie, qui n'est représenter^ que par la 
France et l'Angleterre, a, sauf les machines de MM. Sclilum- 
berger, peu de progrès à enregistrer. Les machines anglaises, 
qui toutes sont d'une très-bonne exécution, n'offrent, comme 
perfectionnement, qu'un intérêt médiocre, et l'on peut expri- 
mer le regret que ces machines ne se distinguent que par leur 
construction, 'lu reste vraiment rcmiîrquuble, leur ensemble 
et leur heureuse disposition, qui fait bien voir les opérations 
succci^sives de la matière. 

Nous croyons devoir étudier dans leur ensemble les ma- 
chines de I exposition collective du Haut-Hhin, sans faire 
rentrer chacune d'elles dans la spécialité à laquelle elle ap- 
partient. Cette exposition, quoique composée de machines à 
destinations diverses, présente en effet un intérêt d'ensemble 
que n'offrirait plus, à beaucoup pi es, chacune d'elles déta- 
chée du groupe que les con-tructeuis ont désiré former 

Le département du Haut Rhin est sans contredit l'un des 
plus industriels de France , et la construction des machines de 
filature y a acquis un degré de perfection qui nous permet 
206 aj 



3oi VISITE 

enfin de lutter avec l'Angleterre, dont nous avons été si long- 
temps tributaires. 

M. André Kœchlin expose, en outre de sa locomotive, un 
batteur étaieur à deux volants, muni, à la sortie du coton , 
d'une double paire de cylindres cannelés, à vitesses diffé- 
rentes, destinés à produire un commencement d'étirage. Cette 
machine, qui n'a du reste rien de particulier, est remar- 
quable par sa grande solidité et le soin avec lequel elle est 
construite. Le même constructeur présente aussi une ma- 
chine à imprimer à quatre couleurs, mue par une machine 
à vapeur horizontale, qui travaille avec une grande précision. 

Nous rencontrons ensuite l'épurateur à coton de M. G. A. 
Risler. Cette machine, destinée à remplacer la carde, est 
munie de quatre cylindres alimentaires, et forme trois rubans 
qui viennent se réunir en un seul. Elle a subi , depuis l'Expo- 
sition de Londres où elle a obtenu la grande médaille, un 
perfectionnement qui consiste en ce que le coton qui n'a pas 
été pris par les deux premiers peignes, et qui est resté sur le 
grand tambour, est repris par un troisième placé en dessous, 
et travaillé de nouveau. Le ruban formé par le troisième pei- 
gne est généralement d'une qualité inférieure aux deux autres, 
et peut être dirigé sur une autre bobine, afin de le séparer 
de ceux-ci. L'épurateur fait en douze heures 90 à 100 kilo- 
grammes de coton bien ouvert et mieux nettoyé qu'à la carde 
ordinaire, avec économie de déchet et de main-d'œuvre. 
Elle est construite par M. A. Kœchlin avec tout le soin pos- 
sible. 

M. Léopold Muller fils expose un banc à broches à com- 
pression de 1 20 broches, système ordinaire; un MuU-Jenny 
et un métier continu de 220 broches pour la filature de la 
laine peignée, où la commande ordinaire de broches est rem- 
placée par son système d'engrenages coniques, dont chaque 
broche est rendue indépendante et peut être arrêtée instanta- 
nément par la simple pression. Ce système, qui exige moins 
de force que les commandes par cordes à boyaux , a l'incon- 
vénient de produire un bruit insupportable. Aussi MM. C. 
Peugeot et Cie ont-ils eu l'idée de le modifier en remplaçant 
les deux engrenages coniques par une série de quatre engre- 
nages, deux coniques et deux droits; de cette manière on 
peut faire en bois la roue droite qui commande le pignon , et 



A L'EXPOSITION UNIVEHSELLE. 355 

les deux roues coniques engrenant avec une vitesse beaucoup 
moindre , le bruit est considérablement diminué. 

M. Stamm présente un banc d'étirage finisseur à pots tour- 
nants pour le coton ; un métier continu à filer d'un côté et à 
retordre de l'autre, de 224 broches, et un banc à broches à 
compression, de 120 broches. Ce banc à broches n'est pas 
muni de la cuirasse ordinaire, qui empêche le coton de tom- 
ber dans les engrenages. Toutes ces machines sont, du reste, 
bien construites. 

L'exposition de M. F. J. Griin se compose d'un batteur 
étaleur, une carde à coton, une carde à laine peignée, un 
bobinoir réunisseur pour la laine et un dévidoir. 

Le batteur est à un seul volant , avec commencement d'é- 
tirage , comme celui de M. A. Kœchlin. Le tambour de la carde 
à coton est un tambour en fonte, fondu d'une seule pièce avec 
les deux croisillons, ce qui constitue une assez grande diffi- 
culté vaincue. La carde à laine est construite avec des cylin- 
dres en stuc et n'a rien de particulier. Le dévidoir est muni 
d'un système de va-et-vient destiné à distribuer également le 
fil. Toutes ces machines sont construites avec un grand soin. 

M. Stehelin expose un métier MuU-Jenny self-acting de 
504 broches, système ordinaire. 

M. Th. Loos présente une carde à coton dont l'alimentation 
se fait au moyen d'un cylindre cannelé tournant sous une auge 
en fonte; le coton est pris entre le cylindre et l'auge, qui sert 
en outre à recevoir les matières étrangères rejetées par la 
carde. Le grand tambour est en stuc comme dans toutes les 
cardes exposées par les constructeurs de l'Alsace. 

M. G. Bornèque expose deux métiers à tisser, l'un à deux, 
l'autre à quatre couleurs. Ces métiers sont munis de cartons 
de Jacquard en bois, dont les trous portent des chevilles. Ces 
chevilles, de différentes longueurs, soulèvent alternativement 
des leviers qui font mouvoir la boîte contenant les bobines, 
de manière à lancer la bobine qui doit faire le travail. On peut 
donc, par ce moyen, tisser une étoffe à plusieurs couleurs, 
sans se préoccuper du dessin. Ce système n'est, du reste, ap- 
plicable qu'aux étoffes à carreaux ou à bandes dans le sens de 
la trame. 

MM. Nicolas Schlumberger et Cie exposent trois assorti- 
ments complets de préparations de filature. Le premier est 



356 VISITE 

desliné au travail des malièrcs courtes soies, le second à ce- 
lui des maiières à soies moyennes, et le troisième aux prépa- 
ralioiis des maiières longues soies. 

L'assortiinent destiné aux matières courtes soies, c'est-à- 
dire au cnton et à la laine peignée à filaments courts, se 
compose de cinq machinss, une carde, une peigneuse, un banc 
d'étirage, un banc à broches et un métier à filer self-aciing. 

La carde e.-t une carde à hérisson:5, c'est-à-dire le système 
ordinaire des cardes à laine peignée, dont tous les cylindres 
sont en stuc. 

La peigneuse est construite dans le système ordinaire des 
peigneuses Heilmann, système qui consiste à tra\ailler la 
matière par mèches, et dont la substitution à la peigneuse 
Collier, substitution due en très-grande partie à M. N. Schlum- 
berger, a moJifié d'une manière radicale le peignage et la 
filature. Celle-ci est à six têtes et à mouvement continu. 

Le banc d'étirage comprend trois passages. Le premier avec 
coupe-nappes mécanique et bascideur, et dégrenage auto- 
matique. Le deuxième est à couloirs et à pots oscillants. Ces 
pots oscillants remp'acent les pots tournants pour opérer la 
distribution régulière de la matière. C'est une boite rectangu- 
laire portée sur des roues qui reposî-ntsur un chemin de fer; 
cette boîle reçoit un mouvement alternatif d'un pignon en- 
grenant tantôt au-dessus, tantôt au-dessous d'une crémaillère. 
Cet appareil, généralement substitué par M. Schlumberger 
aux pots tournants, donne d'excellents résultats. 

Le troisième passage est un étirage dans lequel la matière 
vient s'enrouler sur des rouleaux presseurs, et où la com- 
pression a toujours lieu au même point par le moyen d'un 
ressort qui appuie constamment la matière sur le rouleau. 

Dans le banc à broches mi-fin de soixante-quatre broches, 
le mouvement progressif du chariot est donné par un double 
disque sur lequel vient frotter une poulie à bande de cuir 
qui monte à mesure que la bobine s'emplit, et diminue par 
conséquent la vitesse. L'ailetie de la broche, au lieu d'être 
creuse comme le sont ordinairement les ailettes de ces ma- 
chines pour le coton, est pleine et parfaitement lisse. Le fd 
passe par deux œils, l'un en haut, l'autre à l'ej^trémité de 
l'une des branches, et est constamment pressé contre la 
bobine au moyen d'un ressort intérieur. 



A 1/EXPOSlTION (NIVERSELLE. 3.S7 

Le métier à filer automate compte cinq cent quatre bro- 
ches, dont les mouvements sont singulièrement doux, com- 
parés à ceux des métiers ordinaires. Cela tient à un système 
nouveau à friction plate qui permet d'éviter les secousses et 
les mouvements brusques que produisent les métiers munis 
d'arbres à excentriques. 

L'assortiment destiné à la filature des filaments moyens 
sert spécialement au travail des laines moyennes, telles que 
les laines mérinos. Il se compose de sept machines qui 
sont : 

Une nappeuse, qui n'est autre chose que la peigneuse Pou- 
pillier perfectionnée. 

Un démêloir, d'invention nouvelle, qui dresse et parallélise 
parfaitement les brins de la laine, de manière à préparer au 
travail de la peigneuse, et cela au moyen d'un cylindre garni 
de dents en hélice, à barrettes sortant et rentrant alternati- 
vement pour faciliter le délivrage de la matière. Une pei- 
gneuse, du système lleilmann, munie d'une pince à double 
centre qui permet de rapprocher plus ou moins le peigne 
fixe de la pince, et par conséquent de peigner des laines plus 
courtes, ce qui augmente la production. 

Trois bancs d'étirage, dans lesquels se trouve l'application 
d'une idée dominante que iM. Schiumberger applique d'une 
manière complète et exclusive à la filature de la laine peignée, 
et qui est, afin d'obtenir un étirage plus complet, de remplacer 
le premier cylindre supérieur par un cylindre à cannelures pro- 
fondes, et le cylindre inférieur par un héiisson dont les dénis 
sont disposées de telle sorte que les cannelures du cylindre 
supérieur engrènent entre les dents du hérisson, de façon à y 
faire entrer la laine aussi profondément que possible. Ce 
système se trou^^e reproduit dans les ti'ois bancs d'étirages 
dont nous nous occupons. Le premier est un étirage à quatre 
têtes, avec couloirs et pot oscillant; le second un étirage à 
bobines et à compression ; et le troisième un étirage avec 
l'rottage en gros et bobines comprimées. C'est une espèce de 
banc à broches en gros à bobines horizontales. 

La septième machine de cet assortiment est un banc à 
broches frotteur, de trente-six broches. Ce banc à broches 
présente une particularité remarquable. Comme il est destiné 
au travail de la bourre de soie de deuxième largeur, c'est-à- 



358 / VISITE 

dire des déchets de bourre de soie donnés par la peigneuse, 
aussi bien qu'à celui de la laine, et que la bourre de soie n'a 
pas besoin de torsion à ce moment du travail, les ailettes 
peuvent à volonté, et par un simple mouvement de débrayage, 
tourner ou ne pas tourner de manière à opérer, suivant la 
matière, avec ou sans torsion. 

L'assortiment destiné au travail des matières longues soies 
doit préparer spécialement les laines longues, les étoupes, la 
bourre de soie longue, et enfin le lin et le chanvre coupés en 
deux ou trois, et ramenés à la longueur de l'étoupe. Il se com- 
pose de cinq machines : un démêloir, une peigneuse, un éta- 
leur, un banc d'étirage et un banc à broches. 

Le démêloir est construit suivant le môme principe que celui 
dont nous avons parlé ; il alimente la peigneuse qui est tou- 
jours une peigneuse Heilmann, et qui est munie d'un tambour 
nappeur à palettes dentelées dans lesquelles les étoupes sont 
poussées et entrées à fond par un cylindre cannelé afin de 
faciliter la sortie régulière de la matière. 

L'étaleur est un étaleur à gills, à deux rubans, avec appli- 
cation de doubles rouleaux d'appel. 

L'étirage est un étirage à deux têtes, à six rubans, avec ap- 
plication de doubles rouleaux d'appel. 

Le banc à broches est un banc de quarante bobines, à gills, 
avec le système d'aileltes et de mouvement du chariot ordi- 
naire. 

L'exposition de MM. Nicolas Schlumberger et Gie est, en 
somme, la plus complète de toutes celles des constructeurs de 
machines de filature. Il est presque superflu d'ajouter que 
ces machines, parfaitement entendues, sont, en outre, admi- 
rablement exécutées. M. Schlumberger a, comme M. Mercier, 
l'avantage d'être en même temps constructeur et filateur, et 
ces deux conditions sont, évidemment, aussi favorables que 
possible. 

Ajoutons que M. Schlumberger est l'un des principaux pro- 
moteurs de l'industrie de la filature dans le Haut-Rhin, dont 
nous venons d'examiner les produits ; que cette industrie, 
qui a pris un si grand essor, lui doit un nombre considérable 
de perfectionnements importants, et nous aurons rendu justice 
à un de nos industriels les plus éminents et les plus honora- 
bles. Disons enfin que l'exposition de MM. Schlumberger brille 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. :r^<> 

au milieu de celle de l'Alsace, et vient rehausser encore l'éclat 
de cette partie, déjà si remarquable, de l'exposition française. 

La filature mécanique du lin et du chanvre n'existe vérita- 
blement que depuis 1810, c'est-à-dire depuis l'invention de la 
peigneuse imaginée par Philippe de Girard. 

La première opération que subit le lin est le rouissage; 
puis viennent le battage et le teillage. Nous avons à PExposi- 
tion plusieurs machines à teiller, et entre autres celle de 
M. Ch. Mertens, de Gheel (Belgique), et celle de M. Farinaux 
jeune, de Lille. 

La machine de M. Ch. Mertens est entièrement nouvelle. 
Le lin est conduit par une pince faisant chaîne sans fin,, entre 
deux cuirs sans fin, munis de baguettes en bois qui le battent 
et enlèvent la partie corticale; puis il est repris par une 
deuxième pince, au moyen d'une seconde machine semblable, 
tournée en sens contraire , qui teille la partie qui était tenue 
par la première pince. Le lin, en sortant de cette machine, est 
parfaitement teille. 

Dans la teilleuse de M. Farinaux jeune, le lin est pris entre 
deux cylindres en fonte, caimelés et tournants, dont le plus 
petit placé à la partie supérieure, a en outre un mouvement 
de va-et-vient destiné à enlever la paille. Puis il est conduit 
entre deux autres cylindres cannelés en bois, avec mouvement 
circulaire, qui achèvent le travail. 

Nous n'avons pas vu le travail de cette machine, mais nous 
doutons, à sa simple inspection, qu'elle opère le nettoyage 
aussi bien que celle de M. Mertens, dont les produits sont 
vraiment remarquables. 

Après le teillage, le lin subit l'opération du peignage. Nous 
rencontrons dans l'exposition française les peigneuses de 
M. Ward et de M. Lacroix, et dans l'exposition anglaise, celles 
de MM. Combe et Cie, de Belfort. 

La machine de M. Lacroix est destinée au peignage des 
lins coupés en deux ou trois, où les pinces, au lieu d'être 
poussées les unes par les autres, sont conduites par un méca- 
nisme spécial, et tournent en avançant, au lieu d'avancer d'a- 
bord et tourner ensuite. De plus, les porte-pinces sont dou- 
bles, ce qui permet de peigner en même temps deux poignées 
de lin. 

M. Ward expose trois machines à peigner le lin. L'une de 



360 VISITE 

ces machines est destinée au travail du lin long, l'autre à ce- 
lui du lin coupé moyen, et la troisième à celui du lin coupé 
en plu?ieurs morceaux. 

Ces trois machines sont construites dans le même esprit, 
c'est-à-dire que toutes trois sont à peignes tournant dans un 
seul sens, et à m.ouvement de rotation des pinces, destiné à 
permettre le travail de la matière des deux côtés. La construc- 
tion en est soignée. 

AJM. Combe et Cie exposent deux machines à peigner, l'une 
les lins long-*, et l'autre les lins coupés; le système de ces deux 
peigneuses e?t le contraire du précédent, c'rst-à-dire que ce 
sont les peignes qui ont un mouvement circulaire alter natif, 
afin de pouvoir travailler le lin dans ces deux sens, tandis que 
les pinces ont simplement un mouvement rectiligne. Ces deux 
machines sont bien construites, et nous préférons ce mode d'o- 
pérer au précédent, qui a l'inconvénient d'eumêler un peu le 
lin au moment où la pince se retourne. 

MM. Windsor frères, de Lille, exposent une grande étaleuse 
pour lin long ou chanvre, offrant quelques perfectionnements 
de détails, puis un assortiment de p épjirations pour le lin 
coupé en trois et quatre, et devant être lilé des n°* 80 à 150. 
Cet assortiment se compose de : 

'1° Une étaleuse à quatre rubans; 

2" Un premier étirage à deux tètes, huit rubans chacune; 

3° Un second étiiage, deux lèles, dix rulians chacune; 

!i° Un troisième étirage, deux tètes, douze rubans chacune; 

5° Un banc à broche» de soixante brothes. 

Toutes ces niachines comi-oitent des frotteurs en bois mo- 
biles sous les rouleaux. Le banc à broches est muni d'un cône 
de friction, marchant sans courroie. Ces machmes sont éta- 
blies dans de bonnes conditions de construction et de vente 
courante. 

Le métier à fder le lin, de M. Vennin Dérégniaux, n'offre 
rien de particulier. 

Enfin, la marine impériale nous a envoyé deux machines, 
l'une à filer le lin, qui opère à la fois l'étirage et la toraion, et 
l'autre à tie-str les coidages Ces deux machines sont, sans 
doute, tiè.^-iuiéressantes, mais elles ont l'inconvénient dètre 
construites d'une manière fort lourde, et d'avoir déjà plus de 
vinst années de date. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 361 

Outre ces machines . nous rencontrons l'assortiment pour la 
filature des matièies longues soies de MM. N. Schlumberger 
et Cie, dont nous avons déjà parlé. 

Les machines destinées au travail de la laine se divisent en 
deux catégories bien distinctes : la filature de la laine peignée 
et celle de la laine cardée. La laine peignée, destinée au tis- 
sage des mérinos, des cachemires d'Ecosse, et en général des 
étoffes rases, exige des fils d'une régularité parfaite, et dont 
les é éments soient aussi parallèles que possible. C'est, comme 
nous le verrons, la grande différence qui existe entre le pei- 
gné et le cardé. 

La France est presque seule représentée pour cette indus- 
trie, dont on a tant cherché, depuis quelques années, à mo- 
difier les éléments. La tendance aujourd hui la plus générale 
est le peignage par mèche.^, inauguré par Josué Heilmann. 
Nous rencontrons, dans cette voie, la peigneuse de iM. Hector 
Collette, qu'un déplorable accidenta enlevé à l'industrie, au 
moment où il venait de mettre la dernière main à son œuvre. 
Cette peigneuse est formée d'un grand plateau circulaire tour- 
nant , muni à sa circonférence de trois rangs de peignes; sur 
trois points de la circonférence sont placés d'autres peignes 
animés d'un mouvement circulaire, perpendiculaire à celui 
du plateau. La laine, livrée par mèches aux peignes du plateau 
circulaire, au moyen d'une alimentation à mouvement alter- 
natif, est reprise par l'un des peignes de côté, passe successi- 
vement entre les dents des trois peignes, et est rendue aux 
peibjnes circulaires qui la livrent entre des rouleaux déli- 
vreurs, d'où elle s'eni ouïe sur une bobine, tandis que la blouse 
est enlevée des dénis du peigne par une brosse, qui la fait 
tomber dans une boîie destinée a la rt^cevoir. Une conduite 
de vapeur permet de chauffer les peignes, condition essentiel- 
lement avantageuse, et la division du cercle peigneur en trois 
zones munies d'éléments identiques, fait que l'on peut ti availler 
à la tois trois couleurs diiierentes. La machine de M. Collette 
mérite donc, à tous égards, les éloges les plus sincères; son 
mécanisme est ingénieux et simple, et rend le travail facile à 
comprendre. 

La peigneuse de M. Collet fils n'est autre chose que le sys- 
tème déjà connu de M. Poupillier, qui n'a jamais donné un 
peignage complet. KHe travaille sans faire de blouse. 



362 VISITE 

M. Vigoureux expose un bobinoir. Le perfectionnement 
consiste essentiellement dans une disposition spéciale, par 
suite de laquelle plusieurs mèches passent en même temps, 
sans se réunir ou se mêler pendant le travail, dans le même 
peigne et sur le même buffle frottoir, et enfin s'enroulent tou- 
jours distinctes et sans mélange sur la même bobine. Les 
avantages de cette machine sont de faire autant et mieux avec 
un matériel beaucoup moins considérable, et par suite, coû- 
tant infiniment moins cher, et exigeant moins d'espace, de 
force motrice et de surveillance. Cette machine, d'un véritable 
intérêt, a été exécutée dans les ateliers de M. Pierrard Par- 
paite , avec tout le soin que ce constructeur apporte à ses 
travaux. 

MM. Bruneaux, père et fils, de Rethel, exposent un bobi- 
noir finisseur. Cette machine, d'une longueur totale de '1:^"',80, 
est bien construite, et offre dans le travail des perfectionne- 
ments sensibles. 

M. Pierrard Parpaite présente un assortiment d'appareils 
destinés au peignage mécanique de la laine, des étoupes, de 
la bourre de soie, etc., avec l'application d'un système nou- 
veau dénommé étireur à mouvement progressif. 

L'invention du système consiste dans la combinaison d'un 
mouvement progressif, communiqué à des barrettes ou porte- 
aiguilles indépendantes, au moyen de deux plateaux mobiles 
à rainures curvilignes, et de deux courbes excentriques fixes. 
Les peignes barrettes garnis d'aiguilles sont commandés de 
manière à s'écarter de plus en plus les uns des autres depuis 
l'entrée jusqu'à la sortie de la matière qui vient sortir d'une 
manière continue hors des rangées d'aiguilles, au point où 
celles-ci ont acquis leur maximum de vitesse. Cette opération 
s'effectue par un étirage qui achève de dresser les filaments, 
déjà préparés par le démêloir. 

M. Pierrard dispose le nriême appareil en tête de chaque 
passage d'étirage de filature, en remplacement des peignes 
circulaires et des gills généralement en usage. D'après l'in- 
venteur, cette application perm.et de travailler la matière fila- 
menteuse avant et après le peignage, et de diminuer le nom- 
bre des passages avant la filature. Les produits des machines 
de M. Pierrard ne nous ont pas paru répondre complètement 
au programme. La laine estbouchonneuso, oljusqu'ici ces ma- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 363 

chines ne semblent pas faire un travail supérieur à celui des 
anciens systèmes. Nous devons cependant savoir gré à 
M. Pierrard de ses efforts persévérants, et des progrès qu'il a 
fait faire au travail de la laine peignée. 

Dans, l'exposition étrangère, nous ne trouvons qu'un banc 
à broches en fin pour la laine peignée de M. Hartmann, de 
Chemnitz (Saxe-Royale). C'est un banc à broches ordinaire, 
d'une bonne construction. 

La laine cardée doit servir au travail des étoffes feutrées et 
foulées. Aus^i les conditions de bonnes qualités du fil sont- 
elles toutes différentes de celles qu'exige le fil de laine pei* 
guée. 

Pour celui-ci, en effet, il est, avant tout, nécessaire de pa- 
ralléliser les filaments et de ménager leur longueur, afin d'ob- 
tenir un fil droit et aussi uni que possible, tandis que l'usage 
de la laine cardée exige, avec toutes les conditions ordinaires 
de régularité , que les filaments soient enchevêtrés les uns 
dans les autres , pour conserver le plus possible à la matière 
sa propriété feutrante. L'étoffe devant, en outre, être tirée à 
poils, il est nécessaire que les fils présentent autant de pointes 
que possible, afin que le tissu soit plus garni de poils à sa 
surface. 

Après le désuintage et le lavage qui se font de la môme ma- 
nière pour les peignés et les cardés, la laine est séchée, soit 
par les moyens ordinaires, soit au moyen d'un hydro-extrac- 
teur ou appareil à force centrifuge ; l'appareil exposé par 
M. Tulpin, de Rouen, dont il a déjà été parlé, remplit toutes 
les conditions désirables, tant au point de vue de la trans- 
mission du mouvement que par la supériorité de sa con- 
struction. 

La laine en sortant de la machine contient encore 10 à 15 
pour 100 d'eau; elle est séchée, soit dans un séchoir à air 
chaud, soit à l'air libre, soit enfin dans une machine cù l'on 
fait agir simultanément le chauffage et la ventilation. 

La matière subit alors l'opération du battage, puis celle de 
l'échardonnage. La première machine échardonneuse intro- 
duite en France en 1846 est due à i!>!M. Sykes et Ogden, 
d'Huddersfield, qui exposent, dans la partie anglaise, un spéci- 
men de leur système, perfectionné par l'augmentation du 
nombre de lames de peignes sur le cylindre principal. Le but 



?>C>i VISITE 

de celte addition est d'augmenter le travail de la machine, tout 
en diminuant son volume. 

M. Laoureux , de Verviers, cessionnaire du brevet de 
iMM. Sykes et Ogden pour la Belgique, exposent deux machi- 
nes de ce genre, dont l'une est la reproduction à peu près 
exacte de l'ancien système des inventeurs, et dont l'autre a 
subi une modification qui consiste à remeltre en travail les 
chardons qui contiennent encore de la laine. Ces deux ma- 
chines sont d'une construction médiocre. 

L'échardonneuse dont nous venons de parler a le grave 
inconvénient de briser les filaments de la laine. MM. Houget 
et Teston, autres constructeurs de Verviers, ont cherché à 
atténuer ce résultat fâcheux en ajoutant deux cylindres 
échardonneurs à lames dentelées en hélice. Celte machine re- 
met également en travail les chardons qui entraînent de la 
laine, et le tambour principal est armé alternativement de 
lames et de dents, afin de commencer l'opération du louve- 
tage. La construction en est soignée comme celle de toutes les 
machines de MM. Houget et Teston. 

Après le battage et l'échardonnage, la laine subit l'opéra- 
tion du louvetrige. Suivant la qualité de la laine, le louvelage 
a lieu une ou deux fois. Les laines courtes et douces ne sont 
passées qu'une seule fois au loup , après avoir été graissées 
d'environ 20 pour 100 d'huile d'olive ou de colza, ou , mieux 
encore, d'oléine. Le loup de M. A. Mercier, de Louviers, com- 
porte toutes les conditions voulues de solidité et de bonne 
construction; la disposition des dents en spirale sur le grand 
tambour, et l'alimentation au moyen de deux paires de rou- 
leaux cannelés avec vitesses différentes permettent d'ouvrir la 
laine d'une manière uniforme et satisfaisante, qui facilite le 
cardage et ménage les garnitures de cardes. 

L'opération qui suit le louvelage est le cardage. Nous trou- 
vons dans la galerie des machines un assez grand nombre de 
cardes : MM. Verken, d'Aix-la-Chapelle, exposent un assorti- 
ment complet composé d'une carde briseuse avec cylindre et 
tambour en bois, d'une carde repasseuse avec cylindre et 
tambour en fonte, et d'une carde boudineuse, à un seul pei- 
gneur, avec cylindre et tambour en tôle. Cette carde produit 
des boudins sur deux points différents , au moyen d'un pei- 
gne à intervalles réguliers qui en opère la division, système 



A L EXPOSITION LMVEHSELLE. llGri 

qui ne réussit généralement qu'avec des laines fines ayant 
des (ih)ments réguliers et d'une longueur nioyennej La con- 
struction de ces machines n'offre, du reste, rien de particu- 
lier. L'exécution en est convenable. 

MM. Houget et Teston pié.-entent aussi un assortiment 
complet de cardes à laine, dont tous les cylindres sont en 
Fonte. Ce système a l'inconvénient d'augmenter inutilement 
le poids de la machine , les pe'its cylindres en bois pouvant 
paifaitement être établis dans de bonnes conditions. La carde 
boudineuse de MM. Houget et Teston est une carde à deux 
ptMgneurs. Elle est munie d'un système d'étirage dont la pra- 
tique n'a pas, jusqu'ici, démontré l'utilité. 

M. Grlinn expose une carde pour le travail du cardé pei- 
gné, dont nous avons déjà fait mention. 

M. Vimont, de Vire, expose un métier continu destiné au 
filage de la laine cardée. Jusqu'à ce jour, les métiers MuU- 
.lenny à étirage ont seuls été employés dans cette industrie; 
le métier de M. Vimont est donc une chose toute nouvelle, et 
il nous Hst impossible de juger de son importance avant que 
ses résultats soient connus. 

Nous avons déjà parlé du loup de M A. Mercier; examinons 
à présent les autres machines qu'il expose, composant un as- 
sortiment complet de filature de laine cardée. 

La laine, à sa sortie du loup, est portée sur la toile sans 
fin, partagée en deux parties ég.des, et placée derrière le 
grand tambour de la carde briseuse, et vi^nt former à la sortie 
deux rubans qui s'enroulent sur une bobine. Soixante de ces 
bobines sont placées derrière la carde repasseuse , et produi- 
sent à leur tour deux rubans qui s'enroulent sur deux bobi- 
nes. Ces bobines sont elles-mêmes placées, au nombre de 
soixante, derrière la carde boudineuse et fournissent chacune 
un ruban à la sortie de celle-ci, après avoir passé sous les 
rouleaux à mouvement de va-et-vient qui opèrent le frottage. 
La carde boudineuse est une carde à deux peigneurs. 

Le fd, à sa sortie du cardage, est tra'.aillé par un métier 
Mull-Jenny, à simple vitesse , de deux cent dix broches. Ce 
métier, d'une construction spéciale pour ce genre de filature, 
est d'une grande simplicité, et permet d'obtenir, sans tâtonne- 
ment et avec une grande régularité, la finesse de fd et la tor- 
sion demandées. 



366 VISITE 

Les bobines , produites par le métier en gros , sont réunies 
au nombre de vingt-cinq sur de longues bobines qui sont 
placées sur le métier en fin, et qui peuvent lui fournir une 
quantité de laine suffisante pour un travail de deux jours. 

M. Mercier expose deux métiers en fin de trois cents broches 
chacun. Ces métiers sont à double vitesse et à mouvement 
d'étirage mécanique, se modifiant au moyen de pignons de re- 
change, suivant les divers genres de laines et les différentes 
finesses de fils, et peuvent être conduits deux à deux par un 
seul ouvrier, avec l'aide de deux rattacheurs. De même que 
le métier en gros, ils sont munis de compteurs de livraison 
et de torsion, numérotés de manière à calculer, avec assu- 
rance et sans tâtonnement, la finesse et le nombre de tours de 
torsion à donner aux fils. 

Comme complément de son assortiment de filature, M. Mer- 
cier présente deux dévidoirs à échantillonner, qui donnent 
exactement le numéro du fil après le passage à la carde bou- 
dineuse et les passages aux métiers à filer en gros et en fin. 

Il présente enfin une carde avec avant-train pour la prépa- 
ration de la laine peignée, dont le principal mérite est de mé- 
nager les filaments de la laine, mais que nous ne pouvons 
juger, au point de vue du travail , cette machine n'étant pas 
encore en fonction. 

L'exposition de M. Mercier doit enfin comprendre un mé- 
tier mécanique à tisser les draps et nouveautés, qui , s'il 
réussit, comme permet de l'espérer la réputation justement 
acquise du constructeur , résoudra un des graves problèmes 
économiques de ce genre de tissage. 

Pour résumer en quelques mots l'impression que nous a 
produite l'exposition de M. Mercier, nous dirons que l'on re- 
connaît facilement que ces machines sont établies par un 
homme qui comprend à la fois la construction et la filature. 
Elles sont disposées de manière à faciliter le travail, et 
comme elles doivent l'être dans une filature bien entendue. 
La double profession de cet industriel lui a permis de con- 
struire des machines qui répondent parfaitement aux besoins 
de l'industrie à laquelle elles sont destinées, en même temps 
qu'elles offrent toutes les garanties désirables de solidité et 
de bonne construction. Enfin, M. Mercier a su conserver, 
comme nous devions nous y attendre, le rang qu'il a conquis 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 3(57 

à l'Exposition de 1849 et à celle de Londres, où il a obtenu 
la grande médaille. 

M. Th. Chenevière expose, dans le même emplacement que 
M. Mercier, une carde boudineuse et un métier à filer en 
gros. 

La carde de M. Chenevière est construite en vue d'une idée 
assez originale pour laquelle ont été pris déjà plusieurs bre- 
vets et un entre autres par M. Bournot, de Rouen. C'est une 
carde boudineuse , à un seul peigneur, à loquettes continues 
produites par la réunion de huit à dix rubans et destinée à 
faire des fils jaspés suivant une loi déterminée. Si l'on veut, 
par exemple, obtenir un fil contenant un dixième de laine 
noire et neuf dixièmes de laine blanche , on alimente la carde 
avec un ruban de laine noire pour neuf rubans de laine blan- 
che, produits dans les mômes, conditions , et la loquette que 
l'on obtient est formée dans les proportions voulues, avec 
une régularité , pour ainsi dire , mathématique. 

Le métier à filer en gros est un bély de quatre-vingts bro- 
ches, filant à grand écartement, etmuni, à cause de cela , de 
cylindres et rouleaux de pression cannelés , afin d'éviter le 
glissement des fils pendant l'étirage, glissement que produi- 
rait la grosseur du fil. 

Ces deux machines, qui sortent l'une et l'autre des ateliers 
de M. Mercier, sont exécutées avec le même soin et la même 
entente que celles qu'il a exposées lui-même. 

L'industrie de la soie, abandonnée, dans les contrées sérici- 
coles, aux ouvriers des campagnes, est restée longtemps en 
souff'rance. Ce n'est que depuis ces dernières années que 
quelques personnes, industriels, savants et ingénieurs com- 
prirent combien cette industrie était arriérée , et songèrent à 
la relever, les uns en perfectionnant, comme d'Arcet et Ca- 
mille Beauvais, le mode d'éducation du ver à soie ; d'autres ^ 
comme MM. Robinet, Guérin-Menneville, E. Péligot, en étu- 
diant sa structure et les phases diverses de son existence; 
d'autres enfin, en cherchant des moyens plus rationnels de 
travailler la soie. De ce nombre, est M. Alcan, l'habile pro- 
fesseur du Conservatoire, qui, de concert avec M. Limet, 
imagina un procédé de filage par lequel, s'aidant du vide pour 
imbiber le cocon , et perfectionnant les moyens mécaniques, 
il arriva à tirer de ce cocon une quantité de soie de 4 pour 4 00 



368 VISITE 

supérieure à celle que l'on obtenait ordinairement, en dimi- 
nuant d'autant ia quantité de frison, qu'il obtient d'ailleurs 
d'une qualité supérieure. 

Aujourd'hui, le but que doivent se proposer surtout les fila- 
leurs, c'est de dévider la soie directement sur les bobines 
propres au tissage, sans la faire passer par les diverses opé- 
rations qu'elle subit dans les procédés en usage. 

Bien des essais ont été tentés pour atteindre ce résultat. 
De ce nombre nous devons citer l'appareil de M. Meynard, de 
Vairéas, qui fait circuler la soie, avant de l'amener à la ta- 
velle, dans une étuve chauffée à la vapeur , destinée à la sé- 
cher paifaitement. Nous craignons que M. Meynard n'ait pas 
complètement rempli le but qu'il se proposait, la soie devant 
parcourir dans cette étuve un grand nombre de circuits, et 
ne pouvant, par conséquent, être menée assez vite pour pro- 
duire un travail suffisant sans se casser ni se nouer, et l'étuve 
fermée ne permettant pas de rattacher facilement les bouts et 
de voir le travail. La difficulté paraît cependant avoir été 
complètement levée, et c'est encore à M. Alcan qu'est dii ce 
progrès. On peut voir dans la \itrine de MM. Maillard et Cie, 
à la galerie supérieure du Palais de l'Industiie, des soies d'une 
très l3elle qualité, dévidées directement sur bubiies. Malheu- 
reusement ce procédé , qui n'est pas encore connu, ne peut 
être donné ici. Mais nous espérons que bientôt le public sera 
appelé à l'apprécier, et nous ne doutons pas qu'd ne soit 
accueilli par les industriels comme il mérite de l'ôire. 

L'Exposition nous offre aussi quelques appareils destinés à 
la filature de la soie, tels que ceux de M. Michel, dans la par- 
lie française, et dans la partie étrangère des machines venant 
de la Lombardie. Ces machines ont sur les appareils ordi- 
naires l'avantage d'une bonne exécution et de quelques per- 
fectionnements mécaniques, mais ce sont toujours les anciens 
systèmes de filage, qui ne présentent aujourd'hui quun inté- 
rêt assez médiocre. 

La corderie n'est représentée que par le métier de la marine 
impériale, dont nous avons déjà parlé. Quant aux machines de 
]MM. Moiselet, Gautron. etc., c'est toujours le sy>tème connu 
de bobines à axes tournants, où les fils se réunissent sur un 
axe commun, dont la rotation leur donne la torsion néces- 
saire, système que l'on peut voir travailler dans la plupart 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 8G0 

des fabriques de passementerie. Pour l'ourdissage, nous ne 
rencontrons que quelques machines assez insignifiantes. 

Les machines de M. Deshayes, pour fabriquer les cordons 
de montre, les bourses, les lilets, offrent au contraire un 
intérêt tout spécial. La première, destinée à faire les cordons 
de montre, exécute le travail mécanique que font les enfants 
avec un moule; l'autre est une amplification de celle-ci, qui 
permet de faire en quelques minutes une bourse parfaitement 
terminée, avec la fenle, la forme et les dimensions ordinaires. 
Ces deux machines, très-bien construites, fonctionnent avec 
une régularité et une précision parfaites. 

Depuis quelques années on a cherché à régénérer les fils 
provenant des tissus usés. C'est le but du défilochage , in- 
dustrie qui s'opère chimiquement ou mécaniquement. Le 
travail chimique est destiné aux étoffes mélangées dans les- 
quelles entrent une matière animale et une matière végétale, 
telles que laine et coton, ou soie et coton, etc., et dont on 
veut conserver la matière animale, c'est-à-dire la soie ou la 
laine, qui a toujours une valeur plus grande que le coton ou 
le lin. Plusieurs moyens ont été proposés pour parvenir à ce 
résultat; presque tous reviennent à détruire la matière vé- 
gétale au moyen de l'acide chlorhydrique , qui n'attaque pas 
la matière animale. Ce procédé, dû à M. Leloup. donne des 
produits remarquables, que l'on peut voir au Palais de l'In- 
dustrie dans la vitrine de MM. Leloup et Izart Cousins. 

L'opération mécanique consiste presque toujours en une 
espèce de louvetage, qui déchire le tissu et le dé.^agrége. Il y 
a dans l'exposition française deux ou trois machines de ce 
genre, qui n'ont rien de particulier. Quel que soit, du reste, 
le mode de fabrication, l'opération une fois terminée, la ma- 
tière doit être remise en œuvre pour être de nouveau trans- 
forniée en fils. 

On sait à combien d'emplois variés se prête aujourd'hui le 
caoutchouc. Il n'y a cependant dans l'Exposition aucune 
machine destinée à sa mise en œuvre, à l'exception des mo- 
dèles de M. Couturier, qui représentent huit machines desti- 
nées à l'épurer, à le triturer, à le diviser en fils, à régénérer 
les déchets. Ces modèles sont bien exécutés et fonctionnent 
convenablement, malgré leurs petites dimensions. 

Nous arrivons aux métiers pour le tissage uni et le tissage 
206 xj 



370 VISITE 

façonné. Les métiers à hautes lisses étant complètement ab- 
sents de l'Exposition , nous n'aurons à nous occuper que des 
métiers à basses lisses. 

Le tissage mécanique des étoffes unies est, comme nous 
l'avons dit, d'origine anglaise, et les métiers établis en Angle- 
terre sont généralement meilleurs et plus estimés que les mé- 
tiers français. Cela tient essentiellement, d'après nous, à leur 
construction plus solide ; les Anglais ayant à meilleur marché 
les métaux, et principalement la fonte, qui est l'élément es- 
sentiel du bâti d'un métier mécanique, lui donnent plus de 
poids que nous ne faisons. Aussi l'Angleterre a-t-elle envoyé 
un grand nombre de ces machines, tandis que, à part ceux 
de M. Bornèque, dont nous avons parlé , nous n'en rencon- 
trons aucun dans l'exposition française. 

Ceux qui sont exposés par les Anglais sont extrêmement re- 
marquables, tant par leur stabilité que par l'entente de toutes 
les pièces. Il y a, entre autres, un métier à tisser la toile à 
voiles de MM. Ch. Parker et fils, de Dundee, dont tous les 
éléments sont calculés et exécutés avec une parfaite intelli- 
gence et une extrême précision. 

Au contraire du tissage mécanique pour les étoffes unies, 
le tissage façonné est d'invention toute française. M. Marin 
nous montre, à l'appui de cette assertion, une série de mo- 
dèles représentant l'histoire de celte industrie. Le travail de 
M. Marin se compose de neuf machines qui font connaître les 
phases qu'a traversées la partie mécanique du tissage façonné 
depuis 1606 jusqu'à nos jours. Énonçons en quelques mots 
cet abrégé historique. 

1606. Premier métier à la grande tire, monté à Lyon par 
Claude Dagon. 

1717. Machine inventée par J. B. Garon , supprimant un 
tireur de lacs. 

1725. Invention de Basile Bouchon qui imagine le papier 
percé, et met ses aiguillettes en communication avec les 
cordes du semple. 

47:28. Falcon coordonne le papier percé, l'aiguillette et le 
crochet; fixe ce crochet par son extrémité supérieure à la 
corde du semple , en lui faisant faire fonction de continuité. 

1746. Vaucanson supprime le semple, la rame et le cassin 
qui entraînaient une masse de cordes , et un tireur de lacs 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 371 

pour les faire mouvoir, au moyen d'une mécanique placée 
sur le métier; fait marcher le métier par une pédale au moyen 
de Taiguillette, du crochet, de la griffe, d'un cylindre et d'un 
carton percés de trous; fait fonctionner seuls la navette, le 
battant, les lisses, en employant des cames mues par une 
manivelle; enroule l'étoffe par un régulateur à vis sans fin. 

1775. Ponçon invente une petite mécanique armée de ca- 
vacine et de lamettes qui s'abaissent en enlevant les liga- 
tures, par le mouvement de bascule de l'alléson fixé au 
plancher. 

4798. Versier étend la puissance de la mécanique Ponçon , 
en employant d'autres moyens plus compliqués. 

1804. Jacquard, après plusieurs essais infructueux, rem- 
place, dans le métier Vaucanson, le cylindre par un prisme 
percé de trous, le carton cylindrique par un carton sans fin; 
modifie les éléments principaux du métier, et imagine la cé- 
lèbre machine à laquelle il a donné son nom. 

1854. M. Michel améliore le métier Jacquard en l'armant 
d'un crochet à double tranche, qui, par son élasticité , favo- 
rise le dégriffement des crochets de leurs lamettes, sans pro- 
duire ni bruit ni frottement. 

1854. M. Bonelli invente le métier électrique. Le modèle 
exposé est du système de M. Pascal. 

Nous avons laissé parler l'exposant, nous n'entreprendrons 
pas de le réfuter; nous dirons seulement qu"il est fâcheux 
que le travail si intéressant de M. Marin n'ait pas été exécuté, 
au point de vue matériel, avec tout le soin désirable. 

La tendance la plus générale en ce moment est de rem- 
placer, dans le tissage façonné, les cartons du métier Jac- 
quard par du papier continu, ce qui produit une économie 
notable. Une des grandes difficultés à vaincre pour mettre 
ce système en pratique, réside dans l'extensibilité du papier 
en contact avec l'air humide, cause incessante d'erreurs, les 
trous du papier pouvant ne plus se trouver en correspon- 
dance avec ceux de l'éiui à crochets. Cette difficulté paraît 
avoir à peu près disparu , et l'usage des métiers de cette 
nature chez quelques-uns de nos principaux fabricants de 
châles, nous fait espérer que ce perfectionnement est au- 
jourd'hui un fait acquis. 

Il y a dans l'Exposition plusieurs machines qui résolvejit 



372 VtSlTK 

ce problème. Ce sont principalement les machines de MM. Ac- 
klin, Bertrand EspOiiy, et Junot et Blanchet. 

Le système de M. Acklin est depuis assez longtemps déjà 
appliqué chez M. Deneyrousse, et c'est en IVmpJoyant qu'il 
iait ces beaux chàle-i spouliiiés que l'on peut admirer au Pa- 
lais de l'Industrie. Dans ce métier, les crochets sont manœu- 
vres au moyen d'aiguilles placées au-dessus d'un cylindre 
percé de petits trous sur lequel roule le papier continu percé 
de trous corre.^pontlants. La réiluction des trous est telle que 
le carton ordinaire du métier Jacquard est remplacé par une 
bande de papier dix à quinze fois plus petite, ce qui aug- 
mente encore Téconomie que procure la substitution du 
papier. 

La machine de M. Blanchet opère à peu près de la même 
manière, seulement le cylindre remplaçant le prisme du mé- 
tier ordinai.e est en cuivre et percé de trous beaucoup plus 
grands que ceux de M. Acklin, ce qui nécessite l'emploi d'ai- 
guilles plus fortes. Le papier employé par M. Blanchet e^t ce 
papier d'emballage connu sous le nom de papier goudron. 
La machine possède en outre un système de rouleaux sur 
lesquels vient circuler le papit-r de manière à lui donner à 
tout insant une tension égale. Ce métier fonctionne dans de 
bonnes conditions. 

Le système employé par M. Bertrand est très-différent des 
deux précédents. Le prisme percé de trous de Jacquard est 
aussi remplacé par un cylindre en bois dont les trous conver- 
gent veis le centre; mais là des aiguilles viennent , comme 
dans les métiers ordinaires , butter latéralement contre ce 
cylindre recouvert de papier percé. La boîte élastique est en 
outre remplacée par une simple planchette qui, à chaque 
coup de trame, vient frapper contre les extrémités des cro- 
chets et détermine leur entrée ou leur non-entrée contre le 
cylindre. Celte machine a donc l'avantage sur les deux au- 
tres de ne rien changer au montage ordinaire que le prisme 
percé, et, à ce titre, nous pensons que si, comme l'affirme 
3L Frédéric Hébert fils, chez lequel elle fonctionne, elle donne 
d'aussi bons résultats, nous devons la considérer comme la 
plus avantageuse. 

Ces différents systèmes reviennent à peu près , comme il 
est facile de s'en convaincre, à la machine de Vaucanson , 



A L'EXPOSITION lmvekselll:. :;v:; 

(Juiis laquelle le carton entourant le cylindre , et (ju il fallait 
enlever et renouveler à chaque instant, est remplacé par un 
papier continu qu'il n'est pas nécessaire de renouveler. Ainsi 
l'invention de Jacquard fut un perfectionnement de celle de 
Vaucanson, perfectionnement qui consiste à rendre le travail 
plus continu, et les inventeurs actuels ont cherché à réunir 
et à confondre les deux systèmes, afin de faire jaillir du con- 
tact de ces deux grands génies une étincelle plus brillante. 

D'autres constructeurs, comme M. Nicolle et M. Lacroix, 
ont cherché un autre perfectionnement qui consiste à équili- 
brer les plombs que l'on est oblii^é de lever pour faire 1 ou- 
verture de la chaîne à chaque coup de navette. 

Dans la machine de M. Nicolle, il y a une double grilTe et 
doubles crochets. L'agpncement est tel que, lorsque d'un côté 
on lève un certain nombre de crochets, le même mouvement 
fait baisser de l'autre un nombre de crochets égal au premier. 
De cette manière le travail de l'ouvrier est considérablement 
allégé, surtout pour un tissu à deux ou trois couleurs seule- 
ment, où le nombre de fils à lever par datte esl très-considé- 
rable. 

M. Lacroix place la machine Jacquard sur un levier mobile 
qui lui permet de faire l'ouverture des fils en dessus et en 
dessous, moitié par moitié. La partie des fils qui descend 
fait équilibre à la partie qui monte , de manière que l'ouver- 
ture s'opère pour ainsi dire d'elle-même. Cette machine qui 
fonctionne mécaniquement présente encore un autre carac- 
tère nouveau et important. Les plombs sont remplacés par des 
fils de caoutchouc. On obtient par là une économie notable , 
une plus grande facilité de montage et la tension se rè.^le plus 
aisément. En outre on supprime le plomb dont les émanations, 
dues au frottement, sont éminemment nuisibles à la santé des 
ouvriers. 

La plupart des constructeurs de métiers à mailles ont en- 
voyé leurs produits à l'Exposition. MM. Motte et Berihelot 
en présentent l'un et l'autre une série assez nombreuse des- 
tinée au travail des bas, des chaussettes, jupons, etc. Ces 
métiers ont reçu quelques perfectionnements de détail dont il 
est difficile de nous occuper ici. 

M. Rousselot expo-e aussi un métier circulaire établi d'a- 
près son système qui difière des autres par la construction de 



37i VISITE 

ses roues de cueillement ot la manière de les placer sur le 
métier. Son petit modèle commandé par le Conservatoire des 
arts et métiers est construit à grosse jauge et d'un diamètre 
convenable pour fabriquer les chaussettes en laine drapée, 
dites sans coutures. 

M. Poivret présente un métier circulaire à faire les cache- 
nez, où se trouve l'application d'une idée toute nouvelle. C'est 
un métier circulaire, dit métier à broches , dans lequel deux 
fils sont enroulés sur des aiguilles à crochet, et où un autre 
crochet vient à chaque tour du plateau enlever l'un des fils 
et le placer au-dessus de l'autre. Ce métier produit par jour 
dix à quinze douzaines de cache-nez ; il est établi avec goût 
et précision. 

Le travail du tulle est représenté parle métier exposé par 
la société des tuUistes de Saint-Pierre-lès-Calais , métier qui 
est certainement une des pièces les plus remarquables de 
l'Exposition, tant par l'heureuse combinaison des éléments 
que par l'exécution parfaite de la machine. C'est un métier à 
tulle bobin perfectionné , avec application du système Jac- 
quard. Cette machine mise en mouvement par un petit mo- 
teur à vapeur ad hoc, fait mécaniquement les tulles façonnés 
sur une largeur de 5"', 50. 

Nous trouvons également dans l'exposition française trois 
métiers à filets dont deux, celui de M. Zambeaux pour la fa- 
brication des filets de luxe et celui de MM. Réponty et Ciepour 
les filets de pêche, sont construits d'après le système Pec- 
queur, tandis que celui de M. Ratte en diffère en ce que le 
métier Pecqueur fait le filet en long, tandis que celui de 
M. Ratte le fait en travers. Ce métier est, comme celui de 
M. Zambeaux, parfaitement exécuté. 

Quant aux métiers à broder, nous en rencontrons un dans 
la galerie anglaise qui n'est autre que celui deHeilmann légè- 
rement perfectionné. Cette machine a l'inconvénient d'exiger 
une certaine somme de travail à la main ; celle de M. Barbe 
Schmitz, au contraire, placée à l'entrée de la partie française, 
travaille d'une manière tout automatique. Il est fâcheux que 
le cadre de cet ouvrage ne nous permette pas d'en indiquer 
les détails qui en font, malgré la barbarie de l'exécution , une 
de nos machines les plus intéressantes. 

Il est presque superflu de dire que les machines à coudre 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 375 

sont en très-grand nombre dans les galeries française, an- 
glaise et américaine. L'invention de toutes ces machines est 
originaire d'Amérique. Trois systèmes sont en présence : le 
point de cliaînette , le point indécousable et le troisième for- 
mant une espèce de tissu. Nous remarquons principalement 
dans l'exposition française la machine de MM. Journeaux et 
Leblond, dite translucide, et dans la partie américaine toutes 
les machines placées à l'extrémxité de la galerie du quai , de- 
vant lesquelles le public est constamment attiré , et qui mon- 
trentréunies les différentes méthodes employées. Le perfection- 
nement et l'application usuelle de ces machines touchent, du 
reste, à une question du plus haut intérêt, car elles t-ont des- 
tinées à améliorer la position véritablement pénible des ou- 
vriers employés aux travaux de couture , travaux extrême- 
ment fatigants, tout en diminuant sensiblement les prix de 
main-d'œuvre et en faisant des coutures pour ainsi dire in- 
destructibles. 

Parmi les machines à apprêter, la partie qui se trouve le 
plus largement représentée est celle qui concerne les apprêts 
du drap. Le drap subit en effet , après le tissage, des apprêts 
nombreux et indispensables à sa qualité ; ce sont principale- 
ment le foulage , le lainage et le tonrlage. 

Le foulage a pour but de développer la propriété feutrante 
des laines cardées, exclusivement employées dans le tissage du 
drap , et le résultat d'un bon travail est une retraite régulière 
et déterminée de l'étoffe dans tous les sens de sa surface et 
une augmentation d'épaisseur proportionnelle , sans diminu- 
tion de l'élasticité naturelle. On ne peut obtenir ces condi- 
tions que par le rapprochement des fils, qui doivent être 
resserrés de telle façon que les espaces laissés par les dents 
du peigne, lors du tissage, disparaissent complètement. Pen- 
dant longtemps le foulage s'est fait par des machines com- 
posées essentiellement d'auges dans lesquelles était placé le 
drap qui était foulé par des pilons mus au moyen de cames. 
Ce système, vicieux à plusieurs points de vue, a été remplacé 
par celui des machines opérant le foulage par la pression de 
cylindres rotatifs dont nous avons plusieurs spécimens. Les 
fouleuses de M. Malteau et celle de M. Legros sont des fouleuses 
ordinaires, de cette nature, avec pression sur les cyhndres 
par des poids et des leviers. Ce système de pression a i'in- 



376 MSllE 

convénietit d'être dilficile à régler. Le foulage , Irup préci- 
pité au commencement de l'opération, devient trop lent à 
la fin. 

M. Desplas a remplacé les poids et leviers par des ressorts 
métalliques dont l'élasticité règle la pression qui augmente 
d'intensité à me-ure que le tissu augu ente d'épaisseur, et 
rend la régularité du travail indépendante du plus ou moins 
d'intelligence de l'ouvrier. Cette machine permet d'opérer sur 
les draps les plus légers et les plus forts. 

INIM. Houget et Teston, de Verviers, cessionnaires du brevet 
de M. De^plas, pour la Belgique, ont exposé une foulpuse du 
même système, à laquelle ils ont ajouté quelques perfection- 
nements. Le cylindre supérieur, en cuivre, au lieu d'être en 
bois, est cannelé, ce qui remplace en partie le battage des 
anciens foulons. Il y a de plus, en avant, dpux cylindres can- 
nelés verticaux, destinés à opérer le déplissage. Le drap, 
placé dans un double fond, n'e.-t amené qu'au fur et à mesure 
de l'avancement de l'opération. Cette machine est bien con- 
struite et dans de bonnes conditions de travail. 

En parlant des fouleu.-es, nous ne pouvons résister au désir 
de dire quelques mots des ingénieuses machines de M. Lav.lle, 
pour la fabrication des chapeaux de feutre. La première est 
deslinée à condenser le poil et à donner à la matière une 
forme conique. Le poil est amené par une toile sans fin à une 
brosse tournant à très-grande vitesse, qui se projette par lori- 
fice d'tme trémie sur un cône percé de trous, tournant très- 
doucement, dans l'intérieur duquel un aspirateur produit un 
vide imparfait. Le poil s'attache aux parois du cône et forme 
une espèce de tissu que l'on plonge dans l'eau bouillante, 
pour lui donner di^ l'adhérence, puis le feutre est porté à la 
machine à fouler; on s'arrange de manière à placer entre les 
rouleaux des épaisseurs à peu près égales, ce que l'on fait en 
mettant It^s fuîmes l'une sur l'autre en sens contraire, la 
partie supérieure étant toujours beaucoup plus mince que la 
partie inférieure. La machine à feutrer se compose de deux 
rangées de cylindres en feutre serré, disposés en quinconce 
l'une sur l'autre , et entre lesquels s'engage l'étotfe. Ces 
cylindres sont animés d'un mouvement très-lent de rotation 
et d'un mouvement de translation, qui opèrent ce feutrage. 
Les cylindres inférieurs trempent dans un bassin plein d eau 



A L'EXl>08lTJ0iN UNIVEUSELLE. 'Ml 

chaude, et une boite supérieure, munie de plusieurs robinets, 
permet aussi de verser de l'eau chaude sur le tissu, condition 
indispensable au feutrage. Le tissu se rétréc t de plus en 
plus, en passant plusieurs fois dans cette machine, et arrive 
à l'état convenable pour être mis sur forme; opération qui 
se fait à la main. M. Laville a fait en outie quelques amélio- 
rations à cette machine , et s'occupe encore de la perfection- 
ner, de manière à en faire un appareil pouvant répondre aux 
besoins de l'mdustriedrapière. 

Le lainage a pour but de démêler les poils que développe 
le foulage à la surface du tissu , et que l'action persistante et 
prolongée des foulons froisse et mêle dans tous les sens. Lors- 
que l'étoffe est lainée, c'est-à-dire lorsque les filaments sont 
rangés, et pour ainsi dire peignés, aussi parallèlement que 
possible, à la surface du tissu, l'étoffe est dite tirée à poils. 

Nous trouvons dans l'exposition française quelques machi- 
nes à lainer, et entre autres, celle de M. Beck-Deparrois, dont 
la construcîion est véritablement remarquable. 

La partie travaillante des machines à lainer est un cylindre 
garni de chardons. Bien des tentavives ont été faites pour 
remplacer les chardons naturels par des éléments mécaniques. 
Ces tentatives étaient restées iusqu'à présent sans résultat. 
M. Nos-d"Argence paraît avoir résolu le problème. Ses bros- 
ses , exposées à côté de la machine de M. Beck-Deparrois, 
sont composées d'un lissu de caoutchouc vulcanisé, garni de 
pointes en laiton, par conséqu( nt moins oxydables, dont l'ex- 
trémité offre la parfaite imitation du crochet du chardon na- 
turel. 

Dos attestations d'industriels, et plusieurs récompenses 
décernées à M. Nos-d'Argence , nous permettent de penser 
que ces chardons métalliques donnent un bon résultat, et 
dans ce cas, son invention a une véritable portée. 

Dans la partie étrangère , nous remarquons une laineuse 
de M. Gessner, d'Aue (Saxe), dans laquelle le système de ten- 
sion de 1 étoffe est obtenu à l'aide de deux séries de petits cy- 
lindres à axes inclinés, et tournés en sens contraire. La 
tension est parfaitement régulière, et peut être variée sui- 
vant les besoins. La machine laine en six endroits diffé- 
rents , et peut ainsi faire beaucoup plus d'ouvrage que les 
machines ordinaires. L'exécution est remarquable. 



378 VISITE 

Les étoffes communes seules , telles que les couvertures, 
les castorines , restent tirées à poils. Les tissus fins, comme 
les draps, subissent au contraire, après le lainage, l'opé- 
ration du tondage, dont le but est de couper et égaliser 
les fibres qui ont été amenées à la surface par le précédent 
apprêt, afin de faire présenter au tissu un duvet égal et d'une 
longueur à peine sensible. 

Ce travail se faisait autrefois à la main , au moyen de longs 
ciseaux, appelés forces, dont la manœuvre, extrêmement 
difficile et pénible, exigeait des ouvriers très-robustes et 
habiles. La mécanique est venue remédier à cet état de cho- 
ses , et les anciennes forces sont universellement remplacées 
par des tondeuses mécaniques , dont l'élément principal est 
un cylindre garni de lames hélicoïdales , tournant à grande 
vitesse sur le tissu , dont on peut le rapprocher plus ou moins, 
suivant le genre de drap à tondre et la période du travail. 
L'étoffe doit être, en outre , parfaitement tendue, pour éviter 
les accidents que pourraient causer un pli ou l'interposition 
d'un objet étranger. 

La première tondeuse mécanique fut la tondeuse transver- 
sale, inventée par Collier, dans laquelle le cylindre porte- 
lames chemine sur le drap. MM. Houget et Teston ont exposé 
une machine de cette nature, qui vient compléter leur expo- 
sition , déjà si remarquable. 

M. Thomas , de Berlin , présente également une tondeuse 
transversale , bien exécutée , dans laquelle on trouve quel- 
ques perfectionnements de détail , pour régler la tension du 
tissu et la distance entre la table et le couteau. 

Ce système a un grand inconvénient ; le travail est inter- 
mittent , et il y a une perte de temps notable. Aussi, Collier 
lui-même chercha à l'améliorer et parvint à rendre l'opéra- 
tion continue , en rendant fixe tout l'appareil tondeur, et 
faisant passer le drap sur la table, entre les lames tran- 
chantes. 

La tondeuse, ainsi construite, est la tondeuse longitudi- 
nale, qui, perfectionnée depuis, a presque totalement rem- 
placé la précédente. 

Plusieurs de ces machines sont exposées. Nous citerons 
dans la partie française celle de MM. Schneider et Legrand, 
et dans la partie étrangère, celle de M. Troupin de Verviers, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 370 

et de M. Verken , d'Aix-la-Chapelie, dont nous avons déjà 
mentionné l'assortiment de cardes à laine. 

Nous terminerons ici la revue des machines de filature et 
de tissage , regrettant que le cadre de cet ouvrage ne nous 
ait pas permis de nous étendre sur cette partie dont l'intérêt 
est incontestable , et nous ait forcé d'abréger considérable- 
ment bien des détails qu'il eût été désirable de donner. 



CLASSE VIII. 

Arts de précision. — Industries se rattachant aux sciences et à 
l'enseignement. — Poids et mesures. — Appareils divers de mesu- 
rage et de calcul. 

Bien que les poids et mesures soient peu nombreux, ils 
offrent cependant un intérêt particulier dans la collection 
appartenant au Conservatoire impérial des arts et métiers. 
On y trouve des mètres et des kilogrammes rigoureusement 
conformes aux prototypes déposés aux archives de l'État. 
Cette conformité a été olitenue au moyen de méthodes et d'ap- 
pareils dus à M. Silbermann, et qui permettent d'apprécier 
directement, dans le vide, des fractions de deux à trois cen- 
tièmes de milligrammes. Les kilogrammes ont une densité 
uniforme de 8 , ce qui donne 125 centimètres cubes pour le 
volume du kilogramme. Nous signalerons un comparateur- 
balance de M. Silbermann, exécuté par M. Blanchi, pour 
obtenir le rapport exact entre deux mesures , soit par exem- 
ple entre le mètre et un pied étranger. Nous allons essayer 
d'en donner une idée. Les deux mesures sont placées sur 
le fléau d'une balance spéciale très-délicate, de manière à se 
toucher sur l'arête du couteau central; puis les couteaux 
des deux plateaux sont amenés à coïncider exactement avec 
l'autre extrémité de chaque mesure. On établit d'abord l'é- 
quilibre au moyen de poids quelconques; puis on place un ki- 
logramme dans le plateau qui appartientà la mesure étrangère, 
et on rétablit l'équilibre par le poids nécessaire dans l'autre 
plateau. Ce dernier poids , exprimé en fractions de kilo- 



380 VISITE 

giaunue, donne la longueur exacte de la inusurf conij)arée au 
melre, puisque, dans ce cas, les poids sont en raison inverse 
de la longueur des bras de levier, et que ceux-ci ont exacte- 
ment la longueur des mesures à comparer. 

Une pat tie des pièces qui composent la collection du Con- 
servatoire figurent également dans les expositions de M. Blan- 
chi et de MM. P\ibre et Kunemann. 

M. Richer expose un mètre divisé, sur lequel trois verniers 
s'accordent à un deux-centième avec la division. 

On trouve chez M. Deleuil des balances et des poids et 
mesures très-bien exécutés. 

Un vif intérêt s'attache à la grande machine arithmétique 
de M. Thomas, qui donne des produits de trente chiffres. 
C'est du liiNO, même pour les calculs astronomiques les plus 
élevés , qui n'auront probablement jamais besoin d'une aussi 
minutieuse approximation. Ajoutons que des appareils beau- 
coup plus molettes dans leurs prétentions permettent de sa- 
tisfaire aux exigences ordinaires. 

N'oublions pas de signaler à l'attention des visiteurs les 
machines à calculer de MM. Maurel et Jayet , qui sont placées 
dans l'Annexe. 

Nous signalerons les règles logarithmiques de M. Gravet 
qui, pouvant se replier sur elles-mêmes, donnent des nombres 
beaucoup plus élevés que les règles ordinaires. Nous félicitons 
M. Gravet de son heureuse idée. Les sept chiffres qu'on peut 
lire sur sa règle dispenseront de recourir aux grandes tables 
logarithmiques, 

M. Ribou, du Conservatoire, expose une machine très- 
ingénieuse pour diviser les mesures courantes sur des plans 
divers. 

La balance monétaire si ingénieuse de M. le baron Séguier 
figure parmi les produits de M. Deleuil. Les pièces jetées 
dans une trémie sont pesées et divisées par l'appareil même 
en trois lots distincts. Cinq balances y reçoivent cinq pièces 
à la fois. Le soulèvement de chacune d'elles laisse l'aiguille 
verticale si la pièce est droite de poids, ou la fait pencher 
d'un côté ou de l'autre si cette pièce est supérieure ou infé- 
rieur à la tolérance légale. Dans chacune de ces trois positions. 
l'aiguille rencontre un obstacle distinct qu'elle met en mou- 
vement, et qui découvre une ouverture spéciale dans laquelle 



A i;K\P0SlilON L'NlVEKSEKLi:. :^81 

la pièce tombe , d'où résulte la répartition indiquée plus 
haut. 

Nous n'avons que des éloges à donner aux balances en 
tout genre qu'exposent la maison Schwilgué et la maison Dé- 
ranger. 

Nous signalerons , dans la partie anglaise , le yard-étalon 
du Rev. Sheepshanks , dont la suspension sur huit rouleaux 
s'équilibrant deux à deux est remarquable par la liberté 
qu'elle laisse à la dilatation de la mesure. 

Nous indiquerons, à côté, les balances de M. Oertling, 
donnant les quinzièmes de milligrammes au moyen d'un poids 
curseur sur le fléau. 

M. Steinheil de Munich a exposé un mètre, un kilogramme 
et un autre kilogramme subdivisé en treize parties. Le mètre 
est en glace, et les deux kilogrammes, sont en quartz, moins 
altérab;e que les métaux. Ils ont été étalonés. il y a quinze ans, 
sur les prototypes français. M. Arago a constaté leur exacti- 
tude à trois centièmes de millimètres près pour le mètre, et à 
trois centièmes de milligrainmes pour les poids. 

M. Litmana, de Stockolm, a exposé une très-bonne ba- 
lance de précision, à poids curseur pour les plus petites di- 
visions. 

Les États-Unis sont représentés dans cette section parles 
poids et mesures que, par l'entremise de M. Vattemare , 
ils ont donnés au gouvernement français. Ces pièces ne i-ont 
pas le momd'O ornement des collections du Conservatoire. 
Elles consistent en étalons du yard , de la livre, avoir du 
poids, de ses multiples et de ses diviseurs, de la livre troy, 
du gallon, dubuschel et de leurs subdiviseurs; enfin, en deux 
balances de précision accusant le demi-milligramme, l'une 
pour un kilogramme , l'autre pour dix kilogrammes dans 
chaque plateau. 

Ces magnifiques pièces ont été exécutées par M. Saxton, 
chef des ateliers du bureau des poids et mesures de l'Union, 
et vérifiées par le docteur Bâche, intendant général des poids 
et mesures. 

Eu échange de ce cadeau, la France a envoyé aux États- 
Unis une collection complète de son système métrique , qui 
paraît devoir prochainement être adopté par l'Union améri- 
caine. 



382 VISITE 

Non loin de là se trouvent des mesures de longueur mé- 
triques et autres en caoutchouc seulement, exécutées à Sains- 
Denis par M. Mallet. 

Horlogerie. 

Jusqu'au x' siècle, la mesure du temps n'eut pour organe 
que les gnomons ou cadrans solaires, les clepsydres à eau et 
les sabliers. 

Gerbert, né en Auvergne, et qui fut pape sous le nom de 
Sylvestre II, serait, si l'on en croit la tradition, l'inventeur 
des horloges à poids, comportant l'échappement encore ap- 
pliqué dans les montres communes, sous le nom d'échappe- 
ment à palettes ou à roue de rencontre. Ce qui est plus certain, 
c'est que les premières horloges connues ont paru en Europe 
quelque temps après sa mort, arrivée l'an 4 003. 

La première mention d'une horloge à sonnerie a été faite 
par dom Galmet vers M 20, mais il n'en cite pas l'auteur. 

Vers 1370, Charles V, dit le Sage, fit venir, d'Allemagne à 
Paris, Henri de Vie, pour y construire la première horloge pu- 
blique qui fut placée dans la tour du palais, encore connue 
sous le nom de Tour de V Horloge. 

Mais, avant de pousser plus loin cette courte revue chrono- 
logique, définissons en quelques mots les conditions généra- 
les au moyen desquelles on arrive à la mesure du temps. 

Une horloge, une pendule, une montre se composent, en 
principe, d'une force motrice, poids ou ressort, agissant sur 
une série de mobiles, roues et pignons, dont le dernier, si au- 
cun obstacle ne s'y opposait, prendrait un mouvement de ro- 
tation d'autant plus rapide que le nombre de ces mobiles se- 
rait plus grand. 

C'est en mettant un obstacle périodique au mouvement du 
dernier mobile qu'on parvient à atteindre le but final qu'on se 
propose, la mesure du temps. 

Qu'on suppose, en effet, une aiguille fixée sur l'extrémité 
d'un certain nombre des axes qui portent les roues et les pi- 
gnons ; elles pourront indiquer, sur un cadran divisé, la vitesse 
relative de chacun d'eux, de manière à marquer, par exem- 
ple, les secondes pour l'axe qui ferait un tour en une minute, 
les minutes pour celui dont la révolution se fait en une heure, 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 383 

et enfin les heures pour l'axe dont la période est de douze 
heures. 

Jusqu'au milieu du xvii' siècle, l'obstacle au mouvement 
continu du rouage, et auquel on a donné le nom d'échappe- 
ment, a eu pour régulateur, très-peu exact, de la périodicité, le 
balancier circulaire qui est resté, grâce aux perfectionnements 
postérieurs, celui des pièces portatives. 

En 1583, Galilée, se trouvant dans la cathédrale de Pise, fut 
frappé de la régularité des oscillations d'un lustre suspendu à 
la voûte. Il en conclut la possibilité d'obtenir, d'un poids sus- 
pendu à un fil, des conditions de précision jusqu'alors incon- 
nues dans la mesure du temps. 

L'expérience lui apprit que plus la longueur du fil était 
grande, plus les oscillations du peîidule étaient lentes, et réci- 
proquement. 

Il ne tarda pas à constater que la durée des oscillations 
d'un pendule est comme la racine carrée de sa longueur, ou en 
d'autres termes que les longueurs des pendules sont comme les 
carrés du temps de leurs oscillations. Plus tard il constata que, 
pour un même pendule, les grandes oscillations ont plus de 
durée que les petites. 

Sous cette forme si simple , le pendule devint , entre les 
mains de Galilée, un instrument précieux pour les observa^ 
tiens astronomiques. 

En 1641, devenu aveugle et confiné, par suite de sa con- 
damnation, dans la villa d'Arcetri, près de Florence, il expli- 
qua à son fils Vincenzio, et à Viviani, l'un de ses disciples, 
les conditions au moyen desquelles il avait imaginé d'appli- 
quer le pendule aux horloges, et mourut quelques mois après, 
c'est-à-dire le 8 janvier 1642. 

Ce ne fut toutefois que dans le mois d'avril 1649 que Vin- 
cenzio Galilée entreprit l'exécution matérielle de l'invention 
de son père. Sa mort, arrivée le 16 mai suivant, empêcha l'a- 
chèvement complet de l'horloge, à laquelle il ne manqua tou- 
tefois que les dispositions particulières au mouvement et à 
l'ajustement des aiguilles. 

Ces détails se trouvent consignés dans une lettre de Viviani 
au cardinal Léopold de Médicis, sous la date du 20 août 1659. 
On y trouve la description des conditions réalisées; mais cette 
description était alors accompagnée de dessins (^ui en facili- 



384 VISITE 

talent l'intelligence, et qui n'ont pas été retrouvés avec le 
texte de la lettre, publié en 1821. 

En étudiant ce texte, en en discutant les expressions, M. Bo- 
quillon est parvenu à rétablir l'œuvre de V. Galilée, qui fi- 
gure aujourd hui à l'Exposition parmi les beaux produits de 
M. J. Wagner neveu, auquel l'exécution en a été confiée. Cette 
pièce est destinée au Conservatoire impérial des arts et mé- 
tiers. 

En i658, Huyghens publia à la Haye un opuscule dans le- 
quel il décrit les conditions imaginées par lui de celte même 
application. 

En 1666, l'Académie del Cimento publia ses Saggi. Elle y 
annonce qu'elle s'est servie, dans ses expériences, d'une horloge 
à pendule dont Galilée avait eu la première idée, réalisée 
plus lard par son fils. 

Huyghens réclama contre cette assertion, et c'est à l'occa- 
sion de sa réclamation que paraît avoir été écrite la lettre de 
Yiviani. 

Nous avons dit que le balancier circulaire était resté le ré- 
gulateur des pièces portatives. Jusqu'à l'époque où nous 
sommes arrivés, ce régulateur méritait à peine ce nom qu'il 
justifia beaucoup mieux lorsqu'on lui eut appliqué la résis- 
tance d'un petit ressort spiral qui , bandé par le mouvement 
du balancier dans une direction, réagit pour le ramener dans 
la direction contraire. C'est vers 1674 qu'on fit cette appli- 
cation, également réclamée par Huyghens, mais que lui con- 
testèrent Hooke en Angleterre, et en France l'abbé Haute- 
feuille. 

Mais un pendule , un balancier circulaire se dilatent par 
la chaleur, se contractent par le froid, et la persistance indé- 
finie de leurs dimensions est d'une nécessité absolue si l'on 
veut obtenir, dans la marche de la pièce, toute la précision 
désirable. 

Vers 1726, Graham est parvenu le premier à obtenir cette 
compensation pour le pendule en le terminant inférieurement 
par un tube de verre contenant du mercure qui, s'élevantdans 
le tube, lorsque le pendule s'allonge, et réciproquement, 
maintient, à la même distance du [)oint de suspension, le cen- 
tre de gravité du pendule, ou plutôt ce qu'on est convenu 
d'appeler le centre d'oscillation placé un peu plus haut. Peu 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 385 

après Harrison obtint le même résultat par la combinaison 
de tiges de métaux dont la dilatation est différente. Cette 
heureuse application a eu lieu vers le milieu du siècle dernier. 
Mais c'est à Pierre Leroi, horloger français de la même époque, 
qu'on doit la première compensation du balancier circulaire. 

Galilée avait reconnu que, dans un même pendule, les os- 
cillations n'avaient pas la même durée dans les grands et 
petits arcs, ces derniers étant parcourus plus rapidement. 
Huyghens y remédia en obligeant le centre de gravité du 
pendule à parcourir un arc de cycloïde. 

Mais, vers la fin du xvir siècle, l'invention de l'échappement 
dit à ancre, par Hooke, permettant de ne faire parcourir au 
pendule que de très-petits arcs circulaires, on put en obtenir 
un isochronisme beaucoup plus exact. C'est à Ferdinand 
Berthoud (1768) qu'on doit la découverte de l'isochronisme 
du balancier circulaire pour les grandes et petites oscilla- 
tions. 

Un pendule ou un balancier circulaire ne peut conserver 
indéfiniment, de lui-même, le mouvement qu'on lui a une fois 
imprimé. Le frottement de ses points de suspension, la résis- 
tance de l'air sont des causes qui diminuent, à chaque oscil- 
lation, la quantité de son mouvement, et qui finiraient par 
l'arrêter, si chaque perte n'était pas réparée par une res- 
titution équivalente de mouvement. 

Cette restitution s'opère par l'échappement , mécanisme 
intermédiaire entre le dernier mobile et le pendule ou le 
balancier. De sorte que si , d'un côté, ce dernier règle, par 
ses oscillations isochrones , la périodicité du mouvement du 
rouage, celui-ci lui restitue , à son tour, sous l'action de la 
force motrice , le mouvement qu'il perd à chaque oscillation. 

Mais cette restitution, pour une pièce bien réglée, doit être 
rigoureusement la même à chaque instant, sous peine de faire 
varier l'horloge. 

Les inégalités de la force motrice , lorsqu'elle arrive au 
dernier mobile , et qui sont produites par des causes aussi 
nombreuses que variées , sont l'obstacle principal et presque 
unique qui s'oppose à l'isochronisme des oscillations, puisque 
la grandeur de l'arc parcouru est nécessairement en raison 
de l'impulsion que cette force donne au pendule ou au balan- 
cier. 

200 ^ 



386 VISITE 

Dans toutes les pièces d'horlogerie, la cause la plus 
ordinaire de ces variations réside dans celles de la fluidité 
des huiles, qui se modifie avec la température et diminue 
avec le temps. 

Dans les pendules ou horloges à poids, la rigidité des cordes, 
variable avec l'état hygrométrique de l'air , produit encore 
des variations correspondantes dans l'action de la force 
motrice. 

Mais c'est surtout dans les pièces à ressort que ces varia- 
tions sont plus grandes par suite des inégalités souvent consi- 
dérables que présente ce genre de moteur. 

Le remontoir d'égalité, dont les premiers essais remontent 
au commencement du xvii® siècle, a pour but d'y remédier. 
Il consiste , en principe , dans un organe remonté périodique- 
ment par la force motrice , et qui agit seul sur les derniers 
mobiles de l'horloge. 

Telles sont les conditions générales que comportent le plus 
ordinairement les pièces d'horlogerie dites de précision. Toutes 
sont susceptibles de réalisations très-diverses, et leur énon- 
ciation préalable nous a paru nécessaire pour donner plus de 
clarté aux indications trop concises auxquelles nous restreint 
forcément l'espace accordé, dans notre revue, à cette portion 
importante de l'Exposition universelle. 

C'est dans le même but que nous placerons d'abord nos 
lecteurs devant les produits de l'horlogerie monumentale , 
parce que les dimensions des organes permettent d'en saisir 
et d'en apprécier le fonctionnement sans le secours de la 
loupe , et que cette étude préliminaire leur facilitera beau- 
coup l'intelligence des pièces dont la petitesse, et presque 
toujours l'enveloppe , ne leur permettra pas de voir le mé- 
canisme intérieur. 

Le plus éminent des représentants de cette catégorie à 
l'Exposition est sans contredit M. J. Wagner neveu, qui, après 
avoir longtemps dirigé les ateliers de son oncle, a fondé sa 
maison en 1836, et n'a pas laissé passer une seule exposition 
sans y apporter de nouvelles conditions aussi remarquables 
par leur utilité pratique qu'ingénieuses dans leurs disposi- 
tions. 

Il nous servira donc souvent de point de départ dans notre 
appréciation trop rapide des progrès contemporains. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 387 



Compensations. 

La compensation de M. J. Wagner est d'une simplicité 
remarquable. Une barre de zinc, ou mieux, de cuivre rouge, 
plus homogène que le zinc du commerce, est placée horizon- 
talement au haut de la cage de l'horloge, et vient buter contre 
le talon d'un petit levier coudé en équerre, dont le bras 
horizontal porte la tige du pendule. Ce talon est mobile au 
moyen d'une vis de rappel pour régler sa position relativement 
à la longueur du pendule et à celle de la barre de cuivre, 
ainsi qu'à la dilatabilité de la tige du pendule. Lorsque la 
barre de cuivre s'allonge par la chaleur, elle pousse le talon 
du levier dont le bras horizontal se relève, et avec lui le pen- 
dule dont les ressorts de suspension glissent dans la fente du 
pince-lame, à partir de laquelle se mesure la longueur réelle 
du pendule. 

Une disposition analogue a été postérieurement imaginée 
par M. Brocot père pour les pièces de cheminées. D'autres 
artistes français, notamment M. Paul Garnier, ont modifié 
d'anciennes dispositions de la compensation dite à gril, en 
faisant agir les tiges les plus dilatables sur deux leviers, dont 
l'extrémité porte une boule métallique relevée quand la tige 
s'allonge, abaissée quand elle se raccourcit, ce qui maintient, 
à la même distance du point de suspension, le centre d'oscil- 
lation de tout le système. 

Les horlogers anglais ont généralement conservé, pour le 
pendule, la compensation à mercure de Graham. Nous 
avons, toutefois, rencontré une exception chez M. Th. Cole, 
de Londres. Sa compensation consiste en deux plaques su- 
perposées, formées chacune de deux métaux différemment 
dilatables. Les moins dilatables sont en regard, et le tout est 
placé entre un écrou et la sphère métallique qui sert de len- 
tille. Une élévation de température produit la convexité des 
deux plaques, et par conséquent le soulèvement de la sphère. 
Nous savons qu'une disposition du même genre a été très- 
antérieurement appliquée par M. Duchemin, dont le succes- 
seur, M. Redier , expose deux beaux régulateurs à gril dont 
deux tiges sont en aluminium. La très-grande légèreté de ce 
nouveau métal présente cet avantage de donner à un pendule 



388 VISITE 

compensé des conditions plus voisines de celles du pendule 
théorique, en rapprochant le centre de gravité du système de 
ce qu'on nomme en horlogerie le centre d'oscillation. 

Nous regrettons que, dans l'exécution de l'horloge du Palais 
de l'Industrie, M. Collin ait fait précisément le contraire , en 
surchargeant le haut de son pendule de masses métalliques 
qui éloignent notablement ces deux points l'un de l'autre. 

Nous signalerons surtout, en regrettant de ne pouvoir les 
décrire , les dispositions imaginées par MM. Ch. Frodsham , 
de Londres, et qui permettent de diminuer ou d'augmenter les 
effets de la compensation pour accommoder ses chronomètres 
nautiques aux variations extrêmes de température qu'ils 
peuvent avoir à supporter. 

Échappements. 

Plusieurs volumes seraient nécessaires pour décrire, même 
succinctement, les nombreuses variétés d'échappements qui 
figurent à l'Exposition. Nous nous bornerons à signaler les 
plus remarquables. 

Disons d'abord qu'on peut les grouper en quatre classes 
très-distinctes : Les échappements dits à repos , parce que , 
pendant une certaine portion de l'oscillation, le rouage est 
complètement arrêté; l'échappement dit à recul, parce que le 
rouage marche dans une direction , au moment où il donne 
l'impulsion au pendule, et dans la direction contraire pendant 
le reste de l'oscillation ; l'échappement dit libre, parce que, 
l'impulsion donnée , le pendule ou le balancier est tout à fait 
indépendant du rouage. Enfin ce dernier échappement est 
dit à force constante lorsque le pendule ou le balancier reçoit 
effectivement toujours la même impulsion , et que, comme, 
dans les autres échappements, il n'est pas obligé de dégager 
le rouage , de le mettre en liberté, fonction qu'exerce alors 
un organe particulier. Chacune de ces classes peut encore 
se subdiviser en échappements à chevilles, à ancres, à cy- 
lindres, à palettes, etc., etc. 

Des indications qui précèdent, il résulte évidemment que le 
meilleur échappement est l'échappement à force constante. 
Mais l'extrême délicatesse des organes qui le composent en 
élève considérablement le prix. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 389 

Le premier échappement de ce genre qui mérite véritable- 
ment le nom que son auteur lui a donné , est d'Abraham 
Bréguet, dont le petit-fils soutient dignement la haute ré- 
putation, non-seulement pour l'exécution irréprochable des 
pièces qui sortent de ses ateliers, et d'heureuses innovations 
dans l'horlogerie de précision, mais encore par les progrès 
sérieux que la télégraphie électrique doit à son intelligente 
initiative. 

Plus tard M. Paul Garnier atteignit le même résultat en 
appliquant des conditions de principe à peu près identiques, 
dans une belle pièce qui figure parmi celles qui composent 
le trophée de l'horlogerie. Le même trophée contient une 
magnifique horloge de M. Wagner neveu, comportant égale- 
ment un échappement à force constante que nous recomman- 
dons à l'attention des connaisseurs. 

M. Vérité, de Beauvais, dont nous aurons occasion de par- 
ler plus loin est également l'auteur d'un échappement à force 
constante, qui figura très-honorablement à l'exposition de 
1844, et qui, depuis cette époque, nous en avons la preuve, 
donne l'heure avec la plus rigoureuse exactitude dans un 
nombre considérable de pièces du palais de justice de Beau- 
vais. 

Si nous signalons un autre échappement de la même classe 
qu'exposait M. Brosse, de Bordeaux, à la même époque, nous 
aurons très-probablement épuisé complètement le sujet qui 
nous occupe: car tous les autres échappements qu'il nous a été 
donné d'étudier depuis l'exposition de 1 834, mettant à la charge 
du pendule le dégagement du rouage, arrêté par une force né- 
cessairement variable, lui faisaient dépenser , dans ce dégage- 
ment, une force également variable que no pouvait exactement 
compenser limpulsion constante qu'il recevait. On a pu 
amoindrir, par des dispositions souvent très-ingénieuses, les 
variations de la perte de force due à ce dégagement, sans 
pourtant parvenir à les faire disparaître. 

Nous placerons, dans cette dernière catégorie, un échappe- 
ment à ressorts très-ingénieux de M. ïh. Cole, de Londres, 
où ce dégagement est restreint à un degré remarquable. 

Grâce à l'emploi des remontoirs qu'il a variés sous les 
formes les plus ingénieuses, et à leur parfaite exécution, les 
autres échappements de M. Wagner neveu approchent éga- 



390 ' VISITE 

lement très près de la limite théorique. Plusieurs présentent 
des conditions aussi remarquables que nouvelles. 

La roue d'échappement, dans la presque totalité des appa- 
reils chronométriques, est l'avant-dernier des mobiles sur 
lesquels s'exerce la force motrice qui y arrive successivement 
amoindrie, et seulement capable de réparer les pertes de vi- 
tesse du pendule. Aussi donne-t-on à cette roue la plus grande 
légèreté possible. M. Redier a eu l'heureuse idée d'exécuter, 
en aluminium, le métal le plus léger connu, des roues d'é- 
chappement de deux des régulateurs qu'il expose. Espérons 
que, parmi les qualités encore si peu étudiées de ce nouveau 
métal, ou de ses alliages, se trouvera celle de résister aussi 
bien que le cuivre au frottement des becs de l'ancre. 

Nous signalerons également parmi les artistes auxquels 
cette importante partie de l'horlogerie doit des progrès réels, 
M. Achille Brocot, de la maison A, Brocot et Delettrez. 

Isochronisme, 

Mille tentatives ont été faites pour obtenir une même durée 
dans les oscillations, quelles que soient les variations de la 
force motrice sur le dernier mobile. Dans le plus grand nom- 
bre, quant au pendule, le problème a consisté à maintenir une 
même amplitude à ses oscillations. Nous signalerons comme 
ayant obtenu un résultat très-satisfaisant dans cette direc- 
tion, M. Loseby, de Londres, qui y est parvenu au moyen d'un 
ressort très-flexible que rencontre le pendule lorsqu'il atteint 
une certaine limite, et qui, réagissant sur lui, réduit d'abord 
la longueur de la course dans une direction et accélère son 
retour dans l'autre. 

Mais cette disposition, d'ailleurs très-logique, exige une 
très-grande délicatesse d'exécution et un assez long tâtonne- 
ment dans le choix des ressorts et de la position qu'on doit 
lui donner. 

Nous croyons le problème résolu avec plus de certitude et 
de précision au moyen des conditions exposées par M. J. Wa- 
gner neveu. 

Il donne au pendule, par une augmentation convenable de 
sa longueur, une tendance au retard, constamment combattue 
par un organe additionnel dont la résistance progressive, dans 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 391 

des conditions qu'on peut faire varier à volonté, réduit d'a- 
bord la grandeur ou la durée de l'arc d'oscillation, et s'ac- 
croît ou s'amoindrit en raison même de la tendance à l'ac- 
croissement ou à la diminution de cette même amplitude, 
puis accélère le retour du pendule dans les mêmes rapports. 

Dans les spécimens exposés, l'organe additionnel est un pen- 
dule qu'il appelle satellite, beaucoup plus petit que le pendule 
principal qui reçoit l'impulsion et auquel il est articulé. 

Or, un petit pendule, livré à lui-même, fait ses oscillations 
dans un temps plus court qu'un grand ; sa solidarité avec ce 
dernier doit par conséquent accélérer l'oscillation commune. 

Si l'on considère, d'un autre côté, que les points d'articu- 
lation peuvent s'établir sur toute la longueur de chacun des 
deux pendules ; que, par conséquent, on peut déterminer, à 
volonté, l'amplitude des oscillations de l'un par rapport à une 
amplitude donnée de l'autre ; et que, dans tous les cas, le 
nombre de degrés parcourus par le pendule satellite est tou- 
jours plus grand que pour le pendule principal ; qu'enfin, 
pour un poids donné de celui-ci, on peut faire varier à vo- 
lonté le poids du pendule satellite, on comprendra que, sur 
trois conditions : longueur, poids et points d'articulation des 
deux pendules, deux étant données, on peut trouver la troi- 
sième satisfaisant aux conditions d'isochronisme pour les 
grands comme pour les petits arcs. Car, dans certains cas, 
on peut dépasser de beaucoup la limite, c'est-à-dire obtenir 
de grands arcs plus rapidement parcourus que les petits. 

L'isochronisme des oscillations d'un balancier circulaire ré- 
sulte le plus souvent du choix du ressort spiral] employé, et 
surtout de celui des points d'attache des extrémités de ces res- 
sorts, dont l'élasticité , vu leur extrême finesse, est quel- 
quefois sensiblement modifiée par les variations de la tempé- 
rature. La maison Lutz, de Genève, fabrique des spiraux, pour 
montres et chronomètres , qui ont l'incroyable propriété de 
rester identiques à eux-mêmes après avoir été chauffés sur une 
plaque d'acier préalablement blanchie et à laquelle on donne 
un recuit qui dépasse le bleu foncé. L'expérience, répétée un 
grand nombre de fois par le jury de Londres, et récemment 
par le jury parisien, a constamment donné le même résultai. 
Ajoutons que le ressort trempé de nouveau ne présente aucune 
variation sensible dans son élasticité. 



VISITE 



Isochronisme d"un pendule et d'un mouvement continu. 

Nous avons dit que la condition fondamentale de tous les 
appareils chronométriques résidait dans l'arrêt régulièrement 
périodique du rouage, et par conséquent dans le mouvement 
intermittent des aiguilles indicatrices de la durée des pé- 
riodes. 

Il était réservé à M. J. Wagner neveu de réaliser un mou- 
vement continu rigoureusement isochrone, et qui plus est, 
de régler cet isochronisme au moyen des oscillations alterna- 
tives d'un pendule; en d'autres termes, de combiner une série 
de rouages dans des conditions telles, qu'un certain nombre 
des mobiles sont soumis à la condition d'un arrêt périodi- 
que, tandis que les autres, marchant d'une manière continue, 
sans aucune intermittence , règlent nécessairement leur vi- 
tesse sur celle des mobiles qui subissent l'arrêt périodique. 

La simultanéité du mouvement périodique et du mouve- 
ment continu pour certains mobiles d'un même rouage résulte 
d'abord de l'application ingénieuse d'un remontoir inventé 
précédemment par l'auteur, et qui, au lieu d'être remonté à de 
grands intervalles, l'est à chacune des oscillations du pendule 
dont il détermine le mouvement par sa descente. Le poids de 
l'ancien remontoir est remplacé par une cloche suspendue à 
l'extrémité d'un levier; d'où il résulte que la cloche s'élève et 
s'abaisse d'une certaine quantité à chaque oscillation du pen- 
dule. Un volant à ailettes tourne dans l'intérieur de cette 
cloche, sous l'action directe des mobiles dont le mouvement 
est continu ; l'air renfermé dans la cloche se meut donc avec 
les ailettes du volant qui lecliassent par l'ouverture annulaire 
que forme l'intervalle qui sépare le bord inférieur de la clo- 
che d'un plateau horizontal placé au-dessous. Cet air est rem- 
placé, d'une manière continue, par une même quantité, à 
laquelle une ouverture supérieure de la cloche livre passage, 
mais qui , n'étant animée d'aucune vitesse, modère celle du 
volant qui lui communique graduellement une partie de la 
sienne. Supposant établi l'isochronismedes deux mouvements, 
admettons une augmentation de la force motrice ; cette aug- 
mentation ne produira aucun résultat sur le pendule qui ne 
icçoit son impulsion que du remontoir; mais clic forcera 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 393 

celui-ci à s'élever plus haut que dans l'état normal, et cette 
plus grande hauteur sera proportionnelle à l'augmentation 
de force motrice. Or, une plus grande hauteur du remontoir 
produit le même résultat pour la cloche, et grandit propor- 
tionnellement l'ouverture annulaire servant à l'écoulement de 
l'air, qui s'échappe plus abondamment, mais est remplacé 
par une quantité proportionnelle d'air nouveau dont l'inertie 
s'oppose à l'augmentation de vitesse du volant , et, si tout 
est convenablement réglé, maintient l'isochronisme de son 
mouvement et de celui des autres mobiles avec celui du pen- 
dule. 

On voit que ces ingénieuses dispositions sont susceptibles 
d'utiles et nombreuses applications. Au moyen d'un mouve- 
ment continu et rigoureusemeut réglé, on peut pommer sur un 
cadran ou sur un cylindre les plus minimes fractions du temps 
avec l'exactitude la plus rigoureuse , et constater ainsi la 
véritable durée de nombreux phénomènes dont l'étude avait 
besoin do ces conditions. Déjà, sous l'inspiration de M. le gé- 
néral Morin , un appareil a été construit pour démontrer 
directement les lois de la chute des corps au moyen d'un long 
cylindre vertical , tournant avec une vitesse uniforme, et sur 
la circonférence duquel un poids tombant verticalement laisse 
une trace permanente de son passage dans les instants suc- 
cessifs de sa chute. 

Ajoutons que, de tous les appareils chronométriques, celui- 
ci estencore le mieux disposé pour transmettreélectriquement, 
à toute distance, l'heure et ses plus petites subdivisions. Mais 
avant de passer à la catégorie des horloges électriques, en 
assez grand nombre à l'Exposition , ne quittons pas M. J, 
Wagner sans signaler l'application qu'il a faite , à un rouage 
de sonnerie, d'une denture hélicuïde qui , dans ses conditions 
particulières, peut s'appliquer aux engrenages de force, et 
que nous espérons bien voir employer prochainement à la 
propulsion des navires par l'hélice, car cet engrenage com- 
portant des pignons même d'une seule dent, permet la plus 
grande vitesse possible du propulseur avec un très-petit nom- 
bre de mobiles. 

Les ditïicullcs que présente l'exécution de ce genre d'en- 
grenages en ont jusqu'à présent restreint l'application pra- 
tique. Nous avons vu, avec un vif intérêt, une machine très- 



394 VISITE 

ingénieuse de M. Deshays, au moyen de laquelle on obtient 
des engrenages hélicoïdes avec la même facilité que les den- 
tures ordinaires. 

Au haut de l'un des escaliers du pont de communication 
se trouve une pièce d'horlogerie qui présente les formes géné- 
rales d>'un fléau de balance. Sur la vitrine on lit ces mots : 
Cette horloge marche. Cette indication qui fait sourire les pas- 
sants, est loin d'être superflue : car, malgré l'avertissement, 
il faut une attention soutenue pour se convaincre que le 
mouvement annoncé est réel. Le même écriteau ajoute que 
cette horloge peut marcher pendant trente^trois ans sans 
être remontée. Sans nous prononcer sur le mérite d'une pièce 
que nous n'avons pu suffisamment étudier , nous dirons à 
M. Thomas que, pendant les trente-trois ans, la pièce aura 
plus d'une fois besoin d'être démontée pour changer les huiles 
dont l'épaississement sera d'autant plus rapide, que le mouve- 
ment de ses mobiles est plus lent. 

Horloges électriques. 

Les premières conditions sérieuses de l'application de l'é- 
lectricité de la chronométrie remonteraient à 1838 , si l'on 
adopte les assertions de M. Bain, qui toutefois, n'a pris sa 
patente en Angleterre qu'en 1841 , ou à 1839 si, n'admettant 
que des documents authentiques, on prend pour point de 
départ le brevet bavarois de M. Steinhel. 

En France, et presque simultanément, nous pouvons citer 
MM. Froment (1846), Bréguet et P. Garnier. Disons cepen- 
dant que celui-ci nous paraît être le premier qui en ait fait 
une application publique dans une gare de chemin de fer où 
une seule pièce d'horlogerie envoie électriquement l'heure à 
un certain nombre de cadrans. 

Parmi les pièces de ce genre qui figurent à l'Exposition, 
nous signalerons d'abord celle de M. Froment, dont nous 
allons essayer de donner une idée. 

Au haut du pendule est fixé un petit bras horizontal armé 
d'une pointe verticale au-dessus de laquelle se trouve une 
petite masse suspendue à l'extrémité d'un ressort horizontal, 
qui repose sur un levier portant un contre-poids en fer doux. 
Lorsqu'à l'extrémité de la course, la pointe verticale du pen- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 395 

dule touche la petite masse , le courant s'établit , le contre- 
poids du levier est attiré par un électro-aimant , et le ressort, 
livré à lui-même, laisse à la petite masse qui le termine toute 
son action sur le pendule dont elle accompagne le retour 
pendant un certain temps. Le contact cesse alors, le courant 
ne passe plus , le contre-poids du levier retombe et l'autre 
bras relève le ressort à sa hauteur première. Cette très-petite 
pièce, indépendamment de ses propres aiguilles, fait marcher 
à distance les trois aiguilles d'un grand cadran de clocher. 

Examinons maintenant l'horloge électrique de M. Vérité, 
de Beauvais. 

Comme dans son horloge de 1844, les pertes de vitesse 
de son pendule sont périodiquement réparées, à chaque os- 
cillation, par l'action d'un même poids, qui prend ici la forme 
d'une petite cloche métallique et qui se pose sur une pointe 
placée à l'une des extrémités d'une barrette horizontale fixée 
au pendule , sans que celui-ci ait aucun dégagement à pro- 
duire, aucune résistance variable à vaincre. La pointe arri- 
vée au contact intérieur de cette cloche suspendue à un fil 
métallique très-fin, un courant électrique s'établit^ et un 
électro-aimant abaisse une pièce mobile à laquelle la cloche 
est suspendue, ce qui laisse à cette cloche toute son action 
sur le pendule. Lorsque, au retour de celui-ci, le contact 
cesse entre la pointe et la cloche, le courant ne passe plus; 
mais il est rétabli bientôt dans un nouvel électro-aimant, 
lorsqu'une seconde pointe , fixée sur l'autre bras de la bar- 
rette , vient toucher une autre cloche placée dans les mêmes 
conditions que la première , et dont les fonctions sont par 
conséquent les mêmes. 

C'est, comme on le voit, le poids seul des deux cloches qui 
donne l'impulsion au pendule; et, comme ce poids reste 
constant, comme la hauteur de leur descente est toujours la 
même , l'impulsion que reçoit le pendule est constante dans 
toute la rigueur du mot chronométrique, puisque le simple 
contact du pendule avec la cloche détermine instantanément 
les fonctions de celle-ci. 

Si nous ajoutons que la source électrique à laquelle 
M. Vérité emprunte la force motrice qui détermine l'abais- 
sement des cloches est très-faible , qu'elle se compose d'un 
seul couple d'une extrême simplicité, dont l'action utile peut 



396 VISITE 

se prolonger plus de six mois sans qu'on ait besoin de s'en 
occuper, nos lecteurs seront sans doute d'accord avec nous 
sur le mérite exceptionnel de la pièce que nous venons de 
décrire. 

L'horloge électrique , qui figure parmi les magnifiques 
pièces d'horlogerie de MM. Detouches et Houdin, est due à 
la fertile imagination du gendre de ce dernier, M. Robert- 
Houdin, l'habile et ingénieux sorcier, dont la réputation 
bien méritée est aussi universelle que l'exposition qui nous 
occupe. Si cette pièce n'a pas le caractère saisissant de sim- 
plicité qu'offre l'horloge de M. Vérité , et que nous aurions 
probablement trouvé très-remarquable dans celle de M. Ro- 
bert-Houdin sans la présence de sa sœur aînée, nous loue- 
rons, sans restriction, les dispositions vraiment ingénieuses 
qui la distinguent et en font une pièce d'un mérite peu 
commun , comportant au surplus tous les résultats que nous 
avons signalés dans l'œuvre de son concurrent. 

L'action des cloches de M. Vérité est ici remplacée par 
celle de deux petits ressorts périodiquement bandés d'une 
même quantité par deux électro-aimants, et dont la réaction 
donne l'impulsion au pendule. 

M. P. Garnier, par une heureuse application de l'échappe- 
ment à force constante dont nous avons parlé plus haut , a 
également réalisé les conditions d'une horloge purement élec- 
trique, en donnant à un électro-aimant la mission de relever 
périodiquement le poids qui donne l'impulsion au pendule. 

Enfin nous indiquerons, comme envoyant électriquement 
l'heure à deux cadrans, l'horloge même du Palais de l'In- 
dustrie, exécutée par M. Collin. 

Après avoir signalé les points saillants et pour ainsi dire 
exceptionnels de l'exposition chronomélrique , il nous reste 
à parler des fabricants qui se sont bornés à se distinguer 
par l'excellente exécution de leurs produits ou par quelques 
conditions de détail d'une moins grande importance. 

Disons d'abord que parmi les exposants déjà nommés, 
aucun ne doit être exclu de la catégorie que nous abordons , 
et que les pièces exécutées par eux ne le cèdent à aucune 
autre en qualité ou en élégance. 

En grosse horlogerie, nous signalerons d'abord M. Gourdin 
de Mayet (Sarthe) , dont les pièces intelligemment composées 



Z91 

sont d*une exécution assez remarquable pour se passer de 
cette coquetterie de frisé, tout au plus tolérable dans les 
pièces de petites dimensions, et qui a le grave inconvénient, 
en offrant à la vue un papillotage qui l'éblouit, de déguiser la 
pureté des formes et le mérite des ajustements. 

Nous dirons de M. Collin que son horloge du Palais de 
l'Industrie offre un ensemble des plus élégants , d'une symé- 
trie irréprochable, digne en un mot du monument qu'elle 
décore; mais qu'il est à regretter que le court espace de 
temps qu'il annonce avoir été employé à sa composition et 
à son exécution , lui ait fait fendre des dents de roues dont 
les faces ne sont pas parallèles à l'axe, et qui ne touchent 
les ailes des pignons ou les fuseaux des lanternes que par 
une arête qui y laisse une trace bien marquée; qu'enfin 
le défaut de concentricité entre la grande roue qui commande 
les cadrans destinés à indiquer l'heure relative de différents 
pays , rend l'engrenage de cette roue trop fort sur certains 
points, trop faible sur d'autres. Nous l'engagerons, lorsque 
le temps le lui permettra , à faire disparaître aussi le tré- 
mulement fâcheux de son remontoir au moment où il arrive 
soit au bas soit au haut de sa course, et qui se communique 
jusqu'à la roue d'échappement. 

En copiant les dispositions si intelligentes et si écono- 
miques employées par M. J. Wagner neveu pour appliquer 
la fonte aux sonneries des horloges publiques, M. Blin aurait 
dû pousser l'imitation jusqu'au bout, en laissant sur la face 
libre des pignons le collet qui , chez le premier, donne à la 
denture une solidité plus grande. Les horloges de fonte de 
M. Hudde ont le même point de départ. Nous ne sommes 
cependant pas absolument convaincus que ses axes en fonte 
présentent toute la solidité désirable. 

L'horlogede M. Petry présente cette singularité d'un balancier 
circulaire appliqué à une pièce fixe. Les conditions de son 
échappement nous ont paru remarquablement ingénieuses, 
mais nous avons quelque peine à croire que ces conditions réa- 
lisent l'économie annoncée sur l'emploi du pendule ordinaire. 

Dans l'horloge de M. Hirt, la sonnerie des quarts remonte 
le mouvement proprement dit. Cette disposition ne nous paraît 
pas nouvelle en tant que but. Nous remarquons aussi un peu 
de complication dans son échappement. 



398 VISITE 

Nous n'émettrons pas d'opinion sur le mérite des échappe- 
ments en corne de M. Galle. C'est au temps seul à prononcer. 
Nous dirons seulement qu'il a été précédé dans cette applica- 
tion par M. Duclos, auteur de ces pendules en carton qui ont 
si longtemps figuré dans le passage Vivienne. 

Enfin les pièces de i\I. Dorléans nous ont paru d'une exécu- 
tion très-convenable. 

Après un commencement d'établissement dans l'Annexe, 
M. Bernardin, au moment où nous écrivons, remonte sur le 
palier du grand escalier sud du Palais une immense pièce qu'il 
désigne sous le nom d'horloge astronomique, et qui est recou- 
verte d'un nombre considérable de cadrans donnant chacun 
une indication distincte. 

Les horloges monumentales venant de l'étranger sont peu 
nombreuses à l'Exposition ; la plupart n'y marchent pas ou 
sont placées de manière à ne pouvoir être convenablement 
examinées. 

Nous pouvons indiquer toutefois comme présentant des 
conditions d'une exécution convenable l'horloge de M. Mann- 
kardt, à Munich, placée dans l'axe de l'Annexe, celle de 
M. Bennet, à Londres, occupant la même position dans la 
partie anglaise; et celle de M. Weiss, de Gross-Glogau (Silé- 
sie) , placée dans la galerie nord de l'Annexe. Cette dernière 
présente une disposition de remontoir à barillet caché dans 
un pignon, qui n'est pas nouvelle en principe, mais qui offre 
un caractère original. 

Petite horlogerie. 

L*espace et surtout le temps nous manquent pour établir les 
distinctions plus ou moins exactes, mais consacrées entre 
l'horlogerie dite de précision et celle du commerce; et, comme 
les noms que nous allons citeront tous acquis une honorable 
réputation par la qualité de leurs produits, nous croyons ne 
pouvoir mieux faire que de suivre à leur égard l'ordre alpha- 
bétique du catalogue. 

Nommer MM. Berthoud , c'est rappeler un nom justement 
célèbre et toujours dignement porté. Nous avons déjà fait la 
même remarque à l'occasion de M. Bréguet. 

Nous reproduisons ici le nom de M. Ach. Brocot, comme au- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 399 

teur de quantièmes non moins variés qu'ingénieux dans leurs 
combinaisons et qui donnent les lunaisons à moins d'une tierce 
près par mois. Nous ajouterons que la maison Brocot et De- 
lettrez se distingue aussi par la beauté et Télégance de ses 
bronzes d'art. 

M. Brocot aîné, frère du précédent , se recommande égale- 
ment par l'excellente qualité de ses produits. 

Dire que M. Dumas, de Saint-Nicolas, est le digne succes- 
seur de M. Motel, son beau-père, pour la fabrication des chro- 
nomètres et des pièces de précision, c'est nous dispenser de 
toute autre formule d'éloge. 

La réputation de M. Jacob, également de Saint-Nicolas, est 
trop bien établie depuis longtemps dans la même carrière pour 
que nous ayons besoin de le signaler autrement que par son 
nom. 

Les pièces de précision , exécutées par W. Raby, acquéreur 
de la fabrique d'horlogerie de Versailles, jouissent d'une répu- 
tation méritée. 

M. Redier, dont nous avons déjà fait connaître les heureuseâ 
applications de l'aluminium, se distingue non-seulement par 
la parfaite exécution et l'élégance de ses pièces de précision, 
mais encore par l'immense fabrication de petits réveille-matin 
à bas prix qui, en y comprenant des pendules portatives, 
presque toutes destinées au marché anglais , s'élève annuel- 
lement au chiffre énorme de 35 à 40 000 pièces. 

Les compteurs à pointage de M. Rieussec se recommandent 
toujours par leurs prix modérés et leur bonne exécution. 

Enfin nous terminerons cette nomenclature des exposants 
français par M. Henri Robert qui s'est fait depuis longtemps 
une réputation méritée dans la construction de ses pièces tant 
de précision qu'à l'usage civil. 

Nous sommes bien moins renseignés sur les produits chro- 
nométriques des nations étrangères. Toutefois, nous avons 
pu en étudier suffisamment quelques-uns pour en donner à 
nos lecteurs une appréciation motivée. 

Dans la partie anglaise nous pouvons, sans craindre d'erreur 
possible, signaler M. Ch. Frodsham comme le représentant le 
plus éminent de la chronométrie britannique. Sa maison fon- 
dée par le célèbre Arnold, a conservé, sous la direction de son 
père et la sienne, les bonnes traditions du maître, qui, dans 



400 VISITE 

les mains du possesseur actuel, se sont, en même temps que 
ses propres découvertes , formulées en règles pratiques que 
M. Ch. Frodsham a généreusement livrées à la concurrence 
du monde entier, au moyen de tables dont la publication est 
assurément un bienfait pour l'horlogerie de précision. Nous 
engageons ses confrères à examiner, avec le soin qu'elles 
méritent , les ébauches de ses balanciers compensateurs 
où se retrouvent toutes les phases successives de leur exécu- 
tion. 

Indépendamment de la bonne exécution de ses pièces, 
M. Cole , déjà nommé, se distingue surtout par l'originalité, 
l'élégance et le bon goût des accessoires qui les décorent. 

Nous n'avons également que des éloges adonner à iMM. Au- 
bert et Klaftenberger, Davis, Frodsham et Baker, Nicole et 
Capt, Poole, et enfin Webster dont les produits soutiennent 
dignement la réputation de l'horlogerie anglaise. 

L'horlogerie suisse est représentée par 76 exposants qui 
pour la plupart ont une réputation bien méritée. Dans l'im- 
possibilité d'assigner un rang à chacun d'eux, pressé que 
nous sommes par le temps et l'espace, nous signalerons comme 
les plus remarquables, par l'importance de leur fabrication et 
l'excellence de leurs produits, MM. Paleck, Philippe et Cie, à 
Genève, et E. Audemars, au Brassus, canton de Vaud. 

Dans les États sardes, nous appellerons l'attention des con- 
naisseurs sur les magnifiques produits de l'École royale 
d'horlogerie, dirigée par M. Benoit, ancien fondateur de la 
fabrique de Versailles. 

En Bavière, nous indiquerons à la curiosité de nos lecteurs, 
moins l'horloge dite polytopique de M. Henle, de Munich, qui 
au moyen de dispositions longtemps employées avant lui, 
donne l'heure actuelle pour un grand nombre de lieux divers, 
que la notice fort originale qu'on trouve souvent au bas de 
cette pièce, et qui a pour but de prouver l'existence simulta- 
née de trois jours consécutifs de la semaine pour certains 
lieux découverts par des navigateurs , les uns venant de l'O- 
rient, les autres de lOccident. 

Dans l'exposition autrichienne, nous signalerons l'impor- 
tante fabrication de la maison Suchy et fils, à Prague , qui 
alimente de pendules la presque totalité de l'Allemagne. 

Enfin, nous retrouvons en Danemark le nom célèbre de 



A L'EXPOSITION UiNIVERSELLE. 401 

Jurgensen, dont le fils nous paraît soutenir dignement la ré- 
putation. 

La plupart des produits dont nous venons d'entretenir nos 
lecteurs ne constituent pas, dans les mains des exposants, une 
véritable fabrication dans le sens ordinaire du mot. Un trèS' 
petit nombre exécutent la totalité des pièces qui entrent dans 
une pendule ou dans une montre. Le blanc, c'est-à-dire le 
mouvement entier, moins l'échappement, leur est fourni par 
des fabricants dont les produits vont maintenant nous oc- 
cuper. 

La maison Japy , de Beaucourt (Haut-Rhin), occupe évi- 
demment le premier rang dans cette fabrication par l'abon- 
dance incroyable de sa production, par le bas prix et la bonne 
qualité de ses produits, qui trouvent de nombreux débouchés 
dans le monde entier. 

Saint-Nicolas d'AUiermont, village des environs de Dieppe, 
est le rival de Beaucourt. Mais la fabrication y est divisée en 
un certain nombre de maisons, parmi lesquelles la plus con- 
sidérable, en même temps que l'une des plus en réputation, 
est celle de MM. Borromée Délépine et Candey, qui ont ac- 
quis l'établissement justement célèbre de Pons, fondateur 
de cette fabrication à Saint-Nicolas. 

Parmi les autres maisons de cette localité dont il nous a 
été donné d'apprécier les produits , nous citerons MM. Dumas 
et Jacob déjà nommés, et Cailly aîné. 

A Besançon , nous citerons MM. Ferrier et Bataille aîné; à 
Montbéliard, MM. Marti et Vincenti ; et à Berne (Doubs), 
M. Japy fils. 

Nous allons dire quelques mots d'une espèce d'horloges qui, 
par leurs dimensions, tiennent le milieu entre l'horlogerie 
monumentale et celle dont nous venons de nous occuper. Elles 
portent le nom de comtoises, parce qu'elles se fabriquent en 
Franche-Comté. Leur marche est généralement très-bonne; 
et, placées au haut d'une gaîne, elles figurent fréquemment, 
dans beaucoup d'appartements en guise de régulateurs. Le 
catalogue ne nous a révélé que deux exposants de cette caté- 
gorie , ce sont MM. Bailly-Comte, père et fils, à Morez (Jura), 
qui jouissent d'une réputation méritée, et Mme veuve Reydor 
et fils, de la même ville. 

Il nous reste à parler d'une dernière espèce d'horlogerie 
206 aa 



402 VISITE 

dont l'énorme fabrication fait vivre un nombre considérable 
d'habitants du grand-duché de Bade et du royaume de Wur- 
temberg; il s'agit des coucous de la forêt Noire, qui malgré 
les droits d'entrée et la distance, se vendent à un bas prix 
incroyable dans les villages du monde entier. Le plus grand 
nombre s'exécute en bois : axes, roues et pignons, pivots en 
fil de fer, échappement en tôle pliée à la pince, et cependant 
elles donnent l'heure avec assez de précision pour régler con- 
venablement les travaux du cultivateur. 

Parmi les dix-huit exposants de ces deux nations qui figu- 
rent au catalogue, un seul accepte franchement le mot coucou^ 
et cinq désignent leurs produits sous le nom d'horloges de la 
forêt Noire. Le mot horloge caractérise presque tous les au- 
tres. Nous ferons cependant une exception pour M. Kalten- 
bach, àFurtwangen (Tryberg), dans le grand-duché de Bade, 
qui expose des pièces de marine. 

Instruments de précision. 

Les différentes industries qui concourent à la confection des 
objectifs achromatiques sont en général représentées chez tous 
les opticiens. Nous citerons d'abord, comme pièce marquante, 
l'objectif achromatique de M. Lerebours, appartenant à l'Ob- 
servatoire impérial de Paris. Cet objectif de 37 centimètres de 
diamètre et de 8™, 80 de foyer est destiné au bel instrument 
parallactique que M. Brunner finit en ce moment, et qu'il est 
bien à regretter de ne pas voir figurer à l'Exposition. 

Après cet objectif, nous citerons ceux de moindre dimen- 
sion qui sont destinés aux lunettes. M. Bardou a exposé des 
objectifs montés, c'est-à-dire des télescopes réfracteurs dont 
la bonne qualité est généralement appréciée : il y a des lunettes 
de ce genre depuis 2 mètres et plus de foyer jusqu'aux plus 
petites dimensions; des quantités considérables en ont été 
fournies par lui aux corps d'officiers des diverses armées en 
Orient. 

Pour les lunettes de petites dimensions, un artiste très-ha- 
bile, M. Bertaud, a exposé des produits bien appréciés par 
les hommes compétents. Ces produits ne sont pas seulement 
des verres objectifs, mais toutes autres espèces de verres et 
de cristaux employés en optique. Cette même spécialité de 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 403 

la taille des cristaux, pour la polarisation, a fondé la supériorité 
de la maison Soleil , qui s'est en quelque sorte emparée du 
monopole de ces produits. 

M. Duboscq, aussi successeur de M. Soleil, mais pour la 
partie instrumentale , a exposé tout ce que l'optique possède 
de plus nouveau : son saccharimètre pour mesurer la richesse 
saccharine des sirops , au moyen de la lumière polarisée , son 
colorigrade par extinction , ses polarimètres , le photomètre 
polarisant de M. Babinet, l'héliostat de M. Silberniann, modifié 
à nouveau par l'auteur , les stéréoscopes par réflexion et par 
réfraction , enfin tous les appareils et instruments d'optique 
scientifique et industrielle sont fabriqués par cet habile con- 
structeur. 

M. Radiguet , si renommé pour ses verres plans parallèles, 
en a exposé quelques spécimens. 

Il faut encore citer M. Jamia comme constructeur d'objec- 
tifs pour appareils photographiques. Il est parvenu , par le 
choix de la matière employée et celui des courbures, à mettre 
l'opérateur à l'abri du défaut de coïncidence entre le foyer 
optique ou de l'image nette, et le foyer chimique qui con- 
vient à la netteté de l'action sur les substances impression- 
nables; ces foyers sont en général très-distincts. 

Nous avons remarqué d'excellentes lunettes parmi les ob- 
jets exposés par M. Steinheil, de Munich. Leur essai nous a, 
une fois de plus, certifié le talent de cet habile artiste. 

Dans l'exposition anglaise, cette spécialité n'est pas séparée 
des instruments dans lesquels les verres sont employés. 

On sait que, parmi les sciences d'observation, l'astronomie 
est peut-être celle qui pousse la précision le plus loin; aussi, 
les instruments qu'elle emploie demandent l'étude la plus 
élevée de la part du savant et l'habileté la plus complète de 
la part du constructeur. Plusieurs instruments figurent à l'Ex- 
position , soit à l'état de modèles , soit à l'état de machines sé- 
rieusement exécutées et prêtes à fonctionner. 

Ces instruments sont des télescopes réfracteurs de diver- 
ses dimensions; ces lunettes, quand il s'agit de préciser la di- 
rection de leur axe par rapport aux lignes et aux plans aux- 
quels l'astronome rapporte ses observations, ont besoin d'être 
montées de manière à pouvoir déterminer sur des cadrans 
divisés chacune deâ positions qu'ils occupent. L'instrument 



404 VISITE 

est un cercle mural, ou cercle méridien, ou lunette méri- 
dienne, quand la lunette ne peut se mouvoir que dans le 
plan méridien , par suite de la fixité des deux supports de son 
axe horizontal. L'instrument est appelé théodolite ou cercle 
astronomique, lorsque les deux supports sont montés sur un 
plateau horizontal, mobile autour d'un axe vertical ; dans ce 
cas le plateau lui-même est divisé et se nomme cercle azi- 
muthal. 

Enfin si l'appareil était incliné sur l'horizon de manière à 
rester constamment parallèle à l'axe terrestre, il s'ensuivrait 
que le cercle, divisé perpendiculairement à cet axe, serait pa- 
rallèle au plan de l'équateur; ce cercle divisé se nomme alors 
cercle équatorial , et l'instrument, dans son ensemble, se 
nomme équatorial ou parallactique. 

L'exposition française n'offre aucun instrument de la pre- 
mière espèce. 

Quant à la deuxième, M. Brunner a exposé un grand cercle 
astronomique dont les cercles sont fixes, dont les vis d'arrêt 
portent, sur un autre cercle concentrique, un cercle droit, 
de manière à n'exercer sur celui-ci aucune pression; les cer- 
cles sont divisés de cinq en cinq minutes, les micromètres 
mesurent la seconde et laissent estimer le dixième de se- 
conde. 

Le même artiste a encore exposé un autre modèle de ce 
genre, mais plus petit; ce dernier permet le retournement de 
Taxe horizontal avec son cercle et sa lunette; la précision 
qu'apporte ce retournement dans ces observations est presque 
incroyable; en eiïet, une seule petite série d'observations 
ainsi faites a donné, à très-peu près, le même chiffre que la 
moyenne de dix mille observations faites avec de grands in- 
struments qui n'ont pas la faculté de pouvoir être retournés. 
Cet instrument, fixé dans le plan du méridien, remplace le 
cercle mural. 

Il est regrettable que M. Brunner n'ait pas été autorisé à ex- 
poser le grand instrument parallactique qu'il achève pour 
i'Ob&ervatoire de Paris : il eût bien figuré à l'Exposition par 
sa bonne confection et ses dimensions colossales; sa lunette, 
qui doit recevoir l'objectif de M. Lerebours , aura 8'", 90 de 
longueur. Le pied, en fonte, a 6 mètres de hauteur et près 
de 4 mètres de largeur dans le sens cju méridien. Les cer-« 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 403 

clés divisés, ont 1"',80 de diamètre, et sont entièrement 
coulés d'une seule pièce : limbe , rayons et moyeu en bronze , 
ont partout une même épaisseur ; afin de prévenir les inégalités 
dans la dilatation , un soin particulier a présidé au moulage. 

L'exposition de M. Brunner est encore remarquable par la 
méthode qu'il emploie dans le mesurage des bases; sa dispo- 
sition des deux règles de Borda , son aboutissage et son ali- 
gnement méritent d'être étudiés. 

Nous avons encore à citer en France , et dans la nef, une 
lunette parallactique de M. Sécrétan, de 24 centimètres de dia- 
mètre et de 4 mètres de foyer, placée au milieu de six tiges 
parallèles, reliées entre elles par des tirants ; les extrémités de 
ces six tiges sont à chaque bout prises dans une pièce métalli- 
que qui se termine par un tourillon ; l'axe de rotation est si- 
tué parallèlement à l'axe de la terre, ses extrémités sont ap- 
puyées sur deux collets, fixés chacun sur son massif spécial en 
granit; un mouvement d'horlogerie fait mouvoir l'axe. 

M. Froment n'a jusqu'à présent exposé qu'un petit théodo- 
lite, mais sa division , comme on sait, est parfaite. Le miroir 
qu'il a exécuté pour M. Foucault, pour la détermination de la 
vitesse de la lumière , tourne au moyen d'une turbine à va- 
peur, sous haute pression , avec une vitesse de douze mille 
tours à la seconde. 

D'autres instruments, que M. Froment a construits, servant 
à la démonstration de la persistance du mouvement de rota- 
tion d'un mobile homogène autour de son axe, sont pareille- 
ment exposés. M. Foucault démontre directement, par cet ap- 
pareil, que le mouvement continue dans le plan même de la 
première oscillation. 

Nous citerons encore ici , en fait d'instruments de ce genre, 
les cercles sextants et octants de M. Védy et de M. de Gravet , 
qui gardent le degré de supériorité que les maisons dont ils 
sont les successeurs avaient acquis. 

M. Porro, dont les produits sont placés dans le jardin , 
achève d'y installer un instrument équatorial , une lunette 
zénithale cathyalitiqne d'un décimètre d'ouverture, un instru- 
ment méridien, des lunettes, et divers autres appareils de 
son invention, que nous regrettons de n'avoir pu examiner 
encore. 

Signalons cependant une ingénieuse combinaison de pris- 



i6^ VISITE 

mes, au moyen de laquelle un très-petit appareil devient im- 
médiatement, entre les mains d'un naturaliste, un excellent 
microscope ou une très-bonne longue-vue. Appelons égale- 
ment l'attention sur le mécanisme non moins ingénieux qui 
détermine le mouvement de la grande lunette, et qui nous 
paraît appelé à recevoir de nombreuses applications indus- 
trielles. 11 se compose de deux axes qui peuvent se com- 
mander sous tous les angles, depuis jusqu'à 90^, et dont 
les rapports de vitesse peuvent être quelconques, depuis 
jusqu'à l'unité. 

Passons maintenant à un autre groupe d'instruments d'op- 
tique. 

M. Nachet expose des microscopes de première puissance 
et de diverses dispositions, permettant à plusieurs personnes 
à la fois de voir un même objet : il en a ainsi à deux, trois et 
quatre corps , se réunissant par la réflexion sur des prismes 
placés sur l'objectif combiné unique. 

Il a poussé la confection des objectifs de microscopes jus- 
qu'aux moindres dimensions ; ainsi, un de ses objectifs com- 
posés a été combiné avec des lentilles de deux tiers de milli- 
mètre de diamètre et un quart de millimètre de distance 
locale : ce jeu unique est donné aux collections du Conserva- 
toire des arts et métiers. 

M. Oberhauser présente aussi des microscopes de très-bonne 
qualité; il a apporté des dispositions propres à pouvoir exami- 
ner les objets dans le vide : cette disposition offre de grands 
avantages dans certaines circonstances. 

Dans l'exposition de M. Chevalier figurent des microscopes, 
un théodolite, des appareils d'optique pour la démonstration, 
et des instruments de météorologie parmi lesquels un baromè- 
tre étalon bien construit. 

Les successeurs de Gambey tiennent à honneur de conser- 
ver, dans leurs instruments divisés, théodolites, cercles répé- 
titeurs, boussoles de variation, la supériorité qu'avait acquise 
lillustre chef de cette maison. 

M. Dumoulin a réalisé un instrument applicable aux grands 
nivellements; cette machine, destinée à relever le profil d'un 
terrain, se charge el!e-mênie d'en tracer une exacte repré- 
sentation , sur laquelle on peut inscrire toutes les observa- 
tions de distance et de hauteur. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 407 

Nous ne pouvons décrire cet instrument enregistreur, mais 
on comprend qu'à l'aide d'un pendule qui conserve une posi- 
tion verticale, et d'un mouvement de papier, commandé par 
une roue, il soit facile de réaliser, sous diverses formes, les 
conditions qui viennent d'être indiquées. 

Dans la division anglaise, le modèle en vraie grandeur du cer- 
cle méridien de l'observatoire de Greenwich, mérite une atten- 
tion toute particulière. Ce premier observatoire de l'Angleterre 
n'est pas au milieu de la capitale, comme celui de Paris, mais 
à quelques lieues de Londres, à une distance jugée suffisante 
pour que toutes les influences d'un grand centre de mouve- 
ment soient à peu près éteintes ; de plus, un sol solide et un 
horizon bien découvert font de Greenwich un lieu parfait pour 
toutes les observations stationnaires d'astronomie et de mé- 
téorologie. Dans cet observatoire, les instruments sont isolés 
les uns des autres; chacun est logé dans un pavillon spécial. 

Le cercle de Greenwich présente des dispositions particu- 
lières dont on peut saisir l'ensemble sur le grand modèle en 
bois, mais dont les détails sont plus apparents sur les divers 
modèles à demi-grandeur qui l'accompagnent. 

Cet instrument, dont nous avons indiqué l'usage, est com- 
posé comme il suit : sa lunette traverse le milieu de l'axe de 
suspension horizontal , les deux bouts de la lunette s'équili- 
brent l'un l'autre. Le cercle divisé est monté sur l'axe à la 
droite de la lunette ; un cercle pareil , mais non divisé , est 
à la gauche; il sert de contre-poids et porte les vis d'arrêt. 
L'axe porte, vers les deux tourillons, sur deux anneaux, sus- 
pendus chacun à un bras de levier dont l'autre extrémité 
porte un contre-poids qui contre-balance le poids de l'instru- 
ment qui arrive seulement à toucher ses collets sans les 
charger. 

L'axe roulant est creux, il porte un objectif et des repères 
dont une lunette fixe, à distance, peut certifier l'invariabilité. 

Pour certifier d'autre part l'horizontalité de la lunette, et, 
par suite, le zéro effectif de la division du cercle, deux lunet- 
tes horizontales, pareilles à la précédente, sont en avant et en 
arrière de l'instrument, à la hauteur exacte du plan horizontal, 
passant par l'axe des lunettes collimatrices qui, ainsi que les 
supports de la lunette, sont établis sur des massifs de pierre 
de taille bien fondés sur le sol. Cet instrument a une lunette 



408 VISITE 

d'environ 3 mètres, son cercle a 1'",60 de diamètre. Une dis- 
position spéciale est apportée à cet appareil pour permettre la 
"visée par réflexion sur bain de mercure; ce bain est porté sur 
le côté d'un parallélogramme que l'observateur peut faire 
mouvoir facilement et amener au point voulu; dans ce cas, 
après avoir fait l'observation par réflexion , on fait l'observa- 
tion directe et l'on obtient un angle double et une correction 
d'horizon. 

L'éclairage des divisions du cercle est bien disposé; six mi- 
croscopes à vis micrométriques sont destinés à la lecture , et 
cet appareil mérite , par son importance , une étude spéciale. 

La lunette parallactique de M. Cooke, ainsi que celle de 
l'observatoire de M. Hartwel , sont représentées par des mo- 
dèles réduits à une petite proportion ; l'instrument de M. Hart- 
wel est figuré avec tout le relief de son observatoire. 

Les ingénieurs hydrographes ou de la surveillance des côtes 
{coast surweij) d'Angleterre ont exposé deux de leurs règles, 
pour mesurer les bases des triangulations, chacune de 4 
yards; des thermomètres indiquent la température des rè- 
gles, et des microscopes accouplés pointent sur les talons 
saillants horizontaux des bouts en présence. Ces microscopes 
sont à mouvement micrométrique. Les niveaux de pente de 
la forme de ceux d'Egault, de petits et des grands théodolites 
de Nairne, une lunette méridienne et son cercle à système 
pour retournement, sont le bagage des instruments pratiques 
de ce corps , nous disons pratiques , car ils portent tous la 
trace d'un long service, preuve de leur bon emploi. Ils sont 
accompagnés des travaux graphiques , gravés sur cuivre, des 
matrices, planches et feuilles imprimées des caries et plans 
qu'ils ont servi à relever. 

L'institut polytechnique de Vienne a placé dans la nef une 
lunette méridienne de 1"',80 de longueur, munie de deux 
cercles divisés, chacun de oO centimètres de diamètre; l'in- 
strument est établi sur deux massifs de pierre; il nous paraît 
bien conditionné pour un observatoire particulier. Cet instru- 
ment est fait par M. Starke qui expose encore d'autres instru- 
ments de géodésie bien exécutés. 

Parmi les instruments pour les sciences se trouve l'appareil 
de M. Blanchi, adopté pour mesurer la densité de la poudre 
de guerre ; c'est par le poids du mercure, dont on jauge le vo- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 409 

lume par différence dans le réservoir qui contient ce liquide, 
qu'on arrive à trouver la densité d'un poids déterminé de 
poudre. 

Le nouvel appareil de la condition des soies et autres ma- 
tières filamenteuses de M. Persoz trouve nécessairement sa 
place ici. La soie étant une matière très-hygrométrique , il 
est devenu nécessaire, vu son prix élevé, de la vendre, en 
tenant compte de son état de sécheresse ; à cet effet des 
échantillons sont pris dans la masse, pesés d'abord , puis mis 
dans une étuve chauffée à lOo degrés et pesés dans ces con- 
ditions, après un séjour suffisamment prolongé ; la différence 
entre les pesées indique le poids d'eau que la soie contenait 
primitivement; il est facile alors, par une règle proportion- 
nelle, de déduire, du poids du ballot, le poids d'eau qu'il ren- 
ferme. 

Un grand nombre de machines et d'appareils de physique 
figurent à l'Exposition. MM. Fabre et Kunemann, successeurs 
de M. Pixii , présentent une machine pneumatique, composée 
par M. Silbermann jeune , et qui offre de grands avantages 
dans des expériences complexes, vu qu'elle est disposée de 
manière à correspondre à deux récipients à la fois, et qu'elle 
permet l'introduction et la sortie simultanée de divers gaz. 
Une collection de tuyaux et d'instruments d'acoustique dont 
quelques-uns sont nouveaux, tels que le polycorde sur lequel 
toutes les expériences acoustiques des cordes peuvent se réa- 
liser; une machine électrique dont le plateau est en caout- 
chouc vulcanisé, etc. ; enfin une pile hydro-électrique à un 
seul liquide dont la construction est bien entendue. 

MM. Breton frères exposent une quantité d'appareils élec- 
tro-dynamiques appliqués soit à l'enseignement, soit à la mé- 
decine. 

M. Gollardeau soutient la réputation de ses aréomètres, 
thermomètres et autres instruments en verre. 

M. Fastré , qui s'occupe spécialement des baromètres et des 
thermomètres, en a exposé plusieurs d'une construction excel- 
lente. La graduation des tubes est parfaite. 

M. Golaz a spécialisé son industrie en exposant les divers 
appareils pneumatiques employés par M. Regnault dans ses 
recherches sur la dilatation de l'air et des autres gaz, sur celle 
du mercure , etc. 



440 VISITE 

M. Ruhmkorff expose des appareils d'un genre nouveau 
qui ont pour but l'application de l'électro- magnétisme à 
l'étude de son action sur les autres corps de la nature. Cet 
habile constructeur a imaginé un appareil d'induction qui 
produit des courants d'étincelles d'électricité statique, provo- 
quées par l'électricité de la pile. 

M. Walferdin expose le résultat de ses longues recherches 
sur la thermométrie , au point de vue de la météorologie et 
des expériences délicates. Citons son thermomètre à maxima 
à déversoir, qui permet de faire servir la même échelle à 
toutes les distances de l'échelle thermomélrique quoiqu'il ne 
porte qu'un petit nombre de degrés, divisés en centièmes. Son 
thermomètre à minima offre les mêmes avantages que le pré- 
cédent. Ces deux instruments ont par lui été réunis en un seul. 

Citons encore ses thermomètres, métastatique à mercure, 
différentiel à alcool , hypsométrique remplaçant le baromètre 
pour les mesures de hauteur, etc. 

M. Walferdin remarquant que le thermomètre à mercure 
peut indiquer depuis — 40, température de congélation de ce 
liquide jusqu'à + 360 de son échelle, terme de son ébullition, 
a ainsi une course de 400 degrés centésimaux, et comme la 
température de — 40 existe à peine dans les régions les pius 
froides de la terre, c'est-à-dire jamais dans les régions habi- 
tées, il trouve que les observateurs, pour éviter les signes-j- 
et — de notre échelle centésimale feraient mieux d'écrire au 
droit de — 40 mercure fondant, 40 au point de la glace fon- 
dante, UO à l'eau bouillante et 400 au point du mercure 
bouillant. En avançant ainsi l'échelle de 40 degrés toutes les 
observations deviendraient positives, ce qui éviterait aux 
observateurs une foule d'erreurs provenant de l'interpréta- 
tion seule des signes. Cette considération ne nous paraît pas 
suffisante pour changer les points fixes consacrés par l'usage; 
mais l'instrument a l'avantage d'être d'accord avec le thermo- 
mètre à air depuis le commencement de son échelle jusqu'à 
près de 100 degrés au-dessus de l'eau bouillante; l'avance 
qu'il prend jusqu'à l'ébullition du mercure est seulement de 
iO degrés. Or pour cette dernière portion , peu employée du 
reste, on est toujours tenu d'avoir une table de réduction. 
Nous conseillons aux hommes de science de visiter cette ex- 
position , car elle est curieuse à d'autres titres encore. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 411 

On trouve en Angleterre les maisons suivantes : 

M. Th. King expose des microscopes de grand prix. M. Pil- 
lischer et MM. Smith et Beck n'exposent non plus que ce 
qu'ils ont de mieux en microscopes. Mais nous n'avons pu 
essayer ces instruments. 

Les appareils météorologiques français sont peu nombreux. 

M. Du Moncel expose une série d'appareils enregistreurs 
électro-dynamiques ; ces appareils s'adressent déjà à plusieurs 
genres d'observations , tels que les phénomènes thermométri- 
ques et anémométriques. A l'exception des précédents instru- 
ments, l'Exposition est relativement pauvre en France en in- 
struments de météorologie. C'est en Angleterre encore qu'il 
nous faut voir les appareils les plus intéressants. 

La Société britannique pour l'avancement des sciences a 
institué un observatoire météorologique à Kew, près de 
Londres , pour la vérification des instruments de précision , 
magnétiques et météorologiques ; elle a exposé ces divers 
appareils, fort remarquables tant dans leurs détails que dans 
leur ensemble. Il est très-utile pour le météorologiste surtout 
de visiter ce bel ensemble d'appareils tantôt automoteurs ou 
enregistreurs, tantôt ordinaires, c'est-à-dire pour observation 
directe, tantôt enfin pouvant fonctionner des deux façons, et 
dont l'invention appartient à grand nombre d'auteurs. 

Les instruments enregistreurs sont ou photographiques 
ou à style. L'une des séries comprend les appareils de 
M. Brooke, qui appartiennent au Conservatoire des arts et 
métiers de Paris ; pour les thermomètres , la lumière fixe 
d'un bec à gaz frappe la tige du thermomètre qu'elle tra- 
verse pour aller ensuite frapper la feuille de papier photogé- 
nique qui doit recevoir l'impression. Mais comme chaque di- 
vision du thermomètre forme un obstacle au passage de la 
lumière, cette division se trouve marquée sur le papier ; et 
comme le mercure de la tige empêche aussi la lumière de 
traverser, le sommet de sa colonne sera marqué sur le papier 
par la limite de l'action éclairante ; quant à la succession de 
l'observation, elle est obtenue parce que la feuille de papier 
sensible se trouve entraînée sur un cylindre qui fait un tour 
en 24 heures et reçoit ainsi l'observation non interrompue 
pendant tout ce temps. Le baromètre a une disposition ana- 
logue. Les boussoles de variation diurne, de variation de 



412 VISITE 

force horizontale et de force verticale, nécessaires pour l'é- 
tude des forces magnétiques terrestres, portent chacune un 
miroir sphérique sur lequel tombe la lumière d'un bec fixe ; 
cette lumière, après sa réflexion sur le miroir, tombe sur un 
système de lentilles cylindriques qui la concentre derrière 
eux sur le papier sensible disposé comme pour le thermomè- 
tre. Pour 6 appareils différents , il y a 3 cylindres tournants 
qui portent le papier photogénique , qui après les 24 heures 
d'observation est traité comme à l'ordinaire, pour faire venir 
et fixer l'impression qu'il a reçue. 

Une disposition remarquable, parmi les instruments patronés 
par l'observatoire de Kew, distingue un anémomètre nouveau 
de M. Robinson, qui donne la vitesse du vent. Il consiste en un 
axe vertical dans lequel sont fixés 4 rayons égaux, à l'extré- 
mité de chacun desquels se trouve une calotte hémisphérique : 
ces 4 calottes sont comme 4 cuillers dont les manches se- 
raient fixés à l'axe. Ce système à tout vent a une action rota- 
toire toujours proportionnelle à l'intensité du courant. Divers 
appareils de ce genre enregistrent de différentes manières. 

Dans la montre de M. Eliot, on trouve quelques instru- 
ments d'observation, parfaitement exécutés, particulièrement 
pour la pratique des ingénieurs. 

M. Adie expose un grand nombre d'instruments météorolo- 
giques, baromètres, thermomètres, etc. 

Ainsi que nous l'avons dit, ces instruments sont réunis 
sous le patronage de l'observatoire de Kew, qui a représenté 
d'une façon complète la disposition en plein air, mais dans 
leur cabine à jalousies, de tous les appareils thermométri- 
ques, hygrométriques, psychrométriques, etc. 

On voit parmi eux de curieuses solutions trouvées par 
M. Ronald pour l'enregistrement automatique des hauteurs 
barométriques au moyen de la photographie. 

La majeure partie des appareils enregistreurs sont à mou- 
vement continu; fort peu ont un mouvement périodique; 
sans aucun doute, les premiers sont de beaucoup préférables 
aux derniers, quoique ces derniers l'emportent de beaucoup 
encore sur les^observations isolées, faites par les observateurs 
eux-mêmes. 

On voit encore dans cette collection l'anémomètre de Ro- 
binson, les baromètres étalons d'Adie, de Newcomen, et une 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 413 

très-belle collection de boussoles d'observateur , faites par 
Jones, par Baron et par d'autres constructeurs. 

Cette réunion de plus de deux cents appareils forme le plus 
bel ensemble d'instruments météorologiques, et sera pour 
les hommes de science un des faits les plus considérables de 
l'Exposition. 

Dans l'exposition prussienne, nous avons remarqué un ba- 
romètre enregistreur périodique de M. Hempel ; et parmi les 
instruments de Geissler à Bonne, des hygromètres, des vapo- 
romètres et des thermomètres hypsométriques ou pour mesu- 
rer les hauteurs, dont les degrés sont divisés en mille parties. 

Les cartes , modèles et documents d'astronomie , de géo- 
graphie , de topographie et de statistique, sous le point de 
vue de l'enseignement, sont assez largement représentés 
à l'Exposition , particulièrement les cartes. L'imprimerie im- 
périale a son pourtour extérieur tapissé de cartes géologiques, 
de cartes générales et particulières, etc., dont les modèles 
lui sont fournis par l'école des Mines et le dépôt de la guerre. 
On y remarque surtout une carte de France au quatre-vingt 
millième , qui est l'ensemble des cartes partielles exposées à 
côté. Le ministère de l'agriculture , du commerce et des tra- 
vaux publics a pareillement exposé des atlas de nivellement 
et autres extraits des documents des ingénieurs des ponts et 
chaussées. 

M. Bauerkeller a produit de très-belles cartes en relief ou 
gaufrées, en couleur, très-propres à l'enseignement de visu. 

En Angleterre, nous trouvons plusieurs reproductions gal- 
vanopiastiques de cartes gravées , ce qui permet d'extraire de 
l'original telle ou telle carte spéciale. L'Autriche , l'Institut 
impérial militaire de géographie à Vienne , présentent aussi 
de belles cartes d'ensemble; nous dirigerons spécialement 
l'attention sur celles de la direction de statistique administra- 
tive , faites d'après le système de M. Streffleur, Ces cartes 
forment des reliefs , mais avec des couches de niveau à éche- 
lon ; ces diverses couches ont des teintes diverses , afin de 
mieux faire apercevoir, dans les nivellements généraux, les 
points de niveau. On comprendra de quelle utilité dépareilles 
cartes doivent être pour le tracé des grandes voies de com- 
munication. D'autres ont été faites par diverses administra- 
tions dans des vues spéciales, en représentant par des courbes 



414 VISITE 

plus ou moins accidentées, des données statistiques de toute 
nature. 

M. Bardin, chef des travaux graphiques à l'École polytech- 
nique, a exposé un très-grand nombre de reliefs en plâtre ser- 
vant à l'enseignement du dessin en général ; parmi ces plans 
en relief, à diverses échelles, pour l'étude de la topographie, 
quelques modèles sont mis à l'effet par des teintes et des 
couleurs qui font illusion, tant ils sont parfaits. 

Un grand nombre d'études de stéréotomie représentent avec 
une netteté parfaite les diverses surfaces des corps réguliers 
ainsi que les pénétrations des uns par les autres ; enfin des 
études des quatre grandes espèces de roches, sont des minia- 
tures de pans de montagnes soigneusement relevés et réduits 
à une échelle , qui permet de saisir d'un seul coup d'oeil tout 
le caractère des diverses roches. 

M. Silbermann jeune a exposé une très-grande suite de 
tableaux représentant des appareils nouveaux en expérience 
et un grand nombre de tableaux de chiffres qui en résument 
les résultats ; ses tableaux peints à l'huile représentent , soit 
les phénomènes optiques de diffraction ou de polarisation, soit 
ceux tout aussi curieux et aussi instructifs de la météorologie; 
composés pour le cours de M. Regnault, professeur de physique 
au Collège de France, ces modèles constituent le plus bel 
ensemble que possède l'enseignement des sciences physiques. 

Un autre exposant, M. Mabrun, a fait des tableaux analo- 
gues pour l'enseignement de la mécanique. 

Enfin , MM. Armengaud, Fouché, A. Leblanc et Robert ont 
exposé à divers endroits des tableaux représentant les plans 
d'un grand nombre de machines industrielles. La plupart de 
ces dessins sont d'une rare perfection. 

Si dans la majeure partie des États étrangers, le matériel de 
l'enseignement élémentaire fait défaut à l'exposition , l'An- 
gleterre a cependant compris sa tâche et elle a exposé un 
très-grand nombre de modèles pour l'art du dessin, à tous les 
degrés et pour tous les genres; ces modèles sont pris dans 
ses écoles de 1851. Quelques modèles gradués de sculpture 
accompagnent pareillement cette collection, à laquelle sont 
jointes des photographies, sur animaux vivants de toute es- 
pèce, et un très-'grand nombre d'autres pour servir à l'étude 
de l'histoire naturelle, ainsi que des modèlei parfaits d'ani* 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 415 

maux pour le dessin ; la réussite de ces épreuves ne laisse 
rien à désirer. 

On voit aussi, tout auprès, diverses collections de figures 
géométriques en fil de métal et nombre d'autres en relief, 
servant pareillement à former le coup d'œil de Tèleve dessi- 
nateur; ces figures rappellent entièrement la méthode de Fer- 
dinand Dupuis, si bonne dans les résultats rapides, obtenus 
à Paris et partout où on lui en demandait l'application. 



CLASSE IX. 

Industries concernant l'emploi économique de la chaleur, 
de la lumière et de l'électrité. 

Fabrication des allumettes chimiques. La fabrication des 
allumettes chimiques , qui est aujourd'hui très-étendue , tire 
son origine de l'emploi du phosphore découvert en Allemagne, 
vers 4680. Après avoir passé par un grand nombre d'amélio- 
rations, elle paraît enfin être arrivée à un haut degré de per- 
fectionnement. Ainsi les allumettes bien fabriquées ne produi- 
sent plus d'explosion en s'enflammant et ne projettent plus au 
loin des parcelles de phosphore dont les brûlures sont si cui- 
santes; les causes d'incendie sont ainsi considérablement ré- 
duites. Ces précieux progrès résultent de la suppression du 
chlorate de potasse; le soufre lui-même, qui paraissait être 
indispensable à i'ignition du bois et dont l'odeur est si insup- 
portable , a été remplacé par l'acide stéarique fondu. Le fait 
le plus important qui soit, à cet égard, révélé par l'Exposi- 
tion, consiste dans cette nouvelle préparation qui ne s'en- 
flamme que quand elle est frottée sur une surface spéciale- 
lement imprégnée de phosphore rouge. 

Il n'est pas sans intérêt de suivre le mode de fabrication de 
ce modeste produit , l'un des plus énergiques principes de 
mouvement et de vie des innombrables créations de l'esprit 
humain, amoncelées dans l'Exposition. On place les allumettes 
dans des cadres où elles sont fixées pour être transportées en 
plus grand nombre à la fois, et on les dépose ainsi &ur de# 



446 VISITE 

plaques en fonte, assez chaudes pour faire légèrement roussir 
le bois; ce résultat obtenu, on les transporte immédiatement 
sur d'autres plaques ou bassins plats pour les plonger de 3 ou 
4 millimètres dans l'acide stéarique fondu aubain-marie, dont 
une certaine quantité s'élève, par l'effet de la capillarité, 
dans le tissu ligneux. Après refroidissement , on plonge les 
allumettes, dans une composition, étendue à froid sur une table 
de marbre et obtenue par le mélange, au bain-marie , de 
phospore , de colle forte ou de gomme , d'eau , de sable fin et 
de diverses matières colorantes, telles que celles qui ont servi 
à produire les dessins exposés par divers fabricants. 

Les allumettes sont ordinairement livrées au commerce 
après la dessiccation ; mais, dans cet état, elles doivent être 
conservées dans des endroits secs. Pour les mettre plus com- 
plètement à l'abri de l'humidité, on a recours à une dernière 
opération, qui consiste à recouvrir la pâte phosphorée qui 
garnit leurs extrémités d'une couche d'acide stéarique, for- 
mant un léger vernis. 

L'exposition de l'Autriche, où l'industrie des allumettes est 
exploitée sur une échelle si vaste, qu'on estime à vingt mille le 
nombre des ouvriers qui y travaillent, présente des échantillons 
très-remarquables en ce sens qu'ils sont le résultat de la fa- 
brication journalière; le bois de l'allumette est travaillé avec 
soin et la cause première tient au bas prix de la main-d'œu- 
vre. Ce travail, qui exige un peu d'habileté, se fait manuel- 
lement, car les machines à tailler les bois ronds sont encore 
peu répandues. C'est dans cette partie de la fabrication des 
allumettes seulement, que le consommateur peut prétendre, 
surtout en France , à une plus grande amélioration dans les 
produits. 

Cette industrie est représentée en Autriche par les fabri- 
ques de MM. Samuel de Majo, A. M. PoUak, J. Preshel et 
N. Rœmer, à Vienne; MM. W. Suda et Cie, à Brlinn, Cl. de 
Bretton, à Zlin, et B. Fiirlh, à Schiittenhofen ; en Suède, par 
celle de Jonkoping, et, en France, par celles de MM. Ziegler 
et Cie, à Remelfing ; Couturier et Cie, à Sarreguemines (allu- 
mettes rondes à 12 cent, le mille jusqu'à 65 cent.), et pour les 
allumettes de fantaisie; MM. Merkel, Eliot et Sigle, à Paris. 

Combustibles destinés au chauffage économique. — Fabrica- 
tion des houilles agglotnérées. L'extraction du charbon produit 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 417 

une grande quantité de menus fragments, dont, il y a quinze 
ans, les exploitations de mines trouvaient diflacilement le dé- 
bouché, en raison de l'impossibilité de les brûler sur les grilles 
des fourneaux en usage. 

Ces établissements ont dirigé leurs recherches sur les 
moyens d'utiliser avantageusement les menus charbons , et 
divers procédés ont donné naissance à l'exploitation des péras 
artificiels ou houilles agglomérées. 

Les procédés consistent tous à laver et cribler mécanique- 
ment les houilles menues pour en extraire les parties schis- 
teuses et terreuses, à les concasser uniformément après 
qu'elles ont été lavées et égouttées , et enfin , après avoir été 
séchées à l'air , à les mélanger à chaud , à 200" environ , 
avec 8 parties de brai ou goudron de houille, à l'aide d'un 
four circulaire dont l'intérieur est constamment en mouve- 
ment. Ce mélange est transporté à bras ou mécaniquement 
dans des moules de diverses formes, puis soumis à l'action de 
presses hydrauliques puissantes. Ce moulage produit un con- 
tact intime entre la houille et le goudron, et l'adhérence aug- 
mente encore par le refroidissement. 

Les houilles agglomérées ont ordinairement plus de consis- 
tance que la houille naturelle, et, à cause de leurs formes ré- 
gulières , elles tiennent à peu près deux dixièmes moins de 
place ; leur prix est peu élevé, elles se brûlent très-régulière- 
ment en produisant moins d'escarbilles et leur combustion 
plus complète doit donner plus de chaleur que la houille seule 
qu'elles contiennent. La conservation ne demande aucun 
soin; les déchets qui consistent dans les résidus provenant de 
la casse des fragments au moment où on les brûle, sont très- 
faibles et ces différents avantages les font rechercher pour le 
service de la marine. 

La France présente à l'Exposition les plus beaux échantil- 
lons de ces produits. On remarque , en etîet, un bloc de près 
d'un mètre cube et les fragments d'un autre , exposés par la 
Société des houilles de Saint-Elienne , dont l'usine spéciale 
d'agglomérées est située à Givors. 

Les mines de la Chazotte, à Saint-Etienne, présentent aussi 
des échantillons très-remarquables par leur compacité et leur 
brillant. Ce sont des cylindres de 8 centimètres produits à rai- 
son de 5000 kilogrammes à l'heure, par une opération conti- 
206 b& 



4\S VISITE 

nue sous une pression de 150 atmosphères et avec une force 
motrice de 35 chevaux. 

Le prix de 30 francs la tonne est marqué sur les produi^s 
de ces deux usines. 

Vient ensuite la Belgique représentée par MM. Dehaynin 
père et fils, à Montigny-sur-Sambre , et par M. Van Cutsen 
van Neerdingen, à Molenbeek-Saint-.lean-îès-Bruxelles, dont 
les charbons sont solidifiés sans l'emploi du goudron et méri- 
tent à ce titre un examen particulier. 

Fabrication du charbon végétal moulé. Cette industrie , qui 
date de quelques années seulement , est due à M. Popelin- 
Ducarre; elle consiste à utiliser les débris de différentes ma- 
tières carbonisées et agglomérées sous forme de petits cylin- 
dres de dimensions semblables au charbon de bois, en em- 
ployant le goudron provenant des usines à gaz pour relier les 
débris entre eux. Cette fabrication , qui possède des analogies 
avec celle des houilles agglomérées, est particulièrement re- 
marquable par les procédés de moulage et de carbonisation 
auxquels elle a recours. Le rôle du goudron y est différent: 
non-seulement il participe à l'adhérence des particules , mais 
encore et surtout il suffit en partie, par la combustion des va- 
peurs de ses carbures d'hydrogène les plus volatils, à la car- 
bonisation elle-même , en laissant jusqu'à 25 parties de son 
poids de charbon. 

Les opérations comprennent le broyage, le mélange, le mou- 
lage, le séchage, la carbonisation et l'étoufîage qui s'exécu- 
tent toutes par des moyens mécaniques. Les débris de ma- 
tières combustibles employés sont ordinairement la pous- 
sière de bois, le poussier de charbon de tourbe provenant des 
fonds de bateaux et magasins, les résidus des usines à gaz et 
des magasins de coke, et le charbon des brindilles des forêts, 
des bruyères, etc., qui demande, pour être utilisé, une carbo- 
nisation spéciale, mais largement compensée par une densité 
d'environ 33 pour 100, et qui est toujours plus régulière que 
celle du charbon de bois ordinaire. 

Les matières premières de la fabrication des charbons ag- 
glomérés par moulage et par carbonisation, qui se composent 
uniquement de goudron et de charbon pulvérulent, donnent 
lieu , suivant la proportion du goudron et la nature des rési- 
dus des charbons employés , à des produits de qualités diffé- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 419 

rentes ; ainsi, la première qualité de ces charbons est produite 
par le mélange des poussiers de charbons de bois durs conte- 
nant le moins de cendres et de 50 à 60 pour 1 00 de goudron , 
qui laisse encore , après la carbonisation , près du quart de 
son poids de carbone pur dans le charbon moulé ; la seconde 
qualité se compose de résidus de poussiers de différentes 
origines et de 40 pour 100 de goudron de houille ; viennent 
ensuite les résidus de tourbe, de coke, qui produisent plus de 
cendres, mais donnent une combustion encore très-réguhère. 

Aux cendres laissées par les charbons végétaux moulés, on 
reconnaît qu'il entre dans leur composition une certaine quan- 
tité d'argile qui atteint parfois jusqu'à 25 pour 100, et c'est 
sans doute à cet agent, qui sulDsiste dans un grand état de 
division , qu'est due la propriété conservatrice du feu que 
possèdent ces charbons. 

L'économie présentée par leur emploi en a répandu rapi- 
dement l'usage, et l'Exposition nous montre que cette indus- 
trie a déjà acquis une grande extension par le nombre des 
usines qui fabriquent actuellement ce genre de combustible. 

MM. Popelin, Ducarre et Cie exposent des charbons moulés 
de leur fabrication courante, des charbons purs pour les piles 
électriques et des modèles de machines et de fours à carbo- 
niser. 

M\L Testelin et Cie, Magniadas et Cie, Ad. Caron et J. Mil- 
lochan présentent aussi à l'Exposition des échantillons de ces 
produits. 

Fabrication de la tourbe condensée et séchée, et de la tourbe car- 
bonisée. La tourbe est une substance très-combustible, brune, 
spongieuse et tendre , qu'on trouve en amas considérable 
dans les terrains marécageux. Elle est presque toujours recou- 
verte d'une couche de terre végétale ou de sable , el s'étend 
ordinairement sur de grands espaces de terrain. Les tour- 
bières sont formées par l'accumulation de débris de végétaux 
disposés en couches horizontales séparées quelquefois par des 
nappes de limon ; elles forment assez souvent des terrains sur 
lesquels on ne peut marcher sans enfoncer, et présentent par- 
fois Taspect d'îles flottantes à la surface des eaux. La couche 
extérieure est d'une consistance spongieuse et lâche ; plus 
bas, la tourbe est noire et compacte, et, vers le fond, les vé- 
gétaux sont entièrement décomposés et forment une espèce 



420 VISITE 

de pâte assez liquide. La tourbe paraît se reproduire inces- 
samment, mais on ne connaît pas encore le mode de sa for- 
mation. 

L'exploitation ordinaire consiste à débiter cette matière avec 
la bêche , en briques qu'on fait sécher à l'air en les dressant 
et appuyant l'une contre l'autre pour qu'elles égouttent; on 
les range ensuite par tas et on les retourne de temps en 
temps, puis on les dispose en meules au fur et à mesure 
qu'elles sont sèches. Quand la tourbe est en bouillie , on la 
met dans des moules où on la bat et la pétrit le plus souvent 
avec les pieds. 

Le chauffage de la tourbe est peu coûteux ; on n'en connaît 
pas d'autre dans certaines parties de la France, de la Hol- 
lande, du Hanovre, de la Westphalie, de l'Ecosse et aussi du 
nord de l'Amérique; mais la tourbe a l'inconvénient de déga- 
ger beaucoup de fumée , de donner une odeur très-féti^de et 
d'occuper trop de place, à cause de sa faible densité, pour être 
transportée sur d'autres lieux de consommation que ceux 
avoisinant les points de son extraction. 

Les améliorations ont consisté dans l'application de moyens 
propres à comprimer ou condenser la tourbe naturelle et 
dans ceux de sa carbonisation en vases clos. On est ainsi par- 
venu à des résultats manufacturiers très-importants et l'on 
obtient maintenant du charbon de tourbe excellent et à bas 
prix qui s'emploie en grande quantité, même pour les besoins 
domestiques. 

Parmi les échantillons de ce produit, déposés à l'Exposi- 
tion, on doit surtout remarquer les tourbes condensées et sé- 
chées, les échantillons de tourbe travaillée et polie, de tourbe 
carbonisée et d'agglomérés d'anthracite et de tourbe de 
M. Challeton , à Clermond-Ferrand ; les tourbes carbonisées 
de MM. Chabert et Cie, à Saint-Just-des-Marais , en France; 
les briques de tourbe comprimée, de M. Kingsford, en Angle- 
terre, et les tourbes naturelles de M. Scobell, à Montréal, au 
Canada. 

Fabrication des bougies. L'industrie de l'éclairage au moyen 
de l'acide stéarique appartient entièrement à la France , 
c'est aux travaux de nos chimistes et de nos manufacturiers 
que chacun doit de ne plus se servir de ces sales chandelles 
de suif qui éclairaient nos pères; grâce à la chimie, la plus 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 421 

pauvre famille est mieux éclairée maintenant dans son taudis, 
que Louis XIV dans Versailles. 

Les acides gras dont on fait les bougies s'obtiennent par deux 
procédés différents, par saponification et par distillation; par- 
lons du premier procédé qui est le plus anciennement connu. 

C'est aux beaux travaux do M. Chevreul qu'on doit les pre- 
mières idées nettes sur la constitution des corps gras. C'est 
lui qui le premier a pensé à isoler les acides pour en faire des 
bougies; mais à côté du nom de M. Chevreul il faut placer 
celui de M. de Milly qui, le premier, a rendu les procédés 
industriels et qui a tant contribué, en France comme à l'É- 
tranger, à la création de l'industrie stéarique. 

Pour obtenir les acides gras , on saponifie le suif par la 
chaux, on décompose ainsi cette matière grasse en acides 
gras combinés à la chaux et en une matière soluble dans l'eau, 
la glycérine, qui n'a pas encore reçu grande application. Cette 
combinaison des acides gras avec la chaux est décomposée 
par l'acide sulfurique, on obtient ainsi du sulfate de chaux 
et les acides gras du suif qui sont au nombre de trois ; l'un est 
tout à fait liquide, l'acide oléique ; les deux autres sont solides, 
l'acide margarique et l'acide stéarique. Le mélange des trois 
acides est soumis à la presse , l'acide oléique s'écoule , les 
acides solides restent donc seuls, il n'y a plus qu'à les fondre, 
à les laver et à les couler dans des moules dont l'axe est oc- 
cupé par des mèches tressées , préalablement plongées dans 
une dissolution faible d'acide borique. 

Ce procédé donne des produits très-beaux , mais il ne peut 
s'appliquer aux matières grasses de toutes sortes , non plus 
qu'à certaines huiles , comme l'huile de palme que l'Afrique 
fournit cependant en grande quantité et à bon compte. Pour 
obtenir l'acide stéarique ou l'acide palmitique au moyen de 
ces différentes matières, il faut employer un autre procédé 
dû en grande partie aux ;beaux travaux de M. Frémy, sur la 
saponification sulfurique. 

En traitant les suifs ou l'huile de palme par l'acide sulfuri- 
que, on décompose ces matières grasses de la même façon 
qu'en les traitant par la chaux. Les acides gras isolés sont 
distillés au milieu d'un courant de vapeur d'eau surchauffée; 
les produits débarrassés de l'acide oléique à l'aide de la 
presse sont lavés et peuvent être livrés à la fabrication. 



422 VISITE 

L'acide oléique que nous avons vu éliminé par l'action de 
la presse est employé depuis quelque temps à la fabrication 
des savons. 

Maintenant que nous sommes au courant des procédés, 
passons rapidement en revue les produits exposés dans l'An- 
nexe, qui renferme toutes les matières grasses propres à 
l'éclairage. 

L'Angleterre a exposé à l'entrée de l'Annexe, à gauche, une 
vitrine plus riche qu'élégante, dans laquelle on remarque, 
outre de fort belles bougies et de gros pains de savon, des 
échantillons d'huile de palme successivement modifiée sous 
l'influence des acides, jusqu'à la séparation complète de l'a- 
cide palmitique, qui joue dans cette huile le même rôle que 
l'acide stéarique dans les suifs. Au reste, presque toutes les 
fabriques qui distillent, emploient l'huile de palme; les vitrines 
des fabricants français (MM. de Milly, Poisat, Moinier et Jail- 
lon) renferment également de beaux produits obtenus avec 
cette huile de palme. Une des fabriques les plus importantes 
dans laquelle on distille cette huile est celle de M. Motard, à 
Berlin. Cet habile industriel ne se sert que de ce procédé, et 
son exposition est remarquable sous ce rapport, car il est 
parvenu, malgré les difficultés, à de très-beaux résultats. 
M. le docteur Motard est Français, ancien associé de M. de 
Milly, et c'est un des hommes qui ont le plus contribué à la 
création de cette belle industrie stéarique. 

L'Autriche est représentée par trois ou quatre grandes mai- 
sons, celle de Milly Kerzen, qui porte encore le nom de fa- 
brique de l'Étoile, celle d'Apollo Kherzen, dont la grande py- 
ramide s'élève au milieu de l'Annexe; celle d'Himmelbauer 
fournit aussi de beaux produits, parmi lesquels on peut re- 
marquer un buste de l'Empereur en acide stéarique, qui n'est 
pa? remarquable seulement par la difiiculté vaincue. 

La Belgique et la France ont exposé de fort beaux échantil- 
lons d'acide stéarique, entourés de faveurs blanches, roses, 
tricolores, etc., qui sont placés dans la galerie sud de l'An- 
nexe. Leur examen ne pouvant rien nous apprendre de nou- 
veau, nous ne devons pas nous y arrêter. 

En dehors des acides gras obtenus par la saponification et 
la distillation, M. de Milly expose des acides bruts, saponifiés 
avec une quantité de chaux extrêmement faible, 4 pour 100 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 423 

du poids des graisses au lieu de 14 à 15 pour 100; de là, on le 
voit, une grande économie, non pas tant de chaux, ce qui se- 
rait peu important, que dacide sulfurique, ce qui l'est beau- 
coup plus. 

On comprend, en effet, que le savon calcaire produit ren- 
fermant une quantité de chaux moindre, il faudra une quan- 
tité d'acide sulfurique moindre aussi pour le décomposer. 

A côté de ces produits obtenus plus économiquement, nous en 
trouvons d'autres qui sont dus à un perfectionnement apporté 
récemment à la production des acides gras par distillation. 
Lorsqu'on traite les graisses par l'acide sulfurique, il arrive 
ordinairement que cet acide agit trop énergiquemeat sur une 
partie de la matière, il se forme des composes noirs, dus à la 
désorganisation des suifs, et c'est autant de perdu ; M. Fremy 
est arrivé récemment à empêcher cette action trop énergique, 
à mieux régler l'opération, de façon à diminuer considérable- 
ment ou même à supprimer entièrement les pertes dues à 
cette action trop vive de l'acide sulfurique. 

Dans le coin à gauche de la vitrine de M. de Milly se trouve 
un grand flacon d'acide sébacique, acide gras solide obtenu 
en grande quantité par M. Bonis. Cet acide peut déjà servir 
utilement dans la fabrication des bougies et leur donne une 
dureté et un brillant plus grands; il empêche la cristallisation 
trop rapide, et, à ce titre, il est avantageusement mélangé 
aux acides mous et trop cristallisés provenant de la distilla- 
tion ; il remplace la cire que les fabricants étaient obligés 
d'employer pour arriver aux mêmes résultats. 

Enfin, à côté de eet acide sébacique se trouve un flacon 
d'alcool caprylique, un corps complètement nouveau celui-là, 
et qu'on doit encore à M. Bouis Cet alcool s'obtient en distil- 
lant de l'huile de ricin au contact d'une dissolution de soude 
très-concentré; l'alcool caprylique distille et l'acide sébaci- 
que se trouve dans les produits fixes. Quand les droits qui 
pèsent encore sur l'entrée de l'huile de ricin en France se- 
ront levés, la fabrication de cet alcool propre à l'éclairage, 
propre à dissoudre les résines qui entrent dans la confection 
des vernis, cette fabrication, disons-nous, aura réellement 
une grande importance, et c'est une nouvelle conquête indus- 
trielle qui vient s'ajouter au mérite scientifique du travail de 
M. Bouis. 



424 VISITE 

Les savons sont tellement liés à la fabrication des acides 
gras qu'on nous excusera d'en dire ici quelques mots : 

MM. Demarson, M. Piquier, M. Pivert, les parfumeurs élé- 
gants, se placent à côté de M. Bully et de son vinaigre ; enfin, 
nous n'avons, par exemple, qu'un seul Farina au lieu de onze 
qui se tiennent par la main dans l'Exposition prussienne. Au 
reste, comme ils sont tous le seul, le vrai, le véritable, il n'y 
a pas de choix à faire. 

An reste, la parfumerie française jouit d'une grande répu- 
tation qu'elle mérite par la finesse de ses produits; on peut 
admirer le talent d'étalage qu'elle a développé dans son ex- 
position à gauche de l'Annexe. 

On sait que l'huile de coco, mélangée aux matières propres à 
fournir des savons, jouit de la propriété de faire retenir à ces 
savons une très-grande quantité d'eau ; il en résulte que tous 
les savons préparés avec cette huile , ou dans lesquels elle en- 
tre, renferment à égalité de poids une quantité de matière 
utile moindre que les savons dont cette matière est exclue. — 
Tous les savons allemands et belges renferment de l'huile de 
coco, ils sont de plus faits par empàtage. Aussi leur qualité 
est-elle inférieure à celle de nos savons français. Les savons 
de Marseille exposés sont très- bien faits, mais ils commen- 
cent à perdre de leur ancienne réputation ; la concurrence et 
la soif du gain ont porté la plupart des fabricants à falsifier 
leurs produits courants ; aussi les savons d'acide oléique pré- 
parés avec plus de soin et de bonne foi, et qui contiennent 
25 pour 100 d'eau seulement; sont-ils maintenant cotés à des 
prix supérieurs aux savons de Marseille. 

Chauffage et ventilation des habitations. 

On distingue quatre principaux procédés parmi ceux em- 
ployés pour utiliser au chauffage la chaleur obtenue par la 
combustion du bois, du charbon , de la houille, du coke, de 
la tourbe ou de l'anthracite. Ces procédés sont le chauffage 
direct par rayonnement du calorique à feu nu ou couvert, 
comme dans les cheminées et les poêles, le chauffage par l'air 
chaud comme dans les calorifères des appartements, le chauf- 
fage par circulation d'eau et celui par la vapeur, employés 
dans les serres , les grands établissements , hôpitaux , etc. , 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 42o 

où il est nécessaire d'échauffer et de ventiler des masses d'air 
considérables. 

Quoique les cheminées aient reçu de nombreux perfection- 
nements dans les temps modernes et qu'elles doivent demeu- 
rer, longtemps encore, le mode de chauffage le plus agréable 
par la présence du feu , et le plus sain par le renouvellement 
continuel et abondant de l'air des appartements, elles ne pré- 
sentent pas moins le chauffage le plus imparfait et le plus 
dispendieux , car c'est à peine si elles permettent d'utiliser 
les quinze ou vingt centièmes de la chaleur totale, développée 
par la combustion du bois , du coke et de la houille qu'on 
emploie généralement dans ces appareils. Cette énorme perte 
de calorique provient de la position même du foyer et du 
passage du courant d'air indispensable à la combustion qui 
entraîne dans l'atmosphère une portion de la chaleur produite. 

Le tirage des cheminées est dû à un courant ascendant qui 
s'établit dans le tuyau par suite de la différence de la tempé- 
rature ou de la densité de l'air, à l'intérieur et à l'extérieur 
de ce tuyau ; une section de tuyau exactement suffisante pour 
le passage de la fumée et une hauteur convenable, sont les 
conditions principales d'un bon tirage , en y joignant toute- 
fois celle-ci, que les ouvertures de l'appartement laissent en- 
trer assez d'air pour alimenter le courant. 

Par l'effet du rayonnement du calorique qui émane de 
leurs foyers isolés, les poêles ont un grand pouvoir émissif et 
échauffent rapidement, surtout s'ils sont en fonte, la masse 
d'air au milieu de laquelle ils sont placés. L'air qui alimente 
la combustion est pris dans la pièce et entre sous la grille , la 
fumée se dégage à la partie supérieure et gagne, en se refroi- 
dissant dans un tuyau plus ou moins long, celui de la cheminée. 

C'est un des modes de chauffage les plus économiques et 
les plus répandus, mais il est loin d'être salubre ; le renou- 
vellement de l'air dans l'appartement est presque nul et 
beaucoup de personnes ne peuvent supporter l'odeur désa- 
gréable , nuisible et quelquefois assez intense dans les poêles 
en fonte, qu'on attribue à la décomposition des matières or- 
ganiques en suspension dans Pair, par suite de leur contact 
avec les parois chaudes du foyer et des tuyaux. 

Le chauffage par l'air chaud comprend les calorifères d'ap- 
partement et ceux destinés à distribuer la chaleur dans des 



426 VISITE 

corps debâtimentà entiers. Les premiers se composent d'an 
foyer, comme dans les poêles , et de plusieurs espèces d'en- 
veloppes dans lesquelles l'air, ordinairement pris a l'extérieur 
de la pièce, est échauffé avant de se répandre dans celle-ci. 
Les grands calorifères se placent le plus souvent dans les ca- 
ves ; l'air s'échauffe sur les parois extérieures du foyer et des 
tuyaux qui emportent les produits de la combustion dans une 
cheminée , puis s'élève aux différents étages en vertu de sa 
moindre densité résultant de l'élévation de sa température , 
et se distribue dans les appartements par des bouches de cha- 
leur placées près des planchers afin qu'il se répartisse unifor- 
mément dans toute la hauteur de ses appartements. 

L'usage aujourd'hui très-répandu de la houille, pour chauf- 
fer nos habitations, a donné un grand développement à la fa- 
brication des cheminées et des calorifères , et l'exposition 
offre une variété presque infinie de ces sortes d'appareils, 
parmi lesquels se distinguent par leurs formes élégantes, le 
goût de la composition et la perfection du travail , les produits 
de MM. Laury, Lecocq , Chevalier, Pauchet et Aubert en 
France , Bailey, Edwards et Hoole en Angleterre , Delaroche 
frères et Ganton en Belgique et Staib en Suisse. 

La plupart de ces exposants présentent en outre une série 
complète d'appareils de chauffage en fonte, appliqués aux 
besoins domestiques , tels que fourneaux économiques, four- 
neaux de cuisine, etc.; mais la fabrication spéciale de ces 
derniers appareils est surtout représentée par les fonderies 
d'Hayange et de Gousances, les manufactures de MM. Godin 
Lemaire, Vinet-Odlin et Gie et André père et fils en France, 
et les fonderies de Tangerhlitte en Prusse. 

Les perfectionnements qui paraissent les plus caractérisés 
dans le chauffage par les cheminées et par les calorifères 
à air chaud sont dus à M. le docteur Arnott de Londres et à 
M. Chaussenot de Paris. 

M. Arnott a imaginé, il y a plusieurs années, un procédé 
très-ingénieux pour opérer la combustion de la houille, et 
qui a, depuis, donné naissance à divers systèmes destinés à 
faire disparaître la fumée des machines à vapeur et des usines 
établies dans les villes. L'idée est des plus simples : on place le 
combustible dans une sorte de boîte dont le fond est mobile et 
qui reçoit à volonté un mouvement d'élévation au moyen d'un 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 427 

levier qu'on manœuvre de temps à autre à la main , on allume 
le feu comme à Tordinaire, et dès que la couche supérieure 
est incandescente, ce qui a lieu très-rapidement, commence 
la distillation de la couche de charbon située au-dessous et à 
la hauteur des orifices qui fournissent l'air indispensable à 
la combustion , en sorte que les gaz qui se dégagent de cette 
couche inférieure sont obligés de traverser le charbon incan- 
descent, qui les brûle à peu près complètement sans laisser 
trace de fumée. La boîte ou foyer contient le charbon destiné 
au chauffage de toute la journée; il suffit par instants d'en 
relever le fond pour amener au niveau des orifices et par suite 
au contact de l'air, une nouvelle couche de charbon. 

La ventilation de l'appartement est assurée à l'aide d'une 
ventouse ou soupape, en équilibre parfait sur ses axes, éta- 
blie \ers le plafond et mise en communication avec le tuyau 
de cheminée; le renouvellement de l'air ayant lieu à la fois 
par le foyer et par cette ventouse , se fait sous une pression 
constante et d'une manière uniforme dans le sens de la hau- 
teur de la pièce. 

Dans les calorifères du système de M. Arnott, la combus- 
tion s'opère par le même principe, mais d'une m.anière plus 
simple; une fois rempli de charbon l'appareil fonctionne tout 
le jour sans aucun soin et avec une grande régularité. 11 se 
compose d'un cylindre vertical intérieur dans lequel on place 
le charbon , la partie inférieure est terminée par une grille 
ordinairement hémisphérique et la partie supérieure est fer- 
mée par un couvercle reposnnt sur du sable. Ce cylindre est 
entouré d'une double enveloppe, celle extérieure contient l'air 
chaud en circulation et l'autre communique à la cheminée; 
l'air destiné à la combustion est dirigé vers la grille hémi- 
sphérique , arrive sur le combustible qui ne brûle qu'à cet 
endroit, traverse cette grille , pénètre dans l'enveloppe exté- 
rieure et s'échappe dans la cheminée ; la fumée de la houille 
située au-dessus de celle qui brûle ne pouvant trouver issue 
par le haut du cylindre de charge est obligée de redescendre 
et vient se brûler sur le charbon de la couche incandescente 
qui est constamment alimentée par la houille supérieure 
transformée en coke, descendant par son propre poids. L'ad- 
mission de l'air sur la grille s'obtient par une soupape dont 
on peut régler l'équilibre assez exactement pour que les 



428 VISITE 

moindres variations de pression et de vitesse de l'air à Tinté- 
rieur de l'appareil en modifient convenablement le passage; 
la proportion d'air introduit est ainsi tellement exacte qu'il 
est possible de brûler la quantité de charbon que contient le 
calorifère en un temps déterminé, et d'obtenir ainsi une tem- 
pérature constante. 

M. Chaussenot a modifié aussi le système de chauffage à 
air chaud , d'une manière qui semble présenter quelques 
avantages; au lieu d'un calorifère échauffant l'air environnant 
par le contact de ses parois, immédiatement soumises à l'ac- 
tion du foyer; c'est une chaudière hermétiquement fermée, 
contenant un nombre convenable de tubes en forme de si- 
phons, disposés pour le passage de l'air; l'eau de la chau- 
dière est chauffée et l'air circulant dans les tubes entourés 
d'eau de tous côtés , vient s'emparer du calorique qu'il porte 
ensuite dans les endroits où il est nécessaire, suivant le sys- 
tème ordinaire. 

Le chauffage par circulation d'eau chaude est établi sur le 
principe du déplacement successif des couches horizontales de 
l'eau, en vertu de leur changement de densité par l'action de 
la chaleur. Il consiste à déterminer un mouvement circula- 
toire et continu d'eau, qui , après s'être échauffée dans une 
chaudière, monte directement par un tuyau dans un ou plu- 
sieurs réservoirs hermétiques , placés dans les combles de 
l'édifice que l'on veut chauffer, puis redescend dans une série 
de tuyaux, en passant par toutes les parties de cet édifice pour 
y laisser sa chaleur et revenir enfin à la chaudière d'où elle 
était partie ; des récipients ou poêles à eau chaude sont dis- 
posés sur le passage des tuyaux de retour; dans l'intérieur de 
ces poêles sont des tubes en fonte, mis en communication avec 
l'air extérieur par des conduits pratiqués au-dessous du plan- 
cher ; cet air s'échauffe dans les tubes et se dégage ensuite au- 
dessus des poêles. 

On a appliqué le chauffage à l'eau chaude dans un grand 
nombre d'établissements et dans divers hôpitaux, et la chaleur 
que peuvent fournir les réservoirs des combles y a aussi été 
utilisée pour obtenir une ventilation par appel de l'air. A cet 
effet, des conduites, disposées dans l'épaisseur des murs et 
prenant leur origine dans les pièces où l'air doit être renou- 
velé , vont aboutir dans une cheminée d'appel qui débouche 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 429 

dans l'atmosphère et au centre de laquelle sont situés les ré- 
servoirs faisant partie du système de circulation de l'eau 
chaude. Par une cause analogue à celle qui produit le tirage 
des cheminées, l'air est aspiré dans ces conduites, avec une 
vitesse qui tient au degré de température auquel il peut être 
porté par le calorique que l'eau cède aux parois des réser- 
voirs, et que celles-ci lui transmettent. Ce mode de ventila- 
tion présente plusieurs inconvénients : d'abord la vitesse de 
l'air est nécessairement différente pour chaque étage, à cause 
de la hauteur différente des conduits, ensuite la suspension 
du chauffage, en été, amène naturellement la suspension de 
la ventilation, enfin différentes causes, telles que l'ouverture 
des portes, des fenêtres, les changements dans l'état de l'at- 
mosphère, peuvent chacune déterminer l'interruption du 
renouvellement de l'air dans une ou plusieurs parties de 
l'édifice. 

Le chauffage par la vapeur est fondé sur la propriété qu'ont 
les vapeurs de restituer leur calorique de vaporisation lors- 
qu'elles se condensent. Les moyens d'application consistent à 
produire la vapeur dans une chaudière semblable à celles des 
machines à vapeur, puis à la faire circuler à l'aide de tuyaux 
dans des capjveaux construits sous les planchers des pièces 
qu'on se propose de chauffer , et , en dernier lieu , à diriger 
l'eau de condensation vers les chaudières au moyen de tuyaux 
particuliers. La vapeur se condense dans ces conduites et cède 
à l'air circulant dans les caniveaux tout son calorique latent 
au fur et à mesure que s'effectue la condensation ; cet air 
échauffé sort par des bouches de chaleur et s'élève dans l'ap- 
partement. On dispose souvent dans les chambres des réci- 
pients ou poêles à eau chaude , dans lesquels serpentent les 
tuyaux de vapeur et qui contiennent des tubes laissant passer 
l'air des caniveaux dans ces chambres, en contribuant encore 
à son échauffement. 

L'un des avantages de ce système est de pouvoir porter la 
chaleur à de grandes distances et d'échauffer en même temps 
très-rapidement. 

La ventilation peut s'obtenir , mais avec les mêmes incon- 
vénients, comme dans le chauffage par circulation d'eau 
chaude, en établissant dans les combles un réservoir de va- 
peur d'une surface de chauffe convenable. 



430 VISITE 

Jusqu'à présent on n'a guère employé que le chauffage à 
Teau et les ressources de ventilation qu'il présente, pour le 
service des hôpitaux et des grands établissements, dans les- 
quels le renouvellement de l'air est une nécessité de premier 
ordre. Mais l'administration des hôpitaux vient de mettre 
«n présence dans celui de Lariboisière, les deux derniers 
procédés mentionnés ci -dessus. Les dix-huit salles com- 
prises dans les six pavillons de cet hôpital sont chauffées et 
ventilées, celles des pavillon:^ formant l'aile gauche, par les ap- 
pareils de MM. Léon Duvoir Leblanc, établis selon le système 
du chauffage à l'eau et de la ventilation par appel , et celles 
des pavillons de l'aile droite par les appareils construits par 
M. Farcot, d'après les projets de MM. Laurens et Thomas . et 
destinés à chauffer par la vapeur et à ventiler mécani- 
quement. 

On connaît déjà les principes du chauffage dans l'un et 
l'autre cas et celui de la ventilation par appel ; il reste donc 
à donner une idée de la manière avec laquelle s'opère la ven- 
tilation mécanique. 

La vapeur des chaudières , avant de se distribuer dans les 
conduits qui portent la chaleur dans les salles, met en mou- 
vement une machine dont le travail est appliqué à faire agir 
des ventilateurs à force centrifuge; ces ventilateurs aspirent 
l'air recueilli à une grande hauteur dans l'atmosphère, et au- 
dessus des bâtiments, et le refoulent dans un lar2:e tuyau qui 
le porte, par ses embranchements, dans les caniveaux de toutes 
les salles à ventiler ; l'air pénètre ensuite dans ces salles après 
s'être échauffé au contact des conduites de vapeur et des poêles 
à eau. L'air vicié des salles est ainsi constamment refoulé par 
de l'air neuf, dans des passages ménagés dans l'épaisseur des 
murs, et qui aboutissent aux combles des pavillons, dans des 
cheminées en communication avec l'atmosphère. En été, la 
ventilation s'opère seule et la vapeur, à la sortie de la ma- 
chine , peut être utilisée complètement pour l'usage des bains 
et de la buanderie. 

Les effets de cette ventilation , dont on dispose à volonté, 
présentent des avantages qui leur sont propres; l'expérience 
faite sur une grande échelle, à l'hôpital de Lariboisière, dé- 
montre, par exemple, qu'en été, la ventilation peut atteindre 
jusqu'à 130 mètres cubes d'air renouvelé par heure et par 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 431 

ïit, dans le système mécanique de MM. Laurens et Thomas. 
Les médecins ont observé l'influence heureuse de cet abon- 
dant aérage sur la santé des malades et sur les suites des 
opérations chirurgicales. L'examen comparatif auquel on se 
livre en ce moment ne peut manquer de fixer l'opinion sur 
les valeurs respectives des deux systèmes. 

L'abaissement du prix du gaz a fait penser dans ces derniers 
temps à construire des appareils spéciaux pour son utilisation, 
comme combustible, au chauffage des habitations. On ren- 
contre à l'Exposition quelques-uns de ces appareils; ceux de 
M. R. W. Elsner, de Rerlin, présentent une grande variété 
d'applications ; ceux exposés par M- Bailey, le calorifère à gaz 
de M. Laury et la cheminée de M. Marini offrent aussi des dis- 
positions assez ingénieuses, mais il ne paraît pas encore que 
l'usage de ces appareils soit assez économique pour pouvoir 
rivaliser avec les moyens ordinaires de chauffage. 

Une nouvelle source de chaleur vient d'être récemment 
proposée à l'industrie, mais jusqu'à cet instant elle est encore 
restée sans applications, il s'agit d'utiliser une force naturelle 
quelconque et sans usage, comme pourrait en offrir un cours 
d'eau, à faire mouvoir rapidement une machine produisant un 
grand frottement et développant par ce fait une chaleur in- 
tense. Cette idée de MM. A. Beaumont et A . Mayer a été ma- 
térialisée par eux , par la construction d'une machine qu'ils 
ont exposée; c'est une chaudière de quatre hectolitres envi- 
ron contenant dans sa longueur un tube conique enveloppé 
par l'eau, et dans lequel le frottement s'effectue par la rota- 
tion rapide dun cône en bois; le frottement produit la cha- 
leur, se communique immédiatement à l'eau et l'échauffé 
jusqu'à en élever la température au point de déterminer, en 
trois ou quatre heures de marche , une pression de trois at- 
mosphères dans la chaudière. Si cette machine n'est pas appe- 
lée à rendre des services, elle est au moins intéressante par 
son mode de production de vapeur. 

Chauffage de l'air pour le service des foyers métallurgiques. 

La fonte des minerais qui fournissent à l'industrie les divers 
métaux qu'elle consomme, exige différentes espèces de four- 
neaux. Ceux appelés hauts fourneaux, à cause de leur éleva- 



432 VISITE 

tion, qui atteint parfois seize à dix-huit mètres, servent généra- 
lement à la conversion du minerai de fer en fonte de fer; ces 
immenses fourneaux, dans lesquels le bois, le coke ou la 
houille sont mélangés avec le minerai, nécessitent pour l'ali- 
mentation du combustible et la fusion du métal, la projection 
au moyen de machines soufflantes, d'un volume d'air consi- 
dérable. Jusqu'à ces derniers temps ils étaient alimentés par 
de l'air, pris à la température de l'atmosphère et dont l'intro- 
duction était une cause de refroidissement; on a essayé depuis 
de projeter dans l'intérieur de ces foyers l'air échauffé par 
avance à une haute température, et ces essais ayant produit 
une amélioration importante dans la qualité de la fonte et dans 
l'économie du combustible, l'usage de cette méthode s'est ré- 
pandu rapidement dans la plupart des usines. 

L'Exposition n'offre cependant aux regards des métallur- 
gistes qu'un seul appareil destiné à cette opération, c'est celui 
de MM. Laurens et Thomas. 

Leur appareil se compose d'un ou de plusieurs tubes chauf- 
feurs, placés horizontalement ou verticalement, suivant les lo- 
calités, mais dans la plupart des cas dans cette dernière posi- 
tion ; chacun de ces tubes consiste en un cylindre de fonte d'un 
assez gros diamètre, dont la surface intérieure est garnie d'une 
série de lames venues de fonte et rangées symétriquement ;,]a 
saillie de ces lames n'est guère que le huitième du diamètre 
du tube; il reste dans l'intérieur de celui-ci un vide cylin- 
drique que l'on remplit par un noyau, consistant en un tuyau 
de fonte, fermé par les deux bouts; on constitue ainsi un 
espace annulaire pénétré de toutes partspar des lames saillan- 
tes et compris entre la surface intérieure du tube chauffeur 
et la surface extérieure du noyau, C'est dans cet espace annu- 
laire ainsi composé que passe l'air à chauffer. L'appareil, 
composé d'un nombre de tubes, déterminé par l'importance 
du fourneau, est ordinairement placé le plus près possible de 
chaque tuyau, pour éviter un trop long parcours de l'air 
chaud , et on le chauffe par les gaz provenant du gueulard. 
Les tubes d'un même appareil sont réunis et communiquent 
l'un à l'autre, de manière que l'air entrant dans le premier, 
passe ensuite par tous les autres, à travers les lames de fonte 
qui soutirent la chaleur à leurs parois, pour arriver au dernier 
et pénétrer dans le fourneau par la tuyère. La flamme du gaz 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 433 

en combustion se trouve en contact avec la surface extérieure 
des tubes chauffeurs, sans pouvoir pénétrer dans leur inté- 
rieur; elle circule d'abord autour du dernier tube, celui qui 
communique à la tuyère, puis passe au précédent et arrive 
en dernier lieu sur le premier, qui reçoit directement l'air 
de le machine soufflante, pour s'en aller enfin dans la che- 
minée, ou dans un autre four, s'il lui reste encore de la cha- 
leur utilisable; de telle sorte que, la marche de l'air étant 
inverse de celle de la flamme, cet air est chauffé graduelle- 
ment dans chaque tube, et qu'en sortant du dernier, pour en- 
trer dans la tuyère , il eat à son maximum de température ou 
à 300^ environ. 

Ce système est d'une grande simplicité et peut s'appliquer 
également à tous les fourneaux métallurgiques, en augmen- 
tant ou en diminuant le nombre des tubes chauffeurs, qui 
sont au nombre de deux pour les fourneaux à charbon de bois 
et à une tuyère, de deux à chaque luyère de fourneau à coke, 
et pour les grands hauts fourneaux soufflés des deux côtés, de 
deux appareils de trois tubes chacun. La surface de chauffé 
est considérable, car elle comprend non-seulement la surface 
extérieure des tubes en contact avec la flamme, mais encore 
la surface des lames saillantes, chauffées par l'effet de la con- 
ductibilité du métal, et la surface du noyau intérieur qui est 
elle-même suffisamment chauffée par le rayonnement du calo- 
rique. Cette dernière circonstance, en évitant de faire passer 
la flamme dans le noyau pour le chauffer, supprime l'emploi, 
au lieu de tubes chauffeurs, des tubes annulaires , dans l'in- 
térieur desquels passerait la flamme; ils ne pourraient être 
formés que par deux cylindres concentriques réunis par des 
joints, tandis que le mode actuel permet d'en diminuer le 
nombre. 

Cette surface de chauffe considérable , à l'établissement 
de laquelle concourt la majeure partie de la fonte qui entre 
dans la construction, donne la faculté de diminuer le volume 
de l'appareil, et par suite le poids de cette fonte. La disposi- 
tion des tubes permet enfin de placer les quelques joints qui 
existent seulement, à l'abri du contact du feu et de diminuer 
ainsi les chances d'accidents et les réparations. 

L'exposition de MM. Laurens et Thomas se recommande 
encore à d'autres titres à l'attention des maîtres de forge, 
206 ce 



434 VISITE 

ainsi leur machine soufflante à tiroir, mue par la vapeur, et 
que l'on peut aussi faire mouvoir par Teau , donne dans un 
espace tres-réduit un soufflage aussi puissant en volume que 
les grandes souffleries, d'où il résulte économie sur le prix de 
la machine, économie sur les fondations et économie sur le 
régulateur ou réservoir d'air, que la vélocité de ce genre de 
machine permet d'amoindrir considérablement. Leur laminoir 
présente une grande ténacité et une grande résistance, résul- 
tant de leur mode particulier de coulage et de la nature de la 
fonte employée. On remarque enfin le modèle d'un haut four- 
neau à sept tuyères, muni des appareils propres à Tutilisation 
de ses gaz, et qui se distingue particulièrement par le système 
de fermeture hydraulique de son gueulard, dont les applica- 
tions sont déjà nombreuses. 

Dessiccateurs et torréfacteurs de matières diverses, appareils 
à distiller, condensateurs, etc. 

Parmi les appareils imaginés pour sécher et torréfier les 
matières de toutes sortes dont l'emploi réclame ce genre d'o- 
pérations, le torréfacteur mécanique de M. E. Rolland est 
celui dans lequel la perfection semble avoir atteint le plus 
haut degré. 

Les appareils employés ordinairement pour la torréfaction 
du café ou du cacao , les séchoirs de toutes sortes, les fours à 
torréfier le tabac et les autres appareils analogues sont à 
chargement intermittent; ils donnent généralement des pro- 
duits très-irréguliers , exposent les ouvriers aux émanations 
souvent peu salubres qui se dégagent des matières soumises à 
l'action d'une température élevée et sont enfin très-peu éco- 
nomiques sous tous les rapports. Le torréfacteur mécanique 
paraît remédier à tous ces inconvénients et donner à la torré- 
faction et à la dessiccation des matières diverses tous les avan- 
tages des opérations industrielles qui se font avec une conti- 
nuité et une régularité parfaites. 

Il se compose d'un long cylindre en tôle, armé à l'intérieur 
d'un certain nombre de saillies en forme d'hélices allongées, 
garnies elles-mêmes de fourches convenablement recourbées. 
Ce cylindre est placé horizontalement et tourne sur lui-même; 
la matière à torréfier est introduite par l'une des extrémités et 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 435 

se trouve aussitôt entraînée par la paroi en mouvement; 
comme elle est retenue sur cette paroi par les saillies ou héli- 
ces, elle peut atteindre le haut de l'appareil ; mais arrivée là , 
elle retombe par son propre poids et se retourne en même 
temps, de telle sorte que les parties qui. au commencement 
de la révolution, étaient en contact avec la tôle inférieure du 
cylindre, forment après un demi-tour la couche supérieure 
de la masse, et ceci se répétant successivement, la matière est 
retournée en tous sens; mais au moment où elle glisse des hé- 
lices élevées pour retomber, elle tend, dans ce mouvement, à 
suivre la pente de ces saillies et elle avance effectivement, 
dans le sens de la longueur du cylindre, d'une quantité plus 
ou moins grande suivant l'inclinaison des hélices; la matière 
passe ainsi graduellement et tout en se retournant, d'une ex- 
trémité à l'autre de l'appareil. Dans le cas où la matière à 
torréfier est filamenteuse, les fourches fixées sur les hélices 
se chargent d'étirer les pelotons que le roulement continu 
peut former. 

Le cylindre, enveloppé sur la moitié supérieure de son con- 
tour par un demi-cylindre également en tôle, est disposé dans 
un fourneau , de manière à être convenablement entouré par 
les gaz de la combustion, tout en ayant la facilité d'exécuter 
librement le mouvement de rotation que lui communique un 
mécanisme extérieur; il accomplit ce mouvement sur quatre 
galets qui le supportent en même temps à ses deux bouts , et 
se trouve par ce fait complètement dégagé dans son intérieur. 
La plus grande partie de la chaleur que le fourneau émet par 
rayonnement sert à chauffer l'air, qui entre dans le cylindre 
par le même côté que la matière à torréfier, et vient aider à la 
dessiccation. 

La matière est amenée continuellement à l'une des extré- 
mités par des soupapes qui s'ouvrent à l'instant où les hélices 
laissent l'entrée libre. Ces soupapes sont elles-mêmes alimen- 
tées par une roue à palettes ou distributeur , tournant assez 
rapidement et divisant d'une manière uniforme la masse de 
matière qui lui est superposée; un peigne métallique étire 
constamment les brins pour faciliter cette division. Après son 
passage dans toute la longueur du cylindre, la matière enfin 
torréfiée vient sortir par l'autre extrémité; elle tombe alors 
dans une caisse, communiquant par sa partie supérieure avec 



430 VISITE 

une grande cheminée d'appel où se rendent toutes les vapeurs 
produites, et garnie à sa partie inférieure d'une soupape dou- 
ble ; cette soupape, équilibrée par un contre-poids convenable, 
s'ouvre d'elle-même quand elle a reçu une certaine quantité 
de matière, et se referme aussitôt après la sortie de celle-ci. 
De cette manière, toute entrée inutile de l'air froid est évitée. 

Le degré de torréfaction se règle à volonté, d'abord en aug- 
mentant ou diminuant la vitesse du mouvement, pour laisser 
moins longtemps ou plus longtemps chaque partie de la sub- 
stance à torréfier en contact avec la paroi chaude du cylin- 
dre, et ensuite en augmentant ou diminuant l'introduction de 
l'air dans le foyer , pour élever ou abaisser la température. 
Le premier résultat s'obtient suivant la manière ordinaire, en 
montant sur des tambours coniques la courroie qui transmet 
le mouvement; le second est obtenu par le moyen d'un ther- 
mo-régulateur. Ce dernier appareil, de l'invention de M. Rol- 
land, est fondé sur le principe de la dilatation des gaz fixes; 
il s'adapte au foyer et, au moyen d'organes assez simples, fait 
mouvoir, avec une grande sensibilité, deux soupapes qui rè- 
glent l'introduction de l'air et maintiennent ainsi la tempéra- 
ture au degré favorable à l'opération. 

L'appareil qui figure à l'exposition a été disposé spéciale- 
ment pour le traitement des matières filamenteuses, et paraît 
en effet satisfaire aux exigences du travail compliqué que leur 
manipulation comporte; on n'aurait qu'à le simplifier pour le 
rendre convenable au traitement du café, du cacao, de la chi- 
corée, du malt, des graines, des légumes et d'une infinité 
d'autres matières. Des appareils établis d'après ce système 
fonctionnent depuis plusieurs années pour la torréfaction des 
tabacs. 

La dessiccation est aussi employée comme moyen de déter- 
miner d'une manière absolue la quantité d'humidité conte- 
nue dans la soie. Cette opération, appelée conditionnement, 
exige des appareils particuliers, dont l'exposition de M. Rogeat, 
de Lyon, nous offre plusieurs types. 

Le prix élevé de cette matière et sa propriété naturelle 
d'absorber et de retenir facilement une assez grande quantité 
d'eau, propriété mise à profit par la fraude, firent sentir, dès 
longtemps, le besoin de pouvoir constater exactement l'hu- 
Diidité dont elle peut se charger, au delà de celle qu'elle pos- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 437 

sède dans son état normaL A cet effet, !a ville de Lyon et 
celles où le commerce des soies donnait lieu à d'importantes 
transactions créèrent d'abord, il y a une cinquantaine d'an- 
nées, un établissement public ayant pour but de contrôler le 
poids de cette matière précieuse; on y pe.-ait la balle de soie 
à son entrée, puis on en exposait le contenu pendant vingt- 
quatre ou quarante-huit heures dans des armoires grillées, 
disposées sur les côtés de longues salles dans lesquelles la 
température était constamment maintenue, à l'aide de poêles, 
entre 18 et 20 degrés réaumur; la soie était ensuite pesée de 
nouveau etrendue avec la marque indiquant le poids de vente. 
A peine ce procédé de conditionnement fut-il mis à exécution 
qu'on en reconnut les vices, il présentait effectivement plu- 
sieurs causes d'erreurs : ainsi les soies placées près des poêles 
séchaient davantage que celles qui en étaient éloignées, ou 
bien, d'autres très-mèches et prêtes à être retirées absor- 
baient l'humidité de celles placées nouvellement dans leur 
voisinage. La chambre de commerce de Lyon chercha à re- 
médier à ces inconvénients, et grâce à sa persévérance et au 
concours de M. Gamot, directeur de la condition de cette ville, 
un nouveau procédé conçu par M. L. Talabot, et apportant une 
solution complète à ce problème difficile, fût enfin appliqué 
en l'année 1 843 ; depuis lors toutes les villes industrielles ont 
emprunté à Lyon cette nouvelle méthode de conditionnement. 
Le procédé ingénieux de M. Talabot consiste à prendre le 
poids net de la balle de soie, à en extraire dans les différentes 
parties quelques écheveaux qui représentent alors l'humidité 
de toute la masse, à peser immédiatement ces mêmes éche- 
veaux et à les exposer ensuite, suspendus au fléau d'une ba- 
lance, dans un appareil maintenu constamment à la tempéra- 
ture de 110 degrés centigrades, jusqu'à-^ e que cette balance 
reste en équilibre ; le poids, qu'elle accuse à cet instant est le 
poids absolu de la soie dépourvue de toute humidité. On 
possède ainsi les éléments nécessaires pour déterminer la 
perte d'humidité de toute la balle , le poids primitif de cette 
dernière, le poids des échantillons qui la représentent et le 
poids absolu de ceux-ci; il ne reste plus qu'à établir une 
proportion : si, par exemple, les échantillons ont perdu '15 
pour cent de leur poids dans l'appareil, la balle pesant pri- 
mitivement 100 kilogr. doit être réduite au poids de 85 



438 VISITE 

kilogr.; mais on a reconnu que l'état ordinaire delà soie était 
de contenir 11 pour 100 d'humidité , alors on est convenu de 
restituer au poids absolu cette proportion fixe pour établir le 
poids marchand, lequel serait alors pour la balle de l'exemple 
ci-dessus : 91 kilogr. 35; cette convention n'a d'ailleurs au- 
cun inconvénient, puisque les termes de l'opération sont con- 
nus, et cet usage tient plus aux habitudes du commerce qu'à 
la nécessité d'y avoir recours. 

L'appareil dans lequel s'opère la dessiccation des échantil- 
lons de soie se compose de deux cylindres concentriques ver- 
ticaux en métal ; la partie supérieure est fermée par un cou- 
vercle percé d'une fente pour laisser passer une tige sus- 
pendue à l'un des bras d'un fléau de balance ; la partie 
inférieure de cette tige est disposée en un cercle armé de 
crochets, ces crochets supportent lesécheveaux à sécher dans 
le cylindre intérieur chauffé au moyen de la vapeur; la ba- 
lance établie au-dessus de l'appareil est renfermée en partie 
dans une cage vitrée et mise ainsi à l'abri de l'air; enfin, du 
côté opposé aux cylindres, existe un casier en métal contenant 
les tiroirs dans lesquels on place les échantillons qui doivent 
être successivement éprouvés. Pour opérer la dessiccation, on 
enlève le couvercle du cylindre extérieur, on suspend les 
écheveaux pesés d'avance, on referme l'appareil et on laisse 
la soie ainsi exposée à la chaleur de 110 degrés, jusqu'à ce 
que la balance n'accuse plus aucune variation ; ce poids des 
écheveaux étant constaté et contrôlé par une double épreuve, 
on retire la soie et on procède à une autre opération. 

Le système de M. Talabot présentait un seul inconvénient : 
celui d'exiger pendant trois heures le séjour de la soie dans 
l'appareil , et par conséquent une perte de temps et de com- 
bustible; M. Persoz, directeur de la condition des soies de 
Paris , et M. Rogeat , de Lyon , y ont obvié en remplaçant le 
mode de chauffage à la vapeur par un séchage à l'aide d'un 
courant d'air chaud obtenu très-rapidement par='des becs de 
gaz ou par l'emploi du charbon ; de cette manière la dessicca- 
tion ne dure plus qu'une demi-heure. 

Plusieurs millions de kilogrammes passent annuellement 
dans les établissements de condition^ et depuis quelques an- 
nées l'industrie de la laine elle-même a recours à ce moyen 
exact de garantie et de contrôle. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 439 

Les appareils de M. Rolland , pour la panification méca- 
nique , apportent enfin les perfectionnements que l'on était 
en droit d'exiger dans une opération aussi importante que 
celle de la fabrication du pain ; le pétrin mécanique est très- 
simple, il se compose d'une auge demi-cylindrique dans 
laquelle se meut, à l'aide d'une manivelle, un axe garni de 
lames courbes; le four est circulaire et chauffé par un foyer 
indépendant, il contient une sole mobile ou plate-forme, mue 
à la main et de l'extérieur par une manivelle et quelques en- 
grenages. L'emploi de ces deux appareils se multiplie chaque 
jour et fait espérer que les opérations, naguère si primitives, 
de la pRnification se feront bientôt avec toute la propreté et 
la perfection désirables. 

Outre les appareils précédents, l'Exposition présente en- 
core de toutes parts de nombreuses applications de la cha- 
leur, remarquables à différents titres. Parmi celles qui se 
recommandent le plus par l'utilité des résultats qu'elles pro- 
curent, la distillation de l'eau de mer est sans contredit l'une 
des plus intéressantes, et sous ce rapport il faut distinguer les 
appareils de MM. Rocher, de Nantes, et E. Sasse, en Suède, 
qui peuvent transformer l'eau saumâtre de la mer en eau po- 
table, pour tout un équipage, et cela sans grande dépense 
et par le fait seul de la préparation des aliments. 

Les appareils distillatoires ou de concentration des liquides 
de toutes sortes, de MM. Boutigny, Traxler, Tribouillet et 
Duyck, offrent aussi un grand intérêt. 

Enfin les appareils de MM. VVolf, en Wurtemberg, et 
Couty, en France, pour souder le plomb, le cuivre, le platine 
même , en profitant de la chaleur développée par la com- 
bustion du gaz hydrogène; les petites forges de M. Enfer, 
pour fondre et couler le platine; celles de M. Delaforge; les 
systèmes à blanchir le linge , de MM. Ducommun et Radies, 
Bouillon et Gervais; la buanderie américaine, de M. King; 
les fourneaux à préparer les produits pharmaceutiques, de 
MM. Wolfmuller, en Bavière, et Miirle, dans le duché de 
Bade, et l'appareil de M. Choisy-Lignon, pour utiliser l'eau 
de condensation des machines , méritent chacun une atten- 
tion particulière. 



440 VISITE 



Éclairage. 



L'éclairage s'obtient généraiement par la simple combus- 
tion de corps capables de produire une flamme éclairante. La 
flamme n'étant elle-même que l'effet de la combustion d'un 
gaz , il suit que les matières solides et les matières liquides 
doivent d'abord donner naissance à un produit gazeux pour 
pouvoir fournir une flamme. C'est en effet ce qui arrive : si 
on chauffe un corps suffisamment, pour le volatiliser ou le dé- 
composer en gaz et enflammer ce gaz, c'est-à-dire si on al- 
lume ce corps, le produit gazeux obtenu brûle et donne assez de 
chaleur pour en volatiliser ou décomposer une nouvelle partie^ 
et fournir une nouvelle quantité de gaz qui, s'enflammant à 
à son tour, produit le même effet, et prolonge ainsi l'existence 
de la flamme. Mais un gaz en brûlant n'est pas toujours ca- 
pable de produire une flamme éclairante; il faut, pour qu'une 
flamme présente ces conditions, qu'elle contienne dans son 
intérieur des matières solides résistant à l'action de sa tem- 
pérature; ce sont effectivement ces parties solides qui, por- 
tées à l'incandescence , la rendent visible et lui prêtent tout 
son éclat. La plupart du temps, le gaz se charge lui-même 
d'introduire ces molécules solides dans la flamme qu'il donne, 
soit par le produit solide résultant de sa combustion, soit à 
cause des dépôts que sa combustion laisse. 

Les substances qui remplissent le mieux les conditions exi- 
gées par leur emploi pour l'éclairage, et qui, par ce fait et 
aussi parleur bon marché, servent le plus ordinairement, 
sont : le suif, les graisses, la cire, le blanc de baleine, les 
acides stéariques et margariques, et différents mélanges de 
ces corps, l'huile de colza, l'huile minérale de schiste et le 
gaz liquide, ou mélange d'alcool et d'esprit de bois, dont l'u- 
sage est assez restreint ; enfin le gaz hydrogène carboné, dans 
lequel d'ailleurs les substances précédentes se résolvent en 
dernier lieu au moment de leur combustion. 

L'emploi des matières solides ne nécessite aucun appareil 
spécial, on se borne à donner à ces matières des formes con- 
venables que leur consistance leur permette de conserver; 
ainsi on les moule et on en fait des cylindres de diverses di- 
mensions, appelés chandelles, bougies, cierges, etc., et dont 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. iii 

l'axe est une mèche de coton. C'est dans cette mèche que s'o- 
père la combustion : aussitôt qu'elle est enflammée, le corps 
gras au-dessous d'elle entre en fusion, s'élève dans cette mè- 
che par l'effet de la capillarité, y éprouve une décomposition 
par suite de la température élevée, et donne naissance au 
gaz hydrogène carboné qui s'allume et produit la flamme. 

Les perfectionnements apportés dans ces produits consistent 
principalement dans la fabrication des corps gras, fabrication 
qui est du domaine de la chimie ; mais comme progrès d'ap- 
pareil , il faut remarquer néanmoins les moules mécaniques à 
chandelles de M. Cahouet, qui permettent de donner une 
grande rapidité au moulage, en même temps qu'une grande 
régularité. 

La fabrication des liquides destinés à l'éclairage est aussi 
une opération chimique, et par conséquent également étran- 
gère à la 9* classe ; cependant celle de l'huile de schiste semble 
s y rattacher , en ce sens que cette huile est uniquement utili- 
sée à l'éclairage ; on l'obtient du schiste bitumineux par une 
distillation ordinaire et après plusieurs purifications. Des 
échantillons assez remarquables en ont été envoyés à l'Expo- 
sition par MM. Wiesmann et Cie, à Bonn ; Legros et Cie, par la 
Compagnie bourbonnaise etl'usine de Sainte-Maine, en France. 

L'usage de Ihuile végétale ou minérale pour l'éclairage 
exige nécessairement des appareils appelés lampes pour con- 
tenir et présenter peu à peu ces liquides à la combustion. Le 
nombre des appareils différents imaginés pour arriver à ce ré- 
sultat est considérable, et leurs dispositions ont toutes pour 
but de faire que l'huile arrive constamment et régulièrement 
à la mèche, ni en trop petite quantité , ni en trop grande, et 
qu'il. passe un courant d'air suffisant pour accomplir la com- 
bustion. 

D'abord les lampes furent composées d'un réservoir assez 
large pour conserver longtemps et sensiblement le même ni- 
veau au liquide quiy était contenu, etqui communiquait avec 
la mèche par un tube; puis ce réservoir fut disposé pour éta- 
blir un niveau constant dans le conduit placé au-dessous et 
correspondant avec la mèche : lorsque le niveau baissait dans 
ce conduit, il laissait libre l'ouverture du réservoir, l'air pé- 
nétrait, et l'huile s'écoulait jusqu'à ce que le niveau remonté 
fermât cette ouverture. Dans l'un et l'autre cas, le réservoir 



442 VISITE 

situé au-dessus de la mèche , outre le peu de stabilité et de 
gracieuseté qu'il donnait à l'appareil, interceptait encore 
une certaine partie de la lumière. Les lampes Carcel ont obvié 
à ces inconvénients : l'huile arrive à la mèche par l'effet de 
petites pompes formées d'une simple baudruche faisant office 
de piston et mues par un mécanisme d'horlogerie; le tout 
étant placé dans l'intérieur d'un cylindre et au-dessous de la 
mèche donne à l'ensemble une forme stable et susceptible de 
recevoir autant d'ornementations qu'on le veut. 

Mais de toutes les lampes, celle à modérateur, tout en étant 
très-régulière dans son fonctionnement, est en même temps 
la plus simple, la plus économique et, par suite, la plus gé- 
néralement employée. Cette lampe , de l'invention de M. Fran- 
chot , se compose d'un ressort en spirale tendu par une cré- 
maillère qu'on relève au moyen d'un pignon; ce ressort agit 
constamment en appuyant sur un cuir embouti ou piston, 
pour comprimer l'huile placée dans la partie inférieure du 
cylindre qui contient le système, et la faire monter .jusqu'à 
la mèche par un tube particulier. Ce tube d'ascension de 
l'huile est composé de deux parties : Tune, fixée au piston, 
est mobile avec lui et s'engage dans l'autre , faisant partie du 
bec, d'une plus ou moins grande quantité, suivant que le 
piston est plus haut ou plus bas. C'est dans ce tube qu'est 
placé le modérateur , simple tige métallique tenue d'un bout 
à la partie fixe , et pénétrant par l'autre dans la partie mo- 
bile , de manière à gêner , surtout dans cette dernière , qui est 
la plus étroite, la marche de Ihuile qui passe entre cette tige 
et le tube ; le mouvement est d'autant plus ralenti que le mo- 
dérateur est plus engagé dans la partie mobile, c'est-à-dire 
que le piston est plus haut, le ressort plus tendu et l'huile 
plus sollicitée à s'élever ; au contraire , lorsque le piston ar- 
rive vers le bas de sa course, et que le ressort, possédant 
moins de force , n'élève plus autant d'huile , le tube mobile 
est descendu , la tige est dégagée de ce tube, et le passage au- 
tour d'elle est plus facile. On comprend d'après cela que la 
force du ressort et les dimensions de la tige modératrice étant 
convenablement déterminées, la compensation des effets de 
ces deux pièces puisse donner à l'huile un mouvement régulier. 
L'excès d'huile à la mèche retombe dans le cylindre et repasse 
sous le piston lorsqu'on le relève. 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 4i3 

Quant à la manière d'amener assez d'air sur la mèche , elle 
consiste à faire de cette mèche un manchon autour et dans 
l'intérieur duquel on établit un courant, à l'aide d'une chemi- 
née de verre placée sur le bec. 

Outre cesdiflérentes dispositions, les lampes prennent en- 
core de nombreuses formes, suivant qu'on veut les affectera 
certains besoins; t(41essont, par exemple, celles des mineurs, 
qui sont des lampes portatives dont la flamme est entourée 
d'une toile métallique. 

Les lampes à l'huile minérale de schiste présentent une 
position différente; le liquide étant beaucoup plus fluide que 
l'huile de colza , le simple effet de la capillarité en fait monter 
dans la mèche une quantité suffisante pour entretenir la com- 
bustion , circonstance qui permet de faire de l'appareil un 
simple vase dans lequel plonge une mèche ; seulement, comme 
l'huile minérale donne dans sa combustion beaucoup de char- 
bon ou de fumée , il faut faire arriver sur la mèche un fort 
courant d'air pour exciter cette combustion , ce que l'on ob- 
tient en plaçant dans l'intérieur de la mèche un disque hori- 
zontal forçant l'air à s'en rapprocher et à sortir plus rapide- 
ment. Ces lampes donnent une belle lumière, mais fument fa- 
cilement, et répandent une odeur peu agréable qui gênera 
longtemps le développement de leur usage. 

Il y a encore les lampes à gaz liquide ou alcool dénaturé 
(mélange d'esprit de bois et d'alcool) différant des précédentes 
seulement par la mèche qui est enfermée dans un petit tube 
percé de trous ; c'est par ces trous que le gaz de la décompo- 
sition du liquide de la mèche sort et s allume ; la flamme d'une 
forme assez gracieuse présente autant de petits jets qu'il y a 
de trous. Cette espèce de lampe est moins économique que 
celle du schiste, mais elle donne beaucoup moins d'odeur. 

Les bâtiments de l'Exposition renferment un grand nombre 
de lampes, très-variées de dispositions, mais fondées presque 
uniquement sur le principe du modérateur; la plupart ne 
sont que des occasions d'ornementations ou de ciselures et ne 
peuvent être examinées qu'a ce point de vue. Cependant les 
lampes à modérateur de M. Hadrot jeune et Cie dont on voit 
des exemples dans le Diorama jouissent d'une réputation mé- 
ritée pour la lumière vive, constante et prolongée qu'elles 
fournissent; celles de M. Neuburger offrent en outre l'avan- 



iU VISITE 

tage de l'économie et delà longue durée, par suite du grand 
réservoir qu'elles possèdent et de la disposition qui ne laisse 
arriver à la mèche que la quantité d'huile exactement dépen- 
sée par la flamme. Les lampes phares de M. Aubineau et 
celles de M. Noël Bosselut sont remarquables par leurs gran- 
des dimensions, tandis qu'au contraire les lampes lilliputien- 
nes de M. Guillaume attirent l'attention par leurs proportions 
exiguës et mignonnes. La petite lampe de ménage de M. Des- 
sales se recommande à la classe ouvrière par la modicité de 
son pjix et la faible dépense que son usage occasionne. Les 
loupes-lampes pour les graveurs, de M. Ferreux, sont une 
heureuse application des lampes aux arts. Enfin les lampes 
suspendues de M. Dardonville , qui sont facilement transpor- 
tables et applicables par ce fait aux navires , celles de 
M.Bourgogne qui annoncent elles-mêmes, par une sonnerie, 
l'instant où elles manquent d'huile , et qui servent aussi de 
timbres de table; la magnifique exposition de M. Schlossma- 
cher et Cie et les lampes de M. A. Ribot qui sont destinées à 
l'emploi du gaz liquide, méritent aussi une mention particu- 
lière. 

L'étranger nous offre aussi plusieurs types de lampes qui 
n'ont rien de particulier dans leur construction et qui ne peu- 
vent se comparer à la variété infinie de ceux des fabriques 
françaises ; cependant on doit signaler la fabrication de 
MM. Mariann , Allen et Moore en Angleterre. 

La disposition des mèches est une considération assez im- 
portante dans l'éclairage par les corps liquides ou solides, et 
sous ce rapport il faut citer M. Brochet, de Paris, et M. Senne, 
d'Erfurth (Saxe). 

Eclairage au gaz. 

L'éclairage par le gaz est une industrie récente qui a pris 
dans ces derniers temps une extension considérable. 

il consiste à produire du gaz et à l'envoyer dans tous les 
endroits où il doit être consommé, c'est-à-dire à produire 
d'avance la décomposition qui s'effectue dans la mèche des 
chandelles , des bougies , des lampes , etc. Toutes les matières 
organiques soumises à la distillation en vase clos sont capa- 
bles dejproduire du gaz hydrogène carboné, mais le gaz est 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. 4ir> 

plus ou moins éclairant suivant la nature de ces matières; 
les substances solides ou liquides qui servent à l'éclairage 
ordinaire pourraient être ainsi employées avec succès à la fa- 
brication du gaz, mais on leur préfère la houille à cause de 
son prix peu élevé, du résidu ou coke que sa distillation laisse 
et qui possède encore une certaine valeur, et enfin des pro- 
duits ammoniacaux qui suffisent à eux seuls pour payer les 
frais d'épuration du gaz. 

La houille est soumise à la distillation dans des cornues de 
terre réfractaire ou de fonte, chauffées au rouge; la décom- 
position s'effectue, le gaz s'échappe et il reste du coke que 
l'on remplace par d'autre houille. Le gaz dégagé contient tou- 
jours des substances étrangères, nuisibles à son emploi et 
dont il faut absolument le débarrasser; c'est pourquoi, au 
sortir des cornues, il passe dans divers appareils appelés ba- 
rillets, réfrigérants, épurateurs, destinés à retenir la plus 
grande partie des matières solides , hquides et gazeuses qui 
l'accompagnent. 

Le gaz purifié arrive dans le gazomètre, réservoir en tôle 
où il s'accumule et d'où il part pour se distribuer à tous les 
points de sa consommation , quand l'heure de sa distribution 
est venue. 

Au lieu de houille, on distille aussi quelquefois certaines 
huiles, que Ton fait tomber goutte à goutte, à cet effet, sur 
du coke chauffé au rouge dans des cornues ; la chaleur dé- 
compose l'huile et il se forme du gaz dont le pouvoir éclai- 
rant est trois ou quatre fois plus grand que celui du gaz ordi- 
naire. 

Le gaz, livré aux consommateurs à raison d'un prix déter- 
miné par mètre cube, passe dans un compteur avant d'ar- 
river au bec. Ce compteur est un axe horizontal garni d'au- 
gets et tournant dans une enveloppe cylindrique contenant 
de l'eau jusque passé cet axe; le gaz vient par un tuyau, 
remplit les augets un à un et les oblige à tourner ; chacun à 
mesure qu'il est plein, amène son gaz dans la partie supé- 
rieure du cylindre où se trouve le tuyau qui le conduit au 
bec. Le nombre de tours est indiqué par des aiguilles, mues 
par l'axe à augets, sur le devant du compteur, et on en déduit 
facilement la quantité de gaz consommée d'après la capacité 
connue des aucets. 



446 VISITE 

Les becs à gaz sont de plusieurs espèces : dans les uns le 
gaz sort par une petite couronne métallique, percée de trous, 
l'air passe en dedans et en dehors de cette couronne et active 
puissamment la combustion ; le bec porte une galerie pour 
soutenir une cheminée de veire; dans les autres, le gaz sort 
en lame mince, par une fente étroite, et produit une flamme 
de forme analogue à celle d'un éventail; dans certains, enfin, 
dits becs Manchester, le gaz sort par deux trous obliques et 
les jets de flamme qui résultent de cette disposition viennent 
se rencontrer mutuellement et produire en sens inverse une 
espèce d'écusson ; ces derniers présentent plus d'économie 
dans la coMibuslion du gaz, que les becs à éventail. 

L'Exposition ne montre pas que l'industrie du gaz ait fait de 
notables progrès, et l'on doit regretter de ne pas y voir les 
dernières modifications, récemment proposées dans le but 
d'obtenir une plus grande économie ; à l'exception du système 
pour l'extraction du gaz de MM. Boysen etCie, de Hambourg, 
et de quelques plans d'usines, on ne retrouve guère que des 
appareils particuliers, relatifs à la conduite et à la consomma- 
tion du gaz, tels que tuyaux, robinets, compteurs, lanternes, 
becs et cheminées, pour la fabrication desquels il faut dis- 
tinguer MM. Siry Lizard et Cie, Dumont, Maccaud, Mareni, 
Laurot et Bengel, et Voruz et Fessard, en France, et MM.Fell 
et Bâte, Bailly, Paddon et Ford et T. Glover, en Angleterre. 

La lumière une fois produite, on peut parvenir à lui don- 
ner une intensité assez considérable à l'aide d'abat-jour 
ou réflecteurs, dont l'effet est de renvoyer dans un sens les 
rayons lumineux qui divergeaient dans l'autre et d'accumuler 
ainsi la lumière sur un point plus restreint. Les réflecteurs sont 
des surfaces concaves, métalliques et polies, présentant une 
courbe parabolique ou sphérique, dont la lumière occupe le 
foyer ; c'esi de la construction de cette courbe que dépend la 
qualité du réflecteur, mais c'est une condition dont on se 
préoccupe peu quand il s'agit de réflecteurs communs. Ils 
sont généralement utilisés pour les signaux, par les chemins 
de fer et la marine. M, Camus mérite d être mentionné comme 
l'un des fabricants qui ont apporté le plus d'améliorations 
dans la construction de ces appareils; M. Ghasel et M. Blazy- 
Jallifier, à Paris, et MM. Thorton et fils, de Birmingham, pré- 
sentent aussi des signaux à réflecteurs, d'une bonne con- 



A L'EXPOSITION UNIVERSELLE. Ul 

struction ; le falot de locomotive de MM. H. Piper et Bro, du 
Canada, se distingue surtout par ses grandes dimensions ; on 
doit enfin citer les appareils nouveaux de MM. Fortin ller- 
mann : ce sont des falots de locomotive et des signaux pour 
arrière de train qui éclairent, au moyen du gaz, pendant dix 
et vingt heures, avec beaucoup de fixité et sans extinction 
possible, et qui s'aperçoivent à de grandes distances. 

Les abat-jour sont de simples cônes ou pyramides tron- 
qués, de papier ou de métal, blancs à leur surface intérieure 
et diversement ornementés à leur surface extérieure ; ils 
s'emploient seulement sur les chandelles, les bougies ou les 
lampes, pour ramener la lumière de haut en bas ; divers 
moyensplus ou moins ingénieux les tiennent fixés sur la bougie 
ou sur le verre de la lampe. La fabrication des abat-jour oc- 
cupe un grand nombre d'ouvriers et forme à elle seule presque 
une industrie ; on remarque à l'Exposition les jolis abat- 
jour de M. Auguste, et ceux en acier fabriqués d'un seul 
morceau, en y comprenant même le support. 

Phares. 

Les phares sont des feux qu'on allume sur les côtes et à 
l'entrée des ports pendant la nuit, pour servir de guides aux 
navigateurs. 

La lumière est d'abord produite par une lampe puissante 
à trois ou quatre mèches concentriques , puis projetée au 
loin par divers moyens capables de la rendre visible à de 
grandes distances. On employait autrefois ponr obtenir ce 
dernier résultat, de simples réfiecteurs paraboliques, aujour- 
d'hui on fait usage uniquement de lentilles à échelons de 
Fresnel. Ces lentilles, qui remplacent également les grandes 
lentilles d'une seule pièce dont la construction était difficile 
et les effets très-incomplets, sont formées d'un segment de 
sphère, entouré d'une suite d'anneaux concentriques ayant 
une courbure calculée pour que chacun ait le même foyer 
que le segment central. Tous les rayons lumineux d'une lu- 
mière placée au foyer d'une de ces lentilles complexes, ar- 
rivent sur sa surface, et se réunissent, après l'avoir traversée, 
en un large faisceau parallèle. Comme l'affaiblissement de la 
lumière a lieu principalement en raison de la divergence des 



448 VISITE 

rayons qu'elle émet, la lumière traversant une lentille à 
échelons doit rester intense et avoir une portée considérable. 

Les phares sont composés d'une ou deux lentilles de cette 
espèce , quand ils sont de simples feux de ports, et de plu- 
sieurs disposées en polygone pour les feux de premier ordre. 
Dans les deux cas, les lentilles sont mises en mouvement au- 
tour delà lampe par un mécanisme d'horlogerie , de manière 
que les faisceaux de lumière qu'elles produisent sont succes- 
sivement amenés sur chaque point de l'horizon : er laissant 
d'ailleurs entre eux des intervalles moins lumineux ils forment 
ainsi des éclats et des éclipses de lumière dont la durée régu- 
lière et déterminée sert à distinguer uu phare d'un feu acci- 
dentel ou d'un autre phare voisin. 

Ordinairement pour les feux déports, les lentilles mobiles 
se meuvent autour d'un cylindre composé d'échelons sembla- 
bles à ceux de ces lentilles , mais disposés circulairement au- 
tour de la lampe et superposés les uns aux autres. Le système 
des verres de ce cylindre ramène et projette la lumière du 
foyer en couches horizontales, de manière à former autour du 
phare un anneau lumineux constant, dans lequel se meuvent 
des segments de lumière plus éclatante, résultant de la con- 
centration des rayons de cet anneau par les lentilles mobiles 
qui les rencontrent et produisent les éclats périodiques. 

Le dôme et la