PURCHASED FOR THE
UNIVERSITY OF TOEONTO LIBRARY
FROM THE
CANADA COIINCIL SPECIAL GRANT
FOR
LINGUISTICS
VOCABULAIRE
DU
PATOIS LILLOIS.
VOCABULAIRE
DU
PATOIS LILLOIS
PAR
Louis VERMESSE.
« J'aime dans le patois la langue du pays
)) d'abord , et puis la source, la mère de notre
)) langue policée. C'est , pour ainsi dire , un
)) héritage abandonné, un champ qui ne se
» cultive plus , une vieille jachère sur laquelle
» un sort a été jeté. Nous qui n'avons pas de
j> préjugés , nous remuons notre champ avec
» ardeur et sans relâche. Ils ne se doutent pas ,
» les autres , qu'Mn trésor est caché dedans. »
E. Gachet,
(Écho du Nord, 27 juin 18o(i ),
LILLE ,
IMPRIMERIE A. BÉHAGLE
Rue Neuve , 10.
PRÉFACE.
A quoi bon , dira-t-on sans doute , écrire un vo-
cabulaire du patois lillois, alors qu'il serait à dési-
rer que tous les dialectes disparussent pour
faire place à la langue unitaire , à cette belle
langue française illustrée par nos grands écrivains.
Certes, ce ne sont pas les habitants du Nord , pour
qui notre vieux langage a des charmes particuliers,
qui me feront un accueil aussi maussade ; ce ne sont
pas non plus les amateurs de linguistique ; ce ne
sera pas davantage le Comité chargé par le Gouver-
nement de rechercher les origines, les développe-
V
ments et les variations de notre langue primitive;
ce ne sera pas enfin, vraisemblablement, l'Académie
iVançaise , puisqu'elle a couronné Jasmin , grand
poète, il est vrai , mais qui n'écrit qu'en patois.
Le patois du Nord , comme tous les autres ,
cessera probablement un jour d'être en usage, mais
nous devons le dire , quelques personnes se sont trop
hâtées , dans ces derniers temps , de proclamer son
agonie, disons mieux, sa mort. Nous le trouvons,
quant à nous , encore très-vivace , et ce qui le
prouve , c'est qu'à aucune époque il n'a fait au-
tant parler de lui que depuis quelques années. Les
mis lui ont jeté la pierre, d'autres ont voulu le ré-
habiliter , d'autres aussi ont entrepris de le dissé-
(juer , pour voir s'il ne pourrait pas encore enrichir
notre langue policée.
M. Desrousseaux, dont les Chansons et PasquiUes
lilloises sont devenues si populaires , frappé de l'hé-
térogénéité qui régnait dans l'orthographe des pro-
ductions de son devancier Brule-Maison, lui a assi-
gné quelques règles orthographiques et un petit
vocabulaire pour servir de notes à ses ouvrages (1).
Après lui, M. Pierre LEGRANDa publié un Diction-
(l) Chansons et PasquiUes lilloises, 1er. vol. 1851 ; 2e. vol.
18:>;;.
nj
riaire du patois de Lille, précédé d'un essai sur sa
prononciation (1). Les écrivains de la presse lilloise
s'en sont tous plus ou moins occupés , lorsqu'ils ont
eu à rendre compte des productions locales.
M. Emile Cachet, dans la Presse belge, journal de
Bruxelles, lui a consacré un magnifique article qui
a été reproduit par VEcho du Nord (2) ; M. Albert
Dupuis , dont la plume fait autorité parmi nous , a
reconnu, dans la Revue du Nord (3), que « notre
» patois ne manque ni d'énergie, ni d'originalité ,
» ni même d'harmonie , ces grandes qualités poé-
» tiques des langues ; qu'il est très-doux dans la
» bouche de quelques-uns de nos chanteurs , et plus
» accentué , plus sonore que le français ; qu'il S(i
» plie avec facilité au récit , à la description , à la
» gaîté , au sentiment ; qu'il a conservé toute sa
)) verdeur, n'ayant point passé au crible des aca-
» démiciens , etc., etc... »
31, le docteur Lk Glay, le savant archiviste , en
rendant compte, dans la Revue du Nord, du Diction-
naire du patois de Lille , par notre devancier
M. Pierre Legrand , a dit : « Qu'est-ce que le patois?
(1) Dictionnaire du Patois de Lille, 18î)3.
(2) Echo du Nord, 27 juin 18'JG.
(3) Tome Y, page 11.
ÎV
» Le patois est-il soumis à des règles grammaticales
» et mérite-t-il qu'on lui consacre un dictionnaire?
» A ces questions que de bons esprits se seront
» faites , sans doute , en lisant le titre ci-dessus , la
)) réponse est facile, selon nous. Il faut entendre,
» par ce mot patois le langage usité parmi le peuple
» et dérivé de l'idiome que parlait la société toute
» entière, à une époque déjà ancienne. Les classes
» inférieures d'une population qui n'ont pas suivi
» le mouvement social toujours variable et perfec-
» tible , parlent aujourd'hui à peu près comme
» tout le monde parlait il y a trois cents ans... (I) »
Enfin, la Société des Sciences , de l'Agriculture
et des Arts de Lille , a mis tout récemment au con-
cours la question suivante :
« Lidiquer, dans le dialecte du nord delà France,
y les mots , les expressions , les tours de phrase
» dont la perte serait regrettable. Les comparer aux
)) mots , aux expressions , aux tours de phrase de
» la langue française qui s'en rapprochent le plus.
» Discuter la valeur des uns et des autres.»
Cette question d'un haut intérêt va faire entrer
en lice de nombreux champions , mais nous croyons
(1) Revue du Nord, 1er. vol., page 26i.
V
qu'elle sera difTicilcment mieux résolue qu'elle l'a
été déjà par Bl. le docteur Escâllier , de Douai,
dans ses remarques et ses lettres sur le patois,
suiviesd'un vocabulaire latin-français du XIV siècle,
et qui sont réunies dans un superbe volume de
650 pages , publié à Douai en 1856.
Ce qui se fait dans le Nord se fait également,
pour d'autres dialectes, dans plusieurs départements
et aussi en Belgique.
Partout on rencontre des savants qui, pour s'oc-
cuper sérieusement de l'étude des langues, \out
puiser des renseignements précieux à leurs vérita-
bles sources, c'est-à-dire aux patois.
En ce moment même , le prince Loujs-Lucien
Bonaparte, cousin germain de l'Empereur, s'oc-
cupe d'une grande entreprise de linguistique, il
fait imprimer, dans tous les idiomes vulgaires de
l'Europe , l'évangile de Saint Matbieu , d'après la
version française de M. Lemaistue de Sagy.
Si l'on ajoute à cela que la cbanson patoise, telle
qu'on la fait actuellement , sans quitter le cabaret
et l'atelier, où elle est autant en bonneur que les
meilleures productions cliantantes qui nous vien-
nent de Paris, s'est introduite dans nos réunions
de famille, dans les salons et dans les concerts;
qu'elle a été interprétée avec succès dans presque
toutes les villes des départements du Nord et du
Pas-de-Calais, par le chansonnier lillois le plus
en vogue, on conviendra que ce vocabulaire ne
sera pas un livre inutile , puisqu'il aura pour but
d'expliquer le véritable sens des mots et des locu-
tions vieillies , ainsi que les traits de mœurs locales
que l'on trouve à profusion dans les œuvres de nos
chansonniers populaires, et qu'il facilitera, en outre,
les études dont nous avons parlé et qui sont une
des préoccupations de notre époque.
A ce propos, pour éviter à nos savants des erre-
ments que n'ont pas toujours su éloigner certains
de leurs confrères, notamment M. Hlc\rt, de Va-
lenciennes , qui , dans son Dictionnaire roiichi-
français (1), a défiguré, quant à l'orthographe,
la plupart des mots lillois qu'il a admis, nous di-
rons que les chansons et pasquilles du trouvère
Brule-Maison n'ont été imprimées de son temps
que sur des feuilles volantes qu'il débitait lui-même
sur les places publiques , et que , à l'exception de
quelques-unes précieusement conservées dans le
riche et curieux cabinet d'antiquités lilloises de
M. Gentil-Descamps , elles sont toutes disparues
depuis très-longtemps ; qu'il est notoire que
(1) Valenciennes, 1833, 3o. édit.
VIJ
M. N.-D.-J. Vanackère n'a recueilli qu'un très-
petit nombre de ces feuilles pour éditer les Etrenncs
Tourquemioises de Brule-Maison et autres^, et qu'il
a écrit ces poésies populaires sous la dictée des
vieillards qui les avaient plus ou moins bien con-
servées dans leur mémoire; que cet éditeur n'ayant
pas, au préalable, adopté un système orlhogra-
pliique basé sur la prononciation locale , il s'en
suit que cet ouvrage ne doit être consulté qu'avec
la plus grande réserve et en se guidant pour l'or-
thographe sur les productions de nos chansonniers
actuels qui, à quelques nuances près, ont tous
adopté les règles tracées par M. Desrousseaux.
Nous dirons cependant que sous ce titre : Chan-
sons et Histoires facéiie j ses el plaisantes, M. Ern.
Vanackère a publié en 1856 une assez bonne édi-
tion des œuvres choisies de feu F. De Cottignies
dit Brule-Maison. (1)
Elevé dans la classe de la société oii ce lanaase
est généralement en usage, je me suis attaché
depuis longtemps à en recueillir les mots et les lo-
cutions qui lui sont particuliers. Puis voulant don-
ner à mon livre un cachet quelque peu littéraire,
(1) Un volume précédé du porlrail do l'auteur et d'une préface
par M. Em. Cuasles, en vente à Lille chez M. L. Quarré, libraire.
VllJ
je me suis appliqué à consulter tous les ouvrages
spéciaux , tels que : Roquefort , Dictionnaire de la
langue romane; Escallier, Remarques sur le patois;
Hécart , Dictionnaire i^owài-français ; Trévoux ,
Dictionnaire français, contenant le langage ancien;
DUCANGE, FURETIÈRE, RiCHELET, PicrrC LeGRAND ,
Emile Cachet, etc..
J'ai surtout puisé de nombreux exemples dans
les œuvres de Brule-Maison et dans celles de
M. Desrousseaux qui, comme l'a dit M. Pierre
Legrand dans la préface de son dictionnaire , « a fait
» école et qui
K Le preiiiier à Lille
» Dans le chanl populoi e introduisit le style,
» Assouplit notre accent sous de moins rudes lois
» Et réussit à rendre aimable le patois. »
J'ai aussi, comme il était juste, consulté les chan-
sons de 3iM. Quesnay, Danis, Ch. Decottignies,
Déduire, Delobelle, H. Six et autres, et je les ai
cités à l'occasion.
Pour répondre d'avance aux personnes qui nous
feraient un reproche d'avoir adopté quelques mois
qui appartiennent à l'argot, nous dirons : Bien que
le langage argotique soit déjà ancien, puisqu'on pré-
tend que sous Louis XI , François Villon , le poète
aventurier s'en est servi pour composer plusieurs
pièces de vers, le patois qui nous occupe lui est
bien antérieur. Donc, loin d'admettre que des mots
d'argot se soient introduits dans le patois lillois ,
nous avons lieu d'affirmer , au contraire , que
MM. les linguistes-voleurs, jouant un tour de leur
métier, nous ont fait quelques emprunts. Cela est
d'autant plus admissible que le vocabulaire argo-
tique est resté longtemps inédit, qu'il a dû, plus
que tout autre, subir de nombreuses modifications,
et que le fameux Vidoco , étant d'Arras et ayant fait
ses premiers exploits dans les villes du Nord , no-
tamment à Douai et à Lille où il a babité maintes
fois le Petit-Hôtel et la Prison Saint-Pierre, a bien
pu contribuer à l'enricbir de quelques mots et
expressions du patois du Nord.
Nous avons aussi admis des mots français, chaque
fois qu'ils sont employés chez nous , dans une
acception particulière. A plus forte raison avons-
nous dû donner droit d'asile à ceux qui appartien-
nent aussi bien au français qu'au patois , comme
Arbonnoise, par exemple, dont l'emploi n'est en
usage que dans telle ou telle localité, et que l'on
chercherait vainement dans les dictionnaires fran-
çais.
Avant de terminer , nous citerons l'article sri-
X
vaut que nous extrayons du Dictionnaire de
M. Hécart , et qui établit ce qu'il faut entendre par
Vocabulaire du Patois Lillois, titre que nous avons
adopté de préférence à celui de Vocabulaire du Patois
de Lille, qui n'aurait eu , en effet, qu'une signifi-
cation trop restreinte :
« Le patois wallon descend au picard en passant
» par le wallon -belge , le roucbi, le lillois et le
» cambrésien. Ces idiomes se confondent l'un avec
» l'autre , de sorte qu'il serait bien difficile de leur
» assigner des limites exactes, et de distinguer si
» un mot doit son origine plutôt à l'un qu'à l'autre
» de ces patois. On trouve dans le montois plu-
» sieurs mots communs à ces idiomes , et souvent
» il n'y a que la prononciation qui diffère.
» Le wallon se parle dans une partie du Brabant,
» du pays de Liège ; le wallon-belge dans le Hai-
» naut-belge et la lisière du Hainaut-francais; le
» roucbi à Valenciennes, Maubeuge, Avesnes,
» Landrecies, Le Quesnoy, Bavay, Salnt-Amand,
» Bouchain ; le cambrelot ou cambrésien se parle
» dans le Cambresis et se confond avec le picard ;
» le lillois lient de tous ces dialecles : il est en usage
» dans toute la Flandre française jusqu'à Bailleul
» et une partie de la Lys. »
Au demeurant, voici mon livre. Si je n'ai pas
complètement atteint le but que je m'étais proposé ,
j'aurai du moins augmenté de beaucoup ce qui
existe en laissant à de plus érudits le soin de com-
pléter une œuvre que je reconnais volontiers être
au-dessus de mes forces, quant aux données étymo-
logiques.
Avril 1861.
VOCABULAIRE
DU PATOIS LILLOIS.
A. — Première lettre de l'alphabet, même son
qu'en français.
ABBIETTE, s. f. — Petite abbaye. Notre rue de
Tournai s'est longtemps appelée rue de YAbbiette;
les ouvriers lui ont conservé ce nom en dépit de la
plaque otricielle posée à chacune de ses entrées.
ABOIjLER , V. — Accourir. Dans certains jeux,
pour avertir qu'il est temps de gagner létaque (Voir
ce mot) , on crie : aboule ! aboule !
AGATER , V. a. — Acheter, du latin acapUitr.
ACCLAMASSES, s. f. pi. — Acclamations. A
Lille, on dit csdainasses pour exclamations.
Voyant dins clieuir postiir' cocasse
L' l'eslanl. d' Croqsoris qu' j"aimos tant,
J'ai poussé eun' longue csclamassd...
Desrousseaux.
(Croqsoris.)
ACCORD (Aller à 1'). — Autrefois, l'église Saint-
André avait un carillon qui n'était composé que de
quatre cloches formant un accord parfait. De là
— 2 —
l'expression aller à l accord, pour dire aller à la
ducasse, la veille de son ouverture, au moment où
elle est annoncée par le son des cloches.
ACHELLE, s. f. — Buffet, planche de cuisine
où l'on pose les plats, les assiettes, etc.
Lorsqu'il y a de la brouille dans le ménage, on
dit qu'il est jw d' l'achelle.
ACOUT. — Accueil. Donner de l'acout, c'est
accueillir une plainte, une prière, une proposition.
On l'emploie ordinairement par antiphrase. Va-t-in
vinde fn acovt, dit-on à une personne dont la plainte
n'a pas été accueillie.
ACOUTER, V. — Ecouter, du latin auscultare.
ADEVINER,^. — Deviner.
ADERCHER, ADRÉCHER . v. —Adresser,
réussir, aller au but.
ADOLISER , 'V. — Affectionner, câliner quel-
qu'un.
AFFIQUET, s. m. — Petit instrument, généra-
lemens en os , en usage chez les tricoteuses pour
maintenir leurs aiguilles.
AFFLIGÉ, subst., adj. — Blessé, qui a perdu
l'usage d'un membre ou d'un sens.
AFFOLER , V. a. — Blessure légère qui néces-
silc la main ))endante, ou habitude qu'ont des eu-
liuits de tenir ainsi la main , et qui leur vaut l'épi-
tliMe de patle alfolée.
AFFRONTER, r. —Tromper, eta(//.,il s'em-
j)!()ie pour effroiitc.
AFFHONTEUR-SE, x. ///. cl f. — Oui tnuiipe
làciicMient.
— 3 —
AFFUBLER (S') ,v,a. — Se couvrir d'une ma-
nière ridicule , du lat. d'affibidare.
AFFUTIAU , s. m. — Objet de peu de valeur.
AGACHE, AGACE, 5./". —Pie, Ancien mot
français.
On appelle l'excrément de la pie , ainsi que la
gomme qui découle de certains arbres à fruit :
Bren-d' Agache , s. m.
On donne encore ce nom avec celui de Brcn-
(ï Judas , s. m., aux taches rousses qu'on voit sur la
figure de certaines personnes , et surtout celles qui
ont la peau fine et blanche.
Les enfants appellent Pied-d' Agache , à cloche-
pied, le jeu de la marelle.
Il y a à Lille , la rue des Sept-Agaches , de ce que
dans cette rue il y a une enseigne représentant sept
Agaches ou Pies.
Au figuré on dit d'une femme qui parle beaucoup
qu'elle a une langue d' Agache.
ÂGÉS, s. m. pliir. — Connaître les âgés, l'in-
térieur d'une maison.
AGOBILES, s. m. plur. — Objets hors d'usage.
AGONIR, V. — Attaquer, accabler.
AGRIPPER, V. a. — Accrocher, agrafer, et au
figuré tromper.
AGRIPPIN, s. m. — Crochet d'une agrafe,
l'autre partie se nomme Portclette, de sa ressem-
blance avec une petite porte ronde.
, « PorteleW ch'est l'femm' (.VAgrippin. »
Desrousseaux.
(César Fiqueux,)
ACiROUILLER , v. a. — Saisir, prendre.
Pouiirquaiit le bachelellc
I li pnchot ses mains
VagrouiUant par se tietle.
Brûle-Maison.
(L'Amour parfumé.)
AHURIR. — Étourdir de paroles , hébété.
Vlà lous les gins ahuris
De s'vir den l'égliche pris.
Brûle-Maison.
f Sermon naïf.)
AINSIN , aclv. — Ainsi.
AIWILLE,^./'.— Aiguille.
AJOULIER, V. — Enjoliver, décorer.
ALFOS , adv. — Quelquefois, parfois.
ALGARADE ,s.f.^ Aventure.
jN'ous faut cantcr Valgarade
Arrivé à un Tourquennois.
Brûle-Maison.
(Le Tourquennois fraudeur.)
ALLER AVEC. — Correspond à faire l'amour.
ALLER SIN EON-HOMMK DE Qu'mIN , loC . pTOV.
Faire ses volontés, sans s'inquiéter de qui que
se soit.
ALLOIR. s. m. — Petit chariot dans lequel on
met les jeunes enfants pour les apprendre à aller y
marcher.
ALOU, s. [. — Alouette.
A MANIÉRÉ , adj. — Adroit , qui a de la manière,
faire une chose et une autre.
AMATIR, V. — Fatiguer. — Matir, Mat , ont la
la même signification.
AMEUR, s. f. — Rumeur, émoi.
AMICLOTER, v. a. — Dodiner, soins affec-
tueux qu'une mère donne à sou enfant.
In amiclotant sin p'til garchon.
Desrousseaux.
(L'Canchon dormoirc.J
AMITEUX, AMITEUSE, adj. — Qui fait des
amitiés , bon , hospitalier.
AMONITION, (Paind'j. — Pain de munition.
« C'est par corruption , dit SIénage , que le beau langage
» a fait de ces mois : Pain de munition. Ce que nous
» appelons aujourd'hui le patois était le bon français un
» XVIe. siècle.) P. Legrand.
(Dictionnaire du patois de Lille , 2e. édit.)
AMUSER (S'). V. — Perdre son temps, flâner.
AMUSETTE. — Garçon ou fille qui s amuse.
ANRERQUIN , s. m. — Vilebrequin.
ANETTE, s. f. — Femelle du canard, du laliii
anas, anatis.
ANGELOTS , s. m. plur. — Ouvriers chargés
du vidage des aqueducs.
ANGOUCHE , s. f. — Angoisse. Se dit pour la
personne qui ressent la douleur et la douleur.
ANICROCHE, s. m. — Maladroit.
ANWILE, s. f. — Anguille. On va manger des
portions d'anwille, au Jardin-du-Prévost, établisse-
ment du faubourg de la Barre , renommé pour la
friture.
— 6 —
AOUT (Faire 1') . — Faire la moisson , et Aoûteux ,
s. m., celui qui l'a fait , à cause de ce que la récolte
se fait ordinairement dans le mois d'août.
ARBONNOISE.' — Rivière qui a son embouchure
avec la Deûle, un peu au-dessus des premières
maisons du côté nord du faubourg de la Barre.
Depuis un certain nombre d'années, ces eaux si
tranquilles sont sillonnées par une quantité de bar-
quettes portant de joyeux Lillois qui exploitent ces
charmants endroits.
Anciennement ces allées et venues n'avaient lieu
qu'une fois l'année, à la fête des blanchisseurs:
c'étaient alors de grands bateaux chargés de tout le
personnel féminin des blanchisseries.
ARCHEL,s. /". — Branche d'osier. On se sert
d'archels pour faire la carcasse d'un dragon.
ARLAND, s. m. — Trainard, lâche, maladroit,
ARLANDER , v. n. — Agir lentement.
ARRAGONNE , s. m. — Estragon.
« Qu'importe , dit Ergaste , si je demande à mon jardi-
» nier des cabujettcs et de Varragonc ? pourvu qu'il
» m'apporte de la laitue pommée et de l'estragon. En
i) suis-je moins servi ? »
M. M (athon de Lille).
( Prose et Vers , Amst., M. DCC. LIX.
ARRIÈRE. — Dehors. Ote cha arrière de f poche.
Il s'emploie encore dans le sens de reculer : En
arrière.
ARSIN , subst. — Incendie, embrasement.
ARTICHAUD, s. m. — Gâteau qui a la forme du
légume de ce nom.
ASSIR, v.n. — Asseoir.
ATAU ( Fêtes (]'). — On nomme ainsi les quatir
prineipales fêtes de l'année : Pâques , Pentecôte ,
Toussaint et Noél , et généralement un jour de
grande fête.
ATOUT, s. m. — Recevoir ou donner un coup
qui a un effet marqué. "// a reçu s n' atout , il a reçu
une blessure. — Atout se dit encore pour la carte
gagnante , qui retourne.
ATTARGER (S'), v. pr.— Attarder, du vieux
fi'ançais targier.
ATTIQIIANT, s. m. — Terme du jeu de galoche
ou bouchon.
ATTIQUER, î). — Placer , attacher.
ATTRIAU , s. m. — Cou , gorge.
ATTUSÉ — ÉE , adj. — Application soutenue à
un travail.
AURADE ,s.f. — Aventure bruyante ou sérénade.
AUMONDE ,«./". — Aumône.
Faites Vaumonde à Thomas
1 dira que ma qu'il a. (Dicton.)
AVAINE, s. f. — Avoine.
AVALEUX DE VIN, s. m. |;L— Rouleurs de vin
ainsi nommés de ce qu'autrefois ils avaient privilège
de soutirer une quantité de vin sur chaque pièce.
AVARIGIEUX— SE, adj. — Être avare.
AVISE , s. /'. — Expédient , être habile.
AVISÉ — ÉE, adj. — Malin qui a des avises.
AVOIEMENT, s. m. — Actif d'une ferme.
— 8 —
AVULE , s. m. — Aveugle. On dit aussi Mac-avule,
s. des deux genres, a celui qui voit mal et plus souvent
à celui dont les yeux sont chassieux , mais jamais à
l'aveugle.
AWI , part, aff. — Oui
AZI , — Être brûlé légèrement.
B
B. — - Sonne devant toutes'les voyelles. Il se sup-
prime quelquefois comme dans diable , obscure ,
diale, oscure etc.
BABACHE , adj. — Joufflu , mot enfantin lors-
qu'il n'est pas précédé de l'adjectif.
BABENNE ,s.{. — Bobine , au figuré lèvre. Juer
des babennes , se dit pour manger.
BABENNEB, v. — Bobiner.
BABENNEUX , s, m. — Ouvrier qui bobine.
Qui m'déniolit min bras et m'main,
D'babcnncr i n'y a pu moyen.
L. Debuire (Du Bue).
(L'Marchand d'oches.J
Une chanson patoise composée soi-disant par
Mazéquette Vbabenneux, sous le règne de Louis-
Philippe, est restée célèbre dans les annales lilloises.
Elle commence par ces mots:
On dit qu'aile a fait l'banse,
Qu'aile est imbarrassée....
— 9 —
BACATIAU. — Lieux d'aisances, commodités. On
dit encore Bassecampe, Privé, Qaioire, Puriau et
Cambre.
BACHELETTE, s.f. — Jeune fille, ancien mot
français.
BAGTÉE ,s.f.— Déchets de boucherie,
BADINE (Aller à la) , Joe. — En se tenant par le
bras, bras dessus, bras dessous.
« Nos ouvriers ne se promènent guère de celte faroii
» que les jours de fête , alors qu'ils n'ont qu'un but : le
}) plaisir. » Desrousseaux.
BADOULETS (Faire des).— Se rouler du haut
en bas d'un talus.
BADOULETTE, .s.f. — Grossefdle, toute ronde.
BAFFRER,!?.- Manger.
BAHUT, s. m. — Coffre. Au figuré , maison de
prostitution.
BAGOU , s. m. — Parler facilement et abon-
damment.
BAIE , s. f. — Jupe, du nom d'une étoffe de coton
que l'on fabriquait à Lille au XVIP siècle.
BAILLI , s. m. — Porteur de hïlleU de mort.
BAJER ,v. — Donner un baiser , embrasser.
BAJOTER,v. — Baisoter.
BALEINE, s. f. — Gène, le' commerce est à
Y baleine , lorsqu'il ne va pas. j
— 10 —
BALLE ( Passer la ) , loc. prov. — Accorder la
parole.
Comm' chacun d'eusse avot dit l' sienne ,
On pass' la balle au père Etienne.
Desrousseaux .
f Marie -Claire. )
BALLON (Avoir!'). — Être enceinte. On donne
aussi le nom de Ballon, s. m., à une pelotte de sucre.
BALOGHER, BALENGHER , v. — Balancer.
BALOGHOIRE , s. f. — Balançoire.
On les veyol sus Vbalochoire
Hardis tous les deux comme un lion.
Desrousseaux.
(Histoire de P'iit-Price.)
BALOT , s. m. — Haut de cheminée.
BALOU, s. m. — Bêta, au/", balousse.
Ah! ah! de ch'grand balou
■Rions , m's'amis , rions tertous !
Desrousseaux.
f J aequo l'Balou. )
BALOUFFE , s. /*. — Joue plate et large.
BANBOCHES ( Faire des). — Mener joyeuse vie.
BAN-GLOGHE. — La cloche des bans , la cloche
du beffroi. Ou la sonnait ainsi que Yécalette pour
assembler les bourgeois afin de venger une insulte
faite à un de leur concitoyen. Ils marchaient avec les
Prévôt, Rewart, et Echevins vers la maison de l'ac-
cusé. On le sommait de venir se soumettre, ne le
faisant pas on mettait le feu à ses propriétés. C'est ce
qu'on appelait autrefois droit (Farsin.
— 11 —
BANGROCHE, s. m. — Boiteux.
« On appelle un boiteux un ban-crochc , comparanl su
)) démarche au mouvement de la ban-cloche. »
Escallier.
(Remarques sur le patois.)
BANSE , s.f. — Pannier en osier servant à eni-
balier des marchandises, à mettre des légumes,
fruits , etc.
BANSE (Faire la). — Mener une vie déréglée.
BANSELIER, s. m. — Ouvrier qui fait des hanses.
BAQUET, s. m. — Bateau plat servant au curage
des canaux.
BARBÈTE (Frère à).
« On donne ce nom aux Frères de la Doctrine chrétienne,
» autrement dit : Frères ignorantins , qu'on regarde
» comme étant les enfants perdus des jésuites. »
Hécart.
(Dictionnaire rouchi-français , 3e. édit.)
BARON, s. m., BARONNESSE, s. f. — Maitre
et maîtresse de la maison.
BAROU, s. m. — Tombereau à trois roues.
BARQUETTE , s.f.— Petite barque à rames,
connue des Lillois. On fait des parties de barquettes
à l' Arboïinoise et an Grand-Tournant, on la loue
six sous l'heure moyennant un gage qui en assure le
retour.
BASAINNER, î;.îi. — Balancer, osciller.
BASSER , r. a. — Laver, humecter une plaie.
— 12 —
BAUDE, s. m. — Ane , au figuré ignorant comme
en français. On appelle encore baudé, un hache-
paille , avec lequel on fait du copage.
BATILLER, y. 71. — Sebattre.
BAUDEQUIN , s. m. — Petite nacelle.
BÉARD , adj. — Voir Beycr.
BEDAINE , s. f. — Gros ventre.
Des monsieurs à gross's bedaines
Yetl'iit les femmes in s'tortinnant.
Ch. Oecottîgnies.
(La rue Esquermoise,)
BEG-BOS, s. adj. — Bec-bois, pic, oiseau.
On nomme également hec-bos un jeu qui consiste
en un oiseau de bois , suspendu à une corde , dont
le bec est une pointe de fer, que l'on lance vers un
but,
BÉDOULE , s. f. — Boue liquide.
Et y s'a fouré d'ven l'trau
Au mitant de Vbedoule.
Brûle-Maîson.
f Chanson villageoise. )
BÉGARD , s. m. — Qui bégaye.
BEGUIN , s. m. — Coiffe de femme , générale-
ment portée par les Béguines , d'où est venu bégui-
nage , établissement qu'elles occupaient rue Prin-
cesse avant leur suppression , aujourd'hui servant
à l'Entrepôt.
BEIGNAU (Jeu de). — En usage dans le pays.
BELLE (La). — Dans nos contrées on désigne la
lune sous ce nom.
— 13 —
BÉNACHE , adj. — Bien aise.
Quand j'vo tout clia j'sus bcnache
D'ête d'min pays.
Ed. Q.
(L'Antiquaire Lillois. )
BÉOTTE ,s. f. — Petite cabane.
BERDAINE (Courir). Aller à l'amour;
BERDELACHES, s. m.plur. — Objets de peu
(le valeur, bagatelles.
BERDOUF. — Exclamation poussée lorsqu'un
objet tombe.
BERDOUIL -LE, s. m. et f. — Qui bredouille ,
qui parle mal, qui déraisonne.
BERDOUILLER, v. — Bredouiller.
BERLEAU , s. m. — Se dit de mauvais liquide
et particulièrement du café.
BERLIÈRE ,s.f.— Lambeau.
BERLOU, adj. et s. m. — Strabique, qui a la vue
de travers. Au féni. beriouque.
BERNATIER, s. m. — Vidangeur. On dit aussi
herneux.
Ch'est qu'un verra qu'tous les berneux
Vont bourler diiis la crotte.
L. Debuire.
f La Vidange à la mécanique. )
BERSILE , s. f. — Soupe maigre , panade.
BERTINE , nom pr. — Pour Albertine.
BERTONNER , v. n. — Grommeler, murmurer.
BERTONNEUX-SE.— Qui hertoyme.
— 14 —
BEYER ,v. — Regarder attentivement , de béer.
Va , le les beyra tout ten so
Quand nous serons en ménage.
Brûle-Maison.
( Neuvième recueil. J
BIAU, adj. — Beau', et hielle, belle.
BIBLOT. — Langage. Prendre sinbiblot, être
congédier. Au figuré mot obscène.
BIC-BAG, s. m. — Trébuchet ou engin, balancer.
BILLET DE MORT, s. m. — Lettre mortuaire
servant d'invitation aux funérailles.
BILLET DU ROI , s. m.
« Dans les habitudes lilloises , la fève ne paraît pas avoir
» servi à désigner le Roi, au repas de l'Epiphanie; on a
» de tout temps distribué aux convives des billets, dits
» billets de roi, » P. Legrand.
(Dictionnaire du patois de Lille.)
Tlàdes billets du roi! Tel est le cri qui, à partir
du quatre janvier, font entendre de nombreux ga-
mins, en offrant à chaque passant ces pauvres bil-
lets qui ont toujours la même livrée : c'est-à-dire la
misère et la popularité ; c'est toujours le même vélin,
gris de paille ; les mêmes images qui semblent sorties
(les mains de l'inventeur de l'imprimerie, Laurent
Coster, et ont cela de moins, l'antiquité. Toujours
les mêmes caractères, qui fait que l'impression sem-
ble être faite avec des clous; la littérature en est aussi
neuve que les caractères , aussi suave que les plus
médiocres passages de Vadé ; en nn mot ces vers ba-
chiques sont parfaitement agencés de lair excitant
du mirliton. Le refrain invariable est:
— 13 —
J'ai du mirliton ,
Va-t-en plus long ,
Vas-y ti même ,
J'ai du mirliton,
Ton, ton.
Ces billets offrent seize vignettes représentant
chacune une dignité, une prol'esi^ion personnifiée.
Quatre vers accompagnent chaque billet, et tout
convive est tenu de chanter sur l'air susdit, ceux
que le sort lui a échus. Il y a dans ces vers beau-
coup de sens à défaut de sel.
Molière lui-même n'aurait-il pas été désarme
devant l'ordonnance que chante le médecin :
Pour avoir votre pratique,
J'ordonne aujourd'hui du vin,
Qui fait passer la colique ,
Le souci et le chagrin.
Malheur au convive distrait qui oublierait de sa-
luer par le vivat obligé, de Ho-bot! (Roi-boit!)
chaque rasade du fortuné monarque. Un bouchon
brûlé à la main, le Fou chante en riant son terri-
fiant quatrain :
Quand le roi commence à boire ,
Si quelqu'un ne disait mol.
Sa face serait plus noire
Que le cul de notre pot.
Et il réaliserait la menace avec une impitoyable
exactitude. Cette manière de tirer les Rois est en-
core en usage dans quelques maisons d'oîi les dieux
pénates ont de la peine à s'exiler.
Autrefois quand d'abondantes libations avaient
convenablement célébré l'intronisation du Roi de la
— 16 —
table , on se séparait pour se réunir de nouveau le
jour du Parjuré qu'on , nonnne aussi jour des Rois
brousés, de ce que le Fou à le privilège de noircir
la figure du Roi et de celui qui ne crie pas Ro-bot !
BIRLOUET, s. m. — Tourniquet servant à
clore faiblement et aux jeux de hazard.
BISE ( Vent de ). — Vent du nord-est. Au figuré
jeter au bis, jeter au vent.
BISER, V. n. — Lancer au loin.
BISET , s. m. — Pigeon noirâtre.
BISQUER , t\ n. — Être vexé.
BISTOCAGHE , s. m, — Cadeau de fête . de
noces , etc.
A Cath'rine, qui s'délaiiiintot,
J'raoute Vbistocache que d'zous min bras j'ienos,
Digeant : Esl-ch' conim' clia que vous r'merciez
Les gins qui vienn' vous blslor^ucr.
Desrousseaux.
BISTOQUER, v.n.— Ymre un présent.
BLAGUEUR, sub. adj. — Menteur, qui exagère.
On dit aussi Rlagueux.
BLAME , s. m. — On désignait sous ce nom l'ex-
position qui se faisait des condamnés.
BLANC-BONNET. — ( Voir Capiau).
BLASÉ , adj, sub. — Buveur d'eau-de-vie.
On t'appelle eau de vie,
Je le nomme eau de mort.
Brûle-Maison.
{Complainte que font aujourd'hui les blases de Lille.}
— 17 —
BLETTES ( Poires ) . — Poires froissées.
BLEUETS , s. m. p. — Orphelins ainsi nommés
(le ce que leurs vêtements sont de couleur bleue.
On appelle bleuet , s. m., une grosse mouche bleue.
BLEUSE, s. f. — Mensonge. Conter des hleuses,
dire des choses qui ne sont pas exactes. Couleur a la
même signification. On dit plus souvent Coule qui en
est une abréviation.
BLEU-TOT. — Bleu toit, l'hospice général,
alhision à la couleur des ardoises qui le couvrent.
« L'hleu tôt n'est mi fait pou les quiens. »
(Dicton.)
BLEUZE-VUE , s.f. — Pour voir bleu , être
étourdi, avoir mal vu.
BLO ( Porter à ) . — Porter sur le dos.
BLOUZER, V. — Se tromper; sm6sL tromper
quelqu'un.
BONFIEUX , s. m. p. — Religieux qui avaient
autrefois la garde des aliénés.
BONNE FRITURE. — Établissement situé au
pont de Canteleu. C'est le rendez-vous des pro-
meneurs en barquettes sur la rivière du Grand-
Tournant, c'est là où ils relâchent pour prendre un
petit confortatif.
BONNI ( Avoir ) . — Être créancier.
BONNIER , s. m. — Mesure agraire encore en
usage parmi le peuple , de 1 hectare 41 ares 76 c.
— t8 —
BONNIQUET, s. m. — Coiffe de femme, syno-
nyme de bonnet.
L'moucho d'Cath'rine et Vbonniquet
Tout l'nuit m'ont servi d'orillier.
Desrousseaux.
BOQUETTE . — Blé sarrazin ou noir. C'est avec
la farine de boqiiette , que l'on A\it les couqiie-haquc .
BOBNIBUS , s. m. — Être borgne.
BOTEUX, orfj. — Boiteux.
BOUBOU ( Faire ) . — Faire banqueroute.
BOUCAN , s. m. — Tintamarre, faire tapage.
BOUDINE, BOUDINETTE, s. f. — Nombril,
ancien mot français. On dit aussi en patois boudènc.
BOUGON , s. m. — Qui bougonne.
BOUGONNEB ,v.n. — Gronder, murmurer.
BOUGBON. — Oiseau de la famille des sizerains.
Des rouch' bougrons ou des compèr' loriots.
L. Debuire.
( Les Lilloises. )
BOUJON, s. m. — Échelon, traverse de pieds
de chaise.
BOULLANT, adj — Mouvant, remuant. On dit
être un sançf bouUant.
BOUBLER, V. n, — Tomber en roulant , jouer à
la boule , et Bourlmx , s. m., celui qui joue.
BOURLER-COURT. —Insuffisamment.
BOURLET. s. m. — Chapeau d'enfant, très en
usage à Lille , pour les empêcher de se faire mal à la
tête lorsqu'ils bourlent (tombent).
— 19 —
BOURLETTE , s. f. — Boule de viande hachée.
BOURSIAU , s. m. — Bosse que l'on se fait à la
tête, effet d'un coup.
BOUT DE CHAMP (A tout).— Continuellement,
à chaque instant.
BOUTER, V. a. — Mettre , jeter, heurter. Ce mot
se trouve dans Roisin.
Dans sen vinte y boute s'main
Et cafoaille dans les tripettes.
Brûle-Maison.
(Le Tourquennois qui a ouvert le ventre de son chat.)
BOUVAQUE ,s.f. — Endroit ou l'on abat les
chevaux.
BRADER , v.a. — Gâter , ôter de son prix ou de
sa valeur à une chose en la déa;radant. Dans notre
ville , comme chacun le sait , il se fait le premier
lundi de septembre une vente qu'on appelle V Bra-
derie, s. f., parce que l'on donne ce jour-là ou
plutôt l'on vend des objets plus ou moins bradés.
Le vrai Lillois aime la Braderie, et gémit de voir
cette coutume , cette fête s'amoindrir chaque année.
Si elle n'existe plus que dans le souvenir des Lillois ,
du moins ils en ont la représentation fidèle dans le
tableau que nous a laissé Watteau , et la description
exacte dans la chanson intitulée: La Braderie, de
notre spirituel chansonnier musicien Desrousseaux.
BRADEUX- EUSSE. —Qui brade.
BRAFE, s. m. — Propre , bien mis et courageux.
BRAGUETTE ,s.f. — Brayette , fente du devant
des anciennes culottes nommées Braies.
— 20 —
BRAIRE , V. n. — Du bas latin briare , signifie
pleurer, gémir, lamenter. Il s'applique indistinc-
tement aux personnes et aux animaux.
« Il a iDlindu eun' vaque braire, i n'sait à queuH* étabe. »
(DicLon.J
BRANDEVIN , s. m. — Eau de vie.
BRELLES ,s. f.p. — Mèches de cheveux raides.
BREN , s. m. — Matière fécale.
BRÉOIRE ,s.f. — Femme qui pleure facilement.
BRESETTES, s. f.p. — Petites braises que l'on
met dans les vaclettes ( chaufferettes ) . Il y a à Lille
un marchand de hrèsettes , il crie pour annoncer sa
marchandise :
« A bresetles' charbon de faux ! »
Au figuré , on dit d'une femme malpropre, qui
n'est pas claire, cJiesteumi brésette , uo'ire comme
du charbon.
BRETESQUE (La).
« Endroit désigné près de la porte de l'Hôtel-de-Ville, pour
» y faire les publications légales et placarder les afflches. »
Brun-Lavaînne.
BREYOU. — Répond à pleurard, il se dit gé-
néralement d'un enfant qui pleure au moindre
motif.
BRIFFE, s. f. — Gros morceau de pain.
BRIN, s m. — Peu de chose. Ce mot employé
avec la négation veut dire rien, pas du tout.
BRINBEUX, adj. — Mendiant, vagabond.
— 21 —
BRINGAND, s. m. — Mauvais sujet, coureur ,
libertin.
BRINGUE, s. f. — Fille de mauvaise vie.
BRISAQUE, s. m. — Qui brise par babitude.
BRISCADER, v. a. — Abimer, détruire.
BROCHON , s. m. — Petite mesure pour les
liquides.
BRONDELER, s. m. — Tomber.
BROQUANTE, s. f. — Ouvrage d'occasion. Au
iiguré, mauvaise boutique.
BROQUE , s. f. — Brocbe, du bas latin broca.
BROQUELET, t:. m. — Petite brocbe ou fuseau
de la dentellière.
Le Broqiielet, fête de la dentellière, fête qui
offrait réellement un caractère local et fournissait
mille sujets d'observations au moraliste. Il est im-
possible de préciser l'époque à laquelle commença
le Broquclet ; quoiqu'il en soit cette fête est très-
ancienne et durait buit jours. Les ouvriers étaient
payés entièrement pendant tout le temps.
Aujourd'bui \e Broquekt se célèbre dans les can-
tines de Saint-Sauveur et dans quelques établisse-
ments du faubourg de Roubaix.
Louis-Josepb Watteau, professeur de notre école
de dessin, nous a laissé une image de ce qu'était
autrefois le Broquclet dans son tableau représentant
cette fête.
BROUGHER, 17. «. — Brosser. Au figuré, ex-
mot veut dire flatter bassement, terme d'écolier.
BROUILLAGHE, s. f. — Brouille.
— 22 —
BROUSÉ , adj. — Noirci.
BROUTER, V. a. — Brouetter. Au figuré , se
dit pour éconduire, éloigner.
BROUTEUR, s.m. — Brouetteur.
« Vous franchez et jurez que en Testât de brouteurs
» vous conduirez bien et duement.... »
Roîsîn.
(Publié par Brun-Lavainne.J
BRUANT, s. m. — Hanneton. Par onomatopée
du bruit qu'il fait en volant.
Non jamais rien de pu drôle
Chés bruants sans nulle frivole.
Brûle-Maison.
Les bruants gris sont appelés meuniers.
Ues enfants qui vendent et qui font voler les
bruants crient :
« A bruants ! à Ronchin !
» I a du fu dins tin molin ' »
Je ne sais trop pourquoi on désigne ce village
comme fournissant les bruants , il n'y en pas plus
<}u'ailleurs. — Au figuré, bruant se dit d'une per-
sonne qui n'avance pas , qui ne sort de rien.
BRULER L'CU, locut. — Partir sans rien dire,
par contraction de brûler la politesse.
BRULIN , s. m. — Linge que l'on brûlait autre-
fois pour remplacer l'amadou sur lequel on battait
le briquet avant l'usage des allumettes chimiques.
BUCQUE , s. [. — Molécule.
BUQUER, i-.a.— Frapper.
— 23 —
BUICHES ou BUISSES. — Tuyaux de conduite
des eaux de la ville; on l'emploie plus spécialement
pour tuyaux de poêles.
BURGUET. — Avant l'établissementdes trottoirs,
la plupart des caves, dans les villes du Nord, étaient
surmontées d'une plate-forme en pierre bleue posée
sur une maçonnerie formant une entrée. L'ensemble
de cette construction se nommait burguet.
Dans sa chanson du Vieux Savetier y M. Desrous-
sEAUx a heureusement employé ce mot :
Les trottoir' ont fait du ravache ,
Aussi, pou' ch' vieux chav'tier, queur'grel!
I n'a pus, pour faire s'n ouvraclie,
Eun' hiell' cave avec un burguet.
BUSETTE , s. f. — Petite tige creuse de cer-
taines plantes avec lesquelles les enfants se font des
jouets. Si le tube est entièrement creux , ils s'en
font une soufflette; si à l'un des bouts il est fermé
par un nœud, à l'aide d'un couteau ils en forment
unamusette. — On nomme aussi buscttes, des tubes de
p'.ipier servant de base ou point d'appui aux bobines
employées dans les filatures.
BUSIAU , s. m. — Tube en bois ou hobineou ;
busette en est le diminutif.
c:
Les mots français commençant par ch, le patois
n'admet que le c , et dans les mots français coni-
luaiiçant parc, le patois introduit un h. Ceci n'est
— 24 —
pas général , mais on le rencontre très-souvent.
Ainsi châlit fait calit , et cinq fait chinq.
La lettre c est souvent remplacée par les lettres
k et q.
CABAS , s. m. — Panier en tapis , en cuir et
plus souvent en paille. Au figuré, se dit pour une
dévote.
CABOCHE, s. f. — Tête, et principalement t te
dure.
Vous avez la caboche un peu dure.
Molière.
CABUJETTE, s. m. — Laitue pommée, diminu-
tif de cabus , adj. , chou dont elle a la forme.
CACHER , V. a. — Chercher, chasser , du has
latin cachiare, qui signifie chasser.
CAGHER-PERDU , loc. — Obséder , pousser
quelqu'un à bout. On dit adjectivement d'un homme
qui est embarrassé , qui ne sait quel parti prendre ,
qu'il est cache-perdu.
CACHE-QUIENS. — Bedeau dont la mission est
de chasser les chiens de l'église,
CACHIVEUX, adj. — Chassieux.
CACONNES, s. f.pl. — Cerises noires et sucrées.
CADOT , s. m. — Petite chaise d'enfant.
CAFETIAU, CAFLVU, — Mauvais café.
CAFOTÏN, s. m. — Étui servant à mettre des
épingles et des aiguilles.
CAFOUILLER, v. n. — Foudkr, remuer d'une
manière malpropre.
CAH.LO. — Caillou.
— 25 —
CÂIRESSE, s. f. — Chaisière, loueuse dechaises
•dans une église.
CALÉ (Être). — Être bien mis.
CALEUR. — Chaleur , du latin calor.
CAMANETTE , s. f. — Commère.
CAMPES , s. f. plur. — Boites à détonation.
CANARIEN, s. m. — Canari, serin.
N' se permet-i point
D' traiter min canarien de s'rin .'.'
Desrousseaux.
CANCHON, s. f.— Chanson.
CANGHON-DORMOIRE . — Chanson qu'une
mère dit pour endormir son enfant. Celle de Des-
rousseaux est très en vogue,
CANDELLE , s, f. — Chandelle, du latin candela.
CANDELLIETTE, s. f. — Coup de pied que
lance le gamin à son voisin en glissant plus rapide-
ment sur la glace, ce qui presque toujours le fait
tomber.
Ch'esl li qui fiche eun' candelliette
Au Monsieur . . .
Ch. Decottignies.
CLe Gamin de Lille).
On donne encore le nom de candelliette à l'eau
congelée que l'on voit l'hiver suspendue aux no-
chères sous forme de candelle.
Dins 1' nios d' janvier i gél'ra dru ,
Chaqu' noquère ara s' candelliette.
Desrousseaux.
( Prédictions. J
— 26 —
CANETTE , s. f. — Litre, moitié du pot ou lot ,
double de h pinte. Diminutif de canna, channe,
ramie, ancienne mesure pour les liquides.
CANTIAU, s. m. — Croûton de pain.
CAPAGEOIRE, s.f. —Dépensière.
(ÏAPELET, s. m. — Chapelet. Déblouquer sin
(■(ipelet , dire ce que l'on pense.
CAPELLE , s. f. — Chapelle ; au figuré , cabaret.
CAPENOULE, s. m. — Diminutif de capon.
CAPIAU, s. m. — Chapeau , et capelier, qui fait
des chapeaux. Capiaii au figuré , se dit pour homme,
de même que blanc-bonnet se dit pour femme.
CAPON , s. m. — Mauvais sujet. Il est d'un
usage général en patois, et ne signifie nullement
])()ltron comme son homonyme français ; au fém.
ntponne. Il s'emploie quelquefois comme mot d'a-
mitié; ainsi une mère dit à son enfant : embrasse
la maman , petit capon.
CAPOT , s. m. — Vêtement de femme. Il y en a
de plusieurs sortes : en laine tricotée , en indienne ou
toute autre étoffe avec manches eifarbalas.
Autrefois il y avait à ce vêtement un petit capu-
clion d'où pourrait venir le mot capot, de caput,
(|ui signifie tête.
CAR, s. m. — Chariot.
CARACOLS (Faire des). — Tours et détours.
(LARRON, s. m. — Charbon , du latin carbo ,
car bonis.
— 27 —
GARBONNIER , s.m. — De l'italien carbonaro ,
qui vend du charbon.
Chacun à s' plache , les jésuites avec les carbonniers.
(Dicton.)
GARGAILLOU, CALGAILLOU, sw6.m.— Caille.
GARDONNERET, s. m.— Chardonneret, oiseau
qui se nourrit de la graine de cardon , chardon.
GARRÉ, s. m. —Filet de pêche.
GARRÉ, s. m. — Carré de pain-d'épices très-
Jur.
CARRER (Se), v. pron. — Se donner du genre.
GARISTALE (Aller à la). — Aller demander
l'aumône, la charité. — Caristale, dit M. Hécart,
^ient de l'espagnol caridad^ qui signifie charité.
CARTON, s. m. — Ouvrier de ferme, charton.
CASUEL. — Fragile , qui casse facilement.
GAT, s. m. — Chat , fém. catte.
J'avos mis m'n amour sur eun' biête ,
Un cat qu'j'appelos Croq'-soris.
Desrousseaux.
(Croq'-Soris.J
On appelle la rue des Chats-Bossus, Cats-Bochus,
i cause (l'une enseigne qu'il y avait dans cette rue.
CATELAINE , s. f. — Femmelette.
CATIAU, s. m. — Château, du latin castellum.
GATOU, s. f. — Poupée ; au figuré, fille de
nauvaise vie.
GAUDIAU , subst. m. — Lait dei^ouh.chaudeau.
— 28 —
CAUGHE , s. (. — Autrefois chausse, aujour-
(l'iiui bas, chaussette, du latin cavces. Au figuré, on
dit d'un homme qui aime les femmes : Il aime les
(■(Hirtcs cauches.
CAUCHON , s. m. — Chausson.
CAUDRON, s. m. — Chaudron; on appelait
autrefois le chaudronnier, caudrelier, s. m.
« A la procession de Lille, 1562, les caudreliers
» avoienl la ligure quinzième. Comment la concubine du
» roy Darius osta de la leste du roy, sa couronne, et la
» metloit sur sa leste , et liardiment le buffletoit. »
(Manuscrit de la Bibliothèque jmbliquç de Lille.)
CAULET. — Chou servant à la nourriture des
vaches.
CAYÈRE , s. f. — Chaise , vieux français chaièrc.
CAZINETTE, s. f. — Étoffe de laine dont on
se sert pour faii'e des baies.
CM. — Ces lettres se substituent à l's simple ou
double : sifflet , fait chifflet , etc.
CHAFFLER, v. n. — Onomatopée, marcher
avec bruit dans la boue.
CM IN , i)r. dém. ce. — V'!à chin qui ni faut.
CHIFFLOTIAU , s. m. — Flageolet, sifflet.
CHIP-IN-CHOP ( Marcher in ) , loc. — De tra-
vers , de côté et d'autre.
CHIPOTER, r. a. — Marchander, disputer,
chicaner. On a le subst. chipotcu , chipoteuse.
— 29 —
CHLOFFE (Aller). — Dormir, de ralleinnii(i
schlaffcn.
CHOU. — Ce mot s'emploie pour ce, ceia.
In sait point chou qui fait, il ne sait ce qu'il fait.
CHOULER, r. a. — Fouler aux pieds. Figuic-
ment on a le subst. chotilé : ch'cst unpauv chonlr ,
dit-on d'une personne mener durement.
CHOULET, s. m. — Boule de bois lancée au jeu
de la crosse.
Ce mot, dit P. Legrand, vient de l'allemaiid
schollern.
GHUG, CHUKRE , CHUQUE , s. m. — Sucre.
GHUQiJERIER, s. m. — Fabricant ou marchand
de sucre.
Un Tourquennois s'iii va au chu(>uerier,
Li demande : quoiche vous vindez ?
J' vends de 1' seminche de chuque.
Du chuque , on s'in léqu'iol les dogts.
Brûle-Mai son ,
( Septième recueil. )
On donne encore les noms de chuquericr,
chiikrier, s. m., au sucrier, vase qui contient le
sucre.
Lorsque quelqu'un se cogne, on dit qu'il s'est
donné du chuque.
On désigne en patois les friandises de sucre,
sous le nom de chucades , s. f. pi
GHUKRIE, s. f. — Fabrique de sucre.
— 30 —
CHUCHE, s. f. — Bière.
CHUCHETTE,s. f . — Sucette, morceau de
linge dans lequel on met du pain mâché avec du
sucre , et que l'on donne aux enfants pour sucer.
CINSE, s. f. — Ferme, métairie.
GINSIER, s. m. — Fermier, métayer. On
appelle cimier d' place les individus qui se tiennent
sur les places publiques en attendant qu'on veuille
hien les employer, soit pour faire des courses ou
déménagements, etc.
CLACHOIRE, s. f. — Fouet , et Clacheron, s. m.,
le bout de ficelle que l'on met au fouet.
CLAQUE, s. f. — Soufïïet; au figuré, femme
négligée. II y a à Lille, la rue à Claques.
CLAQUO , s. m. — Tube en sureau.
CLO, s. m. — Clou, du latin claudere^ clouer.
CLEINER, V, n. — Pencher, incliner.
CLINCHE , s. f. — Sorte de loquet que l'on met
aux portes qui n'ont pas de serrure à clef, où à
celles dont le pêne est dormant.
« Est-ce parce que ce loquet mobile fait uu certain
» bruit, cliquette, en s'élevant et en s'abaissact, qu'on
» l'appelle clinche, de clingcre, tinter, cliqueter, ou
)> bien seulement parce qu'il serait uu moyen de clôture ,
» {clingere , enclore , fermer) ? »
E. A. Escallrer.
(Remarques sur le patois. Douai, I806.) (1)
(l)'^ous recommandons cet excellent ouvrage à nos leclem-s.
— 31 —
CLIQUETTES. — Castagnettes lilloises, ihv-
méesdedeux ardoises.
(T Jadis los gamins de Lille n'élaient pas moins tm-
» bulents que ceux d'aujourd'hui ; le soir, ils allaient
» sur la Place-d'Armes à la réunion des tambours ,
» chacun avait deux ardoises criardes entre les doigis
» pour accomi)agnef, comme avec des caslagneltes ;
» rien de plus discordant. »
{ L'Ouvrier Filticr (almanach 18i8 ) ,
une retraite militaire à Lille J
CLOER, v.a. — Clore, fermer, clouer.
CLOQUE, s. f. — Clo'îhe, pendant d'oreille,
nommé aussi pinder lot , du tudesque dock,
CLOQUETTES, s. f.plur. —Clochettes.
CLOUCHES. — Mauvais aliments.
COCOCHE. — Mot enfantin, diminutif de
cochon.
CODAC, s, m. — OEuf, onomatopée rappelant
le cri de la poule lorsqu'elle pond, ou qu'elle va
pondre: cocodac!
CODERLATS, s. m. plur. — Ustensiles de
cuivre d'une hatteriede cuisine.
COINNE,s. f. — Imbécile.
COLAS, s. m. —Idiot.
On désigne encore en patois sous le nom de colas,
l'oiseau geai, doué d'une grande intelligence eî;
qu'on habitue sans peine à contrefaire toutes sortes
de sons. Je ne sais trop pourquoi on lui donne ce
— 32 —
nom , peut-être de ses habitudes joyeuses et pétu-
lantes qui sont assez naturelles chez les idiots.
Pèr' Bis le r'vette
Et dit : cheul' biette
Et ti , béta ,
Cha fait deux vrais colas.
L. Debuire.
(L'Père Bis.)
COLIDOR , s. m. — Corridor.
COLINETTE, s. f. —Coiffe de femme. Les gens
de la ville ne s'en servent que pour coucher.
CONSOLATION (Tasse de). — Tasse de café.
Su Saint-Sauveur comme su l' Mad'leine,
L' café s'appeir consolation ;
Ainsi jugez l' long d'eun' semaine
Combien 1* chagrin cach' d'occasion.
Ch. Decottîgnies.
(La Consolation Lilloise. J
COPAGE , s. m. — Paille hachée pour la nourri-
ture des chevaux.
COPENNAGES, s.m.plur. — Herbes potagères.
COPON,s.w. — Coupon.
COQUELEU, s. m. — Amateurs de coqs. On
donnait ce nom à celui qui faisait battre autrefois
les coqs qui étaient armés d'éperons en acier.
Les combats de coqs furent interdits par arrêté
préfectoral en date du 11 février 1852.
COQUILLE , s. f. — Gâteau de forme allongée
que l'on donne aux enfants le jour de Noël.
Lise, n'oubliez pas de mettre une coquille
Derrière l'oreiller de ma petite fille.
Casimir Faucompré.
f Sous les Saules. J
— 33 —
Il est coutume co jour là que les bodlangers don-
nent à leurs pratiques une coquille, de même qm;
les épiciers donnent le jour des Rois une chandelle.
CORÉE, s. f. \ — Entrailles d'animaux ([ui ac-
comp;?.gnent le cœur.
Euu' bâclée , un pomon
Et Clin' Corée d' mouton.
(Chanson de Carnaval.)
CORON, s. m. — Bout de fil, boutd'étoffe clc
CORSÉ , adj. — litre corsé, avoir du corps.
COSTIAU, s. m. — Vêtement de petit enfant.
COTIN , s. m. — Feu de brésettes, petites braises.
COTRON, s. m. — Jupe qui s'attache à la hau-
teur des côtes.
COU, adj. — Couvert caché. Ce mot est surtout
usité parmi les enfants lorsqu'ils jouent au muchrr.
Celui qui se cache crie : Cou ! lorsqu'il est à l'abri,
mucher.
COUET, s. m. — Vase en terre.
COUAC. — Cri que lance le gamin lillois contre
les Frères de la Doctrine chrétienne qui sont habil-
les de noir. Couac ! étant le cri du corbeau.
« Que voulez -vous, le gamin de Lille insulte ses ;ui-
» clens i>rofesseui's. Les voil-il sur son passage, il lance
» son cri : Couac .' » L. V.
( L' Amusement d'un Lillois. j
COULIÈRE, s.f. — Cloyère, pannierau poisson.
Les porteurs de poissons sont appelés portc-cou-
lièrcs. On désigne encore sous ce nom une femme de
— 34 —
mœurs dissolues, et porte-couUeres les commission-
naires chargés de porter les billets d'amourettes.
Un chansonnier assure que le commissionnaire
Signal n'était jamais chargé d'en porter. Les Lillois
savent pourquoi!...
COUILLON, s. m. — Lâche, poltron.
COULON, s. m. — Pigeon, ancien mot français.
Pour avoir s' mason nette ,
I n'faut ni coulon ni prête.
(Proverbe lillois.)
lier vir Coulon, se dit pour mourir, en souvenir
d'un ancien fossoyeur du cimetière de la ville qui
s'appelait Coulon.
COULONNEUX. — Amateur ou marchand de
coulons.
COUPÉ. — Sommet , extrémité.
COUPI (Avoir à) . — Avoir des démangeaisons ,
du latin scopare et du vieux français scopir.
GOUQUE-BAQUE , s. f. — Crêpe faite avec
de la farine de hoquette et du beurre. A Mous , on
nomme cette pâtisserie boucaeouque.
« De rallemand Kucken gcbacken , pâtisserie. »
Hécart.
Comme on le voit , il serait préférable d'écrire
koiique-bake, pour prouver l'origine de ce mot.
L'établissement où se fait cette pâtisserie est situé
près du théâtre et a pour enseigne qaatre marteaux
de tonnelier. La cave des Quatre-Marteaux a fourni
le sujet d'une des plus jolies chansons du recueil :
Mes Etrennes, année 1860, parDesrousseaux.
— 35 —
GOURCHI, COUCHIÉ.— Courroucé, en coKmc.
COURETTE, s. f. — Petite cour.
COURIR tout son plus vite. — Locution : courir le
plus vite possible.
COURT-MOS. — Court mois. On appelle ainsi
le mois de février.
COURTI, s. m. — Jardin, verger clos.
COURTILLAGE , s. m. — Ce qu'on retire du
rourti.
COURTILLEU, s. m. — Jardinier-légumier.
COUSSIN, s. m. — Métier ou carreau de den-
tellière.
COUVINT, s. m. — Couvent. On appelle à Lille
le Bon-Pasteur convint à chabots , où l'on place les
jeunes fdles dont la conduite laisse à désirer.
Mais, j'ialre d'main, pa' l' volonté d' min père ,
Avé r cœui' gros ,
Au Couvin'-à-Chahots.
Desrousseaux.
(McsÉlrcnnes, 18C1.;
COYETTE , s. /'. — Tranquille , du latin qmn ,
quetis.
Etre à l'coyette, se dit pour être en repos, tran-
(juille, à l'abri, etc.
CRACHE, s. /'.—Graisse.
« Ch' n'est point tout des choux , ch'esl de l' crache.
(Dicton.)
CRACHET, 5i m, -— Petite lampe de fer ainsi
— 36 —
/lonimée de ce qu'autrefois elle était alimentée par
de /' crache, de la graisse.
« Le nom decrachet, qui désigne îune petite lampe
ji grossière en terre cuite , avec une anse longue et re-
)) courbée par laquelle on la suspend , dérive apparera-
)) ment du ludesque /?rac/ten, /jeïi//fr, par allusion à
7> l'effet de la mauvaise Luile.
L. Lebeau ,
( Archives historiques et littéraires du Nord
de la France. )
GRAINE, adj. — Crâne, lamenx, excellent.
CRAMILIE, .s. f. — Crémaillère.
CRAPE, s. f. — Crabe, poisson.
CRAPE, s. f. — Crasse, saleté.
CRAPEUX, s. ïrt. — Sale, avare.
GRAPIN, s. m. — Petit blé qu'on donne à man-
ger aux pigeons, aux poulets.
CRAQUELIN, s. m. — Petite pâtisserie croquante
en forme de 8.
GRAQUELOT, s. m. — Hareng saur nouveau.
CRAS. — Gras, du latin crassus.
GRINGHON, s. m. — Cri-cri, grillon, cigale.
Un mauvais violon s'appelle crinchon et par exten-
sion le violoniste. On donne encore le nom de
n-'nichon à la personne qui se pelotonne près du feu,
GROCHE-PIED, s. m. — Croc en jambe.
CROCHU, adj. — Qui a les jambes torses.
CROJETTE, s. f. — Alphabet qui ordinairement
est précédé d'une petite n'O^ # croix.
GROMBIR, V. — Plier, courber.
— 31 —
CRON, arfj. —Tortii.
CRON, s. m. — Déchets qui proviennent tie dé-
molitions.
CROQUE, adj. —Pris de boisson.
CROQUE. — OEuf de poisson et le poisson.
CROQUE-POUX , s. m. — Groseille verte ou
blête.
CROTE, s. f. — Fiente.
CROUCROU (se mettre à). — Etre accroupi, as-
sis sur les talons.
CROUSTOUS (avoir des) , s. m. plur. — Avoir
de l'argent.
CRUAU, s. m. — Mauvaises herbes.
CULOT, s. m. — Dans une famille , le culot est
le dernier né.
CURER, V. — Mettre le linge mouillé sur le pré
pour le faire sécher et blanchir.
CURO. — Endroit où l'on met curer le linge.
CURICHE (Pain de). —Pâte de réglisse.
B
D suivi d'un cmuet se change en t, comme dans
mode, limonade, font mole, Umonale.W en est de
même lorsqu'il est suivi d'un r; ainsi, rendre , prêtre,
font rente, prêle. On ne prononce jamais la lettre /'
que suit uri e muet fmaL
— 38 —
'DX,part. ajf. — Sais-tu. Tirau la has , da'^
DACHE , s. f. — Clou à tête plate que l'on met
aux semelles des souliers.
« De l'espagnol tachon, qui signifie la même chose,
» ou peut-être du celto-breton tach, petit clou. »
Héoart.
DAGHOT, s. m. — Furoncle, plus connu sous
le nom populaire de clou.
DANCK. — Merci, mot flamand dont on se sert
très-souvent à Lille.
DAMAGE , s. m. — Dommage, dulatin damnum.
DAMAS,s. 7?n — On appelait autrefois ciama.9 ,
un couteau avec lequel on coupait la corde des pen-
dus et au fer de la guillotine que le peuple désigne
encore sous ce nom.
DANOBIS , s. m. — Jocrisse.
DAQUOIRE, s. f. — Pluie abondante, pluie
d'orage, du latin aqua, eau.
I dil pigeon, in parlant d'un coulon,
Mais bien pu fort, averse au lieu iV daqiioire.
Desrousseaux.
(César Fiqueux V gasconneux.)
DAR ( ù ). — f/ est l'averbe de lieu oi^i. Lorsqu'il
est suivi de dar , ces deux mots signifient ne savoir
où donner la tête. Par exemple , un individu à bout
d'expédient dirait avec découragement : Je n sais
pu' ù dar.
DARAIN. — Dernier, fêm. rfarame. Nous trou-
vons dans Hécart l'exemple suivant :
« Tout le leur demeure au darrain vivant. »
(Coutume d'Orchies manuscrite , p. Ilo.J
— 39 —
BASER (Faire ) . — Cacher un objet quelconque
pour s'amuser de l'inquiétude d'une personne à qui
il appartient et qui croit l'avoir perdu.
DÉBALER ( Se ) , v. pr. — Se décourager . J\s'«s
îoutdéhalé.
DÉBAUCHÉ (Être). — Être affligé, triste,
désolé.
— Qu'oicho l'a ?
— J'sus débanclte.
— Ln bochu vodrol l' l'être.
{Diclon.J
DÉBLAYER , v. — Déblayer.
DÉBLOUQUER, v. — Déboucler; dire ce qu'on
pense.
« On ôto la boucle, pi)ur ainsi dire, atin que les mois
» sortent plus facilement. »
Desrousseaux.
DEBOUT (L'), s. m. — La fm, le bout. Nous
avons à Lille les rues du Court-Debout et du Roiige-
Debout. Ce mot s'emploie adverbialement pour tout
au plus : Cfiest tout l' debout sifarais assez d' filet
pour ourler min moucJio.
DÉBRAILLER, r. — Dêbailler, ouvrir. Être dé-
brailler, avoir les vêtements ouverts , déboutonnés.
DÉGAROCHER, v. — Déraisonner.
DÉCAUX (A pieds), adv. — Pieds nus, à pied«r
déchaussés.
« De r soupe à naviaux, point d'bure et boco d'iau,
» Cb'est r potache des Carmes déchaux. »
Dicton populaire , cité par Hécart»
— 40 —
BÉCESSER, V. n. — Cesser. Œ est un bavard,
i n' décesse jamais , pour il ne cesse pas de parler.
DÉGHOQUETER. — Séparer une source en
plusieurs plantes pour la multiplier.
DÉCHOULER, v. — Dire des choses qui n'ont
pas le sens commun.
DÉCLAQUER , v. — Déclincher , faire partir,
rire avec éclats. Dédaqiier un fusi, dédaquer d' rire
DÉCROTTO. — Balai en bois très-dur pour dé-
crotter.
DÉDÉ (Aller) . — Aller promener.Terme enfantin.
DÉDICASSE. (Voir ducasse.)
DÉESSE, s. f. — Les Lillois appellent ï déesse,
la statue de la ville de Lille qui couronne la colonne
commémorative du siège de 1792. Elle est due à
M. Bra, statuaire distingué, enfant du département.
« Colonne sainte où Lille, calme et fière,
» De nos aïeux répèle le serment. »
(Les Canonniers lillois.)
DÉFAIRE. — Tue»', faire mourir, etprmcipale-
ment se défaire pour se suicider.
DÉFILER, V. — Efiler, ôter les fils d'un tissu.
Les défdeuses de tulle.
DÉFIQUIÉ. — Décolleté, avoir la poitrine dé-
couverte. (Hécart. )
Chés fiU's cour'tent tout défiquices,
Après clia, les v'ià tout r'fi'oiiliécs ,
I touss'tcnl comme un qu'va qui anche.
Brûle-Maison.
(Sermon na'if d'un cure de Tourcoing.)
— il —
DÉFRISÉ (Etre), — Etre contrarié. Ce mot , di-
sent MM. Hécart et Lorin , est usité à Paris dans le
même sens .
DÉFUNQUER ,v.n.— Mourir.
DÉGAGER (Se), v. p. — Se hâter. Dégageons-
nous, hâtons-nous.
DÉGAINE, s. f. —Tournure, allure.
Si queq'fo' un faux craine
Parlol mal de s' dégaine.
Desrousseaux.
(Souvenirs de Lille.)
DEGEAU. —Dégel.
Ch'est r bon dégeau, i quel d' l'iau.
Un bon dégeau n'est jamais caud.
(Dictons.)
DÉGRIFFER, v. — Griffer, égrafigner.
DÉGRIOLER. — Glisser sur la glace. A Maii-
beuge, on dit dégringoler.
DÉGRIOLOIRE, s. f. — Glissoire sur la glace
ou sur un fil d'eau.
DÉGEULER, v. n. — Vomir.
Ti, va maingcr six liv's de viau
Pour dégueuler comme un pourchau.
Brûle-Maîson.
(La Tourquennoisc et le Savetier.)
_ 42 —
DÉMAQUILLER , DÉGOBILLER et DÉLOUF-
FER, V. n. — Ont la même signification.
L'un quel, l'aut' brondielle à tière,
L'aut' s'imior' à gueuUe ouverte ;
L'un délouffc V bière et les prennes.
Et l'aut' quie dins ses maronnes.
Brûle-Mai son .
f Sermon naïf d'un curé de Tourcointj.)
DÉHUTTER. — Mot à mot, sortir de la hutte.
Dans certains jeux, à mucher par exemple, les en-
fants crient : DchuUe ! déhutte l pour avertir ceux
qui sont cachés qu'on est à leur recherche. Ils di-
sent encore à celui qui reste le dernier : Derne à ca
ca déhutte !
DÉLAMINTER (Se), v. pr.—Se plaindre, gémir,
pleurer.
DÉLOQUETÉ, adj. — En loques, haillons.
DÉLOUFFEU, v.n. (Voir dégueuler.)
DÉMÉLACHE , s. m. — Préparation liquide pour
faire de la pâtisserie.
Dins sin démélache
Il ont fait plonqué ch' gros cat. . .
Desrousseauz.
(L' Cave des QuaV -Martiaux. )
DÉMÊLER (Se) , v.f. — Savoir se défendre soit
en paroles soit par des voies de fait.
DÉMÉPRISER, V. — Mépriser.
DÉMIOGHER,t\ —Emietter, réduire en miettes.
Une mère qui voit ses enfants manger de façon à
_ i3 —
laisser tomber les miettes en pure perte , leur dit :
« Vous démiochez votre pain. »
DEMITANT. —Moitié d'une chose.
« Si on parle de mesure, on emploie le mot demi
» comme en français. On dit très-bien : l' demitant
» d'eunc dcmi-life d' bure. »
Hécart.
DENIER A DIEU qu'on appelle Demi-adieu ,
Dernier' adieu , est une somme que l'on donne ou
que l'on reçoit après la conclusion d'un marché, la
location d'un appartement, d'une chambre, etc. , que
l'on donne à un domestique lorsqu'il entre en ser-
vice. Après avoir reçu cette somme , si on ne se
présente pas dans les 24 heures pour la retirer, on
est irrévocablement lié et on a pris Dieu à témoin
de son engagen)ent.
DÉFICHER, V. a. — Mettre enpiches, pièces.
« Min frère a batiilé , on li a tout dépiché sin nez. »
Desrousseaux.
DÉPLAQUER, v. n. — Lorsqu'après la gelée,
la terre commence à s'enlever et à s'attacher par
plaques aux souliers par suite du dégel, on dit qu'il
déplaque.
DERNE, s. m. — Dernier. Faire vir pour les
premmes ou derne, pour le premier ou le dernier à
jouer.
DÉTIQUER, p. — Détacher, délier ce qui a été
attiquer.
DÉTOUILLER, v. a. — Remettre en bon état
ce qui a été touillé.
DÉVISAGER , V. — Défigurer.
DEVISER , V. n, — S'entretenir familièrement.
D'vmrau patard, loc, s'entretenir à son aise et
longtemps.
Nous n'irons pu hoir' nos pintes ,
Pour nous d'viser au patard ,
Il est trop tard!...
Desrousseaux.
(Le faux Conscrit.)
DEUX (Faire à). — S'associer soit au jeu, soit
dans le commerce. Lorsqu'une personne trouve un
objet dans les rues , si une autre la voit ramasser cet
objet et qu'elle lui crie : Par à deux , les pieds du,
bon Dieu ! elle se croit en conscience obligée cie par-
tager sa trouvaille , à moins qu'elle n'ait dit avant :
par' à mi tout seu.
DIA. — Cri pour exciter les chevaux à marcher ,
pour les faire tourner à gauche.
DIALE , s. m. — Diable, au fém. dialesse.
« Comme en Lorraine , en Bourgogne, dans les Vosges
» et même en Picardie. » Hécart.
On appelle encore diale les pierres qui se trouvent
dans le charbon.
DINT, s. m. — Dent , du latin detis. Avoir tout ses
dints , locution : répondre à tout, répliquer.
Te verras si j'ai tous mes dints.
Desrousseaux.
(Choisse et Thrinette.)
DINT. — Terme de la profession de dentellière.
Un dint, c'est le dessin tracé par des trous sur la
bande de parchemin et qu'on reproduit sur le tissu.
— 45 —
Si le parchemin a dix fois le dessin, on dit qu'il a
dix dinls.
DINTELET, s. m. — Dentellf. A Lille, chaque
dintelet avait son^ nom ; en voici quelques-uns :
l'Prigeofmier, ïsEmontésdu grand' garde , V grand
et l' petit Gambon , /' Pucelage, ï Bouton d' rose ,
I' Doué, ï Saint-Esprit, l' Cap ht, T Petit-Trou-
Trou, rOEillet, l Petit-Zizi, l'Tiète d' cat , les Der-
rières , r Romarin , ï Rosette , les Orelles de cat ,
les Rivières , T Cœur, les Epauiettes , etc.
Le plus célèhre de tous avait nom : l' Livré d'St.-
Sauveur. Il avait, à ce qu'on m'a dit, été comman-
dé par l'Impératrice Joséphine, et il occupa pen-
dant bien longtemps les dintellières de cette pa-
roisse par qui il éiait livré ; de là son nom. Aussi
était-il passé en proverbe sur Saint-Sauveur pour
désigner un objet en vogue : Ch'est comme ï livré
<r SaiîH-Sauvear, on n vot pus qu clia.
DIQUE-DAQUE (Il pleut à). — Locution : Il
pleut à verse. Par onomatopée, du bruit que la
pluie fait en tombant.
DlSCOiMPTE, s. ïw. —Escompte.
DODO, s. m. — Camisole de nuit.
DODO (Faire). — Dormir. Terme enfantin.
DODINER, V. a. — Bercer, chercher à endor-
mir un enfant. k\\\.fdo\?> dodeliner . \y o\ï Amicloter .]
DORÉ, s. m. — Pâtisserie originaire de la Flandre
nommée dans le Hainaut Gohière. Tarte dont la farce
est faite de fromage à la pie mêlé avec un peu de fro-
mage (le Maroilles et de jaunes d'œufs , et qui se
mange toute brûlante et fourrée de beurre. Onvea-
— 46 —
fiait autrefois cette pâtisserie à Lille, rue de Tenre-
monde.
DORLORES, s. f. /)/wr. —Parures d'or.
Ti to mettras tous les dorlorcs
El l'n éooureheux couleur aurore.
D esrousseaux.
(Le Spectacle gratis.)
DORMANT, s. ?n. —Soporifique.
DORMART . — Qui dort ou qui a toujours l'air de
dormir.
DOUCHEMIXT, adv. — Doucement.
Doiichemiiit auburre , 1' pain y esl tère.
f Dicton. J
DOUÉ, s. m. — Espèce de balai composé d'un
manche au bout duquel on cloue des morceaux d'é-
toffe et qui sert à essuyer les planchers. On ne se
sert presque plus de cet ustensile de ménage , mais
on dit encore d'une personnnc qui a une chevelure
douce et épaisse : EU' a enn tiète comme un doué.
DOULIETTE , s. f. — Tiède , ne s'emploie qu'en
parlant de l'eau : Pour faire l' barbe i faut d' l'iau
qui n sot ni caude ni froide , mais douliette.
DOUPE , DOUEE , s. m. — Liard , petite mon-
naie , duplex.
D'PUIS r perlimpinpin qu'au tuo , loc. pr. —
Connaître une affaire à fond , la connaître dans
tous ses détails.
DRAGON, s. m. — Cerf volant.
Au ligure , faire voler sin dragon , s'adonner au
plaisir, sans s'inquiéter de rien.
— 47 —
M. Desrousscaux fait venir ce mot de l'allemand
drachcn , qui a la même signification et qui désigne
aussi le dragon , monstre de la fable , armé d'ailes,
de griffes , d'une queue, etc.
Autrefois dans le Nord , on portait des figures de
dragons , pour icpésenter le diable ou l'hérésie.
DRAQUE, s. f. — Drague, orge cuite dont on a
fait la bière.
DRÈVE, s. f. — Avenue , allée d'arbres. Mot
flamand. La drêve qui conduisait autrefois à l'abbaye
de Marquette lez-Lille était cbrrmante.
DRINGUELLE. — Petit présent , quelque mon-
naie qu'on donne aux domestiques, ouvriers, etc.,
pour boire un coup. Il vient du verbe flamand drin-
licn, boire, et de geld, argent. Ce mot, comme on le
voit, exprime très bien son objet.
DRISSE, s. f. — Diarrhée. Au figuré, avoir peur.
DROT-CHI. — Ici, en cet endroit-ci.
DROT-LA. — Là, en cet endroit-là.
DROULE, s. f. — Chi-cn-Ut, lilloise, masque
qui court les rues. Au figuré, fille de mauvaise vie.
« On la reconnaît à son jupon Icndu par-derrière , à
» sa gorge pendante dans ses vêlements et à son air
» effronté. — Le Limousin a dans le même sens dronla
» et dronlasse.
Hécart.
(Dictionnaire rouchi- français. )
DROULION et DROULIETTE. — Diminutifs de
droule dans cette dernière acception.
DRU. — Beaucoup
Sur r temps qui boûra sul' tu,
J' vous in dirai long et dru...
Desrousseaux.
f Les deux Commères. J
DRUQUIN (tnj. — En cachette.
DU , adv. où. — Du qii' te viens ? Du qu te vas ?
DUCASSE , s. f — Dédicasse, kermesse.
Voici j)ar orcli^e les ducasses de Lille avec les
noms pai liiuliers Je quelques-unes :
J . Saint-André ;
2. La Magdeieine , dke hréoire ;
)5. Sainte-Catherine ;
4. Saint-Sauveur, dite l\ z oches à moule , à ca-
rottes et à gauques ;
5. Saint-Etienne , dite kpetits-pieds ;
(j. Saint-Manrice , dite à berlières.
La ducasse du village d'Hellemmes est appelée
à bleus-biccs , de ce qu'elle arrive au commencement
de l'hiver.
Chaque village a denx ducasses : la grande qui
est celle du patron du lieu, et plus tard la petite.
La ducasse commence le dimanche et dure une par-
lie de la semaine , de manière à se lier au raccroc
qui a lieu le dimanche suivant. Dans beaucoup de
villages chaque cabaret a la sienne ; on fait ducasse
à Jiaufj'es , et le lendemain il y a assez de bière dans
le cabaret pour le laver, en dépit de ce proverbe
que : de 1' bière par tière n vaut point d' ïiau.
DUCASSE R. — Faire ducasse.
DUCASSÏER. — Celui qui fait ducasse.
— 49 —
DURMENER, v. —Malmener. On l'emploie le
plus souvent comme substantif ; on dirait^d'un indi-
vidu qu'on maltraite ordinairement : ch'est un dur-
inené.
DUSKA. — Jusqu'à.
DZEUR , dessus. — DZOUS , dessous. On entend
souvent dire : i va du dzeur et du dzous.
E
Rien qu'à la prononciation de cette lettre , on
reconnait le vrai Lillois. Il prononce \'g comme aye.
Ainsi il dit: marchaye pour marché, cafaye pour
café, etc.
M. Hécart a donné à la lettre e une quantité de
mots qui appartiennent a la lettre i. Cela provient
de ce que l'éditeur des Chansons et Pasquilles de
Brûle-Maison a employé cet orthographe ; au moins
celui-ci avait-il mis la note suivante : « Toutes les
rimes en ont se prononcent en patois comme bien et
moyen. » (8." recueil.)
EBOULER, V. — Comme en français, mais on
l'étend aux bobines, au coton , etc., dont les fils se
déroulent de leur base , par analogie avec de la terre
qui se détache d'un monticule : Min cat ajiié avec
mes babennes et il a tout éboulé.
EBROUER. — Donner un premier lavage au
linge sale.
EGAFILLÉ , adj. — Éveillé , vif.
Allons, je n'sus pu' étonnée
Ou' l'as les yeux si écafillés.
Brûle-Maîson.
(Noces Lilloises)
ECAFOTER, r. a. — Enlever récafote, l'en-
Ycloppe des pois , des noix, etc.
ECALETTE, .s-, f. — Castagnettes en forme
d'rcales , écailles.
EGAPER, V. — Échapper. M. Hécart fait venir
ce mot de l'espagnol escapar, échapper.
ECLITE , EGLITRE ,s.f. — Éclair.
ECOLE (Etre).— -Etre instruit.
EGONCE , s. f. — Lanterne sourde , du latin
ahsconms, caché.
EGOUAGE , s. m. — Autopsie.
EGOUR , s. m. — Espace compris depuis la cein-
ture jusqu'aux genoux lorsqu'on est assis.
EGOURGHEU, s. m. — TabHer, vêtement qui
couvre Xécouw
ÉCOURGHEU D'FIN ROUGHE. — Tablier fait
d'iuie étoffe de couleur rouge et qui coûtait très-
cher. Un écourcheu d'ftn rouche était comme l'habit
d'min vieux grand'père (Desrousseaux, 3' vol. ) ; il
passaitde génération en génération ji«(jfit'a tant qui
11' in reste pu unmorciau.
EGOURGHIE , s. f. — Plein un écourcheu.
EGRÈPE,s. m. — Avare, qui chipote pour
l)aycr le moins possible,. Le ceuplet suivant de la
— 51 —
chanson intitulée : l' Avaricieux , nous donne lui
trait plaisant du caractère de Vécrèpe :
Un jour qu'il avot fait faire
D'eun' salopette , un cainn'çon ,
Au tailleur, un pauv' grand-père
I d'mande l'prix de s' façon.
— Cha s'ra l'argint d'un pot d' hière ,
Dit r tailleur, mais l' vieux malin
Donn' huit sous, dijant : « Compère,
» Vous irez T boire à Lesquin. »
Oesrousseaux.
A Lille, le pof de bière vaut 50 centimes, tandis
qu'au village il n'en vaut que 40.
ECULÉE. — Plein uneécuelle, du latin sciitella.
3' vas H porter bien vit' dins s' main ,
Euu' bieir grande éculée d' potache.
Desrousseaux.
(Le Revidiache.J
EDUQUER , V. — Donner de l'éducation, du latin
educare.
EGALIR, v.a. — Polir, rendre égal.
ÉGALIR (S'), V. pr. ■ — Se mettre en train de...;
ségalir à l'ouvrage , au jeu, etc.
ÉGAMBÉE, s. f. — Enjambée.
EGARD, s. m. (litt. qui regarde). — Personne
dont l'office est d'inspecter les poissons, viandes,
légumes , en un mot toutes les denrées que l'on
vend sur les marchés. Ewardeur,
— ri? —
KHUU ! EllOU î — Exclamation poussée pour
la ire honte.
Elinu ! Ehou ! grande sotte!
Eir ju iiicor à marotte ,
Kll' pinso à s' marier
Kir Ju incor à poupée.
{Refrain connu.)
KMJEION , s. m. — Lumignon.
Et que j'vo' à l' mêch' de m'candelle
L'n émilion briller.
Desrousseauz.
(Les vieilles Croyances , 3e. \o\.)
EMONTE, s. m. — Marche d'escaher.
1/ long des c montés ,
Parlez comni' nous élînies lestes !
Desrousaeaux.
{Le Spectacle gratis , 1er. vol. j
EMOIQUER , V. — Moucher. Xuireîois émoucher.
i l'ar ipioy ayant iceluv bastard accoustrée et cmoii-
» chic la lampe. »
{Histoire du Saint-Sang de Miracle , p. 3i ,
cité par E.-A.-J. Hécart. )
EMUrOlETTES, s. f. /)/w. — Mouchettes.
EMOUVILLER, r. — Uemuer, secouer quel-
(ju un pour le i'aire mouvoir.
EXFl .NOUER , r. — Enfumer.
EXOX? — N'est-ce pas. Formule interrogative
aliu de provoquer l'attention, l'assentiment de la
[)ersonne à qui l'on s'adresse : Vous m'aimez bien ,
¥in)-n , p<'lit?
— 0.3 —
EPARNEMALE, s. f,— Vase, coffret, Jmïte ,
pot, etc., servant à conserver les épargnes. (Con-
traction (lu mot composé Epargne-Maille.
Maille , ancienne monnaie de biilon valant à peu
près un demi-denier; on dit encore aujourd'hui vn
français : Un a ni sou ni maille.
Le contenu du vase s'appelle aussi éparnemalc.
« .... Ti'09 douzaines de qnecques eleune cparnc-
» maie de quinz' jours qui monte à dije-huil sous. »
Desrousseaux.
(Les deux Gamins, 2c. \(>\.)
EPEINNOQUE.— Petit poisson.
EPI, s. m. — Mèche de cheveu rebelle qui ré-
siste au peigne , à la pommade et au fer même du
perruquier.
Un épi vous 1' savez peut-ête ,
Ch'est eun' brelle de ch'veux qui s' lient rot.
Et l'perruquer qui s'in rind 1' maile.
Peut s' vanter d'ète un homme adrot.
Desrousseaux.
( L' Roi des Perruque rs.)
EPILIER, v.a. — Mettre en morceaux.
ÉPOUFFER D'RIRE (S'), îj. — Pouffer, rire
avec éclats , s'étouffer h rire.
EPOULMAN, s. m. — Qui fait des épuelleH,
apprenti des sayetteurs.
« Les enfants dès Tàgede cinq ansétaiente/JOM/wfa/f.';
» jusqu'à ce qu'ils eussent fait leur première coun»m-
9 nion. » Desrousseaux.
Au figuré mauvais ouvrier.
— 54 —
EPUELLE , s. f. — Bobine dont se servent les
tisserands, les passementiers et les sayetteurs.
EQUÉ , s. m. — Écheveau. Un équé d' filet.
EQUETTES , s. f. plur. — Morceaux de bois que
l'on ramasse chez les menuisiers. Du vieux mot
français eschet, qui tombe.
Pou n' point dépinser
D'argint pour avoir des équettes,
I tach' d'attraper
Des tortins d'pall' sus des carettes.
Desrousseaux.
( L'Nunu, 3e. volj
EQUEUMETTE, s.f. — Écumoire.
Pour équeumette i prononce écumoire.
Desrousseauz.
(César Fiqueux ou T Gasconneux.)
Au figuré on dit d'un mahré, qui a eu les co-
quettes, qu'il a été vacciné avec une équeumette.
ESCARBILLE , s. f. — Ancien mot français. On
appelle ainsi un morceau de charbon déjà brûlé
mais non entièrement consommé. Beaucoup de
personnes font commerce en allant chaque maiin
de maison en maison chercher les chintes (cendres ,
s. f.plw. ] puis les passent par une espèce de tamis
(sorte de pannier plat) qu'ils appellent un passa,
dans lequel restent de menus charbons ou escar-
billes. Elles vendent ces escarbilles par banse aux
pauvres gens pour les rebrûler, et les chintes par
rasière aux fermiers pour mettre dans les chemins.
ESCOFIEU.î;. a. — Tuer.
ESCOUSSE , s. f. — Élan, prendre du cli^vmp
pour courir, sauter, etc., du latin cxcutare, secouer.
ESPLÉNATE, s. f. — Esplanade, lieu aplani.
ESQUÉLIN. — Escalin, monnaie valant :]7
cent. 1|2.
Pour sin luijeau, six csquélins ,
Incor ch' n'est poin' un des pus fins.
Brûle-Maison.
(Le Mari mort et oublié.)
ESQUINTER (S'), v. pr. — Érinter.
« .... Gramint trop p'iit!... y m'esquinte !...
Inutilemint ... » Desrousseaux.
(Le Bonnet de coton.)
ESTOMAQUER (Être).— Être surpris, suf-
ftxjuer. Etoqaer estime contraction de ce mot.
ETAQUE ou ATTAQUE, s. f. — Pièce de h
charpente d'un moulin , poteau. On appelle encore
étaque le poteau du corclier sur lequel il y a une
traverse dentelée pour maintenir les cordes. Etaque
se dit encore dans différents jeux notamment dans
celui des barres pour l'endroit désigné à l'avance
et qui sert de but, c'est souvent un arbre. La rue
des Etaqucs doit son nom de la coutume qu on
avait à Lille , lorsque la peste y faisait de nombieux
ravages de planter une étaq^ie ou poteau en face des
maisons où il y avait un pestiféré.
ETE, s. f. — Atre.
Faudra toudis te l'nir à Vête
Et tout riong de 1' nuit donner l'tète.
Brûle-Maîson.
(Demande en maria(jr.)
— 56 —
ETEULE, s. m. — On donne ce nom à ce qui reste
de la tige de l'avoine, du blé, etc., lorsqu'il a été
fauché et dont on ne se sert que pour brûler, du
latin stipula.
ETNIELLES, s.f.plur.— Pincettes, instru-
ments de foyer, il vieillit dans cette acception mais
il a conservé toute sa vigueur pour désigner une
personne indolente , maladroite.
Awi, in vérité fin fais d' bielles!
Va t'es-t-incore eun' bielle etnicUc !
Brûle-Maison.
(La Demande en mariage.)
ETRAIN, s. m. — Paille.
ETRANNER , v. — Étrangler, latin strangidare,
ETRIQUE , s,f. — Rouleau de bois dont on se
sert pour mesurer le grain.
ETRIQUE, adj. — Trop court, trop étroit, en
parlant des vêtements dont on a pour ainsi dire me-
surer l'étoffe avec une étriqué, par allusion à l'outil
des mesureurs de grains.
ETRIVE ou ETRIVETTE , adj. — Qui dispute,
qui triche au jeu.
L'etrivelte reçoit des autres joueurs des coups de
genou au derrière , ce qu'on appelle donner les clo-
quettes [s. f.plur. ) En administrant cette correction
les gamins chantent un refrain que je ne puis
traduire.
Le verbe estriver est fréquemment employé par
les vieux auteurs et signifie contester, disputer,
— 57 —
débattre, lutter, contredire, tr'klier, etc.. Nous
trouvons ce verbe dans Froissard.
« Il veut cslrivcr contre l'aignillon. »
f Citron iijue.J
EUNE. — Une
EUN' CHÉGHU.— Quelque part. / lai mis cnu
rhéchu mais je 71 sais pus du.
F
F remplace souvent le r. Wnsi veuve fait crufc,
fève, fèfe^ cave^ café, brave, brafe, etc.
FACHE. — Nom d'un village des environs de
Lille. On dit d'une personne qui n'entend pas la
plaisanterie et qui prend la nioucbe : Te via incor
parti à Fâche ?
FxVCHElVNE, s. /'. — Linges servant pour rn»-
mailloterun enfant.
Eli' prind ch' pauvre infant, diiis ses bras ,
I/iniporte à s'mason à grands pas,
Eli' H mé eun' double fachcnnc.
Desrousseaux.
(Violette , 2e. vol.)
FACHON [Aj. — ' D'une manière convenablt^ :
habillé a fachon , fait à facJion.
FAÇONS, s. m.plur. — Cendres.
FADA ( Avoir l' ). — On trouve dans notre patois
quelques mots espagnols restés de l'occupation île
notre province par ce peuple. Avoir le Fada, en
est un et signifie souffrir d'une chaleur accablante.
FALLUICHE , s. f. — Petit pain aplati que l'on
mange tout chaud après l'avoir fourré de beurre.
FAVELOTTE, s. f. — Féverolle, vicia faba.
Autrefois il y avait dans la rue Saint-Sauveur des
marchands de favelottes cuites.
FARAD, s. m. — Bien mis, propre.
Comme un p'iit milord le s'ras farau !
Desrousscaux.
(L' Canchon dormoire.)
FARFOUILLER ,v.n. — Remuer sans précau-
tion, mettre le désordre.
MM. Hécart et Pierre Legrand le font dériver de
1" t'Spagnol farfullar.
F AU , s. m.-— Hêtre.
Quand on arrive à s' boutique
I ditrud'minlr « Quoi-ch' qui faut? »
Hier, à ch' mot, Grosse-Angélique,
Li d'mand' tros sous d'carbon iV fau.
(V Marquis d' Bielle-Humeur- )
Chanson de Carnaval 1861.
FAUQUE, adv. — Seulement, rien que.
On m'a dit qu'i n'y a fauquc à Lille,
Qu'on vol des chav'liers les lundis...
Desrousseaux,
(Sorlcts vieux!...)
Fauquc , s'emploie quelquefois dans un sens aflir-
matif: f n aime point les pronncs ! dit une personne;
si une autre les aiment elle répondra : fauquc mi.
- îiô —
FÈFE , s. f. — Fève , faha. On dit flans nos (-oii-
ti'ées pour reprocher la folie ou la faiblesse d esprit
à quelqu'un que les fèves sont en fleurs. On croit
généralement que l'odeur de la fleur de lève itnid
fou.
,FEUMER. — Se dit pour fumer la terre , répandre
du fumier, de la fiente.
FEMME. — On prononce faimme.
FERGARD, s. m. — Espace entre la maison et
le fil d'eau quilongela chaussée et que l'on nomme
aujourd'hui trottoir. Ce mot vieillit.
FERLOUPES, s. f. plur. — Lambeaux. Un hahii
à ferloupes.
FÉRURE, s. f. — Férule, palette. La fénue.
n'existe plus , l'écolier est content.
FERNIÉTE, a. f. — Fenêtre.
FI, s. m. — Foie.
On nous apporte (ri'andouU' grisse,
ï)e rpanchett', de 1' mulell', du fi.
( L' Cabaret du P'tit-Q uiiiqu i n J,
Chanson de Cainaval 18G1.
FL\T, s. m.— Mot latin qui ne se dit qu'en celte
phrase : / na point tï fat à U , il n'y a pas à se fier à
lui.
FICfLVU, s. iih — Fouine. Au figuré, malin
comme un fîchaii, malin comme un renard.
Quand viendra no* bielle fièt' de Lille
Vous y verrez ch' malin fichau.
Desrousseaux.
(Violette , chanson. )
— 60 —
FIE. — Fief. Les ouvriers Lillois continuent de
dire : rue du Fie-fAntoing, bien que la plaque offi-
cielle désignant cette rue porte simplement rue
d'Antoing. Il serait donc impossible de les com-
prendre si l'on ne savait que cette ruelle aboutissait
iâdissiU fief d'Antoing, et que fief s écïï\aiit fie ainsi
que le rapporte M. Brun-Lavainne dans son Glos-
saire de Roisin, sur les coutumes de Lille.
Quant à la lettre t' qui remplace la préposition rf'
c'est le résultat du son dur que nous donnons à
cette dernière lettre.
FIEN , s. m. — Fiente, fumier. Il y a à Lille la
la rue et la cour à Fien.
Je fais tenir à cop beauté mondaine,
Et toute odeur tourner en puant fiens.
Je fais tarir de force la fontaine ,
Et fait pourir tant les gens que les chiens.
(JDancc aux Aveugles.)
FIER, s.7n. —Fer.
FIER FONDICHE , s. m. — Fer de fonte.
FIERMINT, s. m. — Instrument pour couper le
bois.
FIEU , s. m. — Fils , fdim.
Mère tenchent sin ficu qui ci'ie.
La Fontaine.
FIL ( Avoir 1') . — Être fin , rusé , persuasif, savoir
s'y prendre pour arriver à ses fins.
Ah! qu'il aV fd
Min cousin Myrtil ,
Pour nous fair' raainger du pichon d'avriK
Deiroutteaux.
(Min coUsin Myrtil et V Puhon d'avril.)
— 61 —
«
FILATIER, s. m. — Fabricant ou marcliand
detil.
FILET, s. ni. — Fil à coudre.
FILTÏER, 5. m. — Ouvrier qui retord le lil.
« Le filtier a été de tout temps le type de l'ouvrier
» rangé , économe et soigneux. »
Desrousseaux.
FIN,ac?v. — Très-extrêmement II est fin sot,
très-sot.
FISQUE! (Faire), loc. — Défier une personne
de faire ce que l'on fait.
Faire du pichc a la même signification.
FLAHUTE , s. m. — Flamand. Se trouve dans ce
refrain populaire que chante les enfants :
Ut, ré, mi, fa, sol, la, si , ut,
Tous les Flaminds sont des Flahutes.
FLAMIND , s. m. — Flamand , au i'éminin (la-
mingue.
FLAMINGUER. —Parler flamand.
FLANQUÊTE (Al' bonne). — Sans cérémonie,
sans façon. On peut vnir à mmason, cKcsi à
/' bonne jlanquête.
FLO, adv. — Mou , flasque, faible, du flamand
fau, impuissant, débile.
...» QueuU fomm'lette,
» I m'a l'air pus flo
» Qu'cun' tasse d' méchant cacao! »
Dcirouateaux.
(Cêtar Fiqucui-.J
— 6Î —
FLOHAINE , s. f. — Se dit d'une femme qui n'a
pas d'énergie.
FLOÏR, î^. — Trembler, faiblir.
Quoi-ch' que vous m' ilit's donc là, Charlotte,
Mes ganibe' in (loïtt'nt dins mes bottes !
Desrousseaux.
(Le Revidiache.J
FORT. — On dit que le beurre a le goût de fort
lorsqu'il a perdu son goût primitif, qu'il est gâté.
FORBOUILIR , V. — Bouillir dans une première
eau certaines choses qui ont un goût de fort : les
choux de Douai , la raie , etc.
On dit aussi faire forhouiUr le linge pour le faire
bouillir une première fois afin d'ôter l' plus fort de
la saleté.
FOUAN, s.??î. — Taupe, du hûn fodere, fouir.
FOUÉE ,s.f. — Bois sec que l'on met dans les
cheminées pour faire un feu clair.
H y avait autrefois dans plusieurs provinces un
droit du nom de fanage : chaque feu ou ménage ne
pouvait couper dans une foret le bois nécessaire à
sa consommation sans payer un tribut au seigneur.
FOUFELLE (In). — En déroute, en émoi.
Tous les habitants du Réduit
Etott'nt din' eun' iameus' foufellc.
Desrousseaux.
(Violette, pasquille, 2e. vol.)
FOUFFE, s. f. — Chiffon, de peu de valeur.
En Picardie, on désigne sons le nom de fouffe^
une fille publique , on le dit aussi quelquefois à Lille.
Faire ses fouffes, loc. réussir, gagner de l'argent.
— 63 —
FOUFFETER, v. —Mal faire un ouvrage. Cela
dit , Fouffcteux et Foujl'clage n'ont pas besoin d'ex-
piioation.
FOURBOU, s. m. — Faubourg.
« L'élymologie du mot faubourg est assez incertaine.
5 On la fait dériver de l'allemand vorburg (forbourg) ;
» suivant d'autres étymologistes, avant de dire /"aMa.-
» bourgs, en latin suburbium, suburbia, on aurait
» dit forsbourg, en dehors du bourg , de la ville. »
{Dictionnaire de la Conversation ,
Paris, 18oi», 10 vol.)
FOURBOUTÎER , s. m. — Faubourien.
FRAICHE, adj. — Frais, sî^isï. Tisanne de ré-
glisse appelée généralement coco.
Au p'tit cabaret coco
Y'nez vit' vous rincez V coco.
Desrousseaux.
fL' Marchand d' coco.)
FraicliG est quelquefois une interjection dubi-
tative : In via eun fraiche , dit-on d'un fait invrai-
semblable qu'on avance.
FRAIQUIR, v. — Mouiller.
FRASO, s. m. — Plat de bois percé de trous ser-
vant a égoutter les légumes. Ustensile de ménage.
Frasoir, pour fraso ,
Comme aussi rasoir pour raso ! !
Desrousseaux;.
{César Fiqncux r yasconucujç.J
FRASÉE. —Plein un /ra.so.
— 64 —
FRAYEU, adj. — Qui entraîne à des frais; au
féminin frayeuse.
FRIAND , s. m. — Oiseau linotte du pays.
FRIANT-BATTANT.—Allerfranchement, d'une
manière délurée.
Et , friant-battant ,
On s'il! va baplijer rinfant.
Desreusseaux.
(L' Petit-Parrain. J
FRICASSE { Faire ) . — Repas que font les petits
enfants, la dinette. Ils disent aussi faire ducasse
FRINTE. — Perte qu'occasionne l'ébullition et
la fermentation dans les liquides, déchets dans les
matières solides.
FRISQUE (I fait). — Il fait froid. On dit aussi
[risquer,
FRUSQUIN, suht. — Bagage de peu de va-
leur, dernières ressources , pauvre habillement
( EscALLiER ) . Au figuré Saint-Frusquin , trésor
amassé par le travail et l'économie.
FU, s. m. — Feu, lumière. Remettre les fiers ail
fu, se dit pour contracter un nouveau mariage.
FUNQUÉE, s. f. — Fumée. Il y a au faubourg
St. -Maurice un cabaret ayant pour enseigne : A la
Funquée. Il y avait autrefois rue des Canonniers un
estaminet et une cour du nom de Funqueriau, selon
nous endroit p/em de fumée, où on funquer, fumer.
FUNQUER, V. — 'Fumer» user delà pipe.
63 —
G se change en w dans plusieurs mots.
GA. — Luron , de l'ancien motgars. Tin fjarchoii !
rjicst un fameux ga.
GADOUX (Z'yeux). — Faire les yeux doux.
Incor moins pour cheuU crass' veufe
Qui met min cœur à l'épreufo
In m' faijant ses yeux gadoux...
Desrousseaux.
(Liqucltc.)
GADRU , s. m. — Espèce d'altération de gars,
garçon.
GAFE ,s.f. — Goitreux, cou.
GAGA. — Diminutif de gâté, enfant gâté, gras-
seyer.
GALAFRE , s. m. — Gourmand.
GALIETTE , s. f. — Morceau de charbon de terre
de moyenne dimension; le charbon en galieite
s'appelle {/ft/e^ewaî, s. m., du latin calculus, caillou.
GALOCHE, s. f. — Jeu de bouchon. Ce jeu ex-
clusivement réservé aux garçons, consiste à placer
sur le sol un houcKnick ou bouchon sur lequel on
met les enjeux. Chaque joueur a deux pièces de deux
sous, il en jette une aussi près que possible du bou-
chon, c'est ce qu'on appelle jwcr d'altiquant, et avec
la seconde pièce il buque , frappe , de façon que l'une
des pièces se trouve plus rapprochée de la monnaie
rtuivorst'O qiiolo btnuluni, ('clui (}ui nnissil u lo t(»ul ,
on cas roMtnùro ou luvl lUt dt-ssm d'un. On \o\\v
r\uovc ,/' la phtv ol (/' la frtolalv,
C.M.IOCllK >!.>nI>^n h\
■ l'ouip.UiUsou tvi\u\lo mù osl l>as>H< sur la n^ssomMamo
» «(uo i>ivsoi\lo lin u\iM<U>n prooiuim'nl :<voo U> lalon »rvi»
Monnirr.
fl*»f(»»\« «fM ./«n». mnitoirrs de ht Soridtd
(i VMIUM . .<. m. — ('luM'rlunir trununnvttos .
du tV;nK';us i;o(lolurt\ui.
(î VM1>1'' . .V. /", — Jamlu\ (\\\ l.iiin ijamha.
* 11 11,1 ;> unr tjumtxf lUnix a«iaii\ ri ilm\s nm
» lo W.lvJiMM \U\ siV'l . »
(i \M1U)N . .v\ m. — Jiunbon. thi lalin (jainho.
l.jUoks, la \c\\\v \c la dnrasM' vlo viitiv naroisst*
no 8onte/.-vous pas un pon l'uir ^nillorti du KmkIo
main h rrs tl^n hrs tim . dans Unir In-aulo. vionniMil
vous aj>porlor ni ranlKmnant rcs paroles do joio ot
do j)laisn- ;
Du Ih>u (;l^»«^l") ,
KoHs iM» luain^'ivuis...
Si m»«s w' u'ttvoHsi...
Allor oloiiuos !
(ï VNlîN U'.llK . .V. m. — liaui. salau'o.
i'.w SI j' l'os oh" u*o>i poim .1' im Qanijiuichf.
Uri^lo-MMiiiOM.
.... a - .
OA.MOfS. — ffo'.pK.^forifJf'-. \)-Av\(:/tU O^-J^jc^irrihc,
H xix rdi/pcmn pour k moim et hnf pour le pluH,
mm l'a/prérn/'M du chapitre d/; Saintrî'u/rred mna
perrniMuyn du paûeur de Sfmd'Sfmceur, [i^ro'iHmoU
col. \i()Hp\(:fi est situé,
('t.\\\('A\()S ,!(.m. — C;)rçori. (iorfh/mc-.l (\\\(-\-
fjijfîfoiH rif) Utrnu; <\(: rnôpri.s. Horol , lo fait venir
Bien rta r/mlr»ir% m/ ]« m' HatU;
D'ête an garchon d'hôpit;».
/'/>' Garrlif/ïi. d'hô/dta. j
(/AfU:Hf)\Afj:,.(?. m. — Veut j(r,rçori, et f/ar-
(honro/rre.'H. /. , fille qui ;i len rri^fii';rf;Hd Un (^uri/m-
f/AI'J)I.\, .?. m. — .luvdui , ^jfifjf.fi rr/;f. franeai».
Te r'passeraa par min gardin.
n/i':ton.)
GASÏAU, «. w. — Goriicr.
O.XSI'IAL', .?. m. — T<;rme fJe rrj(';pnH. — \'oir
firchonak ) .
^iAf'Ql'H , i'. /'. — A';ix , jwilam. Au fi^njré, et
p:jr fjrifjrfiijtopée , urio (piu/pie e.st un cbquementfie
rnriin .fJonnésur la tète rruno personne dans le but
'le rirf; 0(; sfi frayeur et dont b df;t/jnrif,ion res.^-ernble
:ju Ijniit que fait une noix lor-squ'on la croque. O;
'livertissement en u.sa^^e ()an«; no^ducoMex, etprin-
f-ipriicnKtnt Ji celle deSairit-.S;»uveur, .se [ycM ch;jque
.'iijfjiV;.
(,\^J)\A'A\\\] , :. /'. — Tcnn': riutrcfois employé
'A\i Myrclié ■.i\ix f'oi-.son-, pour dési^Mjcr l'cridroit on
— 68 —
l'on vendait le poisson qui, sans être tout-à-fait gâté,
avait été jugé peu frais par Vérjard. Cette coutume
n'existe plus et c'est un tort selon nous , car au moins
on savait à quoi s'en tenir sur la valeur de la mar-
chandise, les poissonniers étant tenus de l'indiquer
par un écriteau avec le mot : Gauquerie.
GAUQUIER, s. wi. — Noyer.
GAVU , s. m. — Pigeon qui a une grosse gorge.
GENÈFE , s, m. — Genièvre.
GERNON, s. m. — Germe.
GIGEAINE , s. f. — Femme en couches.
GIGI, GIGIER, GIGET, s. m. — Jahot des oi-
seaux. Il se dit quelquefois d'une personne; ainsi
dans cette phrase : J' te presse l' giget, je te presse le
cou.
GLAINE, s. /.—Poule. Ce mot, dit M. Escallier,
dérive de l'espagnol gallina, poule. Au figuré , on
dit d'une femme négligée, endormie, que cKest
eun' glaine.
GLx\FE (Il pleut à). — A profusion, beaucoup.
GLENER,^. tt.— Glaner.
GLÉNEU, s. m. — Glaneur.
GLORIETTE, s. f. — Tonnelle, endroit for-
mant un cabinet de verdure dans un jardin avec
lable et bancs.
« Cabinet de verdure est trop long, j'aime mieux
» gloriette. Ce dernier mot a je ne sais quoi de gai qui
» me plail beaucoup. Qu'on n'aille pas dire que glo-
» riette ferait penser à une petite et vaine gloire, nous
» avons gloriole pour exprimer cette idée. i,-
(Flandricismes, Wallonixmes, Bruxelles, 1811,)
— 69 —
CiLOUT, GLOUTE , adj. — Gourmand,
I n'a rien pour li :
Il est glout coimwo un cat d'ermite.
Desrousseaux.
CL' Numi, ;Je. vol.)
GLUI, s. m. — Glu. Pendant l'hiver les enfants
pour prendre les mouchons mettent du fjlui sur des
épis de blé.
GODAILLER, v. n. — Débauche des gens qui se
réunissent uniquement pour boire. Formé des mots
anglais qood aie, bonne bière.
GOGO (A) — A cœur joie, à souhait, ne man-
quer de rien.
Du chue à gogo,
Si l'es sache et qu' te fais dodo.
Desrousseaux.
(L' Canchon dormoire.)
Ce mot vient peut-être du latin (jaudium , joie,
GOGU, adj. — Joyeux.
I r' vient tout gogu,
Alleunier sin lu.
Desrousseaux.
(L' Snnu , ie. vol.)
GOLE, S. f. — Vêtement de nuit fait d'une étoile
légère.
GORAU, s.m. — Collier d'un cheval de trait.
GORLIER, s. m. — Ouvrier qui fait le (jorau ,
bourrelier.
GOURDALNES , s. m. pi. —Espèce de fronton
— 70 —
qu'on attache au haut d'un lit pour y passer les an-
neaux et allonger les rideaux.
A min lit j'ai des gourdaines.
Desrousseauz.
{L' vieux Rintier.)
GOURER, V, a. — Tromper, attraper.
M. Desrousseaux a fait une pasquille ayant pour
litre : les deux Marieux gourés. (3"' vol., page 87.)
GRAISSIER, s. m. —Epicier.
M. Desrousseaux a fait une jolie chanson ayant
})Our titre : /' Graissier, dont voici le refrain :
\"la 1' parfait modèle
Du graissier !
Qu'a cir t'heui'e on appelle
Epicier.
(Mes Etrenncs , 1860.;
GRAISSERIE, s. f. —Épicerie.
GRAMINT, adj. — Beaucoup.
GRAINGNE, suhst. — Grimace. Au village on dit
(jrigne.
s I fait des graingnes comme un cat qui a bu du
» vinaique. (Dicton. J
GRAINGNARD , s. m. — Qui fait des gram-
ijnes , grimacier. Autrefois les pharmaciens mettaient
à leur porte des têtes grotesques que l'on appelaient
(i raingnard d' apothicaire .
Queu graingnard
Que ch' capon d' Gaspard !
Mon Dieu, queu gTaÙJf/nard/ ,
Desrousseaux. ^
(MesEtrcnnes, ISGO.;*
71
GRAND'CIEL (Porter à). —Deux enfanls se
donnent la main de manière à former un siège à un
troisième qui s'y place et s'appuie sur les épaules
des porteurs ; ceux-ci le promènent en chantant :
A grand'ciel ,
Tous du long ilu ciel ,
Tous du long du paradis ,
Saute petite soris !
GRINGRIN (St.)— Sedit d'un chagrin, grogneur.
GRIPETTE, s. f. — Méchante femme. On dit
encore serpette, dans le même sens.
On n' vous les rindra, p'til's serpettes.
Qu'avec eun' forte punition.
Desrousseaux.
(Ronde du temps passé. Mes Etrennes, 1861.)
GRINGUE ,s.f. — Cerise aigre.
GROGNON , s, m. — Bouche.
a Ch'cst du mouton , mais ch' n'est point pom* lin
grognon. » (Dicton. J
GROS-MORT, s, m. — Enterrement d'une per-
sonne riche , dont on fliit le jour des messes une dis-
tribution de pains aux pauvres de la paroisse.
Su' l's aut's paroiss's cha va incor :
On a tas in temp' un gros-mort.
Desrousseaux.
(Choisscet Thrinette, te. vol.)
GROSSE, s.f. — Douze douzaines. A ce mot je
ne puis m'empêcher de donner la copie du billet de
mort de Brùle-Maison que conserve M. Gentil-Des-
camps , il est ainsi conçu :
12 —
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>*J <"^ y^^
— 73 —
Ce chansonnier était mercier et vendait par
grosse , de là marchand grossier.
GROUAGES, s. m. plur. — Charbon brûlé qui
n'est bon qu'à mettre sur les chemins ; mâchefer.
GROUSEILLES, s. f. plur. — Groseilles, au-
trefois groiselles.
GRUO, s. m. — Averse, pluie d'orage. Un gruo
d' mars.
GUERNATES , s. f. plur. — Crevettes de mer,
cancer sqidlla. — Via des hicllés guernates ! cri des
marchandes de crevettes.
GUERNADIER, s. m. — Grenadier. Au figuré,
tirer au guernadier, tromper.
GUERNIER, s. m. — Grenier. On donne le nom
de lapins rf' guernier aux fdtiers , de ce qu'ils tra-
vaillent dans les greniers qui ressemblent , par la
forme de leurs croisées, aux cahutes des lapins.
GUERNOTER , v. n. — Palpiter, trembler ; en
terme de cuisine , bouillir à petits bouillons.
GUERNOULE, s. f. — Grenouille. Au figuré,
bourse.
GUERRET, s. m. — Jarret.
Et, si eir veut ben 1' l'indurer
I 11 gratte un pau ses guerrets.
Brûle-Maison.
(Sermon naïf d'un curé de Tourcoing. J
GUERTIER,s.?H. — Jarretière. Autrefois Mette.
V'Ià que 1' garchon-d'honneur, Bâtisse,
Passe d'zous 1' table et va douch'mint,
Inl'ver l' guertier !... Desrousseaux.
(Le Mariage de Violette. J
— 71 —
GUET. — On appelait autrefois guet, une troupe
chargée de veiller à la sûreté intérieure des villes.
On appelle encore aujourd'hui à Lille guety s. m., un
aident de police.
GUÉOLE, GAYOLLE, s. f. — Cage et par si-
militude prison, du vieux hûn galoya^ cage. En
vieux français , géole veut dire prison.
Poui" veilier, dins s' petit' guéole ,
Un canarien qui s' réjouit.
Desrousseaux.
(Mes Étrenncs , année 1861.)
GUEULE , s. f. — Bouche , du latin gula.
GUEULER, v. — Crier, pleurer en faisant beau-
coup de bruit. Au figuré, manger avidement.
GUI, GÉE, s. f. — Levure de bière. Écume
qui sort du tonneau lorsque la bière est en fermen-
tation.
GUILLER, V. n. — Fermenter, qui coule. Eun
p'iote guillante.
GUILLEUX , s, m. — Marchand de levure.
GUISSE, s. f. — On appelle giiisse un morceau
(le bois rendu pointu de chaque côté ; par analogie
un morceau de pain est aussi appelé guisse.
GUISSE (Jeu de la). — Jeu de garçons. L'un
des joueurs pose la guisse sur un pavé formant
.siillie, et, à l'aide d'un bâton dont il la frappe, il
doit la lancer de façon à ce que ses partenaires ne
la reçoivent que difficilement ou du moins à la plus
grande dislance possible. Celui qui s'en saisit, de
— 75 —
l'endroit où il l'a reçue, la lance et cherche à attein-
dre le bâton posé sur le pavé servant de but.
GUINSSE, s. m. — Repas de fête, lait-battu.
(Voir ce mot. )
GUITERNE , s. /". — Guitare , instrument de
musique à cordes. Il y a, à Lille, la cour Giiiterne,
GUIVE, s. f. — Figure difforme , du latin loifa.
GUSTIN. — Nom propre pour Augustin, au
féminin Gustine.
H
La lettre H ne s'aspire presque jamais. Nous in-
diquons par un * les quelques exceptions que nous
avons trouvées.
HABILE ! adj. — Prompt. On dit d'un homme
vif à l'ouvrage : c'est un homme habile. Ce mot est
quelquefois une interjection et s'emploie pour pres-
ser quelqu'un d'agir promptement.
* HACK I — Exclamation exprimant le dégoût.
HALBRAN, s. m. — Mauvais ouvrier, maladroit.
a Peut-être de l'espagnol albardan, fainéant. Ce mot
B parait être d'origine arabe. »
Hécart.
(Dictionnaire rouchi-français.J
HALLES, s. f. plur. — Passage ainsi appelé
parce qu'il est sur l'emplacement de l'ancien échevi-
nage , situé entre le marché aux poissons et la place
— "76 —
.'lu Théâtre; il est spécialement consacré au com-
merce de linsferie.
Les campagnards appellent encore ce passage les
\ieilles-Halles, pour le distinguer du Passage-Pari-
sien ou Nouvelles-Halles , Halles-Parisiennes.
« Barbazan le dérive d'ala, aile, parce que les Halles
« sont faites en allées, lequel vient aussi d'ala. »
Roquefort.
(Glossaire de la langue romane.)
HALLOT , s. m. — Saule. La rue de la Halloterie
ainsi appelée de ce qu'autrefois à cet emplacement
i! y avait une rivière et que l'habitude était de plan-
ter des saules ou hallots dans les endroits aquatiques.
HAPPE, s . f. — Hache. ( Roisin. Glossaire].
HARDI! — Cri d'encouragement pour exciter
dos personnes qui se battent ou qui se querellent.
Tout l' mond' criot : Hardi l Mad'lon !
Desrousseaux.
' (Nicolas, ou le baiser volé.)
HARICOTIER, s. m. — Petit marchand , reven-
deur. Au figuré, trompeur.
HARNA, s. m. — Appareil pour le tissage.
(P. Legrand.) Filet pour prendre les oiseaux, les
poissons , etc.
. Vil', vit', min fieu, tinds no harna
Et nous r prindrons au liache.
Brûle-Maison.
(La Chasse à un veau.)
* HARS , adj. — Hardi , ardent, féminin harse.
— 77 —
Nous croyons qu'il serait préféral)le d'écrire ars, ce
mot venant évidemment du latin ardere , brûler.
Il paraît que cette opinion a été partagée par
M. Desrousseaux, puisque dans sa chanson : /es
Liiigots d'or (1er. vol.) , il a écrit:
Quand i s'agit d' rir', quand i s'agit d' graiiiguer,
D' tons les Llancs-bonnets j' sus 1' pu' harse.
Et que nous trouvons dans celle du Poisson d'avril
(3e. vol. ) le vers suivant avec ce mot ainsi ortho-
graphié :
Il attrap' les femm's les pu' arses.
Du reste, nous trouvons dans Hécart la définition
suivante : Ars, vif, subtil , ce mot vient de ardre ,
brûler, que nous avons perdu.
M. Pierre Legrand, dans la première édition de
son Dictionriaire du Patois de Lille , nous donne ce
mot ainsi écrit : ars , arse , et dans la seconde :
hard , harse.
*HAUFFE, s. f. — Gauffre, prononciation fla-
mande et qui s'emploie dans les villages de nos en-
virons. Il serait peut-être préférable d'écrire waufj'e,
notre patois changeant souvent le g en w, Amsi ;
anguille, aiguille, font comme on l'a vu anwUle,
aiwille , etc.
HAVOT. — Ancienne mesure pour les grains,
havotus. On dit proverbialement d'un domestique
ou d'un ouvrier que l'on ne veut pas conserver :
In mingra point un havot d' se à m mason.
HAYON, s. m. — Petite tente où des marchands
débitent ou travaillent. Autrefois toutes les églises
étaientflanquéesd'innombrables hayons ou échoppeiL
— 78 —
{Echoppe, vieux mot français qui dérive de l'an-
glais shop, boutique.)
Hayon , suivant plusieurs dictionnaires , est une
contraction de hahillon, habit. Du reste, les mar-
chands d'habits avaient et ont encore aujourd'hui
pour étaler leur marchandise des /ia?/orî s ou échoppes.
M. Desrousseaux, dans sa chanson de Patrice, a
écrit éhon. Nous croyons qu'il n'a adopté cette or-
thographe que pour mieux faire ressortir la pronon-
ciation. En effet, on ne prononce pas hayon ni
aïon, mais bien éhon. M. Charles Decoïtignies écrit
aussi éhon.
On les vot pus d' quinze à 1' badine
Qui s' pourmèn'tent l' long d' chés é lions.
(Les Ducasses de Lille , 4e. recueil.)
HAYURE , s.f. — Haie. Prononciation hé-urc.
HÉRING, s. m. — Hareng, de l'allemand herring.
Les cordonniers ming'ront d's hérings,
Avec des bonn's gross's couq'-chucrées...
Desrousseaux.
(Les Prédictions de m'n armena.)
HIERRE, s.f. — Herbe.
«In' faut mette d'sus sin dogt que d' l'hierbe qu'on
» connot. » (Dicton.)
HIMEUR, s. f. — Humeur.
HIRCHON, IRGHON. s. m. — Hérisson,
erinaceus europœus.
HIRONDIELLE, s. /'. — Hirondelle. On dit aussi
harondielle.
— 79 —
HOBETTE, s. m. — C'est en général un petit h-À-
. timent pour renfermer des outils ou des niarcliai!-
dises, mais ne servant pas à l'habitation. Ainsi , ou
dit Vhobette d'un cordier, d'un tordeur d'huile, etc.
On appelait autrefois hobettc la maison servant de
corps-de-garde aux douaniers, octrois, etc. On
trouve dans plusieurs dictionnaires ce mot écrit
ainsi : aubette. Comme le pense M. Hécart, « cette
» orthographe pourrait venir de ce que les om-
» ployés l'occupent dès le point du jour. » Aube.
HOGHENNER, v. — Balancer, remuer, agiter.
HOCHENNOIRE, s. f. — Berceau.
Au son d'eun' vieil' canchon-dormoire ,
On les r'muot dins Vhochenncire.
Desrousseauz.
(Violette, pasquille.)
HOCHE-POT, s. m. — Ragoût composé de bœuf
bouilli et de carottes.
Et là, j' vos que 1' mingealle abonde :
Des haricots, un plat d' hoch'-pot...
Desrousseaux,
(Les Lingots d'or.)
I HONAINE , s. /;. — Chenille. Il y a , à Lille, la
rue des Sept-Honaines.
Fergu comme eune honaine.
Brûle-Maison.
(Le Baudet soldat. J
HOPITA, s.m. — Hôpital.
J'ai servi dins les pupilles ,
In vrai garclion d'hôpita.
Desrousseaux.
(L Garchon d'hôp'da.)
— 80 —
HOULE, s. f. — Houille, charbon de terre.
HOUPETTE, s. f. —Petite houpe. Nous ne don-
nons ce mot que parce que dans notre patois il est
employé comme exclamation de dédain : Via eiin
hielï houpette! dit-on lorsqu'une personne vous fait
cadeau d'un objet de peu de valeur.
HOUSETTES ,HOUSEAUX , s. ?n. plwr. — Es-
pèces de guêtres venant jusqu'aux genoux pour ga-
rantir le bas des pantalons. « De l'allemand hotiser,
botter, » (P. Legrand.)
Je suis marchand alerte ,
Quand j'ai mes housettes.
Brûle-Maison.
(Les Amours d'un Tourquennois.)
HUBERT (Voir), /oc. —Etre ivre, sot.
HUIS. — Porte, d'où huissier. Ancien mot fran-
çais ostium. Dans les Vosges on dit frémi llieuchGy
pour fermer la porte. A Valenciennes on dit t huche.
Hécart le faitvenir du flamand huys, qu'on prononce
heus.
HUIS ( Cloeu d') . — Manière de désigner autrefois
les portiers.
En élandis qu' t'éto cloeu-d'huis
A chés Jacobins de Paris.
M. F. F.
(Le 18 Brumaire.)
HUREUX , adj. — Heureux. Ancien mot français.
HURLUS. — Confédérés de Menin , qui furent
repoussés par Jeanne-Maillote, cabaretière du Jar-
din-de-ÏArc , et par quelques confrères de Saint-
— 81 —
Sébastien , le 22 juillet 4552, lorsqu'ils vinrent
pour surprendre la ville de Lille (1).
HURTEBISE. — Maison de ferme située sur uik-
hauteur, ainsi nommée , sans doute , parce que le
vent de bise xïenlhurter contre.
Plusieurs cabarets des environs de Lille ont pour
enseigne : à l'Hurtebise. Ordinairement cette en-
seigne représente un cavalier dont le cheval a l'allure
du galop et qui est censé hurter le vent de bise.
(Prononcez bisse].
HURTER , V. a. — Heurter, frapper, choquer,
toucher.
HUVETTE, s. f. — Diminutif de huve, coiffure
de femme. Vhuvetle est le bonnet de nuit des gens
delà ville, mais au village on le porte encore dans
le jour.
HYBERNOS. — Hybernois. Pauvres enfants de
l'Irlande ou Hijbernie qui avaient à Lille un collège
fondé en 1610 par Jean Morel pour y être instruits
dans la foi catholique. Ce collège était situé rue de la
Vignette, près du pont qu'on appelle encore aujour-
d'hui pont des Hybernos ou Hybernois.
Un des principaux revenus de leur maison était
le privilège qu'ils avaient de porter les morts en
terre.
(1) Voir à ce sujet VHistoirc de Lille , par M. Victor Derodk ,
3 volumes, et la chanson intitulée: Jeanne-Maillotte , par
M. Desroussèaix.
— 82 —
/remplace Ye dans tin grand nombre de mots
français commençant par e^i, em, etc. (V. la lettre £.)
Dans les mots terminés par eau, le patois change
Ve en i. Ainsi : lourdeau , bateau, font lourdiau ,
batiau, etc.
lAU, s. f. — Eau, aqua.
ICHÏ. — Ici, en cet endroit-ci.
IMBLAVER , V. — Embarrasser, metire le dé-
sordre.
IMBLAVES (Faire des). — Faire beaucoup d'em-
barras.
IMBORGNEUX, s. m. — Maladroit.
Mais si je m' lais, m'n affaire est claire.
Vous allez m' traiter d'imborgneux.
Desrousseaux.
(L'Habit d' min vieux grand-pêre.J
IMBORGNEUX D' PUCHES, s. m.— Dans cette
locution, imborgneux s'emploie pour éborgneur.
Dans tous les cas , ce ne peut être qu'une anti-
phrase, car celui qui saurait éborgner une puche
(puce) ne serait pas déjà si maladroit.
IMBU (Etre) . — Etre légèrement pris de boisson,
du latin imbutus.
IMPOISSE, s. m. — Empois, amidon.
INCRACHER, v.— Engraisser.
iNCRACHblRE, s, f. — On donné cenom, aii
village , à une certaine maison ou cabaret dont la
réputation n'est pas trop bien établie. C'est une es-
pèce de maison de rendez-vous.
INCRANQUER, v. — Accrocher. Au figuré, être
dans une position gênée.
IN* DA. — Il y en a.
INDÈVER (Faire).— Vexer, mettre à bout. —
Indiabler et inmarvoyer ont la même signification.
INDUQUE, s. f. — Education. Avoir de Vindufjur
et de l'instruque. Induque ne s'emploie que dans
cette phrase, je ne sais pourquoi. On dit toujours
éduquer ou bien être écoles pour donner ou avoir de
l'éducation.
INFACHEINNER, r. — Emmaillotter.
Eir vot qu' ch'éto' un p'tit mioche
Infacheinné
Abandonné.
Desrousseaux.
(Violette, 2e, vol.)
ÏNFANT, S. m. — Enfant, du latin infam.
INFARDELER , v. — Envelopper. Ce mot, dit
M. Pierre Legrand, vient de fardel , fardeau , faide.
On le trouve dans FuRetière : il aie sens d'empa-
queter. Comme il est infardelé , dit-on de quelqu'un
mal habillé.
INFENOUILLÉ (Être). —Etre très-embarrassé,
ne savoir quel parti prendre.
- 84 -
Ce mot figure on ne peut mieux l'état d'une vigne
enveloppée de la plante grimpante que l'on nomme
fenouil.
INFIER, s. m.— Enfer.
ÏNFILER, V. — Attraper, tromper.
INFILURE , s. f. — Terme ironique. Avoir eun
drôle d'infilure, une mauvaise manière de faire
une chose.
INFONDRER, ^\— Enfoncer.
INGÉLÉ, adj. — Qui a froid , pris de la gelée.
INGUER, V. — Viser, cherchera atteindre un
but.
INGUEUSER, V. a. — Tromper par flatterie.
INHORTER, V.— Tromper une jeune fille.
— Quoich' t'as, Mad'lon, t'es donc bien trisse?
— Awi , va , Zanzanle a inhorté m' fille.
INNOGHINT. — Innocent. Prononcez Einnno-
chint.
INJOLEUX, s. m. — Trompeur, enjôleur.
Eun' raalheureus' figure
Ch'estcheuir de ch' l'injoleux.
Desrousseaux.
(Le petit Doigt , 3e. vol.)
INROSTER,!^ a. — Fatiguer, ennuyerquelqu'un.
INROSTER (S') , V. p. —Se soûler.
Et, ser'ssouv'nantdu jour de d'vaut,
I n' sHnroste pus qu'à milan.
Brûle-Maison.
(Sermon naïf d'un curé de Tourcoing. J
— 85 —
INSENNE , adv. — Ensemble, en même temps.
ir on' eu les poquelte' insenne.
Insenne ont fait leu communion.
Desrousseaux.
{Histoire de P'tit-Price.J
ISORÉE. — Se dît d'une personne qui fait la
précieuse, l'importante, la mijaurée.
INTER. ■ — ■ Entre , c'est le mot latin inter. —
Interdeux, entre-deipc; interpite, intrépide ; inter-
lardé, entrelardé; intcrnom, entre nous.
INTRIGANT.— S'emploie pour habile, adroit,
qui a du savoir-faire. C'est dans ce sens que M.
Desrousseaux l'a employé dans sa chanson du
Petit-Parrain :
I s' fait rhabiller
Dins r ru* des Morts , par un fripier,
Qui trouve à propos
Eun' capote à 1' propriétaire ,
Et li dit : « Min gros ,
Queuir bonu' pièch' que t'aras su' V dos ! .
Cha t' va comme un gant!... »
Ah ! queul intrigant !
y vous assur', mes gins,
Qu'on n'n arot mis deux comm' li d'dins !
INTURLU (Boire à 1').— Boire en chantant , en
turlure.
INTUSER (S'j , V. pr. — S'appliquer, s'absorber
dans un travail quelconque,
INVOLÉ, adj. — Qui est volage.
-■8B --
J se change en g dans quelques mois; ainsi :
jarretière, jambon , jardin, font : gucrtierj (jam-
bon , gardin.
J remplace Y s dans beaucoup de mots ; ainsi :
tison, prison font tijon , prijon , etc.
JACOtiN, s. m. — Espèce de capot.
JACQUART. — On nommait ainsi la cloche de
la retraite en souvenir d'un vigilant commissaire
de ce nom, qui avait pour habitude de f\\ire une
ronde dans les cabarets, quand cette cloche sonnait.
Via Jacquart qui sonne !
Eugène-Honoré-Louis Jacquart, né à Lille , le
25 décembre 1756, nommé commissaire de police
de cette ville, en 1793, admis à la retraite en 1826,
mort le 3 décembre 1829.
ff Hélas! des deux Jacquart qui faisaient rornement
» de la ville de Lille , l'un est mort, l'une est muette. »
Brun-Lavainne.
(Mes Souvenirs.)
JAPE, S. f, — Babil. Avoir de l' japc, parler
beaucoup. Il y a près de Lille un hameau du nom
de La Jape , voisin de celui de La Frodure et de
ThumesniL
JAUSER, V. — [Jauger, vérifier, mesurer. —
LaJausCj vérification des poids et mesures.
— 87 —
JO I — Joie ! Exclamation ou cri de triomphe des
archers à la perche lorsqu'ils abattent l'oiseau. Du
latin io.
JOBRE, s, m. — Nigaud ; joblin a le même sens.
JOCQUER, V. n. — Tarder, rester longtemps.
JOCQUER, V. n. — Cesser, finir, être en repos.
« Joeque ! cha veut dire arrête. »
(Dicton.)
JOLI , adj. — Ce mot est français , mais en pa-
tois on l'emploie dans le sens de bon. Ainsi on dit
très-bien : Je vous ofl're un joli verre de bière.
JOLI-CŒUR (S'appeler), loc. — Ne pas avoir pris
part à un partage , un héritage quelconque auquel
on croyait avoir des droits.
JONNE , adj. — Jeune ; il vieillit , on prononce
maintenant comme en français.
J'TOT , s. m. — Fronde.
Vivent les Mad'leinnos j
Man mèrcj
Vivent les Mad'leinnos !
A la batalle à cops de ftos ,
Vivent les Mad'leinnos!
Refrain que chantaient les enfants de la paroisse
de la Madeleine en allant à la bataille contre les
enfants des autres paroisses. Chaque paroisse avait
le sien.
JU ou JUS, part. adv. — Bas, à terre. Ruer
jUi querreju, jeter, tomber à terre, en bas*
— 88 —
JU, S. m. — Au jeu de cartes on ditjw au lieu de
point.
In criant : « Biau mariage ,
Faut marquer tieuxjus ! »
Oesrousseaux.
(Souvenirs de Lille, 1er. vol.)
« L' ju n' vodrot point les candelles.
(Dicton.)
JUER, V. — Jouer.
JUPON , s. m. — Vêtement de femme. On donne
encore le nom de jupon à la veste , la jaquette que
portent les hommes de la campagne.
JUSQU'A, prép. — On en supprime souvent la
première partie. Ainsi : Qu'à tant? Qu'à S! main.
K
KARMESSE, s. m. — Kermesse. (Voir Ducasse.)
KERGHI , p. ;?.— Chiffonné.
Ah! biau p'tit moucho, qui n'as point d' bordure,
Moucho tout Icerchi, par ses dogls si blancs...
Desrousseaux.
(L' Moucho d' Liquette.J
KERGHIR , V. — Chiffonner, plisser , rider.
KERQUE ,«./•. — Charge , fardeau.
KERQUER,v.— Charger.
KOUQUE, 5. f. — Gâteau fait de farine délayée
avec du lait.
— 89 —
Il serait préférable d'écrire Kouqite par un k que
par un c , ce mot venant de l'allemand kuchen , pâ-
tisserie. (Voir couque-haquc) . Au reste, il en est de
de même de beaucoup de mots que l'on écrit géné-
ralement par un c ou par un q.
KRAENE , s f. — On nomme ainsi à Lille la grue
servant à décharger les bateaux qui arrivent au
quai de la Basse-Deûle.
Les ouvriers de la kraene forment la corporation
dite des vingt-hommes. Elle est commandée par un
brigadier.
LA. — Voilà. La Liliqiie. Voilà Angélique.
LAICHER , y. — Laisser, On dit aussi layer.
Layer est un vieux verbe français. Il signifie per-
mettre, remettre, différer, prendre un delà?'.
LAGHOIRE, s. f.— Tricoteuse.
LAID AIN. — Laid , vilain ; au féminin laidainc.
On dit aussi laidou ; ce dernier mot n'a pas de
féminin.
LiVIGNE, s. m. — Bois à brûler. On appelait
autrefois laigner un marchand de bois destiné au
chauffage ,
Laigne , se trouve dans le Glossaire du livre de
RoisiN , publié par Brun-Lavainne,
— 90 —
LAINERON» s, m. — Lange d'enfant, nommé
aussi pichou.
On li-a donné 1' nom d' Violette
Pa c' que clieull' fleur su sin lain'ron
Etot brodée in points d' chaînette
Avec de 1' soie et du coton.
Desrousseaux.
(Violette. J
C'est aussi le nom de la cloche de la retraite à
Lille. (Voir Vingneran.)
LALA (Câtiau d' madame). — C'est le jeu du châ-
teau du corbeau. (Voir Bescherelle aîné. Jeux chez
tous les peuples du monde] .
Eir juot n'importe à queu ju :
A 1' blcuss'-main , à l' corde , à l' raquette ,
A mucher, comme au métier-maite
Et r catiau d' Madomme Lala.
Desrousseaux.
(Marie-Claire)
LALIE. — Nom propre, pour Rosalie et Eulalie.
LAIT-BATTU, s. m.— Lait de beurre. On l'ap-
pelle encore potache , guinsse et lait-buré.
Il y a dans l'ancienne commune de Fives un lieu
dit : du Lait-Buré.
LAMPER, V. — Boire, lambere.
LANCHURE. — Lorsque, éprouvant un mal
quelconque , on ressent des picotements, on dit
qu'on a des lanchures , ou bien que cha lanche.
LAPIDER, V. — Ce mot ne signifie nullement
comme son homonyme français assommer à coiï|)s
— Ai-
de pierres ; il a le sens de tourmenter, faire souffrir
quelqu'un par de mauvais traitements. Aussi dit-
on d'un homme que l'on malmène ordinairement :
cKest un pauv' lapidé.
LANGE (Faire l'). — Voler au jeu. Celui qui fait
/' lance est appelé l'iancier, quand on le-voit venir,
on crie :
Uche, uche, là l' lancier.
LARI, s. m. — Joie bruyante, plaisir.
Quand j'étos jeun' fillette.
Ah! qu' j'avos du plaisi ,
Je n' pinsos qu'à m* toilette ,
A l'amoiu", au lari.
Desrousseaux.
(La Femme du perruquier.)
LANGREUX , arf/. — Maladif, languissant, lan-
guère.
LÉBOULI, 5. m.— Bouillie.
LEMGHON, s. m. —Limaçon.
LÉQUER, V. — Lécher. On dit Si.ussi pourUquer ,
mais ce mot exprime une action plus forte que lé-
quer.
LESQUIN (Molind'). —Le plus célèbre de tous
les moulins des environs de Lille est sans contredit
celui de Lesquin. On sait ce que c'est qu'un coup
d'aile du moulin de Lesquin....
Un jour le fds du meunier de Lesquin étant à
jouer sur la butte natale, un coup d'aile du moulin
le frappa au front et le rendit fou. Depuis ce temps,
lorsque la raison d'une personne se perd, ou bien
encore lorsqu'un indigène aftecte des manières
— 92 —
prétentieuses, on ne manque pas de s'écrier en le
désignant du doigt : Il a passé cï zom ï moUn d"
Lcsquin, il a rchu /' cop d'aile.
LEU. — Loup, lupus.
In parlant du leu i monte s' queue.
(Dicton.)
Biaux chires leups
La Fontaine
Saint-Leu pour Saint-Loup.
LEUMER, V. a. — Allumer.
LEUMEROTTE, s. f. -^ Petite lumière, feu
follet.
D'un bou' à l'aut' de not Grand'Place
Cheull' leum'rotte on apercevot.
Desrousseaux.
(Brûle-Maison , 1er. vol.)
LEUNETTES, s. f. p. — Lunettes.
Trinte-six leunettes et 1' nez dessus i n'y vot qu' du fu.
(Dicton.)
LEUNETTES (Faire des). —Faire certain geste
(jue les Parisiens nomment pied de nez.
LEURRE, s. f. — Trompeuse.
Ah! te v'ià donc r'venu biell' leurre !
J* t'attind' ichi tout d'puis neuf heures...
Brûle-Maison.
(Pasquille plaisante. )
LEZ. — A côté, auprès, près, de latus.
LEZ A LEZ. — A côté l'un de l'autre.
Je descendis enl'herboie (la prairie)
Lez li (près d'elle) seoir m'en alai.
Arthur Dinaux.
(Trouvères de la Flandre et du Tournaisis.)
— 93 —
Lî, p. p. — Lui. On dit mi , ti, pour moi, toi.
LI. — Participe passé du verbe lire; lu.
LIACHE, s. m. — Liasse, lien, filet, lacet.
LICHE, s. f. — Lice, femelle d'un chien.
I n'i avo des lichcs caudes
Parmi tous chés qmens
M. F. F.
f Pétition do: Quiens.J
LILIQUE. — Nom propre, contraction d'Angé-
ique. LiqucUc , diminutif de Lilique. On dit la
Liquette de Desrousseaux , comme la Lisette de
)ÉRÂNGER.
Ch'est bien mi qu'on appelle Liquctte,
L' Liquett' de cli' fameux Desroussiaux
Qui vous a fait vidier pus d'eun' canette
In acoutant tous ses couplets si biaux.
De ch' gai luron pus d'eun' Lilloisse est fière
Quand, avé s'n homm', ell' roucoule eun' canchon,
On n' trouv'ra pus sin parel su' la terre;
Ch'est bien aul' coss' que 1' grand-pèr' Brûl'-Mason.
DelobeUe.
(La Liquette de Desrousseaux.)
LLMERO. — Numéro. On dit encore niméro.
LIMOUSINE , s. f. — Manteau que portent les
labitants de Limoges et qui est porté ici par les cul-
ivateui's et charretiers.
LINCHEUX, s. m.— -Linge, drap de ht, linceul.
LINGUE , s. f. — Langue , du latin lingua. Ce
not s'emploie plus particuhèrement au village.
— 94 —
LISTE, s. f. — Bord , lisière , de litura selon
BoREL ; en bas latin lista, roman liste.
LISTON , s. m. — Buban servant à serrer la
ceinture de la culotte. Ce mot vient de l'espagnol.
Ti , rem'rae en pau le biau liston ,
Que j' t'ai baillé pour mette à t' maronne.
Brûle-Maison.
( L'Amour détiqué et ratiqué.)
LIT (Aller à sin) , loc. — Faire ses couches.
LIVRANGE, s. /'.—Livraison.
LOIER, V. a. — Latin ligare , bien , lien , loïa-
che et Hache. (Voir ce mot). — Action de lier.
LOMBARD, s. m. — Nom populaire du Mont-
de-Piété. Graîid-Lombard, msàson-mere , et P'tits-
Lombards, bureaux des commissionnaires.
« Lombards , marchands de Lombardie qui vinrent
» s'établir à Paris à la fin du Xlle. siècle dans la rue qui
» porte encore leur nom. On a aussi appelé lombards
» les prêteurs sur gages et les maisons où s'exerçait ce
n genre de spéculation, a
{Dictionnaire de la Conversation. Paris, 1835, 10 vol.)
LOMBARDIEB , s. m. — Commissionnaire au
Mont-de-Piété.
LOMMELET. —Hameau de Marquette où se
trouve un hospice pour les aliénés gardés par les
Frères de Saint-Jean-de-Dieu.
LON. — Se dit pour loin.
Les enfants de Lille ont un jeu où ils se servent
— 95 —
î ce mot. Ils se divisent en deux bandes. L'une
ie , en marchant à reculons :
Li , li , caroli ,
Est i Ion assez?
lutre répond, en s'éloignant comme la première :
Non, non, earolon,
Un p'tit pas pus Ion.
Liis les deux bandes reviennent à la course , en
'iant : Au fu! aufu! et se réunissent.
LONGIN , s. m. — Lent , nonchalant.
Saint Longin , patron des Lambins.
(Dicton.)
LOQUE, S. f. — Haillon. Ancien mot français.
éloqueté se dit pour déguenillé.
Deux loques mouillées n' peut'te' point s' ressuer.
(Dicton populaire cité par Hécart.)
LOQUETTE, s. (. — Petite loque.
Quoiq' te n' sos qu'eun' méchant' loquelte,
On n' t'arot point pour un bon gambon.
Desrousseaux.
{L' Moucho d' Liquette.)
LORIOT (Compère) . — Orgelet , petite tumeur
ui se développe sur le bord des paupières et qui a
1 forme d'un grain d'orge. Oiseau.
T'a piché à l' porte du curé, t'a un compère-loriot.
(Dicton.)
LOT, S. m. — Double-litre. (Voir Canette.)
— 96 —
LOUCHE, s. f. — Cuiller de bois avec laquelle
on mange le laitmittii.
On appelle louche , la cuiller à pot avec laquelle
on sert la soupe : ï louche d'cirgint , l' louche d'bos.
LOUCHE. — La Housse (place de), près de la rue
Saint-Sauveur , où se tient un marché deux fois la
semaine.
LOUCHIE , s. f. — Cuillerée , plein une louche.
LOUCHE T , s. f. — Bêche pour remuer la terre,
roman lochct.
LOURDIAU. — Lourdeau, du bas latin lurdus.
Min lourdiau répond comm' cba :
« Si t' n'in veut point laiche-l' là. »
(L' Marquis d' Bielle-Humeur,
chanson de carnaval 1861.)
LOZARD , adj. — Paresseux. Féminin lozarde.
LU. — Abréviation de lumière.
J'ingelle d' frod , sans fu ni lu.
Brûle-Maison.
LUIJEAU, s. m. — Cercueil ; latin lugere, pleu-
rer, vieux mot français.
D'un jour aussi biau,
Je m' souvcn'rai dins min luijeau.
Desrousseaux.
(Le Lundi de Pâques.)
LUNDI DE PAQUES. — Comme toutes les
autres fêtes , le Lillois aime le lundi de Pâques.
On ne voit plus, comme autrefois, ce jour-là de
— 97 —
cinq heures du matin à cinq lieures du soir, des
milliers de pèlerins parcourant la route de Loos , si
vous l'aimez mieux les cantines , les guinguettes et
les cabarets qui bordent les côtés du chemin , en
ce jour d'amusement , de résurrection du prin-
temps et de la Nouvelle-Aventure , de la renaissance
des lilas et des pantalons blancs (qui sont de ri-
gueur) , en ce beau jour, où il pleut ordinairement.
Mais bah ! quand même le thermomètre marquerait
un froid de dix degrés, le lapin cï guernier et s par-
ticulière endossent des vêtements d'été et s'en vont
à la badine, en pèlerinage à Notre-Dame de Grâces.
En arrivant sur la grande place de Loos , un
spectacle curieux les attend dès l'aube du jour ;
car déjà une épaisse cohue se presse de toutes parts
et inonde les alentours, au point qu'il faut, pour
se faire une petite place, jouer fièrement des coudes.
Les violons raclent des airs de quadrille , et l'on
entend trépigner en cadence sur le plancher, dans
les greniers des cabarets, où l'on aperçoit les dan-
seurs qui s'en donnent à cœur-joie.
Voici un Âlcide qui soulève pas mal de kilog. —
Cha n vaut point Chacharles ! dit un habitant de la
cour du Pourpoint-d'Or, ancien admirateur idolâtre
de l'Hercule du Nord.
Voici un marchand d'habits tout faits , un peu
supportés , il est vrai ; mais pour 4 fr. 50 c, cet
honnête industriel vous rhabille de pied en cap. —
Plus loin , c'est un descendant de Pinard et de
Colas, un marchand de pommes de terre cuites,
quoi! et de fav lottes.
Là , c'est un mendiant qui étale ses hideuses
plaies à côté d'un marchand de pâtisseries plus ou
— 98 —
moins fines... Un débitant de médailles, près d'un
escamoteur ou d'un marchand de macarons.
Tiirlututu ! capiau pointu I .. . D'où partent ces
cris? Ah ! c'est une troupe de hindits, qui imitent à
ravir les cris des clowns-farceurs qu'ont offert à
leur admiration les cirques de Lalanne et de Loiset.
Voici maintenant des jeux de toutes sortes, des
tirs au fusil, à l'arbalète , au casse-pipes ; voilà les
traditionnels chevaux de bronze , à la crinière
rouge-feu; et mille autres divertissements.
Voici les chercheurs àz'œiifs! l'un pousse une
brouette , l'autre y est attelé , tandis qu'un troi-
sième repose fort tranquillement étendu en travers
du véhicule sus-nommé , et se laisse ainsi brouet-
ter ; tous trois ont les yeux bandés. Les témoins sui-
vent et sont tenus de crier : Casse-cou! lorsqu'un
danger menace les opérateurs.
Mais, hélas! nos trois hommes arrivent près
à' un fossé bourbeux, où croupit une mare infecte
et verdâtre. Le malheur, ce dieu perfide , veut qu'ils
s'y dirigent avec une telle rapidité , que les témoins
11 ont pas le temps de pousser le cri de rigueur
» casse-cou !... » et l'attelage se précipite dans la
vase !... Vous dire les éclats de rire des assistants,
les imprécations des victimes , serait chose impos-
sible.
Quoiqu'il en soit, les chercheurs à zœufs, après
mille efforts, parviennent enfin à regagner la crête
du tossé et vont se mouiller en dedans, pour faire
sécher le dehors , au cabaret du Douanier.
Ce jour-là , les traits de l'ouvrier rigoleur sont
épanouis; il chante, il rit, il débite des propos
— 99 —
équivoques à tous les passants ; mais on lui par-
donne, le liquide a produit son effet...
Puis, quand il est gorgé de jouissances et de
macarons , saturé de félicité et d'œufs de Pâques , il
revient à Lille, comme il s'en était allé.
Il nous faudrait aujourd'hui quelque moderne
Téniers (1) pour retracer nos ducasses et nos ker-
messes , parmi lesquelles pourrait figurer le lundi de
Pâques. Prenons patience , un Téniers se présen-
tera peut-être un jour; en attendant, nos fêtes s'en
vontll...
LUNES, s, f. fl. — Boucles d'oreilles rondes.
LUSOT , adj. — Ce mot répond à Musard, mais
il exprime une action plus forte que le mot fran-
çais.
I n'est ni méchant, ni soûlot.
Ni paresseux , ni sot ;
Mais, pour tout dir' d'un seul mot,
I n'y a point d'parel lusot.
Desrousseauz.
(Bâtisse l' Lusot.)
Nous avons le verbe lusoter.
M
La lettre m , prononciation ordinaire.
MABRE. — Petite boule de terre cuite , de pierre,
(1) C'est dans les amusements de cabarets que Temers a pris
les sujets de la plupart de ses Fêtes Flamandes.
— 100 —
(le stuc , (l'agate ou de marbre ; ce qu'on nomme
ailleurs: bille, gohille , fjJohiUe. (Voir Qiienecque.)
MABRÉ, adj. — Marqué de la petite vérole. Au
féminin mabresse.
Un biau mabré n'est mie laid.
(Proverbe lillois.)
On dit encore les poqiiettes pour la petite vérole.
Ce mot vient probablement du flamand, kinder-
pokkni.
MACAUX, adj. — De plusieurs couleurs, maïs
où le roux domine.
a Le pain de ménage sera composé de deux tiers de
» blé blanzé et un tiers de blé roux ou macaux , sans
)> extraction de fleur ni de son. »
(Arrêté du Maire de Lille ,
29 octobre 18.")o.)
JMAC-AVULE, s. des deux genres. (Voir Avule.)
MACHE, arf/.— Méchant.
Pindant deux heur', infin, cheull' mach' commère ,
M'a défdé sin cap'Iet, grain par grain. . .
Desrousseaux.
(Conseils à une jeune fille)
On dit aussi maie dans le même sens, mais rare-
ment à Lille.
MACIION,.s. ?n.— Maçon.
« A la procession deLille, loC2, les maeAo?tsa\ oient
» la liguie dixième : Comment la manne du ciel des-
» cendit sur les enfans d'Israël. »
(Manuscrit de la Bibliothèque jiubliqne de Lille.)
' — 101 —
MAGHONNACHE, s. /«.— Maçonnage, travail
du machon.
MACHONNER, v. a. — Maçonner. Au figuré,
travailler grossièrement.
MACHUQUÉ , adj. — Noirci par l'effet d'un coup.
MACHURÉ, aY//.— Noirci, barbouillé.
L'octave des Rois, que nous appelons dans le
Nord parjuré et jour des rois bronzés, se nomme
dans la Moselle j'oîtr des rois machnrés.
Nous trouvons dans Rabelais, Maschouré , qui
a le visage noirci.
MACLOTTES, s. f. pL — Grumeaux. Le lait
caillé est à machtles.
MADOUÎLLER , v. a. — Manier malproprement ,
(le l'ancien français madouler.
MAFLANT - TE, adj. — Ennuyeux. Substan-
tivement importun, déplaisant, fâcheux, incom-
mode, qui cause de l'ennui.
M. Desrousseaux a fait une chanson sur les Ma-
flants (2e vol., p. 131).
Il y avait à Lille une réunion chantante ayant
pour titre : les Maflants.
MAFLER , V. — Ennuyer, fatiguer une personne
par ses discours , ses questions , déplaire par ses
assiduités, importuner.
MAFLÉ, MAFLU. — Qui a un visage gros et
gras.
MAJEMINT, arjy.— Mal.
I va bien maj'mint pour la France ?
Les Bécluins ont fait résistance. . .
Desrousseaux.
(Le Rcvidiache.)
— 102 —
MAGAS (Parler). — (Voir Gaga],
MAGON, s. m. — Maladroit.
MAGONNER , v. — Faire maladroitement une
chose.
MAGRITE, n. p. — Contraction de Marguerite.
J' vos mes infants bien heureux in méuache,
Et m' vieil' Magrite m' conserver s'n amour.
H. Six.
(Paraphrase des quatre Âges du cœur.)
MAGUETTE, s. /".— Chèvre, femelle du bouc.
Mi, y proposs' qu'on mette eun' maguette
Sus r monumint.
Desrousseauz.
(Histoire de Lidéric et Phinard.)
M. Hécart fait venir ce mot du « flamand maegdy
•f> vierge , pucelle , et geytc , chèvre ; chèvre qui n'a
» pas encore porté.»
MAHOU, s, m. — Chat matou. Figurément go-
delureau.
Et, pour vous, biau mahou.
Min cœur brùl' comme d* l'amadou.
Desrousseauz.
(Une Aventure de carnaval.)
MAI. — Autrefois à Lille , les ouvriers maçons,
couvreurs , etc., attachaient sur la façade de la mai-
son de leur patron plusieurs branches d'arbres [mai]
le jour de la fête du corps de métier. Au milieu de
ces branches on voyait le blason , ou carte sur la-
quelle était représentée le saint sous le patronage
duquel était placée la corporation.
MALADERIE. — Hôpital de lépreux qui se trou-
— 103 —
vait dans la rue des Malades, aujourd'hui rue de
Paris. On l'appelait aussi léproserie.
« Louis XIV lui attribua ( à l'hôpital Saint-Sauveui )
» les biens d'une maladrerie ou liôpital de l'Epreux
» fondé par la même Comtesse ( Jeanne de Constaiiti-
» noi)le ) , d'où la Porte de la ville qui y meine porte If
» nom des Malades avec la riie qui y abouti où sont Ipp
» principaux Marchands. » Tiroux.
( Histoire de Lille , 1728.
MALPART (Prendre en). — En mauvaise part.
Nous avons à Lille la rue Malpart.
MALVA, s. m. — Mal bâti, qui va mal.
MAMOUR. — Contraction de mon amour. On
appelle grosse-mamour une fille bien portante et à
l'air réjoui.
MAMULOT - TE , s.— Imbécile.
L' mamulot s' met vite in colère,
I li dit : Coquine ! te veux m' faire ....
Desrousse aux.
(L' Nunu.J
MANCHES D' VESTE (Avoir les gambes in), loc.
— Se dit d'un cagneux.
MANDE, s. f. — Manne, grand panier. En fran-
çais mande, panier pour la terre à pipe.
Mx\NÉE , s. f. — Ce que la main peut contenir.
Droit de mouture, partie de blé que l'on porte an
meunier.
Chaque meunier a un domestique qui va de mai-
son en maison chercher les nianées ; on le nomme
cacheu rf' manées.
— lOi —
MANOQUEUX, .<?. m. — Individu qui exerce
plusieurs professions.
« Ainsi le filLier qui le dimanche fait des l)arl)es à six
» liards , ou qui raccommode des pendules de bois , est
» un manoqucux. » Desrousseaux,
MANTIAU, s. m. — Manteau. « Du celtique man-
tell. » (Hécart.)
MANUEL. — Pour Emmanuel. Ancienne cloche
du beffroi, fondue en 1578.
De nos jours, on nomme encore Manuel les œufs
de Pâques que l'on commence à distribuer aux
enfants le samedi-saint , au retour des cloches.
MAQUE , s. m. — Bout d'un bâton de voyage ou
d'une flèche à tirer l'oiseau à la perche.
Ce mot est probablement une contraction de
marque , attendu que ce bâton laisse une empreinte,
une marque à l'endroit où on le pose.
MAQUÉRIAU, s. m. — Maquereau, poisson,
Scomber. — Là des biauxmaquériaux ! Cri des mar-
chandes de poissons.
MAQUILLER , i\ n. — Cracher à petits coups.
(Voir Démaquiller.)
MARALLE, s. m. — Petit enfant, gamin.
MARCOU (Ma d' Saint- ). — Ecrouelles, scro-
phules , c'est-à-dire qui marque au cou.
MARÉE , s. f. — Quantité de blés qu'un fermier
apporte au marché.
MARÉCHAU, s. m. — Maréchal. On dit aussi
marichau. Roman marescaux , et marescaude la
femme d'un maréchal.
MARIACHE (Jeu de).— Jeu de cartes.
— 103 —
Lorsqu'on a un roi et une dame de la même cou'
leur, on a un mariache, c'est un ju (point), et on
marque deux jus, lorsque l'on a celui de Yatoul.
[Yoïr Atout et Ju.)
MARLETE , s. f. — Terre mélaniifée de mark
(marne). La marlète se mélange au charbon de terre.
MARONNE, s. f, — Culotte. 3IM. P. Legrand
et EscALLiER font venir ce mot du latin mas, maris,
MARONNER, v.— Se dit pour vexer.
Cha n'impêche' point qui maronne ;
Qu'à chaq' minute i bertonne;
Il a mêm' l'air de bisquer
Quand i n' i)eut rien critiquer.
( L' Marq uis d' Bie IJc-JJttmeu r,
chanson de carnaval 18C1.)
MAROTTE, S. f. —Poupée. Au figuré , petite
fille.
MARQUÉ, s. m.— Marché.
MASON , s. f. — Maison. A la campagne on dit
majon.
MASTELLE ,s.f.— Gâteau arrondi et plat. Ce
mot vient peut-être du bas latin wastellus , gâteau.
MASTOUGHE, s.— Graine de capucine.
MATE, adj. — Fatigué. (Voir Amatir.)
MATON , s. m. — Grumeau qui se forme lorsque
le lait matonne (se caille) en le faisant bouillir.
Au fond , au fond , les matons y sont.
(Proverbe lillois. J
MATONNER, i\— ^ Devenir en grumeaux.
8.
— lOC —
MAtIGRÉ , ado,' — Mauvais gré, malgré. Il y aà
Lille la rue Maugré.
MAURIEN - NE , s.— Maure. Il y a à Lille deux
anciens cabarets portant pour enseigne : l'un au
Maurien , l'autre au Maurienne.
MAUVAISETÉ , s. /.— Méchanceté , v. français.
MAZARIN (Vive au). — Se dit pour deux époux
qui vivent séparément.
Autrefois, dans les environs de Lille, lorsque
deux époux qui vivaient au mazarin , se remet-
taient de nouveau en communauté, on faisait un
feu de joie en face de leur maison.
MAZINGIIE, s. f. — Mésange, petit oiseau de
passage.
MÉCOULE , s. m. — Nunu. (Voir ce mot.)
MÉLETOUT, s. m, — Factotum. Individu
propre à tout, qui se mêle de tout. (Ironique.)
MENETTE , s. f. — Petite cuve à l'usage des mar-
chands de denrées , notamment des poissonniers.
MENOULES, s. f. pi. — Propos sans valeur,
sans portée , et qui ne méritent pas qu'on y attache
de l'importance.
MÉQUAINE, s. f.— Servante de ferme.
On trouve dans les anciens auteurs : Mcschm,
domestique, meschinc , servante, mcsc/tmcf/e, pe-
tite servante. Mcschinage , condition de celui ou de
celle qui sert.
MÉRANCE. — Nom propre pour Emérance*
MÉRON , s. m.-— Morceau de beurre de 2 kilog*
et plus.
— 107 —
MESCHEF. ' — Accident, malheur, infortune,
événement malheureux. Ce mot dérive du vieux
verbe meschoir. — « Mescheoir, tourner à mal , dé-
choir. » (Rabelais.)
<f Le 14 avril 1701, les échevins de Tourcoing pas-
» sèrenl avec ceux de Roubaix une convention à l'effel,
» par les deux villes , de se prêter un mutuel secours eu
» cas de feu, de meschef. »
Ch. Roussel-Defontaine.
C Histoire de Tourcoing , ouvrage couronné par la
Soeié'é des Sciences de Lille.)
METS, s. f. — Grand coffre pour pétrir le pain ,
huche.
METTE AU CLO, /oc — On met un objet quel-
conque au do , lorsqu'on le porte au Mont-de-Piété.
Avec l'argint des maronnes
Qu'elle vient d'aller mette au clo . . .
(Le Mont-âe-Piété, chanson chantée le 10 mars 1861).
METZ. — Au dire de M. Victor Derode, dans son
Histoire de Lille, ce mot signifiait autrefois ferme,
métairie. Il s'en trouvait une à l'endroit où est situe
l'abattoirpublic. De là le nom de la rue qui y aboutit.
MEURIR , v> — Mûrir, devenir mûr.
Dieu meûrit à Moka dans le sable arabique
Ce café . . .
(Lettre de Voltaire au roi de Prusse.)
MI , pr. pers. — Moi.
MIGHORELLE, s. f. — Perce-oreille. Aun-
mlaria.
MIG-MAG (tn'y-adu), loc.— Tromperie, brouille.
— 108 —
«Prise de rallemand misch mach, brouillamini,
mélange.» (Hécart.)
MIE, part. nég. — Pas, non, pas du tout. Se
trouve dans nos vieux auteurs.
MIER, V. a. — Manger.
Quand on a mié les haricots . . .
Desrousseaux .
(Le Mariage de Violette.)
MIEUQUE. — Petit lait. Ce mot ne se dit pres-
que plus. Il y a peu de temps on pouvait voir un
marcliand de petit-mieuque étalé rue du Marclié-
aux-Fromages.
MINABLE , adj. — Misérable , dont les vête-
ments ont une mauvaise mine.
Qui vous rend à mes yeux si triste et si minable.
(Les Amants enfonces, cité par Hécart. )
MINCK. — Lieu couvert du marché aux poissons
où ont lieu les adjudications au rabais. Ce mot vient
du flamand mijncken^ diminuer.
MINXKAGHE. — Action de mincker.
MINCKER, V. — Vendre le poisson au minck.
MINOU. — Terme enfantin pour désigner toutes
espèces de fourrures , ainsi que du coton , de la ouate
et autres choses douces au toucher.
MINTIR, V. 71. —Mentir.
MINTIRIE, s.f.—Uentevie.
MIOCHE. Prononcer mi-ochc. — Miette de pain.
(Voir Démiocher.)
— 109 —
MIRO, s. m. — Miroir.
MIROULET. — Miroir de l'œil.
MITAN, s. m. — Milieu, centre, médium.
« Ce mot niitan , qui est resté dans noire patois ,
» était encore français au commencement du XYlIe.
» siècle; dans un manuscrit d'alors, un prieur décri-
» vant une cérémonie , dit : Pour aller à l'église , j)ar-
» tant chacun de sa place lit la révérence au milan du
a couvent. » E.-A. Escallier.
(Remarques sur le patois. Douai, I80G.)
MITIN , s. m. — Minutieux.
Avant clia , ch' milin ,
Avé r pus grand soin . . .
Desrousseaux.
fUNunu.J
MOIE ,s.f. — Meule* Amas de blé, de foin en
gerbes, etc.
MOL, adj. — Mou. Lorsqu'un rasoir est trop
aiguiser on dit qu'il est à mol-taillant. — Molfro-
mâche se dit pour fromage mou.
MOLACHE. — Grosse mouture.
Tout aussitôt qu' te t'ras d'dins
T'aras du molache.
Brûle-Maison.
(Un Tourquennois qui a sauvé sa vache dans
un moulin-à-vent. J
MOLETTE, s. f. — Poulie, petite roue. Il y a
à Lille la rue des Trois- Molettes. On donne le nom
de molette au pliant du genou.
— 110 —
MOLETTES (Faire des) , hc. prov. — Faire des
façons.
J'y courrai sans fair' des molettes.
Desrousseaux.
( L' Ru-tout- ju.)
MOLIN , s. m. — Moulin, espagnol moUno.
MOLINEL, 5. w. — Petit moulin, moulinet. Il
y a à Lille la rue du MolineL
MOLON, ,v. m. —Moellon.
MOLU , adj. — Moulu. Du café molii.
MON. — Abréviation pour maison. A mon Debise,
pour à la maison de Debise.
MONTEUSE DE MODES, s.f. — iMarchande
de modes.
MONTURIENNETÉ, s. f. — Mitoyenneté.
MONTURIER, adj. —Mitoyen. Un mur mon-
turier.
MORBLEUTE (A 1' grosse). — Un ouvrage est
fait à ï grosse morblcute , lorsqu'il est fait grossière-
ment, sans prétention. On dit encore dans le même
sens : à ï grosse mordienne.
MORCIAU, s. m. — Morceau. On dit d'une per*
sonne de petite taille : Ch'er.t un morciail d' gin.
MORDREUR, s. m. — • Assassin , meurtrier.
MORDRIR, v.— Meurtrir.
MORDURE , s. f.— ' Morsure.
MORE AU. — Cbeval extrêmement noir. Il y a à
Lille la rue du Nulr-Moreau^ ainsi nommée à cause
d'une enseigne.
— 111 —
MORFILLE, s. f. — Crachat, eau qui coule du
nez.
MORIR , V. — Mourir, vieux latin moriri.
MORGUES, s. f. pi. — Grimaces.
MORU, part, passé du verbe morir.
MOSNIER , s. m. — Meunier. Ancien mot , bas
latin monerius. Autrefois on disait molinier pour
meunier.
MOUCHO, s. m. —Mouchoir.
Biau p'tit mouclio, moucho d' Liquetle.
Desrousseau3c.
MOUCHON, s. m. ■— Moineau, oiseau très- com-
mun qui se nourrit de mouches. Il y a à Douai et
à Valenciennes la rue des Blancs- Mouchons , de ce
qu'il s'y trouvait un couvent de moines blancs.
Au figuré , terme de dédain , il se dit en général
d'un individu petit, faible.
MOUDRE, V. a. — Traire, presser les mamelles
d'une vache, d'une chèvre, pour en faire sortir du
lait. Midqerc.
MOUFFES, s. f. — Gros gants fourrés dont les
doigts, excepté le pouce, ne sont pas séparés.
Au figuré, recci^oir ses mouffes, être congédier.
Décidéniint j' vas li donner ses moiiffes,
y veux d'un luron qui parle bien platiau.
Desrousseauï.
(César Fiqueux, 2e. vol.)
MOULE, s. f. — Moelle. La ducasse de Saint-
Sauveur à Lille, est appelée à zochcs à moule. (Voir
Ducasse. )
— 112 —
MOULET,s. m. — Petit coquillage, escargot.
MOUQUE, s. f. — Mouche, du latin musca, ro-
man mousquc.
MOUQUERON, s. m. — Moucheron*
Ch'est comme un mouqu'ron
Qui vodi'ol dévorer un lion !
Desrousseaux.
(Les deux Marieux gourés.)
MOUQUET, s. m. — Émouchet, mâle de l'éper-
vier, oiseau de proie , vit de petits oiseaux.
MOUQUILLEUX,s.m. — Morveux.
MOURMOULETTE,s. f. — Moule. Au figuré,
grand crachat blanc qui ressemble à une moule.
Ses deux yeux, viuand ell' vous r'vette.
Ont l'air d'eun' gross' mourmouletle .
Desrousseaux.
(Liquettc, 2e. vol.)
MOUSER , V. n. — Bouder. Faire la mousc , s.f.,
faire la moue.
MOUSON , s. des deux genres. — Boudeur, qui
n'aime pas la société , ni la gaité, qui aime à rester
seul , à s'éloigner du bruit.
Min cousin esl un gas cocasse ^
Car il a l'air d'un vrai viouson.
Les dimanche' et même à 1' ducasse,
I reste tout seu dins s'mason.
Desrousseaux.
(Min Cousin Myrtil.)
MOUSSET, s, /n. — Mousse, herbe. Musciis.
— 113 —
MOUTE, s. f. — Comptoir, étalage.
Vous s'rcz, min p'Ut quiii, j' vous jure ,
Avec des rubans , des fleurs ,
Biell' comm' chés femme' in gravure
Qu'on vo' à 1' moût' des tailleurs.
Desrousseaux.
(Mad'lcinc ou V vieux Rinticr amoureux. J
MOUTRER ,v.a. — Montrer.
MOUVETER, V. n. — Diminutif du vieux verl)e
mouver, latin novere, etsignifie, dans le sens neutre,
remuer le moins possible.
Pour éviter sin braillache ,
Ses gins n'os'lent point mouv'lcr.
(L' Marquis d' Bielle-Humeur,
chanson de carnaval 1861.)
MOUVIAR, s. m. — Qui cache ce qu'il pense,
qui médite le mal en silence, sournois.
MUGHER, V. a. — Cacher, du vieux verbe mus-
ser. M. EscALLiER fait dériver ce mot du latin mus,
rat, souris, taupe.
Nous avons en patois l'expression en imiche tin
pot, pour faire quelque chose en se muchant (en
cachette) .
Les enfants jouent à mucher ( à cache-cache ) et ,
cherchant après leur camarade, ils chantent :
Much'-lc bien, j' cache a|)rès ti,
Si j' t'atlrap' le seras pris;
Un petit pas, petit pas. Madame,
Un petit pas , petit pas , Monsieur.
Puis ils crient: Déhutte ! Déhutte ! pour faire sor-
tir de sa cachette celui qui est muché, (Voir Déhutter.)
— 114 —
MUCHE, MUCHETTE, s. f. — Cachette.
MUGOT, s. m. — Argent caché , lieu où on le
cache.
MULETTE , s. f.— Partie de veau qui lui sert de
sac ou de poche, où est contenu la présure.
MUOT, s. m. — Muet, féminin muelle. — « Th.
Corneille écrit mueaii , féminin muelle , et cite
ces vers :
Il guérit un dénioniacle
Duquel l'esprit était mueau,
A moy ne soyez point mucUc. »
(Cité par Hécart, au mol muaii. )
MUSIAU, s. m. — Museau.
MUSI. — Uoisi.Mucious, roman muisi.
MUSIR,^;. — Moisir.
MUTIAU, s. m. — Morceau de la jambe d'un bœuf
ou d'un quadrupède quelconque. Il se vendait une
fois moins cher que l'autre viande. Nos ménagères
ne peuvent plus avoir du /nw^mît pour faire du bon
bouillon, car, depuis longtemps, les boucliers le
divise en plusieurs parties et en donne à chaque pra-
tique comme morceau de réjouissance.
N
N. — Prononciation ordinaire, comme en français.
NACTIEUX. adj,— Qui fait le dégoûté; féminin
7iactieusse.
— 115 —
NAIN, s. m. — Petit crochet pour prendre le
poisson.
NAVIAU, s. m. — Navet, hrassia napus. On dé-
signe encore sous le nom de rappe, s. f. , une rave ,
[lavet. Ily a à Lille la rue des Bonnes-Rappes .
NETTIER , V.— Nettoyer, rendre net. On trouve
nettier dans Froissart. (XlVe. siècle.)
NEUACHE, s. ?rj.— Nuage.
NUÉ , adj.— Neuf.
NIC ET NAG (Faire), loc. — Les fripiers ont
poutume de s'entendre pour ne pas faire monter
divers objets dans une vente ; ils les achètent à bas
prix , puis les revendent entre eux dans un cabaret
au plus offrant. Le surplus du prix de la vente e^l
partagé, c'est ce qu'on appelle faire nicetnac
Ont laiché v'nir min compère
Avec euss' fair' nie et nac.
Desrousseaux.
( L' Manoqueux , Mes Étrcnnes , 1839.)
NICDOULLE, s, m. — Niais, imbécile.
NID D' AGAGHE. — Espèce de durillon qui vient
aux pieds. Ge mot se trouve dans Hécart avec la
même signification. On le dit plus souvent au village.
(Voir Afjache.)
NIER , NEYER , v. — Noyer. Ancien français
neyer.
NIEULLE, s.f. — Pain d'autel. Dans plusieurs
villes du département du Nord, h certain jour de
l'année, les ouvriers de la ville jetaient, des fenêtres
de l'Hôtel-de-Ville, une grande quantité àthoukes^i
— 116 —
(le nieulles. Ce divertissement avait Ijeu à Lille au
XVIIe. siècle, le jour de la fête da Broqiœlct , et à
Armentières le premier dimanche de mai.
NITÉE,s./'. — Nichée.
Les blés cl 'alentour mùi'S avant que la niti'e
Se trouve assez forte encor
l'our voler et prendre l'essor.
La Fontaine.
NOBLE ÉPINE , s. f. — Aubépine.
NOCE A L'ÉGOT. — Noce en pique-nique.
« J' vous invite à 1' noce à l'ecot ! »
In iatiiulant cha, quequ'un d' riche
Arol bien siir dit : « Esl-i chiche
D'inviter sin monde in payant'.' »
Desrousseaux.
(Le Mariage de Violette,)
NOÉ. — Noël. Pour marquer la croissance des
jours on se sert des dictons suivants :
A Sainle-Luce ,
Saut d'eun' puche.
Au Noé,
Saut d'un ])audet.
A Saint-Thomas ,
Saut d'un qu'va.
NOIROUK, s. m. — Quia la ûgurcnoirle (noire);
au féminin noirette.
NOM J'TÉ. Prononcer dite. — Sobriquet. Ce mot
me paraît très-juste d'expression : nom fié, c'est-à-
dire qui arrive sans plus de formalités qu'une pierre
— 117 —
dans un carreau de vitre. Il suffit de prononcer un
mot, de faire un geste , d'avoir un tic , pour recevoir
aussitôt le nom qu'un parrain vous jette et qui effa-
cera peut-être à tout jamais celui sous lequel nous
avons été inscrit sur le registre de l'état-civil.
Je pourrais citer plusieurs sociétés de Lille dont
chaque membre porte un nom f té.
Nos gamins se nomment : Blondin, Min-roux^
Frisé, Crochu, Bochu , Bohoche , Noiroiix, etc.,
selon la nature, la couleur de leurs cheveux ou le
manque de régularité dans leurs formes.
Les personnages de nos places publiques ont
tous eu des noms f tés : VoyarjPAir, Grosse- Chique ,
Qnartelette , La Cuisse, Crand-Qncva, houlette ,
j\lon-I\ini, etc. Quelquefois on les désigne par un
nom de baptême, comme : P'tit-Franros, Sot-
Louis, Marie- (irosse-T..., Louis Iconteu d' craques,
Marie- Claire, dont l'existence romanesque est re-
latée dans les épaves littéraires de M. Henry Bruneel
et qui a inspiré à M. Desrousseâux l'une de ses
plus dmvmimles pasfiuilles, a été baptisée en 1784,
à la paroisse Saint-Maurice, sous les noms de Claire-
Félicité- Joseph LONGREZ .
Enfin on donna au chansonnier François De Cot-
TiGNiEs le nom f té de Brûle-Maison, parce que,
quand il arrivait sur une place publique, il attachait
au bout d'un bâton une petite maison de cartes à
laquelle il mettait le feu pour attirer la foule.
NOQUÈRE, s. f. — Nochére, gouttière. —
« Noc, nocher e , conduit pour l'écoulement des
eaux. » (RoisiN, Glossaire.]
— 118 —
NORIR , V. — Nourrir.
Du corache et puis des bons bras ,
Poutt'nt norir dije infants comni' cha !
Desrousseaux.
(Le Revidiache. )
NOU-FAIT, parf. nèg. — Non-fait, opposé de
si- fait.
NULWART.— Nulle part.
NUNU, s. m. — Minutieux, qui fait des petits
comptes, qui s'occupe du ménage.
Et l'soir i conipl' doupe à doupe...
Avez-vous connu
Un homm' si nunu ?
Desrousreaux.
fL' Nunu , 3e. vol.)
NUNUTÉE,s. f. — Bagatelles, minuties. On
dit aussi mcmitée dans le même sens. M. Hécart,
dans son Dictionnaire rouchi - français , donne:
n II s'amuse à un tas de nunas et néglige l'essen-
» tiel. A Lille on dit des nunas. »
Et il cite l'exemple suivant des Chansons et PaS'
(juilles de Brûle-Maison t 9^ recueil.
Pierrot , quoiche le me raconterot
Den chel rencontre ,
Des nunas , des conconles.
C Pierrot et Margot.)
Nous ne croyons pas qu'on n'ait jamais dit des
nimas.
— 119 —
o
OBLIE, s. m. — Oublie, sorte de pâtisserie légère,
cuite entre deux fers et faite en forme de cornets.
Lorsqu'en 1270 , on donna des statuts aux pâtis-
siers, ce fut sous la qualité iVoblayeurs (faiseurs
d'oubliés) qu'ils les reçurent et non sous celle de
pâtissiers.
« Obelie, oublie , petite pâtisserie. » (Rabelais.)
OGHE , s. m. — Os. A zoches! à zoches ! là ï mar-
chand d'oches arrivé ! là l' chifl'onnier, vous ï savez :
du vieux fer, du vieux plomb, des vieux chiffons y
tout est bon , là /' marchand cV chiffons !
Cri des chiffonniers à Lille.
l n f'ra point d' vieux oches , dit-on , d'une per-
sonne maladive.
OEUÉ,s. ?n. — OEuf.
ŒUILLARDE, s. f. — OEil poché; œil au beurre
noir.
y les vo incor i s' mctt'nt in garde,
Girott' li donne eun' bielle œuiUarde.
Desrousseaux.
(Les Amours de Jeannette).
OJELEUX, s, m. — Oiseleur. M. Dubuc a fait
en 1849 une chanson intitulée : Souvenir du roi des
Ofleux, imitée du Grand Docteur Bolis , par M. Des-
IlOUSSEAUX.
— 120 —
OJEAU, s. m. — Oiseau.
Quaiiil Dieu invoic les ojeaiix,
I ne r'fus' [loiiit les patiaux.
Ch'esl un ojcau pou V cat.
(Dictons.)
OJON,s. m. — Oison.
I r'sane les osons , il a 1' crasse au cul.
(Dicton cité par Hécart. )
A Lille on dit dans le même sens : Ch'est un eu
iVojon.
OLIETTE, s. /*.— OEillette, du latin oleum , sorte
de pavot dont la graine sert à faire de Yole ou de
l'huile (vieux français oille].
On donne le nom d'Olieu, s. ni., à l'ouvrier qui
travaille aux moulins à l'huile.
Autrefois on faisait bouillir une tête d'oliette, et
l'on administrait cette boisson aux jeunes enfants
pour les endormir.
J'y ai d'jà fait eun' chuchelte,
J' frais bouillir d' Voliette ,
Din 1' temps qu' j'étos méchant
On m'in faijol autant.
(Chanson de Carnaval.)
ORPER,!?.—- Ourdir.
OSOIR, V. a. — Oser. Espagnol osar.
OSTIAU, s. m. — De ostel, maison. On appelle
ainsi la prison et le violon.
«Ost, maison, logis, hospitium.y) (Rabelais.)
(Mt signifiait aussi armée.
OSU. — Participe passé du verbe Osoir.
— 121 —
OTIEU, s. m. — Outil. On dit figurément : CKest
un triste otieu d'un homme maladroit.
OTIL , s. m. — Outil, métier à tisser.
OURDACHE , s. m. — Échafaudage.
OUTE(Tout), /oc — De part en part, tout-à-fait.
Il faut estre p tout outre
Ou bien du tout ne l'estre point.
Mathurin Régnier.
OUVERIER, s. m. — Ouvrier.
OUVRANT, adj. — Travaillant. Excepté les Di-
manche et jours fériés, les autres sont des jours
ouvrants.
Passez par là, Dimanche' et joui's de fiête,
Et vous r verrez , tout comm' les jour' ouvrants.
Desrousseaux.
(L' Graissier.)
OUVRER, V. a. — Travailler. La langue fran-
çaise s'est défait de ce verbe en conservant toutefois
les substantifs, ouvrier, ouvrage.
Afin qu'ouvrier diligent
Il vienne ouvrer dès l'aube matinale.
Voltaire.
OUVRO, S. m. — Ouvroir, atelier.
122 —
l*A= — Abréviation de la préposition par.
PACOUL, s. m. — Paysan, de. paganus. On dit
aussi paour et pacant.
PACUS, s. m. — Magasin, lieu de dépôt de mar-
chandises.
I li flit : BcMijour Mam'zelle !
A m'mason j'ai tant d'écus
Qu'on peut les r'niuer à 1' pelle.
Connu' des puns-d'-tierre au pacus.
Desrousseaux.
{Les Amours du Diable.)
PAÉLE, s. f. — Poêle à frire, du bas latin
poclla.
Qui veut viez pos et viez paieles.
(Cris de Paris , par Colletet, cité par Hécart.)
PAF (Être). — Être ivre; être saisi, anéanti par
l'etlet d'une nouvelle ou d'un événement inattendu.
On dit plus particulièrement épaf dans ce dernier
sens.
PAGE ET AGE, loc. — Paisiblement et à l'aise.
Un jour, in sortant de m'n ouvrage.
Passant tout près de I' Comédi :
3e m' pourmenos tout page et âge ,
Dijanl : ([u'uiint passer min lundi?
Desrousseaux.
(Fualdès.)
PALIAIID, adj. — Qui n'est plus de mode; qui
est trop voyant, en parlant d'une étoffe à dessins.
— 123 —
PAIN DE MOINE, s. m. — Poire cuite au four
dans une enveloppe de pâte. On disait autrefois
pet-de-moinc; on le nomme encore quiou.
Dans les environs de Lille , on dit bourleau , à
cause de sa forme qui ressemble assez à une boule.
PAIN-PERBOLE. s. m. — Les pains-perboles
étaient des morceaux de pain-d'épice que les jeunes
communiants offraient en présent à leurs parents
et amis.
Les marchands avaient fait tous leurs efforts pour
maintenir la réputation de cette pâtisserie spéciale.
Le pain-perbole, jadis de couleur grisâtre , composé
de seigle et de sirop , avait fini par devenir un pain-
d'épice superfin. Ce perfectionnement ne l'a pas
empêché de faire naufrage et il a été complètement
détrôné par la dragée.
Un journal de Lille, La Liberté, si je ne me
trompe, disait : « Que tous les enfants étaient égaux
devant les pains-perboles. Ces morceaux de pain-
d'épice avaient la même forme pour le pauvre
comme pour le riche , et il y avait peut-être là un en-
seifijnement...
Il n'en est plus ainsi de la boîte de bonbons : la
petite fdle de l'ouvrier, cheminant avec sa petite
boîte toute simple, regarde, peut-être, d'un œil d'en-
vie, le coffret éblouissant du petit garçon riche... »
Quoiqu'il en soit, les enfants poursuivent encore
aujourd'hui les communiants, en leur demandant
connue autrefois : Un put pain-perbole !.. .
PAIN-PERDU, s. m. — Tranches de pain, dit
pain- français, trempées dans du lait, puis dans des
œufs battus et que l'on fait frire à la poêle; avant
de les servir, on les saupoudre de cassonnade.
— 124 —
A Douai et à Valenciennes, on dit, pain crotté.
J'ai des reinette' in compote ,
J'ai aussi du pain-perdu.
Desrousseaux.
(J'ai du mirliton. J
On l'appelle aussi pain-perdu , à Mons.
PA^ A, s. m. — Benêt.
« Ch'est bien triste , allez , Célina ,
D'avoir un garchou si pana. »
Desrousseaux.
(L' Pana, Mes Elrennes, 1860.)
PÂNCHE, s. f. — Panse, ventre.
Plein s' manche et plein s' panche.
( Dicton. J
PÂNCHETTE, s. f. — Diminutif de panche, mor-
ceau de la panse du cochon.
PA^CHU, PANCHARD, adj, — Pansu, qui a
une grosse panche.
L' jour d' saint Panchard ch'est t'fiête.
(Dicton.)
PANTALISER (Se), v. pr. — Se carrer, prendre
ses aises.
El s' Inell' madam', qui s' pantalisse,
L'appeir Dégourdi sans malice ! !
Desrousreaux.
(J aequo V Balou , 1er. vol.)
PAPAKT, S. m. — Image, poupée, poupart.
PAPILLONNACHE. — Terme du métier de fiï-
— l2o —
tier. Uaction de papillonner consiste à nouer en-
semble plusieurs écheveaux; le nœud du fil papil-
lonné ressemble assez à l'aîle du papillon.
Ce travail est ordinairement exécuté par des
enfants dont les petits doigts, par leur dextérité et
leur légèreté , donnent aussi une idée du vol de cet
insecte.
PAPIN, s. m. — Bouillie faite de farine délayée
avec du lait. Ce mot vient de l'allemand pappe
(dren), pâte, colle.
PAPIN, s. m. — Colle de pâte.
PAPIN, s. m. — Coléoptère.
S'i trouve un papin dins s'n assiette
I crache
Desrousseaux.
(L' Nunu.J
PAPIN. s. m. — Pépin, semence de fruit.
PARCHON, s. f. —Portion d'héritage; du latin,
portiOt portion; ancien français, pardon.
XXI. Li siermens que on doit faire as parchons.
(Roisiîs, publié par Brun-Lavainne.)
Nous étim's Ion d'èt' riches ,
Puisqu'à m'n homm', pou s' parchon
S' mère a donné tros qu'miches,
Eun' veste, un palalon!...
Desrousseaux.
(Le Bonheur du ménage.)
A Valenciennes, on dit : foiirméture; à Cambrai,
parçon. (Hécart.)
PARFIN. — M. Hécart explique ce mot par à la
fm; BoiSTE par enfin.
— 126 —
Parfm est employé dans plusieurs refrains que
chantent les enfants :
U allez-vous gra'-mèr' boiteusse ,
Miiefiu , milelin ,
U allez-vous , gra'-mèr' boiteusse '.'
Milefin , parfin.
PARFOND. — Profond, ancien mot français.
PARJURÉ , s. m. — Nom que l'on donne au
lundi qui suit l'Epiphanie.
On prétend que ce jour est ainsi appelé de ce
que les Rois Mages se sont rendus parjures en ne
portant pas au roi Hérode des nouvelles du Sauveur
ainsi qu'ils lui en avaient fait la promesse.
Les ouvriers, ce jour là, vont chez les clients de
leurs patrons chercher ce qu'ils appellent leur
parjuré ( pour-boire ) en leur souhaitant une bonne
année.
Il s'est passé le lundi parjuré de l'année 1667,
alors que Lille venait d'être soumise a la domination
française, le fait suivant que rapporte M. Henry
Bruneel dans son Histoire populaire de Lille :
« A l'aube du jour, nos boulangers, suivant l'usage
» immémorial, s'étant mis, par toute la ville, à corner
» les pains chauds , les Français prirent cet effroyable
» bruit de trompes pour le signal d'un soulèvement popu-
» laire; en un instant, la garnison fut sous les armes,
» s'apprêtant à soutenir un combat acharné.... Mais bientôt
» on s'explique de part et d'autre , et cette échauffourée
» se termina par un immense éclat de rire. »
PAROLI, s. m. — Langage, manière de parbr.
Te marche' à la badine ,
T'acout' sin paroli. Desroasseaux.
fLc Petit Doigt.)
— 127 —
PARTIR, V. — Terme du métier de fdtiér; c'est
une abréviation du mot patois épariir [rendre épars .
L'action départir le fil c'est, lorsqu'il vient d'être
battu, de le dégager des imperfeclions du travail
primitif et de le rendre propre à la formation des
écheveaux.
PARTISSACHE, s. m. — Action de partir ou
d'épartir,
PASQUILLE, s. f. — De pasquil, patiquiuadc,
satire; dans notre patois il signifie récit ou scètte
dialoguée.
« Les Pasquilles Lilloises de M. Deskoisseaux peuvent
» être considérées comme écrites en bon Daru , p^alois par-
» ticulier qui appartient aux habitants de la paroisse Sain -
» Sauveur, au dire du célèbre imprimeur Panckouke.
» Casse-Bras et Marie-Claire sont des chefs-d'œuvre de
j» littérature patoise. » L. V.
(L'Amusement d'un Lillois.)
PASSET, s. m. — De pas, petit banc pour poser
les pieds.
PASSO, s. m. — Passoire, ustensile de cuisine
de terre ou de métal percé d'un certain nombre de
petits trous, servant à écraser des légumes ou des
fruits pour en tirer la purée ou le jus.
PATACONS, PATAGONS, s. m. pi — Pièces
d'argent. Le patacon ou patagon, monnaie de Flan-
dre , frappée au coin du roi d'Espagne , a valu
48 sous, 58 sous et enfin un écu.
PATARD. — Ancienne monnaie de cuivre de la
valeur de 6 cent, ^ji. Il n'y a pas bien longtemps
que les fabricants de fils comptaient encore par^r/-
— 128 —
tards. En 1790, l'ouvrier filtier gagnait i^patards
pour douze heures de travail. La noble conduite des
ouvriers fdtiers pendant le siège de Lille, en 1792,
leur valut de la part de leurs patrons une augmen-
tation de 3 patards, ce qui porta le prix de la jour-
née à 1 fr. En 1798, elle était de 19 patards...
(Voir VEcho du Nord du 2a octobre 1846.)
Ce mot, dit M. Hécart, est fort usité en Hainaut,
en Cambrésis, en Flandre et en Brabant.
PATIAU, s. m. — Pâtée, aliments pour les oi-
seaux et , en général, morceau de pain , de viande ,
etc.; au figuré soupe épaisse.
PAU. — Peu, paucus. De nos jours, on dit gé-
néralement peu, comme en français, excepté
dans cet exemple :
Grosse tiête pau de sîns.
(Proverbe lillois. J
PAUCHEUR, s. m. — Rebouteur, qui remet les
os.
« Il y a eu à Lille , jusqu'en 11 it , un paucheur juré,
» salarié par le magistrat. »
Pierre Legrand.
PAUVERIEU, s. m. — Pauvriseur, personne qui
était autrefois chargée de distribuer les aumônes.
J' veux bien t' croir', mais pou t' tirer d' peine
L' pauverieu t'as mi' a l' quinzaine,
Desrousseaux.
(Choisse et Thrinette.)
PAUVERTÉ, s. f. — Pauvreté, indigence.
Ch'esl comme 1' pauverté d'ssus I' monde.
( Dicton. J
— 129 —
PÉNINQUE, 5. f. — Bonbonen forme de spirale.
PÉNIQUE, s. f. — Compote de fruits; marmelade.
PENEUX, adj. — Penaud. On emploie aussi |}c-
teux dans le même sens.
PENOULE, s. m. — Pour capenoul, capon. fV^oir
ces mots.)
PEQUER, PEQUIER, i?. — Pêcher, prendre du
poisson; joàcan, roman pesquier.
PERCO, s. m. — Perche, poisson d'eau douce,
du latin perça.
PERDRE L' CLEF DE S' MARONNE , loc, —
Avoir le dévoiement.
PERNIOT-TE, adj. — Délicat, mignon.
PERSIN", s. m. — Persil, plante potagère, j?ef)'0-
selinum.
« Ce mot me rappelle, dit M. Emile Gaciiet dans une
» lettre adressée à notre chansonnier M. Desroisseai.x ,
» l'embarras d'un savant bibliographe qui avait le malheur
» de ne pas comprendre le patois. Il trouve un jour un
» manuscrit du XVe. siècle» où l'on voyait écrit au feuillet
» de garde certaine recommandation du propriétaire :
» Cest heure présent appartient à Mlle. ***; qui les
j) trouve , elle prie que on luy rend et il aura le vin ,
» quant la saille deviendra persin. Que voulait dire
» cette phrase? pour qui n'est pas initié à Tintelligence
» du patois, cela ne voulait rien dire. Le premier paysan
j aurait pu la traduire ainsi : et il aura le vin quand la
» sKVGz deviendra persil. »
PERTELER, v. n. — Faire une série d'incon-
gruités bruyantes.
6.
— 130 —
PERTELIER - ÈRE. — Qui pertièle.
Queu malheur ! min baudet est fin j)ertelier.
F. C.
(Le Tourquennois et le Lillois sorcier.)
« A Valenciennes , on nomme perteloir le trou
(le l'anus. » (Hécart.)
PETIT-CLERC, s. m. — Enfant de chœur.
Rosett' roucoulot des ariettes
Avec des tons si biaux , si clairs ,
Qu'eir faijot fisque à les p'iits-clercs
Et l's alouettes.
Desrousseaux.
(Violette).
PETOTE, s. f. — Pomme de terre, de patate.
PIAU, s. f. — Peau. On disait autrefois piau-
chelier pour pelletier, marchand de peaux.
PÏCAÏONS (Avoir des), s. m. pi. — Être riche,
avoir des écus.
Li , dins sin caractère ,
Avec ses picayons ,
A l'av'nir, il espère
D'acaler des masons.
(Société des Risquons-Tout, Carnaval 1861.)
PICHATE, s. f. — Urine.
PICHATIÈRE, s. f. — Urinoir.
Entre Lesquin et Vendeville, il y a un lieu-dit :
La Pichalière,
PICHE (Faire du) . — Voir Fisque (faire) .
PICHE-POT, s. m. — Pot-de-chamhre. La rue
des Quinzc-Pots s'appelait, autrefois, rue des Quinze-
Pisse-Pots,
-r- 131 -^
PICHER, V. — Uriner. Au figuré, fuir, avoir
peur.
PICHON, s. m. — Poisson, du latin piscis.
PICHOMIER, s. — Oui vend du poisson; fé-
minin, pichonnière, pichonneresse.
PICHOU, s. m. — (Voir Laineron.)
PICHE-AU-LIT, s. m. — Enfant qui pisse au lit.
On appelle encore de ce nom la plante pissenlit,
delà famille des chico racées.
PICOT, s. m. — Pic, pieu, pioche.
On donne encore ce nom à une garniture en
forme de pointes, faite avec du cordon et que l'on
met aux mouchoirs, bonnets, etc.
PIÉCHA, adv. — Piéça ; depuis longtemps.
« Voilà une expression que le XVIe. siècle employait
» encore, mais que Ton rejetait déjà du temps d'Ueini
» Etienne comme sentant trop sa place Maubert. Ce grand
» homme eut beau réclamer en sa faveur, ou ne l'écouta
» point.... Et pourtant, on n'avait pour le remplacer que
» la phrase il y a longtemps ; phrase traînante, s'il eu
» fut, qui a cinq syllabes, tandis qne piéça n'en a que
B deux, et qui en outre ne peut entrer dans un vers.., »
M. Emile Cachet.
(Glossaire roman. Bruxelles, 1859.)
PIED-D'ÂGACHE. — (Voir Agache.)
PIEDSENTE, s. (. — Sentier, petit chemin
praticable à pied, chemin de traverse.
PIENNE, s. f. — Nœud des écheveaux de fd.
PIERRE-LIM.\NDE, s. f. — Ce mot s'emploie
figurément pour désigner une chose rare, précieuse.
— 132 —
M. Dessousseaux a employé ce mot dans la
pasquille intitulée Casse-Bras et a donné la note
suivante dans sa première édition (1849) :
« Malgré mes recherches je n'ai pu découvrir l'origine
» de ce mot; ce que je sais, c'est qu'il sert à exprimer
» une chose précieuse. Voici néanmoins ce que je suppose :
» la pierre aimantée , qu'on nomme aussi par corruption
D pierre d'aimant, a dû, à son apparition, produire un
» effet prodigieux aux yeux de nos bons Lillois , qui en
» auront fait ;)icrrc l'aimant, puis 2>icrre limande »
PIERROT, s. m. — Moineau.
PIERRETTE, s. f. — Noyau, partie dure des
fruits.
I maingeot tout comme eun' biête ,
In pinsant fair' mieux ,
Tout jusqu'à les \)' til' s pierrette s
Et mêm' tous les queues.
Brûle-Maison.
(Un Tourquennois qui a fait la gageure de manger
plus de prunes qu'un cochon.)
PIGOUCHE, siibst. des deux genres. — Qui ne
sait supporter aucune douleur.
PILE, s. f. — Raclée.
PILET, s. m. — Pilier, poteau, support.
PILET D' PLACE, s. m. — A la même signifi-
cation que cimier rf' i^lace. (Voir ce mot.)
PINCHE, s, f. — Pince.
PINCHERIAU, s. m. — Pince de paveur.
PINCHINAT, — On appelait ainsi un drap gros-
— 133 —
sier que l'on fabriquait dans le département (lu Nord.
Il invoira l'un li (lucrr' des leuneUes
In verr' dépoli doublé d' pinchinat.
Desrousseaux .
(Le Cousin Myrlil.)
PINCHON, s. m. — Pinson. Oiseau qui pinse
fortement la main de celui qui le prend.
Jl y a fréquemment dans le Nord des concours
depinchons (surtout à Armentières et à Tourcoing] ,
On sait que cet oiseau est, après le rossignol, un
de nos Irès-bons chanteurs ; on a soin de l'aveu-
gler, afin que, n'ayant plus de distraction, il soit
tout à son chant.
On désigne aussi sous le nom de pinchon, un
accroc mal fait.
Lorsqu'une personne a l'onglée, on dit qu'elle
a r pinchon.
PJNDERLOTS, s. m.pL — [Yo\r Cloque.)
PINTE, s. f. — Mesure de liquide de la conte-
nance d'un demi-litre.
PINTER, V. n. — Boire ipâv pintes.
PINTEU ou PINTELEU, s. m. — Qui boit par
pintes.
PIOCHER, V. n. — Travailler péniblement, ar-
demment.
PIONNE, s. f. — Bouvreuil, oiseau appartenant
à l'ordre des passereaux, ainsi nommé parce qu'il a
le ventre de la couleur de la pivoine , que nous
appelons {\ussi pionne.
PIPER, V, — Fumer, se servir de la pipe.
— 13i —
PIQUE, s. f. — Rancune. Nous trouvons dans
Rkhelet :
« Pique, sorte de petite querelle qui cause du refi'oi-
» dissenient entre gens qui s'aimoient. ( R y a entre eux
)) quelque petite inque. Ils sont en pique l'un contre
» l'autre. ) »
(Dictionoirc Français, M. DCC. X.)
PIQUES (Passer les), loc. — Terme du jeu de
mabres ou Aeqnecques. Passer les piques, comme le
dit M. Pierre Legrand : « C'est recevoir sur les pha-
» langes, à courte distance, la bille lancée d'un
» pouce vigoureux. »
PIRONNELLE (Canterla). — Locution qui s'em-
ploie chaque fois que l'on parle de chanter. On dit :
710US allons canterlapironneUe. D'où vient ce mot?
Ne serait-ce pas du retrain d'une ancienne chanson
qui aurait eu une certaine popularité ? Ou bien se-
rait-ce tout simplement une variante de ritournelle?
L' parrain a mis bien vit' sus 1' table ,
P'tit salé , andoulie et gambon,
Après clieuU' petite colalion,
On a canté la pironncllc.
Desrousseaux.
(Le Revidiache.)
PIS, S. m. — Mamelle. Cheidï vaque a un biau
pis, cette vache a une belle mamelle.
PLAGHE, s. f. — Place.
T' plache est à 1' cliimetière.
Quand on va à I' ducassc on perd s' plache.
(Dictons. J
— 135 —
PLACHETTE, s. f. —Petite place. Il y a à Lille
r Plachettc-aux-Ognons.
M. Ch. DE Fraîsciosi , dans une de ses intéressantes Cau-
series du Jeudi qu'il a eu le tort, selon nous, d'inter-
rompre, nous raconte qu'un fanatique tulipomane lillois
céda sa brasserie de la rue des Yieux-Murs qui se trouvait
dans un jardin voisin de cette petite place laquelle, depuis,
s'est appelée : l' P lac hette- aux- gnons , en souvenir
de cette vente célèbre.
{Yoir le joiu'na! des Affiches et Annonces, du
27 mai 1838.)
Le genre de cette tulipe , au reste , était appelé partout :
Tulipe de la Brasserie. M. Demortain, médecin, amateur
passionné de tulipes , la cultivait. Elle était à fond juune ,
très à la mode alors. Aujourd'hui il faut que la tulipe soit
à fond blanc pour être accueillie. C'est depuis ce change-
ment de goût que la tulipe dite de la brasserie a perdu sa
réputation. Néanmoins, par respect pour l'histoire , M. Demor-
T.viN lui avait conservé une place dans son jardin.
PLAID. — Plaid, en langage du XlVe siècle,
signifie procès , querelle, tenir plaid, audience. On
donne à Lille le nom de petit-plaid, au tribunal de
simple police.
PLAIE, s. f. — Plie, poisson plat. Grandé-PIaïe!
cri des marchandes de poissons.
Au figuré, ce mot est une injure, il se dit d'une
femme qui se néglige.
PLANCHONS, s. m.p. — Plançons.
« Planchon , pique. — Roisfn , Glossaire. »
PLANQUE, s. f. — Planche; du latin, planca.
PLATE-BOURSE (Être à 1'). — Ne pas avoir
— 130 —
d'argent. Un cabaret de la rue de la Barre a pour
enseigne : A la Plate-Bourse.
Te vos donc, qu' si ch* n'est qu' j'ai 1' ressource
Quand nous sonim's réduit' à 1' plat'-bourse ,
De dir' savez au boulinger
Et au graissier,
Je n' poros jamais m'in r'iirer.
Desrousseaux.
(Choisse et ThrinctU.)
PLATELETTE (Marchand d'). — Marchand qui
va dans les villages et qui échange, contre des os,
des chiffons , du vieux fer, etc., des/>/afs et lelkltes,
et, en été , des fruits.
J' t'ros, si j'élos marchand d' platellette ,
Sonner les cloquette' au cou d'min q'va.
Desrousseaux.
(Violette , chanson.)
Au figuré, on dit d'un homme qui a une mauvaise
tournure, qui parle mal, que cKest un platellette.
PLAT-FIEU, s. m. — Sans énergie, malpropre,
qui parle mal.
Plat-collet a la même signification.
PL ATI AU, s. m. — Plateau, patois.
Mari' point, min fîeu.
Car l'aras du ma ,
T'aras à mingé
Din 1' platiau du cat.
(Ancienne Chanson.)
J' veux d'un luron qui parle bien /)iafiau-
Desrousseaux.
On dit d'un homme qui parle le patois avec
affectation : Ch!est un vrai platiau.
— 13: —
PLATIAU, s. m. — Petit poisson plat*
Pour Iros francs d' platiau clins m'iich' fiile.
L. Debuire.
(Les Lilloises.)
PLATINE, s. f. — Ustensile de ménage, plateau
avee chandelier, bougeoir.
Au figuré, avoir eun bonne platine, c'est possé-
der une élocution facile.
PLEU-D'OEUÉS, adj. — Synonyme de hmt.
(Voir ce mot.)
PLEUMACIJE. — Plumage.
PLEUME, s. f. — Plume. On dit d'un homme
qui sait écrire, qu'il sait la plume. Il n'y a que dans
ce cas qu'on prononce comme en français; dans
tous les autres, on écrit et on prononce ];^eu/HC.
/ sait la plume : et les fillettes
Y'nott'nt li faire écrir' des leltes.
Desrousseaux.
Les bieir pleumcs faittent les biaux ojeaux.
(Dicton.)
PLEUMER, i\ — Plumer, ôter les plumes.
« On vot là un procureur à côté d'un avocat qui
» pleunie eune poule sans 1' l'aire crier...
L. Dechristé.
(Souv'nirs d'un homme d' Douai.)
PLEUVE, s. f. — Pluie, pluvia.
PLEUVEINNER, v. — Pluie fine qui ressemble
au brouillard, bruiner.
Dans les environs de Lille, on dit en parlant de
cette pluie; i ver senne.
— 138 —
PLONQUACHE, s. m. — Action de plonger.
PLOXQUER, V. a. —Plonger.
FLOTE, s. f. — Pelote, petite balle.
P'LOTEU, adj. — Synonyme de Imot. (Voir ce
mot.)
P'LOTEU, s. m. — Ouvrier qui fait des pelotons
de fds.
PLUQUER, V. a. — Mangera petits morceaux,
comme un oiseau qui phique des miettes, des mor-
ceaux menus pour nourrir ses petits.
P'LURER, i\ — Peler, ôter les pelures.
POCHE, s, m. — Doigt, pouce.
« Poche, polsche, selon la prononciation wallonne
» du vieux mot polz, qui vient du latin pollex. »
Escallîer.
Lorsqu'on veut marquer un grand étonnement ,
on emploie ce dicton :
Min jwchc in querrot bien dins m' main.
POCHER, V. a. — Presser avec le pouce; du
vieux français, pochicr. On dit d'une personne qui
est dans l'affliction, qui a le cœur navré, qu'elle a
le cœur poché.
POCHON, s. m. — Verrée , plein un verre. Boire
un pochon, vider un verre.
. . . Ch' r'vrogn' li répond :
Incore un pochon
A boire ,
Incore un pochon !
Desrousseaux.
(L'Ivrogne et sa Femme.)
— 139 —
POCHON, s.m.— Poinçon.
PORÏER (Faire 1'). — C'est faire V arbre fourchu .
Ce jeu consiste à se tenir la tête en bas et les jambes
en l'air.
Dans les environs de Lille, on dit , faire l' eu
oorie (eu poirier.)
POISSE , s. m. — Poids. I na point iovt sin
ooisse, dit-on d'un individu dont la tête est faible.
Les employés du Poids public sont appelés broute-
%u-poisse , parce qu'il entre dans leurs attributions
ie brouetter des masses pesantes , et non homme dc-
jods, comme l'a dit M. Debuire dans une note jointe
\ sa cbanson du Pcr' -Bis.
POITREINE, s. f. — Poitrine.
Au mos d'mars, les cnurte'-haleiiies
Sintiront bien d' l'imbarras ,
Et puis , du fond d' leus poitreines ,
Un p'tit chifflet sortira.
Brûle-Maison.
(Prédictions.)
POLîSSO, S. m. — Fer à l'usage des repasseuses.
Dans les environs de Lille, on dit palisser pour
'epasser le linge.
POMPÉTE(Étre), loc. — « Êtreun peupompêtc,
» être en belle liumeur, en gaîté, par l'effet de la
» boisson. »
« Ce mot, que l'on trouve dans Rabel.us, lire son ori-
» gine des élévations et rougevu-s qui naissent sur le nez
» des ivrognes comme des pompons de femme. »
Pierre Legraud.
f Dictionnaire du Patois de Lille , te. édit.)
— iio —
PONTIFICAT. — Avec cérémonie , pompe.
Est intré hier à l'hôpiîa,
Coudui' in gvanû i^ontificat-
Desrousseaux.
( Casse-Bras , pasiiuille . )
POQUE, s. f. — Marque résultant d'un coup.
POQUETTES, s. f. pi — (Voir Mahré.)
POQUETTES VOLANTES, s. f. pi — Rougeole.
POIIÉE, s. f. — Purée de choux.
Tout vert comm' de 1' porce.
( Dicton. )
PORETTE, s. f. — Poirette, espèce de toupie
parce qu'elle a la forme d'une poire. Au figuré, on
dit d'un homme qui a du ventre, qu'il a eun panclie
à porette.
PORION, s. m. — Poireau, de porrum.
On désigne encore sous le nom de porion, plu-
sieurs espèces d'excroissances ou de verrues.
POSTILLON, s. m. — Expression métaphorique
servant à désigner le petit morceau de papier que
les enfants enfilent à la ficelle de leurs cerfs-volants
(dî^agons), et qui, poussé par le vent, va le joindre.
Et quand on vous vot marcher,
J' vous assure
Qu'on n' peut cesser d'admirer
Yo' tournure :
Vous êt's connue un postillon
Qui trottin' tout au long'
De l' ficheir d'un dragon. . . .
Desrousseaux.
( La Vieille Dentellière. )
— 141 —
POSTURES, s. f.pl. — Statues de plâtre.
PORTA, s. m. — Portail.
No villache, on 1' connot terlous.
A l'égliche i n'y-a deux portas,
Un intre ichi, on sort' par là. . . .
Brûle-Maison .
( La Tourqucnnoise et le Savetier.)
PORTE-AU-SA , s. m. litt. — Porteur-au-sac ,
portefaix.
M. Desrousseaux a fait une chanson ayant pour
Litre : Les amours du diable et de l' fille d'un porte-
%u-sa,
PORTE D'ROS. — Expression qui signifie porte
fermée, porte de bois.
Accoul' ch'esl niallieureux tout d' même
Mais te vas trouver l' porte d' bos.
C. Decottignies.
{ Le Flâneur lillois.)
PORTELETTE. — (Voir Agrippin.) Petite porte,
portula,
PORTEU D'IAU BÉNITE, hï^ — Porteur d'eau
bénite. Il y a dans chaque église de notre ville un
employé cbargé de distribuer le Dimanche matin
de l'eau bénite aux paroissiens, en leur domicile.
Min pèr' port'ra d' l'iau bénite.
Desrousseaux.
{Le Sergent de chœur.)
POT-AU-LOT (Au) . — On dit que les cabaretiers
vendent au pot-au-lot lorsqu'ils vendent de la bière
— 142 —
pour être consommée hors de leur établissement.
Autrefois la bière vendue de cette manière se payait
un liard moins cher à hpiiitc.
POTÉE, s. f. — Mesure pour les liquides, déci-
litre.
Volez-vous savoir dunouviau,
Y'nez dins 1' ru' du Bourdiau,
Pou r prix d'eun' demi-potée
y l)ats les carie' et j' fais 1' café.
Desrousseaux.
( La Consolatrice des cœurs désolés.)
POUCHIN, s. m. — Poussin, petit poulet nouvel-
lement éclos. Au figuré, mot d'amitié.
Dors niiii p'iit quinquin ,
Miu p'tit poucliin. . . .
Desrousseaux.
( L' Canchon dormoire.)
POUFRIN, s. m, — Petite braise, poussière que
Ton met dans les chaufferettes et avec laquelle on
;t 11 unie le tabac.
POULERIEI (La) — Ancien cri des marchands
de croque-poux. (Voir ce mot.)
POULIETTE, s. f. — Jeune poule, poulette. Au
tiguré, jeune fdle.
POLMONIC , adj. — Pulmonique , malade atta-
qué du poumon.
POUPLIER, s. m. — Peuplier, populus.
POURCA, s. m. — Faire perquisition, rechercher,
solliciter, quêter; du vieux français, pourchas.
^"y-a qu'un iiioycMi de s' tirer d' là,
Ciresl d' fair' tous les s'maiue' un pourca-,
Desrousseaux.
i}'iolettc , 2e. vol.)
— 143 —
On écrit et on prononce jwurca et non fourchas,
îomme nous le trouvons clans le Dictionnaire de
^I. Pierre Legrand. Dans le Glossaire du livre de
\oisin, publié par Brun-Lavainne, il y a : Pourca-
'Jicr (pourchasser.)
POURCHAU , s, m, — Marque produite par l'ex-
ravasation du sang cl qui paraît au doigt lorsqu'il
[ été pris soit par une pince, soit par une porte , etc.
A Valenciennes, on dit : pinchon.
POURCHAU, s. m. — Pourceau, cochon.
Oui fait du bien à sin jwurchau le r'trouv' din sin salo.
(Dicton).
POURCHAU D' MUR, s. w. — Cloporte, muUi-
)cda .
POURCHÈLERIE. — Taudis.
POURCHELET. — Petit pourchan.
11 y a à Lille, la cour du Pourchelet.
POURCHI, s. m. — Porcherie.
Au ligure, maison en désordre, malpropre.
POURETTE, s. f. — Poussière de charbon de
)ois.
POURMENATE, s. f. — Promenade.
POURMENER, v. a. — Promener.
POURMIRER, V. — Regarder attentivement.
POURMIRER (Se), v.f. — Se regarder avec
complaisance , avec admiration.
PO VU. — Participe passé du verbe pouvoir.
— 144 —
POUSSATE, s. f. —Poussée.
Tout d'uncop! i vien' oun' poussate ,
Coule r mur on m'réliiul tout' plate!
Desrousseauz.
(Le Spectacle gratis.)
PRÉAU, s. m. — Roseau. ïl est coutume de jeter
{inpréau dans les rues où passe la procession.
Et des préaux à 1' procession.
L. Debuire.
( Les Lilloises. )
PREMME, adj. — Premier. (Voir Berne.)
PRISÉE, s. f. — Estimation, taxe du pain.
PRIVÉE. — Voir Bacatiau,)
PRO^'NE, s. f, — Prune, prunum; roman,
pronnc.
Ch'cst eun' bonn' chochonne ,
Elle aim' mieux un p'tit verr' qu'ean' pronne.
{Dicton.)
Au figuré, soufflet.
J' li donn'ros volintiers des pronnes,
Si min cœur n'étot point si bon.
Desrousseaux.
{MesÉtrennes, 1861.)
PlilR, V. — Puer, infecter.
PUISSANT, adj. — Gros et gras; qui a de la
corpulence.
PUN, suhst. — Pomme. — Pim-d' -lierre , pomme
de terre. — Peun poire, pomme-poire, espèce de
reinette grise.
— h:; —
PUNACHE, s. {. — Punaise.
Aussi plat' qu'eun' punache
y n'ai pu d'dins sus l' devant.
Delobelle.
( La Liquette de Desrousscaua;.)
PURER,v.— Épurer.
Ros'-3IagTite , in purant ses chintes.
Desrousseaux.
(Violette, pasquillc.)
PURÏAU, s. m. — On donne ce nom, au village,
au réceptacle de l'urine des vaches, laquelle sert à
engraisser les terres.
PURIN, adj. — Pur; {"èmimn purame.
« Pwraine (pure) , véritable.» (Roisin, Glossaire.]
Cirost tout purin de 1' sorte après les bons.
(Dicton.)
PURO, s. m. — Ustensile servant à purer les
cendres pour en retirer les cscarbiles afin de pouvoir
les rebrûler. (Voir Escarhile.)
PUS-MÈ-QUE. — Rien que.
— T'a incor" des tabletl's pour hoir' du café, Françoise?
— Va non, va , Lilique, je n' n'ai pus-mc-qu' eune .
PUTE, s. f, — Femme prostituée. On appelle
putage, la débauche que l'on fait avec les putes, de
puticla.
« Les femmes de mauvaise vie, ou putes, étaient jadis
» aux Pays-Bas sous la surveillance des rois des Ribauds ,
» et ces derniers cumulaient souvent avec ces fonctions
» celle de bourreau. Aussi leur donnait-on, surtout en
» Uainaut, le nom de ptiticr. »
M. Emile Cachet.
( Glossaire roman. )
— lîC
Q
OOEUGHE, s. f. — Morceau de pain-d'épice,
pierre à aiguiser nommée autrefois Queux.
On !e trouve dans Flretière qui le donne comme
vieux.
M. Desroussealx écrit ce mot par un A'.
(( .... L' Giaiul-Miigasin, avec ses 36o forniètes, s'rol
» lr()|) ii'tii pour rinsérer tous les kœuches d' pain-n'épice
» ([u'ou y a \ indues — »
Desrousseaux.
( Sout^cnance du temps passé. — Foire de Lille.)
QUARTEx\Ij, s. m. — Petit tonneau à l'usage
des savonniers et dans lequel on met le savon li-
quide.
OUARTELETÏE, s. f. — Diminutif de quartcau,
(Juarteletfe est le nom d'un marchand d'oiseaux,
lameux ivrogne s'il faut en croire une chanson lil-
loise qui l'a rendu célèbre :
Coiinaidioz-vous Quarlelette ,
Quiirtcletle , niaicliaïKl il'ojcaux ?
l'our avoir l)u eun' canolle
1 s'a rétiai' au tombeau.
OLAUÏERIER, s. m. — Infirme. Ce mot pro-
vient (le ce que, auliefois, tous les trimestres,
( 'esl-à-dire à chaque quart de l'année, on portait,
— in —
à domicile, les sacrements aux personnes invalides,
de là quarterier, quarterière.
Malheureus'mint, j' sus cloé' sus m' cayère,
A tout mouniiiit j' crains d' dov'nir quarterière...
Desrousseaux.
( Le Broquelct d'autrefois.)
QUARTERON, s. m. — Quatrième partie d'un
tout.
On emploie encore ce mot pour compter certaines
marchandises : les œufs, les noix, etc.; par
exemple alors, le quarteron est de vingt-six.
Etj' m'iu vas vous canter
Un d'mi quart'ron d' couplets.
L, Debuire.
(Les Lilloises.)
QUATE-A-QUATE. —Courir très-vite, onoma-
topée du £çalop des chevaux.
Eir cour' à s'mason, quatc-à-quate.
Desrousseatux.
QUEMEINNÉE, s, f. — Cheminée.
QUEMEINNIAU, s. [. — Manteau de quemeinnée.
QUENECQUES, QNECQUES, s. f.pl. —Petites
billes en terre cuite dont se servent les enfants pour
jouer.
On dit dune jeune fille qui a éconduit un amou-
reux, qu'elle l'a mvoijéjuer à qnecques.
QUENNERUICHE, s. f. — Chenevis, graine de
chanvre.
— 148 —
OUER. — Cher.
Via un saul qui li coulera qucr.
Brûle-Maison.
( Septième recueil. )
Ol^^ER (A>'oirj. — Se dit pour aimer, chérir.
« Un amant dil à sa maîtresse ou une mère à son enfant
> qu'elle embrasse : je t'ai ker. C'est une tournure qui
» n'est pas dénuée de grâce et d'originalité ; elle appar-
V lient exclusivement à nos contrées. »
E.-A. Escallier.
Nous trouvons cette expression dans les œuvres
choisies de Brule-Maison, dans une pasquille inti-
tulée : la Demande en mariage :
— L'amoureux
Awi j' l'aime et j' l'ai quer,
Ch'est double amour,
Et je n' sais qu'à tant qu'ell' sot m' femme.
OUERRE, V. — Tomher, du latin caderc.
I clenne du côté qui veut guerre.
(Dicton.).
OLERRE. — Aller chercher, de quérir.
» Quérir ou querre. Vieux mot qui signilioit autrefois
)) chercher, qui ne se dit plus que proverbialement. H
)i vaut mieux tenir (juc quérir. »
Furetîère.
{Dictionnaire universel . M. DCC. XXVIL.)
Ql ERRE (Prête à), loc. — Être sur le point de
devenir mère.
Vetl' mi , tous l's ans
Ch'est un infant
El ni' femme est incor' prête à querre.
A. Danis.
(Le Retour d'André.)
— liî) —
OUERTIEN, s. m. — Clirétien.
« La garde-couche, en portant l'enfant au IjaplènK» , ilii
» à raccoucliée : J'enunène un payen , j' lappoiti-rai un
» queiiien. Cette formule est d'obligation, d
Hécart.
( Dictionnaire rouchi-fraiicais.)
On croit à Lille qu'il n'est pas bon d'aller seul
la nuit chercher la sage-femme pour un accouche-
ment. On recevrait, dit-on, des soufflets... par(;o
que l'enfant n'est pas querticn. C'est une vieille
croyance que M. Desrousseaux a oublié en compo-
sant sa chanson des Vieilles Croyances, et nous le,
regrettons.
QUERTIN, suhst. m, — Panier à anse dont Ibnl
usage nos ménagères pour aller à la provision.
On désigne encore sous le nom de quertin une
muselière en osier qui a la forme d'un panier.
QUERVÉ. —Soûl.
Quervé comme eur.e andoule.
Quervé comme un Polonais.
(Dictons.)
QUESNEL. — Ancien mot qui signifiait qiiesnc,
chêne, d'où quesnoij, chênaie, lieu phntë de quesncs.
QUEU, QUEUL, adj, — Quel.
« On retranche \'l chaque fois que le mot suivant com-
» nience par une consonne : quel imbétanl , queu lUôh
» (T homme. »
Desrousseaux.
QUEU TOUT, adv. — Combien, grande quantité.
— 150 —
QUEUE D' SORIS. — Tabatière en écorce d'ar-
bre dont se sert nos priseuses.
On sait qu'il y a à la couverture de cette tabatière
une lanière de cuir qui ressemble assez à une queue
de souris, delà son nom.
On dirot qu'on ni' donne un cop d' sabre
Quand j' vos qu'ell' prind , vrai conim' je 1' dis ,
Eun' sal' boîte in écorche d'abre,
Qu'on appelle, j' cros, queue d' soris.
Desrousseaux.
( Ne m' parlez point d'eun' femm' qui prisse. )
QUEUETTE (Faire) ou his. — Faire l'école buis-
sonnière, s'absenter sans permission.
Car chinq six jours y f'ra queuette.
C. Decottîgnîes.
( Le Gamin de Lille.)
QUEURT. — Verbe courir, troisième personne.
QUEVA, s.m. — Cheval.
Ch'est un bon qu'va d' trompette i n' s'épouvinte point
du bruit. (Dicton.)
QUEUTE, s. f. — Bière. Ne se dit presque plus.
QUIA (Être à). — Etre à bout de ressources, ne
savoir plus que dire ni que faire. Furetière donne ce
mot et dit :
fl Quia. Terme latin, qui ne s'emploie qu'en cette
» phrase proverbiale : il est à quia. »
QUl-CH? QUOI-CH? — Qui est-ce? qu'est-ce?
QUIEN, s. m. —Chien.
Autrefois, le chien attelé à de petites charrettes
— l.-jl —
servait aux bouchers , boulangers , marcliands de
lait, de légumes, etc., pour le transport de leurs
marchandises.
QUINNETOUSSE,s. /'. —Quinte-toux.
J'ai su de 1' fill' de Mo- Rousse
Qu'il avot allrapé 1' quiiin' tousse.
Brûle-Maison.
( Le Mari mort et oublie.)
QUIN QUiN, s. m. — Nom d'amitié qu'on donne
aux enfants.
Un cabaretier de notre ville a eu l'heureuse idée
de placer son établissement sous l'invocation du
F ùt-Qidnquin , en souvenir de la célébrité acquise
\^3iV Y Canchon-dormoire , que le peuple de Lille,
son père adoptif , a surnommée : le Ftit-Quinquin.
Cette circonstance a fourni à notre chansonnier le
plus populaire, le sujet d'une chanson dont voici le
refrain :
An cabaret du P'til-Qu.inquin
On est sur d'iufoncer 1' chagrin.
A ce propos nous lisons dans la Revue du mok ,
du 25 février 1861, les lignes que voici :
« Tout le monde ici et niênie ailleurs se rappellent cet
» air et ces paroles qui ont acquis tant de popularité, mais
» ce qu'il y a d'assez curieux , c'est l'enseigne peinte du
» susdit cabaret, qui représente un berceau , et très-bien ,
» ma foi ! Celte enseigne d'un nouveau genre est des plus
» morales : elle rappellera au buveur qui entre qu'il ne
» doit pas s'attarder et que si son gosier est altéré par la
» fatigue, des petites bouches sont ouvertes ailleurs qui
» ont faim et soif aussi. »
H. H.
— lo2 —
QUIOU, s. m. — (Voir Pain-de-moine] .
QUOI (Avoir de). — Avoir des moyens pécu-
niaires.
R
RABACHER, v. — Rabaisser.
RABRAGHER, v. — Relever, retrousser ses
manches.
RABROUTTER, v. — Revenir, retourner au lieu
d'où l'on était parti. — Litt. se rebrouetter.
Et si j' ramasse
Des doupe' in niasse,
Bien vite, à Lille, j' rabrout'rai
Vive d' mes rintes.
Desrousseaux.
(L' Marchand d' faltran.)
RACACHER. — Chasser, rechasser un volant par
des coups de raquette.
Nous trouvons ce mot dans la chanson intitulée :
Jean- Gilles :
I faulot m' vir au milan d' ches marmottes
J'avos tout l'air d'uu volant racachc.
Desrousseaux.
RACCOURCHIR, v. a. — Raccourcir.
Lorsque l'on guillotine quelqu'un on le rac-
courchit.
RACCROC, s. m. — On nomme ainsi l'octave
— loi —
d'une fête. Raccroc de diicasse, raccroc de noce$.
On se raccroche pour ainsi dire à ces fêtes. (Voir
Ducasse.)
RAGGUSÈTE, suhst. — Qui dénonce, déclare,
accuse.
Raccusètc d' pâle
Ti'iuto-six poui" un pet,
(Refrain connu. J
RACHABOTEUX. — Nous trouvons ce mot
dans la pasquille : Une toiirquennoise et un savetier
de Lille, il signifie mauvais savetier, qui raccom-
mode mal les vieux souliers :
Eh! non, non, va rachaboteux,
I m' faut des sorlels pour min lieu....
Brûle-Maison.
RAGHE, S. /•.— Race.
Il est de r rache des poux i faut 1' tuer pour qui meurche.
(Proverbe lillois. J
RACHEMER, v. — Coiffer, habiller.
On dit d'une fdle qui est destinée au célibat : Elle
va rachemer sainte Catherine.
RACOIN, RENCOIN, RINCOIN, s. m. — Re-
coin, coin caché.
Le premier se dit à Lille, les deux autres dans les
environs de Douai. Ces mots peuvent venir de l'es-
pagnol rincon, réduit.
RAFISTOLER, v. a. — Restaurer, réparer, ré-
tablir, remettre en bon état.
RAFURER, V. a. — Par analogie avec le jeu de
7.
— 15i —
rafle, que nous prononçons rafe, on dit rafurer
pour exprimer l'action d'empocher ce qu'on a
gagné.
On appelait autrefois ro/wj-cî^r, les individus dont
le métier consistait à fouiller les ruisseaux , les
égouts, pour y trouver des clous, de la ferraille, etc.
RAGEINTÏLLER, v. — Rendre gentil.
RAINE, s. f. — Grenouille.
Du latin rana et du vieux français ranotte, rai-
nette, renette et raine. 11 y a à Lille la rue du Pont-
à-Raisnes.
RAING , s. m. — Rang. Sol entre la façade des
maisons et le fdet d'eau (ruisseau). Se perd depuis
l'établissement des trottoirs.
Sinon que j' me r'tiens,
J' fich'ios l'homme et l's ojeaux su 1' raing.
(Chanson par 3. Grimonprez , vendue le jour
du Lœtarc 18C1.)
RAMAS , s. m. — Ce qui reste dans les ton-
neaux de bière.
Faut mi fair' tant d'imbarras
Aveuc vou minchant ramas.
L. Debuire.
(Le Broquelet moderne.)
RAMINTUVOIR, v. a. — Faire ressouvenir, re-
mettre en mémoire.
Manicoui", qui oonnos l'histoire ,
Vous ramintuv'ra
Tout chin qu'on voudra.
Desrousseaux.
(Manicour.J
RicHELET , dans son Didionaire François ,
(M.DCG.X.), donne ce mot comme vieux. 11 est
très en usage à Lille.
RAMON, s. m. — Balai. « De ramm, dit Roque-
fort, parce qu'il est fait de petites branches. » C'est
un ancien mot français; il est resté ramonage, ramo-
ner et ramoneur .
« Son nom de ramon lui vient de ce qu'il sert à ramon-
» celer, à mettre en mont (on écrivait autrefois mon) ce
» qu'on balaie. »
SscaUier.
Nouviau ramoft , ramone bien.
{Dicton).
RAMON , s. m. — Il y avait autrefois une danse
de caractère de ce nom. Voici en quoi elle consis-
tait : une personne avait un manche et une autre un
ramon, il s'agissait en dansant de mettre le manche
dans le ramon.
Pour danser 1' ramon
y min va' accorder min violon.
DesTousseaux.
(Le vieux Ménétrier.)
RAMONCHAU, s. m. — Petit ramon.
V'ià des chabots, des ramons d' camomile,
Des ramonchaux....
Desrousseaux.
(V Graissier, Mes Elrennes, 18C0.)
RANDOUILLER, v. n. — « Aller à la recherche
avec curiosité et indiscrétion dans un ou plusieurs
lieux. » (Brun-Lavainne.)
« Aller et venir sans motif sérieux, apparent. »
(Pierre Legrand.)
— 1S6 —
R4PAJER, V. — Apaiser, adoucir, calmer.
Ni les raaiionnett's , ni 1' pain-népice
N'ont produit d'effet, mais 1' martinet
A vit' rapagé V petit Narcisse
Qui craingnot d' vir arriver V baudet.
Desrousseaux.
(L' Canchon dortnoire.J
RAQUE (Rester in), loc. — Ne savoir sortir d'une
chose qu'on a entreprise, ne savoir se tirer d'une
mauvaise situation. On dit d'une charrette em-
bourbée dans un mauvais chemin; qu'elle est restée
in raque; un chanteur qui ne peut finir sa chanson
reste in raque; exemple :
Et r marrain' roucoule eun* romance
Mais comme ell' reste in raque aussi
J' leu dis : « Yeyons! faut faire eun' danse! »
Desrousseaux .
(L' Baptême du P'tit-Itiquiqui.J
RAQUER, V.— Cracher.
« Raquer, patois des environs de Lille , s'est répandu
» de proche en ))roche jusques dans nos campagnes. J'ai
n) entendu à Bondues, à Linselles, à Mouveaux et autres
)) villages , des amoureux dire à leurs maîtresses : Si te
» m'aimes ben raque den m' bouque. Singulière preuve
» d'amour ! »
Hécart,
'f Dictionnaire rouchi-français.J
RASIÈRE , suhst. f. — Mesure agraire de 40 à
48 ares; mesure de capacité de 90 htres environ.
— to7 —
RASO, s. m. — Rasoir. Ce mot vient peut-être de
l'espagnol raso, qui signifie rasé.
Mi , in Iros , quat' cops de raso , craque !
J' cope les ch'veux au goiit du jour,
Et v'ià r barbier d' la ru' d's Etaques
\}ui n' rass' personne avant sin tour
Dolobelle.
(L' Barbier d' la ru' d's Étaques.)
RASSARSIR, V. — Faire des reprises à une étoffe,
des bas, etc...
Ce mot, sans synonyme en français, vient du
latin ressarcirey raccommoder.
RATA, s. m. — Abréviation de ratatouille,
bouillie de pommes de terre. D'un usage général.
Mais comme j' canjos d'allure.
Au moraiut d' niinger 1' rata....
Desrousseaux.
(V Garchon d'IIôpUa.J
RATE, s. f, — Rat, mâle ou femelle.
RATIAU, s. m. — Râteau, outil de jardinage.
RATTIAU, s. m. — Apprenti rattacheur dans
les filatures.
RAVACHE, s. f. — Cage servant à renfermer la
poule qui a des petits pour les empêcher de courir.
Elle est en osier.
RAVERDIR,y.— Reverdir.
Te v'ia lien planté pour ravcrdir.
( Dicton. }
— 1S8 —
RAVISER,?;, a. —Regarder.
Tout di , mon Dieu Seigneur, que' mond' dessus la Place ;
lu' dia jamais tant eul' dimanche de 1' ducasse!
Mag'ril' er' gard'onY Ravis' ravise ein pau
Combé hi' d'ia hici , conibé hi' d'ia l'auvau ?
(El' Doudou, (enmontois,)
OEuvres facétieuses de H. Delmotle. )
REGHENNER, v. n. — Repas entre le dîner et
le souper. Autrefois reciner, du latin recenare.
« Il semble qu'en nos maisons , les déjeuners , les rcci-
» «er« elles collations fussent plus fréquentes et ordinaires
» qu'à présont. »
Montaigne.
(Exemple cité par M. Roussel-Defomaine , dans
son excellente Histoire de Tourcoing.)
RÉCOURRE, V. — Recouvrer, qui est échu en
partage.
.... i'aircqueu eun' piau d' mouton.
Desrousseaux.
(Lettre de Popold J
RÉCURER, V. — Écurer, nettoyer, frotter la
vaisselle.
REGÉROT, adj. — ■ Homme à tête légère; fé-
minin regérotte.
Ch'est un rcgérot, i n'a point tout sin poisse.
{Dicton.)
REJETER, V. — Vomir.
Bétot , dégoûté ,
Vit' j'ai tout r'jctc
Dins r bac à carbon
TeH'mint qu' ch'étot bon.
Desrousseaux.
(Une Promenade en bateau. J
— lo3 —
RELUQUER, v. — Regarder.
RÉMOLA, s. m. — Espèce de rave ou raifort
gris.
A cirt heur' lait-battu, rèmolas,
Puns-d'-liorr's, cli'est cliin qui n'y a d' pus gras
Pour un vieux traineu d* vinaigrettes.
Desrousseaux.
(Les Vinaigrettes. J
RENDAGE, s. m. — Loyer. Se dit pour les terres
mais jamais pour les habitations.
RENFORTIFIER, v. — Rendre plus fort.
On renfortifie un bas en y faisant une reprise.
REPOURER, V. a. — Épousseter, enlever la
poussière, et repowro, chiffon qui sert à répourer.
REQUINQUER, v, — Parer, habiller.
Tous les dimanche' à \à Funquée
(Ch'étot l'pus biell' guinguett' du temps)
Avec s' maîtresse bien r'quinquée
P'tit-Pric' faijot 1' Roger-lion-Temps.
Desrousseaux.
(Histoire de P'tit-Price et de Marianne-Tambour.)
RÉSIPÈRE, s. m. — Erysipèle.
RESSUER, V. a.— Essuyer.
RETOURNER (Savoir se), /oc— Avoir à soi des
movens de se tirer d'affaire, de vivre dans l'aisance.
Un certain jom", on s'in ira
A r chim'tière infouir tes oclies
Mi , j' me r'tourn'rai, mais tes mioches
Quoich' qu'i d'viendront?
Desrousseaux.
(Choisse et Thrinctte.J
— 160 —
RÉU, adj. — Ne savoir quel parti prendre, être
embarrassé, à bout de moyens.
Vous volez des canchons pour rire?
Ah! mon Pieu, qu' vous m' rindez réii!
Je n' sais vrairaint point quoi vous dire ,
J'ai biau cacher comme uu perdu.
Desrous seaux.
(L'Habit d' min vieux grand-père. J
REUPER, v.n. — Roter, faire des rots.
REVELEÙX, adj. — Vif, qui se rebelle, qui se
mutine.
RIACHE, s. m. — Action de rire.
L' peur qu'on a de s' mette in ménache
Va, laichons cba pou les rich's gins.
Avec leus argint
I n'acat'ront mie du riache.
Brûle-Maîson.
(Sixième recueil.)
RIC-A-RIC, — Ni plus ni moins.
RICDOULLE, s. f. — Ribote.
Un s'entend pour une ric-doulle
Qu'un f'ra 1' dimhich' qui suivra....
A. Dania.
(Le grand Gala.)
RICHEAU, s. m. — Ruisseau, petit courant d'eau.
« RuioT, pi d'eau. » (Roisîn, Glossaire.)
Becque est synonyme de ruisseau dans les ar-
rondissements delà ci-devant Flandre maritime:
la Becque du Vieux-Berquin , la Becque de Nieppe ,
etc. Il y a à Lille un ruisseau du nom de Béquerel.
— 161 —
RIÉ ou RIEZ, s. m. — Terre non labourée. C'est
sur le rié de la Madeleine qu'a été bâti l'hospice-
général. La partie de ce monument qui était con-
sacrée au tour et à l'habitation des enfants trouvés
se nommait le rié, ainsi que le prouve le quatrain
suivant que nous extrayons de l'une des premières
chansons de M. Desrousseaux, imprimées à Lille ,
en 1838, chez L. Jacqué :
J' sus v'nu au monde à Lille,
Dins r rue du Curé;
M' mère étau' incor' fille
M'a plaché au rié.
(Le Marchand de Chansons.)
RIEZ , s. m. — Ruisseau.
« Du roman riau , riu , formé du celtique rm;?.
» En sanscrit ry signifie couler.
» Yos vaques niront mi au riez.
(1756. Reg. 12, Inscrip. des Bourgeois.
— Arch. commun, de Lille.) »
Ch. Roussel-Defontaine.
(Histoire de Tourcoing.)
RIHOUR ou RIHOULT. — Ancien nom de la
place et de l'hôtel-de-ville.
(Voir le Palais de Rihour^ par M. Brun-La valnne.)
RINCE, s. m. — Mauvais sujet.
RINCÉE, s. f. — Volée de coups.
RINQUINQUIN (Faire sin), loc. — Faire acte de
rébellion.
Mais tout d'un cop , v'ia que s' monture
lu passant tout près d'un molin,
A peiu- et fait sin rinquinquin....
Desrousseaux.
(L'Agilité, pasquille.)
— 162 —
RINTRÉE, s. f. — Sortie, mot facétieux.
Qu'il avol dos drûl's de rintrées ch' l'homme.
Desrousseau%.
( Brûle-Maison , ciianson. )
RlVAGEOS, s. m. pi. — Litt. rivageois, habitants
du rivage.
Les Rivagcos sont trop lurons ;
Y t' foutroient béto ju du pont.
M. F. F.
(Chansons lilloises, 1838.)
ROBORER, V. — Murmurer contre, regimber.
A Douai, on dit roboler,
M. le docteur Escallier, dans une de ses Lettres
sur le patois , dit ce qui suit à propos de ce mot :
« A Lille, on dit Roborer. Lisez les très-divertis-
santes chansons et pasquilles de M. Desrousseaux,
qui manie mieux que personne l'idiome lillois, et
vous verrez :
» Inlin , tout d'puis ch' temps là Charlotte,
» Dins sin méuach' port' les culottes;
» Quand euu' fo elle a commandé,
» Sin pauvre homm' n'oss' pu roborer. »
( La singulière Séparation, chanson. )
RO-ROT. — Litt. roi-boit. Il n'y a que dans ce
cas que l'on dit ro, dans tous les autres, on écrit roi
et on prononce raie. (Voir Billet du roi.)
ROGNONS (Jouer aux). — C'est le jeu du cheval
fondu. (Voir Rescherelle aîné, Jeux chez tous les
peuples du monde.)
— 163 —
IIOJIN, s. m. — Raisin.
Au figuré, recevoir un rojin, recevoir un coup
de poing. Rojin, pris avec un- qualificatif, mot
amical.
Durs min p'iit quiiiquin,
Min p'iit pouchin ,
Min gros rogin.
Desrousseaux.
{L' Canchon dormoirc.)
ROND, adj. — Soûl.
On a parlé d' Grégoire
Qui étot toudis rond;
On dirot qu' te t' fais gloire
D'imiter ch' grand capon.
Desrousseaux.
{L'Ivrogne et sa Femme.)
RONDELLE, s.f. — Tonneau à bière de la con-
tenance de SO pots environ*
Baccu, dieu d' l'houblon,
S' tiendra à q'valion
Sur unn' triple rondelle .'...
Je n' pariero point
Qu'in l'honneur de ch' saint
On n' brùl'ra point d' candelle....
Desrousseaux.
[Chanson-Programme , cortège-cavalcade, ISGl.)
RONGNEUX, s. m, — Petit, faible, chétif. Il se
dit des personnes et des choses.
Infin , ch' petit rongneux d' life ,
In dit tant, tant, tant, tant, tant.
Que j' veux bien r'chevoir eun' gife,
Si j'in racont' la mitan....
Desrousreaux.
( L'Almanach de poche.}
— 1G4 —
ROSA, s. m. — Pomme, reinette rouge.
Rouche comme un rosa.
(Dicton.)
Prince Rosa est le sobriquet d'un de nos mar-
chands de pommes.
ROT, adj. — Raide.
Les grands jour', ave m'n hall'barde,
Je m' ten'rai rot conim' du lier.
Desrousseaux.
( Le Sergent de chœur. )
Ce mot donne la signification du nom d'une de
nos rues : Robleds (bleds-raides) .
ROTER,v. — Oter. Il vieillit.
Puisque 1' bon Dieu vous l' la roté,
Qu'mint-ch' que vous volez l'inlierrer ?
Brûle-Maison.
( Le Mari mort et oublié. )
ROUCHE ET RAGHE (Faire), loc. — Se dit iro-
niquement d'une personne qui promet de faire monts
et merveilles.
ROU DOU DOU. — Tambour, onomatopée du
son de cet instrument.
Je vais vire chés roudoudoux
Aveuque tous chés milices.
Brûle-Maison.
( Le Tourquennois engagé milice. )
Lors de la célèbre cavalcade qui eut lieu le jour
de la mi-carême 1851, M. Desrousseaux composa
une chanson-programme qui fut vendue au bénéfice
— I6r> —
(les pauvres , et dont le refrain commençait ainsi :
Rou dou dou, rou dou dou,
Accourez leurtous, etc.
ROUFION, s. m. — Rufien, homme débauché,
qui vit avec des femmes de mauvaise vie; du latin
ruffiano .
ROSTE, adj. — Soûl, ivre.
« Je crois ce terme plus lillois que vouchi ; en rouch
» ou dit kervé ou quervé. »
Hécart.
Nous avons également quervé, et il se dit plus sou-
vent que roste qui, aujourd'hui, ne s'emploie que
dans les environs de Lille.
ROUPILLER, î;. — Dormir.
ROUSTL — Participe passé du verbe roustir.
ROUSTIR, V. a. — Rôtir, figurément mourir,
ruiner...
On n'intind pus qu'un cri :
« Il est cuit et rousti /
Desrousseaux.
{L' Molin Duhamel. )
RUCHONNER, v. — Murmurer, parler entre ses
dents. On a le substantif î'îicta.
RUFLE, s. f. — Pelle d'une forme particulière à
manche court, dont se servent les femmes de ménage
et surtout les débitants de charbon, etc.
On a le verbe ruflcr et on dit d'un homme très-
riche , qu'il a de l'argent à rufler.
— ICf. —
RUFLETTE, s. f. — Petite rujle en usage surtout
chez les épiciers.
El gros Franços
A donné s' rufllette
Et eun' peir tout i implie d' b...
Pour metle d'dins.
Brûle-Maison.
( Complainte. )
RUER, V. a. — Jeter. (Voir/ws.) Ce mot se trouve
tlansRoisiN.
Tout cir qui est findu n'est point a rué invoie.
(Dicton.)
RUSSES, s. f.pl — Embarras, faire des russes,
causer des tracasseries.
A ch' t' licur* nous savons bien qu' les Russes
N' sont point si diables qui sont noirs ;
Chaqu' nuit, nous leu faijons des russes ,
Quand on sait qui dort'nt comm' des loirs.
Desrousseaux.
( Lettre de Popold. )
RU-TOUT-JU, s. m. et f. — Franc, sans détours,
qui dit hardiment sa façon de penser.
J'ai rincontré sus V rivache
Mad'lon clieull' gross' ru-tout-ju.
Desrousseaux.
( L' Lusot, 3e. vol. )
R'WIDÎACIIE, s. m. — De widier. Baccroc (Voir
ce mot) d'un baptême. M. Desroussealx nous
donne exactement la description de celte fête ou
repas qui a lieu dans un cabaret, le jour des rele-
vnilles de couches.
— 107
Dans le corps d'un mot, et placée entre deux
voyelles , cette lettre se change presque toujours
en j.. (Voir J.)
Lorsqu'il y en a deux, elles se changent assez
souvent en ch. Ainsi, glisser iSiit glîcher^ etc.
S (Faire des), hc. — Faire des zigzags en mar-
chant, lorsqu'on est pris de boisson.
Comme il avot bu pus d'eun' goulte,
Sans cracher su' 1' bièr' ni 1' café,
Faijant des S tout l' long de I' route,
I eriol comme un inragé :
Puisciue no vill' va s'agrandir
Faut s' réjouir.
{Chanson lilloise.)
SABOl'LE, s. f. — Réprimande, reproche. Du
roman saboulc.
SABOULER, v. a. — Jeter après quelqu'un ou
après quelque chose.
On sahoide un bâtiment en faisant pleuvoir
dessus une grêle de pierres ou de cailloux, des indi-
vidus en les poursuivant à coups de pierres ou de
boulets de neige, etc.
SAGLET, s. m. — Petit sac.
Les enfants font tirer an p'tit saclet et , pour ap-
peler leurs camarades, ils crient :
Au p'iil saclet!
On n'y perd jamais , on a toujours pour son liard.
Voici un petit compliment que, le jour de l'an, les
— 168 —
enflmts des ouvriers lillois récitent invariablement
chez toutes les personnes auxquelles ils vont sou-
haiter la bonne année :
Eun' bonne ainnée !
Eun' parfait' santé!
Mettez vo main din vo saclet,
Vous verrez chin qu'vous m' donn'rez. >
SAHUT, SÉHU, s. m. — Sureau.
SAHUTEAUX, SAHUTIAUX, s. m. pi. — Petits
sahuts. Il y a à Lille la rue des Sahuteaux.
« Le sureau étant appelé par le peuple de Lille sahut ,
» les sahuteaux pourraient bien être de petits sureaux.
Victor Derode.
(Histoire de Lille.)
Quand 1' joyeux son d'eun' clarinette ,
D'un tambour et d' des chifflotiaux ,
Arriv' de 1' ru' des Sahutiaux.
Desrousseaux.
{Violette , pas(iuille.)
SAIE, SAIETTE, s. f. — Étoffe de laine. (Voir
Tripe.)
SAIETEU , s. m. — Fabricant de saie, se disait
aussi du simple ouvrier. En francisant on prononce
saïeîteiir.
SAILLE, s. (. — Sauge. (Voir Penm.)
SAINT-PIERRE PAR NUIT (Faire), hc. — Par-
tir, déménager furtivement, en laissant des dettes.
A Valenciennes on dit : faire Saint-Jean par nuit.
SAIS-TE? — Sais-tu. Impératif du verbe savoir.
Cette locution, ainsi que savez? dans la forme plu-
— 1G9 —
lielle, est fréquemment employée pour affirmer un
fait , une intention quelconque.
Dans le duo des Deux Gamins, de M. Desrous-
SEAUX , le gamin de Lille dit au gamin de Paris qui
vient de prendre la mouche :
« Te v'ià incor parti pou 1' villache de Fâches.... Fais-y
» atUnlion, sais-te ! i\ LiUei n'y-à que 1' plaisi qui nous
» fait vive ; si te n' veux point prinde eune aute route , te
» viendras langreux comme un cat qui a un vier dins
» s' queue. »
SALETTE, s. f. — Ce mot , autrefois en usage
pour désigner une petite salle, le fut aussi pourre-
Inverie.
Nous l'avons vu bien des fois employé en ce sens,
dans les vieux manuscrits que possède M. Genïil-
Descamps , et notamment dans un acte d'un notaire
(1614) du nom de Belgambej, lequel dessinait, près
de sa signature , une lune ( bielle ou belle ) et une
jambe [gambe].
Ces écrits ne sont pas la partie la moins curieuse
du cabinet de M. Gentil-Descamps. Ils peuvent être
consultés avec fruit par les amateurs de l'histoire
(le notre pays.
S4LIG0Ï-TE, s. — Qui se plaît dans la malpro-
preté.
On trouve dans Bescherelle : Saligaud , Sali-
gaude. Il est d'ailleurs d'un usage général.
SALO, s. m. — Saloir. Espèce de tonneau pour
saler les viandes.
La fosse commune du cimetière de Lille est ap-
pelée vulgairement 1' salo.
Ce n'est pas sans une certaine tristesse que les
— 170 —
1/illois y ont vu enterrer I'Hommk-Bleu , ce vieillard
excentrique, dont l'une des toquades était d'avoir
des funérailles princières.
SALOPETTE, s. f. — Pantalon de toile.
Un jour qu'il avot fait faire
D'eun' salopette, un cainu'çon,|
Au tailleur, un pauv' grand-père
I d'niaude 1' prix de s' façon.
Desrousseaux.
{ L'Avaricieux . Mes Etreunes , 1861.)
SALUER, V. — S'emploie pour olfrir, présenter,
lorsque, faisant bon accueil à quelqu'un, on lui offre
un verre de bière, de vin, etc.
Aussitôt j'intre au P'tit-Baptcme,
Et là, j' vo' euu' douzain' de femmes,
Qui , d'un verr' de bièr' m'ont salué,
In m' dijant : Chos , à vol' santé!
Desrousseaiux .
( Le R'vidiachc , pasquille. )
SAXDRINETTE. s. f.— On appelait autrefois
sandrinette la coiffure que l'on nomme aujourd'hui
Inivette.
SANGSURE, s. f. — Sangsue, hirudo.
SANSONNET, s. m. — Le peuple de Lille appelle
ainsi le convoi du pauvre , parce que les cloches de
l'église ne sonnent pas. — C'est une sorte de calem-
bourg. Espérons qu'il lui sera pardonné, en faveur
de sa sobriété dans ce genre cY esprit.
SAO (Boire tout sin), /. p. — Boire tout son saoul.
S.VOUER, r. — Tirer ; de Tespagnol saquar
— 171 —
qui signifie la même chose. Figurément , travailler
avec ardeur.
SAQUIE, s. f. — Plein un sac. Eun' saquie
(Vequettes.
SATiBLEU. —Juron local.
On dit aussi : Saqiterdier, sacristi et cristi.
SAURET, s. m. — Hareng saur.
« Sor, sore, sores : de couleur jaune, sec, blond rouss
» par la fumée, comme le hareng, roussâtre. »
J.-B.-B. Roquefort.
(Glossaire de la langue romane.)
SAUTERTAU, s. m. — Sauterelle, coléoptère. Se
nomme aussi queva dliierbe (Cheval d'herbe.)
Elle accepte , et, d' l'orchesse,
L' violon, r piston, 1' gross'-caisse ,
Nous ont fait fair' des sauts
Comm' des vrais sauteriaux.
Desrousseaux.
( Une Aventure de carnaval.)
SAVAIE ! — Savez-vous. (Voir Sais-te!)
SAVEZ (Dire), loc. — « Dire : Savez ! à \\n four-
» nisseur, cela équivaut à ceci : Je n'ai pas d'argent
» à vous donner.
» Te vos donc, qu' si ch' n'est qu' j'ai 1' ressource
» Quand nous somm's réduit' à 1' plat'-bourse ,
» De dir' savez ! au boulinger,
» Et au graissier,
» Jeu' poros jamais m'in r'iirer. »
Desrousseaux.
( Choisse et Thr incite. )
— 1-2 —
SCllLAK (Avoir la). — Recevoir des coups; de
l'allemand schalg, qui signifie la même chose.
SCHMCK, s. w. — Genièvre.
A trinte ans j'ai quitté m' famille
Pou partir in colonn' mobile;
J'ai gangné les fièv' à Dantziciv ,
Et j' n'ai point bu un verr' de schnick
Quand j' sus r'venu sans qu'i m'in coûtt*.
Desrousseaux.
( Violette , pasquille.)
SCHNICKEU, s. m. — Ivrogne qui boithabituel-
lemenl du schnick.
SHNIGKER, v.n. — Boire du schnick.
SCHNICKERIE, s. f.— Fabrique ou débit de
schnick.
SÇOi^\^. fn. — Sciure de bois.
Par exemple , il invoira querre
Trus sous d'hurte au marchand d' sço'in.
Desrousseaux.
( Min Cousin Myrtil. )
SÇOYARDE.s./'.— Scie.
SÇOYER , V. a. — Scier , du roman soyer.
SÇOYEU , s. m. — Scieur.
V"là r nœud dit V sçoycu.
(Dicton.)
SE , s. m. — Sel.
El qu'on n' laich' | ontbourler par lierre
Eun' salièr' rimp'.i d' se.
Desrousseaux.
( Les vieilles Croyances. )
- 1^3 -
SÉCOT, s. m. — Homme maigre.
SEGLOUT , s. m. — Hoquet. C'est une espèce
d'onomatopée du bruit qui sort de la gorge, lors-
qu'on a le hoquet.
Un bon moyen de s' tirer d' peine ,
Ch'est d' mainger.à gangner 1' scglout.
Desrousseaux.
(Voyage à Paris.)
SELLEE, s. f. — La contenance d'un seau.
Eun' sellée d'iau sur un caillo.
{Dicton.)
SÈQUE , adj. — Féminin de sec , sèche.
SÉQUER, V. «.— Sécher.
SÉQUERÈCHE, s. f.— Sécheresse.
SÉQUOL — La définition de ce mot a été vive-
ment discutée par MM. P. Legrand et Desrousseaux.
On lit dans la première édition du Dictionnaire
du Patois de Lille , par le premier de ces auteurs :
« Séquoi ou deséquoi , vient de : Je ne sais quoi,
et veut dire : un objet quelconque , quelque chose.
Je n' poros point tout vous dire ,
Tous les séquois que j'ai r'marqués.
( Carnaval de 1832 , Société de la Descente-de-Fwcs.)
Nous trouvons ce qui suit dans le vocabulaire du
second volume des œuvres de M. Desrousseaux :
« Dans le petit vocabulaire qui précède mon pie-
» mier volume , et que j'ai écrit sans avoir recours
» à aucun ouvrage sur la matière , j'ai défini ce mot :
» Chose, quelque chose. J'ai lu depuis l'opinion de
— 174 —
» MM. LoRiN, Hécart et Pierre Legrand, notre
« concitoyen , lesquels s'accordent à dire que ce mot
» est formé de je ne sais quoi, pour dire un objet
» quelconque, quelque chose, parce que, disent les
« premiers de ces auteurs , lorsqu'on dit : Donnez-
)» me eun' séquoi, on ne sait ce qu'on obtiendra.
» C'est aussi l'observation que m'a faite mon spiri-
» tuel confrère Gustave Nadaud. Je n'ai certes pas
» la prétention d'entrer en discussion avec de telles
» autorités , mais je ne puis cependant leur donner
)) complètement raison , et voici pourquoi : Quand
^) je dis : fai eu eun séquoi, je sais fort bien quelle
» est la chose que j'ai eue , seulement , il ne me
» plaît pas de la désigner. Donc , dans ce cas, le
)) sens négatif ou dubitatif n'a plus de raison d'être,
» et le sens affirmatif m'éloigne de leur opinion.
» M. Legrand a aussi écrit, à tort, séquoi ou desé-
» fjuoi, c'est l'oreille qui l'aura trompé. En effet,
» dans la prononciation, eun séquoi ressemble três-
» fort k un d' séquoi. (L'e muet que je retranche doit
» forcément disparaître.) »
Voici la réponse de M. Pierre Legrand dans la
deuxième édition du Dictionnaire du Patois de Lille :
(( J'avais , dans la première édition de mon Die-
w tionnaire, écrit séquoi ou deséquoi, d' séquoi.
» M. Desrousseaux pense que mon oreille m'aura
» trompé, la prononciation eun séquoi ressemblant
» très-fort à un d' séquoi.
» En l'absence de textes qui puissent étayer mon
)) opinion, je n'oserai pas invoquer l'infaillibilité de
» mon oreille, mais , avant de me rendre tout-à-fait,
» j'émettrai les doutes qui me restent encore.
— l'o —
^) Séquoi substantivé est du masculin, M. Dcs-
» ROussEAUxle qualifie ainsi dans son petit Glossaire.
» On doit donc dire un séquoi , des séquois. Pour-
» quoi, cependant, mettre l'article au féminin,
» eunn séquoi ? Ne pourrais-je pas dire , plus loi;i-
» quement que M. Desrousseaux , en retournant
» son argument : Vous avez entendu eun séquoi
» pour un d' séquoi ?
» Le de supplémentaire n'est-il pas un idiotisme
^) de langage très-commun dans le patois de Lille
» qui admet cet aucjment pour un grand nombre
» de mots ?
» Dans l'hypothèse contraire à mon opinion , on
» se rend difficilement compte du genre féminin
» de l'article qui précède le substantif masculin
» séquoi.
» Peut-être faudrait-il reconnaître que eunn séquoi
» est tout bonnement le syncope de on ne sait quoi,
» et conserver alors à cette locution le sens incer-
» tain , dubitatif, que lui donne le langage familier.
» On trouve dans Brule-Maison un nouvel
» exemple de cette fiçon de parler , cette fois appli-
» quée , non à une chose , mais à une personne ,
» et le sens n'a rien d'affirmatif :
J'ai réveillé m' sœur
En digeant : un buque ;
N'y a unne sequi à no hui.
(Le Retour de Jean-Louis. )
» En résumé, séquoi n'est affirmatif que quand
» il est employé comme substantif, et alors on doit
» dire un séquoi.
» Nous retrouvons les mots eiii n saqui dans la
» première phrase de la parabole de l'Enfant pro-
— IIG —
» digue, traduite en quatre-vingt-et-un dialectes ,
» pour un homme. — [Patois Wallon). »
Pour résumer le débat , nous dirons que M. Le-
GRAND s'était trompé en écrivant : séquoi ou deséquoi,
la particule de, dans ce cas, n'étant jamais employée
et n'ayant, d'ailleurs, aucune raison d'être; que
M. Desrousseaux a dû reconnaître que, quelque
soit le sens dans lequel on l'emploie, séquoi est réel-
lement une contraction de la locution je 7ie sais quoi,
on ne sait quoi, et qu'il faut nécessairement écrire :
^m n séquoi et non eun séquoi. II convient cepen-
dant de remarquer que lorsque séquoi est précédé
d'un adjectif, on ne fait jamais usage de la négation
ne ou n' . C'est ainsi qu'on dira : Un biau séquoi,
un grand séquoi , un drôle de séquoi ! Mais on em-
ploiera la négation chaque fois que ce mot sera
suivi de l'adjectif: Un n' séquoi d' hiau, unn séquoi
d' grand, un n' séquoi d' drôle.
A Douai et à Valenciennes , on dit saquoi.
SERRER, V. a. — Se dit pour fermer, clore.
Serrez la porte.
« De ce mot vient serrure , serrurier. » ( Pierre
Legrand.)
Allons serr' tes yeux , dors min bonhomme ,
J' vas dire eun' prière à p'tit Jésus ,
Pour qu'i vienne iclii , plndanl lin somme ,
T' fair' rêver qu' j'ai mes mains plein's d'écus...
Desrousseaux.
[L' Canclion donnoire.)
SEU , adj. — Seul.
I est r mail' quand i est tout scu.
1 vaut mieux roter in société que d' morir tout seu.
{ Dictons. )
— HT —
SIÈGE (Avoir 1'). — Maladie du rectum, particu-
lière aux enfants.
SIELLOT, s. m. — Petit tabouret de bois. Il
vieillit.
Eun' telle avec iros louches ,
Un siellot pour s'assire ,
Enii' lellette, un tamis...
Brûle-lHaison.
{Quatrième Rcciuil. )
SIEU, s. m. — Suif. Ne se dit presque plus.
Par l'adveu de son frère
Dont cité devant Dieu
Mourut de mort amère
Tout soudain comme sicu.
Molinet, cité par Hécart.
SI FAIT. ^ Particule plus affirmative que sL
(Voir Nou-fait.)
SIMPLOT, adj. — Simple, sans finesse; féminin,
simplotte.
SIN , adj, poss. — Son. Voici les adjectifs pos-
sessifs :
Masculin.
Min — Mon
Tin — Ton
Sin — Son
No — Notre
Vo — Votre
Leu — Leur
FÉMlfilN.
M' — Ma
T' — Ta
S' — Su
No — Notre
Vo — Yôlre
Leu — Leur
Pluriel des deux genres comme en français , sauf
leurs qui fait leus.
S,
— 178 —
Remarques :
1. Devant une voyelle ou une /t muette, min, tin, sin ,
perdent Vi que l'on remplace par une apostrophe; m'u
homme, t'n ouvrachc, s'n habit.
2. Les première , deuxième et troisième personnes du fé-
minin singulier prennent une n devant une voyelle ou une
h muette : m'n imache , t'n étoile , s'n histoire.
3. Au pluriel des deux genres on écrit , suivant les exi-
gences de la mesure : mes in fans , mes amis, ou : m' s
in fans , m' s amis.
Nota. On dit : min père, min cousin, m' mère , etc.,
lorsqu'on parle d'cwic ; mais on dit : mon père, mon cou-
sin , man mère, matante, lorsqu'on s'adresse à eux.
Desrousseaux.
( Notice sur l'orthographe du patois de Lille. )
Ajoutons que les pronoms possessifs le nôtre , la
nôtre , le vôtre , la vôtre , font : T nô, /' nôle , l' vô ,
/' vole.
SINTU, p. p. — Du verbe sintir.
SNACK (Avoir du), lac. — Avoir le nez fin, être
rusé. En anglais snatch , finesse.
Mais cliaq' fripier, chaq' fripière,
Jugeant qu'il avot du snack.
Desrousseaux.
( Le Manoqucu. )
SNU, s. m. — Tabac à priser; de l'allemand,
schnuf-taback.
On sait qu' ch'est un métier perdu,
Je n' gagn' mie seul'mint pou min snu !
DesrousseauZr
(Choisse et Thrinettc.)
— 119 —
SO. — Soif.
SOILLE. — Seigle, du roman soile.
Gris comme un pain de soiUc.
(Dicton).
Quoiqu'i n'avot point pus d' moustaclie ,
Qu'un rémola , ni qu'un pain d' soil ,
Dins r régimint , ])ar sin coraciic , '
On 1' l'appélot 1' gaillard à poil.
Desrousseaux.
(Histoire de P'tit-Price et de Marianne-Tambour. J
SOLANT, adj. — Remuant , pétulant.
SOLEI, s. m. — Soleil.
L' soîci luit pou tout r monde.
( Dicton. )
Tout d'puis V temps d' Mathieu-Salé
Sin parel n'a vu Vsolei.
{L' Marquis d' Bielle-Humeur,
chanson de carnaval, 1861. )
SOMME , s. f. — Quantité plus ou moins impor-
tante de poissons que l'on vend au Minck à la criée.
(Voir Minck.)
SORCHERON. — Diminutif de sorcier. Nous
trouvons ce mot dans Brule-Maison.
Ch'est sans doute un sorcheron d'amour.
(Plaintes amoureuses.)
SORIGIÊ , s. m. — Souricière. Ne se dit presque
plus ; on emploie généralement la périphrase :
attrape à soris.
Ah! t'attrap' min cœur, Pironn« ,
Dins tin sorigié.
Brûle-Maîson>
{A Pironne> )
— 180 —
SORTS, s. f. — Souris. Sorex.
SORLORER, V. unip. — On dit qu'une volaille,
qu'un gigot, qu'une soupe, que le café sorlore
lorsqu après être cuit à point on ne le consomme pas
immédiatement et qu'il se dessèche, se gâte, en res-
tant dans le four ou sur le poêle.
SORLET, s. m, — Soulier.
Nous trouvons dans le Glossaire des œuvres de
François Rabelais: « Sorleret, armure des pieds. »
On aura sans doute appelé ainsi toute espèce de
chaussure, puis, par contraction, on aura dit sorlet.
Suivant une vieille coutume, qui se perd, comme
tantd'autres, d'année en année, quelques savetiers,
les lundis , parcourent encore notre ville pour
acheter de vieilles chaussures et en criant : Sor-
lets vieux II Cet usage a fourni à M. Desrous-
sEAux le sujet d'une de ses chansons les mieux
réussies tant sous le rapport des paroles que de
celui de la musique.
Min brave homme avot des blouques
D'arginl à ses deux sorlets.
Brûle-Maison.
CLe Tourqucnnols qui a ouvert le ventre de
son chat croyant y trouver la boucle de son
soulier qu'il avait perdu.)
SOSSOT, s. m. — Diminutif de sot; féminin
sossotte.
SOT-RASILTC, /oc — Manière plaisante de trai-
ter quelqu'un d'imbécile, de basile.
Eune aute invil' des luronnes
A boire cun' tass' de caftiau.
— 181 -^
Bien inlindu qu'on rcouronne
Avec eun' potée de schuick ;
Si s'il liomni', veyatit cha , bertonne ,
On r traite d' sot-basilic.
Desrousseaux .
( Le Mont-de-Piété. )
SOUGÂRD, adj. — Sournois; féminin soucarde.
SOUFFLETTE, s. f. — Jouet, petit roseau creux
dont les enfants se servent pour lancer des poids ,
des boules de papier, etc. , en soufflant.
SOUGRUGEON,s.m. — Scourgeon, escourgeon,
espèce d'orge hâtive ; sucrion.
SOULAS , s. m. — Soulagement , consolation ,
solatium.
t L'homme seul n'ha jamais tel soûlas, qu'on void entre
B gents mariés. »
Rabelais.
{Pantagruel, chap. IX. )
On appelle encore soûlas le cordon qui aide une per-
» sonne infirme à se lever siu' son lit. »
Pierre Legrand.
J'ai quelquefois entendu appelé également sow/as
la corde qui aide à descendre les marches d'escalier
dans certaines maisons lilloises.
SOULOT, adj. — Qui se soûle par habitude;
féminin soulotte.
Sans égard pour le vin, ou'^plutôt pour la bière ,
le gamin lillois crie : Eh soûlot ! contre l'ivrogne
qui chancelle et que sa mauvaise étoile conduit sur
son chemin.
SOUPETTE, s» f. — Petit morceau de pain
— 182 —
trempé dans un potage, une sauce, dans le lait, etc.
« Diminutif de soupe. Espagnol sopa. » (Pierre
Legrand. Dictionnaire du Patois de Lille.)
SOUPINTE, s. f. — Soupente. Chambre à l'en-
tresol.
SOUTASSE , s. f.— Contraction de dessous-de-
tasse; soucoupe.
« Mot que je crois hybride,' composé du latin
» sub, sous, et de l'espagnol /aia, tasse. » (Hécart.
Dictionnaire rouchi-français.)
SOUVENANCE, s. f. — Souvenir.
Sous ce litre : Souvenances du temps passé, M. Des-
RoussEALX nous douuc depuis quelques années,
dans Mes Etrennes (almanach chantant), des Ephé-
mérides lilloises fort intéressantes.
SOUVERONNE , s. f. — « Avant-toit qui sur-
« plombe, severonde selon Roquefort. » (Pierre
Legrand.)
Ce mot est peu usité à Lille , se dit plus particu-
lièrement dans les environs de Béthune.
SPÉGLAIRE, s. m. — Résine.
STAPPAERT. — Hospice fondé par Jean Stap-
PAERT , bourgeois de Lille et la célèbre Anthoinette
BouRiGNON , surnommée la Vierge lilloise, (Voir la
savante notice sur Anthoinette Bourignon , par
M. Albert Dupuis.)
SUAIRES [Rue des) . — « Peut-être par corruption
» de sueurs, en mémoire d'une terrible maladie,
» la suette, qui exerça des ravages à Lille. — En
» 1450, elle avait ce dernier nom. » (Victor Derode.
Histoire de Lille, premier volume.)
— 183 —
SUBITER (Faire) , loc. — Tourmenter une per-
sonne, l'importuner, lui causer des tracasseries de
toute nature et par suite la mettre dans un état de
surexcitation.
SURIR, V. n. — Devenir sûr; se transformer en
acide.
SURTE. — Féminin de sûr.
SUPPORTÉ, adj. —Un habit supporté, déjà
porté , qui n'est pas neuf.
SUPPOSE. — • Du verbe supposer, s'emploie
sans le pronom je dans des phrases comme celles-ci :
Va-t-in , va-t'in , te n'as point deux , suppose ?...
Desrousseaux.
(Souvenance du temps passé.)
SURDEMANDER, v. n, — Surfaire , demander
trop.
T
TABLETTE , s. f. — Petit carré de sucre gris
avec lequel on boit le café.
« On a beaucoup critiqué nos Lilloises sur leur goiit im-
» modéré du café. Je crois devoir dire en leur faveur qu'on
» n'en a guère vu ruiner leurs maris avec ce goùt-là , car
» elles en font cinq ou six tasses avec une demi-once , et
» elles partagent ladite tablette en quatre morceaux ! »
Desrousseaux.
(Vocabulaire, 2e. vol., 18.'»o.)
Autrefois on disait gimblette au lieu de tablette.
Figurément soufflet.
— 184 —
TAINNANT , s. m. — Tannant , ennuyeux, fati-
guant, qui est à charge. Se dit principalement à
un enfant lorsqu'il remue beaucoup.
TAION , s. m. TAIONNE , f. — • Bisaïeul.
« Ch'est r premier féverier 1740 que F joyeux faijeu
» d' canchons et d' pasquilles Brûle-Mason est mort , et
» qu'il a été intierré dins I' chim'lière d' l'églije Saint-
» Etieune , après qu'on l' l'a eu deschindu pa' 1' ferniète de
» s' caml)re , altindu qu' les émonlés élolL'nl trop étrots
» pour y faire passer sin luijeau (cercueil).
» Que r bon Dieu T béniche pou' 1' plaisi qu'il a donné à
* nos faïons , nos grands-pères , nos pères et à nous. Nos
» infants s' débarbouU'ront , à l'égard de ch' l'homme ,
» comme ils l'intindront.
« In attindant, on lia rindu justice, i n'y-a quequ'
» temps , in plachant sin portrait au Musée d' Lille. Si
» vous volez vir eune figure réjouie, allez-y' »
Desrousseaux.
(Souvenance du temps passé.)
TAHON. S. m. — Frelon , grosse mouche res-
semblant à la guêpe ; taon.
Il y a à Lille plusieurs familles de ce nom.
TAHUTER, v. — Pleurer à sanglots.
J' tahut' comme un viau.
Desrousseaux.
(Souvenirs de Lille.)
TALOT.
On H fait d' l'honneur comme à talot.
(Dicton.)
« Autrefois, dit M. N. J. D. Y., chaque paroisse à Lille
» avait son talo , qui rendait service à la sacristie ; il mar-
» chait à la tête de la procession , et avant la croix, a
Héc«rt.
Cet usage a, sans doute , donné lieu au dicton ci-
dessus, mais, depuis qu'il a disparu, ce mot a une
signification tout autre puisque l'on appelle talot ,
lalotte , une personne qui s'habille sans soins, sans
grâce.
TAMBOUR-MUSCAT, s. m. — Tambour de
basque.
Eun' femm' ju' du tambour-muscat.
Desrousseaux.
(Violette, pasquille.)
TAQUE , s. f. — Tache, souillure.
TAQUE, s. f. — Tâche, ouvrage à faire dans un
temps limité.
TARGER, y.— -Pour tarder.
Ne se dit que dans les environs de Lille.
TARIACHE , s. m. — Moquerie.
TARIAR , s. m. — Moqueur , gouailleur.
Nous tariars que nous sommes.
Desrousseaux.
(Les attrappe'-à-balous.)
TARIER , v.a. — Moquer.
TARIN , s. m. — Verre de bière , de vin et plus
particulièrement de liqueur.
Pour oblier ch' premier chagrin ,
Chez l' marchand d' vin qui reste au coin ,
Nous allons boire un p'tit tarin.
Desrousseaux.
(Voyage à Paris.)
Autrefois on désignait aussi sous le nom de tarin
une certaine quantité de beurre.
« Le tarin payait six deniers de droits d'entrée en ville.... »
(Recueil de DaînviUe cité par Hecvut.)
— 186 —
TARNIOLLE , s.f. — Soufflet,
TARTEINE, s. f. — Tranche de pain recouverte
(le beurre , de conliture , etc.
« Les gens polis àis,ent tartine . Ce mot . qui manquait ,
» commence à être en usage ; il est fort ancien dans notie
» patois...
» Le mot tartêne s'emploie d'une manière absolue , ol
» quand on demande eune ffirff rtc sans désignalion, on
» donne une (art* ne de beurre. »
G.-A.-J. Slécart.
(Dictionnaire rouchi-français , 183i.)
Quand on a le cantiaii et la première tarteine du
pain, on dit qu'on a un mariage.
Suivant une ancienne croyance, lorsqu'on mange
de suite deux eanliaux ou croûtons , c'est un signe
certain que l'on se querellera dans la journée.
Figurément tarteine , soufflet.
Si queq' fo un faux-craine
Parlot mal de s' dégaine
J' li donno' eun' tarteine
Qui n'in vaulot tros !
Oesrousseaux.
(Souvenirs de Lille.)
TASCHE , s. f. — Sac à tabac , de l'allemand
tasclie, gibecière.
Ce mot se dit plus souvent au village qu'à la ville.
TASSE , s, f. — Poche , de l'allemand tasche.
« Tant qu'à mi , quand j'ai queq' sous dins m' tasse , un
j> dragon , des qnecques et eun' porctte , le Roi n'est pus
» min cousin!... »
Detrousseaux.
(Les deux Gamins. J
— 18:? —
TASSER, V. a. — Tâter , toucher.
TASSIAU, s. m. — Tasseau , pièce quelconque ,
lais se dit plus particulièrement d'un morceau
étoffe dont on se sert pour raccommoder un vê-
3ment. Ainsi arlequin est vêtu d'un costume à
usiaux.
Inlrons-y. Yeyons l' lapiss'rie :
I vous s'ra permis d'in douter,
Mais ch'est l'ancienn' guerr' d'Italie
Qu'on a prélindu r'présinler.
Ch'est sùi', car, malgré qu'on y colle ,
A chaque usure , un p'tit tassiau,
On découvre su' 1' pont d'Arcole
Bonaparte avec sin drapeau.
Desrousseaux.
fLe vieux Cabaret.)
TATOULE, s. f. — Volée de coups.
TAUDION, s. w. --Taudis.
Quoique s' fortune li permette
D'acater des biell's raasons ,
I reste au fond d'eun' courette
Et dins r pus sâl' des taudions....
Desrousseaux.
(L'Avaricieux , Mes Elrennes, 1861.)
TAUR , s. m. — Taureau.
Il est fort comme un taur.
(Dicton.)
TEIGUER, v.n. — Laisser échapper de l'air du
çosier par de petites explosions fréquentes ; parler
lifficilement , avec hésitation. Se dit aussi des ani-
naux dont la respiration éprouve de l'embarras.
— 188 —
TELLE , s. f. — Vase en terre cuite pour y dé-
poser le lait. Il est plus large que profond.
Des telles el des tclots ch'est V ménage d'un sot.
f Dicton. J
TELLETTE, s. f. — Vase en terre cuite avec deux
petites oreilles. On se sert de la teUette au villar^e pour
manger la soupe et boire du café. (Voir PlateUette.)
L'aute jour Jacquelaine,
S'n homme allot intrc,
A brûlé s' potraine
En volant muché
Vite s' tellette ,
Sin chaque el coué.
J' l'ai vu, dit, bonne biette,
Te bos du café.
Brûle-Maisoa.
(Les Buveuses de café.)
TÉLOT, s. m, — Vase en terre cuite sans oreille
plus grand qu'une tellette et plus petit qu'une telle.
On s'en sert au village pour manger le lail-batta.
TÈRE, adj. — Tendre en parlant des aliments.
Doucheminl au burre, l' pain y est tère.
(Dicton.)
.... « L' salad' n'est point tère. »
Desrousseaux.
fL' Baptême du P'tit-Riquiqui.)
TERFOND, s. m. — Plus que le fond.
L' fin fond et 1' terfond de ch' l'hisloiro.
Desrousseaux.
{P'til-Price.)
— 189 —
Nous trouvons dans le livre de Roisin publié par
^1. Brc.n-Lavainne : « Tréfons , fond de terre. »
. Exemple : « Le trcfons est inimeublo ; mais les maisons
» sus étant sont réputées meubles. »
(Glossaire.)
TERLUIRE,!'.— Reluire.
TERQUE, s. m. — Goudron.
TERQLÎER, v. — Goudronner.
TERTOUS, TERTOUSSES, adj. —Tous. On
prononce tearlous.
« Par transposition de très-tous, composé de tous
» et de la particule très, qui communique auxadjec-
» tifs une valeur superlatif; il est dans Rabelais et
» dans Montaigne. « (Pierre Legrand.)
C'est le mot trétoiis employé dans un grand nom-
bre de provinces de France :
Ne sommes-nous pas cousins, cousines,
Ke sommes-nous pas cousins trétous ?
Embrassez-en une pour le tout :
Ne sommes-nous pas cousins , cousines ,
Ne sommes-nous pas cousins trétous ?
(Ronde.)
TÈTE, S. f. — Téton.
Comme Notre-Dame de Planette
Ni panclie ni tète.
(Dicton.)
11 arriv' queq' fos qu' je r'grette,
Quand j'intinds m's infants crier,
D' n'avoir poin' eun' petit' tétc
A leu donner à cliucher.
Desrousseau:i;.
( L'homme marié , 1er. vol.)
— 190 —
THÉRO. — Nom propre; Thérèse.
THIEULLE, s. f. —Tuile.
C'est ainsi que nous le trouvons écrit dans les
manuscrits de la bibliothèque publique de Lille.
A la procession de Lille, 1562, les couvreurs de
thieuUes marchaient après les carliers et les capeliers,
et avaient : « La septième Sibille qui portait une
» épée : Sibilla Europea; la très-belle , âgée de 15
» ans , a prédit comment l'humble Vierge pucelle,
» avec son fds, fuiroit en Egypte. »
TIERRE, s. m. —Terre.
A quoili sert d'et' si chiche?
I dot pourtant bien 1' savoir :
Pour un mort , pauv' tout comm' riche ,
Six pieds d' tierr' , ch'est tout s'n avoir.
Desrousseaux.
{L'avaricieux. Mes Étrennes, 1861.)
Dans certains cas on emploie teire comme en
français, ainsi on ne dira pas : / na point sinparel
sus r tierre, mais bien : / na point sinparel sus la
terre. C'est une des bizarreries du langage qui nous
occupe et qui se représente pour difll'érents mots :
bouche, par exemple, que l'on prononce toujours
bouque , fait bouche dans le dicton suivant :
Bouche qui rit n' lilesse personne.
TTETJCHON, s. ???. —Tesson, débris de vaisselle,
de poterie.
Dans les environs de Lille on dit tinchon , et à
Valenciennes tiéchon.
TIMBLET, s. m. — Saut qui consiste à poser la
— 191 —
ête par terre et à se renverser les pieds en avant
lour tombera plat sur la partie postérieure.
I soûle , i dans' comme un payasse ;
I fait tics timblels.
Et des badoulets —
Desrousseaux.
(Monicour , 2c. volume)
TIMPE. —De bon matin.
Envers Bruges s'en sont alant
Lendemain tenipre....
{ Chron. du XlVe. siècle. — Trouv.
û''Arthur Dinaux.
TIMPE ET TARD , /oc. — Tôt et tard .
Elle a b'soin d'ouvrer timpc et tard.
Pour gangncr eun' pair' de patards.
Brûle-Mai son .
{La demande en mariage.)
TINDEU, s. m. — Oiseleur, qui tind des filets
)our prendre des oiseaux.
Cacheux, pequeux, tendeux,
Tros métiers d' gueux.
( Proverbe cité par Hécart. )
TIRE (Avoir 1' cœur qui), loc. — Eprouver des
iraillements lorsqu'on a foim.
On dit dans le même sens : j'ai min cœur qui s in
':a .
TITIS, s. m. pi. — Poux. Mot enfantin.
TOILIÈRE , s. f. — Marcbande qui vend des
HotTes pour robes, bonnets, cols, manches, etc., à
riayer une certaine somme par semaine.
— 192 —
Aussi, les toilièrcs,
Et les marchands d' draps ,
Six s'main's tout intières
Sont à leu crojer les bras.
Desrousseaux.
( A Saint-Médard. )
TOMBAC, s. m. — « Ou tombacle, composition
» de cuivre jaune et de zinc. » (Pierre Legrand).
Du temps où le commerce de dentelles était très-
répandu à Lille, les dentellières tenaient à honneur
d'avoir de grosses épingles à tète de tombac.
TOUCHE, s. f. — Botte de paille.
TORCHE (Faire bonne) , loc, — Faire bonne
chère , un bon repas.
Faite' eun' bonn' torche
Allez , cha vous doun'ra de 1' forche.
Desrousseaux.
(Mariage de Violette.)
TORSE, TORCHE. — Cierge pour les cérémo-
nies publiques. [Roisin^ publié par Brun-Lavalnne.]
TORTIN, s. m. — Objets faciles à plier, tortillés
ensemble , comme du papier, un tissu quelconque ,
de la paille , etc.
Pou n' point dépinser
D'argint, pour avoir des équettes,
I tach' d'attraper
Des tortins d' pair su' des carettes.
Desrousseaux.
(L' Nunu, 3e. volume.)
— 193 —
TORTINNER, v. a. — Tortiller. On dit qu'un
liomme est tortinné , lorsqu'il a les jambes torses.
TORTIiNNER (Se), v, pr. — Marcher avec une
certaine prétention , se dandiner.
TOT, s. m. — Toit. (Voir Bleu-toL]
TOTO, .v. m. —Gosier.
TOUBAC, s. m. — Tabac.
TOUBAQUEUX-SE , mhst. — Qui travaille à la
fabrication du tabac.
TOUBAQUIÈRE, s. (. — Boîte ou sac servant à
renfermer le tabac.
Pour la tabatière , on emploie communément la
périphrase : hotte à s nu ou hotte à prisses.
Eir tient d'eun' main cheull' toubaquière ;
EU' met sin gros nez par-dessus ;
Cha fait , qu'in se r'passant l'affaire,
I n'y a presque point d' grains d' perdus.
Desrousseaux.
(Une femme qui prisse.)
TOUDÏS, adv. — Toujours.
Aussitôt elle vous crie :
Cha n' durera mi toudis.
Brûle-Maison.
{La Fille mécontente.)
TOUILLER, V, — Mêler, mettre en désordre.
« Le duc de Glocestre rendit grand peine à tout touiller. »
Froîssart.
( Chroniques. )
L' lait-battu s'ra bon il est bien iouiilé,
{ Dicton. )
9
— 194 —
TOUILLER. — S'emploie encore dans le sens
de déraisonner.
TOUPET, s. m. — Tabac qui dépasse de la pipe.
TOUPIELLE, s. f. — Porte de fer d'un four à
cuire le pain.
Il a clos r toupielle du four.
Brûle-Maison.
TOUPYRIE , s. f. — Éblouissement, vertige.
TOURLOURETTE, s. f. — Nom que l'on donne
à une jeune fille ou femme étourdie.
TOURNER ,v. — Se dit en parlant des laitages
lorsqu'ils se caillent, soit par l'effet d'une trop forte
ébullition , soit par l'effet de la chaleur atmosphé-
rique, soit enfin par son mélange avec un acide.
TOURNO, s. m. — 11 3' avait autrefois à Lille
deux tours destinés à recevoir les enfants abandonnés
par leurs parents aux soins des sœurs de charité ;
l'un à l'hospice Saint-Sauveur et l'autre à l'Hôpital-
Ufénéral. Le peuple appela le tour : Tourno.
TOURTIAU, s. m. — Ce qui reste des graines
oléagineuses lorsque l'huile en a été exprimée.
Le tourtiau se donne en nourriture aux bestiaux.
TOURTIAU (Avoirl'j , /oc— Maladie particulière
aux enfants , c'est ce qu'on appelle en français le
carreau.
TOUTOULE, s. f. — Femme sans ordre, qui
mêle tout. On dit aussi touillon, et bien que s' adres-
sant à une femme, ce mot est du genre masculin.
TRAHOIRE, s. f. — Instrument de labourage,
herse.
— 195 —
TRANÈNE, s.f. — Trèfle des prés.
TRANNER, V. n. — Trembler, être agité.
I tranne les guinguettes.
{ Dicton. )
Quand j' m'ai mis tout près du piano,
Min cœur faijot l' bruit d'un maviiau.
Min sang étot pus frod que d' l'iau,
J' trannos les guinguettes.
Tant qu' j'avos les v'nettes;
J'étos bien certain d' rester court.
Au premier couplet d' Manicour !
Desrousseaux.
( Récit véridiquc de mon voyage à Arras. )
TRANTRAN (Avoir 1'), loc. — Avoir la manière
(le faire une chose.
On peut dir' qu'i connot l' trantran.
Desrousseaux.
( Le Jour de l'an. )
TRITRON, s. m. — Triton, par épenthèse. Il est
probable qu'autrefois il y avait dans une de nos
églises trois cloches formant entre elles un intervalle
dissonnant composé de trois tons , qu'en terme de
musique on appelle triton, puisque dans un vieux
refrain que chantent encore nos enfants , on dit en
parlant des cloches : Allez tritronl....
Si j'étos r sonueu de 1' paroisse,
Contint d' vir arriver ch' bon fieu,
Des tnfronsj' f'ros sonner r gross' voisse,
Cha u' peut point déplaire au bon Dieu!
Desrousseaux.
(Violette , chanson.)
— 196 —
TREUVER , V. — Trouver. Ne se dit presque
plus, du bas latin treuvare.
Sans en chercher la preuve
Bans les citrouilles je la trcuve.
La Fontaine.
TRIBOULER, v. n. — Ancien verbe français qui
sia;nifie tourmenter.
Dans les environs de Lille, les cabaretiers appel-
lent triboulette , s. f. , un vase, une mesure dans
lequel ils servent à boire. Une triboulette est ce
que nous appelons chope.
TRIFOUILLER, v. — Cbercber un objet parmi
beaucoup d'autres en y mettant le désordre.
TRIMER, V. n. — Travailler avec ardeur.
TRIPE, s. f. — Etoffe de laine fabriquée en
grande quantité à Lille par les bourgeteurs.
« Les saïetteurs et bourgeteurs formaient à Lille deux
))' corporations puissantes. Ils fabriquaient différentes sortes
)) d'étoffes faites en tout ou en partie avec de la laine. Le
)) nom des premiers vient de saïette ( lame peignée ) ; celui
» des seconds vient de ce que les premiers ouvriers qui
» apportèrent à Lille cette branche d'industrie étaient de
» Bourges. »
Brun-Lavainne.
Nous trouvons dans Roisin , le serment des esfjars
de h bourgcterie (XXVI), il commence ainsi :
« Vous flanchez et jurez par les foy et serment de voz
» corps , sur la damnation de vos âmes et voz pars de pa-
» radis que vous ferrez i'esgard de toutes les tripes.... »
« A Roubaix, la fête des fabricants s'appelle encore au-
» jourd'hui la fête des tripiers. »
P. Legrand.
{Dictionnaire du Patois de Lille, te. édit.)
— 191 —
TRIPETTE , s.f. — Terme de dénigrement ;
presque rien.
Pour ach'lour, me v'Ià forché d' dire qu'elP vaut puiiit
trij)ette.
Desrousseaux.
f Mes Élrennes , IbliO. )
Tripette se dit encore pour désigner la panse de
Veau découpée en lanières et accommodée à la sauce
blanche.
TRIPOTTER, i\ — On dit qu'une chose vous
/n|)oïfe lorsqu'elle vous tracasse, vous ennuie, vous
contrarie...
Eun' séquoi qui m' tripotte ,
Ch'est qu' jamais , Bml'-Mason
N'a fait sur Jeami'-Maillotte
Un p'iit couplet d' canchon.
Desrou»seaux.
TRIQUE, s. f. — Donner une trique, administrer
une correction.
Si vot cha, r' venant de s' boutique
Angélique attrape eun' biell' trique...
Desrousseaux.
(L' NuHu. )
TRO, s. m. — Trou.
Il a été au tro Saint-Patrice i n* rit pu.
On n' te f'ra point un tro à t'panche.
I bot comme un tro.
( Dictons.)
TROELLE, s. f. — Truelle, instrument de maçon.
TROELLÉE, s. f. — Plein une troelle.
— 198 —
TROMPETTE DE DUCASSE, s. f. — Petite trom-
pette, jouet d'enfant qui se vend ordinairement dans
les foires.
TRONDELER, v. n.
« Courir d'une manière uu peu vagabonde , flâner ; en-
j voyer quelqu'un à 1' trondièle , c'est lui faire faire une
)> course inutile, quelquefois désagréable. »
P. Legrand.
(Dictionnaire du Patois de Lille, 2e. édit.)
TROPIEDS, s. m. — Trépied, ustensile ayant
trois pieds pour poser la cuve servant à lessiver le
linge, etc.
TROUSPETTE, s. f. — N'a pas une signification
bien arrêtée. On le dit d'une petite fille mutine ,
mais sans y attacher une intention méchante.
TRUC. — Manière, tour de main. D'un usage
général.
TUNTUN , s. 711. — Ce mot n'est employé que
dans une seule phrase et sous forme de plaisanterie :
— Quoiche que nous allons mainger pour dinuerï
— Du tuntun.
— Quoicbe que cb'est du tuntun ?
— Cb'est du b... démêlé avec des puns.
TURLUPA , s. m. — S'est dit longtemps pour
tuhpe. Il y avait autrefois au faubourg de la Made-
leine (hameau du Trou], un champ dans lequel on
ne cultivait que des tulipes. C'était alors la plus jolie
promenade des environs de Lille. On l'appelait
/' camp ô! turhpas.
Il est assez étonnant que ce fait ne soit pas relaté
dans les ouvrages des auteurs lillois, alors que
— 199 —
M. Hécart en a fait mention et qu'il est encore à !,i
connaissance des Lillois âgés.
TURLUPA, s. m. — Organe de la génération chez
la femme.
TURLUTUTU,s. m. —Mirliton. Onomatopée du
chant que produit cet instrument.
TUTAR, s. —Qui me.
Les gens de la campagne disent tuchar.
TUTER, V. n. — Faire avec les lèvres le mouve-
ment d'un enfant qui prend le sein.
u
\] ,prép. — Ou.
U, adv. — Oii. Je n sais point à.
UBERLU, s. m. — Hurluberlu, étourdi.
UGHE, adv. de lieu. — Où. Uche qiiil est, où
est-il.
.... Un granl lonniau tout noir
Uch' qu'on débit' de 1' braisette
Avec euii' pellette.
Desrousseaux.
(Mes Ètrennes, 1861.)
URBANISTES (Rue des). — Ainsi nommée à
cause d'un couvent de religieuses de ce nom qui y
était établi. Le 12 août 1791, on en fit fermer
l'église et les religieuses furent chassées le 14 sep-
tembre de l'année suivante.
Le 4 juillet 1804, le Gouvernement fit don au
bataillon des Canonniers sédentaires Lillois , en
— 200 —
récompense de leur admirable conduite au siège de
Lille (1792), des bâtiments et jardins de ce couvent,
qu'ils continuent d'occuper rue des Canonnien,
autrefois des Vieux-Hommes.
URLION, s. m. — Hanneton. S'emploie plus
particulièrement dans les environs de Valenciennes.
USANCE, s. f. — Usage, en parlant du plus ou
moins de durée d'un objet quelconque : Cheull'
lahle a fait bonne u inéchcmte usance.
V— w
Ces lettres se substituent très-souvent au g,
comme on l'a vu dans le cours de cet ouvrage. Ainsi
(jâter, aiguille, anguille, etc., font : wâter, aiwille,
anwille....
Beaucoup de noms propres comme Watebled,
Watecamp , Watteau , sigmùent Gâte- bled , Gâte-
champ , Gâte-eau , etc.
VACLETTE, s. f. — Chaufferette. On l'appelle
aussi couvé.
Eun' fenim' ju' ilii tambour-muscat ;
Eune aute , (jui lient clins s' main s'vaclette,
Dit che r'frain , qu'un chacun répète :
« Le v'Ia! le v'Ià!
V petit Violette ,
L'amoureux d' Rosette î
Le v'ià! le v'Ià!! »
Desrousseaux.
(Violette, pasquille et chanson.)
— 201 —
VALIDIRE, suhst. des deux genres. — Litt. Va-
lui-dlre. Au propre, valet, domestique.
S'emploie figurcment sous forme de mépris ,
comme variante du dicton : Mieux vaut avoir aU'aire
à Dieu quà ses saints. On dit ;
I vaut mieux s'adresser au maite qu'à ses validire.
VAQUE, s. f. — Vache, du latin vacca. Ce mot
est dans Rabelais,
VAROULER, V. — Aller et venir continuelle-
ment.
VAROULEU , s. m. — Qui va, roule , à droite , à
gauche. Celui dont la profession n'est pas exercée
à demeure fixe : le commissionnaire , les artistes
forains, le marchand ambulant, le commis-voya-
geur, sont des varouleux. Il y a généralement dans
les fabriques un individu chargé par ses camarades
d'aller chercher des provisions pour le déjeûner et le
rechenner, on l'appelle varouleu.
VENIR. — Pour devenir.
VERDI. — Contraction de vendredi. De nos Jours,
on dit plus souvent vinderdi.
Un jour ou m' propose eune affaire
A qu'minclier 1' vinderdi.
Desrousseaux.
( Les vieilles Croyances. }
VERDURIER, s. m. — Marchand de légumes ;
féminin verdurière.
« Verdurier, pourvoyeur de légumes dans les maisons
» royales. »
Boiste.
(Dictionnaire universel. J
0.
— 202 —
VÉRIN, s. m. — Vis, écrou en fer. On appelle
rlcf à vérins, l'outil servant à tourner ces objets.
Figurément, on dit d'un acrobate, d'un dislo-
qué , surtout : On jiir'rot quil est fax à vérins.
VERT-NEZ, s. m. —Pince sans rire.
VERVEREUX, .s-. ?/«. — Verveu, filet à prendre
du poisson. Il vieillit.
VIDERCOME, s. m. — Grand verre à boire. Ce
mot vient de l'allemand.
VIER, s. m. — Ver.
VIÉREU, adj. — Qui a des vers.
VIÉREU-SE, subst. — Terme de mépris. Clicst
unviéreul dit-on d'un individu malingre.
VIAU, s. m. — Veau.
n est (lins 1' coin, d'ùche que 1' viau est mort.
Il est bon comme uu viau.
On li fera pu d'honneur ([u'à un viau ,
On l'intierra avé s' piau.
( Dictons. )
On appelle vulgairement : Marqué à fût viau, le
marché à la viande de la place aux Bleuets :
On mettra s'n eslatue
Sus 1' Marquc-à-p'tit-viau.
Desrousseauz.
( J eanne-M ail lotte , 3e. volume.)
Les fripiers appellent encore i'iaw, les objets dont
ils ne peuvent se défaire chez eux et qu'ils remettent
au bureau des ventes publiques.
VIEU-VARD, s. m. — Vieilles bardes. C'est une
— 203 —
transposition de 17i en v. Se dit pour dési£:jnertou((;
espèce d'objets hors d'usage. Ainsi, un Tripier de
notre ville a fait tout récemment placarder sur les
murs une affiche où l'on peut lire ce qui suit : a Je
» débarrasse les greniers de toutes les agobllcs et
» vieux-vars, aux prix les plus avantageux....! »
Il y a à Valenciennes une rue dite : de la Viéwai\
oh se tenait autrefois un grand nombre de fripiers.
(( VrEswARE. — Fripperie.
(Roisin , publié par M. Brin-Lavainne. )
VIEZ, adj. — Vieux. Ne se dit presque plus.
VIJIN, s. m. — Voisin, féminin vijeine.
Tons les vijins , réûs
D'intinde eun' coss' parelle.
Brûle^AIai son .
(L'Orgue aux chais.)
Nous trouvons dans Roisin :
« Visage. — Voisinage. »
(Glossaire.)
VIGNERON. —Au XVe siècle et même auXVIe,
on cultivait encore la vigne dans nos contrées. Une
cloche servait spécialement à rappeler les ouvriers
qui travaillaient aux vignes dans les campagnes. On
la nommait le 'Vifjîieron et le peuple prononçait
r veinnron. Plus tard, lorsque la température ne
permit plus de faire la vendange et que, par consé-
quent, le nom de cette cloche n'eut plus de signifi-
cation usuelle, on la nomma 1* lainnron. Ce dernier
mot tire probablement son origine de ce que , à
l'heure où cette cloche annonçait la retraite, on
— 204 —
emmaillotait les enfants dans leur lainn'ron pour
les mettre au lit.
Il est trop tard l' veinn'ron est sonné.
(Proverbe lillois.)
VINAIGRETTE, s. f. — C'est l'ancienne chaise
à porteur à laquelle on a adapté des roues. On lui
donna le nom dérisoire de vinaigrette, parce qu'elle
ressemblait assez aux brouettes que traînaient alors
les vinaigriers.
L'invention des vinaigrettes est attribuée à un
certain abbé de Saint-Martin, très-connu à Caen
sous le nom de Malotru.
Ce véhicule n'est plus guère en usage qu'à Lille,
où, d'ailleurs, depuis nombre d'années déjà, il a
perdu une grande partie de sa vogue. La mode
des crinolines lui adonné le coup de grâce, si nous
nous en rapportons au couplet suivant :
a A l'intintion d' tous ches biaux p'tits nounoux ,
Les rich's mamzeU's, qui nous restott'nt fidèles ,
Souvint, sans r'proch', nous allînie', inter nous,
A Sainl'-Catli'rin' brûler deux tros candelles.
Mais pour à ch't heure, hélas! il est trop lard,
Un chacun 1' sait, pour les nouviell's toilettes ,
Les crinoline' à fis d'acar,
Les gross's tournur', et tout l' bazar,
Faudrot grandir les vinaigrettes. »
Desrousseaux .
( Les Vinaigrettes.)
L'homme qui traîne la vinaigrette est appelé par
le peuple, queva quertien (cheval chrétien.)
VI]\DAQUE, s. m. — Vindas, machine composée
— Wli —
(1110 trueil sur lequel se roule une corde qui sert à
monter et k descendre des objets pesants.
VINGT-HOMMES (Corporation des). — (Voir
Kraene.)
VINDUE, s. f. — Vente. Aller à /' vindue, se
dit pour aller dans une vente publique.
Vm. — Voir.
« Veir ou vir, contraction du latin videre, voir, se dit
» encore dans nos contrées. »
EscaUler.
(Remarques sur le jjatois.)
Manicour est fort sur la danse.
Ch'est plaisi de 1' vir.
Desrousseaux .
{Manicour, 2e. vol.)
VOE. — 'Voie. Il est toudi par camp et par voe,
dit-on d'une personne qui n'est pas stable.
VOLOIR. — Vouloir.
VOLONTATRETTE, subst. des deux genres. —
Volontaire, qui fait tout à sa volonté.
VIEUSERIES , s. /". — Vieilleries , objets hors
d'usage.
V'ià min sujet: I' Fiête de V Brad'rie !
Ch' jour-là, Liir n'est qu'un grand marqué.
Car tous cheuss' qui ont des vieus'ries,
S' dépêch't'nt à sin débarrasser.
Desrousseaux.
( La Braderie.)
VOLÉE, S. f. — Terme de natation, brasse.
WAGQUA, s. m. — Matière fécale. Rarement
employé.
— 206 —
Je ne cite ce mot que parce qu'il se trouve dans
une chanson intitulée : Le Trésor des Récollets,
(décembrel807),par M. F.F.
D'vir que den ch' tonniau-là ,
Y n'ia rien que du cron et du wncqiia.
WAINER, V. —Miauler
L'un tcaine haut, et l'aut' wain' bas,
Un aul' waine : ut la ! ut la !
Brûle-Maison.
(L'Orgue aux chats.)
WARDER, V. — Garder, prendre soin, con-
server. Du tudesque wardan.
Ce mot se trouve dans le Glossaire de la langue
romane, par Roquefort, ainsi que la citation sui-
vante :
« Hay ! cum plus saige sunt cil ki endroit d'ols misnies
j> wardent ior tressor, et qui à allruit n'il comendent
» mies ! »
(Sermons de Saint Bernard, fol. 34.)
Tout ch' qui est bon à prinle est bon à warder.
( Dicton. J
WARRAS, s. m. pi. — Paille de féverolles dont
on fait usage pour allumer les foyers.
WASSINGUE, suhst. — Grosse toile d'emballage
servant à éponger l'eau et à essuyer les plan-
chers, etc....
Ce mot, sans synonyme en français, vient du
touton-belge ivasschen, laver.
WASSINGUER, v. — Faire usage de hivassinguc»
— 207 —
WÉTIER, V. a. — Regarder, guetter. C'est
encore , comme nous l'avons fait remarquer à la
lettre iv , une des transformations du g en v ou w.
WIDIER , V. — Vider, sortir, quitter, débar-
rasser, faire sortir.
WIO, s. m. — Cocu.
Si t'as brai pour ête wio
Te peux bien t* rapagé.
Brûle-Maison.
C Le saint homme de curé.)
I faut du mérite pour ête wio.
I vaut mieux ête wio qu'avule , on vot ses confrères.
{Dictons.)
Ne s'emploie presque plus à Lille, mais il a con-
servé toute sa signification à Tournai, où les habi-
tants sont vulgairement désignés sous la dénomina-
tion générale des wios d' Tournai.
"WIO, s. m. — Fleur de la Bardane.
Il y a à Douai la rue des Wios-Saint-Albin.
X — Y — Z
ZÀNZANTE. n.pr. — Contraction d'Alexandre.
ZÉGRE , adj. — Mince , qui annonce la misère ,
mesquin.
ZÉLEU, s. m. — Qui met du zèle à faire une
chose quelconque.
ZIDORE. n. pr. —Isidore.
— 208 —
ZÉZÉ, s. m. — Synonyme de imnu. (Voir ce
mot.)
ZISTE et Y ZESTE (Entre l), loc. — Ni bien ni
mal.
Et l'aut' H dit : « Nicol' quemiiit va-t-i ï »
— Jlais.... cha vaintre l' ziste et V zeste.
Desrousseaux.
( La Braderie.)
ZI. — Abréviation de plaisi (plaisir).
Ah ! queu plaisi!
Queu zi ! queu si ! !
Desrousseaus:.
{Un Episode de la foire de Lille.)
ZIZI. — Très-petite quantité. Un petit zizi de
pain.
- c^ - jy r SS^-^'^ ■
ouïssions.
ACAR (Fis d')— Fils d'archal.
Au figuré , jambes longues et grêles.
AFILÉ (D'j, loc. — A la file, mais presqu'en
même temps. Ainsi un pêcheur à la ligne dira : fai
pris dix percos d'à filé.
APAS, s. m. — Marche d'escalier, degré, s'em-
ploie plus particulièrement pour désigner les mar-
ches d'escaliers placées devant les maisons. On dit
dans ce sens : se tenir sur ïapas de V porte, pour :
sur le seuil de la porte.
AROUTAGEUX. — On nommait autrefois arou-
tageux, des ouvriers orfèvres qui, étant trop âgés
pour travailler en atelier, s'établissaient sur la
grande et petite place. Là, ils raccommodaient des
chaînes de montres , des bouts de cannes, etc. On
voyait figurer sur leur établi , qui se trouvait dans
leur hayo?i , des débouchoirs de pipes, des anciennes
pièces (le monnaies, des agrafes de cuivre en forme
de cœur pour attacher les tabliers des ouvriers, etc. . .
Ces objets s'appelaient aroutage.
On appelle actuellement aroutageux, les mar-
chands de vieille ferraille et de bric-à-brac.
AVERLECQUE, s. m. — Desserte; reste d'un
plat. Ne se dit presque plus.
RAFFILOIRE, s. f. — Linge qui reçoit la bave
des malades ou des enfants ; bavette.
— 210 —
BAVETTE, .S', f. — Linge qu'on altaclie sur la
poitrine des enfants pour recevoir la bave ; partie
supérieure du tablier.
Un écourcheu à bavette
In toile bleuse et nette.
Desrousseaux.
(L' Graissier.)
BAVETTE (Tailler une) , loc — Faire une partie
de langue , bavai'der.
BIÉTE IMBLEMEUSE, s. f. — Bête venimeuse,
vipère. Se dit figurément d'une mauvaise langue.
BIQUET, s. m. — Fléau de balance.
BOURLOIRE, s. m. — Jeu de boule.
11 y a, à Lille, la cour des Bourloires.
BOURSELOT-TE, subst.— On appelle bounelots
les enfants élevés dans un hospice , comme on dit
boursier d'un lycéen qui a obtenu une bourse de la
ville ou du département.
BROUÉ, s. m. — Lessive, eau de cendres. A
cause de sa ressemblance avec le brou de noix.
BUGHET, s. m. — Rameau de buis.
■ CAIF ! — Onomatopée du cri des chiens.
Nous étim's comme un jueu d' violon
Qui a perdu sin coloplion :
Il a beau frotter su' V gross' corde,
Ch'est comme rien, cha n' veut pus morde,
I n'in r'tir' qu'un son bien plaintif,
Comme un canich' qui crie caïf!
', Desrousseaux.
{Marie-Claire, pas(|uille.)
— 211 —
GARIOTEU, s. m. — Boisselier. Il vieillit.
CATOIRE, s. f. — Ruche.
Il y a , à Lille , ruç de Paris , 205 , un épicier
dont l'enseigne représente une ruche dorée , sous
laquelle on lit ces mots : A la Catoire-d'Or.
CRISTÈRE, s. m. — Clystère, lavement.
COLOPHON, s. m. —Colophane.
Les antagonistes du patois diront probablement
encore que ce mot est tout simplement une corrup-
tion de colo]>/ja«e. Cependant , sî corruption il y a ,
elle doit être attribuée aux législateurs de la langue
française puisque , comme le dit Bescherelle , cette
résine était tirée d'une ville de î'Ionie , du nom de
Colophoïi.
DÉGONTOUR, s. m. — Détour.
DURANCE, s. f. — Durée.
J' viens langreux teH'raint qu' j'ai du ma.
Mais ch' ma, si te l' veux, n'ara point d' durancc.
Desrousseaux.
{Min cousin Myrtil, 3e. vol.)
ÉCRÉPER, V. — Ratisser. Se dit de certains lé-
gumes dont on détache l'écorce ouïe duvet à l'aide
d'un couteau ; écréper des carottes.
ÉPARDRE, V. a. — Épandre, semer, éparpiller,
EPINCHER, V. — Elaguer, ébrancher un arbre.
ESSEULÉ , adj. — Seul , isolé. On est esseulé
dans l'état de veuvage.
ÉTINTE, s. f. — Étouffoir.
ÉTUVE, s. f. —Poêle.
— 212 —
GAI, s. m. — Hareng qui n'a plus ni laite ni
œufs ; on l'appelle plus souvent puchcloî.
GALLE, s. f. — Callosité, petit calus.
HERBELETTES, s. [. pi. — Petites herbes.
HURTE, s. f. — Hure.
LURONNER , v. — Aller et venir autour d'une
porte , d'une maison , soit qu'on ne trouve pas la
serrure, soit qu'on attende quelqu'un qui est à l'in-
térieur ou qu'un motif quelconque empêche d'entrer
hardiment.
Ce mot, dans le sens figuré, peut être traduit par
cette locution d'un usage général : tourner autour
du pot.
NIEPPE, s. f. — Nèfle.
NOUNOU. — Mot amical. Queu biauptit nounou,
dit-on d'un bel enfant ou d'une jolie personne.
OHEIN ! — Exclamation. Onomatopée du cri
des nouveau-nés; vagissement.
Là-d'sus, V petit î^in
S' révelle et crie : Ohein! Ohein '.'.
Desrousseaux.
(L' baptême du P'tit-Riquiqui.)
PROUSSE (Eté in) , loc. — Etre courroucé , de
mauvaise humeur.
PROUSSE (Faire), loc. —Faire ribotte.
QUÉAU, s. m. — Rejeton d'une plante.
RETOUPER, i\ —Combler, boucher.
— 213
UN DERNIER MOT.
GASCONNEU-SE, subst. — Nos ouvriers, vou-
lant probablement se venger du mépris qu'on fait de
leur langage, ont adopté ce mot pour ridiculiser les
beaux parleurs qui , trouvant ses expressions gros-
sières et de mauvais goût, les emploient, néanmoins,
en les francisant. Ainsi les gasconneux et surtout les
gasconneuses qui ont passé quelques jours à Paris ,
se garderaient bien de dire : Un euro, un fraso, un
débuquo, un varoulcu, cacher-perdu , courtilleu,
pain d' curiche, imblaver, ferloupe, patiau, etc....;
mais ils diront fort bien, en se pinçant les lèvres : Un
curoir , un [rasoir , undébuquoir, un varouleur ,
cher cher-perdu, cour lilleur, pain cï curisse, emblaver,
f reloupe, pateau, etc....
Ce mot me rappelle qu'un jour, un gasconneu ,
entendant quelqu'un appeler toubaqueuse , une ou-
vrière de la manufacture des tabacs, lui fit ainsi la
leçon : Ne dites donc pas toubaqueuse, c'est commun.
En bon français, nous disons : tabatière.
LILLE. IMP. A. BEHAGUE.
PC Vermesse, Louis
3067 Vocabulaire du patois
L5V4. lillois
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