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Full text of "Voyage au pole sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée : exécuté par ordre du roi pendant les années 1837-1838-1839-1840"

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VOYAGE 



AU POLE SUD 



ET DANS L'OCÉANIE. 



PARIS. — IMPRIMERIE d'a. SIROU ET DESQUERS , 

Rue (les Nojers, 37. 



VOYAGE 

AU POLE SUD 

ET DANS L'OCÉANIE 

SUR LES CORVETTES 

L'ASTROLABE ET LA ZÉLÉE; 

EXÉCUTÉ PAR ORDRE DU ROI 
PENDANT LES ANNÉES 1837-1838-1839-1840, 

sous LE COMMANDEMENT 

]>£ M. J. DUMONT-S'URVIX.I.E, 

Capitaine de vaisseau î 

PUBLIE PAR ORDONNANCE DE SA MAJESTÉ, 

sous la direction supérieure 

DE M. JACQUINOT, CAPITAI^E DE VAISSEAU, COMMANDANT DE LA ZÉI.ÉCt 

HISTOIRE DU VOYAGE, 

PAR M. DUMONT-D'URVILLE. 

TOME DIXIÈME. 



PARIS, 

GIDE ET C% ÉDITEURS, 

RUE DES PETIÏS-AOGUSTINS , b. 

1846 



fïï^ir 



1/ 



CHAPITRE LXIX. 



Séjour dans la baie de Timor- Coupang. — Traversée de la baie 
Coupang à l'île Bourbon. 



La rade de Coupang est considérée comme la meil- i84q. 
lem^e de toutes les îles Timor; elle a cependant le 
défaut d'être trop profonde et entièrement ouverte 
aux vents du N. 0. Pendant neuf mois de l'année, les 
vents d'est soufflent avec une régularité parfaite, le 
mouillage y est alors excellent ; la mousson d'ouest, 
qui est aussi assez régulière, amène rarement des ou- 
ragans dans ces contrées. La baie Coupang est fré- 
quentée pendant toute l'année par un grand nombre 
de navires ; la facilité qu'elle présente de pouvoir y 
entrer et en sortir avec tous les vents, la rend pré- 
cieuse pour les bâtiments qui viennent y mouiller. 

Notre relâche à Timor avait principalement pour 
but de remplacer notre eau, de faire du bois et enfin 
de procurer des vivres frais à nos marins, rudement 
éprouvés par les dernières fatigues et réduits de- 
puis longtemps aurégime des salaisons. Bien que l'état 



^^r 



% 



Juin. 



2 VOYAGE 

1840. sanitaire de nos équipages fût assez satisfaisant, notre 
navigation dans ledétroit deTorrès les avait beaucoup 
fatigués. Par mi les officiers, nous comptions plusieurs 
malades : M. Gaillard donnait des inquiétudes plus 
vives que jamais ; M. Dumoulin était atteint d'une ma- 
ladie grave qui ne laissait que peu d'espoir de le sau- 
ver; je sentais moi-même que, si la campagne devait 
se prolonger encore quelque temps, je ne pourrais ré- 
sister. Heureusement notre relâche à Timor venait 
de terminer la série de nos travaux ; désormais nous 
devions nous rendre directement en France, mais 
avant de rentrer dans notre patrie, il nous restait 
encore de longues et pénibles traversées. Je cherchai 
donc à procurer à nos matelots tout le bien-être pos- 
sible en faisant d'amples provisions de vivres frais à 
l'île de Timor. 

Aussitôt que nous fumes mouillés, j'envoyai un of- 
ficier auprès du résident , pour le complimenter et 
traiter la question du salut national. Vingt et un coups 
de canon furent tirés i^slvV Astrolabe, ils nous furent 
immédiatement rendus par le fort ; nos embarcations 
portèrent ensuite à terre tous ceux que le service ne 
retenait point à bord. M. Grono vins, résident de Gou- 
pang, accueillit toutes nos demandes avec une bonté 
parfaite; il s'empressa de donner des ordres pour met- 
tre à notre disposition toutes les ressources de la co- 
lonie. Les abords delà terre sont fort dangereux pour 
les Européens, à cause des maladies qu'ils y gagnent ; 
je redoutai surtout d'être obligé d'envoyer nos hom- 
mes à l'aiguade , dans la crainte de les exposer aux 



Juin. 



DANS L'OCEANIE. 3 

fièvres du pays, presque toujours mortelles pour les i84o 
Européens. M. Gronovius nous rendit un service si- 
gnalé, en mettant à notre disposition plusieurs hom- 
mes du pays, qui, avec nos chaloupes, purent en peu 
de temps compléter notre provision d'eau. 

Nous trouvâmes au mouillage deux navires hollan- 
dais. L'un d'eux était une petite goélette appartenant 
à la maison Lasnier de Batavia. Les produits princi- 
paux du commerce de Coupang sont la cire et le bois 
de Sandal ; ces deux articles composaient le charge- 
ment de la goélette en question, qui se disposait à 
partir le lendemain même pour Batavia. Le second 
de ces bâtiments était un trois-mâts du commerce 
que déjà nous avions vu la veille, au moment où 
nous dépassions la pointe sud de Timor. 

La ville de Coupang , vue de la mer , a une assez 
triste apparence; elle ne gagne pas non plus à être exa- 
minée de près. Habitué depuis longtemps à la propreté 
et au bon goût qui se font, en général, remarquer dans 
les autres villes hollandaises, le voyageur est pénible- 
ment affecté de la malpropreté de cet établissement, 
où il ne rencontre que ruines et confusion. En débar- 
quant sur une grève de cailloux où la mer déferle sans 
cesse, même dans la bonne mousson, il faut gravir un 
talus formé de décombres et d'immondices pour arri- 
ver au Campong chinois, à l'est de la rivière. Deux ou 
trois rues parallèles au rivage, coupées par quelques 
ruelles, n'offrent à l'œil que le triste aspect de la mi- 
sère et de l'inaction, au lieu de cette activité, de cette 
industrie, de cette aisance que Ton remarque en géné- 



# 



Juin. 



4 VOYAGE 

1840. rai dans les comptoirs néerlandais. La rue principale 
vient aboutir à un pont de bois jeté sur la rivière ; 
l'embouchure de cette rivière forme une espèce de 
barachois qui peut servir de refuge à une douzaine de 
bateaux ; mais ces embarcations ne peuvent en .fran- 
chir la barre qu'à marrée haute. A quelques centaines 
de pas au-dessus du rivage, cette prétendue rivière se 
réduit à un ruisseau obstrué par des cailloux et qui 
n'est pas même navigable pour des pirogues. Le fort 
Concordia, bâti sur le bord de la mer et sur la rive 
gauche du ruisseau, domine le petit port et le quar- 
tier chinois; il est lui-même dominé par le terrain en- 
vironnant qui s'élève en pente douce vers l'intérieur. 
Il n'a ni fossés, ni retranchements extérieurs d'aucune 
espèce; ses murs en moellons sont lézardés de toiîs cô- 
tés, et en plusieurs endrohs, ils n'ont que trois à qua- 
tre mètresdehauteur. C'est une forteresse à la turque, 
susceptible d'aucune résistance. Sur la rive gauche de 
ce ruisseau, on ne rencontre que quelques cases clair- 
seuiées, environnées d'une assez belle végétation ; ses 
rivages sont frais et ombragés; on doit même y trouver 
quelques sites agréables en remontant son cours jus- 
qu'au ravin profond qu'il s'est creusé dans les hau- 
teurs qui dominent la ville; mais si l'on s'écarte de ses 
bords on monte sur des collines brûlées par le soleil, 
couvertes d'herbes et d'arbustes. Le terrain en est 
pierreux, et paraît formé de débris d'un calcaire ma- 
dréporique que l'on retrouve sur les escarpements du 



rivage. 



Toutes les habitations qui composent la ville sont 



^ 



Juin. 



DANS L'OCÉAINTE. 5 

des constructions malaises, faites avec peu d'ordre et i84o. 
peu de soin. La demeure du résident, celle d'un 
créole, M. Thielmann, qui reçut en 1821 M. de Freys- 
sinet, sont les seules habitations un peu remarqua- 
bles. Pendant tout notre séjour, elles nous furent 
constamment ouvertes, et nous reçûmes un accueil 
bienveillant que nous ne saurions oublier. Elles sont 
situées en dehors de la ville, à quelques pas de la ri- 
vière. 

Coupang estla moins importante peut-être de toutes 
les factoreries hollandaises de l'Inde. L'insalubrité du 
pays, les mœurs sauvages des habitants, et plus que 
cela peut-être l'éloignement de ce comptoir, ont em- 
pêché les Hollandais d'étendre leur domination dans 
l'intérieur de l'île. Du reste, les dépenses de la factore- 
rie doivent être très-minimes, à en juger surtont 
par la faiblesse de la garnison , composée d'une tren- 
taine de cipayes commandés par un sergent hollan- 
dais. 

Le capitaine Moyle, commandant la goélette de la 
maison Lasnier, s'était fixé à Coupang depuis trois ans, 
pour s'y livrer au commerce. D'après son témoignage, 
pendant cet espace de temps, il n'avait fait des achats 
que pour la somme de 800,000 fr. Ce négociant sem- 
blait accorder au comptoir portugais de Djieli, établi, 
comme on le sait , sur l'autre extrémité de l'île Ti- 
mor, une importance commerciale beaucoup plus 
grande, bien que les Portugais qui l'occupent soient, 
en général, très-pauvres. Là, tous les officiers, tous 
les employés se livrent au commerce; le gouverne- 



6 VOYAGE 

4840. ment portugais leur accorde des appointements tel- 
lement faibles, qu'il leur serait impossible d'exister, 
s'ils nejouissaient d'une liberté complète, pour faire le 
commerce à leur propre compte, M. Moyle nous mon- 
tra une grande quantité de bijoux, qu'il avait achetés 
à Djieli. Le travail de ces ornements était d'une délica- 
tesse extrêma^ et leur prix de revient très-minime ; 
ce sont les Chinois et surtout les indigènes qui se li- 
vrent à cette industrie. 

La rade de Coupang est surtout fréquentée par les 
baleiniers; de l'aveu de tous les pêcheurs, il paraîtrait 
que la pêche du cachalot, exclusivement exploitée au- 
jourd'hui par les Américains et par les Anglais, n'est 
nulle part plus productive que sur la côte de Timor. 
Ces cétacés, en quittant les côtes de la Nouvelle- 
Hollande, celles des Philippines et de la Nouvelle- 
Guinée, fréquentent, à ce qu'il parait, ces parages, 
lorsqu'ils se rendent de l'Océan indien dans le grand 
Océan. D'un côté, les eaux froides qui leur sont an- 
tipathiques, ne leur permettent pas de faire le tour de 
la Nouvelle-Hollande pour se rendre dans l'Est, et 
enfin les récifs qui encombrent le détroit de Torrès, le 
peu de profondeur de la mer dans ces canaux, les 
empêchent de prendre cette route. C'est au moment 
de leur passage dans les détroits de l'est, à des épo- 
ques fixes et bien connues des baleiniers, que ceux-ci 
viennent faire la pêche sur ces côtes , et quelquefois 
ils réussissent à compléter leur chargement entres- 
peu de temps. La Hollande, dont les possessions sont 
riveraines de ces mers, s'est laissée jusqu'à ce jour ra- 



DANS L'OCEANIE. 7 

yir tous les avantages de cette industrie par les Améri- mo. 
cains et par les Anglais. La France qui, après l'Angle- 
terre et les Etats-Unis , occupe le troisième rang pour 
la pêche de la baleine, ne possède encore point de bâti- 
ments de commerce exclusivement destinés à la pêche 
du cachalot. Il serait vivement à désirer que cette in- 
dustrie fût encouragée chez nous, car elle aurait F avan- 
tage de familiariser nos marins avec des mers qu'ils 
fréquentent rarement. Tous les bâtiments , quel que 
soit leur pavillon, sont admis sur la rade de Coupang, 
aux mêmes conditions que les navires hollandais ; ils 
peuvent y vendre et y acheter librement toute espèce 
de marchandises, sauf les toiles, dont le monopole a 
été réservé à la société de commerce des Pays-Bas. 
La relâche de Coupang est d'autant plus précieuse 
pour les pêcheurs de cachalots, que l'on y trouve fa- 
cilement à s'y pourvoir de viande fraîche et de légumes 
à des prix très-modérés. 

Le seul monument que l'on remarque à Coupang est pi- clxxxxi. 
le temple Chinois > bâti sur un petit monticule près de 
ja ville, eiifacedufort Concordia. Use compose d'une 
grande salle rectangulaire, dallée en pierres, recou- 
verte d'une charpente en bois ; au milieu se trouve une 
grande table garnie d'ornements propres au culte; au 
fond s'élève l'autel, surmonté par une statue entourée 
de cierges odoriférants dorés et coloriés. 

Les habitants de Timor paraissent avoir la peau 
plus foncée en couleur que les Javanais ; les hommes 
sont de petite taille et d'apparence chétive. Comme 
les Malais, ils portent un mouchoir autour de la tête , 



Juin. 



8 VOYAGE 

1840. mais leur chevelure est plus forte et plus crépue. Tous 
mâchent le bétel : ils fabriquent une grande quantité 
de petits étuis en bambou , destinés à renfermer cette 
drogue, qui ne les quitte jamais. Sous le rapport in- 
dustriel, ils sont très-inférieurs aux autres Malais ; ils 
se livrent peu à la cuîtiire des terres, et, bien que leurs 
îles puissent, comme celles de l'Ouest, produire le café 
et toutes les denrées coloniales, ils n'ont à livrer à la 
consommation que du maïs et des légumes. 

Les buffles, les bœufs et les chevaux sont très-abon- 
dants. L'île de Rotti est surtout renommée pour ses 
chevaux; ces animaux, quoique petits, sont vifs et vi- 
goureux. Ils forment un des articles d'exportation les 
plus importants. 

Nous nous trouvions à Coupang dans la saison la 
plus redoutée pour les fièvres et les maladies qu'en- 
gendrent les pluies et la chaleur. Aussi je ne voulais 
faire qu'un très-court séjour dans la baie : trois jours 
seulement devaient être consacrés à la relâche. La 
veille de notre départ, je reçus la visite de M. Grono- 
vius, qui vint m'inviter à dîner à la maison de la ré- 
sidence, ainsi que les deux états-majors. Les douleurs 
incessantes que j'éprouvais depuis longtemps ne me 
permirent point d'accepter cette invitation ; mais la 
majeure partie des ofQciers passa la soirée à l'hôtel 
du résident, oii M. Gronovius avait réuni toutes 
les autorités européennes de la colonie , au nombre 
de cinq, savoir : le chef des troupes, le médecin , le 
directeur des douanes , le ministre protestant et un 
négociant. 



* 



DANS L'OCÉANIR. g 

M. Gronovius avait ëtë pendant fort longtemps rc- is/^o. 
sident de rétablissement hollandais de Pontianak dans 
l'île de Bornéo. Il paraissait connaître parfaitement 
cette contrée , où il avait résidé plusieurs années. 
C'était un homme de quarante-cinq à cinquante ans, 
s'exprimantbien en français^ et se plaignant haute- 
ment de son gouvernement qui, pour des motifs que 
je ne connais pas bien, l'avait brutalement rappelé de 
sa résidence pour le placer dans le comptoir peu im- 
portant de Timor. Il possédait sur Bornéo , plusieurs 
documents assez insignifians du reste^ qu'il m'aban- 
donna facilement, et enfin une carte manuscrite dont 
il fît don à M. Dumoulin*. En outre, M. Gronovius 
nous raconta une infinité de détails et d'anecdotes re- 
cueillis pendant son séjour à Bornéo, dans lesquelles il 
usait sans doute largement de la liberté qu'il avait de 
ne pouvoir être contredit. Pendant le dîner qu'il offrit 

* Ces renseignements ont e'té insérés dans le septième volume. 
La carte dont il est ici question a aussi été gravée, et fait partie 
de* l'album pittoresque et non point de l'atlas hydrographique 
du voyage. Depuis son impression, plusieurs personnes dont les 
noms jouissent à juste titi'e d'un très-grand respect dans les 
sciences, m'ont écrit que cette carte n'était point à la hauteur des 
connaissances actuelles ; je crois donc devoir déclarer ici que, sauf 
quelques légères corrections, dans le tracé de la côte, faciles à 
reconnaître, cette carte a élé gravée telle qu'elle m'a été donnée 
par M. Gronovius, elle n'a été publiée par moi qu'à titre de ren- 
seignements^ et uniquement pour sauver de l'oubli un document 
qui peut, je crois, malgré des travaux plus récents et plus exacts,- 
être utile aux personnes qui s'occupent de la géographie de cette 
vaste contrée, encore si imparfaitement explorée. V. D. 



40 VOYAGE 

1840. à nos états-majors, la conversation roula principale- 
ment sur les actes de son gouvernement à Pontianak ; 
nous trouvons consignés clans le journal de l'un des offi- 
ciers de l'expédition, des détails curieux sur ce sujet, 
dont cependant la responsabilité doit rester tout en- 
tière au narrateur «M. Gronovius, dit M. Desgraz, a 
été rappelé de sa résidence sur Bornéo, à la suite des 
hostilités survenues entre les Chinois de Montradok et 
les Hollandais éisthYislx Sambas, Desactes d'une atrocité 
révoltante ont été la conséquence de cette lutte ; car, 
suivant M. Gronovius , des soldats hollandais prison- 
niers de guerre auraient été livrés par les Chinois, tout 
vivants, à des cochons qui les auraient dévorés. De son 
côté le résident, usant du droit de représailles, aurait 
fait enfermer dans un sac un Chinois vivant , pour le 
jeter ensuite à la rivière. Parmi toutes les scènes ra- 
contées par M. Gronovius, se trouve le récit d'une 
excursion qu'il aurait faite dans une tribu de Dayaks ; 
cette peuplade s'était réunie pour célébrer l'arrivée de 
quelques têtes ennemies , M. Gronovius considérait 
comme un fait acquis à l'histoire de ce peuple, l'habi- 
tude 011 les hommes seraient, lorsqu'ils veulent con- 
tracter mariage, d'offrir pour cadeau de noces à leurs 
fiancées une ou plusieurs têtes sanglantes d'ennemis. 
L'assemblée au milieu de laquelle se rendit le résident, 
se composait d'environ 400 individus de tout sexe ; 
elle était réunie dans une grande case qui servait à 
loger pluseurs familles. On avait préparé une Uqueur 
enivra,nte tirée d'un arbre du pays, puis on y avait dé- 
layé la cervelle des têtes ennemies. Tous ces sauvages 



DANS L'OCÉANIE. 41 

burent cette liqueur, et bientôt se plonsçèrent dans is/iO. 

,v ,, ., 1. V ^ Juin- 

une ivresse complète. Alors ils se livrèrent a une or- 
gie qu'il est impossible de décrire. Le lendemain, les 
femmes en se baignant dans la rivière, se versaient de 
l'eau sur la tête avec les débris des crânes brisés la 
veille , auxquels elles insultaient encore. 

c< Suivant M. Gronovius, aucun homme ne pour- 
rait se marier qu'en apportant une ou plusieurs 
têtes en dot à sa fiancée. Celui qui est parvenu à réu- 
nir plusieurs trophées de cette espèce , jouit d'une 
haute réputation ; il marche la tête haute et partout 
où il passe, il inspire le respect. Aucune femme, quelle 
qu'elle soit, ne saurait lui refuser ses faveurs; toutes 
au contraire recherchent l'honneur de devenir mère 
avec lui, dans Tespérance d'avoir un rejeton aussi 
vaillant que le père. Certaines tribus de Dayaks au- 
raient une coutume fort bizarre , celle de se perforer 
le membre viril par des aiguilles de métal plus ou 
moins grosses. Ces aiguilles sont aplaties aux extré- 
mités pour empêcher leur déplacement. M. Gronovius 
en a compté neuf sur un même individu. C'était un 
chef, il les portait en or. Ses sujets, moins riches, en 
avaient en argent et même en cuivre. Ces dernières 
donnaient souvent lieu à des plaies sérieuses, pro- 
duites par Poxydation du métal. 

c< Les Dayaks habitent dans de grandes cases où se 
réunit toute une tribu. Souvent ces édifices sont fort 
étendus, car chaque ménage y a sa porte particulière 
et son logis. Les guerres continuelles que se font ces 
peuples, et l'état d'alarme dans lequel ils vivent cons- 



12 VOYAGE 

1840. tamment, les poussent à se réunir pour pouvoir mieux 
se défendre. 

« Le sel et le tabac sont les denrées les plus avi- 
dement recherchées par ces sauvages. Au dire de 
M. Gronovius, le climat de Bornéo serait très-sain, 
mais la petite vérole y ferait constamment des ravages 
affreux. » 

Dans la soirée, je reçus le capitaine Moyle, qui, 
depuis nous , avait visité le port Essington pour y 
porter des bœufs. Les nouvelles qu'il me donna sur 
l'établissement anglais étaient des plus désastreuses. 
Il paraît qu'après le passage de nos corvettes, un vio- 
lent coup de vent avait assailli cet établissement , et 
y avait fait des ravages affreux. Tout avait été détruit. 
La maison du gouverneur elle-même avait été, disait- 
il, transportée à plus de vingt pas de la position qu'elle 
occupait ; tous les arbres avaient été abattus, les em- 
barcations brisées sur la côte. La corvette le Pelaurus 
avait été jetée dans la vase du rivage, d'où elle n'avait 
été retirée qu'à force de temps et de travaux, pour 
être enfin jugée incapable de reprendre la mer. Le ca- 
pitaine Bremer avait quitté la colonie avant le désas- 
tre, et, placé à la tête d'une division navale, il était 
allé prendre part aux évéments survenus en Chine. 

Nous apprîmes aussi que, dans le mois de novem- 
bre 1839, à la suite d'une forte éruption du volcan de 
Ternate^un violent tremblement de terre avait ébranlé 
cette île jusque dans ses fondements, et avait détruit 
en entier sa jolie ville, en ensevelissant sous ses ruines 
un grand nombre des habitants. Malheureusement 



» 



Muintenanl, messieurs, jetons un coup d'oeil rétrograde sur la 



DANS L'OCÉANIE. 13 

M. Gronovius n'avait que fort peu de détails sur cet i«40 
épouvantable desastre, et nous ne pûmes rien ap- 
prendre sur le sort des nombreux amis que nous 
avions faits lors de noire passage dans ces îles. 

Le 26 juin, nous devions mettre sous voiles. La 26 
longue campagne des corvettes Y Astrolabe et la Zélée 
était alors réellement terminée ; il ne nous restait plus 
qu'à regagner laFrancCjetdésormais notre navigation 
n'offrait plus de difficultés. Le mandat de l'expédition 
étant accompli ; je résolus de m'entourer de tous mes 
compagnons de voyage, afin de les mettre à même 
d'apprécier les résultats de la mission avec toute con- ' 
naissance de cause. A huit heures du matin, je réunis 
chez moi tous les officiers et élèves des deux navires 
sans exception, et là, après leur avoir annoncé mes in- 
tentions, je leur donnai connaissance des instructions 
d u ministre .J'avais usé largement de la latitude qu'elles 
m'accordaient de modifier à mon gré l'itinéraire qui 
m'avait été tracé. Je devais à mes compagnons de route 
de leur expliquer les motifs qui m'avaient guidé, et je fis 
suivre la lecture des instructions qui m'avaient été 
données de quelques mots dans lesquels je résumai 
toutes les opérations de la campagne , en comparant 
les points que nous avions étudiés et qui n'étaient point 
compris dans notre itinéraire, avec ceux que nous 
avions laissés de côté *. 

* Note sur les opérations de la campagne de T Astrolabe et de la Zélée j, lue 
par le commandant de l'expédition à toutes les personnes des deux états- 
majors réunies dans sa chambre^, le 26 juin 1840^ à huit heures du matin. 



i4 VOYAGE 

1840. Une heure après, nous étions sous voiles, et 

nous nous éloignions rapidement de la terre. Dans 
27 la soirée, nous aperçûmes quelques sommets de Si- 

mao et de Savu ; le lendemain, toutes les terres 

campagne et comparons les parties que nous avons laissées 
avec celles que nous avons faites en sus de ce qui nous était 
commandé. 

La premièrecatégorie renferme les îles Chiloè^Rapa, RoiiroiUoitj 
Man^ia, Rara-Tonga, Milchell, Peyster, Saint- Augustin, Gilbert^ 
Détroit de Cook et Chatam. 

Avec l'exploration polaire, il était bien impossible de songer 
à Chiloé. 11 eût été absurde de songer au détroit de Magellan, 
après le travail des glaces ; bien m'en a pris de l'avoir fait au pa- 
ravant, mais aussi j'assumais là une pesante responsabilité pour 
mes opérations subséquentes. 

Râpa, Rouroutou, Mangia , Rara-Tonga, sont de petites îles 
misérables , presque dépeuplées et sans mouillages ; d'ailleurs, 
une pénible et stérile tentative sur l'île de Pâques m'a démontré 
qu'il m'eût fallu peut-être consacrer cinq à six mois pour faire 
des progrès à l'ouest sur ce parallèle. 

Les petites îles des CaroUnes que nous n'avons point vues ont 
été remplacées par d'autres plus importantes à signaler à la géo- 
graphie. 

J'ai laissé le détroit de Cook , en apprenant à Hohart-Town et 
à O/û'^o que nos baleiniers n'v allaient jamais, et j'ai concentré 
mes efforts sur les parages qu'ils fréquentent. D'ailleurs, Y As- 
trolabe en avait déjà reconnu la meilleure partie. 

Quand j'indiquai Chatam dans mon plan de campagne, ce point 
me semblait alors presque vierge. La visite et les prouesses de 
V Héroïne l'avaient complètement défloré pour nous. D'ailleurs, à 
cette époque, je devais songer sérieusement au retour. 

Cela établi, opposons à ce même déficit la somme des opéra- 
tions que notre mission offrira à la géographie et à la navigation, 



# 



Juin. 



DANS L'OCEAN lE. 45 

avaient disparu et nous faisions bonne route vers isio 
l'île Bourbon. 

Les vents d'est nous poussèrent rapidement et nous 
firent franchir la zone des mers qui baignent les îles 



sur des points dont il n'était pas même question ; d'abord l'ex- 
ploration de toute la côte orientale de la terre de Feu, celle des îles 
Orkney, de plusieurs des New-South Shetland ^ et la découverte 
de la terre Louis-" Pldlippe. 

L'exploration des îles Juan- Fer nandez^ Ambroise Félix ^ Cler- 
mont-Tonnerre.) Séries , presque tout le groupe de Nouka-Hiva , 
les îles Tiokea^ Oura^ Raraha , Wittgenstein^ Greig. Tout l'ar- 
chipel Taïti^ les îles Scilly^ Mopelia^ tout l'archipel Samoa, les 
îles Hapaï, les îles Mindanao au nord de Santa-Gruz, les îles Har- 
dy., Saint-Jean, Caen y le groupe jdbgar ris. Toutes les îles situées 
entre Mindanao et Célèbes. Presque toutes les Moluques depuis 
Ternate jusqn'à Banda compris. Les îles au sud-est de Céram, 
Céram-Laut^ Goram^ Mata-Belia, Matawolka^ Tawa, Plus de 
centlieues de la côte sud-ouest de la Noui^elle- Guinée. Toute la 
côte nord de Céram^ de Bourou , la cote sud de Célèbes .^ les dé- 
troits de Banka , de Durion et de Singapour., l'archipel presque 
entier de Solo , les îles Banguey., Balambangan . Cagayan-Solo , 
le détroit de Bassilan , et toute la bande de Bornéo. Enfin une 
partie de la bande orientale de la baie Lampowig sur Sumatra. 

Ajoutons à tout cela la seconde pointe au sud, la découverte 
du pôle magnétique Austral , les îles Auckland , toute la bande 
orientale de nie Stewarl et de Tavaï-Pounamou, La partie occi- 
dentale des îles Loyalty., toute la bande sud de la Louisiade, la 
réunion de cet archipel à la No airelle- Guinée., une bonne étendue 
de la côte sud-est de cette grande terre ; enfin nos travaux dans 
le détroit de Torrès , dont le passage était simplement indiqué 
comme possible et dans une toute autre combinaison. 

Dans tout le projet je n'ai renoncé qu'à un seul mouillage posi- 
tivement indiqué. C'est celui de la rivière des Cygnes. A l'époque 



16 VOYAGE 

1840. de la Sonde. Le 2 juillet, nous aperçûmes la petite île 
Moni ou Chrisimas, qui sert habituellement de recon- 
naissance aux bâtiments qui se dirigent vers le détroit 
delà Sonde. Nous dûmes ensuite passer très-près de 
l'île des Cocos, mais nous ne la vîmes pas. 
7 Le 7 juillet, nous étions par 13" 19' de lat. Sud 

et 94° 27' long. Est. Les vents qui s'étaient maintenus 
jusques-là à un ou deux quarts au nord de l'est, variè- 
rent dans la soirée, et se fixèrent enfin au nord-ouest. 

où je passai sur son parallèle, si j'avais voulu y conduire les cor- 
vettes, il est probable que nous eussions encore perdu plus de 
monde que nous n'avons fait. Dans tous les cas, le reste de la 
campagne était perdu et nous n'avions plus qu'à nous en aller. 

D'ailleurs, à ceux qui demanderaientune compensation n'avons- 
nous pas à présenter nos stations dans le détroit de Magellan, à 
Conception , Manga-Re^'n , Nouia-Hii^a , Taïli , Samoa^ Tsisj 
GoLiahairij Ternafe^ Banda, Raffles, Essington, Do!:o, Dubus^ 
TVarou, Singapour, Solo, Samarang, Auckland y Ofa^o, Aka- 
joa, Baie des Iles^ Toud et Timor. Vous savez d'ailleurs qu'en 
cela, ce ne sont pas de simples noms que nous énonçons ; mais 
que toutes les branches des sciences ont trouvé une part de butin 
plus ou moins riche dans notre apparition sur ces divers points, 
et tout aujourd'hui nous présage le plus heureux sort pour cet 
immense bagage. 

Sans doute les opinions de chacun sont libres et chacun de nous 
jugera l'expédition comme il lui conviendra; mais vous me per- 
mettrez de vous dire qu'aujourd'hui je crois fermement que l'ex- 
pédition aura beaucoup gagné aux modifications qu'elle a subies. 
11 y a plus, je suis intimement convaincu que la portion sup- 
plémentaire de la campagne, qui n'était point demandée, consti- 
tuerait à elle seule un ensemble aussi glorieux, aussi utile, que 
le cadre qui nous était imposé et dont nous n'avons supprimé 
qu'une portion très-minime. 



-4^ ^ 



Juillet. 



DANS L'OCÉANiE. 17 

Dansces parafes, où le^ vents du sud-est soufflent toute i84o. 
Tannée, cette circonstance devait nous surprendre. 
Nous étions loin de toute terre, et nous ne pouvions 
attribuer cette anomalie à son voisinage. La mer se 
faisait très-grosse ; une forte houle venant du sud- 
ouest arrivait jusqu'à nous. Plus tard, les vents pas- 
sèrent au sud et soufîlèrent avec violence pendant 
deux ou trois jours^. Ensuite^ nous retrouvâmes les 
alizés, qui nous amenèrent le 17 au soir en vue de l'île 
Rodrigiœs. Le 19, à midi, les hauts pics de l'île Mau- 
rice parurent au-dessus de l'horizon; bientôt après, 
nous aperçûmes le volcan de Bourbon , quoique nous 
en fussions encore à près de trente lieues. Un torrent 
de laves s'échappait de son cratère et descendait sur 
ses flancs en formant une longue nappe de feu , 
qui servait merveilleusement à éclairer notre navi- 
gation. 

Le 20 juillet, de très-bonne heure , nous suivions 
de près la côte de cette île. Depuis trois ans, c'était 
la première fois que nos yeux se reposaient sur une 
terre française 'y. aussi nous ne pouvions nous lasser 
de la regarder. Du reste, la culture de cette l'île est 
tellement bien ordonnée qu'elle présente un aspect 
ravissant. A onze heures, nous apercevions déjà les 
navires mouillés dans la rade de Saint-Denis ; nous 
nous flattions de pouvoir atteindre le mouillage de 
bonne heure, mais le vent nous manqua tout à coup, 
et nous dûmesencore passer la nuit sous voiles. Enfin, 
le lendemain, à sept heures du matin, nous laissâmes 
tomber nos ancres au milieu de quatorze navires 
X. 2 



20 



48. VOYAGE 

1840 français, parmi lesquels nous reconnûmes avec plaisir 
deux bâlimenls de l'État, la gabarre la Lionne^ et le 
brick le Lancier \ 



' Notes 1 et 2. 



DAINS L'OCEAMIE 19 



CHAPITRE LXX. 



Séjour sur la rade de Sainl Denis (île Bourbon). — Mouillage à 
l'île Sainte-Hélène. — Traversée de l'île Bourbon à Toulon. 



Dans la matinée du jour qui nous amena au c/juUfet, 
mouillage , M. le contre -amiral de Hell , gouverneur 
de la colonie de Bourbon , avait été frappé par la 
perte douloureuse de l'un de ses parents. Lorsque je 
lui envoyai uç officier pour lui présenter mes com- 
pliments et lui annoncer notre arrivée, il était plongé 
dans la douleur la plus amère; cependant il fit les ré- 
ponses les plus bienveillantes. Il avait appris que 
j'étais souffrant, et il m'offrait tous les secours que 
rétat délabré de ma santé pouvait exiger. Je n'ou- 
blierai jamais toutes les prévenances et toutes les at- 
tentions dont je fus l'objet de sa part dans cette cir- 
constance. 

Comme on le sait , l'île Bourbon ne présente au- 
cune baie, aucune rade où les navires puissent trou- 
ver un abri assuré ; le fond du mouillage de Saint- 
Denis est d'une bonne tenue, mais la mer y roule 



Juillet. 



20 VOYAGE 

constamment des vagues énormes qui agitent les na- 
vires sur leurs ancres, et rendent le séjour du bord 
peu favorable à la santé des malades. On a bien cons- 
truit à grand'peine un baracliois où peuvent se réfu- 
gier les embarcations ; toutefois Feutrée n'en est 
pas toujours libre , car il arrive souvent que la mer 
brise avec violence sur la rade et la rend impraticable 
aux embarcations. 

Mon premier soin, une fois que nous fûmes mouil- 
lés, fut d'envoyer nos malades à l'hôpital à terre, pour 
qu'ils pussent y recevoir des soins et compléter leur 
guérison. Plusieurs hommes, attaqués par la dyssen- 
terie^ n'avaient pu se rétablir complètement depuis 
notre départ d'Hobart-Town. Parmi les officiers de la 
Zélée^ rétat de M. Gaillard n'avait fait qu'empirer ; il 
était attaqué de phthisie, et déjà il ne laissait aux méde- 
cins que peu d'espérance de guérison. Abord de V As- 
trolabe^ M. Dumoulin avait éprouvé une terrible re- 
chute depuis notre départ de Timor; pendant plusieurs 
jours, nous avions craint de le perdre. Son séjour à 
terre devait activer sa guérison, et cependant les mé- 
decins ne pensaient pas qu'il pût opérer son retour 
en France sur nos corvettes. Pour ma part , les 
souffrances ne me laissaient plus aucun repos; la 
goutte s'était fixée aux intestins, et j'éprouvais des 
douleurs extrêmement vives auxquelles je m'étonne 
d'avoir pu résister. Toutefois, je ne voulus point 
descendre à terre avant d'avoir vu embarquer tous 
les malades pour l'hôpital de la colonie. 

A trois heures de l'après-midi, je fis saluer de neuf 



DANS L'OCÉANIE. 21 

coups de canon le contre-amiral gouverneur, je pas- mo. 
sai la soirée à recevoir la visite des officiers des na- 
vires sur la rade, qui m'apprirent les plus récentes 
nouvelles de la France. Chacun de nous employa , 
pour ainsi dire, cette journée à lire les lettres de sa 
famille, dont le nombre fort heureusement était 
considérable. J'appris surtout avec une satisfaction 
bien vive les promotions de grade de plusieurs offi- 
ciers de l'expédition, pour lesquels j'avais sollicité de- 
puis longtemps la bienveillance du ministre. Malheu- 
reusement toutes les demandes que j'avais faites 
dans le cours de la campagne n'avaient point été éga- 
lement accueillies. MM. Tardy de Montravel et Ma- 
rescot avaient seuls été promus au choix au grade de 
lieutenant de vaisseau. C'étaient là des récompenses 
bien méritées; mais en rejetant les demandes que j'a- 
vais faites en même temps pour les autres officiers de 
l'expédition, c'était étabhr une distinction fâcheuse et 
qui aurait peut-être pu produire le découragement, 
si les travaux de la campagne avaient dû se continuer. 
Dans tous les cas , ces nominations , auxquelles ve- 
naient s'ajouter celles de MM. Duroch, Gaillard, Boyer 
et de Flotte, par rang d'ancienneté, furent reçues avec 
joie par tous mes compagnons de voyage. Tous les 
officiers et les élèves, unis entre eux par une cordiale 
amitié, si favorable au succès des expéditions loin- 
taines, se réjouirent sincèrement de l'avancement 
dont quelques-uns d'entre eux avaient été l'objet. 

Je ne pus descendre à terre que le lendemain; 
j'étais d'une faiblesse excessive; toutefois j'éprouvai 



22 VOYAGE 

1S40. déjà du soulaejement en quittant V Astrolabe où le 

Juillet. , . *^ 

repos était presque impossible avec la Jioule qui 
agitait constamment la rade. Je ne voulus point d'a- 
bord me présenter chez le gouverneur. L'événement 
malheureux qui avait eu lieu la veille, était trop ré- 
cent encore pour aller le troubler par une visite 
officielle; mais à peine avais-je fait quelques pas que 
je fus accosté par l'aide-de-camp de M. de Hell, qui 
me manifesta le désir de cet officier général de me 
voir passer la soirée à l'hôtel du gouvernement. 
Dans cette circonstance, les soins que je reçus et les pré- 
venances dont je fus l'objet m'ont laissé le plus agréa- 
ble souvenir et méritent toute ma reconnaissance. 

La colonie était, au moment de notre passage, en- 
combrée de militaires ayant droit à leur renvoi en 
France après avoir complété le temps dû au service. 
Il n'y avait sur la rade que la frégate la Junon qui pût 
recevoir la mission de les ramener en France. L'or- 
donnateur, M. Bédier, dans l'intérêt de ces hommes, 
me demanda d'en reconduire quelques-uns sur nos 
corvettes à Toulon. J'acceptai volontiers, mais je ne 
voulus consentir à recevoir que des hommes valides 
et bien portants, dansla crainte qu'à mon arrivée dans 
un port de France, on ne nous imposât une longue 
quarantaine, toujours fort désagréable et surtout 
après un voyage de longue haleine comme le nôtre. 
Je ne voulus point non plus recevoir d'officiers. Ce- 
pendant, avant de prendre une résolution défini- 
tive à cet égard, j'allai faire moi-même une visite à 
nos malades. J'y trouvai M. Gaillard toujours dans 



Juillet, 



DANS L'OCÉANIE. 23 

un état déplorable ; il se décida facilement à rester isjo 
dans la colonie pour regagner plus tard la France 
après une guérison que^ seul parmi nous tous, il 
espérait encore. M. Dumoulin allait beaucoup mieux. 
Après une crise violente à laquelle il avait résisté, les 
médecins croyaient à une guérison assurée; mais ils 
voulaient que cet officier fît un séjour de deux ou trois 
mois à Bourbon, avant de s'exposer aux mers tou- 
jours dures du cap de Bonne-Espérance. J'engageai 
vivement M. Dumoulin à suivre l'avis des médecins , 
mais toutes mes instances devinrent inutiles. Il ne 
voulait consentir à abandonner V Astrolabe que sur 
un ordre formel de ma part, qui l'eût vivement con- 
trarié et que je ne voulus point lui donner. Quant à 
nosdyssentériques, leur état n'inspirait aucune crainte 
sérieuse; il n'y avait non plus aucun inconvénient à ce 
qu'ils séjournassent à l'hôpital de Bourbon jusqu'à ce 
qu'ils fussent parfaitement rétablis. En conséquence^ 
j''annonçaiàM. Bédier que j'accepterais quatre-vingts 
hommes répartis par égale moitié sur les deux cor- 
vettes ; mais que je ne pouvais disposer d'aucune 
chambre en faveur des officiers. Plus lard cependant 
le capitaine Jacquinot accepta à son bord un jeune 
enseigne de vaisseau, qui voulait se rapatrier et qui 
remplaça M. Gaillard dans le service du bord. Je 
prévins en même temps M. Bédier que mon départ 
était irrévocablement fixé à la fin du mois, et qu'il 
voulût bien faire presser l'embarquement de ces 
hommes et des vivres supplémentaires que nécessi- 
tait leur présence , pour que je n'éprouvasse aucun 



U VOYAGE 

1840. retard. Quarante tonneaux d'eau, quatre mois de 

Juillets . 1. 1 1 

Vivres pour cent dix nommes , quelques rechanges 
et une ancre de bossoir de 900 kilog. nous furent 
cédés et transportés à bord avec une célérité qui 
témoigne en faveur des ressources de notre petite co- 
lonie et de la bonne organisation du service de la 
marine. 

26 Le 26j je fis rassembler tout l'équipage, auquel 

j'adressai une courte allocution ; je fis ensuite distri- 
buer vingt médailles de l'expédition aux maîtres et 
aux matelots qui avaient pris une part si active aux 
travaux de la campagne, et qui, par leur courage, 
leur zèle et leur conduite irréprochable, avaient si sou- 
vent mérité mon estime et mon admiration. A deux 
heures, je descendis à terre et je présentai au gouver- 
neur tous les officiers. L'accueil que nous reçûmes 
de M. de Hell fut, comme toujours, non-seulement 
poli, mais bienveillant. 

30 Le 30 au matin , tous nos passagers étaient em- 

barqués , tous nos préparatifs de départ étaient ter- 
minés, et , dans la soirée, nous appareillâmes avec 
les brises de terre , qui bientôt nous poussèrent au 
large. Les calmes nous laissèrent quelque temps en- 
core en vue de la côte, puis la brise s'établit au sud 
est et nous nous éloignâmes rapidement. 
8 Août. Jusqu'au 8 août, les vents furent des plus favo- 
rables ; la mer était dure et fatigante , mais chaque 
jour nous rapprochait un peu plus de la France, et 
nous étions loin de nous plaindre; car la brise fraî- 
che servait admirablement à abréger notre navigation. 



DANS L'OCÉANIE. 25 

» 

Cependant, nous avions alors atteint le 30' degré de i84o. 
latitude ; nous quittions la zone des vents alizés pour 
entrer dans celle des vents variables. Nous ne tardâ- 
mes pas à ressentir leur influence. Les vents d'ouest 
vinrent nous contrarier et nous forcer à louvoyer. 
Heureusement ces parages si constamment battus 
par la tempête, étaient alors calmes et tranquilles ; 
c'était là le point critique de notre traversée^ car 
il n'est pas rare d'être assailli près du cap de Bonne- 
Espérance par des vents d'ouest très- violents, qui for- 
cent le navigateur a battre la mer pendant fort long- 
temps avant de pouvoir quitter l'Océan Indien, 

Après cinq jours d'attente , la brise se fixa de nou- i3 
veau à l'E.N.El Le 15, à dix heures du malin, 
malgré la brume, nous aperçûmes la terre ; mais là 
les vents nous abandonnèrent. Ils se fixèrent ensuite 
de nouveau au N.O. et enfin, après avoir varié dans 
toutes les directions, nous finîmes par rester en calme 
complet. Nous apercevions toujours les hauts som- 
mets de l'Afrique, apparaissant comme des îles iso- 
lées au miheu de l'Océan; le temps était du reste 
très-beau , mais je redoutais à chaque instant de voir 
nos navires éprouvés par un coup de vent aussi vio^ 
lent que celui que nous reçûmes dans les mêmes 
parages lors de mon premier voyage, et qui plaça 
cette même Astrolabe, que je montais alors, dans 
une position très-critique. 

Enfin, le 21 , la brise se fixa de nouveau à l'E.N.E. 21 
Le 24, à sept heures du matin, poussés par une 
belle brise , nous aperçûmes , à dix lieues environ 



26 VOYAGE 



1840. de distance , la haute montagne de la Table , et, dé- 



Août. 



sormais libres de toute inquiétude , nous entrâmes 
dans l'Atlantique , en mettant directement le^cap sur 
l'île de Sainte-Hélène. 
7 Septembre. Le 7 Septembre, la vigie signala la terre devant 
nous. Le ciel était couvert, et une brume épaisse 
couvrait tous les sommets de l'île Sainte-Hélène. 
Enfin, à dix heures et demie, nous dx)ublions la 
pointe N. E. de l'île, et bientôt nous aperçûmes les 
maisons de James-Town. Mais la, une fois abrités 
par la terre, nous ne pûmes plus avancer qu'à l'aide 
des rafales souvent violentes qui s'échappent sou- 
dainement à travers les ravins de ce rocher stérile; 
à midi , nous étions mouillés , et , quelques heures 
après , nous pouvions librement descendre à terre. 

Je n'avais d'autre but, en mouillant à l'île de Sainte- 
Hélène, que de remplacer l'eau qui avait été con- 
sommée et qui nous était nécessaire pour continuer 
notre route. Pendant mes voyages précédents, soit 
à bord de la Coquille, soit à bord de V Astrolabe, 
j'avais visilé tous les points de l'île, où s'attachent les 
souvenirs ineffaçables du séjour de l'homme le plus 
extraordinaire des temps modernes. Aussi, je me bor- 
nai à faire quelques courses dans la ville, pendant que 
tous nos officiers se hâtèrentde faire le pieux pèlerinage 
de Long-Wood, pour visiter les lieux rendus à jamais 
célèbres par l'exil de l'empereur. On nous apprit que 
l'on attendait tous les jours la division commandée 
par le prince de Joinville , qui devait venir chercher 
les nobles dépouilles dont l'île de Sainte-Hélène était 



DANS L'OCEANIE. 27 

dépositaire. Des ordres venaient d'arriver d'Angle- i840. 
terre, afin de hâter les dispositions nécessaires pour ^^P^^'"^^^- 
l'exhumation des cendres de Napoléon. Quelques 
jours eut^ore , et il ne devait plus rester à Sainte- 
Hélène , à ces lieux si souvent visités par tous les 
voyageurs, que l'intérêt qui s'attache toujours aux 
grands événements et aux scènes sur lesquelles ils se 
sont passés. 

J'avais appris que nos matelots avaient manifesté 
le désir d'aller à terre pour visiter le tombeau et la 
maison occupée par l'empereur-, je me hâtai d'aller 
au-devant d'un désir si légitime, en accordant des 
permissions géjiérales à nos équipages pour se rendre 
à terre par bordée. Le 8 , dans l'après-midi , malgré b 
un temps incertain, on voyait de la ville, sur les flancs 
des montagnes qui l'entourent de tous côtés, les ma- 
rins de V Astrolabe et de la Zélée se diriger pieuse- 
ment vers la vallée deLong-Woodj malgré cette per- 
mission générale et les cabarets sans nombre de la 
ville ;, je dois dire à la louange de nos matelots que 
non-seulement je n'eus pas le moindre désordre à 
réprimer , mais je n'eus encore aucun reproche à 
leur adresser. 

. On me montra à terre le char funèbre qui avait 
été disposé pour le transport des cendres de Napo- 
léon jusqu'aux abords du rivage, où le cercueil de- 
vait être remis entre les mains du Prince. Ce char 
n'avait rien de remarquable, si ce n'était d'avoir été 
construit dans l'île même, où il est difficile de trouver 
des ouvriers. 



28 VOYAGE 

1840, J'appris encore que, depuis peu, les Andais avaient 

Scptc^ibre. , , ,. f ^ . ^r mv i . 

etablj a bauite-Heiene un observatou^e magnétique, 
afin d'y faire des observations pendant toute la durée 
de l'expédition commandée par le capitaine Ross. Il 
était dirigé par M. Lifroy, jeune officier d'artil- 
lerie, plein de mérite et possédant des connaissances 
fort étendues. Malheureusement, cet officier avait 
fixé le siège de ses opérations dans le palais neuf 
qui fut bâti pour servir de demeure à Napoléon, et qui 
ne fut jamais habité par l'illustre exilé. Je ne pus me 
décider à entreprendre une course longue et pénible 
pour aller visiter cet observatoire. 
9 Le 9 septembre , nous avions re^îu notre pro- 

vision d'eau; à deux heures , la moitié de l'équipage, 
qui était allée à terre en permission, fut de retour à 
bord, et alors rien ne nous retenant plus au mouil- 
lage, nous remîmes immédiatement à la voile. 

Notre navigation ne présenta plus aucun événe- 
ment digne d'être rapporté. Le 12 octobre, nous pro- 
fitâmes du calme pour essayer de faire une sonde 
thermométrographique ; mais à peine avions-nous 
filé huit cents brasses de ligne qu'elle se rompit. 
Heureusement l'instrument qui avait été placé dans 
le cylindre en cuivre , avait été comparé quelques 
jours auparavant. 
20 Octobre. Le 20 octobre, nous étions en vue de Sainte-Marie, 
la plus orientale des îles Açores ; poussés par une belle 
brise du S. S. E. , nous la dépassâmes rapidement. 
Après quelques jours de calme, nous atteignîmes de 
forts vents de N.O. qui nous amenèrent le 31 octo- 



DANS L'OCEAINIE. 29 

bre en vue de la côte d'Espas^ne. Le lendemain, nous i84o. 

, ^«^.1. / n^ 1 ^ 1 6 Novembre, 

entrions dans la Méditerranée; enfin le 6 novembre, 
à quatre heures du soir, nous aperçûmes le cap Sicié ; 
le temps était brumeux et la pluie tombait à torrents ; 
nous étions tous sur le pont , avides de contempler 
la terre de France, et à dix heures du soir, nous 
laissâmes tomber pour la dernière fois l'ancre dans la 
rade de Toulon , au milieu de l'escadre commandée 
par l'amiral Lalande. Il y avait trente-huit mois , 
juste à pareil jour , que nos deux corvettes avaient 
quitté le port de Toulon pour entreprendre leur cam- 
pagne d'exploration. 

Le lendemain , à six heures du matin , nous obte- "^ 
nions la libre entrée. Nous vîmes avec joie M. Lafond, 
pour qui nous avions conservé des inquiétudes sé- 
rieuses après son départ de Batavia , accourir vers 
V Astrolabe; il se chargea de faire le service néces- 
saire du bord pendant que tous nous allions à terre 
revoir nos familles, et apprendre des nouvelles qui 
nous intéressaient si fort. Quant à moi, il était temps 
d'arriver : mes souffrances avaient cruellement aug- 
menté, et j'eus besoin de tous les soins qui me furent 
prodigués pour pouvoir, au bout de deux mois, me 
rendre à Paris, où m'appelaient les ordres du minis- 
tre de la marine. Je m'occupai immédiatement de 
la rédaction des matériaux recueillis dans le cours de 
la campagne*. 

' Notes 3 et 4. 



NOTES. 



NOTES- 



Note 1, page 18. 

L'eau de la rivière qui traverse la ville de Coupang, contenant 
une assez grande quantité de matières calcaires, fut, dès le prin- 
cipe , signalée comme peu saine , et ne servant qu'aux usages du 
peuple ; les Européens et les gens aisés lui préfèrent celle d'un 
grand ruisseau situé à environ un mille dans l'est, et c'est à ce der- 
nier endroit que nous puisâmes, pour remplacer celle qui nous 
manquait. 

Les boeufs , les cochons , les chèvres et la volaille se trouvant 
en abondance et à un prix modique, nous n'éprouvâmes aucune 
difBcul'é pour nous procurer ce dont nous avions besoin ; il 
n'en fut pas de même pour les légumes frais qui sont très- 
rares, et que les autorités seiiles du pays parviennent, non sans 
peine cependant, à faire servir sur leurs tables. Ce n'est pas que 
le sol se refuse à la production ; la paresse seule des habitants 
en est la cause; ils se contentent d'un peu de riz , de quelques 
poignées de maïs, et de temps à autre d'une légère quantité de 
poisson sec ; ils ne voient rien au-delà, et ne cèdent qu'à la con- 
trainte ou à la peur du châtiment, pour se livrer à des travaux 
dont ils ne sauraient concevoir l'utilité et dont le résultat ne leur 
offre la perspective d'aucune jouissance. 

La garnison de Coupang n'est que de cinquante soldats java- 
nais ; ils sont logés dans le fort , et sont chargés de l'entretenir ; 
X. 3 



34 NOTES. 

du reste leur service n'est pas fatigant, et jamais ils ne sont 
appelés à faire des courses dans l'intérieur. La tranquillité 
et l'inertie de la population, la rareté des disputes, les crimes 
presque inconnus, rien enfin ne réclame l'intervention delà force 
armée , dont , au besoin , on pourrait se passer sans la moindre 
inquiétude, mais que l'on conserve comme signe d'occupation mi" 
lilaire , et pour ne pas donner prétexte à d'autres puissances de 
venir s'y établir. 

A la suite des fatigues qu'il avait éprouvées suj la côte de la 
Louisiade et dans le détroit de To;veV/le commandant <5^'67W//e 
se trouvait , lors de notre arrivée à Timor ^ atteint d'une forte at- 
taque de goutte , accompagnée de vives douleurs dans les en- 
trailles ; il ne put quitter un seul instant le bord, durant la relâ" 
che , et même sa positionnons inspira quelques inquiétudes. 
Heureusement , la crise se calma dans la journée du 24, et il put 
jouir de quelques moments de repos. Le lendemain, au matin, 
avant de signaler l'appareillage, il assembla chez lui les officiers 
des deux corvettes , et là, leur fît lecture des instructions que le 
gouvernement lui avait envoyées pour la campagne que nous ve- 
nions d'exécuter ; chacun put se convaincie, non-seulement de 
la fidélité avec laquelle il les avait suivies, mais encore on put 
juger que la masse des travaux exécutés en dehors de ce qui était 
ordonné, pouvait à elle seule constituer une expédition glorieuse. 

(M. Jacquinot.) 



Note 2, page 18. 

L'île de Timor est très-fertile ; elle fournit abondamment aux 
besoins des nombreux baleiniers américains et anglais qui relâchent 
de préférence àCoupang, où ils ont libre entrée sans aucun droit 
d'ancrage. La pêche du cachalot occupe toujours une soixan- 
taine de ces navires dans le voisinage de Timor , qui est le centre 
de leurs croisières et où ils viennent de temps à autre se ravitailler. 
Cb cétacé, encore ti'ès-commun aujourd'hui, depuis la côte sud de 



ISO l ES. 35 

Timor jusqu'au nord de Teinate, route qu'il est obligé de sui- 
vre pour se rendre de l'Océan indien dans la mer Pacifique, dis- 
paraîtra bientôt sous le harpon infatigable de ces deux nations, 
et les pêcheurs français, toujours tardifs, toujours à une distance 
infinie de ceux-là , n'arriveront que pour glaner avec peine sur 
ce terrain déjà moissonné par d'autres. Ainsi ont procédé tou- 
jours nos pêcheurs , ou plutôt nos armateurs qui n'ont pas assez 
le génie du commerce, pour courir les plus légères chances d'une 
entreprise, hors de leurs routinières spéculations. 

Ce que l'on comprend cependant plus difficilement encore , 
c'est que les Hollandais qui, les premiers, ont fait dans l'hémi- 
sphère nord la guerre aux baleines, qui dans la pêche ont été 
longtemps les maîtres de tous, laissent sans s'émouvoir exploiter 
par d'autres une mer toute hollandaise. Uniquement occupée de 
ses cafés , de son thé, Java ne voit plus que cette double mine à 
l'exploitation de laquelle elle sacrifie ses trésors et ses bras, tandis 
qu'il lui serait facile, par quelques armements, de ravir à l'An- 
gleterre et aux Etats-Unis une source de grandes richesses, Mais 
les Hollandais tombentpar entêtement, dans les fautesou nousen- 
traînenl notre insouciance et nos teneurs commerciales. Ils sesont 
butés aux sucres, aux cafés et aux thés, et rien ne les en sortira. 

Nous avons été parfaitement accueillis à Coupang par le rési- 
dent M. Gronovius, homme aimable et instruit, qu'un long sé- 
jour à Bornéo a mis à même de faire sur ce pays un grand nom- 
bre d'observations ethnologiques, et de construire une carte in- 
téressante, dont il a doté l'expédition. Ces matériaux sont d'au- 
tant plus curieux , que M. de Gronovius a eu pendant un 
long séjour à Pontianak, et sur divers points de Bornéo, toutes 
les facilités possibles de se procurer des renseignements de 
toute espèce, sur l'intérieur de cette île, dont les mœurs et les 
divisions sont si peu connues. C'est une acquisition précieuse 
pour l'expédition. 

M, Gronovius nous a longtemps et sovivent parlé de Bornéo , 
et m'a presque donné l'envie de visiter des lieux dont il m'a fait 
une si brillante description. La conversation de cet homme aima- 



36 NOTES. 

ble m'intéressait on ne peut plus et m'amusait parle tour plaisant 
que son flegme hollandais donnait à toutes ses narrations, voire 
même à la décapitation de 960 Chinois exécutés l'un après l'au- 
tre sous ses yeux. Je crois, du reste, qu'il a le talent d'armer la vé- 
rité d'amplifications et de détails qui lui donnent une teinte de 
merveilleux qui charme et amuse son auditoire. 

Coupang est le seul établissement des Hollandais sur l'île de 
Timor, et de lui dépendent les îles voisines, telles que Ombay, 
Flores, Sandalvood , etc., etc. La garnison se compose d'une cin- 
quantaine de soldalsjavanais, commandés par un sons-lieutenant 
hollandais. C'est avec si peu de monde qu'ils dominent sur une 
population assez nombreuse, mais d'une grande douceur, comme 
l'indique le seul fait qui nous a été rapporté , que jamais, pour 
ainsi dire, la' justice n'a à intervenir dans l(;s relations des natu- 
rels entre eux ou avec les Européens. Cette rareté de crimes est 
un fait remarquable dans la Malaisie, oii les indigènes sont 
si généralement portés au vol et à la piraterie. Les Portugais ont 
un établissemt à Delhi , sur la côte nord de l'île, seul reste des 
conquêtes du grand Albuquerque dans les Indes. 11 a suivi la dé- 
cadence de cette puissance naguère si florissante. Aujourd'hui, 
Delhi n'est qu'un poste sans aucune importance commerciale et 
n'ayant presqu'aucune relation avec la métropole; il ne tardera 
pas sans doute à tomber complètement dans l'oubli et à périr faute 
d'aliments. {M. Montravel.) 

Note 3, page 29. 

Nous passâmes neuf jours seulement sur la rade de Saint-Dc' 
jiis, pour y remplacer notre eau et nos vivres, et pendant ce 
temps, nous fûmes constamment favorisés par le beau temps. Nous 
n'eûmes pas même ces grandes brises, si communes dans la sai- 
son. Je trouvai que cette colonie avait fait d'immenses progrès, 
depuis que je l'avais visitée en i824- Nous eûmes autant à nous 
louer de l'hospitalité des habitants, que dans nos plus agréables 



NOTES. 37 

relâches de voyage, et nous aurions été bien fâchés de quitter 
sitôt cette bonne île, si, alors que nos travaux étaient finis , nous 
n'avions été aussi pressés de revoir nos familles 

A notre arrivée à Sainte-Hélène, on nous apprit que des ordres 
venaient d'arriver d'Angleterre de faire des dispositions pour 
rendre au prince de Joinville , qui était attendu avec deux fré- 
gates , les dépouilles mortelles de Napoléon ; quand les vigies 
avaient signalé deux bâtiments de guerre français, on nous avait 
fait l'honneur de nous prendre pour ces frégates. 

Nous dûmes nous féliciter d'être arrivés à Sainte-Hélène 
avant l'enlèvement de ces froides dépouilles, si précieuses à 
la France. Le 8 au matin , je fis le pèlerinage accoutumé du 
tombeau et de Longwood J'avais été obligé de me munir d'avance 
d'une permission qu'on me fît payer irois shillings, car les An- 
glais spéculent surtout, pour visiter la maison aujourd'hui pres- 
qu'en ruines où le guerrier le plus illustre des temps modernes 
passa les longues années d'une captivité pleine d'amertume. 
J'éprouvai, en y arrivant, un sentiment pénible en voyant trans- 
formée en une écurie, la chambre où il rendit ledernier soupir; ce 
qui me parut une espèce de profanation honteuse, surtout pour le 
gouvernement d'une nation qui affecte souvent tant de vé- 
nération pour les débris les plus insignifiants des vieux mo- 
numents, et pour les lieux qui rappellent la tradition de faits les 
plus ordinaires. Un pareil abandon porte à faire croire que les 
Anglais qui, aujourd'hui, il faut leur rendre cette justice, désap- 
prouvent tant l'infâme conduite de sir Hudson-Lowe à l'égard de 
son prisonnier, et la politique qui fit sacrifier un ennemi désarmé, 
n'osent pas témoigner leurs sentiments ouvertement. Le tombeau 
se ressentaitaussi, quoiqu'un peu moins, decet abandon coupable. 
Sa situation, au fondde cette vallée si triste, où l'empereur aimait 
à venir se reposer avec sescompagnonsd'Jnfortune, loin des regards 
importuns des satellites de son geôlier, est faite par elle-même 
pour disposer à la mélancolie, et quand on réfléchit que sous ces 
quatre pieries entourées d'un mauvais grillage, et ombragées de 
saules et de cyprès, repose celui dont la renommée fut si grande, 



38 NOTES. 

et dont le nom, aujourd'hui encore, est dans toutes lesbon- 
ches, et suffit pour passionner les hommes dans toutes les parues 
du monde , on fait malgré soi de tristes réflexions sur la fragilité 
des grandeurs humaines. 

Nous eûmes, dans notre excursion au tombeau et à Longwood, 
un temps affreux, une pluie presque continuelle, et beaucoup de 
vent; à chaque instant on se trouvait dans la région des nuages, 
et souvent ils interceptaient, sur la route de Longwood, la vue de 
la vallée voisine. J'appris que ce temps était celui qui régnait pres- 
que toujours dans ces parties élevées de l'île ; aussi n'est-il pas 
étonnant que la constitution robuste de l'empereur y ait résisté 
si peu. 

En allant visiter la maison qu'on avait fait édifier pour rem- 
placer la masure de Longvrood , qu'habita toujours Napoléon, je 
vis le nouvel observatoire de physique, établi dans cette île par le 
capitaine Ross. 11 était dirigé par un jeune officier du corps royal 
d'artillerie, qui me parut fort entendu j il me reçut avec une poli- 
tesse exquise, et mit beaucoup de grâce à me faire voir ses ins- 
truments. Tous étaient exclusivement destinés aux observations 
magnétiques; mais il attendait incessamment d'autres instruments 
pour observer les phénomènes de l'électricité. L'idée qui a porté 
le gouvernement britannique à établir ainsi des observatoires 
dans diverses parties du monde, fait autant d'honneur à celte na- 
tion que la libéralité qui préside à son exécution, et avec la- 
quelle on traite les hommes qui consacrent leurs veilles à des tra- 
vaux aussi ingrats , et dont les générations à venir recueil- 
leront seules les fruits ; car ce sont des matériaux qu'on amasse 
pour elles. 

Je ramenai avec moi à James-Town, ce jeune obseryateur qui 
vit avec beaucoup d'intérêt les instruments de M. Dumoulin, 
et les travaux que nous avions exécutés. (i!f. Dubouzet.') 



NOTES. 39 



Note 4, page 29, 



Le 7 septembra 1 84o , avec le jour , l'île de Sainte-Hélène 
apparut enfin à nos yeux impatients de la voir. Un voile de 
brume en cachait les contours ; il fallut encore quelques heu- 
res d'un sillage rapide, pour nous permettre d'apercevoir plus 
distinctement une succession de falaises à pic ou de pentes in- 
accessibles qui la limitent vers la mer. La roche nue frappe par- 
tout le regard, et si quelque apparence de végétation se montre çà 
et là , elle est confinée aux étroits interstices qui séparent les 
sommets de l'île. 

Dans l'intérieur, l'œil efïrayé s'arrête à regret sur des pics 
aigus qui touchent aux nuages. D'immenses précipices, d'étroits 
et profonds ravins sillonnent un sol sans verdure, sans culture 
apparente, un terrain ingrat, aride, désolé. A l'aspect de cette île, 
si affreusement tourmentée, placée sous un ciel si rarement pur, 
la même tristesse s'empare de toutes les pensées, la même excla- 
mation s'échappe de toutes les bouches : Quel horrible séjour !... 

Poussés par les fraîches brises de l'alise , nous atteignîmes le 
mouillage devant James-Tuivu, vers onze heures. A peine l'ancre 
fut-elle tombée, que le capitaine du port et le médecin de la co- 
lonie vinrent nous faire raisonner, et nous communiquèrent en 
même temps une nouvelle qui produisit une émotion générale à 
bord. Ils nous apprirent qu'un ordre du gouvernement anglais 
était arrivé aux autorités de Sainte-Hélène de livrer les restes de 
l'empereur au prince de Joinville, investi du commandement 
d'une division navale, pour recevoir et transporter en Finance ce 
précieux dépôt. L'arrivée de cette division devait avoir lieu très - 
prochainement; car, à la date des derniers avis reçus d'Europe^ 
on savait qu'elle était partie pour accomplir sa mission. 

Cet événement ajovitait un nouvel intérêt à notre relâche. 



40 NOTES. 

Nous devions être des derniers à visiter le tonibeavi de l'empereur, 
pendant que son corps y reposait encore 

Une formidable batterie, surchargée de gros canons et d'obu- 
siers, précède, sur le bord de la mer, la porte basse et massive 
qui ouvre l'accès de la ville anglaise. Du reste, James-Town n'a 
d'unevillequelenom. Elle est habitée par deux ou trois mille âmes 
au plus, et ses maisons, hautes d'un étage, quelquefois de deux, 
petites, chétives, forment une rue unique qui se prolonge dans la 
direction d'un ravin encaissé entre les parois des hautes montagnes 
qui le dominent. Cette situation de la ville effraie la pensée. Il 
semble que la chute d'un fragment de rocher peut à chaque ins- 
tant porter la destruction dans ses édifices étriqués , et qu'il 
suffirait de lancer des boulets avec la main, du haut des forts qui 
couvrent la crête du mont de l'Echelle (Ladder-Hill), pour rui- 
ner la ville couchée à ses pieds. 

Vers la fin de l'unique rue de James-Town, on atteint une 
bifurcation de la route. Le chemin de droite suit le prolongement 
de la ville, de plus en plus rétrécie; il mène à la chute d'eau de 
Briars, près de laquelle on voit encore la maison qui fut ha- 
bitée par Napoléon, les cinquante premiers jours de son séjour 
dans l'île. Le chemin de gauche conduit au tombeau de l'empe- 
reur. Il serpente sur les flancs des monts, du côté de la ville. Sa 
pente est rapide et l'ascension fatigante. Un parapet en garnit le 
contour Vort à propos , car il suffirait d'un faux pas pour être 
roulé jusqu'au fond des précipices qui le bordent. 

A mesure qu'on s'élève sur cette route, la viile s'amoindrit de 
plus en plus ; ses maisons s'écrasent. Elles n'apparaissent dIus 
que comme des taches blanches et rouges semées sur un sol brun, 
comme une sorte de ruisseau coloré coiilant vers la mer au fond 
d'une crevasse des montagnes. La mer n'apparaît elle-mèmequ'au 
bout d'une longue fente des. terres. 

Vers l'intérieur la vue est peut-être moins triste. La cascade 
de Briars , projette ses blanches eaux au-dessus d'un vaste en- 
tonnoir creusé dans le roc. Ce filet d'eau brille au bord de la pa- 
roi supérieure de ce bassin naturel , avant de tomber sous forme 



NOTES. 41 

de colonne incline'e, fléchissant au gré des bouffées de vent, 
qui partent des hauts sommets pour descendre avec une impé- 
tuosité croissante dans la vallée, et de là vers la rade. 

Au pied de cette cascade, sur un terrain élevé, mais assez plat, 
sont réunis tous les jardins de la ville. Ils jettent un tapis de ver- 
dure, qui pourrait faire comparer ce point à un oasis, si son ho- 
rizon était plus vaste. La maison qui servit de résidence à l'empe- 
reur est une des plus reculées et la mieux située. Mais là, comme 
partout, la vue est bornée par d'immenses rochers nus et stériles, 
par des batteries et des forts échelonnés jusque sur les sommets 
les plus abruptes, par des murs entassés les uns sur les autres. 
Rien ne rappelle mieux l'aspect d'une prison ; libre, il semble 
qu'on soit à l'étroit; la poitrine est oppressée, la pensée s'em- 
preint de mélancolie. On s'étonnepresqueque des hommes puis- 
sent demeurer, de leur propre volonté, sur une terre sem- 
blable. 

Bientôt le chemin fait un coude et sa pente, désormais trop 
rapide, n'est plus tracée qu'en zig-zag. Après avoir dépassé deux 
nouveaux contours, on arrive sur un point culminant, d'où l'œil 
embrasse dans le lointain l'immense horizon de l'Occan, et sur un 
plan plus rapproché, les ondulations de la mer, frangées d'écume, 
qui viennent battre le pied des falaises. De cette hauteur l'incli- 
naison du terrain paraît prodigieuse, il semble qu'il suffirait de 
se laisser glisser pour descendre jusqu'au rivage. Le vent passe 
par rafales glacées sur ce sommet aride et descend) en suivant les 
plis de la montagne, vers la mer où il produit, au loin, des chan- 
gements de teinte sur la surface mobile des eaux. 

La route continue à monter; elle s'enfonce un peu plus loin 
dans un bois de pins , qui avoisine une maison blanche , située 
presqu'au point culminant de ce plateau. Le vent arrache aux 
branches des arbresdes rumeurs monotones et tristes, semblables 
au bruit de la mer sur les grèves. Leur feuillage sombre, sans cosse 
agité, acquiert cependant de la vigueur. 11 anime un peu ce triste 
paysage. 

Bientôt deux routes se présentent; la première suit la crête des 



42 , . NOTES. 

monts ; elle conduit à Longwood, la seconde descend dans un ra- 
vin , elle conduit au tombeau. Un sentier la divise à sa nais- 
sance j il se dirige vers la mer. 

Sur cet espace privé de l'abri du bois , on subit de nouveau 
la violence des vents constants de l'alise. Des touffes d'herbes à 
fleurs jaunes, des buissons rabougris, croissent sur des pentes où 
la terre végétale n'a que peu d'épaisseur. Ils donnent pâture à 
quelques vaches de chétive apparence , qui lèvent la tête et sem- 
blent reconnaître l'étranger qui vient troubler leur repos. 

On est alors à quelques pas d'un ravin, qui porte le nom au 
moins singulier de Bol de punch du Diable. Le tombeau de l'em- 
pereur y est placé. 

Le premier objet qui frappe la vue dans cette direction, est 
une petite maison blanche comme les Anglais en bâtissent. Un 
enfant de douze ans , placé en vedette m'apporta aussitôt une 
carte sur laquelle on lisait : 

A LA TOMBE DE NAPOLÉON. 

Sainte-Hélène, 



Rafraîchissement sont suppliés aux visiteurs , 
sous la licence du gouvernement, 
pour le bénéfit 

d'UNE VEUVE ET DE SA FAMILLE. 



La Spéculation avait passé par là. La tombe du grand capitaine 
servait de réclame à une auberge. J'avais vu maintes fois le nom 
de l'empereur placé sur l'enseigne des boutiques ; je l'avais vu 
figurer dans les parades de foire ou sur la scène de quelques 
théâtres; mais jamais, cependant, je n'avais éprouvé de sentiment 
comparable à celui que m'inspira la lecture de cette carte. 

Dans les parades de foire, sur le théâtre, il semble qu'on rende 
encoi'e un culte , si grossier qu'il soit , à la mémoire de l'homme 
illustre. Ici , c'était en lace de son tombeau qu'on spéculait, non 
plus sur un nom ou sur de glorieux souvenirs, mais sur le voisi- 
nage de ses dépouilles mortelles! Une buvette à côté d'une 



NOTES. 43 

tombe, et quelle tombe! celle de l'homme qui a rempli le monde 
de son nom et du bruit de ses entreprises. A mes yeux, c'était une 
douloureuse profanation. 

Déjà l'époque du règne de l'empereur est loin de nous. C'est à 
peine si la jeune génération de notre temps était née lors des évé- 
nements qui amenèrent sa chute. De ses triomphes, de sa splen- 
deur, de sa puissance, il ne reste que des traditions. Sa prodi- 
gieuse fortune n'apparaît même dans les souvenirs de ses compa- 
gnons d'armes que comme un rêve , et cependant, en approchant 
de l'enceinte circulaire qui environne l'espace où son tombeau 
est placé, il semble que sa mort soit récente, que sa captivité date 
de la veille, et qu'on vienne d'assister à l'inhumation. 

Alavuede la plaque gri.^e, sans inscription, qui recouvrait son 
corps, le cœur ^e serre ; c'est avec une douloureuse émotion qu'on 
contemple celte fosse vulgaire où ont abouti tant de génie, tant 
de puissance et de gloire. C'est avec un pieux recueillement qu'on 
s'incline devant une si grande adversité, et qu'on touche de l'œil 
ce terrible exemple du néant des choses humaines 

Un vieux gardien étaitpréposé à la garde du tombeau. Sa solde 
était presque tout entière dans les libéralités des visiteurs. Aussi 
ne leur laissait-il aucune trêve. Il ne permettait pas le recueille- 
ment; à toute force, il voulait remplir son ofhce de cicérone^ et 
débiter sa marchandise, qui consistait en rejetons du saule pleu- 
reur qui ombrage ou plutôt qui ombrageait le tombeau ; car le 
vieux tronc était mort depuis longtemps. Il ne restait plus qu'un 
seul arbre debout , et ses branches languissantes , son écorce 
maladive, indiquaient assez qu'il ne devait pas survivre au dépla- 
cement du corps qu'il abritait. 

La description du tombeau est dans tous les souvenirs. Nous 
ne l'entreprendrons pas. Au moment où nous l'avons vu, les pré- 
paratifs pour l'exhumation étaient déjà faits. Sous une tente 
placée à quelques pas, on avait réuni tous les instruments néces- 
saires à cette opération , qui ne devait avoir lieu qu'à l'arrivée 
du prince de Join ville. 

Je m'étais muni à James-Town d'une permission de l'état- 



44 NOTES. 

majorde la place, qui était, disait-on. indispensable pour visiter 
le tombeau. Elle fut inutile. Le gardien vint en courant au de- 
vant de moi, et, sans demander de laissez-passer, m'introduisit 
dans l'enceinte, où ilcommença sur-le-champ à débiter avec vo- 
lubilité le thème ordinaire de son discours aux étrangers. Il dé- 
buta par me montrer d'une main la consigne écrite qui défend 
formellement de couper des branches de saule pleureur; en 
même temps il tenait dans l'aulre main, comme un palliatif à la 
sévérité de celte défense, une se^rpette ouverte. En effet, la con- 
signe n'avait de valeur que celle d'une lettre morte et on avait au- 
tant de branches de saule qu'on en désirait, au prix d'un demi- 
shilling la pièce. 

Une guérite, veuve de son factionnaire, était placée à l'entrée du 
tombeau. Elle ne servait plus qu'à contenir des registres sur les- 
quels les voyageurs inscrivent leurs noms avec un empressement 
qui a presque la force d'un instinct. Ce penchant à couvrir les 
murs, lesmonumentsoulepapierd'inscriptionsn'a pas manqué de 
s'exercer ici. Au dire du gardien , les premiers registres sont de- 
venus la propriété des gouverneurs successifs de l'île, qui les ont 
emportés en Angleterre. Plus tard , personne ne s'est plus soucié 
de les recueillir, et maintenant ils deviennent la possession du 
gardien qui les annule, ou s'en sert pour allumer sa pipe. Que de 
gens seraient désappointés s'ils connaissaient le soit de leurs 
inspirations ! 

La plupart de ces écrits , tracés par des hommes appartenant 
à toutes les classes de la société, portent l'empreinte d'un même 
sentiment : celui d'une profonde pitié, qui inspire des pensées 
très-singulièrement exprimées. C'e6t un mélange de réflexions 
naïves , d'indignation violente, de douleur et de regrets, respec- 
table en lui-même, mais qui donne plus de prise encore au ridi- 
cule qu'à la sympathie. 

En quittant le ton;beau , les mains garnies de branches de 
cyprès et de saule, et de feuilles du géranium planté par madame 
Bertrand Jerencon Irai plusieurs de mes compagnons qui venaient 
d'arriver. Je les suivis dans la maison où, comme moi, ils avaient 



INOTES. 45 

été conviés à se rafraîchir. On se hâta de nous demander quels 
mets nous désirions pour déjeuner, et bientôt le repas fut prêt. 

Notre hôtesse, madame Torbett, était une femme de cinquante 
ans environ. Elle habitait Sainte-Hélène depuis i8i5, et préten- 
dait avoir connu l'empereur. Son mari était le propriétaire du 
terrain contenu dans le creux du Bol de punch du diable. A la 
mort de Napoléon, on lui demanda s'il voulait accéder aux der- 
nières volontés de l'empereur, qui avait exprimé le désir d'être 
enterré dans ce site pour lequel il avait toujours marqué une pré- 
dilection particulière. M. Torbelt agréa cette proposition sur-le- 
champ, et peu djC jours après, son champ reçut les restes mortels 
de l'illustre captif. 

Il ne faut pas croire que la concession faite par M. Torbett fut 
entièrement désintéressée. Au dire du gardien du tombeau, cette 
concession fut au contraire une source de gain considérable pour 
cette famille. 

D'abord, le gouvernement anglais lui alloua une indemnité 
annuelle de 200 livres sterling. Au bout de quatre ans, pour 
échapper aux demandes incessantes de la famille Torbett, cette 
rente fut rachetée au moyen d'une somme de 1200 livres sterling, 
une fois payée; ce qui produit un total d'environ 5o,ooo fr. 

Ensuite, pendant une assez longue période d'années, la famille 
Torbett resta en possession du droit d'exploiter ouvertement les 
voyageurs , en exigeant de chacun d'eux une somme de cinq 
shillings (6 fr.), pour les admettre auprès du tombeau. 

Maintenant, fidèle à ces habitudes d'exploitation, elle tient au- 
berge. De sorte que, si ces détails sont vrais, la pauvre veuve 
serait loin d'être dans le dénuement qu'elle semble afficher. 

Mais il est un autre fait qui, s'il est vrai, jette une ombre de 
plus sur la conduite de cette famille. 

Le gardien du tombeau nous raconla également qu'à l'époque 
ou le terrain du tombeau appartenait encore à la famille Torbelt, 
des Anglais de la plus basse classe, se réjouissant peut-être de 
voir le régime impitoyable de surveillance imposé à la popula- 
tion finir avec la mort du monarque captif; venaient se réjouir et 



46 NOTES. 

même danser dans le voisinage du tombeau; ils foulaient aux 
pieds ce sépulcre , en poussant des cris sauvages. Aucune pré- 
caution ne fut prise pour mettre à l'abri de profanations aussi 
outrageantes ce lieu qui devait être sacré à tant de titres; les 
propriétaires du sol n'y mirent aucun empêchement. Ce ne fut 
que bien plus tard, cinq ans environ après la mort de l'empereur, 
qu'un successeur de Hudson-Low^e , mieux inspiré , fît ériger la 
palissade qui existe encore, et noojma un gardien pour veiller à 
l'entretien des lieux. Il fit en même temps planter quelques 
cjprès , transporter du gazon, et donna enfin à cette enceinte 
l'aspect qu'elle a conservé depuis 

Prévenante, affable même, madame Torbett inspire un certain 
respect. Par l'effet même des sentimens qu'on ressent après la 
visite du tombeau , on est naturellement induit à interpréter la 
tristesse de son maintien et à considérer ses vêtements de deuil 
comme un témoignage de douleur, comme un hommage accordé 
à la mémoire de Napoléon, tandis qu'en réalité, ce n'est peut-être 
qu'un calcul de plus. J'étais malheureusement trop prévenu par 
les discours du gardien , son ennemi autant que son concurrent 
auprès des voyageurs , pour partager cette première impression 
favorable. Presque tous mes prédécesseurs , dans la chaleur de 
leur enthousiasme , avaient mêlé le souvenir de Napoléon à 
l'accueil qu'ils avaient reçu chez madame Torbett, et, sur sa de- 
mande , ils s'étaient empressé d'écrire en sa faveur les attesta- 
tions les plus élogieuses et les recommandations les plus vives 
adressées à leurs compatriotes. Dans la liasse de ces attestations 
placées devant nous , pour stimuler sans doute notre verve, j'en 
remarquai plusieurs, écrites avec une emphase inouïe. Du reste, 
presque toutes les nations avaient apporté leur contingent de 
pensées grotesques , grotesquement exprimées. Les Français se 
faisaient remarquer, et cela se conçoit, par l'expression d'une sen- 
sibilité plus vive, mais, il faut l'avouer, conçue en termes tout 
aussi bizarres. 

Un de ces certificats annonçait au public que celui qui l'avait 
donné, était venu visiter le tombeau avec sa femme et son fils, et 



NOTES. 47 

qu'il avait fait un bon déjeûner chez la compagne du grand homme. 
Un autre, tout_en vouant les Anglais à l'exécration , remerciait 
madame Torbett de l'intérêt qu'elle portait aux restes de Napo- 
léon, et lui promettait la reconnaissance de la nation française. 
Une autre attestation était ainsi conçue : « Les deux soussignés, 
« provençaux, frères compatriotes du grand Napoléon, à qui nous 
« sommes venus rendre hommage, accompagnés de nos épouses, 
« flattés de l'accueil de cette bonne veuve, nous implorons l'in- 
« dulgence qu'on doit au malheur. » Sur une autre feuille, un 
artiste dramatique, un dignitaire étranger, un général, un mous- 
se, un cuisinier, un avocat et un officier avaient successivement 
inscrit leurs noms à des dates différentes, et franchement on ne 
saurait à qui décerner la palme. 

Tous ces écrits concouraient au même but : celui de remercier 
madame Torbett de son hospitalité généreuse. Il semblait que ce 
fût un devoir pour tous les voyageurs, et particulièrement pour 
les Français, d'exprimer une profonde reconnaisssance envers une 
personne qui voulait bien recevoir leur argent et qui poussait le 
dévouement jusqu'à tenir auberge 

Un sentier tracé dans le ravin, derrière la maison de madame 
Torbett, abrège la distance qui sépare le tombeau de Longwood. 
Il aboutit à la route assez large et assez belle qui suit , comme je 
l'ai déjà dit, la crête des montagnes. Le sol du ravin est aride et 
sec j quelques broussailles y croissent à peine. Sur la grande 
route, la végétation est un peu plus fouinie. Ce chemin est bordé 
de chaque côté de grandes plantes qui forment des haies assez 
bien entretenues ; il se dirige vers une porte massive, reconnais- 
sable à deux bombes en fer qui surmontent ses pilastres. 

Cette porte s'ouvre sur le domaine de Longwood, résidence de 
l'empereur. 

A l'entrée, le regard s'arrête d'abord sur un plateau plus ver- 
doyant que l'espace qu'on vient de parcourir. Au-delà de ce 
plateau , une succession de montagnes, de cônes aigus, de pics 
taillés en aiguilles, se développent sans interruption jusqu'à la 
mer, qu'on aperçoit au loin, comme une sombre bordure de cet 



48 NOTES. 

effrayant paysage. Sur chacune de ces sommités, on retrouve la 
trace des constructions destinées aux gardiens du prisonnier. Des 
mâts de signaux, des télégraphes se dressent de toutes parts et sur 
divers points, plus rapprochés, des édifices affectés au casernement 
des troupes , témoignent de la rigoureuse surveillance dont il 
était Tobjet. 

Au bout de quelques pas , on arrive auprès de deux maisons* 
L'une est assez grande; elle est mieux abritée, son extérieur est 
plus frais. L'autre est petite, son apparence est dégradée. Des 
bâtiments sales et noirs l'entourent. La première maison est celle 
qui fut élevée pour servir dé logement à l'empereur, longtemps 
après son arrivée, et qu'il n'a jamais habitée. La seconde est celle 
où il demeura constamment. 

Quelle que soit la tristesse ressentie en visitant le tombeau, elle 
ne saurait égaler celle qu'on éprouve en entrant dans cette de- 
meure. On est saisi d'iui juste sentiment d'indignation en voyant 
dans quel état les propriétaires de eet édifice l'ont laissé. On a 
peine à comprendre une si révoltante incurie; car elle fait encore 
plus de honte pour ceux qui la tolèrent qu'elle ne froisse les sen- 
timents de ceux qui en sont les témoins. 

Pourtant Longwood, on nous l'a affirmé, est une propriété de 
la compagnie des Indes , affermée à un offirier en retraite de l'ar- 
mée anglaise (le capitaine Mason, autant qu'il m'en souvient), au 
prix de i6o livres sterling, environ 4ooo fr. Le rapport des terres 
dépasse de beaucoup le taux de la rente que la compagnie perçoit, 
et on est n)éme surpris qu'elle se soit contentée d'un bail aussi 
faible. En outre , Longwood procure à son locataire une autre 
source de revenus qui provient d'une taxe prélevée sur la curio- 
sité des voyageurs. Il faut un permis du prix de trois shillings 
pour visiter cette habitation , et cet impôt doit produire une 
somme assez considérable. On ne peut donc trop s'étonner, non- 
seulement de ce que les autorités anglaises souffrent un pareil 
oubli de ce qu'on doit h la mémoire de l'homme le plus illustre 
du siècle, à la mémoire du souverain déchu , mais encore de voir 
un ancien officier , un militaire qui a peut-être pris part aux 



NOTES. 49 

guerres glorieuses de l'empire, témoigner si peu de respect pour 
des souvenirs dont il tire un profit matériel. Cette conduite est 
d'autant plus odieuse qu'elle est volontaire j elle est sans excuse 
plausible, et mérite la réprobation de tous les cœurs honnêtes. 

L'intérieur de Tédifice comprend cinq ou six pièces en tout : la 
première est la plus grande ; elle peut avoir huit pas de largeur 
sur une longueur de douze. Elle servait de salle de billard. La 
pièce suivante était le salon de réception. Qui pourrait le re- 
connaître ? un moulin à bras en occupe la plus grande partie. 
C'est dans ce salon, entre les deux fenêtres qui l'éclairent, que le 
corps de Napoléon fut déposé après sa mort ; c'est là, nous dit le 
guide qui nous conduisait, qu'il fut placé dans le cercueil. 

Là, l'édifice change de forme. Deux ailes font saillie de chaque 
côté. L'aile gauche contient deux pièces : la salle à manger; une 
seule fenêtre Jl'éclaire, elle fait face à l'est; une cheminée est 
placée vis-à-vis la fenêtre. La pièce suivante servait de bibliothè- 
que ; elle est éclairée par deux fenêtres qui s'ouvrent aussi à l'est. 
Celte chambre est la mieux conservée de toutes; elle est ornée 
d'une boiserie en assez bon état. On croit y sentir encore une 
certaine odeur de maroquin, qui est particulière aux bibliothè- 
ques. Napoléon se rendait de son appartement, qui formait l'aile 
droite , dans la salle à manger située en face , par une porte inté- 
rieure murée aujourd'hui. 11 passait ensuite dans la bibliothèque. 

Les parois de toutes ces chambres étaient barbouillées de noms 
écrits à la craie, presque jusqu'au plafond. Le moulin à bras lui- 
même en était couvert. Les plus anciennes inscriptions dataient de 
trois ans. Elles ne pouvaient pas tarder à être effacées par les voya- 
geurs avides de trouver une place pour y placer leur signature. 

On ne peut parcourir ces différentes pièces sans ressentir une 
vive émotion. On assiste presque aux actes de la vie du prison- 
nier. On le suit dans ses moindres occupations ; on le voit ren- 
ferme dans sa bibliothèque , s'efforçant d'oublier le poids de la 
captivité, ou bien penché vers les persiennes de ses fenêtres, exa- 
minant à travers leurs fentes les troupes du camp voisin et jugeant, 
spectateur invisible, de leurs manœuvres. Toutes ces pensées 
X. 4 



50 NOTES. 

font naître de pénibles impressions ; elles deviennent poi- 
gnantes, lorsque le guide, faisant contourner l'édifice, vous 
conduit dans l'écurie qui a servi de logement particulier à l'em- 
pereur. Oui ! c'est à peine si on peut en croire ses yeux; l'appar- 
tement de Napoléon , le lieu où il est mort , a été changé en 
écurie ! . . . . 

Les râteliers de quatre chevaux occupaient l'espace de sa 
chambre. Des harnais étaient déposés là où fut son cabinet de 
toilette. Des immondices jonchaient le sol. Devant un pareil 
tableau, le cœur le plus froid doit ressentir une profonde émo- 
tion. 

Après avoir parcouru cette écurie , nous n'avions plus envie de 
rien voir. Nous savions quel spectacle nous attendait à Longwood ; 
nous étions prévenus, et cependant il produisitennousunecruelle 
et profonde impression. Nous comprimes parfaitement alors les 
sentiments de ceux qui inscrivaient, sur le registre placé dans la 
première salle , des invectives et des récriminations adressées au 
gouvernement anglais. Leur indignation était bien naturelle, 
seidement ils n'avaient pas songé que des manifestations inutiles 
sont au moins puériles , et qu'une nation qui ose tenir une pa- 
reille conduite est encore plus insoucieuse de sa propre dignité 
qu'elle ne porte atteinte à l'admiration et à la renommée de celui 
qui fut son prisonnier volontaire. 

Ce r'egistre, rempli de démonstrations énergiques ou de plain- 
tes amères, est une preuve que la vue de Longwood produit 
sur les voyageurs un effet plus triste que celle du tombeau. Dans 
celui-ci on a lu l'arrêt du destin , tandis qu'à Longwood on a 
cru reconnaître les signes d'un orgueilleux mépris. 

Au milieu de toutes les pensées tracées sur ce volume, on re- 
marquait celle-ci de 4a main d'un Anglais :« Qui que vous soyez, 
« considérez la vanité de la gloire humaine. Celui qui en a été le 
«plus couvert est mort ici, et sa demeure n'est plus qu'une 
« ferme. » 

Au-dessous une main française avait écrit en anglais : « Honte 



NOTES. 54 

« alors à celui qui a souffert celte dégradation. 11 est plus digne 
« d'être un portier de théâtre qu'un lord, » 

Sur un autre feuillet, on avait inscrit ces lignes : « Mes chers 
c< amis les Français, ne croyez pas que tous les iVnglais ne respec- 
« tent pas la mémoire de votre empereur. Je puis vous assurer 
« que beaucoup d'entre eux ont de la sympathie pour votre na- 
« tion. » Une autre main avait écrit au-dessous : A second Byron. 

Ces deux inscriptions sont à noter, car elles sont exceptionnel- 
les. Ordinairement les Anglais se contentent de signer tout sim- 
plement leurs noms au-dessous delà date de leur visite. Malgré 
les vives attaques d«s Français, ils restent impassibles. Ils se 
bornent à nommer invariablement Napoléon le général Bo- 
naparte, et vraiment. On voyant encore maintenant cette opi- 
niâtre persévérance du caractère anglais, on ne sait si on doit 
s'étonner davantage de la prodigieuse destinée du guerrier ou de 
l'inébranlable constance de ses ennemis à le combattre ; constance 
qui lui survit et qui le poursuit encore Jusque dans les moindres 
actes qui se ratlachent à sa mémoire. 

Nous quittâmes ce lieu devenu si malheureusement célè- 
bre, «n jetant un dernier regard sur l'édifice de Longwood , sur 
la mer sombre qui borne l'horizon , sur l'avenue formée par des 
arbres souffreteux incessamment secoués par le vent. Nous dîmes 
un dernier adieu à cette partie de l'île qui nous avait paru d'abord 
plus riante que les autres portions que nous avions vues. Mais 
nous avions éprouvé quelques instants l'impression de la captivité; 
et sous le poids de nos pensées , nous avions senti qu'on peut 
mourir de chagrin dans un pareil séjour. Le vent ne cesse jamais 
de souffler avec violence sur ce plateau entièrement découvert. 
Les nuages y passent à fleur de terre, voilant et découvrant alter- 
nativement les élévations voisines. 11 y fait froid et humide. On est 
transi. On ne dirait pas qu'on se trouve sur une terre située sous 
les tropiques. 

En passantdevant le tombeau , nous nous arrêtâmes encore 
quelques instants. Le gardien m'aperçut de loin, et vint m'offrir 
de boire de l'eau du ruisseau qui coule tout auprès. « Napoléon, 



52 NOTES. 

» me dit-il, la trouvait excellente; il croyait qu'elle guérissait bien 
« des maladies. » Me voyant insensible aux avantages qu'il énu- 
mérait, le vieux soldat finit par me proposer un singulier mar- 
ché : celui d'un verre de cette eau contre un verre d'eau de vie. 

Pendant que j'attendais le retourdemes compagnons, disperse's 
dans les environs , madame Torbett me donna quelques détails à 
peu près insignifiants sur l'empereur. Elle n'habitait pas à cette 
époque cette maison, qui était confiée à une vieille négresse. Cette 
femme avait souvent reçu la visite de Napoléon et de ses compa- 
gnons de captivité. Elle rapportait qu'un jour il laissa couler ses 
larmes devant elle ; ce qui, je l'avoue, me paraît peu probable. 

Madame Torbetl possédait une bague contenaTit des cheveux de 
Napoléon. Elle la montrait avec empressement à ses visiteurs. 
Cette précieuse relique était une recommandation nouvelle à 
ajouter à toutes celles éparses sur la table. La bague est large. 
Une glace carrée la surmonte et laisse voir au-dessous quelques 
cheveux parfaitement noirs. - 

A trois heures, nous nous acheminâmes vers la ville en silence 
et d'un pas rapide, comme pour échapper à nos impressions. Le 
temps , déjà mauvais le matin , devint détestable. Les hauteurs 
étaient couvertes par un épais brouillard qui limitait la vue à quinze 
pas . Des bouffées d'un ven t glacial précipitaient des bancs de brume 
dans les ravins ouverts sous nos pieds , où ils évoluaient con- 
fusément et donnaient aux paysages de bizarres aspects. La 
brume ne cessa qu'au moment où nous atteignîmes les régions 
plus basses. Là, le ciel s'embellit un peu. Nous ressentîmes l'in- 
fluence du soleil caché jusque là, et en même temps nos pensées, 
occupées jusqu'alors des lieux que nous venions de visiter et des 
souvenirs qu'ils rappelaient, prirent un autre essor, à la vue de 
- V Astrolabe et de la Zélécy qui, dans peu de temps, devaient nous 

ramener au port après une si longue absence î 

(M. Desgraz.') 



1 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 



JUIES-SÉBASTIEN-CÉSAR DUMONT-D'URVILLE. 



Tout le monde se rappelle encore avoir vu passer 
dans les rues de Paris, devenues un instant tristes et 
silencieuses , le cortège mortuaire qui conduisait à 
leur dernière demeure, les restes inanimés de la 
famille du contre-amiral Dumont-d^Urville. 

Trois chars funèbres composant le lugubre convoi 
se dirigeaient, accompagnés par une foule immense, 
vers le cimetière Mont-Parnasse ; car avec Dumont- 
d'Urville étaient morts aussi i sa femme et son unique 
fils ; il ne restait plus de son nom un seul être qui pût 
venir sur sa tombe et y pleurer. 

Dans le premier char, et comme si c^était à Penfance 
d'*enseigner à la vieillesse le chemin de la mort, étaient 
renfermés les restes sanglants et défigurés de Fenfant. 
Ses amis, ses condisciples dont il était le premier à la 
classe, mais le camarade bien-aimé partout, étaient 
venus lui dire un dernier adieu au bord de la tombe, 
et Fy conduisaient , le coeur ému et les larmes aux 
yeux. 



56 NOTICE 

Autour du second char, où reposait le corps de 
madame d'Urville, s'étaient silencieusement rangés 
quelques parents éloignés , derniers débris d'une fa- 
mille éteinte. 

Enfin , les compagnons de voyage de Tillustre navi- 
gateur s'étaient réunis derrière le troisième char , où 
Ton remarquait une foule immense et pressée de sa- 
vants, d'hommes politiques, d'artistes, de négociants, 
des dignitaires de tout rang et de toute classe, qui 
auraient pu faire croire à un étranger arrivé ce jour- 
là dans la capitale , que c'était assurément le cortège 
d'un prince allant retrouver ses nobles aïeux au tom- 
beau de ses pères. 

De nos jours, où la politique et l'intérêt ont jeté 
tant de divisions parmi nous, c'était assurément un 
spectacle touchant, que de voir tous les partis ou- 
blier vm instant leur colère devant la terrible catas- 
trophe qui avait frappé tant de familles , que d,e voir 
toutes les sympathies se réunir autour d'un même 
tombeau. 

C'est que l'homme, que tant d'honneurs entouraient 
après sa mort, avait su, dans une vie trop courte, mé- 
riter la reconnaissance des savants par les progrès im- 
menses qu'il avait fait faire aux sciences, par les col- 
lections précieuses dont il avait enrichi nos musées; il 
avait acquis l'estime et l'affection de tous, par les ser- 
vices qu'il avait rendus au pays; il avait gagné la con- 
sidération générale , parce que l'opinion publique 
accueille toujours avec faveur ceux dont les noms se 
trouvent mêlés aux grandes choses. Entraîné par une 



BIOGRAPHIQUE. 57 

noble ambition d'acquérir de nouvelles connaissances 
et de les faire partager , par trois fois Dumont-d'Ur- 
ville avait fait le tour du monde; son vaisseau avait 
parcouru toutes les zones des mers les plus tempé- 
tueuses depuis les pôles jusqu''à Péquateur, et tou- 
jours il Tavait ramené au port ; puis le 8 mai , ils 
étaient partis trois, Pamiral , sa femme et son fils, 
confiants et joyeux ; quelques heures après ce n''étaient 
plus que trois cadavres. Dumont-d'Urville était mort 
sous les roues brûlantes dVme voiture à vapeur, lui 
qui aurait dû mourir sur le pont d''un vaisseau, au 
milieu de Tivresse du combat, en un jour de bataille, 
car il était aussi brave que savant; ou bien encore dans 
des contrées lointaines , victime de son dévouement 
et de son ardeur pour la science, sous le soleil brû- 
lant de Féquateur ou dans les glaces du pôle Sud; 
lui qui aurait dû avoir un étendard pour linceul , et 
rOcéan pour tombeau, il était mort sur un grand 

chemin 

Deux ans auparavant , la France entière s'était émue 
au nom du commandant des corvettes V Astrolabe et 
la Zélée ; des rapports d\m haut intérêt adressés au 
ministre, des antipodes de Paris, venaient d'annoncer 
les découvertes importantes faites par Dumont-d'Ur- 
ville pendant son troisième voyage de circumnaviga- 
tion , et probablement le dernier; car, à son retour 
en France, il avait fait ses adieux à la' mer; doréna- 
vant , exclusivement occupé de l'éducation de son 
fils unique qui réunissait toutes ses affections , il avait 
pris la ferme résolution de passer au milieu de sa fa- 



58 NOTICE 

mille si souvent privée de son chef, les quelques 
jours que pourraient lui laisser encore les cruels maux 
qu**il endurait ; sa yie s'était usée dans ces pénibles 
excursions; les fatigues et les privations avaient bien 
hâté Tépoq'ue de la vieillesse; jeunesse, santé, affec- 
tions de répoux et du père , tout cela Dumont-d'Ur- 
ville Pavait sacrifié à sa noble ambition; pour lui la 
mort eût été une délivrance; mais , disait-il souvent, 
il n'avait point encore accompli son mandat sur la 
terre; malgré des douleurs incessantes, la vie, pour lui, 
était encore semée de douceurs, à côté de sa femme si 
dévouée et de son fils si affectionné ; il avait aussi à 
cœur de livrer à la publicité le récit de l'expédition 
qu'il venait de terminer. , 

Cette tâche qu'il s'était imposée, et qui devait, dans 
sa pensée, clore sa vie, il ne lui a point été accordé de 
la remplir; lestroi^ premiers volumes du Voyage au 
Pôle Sud et dans ï Océanie^ ainsi que les trois premiers 
chapitres du quatrième, ont seuls été rédigés par lui. La 
partie ethnologique sur laquelle il avait porté toute son 
tention , et qu'il s'était réservée, est restée inachevée. 
Doué d'une mémoire prodigieuse , Dumont-d'Urville 
laissait trop à ces souvenirs. Dans son troisième voyage 
de circumnavigation, suivant ses propres aveux, il avait 
surtout pour but de compléter ses observations sur 
les langues océaniennes, qui depuis plus de quinze ans 
étaient l'objet de ses études , et sur lesquelles il prépa- 
rait depuis bien longtemps un travail important ; et ce*^ 
pendant, dans ses manuscrits, on ne trouve que bien 
peu de traces des recherches auxquelles il s''est livré; et 



BIOGRAPHIQUE. 59 

les quelques écrits qu'il nous abaissés, ne permettent 
même pas de retracer tout le cadre du travail qu'il s'é- 
tait réservé. Ses journaux de bord eux-mêmes, quoique 
très-complets, ne renferment que le sommaire peu 
étendu des événements principaux arrivés pendant le 
cours de l'expédition 5 il comptait avec raison sur sa 
mémoire pour compléter son récit au moment de la 
rédaction. C'était donc une oeuvre difficile que celle de 
terminer l'ouvrage que sa mort laissait inachevé ; con- 
fiée au dévouement et à l'affection de ses compagnons 
de voyage , elle est à peu près accomplie. L'histoire 
du voyage est terminée , tous les matériaux ethnolo- 
giques ont été rassemblés et mis en ordre par l'un de 
ses compagnons de route , par celui qui , sous ses or- 
dres, s'était le plus occupé de la science de la lin- 
guistique dans laquelle déjà il était très-versé. Dans 
peu de temps, cette partie, aujourd'hui sous presse, 
verra le jour. 

Il nous reste à présent un dernier devoir à accom- 
plir, à nous qui avons été chargé de continuer la tâ- 
che que s'était réservée le chef de l'expédition ; c'est 
celui de faire connaître la vie de Dumont-d'Ur ville. 
Il est loin de notre pensée de vouloir porter un juge- 
ment sur des actes et des travaux qui sont aujour- 
d'hui du domaine public, et le panégyrique louan- 
geur n'est plus dans nos mœurs ; mais lorsqu'on fait 
un voyage de quelque étendue avec une personne, on 
est toujours bien aise d'avoir des renseignements sur 
son compagnon, et, quoi qu'on en dise, ces notions 
préliminaires influent souvent sur l'opinion qu'on doit 



60 NOTICE 

1 

en concevoir. Le lecteur verra donc avec quelque 
intérêt, peut-être, quels furent les premiers pas dans 
la carrière de ce marin intrépide , avec qui il vient de 
traverser toutes les mers, depuis le Pôle sud jusqu'à 
Féquateur. Tout en obéissant à nos sentiments d'affec- 
tion et de reconnaissance, nous avons compté, pour 
publier quelques détails sur la famille et les premières 
années de Tamiral Dumont-d'Urville , sur l'intérêt qui 
s'attache toujours à tout homme illustre , à toute intel- 
ligence vaste et puissante , enfin à tout coeur noble et 
généreux. 

Mais avant tout, qu'il nous soit permis d'inscrire, 
une fois de plus , un nom cher à tous les officiers de 
\ Astrolabe et de la Zélée ^ celui d'un jeune officier 
qui, plein de' vie et de courage, au moment où les 
corvettes quittèrent le port , devait mourir loin de sa 
famille , loin de ses amis , loin de la France , victime 
de la science , sous le poids des fatigues qu'il avait 
endurées. 

Lorsque les journaux de la capitale annoncèrent, en 
1837, l'expédition des corvettes M Astrolabe (i\\di Zélée ^ 
destinées à exécuter un voyage de circumnavigation , 
et à pénétrer dans les glaces polaires du Sud ; malgré 
les dangers sans nombre que devait entraîner cette 
hardie entreprise, dangers qui furent alors proclamés 
bien haut , même à la tribune parlementaire , nous de- 
vons le dire à la gloire de notre marine , une foule 
d'officiers solUcitèrent vivement la faveur d'embar- 
quer avec Dumont-d'Urville. Un jeune élève, sorti 
depuis peu d'années du vaisseau école, jiour faire son 



BIOGRAPHIQUE. 61 

premier pas dans la carrière maritime, se fit inscrire un 
des premiers parmi ceux qui , stimulés par une noble 
ambition, demandaient à prendre part à cette belle 
entreprise. Cétail Gaillard (Jean-Edmond); son dé- 
Touement fut compris, sa demande exaucée, et il fut 
embarqué à bord de la corvette la Zélée ^ comme 
élève de première classe, pour aller ensuite mourir, 
enseigne de vaisseau , sur l'île lointaine de Bour- 
bon , quelques mois après que cette corvette avait 
quitté cette terre française, pour opérer sans lui 
son heureux retour dans le port d'où elle était 
partie. 

Dans la carrière des armes, plus que dans toutes 
les autres, peut-être, Fhomme destiné à exposer sa 
vie sur un champ de bataille , s'habitue à risquer 
son existence dans toutes les circonstances qui 
peuvent décider de son avancement; mais certes, au- 
cune idée ambitieuse n'avait dû pousser notre jeune 
compagnon de route dans sa détermination. Elève 
de première classe , il ne pouvait espérer le brevet 
d'officier qu'à son tour d'ancienneté; il avait la certi- 
tude que cette époque serait arrivée bien avant que 
les corvettes ayant acheyé leur long pèlerinage, il 
sellait possible à ses chefs de faire connaître ses titres 
à la faveur royale. Mais Gaillard savait qu'à bord des 
navires commandés par Dumont - d'Urville , qui 
deux fois déjà avait fait le tour du globe terrestre, il 
y aurait des dangers à braver, des privations et des 
fatigues à endurer; et aussi de la gloire pour tous, et 
il n'avait pas hésité. Il était parti à l'âge de vingt ans, 



621 NOTICE 

à cet âge heureux où la confiance est sans bornes , 
où Pavenir est sans limites. Il avait laissé derrière lui 
toute une famille éplorée ; mais à bord de sa nouvelle 
demeure, il avait retrouvé en partie les affections 
quM avait délaissées, car il était aimé de tous, et il 
avait bien sa part à cette étroite fraternité cimentée 
entre tous les membres de l'expédition, par les dangers 
et les privations qu**ils étaient destinés à braver*. 

Ce fut un jour de grande tristesse pour fenfant 
soumis et affectueux , celui où les corvettes quit- 
tèrent le port de Toulon ; car Gaillard avait une 
mère chérie, dont les yeux s^étaient gonflés de lar- 
mes en voyant s^éloigner, pour un si lointain voyage, 
Fobjet de sa tendresse maternelle. Mais lui, cette 
première douleur calmée , ardent et audacieux , 
il s*'était abandonné à sa nouvelle destinée ; avec, 
finsouciance de son âge, il avait sans pâhr, sans re- 
gretter la terre , supporté toutes les péripéties de la 
vie du marin. Gaillard était un noble cœur , un 
brave et courageux jeune homme , qui avait embrassé 
la carrière de la marine, bien décidé à faire digne- 
ment son métier, et, chose rare encore de nos jours, 
il avait su toujours s^ faire aimer. 

Quelquefois peut-être, au milieu des nuits ora- 



* L'amitié la plus étroite , nous ne craignons pas d'être démenti, 
unit encore tous les membres survivants de l'expédition au Pôle Sud et 
dans l'Océanie; mais, il est douloureux de le dire, un d'entre eux a 
fait seul exception ; il a été également repoussé par tous, de cette tou- 
chante association fraternelle. Il serait du reste bien inutile de le 
nommer. 



BIOGRAPHIQUE. 63 

geuses, lorsque le vent sifflant à travers les cordages 
porte rame du voyageur vers les douces rêveries de 
sa patrie, il revoyait encore, par la pensée, à travers 
quelques larmes arrachées par ses souvenirs, et le 
foyer si calme du toit paternel , et ses joies si douces, 
et ses heures de si agréables et intimes expansions ; 
car les corvettes avaient pris leur mouillage à Hobart- 
Town ; les maladies qui avaient décimé nos équipages 
allaient avoir un terme, et bientôt ceux qui avaient 
heureusement échappé à cette époque désastreuse , 
allaient revoir leur patrie. 

Et voilà qu^un jour où , entourées de glaces flot- 
tantes arrachées par la mer au riyage de leur nouvelle 
découverte, la terre Adelie , les corvettes étaient sans 
mouvement , retenues sur les eaux par le calme ; 
un signal paraît sur le bâtiment amiral , il ordonne 
qu'une embarcation montée par les officiers chargés 
des observations de physique, se détache de chacun 
des navires pour aller essayer de gravir sur une de 
ces montagnes glacées. Un canot quitte là Zélée , 
c'est Gaillard qui le commande; il vient se réunir à 
Tembarcation de \! Astrolabe , et ensuite ils se dirigent 
ensemble sur celui des blocs de glace qui paraissait le 
plus abordable. 

La mer couvrait d'écume les bords de cristal de ces 
imposantes masses flottantes ; inquiets sur le sort de ces 
frêles embaixalions abordant ces terribles montagnes 
glacées, tous les officiers des corvettes suivaient, à Taide 
de leur longue-vue, les mouvements de leurs hardis 
compagnons. Bientôt des grapins d'abordage furent 



64 INOTICE 

lancés, et on vit un jeune officier chercher, avec Faide 
d'un cordage, à s'élever contre la muraille droite et 
glacée, sous laquelle la mer brisait avec violence. C'est 
Gaillard qui, emporté par son zèle, a tenté cette dan- 
gereuse ascension ; puis ses forces ont trahi son cou- 
rage, et bientôt les matelots de l'embarcation qu'il 
commande , sont obligés de se dévouer pour re- 
cueillir leur jeune officier ; Gaillard a ses habits 
traversés par une eau glacée; vainement ses ma- 
rins font ployer les avirons sous leurs robustes 
mains , au risque de les briser, afin de revenir promp- 
tement à bord de la Zélée 'j victime de son dévoue- 
ment, Gaillard vient de contracter le germe de la 
maladie qui doit l'enlever, et contre laquelle viendront 
échouer tous les soins que lui prodigueront en vain 
la science et l'affection. 

Le 21 juillet 1840, les covs^W.^'^V Astrolabe et la 
Z^/^<? mouillaient sur la rade toujours houleuse de l'île 
Bourbon. Ce même jour, deux officiers appuyés sur 
les bras de leurs amis , entraient ensemble à l'hôpital 
de Saint-Denis; tous les deux atteints de maladies 
graves, quoique différentes, laissaient bien peu d'es- 
poir sur leur retour à la santé. Ils furent réunis dans 
une même chambre , ils devinrent les confidents de 
leurs mutuelles souffrances ; leur amitié déjà si étroite 
vint s'augmenter encore sur leurs lits de douleurs. Lors- 
qu'ensuite , 'au moment où les corvettes déployaient 
leurs voiles, l'un d'eux déclara que, contrairement 
aux ordres des médecins , il persistait à ne pas aban- 
donner son navire ; car sa mère l'attendrait sur le ri- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 65 

vage , et son désespoir devait être mortel si X! Astrolabe 
rentrait au port sans lui ramener son fils; alors Gail- 
lard soulevant sa tête, et prenant la main de son com- 
pagnon de douleur, lui fit ainsi ses adieux. « Je fais 
des vœux sincères pour votre retour en France; mes 
meilleurs souvenirs seront toujours pour nos compa- 
gnons de route; quant à moi, j^espère bien aussi ren- 
trer au port; mais si je dois mourir sur cette île éloi- 
gnée, loin de toutes mes affections, que mes amis 
pensent quelquefois à moi , qui les ai tant aimés , et 
que ma bonne mère sache un jour que je suis mort 
en bénissant son nom. )> 

Le i5 mai 1842, lorsque autour de la tombe ouverte 
pour recevoir le corps de leur commandant, la ma- 
jeure partie des officiers des corvettes X Astrolabe et 
la Zélée se trouvèrent de nouveau réunis pour dire 
un dernier adieu à leur illustre chef, ils s'abordèrent 
en silence et en se serrant la main ; ils se rappelaient 
que quatre fois déjà ils sVtaient confondus dans une 
même douleur , pendant le cours du voyage , en 
rendant les derniers devoirs à leurs infortunés com- 
pagnons, Marescot, de La Farge, Gourdin, Ernest 
Goupil ; et il y avait à peine trois 'mois qu\m na- 
vire, arrivant de file Bourbon, avait apporté la fa- 
tale nouvelle que Jean-Edmond Gaillard était mort. 
Il était mort aussi, victime de son zèle, martyr de la 
science, à la fleur de Tâge, lorsque la vie lui présentait 
encore un si bel avenir; il était mort loin de la France, 
loin de toutes ses affections. Son corps reposait, il est 
vrai, sur une terre française ; mais plus malheureux que 
X, 5 



66 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

ceux de ces camarades qui Pavaient précédé dans la 
tombe, il n'avait pas eu la consolation de voir, autour 
de son lit de douleurs, ses compagnons de roule Tassis- 

ter dans sa cruelle et longue agonie Alors le dernier 

voeu de l'infortuné enseigne avait été exaucé; car cha- 
cun des officiers des corvettes \ Astrolabe et la Zélée 
ressentaitpourluiraffeclion d'un frère, et l'annonce de 
de sa mort avait retenti dans leur cœur, comme la 
perte d'un membre d'une famille unie et affectionnée. 



L'année 1790 rappelle une des époques les plus 
agitées de notre révolution. De Paris, foyer révolu- 
tionnaire, chaque jour arrivait à nos provinces le 
récit des terribles événements qui minaient avec fra- 
cas Tes degrés du trône, et qui, à quelques mois de 
là, devaient porter la tête d'un roi sur l'échafaud. 
Tous les yeux étaient alors fixés sur les travaux de 
l'Assemblée Nationale , où trois partis étaient en pré- 
sence, combattant encore à outrance, bien que déjà 
l'issue de la lutte ne fût presque plus douteuseque pour 
ceux qui avaient tout à y perdre et rien à y gagner. 

Déjà les nobles et les prêtres avaient vu tomber 
leurs privilèges devant la réaction populaire, et dé- 
sormais tous leurs efforts devaient rester impuissants 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 67 

pour arrêter les débordements du peuple surexcite 
par la lutte et enivré par la victoire qu'il avait rem- 
portée. Aussi, nous n'essaierons pas de décrire Tanxiété 
qui régnait, au mois de mai 1790, dans la famille 
noble de Gabriel Dumont-d'Urville , bailli de haute- 
justice , à Condé-sur-Noireau. 

Ce fut au milieu des troubles de cette année à jamais 
célèbre, et le vingt-troisième jour de ce même mois 
de mai, que naquit Jules-Sébastien-César Dumont- 
d'Urville. 

Cet enfant, qui, cinquante ans plus tard, devait 
mourir officier de la légion-dlionneur et contre- 
amiral de France, reçut la plus étrange éducation 
qui se puisse voir. Son père descendait d'une bonne 
famille attachée à la magistrature, et il exerçait lui- 
même la charge de baiUi, achetée par un de ses aïeux. 
Il avait épousé mademoiselle de Croisilles , issue de 
Tune des familles les plus nobles et les plus pauvres de 
Normandie. Les persécutions qui, à cette époque, 
atteignaient tous les gens titrés, ne devaient point 
épargner la maison d'Urville ; et les malheurs de la 
proscription, joints aux infirmités de la vieillesse, 
privèrent le jeune d'Urville de son père, dans un âge 
encore si peu avancé, que c'est à peine, comme il l'a 
dit lui-même, s'il en avait conservé le souvenir. 

Mais il restait encore à l'enfant sans père , un guide 
pour ses jeunes années., un refuge pour les dou- 
leurs des premiers jours de la vie, un conseil pour les 
heures de découragement et de folles idées; il lui 
restait la chose la plus sainte et la plus adorable en 



68 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

ce monde , il lui restait le cœur dévoué d'une mère. 

Madame d'Urville, femme sainte et pieuse, attachée 
aux idées aristocratiques qui s*'éteignaient chaque jour, 
sans instruction pour ainsi dire, comme presque toutes 
les femmes nobles de ce temps, avait rassemblé toutes 
ses espérances sur la tête chérie de son fils aîné, Jules 
d'Urville. Lorsqu'en 1797, la mort vint la priver de 
son époux, ce fut une chose étrange de voir de quel 
respect elle s'efforçait d'entourer cet enfant de sept 
ans, qui était devenu le chef de la famille, et, à ce titre, 
suivant les mœurs de l'époque dans les familles nobles, 
avait droit à l'obéissance de tout ce qui l'entourait. 

Femme d'un dévouement sans bornes , pendant ces 
sept années , madame d'Urville fut la providence de 
sa famille. On le sait, la révolution marchait sans re- 
garder en arrière, et sans^ s'arrêter aux taches de 
sang qui rejaiUissaienl sur elle. La famille d'Urville, 
menacée comme les autres , dans ces jours de deuil , 
ne dut son salut qu'à sa reti'aite absolue et à la chute 
de Robespierre ; mais elle fut obhgée de quitter Condé. 
Après avoir habité successivement Wassy et Vire, en 
tribu errante et proscrite, elle alla s'étabhr à Caen. 
Deux ans après, en 1796, elle quitta cette dernière 
ville, et vint se fixer à deux lieues de là, dans une 
petite propriété située sur les bords de l'Orne, où 
M. d'Urville père vint mourir. 

On le voit, la destinée avait réservé bien des larmes 
et des douleurs aux premières années de l'enfant, bien 
des luttes et des épreuves au cœur de la mère. Ces 
sept années que nous venons d'esquisser rapidement , | 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 09 

eurent au moins cela de profitable, qu^elles apprirent 
à celui qui devait , dans le cours de sa glorieuse exis- 
tence, éprouver tant de découragements, et surmon- 
ter tant de dangers, qu^elles lui apprirent, disons- 
nous, à supporter Padversité, à cuirasser son âme 
contre le malheur. 

L'^année 1797 était venue, et avec elle des jours 
meilleurs pour tant de têtes jadis destinées à la 
hache du bourreau. Le calme et la sécurité avaient 
de nouveau pris place au foyer de la famille 
d'Urville, si longtemps inquiète et désolée. C'est alors 
que s'ouvrit une ère nouvelle pour le fils aîné de cette 
famille; il allait commencer à s'instruire; l'enfant al- 
lait devenir homme. 

Lorsqu'on étudie la vie des hommes illustres, en 
suivant la marche de ces existences dont il ne nous 
reste que le souvenir, on se plaît à chercher si leurs 
premiers pas dans la vie n'ont pas été marqués par 
quelque signe précurseur de leur destinée future; 
mais celle du marin célèbre qui nous occupe , n'in- 
dique rien qui ait pu faire entrevoir d'abord la bril- 
lante carrière qu'il devait parcourir. Enfant, sa cons- 
titution est frêle et délicate; son maintien , il est vrai, 
est calme, et son visage pensif; mais rien en lui n'an- 
nonce le navigateur habile et intrépide, le voyageur 
aussi ardent que Christophe Colomb, aussi audacieux 
que Vasco de Gama. Quelque chose cependant, pour 
un observateur attentif, pouvait faire deviner le sa- 
vant botaniste qui dota la France de si riches collec- 
tions. A l'âge de sept ans, ses promenades favorites 



70 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

sont les bois solitaires, les prairies verdoyantes, et 
tous les lieux où lanature parle aux sens et à Tâme; 
il aime la liberté des champs , se récrée avec les 
plantes, et reste, pendant de longues heures, ense- 
veli dans des rêveries profondes , absorbé dans la 
lecture de V Histoire du peuple de Dieu, 

Et cependant, son instruction, jusqu^alors confiée 
à quelques prêtres réfugiés chez sa mère, se réduisait 
à peu de chose; il avait appris le Catéchisme histori- 
que, la Bible, le Dictionnaire ecclésiastique, lorsqu'en 
iygS, son oncle, Tabbé deCroisilles, frère de madame 
d^Urville, vint se fixer auprès de sa sœur. Cet ecclé- 
siastique, dVuie érudition très-étendue et d'une grande 
portée d'esprit, consacra tous ses soins à Téducatiori 
si négligée de son jeune neveu. C'est alors, comme 
nous l'avons déjà dit, qu'une ère nouvelle s'ouvrit de- 
vant cette vive intelligence, qui n'avait besoin, pour se 
développer, que d'un guide capable de la diriger. 
Quoique d'une santé toujours faible, Jules D'Urville 
se livra à l'étude avec une ardeur extraordinaire. 
(( Le travail, a-t-il dit lui-même, me semblait une 
« chose si naturelle, si satisfaisante, que je n'ima- 
« ginais pas comment un enfant eût pu désirer s'y 
« soustraire. Le peu que je vaux, j'en suis redevable 
c( à mon bon oncle, dont le savoir était aussi ai- 
« mable que varié. Au bout de deux ans, je traduisis 
« assez couramment Quinte-Gurce et Virgile; je sus 
« l'arithmétique et de la géométrie. ))/Les vies de Plu- 
tarque, a dit l'un de àes historiens, l'histoire de la dé- 
couverte de l'Amérique et le théâtre de Racine étaient 



NOTICE BIOGRAPHÎQUE. 71 

ses livres de prédilection. Sa mémoire, par la suite 
prodigieuse , quant aux lieux , s^exerçait alors sur les 
poètes , et il récita sans faute un chant de PEnéide. A 
douze ans, il dévora un cours de rhétorique, et il 
apprit en trois mois Talgèbre du premier degré. 

Quoi quW en soit, si Ton se reporte à Tépoque où 
ces événements se passaient, cVst-à-dire de 1798 à 
i8o2, on comprendra comme nous que c''était-là, 
pour le jeune d^Urville , une étrange éducation. En- 
touré de prêtres attachés aux principes de PEglise 
cathohque, Jules d^Urville était d^me piété remar- 
quable ; sa mère s^était constamment efforcée de lui 
faire partager les idées aristocratiques auxquelles 
elle était si fort asservie; et dans Tagitation gé- 
nérale de ce temps, il était impossible que ce vent de 
révolution qui soufflait de toutes parts, passât, sans 
Teffleurer au moins, sur cette jeune imagination avide 
d^independanceet de liberté. Aussi, ne pourrions-nous 
dire la lutte incessante qui s''était étabhe dans cette 
jeune tête rêveuse; lutte pleine de raisonnements et de 
passions, où les idées les plus opposées se livraient ba- 
taille; lutte, il faut bien le dire, qui accompagna 
Tenfant, devenu homme, jusqu^à son tombeau. Dans 
sesdernières années encore , on pouvait reconnaître 
dans le marin, vieilli par les fatigues et les travaux, 
et les traces maternellement aristocratiques, et les 
souvenirs patriotiquement républicains de son enfance. 
Dumont-d^Urville ne fut jamais homme du monde, et 
s^il eut le cœur d''un gentilhomme, il eut toujou^^s 
Técorce d'un plébéien. 



# 



72 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

L'éducation de Jules d^Urville, avait eu un but ar- 
rêté : on le destinait à la prêtrise. Le voir entrer en 
religion , c'*était la plus chère espérance de sa mère , 
qui, depuis quelque temps, sentait bien qu'il fallait 
renoncer à Tespoir de voir un jour cet aîné de la fa- 
mille investi de tous les privilèges qui revenaient jadis 
aux nobles premiers-nés. Bien que d'une piété fervente , 
l'enfant ne voyait ces dispositions de sa mère qu'avec 
une répugnance marquée , et se sentait soutenu avec 
bonheur par son oncle , l'abbé de Croisilles , qui 
penchait, lui, pour la carrière des armes. Mnis seul^ et 
sans conseils, l'enfant avait déjà fait bien des rêves de 
grandeur, bien des projets ambitieux qui devaient 
peut-êlre, décider de son avenir; rêves et projets qui 
plus tard présidèrent aussi à tous les actes de sa vie, et 
qu'il a voulu raconter lui-même , dans des mémoires 
inédits. 

« Conduit un jour de foire à Condé, mon pays na- 
« tal , dit-il , quoique mon cœur ne me parlât que fai- 
re blemént pour ma patrie; comme cette petite ville 
« n'avait produit aucun homme célèbre , je me promis 
« de redoubler d'efforts , afin d'y faire parvenir un 
c( jour mon nom sur les ailes de la renommée. Habi- 
ii tuellement plongé dans de semblables réflexions , j'en 
« avais contracté un air sérieux et froid, peu ordi- 
« naire à mon âge. Tant d'orgueil entre-t-il dans l'âme 
« d'un marmot! » 

Toujours préoccupé de ces idées de gloire et de 
grandeur, lejeimed'Urvillefînissait sa rhétorique, lors- 
qu'après le rétablissement du culte catholique,^ M. de 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 73 

Croisilles fut nommé grand vicaire et secrétaire-géné- 
ral de révêché de Bayeux. Ces nouvelles fonctions ne 
lui firent pas abandonner Féducation de son neveu. 
Toute la famille vint s'établir près du nouveau fonc- 
tionnaire, et Jules d'Urville put suivre un cours de 
mathématiques à Fécole secondaire de Bajeux, en 
même temps qu'il recevait quelques leçons particulières 
de grec, qui lui permirent bientôt de traduire Lucien. 

L'on était en 1804, et Jules d'^Urville avait alors 
quatorze ans. Napoléon venait de faire bénir, par le 
pape Pie VIÏ , la couronne d'empereur que son génie 
avait placée sur sa tête. Ce fut alors aussi qu'il ouvrit 
les lycées impériaux , soumis à une discipline toute 
militaire, et où la jeunesse vint avidement puiser une 
instruction qui pût la mettre à la hauteur de l'impul- 
sion imprimée à la France par la gloire de l'empire. 
Notre jeune héros ne devait pas être des derniers à 
rechercher l'honneur, alors tant ambitionné, d'obte- 
nir une place dans les écoles. Sa mère s'y opposait 
pourtant; mais malgré l'amour qu'il avait pour elle, 
rien ne put arrêter l'enfant avide de connaître et de 
travailler. D'ailleurs, il y avait dans celte nouvelle 
existence qui s'ouvrait devant lui , quelque chose qui 
lui parlait au cœur, et semblait lui dire que là , enfin, 
il allait trouver une solution à ses rêves ambitieux, 
un aliment à son âme inquiète. 

Ainsi donc, après un brillant concours , Jules d'Ur- 
ville entra au lycée de Caen , comme élève boursier de 
la commune de Bayeux. Toujours poursuivi par ses 
idées de gloire, il demanda à suivre les cours de troi-* 



74 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

sième, bien que son examen lui permît d^entrer dans 
la classe de seconde d^humanités. Son but était dWoir 
beaucoup de prix à la fin de Tannée ; son calcul fut 
pleinement réalisé. Ces succès , loin d^être acceptés 
avec joie par sa mère , devinrent pour elle le sujet 
dVme profonde douleur. Elle voyait, en effet, par là 
ses plus chères espérances détruites ; la gloire mili- 
taire devait rapidement enflammer cette jeune imagi- 
nation , et la faire renoncer pour toujours à Thabit 
ecclésiastique. 

Or, Tenfant avait emporté avec lui ces désirs de 
renommée qui devaient nécessairement prendre des 
forces au milieu de cette génération, tout enivrée 
des succès militaires de Tempire. Cétait alors, comme 
il Va dit lui-même, un enfant faible et malingre, 
petit de taille, au visage pensif, aux cheveux plats* 
Ses jambes grêles, son gros ventre, sa grosse tête, 
cet air morose qui ne le quittait presque jamais, 
furent plus d\me fois Tobjet des railleries joyeuses 
de ses jeunes amis; mais lui, sans paraître y prendre 
garde autrement que par ce sourire triste et fin à 
la fois, sous lequel il déguisait si souvent ses im- 
pressions douces ou amères, il allait toujours poursui- 
vant ses chères rêveries. Rarement on le voyait prendre 
part aux jeux bruyants de ses condisciples; au travail, 
nul n^avait plus d^ardeur ; aux heures de repos, nul 
n^était plus silencieux et plus grave ; parfois pourtant, 
de sérieuses discussions, où les projets d'avenir n'é- 
taient pas oubliés, s'élevaient entre lui et ses deux amis, 
ses rivaux d'étude, Fagon et Cerisy. Son absence 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 75 

totale aux jeux de ses camarades Favait fait sur- 
nommer le rhéteur! 

Pourtant, ce n^était point le rhéteur qu^il eût fallu le 
nommer, mais bien le rêveur : car c'était, en effet, un 
rêve continuel que la vie de Julesd^Urville; c''était tout 
un combat qui se livrait dans celte jeune tête. L'exis- 
tence de nos écoliers d'aujourd'hui ne peut en rien se 
comparer à celle des lycéens de l'empire. Le collège, 
à cette époque, était comme tous les autres lieux en 
France, comme le théâtre, la tribune, les salons, les 
endroits publics , le collège était alors une réunion 
d'êtres. pensants, où les questions politiques si graves 
et si audacieuses du temps, se traitaient sous tous les 
points de vue; où l'on plaidait le pour et le contre; où 
chacun donnait son opinion sur les événements du 
jour: seulement, là, ces questions étaient peut-être 
traitées avec plus de chaleur que. partout ailleurs ; les 
plaidoyers étaient plus audacieux , et les opinions plus 
neuves et plus originales; et puis, il y en avait bien 
peu, parmi tous ces jeunes enfants, qui n'eussent un 
père, un frère, un parent sous les drapeaux; il y en 
avait peu dont le nom ne se fût pas trouvé parmi ceux 
des braves inscrits, après un jour de bataille, au bul- 
letin de la grande armée. Or, c'étaient de beaux jours 
pour tout le lycée, que ceux où, par les grandes 
portes tout ouvertes, on voyait s'avancer un père, un 
frère, un parent , la poitrine couverte de broderies et 
de décorations, le visage noblement sillonné par le fer 
ennemi. C'étaient alors des cris de joie, et des chants 
de triomphe; et puis ces braves soldats de l'empereur, 



76 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

embrassant quelque tête chérie, repartaient bien vite; 
car leurmaîtren^attentlait pas; ikrepartaient pour aller 
cueillir de nouveaux grades et de nouveaux honneurs, 
ou bien encore, pour mourir sur un champ de bataille!.. 

Seul peut-être parmi tous ses condisciples, Jules 
d'Urville n'avait à Tarmée ni frères , ni parents , ni 
amis. Mais lorsqu*^arrivaient les jours de fêle dont 
nous parlions tout à Theure, pour qui Teût bien exa- 
miné, avec son front pâle et des éclairs dans les yeux, 
celte pâleur et ce feu du regard eussent montré à 
découvert toutes les chaudes pensées de Tenfant taci- 
turne et sombre. Lui aussi, il voulait de la gloire et des 
honneurs. Alors, en attendant qu'il devînt un héros, 
l'écolier se remettait au travail avec plus d'ardeur, et 
laissait derrière lui tous ses rivaux. 

Néanmoins, ce ne fut que quelque temps après que 
se révéla son goût pour la marine et les voyages. 
Son assiduité et son intelligence l'avaient fait remar- 
quer de ses professeurs. Pour le distraire dans ses ré- 
créations, on l'abonna à un cabinet de lecture. Alors 
il lut, ou plutôt il dévora les voyages d'Anson , de 
Bougainville, de Cook ; sa vocation venait de lui être 
révélée. Quelques mois avant sa mort, et lorsque, 
dans les premiers jours de l'année i84i, le roi venait 
de signer son brevet de contre-amiral, il se rappelait 
avec bonheur le pari assez curieux qu'il fit, à l'époque 
où il était encore sur les bancs, avec l'un de ses con- 
disciples, nommé Fagon, qui mourut, tout jeune 
encore, capitaine d'artillerie. Fagon rêvait d'être sé- 
nateur, ou lieutenant-général, à cinquante ans; Jules 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 77 

d'Urville fil une gageure de cinquante louis, qu'^à cet 
âge il sérail contre- amiral. 

Les récils des navigateurs célèbres qu'il avait lus 
frappèrent vivenient son imagination; et, en lui fai- 
sant entrevoir un genre de gloire auquel il n'avait 
jamais songé, ils avaient irrévocablement fixé sa des- 
tinée. Doué d'une volonté énergique et d'une per- 
sistance extrême, il ne lui avait jusqu'alors manqué 
qu'un but pour concentrer tous les efforts de son intel- 
ligence. 

Des succès brillants avaient marqué le passage de 
Dumont-d'Urville sur les bancs du lycée de Caen. 
Avec son caractère , son intelligence et sa persévé- 
rance, il n'avait jamais cessé d'occuper le premier rang 
parmi les élèves de sa classe. Mais tous ces triomphes 
ne purent vaincre la répugnance extrême de sa mère 
pour le régime des écoles impériales; elle préféra re- 
noncer au bénéfice d'une bourse que son fils avait 
obtenue au concours , plutôt que de le voir soumis à 
cette discipline intérieure, qui faisait disparaître parmi 
les jeunes écoliers toutes les distinctions de la noblesse 
du sang. Plein de respect et d'affection pour elle , son 
fils se soumit; mais, en même temps qu'il consentait 
à ne plus aller au lycée que comme externe, il an- 
nonçait à sa mère sa résolution inébranlable de re- 
noncer à la prêtrise , et son désir d'arriver à l'école 
Polytechnique. En conséquence, en septembre 1807 
il subit l'examen; mais, quoique reconnu admissible 
par ses examinateurs, il fut refusé. Son rang sur la 
liste ne lui permit pas de compter parmi les heureux. 



78 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

Toutefois, il dut à celte circonstance Toffre qui lui fut 
faite, d^entrer comme élève à Técole de Fontaine- 
bleau. Son oncle, de Croisilles, le pressait vivement 
d^accepter cette position , qui lui ouvrait la carrière 
des armes, si brillante et si enviée à cette époque; 
mais déjà la résolution du jeune d^Urville était iné- 
branlable ; il répondit à Poffre qui lui était faite par un 
refus formel, et en avouant hautement ses désirs d^en- 
trer dans la carrière de la marine. 

Deux mois après, Jules d^Urville embrassait sa 
mère , que son départ pour Brest laissait sans espoir 
pour ses projets; il quittait ses parents, ses amis, pour 
faire son premier pas dans la carrière qu'ail sVtait 
choisie, où Tattendaient tant de déceptions et de dan- 
gers; il en avait calculé toutes les chances; peut-être 
entrevoyait-il dc^à tout ce que Tavenir lui réservait 
de gloire et d^honneur, et son âme, un moment 
éprouvée par ces tristes adieux , ne tarda pas à re- 
trouver toute son énergie au souffle des vents de mer. 



Au mois de novembre 1807, Jules d'Urville était 
reçu par M. Cafïarelli , préfet maritime dé Brest, pour 
qui il avait une lettre de recommandation. Il avait à 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 79 

peine dépassé ses dix-sepl ans; son corps était frêle, 
mais sa résolution inébranlable. La France ne comp- 
tait pas encore d^école de marine. Seul, et sans appui 
assuré, Jules d^Urville venait demander au chef mili- 
taire du port de Brest d'*embarquer comme simple no- 
vice, s^il ne pouvait débuter dans la carrière de la 
marine par un service plus en rapport avec son édu- 
cation , son intelligence et son instruction. 11 fut plus 
heureux qu'il ne Tespérait : accueiUi avec bonté par 
M. Gaffarelli, il fut immédiatement appelé à servir 
comme aspirant auxiliaire sur V Aquilon , le premier 
vaisseau qu'il eût vu , et qui était commandé par le 
capitaine Maingon, dont la bienveillance devait à ja- 
mais mériter la reconnaissance du jeune officier. 

C'était une vie bien nouvelle pour le jeune d'Urville, 
que celle que lui avait faite son entrée sur le vaisseau 
X Aquilon. L'enfant rêveur des premières années , l'é- 
colier penseur et morose du lycée de Caen, était, sans 
aucun doute, bien mal à l'aise au miUeu de ses jeunes 
compagnons, peu studieux pour la plupart, et adonnés 
à tous les plaisirs bruyants du marin à terre. Aussi, 
ses plus douces heures étaient celles qu'il pouvait 
consacrer au travail. 

Il était, nous l'avons dit, aspirant provisoire; un 
concours était nécessaire pour obtenir son premier 
grade dans la marine : pendant une année il s'y pré- 
pare; et lorsque les examinateurs arrivent, le nom 
qu'ils placent en tête de leur liste des soixante-douze 
admissibles est celui de Jules d'Urville. Il abandonne 
alor$ pour quelque temps l'étude des sciences mathé- 



80 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

matiques, sur lesquelles il venait d'être interrogé; 
tous ses loisirs, il les emploie à fouiller la biblio- 
thèque clu port; il apprend Thébreu, pour fondre en- 
suite les grammaires hébraïque, grecque et latine, et 
cela, dit-il, dans le seul but d'apprécier le reproche 
fait aux catholiques, d'avoir altéré le sens de la Bible. 
Il fuit les lieux de dissipation , il ne connaît que les 
plaisirs de l'étude. Ses travaux lui avaient fait reporter 
les yeux avec amour vers ses premiers désirs, et il 
avait plus que jamais repris ces projets de gloire qui 
l'avaient conduit dans la marine. Avant de solliciter un 
embarquement qui lui permît de suivre cette noble 
impulsion , il voulut revoir sa famille. Un congé lui fut 
accordé. Son séjour dans sa ville natale devait être 
de courte durée : il avait à peine embrassé sa mère , 
son oncle , ses parents et ses amis, qu'il se rendait au 
Havre pour être embarqué sur la frégate V /Ama- 
zone, 

(( Je trouvais que rien n'était plus noble, plus digne 
« d'une âme généreuse, — dit-il, en parlant de ses 
« projets de voyages lointains , — que de consacrer 
« sa vie aux progrès des sciences. C'est pour cela que 
« mes goûts me poussaient plutôt vers la marine de 
« découvertes, que vers la marine purement militaire. 
c( Sans redouter les chances des combats, mon es- 
(( prit naturellement répubUcain ne pouvait con- 
« cevoir la gloire réelle , se rattachant à l'aclion 
« d'exposer ses jours, et de détruire ses semblables, 
(( pour un différend de choses et de mots. Par mal- 
« heur, on ne songeait guère alors aux expéditions de 



NOTICE BIOGKAPHÎQUE. 81 

«découvertes; mais je voulus du moins échanger 
« Tabsurde et insignifiant service des ports et des rades, 
(( contre une navigation active, où je pourrais ap- 
« prendre mon métier et visiter des contrées loin- 
« taines. Dans ce but, j^embarquai sur la frégate F^- 
ii jnazone ^ en armement au Havre, qu'on croyait 
« destinée à une campagne dans Plnde *. w 

Malheureusement la frégate ne partit pas, et pen- :|| 

dant les dix-huit mois qu'il resta à son bord , le jeune 
aspirant commença à éprouver tous les ennuis et les 
dégoûts du métier. Ce devait être, en effet, une chose 
terrible pour Tàme fière et indépendante de Jules 
d'Urville, que cette obéissance passive à des chefs sou- 
vent peu éclairés , comme cela était assez général à 
cette époque. Sa pensée était constamment triste; à 
ces causes de dégoût pour Fétat qu'il avait embrassé 
avec tant d'ardeur, venaient encore se joindre les 
réflexions que faisaient naître dans cette jeune et 
ardente tête les événements et la politique du jour. 
Nourri des idées républicaines de Sparte et d'Athènes, 
encore sous l'impulsion des souvenirs de jeunesse , et 
de l'éducation que lui avait donnée sa mère ; élevé 
d'ailleurs à l'école de la liberté, Jules d'Urville voyait, 
avec une profonde douleur. Napoléon , entouré du 
prestige de ses mille victoires, sacrifier à son ambi- 
tion la liberté de la nation , et le jeune libéral s'était 
pris d'un profond mépris pour le nouvel ordre de 
choses, qui, par suite de nos désastres maritimes, le 

* Mémoires inédits de Dumonl-d'Urville : Introduction aux Souvenirs 
d'un Voyage autour du monde. 

X. 6 



82 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

condamnait à Tinaction. Si sa fortune le lui eût permis, 
il eût alors quitté la marine pour se livrer à Pétude; 
mais force lui fut de rester à son poste, et de boire, 
comme il Ta dit, le calice jusqu^à la lie. 

Sur la fin de 1810, à la suite d'un nouveau con- 
cours, il fut nommé aspirant de première classe. Il 
était alors embarqué sur le vaisseau le Suffren^ mouillé 
sur la rade de Toulon. A cette époque, les Anglais, 
maîtres de la mer, tenaient tous nos ports étroitement 
bloqués par leurs escadres. Tous les efforts de Pem- 
pire s''étaient tournés vers le Continent, après le dé-. 
sastre de Trafalgar, et les marins, restés à la garde 
de nos vaisseaux, étaient condamnés à la plus com- 
plète inaction. On comprend combien ce service insi- 
gnifiant, auquel était attaché Jules d'Urville , avait 
dû jeter de découragement dans son âme ardente, 
dévoré qu'il était par la noble ambition des grandes 
choses. Il chercha des consolations dans fétude. Pen- 
dant son séjour au Havre , il avait revu son cours 
de mathématiques , afin de préparer son deuxième 
concours; il avait appris Tallemand et l'anglais *. il 
utilisa ses loisirs, à Toulon, en étudiant l'espagnol 
et l'italien: il relut ses classiques; la physique et la 
chimie l'occupèrent tour à tour. Rarement il descen- 
dait à terre, et ce n'était que pour se livrer à l'étude de 
la botanique, qu'il menait de front avec celle de l'astro- 
nomie. L'escadre française faisait peu d'évolutions ; 
chaque fois qu'elle s'aventurait en pleine mer, pour- 
suivie parles vaisseauxennemis, elle était promptement 
obhgée de reprendre son mouillage, à l'abri des bat- 



INOTICE BIOGRAPHIQUE. 83 

leries qui garnissaient le«5 côtes. Il restait bien du 
temps au jeune aspirant du Suffren l\ dépenser pour 
son instruction ; aussi était-ce un des officiers les plus 
érudits de Pescadre, lorsque, le 28 mai 1812, muni 
de son brevet d''enseigne signé par Fempereur, il 
embarqua en cette qualité à bord du vaisseau le 
Borée. 

Dans son nouveau grade, il fut attaché à la 49^ com- 
pagnie des équipages de ligne, formant partie des 
marins du Borée ^ il sut gagner la confiance de ses 
hommes et leur affection; il sut enfin, chose rare 
alors pour tout officier qui n'avait pas mené au feu les 
soldats quHl commandait, il sut mériter les regrets 
de sa compagnie, lorsqu^il fut distrait de l'équipage 
du Borée pour embarquer d'abord sur le Uonawert ^ 
commandé par le brave Infernet , et ensuite sur la 
Ville de Marseille, 

Les nouvelles fonctions que lui imposait le grade 
d'enseigne, auquel il venait d'être promu, ne parvin- 
rent pas à lui faire surmonter le dégoût qu'il éprouvait 
pour la marine; l'inaction à laquelle étaient condamnés 
nos escadres réagissant sur l'esprit des commandants, 
en leur ôtant toutes les chances d'un avancement vi- 
vement désiré, rendait aussi la position des subal- 
ternes pénible et difficile ; aussi voyons - nous 
qu'à cette époque, Jules d'Urville , toujours dominé 
par des idées de gloire, poursuivi par le désir de 
concourir à quelque grande entreprise , était dévoré 
par les chagrins et les ennuis qui résultaient de sa 
position. «Cruellement déçu dans mes espérances, 



84 NOTICE BIOGRAPHIQUE^. 

« dit-il dans un de ses manuscrits", je crus enfin que 
«je ne pourrais jamais trouver Toccasion d^exécuter 
« les projets qui m'avaient poussé dans la marine, et 
(( je n''aspirai plus qu'au moment où je pourrais quitter 
« Tingrate et pénible carrière que j'avais embrassée. 
« Mais l'ambitieux Napoléon venait de lasser la for- 
(( tune. » A cette époque, en effet, elle venait de déserter 
ses drapeaux à Moscou; une suite non interrompue de 
désastres amenèrent sur le sol français les hordes en- 
nemies, et le héros qui si longtemps avait fait trembler 
tous les souverains de l'Europe , fut à son tour obligé 
de déposer la couronne impériale. Les Bourbons 
reprirent les rênes de l'Etat, et, à la suite du traité 
à jamais déplorable de Paris, les mers furent enfin ou- 
vertes à nos vaisseaux, si longtemps bloqués dans nos 
ports. 

Le vaisseau la Ville de Marseille fut destiné à con- 
duire le duc d'Orléans à Palerme, et à l'en ramener 
ensuite en France avec toute sa famille. Dans cette 
courte campagne, qui ne dura que quatre jours pour 
aller et huit ou dix jours pour revenir, il put enfin se 
faire une idée de la navigation. « Je sentis effective- 
« ment, dit-il, qu'elle devait être dix fois moins insi- 
« pideque le service infiniment désagréable que j'avais 
« fait, durant six ans et demi, dans les rades, et qui 
« m'avait si profondément dégoûté de la marine. )> Du 
reste, pendant cette courte traversée il ne vit que la 
Tille de Palerme; il aperçut de loin les côtes de Sar- 

* Introduction aux Souvenirs d'un Voyage autour du monde (Mé- 
moires inédits). 



^0TÏCE I310GRAPI11QCE. 85 

daigne, celles cle la Corse et de Pile d^Elbe. Pour la 
première fois , il approcha la famille d^Orléans. Quinze 
ans plus lard , il devait la revoir assise sur le trône de 
France, au retour du voyage qu^il avait exécuté sur 
les côtes d^Angleterre, afin d'y déposer dans Texil 
Charles X et sa famille, après la révolution de juil- 
let i83o. 

Au retour, la Ville de Marseille fut désarmée, et 
Jules d^Urville se trouva de nouveau réduit au service 
du marin à terre. « Je ne fus point fâché, dit-il , de 
« respirer quelque temps Pair pur des champs, après 
« le séjour que je venais de faire sur les planches du 
<i vaisseau; d^ailleurs, je renouvelai connaissance avec 
« l'un de mes anciens camarades de lycée, Tingénieur * 
« de Ccrisy, qui, plus heureux que moi, avait été ad- 
« mis à Pécole Polytechnique, et qui, en outre de ses 
« travaux obligés, s'occupait avec ardeur d'entomo- 
« logie. Il me communiqua le goût de cette science. 
« J'arpentai rapidement, et sans relâche, les ravins, les 
« montagnes, les forêts voisines de Toulon, et bientôt 
n je réussis à me former une collection assez complète 
« des espèces circumtoulonnaises , » 

Au mois de mars i8i5. Napoléon abandonnant sa 
retraite sur l'ile d'Elbe, débarquait nuitamment sur les 
côtes de Provence. Pendant cent jours encore il fut 
maître de la France; l'Europe entière était en feu. 
L'enthousiasme du peuple français était au comble: il 
avait suffit à l'empereur de déployer ses aigles pour voir 
se grouper autour de lui les militaires de toutes armes 
qu'il avait si souvent conduits à la victoire. Jules d'Ur- 



86 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

ville ne participa point à cet entraînement général. 
« J^avais déploré, dit-il, la ridicule ligne de conduite 
(( adoptée par les Bourbons, depuis leur rentrée; mais 
« je détestais bien davantage le despotisme militaire du 
a grand homme. L^ineptie des Bourbons laissait du 
« moins une apparence de liberté pour Fa venir 5 les fers 
« dorés du soldat couronné n^offraient en perspective 
« qu^une éternelle servitude. Aussi, n''hésitai-je pas à 
<( signer non à Tacte additionnel qu**]! offrit bientôt 
(( à l'approbation des Français, et que tous allaient 
(c couvrir de leurs signatures affirmatives, même ceux 
« qui avaient témoigné le plus leur amour pour la 
« dynastie légitime. » 

Sans nos désastres à Waterloo , si Fempereur fût 
resté sur le trône , peut-être Jules d'Urville sans for- 
tune , sans moyens d'existence , eût été contraint de 
quitter la marine; ce fut pourtant dans ces circons- 
tances qu'il se maria ; « mais, dit-il , j'avais donné ma 
« parole , et je ne pensais pas que rien pût me dégager 
« de ma promesse. » Il épousa une jeune et belle pro- 
vençale, dont le nom plébéien fut d'abord repoussé 
par madame d'Urville la mère , ennemie des mésal- 
liances , mais qui, par ses vertus et ses qualités, sut 
toujours mériter l'affection de son mari , l'estime et 
l'amitié de ses parents et de ses amis. Plus tard , il 
devait éterniser son nom en l'imposant à l'une de ses 
plus belles découvertes, à la terre Adélie, 

Ce fut alors que Jules d'Urville, dont le dégoût 
pour la marine n'avait fait qu'augmenter, redoutant de 
voir sa carrière brisée par l'opposition énergique qu'il 



NOTICE BIOGHAPHIQUE. 87 

avait faite aux idées de Tempereur, envoya sa démis- 
sion dVnseigne, afin d'obtenir un brevet de capitaine 
d''infanterie ; mais bientôt Bonaparte fut obligé de quitter 
une secoifde fois la France, pour aller terminer son 
étonnante carrière sur Taride rocher de Sainte-Hélène ; 
les Bourbons revinrent; à la suite des étrangers ils re- 
montèrent sur le trône, et alors celte demande resta sans 
effet ; le jeune enseigne put continuer son service dans 
le port, ainsi que ses études d'entomologie. 

En 1816, le vaisseau le Royal-Louis fut armé et 
décoré pompeusement pour recevoir la duchesse de 
Berry, qui devait y faire quarantaine à Toulon. Sa si- 
gnature négative à Pacte additionnel de Napoléon, 
avait jeté sur Jules d'Urville un certain vernis de dé- 
vouement à la branche réhabilitée , auquel il avait été 
loin de songer à cette époque, mais qui lui valut d'être 
embarqué sur le Royal-Louis ^ bien qu'il ne fît aucune 
démarche pour obtenir cette faveur alors vivement 
désirée. « Je riais sous cape , dit-il , moi dont les idées 
c( déjà prononcées étaient toutes républicaines, de me 
« voir confondu avec ce troupeau de chaleureux pala- 
<( dins de la légitimité. » Du reste, la duchesse alla 
purger sa quarantaine à Marseille ; « nous en fûmes 
« quittes, ajoute-t-il, pour une visite assez courte 
« qu'elle vint faire à Toulon, pour céder aux vœux 
c( empressés de son peuple fidèle, w 

A peu de temps de là , son tour d'embarquement 
l'appela sur la gabarre V Alouette ^ commandée par 
le lieutenant de vaisseau Rigodit, L'antipathie qu'il 
avait pour la carrière du marin l'y suivit, et s'il n'eût 



88 NOTICE BIOGBAPÎITQUE. 

eu la crainte d^être rangé parmi les marins d'eau 
douce ^ comme il Ta dit lui-même, il eût demandé son^ 
changement. Cependant, la gabarre devait aller d^a- 
bord à Civila-Vecchia , et il avait tant d'enfie de voir 
Rome, que ce seul espoir le fit passer par dessus la pro- 
fonde répugnance qu'il éprouvait pour sa profession. 
Après deux ou trois mois de courses méditerranéennes, 
arriva à Civita , et pendant six jours entiers , Jules 
d'Urville put parcourir Rome, visiter ses édifices , et 
mettant à profit les études de sa jeunesse , y recueillir 
un fonds inépuisable de souvenirs. Qu'ion se figure, en 
effet , cette âme d^élite , cet esprit si vaste et si rempli , 
faisant revivre par la pensée, sur cette terre , tout un 
monde qui n'existe plus ! qu'on se le figure, parcourant 
seul et rêveur, ces rues aujourd'hui presque désertes 
et autrefois si peuplées , ces temples qu'encombrait 
jadis une foule pieuse, et qu'elle délaisse maintenant , 
cet immense Forum où toutes les destinées de l'empire 
romain avaient été discutées, ce Capitole qui deux fois 
avait été le bouclier dfe la ville éternelle! 

Mais quelques années encore, et le jeune enthou- 
siaste devait pleinement satisfaire tous les rêves qu'a- 
vait fait naître en lui la lecture des poètes et des his- 
toriens, en foulant aux pieds la terre illustrée jadis 
par les exploits d'Achille, la grandeur de Thémistocle, 
et le passage victorieux d'Alexandre. 

\^ Alouette revint bientôt à Toulon, puis après un 
court séjour dans cette ville , elle remit à la voile pour 
Lorient. V Alouette ^ en quitlant le port , allait se di- 
liger sur le cap de Bonne- Espérance, où l'attendait 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 89 

liin terrible naufrage. Malgré ratlrait cVan semblable 
voyage pour le jeune oiïicier, Jules cFUrville demanda 
et obtint son débarquement. H venait d^apprendre 
quVme expédition de découvertes, sous le commande- 
ment de M. de Freycinet, se préparait en France. C'é- 
tait la première fois, depuis qu'il appartenait au 
corps de la marine, qu'une semblable circonstance se 
présentait ; on pense bien qu'il ne voulait point la 
perdre. 



En quittant X Alouette ^ il ne fit qu'un court séjour 
en Normandie, dans sa famille , qu'il n'avait par revue 
depuis quatre ans , puis il se rendit sur-le-champ à ^1^ 

Paris, dansl'espérance d'y rencontrer M. de Freycinet. ^^^ 

Celui-ci était déjà à Toulon , pour présider à l'arme- 
ment de son navire. Le jeune et ardent maiin, ne s'ar- 
rêtant pas un instant, arriva bientôt après lui, et 
malgré toutes ses prières , malgré ses nombreuses dé- 
marches , il n'obtint qu'un refus poli à sa demande 
d'embarquer suri' Uranïej les choix du capitaine étaient 
déjà faits, et il ne pouvait augmenter le nombre des 
officiers de sa corvette. 

Ce refus, qui lui fut peut-être par la suite plus 
heureux que fatal , ne lui fît pas moins éprouver d'à- 



90 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

mers chagrins, de grands découragements, et ce fut 
encore une fois le travail et Tétude qui devinrent sa 
consolation dans ces moments difficiles. 

(( En manquant une aussi belle occasion dé réaliser 
u les vœux de ma jeunesse , dit-il , je crus que la for- 
te tune m'imposait pour toujours la loi d^ renoncer. 
« Je me soumis à ses décrets ; j'abjurai toute idée 
« d'ambition et d'avancement, et je me promis même 
(( de ne faire aucune démarche pour dépasser mon tour 
« d'embarquement. 

« La botanique devint mon refuge; en compagnie 
« de plusieurs amis, je passai tout l'été de 1817 à par- 
te courir les environs de Toulon pour étudier sa flore, 
a et j'eus bientôt formé un herbier considérable. Ce 
(( fut un temps heureux pour moi 5 devenu étranger à 
({ toute autre pensée, je ne songeais alors qu'à enregis- 
« trer dans mon imagination tous les végétaux qui ta- 
(( pissaient les monts et les vallées méditerranéennes. 
« Il ne me manquait que d'avoir un peu plus d'ai- 
« sance; combien de fois, en effet, j'ai hésité, re- 
<( culé, et souvent même ajourné indéfiniment une 
« faible dépense nécessaire pour l'achat d'un hvre ou 
« d'objets utiles à mes études. 

« VUranie^ en mettant à la voile, emporta un de 
«nos compagnons de travail; bientôt ensuite un se- 
(( cond fut obhgé de nous quitter, et notre troupe bota- 
(( nophile se trouva réduite. à deux promeneurs. Toute- 
(( fois , après avoir consacré l'hiver à étudier nos vé- 
(( coites, au printemps de 1818, nous recommençâmes 
« de plus belle nos excursions. Nous eûmes même 



NOTICE BïOGRy\PHlQUE. 91 

« quelquefois pour compagnon le contre amiral Ha- 
(i melin, qui s^était épris d\me belle passion pour cette 
« science. 

« Enfin , mon fidèle compagnon d^études reçut une 
« autre destination, et je restai seul, ce qui amortit 
({ considérablement mon zèle. » Ce goût pour la bota- 
nique qui ne lui fit jamais défaut, et qui, plus tard, 
devait conduire le contre-amiral Dumont-d^Urville 
à des travaux importants, suffisants pour immortaliser 
son nom, avait pu, pendant quelque temps, cicatriser 
la plaie faite à son cœur par le départ de VUranWy sur 
laquelle il n'avait pu obtenir d'être embarqué ; mais 
malgré sa résolution, malgré Taffection qu'il portait à 
sa famille, et le bonheur dont il y était entouré, ces 
promenades instructives ne pouvaient pas longtemps 
suffire à son âme toujours avide de grandes choses , 
toujours tourmentée par des projets de voyages loin- 
tains. La direction donnée à son esprit ne pouvait 
rester longtemps sans amener de résultats, et le moment 
était arrivéoii cette intelligence devait prendre son es- 
sor. Le ministre de la marine avait confié au capitaine 
Gauthier, commandant la C/i^pr^^/<?, la mission d'opérer 
le relèvement des côtes et des îles de la Méditerranée. 
Trois explorations avaient déjà produit de beaux résul- 
tats, lorsqu'au moment de commencer sa quatrième ex- 
cursion, il demanda un officier qui pût l'aider dans ses 
travaux hydrographiques. Grâce à la protection de 
M. Hamelin, alors major-général de la marine de 
Toulon, et avec lequel il était entré en relation, à 
cause de leur conformité de goût pour les sciences 



92 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

naturelles, Dumont-d^Urville fut désigné pour faire 
partie de celte quatrième exploration ; ce choix justifié 
par les talents du jeune enseigne, le fut encore par le 
zèle dont il fit preuve pendant une campagne de neuf 
mois. Ce fut alors qu'il eut le bonheur, — bonheur 
inestimable pour son âme ardente et toujours attris- 
tée, — de fouler aux pieds ce sol de la Grèce, jadis 
tant vénéré par lui , inépuisable champ de vieux sou- 
venirs , terre classique de héros homériques dont il 
avait fait, dans sa jeunesse, ses idoles et ses dieux, 
patrie des philosophes à la morale grave et profonde 
et desrépubhcainsaux idées ardentes et libres, toutes 
choses qui sympathisaient si bien avec sa morale et ses 
idées à lui!... C'était encore un de ses rêves qui trou- 
vait sa réalisation; car que de fois, Técolier des bords 
de rOrne, le lycéen de Caen , à la lecture d'Homère , 
de Sophocle ou de Platon , ne s'était-il pas épris d'un 
grand enthousiasme pour cette terre des braves sol- 
dats et des libres penseurs ; que de fois il avait ambi- 
tionné de pouvoir la visiter un jour! Ses vœux com- 
mençaient donc à s'accomplir. 

De retour à Toulon , et riche déjà des connaissances 
acquises, M.d'Urvillenetardapasàrepartiraveclecapi- 
taine Gauthier, pour accomplir l'exploration hydrogra- 
phique du détroit des Dardanelles, du canal de Constan- 
tinople et de la mer Noire. Durant ce voyage lagabarre 
la Cheifrette ^ dit-il, « fit le tour entier des côtes du 
(( Pont-Euxin , promena le pavillon français du Bos- 
« plîore de Thrace au Bosphore Cimmérien , et des 
<( bouches du Phase à celles de l'Ister, traversa plu- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 93 

« sieurs fois la Propontide , et termina son explora- 
« tion au fond du golfe d^Argos. » 

Au reste, cette dernière campagne (1820) lui fut 
favorable sous tous les rapports. Partout où il put 
mettre le pied à terre, il recommença ses études 
de naturaliste et d^archéologue. Ses recherches fu- 
rent fécondes, et le hasard lui procura l'occasion de 
rattacher son nom à une découverte importante dans 
les fastes de Tantiquité. 

A son passage à Melos , Téquipage de la Che^^rette 
apprit qu'une statue venait d'être trouvée dans les dé- 
combres de l'ancienne ville. D'Urville alla la visiter 
avec plusieurs de ses camarades ; ceux-ci n'y virent 
qu'un morceau de marbre comme un autre ; mais lui, 
fut tellement frappé de la beauté des formes et de l'ex- 
cellent goût du morceau tout entier, qu'il en traça une 
notice assez détaillée ; il avait reconnu, dans cette sta- 
tue , la célèbre Venus Vie tri x qui, depuis, a reçu le 
nom de Vénus de Milo. On eût alors pu l'acquérir 
pour 5oo piastres turques, environ /joo francs de 
notre monnaie. Il clit à M. Gauthier qu'il l'achèterait 
de ses propres deniers, s'il voulait lui permettre de 
l'embarquer à bord de la Chevrette j mais celui-ci , 
alléguant la nature de la campagne qu'il allait faire , 
le mauvais temps qu'il pourrait rencontrer dans la 
mer Noire, ne répondit à cette proposition que par un 
refus formel ; et dès lors, il fut obligé de renoncer à 
ses projets. Cependant à Constantinople, M. de Ri- 
vière, notre ambassadeur, l'interrogea longuement sur 
celte découverte, et lui demanda la copie de la notice 



I 



94 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

qu^il en avait tracée, promettant de faire Tacquisition 
de ce chef-d^œuvre pour le Musée de Paris. En effet, 
à son retour en France, d^Urville apprit, de la 
bouche même de M. de Rivière , que cette magnifique 
statue venait d^être acquise parles soins de M. deMar- 
cellus , sans qu''il Peut même vue, et sur la seule au- 
torité de la notice qu"'avait rédigée Dumont-d^Urville. 
Placée aujourd'hui dans le Musée de Paris , cette sta- 
tue, sous le nom de Vénus de Milo, occupe le pre- 
mier rang parmi les chefs d^œuvre de l'art antique. 

De retour en France à la fin de 1820, M. Gauthier 
fit encore choix du jeune et savant enseigne , pour 
travailler, sous sa direction , à la construction des 
cartes de la Méditerranée. En conséquence , il se di- 
rigea vers la capitale, avec sa famille réduite à sa femme 
et un fils de quatre ans environ , et avec ses immenses 
collections. Il partagea celles-ci libéralement entre le 
Muséum et une foule de botanistes; puis il lut à TAca- 
démie des Sciences, sur son dernier voyage, une no- 
tice qui le mit en rapport avec plusieurs des membres 
de cette société. Partageant son temps entre ses tra- 
vaux au dépôt de la marine et ses études botaniques , 
il menait une existence active, mais peu aisée et par 
suite semée de grandes privations. Simple enseigne de 
vaisseau, ses appointements se bornaient à 2000 francs 
par an; sa femme était sans fortune aussi, et il ne 
touchait presque rien de son patrimoine. 

Heureusement, fort heureusement pour cette vie de 
privations qu''il n^aurait pu supporter longtemps, et 
aussi pour son courage qui allait toujours en décrois- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 95 

sant, à mesure que rarnertume entrait dans son cœur, 
fort heureusement, disons-nous, cet état de choses 
ne dura pas longtemps. Le i*"'" mai 1821 , il fut nom- 
mé chevalier de la Légion-dlionneur; le i5 août de la 
même année, après neuf ans de service comme en- 
seigne, il fut promu au grade de lieutenant de vais- 
seau. Cétaient là, pourTinstant, tous ses désirs; il allait 
pouvoir avouer enfin hautement un projet conçu de- 
puis son arrivée à Paris, avec Tun de ses camarades , 
M. Duperrey; projet qui devait donner un commen- 
cement de réalisation à ses désirs de grands voyages 
et de découvertes , et que son grade , inférieur à celui 
de M. Duperrey, ancien officier de VUranie ^ fait 
lieutenant de vaisseau au retour de celte expédition, 
avait retardé jusqu'alors. 

(( A cette époque , dit-il , rebuté par treize années de 
« misères, d'humiliations et d'efforts sans succès, on 
« a vu mon ardeur s'éteindre, les illusions de la jeu- 
« nesse se dissiper, mon ambition s'anéantir ; résolu à 
« traîner mon triste harnais par la seule raison que mes 
rt moyens de fortune ne me permettaient point de le 
« quitter. )> Voilà ce qu'était, à l'âge de trente-un ans, 
Jules d'Urville, fatigué des hommes et des choses, ai- 
gri par les événements; mais, quoiqu'il en dise, tou- 
jours soutenu par une volonté énergique, toujours do- 
miné par les idées de gloire et d'ambition de sa jeu- 
nesse, qui devaient lui faire surmonter les difficultés 
sans nombre et les obstacles qui s'opposaient encore 
aux combinaisons de son ardente imagination. 

Le projet d'un voyage de découvertes et de ciixum- 



% 



96 INOTICE BlOGRAPIliQUE. 

navigation présenté au ministre de la manne, par 
MM. Duperrey et d^Urville, rencontra tout d^ibord 
de nombreuses objections; la jeunesse de ces deux 
officiers, les dépenses énormes occasionnées par le 
voyage de VUranie^ tout s'*opposait à ce que leur 
demande fût accordée ; mais ces obstacles dispa- 
rurent devant Pardeur et Tenthousiasme de ces jeunes 
officiers, et enfin, M. de Clermont-Tonnerre, alors mi- 
nistre de la marine , confia le commandement de la 
Coquille à M. Duperrey, tandis que Jules d'Ur ville , 
moins ancien de grade , était nommé lieutenant en 
premier chargé du détail , à bord de cette corvette 
destinée à aller parcourir les parages les moins con- 
nus du grand Océan. 

Avant de partir pour ce lointain voyage , Jules 
d^Urville voulut revoir sa famille; il conduisit sa 
femme et son fils en Normandie ; il voulut faire une 
dernière visite à la tombe de son vénérable oncle de 
Croisilks à qui il devait tant, et qu'une attaque d^apo- 
plexie avait frappé de mort en 1819, au moment où 
il allait voir son élève et son neveu, entrer dans la voie 
qu^il avait si longtemps ambitionnée. Des démêlés d^in- 
téréts abrégèrent son séjour dans sa famille; il revint 
à Paris consulter encore les savants qui Phonoraient 
de leurs conseils et de leur appui, et ensuite, muni 
de leurs instructions, il se rendit à Toulon pour 
surveiller Parmement de la corvette. 

Tout en poursuivant les préparatifs du voyage de 
la Coquille^ Jules d^Urville, doué d'une activité 
infatigable, terminait la publication d'un ouvrage im- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 97 

portant sur les plantes qu^il avait recueillies dans ses 
deux campagnes du levant Cet ouvrage, auquel il avait 
donné le litre de : Enumeratio Plantarum , lui coûta 
cinq mois d\ui travail opiniâtre et de grandes fatigues ; 
car il voulut comparer chacune de ses plantes ,avec 
celles que rapporte Tournefort. Il le publia à ses frais, 
bien qu^à cette époque tout son avoir ne dépassât pas 
800 fr. de rentes inscrites sur le grand livre; et au mo- 
mentoùil allait entreprendre un long et dangereux 
voyage, « cVtaitTunique fortune, dit-il, quej'eusselais- 
« séeâmafemme et à mon enfant, si j^eusse succombé 
« dans mon entreprise. Toutefois, si peu que ce fût, il 
<( m^était doux de penser qu^au moins, après moi, ces 
« deux êtres chéris n'eussent pas été réduits à Tin- 
« digence. )> 



Le il août 1822, la corvette la Coquille quittait le 
port de Toulon, dans lequel elle ne devait revenir qu'a- 
près une campagne de trente-deux mois. Il n'entre point 
dans le cadre que nous nous sommes tracé pour cette 
esquisse biographique, d'examiner ici, ni surtout d'as- 
seoir un jugement sur tous les travaux exécutés par 
cette expédition; malheureusement, il est vrai, le 
voyage de la Coquille n'est pas encore complètement 
X. 7 



98 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

publié, mais au retour de la corvette, l'Institut, qui 
depuis a admis dans son sein le commandant Du- 
perrey , rinstilut, disons-nous, par l'organe d'*une 
de ses savantes commissions, a fixé Tattention publi- 
que sur les résultats obtenus dans cette longue navi- 
gation , et les éloges qui , à cette époque , furent don- 
nés au capitaine , à son second , ainsi qu\^ux officiers 
ses compagnons de voyage , par cette illustre société, 
sont un beau titre de gloire pour tous ceux qui y 
ont pris part. Du reste , parmi les officiers qui com- 
posaient Tétat-major de la corvette, se trouvaient 
MM. Bérard, aujourdMiui membre correspondant de 
rinstitut de France, Jules de Blosseville, qui devait 
plus tard périr si misérablement victime de son amour 
pour la science, Jacquinot et Lottin, anciens compa- 
gnon deDumontd'Urvillesur la Cheç^rette^etqm^ plus 
tard , avec lui pour chef, devaient prendre part à tant 
et de si nobles entreprises. 

Sans doute, en entreprenant ce long voyage, Jules 
d'Ur ville voyait le commencement de la réalisation 
de ses plus beaux rêves; mais avec son imagination 
vive, avec ses connaissances et son intelligence, il 
devait rester encore quelque chose de triste et d'amer 
au cœur du jeune marin : il n'était que le second à 
bord de ce navire commandé par un officier de son 
grade, de son âge, et qui était son chef, lorsqu'il avait 
été si longtemps son égal. Par le fait de sa position, 
les fonctions les plus fastidieuses et en même temps 
les plus assujettissantes lui étaient dévolues ; c'était à 
lui de prévoir tous les mille détails matériels néces- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 99 

sites par cette navigation extraordinaire; et cependant, 
lui aussi connaissait tous les points où il y avait des ob- 
servations à faire, des travaux utiles à exécuter, lui 
aussi se sentait capable de diriger ce navire de manière 
à lui faire accomplir la plus belle mission ; mais avant 
tout il doit obéir , et tout en se réservant d^étudier la 
botanique et Tethnologie, il sait bien que quels que 
soient les lieux où la corvette doit jeter Fancre, il 
pourra y faire de nombreuses et fructueuses récoltes. 
Aussi, malgré tout ce qu^il y a de pénible dans sa 
position , il saura la supporter, car il est décidé à tout 
par amour pour la science, et la corvette est à peine 
sortie du port , que déjà il s^est, pour ainsi dire, fait 
une vie à paît sur cet espace si étroit que contient 
le pont du bâtiment. Tous ses loisirs, il les passe dans 
sa chambre, pour s^ livrer à Pétude ; bientôt, après 
la première relâche, il a déjà bien assez à faire de 
classer les mille plantes, que dans ses promenades il 
a recueillies ; mais en outre, chaque jour, et quelles 
que soient les fatigues de la journée, il consigne, avec 
détail sur son journal, toutes les observations qu^il a 
faites. 

Les travaux hydrographiques et physiques du 
voyage de la Coquille sont à peu près publiés; ils 
' ont ouvert, à juste titre, les portes de Tlnstitut au 
commandant de la corvette; mais la narration du 
voyage nVst connue que par Touvrage émérite de 
M. Lesson , naturaliste de Texpédition , dont le nom 
jouit d\ine si haute estime aujourd'hui dans les 
sciences naturelles* Jules d'Urville avait aussi écrit 



100 r^OTIGli: BIOGRAPHIQUE, 

riiistoire de ce voyage, dont il fut un des collabora-, 
teurs utiles; ce manuscrit, s^il a existé, a probable- 
ment disparu après sa mort , lors du partage de ses 
biens par ses Ijériliers, dans sa campagne de Toulon. 
Quelques pages seulement de ce précieux écrit sont 
tombées entre nos mains, lorsqu'au nom du ministre 
delà marine, ses compagnons dans son dernier voyage 
autour du monde, sont allés réclamer ses papiers à son 
domicileà Parisj malheureusement elles ne contiennent 
que quelques détails qui lui sont personnels, et ou nous 
avons puisé largement pour esquisser les premières 
années de son existence. Nous y avons trouvé aussi 
tous les détails de Parmement de la corvette , et enfin 
le récit du voyage jusqu^i TénérifFe seulement; mais ces 
quelques pages, dont nous citerons les deux passages 
les plus remarquables, suffisent pour faire comprendre 
combien il est regrettable que cet important manuscrit 
lirait jamais vu le jour. 

La corvette la Coquille nVvait pas encore franchi le 
détroit de Gibraltar, que déjà la vue des côtes d^Es- 
pagne avait arraché à Pâme rêveuse et souvent poé- 
tique du jeune officier, des pages empreintes du senti- 
ment le plus profond et de la plus haute philosophie. 
« Le 17 août, dit-il, nous passions devant le cap Saint- 
i( Martin, qui nous annonçait le voisinage de la superbe 
« Valence et des côtes agrestes d^Alicante. Le i8 et le 
<( 19, poussés par une brise de N. E., nous filâmes ra- 
ce pidement le long des côtes du royaume de Grenade. 
« L''aspeçl de ces terres rappela à mon imagination , 
« d\me part, la. puissance des Maures leurs anciens 



NOI^ICE liîOCRAPHlQUE. lOi 

« maîtres, leur magnificence, leurs succès dans les 
« arts, et, de Taiitre, les exploits des premiers Castil- 
« lans. Longtemps Pissue de celte lutte opiniâtre fut 
« incertaine; enfin, la fortune favorisa les efforts des 
« enfants de Pelage, et cette nation qui, sortie des 
« sables de la Libye, avait menacé de son joug TEu- 
« rope entière, en fut bannie sans retour. De musul- 
« mane qu^elle eût été, TEurope resta chrétienne , et 
« la croix conserva son empire sur cette partie du 
« monde. Loin de moi Tenvie de préconiser les dog- 
« mes absurdes de Mahomet, ni les moeurs semi-bar- 
« bares de ses disciples!... Cependant il est probable 
« que sous le joug de plomb des Osmanlis, la race 
« humaine eût été plus paisible et moins exposée à 
« ces guerres d'extermination qui , à tant d'époques 
« différentes, ont signalé la fougue effrénée des secta- 
« leurs du Christ. D'un autre côté, ^ces persécutions, 
« ces manœuvres n'ont-elles pas été nécessaires à 
« l'esprit humain pour le faire sortir de sa léthargie, 
« pour le stimuler vivement et le faire marcher à 
« grands pas vers ces étonnantes découvertes qui ont 
(( caractérisé le i8* et le 19® siècles? (]'esl bien le cas 
(i de répéter que, dans la nature humaine, tout n'est 
« que doute et incerlilude. L'homme le plus éclairé 
« peut à peine se flatter d'avoir détourné, à son profit, 
« un faible rayon de ces flots de lumière , dont l'éclat 
« sans doute nous anéantirait, si la vérité pouvait tout 
« à coup se montrer à nous sans voile. » 

Lès sciences, on le voit, d'ordinaire si sèches et si 
arides, n'empêchaient pas l'esprit si vaste de d'Ur- 



\0% NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

ville de s''élever parfois aux plus hautes considérations 
philosophiques. Au reste, il était impossible qu'il en fût 
autrement; Phomme de trente ans croyait avoir eu 
déjà trop à se plaindre des hommes et des choses, 
pour que son âme , en quelque circonstance que ce 
fût, ne pût trouver matière aux réflexions graves, 
aux idées tristes , aux pensées amères. Telle était donc 
sa vie. Ardent au travail, nul ne fut, pendant toute 
la campagne , plus intrépide et plus infatigable que 
lui, soit dans les moments critiques de la navigation, 
soit dans les courses aventureuses , à travers des pays 
inconnus, nécessitées par le but même de Texpédi- 
tion ; et lorsqu''au retour de ces scientifiques et labo- 
rieuses promenades , ses compagnons , accablés de fa- 
tigue , s'empressaient de chercher de nouvelles forces 
dans le repos et le sommeil , presque toujours d'Ur- 
ville, sans sommeil, sans repos, mettait en ordre, 
classait, étudiait et les plantes et les insectes, et toutes 
les richesses qu'il avait recueillies. 

Ce furent deux années bien remplies , deux années 
où le savant marin fit faire bien des progrès aux 
sciences dont il s'était particulièrement chargé : la bo- 
tanique et l'ethnologie. Toutefois , qu'on ne croie pas 
que là se bornèrent ses travaux : il n'est pas une seule 
branche du grand arbre scientifique qui n'ait été l'ob- 
jet de ^es soins ; tout était matière à observations 
pour cet esprit avide de connaître : un oiseau qui s'é- 
battait sur les vagues, une plante qui paraissait dans 
le sillage du navire, tout lui fournissait matière à de 
graves et sérieuses études. Que de nuits il passa à ob- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. i03 

server cette lueur phosphorescente que Ton voit tou- 
jours dans le remous des vaisseaux *! La vue d\ine terre 
à laquelle se rattachaient quelques soirvenirs histori- 

* J'avais le quart de minuit à quatre heures , et durant tout ce temps 
j'ai pu examiner à mon aise le phénomène de la phosphorescence. Il se 
développait surtout dans toute sa magnificence , dans les lames brisées 
par réperon du navire. Là, je voyais se succéder à chaque instant de 
larges nappes argentées, assez semblables pour le fond de la couleur et les 
effets de la lumière ; à certaines portions les plus brillantes de la voie 
lactée. Au milieu de ces nappes, et presqu'à leur surface, jaillissaient en 
tous sens des jets d'une lumière bien plus vive, et figurant parfaitement 
les étincelles des chandelles romaines dans nos feux d'artifice ; puis ils 
filaient rapidement le long du bord, sous la forme de globules enflammés, 
auxquels on eût distinctement assigné moins de six lignes de diamètre. 

Ces globules attirèrent mon attention, et j'étais fortement préoccupé 
de l'idée qu'ils devaient-être^ produits par quelqu' animal. Leur dimension 
apparente me fit penser d'abord que je pourrais facilement les saisir pour 
les examiner. Dans ce but, M.- de Blosseville et le maître canonnier, Rolland, 
s'unirent à moi pour tâcher d'en attraper quelques-uns ; mais à peine le 
filet d'étamine était-il sorti de l'eau que le globe lumineux se réduisait à 
un simple point et finissait bientôt par s'éteindre et disparaître complète- 
ment, sans qu'il fût possible de deviner ce qui avait pu produire un éclat si 
vif. J'allais être près d'en conclure que le phénomène appartenait immé- 
diatement aux gouttes d'eau de mer, lorsque M. de Blosseville me fit re- 
marquer un de ces points lumineux qu'il avait réussi à fixer sur le bord 
d'un morceau de papier. A la vue simple, je vis alors un atome semblable 
à un brin de poussière ; mais armé d'une forte loupe, je reconnus bientôt 
un animalcule qui paraissait tenir du poisson et du crustacé j je remis 
au jour l'examen plus attentif de cet entomostracé; voici quel en fut le 
résultat : 

Pour corps une enveloppe papyracée , pellucide, et vide intérieurement, 
terminée d'un côté par une apparence de tête munie d'un bec pointu 
voisin de celui des poissons; tête carrée, totalement aplatie; abdomen 
renflé, presque vésiculeux, terminé par une sorte de queue cylindrique et 
finissant absolument en forme de nageoire ; un autre appendice inférieur 
à cette queue m'a paru se terminer en pointe. 

L'analogie me portait à penser que cet appendice ne devait pas être uni- 
que, et j'allais m'occuper de la recherche du second, lorsque M. Bérard, 
qui avait eu la complaisance de me tracer l'esquisse de cet entomostracé, 
le laissa tomber, et il se trouva brisé dans sa chute. M. Bérard avait re- 



104 NOTICE BIOGFxAPiîIQUE. 

qiies, le jetait dans les méditations les plus profondes; 
le calme et la tempête étaient également pour lui l'ob- 
jet de grandes et poétiques rêveries; enfin , comme le 

marqué un trait rougeâtre dans la partie correspondante à Tabdomen. 
Serait-ce le siège principal de l'animation et en conséquence le foyer de 
la phosphorescence? 

Pourquoi ces animaux, rarement visibles dans l'état ordinaire de la mer, 
développent-ils une phosphorescence si vive dans le remous du vaisseau? 
Pourquoi la lumière qui en résulte diminue-t-elle si rapidement au 
sortir de l'eau? Pourquoi disparaît-elle entièrement au bout de quelques 
instants ? 

A ces questions, voici les réponses que je ferais, réponses que je n'ex- 
pose toutefois qu'avec la juste défiance que m'inspirent les connaisssances 
incomplètes que je possède sur ces sortes de matières. 

Dans l'élat ordinaire des ondes, ces animalcules se trouvent sans doute 
toujours immergés de quelques pouces au moins au-dessous de la sur- 
face, et leur éclat est peu sensible. Mais lorsqu'un corps quelconque vient 
à diviser visiblement les eaux, un grand nombre d'entr'eux doit à l'ins- 
tant se trouver transporté à la surface où ils flottent en tout sens. C'est 
ce qui doit arriver surtout sur une grande échelle , dans le tourbillon 
qu'occasionne le sillage. Il y a lieu de croire, en outre, que le choc brusque 
et violent qu'ils reçoivent alors , doit produire, dans ces petits êtres, une 
surexcitation temporaire, et par suite développer encore plus la propriété 
phosphorescente dont ils sont naturellement pourvus. La gouttelette d'eau 
dont ils restent entourés , formant un globule diaphane, par son pouvoir 
réfringent , multiplie encore cet éclat. A peine exposés à Tair, cette in- 
tensité doit diminuer rapidement par la fusion de la goutte ambiante. 
Enfin la lumière cesse probablement avec l'existence fugitive de ces ani- 
malcules. 

En raisonnant par induction , ne serait-on pas fondé à penser que la 
teinte lumineuse , mais à un moindre degré, du reste des flots mis en 
mouvement, est due à une sorte d'autres petits animaux semblables ou dif- 
férents, mais doués de propriétés analogues et bien microscopiques encore. 
Que si la comparaison m'est permise, par une belle nuit d'été les étoiles 
du premier ordre brillent, isolées à nos yeux, d'une lumière éclatante, 
tandis qu'une foule incalculable d'autres astres plus petits ou plus éloi- 
gnés, réunis et confondus, ne nous offre plus que des bandes entières 
d'une lumière pâle et incertaine. 

{Voyage autour du monde sur la corvette la Coquille, 
mémoires inédits . 



NOTICE BlOGRAPIlïQUE. 105 

disait Tun de ses biographes, à propos dVine autre 
campagne : « Il interrogeait à la fois la nature morte 
et la nature vivante, faisait de l'histoire avec des 
ruines, de la science avec des fleurs, et de Fétude avec 
toute chose. » 

Et d'ailleurs , l'expédition lui avait bien fourni l'oc- 
casion de mettre à profit cette soif insatiable de tra- 
vail qui le dévorait. La Coquille traversa sept fois l'é- 
quateur, et parcourut plus de 24,000 lieues : les îles 
Malouines , les côtes du Chili et du Pérou , l'archipel 
Dangereux, et plusieurs autres groupes disséminés sur 
la vaste étendue de TOcéan Pacifique, la Nouvelle-Ir- 
lande, la Nouvelle-Guinée, les Moluques et les terres 
de l'Australie, avaient été tour à tour ses points de 
relâche, ou le but de ses reconnaissances; les îles Cler- 
raont-Tonnerre, Lostange et Duperrey ses décou- 
vertes géographiques. Les grandes collections qu'elle 
rapportait pour le Muséum d'histoire naturelle^ furent 
l'objet d'un rapport particulier des membres compé- 
tents de TAcadémie des sciences, et ces collections, 
pour tout ce qui concernait l'entomologie et la bota- 
nique , étaient dues en grande partie au zèle infati- 
gable de d'Urville. Il avaitexploré, dans ses laborieuses 
herborisations, les plages désertes de la baie de la 
Soledad et les pittoresques vallées de Taïti. L'archipel 
des Carolines lui avait aussi fourni son contingent de 
richesses; et dans la Nouvelle-Hollande, où la végé- 
tation se montre sous des formes si luxuriantes , ses 
excursions botaniques s'étaient étendues jusqu'au-delà 
des montagnes Bleues, dans les immenses plaines de 



i06 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

Bathurst. Au milieu de ses savantes recherches, l'his- 
toire de Phomme ne resta pas indifférente à ses yeux; 
et les tribus sauvages de FOcéanie , Pétude de leurs 
moeurs et leur langage, vinrent apporter un nouvel 
aliment à ses observations. 

Enfin, le iL\ mars i825 , la Coquille rentra dans le 
port de Toulon , après avoir tenu la mer pendant 
près de trois ans. Elle revenait chargée de riches dé- 
pouilîes, où toutes les sciences allaient retrouver leur 
part. Le gouvernement, voulant reconnaître les ser- 
vices rendus par Texpédition , ordonna la publication 
du voyage sur une échelle splendide , publication qui, 
nousFavonsdéjàdit, n'estpas encore terminée.A son re- 
tour, d^Ur ville publia séparément plusieurs fragments 
sur ses travaux particuliers pendant le voyage de la 
Coquille; et comme un éclatant hommage rendu à ses 
travaux , PAcadémie exprima le vœu , dans sa séance 
du 24 août de la même année , de voir publier la 
Flore des îles Malouines , qu'il avait composée pen- 
dant le cours de la traversée. 

C'était une première justice rendue au véritable ta- 
lent de d'Urville , justice qui devait être bientôt 
entière; une ordonnance royale du 12 novembre 
1824 lui conféra le grade de capitaine de frégate. Il 
était temps enfin qu'un peu de faveur vînt entourer 
le pauvre lieutenant^ jusque-là laissé dans Tombre, 
et dont le cœur, à ce délaissement , s'était bien ul- 
céré et bien gonflé d'amertume. Ce fut aussi une 
consolation pour le père, déjà malheureux ; car, à son 
retour à Toulon, d'Urville n'y avait plus retrouvé 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 107 

son fils. Pendant son absence Penfant avait péri sous 
les yeux de sa mère, dont Texcessive tendresse et les 
soins minutieux nWaient pu le sauver. Ainsi , aux 
déceptions sans nombre quMl avait éprouvées, à ces 
dégoûts qui. si souvent avaient été sur le point de lui 
faire abandonner sa carrière, étaient venues se joindre 
les douleurs de TafFection paternelle , d'autant plus 
vives pour cette âme déjà blessée , que sous les appa- 
rences d'un marin brusque , et souvent même bourru, 
il cachait le cœur du père le plus tendre et de Tépoux 
le plus affectueux. 

Tout cela, chagrins extérieurs et domestiques, vint 
s'effacer un instant devant une faveur nouvelle , de- 
vant un grade nouveau; ce fut pour cet ardent 
marin un jour bien doux et bien mémorable, que 
celui de sa promotion parmi les officiers supérieurs 
de la marine militaire ; car il y avait dans ce grade 
qui lui était conféré , toute l'espérance d'une nou- 
velle vie; ily avait pour le père, un soulagement 
à la gêne de la famille; pour le voyageur aventureux , 
de nouvelles mers à explorer; pour le savant in- 
fatigable , des contrées riches encore à parcourir ; 
pour Tintrépide géographe , des découvertes à faire ; 
nouveau Christophe Colomb, Thabile navigateur es- 
pérait aller planter son étendard sur un sol vierge 
de toute trace européenne! LWenir était si beau ! 
il y avait tant de choses dans ce seul mot , l'a- 



venir ! 



Sans repos, sans relâche, le nouveau capitaine con- 
çoit le plan d'une deuxième exploration ; pendant le 



j08 NOTiCE iUOGRAPHIQUE. 

voyage qiril vient crexéciUer sur la Coquille^ il sVst 
occupé principalement de botanique, ses travaux dans 
les sciences naturelles lui ont valu les éloges de PAca- 
demie, son nom jouit à juste titre d'un grand respect 
parmi les naturalistes ; dans ses nouvelles explorations 
il va se signaler comme navigateur et comme géogra- 
phe. Dans le projet de voyage qu'il présente à l'ap- 
probation du ministre , il a indiqué bien des décou- 
vertes à faire, bien des travaux à exécuter ; grâce à 
son activité, au zèle et au dévouement qu'on lui con- 
naît, toutes les objections que l'on oppose à ses de- 
mandes sont levées. Une ordonnance royale du 12 
novembre 1825, vient confier à Dumont-d'Urville le 
commandement de la Coquille^ qui doit prendre dé- 
sormais le nom de M Astrolabe. Dorénavant , sous les 
ordres de ce chef intrépide, deux fois encore cette 
corvette doit parcourir toutes les mers du Sud, visiter 
tous les archipels ignorés, traverser ses canaux, dé- 
couvrir ses récifs dangereux. La frégate que montait 
l'infortuné Lapeyrouse, s'appelait aussi \ Astrolabe. 
Le gouvernement a recueilli naguère de vagues indi- 
ces sur_ cette grande infortune ; la plus belle mission 
que puisse recevoir d'Urville du ministre de la marine 
est de découvrir le lieu du sinistre, où peut-être quel- 
ques-uns de nos malheureux compatriotes vivent en- 
core ; combien de dangers la nouvelle Astrolabe ne 
devra-t-elle pas braver avant d'arriver sur cette île 
ignorée, 011 son équipage sera décimé par les mala- 
dies ; mais elle aura l'honneur d'élever un tombeau à 
la mémoire de l'infortuné Lapeyrouse et de ses mal- 



JSOTICE BIOGRAPHIQUE. 109 

heureux compagnons, et de rapporter en France les 
débris de ses vaisseaux arrachés aux récifs, seuls 
témoins d'un terrible naufrage. 

Allons ! infatigable navigateur, savant insatiable, dis 
encore une fois adieu à ta femme et à ton nouveau- 
né dont Taffection t'est si précieuse ! Encore une fois, 
arrache-toi à leurs embrassements, pour aller confier 
ta vie aux planches d'un navire, aux vents inconstants, 
a des mers inconnues! Va, va, pars! le noble amour 
de la gloire t'enflamme trop vivemeni pour tromper 
ton espoir! Va, sois calme au milieu des tempêtes, 
poursuis ta tâche sans crainte et sans terreur ; marche 
toujours où ta pensée te guide ; tu as trop d'ardeur 
pour ne pas réussir!... Tu reviendras victorieux !... 



V^strolabe appareilla de Toulon le 25 avril 1826 
seulement ; malgré l'ardente activité de son capitaine, 
tous les préparatifs n'avaient pu être terminés qu'à 
cette époque. 

Pour ses principaux collaborateurs , Dumont- 
d'Urville avait choisi des personnes qu'il connaissait 
depuis longues années ; parmi les officiers se trouvait 
MM. Jacquinol et Loltin , marins du mérite le pkis 
distingué, el qui avaient déjà navigué avec lui depuis 



-110 ^ NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

quinze à seize ans. On le voit, il ne manquait pas de se 

confier à de vieilles connaissances. 

En quittant les Canaries, la corvette se dirigea sur 
TAustralie et de là sur la Nouvelle-Zélande, à travers 
des dangers de toute sorte. Elle parcourut ensuite les 
côtes de la Nouvelle-Guinée, semant partout sur son 
passage des noms célèbres affectés, soit aux îles, soit 
à des caps, soit à des baies de terres découvertes. De 
la Nouvelle-Guinée , d^Urville fit route pour Am- 
boine, et enfin après une longue navigation, il arriva 
à Vanikoro, cette île aux douloureux souvenirs. 

C\Hait là, sur des rochers de coraux, à quelques 
brasses de profondeur, que gisaient depuis quarante 
ans, les restes du naufrage de Lapeyrouse; des ancres, 
des canons, des boulets et quelques ustensiles en fer 
et en fonte. D^Urville, dont le cœur en apparence si 
froid et si endurci, avait cependant des larmes pour 
tous les malheurs , recueille avec rehgion ces seuls 
débris d^une grande et déplorable catastrophe. Par ses 
ordres un monument s^élève près des rochers, causes 
du désastre ; monument qui dira, par sa seule pré- 
sence , aux navigateurs audacieux parcourant ces 
mers, toute une lamentable histoire et ses funestes 
résultats. Enfin, la corvette reprenant sa course, fait 
encore des travaux importants dans les archipels des 
Mariannes, des Carolines, dans les détroits des Molu- 
ques. Bientôt après , revenant à travers la mer des 
Indes pour se rapprocher du cap de Bonne-Espé- 
rance,, elle opère son retour en France, le 25 mars 
1828 j après un voyage de vingt-trois mois. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. iii 

Il n^entre nullement dans notre pensée, après ce 
rapide exposé du voyage de circumnavigation de T^^- 
trolahe^ de porter un jugement sur ses résultats; ce 
voyage est depuis longtemps apprécié dans les comp- 
tes-rendusdePAcadémie des sciences de Tannée 182g. 
On y lit un rapport de M. de Rossel , alors directeur- 
général du dépôt des cartes et plans, des plus favora- 
bles aux travaux hydrographiques de cette expédition; 
Tesprit sérieux et consciencieux de ce célèbre hydro- 
graphe est suffisamment connu pour faire apprécier 
toute la portée des éloges qu!il accorda aux opéra- 
tions de cette campagne, d'autant mieux qu'à cette 
époque, Dumont-d'Urville lui était complètement in- 
connu ; mais nous trouvons dans les mémoires inédits 
de nUustre marin le jugement qu'il a porté lui-même 
sur l'expédition qu'il commandait, et on nous saura 
sans doute gré de le donner. « Cette aventureuse 
« campagne, dit-il, a surpassé toutes celles qui avaient 
« eu lieu jusqu'alors, par la fréquence et l'immensité 
(( des périls qu'elle a courus , comme par le nombre 
« et l'étendue des résultats obtenus en tout genre. 
<( Une volonté de fer ne m'a jamais permis de reculer 
« devant aucun obstacle. Le parti une fois pris de pé-^ 
« rir ou de réussir, m'avait mis à l'abri de toute hé- 
« sitalion, de toute incertitude. Vingt fois, j'ai vu \!As- 
« trolahe sur le point de se perdre, sans conserver au 
«fond de l'âme aucun espoir de salut. Mille fois j'ai 
« compromis l'existence de mes compagnons de voyage 
« pour remphr l'objet de mes instructions, et durant 
« deux années consécutives , je puis affirmer que 



412 rsOTlCE B10GK.APHiQUE. 

a nous avons coiuu plus de dangers réels cliaque 
« jour^.que n'en offre la plus longue campagne dans 
« la navigation ordinaire. Braves, pleins d'honneur, 
« les officiers ne se dissimulaient point les dangers 
« auxquels je les exposais journellement ; mais ils 
« gardaient le silence et remplissaient noblement leur 
« tâche. 

« De ce concert admirable d'efforts et de dévoue- 
« ment résulta cette masse prodigieuse de décou- 
« vertes , de matériaux et d'observations que nous 
u avons rapportés pour toutes les connaissances hu- 
« maines, et dont MM. de Rossel, Cuvier, Geoffroy, 
« Desfontaines, etc., juges savants et désintéressés, 
« rendirent alors mi compte exact. 

« Mais, ajoute- t-il , si dans le cours de la campagne 
« je ne ménageais point les services ni les jours de 
« mes compagnons de voyage, du moins dans les 
(( comptes que je rendais au ministre de mes opé- 
« rations, je sollicitais pour eux les récompenses dues 
« à un dévouement si admirable, avec cette âpreté, 
« cette énergie que donnent la conviction et la vé- 
« rite.... Inutiles efforts!... A mon retour, je vis 
« qu'aucun de ces cordons accordés si souvent à l'in- 
« trigue et aux bassesses, n'avait été octroyé à mes 
«nobles compagnons... Indigné, je demandai à être 

« mis en jugement; j'offris même ma démission 

« Après avoir mille fois affronté la mort , après avoir 
« couru tous les dangers qu'il est possible d'imagi- 
« ner,^ je ne me sentais pas la force de ramper de- 
« vant les hommes qui disposaient des faveurs, et mon 



WOTICE BIOGRAPHIQUE. 113 

« indignation était parN'enue au dernier degré. » 
C'était vers la fin de 1828 ; à cette époque, on se 
le rappelle, une sourde agitation régnait déjà dans les 
esprits, par suite du désordre apporté chaque jour 
dans les affaires du gouvernement de Charles X. 
Grâce à quelques personnes malveillantes , d'Ur- 
ville, comme il le dit lui-même , après avoir mille 
fois affronté la mort, après avoir couru tous les dan- 
gers, vit toutes les demandes qu'il était si justement en 
droit de faire, indistinctement repoussées. Ce cruel 
déboire , auquel il était loin de s'attendre , vint 
abreuver son cœur d'amertume et de dégoûts. Il en 
résulta, pour le caractère de l'homme, un surcroît 
d'humeur chagrine et sombre, et son indignation était 
difficile à cacher, avec les formes brusques et si peu 
mondaines qui lui étaient propres, et que le rude 
métier de marin n'avait point contribué à modifier. Sans 
aucun doute, d'Urville n'avait jamais été un homme 
du monde et encore moins un homme de cour; mais 
à cette époque surtout, habilué à commander, pro- 
fondément blessé dans son amour-propre par les in- 
justices dont il se croyait victime, froissé par ce qu'il 
appelait des dénis de justice, son esprit droit et juste 
se révoltait contre les actes du pouvoir; sa parole était 
brève, son abord froid, et dans sa conversation, il 
ne pouvait plus déjà se ployer à ces formes bienveil- 
lantes, sous lesquelles les hommes de cour savent si 
bien déguiser même leurs plus intimes pensées. Ce 
n'est pas sans dessein que nous accusons ici plus for- 
tement ces quelques traits de notre portrait, que nous 
X. 8 



114 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

cherchons à les faire plus clairement ressortir ; car, 
dans les graves événements politiques qui vont suivre, 
il suffira de se rappeler ce que nous venons de dire de 
ce caractère, pour comprendre combien furent in- 
justes les accusations d'ingratitude et de dureté qui 
furent lancées contre cet illustre marin, au sujet de la 
mission qui lui fut confiée par le gouvernement de 
juillet i83o. 

Cependant, le 8 août 1829, M. Hjde de Neuville, 
quittant le fauteuil ministériel, voulut rattacher le der- 
nier jour de son ministère à un acte de justice, en 
faisant signer au roi le brevet de capitaine de vaisseau 
pour d'Urville, et à un acte de grandeur, en faisant 
ordonner la publication du vojage de V Astrolabe sur 
la plus noble échelle. Certes, c'était là une grande 
satisfaction pour le commandant de VAslrolahe y mais 
elle avait déjà le tort immense d'arriver trop tard ; 
le coup avait trop vivement porté; et le chef de l'ex- 
pédition, froissé de n'avoir pu obtenir pour ses com- 
pagnons de route les récompenses si légitimement ac- 
quises, triste et mécontent, ne pardonna jamais ce 
retard au gouvernement de Charles X. 

Malgré l'ordonnance rojale, malgré la volonté du 
ministre, le commandant de M Astrolabe éprouva en- 
core de nombreuses contrariétés pour sa publication. 
(( Il fallut, dit-il, rintérêt direct que M. d'Haussez 
(( apporta à ce voyage sans m'a voir jamais connu, et 
« sa volonté ferme pour lever tous les obstacles. 
« Quelques aient été depuis les torts de ce ministre en- 
te vers la Fi ance, c'est à lui qu'elle doit réellement la 



JNOTICE BIOGKAPJhllQUE. H5 

« publicalion du voyage de X'Ast.olahe^ et sans iiii, 
« tout eût élé suspendu pour toujours. » 

pu moment où la publication fut définitivement 
arrêtée , d^Urville se renferma uniquement dans 
celte occupation, et y consacra régulièrement dix 
heures de ses journées. Cest ainsi que dans moins de 
six mois, après avoir étonné le monde par Taudace 
du marin, la persistance infatigable du savant, il vint 
Pétonner encore par la fécondité de Fécrivain et de 
Fauteur. 

A cette époque encore, il éprouva un nouvel écliec. 
L'Académie des sciences avait hérité de grandes ri- 
chesses à la suite de cette dernière campagne, et estait 
un désir bien naturel que celui d'aspirer à faire partie 
de cette savan'.e assemblée ; plusieurs académiciens 
exprimèrent au savant et intrépide commandant la ré- 
solution de l'admettre dans leur corps. M. de Rossel, 
décédé le 20 novembre, avait pom^ ainsi dire désigné 
dans ses rapports le commandant de M Astrolabe^ pour 
le remplacer à la section de géographie et de naviga- 
tion. Jusqu'au jour de l'élection, d'Urville s'était 
cru certain de la réussite, aussi, lorsque le dépouille- 
ment du scrutin académique vint lui signaler le nom 
de son heureux concurrent, il éprouva un vif désap- 
pointement. Vivement blessé dans son amour-propre, 
il devait plus tard épancher toute sa bile et contre le 
ministère, à qui il reprochait de n'avoir pas rendu 
justice à ses compagnons, et contre l'Institut qui 
lui avait préféré son concurrent. Le récit du voyage 
de X Astrolabe se termine par un écrit dans lequel, 



116 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

sous le titre de Conclusions et Réflexions^ il donna 
cours d\nie manière fâcheuse à toute son indignation. 
Incapable de déguiser tout ce quHl y avait d^amer- 
tume dans son cœur, il dut par Tâpreté de son style, 
peinture fidèle de son caractère droit et ferme, mais 
si peu courtisan, il dut, disons-nous, s'aliéner à tout 
jamais les bureaux ministériels et le corps savant de 
rinslitul. « Aussi, dès ce moment, dit-il, on ne me 
<( revit plus, ni chez aucun ministre , ni à aucune 
(( séance de FAcadémie ; je sentis que je n'avais plus 
« rien à attendre que du public et de la postérité. Je 
« ne songeai plus qu'à leur présenter le récit de mes 
<( voyages et les résultats de nos travaux. Je me ïé- 
« licitai même d'êlre réduit, pour ainsi dire, à éviter 
« certains hommes dont je détestais les voies. Mon 
<( amour de l'indépendance mon horreur pour les 
(( intrigues et les ruses du jésuitisme, s'étaient encore 
<( accrus par les échecs que j'avais éprouvés et que 
« je n'attribuais qu'aux cabales dont j'avais été l'objet. 
« Renfermé dans mon cabinet, et borné au commerce 
« d'un très-petit nombre d'amis qui partageaient mes 
« principes, je voyais avec douleur l'orage qui gron- 
<( dait sur notre belle patrie, et les épouvantables 
(( désastres qui devaient en être la conséquence iné- 
« vitable. » Et, en effet, vraiment cosmopolite pendant 
six années, Dumonl-d'Urville menait alors en famille 
une vie laborieuse et casanière, dans l'obscure rue du 
Battoir-Sainl-André-des-Arts , lorsque tout à coup 
surgit la révolution de i83o ! . 



NOTICE mOGRAPHlQUE. M 7 

Les fatales ordonnances du 25 juillet étaient venues 
annoncer à la France attérée les intentions du gou- 
vernement. Prompte comme la foudre, la réaction 
la plus terrible arrêta à son berceau ce dernier 
effort du pouvoir absolu. Le peuple de Paris se 
souleva pour défendre ses droits, et bientôt on le vit 
inscrire lui-même, sur les pavés sanglants de la capi- 
tale , la plus énergique des protestations contre ces 
ordonnances. Dans trois jours, un roi perdit sa cou- 
ronne, et la France changea de dynastie. 

On peut penser qu^avec ses opinions chagrines et 
indépendantes, M. d'Urville accueillit avec transport 
ce mouvement libre et spontané. Son parti ne fut 
pas un moment indécis; il assista en personne aux 
glorieuses journées; et dès le 2g, il courut porter son 
tribut à la cause nationale, et se faire inscrire à sa 
commune pour payer de sa personne, comme simple 
citoyen, si le cas devenait nécessaire. 

Le sang fumait encore dans les rues de Paris, lors- 
que d'Urville se rendit au Palais-Royal, pour offrir 
ses services au gouvernement provisoire. Le 2 août, 
il fut mandé au ministère de la marine; c^était pour 
recevoir la mission de conduire hors de France Char- 
les X et sa famille. 

Etrange coïncidence! bizarre rapprochement! déjà 
en 1814, Dumont- d'Urville , simple enseigne de vais- 
seau , est embarqué sur la Ville de Marseille ^ qui va 
chercher en Sicile, pour la ramener en France, la 
famille d^Orléans. Seize ans plus tard , c'*cst encore lui 
qui est choisi pour conduire en exil la famille déchue. 



118 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

Nous croyons avoir déjà assez longuement parlé 
des opinions politiques deDumont-d^Urville, pour qu'il 
soit parfaitement inutile d'y revenir. Au reste, deux 
mots suffiront pour les rappeler : sauf quelques pré- 
jugés aristocratiques, derniers souvenirs de l'éducation 
maternelle, d'Urville était profondément libéral. Mais 
nous avons dit aussi, et nous le répétons encore, sous les 
dehors brusques du marin et le caractère chagrin de 
l'homme si souvent trompé dans ses espérances , se 
cachaient un cœur sensible à l'excès, une âme com- 
patissante à toutes les infortunes. Sans aucun doute, 
la famille exilée constamment entourée, quelques 
jours auparavant , de courtisans empressés , et habi- 
tuée à un langage toujours louangeur, allait trouver 
une différence bien grande dans son contact avec ce 
marin rude, mais bienveillant, âpre, mais juste et 
compatissant; les paroles qui, sur les questions 
des princes déchus, sortiront de la bouche de Du- 
mont-d'Urville animé de sentiments patriotiques , 
ennemi juré de toute flatterie , et n'ayant jamais com- 
pris qu'il fût possible de déguiser son intime pensée , 
seront bien différentes de celles des hommes com- 
posant l'entourage du prince exilé, et dont les con- 
seils trompeurs avaient consommé la ruine ; mais quoi- 
qu'en aient pu dire ses détracteurs, la conduite du 
commandant de X* Astrolabe ^ sera en tout point con- 
venable; sans doute, il ne pourra, d'un jour à l'autre, 
changer en entier sa nature ; ses formes seront brus- 
ques , son langage conservera toute sa franchise et un 
peu de son âpreté ordinaire; mais il mettra tous ses 



JNOTICE BIOGRAPHIQUE. 119 

soins pour assurer, dans cette courte traversée, le 
bien-être de ses illustres passagers 5 sans s^éloigner des 
règles du devoir, il saura témoigner à la famille détrô- 
née tous les égards, tout le respect que comporte 
une si grande infortune. 

Du moment où d'Urville fut chargé de cette 
pénible mission , mettant de côté tous ses res- 
sentiments personnels , toutes ses opinions politiques, 
il ne vit plus, dans la famille remise à ses soins, que 
des princes malheureux confiés à sa sollicitude; il pré- 
voyait bien alors que, grâce à ses opinions libérales, 
grâce à fentourage des princes détrônés, qui conti- 
nuait auprès des enfants de France, trop jeunes en- 
core pour juger eux-mêmes sa conduite envers 
eux, pendant leur séjour à bord de son vais- 
seau ; il prévoyait bien, disons-nous , que plus tard 
il serait en butte à d^injustes accusations ; aussi 
n'eût-il pas accepté cette mission , s'il n'en eût bien 
compris toute l'importance. Esclave du devoir , 
d'Urville n'hésita pas un instant. Il crut de son hon- 
neur de donner cette preuve de dévouement à la 
cause nationale. 

Mais il fallait partir à l'instant même pour aller fré- 
ter au Havre deux paquebots américains , le Great- 
Britain et le Charles- Caroll^ les conduire à Cher- 
bourg et là , attendre Charles X , pour être prêt à le 
transporter sur-le-champ au lieu qu'il voudrait dési- 
gner. Le 3 août , d'Urville quitta Paris. Le 7, les deux 
paquebots étaient amarrés dans le port de Cherbourg; 
et, grâce à cette activité surprenante dont il fit 



420 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

toujours preuve, le i6 du même mois, les deux na- 
vires déjà désignés, plus la flûte la Seine et le cutter 
le i?o^^Mr n^attendaient plus pour mettre à la voile que 
leurs illustres et infortunés passagers. 

De tous les voyages commandés par Dumont-d^Ur- 
ville, celui qu'il fît en Angleterre, à cette époque, pour 
y conduire Charles X et sa famille, est le seul qui 
n''ait pas été publié dans tous ses détails. Nous avons 
sous les yeux un manuscrit qui a été terminé le 7 jan- 
vier i83i, et dans lequel Dumont-d'Urville a réuni 
lui-même, dans le but évident de les rendre publi- 
ques, toutes les circonstances de cette traversée. Cette 
mission , la seule ayant un caractère évidemment po- 
litique à laquelle il ait coopéré, est celle qui a donné 
aussi lieu au plus grand nombre d'accusations portées 
contre lui; il n'y a pas fort longtemps encore, que 
dans un journal , organe ordinaire du parti légitimiste, 
on lisait une lettre, attribuéeauduc de Bordeaux, dans 
laquelle de graves reproches étaient adressés au com- 
missaire du roi, sur sa Conduite auprès des princes dé- 
chus , pendant leur traversée de France en Angleterre; 
il nous eût donc été bien agréable de pouvoir répondre 
victorieusement à toutes ces injustes accusations, par 
le récit officiel de ce qui s'est passé à bord des navires 
américains, sur lesquels s'est embarquée la famille dé- 
chue; mais les événements de i83o sont encore trop 
près de nous , pour publier dès aujourd'hui ces mé- 
moires , sans réveiller des susceptibilités et des pas- 
sions déjà assoupies. Nous nous contenterons donc de 
donner un aperçu rapide de ce court voyage, d'à- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 121 

près la relaiiori officielle qui est entre nos mains. 

Le 16 août, à deux heures de Taprès-midi, toute la fa- 
mille des princes déchus s'*embarqua sur le Great-Brl- 
tain. Entouré par un équipage étranger, et sans moyens 
pour faire respecter ses ordres, dans le cas d'une révolte 
en faveur du prince détrôné, Dumont-d'Urville avait 
fait à l'avance le sacrifice desaviepourassurer le succès 
de la mission qui lui avait été confiée. « Si vous aper- 
ce cevez un pavillon rouge en tête du mât, avait-il dit 
« aux capitaines des navires de guerre, la Seine et le 
« Rôdeur^ chargés de l'escorter, tirez quelques boulets 
« à toute volée; mais si, par l'effet d'une drisse de 
« hune coupée, vous apercevez le hunier venir en bas 
a brusquement, il y aura urgence , et alors vous vous 
(f approcherez du Great-Brltam , et vous tirerez à le 
« couler bas avec tous ceux qui le montent, sans vous 
« occuper de moi. » 

Du moment où la famille royale mit le pied sur son 
bâtiment, commença la tâche véritablement difficile 
du marin si peu courtisan. Que d'intérêts opposés ne 
fallait-il pas concilier, que de passions devaient être 
étouffées, combien surtout ne devait-il pas assouplir ses 
manières brusques, dompter son caractère indépen- 
dant! 

On mit a la voile, et dès la première heure il donna 
une preuve manifeste de sa complaisance, de sa solli- 
citude pour tout ce qui pouvait rendre plus doux le sort 
des princes infortunés. 

Le Great-Britain était sous voiles, et il allait aug- 
menter sa toile pour sortir de la rade, lorsque Dumont- 



I2â NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

d^Urville fut prévenu qu'il n'y avait que du biscuit à 
bord ; le boulanger du bâtiment étant resté à terre, il 
nY avait pas de pain ; fatigué de ce contre-temps, non 
pour lui même, habitué qu'il était depuis si longtemps 
aux privations de tout genre, d'Urville ne put con- 
sentir à voir la famille royale réduite à la nourriture 
grossière des marins. Malgré ses instructions, malgré 
les avis du pilote qui le prévenait qu'il n'y avait pas 
de temps à perdre, s'il voulait sortir dans la journée, il 
voulut attendre qu'un canot envoyé à terre pût rap- 
porter du pain , au risque peut-être de compromettre 
sa responsabilité. Cette preuve de sollicitude ne futcer- 
tainoment pas la dernière. Pendantlessixjoursque lafa- 
miile des Bourbons resta àborddu Great-Britaùz^leca- 
pilainepassa deux nuits surlepon(,afindeleurlaisserla 
disposition entière des appartements ; et respectant leur 
aversion pour la couleur tricolore, il s'abstint de porter 
son uniforme. Toutefois, n'oublions pas de dire que 
c'està d'Urville que revient l'honneur d'avoir fait recon- 
naître le premier noire pavillon national sur les côtes 
anglaises, où depuis les jours de l'empire, il reparais- 
sait pour la première fois *. 

* Extrait du voyage du capitaine Dumont-d'Urville en Angleterre, pour 
y conduire Charles X et sa famille (mémoires inédits). 

Jeudi 19 avril 1830. — « Pour me conformer à l'esprit de mes ins- 
tructions qui me recommandaient d''éviter toute espèce d'appareil qui pût 
être désagréable à nos passagers, j'avais profité de mon court séjour sur 
la rade de Spit-Head pour éviter de traiter des saluts et de me présenter 
aux autorités de Portsmouth. J'espérais que notre relâche devait être au 
plus de 48 heures devant Cowes; je pouvais partir, comme j'étais venu, 
presque inaperçu. Mais Charles X ne me parlait plus de son départ, et je 
sus qu'à terre le peuple anglais paraissait surpris que je n'eusse fait aucun 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. >I23 

Le voyage s'acheva sans événements bien remar- 
quables. Pendant la relâche à Cowes , les princes par- 
coururent les livraisons déjà publiées du voyage de 
\ Astrolabe^ et regrettèrent beaucoup que le chef 

salut. Le pavillon tricolore reparaissait pour la première fois devant les 
enfants d'Albion, et il était de mon devoir qu'il fût authentiquement re- 
connu, si mon séjour devait se prolonger sur cette rade... 

Vendredi 20 août. — A 6 heures du matin , je me rends en grand 
uniforme à bord de la Seine ; à 7 heures, nous nous mettons en route 
pour Portsmouth avec le capitaine Thibault, oflBcier plein d'honneur, de 
zèle et de probité. 

En arrivant à terre, le consul et son fils nous conduisirent à la taverne 
où nous fûmes proprement servis, suivant la coutume anglaise. Le dé- 
jeuner fini, pour m'éviter toute démarche désagréable et sonder les dis- 
positions des autorités anglaises à notre égard, j'envoyai le jeune Van- 
der-berg chez l'amiral FoUey, commandant de la marine, pour le prévenir 
de nôtre arrivée dans Portsmouth et lui demander s'il était disposé à nous 
recevoir; le consul et son fils me répétaient que cette précaution était 
inutile et que tout le monde serait flatté et honoré de nous recevoir, ajou- 
tant que le peuple se soulèverait, si Ton nous faisait la moindre impoli- 
tesse; je leur répondis que je n'étais point venu pour exciter une révolu- 
tion dans Portsmouth, et que je devais être basé positivement sur l'accueil 
que j'allais recevoir des autorités. 

Le jeune Van-der-berg resta une heure absent; déjà ce retard me pa- 
raissait d'un singulier présage , quand il revint m'annoncer qu'il n'avait 
pu voir l'amiral , mais que celui-ci lui avait fait dire par son secrétaire 
qu'il ne pouvait me recevoir avant lundi, et me faisait, du reste, des ex- 
cuses. 

On peut juger que cette réponse me parut tant soit peu inconvenante, 
pour ne pas dire impertinente. Comment, moi, chef de la division fran- 
çaise, chargé de la conduite de la famille déchue, je me donnais la peine 
de me rendre de Cowes à Portsmouth pour faire une visite de politesse à 
M. l'amiral, et M. Folley n'était point disposé à me recevoir avant lundi... 
Je commençai à croire que cet officier, pris au dépourvu, attendait des 
ordres de son gouvernement, afin de savoir quelle conduite il devait tenir 
en\ers moi, et qu'il pouvait y avoir quelque chose de vrai dans Tavis offi- 
cieux que m'avait donné Charles X. Piqué au dernier degré, je me plaçai 
au bureau de M. Van-der-berg et griffonnai sur le champ le billet suivant : 



424 NOTICE IHOGRAPHIQUE. 

(l^une expédition aussi belle, ne leur eût pas été pré- 
senté. C'était une vie assez monotone que celle des 
illustres passagers du Great-Britain. Matin et soir, 
toute la famille montait sur le pont^ comme pour cher- 



« Monsieur r Amiral, 

« Des considérations particulières de convenance et d'égards vis-à-vis 
la personne de S. M. Charles X m'avaient empêché, le premier jour de 
mon arrivée, de me présenter chez vous, avec les couleurs qui sont deve- 
nues celles de la France, et j'espérais que notre séjour à Spit-Head ne se- 
rait que d'un ou deux jours au plus; ma relâche s'est déjà prolongée au 
delà de ce terme, et j'ai cru devoir, avec le capitaine Thibault, vous rendre 
la visite que la politesse impose aux commandants de bâtiments de guerre 
qui viennent mouiller sur une rade étrangère. Vous nous avez fait ré- 
pondre que vous ne pouviez pas nous recevoir aujourd'hui. En conséquence, 
nous retournons sur nos vaisseaux, et je me contente de vous faire ob- 
server que nous avons actuellement rempli les devoirs de politesse aux- 
quels nous étions tenus vis-à-vis de l'autorité supérieure, à Portsmouth. 

J'ai l'honneur, etc. » 

— Veuillez me traduire cela en bon anglais, monsieur Van-der-berg. 

— Mais, monsieur, — monsieur l'amiral, a fait une impertinence, et 
il faut qu'il sache que je l'ai sentie. Alors il commença sa traduction qui 
fut très-longue et dura près d'une heure. 

Durant ce temps, je conversais avec le capilaineThibault, qui approuvait 
vivement le parti que je venais de prendre , et j'écrivis au ministre ce qui 
venait de m'arriver ; je le priais en même temps d'abréger ma relâche à 
Porlsmoulh, en me donnant l'ordre précis de me rendre sur le champ à 
la destination ultérieure de Charles X, ou d'opérer mon retour en 
France. 

M. Van-der-berg , ayant terminé sa traduction , me la présenta. Après 
l'avoir lue : M. le consul, lui dis-je, je ne sais point assez bien l'anglais pour 
l'écrire correctement, mais ce que j'en sais me suffit pour voir que votre tra- 
duction n'est point correcte. — Tenez, monsieur le capitaine, ajoutai-je en 
m'adressant à une personne bien mise, que le consul venait de me 
présenter comme un capitaine de vaisseau de la marine anglaise, ayez la 
bonté d'expliquer à M. Van-der-berg comment mes expressions devaient 
être rendues en votre langue, pourexprimer fidèlement mcsîdées. 

Cet officier eut la complaisance de se prêter à mon désir; puis, tandis 
que M. Van-der-berg écrivait la missive: M. le commodore, me dit-il, est- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 425 

cher, à travers la brise douce de rOcéan, un adou- 
cissement à ses douleurs. Les enfants , à cet âge 
heureux où Ton rit de tout, où la joie chasse si vite les 
larmes, jouaient bruyamment sur le pont , tandis que 



il bien possible que Tamiral ne vous ait point reçu? — Je lui racontai de point 
en point ce qui venait de m'arriverj il en parut stupéfait et chercha à ex- 
cuser son chef sur ses occupations, puis il me proposa de visiter la ville et 
ses établissements, s'offrant poliment à me servir de guide. Je vous re- 
mercie, lui dis-je d'un ton froid, mais poli, M. le capitaine, de votre offre 
obligeante, mais la conduite de votre chef me défend d'en profiter. Je vais 
m'en retourner sur mon navire et je n'en bougerai plus désormais que 
votre amiral lui-même ou un officier de mon grade ne soit envoyé de sa 
part pour me rendre ma visite. Sans le grand âge de M. Folley, je lui aurais 
certainement écrit plus sévèrement encore. Le capitaine anglais ne répon- 
dit rien, me salua en silence et sortit. 

Enfin M. Van-der-berg avait terminé sa lettre et la cachetait. J'avais 
fermé mon pli pour le ministre , et je me dis-posais à repartir, lorsqu'un 
messager vint en toute hâle demander M. "Van-der-berg. Le fils se rendit à 
cet ordre et presqu'au même instant le capitaine anglais reparut et m'in- 
vita à attendre le retour de ce jeune homme. 

Au bout d'un quart d'heure, il fut de retour et me dit d'un ton em- 
pressé ce qui suit : l'amiral l'avait reçu d'un air très-inquiet, il était fu- 
rieux contre son secrétaire et désolé de ce qui venait d'arriver, il ne pou- 
vait l'attribuer qu'à un mal-entendu. M. Folley n'avait nullement compris 
que je m'étais donné la peine de venir moi-même à Portsmoulh pour lui 
faire une visite et il s'était imaginé que c'était de Cowes que je lui faisais 
demander si je pouvais me présenter chez lui, et qu'il ne m'avait indiqué 
le lundi suivant que parce qu'il voulait avoir l'honneur de m'inviter à dî- 
ner avec le capitaine Thibault pour ce même jour 5 l'amiral ajoutait qu'il 
craignait d'avoir pu paraître impoli à mon égard et s'offrait à venir lui- 
même me rendre à l'instant sa visite chez le consul, si je l'exigeais, pour 
réparer ce qu'il y avait eu de bizarre dans sa réponse. Bien que je ne fusse 
pas complètement convaincu d'un mal-entendii, je feignis d'y croire, et je 
répondis simplement : que d'après l'excuse que me donnait l'amiral tout 
était oublié, et que j'allais à l'instant même me rendre chez lui. 

Enfin, nous fûmes sur le champ introduits. M. Folley se confonilit en 
excuses, en politesses et offres de service de toute nature. Je le remerciai 
en ajoutent que je n'avais besoin de rien du tout. Dans la conversation, 



iâ6 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

les princesses, leurs mères, Irislement penchées sur le 
bord (lu navire, s'abandonnaient à leurs doulou- 
reuses réflexions. A quelques pas de là, Charles X 
et le duc d^Angoulênie, se promenaient gravement, et 

il lui échappa de me dire qu'il venait à l'instant même de recevoir de son 
gouvernement la décision relative à la demande formée par Charles X de 
descendre en Angleterre et d'y être reçu avec les honneurs dus à son rang. 
On lui accordait la permission de débarquer sur le sol anglais, mais seu- 
lement comme un simple particulier, et il devait renoncer à toutes pré- 
tentions touchant les honneurs dus à son rang. 

M. Folley, en me faisant cette communication, oubliait sans doute que 
cette nouvelle, jointe au mécontentement que j'avais hautement manifesté, 
pouvait bien être la cause réelle de ce changement de conduite avec moi 5 
du moins, c'est ce que j'imaginai, peut-être injustement, mais je jugeai à 
propos de dissimuler. 

J'abordai ensuite le chapitre du salut j à cela, M. Folley répondit sur le 
champ qu'il était prêt à me rendre celui que je ferais, mais qu'il croyait 
devoir me prévenir qu'en cela il serait obligé de suivre les règlements de 
la marine anglaise : le premier salut se doit au pavillon et se règle sur les 
grades respectifs des commandants. Qu'au reste, il me considérait comme 
contre-amiral et me rendrait sur le champ le salut, en cette qualité. Mais 
il était amiral, et l'infériorité eût été, à mon avis, encore trop marquée; 
je lui demandai vainement à ce que le salut national eût d'abord lieu, puis 
celui du pavillon. Il allégua que cela ne pouvait avoir lieu ; il appela en 
témoignage divers oftlciers supérieurs présents à notre entrevue, qui con- 
firmèrent son assertion. En conséquence, satisfait de la reconnaissance 
très- explicite qu'il venait de faire de mon pavillon, je lui déclarai que je 
renonçais au salut, attendant à ce sujet des ordres plus positifs de mon 
gouvernement; j'aurais peut-être pu me conformer aux coutumes locales, 
sans encourir aucun blâme, d'autant plus qu'il existe dans nos nouvelles 
ordonnances de la marine un article conçu dans ce sens ; mais je ne vou- 
lais point laisser planer sur une première démarche d'une nature si autben - 
tique le moindre soupçon de faiblesse. 

Du reste, en sortant de chez l'amiral, le consul me proposa de faire in- 
sérer dans le journal de Portsmouth le résultat de ma conversation avec 
l'amiral Folley, afin de détruire toute espèce de doute sur la reconnaissance 
formelle de notre pavillon. J'approuvai fortement cette publication. 
Après avoir laissé nos noms chez le gouverneur Campbell qui était 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. m 

revenaient sans cesse sur les derniers et terribles évé- 
nements des journées de juillet. Attirés, sans doute, 
par la bienveillance du capitaine , ils semblaient re- 
chercher jsa conversation, toujours intéressante et 
toujours variée. Souvent, tout le monde reposait à 
bord du Great-Britain ^ excepté les hommes de quart, 
que le roi infortuné et le capitaine de vaisseau, ar- 
pentaient encore le pont du navire, emportés qu'ils 
étaient Fun et l'autre, par leurs idées et leurs ré- 
flexions. Certes , il dut arriver bien des fois, dans ces 
quelques jours, que le simple officier et celui qui avait 
porté une couronne, se trouvèrent en opposition ma- 
nifeste ; car le marin , à Fesprit si Ubre et si indépen- 
dant, ne pouvait faire de concessions à personne. 

Le 17 août, l'escadrille était arrivée à Cowes; le 
lendemain, les princesses quittaient le Great-Britain 
après avoir, à plusieurs reprises, témoigné à Dumont- 
d^Urville leurs remerciements. 

Le roi et le duc d^Angoulême ne quittèrent le bord 
du Great-Britain que le 23 août; il nous suffira de 
citer les paroles de Charles X, au moment ou il se sé- 
parait de Dumont-d'Urville, pour faire apprécier 

absent, nous avons fait un tour dans la ville qui est médiocrement bàlie, 
mais où règne une activité assez grande ; puis, à trois heures, nous avons 
remis à la voile ; mais la marée cette fois était contre nous, et sans un 
yacht du club que nous rencontrâmes sur notre route, je ne sais vraiment, 
pas quand nous aurions pu arriver. Les gentlemen qui le montaient m'of- 
frirent avec la plus grande politesse à nous recevoir à leur bord et prirent 
notre canot à la remorque. Leur charmante et légère embar. ation navi- 
guait d'une manière admirable, et nous eûmes bientôt atteint le mouillage 
de Cowes. 

A six heures du soir, j'étais de retour à bord du Great-BritcUn. 



128 NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

toute la délicatesse qu'il avait apportée dans sa mission . 

<( Mon cher capitaine, dit Charles X avec effusion 
« de cœur, et en serrant les mains de d'Ur ville , il 
« m'est agréable de vous témoigner de nouveau toute 
« ma gratitude, et de vous remercier de toutes les at- 
« tentions et de toutes les complaisances que vous 
<( avez eues pour moi et pour toutes les personnes de 
« ma famille. Il est impossible d'avoir rempli votre 
« mission avec plus d'honneur et de délicatesse; je 
« suis ravi d'avoir fait votre connaissance, et j'espère, 
« si jamais nous nous revoyons, être à même de vous 
« le prouver plus dignement que je ne le puis faire 
(( aujourd'hui * , )> 

Le 25 août, l'escadrille rentrait à Cherbourg, après 
avoir débarqué, sur les plages de Portsmoulh, toute 
la famille exilée. Cette mission, déUcate et difficile, 
avait été si dignement remplie par le capitaine d'Ur- 
ville , que tous ses amis s'attendaient à le voir honoré 
de quelque récompense si bien méritée. 

Seul , et ses écrits en font foi, il n'avait jamais rien 
espéré de la mission qui lui avait été confiée; son 
amour du devoir, son dévouement à sa patrie, Pa- 
vaient seuls poussé à ne pas décliner la tâche pénible 
de conduire dans l'exil la famille déchue ; car il pré- 
voyait à l'avance , que cette mission , loin de lui faire 
honneur ou de lui porter profit , lui attire^^ait de nom- 
breux désagréments , et l'exposerait à toutes les in- 

* Textuel (Voyage inédit du capitaine Dumont-d'UrvilIe en Angleterre 
pour y conduire Charles X. et sa famille.) 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. \2.9 

justes accusations des partis. Ses prévisions se réali- 
sèrent pleinement ; il était à peine rentré en France, 
que sa conduite était soumise , par les partisans de la 
légitimité, à de fausses et injurieuses interprétations, et 
quelques mois après , il fut complètement oublié. Ses 
amis en éprouvèrent un grand désenchantement. Pour 
lui, douloureusement fixé depuis longues années sur 
ce qu^on doit attendre de la reconnaissance des hom- 
mes, il revint paisiblement et avec bonheur, comme 
il le dit , à ses moutons , cVst-à-dire à ses chères étu- 
des, à ses travaux géographiques. 

Tout entier, dès lors , à ces occupations, il se ren- 
ferma dans une grande et laborieuse solitude. En- 
touré de sa femme , de ses enfants , dont l'un , Jules , 
était déjà un prodige de savoir, il s^estimait parfaitement 
heureux. Cette vie de famille, si calme, si monotone, 
si modeste, était pourtant pleine de charmes pour le 
marin hardi et aventureux , pour le navigateur infati- 
gable, qui avait si souvent livré sa vie aux vents et 
aux flots. Seul, et dans le silence du cabinet, il rê- 
vait néanmoins, au milieu de cette existence pai- 
sible , d'autres voyages, d'autres dangers. Mais il avait 
encore sept années à attendre , avant de voir ses vœux 
se réaliser. 

Il était le seul précepteur de son fils, dont il avait 
fait, à l'âge de six ans, une sorte de phénomène de 
science. Jules n'était déjà plus un enfant, à cause de 
son application constante à l'étude et de la variété de 
ses connaissances. A cet âge où d'ordinaire on est si 
peu avancé, il apprit les éléments de l'anglais, en même 
X. 9 



430 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

temps que le latin et le grec. A huit ans et demi , il 
traduisait Homère , Virgile , Tacite , et étudiait Fa- 
rabe et le chinois. Pauvre enfant ! qui devait grandir 
au milieu de cette atmosphère toute chargée de sciences 
et de la gloire qu''elles rapportent; qui devait marcher, 
si jeune encore, de triomphe en triomphe, jusqu'à 
l'âge de seize ans, âge heureux où la vie est si belle, 
où tout sourit et enchante; et qui, arrivé la, devait 
mourir si misérablement au milieu d\me partie de 
plaisir 

L'éducation de cet enfant devint, pendant cinq ans, 
la plus déhcieuse distraction de Famiral. Peu à peu, 
il lui communiqua son amour pour les sciences et 
cette ardeur infatigable pour le travail qui ne Fa pas 
quitté. Avec quel bonheur le père ne voyait -il pas la 
jeune intelligence de son fils embrasser tant de con- 
naissances, sans en être fatiguée! Sans doute, bien des 
fois , au miheu de ses leçons si variées et si savantes, 
le marin, vieilli dans les fatigues et les labeurs, se 
prit à rêver a son enfance à lui , si studieuse et si 
remplie , et, bien des fois, il dut reporter avec amour 
ses regards sur cette tête chérie qui lui promettait tant 
et devait si peu tenir ! 

Cependant son activité ne se ralentissait pas. La 
publication de son dernier voyage était poursuivie 
avec une rapidité bien faite pour étonner les plus fé- 
conds écrivains. Un grand nombre de mémoires furent 
lus par lui à la société de géographie, et en parcourant 
tous ces ouvrages , on est étonné d'y retrouver cette 
netteté de style, cette chaleur littéraire qui eussent fait 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 431 

de d'Urville un grand écrivain peut-être, s^il n'eût 
de préférence cherché la gloire du marin audacieux 
et du savant. 

Ce qui surtout à cette époque contribuajà répan- 
dre ses travaux et à rendre son nom populaire , 
fut cette immense pubUcation presqu'^entièrement 
sortie de ses mains, et qui parut sous le titre de 
Voyage pittoresque autour du inonde. Cette oeuvre 
dont d'Urville conçut le plan général , dont il fournit 
tous les matériaux et écrivit le dernier vohime , vint 
attirer tous les regards sur FOcéanie, cette partie du 
monde habitée par quelques sauvages , et jusque-là 
connue des seuls savants; et en même temps qu^elle 
jetait une grandelueur sur les connaissances géographi- 
ques, elle répandit aussi une auréole de gloire sur le 
front de celui qui avait doté sa patrie de si précieuses 
richesses. 

Ce nouveau et légitime succès , joint à des études 
longues et sérieuses qu'il avait entrepidsessur leslan-^ 
gués des différents peuples, études que sa mort a lais- 
sées incomplètes et inachevées , firent concevoir à 
Finfati gable marin un nouveau plan de découvertes. 
Il s''agissait tout d'abord d'un simple voyage autour 
du monde, à travers les îles sans nombre dont la 
réunion forme FOcéanie. 

Après avoir formulé le plan de sa nouvelle campa- 
gne, basée sur les recherches de linguistique qui Foc- 
cupaient principalement, Dumont-d'Urville quitta 
Toulon qu'il habitait depuis quelque temps, et où sa 
vaste inteUigence trouvait peu d'aUment dans le 



/132 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

service militaire du port, auquel il était astreint par 
son grade dans la marine. Il arriva à Paris, et bientôt 
son plan de campagne fut soumis à l'approbation 
royale; déjà il embrassait un cadre immense dans son 
ensemble; le Roi ajouta, en outre, à Fitinéraire qui lui 
était présenté l'exploration des mers glaciales du sud. 
D'Urville ne demandait qu'un seul navire pour aller 
visiter de nouveau ses chères tribus océaniennes , on 
lui en donna deux; c'était là une juste récompense 
due à son mérite; car la présence de deux bâtiments 
sous ses ordres entraînait pour leur commandant 
tous les avantages attachés à la haute position de chef 
de division. 

A cette époque, Dumont-d'Urville , tourmenté par 
des douleurs de goutte, avait déjà l'aspect d^un vieil- 
lard, malgré son âge peu avancé; son corps était usé, 
mais sa volonté était toujours inébranlable. Il avait 
conservé cette énergie et cette activité si nécessaires à 
un chef d'expédition; les noms de d'Urville et de Vy^s- 
trolabe, comaieille disait lui-même, devaient, en s'as- 
sociant de nouveau, produire de nombreux et utiles 
résultats. Aussi, vainement de tous côtés, autour de 
lui, etmêmeàlatribuneparlementaire, des prédictions 
sinistres se firent entendre. Rien ne pouvait arrêter les 
navires dont l'armement se poursuivait avec activité. 
Il s'était assuré le concours de son digne et fidèle com- 
pagnon, lecapitaine Jacquinot; de ses anciens officiers, 
il n'en était pas un seul qui alors en France pût de 
nouveau s'associer à sa nouvelle entreprise; mais par- 
tout où il y a de la gloire à acquérir et des dangers 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 433 

à braver, iln'a jamais manqué d^offîciers de bonne vo- 
lonté dans la marine française; bientôt de tous côtés 
parvinrent des demandes, et les étals-majors furent 
désignés avant , pour ainsi dire , de connaître les noms 
des navires qu^ils devaient monter. Cependant ce ne 
fut pas sans une profonde émotion que le marin 
intrépide se sépara des siens; malade et épuisé, 
il était père, et toute sa famille , tous ses amis s'étaient 
réunis pour Tarrêter dans sa résolution, pour l'enga- 
ger à renoncer à une entreprise si hasardeuse, dans 
son état de santé. 

Pour tous ceux qui , comme nous , purent voir les 
larmes inonder son visage con triste par la douleur, 
lorsqu'arrivé à Valparaiso , des lettres lui apprirent la 
perte de son plus jeune fils et le désespoir de la mère , 
il sera facile de comprendre combien furent tristes ces 
pénibles adieux , combien il devait lui coûter d^aban- 
donner de nouveau sa famille éplorée , pour se confier 
aux vents et aux flots de FOcéan ; combien enfin était 
grande cette énergie qui lui faisait sacrifier à Pa- 
mour de la science, non-seulement son repos et sa 
tranquillité, mais encore toutes les joies du cœur, 
toutes les jouissances si douces du foyer conjugal. 

Le 7 septembre 1887, X Astrolabe et la Zélée quit- 
tèrent le port de Toulon , qu'elles ne devaient plus re- 
voir qu'en novembre iS/jo. 

Un mois après le retour, Jules-Sébastien-César Du- 
mont-d'Urvilie, retenu encore à Toulon parles maux af- 
freux qu'il avait endurés pendant celte dernière et pé- 
nible campagne, recevait comme une digne récompense 



134 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

de ses travaux, le brevet de contre-amiral; il n^ait alors 
dépassé Fâge de cinquante ans que de quelques mois. 
On le voit, Pambitieux et énergique enfant du lycée 
avait deviné juste, lorsqu''il avait fait avec sonjeune, 
mais moins heureux camarade, la gageure qu'à Tâge 
de cinquante ans, il serait contre- amiral..... 



Le 8 mai 1842, l'amiral Dumont-d'Urville , sa 
femme et son fils étaient partis pour aller passer une 
journée de plaisir à Versailles ; le soir ils ne reparu- 
rent pas. . . trois jours après seulement , leurs cadavres 
mutilés et défigurés devaient être reconnus par le urs 
amis et les compagnons de route de Pamiral, parmi les 
débris humains déposés au cimetière du Mont^Par- 
nasse, après le terrible événement arrivé sur le chemin 
de fer. 

Voilà ce qu'^avait été ce marin illustre : enfant stu- 
dieux et rêveur, jeune homme au cœur loyal, sensible 
et franc à l'excès; homme énergique, persévérant, 
hardi , entreprenant , courageux à toute épreuve , 
juste avec ses inférieurs , mais sévère et rigide dans 
l'exécution de ses devoirs ; marin habile , em- 
brassant presque toutes les connaissances d'un 
coup d'oeil, peu profond peut-être, mais à coup sûr 



ISOTrCE BIOGRAPHIQUE. 135 

merveilleusement intelligent !' D\m abord froid en 
en apparence, mais affectueux et doux dans Fintimité; 
républicain peu dangereux, comme nous Pavons dit, 
car ses idées démocratiques étaient légèrement em- 
preintes de sentiments aristocratiques. Voilà ce quV- 
vait été Duraont-d^Urville ! après avoir réuni sur sa 
tête les couronnes du naturaliste , celles du géographe 
et celles du navigateur , il aspirait encore à d'autres 
gloires, il voulait voir son nom cité parmi ceux des 
philologues et des philosophes! il voyait le même 
nom revivre avec bonheur, dans son fils , et rêvait 
sans doute pour l'enfant un avenir plus brilla nt encore 
que le sien, lorsque la mort est venue tout détruire..! 



Quelques jours après cette terrible catastrophe qui 
vint couvrir la France d'un deuil général , on lut dans 
le Moniteur : 

1 1 Mai. «Nous devançons le compte-rendu de l'Aca- 
démie des Sciences, pour donner la partie de la séance 
du lundi g , consacrée à Faffreux événement arrivé sur 
le chemin de fer. 

« L'Académie des Sciences a interrompu pen- 
dant quelque temps ses travaux, dans la séance 
d'aujourd'hui, pour entendre les détails qui lui ont 



136 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 
été donnés sur la catastrophe arrivée le dimanche 
8 mai au soir, au chemin de fer Ces renseigne- 
ments ont été communiqués par M. Cordier, à peu 
près dans ces termes : 

« Les cinq premières voitures, occupées par les 

(( voyageurs , sont venues successivement se précipiter 
« sur les locomotives renversées et sont montées par- 
« dessus, en vertu de leur vitesse acquise. En même 
(i temps, les monceaux de coke enflammé qui étaient 
« sur les grilles , sur celles de la seconde locomotive 
a principalement, se sont trouvés entraînés ou lancés 
« au milieu des voitures, et ont développé un affreux 
« incendie auquel les caisses en bois , dans lesquelles 
<( sont renfermées les chaudières des locomotives et 
« les planches minces qui entrent dans la construc- 
(( tion des voitures ont fourni un élément très-actif... 
« Les malheureux voyageurs, renfermés dans les pre- 
« mières voitures, poussaient des gémissements affreux, 
(( et personne ne pouvait les secourir. Suivant M. le 
a commissaire de police de Meudon, Tune des voi- 
<i tures a été brûlée dans un intervalle de dix minutes. 

« Hier au soir il y avait quarante et un morts 5 la 
(( plupart des cadavres étaient charbonnés et mécon- 
« naissables à un tel point, qu'ion a dû les porter im- 
(( médiatement au cimetière 

« Sans entrer dans la discussion des causes diverses 
a qui ont concouru à cet épouvantable désastre , et 
(( des mesures qu''il conviendra de prescrire pour en 
« prévenir le retour, il est évident, pour tout le 
(( morjde, que la petite locomotive à quatre roues placée 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 137 
((entête du convoi a été Porigine du mal, et que 
« Tusage de ces locomotives devrait être prohibé 

« Quant à Tincendie qui a accompagné la catastro- 
« phe du 8 mai , nous croyons que ce fait est encore 
« sans exemple dans Thistoire des chemins de fer. )) 

« L'Académie a écouté ces tristes détails dans un 
douloureux silence 

« A la suite de cette communication , le bruit s'é- 
tant répandu, dans TAcadémie, que M. Famiral Du- 
mont-d'Urville était au nombre des morts, ou que du 
moins il n'avait pu être retrouvé après Faccident, quoi- 
qu'on sût positivement qu^il était monté dans un des 
premiers wagons, M. Arago a proposé de désigner 
deux commissaires chargés de recueillir des rensei- 
gnements sur cette illustre victime, et si, par bon- 
heur, on le retrouvait parmi les blessés, de lui témoi- 
gner tout l'intérêt que l'Académie prend à son mal- 
heur : cette proposition, faite en termes très-convena- 
bles , a été accueillie avec empressement par le corps 
savant, qui a désigné immédiatement MM. Adolphe 
Brongniart et Gaudichaud , pour accomplir celte pé- 
nible mission. )> 

i3 Mai. ((Le conseil municipal de Paris a voté, dans 
sa séance d'hier, la concession à perpétuité de quatre 
mètres de terrain dans le cimetière du Sud ( Mont- 
Parnasse), pour la sépulture du contre-amiral Du- 
mont-d'Urville , de sa femme et de son fils. 

« Le conseil a voulu s*'associer, par ce vole, aux re- 
grets qu'inspire la perte d'un homme qui a rendu des 
services distingués à la science, et qu'une catastrophe. 



138 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

heureusement sans exemple, vient cVenlever au pays...» 

16 et 17 Mai. « Les obsèques de M. le contre-amiral 
Dumont-d^Urville, de sa femme et de son fils ont eu lieu 
aujourd'hui, à onze heures, en Péglise de Saint-Sulpice. 
Un nombre considérable de notabilités dans Farmée, 
dans la marine et dans les sciences, étaient venues 
payer un dernier tribut de regret à cette malheureuse 
famille. 

« Le cortège marchait dans Tordre suivant : un déta- 
chement de gardes municipaux ouvrait la marche ; 
venaient ensuite les trois corbillards , celui du fils d'a- 
bord , puis celui de la mère , et enfin celui de Famiral 
entouré d\me double haie de marins en grand uni 
vforme. Les cordons étaient tenus par MM. Villemain, 
ministre de Tinstruction publique, le vice-amiral La 
bretonnière, Beautemps-Beaupré et de Jussieu. Le 
deuil était conduit par MM. Vincendon-Dumoulin 
et Hombron; il se composait, indépendamment des 
parents et amis, de M. Tamiral Duperré , ministre de 
la marine et des colonies; de M. Faillirai Roussin; de 
MM. les vice-amiraux Rosamel, Halgan , Verhuel , 
Lalande , Willaumez, Jurien-Lagravière, Grivel, Le- 
marant, de Mackau^ Ducrest de Villeneuve, Bougain- 
vill«; les officiers de marine présents à Paris; un grand 
nombre d'officiers supérieurs et autres de la garnison ; 
des pairs de France, des députés ; un officier d'ordon- 
nance du roi, M. le comte de Grave, lieutenant de 
vaisseau , venu dans une voiture de la cour ; des dé- 
putations de l'Institut, du conseil royal de l'instruction 
pubhque , représentées par MM. le baron Thénard, 



^ 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 139 

Rendu et Burnouf ; du muséum, des sociétés de stalis- 
que, de géographie, d^hydrographie ; le corps des in- 
génieurs hydrographes , le bureau des longitudes; les 
élèves du collège Louis-le-Grand , condisciples du 
jeune Dum on t-d^Ur ville ; les maire et adjoints du ii^ 
arrondissement ; tous les chefs de bureau et employés 
du ministère de la marine, etc. , etc. 

« Le cortège était escorté par des détachements des 
22^ léger, 3^ et 68^ de ligne , et précédé du corps de 
musique du 12® régiment de hgne, qui exécutait des 
marches et des symphonies funèbres. 

(( Dans Féglise Saint-Sulpice, un triple catafalque 
avait été élevé au milieu de la croix de la nef; à gau- 
che, celui du fils, recouvert d\m drap de soie blanc 
parsemé d'étoiles d'or ; à droite , celui de la mère , et 
au miUeu le catafalque de l'amiral , dominant les deux 
autres. 

« Les corps ayant été reçus par le clergé, un service 
solennel a été célébré au milieu du plus profond re- 
cueillement. 

«Après le service, le cortège s'est mis de nouveau en 
marche , dans le même ordre , et s'est dirigé vers le ci- 
metière de Mont-Parnasse , où les restes de cette mal^ 
heureuse famille ont été déposés dans un terrain dé- 
signé par M. le préfet de la Seine, et dont la conces- 
sion à perpétuité a été votée par le conseil municipal 
de la ville de Paris. 

(( Plusieurs discours ont été prononcés sur la tombe 
de l'illustre navigateur. 

« Voici les paroles prononcées par M. Vincendon- 



UO NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

Dumoulin , ingénieur hydrographe de l'expédition au 

pôle Sud : 

(( Messieurs, 

(( Je laisse aux hommes illustres réunis autour de 
ces nobles dépouilles, le soin de dire tout ce que ré- 
sume de gloire et de dévouement la vie publique de 
M. le contre-amiral Dumont-d^Urville. 

((Vous, amis, dignes compagnons de voyage de 
rinfortuné navigateur, vous dont je suis aujourd*'hui le 
mandataire dans ces tristes adieux, souvenez-vous avec 
moi de ces paroles sublimes qui peignent si bien le 
grand caractère de notre illustre chef, lorsque, au 
milieu des glaces du pôle austral , nos navires lut- 
tant corps à corps avec elles attestaient par leurs 
débris notre triste impuissance : (( Une seule pen- 
«sée, disait-il, peut troubler mon âme, c^est celle que 
(( tant d'hommes jeunes encore et riches dWenir doi- 
(( vent trouver ici une mort glorieuse, il est vrai, mais 
(( que seul parmi vous je pouvais désirer. » 

(( Et lorsque reparaît Tétoile du grand capitaine , 
lorsque , délivrés des étreintes des glaces , libres en- 
fin, des terres nouvelles se déroulent devant nous, 
nous avons un témoignage de son affection paternelle, 
en voyant nos noms s'*inscrire les premiers sur la carte 
des terres Louis-Philippe. 

(( Il est inutile de vous rappeler ici ces longs sillons 
tracés par V astrolabe et la Zélée à travers ces mers 
semées d'écueils ; Dumont-d''Urville les avait si sou- 
vent parcourues, qu'ail nous guidait d^un pas assuré 



I 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 141 

au milieu de ces îles nombreuses, sur chacune des- 
quelles il comptait des amis.. 

« Reportez-vous avec moi , Messieurs , à cette épo- 
que douloureuse où la mort, s'abattant sur nos cor- 
vettes, marquait d\m jour de deuil chaque découverte, 
chaque récolte acquise à la science : combien alors 
cette grande âme fut cruellement éprouvée ! d^Ur- 
ville avait vu succomber le tiers de ses compagnons ; 
le sillage de ses navires était semé de cadavres , les 
douleurs les plus aiguës tourmentaient son corps , et 
cependant il n'hésita pas. « Bientôt, nous dit-il, nous 
« allons disputer de nouveau à des pavillons rivaux la 
(( gloire d'atteindre le pôle Sud. » Et pas un mur- 
mure ne s'éleva de ces équipages trois fois décimés 
par les maladies , affaiblis par mille privations , et 
désireux avant tout de revoir la patrie. C'est qu'il 
avait su gagner l'affection de ses marins ; il avait su 
surtout mériter cette confiance aveugle qu'ils lui 
avaient accordée , et seul il pouvait encore les con- 
duire à des dangers nouveaux. Quelques jours après, 
les couleurs nationales flottaient les premières sur ces 
terres mystérieuses dont les glaces éternelles défen- 
dent les approches. Le contre-amiral Dumont-d'Ur- 
ville venait de doter le monde d'un continent nou- 
veau, de la terre Adelie, 

(( Ace nom, je m'arrête. Trois cercueils sont devant 
vous, amis ; je n'ai pas une parole de consolation à vous 
donner. Comme moi, vous avez aimé cette famille 
malheureuse. Adèle Dumont-d'Urville, digne compa- 
gne de notre illustre chef, la mort nous a tout ravi \ 



4421 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

elle ne nous a même pas laissé ce fils chéri par vous 
pour l'élever dans le récit de toutes les vertus que 
nous avons connues. ^ 

« Et c'*est lorsque nous croyions avoir atteint le 
terme de nos souffrances , qu'il' nous était réservé d'a- 
voir à confier à la terre ces dépouilles glorieuses comme 
la plus forte épreuve à laquelle nous puissions être 
soumis. 

«Adieu donc notre illustre chef! adieu famille in- 
fortunée ! nous vous avions offert amour et dévoue- 
ment, nous ne pouvons plus aujourd'hui qu'arroser 
votre tombe de nos larmes ! )> 

« Voici le discours de M. Berthelot,- secrétaire-gé- 
néral de la société de géographie : "i 

« La société de géographie ne pouvait être frappée 
d'une manière plus cruelle que par la mort du prési- 
dent de sa commission centrale. Organe de ses senti- 
ments et de sa douleur profonde, j'apporte sur cette 
tombe l'hommage de ses regrets. 

« C'est une bien triste préférence que celle qui est 
acquise aujourd'hui, Messieurs, à celui qui vous parla 
souvent de l'illustre marin dans vos séances solennelles, 
à celui qui était si heureux de proclamer hautement les 
succès du savant navigateur, de l'homme courageux 
qui fut son ami et qu'il vit débuter dans une noble car- 
rière , alors que prenait naissance cette marine nou- 
velle d'où devaient sortir plus tard tant d'hommes re- 
commandables par leur expérience , leur savoir et leur 
dévouement à la patrie. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 143 

« Emule de gloire des Bougainville, des Cook, des 
Vancouver, des Lapeyrouse, Dumont-d'Urville occu- 
pera un rang distingué parmi les navigateurs qui, de- 
puis la seconde moitié du dernier siècle , ont le plus 
contribué aux progrès de la géographie. Comme le 
capitaine Cook, qu''il plaçait toujours en première 
ligne , il fit trois fois le tour du monde ; comme lui, il 
conçut avec un rare talent des projets de campagne 
qa^il poursuivit avec constance et accomplit avec 
autant d^habileté que de courage; de même que lui 
encore, nul de nos marins n^a plus honoré ce métier 
si pénible pour ceux qui veulent en remplir dignement 
les devoirs. Ah! Dieu me garde de soulever le voile 
funèbre qui couvre cette tombe, pour vous montrer le 
déchirant spectacle qui s'offrirait à vos regards! Assez 
d'émotions ont affligé nos âmes dans ces jours de 
deuil! Mais dans la destinée de deux navigateurs éga- 
lement célèbres, il est, Messieurs, une fatale coïnci- 
dence que je ne puis taire : les compagnons de Cook 
ne purent rendre les honneurs militaires qu'à quelques 
restes mutilés de leur infortuné commandant , et vous 
savez tous quelle triste dépouille mortelle nous réunit 

autour de ce cercueil ! 

« C'est à la mémoire de l'historien qui écrivit l'éloge 
de Cook et de Bougainville que nous rendons hom- 
mage, à la mémoire du marin intrépide qui montra de 
si vives sympathies pour ses illustres devanciers,' à 
Dumont-d'Urville , qui retrouva i'ile inhospitalière où 
les vaisseaux de Lapeyrouse vinrent se briser, qui éleva 
sur les rochers de Vanikoro un modeste monument au 



4 44 JNOTICE BIOGRAPHIQUE. 

navigateur dont le souvenir vivra consacré par le 
malheur et la gloire , à Dumont-d^Urville qui rapporta 
en France les vieux débris de ce grand naufrage ! 

(( Depuis quelque temps, l'inexorable destin choisit 
ses victimes parmi ce qu'il y a de plus éminent et de 
plus regrettable parmi nous. Nos plus hautes illustra- 
tions contemporaines semblent attirer les coups du 
sort, comme les monts élevés attirent la foudre. Du- 
mont-d'Urville, qui avait tout bravé sur les eaux, 
périt par le feu ! Mais des hommes tels que lui ne dis- 
pai'aissent pas tout entiers; leur souvenir reste impé- 
rissable comme leur âme; l'histoire des sciences géo- 
graphiques a déjà enregistré dans ses annales les grands 
travaux qu'il accomplit, et la patrie, qui récompense 
les services rendus, inscrira son nom dans ses fastes. 

« Ce nom restera attaché aux extrémités du monde, 
comme celui des Magellan, desBaffin, des d'Entre- 
casteaux; on le lira sur les cartes, comme sur cette 
tombe, près de celui de l'épouse qu'il chérissait, du 
jeune fils qu'il aimait si tendrement. La tertre Adélie^ 
le mont d! V raille ^ Vile de V Astrolabe ^ rappelleront 
le théâtre de ses dernières découvertes et tout ce qu'il 
fit pour la science, dans la mémorable expédition qui 
a répandu tant de lumières sur des régions presque 
inconnues avant lui. Les secrets que la nature avait 
cachés dans des mers mystérieuses, la direction et la 
tendance des courants magnétiques , tous les phéno- 
mènes qui peuvent intéresser la navigation, le champ 
de l'hydrographie élargi par son audace , ses deux cor- 
vettes sortant victorieuses d'une lutte acharnée contre 



INOTICE BIOGRAPHIQUE. 145 

clés montagnes de glace , le flambeau de Tobservadon 
porté jusqu^aux dernières limiteades mers navigables, 
le pavillon national saluant les terres de Louis-Philippe 
à plus de trois mille lieues de la France , voilà les ti- 
tres de gloire de celui dont nous honorons la cendre ! 
voilà ses droits aux hommages de la postérité ! 

« Les qualités morales du contre-amiral d^Urville 
seront appréciées par tous ceux qui l'ont connu dans 
Tintimité, comme le sera aussi le sentiment d'admira- 
tion que ses travaux scientifiques doivent inspirer à 
tous ceux qui savent le juger. Chez lui la force d^âme, 
Tinébranlable volonté, Faudacieuse résolution éma- 
naient de rintelligence qui Péclairait. Vous, Messieurs, 
qu'il présidait dignement dans vos séances , vous avez 
pu apprécier tout ce qu'il avait conservé d'affection 
sincère, dépensées nobles et désintéressées, de dé- 
vouement à la science, tout ce qui restait d'énergie, 
en un mot, dans un corps usé avant le temps par de 
longues fatigues , assailli par de précoces infirmités, et 
souvent tourmenté par la douleur, mais qui semblait 
se ranimer par l'étude, en présence de devoirs tou- 
jours consciencieusement remphs. 

u Entouré de la considération de tous, si simple 
dans la haute position que lui avaient valu ses services^ 
si reconnaissant des égards et distinctions que vous lui 
dispensiez, pouviez-vous penser que vous aui'iez si toc 
la douleur de le perdre ?... Mais , c'en est fait, il n^est 
plus parmi nous! et , cette fois, c'est pour toujours!... 

« Adieu, contre-amiral! honneur et paix à ta cen- 
dre ! que mes paroles te soient consolantes, s'il t'est 
X. 10 



U6 NOTICE BIOGRAPHIQUE, 

dû de les entendre du séjour de Téternité; elles te sont 
adressées par un ami et au nom d'une société fîère du 
brillant reflet que tu fis rejaillir sur elle. 
« Adieu, Dumont-d'Urville , adieu! ! ! m 

M. Domeny de Rienzi , membre de plusieurs aca- 
démies françaises et étrangères, et qui faisait le tour 
du monde pendant que M. Dumont-d'Urville achevait 
sa seconde expédition, a prononcé le discours sui- 
vant : 

« Messieurs , 

« Huit jours sont à peine écoulés qu'une horrible 
catastrophe a consterné Paris. Quand j'aurais une voix 
éclatante comme Fairain, je ne pourrais raconter tant 
de maux; mais, parmi tant de déplorables victimes, 
la mort, sous la forme la plus affreuse, est venue frap- 
per Pillustre amiral d'Urville, dont le cercueil est à 
vos pieds. Celui qui avait tant de fois bravé la fureur, 
des flots, et naguère les montagnes de glaces, a péri 
lentement au miheu des flammes à cinquante-un ans , 
et dans une partie de plaisir, 

« La mort nous Fa rendu carbonisé, comme les 
restes des exécrables festins de ces anthropophages 
que nous vîmes dans les îles de TOcéanie. Sa femme et 
son fils unique ont partagé son sort. 

« J'ai raconté dans \ Encyclopédie des gens du 
monde les diverses expéditions de mon ancien ami. 

« Tous ces travaux réunis nous permettent de com- 
parer M. Dumont-d'Urville à Theureux et intrépide 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. 4 47 

Cook, le plus grand navigateur connu; mais ceux de 
M. d^Urville se distinguent par une plus grande exac- 
titude ; car on trouve, dans les détails des décou- 
vertes du capitaine Cook, moins de savoir et des 
erreurs singulières qui frappent les yeux un peu 
exercés. 

(( N''oublions pas que M. d'Urville , plus heureux 
que Tamiral d^Entrecasteaux , a reconnu Tîle de Va- 
nikoro, où, sur le récif qui cerne en partie le havre 
de Mangadei ^ il a fait élever au savant et infortuné 
Lapérouse un modeste cénotaphe, témoignage des 
regrets de la France. 

« Au retour de sa troisième campagne autour du 
monde , et vers les régions antarctiques , où des noms 
français ont été inscrits de sa main , le commandant 
d^Urville reçut le grade de contre-amiral. Certes, 
quand la gloire se donne si facilement aux guerriers 
qui achètent souvent de faibles conquêtes aux prix du 
sang national, combien doit-elle être, à plus juste 
titre , la récompense de tant de terres explorées ou 
reconnues, de tant de découvertes précieuses, de tant 
de trésors d'histoire naturelle et d'anatomie amassés 
pour la science, dont M. d'Urville a enrichi sa patrie 
et le monde. 

(( Son fils, sa superbe espérance, semblait, si jeune 
encore, continuer Filluslration de son nom. Botaniste 
et philologue comme son père , il avait déjà, dès Page 
de neuf ans, traduit du chinois en français le Tahïo 
du sage de la Chine , Koung-tszeu (Confucius) , et le 
Schang-Moung Aq Meung-tszeu (Mencius). 



148 INOTLCE BIOGRAPHIQUE. 

« En qualité de sinologue , le jeune Jules-César 
d^Urville n'avait pas de rivaux en Europe. 

« La compagne de M. d'Urville était digne d'un 
tel époux. Adieu femme courageuse! Adieu mon cher 
Jules! Adieu d'Urville! adieu! Si tes doctes conver- 
sations nous manquent, tu ne manqueras jamais à nos 
conversations, et ton image et tes nobles travaux res- 
teront vivants au fond de mon coeur, w 

19 Mai. u Une allocution touchante a été prononcée 
sur la tombe du jeune Dumont-d'Urville , par M. Au- 
guste Humbert, au nom de \ Académie de la Jeunesse^ 
société dans laquelle venait d'être reçue la malheu- 
reuse victime du fatal événement du 8 mai. Nous 
regrettons que le défaut d'espace ne nous permette 
pas de reproduire ce discours , qui a vivement ému les 
assistants. )> 



\ 



Je crois devoir, sous îe titre de Pièces justificatives^ 
joindre à l'histoire du Voyage les rapports officiels 
adressés, pendant le cours de la campagne, au ministre 
de la marine par le chef de l'expédition. Ces rapports 
résument, en effet, toutes les opérations des corvettes 
Y Astrolabe et la Zélée , et doivent corroborer la nar- 
ration. En outre , il ne m'appartenait point , dans le 
cours du récit, de faire ressortir les noms des officiers 
qui, par leur zèle et leur mérite, eussent sans doute 
été signalés d'une manière spéciale par leur com- 
mandant, et c'est au moins justice que de reproduire 
à la suite de cet ouvrage les éloges dont ils avaient été 
Tobjet pendant le cours de l'expédition. 

M. Dumont-d'Urville ayant pu rédiger lui-même 
toute la partie du récit, depuis le départ de France 
jusqu'à celui de Taïti, il était inutile de reproduire les 
rapports qui ont trait à cette première période du 
voyage ; cependant j'ai cru devoir conserver les par- 
ties dans lesquelles le commandant de V Astrolabe fait 
ressortir les services rendus par ses compagnons de 
route. 

A la suite de ces rapports, le lecteur trouvera les 



450 

ordres et les instruclions adressés par le chef de Tex- 
pédition au commandant de la Zélée, pendant le 
cours du voyage, dans la prévision où les deux cor- 
vettes eussent été séparées par quelques circons- 
tances imprévues. 

Sous le titre Renseignements , j'ai joint à une note 
médicale, dont l'insertion m'a été demandée par 
M. Hombron, chirurgien-major de \ Astrolabe, deux 
mémoires que M, Dumont-d'Urville avait jugé impor- 
tants, et qui lui avaient été communiqués, je crois, 
par leurs auteurs. 

Enfin, quelques lettres doivent encore trouver leur 
place à la fin de ce volume, ainsi que cela été annoncé 
dans le cours de l'ouvrage. 

V. D. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



Santa-Crux de Ténériffe, 6 octobre 1837. 



MM. les officiers poursuivent avec zèle et assiduité toutes les 
observations possibles de température , de météorologie et de 
physique ; les officiers et les élèves exécutent les calculs astrono- 
miques et nautiques, et les médecins commencent à exploiter la 
vaste carrière de l'histoire naturelle, qui leur est dévolue ; l'ac- 
cord le plus heureux règne entre ces diverses personnes, malgré 
le contraste apparent de leurs travaux, et j'espère qu'il subsistera 
pendant toute la campagne ; ce sera la garantie la plus infaillible 
pour nos succès à venir. 

M. le capitaine Jacquinot me suit constamment de près sur la 
Zélée^ dont la marche est supérieure à celle de V Astrolabe, Il est, 
ainsi que moi, satisfait de ses officiers et de son équipage. 

Je compte remettre à la voile demain, etc. 



Rade de Rio-Janeiro, le 13 noyembre 1837. 

C'est un fâcheux motif qui me procure aujourd'hui l'occasion 
de vous donner des nouvelles de l'expédition. M. Lemaistre du 
Parc, élève de première classe, souffi:"ait déjà , à notre départ de 
Toulon, d'une fièvre intermittente ; mais le désir ardent qu'il 
avait de faire la campagne, le fit passer par-dessus les observa- 
tions qui luifurent adressées par les médecins et par moi-même, 
pour l'engager à rester en France. Au lieu de céder aux soins des 



4 59 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

médecins, au repos et à l'influence d'une navigation jusqu'à pré- 
sent peu pénible , comme il y avait lieu de l'espérer, la maladie 
s'est aggravée de plus en plus, les poumons ont été attaqués, et 
l'état de M. du Parc, est aujourd'hui tellement critique, que les 
médecins ont déclaré qu'il aurait fort peu de chances pour 
échapper à notre tentative vers les glaces du pôle austral, tandis 
qu'il pourrait y en avoir de nombreuses en sa faveur dans un sé- 
jour convenable à terre, et au milieu des ressources qu'il pour- 
rait y trouver; devant une pareille considération, malgré l'envie 
que j'avais d'abréger, le plus qu'il m'était possible, ma traversée 
jusqu'à la terre des Etats, j'ai cru devoir faire le sacrifice de deux 
ou trois jours, pour déposer M. du Parc sur un point central de 
notie station du Brésil, où j'ai remis cet élève aux ordres de 
M. le contre-amirai commmandant la station, qui lui donnera la 
destination la plus convenable. Heureux si je puis, par cette pré- 
caution , conserver à la marine et à sa famille un sujet qui, sous 
tous les rapports, promet de devenir un très-bon officier. 



Corvette V Astrolahe, 25 mai 1838 , à la mer. 



En terminant ce rapport , vous me permettrez de rendre de 
nouveau un témoignage authentique de ma satisfaction pour le 
zèle, le courage et les talents déployés par tous mes collabora- 
teurs. 

M. le capitaine Jacquinot s'est montré tel que je le con- 
nais déjà depuis bientôt vingt ans, parfait sous tous les rapports. 
MM. DuboLizet el Roquemaurel nous ont admirablement bien 
secondés. 

MiVI. Demas et Montravel , chargés des montres marines, 
par les circonstances les plus dures, par les temps les plus 
rigoureux, ont poursuivi leurs délicates observations avec une 
assiduité sans pareille ; et tous les autres officiers, médecins et 
élèves ont parfaitement fait leur devoir. 

Pour les observations de physique et le tracé des glaces et 
des côtcS; M. l'ingénieur-hydrographe Dumoulin, n'a laissé ab- 



PIECES JUSTIFICATIVES. 153 

soliiment rien à désirer, et il a mesuré la hauteur et l'étendue 
de près de trois cents des principales glaces que nous avons 
vues. 

Sur la Zélée, M. Goupil emplit ses cartons de tableaux pré- 
cieux, et sur V Astrolabe, le jeune chirurgien Le Breton, qui a 
un talent remarquable dans ce genre, exécute aussi à ma de- 
mande des dessins charmants. 

Au milieu de ces motifs de satisfaction, je n'éprouve qu'un 
seul regret véritable : c'est de n'avoir pu faire gagner à nos équi- 
pages la prime qui leur était annoncée. Bien certainement, les 
malheureux ont cent fois plus travaillé, plus souffert , et cent fois 
plus mérité cette récompense que si nous eussions trouvé 
la mer libre; car, dans ce ca?, quinze jours d'une navi- 
gation paisible et exempte de dangers eussent suffi pour nous 
conduire jusqu'au 7 5® degré , et nous en ramener. Naturel- 
lement insouciant de son avenir, comme vous le savez bien, 
amiral, le matelot attache peu de pi ix à l'argent pour l'argent 
même; aussi les nôtres ont bien vite oublié la prime, après en avoir 
plaisanté durant quelques jours. Mais je ne l'ai pas oubliée ; je 
n'oublierai pas non plus les épreuves terribles auxquelles je les 
ai soumis. Plusieurs d'entr'eux ont des familles auxquelles ces 
indemnités feraient grand bien. Vous verrez ce qu'il sera possi- 
ble de faire pour eux, et je m'en rapporterai entièrement à vos 
sentiments d'humanité^, s'il vous est permis de suivre leur inspi- 
ration. 



Valparaiso, 25 mai, au soir. 

J'arrive à Valparaiso et j'y suis accueiUi par la plus terrible 
nouvelle : un nouveau coup vient demeh-apper dans mes plus 
chères affections, et les suitesen seront peut-être encore plus fu- 
nestes pour moi... Pour mes efforts futurs c'est un triste encou- 
ragement. N'importe, amiral, je remplirai, jusqu'au bout, si j'en 
ai la force, le mandat que j'ai demandé et accepté; à Sincapour, 
je m'acquitterai de mon mieux de la commission que vous m'avez 
donnée. En partant d'ici^ je me dirigerai immédiatement sur 
les îles Gambier, où nos missionnaires ont formé un établisse- 



154 VOYAGE DANS LOCEANIE. 

ment , puis je ferai en sorte d'exe'cuter de mon mieux le reste de 
nos travaux dans l'Océanie. 

Retenu à Conception, quatre jours de plus que je nele voulais, 
par des vents d'ouest grand frais, j'ai mis ce temps à profit pour 
vous envoyer des copies ou des calques de presque tous les travaux 
hydrographiques déjà accomplis , et je serais bien aise que vous 
fassiez donner aussi de la publicité à notre travail sur les terres 
Louis-Philippe. Je joins encore à ce paquet des vues diverses 
exécutées par M. Goupil, el qui pourront vous donner une idée 
de noti'e excursion dans les glaces ; j'ai même supposé que le Roi 
lui-même pourrait prendre plaisir à voir ces échantillons de nos 
pénibles efforts . 

Monsieur le Ministre, 

Je rouvre ce paquet pour vous rendre compte d'une opération 
que je viens d'accomplir dans l'intérêt de la mission. Les morts, 
les déserteurs et les malades laissés ici avaient occasionné un dé- 
ficit de bras assez considérable dans notre petite division pour 
me faire craindre des conséquences fâcheuses. J'ai exposé mes 
besoins au capitaine Duhaut-Cilly qui, sur le champ, s'est em- 
pressé démettre à ma disposition les hommes qui m'étaient né- 
cessaires. Au coup de sifflet donné dans son équipage, huit 
hommes de bonne volonté se sont présentés pour faire notre 
campagne, et j'en ai accepté six, trois pour chaque corvette. Pre- 
nant en considération cette preuve de dévouement de leur part, 
d'entreprendre une longue et pénible compagne au moment d'être 
prêts à retourner dans leur patrie, j'ai accordé à chacun d'eux 
l'avancement auquel avaient déjà participé tous ceux qui étaient 
partis de Toulon avec nous j et en cela je me crois assuré de votre 
pleine approbation. 

Agréez, etc. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 155 

Le rapport adressé au ministre du port d^Umata (île 
Guaham) se trouvant complètement reproduit dans 
celui daté de la rade d'Amboine, nous nous dispensons 
de le publier. 



Rade d' Amboine , îles Moluques , Astrolabe , le 17 février 1839. 

Monsieur le Ministre , 

Dans la dernière lettre que je vous ai adresse'e de Guaham y il 
j a environ un mois , je vous annonçais à^ Amboine un rapport 
plus détaillé sur les opérations de notre campagne ; mais l'état 
habituel de malaise et de souffrances auquel je suis réduit depuis 
près de deux mois, ne m'a pas permis de m'occuper de ce travail : 
je me contenterai donc de vous envoyer d'ici un duplicata de ma 
lettre de Guaham, en y joignant seulement le récit de notre 
traversée des iles Mariannes à Amboine. 

Depuis notre départ de Taïti, c'est-à-dire depuis quatre mois et 
demi environ , nous avons accompli d'immenses travaux pour 
lesquels la fortune et le temps nous ont merveilleusement secon" 
dés ; car j'avouerai franchement que tout le zèle et toute l'expé- 
rience du monde n'auraient pu atteindre à de pareils résultats , 
si les circonstances les plus heureuses ne nous eussent presque 
constamment favorisés. En voici l'aperçu rapide : 

En quittant Taïti, le i6 septembre , nous reconnûmes toutes 
les îles qui dépendent de cet archipel, et même Mopélia et Scilly. 
Ces îles n'avaient plus été revues depuis Cook, et trop de con- 
fiance de ma part , dans les positions très-incorrectes de ce célè- 
bre navigateur, faillit causer la perte des deux navires sur les 
périlleux brisants de Mopélia. 

Une rapide traversée nous porta ensuite aux îles Hamoa (jadis 
îles des Navigateurs). Nous prolongeâmes dans toute leur étendue 
ces terres fertijes et riantes en suivant la côte à deux ou trois railles 
de distance au plus. Nous mouillâmes dans le petit port d'^/?j«, 
havre sûr et commode sur la bande nord d'Opoulou (île Oyolava 
de LaPérouse). Durant les six jours que nous y passâmes, nos 
relations avec les naturels furent constamment amicales : seule- 



156 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

ment un mauvais sujet s'avisa de dépouiller un jour un élève qui 
l'avait pris pour guide. Le déploiement de notre force armée sur 
la grève amena siu'-le-champ la restitution de tous les objets vo- 
lés, et, en outre, la tribu du coupable nous livra douze petits 
cochons par forme d'amende. 

Là, nous eûmes du moins la consolation d'apprendre, d'une 
manière à peu près certaine, que le*désastre de l'expédition de 
Lapérouse à Maouna avait été occasionné par'une circonstance 
purement fortuite. Les corps des Français qui succombèrent fu- 
rent inhumés , et non dévorés comme on l'avait longtemps ima- 
giné, attendu que les naturels de Hamoa n'ont jamais été canni- 
bales. Enfin deux ou trois Français qui revinrent ds leurs bles- 
sures furent bien traités par les sauvages et vécurent plus ou 
moins longtemps dans ces îles. 

De là nous passâmes à Va^'cio, aujourd'hui complètement ran- 
gée sous les lois des missionnaires méthodistes; puis, aux îles 
Hapaï, que nous traversâmes presque en entier, explorant des 
canaux et des écueils qui n'avaient jamais été reconnus. 

Désormais des travaux d'une plus grande importance et en- 
tourés de plus grands dangers nous attendaient. J'engageai les 
deux corvettes dans le fameux archipel des îles f^ili : à Lagucm- 
^a, je pris pour interprète un chef de Ton g a- Tabou ^ nommé 
Latshika, appartenant à la première famille de Tonga et jouis- 
sant d'une haute influence dans les îles Viti. 

Je questionnai Latshiha sur la malheureuse affaire de Bureaui 
il avait intimement connu ce capitaine , et il me donna les rensei- 
gnements les plus positifs sur sa fin tragique. Son assassin était 
Nakalassé, chef puissant et redouté de lîle Pà>a^ dépendant du 
grand chef de Pao sur Vili-Lebou; il avait été comblé de faveurs 
et de présents par Bureau , et la cupidité seule l'avait poussé à 
commettre cet acte avec une atroce perfidie. 

Je sentais parfaitement qu'il était de l'honneur de notre pa- 
villon de châtier un pareil forfait ; mais la certitude que Pwa 
était environné de récifs périlleux rendait l'entreprise fort épi- 
neuse pour nos navires. Je balançais donc à exposer le salut de 
la mission pour cet objet, quand Latshiha ajouta que Nakalassc^ 
devenu l'effroi de tous les chefs voisins, et fier des fusils, de la 
poudre et des canons qu'ils avaient trouvés sur le brick la José- 



PIÈGES JUSTIFICATIVES. 157 

phine, répétait avec arrogance qu'il désirait ardemment l'arrivée 
d'un navire de guerre français , afin de se mesurer avec lui ; son 
insolence n'aurait plus connu de bornes , et cette impunité au- 
f rait porté les autres chefs à des actes de la même nature. 

Je conduisis donc les corvettes au travers des écueils de Pii>a ^ 
et, le i6 octobre, vers midi, après avoir plus d'une fois frotté 
leurs flancs contre les coraux, elles furent mouillées à deux 
milles environ du fort deNakalassé. 

Sur-le-champ , j'expédiai un officier avec Lalshika vers l'û- 
houni-valou (titre qui correspond à celui de chef suprême ou em- 
pereur), pour lui demander que le traître Nakalassévi\ç,î\}LX. livré, 
ou , à défaut, pour le prévenir que, dès le jour suivant , Piva se- 
rait livré aux flammes. Ce grand personnage, nommé Tanoa^ 
vieillard à longue barbe , âgé d'environ soixante-dix ans, reçut 
mes envoyés avec la plus haute distinction , protesta de son atta- 
chement pour les Français et de son horreur pour le crime de 
Nahalassé. Mais il redoutait son puissant vassal , qui l'avait déjà 
une fois expulsé du trône et forcé de chercher un asile dans les îles 
voisines. Au sein même de sa capitale, à Pao , un parti considé- 
rable favorisait en secret Nahalassé. Aussi Tanoa dut avouer qu'il 
lui était impossible de nous livrer le coupable, ni même de nous 
assister ouvertement contre luij mais qu'il nous verrait très- 
volontiers diriger nos forces contre ce chef; loin de lui porter 
secours , s'il cherchait un refuge sur son territoire , il le tuerait et 
le mangerait sur-le-champ, et cela, quoique N«X-«/«jje' ait épousé 
la propre nièce de Tanoa. 

Nahalassé., de son côté, ayant appris mes intentions, déclara 
qu'il était déterminé à nous attendre dans son fort de Piva , et 
qu'il se ferait enterrer sous ses ruines plutôt que de l'évacuer. 

Dès le jour suivant, à cinq heures du^natin , les embarcations 
des deux corvettes jetaient sur les récifs de Plva cinquante ma- 
rins armés, sous les ordres de M. le lieutenant de vaisseau Du- 
bouzet, auxquels s'étaient joints presque tous les officiers des 
deux navires, comme simples volontaires. La position du fort 
était à peu près imprenable , et nos officiers avouèrent qu'une 
douzaine d'hommes, bien résolus, leur auraient pu faire un grand 
mal, sans courir eux-mêmes aucun danger. Mais il paraît qu'au 
moment même où il vit les Français aborder sur son île, l'or- 



m VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

gueil et la férocité naturelle de Nakalassé firent place au plus 
grand découragement. Nos hommes trouvèrent la place complè- 
tement abandonnée; les portes des maisons étaient fermées. Sur 
le champ, le village entier fut livré aux flammes ; le palais de 
Nakalassé , l'orgueil et le palladium de son maître (au demeu- 
rant, édifice vraiment remarquable pour ces contrées), ne fut 
bientôt qu'un monceau de cendres et de décombres. 

Cela fait, et ce fut l'affaire de deux heures au plus, M. Du- 
bouzet revint à bord avec ses compagnons. Bien que le triomphe 
fût plus facile que je ne pensais, je fus charmé de n'avoir trouvé 
aucune résistance, et de n'avoir été obligé de causer la mort de 
personne, même de Nakalassé. Du reste, Latshika et Tanoa lui- 
même m'assurèrent que ce chef était maintenant un homme 
perdu ; cette affaire , pour lui , était plus funeste que s'il eût 
succombé avec ses guerriers en se défendant noblement. L'uni- 
que sort qui l'attendait désormais était d'être traqué , saisi , puis 
rôti et dévoré lui et les siens, attendu qu'un préjugé religieux lui 
interdisait de rebâtir son village sur Pii^a, et que , partout ail- 
leurs , il se trouverait au pouvoir de ses ennemis. 

Quoi qu'il en soit, pour compléter notre œuvre, et à la prière 
de Tanoa, nous descendîmes, l'après-midi, dans tout notre ap- 
pareil militaire, à Pao^ chez Vahouni-valou, où il nous reçut sur 
la grande place du lieu, dans toute la pompe de yiti, à la tête des 
vieillards de la nation accroupis gravement, avec leur casse-tête 
à la main , et rangés sur deux files , tandis qu'une foule considé- 
rable , groupée aux alentours , observait le silence le plus reli- 
gieux. 

Quand nous eûmes tous pris place, je chargeai Latshika d'ex- 
pliquer à Tanoa que nos navires n'étaient point destinés à faire 
la guerre aux peuples de l'Océanie ; mais qu'ayant appris sur ma 
route le crime de Nakalassé et ses provocations contre la nation 
française, j'avais jugé qu'il fallait châtier une pareille insolence. 
Le crime de Nakalassé était d'autant plus odieux qu'il n'avait été 
provoqué en aucune manière par le capitaine Bureau. C'est pour- 
quoi j'avais ruiné de fond en comble Piva , et pareil sort était 
réservé à tout chef qui tenterait d'insulter, sans motif, un na- 
vire français. La punition pourrait être quelquefois tardive à 
cause des distances; mais elle serait toujours infaillible. Quant 



PIEGES JUSTIFICATIVES. /|59 

à lui, Tanoa , et à sou peuple de Pao, nous lcsi\'(^ardions comme 
des amis , et j'espérais que l'union et la bonne intelligence régne- 
raient toujous entre eux et les Français. 

Ces paroles, qui avaient pu exiger cinq ou six minutes de ma 
part, pour les proférer lentement et gravement, furent reprises 
paiT'éloquentZ«/j/i?^<2; il en fit une véritable harangue qui dura 
près de trois quarts d'heure , prononcée avec une pose, une di-^ 
gnité et une assurance que nous admirâmes tous , et qui parut 
faire la plus profonde impression sur tous les chefs et le peuple 
de Pao, Latshika interrompait par moments son discours, et à 
dessein, pour écouter l'effet de ses paroles. Alors les principaux 
chefs répondaient gravement par le seul mot saga ou bitiaka^ 
c'est juste , c'est bien. ' 

Je remarquai pourtant quelques chefs qui gardaient une 
figure triste et morose , sans jamais approuver, mais sans oser 
contredire, et je sus ensuite que c'étaient les partisans de Naka- 
lassé , consternés de sa ruine. Mais l'immense majorité fut pour 
les Français, Quelques tours d'exercice de la mousqueterie nous 
valurent de vifs applaudissements j puis Tanoa fit apporter des 
vivres pour tous ses hôtes. Il vint dîner avec moi à bord , où je 
lui fis des présents , ainsi qu'au brave Latshika , qui s'était par- 
faitement comporté dans cette affaire ; enfin tous deux prirent 
congé de moi et s'en retournèrent à Pao. 

Ce qui fit le plus d'impression sur l'esprit des naturels, ce fut 
la rapidité avec laquelle notre expédition fut conduite. Tanoa, la 
veille, avait souvent témoigné ses craintes sur le succès de notre 
entreprise ; il avait même pensé que nous n'aurions pas osé atta- 
qué Nakalassé dans son fort, ou du moins qu'il nous aurait fallu 
plusieurs jours pour le réduire. Aussi sa surprise fut grande 
quand il vit que Piva était livré aux flammes, même avant que 
le soleil fût levé. La nouvelle en fut vite répandue dans toutes les 
îles de l'archipel, et partout nous étions précédés par la réputa- 
tion d'hommes qui avaient vaincu et ruiné Nakalassé, la terreur 
de toutes ces îles. 

Malgré la nature essentiellement scientifique de notre campa- 
gne, il me fut agréable , amiral , d'avoir pu remplir, en celte cir- 
constance, la partie de vos instructions où vous me recommandez 
la protection et les intérêts de notre commerce, toutes les fois que 



160 VOYAGE DAÎNS L'OCÉANIE. 

l'occasion s'en présenterait. Déjà, à la Conception , j'avais été à 
même de faire respecter l'autorité méconnue de quelques capi- 
taines. En outre, les pénibles reconnaissances, les nombreux 
plans des ports qui seront exécutés dans cette campagne, les pré- 
cieux renseignements que nous fourniions, offriront de nouvelles 
ressources aux navires de notre nation , que différents genres de 
spéculation appellent déjà à parcourir l'Océanie, à l'exemple des 
Anglais et des Américains, Ainsi, les personnes qui ne veulent 
absolument considérer que le coté positif des dépenses de la ma- 
rine seront obligées de reconnaître que celles de notre mission , 
d'ailleurs si modiques, ont encore un but réel et immédiat d'u- 
tilité publique. 

JNous eûmes de la peine encore à sortir des écueils de Pwa; 
ensuite nous traversâmes en entier l'archipel yiti , après avoir 
mouillé à Lehouka ^ sur l'île Obalaou et à Boua, sur la grande île 
Vanoua-Lchou. Un temps superbe nous servit à souhait pour ces 
périlleuses explorations. 

Après avoir pris connaissance de l'île Aurore^ dans les Nou- 
velles-Hébrides^ je fis la géographie du Pic de l'Etoile et dii groupe 
de Banks^ dont l'existence seule était connue. L'île de Vanikoro 
fut visitée , et les îles de Nitendiei Mindana reconnues. Enfin, le 
travail important des iles Salomon fut commencé le 1 8 novembre, 
et, depuis les îles Anna et Catalina, au S., jusqu'à la pointe N. 
de Bouka, plus de deux cents lieues de côtes à peu près incon- 
nues furent relevées dans le plus grand détail , la route des cor- 
vettes passant rarement à plus de trois milles et souvent à un 
mille de la côte. Une relâche de six jours eut lieu sur l'île Saint- 
Georges , près de la grande île Isabelle^ et signalera une station 
utile et commode pour les navires en ces parages. Nos relations 
avec les naturels furent toutes pacifiques; pendant celte relâche . 
les vents d'E. firent place à la mousson d'O., qui ne cessa ensuite 
de souffler d'une manière invariable. 

L'exploration des îles Salomon étant terminée, nous recon^ 
nûmes encore les îles Hardy ^ Saint- Jean^ Caen, et le groupe Âù^ 
garnis ; puis je fis roule au N. pour chercher les vents alises du 
N. E. Nous reconnûmes les groupes de Nougouor et de Louasap, 
dans les Carolines , encore inexplorés. Nous passâmes six jours 
au mouillage, au centre du grand groupe de Rouk (Hogoleude 



PIECES JUSTIFICATIVES. 161 

M. Diiperrey), où nul navire n'avait mouillé avant nous. Nos 
relations avec les naturels, d'abord amicales, furent troublées , 
vers la fin, par l'attaque imprévue d'une vingtaine de pirogues 
sur le grand canot de V Astrolabe^ envoyé en reconnaissance. Il 
fallut déployer, aux yeux de ces perfides sauvages , la supériorité 
de nos armes, et quelques-uns payèrent cher leur imprudence. 
Enfin, le i*"^ janvier 1839, les deux corvettes laissèrent tomber 
l'ancre sur la jolie petite rade d'Umafa^ où j'ai pu procurer aux 
deux équipages les rafraîchissements dont ils étaient privés de- 
puis longtemps. Toutefois, après une navigation aussi longue, 
aussi active sur chaque corvette , nous ne comptions que deux 
malades, et tous les autres jouissaient de la santé la plus flo- 
rissante. 

Nous quittâmes cette place le lo au matin, nous dirigeant au 
S. 0. Je reconnus toute la partie de Couap que n'avait pu voir 
V Astrolabe en 18*28 ; dans la journée du 1 6 janvier, nous prolon- 
geâmes les îles Pelew de fort près. Les naturels de Pililio vinrent 
nous visiter dans jeurs pirogues ; deux. Malais , se disant natifs 
de Banda, naufragés sur cette île, se plaignirent amèrement de 
la manière dont les naturels les traitaient, et me supplièrent de 
les recevoir à bord de {'Astrolabe : j'y consentis, et je viens de les 
déposera Amboine. Dans les journées du 20 janvier et les sui- 
vantes, nous explorâmes le canal de Serangani, et les côtes mé- 
ridionales de Mindanao , dans une étendue de quarante lieues 
environ. J'envoyai même M. Dumoulin sur la côte, observer des 
inclinaisons rt des intensités magnétiques qui seront de quelque 
intérêt pour les physiciens , attendu que Téquateur magnétique 
passe par ces lieux. Les naturalistes, de leur côté, recueillirent 
quelques échantillons des productions de cette grande île. 

Ensuite je me repliai vers le sud. Nous fîmes la géographie de 
cette chaîne d'îles qui paraît lier, par une base sous-marine, le 
système des Philippines à la grande île de Célébes. Près de la 
pointe E. de Sanguir, une fâcheuse série de contrariétés , prove- 
nant surtout de courants accompagnés d'un calme subit , mit les 
deux corvettes dans le plus grand péril. Durant près d'une 
demi heure, acculées à quelques toises de rochers, sur les- 
quels la mer brisait avec fureur, elles se virent menacées d'une 
perte complète. Une heureuse brise, aussi subite que le 

X. 11 



462i VOYAGE DANS L'OGEANIE. 

calme qui l'avait précédée, nous tira promptement d'embai'ras. 

Ce travail fini , j'allai mouiller devant la délicieuse île de Ter- 
nate^ où nous passâmes trois jours, parfaitement accueillis par 
les autorités du lieu, qui nous procurèrent le plaisir de passer 
une soirée chez le sultan de Ternate, soirée qui fut très-agréable, 
en ce qu'elle nous donna l'idée du degré de civilisation auquel 
ces peuples étaient parvenus , avant leur conquête par les Eu- 
ropéens. 

Enfin, le 4 lévrier, à midi, nous avons mouillé sur la rade 
d'Amboine , où nous avons été accueillis , comme de coutume , 
par les autorités hollandaises, avec la plus grande cordialité 
Elles se sont, sur-le-champ, empressées de fournir à tous mes 
besoins, et ont poussé l'obligeance jusqu'à partager avec nous 
ce qui restait dans leurs magasins. Aussi je compte repartir 
d'ici à peu près complètement pourvu sous tous les rapports. 

Mon intention est de remettre à la voile le 18 février au matin. 
Je visiterai i5a^ir/«, la rivière Dourg-a, où les Hollandais eurent 
un établissement qu'ils ont abandonné depuis deux ans ; puis 
je lancerai les corvettes dans le détroit de ïorrès. Si le mauvais 
temps , les récifs ou les maladies m'opposent de trop grands obs- 
tacles, je me replierai sur les Moluques , et j'utiliserai , du mieux 
qu'il me sera possible, la fin de la campagne au profit de la 
navigation et des sciences. 

Abord des deux corvettes, tout le monde se porte bien, et je 
suis le seul dans un état de santé moins satisfaisant. Le zèle des 
officiers se soutient, et la masse des travaux recueillis est déjà in- 
calculable. Cependant je me contenterai de vous envoyer d'ici un 
calque de notre travail sur les îles Salomon , avec prière de lui 
donner de la publicité par la voie des Annales maritimes et du 
Bulletin de la Société de géographie; car, après notre exploration 
des glaces et des terres antarctiques, ce sera le morceau le plus 
important du voyage. 

Veuillez agréer, etc. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 163 

Rade de Batavia, 18 juin 1839. 

Monsieur le Ministre, 

Depuis notre départ d'Amboine, depuis quatre mois environ, 
un bonheur presque constant a présidé à toutes nos opérations, 
et nous avons pu exécuter une masse de travaux au moins dou- 
ble de celle que nous pouvions raisonnablement espérer; l'aperçu 
rapide queje vais avoir l'honneur de vous en donner vous démon- 
trera que je n'exagère point. 

Le 18 février, nous avons quitté la rade d'Amboine, où nous 
avons été si généreusement accueillis, et je me dirigeai sur les îles 
Banda, autant pour avoir une idée de ses fameuses plantations de 
muscadiers que pour saluer le gouverneur des Moluques, alors 
en tournée d'inspection dans ce petit archipel. 

Le 21, nous étions mouillés dans le joli canal qui sépare 
Banda-Bessar àe Banda-Neïreï. M. le colonel-gouverneur de 
Stuers et M. le résident de Banda nous comblèrent de préve- 
nances et de politesses. Juste appréciateur des travaux de notre 
mission, le colonel de Stuers enrichit nos collections d'un beau 
douyong vivant et d'un animal voisin du Potorou , qui for- 
mera peut-être le type d'un genre nouveau. En outre, il voulut 
bien lui-même, dans une charmante excursion, nous montrer les 
superbes plantations qui font la richesse de ces îles, et nous ex- 
pliquer, avec la plus grande complaisance, les manipulations di^ 
verses que subit la muscade avant d'être expédiée pour la mé- 
tropole. 

Avec d'aussi aimables hôtes, le temps fuyait avec rapidité. 
Pourtant je remis à la voiie le 25 février. Ayant rallié la côte 
S. E. de Ceram, nous en fîmes la connaissance aussi bien que 
celle des îles Kessing, Ceram-Laut , Gorain^ Tenimbar^ Mata- 
Bella^ Mana-Wolka et Tosva^ si vaguement configurées sur les 
meilleures cartes. 

Ensuite, poursuivant notre route à l'E., nous attaquâmes les 
hautes terres de la Nom'eUe-Gulnée ^ près la pointe du S. O. et 
la prolongeâmes l'espace de quatre-vingts lieues environ, jusqu'à 
la rivière Outanata. Là, revenant au S., je me dirigeai vers le dé- 
troit de Torrés , pour constater si la fin de la mousson d'O. me 
permettrait encore d'en effectuer le passage. 



464 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

Mais, à mesure que j'avançais clans l'E., je vis lèvent mollir 
et varier graduellement. Nous parvînmes pourtant jusqu'au cap 
Tf^alsch.) et nous le reconnûmes comme avait fait jadis Cook, à 
neuf ou dix milles de distance, quoique nous n'eussions plus que 
quelques pieds d'eau sous notre quille, puisque la sonde ne rap- 
portait plus que quatre brasses de fond. 

11 est évident que les calmes et les brises variables que nous 
éprouvions annonçaient le reversement prochain de la mous- 
son. Je renonçai donc à pousser plus loin vers l'E, et m'ef- 
forçai, sans plus de retard , de regagner dans l'O. le terrain 
que j'avais perdu. Durant près de quinze jours, il nous fallut 
lutter contre une série de grains violents, de sautes de vent et 
de bourrasques fort ennuyeuses et fatigantes pour les équipages; 
mais j'eus bien sujet de me féliciter de la résolution que j'avais 
prise; car il est fort douteux que les deux corvettes eussent pu 
échapper à leur perte, si nous eussions été engagés dans les récifs 
du détroit sous de pareils auspices. 

Enfin, le 27 mars, les deux corvettes purent s'amarrer en par- 
faite sécurité au fond de la vaste baie de BaJ[fles. Les Anglais fon- 
dèrent sur ce point, il y a quelques années, un établissement 
qu'ils abandonnèrent bientôt, et dont nous vîmes les ruines. 
Bien qu'incessamment poursuivis et dévorés par les moustiques, 
les mouches et les fourmis, nous mîmes tous à profit les huit 
jours que je consacrai à cette station, et la masse entière des ob- 
servations et des matériaux eut beaucoup à gagner à cette relâ- 
che, d'autant plus que jamais navire français n'avait encore vi- 
sité cette portion de l'Australie. 

Deux jours après notre arrivée, à notre grande surprise, nous 
reçûmes la visite d'une embarcation anglaise montée par des offi- 
ciers. Ceux-ci nous racontèrent qu'ils avaient appris notre pré- 
sence à Rajjles-Bay par des Bouguis, occupés à pêcher le tripang, 
et ajoutèrent que les Anglais venaient de fonder de nouveau, depuis 
six mois environ, un élablissemenlau port jE'j.ym^'Jo//, à quelques 
lieues'dans l'O. de notre mouillage, sous la direction de M. le ca- 
pitaine de vaisseau Bremer. Je leur promis d'aller rendre une 
courte visite à leur gouverneur, si les vents me le permettaient. 

En effet, le 6 avril, nous sortions de Raffles-Bay, et quelques 
heures après, nous laissâmes retomber l'ancre au fond du beau 



PIECES JUSTIFICATIVES. 165 

bassin du port Essingtoii, à trois milles environ de la cité nais- 
sante deVittoria. 

Dès le jour suivant, j'allai rendre ma visite au capitaine Bre- 
mer, officier d'une aménité, d'une douceur de caractère et d'une 
noble simplicité de manières qui, dès le premier abord, prévien- 
nent singulièrement en sa faveur. 11 parait animé d'un zèle si ar- 
dent et d'une volonté si ferme pour le succès de sa naissante co- 
lonie, et il a su si bien inspirer les mêrars sentiments à tous ses 
subordonnés, qu'il sera bien démontré que l'Angleterre doit re- 
noncer à ce projet, si ce nouveau fondateur y échoue. Par son 
climat, par les localités, surtout par la nature de son sol , le port 
Essington est loin de présenter les avantages que les Anglais ont 
trouvés sur d'auti'es points de l'Australie, notamment au port 
Jackson, à Hobart-Town , à K^ing-George-Sound et même à 
Svran-Kiver. Mais j'avoue franchement qu'un établissement dans 
ces parages, quel qu'il puisse être , sera un 'grand bienfait pour 
les navires destinés au passage du détroit de Torrès. Du moins, 
après cette épineuse navigation, ils pourront compter sur un 
lieu de ressources et de rafraîchissements, et, en cas de sinistre, 
sur un asile et des secours assures. Au demeurant, à juger par les 
travaux déjà exécutés, il m'a semblé qu'en six mois les marins et 
les soldats de la corvette \ Alligaior^ affectée au Service de cette 
colonie, ont bien mis leur temps à profit. 

Le 7 avril au matin, à mon retour, je reçus à bord àeVAslro- 
lahe le digne capitaine Bremer, et quelques-uns de ses officiers ; 
puis, après avoir pris congé l'un de l'autre aussi affectueusement 
que si nous eussions été de vieux amis, dès midi je cinglai au N. 

Comme je vous l'annonçai déjà par mon rapport d'Amboine, 
mon but désormais était d'utiliser de mon mieux le reste de la 
campagne, par des travaux divers dans les Moluques et dans les 
Philippines. A cette époque de l'année, vouloir rentrer dans 
rOcéanie en faisant le tour de la Nouvelle-Hollande, c'eût été 
employer, presque sans aucun résultat, le reste du voyage. En 
effet, il eût fallu compter sur deux mois environ pour atteindre 
Hobart-Town, puis sur deux auties mois pour cette relâche et 
la navigation de la Nouvelle-Zélande, où je me serais trouvé en 
plein hiver, et par conséquent dans l'impossibilité de rien faire 
de bon^ ni pour l'hydrographie, ni pour Ihistoire naturelle. 



466 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

Qu'on ajoute à cela deux aulres mois pour rallier quelqu'un des 
archipels de la Polynésie, et voilà six mois décoidés sans autre 
résultat qu'an espace immense de mer sillonné sans fruit. 

Par la voie nouvelle que je me proposai de suivre, à chaque 
pas des mines fécondes en tout genre à exploiter s'ofïrant à mes 
regards, ne me laissaient que l'embarras du choix et le regret de 
ne pouvoir les aborder toutes. L'événement a encore djépassé mes 
espérances. Grâce à un heureux concours de circonstances, en 
trois mois j'ai pu enrichir l'expédition d'une masse de faits, de 
matériaux et d'observations, qui seule surpasse déjà tout ce que 
je pouvais attendre pour le reste du voyage, en suivant l'autre 
route. Puis, un avenir tout entier de six ou huit mois est encore là 
pour ajouter à toutes ces acquisitions. 

Du 12 avril au 21 du même mois, nous fîmes l'exploration 
complète de toute la bande occidentale du groupe des îles Arrou^ 
si peu connues jusqu'à présent, et dont le tracé sur les cartes 
était tout à fait incorrect. Nous passâmes, en outre, trois jours 
au mouillage du havre Dobo^ entre les îles IVama et TVohan^ 
temps qui fut bien fructueusement employé de toutes manières. 
Nous eûmes des relations journalières et amicales avec les natu- 
rels de ces îles, ainsi qu'avec une horde nombreuse et indus- 
trieuse de Bouguisde Mankassai^, temporairement établis à Dobô 
pour leur commerce. 

Sur la point S. de Wokan, je retrouvai et visitai avec intérêt 
les ruines de l'aucien fort hollandais et des édifices qui l'entou- 
raient. Par leur nature et leur étendue, ces ruines atlestent que 
l'établissement avait dû être assez important. Mais aujourd'hui 
murs, remparts, tombeaux, fontaines, tout commence à dispa- 
raître sous un voile épais d'herbes, de lianes et de plantes para- 
sites qui envahissent avec rapidité le sol naguère occupé par 
l'homme. Pourtant, il y a quarante ans au plus que ce point est 
complètement abandonné. 

Le 22, nous reparûmes sur la côte méridionale de la Nouvelle- 
Guinée pour combler quelques lacunes que les vents contraires 
et les brumes m'avaient contraint de laisser dans notre travail du 
mois précédent. Cette fois, d'ailleurs, je pus conduire les deux 
corvettes au fond de l'immense baie Triton, devant le lieu même 
où les Hollandais tentèrent récemment un établissement^ qu'ils 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 167 

ont évgjûué, il y a trois ans environ. Car c'est bien ici devant les 
îles Arroiij-près de l'île PVesselsy et non pas à la rivière Dourga , 
comme on l'avait écrit , qu'avait été placé le fort Dubus. Sur le 
littoral, un espace triangulaire dans la forêt, un peu plus dégagé, 
indiquait seul de loin à nos regards curieux le lieu où fut la co- 
lonie. De près une petite jetée, un four en maçonnerie et quel- 
ques morceaux de palissades à demi-carbonisés sont les seules 
traces matérielles du travail des hommes. Une végétation d'une 
incroyable activité se hâte de recouvrir les lieux qui furent dé- 
frichés, et déjà sur plusieurs points des arbres ont pu s'élever de 
20 à 25 pieds , dans le court espace de trois années. 

Sauf les bords marécageux de la rivière, tout le sol qtii environne 
la baie Triton est montueux, et recouvert de forêts si épaisses et 
souvent si enlacées, que la promenade est loin d'y être facile ni 
agréable. Néanmoins, le court espace de tempa qui fut donné à 
celte relâche enrichit notablement le domaine de l'histoire natu- 
relle, et les plans levés seront d'un haut intérêt pour la navigation. 

Le 3o avril, nous quittâmes la baie Triton. Le jour suivant, 
nous explorâmes une baie spacieuse qui lui est presque conliguë 
dans l'ouest, et qui était complètement inconnue avant nous. 
Puis, favorisés par une belle brise, nous fîmes la reconnaissance 
détaillée de toute la partie de la Nouvelle-Guinée comprise entre 
la pointe S.-O. et l'entrée du canal de Macluer. Cette partie de 
côte est très -accidentée, et se découpe en vastes enfoncements, où 
doivent exister des mouillages admirables. Ce sera une belle mine 
à exploiter pour la mission qui aura pour but spécial la géogra- 
phie de cette grande terre. Quanta moi, jaloux de mettre à pro- 
fit un bon vent, afin de remplir avec honneur le cadre plus 
large et, à mon avis, bien autrement glorieux, qui avait été mis à 
ma disposition, je me hâtai de gouverner sur la belle île de Ce- 
ram, et, le 6 mai , nous mouillâmes près de la pointe orientale, 
dans la baie de TVarou^ où nous passâmes trois jours qui furent 
bien mis à profit. 

Puis nous traçâmes en détail toute la côte septentrionale de la 
longue île de Ccram jusqu'au détroit de Bourou; la côte septen- 
trionale de Bourou fut également relevée , ainsi que la partie du 
S. de Bouton ; enfin toute la portion méridionale de Céfèbes , de- 
puis 5a /«jer jusqu'à Mankassar, En passant, je dois faire obser- 



468 VOYAGE DANS UOCÉANÏK. 

ver que jusqu'à nous aucune de ces terres n'avait été régulière- 
ment tracée. 

Enfin, le 22 mai, nous mouillâmes sur la jolie rade de Man- 
kassar^ où nous passâmes cinq jours, temps rigoureusement né- 
cessaire pour régler nos chronomètres. Les attentions deM. Bous- 
quet, gouverneur de Célèbes, et de son aimable dame, ont con- 
tribué à nous rendre ce séjour agréable, en même temps qu'il a 
offert de nouvelles récolles à l'expédition. Jamais navire de guerre 
français n'avait encore paru sur la rade de Mankassar, et nous 
serons les premiers à en donner un plan détaillé, ainsi que des 
passes qui y conduisent. 

Sans doute, Monsieur le Ministre, vous admirerez comme je 
le fais moi-même, dans chacune de nos relâches, la bienveillance 
soutenue, les prévenances, les généreux procédés que nous té- 
moignent les autorités hollandaises dans tous les lieux où nous 
nous présentons; mais je dois vous apprendre qu'indépendam- 
ment de leurs dispositions naturellement bienveillantes, il est en- 
core un autre motif qui les |)orteà redoubler de soins et d'égards 
pour notre mission. Je le dois à l'avantage de pouvoir mettre sous 
leurs yeux les magnifiquesatlasde la dernière expédition àaX As- 
trolabe. La vue de ces grands travaux, publiés d'une manière si 
splendide, excite sans cesse leur admiration. Tous sont obligés de 
convenir que la nation capable de produire d'aussi beaux monu- 
ments et de les livrer franchement au public , sans arrière-pensée 
de mystère ou d'intérêt privé, est une nation vraiment grande et 
libérale. C'e-t un aveu même que sont obligés de faire les Anglais 
éclairés, d'ailleurs si entichés de leurs préjugés exclusifs en fa- 
veur de leur nation. Ils n'ont rien de semblable à présenter. De 
là pour eux, cette lutte de prévenances en notre faveur, cet heu- 
reux empressement à nous procurer les moyens de succès que 
nous pouvons souhaiter , en un mot, cet honorable désir de 
de coopérer, autant que leur position le permet, à une entreprise 
consacrée au bien général de Thumanilé, aux progrès communs 
(le toutes les connaissances, bien plutôt qu'à aucune considéra- 
lion de politique ou d'intérêt national. 

Le 29 mai, nous quittâmes Mankassar ; nous, déterminâmes 
plusieurs des îlots et dangereux bas-fonds situés entre CéUbcs et 
Boinùo^ où nous mouillâmes le i*"" juin, devant le cap SalcUan^ 



PIECES JUSTIFICATIVES. 169 

pointe S. de cette île immense. Dans la journée du 2, les deux 
grands canots furent expédie's à la côte, avec les naturalistes et 
plusieurs officiers ; ils y pas èrent la journée entière. Nos vivres 
tiraient vers leur fin ; aussi, dès le 3, je remis à la voile et gouvernai 
directement sur Batavia^ où j'ai mouillé le 8 dans l'après-midi. 

Vous vous étonnerez peut-être, Monsieur le Ministre, qu'après 
une navigation continue de plus de cinq mois au travers des Mo- 
luques, après avoir fréquenté plusieurs contrées réputées mal- 
saines, comme la Nouvelle-Guinée, Arrou, Ceram, Mankassar, 
surtout après les travaux prodigieux exécutés à l'ancre comme à 
la voile, nos deux équipages aient pu arriver à Batavia en bonne 
santé. C'est pourtant ce qui a eu lieu : sur les deux corvettes, 
pas un homme n'est porté sur la liste du médecin ; tous sont gais, 
contents et porteurs de figures de pro-périté. Puisse cela conti- 
nuer ! et, nonobstant les grandes opérations que je médite en- 
core, je me flatte de l'espoir que tous reverront, sains et saufs, 
leur patrie dans quinze mois environ. 

J'ai pu me procurer ici, par la maison Lagnier et Bo! ell, et à 
des prix modérés, tous les vivres dont nous avions besoin, c'est- 
à-dire biscuit, farine, vin , arack, légumes et autres objets de 
moindre importance. Aus^i nos dépenses sont-ePes encore fort 
modiques. 

Je compte remettre à la voile le 19 juin, m'engager dans les 
détroits de Banha et Diirion, passer quatre ou cinq jours à Sin- 
ga pour, oi\\e. m'acquitterai de votre commission près de M le 
président de la chambre de commerce. Jeme dirigerai ensuite sur 
Sambas , de là sur Sambouangnn. Alors ma navigation sera su- 
bordonnée à l'époque où je pourrai y arriver; si le temps me le 
permet encore, je rentrerai dans l'océan Pacifique pour y opérer 
de nouvelles reconnaissances ; sinon j'irai passer quelques jours 
à Manille, et peut-être à Macao, et m'en reviendrai avec la mous- 
son du N. E. Dans ce dernier cas, la campagne pourrait être 
abrégée de deux ou trois mois; dans l'autre, elle embrassera le 
laps de temps complet de trois années, sur lequel j'avais toujours 
compté en partant de France. 

Les officiers et les équipages des deux corvettes continuent à 
faire leur devoir. Mais la voix de la justice et de la vérité me force 
à citer particulièrement les noms suivants : d'abord mon excel- 



170 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

jcnt, fidèle et vieux compagnon , le capitaine Jacquinot ; MM. Du- 
bouzel, de Montravel, Lafarge et Marescot, toujours animés du 
même zèîe pour la campagne, de la même confiance envers leur 
chef, l'infatigable M.Dumoulin, dont l'activité ne s'est pas un mo- 
ment ralentie , et MM. les chirurgiens naturalistes, qui pour- 
suivent avec une rare constance leurs estimables travaux. 



Rade de Sincapour, Astrolabe , 1er juillet 1839. 

Monsieur le Ministre , 

L'expédition a quitté Batavia le ig juin , comme elle y est ar- 
rivée sans compter un seul malade dans les deux équipages; nous 
avons fait la géographie suivie et complète des détroits de Ban- 
Aa, Durion et Singapour, sondant tous les quarts-d'heure, et 
fixant ainsi d'une manière plus précise qu'on ne l'avait jamais 
fait^ les positions des îles et les dangers épars sur cette route. 

Dans l'après-midi du 27 juin , noiisavons mouillé sur la rade 
de Singapour, ou nous-avons reçu l'accueil le plus honnête de la 
part de toutes les personnes honorables de cette intéressante co- 
lonie. Mais je dois placer au premier rang M. Baleister, chez le- 
quel j'ai trouvé l'hospitalité la plus franche et la plus cordiale, et 
dont Tutile et instructive conversation m'a fourni les plus pré- 
cieux renseignements , pour les recherches qui m'occupent d'une 
manière plus particulière. Il m'est agréable de vous signaler 
d'une manière toute spéciale , le nom de ce fonctionnaire qui en 
avait déjà agi avec un pareil empressement envers les navigateurs 
de VArléinise , lors de leurs passage à Singapour. 

Je me suis acquitté de votre commission, M. le Ministre, près 
le président de la chambre de commerce de Singapour, A dé- 
faut d'autres documents positifs , je lui ai offert de votre part, un 
des deux exemplaires dé la collection des Annales maritimes dont 
vous aviez gratifié l'expédition, en lui promettant la suite des 
numéros postérieurs au mois de juin 1837. M. Johnston à paru 
extrêmement sensible à cette offre, et m'a prié de vous en témoi- 
gner toute sa reconnaissance. 

En l'absence d'aucun agent finançais sur la place de Singapour^ 



PIEGES JUSTIFICATIVES. 171 

il m'a semblé qu'il était de mon devoir de porter à votre connais- 
sance l'événement suivant, tel qu'il est rapporté dans la dernière 
gazette de cette place. (Cette narration a été reproduite dans 
le tome VII). 

J'ajouterai, M. le Ministre, qu'il m'a été impossible d'obtenir, 
sur cette triste catastrophe, des renseignements plus précis, plus 
détaillés que ceux de la gazette ; si le port de Rigas se fût trouvé 
peu éloigné de ma route , j'aurais été moi-même en chercher sur 
les lieux, et voir s'il y aurait eu moyen d'obtenir quelque satisfac- 
tion des naturels : mais pour cela il eût fallu renoncer définitive- 
ment à la suite de nos opérations, je n'ai pas cru convenable de 
le faire, d'autant plus, que tout ce que j'aurais pu obtenir, m'a- 
t-on dit ici , eût été de brûler les cases des naturels de Rigas , 
comme ont fait les navires américains et anglais, qui ont voulu 
dernièrement venger sur leurs auteurs de pareils forfaits : les 
naturels s'échappent dans les forêts , et reviennent dès que les 
navires ont mis à la voile. 

Nous quitterons demain Singapour et nous nous dirigerons sur 
Bornéo que nous visiterons près de Sambas , puis , si le vent me 
favorise, je passerai à Sooloo. On nous a dit ici que le sultan de 
ces îles avait expédié, vers le Roi des Français , des ambassadeurs 
qui ont dû passer par ici il y a peu de temps. Je saurai si cela 
est vrai , et dans tous les cas , je croirai aller au-devant de vos in- 
tentions , en faisant à ce prince indépendant, des présents et des 
avances de politesse dont les suites pourraient être avantageuses 
pour notre commerce et lui présenter de nouveaux débouchés 5 
car soyez bien persuadé , M, le Ministre, que je ne perds jamais 
l'occasion de concourir à ce but d'utilité positive, tout en rem- 
plissant le mandat purement scientifique de notre mission. 

Veuillez agréer, etc. 



Samboangan , île Mindanao , Astrolabe , le 4 août 1839. 

Monsieur le Ministre , 
Avant de lancer une seconde fois nos deux navires au travers 
de VOcéaniey j'ai voulu donner encore quelques détails sur le 



472 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

reste de nos opérations au travers des îles de Tarchipel Indim. 

Nous quittâmes Singapour le 2 juillet, passâmes entre la 
pointe de Romanie et Pedio-Branco , puis, gouvernâmes directe- 
ment sur Bornéo apiès avoir reconnvi les Anambas du Sud , les 
îles Victory, Saddle et Sambilan; le 8 juillet, vers midi, je 
mouillai en pleine côte, par quatre brasses et demie, à quatre 
milles environ de l'embouchure de la rivière de Sambos. Les 
naturalistes , l'ingénieur et quelques officiers furent sur-le-champ 
expédiés à terre pour reconnaître le cours du fleuve. 

Il leiu' fut démontré qu'il était impossible d'y faire entrer les 
corvettes; aussi, dès le jour suivant au lever du soleil, je m'em- 
pressai de quitter ce mouillage nullement sûr avec la mousson 
d'ouest; et bien m'en prit, car deux heures après il survint des 
rafales d'une violence extrême, qui auraient pu nous causer des 
inquiétudes graves , si nous les eussions reçues au mouillage. 

Nous passâmes ensuite entJe les Nalmws du Sud cl la côte de 
/^o/7?eo, remontâmes au N.E., nous subîmeslaqueued'un tjphon 
par la lalilude de 6à 7 degrés N.; et dans la journée du 10, nous 
prolongeâmes, à petites distances, les îles Balambangan^ Banqucy, 
Mangsee, Cagaran-Solo dont nous fîmes la géographie. Le 20, 
nous attaquâmes le vaste archipel de Solo, près du groupe Taïui- 
Tawi , et le 21 , dans l'après-midi, nous mouillâmes devant la 
ville de Soog, résidence du sultan , chef de toutes ces îles. 

J'ai déjà eu l'honneur de vous prévenir, M. le Minisire , qu'à 
Singapour ^ laLvaïs appris que ce prince indien avait dû écrire, 
il y avait un an environ , au Roi des Français, pour linviter à 
envoyer dans son île dfs navires de commerce , leur promettant 
sécurité et protection contre les nombreux pirates qui relèvent 
de son autorité. En lui faisant une courte visite, mon but était 
de le fortifier dans ces intenlions bienveillantes, et en même 
temps de m'enquérir des ressources que notre commerce pourrait 
retirer de cette nouvelle issue povir ses produits. 

En conséquence, dès le 22 au matin, après l'avoir fait prévenir 
par un officier, M. le capitaine Jacquinot et moi accompagnés de 
la plupart des officiers de l'expédition et d'une escorte de<24 ma^ 
rins armés, nous allâmes lui faire une visite officielle; nous vî- 
mes bientôt que le premier effet de cette démarche de notre paît , 
fut de frapper de terreur et d'inquiétude toute cette population j 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 173 

le sultan lui-même semblait en proieaux plus vives appréhensions. 
Malgré les cadeaux assez généreux que je lui fis , malgré mes prd- 
teslalions amicales , durant toute l'entrevue , il sembla inquiet et 
très-mal à son aise: son premier ministre, Z)«/ow-/1/o/om, homme 
d'un caractère plus décidé , d'un esprit plus souple et qui parais- 
sait avoir eu de plus fréquents rapports avec les Européens, se 
rassura mieux, et ne tarda pas à répondre d'une manière assez 
convenable à mes questions. Il avoua qu'il avait, en eftet, écrit au 
Roi des Français , ainsi que le sultan, déclarant qu'il désirait 
voir les Français à Solo, promettant qu'ils y seraient reçus avec 
considération et amitié, sans avoir rien à redouter de la part des 
forbans. 

Alors, je m'informai de la qualité des produits]qu'ils aimeraient 
à recevoir de la France, comme de ceux qu'ils pourraient offrir à 
nos navires : on me répondit que tous les objets de France seraient 
bien venus, surtout les étoffes, les meubles, les armes, les instru- 
ments , etc. ; et que les Français trouveraient en échange, de la 
nacre, des perles, de l'écaillé du tripang et des nida d'hiron- 
delle, etc. , etc. Eu égard à la nature de tous ces produits de re- 
tour, et au petit nombre des individus qui pourraient acheter et 
payer en numéraire, il est évident que de semblables spéculations 
n'offriraient à nos navires que des chances bien précaires et encore 
plus bornées. Ce genre de trafic ou plutôt de brocantage, ne peut 
guère convenir qu'aux navires espagnols de Manille, qui sont en 
majeure partie ou presqu'en totalité armés de naturelsdes Philip- 
pinesou de Mindanao, passent quatre ou cinq mois sur la rade de 
Solo, et s'en vont quand ils ont pu compléter leur cargaison , la 
vpndre]sur les marchés de Canton et de Macao. 

iNonobstant sa bonne volonté apparente , le ministre Molou ne 
crut pas pouvoir nous autoriser à parcourir son île , ni même 
les environs de la ville, il se rabattit constamment sur les mau- 
vaises intentions des naturels de la montagne , qui nous tueraient 
infailliblement, sans égard pour les ordres du sultan; cela est 
bien possible ; mais, d'un autre côté , je voyais facilement que les 
habitants et les chefs de la ville eux-mêmes, n'étaient pas encore 
parfaitement rassurés sur nos intentions. Ils nous prenaient pour 
des Hollandais venus pour tirer vengeance de quelques actes de 
piraterie, récemment exercés contre leurs navires par ces pirates. 



174 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

Alors nous rentrâmes sur nos navires, le capitaine Jaecjuinot 
et moi n'en sortîmes plus durant les trois jours que nous pas- 
sâmes encore à Solo, plusieurs de nos officiers allèrent cepen- 
dant à^terrê et furent bien accueillis par les Datou ou chefs. Déjà 
même ils paraissaient convaincus que nous n'étions pas Hollan- 
dais^ et semblaient disposés à se confier à nous ; mais je ne jugeai 
pas que ce^point valût une plus grande perte de temps pour l'ex- 
pédition ; j'avais à peu près atteint le but que je me proposais en 
allant à Solo ; j'avais montré et fait connaître à ces peuples notre 
pavillon , et il y a lieu de penser qu'ils le respecteront en le re- 
voyant plus tard 5 j'avais reconnu la nature des produits que l'île 
pouvait fournir; enfin, j'avais fixé nos idées sur la puissance 
tant préconisée de ce roitelet de brigands , pompeusement dé- 
coré du titre de sultan , et dont les sujets ne lui obéissent à peu 
près qu'autant que cela leur convient. 

Le 26 au matin, ayant remis à la voile, nous terminâmes, 
dans cette journée et les deux suivantes, un travail hydrogra- 
phique sur l'archipel ^0/0, qui aura d'autant plus d'intérêt, que 
tout ce qui existe sur ces parages est encore fort inexact. 

Le 28 au soir, j'ai mouillé sur la rade de Samboangan, prin- 
cipal établissenjent des espagnols sur la vaste île de Mindanao. 
J'ai consacré huit jours à cette station. 

M. Dumoulin y a exécuté une série complète de variations 
diurnes de l'aiguille aimantée, désirées par les physiciens. 
MM. les naturalistes ont exploité toutes les richesses que cette 
terre presque inconnue leur a offertes, nos montres ont été ré- 
glées , et l'équipage a joui de quelques jours de repos dont il 
avait besoin. 

Rien de plus aimable, de plus obligeant que l'accueil que 
nous avons reçu de M. le gouverneur de cette place , le lieute- 
nant-colonel don Manuel Sanz et de M. le commandant de la 
marine, don Manuel de la Crux. 

Le 3o juillet j'ai passé l'inspection générale des équipages des 
deux corvettes placées sous mes ordres, et je vous adresse avec 
ce rapport les résultats de cette opération. 

Demain, 6 août, je remettrai à la yoile, je traverserai V Archipel 
des Carolines ,]e couperai, si je le puis, l'équateur par i6o degrés 
longitude E.; je cinglerai au S., et je toucherai à Wangaroa sur 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 175 

la ISouveUe Zélande. Enfin, je compte me (rouvir, au mois de 
décembre prochain , à port Jackson. 
Agréez, etc. 



Rade de Samarang , Astrolabe , le 39 septembre 1839. 

Monsieur le Ministre , 

L'expédition quitta Sambôangan le 6 août au matin , ainsi que 
je vous l'annonçais , je me dirigeai vers l'est pour lentrer dans 
VOcéanic, déjà j'eus quelques difficultés pour me rapprocher delà 
pointe sud de Mindanao ; mais une fois parvenus à ce point , au 
lieu des vents et des courants de l'O. à l'E. sur lesquels j'avais 
droit de compter à cette époque de l'année, je ne trouvai que des 
folles brises da l'est, des calmes et surtout des courants très- 
violents qui me renvoyèrent en peu de jours fort loin dans 
l'ouest. 

Je ne jugeai point à propros de perdre davantage un temps 
précieux dans une lutte- aussi stérile que pénible dans ces brû- 
lants parages , et je me rabattis sur le détroit de Makassar; dans 
ce long canal notre navigation fut encore bien contrariée par les 
vents et les courants constamment contraires. Cependant en met- 
tant à profit les moindres déviations du vent, surtout en mouil- 
lant à propos presque tous les soirs ; le i8 septembre, dans la 
matinée , nous doublâmes la pointe S. E. de Bornéo, et le jour 
suivant , dans la soirée , nous pi'îmes de nouveau notre point de 
départ devant la pointe Salalan^ pour les côtes de Java. 

Cette partie laborieuse de noire campagne aura valu à la navi- 
gation plus de 120 lieues des côtes de Bornéo, tracées dans le 
plus grand détail et sondées avec un grand soin. Deux excur- 
sions à terre ont aussi produit à l'histoire naturelle des objets 
intéressants. 

J'ai mouillé à Samarang le ^4 septembre , et je compte en re- 
partir le 3o septembre au matin , je franchirai le détroit de la 
Sonde.) passerai peut-être deux ou trois jours sur un point de 
Sumatra^ puis conduirai directement l'expédition à Hobart-Town 
ou je compte me trouver sous deux mois environ , et par consé- 
quent dans l'été de l'hémisphère austral. 



176 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

La veille de notre départ de Samboangan nous eûmes la dou- 
leur de perdre l'un de nos meilleurs matelots, nommé Avril. Il 
avait reçu à l'arrivée, dans le travail de la manœuvre, une légère 
blessure qui semblait à peu près gucrrie, quand il fut tout à coup 
saisi d'une attaque de tétanos qui l'enleva en vingt-quatre heures, 
malgré tous les soins des médecins. Ce brave homme, que cha- 
cun à bord aimait et estimait, laisse une femme et deux en- 
fants en bas âge , qui mériteront certainement toute votre sol- 
licitude. 

Aujourd'hui tout le monde se porte bien, excepté l'élève de 
première classp, M. Lifond, atteint d'upe maladie chronique, 
pourlaquellele médecin juge le repos et leséjourà terre indispen- 
sables pour son traitement. En conséquence, j'ai pris le parti de 
le renvoyer en France par le navire de commerce \q Bombay, capi- 
taine Gatibil, qui mettra incessament à la voile pour Bordeaux. 
Veuillez agréer , etc. 



Rade de Batavia , le 4 octobre 1839. 

Je viens de mouUler sur la rade de Batavia, ou je vais essayer 
de me procurer du vin pour les équipages , certain qu'il y sera à 
meilleur prix qu'à Hobart-Town ; s'il n'y en a pas sur la place , 
ee que je crains fort, d'après ce qu'on ma dit. à Samarang, des 
demain je remettrai sous voiles pour continuer ma route 



Corvette V Astrolabe , Hobart-Town , le 15 décembre 1839. 

Monsieur le Ministre, 

Si la fortune nous a servi au delà de nos plus vives espérances, 
durant près de huit mois, pour l'exécution des immenses travaux 
que nous venons d'accomplir dans les archipels des Moluqucs , 
de la Sonde et des Philippines^ en retour elle nous a fait payer 
chèrement ses faveurs dans notre dernière traversée. 

Heureux d'avoir pu échapper, dans nos diverses relâches et 
même à Batavia , aux maladies si fréquentes et si meurtrières de 



PIECES JUSTIFICATIVES. 177 

ces parages; jaloux surtout de conserver un aussi précieux avan- 
tage , à mon arrivée à Samarang^ contre ma coutume, j'avais 
consigne nos deux équipages sur leurs navires , et les officiers 
avaient eu seuls la permission de communiquer avec la terre. 
Aussi quittâmes-nous cette rade avec deux ou trois malades seu- 
lement et en marche parfaite de convalescence. 

Durant les deux jours que je dus passer à Batavia pour re- 
cevoir le vin que j'avais demandé, le commis d'administration 
alla dans la ville pour régler les comptes avec le fournisseur ; 
nulle autre personne , pas même moi , ne bougea des corvettes . 
il y avait donc tout lieu d'espérer c|ue nous quitterions ces con- 
trées sous les meilleurs auspices. 

Cependant, avant de leur dire un adieu définitif, je voulus 
remplir encore l'article de mes instructions qui me recommande 
de visiter au moins un port de la côte de Siimalra; nous avions 
reconnu une assez bonne étendue de sa côte orientale dans les 
détroits de Banka et de Duriou ; mais le temps qui me talonnait 
alors , ne m'avait point permis de m'arrêter ailleurs qu'à Singa- 
pour; cette fois je choisis un point de la baie Lampoiuig^ près 
de la rade de Rajali-Bassah. La nature du sol, l'aspect des lieux, 
la libre circulation de l'air dans une rade ouverte à tous les vents, 
repoussaient toute idée d'influence pernicieuse. Les collections 
d'histoire naturelle s'enrichissaient d'objets précieux, et chacun 
se félicitait des avantages de cette station ; mais, dès le troisième 
jour, les rapports des médecins m'annonçaient que sur chaque 
corvette , trois ou quatre personnes offraient des symptômes de 
djssenterie; bien qu'ils fussent loin d'être alarmants , à l'instant 
même, je donnai l'ordre de l'appareillage, les ancres furent levées 
et deux jours après nos bâtiments perdaient de vue les côtes re- 
doutées de Java ) pour cingler vei's les parages tempérés de la 
Tasmanie. Tout en faisant des progrès, durant une quinzaine de 
jours , la maladie fut loin de nous inquiéter sur le sort de ceux 
qui en étaient atteints; mais, dans les derniers jours d'octobre, 
elle prit le caractère le plus sinistre et le plus rebelle à tous les 
efforts de la médecine. Enfin , nous eûmes la douleur de perdre 
dix-sept personnes de l'expédition , savoir : onze sur la Zélée et 
six sur V Astrolabe ; dans ce nombre se trouvent trois officiers, sa- 
voir : MM, Marescot, Lafarge et Gourdin ; je regrette bien vive- 

X. 12 



178 VOYAGE DANS UOCEANTE. 

ment surtout les deux premiers, sujets d'un vrai mérite et qui 
avaient conservé le zèle le plus louable pour la mission pénible, 
mais glorieuse, à laquelle ils avaient vûué leur existence. Vous 
pourrez vous rappeler. Monsieur le Ministre , que de Taïti et 
depuis lors à diverses reprises, je vous avais demandé le grade de 
lieutenant de vaisseau pour M. Marescot, et j'allais vous faire la 
même proposition en faveur du digne et infortuné Lafarge. 

Dans les premiers jours de décembre, la fureur du fléau s'a- 
paisa; mais nous conservâmes une vingtaine de malades, dont 
plusieurs encore gravement atteints : en arrivant à Hobart-Toivn, 
ils ont été sur-le-champ envoyés à un hôpital installé à terre, où 
ils recevront les soins nécessaires à leur fâcheuse position ; l'état- 
sanitaire de M. Goupil ^ dessinateur de la mission, m'obligera 
peut-être à le renvoyer immédiatement en France ; heureusement, 
celte perte sera compensée par le travail du jeune Lebreton, dont 
je vous ai déjà entretenu , et qui m'a promis de redoubler de zèle 
et d'ardeur pour suppléer au vide laissé par le dessinateur en 
titre. 

Je ne compte m'arrêter à Hobart-Town que le temps nécessaire 
pour les réparations de X Astrolabe^ et rafraîchir un peu son équi- 
page. Mais les pertes que nous avons essuyées, le nombre de ma- 
lades déposés à terre, me forcent à modifier mes projets. Le capi- 
taine Jacquinot, malgré qu'il lui en coûte de se séparer de moi , 
même pour un court espace de temps, va rester ici avec la Zélée le 
temps nécessaire au rétablissement des malades. 

Pour moi, après une relâche de vingt jours au plus, et après 
avoir pris sur \a.Zélce sept ou huit hommes valides, je vais remet- 
tre à la voile et profiter de l'été austral pour pousser une nouvelle 
pointe et aller reconnaître le point d'arrêt de la banquise, sur le 
méridien delà Tasmanie. Dans ces parages où nul navigateur, pas 
même Cook, ne s'est avancé au-delà du 55® degré delalitude, il 
m'a semblé que ce serait un point de géographie important à ré- 
soudre que de fixer la limite des glaces, limite que nous avons vu 
régner si constamment dès les 63^ et 64® degrés de latitude sud , 
entre les terres Louis -Philippe r t celles de Sandwich. 

Au reste, mou intention n'est nullement de séjourner cette 
fois dans ces parages rigoureux, je me replierai immédiatement 
verslenord, je visiterai, si le vent me le permet, les îles Macquarie 



PIECES JUSTIFICATIVES. i79 

ou Auckland^ puis j'irai reprendre la Zélée à la Baie des Iles de la 
Nouvelle-Zélande^ fixée comme point de réunion ultérieure. De 
là, l'expédition effectuera son retour en France par l'est ou par 
l'ouest, suivant les circonstances et l'état des équipages. Selon 
toute probabilité, nos navires rentreront au port au mois de sep- 
tem br prochain. 

Les comptes régulièrement expédiés en France, de chaque re- 
lâche, ont pu vous démontrer, Monsieur le Ministre, combien 
ont été modiques nos dépenses en pays étranger, avec quel soin 
nous avons ménagé les vivres, les agrès, les voiles et toutes les 
ressources mises à notre disposition, en un mot , combien nous 
avons été avares des deniers de l'Etat. A moins de malheurs im- 
prévus, j'espère toujours qu'à notre retour en France, les dé- 
penses occasionnées par notre mission dépasseront de bien peu 
celles qui auraient été indispensables pour le service ordinaire. 

Veuillez agréer, etc. 



Hobart-Town, le 31 décembre 1839. 

Monsieur le Ministre, 

Dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser, en date 
du i5 décembre, et qui a dû vous parvenir deux ou trois se- 
maines avant celle-ci, après vous avoir rendu compte des événe- 
ments de la campagne, depuis le départ de Samarang\\x%çs^di 
notre arrivée à Hobarl-Town, je vous annonçais que mon inten- 
tion était de laisser la Zélée à Hobart-Town avec tous les ma- 
lades, tandis que je pousserais seul, avec Y Astrolabe ^ une pointe 
au sud. 

Contre mon attente, il nous a été possible de rencontrer quel- 
ques hommes, pour remplacer en partie les vides laissés dans nos 
équipages par les morts et les malades. M. le capitaine Jacquinot 
m'a promis d'être lui-même prêt à remettre à la voile pour l'époque 
que j'avais fixée, et il m'a témoigné tant de regrets d'être obligé 
de me quitter dans cette nouvelle phase de notre navigation, que 
j'ai fini par accepter sa compagnie. Une autre considération, bien 
puissante pour me décider, était la certitude que l'absence delà 



180 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

Zélée ne pourrait produire qu'un effet très-fâcheux sur le moral 
de nos matelots , accoutumés à voir, dans ce navire notre fidèle 
compagnon, un asile prêt à les recevoir et à les sauver en cas d'ac- 
cident. 

Dans ce nouvel arrangement, je laisserai à l'hôpital de Hobart- 
Town les malades, probablement au nombre de quinze ou seize, 
encore trop faibles pour reprendre la mer, sous la surveillance mé- 
dicale et administrative de M. le docteur Hombron. A notre sortie 
des glaces, M. le capitaine Jacquinot viendra les reprendre à Ho- 
bart-Town^ tandis que je continuerai nos opérations sur la Nou- 
vcUe-T^élcinde^ et nous nous rejoindrons à la Baie-des-lles au mois 
de mars ou d'avril, pour nous diriger ensemble vers la France. 

Le gouverneur de Van-Diemen s-Land , sir John Franklin, et 
toutes les autorités de la colonie, nous ont comblés de politesses, 
et se sont empressés de fournir à tous nos besoins avec la plus 
parfaite obligeance. 

Mon projet de pousser une'nouvelle pointe au sud, sur le méri- 
dien d'Hobart-Town , n'avait d'abord pour but que d'ajouter 
à tous nos travaux dcgà accomplis un honorable supplément; mais 
ce que j'ai appris ici m'a prouvé que cette tentative était presque 
une obligation. L'expédition américaine qui se trouve en ce mo- 
ment à Sydney, l'expédition de James Ross, qui va arriver inces_ 
sammentici, poursuivent avec ardeur le même but. et chacun ne 
pense qu'auxprogrès possibles vers les régions antarctiques. Dans 
un pareil mouvement des esprits, il eût été fâcheux qu'une expé- 
dition française eût été obligée de se tenir en arrière. Reste à sa- 
voir jusqu'à quel point la fortune va nous favoriser dans cette 
nouvelle tentative. 

J'ai l'honneur de vous adresser les calques de deux cartes, con- 
tenant nos opérations sur la côte S. O. de la 'Nouvelle- Guinée et 
sur la côte S. E. de Bornéo. 

Comme ce sont deux morceaux importants de géographie, j'ai 
désiré les assurer contre toutes les chances de malheur, et je se- 
rai bien aise qu'il leur soit donné de la publicité dans le Bulletin 
de la Sociélé de géographie et dans les Annales maritimes. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 181 



Hobart-Town, Astrolabe, 19 février 1840, 



Monsieur le Ministre, 

Il n'y a que deux jours que je suis de retour à Hobart-ToAvn, 
etjem'empressse de vous transmettre les résultats de notre se- 
conde excursion dans les régions polaires du sud. Ces résultats, 
je l'espère, seront de nature à exciter l'intérêt général ;ils devront 
surtout être favorablement accueillis par le roi, qui, lui-même, 
dirigea mes efforts vers les parages antarctiques. Pour répondre 
à son attente, il verra que, malgré les fatigues, les dangers et le 
terrible fléau qui accompagnèrent ma première tentative, j'ai pris 
sur moi d'en hasarder une seconde, sur un point du globe préci- 
sément opposé à celui qui m'avait été indiqué. Deux considéra- 
tions puissantes me poussaient dans cette direction : d'abord le 
champ était complètement vierge , puisque aucun navigateur n'y 
avait jamais pénétré au-delà du 5g" degré ; ensuite, d'après le 
petit nombre de déclinaisons de l'aiguille aimantée jusqu'alors 
observées dans des latitudes bien moins élevées, les physiciens 
avaient été conduits à placer le pôle magnétique austral dans ces 
parages. 

Mon unique regret était d'avoir affaire à des équipages fatigués 
par vingt-huit mois de la navigation la plus active qui ait jamais 
été accomplie, et de plus, tout récemment décimés par l'affreuse 
dyssenterie ; cependant je savais qu'ils avaient confiance en mon 
étoile. Dans les états-majors, à travers l'ennui général, quelques 
personnes, encore animées du feu sacré, souhaitaient presque 
aussi ardemment que moi de voir cette nouvelle pointe s'accom- 
plir, et m'invitaient à cette tentative. 

Enfin la concurrence des capitaines anglais Ross et américain 
"Wilkes, acheva de me décider. Je ne songeai qu'aux précautions 
nécessaires pour rendre cette nouvelle épreuve moins fatale que 
la première à nos marins, et le succès le plus complet a couronné 
les mesures que j'ai prises. 

Nous appareillâmes à'Hobart-Town le i"^ janvier au matin ; 
mais le vent contraire me força de laisser tomber l'ancre dans la 
rivière au bout de quelques heures. Le 2, nouspûmes vider la ^rt/<? 
des Tempêtes ; mais nous fûmes encorequelques jours contrariés 



482 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

par les calmes ou les folles brises. Nous ne fîmes vraiment route 
que le 4? ^vec des vents qui ne cessèrent désormais de souffler 
entre l'O. N! 0. et l'O. S. O. ; si bien que notre route put 
re'gulièrement valoir le S. ^ S. O., l'espace de plus de qua- 
tre cent cinquante lieues , sans dévier d'une manière sen- 
sible. 

Dans la journée du lo janvier, nous passâmes fort près de la 
position assignée aux îles Roy al- Company, sans voir ni terre, ni 
aucun indice qui pût annoncer sa proximité. 

Depuis le i2 janvier, M. Dumoulin, toutes les fois que l'état 
de la mer le permit, observa l'inclinaison de l'aiguillé aimantée, 
qui continua de croître avec une régularité satisfaisante depuis 
74 degrés jusqu'à 86 degrés environ, là où il nous fut défendu 
d'aller plus avant. En outre, je faisais observer plusieurs fois'par 
jour par le chef de timonnerie Kosmann, sujet précieux par son 
zèle pour les observations et les calculs, les variations ; et les re- 
gistres de l'expédition en présenteront de nombreuses séries. 

La température décrut régulièrement et uniformément jusqu'au 
1 5 janvier, où elle ne fut pkis que de 2 degrés, tant à l'air qu'à 
la surface des eaux. Ce jour même, nous coupâmes la route de 
Cook en 1773, et depuis ce moment nous nous trouvâmes sur un 
espace de mer que jamais aucun navire n'avaitsillonné avant nous. 
Le jour suivant, au matin, par 60 degrés de latitude et i4i de- 
grés de longitude, nous vîmes la première glace, masse de 5o pieds 
de hauteur sur 200 d'étendue, débris informe et sans doute de 
puis longtemps travaillé et réduit par le frottement et l'agitation 
des flots. 

Désormais, nous en vîmes régulièrement, chaque jour, quel- 
ques-unes, mais rares, clair-semées et, en généi^al, de dimensions 
moyennes. Aussi notre navigation, eu égard à la disparition 
presque complète des nuits, fut peu pénible jusqu'au 17. Alors, 
par 62 et 63 degrés, les glaces devinrent nombreuses et offrirent 
des masses imposantes, plusieurs d'entre elles ayant 3oo ou 
4oo toises d'étendue sur 100 ou i3o pieds de hauteur. Les 
grains de neige, devenus fréquents, réduisaient souvent notre 
horizon à loo ou 200 toises de distance. Le jour suivant, on 
compta jusqu'à 60 grosses glaces tout autour de nous. Il fallut de 
nouveau user de la plus grande vigilance pour éviter d'aborder 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 183 

aucune de ces redoutables masses, ou de se laisser entraîner sur 
elles par les courants dans les moments de calme. 

Le 19, au matin, par 65 degrés de latitude sud, le froid devint 
très-vif; la température des eaux était au-dessous de la glace 
fondante. QuelqjLies pingouins se montrèrent autour du navire; 
et le soir, par 66 degrés environ, les glaces couvraient presque 
entièrement l'horizon tout autour de nous. Lèvent était tombé, 
il faisait un calme profond, et nous ne pouvions plus manœuvrer 
« les corvettes. Par bonheur, nous avions pu nous placer sur un 
espace un peu plus libre, entre deux chaînes de glaces énormes, 
et si rapprochées qu'elles nous abritaient parfaitement des grandes 
houles du large. 

Nous avions été déjà plusieurs fois trompés par de fausses ap- 
parences de terre : aussi nous étions devenus, en général, fort 
difficiles et même un peu incrédules sur ce chapitre; néanmoins, 
dansla soirée, une longue ligne brune, basse, uniforme et régnant 
du S. à rO.S. 0., attira et fixa mon attention par sa permanence, 
comme la constance de sa teinte et de ses formes, Elle résista au 
coucher du soleil, à son absence et à son retour sur l'horizon. 
Dès lors je fus convaincu que la terre était sous mes yeux, et il 
ne s'agissait plus que de nous en rapprocher suffisamment. J'y 
tenais d'autant plus que nombre de personnes ne partageaient pas 
ma conviction. 

Par malheur, la journée du 20, qui nous gratifia d'un ciel d'une 
pureté, d'une beauté bien surprenante pour ces climats, ne nous 
apporta pas un souffle de vent. Nous restâmes à peu près cloués 
en place, éprouvant le supplice de Tantale à la vue de cette terre 
qui excitait si vivement notre impatiente curiosité. 

Nos joyeux matelots, qui n'avaient quitté la viande fraîche que 
depuis deux ou trois jours, et qui tous, sans exception, se por- 
taient à merveille, imaginèrent d'employer ce beau temps à une 
cérémonie de leur invention, analogue au baptême de la ligne. 
Cette fois, c'était le père Antarctique qui, à la tête de son cor- 
tège burlesque, venait nous ouvrir la porte de ses Etats, moyen- 
nant une initiation à laquelle chacun denous devait se soumettre. 
Je me prêtai de bonne grâce à ces facéties ; les officiers en firent 
autant ; ce fut une journée complète de fête et de réjouissances 
pour l'équipage de V Astrolabe. Il n'est pas besoin de dire que les 



/|84 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

ablutions d'eau froide n'eurent pas lieu comme au baptême de la 
ligne; la température était loin d'y convier les acteurs : mais ils 
s'en dédommagèrent copieusement par des ablutions intérieures 
d'un autre liquide plus réchauffant. Cependant tout se passa par- 
faitement bien, et il n'y eut aucun désordre. 

Le 21, dès une heure du matin, je profitai d'une jolie petite 
brise du S. E. , pour cingler au S. S. 0. vers la terre. Pour y par, 
venir, nous avions à traverser une chaîne immense de grosses 
glaces en forme de tables et des plus fortes dimensions. Je cher- 
chais des yeux le canal le plus ouvert et le moins périlleux. De 
deux à six heures, nos corvettes défilèrent tranquillement dans 
ces détroits de nouvelle espèce. Quelquefois les canaux n'offraient 
pas plus de deux ou trois câbles de largeur, et alors nos navires 
semblaient ensevelis sous ces resplendissantes murailles de loo à 
i5o pieds de hauteur verticale, dont la masse énorme semblait 
prête à nous anéantir. Puis, le canal s'ouvrant tout à coup, nous 
passions subitement dans des bassins plus spacieux , environnés 
de glaces aux formes bizarres et fantastiques, qui présentaient le 
spectacle le plus merveilleux, et rappelaient involontairement ces 
palais de cristal et de diamants jadis si communs dans les contes 
de fées. 

Un ciel pur, un temps délicieux, une brise à souhait, nous 
servirent admirablement dans cette audacieuse navigation. Nous 
sortîmes enfin de ces canaux tortueux et resserrés, dont les hautes 
parois nous avaient longtemps dérobé la vue des terres, et nous 
nous trouvâmes sur un espace relativement dégagé, d'où nous 
pûmes contempler la côte dans toute son étendue visible. 

Distante de nous aloj's d'environ 8 ou lo milles, c'était un im- 
mense ruban de terre, s'étendant à perte de vue du S. S. E. à 
rO. S. 0., haut de 200 à 3oo toises, entièrement couvert de glace 
et de neige qui en avaient complètement nivelé la cime, tout en 
laissant subsister les ravines sur la pente des terres, ainsi que 
les baies et les pointes au rivage. Tantôt ces glaces n'offraient 
qu'une nappe plane, uniforme, d'une blancheur terne et mono- 
tone ; tantôt leur surface était sillonnée , hachée, trouée, tour- 
mentée comme si elles avaient subi faction d'une violente convul- 
sion ou d'un dégel subit et irrégulier dans ses effets. Un grand 
nombre de montagnes de glace, récemment détachées de la côte, 



PIECES JUSTIFICATIVES. 185 

n'avaient pas encore eu le temps de s'en éloigner, et en défendaient 
le plus souvent l'approche. 

Cette solide barrière nous interdisait tout progrès vers le sud; 
mais le méridien sans déclinaison devait se trouver peu éloigné 
dans l'ouest. M. Dumoulin avait déjà observé près de 86 degrés 
d'inclinaison, et je pouvais essayer du moins d'approcher du 
pâle magnétique austral, aulantque lesterresme lepermetlraient. 
D'ailleurs une jolie petite brise de l'E. S. E. semblait sourire à ce 
projet. 

Je mis donc le cap à l'ouest, et nos corvettes défilèrent le long 
de la terre à 5 ou 6 milles de distance, saluées de temps en temps 
par le cri rauque des grotesques pingouins, auxquels nos matelots 
répondaient de leur mieiix. A midi, d'excellentes observations 
donnèrent 6G degrés 3o minutes latitude sud, et i38 degrés 
21 minutes longitude est. Toutes les boussoles des navires affo- 
laient d'une manière étrange, et sur V Astrolabe il n'y eut que le 
compas renversé de ma dunette qui continuât de marquer la route 
avec une certaine précision. Notre nouvelle découverte s'étendait 
donc précisément sous le cercle polaire antarctique, puisqu'elle 
courait à peu prèâ E. etO. En outre, nous étions peu éloignésdu 
pôle magnétique. 

A cinq heures du soir la brise fît place au calme, et j'en pro- 
fitai pour expédier MM. Dumoulin et Coupvent sur une très- 
grosse glace, à 2 milles de distance, afin d'y exécuter les observa- 
tions d'inclinaison, déclinaison et intensité magnétiques tout à 
leur aise. Ces opérations leur prirent trois heures entières , et ils 
rentrèrent à bord à neuf heures trente minutes, très-satisfaits de 
leur station. Jusqu'alors nos yeux, armés de toutes les lunettes 
du bord, avaient interrogé minutieusement tous les accidents du 
sol, et n'avaient pu y saisir un seul point que la glace eût laissé à 
découvert. Malgré l'invraisemblance d'une glace com pacte de i5oo 
pieds de hauteur, on eût pu conserver encore quelques doutes sur 
fexistence positive de la terre. D'ailleurs, je tenais infiniment à 
pouvoir offrir à nos géolo^^ues des échantillons de cette portion de 
notre globe,les premiers, sans aucun doute, qui auront été soumis 
aux regards des hommes. 

Enfin, vers cinq heures trente minutes, après diverses décep- 
tions occasionnées par les fausses annonces des hommes en vigie , 



186 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

M. Duroch attira mon attention sur des taches noires situe'es sur 
la partie même du rivage la plus rapprochée, partie qui nous 
avait été jusqu'alors masquée par une longue chaîne de glaces 
très-serrées qui régnait entre elle et nous. Après quelques ins- 
tants d'examen , je ne pus conserver aj^icun doute : c'étaient vrai- 
ment des roches, efïïeurissantàla surface de la neige, qui frappaient 
mes regards ; et sur ce point la glace avait laissé le sol à nu dans 
une certaine étendue. Un moment j'hésitai à envoyer des canots 
aussi loin des navires (près de six milles de distance) ; car je sa- 
vais combien les vents sont peu stables en ces parages et combien 
les, brumes sont épaisses et fréquentes. C'était une idée affreuse 
pour moi d'être exposé à livrer à une perte inévitable, à une mort 
horrible , les équipages des deux embarcations , si des vents du 
large venaient me forcer à m'éloigner subitement de cette côte dan- 
gereuse. Toutefois, plaçant ma confiance en ma destinée, dans 
l'aspect séduisant du ciel, et craignant de ne plus retrouver une 
aussi belle occasion, j'expédiai un canot de chaque corvette vers 
ce point intéressant de la cote. 

MM. Duroch, Dumontier et Le Breton s'embarquèrent dans 
ma baleinière, et MM. Dubouzet et Leguillou dans la pirogue du 
capitaine Jacquinot. Le ciel nous fut favorable. Les matelots, qui 
partageaient eux-mêmes l'ardeur et l'enthousiasme de leurs offi- 
ciers , ramèrent avec une vigueur incroyable ; et , dès onze 
heures de la nuit, les deux canots rentraient à bord, après avoir 
accompli leur rude et longue corvée. Les deux embarcations 
étaient chargées de cailloux arrachés à la roche vive : c'étaient des 
granités de teintes variées , plus ou moins battus par la lamé. Ils 
rapportaient aussi quelques pingouins , qui me parurent d'une 
espèce différente de celles que nous avions observées dans notre 
première course aux glaces. Enfin M. Dumontier me remit quel-^ 
ques fragments d'une grande J'ucacée, jetée par la lame sur la ro- 
che. Du reste, on n'avait observé aucune trace vivante d'être 
organisé, soit dans le règne animal, soit même dans le règne 
végétal. 

A l'aspect de ces roche 6? , personne à bord ne conserva le moin- 
dre doute sur la nature de la haute et puissante barrière qui 
fermait la route de nos navires. Alors j'annonçai aux officiers ras- 
semblés en présence de l'équipage que cette terre porterait désor- 



PIECES JUSTIFICATIVES. 187 

mais le nom de terre Adélie, Celte désignation est destinée à per- 
pétuer le souvenir de ma profonde reconnaissance pour la 
compagne dévouée qui a su par trois fois consentir à une sépara- 
tion longue et douloureuse, pour me permettre d'accomplir mes 
projets d'explorations lointaines. Ces pensées seules m'avaient 
poussé dans la carrière maritime depuis ma plus tendre enfance. 
De ma part, ce n'est donc qu'un acte de justice , une sorte de de- 
voir que j'accomplis , auquel chacun ne pourra s'empêcher de 
donner son approbation. 

Dans la nuit et la journée suivante (22 janvier), je conti- 
nuai de suivre la terre à deux lieues de distance avec une petite 
brise d'est. Le ciel était toujours beau, mais il faisait très-froid. 
Dans la nuit, le mercure était descendu de 5*^,5 au-dessous de 
zéro , et en plein midi l'eau qui tombait sur le pont s'y congelait 
sur-le-champ à l'ombre. 

Le 23 , je voulus continuer de prolonger la terre, qui s'éten- 
dait indéfiniment vers l'ouest; mais, dès quatre heures du matin, 
les glaces se resserrèrent et, quand nous en fûmes assez près, 
nous reconnûmes qu'elles étaient soudées par une banquise qvii 
semblait s'étendre de la terre vers le nord. En conséquence, je 
serrai le vent tribord , pour essayer de doubler cette barrière 
inattendue par l'est; mais au bout de chaque bordée elle se re- 
montrait bien tranchée , et paraissait nous envelopper des ses 
longs replis. 

Alors je n'eus plus d'autre ressource que de louvoyer entre la . 
terre et la banquise, pour me relever du titiste cul-de-sac où je me 
trouvais enfoncé. Vingt-quatre heures après , au bout de deux 
longues bordées , je virai encore sur le bord de la banquise , qui 
semblait toujours courir au N. E. , aussi loin que la vue pouvait 
s'étendre. Jusque-là , pourtant , ce n'était encore qu'une affaire 
de patience et de vigilance ; car après tout, dans des circonstances 
ordinaires, nous pouvions toujours espérer de sortir par le che- 
min où nous étions venus. Mais le temps , si constamment beau 
depuis quatre jours , changea subitement : le ciel se chargea de 
toutes parts , le vent fraîchit rapidement à TE. S. E. , et dès midi 
il soufflait en coups de vent furieux, accompagnés de rafales vio- 
lentes. Ces rafales étaient chargées d'une neige épaisse qui se 
glaçait en tombant sur le pont et les agrès, et bornait le plus 



188 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

souvent notre horizon à quelques longueurs de navire. 

Acculés, comme nous l'élions, entre la terre , d'une part , et la 
banquise sous le vent, oblige's en outre de covirir nos bordées 
au travers d'un espace parsemé déglaces, notre position devint 
des plus menaçantes. Je ne pouvais songer à garder une cape 
ordinaire sous petite voilure, sans tomber promptement et inévi- 
tablement dans les fatales banquises , où nous aurions été bientôt 
démolis; il fallut conserver de la toile assez pour soutenir les cor- 
vettes le plus longtemps possible et les empêcher de tomber sous 
le vent. Heureusement nos solides mâtures purent résister à ce 
rude assaut ; mais, à moins d'avoir passé par ces épreuves, il est 
difficile d'imaginer ce que nos équipages eurent à souffrir en 
cette circonstance. La moindre manœuvre exigeait pour son exé- 
cution le concours de tous les bras et entraînait les plus grandes 
difficultés, à cause de la glace qui roidissait les cordages et les 
empêchait de courir dans les poulies , revêtues elles-mêmes d'une 
croûte de verglas et de neige glacée. 

Je vis que le froid, la fatigue et l'épuisement allaient bientôt 
me priver du secours précieux des bras des matelots , si je vou- 
lais tous les conserver sur le pont; aussi, malgré la gravité du 
moment, je les divisai en deux bordées , qui se relevaient d'heure 
en heure. L'une des bordées se réchauffait autour de tous les feux 
allumés , et y séchait ses vêtements , trempés de neige et d'eau de 
mer, tandis que l'autre veillait sur le pont ; mais toutes les deux 
se réunissaient pour chaque manœuvre à exécuter. Les officiers 
se relevaient aussi par bordées. Pour moi , abrité sous ma du- 
nette , mais l'œil constamment fixé sur les moindres variations 
du temps ou -de la mer, je n'en bougeai point pendant toute la 
durée du coup de vent , et je donnai de là les ordres à exécuter à 
l'officier de quart. 

Nonobstant tous nos eff'orts et la voilure effrayante que nous 
portions, je m'aperçus bientôt que nous dérivions dans l'ouest, 
et que si le coup de vent durait plus de vingt-quatre heures, il 
nous restait bien peu de chances de salut. 

La position de la Zélée devint encore plus précaire, et me causa 
les plus vives inquiétudes. Malgré la fureur des rafales , malgré 
l'épaisseur de la neige , elle avait su se maintenir à trois ou qua- 
tre encablures dans nos eaux ; elle avait même suivi notre vire-» 



PIECES JUSTIFICATIVES. 189 

ment de bord près de la terre Adélie , quand , à six heures trente 
minutes , on me dit qu'elle carguait son grand hunier. Dans une 
pareille position , une avarie seule pouvait contraindre le capi- 
taine Jacquinot à diminuer de voiles, et je lui fis le signal de 
liberté de manœuvre, qu'il ne put voir; car au même instant, un 
tourbillon de neige plus épais que les précédents sépara définiti- 
vement les deux navires. 

11 n'y eut pas d'amélioration sensible dans notre position jus- 
qu'à minuit ; mais , à partir de ce moment , le vent s'affaiblit par 
degrés, la mer s'adoucit, et l'horizon s'élargit jusqu'à un demi- 
mille, quelquefois à un mille de distance. Dans la matinée du 25, 
nous pûmes augmenter de voiles , et l'espoir vint renaître au cœur 
de tous les habitants de V Astrolabe. Malgré le mauvais temps qui 
régnait encore , nous continuâmes liardiment nos bordées pour 
nous élever au vent. 

Les craintes mêmes qui nous tourmentaient sur le sort de no- 
tre conserve furent peu à peu dissipées. Dès cinq heures , la vi- 
gie crut l'entrevoir un moment, à six ou sept milles sous le venta 
nous , peu loin des grandes îles de glace qui bordaient la ban- 
quise ; à neuf heures trente minutes, quelques personnes crurent 
l'avoir vue très-clairement. Enfin , à six heures du soir, dans une 
longue bordée que nous poussions sur la terre, nous reconnûmes 
tout à coup et très-visiblement notre fidèle campagne cinglant 
sous toutes voiles pour nous rallier; car elle était tombée à près 
de sept ou huit milles sous le vent. Aussitôt, je laissai arriver tout 
plat sur elle, et deux heures après, les deux corvettes naviguaient 
paisiblement l'une près de l'autre , comme s'il n'était rien arrivé. 

En ce moment, mon cœur fut soulagé d'un grand poids; car? 
quelle que fût la satisfaction que m'eût causée la découverte do la 
terre Adélie, elle eût été à jamais empoisonnée par la perte de la 
Zélée ^ si une funeste catastrophe eût terminé sa carrière , ou 
même s'il m'avait fallu l'abandonner dans ces tristes parages. 

Dans la soirée, la mer s'embellit; il vint une petite brise de 
S. 0. , et je conçus un moment l'espoir de pouvoir suivre , cette 
fois, la terre du côté de l'est après avoir été si brusquement 
arrêté dans l'ouest. Toute la journée du 26 fut, en conséquence, 
employée à rallier la terre dont nous n'étions plus, le soir, qu'à 
trois ou quatre lieues , et à réparer les avaries souffertes dans le 



490 VOYAGE DANS L'OCEANÏE. 

dernier coup de vent. En douze heures , il avait fait plus de tort 
à nos voiles el à notre gréement que six mois de nos navigations 
antérieures. 

Le 27, dès minuit, le vent repassa à TE. S. E. , et fraîchit très- 
promptement , accompagné de rafales et de grains de neige. Nous 
étions en ce moment engagés entre deux chaînes de blocs énormes 
et très-rapprochés qui se comptaient par cent et deux cents. 

Cette position n'était pas agréable; aussi, renonçant à tous 
projets ultérieurs d'exploration sur cette portion de la terre Adé- 
lie , je m'empressai de porter au nord , sous toute la voile possi- 
ble, pour nous échapper du labyrinthe où nous étions engagés. 
Vers cinq heures, nous nous trouvâmes sur un espace où les 
glaces clair-seniées nous permettaient du moins de naviguer avec 
moins de péril ; il était temps d'y arriver; car le vent soufiÊla de 
nouveau à l'est avec une violence extrême , soulevant une mer 
très-dure, et nous enveloppant d'une neige épaisse et continuelle 
qui nous masquait entièrement l'horizon. 

Cependant je laissai successivement porter au N. N. 0., N. O. 
et O. N. O., et même à l'ouest, afin de rallier au plus tôt le méri- 
dien sans déclinaison. Les fragments de glaces étaient nombreux 
sur notre route; mais nous ne vîmes que quelques grosses glaces; 
la neige nous cachait les autres. Vers trois heures cinquante mi- 
nutes , nous tombâmes tout à coup au milieu d'un lit fort épais 
des mêmes glaçons, qui nous fît juger que nous venions enfin 
de doubler, à une petite distance , la pointe nord de la fâcheuse 
banquise qui nous avait causé tant de soucis trois jours aupa- 
ravant. 

Ce second coup de vent s'apaisa vers minuit , après avoir 
rendu la journée encore très-pénible pour l'équipage, à cause du 
froid, de la mer qui déferlait fréquemment sur le navire, et de la 
neige qui se glaçait en tombant sur toutes ses parties. 

Le 28 janvier, le vent soufHa du S. au S. O. avec un ciel très- 
sombre et une neige continuelle qui ne cessa de borner notre vue 
à une très-courte distance. Pourtant je poursuivis ma route à 
l'ouest. Dans la journée suivante, le vent repassa à l'est grand frais, 
par rafales, et chassant une neige plus épaisse que jamais, qui 
nous maintint dans l'ignorance complète de ce qui se trouvait 
autour de nous. Elle encombra la corvette , et il fallut la jeter à 



PIECES JUSTIFICATIVES. 194 

la mer de temps en temps. Sur les trois heures de l'après-midi , 
le ciel s'éclaircit, mais l'horizon resta embrumé. Toutefois, je 
gouvernais au S. O. et, dès trois heures trente minutes, notre 
route fut barrée par une banquise flanquée de quelques gros gla- 
çons , et distante au plus de trois ou quatre milles. Sur les deux 
corvettes , quelques matelots crurent apercevoir des portions de 
terre au-delà de la banquise; mais ce fait mérite confirmation : je 
suis presque sûr que la terre Adélie , dont nous avions tracé en- 
viron cent cinquante milles d'étendue , doit se prolonger jusque- 
là , mais trop loin dans le sud peut-être pour qu'elle pût être 
aperçue du point de vue où nous étions. 

Le 3o , à trois heures du matin , le vent fraîchit de nouveau à . 
l'est, il souffla avec une grande violence dès cinq heures et il 
amena son cortège habituel de rafales, neige et grêle. Toutefois, 
l'horizon étant un peu moins borné. Je piquai dans le S. O., 
filant six nœuds, au travers d'une mer très-grosse. 

A huit heures vingt minutes, la vigie signala la terre devant 
nous. D'abord simple ligne, basse, légère et confuse, elle s'é- 
claircit , se dessine peu à peu et présente enfin à nos yeux un 
spectacle nouveau. C'est une muraille de glace parfaitement ver- 
ticale sur ses bords et horizontale à sa cime, élevée de cent vingt à 
cent trente pieds au-dessus des flots. Pas la moindre irrégularité, 
pas la plus légère éminence ne rompit cette uniformité , dans les 
vingt lieues d'étendue qui furent tracées dans cette journée, bien 
que nous en ayons passé quelquefois à deux ou trois milles de 
distance, de manière à en saisir les moindres accidents. Gà et là, 
quelques grandes glaces gisent le long de la glace compacte , mais 
en générai la mer est presque libre au large. Ce jour, à midi, les 
observations donnèrent 64 degrés 3o minutes latitude sud, et 
129 degrés 54 minutes longitude est. La sonde ne trouva pas 
le fond à cent soixante brasses. 

Touchant la nature de cette muraille énorme , les avis furent 
encore une fois partagés : les uns voulaient que ce ne fût qu'une 
masse de glace compacte et indépendante de toute terre ; les au- 
tres, et je partage cette opinion, soutenaient que cette formi- 
dable ceinture servait au moins d'enveloppe ou de croûte à une 
base solide soit terre , soit rochers, soit même bas-fonds épars 
en avant d'une grande terre. En cela , je me fonde toujours sur 



192 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

le principe qu'aucune glace d'une grande étendue ne peut se for- 
mer en pleine mer, et qu'il lui faut toujours des points d'appui 
solides pour lui permettre de s'établira poste fixe. Ainsi, dans les 
régions polaires arctiques, on voit, en hiver, de grandes étendues 
décotes entièrement ensevelies sous d'épaisses croûtes de glace j 
ainsi, même dans les régions septentrionales de la France, on 
voit après d'abondantes chutes de neige suivies d'une forte gelée, 
on voit, dis- je , les inégalités du sol s'effacer peu à peu , et sou- 
vent disparaître complètement sous les couches de neige qui les 
recouvrent. Seulement, dans cette hypothèse, j'avoue qu'il est 
difficile de s'expliquer la parfaite uniformité des couches de glace 
qui formaient notre grande muraille. Je ne saurais admettre que 
des masses aussi gigantesques soient le produit d'une seule an- 
née, et l'on devrait }• distinguer l'apport des années successives 
par des couches plus ou moins inclinées à l'horizon. 

Quoi qu'il en soit, après avoir couru à l'O. S. 0. l'espace de 
vingt lieues, celle falaise glacée prit tout à coup sa direction jiu 
S. G. Il était alors dix heures du soir; je continuai ma rouleau 
S. 0., m'attendant à la retrouver au jour le lendemain matin. 
Mais le 3i , à trois heures du matin, quoique j'eusse piqué au 
sud, nous ne (rouvâmes à sa place qu'une formidable chaîne de 
grosses îles de glace; et plus loin, au S. O. , nous retombâmes 
sur une véritable banquise qui régnait désormais aussi loin dans 
l'O. et le N. 0. que la vue pouvait s'étendre du haut des mâts. 

La variation , de N. E. qu'elle était , était devenue N. 0. , et 
même assez forle. Nous avions donc dépassé, dans ces journées 
tempétueuses, le méridien où la déclinaison étaitnulle. MM. Du- 
moulin et Coupvent pensaient avoir recueilli des documents suf- 
fisants pour déterminer la position du pôle magnétique austral à 
moins d'un degré près , et ce pôle ne pouvait se trouver que sur 
la lerre AdcUe elle-même, ou du moins sur les glaces compactes 
qui l'accompagnent. 

Je jugeai donc que notre lâche était remplie. \1 Asli olahc et la 
7MéG pouvaient se retirer de la lice, après avoir fourni pour leur 
part un contingent honorable à la géographie et à la physique. 
Sans contredit, il n'eût pas été impossible de pousser plus loin à 
l'ouest, d'y tracer une plus grande étendue de la banquise, peut- 
être même d'y retrouver la terre; car je pense qu'elle environne 



k 



PIECES JUSTIFICATIVES. 193 

la majeure partie du ctncle polaire , et qu'elle finira presque tou- 
jours par se montrer aux yeux du navigateur assez heureux ou 
assez te'méraire pour franchir les masses de glaces accumulées qui 
la ceignent d'ordinaire , pourvu toutefois qu'une banquise re- 
belle et insurmontable ne vienne pas frustrer tous ses efforts; 
mais je pris en considération l'état des équipages, de celui de la 
Ze7e> surtout , bien plus faible encore que celui de V Astrolabe. 
Je pensai qu'il y aurait de la cruauté à abuser de leur courage 
et de la confiance qu'ils m'avaient témoignée, en me suivant jus- 
qu'ici sans murmurer, si je voulais les entraîner à des périls sans 
cesse renaissants. Je réfléchis que des travaux importants et une 
longue navigation réclamaient encore leur concours et leurs 
forces pour huit mois au moins. Enfin, je puis l'avouer sans 
rougir, j'étais moi-même très-fatigué du rude métier que je ve- 
nais de faire, et je doute fort que j'eusse pu y résister long- 
temps. 

Ainsi, le l*"" février i84o, par 65'» 20' latitude S. et 128" 21' 
longitude E., je dis un adieu définitif à ces régions sauvages et je 
mis le cap au nord, pour rallier Hobart-Town. J'avais pris le parti 
de faire une seconde relâche dans cette colonie, afin de procurer 
quelquesjours de repos et des rafi'aîchissements à nos marins avant 
de les conduire à de nouvelles fatigues. Certes, ils avaient bien 
mérité cette petite douceur, car il est impossible de déployer plus 
de courage, de résignalion, et même d'abnégation et de mépris de 
la mort qu'ils ne l'ont fait dans les moments les plus critiques. 

Notre retour s'accomplit sans difficultés et sans incident re- 
marquable. Les vents de l'est et du ]N. E. continuèrent de nous 
contrarier durantquelques jours; mais ceux de l'ouest leur ayant 
succédé nous poussèrent rapidement vers Hobart-Town^ où 
nous sommes arrivés le 17 février au soir. Les glaces nous ont 
suivis encore assez longtemps, et nous avons vu la dernière par 
le parallèle de 67° de latitude S. 

Dans cette courte , mais pénible et périlleuse campagne, tous 
les officiers , élèves et médecins des deux corvettes , sans excep- 
tion , ont parfaitement fait leur devoir, et je n'ai que des éloges à 
donner à leur conduite. 

Cependant jfe dois signaler ici, d'une manière toute particu- 
lière, les noms des personnes qui , demeurées fidèles à leurs man 



194 VOYAGE DANS L'OGÉANIE. 

dats , n'ont cessé de me montrer le dévouement le plus absolu , la 
confiance la plus honorable, et l'enthousiasme le plus soutenu 
pour les travaux glorieux qu'elles étaient appelées à partager Leur 
concours loyal , la certitude de mériter du moins leurs suffrages^ 
ont seuls pu m'aider à m'élever au-dessus de bien des mécomptes^ 
à persévérer dans mes projets , enfin à assumer sur moi les terri- 
bles chances de ma dernière pointe au pôle. Je nommerai donc : 

4" Mon excellent, vieux et fidèle compagnon, M. le capitaine 
Jacquinot, attaché à ma bonne comme à ma mauvaise fortune, 
qui n'a pas voulu se séparer de moi pour rester à Hobart-Tovv^n ^ 
maigre mes offres et mes instances. Peu s'en est fallu qu'il ne soit 
devenu la victime de son dévouement. 

2^ Son digne second , M. le lieutenant de vaisseau Dubouzet , 
qui a constamment rempli ses fonctions de la manière la plus 
distinguée , sans proférer un murmure , sans exprimer un re- 
gret, en montrant toujours le pkis bel exemple de zèle et d'obéis- 
sance à mes ordres. 

MM. de Montravel et Coupvent, qui ont toujours su conser- 
ver les sentiments généreux qui les avaient, dès le début, portés 
à partager les dangers de cette expédition, sentiments dont ils 
n'ont cessé de donner des preuves; ces deux officiers, par la cons- 
tance de leur zèle et de leur dévouement, m'ont souvent rappelé 
ceux qui m'avaient accompagné dans le premier voyage de VyJs- 
1 10 la If e. ^ 

Enfin, MM. Dumoulin et Dumontier, toujours animés du 
même enthousiasme, de la même activité et du même dévoue- 
ment, dans toutes les circonstances possibles. Etrangers au corps 
spécial de la marine, tous deux ont offert un exemple admirable 
de ce que peuvent enfanter le courage , le savoir et la ferme vo- 
lonté de concourir au progrès des sciences. Les matériaux que 
M, Dumoulin aura recueillis au profit de la physique et de l'hy- 
drographie , surpasseront tout ce que Ton pouvait attendre. 
M. Dumontier, de son côté, n'a cessé de s'occuper avec assiduité 
de ses études anthropologiques. La collection des crânes et des 
moules en plâtre exécutés sur le vif, sera d'un intérêt puissant 
et entièrement neuf pour la physiologie. En outre, en l'absence 
de M. Hombron, demeuré à Hobart-Town pour indisposition, 
ainsi que M. Demas, M. Dumoutier a dirigé à bord de Y Astrolabe 



PIECEvS JUSTIF1CATI\7ES. 495 

le service de santé, à ma parfaite satisfaction, et avec un ici suc- 
cès, qu'à son retour à Hobart-Toivn , celte corvette ne comptait 
pas un seul homme vraiment malade. J'aime aussi à rendre jus- 
tice à M. Ducorps , commis d'administration, jeune homme ins- 
truit, dévoué, et d'une excellente conduite. 11 a toujours montré 
le meilleur esprit et n'a cessé de remplir ses fonctions de manière 
à mériter mon estime et men approbation. 

Tout me donne lieu d'espérer que MM. Dubouzet, de Mont- 
ravei et Dumoulin ont déjà reçu les faveurs que j'ai vivement 
sollicitées pour eux , savoir : M. Dubouzet le grade de capitaine 
de corvette, M. de Montravel cekii de lieutenant de vaisseau, et 
M. Dumoulin la croix de la Légion-d'Honneur. 

Aujourd'hui, je vous supplie, Monsieur le Ministre, de vouloir 
bien placer sous les yeux de Sa Majesté les demandes suivantes^ 
savoir : 

Pour M. Jacquinot, commandant la corvette îa Zélée, le grade 
" de capitaine de vaisseau. Vous connaissez tout le mérite de cet 
officier, et il en a donné de nouvelles et éclatantes preuves dans 
le commandement qu'il exerce depuis bientôt trois ans. 

Pour M. Coupvent, enseigne de vaisseau , le grade de lieute- 
nant de vaisseau. Cet officier promet à la marine un sujet distin- 
gué, si on ne laisse pas son ardeur s'éteindre dans les grades in- 
férieurs. 

Pour M. Ducorps, commis d'administration, un avancement 
dans son corps. C'est un sujet qui mérite de s'élever au-dessus 
de ses collègues, et sans son excessive modestie, probablement il 
serait déjà sorti de la. foule où il végète. 

Pour M. Dumontier, la décoration de la croix d'honneur. Ce 
serait une faible marque de satisfaction pour tous les services 
qu'il aura rendus à la mission, et pour la belle conduite qu'il n'a 
cessé de déployer. Je regrette vivement que sa position comme 
étranger à la marine, ne me permette point de demander da- 
vantage pour lui. Cette décoration lui prouvera du moins que le 
ministère de la marine se plaît à honorer le mérite et à le faire 
valoir près du roi, môme chez les sujets qui ne sont que tempo- 
rairement attachés à son département. 

Enfin, Monsieur le Ministre, j'ai cru pouvoir promettre à nos 
équipages, qu'en raison de nos derniers efforts, de nos derniers 



196' VOYAGE DANS L'OCEVNIE. 

succès, et surtout de leur excellente conduite, la prime qui leur 
avait été promise leur sei*ait payée. Je suis persuadé que vous ac- 
quitterez ma promesse ; je suis même persuadé que s'il fallait 
pour cela une mesure législative , vous n'hésiteriez pas à la pro- 
poser aux chambres, qui sans doute y souscriront avec empres- 
sement. Qui sait même si ces chambres, étonnées de la modicité 
du chiffre, ne proposeront pas de l'élever à un taux plus digne 
d'un grande nation? En eff'et, qu'est une chétive somme de douze 
à quinze mille hancs à un gouvernement comme celui de la 
France, divisée entre cent trente personnes, pour rémunérer 
tant de fatigues, de privations et de misères? 

Veuillez agréer, etc. 



Le rapport suivant, daté de Toulon, résumant toutes 
les opérations des corvettes \ Astrolabe et la Zélée ^ 
depuis leur départ d*'Hobart-Town , j'ai jugé inutile de 
reproduire lesletlres adressées ati Ministre, des mouil- 
lages de la Baie des Iles (Nouvelle-Zélande) et de 
Saint-Denis (lie Bouihon) , par le commandant de 
Texpédilion. 

Rade de Toulon, Asirolabe, novembre 1840. 

Monsieur le Ministre. 

Cette lettre vous annonce l'heureuse arrivée des corvettes X As* 
trolahc et la Zélée sur la rade de Toulon, où nous avons mouillé 
le 6 novembre au soir. 

Comme il est probable que mon rapport de Bourbon ne vous 
sera pas encore parvenu, comme il est même douteux que celui 
de la JNouvelle-Zélande soit arrivé dans vos mains, je vais faire 
remonter le récit de nos opérations jusqu'à notre départ d'ZTo- 
bart-Towii, qui eut lieu le 25 février i84o. 

Notre traversée de ce port aux îles Auckland fut plus longue 



PIECES justificatives: 197 

que je ne m'y attendais, eu égard aux vents faibles et variables 
que je rencontrai. Nous passâmes neuf jours aux îles Auckland , 
temps rigoureusement nécessaire pour les observations pliysiques 
de M. Dumoulin , devenvies d'autant plus intéressantes qu'elles 
complétaient la série de toutes celles qu'il avait exécutées dans 
les régions antarctiques; le plan des îles et du havre fut levé par 
les officiers, tandis que les naturalistes étudiaient tous les règnes 
de la nature. Aussi , cette limite extrême des êtres organisés , 
dans cette partie du globe, sera désormais aussi bien décrite 
qu'elle était auparavant complètement inconnue. 

De là je me dirigeai sur la Nouvelle-Zélande , que j'attaquai aux 
îles Snarcs ; ensuite, depuis le cap 5w</ jusqu'au détroit de Cook, 
toute la côte orientale fut reconnue. 

Vous n'ignorez pas, Monsieur le Ministre, que c'est là le théâ- 
tre où cinquante à soixante de nos navires baleiniers exercent 
chaque année leur estimable industrie. Notre travail leur sera 
d'autant plus utile, que nous avons visité le port à'Otago et à'A- 
haroa , leurs principaux endroits de relâche, et que nous avons 
levé le plan des deux havres. 

En l'absence du navire , spécialement chargé de leur protec- 
tion, l'apparition de nos deux corvettes a produit un bon effet, et 
jemesuis empressé de rendre à nos compatriotes tous les services 
qui dépendaient de moi. A Otago, le capitaine du navire leHac'/e 
m'ayant représenté la faiblesse de son équipage, par suite de dé- 
sertions , j'ai mis à sa disposition deux matelots de bonne volonté, 
pris sur les deux corvettes. A Akaroa^ le capitaine de l'/Z^Vât, élait 
venu me voir à la mer, et m'avait demandé l'asistance d'une cha- 
loupe pour lui porter une ancre dans une baie voisine; celle de 
V Astrolabe ïutïmméàidilemeni expédiée pour cet objet. 

Au détroit de Cooh finissait la tâche que je m'étais imposée, 
et le temps, qui s'écoulait avec rapidité au milieu de ces travaux 
incessants, me forçait à songer sérieusement au retour. Cepen- 
dant, je passai en vue de plusieurs des points qui avaient été re- 
connus dans la précédente campagne , et je constatai avec bien 
de la satisfaction l'extrême exactitude de ces opérations; aussi, 
je naviguai désormais sur celte côte avec autant de sécurité que 
si je me fusse trouvé sur celles de l'Espagne ou de l'Italie. 

Toutefois, ce dernier voyage signalera un écueil très-dange- 



198 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

reux, et qu'il est d'autant plus important de connaître, qu'il se 
trouve directement sur la route de la baie Touranga (baiePo^ 
verty de Cook, baie Taoné-Roa de ma carte), et jusqu'aujour- 
d'hui, cette baie, du reste dangereuse, nullement propre à un 
long séjour, est le seul point de la Nouvelle-Zélande où un na- 
vire puisse encore se procurer des cochons et autres provisions à 
vil prix. C'est un fait dont nous pûmes nous-mêmes nous as- 
surer dans la journée du 24 avril ; mais je repartis dès le même 
soir, et je fis bien, car des vents d'est qui succédèrent, dès le 
lendemain, à ceux de S. 0., auraient pu placer nos deux cor- 
vettes dans une position peu rassurante. 

Enfin , nous arrivâmes à la baie des Iles le mercredi 29 avril. 
On connaît en Europe l'acte extraordinaire par lequel l'Angle- 
terre a pris possession de la Nouvelle-Zélande. Malgré la nature 
bizarre et entortillée des termes dans lesquels il est conçu , je 
n'hésite pas à déclarer que c'est un véritable envahissement, et 
les faits qui l'ont depuis accompagné le prouvent assez, puisque 
les naturels, pi'ivés du droit de disposer de leurs terres, sont de 
fait dépossédés. Dans l'état actuel où se trouve l'Europe, cet acte 
me paraît si outrageant pour les autres nations, surtout pour la 
France et les Etats-Unis, dont les citoyens exerçaient une bran- 
che d'industrie fort importante dans ces régions fort éloignées ; 
il me parut si contraire aux droits des nations, que je crus devoir 
m'abstenir à l'abord de toute communication avec le capitaine 
Hobson, gouverneur improvisé de celte nouvelle succursale de 
la Grande-Bretagne. Cependant, comme il me fit adresser ses 
offres de service, je lui portai une carte , après lui avoir fait con- 
naître que c'était seulement au capitaine Hobson , chef des An- 
glais établis à la Nouvelle-Zélande, que je faisais ma visite , mais 
nullement au gouverneur de la Nouvelle-Zélande elle-même , 
titre que je ne reconnaîtrais qu'après en avoir reçu la notifica- 
tion officielle de la part de mon gouvernement. Les Américains, 
de leur côté, ne paraissent pas disposés à admettre bénévolement 
cette nouvelle usurpation de l'Angleterre. 

J'avais eu un moment l'envie d'adresser au capitaine Hobson 
une protestation formelle à cet égard ; mais, privé comme je l'étais 
de toute instruction positive du gouvernement français, et dans 
la crainte de faire une démarche inconsidérée; je me contentai de 



I 



PIECES JUSTIFICATIVES. 199 

considérer comme non avenue la prise de possession du gouver- 
nement anglais, et d'agir comme si la Nouvelle-Zélande était 
encore entièrement indépendante. 

Toutefois, Monsieur le Ministre, il ne faut pas se dissimuler 
que cet état ne peut subsister longtemps. 11 faudra que la France 
fasse une démonstration telle , que les Anglais soient forcés de 
s'arrêter dans leurs odieux empiétements , ou bien qu elle recon- 
naisse franchement leurs prétentions ; et alors nos compatriotes, 
tant ceux qui sont établis dans ces contrées, que ceux qui n'y 
apparaissent que pour la pêche à la baleine, seront obligés de se 
soumettre prochainement à toutes les avanies que le gouverne- 
ment local voudra bien leur faire subir. Ici, je trouvai encore 
nos missionnaires catholiques, sous la direction de M. l'évêque 
de Maronné, exerçant leur pacifique ministère, avec une simpli- 
cité, une charité sans borne et une abnégation qui contrastaient 
d'une manière bien étrange avec l'arrogante, la forte et surtout 
la sordide cupidité des missionnaires anglicans, bien plus occu- 
pés de leur propre intérêt que du bien-être des naturels , qu'ils 
prétendent diriger dans la voie du salut. Cette disparate est telle- 
ment choquante, qu'elle frappe les Anglais même, si mal disposés 
envers les Français , particulièrement sous le rapport du culte. 
Aussi, comme je l'avais déjà fait à Mangarei^a, je crus aller au- 
devant des intérêts de Sa Majesté, en accordant à ces estimables 
apôtres le modique secours dont notre mission pouvait dis- 
poser. 

Le 4 niai, dans la matinée, nous fîmes nos adieux aux plages de 
la Nouvelle-Zélande, et fîmes route au nord. Le lo, nous eûmes 
connaissance du volcan Mathews , et le 1 2 nous commençâmes 
l'exploration de la bande occidentale de l'archipel Loyally, qu'il 
nous avait été impossible de reconnaître lors du dernier ^voyage 
de V Astrolabe. 

Ce travait fut complètement terminé dans la journée du i5, et 
de ce moment je m'empressai de rallier, le plus vite possible, la 
terre de la Louisiade. Cette découverte est éminemment française, 
puisqu'elle çst due à Bougain ville, et qu'après lui d'Entrecas- 
teaux seul avait reconnu la partie septentrionale; nulle autre ex- 
pédition n'en avait approché, si ce n'est Y Astrolabe^ qui avait re- 
connu , en 1827, le cap de la Délivrance^ sur VWii Rossel. Ainsi, 



200 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

toute la partie méridionale était très-vaguement Iracée, surtout 
l'intervalle entre le point d'arrêt de Bougainville, et la Nouvelle- 
Guinéeétait demeurée complètement inconnue; seulement la plu- 
part des cartes y plaçaient un détroit d'assez longue étendue. 

Tout en me dirigeant vers le détroit de Torrès , je me proposai 
de combler ces lacunes géographiques. Le 22 mai, nous attérîmes 
au nord de l'île Rosse/, et depuis ce jour, jusqu'au 29 mai, 
nous ne cessâmes de suivre la terre de très-près, traçant avec exac- 
titude les divers accidents dans un développement de près de deux 
cents lieues de côtes. Cette navigation exigea une grande vigilance 
à cause de la grosse mer, des vents violents de S. E. au S. S. E., 
des grains et des brumes fréquentes, qui nous empêchaient de 
découvrir, longtemps à l'avance, les récifs dont ces terres sont 
hérissées dans presque toute leur étendue. 

Toutefois, à cela près de quelques petites alertes causées par 
des récifs isolés, imprévus et souvent assez éloignés de terre, 
nous pûmes nous acquitter heureusement de cette tâche. 

Dans la journée du 28, nous constatâmes qu'il n'existait pas de 
détroit entre la Nouvelle-Guinée et la Louisiade ; c'est un fait im- 
portant que nous serons les premiers à signaler. 

Nons traçâmes environ trente lieues d'étendue de la Nouvelle- 
Guinée , au-delà du cap Rodncy, et près de ce cap les terres 
nous offrirent l'aspect d'un des plus beaux pays du monde; 
beau champ à exploiter pour une expédition dont l'équipage 
n'auj'ait point encore souffert et qui aurait du temps à y consa- 
crer. Mais j'avais déjà bien dépassé le terme qui m'était assigné, 
et je ne pouvais me dissimuler qu'il était grand temps d'en finir. 

Je fis donc roule à l'ouest pour franchir le détroit de Torrès 
par la route la plus septentrionale; je choisissais cette direction 
afin d'offrir du nouveau à la géographie, sachant que le capitaine 
Wickam et d'autres étaient chargés d'expborer les passes du midi, 
presque exclusivement fréquentées par les marins anglais. 

Le 3i mai et le 1®^ juin, dans la matinée, nonobstant des vents 
très-violents du S. 0. et des brumes souvent très-gênantes, notre 
navigation avait été prospère et notre reconnaissance heureuse; 
je me promettais même de vider le détroit dès le lendemain matin, 
ce -;ui était une traversée admirable par cette route; mais trop 
de confiance accordée de ma part dans l'esquisse imparfaite 



PIECES JUSTIFICATIVES. - 201 

tracée par Bligh, faillit causer l'enlière ruine de rexpédition. 

Le L*""" juin, à trois heures de l'après midi, en arrivant près de 
l'île JVarrior ou plutôt Tond , je donnai dans une fausse passe, 
et ne reconnus ma méprise que lorsqu'il ne fut plus possible de la 
réparer. 

INous mouillâmes par trois brasses et demie, fond de coraux, et 
bientôt les deux corvettes touchèrent assez fortement; les équi- 
pages exécutèrent de rudes travaux pour tâcher de nous tenir à 
flot, mais la marée montante brisa nos ancres dans la nuit, en- 
traîna les deux corvettes et les fît monter toutes les deux sur un 
banc de coraux. A la basse mer suivante, la Zélée, qui avait monté 
en entier sur le récif, se trouva n'avoir que six pieds d'eau à tri- 
bord et quatre à bâbord, et elle ne prit qu'une bande modérée, 
mais \ Astrolabe resta suspendue au bord même du récif, avec 
deux ou trois pieds d'eau à tribord seulement, et ayant douze et 
quinze pieds à bâbord. Aussi, dans toute la journée du 2 juin, 
conserva-t-elle une bande effrayante qui, à neuf heures'du soir, 
devint telle qu'elle nous fît craindre un moment de chavirer com- 
plètement sur le bord du récif; heureusement le flot suivant la 
redressa. Le 3 juin, au matin, la Zélée se remit à flot; et dans la 
nuit suivante, en faisant au cabestan des efforts désespérés, l'^j- 
//o/«^^ quitta elle-même sa triste position, et fut remise à flot dans 
un canal étroit où nous étions du moins, hors de danger. Il nous 
fallut ensuite plusieurs jours pour reconnaître et sonder avec soin 
les canaux tortueux et étroits qui pouvaient nous remettre sur la 
bonne voie. Enfin, le 9 juin ce travail fut terminé. \1 Astrolabe 
laissa sur le récif sa fausse quille etsacontre-quille tout entières, 
mais sans faire une goutte d'eau de plus qu'auparavant. Les deux 
corvettes ne perdirent ni ancres ni chaînes, mais plusieurs ancres 
eurent leurs pattes cassées. Le 12 juin, nous vidâmes heureuse- 
ment le détroit, après avoir terminé une reconnaissance qui ren- 
dra cette traversée aussi facile à ceux qui suivront nos traces, 
qu'elle a été pénible pour nous. 

Afin de procurer des rofraîchissements aux deux équipages, je 
me dirigeai vers Coupang-sui -Timor ^ ou nous mouillâmes le 20 
juin, et d'où nous repaitîmes le 26, avec tous nos hommes bien 
portants, à l'exception de quatre ou^icinq personnes malades déjà 
depuis longtemps ; les vents d'est nous firent rapidement franchir 



loi VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

l'intervalle qui sépare Coupang de Bourbon^ où nous mouillâmes 
le 1 juillet. Grâce aux mesures prises par le gouverneur de cette 
colonie, nous pûmes sur-le-champ remplacer nos vivres, qui 
e'taient entièrement consommés, et dès le 3o remettre à la voile. 
A la demande et dans le bien du service, je consentis à recevoir 
sur chacune des corvettes quarante soldais du détachement de la 
colonie, qui avaient droit à être rapatriés. Ces hommes se sont 
très-bien conduits durant toute la traversée. 

Je fis, à Sainte-Hélène, une station de deux jours, pour rem- 
placer notre eau. Acelte époque (du 7 au 9 septembre), on atten- 
dait avec impatience, dans cette île, l'arrivée du prince de Join- 
ville avec ses deux navires. Toutes les dispositions étaient déjà 
prises pour la remise du corps de Napoléon. 

A Bourbon y j'avais déjà vu avec plaisii^, M. le Ministre, que 
trois officiers de l'expédition avaient reçu de l'avancement, sa- 
voir : deux au choix et un à l'ancienneté. En arrivant en France , 
je m'attendais à trouver également accueillies les demandes que je 
vous adressai à notre second retour des glaces. Sans doute, l'u- 
nique motif de ce retard a été le désir de connaître la fin de notre 
campagne. Dans cet espoir, j'ai l'honneur de vous représenter 
encore une fois le tableau général de toutes les demandes faites 
dans le cours de la mission ; vous verrez que mes prétentions sont 
loin d'être exagérées. Cependant, pour le cas où vous trouveriez 
impossible de faire droit à toutes mes propositions, j'ai eu soin 
de disposer les noms dans l'ordre de préférence suivant lequel je 
désire qu'elles soient accueillies. 

Malgré la gravité de la position qui retient sous les drapeaux la 
plupart des marins français, il me sera sans doute permis, M. le 
Ministre, de vous représenter qu'il y aurait une sorte de cruauté 
à refuser un congé de six mois, ou de trois mois au moins, aux 
marins de V Astrolabe et de la Zélée; d'ailleurs il serait probable 
qu'une pareille mesure ravirait à la France cette poignée d'hom- 
mes précieux échappés à tant de dangers et de chances affreuses, 
mais encore tout meurtris des coups de ce long combat de trente- 
huit mois qui a moissonné tant de leurs braves camarades. 

Pour moi, M. l'amiral, tout en surveillant l'expédition des nom- 
breux objets destinés au dépôt général de la marine, au muséum 
d'histoire naturelle et au m.usée naval, tout en attendant votrç 



PIECES JUSTIFICATIVES. 203 

ordre pour me rendre à Paris, je vais tâcher de raffermir un peu 
une santé très-délabrée et qui, depuis quelque temps, ne me pro- 
met que des chances peu flatteuses pour l'avenir. 

Quelles que soient les intentions de Sa Majesté au sujet de la pu- 
blication de cette gigantesque expédition, je vous prierais de don- 
ner l'ordre à M. le docteur Hombron, chirurgien-major de V As- 
trolabe, d'accompagner ces récoltes afin d'assister à leur déballage, 
à leur remise , et surtout afin de surveille»- leur sage répartition* 
11 est à désirer que les intéressantes écoles de médecine de nos 
ports s'enrichissent des nombreux doubles que nous rapportons, 
plutôt que de les laisser s'entasser dans la métropole, pour y dé- 
périr, y être gaspillés, ou tout au moins y devenir inutiles aux 
progrès des connaissances. 

Tel'a été le sort d'une bonne partie des objets rapportés dans 
ma précédente campagne. J'espère que, sur ce point, vous par- 
tagerez complètement ma manière de voir. 

Veuillez agréer, etc. 



Paris, le 16 novembre 1840, 
A M. LE CAPITAINE DE VAISSEAU DUMONT-D URVILLE, A TOULON. 

Monsieur le commandant, 

J'ai reçu le rapport que vous m'avez fait l'honneur de m'a- 
dresser le 8 de ce mois, pour m'annoncer l'arrivée à Toulon des 
corvettes V Astrolabe et la Zélée. 

J'ai suivi, avec un très-vif intérêt, dans ce rapport l'aperçu des 
opérations faites à bord de l'expédition, sous votre commande- 
ment, depuis son départ d'Hobart-Tovrn. 

J'ai vu qu'animé d'un noble zèle pour la science, vous avez su 
faire tourner à son profit chacune de vos relâches, et que d'im- 
portants matériaux sont le fruit de cette périlleuse et longue 
campagne. 

Bien qu'il n'entrât pas spécialement dans Taccomplissement de 
la tâche que vous étiez appelé à remplir, de veiller aux intérêts 



204 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

du commerce, vous avez encore su lui rendre utile, dans les pa- 
rages de la Nouvelle-Zélande, le concours de l'expédition : c'est là 
un résultat dont j'aime à vous féliciter. 

Votre retour à Toulon termine une campagne dont toutes les 
circonstances ont été marquées par des actes de dévouement et de 
zèle, auxquels le pays tout entier n'a pu qu'applaudir. 

C'est avec un véritable plaisir, monsieur le commandant, que 
je vous félicite de cet important résultat; je vous en témoigne ma 
haute satisfaction ; je vous charge de l'exprimer aux états-majors 
et équipages de ï Astrolabe et de la Zélée qui, pendant cette cam- 
pagne, ont dignement répondu à l'exemple que vous leur avez 
donné. 

Recevez, monsieur le commandant, l'assurance de ma considé- 
ration très-distinguée. 

Le Minisire secrétaire d'Etat de la marine et des colonies, 
Amiral DUPERRÉ. 



ORDRES ET INSTRUCTIONS. 



Toulon , le 6 septembre 1837. 

Monsieur le capitaine Jacquinot fera tous ses efforts pour ne 
jamais perdre de vue V Astrolabe , ni de jour, ni de nuit. Pour 
cela, il la suivra d'aussi près que la prudence le permettra^ avec 
le vent et la mer qui régneront; il commandera aux officiers et 
aux élèves de quart la plus grande vigilance à ce sujet. 

Roule. 

Si un accidentimprévu venait à séparer la Zélée deVAstrolabe, 
M. Jacquinot conduirait d'abord la Zélée sur la rade^'de Santa- 
Crux, à Ténériffe , ou il attendrait V Astrolabe huit jours entiers ; 
puis, il ferait route pour l'île Sant- Antonio du cap F'ert ^ où il 
attendrait X Astrolabe huit autres jours ; delà, il se dirigerait sur 
Moniandco^ où il l'attendrait encore huit jours. Enfin, s'il ne la 
voyait pas reparaître, ilserendrait au ^ori Saint-John de la Terre 
des Etats , situé à deux milles environ de la pointe Est^ sur la 



PIECES JUSTIFICATIVES. 205 

bande septentrionale, où il attendrait V Astrolabe un mois entier. 
Au bout de ce terme, si ce dernier navire ne reparaissait point, 
M. Jacquinot serait libre, ou bien d'opérer son retour en France, 
ou bien de tenter seul une pointe vers le pôle Austral , entre les 
îles New-Shetland et Sandwich , ou bien de continuer sa route 
vers les îles de XOcéanie et d'y opérer, suivant que son zèle et ses 
connaissances le guideraient. Seulement je signalerai à son atten- 
tion spéciale, le groupe entier des îles Salomon^ toute la partie 
septentrionale de la Nouvelle-Bretagne ^ et toute la bande méri- 
dionale de la Louisiade et de la Nouvelle-Guinée ^ depuis le cap 
i)(?7à7a«ce jusqu'au cap Velsch. 

Le capitaine de vaisseau, etc. 



Santa-Crux de Ténériflfe , 6 et 8 octobre 1837. 

En cas de séparation définitive des corvettes \ Astrolabe et la 
Zélée ^ M. le capitaine Jacquinot se dirigera immédiatement sur 
la Terre des Etals. Cependant, comme son navire paraît avoir une 
marche supérieure à celle de V Astrolabe, si la bordée lui permet- 
tait d'atteindre l'île de la Trinité, il croiserait durant quarante- 
huit heures sous lèvent et très-près de cette île pourm'attendrej 
si V Astrolabe ne paraissait point au bout de ce délai, M. Jac- 
quinot conduirait la Zélée au fond du port Coo/c de la Terre des 
Etats, où il séjournerait un mois ; après ce terme, et lorsqu'il se 
serait assuré que V Astrolabe ne serait mouillée sur aucun autre 
point de la Terre des Etats , M. Jacquinot prendrait le parti qui 
lui conviendrait le mieux, conformément aux instructions déjà 
tracées dans ma note du 6 septembre iSSy. 

Signaux de brume et de nuit pour /'Astrolabe et la Zélée. 

1^^ A l'approche d'une brume intense ou d'une nuit sombre, 
la Zélée devra venir se placer et se maintiendra à trois enca- 
blures au plus , au vent ou sous le vent de ï Astrolabe , et par sa 
hanche de l'arrière. 

2e Si, à cette distance, il était à craindre qu'un navire ne pût 
pas apercevoir l'autre à cause de l'obscurité , la Zélée se mettrait 



206 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

dans les eaux de V Astrolabe ^ et se maintiendrait à un câble de 
distance seulement. 

3^ Dans ces deux cas, \ Astrolabe faciliterait par sa manœuvre, 
s'il est nécessaire, celle de la Zélée ^ et ne ferait ensuite aucune 
manœuvre ultérieure pour augmenter ou diminuer de voiles, ou 
changer sa route d'une manière notable sans la faire précéder par 
un coup de pierrier ; un coup de pierrier serait aussi tiré au cas où 
elle viendrait à masquer inopinément. 

4^ Deux coups dcpierrier successifs indiqueront qu'on va virer 
de bord. 

5' Si , malgré ces précautions , la Zélée venait à perdre de vue 
\ Astrolabe^ elle tirerait un coup de canon et mettrait en panne 
aussitôt , si le temps était maniable ; si le temps était foicé, elle 
mettrait sur-le-champ à la cape les amures au bord d'où le 
vent dépendrait déjà , et attendrait sous l'une de ces allures 
qu'elle eût revu V Astrolabe. Le commandant signalera qu'il a en- 
tendu, en répondant sur-le-champ par un coup de canon. 

6 ■ Si V Astrolabe tire la première un coup de canon , et que la 
Zélée la voie encore, ce sera pour celle-ci un signal de ralliement 
immédiat, pour venir prendre son poste derrière le comman- 
dant; sinon, elle mettra en panne ou à la cape, suivant le 
temps. En tout cas, elle répondra par un coup de canon. 

j^ Quand les deux corvettes se seront perdues de vue , des 
coups de canon isolés , tirés d'heure en heure ou de demi-heure 
en demi-heure par chaque corvette , suivant le temps et la dis- 
tance présumée , indiqueront les positions réciproques. 

8^ Un coup de canon immédiatement suivi dune fusée tirée 
d'une des corvettes , annoncera à l'autre une avarie majeure. 

9*^ Deux coups de c^non précipités indiqueront le besoin d'un 
secours pressant. 

10* Un coup de canon suivi immédiatement d'un coup de 
pierrier, indiquera la vue subite d'une terre ou d'un danger 
inopiné. 

Astrolabe, le 26 novembre i83y. 

Le capi laine de vaisseau, etc. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 207 

Port-Famine, le 37 décembre 1837. 

A moins de contrariétés trop grandes, l'expédition sortira du 
détroit de Magellan par l'ouest , ou par le cap Pillar. Le com- 
mandant de la Zélée fera tout ce qu'il pourra pour se maintenir 
en vue de \ Astrolabe , à distance telle néanmoins qu'il ne puisse 
trop la gêner dans ses manœuvres. 

Si des circonstances inopinées venaient à opérer une sépara- 
tion , le premier point de ralliement serait le port Gallanl sur la 
côte nord du détroit, par 53 degrés \i minutes latitude S. et par 
j4 degrés 17 minutes longitude O, , où M. Jacquinot attendrait 
ï Astrolabe deux jours. Le second point serait la baie de Playa- 
Pardd sur la même côte, par 53 degrés 18 minutes latiuide S., 
et 75 degrés 16 minutes longitude 0. , ou il attendrait ï Astrolabe 
trois Jours j enfin , le troisième et dernier point serait le havre de 
Mercy^ sur la côte sud , près du cap Pillar., par 52 degrés 45 
minutes de latitude S. , et 76 degrés 56 minutes longitude O., ou 
M. Jacquinot attendrait encore dix jours entiers. 

Au bout de ce temps il sortirait du détioit, doublerait le" cap 
Horn, gagnerait directement les îles Orkney^ ou il mouillerait 
au port Spreace , dans le détroit de Leitliiuaitiie 5 là M. Jacquinot 
attendrait encore \ Astrolabe dix jours. Enfin, s'il ne la voyait 
point paraître, il demeurerait maître de sa manœuvre, comme 
je l'ai prescrit déjà par mes précédentes instructions. 

Ci-joint, le capitaine Jacquinot trouvera le calque du détroit 
et les plans des havres de Plaja-Parda, de Mercy et des îles 
Orkney, ainsi que l'ordre de distribution extraordinaire de vi- 
vres pour les hommes faisant le quart à la mer. 

Quand sous voiles, ou à l'arrivée dans un mouillage, V Astro- 
labe hissera le numéro du grand canot de la Zélée., accompagné 
du pavillon^ national, ce signal indiquera que le commandant 
désire l'envoyer en reconnaissance ; alors, le capitaine Jacquinot 
le fera armer en guerre, en ayant soin d'y placer comme réserve, 
dans une caisse de tôle , pour trois jours de biscuit pour les ca- 
notiers , puis il l'enverra aux ordres du commandant, à bord de 
\ Astrolabe ou au lieu indiqué par le signal subséquent, s'il y 
avait lieu ; dans ces occasions , en outre de l'officier commandant 



208 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

spécialement le canot et en ayant la.responsabilité, M. Jacquinot 
aura soin que quatre personnes au plus de l'état-major s'y em- 
barquent, savoir : deux officiers ou élèves, un médecin elle 
dessinateur ; toute autre personne ne pourrait embarquer ^u'à 
titre de canotier. 

Le capitaine de vaisseau^ etc. 



En mer, Astrolabe , 15 février 1838. 

Monsieur Jacquinot, commandant la Zélée ^ 

Mon cher capitaine , pour quitter ces maussades parages, je 
n'attends plus que d'avoir pu explorer les environs du méridien 
de 32 à 34 degrés , par où ce diable de Veddell a du pénétrer vers 
le pôle, et si la route est encore fermée , là je quitterai définiti- 
vement la partie. 

Tâchez toujours de conserver VAslrolabe comme vous avez 
fuit; néanmoins, si une séparation s'opérait malgré tous nos 
soins , restez deux jours entiers à croiser sur le point où elle au- 
rait eu lieu en limitant à six milles en tout sens vos bordées. 

Puis rendez-vous aux Orkney où vous croiserez de même cinq 
jours entiers sur la bande sud, profitant de cette circonstance 
pour en faire la géographie. Enfin , si vous ne nous voyez point 
j^araître , rendez-vous directement sur la rade de la Conceprion 
au mouillage de TaIcahuano\ car c'est là où, pour maintes rai- 
sons , je compte mener les deux corvettes ; là, vous pourriez tou- 
jours à l'avance vous occuper à nous faire préparer les vivres 
nécessaires, tels que salaisons, légumes , biscuit, farine et même 
vin s'il y en avait, tout cela dans la proportion de quatre ou cinq 
mois pour chaque navire, excepté la farine dont il faudrait 
davantiige. 

Enfin, si au bout de deux mois de séjour à Takahuano vous 
ne voyiez point paraître l'^j/ro/w/^e, vous resteriez maître de votre 
manœuvre ; je vous conseillerais néanmoins d'opérer votre retour 
en France en faisant le tour du monde, en visitant les îles Fiti^ 
Salomon^ Nouvelle-Bretagne ^l Nouvelle-Guinée ^ ce qui consti- 
tuerait encore une très-glorieuse expédition avec ce que nous 

avons déjà fait. 

Tout à vous, etc. 



PIECES JUSTIFICATIVES. 209 



Astrolabe, devant Juan-Fernandez , 4 juin 1838. 



Instrucfîons parliculières . 

Si , à partir de Juan-Fe mandez , la Zélée venait à quitter YAs^ 
trolabe, M. le capitaine Jacquinot se dirigerait sur fVaïhoa (île 
de Pâques) , où il croiserait trois jours sous le vent de cette île, 
pour m'attendre, ayant avec les naturels les relations que la 
prudence lui dicterait ; puis il se rendrait à Gambier^ où il at- 
tendrait quinze jours entiers Y Asltolahe^ et pendant ce temps, il 
ferait travailler au plan détaillé de tout le groupe, en commen-- 
çant par la partie septentrionale; enfin, il gagnerait Taïll et 
mouillerait sur la baie de Malavaï. Si deux mois s'écoulaient 
sur ce point sans que \ Astrolabe y parût , M. Jacquinot resterait 
maître de sa manœuvre. 

Quand un canot de la Zélée ira en reconnaissance à terre, je 
recommande instamment au capitaine Jacquinot de ne pas per- 
mettre que les deux médecins s'y embarquent à la fois, cela est 
contraire au service et aux règles de la prudence; la justice et 
l'intérêt de la mission exigent que MM. Leguillou et Jacquinot 
alternent pour ces circonstances. 

Le capitaine de vaisseau^ elc. 



, A bord de V Astrolabe , Manga-Reva , 4 août 1838. 

1° En cas de séparation des deux corvettes, le capitaine Jac- 
quinot se rendra immédiatement dans la baie de Taïo-Hac ou 
Tchichagoff suv l'île Nouka-HIva^ dont le plan est joint à celte 
note; là, il attendra V Astrolabe durant dix jours. 

2° Ensuite il se rendra sur la baie Malavaïii Tai/i, où il at- 
tendra encore durant un mois. 

Si ÏAsiiolabe ne paraissait point durant ce temps, il serait à 
peu près certain qu'elle aurait fait naufrage sur les îles Pomo.'ou, 
Alors le capitaine Jacquinot s'occuperait de la recherche et du 
sauvetage de l'équipage, en commençant naturellement par les 
îles situées le plus près de la route à tenir de Matiga-Rcva à 

X. 14 



210 VOYAGE DAINS L'OCÉANIE. 

Nouka-Hh'a , comme de ce dernier point à Taïti. Les indications 
des naturels dirigeraient sa route e^ ses opérations. 

Le capitaine de vaisseau^ etc. 



R^^e d'Apia, 3 septembre 1838. 

Si une séparation avait lieu , M. le capitaine Jacquinot atten- 
drait Y Astrolabe trois jours , en croisant sous le vent de l'île La- 
guemha. 11 attendrait encore trois jours sous le vent de l'île Goro , 
puis il se rendrait à la baie du Bois de Sandal^ où il attendrait 
encore durant quinze jours. Ce délai passé, il se rendrait avi port 
Résoluùon , svu' l'île Tannai où il attendrait encore durant un 
mois ; puis il resterait maîue de sa manœuvre. 

Si des circonstances imprévues empêchaient M. Jacquinot 
d'atteindre le mouillage de Sandal-TVood^ il se rendrait directe- 
ment au port Résolution^ où il attendrait Y Astrolabe durant deux 
mois ; puis il serait maître de sa manœuvre. 

. Le capitaine de vaisseau^ etc. 



Astrolabe, 27 novembre 1838. 

En cas de séparation avant la fin du tiavail des îles S^omon , 
M. le capitaine Jacquinot ira attendre V Astrolabe auport Piaslin^ 
ou Havre c/É'.y^«^/6f7j(NoLivelle-lrlande), l'espace de quinze jours. 

Après ce délai, ou si le travail des îles Salomon était terminé, 
M. Jacquinotse rendrait immédiatement aux îles Ho;o!eu (Caro- 
lines), où il chercherait un mouillage dans la partie sous le vent, 
et attendrait ï Astrolabe quinze autres jours. 

De là , il ferait en sorte d'atteindre Amboine par la route qu'il 
jugerait la plus prompte, et qui serait je crois le détroit des Mo- 
luques ^ entre Célèhas et Guïlolo. Le capitaine Jacquinot atten- 
drait trois mois à Amboine , puis , si Y Astrolabe n'y paraissait 
points il serait maître de sa manœuvre. 

Le capitaine de vaisseau^ etc. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 211 

Astrolabe, le 24 février 1839. 

Si une séparation s'opérait entre les deux corvettes, suivant 
les lieux où cela arriverait, les lieux de rendez-vous seraient suc- 
cessivement ; 

1° La partie nord des îles Arrou^ où la Zélée attendrait trois 
jours, soit aux petits bords, soit à l'ancre. 

2° La partie la plus ouest du cap Welsh^ où la Zélée atten- 
drait cinq autres jours, soit aux petits bords, soit à l'ancre. 

3*^ L'île Délivrance. La Zélée mouillerait dans le canal , à huit 
milles environ au nord, par six ou sept brasses, et attendrait l'^j- 
/ro/û^e durant huit jours. Pendant ce temps, ses canots pousse- 
raient des reconnaissances aux environs. 

4° L'île Twnagain. La Zélée mouillerait sur la bande nord et 
attendrait cinq jours. 

5° L'île Dungeness. La Zélée mouillerait sur la bande nord et 
attendrait 5 jours. 

6°L"île Dalrymple. La Zélée mouillerait sur la bande nord- 
ouest et attendrait cinq jours. 

7°Enfîn lesîles Tlf^/z/aj. La Ze/c^e mouillerait sur la bande nord, 
dans la baie de Freachcrous. Là , on attendrait V Astrolabe du- 
rant un mois, les canots poussant des reconnaissances jusqu'à 
huit ou dix lieues à la ronde. 

Au bout de ce temps , le capitaine Jacquinot demeurerait maî- 
tre de sa manœuvre. Seulement, après d'aussi nornbreux délais , 
la mousson d'est aurait eu le temps de s'établir, et je lui conseil- 
lais de revenir dans l'ouest, d'autant plus que cela lui donnerait 
peut-être le moyen de retrouver quelques traces de VAstrolabe. 

Dans le cas où il lui arriverait à lui-même malheur dans le 
détroit de Torrès, autant que faire se pourrait , il accosterait les 
îles de la route, planterait une gaule avec pavillon rouge, et enter- 
rerait au pied une bouteille, avec la note succinte des événements 
qui lui seraient survenus. L'/4j/;o/fi(^6 en ferait autant de son côté. 

Le capitaine de vaisseau^ etc. 



212 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 



Astrolabe, 13 mars 1839. 

Mon cher capitaine. 

Voilà le mois de mars trop avancé pour songer raisonnable- 
ment à poursuivre mes projets sur le détroit de Torrès^ et je crains 
même que la mousson d'ouest ne nous abandonne bientôt, après 
de rudes bourrasques. Ainsi, bon gré, malgré, il faut avaler le 
tour immense et stérile de Xdi Nouvelle- Hollande^ que j'avais si 
bonne envie d'éluder. 

Le premier rendez-vous serait la rivière des Cygnes , si vous 
avez le vent bon pour cela, et vous attendrez V Astrolabe durant' 
quinze jours. 

Mais si le vent vous contrariait, vous poursuivriez droit à 
Hobart-Toiun, où vous attendriez ÏAstio!abe deux mois en- 
tiers; passé ce délai, si elle ne paraissait point, vous feriez ce 
que vous voudriez. 

Votre affectionné, etc. 



Kaffles-Bay, le 4 avril 1839. 

En cas de séparation des corvettes : 

i" A l'est du 127^ degré de longitude E,, gagner Banda^ et 
attendre huit jours V Astrolabe ; 

1° A l'est du 117^ degré de longitude E. , gagner Macassar^ 
et attendre huit jours V Astrolabe. 

3" A l'est du m*^ degré de longitude E., gagner Sourabaya^ 
et attendre ï Astrolabe deux mois. 

Si elle ne paraissait point, liberté de manœuvre. Cependant, 
comme il serait probable qu'en pareil cas V Astrolabe aurait fait 
naufrage, M. Jacquinot fera bien d'employer les movens qui dé- 
pendront de sa situation et de l'assistance des autorités locales, 
pour s'occuper de la recherche des naufragés. 

Le cap ita inc de vaisseau j ctc . 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 213 

Rade de Soog, le 24 juillet ia39. 

Note pour M. le commandant de la Zélée, en cas de séparation. 

A l'ouest du méridien de 182 degrés longitude E., la Zélée at- 
teindrait ïi\^ yingour (archipel Pe/cw^,et passerait là cinq jours 
à croiser bord sur bord, à la distance de deux ou cinq milles de 
la côte. 

A l'est du méridien de i32 degrés, età Fouest de celui dei5o, la 
Zé/ée atteindrait le groupe Hogo/eu, et croiserait également cinq 
jours sous le vent de ces îles. 

De là elle gagnerait, si elle le pouvait, l'île Ualan, et mouil- 
lerait dans le haç>re de la Coquille , où elle attendrait dix jours 
\ Astrolabe. 

Sinon elle gagnerait, le plus tôt possible, yyo/Y Jackson^ où le ca- 
pitaine Jacquinot attendrait l'y^^/zo/^//^^ jusqu'au i^"^ janvier i84o; 
passé ce délai, il resterait maître de sa manœuvre. 

Le capitaine de vaisseau, etc. 



Mouillage de Sambas , 8 juillet 1839. 

Note pour M. le commandant de la Zélée. 

Tant que les deux navires seront à l'ouest de l'île Balam- 
hangan, si une séparation avait lieu, la Zélée irait attendre 1'^^- 
trolahe dans la baie Malondon , où elle mouillerait près de la 
bande ouest, et passerait huit jours. 

Après ce délai, ou bien si la séparation avait lieu à Test de l'île 
Balambangan, la Zélée irait directement au mouillage de Sam- 
l/ouangan, sur l'île Mindanao, où elle a tiendrait l'y^j/zo/ûr^e durant 
un mois. Au bout de ce temps, M. Jacquinot resterait maître de 
sa manœuvre. 

Le capitaine de vaisseau, etc. 



214 VOYAGE DANS lyOCÉANlE. 

Astrolabe, 12 août 1839. 

^ Mon cher capitaine, 

Je vois que je ne peux pas compter sur les vents d'ouest, tant 
annoncés par Horsburgh pour ces parages; dégoûté par les con- 
trariétés que j'ai éprouvées depuis Sambouangan, et impatient 
d'arriver à temps à Port-Jackson et Hobart-Town, je renonce 
décidément au grand tour par l'est, et m'en tiendrai tout simple- 
ment à celui par l'ouest; seulement je ferai en sorte de donner à 
l'est deGuilolo, si je puis; sinon, nous enfilerons encore une fois 
le détroit des Moluques. 

En cas de séparation, voici donc les nouveaux points de ren- 
dez-vous : 

1° Au nord du 3® degré de latitude sud, gagner la baie de 
Caïelif et y attendre V. Astrolabe dix jours; 

2^ Au sud de cette latitude , gagner la baie de Coupang-sur- 
Timor^ et y attendre V Astrolabe deux mois ; passé ce délai, vous 
serez maître de votre manœuvre. 

Tout à vous, etc. 



En mer, Astrolabe, le 5 août 1839. 

Noté pour M. le commandant de la Zélée. 

Dans le cas très-probable où l'expédition serait obligée de 
prendre la route du détroit de Makassar, voici les nouveaux 
points de rendez-vous : 

1° Premier point de rendez-vous devant la rivière Gooty^ par 
six et sept brasses de fond; attendre huit jours ; 

2° Mouiller dans la baie au N. È. de Poulo-Laut ^ et attendre 
dix jours ; 

3° Enfin, gagner Banian- PF'angui dans le détroit de Bali^ et 
attendre un mois entier. Puis liberté de manœuvre. 

Le capitaine de {^aisseau, etc. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 215 

Àstrolade , Hobart-Town, le 31 décembre 1839. 

Instruction pour M. le capitaine Jacquinot. 

M. le capitaine Jacquinot manœuvrera de manière à conserver 
V Astrolabe en vue, autant qtte possible. 

Si, n^algré ses efforts, une séparation avaitlieu, il mettraitsur- 
le-champ en panne, ou ferait de petits bords de six milles chacun, 
de manière à s'écarter le moins possible du lieu de la séparation. 
11 passerait ainsi trois jours entiers, tirant d'heure en heure un 
coup de canon et conservant ses feux durant la nuit; au bout de 
ce temps, il serait maître de se rendre aux îles Auckland^ pour y 
attendre ï Astrolabe, ou de gâgtier directement Hôhart-Toiun. 

Là, il reprendrait tôtis les nialades, sans distinction, déposés 
dans cette ville, et ferait en sorte de se rendre à la Baie des lles^ 
avant le i" avril au plus tard. 

A la Baie des lies , M. Jacquinot attendrait \ Astrolabe jus- 
qu'au 1" juin i84o; passé ce terme, il serait maître de sa ma- 
nœuvre. 

Si l'état de santé de son équipage ne permettait plus à la Zélée 
de suivre \ Astrolabe, le capitaine Jacquinot se rendrait à bord du 
commandant, pour recevoir ses ordres touchant ce qu'il j aurait 
à faire; en cas d'impossibilité par le mauvais temps, il en donne- 
rait connaissance àU commandant par le télégraphe marin. tJne 
fois engagée dans les glaces, la Zélée évitera de se tenir trop prêii 
de \ Astrolabe, pour lui laisser l'espace pour manœuvrer en cas de 
rencontre imprévue. 

Le capitaine de çaisseauy etc. 



Astrolabe, le 19 mars 1840. 



Note pour M. le capitaine Jacquinot. 

Si une séparation avait lieu avant le 44® degré de latitude, M. le 
capitaine Jacquinot atteindrait le port di Akaroa^ sur la pointe E. 
de la presqu'île de Banks j et y attendrait huit jours V Astrolabe, 



216 VOYAGE DA]NS L'OCEANIE. 

Au bout de ce temps, comme dans le cas où la se'paration au- 
rait lieu au nord du 44^ degré de latitude sud, la ZéUc se rendrait 
directement à la Baie des Iles^ mouillerait devant le village de Ko- 
rora-Reka, et y attendrait Y Astrolabe jusqu'au i" juin i84o; 
passé cette époque, M. Jacquinot resterait maîlre de sa ma- 
nœuvre. 

Le capitaine de vaisseau^ etc. 



Astrolabe, le 4 mai 1840. 

Note pour M. le capitaine Jacquinot. 

Si une séparation avait lieu avant le 2i® degré de latitude sud, 
le capitaine Jacquinot irait attendre {'Astrolabe au Havre Balade , 
(Nouvelle-Calédonie), où il se tiendrait paré à appareiller sur-le- 
champ; car X Astrolabe ne mouillerait probablement point, et se 
contenterait de tirer des coups de canon pour le rappeler. 

Au bout de huit jours d'altente, ou bien si la séparation avait 
lieu au nord du 2i® degré, M. Jacquinot se dirigerait immédiate- 
ment vers le détroit de Torrès ^ par l'une des passes du nord; 
il irait attendre Y Astrolabe au mouillage de la bande nord de 
l'île IVanian ou des Traîtres ; au bout de dix jours d'attente, 
il débouquerait du détroit, se rendrait directement au port Es- 
sington, où il ne ferait que le séjour rigoureusement nécessaire, 
puis accomplirait le reste de son retour en France comme il le ju- 
gerait convenable. Cependant, comme il serait probable, en pareil 
cas, que Y Astrolabe aurait fait naufrage dans le détroit de Torrés, 
dans les diverses stations où il passerait, il aurait soin de faire pu- 
blier, dans les journaux des localilés, les instructions capables 
de diriger ceux qui voudraient s'occuper de la recherche de ce 
navire. 

Je recommande de nouveau expressément à M. le capitaine 
de la Zélée, de laisser toujours au moins quatre ou cinq enca- 
blures d'intervalle entre V Astrolabe et la Zélée, tant que nous se- 
rons engagés dans les canaux du détroit. 

Le capitaine de vaisseau, etc. 



i 



PIECES JUSTIFICATIVES. 217 

! 
Astrolabe , le 31 décembre 1839. ' 

Ordre et instruction pour M. Homhron, chirurgien-major de l^Ks- 
trolabe, pendant son séjour à Hobart-Toivn. 

.. "\ 

Le capitaine de vaisseau, commandant l'expédition au pôle 
austral et dans TOcéanie , 

Prenant en considération les rapports des médecins de Texpé- 
dilion, les circonstances présentes, et surtout la nature de la na- 
vigation qu'il se propose d'entreprendre immédiatement après 
son départ de Hobart-ToAvn, 

Arrête ce qui suit : 

1° Tous les malades des deux corvettes, au nombre de seize, 
resteront à Hobait-Town, dans le local loué pour les recevoir. 

Voici leurs noms : 

MM. Homhron, chirurgien major de V Astrolabe; Demos, lieu- 
tenant de vaisseau; Goupil, dessinateur; Coatelencq , maître 
charpentier; Robert, deuxième maître canonnier; Sureau, quar- 
tier-maître de timonnerie ; Michel, Brunet, Beaudouin, Martini, 
Staht, Lédéan, Niel, Malesieux, Camus, Bernard, matelots. 

2° Toutes ces personnes resteront sous la surveillance de 
M. Hombron, dont la santé lui permet d'exercer cette fonction, 
bien qu'il ne soit pas en état de suivre l'expédition aux glaces 
Australes ; 

3" A défaut d'autre comptable, M. Hombron sera également 
chargé de la partie de l'administration ; et le commandant de l'ex- 
pédition se plaît à espérer qu'il réglera les dépenses de manière à 
ce qu'il n'y en ait pas d'autres que celles qui seront rigoureu. 
sèment indispensables au rétablissement et à l'entretien des ma- 
lades; 

4° M. Hombron attendra le retour de la ZeVtic jusqu'au i5 avril 
j84o; 

5" Au retour de la Zé/ée,M. Hombion se rembarquera sur cette 
corvette avec tous les hommes confiés à ses soins, et cela sans dis- 
tinction, quel que soit alors leur état ; 

6° Cependant, à cette époque, MM. Demas et Goupil seront 
maîtres de rester dans la colonie; mais, dans ce cas, leur retour 



m VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

en France sera à leui- charge; il serait également à leur charge, 
s'il voulaient quitter Hobart-Town, avant le retour de la Zé/ée ; 

7° Si la Zé/ée n'est pas de retour le i6 avril, M. Hombron s'a- 
dressera à M. le gouverneur et à la personne déléguée par ce fonc- 
tionnaire, pour le transport de tous les malades et le sien propre, 
de Hobart-Town à l'île Maurice , sur un navire du commerce ou 
attire, faisant cette navigation ; 

S° M. le gouverneur sera prévenu, par le commandant de l'ex- 
pédition , que les frais du séjour à Hobart-Town et du transport 
à Maurice, seront remboursés par le trésor rojal de la marine de 
France, sur les bons délivrés par M. Hombron; 

9° De l'île Maurice, M. Hombron se rendra immédiatement, 
avec tous les malades, à l'île Bourbon ; il y a des occasions à peu 
prés journalières pour opérer ce trajet; 

io° A son arrivée à l'île Bourbon, M. Hombron se mettra aux 
ordres de M. le gouverneur de la colonie, en lui présentant cette 
instruction; de ce moment, il se conformera de tout point aux 
mesures que M. le gouverneur de Bourbon jugera convenables 
pour rapatrier MM. les officiers et tous les autres malades; 

11° Un crédit de 200 livres sterling lui_ sera ouvert chez 
M. Dunn, pour couvrir les dépenses probables du séjour des 
malades à Hobart-Town. Par ce moyen, il pourra solder, par 
semaine ou par mois, les comptes de dépenses présentés par 
M. Bedfort. Au départ il arrêtera, avec ces deux messieurs, le 
compte général des dépenses qui auront eu lieu ; 

1 2° Le commandant d'Urville recommande de nouveau, à 
M. Hombron, la plus grande économie et l'ordre le plus sévère 
dans ses dépenses, afin que les suites d'une mesure aussi inso- 
lite, mais aussi indispensable dans l'intérêt de l'humajiité^ com- 
biné avec l'honneur de l'expédition, puissent néanmoins mériter 
l'entière approbation du Gouvernement; des dépenses immodé- 
rées et peu justifiables ont eu lieu dans le service des malades, au 
commencement de la relâche; le commandant espère que l'expé- 
rience aui'à prouvé qu'elles ne doivent pas se renouveler; 

l3° Si les marins confiés aux soins de M. Hombron man- 
quaient à la discipline et aux mesures qu'il jugel'ait convenable 
de prescrire pour leur bien , il s'adresserait à l'autorité locale 
pour les faire mettre en prison , et les y maintenir le temps qu'il 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 219 

jugerait convenable ; et dans ce cas, il ne leur serait alloue' stric- 
tement que la ration accordée aux prisonniers ; 

i4° En cas de décès, il s'entendra avec l'abbé Terrey, pour les 
inhumations et actes de décès à retirer pour les familles des morts; 
il retirerait aussi chez lui les effets des décédés, après avoir fait 
constater, en présence de deux témoins, la nature et le nombre 
des objets; au retour de la Zélée, M. Huon de Kermadec régu- 
larisera de son mieux ces diverses opérations ; 

i5° D'après les comptes déjà arrêtés, il paraît que la dépense 
de chaque homme pourra être réduite à deux schellings et demi 
par tête, tout compris, frais d'hôpital, vivres, médicaments, 
loyer, etc. C'est le but vers lequel M. Hombron doit sans cesse 
tendre. 

Le capitaine de vais^eau^ etc. 



i 



NOTE 



l'ÉTIOlOGlE DE ftllELÛlES BHADIES INTERPS EPlDEMIftlJES 

Qui furent ou sont encore réputées contagieuses. 

PAR M. LE DOCTEUR HOMBRON. 



La médecine possède des ouvrages pratiques , où l'empirisme 
constitue la moitié de l'art de guérir; elle possède des ou- 
vrages classiques où rien n'est discuté. L'étiologie n'est 
qu'un pêle-mêle sans critique, sans philosophie. En méde- 
cine, rien n'est classé : la scienee n'existe donc pas. Personne 
n'est mieux placé que le médecin de la marine pour beaucoup 
voir, beaucoup comparer, et personne, mieux que lui, ne peut 
contribuer à la philosophie de la science *. 



AVANT-PROPOS. 



Ce petit mémoire est la préface d'un travail considérable, en- 
trepris depuis longtemps, et que d'autres occupations m'ont 
empêché de poursuivre : je crois devoir en émettre les princi- 
pales idées, car je pense qu'il est nécessaire de sortir un peu de 
cette ornière où nous engage l'esprit positif du siècle, esprit bon 

* J'aurais désiré réunir dans un même volume ce petit aperçu sur les 
maladies épidémiques, un mémoire sur la topographie de Java et Thistoire 
minutieuse de la dyssenteric de l'Inde, mais le défaut d'espace n'en a pas 
permis l'admission dans le dixième volume de la relation du voyage au 
pôle sud. La topographie de Java a été imprimée dansjes Annales mari- 
times, année 1 843. 



222 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

en lui-même, mais qui a malheureusement aussi son exagération, 
De crainte de faire des hypothèses , on s'abstient de raisonner, de 
remonter à l'essence des choses; on attend du temps et de l'expé- 
rience les grandes vérités médicales, que personne ne cherche, 
parce qu'il est à la mode de n'admettre comme bon , que ce qui 
peut être rendu évident aux yeux. Mais on oublie que le raison- 
nement est un moyen de rechercher et d'analyser|: c'est une voie 
féconde en découvertes, soit qu'elle nous y conduise directement, 
soit qu'elle nous guide par les routes plus ou moins détournées 
qui doivent nous en rapprocher. Des archives encombrées des 
faits isolés ne constituent point l'histoire; elles n'en sont que 
les éléments; des myriades d'observations médicales bien faites, 
ne constituent pas la science. La description de tous les êtres , 
fut-elle parfaite pour chacun d'eux, ne serait que la base de l'his- 
toire naturelle, sans être encore cette science admirable qui 
étend nos idées et rectifie notre jugement. 

Au reste, est-il bien raisonnable d'admettre aveuglément les 
hypothèses de nos ancêtres, plutôt que de chercher nous-mêmes la 
lumière que le raisonnement nous permet d'entrevoir, au milieu 
de la foule des faits bien observés de la médecine moderne. 

Bien que du temps de Pinel , l'anatomie pathologique fût in- 
finiment moins avancée qu'elle ne l'est niaintenant, bien que 
toutes les sciences naturelles prissent infiniment moins de part 
aux idées philosophiques qu'elles inspirent et fécondent , ce 
grand médecin, suivant les traces de Sauvages et de Cu|len , osa, 
à leur exemple , déclarer 1^ guerre à Ja routine de son temps et 
classa les maladies; car sans classification, il ne saurait exister 
d'idées de rapports ou de différences précises et, par conséquent, 
la science reste à faire, 

Malheureusement, du temps de Pinel , la foi médicale fusait 
encore loi, et l'observation matéiielle , lors même qu'on y recou- 
rait , ne parvenait pas à détruire les idées préconçues piiisée^ 
à la source des abstractions de l'école. Alors, on voulait expli- 
quer des faits matériels au moyen de la métaphysique; aujour- 
d'hui on semble attendre de faits étudiés isolément, d'éléments 
épars, que le hasard combinera sans doute, une doctrine, une 
science enfin , et une science digne du temps éclairé où nous 
vivons ! Point d'hypothèses, voilà le grand mot à la mode; il est 



i 



RENSEIGNEMENTS. p3 

séduisant, parce qu'il promet beaucoup ; mais il tient peu, parce 
que des faits nombreux qui ne sont point classés jettent l'esprit 
dans le désordre, et de la foule des matériaux cliniques, i( ne 
sort que confusion au lieu de conséquences philosophiques , au 
lieu de principes généraux. L'élément intellectuel ne saurait 
constituer une science sans l'observation des phénomènes de la 
nature ; mais les faits qui ne sont pas comparés , liés par leurs 
rapports naturels , éloignés par leurs caractères spéciaux et 
plus ou moins dissemblables, restent stériles pour les connais- 
sances humaines. L'empirisme s'empare alors de la cari'ière et, 
exploitant l'idée fixe de l'époque, il crie aussi à ceux qui veu- 
lent penser : point d'h^polhèses ! Le nombre l'emporte : il faut 
donc rentrer sous le joug du niveau. Cette égalité scolastique 
est commode ; elle favorise le scepticisme de la paresse; mais elle 
n'est pas en harmonie avec le progrès dont noire époque s'en- 
orgueillit avec raison, en considérant la marche des autrea 
sciences ! 

Lorsque la preuve ne peut être matérialisée, c'est à l'analyse 
intellectuelle qu'il faut avoir recours, afin de se faire jour vers 
la vérité. Ce n'est qu'à force de tâtonner que l'on arrive à trouver 
les principes vrais qui nous conduisent à n'être plus dupes de 
nos préjugés , dont nialheureusement notre éducation médicale 
est encore fort entachée; l'hypothèse y est partout, mais appa- 
remment que son antiquité la rend respectable ! 

Ce sont les penseurs qui ont fait faire les plus grands pas aux 
sciences ; ce sont eux qui , partant de connaissances précises et 
d'observations scrupuleuses, sont allés au-delà et ont deviné ce 
que d'autres ont, plus tard, reconnu être vrai. Buffon , Haller, 
Cabanis et Bichat ont ouvert la carrière à mille beaux talents ; à 
côté de quelques essais ou d'hypotbèseserron nées, mais brillantes, 
dont l'éclat excita l'enthousiasme et finiagination scientifique de 
leur temps, que cle grandes vérités aperçues et depuis admises 
au nombre des découvertes les plus riches en résultats! 

11 est des questions qui ne sauraient passer à l'état de vérités, 
que pm' la communion indépendante des opinions et des réflexions 
de tous ceux qui aiment sincèrement la sciei^ce pour la science. 
11 est donc nécessaire que tous les praticiens écjivent ce qu'ils 
ont vu, tout ce qu'ils ont compris, et que la discussion écrite de- 



VOYAGE DANS L'OCÉAISIE. 

vienne chose de convenance parmi les hommes de science. 11 sé- 
rail donc à souhaiter que la publicité fût conçue sur des bases 
plus larges. Elle est aussi trop systématique; en cela elle manque 
de cette ampleur que l'étude de la nature communique ordinai- 
rement à tous les hommes instruits. Cette espèce de contre-sens 
est due à l'influence des petits intérêts d'amour-propre ou à celle 
des coteries. 

\ 
\ REFLEXIONS GÉNÉRALES. 

On doit en tendre en médecine, par ï>î/ec/io«, l'introduction, dans 
l'économie animale, d'un effluve ou d'un miasme virulent ou non 
virulent. Celte infection est primitive, spontanée ou physique ;elle 
est secondaire ou pathologique. 

Dans h premier cas , elle est le résultat : i° de la constitution 
géographique , météorologique et topographique du pays ; 2° df s 
circonstances matérielles (|ue font naître, le fait seul de la réunion 
de plusieurs hommes, et les conditions inséparables de la ci- 
vilisation. Division de T^nfection physique que l'on pourrait 
résumer ainsi : ] 

Infection naturelle , émanant d'un pays malsain. 

Infection artijicieVe ^ émanant de l'imprévoyance humaine. 

Dans le second cas^ l'infection secondaire ou pathologique est 
le produit d'une maladie contagieuse. Parmi ces maladies, les 
seules que nous devions avoir en vue ici, sont celles par intoxi- 
cation interne, primitivement générale ; les autres sont toutes du 
domaine des maladies par intoxication externe, primitivement 
locales : elles ne sauraient pendre place au nombre des maladies 
épidémiques. 

En coîi ervant au mot sa valeur logique , nous dirons que l'on 
doit entendre par contay^ion ^ la trasmission d'une maladie par le 
contact médiat et immédiat d'un, virus , et que ce mode de pro- 
pagation n'appartient qu'aux maladies qui renaissent de l'inocu- 
lation de ce virus. Faute de celle preuve, la contagion ne saurait 
êti*e admise : les quarantaines ont donc été établies sur une hy- 
pothè e*. \ 



* Il y a dix-neuf ans, que nous avons faît sentir la nécessité de bien dé- 



finir les mots contagion et infection. On 



ne s'entendait point alors dans 



RENSEIGISEMENTS. 225 

Un grand nombre de malades réunis en un lieu étroit, infec- 
teront l'air en produisant des miasmes , mais ces miasmes n'au- 
ront rien de virulent, s'ils ne sont pas le produit d'un travail 
propre à une maladie, pendant la plus grande intensité du mal 
et au moment où il atteint son plus haut période ; ce qui cons- 
titue une véritable excrétion anormale. 

Les miasmes ou les effluves ne sauraient agir comme Ira 
virus, ils se mêlent à l'air et empruntenl tout à son altéra- 
tion physique : leur origine n'emprunte rien à l'organisation; ils 
agissent à la manière des poisons , soit qu'ils nuisent à la compo- 
sition de nos organes, soit qu'ils portent atteinte aux fonctions 
du régulateur de l'organisme j je veux parler du système ner- 
veux. Souvent , ce n'est que par une action prolongée qu'ils trou- 
blent notre économie, car la maladie n'éclate que lorsque la 
somme des altérations , que lenr passage détermine dans nos 
organes, est trop considérable. En cela , ïh diffèrent , si ce n'est 
toujours, au moins le plus ordinairement, des poisons stupéfiants 
qui anéantissent presque instantanément les fonctions des centres 
nerveux. Si , à l'aide de la chimie , nous pouvions pénétrer dans 
l'intime composition des miasmes, nous en trouverions de trois 
espèces : 

1° Le miasme qui provient de la décomposition des matières 
animales mortes. 

^ 2" L'émanation gazeuse qui résulte de la décomposition des 
sublances végétales mortes. Elle a reçu le nom d'effluve. 

3° Le miasme qui est le produit des exhalaisons d'un tii^p 
grand nombre d'hommes respirant dans un espace relativement 
trop rétréci. Ce miasme produit les fièvres éruptives. 

L'une de ces dernières affections est contagieuse ; elle est carac- 
térisée par un ensemble de phénomènes vitaux et éphémères, (jui 
paraissent avoir pour but la production d'un liquide particulier 
dont l'apparition à la surface de la peau signale la maturité d'un 
virus. Le mode d'action de ce derniei- est comparable à une sorte 
de fécondation qui aurait pour matrice tout l'organisme et pour 
placenta les radicules veineuses des membranes tégumentaires^ 

les discussions, faute de ces définilions. {Réflexions sur la fièvre jaune. 
thèse soutenue à Paris le 14 avril 1826.) 

X. 4 5 



^m VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

tant internes qu'externes : c'est une yéixlable excrétion anormale. 
Comme tous les liquides, il est susceptible de se réduire en vapeur, 
et il conserve même ses propriétés contagieuses, Sous cette der-i 
nière forme, il devient miasme. C'est le miasme spécifique, parce 
qu'il peut reproduire la maladie dont il est le fruit, A ce point de 
vue, il diffère beaucoup du miasme par simple exhalaison anirr 
maie, vivante, qui produit la première variole de toule épidémie, 
qui produit aussi la scarlatine et la rougeole, et qui contribue, 
comme cause prédisposante au développement des fièvres ty^ 
phoïdes. Il ne faut pas perdre de vue que le virus est toujours 
l'objet d'un travail spécial des solides vivants et malades, et qu'il 
est con^équemment toujours sous forme liquide. Tous les mias- 
mes, sans exception de nature, emprunj;ent donc à l'eau le véhi- 
cule à l'aide duquel ils peuvent se volatiliser. 

Parmi les causes des maladies, la contagion perd chaque jour 
quelque portion de son empire usurpé ; mais à mesure qu'elle se 
renferme dans les bornes du positif, les partisans de l'infection 
s'égarent à leur tour; ils supposent que des miasmes endémiques 
peuvent être transportés du point qui les voit naître sur un point 
éloigné qui en est ordinairement préservé : iîs croient que les per- 
sonnes atfeintes de ces affections exhalent ces mêmes miasmes qui 
les ont pénétrées, et auxquels elles doivent ieur maladie. Il me 
semble que leurs antagonistes st;nt plus lationnels : ils font 
voyager l'émanation morbide spécifique; ils la fon t adhérer à quel- 
quescorps,ainsiquedesodeurs, ou bien ils voient en elle une ex- 
crétion pathologique, une individualité virulente s'exhalant con- 
tinuellement du malade et se tiansmettant autour de lui. Il faut 
bien reconnaître que c'est ainsi, en eftet, que procède la conta- 
gion, quand elle existe. On ne saurait donc leur reprocher que 
l'emploi abusif d'ruie vérité médicale ; car la contagion est un 
fait, et l'infection et ses conséquences, telle que l'admettent la 
plupart de ceux qui se croient partisans de l'infection , est une 
hypothèse. 

Lorsque l'infection semble se propager d'un individu malade à 
un individu sain, ce n'est qu'une apparence; car, hors du foyer 
d'infection, tonte prétendue transmission de maladie qui n'est 
point contagieuse, cesse aussitôt. Au reste, est -il bien raison- 
nable d'admettre, en supposant l'exhalaisons de miasmes absor- 



RENSEIGJNEMENTS. 227 

bés par les malades, que ces derniers soient susceptibles d'infecter 
l'air au point de propager l'empoisonnement? Pour y croire, il 
faudrait d'abord que l'expérience se fît hors des lieux où règne la 
maladie, et que les personnes appelées à soigner le malade, ainsi 
transporté, la contractassent. Mais en y réfléchissant, on voit 
que cela ne peut se passer ainsi, que cette explication n'est point 
satisfaisante et qu'elle n'est surtout nullement physiologique. 
Pour que l'infection pût se transmettre ainsi, il faudrait que le 
malade s'imprégnât pour ainsi dire de miasmes : m^is cette in- 
fection nouvelle pourrait-elle se constituer en foyer susceptible 
d'une certaine durée? L'individu imprégné ne serait pas inépui- 
sable. Au reste, il répugne de transformer un malade en une sorte 
d'épongé, qui transporte les liquides dont elle est imbibée : cette 
explication physique de l'infection d individu à individu mérite 
bien d'être mise au nombre des idées bazardées, f.a vie oppose 
une sorte de résistance et de répulsion à tout ce qui peut lui 
nuire, et ce n'est qu'à la longue, par le passage continu et par 
l'action prolongée desmjasmes ou des effluves, qu'ils altèrent enfin 
les fonctions et lèsent l'organisation en lésant la sensibilité. D'un 
autre côté^ une quantité de poison miasmatique suffisante pour 
en saturer l'économie tuerait le malade à la manière des poisons 
stupéfiants concentrés, et cela en très-peu d'heures ; mais, encore 
une fois, cette saturation est un phénomène physique que les 
lois de la physiologie repoussent. 

Tout le monde sait que les malades vicient l'air en raison di- 
recte de l'altération physiologique que le mal impose à leur or- 
ganisme ; pour cette seule raison il est très-important de ne pas 
les accumuler dans des salles, dont malheureusement l'élévation 
nepeul jamais être en rapportavec lenr grande longueur. T.etteob- 
servation s'applique à toute espèce de maladies, et par conséquent 
elle n'a rien d'applicable à l'une d'elles plutôt qu'à touteautre; ce- 
pendant, on ne saurait trop en tenir compte dans un temps d'épi - 
demie, parce qi'.e l'encombrement des malades ajoute à la gravité 
de la constitution générale, et devient une nouvelle cause d'illu- 
sions, par rapport à la contagion et à la manière d'envisager la 
propagation par infection. 

La cause qui détermine l'empoisonnement par infection, est ce 
que les médecins ont appelé miasme, ou éther malfaisant 5 nous 



228 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

ne le connaissons que par ses effets et par son origine; son es- 
sence nous est inconnue ; nous n'avons qu'une connaissance fort 
imparfaite du mode d'association de ses éléments ; cependant, tout 
impalpable qu'il soit, nous le saisissons assez, au moyen de l'ob- 
servation clinique, pour distinguer le miasme de l'effluve. Leur 
mode d'action n'est pas le même sur l'économie animale ; souvent 
ils prennent naissance dans les mêmes lieux, mais ils ont été jus- 
qu'à présent aussi insaisissables l'un que l'autre. Par incurie, 
Ignorance, ou bien malpropreté, l'homme peut développer l'un et 
l'autre ;mais alors le foyer en est toujours peu étendu et il se borne 
à un district, à une ville, à une forteresse, à un hôpital, à une 
prison, etc. Il est à l'égai'd des miasmes et des effluves une distinc- 
tion des plus importantes à faire : ils sont le résultat des condi- 
tions où la civilisation place l'homme sous le double rapport de 
ses habitations etde ses haijitudes : ou bien ils trouvent leursource 
dans la constitution physique du pays. Dans le premier cas, le 
typhus commun, la variole, la scarlatine; la rougeole, les dothi- 
iicntérics /yp/ioù/es '', sont les produits les plus ordinaires. Dans 
le deuxième cas, ils donnent presque toujours naissance aux fiè- 
vres intermittentes pernicieuses ou non pernicieuses, au choléra, 
à la peste, aux dotliinenléries œdeno-nerveuses **. 

Nos habitudes nous suivent partout; aussi, nos habitations 
toujours trop rapprochées, souvent trop peu spacieuses et tou- 
jours trop closes, doivent être saules accusées de l'existence de la 
petite vérole que nous répandons dans tous les pays non civilisés. Il 
suffit d'une cinquantaine d'habitations européennes groupées sur 
une plage sauvage poury voir la petite vérole sévir toutà coup, et 
se répandre parmi les indigènes. Il n'est pas toujours nécessaire 
qu'un des nouveaux venus en soit affecté pour que ce fléau at- 
teigne les indigènes, il suffit pour cela que plusieurs de ceux-ci 
visitent souvent les demeures des étrangers, ou y passent une 
grande partie de leur temps. Il en est de même de la rougeole et 
de la scarlatine. 



* J'entends par celle dénomination les dolhinentéries développées sous 
rinfluence accessoire des miasmes. 

** J^enlendspar celle dénomination les dolhinentéries développées sous 
rinfluence accessoire des effluves. 



RENSEIGNEMENTS. 229 

J'ai fait ces remarques un grand nombre de fois au Pérou , en 
Bolivie; les ichthyophages du désert qui vivent au bord de la 
mer, toujours en plein air, sont affectés de la petite vérole pres- 
qu'aussilôt leur arrivée dans une ville, où les attire quelquefois le 
service militaire, plus souvent la curiosité, les tentations du chan- 
gement et celles de l'ambition. Au Chili, la même chose arrive 
aux Araucans qui quittent leurs hautes vallées, les lieux les plus 
aérés de la terre, et ceux où l'on respire peut-être l'air le plus 
pur des continents, pour venir s'enfermer, pendant un temps plus 
ou moins long, dans les établissements des descendants de l'Es- 
pagne Les Océaniens qui veulent naviguer avec les Européens 
meurent presque tous de cette maladie : afin d'éviter ce malheur, 
j'ai vacciné un indigène de Tonga, que la persécution des mis- 
sionnaires de Vavao avait forcé à se réfugie r à bord de Y Astrolabe. 
Mais il mourut de phthisie pulmonaire, huit mois après, des sui- 
tes d'une rougeole intense. Afrt/? était d'une force remarquable et 
d'une très-belle santé lorsqu'il vint à bord. 

La meilleure vaccine nepréserve pas toujours les nègres créoles, 
habitués à l'air de la montagne, de la petite vérole, lorsqu'un 
changement de maître ou d'aulres emplois les font tout àcoup pas- 
ser de la campagne à la ville j j'aurais eu mille preuves de cette 
nature à citer. 

Il est rare qu'un vaisseau ou une frégate nouvellement armée 
n'ofïre pas quelques cas de variole clans les six premiers mois qui 
suivent son départ ; car il y a toujours, sur un grand nombre de 
conscrits, quelques habitants de la campagne. Il n'est pas rare que 
les mousses, qui, cependant, ne sont admis que sur des certifi- 
cats de vaccination, présentent, malgré cette précaution, quelques 
cas de petite vérole ou de varioloïde, à bord des navires de l'Etat. 
Tous ceux qui n'ont pas encore été éprouvés par la rougeole 
ou la scarlatine contractent l'iuie ou l'autre de ces maladies, quel- 
quefois l'une et l'autre successivement. 

C'est principalement parmi les plus jeunes et les plus nouveaux 
élèves que la rougeole et la scarlatine sévissent annuellement dans 
nos collèges ; il en est de même dans les casernes, aux époques où 
les conscrits y affluent de nos campagnes. 

Ainsi, nul doute que l'accumulation des hommes, dans des 
lieux peu étendus ou dans des villes toujours trop circonscrites 



230 VOYAGE DANS L'OCEAJNIE. 

pour leur population, ne soit la cause prédisposante de la va- 
riolcj de la rougeole et de la scarlatine; et que les exhalaisons 
qui s'échappent des corps vivants, quoique bien portants, et qui 
s'accumulent dans l'air imparfaitement renouvelé, n'en soient les 
causes efficientes. 

La malpropreté engendre le typhus^ cette autre affection de la 
civilisation; il sévit dans les villes sales ou mal aérées, dans les 
hôpitaux, les écoles, les casernes, les prisons, les forteresses, dans 
une armée, un vaisseau, etc., où l'on néglige les règles de l'hj- 
giène les plus communes et les plus faciles. 

La cause efficiente de son miasme propre est dans la décompo- 
sition des matières aniriiales en putréfaction. 

Ainsi que la cause des maladies éruplives, celle du typhus peut 
être aggravée par la constitution passagère ou constante de l'at- 
mosphère du pajs ou seulement de celle delà saison; c'est ainsi 
que le typhus revêt bien des formes et se complique de mille ma- 
nières, dont on ne trouvera bien l'énigme qu'en se rendant lin 
compte e\diC[.àe\<i!opo graphie des régions où onl' observe. Le genre 
typhus possède un grand nombre d'espèces qu'il appartiendrait 
aux voyageurs de déterminr r ; car la comparaison est le seul 
moyen de les distinguer. Mais les médecins qui parcourent le 
monde, ressemblent beaucoup à ces naturalistes qui négligent 
d'observer ou de collecter ce qu'ils rencontrent communément; 
ils se laissent prendre à des apparences, à des ressemblances su- 
perficielles ; s'ils observaient plus profondément, ils trouveraient, 
à leur grande surprise, des choses fort nouvelles qui ajouteraient 
beaucoup à l'encliaînement de nos connaissances médicales*» 

C'est par des études minutieuses de topographie que l'on arri- 
vera à comprendre la nature intime de ces typhus endémiques^ 
qui se développent sous l'empire des causes physiques particu- 
lières au pays, et qui n'est jamais précisément ce typhus dû à 
l'ignorance, à l'imprévoyance, à l'économie aveugle, ou à la pa- 
resse des hommes réunis en société compacte. 

* La médecine comparée se compose de deux branches fort intéres- 
santes; l'histoire des maladies de l'homme comparées sur différents points 
du globe; l'histoire des maladies de l'homme comparées avec celles des 
animaux. 



RENSEIGNEMEINTS. 231 

La peste du Levant est un tjphiis du genre de celui auquel je 
fais ici allusion ; la fièvre jaune est une maladie spéciale; elle fut 
parfaitement connue des anciens, mais confondue par eux et ja- 
mais spécialisée; en effet, elle se complique souvent du ty- 
phus. 

Si l'on veut persister à la considérer comme un typhus, il fau- 
dra au moins reconnaîtreque ceprétendu typhus est d'une nature 
fort singulière, et il faudra bien admettre aussi que, pourle bien 
traiter, il faut en connaîîre les causes spéciales qui en font un 
typhus suî geîieris. C'est en effet là qu'est tout lé traitement de 
cette maladie, et par conséquent les succès que l'on a droit d'at- 
tendre d'un médecin dévoué à lascience et à l'humaiiité. Tous les 
médecins qui voudront se livrer à l'étude de cette question, qui 
oseront surtout en fouiller l'éliologie sur les lieux, arriveront 
infailliblement à ce résultat que la fièvre jaune n'est pas un ty- 
phus. Les succès qu'ils obtiendraient alors les convaincraient 
promptement que leurs travaux ne les ont pas conduits à de 
l'erreur. 

Le typhus proprement dit, le typhus simple, n'existe pas dans 
la nature; il n'est jamais que le résultat de l'agglomération mal 
entendue d'un grand nombre d'hommes ; il peut être sporadique, 
c'est-à-dire qu'il peut se développer chez un individu isolé, qui 
se trouve tout à coup placé hors de ses habitudes des champs, au 
milieu d'une ville, ou transplanté de la campagne dans une ca- 
serne ou dans une prison. Il peut être endémique dans les villes 
mal administrées : il Tétait dans le vieux Paris; par la même 
raison il Tétait autrefois dans les hôpitaux, dans les maisons de 
réclusion; il Test encore dans les bagnes. Souvent alors ilde- 
venait épidémique, parce qu'il arrive toujours que les miasmes 
endémiques, auxquels se sont nécessairement habitués, jusqu'à 
un certain poînt^ les habitants des pays constamment infectés, 
prennent tout à coup un tel développement sous. l'influence de 
variations météorologiques , que l'habitude même en devient 
un faible préservatif. L'enclémie du typhus est aujourd'hui 
chose beaucoup plus rare, mais îios plus grandes cités en sont 
( ncore le triste séjour, parce que Ton n'att;iche point assez d'im- 
portance aux préceptes de TLj giène : ils ont quelque chose de 
si général et de si vague, qu'ils ne se rattachera clairement à 



232 VOYAGE DANS L'OCÉAME. 

aucune nécessité bien reconnue, bien arrêtée et, par consé- 
quent, bien sentie. 

Les fièvres érdptives, avons- nous dit, sont le résultat direct 
d'une grande réunion d'hommes ; la plus exacte propreté en 
pareil cas ne parvient pas à en prévenir le développement, là 
où sont entassées de grandes populations, un trop giand nom- 
bre de personnes. 11 importe, ce me semble, que nous mettions 
à profit ces enseignements, lorsqu'il s'agit de la consliuclion d'une 
ville nouvelle, d'une maison neuve, d'un hôpital, d'une caserne. 
Le moyen, en effet, d'obvier autant que possible aux inconvé- 
nients inhérents à de grandes accumulations d'hommes sur un 
seul point , c'est de laisser entre chaque habitation un espace 
planté d'arbres, de faire des rues larges, et d'accumuler le moins 
de monde possible dans des demeures spacieuses*. 

Ce simple aperçu de ce qu'il conviendrait de faire, prouve à 
quelles immenses conséquences une connaissance plus exacte des 
causes des maladies nous entraînerait; aussi n'avons-nous d'autre 
but que de constater le fait; on ne saurait penser à détruire les 
anciennes villes. Celte idée serait la perfection de l'extravagance; 
il faut bien accepter les erreurs du passé et subir un mal qu'on 
ne saurait empêcher : mais il reste bien des villes à fonder sur ce 
globe, où la civilisation est si jeune encore; aussi importe-t-il 
beaucoup de faire remarquer ce qu'il y a encore de gaulois dans 
cette manière d'entasser, non seulement les maisons, mais encore 
de constiuire sur l'emplacement des plus petites cours, et de ré- 
duire l'espace qui doiuie accès à l'air, à la dimension d'une espèce 
de cheminée. La police ^-sP^m serait encore à temps d'empêcher 
bien des abus de ce genre, si elle était bien pénétrée que là gît, en 
grande paitie, la cause incessante des maladies éruptives. En 
vain, l'on élargit les rues, l'on prend des mesures de propreté 
générale, si la spéculation crée de nouvelles constructions sur 
des propriétés où déjà l'espace manque à leurs habitants. 

Dans nos villages les plus heureusement situés, au centre de 
pays sains, on retrouve ces maladies même sous des chaumières 

* La Nouvelle-Batavia est ainsi construite ; depuis, les terribles épidé- 
mies, dont elle a été tant de fois victime, respectent les élégantes retraites 
des Hollandais, 



RENSEIGNEMENTS. 233 

isolées, ou vivent pêle-mêle, dans un espace à-peine suffisant pour 
deux personnes, jusqu'à douze et quinze individus. Ne pourrait- 
on pas exiger que toutes ces modestes demeures se conformassent 
à un plan uniforme où se rencontrât tout ce qui est indispensable 
à la santé, espace, élévation, circulation tle l'air. Petit à petit, 
l'habitude de vivre dans des maisons commodes rendrait plus 
difficile sur le choix d'iui doniicile, et chacun s'efforcerait de 
parer son habitation, à force de propreté et d'ordre. Le cadre s'y 
prêterait et naturaliserait le goût de vivre à l'aise, ainsi que le 
doit faire l'homme qui se respecte. Cet ordre, cette netteté des 
habitudes feraient de rapides progrès. Quant aux hôpitaux, on 
devrait bien faii'^e cesser la méthode barbare de convertir en hô- 
pital d'anciens couvents; ces établissements ont une destination 
qui exige un plan spécial, qui ne saurait être conçu sans la con- 
naissance exacte, non-seulement des préceptes vulgaires et géné- 
raux de l'hygiène, mais même d'après la connaissance la plus 
intime possible des causes épidémiques. Deux choses capitales 
signaleront l'époque de cette réforme salutaire : la suppression 
des salles trop grandes, et le transport des hôpitaux hors du 
centre de nos citées, sur des points isolés et réunissant tous les 
avantages de salubrité. Au centre des grandes villes, il ne devrait 
exister que de petits hôpitaux annexes qui s'évacueraient tous 
les jours, au moyen d'ambulances et de précautions convena- 
bles. 

L'enlèvement des immondices des villes, une extrême propreté 
constituent toutes les précautions à prendre pour prévenir le dé- 
veloppement du typhus; cependant, il ne faut pas oublier qu'un 
lieu quelconque, une prison, par exemple, parfaitement propre, 
peut être frappée du typhus par les émanations continuelles d'un 
égout voisin, ou de toute autre cause du même genre, dont les 
exhalaisons abondantes infectent l'air dans une étendue plus ou 
moins grande. Aussi serait-ce un grand bienfait de pouvoir, tous 
les jours, nettoyer les égouts, en y faisant passer de grandes 
quantités d'eau. A Paris, comme dans toutes les vieilles villes, il 
resterait ce moyen d'obvier, autant que possible, aux graves in- 
convénients d'une population trop entassée. Il faudrait faire en 
grand, pour les égouts, ce que l'on fait en petit pour les ruis- 
seaux, au moyen de bornes-fontaines. 



134 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

Quant aux miasmes produits de la nature, sans l'intervention 
du voisinage de l'homme, aux miasmes qui font partie intégi-ante 
du climat, ils sont en génc'ral réunis aux effluves, voilà ce que 
m'a démontré l'étude d'un grand nombre de lieux réputés mal- 
sains avec raison, et où se montrent les affections épiiîémiques 
des plus graves Or, le typhus commun n'est pas la maladie que 
développe cette association délétère; ce sont les fièvres intermit- 
tentes de toutes les espèces, ce sont certaines fièvres typhoïdes, 
et le choléra, que je suis tenté de regarder comme l'exagération 
des unes et des autres réunies. 

C'est une dyssenterie sai generis^ qui n'est pas toujours la con- 
séquence simple d'une mauvaise nourriture, ainsi qu'on se le 
figure généralement en Europe, mais plus souvent encore, elle 
est, parmi les équipages de nos vaisseaux , qui reçoivent tous 
aujourd'hui d'excellents vivres, elle fst, dis-je, le résultat du 
refroidissement brusque de la peau, et par suite d'un catarrhe 
du gros intestin , lequel se complique souvent dans l'Inde , de la 
dothinentérite et des caractères particuliers au choléra. Celui-ci, 
comme certaines fièvres intermittentes graves, semble emprunter 
une partie de son cachet spécial au trouble des fonctions des 
nerfs irisplanchniqurs. Au reste, pour le dire en passant, c'est 
une grande erreur que de croire à funité de la dyssenterie; c'est 
un genre parmi les affections catarrhales et un genre qui possède 
plusieurs espèces; îa diversité des causes déterminantes et des 
climats en font varier la nature. 

La multiplicité des affections que nous sommes appelés à com- 
battre va beaucoup au-delà du cadre de l'école. Que ceux d'entre 
nous qui voyagent fécondent leur esprit pai" le travail et^par la 
méditation ; personne n'est mieux placé que le médecin voyageur 
pour observer beaucoup et pour saisir, s'ils y sont bien préparés, 
les rapports des maladies entre elles, etsurlout pour apprécier les 
causes qui les déterminent. La nature me( sous leurs yeux, 
pendant le cours de longues pérégrinatirons , ou pendant le 
sijour dans divers pays, les grandes vérités sans lesquelles la 
science est malheureusement trop atteinte d'empirisme. La tâche 
estditlii ile, parce que les faits sont nombreux, parce qu'ils sont 
épars sur toute la terre ; aussi n'est-ce pas en bornant ses études 
à un cadre étroit d'observations, et en les renfermant dans les 



RENSEIGNEMENTS. 235 

limites des livres grossis des fails peu variés d'un champ d'ob- 
servalioris rétréci, que l'on doit espérer faire de la médecine une 
science résumant ses principes de la multiplicité des maladies bien 
observées, bien comparées et réunies en faisceaux dans une classi- 
fication naturelle: faire des topographies minutieuses, savantes 
même, du moins est-ce là que l'on doit viser; faire la topogra- 
phie, dis-je, de tous les lieux où sévissent , sous formes endémi- 
ques ou épidémiques, les maladies dites par infection ; c'est le 
moyen d'arriver promptement à des idées plus exactes sur la na- 
ture de ces affections qui empruntent au climat seul leurs prin- 
cipaux caractères. En cela , les Académies et les Sociétés labo- 
rieuses dévouées à la science pour la science, et oubliant surtout 
les intérêts de leur amour-propre, seraient essentiellement utiles 
comme centre où les travaux de chacun devraient être élaborés , 
et surtout publiés avec de savants commentaires. 

Que l'on ouvre l'histoire des grandes épidémies, et l'on verra 
que l'unique objet de la préoccupation des médecins a été , pres- 
que toujours , d'expliquer l'arrivée du fléau dans le pays ; fâ- 
cheuse conséquence des idées scolastiques ! A peine admet-on 
comme cause prédisposante, la nîalpiopreté d'une ville ou toute 
autre circonstance fâcheuse, que l'on ne pouvait point ne pas 
remarquer; mais on s'attache obstinément, et vraiment comme par 
vertige , à voir dans un voyageur, dans un navire, causes si peu 
en rapport avec la rapidité de la propagation du mal et surtoutavec 
son étendue, l'originedu vaste embrasement qui, tout à coup, se 
développe, et en moins d'un mois, précipite la moitié d'une ville 
dans la tombe! Cette réflexion seule prouve que tout est à revoir 
et à refaire en médecine, et que ce siècle si ennemi des assertions 
et des hypothèses > en apparence ^ n'a pas encore une opinion 
médicale qui n'en soit entachée. 

Ce qui importe au traitement et à l'hygiène , à la solution des 
grandes questions sociales, qui intéressent l'humanité entière, 
c'est l'étude des causes des maladies épidémiques. Leur origine 
et leur nature, d'où proviennent leurs variétés, ce que pro- 
duisent leurs combinaisons ; indiquer les circonstances qui 
favorisent leurs complications, tel est le programme que l'on 
doit toujours se proposer, lorsqu'il s'agit de décrire une épidé- 
mie. Cette méthode invariable donnerait à nos recherches une 



236 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

certitude qu'elles ne sauraient avoir, parce qu'elles sont presque 
toujours dirigées par un esprit qui cherche plutôt la confirmation 
des idées de l'école, qu'à s'éclairer en faisant de nouvelles études 
et en cherchant à en faire prévaloir les vérités , malgré la répul- 
sion systématique qu'elles doivent invariablement soulever. Ou 
voit de suite que le vrai moyen d'atteindre le but que je propose 
ici, est donc, je le répète, d'étudier la topographie du pays, 
pour en bien apprécier le climat , les variations qu'il peut éprou- 
ver, et le genre d'influence qu'il est susceptible d'exercer sur la 
production des causes des maladies. Si le mal est circonscrit 
dans une localité peu étendue, il faut joindre à cette apprécia- 
lion du climat, la description minutieuse des lieux, en subor- 
donnant l'action de ce climat partiel à celle du climat général, 
auquel il est nécessairement soumis. 

Mais on est loin d'avoir suivi cette marche dans l'étude des ma- 
ladies ; l'éliologie est la partie la moins étudiée , et par consé- 
quent la moins intéressante de l'histoire des maladies épidémi- 
ques et même de toutes les maladies. Lorsqu'aucune circonstance 
remarquable, comme l'arrivée des marchandises , d'un ou de 
plusieurs voyageurs , ne peut être accusée de fléau , on se con- 
t( nie d'une énumération banale de causes invariables pour toutes 
h's maladies épidémiques possibles : on cherche dans les hôpi- 
taux , les prisons, les quartiers les moins sains de la ville, où de- 
nielu-e la classe la plus malheureuse, et l'on ne manque pas d'y 
trouver les premiers malades de l'épidémie. Pourquoi ces lieux 
ont-ils offert les pre^niers malades? On ne s'en occupe que très- 
accessoirement. Que fallait-il? Une cause plausible, elle est 
trouvée; là s'arrêtent toutes recherches. Si un régiment a tra- 
versé la ville , on éci it que ce dernier y a laissé des malades et 
que d'eux est venu le mal. Jamais on n'a songé, même dans les 
lieux les plus malsains, à se demander si ce régiment, loin d'avoir 
apporté la maladie ne l'a pas contracté dans le pays? hoc est, er- 

gd^ pr opter hoc Si la ville ou le pays se trouve sur le passage 

d'une armée, on pourrait sans manquer de logique, se faire 
anssila même qui^^'Stion ;mais on s'en garde bien; ce n'est pas as- 
sez simple ; ce sont donc les ambulances qui ont été le foyer de 
l'épidémie î 

Ce surcroît d'habitants entassés sur une ligne déterminée, 



RENSEIGNEMENTS. 237 

pourrait bien éire la cause de la calamité publique ; mais on n'a 
pas l'habitude de considérer la chose sous ce point de vue; l'on 
persiste donc dans le sentier battu, et l'on écrit que l'épidémie vient 
de loin, qu'elle a été apportée par telle ou telle armée. 11 est 
ensuite très-facile de prouver que dans ses rangs, parmi des mi- 
litaires fatigués et soumis à une foule de privations , il doit s'être 
rencontré de bonne heure des malades , et de suite Ton conclut 
qu'ils furent l'occasion de \ infection ou de la coniagion. Un navire 
qui arrive du large, au moment où toutes les conditions d'une af- 
iection épidémique se concentrent sur une ville, doit présenter les 
premiers cas de la maladie qui se préparait avant l'entrée du 
jjâtiment dans le port ; car la transition brusque de l'air pur du 
large à celui de terre, est toujours d'autant plus sensible aux ma- 
rins, que l'atmosphère du pajs abordé est moins salubre. J'ai eu 
la preuve fréquente que celte observation n'est point seulement 
théorique , mais que la pratique en sanctionne la vérité. Lorsque 
le début du mal est accompagné d'une pareille circonstance j j'a- 
voue qu'il est difficile de ne pas en être frappé et même trompé, si 
des études plus sérieuses que celles que l'on fait ordinairement 
sur les causes des maladies épidémiques, ne vous mettent en garde 
contre l'entraînement d'expliquer si facilement l'apparition d'un 
mai insolite, au milieu de telle ou telle population. Mais, en vé- 
rité, pour en venir là, il était inutile d'imaginer le mol infection ; 
celui de contagion était plus clair et plus rationnel. 

11 n'est pas de maladie épidémique qui n'ait trouvé son ori- 
gine au fond d'une cale. C'est tout au plus si l'on daigne s'en- 
quérir de quelques causes locales, que l'on considère à peine 
comme des circonstances aggravantes. Les infectionnistes eux- 
mêmes usent de ce moyen d'expliquer l'apparition subite d'une 
maladie épidémique, ils exhument volontiers le fléau du fond 
d'un navire; les mots ne seraient donc que changés? Le système 
delà contagion subsiste tout entier! En effet, comment voulez- 
vous qu'un navire infecte toute une ville sans le secours de la 

contagion? La malpropreté de la ville , quelques égouts mal 

construits , la grande chaleur, sont cepcnd;mt mentionnés ; mais 
on raconte surtout le plus élégamment possible l'histoire clinique 
de toutes les épidémies de même nature, qui ont déjà , à diverses 
époques, frappé sur la malheureuse cité ; on rappelle les opinions 



^38 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

des médecins deces temps éloignés, sur le point de dépari de la, con- 
tagion ou de l'infection-^ car il fallait alors un fojer, comme il je faut 
aujourd'hui; telle est l'idée fixe des praticiens : du moment que 
l'on croit pouvoir l'indiquer, tout est expliqué, quelle que soit la 
nature de l'épidémie : peste, typhus , choléra, fièvre jaune, va- 
riole, fièvre putride , rougeole , etc. Le mojen de se faire une 
idée de la nature de ces affections , avec une pareille manière de 
procéder ! 

Hippocrate, et depuis lui, le grand Haller, nous avaient'donné 
d'excellents conseils sur la nécessité des topographies médicales : 
que de faits ce mode d'invesligalionnous eût révélés, si, depuis le 
père de la médecine, il fût resté en faveur parmi les médecins. 
Sans doute, l'imperfection de la physique n'eût poirit toujours 
permis d'avoir des observations bien faites ef: fies applications 
toutes parfaites; mais l'effort de l'esprit fût resté; c'eût été un 
degré de franchi pour nous et pour nos neveux : le fait, discuté 
alors , serait constaté aujourd'hui , en même temps qu'expli- 
qué, au moins d'une manière plus conforme aux lois bien con- 
nues de la nature, jNous connaîtrions la majeure partie des cli- 
mats de la terre habitée, et de cette connaissance serait résultée 
une connaissance plus convenable, si ce n'est encore complète, 
des maladies particulières à certains pays, mais qui ne manquent 
pas de nous visiter de temps en temps, et qui, à ce point de vue 
seulement, nous intéressent beaucoup. 

L'observation comparative des symptômes des maladies appar- 
tenant à la même classe, au même genre, nous eût fait prompte- 
ment remonter à l'étude de leurs causes, si la routine de l'Ecole 
n'eût pas été pour la médecine ce qu'elle fut pour toutes les scien- 
ces, le plus fatal obstacle à la liberté de l'esprit, qui devient ce- 
pendant du génie lorsque de la mêlée des intelligences engagées 
dans la voie de l'observation de la nature, la lumière jaillit de 
toutes parts. 

Ce lût fobservation des symptômes de la fièvre jaune rappro- 
chés dans une foule de circonstances, qui me fit sentir la néoes- 
sité d'insister sérieusement sur la distinction de fici'ie jaune spo^ 
radique et de fièvre jaune épidémique. Si elle n'eût jamais été 
perdue de vue, elle nous eût éclairés depuis longtemps sur la na- 
ture de cette maladie; on eût vu, dans les deux conditions d'une 



RENSEIGNEMENTS. 239 

même affection, des traits tellement diff'érenls que Ton aurait peu 
tardé à recoiuiaîlrequf \à fieA'ie jaune sporadique diff'ère beaucoup 
àe\iijici>re jaune épidémique; i\\.\eç,û\(t-c\ est, chez un Européen 
récemraraent arrivé aux colonies de l'ouest, une fièvre typhoïde , 
ou un tvphus compliqué de fièvre jaune, et un typhus ou une 
fièvre typhoïde, sans complication, chez \\ii créole. Or, cettedis- 
tinction est toujours bonne à faire pour toutes les fièvres qui 
peuvent être épidémiques, et par conséquent pour le typhus : en 
effet, celui-ci existe toujours dans les grandes villes, et il y exerce 
son fâcheux empire principalement sur les personnes qui y af- 
fluent des campagnes. Mais lorsque les causes s'aggravent, elles 
peuvent atteindre un point de- gravité tel, qu'elles agissent sur 
tout le monde indistinctement, et leurs coups seront alors d'au- 
tant plus assurés que leurs victimes se trouveront être d'une 
santé plus faible, moins aguerrie par des épidémies antérieures : 
souvent alors, il se complique de charbon et de, scorbut. 

On ne s'habitue point aux miasmes; la résistance que l'orga- 
nisme leur oppose n'est jamais que relative, ou ne leur échappe 
qu'autant qu'ils ne sont pas assez concentrés, ou d'une nature 
assez active pour affecter un homme qui peut impunément en 
braver les atteintes plus faibles; mais aussitôt que cet état ha- 
bituel de l'air devient plus mauvais encore, l'infection s'étend à 
ceux qui s'en croyaient, avec quelque raison, les plus à l'abri. 

Jamais un cas de typhus isolé n'a passé pour contagieux ; 
si bien que la vieille médecine elle-même admettait la non conta- 
gion du typhus sporadique : est-ce bien raisonnable? Une même 
maladie a-t-elle deux natures? Non ; le degié du mal n'en change 
ni la cause ni l'espèce. 

Le typhus n'est-il pas un empoisonnement? et les gaz délétères, 
qui ont pénétré dans l'économie du malade, n'auraient-ils pas, 
ainsi que dans le typhus épidémique, la même tendance à s'é- 
chapper et à se répandre? Aucune raison ne s'y oppose, ce me 
semble, à moins que l'explication de la contagion du typhus soit 
mauvaise, anti-physiologique; c'est, en effet, ce que je crois. 

Je vais plus lain : je suis convaincu que les cas de peste isolés 
doivent être rares à Constantinople, à Smyrne, à Jérusalem, à 
Alexandrie, au Caire, etc., et qu'ilss'observent,sion ne se trompe, 
à l'époque oii la peste a coutume de se montrer dans ces villes, chez 



240 VOYAGE DANS LOCEANIE. 

les étrangers qui subissent l'influence du climat pour la première 
fois *. Ces cas doivent passer inaperçus, parce qu'ils ne peuvent 
pas éveiller l'idée de contagion ; mais lorsque, par suite'de causes 
particulières à la physique générale de certaines années, l'infec- 
tion acquiert une intensité plus grande, il doit arriver alors ce 
qui se passe pour le typhus ; nul n'est en droit de s'en croire à 
l'abri, même ceux que d'autres épidémies ont déjà éprouvés. 

Quant aux cas de peste endémique qui régneraient toute Tan- 
née dans 1rs villes dont je viens de citer les noms, je crois que ce 
sont des cas de typhus endémique, et rien de plus '*. 

L'infection constitue une classe importante de maladies, à la- 
quelle on doit donner le nom de pestilentielles; car le mol peste 
rappelle bien l'origine et la cause de ces affections. Essayons de 
les classer : ainsi que nous l'avons déjà dit, c'est un moyen de 
saisir mieux leurs rapports et de mieux lire leurs caractères. 



CLASSIFICATION ÉTIOLOGIQUK. 



Cette classe des maladies par infection se divise naturelle- 
ment en trois ordres, qui comprennent : i" Les affections par 
intoxication primitivement locale et se propageant par résorption 
et par inoculat'nn; 2" Les maladies par intoxication primitive- 
ment générale, et qui se contractent par la voie de la respiration, 
par celle de l'absorption légumentairc et par celle des muqueuses; 
3" les maladies épidémiques par brusque perturbation, ou par 
imperfection habituelle des harmonies organiques contrariées, 
sans empoisonnement primitif. 

La variole est la transition du premier ordre au second; car 
elle peut se transmettre par l'inoculation de son virus qui, en 

* Nous ne doutons pas que les vents du sud doivent être pour Smyrnc, 
pour tout le littoral de TAsie-Mineure, etc.. le véhicule des miasmes de 
la vallée du Nil. Quant à Constantinople, ma conviction est que les esprits 
prévenus y croient voir souvent la peste sporadique, là où il n^y a souvent 
que typhus et quelquefois fièvre jaune. 

** Typhus commun. 



REJNSEIGNEMEJNTS. 241 

vertu de sa virulence extrême, ne tarde point à reproduire une 
maladie de toute l'économie. 

Les second et troisiemie ordres sont les seuls qui doivent m'oc- 
cuper ici : le second est celui des maladies par intoxication géné- 
rale externe, et se divise en deux groupes naturels. 

1" Le groupe des empoisonnements par émanations physiques 
et pathologiques. 

Section A. Empoisonnement par les miasmes , et par les 
, miasmes et les effluves réunis, ou par l'introduction d'a- 
hments gâtés. 
Section B. Empoisonnement par les effluves. 
2° Le groupe des empoisonnements épidémiques par altéra- 
tion du sang : 

Section A. Mauvaises qualités des aliments et de Tair. 
Le troisième ordre est celui des maladies épidémiques par in- 
toxication générale interne, par imperfection des harmonies or- 
ganiques, sans empoisonnement primitif. 

Section A. Affections catarrhales épidémiques de l'intestin 
grêle. 

5^c//o;iB. Affection catarrhales épidémiques du gros intestin. 
Premier groupe. A. La variole, toutes les fièvres éruptives, l'ur- 
ticaire, lesljphus constituent la première section de ce premier 
groupe; empoisonnements miasmatiques. Cette section comporte 
naturellement deux divisions : la première renferme les fièvres 
éruptives, dues à un empoisonnement par des miasmes spéciaux. 
Une réunion d'hommes dans un espace relativement trop 
rétréci et où l'air se renouvelle trop lentement, paraît être 
la condition commune et primitives de celles de ces affections 
qui résultent de l'action de miasmes spéciaux. 

L'éruption de ces maladies est caractérisée par un mouvement 
organique essentiellement-actif, vital : ce qui n'est point dans le 
typhus, dans la fièvre typhoïde , dans le scorbut; car les pété- 
chies ne sont qu'un résultat passif, une sorte d'épanchement dans 
le corps réticulaire. 

Cette première division comprend : 

1° Le genre variole. Espèce : variole et ses variétés. 
X. 16 



242 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

Cette affection et ses congénères produisent toutes un liquide excré- 
mentiliel : celui de la yariole est seul susceptible d^noculation. 

2° Le genre rubéole. Espèces, rougeole, scarlatine et leurs 

variétés. 
3° Le genre esséra. Espèce : urticaire et ses variétés. 

La cause de chacune de ces maladies est un miasme particulier, agissant 
sur l'économie par l'intermédiaire de la circulation, et éliminé par les ca- 
pillaires exhalants. 

La deuxième division de cette première section se compose des 
maladies épidémiques, par l'introduction d'aliments gâtés ou par 
empoisonnement miasmatique; c'est-à-dire par les émanations 
de substances animales en putréfaction ; quelquefois elles sont 
mêlées à celles 3es substances végétales mortes, c'est-à-dire aux 
effluves. 

Elle comprend le genre typhus. Espèces: 
1° Typhus commun et ses variétés; 
2° Typhus adeno-nerveux. 

La cause de chacune de ces maladies est un poison stupéfiant, agissant 
sur nos tissus par Tinlermédiaire de la circulation. 

— B. La seconde section de ce premier groupe renferme les 
maladies épidémiques, qui reconnaissent pour causes principales 
les effluves : 



1" Celles-ci agissent à la fois | G. choléra, ri" Choléra et ses va- 
sur tous les centres nerveux : j Espèce, ( l'iétés. 

2" Elles n'agissent que sur un^ C^" F- remit, et inter- 

centre nerveux. ' f G. apyrexie. ! "lit. pernicieuses. 

3° Elles n'agissentquesur nnej Espèces, J 3" F. remit, et inter- 
portion d'un seul cenlrenerveux.j {, mit. simples, 

La cause de ces affections est un poison doué d'une action directe sur 
le système nerveux : il agit sur toute l'économie par son intermédiaire. 
Dans toute alTection rémittente ou intermiUente, il y a congestion plus ou 
moins marquée de tout un appareil, ou d'un seul organe lorsqu'une portion 
seulement d'un centre nerveux correspondant à cet organe est périodique- 
ment affecté. Les résorptions déterminent quelquefois des phlébites qui se 
manifestent par des accès de fièvre intermittente : ils sont mortels lors- 



J 



RENSEIGNEMENTS. 243 

que la suppuration en est la terminaison. Remarquons que, d'ans ce cas, Tir- 
ritaiion nerveuse va de l'organe au centre nerveux : dans les fièvres in- 
termittentes miasmatiques, elle va du centre nerveux aux organes. 

Deuxième groupe. A. Dans le premier groupe, il n'y a que mé- 
lange du poison avec le sang, qui n'en est que le véhicule : dans 
le second , il y a empoisonnement par altération du sang lui- 
même. 

Ce groupe ne contient qu'une section : celle des maladies qui 
résultent d'une altération du sang, par les mauvaises qualités de 
l'air ou des aliments (non gâtés), mêlés ou non à des substances 
étrangères. 

Genre anémie. Espèce : i" Scorbut. 

L'air trop constamment chargé de vapeur d'eau ; l'action prolongée d'uii 
froid incommode, stupéfiant; des aliments altérés, dans leurs combi- 
naisons nécessaires à leurs qualités nutritives, par divers moyens de con- 
servation ; le manque de vivres, sont les causes du scorbut simple. 

L'altération que le sel fait subir à la viande détruit une partie de ses 
propriétés nutritives. Le sel lui-même ne doit pas être sans action nuisible 
sur le sang, 

— — Espèce : 2° Anémie des mines. 

L'anémie épidémiquc des mines d'Anzin, près de Valenciennes, fut due 
au gaz hydrogène sulfuré, respiré en petite quantité, mais pendant long- 
temps. . 

— — Espèce : 3° F. jaune simple. 

L'air très-chaud et très-humide occupe une place considérable; sa masse 
diminue dans les poumons, en raison directe de sa dilatation. Il n'est donc 
bientôt plus en quantité sulfisante relative. L'homme des régions froides 
ou tempérées éprouve une longue asphyxie. 

La vapeur des brouillards, dilatée par la chaleur des poumons, gêne la 
respiration d'une manière analogue à la dilatation de l'air humide par la 
chaleur : aussi est-elle , dans les pays froids, une des causes actives du 
scorbut, 

Tioûiême ordre. L'ordre des maladies épiclémiques, par brus- 
que perturbation, ou par imperfection habituelle des harmo- 
nies organiques coiUrariécs : 

— Section A. Affections catarrhaies épidémiques : sorte d'ac- 
tion toxique interne. 



244 VOYAGE DAMS L'OCEANIE. 

Genre typhoïde. Espèce : doLhiiientéiie et ses variétés. » 
— djssenterie. Espèce : djssenteiie ulcéreuse. 

Des habitudes et une nourriture nuisibles à la nature de Thomme, en 
troublant les digestions, finissent par altérer, plus ou moins, nos organes ; 
il en résulte non-seulement un état de malaise général, mais même des 
liquides excrémentiiiels, malades, irritants, dont les muqueuses et la peau 
même subissent la fâcheuse action*, etc. Telles sont les véritables causes 
de la doihinentérie. Mais ces causes , si simples en apparence^ sont très- 
nombreuses ; elles sont toutes relatives à la digestion et à l'assimilation qui 
en est le complément. Les digestions sont mauvaises par suite de l'habi- 
tude de trop manger à la fois: de manger une foule d'épices inutiles; 
de l'abus des boissons alcooliques ; du changement brusque de tempéra- 
ture du chaud au froid , du défaut d'exercfce , de l'absenee de la lu- 
mière , de l'habitation dans des lieux obscurs , d'un air toujours hu- 
mide trop lentement renouvelé , d'un appartement où l'air est trop échauffé, 
de la constipation habituelle, du changement de nourriture, du passage de 
la campagne à la ville, d'aliments trop faisandés, du travail de cabinet 
immédiatement après les repas, des chagrins, des inquiétudes, des craintes 
prolongées... Enfin, les miasmes, les effluves constants ou passagers du 
pays, s'il est malsain, en attaquant l'organisme par leur continuelle action, 
l'exposent bien plus encore aux effets fâcheux de toutes ces causes : il est 
même rare qu'il ne leur imprime pas leur cachet. 

Les causes de la dyssenterie sont les mêmes : dans les pays chauds, 
elle se complique souvent de doihinentérie parmi les étrangers aborigènes 
des pays froids ou tempérés. La dyssenterie de l'Inde est dans ce cas. Elle 
présente même quelques traits de la cholérine. 

Sous le triple rapport de l'étiologie, sous celui de leurs symp- 
tômes ou de leur anatomiepathologique, les fièvres typhoïdes sont 
intermédiaires au typhus et aux fièvres éruptives, à ces dernières 
encore et aux fièvres intermittentes. Elles sont accompagnées 
d'une éruption; voilà ce qui légitime leur rapprochement avec 
les fièvres d'éruption; elles sont accompagnées d'une sorte de 
stupéfaction qu'elles empruntent souvent aux causes du typhus, 
et toujours à la résorption du poison qui s'écoule de ses propres 
plaies, voilà pour leur ressemblance avec les typhus; elles se dé- 

* Les boutons, les furoncles, les aphtes annoncent que déjà il existe de 
l'irritation dans les intestins : ils se montrent toujours sous l'empire d'une 
mauvaise disposition gastro-entérique. 



RENSEIGNEMENTS. 245 

veloppent dans les pays marécageux, et souvent dans les premiers 
temps de leur apparition , elles présentent des paroxismcs rémit- 
tents plus ou moins réguliers, voilà pour leur ressemblance avec 
les fièvres apyrétiques. Tout cela ne constitue pas des complica- 
tions, parce que ce sont autant de symptômes qu'elles puisentdans 
la natureméme de ses causes spéciales : ce ne sontpointdes mala- 
dies particulières marchant parallèlement avec la dothinentérie. 
Enfin, lorsque cette affreuse convulsion, que l'en nomme cho- 
léra, ne tue point le malade en un court espace de temps, on 
trouve très-souvent dans l'iléon des plaques de Peyer. Il y a 
donc aussi quelque identité de causes physiques entre le choléra 
et les fièvres typhoïdes. ^ ' 

Cependant, elles appartiennent bien plus aux circonstances, 
aux habitudes que nous impose la civilisation, qu'aux infections 
miasmatiques ou à l'action des effluves. 

La plus minutieuse propreté ne suffirait pas pour se préserver 
de la dothinentérie, et en ce sens encore, elle a un autre point de 
ressemblance avec les fièvres -éruptives. 

Lorsque des prisonniers sont entassés dans un navire, il faut 
s'enquérir de la santé de chacun d'eux et obvier, le plus prompte- 
ment possible, aux troubles dont elle est affectée; il faut surtout 
les faire travailler en plein air; c'est le meilleur préservatif contre 
toute espèce d'épidémie, mais principalement contre la fièvre ty- 
phoïde; car, sans lui, toute espèce de soins hygiéniques sont im- 
puissants contre son invasion. 

De 1828 à 1829, la corvette le Zj^/o fut chargée de transporter 
deux cent cinquante forçats, de Brest à Toulon et de Toulon à 
Brest. Trois espèces de ventilateurs, sans cesse en mouvement, 
une propreté de luxe; des bains administrés depuis le jour du 
départ jusqu'à celui de l'arrivée , tous les jours depuis dix heures 
du matin jusqu'à trois heures de l'après-midi*; le dégagement 
continuel du chlore dans tous les points éloignés des ouvertures; 



*" Ces bains se chauffaient au moyen de deux cylindres par baignoire. 
Ce soin hygiénique est trop négligé dans les bagnes ; aussi les maladies de 
peau, la saleté, me forçaient-ils à ces lavages continuels : la santé de tous 
ces malheureux se trouva très-bien de la destruction de la malpropreté 
dont leurs corps étaient couverts. 



246 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

le blanchiment re'pété des parois du navire avec la chaux, des 
lavages fréquents du fend de la cale au moyen des robinets et du 
jeu des pompes , une continuelle préoccupation de l'état de santé 
de ces malheureux; l'administration nécessiire de laxatifs, indi- 
qués dans une circonstance où le défaut d'exfrcice continu en- 
traînait des constipiitions opiniâtres ; tout devint inutile, à partir 
du moment où des pluies sans fin nous forcèrent à laisser les 
condamnés dans l'inférieur du navire et dans une inaction per- 
pétuelle. Ces hommes ne possédaient point assez de linge pour se 
changer dussi souvent que cela eût été nécessaire, s'ils eussent 
partagé les travaux du bord avec l'équipage, pendant tout le 
temps que dura le mauvais temps ; nous étions donc forces de les 
maintenir en bas. Les chaleurs de l'été nous avaient épargnés, 
l'hiver nous fut défavorable ; des cas de fièvre tjphoïde ne tar- 
dèrent point à'se montrer. 

Malgré la pluie, les panneaux et les manches à vent étaient 
disposées de manière à rester, les premiej'S toujours ouverts, les 
secondes toujours en place ; les courants d'air passaient avec 
force d'un panneau à un autre ; à peine la température différait- 
elle de deux degrés dans la cale et dans la batterie ; tous les ma- 
tins, les lits de camp étaient enlevés et aucun débris ne pouvait 
échapper aux yeux des balayeurs. Aucun linge sale ne séjournait 
en bas ; il était aussitôt lavé par les infirmiers , séché à l'air, ou 
s'il pleuvait , sur le four, lequel était dans la batterie. Toutes les 
mesures étaient prises contre une infection ; mais elles ne furent 
pas efficaces contre la fièvre typhoïde. Quelque renouvelé que fût 
l'air, il ne pouvait l'être assez promptement pour que les exha- 
laisons animales ne fussent aussi promptement renouvelées que 
formées; or, cette circonstance , jointe au défaut de lumière et 
d'exercice, nous exposait infailliblementaux atteintes de la fièvre 
typhoïde. 

Les fièvres typhoïdes ont une origine beaucoup plus physiolo 
gique que physique ou miasmatique; elles dépendent beaucoup 
de l'imperfection des fonctions ; cependant, elles compliquent 
quelquefois le typhus : c'est ce que j'ai pu vérifier pendant une 
épidémie du typhus du bagne de Toulon. J'ai trouvé deux cas 
de dothinentérie , sur vingt cadavres dont je fis l'autopsie avec 
les plus grands soins , et la loupe à la main : les deux sujets por- 



i 



RENSEIGNEMENTS. 247 

teurs des traces de cette complication ne dépassaient, ni l'un ni 
l'aulre, l'âge de trente ans. 

Les prétendues épidémies de typhus qui poursuivent les armées 
en marche, nesontque des épidémies de fièvies t jplioïdes : elles 
sont le résultat naturel des souffrances, de la fatigue et des pri- 
vation s 

Pendant la guerre de Java, les soldats hollandais étaient fré- 
quemment atteints de dothinentérie à forme un peu cholérique, 
elle débutait par de violentes coliques ; son apparition coïncidait 
avec celle de la dyssenterie : la dyssenterie de l'Inde mériterait en 
effet ia dénomination de dyssenterie folliculeuse. 

Sans avoir eu l'occasion de l'observer, je suis certain qu'elle ne 
manquerait pas de revêtir cette forme, même en Europe, si une 
armée était exposée aux fatigues des opérations militaires au 
milieu de marécages, pendant les chaleurs de l'été. En Afrique, il 
doit j avoir bien des occasions de faire de semblables observations. 

A l'époque où j'avais l'honneur d'être attaché au service de 
M. le docteur Le Giis , alors second médecin en chef de la ma- 
rine au port de Brest, j'observai, pendant cinq mois, de quatre à 
cinq cenis cas de dothinentérie : généralement les ouvriers que 
la nature de leurs travaux retenait au bord de la rivière du port; 
les charpentiers occupés à la construction ou à la réparation des 
vaisseaux, nous offraient de ces débuts auquels j'avais imposé 
sur mes feuilles de clinique le nom de début cliofcrijonne. 

J'ai pu aussi vérifier, pendant cette épidémie, ce que déjà 
j'avais constaté dans différentes circonstances , soit dans les hôpi- 
taux de Lyon, soit dans ceux de Paris, que les lésions du typhus 
sur les viscères n'expliquent point la mort; je n'en excepte point 
l'élat des méninges ; en un mot, l'autopsie ne saurait donner une 
idée des symplômes observés pendant la vie. 

Le typhus commun est la triste conséquence d'un empoisonne- 
ment miasmatique ; mais l'étendue de cette infection est bornée à 
celle des habitations de l'homme; elle peut aff'ecter une maison, 
un hôpital , une caserne, une école, une forteresse, une portion 
de quartier, une ville, mais jamais au delà , parce qu'il n'est ja- 
mais le résultat d'une infection provenant des dispositions géo- 
graphiques d'un canton , encore moins d'une vaste région. 

Ce n'est pas que l'on n'observe souvent quelques cas épars au- 



248 VOYAGE DANS L'OGÉAINIE. 

tour, et quelquefois à une assez grande dislance, des foyers d'in- 
fection du typlîus commun , mais ces malades isolés ont toujours 
contracté le mal au sein même de son foyer, où leurs affaires les 
appelèrent. Les esprits prévenus n'y voient qu'un effet de la con- 
tagion ; mais ces malades ne répandent point leur affection dans 
les lieux qu'ils habitent , et c'est ce qui arrive pour toutes les ma- 
ladies épidémiques , si j'en excepte la variole : elles n'emportent 
point leurs causes avec elles , et l'on peut en dire ce que l'on dit 
de toutes les maladies : sublalâ causa , tollitur cffectus. 

Les typfius , qui proviennent de miasmes émanés d'une topo- 
graphie spéciale, infectent de vastes régions , et les vents en de- 
viennent souvent les funesteâ émissaires. Ces typhus ont des 
caractères spéciaux et ne constituent jamais des affections sim- 
ples ''. La maladie que l'école a nommée typhus du Levant, nous en 
offre un exemple. Je dis un exemple, parce que, lorsque l'on con- 
naîtra mieux Ihistoire de cette maladive comparée à elle-même sur 
tous les points où elle est susceptible de se déclarer, nous verrons 
qu'elle peut se présenter sous des formes plus ou moins variables 
et qu'elle appartient à une foule de localités**. Je puis affirmer 
que rien ne ressemble à la peste comme la piétendue fièvre jaune 
affectant les Européens qui depuis longtemps habitent les An- 
tilles ; car ce n'est que le typhus où la dothinenlérie compliqués 
de fièvre jaune, affections qui constituent ce qu'on nomme la 
fièvre jaune épidémique. Lorsqu'elle atteint un créole, la ressem- 
blance avec la peste est encore plus réelle, parce que chez eux 
la suffusion sanguine (ou ictérique) est à peine marquée, et la 
teinte plombée domine évidemment. 

Notre temps n'a pas le monopole des choses que nous observons, 
cartouteschosessepassentaujourd'huicommeellessepassèrentau 
commencement de la période de création humaine : la nature pré- 
sente partout depuis les mêmes phénomènes. Ainsi, nul doute 
quela peste n'existât en Egypte du temps des Pharaons; les Livres 
Saints en font foi; ce fut une des dix plaies quifrappèrent ce pays; 

* On y retrouve quelque chose de plus que rempoisonnement miaâma- 
lique ; on y distingue des symptômes propres aux effluves et jusqu'à des 
traits delà fièvre jaune. 

** Les topographies bien faites nous en feront toujours connaître les causes. 



RENSEÏGNEMEINTS. 249 

Isaie, Jërémie, Ezéchiel en menacent les Hébreux. Aharoun , 622 
ans avant Jésus-Chiist, décrivit clairement la petite vérole sous 
le nom de f/j'idri. Hippocrate indique quelques symptômes sail- 
lants de la fièvre jaune à côté de ceux de la peste*. La fièvre 
jaune avait été observée en Europe, bien avant la découverte de 
l'Amérique : mais nos ancêtres ne voyaient en elle que la peste : 
lorsqu'ils l'observèrent en Amérique, dégagée de toute complication 
et sévissant sur des Européens, ils en firent naturellement une 
maladie spéciale, et ils eurent raison. Depuis, ils en reconnurent 
les traits sur différents points de l'Europe méridionale, en Asie; 
et leurs esprits prévenus, comme l'était celui de leurs devanciers 
par rapport à la peste, ne distinguèi'ent pas la fièvre jaune com- 
pliquée de la fièvre jaune simple : ce qui ne constitue cepen- 
dant pas la même affection. Plus tard, ils l'observèrent en Amé- 
}ique même, sous toutes ses formes ; mais ils n'y virent jamais- 
que la même affection à divers degrés : leurs découvertes à cet 
égard ne fît même que les affermir bien mieux encore dans la 
persuasion que la fièvre jaune est un typhus spécial et un ty- 
phus contagieux, puisqu'ils l'observaient dans des ports de mer 
en communications directes avec le Mexique, les Antilles et la 
Nouvelle-Orléans. On applique, à toutes les maladies épidémi- 
ques, les raisonnements admis depuis longtemps à l'égard de la 
peste :or, si la hd^se^ o\\ majeure, est fausse, la conclusion doit 
l'être. Je crains bien qu'il en soit ainsi La pesle n'est point tou- 
jours non plus un effet simple d'une cause unique. Elle me paraît 
irès-mal connue : une étude approfondie de ses causes Jera tomber 
bien des voilés ^ et dissipera bien des illusions ^ bien des préjugés l 
Je serais bien heureux si jamais je devais être appelé à éclairer 
cette question , en apportant ma part d'observations méditées sur 
les lieux. 

Le typhus commun et le typhus du Levant se ressemblent par 
leur cause déterminante, l'empoisonnement miasmatique : ils 
diffèrent l'un de l'autre par l'intensité de la cause toxique qui leur 
donne naissance : l'une, la peste, considérée seulement à ce point 
de vue , est véritablement un typhus particulier qui doit son 

*Sect. 4, aph. 22; ihid., aph. 55; ihid., aph. m-.ihid., aph. 66. 
Prœnotiones cœcœ, p. 169, n" 316, Fœsio. 



250 VOYAGE DANS LOGEANTE. 

existence aux grandes décompositions de la nature; l'autre, le 
typhus, commun , n'est dû qu'à une infection circonscrite, née de 
l'enlassem' nt de l'homme sur certains points. 

Les diverses directions des vents sont certainement aussi la 
cause des irradiations de l'infection, don! on a accusé la conta- 
gion : celle-ci, je l'avoue, coupait court à touies les difficultés j 
mais malheureusent, la dernière pérégrination du choléra à tra- 
vers le globe ne s'en est pas contentée. 

Lorsque des montagnes, des coteaux élevés coupent la direc- 
tion suivie par les miasmes ou les effluves, les plaines qui s'éten- 
dent du côté du vent, au pied de la chaîne, reçoivent de cette cir- 
constance locale les influences les plus funestes; leur territoire 
devient le séjour de prédilection du fléau, parce que le renouvel- 
lement de l'air y est moins facile. Mais ces barrières pourtant ne 
sont point infranchissables : les coupures plus ou moins surbais- 
sées qui sépareiît les principaux pics, les vallées où coulent les ri- 
vières laissent bientôt passage à ces colonnes d'air sans cesse pous- 
sées contre l'obstacle, et elles se répandent dans les vallées du 
versant opposé. 

En pénétrant dans un pays coupé de monts élevés en sens di- 
vers, ces vents généraux perdent beaucoup de leur importance; 
les brises dues aux dispositions locales sont presque les seuls cou- 
rants atmos'phériques qui s'y fassent sentir. Il en résulte qu'en 
passant d'une vallée à l'autre, ils varient en raison de la configu- 
ration inconstante xlu sol, et rjue les ramifications de l'infection 
suivent les lignes les plus capricieuses, les plus singulières, si 
l'on ne tient pas un coiuple minutieux des phénomènes dépen- 
dant de la physique locale. On conçoit donc la nécessité d'é- 
tudier l,a topographie des lieux successivement parcourus par les 
épidémies. Car les accidents de la surface du globe modifient les 
lois générales de sa météorologie; tout le monde accueillera cette 
proposition de physique commune. 

Les miasmes ou autres émanations qui s'écoulent d'une vallée 
dans une autre, d'un versant vers un versant opposé, franchissent 
l'obstacle que leur offrent les plus hautes montagnes, à l'aide des 
raréfactions et condensations alternatives de l'air. Les couches in- 
férieures, chargées de miasmes etd'efïluves, se raréfient sans cesse, 
et s'élèvent dans les hautes régions supérieures de l'aii*; elles s'y 



RENSEIGNEMENTS. 251 

condensent et se précipitent de nouveau vers les couches raréfiées 
des parties basses. Il n'j a donc pas de doule que les émanations 
nuisibles d'un sol infecté ne se mêlent, dans la région supérieurede 
l'air, avec les vapeurs <pii leur servent de vébicules, et qu'elles ne 
se retrouvent en dissolution d.ns les eaux fluviales. Cela explique 
petit eue pourquoi les épidémies les plus meurtrières ont paru 
suivre le cours dos rivières. 

Mais un seul fbjer, quelque immense qu'il puisse être, peut-il 
répandre l'infection sur toute la périphérie du globe, en franchis- 
sant d'immenses espaces que le poison laisse intacts? Evidem- 
ment non. Il faut donc qu'il se soit successivement développé 
plusieurs épidémies. Mais alors il faut aussi admettre qu'elles se 
sont établies sur les points l( s plus favorablement disposés pour 
le développement de la maladie, et qu'une autre cause inconnue 
en a successivoraent fécondé les germes. C'est cette cause détermi- 
nante du choléra qui vojage seule. Mais quelle est-elle? Ici s'ou- 
vre une immense porte aux hypothèses; elles s'offrent enfouie! 
'L'observation en est à son enfance, et le raisonnement est impuis- 
sant : la cause déterminanle du choléra reste donc cachée! 

1° Est-ce une modification pai ticulière de l'électricité atmos- 
phérique? On sait que l'électricité de l'atmosphf're a, sur notre 
système nerveux, une action marquée : pendant le cours des épi- 
démies de choléra, beaucoup de personnes se plaignirent de las- 
situdes extrêmes ; je les éprouvai moi-même *. 

2° Est-ce une émanât on terrestre spéciale? Rien ne l'indique; 
cependant cela ne serait point un phénomène exceptionnel : au 
Pérou, la terre répand une odeur marquée; la plaine de Linia 
est, sous ce rapport, très-remarquable. Quelquefois même, les 
émanations d'ammoniaque sulfuré deviennent tellement abon- 
dantes (ju'elles attaquent les peintures faites avec la céruse, et 
qu'en très-peu d'heures, tout ce qui était blanc devient noir. 

3° Est-ce une cause liée à l'état vaporeux de l'air? Pendant la 
dernière épidémie de Hrest, l'atmosphère fut constamment voilée; 
l'air était très-humide ; il plut très-peu en mai, juin, juillet, 

* J'ai observé très-souvent une liaison très-intime entre les affections 
nerveuses, et l'état électrique et magnétique de l'Océan atmosphérique au 
fond duquel nous vivons. 



252 VOYAGE DANS L'OCEANÏE. 

août; les vents ne furent jamais aussi calmes : ils soufflèrent gé- 
néralement de la partie sud, du S. E. au S. 0. La température 
était modérément chaude, et cependant l'air était lourd, la respi- 
ration peu satisfaite. Parfois cette légère vapeur, répandue dans 
l'air, avait une légère odeur que je ne saurais comparer. 

Dans l'archipel Indien, l'air est toujours chargé d'une vapeur 
semblable pendant le jour ; ce n'est guère que dans les montagnes 
ou pendant la nuit que l'air laisse voir un ciel plus pur. 

La cause spéciale de la fièvre jaune, soit en Europe, soit dans 
l'Amérique du Nord est impuissante, si elle n'est favorisée par la 
disposition topographique des lieux : il en est très-probablement 
de même de la cause spéciale du choléra? Seulement la nature de 
cette cause est bien particulière, car elle peut faire le tour du 
monde ; celle de la fièvre jaune, au contraire, est limitée à cer- 
taines latitudes de l'hémisphère septentrional. Cette considération 
m'a souvent conduit à penser que la cause déterminante de cette 
maladie est toute dans certaines modifications de l'équilibre des 
courants électriques ou magnétiques, que la terre échange sans 
cesse avec son atmosphère ?*Seulement il faudrait, pour en être 
affecté, des dispositions individuelles que l'âge, d'une part, et 
l'air des grandes villes, de l'autre, favoriseraient. S'il en était 
ainsi» des expériences sur les animaux pourraient amener un 
jour des résultats intéressants. 

L'histoire topographique de tous les lieux parcourus par ce 
fléau serait, sans aucun doute, on ne peut plus intéressante, et 
étendrait la sphère des connaissances utiles à l'intelligence des 
hautes questions médicales. La médecine est une branche de 
l'histoire naturelle qui n'a point encore eu ses voyageurs spé- 
ciaux. C'est un des grands malheurs de cette science; chacun y 
travaille trop isolément et toujours sur un théâtre trop circon- 
scrit. La médecine ne possède, sur les fièvres épidémiques, que 
des travaux morcelés faits sur des points isolés; aussi l'histoire 
d'aucune d'elles n'est complète. Il devient donc très -difficile de 
répondre avec une parfaite connaissance de cause, aux grandes 
questions de médecine générale, telles que celle de la contagion 
et par conséquent des quarantaines. 

Ce sera de l'ensemble des fin ts étudiés dans leurs rapports de 
topographie comparée que Ton obtiendra la lumière. L'étude 



RENSEIGNEMENTS. 253 

d'une plante n'a qu'une utiillé fort contestable, ses résultats sont 
bien restreints! Mais l'étude d'une famille de plantes éleva l'es- 
prit à la conception des classifications naturelles. Tout est à re- 
faire dans l'histoire des maladies épidémiques internes; il faut 
tout revoir avec les yeux de la scrupuleuse analvse. 

RÉSUMÉ OU DOCTRINE. 

Des réflexions sur les maladies, de l'étude de leur nature in- 
time, résulte toujours une doctrine; résumons donc la nôtre sur 
les affections épidémiques internes. 

1° L'intensité de l'épidémie est déterminée par la puissance et 
l'étendue de la cause^ par le climat, par les saisons, l'habitude, 
l'âge et non par des virus qui, lorsqu'ils existent, sont toujours 
le résultat d'une sécrétion pathologique et non de l'exhalation 
des miasmes absorbés. La première maladie de toute épidémie 
trouve, dans l'atmosphère et dans la disposition individuelle, ses 
causes et son caractère. 

1° Bien qu'une maladie soit toujours la même sur toute la sur- 
face du globe, elle reçoit cependant, de la topographie des lieux 
qui l'ont vue naître, une physionomie particulière. Sous ce ca- 
chet, on aperçoit ordinaii'ement les traits de l'endémie locale. 11 
en est des maladies comme des espèces organisées; elles varient 
sans changer de type général, suivant le climat où elles se déve- 
loppent. L'espèce zoologique comme l'espèce pathologique reçoi- 
vent de leur climat les modifications harmoniques qui en font des 
ind'widus spéciaux, et non des variétés. Cette considération nous 
conduit à nous faire une idée de ce qu'on doit entendre par 
espèce. 

3" Là où les causes du choléra sont endémiques, partout où 
ellessedéveloppentaccidentellement,les fièvres intermittentes per- 
nicieuses et les fièvres typhoïdes établissent ensembleleur empire. 

4° La contagion est bien loin d'avoir expliqué toutes les diffi- 
cultés qui se présentent dans l'histoire des épidémies; mais c'est 
un moyen plausible de couper court à la difficulté; on en a donc 
abusé. Plus tard, des intérêts sont venus défendie les règlements 
dont elle était le principe; cependant, il en est enfin aujourd'hui 
de la contagion de la plupart des maladies épidémiques comme de 



254 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

ces lois de la physique, si longtemps respectées comme de grandes 
vérités^ et que chaque jour de nouveaux travaux renversent et li- 
vrent a rhistoire des erreurs humaines. Seulement, les physiciens 
travaillent sérieusement pour la science, les médecins peu. 

5° Certes, si les quarantaines étaient nécessaires, ce serait pour 
la petite vérole ; et cependant, elle n'a jamais, enFrance, beaucoup 
occupé la sollicitude de l'administration ; on ne pense guère à 
mettre en quarantaine les maisons , les hôpitaux où se déve- 
loppent des cas de variole. 

Or, il y a là une sorte de contre-sens. Aujourd'hui, n'est-il pafs 
démontré que la vaccine, ou même la petite-vérole, ne préserve 
pas à jamais des atteintes de la contagion? Cela est surtput vrai 
quand la variole est épidlîmique : l'épidémie de petite-vérole de 
la Pointe-à-Pitre, en 1824? a mis, pour moi, celte vérité au 
grand jour. ^ 

6° Je n'ai pas la prétention de dire qu'il faille mettre les vario- 
leux au séquestre : on a heureusement les moyens de se passer 
d'une pareille mesiu^e, mais il est bon de signaler la contradic- 
tion. Le typhus, non plus, lorsqu'il règne sporadiquement, voire 
même épidémiquement dans nos villrs , ne provoque d'effroi; 
et pour que l'on songeât au cordon sanitaire, il faudrait que le mal 
fût bien meurtrier! On ne craint donc en France que les affec- 
tions d'outre-mer et celles qui se déclarent sur les navires! 

Le typhus, cependant, est un mot terrible, qui réveille dans 
bien des têtes l'idée de contagion. Je me rappelle avoir fait qua- 
rantaine pour des fîèvres4yphoides; heureusement que nous ob- 
tînmes la libre piatique, avant de perdre quelques malades ; car 
sans cela, nous eussions été condamnés à une prison sans fin. Nos 
règlements sanitaires sont peu logiques en général : il est dur d'ê- 
tre asservi à des exigences absurdes. 

7° En supposant même que la maladie se déclare à bord, ce qui 
arrive pour une foule d affections contractées à terre, comme les 
fièvres intermittentes, la dyssenterie, serait-ce une raison pour ^ 
regariier le navire comme un foyer d'infiction? Non : il est évi- ' 
dent que les navires plus propres ont quelquefois ainsi beaucoup 
de malades. 

Quelques personnes peuvent sans doute quitter la terre avec le 
germe de la peste , ainsi que cela arrive pour toute autre mala- 



^ RENSEIGINEMEISTS. 255 

die ; mais ce ne seront là que des faits isole's : ils ne nous doivent 
pas plus préoccuper que le lyijlius. sporadique. En prenant le 
large, on se soustrait à la cause de la maladie , et malgré la pré- 
sence à boid du typhus oriental, l'équipage n'en aura rien à 
craindre. Après dix ou douze jours de départ, on n'aura plus à 
appréhender de nouveaux cas de peste ^ parce que le temps de 
l'incubation sera écoulé. 

11 ne faut pas perdre de vue que ce qui arrive à un ou à plu- 
sieurs individus, peut avoir lieu pour tout un équipage; c'est 
ainsi que l'on a vu le typhus, le choléra, se développer à bord et 
y faire des progrès effrayants A peine a-t-on quitté les terres où 
régnent ces maladies , que le fléau apparaît : il s'y propage avec 
une rapidité que ne saurait comporter la contagion ; car elle ne 
saurait être un résultat instantané ; il faut un certain temps 
pour que le virus se développe : ce n'est que dans la période de la 
supuration que la variole est contagieuse. Il n'arrive dans' ces 
cas que ce que j'ai vu arriver pour la dyssenterie ou la fièvre 
intermittente, lesquelles ne passent plus pour être contagieuses. 
L'idée de la contagion est devenue respectable en vieillissant; elle 
a détourné bien des bons esprits de la voie des idées philosophi- 
ques ; ils ont été entraînés dans une fausse route. La vérité est 
une île escarpée : on n'y saurait rentrer quand on en est dehors. Si 
après dix ou douze jours de départ , des maladies graves se dé- 
clarent sur un navire encombré de passageis, ce sera le ty[)hus 
la dolhinentérie, la variole, et peut-être l'un et l'autre. G est ce 
qui arrive sur les négriers. Cependant, je suis assuré que le trans- 
port des malades à terre est sans fâcheux résultats , quant au ty- 
phus , et que si l'on expose inconsidérément des travailleurs dans 
les cales des navires infectés, cela n'aura de danger que pour ces 
hommes : une épidémie de variole n'est point aus^i inofïensive : 
j'ai vu des nègres répandre cette maladie à la Basse-Terre, Guade- 
loupe); mais, chose remarquable, cette infection par contagion 
fut longue à se pro[)ageretn'eutjaniais grande étendue. La petite- 
vérole épidémique , c'est à-dire celle qui naît sous l'empire des 
causes générales d'infection, frappe, au moment de son début, à 
la fois sur un<' foule de points éloignés ; c'est ce que j'ai pu véri- 
fier plus tard à la Pointe-à-Pîlre. Uiie grande chaleur accom- 
pagnée de calmes prolongés en précéda l'invasion. 



256 VOYAGE DANS L'OCEAiNlE. 

8" Si le navire est réellement infecté , il faut se hâter de le fuir 
aussitôt, car l'obligation imposée de rester à bord devient une 
crunulé sans excuse. 

Les cordons sanitaires ne sont bons qu'à une chose , c'est à em- 
pêcher de pénétrer dans le lieu infecté ; car la sortie en doit-être 
libre , l'autorité ne doit intervenir que pour régler l'émigration 
et pour empêcher l'encombrement des fugitifs sur un seul point. 

9" Les lazarets ne devraient être que des avant-ports où cha- 
que bâtiment déposerait ses malades, excepté les blessés et les af- 
fections légères, et d'où il prendrait immédiatement l'entrée. La 
raison de ce conseil est que l'encombrement des maladies graves , 
dans les hôpitaux , nuit à ceux qui s'y trouvent et à ceux qui y 
arrivent. Mais il est une autre raison , non moins bonne, pour 
retenir les malades arrivant de la mer dans les lazarets : c'est que 
l'air de la terre est toujours nuisible aux malades sérieusement 
atteints > qui viennent du large. 11 faut donc les éloigner, le plus 
possible , de l'atmosphère étouffée de la ville, et ^ plus forte rai- 
son de celle d'un hôpital. Ainsi, dans mon opinion , les lazarets 
devraient être de vastes et beaux hôpitaux situés sur des points 
élevés au bord de la mer, ou sur des îles , mais en libre commu- 
nication avec la cité voisine. 

lo" Quant à l'assuinisement des bâtiments qu'il est bon d'exi- 
ger en prévision d'un nouveau voyage, il devrait être imposé par 
des règlements; mais il faut bien qu'il s'opère à l'intérieur du 
port, puisqu'il ne peut êti-e complet qu'après le déchargement. 
Or, ces déchargements occasionnent tous les ans quelques cas de 
typhus sporadiques parmi les matelots : il serait convenable que 
ces malades fussent aussi envoyés au lazaret. L'air le plus pur 
possible est le moyen curatif le plus efficace de toute affection 
par infection '. 

A ce propos , je dirai que des navires , mis en quarantaine 
pour un temps assez long, fournissent toujours, au moment du 
déchargement, beaucoup de malades, sans que l'on semble se 
rappeler que ces navires ont été mis en état de suspicion. Cela pa- 

* Le grand air, Tair sans cesse renouvelé, est le moyen de guérison le 
plus efficace de ces afifeclions : les fenêtres doivent être constamment ou- 
vertes. Ce que je dis ici est le résultat de mon expérience. 



RENSEIGINEMEINTS. 257 

raît une chose toute naturelle, car d'autres navires, qui n'ont 
point subi de quarantaine, envoient aussi, au même moment, 
beaucoup de malades à l'hôpital ; ainsi, sans qu'on y pense, on est 
en droit de ne pas s'eftrajer des maladies du navire d'abord sus- 
pecté et si inutilement séquestré. 

11^ Après deux ou trois ans de campagne, il n'est point de 
cale qui ne soit plus ou moins malsaine ; mais remarquons qu'un 
prétendu foyer d'infection aussi circoDscrit, aussi peu étendu, 
ne saurait infecter une ville, imprégner de miasmes toute l'at- 
mosphère qui l'environne : il a donc falluimaginer la contagion, 
car il faut bien expli(juer comment le mal s'est étendu ; mais ce 
mode de propagation d'individu à individu serait une hypo- 
thèse fort séduisante, s'il n'était trop lent. Ce n'est point ainsi 
que procède la nature. Comment expliquer lillusion des esprits 
à cet égard? le voici : toutes les fois qu'une épidémie générale se 
déclare , tous les médecins de la ville , quelle que soit son éten- 
due, assistent à la fois à son invasion : dans l'espace de vingt- 
quatre heures, les prâ^ticiens les plus répandus de chaque quar- 
tier, ont ëié témoins des premières atteintes du fléau, Les 
épidémies miasmatiques ont toujours une étendue proportionnée 
à l'étendue des causes d'infection et à celle des vents qui les trans- 
portent, si le mal ne se développe pas sur le lieu même où naissent 
ces causes : c'est un fait qui peut être constaté facilement dans une 
ville comme Paris, où l'instruction des médecins permet partout 
des renseignemets parfaitement exacts : la moindre anomalie 
dans l'éphéméride du jour ne leur échapperait sur aucun [)oint. 
11 n'en fut pas de même, malheureusement, pour toutes les 
villes un peu étendues, qui furent tour à tour l'objet d'en- 
quêtes médicales : on ne s'abouche guère qu'avec les médecins 
les plus en renom, il serait même souvent inutile de faire autre- 
ment*. 11 devient alors très- difficile de remonter à la source de 
l'invasion : on subit nécessairement et presque à son insu l'in- 
fluence de quelques opinions ; les archives elles-mêmes sont ré- 

* Il y a quelques années seulement que le nombre des praticiens distin- 
gués était généralement assez limité dans' les villes secondaires d'une 
foule de pays. Je reconnais avec plaisir que la véritable instruction devient 
plus commune, et qu'elle se répand partout. 

X. /|7 



258 VOYAGE DAÎ^S L'OCEÀNIE. „ 

digees sous l'influence de quelques persoiuies haut pincées dans 
l'opiniou publique : vous ne vojez donc qu'un coin du tableau, 
car ceux qui voiis servent de guides sont eux-mêmes dans ce cas. 
Quelque célèbre que soit un médec'n , il ne saurait, en effet, 
avoir été appi-lé à la fois de tous les points de la vdie ; 1 é^iidé^i 
mie marche donc pour lui dans l'ordre et en proj)orlion des se- 
covirs (pj'on réclame de lui successivement. Des pialiciens moins 
connus l'ont souvent devancé dans les quartiers popuhaix et ont 
déjà vu les prodromes de l'épidémie, quand il commence aussi 
à en distinguer 1rs pn mières traces parmi les membres de l'aris- 
tociatie. Il importe donc que les médecins se rapprochent, que 
les sociétés médicales se multiplient. 

Peu éveillés sur la gravilé d'un mal, qu'on n'apprécie pas bien 
encore, les malades s'empressent peu de «e faire transporter aux 
hôpitaux; les premiers qui s'y reiident, sont disséminés dans 
plusieurs hospices ; on les oublie, parce que des faits plus fi'ap- 
p.ints fixent bientôt exclusivement les esprits. En effet, tontes 
les villes importantes ont toujours un quartier moins salubre 
que les autres; le plus grand nombre des malades qui encom- 
brent bientôt les liôpitaux provieiuient surtout de ce point de la 
ville : ce fait se présente en saillie, on s'y attache commue à toute 
circonstance remarquable; on prononce que l'épidémie a com- 
mencé dans tel quarliej" et s'est ensuite répandue par contagion. 
Si ce quartier accusé est le port, on prouvera facilement que la 
contagion est émanée d'un ou plusieurs navires, car d est bien 
probable alors que le premier ou l'un des premiers malades aura 
été un matelot. C'est précisément ainsi que cela se passe, et voici 
pourquoi. 

Les quais , ce qu'on nomme le port dans les villes maritimes , 
lors même qu'ils appartiennent au beau quartier de la ville, sont 
les aboutissants des égouts ; les odeurs les plus infectes s'en exha- 
lent habituellement. Sià cette circonstance fâcheuse vientsejoindre 
l'influence générale de la mauvaise constitution de l'atmosphère, 
on concevra que ce quartier soit un des premiers maltraités. 

Or, ce qu'on admettra facilement pour le port, il faudra bien 
l'admettre pour les marins occupés à vider dî s cales plus ou moins 
malsain» s, suivant le genre de chargement, et suivant le degré 
de propreté du navire, mais qui, certes, ne passeront jamais pour 



REi^SElGINEMENTS. ^59 

des 11' ux pahihies. Au niilifu ^le loiifes ces conditions, il y a trois 
chances contre une pour que ces hommes lîMbiiués a l'aii piu de 
la mer, plus sensibi» s par conséquent à une infection (juà un 
changement de c imat, soienl les premières victimes du fléau qui 
va frap[)er la ville entière. 

Si à ces difFicidtés de découvrir la véiitè, si à ces apparences 
trompeuses viennent sejonidre les erreurs, les préjuges du temps, 
qui forment n('cessairemenl les op nions de t( us ciux qui n'ont 
eu ni le temps, ni l»-s occasions nudliplièes de s'occupe; de ces 
sortes de questions , on concevra que 1 on admette la contagion 
comme étant le mode de propag.aion de toutes les njaladics epi- 
démiques par empoisonnement miasmatique. Ce qui, sauf une 
seule exceplion , la variole, est une gi aiide erreur. Les quaran- 
taines sont donc nuisibles, puisqu'elles ne sont point utiles. 

1 2 -^ On ne doit pas regarder comme ep^demiques ces rougeoies 
et cesscariatines qui ne manquent pasd affecter, (ju( lie que sotla 
saison, les habitants de ia campagne qui viennent habiter nos cités; 
il en est de même de celles qui affectent les conscrits dans les ca- 
sernes. On ne saurait non plus accuser la contagion en pareil cas, 
car aussitôt que ces jeunes militaires tombent malades, on les di- 
rige sur les hôpitaux; souvent ces maladies n'existent point en 
ville, ou s'y présentent de la manière la plus isolée y lorsqu'elles 
font dé véritables ravages dans les rangs de la jeune garnison. 

A cet égard, nous ferons remarquer que les dispositions des ca- 
sernes, comme celles des hôpitaux, sont extrêmement défectueuses 
et que le progrès attend là de grandes améliorations. La division 
des s^illes et la facilité d'établir partout et à volonté des couiants 
d'air, voilà le principe générdi qui doit présider aux construc- 
tions des hôpitaux, des casernes, des collèges, des écoles, des 
asiles, etc.. , des prisons même, tous lieux qui deviennent trop 
fréquemment encore des foyers d'infection. Ajoutons encore que 
le choix du lieu de construction est aussi de la plus haute im- 
portance. 

Les conscrits, comme tous les compagnards, sont victimes de 
leur défaut d habitude pour fair des villes et pour celui des ca- 
sernes. C'est ainsi que les Européens nouvellement arrivés aux 
Antilles sont affectes de fièvre jaune, sans que l'on puisse consi- 
dérer comme une épidémie la maladie qui les décime, C'est tout 



260 VOYAGE DANS L'OGÉANIE. 

simplement l'action d'un climat étranger sur des CAOtiques. Ce 
sont là des dispositions organiques particulières qui ne consti- 
tuent pas des épidémies. Les causes endémiques , qui n'agissent 
que sur des individus transplantés tout à coup au milieu de con- 
ditions géographiques ou topographiques nouvelles, simulent 
quelquefois une épidémie ; mais le médecin ne doit pas être dupe 
de cette apparence : il doit bien distinguer l'état normal de la 
constitution sanitaire du pays, d'un événement qui dépend' des 
individus et non d'une modification dans l'état de l'air. Aussi, 
bien que, d'un autre côté, les causes qui sont endémiques sur un 
point quelconque, puissent ailleurs devenir épidémiques, en 
se réunissant brusquement là ou la topographie n'admet point 
ordinairement leur existence simultanée ; cependant, les résultats 
sont si difFérenls dans l'une ou dans l'autre circonstance , qu'ils 
doivent être distingués par des dénominations différentes. Dans 
un cas, il n'y a qu'exception à l'état général de la santé publique, 
les étrangers seuls subissent l'effet de l'endémie; dans l'autre, il y 
a calamité publique, tout le monde peut être atteint de l'épidémie. 

La scarlatine, la rougeole , la variole, les fièvres typhoïdes épi- 
démiques produisent des effets effrayants sur les individus qui 
u'habitent pas ordinairement les grandes cités. Elles sévissent sur 
toute une ville^ sur tout un canton, elles n'épargnent aucun âge, 
cl leur malignité se montre surtout dans les hôpitaux, les prisons, 
les casernes ; la mortalité est grande ; les angines gangreneuses 
tuent alors beaucoup de monde, surtout les vieillards. 

On n'a point non plus assez étudié les causes spéciales de ces 
épidémies , elles se montrent là où survient brusquement un sur- 
croît de population, par suite d'occupation militaire , par exem- 
ple; elles se montrent dans des villes assiégées où la souffrance et 
les dangers de la guerre multiplient les maladies parmi les habi- 
tants. Elles paraissent vers la fin d'hivers rigoureux, pendant • 
lesquels on a pris des mesures minutieuses pour se garantir du 
fi'oid, sans se préoccuper des moyens d'aérer fréquemment. Elles 
peuvent régner avec le typhus et avec les fièvres typhoïdes. 

Ce simple aperçu prouve combien il importe que les médecins 
fixent leur attention sur l'étiologie des maladies par infection, car 
c'est le seul moyen de prévenir, plus que par des conseils vagues 
et généraux, sinon toujours le mal, au moins les épidémies. 



1 



RENSEIGNEMENTS. 261 

L'épidémie de variole dont j'ai dt^à fait mention, et qui se dé- 
veloppa en 1826 à la Pointe-à-Pître , dut son existence à deux 
causes : à l'encombrement de la population el ensuite à la conta- 
gion. Le quartier des Abîmes n'était pas encore construit, et la po- 
pulation fixe de la ville augmentait rapidement à l'époque où le mal 
se montra ; les arrivages étaientconsidérables, et un giand nombre 
de nègres, parmi lesquels il en était beaucoup de la côle d'Afiique, 
travaillaient en ville au transport des marchaiidises. L'épidémie 
débuta en partie par ces malheureux ; elle fut terrible pour eux, 
il en mourut le plus grand nombre. Mais il ne faut pas croire 
que les premiers malades furent exclusivement des noirs : j'étais 
en position de voir toutes les ramifications du mal à son début, et 
lorsque je fus appelé en ville pour donner mes soins à des vario- 
leux, soit nègres , soit blancs , j'avais déjà constaté, trois jours 
avant , à l'hôpital maritime et militaire, deux cas de variole. L'un 
de ces malades était un militaire du 4ô®, l'autre un matelot. Peu 
de jours après M. Ménier, jeune capitaine au long-cours, qui 
arrivait de France, était affecté de varioloide. Ce jeune marin 
avait eu la variole dans sa jeunesse. Ceux qui ne furent pas at- 
teints de variole ou de varioloide furent de rares exceptions ; ce- 
pendant, excepté les nègres nouveaux , tous ces malades avaient 
été vaccinés , plusieurs avaient eu la variole , quelques vieillards 
avaient été inoculés. 

iS*^ La fièvre jaune , que j'ai malheureusement observée sous 
toutes les formes , n'est point à mes yeux un typhus ; elle est au 
typhus ce qu'est le scorbut proprement dit à la même maladie ; 
elle peut en être aussi une complication. Le typhus compliqué de 
scorbut ne constitue point une espèce : il en est de même du ty- 
phus compliqué de fièvre jaune. 

La fièvre jaune , telle que nous la présentent toute l'année les 
Européens récemment arrivés aux Antilles , n'a pas le même as- 
pect, alors même qu'on l'observe pendant l'hivernage , que celle 
qui complique le typhus. Cependant ce i^ont précisément ces diffé- 
rences qui ont conduit à ce résultat, que la fièvre jaune est un ty- 
phus : on a hésité longtemps à se prononcer sur sa nature, mais 
l'observation de ces sortes d'épidémies mixtes a décidé les auteurs. 
Ce fut ainsi quelle devint typhus; et, afin d'aider à se le bien pei-- 
suader, on a fini par ne plus voir que la marche de la fièvre 



262 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

jaune simple avait une marche particulière, comme elle a une 
cause tout à fait spéciale. Je compte mtltre ces faits dans tout leur 
jour : j ai eu l'occasion de voir ces d.ux maladies régnant ensem- 
ble. Le typhus compliqué régnait en rade, à boid de quelques 
navires chargés de morues; la fièvre jaune siinple sévisssail au 
même moment sur les officiers et les soldats du 48® régiment, de- 
puis peu arrivés à la Guadeloupe. 

Trois espèces composent le genre anémie : i* le scorbut par 
défaut d'alimentation suffisamment réparatrice ; 2° l'anémie par 
défaut relatif d'un air réparateur ; 3" l'anémie des mines. Le 
scorbut apparfient à toute la terre, mais spécialement aux pays 
froids ; il j affecte avec prédilection les habitants des pays 
chauds et tempérés, lors même qu'ils ne sont point dépourvus 
d'aliments de qualité passable. La fièvre jaune n'appartient 
qu'aux pays chauds et humides ; elle n'y affecte jamais, dans 
les tropiques, que les habitants des régions froides et tempé- 
rées; hors des tropiques, elle est le résultat d'une augmenta'^ 
tion subite de chaleur insolite, remarquable aussi par sa durée. 
Les climats inconstants ont au moins cet avantage , de ne point 
craindre ses atteintes; dans les zones tempérées, ce fléau se com- 
plique souvent de typhus : les villes construites suivant le sys- 
tème européen réunissent toutes les conditions de cette fâ- 
cheuse complication. 

L'anémie des mines peut être, à mon avis, le résultat de la com- 
binaison de l'oxigène de l'air dans les galeries , où d'ailleurs ce 
dernier se renouvelle difficilement. Je ne doute pourtant point 
que la respiration à petite dose des gaz méphitiques (jui s'y dé- 
gagent, ne puisse être la cause de la même maladie, comme le" 
sel contenu dans les viandes conservées , n'est pas non plus sans 
influer considérablement sur la production du scorbut mari- 
time. 

La fièvre jaune , sous le double rapport de la spécialité de sa 
cause déterminante, de la nécessilé d'une certaine topographie, et 
de certaines pi-édispositions individu» lies , peut être rapprochée 
du choléra; seulement sa^canse physique, la cause s >' ne qnânon^ 
est plus appi'cciable. Cette cause effici(nte est un air très dilaté 
et très-chargé de vapeiir d'eau ; il faut donc au moins utie tem- 
pérature de 25'' réaumuriens, chaleur directe, c'est-à-dire pré- 



RENSEIGNEMENTS. 263 

servée de toute réverbération, [l faut que la ville, ou lont autre 
lieu, soit sur le bord de la mer. ou toule autre vaste surP.iced'eau. 
Il est cependant une fouie de lieux, dans la zone tempérée, qui 
reunissent ces conditions essentielles, et qui cependant n'ont jamais 
subi les ravages de la fièvre jaune : des conditions prédisposantes 
sont donc encore nécessaires ? Supposons une ville entourée de 
hautes terres très-rapprochées de l'emplacenieiit qu'elle occupe, 
abritée de toutes parts de l'agitation croisée des vents, et ne rece- 
vant que ceux de la mer, d'autant [)lus chargés d'humidité qu'ils 
seront plus chauds, nous concevons tjue si le thermomètre mar- 
que 25"" sur un point aéré, au large, par exemple, il en marquera 
3o° et plus dans cette ville où l'air circule mal, et qui est exposée 
aux mille rajonnements d'une chaleur réfléchie par ses propres 
murs et par les falaises qui la dominent. Les effets d'une pareille 
topographie seront encore bien plus rapides si la ville est précé- 
dée, du côté de la mer, par une rade parfaitement enclose et ne 
communiquant avec le large que par un étroit goulet ; les eaux 
s'y renouvelleront avec difficulté, surtout si elles ne sont point 
soumises aux alternatives des marées, et elles y acquerront une 
température qui favorisera plus encore leur évaporaiion;de plus, 
les brises du large s'échaufferont en passant sui- les terres qui 
entourent la rade, et arriveront ainsi, plus étouffantes encore, 
dans la ville, parce qu'elles seront plus chaudes et plus saturées 
de vapeur, que si elles arrivaient de la mer sans avoir eu à subir 
l'influence de la terre et de la rade. 

Cette description n'est pas faite à plaisir, c'est celle de la topo- 
graphie de la plupart des villes d;- la zone tempérée nord, qui fu- 
rent, à diverses époques , le séjour des épidémies de fièvre jaune. 

11 est tl'autres dispositions topograpliiques qui s'éloignent un 
peu de celte foime, an premier coup d'oeil ; mais, en les étudiant 
bien, on y retrouvé l'ensemble nécessaire à l'étiologie spéciale de 
la fièvre jaune. Ce n'est pas le cas ici d'enti er dans aut.mt de dé- 
tails; je n'ai voulu que donner une idée de l'importance des to- 
pographies et de leur liaison intime avec les causes des maladies 
considérées en génf'ral. 

Quant à la fièvre jaune, on conçoit qu'im air aussi peu vital 
que celui qui résulte des dispositions topdgraphiques que je. viens 
d'ébaucher rapidement, nuise profondément à la santé lorsqu'on 



264 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

n'y est point façonné par l'habitude. La réparation des pertes 
d'une circulation abondante, destinée à résister aux basses tem- 
pératures de l'hiver, ne saurait plus avoir lieu, parce que le pou- 
mon ne reçoit plus la quantité d'aliments qu'il réclame. 

lia fièvre jaune est surtout endémique aux Antilles et au Mexi- 
que , mais elle est loin de ne l'être que là : c'est, on peut le dire , 
une affection des pays chauds en général. Sans aucun doute, elle 
a existé et existe sur les rivages du royaume de Siam* ; il n'y au- 
rait donc rien d'étonnant qu'on en signalât l'existence sur quel- 
ques points de l'Archipel indien septentrional, dans le canal de 
Mozambique , partout , enfin , où des terres soumises à une 
grande chaleur se ramifient dans une mer encaissée **. 

Comme anémie, la fièvre jaune n'a rien de contagieux ; comme 
complication du typhus, son histoire est celle des maladies par 
infection miasmatique de l'air ; mais, par elle-même, elle ne sau- 
rait entrer comme élément dans la question de la contagion. 

* On l'y amait observée dernièrement. 

** J'ai dit, sur quelques points de l'Archipel indien : pourquoi pas dan 
tout l'Archipel? Parce que la position géographique de l'Archipel indien 
méridional, et les phénomènes physiques qui en résultent, le préservent 
de la fièvre jaune, à partir du cinquième degré de latitude sud. (Voir 
dans les Annales maritimes ôe 1845, le mémoire sur la topographie com- 
parée de Java.) 



NOTES 



LE DÉTROIT DE MAGELLAN, 

COMMUNIQUÉES 

PAR LE CAPITAINE ROLIET, 
Commandant le hrkk le Cygne de Bordeaux. 



Décembre 1837 et janvier 1838. 

La terre des deux bords de l'entrée du détroit de Magellan est 
escarpée, plate, niais élevée : on peut facilement la distinguer à 
10 milles de distance. On peut, en entrant, ranger le cap des 
Vierges très-près. Une fois à lE. de ce cap , on distingue en de- 
dans une plage de sable qui se prolonge environ 2 milles au S. de 
la pointe. Cette plage est basse et se trouve garnie, dans sa partie 
méridionale, d'un banc de roches dont nous nous sommes rap- 
prochés en louvoyant. Nous avons souvent poussé nos bordées jus- 
qu'à la côte sud du détroit et à 3 milles de terre. Nous n'avons pas 
trouvé fond à 3o brasses ; cependant il paraîtrait qu'un banc de 
sable , qui à l'entrée n'est rien , va d'abord , en s'éloignant de la 
côte, rejoindre ensuite le cap Orange. 

Depuis le cap des Vierges jusqu'au ça/? Possession^ la côte 
septentrionale est parfaitement saine ; du moins notre louvoyage 
sur celte partie de ia côte, pendant plusieurs jours, nous a per- 
mis continuellement de nous en approcher à demi-mille de dis- 
tance, avant de trouver fond par 3o brasses, ce qui nous a con- 



266 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

vaincus que le brassiage marqué sur la carte que nous avions était 
inexact. 

ISous avons éprouvé dans celte partie du détroit des vpnts de 
S. O. et d'O. très-violents qui nous ont contiainls de laisser ai^- 
river et quelquefois de mettre à la cape, et nous perdions alors le 
chemin gagné dans les vingt-quatre heures. 

Le lundi, 5 décembre, le vent ajant lialé le N.-O. , nous avons * 
longé la côte nord. A neuf heures, nous étions par le travers du c<2/? 
Possession^ qui est très-élevé. Le courant du flot étant alors très- 
fort, nous gouvernions sur l'île qui se trouve près de la pointe 
De/gada, pour nous guider dans le chenal : nous avons passé 
très-près de cette île. Le i emoux des courants indique le banc qui 
la borde, et la sonde est infaillible pour se tenir dans le chenal , 
où il y a un brassiage considérable. Depuis ce moment (il était 
onze heures), le jusant nous a étalés, malgré la force de la brise 
qui nous faisait filer 6 et 7 nœuds dans certains moments ; nous 
n'avons pu gagner l'entrée du goulet qu'à quatre heures. Le cou- 
lant de jusant étant moins rapide, nous avons donné dans-cette 
gorge, €t à cinq heures nous nous trouvions par le travers du cap 
Orange^ louvoyant avec une jolie brise variable du S. au S. O. 
Les terres des deux bords sont élevées et escarpées : nous pous- 
sions nos bordées jusqu'à terre. Sur je cap Orange^ nous avons 
aperçu du feu allumé par les Patagons, qui sont venus en dedans 
du goulet, et se sont assis sur le rivage. Notre bordée nous a 
permis d'aller virer de bord tiès-près d'eux ; ils nous ontfaitdes 
signaux, et nous ont même inlerp( liés dans leur langue. N'ayant 
rien à faire avec eux, nous avons conlinué notre route. v 

Le courant de flot est aussi rapide que celui de jusant dans cet 
endroit, cai-, malgré la faiblesse du vent, il nous a jetés dans l'es- 
pace d'une heuie et demie ou deux heures dans 1< S. avec une 
grande vitesse. Nous avonsgouvernésurlerw^ Sain -Giégoirc^owv 
rallier l'entrée du deuxième goulet, et chercher un mouillage pour 
la nuit dans le nord de Vile des Pingouins. A neuf heures du soir^ 
ayant trouvé un fond de 1 2 brasses, sable gris, fir, mêlé de gia- 
vier, nous v avons jeté l ancre. (Latitudf^ S , .52° 87' 3o'; longi- 
tude 0., 72*^ o4' o"). Dans ce moment le jusant commentait à se 
faire sur ce point. Nous n'a\ons pas été inquiétés par les cou- 
rants ; leur plus grande vitesse n'a pas excédé 2 nœuds. La dif- 



RENSE[G?^EMENTS. 267 

fe^rence du niveau de Teau du plein à la basse mer a été d'environ 
2 brasses. 

Le mardi 6 décembre 1 837, à six heures et demie , nous avons 
appareillé et fait route pour le second goulet; favorisés alors par 
le flux, nous l'avons passé sans virer de bord, bien que le vent 
fût presque debout. Les deux côtes du goulet sont élevées , elles 
possèdent quelques criques de bonne apparence ; mais, d'après 
l'ouvrage anglais de King, il ne faut pas chercher à y mouilh r. 

A midi, la faiblesse du vent et le jusant que nous avions depuis 
onze heures, nous ont forcés à mouiller paiM 2 brasses d'eau, fond 
déroches, entre ïîle de la Madeleine et celle du Contre- M ahre^ 
mais plus près de la première. (Latitude S. , 52° 56' o" ; longi- 
tude O., 72° 38' 0".) 

A six heures du soir, nous avons appareillé avec le flot, la brise 
étant au N. 0., nous avons fait beaucoup de chemin. Nous avons 
vu en plusieurs endroits de la côte de \2iTene-de-Feu^ des feux al- 
lumés par les Patagons. Au jour, nous nous trouvions par le tra" 
vers du canal Saint-Sébastien^ avec du calme : les courants n'ont 
pas influé sur notre route. Avec la brise qui vient du S. 0., et qui 
varie ensuite de toutes les parties, nous sommes parvenus à ga- 
gner le port Famine^ où nous avons mouillé après une reconnais- 
sance de la baie. La terre, entre le cap Saint-Vinamt et le cap 
Monmouth^ est basse sur le bord de la côte, et très-élevée dans 
l'intérieur. 

L'entrée de la baie Famine est très-facile; il y a d'excellents 
mouillages au fond du port, par le travers de la levée de terre dé- 
nuée d'arbres et couverte d'herbes qui se trouve sur la côte ouest 
de la baie : mais ne voulant j rester que très-peu de teriips, nous 
avons jugé plus convenable de mouiller vis-à-vis l'entrée de la ri- 
vière par i8 à 20 brasses, fond de sable vaseux. ]Nous avons fait 
les relèvements suivants au compas : 
Larivièreàl'O.iS. O. 

La pointe du milieu de la baie S. S. O. 3* S. 
— d'entrée nord, N. } N. E. 

Nous avons reçu dans cette baie plusieurs foites rafales des- 
cendant des montagnes qui sont dans le S. O. du mouillage; 
mais nous n'avons jamais été contraints de mouiller deux ancres, 
tant est bonne la tenue. Nous y sommes restés plusieurs jours, 



268 VOYAGE DANS UOCÉANIE. 

contrariés par des vents debout ; nous y avons fait de fort bonne 
eau et du bois à brûler, que Ton trouve en grande abondancesur 
le rivage, surtout auprès de la rivière, qui est belle, mais dont 
l'entrée est fermée par un banc de sable qui laisse un passage 
pour un fort canot à mi-marée. 

Nous avons trouvé à terre des habitations bâties par des Eu- 
ropéens, et quelques cases de naturels abandonnées. Le gibier 
s'y trouve aussi en grande quantité, ainsi que le poisson, parti- 
culièrement à l'entrée de la rivière. Le céleri sauvage y croît en 
abondance. Nous en avons cueilli sur la pointe nord de l'entrée, 
qui était très-bon ; on y trouve des bancs de moules excellentes et 
beaucoup d'autres espèces de coquillages. 

Le lundi 12^ nous sommes partis de la haie Famine, pour con- 
tinuer notre routre. Nous avons longé la côte à demi-mille de 
terre; nous avons partout vu des mouillages charmants sur la 
côte. Dans la nuit , nous trouvant par le travers du cap 
Froward , nous avons reçu des rafales à compromettre la mâture; 
le vent venait du N. O., et par conséquent des hautes montagnes 
qui dominent ce cap, qui est déjà très-élevé. Avec deux ris dans 
les huniers, nous sommes parvenus à nous rendre par le travers 
du cap HoUand avec le jour; mais le vent ayant augmenté de 
force, nous n'avons jamais pu gagner le mouillage. En consé- 
quence, nous avons laissé arriver pour chercher un mouillage 
dans une des baies que nous avions aperçues au nord du cap 
Froward. 

Lèvent était tellement violent que les tourbillons occasionnés 
par les collines et les montagnes, faisaient lever l'eau à plus de 
trente pieds de hauteur, elle retombait en pluie épaisse. 

Aussitôt à l'est du cap Froiuard, nous nous sommes trouvés un 
peu à l'abri, nous avons longé la côte, et à midi nous avons mouillé 
dans une grande baie, au milieu de laquelle se trouve un îlot garni 
d'arbres. Cette baie est nommée, dans l'ouvrage de King, haie 
Saint-Nicolas ou haie Française. 

Elle est grande, la tenue y est très-bonne; car mouillés par 
12 brasses de fond, nous n'avons jamais été contraints de mouiller 
notre grande ancre, quoique les rafales descendant des monta- 
gnes aient été d'une force extraordinaire; pendant que nous 
étions au mouillage, le vent faisait tourbillonner l'eau en la fai- 



REINSEIGNElVIENTS. 269 

saut voler en poussière à une très-grande hauteur. Le vent n'est 
pas toujours de la même direction ; mais il y a de la chasse. 

Cette baie présente un grand avantagea ceux qui font route à 
l'ouest, à cause de sa proximité avec le cap Froward^ qu'on ne peut 
pas toujours doubler la première fois qu'on s'y présente. On peut 
aussi y faire de très-bonne eau et du bois. La rivière qui se pré- 
sente dans le fond est aussi grande que celle de port Famine. Le 
poisson y abonde, il est excellent, ainsi que des oies sauvages, 
des canards, et une espèce de pintade, qu'on trouve le plus sou- 
vent sur l'îlot. Sur la côte sud delà baie, il y a, près d'une grosse 
roche bien remarquable, une source d'eau douce, meilleure que 
celle de la rivière... Sur l'ilotoù nous avons fait de fréquentes ex- 
cursions, nous trouvions des œufs (dans la saison), des moules 
et autres coquillages très-bons, en grande quantité. 

La meilleur mouillage est dans le S. 0. de l'îlot à demi-dis- 
tance de cet îlot et de la côte, on y trouve de 12 à i3 brasses 
d'eau, fond d'argile. La baie est entourée d'un banc de sable qui 
diminue l'espace pour mouiller, mais qui n'est pas dangereux : 
car on voit le clapotis de l'eau sur ce banc, pour peu qu'il vente. 

En visitant l'îlot, nous avons trouvé amarrée à un arbre une 
bouteille qui renfermait un papier écrit en anglais, et prouvait 
qu'un navire américain l'avait placéeà cet arbre, à son passage, il 
y a deux ans ; ne connaissant pas l'anglais, nous n'avons pu en 
traduire tout le contenu. Nous avons trouvé des habitations de 
Palagons, les unes anciennes^ les autres nouvellement abandon- 
nées. Quelques jours après notre arrivée nous aperçûmes un feu 
dans le fond de la baie, peu après, trois individus, marchantsur 
le bord de la mer, pour se rendre dans le lieu le plus voisin du na- 
vire. La rivière les arrêta pendant un instant; mais, encouragés 
par les signes que nous leur fîmes en hissant et amenant plusieurs 
fois notre pavillon, ils se décidèrent à la passer, et vinrent devant 
Je navire où le canot fut envoyé pour les recevoir; à noire appro- 
che ils hésitèrent; mais aux démonstrations d'amitié qu'on leur 
fit ils s'approchèrent; on leur donna du biscuit et de l'eau-de-vie, 
ce qui les rendit plus confiants, on parvint à les amener à bord, et 
on échangea avec eux quelques peaux fort belles pour des cou- 
teaux et d'autres objets semblables. 

On les reconduisit ensuite sur la pointe nord, où nous trou- 



270 VOYAGE DANS LOGÉ VNIE. 

vâmes une embarcalioii conslruite avec des écorces d'arbrrs, et 
plusieurs femmes qui viiu'enl à nous. Une de celles-ci parlait 
angl.iis, et nous fit comprendre qu'ils allaient relounier sur la 
Terre fia Feu et qu'ils revieudraienl ensuite nous vendre les peaux 
qu'ils y avaient laissées. JNous ne les revîmes plus, quoique nous 
ajoni demeujé encore quatre jours au même mouillage. 

Re/éucment du mouillage à la bcde Française. 

La rivière au fond de la baie N. N. O. | N. 
L'île au milieu de la baie N . IN . E. f E. 
La pointe nord de l'entrée N. E. |^ E. 

Le vendredi 23 décembre, à ii heuies du matin, nous avons 
appareillé pour continuer notre route avec une faible brise de 
IN. E. Cependant, à 8 heuies du soir, nous étions par le travers 
de la baie de Cusic<^on avec une fraîche brise d'est qui a calmé 
versn heures du soir; .ui jour nous nous trouvions près du cap 
Holland ■ASiiCiidiXm .Craignant les courants de jusant, nous avions 
mis notre canot à l'eau ; ils nous servirent à remorcjuer le navire 
dans la baie ou nous mouillâmes à 6 heures. Cette baie n'est pas 
au-si grande que la carte l'a faite; elle est étroite et Ion doit ne 
pas ranger de très-piès la pointe d'entrée sud. Du reste, le goé- 
mon sert de bouée aux roches, sur lesquelles il y a 6 et 7 brasses 
d'eau. Une fois que l'on a doublé le banc de goémons on doit 
chercher à f e rendre dans le fond de la baie et mouiller au milieu 
par iB à 20 brasses d'eau. La tenue y est très-bonne, nous avons 
eu occasion de l'éprouver par un long séjour dans cet endroit, 
pendant lequel nous avons souvent reçu des brises carabinées du 
S. O. et d'O. 

Il y a aussi une rivière assez jolie où l'eau est bonne ; on y 
trouve du bois à brûler comme partout ailleurs. 

Quand on vient au mouillage, on doit éviter de tomber près 
de la rivièr.; ; car son entrée est fermée par un banc de sable sur 
lequel il y a peu d'eau. A l'est de la rivière il y a aussi bon mouil- 
lage; mais on cesse alors d'être à l'abri de la teireavec des vents de 
S. 0.,etla mer y est clapoteuse, tandis qu'au fond on est à l'abri 
de tous les vents douiinauts. 



RENSEIGNEMENTS, 271 

Là, comme ailleurs, le poisson tt les coquillages abondent, on 
y trouve beaucoup de bécasses. 

Re/éi'cment (ht mouillage, 

La pointe de l'entrée S S. 0. ) , 

», , . . . ,^ TWT T' du compas. 

L entrée de la rivieie E. N. E. ) * 

Le 7 janvier, nous sommes parus de cette baie avec une petite 
brise favorable; nous tvons gagné la cote suddu délioit, et le 
courant du flot aidant, nous avons lait un peu de chemin dans la 
nuit. 

Dans la matinée du 8, nous avons dépassé le port Gallant et 
le port Gaston^ qui sont d'une jolie appaience. Dans l'après-midi, 
la brise a fraîchi de 1*0., et nous a permis de louvoyer. Le cou- 
rant du jusant nous ayant pris par le traveis de la baie à' Arista- 
zabul, nous y avons mouillé par 17 brasses fond de gravier; nous 
y avons passé la nuit et fait de l'eau dans une toute petite rivière 
au fond d(i la baie. 

Le 9 au matin, à 1 heures, nous avons appareillé avec le flot et 
nouspvons continué à louvoyer avec des vents d'O., belle brise. 
Le courant est très-fort, et nous poussait rapidement au vent; à 
midi, nous étions à la pointe York au canal Indien; enfin, à 4 
heures, nous avions mouillé dans une des bairs de l'île CI/ oa, par 
4 2 brasses d'eau, fond de roqhes, au milieu de goémons. Le fond 
y est U'ès-rapide On y est à l'abri de tout vent; si l'on devait tes- 
ter (juelque temps dans la baie, le meilleur serait de se mettre à 
quatre amarres dans une crique située à tribord en entrant, der- 
rière les îlots qui son! à l'entrée delà barre; il y a 8 et lo brasses 
d'eau, mais on ne pourrait éviter avec une biture de 60 brasses, si. 
l'on y restai! mouillé sur une seule amarre. 

INous avons trouvé dans cette crique plusieurs cabanes de Pa- 
lagons, nouvellement abandonnées , mais nous n'avons vu per- 
sonne. Le bois et l'eau y sont en abondance, une cascade magni- 
fique vient se déchrirger au fond de cette baie. 
Lat. S., 54° 29' 3o''. Longit. O., 76° i5' o'^ 

Le mardi 10. nous sommes partis et nous avons continué à lou- 
voyer avec une brise droite-drbout. Le canal, qui paraît très-res- 
serré en cet endroit , est assez large pour permettre de courir 



272 VOYAGE DAJNS .L'OCEANIE. 

trois quai ts-d'heure sur le même bord. Il est plus large que dans 
le premier et le deuxième goulet , quoique la carte ne l'annonce 
pas ; le courant de flot commence à devenir moins fort, et à qua- 
tre heures , nous trouvant par le travers de la baie Siuardo^ nous 
y sommes entrés et avons mouillé par dix- huit brasses, fond 
d'argile blanche , semé de roches détachées du fond. 

Dans cette baie, qui est très-grande, on est à l'abri de la merj 
mais le vent souffle avec force, lorsqu'il vient des montagnes si- 
tuées au S.-O. et à l'O. La tenue est bonne; on doit éviter de 
passer sur un banc de goémons qui est à l'entrée, au milieu de 
la passe. On peut cependant le ranger de près , car nous avons 
trouvé quinze brasses d'eau à son entour. INous avons sondé 
toute celte baie et sommes resiés convaincus que le meilleur 
mouillage est dans le fond de la baie^ par quinze et dix-huit 
briisses de fond d'argile sablonneux , plus sur bâbord que sur 
tribord, en allant vers le fond. 

11 se trouve, tout à fait dans l'intérieur, un amas de rochers, 
les uns à fleur d'eau , les autres élevés au-dessus de son niveau. 
Cependant, avec une embarcation , nous avons fait le tour de la 
grande île qui forme la baie. 11 y a une baie plus ouest, mais la 
tenue doit y être mauvaise ; nous n'y avons trouvé que des fonds 
de roches. 

Le mercredi 1 1 janvier, nous avons de nouveau mis à la voile, 
et aidés d'une belle brise d'E. et S. E., nous avons longé de 
très- près la côte méridionale du détroit ; elle est très- saine par- 
tout, et nous avons aperçu partout des ports qui paraissent 
bons, mais le vent étant favorable, nous en avons profité et con- 
tinué notre route pour le cap Pillâtes^ où nous étions à quatre 
heures du malin, le \i. Les courants étaient faibles dans ce mo- 
ment, piobablement parce que nous étions dans les mortes ma- 
rées. La terre est élevée des deux bords, et ne présentait aucun 
danger à l'approcher. Nons avons trouvé plusieurs enfoncements 
semblables à des canaux^ et qui n'étaient pas portés sur notre 
carte. 

Observations sur h s venls , les courants et les vues de cotes. 

Pendant le temps que nous avons louvojé à l'entrée orientale 
du détroit de Magellan, nous avons resenli des courants assez 



PIECES JUSTIFICATIVES. 273 

flot et de jusant, portant toujours dans la direction du chenal, ou 
à peu près. Lorsqu'il vente de l'O. ou du S.-O.; la mer est très- 
grosse, surtout pour un petit bâtiment. Nous avons reçu souvent 
des'paquets de mer sur le pont. On doit alors aller mouiller dans 
le N.-E. du cap des Vierges, à un mille de terre. 

La côte du nord est élevée et plate. Un seul monticule la 
domine. Dans tous les endroits resserrés, les courants sont 
U'ès-forts ; nous avons eu lieu de le remarquer, surtout au pre- 
mier goulet , vis-à-vis l'anse dâ la Possession. La côte méridio- 
nale est peu élevée, jusqu'au cap Orange. 

Dans le premier goulet, les côtes sont un peu escarpées et un 
peu élevées. En sortant de ce goulet pour aller dans le S.-O., on 
doit faire en sorte de ne pas trop se laisser affaler dans l'enton- 
noir que forment l'île des Pingouins et la côte de la Terre de Feu. 
Le courant y passe avec force. 

Depuis^ la pointe ouest du premier goulet, la terre est peu élevéô 
jusqu'au cap Saint- Grégoire ; seulement sur la côte, car dans 
l'intérieur elle est montueuse. 

Dans la baie Saint-Grégoire , nous n'avons pas éprouvé de 
grands courants ; mais dans le second goulet , le flot a été fort ) 
les terres sont, comme dans le premier, assez élevées. 

Quand on vient de l'est, on doit faire attention de ne pas pren- 
dre pour l'entrée du second goulet le fond de la baie Saint-Gré- 
goire. La terre y est peu élevée, et ferait croire qu'il y a passage, 
à cause de la haute montagne taillée à pic que l'on voit dans l'in- 
térieur, et que l'on pourrait prendre pour le cap Saint-Grégoire. 
Depuis notre second mouillage à l'est de l'île Magdeleine, jus- 
qu'au cap Froward les courants ont peu influé sur notre route. 
La terre de la cote de Feu est basse au bord de la mer, et très- 
haute à plusieurs milles dans l'intérieur ; mais celle de l'ouest est 
très-haute, et petit être rangée de très-près. 

Jusqu'au cap Froward , les deux côtes sont très-boisées, excepté 
sur le sommet des montagnes, toujours couvert déneiges. 

Depuis le cap F/owa/rZ jusqu'à la sortie du détroit, les vents ont 
une force extraordinaire quand ils sont duN.-O., de l'ouest et du 
sud. Lescovu^ants prennent aussi de la force dans cette partie ; les 
terres sont très-hautes des deux bords, couvertes de bois, et leur 

X. 18 



274 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

base est dénuée de toute végélation à certaine hauteur ; la partie 
élevée est toujours couverte de neige et de glace. 

Nous nous sommes aperçus que le courant de flot passe 
avec rapidité dans le Canal Indien, mais il est aussi d'une grande 
force vers l'ouest, entre i'île Ulloa et la côte novd. 

Depuis la pointe de la M édaUle ]\xs(\\x diU cap Pilarésy les cou- 
rants ont peu influé sur notre route , les terres sont élevées. Le 
cap Pllarés et la côte nord peuvent se voir de très-loin. Dans l'O. 
du cap Pilarés, on voit plusieurs roches isolées ; elles peuvent 
'^tre aperçues à lo ou 12 milles de distance. Le cap paraît aride 
et haché dans son sommet. 

Les Evangélistes sont élevés; on peut les voir de vingt milles. 
Nous avons passé à les ranger au S., à deux milles de distance. 

Dans tous les mouillages possibles , nous nous som-mes aper- 
çus quil valait mieux , quand on le pouvait, mouiller près des 
terres basses que près des montagnes, parce que celles-ci occasion- 
naient des tourbillons d'une force extraordinaire. 

Dans la baie Hoiland , nous avons trouvé une roche détachée, 
couverte de vert-de-gris sur sa surface. Persuadés que cette 
pierre était chargée de cuivre, et pensant quelle pouvait aussi 
renfermer quelque autre métal, nous en avons détaché quelques 
fragments que nous avons emportés. 

Conforme au journal du brick \ç^ Cygne , de Bordeaux, ca- 
pitaine Roulet ou Rollet, remis au capitaine Lacouture, 
à Valparaiso, par M. Leduc, second du brick. 

Transcrit à Valparaiso, sur la copie entre les mains du ca- 
pitaine Lacouture commandant le Wolsy, de Bordeaux, 
le 27 mai i838. 



OBSERYÂTIONS 

FAITES DANS UN VOYAGE 

AU CENTRE AMÉRIQUE, 

Divisées eu trois parties : la première , traitant la partie nautique ; la deuxième , 
partie commerciale; et la troisième, les mœurs et usages des habitants, 

Années 1837 et 1838, 

PAR LE CAPITAINE lEGENDRE, 

Commctndant le trois-mâts la Lydie de Bordeauoc. 



Rémarques nautiques. 



Route du Sud pour Islapa. — (Les marins ne devront jamais 
perdre de vue que les observations que nous avons recueillies sur 
cette route, se rapportent surtout à la saison de l'hivernage, et 
principalement au mois de septembre.) 

Vents régnants. — En partant des ports du Chili ou du Pérou, 
il faut se diriger de manière à couper la ligne par go"^, puis faire 
route pour les volcans de Guatemala, et plutôt à Test qu'à l'ouest 
d*eux. A partir de la ligne, on trouve généralement les vents au 
S. O., temps à grains et pluvieux, brise molle ; et à mesure que 
l'on avance vers le nord, les vents tendent à hâler c tte partie, 
surtout dans les grains; ce qui fait qu'il est bon d'être de bonne 
heure en longitude du lieu de sa destination, pour n'avoir ensuite 
que lenordà faire, cequi est toujours facile. Cependant, si l'on tom- 
bait à l'est de sa destination, il ne faudrait pas s'en inquiéter; car, 



276 VOYAGE DANS L'OGEANIE. 

à l'aide des vents de S. E, qui sont très-fréquents près de la terre, 
dans ia mauvaise saison, ou des brises de terre et de mer dans la 
bonne; on atteindrait facilement son mouillage. 

Dans tout ce trajet, la variation ne diffère pas sensiblement, et 
on peut sans erreur la compter de 8 degrés, à l'est à Tparûr de Lima. 

Dans notre traversée, qui eut lieu en septembre, nous n'avons 
éprouvé de courants sensibles qu entre les quatrième et septième 
degrés de latitude sud. D'après les longitudes elles latitudes ob- 
servées, ce courant avait une vitesse diurne de 20 milles au 
N. O. ~ 0., sous le méridien de Bô-*, Plus Nord nous avons ren- 
contré de forts lits de courants , mais ils étaient sans effet. 

Phcnomènes dù'i'is. — Vers les 8 degrés de latitude septen- 
trionale, et pendant trois jours, nous avons vu la mer verte 
comme par 20 brasses d'eau. Nous avons sondé et fîlé 120 brasses 
de ligne sans trouver fond. Quelquefois, pendant la nuit, la mer 
devient phosphorescente et apparaît comme une plaine lumineuse 
savec quelques intervalles ternes, de manière à faire croire ou à de 
brisants ou à des bancs de sable blanc; mais on reconnaît bien- 
lot que cet effet est dû à des masses innombrables de polypes et 
d{; petits poissons lumineux. 

Des saisons sur la côte. — La bonne saison, sur la côte, com- 
mence en novembre pour finir en avril; pendant cet intervalle, le 
temps est constamment beau : le ciel est pur et sans nuages, la 
mer unie comme une glace, et les brises de terre et de mer sont 
régulières. La brise de terre commence vers six heures du soir et 
finit vers sept heures du matin; après une heure environ de calme, 
la brise de mer lui succède. Quelquefois, de fortes brises de N. E., 
par rafales, durent de un à trois jours ; elles sont plus rares 
dans l'ouest que dans l'est, et toujours plus faibles le jour que la 
nuit. 

Dans la mauvaise saison, aux approches du mois de mai, les 
vents sont très-variables, les pluies abondantes, particulièrement 
l'après midi et la nuit. Après la pluie, le vent se fixe généralement 
au.S. E. Les plus forts grains viennent de terre et soufffent quel- 
quefois avec violence, ce qui oblige souvent à carguer toutes les 
voiles ; mais ils ne durent pas longtemps. Les vents de S. 0. sont 
rares, mais ils soufflent parfois à obliger les navires mouillés à 



PIECES JUSTIFICATIVES. 277 

Istapa à appareiller *• J'avais, à Istapa^ mouille^ mes deux chaînes 
de 1 1 lignes ; nous avions 6 brasses filées ; à mesure que la brise 
fraîchissait, on fila jusqu'à 90 brasses, et alors on laissa tomber 
la grande ancre, et l'on fila selon la force du vent, de manière à 
avoir une touée de i5o brasses : de cette raanière, le navire n'a ja- 
mais chassé. On ne saurait être trop bien monté en ancres et en 
chaînes; cardans tous les ports de la république, il est impossible 
de rien trouver à l'usage des navires. Dans la mauvaise saison, 
lorsque Ton mouille dans les ports de la côte, les crabans et les 
herbes s'attachent au bois et au cuivre, et les vers piquent horri- 
blement bs navires qui ne sont pas doublés assez haut; mais 
aussitôt que novembre arrive, il n'j a plus autant devers, les 
embarcations se tiennentpropres, et lenavire n'a plusbesoin d'être 
autant soigné à sa flottaison. 

Aitérages. — Généralement, les terres sont très-élevées dans 
l'intérieur; mais, près de la mer, ce sont des plaines plus ou 
moins prolongées, et couvertes d'arbres de la plus riche végéta- 
tion. En venant du large, et à 4 lieues environ de la terre, on 
ne voit que des arbres à l'horizon, et lorsqu'on les aperçoit, on 
voit la mer briser au pied de ces arbres, quoique séparés du ri- 
vage par une plage de sable gris, souvent noir, comme à Istapa. 
Dans l'ouest de ce port, les arbres sont serrés et bien fournis ; 
dans l'est, ils paraissent d'une végétation moins forte et plus clair- 
semée. 

Sondes. — Le long de terre, depuis Istapa]us(\\\di la Union, on 
peut compter, sans beaucoup d'erreur, qu'à une lieue de terre il 
y a 20 brasses d'eau, à 2 lieues 26, à 3 lieues 28; c'est ce que nous 
avons trouvé dans notre navigation. Cette sonde sert beaucoup 
pour côtoyer la terre, parce que, le plus souvent, la nuit, 
les terres basses, au bord de la mer, se confondent avec celles de 
l'intérieur, surtout lorsque la plaine a peu d'étendue vers le 
nord, comme dans l'est de la pointe de Remédias. 

Istapa (port de Guatemala^ — Comme nous l'avons dit plus 
haut, les volcans de Guatemala doivent être le point d'attérage 
des navires qui vont à Istapa. Ils peuvent s'apercevoir par un 

* La mer devient grosse et brise par \0 et 12 brasses. Cependant, wn 
navire bien ancré peut, je crois, tenir à Tancre. 



2*8 VOVAGE DANS L'OCÉANÏE. 

temps clair, à 35 lieues. Le "plus ouest, dit le Feu, est le plus 
élevé; il jette constamment de la fumée blanche et compacte par 
un cratèresitué à son sommet sur la face du N. E. Cette fumée ne 
s'élève jamais au-dessus de la tête du volcan, et paraît comme 
un petit nuage blanc fixe. Celui de l'est est plus régulier et plus 
près de la mer ; on l'appelle Volcan d'eau, à cause d'un grand 
bassin qui existait jadis à son sommet, du côté du N. O. Les 
terres, sans doute trop faibles pour résister à la pression du 
liquide, cédèrent, il y a quelques années ; alors l'eau s'échappant 
par la brèche, et courant sur un plan incliné d'environ 4o°, dé- 
vasta tout sur son passage, et la ville de GM^^ema/a vit s'écrouler, 
en un instant, la majeure partie de ses édifices. Dès cette époque 
elle fut abandonnée en partie pour construire la nouvelle Guate- 
mala. La première n'est plus connue que sous le nom ôHAntîgua, 
Quand on est en vue de ces volcans, on doit gouverner de ma- 
nière à rallier la terre et à les relever au compas ; celui du Feu 
au N. 24"^ O., celui d'Eau au N. ii° O.; car c'est dans ces 
relèvements que se trouve le mouillage à'Islapa, et par i 5 brasses 
d'eau. On est alors à i mille de terre. Il est bon d'observer qu'à 
8 milles environ, dans l'ouest (Vlstapa^ il J ^ deux magasins et 
deux maisons en paillequi paraissent de loin ; près d'elles, s'élève 
un mât de ])avillon, et l'on pourrait, si les volcans étaient cachés 
parles nuages, confondie ce hameau avec Isfapa. Au commence- 
ment de 18.37, c'était là le port de Guafema/a, nommé Salinas ciel 
Sapote. Depuis, il a été abandonné à cause de son insalubrité. 
Istapaesisïlué par 93° 2'3o" longitude ouest, et i3" 52' 55" latitude 
nord, a deux petites lieues de l'embouchure de la rivière de Mi- 
chatoya, c'est un établissement de bien peu d'importance. La po- 
pulation est d'environ cinquante individus; mais, lorsqu'il j a des 
navires sur rade, on la voit augmenter en raison du travail. Il est 
bonde savoir qu'il y a deux mâts de pavillon, l'un sur la douane, 
l'autre chez le commandant. Lorsqu'il y a un navire en vue, le 
commandant fait hisser son pavillon. 

Sur toute la côte du Centre Amérïcjue^W y a une plage de sable 
au large de laquelle se trouve une barre où vient se briser la mer 
avec plus ou moins de violence. Pour franchir celle (\! Istapa, on 
se sert de chaloupes venues d'Europe, et construites sur divers 
modèles : jusqu'au moment de notre passage, ces embarcations 



PIECES JUSTIFICATIVES, 279 

n'avaient que bien imparfaitement rempli ce but; mais la nôtre 
a débarqué 4oo tonneaux et embarqué 200 svu'dns de cochenille, 
sans mouiller un colis. 

Fiè^'ves dites de la Cote. — Les équipages séjournant sur la 
côte plus d'un mois, et particulièrement à Istapa, sont sujets à 
être atteints de fièvres irrégulières, et qui mettent les hommes 
hors de service pendant deux, trois et quatre mois. On les traite 
avec succès en employant au début, et hors des accès, l'ipéca- 
cuanha, des médecines telles que le sel d'Angleterre, et ce qui est 
meilleur, du mercure doux, dit calomel ; si la fièvre résiste à ce 
traitement continué quatre à cinq jours, il faut employer la qui- 
nine, soit en pilules, soit dans un verre d'eau, et en faire prendre 
quand le malade n'a pas de fièvre. Ceux qui ne sont pas traités 
promptement contractent des maladies de foie difficiles à guérir. 
Les capitaines doivent employer les moyens hygiéniques suivants 
pour éviter cette maladie : 

1° Empêcher les hommes d'aller à terre; 2° ne pas souffrir 
qu'ils couchent sur le pont, les nuits étant fraîches et humides j 
3° faire changer de vêtements toutes les fois que les hommes sont 
mouillés par l'eau pluviale ; leur donner à déjeuner du café, et 
mêler du riz avec les viandes salées ; 5° les exposer le moins pos- 
sible au soleil; 6" le dimanche, et plus souvent s'il est possible, 
leur faire prendre un bain d'eau salée à bord. 

Des ressources qu'offre le port d' Istapa. — On se procure bien 
difficilement du bœuf, des volailles et des œufs. J'ai toujours été 
obligé de faire venir ces vivres de la capitale; en faisant quelques 
sacrifices, on peut se procurer un veau. Le bœuf coûte 2 piastres 
l'arobe; une poule, 4 réaux; les œufs, 3 réaux la douzaine; un 
veau, de 5 à 8 piastres. On prend beaucoup de poisson, assez 
bon, dans la rivière; mais le commandant du port, qui cumule 
tout, ne veut pas en vendre aux navires. On prend, le long 
du bord, des poissons à la ligne, plus particulièrement des ma" 
choir ans, 

Arajutla, port de Sansonnati. — Ce port est situé un peu au 
nord de la pointe Remedios'' ^ et à 2 milles au sud de Rio-Grande, 

^ Cette pointe {de Remédias), d'après la carte, paraît saine et exempte 
de dangers; cependant il y a jusqu'à la distance de 4 milles au sud d'elle 
des roches isolées. 



280 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

C'était, du temps des Espagnols, le principal port de la mer du 
sud, pour le Centre Amérique. Il y avait alors un môle, une ai- 
guade, quelques fortifications, enfin des magasins bien bâtis. Mais 
aujourd'hui tout est en ruines ; c'est à peine si les magasins sont 
en étal de recevoir les marchandises. Les négociants de Sanson- 
natl ont l'intention de rendre à ce port quelques-unes de ses an- 
ciennes commodités. On peut ^communiquer facilement avec la 
terre. Le port est facile en venant de toutes directions; d'abord 
par la pointe saillante de Remedios, qui indique sa proximité; en- 
suite par les volcans d'Isalco. 

Sansonnati est, comme nous l'avons dit, très-près à^Arajutla; 
c'est dans cette ville qu'on traite les affaires' , les négociants 
n'ayant pas d'agents au port. Il faut deux heures pour faire à 
cheval le trajet du port à la ville ; le chemin est beau et ombragé. 

Des ressources du port d'Arajulla. — Au port et au village 
voisin, les volailles coûtent i réaux ; les dindes, 3 et 4 ; les œufs, 
une piastre le cent ; les petits cochons de 2 à 8 réaux ; enfin les lé- 
gumes, les fruits des tropiques, leriz, ainsi que les haricots, y sont 
abondants dans la belle saison; l'eau y est bonne et se fait à Rio- 
Grande, avec quelques difficultés ; le bois à brûler est commun et 
se fait par milliers de bûches fendues, à raison de 3 piastres les 
mille morceaux. Dans ce port, on pourrait se procurer un beau- 
pré, une vergue, mais de bois très-lourd et très-solide. 

Route d'Arajulla au port de la Liberté. — On sort du port ordi- 
nairement avec la brise de terre, pour doubler facilement la pointe 
de Remedios , à laquelle on donne bon tour. On se dirige ensuite 
de manièie à côtoyer la terre à une distance de 2 à 3 lieues. C'est 
le meilleur moyen de naviguer sur cette côte: et quand on aperçoit 
le volcan de San-Salvador, on rallie la terre à 4 ou 5 milles, pour 
découvrir les maisons, l^t^bongos ou allèges, dont on se sert pour 
débarquer les marchandises au port de la Liberté^ sont insuffi- 
santes et sont faites d'une seule pièce d'arbre. 

Route de la Liberté à La Union. — Côtoyant la terre par 20 et 
3o brasses, et le long de laquelle on peut mouiller partout, on 
rencontre les volcans de Saint-Vincent ^X. de San-Miguel. Entre 
ces deux volcans on aperçoit, un peu dans l'intérieur, trois pe- 
tites villes; on voit ensuite le Mogo de Camckagua, formant la 
pointe de bâbord de l'entrée du 'port; c'est la terre la plus élevée 



%' 



PIECES JUSTIFICATIVES. 281 

de tout ce qui est en vue, sauf les volcans. Lorsqu'on distingue 
bien les îles élevées de Mang-ouïra, de Camchagucfa, on gouverne 
alors dessus, en donnant un peu de tour à la pointe Candadillo, 
qui jette à un mille au large quelques rochers. Une fois cette pointe 
doublée, il n'y a aucun danger pour louvoyer, si les vents étaient 
contraires; car à une encablure de terre de l'île Camchagueia ou 
du Continent il y a 4 brasses d'eau*. Alors les courants suivent 
sa direction. Il est difficile d'entrer dans ce port en louvoyant, à 
cause du rétrécissement du goulet, surtout pour un grand na- 
vire. Mais alors, si le vent est mou, on peut entrer en dérivant sur 
son ancre, et d'ailleurs la brise du large est assez commune l'a- 
près-midi. Près la pointe de bâbord il y a i5, 16, 18 et 20 brasses 
d'eau, fond de vase. A deux ou trois encablures de la pointe S. O. 
de l'île Bensasacata ^ et dans l'E. S. E. de cette pointe, iLy a 
deux roches nommées les Deux-Sœurs^ qui couvrent dans les 
grandes marées, et qu'il ne faut pas perdrede vue, si on louvoyait 
pour entrer. Si lesvenfs étaient sous vergues on devrait prendre 
le milieu de la passe, et ne pas craindre de ranger les terres de 
bâbord, car c'est là le chenal. On se dirige vers le fond de la baie 
et l'on mouille par 6 et 7 brasses d'eau, par le travers du village 
de La f//?zo/î. Lorsqu'on est près de la pointe de San-Badillo, une 
excellente marque pour la nuit est de mettre le pain de sucre de 
l'île exactement dans le milieu du chenal. On peut courir dans 
cette direction sans crainte. Il faut se rappeler que Vile du Tigre 
est celle qui a la forme la plus régulière, c'est-à-dire celle d'un 
pain de sucre parfait. C'est, d'ailleurs, la seule de cette forme. 

Ressources du port de la Union. — On peut se procurer à bon 
compte des volailles, cochons, œufs et bananes auprès d'^/-ûr^"M//«, 
On y trouve du bois à brûler et de l'eau; mais elle est mauvaise et 
on est oblige de la faire dans un petit ruisseau qui se jette dans la 
baie de Chiquirin(ou Quifjuirine^.Oi^ trouve h La Uniondes Bonjos 
en assez grand nombre pour charger en un jour beaucoup de 
marchandises; mais l'inconvénient d'une longue plage de sable, 
qui découvre à mer basse, fait qu'on ne peut travailler qu'avec la 
haute marée. 11 serait facile de lever cette difficulté à peu de frais, 



* Le chenal est entre cette île et la Grande-Terre, et par neuf brasses 
(rpaii. 



m VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

mais l'Etat est si pauvre qu'il ne peut rien faire. Ce port est le seul 
où l'on puisse entreposer les marchandises. Il n'y a pas un maga- 
sin capable de contenir loo tonneaux; cependant on assure que 
le gouvernement vient d'acheter celui d'un particulier, qui offre 
l'avantage d'être spacieux et au bord de la mer. 

Mouillage de Quiquirine. — Ce mouillage est par 8 brasses fond 
de vase, et vis-à-vis une petite baie circulaire ayant une plage de 
sable gris^noir, peu ouverte pour les grands navires. Le goulet de 
l'entrée du port est dans celte position. 

On peut faire son eau dans un ruisseau d'eau limpide qui se 
jette dans le côté sud de la baie; mais, pour cette opération, il est 
bon d'avoir une andanvclle , iparce que la mer y est parfois assez 
grosse pour ne pas pouvoir communiquer sans ce secours. Il est 
plus facile de faire son eau à mer basse qu'à mer haute, car alors 
il y a lUi bassin près de la plage dans lequel on puise l'eau, mais 
qui se remplit d'eau salée à mer haute. Dans le N. E. de la baie, 
il y a deux petites cases où vivent deux familles. 

f^enfs cl courants ol/se/vés au mouillage de Quiquirine. — Nous 
étions, à ce mouillage, pendant le mois de janvier; les vents, le 
matin, étaient généralement nord, puis se calmaient pour venir à 
l'E., et vers le soir à l'E. S. E.; souvent, au coucher du soleil, 
les vents sautaient au N. E. bon frais, pour cesser progressive- 
ment. Le matin, les vents de N. E. sont aisés à prévoir; si le 
temps est gris dans cette partie, il y a presque certitude qu'ils 
viendront; avec le temps clair, il est très-rare de les voir à ra- 
fales. Les courants, dans les Malines, filent 2 à 2 |- nœuds; dans 
l'hiver, ils doivent être plus forts. 

Volcan du Viejo. — En entrant comme en sortant de La Union, 
on voit le volcan du Vicjo; il est bien remarcjuable, d'une grande 
hauteur par rappoi taux terres qui l'environnent, et peut se voir à 
3o lieues; il sert de reconnaissance pour trouver l'entrée du port 
de Rcalico, qui est au S. |^ S. 0. de lui. 

Observations dl<^erses. — Les courants le long de la côte, depuis 
Istapa jusqu'à Z« Union, sont insensibles. Dans le mouillage d'/j- 
tnpa, où nous sommes reslés 85 jours, nous avons remarque 
quelquefois, mais rarement, des courants portant à l'ouest^ et 
filant 2 nœuds; les vents étaient alors frais de la partie du S. E, 
Nous avons vu également les courants se diriger vers l'est avec 



PIECES JUSTIFICATIVES. âSâ 

la même force, mais c'était à la suite de vents frais du S. 0.; ce 
qui prouve que les courants sont subordonnés à la direction et 
à la force du vent. Dans l'été, pendant le calme, lorsque nous 
étions sous voiles, le plomb n'indiquait aucun courant, et le na- 
vire était immobile par i apport au fond ; dans la saison d'hiver, 
pendant le jour, les hautes terres sont couvertes de nuages, et l'on 
aperçoit très-rarement les voicans ; mais, de 6 à 8 heures du 
matin , il est rare qu'ils soient couverts. L'été, la terre paraît 
à une grande distance, et est entièrement dégagée de nuages. 



Commerce d'exportation. 



Le commerce d'exportation consiste en or et en or^e/îf, pour une 
valeur de 3o,ooo piastres environ; 4 à 5ooo surons cochenille^ 
5 à 8ooo surons à^ indigo; ces deux riches produits augmentent an- 
nuellement d'un dixième; 4ooo livres ^ baume du Pérou, i5 d 
20,000 cuirs secs, un peu de mauvais sucre brut connu sous le 
nom de chancacha, pour le Chili^ quelques bois de Nicaragua, 
des bois à' acajou et de cèdre, de la salsepareille^ du café réputé 
foi't bon, de V écaille de torlue. Quoique le cacao se cultive dans 
le pays et soit un des meilleurs du monde, il ne peut s'exporter 
à cause de son prix élevé (20 à 26 piastres le cent); il se con- 
somme dans le pays , qui en reçoit lui-même de Guayaquil. 

Exportations par Istapa. — Par Istapa il ne s'exporte que de la 
cochenille^ et des indigos en petite quantité. Les prix de Xdi coche- 
nille sont de 10 à 12 réaux la livre, et ceux de ïindîgo de 7 à 8, 
selon les qualités. 11 y a de plus à supporter les frais d'emballage 
à 20 réaux par suron, de transport au port, et caisse, ce qui fait 
2 piastres de plus. 

Exportations par Arajulla. — Il s'exporte de ce port, plus fré- 
quenté que celui d'L7«^j«, des cuirs ^ de la chancaraÇpw chanca- 
cha)^ des indigos, du riz, et tout le baume connu sous le nom de 
baume du Pérou. Les prix ordinaires de ces marchandises sont : 
les cuirs à 9 réaux; la chancara 3 piastres les cent livres; 7 |- à 8 



284 VOYAGE DANS L'OCEANÏE. 

réaux Yindigo, 3 piastres les cent livres de riz^ le tout rendu à 
Arajiiila. On aurait peine à former une cargaison dans ce port, 
à cause de la petite quantité de ses produits. Maison de com- 
merce : M. Campo. 

Exportations par La Liberté. — Par Z^r Liberté, il ne s'exporte 
guère que des indigos, qui sont au même prix qu'à Arajutla; 
aussi ce port est plutôt pour l'importation que pour l'expor- 
tation. 

Exportations par La Union. — Ce port, qui reçoit, en temps de 
foire, 10 à 12 navires venant du Cliili., du Pérou et dé V Equateur, 
tient dans ses magasins plus (X indigo que tous les autres ports 
réunis; mais c'est le seul article, avec ïécaillede tortue et quel- 
ques cuirs que l'on a peine à se procurer. Ce port, à proximité 
des lieux de foire et offrant aux navires un abri sûr, devrait jouer 
un grand rôle dans le pays. Cependant, il n'y a pas un négociant 
qui puisse disposer de 4ooo piastres, et par conséquent offrir des 
garanties positives. La population du village àe. La Union ue s'é- 
lève pas à 8oo âmes. 
- Des frets. — Les frets ordinaii-es sont comme suit : 

Du Pérou. Par suron, indigo. . . 4 piastres. 

Par cuir i réal. 

Du Chili. Par suron, indigo et 

cochenille 5 piastres. 

Par cuir i réal. 

Par J d' chancacha. . G réaux. 

Le passage loo piastres. 

Pour Europe. Par suron. . . . . 6à8 piastres. 
Le reste, à i3o et i4o francs le tonneau; mais, dans l'impossibi- 
lité de compléter un chargement en chargeant à fret, pour les 
grands navires, il n'y a que la ressource du bois qui donne assez 
souvent un bon fret. 

Commerce d'importation. — Les principaux articles d'importa- 
tion sont : les tissus de coton, communs, blancs, imprimés, les 
draps légers, les casimirs (les nôtres sont préférés à ceux des An- 
glais) ; les tissus de fil., tels que créas, royal Bretagne (pas de toiles 
fines); à^ la porcelaine commune, très-apparente et dorée, des 
vases de diverses formes, avec dessins, mais en couleur et pas 
noirs, tels que batailles, vues, etc. ; de la verrerie française et d* Al- 



PIECES JUSTIFICATIVES. 285 

lemagne; des eaux de lavande et de Cologne; un peu de parfu- 
merie; de la librairie ; des soieries et des rubans h^àncdÀs ; des in- 
diennes françaises; dts écbarpes un peu larges, en gaze de soie, en 
coton rayé, en soie fcrodée, un peu de divers ; de l'acier, des clous, 
de. la quincaillerie, du culture en planches, des armes à feu, particu- 
lièrement des pistolets de poche et d'arçon 5 de la fausse bijou-' 
/c/Zc française, et particulièrement des boucles d'oreille; quelques 
pierres fines montées sur bagues et épingles ; des papiers peints, 
des papiers demi-flovette, des tableaux, des glaces, des chapeaux 
de soie et de feutre, des plumes noires pour chapeaux de femme; 
enfin, une infinité d'articles connus sous le nom d'articles de Pa- 
ris. Couleurs préférées', le café, le bleu-céleste, mais pas trop pâle, 
lebleu-raymond, le noir, le gris-plomb, carmélite et blanc; les 
autres couleurs sont presque délaissées. 

Liquides et comestibles. — Les eaux-dc-vie de 26 à 28 degrés, 
en barils de 8 veltes; les vins en caisse, rouges et blancs; les vins 
de liqueur, particulièrement /e /;?«/o^«; les fruits, au vinaigre et 
à Teau-de-vie, en petite quantité, et du cognac en caisses. Les vins 
en barils sont d'une vente difficile, à cause des vers qui les percent 
en 48 heures, et qui causent la perte du liquide. On vendrait 
quelques caisses de conserves de Colin, un peu de liqueurs très- 
fines. Les jambons seraient un bon article en petite quantité ; on 
les vendrait de 3 à 4 réaux la livre. Quelques caisses, prunes et 
raisins secs, se vendraient à 6 piastres. 

Réalisation d'une cargaison. — 11 faut bien se pénétrer qu'une 
cargaison ne peut se vendre en gros, si elle n'est point composée 
d'articles courants, comme tissus de coton (ti faïence ; pour peu 
que la cargaison soit assortie, il faut une ou deux années pour 
réaliser. Mais les bénéfices sont en rapport. Malheur à celui qui 
se trouve obligé d'emprunter sur la cargaison, soit pour payer 
des avances faites en Europe, soit pour payer le fret, les droits ou 
les frais de transport. Vous êtes alois sûr que les bénéfices passe- 
ront entre les mains du prêteur, qui vous prend 8 ^ de commis- 
sion et 2 ^ d'intérêt par mois. Si vous avez besoin de retours anti- 
cipés, vous payez les produits de 20 à 26 ^ au-dessus du prêt 
d'argeni, ce qui ne peut être cependant nommé usure, puisque 
sans se déranger on gagne ordinairement de 25 à 5o |^ sur son ca- 
pital, et c'est en faisant des avances aux planteurs de cochenille et 



) 



%m VOYAGE DANS L'OGÉANIE. 

d'indigo, \e tout bien hypothéqué siir leurs propi'iétés, ou ïjiérne 
en achetant en foh^e des indigos contre des marchandises. 

Maisons de commerce de Guatemala. A Guatemala, ville la plus 
riche de la république du Centre-Amérique, il y a fort peu de ca"' 
pitalistes, surtout peu de maisons travaillant avec l'Europe. Les 
plus riches sont celles de don Raphaël, de IJ niella, de Klein, de 
Ma>tao et Morphy. Les autres sont plutôt des marchands que des 
négociants. Dans les mains de ces maisons se trouvent réunis les 
capitaux; et si vous avez besoin d'elies, quoique ennemies entre 
elles, elles s'entendront pour vous dévaliser, si faire se peut. 

Foires, leur importance. — 11 ne se fait d'affaires importantes 
qu'en temps de foire. Celles de Saint-Vincent et de San-Miguel 
sont les plus considérables. Elles ont lieu fin novembre, et atti- 
rent un grand concours d'individus du Chili, du Pérou et de VE- 
quateur, ainsi que de toutes les pelites républiques de l'intérieur. 
C'est là le grand marché aux indigos, et en même tem'ps, le mo- 
ment de vendre aux planteurs, parce qu'ils sont munis d'argent. 
Les indigos se payent, en foire, 4 i et quelquefois 6 réaux, selon la 
qualité. Le numéro ci-dessous reçoit quelques modifications par 
diverses causes, l'empressement des acheteurs en plus ou moins 
grande quantité, puis le mode de payement : l'usage est de payer 
portion en espèces, portion en marchandises. Les espèces doivent 
être en piastres ou en parties de piastres, parce que les planteurs 
ne peuvent employer au payement des Indiens ni les onces, ni 
leurs parties. Aussi, celui qui viendrait faire emplette avec de l'or 
payerait beaucoup plus cher les indigos. On serait obligé d'é-^ 
changer l'or pour de la monnaie, en perdant une prime* 

Classement des indigos. — - Les indigos se classent comme suit, 
par numéros : 

N° 9, 8 et 7. Tous ces numéros sont Flores. 
6 et 5. — — Sobres. 

4, 3 et 2. — — Cortes. 

Plus les indigos sont beaux, plus les surons sont grands. Cette 
marchandise demande un œil exercé pour sa réception, non-seu- 
lement pour le classement des numéros, mais pour connaître dans 
les qualités inférieures une terre ayant l'apparence de cette tein- 
ture, et que les planteurs inti'oduisent dans les surons. Souvefit 
le suron est composé d'indigos de diverses qualités; alors l'usage 



PIECES JUSTIFICATIVES. ^87 

veut que le suron soit classé selon la qualité la plus inférieure. En 
général on doit se défier des planteurs et ne rien acheter d'eux 
sans le vérifier scrupuleusement, si l'on ne veut être pris ponr 
dupe. L'emballage d'un suron coûte 20 réaux. Il est composé 
d'un sac en toile,, d'une natte et de deux peaux de boeufs cousues, 
puis liées avec des courroies de la même peau. La cochenille s'em- 
balle de la même manière. 

De la cochenille, ses qualités, — La cochenille se divise en trois 
qualités : 

La première, la cascarille, c'est l'insecte qui a servi à faire 
Vassimilation, La mouche est noire et légère, la plus grande est 
~ préférée. 

La deuxième. C'est l'insecte venu dans toute sa croissance; elle 
est grosse, pleine et égale, sans corps étrangers, plus ou moins 
argentée selon le temps qu'il a fait pendant son accroissement. 
Les pluies enlèvent cette couleur blanche tant appréciée en 
Europe. 

La troisième. C'est la petite mouche 5 elîe est assez irrégulière 
et mêlée avec des corps étrangers , tels que gomme de nopal, gra- 
vier, insectes ; plus elle est petite, plus elle est difficile à nettoyer. 
-Dans cette dernière qualité il y a encore bien ^des divisions; 
mais à Guatemala^ on ne connaît pas cette manière de classer. 
Cependant , on dit , c'est de la belle première ou ordinaire, de la 
belle seconde ou ordinaire. Mais ce n'est pas un classement, 
c'est ou de la première ou de la deuxième Dans les achats, il 
faut éviter d'employer la cochenille rougeâtre , c'est la moins es- 
timée en Europe. 

Foire (le Stipula. Cette foire est la plus importante après celle$ 
dont nous venons de parler, particulièrement pour la vente des 
marchandises européennes et l'écoulement des fonds de magasins, 
elle attire environ 4o?ooo étrangers. 11 y a beaucoup d'autres 
foires, mais de peu d'importance. Stipula est une petite ville qui 
a l'inappréciable avantage de posséder un Christ noir auquel on 
attribue un grand nombre de miracles , et dont la réputation at- 
tire de toutes parts beaucoup de monde. Il vient même des indi- 
vidus du Mexique pour y faire bénir des reliques. Ces malheu- 
reux vivent d'aumônes , et une partie meurt en chemin de misère 
ou de faim. 



288 VOYAGE DANS LOCEANIE. 

De la contrebande avec le Mexique. La république ayant pour 
limite à l'ouest celle du Mexique, et cette dernière faisant payev 
des droits exorbitants sur les marchandises d'importation , il en 
résulte que quelques Mexicains viennent empletter à Guatemala, 
des marchandises de valeur, telles que^soies, rubans et velours. 
Ce commerce clandestin est bien restreint depuis quelque 
temps. 

Routes et frais de transport. Les chemins étant généralement 
mauvais, les transports par terre sont chers et ne peuvent être 
supportés par des marchandises de peu de valeur. Les objets de 
volume tels que glaces, meubles, que l'on ne peut charger sur les 
mules, coûtent encore plus cher, étant obligé de se servir d'In- 
diens. Je citerai par exemple un fauteuil à la Voltaire , coûtant à 
Paris 60 fr. , qui a coûté , pour faire 3o lieues , 12 piastres. On 
peut juger par ce flùt des objets analogues. Je crois que l'on ne 
s'écarterait pas b(îaucoup de la vérité en comptant 12 réaux par 
chaque charge de mule, pour chaque 10 lieues à parcourir, et 
luie piastre par chaque Indien , pour le même chemin. Je fonde 
ce calcul sur les transports suivants , qui se payent comme suit : 

De Guatemala à Beliz , 76 lieues, mauvais chemin , \S piastres 
la charge ; du n)ême lieu à Istapa^ 35 lieues , beau chemin , 3 |^ à 
4 p.; à' Arajutlah Sansonnati , 5 lieues , très-beau chemin , 6 
réaux; du même lieu à San-Sahador^ 27 lieues, beau chemin , 
4 p. ; de Z« Liberté à San-Sahador, 7 lieues, beau chemin, i . p. 
La grande charge d'une mule , c'est 2 surons ou i4 arobes , celle 
de l'Indien 6. En temps de foire on paie les transports un peu 
plus cher. On doit observer que tout ce qui est fragile doit être 
porté à dos d'Indien, et qu'une cargaison pour l'intérieur doit 
être en colis d'environ i5o livres. On aurait autrement des diffi- 
cultés sans nombre, et l'on se verrait probablement forcé, au 
point du débarquement, de refaire ses colis ou de faire porter 
par des Indiens ce qui deviendrait ruineux. 

Droits de douane et de ports. Les droits d'entrée sont très-mo- 
dérés : ils sont de 20 p. ^ sur l'estimation qui, bien souvent, est 
au-dessous du prix de fabrique. A Guatemala et dans les ports 
que j'ai visités, j'ai trouvé l'administration de la douane très-in- 
dulgente et travaillant dans l'intérêt du commerce aux dépens de 
celui du trésor. Quelques petits cadeaux rendent ces messieurs 



REINSEIGISEMEÎNTS. 289 

doux comme des agneaux. Les navires payent dans un seul port 
4 rcaux par (onneau et 6 à 7 piastres pour papiers , timbre et ex- 
péilitious. Dans la même opération commerciale, on peut visiter 
tous les ports sans payer d'autres droits que ceux d'expédition. 



Statistique. 

Population. La république compte environ trois millions d'ha- 
bitants, divisés en trois classes : les blancs, les gens de couleur 
et les Indiens, Les deux premières classes, à peu près égales en 
nombre, forment un tiers de la population. Les deux autres tiers 
sont les Indiens répandus dans toute la république , et quelques 
milliers de nègres dans l'état de Coslarica. 

Gouvernement. Le gouvernement est fédéral et presque entiè- 
rement copié sur celui des Etats-Unis. Il est composé de cinq 
états. San-Sah'adnr est le siège de ce gouvernement présidé par 
Morassan , dont la présidence est près de finir. Mais on ne peut 
nier que Giiaienialasdii l'état dominant, celui dont la position est 
enviée par toute la fédération, cet état doit son influence prépon- 
dérante à son chef, le docteur Gah'ès^ qui a toujours eu la majo- 
rité dans les chambres du gouvernement fédéral. Ce citoyen passe 
pour un rusé diplomate, et il a eu le talent de faire jouir son état 
de sept années de tranquillité, ce qui l'a mis en avant de tous les 
autres, et pour le commerce et pour la civilisation. Ce chef pro- 
tège les étrangers , et reconnaît que, sans eux, le pays ne pourrait 
marcher dans la voie des progrès européens. Les Indiens ne 
voient pas cette protection avec plaisir, mais ils font contre for- 
tune bon cœur. 

Commerce ^ arts, manufactures. Le commerce est, comme les 
arts, bien arriéré. A la vérité, dans un pays où il faut un 
mois pour recevoir la réponse d'une lettre expédiée à 5o ou 60 
lieues , et où la moitié se peident, il n'y a pas d'affaires possi- 
bles. Aussi , les négociants emploient-ils rarement la poste ordi- 
naire ; pouj' des aftaires un peu sér'n usi b ils e>.p('dient des cour- 

X. 19 



mO VOYAGE DANS L'OCEAME. 

ricrs h leurs frais. Mais cela restreint les bénéfices , et les 
correspondances du commerce languissent ou n'ai rivent pas à 
temps. 

Les arts sont dans l'enfance , à l'exception de quelques chaînes 
d'or et autres bijoux assez bien travaillés ; tout ce qui s'y fait 
est mal confectionné; on ne trouve pas un menuisier capable de 
faire un meuble propre, pas un forgeron en é!at de faire un ou- 
vrage passable. Les bottes et les souliers sont mat fliits , les ha- 
bits mal tournés : on dirait que tout est fait par des apprentis. 

.■Ifou/in à eau ef en fer. Depuis peU; le docteur Dn\'on, créole 
français , s'est établi à Sansonnati , et y a crée une sucrerie qui 
pourra servir de modèle aux autres planteurs. Là, tout marche 
parfaitement et sans bruit. Un moulin horizontal, mu par une 
colonne d'eau , produit assez de vesou pour faire dix milliers de 
sucre. 

Productions (Je fa terre. La terre est riche en végétation et reçoit 
toute espèce de plantes des deux mondes. Dans la plaine le café^ 
le tabac ^ le colon ^ Vindigo, le nopal, le cacao et surtout la canne 
à sucre, y viennent comme par enchantement. Des rivières et de 
nombreux ruisseaux coulent en abondance et servent à mouvoir 
des moulins à sucre et d'indigo. Des bois de toute espèce sont 
répandus sur le plein et servent à la construction des maisons. 
Une roue de charrette se fait avec une seule tranche d'arbre. On 
fait annuellement quatre récoltes de maïs. Le Lié, ïorge et toutes 
les espèces de céréales y réussissent parfaitement. 

Des revenus de l'Etat. Les revenus sont très-bornés, et ils se 
composent en outre de l'impôt personnel, qui n^^tteint cependant 
que les industriels (les plus imposés le sont de lo piastres); du 
droit sur les marchandises importées qui se trouve fort réduit 
par l'infidélité des employés ; du droit sur les produit? du pays 
qui est de 4 piastres par suron ; des emprunts forcés , selon le 
besoin du moment. 

Armée. L'armée se i-ecrute parmi les hommes de couleur ; quel- 
ques blancs y s rvenl comme officiers, sans chefs capables, sans 
discipline et surtout sans connaissance de l'art militaire. Elle 
est déguenillée et !ie n)érite pas le nom qu'on lui donne. 

Du clergé. Le clergé, peu nombreux , ne jouit pas de l'estime 
publ'Kjue. àeauoe de sa conduite peu édifiante, il est aussi pauvre 



RENSELGINEMENTS. 291 

aujourd'hui qu'il était riche du temps des Espagnols. En i 834 , 
le gouvernement fît enlever l'archevêque de Guatemala , ainsi 
que tous les moines, et il les fît conduire, escortés par un esca- 
dron de cavalerie , jusqu'à Oinsuy où ils furent impitoyablement 
embarqués et conduits les mains vides à la Havane. 

Beaucoup de grands villages possédant une ou deux grandes 
églises sont aujourd'hui sans pasteur. Sansonnati, qui possède 
neuf ('glises , n'a qu'un pasteur n'ayant pas les moyens de s'a- 
cheter des vêtements décents ; et se plaignant à moi de la misère 
du clergé. 

Dci Indiens. Les Indiens sont généralement fort doux, sauf 
quelques rares exemples de vols à ''main armée commis par 
eux } on peut voyager partout sans crainte , pourvu qu'on parle 
espagnol 5 car ils ont la tête montée contre les étrangers. Ils ont le 
corps bien fait, des jambes d'Hercule et paraissent jouir d'une 
forte santé. Quoique le Gouvernement ait créé des écoles publi- 
ques dans les grands villages, les Indiens en retirent peu de profit 
et vivent dans une igiiorance complète. Leur costume diffère peu. 
Presque tous sont vêtus d'un pantalon de coton blanc, d'un cha- 
peau de paille et d'une paire de sandales en peau de bœuf. Ils ne 
marchent jamais sans leur manchette, instrument de fer courbé 
vers l'extrémité supérieure et tranchant du côté concave. Ils por- 
tent leur charge sur le dos , mais tenue sur le front par une large 
courroie de cuir. Un Indien porte 6 arobes en trottant, et fait 5 ou 
6 lieues dans la journée. Les femmes, sans être jolies, ont des 
figures douces et avenantes; fortement construites, elles ont des 
bras musculeux et plus forts proportionnellement que les hom- 
mes ; mais à quinze et seize ans , elles sont entièrement pendantes, 
et déformées par le mouvement qu'elles font en écrasant le maïs 
pour en faire la tortille. Les Indiens vont ordinairement le buste 
nu; tous ont leurs cheveux séparés en deux tresses et tournés 
autour de la tète. 

L'Indien paraît heureux de sa position, soit qu'il travaille son 
champ , soit qu'il se loue à quelque planteur; pourvu qu'il ait de 
quoi boire de l'eau-de-vie, c'est là sa suprême jouissance. La 
femme, je crois , ne jouit pas du môme bonheur, elle travaille 
sans cesse soit à la terie , soit aux soins du riu'iiago cl n'a guère 
de repos . 



292 VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 

D s !^ens de couleur. Celte caste est comme toutes les castes de 
sang mêle , elle ne vaut rien : car elle a les vices de ses parents 
sans en avoir les verîus. Ils sont paresseux, indolents} c'est le 
besoin seul de manger qui les fait agir. Ils sont insolents, voleurs 
et lâches ; ils insultent quand ils sont en nombre, et encore un 
seu! homme avec une arme à feules faitsauver, fussent-ils au 
nombre de vingt à trente. 

Coslumes des femmes, Tadinos appelés Nagnons. Lesfemmes,gé- 
neialement petites^ sont jolies et bien faites, et celles qui possè- 
dent de l'aisance ont un costume ravissant. Il consiste en jupons 
blancs de iiiousseline unie et brodée, avec un chamarage qui leur 
donne un air bien gracieux. La chemise,''seul vêtement du buste, 
est blanche, assez claire pour laisser voir la couleur des chairs. 
Elle est très -décolletée , marque le sein , et est garnie de dentelles 
et rubans autour du col et des manches, qui n'arrivent qu'au- 
dessus du coude. La tête est ornée de beaux cheveux avec les- 
quels sont tressés de larges rubans de satin de plusieurs couleurs, 
tournés en forme de couronne, sur laquelle est jetée une 
écharpe de gaze ou de soie flottante, qui couvre, en outre, les 
bras et la taille. La jambe, toujours bien faite, est pressée par un 
bas de soie à jour, les pieds sont chaussés d'un soulier d'étoffe de 
soie de couleur. Ce costume, tant voluptueux, a encore l'inap- 
préciable avantage de rajeunir les filles qui le portent. Les 
femmes de cette classe sont débauchées et s'obtiennent avec faci- 
lité, moyennant finances. Elles sont perdues dès l'âge de douze à 
quatorze ans. 

Guatemala la Nucva. Cette nouvelle ville, située à 7 lieues 
au N. E. du volcan d'eau , à environ 3o lieues N. N. E. 
d'Istapa et de la capitale du même nom, est la plus belle ville et 
la plus riche de toute la république; c'était autrefois le siège 
du gouvernement fédéral qui, depuis quelque temps, a été 
Iranporté à San-Safi'ador comme point plus central. Sa popula- 
tion est estimée à 35, 000 âmes. Cette ville offre de grandes com- 
modités. Elle est grande, spacieuse et bien bâtie. Aux extrémités 
de la ville, il y a des lavoirs publics couverts, construits avec 
goût. De la ville, on voit une arène couverte pour les combats de 
taureaux. Les rues ont presque toutes des trottoirs en pierres lar- 
ges, et l'eau coui tau milieu deplusieurs d'entre elles. Les maisons, 



RENSEIGNEMENTS 293 

toutes sans étages, sont vastes, aérées et possèdent un conduit 
d'eau suffisant aux besoins de la famillequi les habite. Cette eau 
vient d'environ 3 lieues ; elle est conduite par un aqueduc qui 
a dû coûter beaucoup d'argent. 

Température. Dans les mois d'octobre , novembre et décembre, 
le matin, le thermomètre de Réaumur marque lo et 12 degrés à 
l'ombre, et à midi i5 et 17 degrés, également à l'ombre. En des- 
cendant dans la vallée à' Amatitau, a 5 lieues de la capitale, le 
malin il marque 20 à 22 degrés, et à midi 26 dans les mêmes mois. 

Description du volcan à'Isalco. Ce volcan , dont le sommet est 
dominé par les terres qui sont au nord de lui est encore dans 
toute son activité; et il y a soixante ans environ qu'il a commencé 
à faire ses irruptions et n'a pas discontinué depuis, si l'on en croit 
les habitants du village d'Isalco, situé à son pied. Avant son ir- 
ruption, des troupeaux de bestiaux paissaient dans la plaine dont 
il occupe la place, et ce n'est que les produits volcaniques qui 
ont formé la montagne que l'on voit aujourd'hui. Quoique le 
cratère soit au sommet et tourné vers le nord , cette montagne 
est entièrement crevassée du sommet à sa base, le feu et la fumée 
en sortent très-souVent ; des détonations très-fortes se font en- 
tendre à chaque instant et font vibrer les vitres de Sansonnati, qui 
n'en est éloignée que de 6 à 7 milles. De nuit, c'est un spectacle 
magnifique, lorsque plusieurs cratères lancent des gerbes de 
feu et que ja lave 'coule et roule dans diverses directions. Pour 
les navigateurs c'est un superbe phare (sur lequel il ne faut pas 
cependant toujours compter.) Le jour, c'est un point de recon- 
naissance excellent , car il jette constamment de la fumée, par- 
fois très -élevée. Si l'on en croit les apparences, on peut dire que 
dans un temps qui ne peut être très-éloigné , cette montagne, 
formée de laves et de diverses matières volcaniques , s'écroulera 
sur elle-même, ne paraissant être qu'une voûte peu épaisse et 
crevassée dans toutes ses parties. 

Volcan de San-Sahador. Ce volcan n'est qu'une haute mon- 
tagne plate, dominant les terres du premier plan. La forme n'in- 
dique pas un volcan , mais plutôt ce que les Espagnols appellent 
Tabu. A son extrémité est un petit pic dominant de forme plate. 
Au mouillage de la Liberté^ on n'aperçoit que l'exlrémité de son 
sommet; on peut l'apercevoir de 20 lieues au large. 



S!§4 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

Volcans de San-Vicentl et S an-Miguel. Le volcan de San-Viccnti 
est une haute montagne dominant toutes les terres environnantes, 
et présentant, vue surtout du S. E. , deux pointes à son sommet. 
Celui de San-Miguel est magnifique. Jeté' dans une plaine, il 
forme absolument le pain de sucre et par conséquent se voit tou- 
jours sous la même forme, de quel point de l'horizon qu'il soit 
aperçu. 

Ces observations ont été remises au capitaine Lacouture, 
commandant le trois-mâts le Volsy de Bordeaux , par 
le capitaine Legendre , commandant le trois-mâts la Lydie 
de Bordeaux. ' 

Transcrit ce qui précède sur le cahier entre les mains du 
capitaine Lacouture. 

Valparaisoj le 27 mai i838. 



LETTRES 



ADRESSEES 

A M. DUMONT-D'URVILLE, 

COMMANDANT DE l'eXPÉDITION AU PÔLE AUSTRAL, 

PAR MM. DD BOUZET, TARDY DE MONTRAVEL ET COUPVENT-DESBOIS, 
Le 17 novembre 1839, 



ZéZ^«, 10 novembre 1839, 
Commandant, 

Je regrette vivement d'avoir ignoré le jour où vous êtes venu 
à bord passer l'inspection de l'équipage, que mon nom, à mon 
insu, entrait dans les motifs qui ont pu vous y engager; car 
alors j'aurais pu désavouer sur-le-champ tout ce qu'on avait 
pu me faire dire, et vous donner des explications suffisantes 
pour me mettre tout à fait hors de cause. C'est ce que je vais 
essayer de faire aujourd'hui, malgré que M. Leguillou m'ait 
assuré sur l'honneur qu'il n'a jamais^ eu l'idée de vous parler 
autrement qu'en son nom , et bien qu'il aitdû vous écrire depuis 
pour rétracter tout ce qui, dans ses paroles, n pu donner lieu 
de croire que je participais à la démarche qu'il a faite auprès 
de vous. S'il en était autrement, mon caractère serait trop gra- 
vement compromis pour que je puisse me dispenser en ce mo- 
ment d'établir moi-même mon innocence. 

Jamais, ni M. de Montravel, ni M. Coupvent, ni moi, n'avons 
pu songer a vous demander à relâcher soit à la Rivière des 



296 VOYAGE Dz^NS L'OCEANIE. 

Cygnes, soit à l'Ile-de-France, ni à changer en rien le plan de 
la campagne. Nous avons les uns et les autres trop le sentiment 
de nos devoirs, et nous connaissons trop les rapports du service, 
pour penser à vous faire une pareille proposition, et à nous 
servir pour cela de l'organe de M. Leguillou. Ce serait agir avec 
une le'gèreté qui n'est nullement dans nos habitudes, et dont 
serait incapable l'élève qui n'a que six mois de navigation. Mal- 
gré les explications de M. Leguillou , je crois devoir vous dire 
que je désavouerais toujours en pareil cas celui qui donnerait 
mon avis sans me consulter, et encore plus celui qui se per- 
mettrait de donner, comme mon avis, une opinion tout à fait 
contraire à la mienne. 

Voici , en recueillant mes souvenirs, le seul entretien dont je 
me rappelle, qui puisse avoir donné lieu à de pareilles méprises. 
Le 3i octobre dernier, MM. de Montravel et Jacquinot, préoc- 
cupés l'un et l'autre de l'état alarmant de la santé de MM. Gou- 
pil et de Lafarge, leurs amis intimes, qu'on considérait alors 
comme les plus malades du bord , me consultèrent pour savoir 
si je pensais qu'on pût engager le commandant Jacquinot à vous 
demander à relâchera la Rivière des Cygnes, établissement le 
plus voisin pour y donner aux malades, dans un hôpital, des 
soins plus effectifs pour leur guérison. Je leur répondis qu'il 
était fort douteux qu'il y eût là un établissement convenable, 
que nous en étions à quinze jours de distance, temps pendant 
lequel les malades qui exigeaient de pareils soins pouvaient 
mourir, et qu'en outre, le commandant Jacquinot, dans sa po- 
sition, ne pouvait pas vous faire une pareille demande j sachant 
surtout depuis deux jours que V Astrolabe avait plus de malades 
que nous. Ces messieurs se rangèrent immédiatement démon avis, 
et cette conversation , qui n'était nullement faite pour venir jus- 
qu'à vous, se termina là. M. Leguillou étant arrivé un instant 
après, je lui fis part de notre entretien et lui demandai s'il 
croyait que l'état des malades exigeât une prompte relâche : 
« Mon opinion de médecin, me dit-il , malgré la gravité de toutes 
« les dyssenteries,est que jusqu'à présent aucun malade n'est dans 
«' un élat désespéré, s'il est vrai que les hommes seraient beaucoup 
« mieux dans un hôpital, la nature de leur maladie permet de les 
« guérir à bord , j'espère qu'elle ne s'aggravera pas, et je ne vois 



RENSEIGNEMENTS. 297 

" pas qu'il y ail lieu de demander encore à relâcher. * Nous en 
ï'eslanies là , jamais il n'y a eu aulr^ chose de dit mire nous, et 
je ne vois rien, dans tout cela, qui puisse me prêter l'opinion ab- 
surde de demander huit jours après à faire roule pour l'Ile-de- 
France, que je n'ai jamais eue dans la têle, ni l'intention delà 
manifester sous forme d'avis ; car je ne me promettais jamais d'en 
donner que si on m'en demandait et suivant les formes. Je re- 
pousse donc de toutes mes forces l'imputation d'avoir fait une 
démarche pareille , trop contraire à mes habitudes pour avoir 
quelque vraisemblance, et qui, à mes yeux , me compromettrait 
comme homme, comme officier et comme marin. Rien, je crois , 
dans mes antécédents , ne peut la faire supposer probable. 

Si, après ces explications, je pouvais penser, commandant, 
qu'il restât dans votre esprit la moindre trace des impressions 
défavorables que tous ces malentendus, que je déplore, ont pu y 
produire , je verrais avec peine que mon zèle, qui ne s'est jamais 
ralenti jusqu'à ce jour, n'eut abouti qu'à un aussi fâcheux ré- 
sultat, et que vous m'ayez retiré la confiance que je crois avoir 
toujours méritée. Mais je suis trop fort du témoignage de ma 
conscience pour pouvoir penser qu'il en est ainsi , et j'espère que 
vous voudrez bien me confirmer dans ces sentiments. En atten- 
dant , 

Je suis avec respect, commandant, • 

Votre très-obéissant serviteur , 

E. DU BOUZET. 



A bord de la Zélée , le 9 novembre 1.839. 

- Mon Commandant, 

Par les explications qu'a dû nécessairement amener votre der- 
nière inspection à bord de la Zélée, j'ai appris, avec le plus grand 
étonnement, que j'en étais la cause innocente j mon honneur, 
comme homme et comme officier, se trouve trop gravement com- 
promis par une apparence de découragement bien loin de ma 
pensée, pour que je ne sente pas un impérieux besoin • celui de 



298 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

repousser toute parole à moi prêtée, ou de détruire toute mau- 
vaise impression qu'une interprétation défavorable a peut-être 
laissée dans votre esprit. 

Fortement préoccupés et même vivement affligés de la position 
dangereuse dans laquelle se trouvent nos deux amis, MM. deLa- 
farge et Goupil , M. Jacquinot jeune et moi cherchions à saisir 
toute chance de les sauver. TNe voyant à notre portée aucun port 
plus voisin que la Rivière des Cignes , c'est vers ce point, et ja- 
mais vers l'Ile-de-France, dont le nom n'a même pas été pro- 
noncé, que se sont portés nos vœux; mais M. du Bouzet, con- 
sulté par moi, nous a désillusionnés d'un mot, et dès-lors il n'en 
a plus été question. 

Je connais trop bien, mon commandant, les exigences du ser- 
vice et ce que je dois à un chef et à moi même , pour qu'il me 
soit jamais venu à l'esprit de vous adresser, par M. Leguillou ou 
par écrit, une demande que je regarderais comme une grave in- 
fraction aux règles de la discipline et attentatoire à l'honneur 
d'un officier. Si donc nous avons parlé d'une relâche dans une 
conversation particulière , soyez bien assuré que ce n'était que 
l'expression d'un vœu bien naturel , et que rien dans ma con- 
duite, rien dans mes paroles, n'a pu indiquer jusqu'aujour- 
d'hui un rehoidissemeiit dans mon zèle pour l'expédition et en- 
core moins la plus légère apparence de découragement. Ce dont 
je ne tire aucune vanité , vu ma bonne santé. 

Je déplore vivement, commandant, que ma conversation du 
.3i octobre, remise en question huit jours après, ait pris un 
caractère si différent de celui qu'elle avait dans le principe et 
qu'elle ait compromis non-seulement mon honneur, mais encore 
celui de personnes qui y étaient complètement étrangères. 

Je suis profondément affecté d'avoir à me blanchir d'imputa- 
tions tendant à déconsidérer mon caractère, et j'ose espérer que 
toute impression fâcheuse disparaîtra de votre esprit après les 
explications que M. du Bouzet m'a dit devoir vous donner. 

Veuillez agréer, mon commandant, l'assurance du profond 

respect de 

Votre très-humble et obéissant surbordonné. 

L. Tardy dk Montravel. 



RENSEIGNEMENTS. 299 

A bord de la corvette la Zclée , le 9 novembre 1839. 

Commandant, 

A la suite de l'inspection que vous fîtes, le 6 novembre, de 
l'équipage de la Zélée, M. le commandant Jacquinot nous fît 
connaître, à MM. du Bouzet, Montravel et moi, qu'une de- 
marche faite auprès de vous, en notre nom collectif, par M. Le- 
guillou^ démarche ayant pour but de manifester le désir de 
relâcher à la Rivière des Cignes ou à l'Ile-de-France, avait causé 
en partie votre présence à bord. 

Ignorant qu'une semblable démarche dût être faite auprès de 
vous , et ne désirant nullement relâcher à la Rivière des Cignes 
et encore moins à l'Ile-de-France, j'ai dû demander compte à 
M. Leguillou de mon nom compromis, sans ma participation, par 
un acte , que mes collègues désavoueront avec juste raison et 
auquel je suis resté entièrement étranger. 

Indépendamment des explications que M. Leguillou a don- 
nées à MM. du Bouzet et Montravel , ses dénégations complètes 
rendent ma justification facile; j'espère donc, commandant, 
qu'en vous remémorant les paroles de M. Leguillou, vous vous 
rappelerez que je suis resté tout à fait en dehors des causes qui 
ont pu vous amener à bord de la Zélée : s'il en était autrement , 
M. Leguillou aurait à répondre à l'inculpation de s'être servi à 
tout hasard de mon nom pour appuyer des opinions qui me sont 
totalement étrangères et dont je décline hautement la responsa- 
bilité. 

En cherchant à me convaincre, M. Leguillou a dû me rap- 
porter une partie de la conversation que vous avez eue avec lui ; 
d'après sa version, mon nom aurait été prononcé par vous seul 
en ces termes : Quelque beau parleur comme MM. ''*'^et M. Coup- 
vent. J'ai donc lieu de craindre, commandant, que vous me con- 
sidériez comme cherchant à discréditer l'expédition ; cette erreur 
est si grave, j'y ai si peu donné lieu, que je suis encore à com- 
prendre d'après quelles données vous avez pu concevoir de moi 
une opinion tellement désavantageuse; j'en appelle au comman- 
dant Jacquinot, à tous mes camarades, pourraient-ils citer, dans 



300 VOYAGE DANS L'OCEANIE. 

ma conduite ou dans mes paroles, un seul fait, un seul mot, 
qui ait-pu nuire à Texpédilion ou porter atteinte au respect dû 
à son chef. Tous, j'en suis convaincu, me rendront justice; 
mais, plus fort de ma conscience que de leurs opinions re'unies, 
je continuerai, j'ose le dire, à bien servir; et, tout blessé et 
affligé que je serais de voir mon caractère mal apprécié par vous, 
je n'en entreprendrai pas moins avec zèle les travaux futurs de 
la campagne, quelle que soit leur nature, quel que durée qu'ils 
aient. 

Veuillez agréer, commandant, l'assurance du profond respect 
avec lequel je suis 

Voire subordonné, 

A. Coupyent-Desbois. 



FIN DU TOME DIXIÈME ET DERNIER. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES MATIERES 



CONTENUES DANS LA RELATION 



DU VOYAGE AU POLE SUD ET DANS L'OCÉANIE, 



A. 



Abgarris (îles), V, 116. 

Actéon (brick 1';, I, 105. 

Adèle (île), IX, 208. 

Adélie (terre) ,11, 123, VIII, 154, 170, 
176, 193, 219, 243, IX, 100 116. 

Adi (île), VI, 141, 143, 144. 

Adventure (navire), I, 105. 

iEthna (sloop), I, 30, 31. ' 

Agagna, V, 197. 

Aglaé (le baleinier), III, 50. 

Agua-Garcia, I, 180, 181. 

Aidoumea (île), VI, 190, 130.' 

Aigle (vigie de 1') , I, 56. 

Aigle (navire 1'), I, 78. 

Aiguilles (banc des), II, 188. 

Akamarou (île) , III, 133, 136, 139, 
161, 192,198, 202, 209. 

Akaroa (baie d'), IX, 145, 148, 149, 
150, 151, 154, 15S, 156, 157, 177. 

Alcazova (Simon de) , I, 63. 

Alexander (cap), V, 91. 

Allang (pointe), V, 257. 

Alvar-Meschiste (le capitaine), I, 60. 

Alvaro-Mendana de Neira, V, 95. 

Amargura (îlot) , IV, 129. 

Amboine, IV, 42, V, 254, 256, 258 
etsiiiv., VI, 174, 175. 

Ambroise (île), III, 119. 

Ana-Moua (île), IV, 104. 



Anambas (îles), VII, 101. 

Anchor-Key, IX, 216. 

Andoua, IV, 242. 

Andouma (île), VI, 131. 

Anfoue (île) , IV, 92. 

Anga-Kawita , III , 179, 210. 

Anjer (ville), VIII, 60. 

Anna (pointe) , I, 91, 92 , 100 , 102 , 
103, 139. 

Anna-Maria (baie) , III , 235. 

Anna, V, 17. 

Annavv^an (brick), II, 22. 

Ao-Kena (île) , III , 133 , 140 , U2, 
161, 168, 175, 179, 181, 185, 187, 192, 
200, 201, 209. 

Apar (rivière) , VIII, 13. 

Apia (port d'), IV, 93, 94, 96, 98, 
100, 106, 108, 111, 123, 126. 

Apolina (île), IV, 104, 127. 

Arago, II, 19, 190, 193, 19i. 

Araucanos, III, 19, 20, 21, 50, 54, 
55, 64, 77. 

Arbre (cap de 1'), IX, 74, 83. 

Arenas (pointej, II, 27. 

Arequipa (port d'), I, 64. 

Ariane (corvette), III, 48, 83, 84, 
95, 107,109. 

Arrowsmith, III, 221, IV, 104, V, 
211. 



302 



VOYAGE DANS LOCEANIE. 



Arrou (îles), VI, 85, 86, 89, 91, 96. 
AiToub (île), IX, 216. 
Arsacides (terre des), V, 24, 101. 
Ascension (île de 1'), III, 43, 91. 
Aspland (île), II, 141. 
Ata-Touka, IV, 11. 
Atagor, IX, 220. 



Auckland (îles) , II, 26 , VIII , 126, 
225, IX ,93 ,94 ,103 ,106, 107, 114, 117. 
Auribeau (d'), III, 102. 
Aurore (île), V, 3. 
Australie, VI, 77, IX, 11 etsuiv., 155. 
Ava-Marou, III , 179. 
Azukar (rocher), II, 195. 



B. 



Back (capitaine), II, 193. 

Bahia, I, 6 7. 

Bahia-Nueva, I, 51. 

Baie des Iles, IX, 160, 162, 167, 180- 

Balambangan (île), VII, 143. 

Balie-Papan (baie de), VIII, 13. 

Balleny (île), VIII, 126. 

Balleny (le capitaine), VIII, 193, 199, 
200, 230, 241. 

Banca (détroit de), VII, 77. 

Banda (îles), VI, 2-15. 

Banda-Neira (île), VI, 3, 5, 6, 7. 

Bangas (lie), VII, 145. 

Banjer-Massing(rivière),VI,224,VII, 
103. 

Banks (îles), V, 4. 

Banks (presqu'île de), IX, 145. 

Bantani (port de), VU, 38. 

Barber, IV, 245. 

Barnard (pic), II, 163. 

Barton(écueil),VII, 142. 

Bass (détroit de), IX, 9. 

Bassllan (île), VII, 205 et suiv. 

Bass (chirurgien), IX, 36. 

Batavia, VI, 174, 227, VII, 1 et sui- 
vantes, 2, 3, 40, 44, 49, 77, 96, 99, 
VIII, 49, 50. 

Batchan (île), V, 244. 

Batigui, IV, 166, 168. 

Baubelthouap (île), V, 207. 

Baudin, II, 8, 

Bawr (matelot), I, 149. 

Beauchesne-Gouin, I, 76. 

Beaufoy (navire), II, 17. 

Beaupré (île), IX, 207. 

Beautemps-Beaupré, IX, 36. 

Beechey, III, 133, 135, 163, 164, 
165-196, 197, 219. 



Bejean (récif), V, 23. 

Belcher (île),III, 133. 

Belgica (fort), VI, 3. 

Belk(ile),V, 213. 

Bell (capitaine), III, 219. 

BeUinghausen (capitaine). II, 9, 10, 
12, 22. 

Benavidès, III, 50. 

Benguey (île), VII, 143. 

Berthelot, I, 29. 

Bewan (baie), VII, 145, 203. 

Biggs (île), II, 141. 

Biobo, II, 194. 

Biot, I, 3. 

Birdine, I, 148, 149. 

Biscoe (capitaine) , II, 23, 24, 25, 
m, 40. 

Bitinau(île),VII, 205. 

Bivoua (île), IV, 179. 

Bhgh,IV,245, V, 4,6, IX, 35,216. 

Blosom (navire le), III, 165. 

Bodin (le capitaine), IX 37. 

Boni (royaume de), VI, 180. 

Bonite (corvette la), I, 4, III, 94, IV, 
172. 

Bon-Succès (cap et faux cap), II, 32. 

Bonthain, VI, 177. 

Bora-Bora (île), IV, 87. 

Bornéo, VI, 223, VII, 101, lll, 112, 
113, 118, 119, 130, 138, 140, VIII, 3, 
7,11, 18,65, X, 2. 

Bory (île), V, 158. 

Boschimans, 1, 150. 

Botany-Bay, IX, 36, 37. 

Boua, m, 186, IV, 214,215, 233, 
235, 236, 241. 

Bouang (pointe), VIII, 19. 

Boucault (baie), 1,75. 



TABLE ALPilABÉTIQUE. 



303 



Bougainville, I, 78, 79, 131, 13/i, 
V, 99, IX, 207, 208, 209. 

Bougainville (baie), I, 118, 134. 

Bougainville (détroit de), V, 91, 92. 

Bougainville (île de), V, 100. 

Bouka(île), V, 95, 100. 

Boulang-Ha (île), IV, 160. 

Boulé-Komba (fort), VI, 177. 

Bouquairon (canal), I, 26. 

Bourbon, X, 19 et suiv. 

Bournand (baie), I, 118. 

Bourrou (île), V, 256. -' 

Bourrou (terres de), VI, 176. 

Boutoun (île), VI, 176. 

Bowen(John),IX, 37. 

Boyer (officier), IV, 152, V, 33, VII, 
93, VIII,178, IX, 101, 105, 149, X, 21. 



Bransfield (Edouard), II, 11. 

Bransfield (mont), II, 148. 

Bransfied (détroit de), II, 172. 

Brésil,!, 39. 

Bretillard (consul), 1, 13, 14, 16, 17, 
18, 19, 20, 22, 24, 28, 177. 

Bridgeman (île), II, 11,124, 145. " 

Briston (roche), IX, 118. 

Britannia (île), IX, 207. 

Broken (île), V, 215. 

Brown (James), II, 21, 

Bruny (île), VIII, 93. 

Buena-Vista (île), V, 24, 96. 

Bureau (le capitaine), III, 43, IV, 
134, 179 et suivantes, 206, 216. 

Byam-Martin (île), VIII, 254. 

Byron, I, 77, 78, 79. 



Cabéa (canelle),!, 66. 

Cactus-Coccifera , I, 20. 

Cagayan-Solo, VII , 143. 

Callao (le), I, 65. 

Calvados (îles du), IX, 208. 

Gamargo (Alfonse de) , I, 64. 

Campbell (île), VIII, 225. 

Campbell (cap), IX, 159. 

Canarie (île de), I, 11, 17,29. 

Candish,I,68,69, 70, 71. 

Canoe-Indians (peuplade des), 1, 162. 

Canton, VII, 95, 97. 

Cap-Vert (îles du), I, 9, 34, 35. 

Carimata (îles), VII, 138, 139. 

Carimon (montagne grande), VII, 80. 

Carlshoff (île) IV, 53. 

Carolines (archipel des), III, 43. 

Carrick (cap), I, 95. 

Carteret (le capitaine), 1, 80,V, 34, 98. 

Catantiga (île), VII, 79. 

Catihna(île), V, 17. 

Catherine (cap) , I, 165. 

Cazotte (consul), III, 93, l05. 

Célèbes, VI, 176, 177, 179, 180, 217, 
VIII, 2,7. 

Céram (île), V, 256, VI, 130, 146, 
172, 174,175. 

Chabrol, IX, 206. 



Chamisso, V, 121,158. 
Champel (cap), VI, 24. 
Charles (îles), I, 125, IV, 12. 
Chidley (Jean), I, 70, 71. 
ChiU, I, 62, 67, 109, III, 8, 75, 89, 
98. 

Chiloë (île de), III, 15, 67. 
Choiseul (baie de), V, 100. 
Choiseul (île),V, 89. 
Chdstinade Mendana(île), III, 221, 
226. 

Christmas ou Moni (île), X, 16. 
Christmas (île), II, 22. 
Christoval (île), V, 16, 18, 98. 
Claire (ile), V, 4. 

Clarence (île), II, 15, 41, 124, 138, 
140. 

Clarie (côte), VIII, 177. 

Clermont-Tonnerrc (île , III, 218, 
219. 

Cloche (montagne de la), II, 30. 

Cocos (île des), VIII, 1, X, 16. 

ColUe (île), III, 133. 

Commerson, I, 116, 127. 

Concepcion (navire la), IV, 221. 

Concepcion, II, 194, 195, III, 11, 
44, 54, 64, 65, 71, 75, 82. 

Concordia (maniuis delà), I, 17. 



304 



VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 



Concordia (fort) , IX, 240. 

Contrariétés (îles des), V, 21, 101. 

Convicts, IX, 13 et suivantes. 

Cook, II, 1, 3, 6, 8, 10, 18, 192, III, 
162, IV, 88, 245, VIII, 188, IX, 35. 

Cook (havre de), II, 33, 34. 

Coquillages (rivière des), I, 69. 

Coquille (corvette la), III, 28, 75, 
IV, 67, 87, 121. 

Cordes ( baie de ) , I, 72, 73, 74, 
125. 

Cordes (Simon de), I, 71, II, 1. 

Cordes (Balthasar de), I, 71,73. * 

Cordillières (les), III, 82. 

Cornwallis (îles), II, 15. 

Coronation (île), II, 135. 

Coror (île), V, 207. 

Corientes (cap), I, 51. 

Cortadura, I, 22. 

Coste (timonier), I, 114. 

Coste (le capitaine), III, 30. 



Coupang, IX, 239, 240, X, 1, 2, 5, 
6,7. 

Coupvent,I, 16, 32, 131, 137, 177, 
202, 233, II, 194, IV, 133, 137, 218, 
229, V, 56, VI, 31, 47, 86, 99, VII, 
321, Vm, 79, 87, 98, 111, 129, 146, 
147, 148, 177, 254, 255, IX, 107, 113, 
150. 

Courrier des Indes (le baleinier), III, 
68. 

Cowey, II, 1. 

Cox, IX, 35. 

Crescent, III, 130, 150,213. 

Crocodille (vapeur le), I, 1. 

Croix (montagne de la), I, 122. 

Croker (île) VI, 31, 47. 

Crux (port delà), V, 99. 

Cuningham (capitaine américain), I^ 
95. 

Cuningham (AUan), III, 40. 

Cygnes (rivière des), VIII, 80. 



Dalrymple(port),VIII, 119,IX, 220. 

Dannecy (le commandant), III, 86. 

Darnley (île), IX, 216. 

Dauphin (pointe du), IV, 57, 58. 

Daussy (île), II, 148. 

Daussy, III, 119. 

Debelle (cap), V, 22. 

Déception (île), II, 12, 134, 173. 

Découverte (cap de la), VIII, 154. 

Deer(île', VI, 1, 78. 

De Flotte (élève), IV, 83, 298, 218, 
229. 

De la Motte-Duportail, III, 101. 

Délivrance (cap de la), V, 99, IX, 
208. 

Demas, I, 5, 13, 41, 42, 43, 47, 141, 
II, 34, 44, 95, 184, III, 80, 114, 115, 
117, 142, 150, 163, 229, IV, 77, 119, 
V, 29, VI, 31, 151, VII, 103, 109, 206, 
207, VIII, 84, 96, 120,3 86, IX, 3, 13. 

D'Entrecasteaux, 11,8, III, 101, V, 
14, VIII, 115, IX, 9, 37. 

Derwent (rivière), VIII, 93, 119, IX, 
8, 37, 51. 



Desbrosses (président), I, 59. 

Desgraz, I, 150, 157, 158, 206, 213, 
219, 220, II, 39, IV, 36, 93, 122, 161, 
229, 257, V, 31, 35, 125, 131, 133, 
149, VII, 184, VIII, 42, 84. 

Désiré (cap), I, 60. 

Diego (cap), II, 30. 

Diligente (corvette la), I, 13. 

Direction (île), IX, 93. 

Dobo (havre), VI, 82, 88, 89. 

Dokan (îles), VII, 14?. 

Dolphin (vaisseau le), I, 77, 79. 

Domenica (île), III, 223, 226. 

Dorei (havre), VI, 93. 

Dourga (rivière), VI, 122. 

Dove (navire), II, 14, 15. 

Dower (île), V, 101. 

Drake (François), 1,64, 65, 68,11,1. 

Drink-Water (le capitaine), IV, 216, 
227. 

Dryon (îles) , VII, 79. 

Dublin (frégate le), I, 43. 

Dublon, V, 121. 

Dubouchage (baie), I, 118. 



TABLE ALPHABETIQUE, 



305 



Dubouzet, I, 16, 32, 132, 173, 201, 
240, II, 131, m, 18/i, IV, ûl, 1%, 
197, 200, VI, 86, 122, 153, 219, VII, 
13, 94,193, 195, VIII, 79, 87, 91, 93, 
99, 104, 112, 131, 147, 148, 185, IX, 
101, 104, 132, 134, 196. 

Dubus (havre), VI, 110, 145. 

Duclos-Guyot, I, 78. 

Ducorps, I, 41,42, 45, 157,158, II, 
142, 145, IV, 30, 38, 212, V, 35, 86, 
VIII, 9, 21, 50, 51, 68, 69, 95, 99, IX, 
161. 

Duff (mont), III, 130, 150, 170, 175, 
199, 210. 

Duff (île), m, 217. 

Dugué (capitaine), I, 94. 

Duliaut-Cilly (capitaine), lïl, 48, 84, 
86,93, 104,108. 

Dumoulin, I, 4, 7, 9, 13, 16, 32,53,57, 
99, 100, 108, 111, 121, 124, 125, 136, 
140, 152, 177, 226, 232, 233, II, 27, 
42, 51, 54, 55, 57, 62, 67, 73, 76, 86, 
129, 131, 134, 150, 184, 191, 194, III, 
3, 115, 140, 150, 160, IV, 51, 93,133, 
137, V, 10, 12, 20, 23, 29, 30, 34, 56, 
148, 205, VI, 10, 22, 31, 45, 46, 47, 
86, 131, 151, VII, 171, 173, 174, 209, 
VIII, 4, 15, 61, 84, 111, 121, 129, 136, 
146, 147, 148, 164,170, 177,254,255, 



IX, 98, 105, 113,119, 106, 217, X, 1, 
20, 33. 

Dumoulin (îlots), II, 159, 162. 

Dumontier, I, 17, 101, 113, 114, 
151, 157, 158, 161, 164, III, 22, 28, 
64, 77, 133, 140, IV, 34, 43, 122, V, 
10, 12, 34, VIII, 77, 96, 100, 120, 137, 
IX, 107. 

Dunbar (capitaine), II, 12. 

Dundas (cap), II, 66, 130, VIII, 2. 

Dungeness (pointe de), I, 57, 81. 

Duo-Bolod (îlot), VII, 204. 

Duparc, I, 42. 

Duperrey (capitaine), II, 8, 111, 218, 
219, IV, 87. 

Dupetit-Thouars (capitaine), III, 48, 
91, 190, IV, 60, 64, 65, 70, 77, 80, 
81, 172. 

Duroch (officier), I, 100, 130, 336, 
158, 161, 164, 209, 233, II, 44, 105, 
148, 152,111, 134, 138,150, 160,174, 
IV, 133, 137, 161, 162, V, 148, VI, 86, 
VII, 80, 145, VIII, 21, 98, 146, 147, 
IX, 125, 161,217, X, 21. 

D'Urville,I, 171, 212,VIII,189,190, 
191, 192, 194, 241, 242, 253. 

D'Urville (mont), II, 156. 

D'Urville (île), V, 120. 



Eagle (baie),1, 118. 
Earakong (île), V, 207. 
Edwards, IV, 93, 140. 
Egmond (île de lord), V, 99. 
Eihoua (île), IV, 161. 
Eiméo (île), IV, 86. 
Eléphant (île), II, 15, 124, 140. 
Elisabeth (baie), I, 69, 87. 
Elisabeth (île), I, 75, 88, 91, 141. 
219. 
Elisabeth (île), IV, 54. 
Elisabeth-Town, IX, 40. 
Eliza (navire), II, 14. 



Elson (l'île), 111,133. 

Enderby, II, 23, VIII, 219, IX, 98, 
117. 

Erebus (navire 1'), VIII, 191, 192, 
222, 223, 241. 

Esmérald, II, 26. 

Essington (havre), V, 29, 61 et sui- 
vantes, 74, 75, 76. 

Estancia, I, 29. 

Etats (terre des),I, 53, II, 32. 

Etoile (navire 1'), I, 78. 

Etoile (pic de 1'), V, 41. 

Express (schooner), 11,12. 



X. 



20 



306 



VOYAGE DANS L'OGÉANIE. 



Faka-Fanoua, IV, 131. 

Falang, V, 158. 

Falé-Ata, IV, 107, 110, 115. 

Falkland (îles), I, 71, 77, 79, 
II, 18. 

Famine (baie), I, 76, 96, 222, 

Fanfoiie, IV, 104. 

Fanning (Edmond), II, 11, 12, 13, 
21, 22. 

Faraday (cap), II, 69. 

Fatou-Hiva (île), III, 226, 

Fatou-Houkou(île),III, 226. 

Favorite (corvette la), I, 13. 

Feedet Goodman (îles), V, 116. 

Félix (île), m, 119. 

Fernambouc, I, 67, 

Féti-Houta, IV, 104. 

Fir€-Field (corvette), 1, 43. 

Fitz-Roy, I, 80, 

Flinders, II, S. 

Flores de Valdes (amiral), ï, 67, 

Florida <ile), V, 24, 96. 



Flyflg-Fish (schooner), VIII, 190j 
192, 195, 196. 

Foreland (cap), I, 73. 

Fortaventure, I, 9, 24. 

Fortescue (baie), I, 121, 122, 125. 

Froward (cap),I, 69, 71,116, 118^ 
119, 150. 

Foster, II, 21, 164, 173. 

Fotoua (île), IV, 151. 

Foveaux (détroit de), IX, 121. 

Française (baie),I, 76. 

Frecgift (schooner), II, 12. 

Frederick (brick), 11,12. 

Frédérik-Henry (baie), IX, 35, 

Fresh-Water (baie), I, 75, 

Fresli-Water (baie), VI, 145. 

Freycinet, II, 8, IV, 91. 

Freyre (le général), IV, 67. 

Friesland (pic), II, 163. 

Frio (cap), 1,39, 40. 

Furneaux, IX, 35. 

rury-Harbour, J, 106. 



Gaillard (officier) , 1 , 232, IV, 199, 
VII, 105,VIII, 129, IX, 150, X, 1,20, 
21, 22. 

Gaimard, II, ISS. 

GaJ«4-a <ik la), V, 96. 

Galvez (fort), III, 17,28, 64,80. 

Gambier (Iles), III, 86, 196, 197, 
198. 

Gaoutchou, I, 158, 

Garri-do (Je gotiveruenr du Chili),, JII, j 
89, 95. 

Gates (cap), I, 4. 

Geelvinck (baie de), Yl, 22. 

Geese (baie)^ 1, 118. 

Gennes (de), ï, 75. 

Gennes (rivière de), I, 131, 132. 

Gente-Grande (baie), I, UO, 141, 
152, 163. 

Géologie (pointe), VIII, 154. 



George (baleinier), III, 14. 

Gerfstein (île), V, 255. 

Gervaize (officier), I, 159, 174, 210, 
213, 234,11, 55, III, 185, IV, 42, 193, 
240, VIII, 99, 136, IX, 160. 

Gheritk (Théodork de), II, 1, 11. 

Gibraltar, I, 5. 

Gilolo (terre de), V, 220- 

Girard van Beuningen, I, 72. 

Goa (village de), VI, lfl5. 

Golfe (îles du), V, 19, 20, 101. 

Goram (JJe), VI, 21-. 

Gouaham (île), V, 168, 174. 

Gauap (île), V, 205. 

Gounong-Api (mont) , VI, 2, 3, 4, 
5, 6, 7. 

Goupil, I, 155, m, 94, IV, 77, V, 
10, VIII, 75, 86, 92, 96, 102, 120, 123, 
124, 



Gourdin (officier), I, 108, 114, 121, 
122, 125, 128, 137, 159, 161, J6/i, 
174,176,207,210,217,220,11,39, 131, 
187, m, 115, 125, V, 12, VIII, 3, 86, 
92, 98. 

,Gower (île), V, 99. 

Graciosa(baie), V, 16. 

Graham (terre de), VIII, 219. 

Grave (île), I, 163. 

Grégory (cap), I, 78. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 307 

Gregory (capitaine), III^ 107. 
Grégory (monts), 85. 
Greig (île), IV, 54,. 
Guadalcanar (île), V, 24, 88, 97, 98, 
101. 
Guadalupe (île), V, 96. 
Guédé (monts), VII, 14. 
Guillaume (île du prince) , IV, 245. 
Guilolo (île de), V, 244, 255. 
GutUeres de Garvaj?il (évêque), 1.64. 



Haano (île), IV, 152, 154. 

Hafoulon-Hou, IV, 133. 

Halgan (île), IX, 207. 

Hammond (îles), V, 90. 

Hapai, IV, 135, 140, 150, 152, 154. 

Hapas (les), IV, 45 et suivantes. 

Hatiliflg (baie), VI, 173, 175. 

Hawaii (îles), III, 122, 191. 

Hawkins (Richard), I, 71. 

Haycock (île), V, 215, 255, VII, 140, 

Heemskerk (bas fond de), IV, 245. 

Hennel(île),IX, 220. 

Hercule (vaisseau 1'), I, 13. 

Hermando, I, 68, 71, 

Hero (sloop), II, 12. 

Hersilia^ick), H, 11, 12. 

Héva (le baleinier), III, 14. 

Hiao (île); III, 226. 

Hiaou (île), III, 226. 

High-Island (île), m, 217. 

Hiva-Hoa (île), III, 222,223,226. 

Hobart-Town, VI, 27, VIII» 2, 22, 
75, 79, 80, 81, 92, 93, 94 et suivantes, 
111, 119, 127, 171,185, IX, 1 et sui- 
vantes, 37, 38, 51,52, 53, 93, 116. 

Hogoleu(îles), V, 117, 174. 

Holland (cap) , 1, 120. 



Hoio (île Solo), VIJ, iÇ6, 

Holoroua(île),IV, 161. 

Hombron, I, 4, 38, 41, 42, 45, 85, 
95, 96, 97, 108, 112, 121, 124, 125, 
126,137,232, H, 55, 153,181, III, 48, 
63, 115, 150, IV, 84, V, 16, 158, VI, 
50, 131, VII, 13, VIII, 12, 61, 77, 82, 
95, 100, 120, 130, 185, IX, 2, 4. 

Hood (île), m, 226. 

Hood (cap), IX, 214. 

Hope (île), II, 124. 

Horn (cap), I, 74, 77, 80, 139, 237, 
II, 5, 181, 190. 

Hoseason (îles), II, 2o. 

Houa-Houga (île), III, 226. 

Houa-Houna (île), III, 226, 234. 

Houa-Poou (île), III, 226, IV, 22, 50. 

Houa-Poua (île), III, 226. 

Hougar (île), IX, 220. 

Houtman ( capitaine - ni9jor Cor- 
neille), VII, 38, 39. 

Hugues (baie), II, 20, ld2. 

Huitres (baie aux), IX, 35. 

Hunter, V^ 205, IX, 35. 

Hunter (île), V, 1. 

Huon, I, 232. 

Hutchinson, IV, 10, 35. 



lankee (havre), II, 12. 
Ika-Na-Mawi (île), III, 39. 
Ile-de-France, VIII, 80. 



Inaharan, V, 168. 
Indian (baie), I, 118. 
Indiens (baie des), V, i02« 



308 



VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 



Intercurrcnce (île), II, 20. 
Introduction, I, lxii. 
Ireland (île), IV, 53. 
Iros (île), V, 121. 



Isabelle (île), V, 34, 56, 88. 
Isidore (cap), I, 91, 138. 
Ivi-Toua, III, 145. 



Jacatra, VII, 39, 44. 

Jacquinot (le docteur Honoré), I, 4, 
95, 136, V, 132, VI, 86, VII, 103, 173, 
VIII, 12, 62, 100. 

Jacquinot (le capitaine), I, 5, 6, 8, 
11, 16, 34, 36, 37, 42, 50, 56, 84,115, 
129, 131, 132, 135, 136, 153, 172, 208, 

209, 210, 212, 213, 226, II, 28, 75, 77, 
93, 99, 118, 158, 184, III, 3, 4, 6, 31, 
35, 42, 64, 68, 84, 88, 93, 103, 104, 
105, 116, 120, 139, 151, 174, 181, 184, 
224, IV, 19, 31, 38, 46 et suiv., 58, 
77, 81, 84, 120, 134, 137, 155, 213, 
218, V, 159, 170, 171, 204, VI, 27, 
91, 122, VII, 13, 80, 81, 89, 169, 203, 

210, 221, VIII, 19, 24, 37, 58, 61, 74, 
70, 78, 82, 89, 98, 102, 107, 131, IX, 
ft, 5, 101, 132, 150, 105, 193. 



Jacquinot (mont), II, 150. 

James-Monroe (sloop), II, 14, 15. 

James-Town, X, 26. 

Jane (navire), II, 17. 

Japara, VII, 39, VIII, 19. 

Java, VII, 13, 17, 37, 38, 39, 54, 
39, 54, 55, 56, 57 et suivantes. 

Jéricho, IX, 40. 

Johannes (îles), V, 211. 

Joinville (terre de), II, 148. 

Joinville (prince de), I, 13, 41. 

Jones Thomas (le capitaine améri- 
cain), I, 43. 

Jones (commodore), III, 107. 

Juan-Fernandez, III, 111. 

Jurieu Van Bokolt, I, 72. 

Jussieu (de), I, 115, 127. 



Kaa (île), IV, 151, 159. 
Kaïka (détroit de), I, 61. 
Kairi, V, 220. 

Kamaka (île), III, 175, 214. 
Kambara (île), IV, 101. 
Kaneongan (cap), VIII, 3. 
Kara-Ea (pointe), III, 175, IV, 8. 
Karakita (îles), V, 219. 
Kava-Kava (rivière), IX, 166. 
Keaki-Noui, IV, 29. 
Kenibar (district), VI, 175. 
Kerguclen (le capitaine), II, 2. 
Kerguélen (terre de), VIII, 225. 
Ketch-Uxbridje (navire), I, 106. 
Key (îles), VI, 85. 
King (le capitaine), I, 54,57, 80, 89, 
94,103,141,161,164,224,234,29,31. 



King-Georges (île), II, 145. 

Kini-Balo (montagne), VII, 142. 

Kikimaï (île), III, 226. 

Knivet (historien), I, 70. 

Komo (île), IV, 161. 

Kongre (chef patagon), I, 152, 155, 
162. 

Koro, IV, 234. 

Korora-Reka (mouillage de), IX, 
162, 180, 187. 

Kosmann (chef de timonnerie), I, 
117, 139, 147. 

Kotzebue, IV, 128. 

Kounla (mouillage de), IV, 152. 

Kruscnstern (de), III, 217, IV, 130, 
V,4. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



309 



Lacumba (pointe de), IV, 235, 238. 

Ladrilleros (le capitaine), I, 62. 

Lafarge (officier], I, 16, 100, 122, 
136, 178, IV, 97, VIII, 73, 86, 90, 92. 

Lafond (officier), II, 59, IV, 115, 
152, 198, V, 32, 56, 86, 132, J/i3, 
VIII, 25, X, 29. 

La Giraudais, I, 78. 

Lagiieraba (île), IV, 151, 161, 2Ô1. 

Laguna, I, 24, 29, 178. 

Lampongs (baie des), VIII, 52, 57, 
67. 

Lancerotte (terres de), I, 9, 2/t. 

Landak, VII, 136. 

Landfall (île), I, 163. 

Lapérouse, III, 106, 162, IV, 93, 
lOZi, V, 7, IX, 9. 

Lara, VII, 136. 

Lataï (île), IV, 151. 

Launceston, IX, 40. 

Laurie, II, 11, 13, 20, 131, 133, 
172. 

Lauzier, III, 60, 61. 

Laviki (village de), V, 257. 

Lazareff (le capitaine), II, 9. 

Leblanc (contre-amiral), I, 39, 41, 
42. 

Le Breton (chirurgien), I, 108, 110, 
122, 123, 132, II, 55, 131, III, 71, 
94, 150, IV, 77, VIII,' 12, 100, 120. 

Lebouka (baie de), IV, 217, 218, 
219, 224, 226, 229, 232. 

Leewarden (banc de), VI, 172. 

Le Fouga, IV, 136, 151, 152, 153, 
154. 

Le Goupil (cap), II, 156. 

Loguillou, I, 16, 132, 134, 137, 



178, m, 35, 63, IV, 42, 45 et suiv., 
VII, 203, VIII, 78, 79, 80, 81, 83, 
87, 99, IX, 4. 

Le Maire, I, 74. 

Lemaire (détroit de), II, 28, 30. 

Lemaistre-Duparc, I, .34, 38, 39, 
41, 42, 45. 

Leone (île), IV, 92, 104. 

Leva (île), IV, 151, 201, 217. 

Lewthvvaite (détroit de), II, 15, 16, 
69, 72. 

Lima, I, 65. 

Linitan (île), V, 213. 

Lirquen, III, 75. 

L'Isle (Rodrigue de), I, 63. 

Livingston (île), II, 163, 168. 

Llana de los Viejos, I, 27, 28. 

Loaise (Garcie de), I, 62. 

Loemar, VII, 136. 

Lombo (baie), VI, 112. 

Long-Wood, X, 26. 

Lonthoir (îles), VI, 3. 

Lookout (pointe), II, 140. 

Lopez Garcia de Castro, V, 95. 

Lottin, II, 183. 

Louasap (île), V, 120. 

Loubeke (île), IV, 235. 

Lougonor (îles), V, 120. 

Louisa (récit), VII, 142. 

Louisa's-Shoal, V, 218. 

Louisiade (la), V, 99, IX, 213 et 
suiv. 

Louis-Philippe (terre), II, 148, 150, 
152, 159, 171, 172, VIII, 192, 163. 

Loups-Marins (île des), I, 69. 

Loyalty (îles), IX, 205. 

Lucepara (île), VII, 78. 



Macédonian (frégate), I, 43, III, 107. 
Macquaric (île), II, 26. 
Madré del x\gua, I, 27. 
Madré de Dios (île), III, 223. 



Mafanga, IV, 131, 135. 
Magdalana (île), I, 140. 
Magdalena (île), III, 226. 
Magellan (détroit de), I, 53, 54, 58, 



310 



VOYAGE DAJNS L'OCÉANÏE. 



59 et suiv., 69, 73, 74, 77, 78, 80, 
109, 139, 166, II, 2, m, 17. 

Mahu (Jacob), I, 71. 

Maka-Pou (îlot), III, 210. 

Makassar, VI, 177, 178, 179, 180, 
215, 216, 217, 218, 219, 222, VIII, 
2, 18, 22, 66. 

Malacca (détroit de), VII, 80, 89. 

Malaïta (île), V, âO, 21, 25, 96, 101, 
103. 

Malouines (îles), I, 71, 78, 135, 
237. 
■ Mambeo (village de), IV, 219. 

lyianawolkà (île), VI, 21. 

Manchiri (montagne la), VI, 110, 
131. 

Manga-Reva, III, 122, 124, 131, 
133, 139, 140, 143, 151, 159, 162, 
163, 164, 171, 175, 178, 198, 201, 
209. 

Magonhài (île), IV, 234. 

Mangia (île), III, 189. 

Mangri, I, 19, 20. 

Manipa (île), V, 256. 

Manning, V, 103. 

Manning (détroit de), V, 91. 

Manono (île), IV, 104. 

Mahoui (îlot), III, 210. 

Mantannane (îles), VII, 142. 

Maouna, IV, 93, 104. 

Mapou-Teoa (le roi), III, 141, 142, 
150, 151, 164, 201, 213. 

Marambo (ile)^ IV, 161. 

Marescot (officier), I, 114, 125, 
128, 129, 155, 158, 161, 162, 210, 
234, II, 61, 64, 105, 131, 187, III, 
58, §8, IV, 18, 88, 240, V, 11, 25, 
29, VIII, 74, 86, 88, 92, 98. 

Mariannes (îles), V, 201, VII^ 205, 
209, VIII, 2, 

Mariner, IV, 129. 

Marion, IX, 35. 

Marou-Tea, III, 215. 

Marquises (îles), III, 189. 

Marsh (île), V, 88, 90, 101. 

Martha (île), I, 140. 

Martin (cap), III, 234. 

Martyn, ÏV, 129. 



Mas-a-Fuero (île), III, 98, 119. 

Matabella (île), VI, 21. 

Matavai, IV, 55, 56, 76, 81. 

Matchan (île), V, 255. 

Mattews (volcan), IX, 205. 

Maitpelia (Ile), IV, 88, 90, 91. 

Maitpiti (île), IV, 88. 

Maurice (baie), I, 73. 

Meama (île), IV, 151. 

Meikor (île), VI, 81, 82, 94. 

Melawié (rivière), VII, 138. 

Melville (île), VI, 47, VIII, 254. 

Mendoce (Garcie de), I, 62. 

Mendana (îles de), V, 14, 24, 98, 99. 

Mercedes (forêt de las)< I, 17, 24, 
29. 

Mer-Pacifique, I, 62. 

Middle (île), II, 156. 

Milagro (pointe), î, 121. 

Mille-Vaisseaux (baie des), V, 55, 
87, 97. 

Mindanao (île), V, 212, VIII, 2. 

Minerve (île), III, 217, 218. 

Minorque (île), I, 2. 

Mirni (vaisseau russe le), II, 9^ l2. 

Mocha, III, 67. 

Moen (île), V, 158; 

Moerenhout, III, 207, IV, 12, 60, 
64, 65, 72, 73 et suiv. 

Moha, VII, 39. 

Moken, IV, 30. 

Mokii (îlot), m, 210. 

Mokoto (Piton), III, 175. 

Molineux (Havre), IX, 122. 

Moluques, I, 20, V, 245 et suiv., 
VI, 77, VII, 40, 

Mandoor, VII, 136. 

Moni (île), X, 16. 

Monroe (baie), II, 14. 

Monte-Agudo (corvette), III, 48, 
50, 65, 79, 81. 

Montémont (îles), IX, 209. 

Monte-Verde (île), V, 117. 

Montevideo, I, 158, 162. 

Montmouth (cap), I, 91. 

Montrado, VII, 136. 

Montravel, I, 13, 125, 129, 152, 
223, m, 116, 150, IV, 30, 199, V, 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



311 



29, 34, VI, 31, 152, YIII, 3, 11, 79, 
87, 99, IX, 101, 105. 

Montra vel (îlot), II, 151. 

Morales (le gouverneur), I, 21. 

Moresses (îles), VI, 223. 

Morokea (pointe), IX, 14^. 

Morrell (Benjamin), I, 104, 106. 
II, 16, 17, 54, III, 32, 106. 

Motane (île), III, 222, 226. 

Motir (île), V, 255. 



Motou-Iti (île), III, 226. 
Motou-Riki (île), IV, 168, 171, 217. 
Mouana, IV, 15. 

Moules (baie des) ou Mossel-Bay, 
I, 72. 

Moundang (île), V, 220. 
Mouton-Outa, IV, 73. 
Mowerby (mont), II, 24. 
Mozé (île), IV, 161. 



HT. 



Nairn (îlot), V, 89. 

Nakalossé, IV, 190 et suiv., 231. 

Nakoro (île), IV, 79. 

Namouka (île), IV, 154, 161. 

Nanou-Tabou (îlot de sable), IV, 
168. 

Narborough (Jean), I, 75. 

Narrow (île), II, 141. 

Nassau (île de), I, 137, 138. 

Navigateurs (iles des), IV, 73. 

Neaou (île), IV, 166. 

Negro (cap), I, 90, 91. 

Nei-Afou, IV, 136, 137, 143, 151. 

Neirai (île), IV, 166. 

Némen (île), IV, 235. 

Neuf-Iles (les), V, 99. 

New-Norfolk, IX, 40, 51, 52. 

New-South-Shetland ( archipel ), I, 
72, II, 2, 10, 11, 12, 13, 14, 16, 19, 
121, 127, 152, 164. 

New-South-Orkney, II, 13, 16, 17, 
ftl, 66, 67, 74, 81, 124, 134, 137, 
171. 

New-South-Greenland, II, 17, 54. 

New-Year (île), II, 33. 

New-Year (île, VI, 29. 

Nhao (ile), IV, 166, 168, 171. 

Nia-Hidou, IV, 15. 

Niederhauser (John), I, 147, 148, 
149, 151, 162, 163. 

Nitendi (île), 13, 12, 13, 16. 

Nimrod (île), II, 26. 

Nlniva (île), IV, 151. 

Niouha-Foho (île), IV, 140. 



Niou-Hiva (vallée de), IV, 36. 

Nodalès (monts), I, 118, 131, 

Nodalès (Garcia de), I, 74. 

Noël et Taboureau, I, 7, 38. 

Nombre-Head, II, 27. 

Nom-de-Jésus (fart), I, 67. 

Noort (Olivier de), I, 72, 73. 

Norma (goélette), I, 14. 

Note du dépôt général de la ma- 
rine, I, XVI. 

Notre-Dame de-Grâce ( goulet ) , I, 
65. 

Nougouor (île), V, 117. 

Nouhiva (île), III, 226. 

Nouka-Hiva, I,. 29, III, 181, 189, 
217, 220, 226, IV, 9, 11, 20, 36, 37 
et suiv., 61, 76. 

Nousa-Seras (archipel de), VI, 223. 

Nousa-Tonyn (archipel de), VI, 222. 

Noussou-Rourou, VI, 134. 

Nouvelle-Bretagne, V, 99. 

Nouvelle-Géorgie, II, 10. 

Nouvelle-Guinée, V, 99, VI, 21, 25, 
75, 93, 108, 145, IX, 213. 

Nouvelle -Hollande, VI, 29, 40 et 
suiv., 75, 80, IX, 36, 125. 

Nouvelles-Hébrides, V, 3. 

Nouvelle-Zélande, I, 154, II, 16, 
m, 39, 105, Vni, 126, 198, IX, 11, 
103, 116, 125, 127, 134, 141, 155, 
156, 167, 169, 173, 179, 194, 205. 

Nuestra Senora de Orazia (pointe), 
I, 86, 149. 



312 



VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 



o. 



Oazy (havre), I, 87, 141, 148, 158. 
Obalaou (île), IV, 168, 171, 181, 
202, 217, 220, 227, 241. , 
Obi (île), V, 244. 
O'brien (île), II, 141. 
Océan (le baleinier 1'), III, 30. 
OEneo (brick), IV, 242. 
Oio-Lava (île), IV, 104. 
Olo-Singa, IV, 104. 
Oltmanns, I, 32. 
Onan (île), V, 147, 158. 
Onghea-Lebou (île), IV, 160. 
Oobeean (îles), VII, 143. 
Opoulou (île), IV, 93, 94. 
Opoulou (île), IV, 104, 126. 
Opoun, IV, 92, 104. 
Oraderak (pointe), V, 13. 
Orange (cap), I, 165. 
Orange (fort), V, 236. 
Orange (port), VIII, 192. 



Orangerie (cul-de-sac de), IX, 210, 
211, 213. 

Oreste (brick 1'), I, 13. 

Origas (port d'), VII, 88. 

Orléans (canal d'), II, 158, 159. 

Orotova (1'), I, 31, 177, 182 et suiv. 

Orozco (la table d'), II, 28. 

Ortega, V, 24, 34, 97. 

Otago (port), IX, 122, 123, 124, 
141, 177. 

Otahi-Hoa (île), III, 221. 

Otway-Water (bassin d'), I, 161, 
163, 164. 

Oubia (îles), IV, 168. 

Ouessant (îlot), IX, 209. 

Ouluthy (groupe), V, 167. 

Oumol (île), V, 158. 

Outong-Java (îles), V, 99. 

Oyo-Lawa (île), IV, 93. 



Pacific (schooner), II, 21. 

Pahia, IV, 87. 

Pain-de-Sucre (Ile), V, 5. 

Pain-de-Sucre (Rio-Janeiro),I, 42. 

Pakoko, IV, 35. 

Palmas (île), V. 212. 

Palmer (terre de), II, 20, 21, VIII, 
192. 

Palmer (capitaine Nathaniel), II, 12, 
13, 14,15. 

Pamanoukan, VIII, 14. 

Pamarong, VIII, 3, 13, 66. 

Pangasinan (île), VII, 145. 

Pango-Pango, IV, 106. 

Pao (île) , m, 43, 163, IV, 131,180, 
201, 203, 204, 211, 217, 257, 258. 

Papa-Oa, IV, 81. 

Papa-AVa, IV, 64. 

Papeiti, IV, 55, 56, 60, 62, 74. 

Pâques (île de), III, 110. 

Paraïba, I, 67. 



Parang (île), VI, 146. 

Parry (le capitaine), VIII, 106. 

Passage (île du), V, 55, 87. 

Passir (rivière), VIII, 13. 

Passy (cap), IX, 215. 

Patagonie, I, 51, 53, 87,91, 217, 
224, 235. 

Patagons, I, 54, 60, 61, 63, 70, 75, 
77, 78, 79, 85, 103, 129, 142, 145, 
149, 151, 153, 154, 159, 160, 162, 
163, 164, 235. 

Patini, IV, 16. 

Paya (île), I, 40, 42. 

Payou (passe de), V, 7. 

Peacock (sloop), VIII, 190, 192, 195, 
196, 201, 214. 

Pécherais, I, 151, 156, 160, 235. 

Pêcheurs (île des), IV, 104. 

Peckett (havre), I, 142, 153, 158, 
160, 161, 162, 164. 

Pedro (île), III, 226. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



313 



Peligot (officier), III, 105. 

Pelew(île), V, 205, 208. 

Penang, VII, 89. 

Penas (cap), II, 28, 29. 

Penco (fort de), III, 71, 73, 

Pendieton (capitaine), II, 12, 13. 

Pengootaran (îles), VII, 143. 

Penoleo (le cacique), III, 5G, 77. 

Pépin (cap), VIII, 155. 

Periadik (île), V, 125, 158. 

Pérou, I, 63, 64, III, 8. 

Pertuis d'Antioche, I, 76. 

Philippeville (fort), I, 67, 68, 69,70, 
73, 100, 104, 106, 107, 111, 235. 

Pigafetta (le chevalier), I, 59. 

Pilas (île), VII, 204. 

Pillar (cap), I, 65, 148. 

Pillilew (île), V, 212. 

Pingouins (île des), I, 70, 72, 74. 

Pisgah (île du mont), II, 11. 

Piva, IV, 167, 171, 179, 180, 194, 
etsuiv., 203, 260. 

Plata (fleuve de la). I, 49. 

Plate (île), 1,161. 

Playa-Parda, 1, 120, 163. 

Pomaré-W^ahlné, III, 205, IV, 69, 

Pomotou (archipel), III, 190, 220, 
IV, 52, 55. 

Pompalier (l'évêque), III, 91, IV, 
139. 

Porpoise (brick), VIII, 190, 192, 
196, 201, IX. 100, 106. 

Port-d'Arthur, IX, 3, 40. 

Port-Désiré, I, 162. 

Port-Egmont, I. 78. 

Port-Famine, I, 56, 69, 70, 73, 74, 
75, 76, 77, 78, 79, 91, 92, 96, 99, 101, 



113,114, 117, 120, 122, 123, 133,138, 
141, 234, 235 etsuiv., III, 30. 

Port-Galant, I, 79, 120, 121, 122, 
125. 

Port-Louis, I, 78. 

Port du roi Georges, I, 102. 

Porter, III, 236, IV, 16, 27. ^ 

Portlock (récifs de), IX, 215. 

Possession (cap), I, 79, 82, 165. 

Potter (île), II, 22. 

Poua (île), IV, 104. 

Pouinipet (île), V, 174. 

Poulo-Datou (île), VI, 224. 

Poulo-Laut (îles), VI, 223, VIII, 14, 
18. 

Poulo-Penang, VII, 89. 

Poulo-Pisang (île), VI, 14. 

Poulo-Roun, VI, 2. 

Poulo-Swangui (rocher), VI, 2. 

Poulo-Taya (île), VII, 79. 

Poulo-ïiga (île), VIII, 67. 

Poulo-Way, VI, 2. 

Pounipet, III, 91. 

Powell, 11,13,14, 15, 143, IV, 134. 

Prahou (monts), VIII, 23. 

Première-Vue (île), V, 90. 

Président (frégate), III, 3, 48, 84, 
109. 

Prieto (cap), V, 24, 96. 

Prince-Frédérick (flûte), I, 79. 

Prince's-Island, II, 22. 

Pritchard, III, 205, 206, 207, IV, 
12, 59, 64,65, 71, 72, 76, 83. 
Proby (île), IV, 160. 
Pumankab (village de), VII, 109. 
Purpoise (cap), I, 88. 



R. 



Quinquina (île). III, 15, 31, 44, 81. 
Quiros (île), V, 158. 
Quoy, I, 4, 49. 
Rabe-Rabe (village), IV, 235. 
Rabale (village), IV, 235. 
Raffles (baie), VI, 29, 32 et suiv., 
140. 



Rajah-Bassa (mouillage de), VIII, 
52, 53. 
Raia-Tea (île), IV, 87. 
Ramos (îles), V, 24, 96. 
Râpa, III, 162, 186. 
Raraka, IV, 54. 
Raro-Tonga, HI, 189, IV, 114. 



314 



VOYAGE [)\NS L'OCÉANIE. 



Rata-Noui, IV, 16. 
Ravins (baie des), VIII, 155. 
Raza (îlo), I, 40, /i2. 
Record (pointe), VI, 62. 
Recherche (cap de la), V, 20. 
Refuge (anse du), IV, 129. 
Rchef (gabarre le), VIII, 190. 
Remarquable (cap), 1, 13/i, 136. 
Renouf (capitaine), III, 68. 
Reynolds, III, 217. 
Ribeira, I, 67. 
Richmond, IX. 40. 
Riki-Tea (vallée), III, 169,175. 
Rimatera (île), III, 189. 
Rio-Janeiro, I, 39, 42, 43. 46, 67, 
117. 

Rio-Negro. I, 162. 
Rio de la Plata, I, 68. 
Ridders (baie), I, 72, 73. 
Rochers de la Zélée. II, 148. 
Rochers du Nord, V, 6. 
Rochouze (l'évéque), III, 91 et suiv. 
Rock-Ship, III, 221. 
Rocky-Point, I, 100, 103, 113. 
Rocky (baie), 1, 102. 
Rocky-Islets, V, 200. 
Rodney (cap), IX, 214. 
Rodrigues (île), X, 17. 



Rogery (le capitaine), III, 22, 26. 

Roggwein, IV, 53. 

Rodgerson, IV, 61, 84, 85. 

Ronde (île), IV. 242, 244. 

Roqueraaurel (officier), I, 93, 99, 
105, 106, 131, 155, 158,159, 161, 162, 
174, 175, 175, 176, 177, 206, 208, 
213, 216, 218, 219, 225,226, II, 55, 
96, 106, 107, m, 37, 68, 138, 142, 
184, 185, 226, IV, 12, 18, 39, 81, 196, 
238, V, 29, VI, 40, VIII, 84, 98, 101, 
IX, 173. 

Roquemaurel (cap), II, 157. 

Rosamel (île), II, 148. 

Roscoff (navire), IV, 11. 

Rose (île), IV, 91. 

Ross (contre-amiral), III, 5, 19, 84. 

Ross (James), II, 25,54,128, VIII, 
189, 195, 199, 221, 223, 242, 250, 253, 
IX, 6. 

Rossel (île) , IX, 214. 

Rotti (île), X, 9. 

Rouk (île), V, 132, 158. 

Royal-Company (île), VIII, 130. 

Royal-Charlotte, (récif), VII, 142. 

Rubens (le baleinier le), III, 22, 26. 

Rugged (île), II, 11, 168. 

Rugged (pointe), VIÏI, 15. 



Saboc (baie), V, 7. 
Sabrina (terre), VIII, 194. 
Saddle (ilo), II, 132. 
Sadong (ville de), VII, 137. 
Sainson, II, 188. 
Saint-Angel (fort), V, 171. 
Saint-Antonio, I, 35. 
Saint-Barthélémy (île), I, 64. 
Saint-Denis (rade de), X, 17. 
Saint-Georges (île), I, 64, 75. 
Saint-Georges (baie), I, 63. 
Saint-Georges {île), V, 27, 28. 
Saint-Isidore (canal), I, 62, 65. 
Saint-Jean (île), V, 99, 115. 
Saint-Jean (îles), VIII, 2. 
Saint-Jérôme (canal), I, 69, 75. 



Saint-Mandrier, I. 1. 

Saint-Nicolas (baie), I, 76,130,131. 

Saint-Nicolas (rade), I, 118. 

Saint-Paul (cap), II, 29. 

Saint-Philippe (baie), I, 82, 83, 85, 
152. 

Saint-Sébastien (baie), I, 73, II, 27. 

Saint-Vincent (baie), m, 23. 

Saint- Vincent (cap), I, 86, 149, 165, 
217. 

Saint-Yago, III, 9Ô. 

Sainte-Ehsabeth (île), 1,64. 

Sainte-Hélène, X, 26. 

Sainte-Croix (rivière), I, 62, 63. 

Sainte-Croix (archipel), I, 65. 

Sainte-Croix. I, 178, 179, 182, 183. 



TABLE ALPH ABRTJOUE. 



315 



Saiîile-Maric (cap), V, 115. 

Sainte-Marie (îles Açores), X, 28. 

Salatan (pointe), Vï, 223, VIII, 19. 

Sala-Tiga, VIII, 34, 35. 

Salayer, VI, 176. 

Salomon (îles), ÎV, 527, V, 24, 30, 
90,95,98,103. 

Saîvages (îles),. III, 30. 

Sama-Sama (village de), IV, 235. 

Samarang, VII, 49, VIII, 2, 19, 23, 
33, 40. 

Sambas (rivière de), VII, 100, 101, 
102, 117, 120, VIÎI, 12. 

Samboangan, VII, 205, 208, 214,VIlI, 
1,2. 

Sanioa (archipel de), IV, 91, 94, 
104, 122, 124, 125, 154. 

San-Antonio (port), I^ 94. 

San-Dimas (île), V. 96. 

Sandwich, II, 3, 4, 22, 124, 127,IV, 
77, 172. 

San-Gergman (île), V, 76. 

Sangouw. VII, 125, 130, 136, 

Sanguir (île), V, 216,219. 

San- Jean (port). II, 33, 34. 

San-Jiian-Bautista (baie), III, 112. 

San-Miguel (baie), I, 125.. 

Santa-Anna (pointe), I, 65, 114, 233. 

Sant-Antonio (cap), II, 33. 

Sant-Antonio (île), I, 35. 

San ta-Barbarra (baie), III, 33. 

Sailta-Gruz, I, 9, 12, 16, 17, 21, 203 
et suiv. 

Santà-Gruz (île). V, 98. 

Santa-Cruz (île de), VII, 205, 209. 

Santa-Isabel de la Ëstiella (baie de), 
V, 76, 77. 

Santa-Magdalena (île), I, 91. 

Saor (îles), IV, 243, 244, V, 1. 

Sarah's-Bosom (baie de), IX, 114. 
: Bai'miënto (Pôdi'o), I, 65 et suîv., 
104, 106, 139. 

Saunders (cap), IX, 122. 

Sava-Lelo (hameau de), IV, 116, 
117. 

Savaï (baie), VI, 172, 175. 

Savu,X, 14. 

Schouten, T, 74, V, 99. 



Scilly (île), IV, 90. 

Scott (le capitaine), 111,5,17,84. 

Sca-GuU (schooner), VIII, 190, 192. 

Sébastien Cano (vice-amiral), I, 62. 

Sebold de VVert, I, 72. 

Sedger (rivière), I, 96, 99, 102, 108, 
118, 133, 222, 226. 

Selkirk (matelot anglais), III, 117. 

Serangani (île), V, 212, 216, VIII, 2. 

Seraph (bric), 11,22. 

Séries (île), III, 217. 

Sesarga (île), V, 24, 96. 

Sevai (île), IV, 104, 127. 

Shefield (James), II, 11, 12. 

Sherriff (commodore), II, 11. 

Shoat (pointe), VIII, 14. 

Shoal-Harbour, I, 164. 

Shouki-Anga, III, 105. 

Sidney, II, 9, IV, 106, VIII, 1, 198, 
IX, 100. 

Simao, X, 14. 

Sumatra, VII, 11, 101, Vlîî, 57, 65, 
94. 

Simpson (île), V, 99. 

Sincapour, V, 77, VÏI, 81, 85, 86, 
89, 94, 96, 98, 99, iOl. 

Sinkep (île), VÎI, 79. 

Sintang, VII, 120, 136, 13B. 

Siao (île),V, 219, 2â0. 

Sir Charles ïîardy (île de), V, 99. 
114. 

Smith (capitaine marchand), II, 10, 
11. 

Smith (île), II, 21, 180. 

Smith (pointe), VI, 60. 

Snares (îles), IX, 118. 

Snow (île), II, 165. 

Société (archipel de la), IV, %1. 

Sœurs (îles les), V, 101. 

Soungoun-Waiar, VI, l3l. 

Soledad (baie), II, 99. 

Solo (îles de), VÎI, 54, 9&, lOl, 144, 
145, 166, 184, 196, 197, 198, 201, 203. 

Sonde (détroit de la), VlII, 2, 71. 

Sonnerat (navigateur), VII, 145* 

Soog (île), VII, 166, 

Sorrel, IX, 40. 

Soucis (baie des), I, 72. 



316 



VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 



Songoud (baie), V, 213. 
Sourabaya, VII, 49. 
Sourcilleux (cap), I, 118. 
Sonth-Georgla (île), II, 22. 
Spartel (cap). I, 6. 
Spence (liâvre), II, 15, 57, 69 
Spilberg, I, 62, 73. 
Steamer-Gores (anse), I, 103. 



Stewart (ministre), IV, 9. 
Stewart (île), IX, 119. 
Sud (port du), IX, 120,121. 
Surin (matelot), I, 47, 49. 
Surinam, VI, 175. 
Surville, V, 24, 90, 100. 
Swallow (sloop), I, 79. 



Tabe-Noui(île),IV, 235. 

Table (monts de la), VIII, 115. 

Tabou, IV, 30. 

Tabou-Emanou (île), IV, 87. 

Tacoronte, I, 180. 

Tahaa (île), IV, 87. 

Tahofa-Hao, IV, 135, 154- 

Tahou-Ata, III, 226, IV, ll^i. 

Tahow (banc), VII, 143. 

Taïfi (île), IV, 225. 

Taï-Hao (vallée de), IV, 36. 

Taï-Hoa, IV, 11, 30, 50. 

Taïo-Hae, III, 224, 226. 

Taïo-Hio (vallée de), IV, 36. 

Taïo-Thae (baie), III, 235. 

Taï-Piis, IV, 11. 

Taïti, I, 29, III, 122, 123, 131, 163, 
169, 186, 204, 205, 206, 207, IV, 9, 
51, 55, 56,59, 74,78, 81. 84, 86, 102, 
103,143, 154, 172. 

Takoot-Kababawan (île), VII, 145. 

Talcahuano, II, 124, 195, III, 11, 
12, 13 etsuiv., 44 et suiv., 51, 62, 65, 
71, 82, 85. 

Talou (port de), IV, 86, 

Tama (village), IV, 236. 

Tampoua, V, 13. 

Tanakéké (îles), VI, 177. 

Tanjong-Api (pointe), VII, 141. 

Tanjong-Sampanmange, VII, 142. 

Ta-one-Roa, IX, 160. 

Tarawaï(île), III, 133, 160, 178, 179, 
201, 209. 

Tardieu (île), V, 158. 

Tarn (mont), I, 111, 112,118, 131, 
235. 

Tasman, IX, 34, 35. 



Tasmanie, VIII, 126, IX, 8, 34, 36, 
40. 

Tahou-Hata, IV, 61. 

Tavai-Pounamou,IX, 121, 155, 159, 
169. 

Tchichacoff, IV, 30. 

Tchanti (village), VIII, 60. 

Tempêtes (baie des). VIII, 93, 125. 

Ténérrffe , I, 9, 13, 15, 20, 28, 29, 
32, 35, 184. 

Ténériffe (pic de), I, 11. 

Tenimbar (île),V, 21. 

Ternate, V, 228, 235 et suiv., 243, 
246, 250 et suiv. 

Terre de Feu, I, 61, 75, 85, 90, 91, 
119, 140, 148, 151, 162, 163, 217, II, 
27, 29. 

Terror (navire), VIII, 191, 192, 222, 
223, 241. 

Tessi-Levou (village), IV, 236. 

Tetoua-Motou, IX, 161. 

Thanaron (officier), I. 100, III, 140, 
161, 174, V, 149, VII, 178. 

Thetio (baie), II, 31. 

Thierry (le baron), III, 105, IX, 
195,196, 197,199, etsuiv. 

Three-Hummocks (île), II, 20. 

Three-Peaks (île), V, 215. 

Tidor, V, 220, 242, 243 et suiv., 
250 et suiv. 

Timor, IX, 239. X, 1,2, 7. 

Tinakoro (piton de), V, 13, 15. 

Tiokea (île), IV, 52. 

Tofoua, IV, 151, 159. 

To-Hou, IV, 104. 

Toi (île), V, 147. 

Tome, III, 65. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



317 



Tonga, III, 131, IV, 110, 123, 247, 
255. 

Tonga-Tabou, I, 20, III, 169, IV, 
131, 135, 147, 148, 151, 153, 261. 

Torres (détroit de), V, 26, 27, 75, 
IX, 205 et suiv., 237. 

Toubai (île), IV, 88. 

Toud (île), IX, 223, 227, 233, 234, 
336. 

Toul-Papao, IV, 33. 

Toulon, I, 1. 



Toupoua, V, 14. 
Toutou-Ila (île), IV, 104, 106. 
Tower-Island, II, 13. 
Trana (île), VI, 81, 95, 99. 
Trinity (terre), II, 13, 21, 81 , 159, 
162. 
Triton (baie), VI, 109, 140. 
Trois-Frères, VII, 79, VIII, 52. 
Tsis (île) V, 121. 
Tulian (baie de), VII, 204. 



U. — V. 



Ualan, I, 29, III, 91. 

Umata, V, 170. 

Urukthapel (île), V, 207. 

Vahai (\1llage), VI, 173, 175. 

Valdez (port de), IV, 129. 

Valdivia, I, 65. 

Valdivia, III, 177. 

Valentyn (cap), I, 91. 

Valparaiso, III, 17, 37, 63, 82, 85, 
90, 95, 99, 104, 116, 186. 

Vancouver, II, 8, IX, 35. 

Van den Brock, VII, 40, 4l. 

Van-Diemen, II, 9, IX, 9, 10, 35, 
37. 

Vangara, (île), IV, 161. 

Vanikoro , V, 6, 7, 9, 10, 13, 169, 
VIII, 66. 

Vanoua-Lebou (île), IV, 225, 235, 
245. 

Varela (île), VII, 79. 

Vavai-Noui, IV, 99. 

Vavao, III, 164, 186, IV, 128, 129, 
133, 136, 139, 142, 145, 150, 151, 152, 
153, 154, 212. 

Vari-Ton (îles), III, 189. 

Vea (îte), IV, 139. 



Vénus (pointe), IV, 55, 56, 57. 

Vénus (frégate la), II, 190, III, 48, 
117, IV, 60, 62, 69, 71, 172. 

Vermoulin (le docteur), III, 53, 61. 

Victoria (fort) , V, 258. 

Victoria (terre), VIII, 222. 241, 254. 

Victoria-Town, VI, 62, 76, 77. 

Victory (île) , VII, 101. 

Vidal (le capitaine), I, 30, 31, 32. 

Vierges (cap des), I, 55, 57, 50, 62, 
64, 74,76, 77, 78, 116. 

Ville-de-Bordeaux ( le baleinier la ) , 
m, 31. 

Villeneuve (le commandant), III, 18. 

Vincennes (corvette) IV, 9, VIII, 
190, 195, 197, 201, 210, 214. 

Viti (archipel), m, 43, 70, 164,186, 
IV, 42, 124, 139, 140, 144, 150, 151, 
160, 161, 181, 218, 221, 223, 240, 
241, 244, 245, 246, 248, 249, 255, 
V,l. 

Viti-Lebou, III, 186, IV, 171, 202. 
233, 243, 245. 

Voces (baie), I, 100, 115, 138. 

Volsey (navire le), III, 87, 88, 89. 

Vostok (vaisseaw russe le}, II, 9, 12. 



•w. 



Waï-Anda (passe de), IV, 235 
Wai-Apou (cap), IX, 162. 
Wai-IIou (île^, III, 110, 121. 
Wain-Wright (Ile) I!I, 133. 



Waï-Tangui (village de), IX. 193. 
W^akan (île), VI, 82, 84, 86, 91, 94, 



99. 



Walkcr (cap), II, 140. 



318 



VOYAGE DANS L'OCÉANIE. 



Wallis (Samuel)^ I, 79, 8D. 

Waïlis (île), IV, 139. 

Walsh (cap), VI, 25. 

Vy^ama-Rouni, VI, 131. 

Wama (île), Vï, 82, 83, 84, 87, 92, 9./». 

Wanba ou Wanla (île), VI, 83, 

W^ang-JïaJjîl (viUage), VI, ^2, 

Wangui-Wangui {île), VI, 176, 

Warior (île), IX, 220. 

Warou (district dé), VI, 175. 

Warrou (baie), VI, 146 et suiv. 

Washington (détroit de , II, 14, 15, 
72, 133. 

W^asp (navire le), III, 32. 

Water-House (capitaine ajQaériç>ia|n), 
1,95. 

Weddell {ile),, II, J32. 

WeddeU^ ï^ 134, 171, II, 17, 18, 
19, 26, 44, 47,, 48, 58, .67, 70, 79, 80, 
121^ 128, 169, m, 40, yjll, 188, 1-90, 
192, 193. 



Wellington (île), III, 30. 

Wellington (mont) VIII, 115, IX. 7, 
38, 50. 

Western (poft), IX, 36, 51. 

Wig-Wam (anse), I, 103. 

Wig-Wam (îlot), I, 121, 122, 123. 

Williams (capitaine), JI, 13. 

Williams (mont), II, 24. 

Wllkes (capitaine), n, 54, VJII, 171, 
172, 189, 190, 193,194, 200,203, 204 
et suiv., 212, 219, 231, 241, IX, 166. 

Wilson (le capitaine), III, 196, 217, 
IV, 245. 

Winchelsea (île de) , V, 99. 

Wittgenstein (Me),, ÏV., 5^. 

Wolf (sables de), HJ, 214. 

Wolf (rocher), V, ^55. 

Yarmouth (île), IX, 22f). 
Zorras (baie de lo§)^ I, 64. 



TABLE DES MATIERES 



CONTENUES 



DANS LE TOME DIXIEME. 



Chai». LXIX. Séjour dans la baie de Timor. — Coupaug. 
— Traversée de la baie Coupang à l'île Bour- 
bon 1 

CiiAP. LXX. Séjour sur la rade de Saint-Denis (île Bour- 
bon). — Mouillage à l'île Sainte-Hélène. — 
Traversée de l'île Bourbon à Toulon 19 

Notes. 33 

Notice biographique sur Jules-Sébastien -César Dumont- 
d'Urville 55 

Pièces jvistiiîcatives i55 

Ordres et instructions . 2o4 

Renseignements. — Notes sur l'étiologie de quelques ma- 
ladies internes épidémiques qui furent ou sont encore 
réputées contagieuses ; par M. le docteur Hombron ... 221 

Notes surledétroit de Magellan, communiquées par le ca- 
pitaine Rolletj commandant le brick le Cygnej de Bor- 
deaux 265 

Lettres adressées à M. Dumont d'Urville par MM. du Bou- 
zet, Tardy de Montravel et Coupvent-Desbois 295 

Table alphabétique des matières contenues dans la relation 
du Voyage au Pôle Sud et dans l'Océanie 3oi 



FIN DE LA TABLE. 



Imprimerie d'A. SIROU et DESQUERS, rue des Noyers, 37. 



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