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Full text of "Voyage dans l'Empire othoman, l'Égypte et la Perse: fait par ordre du Gouvernement, pendant les ..."

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VOYAGE 



DANS 



L^EMPIRE OTHOMAN;. 

L'iLGYPTE ET LA PERSE^ 



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DANS 



L'^EMPIRE OTHOMAN;. 

TJ±GYVTE ET LA PERSE^ 



TOME ¥L 



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VOYAGE 



DAKS 



L'EMPIRE OTHOMAN, • 

L'ilGYPTE ET LA PERSE, 

Fait par ordre du Gouvemement , pendant les 
six premieres annees de la R^publique ; 

PAR G. A. OLIVIER, 

Doeteur en Medecine y membre de PInstitut national , de 
la Soci^t^ d' Agriculture du d^partement de la Seine , des 
Soci^t^s piiilomatique et d^Histoire naturelle de Paris ^ 
associ^ correspondant de la Soci^te linn^enne de Londres , 
de la Society d'^mulation du Var ^ de la Soci^t^ libra 
d^ Agriculture^ Commerce et Arts du Doubs ^ de la Society 
iibre des Sciences^ Lettres et Arts de Nanci , etc. etc. 



AYEC ATLAS. 

TOME SIXliME. 



A PARIS, 

CHEZ'H. AGASSE^ I MP RI MEUR- LIB B. AI R £ ^ 

B.U£ BE6 POITEYINS, N<^. 6. 

1807, 



v,4 



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■■r. 



CU5S 4 ]^3iO 



VOYAGE 



EN PERSE. 



CHAPITRE PREMIER. 

I 

Nouveaux troubles. Youssef-AU, Myr^ 
jilim et JDjaffar heulent s^emparer 
da pouvoir. Achmedr Chah parait 
sur la scdne^ s^empare deMeschedet 
envoie une armee dans le Mazandc'- 
ran. Origine de Mohammed-Hassan. 
Guerre entre Teymouras et Azad. 
Ali-Merdan sefait un parti dans le 
Loristan y s^ empare d^ Ispahan^ veut 
faire ddclarer roi un petit -Jils de 
Chah 'Hussein et se faire nommer 
regent.: sa conduite ^ Vdgard de Ki^ 
rim ; il est assassind. 

CjhAboilh^ dernier et ludque rejeton de la fa-^ 
mille de Nadir et de'celle de Chah-Hussein , 
4tant aveugle y et comme tel exclu du trdod 
Tome FL A 



2 VOTAGE BW PJBKSS. 

par les lois et les usages , on vit paraltre , sur 
tous les points de TEmpire , des ambitieux 
qui se flattSrent de lui succ^der. Comme per- 
sonne u*y avait des droits , et que c'etait k la 
force ou k Ji'adresse quails en appelaient y en 
un moment toutes les tribus s'arm^rent dans 
rintention de favoriser un de leurs chefs. 
Toutes les provinces fiirent agit^es par les 
khans y et obligees de se" declarer en faveur 
de quelqu'un d'entr*«ux, Toutes les villes fur 
rent mises k contributiou. Ceux des gouyer- 
neurs qui ne portdrent pas leurs pretentions 
jusqu^au trdne , voulurent , pour la plupaft , 
se rendre ind^pendans. Les plus faibles et les 
plus txmides^ ne purent se dispenser de pren- 
dre les annes, et de se ranger sous la. banni^re 
de cehii qu'ils devaient le plus craindre ; . ou 
dont ils avaient le plus k esp^rer. 

Dans cet ^tat de choses*^ on pent bien crpire 
que la Perse souflrit encore plus que dans les 
derni^res ann^es du r^gne de Nadir j elie liit 
bien plus d^vast^e que durant les troubles sus- 
cit^s par ses neveux ^pr^s sa i^ort. 

N'ayant pas I'intOTtion d*eCJ?ire une Ixis- 
toire d^taillee de tous les attentats qui se sont 
edlnxhis^ de tontes les e]itreprises> qiu om/t eut' 
Ueii etqui ^e sent suscc^ees airec rapidil;e> ni 
de isignalcrici toiu les ambitieux obscurs qui 



i[^u qii^M^t iik^ pbtur <|el4 ^vecquel^^espbir 

de succds. •* ' . * * i 

' Apt^ k mi>frde'Si^td^Mbb:a»ibei(l 1^^ 
fitt ^ I'hi^r 1766 / 'Ifwisscf »*♦ ^yaQti|>a6 
«ltitoiit <l'e ltd 4e ir9^tti[j£t ^'il f^i^dt dsdige-^ 

tre dii.KhoiigiAlaa >et -dte^tVUtes les> pk)^Vulce* 
id^ ii'Fet^ s'il ' parv^MttjJKt 4 ikgir artt h«»ft d?ti4 

g^ de 96k tiAtioii k r^gsfd d^6 plti^: frochbs 
|>tfens d^ 868 r6i8 j il ^ tcmltit tir^r parti > 
en proposant iauA* ^igheurs qui se trdUvaiept 
^ Meaeh^d, d^ ^plaei^i' Cbarokhr^ qiioique 
i^veti^Ie j» Slit* le tHSlne; «Y di^ tiii ^Ati^ryiii f^ 
^t jiwqti'i tte xj[k9 '^t iiri fil^ eii \Sg4 de 

'Sa propositidn iM^ -rik>tiy^ sfir «^ '^ii« ' i:^ 

^Vtut'tidtiqitisift riirse «tir les Alghafesj ^ \& 
^iil> favii9t36r dfe l^dh'HiiJ^eih ; £l ^ui c«» A$^ 
gkand I'^fVcUehti enleTite^ Us ne -^bii^itt^ftc fek 
teilcitarel tes desce&daiid saitd injti^tt!^ -y ^r^saiis 

- YoHSsef, ^la tSte d'tt^e^i^iit^ fie^i^se> 

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P. 



VOYAGE 



2) A iNT S 



L'^EMPIRE OTHOMAN^ 



L':i&.GYPTE ET LA PERSE. 



TOME VL 



-f 

t 



6 ytorjk^n fejr ^fcntfu. 

jourjs en hntte k te raauvaise tortnne ^ f ut en^ 
core une fois precipite dii ti^6n,e et candxiit 

* • T " • • 

dihfe Tine ^roite ptf^ooi. • 

Mir-AMita et DjatfFar avaient Fun et Tautre 
trop d*afmbiti6ri ei trdp cfe inauvaise foJ pbiir 
f ivre loiig-tems tji fcioftn^ intelligeilce* Unfe 
cFint6r§t contre Yotrssef tant que celui^ci ftit 
puissaht, lis se d^sunireiit Ibrsqtt^l s^agit de^ 
Jpartager entr'eiix Tautorite on de 1;^ o^der Vixm 
k Pautre. jfegaux ea-forc5e^, ils le furefit en 
pr^t^titions J lis tie voulnr^nt pomfe warail- 
ler de concert pour -toiim^ttre le ie^te de la 
Pers6 , ni en venir k un^ arrangeiBf^iit amical 
au sujet dn Khorassaii, dont ils etaient d^j^ 
ies maitres^ A peine 6urent-ils fait tenr entfeei 
k Mesched ', quails rompirerit leur^ liaispns, et 
qu'ils r^olurent de recoUrir aux armeis ppur 
decider *i qui resterait le supr^e pouvoir. 

lis sortirent de la yille en juin die la mSme 
ann^e par deux portes bppo$ees, caonperent 
^elques jours k deux ou trois lieaesdeis murs , 
et en vinrent aux mains avec un achkrnempitt 
tel qu*on pent le supposerentredeuxlK)mmes 
qui ont la perspective du trflne ou d« oercueil* 
Les Gurdes , plus robustes , plus agueirris , fo- 
rent un moment sur le point de triompher. 
Les Arabes pli^rent au premier choc et se 
disbanddrent en partie ; mais bient6t ils se 



CHAFITH.E PJBLIMIBK^ 7 

ralli^reht k la toix de lenr chef'; ils firent 
des prodiges de yaleur y et fixdrent enfin la 
Tictoire. Les Curdes^ yzremeiiit pre^uB^s ^leuar 
tour y. dans tous les points ^ c^di^rent le duunp 
de bataiOse. I>j:afiar iut pvis ea cziiDbatlant ^ et 
amen^ aiix pieds de aooi emoemi , qui' eut II 
cruaute de hd faire arracher let: yeux. 

Mir-AIim, par cette yictoiEe, se voyaM 
maltre des tresors de Ckarokh ^ d' Yousaef et 
de D]^^aty ainsi q;iie de tous les revenw dn 
Khorassan , put soudoyer taiates les troupea 
qui se trouyaient ^parses dans la provincev 
Les Turcomans qm ayaient combattu pour 
Youssef y les Curdes de Djafi&r et quelquea 
Ouubeqs que ses promesses seduisireirt y touS 
yinrent se ranger sous ses drapeaux : ses for** 
ces r^unies se montaient. a plu^ de soixante 
mille hommes. 

De|^ il meditait la conquSte de la Perse f. 
dejk ill se dbposait k prendre la route du Ma-- 
zanderan pour combattre Mobammed'-Has-^ 
san-Khan qui s'y fbrtifiait^ lorsqu'il apprit 
qu'un ennenii plus dangereux le mena9ait. 

Achmed ^ que nous ayons dit Stre alle dana 
l;e Kandahar apr^s la mort de Nadir y et s'y 
dtre fait proclamer roi^. ne deyait pas toujours 
raster indifierent aux distentions de ses~ y oi^ 
sins : il ayait ^ ses ordres une ann^ aguerrie 



\ 



8 .VOY.AGE EK: PERSE. 

qu*il fall^it occuper ) il venait d'^riger en 
royaume une simple proviipice ; il avait ram- 
bitibii d*^tendre son pouvoir. La Perse 
^tait livree k plusieurs chefs : la famille de 
Nadir se d^tmisait entr'elle j celle de Chah- 
Husseih ^tait depuis long-tems ^teinte. Ja- 
mais il ne pouvait se presenter une pins belle 
occasion de rcJunir encore une fois le Kanda- 
har k la Perse ^ et de ne faire qu'nn seul et 
xd&me Empire de tons les pays compris entre 
le Tigre et Tlndus , entre la Caspienne et le 
golfe Persiqiie. 

Achmed n'avait pas tons les talens de Na- 
dir f mais il ^tait devord de la mSme ambi- 
tion : il ne sayait pas^ comme lui, faire plier 
toutes les volontes et maJtriser en quelque 
sorte tons les ^v^nemensj mais c'^tait un ge- 
neral habile^ un chef audacieux. Cheri de 
ses soldats ^ k la tSte desquels il combattait 
toujours , il pouvait compter sur leur z^le et 
sur leur d^voAment. 

Apf^s avoir bien affermi son pOuvoir et 
Tayoir confix k un de ses pliis proches parens, 
il avait quitte Kandahar dans le courant de 
Fannie 1749 9 avait soumis le S^gestan sans 
dombattre , et ^tait venu mettre le si^ge de- 
yant H6rat k la fin de la mdme ann^e. 

Cette ville n'ayait pas alors une forte gar- 



CHAFITB.E PREMIER. p 

Bison i n^anmoins elle ^tait en ^tat de r^sister ; 
elle etait pourvue de vivres : ses murailles 
av^uent ^te r^par^es , et les habitans s'etaient 
arm^is , et avaient jur^ de s'ensevelir sous les 
mines de leurs maisons , plutdt que de passer 
sous un joug Stranger. D'ailleurs CharokJi, qui 
avait regard^ cette place comme une digue 
propre k arr^ter les Afghans , s'^tait empress^ 
d'envoyier k son secours uri de ses meilleurs g^ 
n^raux. Achmed se serait vu force de lever le 
si^ge ^ et de porter ses forces ailleurs si le mal- 
heureux eV^nement qui avait rappele Youssef 
n*eij^t laiss^ cette ville sans defense. 

Aprds son depart , le gouverneur , reduit 
a ses propres forces , r^sista encore qiielque 
terns , et ne songea k se rendre que lorsqu'il 
eut consomm^ tous ses vivres : il fallut alors 
ceder k la n^cessite , et se mettre k la merci 
de ses enneinis. Les Afghans entr^rent dans 
Herat a la fin du printems 1760, en prirent 
possession et s'y fortifidrent : ils ne maltrai- 
t^rent point les habitans j ils n'en firent perir 
aucun , mais ils en exig^rent une somme d'ar- 
gent assez forte . 

Mir- Alim avait vu sans inquietude les Af- 
ghans se repandre dans la province de la Perse 
la plus voisine du Kandahar ; il avait regarde 
Herat comme devant ^tre le termede Tarn- 



to VOYAGE BIT PBRSS-. 

^ition d'Aohmed ; mais lc>rsqiii:'il apprit qite 
^ gU€rrier se diaposait ^ aprSs la prise de cetto 
Yille y k p^etrer daina \e KJboirassaii , U se Miak 
4'app^oyisioQ9er M^sched ^ et de mettre cette 
place dans un bon etat de defense.^. 

RdjSfsur^ de qe cdte , Mir-Alim vint k la rea- 
qontx^ de sou ennemi vers la fin de I'ete, ayec 
des forces k peu. pr^s egales ajux siennes par 
le nombre : mais Achined commandait aux 
HieiUeures;troupes^,queNadic ay ait eues. Son: 
armee , toute cpmpos^e d^Afghana , n!avaiu 
^mai3 combattu sous d^autres gener^^x : ag- 
coutumee k yaincre soiis les ordxes^d'Achmed > 

r 

ponvgit-elle ne pas ^tiie superieure acellede 
Mir-Alim, qui ^tait formi^ k la haie, de di-: 
verses tribus qui difterai^nt entr -elles quant 
aux opinions religieusea > qui se haissaient y 
et dont. quelq]ues-unes n'aimaient ni n'esti-^ 
maient asse:& leur chef pour luii obeic aveu-^ 
glement. 

Mir-Alim avait sans doute autant de cou- 
rage et autant de talent que son ennemi j mais 
k quoi serventle courage et le talent d'un che£ 
lorsqu*il n'est point seconde, loraque ses trou- 
pes n'attendent que le signal du combat pour 
quitter ses drapeaux. Mir-Alim, au premier, 
choc , se yit abandonne des Turcomans et dea 
Ouzbeqsj.il fit en vain tons sea.eili^brts poun 



1 



CHAPITRX PREHIEBT. tl 

les ramener au cx>mbat ; en vain il lenr promit 
tout le butin de rennemi , il ne put les gagner j 
lis refus^ent ayec obstination de tirer le sa- 
bre contre un homme qu^'ils ^talent aGCOUtu** 
isk^a k respecter ^ qui les ay ait commandos ^ qui 
les avait conduits plusieurs fois k la yictoire 
sous le r^gne de Nadir. 

Ijbs Arabes et les Curdes , bien plus nom- 
breux que les Turcomans et les Ouzbeqs , tin- 
pent bon et se battirent ayec le plus graiid cou-* 
rage- Mir-Alim, k la tSte des premiers , fit 
mordre la poussi^re k un grand nombre d' Af- 
ghans i il.combattait encore yers le miUeu du ' 
jour y et tenait la yictoire incertaine lor«qu'iI; 
fut atteint dans la poitrine par le far d'une 
lance. Ssl mort fit cesser aussitdt le combat : 
les Arabes et les Curdes se tetir^rent en bon 
ordre. Achmed ne jugea point k propos de 
les poursuiyre : content de les yoir c^der le 
cbamp de bataille^ il leur fit seulement pro- 
mettre de quitter le Khorassan et de se ren- 
dre dans leurs proyinces respectiyes. 

Lorsqu'il se fut assure que ses ennemis se 
retiraient pa.; des chemim divers , il prit la 
route de Mesclied , et arriya au pied de sea 
murs en octobre de la mSme annee 1750. 

Cette yille ayait alors sept ou. huit mille 
honunes de gami^bn^ toiis de la secte dfAli^ 



la .VOYAGE EITPEILSE. 

tons enneniifi des Afghans, tons d^cid^s k p^- 
rir plut6t que de se rendre/ 

Achmed fit diverses tentatives pour pren- 
dre la ville d'assaut ^ mais il fut toujours rd- 
pouss^ arec perte ; ce qui I'obligea k se con* 
tenter.de la.blbqiier ^trbitemeht poinr Tem- 
pScher de recevoir auciin secours. .. . 

Cepeiidant il d^tacha une partie de ses fiir- 
ces pour d^tmire ou sounrettxe tous les partis 
qui se trau:vaient dans la province y lever par- 
tout des contributions et iuifaire passer des 
subsistances. 

Apr^s cette operation , jugeant que la ville 
nepouvaitpas tarder a se rendre , il envoyaun 
corps de dix-huit a vingt mille hommes dans 
le Mazanderan pour conxbattre Mohammed- 
Hassan-Khan , et s'ouvxir par cette province 

« 

la route de rirak-Adjem et de la capitale de 
la Peirse. 

Mohammed - Hassan - KJian y instruit des 
mouvemens d' Achmed, vint attendre les Af- 
ghans au defile de K^ramly , situ^ a Torient 
d' Aster- Abad, les repoussa, en fit un grand 
carnage , et les poursuivit jusqu'au^del^ du 
defile. 

Au retour de cette arm^, Mesched tenait 
ton jours : la garnisoii avait fait plusieurs sor- 
ties ou elle s'etait signalde; elle etait m6me 



CHAPITRE PREMIER. 10 

parvenue ^ enle ver qnelques vivres aux assW- 
geans ; mais ^ la fin , se voyant reduite de 
moiti^ par les maladies ou le fer de rennemi , 
n'ayap t plus rien k manger , ne pouvant comp- 
ter sur aucmi secours , press^e d'ailleurs pat 
les habitans, que la faim tourmentait^ eile 
otrvrit ses portes apri^s huit* mors 'de resis- 
tance 9 et se mit k la merci de son vain- 
queur, 

Achmed se contenta de faire perir quelques 
chefs, de (aire enfermer qjlelques habitant, et 
de lever sur les autt-esune forte contribution; 
il fit sortir Charokh de sa prison , le re^ut avec 
les plus grands ^gards , et le fit loger a c6t^ 
de lui dans le mSme palais. 

Mohammed-Hassan^ Khan , que' nous d^- 
vons faire* connaitre plus particulieremeilt , 
etaitde la tribu desKagiftrs (i). SonpSre, Fe- 
tah^Ali-Khah , vii^ <lei ^ gfedraui de'€faahl 
-Tafamasrvftit ncftnwt^ eki'iy^S gouvemetir du 
Mazan^i^ran , et eiif oy^ avtec un dorps de 9i*ur- 
comanset^le Kagiars pour^fchasser les A%Waris 
de *T4liif^^ 9 dont ils s*^tai^rit erapares :' c^ici- 
ci yUdt'eat' tfu devrfnt: d^ 'Fetiah - Ali - KKari J 



,<•»•:•» " /• 



(i) Fetah- Ali-KKan , qu^ r^gne aujour^'huieu^Pecse , 
et qui a Butc^de k son oncle Mehemet- Khan /est le ptJ- 
tit-lfils feMohammed-Hiissaii-Khan. • * ' '' ' 



%4 VOYAGB BK P£&8fi. 

le rencontr^rent k Ibrahim* A bad, le bdtti* 
rent , et le forc^rent de se retirer ^ Aster^Abad* 

Lorsqaie Tahmas-Kouli-^KIian; eut iqiiasse 
les Afghans d'Ispahan et de toute la Per«e , le 
Mazanderan « sous les ordres de Fetah-Ali*- 
Khan • etait en rebellion. Tahmas-Kouli-Khall 
y envoy ^^ son fr^re Ibrahim avec des foree$ 
considerables : celui-ci battit Fetah-Ali> s'em* 
para de lui et le fit monrir, 

Mohammed - Hassan - Khan 86n fils fut 
nommd quelque teijns apr^s , par Nadir*Chah ^ 
gouverneur d*AsterrAbad j il commandait eh 
1743 un corps de troupes au siegis de MosatiL 
En 1 744 J 1^5 principaux de la tribu dels Ka- 
giars s'etaient joints^ la tribu de Yeitidut^ 
race de Turcomans', et etaient Seditieu3ement 
entres k Aster- Abjtd^ Le viee-go^Vetni^^r -, 
nommi^ Hussein y £la aine de Mohaihniedr 
Hassan , fit quelques eilorts po:ur 4^s faiixfe itiur 
trer dans le devoid et pli^ur J^es. |4us i€K»ft>a^ 
blesj mais il ne pjut en ypnir a J^^jilfitt 
m&aae oblig^ de qtiitter la ville et dA s^ s^uyer 
avec sa garde. Mohammed-Ha^Gig^:, qui se 
trouvaitalorsau camp. imperial, pbtint la 
permission de marcher avec quelques corps 
de troupes au secours de son fils j, il battit les 
rebelles et les punit d*une mani^re tr^-s^- 

 4 • • 

v^re, mettant a mprt un grand npmbre d'h^- 



bltans , et confondajxt ainsi rinnooent a\ec le 
coupable (i). 

Quant k la tribu de$ Kagiars ^ void ce que 
j^ai pu recueiilir k 8on egard«r 
. Sous le r^gne deChali- Abbas 1^. ^ il s'etait 
Ibrm^ sur les iroadi^resr de la Per3e y du c6t6 
de rArmenie y \xn tr^a-^grand Fassemblement 
de d^serteurs et de fugitifs turcs y qUi yinrent 
iul demander du^ervioe. Chah-^Abbas les ac- 
cueillit y leur assigua la mSme paie qU'a fes 
aatre& troupes y et les. employ a d^s l^s guei^i^s 
qu'il entreprit. Mais Ci^aignautensulte que ce$ 
Strangers n'excitassent des troubles aprds sa 
morts'ils rest4ient ri^oi^^ ii les divtsa et\.plu« 
sieiu-s corps; il en envoy a nH grood. ,notebre 
dans le Mazand^rau pour faire t&te/aixx Tur^ 
comaDis et aux Ta^tares ouzbeqs ; il en fit 
passer dans le Kermejsir^ 8itile:le lortg du 
golip Persique^ pour Qodtenir les. Arabes; il 
porta les autres aux ^mrixons deCandjea et 
d^Uriaia# Ces.^trado^rs fuirent nomwii^ Kad-* 
chiars y. d'uii mot tiirfc: qui si^m&QjrugUif* 
La. prononciatiQj^ a'l^tan't en^uite altdr^/ on 
les a nomm^s Kaggiars ou Kagidrs. rGomme 
lis i^taient tr^^nofl»brei»x dans le Mazaude- 

- <i) HUtoire de ifddir^Chah j traduite^^ persgh par' 



l6 VOYAGE EN PEKSEJ . 

ran , ils purent y former une tribu qtii devint 
bientdt fort nombreuse. Sous Ghah-Hussein 
et sons Chah-Tahmos , Petah-Ali , dont nous 
avons parle, se trouva en 6tre un des chefs. , 

Les Kagiars^ moins nombreux , moins puis- 
sans dans les autres provinces, se fondirent 
avec le reste de la population, et n'eurent 
bientdt plus d'existence propre. 

Apr^s la mort d'Adel et dlbrahim , Moham-^ 
mied-Hassan s'etait rendu k son gouvemement 
d*Aster-Abad , et y avait leve deS troupes dans 
Tintention d'attttqu^t* le gouverneur du Ma- 
zanderan , nomme Mahum, qu*il avait i coeui? 
de detruire ou de mettre en fuite j ce qui de- 
vait lui fournir les moyeAs d'essayer si la for- 
tune lui serait favorable' f)Our arriver au su- 
preme pouvoir , Qu se forimer au moii^ uu 
£tat ind^pendant autour de la Caspieiine. 

P^ qu^il se vit ^ la tSte de cinq.ou six miller 
hommes , il marcKa vers Sarou , livra bataiUa 
aupri^S'de cette ville ^ Mahurm^-Khan > le bauit 
et dissipa son arm^. Mahum fut pris en-fuyant 
et livre k son enuemi, qui eut la cruaut^ de 
le faire p^rir, 

Maitre , par cette victoire > de tout le Ma- 
zanderan , Mohammed -Hadssan s'empressa 
de se procurer de Targent et de lever denou- 
velles troupes J il fit ipettireen bon^ta.t toutes^ 

les 



 » 



ry 



les places fortes , et gaMer soignenseriieni? \eS 
'ddfil^s qui y aboutissent k Forient fet; ari'nli^i.^ 
' Lorsqtte l^s troiipeS d*Achin6d Yinreh 6 Tafr- 
-taqner , ii ayait d^j^ ^aes ordres plusde qtlkiife 
milie cavaliers. La victoire qu*il rempoaijtfiim- 
le6: Afghans qui passaieOEitiaioFS pour les M^At- 
leuras troupes de la P^rs^'i attird- stiui aft 
dlr^peauiSL un grand liombre de Tut*comani^,^de 
CurdJe^ et de Kagiars j > t}e ^qul ' fe 'iKlt ' eii c?fttt 
d'etendre sea cenqvikte$y ck^tnmen&jW^ df- 
ronsluewtat. ' • ^ i j iulj^ 

* PendantMefuediyers puftis diei^SiMefk^k ^ 
4i^t2^ire dans le Kfaok*assan^ et (jYi^i^H^^^ 
xnedtHaiSsah se fortifiait'dans le Maa^iide^dtn V 
toutes les provinces k*V<fccidirti *4©-' la- Gad^ 
piertDA i^iaient dan^ rla plus vive'dgiffeitibn. 
J^8 liefsgtiisr^^ maittes du Da^b&er^^m] 4U 
TabesseraaL.^rs'^txiieiit f^sieurs iots^'a^nci^d 
jusqu:ik:GliaiQaki et Candjea^/ e^t ^\sp.^4ftaitnt 
ye]i,us aU3i mains avec les divers ^^in|^^§#nettr^ 
de c^9 cbntrees. l •> ' -i - >«^ 

Teymouras, prince ds G^gie^^^j'siiottk 
d'agrankiir s^s i^tats - et fle se soustralre 'Jjo^ 
toujours au tribut et k Phommage qu*il d|5il^ 
au nri de Perde, s'etaiti-eaipai^ d'une^^Mjftie 
dxL Ghyrvan , et avait pila ensuife k iSfe*[rlPer-* 
Vice im i corps de dix- imlie ; Af ^ans i a'^fpfe-' 
ijuel il ajialit soBmis la proviacll d'jferivaif ^^'^ '^ 



^ 



i » 



f Ce corps .9 aYant ji£^ jnort de. Niadir ^ ! ^^alt 

^t^ ; piij^rpy e vers l§i iiroiiti^re^ de 1' Armdnie 

poai; y observer lei Twcs*.Revol$^^ conline 

tptt&^^U^ 4^ sa natioxi^4e lla )3onduil3is.d'A^e^ 

.^hg^)^ U: fii'ietait eoumi^ en appaxenca. ^:DBiu6»- 

.tje^ L^/)i^ maU ilrlj^^yalf abapadonuai hi^ntft 

jO^r^spour se ranger ^On^'les dra{>eauix d'lbrair 

^ii». , ^([^.9QMtit (i'lbrfthiiib > qui ne ypa.y«| f)ds 

^s, s^^vftiep 4!utai]it qu-il 1- avait edpdise ^ il n'lk^ 

.1^to^i|i centre ; lui ayaa £mir-* Asiam ; ) liiorstfcbB 

celui-ci fut tu^^ ces Afghans se^ dLra^^rent 

Ye^is ly xtplSa ^ s'y . empdor^nt de r^tte * plaoe et 

4flt:qtoAl/f|^&^ viiila^syiiei: sb rendirent redou!^ 

t$itb|^>s4rJi^i clO0tr^.i >6-est- :ii^«iqiBef tTeyilibbras 

.iuJlf.^'^t^i^nt/paB kestids km^tcmsRlk asrncir 
iil^ priwiJide; I^^Orgi^^: aoiu amoT^ 'd^ piBage^ 

})r^\l^nipl:e:>>ils{.aj^aieiit iiipuitiei'itfsidrap^uiil 
ffOi^ ilii^^qii^^ils/ivena^ de oombattne ^ «t 
s'^taient empares de Tauris. . H^r^U^s^ ^ ->fiib 
^e^.XeyqiQUras/kyaSt marcl^ .Gontmitettx^, et 
^^^vait; obliges. d'alb^donncr^ki TiUttiilaaii) 
l^li^i^il (^taii; entiiS a. son toiin * . -uo « r 
o) :^9 ri 7 6 i 9 los • Aj%bans. js'^tant mhia aTsa les^ 
Le2^W$:> ceu]fi?^^ g.tt4(|U^renit le^^priuoe/dd^ 
i^o^rgM^far l#|ChyrVlui^ tandisc qmr^lcsipren^ 
s^^rs^ayant fd<^^ A^ad-^tbatok ]»urit4t(rj^> 






..-' 



CHAPXTRE PJELEMIER. IJ 

les places fortes > et garder soigneusement ies 
defiles qui y aboutissent k Torient et au midi. 

Lorsque Ies troupes d'Achmed vmrent Tat- 
taquer , ii a v ait d6]kk se$ or dres plus de quinze 
mille cavaliers. La victoire qu'il remporta sur 
Ies Afghans qui passaient alors pour Ies meil- 
leures troupes de la Perse , attir'a sous ses' 
drapeaux un grand nombre de Turcomans y de 
Ciirdes et de Kagiars ) ce qui le mit en ^tat 
d'etendre ses conquStes y comme nous le di- 
rons biehtdt* 

Pendant que divers partis cherchaient k se 
detruire dans le Khorassan , et que Moham* 
med*Hassan se fortifiait dans le Mazanderan ^ 
toutes Ies provinces k roccident de la Cas- 
pienne etaient dans la plus vive agitation. 
Les Lezguis , maitres du Daghestan et du Ta- 
besseran > s'etaient plusieurs fois avanc^s jus- 
qu'k Chamaki et Candjea , et en Etaient venus 
aux mains avec les divers gouverneurs de ces 
contrees. 

Teymouras , prince de G^orgie, jalpux 
/ d'agrandir ses Etats et de se soustraire pour 
toujours au tribut et a Thommagie qu'H doit 
au roi de Perse, s'^tait empare d'tme partie 
du Chyrvan , et avait pris ensuite k Son ser- 
vice un corps de dix nliille Afghanis avec le* 
quelil avait soumis la province d'Erivan. 
Tome FL B 



l8 TOYA^S £3r FBR8£* 

' Ce corps ^ arant la moit de Nadir ^ ayait 
4te eoiTOji yers les frontieres de T Arm^nie 
pour y obsertrcr les Turcs. R^volt^, comme 
tous ceux de sa nation , de la conduite d'Adel* 
Chah^ il d'^ait soumis en apparence k ce nou* 
Tean rdi j mats il Tavait abandonne bient6t 
apfks p^itr se ranger sous les drapeaux d'Ibra«> 
bim. M^content dlbrahim , g^^ui ne pay a pas 
ees services autant qu'il Tavait espete , il s'e^ 
tait nni contre Ixd ayec Emir ^ Asian. Lorsque 
celni-cl fiit tu^ , ces Afghans se dirigdrent 
vers Urmia, s*y empar&-ent de cette place et 
de quelques villages , et se rendirent redou-f 
tables a -la contree. C'est 1^ que Teymouraa 
les ay ait pris k sa solde. 

lis n'etaient pas restes long-tems au service 
du prince de Gdorgie : soit amour du pillage , 
soit desir de conquerir la Perse pour leur pro- 
pre conipte , ils avaient quitte les drapeaux 
dotis lesquels ils venaient de combattre ^ et 
s'^taient empares de Tauris. Heraclius, fils 
de Teymouras , avait march^ contre eux , et 
les aVait obliges d'ab^doliner la ville dans 
laquelle il ^tait entr^ hi son tour. 

'EaiySt J les Afghans s'^ant unis avec les 
Lezguis, ceux*ci attaqu^rent le prince de 
G^orgie nar le Cliyrvan , tandis que les pre- 
miers , ayant alors Azad-Khan k leur tdte ^ 



C« A P I-l^Rfi i? It E at 1 i K, f ^ 

fcmte li prtoVihce d'LHvati. Azad , aprfes c^ 
succ^sj St teiidit maibre de txmt rAdefbidjatt,' 
€t travailla Ae tous 's^s moyeiis'i attiret sous 
se8'di*ap^tftix d^s Aoddati de toiites Ifes tritras; 
^ (|ui ^orta bi^titflt sOii ktiiiie i pllis de vingt 
toUle h6ttliAe3fc ' 

A^ad^Khan^ Afgtan, titaitri^ aui environs 
de Kftb6ttl, tet (ftait entre in sefVice de !Kk(fii^ 
Arec lie corps de troupes que 3^ natioix iavait 
efiert k ee conqu^rant lor^u^ii rdVehalt de 
rinde. Jeune alors et simple cax^libt , Jl tt*a- 
Talt paTs tard6 de se fair e reiii&.rquef ct d*6bte- 
mr de l'kvanc6ment : il t^tait dan^ la prDVince 
d*Lrivan , ety coramandaitmille hottiiiii^s ^ous 
les otdres d*uu general divisaonuaire loi^que 
Nadir futtu^. 

Azad, dans des terns 6tdittalfeSj U^eAt it& 
qii'un bon offitier toujours Sdunii^ k qu'elque 
chef J dans ces terns de troubfes, fl devait S6 
distinguer et atteilidiie aUx prfefttifeti rafig^^ 
Dou«J > coftiftife il Tt^tait p d*UTie ame forte , d'uil 
earacteref atfdfefttVti'uAe imagiHati6n Ylve, il 
Ue poiivait tester tranquille spectateut dj^ 
evAaeiAens qui se p^saSent et s^ sutci^dalent 
ayec rapidity. V^ht^iUefit dan:6 ue^ deslts 3^ 
impi^tuetii: daiis ses actions, fkmiliitlst^ avec 
les dangers , k peine* est-il kla. t^e d^und 

B a 



;?a VOYAGE EN PER$S;. 

trpupe de f ^volt^s , q^'i^t^e me^plu85/4e bor- 
ne3 Jt son ^mbitioin :£! yoit la carii^re du 
troBie ouverte ; il s'y glance areq audace^ et 
y marcjbetd'un pas rapide et aswre.' 
. Si, en dernier. r^ultat, il.d^t quitter- Ta- 
rSne et :94djer. }a paluiq,^ uiijftutre.j|,C*;est.qup. 
les Persans ayant tine repugnance invjilicible 
pour :le3 Afghans , il ne pouvait se recruter 

t 

que du rebut de la nation, tandis que s?s en-, 
nemis lui opgosaientvtoujours de nouvelles 
troupes tiroes des tribus les plus gja^rrieres. 
et, les plus consider ^es. 

Nous verrons bientSt que , taalgr^ ces obs^ 
tacl^s , ^1 fut un moment sur le poiiit d'ob- 
t^nir un triomphe complet. , , 

Tells ^tait la situation de la Perse, au nord, 
dans les deux annees qui suivirent la mort 
d*Adel et d'lbrahim. 

Au midi. les montames du Loristan n^e- 
taient pas plus tranquille,s, Ali-Merdan-Khan , 
un des chiefs de la tribudesiBakhtiaris, race 
de Curdes, travaiHait de toutes ses forces k 
s'y faire un parti. - C'etait un homme d'un 
dge avanc^ : il s'etait trouv^ , en 17221 , au 
combat de Gulnabad , et avait ete ensuite 
nomm^ par Chah-Hussein , generalissime des 
troupes qui devaient venir au secours de la . 
gapitale , assieg^e par Mahmoudj il avait tou- 



CHAPITRE premier'. il* 

jouTd eambattu sons Nadir , i la t6te d*un 
corps plus ou moins nombreux. Ifousavons 
vu que , m^cbnterit de la conduite d*Adidl^ il 
eivait quitte Mesched avec trols oii c/ultre' 
liiille hommes qu*il comriiaildait, potrf se'ren- 
dre dans sa patrie.  \ ' ' ' ' '' : 

* Le cr^t qu'avaient' toils ses parens jpafrliii' 
les C^rdqs du Loristan i^t d6 P^riia , * Ik -^fcbn- 
dider^tibh^ personneHe ' doh't if ibui^siif ."Ifes 
gi^andes' richesses qu'il possedait, ranarcftre 
dans l^uelle PEmpir^ etait plong^ i ' tdut ' Itif 
AYait ibspir^ i le desir de plrbfitfer de^' 'circobs- 

pcfai' {l*erii|)ai'er'> anon du trfine" ,"34 Si^SlM 
^fttd* r^giier au nom d'un souverairiiq'ifl 'fHtit 
appmy*-'s*' iiaissaricfe.' ^'' '^  •'• ' ' ' ' • •- 
' H ^ ^^It! 'ardl-s siif ces montagriefe 'tiii jfeune 
seigiieiir ,' feomrii^ Isma^l\ ' dont la' nilSre , fifle 
de ChaK^Hiis^eirii atvkttf c?ppuse ,' apr^S le d;^- 
part des Afghans, Seyd-Moustapha ", (ifficidr 
dlsdii^e pMr^sa hdissaiici^ et ' le ' rang * qu'U 
aVait^feialtlk'^cbtir. 1 ' /^ ' * 
'' Get bffifcifer: dani'leS detni^res ann^es du 
r^gtte de-liJiiair', aYai^'j-Bg^ jihid^iit de quitter 
la dapffdi^', ^it de Vei3r cfeiCTcher aiipr^s dies 
Baihtiii^i^^^ im dsyle pour \ix\ fet pour 'si' fi^ 
m&le. IF Sliil! mort peii^de tems apr^s , Ms^diit 



? 



/^ \ 



^^ ^ f^t fipUej^^nt le, iilp ^b S^yd-r JVIqu$tapha , 
ou ncm^JUimpbirte ass^.peu: AU^er(}^n lei 
fit passer pour tel , le prit spxx^ $a pro^^eion ,, 
pujt^a jtartout qu'Upftfut petilr«iUs'4e Chali- 
HAA^§e^,^t qit^ .Q!pt^t,^ ce prince qu^appar- 
t^x\m%'VEiixpirr* ^e^, ^mi^saires , pepaji4^^ ea 
gf^dj^oipbre paraii lefs diyerses tribiis de sa 
i}^|i^i^^»t^haient de leur persuadeir qtt'U 6a 
r^swlter^^U: d^e gf%^^ ^\a^ttages; pa*ir elles ^i it 
gay; .Tjfli g4»^f »^ c^ypftia^R?: (jie feur p^rt ^. uift 
BfM'ffi i^u du ^ng . rpyai mQajtai^ ^r unr 
tj;^? ftwq^^l il. ?^ pQuvait esperer fJ^^p^^vflmrr 
81 elTes lui refusaient le^f:3^Qi:ff^«,Ji^s.Gm*des^ 
§^|^p^^^e^i;.ejiftpa^ne^.^ p^iireii;t 4?^ ^paes . 
^p iaVew dlsI^aJ^l , ^t s'epgj^gereijrt de mar'* 
chi^r . vera Ispdi^3 ^ouis,. l^s p^xJiesr :4*Ali-< 

, . , Un C^r d^ • d^. la . tribu de Ze^d x ^afl^Wft 
MoJiammed'-Kdmm^ qui par fg^iififgeju^eiSt^-i 

^e|iV;t^9^^Uon, , .^iljqui^ dj^u^t^es tein^4'p^ftrchiej 

li,oii^mesau$si braves j/ausaientfeprj&n^ns que ~ 
Jj^l parut a JUiTMeir4^ V^ ^ecours! Tdont U 



^ 



CHAFITKE PAEMI£a. «3 

• • • ' . 

ne dey^t .pf.sk se passer. II lui £t proppfi^r de 
venir le joindre, luipirom^ttaxit toute laiavenje 
du nouveau roi ^ et J^ par Isigct du buip^ eii pro:? 
portion dm i^ombr^ di^pi tro«|>efi qu'ili fp^m^ 
r^t. 

:^erw^t4it w4 Periaj. capitals dy di^ic^; 
de ce uom ; il ay ait iait la guerre sou^lifi^cVr ^ 
ttqi^^^'U ja'«^t )>n<ai9i e99im9Ad^ ^ qbef'y 
AU-Mwda:p> fiom kis ymiii dm(|u^i U f^v^i|; 

mier$.c^tw»ea. . . 

Kerim ayait trop de* p^ii^ratioa; pour na 
pa« entre^^bir ^u'll: d4pi?li4^< d^ liii d^ jouey 
Wl grand ri^}0 : I&n:^ei.4ili9^t:6<icore eiafantj 
AliT^rdan avait at^int Iq d^fnifer 4Q^'d^ 1^ 
yie* J;^ premie nie pcmv^it .W paaww. d'jw AWt 
tfiMT Jo^^^e l>ui;f(9'C98«fi?iait 4'0fr«v J^ ?^risei 
liyree,^FlOiU;^fi.l?s.few*WffS'd§ raiiArq|»ia,.der 
yait tw^rfJtJtel t»a#. 4^ ..c*l» %^ paraj#s|iit la 
piW'PHftptfe 4i^^t«l«Ur'l'if&<4¥? ? ie.pei»pl^ e^ait 
ti»^ i»l^qn!^t J deft Afgbw^ pow 4'?MoM»^t 
A«4d ;Oiii AbKioed f il j^^ ptfi^ygit TRir ^9? 
MolL4a»»9drHa^sau qu'tmiWiaiiiTefe^lie.: Isr 
iaiaei> qMAque iemiii^^ dejv^ nmw* ir»cfl»^:il^ 
p0ti.t-f4*!d/$ JHi^W^^ lffii*»l&#tgfi»i4«tftBftfe§ 
^Qmip^^d^ U*ei?:, d#iHaJ«c»u?:^wyft^fti^ 
pas iAi^r^t 4^ prfil W€^ ^^^wd^^ij^W 



24 VOYAGE EN PER^i.-^ 

accepta done avec emprcssemeht F6f5Frie d* Ali- 

Merdan, et vintse ranger aveb sk petitfe troiipe 

sous les drapeaux de ce chef. L'armefe')' forte 

alors d'environ dix mille homm^ ^ prit le nom 

diarmSe royale. Ismael fut proclame chah 

dans le camp , et reconnu pour tel dans tout 

letoristan. ' , . . 

• Ali-Merdan sepr^senta, en mars' ij^^d, aux 
* * ' ' ' , 

pdi'tes d'Ispahan J dies lui fiirent ferm^es. Ea 

va3n il pretexta qu'il n'avait pas d'autre m- 

tendon qu^ de placer stu' le trdne tiiipetit-fils 

de Chah-Hussein , et de mettre fin p$r-l^ aux 

trbubl^s 4^i d^solai^tft sa patriej en vain il 

promit de respecter une "Ville qui , la pr^mi^ro 

en rang i seralt' audsl 1^ premi^r6 ^k dbnilfet 

rexefitiple de la s'otHiilssion que tout Persan 

dfeVHiti: son sdilVek'iitf l^itime. S^lin^-Khaii , 

li^^tak^ifepuis pen par Cha±bkh ouparlfous* 

sef ,' gbu verneur d'l^pahan , rie votilut se pre* 

'tei* k aiicuB ari*^getoent rii ^center aucun6 

^ropbisitioil. Ch^rbkti^viVait : 6n dfeiflb ito^me 

qu'ii h-avait pjas erdtiei'ement perdti> 1«L T»ej 

cett6 'V^Ille, la plu$ importante de rEinj3ireV 

devait Itti Sti^e ireligieusement €k>iise^ v^e ^ ou 

devElit ^tre remise k celui-1^ seul^vs^t que la 

nation* atird.it reconnu comme cheh< Selitn 

^fng^giea difhc Ali^Mbrdan c3l se^ iretiiftji* et'i 

tJorigedier ses trotipes . ell ne . yo^aJt s^'ex^b- 



ser h perdre la vie sur un champ 'de bataiUe 
ou 8ur un ^hafaud. 

Ali-Merdan , trop ambitietix pour renoncer 
kses projets, trop faible pout entr^rendre 
quelqu'attaque contre une yiUe immense et 
populeuse, prit le parti de s* etabiir k Gazay 
village situ^ k troU lieues d'IspaJiatn ^ : et d6 
continuer de 1^ ses n^gociations-y tant avec le 
gouvernetir ^ qu'avec les principanx habitans* 
II esp^rait venir k bout de les gagner , ou 
boifttau moins de faire passer chaque jonr dana 
la ville quelques/Xiouveaux ^missaires iqui tra*- 
vailleraient k liii faire >de$ amis^ et tqui I'ins^ 
tmiraient , k tout ^^v^nemeht , de Ce qui pourr 
rait fitre tent^ contre lui. 
' 'S^lim, qui p^n^tra les de^^ins de cet am- 
bitietlx, et qui-tie vbulutpasd-aillettfsluidoii^ 
n^r le terns de se fortifier^ sortit avec-se^ 
troupes et uti grand no^xbre de seigaeursy et 
vint Tattaquer dans ses retranchemeil^. • • / 

Ali-Merdan 's*y d^fendit peifdaht dix jours 
avec courage j niais craigiiintt k la fin d'etre 
force , il fit proposer, k reiin^iilne suspend 
sion d'armes pom* traiter de ^ paix , et arr^tir 
par-lJl , disait-ii , Ife sang qui coulait malgr^ 
lui, II retlnt de cette ^ani^re l0 bra-s des ^ts^* 
fei^geans ^ et siu moment eU it faliait conclure 
et signer un traits ^ ,il s*ediappa ddl liuit , et 



jirit ^rec spn afvad^ le cb^min dee mqib-la* 
gnes^ oi!i il ne resta pas l.ong-tei&JS. Ilrf^pwut 
^ai loai^ ayw li^p^^n^^e bwncoup plus nom- 
.l>i^Tis^ et df^ pr^teations beewoiiip plus&rr 
t?s* n sg^oti^ifH^t^ fois tl'93si4ger Iia viUei et 
d^ U livFOT ftH .{)iUage si pn ne lul ea ourrai^ 

Le gouireirijiewry (|w s^^tait attending Mon 
i?e|opr> ya^yaitfiftkeatwr de* vivfes j il ayai$ 
r^pve leet reapapaits , mis Tartillerfe eu baa 
0tat^ -et enrdld toi»a cenx d« habtlsans ^lu 
^yaient ycfiiiu se ranger scms ws drapeauic* 
La pltipa7t>4e8 sei^i^isurs ^ indigaes^ da Taxro^ 
gaace de qe Curd^^ ou s^wtew^nt; li^fe a>f« 
ses ehnemis , ofFrirpja,! yi>i(9a.'tairQmeat leUirf 
si^ryices i,Sj^Uipj de soiS^i^me c&liUT<5i se Tit 

jQP;6tat d^sonu! de^ la.vUW^ la *^« di^vi^gfr 
mq miib hoioiiix^ , et dfe Uvrdir Jb^taiiLte ai« 
i^ivd^^<i|«*il 6tai| urgwt d';4Jpigfl^r> attmidiit 
qu'ils jaiY^^^^i^ot: la eampagw ^t qWUs j^r 

o jAU-Mfeijdan^iaverti,d)i;}ow oii k goiyer- 
nwr davait'SCirtiry9!9 di^pqga^ k'V^w reqevpir. 
U t^e posta ^ Qm4 on «k: lieruea des mors , if «$ 
['Occident , sur im terraba iky arable' , qt. pla^ 
qii^lqtiQB QOjrps de troupes. a pc^r^de la yilte ^ 
^vecordre., d^$ que rennewi par^i.trait, ^ 
y^iiir le jpindre §wis epga^i. Bu^iipQ ftctipja^ 



»^ ! 



Cette ruse reussit. Les troupea de S^lim^ ^ 
persuadant qu'il fuyait^ courwent sur lui*|^ 
toute bride ^ et rattaquerent ava>it de.s'£tr!9 
ralliees ; elles furent repousseea> m^aeaen d^ 
route et vivement poursuiyies, Jj^Wt exemple 
entraina celles qui a'etaient moina .ayanc^s } 
ellei rentr^rent toutQs precipitaBomejit , abaut 
de^fmant leur artilLerie et lai^sant s.ur la plac^ 
am grand nombre de morts. ,. ' 
, AU-Merdan te servit des capQua qu'il ^v^j^ 
pris pour attaquer la yille sur pluaieura point§^ 
11 en pi-easa viveai^nt le ai^g^, et n^ece^sa de 
menacer lea liabitaaa de toMt detruirie a'ila J^n 
ftedent une plus l<Higue r^alatance. - > 

- lapaban ^ plus qu'auqune ;autre . viHe , de la 
F!erse, etait depui^ long'temaUvree^. touted 
lea factioria. Tpus les ambitiieux qui n'ayai^n^: , 
pu.> dana iefe provinces , ae mettre;^ la %^tf^ 
d-une arm^ ou d'une trouper de ^^ns arm^s^ 
^Uuent venua dana cette capit^l^ *yw Yinpdnr 
tioA de ^ywiaer p$.r leura i«trigia^p,.l'^l^y*- 
tio» d:e celui aupr^s de quji il3 leap^r^ein ^ 
tenir des emploia* / > 

i ,Jae parti de Mohamsi^d-rHa^s^nr^hafi ^ait 
pi^tit-StrQ alprs le plus notubretiX/^ c'^tait (fehii 
qui ayajLt eng^g^ d^ux ibis )e^ habit^^a a preur 
^e lea armesK Ceux qui 1;eXiaient; p^nr Ach- 
Itted^yaient wojitte 1^ 19^^ §^p^aaem©Q,t j 



t 
i 



mZ^ VOYAOE EK ^£KS£r 

i!s avaient les tins et les antres trop k cxmir 
d^emp^dier que le8 Gardes ne ^ rehdissent 
toattres d^ la capitale^ pour n'avoir pais cher*-' 
€h6 h les repousser. 

* ' Charokh avah aussi son |>arti ; mais il s'af- 
£iiblissaic<|e jout en jour. lies ininistres de lai 
Kligion et tons les zeles Persans le haissaient 
totnme h^^tique et comme desc^tidant d'uxr 
liomme dont la m^moire ^ait encore en hor* 
ireirr. Onisilvait d'ailleurs qu'il 6tait ayengle^ 
et comifie tel exclu du trAne. ' 
' Ali-M^rdin comptait dans la ville phisieuits 
aittis, et un grand nombre de partisans trds- 
empress^s k chanter ses lonange^ et k fsire 
valoir les avantages qu*on retirerait de I'ex^ 
Ctttion de sea projets : mais ce qiii p^ida li 
• mieux en sa faveur, ce fut sa victoire j ce fai 
M terreur que sdn nom inspirait j ce furen^ 
6es menaces, tjes habitans d^Ispahan le cori-» 
dkissaient irascitle > vindicatif'j ils se d4terin£» 
T»&rent k le recevoir dans leur ville , de craint^ 
tj^il ne se portit k tons les el!C^ de rage et 
de vengeance s'il y en trait de virv^ force. '^ 
^ -Les port^S lui fureht ouvertes le 3i mai 
i j'Sb , malgr^ ropposition d*uh grand noiiibl^ 
de seigneurs qui craignaient ppur leur vie, et 
it qui il ne resta d*abord qiiela ressource de 
fi-enfermer dans la citadelle. Ali-Merdah fit 



CHAPITRE PREMIS&. . 35> 

<eiitrer ses troupes et leur livra la vilie : ell 
se repandirent en iin moment dans tous les 
quartiers, et y commirent pendant deux |ours 
les plus horribles desordres ; ^lles ne massa^ 
cr^rent point les habitans; cela leur ^tait trhsr 
express^ment d^fendu ; mais elles les d^pouilr 
l^rent ; elles les maltraitSrent ; elles les toar^ 
ment^rent de toutes les manidres pour leur 
arracher tout ce qu'ils avaient de .precieujc^ 
Le pillage fut au pointy qu'aucune maisoii 
de la yille ne fut exempte de recherches ; 
aucune personne y quels que fussent sou 
r^ing y son Sge et son sexe y ne fut respectie^ 
Julfa y le plus grand et le plus riche des £ui* 
bourgs y fut le seul ^pargne : K^rim-Khan en 
avajt obtenu le commandement , et s'y ^tait 
etabli. Jaloux d'obtenir I'estime des Armi- 
niens et des Persans^ il n'avait pas permis quo 
ses troupes commissent le moindre d^sordre,. 
zii qu'elles enleyassent la moindre chose. 

Les seigneurs qui s'etaient enfermes dana 
la citadelle obtinrent une honorable capitu^ 
lation, et en sortirent le premier juin. Ali-, 
Merdan iit son entree le 2 , et fut loger bxcq 
le jeimelsmael dans le palais des rois. D^s ce 
momejit tout rentra dans Tordre j les troupes 
indent casern^es y et s^umises k la suryeiiiance; 
4es chefs. Les marchands^purent ouyrir leur* 



J 



< 



bfiutiques > et lee ouvriers sB livrer d,u tf avail 
ftahs plus rien craindre. 
' Ali-Merdan ne se vit pas plutdt maJtte da 
la capitale ^ qii'il asscmbla dans son palais toua 
les seigneurs^ tons les hoiHrnes constitu^s eit 
dignite, tons Ics ch^fs de tribus qui se tifOii-' 
vaient k portee de la ville j il se rendit ert 
grande pompe an milieu d'feux , et leuf parla 
des malhetirs de TEtat ^ suite ini^vitable d^ 
l*anarchie qui regnait depuis la m6rt de Na* 
dir > depuis surtout qu' Adel et Ibriahim ayaient 
^Uiim^ les torches de la guerre civile. Le ta* 
IJeau qu'il en fit ^ ne pouvait manquei* de pro-^ 
duire un grand efFet sur cetix qui desiraieni 
^inc^rement le bbnheur de leur patrie. 

Le Kandahar ^ s^par^ de TEmpire et ^rig^ 
en royaume par les Afghans , donnait a tou-» 
tes les provinces un exeitiple d'autant plu* 
dangereux , qu*il etait sMuisant et d'tine fa- 
cile execution . Ces Afghans > ay ant leur nou*^ 
veau roi k leur tSte , s ^tai^nt rendus maitres 
du Segestan J its attaquaientKt^rat, etmena- 
^aient de s^ancer ju^qu'k TOitus et la Cfts- 
pienne. Le Khorassan ^tait le foyer de toutfes 
les intrigues, et le thefitre des plus affireux d^ 
sordres. Le gouverneur d*Astet-Abad 4t{dt 
en rebellion ; il s*etait empar^ du Mazande* 
ran , du Taberistan ^ et 11 se disposait k porter 



} 



1 

! 

I.. 1 



» 



» *. 



CHAaPITRE PREMIEK. * 'Si 

l^gu^JXe parmi f:otis ses yoifilii^. l^pjrince 4i^ 

Georgia avail pps les arjQie6;qt,ayait p^ete^ 

.dfins le Chyrran/ dpji3 £rivan, daps Nacsi- 

jvan,, et avait m^e travers^ .I'Ara^e pQ?v 

^trer 4aBa rAder^>djaiLr Jt^9\h^^&^^s f ^0117 
jours ayidiefii.de pUlage9f)Ci(ftfp4l^^i^t rdyat- 

g0aient le P^ghestiafl , )« Tlatps^wnti i? Haufe 
iChyi^vait- ,Unei troupe de ; l^<§^4si y ,l^3Urs aly 
lies, portait jA.44^olatiQn^)l!^0^T^*Ie.€tJii 
z^Ort'daiiQ I^ri^ilia 5.dan& TaiJ[^i6 1 !^^p^ A^debi|» 
lie <r^ilan , ^api){)^di^ ^ diteirs^facfiiw^f toya,i^ 

^^xjet, fit (iojit la fehute n'Maife vli^itiip'^itt*^ 
Y^i54 fkiiv oddftyrju ^t des Hiwas^; J^^ Ar^b€B 
t -.^taiedt Wikdw |»d^pendan^ ^ IfeoitlioMcfema 
du Schat-el-Arab et dans toufie Kjetrmf»ir> ili^ 
!Laare<itftBr,pdbpuisrTaj*oii: Jtiniqu'^' (&QimQ)i ^ 

p}^^ de ^irfe £o(rw]kiarm€ixA deiNa^ir ^ ej^ft'^ 

Iteahaal ,«t;^-Ghaix)kh aviLieh1ii£a.ita(ppitt Jlre»I 
ohas8er;'I^(>Kd3iiaiah jetait da nieoae giGiuTOon^ 
par.uii reh^Uie.qvibefefa dfcaiilbrakfiardicsiarmef^ 
^ la maiHk Dai34 ^I'ijlt^rieur ^ ^Hiltaiiie^ Casbijii*^> 
T^h^ran, Kom, Cachan, Yeady^Cliiras, Ne^ 
ha;yendi| Amadaa*/ Kermancfa:aii$'^n un ukdi, 
toutea les yiile$ ^ tiotis le^ districts fn^taien^tasn^ 
Kbeliioii^fiu n'obeiUax&ti ^u^a d«s.d;H:fk tou^j 



• « 
Z2' * VOTJLGE E if PERSE/ 

fllurs prfits ^ soulever les habitans et k le$ ar- 

iner les uns contre les autres. 

• 

* Dans cet ^tat deplorable', Ali-Merdan nfe 
voyait d'autre parti k prendre , Charokh ^taiit 
aveugle let Soleyman ay ant it6 tu^, qn^ de 
placer sur le tr6ne tm pietit-fils de Chah-HusJ- 
fiiein j il a)<>ilta qn'il avait r^uni en divan les 
grands de<iPEitapire pour rfeconnaitre les droit$ 
d^Ismael, et lui nommer un regent jusqu'^ c^ 
qii'ilfiit en dge de goiiverner. Ceux-ci n*a- 
Vai^nt rien i ohjectefk un'hamnje qui tenait 
ieur destinee dans ses meaiifs: Qui d'entre eux 
anrait ose contredire celui qui, d^im mot^ 
dSinsighie^, pouvait leur arr^her la vie, leni" 
r^vir la liber te^ ou les plong^ deaia' la pliis , 
dffr^use mis^re ? ' > 

. t 'Ti^us les' seigneurs*, toutes lies personne^^ 
^ui se 'troitv^aient dans Passembl^e , non-sett--' 
tement applaudirent' aux prop^sitSons iVMU, 
M^dan ^ mats ^^usieiu'S d^entre enx^r^rent 
la voix ^Dtir ofFrir la couronne 'i' celui , dJ- 
saient-ils , qui la m^^ritait k tant de titresy et 
qui avait la moderation de ne vouloir se placer 
qU*au second rang iorsque hi victoire lui avait 
assign^ le premier, . 

. Ali-Merdan ^tait trop clairvoyant pour ne 
pas :ijngejr que , dans les cirodnstaiices presen- 
tes , le moyen le phis sftr et le plus prompt 

d'arriver 



^r^ 



.I,-, ;. ■*, 



:t^ 



4*4> 






* - » I 



CHAPITER PReVtiEB:. ' dt 

la giieire parmi tous ses voisins. Le p^n€e43#. 
G^orgie avait pris les armes et avait: penetr4 
dans le Chyifvan^ dans £riyan, dans Nacsi- 
van, et avait mSme traverse I'Araxe pour 
entrer dans TAderbidjan. Les Lezguis , tou^ 
}Oiirs avide's de pillage'^ occupaient et rava-» 
geaient le Da^iestan , le Tabesseran , le Haut- 
Chyrvari. Une. troupe de brigands ^ leurs al- 
lies , portait la desolation ^ T^pouvante et la 
mort dans Urmia ^ dans Tauris, dans ArdebiL 
Le Guilan , en proie k diverses factions , voyait 
s'^lever des chefs dont Texistence ^tait ^phe- 
m^re , et dont la chute n'a vait lieu qu*i tra- 
vers des cadavres et des ruiives* Les Arabes 
s'^taient rendus ind^pendans k Tembouchure 
du Schat-el- Arab et dans tout le Kermesir. Le 
Laarestan ^ depuis Taron jusqu'^ Gomron , 
etait soumis a un gouverneur qui s'y etait 
place de vive force k la, mort de Nadir ,. et s'y 
^tait maintenu malgr^ les. efforts qu'Adel^ 
Ibrahim et Charokh avaient faits pour Pen 
chasser. Le Kennan ^tait de mdme gouveme 
par un rebelle qui s'en ^tait empar^ les armes 
k la main. Dans Tinterieur , Sultanie , Casbin ji 
Teheran , Kom , Cachan , Yesd , Chiras , Ne- 
ha vend, Amadan, Kermanchahj enun mot, 
toutes les villes , tpus les districts, ^talent en 
rebellion , ou n'obdissaient qu'k des chels tou- 



• - *- 






»►. 



I 



Oa VOYACJiB EN FBllS^. 

jours pr^ts k spulever les habitans et k les ar- 
mer les uns contre les atiti^s. 

Dans cet ^tat deplorable , Ali-Merdan ne 
Voy ait d'antre parti k prendre , Charokh etant 
aveugle et Suleyman ayant ^te tu^ , que de* 
placer sur le trdne un petit-fils de Chah-Hus- 
sein J il a j out a qu*il avait feuni en divan les 
grands de TEmpire pour reconnaltre les droits 
d*Ismael , et lui nommer un regent jusqu'^ ce 
qu*il fAt en dge de gouverner. 

Que peut-on objecter k Thomme qui tieht 
dans ses mains la destinee des autres f Qui 
csera contredire celui qui , d*un mot , d'un 
signe , pent vous arracher la vie , vous ravir 
la liberty ou vous plonger dans la plus afTreuse* 
mis^re ? 

Tons les seigneurs, toutes les personries 
qui se trouvaient dans Tassemblee , hon-seu- 
lement applaudirent aux propositions d'Ali- 
Merdan , mais plusieurs d'entf'eux (^lev^reht 
la vaix pour ofFrir la couronne k celui , di- 
saient-ils , qui la m^ritait k tant de titres , qui 
joignait la moderation de ne voidoir se placer 
qu'au second rang lorsque la victoire lui avait 
assigne le premier. 

Ali-Merdan ^tait trop clairvoyant pour ne 
pas juger que, dans les circpnstances pr^sen- 
tes > le moyeh le plus sAr et le plus prompt 

d'arriver 



«J'4;iJri1cey!,^!lflL»prew^j§B. place et de s'y mam-f 
tenir ^ c'^tait. par riattarxa^dfij d'tm enfant >doi]£ 
l^s^ -drpits .aejrai^nt xeeonnusrl^gitimes.; II! ren 
jetti ! d/s>si$c d'oi&e qui bii ^talt iiaite y [ ejl. disant 
qu'6m. lie pbryieindir^tt ^^ < 4^oufer touteis lea 
p^r^tentiops^iral/illriminer ia pair et la tim.-^ 
qnUHt^dapidtous left|K>ibtsder£mpireVqu'eii[ 
pla^^fc suit; le ti^doo /cehii que Ia;nai8sa2uie'y^ 

-ilTouteiiL'^saelnU^japplaudit ^ oet "ai^irL 
latOja^Lfutoiuiaaipl^mfiilit ^prbekme xti^i^'€t:li» 
r^{^(i€|9 C02i!£er^e d i^i'^Merdan. ^ •; ^ 

PendwiL pliis d'lui «l (Ispahan et » Hmt > ilo: 
midi id^ la i Perse jouirent^deJa plus* graide 
tranquil|iti^*!J?resqkie tons les khans se sou^) 
nurQUt^t 6t ^nftioiaTiiti.rent(Soli8rtnellemept*lii i^n 
gi(bpt$^' ^ft droits, d'lianiael. Les Arabes prdn 
miretaf: de.'payer:lei»tr^b]it auquel ils isGRnt^soitf- 
ni|^4' X^ pie^le^ipeir^paide que les promessei' 
durJoig^nb^aiolxt^wc^resiy aeiflattait^ jbiasbn 
^ofin^lMMiSiikn gd^ppn^t^emeastHtaibl^i, tkirxepos^ 
^ du;bi9il^}i^^.^f^il^aqu#U rMupiraitl 4f^-. 
pui«>.lQngTit6iiii(»- ^U^A^^^iiliinryl qiioiqKeiid»r eti 
^ik§> .pap^t t^diitr 4tiste;..eA K^rarn^;} quf oou 
xagSi;^^^ Q0mn4eiMi3f lieutenant > ; t^emnaieih^ 

^aJbi^p^apC: c^th^riir j^fa fla$' ^^todsiols^ dii) pcinjbln^ r 

Tome VI* C 



Z4 -'r<iT:A(«'ESr 9f &4i^^ 

ilavaltprxs pins ]mrticitdl^emdtit sous sii)^t^ 
tectidn. ies Arm jmens qtd riritiitai^itt > fion^ ^ 
Cim&e deUttt rel%ioixy fi]itisparcev^^>pdiid 
eppriiii^d ih ltd jeitctient ifi^pir^ plus de ptti^v 
Il> pliElidi. fortemeM en* k«ir ' fav&ur ^ comttie i) 
lefaisait egakmeiit 4 i-^gfacrd de8 P^rscmd ton*- 
tes les^fim que le i^gent A'cmltit eiigef de^leor 
faubourg des contributioi;i§ eltraordinair^$v> 
II s'uaitSressa del mdme^p&tit.'Jies^'i^ultltacelirs 
d^si env^fsons db la;cii;ftttale/ef cheto'ka^'^^vtt-: 
tant qu'il le put^ ^.allegGik le fardeau ({tii pe- 
ssiir ou^ eixx d'unje^Tiuani^ve effrayaihciet^' j i 
^ - Alt-Merdan iie prit d'abord anduit bthbrage 
de la eonduite de Keiini ^ ' it te laissa gouver • 
neir klsdn^f^eilefaubotirgidid Julifej iile laissa' 
plainer ^ comme ilTOttkLt^^ la caifts^ddk^dp^' 
primed} il n'en suivit'p8l8.htoin8;seS' plans. 
Tout occup^ de faireia gue^ r# ji (ov^ lei pt&^ 
teod^ns > de souifiettre: ioucesi Ids' pr6v^isfp&s^ k 
se$ lois: ^t jde iodndervsr iiSnxpire datis^ ^opL • in- 
tegrit^ ^ il fie Uximmti' |kmtfi$ dd^s lldee qW 
les soiuccepi vde < la ' ^^toipeiiU publzqjil^ • sbuti 
tpubes dansiles :^a4ns^ de o^bii qui: gquveilk^ 
qiielecn^iUetui mdytii picMi^^ltti de>s^'|/]^i>Q|r^' 
rer de V^T^0nb^od^%V^k'mig0tt6tiW» 'l^lUd^k^ 
pral^n^G! dw Mt^n^;i'hiiiil£^»ie ^ cle^^ittr ddjt^* 
x\ex3 iaa d^bc^U(^^4Ci^i2iiuiii^ Otuis son igi^imo^^^; 



il crut n'ayoir rien de mieux k laire > pbtii* 
Venir k bout de ses desseins , que de frapper 
tes pi:*opriet^« , l^ndustrie et ie commerce pBt 
d^s taxes exoi*bitantes ; il voulait prompte- 
ittent tme armeej U fallait ayant tout se pr*c^i 
curer l^argent n^(ies8aii-e k son entretien. 

A peine se vit-il k la tdte de quarante ou cin-' 
qnante mill^ homines^ qu'll r^solut d*en lai^ 
set* une partie dans la capitale , et d*aller avec 
Tautre k Tauris afin d*en chasser les Afghans. 

Azad venait de faire sa paix avec le roi de 
G^orgie. Lasses de se battre saris poiivoir^ se 
d^ti^aire , ils ayaient fix^ leurs limited k T A- 
raxe k Ik fin de Tann^e 1751 j et s'^taient en*- 
gages k ne jamais passer le fleuve pour pillet 
ou ravager les possessions Fun de Tautre. 

'MdJtre, par ce traite, d'Uirmia, de Tauris, 
d'Ai*defhil et de tout PAderbidjan , Azad yint 
afu8sit6t s*emparer de Sultanie et de Casbin : 
Jl se pr^parait k entref dans le Gnilan afin 
d^arracher cette riche province au gouvemeur* 
duMazanderan , avecJ lequel il voulait se me- 
surer avant de porter ses pas vers la capitale. - 

Mohammed^Hassan venait de s*en empa--' 
rer (1) , et en avait cdrifi^ le gouvernement i 
Hideaty fils de Hadschi-Schamal , Tuti des 



(1) n y etait ©Btre aii cdilinieficemeftt deV^h^e i-jio..* 

C % 



36 VOTAGJB.,EH-OPBa«E«. 

# • • . ^ • • • , 

plus riches habitans du Guilan. Get Hadschi-^ 
Schamal^ apr^s la mort d'lbrahim, ay ait en- 
trepris de se foriner iin parti ^ Reicht, et. de 
ae readfejiiiaftre de toute la province jmais, 
^j^avait .^t^ a^sassine quelques niois avant I'ajc-; 
riV^e de Mohammed-Hassan , par nn ambi-, 
tieu^ qui ayait voulu Timiter , et que Mo- 
haco^med-Hassan fit mourir k son tour- 

AprSs la prise de Mesched en ]\dn.xy5i ^ 
Achmed resta encore quelque tems dans le 
Khorassan , tant pour s'assurer la possession 
de cette vajste province , qu? pour obseryefi 
ce qui' se passait k Ispahan et dans tout l^^ 
reste de I'Empire. Son intention, en quittant, 
le Kandahar , ne pouvait ^tre douteu)5e ;. la. 
conque^e de la Perse ,. apres la mort d'Adel et[ 
d'lbrahim, Tavait t^nte, et lui.avait paru d'une 
facile execution. Mais T^tat de trouble et dW^, 
gitation dans l^quel il vqyait. tout le royaume,, 
Tesprit de revoke qui s'etait introduit par- 
tout , le .firent hesiter, quelque terns sur le 
parti qu'ilprendrait. Sonarm^e etait fojrt af-^ 
faiblie par les dillerens combats^ qu'elle av.J^it . 
soutenus :il voyait toute la repugnance que 
lesPersans devaientnaturellement avoir pour 
un joug ^tr anger- Une region plus riche , plus 
populeuse s'of&ait a ses regards : iLse decida 
k y porter ses forces^ et a ne garder de ses 



/ 



CHAPITRE FKEMIBK. 3/ 

'conqii^tes sur la Perse, que H^rat et le S^- 
gestan j mais avant de partir il exigea de tous 
les seigneurs et chefs de tribus du Khorassan, 
"que Charokh ^ quoiqu*aveugle , fiClt proclam^ 
roi , et qu il regndt sur la province ou son 
aieul ay ait re^u le jour , et qu*il avait conquise 
la premiere ; ce qui fiit unanimement adoJDtd 
avec des transports de joie. 

II fut done convenu que le Khorassan , 
ayec toutes ses d^pendances , serait detach^ de 
la Perse , et qu*il resterait comme apanage k 
Charokh , lequel prendrait le titre de chah 
ou de roi , battrait monnaie , lever ait des 
troupes , jouirait k son gre de tous les reve- 
iius appartenans k la couronne, percevrait les 
imp8ts, et ne serait jatmais , sous aucim pri^- 
texte;, tributaire de la Perse ni d'aucun autre 
itaU II fut convenu, en un mot, d'^riger 
pour lui et pour sa posterite cette province 
en royaume independant. 

Les seigneurs jurerent de prendre les armes 
et de defendre leur roi toutes les fois qu'ils 
en seraient requis, et Achmed promit de vo- 
ler k son secours s'il en avait jamais be- 
soin. 

Apr^s ces dispositions , le roi de Kandahar 
laissa une partie de ses forces k Herat et dans 
le S^gestan qu'il venait d'^cquerir ^ et U se 



^ 



38 tOYAGE EU' P$AS£. 

riendif: dans sa capitale ayec Tautre diana I^ 
ippurant de Tami^e 1752. 

Jfow n^ le suivi*oiis pas dans ses exp^di- 
tipiis k roriept du Kandahar , oii il porta la 
gl^rra pour recnler les limites de son Em- 
pire, N<)^s ne dirons rien non plus de son 
^^tr^ k Delhi qu*il pilla en 1762., k Timita- 
tion de Nadir. On trouvera quelqties details 
$ur la vie de ce prince dans un ou vrage anglais 
publi0 parM, yansitart(i), et dans le VoyagQ 
de M. Foster (2). 

AU.-*Merdan ne s^^tait point encore permit 
d0 mettre des impositions e^traordinaires su^ 
le faubourg de Julfa j mais se trouvant sur I^ 
point de quitter la capitale pour Texp^tion 
iqu'il meditait> et Kerim ^tant sorti par son 
<)rdre , dans le courant de Thiver 1762 , avep 
un petit corps de troupes pour battre la cam-* 
p^gi^^ et co^tenir quelques tribus qui pa*- 
raissaient s*agiter k I'orient de la ville , Ali- 
MerdaxL profita de gette absence pour exiger 
de$ Arm^niens du faubourg une somme d'ar- 
gent trSs ^ considerable. L'ordre portait dQ 



{ly History ofAimedSchah king of abdallies , trans- 
lated from a persian biography. 

(2) Voyage du Bengale d Pdtersbourg , traduit de 
IVngUis par M* Lao^l^s ^ 4« Vlinstitufc n^^onaU 



j)ayerlejouf m^bma si 0^9^19 ypu}ait ^^^fpfis^ 
aux pl'^s rude^ trait^il^nfi. 

IjQT9qu0 Kerim ,^p;»iJ; (se qui s'etait pass^ 
k Julf a , il ne put retenlr sa cplen9 : 4f^^s ^ 
juste, indignation , \l Ip^M^^Mppet de$ pro* 

£$i par|B.(}dfi4or9 &t jiir^; 1? ri^gent ne yi|: 

^Qd.iai'wpwiftlwfu»€ic^i4^yfti|t Jii^i 4tta<;h«i: j U 
J[^ r^par^y^i^ o^ moment, c(kmme vn riyjj 

wi^pilabilifla qwi lui g^^^^nt tous l^sc^^w^^ 
il joignait de h \^^YQmf f 4^ Tenergi^ pt »|ie 
per^QTi^anqe dans $6$ r^oli|tHHi8 ^ qui li^ii4«- 
js^'ep'ttpridi^airem^t ^Uri^Q^ter tQns I(^.iobfr- 
tacles. 

ite^ l^Lc^pjt^e^ ^t4|it a|>p;ai^9 ^^ rovint il spj^ 
pipate^ Qn s'ajttendait dans la yiile et dt^n^i'ax^ 
mi^yk une rupture entr^ lui et le regei^., qt 
^hacun priei^it parti eniaveux 4e l^uxi d'cux* 
Leur i^ar^ct^e bieu connu ^e permetta.it pas 
desuppo^erqu'ilsfeindraientrun pour Tautre 
d«s iaeiiti|ii^iis qu*ils n'avaient pluis,. L*entre- 
Yue qu'Us ;eurent fiit telle qu*Qn rayadt pr^ 
yn^. J^tim 9 dpft^s flyoir rjendu compt^ dvi 
resultat de sa mis^io)) y ypulu^ 8e plaiodre d^^ 
ordreis jq»i. M^knt et^ dpftn^g ^ i'legaf d 4*ua 



J 



1 



H0 VOYAGE Eir 1*ERS«.- 

fkuhovirg qui lui iJtaSt ^chu en paftagei 'Ah- 
Merdan paria en maJbrie , et ajouta qu'ili agi- 
rait dorenavant comme.tel. K^^rim $e retira 
eans dire mot. • • -^ / ; i; . 

-' Cependant le peiiple', mecontentdtti«^gent, 
prenait parti eri'faveur de Kerim j rarmee 
eUe-mSme se diyisait.i Ali-Merdan*, informe 
"dte's progr^s que son rival faisait dur Vbpinibnl^ 
donna ordre de-f^aifr^^'on de ife tn^ s'il r^- 
sistait. Get ordrene put ^tre ei^fcuti^; 'K,^rim, 
averti du danger qui le mena^a}tj'4isparut k 
|jr6pos , et le joul^ mSine un de ' se6" amis , 

Mldhaittined-l^lian , p<!>ignarda le tegent dans 

• • • » « ... , , 

son-palais et ati mllieiitJe isfe gairdfe^ sails; que 
perfediine songefit 'it I'arrfiter iet &. pUriit cet 
attentat.  

Cefete mort , arriv^e k la fin d6 liliTer 1762 , 

n*excita aucun trouble dans la ville. Kerim 

h*eut qu'k se presenter pour-^u*^ 1 instant 

Varm^e se souihit k ses ordres. QuelqueS of- 

•ffcters - g^neraux que leurs liaisons • ivec Ali- 

•MeMan pouvaient rendre s!liS{>eetS',"'Youlu- 

retit se soustraire par la fuite au chStiment 

qii'ils redoutaient : K^^rim leur titdire de re- 

venir ileur poste Sans rien craindre; ils 06- 

d^rent k c^tte invitation / et sertiFeiit . letir 

^'nouveau chfefavefc fidelity. • 

lies parent du l^gent se retirireijt i Ch>- 



L 



CHJLPITKE' PKEMIE*. ifi 

ras ou dans le Loristan ^ sans qu'ils fussent 
inquietes. Quelques-uns inline eurent part 
dans la suite- aux bienfaits de celui quails 
avaient d'abord regarde comme leur plus. re- 
Houtable ennemi, mais qui ne pouvait leur 
(bti vouloir puisqu'ils n'avaient en aucune ma- 
jii^re cbiltribu^ k Tbrdre qu'AlirMerdan avait 

M 

donne de Tarr^ter, 



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i|3 TOYAGS ]5ir ftK9t* 






CHAPITRE II. 

Dispositions de Kdrim : ilva comhatT 
tre Mohammed-Hassan / il est hatpili 
il rdpare sespertes , et marche contra 
Azad} il ne peut s'emparex" rfe Cds^^ 
hin^ oil celui'ci s^est retird; il y rO' 
vient tin an aprds ^ est battu et pour* 
suivi jusque dans le Kermesir. Les 
Arabes viennent ci sort^ secours. Per-- 
tes d^Azad; il se retire a Ispahan , 
puis a Tauris. JMCohammed-Hassart 
et KSrim ueulent s^emparev d^ls" 
pahan. Kdrim ^ abandonnd par les 
Arabes, se retire a Chiras } il y est 
attaqudpar Mohammed-Hassan / il 
le repousse : celui-ci entre dans VA^ 
derbidjan , et s^en empare. Azad se 
retire en Georgie. Mohammed-Has^ 
son "veut prendre Chiras; ilestaban^ 
donnd de ses troupes > attaque a son 
tour dans le JMazanderan , "uaincu 
et tud. 

Kerim, se voyant par la mort d^Ali-Mer- 
dan, h. la tSte de toutes les forces qui se trou- 



CHAPITRE II. . 4? 

valent reunies k lacapitale , ne voulut pourtant 
rien entreprendre qu'il n'eAt gagne entl^re- 
men% la coniiance de tous les habitans ; qu*U 
Be les eAt tous forces en quelque sorte k ap- 
prouver le choix que rarmee venait dc faire. 
lies tr^sors que son pr^decesseur ayalt amas* 
j^e$j lui permirent de moderer un peu les im- 
-p&tSf et de faire mSme quelques sacrifices en 
faveur de Tagriculture et du commerce qu'il 
^tait urgent de ranimer. II reprima la licence 
des troupes y dont le peuple se plaignait avec 
raison j 11 etablit dans Ispahali une police tr^s- 
active , et il eut soin de faire publier qu*il n*a- 
yait accept^ le commande^lent de I'arm^ que 
pour reunir k la couronne les provinces qui 
s'en ^taient separ^es, desarmer tous les rebelles 
qui n imploreraient pas la clemence du roi j 
et ramener dans tout I'Empire la tranquillite 
dont tous les citoyens avaient besoin* 

II ne n^gligea pas non plus de se rendre 
favorables les habitans de Chiras et d^ tout 
le Farsistan. II savait que ce pays, un des plus 
productifs et des plus peuples de la Perse , 
pouvait, dans toutes les occasions^ lui iaire 
passer beaucoup de subsistances , et lui four-* 
nir, en cas de d^^faite, un grand nombre de 
gens de guerre. 

Les Arabes du Kermesir pouvaient aus^ 



J 



"\ 



!44 VOYAGE EN PEB.SE. 

lui 6tre utiles: il envoy a aupr^s d'eux un ae 
si^% fibres (i) pour tScher de les ramener K 
Tobeissance, outout au moinspouren tireir, 
dans le besoin, des secours en hommes et en 
argent. 

Les gourerneurs duXerman et du Laaires- 
"tan fix^rent aussi son attention : il chercha ^ 
gagner leur amiti^ , en attendant qu'il piit les 
rediiire ou de gr^ on de force. 

Lorsqu'il crut avoii* assez fait dans le midi 
pour y etablir son credit et s'y manager des 
ressources , il tourna ses regards vers le nord. 
II prit avec son arm^e la^oute de Cachan , 
Kom et Teheran , et se rendit h. Damegan 
sans rencontrer unennemi. Mohammed-Has- 
san-Khan ^tait venu Tattendre sur les bords 
de la petite riviere de Mehmandost, au mSme 
lieu oii Nadir autrefois avait triomph^ ^^ 
Afghans. 

Ces deux rivaux desiraieht depuis long- 
tems d*en venir aux mains ; ik regardaient la 
bataille qu'ils allalent se livrer , comme devant 
Stre decisive, comme devant assurer le pou- 
voir au vainqueur. 

L'arm^e de Mohammed-Hassan , forte dc 

(i] II en avait trois : Sadek-KhaU} Zeki-Khan et 
Sagdiani-Khaji . 



CHAPITR3E II. 4^ 

trente-cinq k qiiarante miUe homnies ^ ^tait 
coxupbs^ de Kagiars y de Turcomans , d'Ouz- 
beqs et de quelques Persans leyes dans le.Gui* 
Ian et.dans le Mazanderan. II y avait dans 
ceiie de Kerim environ vingt-cinq milie Cur- 
des et Bakhtiaris du Loristan , cinq on six mille. 
Axabes du Kermesir^ et sept ou huit milie Per-* 
sans.tir^s du Farsistaa et de I'lrak-Adjem. 

On ayait rarement yu deux armies si egales 
par le nombre et la brayoure des troupep > par 
Fhabilet^ et le courage des chefs. Mohammed- 
Hassan y plus Sg^ que son riyal , ayait sur lui> 
Tayaniaige d^Stre plus exero^ dans I'arti (fe com* 
mander: il connaissait mieux ies ressources^ 
dcf la guerre j il saivait mieux tirer parti de la 
disposition ^i'un' terrain ^ mais Keriih ravait 
un courage plus soutenu ; il conseryaltjmiixiuc,* 
dansle danger^ sa presence d'espritj'il $ayait 
mieu^'s'attacher le- sold^t. ; ' ( 

Les' deux -armies s'^tant trouvees: en ;pr^H 
sence^ la fin du jour.^ elles pass^neqt' la nuib 
k s'ahseryer. Le lendemam, elles attendaienl; 
ayep' iibpaCtience le signal du combat : Kesim: 
le . 4oatia au moment . ou le soleil. parnt ;8iir! 
rhorizon. Toutes ses troiipes y repondirent 
pa.lr le cri terrible degweire., ets© di3pos^rdnt 
aia$sjitdt .^ parser, l^lriyi^re : ellea'ptditpaa 
a^sez ^considerable f)i)uf Ies. arr^ter.f reiiii ua 



46. VOlTAdE BN FEItSE. 

moment ellefs furent k Tautre bord , et le com* 
bat s^engagea, Les Curd«s du centre se batti- 
rent avec tant de courage, ils charg^rent plu* 
sieurs ibis avec taut dlmpetuosite > qu'ik ren- 
vers^rent en&n tout ce qii'ils rencontrfrent f. 
ils cntrent la bataille gagn^e. L'aile gauche y 
oil comibattaient les Bakhtiarls^ yenait d^ob*. 
tenir le mSme succ^sj mais Paile droite:, oh 
se trouvaient les Arabes , fut repoiissee avec 
pert© par im corps plus nombreux de Tur- 
ebmans et d'Ouzbeqs , et obligee de I'epasser 
an d^sordxe la riviere. 

- Cet ^bec qu'eprxjuva Taile droite^ n*aurait 
pas eu lieu ^ et la yjctoire se serait probable* 
ment d^cidee en faveur de Kerim si ifne di*- 
vision de six mille Persaiis qu'il avait d^tach^ 
pendant: la nuit , avec ordre de passer la ri- 
viere y et'de tomber sur Tennemi d^s que le 
combat serait engag^ , avait pu ex^cuter poii<> 
tueUement ses ordres« ArrSt^ dans sa marche 
parquelques ruisseaux , et obligee eiisuite de 
tourner dfes champs inohd^s, elle-ne put ar-t 
mer ass6z t6t pour soutenir les Arabes^ et 
fkire^ subitement pencher la balance de leur 
6dt6/  ' ' ^ 

Ce contre-tems, qu*il etait sans doute dif- 
ficile de prevoir ,: fut fatal k K^rim. Le cciitre* 
oil il co^tibattait ^ ne put cons^ryer ses^ avan^ 



fiHg^ J Mohftmihed-HassaTi y avatt port^ Po- 
lite de ses troupes. Les' Turcomans et lea: 
Otlzb^9> qxdreilalen't deculbuter les Arabes , 
sejoi^hitent f {kmrUphipart, anjtKagWsda 
centre , et tomb^rent de t6utes lenrs fo^oes suif 
les OcttAe^. Ceax-^ct r^sist^rent quelqtio terns j 
tMoskitt&i^ ne'se'voyant pas soutenris, Us 
pU^rent k leur tour : les Bakhtiam en firent 
bieh^flt atitdnt, ' 

'^ Kerim apprenait dans' le m8me -moment , 
^ueles ^ liiille Persans qu*il aValt d^tach^s 
durant ist nnit . venaient d'arriver.*Cette liou- 
veile , eri lui donuant Tespdrance d*uh6^' utile 
dirersidn, le porta kfaire les plus grands ef- 
forts pbttr retenif* se^ tftjnpes et les ramener* 
au combat. Ce fufert vain : r^pouvarite 8*eh 
ftaif empar^e. 11 (^tde la peine k rallier aii- 
rour de 4Ai les plus t)faves ^ fet enipScher' la 
rtdiid t6tale de soil arhi^e. I^endant' plus 
d'nne'^lLenfe qu'il' coriibattit encoi'e apr^s 
la TJerte 'de la batfifille , il assura k divers 
corps, et entr'aufti^S ailx six mille Persans, 
une retraite qu'iKirPattrkient pti effectuet Sans 



' "KefiM arriva'^TYSh^ran satis conriAttre 
tonte Pftendue id^'seS'pertes : il attendit quel- 
&n6^)b^r*& dans fcette ville les fuya.rdi5 ;' il ne 
piit teixniT qu(^ qti!iiz4 miiie hdmiiieS ayec les- 



48 VOTAGE/?]f BBRySE. 

quels il prit la rout^ d'lsjpa^an ^ oil il;^ aFrlv^ , 
k la fin de mai 1763. . ^j \ ' 

Mohammed-Hassan le ppursuivit denx qvk 
trois jours ; mais il n'os^ {xa§ 3Qrtir de;c^^;|Or 
yince , ^^ncore moii^s jS'ayaxicer ju^qii*^, Ifk ;car> 
pitale.: il a-vait appris qu'il; allait ayoi>:•fJp)^ef[ 
bras .xox autre ennen4 . t^^ut aussi red|9^t^bl(^, 
queie prpn^jer- • , -■ .' ^ .. , ^.; . - ; :..^ .';[,^r 

Azad ^tait entr^ dans le Guilanpi^r^leii^;! 
file df^Pyl-Ijuul^^r, ^ 1^ iS^e jie y^npt-cvaq^i^i^le 
bomixies , un peu ayant qjo^ K.'eiiiii^ ii^i^^tx^t) 
dans le Haut - Mazan4eran par le. decile .de 
Guilp^. Lergpuvernejir, .qui n'avait pa^ dj^fPC 
, mi]le> homines kopposer ^.vx,^^^iXXS^y^.yQit^ 
prisia fuite , et eta^t ypQuJqipdi;^ t^i^e^^^ 

Mohamme4;%^^^ • > -MinNV) r,-. 

Azad.^ n'epfouvant aucl:^?^e~jr^sistajQp03d^jDl^l^ 
Ici Guila^ ,. , leva partput d;e;fbrtfs.,9pntfi]:jur; 
tions,,enrol^.quel(ju^S montagnar^^. Sti?ft > 

Qfitoyant la Ca§pi^nn§ ,. uiaj[grp toiji^ les obs-r 

II se flattait , quelle que fut Tissue du C9jp:^r^ 
'bat g^wi^^l^^t avpirii^^a^jis cej:te .pfj9ryiji?e , 
de po\ivoir tpmber su^r^c^^iquisetrfiji^v^^i^tj 
inaitre*du champ debat^ll^^ et de le^y^i^^fj^j 
alors^(jy;ii^^erait.a|^ lutlje'qif^'jl^ ^ 

supposait 



CHAPfTRS II. 49 

supposait , avec raison , devoir Stre tr^s«-sa&- 
glante entre deux ennemis egalement braves y 
^galem^nt forts ^ Egalement animus du desir 
de yaixicre ou de p^rir. 
' Dans cette attente, il s'^tait dejk ayanc6 
jusi^u'aux <fenvirans d'Arnul lorsqu'il apprit 
la d^faite to tale, des Curdes^ et Tintention 
qu'ayait manifest^e Mohammed-Hassan . de 
venir le combattre et le forcer d'^vacuer le 
Guilaxi. Les ayis qu'ii recevait en mdme terns 
rinformaient du nombre des troupes que son 
ennemi ayait , et de la bonne disposition dans 
laquelle elles se trouyaient. 
: Azad ne jugea pas k propos d'aller plus 
loin ^ nide hasarder un combat dans le lieu oi!i 
il se trouyait. Battu^ comme il pouvait TStre ^ 
il ne lui restait aucun espoir de salut : il ayait 
k sa gauche la Caspienne ^ ^ sa droite de trSs- 
hautes montagnes qu'il ^tait impossible de 
franchir , et derri^re lui un peuple guerrier 
qu'il ayait m^contenti^ par de trop -fortes im- 
positions. II prit done le parti de se retirer j il . 
^yacua assez promptement le territoire de son 
ennemi ^ et prit la route de Sultanie , oil il yint 
attendre que la fortune lui flit plus fayorable. 
Mohammed , qui ayait marche sur ses tra-. 
ces , ne crut pas dey oir le poursuiyre j il re- 
pla^a k Reicht le mSme gouVerneur qii'Azad 
Tome FI. D 



YOTJLOS -EV FE&SE. 

^yait mis en fiiite ^ ' e% ltd con&i huit ou di^i 
^lille hiommes de troupefi , avec ordre de gar-^ 
der smgneuisement le defile ^.et die 9e trouvec 
toujours prSt ^ s'opposer ^ toute entreprisa 
d'un enni^izii qu'il savalt Stre tr^s-acdf et tr^s^ 
entreprenant. Lorsque cela fut fait, U nr- 
touina dans le Mazand^ran , oii il condnua k 
66 fortifier. 

K^rim ne fnt pas plutdt rendu k la capitale / 
qu'il s'occtipa k reparer ses pertes. Les tre-^ 
sors qn'Ali-Mel'dan avait amasses , n'^taht 
pas encore ^puis^s, il put retenir sous les 
drapeaux les troupes qui lui restaient , et ea 
tirer d'autres de tons les pays qui lui etaient 
soumis. Moyennant Tactivit^ qu'il y mit , Tar- 
gent qu'il y employa et la bonne yolont^ di^ 
habitansdu midi, il eut, ^ la fin de Thiyery 
une arm^e aussi nombreuse et des troupes 
tout aussi aguerries que oelles qu'il ayait peiw 
dues; mais sa reputation, comme g^^ral^ 
n'&ait plus la mdme ; il aurait bien desire la 
Ti^tablir en prenant sa reyanche , en battant 
k son tour le khan du Mazanderan. Son 
amour <-propre le portait k marcher contra 
lui , son int^rSt Vj inyitait : la prudence lui 
sn^^ra une autre idee. 

II pensa qu'il lui serait plus facile d'obtenir 
des auco^s contre A^jstd , dont les troupes n'd- 



/ 



CH4PITI^1B 11. Si 

talent pas ^ h. beavcotip pr^ ^ si nombteuseis 
que oeilea de Mdhammed-Hassan. X^a con** 
<]uSte de TAderbidjan et du district d'Uraiia 
que Get Afghan occupait^ lui auraitdoim^^ suf 
le kfaan du Mazanderan , une tr^s - grands 
Biip^riorit^ ; lui aujrait permU de 6e mesuret 
de nouveau avec lui^ i^t mSme de lui enlevef 
les provinces qu^il pdss^dait. 

Conformementkoe plan , ilsortit d'Ispaliai?. 
en avril 1764 9 a^vec enyiron quarante n^Ill^ 
hommes ^ et se porta, sur Casbin > ou Azad 
etait yenu s'eta1>lir ^ la fin de rautomi^ye pr4i^ 
cedent. 

Casbin n*est point une ville de guerre : ^elle 
n'a ni murailles ni citadelle ; neanmoins Azad^ 
avait trouve le moyen' de la fortifier^ II ayait 
fait cre^ser des fosses le lon^ des ayenues .^ 
de tons le^ lieux acQeissibles , et ayaxt place du 
canon sur des buttes ou de^ esp^ces de tours 
iaites en terre j qu'il avait eley^es de distance 
en distance* , ; ... 

K^rim ne conn^aissait pas mieux qu^ s^ 
<)fficiers ^t toUjS leS'gUerri^rs de rQtri^nt,;rarC 
d'attaquer les plapes* Casbin , ayec sps-buttf^s 
et ses foss^ > ltd paxiit » dijlficile k prendre f 
qu'il fit d'abord quelques tentatives pour ,a^ 
^er Tenpiemi en rase camp^gne ; mais il ^ 
put en yenir 4 boii^t. Azad , qui n'avait p^ 

D a 



5a VOYAGE :BW »E&S£. 

•trehte mille homnaes ^ ltd oppoeer, s*obstina 
k rester dans Casbin* K^rim fit dresser alors 
ses batteries ^ et il commanda diverses at- 
taques centre la yille, qiii fiirent toujoiirs 
'plus on moiiis matheureuses. II essaya d'y 
faire entrer quelqnes ^missaires ; ils furent 
pris et mis k mort : il vbnlut intercepter les 
vivres qu'on y apportaitj des sorties faites.^ 
propos en favoriserertt toujours I'entr^e : il 
cnyoya des detachemeils potir ravager la cani- 
pagne j felnsienrs d'entr'eux ftirent battus. En 
linmot, les assieg^s n'avaient ^prouv^ aucune 
perte bien sensible , et K^rim avait laisse morts 
^utoiir de la ville trois on qnatre mille hommes. 
Desesperant de r^duire cette place avant le res- 
tour de la mauvaise saison , il abandonna pour 
ie nlbmerit son entrepris^, et revint passer 
rhiyeri. -Ispahan avec toute son arm^e. 
^ Honteux de he pouvoir r^pondrfe par des 
Victoires au yo&u des habitans et ' au choix 
de Tarmee , K^rim fit tons ses efFof ts , durant 
d6t hiver , pour soialager les uns du f^lrdeau 
3es 4mp<>sitions , et pour rendre les autres 
aussi 'coritens de leur sort , /que les circons- 
tances le perttiettaient. II fit divers r^glemens 
jyoiir f kciliter lecoihmeirce int^rieur : il touma 
un moment tons ses regards vers la justice > 
qtt^il tSc^ha de rendre prompte^ impartiale et 



/■ 



CHAPXTR.E II. . , 53 

digne du beau noija qu'ell^ porte j il r^para, 
les ^Jifices publics qui avaient souJOTertj il 
appela, aux premieres fonctioiis les hommeft 
les plus eelaires et les plus vertueux j il youlu* ^ 
en un mot , puisqu*ilne pouvait eblouir par des 
succ^s militaires , qu'pn n'eut du moins. rien. 
k lux reprocher quant, k son adminiatrfition.. 

Au retour de la belle saison , il reprit son 
^pee. etmarcha de nouveau. contre Azad, Ce^ 
lui-davait.eu les moyfsus et le ti^ais.de faire 
des levies dans tpus les pays qui lui etaiejpit 
soumis. U avait pri&. est. outre k sa solde-un 
grand noinbre de ces mSmes Lezguis avecleS'i 
quels il* avait comb^ttu, q^uelques annees au- 
paf^yant , le prinoe de Georgie. So^ armee ^ 
par ce moyen, s'eleyait k plus de quarante^ 
mille hommes. .* 

D^squ'ilappritque son ennemi s'avanQait,; 
il ;sortit de Casbin , et yint Tattendre pires du 
villagp de Member^. Le combat fut tr^s-san* 
giant : les deux armees sebattirent ayecune 
egale yaleur^ ayec im ^gal d^voftment. Celle 
d]^z%dk la fin triompha : Kerim se vit forcd 
de. prendre la fuite> et de revenir k Ispahan 
ayec les troupes qu'il pu^ sauyer. ^z^d le 
pqur aulyit : et le aerra de tr^-pr^s. r .,.^,. . 
. Kerxm • consid^rablement affaibli par Ip 
ncpijbre de mopts qu'il ay ait laisses sur le chamu 



54 VOTAGE fiW ^fiRSE. 

de bat^ille ^ et encofeplus par la d^dettioirqui 
a toujonors Iren en Perse apr^s une d^faite , ne 
jSigea pas k propas de s*enfermer dans une* 
tilTe q;ti^il tie poiivait d^fendre long- terns sans 
^xpdsei- les habitans k ^prouver les horrenrs 
d'trne famine , sans s'exposer lut-m^me k 6tre 
pris i il eh sortit done presqu'aussitdt qu*il j 
fat eiltre^ et prit le chenrin'de Cliiras, 

Azad le harcela dstns cette retraite ; -et le 
ibri^k qti6lqu^fois k se battre. II lu? tua beau-' 
coiip de Aionde , sans pbtiVdir hdanmoins d^- 
tniire 6n dissiper eritf^^ewient les troupes qui 
tui ^talent rest^es fidelles, 

K^riiia ne voulut point entrer k Chiras j il 
pr^fi^ra de se rendre datis le Kerifiesii* 3 oxi H 
ife cioyailt pas qne son ennerni osdt le suivre, 
et ou il esperait d'aillenrs retablir plus faci-^ 
tenient s^s affaires, ' • . . 

Mah rien encore ne pouvait arr^er Pihfe.-» 
figable Azad , rien encore ne pouvait lui fciirtf 
Mclier prise, ft^solu de fafre tomber la f^te 
de soil adversaire , ou de lui 6ter du moins 
tout moyen de pouvoir jamais reparailre^ la 
t^te d'une armee , il marcha toujours surlsea* 

• * 

traces ,' et le serra toujours de tr^s -pr^s : il' 
etait sur l6 point de Tatteindre lorsquft' lis 
jLrkh^s du Dacliistaii , "petit district ^du Ker-^ 
meslr , s'arm^rent k propos pour le sauVer, 



CHAPXTRE II. 55 

"Leur ezemple fut nuiyi de taus les aucres 
Arabes de ces contr^es. An seal nom des Af» 
ghans y tons conmrent aitt armes , tot^ quit* 
t^ent leturs tentes ou leurs cabanespaur Tolev 
ftu combat. 

- En peu de )o\tr^ ils iurent assez noiiibreii:K 
pour forcer Azad k se |*etirer. II se rendit k 
Chiras y y leva a la hftte de tr^^*- fortes con^ 
tribiztions^ enleya toiis led yivres qui s'y trou^ 
vaient, et vitit se fortifier k Ispahan. 

- Mohammed - Hassan , jusqu'alors ^ n'avait. 
pas jug^ k pro|ios de sortir de sa province ; 
il avait tu s'engager la Intte entre K^rim et 
Azad sans vouloir la troubler. Les suecdg d^ 
ce dernier , qu'il pigeait le mollis redoutabl^ 
des denx y lui avaienft fait plaisir j il avait es« 
pere tin moment qu'an lieu de detiif ennemis y 
a ne lui en resterait* qu*un , et il s*^ait bien 
propose de tomber sur celoi-ci d^s qu'il le 
verrait seul. 

' Les secours qu'avait obtenns K^rim y ne d^ 
tMisaient pas les esp^rances de Mohamtned* 
Hassan. II pehsalt b^en que les Arabes ne s'e-* 
taient armes tons ensemble que pour Writer de 
passer sous la dominatioi^ des Afghans^ qu'ila 
abhorraient entore plus que les Persans. Cette 
conduite , plus interessi^e que g<^n^euse , avait 
empSch^ la chute de K^rim ^ mais ne tui avait 



S6 VOYAGE EN P£R$S# 

pas rendu ses forces 1 L'armee d' Assad , d^i 
fort affklblie par les combats qu'elle avait li- 
vres k rennemi , et par les marctes forces 
qu'elle avait faites en le poursidvant , dnt 
perdre bien plus Iprsqu'elle fiit repouss^. Att 
fer des Arabes se joignirent des maladies ter- 
ribles que la fatigue , la chaleur et la mau- 
vaiae nourrlture occasionn^rent. Cette arm^e 
eJSait.r^duite k vingt mille hommes.lorsqu'elle 
rentradans Ispahan ^lafindel'i^t^. Aii^sidonQ 
cette lutte , fatale aux deux ennemis , ne pbu- 
yait tourner qji'k Tavantage du troisi^me. 

Azad vit bien qu*il ne pourrait pas ^e sou- 
tenir dans une yille ennemie ^ s'il ne recevait ' 
promptement des secours y 11 connaissazt led 
forces que Mohammed -Hassan aVait rassem.-^ 
bl^es. dans le Massanderan , contre la cafiitale p 
fitil etait bien persuade que Kerim viendrait 
s'y presenter au retour de la belle saisbn.. II s^ 
hdta done de donner des ordres pour.qu^on 
levdt promptement , dans les provinces qui 
l^u ^taient soumises ,. tous les hommes en ilmt 
de porter les armes 9 et qu'dn les lid ^mendt 
a Ispahan avant la lin de Thiver j mais on 
eiit beau employer , k cet eiFet y les moyexis 
les plus violens, le pays etait trop ^pui^ , et 
r^migration avait ete trop considerable pone 
qu'il Teqdt les renforts qu'il attendait.. 



CHAPITKE II. '^ 5/ 

. < -Mohammed -Hassan ne doutait pas que le 

moment de frapper les grands coups qu'll m6^ 

ditait , ne tdt arriv^. Abattre Azad et d^truire 

Kerim lui parurent 6tre TafFaire d'une cam- 

pagne. Azad , selon lui ^ ne pouvait tenir un 

mois' k Ispahan : cette yiUe etait la inoins 

propre de la Perse k soutenir un si^ge ; ou- 

verte de toutes parts , on pouvait I'atteindre 

de partout. D'ailleurs , sa grande population 

la for^ait n^cessairement de se soumetlre k 

quicoxvque etait assez fort pour la bloc^uer^ 

Kenm , de son c6t6 , avait ete trop alFaibli 

pour r^sister long-tems. S'il se renfermait 

dans Chiras avec le peu de monde qui lui 

restait , il s'exposait k 4tTe pris ; s'il se sau- 

yait dains le Kermesir ou dans le Loristan f 

il abandonnait la partie , et se mettait dans 

rixnpossibilit^ de la reprendre. D^ailleiirs f 

rien n'empSchait de Tatteindre et de le forcer 

jusques dakis ses derniers retranchemens. 

. Ai)isi done , au retour du printems y en Tah* 

n^e ^766, Mohammed-Hassan sortit d*Aster- 

Abad y et se dirigea vers Ispahan avec toute 

la cpnfiance que lui inspiraient ses forces et 

la ikitdesse pr^sum^e de ses ennemis. Son ar- 

m^ 9 qu'il avait eu le terns de bien disci* 

pliner j de bien ^quiper y de bieri appro vi- 

$ionner , ayait ete portee k plus de cinquante 



58 VOYAGE EJSr ^«ItSE- 

siiik- komme$« Persontie , en la vdyaiit , ne 
poavait douter que le sort de Id. Pe^se ne fht 
hhrnAtiixe. 

Lescalculs que Mohamined-Hassatn avait 
faita sat les forces d'Asiad y ^talent parlkitei^ 
Btent fusted ; mats ceux a Vigatd, de K^iin se 
tnmtaient fktnt, coiiime on va en juger* 

Ce" Ciirde , apr^s la retraite d*Azad , n'^a- 
f ait pas perdu uh moment pour se procurer 
de nouvelies troupes : il avait envoy^.unde 
s^es fr^res dans le Loristan ^ pour d^naiidei^ 
du secours aux Zends, aux Bakhtiaris et k 
toutea les tribus curdes qui habiteiit t^tte 
province j il en avait fait SoUiciter k Kasei'A^tiii 
et h toiites les villes du Farsistan j il avait 
parcouru lui-m^me, durafit Thiver, le Ker- 
mesir, potir implorer de lio^veau Tassistande 
des Arabes , sans lesquels il voyait bieft tjii^il 
Mi etait impossible de se remettM sitir pfedi 
Partout on s*^tait prSt^ de la meilleur^ grSc* 
ti' hii procurer Targerit^ les vivres et les ll^to- 
me^ doM it avait besoin. Les Atabea qui Vai^ 
vaierit secouru quelques mois auparavafcHt , 
prirent de nouveiu les armds ^ et s'engag^reni 
a ne pas les quitter qu'lls^ n^eussent 'ohaiss4 
les Afghans de la capitale , et ne les eusse&f 
mSme obliges d'evacuer le territoire persani 
Mii^-Naisr et Mir-Mahenn$ /deux fr^reS qui 



dHTAPITRE ir. S^ 

ie dispiiU&ent la ionxverBmeti du petit district 
de iElender-Rik , avaient de mdme consettti ^ 
^nspe^re leurs querelles , et ^ lei svitre-^rec 
leurs troupes , dans Tespoir que Tun d^eux 
^ntre^ait sans trouble dans la possession qui 
ltd ^tait coitte&t^e , et qtie TaKtre obtidndridt 
le gottvernement d'une riche province. 

Totites les forces <le K^rim se tr6vfv6r^nt 
r^unks k Chiras vefs la fin de? Thlver relies 
consifitaient en dix oxi (}ouze mille Ciirdes qui 
ne Tavaieift pas abandonn^ , dix ou . doaae 
nalle hbmmes de diilerehtes tribus^ que Id 
Farsi^ffff lui, ayait iburnis , et yingt miUe 
Arabes du ICermesir. II les pasda toius jffH f cM 
Ttte dans les premiers jotirs de mars ,et\eiS 
il se mit a letir tSte et marcba vets Is* 
pahah* 

AzdA n'attendk pas Parrlv^ de ces Aemx 
armies ; il ^vacua promptement la ville H la 
ffreinl^'re nouvtelle de leur marche / en S6 r^- 
dit k Taiiris , tant p^iiTi^ tei'$^& qu^ pourr 
attendre Tissue du botiibat qtii' tie^ pourailt 
nianqiier d'avoir lieu ^tte les dieui 'eiinf^misj 
qui Sbllaient se trottyer en presence* 

K^rim arriva le premier : il entra sans (Kl^ 
fiicult^ dans IspaHan, et '^ti prife de nouveau 
possession au nom d'lsmael-Chahqui-y ^tait 
jfesti^ sans 6tre inquidft§ par les AigfJians* 



6a VOYAGE Elf PKItSE. 

Mdbammed-^HassaB arriv a huit jours apr^s ; 
il i^blit son camp k quelques lieues de la 
YiUe^ et fit toutes ses dispoaitxons poiir une 
attaque^ . 

Les Arabes avaient appris en route la inite 
d'Azad y et s'en etaient rejoiiis : ils n'ayaient 
montre attcun desir de retoumer dans leur 
patrie.} bien au contraire , ils a vaient conti- 
nue garment' leiir marcbe , et avaieiit mSme 
paru decides ^ aller faire la guerre dians TA-^ 
derbidjan si Kerim le jngeait k propDs. Mais: 
Idrsqii'ils virent qu'ils auraient a lair^ k vox 
autre enriemi plus puissant , soit qu'ils en 
iussent e£&ayes ^ soit qu'xls voulujsseiit m^ttre 
leurs seryices k ixn pltis haiit prix , ils deman* 
d^rent hauitejnent qu'il leur fAt permis de 
quitter Tarraee , et de retourner dan$ Ieui:s 
-pxoJimHes > attendu que leur engagement atait 

- Kj^ri^: eut.de la peine i Jes retenir } il yr 
paxvint neanmoins en caressant )3eaucotip les. 
chiefs* 9. f^ri leur faisant des presens , en leur 
proi^^ttant des riecprnpeoa^ps ^ en rep^iidatpt 
quelqu' argent parmi les soldats , ep persua-. 
daftt j8urtout a ceux-ci que les fwces de 
Mol^ammed - Hassan eta^ient inferjie^ures. au^v 

siennes* . - . .1 mm!'^i. ; j 

D^s qu'il crut les murmures appsu^fr et la. 



CHAFITRE II. 6l 

confiance r^tablie ^ il. se disposa k sortir de la 
ville et k livrer bataille; il savait bien que les 
troupes de rennemi ^talent dans les meilleures 
dispositions 9 et il n'^tait pas tout»^<^fait siir des 
siennes; ii connaissait les forces qu'il avait It 
cbmbattre , mais il jugeait que tout retard ne 
pouvait manquer de lui Stre funeste j il cralr 
gnait de rie pouvoir pas retenir long-tems les 
Arabes , et il avait Tespoir qu'ilsferaient , dans 
ce moment ^ leur devoir ; qulls seconderaient 
ses efforts ; qu'ils contribueraient de tousleurs 
nioyens k\e faire iriompher. Ce qui le d^ter- 
minait d'ailleurs a tenter le sort d'un combat , 
c'est qu'il n'avait pas de vivres • pour huit 
jours ^ et qu'il ne pouvait se dissimulet la dif- 
ficulte de s'en procurer. ^ , 

Mohammed-Hassan ayant eu connaissance 
de la resolution que K^rim venait de prendre, 
songea k profiler de tous les avantages que 
lui donnaient le choix du terrain , le nombre 
de ses troupes et leur bonne volont^ j il at- 
tendit de pied ferme son ennemi \ le laissa 
avancer jusqu'^ la port^e du trait , et tomba 
sur lui avec la plus grande impetuosity* Le 
combat ne fut ni bien long ni bien sanglant. 
A peine fut-il engag^ , que les Arabes quit- 
t^rent tous k la fois le champ de bataille ^ et 
qu'ils se retir^rejtit en bon ordre. Le reste de 



6^ VOTlGE fiK PfiESi:. 

I'arm^e lie lit plus d^s-lors xiiicune resistance j 
chactin sdngea A se tirer d'embarras par mie 
retraite precipit^e, Kj^rlm se voyant aban-^ 
^onn6 de toutes parts , dutsonger k son saliit j 
il prit le chemin de Cbiras ^ en invitant ses 
Curdes et see Per sans k venir le jouidredans 
cette ville. 

Mohammed *• Hassan poursuivit quelque^ 
terns les fiiiyards ^ apres quo! il entra dans^Is- 
pahan , et en pi;it possession au nom du jeune 
chali J et comrae s'ii n'eAt ^e aninie que du 
desir de <Jonquerir I'Empire pour le lui re^ 
mettre > comme s'xl n'eAt ^u que la noble am- 
bition de terminer glorieusement cette entre* 
prise , il promit solennellement de d^poser les 
armesd^s qu'il aurait somnistous les rebelles. 
A rimitation de Nadir , d'Ali-Merdan et de 
Kerim , il ee dit i*esclave de son roi ; il ne 
^arut jamais devant lui qu^en se prosternant 
a ses pieds ; il ne donna plus aucun ordre 
tju*au nom d'Ismael-Chah. 

Pour plaire encore mieux aux habitans j. 
il n'exigea d'eux, pour le moment^ rien 
que des vivres j il lit observer a ses trouper 
la plus exacte discipline ; il punit s^r^rement 
tous lesdelits qu'elles commirent ; en unmot^ 
il se conduisit comme un homme qui veut 
plaire > ou ^ s'il faut le dire p comme un am«> 



bitleux adroit qui ohercjie k endotmir ceuK 
qu'il veut charger de chaSnes. 

Lorsqu'il eut &it ^ dans lea administrations, 
tous les changemens qu'il 4;rut uj^essaires^ 
et que tout lut organi$^ selojoi ses desirs ^ H 
jie songea pluis qu^il porter le dexjuer coup a 
K^rim. 

II quitta Ispahan dans le oourant de luin, 
apT^s y avoir laiss^ di^ mille hommes de gar- 
xiison y et il prit la route de Chiras ^ dont U 
^sperait de s'emparer facilement. Kerim s'f 
.^tait enierm^ avec le reste de ^s troupes ^ 
consistant en une vingtaine de mille hoinmes. 
II aylit en outre interesse les habitans en jsm. 
&.yeur y et les ayait fait armer ; de sorte qu'il 
se trouya en ^tat de tenir tjSte k Mohammed# 
Hassan lorsqu'il parut« 

Celui-ci ^tablit son camp k peu d^ distance 
de la yille, et se mit bient6t en ^tet <ie Taa- 
si^ger. II ayait une artiUerie formidable qu^ii 
eleya sur diyers points } mais comme per- 
sonne , dans son arm^ , n'etait en ^tat de la 
b^en diriger , elle ne fit pas un grand mal aux 
assieg^s : les dommages qu'elle occasionnall: 
aux remparts etalent repar^ sur le champ^ 
hes sorties qua K/^rim ordonna pour detrulr^ 
ces batteries et se procurer des yiyje^jj fiireajt 
bie^r plus meurtriires : on ae tua beaucoi;^ 



64 VOYAGE EK P£RS£. 

V de monde de part et d'autre , sans bbteniir 
pourtant de resultat. Mais vers la fift de Vet6 , 
cinq cents Curdes du Loristan ^tant par- 
venus k faire entrer dans la ville un convoi 
tr^s - considerable qu'ils y amenaient , Mo - 
hammed - Hassan ne jngea pas k propos de 
contimier le siege ; il se retira avec toutes ses 
troupes , et vint passer Thiver k Ispahan. 

Au retour de la belle saison, Tin i/S/^ 
persuade que K^rim n'^tait pas en etat de se 
mettre en campagne, ni de rien entreprendre 
centre lui pendant son absence , il prit avec 
son armee la route de Tauris , r^solu de n6 
pas quitter TAderbidjan qu*il n'eiit soumis 
cette province , et qu'il n'eAt &t6 a Azad tout 
espoir de se relever s'il ne pouvait avoir sa 

tSte* 

Le voisinage d*un ennemi aussi actif, aussi 
entreprenant lui faisait toujours craindre 
qu'il ne profit3.tde son cloignement pour tom- 
ber sur ses possessions} il craignait surtout 
pour le Guiian , qu'il avait aflfeibli en relirant 
ranriee d'auparavant une partie des troupes 
qui s'y trouvaient. 

Ces craintes etaient peu fondles j Azad'^tait 

x^duit auxderni^^res extr^mit^s : ses troupes, 

;mal payees, mena^aient de le quitter. Les 

habitans^ fatigues de leuxs brigandages , ap-^ 

pelaient 



CHAPITRE II. 65 

l^laient a gi:and$ cris un liberateur. Les Lez- 
^uis^ qu'iletait dans rimpuissance de solder ^ 
ltd refusaient toute assistance* Hors d'etat de 
tenter un coup de main ^ encore moins de se 
mesurer en rase campagne ayec un. ennemi 
tr^s-superieur en nombre , Azad voulut s'en* 
fermer dans Tauris > niais il n'avait ni les vi-^ 
yres ni toutes les munitions qui lui ^taient 
ii^cessaires poiir soutenir un siege. 

Les officers* generaux de son armee^ qui 
connaissaient son embarras 9 et qui n'en au«» 
giiraient rien de bon ^ n'attendirent pas qx» 
Mohammed-Hassan fut aux portes de la yille 
pour traiter avec lui : la plupart d'entr'etix 
desert^rent avec leurs troupes, et vinrent se 
ranger sous les drapeaux du plus fort et du 
plus riche, avant mSme.d^avoir re^u sa re- 
., ponse. Mohammed-Hassan les re9ut tr^s-bien , 
et les prit k sa solde* 

, Az^d vit cette desertion sans s*ef&ayfer : 
F^tah-Ali-Khan son ami , et le plus consider^ 
de ses gen^raux, lui restait attach^ avec sept 
ouhuitmille hommes ; cela lui suffisait. II Ten- 
VoyakUrmia avec ordre d'attendre dans cette 
, place les secours qu'il esperait lui amener bieur 
tdt, et avec cent hommes seulement il prit 
le chemin de Bagdad. , 

II s*etait ilatt^ de^trouveraupr^s def TuJrea 
Tome FL E 



66 VOTAGE EN FERSE. 

Tas^stance dont il avait bei^in. }1 avait e$r 
p^ri^ qu'au moyen d'une cession qu'il s'enga* 
ger^t k faird da dk^ de Kermanchah on 
dans le Haut-Curdi^tan ^ StdeyxQan , pacha de, 
Bfgdady iavoriserait sa rentr^e dans TAder*- 
bidjan ^ et mdme Taiderait k conquerir toute 
la P^rse* 

Dans cetta esperance il fit , poiurse rendre 
anpr^s de hn ^ toute la diligence dont sa petite 
trpt^pe futcapable 9 et il setrauvadans Bagdad 
pr^sqn'aussitdt que Suleyman fnt ihfqrme de 
M. marche : il avait suivi de trds-pr<^s les cout- 
riers que Ton fi^vait expedi^ des fronti^res, 
tant il 4tait pre^se de mettre ses projets k exe- 
cution. 

Le pacha n^ jugea point k propos de four-* 
mr k Azad les secours qu'il demandait 5 il avait 
besoinde sep troupes pour contenir les Arabes 
et le^ Curdes de son pachalik. D'ailleurs, il 
Itti ^tait tr^s-expressement d^fendu par la 
Porte, de prendre jamais aucune part auxque- 
relies de ses voisins. 

Azad insista beaucoup sur les avantages 
que la Porte othomanefetirerait de son union 
avec la Perse jil fit valoir runiformite de re- 
ligion qui en r^idterait pour les deux !^tats , 
et parla longuement des sacrifices qu'il ^tait 
dispes^ k &ijre aivera le pacha s'il voulait sa 



CHAPITRE II. ' <57 

prSter k ses vues. Suleyman opposa toujour^ 

les ordres du sultan. Quant aux offres qui lui 

i^taient persdnnelles ^ il dit que y satisf ait de 

gouyerner en souverain de vastes conf r^s , il 

n'avait nuUement envie de courir apt^s d6 

nauvelles possessions. Du reste^ iiinyita Azad 

k quitter le plus tdt possible le territoire otho- 

msLUy afin de ne pas donner aux Persans le 

pr^texte de faire un jour la guerre aux Turcs. 

Azad prit alors. le parti de se rendre en 

G^orgie, et d'essayer s'il ne serait pas plus 

heureux aupr^s d*un prince chr(Jtien, dont fl 

ay ait ^te Tennemi, mais iivec lequel il ayait 

y^cu en assez boniie intelligence depuis la paix 

qu'ils avaient faite. 

Teyraouras ^tait mort j H^raclius son fib 
lui ayait succ^^ : il re^ut tr^s-bien Azad , 
lui permit de yiyre comme simple particulier 
dans Tifiis , lui accorda un reyenu honndte , 
mais il ne youlut Jamais feouter aucune pro- 
position tendante k faire la guerre k la Perse, 
Les secours qu'Azad demandait au prince 
de G^orgie seraient probablement yenus trop 
tard. Mohammed-Hassan s^^tait dijk empar^ 
de tout TAderbidjan et des yilles de llrak- 
' Adjem que son ennelni ayait occupies. Casbin, 
Sultanie^ Ardebil, Tauris, Khdi, ayaient ou- 
•yert leurs portes : la conquSte de toute cette 



\ 



6^ VOYAGE: ]fe3Sr PEaSE. 

contree n'avait donn^ que la peine de la par- 
courijr. Urmia seule avait resiste. Cette ville, 
nominee Ourouml pa.rles Tur.cs-etles Persans^ 
est peu. considerable : elle est sitnee k peu de 
distance du lac du miSme notn^. vers le sud- 
pttest J elle a:un^ citadelle que sa position sur 
j^(^& , rochers eleyes* rend imprenabje de vive 
ibrce , chez un peuple qui ignore Tart d'at- 
taquer les places j elle iut. bloquee par une 
partie de Tarm^e , tandis que Tautf e courait 
.apr^squelques corps detaches, qui exer^aient 
des brigandages dans la province. 
' Fetah-Ali ne voyant pas arriver, ^ la fin 
de I'ete , les secours qui lui avaient^t^ pro- 
mis , ne voulut point attendre d'etre reduit ^ 
la derni^re extrexnite^ il traita avec rennemi. 
et lui ouvrit les portes de la ville et de la for- 
teresse. 

F^tah- Ali passait pour un des meilleurs g^- 
neraux qu'il y eut en Perse. Mohammed-Has- 
san se I'attacha par des presenset par la pro- 
.inesse de lui donrier un des premiers gouver- 
neinens du royaume. En attendant, il le laissa 
k .Urmia avec quatre mille Kagiars , dont la 
fidelite jiie pouvait Stre equivoque, et^iLem- 
mena toute la g^mison qu'il incorpora dans 
Tarmee. 

.  * %^ 

Jl ne restait , dans tout le nord de la Perse y 




CHAPI*RiS I^lV ' ^ 6^ 

plus d^ennemis ^ combattfe, pltl* de'Villes k 
iOumettre , plus de brigands k dett-uire. De- 
puis TAraxe et la mer Caspieiine jusqti'atix 
environs de Chiras, tout etait'sonnfitils k Mtir 
hammed-Hassan. La cipitale ^tait k ses ot- 
dres : le sort du jetine chah d^pendait de Ini j 
ges forces' se montai^nt k plus de Centmille 
hommes j rien ne semtilait devoir Juir resister j 
encore nn effort , ^core un suc^s^' '^i tbite 
la Perse ne reconnaissait plus' d'jltitre mattrec 

• jL'Aderbidjan &ait'unfe conqu^ troplm^ 
portknce pour que iMohabimed^fJafJdsini n'-jf! 
fit 'pas ' quelque -s^jbiir! It y pkssa- llM^^'f^ etJ 
tmp]jbfa cette rsaisdn A* ps^rcourir ies -viHes 
pirindpaies y k mettre-en bon ^tait Jes-fortifi-* 
catioh& 9 k k s'as^urer de ia fid^llt^ de: iiiuS> 
ceux k qui il confia dei^ troupe^^ et acodida dast 



I • r 

I 



pouvoirs. ^ .:;>;,.. p 

. Au r^tour de la bellb saison , en ly^yd^i , 
que Ies routes •ftw^ent^prfeticablesj il seirsii^i> 
k fopah'an.^ et y resta quelques joints ^indilisi 
pcui» pa«se?* en rwiie ton armee, que pour' 
faire etalage de ses forces. 1 

y Jbssiti/de^s avaieiift teiy m^n^ 'eik&e: Foi^gufeil 
de^cAlief , il march^t ^ftinitriotnplie !siiqeiv[ 
tkkt>.q*u^il he etui pasdbvoir fi'astreiidre^ pen^ . 
dantle sejbur qu'ilifilsdanB ^bette viilej^ ^tcmt lei 



V. 



fpl VOTAGf: BIT PBft£;S. 

I 

<peremonU^I qu'il s'etftit $>uparaytot zso^ptisd eft^ 
Yer$ le jeune chkji. Quedis-je ? line, daignapaa 
^:9idrna le Toif } il lui i*etira la garde d'holan^iaLir 
qu*Ali-Mei?dan liH a?^ don-n^^ ^ que..K4rii» 
l«i ay ait conservi^e , et^ laquelle Azad n'avalf 
pas touchy p^ et il 0n subst^tua wi^^ autre qm 
uddevait pa$ le jJerdr^ d6 vue. Ismael C036a 
pow lofsd^fitre roij U fot son pn^onnieir*. 

Les habit ans d'SspaWn ne ittrent pas traite$ 
BOJi plus avetJ la douceur, avec lea men^gerj 
mens qu'il ay ait mis jusqu'alors : il en'eiigea 
de fortes sommes d'argent ^ ^t letit 6^1e^a tdus 
lp^iviYFesi|Tl'ii8 avaiejit J il fit arrSter pluaieura 
Qj^gn^uts^^ eties depQuiUa de leiurd bieni^ 9ouii 
pr^6Kte qu'ils entrettoaieilt uae oorresj)on-* 
dance, ayeb sea ennemis« Les Arnseiiuens do 
JuU'a f urent pliis particuli^cemfent robjet de sea 
reahehchesi. li ran^onna forifemenl tous' cenx 
qn'il cnit riches ou seulement dans raisaxice*^ 
Sd^itriatipes : ccunmjtrent ^ sknb eh ^e p;unies y 
dfe crimed qui dArent: revels j eUea exi^rc^-. 
reiit daps Ja perception des taxe^ ,- d^s ^ior. 
l«oces qtii achev^reEkt d/kriter ij^u^s les. es*^ 
prits. 

i: Gette'CGaodiiite^^ laque^ onne a^attg^dait 
pas, fnt tr^-faVdrableik K&rim. Laxx>(n|Puai«^ 
aonrqi^i'oli faiadit de .ras deux 9hefs , ^taS!l; to 
r^taxDtage du Cnrdo; Janliiia oefcuHGi^i&e s^^^tait 



d^meutl envers le peiii{]le f |iAaia il h'avaif 
abus^ de sa force ; jamais aiMTUii de aes ofii^ 
ciers n'ayait os^ commettre une injudtioe oil 
exBTcer \me violexice san6 en dtre prmii. 

Mohammed'Haasan sortit d'l^ahaA ala fUi 
d'avrcl 1758 , accompagoe de toutes les.uiAl^ 
dictions des babitan»| mais il s'en nkoqiidit : if 
^tait ^la tdte de quatr^r vjbigt Inilte homdies; il 
en laifi^ait dix miJUle pofir dontonir la capitale ) 
^ en ^<yait dix: aufires daiis FAderb)d)lin^ leGifti-^ 
Ian et le Mazanderan. Jamais 1 d»|;>1iis la indrt 
de^ Nadif'-Chgh ^ oa n'ayiut yvt tamtd^i fortes 
seunie^s dalis la^m^ioemai^^ jaittaif toa'aVait 
TUi une si belle arai^« .. 
. £Uq arr^va f . v^rs 1^ Rn de mai i- sbus' .Ui 
waurst de Chiff as« L'abondance efiait pattoiut :> 

. homines et cJn^vauK trouydie«^& aia^^eat de 
quoi poufiyoir k leurs btooins } 1m ^cAiAbipi 
4taiecit; couyerts de pla^tes o^^ales ) km or« 
geSi'^sdeEat dej^ ntArs ; lets tfiro<»ie9S ^taitolk 
&UF le poii^t d4| r^9> Vi^^bit a'atiSAt.i^i^ft 
4te. 4<^^^^ ^ toufiue. Paartolit 4es . tF(^li#i: 
pe^iau^ no^i^eux. de iiiouipiftS^5 dobdMfe^ d4 
cl^i^ft^nfX; ^^^^BF^i^^t' )es/4eld^^^ $i|r letmi 
subsistances. II n'y ayajct yfl^ k la ly^i^l 4'<*»q 
tresr ^htf^asi^s oga/^ oei£X;> 4^ .champi^ , ; v^ig ils 
seoibliddnt^reinieffaj^^^ Moy^|riti#^t«fikeU 

. fi^s dd^ci^emexis aayo-}^ ^^xi6 t^i^ Ifiil jIqUc^ 



\ 



72 VOYjCGE EN' 1^EB;SE. '^ 

lages de la contr^^, les yivres ne poiivaient 
manquer d'arriver au cam|) , et d'y procurer 
Tabondance. . 

Pendant; <jue queiques chefs s*6ccupaient 
de cet-objet, Mohammed-Hassan se hatait de 
f^te toutes les dispositions qn'il jugeait ne- 
cessair^s pottr assiegei* la place; il tra^a son: 
camp ^ une demiJi^tie des rempartsj il ^leva 
des batteries sur pliisieufs points , et fit me- 
nacer les Kabitans de les? exterminer tons s'ils 
feisaient resistance. • 

Kefini de son cdt^ , trop faible poiir sortir 
et li^rrer bataille- i * Teniiemi , cfinploya , pour 
le vaincre, un moyen qui t^^ussit presque ton- 
Jours dans ces contr^es , oil Tor est la pre* 
mi^e idole des peiiplei : it en offrit, parades- 
espioBs j ^ ceusc des soldats qui deserter aient 
]e^>drapeaux de Mohammed-Hassan , et viehr 
drai^nt se ranger sous les siens, Les troupes' 
qui avaient servi Azad , -et-que Mohammed' 
myait <iiepuis peu-i sa solde, fiii-ent les pre-' 
litres k en donner rexeiuple j les Turcomans 
im imit^rentj les Ouz^'be^s , au riombr^ de 
^^a'niille, quitt^eiit le'camp tdiia 2i lafois,' 
pri^c^^s deleuFs^hfefs, *• ' ^' '^ 

"Ce cjuiacQ^l^ra Id d(^sei*ti6n, W &ii liiiV 
i^lt|@ ^tii fut fait^ de iniilt par Scheik ^ All y 

piicfcW fMWM de lE^iitf ^t le premier de setf 



CHAPITRB II. 73 

g^n^anx. Scheik*Ali ^tait un de ces hommes 
qu'aucun danger n'efiraie, qui joignent k dn 
courage et de I'audace y une concepdoii 
prompte , un coup^d'oeil juste et une exAm- 
tion rapide. A la tSte de cinq ou six mille 
cavaliers curdes j il battit et dispersa tous les 
d^tachemens que Tennemi avaitenvoy^s dans 
les villages voisins j il leur enleva tous les vivres 
qu'ils portaient an camp; il surpiit un grand 
noinbre de chevaux et de chameaux que Ton 
&isait paitre dans une valine couverte de pft- 
turages , et arros^e par le Bender-Emir (1), 
etileut le bonheur de rentrer au boutde neuf 
jours ^ sans dtre pour ainsi dire apper^u des 
assiegeans. 

Scheik-Ali ne s'^tait pas content^ d'enlever 
les vivres destines au camp ennemi : il avait 
mis le feu anx chaiaps de bli^ qu'il avait reiH - 
contres; il avait donneordre aux caitivateurs; 
de detruire toutes leurs moissons , d'enlever 
tout ce quails avaient de pr^cieux , et de ga* 
% gner a v^ leurs troupeaux les montagnes qui 
8e tronvmient lei plus a leur port^; il s'etait 
engage kles fair^ indemniser par K^rim lor»* 
que. le siege seraitilev^. 
: Ces <Brdres fur^it pooctuellement ex^cn*- 

■lfc*»W**P 111 »■! I — .  -I 11 I Ml fc m ill I II 11 n I  .— toM^^— ^«iJt*i^1<»— il^*i*M*i^^— ■■<— 

■» t ' 



74 VOYAGE E» P£R6E. 

les. DaAs huit ou dix joiii's {>res(ftie touto Ift- 
pi^ovinee iiit d^yast^^ et ae trcmra deseite; 
oe qui priva presque subiMmeasit les assii^*^ 
geans des snbsistance^ aur lasqueUes ils coaip-*^ 
talent. . . . 

Pour favoriser enCore plus la deserticm>. 
Scheik- All eut ordr^ de cailtinuer sea 8or£ieA' 
et d'inquieter le camp : il y htt tonjojurs heu^ 
reuit } il obtint cliaq^e foi^ des ^nco^ ; il de^ 
mori ta ou detxuisit presque touted les batteries 
de renneini ^ et il ue xentra jamais qth'il ws yit 
gi'oasir sa troupe. < 

; Mohaaxmdd'Hassan avkit youlu arrftber^ 1^^ 
mal dans son principe , mais il n'avait pti en 
venir k bout : c'etait une ^id^mle contre la- 
quelle ^hotiesit tous les efibrts humams. EUe 
&Lt bieiitot an point y qu'il dfitsonger lui-^n^mei 
k d^aznper s'il ne voolait ^'exposer k dtrer 
pri^. II qmtta Chiras k .la. fin de jttin ^ area 
tme poigB^e d^hommes , pour se rendre ^Is- 
pahan y OU 11 esp^ait trouvei; intacte et seaaas^ 
la garnison qu'il y avait laiafiee. YaiBe espe^; 
xance ! La contagion s'y els)Lit glissee. aerec kE 
Bouvelle des maiiTais sitcc^a qu'il ay kit em.^, ^ 

^ Ainsi done cette arxnie'si nombrensof / ^' 
iparmidable> qtii &mmt tr&jtMear totstea les. 
proyinces.^. jqui ayait enfli^- rbrgueil de soxx. 
chef> au point de li^Jiiiir^. ^i4^ig?K: tQilSf fea 



CHAPITB.E II. J& 

deroirs j tontes leg bi^ns^ances ^ lie put r^-^ 
sister h. vcae ruse de gUerre ; elle iUt izitse eii 
pieces sans combattre ^ et de ses debris elle 
fut doubler et tripler les forces de celtii qu'elle 
fiemblait devoir Eraser de sa masse. 

Mohammed-Hassan n^ s*arrSta point 4 Is*- 
pahan. U y ayait trop de danger pOur lui de 
s'enfermer , avec peu de monde ^ dans nne 
yille qu'il avait m^contentee. II se rendit , 
aana perdre de terns ^ k Aster- Abad laved die 
ou douze mille Kagi^trs qui lui ^tai^nt rest^ 
£ld<^les* lA 9 septME^ du reste de la Ferae par 
de tr^ - hautes mdntagu^i ^ il ae flatted de 
l*epousaer iacil^nieat loute att4qiie que aoa 
ennemi voudrait tenter y et de r^parer ^ danr 
le coiurant d^ TJiiyer > les ^rtes qu'il voiait 
d'^prouver, 

K^rim ^ ae pduvailt esp^rer de ratteindre 
dans sa iuite ^ ne ae donna pas la peine de le 
potursUivre ; il testa encore quelqne terns k 
Ciuras f et ne se retidit ^ en aeptembte^ 4 Is- 
pahan y qu'aprds dvoil* organise son atmee ^ 
et s'Stre aasur^ d*elle pax toils le^ ihe^ens qui 
^taient en. son pouvoir. 
' A son arliv^ k la osipitale, le^ habitant 
aortirent avto etiipressement de tetits incd^' 
ficms^ et accoururent esA foule aU devant de^ 
lui^ |;^moign^nt ^ pai?4ea 0xh de ji^ie ^ pat dw 



u 



^6 VOYAGE E3Sr PEB.SE. 

r 

chants d'all^gresse , toute la satisfaction qn'ils 
^prouvaient de le revoir triomphant. lis ap- 
portaient des \ivres pour Tarm^e , et avaient 
pour le chef des pr^sens de peu de valeur sans 
doute , mais qui devenaient pr^cieux par la 
mani^re dont ils ^taient offerts. 

Kerim fut tr^s - sensible k ce t^rnoignage 
unaniipe et spontane de^ habitans de la pre- 
miere ville du royaume j il le regarda comme 
la plus douce et la plus flatteuse recompense 
de tout ce qu*il avait fait en leur faveur , et 
comme un presage certain d'un succ^s plus 
glorieux. Pouvait-il , apr^s cela , ne pas re- 
doubler- d'effbrts pour rendre heureux un 
peupl^ qui exprimait ses sentimens de recon- 
naiseance , d'attachemept et de fid^lit^ d*une 
mani^re si tranche , si g^nereuse ? » 

' A Teieihple de la capitale , touted les villes 
que Mohamimed-Hassau avait en dernier lieu> 
depouillees , s'empress^rent d'envoyer des de^ 
putes k Kerim, et de c^lebrer son retour pai* 
des fiSt^s. Gulpaigan , Yesd*, Cacl^an, Koxki ^ 
Tehi^ran , Casbin , Amadam , Kermanch'ah y 
Nehayend , reconnurent , avec des transports 
4e'j0i^ i.la ^ooiv^rainet^ dlsmael , et denian- 
d&-ent que la regence restSt entre Ifes mains 
de celui qui n'avait €^sj& de combattre pour 
f on roi. II n- y eut que :Sultanie , Tauris , Ar« 



X 



CHAPITRE II. ^J 

debil et tout 1^ reste de T Aderbidjan , ou 
Mohammed -Hassan ay ait des troupes, gui 
ne purent exprimer leur voeu. Quant au Gui^ 
Ian et au Mazanderan ^ le pouyoir du gou- 
.verneur y ^tait trop bien etabli pour esp^rer 
de les soumettre autr^ment que par la force. 
' Cette entreprise , d'une tr^s- difficile exe- 
cution, fut confine k rhomme qui ^tait sans 
doute le mieux en etat d'en yenir ^ bout. 

Vers la fin de I'hiver , Tan 1769 , Scheik- 
Ali eut ordre de s'avancer jusqu'k Teheran 
ayec dix oudouze milleca>aliers , pour tenter 
de pen^trer dans le Mazanderan aussitAt que 
la saison le permettrait. Les premiers efforts 
qu'il fit pour franchir les portes caspiennes 
ne reussirerit pais j elles etaient gardees par de 
tr^s-fbrts detachemens que Mohammed -Has- 
san y ayait envoy^s. Pour forcer ces passages , 
il aurait fallu combattre long-tems , et se r^- 
soudre k perdre beaucoup de monde j ce qui 
. aurait 6te k Scheik-Ali Jes moyens de pour- 
• suivre ses operations dans le Mazanderan. 

Ces considerations lui firent prendre le parti 

.d^enyoyer secretement des emissaires , pour 

tdcher de corrompre ceux qu'il he pouyait 

combattre sans danger. Le premier a qui il 

s'adressa ^ se nommait Mohammed ;^<:^^teXl un 

.hiomme qui passait pour ayoir encore plof 



78 VOYAGE tj[ ttHSE. 

d'aiubition que de courage , encore plus dt 
souplesse que de talens ; ii devait son avan- 
cement et sa fortune k Mohammed-Hassan ; 
il avait gouvem^ la province en son'absence j 
ii di^&ndait alors ^ arec quatre mille hommes , 
le passage k plus important. Scheik^Ali M 
lit oifrh* une «omme d'argent assez forte et le 
gouvemement en chef de la proyince ^ ayec 
le titre de khan y s'il voulait 86 joindre k lui 
poiir en faire la conquSte au nom d'lsnlaei 
lou de K^rim. 

Mohammed , attach^ k son bienfaiteur par 
les liens de la reconnaissance j du deroir et 
de rhonneur , repoussa d'abord avec indigna- 
tion les propositions qui lui ^taient faites j 
mais reiiechissant ensuite k la position critique 
dans laquelle il se trouvait ^ menac^ par line 
armee qui ne pouvait manquer d'etre bientdt 
renforcee , craignant d'etre entrain^ dans la 
iChute^de son chef, desirant aussi de s'avancer 
-plus rapidement et d'une mani^re plus sHre y 
il se decida k trahir celui qu'il aurait dti servir 
et defendre jx^squ'^ la tnort. II promit aux 
'(^missaires d' ouvrir les passages qu'il gardait^ 
et de se joindre k Scheik- Ali d^s que celui-ci 
lui aurait fait passer la somme qui lui ^tait 
ofierte , et aurait pris I'engagement par ^crit 
de rinstailer dans le gouvernement de la pra*< 



CH APITB.E II. 79 

vinoe aussitdt qu'ils eii auraient cha$s^ Mo- 
hammed-Hassan. 

Enchante d'avoir r^ussi dans son entre- 
prise y Scheik-Ali n'h^sita pas h donner toutes 
les stiret^s qu'on lui demandait. Lorsque tout 
Alt bien arrdt^ de part et d^autre^ Mol^ammed 
envoya au deyant de Sch^ik- Ali quelques-uns 
«de &es principaux ofHciers y tant pour lui ser < 
yir d'otages ^ que pour lui montrer les ch^ 
min$ qu*il fallait prendre. Par ce moyen ^ 
rarm^e arriya sans accident k Firuscuh y d'od 
elle se dirigea dans le Bas-Mazanderan. 

Mohammed-Hasisan ^ait alors k Sarou ayec 
huit du dix mille hommes. Dds qu*il apprit la 
trahison de son general et la marche de Scheik- 
Ali , il ne se dissimula pas le danger qu^il 
courait y metis il n'y ayait pas moyen de re- 
culer. he Khorassan ltd ^taic ferme; la routfe 
du GuUan etait impraticable dans cette saison : 
il H^ayait point de yaisseaux pour trayerser 
la Caspienne j il ne pouyait , ayec la caya- 
4erie y grayir les montagnes du Tab^ristan ; il 
ne lui restait pas mdme la ressource de s'en- 
fermer dans line place ik>Tte y puisqu'il n'aurait 
pas eu le terns d'y faire entrer assez de yiyres 
pour sdutenir un siege. XI fallut done se r^ 
vioudre k <c<M»battre medgr^ Tinfi^iorite du 
UQmbre , et mal^ la frayeyr que la con-^ 



8o VOYAGH £N PERS£. 

duite de Mohammed avait inspiree It ties 
troupes. 

Sarou n'est qu*^ troia joui'nees de Firus- 
cnh (i) , ou se termine le defile j de sorf^ que 
Mohammed - Hassan se yit Telinemi su^ les 
bras presqu'aussit6t qu'il eut connaissance de 
la trahison de son general. 

Avant de se presenter k Tennemi , il fit ^ 
.ppnr ranimer ses troupes , tout ce que la pru- 
dence lui dicta j il employa , pour leur ins- 
pirer une confiance qu'il n'avait pas lui-mSma, 
tons les moyens qui etaient en son pouvoir. 
Caresses^ lib^ralites ^ recompenses y promesses^ 
faux rapports y fiiusses annonces , tout fut mis 
en usage par ce chef intelligent , pour se tirer 
du mauvais pas ou il se trouyait engage. 

Pendant le combat , on le yit commander 
en habile g^n^ral ^ et se battre comme le plus 
intr^pide soldat. On le yj;t se porter partout 
oil sa presence ^tait n^cessaire, Vingt fois il 
afiEronta la mo;rt pour, soutenir des corps en- 
tiers qui chancelaient ; yingt fois il se mit ^ 
leur tSte pour les ramener k la charge. 

Tant d'efforts , tant de courage , tant de 
presence d^esprit , eussent et^ couronn^s du 
succ^s ^ Mohammed-Hassan ettt ^te un pen 

 1 ^ , - I I ..  11 I   . I I I .  I i^mmm^^mmm i m ii t i  ». 

(i^ JBnTir9n vingt lieuss communes^ 

mieujL 



4 



CHA1»ITR£ II. 8l 

mieux second^ par ses ofEciers ^ s'il avait pu 
surtout efiacer , dans te soldat ^ rimpression 
qu'ayaient produite la defection d'un general 
et r^pparition presque subite d*une armee 
plus nombreuse ^ et command^ pair rhomme 
qu'on jugeait le plus redoutable de la Perse. 

Scheik-Ali remporta done sur son adver- 
saire la victoire la plus complete. Mohammed* 
Hassan , bless^ en plusieurs endroits ^ fut oblig^ 
de chercher son salut dans la fuite^ accom- 
pagn^ seulement de quelques ofHciers. 

II prenait la route d'Aster-Abad , et se trou- 
yait d6]k aux environs d' Achraf lorsqu'il eut 
le malheur de s'engager dans des marecages^ 
d'ou il ne put sortir assez t6t. II y fut atteint 
par une troupe de cavaliers ^ qui n'avait cess^ 
de le poursuivre , et reconnu par uxl esclave 
n^gre de Scheik-Ali , qui le somma de se ren- 
dre. Comme il fit resistance et qu'il cherchait 
k se faire jour , il fut tu^ , et sa t6te fut port^e 
en triomphe au vainqueur. 

Apr^s cette victoire , Schpik- Ali parcourut 
le Mazanderan et )e Tab^ristan sans trouver 
aucun obstacle : il en prit possession au nom 
d'Ismael et de K^rim ; il laissa k Aster- Abad f 
pour gouvemeur , Thomme k qui il devait sa 
conquSte.; il s'empara de tons les tr^sors de 
Mohammed - Hassan , et emmena k Ispahapi 
Tome FL F 



8a CHAPITES I^v. 

tdu$ ^63 Qls en 6tage. lis ^t^ient au nombre 
de s^t I et .Sf iiommaient Hugsein^Khan ^ Aga- 
M^h^met^Khan 9 DjaflTar-^JCouli-rKhan, Ala- 
Kouli-Kban^ Jliz^*Kouli-Khan^ Moustapha- 
KouU-Khaii ^ et Morte^^a-^Kouli-Khan. 



y(t>TAO^B BK PB&SS. 83 

CHAPITRE III. 

Pfesqiie toute la Terse se soumet it 
Kdrim. Fetah^Ali'^Khan s^empare 
de Vjiderhidjan / il est assiige dans 
Urnua ; il se rend aupr^ de K^rinty 
€f implore sa p/^mence. Tentc^tive^ 
d^ Eloigner Kdrint de la rSgence ^ il 
convoque un divan ^ prend le tltre de 
"vdkil^ et enferme Ismael dans la 
forteresse d^Abada, KSrimJhit bd* 
tir un palais 4 Chiras y et transf&re 
danscette *uille le siSge de P Empire ^ 
ilfait la guerre au scheik de Btnder-^ 
Rik et au scheik Suleyman. Mcaurs 
des Arahes du Kerniesir. Sidge ^t 
prise de Bassora. J^ort de Kdrini. 

La moit 4e Molia.mmedrHassan et la ratraito 
d'As&ad en G^rgie Sf&mblaient ne plus laisser 
d'ezmemis ^ K^rini« Charokh i aveugle > na 
demandait qu'^ yivre en paix dans le Kho^ 
r^ssan > et Achmed ^ satisfait d'avoir enlev^ 
apx Per^an^ le Kandahar^ le Sj^gestan etH^ 

F a 



^4 VOYAGE Elf perse; 

rat, ne songeait plus qn^k porter ses armes^ 
rorient de ces provinces. 
I La soumission du Mazanderan , devait nd- 
cessairement en trainer celle du Guilan. Hi- 
d^atj qui ^tait gouvemeur de cette.derni^rc 
province , ne pouyant esp^rer de s'y main- 
tenir par^la force , prit le parti d'envoyer de 
trds-riches pr^sens au vainqueur , et de soUi- 
citer la faveur d'etre confirm^ dans un pojste 
qu'il jur^it de conserver fideltement , et de 
defendre contre tousles ennenris.de son nou- 
veat^maJtrie y avec le.inSme coufage^ le mS^ie 
z^le^ le ftiSme d^voiiment qu'il eiit mis pour 
Tancien s'il eAt v^cu. 

Hid^at obtint ce qu*il demandait moyen- . 
nant des otages qu'il fut oblige de faire passer 
k Ispahan. 

Les gouverneurs du Kerihan et du Laares- 
tan, qui jusqu'alors s*^taient maintenus in- 
d^pendans , . et n'^yaient jamais voulu se de- 
clarer potir aucun parti, se d^cid^rent k faire 
passer des pr^sens k K^rim , et k reconnaitre 
la souverainet^ d'Ismael ; mais leur soumis- 
sion ^tait 'accompagn^e de la demandefbr- ' 
xnelle d'Stre maintenus dans le gouvernemeiit ' 
de leiirs provinces* 

Satisfait de tirer dor^navant de ces deilx 
l^hans les subsides accoutumes et lea' troupes ^ 



dentil ay ait beaoin^ K^im leur fit passer les 
diplfimes qu'ils demandaient , en leur enjoi* 
^ant n^anmoina de lui entoyer les persoifnes 
de leurs families qu'il leur designait , et ^ qui 
il oiFrait des grades honorablesdans Tarm^e. 
. Les scheiks arabes repandus dans les divers 
districts du Kermesir sc soumirent sans dii£- 
cult^ y except^ deux d'entr'eux , Mir-Maheana 
et Scheik-^uley man y k qui le regent fut oblige , 
par la suite, de faire la gueire. 

Mir-Malienna , qtii ayait ^t^ un des pre- 
miers y sous les murs d'Ispahan , k engager les 
Arabes^ quitter les drapeaux de K^rim^ et 
qui etait yenu s'emparer de JBender-Rik an 
prejudice de Mir-Nasr son fr^re ,. ne ref^sa 
pas formeUement de se sonmettre , maw il 
pri^texta ses propres besoins pour ne faire 
passer k K^rim ni homtnes ni argent. 

Scheik - Suleyman 9 khiabi^ dont la tribu 
babite k Test du Schat-et-Arab , et qui se trou- 
yait possesseiu* de toute la contr^ qui s'^tend 
depuis I'emboucbure du ileuye et la partie la 
plus septentrionale du golfe jusqu'aux enyi* 
rons d^Ayisa et de Schuster, refusa ausffld'en- 
voyer dfes subsides et son contingent de trou- 
pes , sous pr^texte que son pays dtait ^puis^. 
' Mais un ennemi bien plus dangereu:^ se^ 
montrait dans T Aderbidjan^ F^tabrAli-'Khftn ^ 



85 VOTAGS Kir PBUBB. 

ce giniral d^Azady que ndiis ardnd dit droit 
^ti laisse ^ Urrtiia par M6hammed*Ha$sah 
avec quatre mille Kagiars, bien loin de quit- 
ted les armes , de €6flg^dier see troupes ov. dt 
les ni^ttre k la disposition de K^riih ^ ainsi 
que celui-ci Tesp^rait , trayailla au contraire 
k en lever de nouvelles , et k se fortifier pat 
dfes alliances. II s'adressa pdur cela au princd 
de iGeorgie , aux Le^gttis^ au khan du Gui-t 
Ian 9 k ceux du Kerm&n et du Laarestan^ el: 
k tous les scheiks arabes de la cdte maritime. 
Le refiis du premier de se m^ler des afiaireii 
de la Perse , la lenteiir que les Lezguis itiirent 
£l Se decider ^ la soumission des trois Idians et 
^elle de presque tous les scheiks arabes ne le 
i'ebtitd.t'ent pas. II parvint par ses intrigues ', 
par ses menaces et par ses armes^ k s'^mparet 
detout I'Aderbidjan j il Se crut assez fort pout 
tie plus dissimuler ses jH'^tentions^ 

Kerim avait plusieurs fois somm^ ce nouyel 
^nnemi de mettre bas les armes ; il liii avait 
tndme fait of&ir lin d^s premiers gractes dans 

« 

Yarmeib , ou une des premieres places dii 
rOy aume s*il voulait imiter le gouverneUi^ dtk 
Guilan. F^tah-Ali avait toiijours fait dies t6^ 
ponses ^vasives j il avait cheirch^ k gagrier dii 
terns 9 afin d^Stre mieuGJc en mesure de resister 
B% 4tait attaqu(§. . 



CKAPiTES III. ^f 

Lorftque K^rim eut perdu to^t espoir de 
tamener ce g^n^ral p^r Vappdt des bienfaits ^ 
il prit le parti de le r^nire par la force defi 
armes. II partit k cet efFet d'lspahan en avril 
1 j6i , avec une armee considerable , et se di- 
rigea yers I'Aderbidjan par la route de Ca- 
chan, Kom, Sava ^t Casbin. 

Fetah-Ali^ qui n'atait gufere plus de dix 
mille hommes k ltd oppdser^ quitta Tauris k 
la premiere nouvelle de sa marche , et vint 
s'enferilier dans Urmia , qii'll avait bien ap- 
provi^ioimde et inise dans uti bon ^tat de 
defense. 

Arriv^ k Stdtanie i Kerim d^tacba de s6ii* 

« 

armee dix ou douze mille hommes y ddnt il 
dbniia le commandeinent k Scheik-Ali^ aVec 
Tordre de se porter sur Tauris el AHebil , et 
de soumettre ces Tilles ^ ainsi que toute la 
province , peiidant qull irait lui^mSme faire 
le ^^ge d'tJrmia. 

Schelk-Ali He trouva auciin obstacle dans 
sa marche : toutes les Villefe de I'Aderbidjan lui 
ouvril'ent leurs portes , et le re^urent comme 
Tin liberateur j mais Uftnia tint bon , et se 
d^fendit avec courage. K^rim ne put ni s^en' 
emparer ni faire des pro^P&s ^ehslbles^ miEdgr^ 
toute Tardeur qu*il y mit , et la notiibi^diite' 
artiUerie qu il jr eroploya : il perdit-beaucoup' 






88, yOTACE Blf PEESB. 

4^^ mozide dans les diyerses attaques qu'il en-« 
treprit J ce qui Toblrgea de couvertir le si^ge 
eiLblocus. 

/Pendant que les assiegeans ravageaient les 
environs pour 6ter toute ressource aux assi^ 
g^s, et que ceux-ci faisaientdeirequentes sor- 
ties pour se procurer des vivres et des fourrar 
g^s^ les deux commandans prirent I^ resolution 
de se 4eiaire Tun de I'autre par un assassinat. 

Fidtah-Ali voulait se debarrasser prompte- 
Qi^nt d'lm ennemi qui pouvait s'opiniS.trer k 
rester-autour de la place y et Kerim ne voyait 
que ce mpyen de se rendre maStre d'une ville 
qu'il sav,ait ^tre tr^s-forte et tr^s-bien appro- 
Tisionn^e^ 

. Cette Strange mani^re de se defaire d'un. 
ennemi arme est autoris^e dans ce pays par 
I'usage^les mceurs ,. Topinipn : on sait qu'elle 
fletrirait en Europe un militaire qui y oudrait 
y avoir recours. En Perse, on n'a jamais re- 
gards comme un d^shonneur ou comtne une 
Idqhel:^ de plonger un ppignard dans le sein 
d'un ennemi qui n'^est pas en mesure de se 
defe^d^e , et de se ser vir pour cela de la main 
d'lin autre. Celui-1^ mSme qui porta lecoUp, 
jj.*est d^shonore que lorsqu'il trahit Tamitie , 
Qu qu'il. manque k la reconnaissance* Si c'est 
im homn^ du parti ennemi , ou simplement 



V 



.CHAFITR£,.III« . 8^ 

^ quelqu'un qui n'a jamais re<^u de bienf ait ^ qui 
u'a point contract^ d'engagement ^ son action 
n'est pas toujours approuv^e ; mais elle n'a 
en elle-mSme rien de d^shoiiorant ^ surtout 
lorsqu'elle dmane d'un ordre qu*on ne pent se 
dispenser d'ex^cuter sans risque* 

Mais ici ce sont les officiers eux-mSmes qui 
se chargent de cet attentat : ce sont ceux qui 
doivent leur grade , leur bien-dtre k rhomiue 
dont ils veulent percer le coeur. 

Celui qui s'^tait engag^ de porter le coup 
fataL ^ Kerim ^ etait un de ^% g^neraux : il se 
Hommait Ibraliim-^han ; il avait ^ ^ ce qu'on 
croit^ eu part ^ Tassassinat de Nadir ^ et s'y 
^tait enrichi ; il espi^rait cette fois monter au 
premier rang en abattant celui qui rbcciipait. 

Oblig^ y pour Tex^cution de son dessein , 
de se confier k quelques personnes dont Tas- 
sistance lui ^tait n^cessaire ^ Ibrahim fut d^- 
couvert , convaincu , et ex&ut^ k la tSte des 
troupes qu'il commandait. 

F^tah-Ali ^tait menac^ par trois officiers 
g^n^raux y qui s'etaient engages y apr^s Tav oir 
tue^ de rendre la place et de passer au service 
de K^rim* II les aufait fait arrSter sans doute 
et les aurait envoyes au supplice s'ils n'ayaient 
^te fortement soutenus par les troupes qu'ils 
ayaient^ leurs ordres y et si celles-ci i^'ayaient 



9* VOYAGE Elf .rERSC. 

d^ manliest^ plu&ienrs foU lenr rii^coixteik^ 
tement de se battre pour une cause qui lent 
iiait deyexine ^trangSre depuis que Moham-^ 
filed - Hassan n'existait plus* Tfitoh - AH t ne 
dotitont bi^nidt plus que toute la gamison ne 
fAt gagnee , prit le parti de sortir de la ville 
iseul et sans armes , et d'aller se mettre k la 
inerci de son ennemi , qu*il redoutait encore 
mains qiie ses propres soldats. 

Conduit devant Kerim ^ ii se nomma, et &€ 
jeta k ses pieds en lui disant : cc Seigneur^ je 
3» sais que vous demandez ma tSte , je vous 
*> Tapporte : je merite Id mort pour avoir 
» voulu Tous combat tre lorsque j'aiii-ais dA 
to m^eittpresser de vous servir j jfe tieiis la re-* 
» cevotr de votre main; frappez , puiiissesi 
» vous*m^ine le coupable qui a ose vous of- 
» fenser.*... Mais si la g^nerosite vous portait 
» k me pardonner ^ si par boht^ vous me lais- 
y> siez line vie qu'il ne tient qu'a vohs de tn0 
» ravir , vous n*auriez pas dans votre armed 
yy die serviteur plus fiddle , de guerrier plus 
*> devout. Quels que fussent tes dangers quli 
» me fallAt affronter pour vous , ils ne se- 
sy raient jamais en proportion de mdn z^le et 
>> de mon attachement* Vous m'avez depute 
» long-temscdmmanderadmiration; daignez 
9> aujourd'hui me forcer k la reconnaissance. , 



Jf-» 



\ 



CHAPITafi III. 9* 

i Qtife Je vous doive la vie j elle ne sera plus 
in employee qii'k m^riter votre edtime et ^ 
i> vous faire oublier mes erreurs.» 

K^rim ^tait trop g^n^reux , trop bierifaisant 
pourfrapper l*ennemi quitombait k ses pieds j 
il le i'elfeva avec bont^ , lui pardonna , le regiiC 
dans son arm<^e , et lui donna , peu de teius 
apris, un corps de troupes ^ commander. 

Apr^s le depart de F^tah-Ali , les officiers- 
generaux , parmi lesquels on remarquait Mir^ 
Kun^h-Khan , Arabe , propos^rent , dans une 
assemblee qu*ils convoqu^rent i cet efFet , 
d*ieiivoyer une deputation i Kerini , pour lui 
Ikire part qu*ils avaient resolu de lui ouvrir 
les portes de la ville , et de mettre bas les ar- 
mes J ce qui fut gen^ralement adopts. Par clette 
dematche , officiers et soldats obtinreht la 
faculty de se retirer chez eux avec leurs armes 
6t leiir bagage , ou de prendre du service dans 
l^arni^e des assi^geans. 

Toutes les provinces persaries situ^es entre 
la O^orgie et la Caspienne , depuis le Guilan 
jiisqu'aux e/ivirons de Terki et du fleiive 
Terek, apparteilaient pour Idrs au khan de 
Kouba, nomme Fetah-Ali-Khan, qii'il ne 
faut pas confondre avec le g^n^ral de mSm^ 
Horn , dont nous veribns de parler, ; 

Koiiba est une tr^s-petite ville du Cliyrvahy 






9^ TOTAOE £Sr P£B.8£. 

situee sur la petite riviere qui se rend au port 
de Nizabad ; elle est ^ cinq ou six lieuej^ de 
la Caspienne, ^ quixize lieuesi sud de Derr 
bent^ ^ dix-huit nord-ouest de Bakou* Sous 
leregne de Nadir, le khau de Kouba ^taitsous 
la d^pendance de celui de Bakou j mais Fe- 
tah-Ali, qui avait succede depuis peu ^son 
p^re Huissein-Ali, avait trouve le raoyeii de 
s J rendre puissant y et de soumettrie par les 
armes les khans de Derbent et de Bakou. 

Kerim ne fut pas fache de trouver en lui 
un homme en ^tat de contenir les Lezguis> 
qui n'ont jamais cess^ d'inquieter le nord de 
la Perse, et d'en imposer ^.u prince de Gtor- 
gie. F^tah-Ali lui ay ant envoy e sa SQumis- 
sion , appuy^e sur des presens considerables y 
il le confirma dans le gouvernement general 
des provinces du Mogan , du Chyrvan et du 
Daghestan , apr^s avoir regie les subsides que 
ce khan lui ferait passer chaque ann^e , et 
avoir re^u les otages qui devaient r^ppndre de 
sa fidelity. 

II restait ^ soumettre le pilnce de G^pr^e , 
et 6ter k Azad tout espoir de ie releyer« un 
jour. K^rim fitmenacer Heraolius de luifture 
la guerre s*il ne se remettait, comme ses a&iax , 
sous la dependance de la Perse , s'il n'^va- 
cuait promptement ]&rivaiL et J;ous les pays 



/ . 



GHAPITRS IH\ 93^ 

qu*if ay ait enyahis au nord de TAraxe , et 
s'il lie liii epvoyait Ar'ad sous bonne escortej 
il promettait , k regard de Celui-ci , de le trai- 
ter 'd*une maiiidFe honorable , soit qu*il prJt 
du sieryice dans Tarmee , soit qu'il yonlAt yi- 
yre dans Ispahan ou dans Chiras comme un 
simple particulier. 

H^raclius ^ plus timide ou plus prudent que 
son J)^re Teymouras n'ayait et^ , prefiira de 
s^aflermir dans ses J^tats^ en se soumettant k 
K^rim , plutdt que de risquer de les perdre 
en lui faisant la guerre ; il c^da de bonne grace 
tout ce que son p^re ayait usurp^ ^ soUicita 
le dipldme qui deyait le confirmer dans la dir* 
gnit^ de sultan du Kacket et duKarduel , qui 
fbrment y k proprement parler ^ la G^rgie 
persane , et il engagea Azad k se rendre sans 
d^lai aupr^s du regent qui le r^clamait. 

Azad obeit sans murmurer y et parut de- 
rant-Kierim ayec ce calme , ayec cette noble 
assurance ^ ayec cette fiert^ y apanages de 
rhomme que la crainte ne pent atteindre^ que 
Tadyersite ne pent abattre, que le souy^ur 
de ses yictoires enorgueillit. 

K^rim, en le yoyant, Tinyita ^s'asseoir k 
ses c6t^, ^t lui tendit la main en sigiie d'a- 
mitie. Azad la baisa respectueusement , et s'ais- 
sit en ltd disaxit : «< Que le ciel fayorise toutest 



g4 VOYAOE EK P^fiSti 

» yos eutreprises | qu^il mette %&a)oXLT^ k to^ 
» pi^cU tous ceux qui, comme moi ^ tondrdnt 
» 9?0fpmet k vtfsii^sseins. J*^i ^t} Tambition 
» de r^ner, npn pour faire, comxne vous, le 
» l>onheur ^es ,peupl.es , pials pour les tpur- 
» znenter , ppur ieur rayir le Iruit de l^ur9 
» txaraux , pour Ieur arracher le plus cher da 
» Ieur bieny leurs en&ns j j*en ai ete pui|i j 
39 ils ont dik m'aban(;lonner : le ciel a dii met-* 
» tre la couronne sur votre t^te, plutdt que 
»> gur la mienne ; je me soumets k ses justes 
» d^ci^et$5 et me prosterne a vos pieds. Vous 
» ^tes d^s xe moment mon ma$tre et u/on roi | 
» je lie suis plus que votre esclave : ce nom 
» me sera doux si vous daignez quelquefois 
» Jeter sur moi un regard de bienveiljajice , et 
>? m^accorder Testime et la cosfiance que je 
» ne cesserai de .m^riter. » 
. Kerim le relpva, et lui dit : « Azad , je ne 
» vous ai appel^ . aupr^s de moi que paros 
» qn^ j'ai esp6]c6 de vous procurer ixa sort^ 
3» plus doux que vous ne pouviez Tavoir en 
».G^.Qrgie. Oublions nos quei^Ues , soyons 
» amis , et croyez. qu^ ce n^est pas Thomme le. 
» plus eleve qui est le plusheureux. Le bon- 
»>-lieur ne vapas ordinairement se placer d^uis 
».un coeur que Tambition ou les desirs tour-- 
>» mentenjt; il ne saurait pas npn plus ^e fixer 



CUAFITAE III. fS 

3» danscelui qui est dans un etat de sati^tle. II 
^ ne tient qxHk vous de H'aroir rien k envier 
^ k persoime y et de vous mettre dans la po* 
» sition la plus favorabla pour iix^r le boAr- 
>? hefur autour de youft. Vous avee assez fait 
J9 pour Yotre gloire; je nufcliarge d^vMrer 
a» fortune y et soit quie vous 5ervi» dans Tar- 
>> m^e"^ soit que von& preniesi plate parmi mes 
» imnistries ^ soit qift vous prefiiriez mener , 
»> dans Xspahait ou dans Cfairas ^ une viedoupe 
» et puisifale , mes bienf aits tous «£lt9»id]font. 
n ie Tou^ invite pourlai^ k rester aiipr^s de 

n moi • vous m^aiderez de vos consells. » 

' ft 

Azad ^ resta, et se montra Tami le plus 
^c^ et le plus d^vou^ ; il refijisa tous les 
^mplois^ toutes les dignites que Kerlm lul ol^ 
frit , mais il le servit avec z^le et courage dans 
rarm^y et donna toujours Tavis le plus sage 
dans le conseil. 

Lorsque le r<^gent ent bien ^tabll son pou- 
Toir au nord de la {^erse ^ il retourna k Is^ 
pahan, q^ sa pr^senee etait tr^s-n^cessaire* 
Ismael avait atteint sa v^ngti^me aiinee : quel** 
ques seigneurs qui n'aimaient pas K^rim ^ on 
qui ^vaient fnterdt d'aflaiblir son pouvoir, 
Youlurent profiler de cette circonstance pour 
engager le peuple k demander que Kerim se 
dimit d<^ la r^geace« « II e3t bien tems ^ di<- 



96' VOYAGB EN PERSE* 

» saient-ils ^ qu'il accomplisse ses promesses j 
» il est bien terns qu'Ismael prenne les r^nes 
» du gouvernement , et qu'il cesse d'etre im 
3> simiilacre de roi. » ^ 

Cette tentative ne pouvait manqiier d*^- 
chouer* Les habitans d'Ispahan n'ayaient ja- 
mais eu k se plaindre du regent; sa conduite 
avait ^t^ aussi sage qu'on avait pu le desirer. 
S'il gouverhait T^tat, s*il disposait de toutes 
les forces , de tous les revenus de rErnpire , 
c'^tait au nom et du consentement d'un prince 
encore jeune. Pourquoi le peuple aurait-il 
inquiet^ celui qui ^ dans tous les terns 9 avait 
paru SI dispose k respecter les propri^tes et k 
prot^ger les personnes j qui , ayant tout le 
pouyoir en main ^ en avait bien moins abuse 
que h'aurait fait tout autre ? 

Dans un divan que K^rim convoqua peu 
de jours apr^s son arriv^e ^ et ou il appela les 
jseigneufs et les grands dignitaires de la ville ^ 
ses partisans iirent un tableau de tous les maux 
qui he manqueraient pas d'affliger I'Etat s*il 
se retirait avant d'avoir consolid^ son ou- 
vrage , s*il abandonnait le navire avant. de Ta- 
voir conduit au port, s'il livrait Ismael, en- 
core jeune et sans experience , k des conseils 
qui pourraient T^garer. 

Fersomie n'ignorait que ce prince n'avait 

montre 



-xnoiitr^ jusqu^alors tii euergi^ y nitalens^ nd 
capacity , ni aucune dts qualkes qu'unToi doit 
avoir, surtout lorsqu'il s'agit d'aflfermir uh 
trdne ^branle jusqiie diahs ses fondemens , et 
de ramener le calme dans un pays que le8 
^factions* ont long-terns ag^te. 

Comme personne n'osa ouTertement s'op* 

poser aux vues ulterieures de rhomrae qui 

disposait de toutes les places , qui distribuait 

les faveurs ou infligeait ies chdtimeus , la tem- 

tative que Ton avait faite de soulevieii le peu- . 

"^le contre lui pour luj eulever leipouvoir., 

n'aboutit au contraire qu*a le fortifier dncdre 

plus. Kerim se fit conceder dans cette^ lass^m- 

blee le.titre de y^kil ou de lieutenant-general 

: du royaume , ei; peu de terns apr^s il envoya 

Ismael k Abada, fbrteresse situ^e entre la- 

^ pahan et Chiras , ayec ordre au commandant • 

de le servir et honorer comme roi , et de Je 

f aire garder comme un prisonnier dont il re- 

ipondait sur sa tSte. 

Ce qui avait fait croil-e aux ennemis de Ke- 
rim qu'ils parviendraient k former un parti 
redoutable contre lui , c'est que les habitans 
:dlspaliaa et du nord de la Persie voyaient 
laTec regret les constructions qu'il faisait faire 
a.Cliiras. On y bdtissaitientr'autres , depuis 
pr^s de deux ans , un snperbe palaia qui &xhr 
Tome FJ. Q 



pS VOTAGE Xir ?E*18E. 

non^ait/de sa part^ rintention d'aller habi- 
ter cette viile , et d'y transferer le si^ge de 
I'Empire. . 

Ce palais ^tait moins ^tendu , moins bean 
^que celui d'lspahati ; mais on jugeait qu'il se^ 
rait plus ^l^gant ^ plus commode : les jardins 
•y etaient plant^s avec plus de goAt j ils de- 
-Vaient ^tre plus arros^s , plus ombrag^s ; ils 
deraient presenter surtout une plus, grande 
vari^^ d'arbres : leB sites y etaient plus.pit- 
toresques. On voyait dejk , au milieu d'un 
-carr^ fort ^tenduet donsacr^ k la culture des 
plus belles f leurs et des fruits les plus exquis ^ 
lin pavilion dans le genre europ^en ^ oil k 
corps du vekil devait reposer un jour. Ce pa- 
vilion seul avait co&te 3o^ooo tomans on k peu 
|>r^s 1,800,000 francs. 

Les craintes des habitans d'Ispahan etaient 
itonde0S : le y^kil Tint habiter ce palais^ ayant 
qu'il f&t achev^ , et il fixa sa residence k Chiras 
pour 6tre plus k port^e de la province qui lui 
^tait le plus attach^ , et d'oin il tirait la, majeure 
{)artie de ses forces. II s'etait approch^ des 
Atabes de la c6te, qu'il avait k coeur de soul- 
mettre enti^rement. Cette ville , d'aiileurs plus 
voisirie du golfe^ lui paraissait plus propret 
qulspahan k devenir le point central dii cdm- 
j»€rce de la Perse avec Tlnde. 



% i. 



II ne quitta pourtant pas Tatici^nne oapi** 

tale sans faire tons ses efforts pour y rapper 

ler les Armenians 9 qui^ dans les terns d'anar-* 

chie ou de tyrannie^ avaient porta ailleurs leur 

Industrie et lenr commerce. II donna anx \ms 

,des secours en argent ; il prdta aux autres des 

sommes assez considerables j il accorda k tauB 

les mSmes privileges dont ils araient jomsons 

Chah' Abbas I^r. Par ce moyen , le faubourg 

de Julia se repeupla en partie $ . la ville se se* 

rait probablement relev^^ si Keriin y etait 

yenu quelquefois durant son r^gne y ou si 

epr^s sa rao^t il n'^tait survenu de nouveaux 

troubles qui se prolongi^rent ^ ainsi qu'on 

yerra , durant plusieurs ann^s. 

Comme toutas 1^ villes de la Perse , Chiras 
avait cousiderablement soufFart dans sa po- 
' pulation y dans ^on Industrie ^ dans tons sea 
Edifices. I*es ramparts ^talent en tr^-mau- 
yais ^tat ; les mosqu^es mena^aient ruine ; 
les plus beaux palais avaient fait place k de 
chetivas maisons , ou avaient dispsgru au point 
qu'on n'en retrouvait plus la trace. Kerim 
engagea las seigneurs qu'il avait fait venir 
aupr^s de lui ^ pour sa si!b*ete , de tous les 
points de r£Smpire ^ k recdn^truire ces paleds 
ou k en bdtir de nouveaux ^ et ^ fournir aux 
depanses qu'^igeaienl; les fontain^es ^ les b^ias 

G a 



ICO TOYAGE EK PERSt. 

publics , les besesteins , les caravanserais ^ le$ 
mosques et les madresses. 

Ckiras pourtant fiit bien loin d'atteindre k 
ce degre d'opulence , de beaut^ et d'^tendue 
atiquel Ispahan ^tait parvenu sous le r^grie de 
Chah-Abbas. La Perse avait trop souf Fert dans 
ces derniers terns 5 elle etait trop d^peuplee, 
trop appau vrie j le malheur avait trop abattu 
les forces physiques et morales de tous les in- 
dividus ; le ressort de la prosperite publique 
^tait trop afBdbli , pour que Kerim bper&t 
lesgrandes choses quieurent lieu sous Chah- 
Abbas. D'ailleurs • ces deux hommes ne se 
ressemblaienjt pas : Chah- Abbas avait toutes 
les qualit^s d*un grand - homme , et Kerim 
toutes ceiles d'un homme de bien. Le pre- 
mier sut imprimer aux Persans ou k ceux de 
sa religion , ce caract^re de grandeur et d'he- 
roisme doiit le roya:ume avait besoin pour 
*6*a£Jermir et s'etendre ; il developpa, dans 
les Armeniens ou les non-Musulmans , cet 
esprit de tralic , d'lndustrie et d'ordrie qui de- 
vait rendre la Perse le pays le plus coitimier- 
^ant et le plus riche de TAsie. Kerim tra- 
vailla a ^touf Fer toutes les factions j et ^ 
guerir toutes les plaies que Tanai-chie avait 
"faites, Avec de Tinstruction ou une education 
telle qu'il faudrait la donner k tous ceux ,qtii 



CHAPITKE III. r lOt 

doivent un jour avoir, dans leurs mains la 
destinee des nations , Kerim eAt ^te iin roi 
juste et bon; Abbas eiit ^te un grand yoi, 
L'un aurait fait le bien par des moyens doux , 
lents , approuv^s par la droiture et T^quitej 
r^-utre aurait , comme le Tout-Puissant , op^r6 
le bien general lors m^me qu'il en serait re- 
sulte des maux particuliers. 

Si la Perse doit k Chah-Abbas tqiit Teclat 
dont elle a brille durant deux si^cles , elle 
doit a Kerim de n'avoir pas ^te to'ut-^-fait 
d^membree , d^avoir joui pendant pr^s de 
vingt ans de ce calme , de cette s^curit^ qui 
font le honhewc des peuples 5 et qui contri- 
buent s^ fort h la prosperite des nations. Les 
moyens que ce dernier employa pour y par- 
yenir , furent violens sans dotite , mais ils 
^talent conformes aux moeurs du,peuple qu'il 
gouvernait. En tenant auprt^s de lui les fils 
ou les plus proches parens de tous les gour 
vemeurs de provinces , ' en. faisant venir h 
Chiras les chefs de toutes les tribus , c'etak 
les forcer tous k une fidelite qu'ils auraient 

 

certainement violee sans cette pr^qaut^on, II 
en resulta encore un autre avantage; c'estque 
les grands , dans les contr^-es eloign ees de 1^. car 
pitale , n*os^rent jamais se permettred^ pilier 
ou de mettre k contril^ution les caravanes. 



lOri V0TA6E BIT PfiiSE. 

Cette tranquillity n'^tait pourtant pas asscz 
^olidement ^tablie , pour qu • on ne fAt menace 
de tems en tems de la voir troubl^e par ceux- 
1^ mSme qui ayaient le plus grand interSt k 
la maintenir. 

Keki - Khan , frere puln^ de Kerim , laiss^ 
a Ispahan en quality de gouverneur , osa , 
avec cinq ou six mille hommes qu'il avait , 
•sfjoncevoir le projet , en 1763, de detrdner 
fton fr^e , et de se mettre k sa place* Quel- 
ques liaisons qu*il etait parvenu k former 
avec des seigneurs de la cour , le port^rent 
k piller Ispahan , et i so rendre , avec son 
butin , k Shuster , oil il esp^rait Stre soutenu 
par les Arabes khiabis et par quelques tribus 
curdes du Loristan , dont il avait gagne les 
chefs. \ 

D^s que cette riouvelle parviiit k Chiras ^ 
Fetah-Ali (1) , soup^onne d'avoir pris part 
k la revoke , fut arrSt^. La correspondance 
qu'on saisit chez lui ne laissant aucun doute 
sur son crime , il eut la tfite tranch^e. Quel- 
ques autres personnages furent ^galement 
punis de mort. 

Par ces executions et les mesures qui furent 
prises k tems , les pro jets de Z^ki^Khan res- 



(i) C«luj (^ui viffSt d^fendu la viUe d^Unnia. 



CHAPITJIE III. lo3 

t^rent sans effet j lui-mlme se vit force d*im- 
ploirer la misericorde de son fr^re. II rentra 
en grace , et revint bientdt k Chiras , oil il 
resta^tranquille taut que Kerim vecut, 

Le Kerman ay ant perdu son gouverneur ^ 
le vefcil y envoya son beau - fr^re Mademi- 
Khan y Charus. II y iut regu , et il s'y installa 
sans que les habitans t^moignassentle moindre 
meconteiitement ; il s'y conduisit avec beau- 
coup de prudence ; il montra tout le desin- 
teressement que Ton devait attendre d'un 
homme que Kerim honorait de sa confiance ; 
n^anmoins ^ un des riches seigneurs, de la« 
province parvint k s'y faire un parti et k 
lever des troupes; il lui'fut facile de mettre 
en fuite .Mademi-Khan , et de se faire recon- 
naftre par le peuple comme khan du Kerman* 
Le vekil fut oblige d*eiivoyer une arm^e pouT; 
mettre k ia raison les rebelles , et pour rein- 
tegrer son beau-fr^re. 

Dans le Mazanderan , la plupart des sei- 
gneurs, faisaient des efforts pour soulever le 
peuple , et chasser le khan d' Aster- Abad. L*e-. 
loignenient on est cette province du centre 
du gouvernement ^ les hautes montagnjet^ qiyi^ 
I'isolent en quelque sorte , la facilite qu'oi^ y 
a de recruter parmi les Turcomans et le^ Ouji^ 
becqs , tribua voisines ^ toufQ^iTfi prates ksi69t*. 



104 TOYAGE EWr PEB.SE. 

■■*•■♦ 

battre pour ceux quiles paient : tout donnait 
Tespoir k ees seigneurs de se separer du reste 
de la Perse , et de former un Etat qm , comrne 
le Khorassan , aurait son roi particulier. 

Scheik-Ali y iut fenroy^ , en 1764 y avec des 
troupes : il devait faire prisonnier , envoyer 
au supplice ou mettrfe en fuite tous le$ cou^ 
pables f et Ater au peuple tout pretexte de r^ 
volte.' Scheik-Ali parut s'acquitter fort bien 
de sa commission j il retablissait la tranquil- 
lit^ datiis le pays , et aiJermissait le pouvoir 
du y^kil quand tout i coup il fut rappel^ k 
Ghiras. n r 

On ne salt pas si sd conduite avait fait 
naitre des soupgons k la cour , ou si Ki^im 
arait con^u des craintes en r^fl^chissant au^ 
m^rite , k la popularite de ce chef, et surtout 
i, TafFection qu'avaient pour lui tous les sol- 
dats. Quoi qu'il en soit , sans entendre la jus- 
tification de son g^n^al , sans avoir en main 
aucune preuve de crime , il lui fit arracher 
les yeux, ^t il se priva par4^ du plus ferme 
' soutien de son pouvoif. 

Ce trait d'ingratitude envers celui de ses 
pai^ens i qui il devait tous les avantages qu'il 
sL^Ait obtenus sur 1q plus: puissant de ses eh* 
nemis, Serait bien fait pour etonner si on ne- 
sdv^ q^fce dajas oes r^gions^ ou le despotisms 



^'n 



CHAPITRE Iir. lo5 

le plus feroce a 6tabli son empire , rhomme^ 
puissant fait disparaitre k son gr^ tout ce qui 
peiit lui porter ombrage. N*a-t-on pas vu en- 
tr'autres Chah-Abbas 1p^. , que tant de voya- 
geurs ont honore du titre de Qrand ^ ^kire 
mourir son Ills aine , par la seule crainte 
qu-il ne fiit trop presse de r^gner ? Ne voit>-on 
pas de terns en terns tous les fr^res j tous le» 
parens de celui qui arrive au tr6ne , tties ,* 
aveugles ou enfermes*? 

La cdte maritime ^ depuis les environs de 
Gomron ou Bender-Abassi, jusqu'au Schat- 
el-Arab ou lleuve des Arabes j est occupee 
par diverses tribus d' Arabes ordinairement s^' 

4 

<lentaires , et rassembl^s dans de petites yilies 
ou dans des villages qu'ils sont toujours prSts. 
a qvutter au moindre danger qui les menape. 
Tous ces Arabes sont sunnites , et cons^quem.- 
ment ennemis des Persans ^ avec qui ils evi- 
tent de s'allier. On e value leur population ^ 
quatre ou cinq cent mille iridividus, Ils sont 
tous sounds au roi de Pefse j ils lui paient un 
taribut annuel , et lui fournissent des troupes 
lorsqu'ils en sont requis. Dureste, ils se gou- 
vernent ^ leur guise , et ils n'obeissent qu'^ 
leurs scheiks ou seigneurs , qui sont ordinal- 
jpement hereditaires , a moins qu'ils ne'me- 
contejitent trop fortiement la tjibu. Dans ce 



lo6 VOYAGE EN PERSE. 

cas ^ tous \(&s chefs de famille s'assemblent ^ 
les ileposent ou les chassent , et en elisent 
d'antres, qu'ils prennent dans la m&me fa- 
miile ou pari;ni exiles qui sont leh plus distin« 
guee« et les plus riches. 

Ces-Arabes ont en general peu d'industrie f 
parce quails opt peu de besoins et tr^s-peu <le 
desirs : ils sent si sobres dans leur nourri- 
ture y si simples dans leurs habits ^ si peu re« 
cherches dans leur ameublement , qu'ils se 
procurent , presque sans travail , tout ce qui 
Jeur est necessaire j ils ont cependant queU 
ques faibles navires au moyen desqnels ila 
font un petit commerce avec Mascate aveo 
Sassora et avec les divers ports du golfe j 
quelques^uns se liyrent k la pSche des perles, 
et se rendent pour cela , tous les ans , aux 
lies de Barrhein j les autres el^vent des trou-^ 
peaux ou cultivent la terre. 
: La tribu Kiab ^ qui habite la partie na^ri** 
dionale du Shusistan > ou cette partie de la 
Perse , qui s'etend k plus de vingt lieues k 
Test du Schat-el- Arab, cultive plus particu-* 
lierement 1^ terre, Le pays qu'elle habite, est 
plus arros^ , plus fertile que Je Kermesir , oflik 
ae trbuvent les Arabes houles. Qn y r^olte 
du riz, du froment , de Forge, du doura, di* 
9w!A^ du coton et des datties en abondance«. 



CHJLl>lTIlfi III. 107 

Dfimsle Kermesir, la terre y est en general si 
pen fertile , si s^che , que le soleil detruit Du 
snspend de bonne heure la vegetation. La 
plupart du tems on nourrit le menu betail 
avec du poisson seche au soleil, et Ton a re- 
cours, pourle chameau, au noyau de la datte 
qu*on met en poudre. 

Tons ces Arabes sont naturelleraent portes 
aux armes j ils se font la guerre entr'eux, et se 
battent pour ou contre les Persans, sui vant les 
circonstanc^s ou les interSts de leurs scheiks. 
S'ils etaient unis entrTsux , s'ils n'obeis- 
^aient tons qu'a un seul chef, ils resisteraient 
facilement au roi de Perse ; ils pourraient se 
inainlenir independans. Mais la jalousie d'une 
part , et Tan^bition de Tautre , font qu'il y a 
toujours parmi eux quelques scheiks qui re- 
cherchent les faveurs de la cour, et qui sacrl- 
£ent pour cela les interSts de toute la na- 
tion. 

Pendant les troubles qui agit^rent la Perse, 
la plupart des scheiks cessSrent de payer leur 
tribut, ou'ne 5*y soumirent que lorsqu*Ils se 
trouY^rent menaces par des forces conside- 
rables. Le khan du Laarestan avait fait ren* 
trer dans le devoir ceux qui etaient voisins dq 
Gomrori. Kerim etait venu k l3out de ramener 
eelui de Bender- Abouchir, qui est le port xhb 



lOO VOYAGE EK PERSE. 

'-■*■• 

Chiras. II ne songea pas , pour le moment,. 
k inqui^ter ceux du Kermesir , k qui il avait 
de tr^s - grandes obligations j mais il crut 
ne devoir pas soiifFrir que Mir-Mahenna, 
scheik del Bender-Rik, qui Tavalt abandonni^ 
sous lesmursd'Ispahan, et Suleyman, scheik 
de la tribu Kiab , qui lui avalt refus^ des se- 
cours dans le terns ou'il en avait le plus be- 
soin , meconnussent plus long-tems son auto- 
rite, et continuassent k se soustraife au tribut 
qu'ils devaient. 

II se decida k attaquer en mSme tems ces, 
deux scheiks , et a ne. leur accorder atucun 
repos qu'il ne les eftt d^tri^its , oii qu'il ne 
les etit mis k ses pieds. Neanmoins , avant de 
rien entreprendre contre eux, il les fit som- 
^mer de nouveau de se soumettre , et de lui en- 
yoyer toutes les sommes arrierees qu'ils de- 
yaientautresor royal : sur leurrpfus, il donna, 
en 1765, le commandem^ent d'une partie de 
son arm^e k Mir-Run^h-Khan > arabe , avec 
ordre d'agir de concert avec le scheik d*A- 
bouchir, et de se porter sur Bender-Rikj il 
marcha avec le reste de ses troupes , contre 
Scheik-Suleyman . 

Kun^h-Khan et le v^kil agirent avec tant 
de lenteur, que leurs ennemis eurent le tems 
de mettre tons leurs na vires en ^tat, et qu'ils 



GHiLPITaC III. 109 

{iirent prdts k 8*y embarquer au premier 
signal. 

K^rim vint etablir son camp k pen de dis- 
tance de Goban , petite yille situee sur le bras 
le.plus oriental du fleuve des Arabes, pr^s de 
son embouchure : c'^tait le port de Scheik- 
Suleyman, et le lieu de sa residence. 
* Suleyman ^tait alors fort puissant : il ayah 
profit^ des troubles survenus en Perse pour 
faire la guerre k tons les scfa^iks de sa tribu ^ 
•qui occupaient, comme lui, de vastes do- 
maines dans cette contr^e , et ^tait venu k 
. bout de les chasser ou de les soumettre j de 
sorte qu'il poss^dait presque toute la province 
de Shusistan ou de Tancienne Susiane. II ayait 
»un grand nombre de petits nayires ayec les- 
quels il faisait un assez grand commerce , et 
dont il s'^tait servi pour enleyer aux Turcs 
toutes les iles qui sont a Tembouchure du 
Schat-el-Arab, et m^me le district de Daya- 
r sir , situ^ ^ la riye occidentale. 

Lorsque Kerinir parut auxeny irons de Gci- 
ban , Scheik- Suleyman passa ayec ses troupes 
€it tout ce qu'il ayait de precieux, sur les !les , 
ou il continua son commerce , et ou il y^cut 
aussi tranquille que s'il eAt et^ en paix ayec 
. tons ses yoisins. 

K^rim ne pouyant le poulrsuiyre faute de 



110 VOYAGE BUT PERSfi. 

navires ; invita le mutselim de Betssora f qt^ 
en avait , de se joindre a ltd pour detruire leiir 
^nnemi commun.Maiale mutselim, soitqu'il 
ne vOTilAt pas compromettre ses forces navf^ 
les , soit q^'il f^t gagn^ par les presens de Sit- 
leyraan , ne se pressa pas de lever des trpupes^ 
et de reparer les navires n^cessaires pow 
combattre le spheik ; de sorte qu'ennuy^ d!at- 
tendre inutilement les ^ecours qu'il deman.^ 
dait , Kejrim se retira apr^s avoir touclie ' d^ 
fion ennenii une forte somine d'argent ^ sous 
condition expresse qu'il ne ravagerait pas le 
pay8,etqu'ii ne d^truirait pas les dattiers, qui 
forment la principale ressource des AraW 
iiabis. . » 

Lorsque le pays fut entierement evacud, 
Scheik-Suleyman revint k Goban , et conti- 
nua y comme par le pass^ , k inqui^ter les 
Turcs , et k braver les Per sans. ; 

Kun^h-Khan, de son c6te, ne trouva^non 
plus aucun obstacle 5 il vin t k Bender-Rxk saas 
rencontrer un ennemi. Mir-Mahenna s'dtait 
egalement embarque avec toute sa tribu et 
toutes ses troupes > et ^tait all^ s'etablir k l^le 
He inhabit^e^ noiam6e KAou4^ri , voisine de 
Bender-Rik. i 

Le scheik d'Abouchir avait bien quelquds 
-petits navires ; et Tagent anglais ^ ^tabli dan« 



•/ 



. CHAHTRE III. Ill 

cette Tille, avait bien aussi foumi un petit* bd- 
timent deguferre de sa nation j mais ces forces 
navales « rennies ne purent venir k bout de 
battre celles dn 8cheik de Bender-Rik^ attendu 
que les Anglais ae yirent abandonn^s toutes 
les ibis qu'il fkllut en yenir k im combat. 
Kun^h-Khan^ voyant qu*ii ne pouvait attein- 
dre le rebelle y se retira aussi dans le mdrne 
terns que K^rim , sans avoir fait d'autre mal 
k I'ennemi , que. de Tavoir miS' en fuite , et 
avoir occup^ sa ville et sa forteresse pendant 
ion absence. 

Quelque terns aprds le depart de ce g^nir 
ral ^ Mir-Mabenna retouma k Bender-Rik , et 
travailla k reparer les dommages que sa ville 
avait soufierts. Ce qui est assez singuiier^ 
c'est que ^ pendant que ce scheik etait aKhou^ 
ri, ils'empara de.Pile Karek, qu'occupaient 
deptus long-tems les HoUandais^ et ou il^ 
s'^taient assez bien fortifies. ' , 

Mir-Mahenna ne jouit pas long-teras du 
plaisir d'etre rentr^ dans ses domaines^ de les 
avoir mdme agrandis par la prise de KareL. 
Ses propres troupes, que sa tyrannie et sa 
£^rocttdltdavaientdepuis long'- terns ali^n^es, 
resplurent , peu de terns apr^s leur arriv^ k 
Bender-Rik, de se saisir de lui, et de le livrer 
4 Kerim. Instruit de ce complot , jl prit la 



ll!2 VOYAGE KIT PERSE. 

iuite , et vint k Bassora , oii il esperait vivre 
en paix en attendant qu'il eftt pu conjurer 
Toragej mais il 8e Irompa : le mutseliin , qtii 
le regardait comme nn ennemi des Turcs, le 
'fit arrSter et -lui fit trancher la t^te. • 

• Apr^s la mort de Mir-Mahei^na , Bender- 
Rik et les deux iles de Khoueri et de Karek 
rentr^rent sous la domination de Kerim* 

Pendant plusieurs annees la Perse jpuit de 
la plus grande tranquillity. Moyennant les 
otages que le v^kil avait reunis k Chiras et k 
Kaseroun , ou qu'il avait places isol^ment 
dans rarmee, il n'eut k punir aucune rebel- 
lion, ni k r^priiner aucune tribu un peu con- 
siderable. La precaution qu'il prit de ne jamais 
congedier ses troupes , et de les tenir sans 
cesse en mouvement , devait rendre'les khans 
circonspects ^ et erapScher , parmi les militai- 
res , les complots que Toisivet^ aurait iait 
naitre. On pense bien qu'il ne manquait ja- 
mais de pretextes lorsqu'iL fallait occuper ses 
troupes : tant6t il envoyait des detachemens 
Yers les provinces dont les gouverneurs ltd 
paraissaiejit 3uspects , ou qui mettaxent trop 
<le lenteur a faire passer les sommes d'argent 
destinees pour le tresor royal ; tant6t il or- 
donnait k divers corps d'aller pour quelques 
mois d^Lns.les con trees les plus abondantes en 

comestibles 



comestibles ou en fourrages. Si lescarayanes 
paraissaient avoir des. craiutes d'Hrj^ piUto^ 
c'^tait un motif pour detacher cinq Qu six 
mille homines vers lee endroits qm patiYaieuf; 
£tre menaces. 

Le Massanderan et I'Aderbidjan furent sur*- 
tout les provinces, pu K^rim iit p^ss^r le plnf 
ir^qnemHient des troupes. II fallait contenir^ 
dans la premidre y les seigneurs qui ne |)Ou^ 
vaient s'accoutumer au joug d!un Curde j et 
$e tenir en garde cpi^tre le$ entrepri$es d^f 
Turcojnans et des Ouabeqs, qui pouvaient 
jbndre des diverses contr^es du Khorass^* 
il fallait^ dans la seconde , surveiUer les hezr 
guis 9 lesi Georgiens > les Arm^niens et le^ 
Turcsj et se tenir toujours prSt k combattr^ 
le khan de Kouba s'U s'ecartait de ses de-: 
voiys. 

Mais cet ^tat de paix ^ qui faisait le bonheur 
des peuples , excitait de terns en terns le mur- 
mure des troupes. Le militaire desirait 1^. 
guerre , parce que ce n'est que dans le tu- 
multe des armes ^ et ^ la suite d'une bataUI^ 
gagn^ ou apr^s la prise d'une ville , qu*il 
peut esp^rer de s'enrichir promptemenit. L^ 
danger n'est rien pour lui; il est toujours pr^t 
h le braver , pourvu qu*il se flatte d^ pouvoif 
s'approptrier tout ee qui tomb0ra sous sa mainr 
Tome FL H 






ll4 VOYAGE KN PERSE. 

K^rim r^solut de faire cesser ces murmures 
en faisant la guerre aux Turcs. 

D^puis que les Persans sont r^gis par les 
lois du Coran, ils n'ont jamais cess^ de porter 
leurs regards vers cette heureuse contree que 
le Tigre et TEuphrate arrosent ensfemble de 
. leurs eaux. C'est le berceau de la religion des 
Chiis J p*est Ik que reposent les depouilles mor- 
telles d'Ali et de quelques-uns des imans le-^ 
gitimes que la puissance des califes a oppri- 
mes } c'est sur cette terre que les Persans 
croient devoir se rendre une fbis en leur vie , 
(Bt oil ils ordonnent , s*ils le peuvent , que leur 
Corps soit transport^ apr^s leur mort. Sa- 
znarra^ Bagdad^ Kerbelaet Mesched-Ali sont 
des lieux aussi sacr^s , aussi ven^r^s par eux , 
que M^dine et la Mecque par les Ofhotnans , 
que Bethleem , Nazareth et Jerusalem pax les 
Chretiens. 

Ind^pendamment du motif religieux qui de- 
vait entrainer une partie de la nation vers 
cette guerre , Kerim y voyait un motif poli- 
tique. 

Le commerce de la Turquie ^vec Tlnde , 
qtii dorinait autrefois de tr^s-grands b^n^fices 
h la Perse, ne se faisait presque plus que par 
Bassora. Les marcliandises qu'on transportait 
par terre ^ sous le xdgne des Sophis, de Tin- 



: CHAPITREIII; liS 

doustan en Perse , et de la Perse en Turquie y 
ainsi que celles qu'on d^posait k Ormus ou k 
Gomron , et auxquelles on faisait traverser le 
Laarestan et le Farsistan pour les porter de 
1^ k Ispahan , k Tauris , k Mossul , k Tocat, 
^.Diarb^kir y k Alep , venaient presque toutes 
remonter le Scb^t-el- Arab , et se rendaient k 
Damas^ k Alep ou k Mossul sans passer par 
la Perse. 

L*ambition ddnt Nadir avait 6t6 tourmentd, 
les guerres qu'il avait entreprises , la tyrannie 
qu'il avait exerc^e y avaient presque subite- 
ment tari toutes les sources de la prosperity 
publique. Les Banians y les Armeniens et les 
Juifsi par les mains de qui se faisait ce com- 
meroe^ s'^taientsauv^s y avec les debris de leur 
fortune y dans les difierentes villes de I'lnde 
et de la Turquie. Un grand nombre d*entr'eux 
etaient venus s'^tablir k Bagdad et k Bassora^ 
et Y avaient attir^ directement les marchanr 
dises qu'ils recevaient auparavant k Ispahan ^ 
^ Chiras, k Casbin.ou k Taiuis. 

K^rim n'avait rien n^glig^^ comme nous 
Tavons dit , pour faire revenir ces n^gocians 
dans leur patrie ; mais soit qu'ils craignissent 
de nouveaux troubl^ apr^s sa mort y soit qu'ils 
n'esperassent pas reprendre leur commerce 
avec le mSme avantage^ soit qu'ils fusseni; 

Ha 



ai6 TOTA&X SK PERSE. 

jsatiafaits de lenr soit^ il n*etait gu^e rentr^ 
i|ve aeinc qmi^se .tBouvaieiit isans f bitune , 'sans 
iresBOttxce^ ettiOOOB^queBunqBt hor8 d'etat de 
Aire Tepzvndre owl marchandises leur an- 
^cismie route. 

£;diiiiL troiita Ssusiiement un pr^texte de 
ikine la guerjae aux Turcs. Quelques d&m&zis 
^qu'il srait eae a^v^ec Omar y papha de Bagdad , 
au sujet des p^lerins qui se rendent chaqne 
idHn^eii Masched*Ali^ au liombre de quatre 
fOtt cutq'unUe^ et doDt xAl eiage une taxe plus 
XM iaomsSoTtp , <9Qiyaui; les drdoiistances > 
tavBi^tA :port^ K^rim k demaoder k la Forte 
iCtbkyaiMie hi %&tie d^Oiaar^' et I'abiolitioji d'un 
-droit '/|uo la reiigio^i proscrivait, et auquel 
d'aiUeiirs3e ^^iiveram de ia Perse ne pouvait 

^Boustiire eatiis^ d^honneur. 

/ 

StiT ie refus qui itii fiit fait , ou sur les ex'- 
tp^Gationa qu'on lui demanda , le v^kil. se pr^- 
'para k la guerre. II fit armer, -en 1776, dans 
:les |>ortd de' Bender- Abduchir, de Bender-Rik 
et de Goban^ toutes leB galvettes et autres 
petks bitimensqui «'y tpouyaient^ et leur 
donna I'ordre de se rendre dans le Schat-er-^ 
Arab 9 oil il enypya par terre cinquante mille 
hommes commandos par son ii^re Sadek- 
Khan 9 beyter-bey du Far'$istan. ho. £otte^, 
ainsi que rarm^^ se trouydrent devant Bas^ 



r^ 



MtB, an cMiMeiibemidiiD ^'avril ^ ee sf^tt em^ 
par^rent atpi^ trekf m<Mi9 d» si^ge ^ ainsi cpc 
ndiis Tayofis (Sit ailleurs* (i). 

Sadek^Khan resta jtosqu'en septttmbnd 17^ 
^ Bassora , sans que le pacha cherchdt ib Vm^ 
quieter y ni que la Porte otiiomaKtte fit auqnne 
disposition pour k fbrcer d^^aetier cette place^ 
Jlappel^ aupr^ de son ftdre ifstec une psirtio 
des troupes ^ pour ri^preddlTQ }^ gouvememenft 
du Farsistan et maifftenlr le^ bon^ ordre k Cki- 
ras , ainsi qu'il s'ei^ ^talf a^quilt^ aDpaniayant ^ 
11 fut remplac^ k Sassora par Ali-M^h^met-^ 
Khan ^ homme vain ^ pr^sompfueuit 1 facile & 
tromper ^ adonn^ nfcu vin et aux femmes ^ et 
pcu proprcf , sous tons left rapports, i Femploi 
dont ii ^ait charge. 

Imm^diatement aprds la prise de Bassora , 
les Arabes montefiscs , qtii se tron vaient dans 
la Tille et qui avaient &it preuve de courage 
pendant le si^ge y enrent la faculty de se retirer 
dans leurs deserts , oil de demeurer dans la 
yille s'ils le jttgeaient k propos. lis obtinrent 
de Sadek le pritil^ge d'apporter leiirs denr^es 
k Bassora, et de les y vendre on ^banger 
comme bon leur semblerait sans payer ancun 
droit J priyil^ge donf ils ne manqu^ent pas 



(1) Tom. IV, pag. 343* 



Il8 VOYAGE BIT PEB.8E. 

de profiler , et dont les habitans se trou- 
ydrent bien ^ attendu quails manqnaient de 
tout , et que leur ville d'ailleurs s'appro- 
yisionne en grande partie par la voie des 
Arabed. 

Peu de terns aprds Parriv^e d'Ali-Mehemet, 
la tribu toute enti^re se divisa en deux partis : 
ceux qui ayaient soutenu le si^ge et un grand 
nombre d'autres , sous les ordres de Scheik- 
Tou^ni , rest^rent attaches aux Persans , et 
continu^rent de frequenter la yille j les autres, 
beaucoup plus nombreux y sous les ordres de 
Scheik-Tharaar, se d^dar^rent contre, et fie 
dispos^rent k arrSter les subsistances et tou- 
tes les denrees qu'on portait k la yiUe ^ et 
mSme k ravager les champs cultiy^s des en- 
yirons. 

Ali-M^hemet et Tou^ni , que Thamar. me- 
na9ait egalement, s'engag^rent k agir de con- 
cert , et k combattre ensemble leur ennemi 
commun. Toueni faisait esperer k son alli^ 
une victoire facile et un butin considerable : 
il ayait ^ disait-il , des parens e^ des amis dans 
le parti ennemi , qui le serviraient lorsqu'il en 
serait tems ; il connaissait le terrain ; il deyait 
fitre insti'uit de tous les mouyemens de Tha- 
mar : tout faisait esperer le succes le plus 
complefe. 



: eHAPITJLS III. jl.19 

Ali-Meh^met , pldn de confiance dflxis ses 
forces^ et rassur^ par le ressentijaient que 
Toueni paraissait ^prouver contre son adyer* 
saire , sortit de Bassora avec cinq ptt six mille 
Persans et trois ou quatre mille Arabes des 
environs du golfe , et yint joindre son; allie 
qui I'attendait' k une jpurn^e de la ville ayec 
quatre mille Arabes montefisps. Dj^s qu'ils fu- 
rent r^unis , ils entr^rent ensemble dans le 
desert 9 et se dirigi^rent- vers I'endi^oit oh 
Scheik-Thamar ^tait camp^ avec dpuze mi^e 
cavaliers. 

Les deux armees ne furent pas plut6t en 
presence ^ qu'elles en vinrent aux mains. Les 
troupes d'Ali-M^^met se battirent d'abord 
tavec courage j mais se voyant tout k coup 
abandonn^es par les Arabes de Toueni | qui 
prirent la fuite un moment apr^s que Taction 
se trouva bien engag^e j^^ la peur les saisit j, et 
elles n'oppos^ent plus qu^une iiuble resis- 
tance. Leurs ennemis^ au contraire, redou- 
blant leurs efforts, eUes furent battues^ dis- 
.pers^es, et obligees de chercher leur salut 
dans la fiiite. Ali-M^h^met fut tu^ un des 
premiers : un gr^d nombre de Persans res.- 
t^rent sur le champ de bataiUe. Tons ceux 
qui , dans leur fuite , se trouv^rent demont^s , 
,ou qui n'eurent pas la force de.suivre leurs 



>. 



/^ 



iti6 Vo¥AgS fi-H yi^JEbSE. 

mcaS^iA^i fiij^dJEil i^iftsfsab^i^^s^ 1} i^ raftd'ft pas 
it BaJ^dfd k'rtKfirf^ de rtoH^ qtii en ^tait 
sbttie , *li fdlif Ife bagS?ge, tentes l6s pr6ti- 
iidAi ,^ tbfttf li?ff ^ofmBAvsi de ti^aHSport fiirent 

A Id tfotoVelie Qit def W d^faite ,. Keritri dtJiini 
^i-dr^ a Sadfek de 4e teft^e ^ Baisora are6 
dfe *[6tif dW tf-^trpesf, II Ini j*ee6mriiailda dd 
Vitre' tti xStfiiAt ifafelKgence arec le^ Arabfe^ > 
eV de t^her mdme d^ las nlettre tons ddtnft 

• • • . • I 

^ott paifti, afiln. depd^kvoif poursuivre daii^ 
cette contr^e les conqudtes qu*il medit«tit; * 
^ Sadfek ^ cbrfbriri^nieWf attx rues dfe' sdir fi*ire, 
iie^ cherchk point ^ d^fconvrir si Toi«5ril avait 
'ietvi ks Pei-Band avea jsAfe et ^&M\€ > ^ti «'a 
les Aviail tif'khlA rilcbiitiriufil de ie ¥fei&-;avet 
Bfenvdllanee ; il fit fepftli avfeo THam^^ > et 
il aj?sui-a par c4 lii^iit les iiibiilrtAAe^S aui 
Hatttahi d^ BdssbM.t 

fly AVait tjtifelqtie teirii qthte BL^i^Jrii &tait 
nonim eratA gottydrhfeneiit d*A^W*Abad Husi- 
Sef&i-KHan, fife aJh^ <le Mohamiiifed^ltaSiskn- 
Ithan. Gfe ^igftetir aVdii^ ptofiti d* rkfesence 
d'tuie pd.ttid des ttdtiftes dti v^kil pbtir sfe 
"f6A^dlt!6f Tvti '<^ait d^ji parventi k etitrainer 
'dahfe sdfi paf ti fa plrfpai-t des seigrietirs de 1^ 
part3^' brlfeiitale dli Mazanderari , et mehatgait 
d^ se f etrdre iriaftte de toute la pravilice. K(^- 



tkn i6nn^ quelqu^s trontipes k son £thf 2eki- 
Khah , arec Tordre <Falfer ch&der tons les 
rebelles , et mettre cette prorbice hors cF^tat 
de pouvoir jamais rien ehtrqjtendfre contr 6 
lul. Z^ki-Khan ptorint k battre le rebelte 
Hussein^ et k le faire prisonnier : il le fit 
cruellement p^rir , ainsi que tous les seigneurs 
qui s'etaient declares en sa faveur j mais il 
laissa vivre Morte2a-Kouli-Klian et Mousta- 
pha-Kouli-Khan , tous les deux fr^res du re- 
belle Hussein y attendu qu'ils n'ayaient pris 
aucune part k la revoke , et qu'ils avaient fait 
au contraire quelques efforts pour TempS- 
cher. Le premier mSme fut nomme par K^rim 
au gouvernement d* Aster- Abad. Zeki-Khan 
retourna k Chiras lorsque tout fut bien tran- 
quille dans Le Mazanderan. 

Telle etait la situation de la Perse lorsqu^ 
K^rim fut atteint tout k coup d'une maladie 
qui le conduisit en peii de jours au tombeau. 
II mourut k Chiras le i3 mars 1779, dans la 
soixante et quatorzieme ann^e de son dge ^ et 
dans la dix-neuvi^me de sonrdgne s'il date du 
moment qu'il eut detruit Mohammed-Hassan. 
II avait perdu , le 18 juillet 1778 , Mohammed- 
Rasin-Khan, le second de ses Jilsj ce qui lui 
avait cause assez de chagrui pour alterer sa 



122 



CHAPXTllB III. 



\ 



sant^j et pour lui occasionner . peut^Stre la 
maladie k laquqlle il succomba. II en laissait 
deux autres, Aboul-Fetah-j^han, ^ge.d'en- 
viron trente ans ^ et Mohammed- Ali-Khan , 
qui pouyait en ayoir dix-huit ou dhc-neuf. 



TOYAOJS sir PS1.S2. 125 

CHAPITRE IV. 

Eloge de KSrim. Zdki-Khan s^empare 
du pouvoir. Rdvolte d^Ali'Murad- 
Khan. Zdki^Khan est tu6 au milieu 
de son ami4e. Aboul-FStah-J^han en 



prend le commandement , et se fait 
reconnattrepour le chefde V Empire. 
Sadek^Khan se dispose d succeder d 
Kdrim / il fait aveugler Abouh-Fi" 
tah. Nouvelle revolte d^ Ali-Mour ad- 
Khan} il assiSge Chiras , la prend ^ 
fait massacrer Sadek et tons sesjils ^ 
ets^empare du pouvoir. 

-Lb r^gne de K^rim n'avait pas ^te aussi brll- 
lant que celui de Nadir j ses victoires n'a- 
vaient pas ^tonn^ TEurope ni fait trembler 
la Turquie* Le peuple , moins agite , ne s'etait 
pas autant convert de gloire , . mais il avait 
^t^ plus heureux : il avait pu se livrer sans 
inquietude k ses occupations , k s6s goAts , k 
ses plaisirs ; il n*avait pas craint d'etre d^- 
pouille de ses biens , d'etre transporte de force 
dans quelque province eloignee , ou oblige 
d'aller se bat tre pour des inter^ts etr angers 



1^4 rOTAaS Sir PMlK.9m. 

ou contrakes aixx siens. Les guerrea ^ue fit 
K^rim apr^s s'fitre empar^, d'lm trfine qui , 
n'appar tenant k personne (i), pouvait 6tre la 
proie duplus.brave on da plug adtoit^ avaient 
pour objet d'assurer la tranquillity de r£m- 
pire, de maintenir les khans dans le devoir^ 
de forcer au tribut les scbeiks arabes qui vou- 
laient sY sou^traire. Ses c6nquStes he ten- 
daientpa;5^, comme celles^deNadif , k ravager 
le Mbnidfe p6tir Vadsertir, a depouiller les peu- 
ples pour les subjirglie]:' , k marcker star des 
j^adavres ou su!r des mines afin d^af'r|yer au 
pouyoir absolu ; elles avaient un but utile. 
La prise de Bassora , ville- qui avait autrefois 
appartenu k la Perse , assurait a cet Empire 
un commerce plus etendu. La religion eftt^t^ 
satisfaite si le5 contr^es qui renferm^nt les 
d^pouilles des mortels v^n^r^s des Persans 
araient pu passer sous leur domiaoation , ainsi 
que le px*ojetait K^rim lorsque la mrort le 
surprit. 

Reparer les maux que la tyrannie et les 
troubles civils avaient occasional ^ inspirer 
de la confiance aux Persans et les engager k 
se livrer au tj'avail , les faire jauir de la paix 

(i) On n'a jamais cru en Perse j qu'Ismael filtt issu de 
Chah-^Hussein : c^etait uiie ruse qu'Ali-Merdan ayait 
imagin^e pour capter les sufFrages du peuple. 



CHAPITRS IV. laS 

au dehors, ^t leur assurer la tranquillity au 
dedans, tel fut le yoeu con8ta^t de K^rim. 
Sous son r^gne , les caravanes ne furent ja- 
mais pillees , les caravanserais furent repar^s , 
le commerce iut prot^^; le peuple ne fut pas 
^crase par de^ impOta j J'ordire se r^tablit par- 
tout , la justice Sat prou^pte et sev^^re , mais 
impartiale; et pQiir laire , ep deii^ mots, I'e- 
lege de ce priinoe ,il fot ^^n^raleme^^taregrette 
h. sa mort , et sa memoire aujourd'hui ^t en 
• y^n^ration. 

Le respect que cet homma avait imprim6 
aux Peraaio^ pour sa personn^ ^ ^t la certi- 
tude que les grands ay aient de la superiority 
de ses talent , empScli^rent que BQn rdgne ne 
fut trouble ; mais k sa mort , tout prestige 
etant d^truit , toute crainte cessant , les am- 
bitieux s'agit^rent de nouveau pour s'em- 
parer du suprSme pouvoir. 

La race des Sppfais ^it eteinte } celle de 
Nadir n'exislait plu« ou ^tait indemnis^e par 
le Khorassan. K^rim venait de r^gner en 
Perse ayec gloire jil avait cicatris^ les plaies 
de r;^tat J k luidevait commencerune nou- 
yeUe dynasfdej il deyait avoir pour successeur 
celui qne ia naissance 9 le vceu du peuple et 
de Tarmee y appelaient. Aboul-FetaU-Khan 
so^ ^ V BSfi6 n'av^ pas ;son g^nie , sa gran- 



IPl6 VOYAGfiBirPEB.SE. 

deur d'ame , ses talehs militaires j n^anmoins 
on lui reconnaissait de rintelligence , de la 
droiture , de la bravoure , et une infinite de 
qnalites qui potivaient faire esp^rer un r^gne 
heureux. Le peuple Taimalt j Tarmee avait 
pour lui de Testime} les grands^ en general , 
n^etaient pas fdch^s de le voir monter sur le 
tr6ne : rieil ne semblait s*y opposer quand 
tout k coup Zeki-Khan son oncl^ parut pour 
le lui disputer, 

Depuis que Zeki-Khan ^tait rentr^ en grace, 
il avait constamment joui d'un tr^s- grand 
credit ; il avait plusieurs fois commande les 
armees j il ^tait k la t^te des troupes qui se 
trouvaient ^ Chiras J il ne lui fut pas difficile , 
sous pretexte.de maintenir Tordre et de veiller 
k la sftrete des princes , de s'emparer de toute 
l^autorit^. 

Son premier soin , dds que K^rim eut ex- 
pire , fut d*appeler aupr^s de lui le comman- 
dant de la garde , pour TempScher de rien 
entreprendre en faveur des fils du defunt. II 
fit entrer ceux-ci dans le harem de ieur p^re , 
et fit mettre une forte garde k la porte j il r^ 
pandit ensuite ses troupes dans la ville , Ieur 
ordonna de s'emparer des portes et d*aller oc- 
cuper la citadelle. 

Tout reussit au gr^ de ses desirs , si ce n'est 



que le d^tachement qui se pr^senta k la cita- 
delle en trouva les portes ferm^. Vingt-deux 
ofiiciers des plus distingu^s de Tarm^e s*y 
^talent d^j^ rendus ayec deux cents soixante- 
deux personnes de leur suite ^ et en avaient 
pris possession au nom d'Aboul-F^tah-Khan. 
lis ayaient esp^r^ d'Stre secondes par la garde 
du roi et par les troupes ; ils ayaient cru que 
le peuple de Chiras s'armerait en fayeur du 
fils de K^rinL. Zeki-Khan n'etait point aim6 } 
il passait pour un homme ayare , cruel et or- 
gueilleux. Les depenses qu^il faisait depuis 
quelque terns , ne pouyaient efiPacer les mau- 
yaises impressions que sa conduite anterieure 
ay ait produites. On say ait que s*il n'ayait pas 
craint le courroux de son fr^re , plusieurs 
fois il aurait trempe ses mains dans le sang. 
Les grands ne pouyaient lui pardonner sou 
air hautain et d^daigneux ; les soldats ^taient 
reyolt^s de son excessive duret^ , et le peuple 
se croyait ofFens^ du m^pris qu'il afFectait k 
son ^gard. 

Cependant comme Aboul-Fetah-Khan se 
trouva prisonnier ayant mdme qu'on se doutat 
des pretentions de son oncle , personne ne re- 
mua en sa fayeur. Zeki-Khan yit mSme son 
parti se grossir tons les jours, L'or qu'il re- 
pandait k pleines mains attira sous ses dra- 






*28 VOYAGE EN P^Ai^B. 

peaux toutes les troupes qui se tronvaient 4 
Chiras et aux environs, etla crai^te qu'il $ut 
inspirer au peuple fiit $i forte ^ qu*on atten- 
dit en silence le re^julta;t de cette lutte. 

Zeki-Khan, maitre de la per^onne de son 
neveu , avait fait investir la .citadelle , et avait 
fait occuper tons les pontes importans de la 
ville. La citadelle jxjp pouvait resister long- 
t^ms; mais il se yoyaij: oblig^ de Tassi^ger 
en r^gle , ou d'attendre q.ue les provisions 
qu'elie contenait , fussent ^pius^es j il avait 
'd'aiHeurs k craindre qu*on ne s'armdt centre 
lui , dans les provinces , s'il ^prouvait de la 
resistance dans, la capitale. Ces reflexions lui 
firent prendre le parti d'oifrir aux officiers 
qui s'y ^taient enfenn^^s ^ leur pardon , la 
conservation de leur grade , et xzi6me son 
amitie s'ils lui remettaient i Tmstant mdme 
la citadelle. II leur apprenait qu'Aboul- 
F^tah-Khan ^tait entre ses mains , que per- 
sonne ne s'^tait armi6 en sa faveur , que Chiras 
^tait soumis , et que tout PEmpire allait suivre 
Texemple de la capitale. 

Les officiers n*eurent pas ^ d^liWrer long- 
tems sur Je parti qu*ils avaient k prendre. 
Prives de tout secours et li vr^s k eux-mSmes , 
ils dArent accepter avec empressement les of- 
fres qu*on leur faisaitj ils ouvrirent done les 

portes 



CHAPITRE IV. 129 

portes k la garde que Zeki-Khan y envaya ^ 
et 6e soumirent sans difficult^ k leur nouv^au 
mattre ; mais d^s que celui-cl n'eut plus rien 
k craindre de leur part y ii les fit saisir f se 
les fit amener y et les fit impitoyablement mas-^ 
sacrer les uns apr^ les autres en sa prince; 
leurs cadavres furent jetes 6fur la place pu- 
blique y afin d'intimider ceux qui pourraient 
Stre tenths de se declarer eu faveuf des fila 
de K^rim. 

Les jours suiyans y Z^i-Khaa fit p^rir tous 
les grauds de la yille y qiu lui parurent sus^. 
pects^ ou dont il redoutait rinfluence. II 
$'empara de letirs propri^t^s y de leurs meu- 
bles y d^ leu^s efFets y dont il fit distribuer 
une partie aux soldats y afin de se les atta-* 
cher. 

IiOtsqu*!! se yit le maStre de Chiras y il 
youlut s*assurer des proyinces } il exp^a y k 
oet efFet y des couriers k tous les gouyerneurff ^ 
pour leur notlfier la mort de.K^rim^ pour 
les instruire de son ^l^yation k la souyerai-* 
nete y. et pour l^s obUger k lui enyoyer leur 
soumission et les pr^sens d'usage. Ceiu ^ui 
lui paraissaient suspects furent destitu^s y et 
remplac^s par des hommes dont il se croyait 
siir. Le gouyernement d'Ispaliaa y le plus im- 
portant de tous y fdt donn^ k Barstan-Khan^ 
Tome FJ. I 



|3o YOTAGE EK PBR,SS« 

qui fi'y rendit aussitdt avec cinq mille horn* 
mes de troupes. Un autre g^n^ral eut ordre 
de pardr sur^e-chajoip pour Yesd avec mille 
hommes. Ali-Muriaid-Khaii fut envoy ^ k T^ 
Mran k ia tSce de dix mille hommes ^ pour 
9'assarer du nord de la Perse. 

^li-rMurad ^tait le ills d'un Curde^ oousin- 
germain de Z^ki^ de Sadek et de K^rim^.et 
sam^re^ Veuve de bonne heure^ ^tait de ve- 
nue r^pouse de Sadek : il avait long- terns 
comlbattu sous les'yeiix de ses oncles ; il 
s'^tait distingu^ dans plusieurs affaires im^^ 
portantes j il ^tait actif ^ entreprenant , quel* 
quefois t^m^raire. Dou^ d'un esprit juste , 
d'une sagacity profonde^ personne n'etaitplus 
prompt k se decider que lui, Genereux , ma* 
gnifique et enclin aux plaisirs ^ le soldat I'ai'^ 
saait ^ et la nation enti^re ne pouvait lui re- 
luser son esdme. 

Indign^ sans doute de la conduite de son 
oncle .envers Aboul-F^tah , qui se trouvait 
tou jours renferm^ j r^volt^ du massacre des 
Officiers et des principaux habitans de Clairas ^ 
Ali-Murad ne iut pas plutdt arriv^ k son gou- 
Terpement j que ^ bien loin de disposer les 
esprits en faveur de Z^ki^ il songea k Itu iaire 
la guerre et ^ placer sur ie trdne le ills de 
¥:^rim. 






s> 



H ironva les habitans d6 T^h^ran ^'de Cas- 
bin, de K^om et de Cachan , tr^-port6sit le 
seconder; car dks .q\i'iIs/CDi^ur4n^;seai(nt)en^ 
tions ils prirent lesnarmes j et jtiri^rent'd^ ni& 
pas les quitter (^o'Aboul^F^tah ne if1k::^]a 
t^te du gouvernemem.' lis part£(geai!ent^lsonL 
indignation contre.l%otnmie quf^Vait^DS^idiaj^ 
ger de ch^^nes le fiisde Kerim ; ils 4*taieht j, 
tComme iui , outr^S' de I'attentat oommiis en- 
verb cau -vingt-^dtettbo officiers qui-^ par zi^le 
pdur leuir 8ouverd.in^ii<^gitime y s'^iaient eiai^ 
parls en son nom d^ ki pitadelle ^ e^ nel^^ 
vaieilt* ced^e ensuite que ^ut* la . ptioinesse de 
Z6ki y qu'il ne serait pbi(nt attcaiti^'^'Jetir Tie>. 
{Le mfLdsacre des priiicipaus;^ habitana de Chi^ 
ras les r^voltalt } ils craignalent dejyoir rev 
nourv^ekr les scenes saiigiantes des defni^res 
anm^esdik^rAgne'de' Nadir. D'aiUeiirs^ tons 
les Persons devaient>k la m^moire de JL^im, 
^ la T^moir^ de celttl qiii ay^it cohsacr^ tous 
les instans de son-i^gtie k Ibur bonbeur^ de 

de'sdii'-lif^tagev'''--' '•!-•>-'' J « :;::-•:. . 

AK-fVtiii-^d isle vjtyt^n pen de )<wiiis /^ni^taJt 
de tenir t^e k Z6ki , et m^m^ de le ^c^Aibattr^ 
ave'c avantage, Doiize^miUie hommes'^e'boiMos 
troupes^ bienaguetiiies j A^iirieAtjoliidir^celks 
qu*il ayait^ et ii requt en abondance de t6i»res 

I % 



x3a voyagje: ek perse. 

parts rargent et les proiyisions n^cessaires k 
•leBr.entr^ien. .1) • . n * 

I Jb&irm^ qji'il yavait , a Ispahan, tm :parti 
tr^s r noiobreux eu . fa veur dL* Aboul - F^t ah , il 
ifidt s^y pi!^seixter au cdmmencenient de mea 
-JT^p.rBi^rstan-Khaii en^tait sorti ayec sa 
troiajperqiielques jours auparayant > : et ayait 
^ris :ler 'Chimin 'de Chiras. . , « 

: : S^dfik-KJiajj ^tait , coinme notia Favona dit, 
•^ Basaora-i'D^s qulLeixtr^'ppris la oDcort.dje 
/ -Kerim / r^mpmohh^rtieiit !d'Aboui - F^tah ^ 
^ llesr pretentious que Zl^fci-Khaa*. son fr^re 
ifaanifestait pdur ilet)ppuy6ir supriSme^, il se 
disposalk'^^vacuer. la viljeiet.i revetiir k ^hiras 
ayec tbmte. s^n a»n^ •: iraIj>andonnaitipar:flSL 
6a con^qufite: • . il xeridait ituf Trirca imel yiUe 
^qxdy H^^^r^ aielle+rtidme , aVait rdsist^.tireize 
;jnois .^ des forces tr^ r conaad^rahles -• et ne 
s*<Jtait refadue q.u!apr^8.,ayoii"eptaiise ses pro- 
yisioiis j Bassora.d'feill^iits: oiiyrait k la Perse 
\e chemin-de la 33abyloilie.! : :> ^ i : 
'■ Ces fcbnsid^ratiowa n'arr$t^e»t pas %4^^ ' 
les ^y^nemfens qui se passaie^t^ k Ghiras Tin- 
tieressaipnt trbp fortemwt f^our qu'it ^e son- 
geifc pas;k tirer parti d^s troupfes qii'il avait 
Jl s^s :0r4rps» La,pertfe.d(e !Bassora ix'etait rien 
pour lui; si j)ar elle il parvenait k dupplanter 






CHAPITR3E IV/ ;33 

' Sadek aurait pent^ Atfe yU d\ih <eil tran- 
quille Aboul-F^tah suco^er k K^rim j il li'au- 
rait pas os^ se r^volter si le peiiple et Vaxiaiey 
les chefs de tribus et tous les gouverneurs de 
provinces s'^taient soumis au souverain legi- 
time ; mais la conduite de Zeki semblait auto- 
riser la sienne } elle lui fournissait un pr^texte 
plausible de faire la guerre ; elie lui donnait 
des esp^rances qu'ii n'aurait pu avoir sans ddsi, 
Les droits de Sadek 'au tx6ne de la Perse n'^- 
taient pas mieux fond^s que ceux de Zeki , 
puisque les lois y les usages et la yolont^ die 
K^rim y appelaient Aboul-i-F.^tah ; mais celui- 
ci etait prisonnier j.il pouyait d'un moment k 
1- autre avoir les yeux cfeves^.et 6tre psrAk 
exclus de tout gouvemement. Sadek s'etant 
arme en sa faveur , ilavait Tespoir de le rem- 
placer si les circonstances devenaient favo- 
rables. 

• Sadek s'avan9ait lentement et avec precau- 
tion : il sondait pour ainsi dire le terrain; il 
avait des amis y des partisans k Chiras , qui 
rinformaient de ce qui se passait. La haine^ 
que le peuple et Tarm^e avaient pourZeki lui 
donnait les plus grandes esperances : la rd- 
yolte d'Ali-Murad avait ralenti sa mafche : it 
youlait voir le resultat de cette lutte avant de 
se decider sur le parti qu'il prendrait. 



l54 VOYJIGB BTSr PERSE. 

Cliemm faisant, ilavait appaise quelqiies 
laroiibliea dans le Kermesir , 6t y avait lais«e de» 
troupes. li aVait licericie tine bonne partie de 
son arm^ a£a de ne^donner a«c«n so«p90« 
a son frdre y et ^tait renu camper , k deux 
jonmees die Chiras ^ avec trois mille hoinmes 
setdement. 

Les premiers jpnrs qu'il fut camp^ se pad-^ 
s^rent, entre lui et son fr^re, en politesses^ 
en temoignages r^iproqnes d'amiti^. Z^ki en- 
yoya son fils Akbar-Khan et plnsieurs sei- 
gneurs flupr^s de Sadek poiir le complimen- 
ter et lui fa^ qnelques pr^sens j eelui-d fit 
accompagner ces seigneur's > k leur retour , par 
son fils Djafiar^ qu'il cliargea depr^sens en- 
core plus riches. Z^ki avait protest^ de sa;< 
soumission ^ et avait inviii^ son atn^ k se ren^ 
dre^ le plus t6t possible^ k Chiras^ afin.de se 
mettre k la tSte du gouvernement , pour le- 
quel Abpxd-Fetah avait moritr^ , disait-il , de 
I'averision, Sadek, par ses reponses , avait paru 
tr^s-eloign<2 de s'emparer du poiivoir : d^gage 
de toute ambition , il desirait qu' Aboul-Fetah 
succ^ddt k son p^re ^ et, k d^faut^ que ce Sit 
Mohammed- Ali ^ sous la surveillance de son 
beau^p^re. 

r 

Mohammed-Ali, Sge alors de dix-neuf ans^ 
avait epoiis^ , quelques mois avantlambri>de 



CHAPITB.E IV. l35 

Kerim y une fiUe de Z^ki-Khan , et ayait ^t6 
nomm^ commandant-g^^ral de la garde de 
nuit. Z&d avait toujoturs pam Fafieciiosmer 
Qomme son propre fils. 
. Djafiar ne fiit pas plntdt k Chiras^ qu'il int 
secr^tement inform^ que son oncle ne cher*- 
chait k attirer Sadek aupr^ de hii que pour 
le faire p^rir : il sutqne lea 6is de Kdrim 
^taient detenus, malgr^ eux; il vit les prepa-- 
ratifs que Ton £usait pour attaquer son p^re 
s'il s'obstinait k rester ^loign^ de la yille ; il 
craignit pour lui-mdmie. Inyit^ k un f esdn que 
Z^ki donnait k son occasion ^ il s'^chappa fur* 
tiyement ^ monta a dieyal ^ et courut k toilte 
bride informer Sadek de tout ce qu'il ayait 
appris. 

Zeki^ se yoyant d^couyert, ne perdit pas 
un moment; il fit courir apr^s DjaiFar ; il fit 
arrdter trois fils de Sadek qui se trouyaient k 
Chiras , nomm^ Mataki-Khan , AK-Nagui- 
Khan et Hassan-Khan ; il ordonna la demo- 
lition de leurs palais et la confiscation de tous 
leurs biens 9 et il enyoya secr^tement dans le 
camp Tordre k tout officier et soldat de se 
rendre sur-le-champ dans la yille, sous peine 
d'ayoir leurs propriet^s confisqu^es etleurs pa- 
rens maltraites. On ne put atteindre DjaJSarf 
r^soB Tordre produisit son ef&ti presque tou- 



l36 VOYAGE EK PERSE. 

tes les troupes qiii restaient k Sadek ayant 
leurs parens et lenrs amis a Chiras , la deser-^ 
tion fut prompte et g^n^rale ; il ne resta que 
trois cents hommes , Strangers k cette ville y 
commandos par Mohammed-Khan , Sistani^ 
qui Jurerent de nepas abandonner leur g^n^ral. 
.Z^ld*Khan , qui s'attendait k cette deser- 
tion J avait donnd ordre k trois ou quatre 
cents cavaliers d*^lite , de tomber k Timpfo- 
viste sur Sadek ^ de s'en emparer ou de le faire 
mourir ; mais ce coup de main echoua par la 
fid^Iit^ des Sistanis ^ qili se battirent bien y et 
tu^rent mSme le commandant ennemi. 

Sadek se rendit, avec ses trois cents hom- 
mes , dans le Kermaii ^ ou il trouya Seyd- 
Mirza-Aboul^Has$an^ seigneur tr^s-riche, qui 
lui fournit 35,ooo tomans (a, 160,000 liv.) , k 
I'aide desquels ilrassembla de nouyeUes trou- 
pes, et se disposa k reparaitre sur la sc^ne* 

Z^ki n'eut pas plutdt mis en fuite Sadek^ 
qu'il songea k marcher contre Ali-Murad. 

II ay ait appris, sans en 6tre eflfray^^ la re- 
voke de ce dernier et les di^ositions hostiles 
de tout le nord de la Perse. II se flattait qu^en 
accelerant son depart, il lui serait aise de dis- 
siper une armee qui n'aurait pas eu le terns 
de s'organiser, qui deyait manquer de taut, 
et qui d'ailleiirs , par le nombre , ne pouyait 



CHAPITRE IV. .137 

se mesiirer avec la sienne. II n^ lui fallut pas 
huit jours pour 6tre en ^tat de se mettre en 
campagne , et de marcher vers Ispahan. II 
laissa k Chiras un de ses ills ayec fort pen de 
troupes , et il eminena avec lui Aboul-Fetah , 
Mohammed* All ,' ses trois nouveaux prison- 
niers , Mataki-Khan , Ali-Nagui-Khan , Has- 
san-Khan ^ et tous ceux des habitans qui , par 
leurs liaisons avec Sadek ou avec Ali-Murad , 
pouvaient lui faire craindre quelqu'entreprise 
contre son fils. ' 

II arriva , le septiSme jour de son depart , k 
. Yesdekast , ville peu ^tendue ^ mais assez bien 
fortiii^e^ et il y s^'ourna le huiti^me, afin de 
laisser reposer ses troupes j il n'avait plus que 
trois ou quatre jours de marche pour se ren- 
dre k Ispahan. Inform^ qu'il y avait k Yes* 
dekast une somme de trois cents tomans 
( 18^000 liy. ) qui appartenait au iisc , et dont 
renvoi k Chiras avait 6t6 retard^ k cause de 
la mort de K^rim^ il demanda ce'tte somme. 
On liii r^pondit qu'Ali-Murad Tavait exigte 
de vive force , et qu'on la lui avait remise. 
Sur cela il entra en fureur , accusa la ville 
d'avoir voulu favoriser le rebelle , fit saisir 
les principaux habitans au nombre de vingt- 
huit ^ et les fit precipiter du haut des murailles 
de la citadelle j il fit ouvrir le ventre k un 



t38 , VOYAGE EK PERSE. 

seheik on ^mir, parent de Mahomet^ et y^n^e, 
dans toute la contr^ , comme nn saint per* 
sonnage : son crime ^tait d'avoir assist^ k la 
deliberation qui ay ait et4 prise an snjet de ces 
trois cents tomans , et d'ayoir ^te d'ayis qn^oit 
Jie ponyait se dispenser de les donner k Ali- 
Mnrad qiii les reclamait imperieusement. 

Z^ki'Khan ordonna en mSme terns la d^*^ 
molition de la citadelle et des^ maisons qni y 
sont enferm^s ^ et dans sa rage il fnt plnsienrs 
fois snr le point de raser la yille , et d'en 
forger tons les habitans* 

Tant de cruaute^ tant de sc^Ieratesse dans 
rhomme qiii youlait usurper le pouyoir , re- 
voltirent si fort tous ceux qui en furent les 
temoins^ qu'a Tiiistant mSme ime partie de sa 
garde prit la resolution de purger la Terre de 
ce monstre. Le complot ne fut ni long k ouv^ 
dir , ni difficile k ex^cuter : la nuit suiyant^ ^ 
d^s que les courtisans di3 Zeki furent sortis de 
sa tente et qu'U s'y trouya seul^ les gardes, k 
un signal conyenu , en coup^rent k la fois tou- 
tes les cordes qui la soutenaient^etTabattirent 
sur lui. Embarrass^, comme il diit TStre, et 
ne pouyant se defendre , il fut perce de mille 
coups et laisse mort snr la place* 

L'effet que cette nouyeile produisit le len- 
demain sur Tarmee , fiit teL qu'on deyait Tea*^ 



CHAPITKE IV. r39 

p6rer, A la pointe du Jour le camp retentit de 
mille cris de .joie ; on ii'entendit de toutes 
parts que des chants d'allegresse : il n'y eut 
perso&ne qui n'applaudit au coup qui venait 
de frapper rhomme qu'on regardait d^ja com- 
me le plus m^chant , le plus cruel , le plus feroce 
de la Terre. Tous les soldats se port^rent en 
fbule k la tente de leur g^n^ral j tous voulurent 
jouir du spectacle qu*o£Jrait le tyran abattu : 
o'etait k qui maudirait le plus sa memoire ; 
c*etait k qui pourrait arraclier un lambeau de 
sa chair. La prise d'un grand convoi lorsqu^on 
manque de subsistances ; la reddition d'une 
place importante apr^s un siege long et meur- 
trier J une victoire complete o btenue ayec tr^s- 
pen de perte ou une paix honorable k la 
veille d'un^ combat , rien de tout cela ne sera 
jamais aussi agr^able k une armee , que la 
mort de Zeki ne le fut k la sienne. Ce qui est 
digne de remarque^ c'est que, parmi ce grand 
nombre d'hommes accoutumes k le seryir , 
prSts k braver pour lui tous les dangers , on 
ne vit couler aucune larme , on n'entendit 
aucun soupir : pas im regret ne fut donn^ k 
sa memoire j pas le moindre remords ne tour-- 
menta jamaia les gardes qui ayaient tremp^ 
leurs mains dans son sang. 

Ces cris de joie, ces temoignages d'indigna^ 



N 



l4o YOYA.GE EM" PURSE, 

tion 9 ces mouyemens d^sordonn^s ^ ne furent 
pas de longue dur^e; un sentiment pins donx 
rendit bient6t ^elle-mSme cettearmee. Aboul- 
Fetah ^tait chargd de chaines , et personne 
n'avait encore song^ k les brisf^r. < A la pre- 
miere r^ilexion qu'on en fit , au premier mot 
qu'on entendit k ce sujet, tons les soldats , par 
rm mouvement sppntan^ et unanime , se por- 
t^rent vers I'endroit oh les prisonniers ^taient 
detenus ^ et demand^rent k grands cris Abotd- 
Fetah. Qu'il soit , disaient-ils^ notre general et 
notre chah } il est le digne fils de K^rim j il 
sera^comme lui, bon, g^nereuxet brave. 

Aboul-F^tah lie tarda pas k paraltre, et k 
temoigner k Tarmee combien il ^tait sensible 
a^x demonstrations d'estiine et d'attachement 
qu'elle lui donnait j il en prit k I'instant mSme 
le commandement^ fit appeler tons les offi- 
ciers-generaux, enobtint avec enthousiasme 
le sermentde fid^lite^ passa Tarmee en revue, 
lui fit quelques largesses , et lui permit de ce- 
lebrer y tomme elle le jugerait k propos , Te- 
venement qui venait d*avoir lieu. 

Pendant quatre ou cinq jours qu^elle resta 
campee aupr^s de Yesdekast, ce ne furent 
que fStes^ que plaisirs, que divertiasemens* 
II n'etait plus question d'aller se battre contra 
des parens , dcs amis , des concitoyens , et de 



' CHAPITRB IV. l4i 

se faire iSgorger pour servir rambition eifre- 
n6e d'un maitre dur y inhumain ^ incapable de 
reconnaissance. Aboul^Fetah ay ait f ait publier 
qu'on prendrait la route de Gbiras au retour 
du courier qu'il avait exp^die k Ispahan ^ et 
qu^il accorderait pour quelque tems^ k tous 
les soldats y la libdrt^ de se rendr^ dans leurs . 
familljes. 

Par sa reponse , Ali-Murad t^moigna au f ils 
de Kerim toute la satisfaction qu*il ^prbuvait 
de ia mort de Z^ki. cc ]Vle8 vceux sont rem- 
90 plis^ lui disait-il; je n'avais pris les armes 
» que pour yous placer sur le tr6ne : les ha- 
y> bitans de Plrak ne s*etaient arm^s que pour 
j> en Eloigner celui qui yous le rayissait. Nous 
» rendojtis mille actions de graces aux brayes 
» qui yous ont deliyr^ quelques jours plus t(>t 
» de yotre ennemi; nous Taurions yaincu, oet 
» ennemij nous yous aurions arracM de ses 
>3.mia|i|s, DU noiis aurions tous p^ri sous ses 
» coups. A present dites-nous s'il faut r^met- 
» tre r^,^e dans le fourreau, ou attendre que 
» tout TEmpire vous soit sK^umis. Je ne doute 
>3 pasqne.'tous le^Pe^saips^ que toutes les tri- 
» bus ne tombent 4 yos pieds j je suis per-r 
» stiiadd que le fils de Kerim , le sucpcissetir le- 
>y gitime du plus gramd denosrois y ne tr<>uyera 
3> p]ius aucun obstacle a ceindre un diad^mi^ 



^4^ VOYAGE EN PERSE^ 

» que son p^re a conquis avec tant de gldire , 
» et qu'il a conserve avec tant de grandeur^ 
» S'il en etait autrement , de qu^lque part qu^ 
» vJnt la resistance , vo^s me trouveriez toii*^ 
» jours prSt k voler k vctre secours , k com* 
» battre vo^ ennemis. Que dis-je ? vos enne- 
» mis J iis le seraient de la nation enti^re '} 
» ils le seraient du bonlieur de leur patrie j ils 
» le seraient de leur propre repos. » 

Satisf ait de cette lettre , Aboul-F^tah prit la 
route de Chiras , et vint s'y faire reconnattre > 
le nr juin 1779 , pour le chef de la nation^ A 
Texemple de son p^re , il ne voulut pas avoir 
le titre de rpi ou de chah que les flatteurs^ 
cette vermin e des cours, ne manqu^rent pas 
de lui conseiller de prendre , afin d'ailenhir 
par-Ik son autorit^, et d'enimposer aux puis- 
.sances voisines. Je le prendrai , leur dit-il, 
lorsque je Taurai merits j lorsque , par mes 
$oins assidus ^ la Perse sera tranquille et h^u- 
reuse. . - 

EMe le fut pendant plus de deuxriiais; D^j^l 
presqu6 tons les Khans lui avaient fait passer 
leur soumission j toiites les yille? Tavaient fait 
complimenter } le pacha de Bagdad lui avait 
fait demander son amiti^ au nom du sultan 
son maitre ; le peuple etait au coihble de ses 
desirs : tout semblait prbmettre un r^gne long 



CHAPITRE IT. 143 

et henreux ^ lorsque tout k coup oe cr^pus^^ 
cole de bonheur s'obscurcit. Pourquoi faut- 
il qu'il y ait toujours sur la Terre des homines 
trayaill^s de la majiie de commander aux au- 
ires y lorsqu'ils ne sayent' pas commander k 
^ux-mdmes? ^ 

Sadek , ainsi que nous Tavons dit, avalt 
trouY^ dans le Kerman ^ des amis qui ^taient 
venns k son secours^ et Ini avaient donn^ 
Tesp^rance de se relerer ; il ayait dej^ r^uni 
environ quatre mille hompies lorsqu'il apprit 
la mort de Z61d et T^l^vation d'Aboul-F^tah* 
A cette nouyelle 9 dont il parut trSs-satisfait^ 
il contremanda tous les ordres qu'il ayait don * 
n^ relatiyement k ses projets de guerre;^ et ne 
fibngea plus qu*^ se^ rendre k Chiras : et pour 
que son neyeu f&t bien tranquille sur son 
compte y et ne lui soup^onndt aucune mau- 
yaise intention ^ il lul exp^dia promptement 
iin courier pour le complimenter ^ et lui t^inol- 
gner toute la part qu'il prenait k son heureux 
av^nement au tr6ne ; il lui enyoyait en mSme 
tems sa soumission^ et mettait k s^s ordres 
les quatre mille hommes 'qu'il ayait ley^s dans 
le K.erman* . , . 

Abqul-F^tah ne prit aucune precaution qon- 
tre son oncle y quoique sa conduits ant^rieure 
^t dti lui paraitre suspecte *: U lui permit 



iij^4 VOYAGE BIT P£aS£. 

d'entr^r dans la ville avec- ses troupes ; il Ixd 
en laissa mSme le conunandement j il le re9ul; 
comme le plus cher de ses parens ^ et le traita 
cotnme le plus fiddle et le plus d^you^ de ses 
sujets J il fut bient6t puni de cet exc^s de cour 
fiance. Peu de jours apr^s son entree k Chiras^ 
Sadek paryint A surprendre son neveu , et ^ 
le- faire fenfei^n^er le %6 aoAt 1779. 

Cet eveneanent plongeales habitans de Chi- 
r^^s danis la iconsternatiori. Sadek-Khan jouis- 
sait judiju'alors d'une reputation de bont^, de 
pi'ohite , de magnificence , qui Tayait genera* 
lenient fait aimer. La conqu^te de Bassora^ 
quoi(|u'elle n'eAt of lert rien de remarquable ^ 
Tavait cependant fait regarder comme ua 
grand-homme de guerre , et lui avait ajcquis 
I'aifection du soldat ; mais sa conduite enyers 
son neyeu et son souverain indigna contre 
lui la nation^ Quelles que fiissent ses qualifies^ 
personne ne voulait pour roi celui qui , pour 
parvenir k TStre, ayait eu recours k une per- 
fidie. 

On pent dire n^anmoins que Sadek boma 
\k tons ses "crimes. La deposition de son ne- 
yeu s' opera sans troubles , sans .effusion de 
sang> II est mSme probable , ayec les qualit^s 
dont il 6tait doue , que , ni Tagriculture y ni 
rindustrie 9 ni le commerce ne se seraient res- 

sentis 



CHAP IT as IV. . i4^ 

Bbntis de cette revolution si persoime He se £tit 
oppos^ k ses dedseins , si Ali-Murad n'eiit 
pris uue seconde fois les armes y et n'eilt en- 
tratne ddns^son patti quelquesrunes des pro** 
yinces situ^es au nord et k Fouest de la 
Perse. 

Apr^s la mort de Z^ki^ Ali-Murad ayait 
cpngedie les troupes qui ^taienX yenues 'se 
ranger y olontairement sous ses drapeaux , et 
s'^tait rendu k T^h^ran ayec celles qu'il ayait 
en premier lieu aiuendes de Chiras. Tout le 
nord de la Perse ^ si nous en exceptons le Ma- 
zahderan ^ dont nous parlerons bient6t y 8*6^ 
tait soumis au ills de K^rim y et jouissait d'un 
repos qui paraissait nedeyoirplus Stre trou- 
ble y qtiand tout k coup la nouyejle de Tem- 
prisonnement d' Aboul - F^tah plongea de 
houyeau ce pays. dans I'agitation et le d^- 
sordre. 

Selfekar-Khan ^ Kamsai^ qui se trouyait 

, pour lors gouyerneur de Casbin , prit le pr^- 

texte de cet emprisonnement pour ley er des 

troupes , ravager Jes provinces yoisines , et 

menacer la capitale. Dans moi^is d'tm mois 

.il eut a sa solde vote arm^e de plus de yingt 

.mille hommes , ayec laquelle il marcha yers 

Cachan , dont il youlait y a vant tout y se rendre 

.maitre. 

Tome ru K 



\ 



l46 yOTAGE EN fERSE. 

Ali-Murad, qui connaissait Taudace et la 
bravoiire de cet homnae , n'eut rien de mieux 
k faire que d'appeter k son secours le khan die 
Kermanchah , le khan d' Amadan et le prince 
de Caracciolan , int^ress^ , comme lui , k s'op- 
poser aux entreprises de ce rebelle. Les deux 
premiers lui fournirent chacun quatre mille 
hommes , le troisi^me lui amena trois mille 
cavaliers curdes. Lorsque ces forces Teurerit 
joint, il marcha droit k sonennemi. Les deux 
arm6es se tronv^retit en presence Tune /de 
Tautre , dans la belie plaine de Cachan, au 
commencement de d^cembte 1779-. •' 

Selfekar brftkiit d^envie de se battre : tmte 
victoire le rendait maJtre dans pen de Cachan, 
de Kom , de Teheran et de tout le nord de k 
Perse J il est vrai que , vaincu, il ne lui restai^ 
pour retraite que Ca«bih , ville ouverte , et 
peu propre a r^sister k un ennemi sup^rieur 
en forces; 

Ali-Murad ^tait dans une position plus fl- 
Torable : victorieux , toute la Perse devait 
bient6t lui ^tre soutnise ; vaincu , il se repliait 
sur Ispahan, oil il trouvait une garnison nora- 
breuse qui Taurait soutenu< II avait un autre 
avantage sur son ennemi. Selfekar, rebelle , 
ne pouvait entretenir son arm^e que. par des 
cpntributions forc^es et par le pillage 5 Ali-Mu- 



CHAPITRE IV. 147 

Tad, combattant pour Je souverain legitime ^ 
touchant les reveiius de plusieurs provinces , 
devait avoir dans son parti tons ceux qui 
^taient int^ress^ au maintien de Tordre. Le 
militaire d'ailleurt devait se ranger plus vo- 
londers sous les drapeaux des chefs qui com- 
l^attaient pour le successeur de K^rim , que, 
sous ceux d'un dtranger. 

Cette derni^re conjecture ne tarda pas h se 
r^aliser. D^s que le signal du combat fut donne, 
Ali-Beg, un des generaux de Selfekar, passa , 
avec six mille hommes qu'il commandait, du 
c6t^ d'Ali-Murad. Le reste de Taxm^e du re- 
belle , d^courage par cette defection , fut taill^ 
en pieces : six cents hommes restdrept sur le 
champ de bataille , cinq mille furent faits pri- 
sonniers , le reste fut enti^rement disperse. 
Selfekar se sauva > mais il fiit pris peu de terns 
apr^s et mis k mort* 

Apr^s cette victolre, Ali-]\Iurad tourna ses 
Yues vers Ispahan. Sadel ,y avait envoyi^ sou 
fils Djaffar avec sept mille hommes j Djafiar 
etait le fr^re uteriu d'Ali-Murad : soit qu'il 
he se crAt pas en etat de resister aux for- 
tes qui le mena^aient, soit qu'il ne voulAt 
pas combattre un fr^ire auquel il ^tait attache , 
il sortit d'Ispahan aux premieres sommations 
qui lui furent faites , et viht camper k deux 

K a 



l48 VOYAGE Elf PEKSB. 

lieues de la ville , d'oiii U se rendit ensiiite k 
Chiras. 

Ali-Murad fit son entree dans la capitalc 
vers la fin de d^cembre I'j!^^ ^ et en prit pos- 
session an nom d'Aboul*Fetah. 

Sadek-Khan s'etait d'abord flatt^ qu*AIi- 

 » - ' 

Murad verrait avec plaisir succeder k K^rim 
4'homm6 qui lui avait toujours servi de p^re, 
qui Tavait trait^ , dans toutes les occasions , 
comme le plus cher de ses fils. L'oppositioa 
que ce fils ayait manifestee pour Zeki , etait 
trop confbrme aux interSts de Sadek pour qu'il 
ne la regardat pas comme tr^s-raisoniiabie } 
mais lorsqu*il vit, ^pres la defaite de Selfekar , 
qu' Ali-Murad en vouiait h Ispahan , il ne se dis- 
simulaplus qu'il allait avoir sur les bras pres- 
que toutes les provinces situees au nord et k 
Pouest de la Perse. Ilcomptait , k la v^rite , sur 
eel les dii midi. Les Arabes de Kermesir pre- 
naient ses iiiterSts ^, et avaient prpinis de ve- 
nir, daks toutes les pcca^^ions, a son secours. 
Le Farsistan J qu'il.avaif gouverne du ^iv^nt 
de son f r^re , lui etait tpuj ours fiddle : sa tribu jj 
^tablie k Peria et aux environs de cette ville >» 

' • » ^  rf • 

lui etait devou^e. Mohammed-Khan, Sistanij^ 
qui avait et^nomme gouverneur du Kerman , 
de^ait lui assurer cette province : il avait en- 
voy e k Yesd son fils Ali-Nagui-Khaxi;, avec ' 



CHAPITHE IV. 149 

r  • 

douzemiUe homines j Bagher-KJian, avectrois 
miUe , etait parti poiir le Laarestan j son fils 
Mataki-Khan s*etait rendu avec quatre mille 
dans le Shusistan. Maitre du tr^sor de K^rim 
et de tons les joyanx de la couronne, reconhu 
sans opposition pour le chef supreme deTEm- 
pire kChiras etdans tout le midi, ilse croyait 
bien en etatde tenir t^te k Ali-Murad. Un 
^Tenement qui se passa k Ispahan vers la fin 
de Janvier 1780, lui fit croire qu*il ^tait d^- 
livre'pour toujours de ce dangereux ennemi. 
AK-Murad ayalt rassemble dans cette ville 
environ * cinquante mille hommes des meU- 
leures troupes : soldats et ofHciers paraissaient 
^tre tr^s-portes a se battre pour lidj les uhs 
et les autres attendaient avec impatience le 
retour de la belle saison pour se rendre k Chi- 
racs, en faire le si^ge y et soumettre tout le 
midi au fils de K^rim, Rien ne manquait i 
cette armee : les provisions ^talent abondan-* 
f€'s f et la puye du soldat n'etait point en te^ 
tardj ni ^Ali-Murad , ni aucun de ses g^n^ 
raux j ne lui aSniit ddhn^ sujet de plain te | 
n^aiimdins tout Sl cbup^ , et sans qu'on ait pu 
enpenetrfer la cause , fetn^volte s'y manifesta 
sufeiti^ment y et tons les soldats , par tin moii- 
tement 8|ibiltfein^et unaiiime ;'fee port^rent au 
pillage :'eA:peu dif terns ledesordre^fiit^ soit 



I 

n 

CQip^^lejIayiedu g^n^raletde tousles ofHciers . 
fiit menacee, et ceile de tous les habitans se. 
trouya dans le plus grand danger • 

Ces reypltes ne sont pas rares en Pqrse j elles 
sont ordinairement le ri^sultat de quelque 
jiouvelle tr^s-fdcheuse , qui circule rapide- 
inent dans Tarm^e ; quelquefois c'est le d^faut 
de paye ou le manque de subsistances qui les 
produit. Mais , quelle qu'en soit la cause , si 
aux premiers symptSmes qui se manifestent , 
le general ne montre sur-le-champ de la vi- 
gueur , et ne se\it avec force , il n*a plus, le 
moment d'apr^s , le pouvoir de le faire j il 
iaut qu*il cMe au torrent^ et qu'il ne songe 
plus qn*k mettre sa personne en sillret^. 

Ali - Murad , qui ne f ut pr^ venu de rien , 
qui n'eut connaissance d^aucun mecontente- 
ment , qui n'entendit aucuiie plainte , aucun 
murmure de la part des soldats ; qui n'apprit , 
en un mot , pette r^volte que lorsqu'il n'^tait 
plus terns de TarrSter , are vit oblig^ , pour n'en 
6tre pas la yictime ^ de sortir pr^cipitamment 
de la yille avec ceux de ses soldats « de se^ of-, 
liciers et de ses amis qui voulurent le stuyri^), 

D^s q^'il fut ho;r$, d^s murs , il resolut do: 
se rendre ^upr^s du ki^an d'Amadan, dpnx il 
4tait ^rami ^ et dont il ayaitt re^u- ii^^^re de% 
Q€!CQiir9;;ilne doutait p^ que c^ Qo^y^nii^^ 



/ 



GjiA'PiTiiB ir. i5i 

Tbff lui; ouvrit 866 triors et ne ltd prStdt 869 
troupes. Assez grand pour $e conduire ainsi, 
il se persuadiait que son ami js^empresserait , 
dans c^tte occasion ^ de lui tendre une main 
s^Djiral^le , et qu'il le tirerait promptement 
du mauvais pas pu il se trouvait engage^jLe 
khan n'ayait pas Tame au^si genereuse : il arait 
seconde les eiForts d'Ali-Murad tandis qu'Ali- 
Murad etait puissant j il Tabandonne , il re- 
fuse de le voir alors qu'il le salt aux prises 
avec Tadversite j il repond au courier qu'on 
lui a expedie, qu'il.ne doit pas s'exposer ^ se 
brouiller avecSaiiek, et qu'il invite son maitre 
k prendre une autre roufe s'il ne ve^t pas dtra 
arrSte et livr^ k son ennemi. Cette repons^ 
lui coil^ta la vie. . 

Au retour du courier , Ali-Murad et touf 
ceux de sa troupe jur^rent de p^rir ou de 
mettre k leurs pieds le Idche qui osait les me- 
nacer : dans leur iAdignation, ils accel^r^rent 
leur marche , et se troi^v^rent aux portes 
d' Api wdan p alora mSme qu'on les croyait en- 
core bien loin. L «)• 

Le khan , qui n'avait a^tour de lui qu'ujci# 
f^ble garde, et qui ne croyait pas d'ailleurs 
qvk^ la troupe d'Ali-Murad liit si forte et $i 
rj^folue, ne lui opposa, lorsqu'elle paru^, 
qi^'ujc^. i^bJb resistance ,; ^4 palaisi\i( ^x^r 



l5a VOYAGE EK PS&8E. 

avant qu*il ettt r^uni ses forces j lui-mdme fet 
pris et mis i mort. 

Ali-Murad se servit du tr^$or du khan pour 
solder tons les militaires qui se trouvaient dans 
la \ille : il en tira un grand nombre de Neha- 
vend , d*Ouiou-Guerd , de Kermanchah et de 
toute la contree , et lorsqu*il en eut r^uni en- 
viron quinze mille, il revint k Ispahan, qid se 
trouvait occupi^ par un des fils de Sadek; 

Ali'Nagtd-Khan, qui 6tait, comme nous 
Tavons dit, aux environs d^Yesd, in strait 
de la revoke qui avait eu lieu ^Ispahan, 
s'y etait rendu , arec ses troupes, vers la fin 
de fi^vrier 1780, et en avait pris pcrssession. 
II avait mis k contribution les habitans dej^ 
^pulses par le pillage precedent , et s*y ^tait 
conduit, k tous^gards, de mani^re k se les 
aligner pour toujours, Le retour d'Ali-Murad ^ 
qru*Il n'avait pas prevu, ne lui permit pas de 
Tester plus long-rtems dans une ville qu'il ne 
pouvait defendre 5 il F^acua done aux pre- 
mitres nouvelies de la marche de son enneiiiii , ^ 
et il prit le chemin du Kerman*, oh il fallait 
oontenir les ennemis de son p^re. 

Mattre une secondefois de la capitale , Ali-» 
M^yad eut bientfit r^tabli son cr^di^ et r^ar^ 
ses pertes. La plupart de3 gouveraeurs s^em^ 
pr€6S^rent de ivi iairo passer 4e8 troupes ; 



CHATXTB.B IT. l53 

pfesqiie toutes celles qui s'etaient revolt^es, 
vinrent de nouyeau lui oflrir leurs services j 
elles jur^rent de liii ^tre plus fidelles qiie par 
le pass^, et toutes proiiiirent de ne pas Ta- 
bandonner availt qu*il ne se fiit empare de 
Chiras et qu*il n'eAt soumis tout le midi. 

Cependant on apprif que Sadek s'^tait de- 
termini k faire arracher les yeu3t aux deux 
fils de Kerim , afin de leur Ater tout espoir de 
monter sur le trSne de leur p^re, et afiti sur- 
tout de paralyser la bonne volont^ de ceux 
aui s'armaient en leur faveur. 

Cette conduite de Sadek produisit un efiet 
contraire k celui qu'il avait esper^. Ali-Murad j 
qui jusq^u'alors n*avait tir^ I'^pee que poiir 
retablir le souveraih legitime , ne songea plus' 
qu*i travailler pour son propre compte. Re- ' 
connu avec enthoiisiasme , par son slTtxx6ey' 
pour le fchef supreme de PEmpire et le sue- 
o^sseur de Kr^rim , il nte tiirda pas k T^tre par 
toutes les -villes et pdr ~t6utes les provinces' 
qtii avaient pris le-.parti d'Aboul-F^tali, Tf lis-^ 
dekast , Cachan , Ghulpaigan ,* Kom , "TPctjS- 
rah , S^a , Gksbiii /Amadah", N^tavend , 
OulbtitGuerd , Kefnianthah , luifirent passer* 
l6tit%i/tofisslbn/Le'(>m le Curdistan et 
Iclljoi^stari d^ckr^rettt ne vOuloir pas d*atitre^ 
ma2tr<&« Quant au Mazanderan^t Astei:^-Abad , ' 



1^4 ^ TOTAGB UN JPEKSE. 

Us ^taient sous la dependance d'Aga-M^^ 
met-Khan^ Kagiar^ fils deMohamme^d-HassaiV: 
Khan. L'Aderbidjan ne r^coimaissait point 
de maitre , et voulait attendre , pour se de- 
clarer, que le sort eAt prohoipLce. Le Chyrvan, 
le Mogan et le Daghestan etaie^ tou jours 
gouvemes par le khan de Kouba, 

Sadek-Kligin possedait Clilras et tout le Far- 
sistan y le Laarestan , le Kerman , le Kermesir 
et le Shusistan , encore son pouvoir ^tait-il 
faiblemei^t etabli dans quelques-unes de ceS; 
proyinces. 

Mohammed-Hassan-Khan, Sistani 9 nomm<^ 
khan du Kerman par Aboi;l-Fetah , et main-- 
tenu par Sadek, m^content de laconduite 
d' Ali-Nagui-Khan , s'^tait d'abord retir^ dans 
son ai^cien fort de Cala-Aga , et avait fini par 
prendre p^ti.pour Ali-Murad. II avait com-* 
battu > eji^^erxdcxAieutj les habitans' du Ker-r 
man, quitenaient pour^adek,et avait yaincuyr 
en bataille rang^e , Ismael-Khan , ;jBarsl;an'T 

Khaa et l*irevoroug- Ali-Bi^g ^ trois des g^ne- 
rauxdeSadek, . ' % 

Le Bey ban ou Shusistar^etaxt.fort m^con^; 
tent de Mataki-'Khw , parce qu^il av^^if. 
de trop fortes imppsitipiis;^ ^t ei\ley^,.^<:g|R4ef • 
vivres qui s*y trouvaienXi sous.le]pf4t^^;f)^^d€tr 
eubstaater son axm^, .^ . .- -r;. i 



CHAPITRE IV* l55 

Le Kermeslr avait ^te pressure de toutes 
les mani^res ^ et avait re9u depuis geu Tordre 
de faire passer k C^iras tous les Hommes en 
6tat de porter les armes ; ce qui avait deplu 
aux Arabes. 

Le Farsistan se serait,^ dans ces dernier s 
terns , volontiers deelar^ pour Ali-Murad s'il 
n'avait crakit d'Stre pille et devast^ par les 
troupes de Sadek. 

Cest dans cet etat des choses que^ vers la 
fin du printems de 1789 ^ Ali-Murad prit le 
parti d'aller assi^ger Chiras avec toutes les 
forces dont il crut ppuvoir disposer. Son ai*- 
mee fat divisee en cinq corps. Murad-Khan , 
Sandassara y eut ordre de s'avaixcer avec $ix 
xuiile hommes. et d'aller mettre il contribu* 
tion les villages qulse trouvent aux environs 
de Chiras , et leur enlever tous les vivres. 
Jokar-Khan eut ordre de le suivre avec six 
miile hommes . et de se conduire de mSme. 
BIza-Kouli'Khan , Miquieri, et Mir-Aslan- 
j^han^G^rde, m%iichai$nt apres eux> ^t Com- 
raandaient ch^cun quatre mille hommes* Ak- 
h^crKM^ajx,^ ills de Zeki> k qui uii des fils de 
Sadek av^voulu enlevei* de forc^ uh cheval 
. 4'^n grftnd prix y ,Qt qui 6t^% yetm j0in^\:k 
oettf^ ^occasion Alil-Murad.i coxixxg^d^it.rim 
corps d^ 4ix mille h0iame$^ ii sW^lta quel*^ 



lS6 TOTAGE JEW PERSE. 

que terns k qilatre ou cinq journees d'lspahan 

pour ama^er des vivres , et pour attendre 

AU-Murad , qui etait 4 la tSte de quinze niiUe 

cavaliers. 

Outre ces forces , Ali-Murad avait vingt- 
cinqmillehommesdivisesencinqautrescorps; 
savoir : cinq mille k Ispahan et cinq mille k 
Teh^rarii, commandos par Seyd-Mrtrad-Khan J 
cinq mille dans le Loristan , soiib Mohammed- 
Khan , Seyli J cinq mille dans le Kerman , au 
secours de Mohammed-Hassan-Khan, Sistani, 
et cinq mille au fort d'Amadan, pour conte- 
nir la ville et tpute la contr^. 

Sadek n'avait k opposer ll toutes ces forces 

que treizfe ou quatorze mille hommes qu'il 

avait &' ChiraG ; douze mille dans leKerman, 

commandjSs par AU-Nagni-Khan ; quatre nrille 

avec Mataki-Khan dansle Beyban j trois mille 

avec Bagher-Klian dans le Laarestan , et cinq 

mille avec Hassan -Khan son troisi^uie 'fils ,' 

qui ^tait sorti de la ville pour observer I'en- 

nemi' , et pour iavoriser I'entr^e des' vivres 

I'oB astendajt de tontes parts, - '■" 

Lefr premieres divisions ennemiesde trouv^' 

mt, 4 la fin de juin' 1780, aux environs de. 

turas. Sadek avait euavisdeleur raarclie; ll' 

t Obnnalssait exaotement-fes forces ; il ^avait 

I'elles avaient re^ I'ordre de rayager. le* 



CHAl^ITRE ly* ;i57 

pays^ et il n*osa s'avancer poiu*les combattre j 
il s'enferina dans la ville ^ quoiqu'il eiit au 
moins dix-huit mille hommes ,k ses ordres^ et 
ses ennemis viugt mille tout au plus. Mais le 
crime ote au coeur toute son energie j Thomme 
coupable a peur k Taspect du danger. Sadek 
d'ailleurs s'etait apper^u du mauvais efj^t 
qu'ayait produit sur les habitans de Chiras^ 
et sur les troupes mSmes ^ Tattentat commis 
en la personne d'Aboul-F^tah : il craignait 
qu'en allant au devant de son ennemi , les 
habitans ne se r^oltasscjnt et ne prissent le 
parti d'Ali-Murad j il savait que celui-ci n'a- 
vait qu'une mauyaise artillerie j il ne le croyait 
done pas en ^tat de forcer une ville defendue 
par une garnison nombreuse ^ par un large 
foss^ , et par des remparts que K^rim avait fait ^ 
r^parer avec soin j il comptait aussi sur les 
secours que deyaient lui amener ses fila et les 
Arabes de la c6te. 

Lorsque les . divisions d'Akbar et d'Ali- 
Murad lurent arriv^es , toutes les troupes s'a- 
yanc^rent , et yinrent s'etablir i une petite 
distance de la yUle j elles y trac^rent un ceiii;ip 
qu'elles entour^rent d'l^n fosse , et qu^elles 
fortifi^rent par quelques tours en terre, oil 
elles plac^rent du canon. Lorsque cette ope- 
ration fut termin^e , elles eley^rent quelqyes 



I I 

l58 VOYAGE Kir PEKSE. 

1>atferles centre la ville j mais elles s*appli- 
q[ti^rent surtout k arrSter les subsistances et 
k favoriser la desertion, Ali-Murad rie negli- 
gea rien pQur se faire tin parti dans I'lnte- 
rieur , et pour s'attacher , par des liberallt^s 
et des promesses , tans les seigneurs qui te- 
liaient au parti de Sadek. 
- Neanmoins , comme la ville etait pliitAt 
bloqu^e qu'assi^g^e , et que Tarm^e de riht^- 
rieur etait assez iiombreuse pour faire dfeb 
sorties , celle-ci trouvait toujours les mbyens 
<ie faire entrer des virres . II y avait eu diver- 
ses aflfaires, qui n'avaient produit aucun re- 
sul tat important. D^'k les trois fils de Sadek 
^taient entrds Tun apres Pautre , et avaient 
successivement araene des secours en tout 
genre. D^jk huit mois s'etaient ^coiilfe sans 
qu'on eftt fait aucun progr^s par la force des 
armes. Des sorties fr^quentes de la part des 
assi^gesj des attaques partielles, toujours in- 
fructueuses, de la part des assi^geaiis^ quel- 
quesescarmouches pour favoriserPentr^e d*un 
<onvoi ; d'un corps de troupes , ou pour s*y 
opposerj quelques coups de canon tires de 
terns en terns de loin , centre les remparts I 
sans pouvoir les endommager suffisamment 5 
des desertions que les deux partis tdchaient de 
favoriser^ et qui devenaieiit tous les jours plus 



/ 



CHAPITRR IV. l5^ 

fri^quentes ^ voil^ k quoi se rMuisait ce si^ge* 
' Sadek se flattait toujours que rennemi se 
consumerait en efforts impuissans > et qu'il 
finirait par se retirer , quand tout k coup 
rheure du chitiment sonna (i). Ali-Murad 
parvint , k Taide des habitans , k corrompre 
les gardes de la porte Bagh-Chah , situ^e au 
sudde layiUe^ et la plus voisine de lacitadelle^ 
et a f aire entrer , par ce moyen , un corps de 
troupes d'^lite command^ par Akbar-Khan. 

Sadek ne fut pas plutdt inform^ que ren*^ 
nemi etait dans Pint^rieur , qu'il donna tous 
les ordres necessaires pour s'opposer a ses 
ptogr^s J il monta lui-ni6me k cheval , et ^ i. 
la t&te de^a garde y il courut k la porte jBagh- 
Chali 5 mais deji Akbar avait penetre dans la 
ville , et s'^tait empar^ de plusieurs postes 
sans avoir ^prouv^ la moindre resistance, 
Quelques. corps de troupes Tavaient suivi ; 
d'autres venaient apr^s , et personne ne s'etait 
present^ pour les combattre. 

Sadek n'arriva en presence d' Akbaf , que 
pour Stre t^moin de la mauvaise volont^ que 
mirent les siens k seconder ses efforts. Les 
ordres qu'il avait donnas , n'avaient point et^ 
executes ou Tavaient ^te fort mal j les troupes 



(i) A la. £b de fevrier 1781. 



l6o VOYAGE 2K PEESSr 

qu'il avait amends de fiassora > et qui Ta- 
vaient deji. quittd une fois, quoiqu'elleseus- 
senttoujours eu le plus de part k ses la<.gessefi| 
mirent bas ]es armes 1^9 premieres. Sapropre 
garde , sxir laquelle il devait compter le plus , 

^ rabaudonna en partie et passa du cdte de 
Tennemi. Dans cette extremity , le seul parti 
qu'il ay ait k prendre , c'etait de mourir lus 
armes k la main ou de s'enfermer dans la ci-» 
tadelle, II prit le dernier j il parvint , quoique 

_ difficilement , k y entrer accompagn^ de son 
minis tre ^ de tons ses Ills , et de quelques per- 
sonnes qui lui ^taient attachees. . ; 

En un instajit toute la ville se trouva oc- 
cupee par les troupes d'Ali-Murad, Celles de 
Sadek demand^rent k passer au service du 
vainqueur J ce qui leur fut accord^- La cita- 
delle £ut ^troitement investie , et la tranquil- 
lit^ maintenue partout avec le plus grand 
soin, 

Sadek se trouvant hors d'etat , avec une 
poignee d'amis ou de parens , de tenir Ipng- 
' tems dans la citadelle, prit le parti de ^e 
rendre, et d'implorer la mis^ricorde de son 
enxiemi : il lui ecrivit , pour le flechir , la lettre 
Ja plus touchante, la plus propre k ^mouvoir 
son coeur J il lui rappelait les soins qu'il avait 
pris de son eniance , lescaresses qu'il; lui.av ait 

prodiguees 



- CHAPITRE IV. t6i 

prodigu^ies dana lea braa de aa mere y lea ef-. 
forta qu*ii avait faita pour lui obtenir lea fa* 
veura de Kerim ; il prenait le del k t^momj 
qu'il avait touJQura eu pour lui dea entraillea 
de pdre , qu*il I'avait ch^ri comme aea pro* 
prea £ls ; 11 faiaait dea yoeux pour que la for-> 
tune lid filit plua favorable qu'^ lui i il jurait 
de lui ob^ir et de lui Stre fiddle comme le 

« 

meilleur et le plua d^vou^ de aea aujeta. cc Si 
» mes aermena , ajoutait-il ^ ne peuvent ^loi- 
» gner de voua lea aoupgona , j'irai yivre au 
» fond de telle province que voua me d^aigne^ 
» rez ; je lazaaerai auprSa de voua mea fila en 
» otage; ma fortune^ ma vie ^ aeront tou- 
» joura entre voa maina et voua r^pondront 
y» de ma conduite. » 

Ali-Muxad ne fit dire autre choae k Sa- 
dek, ai ce n'eat de ae rendre, et de faire. 
ouvrir lea portea de la citadelle, aana quoi il 
verrait egorger aoua aea yeux toua ceujc qui 
I s'y trouvaient enferm^a. Sadek lea fit ouvrir, 
et ae mit k la merci de aon vainqueur. Celui- 

• • •  

ci ae contenta , pour le mopient , de le charger 
de cbatnea^ ainai que aea £la et aeapetits-fila, au 
nombret , d^ , vi^ftt^aix , et • de leur {aixe ere vier 
les yeux.^ toxis, Qu^lqiie§ JQijrs £^r^8;,.AikJb^ 
rcQut I'ordre de les faire,|);&:ir:j..ce qu'il ex^, 
«m.fy^, jiypf^t pliis^d^lBlaisir et 4^ prQi5|h> 
Tome f^L h 



1*'^!* VO* AG-fi BIf PERS E. 

tltnde', que c'^etait d'apr^s ses oofi9ei}$ ^ seS' 
presfeante^ solHci^ation^ que cet orilre avait- 

3t)jafl6ir-Khan fut le setil ^pargn^ : il avalt* 
4t& Joihdi^ son 'frdre an comrnencenient du' 
siege', etne ruvait plus quitt^j fl aYait-tou-' 
jour^idi^aapprouVe PaitrbitioA de son p^ne ,' 
et arait blatn^ sa condiiiie enyfers Aboiil-F^^* 
ta3i. Quelques 3ou:ri5 apr^s la prise de la vilie ,^ 
Ali-^Murad Ijui renouvela ses protestations^ 
iPamiti^', luitfit de tr^s- riches pr^eiirs , le* 
liomma* gourerneur de Shuster , avec la pro-' 
messe de le placer phisiConyenaMemeirdS^^ 
qu*il se rerrait solidement ^tablt sur le tr6rre.^ 
' La nioirt d^Akbai^ sui-vit de pr^s celle de' 
Sadek. L'une avait et^ ordonit^epar iinepo-' 
Ktique barbare } Paiitre ftit uhe juste puiiition 
d^un crime qui ne peut ^tre cougu qtle paa- le 
plus SG^l^rat des bonitnes, .... 

AKbar ', fils de Zeki , 5 ouissait depuis qnelque 
teiiis 6:6 lix plus grande faveur aupr^s d* Ali- * 
Murad ill eii'^tait, duraiit le si^ge , le premier 
g^h^i-al', le conjGdent etTamij ii yenaird*3^tre 
nb'iAili^ pteriiier rtifefistre , et r^int^gre dans' 
tbiis s^s bifens , et' AKbiat m^ditaft lapliisiyoire 
tramsorf/ Alfti^si dioibiii^iix ^'auss? 'cruel que 
soft p^fii^/^c&^l'pMff'dissimul^^^ il avait fid 
CMradetyMh-^i^^kaa 'k'lipa^aii'^ to J)dui'* 



trages deses 4Ud , 4|U6 pour-^tre p]i»9 4 port^e^ 
aupr^ d' AH - Murad , de lui ploitger ie pdi-* 
guard dan» le sein lorsqu'il en serait tetns. 

Ali-^Murad ^ coiz^me tous coux que le m4'^ 
rite on la faveur 'poi^Osktix ^reim^ited pjlaces y 
aT^t des en vieusc , ^des l^doux > peiit-StreiB^me 
des enii^ttii&: Akba^ s^attaeha k les comiditre ; 
a en MUdii qiaelquesMons^ sWvrit '4 ^it ^ et 
leur proposa de se joindpe k lui ^ de seoondei^ 
ses efforts^ de ltd faire xm. parti aste^ puissant 
pour le eonduire an trfine apr^s quUl p.uraif 
abattii ceha qu^il aceusait d'Strc Tauteti^ dtf 
la mort de son p^^re. • .Ji. * 

Ce comjilot fut d^eutei^t presqu'aie^f^ 
que la coHfidence en eut'^t^ faite , et Akbor ^ 
convaincu de son crime y fut conidam^ k 
mort. Djaffar, qui avait k venger celle de 
son p^re et de ses fr^res , fut charge de cette 
execution j il lui plongea te ^oignard dans le 
sein , et fit exposer son corps durant trois 
jours sur la placQ publique. ) 

Nous ne devons pas oublier de dire que , 
durant le si^ge de Chiras ^ le fameux Azad- 
^han mourut dans son palais , de mort natu* 
relle ^ a I'age de soixante^six ans. La yeiile de 
sa mort , il avait fait appeler Hadgi-Bakher , 
nazir de Sadek, lui avait remis une lettre pour 

La 



i£4 €HA^ITRE IT^ 

son ma2tA^^ et Tayait prie d'obtenir que $oxl 
corps i^t depose dans la mosqnee d^ Seyd-r 
Ali-Hussem^ jusqu'k ce que ses femmes^ ses 
enfans et ses esdaves pussent Temporter ^Ka- 
boul. A la lecture de la lettrC; d'Az^^ Sadek 
avait promis de remplir les intentionfi^ du ma- 
lade^ et k sa mo^t il avait charg^ AlirNagiUr 
Khan dene rien epargner potir ses fun^raiUes.. 
£Ues fur^nt ct^l^br^es en octdbre 1780 , ayec 
beaucoup de.pompe. • • > ^ 

Mais ce ne fut qu*aprds le si^ge^ <}ue la der- 
siere pai'tie des yolont^ d' Azad put Stre rem- 
pUe : jce ne fut qu'alors ^ et apr^s en ayoir 
obtenu la permission du. y ainqueur ^ que les 
ienuues ^ les enfans et les esclayes pu];ent se 
refiidre ^ av^c leur dj^pdt et leurs richesses ^ 



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TOTJkOE BK PBB.Sr£* Jl65 

CHAPJTRE V. 

;  , . . ■*•*... 

R6vohe iV Aea^Mehdmet-Khan. Ati^ 

JBdufqL^' envoie contre lui Scheik^VeiSj 

*  I . J » , 

: et obtiejft des succ^. Ddsertion <ie^ 
troupes de Scheik^^Keis. Mort d^Ah^ 

- Murad. Troubles h Ispahan. Le 
gouvemeur veut s^emparer detauto* 
rite. DJaffar^Khan le met enfuite ^ 
et sefait noninier rSgent. Guerre 
entre lui et Aga^Mdh^met-^Khdn. 
Troubles aw nor d et aumidi. DjaJ^ 
far est mis d mort par une troupe 
de seigneurs conjures. 

Xja, prise de Chiras fit mettre bas les armes 
dana le midi , k ions -. ceu^ qui tenaient pour 
le parti de Sadek. Toutes les villes du Ker • 
mau;^ du Laarestan et du Shusistan s'empres* 
^reut d'envoyer leur spumission k Ali-Mu*- 
rad , et d'implorer sa clemence : les scheiks 
arabes dti Kennesir li^ fir^nt passer des pr^- 
sens^ et la promesse de pay er ^ Taveuir , plus 
exactement que par le pass^, ^^^ subsides.aux-| 



i 



^6€ vbY'AcSiE ififif^yfijffartf; 

quels ils sont assujettis. Dans le nord , T Ader- 
Bicljaii V TErivan , ainsi que le l\Iogan , le 
Chyrvan et le Daghestan, qui n'avaient ja- 
mais voulu *se ^ttinonctjT eit fscreur de Zeki 
/ • aisivde SadeJc., le recpmiurent fonnellement 
pour le chef de ITEmpirei Ainsi , de toutes les 
l^rbVinces qui iavaieUt ^'t^'sbumisfes'S jR^hn^ 
IPn^y^'^t'que le MazaMferkit fef le^(>ttrhn^ui 
rcf HS^felit-tfadh^er am voem gen^ai^ et qui 
declan^eiitne voiJoiriQb^rqi^'a J^nM^^e- 

C'etaitle second desiilsde MohammedrHas- 
san-KJi^-n. Retenu comme otage a Chiras^ 
ciurant le r^gne deK.erim, il s^etaifenfui k 
la iribrt de ce prince , avec ses fr^rds bjaf&.r- 
Kouli-Khan et Ala-Kouli-Khan- , et 6'etait 
rendu a Aster-Abad, (ju'ilctait veau dk bout 
d'enlever k son fr^re Moustapha, «t de sou- 
mettre k son autorite particuli^re- 

MaStre'd*Aster-A-bad^ Aga-Mefei^metiljCliaa 
avait IfeV^ des troupes parnii W'SlagiaiiSide 
sa ttihvL et les Ttirconiaais« qui iiabiieiil: les 
fforiti^i'es occidentals All Khoraissanv et s'^- 
tait empare du Taberis^n et de» f ^ut le reste 
flu Mazanderan. * , » 

* Hidekt y khan du Guilan > n'ay afit pas at- 
tendu ipi il vJnt Tattaquer pour se sbumettre ; 
i\ lui avait fait hommage de sa praviiice d^s 



. CHAPITRE V. 167 

qu'U revak su ^ la tSt0 d'une armee^ et lui 
javait fait passer les mSmes troupes et les m^ 
jnea subsides qu'ii s'etait obiigi^ de foxtraiir 4 
•K^rira. . 

Pendant le siege de Chiras , Ali-Murad ajvait 
.dona^. ojrdre k Sey•d*MuI'^.d-Kha^ de ijeimir 
itoutes les troupes qu'ij a!vait jm^B ^sesi.^t'r 
dres , et d'aller attaquer Meh^meti tg^s^.U 
jkysiHi ^t6 k^possibte k^ ee ^ene^hl de frd;itchir 
^les Poytes Caspiefliiea; i\ isivait -et^ r^{iou$$a 
.avjBc perte, et il etait irevenu a'Tdher^Qi • ^ 

Mehemet , k la tSte de vingt mille koofiiiies 9 
:Vy aVait suivi de tr^s-pc^s^ et hai aTait enleve 
cette yille f il s^etait porte de Ik suii . CaiSbin;^ 
dont' il s'^tait egalement rendu mattne^ Seyd^ 
JMturaidi quin^etait paaassezi fort pciMir s'op- 
:poseP . aux. entreprises de cet ennemi ^ s'etait 
repliei siir Horn et Capkan ^ et ayait infor me 
. Ali-Murad de ce qui ^ passait* ...... 

Ce lut peu de. tems^^ apji^ son entr^ k Chi- 
:ra& 9 que celui* ci regut le ; coliriex que S91I g^^ 
neralJiifi enyoyait. li n'avait pas de ten[is & 
'peicdre sll ;yoiilait empdcher que TAderbid- 
:ja«,^: T^^riyan, le Mogain '^ ' le » CKyrvan et le 
Daghe&tan ne tombassent au poui^^oir. d'un 
-hbmixtedimt les.pr^texitii>Bs u'ekiaieiit que trap 
^yidentes , et dont les forces prenaieHt dfeaque 
^ourun a<^(a:Qi£isem^ti.c€ulsSdearafaIe*^ 



l68 VOYAGE EU P£1LSX; 

done sur-le-champ de son arm^ trente mille 
hommes ^ dont il donna le commandement k 
^cheik-Veis son fils , avec ordre d*aller join- 
dre Seyd-Murad, de se concerter avec lui et 
de tomber ensemble siir M^hemet. 

Soheak-Veis partit en toute diligence , et ar- 
riya sous les murs de T^h^ran dans le courant 
de jtun 1781. 

Ali-Mnrad nerestapaslong-tems k Cliiras. 
Conduit par une sage politique y il transfera > 
d^s la fin de T^t^ y le siege du gouyemement 
k Ispahan. Pliisieiirs motifs Tengag^rent k 
cette demarche : il se ra]^rochait par-14 dn 
tfa!^&tre de la guerre ; il se mettait k port^e de 
diriger les operations de son fils j il temoignait 
sa reconnaissance k la ville qui avait piis plu- 
sieiirs fois les armes en sa fayeur j il se pla^ait 
au centre de ses Etats y et sur le point le plus 
favorable k ses int^rSts; car malgr^ les pertes 
formes et les dommages tr^s-consid^rables 
<}u'Ispahan avait ^prouy^s y c'^tait toujours 
la premiere ville de la Perse , et celle qui avait 
le plus d'influence sur Topihion y tant k cause 
de sa population et de ses richesses y que parce 
qu'elle renfermait encore dans son sein les 
hommes les plus instruits et les plus consid^ 
r^s du royaume. 

Sbheik o^Veis obligea M^h^i^et d'^vacuer 






CHAFITB.£ V. 1$^ 

T^h^ran et Casbin , et de repasser les monts^ 
Caspiens avec toute son arm^. 

C'e8t pendant cette campagne ^ que Mous- 
tapha-Kouli-KJian ^ chass^ par M^h^met de 
son gouvernement d'Aster-Abad , vint oftiir 
ses services k Scheik-Veis^ et qu'il amena avec 
liii Morteza-Kouli-Khan son fr^re. Ces deux. 
guerriers furent tr^s-bien accueillis , et ob- 
tinrent du cominandement. 

Durant Thiver il ne fut rien entrepris y mais 
anprintems suivant (1782) Scheik-Veis, cen- 
tre Pa vis de son g^n^ral^ voulut diviser sea 
forces^ et les porter en mdme terns dans les 
deux provinces ennemies. Seyd-Murad, avec 
quinze mille hommes , eut ordre de fotcer le 
d^fil^ qui conduit dans le Guilan^ tandis que 
Scheik-Veis, avec environ vingt mille hom- 
mes y devait entrer dans le Mazanderan par 
cehii de Guilas. 

Cette double entreprise manqua des deux 
cdt^ : les deux armies y malgr^ leurs efforts 
reiter^s^ furentconstamment repoussees; elles 
perdirent beaucoup de monde par la d^r- 
tion et par le fer de I'ennemi; ce qui obligea 
Scheik*Veis de venir passer Thiver k Teheran 
pour se refaire et attendre des secours. 

Ali-Murad , qui voulait terminer prompte- 
ment cette guerre ^ ne se contenta pas de &ire 



a70 VOTAGE BK PpiaLSE. 

passer de nouvelles troupes k soft fils.^ il Yoxjr 
lut , a quelque prix q\\e ce fut , gagner le kliait 
du Guilan a/iix de n*avoir plt^s qu'un; eiin^nii 
k ,coi?ibattre , et un sjetd point 4 att^quef . Jl 
fit promettre ^ Hideat de 1©^ pombler drhpn* 
laeurs , et de le c^^iitmtT dans SOQ gOiiverner 
9Qent s'il youlait abandonner ^ehjsu^t, ^t 
hfUitex \e rest© de la Perse. Hicj^at etait trop 
faible pour ne pas.s'empres$er.de. faire la pai?: 
Ifyec gelui qui ten^it dej4 preisque tout rEm- 
pire. sous, sa main- Aux pj?erto^ces pr6posi-' 
itipus qui lui fai^eul: ii^ites ^ iji se. soumit ^ Jet .fit 
passer trois ou^qptatre xuille hoiumes .qu*il 
dvait a sa siolde. : 

: ; Meheiu^ n^eut pas plutot connaissanc^ de 
hi defection du khaa xbx Guilan , qu^il envoya 
contre lui, vers la fin de Tete 1783 9 un corps 
nombreux de Kagiars , arec ocdre de le tuer 
et d'enlever tous ses tresors. Ce3 Kagiars CQr- 
toy^reritla Caspienne , et tomb^rent sjir Reicht 
au moment qu*on. ne s'y attendait . pas. A 
,peine Hideat eut-il le terns de se sauver avec 
-sa famill© au port d*En2seUi y et d'empbrter 
,ce qu'il avait. de plus precieux. Reicht fut 
|)iUe, et le palais du gouverneur devint la 
proie des fiammes. . 

- L'ann^e 1784 ^^^ beaucoup plus favorable 
que les precedentes aux armes de Scbeik-Veia. 



CHAPITRB V. 171 

Ce jernie prince entra dans le Mazanderan a vec 
toutes ses troupes, apr^s avoir forc^tousles 
passages, et apn^s aroir partont battu son en- 
nemi; il lui enleva successivement tont^ ies 
Vilies de cette provrnce , et le poursuivit jus* 
qii'eiu:^ environs d* Aster- AJjad , ou 11 TobJi- 
•ge^'de «'eiifetiiier. 

Les sucG^s qu'avaient obtenns les arrtnes 
d'iAli^Murad , donn^reiit lieu, dans toute la 
Perse, ^ des f^ltes- magniliques* Les habitant 
d^Il^ahan eritr-autres se llvn^rent a la joieavec 
cet abandon , avec €e delipe que ^produisait 
chesa 'enx »Pespbir'd*un ave'air plus heureux. 
Suivant unK ttknoiti oculairie'(i), tons les be-^ 
sesteins forerit tapfeses en t^rocard d'or ou en 
56«offes de sole, 'et illumines pendant les trois 
nutts que dtir^reiit les fStes : on v by ait par- 
t6ut des bateleurs et des musiciens j les ralraJ- 
ehissemens ^itaieht oiferts gratuitement ^ tbus 
les p^ssfans (^u'on inondait d'^au de rose , et 
partout retentissait le noni? d'Ali-Murad. 

La destruction de presque toute Tarm^e de 
•M6hemet, la soumission du <?tiilan et de pres- 
quetout le Maizaxideran nef'aisaient plus doir*- 
ter que le calme ne succ^ddtenfin k la violeiite 



iiAn>ai^Bs*B 



(1) M. de Ferri^res-Sauveboeiif , MSmoires 'historic 
•queSs ) politiques et gdographiqxies ^ fom; I., pag.' 291 . 



tJTi V0YA6E EW PERSS. 

egitatioji qui venait d'avoir lieu. Toutlemondtir 
ae flattait de jouir bientdt et pour long-tems 
de cette paix apr^s laquelle on soupirait ^ et 
dont on arait si grand besoin. On se' flattait 
dutont que le r^gne d'Ali-Murad serait pour 
le moins aussi long y aiissi, paisible , awsi 
glorieux que celui de Kerim , et que'les actes 
de tyranriie y seraient au$$i rareS. j r ' 
. Mais la Perse n'etait pas efncore parvisuttie 
au terme de tous ses maus: j^-M^hemet n'avait 
pa» encore 'reno6c^* k sem^r ie .trouble et ie 
desordre dans :SQo. pays.* 

» ' • 

Aster-Abad teaait toiijoixrs ; cette »ville> 
bien approyisionnee et d^isrun: bon ^jtat de 
defense^ avait regti plusieiirs fois des secaxurs 
de divers seigneurs turcomans f ce qui faisait 
craindre a la cour y que le si^ge ne traindt' en 
longueur , et he finlt par d^goft ter le soldat , 
qui d'ailleurs avait k se plaindre de la mor- 
tality qui r^gnait dans Tarni^e depuis qu'elle 
avait mis le pied dans le BastMazanderan. 
Divers detachemens que Scheik- Veis avait en- 
voy^s k Torient et au midi de cetlie ville pour 
8e procurer des vivres, avaient^ite battus^ et 
'6n apprenait que les Turcomans, enhardis 
par ces succ^s^ se renforgaient de plus en plus. 

Ces considerations port^rent Ali-Murad k 
sortir dlspahan , le a/\ juillet 1784? avec en- 



Turoii solxante mille hommes qui ltd restaient , 
et k se rendre a Teheran afind'Stre plus k 
portee de faire passer des secpurs a spn fils^ 
et de diriger se8 operations' 

Dix ou douze mille hommes que . Scheikf-. 
Veis re^t , le mirent en ^tat d'enlever, avaut 
la fin de T^te , Aster- Abad k son ennemi , da 
p^n^trer ensuite dans le Tab^ristan ^ . de se 
rendre maitre de Semnan et de Damegan, et 
de venir bloquer Bostan ^ ou M^h^met s'^tait; 
reiugie ayec ses ir^res Djaiiar-Kouli et Ala- 
Kouli* Cette yille^ patrimoine de la famille^ 
renfermait tout ce que Meh^met ayait de pr^-^ 
cieux. Riza-Kouli-Khan ^ un de ses frdres y 
y^tait detenu depuis plus d'un an pour de& 
raisons qu'on ignore (i). Forte par sa po- 
sition^ bien pourvue de vivres et de munir 
tions de guerre^ elle ^tait en etat de r^^istei: 
long-tems ^ et Ton s'attendalt bien que M^he-r 
met ne se rendrait pas k moin9 qu'il ne &Lt 
r^uit aux demi^res extr^mit^s. 

Cen ^tait faitcep^dant decet ambitieux 
si Scheik-Veisf n'efLt mecontent^ mal-^-propos 



•Ml' 



(i) Riza-Kouli ^taic un des premiers officiers d^AIi- 
Murad lorstjue la r^vblte de Pariu^e de ce clief ^clata 
h Ispahan ^ U se rendit | avec huit cents* Kagiars qu^ii 
ci^miliktidAit p k Chiras^ et iLy.resta.durMit le al^ge. 



174 VOYAOK £K PBKSE. 

son armee, et tie TeAt portee k\a re volte en 
la iaisant manqiier des ob^eU les plus neoes-^ 
saires : il teitait BosUn ^troitement bloqu^e } 
il ^tait camp^ depuis deux inois autom" de 
cette ville. Le« pludes d'automne avaient foit 
murmurer les troupes qui '^taient trop lege^ 
r^ment T^toes ', et qui avaient des teiites dl 
usees 9 que I'eaup^ssaitatravers. Le froid qui 
survint apr^s les pluies , et auquel il leur etail 
bien plus difficile do r^sister , leur fit prendre 
la resolution de quitter leurs drapeaux, et 
m^me de tuer leur general- et -de s-edipaper^e 
la caisse miiitaire. 

II faut observer que presque toutes lestroip- 
pes de Scheik-Veis ^taient des IjOr«, des Bakh- 
tiiaris et autres Curdes du Loristan, de P^ria 
ct des environs de Nehavend et; de Kemaan- 
chah, lis avaient pour la 'plupart laisse en 
otage l^Urs femmes et leurs enfant ^ Ispahan j 
mais ils^ comptaient Jes Tepi'eridre' avant de 
gagner leurs tnontagnes j ce qui leur ^tait fa- 
cile en ral>sence d'AIi^Murad. -^ 

Scheik-Veis n'eutrien de mifeux a faire*pGut 
eviter d'etre tue, que de se sauver il Teheran 
avec sa garde et trois ou quatre mille hopi- 
mes du JFarsiatan , quiiji'avaient pris aucune 
part k ce complot. i ^  i : 

Ali-Muradibt vivement ai'fectd de cette de^ 



sertion : il perdait en tin moment le ihiit da 
quatre Ou cinq ann^s de, travaux et de com- 
bats; il voyait la gtierre se prolonger, toutes 
ses ressoupces s -epuiser 9 et les maux de sa 
patrie s'aggraver de plus en plus. Cependant 
il ne perdit pjas courage yi\ fit passer sur4e- 
champ dans le Mazahderan^MoujStapha-KouU:-* 
Khan et Mortesa-Konli-Khan , fr^es de M^ 
hemet ^ Ayec douze mille hommes f il y faignit 
nn corps de qiiatre mille GcJorgiens qu'il avait 
It sa soMe y et dont il connaissait la bravoure^ 
la fid^liteet le devoAment j il laissa k Tehran 
Scheik-Veis avec quatre mi]le kommes senle-^ 
]^ent) et avec le reste de soft arm^e il marcha 
vers Ispahan afin d'atteindre les r^volt^s, spn 
intention etant de les detruire s^l ne parve- 
iiait k les faire rentrer dans le dievoir. 

Cett^ marche ftit p^nible : rarm^e ^pronva 
un froiil tr^-rigoureuK J les chemins ^taient 
converts de neige j il en tombait de tems eft 
terns. AH-Murad, faible etmaladif, fut atta-^ 

* • 

qu^ d'une fluxion de poitrine, k laquelle it 
succomba, le .11 de fevrier 1786, an village' 
d*Aga-Kamal^ siitu^ k ti*6i&'petites jourri^s 
d'Ispahan. Myrza - Rebbi , son premier mi-- 
nistre , avait fait d^inutiles efforts pour I'en- 
giger k se leposdr Jt Cachan', et aftendre que 
sa sant^ flit' riitabliei AU-M^lrad'4ivai^tr6p i- 



ly6 VOYAGE EN PERSE. 

Gceur de ptuiir la desertion de rariri^e de son. 
fills , et de pr^venir les d^sordres qu'elle allait 
occasioner it Ispahan pour s'arrSter^ Caclian i 
il s^etait content^ de prendre une liti^re et de 
ralentir sa marche. 

Myrza-Rebbi criit ne devoir pas divulguer. 
ciette mort qu'il ne se £iit concert^ ayec le 
gouyemeur dlspahan et les autres seigneurs, 
de la ville ; il voulait les engager k porter au 
trdne ^ d'un commun accord ^ le fils alne ou 
le fr^re d'Ali-Murad, et k pr^venir par-l^.les 
troubles que cette mort inattendue ne pouyait. 
jntoquer d'ogCasioner. ; 

Les projets du ministre ne r^ussirent poinit r 
legouyerneur ,nomm^ Bagher, homme vain, 
pr^somptueux , irrefl^chi , ne fut pas plut6t: 
instruit de ce qui venait de se passer , qu'il eut 
Tambition de succ^der k Ali-Murad. Bagher 
^tait tr^s-riche et avait en main les joyaux de, 
la couronne. La place qu'il occupait,le ren-, 
dait maitre de toutes les forces de la capitale :. 
il comptait sur un parti nombreux .que son, 
cr^t dey ait lui procurer j il esp^rait prendre. 
k sa solde Tarm^e royale y et celle qui avait. 
abandonn^ les drapeaux de Scheik-Veis. 
. L'arriy^ subite, k Ispahan de DjafFar-KhaU: 
rompit les mesures de Bagher. DjafFar avait. 
guitt^ son . gouvemement ^ et avait march^^ 

vers 



I 



CHAPlt,IL]S V. . 177 

vers la capitale , k la t^te des troupes qu'il 
avait pu se procurer , sans qu on ait su s'il 
yenait au secours de son fr^re > ou s*il medi- 
tait de lui eniever la couronne. 

II y ayait alors k Ispahan plus de cinquante 
mille hommes de troupes ^ tant de Varni6e 
d'Ali-Murad , que de celle de Scheik-Veis , qui 
ne receyaient plus de paye , qui n'ob^issaient 
plus k aucun chef , et qui se liyraient k tous 
les exc^s ^ k tous les crimes que produisent 
ordinairement , chez les gens de guefre , Tin- 
discipliiie et I'anarchie. Bagher etait yenu k 
bout y par ses lib^ralites et ses promesses ^ d'en 
prendre un grand nombre k sa solde } mais 
comment compter sur des hommes corrompus^ 
que la crainte du chdtiment ne retient pas ? 
Ces hommes abandonn^rent Bagher d^s qu'ils 
surent que DjafTar 6tait aux portes de la yiUe^ 
et mfime la plupaft d'entr'eux , apr^s avoir 
dissip^ Targent quails ayaient reqa du goiiyer- 
neur^ con^.urent le crimineldessein de le saisir 
et de le liyrer k son ennemi. 

Bagher , instruit k tems de ce complot^ par- 
yint a sortir de la yille ayec une partie de ses 
gens I et ^ se sauyer dans un yillage des enyi<^ 
rons y dont il etait le seigneuj:*. 

- Cette soldatesque , n'etant plus retenue paf 
aucun frein , se porta alors k tous les d^sor^^ 
TomeFI. M 






I7S VOYAGE EN PJSKSE. 

dres imagiijiables : ni le rang, ni Tl-ge,, nl W 
s^xe, rien ue fut respecte. Ispahan pr^senta,* 
durant trois Jours , toutes les scenes d'hor-» 
reur d'une viUe prise d'assaut et livr^e k la 
vengeance , a la cupidite , au cynisme d'un 
#ixnemi aussi cruel que corrompu. 

DjaHar etait camp^, k deux lieues de la 
ville, avec'sept ou Jiuit mille hommes seule- 
ment. Les halpifans accouraient en foule au-^ 
pr^s de iui , et le conjuraient de mettre ua 
terii^e. a. tast de maux. U ceda enfin k leurs 
ijtistan^e$ : ij entra le.i8 dans Ispahan, et fit 
cesser tons lea desordres qui y r^gnaient j U 
parvint k laire arrgter Bagher et a le faire en- 
fermej j il fit aussi arr^ter quelques seigneurs 
soup^onn^ d*avoir voulu favoriser la rebel- 
lion du gauvemeur, 

Avant d'entrear dans la ville , I)jafiar avait 
en voy^ k T^hpran un courier , afin d'instruira 
Scheik-Veis de ce qui se passait , le prier de lu4 
transmettre ses ordres , et Tengager k veniu 
promptement k la capitale poiir y occuper ]& 
trdne de son p^re* 

Scheik- Yeis etait parti de Teheran k la pEe-* 
mi^re nouvelle qu'il arait re^ue de . la mort. 
d'Ali-Murad j il avait laisse en arri^re sa fai*-l 
ble. armee ,. et n'avait pris avec lui que qtiel-* 
ques oi'ficiers de sa mai^n« Ayant appm en- 



/ 



tonte qtie Djaflar ^tait le maitre d*Ispahan , et 
ne lui supposant ^ d'apr^s ses d^p§ches et sa 
conduite ant^rieure , aucune mauvaise inten* 
tion , il ^tait entr^ dans Ispahan vers la fin de 
fevrier , sans pr^aution comme sans m^fiance* 
II avait envoy^ la veille tin courier k soii 
oncle pour lui annoncer son arrivee, et il 
allait descendre dans le palais royal quand 
tout k coup il se vit entoiir^ par une multitude 
de gens de guerre , et charg^ de cliaines avant 
m^me qu'il fftt revenu de son ^tonnement. 

Djaflar fit saisir en m^me terns tons les fili 
et tons les parens d' Ali-Murad , ainsi que les 
deux ministres Myrza-Rebbi et Myrza-Ana- 
doUa , et les fit enfermer dans les prisons roya^ 
les ; il y envoya aussi Bagher-Khan ^ qui ^talt 
k ses y feux , non pas le plus dangereux ^ inais le 
plus coupable de tons* 

Lorsqu'il se fut asstir^ de tons les hommes 
qui pouvaient fnettre obstacle k ses desseins , 
et qu^il eut donne k Farmee des chefs qui pa^ 
raissaient d^vouds k sa personne > il leva la 
masque j il prit , comme K^rim et comme AH* 
Murad , le titre de lieutenant-general du royau* 
trie, et se transporta , vers le milieu de jnarsL^ 
6n grande pompe, dans le palals royal^ ouil 
regut le serment de fidelit<5 de tous les granda 
de la ville. 

Ma 



l8o VOYAGE EN PB&Sfi. 

L*arm^e de Djaffar etait devenue tres-nom- 
treuse , et les revenus de TEmpire diminuaient 
tous les jours. La Perse , dejk considerable- 
ment appauvrie , ne payait les imp6ts qu'avec 
teaucoup de peine , et d^s qu'il survenait de* 
troubles k la capitale , la plupart des villes 
suspendaient totalement renvoi des somnies 
qu'ell^s devaient verser dans les GoflVes du 
fisc. D'aiUeurs , quelques province^ du nofd 
ne payaient que lorsqu'elles y ^taient forc^es j 
d'autres etaient en rebellion. Djafiar, presse 
par le besoin , crut trouver un bon inoyen de 
se procurer de i'argent en f aisant inettre sous 
le bdton Bagher-Khan , les ministres Myrza- 
Rebbi et Myrza-Anadolla , ainsi que les sei- 
gneurs qu'il tenait dans les fers , et les obli- 
geant k lui payer de tres-f brtes sommes pour 
racheter leur vie. II se conduisit de la mSdie 
mani^re k Tegard de son cousin - germain 
Ismael-Khan, fils de Soggiadi-Khan, fr^re de 
Kerim (i) j mais c'etait envers Bagher , comme 
le plus riche de tous , qu'il se montra le plus 
cruel : il ne cessa de le faire batonner qu'il 
n'en eAt re9u des sommes tr^s-considerables.\ 

Bagher voyait dans sa prison les liabitans 
&es villages qui lui appartenaient : il avait eu 



(0 Soggiadl^Khan mourut ayant le v^kil. 



eHAPXTRE V. l8l 

besoin de trailer avec eux afin de se procurer, 
par leur moyen , de quoi foumir ,aux deman- 
des qui lui 6taient f kites ; il en profit a pour 
ecrire k Aga-Meh^met-Khan , et Tinviter ins- 
tamment k venir delivrer la Perse de Thomme 
Je plus inepte et le plus cruel qui TeAt jamais 
gouvernee j il Tassurait dans ces lettres , que 
Farraee etait dejk tres-mecotitente de DjafFarj' 
que le peuple d'lspahan , trompe dans sori' 
attente , etait indigne de la conduite de ce 
chef ; que les grands le detestaient , parce 
qu'il les ran^onnait , et les mena^ait de les 
faire perir les uns apris les autres sous le bdton 
8*ils ne rendaient compte exactement de t6us 
les deniers qulls avaient'illegalement pr^ie ves 
sur le peuple depuis la mort de Kerim. ' 

•Meh^met se trouvait delivr^ de tous ses 
ennemis. Apr^s la desertion de Tarm^e de 
Solieik-Veis , les troupes qui etaient k Aster-* 
Abad et dans quelquei villes du Bas-Mazan* 
deran avaient tenu bon y xnais elles s^etaient 
retirees d^s qu'elles avaient appris la mort du 
rpi. Celles qui avaient et^ confiees k Mousta-^ 
pha-KouU-^Khan et k Morteza-rKouli-Khan* 
s'^taient ^galenlent retirees , de sorte que toute 
la province avait passe de nouveau au pou« 
voir de Mehemet, 
' J)h$ qn'il eut jre^u les lettres d^ Bagher^ il 



l8a VOYAOB EST PERSE. 

66 d^cida a sprtir de saproyince j il pctttrvut i 
la hdte ^ la defense des principales villes y et 
avec pljiq cents ]iomme6 seulemept U osa s'a-, 
vancer jusqu'i Teheran. L^ U reiinit sous sea 
drapeatix plusieurs milliers de soldats qui s*y 
trouvaient, Rassrure par d*autres lettrea qu'il 
re^ut , et plein de coniiance dans $a bonne 
fortune , il prit la rbute dlspahan. Son arm^e 
sjaugmentait tous les jours des debris de cellea. 
de Sclaeik-Veis fet d' Ali-Mnrad , de sorte qu'en 
arri vant h Cachan il s& trouva avoir des fdrcea 
assess considerables, 

,^Djai}ar, qui ne jugea pas son adyersaire 
bien redoutable , qui le meprisa mSme un peu 
trop , ne daigna pas le combattre en pe^sonne j 
il se contenta d'envoyer contre lui la majeure 
partie de ses troupes : mais il arriva que lea 
Curdes qui avaient desert^ les drappaux de^ 
'^ Scheik-Veis et emport^ la xaisse militaire, ef 
qu^on avait eu le tort de ne pas desarmer et 
punir, furent k peine a quelques Ueues de la 
ville, qu'ils quitt^rent Tarmee et mardidrent 
vers leurs montagnes. Les a^itres troupes, 
n'^tant pas assez nombreuses p6ur;tesistw k 
Cjelles de Meh^met, ou decourag^s peut*Str^. 
par la desertion des Curdes , refus^ent do 
Qombattre , et se d^bandiferejit. 

; : Pjaffar , se voy apt , j«ir U |)»rte d^ son ar« 



r 

I 



CHAPITRE\V. ' |83 

m4e y menace d'etre bloqtt^ dans Isp^ati ^ 
sortit de cette yille le 4 de mai 1785 , ave^c diiq 
cu six miile hommres qui lui restai(^iit j et dd 
rendit k Chiras ^ ou ii esp^rait de ri^tablir ses 
afiaires ; il emmena les fils d' Ali-*Murad , 4 qui 
il fit bientdt creyer les yeux ^ et eiiiportai des 
sommes considerables , ettout ce que le ti^^'sor 
royal renfermait de plus pr^cieux. 

Ce tr^sor , malheureitsement poui* lui ^ Id 
devan^ait de qui^lques heures. Coiiii^ 4 une 
garde de cinq ceats hommes , il f ij^t attaqu^ et 
pilld par les gens de Bagher, cffii' s*etaierit 
r^unis y k quelques B^ues d'lspah^n^ ati noiil-> 
bre de doU2ie ou quitize cents. DjaiFar at ail 
mis eA liberty, la veille de son deplart, le maP 
heulieux Bagher, df r^s lai ^voii*'fa4t pr^^ir 
Serment de iidelite ^ri& p0rte d4 la ta^dsqii^ci 
roy ale , comme si un serriient strt^ci^ de f 6rcd 
pouyait li^r celui k qui On a fait subir I^plu^ 
cnafeis tr*ii!e»i«n^* ' ^ 

Mi^henietentra le 6 danslspa}ian(];) j il itii« 

^ '<t) M4 dc'FcrrJ^r^ls^SftUYebcsuf .difr que MiMmtt c^*c 
tra dftns Ispakan 1^ 2 4e mai ^ et il place k ce^a ^^o^ue I0 
pillage qui eut lieu les i5 y 16 et 17 de fevrier. Meuwi^ 
res historiques y poUtiques et geograpKiques y tome I> 
j«Pg>. a^^i'NcJus prefi^rons auivi-ele^ notes (|ue^B6tfe-a^ob# 
]«l€ueSf]ii€fel daiiS'€«tte tiU^* il Moifii ^fale qiie MiiMjfie^ir 
qui Youlait r^gner sur les Persans , ne poui^ilSlt^ri^tr^ 



J 



/ 



184 V&XX&^ EV FEUSE. 

^ur les habitaixs une forte contrilmtion , aug- 
menta son armee par les largesses qu'il lui fit y 
et ynarcha le i5 de juin vers les montagnes 
de Peria et dti Loristah , dans rintention de 
soumettre ces contr^es, 

U ae ftit pas aussi heureux dans cette guerre, 
qu'il I'avait espere j il fut battu par les Lors 
et les Bakhtiaris reunis , et oblige de se re- 
Wajicll^ pour ^viter une d^route, Apr^s la 
bat^iUo la dissention s'etant mise parmi les 
habitans de ced montagnes , k I'occaslon du 
trflne qu'On regardait d6]k comme vacant, et 
M^b^met, par des promesses et de Targent, 
etant venu k bout de se f aire un parti , il 
obtint k son tour des succ^s j il s'empara de 
qiielques chefs qui vonlurent lui r^sister, et 
le$ fit qruellement p^rir. Les villages qui lenr 
app^rtenaient,|urent d^truitfi, et les habitans, 
maltrait^s et reduits k la plus aflreusie mis^re , 
virent , pour comble de maux , leuj's femmea 
et leur«;^i9Lfans devenir ^ proie du soldat* 

AprSs cette expedition , aussi impolitique^ 
mentcongue que mal-adroitement termin^e , 
Meh^met r^solut d'aller se presenter k Oulou- 

^IJI^ ! I  .   -   , I - l l 'l ^ l  Il   . J.I. "  I . < !■ 

4 fipp.strm^ le pillage 4e4a cc^pitale 9 lorsqiie 4ViUe.uNi 

(;#tt« c^pit^le re<if9rm4il; un p^. ir^^nombjr^im <|Ui lui 






CHAPITAE T. l85 

Ouerd f Amadan et Kermanchah , afin de sou- 
m^ttre ces villes ety lever des contributions^* 
II ^tait dans la seconde lorsqu'il apprit que les 
Lors et les Bakhtiaris , reunis de nouveau , 
marchaient vers J[ui, r^solus de le combattre, 
fit de lui faire payer cher les deg&ts qu'il avait 
faits dans leur pays. II vint aussitdt au devant 
d'eux y et les rencontra k quelques lieues de 
N^havend. Les deux armies se battirfent avec 
acharnement : celle des montagnards , qnoi- 
qu'inferieure par le n ombre, reinporta la vie- 
toire, et mit Tautre en pleine deroute. Me- 
hornet se sauva a Teherai> avec les debris de 
ses troupes, s'^tablit dans cette ville, s'y for- 
tifia , et en fit d^s-lprs le centre de ses opera- 
tions. 

Pendant que les Lors et les Bakhtiaris , k 
I'occident de la Perse, occupaient Tun des 
concurrens au trdne , I'aut^e levaii des troupes 
au midi , et se pr^parait k revenir dans la ca-' 
pitale- DjafJar n'4pprit pas plutAt la defaite 
de son ennemi , qu'il partit de Cliiras en 
toute diligence , k x8 d'aoAt | et se trouva 
k la fin dv. mSme mois sous les murs d'ls*' 

palian. 

Bagher avait et^ retabli par Mehem^t dans 

le gouvemement de cette ville : c'^t^it en effet . 

rixomme qui devait Stre le plus dispone k re^ 



186 VOYAGE EH ^BRSE. 

sister k DjaflFar, mais il lui eftt fallu plus d6 
troupes qu'il n'en avait. Cinq ou six mille 
hommes que son mattre lui avait laiss^s , ne 
lui permettant pas d'aller au devant de Ten- 
nemi pour le combattre , ni de soutenir un 
siege dans une place fort ^tendue et ouverte 
de toutes parts , il prit le parti de s*enfermer 
dans la forteresse nommee TaSarok , qui est 
situ^e yers le nord de la ville, et 1^ de s'y d^- 
fendre jusqu'i ce que Mehemet vint le degager . 
II avait eu la precaution de la reparer ^ d'y 
faire passer des vivres, et de la fiaunir de plu-^ 
sieurs pieces de canon. 

Djaffar entra dans Ispahan sans eprduver 
de resistance j mais il ne put d'abord forcer 
la citadelle , ni engager le gouvemeur k la li- 
vrer j malgr^les ofFres s^duisantes qu'il lui fit. 
Bagher se d^f endit avec courage , et ne voulul^ 
souscrire k aucune proposition que son en-' 
nemi put lui faire. Cette conduite letait pru-^ 
dente et conforme k la situation dans la4 
quelle il se trouvait j il ne pouvait $e fier* 
k la parole de Djaffar , et il avait tout i at-» 
tendre de Mehemet. Les habitaiiB de la ville' 
penchaient pour celui-ci , et il y avait lieu; 
d^esp^rer qu^on le verrait paraltre d*uh instant 
k r autre. D'aiileurs , Bagher ne pouvait par- 
domier k Djaflkr le traitement barbare quil- 



«n avait reqn , sans 6tre le plus vU des holmes. 
Les premieres tentatives que fit DjaEFar pour 
g'emparer de la citadelle , n'ayant pas reuissi , 
ii se determina y le 26 octobre de la mSme 
annee^ k faire un dernier eftbrt, et k I'atta* 
quer en mSme terns de tous cdtes. £n efFet , 
d^s la pointe du jour toutes les troupes futeut 
.ftur pied ; partout on dressa des ^helles y et 
partout on combattit avec une egale fureur, 
Djaffar animait ses troupes , et leur promettait 
des recompenses j Bagher se portait dans tous 
lesKcux ou sa presence ^tait n^cessaire, avec 
un courage , une activite , une presence d*es- 
prit dont on ne le croyait pas capable. S^$ 
troupes firent des prodiges de valeur j plu*- 
Glieurs fois elles parvinrent k terrasser des pe- 
Iptons ennemis qui avaient franchi le mur ; 
plusieurs fois elles renvers^rent sur le mur 
mdme des coinpagnies entieres. Mais k la fin. 
celies de Djafiar vinrent k bout de se main- 
tenir sur plusieurs points y et bientdt elles 
press^rent de toutes parts les assi^g^s. Bagh^r^ 
yivement combat tu par un grand no mbred'©Hr 
nemisy se defendit long-tems y et fit mordr^l^ 
poussi^re k plusieurs avant de succomber^ 
JVesque tous ses amis mdururent les ftrnies 
k, la main : ceux que le fer du soldat n'a^t^ 
tcijigiut: pas , implor^rent en yain U wi^eri-r 



'l88 VOYAGE BIT :?E&Sfi. 

cSorde du vainqueur j Djaffar leur fit trancher 
la t^te , et leurs biens furent confisques au 

• • • ' 

profit de rarmee. 

Ismael-Khan , dont nous avons d^jS. parfe , 
^tait depuis lorg-tems rentre en grace, et 
avalt m^me obtenu le commandement d^une 
partie des troupes j il avait p^netre un des 
premiers dans la forteresse , et avait beaucoup 
oontribu^ , par son courage , au succ^s de 
cette journee. Djaffar ne crut pouvoir lui 
donner une plus grands marque d'estime , 
qu'en lui confiant un corps de deux mille 
hommes, et le chargeant d'aller aupr^s des 
Lors et des Bakhtiaris , qui avaient vaincu 

» 

MeWmet , atin de les engager k se soumettre 
et k venir se ranger sous ses drapeaux ; il les 
fdisait aussi . in viter k le reconnaitre solen- 
nellement pour regent , et k lui envoyer des 
otages, ainsi qu*ils avaient fait sous Kerim et 
80US Ali-Murad. 

Ismael avait trop peu d'estime pour son 
cousin , et il avait encore trop sur le coeur . 
rindigne'traitement qu'ilen avait regu, pour 
le servir dans cette occasion avec le mSme 
z^le qu'il avait mis a la prise de la citadelle.  
En combattant Bagher, il avait cru travailler 
pour son propre compte j il avait jug^ tr^s- 
urgent d'empdcher qulspahan n^ restdt entro 



CHAPITRE V. l8^ 

les mains de Mehemet , qu'il regardalt dejk 
comme plus redoutable que Djaffar. Les for* 
ces qu'il se yit en mains , et la mission dont 
il fut charg^^ en ltd donnant I'espoir de met** 
tre dans ses interSts les habitans du Loristan^ 
lui donnSrent aussi celui de se defaire tour-a^* 
tour des deux rivaux qui se disputaient la 
trdne. 

Comme ^ dans toutes les eAtreprises de c6 
genre , la premiere chose qu*il faut avoir c'est 
de Targent , Ismael en emprunta autanl qu'il 
put dans la capitate; il depouilla sur la route 
quelques riches caravanes ^ et il mit k con* 
tribution un grand nombre de villages. Ar-* 
rive k sa destination , on jiige bien qu'au lieu 
d'agir en faveur de son parent y il chercha 
k gagner pour lui-m^me, par des largesses 
et par tons les moyens possibles , les Lors | 
les Bakhtiaris et toutes les tribus guerri^res 
de ces contr^esj il leur representa Djaffar 
comme un homme cruel , avare ^ aussi inca-t 
pable de dinger les operations d'une armee, 
que de gouverner un Empire. Adonne au 
Vin , aux femmes et a toutes sortes de de- 
bauches J il laissait tout le soin des affaires 
k son ministre Mirza - Hussein , et la direc- 
tion des armees a ses generaiix. Ismael fit 
^iiSLuite valoir les droits qu'il avait Jui-m^jii« 



I 



^9.0 VOYAOS EK PiiRSE. 

au tr6ne : il^tait ^ comme Djaff ar , neyeu get^ 
main de Kerim ; il etait n6 sur les montagne^ 
du Loristan^ parmi les tribus auxquelles il s*a- 
dressait; elles pouvaient bien compter, d'a- 
pr^s cela, sur un attachement inviolable de sa- 
part, et aur tine reconnaissance sans bornes- 

Plusienrs de ces tribus , egalement mecon- 
tentes de M^h^met et de Djaff ar , se d^cid^rent 
k prendre parti pour Ismael , et k s'avancer 
vers N^havend ; Amadan et Kermanchah | 
iafin de surprendre ces viUes , et pouvoir de Ik 
menaccr ^g^-lement les deux competiteurs. 
Mehemet , selon eu2 , ^tait pour le moment 
hors d'etat de rien entreprendre , et DjafFa^ 
ne pouvait 6tre fdche qu'on s^empardt des 
villes qui appartenaient k son ennemi, Ced 
deux conjectures se trouv^rent egalement 
iausses : Mehemet ^tait sur le point de partir 
pour le Guilan avec des forces assez conside- 
rables , ainsi que nous le verrons plus bas j 
et Djafi'ar , qui suivait les mouvemens de son 
cousin , qui faisait ^clairer sa conduite , n'eut 
pas plut6t appris ce qui se passait , quUl re- 
8olut de marcher contre lui , et de le com* 
battre avant que son parti ne grossJt j il sortit 
en consequence d'Ispahan le 18 d^cembre 
1.786 , apr^ avoii" pourvu k la defense de 
CetteYiUe* . 



CHAPITR^ V. 1911 

L'armee ^ forta d'environ vingt mille hom« 

rjaes , s'avanga jusqu'4 Amadan avec peine et 

ayec lenteur , k cause du froid excessif qu'elle 

i^prouya y et de la neige qui tomba en abon^ 

dance plusienrs jours de suite : elle fut obli« 

gee y en s'^loignant de la capitale ^ de sonder 

le terrain, etde se irayer la route k travers 

cette neige ; ellis marcha neanmoins en bon 

ordre. A son approche y celle d'Ismael se dis-* 

sipa, et lui-mSme se sauva dans le Curdistan. 

Cosrof 9 prince du Carracciolan , chez qui il 

Tint se reiugier , Taurait pent - dtre livr^ k 

Djafl'ar si le premier ministre , Mirza-Hussein j 

ne TeAt fait demander avec una arrogance et 

des menaces qui . r^olt^rent Cosr of , et qui 

Tengag^rent m^e k s'armer pour le malheu* 

reux qu'on poursuivait. Ali-Khan, Kamsai, et 

Mohammed - Hussdui * Khan , Gragosli y ainsi 

que d'autres seigneurs ciirdes y s'^tant r^unis 

k Co^ToFy yinrent k Amadan y et pr^sent^rent y 

le 2 mars 1786, le combat k DjafFar. L'arm^ 

d€s allies ^prouva d'abord quelques. pertes 

dans le centre , parce que.Djafiar y ayait 

port^ r^lite de ses troupes j mais Cosrof et 

Ismael paryinrent k soutenirv tous ses efforts ; 

bientdt apri^ ils le repouss^rent ; ils fiirent 

mSme plusieursiois sur le point de se mesurer 

corps a corps ayec luL Dans le mSme terns y 



Ipi^ VOYAGE ZN PERSE* 

Ali-Khan et Mohammed-Hussein-Khan totti- 
baient sur Paiie droite et sur Taile gauche f 
et r^nversaient tout ce^qui se trouvait devant 
etix. Les Persans , presses de toutes parts ^ 
plierent a leur tour et abandonn^rent le champ 
de bataille. Leur perte en homthes fiit consi-- 
derable j leur artillerie et tout le bagage tomba 
an pouvoir des Curdes. Djaflar prit la fuita 
des premiers , et arriva le 8 i Ispahan avac 
xai petit nombre de seigneurs qui ne ravaient 
point quitte. Le reste de Tarm^e rentra les 
jours suiyans ^ et se trouya reduit k dix ou 
douze mille hommes. 

Les deux fr^res de M^h^met , Morteza* 
Kouli-Khan et Moustapha - Kouli - Khan , 
n*ayant pu conserVer raring dont Ali-Murad 
leur ayait donne le commandement, s'etaient 
separes . Le premier ayait passe dans le Guilan ^ 
et ayait engage Hideat , qui gouvernait encore 
cette proyince pour Mehemet , k mecon- 
naJtre une seconde Ibis son autorit^ , et 4 
profiter des troubles qui agitaient TEmpire , 
pour se rendre independant. En effet , Hideat, 
apr^s la derni^re defaite de Mehemet , ayait 
refus^ de lui enyoyer des trotipes et de I'ar- 
gent , et s'^tait prepare k faire resistance en 
cas d'attaque. 

Moustapha ^tait rest^ dans le Mazanderan ; 

il 



k. • 



111. iMUit. ^Ttfermi ^ , avocitroid iAo^ hemmm)^ 
^iina mie .i:ort&re»9e) k h'orient de.celEtf ipiroc- 
.Titxjce J parce ct-Wil^oraignait qxie fioair ir^ne. ne 
imaix^Mt.cahjtre'Iur^lmah'd^s que ceiui-^oi/eut 
:^ifaf ^ route ;d'Ifi;iahah'r| MouAiiapbti a-^tait 
<niM:ea eampagne^ BY^tMyi qitelqiics trou^ea^ 
«49|:>iltait. ineiiac4 drJuiYahir tout le Maanan^ 

;deTan« .[• ; nj/";:! j L^ ;' ' » 'j"" . ' 

j: i j^{eh^et f aprda ' as^> d^fidte' > ^'iitait retire ^ 

4;0mib$ nam yMion^adit j k T^hertoiy^vec 

lesficybris de 8oii'atiiife^.Ill'aTaitjuiiipeu}ren- 

^ fotoet y' et araij: maxch^ contre Htdeat y IWait 

ibattoetmLs en;iuite. Mprteza, craignant^ajyec 

'iteison Te counrcrax^^BQii ir^);jf!etait ^uv^ 

^3li^F^9$ahi»Ali> 'gouyeniiBu^de Kouba^ et avait 

passe peu de temid/ipr^a' k Astracah. . 

... Dana ie snSme terns que Mefai^met s'^tak 

|K]^n6 dans le Guilan j il avait eiivoiyeijsoa 

ir^ Pjaflar-Kbuli a.veo xies' troupes ^-.pbur 

4rl^teries progris de Moustapba^ pQUjr>ra- 

-aeuer k liii. aecoiAm<jdemeiit% ou rpoun le 

^ombatlre a'il s'obatiiiaiti^ vouloxrrlii^arer aea 

'iat^i^tsjde ^'ceiix de tes/fr/^es* Les^ deu&iair 

abbes' a'etaient tr ouv^ > en presence i ^uxi '(^n«- 

Tiron8ide;Semnaii. Djdfi&£^KpiiIi.^raTaiit:d1ea 

yenir aux mauus ^ a'i^tfit'anranc^ seul k bheyal 

vers Moustaphay lui avait tendn les^mainsc^ 

^t Tavait conjure de yemettr^ Vipi^isLtik le 

Tome VL N 



4(^ VOWAaSTES^Hr^^EllSC. 

'«k dit yito so>^ pas adstii^ fows'pour nom tmlf)^ 
>»x q)ue >l%9Be^ ) du ^ moinsi i n^qia^ * x^appro^sHer. 
isty Voiiisile'.savezc : VEm:pixe elst resery^ & joehd 

^ *^ inoKl$ sir jobrif agysbns d^ cpnqeort ; il' times 
^.^tiisfippj ill sloxi^^'soimities^ dm«i^s J • *A&6h!B 
33 joindre M^h^met k Teheran 5 que ndstf^ 
<3i 'ai*tti^^hren« fiiSssliiib ^'ake}*ii9ii^clioti^'k la 

-si! KhiaiqitH^ntn<>it5eii^6h€^'d«il^{^ 

-bb TOM to^&ei:fe2 gouTerberor; :SMpaii fj^^lt/^ki 

>i) d»^ do^ni^ < aa >pfti^Id' f je. js^btis ' g^aifitjt^ 

^ nl)^ riialacfti^a: paBi^Itinfierrcdisidr?'^'^ mDi^Jte 

^i: g^il^^rilamdiul dcr Cad>iit<}ij^ifaii^ e^jks^^ 

» et lui alDeu]d<i)^e'i»3)at;l'£fi)a}5ir)l^ 

£b()totitSK/Ie3 pro^iiiucesfqilimb irecoiineSlMtf: 
<:fcfjdflpi$ cOv^onleat: *atieiaoe} ia:alorifi^tl^^H]ne>i> 
> {/Ic-iJieJ^epislDaslx md'reim 

^: K!&npise :k Miih(^6t< Je jxtre de ViAdssc- de 
fr )tbiisi raes ^rilo'^ena sf Ub ^eicecute :sa> pxloiuiesser^ 
k et'dcfi le combattBTdifttsq^'k' la. moit Viiy 
^^^-nianqucLm^i.-jl i'.. 'i ! •! . ' ' - -foTf^ ?-■ >v 
' ' ^ de&inptti Djaiffar et'Mdtistaphairembr4^ 



^ 



wirmAf fit firentlamponcet aux deux armies, 
cfu'skl it'y ftvoit plup 4fe motifs de guerre , qua 
U: pitiX itmt faite ^ et que dorenavpmt elks^ 
alkiient marcher ^u$ les rnSmes drapeaux. 

Elles c^l^brdredt ^ p^udaut trois jpurs , par 
des fStes cet heureu^ idyi^nemeBt ; ^pr^ quo4 
elles I se- nurent en . rodrche , . et arri v^reut k 
Teh^^nn yens l^miUe^ de mars 1786. 

MeH^os^t re^ut seS {^^es ayec tous les t^«^, 
moigiidges de la plt:^ sia^^r^ afiectiou > il leur 
xen'ouTdld.. la |)Fome69e 4e donner ^ Tun Ipi 
gouvocnenient d*Ispa}wti> et k Tautre celuidc; 
Casbm* Ala^^Ko^ 9- qiii ayait toujours ^t4 
Ekttadb^ i M^63Qjet > et qiu se trouvait alora 
pr&ent ^ edt aussi fasslirance d'un gauyenie- 
nient.. Tout ^tant aiusi r^l^ > et les trois ar-^ 
m^es^taoit reumea et bi^i ppuryues de tout^ 
les quatre ^r^res, k leur t^te, prirent le che- 
min d'lspahau , on lis arriyerent le: za^ ^yril 
1786. 

DjaJSar^Khaot en ^ait sorti le 1^ ) il ayjB.it 
^yacu^ cetlie yille qull n'^tftit plufi( en.^af dft 
de&iidre , et ayait frU U toilte de GhLr^ ayea 
qtiinze oUi dix-huit mUle bommea qtu kui r^sr 

lln amre motif qui le d^ermiua k ^yacQer, 
Ispahan et k se porter irers le iBidi^ c'esl; que, 
Hadgi-^Alat%Ejoraiiy gouy^meur d|s K^eFou|i> 

N a 



/ 



196 VOYilGB EK PERSE. 

ville situee entre Chiras et Abouchk* ^ avmt 
profile de son eloignement et du mauvjais ^tat 
de ses afiaires, pour arborer T^tendard dela 
r^volte. II 8'etait secr^tement li^ d*int6r6t arec 
le scheik arabe Nassir , 6mir ou prince d' A- 
fe^iichir , . tributdire de la Perse. '-'■'■ 
' Dja£Ear^ rendu k Chiras ^ se hdta de lever 

des troupes : il mit la yille en ^tat de i^^^r 

■• - " , 

k M^hemet si toutefois il se pr^sentait' pour 
en f aire le siege , et marcha ddntre le rebfJle j 
il le rencontra pr^s du village de De'sterdgm , 
le battit , et Tobligea a jj^rendre-la fuite- Hadgi- 
Ala-Kouli se rendit quelque terns aprda k 
Chiras , sur la paroje qui lui avait^^ sblen- 
nellement donn^e, qu'il obtiendrait son par- 
don s'il vendit le demander , et qu'il'serait 
mSme ri^int^gr^ dans son gouvemement s'il 
faisait de bonne gr dee sa^ soumission ; mais^ 
peine fut-il arrive , qu • il fut charg^ de chainies 
et enferme dans la citadefle. 

Cette victoire fut doublement iatile k Djaf- 
fat : ii avait d^truit un ennemi qui.pouvait 
devenir redoutabU j il avait ponfisquesesbiens }> 
il avait incorpor^ son arm^ dans la siemie ^ 
et il avait lev^ des contributions k Kaseroim . 
et dans toute la province jce qui le niiettait en 
^tatde r^sister ^ M^h(6met. 

Quant k celui-ci> il perdit ^ Isrpahari un terns. 



y CHAPITRE Y. l^J 

in£hiipeiit pr^cieux. Aii.lieu de poursfvdyre 
son ennemi, et d'aller I'assieger k Chiras avant 
qu'il eAt pcwirYu de \ivres cette place , il s'ar- 
rSta pour organiser lea diverises aditiinistra- 
tions y et pouir donner le terns de revenir k des 
^missaires qu'il ayait envoy^s d^ins le Loristan. 
M^hi^m^t avait h coeur, aranttout^de gagner 
lestribusmilitaires'qni se /trouvent k Tocci- 
dent de la capitalej il avait craint pent-r^re 
de se lesonettre kdos en allaht k Chiras , ou 
de seyoir couper la rehraite s'il ^tait repousse. 

'Rassure k la fin k cet ^aixl^ il se decida a aller 

tfaire le siege de cette yiUe dans le mois de 
septembre ; mais il n'etait plus tems : DjaiFar y 
^tait renfxe avec d^s forces assez considerables 
potcr n'avoir rien k craindre. En effet , apr^ 

. q^elqties tentatiyes infhictueuses , Mehemet , 
yoyant qu'^il rte potirrait en aucune mani^re 
forcer cette ville k ltd ouyrir ses portes , prit 

-le parti de r^tbumer k Ispahan. 

' Durant Fhiyer et le printems , DjafTar fit 

' de tr^s-grands preparatifs : il porta son armee 
k plus de soixante mille hoinoiesr, et la pour- 
yut abondamment de yiyres et de munitions 
die toute esp^ce j il en laissa sept ou huit miUe 
k Chiras , et il sortit ayec tout le reste , le 25 
juin ,1787, pour se porter k Yesd, yille assess 
considerable et tr^s - marchande / situee k 



( 



I^S VOTAtfE XSr PEASE. 

'6oiicd<fite €t quince lieues k i'orient dlspahan. 
Yesd n€ iHt point de resistance , et ouyrit ses 
partes d^$ qu'elic ettt rassurance iq:ufe le bon 
t)rdre n'y serait pas tr6uibie. Jaghi-^Khan^ k 
qui eOe appartenait ^ on qui la gouyemait 
{)endant cet interr^gne^ s'etait refugid dan^s: 
la fortei^sse nominee Yaft ^ qui est Tbisine 
-de la vUle ^ et s'y ^tait mis en ^tat de sdntenir 
'tut si^ge. ? 

C^te e^pedkitifl y qve vDjailkr saois' doute 
•n'aurait d^ii entrepreiidre 4}u*apr6s s'&tre enb- 
'pdu:^ de la capitale. et avoir d^uit son ooili.* 
petitem* , n'eat lieii^ danis cette circoni^tance ^ 
^^e parce que Jaghi-Klian ay ait ibrmiUement 
'refuse de se declarer en f^veur d'attcun pz!6- 
tendant ^ et qu^il entiretenait iine corneaponr 
dance ayec les khans du Kerman et de liiaar y 
dont i'objet ^tait de se iiguea* eaitr^enK pour 
*^e rendre indepehdane. . > ' , 

Lorsque les portes d'Yesd lui forent cmver- 
tes^ DjafFar proniit dc iie pas inquirer les 
•Imi^itans , et de ne lever sur eux ancune taxe 
extraordinaire. Fiddle pendant quelquesforurs 
h. sa parole , il fit observer une bonne disci- 
pline k ses troupes , les fit camper llors des 
murs , et il ne yint d^iis la yill^ qu*avec sa 
garde , ses ministres 6t les seigneurs attaches 
4 sa personne ; il fit inyiter les habitans k se 



Mre yemi^ dies inaziail^iidbteetfleodip^dier ^eUes^ 

i^ift ^ 4la {itt^^itii^tf^t^ JiJugaii^xLta- ixrat jkrooi^* 

tiStdiersv L^ ^Mdleli^fi^tf'te^ se permit k leur 
egard pour* aifoir de I'argeat , celtes <|ii'oii 

^^m\ '.flm'pddit a^^4> i^okivem. de )seoou^ 

p&^k> dt 1 '^Ig&g4i^ki> ^ tenir |[,^^4t scours ^ 
p^^Mel^ant de {fifeii4|^»f^Mid les attmfes s'il pou- 
Tftk «lttipe>r DjafF«f >0r« de^xamlis^:^^ n : . 

l%^f«» d'^t]f'%«^if'tt Jleur £t |)ttB8^ -sek or- 
dt^s^^tfit tenirfnrSto^'agir jw preiBiei' signal , 
non-deulemeM l^s dikMiaasd^ 1^'^^^^ ^ai& 
tetti^'de toute lA pt^oVihi^e^ et ioi^ue ix>iit Am: 
ffififpdsi^ aiHsi qu!il I'avait orddfUn^i & ^sortit 
duraat la nuit de sa forteresae a ve€ iwe bonne 



/ 



ilOO VOTAGiPilK^JSrUBOBaDSE. 

. - - . 

partie: de Bes iioti^^^ ,Bjia£bry se ilattant de^ 
I'aitbiridre er'3ecle';batttrc>*iS«iittiit ;^ aa powr-^. 
suite; insM)efsaiVin£0imi4^ on ti^ois jou^r^ 
aprds> que toxia jies habUsa^b.dfe Yesd ^'etftijejiti 
amies ^ et^ue!QeiitXde?lkpi:oyuice aco^urai^nt 
ea fbule 'atkprj^s ^eiihux.pvvit^fiOn s^r^n-r 
daient'dans la villes^^il ^i^feJftipMti djeje rer^ 
tirer j il re^tra k Clwrt^iuQA js^fpbrerj^*:. lat 
mdme annee,. awftijj03E^cjI©*tt^pria j ^t^tre^ 

chdae; r " ^. ^ ^ "Vj'^-'f ^J> 'nofjj •• .. ^ L.- •.'. 

M4:hixmtm^ik ixatafjle^.p§n4>ant^cejt^ii}a,i 

^ allfermir s^n p'oi^ypi^ 4^$^ tout lei^of^t^^ 

la Perse- :DSepdis Y^S((feeysfc jet I^ipah^^ psc|^'j^ 

la mer €aspieiiiie> et dt^ijiisi J^iv£Ma^A,Tauri$ 

et Ardebil jilsqu'^ M^ndelr.^f j^ermajaphab e^ 

N^havend^ )tout Jiii etaij: fspji^niis. 'F^t^^AU^ 

khan du Dai^hestaur/ du Ghyxyau et drt Mo- 

gan^'lui iaisait hoiE^P^dge , de ces 'proYiia<:e6« 

Amadan ^t^t j:eutrl3 ^(XuA sa.domiiiatiQB <jier 

puis quUL.s'^tait j ecnpare ! de la capitaJe^ . et 

Hideat ayaittiee s^condeifttt^bbtenu ^n par* 

don et eii¥oye des. otagesspQui-tgarant .d?;3ft 

£delite. Jbanjael-Khan , n'eta^it plus yspi^teixu 

par lesCiiurdes qujavaiiept. traits avecB^^he- 

met, etBt^Ighaait d'&ttii lilvy^^ aya^f ^rre quel- 

que tematdana'ces cantreeaj et avsiit iixiiper 

se faire derviche pour ^ch^ppei* k la tBQr<t et 

h, toute recherche. > . - • * . .1 



• < * .. ik 



-' DjaiEai! etait maStre de t^out le midi : leSsiw- 
sistiaua • le Loristau et la Shilsistan ltd ^aient 
devours fmais les Arabes du Kerm^ir .et d£ 
tdute Ia.€>&te'^taftent prSts ^ secduer le \ov^ aw 
moindrer^wrstjn-'il^prouveralt. LeKermait 
lid ob^l^fiait' k peine> et. le. Laarestan , tantot 
sotimis et tantdt rebelle > venait de lui refuser 
l^s subsides y et se disposait ^ combattre. pour 
soA ind^peridance. 

Le mauva^s succ^s de sa derni^re campagne 
deMitfair&^craindre & Djaf](ar^ que Tesprit de 
r^volte ne se propagdtt \ pt ne linit par! ^n- 
trainer Jtoutle midi j.audsi; n'eut-ril riea :de 
mieux 4 iaire ea rentrant & Chiras > que ^^vt^ 
yoyer sou fils Lutf-Ali.daii^ <Jes coutrefts.avec 
de$ tiioupes , pour? forcer tous les J^hai^s et 
tous ieiQ .scheiks ^ I'obeissdbce^ et faire sen-* 

trer daiiis le devoirL lii>ville!4e Laar ,'dorit il 

« > 

^tait ^^rimpot-ttot Jde s'^swrcr ia ^posses- 
sioii* >.•• ^ 

jIiiitfrAlif> Age alors de vingt ans, n^Mavec 
les plus^.bmir/euses di^oiitidns, ayait appris 
le m^tiord^s arnies spilSiAli^Murad et soxis 
son p^r6> Dou^ d*uiie belle figure , d'une. lailla 
ayfontageulae >.d'une for^e musculaire peurCprtiT 
xiHtnei^ U tivait un courage qui lui faisait bif^y^sr 
toup lets iiarijgers , et une grandeur, dham^ tqui 
le unettaiti tpujours audei^sus de torn \i%'Mi^ 



at^zt voYA&ftsar' PERSE. 

^min6 pour Id. gloii'ie^ qioe ^dioii3i d^adqiu^idir 
Bescime-de la naij^ii ^ J/atftacbeitiei^t'ite 
trcx3j)es^ il ^tait4^ji^ :piar ssi^kmAvib^^ riddle 
dtt> &Dldat ^ 4et y far ms qaddk^s ^ ii 'M»it i'ad<* 
miralion de tou^ ce^x qui V^ttaiemtrMiWs 4 
porti^ de le oontiftiir^. . ,/ ' ;>' 

'^ ffittp f^&»e HB auCt 4 «es 6(Fdi?es qi^^tme armi^^ 
de dix mille cavaliers ; mais €*^tait r^lite des 
nfs^^ ^ o'etaat le castrps sous IeS'yeu£>duquel 
Miatw^ k piwis 's^ottjifefxit comba^tu 5 >c^iliaitiiaelut 
qwM ^tait le pliks deVcto^. ' r /♦ . : 
' ^ : iieHeitoesiry ©ii< Ltftfr All se po JtB4*«bord-, 
n&'&t AuciiiiKe it^Mdiinoe : totrtes^ -ks viHes se 
smimfc^^eiitj torn iegJ^hdiks-liii^eiivoyi^^ 
^^ii£^'/to»s ir'€MJ&i*ent!le produit des impfttsy 
Gnj^a^reiit le t^ibat auqiiel dls 4iiaiefit aisstn 
j^ttis rle g^iivfeiitn^eiijr d^ Laai* ftit 5^ Sc^^lqui 
T4^SiAMU^&4eM^mdtr&Jijii^^^ poiir 

Ty forcer* . • <^' 

'> ^laayfe^tftiiie v^iile grkitde^ »ricihfe ^4ir^y^i«ar- 
^h»|H0te^i feile est Mtie ^-^iis 'w^'b plainer autotiif 
d^itm ^idcher tp^siJdler^^'^ur ie sod$ift6E^duquel 
^«to^ mtade^lle qWiii!eS'geift^*'atix de Nadir 
i*t<cSTi5^'de Kerim' fte p^i*eiit -ja!iii*i» prendre 
i^vT|di?b^lp6Hice. Ok ^^j;pionteqn^ p^ mn'cke-* 
ffljn^ri^?t,':prat4q*i6 dah« le roc. iubf^Iiy ad 
&>M<de troi^ mohn€4itG^ie.khaxi(ii lui burrru? 



ClfAPITllB V. iao3 

les portes et k se rendre ; il lui fit graoe de la 
>ie k cause dn cov^^ge qu*il avmt montre ^ 
inak ii s'assuF^ de sa personne.' La ville re^at 
ctii noiiyeau gouv^sttenr , et se soumit^ matd 
que tonte la proTince. /. : 

tiUt^Aii $e i^^dit de \k dafier le KeDmaii> 
^&k ^y ^tou£^ totit germe df rd3^1iofi y et 
•^^svtrer de ta fideHte du gouT^na^mr.^ "• 

Dans le terns que le fils f ais^ r^titrer dans 

le deVok* le& pllCNdlices du midi^ le pdr&*iai- 

sait ses dispositi^ui^^'^ur ^ ^poatter veooB le 

notd. II sextic k ciet isfiet de ^Chiras ^danb le 

ccurant de mai 4^8 , ayec une armeie 4e dln- 

quanle mille b^^mmes ^ et se dmgea y ers la 

V^ftj^iMie. I) lut ^Uig^ ^ siir la rout^ ^ d^atta- 

q^ei* les pla^i^s qtA crppartenaieill: ^Mehi^sniet, 

et que oelui-rCi avait ibmfij^es arant de se 

-i*eiidre k 'Tehefan , oh. il faisatt sa resideoice. 

Ycfsdecast et Abada iie I'atr^rent pais l^ng- 

ctieimsj maiB K<mich^ r^sista , et soutiMy pen- 

^dant plus de deux mok , ^lous $e6 e&oirt». Ala- 

Kouli, que son fr^re ayait lais^ 4 ilspahaii 

'.av^c environ yiligt mille hommes^', yint au 

'seceurs de la y ille menad^e , et*tenbi|>luiieurs 

fois d'y feire eMi<^r des yivres etudes mvm- 

^ions sans pmty^sir r^ussir : Ids di^tieuihdnens 

qu'il chargea de cette operation furenttoiiMs 

^H t>i^$ : lui-mSme se yit dati^ie: nkis eraud 



\ 



J 



'ao4 VOYAOB RK FBIL8E. 

danget ; il ii!Lt. stir le point d'etre enyelopp^ 
par des forces ti'^s-sup^rieures ; ce qui Tobli^ 
gea^ se sauver de nuit ^etk abandanner ses 
tentes et une parties de son bagage. Komch^> 
par cette retraite , ayant perdu tout espoir 
d'Stre secouru, ouyrit ses pontes peu de jours 

^aprds^ et se soumit. Six mUIe^Kagiars qui B'y 
trouvaiesit^furent faits prisonniers ^ et les bar- 
bitans fortement imposes, • 
Apr^ ce ^ucc^, P^afFar^ ne trouvant plus 

.aucun obstacle y se porta:yer6 la capitale, oiiil 
entra le.iji:dctobre. 31788* Ak-Kotdi Tavait 

-Evacuee depuis quelques {0ur^^ ct avalt pris, 
avec toutp sob armee^ la routeide Teh&ran. . 
Dans ces eijtrefaites, Lutf-Ali ^tait revenv 

. trlompbant A .Chiras : il avait expedi^ , en jar- 
riyant, un courier k DjafFar, pour lui de,- 

.mander la permission d'aller le joi^dre; il 

-attehdait le retour de ce courier lorsqu'il ap- 
prit que son p^re abandonnait , pour la troi- 

. sidme fois f Ispahan h, son e^nnemi , et qu'il 
revi^nait k >Chiras. 

Djaffar en. sortit en effet le .a novembrc^ , , 
:sur le bruit qui se repandit qu'Ismael-KJian 
approchait avec une armee considerable , 
dont M^hemet lui avait con£^ le commande- 
ment. 
Ce qui avait doim6 lieu k ce bruit; c'est 



C-H A PI T ft E T. ao5 

qu'Ismael ^ ennu-ye de la vie trop monotond 
de derviche, ^tait renti y quelque^ terns atipara* 
Tant^ se jeter aux pieds d'Ala-Kouli^ et Jt'avait 
conjure d'^rire en $a fayeur k 'NL6h4m^t y de 
I'assurer qu'il ^tait prSt k se d^youer k son 
service' y et k miu'cher qontre son couiin Djaf- 
far , ^ qui il ne poiirrait jamais faire trbp de 
mal pour Toutrage qu'il en arait re^u. 

Ala-Kouli s'^tait empress^ d'accueillir Is- 
niael : il lui avait fait quelques pr^sens, et^ 
Tavait envoy ^ k son fr^re comme im homme 
qui.pouvait 9 par ses talens et ses^ rapports^ liii 
rendre de trds-grands services. 

Mehi^met regut Isma^ avec tons les t^moi* 
gnages ;4'estime y de consideration et de bienr 
veillance que m^ritait le guerrier distingu^ y 
le neveu de K^rim y Pennemi de DjafFar : il le 
questionna beaucoup sur les moyens de sou- 
mettre le midi de la Perse ; il voulut connaitre 
les ressources de son ennemi ; il voulut savpir 
quelle impression cet ennemi iaisait sur Tes- 
prit des peuples qui lui ^taient soumis. Satis-^ 
fait des r^ponses 4'Ismael y il le retint k la 
cour y lui dssigna un traitement considerable y 
et lui fit bient6t* esp^rer le commandement 
d'une partie de Tarm^e. 
> D^s qu'on sut k T^h^ran Taccueil favorable 
que Meb^met lui avait fait y tons les seigneurs 



'ao8 VOrAGB lir -PEKSE, 

• 

naiit.que ce;.retoiir. la'avait pa^ poiar'' cause 
ujie d^faite « m^xs : isetdeixteat la ciainte de sUs 
Toir att^uer parimenneini tjnineponvaitpas 
avoir' des. forces 8up^eip:«s ! Quelle, d&t ;6fere 
rindignation. de oe )eune hozbme >()leia dW^ 
deiir-, tout bouilla^t de pourage'^yda yAiiiAitr 
tm vieu:;: guerrier sans combattre^ delui voir 
inanquer wie si belle oocasion de :se di^Urrer 
d'un rival ! Son premier moure'menC Itrt 'de 
fiortir de Chiraa^ et d'aller avec ses troupes 
au devapt de son ip^re , pour Tengager Jl jie- 
tourner a Ispahaa , oiiipour liii peirpMttre d-y 
aller ji sa place. IL^tait persuade que Jeifcikal- 
bre des troupes quails avaient i* lew solde^ ' 
deyait suifire poujc forcer 3VI^h.^metA:i^Tacu«r 
la capitale de la Perse s'ii y ^tait d^ji fantfa^!, 
et mdme pom* le poiiTsuiyre jusqu aU foxi^idH 
Mazanderan. : : : ' . \ 

DjafFar avait d^j:&*appris qu'Ism&^l eb0t k 
jamiais bors d'etat de lui nuire : il sarait dejk 
que les forces de M^hemet n'etaient; paiTiuJ- 
p^rieures aux siennes ; m^anmoins ^. peucsista 
da)ns le dessein qu'il ayaitpris de rtoiettre k 
une autre foi^ de se mesurer ayec toit^ mm^ni* 
Malgr^ les vives instances de Lutf^AU^ ^n^ 
voulut jamais ni retourner suf sesr pas ni peu- 
mettre a son;fils desuirvreles moufemfensde 
soncceur ; seulement iUui!promit^u!il3iraient 

ensemble 






CHAPITRE V* 209 

«tl8em^le attaquer Meh^met au tetoiir de la 
belle saison : en .attendant il lui ordonna de 
se porter sur Taron , ville situ^e entre le Ker^ 
man et ie Laarestan y pour y appaiser quelques 
troubles qui y etaient survenus* 

Apr^s le depart de Lutf-Ali, DjafJar reso- 
lut de se.faire maigrir, attendu qu'etant ex- 
trfimement gras et d*une taille fort elev^e , il 
ne trouvait pas de chevaux en ^tat de le porter 
long-tems } ce qui le privait souvent , dans un 
combat 9 d'aller la oil sa presence pouvait ^tre 
necessaire. 

Les m^decins auxquels il s'adressa , rempli* 
rent si bien ses intentions moyennant la di^te 
qu'ils lui iirent observer et les drogues. qu*ils 
lui firent prendre , qu*il maigrit excessivenient 
en pen de tems , et qu'il ne tarda mSme pas 
a se trouver si faible > si extenu^ , si souff rant , 
qu'on craignit pour sa vie. On suspendit alors 
le traitement auquel il avait eu Timprudenc^ 
de se soumettre ; mais il n'etait plus terns : son 
etat devint de jour en jour pl^s fdcheux mai- 
ffce tons les anodins , tons les restaurans e£ 
tons les balsamiques auxquels on eut recours. 
La science des m^decins echoua dans cette 
seconde entreprise : rien ne put calmer Tirrir 
tation que les premieres drogues avaient pro- 
duite, ou arr^ter Terosion qu'elles avaient oc- 
Tofne FL O 



:ilO VOYAGE EK PERSE. 

easionn^e. Le inalheiii;'eux Djaffar, blen plus 
•victiine de Tignorance deses medecins',que de 
son imprudence , touchait au moment ou il 
allait rendre le dernier soupir, lorsqu'un eve- 
nement qu'il etait bien loin de prevoir vint 
acc^lerer le moment de sa destruction. 

II y avait dans Tinterieur du palais trente 
seigneurs , princes ou khans y qui s'y troii- 
vaient prisonniers. lis etaient parvenus ^ k la 
faveur de la maladie du regent et de Tabsence 
de son fils, ^ nouer des intrigues dans la ville, 
et bien tot apr^s k ourdir'une conspiration qui 
avait pour but de se d^faire de Djaffar avant 
le retour de Lutf-Ali. II ne leur f ut pas dif- 
ficile, moyennant de Targent et des presens , 
de suborner ^quelques eunuques et quelquefe 
jeunes pages , et de so faire ouvrir les portes 
du ^rera , qui se trouvaient a portee d*une 
terrasse sur laquelle ils avaient la permission 
de se proraenei'. Lorsqiie tout fut dispose au 
gr^ de leurs desirs j ils descendirent , vers le 
milieu de la ni^t , avec une ^chelle qu'on leur 
procura , et s'introduisirent dans le corps-de- 
logis o.u le regent ^tait couche. 
\ La premiere chose qu'ils firent en y entrant , 
ce fut d'enfermer dans leurs chambres les 
femmes qui s'y trouvaient, avec menace de 
les tuer si elles ponssaient un cri. Hs p^n^trd- 



CHAPITRB V. 



211 



rent apr^s cela sans diiEcult^ dans la chambre 
de Djaffar , lui trancli^rent la tSte, et la jet^ 
rent du haut de la terrasse aux conjures y 
ainsi qu'il ^tait convenu entr'eux. Get ^v6- 
nement eut lieu k Chiras le 2,% janyier 1789. 



O % 



fll2 VOYAGE EN PERSE. 



N. 



CHAPITRE VI. 

JLutf'Ali parvient a s^emparer du pou^ 
voir ^ et a f aire niourir les conjures. 
Guerre dntre lui et Mdh^met : con^ 
duite de ces deux rivauao. Lutf-Ali 
est pris par trahison^ et livre a son 
ennemi ^ qui le fait p6rir. 

Xi E s mesures avaicnt ete si bien prises , que 
tons les postes iniportans , la citadelle mSme , 
se troizv^rent au pouvoir des conjures avajit 
que les habitans de Cliiras eussent appris la 
inort du regent. lis en furent affliges : DjafFar 
etait en general aime , quoiqu'il eut usurp^ 
le pouvoir ^ et traite le iils d'Ali-Murad et 
plusieurs seigneurs avec trop de cruaut^ : on 
avait m^ine oubli^ , en faveur de sa popularity , 
des crimes qui de jour en jour devenaient 
moins re vol tans par leur frequence. Ce n'etait 
certainement pas son m^rite qui le faisait ai- 
mer : on savait qu*il ipi^etait ni intrepide guer- 
rler , ni administrateur profond , ni politique 
adroit. Son r^gne n'avait ^te remarquable ni 
par des entreprises utiles, ni par des conquS- 



y 



CHAPITRE TI. 2l5 

tes brlUantes, ni par des batalUes decisi,ves. 
Ce qui le rendait cher au peuple, c'est qu'II 
I'avait traite avec douceur , c'est qu'il ne Ta- 
vait pas accabU d'impots ; il avait prefere 
puiser dans la bourse des grands , plut6t que 
devidercelledesmallieureux; il avait cru plus 
convenable , plus juste de faire* ^^estituer les' 
sommes que ces grands avaient extorquees , 
et de les employer k solder son atmee et ^ la 
mettre au complet } mais il usa trop souvent 
de ce moyen ; il y eut recours quelq^efois in* 
justement , et toujours d'une mani^re revol- 
tante ; il en f'ut puni. Cette conduite nial* 
adroite le init quelques jours plus t6t dans la 
tombe , et elle f ut la cause du le pretexte des 
malheurs de son fils. 

« 

Le merit'e de ce jeune prince etait pour les 
grands , un reproche qu'ils ne pouvaient lui 
pardonner. Etre k yingt ans Tidole de la na- 
tion , surpasser a cet Sge les guerriers les plus 
experlmentes , inspirer k Tarm^e un enthou- 
siasrae qui decuplait ses forces , avoir pOur 
principe de soulager les pauvres , d'alleger 
leur fardeau, de faire supporter aux riches , 
a,ux opulens , les charges de I'Etat , c'etait k 
leurs yeux un crime capital. Presque tons 
d'ailleurs avaient des pretentions au tr6ne : il 
^tait done bien- important pour eux queDjaf^ 



ai4 T0TAG3E EN PERSE. 

far expirdt avant le retour de Lutf-AU , sauf 
h se defaire de celui-ci lorsqu'il en serai t teras. 
Assembles le m^me jour pour elire un chef, 
ilsne purent s^entendre , ils se separdrent saris 
avoir fait un clioix. lis en seraient peut-Stre 
venus aux mains si Seyd-Murad n'eiHt pris 
depuis Idng-tems ses precautions , s'il ne se 
{at mis , au sortir de Tassemblee , k la t6te d'un 
corps de troupes , et n'eAt forc^ en quelque 
sorte la plupart de ses co-associes k se d^cla-, 
rer en sa faveur. 

C'etait un neveu d'Ali-Murad et de Djaf- 
far J c'etait lui que Scheik- Veis ^tait venu 
joindre k Kom en 1781. II fut pendant trois 
ans, sous le r^gne de son oncle, gouverneur 
de Chiras et de tout le Farsistan. Lorsque, 
pen apr^s la mort d/Ali-Murad, Djaflar vint 
I A Chiras avec les debris de son arm^, Seyd- 
Murad futun moment sur le point de lui re- 
fuser Tentree de la yille , et il ne se d^cida k 
Vy laisser entrer que lorsqu'il apprit que ' 
Scheik-' Veis etait prisonnier et bors d'etat de 
regner. DjaiFar avait dissimul^ aon ressenti** 
ment J il avait meme toujours traite avec dis- 
tinction ce neveu, inaisil avait fini, sous pre-r 
texte de conspiration , par le faire arrSter le 
a3 avril 1787, et le faire conduire dans lea 
prisons du palais. 



Lorsque Lutf-Ali apprit la mort'd^ sou 
p^re , et la conjura^iqji ^ Uqu^Ue tous lea pri-» 
sonniers d'£tat et la plu]3art des grands de 
]a ville avaient pris part, il ne se crut pas en 
surete an milieu de son arm^is ; il craignit que 
I'espnt d'insubprdination et de revoke ne s'y 
manifeskat : on lui marquait de se tenir sur 
ses gardes j on Fassurait que la )plupart de$ 
chefs qu'on ne lui desiguait pas, etaient ga-f 
gn^s , et s'etaient Engages ^lefaire p^rir; Ces 
avis etaient Ibndes j mais est-ijl certain qu'on 
cut pu attenteri a ses, jours alors qu'il ^tait 
instj?uit de ce qui se trainait? Est-il certain 
qTi'il ne ptiXi recoup aitre les coupables , et 
les piinir ou lc§ eloigner du moins de Tarn 
iiiee? Quoi qu*il en aoit, il partit secr^tement 
avec Mohajnraed'Klia©, fils de Zeki-Khan,' 
Mir!&a-Seyd -Mohammed sonconseiller, queU 
jques esclaye^ et quelques cavaliers , ctilTint 
a Ahouchlr,'CIiez le soheik^rabe Nassir^ qui 
J'acc^ilUt , et lui promit de Taider de tous ses 
jnoyeias pour rentrer a Chiras , et punir les as-' 
sassins de son pere. 

: . J^e ^n/oji Je sut a Abouchir , quelques sei-» 
gneurstJt i^n grand npmbr^de gens de guerr© 
vinrrcnt lie tr.^uvw et lui olFrir letups services, 
II eutblentot , pai* oe mdyen , cinq ou six mill« 
fepmmiefi.pr^tfi a tout pntreprehdre. Schcik-' 



si6 vorAO£ Mar p":]giEi)5E. 

Nassir lui f burnit idettx miile cavaliers arabet 
et Targent neces^aire ^ TentTetien de cette 
faible armee.  - 

Lutf-A'H, qui coiiiptait bien pins sur la bra-- 
voure et la fid^lit^ ties tfoupes, que snr leur 
nombre , ne balaiKja pas h. marcher stir Cliiras, 
II y entr^ le 6 niai 1789, sans qne les conjures 
puBsent s'y opposer 5 car le peuple et pl-esque 
tons les ihiiitaires qui s'y trouvaient , sc^ decla^ 
r^rent ouvertementppuriui. Seyd-Murad et 
touscexix qui, comiae lui, avaientjiarticipe 
au meurtre.de Djaffar ,* furent af retes et pu-^ 
iiis-demort. Oasecontenta de crever Jes yeux 
aux moius coupables , et de batonner lea 
agens qu'ils ^vaient employ^. 

Aux premieres nouveUes des preparatift 
que Lutf-Ali fe.{sait K Abouchir , Seyd-Mu- 
rad , qui ne se croyait pas en ^tat de r^sister 
h. ixn adversaire aussi* redoutable , s'etait d^ 
eide. k appeler k sdn seeours Aga-^Mehemet-* 
Khan j il lui avait envoye plusieurs eourier&^ 
au nom des principaux habitans de Chiras, 
pour I'engager u. venir s'emparer de la viJle^ 
et soumettre tout le midi de la Perisie avant 
que Lutf-Ali put avoir une arm.^e, ' 

. Mehemet ne se trouva pr^t qu'aii milieu de 
mai : il partit de Teheran k la t6te de-cin-^ 
quaute mille hommes, et ^rriv* vers la fiftd^ 



r 



CHAPITRE VI. mj 

juin aux environs de Ghlras j il avalt avec lui 
fees Ireres DjafFar-KoiiH et Ala-Kouli. Mous- 
tapha ^tail aveugle depuis un an : Mehemet 
a^ ait touj ours differe de lui donner le gou- 
vemement d'Ispahan ; il s'etait mSme decide ^ 
en Tabsence de Djaffar-Kouli et d' Ala-Kouli , 
h lui faire crever les yeux.Ce fut k peu pr^s 
dans le m^me 'terns que Riza-Kouli , que nous 
avons dit avoir ete enferme dans une citadelle 
du Mazanderan , trouva le moyen d*en sor- 
tir, et de^e rendre dans le Touran. 
•" Mehemet avalt appris en route la rentree 
de Lutf-Ali dans Chiras , et la mort de tous 
les conjures. Ce contre-tems, auquel il np 
s'^tait pas attendu ^le rendit tr^s-clrconspect f 
il n'osa rlen entreprendre contre la ville ; il 
te contenta de camper k quelques lieues des 
murs, *afin d'observer ce, qui se passait, et de 
connaitre Ja disposition des habitans k son 
cgaikl. • r 

Pendant ce teras , Lutf-Ali organisait son 
strni^e ; ii parVint k I'eunir environ trentp 
mill^ hommes bien armes ^ bien aguerris, bien 
disposes ase batcre j il osa , avec des forces aussl* 
ihfMeures, sortir de Chiras le 7'd'aoftt i^-Sp, 
et alier presenter le combat k son enrie'mi. 
* Les <;Ieux arihees en vinrent aux mains- dans 

*  ' * 

line plame ^ 4'deux Ijenes de Chiras : celle de 



ai8 VOYAGE EN PERSE* 

Mchemet > postee sur tine leg^re eminence f 
fat attaquee sur* tons les points avec tant 
d'impetnosite , qu'elle c^dt an jiremier choc , 
et s'ebranla de tons les cAtes. Les trois fr^res 
firent tons leurs efforts pour la rallier et la 
ramener an combat; mais Li|tf-Ali soutenajtit , 
par son exemple , Tardeur des siens, acheva 
bientot de rompre entierement le centre. 
L^aile gauche et Taile droite parvinrent h en 
£air# autant. La bataille etait gagnee : Non al- 
lait poursuivre Tennemi quand tout h' coup 
les affaires chang^rent de face. Mohammed- 
Khan , qui commandait Taile gauche de l*ar- 
meeyictorieusejsoitpar jalousie, soitpar am- 
bition , abandonna tout a coup le cjiamp de 
bataille ayec six mille Lors et Curdes qi^'^l 
commandait, et prit la route du Loristan^ ce 
qui occasionna un grand desprdre d^ns Ic^ 

restede I'armee. 

Lutf-Ali fit courir apr^s son parenty sa^afi^ 
qu'onpiitrengager irevenir sur le champ de 
bataille j il fit tons ses effbrte pour d^truirp.l|9^ 
raiauvaise impression que ce dispart av^jt pfo-i 
duite dans Tarm^e, san^ pouvoir. non pjue >f% 
parvemr.i^Ses troupes, d^courag^, n*ob4ir^ilfc 
plus a leurs chefs : bien loin de pourswivre I'eQ-i 
nemi et TempScher de se rallier, ^lles prirexit 
k toutes.jambes le chemin* da I9 vjil^e^ . r 



CHA^PITRE VI* 2t% 

Meh^met , revenu de sa premiere frayeur , 
ne perdit pas un moment pour annoncer €t 
ses troupes ce qui se.passait , et pour les ra- 
luener k la cEarge j il en vint facilement k 
bout ; mais il leur ordonna en vain de se faire 
jour et de p^n^trer dans la ville. Lutf-Ali se 
retirait en bon ordre avec quelques escadrons 
auxquels il avait su inspirer son courage , et 
renversait tout ce qui se presentait devaat 
luij il combattit de m^me a la porte de la 
yille jusqu'^ ce que tons les siens fussent ren-, 
tres. La perte qu'il ^prouva, fiitpeu consi- 
derable J mais il fut extr^mement sensible k la 
trahison de Mohammed ; il ne pouvait par- 
donn^r kun proclie parent de lui avoir fait 
perdre tine si belle occasion de detruire eon 
ennemi , et par-1^ de ramener la paix ct le 
bpnheur dans tout TEmpire. 

Apr^s ce succ^s , Tarmee de Mehemet vint 
occuper le camp retranche qui se trouve k 
une port^e de canon des remparts : c'etait 
celui qu' Ali - Murad ay ait fait construire , et ^ 
quise trouvait encore en bonetat. EUe tenta> / 
pendant plus de quarante joiirs qu*eiie. resta 
dans ce lieu , plusieurs attaques contre les par* 
ties les plus faibles de la ville j elle ftit tou-» 
jours repouss^e avec une tres-grande perte* 
A la fin ^ Mehemet deseap^rant dereduire Ja 






> ^20 VOYAGE EN PERSE. 

place tant qu'elle serait d^fendue par nn en- 
nemi aussi brave et aussi actif , craignant 
mSme d'etre bloqu^ a son tour s'il demeurait 
plus Tong-tems dans ce camp , il le quitta la 
Huit dii 19 au 20 septembre , et se retira a 
T^h^ran, abandonnant k r^ennemi ses tentes 
et une partie de son bagage. 

Ce qui 1^ determina a se retirer avec tant 
de precipitation , c'est qu'il venait de recevoir 
Tavis que les Bakhtiaris, indignes de la con- 
duite de Mohammed -Khan , s^etaient armes 
en faveur de son neveu , et qulls marchaient 
pour delivrer Chiras. lis rentr^rent dans leurs 
foyers d^s qu'ils apprirent que le siege etait 
leve. Lutf-Xli profita, bientdt apres, de la 
bonne disposition de ces montagnards envers 
lui, pour mettre en fuite son oncle, et punir 
la plupart de ceux qni Tavaient si indignement 
abandonne. 

Lorsqu'il se fiit pleuiement satisfait k cet 
^gard , il songea k se rendre maitre d'Ispahan 
par un coup de main. II sortit k cet effet de 
Chiras , vers la fin de novembre de la m^me 
ann^e , avec dix mille cavaliers d'^lite, n'em- 
' portant avec lui ni tente , ni bagage , ni rien 
qui pftt arr^ter samarohe. II comptalt, pour 
la nourriture du soldat , sur les villages qu*ils 
rencontreraient , et sur quelques Uvres de ri^ 



/' 



GUAPITRS VI. 221 

qne chacun avait ordre de porter : Therbe des 
champs devait suffire aiix cheyatix lorsqpe 
Torge leur manquerait^ 

Cette entreprise , toute hardie qu^elle ^tait ^ 
eiit reussi sans doute , car Lutf- Ali ayait des 
amis k Ispahan , et Meh^met n'y avait lalss^ 
que douze ou qpinze mille hommes pour sa 
defense. Malheureusement tin froid tr^s - vif 
qui survint tout k . coup le second jour , et 
qui incommoda beaucoup Tarm^e , porta les 
officiers-g^n^raux k se rendre tous ensemble 
chez leur chef, pour le conjurer de remettre 
cette entreprise a iin autre tems , et d'attendre 
surtout qu'ils eussent des forces assez consi** 
durables pour leur assurer i^n succ^s plus cer- 
tain. Lutf- Ali ceda k leurs instances , et rentra 
a Chiras avec la resolution de ne rien n^gliger 
pour se procurer une armee aussi nombreuse 
que celle de son ennemi j il en avait* bien 
les moyens , puisque tout le midi , depuis le 
Schat-el-Arab jusqu'aux confims du Kerman 
et du Laaristan, lui ^tait soumis, et que Yesd, 
qui avait toujours j^te rebelle k son p^re , 
yen ait de lui envoyer des deputes charges de 
lui faire agreer sa soumission. 

Rentr^ k Chiras , il profita des momens de 
repos que Tliiver lui laissait , pour se faire 
rendre compte de tous les details d'adminis- 



^22, VOYAGE EK ^EllSE. 

tration. Sion but ^tailt de mettre de I'ordrfe 
dans les finances*) de ranimer , par de bons 
reglemens , Tindustrie et le commerce , et de 
remMier , par des encouragemens et des re- 
compenses , aux maux que les troubles civils 
avaient faits k Tagriculture. La petite v^role 
le surprit au milieu de ses travalix y mais ne 
les ralentit pas. Quqiqu'elle n*annon9St aucun 
danger , le peuple lui donna, k cette occasion , 
les temoignages les plus ^clatans de son estime 
et de son afFection j et ces temoignages diirent 
I9 flatter d'autant plus , qu'ils ne furent pro- 
Voques ni par lui ni par aucune des autorit^s 
de la viile. 

Le printems suivant, 1790 , Mehemet vint 
k Ispahan , ailisi qu'il avait coutume de f aire 
chaque annee. II n'entreprit rien contre Chi- 
ras, et Lutf-Ali continiia de gouverner pai- 
sibleilient le midi. Le premier , touj ours in- 
quiet, toujours soup^onneux et m^fiant, fit 
rappeler aupres de lui , vers la fin de Tet^ , son 
fir^re Djaffar-Kouli , qui Tavait quitt^ dans un 
moment d'humeur et de depit , pour se rendre 
dans le Mazanderan. DjafFar refusa d'obeir : il 
se plaignit amerement de Mehemet , lui repVo- 
cha de n*avoir jamais rien fait pour ses fr^res , 
d'avoir touj ours, manqud de parole k leur 
egard j d'avoir m^me oblig^ , par ses in jus- 



— V . 



CHAPITRE VI. * 225 

tices , par ses persecutions , Morteza k se r^- 
fugier chez les Rus^s ^ Riza-Kouli chez les 
Ouzbeqs ; d'avoir fait crever les yetix k Mous- 
taplia y au lieu de lui donner le go:iivernemeiit 
d'Ispahan qu'il.lui avait solennelleraent pro- 
mis, cc Que veut-il iaire de moi , ajouta-t-il? 
>> Veut-il tenir les engagemeils qu'il a pris ^ 
» ou veut-ii me traiter commc Moustapha^f 
» Veut*il m'envoyer a Cashing ou m'arracher 
» les yeux ? Quand cessdra-t-il de voir un en- 
» nemi dans chacun de ses fr^res f II a oubli^ 
» que sans eux il ne se fiit jamais fait un parti 
»> dans sa tribu ; sans leur s^ecours , il n'eAt 
» jamais acquis ce degre de puissance auquel 
y^ il est parvenu* Mais qu'il craigne d*en des- 
» cendre j qu'il craigne de se voir enlever 
to de force ce qu'il lui eAt ^6 si avantageux 
» de me conceder de bonne grdce. >? 

Mehem et cr aignit efiectivement que Djaflar- 
Kouli ne soulevdt le Mazanderan , et ne lui 
enlevdt cette province : il connaissait sa bra- 
Vdure ; il ^avait qu*il ^tait aime de sa tribu et 
de tous les gens de guerre ; il n*eut done rien 
de plus presse , au retour des emissaires qu*il 
avait envoy es aupr^s de lui , de s'y rendre lui- 
mSme. II prit le pr^texte d'une chasse qu'U 
avait coutume d^ faire chaque annee sur les 
monts Caspiens > potir s^approcher de JBostan | 



.J 



- /' - ^ 



/ 



524 VOYAOB BK PERSfi* 

forteresse oii DjafFar ^'etalt retire , et poiii' 
aller s'y presenter sans suite , et avec la con* 
£ance d*un homme qui n'a aucun reproche 
k se faire , ou qui desire bien sincerement de 
r^parier ses torts. 

DjafFar , en le voyant , Taccabla de repro- 
ches J il lui rappela toutes ses perfidies , et 
panit surtout fort sensible aux malheurs de 
Moustapba. Le ruse M^bem^t n'opposa rien 
aux reproches de son fr^re j mais il se montra 
d'abord si repentant , il employa ensuite si a 
propos les caresses , il eut recours ayec tant 
d'art aux louanges , il le supplia , avec tant 
d'instances , de venir prendre le cpmmande- 
ment dlspahan , attendu que personne n'etait 
mieux en etat que lui de defend^e cette ville 
contre toutes les entreprises de LuttAli, qu'il 
le calma, et Tengagea meme ^ le suivre k T^-? 
h^ran. 

L'honn^te homme est confiant : incapable 
de mediter un crime , il ne pent soup^onner 
d^ mauyaises intentions ^ celui qui prend le 
masque de la vertu. 

DjafFar - Kouli , militaire geiiereux et sen-7 
sible , ne vit dans M^h^met qu'un frere qui 
voulait r^parer ses torts , un ami teiidre et 
$inc^re que le devoir , autant que le coeur y 
devait lui attacher : il le suivit done sans me- 



\ 



V 



. CHAPITRE VI. 225 

Sahce y et mdme ayec plaisir ; il lui en av^t 
trop coClte de retirer son amitie et son estime 
k un f r^re , pour qu il n'^prouydt pas de lu 
satisfaction k les lui rendre. 
". Arrives k T^h^ran > il fut d'abord traiti 
avec tons les honneurs qu'il etait en droit 
d'attendre , et avec toutes les apparences d'une 
f^onciliation complete ; mais quelques jours 
apr^sr^dans le moment oiiy appel^ dans la 
cabinet de M^h^met ^ il prenait conge de fau 
pour se rendre k son poste ^ et oil il lui jturait 
j^d^lit^ et d^YoilUnent J il iut assailli par deux 
homines arm^s ^ let massacr^ sous ses yens 
d*une mani^re aussi atroce que perfide. 

Lutf-Ali , pendant ce terns ^ ne. s'l^tait pas 
bom^ k reformer des abus, ^faire de bonnes 
Ipis dans les proviiu^es m^ridionales : il ayait 
8ong4 k se ^endre maitre de celles du nord; il 
ayait appel^ les Bakhliaris qui ayaient si g^* 
n^reusement pris les armes p6iu: lui lorsque 
IVl^h^met assi^geait Chiras ; il ayait fait yenir 
qiiel(|ues Arabes de la cdte ^ et ayait r^uni 
tons les guerriers de la yille et des provinces $ 
il s'^tait procure , par ce moyen, plus de cin- 
quante mille hommes bien armds^ bien ^ui- 
p^s. Jamais il n^ayait eu k ses ordres une ar- 
m6e aussi formidable , aussi bieji pouryue de 
yiyres et de mimitions de guerre de' ^ute es* 
Tome FI. P 



ia6 VOYAOX BW 1»ERSE. 

p^ej jamais il.n'ayalt cru apperceVoii* plu4 
de bonne Yolonte dans ses troupes j jamais il 
n'avait plu^compt^ siir des succ^^ ^on but 
etait d'enleyer Ispahan > de «e porter de \k en 
toixte diiigence k T^b^ran , et de ne cesser de 
^pbul-suivre son feiinemi^ qu'il ne TeAt d^truit j 
ce qui ne ponvait inan<}tier d'ayoir lieuy 
car M^kepiet p aussi avai^ que cruel ^ aussi 
haineilK quf four be ^ (^tait - justement' eo^^ hoiv^ 
reiir da^teutTZraJc. Xi^si habitans d^lslpahatif 
hontj^iivici^tFei^uTeriri^spftrcetteunuque^^ stu 
tendafeii^t^iTe&inipataienifeB iutf-AU^ dont les 
quaHt^ y aumi isolides qu(fe>briila)at^s ji 44taieilt 
bien faites pqur papmi- fefe ^"feffrageS d^s gi^ili 
die rbibn > aistBi qile cei^ d6 la tiiultitude. 

Ayttbt de ie mettte to cimpagne , Liitf-Ali 
iVail Abmtti6»gotivfet^rtetir 4k Chitas et de tout 
le ;f drfifetSh , ttadg^Ibrahlhi^^on beiti-'^re j 
il ^ratit m I'fttteMi^ri <te pfecer i Ik t#te des 
diy^RSeis *«(liWl«if$ti^}dttte cfeiftx de ses ^'i^en^ 
qu'i'l/ M^sfeJt 'dattsf IS. T^lfe > ou des perisonnes 
dont'il botftildfssalt i^ fid^it^^et il aivait pri^ 
^vec Itti 1^ fr^res d^ H-idgi-Ibrahim.,^ Bfindi 
Im Be^^it eft ^jtMqtte sbi-te d'otages. -Ges pre- 
cautions ^v^ient dAi lui paraftre n^cessaires.^ 

eoi^me eil^s P<^taient en e&ht'y dinsi qu^^oii H 

... • •  . 

vArra bient6t. ' ^ 

Lotisqti'ak tr&nfe > tel ^ue cestui de la Perse , 



fist devenu la proie du plus hardi ; lor$que desf 
Slides n^en out pas sanctionn^ la possbssiou^ 
tout ambitieux croit pouvoir y pr^tendre* 
Hadgi-Ibrahim Tetait plus qua tout autr^^ Ne 
^Chiras, il ^taitxiche, et jouissait d'une ttk^ 
graude consideration : il avait un grand nouL'* 
bre de parens riches cooime lui ; il avait defi^ 
amis et des creatures } il se yoyait y en Tab- 
sence du ukattre^ investi de tout le pouyoir ; 
nne partis de la yiile lui ^tait par cons^- 
' quent deyou^e , et Tautre ^tait k ses ordres.^ 
Hadgi-Ibrahim a,yait beaucoup d'esprit ^ beau-* 
. coup de facility dans le trayail ^ des connais- 
sances administratiyes tr^s^^tendues ; mais , 
plus politique que guerrier y plus yers^ dan9 
]es aflkiresqu'habile^^'manierr^pde^pliis rus^ 
que yaillant, plus homme de cour qu'hon- 
nSte homme y il se flatta que si LutfrAU etait 
tu6 y il 6ear terait &ciieiAent du frdne ceux qui 
pourraient y ayoir des pretentions^ et qu'il 
garderait pour fui le pouyoir qui yenait de 
lui 6tre confie. 

Cotiformement k ces idies'^ il £Le pyomettr^fc 
h ses fr^res d'assassiner Lutf^AU dans le mdme 
terns qu'il ferait nfiain^basse k Ohirai 6ur les 
amis; et les parens de ce jeune prince. 

Lorsqu^on se trouyia f^r^ecisement an mi«- 
lieu ^e la route d'Ispahan ^ en ayril 1791 y les 

P:4 



dad^ VOYAOB JBir PBESC. 

fr^res d'lbraliim ^ qui jonissaiient d'un grand 
ci^dit dans Tarmee ^ et d'une grande faveiir 
aupr^s du chef; eux qui se trouyaient k la 
tSte d'un corps nombreux toiit forme de gens 
de leur tribu , trouv^rent facilement le moyen 
de s'approcher de Lutf-Ali , et de rassaillir 
tout k coup au moment qu'il ne s'y attendait 
pas. Le premier coup qu'on lui porta se 
trouy a heureusement pare j il lui fut ais^ alors 
. de se d^gager > et de metiire en ftiite^ ^yec sa 
garde ^^ tou3 ceux qui s'6taient approch^s de 
}m pour le tuer . p^livr^ de !ce preimer danger,, 
jl youiut se mlettre en mesure pour lets faire 
iayestir ; mais il ne fut pas asse'z tdt obi^i ^ ou 
le fut tr^s-mal j ils lui ^chapp^rent, et prirent 
le chemin de Chiras au nombre de qUelques 
mille. 

Luti-Ali onyoya promptement deis couriers 
h ses proches parens , ayec ordrede faire ar- 
rSter Hadgi^-Ibrahim et ses partisan; ou de 
s'en d^faire s'ils ne poiivaient les prendre 
-yivans. Ses couriers furent arrStes. D'ailleurs^ 
le gouyemeur* s'etait* d^j^ assur^ de tous les 
seigneurs zends^ parens oii creatures de LutP- 
Ali f et les ay ait fait sbigneusement garder. A 
rheure conyenue , iet saris attendre des n6u- 
velles de ses fr^res , il. s'etait mis en mesure 
4le resister k son gendre ; quel que il!^t le r^- 



sultat du complot qu'il ay ait form^ avec eirs. 
Le depart precipite de tant de militaires ^ et 
le motif qui y ay ait donne lieu^ excit^reht de 
la mmeur dans rarm^e , et la plongdrent dans 
line sorte de d^couragement. La crainte qu'ii 
n'y eftt encore des trattres parmi eux , faisait 
demander hautement k tons les corps la per«- 
mission de se retirer. Lutf-Ali^ qui en iut 
instndt , crut ne deyoir rien tenter ^ pour le 
moment , contre M^^met ; il ayait d'ailleurs 
.k pr^yenir les suites de cette d<£sertibh y et 
empScher qulbrahim ne souleySt la yille con- 
tre lui ) il prit done le parti de retoumer k 
Chiras ayec son arm^, afin de pimir les cou~ 
pables ou d^jouer lenrs complpts. 
, Arriye aux portes de Chiras , il les trouya 
f ermee^ : il fit sommer le gouyemeur de les ou^ 
yrir ; celui-ci r^pondit par des coups de canon. 
Lutf-Ali se disposait k Fassi^ger quand tout 
k coup il se yit sans arm^. Ibrahim y aysut 
enyoy^ des ^missaires charg^ d'en gagner 
une partie ^ et de desorganiser Tauisre ; il fai-* 
^t menacer les uns de massacrer leurs feift- 
mes et leurs enfana s^ils ne rentraient dans la 
yiUe ; il faisait o£Prir aux autres de Targent 
s'ils youlaient retourher sur leurs montagne^ 
ou dans leurs proyinces. 
^ Cet;te ruse lui r^ssit : tous les soldats qui 



/ 



/ 



^vaiexit leui: ia!mille k Chiras , s'empress^rent 
d'y rehtrer 5 les autres eccept^rent les ofFres 
qu'on listir faisait ^ et abandoimSrent Tarmee. 

Lutf-Ali, avec un petit nombre d'hommes 
qui lui restdrent attaches , prit la roufie de Ben- , 
4er-Rik y ou il passa un an entier occupe k 
If ver des troupes et k former une autre armee# 

Hadgi-Ibrahim voulut en vain s*y opposer : 
maitre de Chiras , il ne put venir k bout de 
«oumettre le Farisistan , ni mdme de se faire un 
parti dans fes autres provinces. Ses troupes., 
qui coiLsistaient alors en huit ou dix mille 
habitans , n'etaient pes du tout dis^os^es k 
combattre pour lui hors des murs de la vUle. 
Lui-m^me a'^tait pas un habile guerrier : d^ 
qu!il sut que son gendre levait des troupes, 
et que les Arabes etadent prSts k passer d^ 
nouveau sous ses enseignes > il se Mta d'^crire 
k Meh^met ^ et de le supplier de vemr k son 
seconrs ^ promettant de lui livrer Chiras , et ' 
de lui remettre le tiresor royial qu'il avait en 
son pouvoir. M^h^et ne manqua pas de r^* 
pondre f avorablement k cette invitation ^ et de 
faire esp^rer promptement les secours qu'on 
lui^deiruuidait. Mais il fut pr^venu encore une 
fois par Lutf^Ali. Celui-ci n'eut pas plutdt 
rassembl^ dix -huit ou vingt milfe homfnes, 
qu'il vola k Chiras^ il en faisait dej^ le siege , 



tet ne donnait aucim moment 4e reliche au 
traitre Ibrahim quand M^hi^et; parut k li. 
t&te d'une armee de soixante mille hommes. - 
Sans s'efirayer du iiombre ^ Lutf*Ali Tatta* 
qua phisieurs foi$ ayec ql]lelq^^ suo^Ss ; il nt 
put pa8 la mettre en d^route , mais il TempS* 
cha d*entFer k Chirac ^ et de communiquer 
ayec le rebeib ; et mSme f pendant plus d'un 
mois qu'il la tint en echec k quelques lieues 
de la ville ^ il lui tua tant de monde , il lui 
occasionna une si grands d^Sortion , qu^elle se 
jtrouva r^duite de moiti^. 
. Lorsqu'elle iii^t djans cet ^tat , LutAAli jugea 
que le terns ^tait veniii de la d^truire entiere* 
ment. Pour cela> it &Uait que ses troupes ^ 
4ont le courage ne s'etait pas dementi )us<^ 
qu'alors ^ fissent un dernier effort ^ et le se* 
condassent de toutes leurs forces, Il savait 
tout ce que peut dans ces occasions un ge- 
neral habile qui a la confiance de son arm^ j 
il savait combien sont grandes ses ressources $ 
il voulut y avoir recoiirs j il Toulut ne rien 
n^gliger pour vaincre son ennemi et rentrer k 
Chiras. Aprds avoir fait part k tous les chefs 
assembles de Tintention qu^l ayait d'engager 
une aflaire generate et decisive , et leur avoir 
ordonn^ de tenir les troupes prates ^ il parcou- 
rut tous lesran^s^ en donnajatAchaquecorpm 



f^3a voTAO£ £ir pjbrse. 

et k ehaque tfibu les ^loges qu'ils m^ritaient, eit 
leur exprimant toute la satisfaction qu'il ^prou- 
vait de leur bonne con^uite j il lenr recom- 
manda^ pour le lendemain^ de faire au$si 
bien quails avaient fait jnsqn'alors ; il leur dit 
que Tennemi , plusieurs fois repousse et battu , 
^tait d^ourage y et par consf^quent facile k 
vaincre ; il leur ^tala les richesses qui se trou- 
yaient dans le camp des Kagiars^ et leur peiv 
, mit de s'en emparer s'ils paryenaient a rem- 
porter une victoire complete. Tous les ch^<i 
et tous les soldats promirent de faire leur de-^ 
, voir, et de ne pas poser les armes qu*ils n'euis- 
sent mis en fuite Tennemi. 
. Le lendemain , k la pointe du jour , ik I'at^ 
taqu^rent avec tant de courage , ils fondixteht 
8ur lui , ^ plusieurs reprises , avec tant d'im- 
p^tuosit^ ; Us continu^rent k combattre avec 
tant d'acharnementi qu'ils furent, vers le mi- 
lieu de la journee , mattres du champ de 
bataille. 

Lutf-Ali donna ordre de poursuivre Fen- 
nemi j mais ses troupes, au lieu de lui ob^ir, 
se livr^rent au pillage avec encore plus d*ar- 
deur qu'elles n'avaient combattu. II sentit la 
iaute qu'il avait faite , et il voulut en vain *la 
reparer : ixi lui ni les chefs de Tarmee ne pu- 
3?ent venir k bout d'arrSter ce desordre. M^ 



^. 



luknet en })rofita j il rallia k la hAte tine partle 
de sea troupes y et tomba stir ces kommes qui 
M tronyaient alors hors d*etat de se d^fendre* 
II lui £it aia^.de les tuer : d^jk lis succombaient 
sous le poids des efiets qu'ils y oulaient em* 
porter f d^jk la plupart d'entr'eux ayaient 
quitt^ leurs armes pour pilier plus k leiir aise : 
en tin moment , cette arm^ y qui ayait rem-* 
port^ auparayant une yictoire complete , fut 
dissip^ ou d^truite k son tour ^ sans qu'il fiit 
possible k Lutf-Ali de Tempdcher. Lui-mSme 
«e yit forc^ k prendre la iuite ayec quelques 
centaines de cayaliers qu'il eut bien de la 
peine k reunir et k saiiyer. II prit la route de 
Yesdy et il s'ayan9a jusqu'k Tabas , yille con* 
sid^rable et tr^s*forte i entre le Couhestan et 
le S^gestan , dont il s'empara ^ et oii il s'^ta** 
blit en attendant qu'il p{^t trouyer le moyen 
de r^parer ses pertes. 

' M^h^met prit possession -de Cbiras, et s'y 
conduisit de mani^re k faire xegretter aux ha- 
bitans d'ayoir abandonne leur chef: il se fit 
amener tons ceux qui restaient de la famille 
de son ennemi > et les enyoya en prison ; il fit 
impitoy ablement massacres tons les grands de 
sa tribu y et tous qeux qui lui ^taient attaches 
par des bienfaits; il.liyra leurs femmes aux 
jsolda^s y fit ^sclayes leurs fiUes y ayeugla leurs 



/ 



^54 VOYAGB EK PER6E. 

£ls, s^exnpara de tous leurs biens, et wtxt en-^ 
$iiite tme forte contribution sur la yille. Hadgi-^ 
Ibrahim , pour prix de sa trahison , fbt con^ 
jinxie dans soil gouyernement. Mehemet lui 
donna cinq ou six mille Kagiars , pottr d6^ 
fendre la ville contre toute entreprisedu de-? 
4ans et du dehors ; et afin d'avoir une garantie 
de la fidelity de cet agent ^ il prit ayec lui sesr 
fils ^ et les emmena k Teheran. 

Lutf - Ali , de son cote , se fit des amis k 
Tabas : tous les habitans s'interess^rent k son 
sort J tous lui offrirent leurs services. II levft 
parmi eux cinq ou six mille hommes de bon* 
nes troupes , et il vint , en mars 1 793 , a Ker* 
man y qui lui ouyrit ses porteset le re^ut ayec 
transport. Un grand' n ombre de personnes, 
tant de la yille que de la province ^ pass^rent 
^ous ses drapeaux > et il fit un appel k tous les 
gens de guerre du midi j il comptait se pro- 
curer , par ce moyen , une arm^e assez forte 
pour lui permettre de marcher sur Chiras , et 
de s'en emparer ayant les plus fortes chaleurs 
de r^t^. 

Mehemet ne lui donna pas le terns d*ex^- 

. cuter ses pro jets j il partit de T^h^ran en ay ril , 

et se trouya en mai sous les murs de Kerman 

ayec trente mille hommes.' Lutf- Ali, surpris 

de son arriyee^ ne jugea pas k proposde sou-* 



tehiT Tin si^ge ; il n^avait pour cela ni les 
Tirres ni les munitions qui. ltd etaient neces* 
saires. D'ailleurs j en s'enfermant y il perdait 
Fespoir d'augmenter ses forces , et de battre 
son ennemi. II sentait bien qu'il ne pourrait 
tenir long -terns ni dans la ville ni dans la 
citadelle ^ et qu'il faudrait finir par un corn- 
bat s'il Toulait se d^gager ; ainsi done , quoi- 
qu'il n'eiit pas dix mille hommes , il resolut 
de sortir sur-le-champ j et de hasarder une 
bataille* 

II paryint facilement h. s'onvr^r un passage 
k travers rarm^ de M^h^met ; il se battit 
m^rne plusieurs jours avec un courage qui 
souvent alarma son ennemi ; mais h. la fin il 
fallut se resoudre k c&dev une victoire qu'il 
ne pouyait disputer plus long-tems sans courir 
ie risque d'Stre pris ; il fallut se decider k or- 
ddnner k ses troupes d'abandonner de nuit le 
champ de bataille^ et de venir le joindre, 
comme eUes pourraient y k Tabas j ou il allait 
se rendre une seconde fois j il ne prit avec 
lui qu'un de ses oncles ^ et ceux de sa tribu 
qui ne Tavaient jamais quitt^. 

Lorsqu'il fut k quelques joumees de Ker- 
man^ son oncle^ qui le vbyait sans arm^ et 
sans argent, qui ne le croyait pas en ^tat de 
Be SQutenir k Tabas > qui craignait d'etre 



\ 



^36 TOTAGE C2r*PSRSfi. 

envelopp^ dans tons les manx qui allaient 

i>leuvoir sur la' t^te de^ce fiigitif, cnitpouvoir 

se tirer d'embarras, et obtenir mSme les boi^- 

nes graces de celiii qui en ^tait rest^ le setrl 

\ distributeur ^ en commettant un de ces crimes 

qu'on ne yoit que dans les guerres ciyilesf il 

resolut de sai^ir vivant son neveu, et de Ic 

livrer k M^hemet , aiin qu'il en disposdt k son 

gr^. Pour Yenir k bout de ce dessein , il en fit 

part k ceux de la troupe qui lui parurent ies 

plus mecontens de leur sort y et se les associa 

par I'espoir d'une tr^s-grande recompense. 

Lorsqu'il en eut gagn^ un certain nombre , et 

qu'il se fut bien concert^ avec eux y il attaqua 

^ leur t&Xe Lutf-Ali, tua d'abord son cheval> 

et parvint k le charger de chaines sans que le 

reste de la troupe osdt s'y opposer. Dans cet 

etat il lid iut facile de Tenunener k Chiras y oh. 

' il avait jug^ que M^hemet deyait se rendre. 

M^h^met y ^tait xetoum^ en efiet apr^s 

avoir mis Kerman k contribution^ et y* avoir 

plac^ uine forte garnison : il re9ut le present 

qu'on lui fit avec des transpcH'ts immod^r^s 

de joie^ qui annon^aient toute la bassesse de 

son ame y et faisaient voir combi&n il avait 

craint un ennerni si brave et si entreprenant j 

il ne manqua pas y comme on Pavait esp^r^ y 

de recompenser gen^reusement tous ceux qui 



\ 



CHApiTRE VI. ^ aSy 

fivaient pu se souOler de ce crime ; il accorda 
k Toncle de Lutf-Ali toutes les favenrs qu'il 
lui deznanda. Quant k ce malheuretix jenne 
homme^ il se hdta de lui faire arracher les 
yeux i il Taurait sans doute piiy^ k Tinstant 
mdme de la yie s'il n'avait youlu insulter plus 
long-teins k ses malheors^ et le ikire aeryir k 
aon tiiomphe* . 

t Get ^y^nem^it mit aux pieds de IVI^h^met 
toutes les tribus du midi , qui tenaient pour le 
parti de Lutf-Ali. Toutes les yilles s'empres*- 
sdrent de reconnaStre le yainqueur poiir lieu- 
tenant-g^n^ral du royaume ; tons les khans 
lui firent leur soumission^ et lui enyoy^rent 
dea pr^sens ; les Arabes de la c6te ltd pay^* 
rent par la stiitet ayec exactitiidei^ letribut 
accoutum^ ; les Lors y les Zends y les Bakhtia-' 
ris, qui ayaient toujours ^te ses ennexnis y se 
d^d^rent aussi k lui enyoyer dcjs d^ut^. 
Mi^h^et exigea des otages de toutes les yilles 
et de toutes les tribus : il obligea tous les 
grands dont il pouyait craindre Tiniluence y. 
ou dont il redoutait Tambition ykse rendre k. 
T^h^ran ; il fit des leyees d'hommes dans tou- 
tes les proyinces > .pour les.ineorporer dans sa 
garde ; il prit ^ en un mot y toutes les mesures 
qu'il jugea n^ssaires pour s'assurer la pai- 
sible possession de TJEmpire^ 



\ 



238 CHAPITRB Vl-^ 

' En septembre de la mSme ann^ il se rendit? 
k T^h^ran y emmenant aVec lui son prison* 
nier, et Tex/posant^ partout ohH passait y k 
i'avide curiosity de la populace. II nomma 
HadgUbrahim son premier ministre j il en- 
Toya a Ckiras son neveu Baba-Khan , ftls de 
son iir^re Hussein, et liti dotma: des tronpes 
aiin de contenir toutes les provinces du ihkii. 
Lutf-^Ali fut mis ^ mort'dans le conr^^t dt 
riiiyer 1794 9 ^^^o tons cewai de ses parens qui 
se troairident '- enferm^ ay ec lui . 

Ainsi'p^rit, a la fleur de son dge, ce mal- 
lieureu:£ prince dont la Perse' deplore les mal-- 
heurs , dont ellel regrett^ra enx^ore long-tems 
la peiite* Ileftt sans doute d^truit le £^roce 
MeH^met ^ pris son rang parmi les grands- 
]io]nme&, dest^a-dire, pamai' les bieniaiteuxs 
da genre bximain sii DjafSp* ^dt y6ca qnelques 
ann^8:de;plusr, et snrtbut s'il n^eftt pas, par 
sa timidity enyers son ennenai , et ses injustices 
en vers lies= grands , prepare les malheurs de 
son £ls, ei par*l^ prolong^ les troubles de la 
Perse. 



I 



f t 



TOYAOE UN B£rse'; ^^9 



I 



CHAPITAE VII. 

Division gdographique des Etats com* 

pris entre la mer Caspientte et Id 

• I • • • 

Mer^Noire. TraitS conclu entre Vint-- 
' piratrice de Russie et le prince de 
G^rgie. Sac de Tiflis. Les Russes 
s^emparent de Derbent ^ de Bakou , 
^ de Chamaki. JMShdmet soumet /# 
Kkorassan . JHort de Chxtrokh- Chah^ 
J^Shdmet marhhe contre les Russes f 

il est assassins dans son camp^ Ba^ 

» ' • ' -J 

ha-Khan lui succdde sous le rioni d^ 
Fetqh-Ali^Khan. 

X o«u 1- I'espace comprid entre la mer Casr 

pi(5a^ntei et la Miei:-N<>ii^ est divis^^en diverfc 

ibtaXs 6t- provinteA >^ qtii:«f)partiennent k la 

Porte othomane etk la Perse, on qtd depend 

dtot def c^\ieux EHatfires. La Miiigi^eKl&^t b 

Guriel- aur la Mfer-Noil-ie, 'aiosi que l'Iniifette'> 

1 • • • 

tjtii se «OUvp dan^ riAt^rietir des terras , soni 

^OW^^T^^s pat des princes tributaires de la 

P(»rte. Sie I^ajghesta^'^ le Tabesseran , le Chyr- 

Taxt> Ue Mogan d le Gwlan, proyiaces sL- 



St40 JlrOTAGE EK 9BKSK» ^ 

tu^s sur la rive occidentale de la Caspieim^^ 
font partie de la Perse , et sont gouvernees 
par des khans. La Georgia persane^ qui se 
trouve au milieu > etqui comprend les royau- 
mes de Kacket et de Carduel^ n^a qu'un seid 
roi ^ tributaire de la Perse* La partie de I'Ar- 
jn^iiie , qui s*^tend depuis Trebi?ionde jus- 
qu'au-delk de Kars et d' Akalsike , appartient 
a la Pprte , et est gouvernee par des pachas 
qu'elle y envoie. 

• La Rtissie, qui depuis long-tems paraSt 
vouloir reculer les limites de son yslste Em- 
pire it I'occident et au midi , a rdimi peu k 
•peu k ses il^tats^ la CircaSsie et tous les pays 
sitiies entre la mer d'Azof et Tembouchi^e du 
.Volga : eUe n'ayait pas pourtant d^|)assf le 
Caucase il y a quelques anuses ; elle s'^tait 
bornde k former des etablissemens solides a\L 
pied de cette chaine de montagnes et (e loiig 
4u fl^Tpiv.e Terek , . qjii se jet^e dans la Cas- 
pienne j^ k deux d^gr^s ou environ au dessus 
d^ Derbent. ,, - 

Mais sans parler des teptatiyes qu'elle ayatt 
faites en diilE^rens terns pour s'eb^parer dea 
proyinces pccidentales de la Caspi^emiHe^ ten- 
tatiyes qui n'ayaient jamais eu qu'tin . succor 
eph^m^e, la conyention* conclua esi.i783y 
entre Catherine et HeracUus^ a di^ ne laiflBer 

Aucun 



\ 



CHAPITB.B VII. ' a^t 

Hucttn dome sur les profets ulti^rieurs detcette 
puissance. On a dii yair par cette convefition^ 
qu*elle songeait aussi - depuis long- terns k 
^tendre son inflnence^t m^e sa dotninaJtion 
sur tous les pays situ^s entre.les deuxnuers. 
En voici un ^xtrait : *^ 

ARTICLB PREMIER* 

Le czar de Carduel et de Kacket renbhce k 
, jamais , pour lid et pour ses successenrs y k touta 
esp^ce de d^pendaince de la Perse ou de' quel* 
qu'autre puissance • que ce spit ^^et il d^lafe 
par la pr^ente^ k la face de rUnivers^-^'il 
ne p^ecounait au dessus de lui et <le sm, suo-^ 
cesseurs auciin autre pbuv odr sup^ridur^ si ce 
ii'est le pouToir et la protection supreme' de 
sa majest^ rimp^atitice'de toutes les Russiea 
et de ses augustes successeurs au trdne de 
ilussie, auquel trdne il promet d'.dtre fiddle, 
et deluidonner toute Fas^tance dbntilsera 
requis.' 



i .VI • I . y .ft 



ART, 'II. 



I I 



> 



* •  






Sa majesty accepte la prpmesse sin(C^re'd$ 
S . A,i , et s*engage de son c6t6 , pour elle et pour 
ses successeurs, d'accorder constamment sa 
grace ^tsa protection jaux ser^nissiihes cz^s 
de Carduel et de Kapket y et de leur sgarantir 
Tome VI. Q 



a4a VQTA,GS XiC PERSS. 

la CO Atenratioti 9 non-senlement de toutes lea 
possessions actuelles du s^renissime czar He-^ 
radius Teimurisiso witch , mais ausisi toutes 
celles qui pourront encore k FaYenir lui tom-^ 
ber en partage. 



ART; lit. 



Le cs&ar qui succedera au gouyemement par 
droit h^r^ditaire y deyra d'abord informer* de 
fion av^^eiaent la conr de Russie > et spiljboite^ 
par Tenvoy^ qu'il lui d^putetra k cet efFet , la 
confirmation imp^riale dans la digmt^ de t6-^ 
gent. . Aussit6t qu'on ltd aiu^a.fait pa^pyenir les 
marqneiS de son myestiture, sayoir :!un dipl6« 
nsieV un drapeau ayeo^les armes imp^riales de 
Rnssae ^ ua sabre ^ un b&ton de commandement 
et un tnaxiteau double d'heraune y le otar ,■ k 
ia:rfeepti<m de ces marques > deyra prdterso^ 
Jeanellement , en presence du ministre de 
Russie ^ ki serment de reconnaitre h pbuyoir 
suprdme et la protection du monarque de 
Russie 9 ainsi que oe^ui^d^ .sa fid^lit^ et de son 
z^le pour sa personne , selon la ibrmule qui 
lui sera prescrite. 



ART. IV. 



Son altesse le czarproinet de n'en^eteniir 
nueune communication quelconque ayec au*« 



-^ 



V. 



Ctmdes r^ens Yoisins^ sansle cbnsentiem^it 
et i'ayeu prealable tant dti principal commaxv- 
dant sur lesfronti^j^eSj qUe du mbii^str^ jic- 
cr^t^ de sa majeste imp^riale ; et eil cas qu'fl 
vinty de la part de ces voisins , dQ$.d4put^$ c^ 
des lettres ^ il prendra I'aVis dudit q($inmaiir> 
dant et du mlaisti^^. imperial de-fliisaWi taxit 
sur Fadmission on la .nouradinissiQu ideadits 
d^ppt^s , que sur la r^onse k- faire ^ de par 
ireUIes lettres. .:.;>• i;^ 

Comme son alt^ssf di^sir^ de tenir k la cour 
de sa majest^ imp^riale un ministre ou r^si« 
deiU'de aa part^ sa majeste feiit faien;l!kd-« 
lOettre et; lui; donner ie m^me rang ^'ontle^ 
iiiiiustr€« de mdme iiaraot^re > des {Minces 
r^gnans ^ et eUe veut tenir aussi elle-mSme im 

zaiuAStre ou n^adrntk la icour de son^ altesse. 

I • • • 

ART. VI. 

Sa majesty imp^rial<& prompt > pottr^He'et 
pour ses siloc«sseurs^9 1^. qii'elle regardera Ibl 
peuples des royaumes susdits commb sii^troi^ 
tement H^ avec rEmpire de Russie^ qu'elle 
tiendra leurs ennemis pour lesiiehs; que par 
Gons^uent * liesdits' peuples seront ' compri^ 
dans toute;pacification qui pourra se conclure 

Q a 



ii44 VO.YAGB 'XN ?£R9£.' 

avec la Porte otkomane ouayecquelqu*aittre 
-puissance que ce soit ; 

!&<>• • (Ju'elle maintiehdfa pour toujours et 
In vati^blement le s^r^nissime cz^r Heraclius 
-Tfeimiifla^vvith , ses h^ritiers et la post^rit^ 
ti^ B^' Maison ^ dans le gouvernement des 
^ki«)^usa^ db 4>arduel. ^If de Kacket ; 
e ; : )3d^ >Qti*eile laissera^ absoluihent et unique- 
ment k* i^^nissime - dzar- le maintien de Tad- 
ministration int^rieure du paySj ^imposition 
et la ley^e des taxes. . . ^ 

— J/' . T I. O / -. I ) ' . . ; ,, .11. .. » 

- jjiliie ^'sdri^iiissime cisarrpi^xatet ^ pour'^lAi et 
))<bikz: sea ^uo^ssenrs : ^ i^ ;' d^dtre* tbii jbtd^s 'pi^t 
amd si^s troupes pour le service de sftuiajest^ 
smp^niale; *' 

.-a^.De prendre, pour 'tiie qui cono^^e le 
service principalementdesadite majest^^ Tavis 
des commandans en son nom ; de se prSter k 
leuits r^qiufitipnft^e^dii gfldn^itir les;si»je};a:de 
sa'ipajiesl^ cpntre.toute wjustice et. toutQ.op^ 

f '3^. .D 'avoir ^' dims &s pitdmotions iet avan-* 
cemens qu^il fera des persosnes k^on service , 
pHncipalement egafdacelles qui o£Lt bie^ mi^- 
rite de r£mpire de Riissie> TU que de cet Bm*^ 



CHAPITRS VI !• i45 

pire dependent la s&i^ii et le bim^dtre des 

_  

royaume€ de Carduel et de Kacket; - 

A- JIT. VIII. 

II a pin aussi ^ sa majest^ imp^riale d'ac- 
corder que le premier archevSque des ^tiisdits 
royaumes aura nn rang ^gal avec les m^tro- 
politains de la huiti^me classe ^ nomitfi^me^ 
le rang apr^s celnide Tobolsk , et elle Inidonj- 
nera trds-gracieusement pour jamais le-titre 
de membre du trds-^saint Syhode, » » - -• - > 

AKT. IX. 

Que la noblesse de Carduel et de Kacket 
jouira^ danstoute I'^tendue de TEmpire russe,' 
des mSmes prerogatives et des mSmes avan« 
tages que la noblesse de Russie. 

ART.. X. . . I ' f 

Tous les natifs de Carduel et de Kacket 
potirront s'etablir dans la Bussie^ s'en retirer y 
et y fixer de nouye^u l^ur demeure. Jue|3» prir 
sonniers qui auront ^t^ remia en liberie pac 
lempyen dela B^ussie^ soirt par l^s armea pu 
par capitulation , pourront s'en retoumer ;li- 
brement chez eux^ toutes les Aus qu'ils le de- 
sireront^ en pay ant seulement rarg^nt dd- 
bourse pour leur ran^on et leurs firais de 
voyage. Son altesse le czar promet de son 
cdte^ de Isk manidre la. plus sacr^e f d'en agir 



/ 



/^ 



« t 

^e m^V^etk'V^gaird des stijets russes ^ui.siSf> 
raient tombes en captiyite ch^z se^i yoimisi 

. Lf^ taaiNshai^ds die Cardtiel et de Kacket 
pourroi^t passer iibremeiit en Russie avec 
Icuri . marchandises et effets ; ils y jouiront 
de tons les mSmes droitis et prerogatives 
^4aie J^s sujets n^s russes ^ et le czar promet d6 
procurer , de concert : avec les commandans 
russes j ou avto les ministres de sa majesty 
imp^riale y une plus grande facility g^n^rale 
pour le cpmmerce russe dans son pays ^^ pu 

par ce pays, vers d^autres contrees. 

-■ » J .... 

AKT. Jill. 

La presente convention sera jobsery^e in-? 
violablement et k perp^l^^^* 

< Les ratifications dela presente convention 
sefont ^harig^es dans le d^lai de six mois ou 
pluis t6t sll se pent, 

' Dans la forteretoe Georges , le 24 jnillet 
X783. 

Sign^Sj Paul Potemkin , »razc^ Ivan- 
Bagration } prince Garsevvan- 
Tschav^tts-Chawdsew, 

s < . . .. . ' 

•  

 Cett& coqiYention ^ coiuilue quatre ana apr^ 

1 - 



cHAprTHK vif. ^4t 

la mort de K^rim-Khan y dans le terns que les 
divers pr^tendans an trdne se faisaient la 
guerre entr'eux ^ deyait dtre tdt on tard ua 
motif de guerre entre la Perse et la Russie. 
Celle-d deyait s'attendre que^ d^s que lea 
troubles de la Perse seraient appais^s f et 
qu'il y aurait sur le trdne un roi qui s'y croi- 
rait bien afEernu, la guerre ne pouvait man* 
quer d'ayoir lieu. Mais peut-Stre esp^rait-elle 
que les troubles se prolongeraient , que cet 
Empire finiraitpar ^tre diyis^ ^ etserait consd- 
quemment hors d'etat d'inquieter la Georgie. 
Cette esp^rance ne s'eisf pas r^lis^ ; la Perse 
n'a point ^t^ diyis^. Aga-M^h^met-Khan , 
comme' nous venous de le dire ^ se trouva ^ 
en 1793 y maitre absolu de cet Empire y et k 
la tSte d'une arm^ tonsid^able et aguerrie* 

Un des premiers actes de M^hemet y lors«^ 
qu'il eut detruit Lutf- Ali-Kban | et re^u la 
soumission de toutes les provinces du midi y 
fut d'exiger que la G^orgie rentrftt sous la 
domination de la Perse y et paydt y comma 
auparavant, le tribut auquel elie ^tait^sou* 
mise. H^raclius y comme feudataire de I'Em* 
pire y fut somme de se rendre k la cour ayec 
les pr^sens d'usage^ pour y prater sermentde 
fidelite y et recevoir son iirman d'investiture : 
H^raclius; qui comptait sur un ptdssant se«» 



:548 iVOTAGB EK FE1L8S. 

cotirs^ chereha k gagner du terns par des r^ 

. pons^s ^yasives. Somm^ de nouyeau et d'une 

mani^re tr^s^pressfuite ^ it refusa d'obeir^ et 

J fit r^pondre qu'il xie reconnaissait au dessus 

de lui d'autre .souyerain que Catherine. 

Ce refus d^tennina Meh^met k iaire la 
guerre aii roi de Georgie , pour le r^duire k 
Tob^issance ou le chasser de ses I^tats. II ne 
pouyait sans se dishonorer et sans se rendre 
indigne de la couronne qu'il ayait usurp^e^ 
renoncer aux droits que la Perse ayait sur la 
Georgie. D'ailleurs, en y soufFrant utn prince 
qui s'etait missous ladepe^dance de laRussie^ 
il s'exposait h, se yoir enleyer, d'un moment 
k Tautre^ les proyinces situ^es sur la rire oc- 
cidentale de la Caspienne. • 

.D^s la fin de Tannee 17949 Meh^met donna 
des ordres k tous les khans, k tons les chefs de 
tribus y de vfaire passer des tiioupes k T^h^ran ^ 
et de les faire arriyer au plus tard k la fin de 
rhiyer J ce qui fut ponctuellement ex^ut^. 
II les passa en reyue au commencement d'a- 
vril 1796 : elles s'eleyaient^ plus de quatre- 
yingt mille homines. II se mit k leur tdte^ k la. 
fin du mSme mpis y et prit la route de Casbin. 

Arriye k Ardebil , il diyisa son arme^ en 
trois' corps; il en enyoya undansle Mogkii> 
le.Chyryan et le Daghestan pour en impost 



CHAPITRE VII* ^4^ 

k tou8 les khans de ces provinces^ lever les 
contributions arri^r^es , et receyoir des chefs 
de tribus le serment de fid^lite. Cetebrps d'ar- 
m^ n'^prouya aucune resistance. Tons les 
chef's de tribus^ tousles khans, s'empress^rent 
de se rendre aupr^s du souverain , et de lui 
o£Prir des presens. Us approvisionn^rent en 
outre son arm^e , et yersSrent dans ses cof- 
fires le reyenu de leurs proyinces. 

Un second corps de troupes eut ordre de 
marcher sur J^riyan. Le khan de cette pro- 
vince y nonun^ Mahmet^ soutenu par H^ra- 
clius y n'av ait pas voulu se soumettre au ^ou- 
veaii roi : il ayait environ quinze mille horn* 
mes k sa solde , et aux premieres nouvelies de 
la marche deM^h^met ^ le fils d'H^raclius etait 
venu k i^rivan avec quinze mille Georgiens. 

Le roi de Perse , avec le reste de son arm^ ^ 
s'^tait port^ sur Chutche, ville peu grande, 
bien fortifi^e y situee au sommet d'une mon- 
tagne escarp^e , k vingt lieues de TAraxe , 
dans la Haute- Armenie. Ibrahim-Khan y qui 
y commandait y et qui comptait sur les secours 
d'Heradius, opposa ^ M^h^met une resis- 
tance 4 laquelle il ne s^attendaitpeut-Stre pas. 
Aprds quelques tentatives infiructueuses 
qu'il fit pour s'emparer de cette place y il eut 
recours \ uja autre moyen ; il fit ofHrir 4 Ibra« 



y 



s5o YOYAOE EK PERSE. 

liim de trSs-riches pr^sens ; il lui prbmit $o1k 
pardon, et un gauvemement plus ^tendu^ plus 
productif »'il voulait se soumettre et livrer la 
\ille. Ibrahim ne; youlut se prSter k aucune 
proposition. 

M^h^miet y qui n'avait m artillerie ni aucun 
dcs moyens propres k reduire par la force tint 
place que sa position seule rendait preaqti'im<f 
prenable y se decida a y laisser assez de txour 
pes pour Tijivestir, et pour s'opposer k la 
gamison si elle tentait quelque sortie > apr^s 
quoi il yint joindse le corps d'armi^e qu*il ayait 
envoy^ k ^riyan. 

. Ce corps ayait et^ yiyement repouss^ : il 
>6'^tait retire ayec perte ^ et il ayait pris wm 
|>osition ayantageuse en attendant qu'il pikt 
Stre renforc^. Moyennantles troupes que M^ 
Jiemet lui amena y il se rendit bientdt maitre 
de totite la proyince , et marcha de nouyeau 
contre la yille. Le khan^ qui se croyait assez 
fort pour le battre une seconde fois y ea sortit 
ayec le iils d'Heraclius. 

Les deux armies se rencontr^rent k quel* 
ques lieues d*ibriyan y et en yinrent aux mains 
au leyer du soleU. L93 Georgiens^ sous lea 
prdres du fils d'Heraclius ; un corps d' Afghans 
k la solde du klian y ainsi que les kisil-baches 
de sa garde y txrent des prodiges de valeur y et se 



CHAPITRE VII. ^St 

laattirent avec un acliarnement qlii mit plu- 
sieurs fois en danger las troupes de M^hemet. 
Deux fois celles-ci plidrent, et furent sur le 
point de prendre la fuite j mais le regent ^ qui 
combattait en personne k la tSte de ses Ka-* 
giars y yint k bout deux fois de les raliier. A 
la fin la yaleur dut le c^der au nombre ; les 
Fersans triomph^rent compl^tement , et pour^ 
suivirent leurs ennemis jusqu'aux portes de 
la yille. 

Apr^ cet^e yictoire y M^h^met ayant fait 
bloquer Eriyan y et pris ayec lui un petit corps 
d6 ibroupes y yint joindre k Candjea Tarm^ 
qu'il ayait enyoy^ dans le Chyryan et le 
Daghestan y et se porta snr Tiflis. 

H^radius^ qui ne s'attendait pas k dtre 
attaque dans $a capitale ayant la prise de 
Chutche et d'^riyan y et qui ayait d'ailleurs 
fait passer dans la derni^re de ces places pres- 
que toutes ses troupes ^ ne se croyant pas 
em etat de soutenir un siege , abandonna Ti- 
ilis et se retira k Kacket. La majeure partie 
des habitans suiyirent Texemple du roi ; ils 
sortirent pr^ipitamment de la yiile^ et em- 
port^rent ayec eux ce qu'ils ayaient d^ plus 
precieux. 

Meh^met entra sans resistance dans la ca- 
pitale de la Georgie en octobre de la m4mo 



StSsL TaYAGE SIT p!eIISS. 

annee. Tons les habitaus qtii s'y trouvi&rent 
encare fiirent ou massacres on faits esclaves j 
toifs les effets precieux qui n'avaient pu 6tre 
emport^ , furent pilles : on mit ensuite le feu 
an]^ maisons^ on deiupJit le ch&tean^ apr^s 
qtioi Tarmee se retina. 

Les khans d'£rivan et de Chutche n'eurent 
pas plnt6t appris le sort de Tiflis et la sou- 
mission de tons les khans de ces contrees^ 
quells demand^rent k capitulerj ce qu'ils ob- 
tinrent en remettant leur ville y et passant 
avec leurs troupes au service de M^h^met. 

Xe fils d'Heraclius obtint la permission de 
se retirer en Georgie , apr^ s'Stre engag^ , 
tant pour lui que pour son pdre , de recon- 
naitre fbrmellement Aga - M^h^met - Khan 
pour legitime souverain de la Perse , de lui 
prSter serment de fidelity , et de payer k Ta^ 
venir , comme par le pass^ y le tribut annnd 
auquel son royaume est soumis. 
^ Apres avoir ainsi r^duit k rdb^issance tout 
le nord-ouest de la Perse , Meh^met renvoya 
une partie de son arm^e, et se rendit k Te- 
heran , oil il passa Thiver. 
. H^raclius n*avait pas n^glig^ y aux premieres 
soramations qui lui avaient ete faites , d'en don- 
ner avis au g^n^ralrusse, nomm^ Goudovxchty 
gpuverneur du Caucase ^ et de lui recomman- 



CHAPITKE VII. a53 

der fortement d'en avertir rimp^ratrice 9 afia 
qu*elle f f t passer quelqiies troupes enGeorgie ^ 
ou qu'eUe les envoyStsur lafronti^re, avecor- 
dre de voler k son secours s'il ^tait attaqxi^« 
• Le goiiverneur , qui ne crut probablement 
pas que les menaces de Mehemet fussent si 
promptement suiyies de leur effet ^ avait ne- 
glig^ d'en faire sott rapport , ou Tavait feit 
de mani^re k ne pas faire craindre que le 
prince de G^orgie f&t attaqu^ j ce qui iit que 
celui-ci ne re9Ut auctti^ secours de la Russie , 
et qull fut oblige d'abandonner sa capitale* 

iSJaia d^a que Catherine apprit ce qui yenail; 
de se passer^ elle ordonna siir-le-^ehamp k un 
petit corps de troupe •qui se trouyait sur la 
frontii^e, sous ies ordres du g^n^ral Sayelief ^ 
de marcher stir Derbent ^t de s'en emparen 
Ces ordres furent ex4kmi6s ; mais la viUe ne 
ydtdant |>as se rendre aux sommations qui lui 
furent^faites, el Savelief n'ayant pas assfez de 
troupes pour Tattaquer dans les formes , il se 
contentade Tinyestir , en attendam-de. noti- 
veaux ordres et les rebfortis qu'il demntiidait. 
Les Russes passdrent I'hiyer sous les'murs de 
la ville, sans qu'il fftt rien entrepris de leur 
part ^ et sans que les Persans , de leur cdte ^ 
osasseot tenter quelque sortie. 

: P^tdant rhiyer , le comte Valeri^a Soubof 



\ 



2S4 VO.TAGB EN P^RSE. 

eut ordure de reunir toutes les forces disp6^ 
nibles qui se trouvaient vers le Cauoase , et 
de venir joindre k Derbeiit le corps de Save** 
lief ^ dont il devait aussi prendre le comman-^ 
dement. L'arinde passa la riviere T^rek en 
avril 1796 > et s'avan^a jusqu'a Derbent en 
longeant la Caspienne. Forte alors de trenta 
k trente -cinq mille homines , elle s'empara 
facilemaut de quelques onvrage^ avahces y efe 
inena9a le khaii d'un assant general a'il ne li^ 
yrait la yill^. Le khan ouyrit les portes et se 
rendit prisonnier. ' • , t 

Les Eusses occupant Petbent ^'y mirent 
garnison, et march^nt siu* Bakbuen sui<« 
vant le rivage de la m^. 

Dans le mSme teisis , tme Hotte sur laquelle 
etaient qi3^ti*e mille hoknmes de d^bar^e-^ 
ment y ymt ixlenaeer le : Guilan y et ^tablir soii 
qnartier-'g^heral k T^ie Sara^ situ^ k fjuei^ue^ 
lieues des c6tes • entre £nseli%t Bakow< Elle 
fit > 4an« le conrant deP^t^> quelques tenta^ 
tives pour s*emparer d'Enseli y ville et port 
k quelques' lieues de Reicht y mais elle iiit re* 
pouss^ ; elle reyint k Sara sans ayoir entre-* 
pris aiitre cbo$e.« . 

Le comte Vs^erien ^bubof n'^rouya au^ 
cune resistance, dans » iiiarche. Totites lea 
yilles^bourga etyillages qui se trouy^seat sur 



CHAPITB.E ril. ^5$ 

sa route p liii ouviiiient les portes. Bakou se 
rendit 4 la premiere sommation qui Im fut 
Caite par un corps de six miUe houimes qua 
le general y avait envoy^. Les lUtsses occa- 
parent la yille , et n'iaqui^t^ent ni le gou**- 
vemeor ni les habitans* 

Vers la fin de jiiia , les c^aleitrs qtd se fai<> 
saient d^ja yivement sentir y d^termin^rent le 
g^n^al k f aire (suiiper rarmee sur les mon^ 
tagnes qui se trouVent k dix ou donze lieues 
des cdtes ; il choisit k cet efiet luxe valine fira)^ 
clie^ agreable y situt^ pr^ des sources de Vjit- 
chdi, rnisseau qui se jette dans la Caspiexine 
k douze lieues au nord-^ouest de Bakou. 

Soubof quitta son camp .Ters la fin d^aoftty 
et js^'avan^ |usqn'au vieux Chainaki y oik il 
passa le reste de T^ti. Mais di^s que les cha-* 
leurs furent passes y c'est-^^lire ^ k la fin d'oc-^ 
tobre f il vint se presenter devant le nouVeau 
ChamaJd y AXxxk hors deslnontagnes^ 4 cinq ou 
six lieues de Tautre. Le khan se sauya y et les 
Russes occnp^rent la yille. 

Le comte Valerien Soubof d^tacha un corps 
de troupes aux ordres du lieutenant-general 
Korsakoff pour s'emparer de Candjea et oc* 
cuper la G^orgie ^ en remontant le Kur jus* 
qu'a Tifiis. L'armde y se dirigeant au sud i 
yint camper sur lavriye gauche 4u fleuve^ k 



« » 



\ 



U56 VOYAGE EK TiKSE. 

douze lieues de son embouchure : I'avanN 
garde passa le fleuve ^ et se trouya dans le 
Mogan^ au mSme |ieuoii Nadir-Chah, en 1 735, 
avait ^t^ proclam^ roi par tous les d^put^s de 
la nation. 

Les troupes ^taient camples ^ et elles at- 
tendaient le retoux de la belle saison lors- 
qu'elles regurent y en decembre 179^ > la nou-* 
Telle de la mort de Catherine et Tordre de se 
retirer f ce qu'elles ex^dut^rent en bon ordre 
et sans dtre inquiet^s. 

Pendant c^tte campagne des Russes ^ M^- 
hemet etait dans le Khbrassan ^ occupy k d^- 
tr6ner Charokh-Chah : noiis^ons;,Bruguidre 
etmoi; ^ Teheran. 

. Nous avons dit plus ba;ut ^ qu'en i^Sa le 
ILhorasian iut erig^'en souverainet^ ind^- 
pendante ep. fayeur de Charokh. M^n^met ^ 
aussi empress^ de faire rentrer cette proyince 
sous la domination de la Perse ^ que d'en ex^ 
pulser les descendans de Nadir ^ dontil con- 
naissait .tous les droits au tr6ne qu'il occupait^ 
se disposa , apr^s ay oir rayag^ la G^rgie , k 
s'emparer du ^Jiorassan. U ne pouyait ce- 
pendant ignorer que les Russes bloquaient 
Derbent , et il deyait ^ien s*attendre qu'ils y 
seraient en plus grand nombre au prlhtems 
suiyant. II est done bien surprenajat qu'ii ait 



/'CHAP IT-RE VII. *. a57 

songe k porter toutes ses forces k Test de la 
Caspiehne , pour occuper une provirice qui 
ne pouvait en aiicun tems lui resister , plut&t 
que d'atler au secours de coUes que les Russes 
mena9aient k Poccident. A-t-il cru que Ca- 
therine n'enverrait pas d'autres troupes que 
celles du general Savelief '^ et , dans cette sup* 
position y a-t*ii jug^ que les khans ^talent 
hien en etat de se defendre ? 

Quoi qu'il en soit des motifs de cette con- 
duite , la partie de Tarm^, qui avait et^ con- 
g^diee ayec ordre de se trouver de nbuveau 
sous les armes vers la fin de mars , ay ant r^ 
joint ses drapeaux ^ M^h^met prit la roUte 
du Mazanderan dans le mSme terns que l6 
comte Valerien Soubof passait le, Terek- II 
s^arr^ta quelque terns ai*x environs d'Aster- 
Abad pour laisser reposer ses troupes et 
faire des provisions , apres quoi il tira droit 
k Mesched. 

Charokh vivalt encore : il avait 6t6 temoiii 
<le toutes les revolutions qui avaient eu lieu 
en Perse , sans y prendre jamais aucune part j 
il avait vu , sans s'y opposer , tous les, efforts 
que Mohammed * Hassan - Khan et son ills 
Aga-Meh^met-Khan avaient iaits pour s'em* 
parer du supreme pouvOir. Tranquille ati mi- 
lieu de sa province , qu'il gouvernait par le 
Tome FI. \ R 



258 VOYAGE EK PERSE. 

moyen de son fils/cdn^ , il vivait en paix avec 
ses voisins j il prot^geait , centre les seighetirs 
du pays et les hordes errantes , les, peiiples 
confies ^ ses soins j il cherchait ^ cicatriser 
!es plaies que les gueri*es de Nadir , les trou- 
bles qui avaient suiyi sa mort y et les ravages 
des Ouzbeqs et des Turcomans, avaient occa-*- 
sionnees. L^apparition de Meh^met ^dans le 
Mazanderan , et sa marche vers le Khorassan, 
ne laissi^rent ^ Chai'okh aucun doute sur les 
desseins de cet usurpateur. Hoi?s d'etat de r^ 
sister , il conseilla k ses^fils de se mettre en lieu 
tie siiret^. Quant klui, il prit le parti delasou^ 
mission. II sortit de Mesched , et Vint k deux 
journ^es de chemin , au devant de rarmde 
persane , suivi seul^ment de sa garde et des 
principaux seigneurs de sa cour.; II apportait 
de tr^s-riches pr^sens en chevaux , en armes 
et en divers objets pricieux* 

Meh^met le re^ut d^abord avec tous les 
(Sgards que m^ritaient son age, son rang et 
sa naissanoe j il accepta les pr^sens , et il de* 
manda qu^il fi&t poiu'vu aux besoins de son 
iarmee, taut en vivres qu*en argent. 

Charokh donna surJe-champ tous les or*» 
tires necessaires pour que Tarmee ne manquatt 
d^e rien : il fit venir de toutes parts des che* 
"vaux.poul" la i:»ei^ointe de qu^lquej cayalieri; 



CHAPITRE VII. aSp 

iJ procura les ai'mes et les habits dont on 
manquait , mais il s'excusa relativement aux 
sommes d'argent qu'on ltd demandait. II mo- 
tiva son refus stir la modicit^ des revenus de 
ses Etats , et sur les depenses excessives qu'il 
avait faites depuis qu'il etait monte sur le 
tr6ne j il avait peu k peu retabli les mosquees j 
les caravanserais , les besesteins, les fontaines 
pnbliques , que les guerres civiles avaient de- 
truits J il avait toujours entretenu beaucoup 
de troupes , afin de pouvoir contenir les Tur- 
comans et les Ouzbeqs , et il n'avalt pas dA 
prelever de forts impots sur un peuple qui 
avait et^ entitlement ruin^ par les violences 
de Nadir et les extorsions de ses agens. 

Charokh se flattait d*ailleurs que le nou- 
veau roi de Perse respecterait en lui le petit- 
fils de Nadir , eleve au tr6ne par la volont^ 
supreme de. tous les seigneurs et de tons les 
f^hefs de tribu du Khorassan; qu'il aurait pour 
lui les mSmes ^gards qu'avaient eus Kerim- 
Khan, regent de Perse; Ahmed^ roide Kanda- 
har j Timur-Chah son fils , ainsi que les rois de 
Balkhe , de Bokhara , de Samarcande , et le 
prince af'ghan qui regnait a H^rat ; mais Cha- ' 
rokh i^orait qu'il n'y a rien de sacr^ pour 
celui que Tambition tourmente. 

Lorsqu^'ils fnrent rendus a Mesched , M^he- 

R a 



a6o TdYAGE EK PBB.SB. 

met fut s*etablir dans le palais royal : il retint 
Charokh aupr^s de lui , et le constitua en 
quelque sorte son prisonnier j II exigea qu'il 
lui remit k Tinstant le sceau de TEtat, le tresor 
royal et toutes les rich esses qu'il possedait. 

II ordonna en m@me ;tems k tons les khan» 
et seigneurs du Khorassan de venir^aupr^s de 
lui , et a tons les ministres du culte de faire 
eri son nom la pri^re publique du vendredi.' ' 

Tous obeirent : les premiers, nepouvant 
opposer une armee capable de resister k celle 
du roi de terse, se rendirent k Mesched avec 
les presens dont ils etaient redevables. 

Charokh se depouilla de totftes les marques 
de souverainete : il mit sur-le-champ Meh^-^ 
met en possession de tout ce qui apparteriait 
k la douronne, mais il nia toujours qu^il eftt 
en main d'autres richesses que celles qu'on 
avait trouvees dans son palais. Cette obsti- 
nation fit entrer en fureur Tavide Mehemet. 
Se doutant bien que le petit-fils de Nadir avait 
encore quelques restes des tresorsenlev^sauX 
Indiens , il le fit saisir , lui fit donner des coups 
de bSton sous la plante des pieds afin d'ett 
obtenir Taveu j il poussa mSme la barbarie 
jusqu^\ lui faire appliquer des fers ardens sur 
diflerentes parties du corps. ^ 

Charokh^ qui ne pouvait se resoudra k 



CHAPITRE VII. a6l 

m 

4 

priver ses fils de la demi^re ressonrce qu'ils 
avaient pour se faire up parti et rentrer dans 
leiirs droits, souHrit d'abord avec beauconp 
de courage et 6ans se plaindre , les tourmens 
qu'on lui fit endurer ; mals ^ la fin , accable 
sous le poids de la douleur , et dans le deiire 
d'une fi^vre ardente, il decouvrit son tresor 
k son bourreau, et le lui abandonna : il con- 
sistait en or, en argent , en joyaux, en objets 
d'arts, et surtout en diamans. 

M^hemet s'en saisit avec avidit^ , et se hdta 
de le faire emballer : il prit possession , dans 
Pintervalle, de toute la province j il re^utla 
soumission de tous 'les klians, de tons les 
seigneurs, de tous les chefs de tribusj il se 
fit donner un grand nombre d'otages , et il 
partit de Mesched vers la fin d'aoftt, laissant 
Vlans cette ville douze milJe hommes pour con- 
tenir les habitans, et s*opposer ^ tout ce que 
poiu^raient entreprendre les fils de Charokh. 

Ce malheureux prince ^tait encore malade : 
n*importe, il fut arracli^ de son lit, et em- 
. mene dans une liti^re : tout le reste de s^ fa- 
mille le suivait sous bonne escorte. Les cha- 
leurs ^taient tr^s-fortes , et la saison dange- 
reuse : Tarmee soullrit beaucoup en traver- 
sant le Mazanderan ; un grand nombre de 
soldats jEurent attaqyes de fi^vres putrid in 



tl62 VOYAGE Elf PERSE. 

et de dyssenterie. Charokh , Sge alors de 
' solxante-trois ans et quelques mois ( i ) , ressen- 
tit, aux environs d'Aster-Abad,des donleurs 
d'entrailles violentesj il resta quelques heures 
dans cet ^tat, apr^s quo! il expira sans qu'on 
ait su si cette mort^avait et^ provoqviee par 
son enneini , o^ si elle etait une suite na- 
turelle des mauvais traitemens qu'il avait en- 
dures, s 

Mehemet lit son entree a Teheran le 20 
septembre ; il congedia, comme Tann^e d*au- 
paravant, presque toute son armee, et il ne 
la reunit de nouveau sous les drapeaux qu'au 
printems suivant. Ce fiit done k la fin de mars 
1797, qu'il quit ta Teheran pour marcher une 
seconde fois stir Tiilis , et reprendre les yilles 
de Bakou et de Derbent, que les Russes pa- 
raissaient vouloir garder. lis avaient evacue 
Candjea , Chamaki et toutes les villes et for- 
teresses de Tint^rieur , mais ils n'avaient pas 
retir^ les troupes qu'ils avaient envoyees k 
Tiflis; 

L^arm^e avait passe 1' Araxe , et ^tait cample 
pr^s de Chutche } elle ^tait dans le meiileuretat 
possible , et ne demandait qu'i combattre. 
Dejk Mehemet avait fait ses dispositions pour 

(0 II ^ta^it ne le 11 mars jySS. 



CHAFITAS VIX. 263 

ci^voyer trente mill0 hommes centre Tillis ^ 
en remontant le Kur j il devait passer le fleuye 
avec plus de soixante mille hommes^ anx en* 
vxrons de Berda , et entrer dan$ le Cbyrvan 
pour seuaiesurer avec les Kusses , lorsqu'un 
de W3 ^ven^mens que la prudence humain^ 
ne pent prevoir , yint detruire ces projets e^ 
' dissoudre cette arm^e.. . 

Le i4 demai ^ la pointe du jour , Mehemet 
sortit de la tente ou il avait couche , et passa 
dans'une autre qxu ^tait k c6te. II ayait pri^f 
Thabitude de faire sa pri^rd dans celle-ci , d'y 
fumer le narguil , et de s*y livrer pendant quel: 
ques h^ur^s ^ Texaiilen des papiers qu'on lui 
ayait rl^mis 1^ yeille. Personiie autre que 1^ 
premier ministry et le?s gen^raui ne pouvait 
esperer de Ijii parler daps cette tente , et i| 
n'ayait ordin^irement qu'uH ou deux of&ciers 
autour.de Ivi pour leservir ; ce jour-lk il ne 
s'y. en. tJCPHva qu'un seul j il se nommait Pitchy 
HeSmet.. Api'f&s la pridre ^ et au moment qoQ 
le roi tenait des deux mains ^e narguil, que 
Tofficier veftait de lui pj^esentQr , celixi-ci luj 

h 

porta dans .la poifrine deu3t.;9pi»ps de, poi-r 
gnard qi^i le firent e?:j)ke|' . &. I'inst^Lnt san$ 
pousser aucun cri. ^ 

Le motif qui avait , dit-on.^_engage cet ot- 
ficier k commettre un crime pareil , i'ut que 



^64 VQYA<>E Elf PER«B. 

son fr^re , Fannie d'aiiparavant , avait p^ri 
d*une mort cruelle par ordre du rol (i) , quoi- 
qu*il f&t depTiisiong-tems k son service ^ qu'il 
lui eAt donne les prieuves les plus certaines 
de devoAment, et qu'il n'eftt commi's ancune 
faute un pen grave : rorf:lre avait et6 donne 
dans un moment de mauvaise humeur , et r^ 
voque trop tard, Ce lait etait vrial j mais il 
est bien certain que Pitch-Hesmet n'aurait pas 
sorige i tirer vengeance de ce supplice j il 
n'aurait pas eu Hdee -de sacrifi«r le roi aux 
mSnes de son Ir^re s*il n'avait ^te sAr d'e- 
cliapper k la mort. . - 

On eut bientdt la certitude que lamain de 
ce scpl^rat avait et^ dirigee par un homme 
puissant, qui crut p^r4k se frayer un chemin 
au trdne. Sadek*Khan, de la tribu Ghakaki , 
un des generaux de rarmee j avait promis k 
Pitch-Hesmet dt favoriser son Evasion } il lui 
avait m^me fait esp^rer une foirte recompense 
8*il reussissajt dans son entreprise. Sadek- 
Khan , en sa quaiite de g^n^ral , entrait li- 
breiment dans la tente du roi. Di^s qu'il fut 
instruit de sa moit , ii $'y rendit aveb fjtielques 
personnes qui lui ^talent devours' $ il s'em- 
para du tresor , et sortit quelque terns aprSs , 



( 1 ) On lui a%'ait ouvert le ventre e t arrach^ les entrailles. 



. CHAl>tTR» vir. 2t65 

Bn faisant parattre un firman muni du sceau 
royal, portant I'ordre i ltd Sadek departir 
fiur -le- champ j pour une operation , avecle 
corps qu'il commandait , consistant en dix 
inille liommes, 

• On ignorait , dans le camp, la mort du roi. 
Sadek-Khan sortit done sans obstacle , em- 
•portent avec lui,'non-seulement la caisse mi- 
lltaire et Ics riches et nombreux diamans de 
M^hemet , mais mSme une partie des vivres. 
Son objet , en s'eloignant , etait d'eviter le 
premier mouyement de Tarmee et le reSisen- 
timent que pouvait faire naitre , dans le coeur 
du soldat , I'idee d'un assassinat. II savait biea 
<Jue tons les m^contens viendraient se joindre 
^ lui ; il esp^rait d'ailleurs que cette arihee , 
sans vivres , sans argent et sans chef, se dis- 
^oudrait bientdt. C'est ce qui arriva peu de 
jours apr^s. II se forma pltrsieurs partis , dont 
'quek^es-iins fureht joindre Sadek-Khan. Le 
peii de personnes attachees au roi , ou qui 
craignaient d'etre sacrifices k Tambition de 
son meurtrier , retournerent a Teheran sous 
la conduite de Hadgi - Ibrahim , premier mi^ 
nistre. Les autres se rendirent d[ans leur tribu 
jiour tScher d'y jouer un role ou s'y mettre k 
Tabri des persecutions. 
- Lpi'sque nous quittimes Co:^8taiitinople, 






U66 TOT AG B Sir P'EESE. 

en mai I798 , o^ji comptait quatre prmcipatix 
pretendans qui allaient de nonyeau dechirer 
ce xnalheureux Empire, C'etaient , i^- Baba- 
Khan , lils de Hussein-Khan , fr^re ained' Aga-^ 
Mehemet-Khan. Iletait, commenousravdns 
dit , gouverneur de Chiras. A la premiii^re 
nouvelle de la mort de son oncle , ii avait vol6 
A Teheran , et s'y ^tait fait reconnaitre re^ 
gent ; il avait laisse k Cliiras son fr^re Con- 
chouk-Khan , avec dix on donze mille hoiii- 
mes pour contenir le midi. 

20. Ala -Kouli -Khan • fr^re de MehepietK 
II avail: cherch^ k se faire un part? k Teheran, 
A Ispahan et dans le Mazanderan. 

3^. Sadek - Khan. II se rendit k Tauris ea 
quittant Tarmee , et se trouva bientot maJtre 
de tout TAderbidjan. 

• 4^. £n£n Mohammed - Khan ^ £ls de Zeki- 
Khan ^ le m^me qui avait abandonxie Lutf^- 
Aii-Khan an moment on il venait de. :b*tfcre 
M^h^et. II avait leve quelqnes troupes dan9 
le Loristan et parmi les Arabes y et avait maj>- 
vch6 sur Chiras j il avait d'abord obtenu qiateW 
ques avantages sur Couchoulc ^ mais il ha put 
8'emparer de la viUe. : 

'. Parmi ces quatre pretendans ^ Celui qui^tait 
le plus digne du tr6ne ^ celui que le voeiu du 
peuple y appelait ^ iut j heureus^ment pom: 



y 



CHAPITRE Til. afi/ 

la Perse,* celui qui eut d'abord le plus de 
troupes , et qui teunit le plus de moyens pe- 
cuniaires. Maftre de Teheran , d*Ispahan et 
de Chiras , Baba -Khan faisait esperer de ra- 
mener tot ou tard , par sa bravoure et sa 
bonne conduite , les provinces qui tenaient a 
un autre parti. Neanmoins la lutte eAt ^t^ 
longue e t le resultat incer tain siHadgi-Ibrahim 
ne fAt venu ^ bout de gagner Sadek-Khan , et 
de le faire renoncer k se's pretentions. 11 Ten- 
gagea m^me ^ ceder ^ Baba-Khan tout Tor , 
tous les diamans qu'il avait enlev^s \ son 
oncle , et i reunir ses forces aux siennes. 
D^s-lors le trfine fut assure a ce dernier. Ala- 
Kouli , abandonne des siens , fut arrSte et 
rendu aveugle. Mohammed , pareillement 
abandonne , fut r^duit i se refugier chez les 
Arabes de la cdte pour echapper au chSti- 
ment qu'il m^ritait. 

Baba-KJian prit alors le nom de Fetah-Ali- 
Khan. II parait avoir gouverne jusqu'i pr^ 
sent la Perse avec justice , et avoir d6ploye , 
tant au dedans qu'au dehors , toute T^nergie 
qid cotivient k sa position. 



d6B YOYAGS IRS ^9E&SB. 

iir. ',1 I ' . i  '   , '  '  1^ . 

CHAPITRE VIII. 

Ddpart d^ Ispahan. Retour a Bagdad 
par K engager et Kernianchah. Fern'- 
mes de Mikr-Ahad. Douan^ de Sar^ 
piL Curdes qui attaquent la cara^ 
vane. Divers moyens de quitter Bag-- 
dadet defaire route. Aventiirier qui 

. prend le noni d^un desfrSres du roi 
de Perse. 

XiOasQUE nous qnlttSnies Teheran pour nous 
•rendre k Ispahan , notre pro jet <6tait de. tra- 
. verser tQute la Perse, d'allernous embarquer 
dans un des ports du gplfe y pour Bassora ^ 
et de rempnter TEuphrate ou le Tigre jusqu'a 
.Hell^ ou Bagdad. 

Cette route nous paraissait devoir com- 
pleter nos observations sur le sol et le climat 
de la Perse , sur les mo&u^s et les coutumes 
des habitans y et nous procurer , en min^raux, 
plantes et animaux , une recolte encore plus 
abondante que toutes celles que nous avions 
faites dans ce pays. 



CHAPIT&B VIII. 269 

La sante de mon collogue d^rangea tme 
6econde fois tons nos plans. Vingt jours de 
repos dans la ville la plus saiiie de cet Em- 
pire, et dans la saison de Tann^e la plus 
douce , n'ayant pu le retablir ni lui donner 
la moindre esperance d'une amelioration pro- 
chaine , nous jugeames qu'il fallait se hdter 
de quitter un climat qui ne pouvait lui con- 
yenir , et de prendre , pour revenir en France , 
le cherain le plus court et 1ft moins fatigant. 

Nous nous joignfmes done k une caravane 
qui partait pour Kermanchah , et nous sor- 
ttmes d*Ispahan le i5 novembre 1796, pour 
aller coucher k un caravanserai situe k quatre 
ou cinq milJes de distance. 

La caravane, compos^e d'environ ceritche- 
vaux , portait dcs mousselines et des toiles de 
rinde, des schals de Kachemire et de Ker- 
man, des tapis, et diverges ^toffes fabriquees 
k Yesd et a Ispahan j elle avait aussi quelques 
ballots de tabac , quelques ballots de garance, 
Tin peu d*opium , de muse , d*ambre , et au-^ 
tres drogues du midi de la Perse ou des con- 
trees plus orientales , le tout destin^ pour 
Kermanchah , Araadaji et Bagdad. 

Vers le milieu de la nuit , quelques cavaliers 
•se pT^sent^rent au caravanserai avec un ordre 
du gouTem^ur : ils venaieat enleyer de forcQ 



^7P VOYAGB £K PBRSB. 

tous les chevaux qui s'y trouvaient , pOur 
transporter d'Ispahan k Cachan les officiers , 
serviteurs , esclaves et eflets de Baba-Khan ^ 
neyeu du roi , qui se rendait de Chiras a Te- 
heran ^ ou il ^tait appel^. Les gens de la ca* 
ravane firent un yacarme horrible ; ils dispu- 
terei^t, et cri^rent tous k la ibis pendant plus 
d'une 'heure , pour empScher qu'on ne leur 
prit tous les chevaux ; ils en fureut quittes 
pour en liyrer dix , qu'on ne devait rendre 
que dans huit jours. Les ndtres , comme les 
plus beaux et les plus fringans , a^vaient ^te 
pris les premiers ; mais ils f urent remis k leux 
place d^s qu'on sut qu'ils nous appartenaient. 
On np toucha non plus a auctm de ceux des- 
tines k porter nos efiets. 

Nous sejourndmes le 16 , pour attendre 
qu'on eiit remplace les chevaux qu'on avait 
^mmen^s y et le 17 nous vinmes passer la 
journee dans un caravanserai situ^ k trois 
lieues du premier ^ et k un quart de lieue du 
petit village ^Anichirvoun, On semait par- 
lout du froment sur les terres que Top. avak 
arros^es quelques jours auparavant : il etait 
d^k lev^ en plu$ieurs endroits. 

Le 18 ^ nous ne fimes que quatre lieues. 
Nous marchSmes d'abord en plaine j nous c6- 
}py dmes ^nsuite des mOJiitagiies peu ^levees ^ 



CHAPITRE VIII* 271 

tr^s^arides ; nous trayers^mes un coteau schis^ 
teux , en partie volcanique , et nous nous ar- 
TiStdmes dans un tr^s-beau caravanserai situ^ 
an milieu d*une plaine inculte. Nous vfmes 
ramasser partout , dans cette plaine , une es^ 
pdce d'anaba^e , plante de la famiile des son- 
des ; elle y ^tait tr^s-abondante. S^h^e et 
mise en poudre , on s'en sert ^ dans toute la 
Perse , pour decrasser le linge : on la briile , 
en quelques en droits , pour faire du sayon 
avec les cendres* 

Le 19 ^ nous nous rehdtmes dans dix heures 
^ Dehak , y ill age fort etendu , mais presque 
tout detruit : il est situe entre deux nion«- 
tagnes peu^lev^es , moins arides que celles du 
•jour prec^ent. Les enyirons nous parurent 
fort beaux ; les eaux y ^taient abondaiites et 
assez bonnes. 

' Le 20 , nous nous trouvSmes entre des mon- 
tagnes schis tenses et! granitiques j nous e» 
yJmes une k. notre gauche , beaucoup plus ^le>^ 
•ir^e que l^s autres , sur laquelle il etait dej^ 
^ombe beaucoup de neige j nous la juge&me$ 
^ deux ou trois lieues. Bientot apr^$ nous en 
decouyrlmesjde tr^s^hautes devant nous , dont 
•le sominet i^tait ^galeinent convert de neige* 
Nous logeAmes , apr^s sept heures et demie 
de marche , d^ns-un jcarayanser^ qui tcunbail; 



a72 VOYAGEEK PERSE. 

en ruine , pr^s d'mi mauyais village presqtie 
detruit , nomme Durri-Afeban. 

Le vent fut ce jour-la k Touest j le ciel se 
icouvrit de nuages ^ et nous fiimes menaces de 
pluie J il en etait tomb^ beaucoup , k oe qu'on 
nous dit , les jours precedens j nous n'en aviohs 
pas eu pourtant , et nous n'en avions pas vu 
de traces sur notre route avant les trois der- 
ni^res li^ues.: 

Le sol nous parut s'Stre beaucoup elev^ 
depuis notre depart d'Ispahan. , 

Le '21 , nous funies encore quelque terns 
entre des montagnes granitiques j elles s*^Ioi- 
gn^ent ensuite un peu ^ et nous entrAmes 
dans une plaine fertile et arros^e. Nous lo- 
geames , apres huit heures et demie de mar- 
che , au bourg de Khougu^ , que nous trou- 
vames en grande partie detruit.. , 

Nous n'eiimes pas de pluie : le vent p^ssa 
k Test J la. nuit fut froide > et la joumee fort 
belle. 

Le 22 , ^ une lieue de Kliougue, nous pa^ 
sAmes , sur un pont en mauyais etat , unie peh 
tite riviere nomm^e Fak^-Soun; nous mbni- 
tdmes ensuite quelque terns , et nous cAtoydr 
mes une montagpe qui nous parut en partie 
volcanique. Nous entrames , en la quittant , 
dans une plaine assez ^tendue ^ et nous nous 

arrStdmes^. 



/ 



/ 



tHAPlTKE Vltt. ^ 2^3 

arrStames , aprds huit heures et demxe de 
marche , au village de Khoumei. Nous y 
utmes iin grand nombre de maisons detruites^ 
Nous ^tions entour^s de montagnes fort ^le- * 
vees J nous en avions laiss^ une k droite , k, 
quelques lieues de distance , dont le sommet 
pr^sentait beaucoup de neige* , 

Le mSrae jour nous montumes k cheval* 
vers les neuf heul*e9 du soir ^ et marohSmea 
toute la nuit et une partle de la matiniee sans* 
nous reposer. Notis vimes sur la route quel- 
ques villages detruits : nous nous ttouv^mes 
quelque tems entre deux montagnes , dont 
rune> a gauche j avait beaucoup de neige au- 
sommet J nous entr^mes ensuite dans un 
vallon fort agreable , et nous nous arr^tdmes 
le 23 y apr^s treize heures de marche y kun 
village noram^ Aphtdx 

Nous reraarqudmes qu^il avait beaucotip 
plu les jours precedens : le sol nous parut 
s'Stre encore ^lev6 : les nuits devinrent tres- 
froides ; il faisait pourtant assez beau le jour ^ 
et Tair ^tait assez temper^* 

Le a4^ la vallee s'^argit , et nous conduisic 
dans une plaine fort agi*^able ^ fort bien cul- • 
tiv^e , et entourde de montagnes couvertes de 
neige. Nous logeSme^ au fond de cette plaine ^ 
•dans un viildige nommd Hissar* ■■■■'/ ) 
Tome VI. S 



3174 VOYAOE/JSN ?&a$£, 

XjB zS , nQt)s arriv4m^s ^ par ttne Vallee plus 
ou wpiifis etroite et tuii^ plaine a386z bien arro-* 
8^6 ^ ail yUl^g^ fi^ ^euguej^i. Notis retroi% 
T4]?ie(^ ce jpur-li le rosier k ieuilles simples > 
q^e nou^ fLfioii^ vu en allant k Amadan. 

Le^ fernm^ de c^ village pnt un voile fort 
petit J qui leur pache ^ peine le visage \ lea 
jeuiies s^mbleQt ne le porter que pour la 
f prm^ y pu ppur avoir Tair de se conibrmer 
4 I'l^age ge^^ral* 

Pans tous les VUI^ges ou nous nous sommes 
arr^t^s » npi^s avons pu pons procurer dsQ& me^ 
IpnSy des pastc^qnes > dps raisins. On garde ces 
fruits presque tout Thiver : le ra^i^in surtout se 
conserve jusq^^4 ce qu'il fasse im pen chaud. 

he 26 y la nuit fut belle y un pen moins 
iroide que les prec^dentes. Le vent souffla 
£aiblement de Test , et le piel fut tr^-pur^ 
Npiis cAtoy^mes uQe n^ontagne schisteuse et 
granitique ; npus nous trpuvdmes ensuite dans 
line vall^ qui s'elargil; insensiblement ; nous 
y vtmes quelques cultures j nous y renco»- 
trdmes quelques troupeaux 5 nous traver^ 
sfimes VXK viUagc^ a^se^ grand , presqiie tout 
d^truit , et f aprds s^pt heurea de saavche > 
nous arriv&oie^ k Miklur-Abad (1). 

(1) Popuktion i% l^amou^ oa da Fbi^ill^ 



/ 



/ 



, La c4rayane campa auprds du Tillage 1 
comme elle avait toujours fait lorsqu'elle 
9'ayait pas trottve de caravanserai* Quant k 
nous y le kiervan - baschi s'etant oblig^ par 
ecrit, de nous conduire chaque join* dans nn 
carayan^rai ou dans tout autre bdtiment 
qui nous mit k Tabri du froid et de la pltde f 
il nous logea dans une maison du village 9 oil 
noua ti'ouvimes entr'autres deux: femmes fort 
jeunes ^ qui n'etaient pas du tout voil^es y et 
qui ne firent aucun niouvement pour se d^« 
rober k nos regards ; elles se montr^rentmdme 
fort empressees k nous servir y et elles iirent ^ 
durant toute la journ^e ^ la ooilversation aveo 
nous. 

. S^rpris de trouver y au milieu de la Perse y 
un usage si contraire aux nioBiu*s du pays et 
aux pr^ceptes de la religion de Mahomet y 
nous demand Ames si nous ^tions avec dea 
Musulmans ou avec des Gu^bres. Sur la r^- 
ponse qu^on nousfit^ que tous les habitans du 
village suivaient la religion de Mahomet y et 
qu'ils etaient y comme les autres Persans y de 
la secte d'Ali y nous voul^limes savoir pour-i- 
quoi les femmes jouissaient y k Mikhr-Abad y 
d'une liberty qu'elles n'avaient pas ailleurs { 
mais nous ne pAmes avoir y kce sujet y de ri^ 

5 a 



•\ 



*' 



ay6 VOYAGE ek perse. 

*ponse, satisfaisante* On nous dit que I'tisage ^ 
datis cette contreie , dispensait les femmes de 
se Toiler dims leur maison , et mSme hors de 
chozelles-, En efiet , toxites celles que nous 
rencontrdmes dans le village let aux environs ,' 
lie portaient presque pas de voile , et ne fai- 
fiaient, en nous appercevant , aucun mouve- 
ment pour cacher leur visage. 

•Ellesnous parurent assez bien faites : nous 
en virnes mSme quelques-unes qui passeraien^ 
pour de tr^s-jolies femmes dans les contrives 
les plus favorisees de TEurope. Elles avaient 
en general les cheveux noirs on chdtains , les 
yeux bleus , le teint. blanc , et la carnation 
vive et coloree des raontagnards. 

Les hommes sont robustes et d'une assess 
belle taillej ils sont tons pa§teurs , agricul-r 
teurs et guerriers j ils appartiennent h. la tribu 
des Bakhtiaris , race de Curdes. 

Ce|:te route n'est point celle queles voya- 
geurs europeens ont p^ise. Otter s'est rendu 
de Sahaneh k Nehavend, ,et de Nehavend k 
Ispahan par Khonsar j il a ete consequemnaent 
un pen plus k T Occident. En revcnant , il a 
fait la mSme route que nous jusqu'^ Khougue : 
Ik il a pris k droite , et est venu k. Perispe ou 
Perisbe par Sari et Dizabad. 



• CHAPITRE VIII. 1i,^J 

 PletrodellaValle a eted'Amadani Ispahan 
par Sari 6u Sarou , Dizabad , Gulpaighan et 
Dehak. 

II y a , k Toccident de Mikhr-Abad, une 
montagne qui nous patut couverte de beau- 
coup plus de neige que toutes celleis que iious 
Avions vues jusqu'alors : nous la jugednfies ^tre 
k cinq pu six lieues de distance. 

Le 27 , nous eiimes douze heures et un 
quart de marche sur un terrain inegal , schis- 
teux , granitique , comme celui de la veille y 
ensuite dans une plaine arrosee et fertile. Nous 
logeSmes dans un caravanserai bati aii dessus 
de Perisp^, village assez etendu , mais en partie 
d^truit. La nuit fut bien froide , et le ciel tres- 
beau. L'elevation du sol nous parut se sou- 
tenir ; nous vJmes partout le joli rosier k 
feuilles dimples. 

Le 28 , nous marchdmes sept heures et de- 
mie. Le* terrain fut quelque terns inegal , jus*- 
qu'^ ce que nous fussions dans, la belle plaine 
de Kengaver , ou nous passdmes le reste d^ 
la journ^e. 

Le 29 , nous nous rend! mes dans sept heures 
k Sahaneh , et le lendemain 3o , dans six , au 
caravanserai de Sheherr-Nou. Le premier de- 
cembre , nous vinmes dans sept heures k 
ILermanchah , ou nous restames deux jour$ , 



278 VOYAGE EK PEESE. 

aiui de dbnner le terns k la carayanc de rein* 
placer quelques marchandises qu'elle y deyait 
laisser. 

Nous quittAmes Kermanchah le 4 d^embre^ 
et nous ybnimes dans six heures au carayan-^ 
serai bSti dans la Valine de Maliidescht. 

Le 5 9 nous nous rendimes k ^aroun*Abad , 
et le 6 au carayanserai qui se trouye au des- 
sous de Krent. 

Nous eCimes , ce joiu'-lk , pour la premi^r^ 
fois depuis que nous etions en Perse , une 
pluie tr^s - forte qui dura toute la jourm^e j 
elle Bit accompagn^e , pendant plus de deux 
heures y d'eclairs et de tonnerres qui se suc- 
c^daient dans interruption. 

Les montagnes des enyirons de Kerman* 
c^ah y ainsi que le mont Elyind et le mont 
Bissoutoun ^ ayaient fort peu de neige k leur 
sommet lorsque nous les reyimes ; mais il en 
tomba beaucoup le 6 et la nuit suiyante^^ sur 
une cime trds-i^ley^e que nous ayiona k notre 
gauche. 

Le 7 nous s^joumdmes^ et le 8 nous yin- 
znes dans douze heures k Sarpil. La carayane 
logea, comme elle put^ dans un assez mau<- 
vais carayanserai. Quant k nous ^ des Curdea 
^tant yenus nous of&ir Thospitalit^^ nous 
nous laissSmes conduire dans leur maison ^ 



CHAPITR£ Vlll* 279 

on plut6t dans leur cabane. Nbii6 y flames 
aerris par deux femmes voilefes , dnsii bieh 
que nous pourions Teap^rer : on ndil^ prb- 
cura f k tr^s-bas prix , des oeufs > des poules > 
du Iai):age , et l6 lendemain on refilsa Targeiit 
que nous ofFrimes pour notre logement ; hoiis 
lie primes faire accepter un^ pi^ce de cent 
paras ^ qu*en la donnant en paiemeftt de quel- 
ques tasses de lait que nous pirftiiee arant de 
monter k cheval. 

Le 9 j nous fiimes sLrr€tes j eh partant ^ par 
les douaniers , qiii exig^rent , cbmfne lis 
' ' avaient fkit htiit ihoiS aupar^trant j leg dfdits 
qu'ils pr^^yeiif siif les ToyagaW^ dU lio^piii 
pacha db Bagddd. La premilire! ibid § Stir iin 
seul mot t{ne h6iis avioh§ 6cHk k ee iujei k 
M. Hausseati , Varment <Jiie noWS if ibris doniie 
lui atait 6i6 r6mis ; it oh liii feVfiit bifen dit 
que les commit de ce btitSaU ^ai^iit pimxs 
pbur ne gi'^trfe pi^ cdtimtiiis &M dtdr^i dont 
notis 6iibhs pdrteufaf. Nti«il rificiliis appris 
par uiie Utir^ dfe M. Hdiis^aii j ndisr devidrii 
dohb ttotis atteiidre qu^atti r^ouf les fcontrtiis 
de SarpH ser^erit piltiS hdtiH&teil oH pliisi cir- 
cbrispefcts envers iious ,• jyxaiqti^ ,- arfiv^af a 
Bagdad y ridtis aYioris bieft plks cl^ rdd^hii^ de 
nous faire rendf e justice , que peftdant iioti^e 
sejour en Perse. Mais telle est^ ^ Tmnipiib y 



;a8o VOYAGE EN PERSE. 

rinsubordination et la cupidite des agens eloi^ 
gnes du centre dii gouvernement , qu'ils n'ont 
presque jamais egard aux ordres qu'ils re- 
(^oiyent lorsque ces ordres contrarient leiirs 
interSts. Ce n'est jamais que par la crainte 
d'un chdtiment tr^s^prochain , qu'on peUt les 
faire agir, Toutes les fois quHls peuvent se 
flatter de n'etre pas punis , ils eludent ou 
ex^cutent tr^s-mal les ordres de leurs chefs. 

Le teskere du pacha portait eqcemption pour 
nous , nos domestiques et nos effets , de toua 
droits, impdts, taxes ^ phages, etc. qui ae 
prel^yent dans sa province, Get ordre etajt 
plijlpis y et con^u de maniere k ne laisser aucune 
^mbiguit^ } n^anmoins les commis pr^text^- 
rent qu'il ne pouvait plus avoir de valeur : 
delivre , 3elon eux , pour une fois seulement , 
il nous avait dii exempter en allant en Perse ^ 
anais nop. pas k notre retour , 

Nous eiimes recours alors au firman du 
Grand^Seigneur , qui nous exemptait de m^me 
de tons droits, impots et taxes danstotite 
Tetendue de TEmpire. On nous repondit que 
de pareils ordres ^taient bons tout au plus 
P.UX enyirops de Constantinople et dans les 
ports de mer , mais qu*^ Sarpil on n'en exe- 
cutait p^§ d'autres que ceux emanes du pacha 

de la prayiftce, 



CHAPITK.E VIII. - a8l 

, Nous ii'avions plus aucune observation k 
faire j nous comptSmes onze piastres qu'on 
nous deinandait ^ en menacant les commis de 
ne pas quitter Bagdad qu'ils ne fussjent punis 
bien plus severement qu*on n'avait fait la 
premise foisr ' 

Ces debats , qui avaient dure quelques mi^ 
jiutes , furent cause que nous nous trouvdme^ 
parmi les derniers de la car a vane. 
, Xiorsque nous eiiraes fait environ deuxlieues, 
on vint nous dire de nous tenir sur nos gardes , 
parce qu'on avail apper^u des voleurs. Quel- 
ques minutes apr^s , nous vimes effectivement 
cinq ou six Curdes qui s'etaient empar^s , sur 
les derri^res , de deux chevaux charges , et 
qui bataillaient a coups de pierre ^.vec huit 
servadars , pour tdcher de les emmener. Les 
chevaux furent bientfit . repris , et les serva^ 
dars rejoignir^nt , en courant , la caravane , 
qui ne s'etait point arrStee , et qui , an lieu 
de se serrer et de marcher en bon ordre , 
avait accelere sa marche , et paraissait fuir , 
en occupant un quart de lieue d'etendue , •<juoi^ 
qu'elle n'eiit gu^re plus.de cent trenterchcr- 
vaux, 

Les voleurs, qui ne se tenaient pg^s'pou^ 
battus , nous suivaient de tr^s-pr^ , epiant 
Je moment de fowberfiur quelqu'uii'cle*npu§ 



^8a TOTAGS BK ttkSlR. 

afin de le d^pouiller ^ ou aiiQ tout au moint 
d'enlever quelque charge. 

Ce qtd est bien surprenant , et ce qui peut 
donner une idee de la poltronerie des mar-» 
cJiands dans ces conU^s j c^est que les yoleurs 
n^^taient que cinq , le p^re Agi d*environ cini- 
quante ans y et ses quatre iils dg^ de vingt k 
trente. Us etaient k la y^rit^ tr^s-grands , tr^^ 
robustes> tr^s-adroits^ maisils n'avaient d*au- 
tre arme que la massue et le bouclier ; le pdre 
seul portait un yatagan k la oeint;Dre. 

U yayait^ k la carayane^ une trentaine di^ 
l^eryadars ou yalets sans armes y cinq chefs k 
cheyal arm^s de sabres et de carabines > trbis 
ou quatre marchands peu arm^s y et quelques 
femmes qui n*avaient probablement point d'ar- 
mes ; mais not]:e domestiqiie , notre drogman 
etnous^ aurions bien d{ltsuifire pour iiae%ti*een 
juite ou terrasser cinq hommes qui se pr^sen- 
taient ayec tant de d^sayanteige. Lfe drogmait > 
jeune et fort^ ay ait tin sabre et un ftisil iinini 
de sa baion^te ; le doni^stiquef , au^sl jeuiie 
et beaucoup plus fort que 1^ drbgman, portait 
un autre fusil k baion^te j Brtigui^re y f^lfe 
et malade , n'ayait pu. se charger que d'uii 
pistolet k deux coups. 

Nous marchions y mon coH^gue et rdoi ^ 
presque toujours 4 cdt^ Tun de Tauti^e t un 



.Weul Instant ^ue nous fi!lihes s^pares ce jour'^ 
1^ 9 faillit h nous ^tre funeste. 

Comme il avait beauconp plu ^ le chemin 
^tait 9 en quelques en droits , fort raauvais ? 
souvent noiis ^tions obliges d'aller les nnH 
apr^s les autres y oil de faire des sinuosites 
qui donnaient de Tespoir dux voleurs. Dans 
cette marche irr^guli^re ^ le cheval de Bru- 
gui^re, passant sur un terrain argileux, trop 
au bord d*un endroit creus^ par les eaux, 
glissa , et s'y pr^cipita avec son cavalier, Ni 
Tun ni Tautre ne purent d'abord sereleverj ce 
qui donna le terns aux voleurs de 8*en ap- 
procher. lis ^taient sur le poiut de les saisi'r 
lorsque , aux oris d'appel que poussa Bru- 
guiere , je me retournai et youlus menacer les 
# voleurs. J'avais alors uii fusH de dhasse k detoc 
coups > un pistolet d'ar^on k deux coups que 
• je tenais devant moi sur la selle , et un petit 
pistolet de poehe que je portais k la ceinture. 
Je couchai les .voleurs en joue avec moii fctsil ^ 
pour les efFrayer et les obliger de s^eloigner , 
tandis que sept pu huit valets j de leut c6ti,^ 
engageaient ayec eux un liouyeau cbinbat k 
coups de pierre. 

Bien loin d'efFrayef les voleurs , cormitre j^ 
Tavais esper^, ils firent pleuvoir sur* ittcri tine 
grtle de pierres qvLih lan^aient ayec une forc6 



-a84 VOYAGE^ EK. PERSE. 

€^ une precision extxaordinaires . :^ je li'^tais 
qu*i quinze p^s d'cux. Atteint d'un coup k > 
]a cuisse droits , et d'un autre qui emporta 
Tin morceau de. mon habit , je poussai mon 
claeyal sur celui de ces Curdes qui m'avait 
frappe ; je fus k Tinstant sur lui , quoiqu'il se 
fiit elpigne k toutes jambes. II cherchait k se 
garantir avec son boucKer j ce qui n'empScha 
pas que je lui lachai mes deux coups de pis- 
tolets k bout touchant : ni Tun. ni Tautre ne 
partirent J lapoudre ^tait pourtantfort bonne; 
pile avait ^te renouvel^e k Kerm'anchah , et 
lapierremise^neuf. Je n'efus pas plutfit lache 
les deux detentes , que je vonlus revenir sur 
mes pas ; raais je me vis , dans un. instant , 
entoure de ceux qui , ay ant Mche Brugui^re , 
^taient venus au secours de leur camarade ; « 
lis mena^aient de m'assommer de leiirs mas- 
ques. J'allais me defaire de celui qui d'une 
main ^tait prSt k me frapper , et de Tautre 
k prendre la bride de mon cheval , quand je 
iiis atteint k la tSte de deux coups de pierre k 
la fois. Je perdis un moment conn^^issance y 
et je tombai de cheyal en tirant un coup d^ 
fiisil qui heureusement ne tua personiie , car 
faurais infailliblement ^te tue k mon tour. 

La chnte me remit j je me levai subitement, 
^t pprtai ma main au pistolet que j'avais k 1^ 



crtxi»iTKE rill. 285 

^Ceinture, mais il n'y avait point d'ennexnis 
autour de moi ; ils s'etaient jetes sur mes ar- 
mes. Je les vis prendre mon fusil et mon pis- 
tolet k deux coups y ainsi que mon bonnet y 
et s'eniuir precipitamment } ils n'ayaient pu 
s'emparer de mon cheval : ma chute et le coup 
de fusil Idche en toinbant Tayaiejit fait s'e-^ 
lancer vers 1^ caravane. 

Cepeiidant les servadars avaient relev^ Bru- 
guidre y et se disposaient k venir k mon se- 
cours : c'est sans doute k leur presence et au 
pistolet qui me restait y que je dois attribuer 
la fuitedes Curdes. Le gain qu'ils avaient fait, 
^tait de trop pen d^ valeur pour ne pas de- 
sirer encore mes depouilles. 

J'eus de la peine k joindre la caravane j j'^ 
tais convert de sang , et je boitais du premier 
coup que j'avais regu k la cuisse. Je montai 
pourtant k cheval , et je mis moi-m^me , et 
sans aucun secours , sur mes deux blessures 
de la t^te , un premier appareil au moyen d'un 
flacon d'^au de Cologne que j 'avals dans ma 
valise. 

Nous f5mes , ce jour-14 , sept lieues j nous 
yinmes loger dans le caravanserai de Khasri- 
Schirin . 

Le tti^me soir on nous remit , de la part 
dlu pacha curde qui commaade la contree 1 



a86 VOYAGE £]f rnnsE. 

me lettre pleine d'ezcusea et de complimens ^ 
0t les onze piastres qu*on avait exig^s de 
HOiis an bureau de Sarpil. Nous profitdmea 
du retour de Texpr^s pour faire part au pacha 
de ce qui venait de nous arriver ^ et pour le 
prier de vouloir bien faire arrSter les yolenrs 
que nous lui d^signions , attendu qu^ls ^talent 
bien connus des chefs de la carayane. Nous 
finissions notre lettre par lui dire que nous 
emplotrions tout le credit dont nous jouis* 
sions aupr^s de Suleyman-Pacha ^ pour tirer 
Tengean$:e de cet assassinat. 

Notre lettre fit tout I'efFet que nous pou-^ 
yions en attendre. Deux jours aprds notre ar- 
rivee k Bagdad y un officier de Suleyman vint 
Bous remettre y de la. part de son maStre y les 
armes qu'on nous avajt prises y et nous an4 
noncer remprisonnement des cinq voleurs , 
tai\t il est ais^ , dans ce pays , a ceux qui ont 
le pouYoir en main , de r^primer le brigand 
dage quand ils le yeulent. 

Nous sejournames ^ le lo ^ au oarayans^ai 
de Khasri-Schirin , aiin de laisser reposer les 
cheyaux ^ et le ii nous yinmes dans sept 
heures ^.Khamaki. 

A mesure que nous nous ^loignions des 
montagnes qui apparent la Perse de PEmpire 
pthoman y V&ir deyenait de plu& en plus tem^ 



CHAritaB VIII. 487 

p^r^ : le )Our il faisait un peu chaud ^ et I& 
aiiit nous u'eprouyioi^ pas le plus l^ger %en^ 
timent de froid. 

Nous reyimes ayec bien du plaisir les oraxi<^ 
gers et les dattiers. tsa r^colte des dattes ye- 
iiait d'etre fiiiie j elle ayait 6t6 partout tr^- 
abondante* 

. he 12 , nous ytnmes dans sept heures k 
|Lesel-Abad. Un seigneur curde ^ camp^ anx 
eny irons ^ nous enyoya ^ k Tentr^e ^e la nmt , 
deux ofEciers pour nous prier dialler le yoir, 
Jj^rugui^re s'y rendit ayec le dn^sum^fi^is 
encore trop malade pour le smyre. Ce Jti|^iMiiii 
le re^ut dans sa teste f il ^tai^ eetour^ d^une 
quarantaine de persomies , et ay ait k ses cdtea 
un Persan qiii ge disait m^decin. Apr^ qnel-^ 
4»es compHmens , et apr^s ayoir feit distri- 
bfier du ceS6 et des pipes , tons les assistans 
Hr' retir^rent , et il fut question alors de don^ 
ner son ayis sur une malacGe yen^rienne qua 
ce Curde ayait depuis son adolescence. Bjm^ 
guidre prescrivit ce qu*il crut conyenir an ma- 
lade, apr^s quoiil se retira. Demi-heureapr^ 
on yii^t nous ofirir , de la part de ce seigneur^ 
deux agneaux et quelques fruits. Nous r^pon- 
dim^s k ceU0 politesse par quelques liyres de 
Sucre et de cafe qui nous restaient. 
JuQ i3 1 nous nous rendim^ dana s^iheuses 



288 VOVAGE EIT PERSE. 

k Chereab^n , et le 14 ^ dans dix , k Bakoub^tj 
On semait partout le froment au moyen d'une 
charrue seinblable k Taraire de Provence j elle 
6tB.it f^ttelee de deux boeufs* 

Le i5 , nous partimes , k la pointe du jour, 
de Bakouba j avec un brouillard fort ^pais et 
fort humide , qui se dissipa peu k peu au lever 
du soleiK Nous passimes la Diala sur un ba- 
teau y et nous vinmes y dans six heures y nous 
reposer k tjn caravanserai n6nime Orta-Kan / 
sous en partfmes k une heure apr^s minuit, 
et vers les sept heures du matin npiis entrames 
dans Bagdad. 

Nous n'avlons pas Tintentlon de faire un 
long 6^jour dans cette ville : nos aiFections 
nous entrainaient vers notre patrie j nos fa- 
milies^ rioSs amis, nous r^lamaient j notre in- 
t^rSt hpus prescrivait de nous rendre promp- 
tenient en France ; le devoir nous appelait k 
Paris. Comment resistor k de si puissans mo- 
tifs? 

. Nous avipns bien assez vu , pour notre ins- 
truction , des contr^es qui ne sont belles que 
dans le pass^ , qui ne donnent pas grand es^ 
poir de bonheur pour I'avenir , et qui mon- 
trent , pour le present, I'esp^ce humaine sous 
Je jour le plus ,defavorable. 

Nous avion^ eu assez long«tems dqyant les 

yeux 



CHAPITRE VIII* 389 

■fi^xix le$ Turcs y les Arabes y les l^ersans y et 
les peuples opprim^s qui ydg^tent honteuse-^ . 
ment parmi eux. > 

Nous avions bien assez obaery^ jusqu'k quel 
point rhomme peu instruit , peu accoutumd 
,it r^f l^chir y abuse de tout lorsque la iiaissance 
ou une heureuse audace lui a niis eh main le 
pQUYoir . II etait te^is de nous Eloigner d'un 
pays d'orages et de tourmeiites^ etde jouir 
enfin du repos qui ^tait derenu. absolument 
H^cessaire h. Fun de nous. 
' Les maux que rhomme sensible ^prou-ye k 
ckaque pas en parcourant des contreek ou la 
tyrannie corrompt toutce qui Ten Yirozme;> oil 
le fanatisme aig^ise sans cesse sespoignards^ 
oii la force n'agit que pour d^truire^ et Ig 
crainte que pour enfbuir ou laisser perdre ; 
ces maux y dis^-je ^ ne peuyent pas Stre appr^ 
dl6s par ceux qui n'ont yu que TBurope, Ou 
qui n'ont yoyag^ que dans les.climats' oii I4 
force c^e assez ordinairement k la raison. 

Et ces maux que Tame ^prouye , le corps 
les partage bien aussi. Comment ne pas souf- 
fiir en yoyageaht daiis uii pays ou Ton n'^ 
poiir ^te que la tente pu une chambre $au6 
chemin^e et sans aucune sorte de m^ubles ^ 
pour lit qu'un tapis .ou'un mince matelas pos^ 
:iit terre > pour nourriture qu^ de$ fruits oui 
Tome FL T 



S^dt VOTJLQB SJf PERSS. 

dea vets giiossilei;s et mAl a|>prSt^s ! mi pays 
eii ran laj^ trouVe soitrent riea k manger y et 
ou Ton est oblig^ y apr^s une longue course > 
de faii'e sot^m^tnela cniisine ! duTon n'a d'au- 
tres senFiteurs que* ceux que Ton in^ne ateo 
aoi f et d'aiitFee aeo^urs y en cas d'accidexit ou 
de iwiftladie y que dux. qu'on se danne soi* 
mdkue ou qti'oai < pent esp^eif d'uii Aim qui 
IMartagctiiosp^rHs ! 

Noriia nimam^mom pas de moyens de con* 
tinuer notre route.. Nous- |>omT3ons I'evenir ^ 
^amme novti ^om a3M» y pir Kjerkouk , Mos- 
Ml ) Nisifais et Aiep> ou.ntoiifi rendre dire<i« 
> tem^it k ConstbhtmapiBii paor Mossul^ Gezireh 
et Diorliequir ; nons' pouvibns nous joihdre 
liu^ ik rate carayiuie d'Arabek. et travelrser 
aveo^agc te d^ert db^nford de FArabie. 

II "peat ehaqile am^ do Bagdad one cara>^ 
*rtoe pfdur Alep^ et une poiir Damas : quel* 
^uefolfi il eki>{»u^t deikx:poixr Alep. EUes ont 
lieu durftlit FhiTer cm ad oomnsencb^sient di^ 
priiiSettis* > 

I) pift €^otnt€ €AutepJLe'Bmde deBassora^ xxn^ 
€£Lt*a<rcule formed' Arabefe d& ia tFibttdeNdid] ; 
ils^ OMt depius trois ^ )tisqu'^ binq mSi&e cha«- 
o^^iitdMXfnilie'dtiqidnfle cents seulemeritsont 
^harg^d de inorchandises pri^ea ^ Bassosra et 
kS^djSid* Cts Aj^h&$ft€mm^ut la;riye droite 



. CHAFITEE VIII. , fl^t 

de TEuphrate jusqu*^ Hell^, d'pu ils envoient 
prendre les marcliandises de Bagdad } , de Helle 
Us se rendent a Alep par le petit desert de T A- 
rabie« Us vendent leurs chameairx; dans cette 
deriii^re ville , ne reservant que c^ qui leur est 
obsolument necessaire pour l^ur retonr. S'il 
arrive. qwUls.n^ puissi^nt pas les vendre toujs p 
lis tichent alors de prendre des.marchandises « 
etde f brmer une petite carayane pour ]^a^jr^ 
ou mSme pour Bagdad. 

Outre ces grandes caravanes ^ toute* d^ 
chameaux ( dromadaires ou chameaux a une 
bosse) , il se £&rme ^ deux ou trois fpis, paJf 
inois,.d^.petites caravanes pouxMossul, com- 
pos^es de trente ou quarante ^(es; eU^ y 
portent des marchandises qui se r^pandent de 
Ik dans jie Haut-Gurdistan •.dans T Armeiiie et 
dans toute FAsie mineure. 

II part encore chaque ann^e deux cara- 
yanea de cent cinqyante ou de deux cents 
mulets pour Cons|:^tinople j elles spnt plus 
de quatre mois en i;Qute. 

Indf^pendamment de ces moyens de trans- 
port , les ^toffes les. plus fines de I'lnd^. yjfi^ 
plus belted niousselines , les schals dp Kacher 
inire ^ les perles ^ les pierres pr^cie^ses p sont 
pr^W toujour s, envoy es k Cpna^tii^ople 
piMr,J<?«'iTfartafes , .atl:endu que les fr,4i§.,df 



2^9^ VOYAGE SK PERSE. 

_. • ' • - < ... 

transport ne sont gu^re que de cinq on six 
piastres Pocque. 

On n'exp^die jamais moins de cinq ou six 
Tartares chaque ann^e , mais il en part sou- 
Vent un bien plus grand nombre. Les voya- 
^efurs tin pen prot^g^s obtiennent assez faci- 
iement du pacha un ordre pour qu'il leur 
soit d^Uyr^ sur la route un ou plusieurs che- 
Vaui. Le voyage est d^s-lors gratuit , m€me 
en ce qui regarde la nourriture ; mais on donne 
iau Tartare'cinq ou six cents piastres , et quel- 
qiiefqis davantage , pour les soins qu'il prend , 
^t pour les gratificationrs qu'il est cens^ don- 
ner sur la route par rapport au voyageur qid 
S*eR jdint i lui. 

Apr^s nous 6tre reposes quelques jburs > 
nous r^soMmes de profiter de la premiere ca- 
rkvane qui se formerait pour Alep ou pour 
Damas , oil nous vouliotis nous rendre. Nous 
pr(^ferSmes cette route , parce qu'elle nous pa- 
i-iitJaplus cotitte, la moins fatigante et la 
moins dangereuse. Rendus sur la c6te de Sy- 
rieVnous nous flattions de pouvoir nous em- 
barqu^r pour lltalife , stir quelque navire ra- 
giisais , allemand , prussien ou danois. 

Nous rt'attendimes pas Itwig-tems : vers 
le milieti die jativier ,.il s'en forma uhe pour 
Damas. Des <^ue nous rapprlmes ^ nous nouj 



'CftAPITRB VIII. V ii^S 

ffmpTtSB&mes de traiter ayec un des chefs y 
pour qu'il nous foii'mit les chameaux doht 
nous ayions besoin. II s'obligeait de noxts f aire 
passer par Palmyre , 6t d'y sojourner , afui* de 
nous donner le terns de bieh voir les mines 
de cette viile. Tout etcdt r^gl6 et d^nitive- 
ment arr&ii dans les premiers jours dcffi^yrier ^ 
de sorte que nous n'attendions plus qiie Tordre 
de partir. ' i : ' 

Malheureusemeiit nOuis ayions ^te engages 
k traiter le janiss^ire-aga d'une maladie "yen^** 
rienne qu'il ayait deptus plus de yihgt aus > et 
contre laquelle tin grand nombre de medecins 
arabels et persans ayaient ^ehoue. La guerisoli 
^tait tr^s - ayabnc^e lorsqu'il fut questloil : ide 
notre depart. Les soins du malade deVaii^nt 
^e confies au m^decin fran9ais qui se trou- 
yaiit ^ Bajgdad j ainsi nous ne ddmtions pas 
que lemai > quelqu'iny^t^^ q^'^ ^^i nec^d^t 
au traitement que nous ayions ^tabli , et qui 
serait continue tout le terns ndcessaireiapr^s 
notre depart ; mais le malade ne jugea pas de 
xnSme. :Goinme il ayait ^t^ manqu^ pjhisienrs 
fois , il craignl^t de I'^tre encore s'il nous per^ 
dait, Cette crainte'lui fit prendre le parti do' 
nous entourer de mani^re que Ton nous fai« 
salt tou|ours espi^rer de parrir avec la cara- 
Yan^ deDamas lorsqu'elle ^tait deji bien ayanft 



&94 VOITJL&E Sir PBaft£. 

lian«- ledeseort* Nous n'apprioies oette ftift{>erv 
3ch^ie que lorsque ie jaotssaire^a^ase irit oom- 
pl^tementgiitki, 

Pehdaott qiae now^e fraitions 9 tin aiuptong^ 
latprochainearriyie de Morteza-KjdiiJUbKJiftii , 
que holis: arons dit s'Stre ^aiiy^ ieu ilussie f 
poiix^Vitier de toaiber entre les masns de son 
fr^re Mi^hemet. II avait. ji^crit de Kerkouk au 
pacha de Bagdad , pour le supplier de lui 
donuer un asyle en attendant qu'U fih sa paix 
avec son fi^re , et qu'il rentrSt dans tous ses 
droksi U disait , dans sa lettre y qu'il ayak prer 
fer^ ^'exposer 4 mlile dangers en trav^ersant 
des deserts y le pays des Lezguis et 1' Arm^ie ^ 
plutdt que de rester plus'long-temsparmi dea 
infideies. 

D^nue de tout , et ii'ayattt avec lui quedeux 
esdaves , H disait avoir ete depouill^.par des 
Curdes : tdus sies gems avaiant ete t^s oh dis^ 
pers^s.. Heureusement 11 ayait Tenoontr^ un 
anoieai. serviteur de son p^e^ qui Itu avait 
pirocur^ quelqoes Iliabiits^ trois dbeVaux el 
deux esclaives ^ et fburni les moyens de se 
rendre sur'la fronti^re de Turquie;: ; i . 

Le pacha , en donnant Tordre : quXL fAt 
fburni k cet granger tine garde i^'Jbcsa^&eup et 
les-secours dont il avait besoin pour ee irendra 
k Bagdad^ ne lui ay ait pas di^aimul^ qiie^^yi^ 



y' 



CHABITB.E Ytll* ' 2^9$ 

y ant en bonne ufitelligenoe arec leimde Pei^se , 
U. ne pourrait se refuseir de ku liyicsr aqu frdro 
^il le r^lamait , et anasitAt il i^vaitvexpi^^ nn 
Tartare en Perse , poor pi^yenir M^^iaet; de 
Oe qui se passait. ' 

Le pr^temiu MQitescaiiTait simsciit k CouJ^i 
les cohditions que ie >pacha avfiit iF.aidu.mett^ 
it sa reception , et il s'^taif remt^ en ditig^ce 
^ Bagdad , oji 11 arriva le 4 mars 1797. 
. Le paoka le ue^mt avec tons les hopnenrs 
dus au fr^re d'un souverain ; il lui fit pr^h|: 
de plusieurs ohevaiix: ide prix ; ^ - le xiayStit 
d^tnie snperbe pelifis^ ; il lui enyoya de tr^f 
ricjhes yAtemens .et une soni,nie d'(urge»ft aaseft 
considerable ; il leloge^L cheziemascof^fGnidi^ 
nn de «es principajux o£^iers , et I'admiti^ 
Son audience. avec Routes les marques d'hon^ 
neur nsit^es dans ce$ contrees. 

Quaeiques jours se pass^ent sans qxi'oii s^ 
doutitiderien 9 et sans qu'on ck^rch&X k nuire 
. k r^trangen On se plaignit pourtant de lui 
yoir a£fecter un ton de hai^teur et de dedain 
qui ne .convenait guSre k un ba^l^l^ .qu'on 
savait n'Stre que le fils d^un gouyerneur de 
proyince ^ et le iHre disgracie d'un u^yurpa- 
teUr ; ^ un homine qui yiyait aux d^pens du^ 
pacha y et a qui Ton supposait Tintention se- 
Qiite de detr dn^r M^h^met pour se mettre ki 



»■ 



sa placed Mais cette condtdte y qu'on bllmait 
parce-que la position deMorteza semblait lui*. 
prescrire Tobligation de chercher k gagner la 
coiifiance des seigneurs qui se trouvaient k 
Bagdad^ ^tait precis^ment celle qui devait 
^cartto'liessoup^ons. Ainsi, comme le pacha 
lie pouvait supposer qu'on Vett voiilu trom- 
per ^ r^jranger eiiitpu jouer son rdle jusqu*au 
retour . du courier qu'on avait envOye en 
Perse ^ ' si uh incident ne Veiit &lt 4^ouvrir 
plus tdt. 

Ali-Aga , gendre et kiaya de Suleym^m y 
pique de ce que Morteza , afFectant k son egard) 
le ra^tae orgueil y avait formellement r^fus^. 
de lux faire une visite , sous pr^texte qu'un 
hoiume de son rang n'en devait tout au plu9 
qii'au pacha; Ali-Aga , dis-je , qui croyait 
bien valoir un seigneur persan fugitif et sup^- 
pliant , €on9ut le projet de* lui faire perdre 
les bonnes grdces du pacha , en semaht quel- 
qiies soup^ons sur sa naissance. II avanga 
done hardiment , et avant d'en avoir des 
preuves , que T^trahger n'etait qu'un aven^ 
turier qu'on devait envoyer en Perse sous 
bonne escorte^ afin que M^hemet en fit jus- 
tice. 

Malheureusement pour le Persan , les per- 
quisitions qu'on fit y se trouverent confirmed ce 



CHAPITRE VIII. ^97, 

qu'on ayait aTanc^ sans le croire ; elles con- 
duisirent k d^ouvrir que le pr^tendu Mor-*- 
teza-Konli-Khan n*^tait qu*un cordonnier 
d' Amadan ^ absent depnis cinq ou six ans de 
cette ville. D^s - lors il ne fiit pas difficile au 
kiaya d*obtenir un ordre qui en joignait k toui 
les Persans qui se trouvaient k Bagdad , d'allet 
verifier hi T^tranger ^tait r^eliement celui qii'il 
se disait'^re , ou s'il n'etait qu*un aveilturier. 

Tons ceux qui avaient personnellement 
connu Morteza , se rendirent aupr^s de lui 
sans que personne le reconnftt pour tel } et , 
au contraire , plusieurs Persans n^s k Amadan 
certifi^rent Tavoir vu travailler k son etat de 
cordonnier. 

lyapr^s cela , le pacha le fit charger de 
fers le i3 du mSme mois , et conduire chez le 
janissaire-aga. II exp^dia en mSme terns un 
second courier k M^hemet. 

Nous avons vu cet homme : il avait une 
tr^s-helle tSte , une taille avantageuse , beau- 
coup d*expression dans le regard et dajis toute 
la figure : son Sge pouvait Stre d'environ qua- 
rante-cinq ans, II paraissait avoir reqa une 
l^ducation tr^s- soignee 5 il avait de I'esprit , 
et bien plus de connaissances que son premier 
^tat ne. comportait. Quoique charge de fers , 
et sur le point d'etre convaincu d'imposture , 



99S VOYAOB £K r£Rd£. 

il fiOTit^nait ce qu'il ayait ayaitc^ ayiee ifant 
d'aasiurance ; U mettait dans sa oouckkite taut 
de hauteur , <et dans ses propos tant de fierte^ 
qn'on n'osait trlop. ise livrer k Tidee que ce 
n'^tait qu'un cordonnier deguise. 

Dans un^ yisite que nous faision^ au jia«- 
nissaire-aga , celui^ci cr ut porter k son pri^ 
$onnier un coup impossible k paref. 11 se leflt 
amener y et quand Morteza fut i^n notre pr»r 
sence ^ le janissaire-aga l^iiu dit en turc , langue 
que le Persan savait tri^s-bien : a Puisque tu as 
» passe plusieurs ann^ chez les Russes , san3 
'y» doutetu as appris^ parler commeeux ; yoil4 
30 deuxmMecins de cette i^tion p raconte-leur 
3> comment tu as quitt^ Astracan pour te rendr^ 
» k Sagdad. >' Comme le Persan gardait le si- 
lence 9 nous lui adressAmes la parole en fran^ 
^ais J il pons regarda alors javeg un ajr die tne^ 
pris , et se tournant ensuite vi^rs le j^tnisaa^irer 
aga , il lui dit 2 « Peux-tu penser qu'un Mu- 
y> sul^ian apprenne la langue des iolid^lei^ f 
» Sans doute j*ai reste long-tems aveceux pour 
» soustraire ma tSte au fer d'un ennemi ^ mais 
» mon coeur etait en Perse ^ et mon aine aveo 
9> Ali et Mahomet. Disk ces iaHdeles, quelor$ 
» mSme que je saurais leur langue , ]e ne leur 
» adresserais pas la parole, ni ne daignerais 
» repondre k leurs questions : c'est as^ez qu# 



. CHASITEE Till. ' ^99 

» je m'abaisse k te parler k toi. » Sur ce le pr^ 
tendu Morteza fiit renToye dans sa prison ', 
d^oii il n*est sorti qu'au retour des couriers 
exp^^s k M^h^met. 

Suleyman ne vouiut pas punir un homme 
qii*il avait un moment trait^ avec honnenr ; 
il se contenta de lui ordonner de sortir promp- 
tem^nt de Sagdad , et de prendre le chemin 
de la Perse. 

Ces sortes d'aventixres sont devenues tr^s- 
fr^qnentes depnis que la Perse a perdu ses 
souVerains legitimes , ejt qu'elle est de terns 
en terns livr^e k Tanarchie et k tous les de- 
aordres qui en sont la suife. 



1 , 



. -e 



3od Voyage bit fekse 



... •< 

ff , I  : !■'■' . ', ' ,/i 1 ■" I '  ■"' 'J' I. -J . 



CHAPITRE IX. 

•  . . . . • . » • • » • • 

JDdpart de Bagdad par la Me&opota^ 
TJiie et la rive gauche de VEuphrate. 
Sejour prSs d^un puits. Insectes in* 
commodes. Arahes campds: Descrip" 
tion de Hit. Feuplier singulier. Pas^ 
sage dujleuve sousAnah : description 
de cette ville. Mani^re de njoyager 
des Arahes de ces contrdes. Tortua, 
de VEuphrate. 

Ij A caravane destin^e pour Damas ne fut pas 
plutdt partie , qu'il fut question d'en former 
pne seconde beaucoup plus considerable pour 
^lep. D^s que nous en fiimes instruits , nous 
traitdmes par ecrit avec xm des chefs , pour 
qu;'il nous fournit quinze chameaux dont nous 
avions besoin pour six personijes que nous 
etions. Brugui^re , trop faible encore pour 
monter \ pheval , pr^era de s'enfermer dans 
uh maphe , ^^p^ce de cage que Ton met de 
chaque c6te d'un chfameau ou d'un fort mulet, 
et ou Ton est dans tme attitude ibrt gSn^^ 



* 



X 



CHJLFITKE IX. 3oi^ 

car on ne peut y ^tre autreznent qu*accroupi« 
Un religieux napolitain , qui devait nous ser- 
vir d'interpr^te , occupa Tautre cdt^ du ma- 
phe. Le cheval de Bnigui^re fiit mont^ , tan- 
tdt par un domestique armenien pris 4 Bag- 
dad , el tant6t par un cuisinier. y^nitien qui 
retournait dans sa patrie. Un jeune Fran^ais , 
ne 4 Bagdad^ que nous amenions k Paris^ 
pour faire ses Etudes en m^decine et en chi* 
pur^e^!etait comme moi k cheval. Tons les 
<!;hameaux9 hors celui de Brugui^re> devaient 
porter nos caisses , nos efiets ^ hotre tente , 
nos provisions de bouche , nos outres , de i'a*- 
Toiae pour nos cheyaux , et un des deux do- 
mestiques. i 

Une caravane- comme la n6tre ^ compos^e 
de deiix nulle chameaux , de cent cinquante" 
Arabes^ dednquante fusiliers et d'une ving- 
taine de marchJands ou voyageurs , est lente 
^ se former , encore plus lente k se mquVoir. 
Elle devait Stre prSte k la fin de mars; ^ p^ine. 
put-elle se mettre en marche au cpmmence-r 
ment de mai. 

; .£lle!partit eniin le 2 de ce mois , et vint* 
pamper dans Tenceinte du faubourg ^ pr^ la 
porte Seheik-Marouf : elle ne #kt pas plu% 
k>iia y afin de donner le terns aux paresseux; 
de terminer leurs afiffiirt^s et 4^<fii^ leur% 



3o2 VOTAGS £K F£B.S£. 

adieox ; elle y passa le 3 ^ et fit route le 4 '^^ 
matin par la M^sopotamie. 

Nous passSmes k cdt^ de la mosqtt^e d'I-« 
mail-Moussa ^ situee k uiie lieue de Bagdad^ 
Elle est fort belle ^ et Tune des plus Tastes do 
la contr^e : on 7 remarq ue surtout deux d6me9 
fort grands y reconverts de plaques de cuivre 
bien d6r6 > et un minaret fort.^lev^^ recou-* 
vert de briques vemissees ^ de diverses cou-f 
leurs. II y a deux autres minarets qidne pa-» 
raissent pas de dehors « 
. Aprils trois heures et demie de marche j 
nous campdmes sur un tierraln inculte ^ poa-' 
Tert de chardons > de gramib^es y de Uciets et 
de mimeuses. 

' Le vent passa ^ ce |our-l^ y du nord-^t au 
sud-ouest. La chaleur fiit tr^-foi"te :et Fair uiat 
pen embrum^ y ainsi qu'il: Test toru joules ^ dana 
cette saison , avec lea vents qui sonfQeilt de lal 
par tie du sud. Le thermom^tre de Reaumur ^ 
qui n'etait, ks jours precedens, qtfi a4 ^^"^ 
gres f monta subitement k; 3o^ 

Le 5 9 nous marchdmes cinq heures dans la 
rtiSme direction que la veille , c'est-k-^ire ^ au 
nord-duest. La mating' fut fratche et calme, 
Hiais vers meftif heures le vent soufHa encoxie^ 
du sud-otle^t.'N'OUs vttnes^^'eh passant ^ dea 
ibuttes de teite* et des d^bambres qui iious.pa- 



y 



CHAPITPRE IX. 3o3 

mrent fitre les restes d'une ville pett ^tendue i 
nous la jugedmes k dix ou onze milles xiordk 
ouest de Bagdad. 

Nous ferons remarqtter que notre roote ^ 
^yaluee au moins ^ un6 lieue ou a5oa toise$ 
par heure lorsque nous faUions panie d^une 
caray ane de che vaux , ne- peut £tre ^yalu6d 
tout au plus y de Bagdad k Alep , ^'& Aena 
xnilles par heure ^ tant le chaibeau marcke 
lentement en caravati^^. 

Le 6, apr^s deux h^uiieid'de marche f nans 
quittSmes les terres d'^ilVion j le tetrain s'^- 
le^a tout k oou^ de cjuelques t^ises ^ et nous 
pr^senta du sable et du cailloutage ; nous y 
primes beducdUp d^ pfentes j uti liseron dpi*- 
neux k petites fleurs blanches et k feuiltes ve- 
lues y une palla^ie differ^nte de celle d*l&gypte, 
•et ce beau bupbtalme (i) que M. Ventenat a 
decrit et iigute dahsf 'Fonyrage que nous avons 
plusteurs fois cite. • ' '" 

Nous fimes encore daaz^ ihilli°fs en nous 
<lirigeant uu pe^- plUs^ k Touest , et nd^ 
vlnmei camper pr^ d'rai puits dont Teau. 
^tait saumfiti-e et drfsagreable k boiref, Noiis 
y restdmes huit Jouts^ poiir attendre ciriq oix 

. : ' '__ 

- " ■''■ ' L   I II I  I II P |J, i I  

( 1 } Buphtalmum fiosculosum . Deseriptidn ' du janum 



3o4 VOYAGE EN PERSE. 

^iiL. cents chameaux: qui deyaient yenir nous 
joindre. 

Nous dimes beaucoup k soui&ir tout le 

terns que nous f%imes campus autour de ce 

> 

puits> L'eaunous purgea constamment et lious 
aCiaiblit beaucoup ; elie agit sur les Arabes 
avec pre^^u'autaii tide force .quie sur nous. Le 
yent se soutint, jtujqii'au i3^ au sud*?ouest ^ 
et la chaleur devint insupportable. Le thier-^ 
mom^tre y sous la tente , monta , le 12 et le 
;i3 ,' jus(|u'4 33 degr^s , et s'y soutint une 
grande partie de la joUrn^. De petits Cri^ 
quets>,qiie nous avions remarqu^s en* arri- 
vant , . furent excessivpiment abondans ces 
jours-rl^ : la terre en ^tait pour ainsi dijr^ 
co^yertej ils ye^^ient dans notre tente , sau- 
taient sur nous par n^Uliers , nous mordaient 
quglquefois lorsque nous voulions les ^car- 
ter ^.et se pr^Qipitaientsur nos alimens ou se 
noyaient dans nos boissons. Nous les.regar- 
ditmes comme le produit d'une nuee de ces 
iusectes que nous avions yu passe;r k Bagdad 
les premiers jours d'^yi:il, et dont la plupart 
etaient tomb^s sur la yille ou s'^taient r^- 
pandus. sur les champs d'alentour. Nous en 
avons dit un mot dans le chapitre XIV du 
tome IV. 

Le soir ces petits criquets dtaient renrplacds 

par 



CtlAPI'TRB IX. ioS 

par un autre insecte nan moins incommode 
et plus d^sagr^able k Torr j il appartient au 
genre que ]*ai ^tabli > dans V Encyclop^die 
mdthodique , sous le. xioni de galdode. Les 
Arabes le regardeiit comme tr^s - vehimeux , 
et votdaient d'abord nous empficher d'y tou- 
cher. iorsquUls nous virent prendre dea pr^- 
cautTons pour n*en -^tre pas mordua , ils se 
content^rent de nous f aire une infinite d% 
contes plus effrayans. le$ uns que le^ autres'^ 
Selon eux ,* Tendroit mordu s'enfle consid^* 
rablement , noircit bientot' , et est pr6mpte- 
ment suivi de la gangrene et de la mort. 

Cette opinion est egftlement i^tablie en jfegypte 
ct au midi de la Pearse. M. Pallas rapporte plu- 

sieurs fidts dont.il dit avoir ^te t^moin , qui 

•■II • 

semblent prouver <jue Ife ienin d<^ cet insecte 
est mortel si on n*^ fiippbrte remMe k tevcisi 
II regarde Thuile et tousles corps gras c<^mme 
les meilleurs i appliqueil. - . ; - > i 

Nous tfvouero«t^*quenifetlgr^rks'serti6n dfes 
Arabes , des Egy ptiens et de tous les -habitarii 
c^e2; lesquels se tr<yfivent les gal^odes , maigr^ 
Tassertion de M;:Pla*Ms tei-^mSme j* noiis dbu- 
tjons- que ces insectels '- sdiprit aussi * venimeux 
qu*oh le dit, N'aU-on^^^^^it^iine'ieinblaMe 
r^putdtioki , en Perse ^ ail'scorpioAjf'eli Utalie^ 
jL la tak-eattulef^dan^'pr^s^ue tout 4'Oi:ient et 
Tome Vh Y 



3o6 VOYAGE EMF PEILSS. 

au mim de rEiirqpe y, aux diverses espdces d^ 
geckos > qui vi vent dans le$ maisdns ou danoi 
les yieMles. manures? En: jfegypte et ^a Cr^te^ • 
}es scmque&ne ^ont-ils pas ^galementr^arde$ 
cpmmey^fiiraeux?. <» 

.. I^ouStatYona trouve le gal^ode fort cdmmtm 
en Perse , dans le desert de la Mespppt;^mi9 
^ef dai^St celui de I'Arabie ; toiis les soirs U 
ooiimit^sip* aovs , sftr po^s. efiets > slir notre 
table f, ^t nos li(6| ^^[y^g. la^ plus, gtan^e^c^^ 
l^ritaj^s^ndjai^If js^'arrStor. : ;peT!|oppe n^a ^ti4 
inordiUs/et,nou6 p-^yous; jdmftiSipitiirQCuelUir 
un fak^bien consijat^^ <pu proiiy^t (pie cet iar 
secta e^t aussi dangereux qiii^on leditt : 
. La jiflpr^^re dugali^dw^ doit Stre sans dout^ 
{ort^^9ii\onrevse y, ^, en.ji^^T par les dawi 
iWtes purees .d^t^j^qiu>he eat aripa^^i tpai^ 
efi^;^il bien c^rt^rii^. qi^e ,cotte morsiuTQ soit 
gecanip«gii^ dV?^ i&pai^pb^mept de venin ^ 
comme dans les yipdres ? L'inspecf^ion. d^ 
][i^r bpnche de. Vemm^ ^c^l^lo xif^ pas le 
prouyer.. -. • ■/.. . , ,-.'1..:? ' , ■. ^ . '•. \ 
Get insecte se 414^ r%^^^ Qfdme^r^metkX 
durant le, jour , et* ,|<e sfi^t grt^re que. ia nuit. 
II pajrait , cju'U eqt 4tt|r4.par la clart^^ dnn^ 
bO'tigie pw d'wfl^ tefe^^^ett^ ailuroee.^ csrf c!^tait 
plti^ p^f ti^uli^^^mm!^ 4a»s notre tetite , . la 
96ul(^ )(liai i'U «clftJLpe9.>. qi|#>c^dieajr> les .ga* 

y , .. . '\ 



/ 



Ixodes. Nous en vime§ mtx^s 4ans' la suite :,, 
parce que nous n^ev^ps ;|)fljy^ be^Q^ (ie lun 

L'^p^ce^qtii contiadt ^vep 1q pkis4e ii6\eant64 
et qui se mdutrai^ 1^ pluaCbriiiiHlnemeiit {ph 
42 ,fig., 3 ) J pWaJt-deyqi^ fiQ r&pporten i oelld 
^tie P^Uas It qbsef y^ aU nard de la Gas^xi^aK^ 
et qu!il a deqrite so\i§ le jnqm dLj^phaJxmgiAmi 
ar^^oides (i). Xic^ pities sont tre^-Jtoi^e^^i 
^t lout |e corps esjt .vehi^ d*une oquibuB kexb^^ 
drie, un peu rou8se^ti;e j jj^fjfi^^dibulrf^ ^%. afi 
nout eQti6j:em^nt c]lj/?esy>ejt i^ai^^ de.forles 

,No4iseit primes u^ »^fti^p^pj|qft,(/?/^ 4b;jr 

^g. 4)y quisepresent^ji?n^nsfrequbn!Q^ 
et qui courait avec bleu moins de .^i!^tk:&ci 
CeS^Srfii fki ^* pftttlB^ lMS»;fplln^l«l: fqi« pfos 

Ifi^F, que cq1<4 d^j 1#i p|:'^^n{e>{ cmaifcrsesr 
Bo^diib^^a (<z) 90P&d*iw J*9tfgeriertijigiii&ux^. 
elles sont moins denizes , et on remarque au 
c6t^ interne de la pi^ce sup^rieure , un cro- 



^ ;:^ 



I ' <  !  I m '  " I'* I *■■*» 



(1) Spicilegia. Zoology Faiicic. ^ y pag: S^^ ttilj'; 3^^ 
£g^ ^.^ 8.at.9* '•• ••'• ' (• ) 

(2) \(^aieoi£^i araneoides/ chelU dentaii^ y viiiosi^'^\ 

Jn«kcts8| torn. yi|pag/£8o^ ft'', i* ^ . 

V5^ 



\ 



5a^ VOY^'A^Gfe EK P'ifiRSE. 

ahet arcjue ^ reccmi^b^ > lUbbile ^ qui manqtife^ 
au^galedde aran^oi'iie (i)* . • . 

Nous ytmes aussi , aux environs de notre 
tente 5 d&itx ^LUti"^ gal^odes qui. o^t^ni exb- 
thy^t).^' peu de difiP^rienic^ ^i et qtii> piotrt-raienir 
bj^ y ' coimne l^S' dem >pr€cM€^^s ,• n'&tfe 
pas:dWc(Ki€^p^C6sy^iiiaIdf les deux §e^^faf He 1^' 
flpSme'^iif^e. L'uti^X/^/; 41 ^^. 5 )^ d le ocirps 
tr^s-!^ry les pattes cbut^tes '^ • values ^ et un^ 
Quodiet'dbque ^^ r^6oxLrh6'f mobile A Ik -{/anjld») 
i^iteri^^s inaiidfttilfes fi); ' - '; '••• 1- ^ ^ 
c I/aiide (j^A 4fey^:*^i nqui efet- idvidem^" 
, ment une femelle ^ a les pattes tr^s-tsourtes •/ 
KdiieV v)a;:'fe[edf^4\Sti^^ ^- ^Hbti^^^fiP; ses 
]piuuiib«de$ s^t iteifff^^d et ssLtiB^^i^bm la^^ 

tou» i«'jt>urftl^ie?^G'tatit de Ibitey Ique^nfiftfs^ 
9e^.p£mes ni q^tceri^ l^hte> ni'fair^de ct&^ 

fl^Meti;^)£ia*«i&faGdeur:«'^taitip€U auissi grange' t|ue^ 

... ... '.i-t ' i\ "■ '•• » ■'■•i''<'\ "^'-i 

i ;j '^ I ' { t . . ; ! 1 ' I ' ;>. r ...... ) . . . i - 1 .m . . ; 

^'.V'.-o J lit ,.'■ . • '^'- • '• ' } /.. '^ • 'ji' '-hii ' ■:. * 

(1} Gateodes pkalangium ^ chelis unidentatis , man» 
^tbiilis dehte laterdti drcuato y erecto \ mbbiU'^ eorpore 
cijfereq ^ rufescente. P/..4s^.jJ^* 4» ' ^ = . 

(2) Galeodes melanus, chelis unidentati^ ,' mandituy' - 
Ifs'deHifi laidrali arcuaio ycoqf'oreatro, FL\i\!L,.figi.5^. 

>0^GtLkQdes Arabs ^ cheliA dentaiis, villous) ped^til^' 
hrevioribus^ eorpore afro. JPL \^ijig' 6% •  



CHAPIT&:£ IX» - I99 

|es jours pr^^ens^ n^anmoina le.thennaT 
m^tre marqua encore 3o degr^« . ' 

Le i5 ^ nous continudmes notre route ^^jt 
marchdmes deux heures et demie sur'un:ter^ 
tain un peu inegal , tout ibrm^ de caiUoutage. 
Kouscampdmes pr^sd'un puits dontreau^tait 
presqu'aussi mauvaise que celle du premieir. > 

Le 16^ nous nous dirigedmes Ji Touest ^ 
comme le jour prudent. Apr^s; avoir |ait 
environ neuf miiles j nous apper^ftnjies I'J^u^ 
phrate dans le lomtain j et nous campimes k 
peu de distance d'un ancien canal. Le teirraid 
au-del^ du iieuve paraissait coup^ et un pei» 
|>lus ^lev^ que nous ; noui^ T^valudmesr^ $^pt 
ou huit miiles de distance. • »f ,« 

; Des Arabes campus aux environs vinr^nt 
of&ir k la caravane> dulait^i du beurre et du 
fromage. ' -t . , 

Nous passdmes deux j otirs dans C^t end^oit ^ 
jK>ur attendre quelques balles de m^ch^BTr* 
discs qui ^aient rest^s k Bagdad ; et qu'on 
.n'avait pu transporter iusqu'alors faute d^ 
xhaineatix ; elles arriy^ex^t 1^ ;l& au soir , et 
}e 19 nous cojitinudiues^natre route ^^t ilm^^ 
environ neuf miiles^ , { 

' t Le 20 y nous en flxneahuit^ et campdmes k 
deeii-lieue d*un ancien canal. 

L^ oil iinissent les terres d'alluvion ^ et oil 



8lO VOIfJtOE EK PERSB.^ 

tommeiice cette partie'de la M^sopotamie qiie 
nous avons dit former la troisi^me z6ne , 
ITluphrate coule dans iine vallee qu'il paralt 
avoir treai&ie ponr y asseoir son lit. EUe «8t 
d'abok^d assez large , mais elle se ritr^cit k 
ihestire qn'on remonte le fletive ; elle n*a plus 
^Are que. quatre ou cinq milles de largeur en 
epprdchaht de Hit. ' / 

Cette vallee est couverte partout d*une terrc^ 
grasse, tr^s-^feitile , provenant du limon que 
le fleiivB y a depose. Au-deli , les terras soiit , 
fcomme nous Tavons dit ailleurs , st^riles on 
j)oint'dik tout prc^^res ^ la culture j elles son* 
^eu campactes , pen profondes , blanchdtres , 
fortementchargee&de s^lenite^ et elles posent, 
presque "^partout , stir du gypse, Le sol est en 
^^n^ral aissez unij il ne pr^sente ni monta^ 
gnes ni coUines , k moins qu'on ne «e trouve 
dans la rallee du fleuve j car alot^s on croit 
iStre ehtt*e deux coteaux ou deux coUines pa- 
i^llSles. Au teste j ces deserts nfe sont pas as- 
's^z st^riles p<!)ur qu'ori n*y trouvfe beaucpup 
de plantes . II y croit des grkrnin^e^ , des char- 
'dons , et surtout beaucoup de plantes grasses, 
telles que des sondes^ des salicornes. 
' ILe 2.iy nous marchdnies cinq heures sur la 
lisi^re du desert , et vtnmes camper k une 
demi-lieue de rEuphrate , pr^s d'uii bois d6 



I 



CHAPITRZ IX. r 3lE 

. tamaris : c'est le mSme que noua i^vidns va 
/ en £gypte ; il s'el^ve en arbre f et iait «n asse^ 

]oli e£Eet. A peu de distance denoua etak tuie 
prairie naturelle , J^iliaiiye de mille fiears. : 
nous n'y trouv^mes pourtant pas beoucoup 
de planted qui puasent ncms interesaer i : le de** 
sert etait pour nous haen plus ridiie que la 
vall^ arros^e par le fieuye. 
. Nous a^oumainee en cet emlrbit le 22 et 
le 23 1 parce que la acheik de la caramne s'e^ 
tait absoite depuis le 21 ^ pour aller acl^ter 
quelquea chamea^ux dout on ayait be80in> pouc 
le transport de I'eau* Npus profit&mes de oetter 
circonstanoe pour aller yoir ime Iiorde' d'Av 
rabes soumis au padia de Bagdad y dm se 
trouTait c^Lmp^ aux* environs. . . 

Elle n'etait gu^re qu'A demi-Heue. En nolis 
ayangant ^ nous distingu&me^ ^ a, sa g^ aiiidenr ^ 
la teiite du scheik y et nous y Hhnes droit. Pes 
^erviteurs se pr^sentereat k Tentr^ , pour 
prendre nos cheyaux et en ayoir soin. La 
tente etait fort ^adsuse y et faite d*tine grosse 
toUede laine noire ; eileetadt ouyerte au nord| 
et reley^ de trois ou quatre pieds k ?Qrient 
et k rocoident. Les femmes se troavaient du 
cdit^'du midi ; vjse dloison ies s^parait du teste 
de la tente : le scheik ^tait assis isur un tapi^» 
pv^s d'un pilier qui la soutenaitf iiayait der- 



•^ 



ff 



3ia VOYAG.S: ffJT PBRSE.^^ 

ridre luif tout pr^ de la cloison ^ sa jument,^ 
sa lance et quejques hamols. 
' Noiis le salulbies en entrant : il nous rendit • 
sans se d^ranger , le salut ^ et nous in vita k 
nous asseoir sur les tapis qu'on ayait ^tendus 
pour nous vers Ten'tree de la tente. Assis y 
nous nous saludmes une seconde fbis* Apr^s. 
uh instant de silence y un Arabe qui nous ac« 
compagnait^ ayant annonc^ qui nous ^tions , 
le scheik nous salua de nouveau ^ et se dis« 
posa ^.nous receyoir avec tons les honneurs 
qii*il croyait nous devoir. Un mot^ qu'il fit 
passer dans le harem y mit toutes les femmes 
sur pied. Elles nous enyoyerent d!abord un 
grand j)Ot de l^t de brebis qu*on yenait de 
traire, et bientdt apr^s des pipes. Cependant 
elles allumdrent du feu y r6tirent du cafe , 
firentdupain^ ^gorg^rentet mirent en pieces 
un jeune mouton pour .nous donner k diner. 

Le ca£^ ne se fit pas long - terns attendre ^ 
mais le diner ne put ^tre.de si-t6t prSt. . 

Pendant qu'on y travaUlait , les vieillards 
de la horde yinreht successivement dans la 
tente ; ils s*y tfouv^rent r^unis^ au bout d'un 
quart - df heore y au Jioznbre de dik - limit oti 
yingt.. Ds ' portaient une longue * biarbe j- ils 
avaient plusieurs schals de toile de coton au-^ 
tour de la tStp , uu anteri croise qui descen- 



CHAFITRE IX. 3^3 

dait au dessous du gras de jambe y et leur 
habba par-dessu$ 5 les pieds ^talent nus ^ ainsi 
que les bras. Ceux-ci auraient pu'dtre cou- 
yerts par les manches de la chemise y qui 
^talent fort larges j mais elles ^taient replies 
poxnr laisser les bras libres. lis aVaient leur 
cangeard k la ceinture , et leur longue pipe k 
la main. Nous jugedmes qu'ils avaient fait toI<* 
lette k n,otre occasion , avant de se presenter 
cbez le scheik. 

En entrant , ils salu^rent , et fureiit be pla* 
cer sur les deux faces de la tente , qui se trou- 
yaient relev^es ^ ainsi que nous Tavons dit ; 
ils salu^rent de nouveau lorsqu'ils furent assis, 
en s'adressant d'abord au scjieik , et ensliitc^ 
k nous J ils parl^rent fort peu , firent d» tems 
en tems , et en peu de mots , Teloge du piacha , 
remerci^rent plu^ieurs fois Dieu et Mahomet 
de ce que sa sant^ etait entierement retablie j 
ils demand^rent plusieurs fois si nous nous 
portions bien^ si nous resterions long- tems k 
Alep^ si nous trouverions facilement les re* 
m^des dont le pacha ay ait besoin. ^ 

Ces derni^res questions nous furent feites 

parce qu'on nous regardait y dans la caravane ^ 

comme les hakims - baschis ou medecins en 

.ohef de Suleyman-Pacha , et qu'on crdyait 

que nous ne nous rendions k Alep que pour 



Sl4 VOY.AGE !»- PERSE. 

prendre diy^rses drogues europ^ennes dont il 
<ivait besoin pour sa sant^. 
. Lorsque nous eiimes pass^ deux heures eii-» 
tiron avec eux , on nous servit pour diner 
un pilau foJt copieux de riz et de viande , 
une sorte d'^tuyee de moutbn coup^ en mor- 
eeaux^ et fort bien apprSt^e j un plat de fort 
bonnes dattes , du pain tout chaud qui venait 
d'etre cuit sous la cendre , un vase d*eauj^ et 
quelques cuillers de bois , le tout stir un cuir 
rond d*un pied et demi de diam^tre y qu'on 
ayait etendu sur un des tapis. 

Xie repas iie fut pas long : nons mangeSmes 
peu ^ ne parldmes point , et port4mes nos 
mains aux plats , afin de nous conformer en- 
tierepient k I'usage du pays. Lorsque nous 
eiimes iini y on vint nous pr^enter de Teaxi^ 
et un linge , pour layer et essuyer nos mains 
^t notre bouche. On aervit du caiS et des pipes^ 
et nous •nou:^ r^tirdmes bientdt apr^; - 
* he soir nous envoySmes au scheik quelques 
livres de caf!^ et de sucre > qui parurent iui 
f aire grand plaisir. ^: 
: Gette horde n'etait pas bien nombreuse ni 
bien riche. Nous comptftmes tout au plus une: 
trentaine de tentes > et nous ne yimes pas 
d'autre b^tail que des moutons. A peine poiat* 
yait^ellje. naettre sur pied cinquante hoxnmes^ 



/ 



CHAPITKS IX. 8l5 

tii^itsa: de maniet la lance , et parnii eux 
quinze ou vingt cavaliers months. Elle ap- 
particTit k la tribu de Beni-Lam , qui occupe/ 
Hne assez grande etendue dans la partie d^-« 
serte de* la Mesopotamie ^ et qui s'ayance 
m&nesur la gauche du Tigre. 

Le a4 y nous marchames trois heures , et I0 
a5 trois heures et demie. Nous ^tions h peu 
/ de distance de la plaine qui s'etend du desert 
jusqu'au fleuve ; elle a , de ce c6te , tantot 
plus , tantfit mbins d'une lieue. Nous y apper* 
grimes les restes d'un ancien canal fort large, 
que nou^ jugedmes Stre le mSme que celui des 
jours precedens. Comme nous le perdJmes de 
vue , et;que njous ne le retfburames plud les 
fours suivans , nous di!^mes pr&umer qn'il ne 
^'avangait pas jusqu'^ Hit. 
^; Le fleuve, que. nous dislinguions fort hien 
du ten^ain xin peii^ ^lev^ sur leqiiel nous mar- 
chions y se divis6 ici , et forme une ile assez 
'^lendue. 

.' Lbrsqu'il fut question de camper , nous des- 
cendimes dans la plaine par lui endroit 01& 
Ton a exploite autrefois du tr^s-beau gypse, 
^t nous nous arrdtSmcsS A tin quart de lieue de 
TEuphrate , et ^ une lieue et demie de Hit. 
- Nous alvons eu souvent occasion de remar- 
quer que ia pierre k pl&tre se trouve presque 



3l<5 VOYAG1E Sir P£KS£. 

partout , k pen de profofadeiir , daoB tante }^ 
partie inculte de la Mesopotamie ,- que nous 
avons placee dans la troisi^me z6nel , ainsi 
que dans toute celle que nous avons traver- 
see k Toccident de l^uphrate. Cela expKque 
pourquoi tous les puits du desert sonL sales' 
ou samnStres. 

Hit ^ ou nous nous rendimes ^ dans la soi- 
ree y avec quelques inarchands de lacara^sane^ 
n*6St pas aussi considerable qu'il parait rayoiir 
ete autrefois. Situe sur une Eminence en forme' 
de calotte y au bord occidental du fleikye ^ on 
Yoit qu'il s'etendait considerablement autour 
de cette Eminence ^ et on juge qu^il a ^te r^- 
duit k Tetftt ou il est Ibrsque ^ ^ la suite des 
guerres que les Musulmans se fireht entre 
eux, la plupart des viUes de ces contrees dis- 
parurent ou furent tr^s-endommag^e&. On y 
compte k peine au^ourd'kui mille' habitans^ 
tous Arabes domicili^s et cultiyateurs < Ses meoM 
sons 5 chetives et de mince apparence , n'ont 
gu^re que le rez de chaussee j elles sont bdties 
e;n cailloux lies entr!eux avec de la terre. 

Nous vlmes peu de dattiers dan^ le terri- 
toire de cette ville,maisbeaticoupde champs., 
sur Tune et Tautre rive du fleuve i destines 
aux plantes c^reales et A quelques plantes po- 
tag^res. Les orges etaient moissonh^s depuis 



CHAPITK£ IX« 3l^ 

phis de dik jours , et les fromens ^talent xnfiTs : 
liommes et femmes etaient occup^ k les coii^ 
per et k les battre aiyec le fleau. . 
. Les terres sont arros^s au moyen d'une 
tr^s^grande roue que reau du fleuve mdt en 
mouvement. On y yoittles godets de distance 
en. distance J qui puisent Teaii ^ et la yersent^ 
klsi partie sup^rieure ^ dans iln aqueduc qui 
la pbrte dans les champs, 
r II y a 9 sur le fleuye.^ un grand bacq destin^ 
jiL passer les habitans de Tune k Tautre riye. . 
r • Les femmes de Hit y ont puiser de Teau k 
FEuphrate ayec des cruches de paille ou de 
jonc enduites de bitume ; elles n'en out pas 
d'autres dans leur manage : ces cruches du-« 
rent tr^s-long- terns ^ et elles conseryent bien 
les liqueurs qu'on y met. 
; Lie y^ment de toutes les femmes*que nous 
aVottS rencontri^es y tant k ]a yille qu'k lacaih- 
paghe y consistait en nne chemise bleu6 qui 
descendait au dessous des genoux y 'et en un 
Toife hlanc qid l^r couyrait le dessiis de la 
tftbe>^ le menton et la bouche , et leur laissait 
k d^bouyert le reste du yisage ; il passait au<» 
toxLV, du cou y ^talit. arrSt^ en arri^re . ayec un^ 
longue epingle , et descendait jusqu'au milieu 
du.corps. -; 

Le yStement ordinaire des hpnmies est ^u^\ 



r 



.J 



3l8 VOYAGE B]V FEB.se. 

simple que celui des femmes. L'^t^ y ils ont 
Hue chemise blanche de toile de colon ^ qu'iU 
retroussent jusqu^^ mi^cuisae ^ et un schal au-^ 
tour de la tSte. L'hiver, ils portent un surtout 
qui, descend jusqu'augra&dejambe, etrndme 
un peu phis bas. Daias leurparure^ ils met'f 
tent rhabba' au desfius des autres ydtezo&jis.! « > 

1m 2.6 J nous continudmes notre route y et 
vimes , a une lieue au-del^ de Hit ^ et. k uai 
quart ' de lieue du fleuve , lin terrain, ou se 
trouyait du bitume ^emblable A. celui que Fob 
retire en ) abondance de&- ienvirons de cette 
Tiile : nous rentrimes , apr^s cela , dans Id 
desert ^> et nous vinmes camp^^ ensizite k deui| 
eents pa8>du ileuve ^ apr^ avoir fait enririroA 
doiizeimiUes. •. > , " •  

Le 27, nous march^mes pendant troifiheuredi 
etdemie , et noiis campdmes ptes d'uiicotdau^ 
k base g^'p^euse. Leierrain du desertdevenaiA 
de plu56 eb plus illegal , et la vallee^de TEuh 
phrate plus etroite et pius^profondeL h . > 

lA ctS y nous marchelmeB deux heures dknir 
lavallee^ et nous nous aridt&mes au bas ^^uit 
ooteau calqaird qui resserre I'Euphrate de ce 
c^t^. Nous, vimes ,> ce jouislk y pour la pre« 
mi^refois^ un tr^fr-beau peupl^ inccmnu aum 
botanistes. Nous Tavons repr^sent^ {^pliJfiieib 



CHAPITRE IX. 5l9 

II forme , en quelques endroiU > des buis«- 
8ons fort serr^s y qu*on prendrait pout des 
6au]es 8i on ne remarqiiait par mi euk des ar^ 
bres qui s'^lancent ei^utant que nbs *peuplier$ 
d'Europe j et qui prennent y en se ddyelop«> 
pant y des feuilles qui ne resaemblent plus aux 

premieres. Les unes \pl- 4^ y fig* ^ ) ^^^^ 
entid[re$^ oUongues,^ ^troites > un peu pain- 
tues par les deux bouts y avec un petiole asseK 
court. A mesure que Parbre s'^ldve y les ieuil- 
les (^/. 4^ $fis* ^ )' deviennent de plus en 
plus larges ; leur p^ole s^alonge ^ et le bord 
^st plus ou moins sinueux ou dente« Enfin > 
les feuille^ y dans Tarbre ( pL 4^)9 ^oii\ delh 
to'ides^ ayec le bord dent^ dans quelqiies-une^^ 
sinu^ dans d'aiitres y et entier dans le plus petit 
nombre. 

Le fruit est une capsule A trois yalyes y qui 
parait nWoir point de loges ou cloisons in>- 
t^rieures. Les gra&ies y sont tr^ *- petiies >^ 
oTales > un peu aplaties > entourees k leur 
base d^im duTet catoneux qui se prolongs et 
fempUt tout rint^iieur de la capsule} eUeis 
^talent miires k la fin de mai (i). . 

Le *29 y noua ' marohdjnes neuf beures sur 

^ . ' •  « t 

(i) Popuhis euphf atica , yb/zVf dehoidibui ^ iirtuUtls 



326 VOYJLGB EK PERSE. 

un terrain tr^s ^ inegal ; nous Y!mc$ partottt 
du tf^s * beau gypse ^ semblable k celtii que 
Toji exploite aux environs de Mossul. Nous 
trouydmes beaucoup de plantes rares , un ca- 
prier. ^ ieuilles rCotoneuses ^ ime esp^ce de 
pastel : Tarmoise ou absynthe odorante du 
desert <^tait partout trSs^-abondante. 

Le3o 9 le gypse fut remplac^ par de la pierre 
calcaire^ cretac^e ettendre. Apr^s quatre heu- 
res de marche , nous rious rapprocMmes du 
ileuve ^ et.campSmes k cent pas de distance. 

Le 3x y nous march&mes cinq heures moins 
•un quart sur des coteaux calcaires y cr^tac^s > 
qui s'ayan^aient jusqu'atiborddereau : apr^ 
les avoir d^pass^s y nous entrdmes, dans une 
plaine assez etendue y inculte y et nous cam* 
pSmes k trois cents pas du fleuve. . 

Le premier de juin y nous trayersdmes un 
autre coteau semblslble k ceux de la. veille y 
et nous campdmes y aprds quatre heures de' 
marche 9 k un quart de lieue du ileuve. N6us 
yimes quelques cultures sur ses bords. Les 
fromens n '^taient pas si avanc^s qu'^ Hit ; 
k peine coinmen^ait-on k les. couper. 

Le 2 ^ nous ne iimes que cinq milles ; nous 
campdmes au bord mSme de I'Euphrate ; il 
^tait , en cet cndroit , large , profond et tran- 
quille. On fit yenk d^nX grands bateaux de 

Anah^ 



/ 



I 

CHAPIlTllB IX* ' Sal' 

r 

'Anah , dont nous n'^fdons ^loign^s que ae 
deux lieues ^ et le 3 la caravane commenga 
k traverser le fieuve : dix jours fiirent em- 
ployes k cette operation. 

Le 8 , nou^ alMmes passer toiite la journ^e 
k Anah. Cette ville est Mtie eii plaine^ sur 
la rive droite ou occidentale du fleuve; On 
B*y voitqu^une seule rue de cinq ou six milleft 
>de long. Les maisons qui se trouvent de cha- 
qjae cdte^ sont p6ur la plupaxt Isoldes et dis- 
tantes de quelques pas Tune de Fautre. Toutes 
ont, sur leur derri^re , un champ kcultivftr, 
plus ou moins large ^ plus ou moins long j 
suivant que les maisons voisine's sont plus 
diBtantes, et qu'elles se trouvent k la partie^ 
orientale ou k la partie occidentale. Du cdt^ 
de la M^sopotamie , il n'y a pas cinquante 
, toises des maisons au fleuve ; du c6te de TA- 
rabie , il y a trois ou quatre cents pas de dis- 
tance des maisons k la roche caicaire qui ter- 
mine la plaine ^ et ou commence le desert.. 
( Ana)i est beaucoup mieux bdti que Hit; 
les inaisons sont en ma^onnerie ^ et ont pres- 
que toutes un oudeux Stages. Nous n'avons 
pu, savoir quel est le nombre des habitans qui 
se trouvent encore en cette ville' , mais nou$ 
ne Tavons pas ^valu^ k plus de trois mille. 
EUe se depeuple ^ nous a*t«-on dit ^ tons les 
Tome FL X 



et qu'ellip^ae ^wr^t r^ftisjter seijl? au)Ourd'W 
^ijKit^F^feQS ^^ ^§gr?,:qwiyi«n4raient Tatta- 
quer. Elle n'a ni rei^/Eii'i^ ni aucup^s ibrti£^ 
-Catipnf >; e$ e9t:, spyiaisc^ 4 ^oi ^mir ^^ prince 
^^mh^ (iw d^p^iii4 d* p^cbft 4e B*gda4 , ^t qui 
.n*a |]m Yingt-cinq hoJittmcis 4 son aetvice. 

Avx dffu^ tl^r9 (i'ApdJbi oxi voil 9 au mi- 
lieu dla fleuve 9 ui}i^ tie asaest etendue. ^ sur 1»- 
-quelb OA remarq^ l^a vuines. d'une iarteresse 
que les. iirecs avai^nt &it bdlir ^ que JuUen 
iit daruixe , que ks Arabea avaient re^ons^ 
.truke f et qui a ehk d^tfuite de noureau. £lle 
^it yerfi Vexti^iuite a^ptentrionale de Tile : 
plus loiii 9 £1 y a quelquea irochers qu Slots qui 
a'^I^rent.^ quelques toiisas au desaus die I'eau. 

Le fleuve est ti^a-reissteTr^ et tr^STra{)ide da- 
vaiit cetts viUe. IsO. roche caicaire , du cot^de la 
M^sopotapiie , s'avance puaqu'au bopikiereau. 
On Tojbt une autre Golliue calcaire : du <:&%6 die 
rArabie^paralldle.et.se]hbkb}e k la premiere; 
axiais en^vant onapper^oitune lisidre de terrain 
ou i^e petite plaine surlaquelie la villeest bd- 
tie.^ etoii aout ies jardixis et les champs culti- 
v^s y que nous avons dit dtre contigus aux 
juaisoiLSi. C^tte lisi^re est heaucoup pl»s haiUe 
que ie ileure > et n'est point expoaee k dtre 
Jjiondde J mdme dans les plus fortes .crQies. 



/ 



Le$ champs at les jpxdins d'Aiiah sont de$-i 
tines ^ux plantes oer^ales et aux pla^itds po- 
tag^res ' : On y coup^t les froj^^;ns tprsquQ . 
ipiQus y p$3sfdmes, 0^ y cultive atissi des dat- 
tiers , ;des figyiel-s > dds al>ricotiers , ^es - gi*^-. 
Iits^diers ^ quelquea pmrders , et ibi^t pbu d^'CH 
raiiger^^ Qn y introduit Vcau , conuv^. k Hit ,. 
eu moyen de grandea roues k godets. , plactes^ 
surle bord du fleuve. , . 

Les femmes d'Anisdi portentunegrtodech^ 
mise blanch^ ou bleua , et une robe longue 
k manches par-deasus. Elles ont une esp^ce- 
de.Yoile blanc decotqn > qui Vavariceixn peu 
au-devaotdelat^tej vient couvrir la boucKe^ 
Ip menton^ uiie partie des joues j fait le tour 
du con , et va pendxe derri&'e les ^paules. 
EUes ont presque toutea iin grand anneau 
d'or entri^ les deux ]!iarine$^ et deis mouche-r 
turea bleujdtres sur le visage j du reste^ elles 
aont tr^s^bien faitef j leur £gxure est fortbruiue^ 
n^iais leurs tf ^ts sont a$a^ jr^gulieris. 

Tout le terns que nous fiimes catnpes sur 
lea. boi-ds de PEuphrat^ , iious vSmes passer 
au iniliei;i du fl^iwe de3 farjaiites «rabea qui 
aliai^^t faire leur moisaqpa. hem^i^ h^iemme 
et les enfan$ ^taient f^ppt^y^ sur/dcfs. outres 
cqifl^es ^ et se lai,ssaienta«ipoi?te3f paa?le coii- 
ranti ila n?tg€§iW?i< 4«8 pi«ds etd^Vwi^ qu 

X2 



324 VOYAGSEK PEASE. 

Fautre main lorsqu'ils voulaient accel^ref letir 
marche , ou se diriger k droitfe ou k gauche. 
Les enfans ^ lamamelle > et ceux (|ui n'ayaient 
pas encore la force et Tadresse dialler setds , 
^tai^nt lies sur les ^paules de la femme cm sur 
ceDes d^ Thomme. Ntfus avons vu jusqu'^ 
sept enfans sidvre de cette maniere lettrs pa- 
rens. Les provisions pour le voyage ^taient 
enferm^es dans Tune des outres , et les v^te- 
mens ^taient lies autour de la t^te. 
^ C'^tait ainsi qn'on nous apportait chaqiie 
jour des provisions de la ville. Comrae nous^ 
en ^tions k deux li? ues , et qu^il eAt ete trop» 
fatigant de venir a pied ^ des hommes rem- 
pliss^ent k moiti^ une ou plusieurs outres , 
d'abricpts , de beurre , de fromage et mSme 
depain J iis les enflaient bien ^ se; mettaieht 
sur rune d'elles , et nageaient jusqu*4 nous : 
il ne leur fallait pas une Heure pour faire ces 
d^ux lieues. Lorsque les provisions ^talent 
vendues, ils retouxnaient k pied avec ieiirs 
cmtres vides. 

Les Arabes domicili^s de ces contrees ne 
cbimaissent pas d'autre 'maniere de Voyager ;' 
lorsqulW veulent se tranisporter k Hit , k Hell^ 
etk Bagdsid. En arrivartt dans cette derni^re 
ville V dbnt ils Ise sOnt rapproches par TEu- • 
phrate le jdus qulls ont pu , et oii ils Se 3bnt' 



CHAPITRE IXr 3^5 

rendus enstdte i pied , ils vendent leurs outres 
a cinquante ou k 8oixante pour cent de ben^ 
fipe } ce qui leur dpiuie le mqyen de sub^ister 
en attendant qu'ils se spient procure du tra- 
vail. ' 

Ces voyages n*ont lieu que dans la belle 
saison > et lorsque les eaux sont basses : il n'y 
a pouT lors aucun damger k courir , puisqu'il 
est tr^s - aise d'eviter les roches • les troncs 
d'arbres , et tout ce qui pourrait crever ou 
endommager I'outrej et Ton. sait qu'il n'y 
a, sur ce fieuve ^ ni crocodile nipoisson 
d^gereux. D'ailleurs, Feau de I'Euphrate, 
I'ete , est beaucoup moins trouble que celle 
duTigre, 

Depuis long-tems nous avions remarque > 
tajit sur le Tigre que sur- TEuphrate ^, yne 
gross^ tortuje que nous n'ayions jam^ pn 
nous procurer. Comme elle ne venaijb c^e ra^ 
rement k la surface de Teau • qu'eUe ne mionr 
trivit qi;ie le bout de la tSte , et qu'elle se trou- 
vait presque toujours A Tu^e grande .dist^^ce 
du riyage , je fus oblige d'entrer bien a.yant 
dans le fleuve , pour JVtteindre d'un coup 
de fusil. Elle est representee {pL 4i.j/%*. i 
etfig. 2 )• , 

Les Arabes la norament rqfcht. lis preten- 
dent que sa chair n'e^t pas bonne k manger ^ 



s J 



Safi VOYAGE Sl;r PEASE.' 

• • 

Uaig ()ue sa graisse est excellente pour gu^ir 
les dartre^ et autres Eruptions cutan^es. 

La longueur.de totit ranimal etait de troi$ 
piecis. La carapace ou la partie s'lip^rieurd 
du test {^Jig* 1 ) avait un pied sept potices 
six ligiies de long , et un pied deux poutesi 
de large, EUe t^taitlisse, peu convexe i Ovale ^ 
plufi large en arri^re qu'eri ah^ant , et d\in vert 
fonc^^obscur. Le milieu ^tait corne ~, solide j 
BTec les bords lat^raux'et la partie post<irieurd 
mou's et coriaces. 

Le plastron ou la partie inferieui'e du test 
i^g> 2 ) n^avait que dix pouces * six lignes d6 
long. II etait come > solide , et avait , sur les 
c6tes , un prolongement cartilagineux qtii al^ 
lait joindre la carapace. 

La tfete pouvait rentrer entieremeht dans 
letest , oU se prolortgfer'd*un pied ou Environ \ 
elle ^tait termiilee en forme de museau. La 
"mSchoire superieure d^passait un peii rinft- 
rieui-e j ceUe-ci pourtant s*y emboitait ave6 
beaucoiip de justesse : eiles n^avaienfrii Tunfe 
ni r^utre point de l^vres , mais eiles ^taient 
arm^s d'une cr^te osseuse , tr^s-solide , ar- 
qu^e en fer de cheval. . 

Les yeux saillaient un peu ^ leur partie su- 
perieure j lis avaient un pouee d'ecartement , * 
5ct cinq Kgnes d'ouverture; ' 



cHAiPii'iife ik7 Say 

he con 96 ridait }dii8(|ii'il ^!:^t cbi^&a^ v 
et il etait un pcu ^ii6 ^troit i|ttfe k *6tfe Ibrs- 
qme cefle-ci wrtait ^iiti^l^m^t. 

Les pieds rentmt!»^ kvet peih^ i^nk U f ^ ) 
les anterieurs avaient sept peuces et demi de 
hmgtieur du bt>rd dd la taraptaee ^ ffti)|u'dL la 
jtaissance des bngles ! 0ih y r&feit ^n d^^tii 
trois ou quatre 'grt)Ssi^ )ridth ttatisvfei^li^ , 
^cailieuses, et ^Iteur fedrd feiterieur liftpyo- 
longement de la membrane des doigts y qm 
allait se terminer aux trois quarts de leur 
longueur. lies doigts , au nombre de cinq ^ 
^talent engages dans^une^OTle membrane : les 
trois anterieurs seulement avaient des ongles ; 
les deux autres n'en ayaient aucune appa* 
rence. 

* Les pieds de derri^re etaient un peu plus 
courts que ceux de devant ; lis n'avaient pas 
de rides ^cailleuses ^ mais , comme eux , ils 
uyaient cinq doigts engages dans une forte 
membrane , et il n'y avait de mSme que les 
trois anterieurs qui eussent des ongles. 

Tous les ongles Etaient blancs^ forts ^ con- 
vexes en dessus ^ aplatis en des^sous , et saillana 
hors de la membrane d*environ un pouce. 

La queue avait sept pouces depuis son adh^ 
rence k la carapace^ jusqu'a son extr^mit^ : elle 
etait tr^s-grosse proportionneUement au yo-* 



B28 CHAPITB.E IX. 

lume d^ ranlmal ^ et terminee en c6ne ; elle 
pprtait en dessous ^ vers son extxemite y luie 
ouverture longitudinaje ; c'^tait Torifice de 
I'anus et celui des parties de la g^nj^ration (i). 

(1) T£sUtdo rafcKt; loncd dorsali viridi^ obscurd^ 
€oriaced, levig sSemo minon, albo, PL 4i yfig* ^ ^^ ^* 

Daudin ^ dans son HUtoire des reptiles y tome' II » 
page 3o5 , a fait mention de cette tortue d'apr^ les notes 
que je lui ai communiqu^es. 



: V-^ 



.; » • 



r * • t 



jjj .) 



VOYAGE £N: PEKSE. 829 



fc ■! i: 



CHAPITRE X. 

Marche et ordre d^une caravane. Con-- 
duite des chefs. Arahes du desert. 
D dp art d^Anah. Route par la rive 
droite de VEuphrate , jusqu^a Ra- 

> hahed\ Description de Taib. ArrivSe 
CL Ldtdkie. Dommages qu^un trem^ 
hlementde terre venait d^occasionner 
' a cette uille* 

XJ m-E caravane destin^e k traverser le d^ett: 
de TArabie est compos^e d'un certain nom- 
bre de chefs ou de proprietalres de chameaux , 
qui se r^imissent et qui se chargent , moyen- 
nant tin prix convenu , de transporter d'une 
ville k Tautre , k leur risque , les marchan- 
dises qu'on leur confie. 

Lorsqiie la caraYane est k peu pr^s form^ , 
les chefs s'assemblent , et ^lisent entr'eux un 
scheik , esp^ce de general d'arm^e , qui dirige 
ies marches, ordonne les campemens, main- 
tient le bou ordre, veille k la sftrete de tous, 
commande en tnattre , et marche , quand il le 
iaut, le premier a I'qnnemi. 



33d yt)TAGE MK PERSE/ 

Le prix que les marchandises et les voya- 
genrs paieht pour chaque chamean varie un 
pen suiyant \es saisons y et est snitout pro* 
portionn^ aiix presens qu'on juge devoir Stre 
faits anx Arabes sur \^ route ,^ et du nombre 
de fusiliers qu'on est oblig^ de prendre pour 
leur en imposer. 

Les chefs sdrit a ch'eval j ils marchent en 
avant de la caravane , la devancent quelqlie- 
fbis de deux ou ti^is niilles ^ yont 4 la de- 
couyerte , montent sur toutes les bhttcfs pour 
observer s!il it'y a p^iii^ d' Arabes aux fefivi- 
rons , et d^s qi^'ils en apper^crivent ils yont 
k eux si ceux-ci ne sont pas nombreux , ou 
«e repUent sur la carignrcme s'ii y a quelqu^ 
danger* 

. Les fusiliers yoht drdinairement k pied y Bt 
ne s'ecartent poiiit de latmravane tant qn^elle 
est 6ta misirche. 

Lorsqu'il est question d^ camper , le scheik 
enfonce en terre un dr^;peau> et.ohacun ae 
dispose k descendx^ et a dresser sa iwntey en 
observant de se placer. oircUlairemfent a<Atour 
du dra'peaui et touj6ui:'s daii^ le in&me ^rdfe^ 
Lejs balles de marchaiidiaes > qm p^denti oha* 
cune trois cents et quelques livreb >' sont 
mises les unes sur lesaxttre^^ et arriang^ de 
mani^re k former un rein!part de quaixe 012 



CHAPITKE X. 33t 

xAoxi pidds de haut. Les tentes sont plac^es 
en dedans prS$ des balles. On envoie les cha-^ 
pieaux anx pdtnrages d^s que les tentes sont 
dress^es y et on les fait accompagner par tin 
certain nombre de. valets et par q-aelqnes fii^ 
fillers. La huit , o|i les fait entrer dans rin^i* 
terieur du camp. ^ 

Toutes les tentes sont abattues au coxrcher 
du soleil^ et personnen'a de lumi^re la nuit. 

Au jour , tous les chefs sont sur pied j les 
valets soignent les chameaux et les char* 
genti 'Au soleil levant ^ I'ordre de partir est 
dozini^ : chacun defile sans trop se mSler et 
sans trop s^ecarter. Les. cavaliers seuls peu-* 
Tient marcher . en a vant comme lis le jugent 
k propos J le plus ordinairement ils vont tous 
ebsemble y et quand ils ont fait deux ou trois 
lieiies ils mettent pied ^ terr'e pour attendre 
la caravane , d^eibier p ou se donnier simple-* 
ment le plaisir de fumer une pipe y et prendre 
leur cafe^ qu'ils apprStent siffJe-champ au 
moyen de quelquesdidbris de plantea ou d'ar-« 
bustes qu'ils entassent , et auxquels ils mettent 
le feu* ;  

-^ Lorsque la caravane n'est plus qu*i qiiel- 
ques pias ^ les cavaliers remonteht k cheval ^ 
et prennent encore les devans jusqu'^ ce qu'ils 
soient arrives aii lieu oh Ton doit camper. 



33a VOYAGE EN" PEaSH. 

Pour cela on choislt ^ antant qu'on le pent ^ 
iin endroit ou d'antres caravanes ont camp^ 
anparavant : cette pr^aution est n^easaire ^ 
parce qu'on y trouyeks crottins de chameaux 
dont onTa besoin pour f aire du feu et preparer 
les alimens. C^est surtout pour cuire le pain , 
. qu'on se sert de crotins de chameanx : on' en 
fait uri petit tas , et on y met le feu. Pendant 
qiv'ils brMeht et se reduisent en cendres , on 
p^trit^ d]ELns un plat de bois fait ^expr^sy* un 
peu de farine : on eckrte la cendre \ on place 
la -pSxe sur le sol^ etx)n la couvre bten ; elle 
se cuit sans se briiler^ Le pain qui en r^sulte^ 
est assez mauvais, mais'les Arabess'en con-^ 
tentenit. Les voyageurs portent ordinairement 
du biscuit avec eux» » . , ; 

Oh a y dans le desert ^ une-autre mahidrede 
faire le pain y c'est de bien cbalii&r uhe pla^ 
que de cuiTre , et d'y placer la pdte par ^es- 
sus } la plaque elle -* mdme est pos^ sur les 
cendre^ chaudes y pour entretenir quelque 
terns la chaleur y et donner le terns k la pdte 
de se cuire. . 

Les Arabes ne font gu^re de feu que poiw 
r6tir et feire leur cafiS , et cuire leur pain. Ces 
deux operations se repi^tent tous les jours ^ 
parce que le pain de la veille est encore plus 
mauvais que lofsqu'il est frais , et que le cai^ 



y 



CHAPITRE X, 333 

rSti , pU^ et fait de suite, est beaucoup plus 
parfum^ que lors(juMl est conserve apr^s 2^voir 
6te r6ti. lis sont encore plus attentlfs Jlnepiler 
leur cafe que lorsqu'ils veulent le faire , parce 
que, pile ou moulu , il perd encore plus prorap- 
temerit son parftim. lis pr^ftrent aussi avec 
raison le cafS pili et r^duit en poussi^re im- * 
palpable , k celui qui est moulu, 
' Quant aux autres alimens , nous ne leur 
iavohs gu^re vu manger que des dattes et du 
mauvais fromage renferme dans des outres 
faites de peau d'agneau. 

Tandis que la caravane ^tait occup^e k 
transporter les chameaux et les marchandises 
d6 Tuii k Tautre bord du fleuve , les chefs , 
-attentife k ce qui se fpassait autour d'elle , 
kvaient^ envoye deux d'entr*eux aupr^s d'une 
horde Ibrt nombreuse qui se trouvait k Foc- 
tident d'Anah , afin de traiter avec elle , et 
obtenir qu^elle nous laissdt tranquillement 
passer sur ses terfes , et nous f oumJt m@me ," 
. si elle le jugeait k propos , une escorte jusqu*^ 
la horde la plus voisine. 

X'hiver cette pr^caution est inutile, parce 

que les tribus un peu nombreuses s^enfbncent^ 

4ans le desert k la fin de T^te , et s'avancent 

peu k peu vers les regions un peu plus, chau- 

) des , un peu plus 61evees , oil elles pnt quel- 



334 VOYAGE EK PERSE. 

qnes cultures , et oil elles trouvent de& pdtti^ * 
rages' plus, abondans (i). EUes lae reviennen^ 
sur le bord de TEuphrate qu'au retour de \^ 
belle saison ^ et lorsque tqutes les herbea soa| 
consomm^es dans \^ contr^es m^ridionales, 
II n'y a don<p ^ craindrei reiver , aux^envirpnf 
• ^u f leuye , que ces hord^ peu nombreuses | 
qui, n'ayantpas de.t^ryitoire en propre;j n'ont 
pas de dem^ure d^termin^e* Elles sont obli- 
gees, pour vivre , de pdturei; sur les terres de« 
autresi ) ce qui les fait tenir ^ de grai]ides disr 
tances. Elles sont t^rds-pauvres et tn^s-port^es 
ala raping J elles ;n'ont, po>ir Tordin^ire i^ ni 
tentes, ni bagages , ni menu b^tail , :f^.rien qui 
puisse les^ eii^barra8se;r ou les i;etard^r dan$ 
leur foite : quelques jumens , qvelqpies cha-* 
nieaux femelles et qu^iques 4neS|Ses, vpili ea 
qupi consists tout leur bien. Gonim^^ danscqf 
hordes, iln'y a jaifai^ fiu-del^ de. t^^nte pi| 
de quarante combattans , une ca^^va^e n'j^ 
rien i craindre d'elles lorsqu'elle marche ei> 
bon ordre,,et qu'elle. a pri? les. precautions 
qu exige sa sArete. . / . 



TT 



(i) II faut en excepter celles qui sont le loi^g du Schat- 
el-Arab et le long de PEuphrate , au dessous de Helle , 
qui ont qu^iques cultures sur 'feff bards de ces fleuves ,' 
et qui n^envoient dan8 rint^rijeur des terras qu^uj^e particj 
de leurs trQup^auiy:. ... 



CHAPITKE X. 335 

Qiiant k celles qui sont nombreusies , et & 
qui le territoire appaxtient ^ on est tou jours 
certain de passer panxii eHes sans rieu crain* 
dre p pouryu qu^on se soiunette k leur iaire 
ixn present , ou ^ leur payer une sonune pro- 
portionjie^ k Timpartance iie la carayane. 

D^s que la horde qui ^tait campee k une 
louraee d^Analx eut yu nos deux chefs y elie 
96 disposa k nous enyoyer deux personnel 
des plus, distinguees > aiin de trailer sur les 
•Ueiix duprix que Ton aurait k lui payer* Nous 
les yimes arriyer sur des drom^daires y le la 
juin yers les dix heures du matin : c^^tiuent 
d^iix fr^res , tr^s-proches parens du scheik j 
ils ayaient fort bonne mine , et ^taient dans 
la ileur de Tdge. Le plus jeime paraissait ayoir 
souvent fait la guerre j il ne respirait que 
combats ^ et ne parlait que de bi^tailles : sa 
JBgure porjtait les marques d'un coup de sabre 
et d'un coup de lance j du reste , il 6tait fort 
gai , ibrt honnSte , tr^s-complaisant , et cer- , 
tainement aussl braye que le plus deternun^ 
de ces cbntrees. 

L'arriy^e de ces deux Arabes fut celebr^, 
par un festin auquel tons les chefs de lit ca- 
ravane assist^reut. lis ^gorg^rent, k cet effet, 
un chameau fort gras et encore jeune , dont 
ils se r^sery^reat une ^ bonne par tie , et donj; 



336 VOY^AGE E3S* PEKSE. 

lis iirent distribuer gratuitement le reste aux 
marcliands et auxvoyageurs : nous eneiiines^ 
pour notre part , douze ou quinze li vres , que 
nous flmes preparer de di verses manieres* 
Nous trouvdmes cette chair pour le moins 
aussi bonne que celle du meilleur boeuf de 
Suisse ou de Normandie. 

Ayant de se mettre k table ^ avant de man* 
ger ensemble le mSme pain et le mSme sel ^ 
il 6tait convenu que la carayane doniiLerait 
en present , au scheik de la horde , quatre 
cents piastres , quelques provisions de bouche 
et un habit eomplet , et que les deux Arabes 
veilieraient k sa sArete , et raccompagneraient 
jusqu'k la tribu la plus voisine , distante d'en- 
viron quatre-vingts milles d'Anah. 

Le lendemain toute la caravane se pr^para 
au depart , et le i4 > au soleil levant , elie se 
mit en marche en se dirigeant k roue§t-nord- 
ouesti Le terrain etait inegal , un peu mon- 
tueux , calcaire , et aussi impropre k la cul-;- 
ture, queceluide la Mesopotamie. Apr^s avoir 
fait environ huit milles , nous traversSmes un 
torrent qui se trouvait k sec, mais oii il y a , 
dit-on , de Teau en hiver, et nous campd.m^ 
Totn peu au-delk. Le fleuve ^tait k deux lieues 
de nqus : 6n avait port^ de Teau ppur toute 
la caravane , parce qu'on s'etait bien doute 

que 



cHjiFxrrms x. ' ^^ 

qaenous n'eii txouykrSfxas:^^ 4an&le torrexLt. 
A{>]r^^^i4i> nps vedettes sigiteU^i;eilt (quiiize 

aitdt.i.cheydr^ et s^'p^vwic^i^^it en hcpvQirfire 
la laiice ^ la Attain; ibr^tment-^u toiPibDe de 
vwgtrMit*.iy ijqmprtejescdfeux qui whjl$ acr 
compagnaient, Les fusiliers s'arm^reo^'aussi', 
jet $e mir^ttt.feft ligfm4^i4^vjaw:?i(Ji*;c^ 
:ArsiJ>fi$ • ^li^'on ayait i aig»4j^. n?.; pm§jit pas 
la £tdt^ iil$ 4ttendu7e;fiLt:l€|Sr^h^& etise^cttTOat 
lieUFS amis.} il$ appawrtfe^^ii^ni;;^ ,un^;|fibT*'4* 
Ja iIM4s0potAmi6 i ewxemi^ de bdll^.qtii ^taiiC 
camp^: aip enviroixs.f ril&^vaient pass^ le 
fleuve. aia.' x:^e ^ tenai^t,;^ Jia; jao^Liii ia bjcidft de 
leur cheyal , et portant autouf ida Ift t^t^.leu^s 
vStew^ns.cfiquelquefe prp^ftijg[^^,,dB feoudie. 
Xeur iatentioii 6t2(i|::i: ^..witjS'^in c^it, d'en* 
lever^quelques best^aujR^) IgW^ .e^fl^emis »,.^J: 
de repas6ei:.le fl^uvg avecigpjr projb..4|>^^^ 
un quart-d'b^ure d'e^j^i-^WRi > :^ ffl^'i^^aic^iv^ 
obtenti Af l^W part la prtpipe^se de 9/^ ji^ea 
eutxepre.ftfee,^;eF.4ftg*atowi«^ iSu^Jrl^ni^haDftp 
en: ^sapotamie ,i5Ctij ^ s4pffW fiW^-?e.f#5* 

^ Le ).5 , apjr^s sept hieuiDes ^^ loiarqljie^sjijr .d^9 
terres calcairescrel^LGeeS:, 'nous de$ce!ndip)^9 
daxis U. valine del'Euphr^te par. .iin. terrain 
tout t'oj^^ pa^ ks «ai\x j noi*s frav^f j4in(i%,»A 



■^58 VOY-'ACS J»]» ^'£KSE. 

'p^mQS k qu^lq-ued ^ka dti' fleure. Ses bords 
^talent couverts-dece beau penplier^dont nous 
'^ioiisi^-pdlTl^ (k»e k chapitre pb^t^diini. L'^^ 

ii<yu6 ieiicprtfneS'digs gt-aiiiieGi qui i^iM; biextJeyiS 

•ieiusG»>m^uvals^^>4i»ssi^^propm k -U culi^re 
fju^^cellii que^'iifetWJ€tVi4[»ts:v<i 1<^ |6Jei*» pr^c^ 
^lem . 'I^ot^s -Ms6^^n^^^&>g^^che line <coUine cdJ- 
caire i <;r^tac4e^ eti npusfBn Temarqiidme^ une 
iaiatre€«k M^sapsoidnu^^:qui tiotis pardt Stre de 

• !N^^ tr6uV^e6(j '{}is^'du ctUmp , ^dsa^s une 
TOFtie* de *avHr^ feifh^Tin^ntj rorgfe4t-P^^autre> 
que ' tibu9 fevkiiisi dfeji^^ vus pjuslfeiirrs  ifois eik 
i(!W^6t^ie ¥!tt6utf^y%lihfe8' ai«^^^ unfe esp^ 
'd^affiaaiaitl^quertW«^»avon^figtii*^^^^ * 

^^'>il tt« fifi^ldv^ qttfiiidfetii oti Iroils ^ds' : lei 
«fi#]fit^*ik[Bbht'<«<«¥«l» idt'kH^ feuillei 

8ft»l^lef»feS jioblorigueijImpeU plu^ ^troitek 
k leur partie inferieure , presque pai ji^tldl^es> 

-^-^lieiViflt'est SDlHftireiVelu, arrondi /foihtvL 
ft feou'^oibimet i et sUp^6!r?e' ^aa^- izkip^dicute 



d*une ligne de long. Le noyau ressemble > 
pour la forme et la grandeur , k un noyau de 
cerise : il est lisse , et contient une amande un 
peu attu^re j ii etait mur lorsque nous le prx*- 
mes. Le brou ay ait peu de sayeur, et n'^tait 
point succulent. Nous n'ayons pas yu les 
^eurs (1). 

Le 17 , nous marchdmes six heures un quart 
8ur un terrain un peu inegail. Nous yJmes ^ 
sur une hauteur k demi^lieue du fleuye^ une 
tour d'obseryation , qui ne nous parut pas an«- 
tique J il y avait tout autour des s^pulttires 
qui apparten^ient k des Musulmans. 

Le t8 y nous fimes quinze milles. - Demi<- 
heure apr^s notre depart , nous passdmes pr^s 
des ruines d'une ancienne yille dont il n'est 
pas pent - 6tre bien facile de deviner le nom, 
II y ayait encore quelques restes de remparts 
bdtis en grandes briques durcies au soleil y et 
on distinguait encore le foss^ qui avait ^et^ 
creuse tout autour. Son enceinte etait carr^e , 
et son i^tendue peu considerable. Vers le mi- 
lieu de ces ruines ^ nous apper^umes quelques 
restes de grosses murailles bdties ea briques 



(1) Amygdalus arabica,yb///s serratis p obtohgis , in- 
frd atthnuaiis ; fructu gtoboso , villoso , iicUmindto'. 

Tib. \j. ' - ■•••.■ 

Y :« 



\ 



540 VOYAGX EN PE&8S. 

cuites y s^parees les unes des autxes par tin 
ciment qui avait plus d'un pouce d'ep^dsseur : 
iin bras du fleuve , ou peut-Stre un canal , pas- 
sait autrefois au pied des murs du c6te du 
xiord-est ou de la Mesopotamie j il est obs* 
tru^ aujourd'hui y et ne contient plus que des 
eaux croupissantes. II y ayait^ sur ses bords , 
un amoncellement de terre que nous regar- 

d&mes comme les d^combres d^une forteresse 

» 

qui d^fendait la ville de ce cdt^ : il yak 
present quelques sepultures de Musulmans. 

A mesure que nous avancions , la yallee d^ 
TEuphrate s'^largissait , le sol deyenait tn^s- 
fertile , et le pays assez beau. En M^sppota- . 
mie f nous remarquSmes une coUine que les 
eaux du fleuye ont un peu rongee k sa base* 
Nous ]k depassdmes apr^s quatre heures de 
marche , et alors , tant en Arable qu'en M^* 
sopotamie , la plaine deyint trds^^tendue y le 
fteuye s'^Iargit : son cours nous patut fort 
lent ; noiis ytmes plusieurs Sles couyertes de 
yerdure, et.nous criimes apperceyoir diyers 
canaux creus^s autrefois pour faciliter les ar« 
rosemens. . 

Nous campSmes iplus d'une lieue du fleuye : 
on prit Teau dont on ayait besoin , dans un 
CJtnal presque tout couyert de rpseaux. 

Tandis que la carayane dressait ses tentes , 



GHAPITB.B X. ^ ' 34i* 

nn des deux scheiks qui nous escortaient , 
ayant appergu dans le lointain quelques Ara- 
bia , fut droit k eiix j plusieurs de nos chefs 
le stdvirent. Nous les vfmes revenir deux hen- 
res apr^s^ avec un cavalier et deux hommes 
h. pied dont ils s'etaient assures. lis appar- 
tenaient k une horde errante , campee k deux 
ou trois lieues de nous. On ne leurfit aucuh 
mal 5 seulement on ne voulut pas les lacher 
que nous ne iussions ^ le^ lendemain y k une 
assez granule distance deleur horde. 

Le 1 9 , nous mariqhdmes pendant neiif heu- 
res , ton jours en plaine , et k plus d'une lieue 
du fleuve. Lorsque nous voulAitifes nous en 
approcher pour faire paitre no's chevaux ^ 
nous vimes tout-i-coup parattre' quatorze 
Arabes , dont cinq montes sur aes'~droma- 
daires et armes de leur lance , les autres k 
pi^d et sans armes. Nqtis ^tions quinze ca- 
Y^liirs , la plupart marchands et Yoyageurs , 
mais tons bien arm^s et en etat de nebs de- 
fendre. La caravane etait a plus d'une <lieue 
en arri^re. L'abord fut froid , silencieux : on 
se* salua pour tan t de part et d*autre en se te- 
nant k quelque distance , et on se questionitia 
ensuite avec beaucoup de reserve et de cir- 
conspection. Nous apprfmes qu^ily av^t , k 
peu de distance ^ une horde amie de celle qui 



342 VOYAGE XN PSESB: 

nous escortait ; ce qui fit ^sp^er que nous 
en serious quittes pour.un l^ger present. En 
efiet y lorsque la carayane nous eut joint ^ et 
que nos deux conducteurs se futent presentes, 
les chefs et les marchands parurent tr^8*ras« 
6ures» - 

Ces.Arabes nous men^rent camper k plus 
de deu3t lieues du fleuve , sur une l^g^re hau- 
teur. La horde n*^ait qu*^ trois cents pas j 
elle ay ait plus de cent tentes y et pour le moin$ 
deux cents hommes en etat de se battre. 

Quoiqu'on n*eut alors aucune inquietude , 
le camp fut encore mieux f^tabli qu'i Tordi-* 
naire; il fut plus resserr^ : les ballots formaient 
line endeinte circiilaire qu'il eiit ^t^impos-* 
fiible a des cheyaux ou k des droma^aires de 
iranchir. Les fusiliers j places au-deyant y ae 
tenaient pr^ts k agir au pi*eniier ordre. Les 
chameaux ne furent pas e^yoyes de suite aux 
p&turag^s ; on les obligea de s*acgroupir dans 
rint^rieur', et chacun dressa sa tente ou se 
pla^a entr'eux et les ballots. Ces precautions 
^taient necessaires j il fallait faire bonne con- 
tenanoe > et se montrer en ^tat de resister ^ 
afin de r^duire les pretentions des Arabes sur 
les terres de qui nous etions. 

Cependant nos chefs traitaient aVec eiix ; 
ilsne tarxl^rent pas k v^nir nous annoi^cer 



qi^e to^t^t^t arrange^ ^t qu*an en etait <];uitte ^ 
pour : quelqu -argent et , pour q^elques pf wir i 
s|on5.cie.bx>uQh^. ^w ;^ ^ . 

. :>Peu 5IB t<?m$ apr^ f nous vimes venir plps/. 
4e, cui<|u^jU§ Afabea toMskrpied et sans axn^ 
mes ; 1§ $cn€^ J^^t ai^y^c leu^^ lis apportaien.t^ 
du lait y du beurre et du; fr^fp^e > qu'ils p£^ 
ii^aieiipt^ ^.tr^h^^^rbif Nan^iadiet4ines.deTix 
i7iQut0ti^!^ .dqnt on.ne^npu^ d^pianda. qve^ 4t 
piastre$!^^,i4./A:Pf*i P?*^^ r3r frapcp. .Nousj ^ 
%\x&^fii^^ ja^ii^sflrrlfrciianjpiilj'flflitr^ ^pivit la ca^, 
rayane pendant deux,]<^u^&^., .; - , ./, i-loj 

; Le. t^WJQ, §iffi4¥qwl,»pns;,4ti9iis.,'.4i|ioi- 
qu^el^X^ eff^ftSipftfifstant dufletf^jei nqwp^;^ 
prOp]^^ Ifr/fV^lture : TJb^rbe 6taif: paxtput fprtj 
h^i^l^ et;fort.toui!ue. it^pu&T^es IjM^aucoup^ 
diQ^n^%4i| (^und&fiiAj .pja^ite dont n9|i:jS;<le''^ 
Yoil^lajeitni}^wan<Je iTourftefprt. I^ Ai»h^f^ 
nQ^$; ^UjreR(,qu^;9it rapine *4tWt! fort .hpnn^^ 

©elles qui n'avaie w pa^ ewor^ donni^ 4^S f ley r^^ 

^•k- hi iairQ{Ci^i& ; nou$ les ftr^uydm^ .^iej\ 
plus. savQureDses, , klen ipOWsi^deft que cell^ 
du sal8i&.et 4ela scorsgij^r!?*' Jfe ne dooti^pft^ 
qiie celte. pjkp te^e r^m^S* ^^.*rfci^ft ^^W fiwtf 

de i]^: ffieiUe^re^plant^s'pQ^gsres. ; , . :.:•- 



344 voSriFoifa <K pfiJi^E. 

• .' . *    « 

pagnes depnis'AnaK, nous quHtireiSt^fify ills' 

foreAt rfeiiiplac^s par: deiix ciiValiers due ' te\ 

scheik campe aupr^g de nous^iirb^a'fe sbiT' 

k la icdrkvarie j' ils aVaienf ord^^f'CTallfei" jiis- 

qrfil TaJib, parce que tout' fcei ^ASm^^taii 

occiipi^ par diTTrsds hoiiJes qtii ^6^W8 appar-- 

teiaalentSa la niiSfai'te ti?!mV • '-"-' '''iJ' -' -' 

Le'iio /Ticms marcMmes sejjt ♦h^iifeS / ttbtis- 

tenaii^ toujouris k ci'iKj' 6u^ six itiJH^ da fleuTe.^ 

ILe terrain que nous parcoTaMnfetf^^teatuid ,* 

calcaird', assezfmfle, un peu f^ltfe-'Mer^ qiie^ 

celui de la M^sopotariiie. - . . r - :. i 

Api*^ avoir fait fehtirbn' onze ^illto , nous 

parvJnnies & tine large et ptbfbWcfe eicavai*^ 

tiiOii j dans laquelle nous desfceft^lrii^. La; 

terre y etaft moins bonne j le gypse s'y mon- 

frai t eri ' beaudoup d*endr bi ts ' J - i) ttbto 'pdirut 

aussibeau, aussidiir, aussi susceptible' ^'Stre 

poli V q^^ celui qu*0n' eKploit^i|tiix'^6iyirirbtt6 

r m, 

de Mossul. Nous^patss^esdevA*iit urie'^otTrce 
foit abondante d'uue' eau ^ iftniindtn^^^ quo 
jiersoniie ne put'^n lioire* A pe^ d^ 'distande 
dfe cette .Source ,- il y arait / 6iii->'Ufi€f# J6i"#te ; 
tin. village abandoltn^^, homing Mi^^Hiedj Mjt 
anions ne trouvAmes-^ |>as line inedsdlincj^l ne iikt 
^ilttsidu-moins ^ndbdim^gto ^ J^txktot on n'eftt 
enlev^ les portes *t les ien^t^s. 'lia^iiidscfuee 
i^taitpourtant encore eii 2^% bbn^'^tM^ quoi- 



CHAFITRE X. 345 

qu*eile n'eAt, ainsi que les maisdns, ni por- 
tes f ni iendtres y et rien que les murs et le 
tdit; Le miiaaret etait sur pied ^ et paraissait 
^voir 6i6 r^pare depuis peu d'ann^es. 
' 4-u:-deli du ravin le terrain etait , comme 
auparavant , tr^s-uni et tr^s-fertile : Therbe , 
quoique s^che ^ y ^tait fort haute et fort ser- 
v6e i Thorizon ne pr^sentait encore ni mon- 
tlignes ni coltines. 

Nous campSmes k deux ou trois cents pas 
d'un autr^ ravin , et ^ deux milles -de quel- 
ques mar^ages produits par les eaux de 
r£uphrate. Kahabdh ou Rahabed ^ ville au- 
trefois demoyenne grandeur, nous restait i. 
trois milles au nord ^ ouest ; nous y allames 
dans la soir^ : elle n'a plus que des mines 
infbrmes , et les restes d'une f brteresse qui' 
nous parut avoir ^t^ tr^s - considerable. Le 
fleiive se Orouvait \ plus d'une lieue de dis- 
tance , et Kjerkisi^h , selon nos guides , etait 
^ trois: lieues de notre camp vers le nord. 

Depuis' Anah , nous avons presque toujours 
marx^he dans la direction du nord-ouest , sans 
jamais nous Eloigner beaucoup du fleuve; les 
trois derni^resjoum^es seulement nous avon^ 
kiXk droit au nord. Ainsi , il nous a paru qua 
l!£upkrate ne se recourbe pas autant qu'on 
k.voit sur' les cartes deDanville^ ni autantque 



34<5 VOY.AGt BK ?1RSE* 

Stir celle que noxzs avons public ; C3l:>si c^i!te> 
grande courbure qu'on voit k r.Qccident d' Anah i 
existait y nous atirions d^ necessairehient miuv! 
cher pendant quelques jourS dans la directioi:! 
de Tonest et du sud-ouest. La conrbiire "^e 
le fleuye fait k Hit , ne ddit pa'8 ^tre non plua 
aussi grande qu'dn Pa trac^e siir notre carteo 
Cette ville doit Stre r^montee et placde:aiic 
33«. degr6 2,5 min. de latitude , tit w 4o^- ^ti 
12^ de longitude 4 . 

Le 21 ^ nous quittSme^ Je flieuye ^y. et nofui^ 
nous dirigeames k Vouest. Norn marchdme|. 
huit heures sw un terrain uni , trj^s - propr^l 
a la culture ^ et nous campdmes pr^s d'uni 
ptdts dpnt I'eau ^tait si saunidtre , que ilea 
Arabes m&nes ne youhirent pas en boire : oii* 
y abreuya pourtant les chameaux et leis.dietr 
yaux. On disitribua k toutes les personries.de 
la carayane ,, de Teau de rEupImrate ^ qu^on 
ay ait portee dans des outres y et do^t &n ayait 
fait grande proyision y parce que nous ue de*^ 
yions en trouyer de bonne qu^iTaib* ^ ^ 
. Lea gerboiises ^ les li^yres ^ les gaz^les ^ ies^ 
autruches ^ les akatas ^ sie mantr^ent ce jour^i 
I^ en plus grand nomlnrequ'kroFdinaire. Les 
premieres rentraient dans .leurs terriers ddd 
qu'il faisait un pen chaud ; les. H^Vres noma 
partaient ^ cbaque instant diss pieds : bnm 



\ 



CHAPITR2 X. 347 

tna plusieurs en 1an9ant apres eux des batons. 
Les gazelles ^talent par troupes de quinze ^ 
vingt ou trente , et se laissaient quelqnefois 
approcher presqu'i portee de la balle. Quant 
anx autruches , elles se tenaient a de tr^s- 
grandes distances ; k peine les apperceyait-on 
dans le lointain. Nous ne parlerons pas des 
alcatas ; nous les avons toujours vues par 
milliers. 

Nous etions entour^s , ^ ce puits y d'Arabes 
pasteurs de la mSme tribu que la horde pre- 
cedente , et nous avions devant nous , c'est- 
4-dire, vers Toccident, ujie montagne que 
nous apperceyions k peine. 

Le 32 ^ il y eut s^jour , et le 23 nous mar- 
chdmes six heures et demic. Le terrain fut k 
peu pr^s le mSme qile cdui de la veille , et 
tout aussi peupl^ d'animaux. II nous parut 
pourtant quelqueibis un peu moins bon ; c'e* 
tait aux endroits ou le gypse se montrait k 
la surface* Nous campdmes pr^s d'un puits 
dont Teau ^tait encore plus saumdtre que celle 

du 2.1* 

Le 24 >.il y eut encore s^jour , et le 26 nous 
marchdmes pendant neuf heures et iin quart 
6ur an terrain semblable k celui des jours pre« 
c^dens; ildeyenait seulement un peu moihs 
uni k mesure que nous ayancions^ et Thorizoxi 



348 VOYA^B £If FEB.se* 

^tait born^ par de petites collines. Nous lais- 
fi&mes y k deux ou txois lieues 4 droite ^ la 
montagne que lious dyions apper^ue du pre* 
mier puits. 

Quoique nous nous fusions tin peu clevis y 
et que nous nous iussions avanc^s de plus 
d'un degr^ vere le nord , la chaleur devenait 
tons les joi^rs plus forte j elle nous parent ex-r 
cessive ce jour-lk. A peine pouvait-on, sous 
la tente ^ touefaer a des m^taux j tant ils 
^taient brAIans. Le yent mSme, qui soufilait, 
comme k Tordinaire , du nord - ouest ou de 
la Mediterran^e , f ut aussi chaud , de^uis dix 
et onze heures du matin jusqu*au soir y que 
s'il flit sorti d*une ibumaise ardente* 

Notrie dernier thermom^tre ay ait ete .cass6 
durant notre s^Jour au premier puits de l^a 
Mesopotamie ^ de sorte que nous ne pftmea 
eonnaJtre exactement depuis lors , le degre de 
chaleur que nous ^prouydmes dans le cours 
de ce yoyage , mais nous ne IWons pas^y alud 
k moins de 3o degr^s du premier ptiits k Anah j 
de Sa et 33 d' Anah k Mesched , de 34 et 35 
de Mesched k Taib ^ et de ^ , 32> 3o et 28 de 
TaSb k Alep. 

Les nuits nous parurent toujours tres-fratn 
ches. D^s que le soleil avait disparu , le vent 
tombait ^ et Tair se refroidissait peu k peu an 



CHAPITRS X. 34^ 

point que nous ^tions obliges de nous blen 
couvrir vers le matin. Cependant ^ malgre cette 
£ra!cheur, nous n'avons jamais vu la moindre 
rosee ^ ni ressenti la moindre humidite. Nos 
Tj^temens , nos lits y nous paraissaient aussi 
sees la nuit que le jour ^ except^ lorsque nous 
iiiimes campus , pr^s d'Anah , sur le bord 
mSme du fleuve , encore cette humidite y fiit- 
elle tr^s-peu sensible ^ et jamais assez forte 
pour se montrer en ros^e. 

Le 2,6 y nous marchdmes autant que la yeille^ 
et nous ^prouv^es une chaleur aussi forte : 
deux chevaux en moururent , et toutes les 
personnues de la carayane en furent plus ou 
molnsincommodees. Ce quiaugmentaoupi^o- 
longea tout au moins nos souiFrances , c'est 
que Teau nous manqua. On fut oblig^ d'en- 
yoyer un grand nombre de chameaiix a Taib 
pour en prendre. Ce village n'etait heureu- 
sement qu'k cinq miUes de nous. 

Nous campdmes entre deux gros bourgs 
abandonn^ depuis ua grand nombre d'an- 
n^es"^ et distans Tun de Tautre de deux ou 
trois milles. Nous n'eiimes pas la force d'aller 
voir quelle avait ^te leur ^tendue et leur im- 
portance. Nous avions rencontr^ , un peu 
avant de mettre pied k terre , trois aqueducs 
fort anciens et solidement bStis ; ils ne re- 



35o VOYAGE EN PEHSE. 

cevaient plus d'eau : le premier , que nous 
pftmes suivre des yeux k plus de demi-lieue 
de distance , etait k quelques pieds seulement 
au dessus du soL 

Le ^7 , nous marchdmes deux heures et 
demie , et nous campdmes au dessous de TaiA 
ou TdibSh. Ce nom est arabe^ et signifie bony 
il n'a ^t^ probablement donn^ k cette ville , 
que comparativement au desert , et k. cause 
d*un filet d'eau potable qu'on y trouve. A 
c6te d'elle il y a quelques filets d'une autre 
eau qu'on ne peut boire : celle-rci est min^- 
rale ^ et a un goiit d'oeufs pourris qui .soul^Ye 
Testomac. Toutes ces sources sont au dessous 
de la ville. 

TgSb paraJt avoir ^t^ autrefois une place 
assez importante. Situee sur la croupe ou sut 
le penchant d'une coUine , elle avalt un boli 
rempart et une citadelle qui la mettaient en 
^tat de resistel* aux Arabes du desert , et tnSme 
^des troupes r^guli^res. On voit encore quel- 
ques restes de ces fortifications j il existe en- 
core une des portes de la ville , et plus loin 
une tour etroite et ^levee j qui parait avoir 
^te Touvrage des Arabes musidmans. A c6te 
de la porte il y a une inscription cuphique , en 
partie efiacee , que ni le religieux napolitain 
ni le jeune homme<le Bagdad ne purent lire. 



CHAPITaE X. 35l 

• - Cette ville , comme toutes celles de la lisi^re 
da desert i est abandonn^ depuis long-tems 
et ruinee de f6nd en comblew Nous y vtrne^ 
pourtant trois chetives maisons , occupies par 
des Arabes qui nous parurent plus pauvres , 
pliis mis^rables que ceux du desert* lis cul- 
tivent , pr^ des Sources dont nous avons parl6 , 
quelques aspens de terre j ils recoltent assez 
iabolidamtneht de^ Porge , dti froment , du mais , 
An sesame ^ ducotori , et quelques plantes p6- 
tagdres qui l^s feraient viv^e dans Taisance 
et les enrichbraient mSme s*ils n^^taient ex^ 
jyos^s sans cesise k dtre pill^s par les Arabes 
xlu desdrt , ou s'ils n'etaient obliges de donnet 
aux chefs des tribus voisines les! trois quarts 
de oe que la terre leiir a produit , pour con- 
^rver le quatridme , encore ce quatri^me leiit 
est-il souyent enleve par les hordes errantes^ 

• he zSy le pays nous parut de plui en plus 
propl^ k la culture. Nous marchdmes pen-^ 
diant long-tems surune belle plaine inculte', 
t^hikinie k droite et k gauche par des monta- 
gnes peu eleveeS , d^u^s de bois. Nous noufi 
It^&Uvdmes ensiiite sur un terrain in^gal , cal- 
Caire* Nous camp&mes , apr^s dix heures et de- 
inie de march^ ^ dans un endroit ou il n'y avait 
J)6mt d'eau : oh fiit oblig^ d'en aller prendre 
k plus de deux Ueues vers rocciderit. 

5ti 



352 TOYAOB BK P£RSB« 

Le 29 ^ le terrain ^tait encore plus in^gal* 
Nous traversdmes une plaine et ensuite x^i 
coteau cr^tac^^ snr lequel nous vimes beau* 
coup de silex ou pierres k fusil* * Kous pass4- 
mes pr^s d'une eau saumdtre ^ et nous alldme^ 
camper , apr^s six heures de marche , une 
lieue plus loin , pr^s d'une autre soiu:ce d'esiu 
saumStre; . 

Chemin faisant on avait couru aprSs cinq 
Arabes que Ton ayait apper^us ; un seul avait 
pu Stre atteint : on Tamena k la caravane , et 
on le garda jusqu*au lendemain au soir. . 

Le 3q y on marcha pendant dix heiires. et 
demie en plains , sur un terrain nu y calr 
caire , et on laissa en arri^re la montagne qui 
se trouvait k notre gauche depuis Taib, On 
-fourut ce jour-lk apr^s un Ar^\^ qu'on apr 
pergut.sur un chameau : apr^s I'avoir ques- 
tionne , on le laissa poursuivre tr^anquilkment 
son chemin^ parce qu'il appartenait k. une 
horde cor^nue et.amie. Nous n'e Ames pas d'aur 
tre eau k boire que :CelJb qu'on ' ^y ait trf^^tst 
port^e la.veille dans des outres. 

Le premier juiUet, nous nous dirigedme^ 
vers des cqllines qui se presentaient au nord; 
nous passdmes sur un terrain oil I'eau ayait 
s^journe Thiyer y et oil elle ayait laiss^. une 
croil^te saline assez ^paisser Aprds huit heures 

et 



CHAFITRE X. 353 

et demie de marcliey nous dressSmes nos ten- 
tes sur lapented'une colline , pr^sd'uae source 
d'eau min^rale chaude y assez abondante y qui 
no>us parutsulfiireuse. Les chameaux^ lesclie- 
vaux et (juelques Arabes qui en burent , f urent 
assez forteipent purgi^s. Nouis y remarqu^mes 
quelques restes d'un grand Edifice j nous y 
yimes des sepultures musubnanes ^ mais an- 
cun indice de ville. Le aol environnant pr^ 
sentait. beaucoup de pierres basaltiques ^ qui 
y etaient etrang^res, et que noiis juge&mes y 
avoir ^te apport^s d!une montagne oucol^ 
line qui se trouvait k peu de distan^d ^ de 14 
vers le nord-est. Tout le. terrain autourde la 
source etait crayeui.. y • . ) i ; ! > 

L'eau dotice manqu^i^ entierement' danis c^s 
contr^es : k peine en avait^on conserve quel- 
ques outres pour lesi personnes les plus.distih>- 
gu^es de la g^avane^lea adtres furent obligees 
de s'en passer ou de boire/de l'eau min^rale. 

Le a^.il y ei|t sept heur.estdemat*cbjeisur un 
terraiii presque toujours Grayeux.;N:oui3 sui- 
vimes . d'abord la , collide ' que noii3 >avi6ns, k 
droite> et qui faisait suite ^'celle ou se trou- 
vait la spurce d'eau min^rale chaude* Nous 
nous trouyimes ensuite: dans une large; yallee 
que nQu§ Ipngedmes en nous dirige^oiit, au 
nord. Les ;nontiagfles qui la fbrmai^ne,jn*4y 
Tome VL Z 



N 



BS4 voYxan Exr pbbsb. 

tftient ps8 inen haates ; eiles nous parurefit 
I'une et Tautre volcamciues : nous nous ap« 
|>rocMm^s de ceUe k^ ganche ; nons passdmes 
sur le ^cA d'line aHcianne -yille^ oil se tron-* 
yaieht beanodup de pierres volcaniques tail- 
l<^es au Gtseany etcnoug campSittes ^nn ^uart 
de liene an-^ieiiL* 

. II y avait de la bonne ean Bur la montagne : 
4x11 f'ut en prendre ^ tantpour les hommes , vjne 
|>our tons les animatuL de la cara^ane. 

Yet^ le soir on £(ppergut au ^loin des Ara- 
hee : k, Tinstant tous les chef's :mont<^rent k 
jciieval f et s'avtoodrent dans la plakie; Les 
:A.rdbe8^taient ^peti^prds quatre-viAgfs , tons k 
cheval ou sur des dromadaires ; nous leS ytmes 
id^er tmnquillement au piled d^ la montagne 
-dpposee^ XiOrsqu'oii les eut perdus deyue^les 
-chiis Tevinrelit au camp ^ et recommand^rent 
deiaii-e bonne, gai^de toti;te la Unit i 

.lie 3, nous cfitby^thes pendant une heure 
mt demie la montagne que noi^s avions k 
^audie j ella nuua codfhiuisit au bord d'un 
Jkc de ' det^ ou trioU liefu^s d'^teiidue . * Nous 
•passittmes successiv^nlen^sUr'les mines de trois 
^ilkgesV '^t nous CEimpiines iin pen au-del^ 

• 

4lu> cteruier^ aprds quatrfe henres de marche. 
i>e tec^^ dbnt ndUSsiiiTiiiii^s tout le bord occi- 
^'ntalV' «*t pres^u'&sefe 2i lia fin de I'ete, et 



Ton en tire chaque aiio^e bespOiCQifL'g |d^ «el 
mariu^ q\ioique Teau pavaisse ,49¥!p?; ^SJ^S^^ 
)>onne ^ boire jt'hiyerf ; . . •) 

La yeille on avait exp^die denx cayalierf 
ppiir pr^yenir le do^as^ez^d'Al^ptle I'^aoF^Y^e 
de la paravane. ,(Jel^i5i ftyait qftYpT^j.dajof 
)a mating du 3 , md pqmmi^ fi^pf, ^ji^n^^ 
jOiOte de toutes les«D4<!ch^d4fie^^y^'eJJb:^^t^ 
pt povr ne p»<! ^jBf fifr^ff ,cl<^ ..Tfe^ij^ J^ 
droits ne4uw^nt#<tqHif«^i.AJep„,..;., .„„ \ 

. Uftpii^s-midi ftpijp, rq§(kflies:4^ figpi^s , 

I'lmd^M- y§iy^ji,;i^gQciantf|:^^jVS*i§,i^pj3?^ 
«mi "paiftigtilidr > (^t Ip ,<?ei(?p^d ^f!  ]^> pj^pr 

.<;ett» viUe, et Picbotj. ardeyftnt pj509((i»p|sijl , 
4:Ji«z q«i^Qlls ayjiftii?.'jQg^ :toir$ 4e-mpt5Q;pwv- 

qu(alqp^^  prpyi^ipps ,&#? H^ ,M ??»? .f^^ap 
n^reuse, a aller dflSflWikp !?^f?f^W^r ' .' 
«tmpi, yew le^qHf ^.fe?}wef 4fl,5ft^»»acjfl^ 

mes dans une heure.fif/l^flij^f 4, up "YiH^rfi^ 
l'oi}l?attait les bl4?: pp^giaftnai|5^X8rjf)^%iea 
pas i nous nous rendimes dans un autr e, 
noBun^ Sj/hiri ^ situj^ a un m^lle ^^ Icua^.oii 
nous passdmes la nuit. :. ■\:' 



\ 



556 VOYAO-E' EN- PEA$1&. 

' ' Le 4 r "^rs di^c heures du matin , noiis en- 
Itkin^i k Alep aprds quatre heures .de ' mar- 
che . et nous alldmes en xiroitnre k la rnaison 
consnlaire. 

' ' Dii lac ^ la ville la terre est rbuge&tre , 

tris-ifertlle''«' fbrt Wen cultiv^j elle repose 

inf iiiiia rbche calcaird ftitt dure. Pri&s d'Alep 

ie teilrain deyient moih^s' boh et foeaucoup plud 

Y>ifeiTfttix.' L^eau' des' vifitges dans lesquels nous 

avons passtfl^^est fort iiohhe k boire. ' '^ * 
' - . 

^ 'Nfifre preniier soin y en arrivant A Al^ , 

fttt ff^Sr&e'aux agena &aii9ai8 ^tablis k Tri- 
pdli] k Liatakie et k Alexandrette , pout leur 
^emahder s^il h'y aurak-pas dans cfes ports 
qtiidiqWe ^avite fran^aisou europ^ri,'pr6t k 
xri^ttfe k la' voile poijr Marseille ou potix quet 
qftfe^HtlMfe' de*ritalte^ II n*y en arait qu'uii k 
Xa^aki^^' it ^tak v^nitien , et ^tait en chargfei 
inent'fidiir Gonstahdriople. Nous r^solCltmes 
sur-le-champd'^npMfiter.A - 
' cNousf S^iidimes ' en • coisi^iraence/rio^ che- 
Vaiix/'etr'notis partfnies' pour Latakie le 36 
jtiilfci: • i^la 'pomte <ra jour, avec xat mducre 
6u iniiietier <te cette VlU^;  
• A peinaeftmes-noiiS fait trois lieiies (i) > 

> • '» r t • r ' I . » . . »# • , . . . , , • . , 



\ ' ' ' ' * w I ' *- 

' ({) Tfoud aybns lvalue le cnemih d'Alep k Latakiei a 
ab5oo toises par heure. •••••:•■ 



CHAPITRE X. V 3i5>7 

<]ue nous rencontrSmes deux pii^OBs : qti'on 
yenait de d^potiijler, et'qtli retourii^ieiitvSiir 
ieurs pas , n^ayant plus^ de q,uoi fair^ leur 
joiite. Ra$$ur4$ pWjijQtre pr^s^^e y etrtraa- 
.-qixilles sur leur subsistence y ils reprirejQ}: ^veq 
nous le chemin de Latakie ^ pu il$ voula^nt 
se rendre. Lorsque uo^s,eAnles fait avec eux 
• eiiviron un mille 5 itous ySmes dans les champs 
xin sac de biscuit ^t, autoes proyisipn& qu^on 
leur avait pris^ et nous apperg{^mes. au loia 
les trois hommes quJi.l|3S ayaient yol^s;; -ijls 
lityaient chacun, un. iVisil y mais ' nous .etions 
sans doute trop npmbreux: pour qu'il^ 0sa$-: 

• 

sent nous attaquer. Nous continudmes ii^^^^ 
route sans nous^arr^terni doubjerleipas j; et 
apres onze heur-ps de marche nous nous; Zjfirf 
posdmes h, Mart»Me$serin , yillage sitp^ #^4 
une belle plaine assez bien cultiv^e :,il[ dpU 
Stre k plusieurs lieues nord de Saarmbi'^ o4» 
lious avions pass6 en ajUant k AI^p. 
' Le lendemain 3i 9' nous marphdmo^. qn^- 
que terns en plaice j nous entrame^ ^c^ns un 
fort beau-yallon, et nous eAmes qupLqu^ tems. 
deyajit nous une coUine y au sommet 4e ia- ' 
quelle est un yillage dont'On ne sut pa&npu^ 
dire le nom. Npus ySmesau pied de pQtt^ 
coUine beaucoup d'oliyiers.j nous nous d^-*. 
tjournjames iin. pe}i ij gafucihe^. et ^u^ vxd^fur. 



8i?8 v6tXgb tw titLsn:. 

tties k\i Ga^ar , dont a ^t6 Question ^ notre 
Vdytige de Latakie ^ Al6p, Nous eftmes au- 
At\k da (ra£&r un chen4n fr^l^mauTais , tr^^ 

•dix hettres de marfche* 

Li^ premier eofitt , ttotfe continuSmes notre^ 
W)\ite & travels des mbtif agnes pre^uft toutes 
bois^^sj nous lalssimes k droite ie village 
d^Abdkma, et nous Tfntnes descendr^ &u 6e- 
tond feftfJai- y sitti6 dais tme gorge oii coule 
irtte' petite Hviite qn'On &st dblig^ de passer 
plllisteurs fbii.'Nous m^ithSnies Ce j6ur-la di± 
lietoffes.   • - • > 
 La chaleur notls afalt si fort incommodes 
fefe- jtiixm preci^ens , qtM^ , quoique tf^s-fati- 
gtt^, libu's retolftmeis de faire pendant Ik nuit 
tout le dltemin^qtii hoiis riestait. Nous parthnes 
done k di± heures dii sdir ; nous passdmes 
Ters quatr^ heures du n^atin au d^iisous de 
BaIo«dS@r/ari-itdin«^ 4 six k la riviere > ou il 
ji'y aVAit presqu^ pft^ d*eau , et iious ^ntr^es 
le 2, vers les huit hfeiire* , k Latakie. 

Cette ville > oA fiou's ivions pa^s^ tiugt-deux 
iliOii^atipfeirataht, h^^f frit plus re'c6rinaissable : 
till trfemblfehi^t de letre avait ren verse le tiers 
d&d mais6nis^ it endommagi^ plus ou moins* 
toufes lee afttrtet.^inze fcents habitans y 



ftyaient p^i; plusienrs ayaient ^ estropiesj 
tous ceuxqmaTaieitt ^diappe ^ pleuraieiit en- 
core la perte de quelque paFCi&t ou de qvoAcfoB 
tsni; tpus expHmaieiitassez fortementlVif&ol 
dont ils &Lxent loag-lEms saifiis. Pendant pJm^ 
de deux HMnsqu'on fdt oociipe a retirsr les oa-* 
darres de dessous les decoaibates / et A ckerdbcflt 
leseffetoprccKUxqia'onn'aTaitpaseu h.tetm 
d'emporter j on ^tait dana les plus yives alar-* 
mes i le moindre bruit ^ le moindre cri faisait 
sauv^r les onYfiera^ *qiu r^pandaient pavtout 
Tepouiraate. Vn grand nombre d'habUans ^ 
plii^ timides ou joioiiissen&tblefi que lesmtree^ 
ne rentr^rent pas.de txois mois dans lariUe* 
Ce tremblement deterre ent iieu le 26 ayiil 
i79l5 , ^2ieiif h6u];e$.quelqiies mizmt^s da jua^ 
tixi^ La mer ^tait aJ<>xs parfaitement calme : 
il li'y :aT^it pas dans Fair le moindre vent^ la 
moindre agitation ; le ciei etait am pen em- 
brnm^^ et le solie^l se mxmttait pdle i on e6tt 
dit qii^e cet astre et toixs les (Clemens etaient au 
tentiis 9 on allaij&nt pnmdxe pajpt A la sabie 
efFroyable qui deyail: avoir £eu. £Ue iiit •pre-* 
c^d^ d*un Iffwt fiquterrain f assez fort pouv 
empdcher id'^mleo^e cel«i Af la. chute dea 
maisons , o^ pour mieiux dite ^oea deux ibruiu 
eurent lieu presqn'ail m&m0 anstaxut ; ils ae 
conicmdirejat^et n^ donn^renti. p^rsoome W- 



36o VOYAGE EN PERSE. 

terns de se sauver. La chute des maisons f'ut 
81 prompte y que ceux-lk mSmes qui habitaient 
le ;rez de chauss^ y et qiii se trouvaient de* 
bout 9 ne purent arriyer jusqu'au seuil de la 
porte. La douane du tabac , situ^e vers le 
port> Edifice tr^s-consid^rable et tr^s-solide- 
mentb&tiy s'^croula tout entier et si subite^ 
ment , que personne ne s'en sauya : Taga , ses 
ofHciers et quatre cents ouyriers y perdirent 
la yie. ' 

La premiere secousse , qui fut la plus ter- 
rible y et qui fut celle qui renyersa les maisons , 
souleya le sol de plusieiirs toises ; les autres 
furent horizontales , et parurent se diriger de 
la terre k la mer , ou de Test k Touest j elles 
dur^rent pr^s d'une minute , en diminuant de 
force depuis la premiere jusqu*^ la derni^re. 

La Syrie, comme on sait , a toujours ^te 
expos^e aux tremblemens de terre. La plu- 
parfcdes villes de I'antiquit^ , telles que Sidon , 
Berite , Cesaree , Antioche , ont et^ renyer- 
sees ou fortement endommag^es par cette 
cause ; et de nos jours il n*est gu^re d*ann^s 
oil Ton n*en ressente de plus ou moins forts 
dans quelques parties de cette yaste contr^e. 
Dans le mois de decembre 1796^ a deux heu- 
res dix -minutes de 1 -apr^s-midi , il y en eut 
un ^ Alep y assez fort pour endommager beau- 






**" 



CHAPITRE X. 36l 

coup de maisons : celle que nous habitions, fiit 
lesardee en plusijeurs endroits. II y eut deux 
secousses j la premiere fut moins forte que la 
seconde , et celle-ci succeda rapidement k Taji- 
tre J la direction nous parut 5tre du nord au 
Slid. 

. Nous ^tions dans ce moment dix personnes 
K table chez Jie proconsul : par un mouvement 
spontane nous fiimes sur pied , et nous nous 
ti'ouvdmes tons sur une terrasse qui ^tait k 
c6te de la salle k manger , avant d'avoir pu 
r^fl^chir k ce que nous faisions. Comme ces 
, deux secousses n'eurent pas de suite ^ nous 
rimes de notre frayeur machinalc y et nous 
vinmes continuer notre diner. 



3f62 VOYAGE EN PERSE. 

I 

CHAPITRB XI. 

J)ipart de Latakie pour Lamaca. 
Commerce et popuhttiou de Ch/ypre. 
Route par Nicosie y Cirino ^ C6Un^ 
dray Caraman , Kbnidh et AksMer^ 
ArrivSe d Cara-Hissan 

Lin navire yfoitien qtri se trouvait k Lata- 
Ide^ devaitinettreklaTOiledansnneqTiinzaiite * 
de joTirs , et se rendre k Coiistantinople avec 
iin chargement de tabac. Nons fftmes queltpie 
terns &aT le point de nous y embarquer , mais 
le vice-consul et son chancelier nous en dis-' 
sua^^rent ^ sur la nouyelle qu'ils ay aient eue 
trds-r^cemment qu'un corsaire alg^rien ayait 
enley^, aux environs de Castel- Rosso, un 
navire de cette nation , et Tavait conduit a 
Rhodes. 

Quoique cette nouyelle ne nous parftt pas 
tr^s-certaine , nous laissimes partir le V^ni- 
tien , et nous nous embarqudmes le 4 de sep- 
tembre , k la pointe du jour , pour Chypre , 
sur un petit navire ragusais , qui devait tou- 
cher k la rade de liamaca, et se rendre de Ik 



CHAPITRE XI. 365 

k Alexandrie : i! ayait quelques boeufs et 
quelques balles de tabac destines pour cette 
demidre ville ^ et quelques passagers grecs qui 
retournaieilt en Chypre leur patrie. 

XJn petit vent de terre nous mit , dans deujt 
outrois heures ^ k deux lieues du port ; il cessa 
de souffler lorsque le soleil se fut un pen ^leye, 
et vers les neuf heures il passa peu k peu an 
sud-ouest^ ainsi qu^il arrive tous les jours , 
dans cette saison y sur cette partie de la c6te. 
On pin^a le vent autant que Ton put^ sans 
faire pdur cela bonne route. La niiit nous' 
restdmes en calme , et le 5 ^ lorsqu'ii fit jour , 
nous reconnAmes , k huit ou neuf lieues est*- 
nord-est ^ le cap Kansir y qui est k quatorze 
lieues nord-nord-ouest de Latakie : nous ^tions 
alors en face du golfe de S^leucie, dans le- 
quel rOronte vient se jeter. 

Le yent soufSa toute la journee du sud« 
ouest , et nous porta vers la Caramanie : nous 
ne la d^Jcouyrfmes pourtant que le 7 au soir. 
Nous continudmes de nous diriger vers elle 
le 8 , ayant toujours du calme la nuit , et le 
mSme yent de sud-ouest durant le jour. 

"Le Sy k deux ou trois heures de nuit y le 
vent ayant pass^ au nord , et s'y ^tant soutenu 
jusqu'au matin ^ nous nous trouy^mes^ k la 
pointe du joux ^. k trois lieues nord-est da 



I 



564 VOYAaE EN PERSE. 

promontoire Dinaretum ou cap Saint -An- 
dre , pr^s duquel sout trois ou qnatre ttots 
uns J bas > caries tout autour par les eaux de 
la iner , et qui port^rent autrefois le itom de 
elides ou Cleides insulae. D^s que nous Teii- 
jnes double, le capitaine fit jeter Tancrej ce 
gui i^ous surprit , attei^du que le vent etait 
encore favorable quoiqu'il eiit deja faibli ; 
mais nous reconnftmes bientfit que le capi- 
taine ne s'^tait decide k mouiller que parce 
qu'il avait juge que nous aurions encore ce 
}Our-l^ le vent de sud-ouest j il avait voulu 
attendee , pour faire route , que celni dcj terre 
vint le remplacer* 

La cdte , aux environs du cap , est basse 
et d*un dUEcile abord , k cause des rochers 
caries dont elle est h^riss^e. Nous nous f imes 
pourtantmettre h. terre a fin d'observer Tint^- 
lieur, et y ramasser quelques plantes. Nous y 
ytmes des lentisques et des caroubiers rabou- 
gris, parmi lesquels se trouvaient des myrtes , 
des paliures , des saridtes , des cistes , des char- 
dons et autres plantes peu iraportantes. 

Le pays aboude en gibier : nous n'avions 
pas de chiens , et pourtant nous fimes lever 
plusieurs li^vres. et plusieurs compagnies de 
perdrix k bee et k pieds rouges : nous n*y 
y^m^s pas le jBrancolin , qupiqu'il soit assea 



CHAPITRB XI. 365 

nultipli^ dans quelques quartiers de i'lle. 

A demiJieue du cap , il y a raie chapelle 
et deux ou trois faiu&Ues grecques qui culti- 
vent quelques arpens de terre : elles y recueil- 
lent du iroment , du coton , du sesame , du 
mais , du doura et quelques plantes potag^ 
res ; elles y ont aussi quelques ruches. 

A deux heures de nuit , le vent de terra 
tious permit de mettre k la voile , et de faire 
bonne route en suivant la cdte. Dans la ma- 
tinee du lOy nous vlmes de loin Famagouste, 
ville fortifi^e par les V^nitiens , et qu'ils de- 
fendirent pendant plus d'un an contre des 
forces tr^s-considerables que Selim II y avait 
envoy ^es. Nicosie s'^tait rendue Tann^e d'au- 
paravant, en. 1670, apr^s un mois de siege. 
Le vent de nord, quoique f aible, continuant de 
souffler, nous doublSraes, vers les neuf Jieu- 
tes , le cap de la Grecque ou de la Gtiega , 
et lious pftmes alors, avec le vent de sud- 
ouest , venir mouiller avant mddi dans la 
rade de Lamaca. 

Cette rade , dans laquelle se trouvait autre^ 
fois*le port* de Citiurriy quoiqu'expos^ au 
vent du nzidi et au siroco, est assez bonne 
et asse:^ sftre , mSme en hiver. Le ville est si- 
tti^e en plaine^ k un quart de lieue de la mer , 
pr^s de Templacement de Tancienne Citium j 



366 VOYAGE JBIC PERSE* 

elle est peu ^tendue et peu peupl^ : on y 
compte k peine deux miile habitans^ y com- 
pris ceux du faubourg oil Ton d^barque. 

C'est sans doute k la bont^ ^e cette rade 
et k la proxinuti^ de la capitate ^ que Larnaca 
doit Tayantage d'Stre aujourd'hui le senl en- 
trep6t des denr^es de File et la residence des 
consuls et des n^gocians europ^ens ^ cax I'air 
y est tr^s-mal-sain k cause d'une saline si- 
tu^ k peu de distance de la: yil|e ^ k Focci-^ 
dent 9 et dont les exbalaisons sont ^imendes 
par le vent de mer oude su^-puest^ qtii souffle 
reguli^rement tous les jqurs d'ete^ ainsi que 
nous Tavons dit ^ depuis neuf ou dix heures 
du matin jusqu'au soir. 

Cette saline f burnit ordinairement plus dq 
sel qu'on n'en pent vendre : le gouverne- 
ment raflerme k des particuliers | potir six 
mille piastreaps^r an , prix qui serait tr^s-mo*- 
dique si le sel k Chypre avait un peu de yar 
leur et un peu de debit. 

Le bassin oil il se forme , a plus d'un mille 
de largeur : il e^t k peu pr^s au niveau de la 
mer j il ne communique pas directement'avec 
elle, mais Thiyer, lorsque les vents de su4 
et de sud^ouest. soui Uent ^vec force , I'eau d^ 
la saline s'el^ye dans les mSmes prop(^irtio^3 
qu^ celle.de la Tn^T.lJ6l4^ TeyaporAtion su£* 



tHJiPITRB XI. 36j 

St pout la faire disparaStre preaqtx'enljiere- 
jnent ^ et y former xm sel tr^s-blaxic et d'une 
tr^s-boxuie qualil^ ; U pasae pr^quue tout ^ 
.Constantinople. 

Avant la r^olution fran^aiae le commerce 
4e Chypre elait ps?eac{ue toiit tm^tse lea mains 
•des Fran^ais et doa Y^sutiena ; liea Anglais 
jet lea Hollandids a^aient tenti inntil^oieftt dfi 
s'y etabHr ; ils n'ayai^it jan^is pu edvtrer en 
concurrence avec lea ipremieira.^ aoit paroe que 
cette tie eat de vexiue trop pauyo'e :pour oon- 
fiommer las drapa anglaiaet Jsea denreea dea 
.Hollandaia, aoit parce que lea produits du aol 
diminuant conaid^raMement de your en jour^ 
lea negociana ne poiiyaient^ acliQter aaaee de 
,marchandiaea pour payer ^ au moyen dea 
b^neficea y lea fraia id'^tabliaaement. Mfti^eille 
jndme ^ qui a'etait empar^e aeule de preaquie 
-tout le comm^ce deChypre.9 9e timt pas de 

Larndca pour un million de marchandisea ^ et 
Vy yeraait ,paa en drapa ^ bonueta>iquincaille- 
. r ie , mercerie 9 ' liqueura et denr^a colonialea ^ 
,pour une yaleur de ;20iQ^ooo livrea, 

tea principalea productiana de cette ila 

conaiatent en ,coton ^ dont la quality ya de 

pair ayec celui de la Syne j en racine de gar 
iran<?e tr^a-estim^ j en aoie , yin ^ ci;»i^6oude., 

laine^ kermis ^ coloquinte > peauxde bouo^ 



k 



368 VOYAGE Elf PERSS. 

I 

de mouton et d'agneau , peaiix de lidvre ; en 
coton fil^ assez beau } en toiles de coton ^ con- 
nues sous le nom de toiles dimitesj toiles es- 
camittes y toiles amans ^ toiles antioches , 
bourgs alayas , etc. On tire 'aussi de Larnaca 
diverses marchandises qui y viennent de la 
Carainanie , de la Syrie et de Finterieur de la 
Natolie , telles que storax ^ noiix de galle ^ 
^dragaiit , sole , cuivre , etc. 

Cette tie 9 Tune des plus considerables de la 
M^diterran^ , et Tune des plus importantes 
par les productions , a ^t^ de tons le$ tems 
plus exposee que toute autre a exciter la cu- 
pidity des peuples vpisins. Trop peu etendue 
pour avoir une population capable de r^sister 
^ un ennemi puissant , trop abordable, trop 
ouverte pour se defendre , elle a dA 6tre aussi 
souvent conquise qu'elle a et^ souyent atta- 
quee. Sans parler des incursions et des rava- 
ges que divers peuples y ont faits ^ diverses 
epoques , nous la voyons successivement gpu- 
yern^e par des magistrats^ des rois ou des 
tyrans pri« dans son sein ; par les Ph^niciens:^ 
les Persans , les Macedoniens ^ les Sy riens'> les 
£gyptien8 et les Romains ; par les empereurs 
d'Orient, par des rois (Strangers ( les Lusi- 
gnan) y par les Genois y les V^nitienSj et enfin 
par les Othomans* 

Chypre , 



H 



 • 



.: Chypre, sous la rcrge des V^nitiens, nefut 
pas aussi florlssante qu'elle Favait ^te sous les 
successeurs d' Alexandre , sous les Romain» 
et sous les Grecs j mais sa population s'y etait 
toutienue : le commerce que ce peuple mar-^ 
chandy faisait^ avait entretenu Tagriculture 
et y avait maintenul'industrie. Les yilles n*y 
etaient plus ni aussi nombreusesni aussi belles 
qu'autrefois , parce que le joug de ces etrangera^ 
dut paraitre trop pesant k des insulaires natu* 
reUement poit^s k rind^pendance. Mais sou& 
les Turcs, sous ce peuple aussi barbare que 
f eroce , population^ connnerce , Industrie, 
agriculture , tout a souflert, tout a langui* 
Chypre , sous la double ty rannie du gqu ver^- 
nement et de chaque individu musulmauj 
domioilie ou simplement de passage y est de- 
venue en pen de tems le pays le plus pauvre , 
le plus malheureux de tons ceu^ que les 
Grecs occupent encore. 

Ce qui aggrave chaque jour le sort bien de- 
plorable des Cypriotes , c'est que I'impdt etabll 
k 4oo l^ourses pu 400^000 livres apr^s la prisa 
de Ftle , a ete successivement port^ , par le? 
avanies et les pr^sens forces , k plus d'un rail*? 
lion de piastres, et qu'il se soutient toujours 
au mSme taux , quoique le pays se d^peuple 
d'une mani^re e£firayante , et que la culture 
Tome VI. A a 



^yO VOYAGE BIT PSHSS. 

des terras y soit tr^s-n^glig^e faute de bras. 
Ceux qui restent dans le pays, paient pour ceuic 
qui 8*expatrient ou qui p^rissent de mis^re. 
II faut ajouter k cette somme , qui passe toute 
k Constantinople sans espoif de retour , ce 
que le mutselim et F^v^que m^tropolit^iin , 
^tablis k Nicosie , exigerit pour leur fastueuit 
entretien j ce que la garnison de Famagouste 
depense , et ce qu*il faut doriner k un clerg6 
aussi nombretix et aussi consommateur qu*il 
pouvait Fdtre dand des terns plus prosp^res. 

On ne compte aujourd'hu^ , en Chypre , 
qu'environ hult mille Grecs payaiit karatch j 
ce qtd peut faire supposer qu*avec leurs f em- 
mes , et leurs enfans au dessous de douze ans , 
qui est T^ge , dans cette He , ou les mSles com- 
mencent k Stre personnellement imposes , leur 
population ne s^il^ye pas au*del^: de trente 
wille.'Les Turcs qui s6 trouyent k Nicosie^ 
k Famagouste , ou qui sont r^jpandus en tr^s* 
petit nombre dans Tile , n'y sont pas ^Vaiu^s 
h plus de trente mille. Ainsi un pays qid 
^ourrait nourrir un million d^habitan* avec 
Ifeis seuies productions du sol s'il aT^it un bon 
gdu vcfmement , n'en a gu^e que sofxatite mille 
aohis celui des Turcs. 

ITayant pas trou^^ , k Laitiaca , • de navire 
en' chdi'gement pour Marseille ou pour Tltalie, 



CHAPITRE XI. 371;^ 

nous r^olflm^s de nous rendre k Constanti- 
nople par la Natolie ^ et de charger le consul 
de nous y i'aire- passer par mer nos collec- 
tions et les efiets dont nous pouyions potu: 
he moment nous passer. D^barrass^s de tout 
ce qui pouvait retarder ou gSner notre mar- 
che , nous primes des cheyaux , et nous par- 
times le i3 septembre y ^deux ou trois heures 
de nuit ^ pour Nicosie ^ ou nous arriydmes 
dans huit heures , par un terrain iu^gal Sana 
6tre montagneux. 

Cette yille ^ depuis long-tems la capitale da 
rtle i est grande ^ bien Mtie ^ et situ^e au mi« 
lieu d'une plaine fertile et arrosee , qui s'^* 
tend assez loin au nord et ^I'est, mais qui est 
hom^e f au sud-ouest > par un coteau qui la 
domine k un quart de lieue seulement. Ses 
maisons , toutes construites en ma^onnerie ^ 
T)nt phis de solidit^ que n'en donnent les 
Turcs. On y yoit encore quatre ^glises an* 
ciennes , que les Venitiens ayaient conser* 
y^es ^ et qui ont ^te transibrmees en mos- 
quees. Sa population peut aller k quinzemijlle 
habitans ^ dont les trois quarts sont Turcs. 

Nicosie parait ayoir eu autrefois beaucoup 
plus d'etendue qu'elle nl'en a k present. Les 
Venitiens , qui youlurent en faire une place 
forte y la r^duisirent au point .ou elle est ^ 6t 

Aa a 



/■ 



37^ VOYAGE EBT PERSE. 

Pentour^rent d'lin bon rempart. On Saic qu'ell© 
leur fut enlev^e en 1670 par les Tnrcs , apr^s 
un mois de siege, Dandolo , qui avait soutenu, 
avec deux miile cinq cents homraes , tons les 
i^flbrts d'une arm^e innombrable et accoutu- 
mee ^ se battre , et qni ay ait obtenu ^ en se 
rendant ^ une honorable capitulation y fut 
^gorg^ avec sa gamison , nonobstant les pro- 
xnesses et Tengagement par ecrit du general 
turc ; quinze mille habitans furent en mSme 
terns passes au fil de T^p^e , et vingt-cinq 
mille fiirent charges de chaines et envoy^s i 
Constantinople pour y 6tre vendus. La ville 
fut pill^e , et n'eut , pendant long- terns , popt 
d'autres habitans que ceux qui venaient d*y 
conimettre tons les desordres et toiis les cri- 
mes iraaginables. 

< Nous ^partimes le mSme soir vers les siit 
heures ^ et primes la route de Cerino , petite 
Tille situ^e sur la cdte septentrionale de Tile. 
Apr^s avoir march^ une heure , nous quit^- 
tSmes la plaine de Nicosie ; nous mont^mes 
quelque terns par un chemin tr^s-rude., tr^a- 
mauvais \ nous descendimes efnsiiite par une 
gorge oil passait un ruisseau d'eau , et ^ mi- 
nuit nous entrdmes dans Cerino. - 

Pe la montagne ^ la mer il n'y a gu^re' plus 
de denu-Ueue^ Le, terrain^ dans cettie lisi^re 



CHAPXTHE Xi. 873 

i^troite , est bon , un peu arrosd , et assez bien 
cultive. II est presque tout convert d'oliviers , 
de miiriers , de caroubiers et de figuiers : on y 
cultive beaucoup de cpton , et en moindre 
quantite du sesame , du ma'is , de Torge et du 
froment. Le jujubier j que nous avens ren- 
contre sauyage en plusieurs endroits de cette 
£le , etait partout garni de fruits j il ne s'e- 
levait qu'4 quelques pieds , et formait un buis- 
sdnfbrttoufFu. Nous Tavions vu dans le m§me 
^tat aux environs d'Alep. 

Cerino , nomm^ autrefois Ceronia ou CV- 
ronium , parait avoir ^Xjk assez bien Ibrtiiie, 
On y voit encore , au bord de la mer , et ^ 
Torient du port , mi chateau en assez bon 
^tat. Quant aux murs dont elle etait entou- 
ree , ils sont presqu*entierement detruits^ et 
^ la ville n'est plus aujourd'Hui qu'un mauvais 
village oil il n*y a pas deux cents habitans. 

Le port , form^ par des rochers , est petit , 
ouvert au vent de nord , et assez peu siJlr en 
hiver. Ott pourrait , avec quelque d^pense , 
le rendre en ^tat de recevoir , sans aucun 
risque , trois ou quatre nayires , ' et m^me 
da vantage si on le creusait du cote du cha- 
teau. , 

II y a , k Poccident de Cerino , un banc de 
roche calcaire fort dure , qui se trouve ^ fleur 



de terre , dans lequel on a pratiqu^ autrefois 
des logemens ou peut-Stxe des s^pulturesw 
Pockoke , qui eil parle ^ les a pris pour des 
sepultures anciennes : on y descend par un 
^scalier fort ^troit y taiile dans la roche. Les 
chambres sont peu spacieuses j elles n'ont 
gu^re au-del^ de huit pieds en carre j quel'- 
ques-unes communiquent entr*elles psy una 
porte ; la partie sup^rieure est ceintree et bien 
conserv^e. Ces chambres dlfF(^rent des cata- 
combes d'^gypte , et de toutes celles que nous 
avons vues k Milo , ^ Latakie , a Orfa , en ce 
qu'elles sont simples , sans ornement et sans 
loges ni sarcophages. Nous sommes port^ k 
croire qu'elles ont servi autrefois de logement 
ou de lieu de dep6t aux Iiabitans de cette 
partie de Tile lorsqu^ils ^taient assez peu nom- 
breux pour ne pouvoir pas s'opposer aux in- 
cursions des pirates , ou aux entreprises des 
peuples qui se trouvaient repandus sur les 
montagnes de la Caramanie. 

Ons*occupe, iCerinb, ainsi que dans beau- 
coup d'autres tillages de Chypre , k prendre 
aux gluaux , dans le com^ant de Pautomne , 
les petits oiseaux designes sous le nom g^n^- 
rique de bec-figues , qui arrivent, dans cette 
saison , par la Caramanie , des contrees plus 
septentrionales. On les confit au vinaigre, ou 



CKAPXTRS XI. 375 

ce qui vaut beaucoup mieux y au yin de Chy^ 
pre : pour cela ^ on les plume bien , on le$ 
&it bouUlir k Teau pure pendant quelques 
minutes; on les laisse bien egqutter ^ et on le^ 
met dans • la liqueur j ils se conservent fort 
bien en cet etat toute V^iuiee j on conseryQ . 
de meme Les c£Lilles et autres petits piseaux. 
On les place avec sbin dans des pots de terre, 
et on les envole k Marseille , k Venise , k Li- 
vourne et dans les autres villes de Tltalie,* 

La Porte avait etabli * ^C^rino , unbatiment 
fropqais , commande par le capitaine Selardi 
de Saint T Tropes : il etait destin^ a passer , 
de Chypre en Caramanie ^ le khasne pu ar- 
gent de rimp6t , les agens^ du gouyerne- 
ment , et tons les passagers qui -se pr^sen- 
taient. 

Le capitaine Belardi nous re^ut k son bord ; 
et mit k la voile le 17 septembr^ avantleleyer 
du soleil . Le vent du sud-ouest soul Ua • comme 
k I'ordinaire , une bonne partie de la Journee : 
la nuit • il fut faible et variably ; noiis nous 
trouvdmes pourtant , le 18 au matin , sur la 
cote de Caramanie • et vers les neuf henres 
nous jetdmes I'ancre dans la petite baie de . 
Cqiindro. 

On compte , de Cerino k CeUndro , dixrhuit 
lieues marines 1 et du cap Cormachiti k celm 



\ 1 



3j6 TOYAGE EN PERSE, 

d'An^nnir , qui sdnt les pojnts les plu^ rap-^ 
proches , quatorze lieues seulement^ 

La c6te de Caramanie ou , pour mietix 
dire , les montagnes qui s'avancent jtrsqu'aii 
bord de la mer , paraissent fort bien de C^- 
rino lorsque le tems fest beau. 

Le lendemain de notre arriv^e , nous vJmed 
descendre de la montagne cinq hommes con- 
duisant dix chevaux quails veiiaient nous of-^ 
fiir pour nous transporter a Caraman , ville 
qui se trouve k quatre joumees au noi^d. Le 
prlx fut bient6t fait : nous consentlmes k don- 
ner la somnie qu'on demandait , et k payef 
tous les chevaux qu'on avait amends , quoique 
nous n'en eussions besoin que de six , mais 
k condition qu*on nous accorderait detut jours 
que nous voulions employer k parcoitrir les 
environs. 

Celindro est un port naturel k I'abri de 
tous les vents , excepte du siroco, C'est , k 
proprement parler ,' une anse peu profonde , 
peu spacieuse p form^e par une langue de terre 
qui s'avance dans la mer de I'ouest k Test. Un 
bStiment y iest en sftret^ moyennant deux ca- 
bles attaches i terre, et uneNou deux ancres 
mouillees au large. • ^ 

Au dessus du port on voit les mines d*une 
ville peu ^tendue : c'est Tancienne Celenderis , 



CHAPITRE XI. ' 877 

dontparle Strabon* EUe ^tait situ^e au bas de 
la montagne qui s'avance ici en pente douce 
jusqu'^ la mer : on y appergoit encore beau- 
coup de vieux murs J on y voit des tombeaux 
avec des caracteres grecspeu lisibles; Au nord- 
est nous avons suivi k plus d'une lieue sur la 
montagne^ un aquedulc bSti k fleurde terrej 
il paraib avOir amene les eaux d'lm petit riiis- 

* • 

seau que nous traversdmes en alknt ^ Car a- 

Cette c6te est deserte quoiqu'elle soit par- 
tout susceptible de culture : la vigne , Tolivier, 
le'nitlrier, r^ussiraient tr^s-bien partout : on 
voit k leur place le caroubier , le poirier* sau- 
vage 9 le ter^bintie , le paliure , le genSt d'Es- 
pagne , le lentisque , le myrte y le pin d' Alep , 
et en quelques endroits le cypres et le laurier. 

Le 20 , nous fumes en nous promenant juis- 
qu'au port Figuier : il est kune heure de che- 
min, k Toccidentde Celindro. C*est une anse 
peu prof bnde , ouverte au sud : les vaisseaux y 
ihouillent , et y sont en sAret^ quelque terns 
qu'il fasse , parce que le fond est bon , et qu*il 
se trouve, k Toiiest du port, un Hot presque 
contigu k la terre , qui les met un peu k Tabii 
du vent de sud. 

La montagne s'avance , comme k Celindro , 
jusqu'au borddela mer, et forme ^ au-devant 



378 VOYAGE EN PERSE. 

du port, tin vallon etroit, qui nous pairiitdB 
la plus grande fertilite. Nous ne primes nou$ 
fkire jour k travers la ronce ^ la vigne sau- 
sage ^ la clematite , le iiguier et une i^Xxfinite 
d'arbres , d'arbrisseaux *et de plaiites qui y 
croissaient ayec une force de yeg^t^ition sur<* 
prenante. II sort du pied de la montagne p 
fort pr^s du rivage^ une eau.trSs*abondante 
et fort bonne , dont le$ marins qui mouillent 
dans ce port y ne manquent pas de fairei pro^ 
Tision. 

On ayalt b^ti autrefois une vill^ sur Tilot 
etsujT la pointe de terre qui y fait fkipe.}, opL 
en Yoit encore les ruines j mais , d'aprds le pen 
d^^tendue qu'elle occupait , , il ne pa:PajLt pas 
qu'eUe ait ^t^ considerable .; c*e8t probable- 
inent la yille d'Arsino^, que Strabon place, qq 
Cilide, Les Italiens et les ProTen9aux out 
donnd k ce lieu le no^ dePortO'-Figue/Vj ^ 
cause de quelques figuiers sauvages qui ^e 
trouvent pr^s du rivage. 

Toute la montagne est calcalre. Npus trou- 
V&mes lui grand nombre de plantes dont nous 
primes les graines : la plus commune e,t|a^i^ une 
germandree k feuilles de rpmarin (,teucriu/n 
rosmarinifolium ), qui a fort bien leve fm Jar-r 

din des Plantes de Paris. 
Nous parttmes de Celindrole 2x s^ptembrje^ 



\ 



, CHAPITRE XI. 379 

it neuf heures du matin , en nous dirigeant 
d*abord k Test, puis au nord. Nous montd- 
mes beaucoup j la roche se montra partout 
calcaire et fbrt diu*e j nous eftmes long-teins 
la vuje de la mer j Tile de Chypre sedessinait 
dans le lointain derri^reriousjle cap Anemur 
nous restait au sud-ouest ; nous avions sous 
Hosyeux, au sud-sud-est , le promontoire Sar- 
pedon, au-del^ duquel, selon nos cpnduc- 
teurs^ se trouvait rembouchure d'un fleuve 
que nous devious passer le ^endemain , et la 
ville de S^lefk^h , Tancienne Seleucie , que 
Ton salt avoir ete plac^e k peu de distance de 
ia mer, sur le Calycadnus. 

Ces lieux rappellent le traite qui fut fait 
i^tre ies Romains et Antiochus , ou il est dit 
* ^^ntr'autres que ce dernier ne pourra naviguer 
^n deqk ou k Toccident du Calycadnus et du 
proihontoire Sarpedon. 
J Aprils trois heures de marche y nous nous 
reposimes sous un platane majestueux , pres 
d'uzr ruisseau qui coidait k trayers des ro- 
chers : ses eaux etaient iraich)es , et ses bords 
converts de belles plantes. Nou5 fimes pre- \ 

parer , ainsi qu'on nous Tavait conseille ^ un 
grand plat de riz au beiure , que nous man- 
gedmes avecnos conducteurs : nous leur fimes 
part de quelques proyisions que nous avions 






38o VOYAGE £K PERSE. 

emportees J nous leur ^im^s donner du tabac 
el du cafe : c'ef ait leur jfairQ prendre tux se- 
cond engagement de nou6 Stre fiddles. £u 
acceptant nos dons y enmangeant ayec nous , 
le traite que nous ayions &it en partant^ leur 
derenaitplus sacre; nouspouvionsd^s-lorslcs 
suiyresans craindreuhe perfidie de leur part. 

Nous quittdmes en cet endroit le pin d'A- 
lep, et nous commen9^e8 k eri voir deux 
autres esp^ces qui refisemblent un pen au la-* 
riccroou pin de Corse j ils s'el^vent ^ plus de 
cent pieds sur une tige fort droite. Le chSne 
ordinaire et celui k fruits pedoncul^s sont 
trSs-commims ^ur ces montagnes , et fbrment 
en quelques endroits H'epaisses forSts. Nous 
continu&mes k yoir le ter^binthe , le paliute'^ 
le gen^vrier , le myrte , le lentisque. Notaa * 
marchSmes encore iquatre heures toujours en 
nous ^levant , et nous arrivSoies k un petit 
village de Caramans , ou se trouvait Tagaqui 
commande k cette contr^e. Le yillage n'etait 
forme que de quelques cabanes reunies^: nous 
en avions , yu quelques - unes ^parses sur la 
route. Nous ne rencontr^es point de cul- 
tures } nous ylmes seuletoent autour du yil* 
lage quelques jardins en assez mauyais ^tat. *. 

L'aga nous re^ut fort bieni, et nous traita 
de son miei»« Le capitainq dfk navire lulen^ 



V 



-** . 



CHAPIT11J5 XI* 38l 

Voyalt en present quelqxies livres de suere, 
de cafie , de tabac k fiimer y et de riz, II s'in- 
Ibrma si nous avions ^t^ contens des conduc- 
teurs qu*il nous avait envoyes, et si nous 
^tions hien aises d'ayoir les mSmes jusqu'4 
Carajnan. Nous r^pondimes que nous irions 
volontiers avec eux jusqu'^ Constantinople 
fii cela se pouyait. £n effet , nous n'ayions ^ 

point du tout ^ nous plaindred'eux j ilsayaient 
et^ tr^s-attentifs ^ tr^s-complaisans ; ils ramas- 
saient, chemin faisant^ toutes les plantes que 
nous leur indiquions , et Ibrsque nous desoeii- 
dions pour ]es prendre nous-mSmes^ ils s*ar- 
rdtaient ^ et nous attendaient aussi long-tems 
que nous youlioiis , sans murmurer, 

Le lendemain 22 , nous donndmes quelques 
piastres k I'ofHcier qui yint nous souhai- 
ter, de la part de Taga, un bon yoyage, et rer 
commander aux conducteurs d'ayoir bien soin 
de nous. Nous montdmes k elieval k la point^ 
du jouT;, et nous trayersdmes des montagnes 
cpuyertes de chines et de pins : le storax, le 
t^rebinthe et le lentisque s'y trouyaient trds- 
abpndans. 

Apr^s huit heures de marche nous descen- 
dimes beaucoup , et nous nous trouydmes 
dans une large yallee : nous passdmes k gue 
une riyi^re assez grande j nous marchdmes 



^^ 



* 

i 



382 VOYAGE Eir FERSF.. 

encore tine henre , et nous en vimes une au- 
tre presqu'aussi grande que la pr^cedente : 
leur cours etait de gauche h droite j nos con* 
ducteurs nous dirent qu'elles se r^unissent k 
quelques lieues de 1^ ^ et qu'elles vont passer 
k S^lefk^h, Nous ne doutdmes pas que ce ne 
fCiit le Calycadnus^ et que nous ne fussions 
dans la plaine de la Ciiicie Trach^olite ^ oii se 
trouvaient les yilles d'Olbe ^t de PhiladeU 
phie* 

Nous remontSmes quelque tems la seconde 
riviere , en nous dirigeant au nord-ouest , et 
nous nous arrdtdmes sur ses bords k Tentr^e 
de la nuit : nous marchdmes ce jour-1^ onze 
heures. 

Cette plaine se prolonge beaucoup k To-, 
rient . et un peu moins k Toccident : elle n'a 
pas trois lieues de"^ largeur du nord au sud j 
elle presente partout des inegalit^s, partout 
on remarque des d^pdts sabloneux > des co^ 
teaux de cailloutage j la terre y est en general 
assez bonne. On y recueille du iroment , de 
Torge , du sesame , du coton : nous y vfmes 
beaucoup de melons et de past^ques } nous 
retrouvdmes la petite mimeuse et Talagi de la 
Perse et de la Syrie, et le peuplier des bords 
de TEuphrate ; le platane y dtait fort abon^ 
dant. 



CHAPIfRfi XI. 38S 

he 2.3, nous remontAmes encore la riviere : 

nous vimes un pont k sept arches, qui con- 

dulsait k un petit village pen distant de Ik j 

nous vJnmes passer sur un autre pont pr^s de 

la source , et nous quittdmes la plaine. L^oli^ 

vier que nous avions commence k voir la 

veille parmi les cMnes et les pins, se trouvait 

ici plus commun ; il crott sans culture sur les 

fentes des rochers , sur le bord des precipices , 

sur des terrains extrdmement en pente, comme 

sur ceux qui sont en plaine : on ne pent dou- 

ter enle voyant, qu*il n'y«oit tout-a-fait sau- 

vage, et qu'il ne soit ori^xnrane de ces con^ 

tr^s; il n^est' pMBt elance comme ceux qu*oxi 

cultive €ti Cr^te et en Syrie .; il est ordinaire-- 

m/ent en buisson parce qu'il est souvent rouge 

par les bestiaux , et parce que sa souche est 

toujours entouree d'un grand nombre de re- 

jetons : on en voit cependant qtu forment des 

arbres de moyenne grandeur; nous Tavons 

mSme vu quelquefois assez beau Ik ou il fbr- 

mait une ^paisse fordt. Son fruit commencait 

k mArir : on le laisse tomber sans le cueillir j 

il devient alors la proie des oiseaux ^ des rats 

et du menu b^ail. 

Apr^s avoir march^ six ou sept heures dans 
un pays montagneux , tout convert de ces 
arbres , nous nous trouvfimes au pied du mont 



384 voyAGE Eir bersk. ^ 

Taurus : il nous fallut plus, de deux: hearer 
pour atteindre au sommet. Nous ei!Uues ce 
jour-li neuf heures de marche j nous passA- 
mes la nuit sur uue pelouse , a cdt^ d*un pe- 
tit filet d'eau. 

Tox^te la montagne ^tait couverte de bois : 
nous remarqudmes entr'auti^s uh gen^vrier 
ilfeuilles de gypres , qui s'^ieve k trerite pieds } 
il a j depuls.le bas jusqu'au haut de la tige, 
de grosses branches horizoutales^ qui dimi* 
liuent progressivement en ^tendue; ce qui lui 
donne une forme tout-k-fait pyramid^e. La 
tige est de luSme tr^s-^paisse par le bas> et 
trds-mince vers le haut j le boi^ est trSs-dur^ 
Jbien veine et susceptible d'un beau poli : on 
s'en sert pour les poutres et la charpente des 
maisons, 

Le a4, apr^s avoir dep^,sse la montagne^ 
nous nous trouvdmes dans un vallon ou nous 
vtmes quelques habitans, quelques troupeaux 
et un peu de culture : nous y remarqudmes 
un poirier.iL fruit petit, dpre, kfeuiiles lan- 
ceolees, cotoneuses , et un prunier dont le 
fruit etait ovale , de grosseur moyenne , jau^ 
ndtre, un peu color^ de rouge , et d'un goftt 
aigreletj il nous parut ditterer de notre pru- 
nier sauvage, et nous le regatddmes comme 
le type de tous ceux que i'on cultive, tant en 

Europe 



cHAprvRE ii. ' ' 385 

Europe qu'en Asie; qu^nt au poirier> U difieraifi 
^ssentiellement del celui qui cjroit spontaue* 
jilent dans le midid« r£ur#pe. 

Lorsque now ed^uxes fait quelques Ijeiies ^ 
rhorizon se decouviit. Nous eilkmes devant 
nous ujie plaiue fort ^ndue: le chemin , au«« 
pairavant tr^S'^znauTais ^ tri^s-pierreux , doTiaC 
, plus beau y plus xmi, l^drement en pent^* 
Nous nous trouydmes bientAt apr&s sur ' im 
terrain argileux y presque tout convert d^ co^ ^ 
quilles marines ^ semblables ^cellas dk Cpur* 
tagnon. Nous ne tarddmes pas ensuite it ap- 
perceroir beaucoup d'arbres reunis^ qui noua 
annonc^rent la ville ; elie se nomme Car^* 
man par les habitans <lu pays : notis y arri-^ 
vdmes aprSs neuf heures de marche; ': ; 

Cette ville n'a rien de remarquable,* si q9 
n'est un chdteau'qui tOiiibe en mines y et trois 
ou quatre mosqu^ de ibrt peu d'apparence* 
Sts rues sont sales ; seft maisons sont basses^ 
presque toutes b&ties en terre : on n'y vbifc 
aucun monument ancien $ oh n'y c^^cofuvte 
ri^n qui annonce que ce f&t \k le site d'un^ 
grande ville* Elle est design^ pourtant gou9 
. ie nom de Larenda dtos les actes de la Porte 
et dans les firmansdugrand-seign^&r; maisles 
mines de Larenda se tr^mVent k une lieue et 
denne de Caraman, vers le nord. £Uea.paf> 
Tome VI. B b 



tisBt Kriil^ircfirient dMt$ le {^a^ys le nom de 
MiM^istmm^lises: on nousemparla cooune. 
cl'une merveille^ an npiiadit iju'il y avait en- 
Core«f{ii9lqitiei3 tem|)Its.et quelque^ palais pen 
endomunaagefi I beaU£:on|> de mairbr^s,portaijti 
des msbxiiptkms:^ j^r^atiooiip de <^&lonnes ren* 
tersete, et'bca'iK:oi;(pd?8toiue<9mi]:ti}ee9, Nou^ 
f idieK ; cpelques dSorts . pi^ur adua y-r^tidre^ 
mais peF&snne 'ne vbujkrt'»©«w y ^ondA^re-, 
par il rai^cm qn'ii'y wm^ a^W eriyirpns un^ 
korde db /]:UFOOPwb$. qUi 9Q :ipermeU£|.it pas 
d'eniaipprocher* Na«3 30uq adressdines ai^ 
mirtsefijQi ^afin d'en -obfemr une esodrie qua 
ROUS oiFiimeade p^yer y il li^ voulut pas nou^ 
Tacoorder par Ja mSme^Tr^iaon^ 

On compte 4 Qarnii^eiai mille miaisons tur* 
qjies,.et^e»tw5iWAieniie05 ge q^ipeutfaire 
^Valuer sa population 4 ^ix, on sept mille ha* 
hitans. £Ue &ut iin ctfi^^^ grand commerce 
Mvec Smyrae , SMi^lie >^t; l6$ autres villes d^ 
rAfiiemiiieure. On y appoi-lje ^s montagnes 
^oofiiixesytd:^ la eU\e^<iel&>$i:»i|^monee, des peau:i( 
cle icheyiie et de moiftton , be^uacoup de laine^ 
«t la ' cupaidG <d\in "cliSne different du chSn« 
T^lani ; elle est pins petite^ pltts estimee : on 
J'*mp3oie: liansl tout le. Levant , comme Tau- 
tre^ k laipreparatkuL des maroquins et \ di«- 
^W4eateini:tune6. Oh.&briquct^ danscetteyille^ 



CHAPITRE XI. 387 

quelques etofles ray^es en lain^ et coton , k 
Tusage des habitans , et quelques autres fort 
grossi^res en laine purci 

Cette ville reQoit beaucoup d'eau des mon* 
tagnes qui sont au sud *• son territoire est fer- 
tile et tr^s-arrose ; il produit beaucoup de 
fruits et beaucoup de grains : on y voit quel- 
ques vignesj mais ni le Cdton qu*on cultive 
dans la plaine qu'airose le Calycadnus , nx 
Polivier qui croJt spontanement au sud du 
Taurus , ne pourraient venir k Caraman : le 
sol y est trop ^ev^ , et le f roid trop vif pour 
ces veg^taux. Nous s^journames le 2.5 , et 
nous^ partimes le a6 pour nous rendre k Kb-^ 
ni^li. 

Apr^s quatre heures de marche dans une 
belle et large vall^ , nou^ d^passdmes la mon-t 
tagne au pied de laquelle sont les mines do 
Larenda ^ qui ^tait k notre droite , et celle qua 
nous avions k gauche , et nous nous troura-* 
mes dans une plaine tr^s^yaste > oh nous 11^-^ 
mes surpris de ne voir aucune sorte de cuU 
ture. Nous nous arrStAmes, aprds neuf heures 
demarche^ sous les arches d*un pont^ oil nous 
passdmes la nuit. 

La riviere sur laquelle ce pont est bdti, n*a- 
yait presque pas d'eauj mais elle en revolt, 
nous dit«o^ , beaucoup en hiver : elle va ^^ 

Bb a 



388 VOTAGE EM" PERSE. 

reudre au lac qui se trouve k Torient de 
Konleli. 

Le 27 y nous marchdmes hurt heures dans 
la m^me plaine , et nous arrivdmes k Konieh. 
- Cette vilie est situ^e au 3y^. degc6 5 a mi- 
nutes de latitude , suivant les observations de 
M. Niebuhr (1) } elle elst dans une plaine 
tr^s-etendue, et de la plus grande fertilite, 
k I'orient d'une montagne qui lui fournit 
d^ Peau en abondance. On voit, k une lieue 
de ses murs, un lac peu ^tendu, qui est eii- 
tretenu par les eaux superflues de la ville , et 
par celles de la petite riviere que nous avons 
iait remarquer en venant de Caraman. 

Konieh portait autrefois le nom d*Ico^ 
nium; elle fut une des plus riches et des plus 
considerables de la Ly caonie , province de la 
Cappadoce. Oh ignore T^poque oiSi elle passa 
au pouvoir des Sarrasins, et comment elle 
fut ensuite le chef-lieu d'un ]fitat independant : 
on sait qu'Alaeddin' y regnait lorsqu6 Tor 
grul, fils de SuleymanrChah et p^re d'Othraan, 



(i ) Ce ceUbre voyageur a cnvoye il y a quelque terns , 
k M. Barbie dii Socage ^ les latitudes par lui observees 
des vitles d'Erecli ^ de Konieh , de Cara-Hissar , de Ku- 
tayeh^ de Brousse et de Mundania , que M. Barbie du 
Becage a hieii youIu nous commimiquer. 



CHAPITRE XI. 3^9 

premier empereur des Turcs , lui envoya une 
ambassade pour lui demander quelque place , 
dans ses ^tats , oil il pAt s'^tablir avec les 
cinquante mille families que son pere avait 
amen^es des contrees -situ^s k Torient de la 
Caspienne. 

A la mort d*Alaeddin , la ville et les pro- 
vinces qui en dependaient , pass^rent au pou*- 
voir d*Othman, qui prit le litre de sultan, 
tandis qu*il n'avait eu jusqu*alors que celiii dfe 
s^raskier ou general des troupes d'AIaeddin. 
Cette ville n*a pas cesse depuis lora d*^\te slxh 
pouvoir des Othomans : elje est aujofurd'hui 
le chef-lieu d'un pachalik , qui c6^nprend sept 
sanjaks j savoir : Konidh , qui' est :6fA m^me 
terns la residence du pacha jJV/itiflJ^^ Yerus^ 
chery Kirchuriy AkshSerj KaisanSh et Ak^ 
serai. On y compte ii3 zaSms ^t 5\3 tima^- 
riots, qui fbrment y avec If^urs gebelis ^ un 
corps de 4><Sooliommes , iiMlependamipent des 
janissaires et des 8pal^s, dont le nombre e^t 
bien plus considerable . • " 

Les remparts de cette ville j qu'on pige de 
construction arabe ^ ses tours rapproch^e^, 
et aux inscriptions en cette langue , qui' s'y 
trou vent en divers endroits, sont en assei bo^ 
etat, et d*une pierre calcQJfreassezdurd; mails 
le palais des sultans ^ qui est dans Finterifetir j 



3^0 VOYAGE BK PERSE. 

$ur line petite ^miiienee> et qui servait en 
xn^me terns deforteresse^ tombe en mines ; nne 
partie mSme a i^te demolie : on voit , par ce 
qui est conserve , qu'il a ete fort ^tendu | et 
d'uhe assez belle architecture. 

II ne reste de la viile grecque aucun mo- 
nument qui soit debout , aucun temple , au* 
^un Edifice dont on puisse observer les ruines« 
On voit seulement qub les remparts furent 
Construits avec les materiaux de Tancienne 
yille : ils pr^sehtent partout des inscriptions 
igrecques , ou tronqu^es , ou renvers^es : par- 
rtout on voit des pierres sculpt^s qu'on a re^ 
:taill^8 ou qu'on a employees tellies qu^on les 
trouvait ; quelques-unes ontdes croix simples ; 
4i'autres ont des croix doublea , semblables k 
celles des chevaliers de Malte. Parmi les ins- 
criptioim, lesunes sont en beaux caract^reSi^ 
les Autres sont pen lisibles^ et resSemblent k 
ceiles qu'on yoit dans les monumens du Bas* 
Empire. On y remarque aussi beaucoup.de 
lions sculpt^s. , . 

S^r la porte par laqjaeUe nous somme&entr^s 
versle sud ^ ii y a deux g^oies aii^ , tenant k 
la main une bouteiUe/ et d^ix $orte$ de dra- 
gons ailes ; k cdt^ de ceux-ci on volt deux 
lioms fort grands^ qiu «ailknt beoucov^ hors 
d« mur* 



4>n Toit line chbtiette: ^oatteMe ^.taaaD^.^aLa 
serpent k chaque picKL' iSxib ¥uiiegfibsd[ft'<iqS(J0^ 
t^miei^ /^ droke^#^ aune aasiputKlJi^realle ^ 
k kiquelie on a cnWr^cia t^e. An tdqssMfl'.OB 
'rei|iar^,H€$ lul bas^tcfKef «Biu<|B|e^de.d]aiiQgO]iB9s 
<i'6nvi3rb]a ^^ux-piedsdB' Jiaut ^ dofj^daaai^ fdf$ 
'femmes et trcns: id^hdaimea n«a»9rka i4ual:t<l 

41'iftp^ de9ex:bfa£mi«ra, tibpid^eai:eaKt Bsthaaimi 
hispid vik:<|ui xuaa femm^ o^ire.'tua; oattpoTA' SkieU» 
^tidiigure ^ h()^si^&:€leaBadeiina^ei'ye^k^^ 
eu08id0i9*et»aiiffaB«/par amaBCotpiHB pmnwlet 
ea'^mle. AB^leadinida Ce.biuN»iklBH^ 

.'gi^]3i6&«€^ d'lm a(deiL^ainwUij^iX'^uik!$krfi€£l ^ 
-sues tiMKt ane cma/ff^'Mjl^m^it. ^ ttrltBplsiesjtt&ft 
tine bouteille , qu'ils prQacmjfi^j||kicaa^^il6- 
:ki6t4de;la) porte.^ i, gaardbe V J^T] a^iivrdbnIUir , 
:qxiel4tis&raBtz«kii)aa[*arcii^s< J^ittl^ 9im^j^ 
j^nifumsphMi, jmt\c9iiaBesxveo^ imJpaifoBre ^ttur 
dutSB^iiin lit ekvc^/^0«f6ffUft>ipiirt|)eii^^ 

jded^tifoi^s envlnea^itftflitre r^f)v69fzilai^iiii 



j^tio&Ai d'un autre guerrier k pied ^ alj^ant^un 
casque, surmont^ d!iui panache qui desoeadait 
josqu^au.'fiessous du dos. • 
^ ^iLeiB^jdur que nouailmesk Koiii^h hous 
auraic permis .de deisineif oes: bas-rdliefs:^ et 
de cpfiier quelquea iosciiptions tantg^ec^u^ft 
«fu'arabesf imaiB uoud n'osdmes .pa& le faire> 
Utt'(4rai£niatt:qm:idtait\Yenu arveo xuma di^ 
Caramaliy nous avbrdt de ne paapouasex trop 
km&motre cmiofliit^. : II noua. dit quel 4p)a oja 
s^iik&rmaitiqui nou^ etions ': on ;tro|tiT^ ique 
uouaregaxdion&des rexnpaits. avec tropt id'al^- 
tebtion J et. queimous avians fparooitm! la: cb* 
4adeQel:^Veo-trop de details-. >Nou8 iiimeis^l'att- 
tant pluS'ptiFt^ k suivre cto avis ,; qneie pacha 
^tait absent-, et que.son liieutenant diwaitipu 
%»>iis' Ittqiil^er > ^aBBVeaprnx de notu^iEmdai- 
cher (^|iie^u*)U'^nt«;' ' ' , .'i'-*^ , - ' . .j..:<:c; .. 
t Odtte v^le ; pariait avoir beaucoi^ p ! sdixtFeit 
tleptUJl ^^e^ est entre -les mains des: iJ^iircsi: 
-on y^4xh;<4|wlqUe8 rnines ,'et bedueonp 4^ 
4:6rrain' qta n^Bt point |4li > .ou dont' lea<ma»- 
sonisontdi^Mura; maisiil y a! deux fiuiboiurgiiy 
Tun; alti word ,^ et rautre aii midi> quitfaoot 
asseg IA»nidii$tuchaque:mli jsbff y asonijaBdjn 
et son- eb a mp k cu l tiver , Xta^popularion nous 
.a paili^>i4!^¥^s ce qu'c||i£];|qiys a dit^j^e^ir 
tore dralu^ k douze ou quinae miUe haUtaa^. 



CHAPITIllf XI. 393 

La ville seule a environ deux millcs de-tonr. 

Sontenitoire, quoiqne pen ctiltiv^ , fonniit 
tout ce qui est n^cessaire aux besoins de la 
vie : on y recueille du froment et de I'orgeea 
abondance y du lin et toutes sortes de fruits; 
on y ^l^ve un grand nombre de troupeaux. 
On fabrique ^ dans la ville , des marx>quuis 
jauites tr^s-estim^s 9 quelques tapis semblabks 
& ceiix de Perse. Elle fait passer k Smyrne de 
la laine assez belle , de la laine de chevron:' ^ 
des noix de galle ^ de la gomme adragaiit et 
• de la cire. - 

Le 3o septembrei ^ la pointe du jour ^ nous 
partimes de Konieh ^ accompagn^s seulem6zit 
' dedeux Turcs qui nous avaient lou^ des die- 
vaux pour Cara-Hissar j et s'etaient obliges 
4e nous y conduire dans six jours j ils avaient 
quelques marchandises -pour Smyrne. 

Naus lohge^es quelqu« terns la mohtagne 

qui est a Toccide^t de la ville : elle est cal* 

caire dans toute son ^tendue, et tout-iL--iait 

d^garnie de bois : il est probable, qu'on 'en^ 

rtir^ les pierres qui ont servi k hktir autrefois 

lei' nmrs' et les plus beaux edifices de la vlUe. 

, TrbisJieures api^s notr« d^art , nous quit- 

t&xmes laplaine, et nous ixavers^mes. idea C10* 

teaux catcaires. Nous nous trOuvSmes ensiiite 

' oMonedeiix inontagnes peuielevees* ^La Tdche 



\ 



3^4 V6YAGE EN* PEHSE. 

avait change de natore : le sol y ^talt schia- 
teux , et la pierre jaunatre , assez dure , quart- 
sense ; nous y apper9uxnes quelques iilous de 
quartz j nous y trouvames le pruxiier sauvage 
que nous avions yu en Caramanie. £a avan- 
^ant encore un peu , nous vimes , sur la mon- 
tagne qui se trouyait k gauche ^ un bois touff U 
qui nous parut Stre de tr^s-beaux pins. Bien- 
tdt apr^ nous orriydmes k Hiladek ^ apr^s dix 
heures de marche. 

Une heureayant d'arriyer k ceyillage , nous 
yimes les mines d'une yille peu etendue y que 
nous soup^onndmes d'abordStrecelledeLao- 
dic^e y Liaodicea eombusta : clles ooansistaient 
en quelques marbres ^pars , quelquea grosses 
pierres taill^s y quelques restes dezniira;' il y 
ayait aussi y parmi des deccunbres y le ooxps 
mutil^ d'un lion ; m^is lorsque noxis 0ihes ^ 
Hiladek y nous change&mes d'opinion; Nous 
vimes^ tout autorurde ce yiHage> dai^ mpe 
assez grande ettedue, heaucmtp de tnarfares 
scnlpt^s , quelques tron^ans decolonnes^ <^el* 
ques inscriptions. grecquea : alura If nid)m de 
Hiladek y qui approdxe beavicovip de oelm de 
Lap^cfe , qu'on prononce en gyeo Iiadikid ^ 
nous porta k croira que nous itioai sinr 1^8 
ruines de oette yille. 

Ce village est tr^ - ^tendu : il a | au jswU 



r 



CHAP I THE XI. 395 

et au couchant , des montagnes tr^s-bois^s 
qui lui fournissent de Teau en abondanoe y et 
au nord una plaine trds^rfertile qui s*etend h 
perte de "vue. 

Le premier octobf e y nous tra/vers^tmes ^ 
apr^s trois heures de marche , le village de 
Kadeun-Khani , situe sur une hauteur , entre 
deux coteaux schisteux. L'eau y est abon- 
dante. Nous y remarqudmes un ^ifice arabe 
en partie ruine , ^ la construction duquel oil 
aemploye^des bas-reliela antiques , des pierres 
ayantdes inscriptions grecques, d'autres pre^ 
(^entant une croix. 

Au sortir du vUlage y nous eftmes k notre 
gauche la mSme dialn^ de montagnes bois^ 
dont nous ayons parl^. Nous mardiames quel* 
que tems sur un terrain inegal ; nous passdmes 
line petite riviere mr-un pont k une s^ul^ 
arch^ ; nous nous detournltmes k gauche » 
laissant ^ droite des motitagnes nuea, peu eiai^ 
ries, que nous aivioos devant nous ^ nous ar- 
riv^Kn^s k Eulguen p apres avoir mardie dix 
heu^es« 

Ce village est situ^ dans une plaint fertik 
et ^rros^e. On voit au nord un lac d'ixne Ueue 
d'eteildue 9 dans lequf 1 va se perdiie :ia petite 
riviere que nous avions passpe. 

he 2,p nous traversdmesj avec un tecps plu* 



3^6. VOYAGE EK PERSE, 

yieux , des coteaux peu elev^s , et nous pas- 
sdmes ensuite y apr^s trois heures et demie de 
marche^ dana un village nommi ^keut^KAanL 
Nous avions devant nous une tr^s-belle plaine, 
et k gauche la mSme ch^ine de montagnes 
bois^s dont nous avons parl^ plus haut. Nous 
arrivdmes le soir . k Aksh^er (i) , apr^s avoir 
marche dix heures. 

Cette ville , que les ge^ographes croient avoir 
fiucced^ k TAntioche situ^e sur les confins de 
la Phfygie , vers la Pisidie ( Antiochia ad Pi-- 
sididm ) , est dans une position tr^s-agr^able , 
et sur un sol de la plus grande fertilite. Les 
eatix y sont abondantes et fort bonnes. La 
montagne qui se trouve au couchant \ et dont 
le pied touche k la ville , est toute couverte 
de verdure. On voit , k Torient , une fort bello 
plaine bien cultiv^ : nous y remarqudmes 
quelques villages dont nos conducteurs ne 
surent pas nous dire le nom. 

Le lac , qu'on place xual-^-propos sous les 
murs d' Aksheer , s'en trouve eloign^ de deux 
lieues ^ et paraJt avoir environ deux lieues 
d'etendue. 

Les objets qu*on exporte de cette ville , et 
qui passent k Smyme , consistent en laine ^ 



(i) Ou yiUtt bUnclie* 



CHAPITRB XI. 397 

cire y adragant et noix de galle : il y passe 
aussi quelques tapis assez beaux. 

Le 3 ^ nous suivSmes la montagne d'Aksh^r ; 
elle est schisteuse , de moyenne hauteur , et 
couverte d'arbres. Un des sommets, le plus 
^leve de tous , nous parut calcaire ; il ^tait 
moins bois^ que les autres , et la roche ^tait 
a nu dans une grande partie. La plaine sur 
laquelle nous nous trouvions , et qui s'etend 
beaucoup k droite , est de la plus grande fer* 
tilit^. Nous yimes , cfaemin faisant , plusieurs 
Tillages i nous rencontrSmes beaucoup de bes- 
tiaux^ nous trayersdmes un grand nombre de 
ruisseaux qui descendent de la montagne ; ils 
arrosent une infinite de jardins; ils fertilisent 
tous les champs ; ils yiviiient toute la contr^e. 
Nous-n*avion« pas encore vu , dans nos voya- 
ges , de pays plus beau , plus arrose , plua 
riche en productions* 

Nous remarquilmes tous les fruits y tous le9 
legumes y tous les grains de TEurope y et quel- 
ques^-uns qui y sont Strangers : nous distin- 
gu&mes^ dans les jardins y Tabricotier^ lepS^ 
cher^ le coignassier, le pommier, le poirier, 
le prunier , le cerisier , le noyer , Tolivier de 
Bohdme y plusieurs esp^ces d'azeroliers y la 
yigne ; nous ytmes^ autour des habitations , 
le Ir&ae , I'orme , le peupjier d'ltalie , un^ 



espdce <l6 saule qui ressemble de loiil k rdU. 
Tier ; lies chemins ^taient hordes de tr oSnes ^ 
' de palmres ^ d'epinesrvinettes y de pmneliers ^ 
de poiriers sauvages ; le ch&ne et le pin a% 
Biontraient au Join sur les lieux elev^s* 
: Nous march^es six heares dans ce pays 
enchanted y et nous notts arrdtdmes k Saakle y 
Tillage de trois on quatre caents maisons. Les 
liabitans y sont tons Musulmans ; ils ayaient 
nn air d'aisance que nous nWions remarqu6 
dans aucun autre Tillage de la Turquie. < 
Le 4 > nous continuimes de marcher pr^s 
de la montagne qui etait k notre gauche ; elle 
fit bientdt Tare y et se dirigea tont-a-fait au 
couchant. La plaine etait toujours belle ^ tou* 
jours fertile y quoique moins cultiTee. Nous 
aTions k droite un petit lac , que nous }n^ 
g/sSimQS k quatre on cinqlieues de celui d'Aks- 
h^er. Apr^s ayoir march^ quatre heures , 
irons Twines y au pied de la montagne -.y un Til- 
lage nomm^ Balouadin, Nous le laissimes k 
gauclie y et nous nous avan^dmies dans la 
plaine ; elle ofirait partout des pdturaget 
abondans : c^etaient des prairies naturellea 
qui s'etendaient au loin. Nous marchdmea 
encore six heures y et nous nous arr<d times k 
Chabancoi : nous travers&mes y ^yant d'arri-- 
Tgr, une petite riyi^re ou pbit&t un ruisseau 



CHAPITB.E XI. 399 

qui ya^ nous dit-on^ se jeter dans le lac de 
Saakle. 

Nous eC^mes de la pluie presque toute la 
journ^e^ et un chemin tr^s-boueux. Le sol 
^tait argUeux , au point que nos cheyaux gHs«^ 
saient k chaque iiistant ; notre marche en fut 
au moins ralentie d'unelieure. 

Le 5 ^ nous marchdmes cinq heures dans la 
mdme plaine > et ayec le mSme terns. Nomi 
vimes quelques yillagds au pied de la mon- 
tagne qui se trouyait k notre gauche , et de 
iaquelle nous nous etions un peu ^loign^s; 
Nous repassdmes la petite riviere de la yeille 
sur un pont de pierres : nous y remarquames 
un tron9on de CQlonne portant une inscrip- 
tion latlne que nous ne pAnfes lire ,*parce 
qu^ la pluie etant tr^-forte dans ce moment, 
nous etions presses d'arriver. Nous nous r^p- 
prochdmes de la montagne y et nous entrdmes 
l)ient;6t dans C^a-Hissar : nous alldmes loger 
dans un carayanserai beaucoup plus yaste ei 
en ipieilleur ^tat qu'ils ne le soat ordinaire r 
mei^t en Tiurquie. 



400 VOYAGE EN PERSE. 



CHAPITRE XII. 



•< . 



Description de Cara-Hissar. Culture 
de r opium. Depart. Sdjour; u Ku-- 
tayeh. Jioute par Nicee y Hersek et 
le golfe de Nicomddie, Aventure tra^ 

" gi^^^^^ ^ Hersek. Continuation de la 

 route par^ GuSbezSh et Scutari ^jus^ 

' qu!a Constantinople. 

Danyille a plac^ Cara-Iiissar, sur sa carte , 
beaucoup trop a roccident , parce qu'il Pa 
prise pour TApam^e Cibotos de la Phrygie, 
i^tie Ton sait avoir i^t^ situ^e sur le Marsyas^ 
ttn peu au dessus de Pendroit ou il se jette 
dans le M^andre. Oe c^l^re g^ographe n*eAt 
pas coxnmis cette erreur s'il avait su qu*il n'y 
a a Cara^Hissar qu^un rulsseau qui passe h, 
qnelqtie distance de la ville , et qui va se jeter 
dans le lac voisin de Saakle. . 

Nous ferons observer a ce sujet, que toutes 
les eaux de ces contrc^s ne parviennent point 
^ la mer, et ne prennent pas non plus leur 
direction vers Toccident. Depuis Caraman jus-. 
qu'^Cara-Hissar> toutes celles que nous avous 

vues , 



GHAPITHE XII* 4^r 

Tae8 y ^talent employeies k rarrosement des 
terres , ou allkieiit se perdre dans' les la^s t[ue 
&011S avons fait remaurquer« Le sol* maac. tout 
cet espace se soutient« k la rnSme hauteur ^^ e^ 
est bord^ de mpntagnes qui -empdcheiit les 
eaux de s'^couler- Ce n'est qu'au sud duTau^ 
rus ou de la demi^re luontagne que rious avons 
traVers^ eii yen ant de Celindro ^ Carfeman • 
et k Pocctdent de celles que nous avons tou-^ 
jours eues k gauche,^ qu'il baisse isLsesiible-^ 
ment jusqu'^ la mer , .et qu'il permet aux ^Jix 
de s'y rendre. 

Pockoke s'est ^alenient tromp^ pour la 
position de cette viUe ou pour celle d'Akslii^> 
puisqu'il dit que c^tte^ demise est a trente 
millies est-nord-est de 1- autr^; Nous'a^onif es-t 
tim^.CaratHissar^ soixonte milles ouesjbincird'* 
ouest d'lAk^^er > k quince hiiUes oueatid^ Ba^ 
louadin ^ et k cinquaiite .milles dstrsuddatt dd 
Kutay^h. M« M^buhr la place aVec rsasofi. au 
38e. degisS 46 toin; de. latitude- L ' > .li:? i 

Elle&i Environ ffrois milles d€i ^^P%.(m 
y compte- dix mill^ m^^om y ^t kjp^ulpr^^ 
$oi]$ant^^ 9iille .habita^r'EUee^t \exk^f^\^\rt 
thedtjpe aJu bas et k VQmnt^ d'upe^ m^^ljlj^o 
vokemitiue qui nous, a pft]ni fair^ewt^ ^wUe 
d'Aksh^r : |^s e9»ui^. y ^^nt abondatites etdlQrK 
bon^i^s; .: > 

Tome FI. ^ C c 



4 i i 4 > I 



4o% vaT;ios BIT feb.se. 

Ca;ir&>^Hi8fiar pouy ait -passer pour une place 
forte lorsqu'an ne coxmmss^it ni la bombe ni 
le ciiixoa y. eile ^tait entoun^e de bons i^^*^ 
parts 9 etdifendye par nn cbdteau isol^ , au« 
qiiel il est bien difiicile d'atteindre : il est au 
iLordy su!r nn roclier Toloanique qui s'^Sra 
en^ pyramide k nne liaiiteur pirodigieuse. Cast 
](ancotileur de ce rocBer ^ la position du chd-< 
teacil et'la culture en, grand du pavot , qui out 
fak ^ doDner par les Turcs^ A cette ville ^ le noni 
i^A^am-* Cora *• flissfir Km Chdteau noir de 
I' opium* ' /. 

' Cette yiUe ^ependait autrefois du pacha de 
Kubay^^ et xi^aTait qu'un sanjak-bey ; elle a 
atifioiard'bui uji paclka it deux queues, et ellq 
eso leTohefrUeu d'uiie province peu ^tendiie ^ 
liiais' bien importante>par ses productions et 
soid obmnserce y elle sert ; d^efitrep^t 'k t6utea 
\b% de«»r^s de la con ti^^e , et elle dst 4:r€^«-fr^- 
queM^e- par les caxata.nds qui se pendent- :de 
la Syrie ou de Finti^ri^ur de I'Asae ^-Sihyme 
^i^CbotiStaxi^ople'^t Findastrie d'aillenrs y 
ii pfi^V i^^^ queiquiss ann^es , beattcou|i 
d^a€f$t&t4; On-y ikbriqiue des tapiis, qikdqiie^ 
6to|)fe§y «t Runout de^annes k feu ,^s^br^ 
cou^fs f ^AfMEidi^ yd^gons f d^^ bribes 9 <^s 
4§tt%i^> des sdiles et £^t(*e& ^bjets. 0i¥4ire de 
Smyrixe le fer et I'acier qu'on y emplofe. Le 



••» v\<, > 



chjLpit&e XII. 4^3^ 

territoire fournit beaucoup de laine , tin peu 
de cire et une tr^s-grande qiiantite d*opiuin. 

f|h salt que ropitun est le sue qui d^coule 
par incision des tStes du pavot blanc ou pa- 
vot somnifdre , qui est originaire des contrees 
un peu chaudes de I'Orient, La ^culture de 
cette plante ^ introduite depuis long-tems en 
Europe k cause des semences y qui donnent 
une huile douce et fort bonne k manger , se 
fait en gran' i k Cara-Hissar ^ dans la seule vue 
d*en obtenir Topium. Les chaleurs de Tet^ ^ 
bien plus fortes, bien plus prolongees et bien 
plus ^gales dans ce pays que dans les contrees 
de TEurope oil Ton ciiltive la mfime plante , 
permettent au suC propre de s*elaborer da- 
Tantage , et de se convertir en une substance 
qu*on n'a pu jusqu'k present obtenir dans nos 
climats temp^r^s. Les essais qu*on a faits au 
midi de la France n'ont pas r^ussi , ou ii'ont 
donil^ qu'un opium bien inferieur k celui de 
rOrient. Voici comme on procMe iCara- 
Hissar. 

On s^me en octobre , dans les jardins qui 
sont autour de la ville , les semences de payot 
sur la mdme terre qui vient de produire des 
aubergines , des ketmies , des melons , des 
courges , des concombres , des past^ques , du 
mais et la plupart dp nos plantes potag^res^ 

Cc a 



_ • / 

4o4 VOYAGE EST PERSE. 

Apr^ avoir arrach^ ces plantes , on se coA- 
tente de donner iin labour k la b^he ^ et 
d'unir bien la terre : on s^nje apr^s cela ^ et 
on passe leg^rement le ratissoir aiin de ne 
pas trop enfoncer la semence. Cette op^ratioa 
a ordinairement lieu apr^s les premieres pluies 
d'automne^ qui tombent assez r^gidierement 
k la fin de septembre ou au commei^dement 
d'octobre. Si les pluies tardent un peu ou ne 
font pas suffisantes^ on arrose le terrain avant 
^e le bScher. 

, La plante Uve et prend de raccfolssement 
^yant les fr oids , qui ne sont un peu vifs qu'^ 
la fin de d^cembre , en Janvier et en fevrier. 
Tons les plants sont enleves avec precaution 
dans le mois de mars^ et transport's sur un 
autre champ plus etendu, qu*on a prepare 
par trois labours k la charrue : le premier , 
apr^s la: r'colte de Torge ou du froment j le 
second^ duraiit I'hiver ^ maisplus ordinaire- 
ment quinze jours aprds les premieres pluies 
d'automne , et le troisi^me ^ la fin de I'hiver. 
A la suite de celui-ci on brise les mottes ^ et on 
forme des rigoles afin de pouvoir introduire 
I'eau au moins une fois par semaine. Les plants 
sont piis dans la rigole a vingt pouces de dis- 
tirnce Tun de I'autre^ dans un sdns^ et k deux, 
pieds dans Tautre : on repi'que ayec soin ceiix 



CHAPITRE XII. 4^$ 

qui perissent j on sarcle une fois , et plus ordi^ 
nairement deux fois, afin de detruire les her- 
bes cfui ont pu yenir naturellement. £n juillet 
on commence k faire deux ou trois petites in* 
cisions trans versales , peu profondes, aux td« 
tes de payot les plus ayancees, et on continue 
jusqu'klafin de I'ete ou jusqu'^ ce que toutes 
les tStes soient paryenues k maturite : il en 
sort un sue laiteux , qui bruxiit et prend bien- 
tdt de la consistance : deux joiirs sufBsent 
pour qu'il puisse ^tre enley^. C'est Topiuni 
brut du commerce. A mesure qu*on le re- 
cueille y on fait de nouyelles i^cisions ; il en 
decoule un nouyeau sue moins bon que le 
premfer. Quelques personnes mettent Tautre 
k part y et en torment un opium pluis beau > 
plus estime , plus cher que le second } mais en 
general on mSle le tout : on en forme de p^* 
tits gSteaux qu'on enyoie k Smyrne, ^Cohs* 
tantinople, k Alep et dans presque toutes les 
villes de la Turquie. 

L*opium de Cara-Hissar n'est pas aussi re- 
cherche que celui des contrees phis chaudes 
et plus orientales.; il ne yaut pas celui de la 
Perse m^ridionale et celui de I'lndoustan. Ce 
qui contribue peut-^tre encore plus k le de- 
precier , c'est qu*on le frelate assez $ouyent 
ayec du miel et de la f arine d'orge et de fro- 



 

ment. Ciette fraude est pourtant assez aisee & 
reconnaitre : ropium pur ^ encore frais , est 
t^isqueux^ tenace et assez dur ; un pen ancien j 
il est dur et luisant. Les n^gocians de Smyme ^ 
qui en font passer une assez grande quantity 
en Europe y ne manquent pas de couper ou 
de casser les gSteaux qu*on leur presente k 
acheter ; ils rejettent comme suspect Topium 
r^ent , qui se s^pare trop facilement , et ce- 
lui qui , au bout de quelques mois ^ est encore 
nn peu mou. 

" Les graines de pavot qu'on ne destine pas 
k ^tre sem^es ^ servent a nourrir la volaille , 
et la plante sdcKe sert k chauffer les habitans 
durant Thiver. On n'extrait jamais de Thuile 
de ces grames j on pr^ftre dans ce pays , 
comme dans tout TOrient^ manger celle de 
sesame. 

Nous partfmes de Cara-Hissar le 8 octobre, 
et vinmes passer au pied du rocher sur lequel 
est bdti le chdteau. Au nord de ce rocher il y 
en a deax autres de mSme nature et de mSme 
forme , mais beaucoup moins Aleves. A un 
demi-quart de lieue de la ville , nous^passA* 
mes pour la troisi^me fois la petite riviere que 
nous avons dit aller se jeter dans le lac de 
S&.akl^. Nous march^mes quelque tems en 
iplaine; nous traversdmes des Collines d*abord 



Tolcaniques ^ ensuite 8cliisteu8e6 ^ oic croie^ 
eaient ie gen^vrier k feiaillea de C]rpl*^8 'y -Ie$ 
deux pin's ^lanc^s de la Garamanie y le petit 
chSne qui foumit la galle du commerce^ Vsts^ 
tragale cjiii donne la g6mme adragatit ; noti^ 
descendimes ensuite dans ui^e plaine inegale^ 
inculte^et nous arrivSmes, apr^s avoir niar- 
che cinq heures y k xm^atiTais village nommt4 
Hey ret , oii noics pai^^es la nuit. 
' Le 9^ nous miarchjd.«ies^encore quatre heu:^ 
res dans la mSme plainer nous passimee A 
c6t^ d'tin village assez consid^rsHUe > mivi\vciA 
Altuh^Tasch ou Pierre ^dr;iiou8travet»^- 
mes bientdt' apr^ uftte montagne schisteuto^ 
<$t'nous nous trouvdines eUsuite dans une pe- 
tite plaine qui nous conduisit /entre deux mtm- 
tagnes schisteuses^ couvertes de chSneslH g&U 
les : le genevrier k feuilles de cyprds^cou- 
ronnait toutes les cimes*. Nous arrivfimes^ 
apr^s huit heures de marche , k un mauvaia 
village notnm^ Daoular* 

Notre rotite^ pendant oes* deux joups^fut 
vers le nord^ouest.' .^ • ', ^ 

Le la, till brouillard ibttt^pais nous^trft>^. 
clia de distinguer au loili les objets. Lester- 
rain sur lequel nous majrchions , ^ait in^al > 
en pente , assez bien bois^ de tons les cdt^s. 
Nous y apper^i^mes ^atr'autres les deilx beaiir 



4o8 VQYAOB EK FE1L8B. 

pin$3 de la Caramajiie ^ le poirier sauvage 9 le 
pTfupier.sanvagey le prutlelier , lecomouUler, 
V^glaati^r > r^pine-rinette. • Au boul de deux 
helires I le brouillard se dissipa peu k' peu , et 
1 -horizon se decouvrit deyaat lums*. liC cheniin 
allait tou jours en pente. 

Apris avoir march^ qyiitre heures et demie f 
feu^us passSmes une pedle riviere nominee 
Pursaky sur un pont bas^ k plusieura arches; 
^e se dirige au nord^ passe ^ quelque dis- 
tance de Kutayeh^ ya de \k k Eskt-Sheer ^ et 
se jette xm- peu p}u$ loin dans ^ le Saiigaris. 
Non^.i^ipes encore* luie.lieue et d^ie' V el nous 
f ntdbnes k Kutay^h par nn chemin 'aissess 
beau y orne de plusieurs Fontaines que Ton y 
a«cofi9tFuites pour la commodite deft Voya* 
g0urs.. ; 

. • Cett^> voile est tr^s-grande , tr^s-peupl^ , 
tr^s^commergante ^ tr^s-^riche , et Tuiie des 
pilus considerables de I'Asie mineui'e : on y 
compte de hiiit a neuf mille maisons turques ^ 
mille arjQieniennes I et ^viron cent grecquesj 
elle est situee en pente y au bag d'un^ inonta- 
gne .peU( el^vde f^xk 3^^ ^degr^rsS minutes de 
latitude ^.suivant rp]i>$^vation de M. Niebuhr. 
^^ m^siOns, quoi^qtieb^ties en terre , ressem- 
bte|[ift -h^ucoup^'^ cellefs de Constantinople ; 
elle$^£lont plus elev4^s > plus Elegantes , plus 



. CHAPITRB XII. 4^9 

commodes que celles de Koni^h et de Cara-* 
Hissar. Le toit n'est pas en terrasse y maia 
convert d'une tulle creuse , semblable k celle 
qu'on emploie dans le midi de la France. Les 
rues solnt^troiteSy'et seryent de ruisseaux : il 
passe continuellement y dc^ns quelques-nnes^ 
de Teau bourbeuse ^ et chargee de beaucpuj^ 
d'immondices. On a pratique de chaque cdte ^ 
pour les gens a pied , lui trottoir asse^ ^lev e , 
mais peu large j ceux k cheval passant au mi« 
)ieu de la rue ^ et marchent lentement pour 
ne pas ^labousser les pistons. L'eau est tres* 
abondante k Kutay^h ^ et fort bonne k boire. 
J'ai Yu peu de pays ah il y ait autant de fon» 
taines : on y volt aussi plusieiu'S besesteins , 
plusieurs carayanserais ^ et un grand nombre 
de mosquees assez belles. 

Une partie de la yiUe est b&tie sur un mon« 
ticule isol^ y autour d'un chateau qui tombe 
enruines; elle est entouree^ comme Tautre, 
d'un vieux mur qu'on neglige de r^parer. 
Autrefois il n'y ayait que les gejQS de guerre 
preposes k la garde du chdteau , qui dussenC 
loger dans cette enceinte ; il y a aujourd'hui 
des Turcs de tons les etats : on observe seu* 
lem^nt de ne pas y laisser habiter des Ana6- 
xiiens et des Grecs. 

Kutay^h est la capitale d'uhe province fort 



"4lO VOYAOB £ir PEKSE* 

^tendue^ et le siege d^un pacha de premier 
rang , ay ant le titre de beyler-bey de Nato- 
lie^ et la preeminence sur tous les pachas 
d'A&ie*. 

Le territoire de cette ville est tin des plns^ 
beaux ^ des plus arros^s et des plus fertiles 
de TAsie mineure ; il produit en al)dndance 
dit irmnenty de Forge ^ des grains, des fruits^ 
des legumes. Nous y avons mang^ des raisins 
excellens y des past^ues y des grenade^ ^ des 
noix , des poires y des pommes , des chdtaignes^ 
fort bonnes. On ricueille aux environs beau- 
coup de noix de galle : on y a de la cire ; on 
y el^ve beaucoup de troupeaux qui donnent 
une laine assez fine. On y trouve une pierre 
blanche fort tendre^ dont on fait des noix de 
pipes que Ton taille seulement , et qu'on ne 
passe pas au feu ; elles ditrent autant et mSme 
plus que celles faites arec une terre cuite. 
• Le sol baisse depuis la montagne que nous 
avons travers^e le 9 ; ce qui irend la temj^^ra-* 
ture de Kutayeh pour le moins aussi douice 
que celle d'Aksh^er, de Koni^h et de Car a-* 
man : il y neige , ainsi que dans tout Tinte- 
rieur de FAsie minetire , en janvier et en fe- 
vrier j mais Thiver y est assez court. Les cha* 
leurs de Tet^ n'y sont pas plus fortes qu'lb 
Constantinople^ parce que Tair y est rafraichi 



\ 



CHAPITKE XII. 4^^ 

par le vent de nord, qui soufHe chaque jour 
de la Mer-Noire. 

Depuis Caraman les cliemins sont beaux y 
et permettent d'un village k Tautre , et ded 
champs aux villes , le transport des denr^es 
par le znoyen de chariots traiu^s par des boeufjl 
ou par des buffles : ceux-ci sont assez beaux ; 
mais les bceufs sont en general fort petits. Le 
transport des marchandises se fait par ded 
chevaux , des mulets ^ des dnes^ et par les deux 
esp^ces de chameaux qu'on tire y Tun de 
la Syrie/ et Tautre du nord de la Perse. Les 
chevaux y les mulets et les dnes sont aussi 
beaux y aussi bons^ aussi forts que ceux de 
Smyrne et de Constantinople. 

Nous ne restames qu*un jour k Kutayeh ; 
nous' changedmes de chevaux et de conduc* 
tern's y et nous partimes le 12. La plaine se 
prolonge ^plus d*une lieue. On trouve ensuite 
diverses collines , les unes calcaires y cr^tacees ; 
les autres quarts^euses : il y a siu* celles-ci du 
beau jaspe sanguin y et on voit sur celles qui 
sont cr^tac^es, beaucoup de silex ou pier- 
res k fusil. Au^nord se pr^sentent des moii- 
tagnes couvertes de hois. La morine {mofina 
persica) est fort commune dans fcette con- 
tr^ y ainsi que le poirier k feuilles coto- 
neuses. 



4l^ TOTAGE EK PXB.SE. 

Nous flihes ce jour-lk huit lieues en nons 
dirigeant un peu plus au nord que les jours 
prec^ens. Noiis passimes la nuit k Caza^ 
Uaoub. , 

Ce village ne ressemble point k ceux qui 
s*etaient trouyes jusqu'alors sur notre route. 
Aulieu d'Stre bdti en terre comme les autres^ 
et avoir les maisons contigues et couvertes en 
chaurne , en roseaux ou en joncs y il les a tou- 
tes Isoldes et entierement construites en bois 
de pin. Les murs sont formes de pou|re8 
qu'on ne s'est pas mSme donne la peine d'^- 
quarrir ni d'ecorcer f elles sont plac^es les 
unes siu: les autres ^ et fix^s k leurs extremi- 
tes par une entaille et luie fprte cbeviilp de 
bois de chfine. On met ordinairement entre 
chaque poutre y pour boucher tous les vides y 
de la terre et des pierres liees ensemble; mais 
on neglige assez souvent de prendre cette pre-r 
caution* Le toit est en planches : une poutre 
plac^e vers le bord y et iixee au moyen 4e 
fortes chevilles y empfiche que le vent ne sou* 
l^ve les planches et ne les emporte. Ce qui a 
i^ans doute donn^ lieu k cette mani^re de se 
loger y c'est que le bois est excessivement com* 
mun dans ces contreeSi et qu'il ne faut pas un 
mois de travail k un homme pour mettre k' 
convert sa famille et ses bestiaux. 



• CHAPITRE Xli. 4.1^ 

Le 13^ nous traversdmes les montagnes que 
nous ayions deyant nous ; elles sont schisteu- 
ses f quartzeuses') fbicac^s ^ et couvertcs de 
superbes pins. Nous y en remarqudmes un 
tr^s- droit, tr^s-^Ianc^, k cdne3 tr^s-petits : 
c*etait le quatridme que nous yoyions depuis 
notre depart de Celindro ; il ^tait plus rare 
que les autres. Le ciste k ieuilles de laurier 
etait tr^s-abondant en quelques endroits. La 
demiere montagne que nous descendimes ^ 
etait calcaire ; elle nous conduisit k un vil- 
lage assez grand , nomm^ JDoumani-Tchou-' 
gourgea. ' 

Nous fimes ce jour-lk cinq lieues en nous 
dirigeant presqli'au nord. Taochanliy qu'on 
Yoit marque sur.la carte de Danville, etajt k 
huit lieues de nous vers Test, et la montagne 
nomm^e Toumangi^ Daag y k une lieue au 
nord. 

Les maisons du village oii nous couchdmes , 
ressemblaient k celles de Cazaliaoub : on en 
Yoyait pourtant quelques-unes en terre. 
. Le i4, nous escaladames la montagne du- 
rant I9. nuit ; elle iipus parut tr^s-boisee. Par- 
venus au sommet k la poiute du jour , nous 
nous trouydmes dans une ^paisse forSt de 
lietres j ils ^taient tres-gros , tr^s-serres , tr^s- 
elances. Peildant. plus de deux'heures nous 



4l4 yOTAGB £K PERSB. 

ne ySmes que cet arbre ; il nous ^tonna par 
la longueur et par la grosseur de sa tige : il 
nous parut aypir plus de cent pieds de haut y 
et environ trois pieds de diam^tre. A mesure 
que nous descendimes y le hStre disparut y et 
fit place k des sapins ^ k des pins, des chStai^ 
gnierSy des charmes, des chdnes y des noise-^ 
tiers 9 des bouleaux, des tilleuls : vinrent en- 
suite le prunier ^ di verses esp^oes d*azeroliers , 
de n^fliers y d'aube-^pines. Plus bas nous re-^ 
mariqudmes le troSne , le cornouiller com- 
mtui 9 le cornouiller sanguin y I'erable de Mont- 
pellier ^ le lierre y Tazal^e pontique y le fragon 
piquant et le fragon k grappes ou laurier 
alexandrin, les deux belles esp^ces de mille^ 
pertuis ( androsaemum et olympicum ) , plu- 
aieurs cistes^ la laureole du Levant ( daphne 
pontica). Au bas de la montagne croissaient 
le platane oriental , Torme, le frSne, et dan^ 
les hales la vigne y la d^matite y la salse- 
pareille, la douce - am^re ^ le houblon, la: 
ronce^ etc. v 

Toute la montage est schisteuse y quart- 
zeuse et granitique^ et partout elle est cou- 
verte de verdure. Sa hauteur est beaucoup 
moins considerable que"l*01ympe , dont elle 
est une suite. Le sol , k sa partie ip^ridionale , 
nous a paru beaucoup plus ^lev^ qu*'^ celle 



J 



CHAPITB.B ZII. ^\B 

(ohi nord. Nous n'avons mis que quatre lieu«* 
res du village oii nous avions cpuch^ y au som-» 
met ^ et il nous en a iallu cinq pour la desoen* 
dre. ]^n la quittant ^ nous entrdmes dans un 
fort joli vallon , qui s'^largit peu k pen, et 
nous conduisit dans une plaine bien culti v^ 
et fort peuplee ; elle est arrosee par une pe-* 
tite riviere qui prend son cours au nord , et 
Ta se Jeter dans le Sangaris. Nous logedmes 
. au milieu de cette plaine ^ apr^s dix heures 
de marche , dans le village diAUbekeur. La 
petite ville d'Yarissar ^tait a une lieue de nous 
vers Torient , et celle d'Ain^h-Ghul ^ cinq qu 
six vers I'occident. Srousse n'^tait alors qu*4 
neuf lieues de nous. 

Le i5^ nous marcMmes encore une demi-^ 
heure dians la plaine > jusqu'^ un petit village 
d^endant d'Ain^h-Ghul* Nous traversSmes 
des coteaux et des collines calcaires , sur las'-^ 
quels nous remarqulmei^ le t^rebinthe, le 
micocoulier , Tonne y le f r^ne f leuri ou f rSne 
4 manne ^ plusieurs chSnes y le cornouiller , 
I'arbousier , I'andracfan^^ le genet d'Espagne , 
quelques. pieds de storax, le laurier commun. 
Nous larrivimes ii Yenish^er aprds six lieures* 
demarche* 

Yenisheer est une petite ville peuplee de 
Turcs et de Grecs^. elle est dans une plaine^ 



4l6 VOYAGE EN PERSE; 

arros^e par une petite riviere qui vient d'un 
lac que nous avions apper^^ k notre gauche : 
sa principale culture consiste en mikriera et 
en coton. Les coteaux d'alentour son( cou* 
verts de vignobles, ' 

Nous lie nous arrStSmes qu'un quart d'heiu*e 
jL Yenish^r; nous ^ marchdmes encore deux 
lieures et demie sur des coUines schisteuses 
assez ^ley^es , et nous yinmes passer la nuit k 
Bambougeukj petit village peupl^ de Greca 
et de Turcs. 

Le i5 y nous nous rendimes dans deux heu« 
res k Nicee. 

Nous fSmes arrfiter nos conducteurs pour 
Jeter un coup-d*ceil sur cette ville, la premiere 
de la Bithyiiie , suivant StraBon ^ Tune des plus 
belles 9 des plus populeuses^ des plus commer* 
^antes de I'Asie mineure sous les empereurs 
d'Orient , c^l^bre parmi les Chretiens par les 
deux conciles qui s'y tinrent , le premier en 
3a5 contre les Arriens , le second en 'j^j coh- 
tre les Iconoclastes ou briseurs d'images. Nous 
fKlimes bien surpris, en y entrant^ de neplus 
trouver qu'une miserable bourgade^ dont la 
population ne pent |)as Stre ^yalu^e k plus 
de trois mille ames. Le palais des. Lascaris ^ 
les temples des Grecs et des Remains ^ les egli- 
Bes des Chretiens y lea inosquees des Turcs ^ 

tout 



tont ^ dispBXik. t)n ne voit aujourd'hui que 
quelques rues sales et eiroites, et sept ouhuit 
cents maisons de terre parmi des ruines in- 
formes et des d^combres souyent remu^s,. 

Les remparts , en partie ^cro.ul^s ^ parais- 
sent avoir 6t6 reconstruits ou r^par^s plusieurs 
£ois avec des imt^riaux plus anciens i on y a 
fait servir des marbrea sculp t^s, des restes de 
comiches y des pieces d'entablement. Les tours 
y sont de ibrme carr^e ^ et aussi rapproch^es 
que dans les yilles arabes. Nous en ySxnes quel* 
ques-unes en pierres, plusieurs en briques s^ 
parees les tmes des autres par un large mor- 
tier; d'autres avaient des rangees alternes de 
briques et de pierres. Nous observ&mes dans 
quelques-unes , qn'on ayait r^par^ les brSches 
ayec du moelon. 

II nous a paru que ces remparts se prolon- 
geaient dans le lac Ascanius^ car nous ayons 
Yu aux deux extremit^s les restes d'un mur 
tr^s-^pais^ qui partait du rempart et allait se 
perdre dans reau. 

Nic^e passa en i33o au pouyoir des Otho- 
mans. Orchan, deuxi^me empereur desTurcs, 
d^ji maltre de Pruse , de Nicom^die , de presp 
que toute la Bithynie, yint mettre^ en i33o^ 
le si^ge deyant Nic^e. Les habitans se d^ien- 
djrent ayec courage; lis ^prouydrent, pendant 
Tome FL Vd 



fan si^e de tiitgt mbis, totes les matix de td 
gaeiteyAe !a ^ste et de la famfare, et ne s^ 
feiidirtot qti^Aj^rt* dVtrir leptlise tout moyeil 
de diSeftse: Aiidtoli£c p£fcl6ologii6', qtlr rignkit 
k CdttStaAtkidpler , avait fah qnelqne^ efforts 
pour les sectitii:ii'$ il avait riEkM^nitbl^^A ii^dti^ 
|>es iet ifM* AbttTCh^ cotitre Offchdiij niaft il 
iaV^t ft* bkttit , « obligi d^r 3'enlfermer aY6c 
le* d^kdk ^im ^tm6e dahs Phtloc^ito^ (r); 
{jlace fb'tttf iilt- fes bdrds de la Pit>pt>iidd)e , i 
i*entt*^ dfii goMfe de Nfcom^tlfe; '' 

Cette tille p6rte anjourtf fitUi le itooi did 
/im^ 1[ is^Nf;. ); rfle ^t situ^ en jdaitte slir k 
bofd orfefltaf dkl l4c Astanitid , an 4cx*. degl^i 
!z6 rtiin. d*f latitude, et atr 27^.:degf^ 3d imn. 
de longitude, 

Le lac , dont T^tendue d'orfellt en dfccidfent 
est d^envirbft hectf milles. , et demt !a* Jrlus 
gi:ande largeui* dtt nofd an midi est k pett pr& 
de quatr6 , i-e^oit touteis leS eau± qtii d^^en- 
dent des mUfttagnes voisines dans^ la plcdne. 
Apr^s en avoir perdu une partie par T^va- 
{)oration , il se d^charge du surpltis dans le 
goKe de Mundania par la petite rivi^ire nOm^ 
iaieklfylas, dont nous avails parle toiii6 II, 

(i) tiUtoirc dies Tares f -pax Cfiidcondile , tome I^ 



CHAPI'TAS Xlir <4:ij^ 

page 9 ; eiles sent deuces , et le lac mtsSpssii 
da goife par line bande de-terre pea^Le^^*^ 
de trois on qnatre liesiefi d^epadssenu 

La plaine de Nk^ n'a pas dem . lieued de 
largeur ; elle est- homit au nord et an ns»^ 
pai» des €oUiiie8 fort hautes et biea Bqisi^es > 
mais elle s'etend k Torieiit au-delk du Ssatfi^ 
lis ; elle est biefi; arrosai^e et de la plti8;g]raiLde 
fertility : On y cultiye le^eoton y le taiac^.bb 
sdsame ; on y s^ti^ de I'orge et du binaeoi^ 
on y Yoit beaucoup de £ruit9yiqui passdatpreb- 
que tons k- Confitantinopk^ L'olivier y «8t 
bean et trds-^abondant; il e$t placid tmsle-bas 
des collinesv .•..,, 

Nous He limes pad* attendee lotig^t6ialsr']Ta& 
conducteurs 5 nous Mmontd^ies k 'ok&^ui k 
neuf heures du matki j nous, passimes entne 
le lac et les murs de la v^iUe) nous, traidersftns^ 
des collines d'abofd cidcaire)9y ensnits quarb- 
zeuses et sckisteuses y puis rddevesmesi calcki* 
res et encore une fois 8cbisa:et[se&^ etnious 
arriySmes^ liiqizatre hburesdu aoir ^un. Til- 
lage grec ndrBm^ Keusd^iff^Miirkciiy iitii/6^daus 
un vallon fort agreable. =J 

Les habitans ^talent toiis occti^^' 4^ faihe 
leurs vendanges. Le €risa^m 4fiait iz^lUr'depuis 
Ion g^tei^^ ; mais (yti le etielSle mrd ; psttce ^^u^ob 
en scat du faisiit^^ heeae^^^tka^ est ^ntns amX' 

Dda 



4iO VOTAl&X SH FEJt6£. 

ie<-champ k bouillir ayec des melood > des goujft 
^es ^ des pcistdques ^ des coings et autres fruits , 
jusqu'^ consistance de miel , et verse dans de» 
pots de terre bi^oi verniss^s : on Tenvoie pres* 
jque^ tout k Consl^antinople. Le peu de viii 
^u'joi^ fait dans ce village est tout ccmverti en 
•eau-de-^yie. . 

t Nous y avons goik^ des pommes. saurages 

;qu^on yenait de euejllir dans le^ bqis ; elles 

ikaient de la grosseur d'une petite ppmm^ 

-d'apiy et ayaient uii goftt aigre et acerbe, qof. 

rm permettait pas de les manger. . . 

. A mestire qt«e nous nous app^ochions d^ la 

capitale y les denr^s rencherissaient : il y e9 

ianrasb f^lusieurs qui y alaient ^ dans oq village y 

id^nx.fois pdus que dans Tiii^t^riQur de TAsie 

fnuneure. Le pain , la viande de boudierie > 

:le riz y les legumes ^ f avaient aumpitis double 

de prix. Lesiruits , la volaille., l^s €^ufs> y 

i^aient yendus^itrois fois plus cher. 

Le . iy,f apr^Sk '^ heures de. marche^par une 
pente doute^ et^en suiVant. presque toujour^ 
.un ruisseau ^ nou^arriydmes k Hersek , pe- 
tite yille situ^e a un. quart de Ueue du golfe 
de Nicom^die.) . 

. : La lajague; did, t^ttci i, nomm^ Glossa faep 
^ib^ Grecs^.qui sfavance dans le goUe vers le 
-mUieu^c sa poctigjuj^ridionajb i est basse ^ et 



/ 



CHAPITllB XXXV 4^& 

pardit form^ par les tefres et les sables que 
le ruisseau charrie lorsqu'il est grossi par ks 
pluies. .4 

L^endroit oil ron i*embarque pour traverser 
le golfe , se trouve k Torient de cette langne*. 
Le capitan - pacha y entretierit , k cet eliet * 
dn, «» »x ba»aux e. ™e ™g«ine d. g»- 
liondjis. Cettc route est tr^s-fr^quent^ : c*esi 
la senle qu'on prend lorsqu'on va par tierre 
de Brousse k Constantinople ; c^est aussi cell^ 
de Kutayeb ^ d'Eski-Sh^er y de Cara-HissAr. ^ 
de Koni^h , d'ErecU , de laSyrie et de Chy?f 
pre f k moins qu'on ne passe par Nicbm^die ; 
ce qui alonge la route d'une demi-jciurn^e. , > 

Apr^s nous 6tre reposes une heure k Her- 
self ^ nou« alldtnes yers le& bateaux lil y en 
ayait trois prSts k partir. lis portent deux 
yoiles carrees y et ne sont pontes qu'aux deux 
extr^mites y ils sont du reste assez grands 
pour que douze ou quinze cayaliers puissent 
factlement y trouver place. 

En nous approchant ^ nous ySmes y sur le 
xndle, un grand nombre de Turcs qui tous 
Toulaient s'embarquer y ayec leurs che vaux et 
leurs efFets y sur le bateau qui deployait ses 
yoiles : les deux autres pourtant deyaieht 
partir imm^atemeut apr^s. Le terns etais 
beau y et le yent favorable ; il soufflait lige4 



jtsefpetitdei'oiiefit ^ etil ii'y al^ pAsk craxhdre 
qd'ii 'c|iange|t 4b timte la jouxni^. Si Von se 
. fAt entendn , nn quart-d^heure eiit suf B pour 
qv&Mut ie mondie se irouVfit place* Le^ second 
bate^^ edit parti quelqiies minutes aprSs le 
pt^emiet*; le troisiiine I'eftt bient6t stuyi; ila 
^fafent pHis qtae sufBsflLns pour nous tous re- 
cfeVdit. I/entdtement de quelques voyageui-s 
fetf la* bt^talite des* galion(^is furent cause que 
fi6vi^ ^etH^urAmes pi^s de deux heures sur le 
f ilr^e y et que nous y fiimes temoins d'une 
9Ci^4 ektr^mement' affligeante. 
-' tl s^^leva une querelle entre leg galioi^djis 
du- premier bateau et quelques yoyageurs , 
air isb|et des effets qui avaient et^ d^plad^ y 
ec qu'6n:ne retroilvait pas. Le premier bateau 
i^it ti^op piein ; il iailait Faileger y et paisser 
ces «£Iets dans ie second bateau ok phtsieius 
vbyageurs avaiient enfin consenti ^ entrer* 
Oncria peu, les Turcs he sont pas querelleurs} 
mais on agit avec la ferocit^ qui caracterise ce 
peuple encore barfaare. Un jeune galiondji ^ 
qui se troiivait dans le troisi^me bateau y et 
qui'jusqu^alors n'ayait pris aucune part k la 
dispute y en sortit tout It coup y s*i^an9a ail 
ihilieu des yoyageurs le yatagan 4 la: main , 
eU' blessa tin k la cuisse y et proyoqua au com* 
bajt toiis les autres. 



/ 



TWgt , et qui ae ^o^y^jijt: p^w Igors k que^ue^ 

pr^ipita sur le galiondji pour le frappaf* ; 
maifi il m^^ua $Qn w^ > ^t iut I^le^^ |ui* 

1^0 ftutres galipndjifi 9 qt^J craignir^t j^ans 

.tow par le Jfer 4^ ^s deuii b9»^§St j]i6t^i»0i|t 
irrites ^ fie jf^tkrmX ^mm^t mr. >^U7(- > .^ }es 

jsfht ^3 fia ^i. 1^ qufe^^itie ^'Us A^yaiiBBt en m^me 

.Kf^ia oo.up^We 4'tm crim^ capital ^ et a'iis 
^atai^wt feit rwtrw A^ps son l^tj^au j, ii^s 
hi^^ Ipua de U , ils ^.pa^p^^e^t, et forwent 
.pr4te.i fc 44fen|fee,4}fi^p:e quicqnque os^rait 
iFgltaqweiv . , 

i J:!^ 4etW y^y^geni-^ i dppi; rindlgnatioo et 
Jaai^l^e allaient tQujoisrs qrpia^^t^ ne ^ent 
.pas pl>it6t det>arrass^s de leurs niaii^^ , q^'ils 
,che^4$)i^ent des^^rnies de tout^^, partjs* L'un 
( c'etait le pdre ) arracha un yatagan ^e la 
^ceintnre d'un autre yoyfig^vr ^ et sans ardfi^- 
chir au danger auquel il s'exposait , il chercha 
k tirer vengeance de Toutrage qu'on luiavait 



4a4 TOTALIS £H PBR^X. 

fait. Mais comment lutter ^ k son 4ge > contra 
un homme feime et vigoureux, soutehu par 
qiiiiize Ott y ingt aiiiis aussi forts y aussi adroits 
les mis que les antres : chaqne ibis qu'il vou* 
lut frapper , il re^ut lui-mdme un nouveau 
•coup. 

Pendant ce terns le lilss'einparadu fdsil que 
portait ordinairement notre domestjque (i) : 
malheureusement pour celui qui le prit , et 
fort heureusement p6ur nous ^ il n'etait pas 
charg^'^ et n^avait pas m&me sa baiqnette.^ 
Kous ^tions^ dans ce moment ^ k quelque dis- 
' tasice de nos conducteurs et de notre bagage : 
nous h^ nous appergum^ (le la sotdse que 
yenait de faire ce domestique ^ que lors- 
qu'il n'etait plus terns de il rearer. Celui qui 
ayait pris le fusil ^ fut cruMlement puni ^^de 
la confiance qu'il ayait.mise dans cette arme : 
il n'eut pas essay^ deu^ ou trois fois de la 
tirer ^ que le galiondji y qui se d6ut;^; bien 
qu^^Ue n'etait pas cbarg^e y la saisit d'iinQ 
mam, et enfonga de Tautre son yatagan dans 
la poknne de ce mallieureux jeune homme. 
II expira y quelques miautes apr^s y entre les 
bra^ de son pere* •* 

Qu^on se figure, Tindignation' , la coUre , 
<■ I  II  I 1. I . I 

 <i) C*6tait un Grec pris'ii Latakie.- 



CHAIPITKE XXl. 4^S 

le d^sespoir auxquels ee vieillard fiit en proie 
tn un momenta Bless^ lui-mSme dangereuse-^ 
ment I il onblia qii*il ayaitd^j^ perdu la moiti^ 
de son sang ; il n^gligea sa propre conserva- 
tion J il ne s'occnpa que de vengeance. Nous 
) le vf mes lever les mains vers le ciel : il im- 
plorait ^assistance divine j il appelait son fils j 
il demandait le sang de son meurtrier ; il s'a- 
dressait ensuite aux assistans ; il leur mon- 
trait le cadavre qui ^tait au milieu d'etix j il 
d^chirait sea habits j il d^couvrait ses bles* 
siires J il voulait moiu-ir s'il ne pouvait le 
venger. II les avait tons ^raus , il leur'avftit 
arrach^ des larmes , cependant aucun ne cnit 
devoir s'exposer k un danger trop Evident j 
aucun ne ftit tent^ de s'armer en sa f aveur : 
tous rest^rent immobiles ^ les yeux fixes sur 
ce qui se passait. 

Cette sc^ne dechirante durapr^s d*un quart- 
d'heurej elle se serait- prolongee beaucoup 
plus si le vieillard^ accabl^ de douleur et 
epuis^ par le sang qu'il avait perdu , ne fiit 
tomb^ ^vanoui. On le crut mort, et on Tem- 
porta avec son fils dans le second bateau. 

Le gafiondji prit alors le chemin de Hersek, 
sans que personine songedt It troubler sa re- 
tratite. 

Notre fiisil avait ^t^ rendu a nos conduce* 



4^6 VOTJlOS bk pb&^s. 

tenrs , qui V^Yaient r^^Unii de nqtre part > 
en expliquant commit il ne se txoi^vait pa^ 
pntre nos mains. 

Quant au dQmesti<}Ui3> il ayait 6t6 sie qa^ 
chex* parmi les rose^mx et les joncs des ma* 
rais Yoi^ins ; il ne reparut que long - terns 
^pr^s ^ et lorsqu^i] jugea que tout ^tait tran- 
quille, 

Dejs que le galiondji eut disparu , . le pre- 
mier bateau deploy a ses voiles, et s^eloigna 
du rivage j le second ne tarda pa$ k le suivre j 
le troi$ieme , dans leqnel nous entrames ^ 
partjt un quart-d'heureapr^s. Le vent.etait 
toujour^ favorable : vingt-cinq minutes nous 
4it|Hrent pour nous rendre k Tautre bord f 1^ 
goUe n'ayant gu^re que^trois miUes kcet en- 
droit. 

Nous debarquames aupr^s d^une fontainc^ 
pmbrag^ de superb^s^ platanes f alle est a 
quelqties pas du xiv^ge , pr^s d*un bUtimenlr 
spacieux qu^on nous dit £tre un magasin. 
Nous nous^ trouvions k s^pt ou huit lieues 
^e I^iocwedie , ^t ^ trois ou quatre du cap 
Philocrini. 

Nos effets ne fuxent pas plut6t liocrs du t>a- 
te^u ^ que nous remontdmes k cheval. h^ cdte 
est elev^e et sinueuse j elle est calcaire ^ in- 
culte^ un pen boisfe : le c\i<^nje vert , le chSne 



ji gallea > Farbousier ^ randraclm^ ^ y sont 
abondans. 

. Nous xnarchdmes une heure et demie atur 
ixn chemin pierreux ^ a$6ez mal entretenu^ et 
nous arriy&mes k Gudbezdh (i) , petite yill^ 
assez bien batie 9 peupl^e de Grecs et de Turcs* 
On croit qu'elle occupe la place de Lybissa ^ 
ou Annibal perdit la vie. 

Bouy ouk'Hissar , ou le grand iphSteau ^ S9 
trouye a un quart de lieue du chemin^ k droite; 
il est situ^ sur un sol un peu ^lev^. 

Nous* apprimea 9 dans le caravanserai ou 
^oua logedmes ^ que le vieiUard qu'on avait 
emport^ 6yanoui dans le bateau > ^tait reyenn 
^ la yid* En arrivant k Gu^bez^h ^ il ayait 
fait transpdrter le cadaVre de spn fils chez le 
cadi , et s'y ^tait rendu lui-mSme avec la 
plapart des yoyageurs ^ pour demander jus* 
tice; Le cadi ayait r^pondu que cette afiaire 
J16 le regardait pas ^ qu'il fallait s'adresser au 
^pjita^-pacha , qui seul ayait le droit de juger 
les marins qu'il employalt^ 

Le i8 1 nOu^ partimes^ la pointe du jour. 
Tout le terrain que nous paLrtouriVnies ^ est 

«■■■ ' ' ' '   '  ■'■■  I  i     i II . .. I   .^ 

(1) Other la nomme Guegne-Bis^ ^ qui signifie en 
turc nous sommes au large. Voyage en Turquie et en 
^ersG^ tom* I ^ pn^. -39. '■> 



In^gat:) pevL ^leve au dessus dti niveau de 1st 
mer. La terre y est bonne et assezbien cnl- 
tivee : nous y vlmes beaucoup d'arbres frui- 
tiers , etqiielques vignes plant^es comme celled 
de Provence. 

' Apr^s trois heures de marche , nous pas- 
6&mes pt^s d'un petit Village nomm^ Tousta y 
8itn^ au bord de la mer. La c6te est tr^s-i 
sinueuse du cap Philocrini k Scutari. Nous 
^^pass^mes bientdt les trois llots que M. de 
Choisetd a designes sous le tLova de Nissa ^ 
sur sa carte des environs de Constantinople. 
Nous vtmes la presqu'ile Acritas ^ que nous 
primes d*abord pour plusieurs lies : il y avait 
quelques navires k Tancre dans le port na- 
turel qu'elle forme ^ sa partie m^ridionale. 
Nous traversdmes un village grec , nemm^ 
Pandiki^ et nous alld.mes nous reposer un 
peu plus loin , dans un autre peupl^ de Grecs 
et de Turcs , nomme KartaL lis sont tons les 
deux sur le bord de la mer y dans une anse 
assez profonde et assez stcrel 
\ A quelque distance de Kartal ^ le terrain 
change de nature : ii est calcaire depuis le 
golfe de Nicom^die jusqu'au-delk de Kartal ; 
ii devient schisteux et quartzeux de Ih, au Bos^ 
phprci 

Nous nous^ ^loigndmes un peu de la mer , 



1 



fsms la perdre de vue : elle ^tait couverte de 
nayires, qui se dirigeaieixt dans tous les sens.^ 
Le plus grand nombre prenait la J;o\ite d^ 
Constantinople ; quelques-uns paraiss^^ea^, 
aller dans le golfe de Nicomedie ^ ou dans ce^ 
lui de Mundania } les plus gros faisai^x^t rout^ 
pour THellespont, Le terns ^tait fort beau y 
et*le vent soufilait Idg^rement de Touest^ 

Les Sles des Princes s'of&irent long-tems k 
nos regards. EUe^i semblaient d'abord n*ea 
former qu'une ; mais k mesure qifie nous avan* 
cions y elles se d^tachaient successivement : 
nous appercevions k droite quelques collines j 
nous avion s devant nous celle de Bourgour- 
lou 9 vers laquelle nous pa;(*aissions nous di* 
riger : bientdt nous la laissames k droite } 
nous entrimes dans cette superbe et antique 
forSt de cypres qui ombrage les tombeaux des 
Musulmans , et nous arrivdmes k Scutari apr^s 
neuf heures de marche^ 

Des proposes k la douane que nous y trou- 
ydmes ^ nous permirent de traverser sur-ie- 
champ , avec Tun d'eux , le Bosphore , et de 
nous rendre k la douane de Constantinople , 
oix nos eflets devaient ,fitre visites comme ve- 
nant du c6t^ de TAsie^ 'Nous y eprouvames 
d'abord quelques difficultes , peut-Stre k cause 
de rbablt arabe que xipus portions ; mais k la 



43o CHAPITRE XII. 

presentation de notre firman , et i Toffre que 
nous f Imes d'line pi^ce de cent p^ras ^ on nons 
exempta d'une visite que les Europfens re- 
doutent toujours k cause de la peste. Nous 
pi!bnes y par ce moyen ^ nous rendre ayant la 
nuit k Galata ^ et y d^batquer nos eilets. 



TOTAOE EST PEHSB. 



43 1 



i« i > 



CHAPITRE XIII. 

V 

^  

Ddpart de Constantinople. Rhute par 
^Hellespont, Id cdte de Troye , Ip- 
sera, le port Tkiilo, le cap Suniiim. 
uirri^ee^d; A thanes ^ gouvernement de 
cette 'ville. Course au mont Hjrmette , 
d Marathon et au Pentelique. 

JN OTRE preriiier soin , lofsque nous fftmes un 
pen remis de nos fatigues , f ut de reunir notre 
collection f[m se trouyait Sparse , afin d'etre 
en etat dfe profiter du premier batiment neutrier 
qui ferait voile pour Marseille , Livourne 
ou GSnes. Les objets que nous avions re- 
cueiUis en Egypte , k Rhodes^ , k Lero , ayaient 
^t^ d^pos^s dans le palals de France j mais 
tous ceux que nous avaient fournis his en- 
virons de la Propontide et de THellespont , 
Tenedo^ , Lesbos , Scio , Miconi , Delos , 
Na:los et Cr^te, se tro^vaient dans la raalson 
consttlaire de Scio j et ceux de Milo , de San- 
torin ^ de Nio ^ de k 8y rie , de la Mesopo- 
tamie , de la Perse et du desert de T Arabic ', 
venaient d'etre laissds en Chypre. Nous ne 



43)2 rOYXGE EN PERSB.^ 

pftmes les r^unir tous k Constantinople que 
dans le mois de janvler , malgr^ toute Tactf- 
vite qu'y apport^rent M, Vial , vice-consul k 
Scio (i),*et M. Henri Mure , consul k Lar- 
naca (2). ' 

La mort de notre ambassadeur Aubert-du- 
Bayet ^ §urvei^ue au moment on il ayait form^ 
le projet de nous faire passer k Ath^nes sur 
line frigate fran9aise ( la Bmne) , et de nous 
faire rendre de 1^ k Corfou ou k Anc6ne « en 
nous privant d'un moyen que nous regardxons 
comme siir de sauver nos collections y nous 
jeta dans une incertitude dont nous ne cri- 
mes pouYoir sortir qu'en faisant demander 
k Tambassadeur d'Angleterre , par M. Carra- 
Saint - Cyr , secretaire de legation , et rem- 
pla^ant pour lors M. Aubert-du-Bayet, un 
passe-port ou sauf-conduit pour nous et pour 
le fruit de nos recherches. Un ambassadeur 
fran^ais n'aurait certainement pas balance k 
Taccorder k Aes Anglais : M. Smith crut de- 
voir le refuser. Ce refus nous surprit d'autant 
plus ^ que nous ne le demandions que pour 
noiis embarquer sur iin navire neutre, Ne 

^1   I I   I I ,1 jii, , , ,1, , , , ,^ 

(1) II avait remplac^ M, Digeon^ mort depuis phis 
cTun an. 

(2) II y ^tait arrivd peu de temi ayant ^QU9. 

volant 



r' 



CHAPITllE XIII. 433 

Voydnt pas d'autre motif , dans la confduita 
de cet agent , que celui de se conformec aux 
i&tentions que le gouvemement anglais ma-' 
nifestait alors de faire k tous les Fran^ai^.uUe 
guerre k mort^ nous diimes nous tenir sur nps 
gardes I et prendre toutes les pr^autioas:que 
la prudence exigeait. 

Nous filimes plusieurs fois sur le point de 
laisser au palais de France nos collectious. , e% 
de revenir en France par FAUemagne ; mais ^ 
Tious ne pi^mes jamais nous resoudre k npus 
s^parer des objets qui nous ayaient tant codt^ 
de tray aux k acqu^rir j et tant do^nd de peine 
k cons^ryer. , 

. Cependant il fallalt se resoudre a quitter 
I'Empire othomaji d'une manidre ou d'une f 
^utre«.Lasaison des brages ^tait dej^ pass^e ; 
I'Archip^luepoi^y^it av^ir attir^des cprsaires 
anglais;. I' Adriatiquene yoyait flotter alprs 
qu^ le payillon tricolor^. Nous diSbnes noujs 
flatter que nous . ar^iycin^ns saiiLSiet ^ufs Ji 
Corfou ^ |Bn faisa^t Ije tpnr de Ik M9^^; pyi 
en traversant Tisthme .de Cprintbe. * 

. Pans ^t espoir.;^ n/p,u^ Jre^ipesu^p^^tna- 
vire tore pour Coro^i ^y^Q la clause Mexpress^ 
que jipus.passerio^s quelquies jours, ^.^th^nes.j 
q:ae npus $^journe^][oxis ^ siir la rp]ite^^ p^tout 
oil nous youdrions ; qu*il n'y auf;;a(i.t a^c^^^^ 
Tome FI. Ee 



434 VDYAas BK PSRSE. 

marchandiae k bord , ni aucun autre passages 
que ceux que nous d^ignerions. Cette pre-^ 
caution ^tait n^cessaire ^ parce que la^peste 
iaisoit pour lors bettucoup de ravages k Cons^ 
tantinople. ^ 

Plusienrs Fraxi^ais , presses comme nous de 
retoumer dans leur patrie ^ toulurent ^e du 
YOyage j ce qui nous ftit d^autant plus agrea- 
bie y que nous ^ons li^s d'amiti^ ayec quel^^ 
qiies-uns d'entr'eux. ^t » 

• Le narire ayant ^t^ twehillar^, bien pai^* 
fiam6p TcntmouiSet'll'GaiiELtale 3o mai 17989 
k lapointedu jour ^ et'^ trois iheures du ^oir il 
deploy a ses ydiles e t fit route pour rH^ilespoh t* 

LcxTcnt ^tait an ii6i^^,'et le teiils/assez 
beiau. Avtot le comaker dta soleil , now dis^ 
linguAjnes tr^-bien Vtle <fe MarmUu^a'^ Vei's 
laquelle' nous parais^k>ns nous diriger: !Lk 
nuit te Ve^t tomhk pi-esqwe tout^&^ifdt, et 
K'taiCT fut tr^-calme ran jou** , le jdavii*fe sfe 
trbtiVa k Voccident^ii lUe j il ayait fait ^rfe 
de (H±' iiieues , plus par' f efiRet du courant qnfe 
par celuidu vent.^ Ati levwr du iohii y hi 6h!1 
se ttiriiifit' pen U'j^vt .Stf nuages , tet leVent 
sonffla^aiWement'atf nbi:d-nbrd-e«t '.- i' midi 
no-iii'^oM pr^ d^I^alRpbli , et itirfk'hetirfe 
'dri s65k-ilbus jetAWee^ I'tocJfe dtev^ft'lif '■^flte 



Un Francois qui y ^tait etahli ^ ne nous:e]tfc 
pas plutAt appergu ^ qrfil Ttkit nous'ldoiiiielr 
tayis que la peste s'^tait montree-dad&'hu'^Ie 
d'une mani^effrayantetj qtie la plupartrdes 
habitans ayaisnt fui et s'etaient refugiesy 1^ 
tins/ 4' May ta , les olttresrvdam riht^ieixrides 
tefres ^ que le^ondulirdnagais s'etalt^sol^^^^ 
qu'U y ayuifi'du dajngerpour nous^deide^ 
cend^eA' t^rre. NMisexIgeilmes dds-^lori de 
notre capitaine ^ qu'il empSchdt son iqyap&gk 
de quitl^l^ te bord^'^fioiis obliiiiies du d^ta- 
nier ,- riiby^Dr'nant 4itt? pr^Sfent?^^ qu^ le^<«ftyyife 
ne fi!Lt pas visits ; nofiis^du&i^ndtisi^^tlkieisi^le 
corisal'pour le saluer et prendte s&S'^cCmX" 
missions y et le pi^^i^ft j^ii^idprds ihidlialoiifi 
continuSmes- nptre route *^ de Tent etqntran 
9i6rdi^ord^t et asseiz; frbis^ ' •• ^ - . piii i • : n 

D^ WOift^ die troii' hewes npits sor^lsBi&s 
du cahal/ et doiibldmtK^le ^e£tp Si^e xikonk 
longevities la cdte > et*tnbuilldmei9.v'k <p]ai4 
hetdhes dii:soir ^^ati^del^'du/icap deiljrcie , 
par qtiatre brafstos smr un ibild' d^* js%bb. ctt 
d'algue. N<mt9 aviods adiJUford^estrJ^^iait 
be^u de^ F<^iit^I^ud > !ee heAl^i^o»3 j^f^mi-ide 
distance di^ la nottvelle embpuohinreJdue&Qiix 

m 

L41 a f imid:«fet7 di^sideil yinous descradiiBiqs 

Ee a 



'4^$ TQTA0E ZK^ 9EB.sC 

lieiqc qu'on feicbit toujours avec le mSme m- 
tmte; Presque tious le& Fran^ais qui se trou*^ 
Tisientkbord nous accompagn^rentdausoette 
eouTfie que houB ihnes k pied«. Nous ren^ 
tr&ffiei an navire 4 deux heures du soir , et 
^i^tTQjsetidemieiious :|el;&mes Pancre devaut 
jAl^zkudria-TroaA : lie iribste de la jouni^ fut 
-eaoBtfloi^&k parcour^r'^ruine^ de cette tiUe. 
•A la iiuit > on d^oyalea Toiles; et on lit 

-i^jLejii; an leifeif.duraoleU , le aayire avait 
(d^aae^ JVI/^tpIiAi ^. at avaQit midi : U fie trouva 
itiQU)Jl^d(ui$la:i:ade4'(pA^r^, /i. . 
- Ni>i» nep&iDj^ld^^c^^d)'? ^terre ; lea pTir 
aaats iie Tile^^oppiOiS^rek^itii, <?e que de8 4tr4^7 
^rfrqui venciieift diuueiyilje pestif<^r^, com- 
muniquassent ayec' lUs .bAbitaus, Le q9|)i|t^e 
«ttl^m aft qualitedd Tutq^ pyift jdmr d9j]^ette 
faculty didu Teste ^ ! Qf& jiouis fifc pa^er. t;oii$e$ 
lestprbyisicmadbntnofus ^viousbeMm^ ;^ . 
. ' Ipsei*a.6stjUXiie jlle.jjeu ete^due y^peta iippot^-^ 
taiuie f ^eUi) dat: ale vee > omoutagEteuse .^ s^clie > 
aride ^ {>eu susceptible de culture 9 si .o«^ jpi'est 
aiinquelques pdrnta-uLapartie ocleijitale^ique 
vsov^ Mtbtoj&ihes^^ !nous !|>anit volcakriqiie^ j£ii» 
rade^ qui se trouve au sud*ouest , daikaiJ^.-: 
qugPenrroni; anouU^liobs , est grtoda ^' a4^ez 
g^eL^ioayirQittiii petit: port ca|)$ibleu}e cpur 



<• ' \ * 



/ 



tenir huit ou dix tiiavires.' La ville esft tr^s- 
petite : on nous dit c|u-etie n'avait pfti plnn 
de trois ou quatre cents habitans ; il n'y en a 
pas d'autre dans TJlel ' ' 

Le 4 I ^ huit heui^^ dti matin , on lera 
Tancre ^' et nous fbnes route , le vent ^tant , 
comme la yeille , nord-nord-est asses frais* 
Nous vliimes passer k une demi-lieue d^An* 
tipsera, rocher tr^s-^kY^ , qui abrite larade 
dlpsera. A cinq beures du soir noius avions 
double Capo-Doro y et mouill<^ k une anse ou 
port naturel qui se trouve au^dei^ : • il est 
nomm^ Porto^Dailo star la carte de M. de 
Chabert ; il est expos^ au levant et au ^siroco , 
et 4 Tabri du nord et 'dii nord-ouest , qui 
sont ceux qui ocOasioiuiQnt les tempdtes dans 
TArchipel. 

' La cdte , aux environs > est scblsteuse : le 
terrain , dans rint^rieur y est sec , montagneuxV 
d'une mediocre qualite. Nous vimes quelques 
champs d'orge qu'on v^nait d<e moissonner. 
Au fbnd de cette anse ^ pr^s du rivage ^ il y 
a une petite Fontaine oh. un havire peut faire 
de Teau. . ^^ 

Le 5^ ^ la pointe^du joiir , nous sorttmes: ^ 
de ce port , et avant midLnous avions' double 
le proraontoire SfiMium , qu'on nomme au- 
jourd*hui Cap-Colorme ^k cause des neuf bo^^ 



l(»iine$ qni i*^s0ffit emico^? ^jB^oitt: 4^ temple 
^e l^i^^ie. f^ou^ jet&mes I'sniprj^ afiii de pou- 

/ Cette partie de TAttiqlQQ a la reputation 9 
pf Ut-^tre. inju9temen( ^. d'etre pii yepaire de 
yoJ:eur3 toujoiirs prdt3 ^ depquiller les voya-* 
geiir$ qnidescetudcnt^ terre sans armes, ou 
qni ne sont pas asse^ n6mbreux poiir leur re- 
sister* Nous avionaapper^uuii bateianznonijle 
derridre des rocherrf a pen de distance du cap ; 
nous fiimesle raeonnaltre :. il^taitimorite de 
(jnq hommes ocoupes ^charger des pierres 
qu'Ufc transportaieht an Pyr^e. N*ay ant rien, k 
9ramd7e de leur part , nous nous ftinies mlsttro 
jt ter^e , et nous griilipames y a tr&v0r6 des r o* 
chets 9 Jtis^u'au temple u il est siir la partie la 
plus elev^e du promontoire , et para^t Javoir 
^te Qooostruit sur le mbdele du ):emple de 
Th^see, que Toja yoit* encore det)out k 
Athdiw<^4 ' 

NousrentrdmeS' dans le navire i deuxheures 
et dexnie .^ et le soir , au soleil couchant^ noua 
jetames Tancre dane ^e^ port Pyr^e. L'entree 
est indiquee par deux balises qu*on a ^levees 
pour guider les pilotes ; elle est formee par 
deiix' anciennes |et^es dont on volt encore leS' 
restes sousl'eau : Tune^yenait ^ian:gles droits 
de la presqu'ile Muoaichye.^ et rantnai: diL capj 



E^tium ; elles etaient une suito de la, grande 
muraille que les Ath^iiieii$ayaient ^iey^.pouc 
fermer les trois ports et la presqu'ile. 
. Le Pyree est en partie Comble aufourd'hui 
pSLT le sable et la yase que Vss pluies y charient 
sans cesse } n^aninolns il nous, a ofFert une 
nouvelle preuye. que les eaux de la M^diter* 
ran^ n'ont pas baiss^ ni change de niyeau 
depuis plus de deux mille ans* Lorsque les 
yentsd'est ou de sud soufilent au large , elles 
Vel^yent encore jusqu'aux anciens quais, et 
dans les terns ordinaires elles sont h. une hau*? 

* 

tem* telle qu*on pourrait le desirer dans le 
port moderne le plus fr^uent^. On yoit eyir 
demment qu'en le creusant et en le reparant 
il serait.tel qu'il ^tait autrefois , et'qu'il a pu 
tr^s-facilement contenir quatre cents galores , 
et mShie un plus grand nombre. Les ports de 
Tyr et de Sidon etaient beaucoup inoins eten* 
dus que celui-ci. 

DSs que nous £^mes mouill^s , nous exp^ 
didmes un de nos matelots ayec une lettre 
pour M. Gaspari, consul fran9ai$, dans la,^ 
quelle nous lui donnions ayis de notre arri- 
yee , et nous le priions de nous iburnir les 
xnoyens de nous rendre tons k Ath^nes* II 
eut rhonnStet^ de nous enyoyer le lende* 
main > au soleil leyant ^ les chey aux dont noua 



44^ VOYAGE SW PERSB. 

ayions besoin , de sorte que nous fiimes au« 
pr^s <le lui dajis la mating. 

On compte pres de deux lieues orcjfinaires 
du port k 1st yille : les Grecs comptaient qua- 
rante stades ou prds de cinq milles. Le che- 
min est beau^ et les champs d'alentour sont 
assez bien cultiy^s. 

L'empressement que nous ayions de yoir 
dans le plus grand detail ce qui reste de Tan- 
cienne Ath^nes^ne pent gu^re s*exprimer. Du- 
rant dix-sept jours que nousy rest&mes , nous 
ne fibnes occup^s qn^k ^tudier et obseryer, 
Pausanias et Tabb^ Barthelemi k la main , tout 
ce qu'on a pu recueillir de cette yille cel^bre* 

Nous ne r^p^terons pas ce que tant de 
VQyageurs modernes et tant de sayans en ont 
dit : nous en pr^seiitons le plan tel que lioua 
Fayons re9u des mains de M. Fauyel, cor- 
respondant de Tlnstitut , qu*un sejour deplu- 
sieurs annees a mis k port^e de tout yoir et 
de tout reconnsdtre. La yille moderne et tout 
ce qui reste de Fancienne, y sont indiqu^s de 
mani^re k donner ime id^e assez nette de ce 
qu'elle fut autrefois , et de ce qu'elle est k 
pr^senjL 

Suiyant les obseryations deM. deChabert , 
la citadelle qu'on sait Stre dans Tinterieur de la 
yille sur une coUine escarp^ , est k 3/ deg.^ 



I 



CHAPZTIbB XIII* 44^ 

58 min. i s^c. de latitude^ et ^ 2 1 deg. 7.5 mm. 
69 sec. de longitude, au meridien de Paris. 
La i*oche de cette coUine est calcaire , quel- 
qiief bis dure , mais plus souvent friable* et 
cariee ; elle ressemble en quelques endroits k 
un poudingue de di verses couleurs^ peu sus- 
ceptible d'etre taille et poli. La base est moins 
dure et pr^sente en plusieurs endroits une 
terre jaundtre ou grisfitre y qui contient du 
nitre en abondance : nous y vtmes des ou- 
vriers occupes k la lessiver pour en tirer ce 
sel. 

Les colUnes qui sont k Touest et au sud- 
ouest de la citadelle j sont d'une pierre cal- 
caire beaucoup plus dure. 
• La ville est entour^ d*une feible muraille^ 
qai fiit ^ley^e en 1777 pour la garantir des 
incursions des Albanais et de toute entreprise 
de la part des corsaires ) elle a huit paroisses 
* et quelques iposqu^es. Sa population est r^ 
duite k sept ou huit mille habitans, parmi 
lesquels on compte environ huit cents Turcs. 
Les villages , repandus en petit nombre dans 
TAttique ou dans cette portion de la Gr^ce 
qui s'etend depuis le cap Sunium jusqu'att- 
del^ de Megare d'un cdt^, et jusqu'au mont 
Parn^s dePautre, n*ont pas aujourd'hui huit 
mills ames y tant cette p&rtie de la Gr^ce est 






/ 



'44^ VOTA&E fV PBRSB/ 

en g^n^al d^peuplee depuis qu'elle appattient 
aux Turcs, 

Ath^nes et sa province dependent du pa^* 
chalik de N^grepont ^ et ferment un sanjak , 
oil sont quinze zaims et timariots ^ qui poss^-* 
dent en cette qualite quelques terres^ et per- 
^oiv6nt quelques droits sur les villages. La 
ville a ^te pendant long-tems un apanage dti 
kJslar-aga ; aujourd'hui il n'en re^oit que 
quelques lagers revenus y et c'est le chellbi- 
efFendi , comme percepteur du nouvel im- 
p6t , qui est devenu le seigneur d' AthSnes , et 
quelquefois son protecteur aupr^s du trdne. 

Un vaivode a la police de la ville ^ et y per'.- 
^oit les impositions. 

La justice est administr^ par un cadi, 
nomme chaque ann^e par le cadilesker de Ro- 
m^e ; il juge seul et sans appel , ainsi que tons 
les cadis de TEmpire y pour toutes les afFaires 
civiles que I'on porte k son tribunal. 

Outre ce cadi , il y a un muiti nomm^ par 
le scheik-islam^ qui doit prendre connaissance 
de toij^tes les afiaires qui ont quelque rapport 
k la religion et aux lois de Mahomet. Aucune 
sentence y dans ce cas y ne doit ^tre rendue par 
le cadi y que le mufti n^ait donn^ ses d^cisions« 
Sa place est ordinairement permanente y quoi- 
qu.e le scheik-islam puisse ledeplacer k volonte* 



CKA1?,ITRE XIII. 44^- 

li'impdt ,qu*Ath^nes et TAttique doivenH 
compter au chelihi-efFendi , est aujourd'hui 
de cent trentcj mille piastres , tous frais d'adr 
mixiistration turque preley^s : il se compose 
ilu karatch , du dixi^me des productions sur 
les terres , d*une taxe particuli^re sur lea vi-? 
gnes , et des droits per^us sur le vin. La 
douane sur les marchandises n'y est pas com-> 
prise. 

Les Grecs , caurb^s sous la plus humlliante 
tyrannic , exposes k Stre continuellement in^ 
suites par les Turcs , k Stre depouilles au 
moindre pri^texte , k 6tre punis de mort sur 
un simple soup^on y ont conserve k Ath^nes 
une apparence de liberty , ou pour mieuxdire^ 
ils y jouissent de quelques privileges > a lafa- 
veur desquels ils pen vent , avec plus de con- 
fiance et de securite qu'ailleurs, cultiver leurs 
propriety, se livrer k quelque genre d'indus- 
trie, ou faire .tel commerce qu'ils jugent k 
propos. 

Chaquf ann^e, dans une assemblee oiii tous- 
les chefs de famille ont le droit d'assister ^ on 
elit quatre magistrats^ qui, sous le nom im- 
posant diarchontes , exercent sur leurs conci- 
tayens une sorte d'autorit^ , et sont , arupres 
du gouverneur turc , des protecteurs d'au- 
tant plus k manager, qu'ils peuvent porter 



444 YOfAGE £K PKILSS. 

leurs plaintes ott leurs reclamations jtisqu'aux 
environs da trdne, et faire rappeler et punir 
un yaivode qui abuserait un peu tropdnpou* 
voir qn'il a en main. 

Les archontes s'assemblent tons les jours 
ponr prendre connaissance de tout ce qui in- 
t^esse les Grecs de la ville , Pouter leurs 
plaintes^ terminer k Tamiable ou juger sans 
aucun frais tons les probes ^ toutes les con- 
testations qui ont lieu entr'eux , pour ^viter 
stirtout que ces contestations soient port^es 
au tribunal des Turcs. lis font aussi tout ce 
qu'ils peuyent pour qu'auciuie plainte^ au- 
cune faute , aucun delit ne parvienne k la 
connaissance du yaivode; on sice gouverneur 
en est/instruit , ils tdchent d'obtenir la per- 
mission d'infiiger eux-mSmes la punition ; its 
£3nt moderer les amehdes ; ils empSchent , au- 
tant qu'ils le penvent , la publicite du delit* 

Ces miagistrats ont sou6 eux deux procura- 
tettrs y plus specialement charges de def endre 
aupr^s du vaivode le droit des Grecs y de plai- 
der en^eur faveur toutes les fois que le mi- 
nist^re public croit devoir reprimer ou punir. 
Ce sont les intermediaires entre les archontes 
et le yaivode , entre la poUce grecquc et la 
police turque. 

Independamment des archontes et des pro- . 



r 



CHJkP/T&B XIII. 44^ 

curateturs , on nomme chaque ann^ autant 
de magistrals quHl y a de quartlers ou de pa- 
rolsses dans la yille. Ceux-ci portent le nom 
d!Spitropi ; ils exercent une sorte de surveil- 
lance dans leur quartier y et ont plus imm^- 
diatement chaque famille grecque sous leur 
protection : leur principale fonction ensuite 
est de travailler , de concert avec les archon* 
tes y k la repartition de Timpdl, des avanies et 
de tous les firais que les Grecs sont obliges de 
payer. 

Lorsque Tarcheydque est de residence \ 
Atb^nes > 11 y a chez, lui y tous les liuidis y une 
assembl^e k laquelle il assiste avec tous le^ 
iaagistrats. BUe. a pour ol^et de t^n^ip^r k 
Tamiable tous les proems y de faii^ cesser tou- 
tes les contestations y d^^couter toutes les plain- 
tes^ de r^oncilier tous les ennemisy 4? pren« 
dre connaissance en un mot de tput ce quiest 
relatiiE'aux Grecs de la ville et de la province ;, 
de prononcer k leur ^gard telle di^i^iMs tel 
]ttgem«nt qu'ils croient convenablejrfi^ qui 
n'emplche pourtant pas que les parties , rxp^ 
puissent en appeler et recourir k .1^ ji^tice 
turque... •. . ; ,; .;,.:■,: 

• Itf'iodiLStrie des Ath^piens est presq^i^ Jtpute 
4ir%^iaujo.urd'hw^ vers la culture d^ terres ; 
ik ibntt pourtant un geu de coxonaerce avec 



44^ VOYAGE EK PEB.se. 

Salonique , SiHyrfte et tes pof-ts de la Md-> 
r^j ils portent quelques dehrees auxtles d^ 
TArchipel , et se rendent fr^quemment k Cons^ 
tantinople , tantpour y verserles productions 
de letor sol et de feuf industrie , qne pour en 
tirer tons le's objets qiii manquent k leur viUe^ 

lis ont douze ou qidnze savoneries presque 
touj6urs en activite, et ils fabriquenf quel-^ 
ques maroquins rouges pour la consommatioii 
du pays. I>ari8 la plupart des m^ages , 6il 
fait des toUes de coton et soie fort Idches ^ 
esp^ce de gaae k gi^andes raies , dont le$ per- 
sonnes riches des deux sexes font leurs cke-^ 
mises. 

Lei tcnfes de l*Attique sont en g^n^al si 
sSches , si montagneuses , sipen lertiles y qu*oii 
n*y r^coltepas asse^ de fromeiit pour isa con- 
sommation des habitans ; ils en tirent annuel^ 
lement une assez grande quantity de la^ Li va- 
die , pays beaucoup plus fertile et bea^dot^ 
plus abbndaint que TAttique.' 

Le Viii lie sutJlt pal n on plus : oli en tire 
de la Mor^e et de quelqmes iles de PArehtpeL 
Celtii qti on fait k Atlii^nes j* ^3t d'ttn^*amer-f 
tume k laquelle.il est difficile de s'habittier : 
elle'prbvitfnt des poiiimes'def pin^u'on y* meiien 
asseW graiitie^^^aritite apt^s lies avoir ^iM^pe^ 
^crdseeiVteS'AtlietLieiM o*oient- Jiar^li' e^o^ 



CHA^ITRE XIII. 447 

tnatiser agr^ablement leur vin et rempScher 
d'algrir. Cette pratique qu*on retrotive dans 
presque taut le Levant ^ paratt ancienne ^ 
puisque Bacchus est repr^sent^ ^ dans quel- 
ques m^dailles et sur quelques monumens^ 
avec un thyrse surmont^ d^une pomme de 
pin. 

L'huile est la plus iinportante des produc- 
tions y et celle qiii procure aux Ath^niensjes 
moyen's de payer les impdts , et de foumlr k 
tons les besoins de la vie. On pent en faire , 
dans une ann^e d'abondance , environ vingt 
. mille miileroles, mesure de Marseille. I^es r^- 
coltes ordinaires sont de sept Ou huit mille : 
il en p^sait autrefois beaucoup k Marseille.,' 
bu elle ^tait employee aux savoneries: 
* Apr^is Vhuile , on doit citer la garance comme 

» 

uri des produits le plus important de l*Atti- 
que ^ elle est aussi estimee que celle de (jhypre , 
§t kussi recherch^e par les Fran9ais et par les 
Italiens. * 

On reclieille , sur les mbntagnes , une ass^ 
grande quantity de velonee ou cupule du cbSne 
velkni', et sur l^s coteaux , du kermis ou graine 

. d'ecarlate. 

• 

. Le miel e;t la dpe sontides qbjets tiss^z im- 
pprtans. Le miel4u/ls^&l Byiliette a cbii's'^rv'^ 
sa reputation } il passe presque tout k Cbns- 



44^ VOYAG£ £K PERSE. 

tantinople j ou il s'en fait uxie trSs-grand^ :c(m^ 
Sommation. 

• Le m{b:ier reussit tr^s-bien dans toute I'At- 
tique : on y en voit pourtant fort peu , et la 
petite quantity de soie qu'on se procure , ne 
sufEt pas aux besoins du pays j eUe e?t tr^s- 
£ne et presque toute blanche : on Temploi^ 
aux ^tofFes qu^ nous arons dit se j^abriquer 
dans les manages. , . v 

Le coton de i' Attique n^eat pas si estim^ que 
celui de Cby pre et de la Syrie : on n*y en re- 
icolte gu^re que pour les besoins de la ville. 

Depuis long- terns le mont Hymette ^ le mont , 
Pentelique (i) et la plaine de Marathon Exaient 
'notre attention. Nous ne voulions pas quitter 
TAttique sans observer Jes plantes qui fotuf- 
nissent aux abeilles pe mi?l d^licietix tant yant6^ 
par les Grecs ^ sans voir les earri^res d'oii soi^t 
r- sortis tant de chefs-d'oeuvre , tant de beaux 
monumens ; sans parcourir ces lieux ou quel- 
ques guerriers sauv^rent leur patrie du yovtg 
qu'un roi barbare voulait lui imposer^ ,. ^ 

Le mont Hymette, qu'on croirait d'abord , 
au nom fastueux qu'on lui^onne, devoirporter 



' ■' » 



prononce .e^i cf» . , , ' 



. CHAPlTB.fi XIII. • /449 

sa cime au dessus des nuag^s^ n*estqu*toie mon- 
tagne de moy enne hauteur , s^che , aride , d^ 
nuee de bois , peu susceptible de culture ^ si 
ce ix'est vers sa base , mais couveirte de cistes ^ 
de lentisques , de ter^binthes , de chSnes ker- 
xn^s y de sauges y de stoechas , de millepertuis , 
de thyms , et surtout d'une sorte de genSt epi- 
neux , arbuste sur lequel les abeilles ^ont plus 
particulierement puiser leur miel. 

Nous montdmes k cheval le 14 juin, pour 
nous rendre sur cette moutagne j elle est k 
une lieue et demie de la ville , dans la direc- 
tion de Test au sud-est. Le vent ^tait depuis 
trois jours au sud , et la veilla nous avions ^te 
menaces d'orage. Nous passSmes Tllissua , qui 
se trouve k quelques pas de la villfi j it ^tait 
k sec : c^est un faible torrent presque toujours 
sans eau^ dont on ne parlerait pas si tout k 
Athenes ne rappelait des souvenirs , et n'ins- 
pirait de Tinterfit. On peut en dire autant du 
Cephise , qui coule , k quelque distance de la 
ville , k roccident : quoiqu'il ait presque tou- 
jours un peu d'eau , et qu'il fertilise une partie 
de la plaine, il ne recevrait pas, en Europe , 
le nom de riviere. 

Au-dela de Fllissus nous vimes quelques 
vergers d'oliviers et fort pet^ de vignes j nous 
traversdmes des champs incultes tQutcouverts 
Tome FI. Ff 



4So voirA(^r £K pbrss:. 

de myrtes. Cet arbrisseeiu liit , commeon sait f 
d^did k V^nufi : nul totre ^ dans la Gr^ce ( 
n'^tait sans doute plus propre k favoriser les 
mysti^res de I'amour ; nul autre ne presentait 
une rctraite plms sdre et plus agr^able k des 
amans qui youlaient se soustraire aux regards 
courroup^s de la jalousie ^ ou se d^rober k ceux 
d'une m^re trop attentiv0. II crott en bui$son le 
long des chemins^ dcuis les champs et au bord^ 
de tous les ruisseaus. Son ombre ^paisse ^ son 
odeuF suave l^g^rement aromatique ^ le vert 
agr^able des feuilles j la couleur blanche des 
fleurs ; cetle d'un bleu-fbnc^ que prennent les 
fruits k la fin de T^te , et qui restent sur Far- 
brisseau ^ ainsi que les feuilles ^ tout Thiver ;. 
tout'devait inviter les amans k lui donner 
line preftrence qii'il m^rite. 

li'olivier fut de m^me consacr^ k Minerve> 
comme la vigne le fut k Bacchus. Rien de 
•plus sage sans doute que de rendre en quelque 
sorte sacr^s pour le vulgaire les y^g^taux les 
plus utiles , et ceux qui se trouyaient 6tre les 
plus agreables. 

Nous nous rendSmes ^ dans une Iieure ot 
demie , au monastSre SSriani , situ6 dans un 
enfoncement vers le bas de la montagne. II 
est entour<5 de fort beaux oliviers , et on y 
voit une fontaine qui jouit de la plus grande 



. riOH A S I T S. B Z 1 11^ 'r 4^1 

c^li$brit£ t ^es femmes st^iles y les maladed^ 
les eatropies 9 s'y portent en foule pour boire 
de ses eaux $ r£sprit-Samt ^ • dit^on y y descend 
sous la forme d'uxi pigeon , le jour de la Pern 
tecdte y et s'envole rapidement apr^s en ayoir 
pris nne bpuch^e. 

Les caloyers somt fort notnbreux et ass^:s 
pauyres : lis ^talent presque tous hors du 
courent^ occup& a couper et k battre eux*^ 
mSmes les bl^s quL letip appartenaient ; ils 
^vent iine tr6s-grande quantity d'abeilles , 
tant aux environs du cbUvent y que sur les 
autres possessions qu'ils ont au pied de la 
montagne. ^ ^ 

Nous laissftmes chez eux nos cheyaux y et 
nous, primes un sentier • tr^s - escarp^. Apr^i 
ayoir d^pasise la bande schisteuse qui ^'^tiend 
un peu au dessus du couyent , et qui forme 
toute la base de la montagne ^ on* trotiye un 
marbre tant6t blanc , tantdt gris - bleufttre? \ 
m^iang^ de blanc , qui pairatt' ar6ir* 6t^ an- 
ciennement iexploit^ en ^liisieurs ^eitdl^6lts* \ 

r 

quoiqu'il soit d*une quaHtdbien in^ieure i 
celui du^Pentelique. > ' ^ i ?')• • 

Arriy^ au sommet , n6us nous trbtnriftihes 

ur une plaine que ri^ tie dominait atut en^ 

yirons. Nous ayions y au nord , le mont Pen- 

lelique^ oil se trouye le beau marbre sta- 

Ff a 



tuaire ; au nord-oi!^5t 9 la belle plaine d'A- 
thdnes. , presqufe partout couverte d^olitiers ;. 
k roccident^ la yaste rade' d'^leusis , capable 
de recevoir rescadre 1^ plus nombreuse, et 
rile de Salanime, qui se d^tachait bien de la 
' terre , except^ du c6te de M^gare ; au-del^ , 
la yue sa proiileziaijt sur tout le fond du golfe 
S^rpnique > nomme aiiJDurd*hui Gvlfe d^A^ 
th^nfis J ^t;S$ portait ; jusqu'll Corinthe; an 
fiud.et au sud-ouest y "lUi grand nbmbre duties 
et d'ilots se presentaient k nous. Phaura et 
^giae se montraient ^eu . ender ; mais Ca* 
lauri^^ aujourd'biv Porri , se.confondait avec 
la c6te de Mor^e , et nous empSchait de Toir 
I9 yaste port qu^elle.abrite ou qu*elle forme 
derri^reelle. Nou5 Ypyi6n5 y au sud-sud-quost^ 
^e cap Scyllasum , et pl»s loin Hydra , qui 
fopx^it aujpurdi'livi les meUleui's marins de 
Jl'jAr^9^upel. La petite lie Belbina^ rocher ste- 
rile et. inhabit^ ,se:mpnt3:ait loindea odtes au 
sud-f^ud^i^^-yiSiercli^ine de mojitagn^s nous 
derobait ^eatiereflpiepti Jg. .y:M.e du >pjiomontoire 
jSur^i}pi^.n^ai?rfl03!f l^sssdt k decouvert Tex- 
tr^mitej septentrionale d^ Maprosusi: ou- Ile-^ 
LpngWJ^r.yne belle ,plaine s'^tendait k Torlent 
du pied de la man(agi]t6 jusqu'^' I'a.mer^ et 
nous.laissait appercevpij^ le pqrtt Pafiormos > 
Iprme de. deux ausei$ r^unies ou placqes Tune 



.rCHAPITKIT itrii. 'r 4^ 

^ cdt^ de Tautre y et abriti^ps par tr6is rochera 
qtii se trouvent ^ leiir entrde. Une statue nju-* 
tilfe qu'on voit pr^s du rlvage , et 'q[Ti''6ii croit 
repr^enter Hadiien tenant itn dbtnpas ^ la 
main , a iait donned ^ ce port j par les Grecs 
modenies ^ le nom de raphti ou de tailieiir , 
4aiis doute parce qn'Us ont pris ce cotnpas 
poxir des cdseaux. Plus loin y k Test et au n6rd- 
eal^ TEub^e se con£akidait avec Andros. 
• ^ Pendant que nos rega^ds^ se proiHetf&i^i^l! 
8ur ^'thdnes et siir son; tenritoire ^ oi). quails 
cherchaient ^Ml^courmret'distin^eiild^ n^on* 
(agi9bes^t>e&Yilles^ oes'ports^ cefs ptotudntoii^^s'^ 
ces Sles que Fhi^toire ^'un; peuple 'oitili^ et 
\D$timit:ontrendus tr^s-c^li^bres ^ un oragese • 
forniuait.dasxs ie loiptain j^les nuages s'aitk)ii^ 
c^lai^it 6ur le PenteUque y et mena^aiQiift nd^ 
fondre iurnous. Le ^t^eht erait soufil^ du siid 
les* j6urs .pr^^^ns^^ «t altiraait toute la nlati- 
-Rhd 'y noua Tayions trour^ & Test au sommet 
dti mont Hymette ,1 et ^ onze heures il com- 
men^a-^ ^soufBer l^g^ement du nprd y et 6em<« 
bla nous annoncer.qu'il ^tait terns de mettre 
&t* ^iioa observations, et de^hercher un abri. 
Nos guidesixious dinent* qui'jl h'y en avliit pas 
de plxds k port^e que- le. couyent de Syrian! : 
novs.enipcSaies le chdusin cEtiacc^l^Aoieanps. 
pas. Nou$ m'leilbaes pa9 le tacas d-y arrlyer ^ 



/ 



' / 



,i 



^ue toutela.motttagne fiit couyeii^e de images, 
et que I9 pluie tombaieo abondance ; elle diira 
jttsqu'au spir j de sorte que nqns ne piin^es re^ 
iqotLter a cbeYal ct xioiies n^dre^ la Villa qu'^ 



.* »i  * '• i' 



. D^!i j ours apr^ ^ noxtk primes d^s^ chevaUrX 
^t un giitde pour nouk iiendre ^'Miaradioil': ^ 
nous longe^es Iq moiit Hymette ^.et reiicott-* 
trapi^s^'i. sa partxelseptehtrionale', daii&tin 
Ijei^nomme Stavpb yvin^ eolonne dnedre^'de- 
Vdli<4> portant uiicl ikisovipldon gi^iec^br ^^q%ie 
HAW suppoeiivieslbieiiiconntiejifilu&lom , en 
^p^i^K 4^Qumantuu::pfiui^ droite ^ uxusstt&aaes, 
daixs I^s champs I iiaftlioji'colassabmud^i. 
. , Ap^^ aivoir martiu^qnelqpie temfr en^lai^^ 
e}|%. ^M^^ai dirigeant k- Pesc r^'* nbu^ ?trav€lrfiltnes 
dte iQohtagues peu ^ler^es^ on coUines tiui^t 
$1^1^^^-;^:^ taivtot. adiisteBses > • pen? boisces. 
Nouai y .Times poiftrtaiii.t;quel^ciesipf[])S ^^ t^- 
^^bixithe y le lentisqtt0}yirarbousS^'«e& Van-, 
dr^cbi^i^ y etaieut a8sez.oon!]akiiians^.Xeiauider^ 
rose^ le. toyrte et le pdat^eizi'y'fcrolssfiient 
que dans les endroitsiiun^peuihumides;^^ • 
: N<ou8 pass^bs ][>rib ^dur ]]fii;otm$s£Q^e d^ 
S^obs ]Ziou$ y arfdtti^i s , ibissti aktf^xlattsj ces: col- 
Uaes i» €iC fi^part]ent:>ailx.caloyers jdi^ Pili|tew 
Uquev.Quoiqu^'on iBaicriababdcimi^ cb^puis ^plu-^ 
$i^ir?iiii^i^&Sc>'CiJi'>bclu'fi2Gorex|iielqO€r$ cul« 



r 



CHAPITRE XIII. 4^ 

tures ailx environs , et quelques champs cou- 
yerts d'oliviers. Au-delk de ce convent, nous 
passdmes nn ruisseandont I'eau est pen abon- 
dante V6t6. 

Apr^s 'avoir marche six heiires , presque 
toujonrs dans la direc^tion de Test et du nor^ 
est y nons de^cencUmes dans la plaine de Ma- 
rathon , ayant devant nous Tile de Negrepont 
et quelques rochers r^pandus dans le canal 
qui la separe de rAttic|ne. 

Cette plaine n'a gu6|-e qu^u^e lieiie etde- 
mie de long du nord au sud f et une demi- 
lieue de largeur depuis les mont^gnes jiisqu'^ 
la mer. En nous approchan t du milieu , nous 
.viines, k peu de distance, du rivage, «des ma^- 
r^cages p^oml lesqu^ls se trouvaient^ entrois 
ou quatre^ndroits,. quelques restes des torn- 
beaux Aleves aux Atheniens morts a la glo^ 
rieuse bataille que ce peuple gagna en. ce§ 
lieux sur des ennemis dix ou douze fois plu§ 
nombreux. On y voit encore des tron^onsde 
colonnes peu epaisses ^ des amoncelemens de 
pierres , des fragmens de marbre et quelques 
restes* de ma^onnerie. Nous y remarquames 
un chemin pav^ , qui traversait ces mare- > 
cages. 

Plus loin , vers le nord , s'eUve en monti- 
cule ^ au milieu de la plaine > un tombeau ^ 



456 VOYAGS EK PERSE. 

semblable ^ ceux de la plaine de Troie, mais 
beaucoTip plus petit. Sa hauteur perpendicu- 
laire est de trente-six pieds : il ne presente 
rien de remarquable : M. Fauvel y a fait una 
fouille qui ne lui a rien procur^. De ce torn- 
beau on apper^oit plus au nord un marais as- 
sezetendu, vers lequel nous rie jugedmes pas 
k propos d'aller. 

Nous revinmps sur nos pas , en nous diri- 
geantn^anmoins vers la montagne ; nous vin<r 
mes passer pr^s du viUage de Vrana , que 
nous laissdmes It gauche ^ et nous entrames 
• dans un vallon large de trois ou quatre^ cents 
pas , oil Ton presume que s*engagea la bataiUe 
k jamais memorable des Atheniens contre les 
Perses. Au fond de cette vallee , qui n'a gu^re 
J)lus d'lm milie de long , et \k ou le terrain 
commence k s'^lever , on vo.it les restes d'uu 
mur de retranchement , et ceux d'un temple 
qui y fut sans doute bdti apr^s la bataille : 
nous vimes un peu plus loin une statue enti6- 
rement mutilec. Le camp se prolongeait sur 
la pente de la montagne , et etait entour^ d'un 
mur en pierres s^ches, dont on suit encore les 
traces. Sa situation ^tait telle qu'il ne pouvai* 
^re attaqu^ que par le vallon dont nous 
avons parl^. 

Un peu au-dela de ce camp retranche vers 



CHAPITR.E XIII. 4^7 

le nord - ouest est un autre vallon dans lequel 
nous descendimes : nous marchames pendant 
Tine demi-heure pr^s d'un ruisseau dont les 
bords ^taient couverts de lauriers-roses , de 
myrtes , de clematites j nous passames pr^s 
d*un moulin k farine^ et nous entrdmes dans 
le village de Marathon. 

L'eau de ce ruisseau est assez abondante y 
dans toutes les sai^ons^^ pour foumir aux be- 
soins des habitant ; elle arrose quelques jar- 
dins autour du village ,- et va ensuite ferti- 
liser les champs qui se trouvent au dessous. 

Marathon est k trois milles de la mer^ et 
k Textr^mit^ de la plaine qui porte son nom , 
ou pour mieux dire > il est situ^ dans un valloii 
qui aboutit k cette plaine : on n'y compte pas 
aujourd'hui plus de cent habitans. 

Nous passdmes le reste de la joumee dans 
un jardin , k I'ombre d*un tr^s-grand mftrier. 
On noius y fit faire. assez bonne ch^re , et oh 
nous apportk , pour la nuit , de la paille fraiche 
sur laquelle nous couchdmes. 

Le lendemain ^ ^ la pointe du jour ^ nous 
montdmes k cheval , et vJnmes passer le long 
du ruisseau par leqxiel nous etions arrives la 
veille. Au fond du vallon , et tout au bas de 
la mont^gne , -il y a lure tour ronde qui ne 
nous a pas paru ancienne j un peu au dessus 






458 VOYAGE EN I^EKSE. 

il y a line grotte profonde et spacleuse , dant 
laqnelle ilous entrdmes ; elle n'ofire rien de 
corienx que des stalactites de diverses formes. 

An sortir de cette grotte ^ qu'on croit avoir 
^t^ consacr^ au dieu Fan , nous montimes f 
par de tr^s*mauyais chemins , sur des mon«- 
tagnes calcaires ; nous en trayersimes d^aiitres 
qui ^taient schiateuses ^ sur lesqiielies nous 
vfmes quelques ejiltures ; les bles.^ sur ces hau- 
teurs ^ ^taient encore sur pied ^ tandis quails 
^laient coupes depuis plusieurs fours dans la 
plaine d'Athdnes. Apr^s trois ou quatre heures 
de marche , nous nous arrdtimes quelques ins- 
taas prSs d'une source abondante , nominee 
Cephalaris , qui se trouve k c6t6 d*un village 
dont nous avons oublii^ le nom : de Ik , pre-: 
nant a gauche ^ nouis vinmes , en contournant 
la montagne ^ au nxonasti^re du PenieUque. 
Le prieur ^ pour lequel M. Gaspari ncfus avait 
donne une lettre y n'y etait pas ; mais les 
autres caloyers nous re^urent tr^s-biea , et 
nous,of}nrent k dSner. 

Pendant qu'oi^ le preparait ^ nous all&mes 
voir les carri^res de marbre qui se trouvent 
k demi-lieue du couvent. Le sentier qui y 
conduit , est rude et scabreux j: il est bordie de 
cistes , d'arbousiers , d'andrachnes , de chSnes 
kermes y de genSts ; le terrain est schisteux ^ 



CHAPITRB XIII% 4^9 

inicac^ jusqu'aux eiivirons de la carri^re. Le 
banc de marbre qui pose imm^diatement sur 
les schistes y est blanc y et d'un grain assez fin ; 
il a servi y non-seulement aux colonnes et aux 
divers monumens d'Ath^nes y mais encare aux 
statues : on devait cependant preferer y pour 
celles-ci y le marbre de Paros y comme plus 
fin et plus beau. 

L'exploitation de celiii du Pentelique s'en 
est fait^ en dif F(^rens endroits , k banc ouvert : 
on a aussi p^n^tre dans la roche y et forme 
des galeries dans lesquelles on peut encore 
entrer , et qu'on peut parcourir dans una 
grande ^tendue j elles offrent partout des sta- 
lactites dont la forme varie k Tinfini. L'en- 
tr^ est vaste : on y a construit une eglise ou 
les caloyers du Pentelique viennent quelque- 
fois c^l^brer la messe. 

II y a dans ce monast^re prds de cent caloyers 
qui se livrent tons k la culture des terres y k 
Teducation des troupeaux y k celle des abeilles. 
lis ont de tr^s-vastes proprieris, tant sur la 
montagne^ qu'aux environs d'Athenes > pour 
lesquelles Us sont obHges de faire passer k une 
des premieres mosques de Constantinople ^ 
une certaine quantite de miel , de cire , d'huile 
fine , de beurre et de fromage. Le prieur est 
jiomme chaque ann^e par les caloyers assem* 



4^0 CHAPITRE Xlllr 

bI6s , et est presqne toujours confirme dans sa 
pi^ce y k moins qu'il ne. se forme contxe lui 
qtxelqne cabale j ce qui est, dit-on, tr^s-rare. 

De Marathon an monast^re nous e&mes cinq 
henres de marche y et du monast^re h Athenes 
nne et demie 8eulement. 



\ 



VOYAGE IK TZKS/R\ 461 



CHAPITRE XIV. 

Dipart (TAthknes. Route par le ddtroit 
de Salamine ^ Bleusis ^ Visthme de 
Corinthe^ legolfe de Ldpante^ Pa- 
tras ^ Ithaque^ Cepkalonie etParga. 
ArrivSe t Corfou. 

Lbs informations que noiis avions prises en 
arriyant k Athdnes y nous ayant donne la oer« 
titude que Ton pouyait trayerser sans risque 
I'isthme de Cbrinthe^ et trouy er au fond du golie 
de L^pante quelque embarcation pour Patras , 
nous nous etions s^par^s de la plupart de nos 
compagnons de voyage y et nous avions laiss^ 
partir pour sa destination le navire <[ui nous 
ay ait amen^ de Con3tantinopie. Nous avions 
^te d'axitant plus portes k prendre ce parti , 
qu'on disait publiquement qu'un brick anglais 
. s'^tait montr6 aux enyirons de Cerigo 9 et y 
avait attaqu^ un navire fran9ais. 

Les observations que nous votilions faire 
k Ath^iies et aux enyirons de cette ville etant 
terminees y nous fr^tdmes trois pedts bateaux^ 
et vinmes coucher y le ^3 juin y dans le ma- 
gasin qui se trouye au Pyr^. Le lendemain ^ 



46% TOYAGB CK ]P£119S. 

le yent ^tant k I'ouest ^ nous profitdme^ de 
ce contre-tems pour voir dans le plus grand 
detail les environs du port et la presqulle 
Munichye. Nous trouvdmes au sud-ouest de 
eelle-ci , au bord mSme de Teau , les rested 
d 'un tombeau qu*on croit fitire celui de Th^- 
mistocle : il est taille dans une roche calcaire > 
et paraJt avoir ete degrade depuis bi^i des 
ann^es« L'eau y entre pour pen que le vent 
souffle du sud et du sud-est^ On voit , dans 
rint^rleur y un sarcophage ^galement degrade y 
et pr^s de 1^ d^s tron^ons de colonnes'^ qu'on 
juge ^tre les restes du monument qui y fut 
elev^. 

De ce lieu on apper^oit une partie du canal 
qui scpare Salamine de i'Attique : on d^ouvre 
rile Psyttalie , autour de laquelle lesi Ath^-*- 
niens et les Grecs feder^s triomph^rent des 
Perses par les conseils et les ruses de The- 
mis toclejoA voit.le Pyr^e /ju'il couvrit de 
vaisseaux. Le peuple qui a pu avoir I'id^e de 
depo^r en ce lieu les restes d'un citoyen long--* 
terns proscrit , mais k qui il devait^auparavant 
8on salut €t la plus memorable de ses vie* 
toiresy meritait bien que de grands-hommes 
occupassent les premises places de la repu-* 
blique ^ que de grands j^^n^raux commaii * 
dassent les arm^es^ 



CHAPITRE XIV. 4^5 

Ati coTicher du soleil , le vent d'ouest ayiant 
€ess6 de sou&LeT y nous sortimes du port et 
snouiildmes a tin quart de lieue k roccident. 

Le 25 y nous parttmes au soleil levant avec 
le calme. Dies que nous eflmes double , au 
moyen de nos avirons ^ le cap qui forme , 
de ce c6te , la rade ou Tavant-port du Pyr^^ 
le vent d'ouest se fit sentir et ren£or9a peu k 
peu. Nous louvoydmes quelques ins tans ^ et 
gagnSmes avec peine le port Phorum ^ qui se 
trouve k une lieue seulement du Pyr^« II est 
form^ de deux petites anses qui sont ^ Tune 
a droite , et Tautre k gauche d'un rocher qui 
6'avance dans la mer. Nous descendtmes k 
terre ^ et hous nous aihusdmes k chasser aux 
li^vres , qui y sont tr^s-abondans. La cdte est 
calcaire y inculte y couverte de lentisques y de 
sauges , de cistes , et d*une esp^ce de tithy- 
male f rutescent ( tithymalus spinosa ) : il y a 
aussi quelques pins et qiielques t^r^binthes. 

A midi y nous fimes voile y quoique le vent 
d'ouest continu&t de souffler ; nous entrdmes y 
en loiivoyant y diams le canal de Salamina \ 
nous nous approch Ames d'un tr^s-petit village 
oil Ton a ^tabli quelques bateaux pour faci*- 
liter les communications de cette Sle avec les 
c6tes de I'Attique y et le sou* nou^ arrivdmes 
a Eleusis. 



< 



464 VOYAGE EM" PERSE. 

Cette ville, antref bis Fune des plus consi- 
derables de I'Attique, n'estplus qu'un mise- 
rable village de deiix cents habitans , dans le- 
quel on voit encore quelques restes du temple 
de Cer^s • la statue colossale et mutil^e de 
cette d^esse portant une corbeitle sur la t6te j 
quelques tron^ons de colonnes y et un aqueduc 
en partie detruit y qui amenait les eaux de la 
montagne qui se trouve k une petite lieue yers 
le nord. !]£leusis est bdti an bord de la mer , 
et ^u bas d*une colline sur laquelle on voit 
encore quelques restes de murs fort epaiS. 

On voit au - devant du village deux jetles 
parall^les qui forment un port pour les ba- 
teaux et les petits navires. Les gros vaisseaux 
peuvent mouiller partout dans la rade , at-< 
tendu que le fond y est bon , et que la mer 
n'y est jamais ^trop fortement agit^. / 

La plaine a pr^^s de trois lieues de long de 
Test k Touest , et environ une de profondeur 
du nord au sud j elle est tr^s-fertile et toute 
cultiv^e en graina. 

La colline qid se trouve k Toccident, et sur 
laquelle la ville se prolongeait autrefois , est 
tine suite des raonts Cerates^ qui s^arent la. 
plaine d*^leusis de celle de M^gare. 

Le 2.6 , nous pax'tJmes avec le calmej mais 
bient6tle vent nous vint par rafales des monts 

Cerates • 



Cj5f ates j qui s*avanceiit jusqti'^ la mer* Lorsque 
nous les eAmies- d^^asei^s , et avant d'entrer 
daii:s,ie c^nal qui s^pare de cfe c6te Salatniti^ 
de laci&te de Megare , nous ytmes k travers les 
terres cette vHle et sa rade* 

Le tanal ii*a paa assez d'eau pour pe^mettre 

h un navire un pen gros d'y passer : nous 

Toyions tr^s-distinctement l6 fond de la met 

en plusieurs endroits : il e&t beaucoup plias 

. , court et beaucoup plus etroit que l6 premier, 

Lorsque nous fVtmes sortis de ce canal , lious 

mm 

eftmei Vent devant , et f&mes obliges d^ lou- 
voyer. Nbtis appelrgumes pendant- k)Ag-%fem8 
la viile de' Megare , sitUe^ sur une iminehioe 
au milieu d-une plaine assez ^tendu^ ,* preSque 
toute couverte d'oliviers. Nous yJiH'es son 
port, qui n'est' autre ^cnose qu'nne aii'se ou 
de petits navires vi^n^nt mouillerv » 

Le vent tomba au milieu de la yeiitti^y et 
parut vouloir passer at\ sudi Nous fiiki^s rdtit^ 
au moyen de nos voiles et de no» avirons j 
nous patoSim^s- sous le^s iameux rotlhersi cPoilt 
le brigand iSciron fiit prfeipit^ par Th^see^ 
ils sont tr^s-nauts , pWsque coupes a pic , et 
eflroyables Jivoir* Le\entd*ouesty quisbtiffla 
de nouveau , nous obligea k louvoyer jusqu'a^u 
soir, et iLgagneren8tiite> ^larame) uuinpuil- 
lage sur la c6te. * •' . : • '^ 

TomeVL Gg 



46$ VQTAOfi KK PER^C. 

Le 27 I nous doubUmes , avec nos aviroQS> 
le cap qui noqs q^parait de CeiiichrUs , €|t non^ 
xaouilldnies dans C€ port avaxit le retoiir di| 
yent cQiitraire. 

Cenchri^s , qu'Qxi ^t avoir ite vn des 
deux portis de Corinthe , pr^^ente encore 
quelqineg fondexneins de yieux murs y quelque^ 
r9$lie3. d'tut quai et de d^ux \eties qui s'a-* 
y^m9^ent dau^ la nieF. Acelle d'occideut, ij 
' y a des carr^s qui paraisseiit avoir et^ d^3 
chauxbrea , et pr^s de 1^ $oxit lea fondemens 
d'ujii {^Ut temple. Lam^Qonnerie qui se trouve 
4an& la me9^ ^ el ^ui $'eleve f en quelques en^ 
droits' > 4 plus d'un pied au dessus de I'e^u , 
pars^t a Ypir 6t6 construite avec un cimeut fait 
de pQuzolane et de chaui:. 

,11 B'y ^.Atijourd'bui qu'un seiu;^ifice oii 
reside un* douauier poiiir la perception de^ 
droits que paient l^s imgrchandises qui tra-- 
yer^^t TistlMne pu. qw soQt destines pour 
Corintjie* . - . ' 

L'isthma > dont on trouve une bonne carte 
dans un ouvrage de M. Bellin ^ ingenieur de 
la na^ifixie (1) ,. a enyircm si^ niilles ^ mesure de 
Cencbri^ au port Lech^ ,, et seulement quatr^ 

{lyJDiescription gSt^ffraphiqme du golfe de Venise et 
de la MoTde, Paris , ^TJ^^ PI* 4^« 






wUk dettx C6^t:» J^a^ g^gd^^Jxiqued, ^ris .^ Ifl 
partie la plus Stroke et la plus basse <]i^i S0 
troave e^ fec^ d^Vhnciet^ pprt Scli^^i^s ; -on 
vpit ^. sur GeU^rCi> quejLq^es restes d\ij^n m^ 
de fl^fense qtii y fut elere dfi part ^!t| pmrt^?! et 
0^. y remffr^tie qu«4que.% traces dV^ e^n^rde 
commixnic^tioji que' V,on •. ^v^ait , plusie^^rs' fojif 
tente d'y cr^user ^fiit dei i^idre les dieusirmcir^r 
Ce cazial} entrepras ^j^ plusie^f^l enip?-:^ 
reurs , n'avait jauff^ j^t. : dtre ^ sueheve ., . jMWPft 
qufpni, ac>yait jamais |^i? , <;j»user: ;^8eg Ii»<>i&n- 
d^ment.dtix^ la. rpche caica^ fort!<lpr'9!-qii^ 
r^e dan$ pr^8qfle;^CH^,s#.;tep^^P!?^0ji 

jours c§t;o)^sta£leAer^5:fa^aemeAf j$Wfl»o«!l4 
au moyen.!4'jui' canskl.^:^l"us^» . mu;.,.: ^i^it 

La ville 4e Coriin^^ie cR'est.plus gtijiQTfrd'itoi 
qu*une grande bourgade OQ^npS^iyj^^^dnmH 
miU^ TuFCset troisf jiiiiJb Gtecs; Le© mpis^iis , 
dJ^Qi)n4es j^r usl asse^rgrand espaoe;£iii.pi^ 
%Lla.callii^ ^n pyrami4et:^ttr J^^jti^^^t; %itk 
k cbftfiaft^j jn'ont jjieji, cJq ll^e^W^iiiayfe ^^^ 
leurs jarcfes pl^ut^^s 4'wa^ge^s .iQ^o^e: ^^iOju 
niers ,. et.Je? cbafnp? Cftltyylis qui ^ tic&m^n^ 
parmi elles. ; ' • .-..I.-.; Nj«^ •.•.■!':•''.-•;'-•.;■ 

Cette ville est situ^e hprs de rislhmfB* Jifpftt 
la lai$sdm^? ;k gauci^y ^ jaUant de 4^^brl^s 
k rembajcadaire^wgolfe ile Lep^aate,- au'se- 
troYi,Ymt ai^trefois lespp^t^^ecb^ : elle e^t4^|i> 

Gga 



fo'itle sud de Cfslui-Gi > et & six miUes ouest de 

e^iichri^.^-' -'■ ; ^- > ' . • ' • -• 

<* lie terrain i pr^i de ce' dernier port, s^fli^ve 
felii •{)dti J 11 baisse ensuite, et forme uhe plaine' 
itnie^ €|tii 6^'^te^d iort loin ^ roccidisnt. • ' 
' lie io ', on nous amena de Coririthe iqiis 
feS' cheVdli± dx)nt nOu^s' aVions, besoin^ et ntms 
nous reildfemes au golfe de L^pante , tit nous' 
avi^iid fr^t^ pouir Patras uu trabaeol6 coni- 
tta^de ^ikt* tin ca:{>ltaihfe dalmate. '^ 
-^ 1La r^6 du moliiilfent ifes vaiss^itiic^^Vd^-* 
feitdtife»i'dtt b6t^dei%4t', pafiine reddute flan- 
^iifSe de'quatre»basrtloiis;fetM't6tirled'uh faisiv 
^Ete^ardJt Hivoir ^t^ ciiAstruite paJ* Ug V^ni- 
tiens lorsqu'ils ^taiem les maSt^e^^d^^ de^ cbh^* 
itisfeJ^r(L^J Tiircs en bnt enlev^ W fcaiibni y et 

t 'Le 1 1 au>fioir j le^ vent d'ou^st^ayant dess^ 

desptffil^rj iet>fait?pfei(5e ^uh petit vent d'est , 

. I < • '.lit 

enA4p\6jB. iea v6ll6fi^'fet ^on ^ .mit eA -inel'!.''La* 
hitie notis l^cl^rstife i> ^t^ik irter'etai'krkJ^peln'e 
a^it^ :-koii8 not4^» &Vd.n^d^6^ Wtefhexit jus"-^ 
qti-aii* Environs dti ctfp Sicybne , distant de 
trois lieuesdu port de Corinthe j latf ousffimea 
atr^es-tta^te'tftlftire;' •' '■ ^ ' • --' • '-'''•'' * 

^ I;^ matm , ehnbiis'levdnt ^ n6iis iWmes sur- 
prisf de nous tMii^fcl? entrfe Ce cap etf'celtii q\ii 

•. ^1 It's*- * "^ 

€»t forrn^ par liri pi*5i6bg^taent dfes^^feicferts^ 



O 1. 



Geraiiieits, et qu'on design ^tautrdEbissoiiU 
le nom ^Oimiae : ilnoi^s pa^ut s'avfilncerlnn 
peu plus, en mer ^ qu*ll n'eat iparqu^) surles 
partes; Legalle, suivant nos mariniers , s*^r\f 
fonce ^ti^del^' de.ce cap ,, ^ dix lleues dans les 
terres ,^et n'est qu*^ uiip JtieUe et demie de 
M^gare. , 

Le v^nt 4^'ouest reprenaht !dans la matinee 9 
nous louivpy Ames quelque, terns ; et nous mouil- 
Idmes k deux lieues ouest-sud-ouest du. cap 
Sicyone. Nous avions alors le; moitt lIeU<}on 
au nord • et le mont Pamas^e au nprdoyeat* 
he, golf^ nous paraissait entour^ de tras-hautek 
montagnes* ; . - . ; 

No^s p^ssSmes la. jpiirp^e au mouillage , 
et nous descendimes k terre. La cdte est basse^ 
et le terrain en plaine ;: uue montagne peu 
elev^ la borne k un mdlle au sud. II n'y ayait 
point de culture autour de nous j le p^ys etait 
bois6 et assez beau : .nous y remarquame^ la 
pin d'Alep ,, le caroubi^r 9 l*olivier sauvage » 
le ter^binthe J le lentisque, le ojifine kerme^^^ 
le een^vrier de Ph^nicie. . 

Le vent:d'oue$t souU^ tpute la journ^ ayec 
plus de force que les jours, prec^dens. A) H 
nuit^ nous allSmes k bordWaps I'esppir qu^ 
le vent tomberait , mais il continua de SQuf*- 
iler^ etnous fatigua beaucoup. A onze heufes 



470 VOYlfejB '-EN P£RSE. 

lecapitalne mit i- 14 voiie, j)rit des ris , et tira 
^^'hord^e Vers la cdte bppbsee. Le i4 > ^ la 
pbihte du jour, hoiis nous trouvimes k Veh-^ 
tfee dii golfJs de Crisisa. Le vent h'eteiit plus 
BiFort : nous ay ions, iTest, la'bdie'd*Aspro8- 
pktia , au fond de laquelle est la iille de ce 
nom : elle sert d'entrepSt aux denrees de Ll- 
yadia , capitale.de la provihoe 5 son port, sui- 
vant nos mariniers, est le* meilleilr du golfe 
pour les vaisseaux un peu gros. 
' Le golfe de Crissa nous pamt ti4s-profond > 
et'la ci6te fort ^levee 5 il offre divers mouU- 
iages fort peu connus de nos marins : le plus 
fr^quent^ est celui qui sert d*entrep6t aux 
dtor^es de Salona*, qu*oncrolt 6tre TAmphissa 
des Anciens. 

Notis ^tionis entre la terre et quelques flots 
lorsque, vers les neuf heiires , le calihe ou un 
leger vent de sud succ^da au vent d^ouest : 
«ous avanqSmes peu ; cependant ^ tant k la 
rame qu*a la voile , nous gagndmes , le soir ,  
la rade de Petronisia. Nou5 avions alors de- 
pass^ le mont Parnasse. 

Ce village est k nne demi-lieue de la mer j 
41 e^st situe dans iine plaine fertile , arrosee , 
peu ^tendue, et entoiir^e de montagn'es fort 
haules. Sa population n*excMe pas quatre 
ceiits habitans. 



I. 



cnxTirKiR XIV. 47^\ 

' Le i5 , nou$ longeSmes la c6te avec Id 
it^alnLe. Nous remarqudmes , prSs de la rade > 
line petite riviere dont on arr^te les eairt 
pour arroser les terres j nous doubldmes nn 
cap un peu ^lev^ ; nous passdm^s y apr^s midi ^ 
entre la terre et deux Sles , dont Tune est fort 
petite , et Tautre nous parut avoir demi-lieue 
de long j elles abriteiit une rade qu'on nous 
dit Stre fort sAre : nous remarqudmes autouf 
.de la rade une petite plaine , et un village bdtl 
au sommet d'une montagne. 

A mesure que nous avancions ^ le golfe de- 
venait plus ^troit ; il nous parut , en cet en- 
droit , n'avoir gu^re plus de deux lieue^ , tan- 
dis qull en a environ dix vers le cap Sicyone, 
ou pr^s de sa bifurcation. 

Lorsque nous eClimes depass^ les deux iles y 
et double le cap qui se trouve k peu de dis- 
tance, le vent d*ouest qui survint, nous obligea 
d^ tii*er notre bord^e v^rs AEgium , aujour- 
d'hui Vostitza ^ situee dans une an^ , sur la 
cdte meridionale. Les montagnes qui sont au 
Bud de cette ville j nous parurent fort ^le-^ 
v^es. Nous louvoyimes jusqu'au soir , etnous 
mouilldmes k une lieue ouest de Vostitza. La 
cote ^tait calcaire 9 fort haute et bien bois^e. 

Nous etions encore mouilles le 16, apr^s la 
lever du soleil , lorsque nous vimes passer |, 



47^ VOYAGE EJH^TEKSn. 

Stir un sentier qui se trouvait k cent pas du 
rivage, deux ou trois.Grecs qui conduisaient 
plu&ieui*s chevaux scdiUsj ils veiiaient de Vos* 
titza ^ et sa rendaient ^Patras. Nous nous de-7 
cid&mes . sur-le-rchamp k quitter le navire , ^t 
k profiler de cette occasion pour nous rendre 
un peu plus t6t dans cette ville. Moyennant 
quelqu'argeilt que nous ofFrlmes , ces Grecfi 
consentirent k nous c^er leiu's chevaux y et 
k nous suivrea pied. Nous etions septf trois 
d*entre nous rest^rent k bord pour veiller aux 
^ffets , les (^uatre autres mont^rent^ cheval. 
. Nous.suivJmes la raer par un chemin'pier- 
reux^ fort mauvais ; nous rencontrdmes bien- 
tdt une maison occupee par quelques gardes 
que le gouvernement y entretient pour la sft- 
ret6 de ces lieux ordinairement infestes de 
voleurs. Lorsque nous eftmes-marche environ 
trois heures sur la pente de la montagne , et 
parmi desbois assez toufFus ^ nous nous trou- 
vdmes sur un terrain bas et uni , qui s'arance 
dans la mer^ et forme led^troit iqid separe 
Ic golie de L^pante de celui de Patras. Nous 
passSmes un torrent qui nous parut devoir 
£tre assez considerable THiver j il se nomme 
Dmpanos j et va se jeter dans le golfe pr^s 
du prpmontoire de ce noni; Les eaux sont 
employees V6t6 k Tarrosemen^ deis terres. 



. CHAiPITREXIT. 4?^ 

^ Le d^troit , large tput au pltid de demi- 
lieue , est forme de deux pointes de terre qui 
s'avancent Tune en face d^ Tautre , et sur 
chacune desquelles on a bdti un chateau afin 
de d^fendre I'entr^ du golfe k tous les vais- 
6eaux de guerre etrangers qui voudraient ten- 
ter d*y p^netrer. Derri^re celui de Rom^iie 
on voit s'elever une montagne qui fait suite 
k celle de L^pante , ej: s*avance k Toccident 
jusqu'en face de Patras. 

A mesure que nous avancions , le pays de- 
venait plus beau ^ les terres ^taient plus fer- 
tiles ) plus arrosees y mieux cultiy^es : nous 
yimes plusieurs ruisseaux dont les bor ds etaient 
converts de myrtes , de lauriers-roses , et sur- 
tout de reglisses : nous travers4mes un coteau 
de fort bonne terre , tout yzarde , tout ronge y 
tout bouleverse par les eaux de pluie , et nons 
arrivSmes k Patras apr^s avoir marche cinq 
heures. 

Cette ville , que les observations de M. Beau- 
champ placent au 38®. degre 12 minutes 4^ se- 
conder de latitude , est sitii^e sur la pentenord- 
ouest d'une Eminence , ^ un quart de lieue de 
J a mer , et est dominee au sud par une cita- 
deflle fort considerable , qu'on dit batie sur 
les mines de celle que les Romains construi- 
sirent lorsqu'ils eurent fait de ce lieu une place 



4^4 VOYACE EN FEIHSE. 

de guerre et le siege d'un grand commerce. 
Restreinte aujourd'hui k un espace peu ^tendn^ 
et reduite k quatorze cents maisons et k six 
niille ames dc population , on voit , par quel- 
ques mines et quelques restes de murs , qu'elle 
s'^tendait autrefois , au nord, jusqu*au riyage 
de la mer , et qu^elle occupait , k Toccident , 
tout le terrain eleve qui entourait le port- 

Ce port y que les sables et les limons ont 
combl^ • est au dessous de la viile modeme , 
vers le nord-ouest. Un mur en demi -cercle y 
solidement construit , fort ^pais k sa base , et 
qui s'^l^ve en retraite , soutenait les terres , 
et servait probablement , de ce c6t^ , de rem- 
part k la ville. Wheler a pris cette enceinte 
potzr un cirque j cependant il ne peut y avoir 
de doute k ce sujet« Tous les habitans assurent 
avoir oui dire auxvieillards^ qu'il y avait en- 
core , de leur terns , le long de ce mur. , de 
grands anneaux de fer qui servaient autrefois. 
k amarrer les navires , et le terrain qui se 
trouve au-devant ^tait encore en partie sous 
les eaux lor sque les Venitiens ^taient les maitres 
de la ville ; il a ^te exhauss^ de quelques pieds , 
tant pour le mettre en culture , que pour faire 
di^araitre un foyer d'infection et de morta- 
lite. 
^ II y a peu de villes qui soient plus heureu-i^ 



\ 



CHJLPITB.E XIT. 4?^ 

sement situees pour le commerce ^ qui pos- 
sMentun territoire plus fertile, plus riche en 
productions; qui jouissent de points de vuepJus 
beaux ^ plus varies, plus pittoresques ; eUe n'a 
point de port ^ mais sa rade est assez silbre : les 
petits navires de Zante, de Cephalodie et de 
Corf ou yiennent y prendre , dans toutea les 
saisons y du bl^ , de Forge y du mais , des fro- 
mages, des bestiaux; Les naVires europe<$ns y 
apportent, comme dans les autres echelles du 
Levant, des draps , des bonnets > du Sucre , du 
cafe , de la cochenille , de I'indigo , des bois de 
teinture, du fer, du papier, de la quincaille- 
rie, et y trouvent k charger quatre ou cinq 
mille livres pesant de raisins de Corinthe ^ deux 
ou trois mille milleroles d'huile d'olive , quel- 
ques balles de sole , fort peu de coton , un 
peu de gomme adragant que fburnissent les 
montagnes des environs, iln peu de cire , de la 
laine commime et des fruits sees. 

Le 18, dans la matinee, nous appergC^mes 
nbtre navire qui se dirigeait vers la rade avec 
un petit \ent 4e sud : nous envoy dmes aussi* 
tdt un bateau pour faire dire au capitaine de 
mouiller au large , k cdt^ d'un petit navire 
qui devait recevoir nos effets et nous con- 
duire k Corfou, Nous primes ce parti afin 
de n'avoir rien k d^mSler avec le douanier , 



I 

47<5 VO.TAOE Elf P£tis;E:« 

^'on nous dit 6trc fort pen accommodant.^ 
Le mSmesoir 9 lorsque le vent de terre eut 
rempiac^ celui de rAer, nous d^ploySmes les 
ybiles^ et nous nous ^loigndmes lientement de 
la cdte de Patras. Aii soleil levant nous jeta-^ 
mes I^ancre aux enviix>ns des pScheries de 
Messalcmgi , distantes de quatre lieues de la 
rade que nous venions de quitter. 

La c6te de TJ^tolie est basse ^ et la mer peu 
prafonde : k plus d'une lieue de la terre on 
apper^oit bien distinctement le fond^ qid tan- 
t6t est vaseux et convert d'hprbes , tantdt est 
form^ d-un sable im et uni. £n s'approchant 
de Messalongi ou d'Anatolico situ^ k quel- 
ques miUes plus k I'occident , on n*a que trois 
on quatre pieds d'eau. Le fleuye Acheloiis ^ 
designe aujourd'hui sous le nom ^ Aspro-Po-- 
tamo y paraSt avoir forra^ une partie de la 
plaine basse qui se trouve k son embouchure, 
et relev^ le fond de la mer k luie grande dis- 
tance de la c6te. . ' 
Mouilles k une lieue snd de Messalongi y 
nous avions au nord-nord-ouest un golfe pro- 
fond dans lequel se trouve, parmi des Slots, 
la petite Ville d'Anatolico. Les terres basses 
s'avangaient k Touest ? et formaient un cap 
que nous doubldmes dans la jiuit* Lac&te de 
la Mor^e nous parut assez plate depuis Patras 



CHAPITRE XIV. » 477- 

lusqu^au cap Papa ^ sur tout dans sa p^tttie oc- 
cidentale ; nous appercevions pourtant des 
montaghes assez hautes dans Tjnt^rieur. Att- 
delk de la plaine de Ti^tolie^ que nous jugeft- 
mes avoir deux lieues de profond^ur , nous 
Yoyioiis line chaine de montagnes fort hautes ^ 
qui noiis parurent faire suite aux deux qui 
s'^^vent en pyramide en face de Patras* 
; Les p^cheries sont atiferm^es parde grand- 
seigneur k des Grecs du pays , pour la vaieur 
de 4o>ooo piastres; On >y prei\d .divers pois* 
sons que I'on fisdt s^cher au soleil y et cjUfe I'oa 
consomme presque tout dans TEmpire otho- 
nfian : on y prepare aussi de la poutargue^ forp 
recherch^e des V^nitieais et des Pro vto^aux. 
• Nous levdmes l^apcrt k dix feelii^es du ma- 
tin, etiiihes route, par un vent de'n^rd-ot^&st 
assez f rais , vers le canal qui s^pare llle de C^ 
phalonie de cell^d'Itbaqil&; noiis passdm^ la.u 
»ud des iles Oadae : ce soiit dfeux- tochers in- 
habites, oil se trou vent ' trois: porb qu'on dit 
Str]^:f6rt bons , et o^k^e i^^fugient les pive^y 
dont la cdte d'^^toliie bst infestee ;11s monitent' 
atmombre de dix y< dbuz^ ou qutme t&ut au; 
plus, des bateaux for4: Itsgers j qWMV^fit>^lax 
Bpime et k la voile , :et ils a^aquentar^c audace^ 
les navires quails voi^nt mal arnn^^y^aiii^i'que) 
cea2X:qn'ils jugeqt n'dt^&pa$ sur leiir-gard^i > 



47^ VOYAGE EK PEILSE. 

Ces ilots sont plus pr^s de la terre , quails ni 
9ont marques sur les cartes; ils sont au irord« 
ouest du cap y que nous avons dit s'ayanceir 
dsuis la mer au-delk ou k Touest de Tembou^ 
chure de rAclieloiis. , . 

he vent ne nous permettant pas d^entrer 
dans le canal ^ nous louvoy&mes tout^ la jour^ 
n^e , et revinmes vers les deux rochers pour 
y mouiller« Ne pouvant les atteindre ^ nous 
gagndmes la c6te et jetdmes I'ancre un peu au 
defisus du cap que iious.avlons deyant nous le 
matin ; d^ s6rte qu'apri^s avoir reste en mer 
toute 1ft jpurn^e ^ nous n'avions &it le soir 
que deux iieues. Le cap se termine par une 
petite montagne que novkS avions prise aupa<£ 
rayant pour une Ile^ «t qui' le fut pent- 6tre 
avant que les aterrissQmens eussent agrandi 
cette c&te, 

I Le ;ao., avant lejour , nous levdmes Tancre j^^ 
et nous iious dirige^Unea une seconde ibis vexrs 
le canal de C^phalome. A tcois heurea apr^ 
midi npu9^tion$ k une UeiM seulement derBX-* 
tremite in^tidionale. de Fild dlthaque ^ quand 
tout & coup AOusfi)imesbalptt6s par des hoxti'^ 
&es qui j^OMd yenaient en divers sens. Le vent 
de ckurd'Ouest continuait pourtant de soufiQezr 
entre Ithaque et la Kom&lie y ainsi que noua 
en jujgtoi|S;par deux bateaux qui se troufeieDt 



CIIAPITRE XIV. 479 

^ quelques milled de nous , vets T^cuei] de 
Bragonneau. Nous pass^mes plus d'une heure 
sans pouvoir avancer , et avec une mer qui 
nous fatiguait beaucoup* Enfin^ nous essaya- 
ines y k force de rames y de nous porter sur 
Cephaloaie; maisle vent d'ouest^ qui yenait 
du canal y nous en ^carta. Nous vouliimes 
alors nous diriger sur Dragonnaau : le.vent 
de nord s'y opposa. Nous prJmes le parjci d'al- 
ler vers Itliaque : le vent de nord-ouest nous 
empScha constamment d'en approch^r- J^ous 
lutdmes de cette raani^re . contre le vent,)us- 
qu'k Ja nuit. Conune ii tomba alors , nous 
profitames du calme potir gagner k la r^me 
le port de Lia^ situ^ ^lapartie la plus orien-> 
tale d'Ithaque« II ^tait ouze heures Iprsque 
nous pftmes jeter Pancr^, . •.,... 

Ce port est ^troit ^ un pen sinueux , £brt 
profond^ ouvert k Vest et au nord-^sjt , mais 
assez si!i.r , quelque texns qu'il fasse ^ mSm^ 
pour les plus gros yaiss^aiix. La cqp^^ est ^ler 
vee , cakaire , toute couyerte d*ai:;hrifisp^u3c ; 
elle etjiit inculte , quoiqu'elle fAt partpRlf pror 
pre k la culture, dp la. vigne et d^ rollyier. 

he 2.1 y nous longedmes }a c6te av^c le calme , 
et yinxues mouiUer a^ port Skinos ^; sitijie k 
gauche, vers Tentrt^e du vaste port de Y^tl^V 
Jl y a ^quelques habit^oas sur le rivage d^ 



480 voyaGjE -ek perse. 

celui^ci J mais la ville de Thiaki est sltii^ k» 
iquelque distance , sur la pente d*une mon- 
tagne* ► 

L'ile. est montagheuse , assez bien, cultivee j 
elle produit assezj de grains pour les habitahs t 
on y voit quelques oliviers et beaucoup de 
Vignes , d'oii Ton tire nne assez grande quan- 
tity de ce petit raisin sans pepiris , connu 
sous le npm de raisin de Corinthe. Sa popu-^ 
lation'^ a ce qu'on udus a dit^ est de sept a 
huit mille ames. » 

Nous avons remarqu^ sur la c6te ou nous 
sommes descendus^ unepierre calcaire blan- 
chdtre fort dure , qui nous parut en quelques 
endrbits devoir Stre'tr^s-propre k carreler led 
cours, et mSme les appartemens j elle se se-* 
pare en feuillets plusi ou moins epais. 

Au nord- est de cette lie , que les Grecs nom- 
nient aujourd'hui Thiaki y il y a un ^cueil 
connu sous le nom di^Attoco^y que les navires 
qui passettt de nuit dans le canal, tdqhent'd^e- 
viter eii' s -approehant le plus qu'ils peuyent 
deTMaki j il est peu ^tendu et inhabite. 

Le ^2 > nous pai-times k deux heures du 
mating aftn de pouyoir doubler le cap meri- 
dioinal de Sainte-Mafufe avant le retour du 
vent d^ nord-ouest^, auquel nous nous atten- 
diona depuis que nous avions atteiiitPtitras | 

comme 



. GHAPX,T.».E XI V;^' 48t 

comme ^-celni d'ouest lot'scjue xidns ^tioiis 
dans le gcrlfe d'Ath^e$: ou daiis ^celui de' L^- 
pante ; car il iaut obserrer que dans le tem^ 
des plus Ibrtes chaleurs ^ le rent (sftrit assiez 
r^gnli^rekitfent le golfe Adriatiqiie , et souflle 
cons^quemmeot du ncnrd^otiest tons les jours 
jdepuis neuf on dixheures du matin jusqu^au 
soir^ et qu'arrivi^ dans le golfe de Patras^ il 
se • Uiodifie / entre! dans celni de Lepante eti 
suivant la direction de cette mer de Ppuest ^ 
Test, traverse I'isthme et arrive ^ Ath^nqs^ piar 
Touest. C'est Ce vent de mer> oe vent doux, 
raf raichissant 9 qui ^tait connu des Ath^niens 
sous le nom dc zSphyr; il tombe <pre^|a^ tbuK 
jours ^ la uuit^ et alars c'^s|: un leger v^nt de^ 
terre qui ^oufile des cotes it la nier. / • . > 

Nous ^tions dejk ^ plus d'une lieue de la 
cote la plus septentrionale d'lthaque lorsquar 
nous vimes tirer un coup de canon ^ deux ou 
trois milles de nous y vers le nord , par uii tr^s- 
petit navire auquel nous n'avions pas fait* at-^ 
tention jusqu'alors. Celui sur lequel on ^vait^ 
tire > etait de notre c&te , et paraissait ikim 
route au sud \ il mit au&sit6t pavilion imperial.^ 
Nous ne voyions pas bien le pavilion du cor4 
sair^^ mais comme il ne nous parut pas dtref 
fran^aisy et que tout corsaire Stranger de-T. 
vait nous Stre suspect^ nous primes le partii 
Tome VL Hh 



/ 



'48^ roicMiE Ejr psrse. 

de yirer de bord et de nous diriger-sur C^pfaa-^ 
lomie i d^atitanf^ plua que le rent ^tait d&yk con- 
trairei(;Dcina mom» ^miehonte nans yinmes 
j^t^ Puncra an p6rt JFis6ardo oa Viscardo j 
%\ti^ au nord'^eist d^ C^phalonie : Ttle dltha-* 
quc^ ti'^tait qu'k us^e iieue de distance, ^ 

Ce port eat petite ct : ajsiez! sikr } il est ioftm& 
de.deniiLttn/ies duyertes au yent d'est et a be^ 
lui de sudtisty nuds garaxities par l^le d'ltha* 
4ue. ILyayait autrefois line yille dont ilexiste 
qnelques iniine8.> 6t L^onyoit sur le cap oiientai 
lea re&tes . d'un fort hdti par les V^nitiend pour 
defendi^ la yilie ^ le port et Tentrae du ca* 
Bah. Le' terrain autour du port est oalcaire j 
ttk% * rocailleux > pkuxt^ y ea quelques en-^ 
droits^ de yignes et d'oliyiers. Fr^s de \k est 
im Village d'oii nous tirdmes quelques pro- 
yisionsi 

A la niiit nous iimes yoile arec un- petit 
yeht de sud y et le ^3 au matin nous nous 
trouydmes^plusieurs lieues au nord-otiest de 
Sainte^Maure* Le resta de la joumee nous 
liiuKies la mer ayec le yent contraire ^ et le %/^ , 
ell nous ley ant y notis f&meS entre Paxos et la 
terxe-ierme« Nous louyoydmes quelque terns 
pour atfeindre le beau* port de Paxos y situd 
a la partie orientale de Tile. Aprds quelques 
heures de trayail^ nosoiajriniers jugeantqu'Ils 



. ia?6n pdurraient venir k bout , 96 decid^at k 
aller k Parga. 

Ceftte ville , qu*on nous dit avoir environ 
quatre mille habitans , efet situ^e sur nii rocher 
qui s'avance en c6ae dans la mer^ et forme > 
au milieu d'une bale^ deux ports , dont Yua^ 
vers le nord, iin pen plus grand que Fautre , 
est ouvert et pen srAr j Fautre , situ^ du c6t4 
dtt midi, ne peutrecevoir que de petits navi* 
res J il est ferm^ par quelques rochets et par 
une jet^e qui part de ces mdmes rochers. Ori 
remarque aussi nn^ petite jet^e dans le grand 
port , du c6t^ oppos6 k la ville , qui n'est pro^ 
pre qu'k abriter quelques bateaux. L'ete ^ on 
tnouille en siHret^ dans toute la rade ; mais 
rhiver, les gros navires doivent eviter de ve* 
nir k Parga j ils y seraient trop exposes aux 
vents de nord-ouest , d'ouest et de sud-ouest^ 
qui souf&ent quelquefois avec la pliis grande 
violence. • 

La ville a une enceinte assez forte du c6t4 
de la terre , et die est d^f endue , du cAt^ de la 
mer , par les rochers trds-escarp^s sur lesquels 
elle est assise. La citadelle ^ b&tie exh arriih*o 
ou k la partie la plus large du c6ne , domine 
toutes les maisons ^t les deu£ parts j maia 
elle est elle - m^me dominee par une monta-^ 
gne d'une hauteur asieis ' considerable ; qui 

Hh a 



^8^- VOYAGE BIT VERSE. 

Be tranyek tr^s^pen de distance vers Test. 

Parga, commepropri^tev<initienne,V!enait, 
d'dtre retihi depuis peu^kda Frauce^ etfaisait 
partie des trois d^pactemens qu'on ayait eta- 
blis dans la mer lomexme ; nousy trouvimes 
gamison jfran^aise. 

Le territoire de cette ville n'est pas fort 
etendu ; mais il est trSs-f fertile ^ tr^s-arrps^, et: 
assez bien cultive. L'oeil se prom^ne avec plai- 
sir du haut de la ville sur les deux ports , sur 
les deux yallons ^troits ^ placates de iigulers > 
d'oraiigers, de mAriers, qui sont de chaque 
<56t^ , et sur un amphithedtre de fort beaux 
oliviers plant^s sur la pehte de la montagne. 
''^ Au nord du grand port on remarque , sur 
line hauteur , une eglisie neuve , dediee k la 
Vierge , qu*un prfitre grec ^ yenii de Tint^rieur 
des terres pour se soustraire au pouVoir arbi- 
traire et tyrannique des Turcs, afait bdtir^ et 
pour laquelle il a employ^ presque toute sa 
fortune. Comme il devait y avoir lelendemain 
une grand^ f(Ste consacr^ k Xa Vierge ^ et que 
les ceremonies religieiises ^^fVaient commen- 
cer le soir mSme de nptre irriv^e^ nous eiimes 
le plaisir de voir un grand sombre de femmes^ 
de Parga s'acheminer vers r^glise , accompa- 
gnees de' leurs maris , de leurs parens ou de 
leurs amis ^ chantant tous k Tenyi des chan- 



/ 



CHAPITRE XrV. 4^S 

sons grecques qui n'avaient plus la mDnotonie 
de celles de TArchipel on de Constantinople. 
Le chant a pris ici une modificatiopi italienn^e 
qui le rend foit agreable. La plupart de ces 
groupes vinf ent se prornener en caique sur le 
grand port y et jouirent quelque terns de la^ 
fraicheur de la soiree avant de se transporter 
k r^glise y oil ils devaient, passer Ja auit par. 
devotion; 

Ces femmes nous parurent 9^ voir plujSi'de 
beaute , plus de fraScheur que celles de T Ar- 
chipel et: de T^Attique il^ux' maintien ^(ait plus 
aise y plus gracieu^c ^ et auissi decent j elles por- 
talent un habit moiti^grec , moiti^ italieti; qui 
les parait tr^s-bien, et pqrmettai^: de^ voir F^* 
Mgance de leur taill^. Les femmeisi d^ffCjuple^^ 
bienvStues d'ailleurs> marchaient pieds nus; 
les autres ^taient fort p^opr^nent c][iaus^^s j 
et toutes portaietit, au lieu de voile ^ une es- 
p^ce de schal sur la tSte ^ qui descendait n^- 
gligemment sur'le ment<l>n , et tombait ensuite 
sur une epaule. 

Le 25^ nous parttmes avant le jour, et nous 
nous avauQdmes lentement avec un leger vent 
qui nous venait de Tinterieur des terres. Nous 
longedmes la cdte de I'Epire , et, vers les onze 
heures^ le vent etant d6]k au nord-ouest, nous 
travers^mes le canal de Corfou , et nous mouil- 



4^6 CH A PI TEE XIV. 

Ifimes pr^s de Teiribotichiire de la petite riviere 
qui traverse le qnartier de Letkimo y situe 1^ 
line lieue de TeJ^tr^iiiite m^ridionale de Tile. 
Le canal y dans cette partie y a environ cinq 
mille toises de largenr) il s'elargit beaucoup 
an-del^ de la pointe des Salines^ et ne com* 
mence k se resserrer qu'au pied du mont Saint-^ 
Salvador d'nn cdt^^ et le cap de Giravolia de 
Tautre : il n^a plus y vers T^cueil de la Serpa , 
qu'onze cents toises. 

Dans la nuit et dans la matinee dn a6 jxdl- 
let', un leger vent de terre iibiis permit de^a*^ 
ghe¥ la i^e de CastradSs, situ^e au sud de 
la Ville deCorfou. Nous fftmes oblig^ d'y 
passer la voum^e, et nouis n*en sorttmes le 
leridKailftt * que pour laire tine quarantaine 
d^sagreabfe , et d'autank plus inutile, que noa 
ziiariniers n*y fufent point soumis. 



X 



-A 



yOTAOjE. B::i^. PERSE," 46j 

, , . ; , . » i . ! • . ' ^ . , • . ^ . I . ... 

T ' - ili i "X « -■ . ■■■! I I I   II  ;. I ■! I [^ . IP I ' P 



oi''7 J. 



... e-HAPiri^iE xt; 

Descriptioh m tke tie Corf ou: mp art 
sur La fre&ate la Brune. Course a Bu^ 
trinto : rejnarques .sur le sol et>le$ 

yAn,c6ne, Maltidm:.MzmflJ^ d^ Mmn 

* gui^re, .Al'i 

r . «s ^^ 

• ;'.'•.; »»f I '« »(» l»j/ ?ii , , <) IS J. >L ..«-/»/ 

qti^e J^Cin^^ji^t foirjj^e§^w4aj ^Qr lo^^Qite • Lea 

pow. J^ >pawlepag0,flt>lf^oj:T^|icii: dei Jfi)ir8n(»tei 

<jue {3f^riw fiwa^piWolfaftt AilxJdewic eKfti^r 
Mu$ Jlf^siii^Yiii^ qi;d tira£i$pimit dans £^ gol^o 'eft 



48$ VOYAGE sir I'S^^S*/ , 

snr les c6tes de la Dalmatie^ del' Albania et 
de laMor^e. , 

La yille> situ^ suriin rocher ^m^s'avance 
dans la mer au miUeu de sa partie orientale , 
est aus8i forte par sa^positipir que par les ou-^* 
yrages que les Venitieas y avaient, cofi^truits 
pqur sa defense : on y compte envirtui quinze 
inille habitans. moiti^ Grecs. mditi^ V^ni-* 
^uk/ qui vivent presque tous du produit des 
t^irlre^ qa^fls ' possMeAt ' dans riiiteHeur de 
rile. 

Corfou n'a pas de port proprement ditj 
imis'sa rfed^y dtli^e^au Word-oriest ; oftre peir^ 
to^ \itL ntouUlage 9ftr au!sc taulseaii^ic de gi^efrre^ 
et^auscinarviires qui viennent^y iieldchet jilS y 
sont'^illltei^6' par la>'lb^rihe-demt-H:lr^[hdai]He' de 
Vfinsj /par^^ cdte dj& i^^plr^^' qui n^ ^t^qii'k 
d^ttt'liBiids, et par iestrois petites tl^ 4^^on 
rtMarqUe^dims c^ftd^Yiftle^- La'^^i^Wiii^^eu' 
cell^^fei iVidoi^'e^t I Jk ciuq- ^o=tt^ ^«Ai cefit^ Wiii^^ 
AUvdiobiilfll vilte i eile M iui* q^^ def lietie^ d'^- 
t^sttdue /e^esi courerte -d^olivi^/s ; l&'isre^ohde y 
nommee Condilonisi y est k trois ou qiiatre 
eeiMp tois^ plus:lom<yf j*^ld>uoif'd-oue^t i'<^*est 
ufii'rocfa^r peu ^tetadii'^ ^t\eqae^(^^ a'bdti 
uue (3g1ise 'd^^-^ la. Vikge ;- la %#t>{m^e , 

cmedt^ elieest beauqdixp ^lus i^^hdoe que^la 



CHAPITKE XV. 485^ 

seconde : on y a Mti le lazaret pour la qua- 
rantaine des navires qui viennent de la Tur- 
quie ^ et on y a construit quelques magaslns 
pour rentrepdt des marchandises. 

Cette lie , qui n'a gu^re au-del^ de dix lieues 
de long du nord-ouest au sud*est , quatre dans 
sa plus grande largeur y prise au nord^ et deux 
dans sa partie moyenne et dans sa partie 
m^ridionale ^ a pourtant une population de 
soixante mille habitans y qu'elle doit princi** 
palement k la culture de I'oliyier qui s'y est 
introduite ; car c'est cet arbre qui fait toute 
sa richesse ^ et ^ qui elle doit presque tout son 
commerce. 

- Une course que nous avons faite au norc} 
et au sud ^ par ordre de M. Comeyras , com- 
missaire - general du Directoire ex^cutif, et 
dbnt nous allons rendre compte ^ dbnnera 
peut-^dtre une idee plus exadte de cette ile ^ 
que toutes les descriptions g^nerales que nous 
pourrions entreprendre , et qui ne seraient en 
quelque sorte qu*une r^p^tition de ce qu'on a 
pubU^ dans plusieurs ouvrages interessans. 
J. Nous sortimes de la ville le i^aoAt, et tra- 
irersdmes Manduchio , village situe le long de 
la mer^ qu'on peut. regarder ^ a cause de sa 
proximite;^ comme un faubourg de la yille. 
it'Os habitans 9 au nombi^e d^ quinze ou seize 



4^0 YOYAOjE EN PEHSE. 

iff 

cents f sont presque tous marins^ et possMent 
qudques bateaux employes au commerce de 
Qubsistances pour Tile. 

Au-deU de Manduchio j le terrain est in6- 
gal, couvert d'oliviers} la ferre est calcaire> 
un peu cr^tacee ; la couche yeg^tale est pro- 
fonde et assez bonne. Apx^s un quart d'heur^ 
de marche y nous descendimes dans une plaine 
basse ^ ^troite ^ en partie cultivee y en partie 
mar^cagense ou occup^ par une saline fort 
6tendue , et traversee par une petite riviere. 
Nous eCbn^s k droite la rade de Corf bu ^ et k 
gauche ^ snr la pente d'une colline toute cou- 
verte d'oliviers^ le village de Potamos. Cette 
plaine nous conduisit k Condocali^ petit vil- 
lage situ^ sur le port Goufn ^ distant de Cor«^^ 
ibu d'une lieue et demie* 

Gouin est un bassin naturely oii Ics Veni- 
tiens faisaient entrer leurs galores ^ et autour 
duquel ils avaient construit des magasins pou^:^ 
le radoubage de leurs vaisseaux. L'air.est tr^s^ 
mal*sain aux environs^ tant k cause du voi- 
sinage des salines 9. que de quelques eaux sta- 
gnantes qu'on voit k I'extr^miti^ sud^ouest de 
ce bassin'^ et de quelques mar^ages qui se 
trouvent k peu de distance: dans Tint^rieur^ 
. £n quittant C^ndocali^ nous marcMmea 
prds de deux heurea sux un terrain elev^ ^ 



CHAPITRE XV. 49* 

in^gal^ calcaire , plus ou moiiis fertile , tout 
couvert d'oliviers j nous travers&mes ensuite 
Tine vallee tr^s-fertile , cultivee eti mais , doura 
et plantes cereales^ et noiis arrivdmes ^neuf 
heures du soir k Seripero. ; • 

Ce village est A quatre fortes lieues deCor- 
f bu J il est situ^ sur la pente sud de la monta- 
gne , qui court de Test h Touest : on y compte 
cinq cents habitans. L'olivier est tr^s*beau, 
tr^s - multiplie aux environs : on y voit 
aussi quelques vignes pen soign^es. On remar- 
que autour des habitations y Toranger y le cU 
tronier , le figuier , ramandier , le grenadier, 
le-mftrier noir , le pScher , le prunier et le poi- 
rier. II n'y a poin(i da. Fontaines k Seripero j 
mais l^s eaux de puits y sont bonnes et abon- 
dantesV ' » ., 

Le 18 y nous montdmes au isommet de la 
montagne par un sentier trSs-mauvais , tr^s- 
pierreux i asses ^troit ^ borde de my rces , de 
lentisques> de chSne^-rkerm^s , d*arboufiiei-s. 
Nous descendlmes ensuite par un chemin pres- 
qu'aussi mauvais, et nous nous reposames a 
Cofopiscopi apres une bdure et demie de 
marclie, 

Ava^t d'^tr/C parvenus au sommet de la 
montagne, nous avons vu sur sa pente, k 
dto^i^lieue oueat de Seripero, Ducad^s, vil* 



4g^ VdYAGE £K PEHSE. 

lage de cent dinquante habitans i demi-lieue 
plus k l^ouest^ Gardelad^s^ d'une population 
i. pen pr^s ,^gale , et ensuite plus loin , k la 
mdme distance et dans la mdme direction ou 
k peu pr^Sy Liapad^s^ de cinq cents habitans. 
La veille nous avions laiss^ , k demi-lieue a 
Test de Scripero , Corakiana y dont la popu- 
lation exc^de deux mille ames. 

Du sommet de la montagne^ la vue se por- 
tait au loin y et se promenait sur une infinite 
d'objets aussi varies par leur forme que par 
leur couleur. Le vert-cendr^ des oliviers^ dont 
presque toute Tile est cduverte^ contrastait 
agreablement avec le reit-ibnc^ des cypres r^ 
pandus partout , avec quelques champs plan- 
tes en vignes y ayec des plaines et des valines 
fertiles , arrosees et cultivees en mais y en 
dioufa y en melons > en past^ques. Ce talbleau 
etait anime par les navires • k la voile que le 
commerce attire k Corfbu ; par la vue de la 
ville^ qui s'avance dans la mer ; par celle d'un 
grand nombre de villages y par la cdte et lea 
montagnes de r£pire, - . .. . 

Dii c6t^ du nord , le tableau n'^tait pas aussi 
varie ni aussi beau : la mer ^ qui baigne k trois 
lieues de \k une c6te basse et sinueuse y quel- 
ques plaines et quelques valines fertiles et ar- 
rosees ; des coteaux couvertsi d'oliviers y de 



CHAPITRE XV. 49^ 

^ignes y oil croissent aussi quelques cypres ; 
des coUines incultes k leur sommet , mais con- 
vertes de verdure ; quelqiues villages dans le 
lointain^ voilk tout ce qui s'offre k la vue. 

Coropiscopi n'a que deux oents habitans ; 
il est situ^ sur la pente sud d'une colline cal«- 
caire, plant^e en oliviers. L'huile est la prin- 
cipale production de son territoire : il fait 
n^anmoins un peu de vin et recolte divers 
grains ^ tels que froment j orge , ^peautre , 
avoine y mais^ doura^ pois-chiche^ pois ordi- 
naire ^ pois carre, gesse^ vesce, lentille, ha- 
ricot noir 9 deux sortes de feves^ celle des ma-, 
rais et une autre plus petite y noire ; il recueille 
en outre un peu de lin. 

On ecorce , par le moyen d'un moulin k 
brasy la petite £6ye noire , et on la conserve 
en cet etat potq* la manger en pur^« Cette 
methode a Tavantage de preserver ce legume 
des Bruches^ qui le rongeraient s^ns cette pr^- 
• Caution : c'est dans les mdmes vues qu'on 
Ecorce la lentille dans la Haute-^gypte. 

On fait y dans tons les villages que nous 
avons parcourus, du pain avec un tiers de la 
iarine de doura , mSlde avec deux tiers de celle 
de froment ou d'orge j il est pesant , com-> 
pacte y assez bon quand il est irais : on le dit 
moins bon et plus indigeste quand il k durci.^ 



/ 



494 VOYAGE EIT PJ^R'SE. 

On met assez souyent le mais en place dtf 
doura : le pain qui eB r^sulte ^ est moins Gom«» 
pacte^ moins pesant^ plus friable : on le dit 
moins indigeste que Tautre ; cependant on 
prefSre le premier , parce qu'on lui trouve 
une saveur plus agr^able. 

II n'y a point de fontaines k CoropisGopi v 
oh y boit de Teau de puits. Les pierres meu- 
li^res dont on se sert aux moulins a huile ef 
aux moulins It farine , sont tirees de la colline? 
mSme; c'est un poudingue oubrdche calcair^ 
form^ d*une reunion de petits cailloutaged 
assez durs. 

Nous quittftmes Coropi^copi dans la soiree/ 
en nous dirigeant d'abord k Touest pour con-* 
tourner la colline , et enSuite au nord : sa ^ 
pente est rapide. Nous la trouydmes inculte 
en plusieurs endroits^ et couyerte d'arbou-^ 
siers , de bruy^res , de lentisques , de my rtes f 
de cistes : on y yoit quelques chSnes et quel-^ 
ques charmes : I'ellebore et la digitale y sonl 
assez communs. Vers le bas y noug entrime^ 
dans un yallon tout plants d'oliviers, qui 
nous conduisit dans une plaine assez ^tefidue; 
Nous trayersdmes un ruisseau venant du stid* 
ouest, et une petite riyi^re coulaut des mon- 
tagnes que nous avions k notre droite. Apr^s 
ayoir fait tourner plusieurs moulins k farine 



* CHAPITRR XV. 49S 

situ^s dans un vallon etroit, elle vient arroser 
et fertiliser la plaine : ses bords ^tiient cou- 
verts de tamaris y A'agnus-castns et d'un osier 
^ feuilles blanchdtres. 

Cette plaine s'ayance au sud-est jusqu'an- 
pr^s du village d' Agrafiis : lit ^ le terrain s'e- 
Idve et forme un coteau convert d'oliviers f 
sur lequel se tronvent ce village y compost de 
quatre-vingt-dix maisons y celui de Cavalouri f 
k nn quart de lieue plus loin, de cinquante 
maisons y 6t celui de Caroussad^s k la mSme 
distance, compost de cent quatre-vingts mai- 
sons. La plaine se divise au nord-ouest d'A-^ 
grafus y et se prolonge jusqu'^ la mer , au- 
del^ de Sphachiera du cdte de Test, et au- 
del^ de Perulad^s du c6t^ de Touest. Celie<ci 
revolt la petite riviere dont nous venons de 
parler J Tautre revolt les eaux qui viennent de 
Nifi&s , et celles qui descendent des monta- 
gnes situ^es a Test de ce village. 

Avant d'eritrer k Agrafos, nous rencontrd- 
mes un grand nombre de femmes jeunes , la 
plupart jolies , unifbrm^ment vStues ; elles 
avaient un corset blanc , un jupon bleu et un 
voile blanc sur la tSte , qui descendait en ar- 
ri^re jusqu'au dessous des ^paules y et qui lais- 
sait leur visage k d^couvert : leur gorge se 
dessinait k trayers ime diemise plissde qui 



4^6 VOYAGE EW PERSE.' * 

remontait jusqu'au cou. Toutes portaient 8i£r 
la t6te une cruche pleine d'eau, qu'elles >e-. 
naient de prendre k la riviere. On retrouve 
le mSme ydtement dans tous les villages situes 
^au nord'de Tile. 

Nous avons rematqn^ que les fruits ^taient 
moins avances dans la par tie du nord y mSme 
au bord de la mer ^ que dans la partie du sud : 
la diilerence dans leur maturity est de huit 
jours dans la plaine ^ et de pr^s de quinze dans 
les endroits un peu ^lev^s. . . 

Nous ne nous arrStdmes point k Agrafus ^ 
nous nous avan^^mes jusqii'k Carussad^^, ou 
nous passames la nuit : ce dernier est k deux 
lieues de Coropiscopi* 

Le 19^ de grand matin 9 nous descendimes 
par un cheniin ombrage d'oUviers , dans la par- 
tie de la plaine que nous avons dit se prolon- 
ger le long de la mer jusqu'au-del^ du petit 
village de Sphachiera, Le terrain du cote^uu 
siu* lequel est bdti Carussad^s est profond^ le- 
gerement argileux, cr^tace, grisStre :on de- 
couvre en divers endroits, v€?rs.le bas^ du 
gr^s plus ou moins tendre. La f oug^re femelle . 
(pleris) crolt abondatnment sous les oliviers y 
et annonce par sa hauteur la fertility du soL. 

Nous avons ^te surpris d'apprendre que , 
dtins toute la belle et fertile plaine qui se^ 

trouve 



. CHiiPIT.RE XV* 497 ^ 

tr6uve oil nord et au^jiord-ouest de Pile ^ et 
qui est beaucoup plus ^lev^e que la mer , on 
necultiye ni Torge ni le froment, pajr la rai- 
son que pendant Tiiiver les terres y sont trop 
humides. II serait tr^s-^tacile de remedier k cet 
inconvenient en creusantdes fosses autourdes 
proprietes, et en derivant les eaux de pluie 
vers la. mer : on obtiendrait par ce moyen 
deux, r^coltes sur le mSme terrain ^ parce que 
le ma*is ^ le doura et les haricots ^ qui sont les 
seules plantes qu*on y cultive aujourd*hm^ ne 
8e replantent ou. ne se s^ment qu'apr^s la r^* 
.colt| du bl^y et qu'elles sont parvenues ^Jeui: 
maturity ay ant le terns des semailles. 

Apr^s avoir march^ une demi-heure.dans 
la plaine ^i nous dirigeant a Test , nous ay ons 
eu k notre droite un coteau distant d'une 
demi^lieue de la mer . tout convert de chShes 
velanis qui appartenaient au gouyernement 
venitien. 

Le produit de cet arbre doit Stre jug^ (con- 
siderable y si on fait attention qu'il occupe une 
.^tendue ,de plusieurs lieues k peu de ^iistance 
de la c6te , .et qu'H s'enlbnce autant dans fes 
montagnes. La republiquie! aorak.&itxQxi^ 
truire sur le rivage de la.tnecl(lsiix.maga^in6 
distans d'une lieue runsde.i'bndii^d.^tdiams les- 
quels ie iermier d^osait 1^ cuplalaKle.'ee^diidn^^ 
Tome VI. li 



Mi de 4a triELAsporter killeriiflrs^ 

noKs qoit^mcfS la ^laino y dt iioins titDtts en* 
fon^tmss daoos iiM gGArge efi nous diiigesatit 
m snd-^eM* Ia teoh^ Mt partout calcaiK ^ et 
ia 'Icrnf serak trte-firopn 4 ia ctiitixre si le soL 
itoot moiiis'tHcliiiii et »idi»is lar^ par les eauit 
«b piorier Lb8 cfaj^nsea y intent asiBes^ beaux y 
Wsta vigonuitac ^ et it trott apcttitati^^iiient 
ffaritti eoKy dm oKviinns ^ dot ^^a vef 18 ^ des 
tlmpiDiea^ des gAttsmra^ deapaid^rs^ des t^r^^ 
iiii^li^ t OA TiMft daifs les valldns ^ des ormea ^ 
des ligajjern^et stor ies bordlst^l cfaennins^ Tan* 
'4>^piiie^le pattittre^ la ronc^efyla Gl^matite^ etc. 
Notfa uat'€h&ttie8 deux heures et demie 
^fiir }a nidfitagne pour arriver k P^ritia. Ce 
YiUage f cimipos^ de ^ent quatre-ykigts mai^ 
isons 5 «at ati nonl-est du mont Saint^Salva- 
dor : les environs sont rocailletix y d^poiaill^ 
'd'a^rbresj OH yioic satdsmtot ariitbur deft habi- 
tations quelqnfs arllred olliir^sefii^s ^ tek que 
fnoiyiara ^ cypi^s > ligttiet*s <t €^liviers> et <^ux 
804 troh vigiiea Tera la ooncharit. La plupart 
^ea^m^dsdnfiiJlMiibMit «ii rttin^ y paroe que les 
iQibitmja^x[iiti>la craritita senile avait pu enga^ 
^ JL'isfiitabtilf«d^Uta>das>%ett!c sitrtsties> aisca- 
bvc^k'^^iai bai ii»rtikis i» defK^idiictenc Ti^en ^ peu 



CKAPITRB XV« 4$^ 

dans k. plaine et paxwii lea chSne^^ dont ils 
cultiment le terrain ^ ^t 6k Us ont constmzt 
quelquas habitatiahs ^piarses^. 

Le froid est qftelqnefais Rasez vif k P^ri^ i 
il n'est pas rare d'y voir tombei' un peu de 
Heige dans les raois de d^cetnbr^ et de^janrier. 
Ce Tillage , comme toiats ceax qui scmt vn peit 
^lev^s f manque de fontaine : on y boit xine ei^ti 
de puits i qui nous a pom de mediocre qualit^^ 

Le !20 , nouji quittsbnes F^ritza f et aprds tu^ 
keure et demie de tnarche k trayers une joiefOf 
tagne calcaire assess haute y et par ua chemin 
tr<^-mauyais^ trds^scabreux ^ nous» atrhrSime^ 
k Si^^s en laissant le mont Saint^Salradb]:^ k 
notre droite« Les enyirons de ^ viilagct^sont 
peu cidtiv^s ; le sol e$t tipop e& pente s o& y 
remarque un schiste £suillet^ d'un gris-bleui-i' 
tre , qui ressemble k de I'ardibise^ Les terres 
que les habitans de ce yillage cakivent ; sont 
k. Test le long 4e la mer ; eUca spni plaht^s 
en yignes ^ et piindpaleiiifi9it en dUvie&ra^ Chu 
s^xne tr^s-pen de grains^ sur ces^ ntooBtaigms |: 
le terrain est trop en penfe , et ia; taobe trop 
k d^couyerl: pour le petmeKtve^ * 

De Signds^ en nous^ dirigeant m €RMb par 
un chemin tr^s earpeatey tr^s^^»etr9«z ^ pops 
au sud^ouest en *c6toyant la met ^ aous ar^ 
4*iy&mes dans trfiis hexafes k Ipiso; ' > 

li a 



SOO VOYJLGE BK PEB.5E. 

Toute cette cdte ^est plantee en oliviers : on 
y Toit tr^s-peu de yignes y et il ii*y a d'arbres 
fhiitiers qu'autoxur des habitations et des mai- 
sons de campagne; ils consistent en.orangers , 
citroniers ^ figiders , pSchers y mihiers y etc. 
. Ipso est un petit village mieux b&ti et plus 
riche que tons ceux que nous yenons de par- 
courir ; il est situ^ sur une plage ou les na^ 
vires peurent jeter l!ancre sans danger. 

Nous quittdmes Ipso k trois heures aprSs 
midi y le ciel ^tant convert de nuages. Lors-i 
que nous ffUnes k quelques pas du Tillage^ le 
tonnerre commen^a k gronder derri^re nous > 
et bientdt la pluie tomba en abondance*. Le 
vent ^tait sud-sud-est le matin, et yaria en- 
suite plusieurs fois en passant a Test , an .sud > 
et qiieilquefois au nord. Nous nous reposimes 
un mom&tit k Cbndocali ^ et apr^s trois heures 
de marche nous entr&mes dans la ville; Le 
troSne , le pruneli^r , I'orme , le sureau ^ la 
cl^matite ^ la ronce y bordent les chemins de- 
pius Ipso jusqu'aux environs du port Gomn , 
et partout les champs sont converts d'oliviers. 

On retire > au nord de Corfou y du kermes 
en iT^^petite quantity , parce que le ch^ne 
qui fournit ce xouge pr^ieux y est devenu rare 
sur un sol tout plant^ d'olii'iers ; mais on doit 
supposer qull ^tait beauJcoup plus abondaht 



CHAPITRE XV* / Sot 

autrefois , puisquHl ay ait ^te soumia k un im- 
p6t par les V^nitiens. » 

LemArier blanc r^ssitti^s-bien dans toute 
rile : il faudrait eh recoihmander la culture 
si Tolivier n'en occupait dejk la place j car il 
est tr^s-important de yarier les cultures daiis 
tm pays , afin de pouyoir si^occuper toute Tan- 
nee y sans interruption y des trayaux de la cam* 
pagne.'D'ailleurs, i'education des yers i soic 
pent 6tre abandonn^e aux f emmes ; elles sont 
plus soigneuses et plus'propres que Fhomme 
aux pet its details que cet insecte exige. • 
V • Cette course au liord de Corfou fut bientdt 
suiyie d^ujie seconde au sud. Nous partimes 
de la y ille le 29 ^ aoAt k qihq heures du soir , 
sur i^ne deini-gal^re . qiti ayait appartejiu k 
Venise; Nous avions eu depuis quelques jours 
plUsieurs^ orages : iha^yait plu abondamm'ent 
}a nuic prec^dente et dans la anatin^e. A.midi| 
le terns ^tait encore yariable et inceriain j mais 
k deux heures , le yent s'etaat fix^ au nord- 
ouest 9 nous nous" embarquimes , et yinihes 
dans deux Jieures mouiller it Benissa^; petit 
village sitiie au bord de la mer , a deux lieues 
sud deGorfou. » ' 

II est'Bu bas d^niue mohtagne de moyenne 
hauteur , presque toute couyerte d'oliyiers,. 
On remarque yers le sommet quelques yignes 



i 



\ 



€oa ^ VOYAG1E EK F£SS£. 

UiBseat hwn cnldyies : le terrain , ex.tr&mement 
en peute , y est soutenn par des murailles en 
|iierte^ sJches. La f oehe est dure ^ calcaire , 
ibrrn^ d^un assemblage de caiilontages : oil 
J expIptlB.des piepies menli^rea pour lei moikr 
Hub k hMe y qiil sont d'uiie e^ceUehte qaa> 
lite. Am quart de la hauteur on trpuve une 
€Qiiolie de gr^sfott tendre^ 4^ oh Von voit sor« 
tir pluBiew^' sonroes dont la reunion, fonn^ 
tui ruiasea^f 4&^2 bonsid^rafale ^ et foui^it de 
Teau k tin^^^ mo^Uns ponstruits les uns ji 
la suite dies ^jjktrea. * 

'Le*3a^ tious vinmes d^barquer axix salilies 
deLefkimo. Kous fetAm^s un coup^d^teal^ en 
ptksB,nt\ sur le sel'amoiicel^^ doiit^Qii aVait 
d6jk enilev^ une jgartie , ' et sur las comparti* 
«B6nf oh s'efjCectue sa i^riatallifiatioii : ii a le 
de&udic d^aToir le ^^$in trop petit , ounde li^Stre 
pas en cristaiix a^ez graUds et asses . bea%ix ( 
€6 qui'lul fait 'prf||»ber ^ en Italie'^ celui jUa 
Sainte-'Maure. Le,^rdo Gbrfou ne trecive 
gu^re de d^bit que $!^|^ c6 te de: 1: Albanie ^ ah 
H iBSt pay^ k un prix bien iiifl^rieur k I'autre, 

Nouslaiss&iiies les salines sk. gauehe^ et nous 
traversimes une plaine de la plus jgrande fer- 
iaiioi, plants en oUvxcfts , et culttV^een qtiel- 
ques endroits en mais ^ doura^ past^ques y me* 
Ions 9 etc. : on y roit pen da vignes^ et on y 



sSme fort peu de bl^^ Le^ ^nviifons des viSa* 

g^s oflrent quelcpi^^chsiiBps ^^^Ht^s de eo^on. 

La plaiBe est termini rnn s>«id-o«est par des 

eoteaux et des col&iee , lai plupajrt eoHverteiii 

de cypres et d'oliviers, Elle a peu de profoi^* 

deur ; mais elle s'etemd le long de la mev y et 

£>rme auic salifies ub fti^aReement e^pn^id^ra^- 

ble ou un qi^ qui p^iraJt av6ir ^e pi«oduif pai? 

des alkivtens ou dee atterrlsseoie^ ocea^dAH 

n6s par des^couTaHS^ jLa peri«e mfe^Fe'de Lef- 

kimo 9 qui a son embouekupe an sud de ee 

cap, n^^tant entr^^ue du^ant Yeti^ que jkh? 

les eaux de la «ner ) qui y entrent, et -y s^jotii^ 

nent I «t ne recevant Tliiver que les eaux de 

* '' ' 

pluie qui y viennent en petke quantity* dea^ 

GOteauK vmsifis, on ne pe^t gu^e suppo^ei: 

que la cdte se soit bedUeo^p accrue par une 

caijise si petite. 

Nous pa^couril^pies les <inq village* qui fbir- 

ment le quartier de Iitfkimo : Rlnglad^, de 

qua|tre-Tkigtr4M:£ i^ifiKMi^ Anaplad^ , de cent 

quatre-vlng^j Sakit-Th^odoro, cje deux c^ts j 

Po^ami , dequatre-vjngts^ et Rfeliehia, de de^x 

oents. Us «ant tr^s-iiapprock'^s les uns dtes au- 

trto^ ^t fbrment uffl?e, po puliation de quatre 

mille habitans. lie disrnteif^feS* %itue sur la rire 

droite de la iri\ i^pe, et le penulti^e est siir la 

gaudie i les ai^tres ^b "f^ont 4 peu de distance. 



f 



5p4 XOTAGir JEN PE^B.«3e. 

- J L^ bateaux remoutent dans toutes les sax- 
$ons la riviere , qu'on prendrait pdur un canal 
creuse de main d'hamme*, et viennent char- 
ger riiuile que ibnt; les habitans de ces vil- 
lages. • ' 

Le 3i , noT^is travejfsfijnes une seconde fois 
la.pl$iin.e/dans ladiscipfeop. du nord-oiiest , et 
nous'yinmes au ipnd di^i golfe d'Egripo , tou- 
yours . k Tombre dfe^* QHviers.^ Parvetius ^ cet 
endroit, nous nous eloign^ipes de la mer en 
ngu9( dirigeant au sud-sud-ouest ,. et noyB ar- 
r^yf mes* k P^riy oli ^ . villfige - de piws . de cait 
maisons , • aprSs :ayQir , ifravers<5 i[le$i co*eaux 
iacultes., converts de myr^t^s, de lentisques, 
de; bruy^refi et de, elites. - 

Toutes les terr^Sj qui s'otendent ^ rouest de 
Lefkiino jusqu'^ l^ xmti > dajis un trajet d'une 
^ lieue et demie, et qui formentuiiecrillte qui 
aboutit.au sud jusqu'au cap Blanc r^ .ser^vt^nt 
to^tes :susceptil?les de .culture ; ell^s iSjeraient- 
tres-propres k Tolivier^ ^t.surtout a^ la vigne. 
Les cultures y sont pjO^rjtant* a$sez rdres : on 
neglige mSili.e quelques petites sourcies qui 
naissent sur la pente orientale de cette crete,. 
k demi-lieue et k troiS' q^jijai- ts de li^iio du pap. 
ha. roche, presque p^rtQut CQUverte de terre ^ 
se montre calcaire-^'CrBtac^, assez tfendre ^ 
8ur le cap et aux envirpH^ ? il y a dan§ Cette 



CHAPITHE XV. 5o5 

partie de Tile deux villages peu considera- 
bles. 

De Perivoli nous alldmes dans trois qnarts- 
d'heure^^ Malatia, village de trente maisons, 
situ^ sur line eminence a Toccident du pre- 
mier. A tin mille plus loin on voit Argirad^, 
qui en a quatre-vingt-dix* On appercjoit la 
mer de I'occident avant d'etre a Malatia , et 
on a la vue de quelques coteaux incultes , de 
quelques champs d'oliviers et de vignes plan- 
tes dans les endroits les plus bas et les plus 
fertiles. 

Nous n'alldmes pas plu^loin ; nous vinmes 
passer la joum^ dans le quartier deLefkimo, 
et le lendemain nous nous rendimes au fond 
du golfe : nous montdmes une coiline asse^ 
escarp^e y rocailleuse ^ peu propre k la cul- 
ture. Apr^s une heure de marche , nous des- ' 
cendimes dans la' vallee d'Egripo y que nous 
traversdmes j elle est de la plus grande ferti- 
lity : les oliviers y sont tr^s- beaux, et la plu- 
part dts champs sont cultiv^s en mais et en 
doura. Nous montdihes ensuite jusqu'au petit 
village de Coracadds , d'ou nous descendimes 
une seconde fois au b6rd de la mer, en lais- 
sant y k quelque distance k gauche y sur la pente^ 
de la montagne , le village de Climo , form^ 
de cent' cinquante maisons. Nous cdtoydmes 



/ 



So6 VOYAGE CN PEASE. 

qaelque t^ms le golfe de Messongi ^ presqne 
tou jours k Ton^bre des oliyiers. 

La plalae est traverse par une petite ri- 
iridj[^ qui prend &a source daps ]es montagnes , 
etcfuif apr^s avoir fournide Teau k sep^ mou- 
lins k iarine y et arrbs^ qnelques champs et 
quelques jardins , est re^ue dans un lit pro- 
fi>lid et tranquille , dans leqnel les bateaux 
peuyent entrer* 

Au nord-vouest de Messongi ^ on Toit ime 
montagne de moyenne hauteur , doat tout le 
bas est plante d'oliviers , et dont le sommet 
MSt inculte. . . 

Apr^$ nous Stre reposes une heure dans 
une maison de campagne situ^e au fond de la 
plaine ^ nous vinmes k Benissa , et ensure k 
Perama^ sans quitter ]^ bord de la mer , ou 
sans nous en ^carter beaucoup. 

A demi-lieue de ce dernier village , nous 
remarqudmes une roche fort et^ ndue , d'un 
trd^beau gypse y dont il pamtt que les habi« 
tans n'avaient pas connaissance , car ilsftirent 
leiu* pl&tr^ de Venise^ y plutdt que d'exploiter 
celui que leur ile ren&rme. 

Nous Himes rendiis bientdt apr^s au port 
des Salines > nomm^ Torto^ Catena y ^ cause 
de son. entree ^troite, ferm^e autrefois par 
une chaine de fer : on le nomiae aussi hago 



\ 



CHAPITRlS XV. 5o7 

onPeschiera di Calichiopulo ^ d*une ancienhe 
ia;9}ille de Corfou y qui en etait propri^taire , 
^t fiur lequel elle avait ^tabli une pScherie. 
Nous le traversdmes ^ son entree , danstin 
faac : nous parcourClmies sie^ environs j ainsi 
que le terrain de Tancienne ville , et nous ar- 
rivS.mes le nuSmesoir it Castrad^s ^ faubourg 
de Corfou. 

Le port des Salines parait avoir ^t6 autre^ 
fois lin des plus siirs ^ un des mieux abrites ^ 
-un des plus vastes de tons ceux qui ont ap^ 
partenu ^ des penples navigateurs. Enfonc^ 
jdans les terres , son entree , fort abordable 
d'aiUeurs, esti^troite, etestgarantiedes vents 
•par un Jlot qui se trouve plac^ k peu de dis- 
tance. Comme tons les ports anciens , U est 
peu profond ; il est mSme comble du c6te du 
nord*ouest , ou Ton rf etabli des salines ; ce- 
pendant on ne pent douter que ce ne f&t ce* 
lui des Fbeaciens , et qu'il n;'ait ^t^ capable 
de contenir une grande marine ^ dans un terns 
surtout ou elle etait encore dans Tenfaiice ^ 
et ou les plus grbs na vires avaient ^ peine la 
grosseur de nos galores. 

L;3L yille ^tait placee au nord , et s'etendait 
jusqu'^ I4 rade de CasfradSs ; elle occupait un 
^^rrain d'un mille ou environ d'etendue , que 
}es b^^bitans d^signent sous le iiom de PaleQr 



5o8 VOf AGE EW FfiRSE. 

Polls on de ville ancienne , et snr lequel oh 
voit encore quelques d^combres , beaucotip 
de fragmens de briques et de poterie , et d'oA 
on a tire , en divers terns , des m^ailles > des 
colonnes et quelques inscriptions. 

A l'est»nord-est de ce terrain presque tout 
tmi f s'^l^ve le long de la mer , d'tin port k 
Tautre , un coteau plants d'oliviers , qui pa- 
rsdt n*av6ir pas ^te entieriemient occupy par 
la ville. On ne trouve, k sa partie sup^rieure, 
ni mines j ni vestiges de murs 9 ni amonce- 
lemens de pierres ou de terre : les d^combres 
et les fragmens /de poterie ne comxnencent a 
se montrer qu*^ sa pente int^rieure. 

On remarque , au sud de Castrad^s , sur le 
sol de Tancienne ville , trois puits de cinq k six 
pieds seulement de profondeur , dont Teau , 
Lonne a boire , sert k*arroser quelques jar* 
dins. Des savans de Corfou j avec qui nous 
avons et^ nous y promener. plusieurs fois , pre- 
naient ces puits pour les deux sources dont 
parle Hom^re ; ce qui les portait k placer en 
cet endroit les jardins d'Alcinoiis. Nous n'a- 
vons pu 6tre de leur avis , par la raison que y 
outre que la ville s'^tendait de Tun k Tautre 
port 4^J^s Tin. espace assez resserr^ , et qui a 
du Stre tout Occup^ par des maisons , ces eaux^ 
qui ne sortent pas hors de terre , n'auraient 



CHAl^ITRE XT. SoCf 

jamais pli sufEre , dans un climat chaud et 
s^c y a arroser.quatre arpens de terre* li est 
plus natiirel de penser que c^ jardins etaient 
k roccident du' port ou au sud-^ouest de la 
Tille 9 1^ pu se trouyent deux sources abon- 
dantes qui yont se rendre aujourd'hui dans 
rancien port ^ apr^ avoir arrose un terrain 
bas et mareca^geux ; elles out pu de m^me dtre 
conduites dans Tinterieur de la ville , en sup- 
posant que les jardins et le palais du roi fus* 
sent places vers le centre. 

On trouvera de mSme le fleuve ou Nausica 
se rendit avec ses compagnes , et oil elle (ut 
abord^e par Ulysse , dans la petite riviere qui 
passe k Potamos et va se jeter dai;is la mer k 
une lieue nord-ouest de G^rfbu. 

Castrad^s est, bSti tout autotir d'une rade 
peuprofonde , mais abrit^e des vents de nord 
et de nord-ouest par le rocher avano^ danS la 
mer , sur lequeWa ville de Corfou est assise. 
liCS habitans ne sont pas marins comme ceux 
^e Manduchio : ils ont un autre genre d'in- 
dustrie ; fls fabriquent en terre des jarres d'une 
grosseur considerable ^ dont on se sert dans 
toute rile , pour conserver I'huile d'oliv^. 

Pendant' que nous parcourion^ les divers 
quartiers de Tile , et que nous observions ce 
qu'elle o^re de plus interessant , le commis^ 



i 



SlO VOYAGB EN PER8K. 

saire dn Directolre s'occtipait des moyem de 
nous iaire conduire k Ancdne. D^j^ il ayaif^ 
donni ordre an aipitaine d'xute galore ap- 
paitenante It la r^pttbliqixe ^ de se tenir prh k 
mettre k la voile. D6)k nouB faisions nos pre^ 
paratifs de depart , qttand tot^ k coup il fut 
cpestion de faire ce voyage a^vec le commis-> 
saire lui-m^me , et de nous embarquer sur ]sL 
iregate fran^aise laRrune , qxii se trouvait 
depub quelque terns k Corfbu. 

La frigate appareiUa le lo ^rptembfe aii 
matin y et alia mouillcr derri^r^ les quatre 
Hots inliabit^s et incnltes y conims des Greed 
sons lenom de Tetranisa. : lis abritentla rade 
de Copertq^ ^ skuee sur la cdte de Pil^pire au 
nord^est du canaL ( PL So. ) ' 

Demi-heure aprdis qu'<^rie eut appareille, 
nous primes un bateau pour nous conduire k 
Butrinto^ dont nous voulions voir les mines ^ 
et oil nous avions d'ailleurs k jeter un coup^ 
d*c&il sur les ^tablissemelis que les Yenitiens 
y ont f aits. 

La ma: ^tait calme ^ et le vent souflPlait k 
peine du sud. Au moy^x de nos voiles et de 
nos avirons^ nous e{Lmes bient6t d^pass^ la 
fregate, et nous entrfiraes dans le riviere de 
ButrintOy enserrant la rive droite , afin de 
iranchir plus facilement la barre y sur U^ 



CHAPITRE Xr- 5ll 

ijnelle il n'y a gu^re que trois oti qtiatre piedft 
d'eau. / 

Cette ririere , <pi'on prendrait pour im ca- 
nal k la tranquillity de ses eauic et k VntA^ 
formite de ses riyes f est k trois lieaes nci^ti* 
est de ia ville de Coifou. Sa leagear , depuis 
son embouchure pisqti-mi lac qui lui doxme 
naissaiice y ^st de drx out douze toi^es ^ et sa 
profbndeor de dot^e ou quinze pieds« EUe 
eoule h trayers tuie terre d'alluyioa ^ basse ^ 
^troite ^ resserr^e d'uii cdt^ par la p^herie 
de Girayolia j et de I'autre par Tetang d'Ar*- 
mura. 

La pr^midre est une rade peu profonde ^ 
entouree de mar^cages y dans laquelle on en- 
ierme le poisson par le moyen d'une ou de 
plusieurs palissades en roseaux ^ afin de pou- 
y oir le prendre k yolont^. Les yaisseaux mouil- 
lent en s&rete au-deyant de cette pScherie ^ par 
quatre ^ six y huit et dix brasses fond de yase 
et de sable. 

L'^tang d'Armura est moins enfonc^ dans 
les terres { il a plus de profondeur ^ et ii est en- 
tour^ de deux ddtes par de$ colHnes incultes. 
Ulie bande de? terr^ fort etroite le s^pare de 
la mer , tx n^ laiS66 qu'iin passage fort ^troit^ 
marque A sur le plan , par- lequel >les bateanic 
entrant : Ofi yoit y pr^s de rembouokure de la 



5l2 VOYAGE EN PERSE. 

riviere, un autre passage B plus etrdit , presqne 
tou]ours obstru^. 

La forteresse de Butrinto est k une lieue de 
la mer , sur la rive gauche de la riyi^re ^ et 
au confluent d'une autre beaucoup plus pe- 
tite , nomm^e Paula , qui vient du sud- 
est. 

Les bateaux y qui ne remontent aujonrd'liui 
lariviereque jusqu'klaforteresse , parcequ'on 
a ^tabli en cet endroit deux palissades pour 
prendre le poisson ldrsqu*il veut retoiu'ner a 
Ja mer ^ pourraient iacilement se rendre dans 
le lac de Butrinto et dans celui de Risa y qui 
ne sont separ^s que par un canal nature!. 

Au nord de la riviere , le terrain forme une 
presqu'ile eJev^ , rocailleuse , inegale , peiz 
fertile , sur laquelle on remarque le village 
de Coperta^ situ6 vers la mer j celui de Me- 
rovigli vers la riviere , le hameau de Saint- 
l^rino pr^s de Tetang d'Armura , et la place 
qu*occupait Tancienne ville de Buthrotum k la 
naissance de la i^ivi^re et du lac. Au sud et au 
«sud-est on voit une plaine ba^e , arros^ ^ 
tr^s-fertlle ^ et capable de foiunir aux besoins 
'4'uiie granjie ville. A Tesfet au nord-est s'^- 
l^vent defii golUnes et* d^s montag^es toii^es 
oeuverleadle boife. • 

La £»rtpre8ae que les Venxtiens av aien t bdtie 

pour 



rr- 



CHAPITRE XV«- 5l3 

pour favoriser le commerce qu'ils avaient d'a- 
bord entrepris avec rinterieur de TEpire , et 
defendre ensuite les pScheries qu'ils OY^ient 
i^tablies , tant sur la riviere qu^^ Girovolia et 
k Armura , consiste en une enceinte carree , 
flanqu^e de quatre mauvaises tours d'ou Ton 
voit sortir quelques canons de petit calibre 
par trois embrSfiures pratiquees au tiers de 
ieur hauteur. Un foss^ en defend I'approche 
dii cdt^ de la campagne y et la maison du gou* 
vemeur y est adoss^e du c6te de la riviere. 

Cette position , plus favorable peut-dtre k 
la p^cherie qui se trouve au-devant du fort , 
a Tinconyenient d'etre mal - saine ^ et mSme 
de n'^tre pas habitable ^ la fin de T^te , tandis 
que celle de Tancienz^ Buthrotum y qui ^tait 
k quelques pas de 1^ sur une hauteur , ofFrait 
k la fois les ayan^ages d'un lieu naturellemeni 
fort et beaucoup plus sain. 

Les mines de cette yille nous occup^rent 
toute la mating : yoici ce qu'eUe$ ot&ent de 
plus remarquable. A dix ou dotize pas de la 
riye droite (Je la riviere , et en face du fort , 
on apper^oit une tour ruinee , et on suit quel- 
que tems un yieuxmur trds-^pais^ quivdeien* 
dait la yille du cote de la terre. Paryenu an 
sommet du coteau y oii parait avoir ^te la ci-* 
Ud^lle y le palais des rois et un templ^ t ^^T 
Tome FL Kk 



5l4 VOYJLGE EN PERSE. 

voit entr'autres deux encemtes et diverjs murs 
dont on ne pent tracer le plan. La ville oc- 
cupait tout le coteau ^ et se prolongeait sur 
la partie basse qui se trouve seulement le long 
dei la riviere k Test-sud-est. On remarque k 
celle-ci , vers le bas du coteau , quelques restes 
d'uii edifice assez considerabk. JParnii le« xnixrs 
de la citadelle et ceux de la ville on voit deux 
sortes de ma^onnerie qui indiquent leur cons- 
truction k uhe epoque , et leur reconstruction 
 a une autre bien moins recul^e : en quelques 
endroits le bas des murs est en grands quar tiers 
de pierres taillees en polygones irr^guliers. 

Le soir , nous parcouriimes en bateau le lac 
de Butrinto et celui de Risa j et kla nuxt nou3 
vinme^ joindre la frigate , qui mit aussitdt k 
la voile , et s'eloigna de la c6te au moyen d'un 
petit vent d'est qid commen^ait k soufHer. Le 
lenderaain , au lever du soleil > nous ii'^tioM 
qu'^ trois lieues de Corfo^, tant le vent avait ^t^ 
faible. Les jouts suivans > ^nous eAmes presque 
touJQurs vent d^ nord , de nord-ouest , et plus 
§ouyent de nord-est accompagn^ de pluie au 
d'un ciel nebuleux .: le yent de nord-est souffla 
m^rne avec .violence durant deux jours. Enfin 
le ;tem6 devint plus beau j le vent passa au 
sad, et nous entxdmes dans le port d'Ancone 
le 19 septembre* Nous flmes k bord une qua- 



X 



CHAPlfRE XV. ' ' 5l5 

rantaine de trois jours , et n'obtinmes la per-' 
mission de nous rendre k la ville que le 23. 

Bruguiere en sortit malade le 24 y et M. Co- 
mcyras eut le 2.6 un acc^s" de fi^vre un peu 
fort. 

Un s^jour de quelques inois k Constanti- 
nople avait ete fort utile k mon colldgue : il 
fi*y etait remis de ses fatigues j il y ayait re- 
couvre presque toute sa sante et presque tout 
son embonjSoint, et^iln'avait ressenti aucune 
sorte d^incommodit^ dans les courses que nous 
avions f kites sur la plaine de Troye, aux en- 
virons d' Ath^nes et dans Vile de Corfou . Echap- 
p^s jusqu'alors k tons les dangers d'un long 
et p^nible voyage, et au moment d'arriyer a 
laotre destination, et de jouir , au sein de nos 
families , du fruit de nos travaux , nous ^tions 
bien loin de craindre que ce serait pour aihsi 
dire au port, que Tun de nous ferait naufrag«. 

Avant mSme de quitter la fregate, Bru- 
guiere fiit attaque dHme petite fi^vre, et il 
ressentit un mal de tSte et des douleurs dans 
les membres , auxquels nous fimes d'abopd 
Tun et Tautre peu d'attention, mais qui To*- 
blig^rent pourtant^ se inettre au lit en arri* 
,vant au logeraent que je lui avals fait preparer 
dans rinterieur de la ville. Les jours suivans 
il prit Temetique , se purgea, observa. iwi© 

Kk a 



-\ 



5l6 VOYAGE BK PER6E« 

diete assez siy^re , et eut recours qtielqiiefols 
k nn peu de vin tr^s-yieux d'Espagne , sans 
^proiiyer aucuii changement dans son etat , 
zii en bien ni en mal. 

La nuit du 28 au 29 , il lui survint une jau- 
nisse sur tout le corps , accompagn^e de fal- 
blesse et de mal^aise , qui me fit d^s-lors crain- 
dre pour sed jours , ^t me porta k prier le 
chirurgien en chef des troupes fran^aises qui 
se trouvaient k Anc6ne , de venir m'eclairer d^ 
$on experience. Le poiils^ k peine febrile au<r 
parayant^ devint concentre , irregulier, et le 
malade commen^a k sentir un feu interne qiu 
le minalSt sourdement^ le privait du sommeil ^ 
et lui occasionnait tme inquietude que toute 
sa raison ne pouvait ^carter. Bient6t U y.ext^ 
quelques momens 'de delirfe j les forces s'aiFai- 
blirent de jour en jour^ et le malade cessa de 
respirer le 3 octobre aprds midi ^ sans parai* 
tre souifrir y sans se plaindre y sans regretter 
tine vie a laquelle ii aurait eu tant de motifs 
d'etre attache. 

M. Comeyras fut d'abord attaque d'lme fid- 
. yre tierce , dont les deUx premiers acc^ n'eu- 
rent rien d'inquietant ^ mais dont le troisidme y 
nonobstant T^metique^ se montra comateux^ 
et se prolongea jusqu'4 I'accds suiyant y en 
laissant pour tant quelques heiires de calme. 



* CHAPITRE XV. Siy" 

Le quinquina , pris alors k grande^ dose , Ti'epi- 
pScha' phh ie retour du quatri^me acc^6 *, qui 
ftit comateux corame le precedent , et a la 
suite duquel le fn^lade eipira dans 1^ in^me 
quart-d'heure , et presqu'au mSme instant que 
Brugui^rd avait cesse d'etre. Leurs corps fii- 
rent d^pQj5e§ le^lendemain en grande pompe 
dans Tenceiute de la cit^deUe ^ et des larnies 
de regret et de douleurfurent versee&eh abo^- 
dance surleur tombe par tous ceiix qui les 
fcvaient connus. ^^ * 

* Je quittai Anc6ne peu de joura apr^s pour 
merendre k Milan ^ et de 1^ k Gi^icsy ou je 
m'^inbarquai pour Nice. Je tra\(ersai la Pro-^ 
Tence ^ et arrivfti k Paris dans, le.couraut de 
d^cembre de la o^me atui^e 1798. .. 



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TABLE DES CHAPITRES 



CONTEjSrUS'DANS CB VOLUME* 

VjM apitae PREMick. Nouvchux troubles. 

Youssef-Ali^ My r- A lint et Djaffarveu- 

lent s'^mparer du pouveir. Achmed-Chah 

- pctrait sur la sc^ne , s^empare de Mesched 

. et\ ewoie une armSe ddns le Mazanderan. 

Origine de Mohammed-Hassan. Cuerre 

entre Teymouras et Azad. AUrMerdan se 

Jait lut parti dans le Loristan^ ^empare 

d' Ispahan , veutfaire dSdarer rqi unpe- 

tit^fils de Chah'-Husseih et sefaire nommer 

rSgent :. sa conduite ^.l^^gard de iC^rim : 

il est assassinS. ..•».*...• Page i 

Chap; ii. Dispositions de Kdrim : il va cont- 
battre Mohammed- Hassan } il est battu j 
il rSpare ses pertes , et marche contre 
Azad; ilne pent s^emparer de Casbin^ oil 
celui-cis^est retirS; il y revientun an apris, 
est battu et poursuivi jusque dans leKer- 
mesir. Les Arabes viennent h son secours. 
Pertes d^Azad; Use retire 4 Ispahan ^puis 
h Tauris. Mohammed-Hassan et KSrim 
veulents^emparerd^Ispahan^^KSrim^ abartr- 
donnd par les Arabes , se retire h Chirac} 






10 

TABLE. 5^9 

ily est attaqud par. Mohammed'Has^n i 
ilje repousse : celuircl entte dans VAder- 
bidJ0ft , et s^^n, Qmpare. Azad se retire en 
GSorgie* Mohammed^Hassan veut prendre 
. Chiras; il est ^ibandonfid de ses troupes j 
. attaquS h son tour dans le Mazdnderan j | * 

^aincu et tud* •••.••••.•••« 4^ v 

» 

Ghap. III. Presque toute la Perse se soumet 

h Kirim. FStah^Ali^Khan^ s^empare de 

^Aderbidjan} il est assHgi dans Urmia ; 

il se rend auprds de Kirint y et implore sa 

clSmence. Tentatives d^dloigner Kdrim de 

la rdgence } il cowoque un di^an , prend 

, le titre de vikil, et enferme Ismael dans 

. laforteresse d^Abada., ^Srim Jait bdtir 

.. un palais d Chiras y et transf^re dans cette 

ville le siSge de PEmpire^ iljait la guerre 

an scheik de Bender-Rik et au scheik Su- 

^ ley man. Mceurs des Arabes du Kermesir. 

Sidge et prise de J^assora. Mort de Kd- 

: rirn,',*,* 83 

Chap^ ly. Eloge de Kdrirn. Zdki-Khans^en> 
pare du pouvoir, Rdvolte d^Ali-Murad- 
Khayi. Zdki'Khan est tud au milieu de 
s6n armde. AbouUPdtah-'Khan en prend '^ 

,' le^^ommandement^ et se fmt reconnaitr^ i 

pour chef' de I* Empire. Sadek -Khan se [ 

. . dispose d succdder d Kdrim / ilfait wfeu* t^ 



\ 



; 



Sao- TABLU/ 

gler Jiiaui-FSiah. Nouvelle i^Hilte d^AU- 
" Moiirad -> Khan ; il assidge^ C^fas ^\la 
^ pYehd\ fait massacrer Sadek et tous ies 
*\/ilsy et^fintpare dupoUvoiriU . • .. i i>i3 
€ha9. Ti Rt{v{>lte (^Aga^MAhimat^Kkhn. 
t AU^MuJud emoie comf)B lui Scheik-VeiSy 
^ \et obtient des succ^»* Ddser^oft de^tr&u- 
' pes de Scheik-^Vdis. Mvrt d^Ali^Murudi 
w TfduNesA Ispahanxhe gowemiBuf^ut 
. s^empar^r dd fautOjitS. Djaffur-Khkn le 
^'nwt eH fkitey-et se faip nommer rSgent. 
Guerre ehtre lui et Aga^Mehdmet-Khan. 
Troubles tut nord et aU thidi. Djtiffar est 
mis d • mart pttr une troupe d& seigneurs 
conJurSs. . .^ . .• . . ; » ; . ; • . \ , x6S 
Chap. vi. 'Lutf-rAti parvi^nt h ^emparer du 
piouvoir) eth' fair^ moUrif l^s' cMjurds^ 
*^ Guerre entre lui et M^hdmet. Co^dmte 
^e ces deux rivaux. Lutf'Ali est pris par 
trahisonyet UvrS a son ennend, qui ie/ait 
'' pdrir: .' •• .• •• .* .• •• .* . •• .* .♦ . .• .• . •. :24a 
Chap, vix. Division gdographique des Etat3 
compris entYeia mer GAspti^Hne et luM^r^ 
Noire i ' Traits ^cohtht errtre timpSratrice 
de 'Ku)ssie etvs prince deGdorgie.'Sac de 
"^ TifiU. ''Ces Russes ^empitreftt de I>erbekt^ 
de Bdkou y d& ChanHam^ MSJiSmM souTnfit 
" le Khop^^sdm MvH'de Ckurokh ^Qhth. 



r 



TABLE. 5ai 

r 

MdhSttiet niarthe contra les Russ^s; il est 
assussinS 'dans son camp, Ba&a^Kkan 
lui succ^de sous le nom de Fdtahf^Ali- 
Khan • . . • . • i • • • * • 2.39 

Chap. viii. Ddpartd^ Ispahan. RetourhBag^ 
dad par Kengaver et Kermanchah. Fetfi- 
mes de Mikr^Abad* Douane de Sarpll. 
Curdes qui attaque^t la cara^ane. Divers 
mo^ens de quitter Bagdad Bt de fdire 
route* Aventurier qui prend le nom, d^ufi 
des fr^res du roi de Perse. . . . , . 268 

Chap, hl* Dipart de Bagdad par la MSso^ 
potamie et la rive gauche de tEuphrate, 
SSjour pr^s d'un puits. Insectes incommx)-- 
des* Arabes campSs. Description de Hit^ 
Peuplier singuUer. Passage dufleuve sou$ 
Anah : description de cette ville. Mani^re 
de voyager des Arabes de ces contrdes* 
Tortue de VEuphrate, . 4 . . . . , . 3oo 

Chap. x. Mi^trche et ordre, (fune caravane. ^ 
Conduite des chefs. Arabes du ddsert. Dd*^ 
part (fAnah. Route par la rive droite ,de 
tEuphrate y jusqidh Rahabed. Descrip^ 
tion de Tdib. ArrivSe ^ Latakie. Dom-^ 
mag^s qi^un tremblement de terre venait 
{Poccasionner a cejLte ville. . . • • . 829 

Chap. xi. DSpaH de Latakie pour Lamaca. 
Commerce et population de Chypre. Route 



5^2 TJLBLZ. 

■■%• 

par Nicosia J Carina ^ CMindrOy Caramdn^ 
KonidKet Akshder. Arrivde h Cara-His^ 

sar* 36^ 

Chap. xii. Description de Cara-Hissar* Cul* 

ture de t opium. Hdpart. Sdjour h Ku^ 

taySh. Route par Nicde ^ Hersek etle golfe 

de Nicomddie. Aventure tragi^K^ A jFTer- 

sek. Continuation de la route par Gudbezdh 

et Scutari y jusqi^h Constantinople. . 4^0 

Chap. xiii. Ddpart de Constantinople. Route 

par {Hellespont J la cote de Troye ^ Ip^ 

sera y le port Ddilo , le cap SuniUm. Arri^ 

• vde'h Ath^nes} gouvemement de cette ville* 

Course au mont Hymette^ h Marathon et 

au Pentelique . ^x 

Chap. xrv. Ddpart (fAthines. Route par le 
ddtroit de Salamine^ Eleusis , tistJime de 
Coririthe , le golfe de Lepante , Patras , 
Ithaque y CSphalonie et Parga. Arrivde h 

Corfou 4^1 

Chap. xv. Description de tile de Corfou. 
Ddpart sur la frdgate la Brune- Course a 
Rutrinto : remarques sur le sol et les en-^ 
virons de cette ville. Arrivde a Ancone. 
Maladie et mart de Rrugui^re. . • . 4^7 

FIN D£ LA TABLE. 






L 



E ll R A T A 

DU TOMB SIXIEME. 

Page 22 , Hgnes 18 et 19, s'engagerent de marcher ^ 

lisez : fi'erigagerent i marcher. 
Page 899 ligne i3) Ibrahim - Nhan ^ lisez : Ibrahim-' 

Khan. 
Page 186 , lignes 9 e/ lO^ et M de s^y defendre , tisez x 

et de s^y defendre. 
Page i^^y' ligne 12, soient port^es ^ Usez : ne soient 

port^es. 
Page 497 9 ligne 7 y d^riyaut , lisez : faisant d^river. 



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