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Full text of "Voyage dans l'intérieur de l'Amérique du Nord, exécuté pendant les années 1832, 1833 et 1834"

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VOYAGE 

DANS L'INTÉRIEUR 

DE 

L'AMÉRIQUE DU NORD. 



D.oiiiz.owGoogle 



TjrpoKrtphIp * Firmin Dlrtnl Frtm , riw Jacob , ! 



D.gitizecbyG00glc 



VOYAGE 

DANS L'INTÉBIEUR 

DE 

L'AMÉRIQUE DU NORD, 



kcLTK l>BNU»CT LES AHIIÉBS IS33. IB33 it ]8M, 



XiE PBIIfCE MAXnmjEN DC WOCD-lfEITWIED. 



OUVHjLUE 



Par m. Chablbs BODMER, 



TOME DEUXIEME. 

' iBtaC 03C3W»« 



CHEZ ARTHUS BERTRAND, ÉDITEUR 




D.gitizecbyG00glc 




D.oiiiz.owGoogle 



VOYAGE 

DAMS L'INTÉfllEUH 
M 

L'AMÉRIQUE DU NORD, 

EXÉCUTÉ PBNDinr LES AnnÉBS issa. t&aa n ism. 



ItfflOCtçijSffaSlCIiBKilOg 



CHAPITRE XIII. 



r PIEBKK SUm LA BIVliRE TXTOEt, AD FOIT CLIEKB, 

Fais DO nt-uoE usa iundaks. 



SÎDgiilicre fonMlion du piji. — TatigM du bn. — Ile Clujelute et limère du 
mlmt nom. — Ancienne demeure du Ariccuw. — Les feodeun de bois ^aMiii 
pu des Indieni. — Obris du antilopei. — Loirps et autre* «oimaui. — Litlle- 
ChaTcnoE-nïTer. '- Abondance du gibier. — Veiiige* de* caitan et d* li dé- 
blde. — UoreiuVRiier. -- Cnnd ou Weiirl[i>-Riter. — Rivièr« «u Rempul. 

— I.ei deux Tillages ibudoniiis des ArieciTai. — l* Butte au Grèi La Butte 

de Cbaj'eaoe. _ Place où les Ariccarts tuèrent des bUncs. — Cannoo-baU-RÎTer, 
avec ses boules de grès arénacé. — Heart-RÏTer. — La Butte curie. — Rencontre 
deaTanktonans Fort UariLe, pt«« de* Tillage* de* m«~*""» — Les "*"■'*"■ 

— Ici Cortieaui, 



Norns départ STait été retardé jusqu'au 5 juin, vers dix 

heures, mais alors on tira trois coups de caDon et nous 
partîmes, h'^ssiniboin était parfaitement disposé pour re- 
monter la rivière, et avait 60 hommes à son hord. M. Mac- 
kenzie était resté dans le fort et nous rejoignit vers midi , 



D.gitizecbyG00glc 



2 VOYAGE DAKS I.'l(fTÉRIEDR 

avec M. Laidtow , qui désirait nous faire la reconduite. Nous 
avions abordé près d'une île que les Canadiens appellent 
l'île au Village de terre, parce qu'au d^là du chenal, qui la 
sépare de la terre ferme, se trouvait jadis un camp de Da- 
cotas. Cette île était presque entièremeDt couverte d'un 
épais taillis de saules à feuilles étroites (Salix lucida), et 
sur le sable de sa grève, où l'on voyait en foule des ves- 
tiges de gibier, croissait, touffue, une plante rampante à 
fkurs jaunes {Potenlitta supina) , et , dans le taillis , une es- 
pèce de vigne {Fifis riparia). Nous retrouvâmes encore 
ces mêmes plantes le soir , quand nous nous arrêtÂmes pour 
passer la nuit, auprès d'un bois de saules du même genre, 
et qui était si touffu qu'un de nos gros chiens put s'emparer 
d'un jeune elk vivant, dont nous entendîmes les plaintes, 
mais que nous ne pûmes pourtant pas retrouver. 

Le 6 , au matin , le thermomètre marquait 66° î ( 1 5,a R.). 
On fut obligé de débarquer quelques marchandises pour 
alléger le bâtiment; et, pendant ce temps, nos chasseurs 
rapportèrent plusieurs objets curieux, surtout des oiseaux, 
entre autres le Lanius excubitoroides ^ dépeint par Richard- 
son, que nous n'avions pas encore vu, et puis la Muscicapa 
Saga, la Fringilla grammacay \Aiauda cornuUt, etc. 
Quoique des cabris et un loup blanc se fussent approchés 
d'eux, ils n'avaient pourtant pas pu tuer de gros gibier. 
Notre butin fut riche en plantes. La belle Jmorpha nana , 
Nutt., couvrant des coteaux entiers de ses fleurs d'un violet 
brun; avec elle, VAllium reticulatum, qui communique 
un goût d'ail prononcé à la chair du bison, et plusieurs 
autres plantes , parmi lesquelles les jolies touffes de V Ané- 
mone pennsylvanica , formaient çà et là des taches blan- 
ches. Les collines se composaient toutes d'une argile gluante, 
grasse, stérile , dont la surface était brûlée et couverte de 
pierres brisées; on y remarquait aussi, en divers endroits, 
des masses rondes , ressemblant à des gâteaux , qu'on eût dit 
avoir été fcMidues , et que tout annonçait avoir été produites 



DaitizecbyGoO'^lc 



D.oiiiz.owGoogle 



vig. 1, tome U, page 3. 
Sommets de collines d'argile. 



Vig. 3, tome II, pige 31.33. 
Tombeau des Indiens Uaeotat. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ahériqiie du nord. 3 

par le feu. Nous restâmes là jusqu'au 7 juin, vers midi, 
et nous repartîmes par une agréable température de 77"-; 
(40, 3 B.). Après avoir touché plusieurs fois le fond, nous 
reprîmes à bord les marchandises que nous avions déposées 
sur la Hve gauche. Ce retard me donua le temps de faire 
uoe excursion. Je gravis, avec M. Bodmer, les hauteurs glis- 
santes et fort escarpées de la rive, dont les formes extraordi- 
naires offraient souvent celles de cratères parfaits. La terre, les 
pierres, tout ici portait les marques de l'action du feu. La 
terre était dure, friable, souvent fendue; les pieires étaient 
brunes, noirâtres et iréquemment scorifîées. Quand cette ar- 
gile des collines est mouillée, elleesttrès-gluanteet visqueuse. 
Les sommets, la plupart ronds ou en pains de sucre, pré- 
sentaient la conformation la plus singulière. A leur pointe, 
on remarquait toujours des raies horizontales, parallèles et 
fort régulières, qui les entouraient , tandis que la partie in- 
férieure de la pyramide offrait des sillons perpendiculaires, 
comme 00 le voit dans la vignette n^ i. 

Il est évident que ces cônes de boue ont été lancés en 
haut par le feu , ce que prouvent en outre le grand nombre 
d'enfoncements, ressemblants à des eratères, que l'on voit 
entre eux et à leurs côtés. Dans les sillons et déchirures 
de ces singuliers sommets, croissent des plantes basses qui 
recouvrent, ainsi que je l'ai dit plus haut, le cône d'une es- 
pèce de filet de verdure. Par leurs lignes, qui se croisent , elles 
partagent le cône en carreaux réguliers. La partie inférieure 
est souvent déjà couverte de plantes et surtout d'herbes, tan- 
dis que le haut est nu, ou Mén elle oITrede ces filets; parfois 
aussi les cônes sont entièrement nus. Il ne nous fut pas facile 
de monter sur ces rochers étroits et glissants, dans la chaleur 
du jour. Quand nous pénétrions dans les vallées qui séparent 
ces pyramides, nous trouvions généralement le sol fangeux 
et tellement visqueux, que nous faillîmes y perdre nos chaus- 
sures. Là, l'humidité nourrissait quelques vieux cèdres rou- 
ges, des cerisiers à grappes, des frênes, des rosiers et quel- 



D.gitizecbyG00glc 

À 



4 VOYAGE DAirS L'iKTéBIEUR 

ques autres arbustes. Sur les collines, et dans )a plaine « 
croissait partout, en abondance, une espèce de cactus i 
membrures arrondies en forme de disque, et qui ne fleu- 
rissait pas encore ', et une autre, plus petite, ressemblant 
à la Mammillaris, dont les fleurs d'un rouge vif, et jaune en 
dedans , venaient d'éclore. Sur les coteaux escarpés et sur 
les bords, se montraient souvent la Yucca an^istijolia, 
dont les boutons n'étaient pas encore ouverts, et la belle 
Amorpha ruvui, parfumant l'air. Dans la plaine, fleurissait 
la Crisaria coccinea, Vursh., puis une Artemisia, à tronc 
ligneux, s'élcvant à deux ou trois pieds, et dont les feuilles 
sont d'un vert bleuâtre; en6n plusieurs plantes dont j'ai déjà 
parlé '. Après que nous eûmes gravi les hauteurs les plus 
élevées, où nous ne vîmes d'autres oiseaux que la stournelle, 
le Kingbird, la Fringilla grammaca, Say., la F. graminea, 
VHirundofulva, dont les couples nichent séparés les uns des 
autres au bord des ravins et dans les terrains éboulés, nous 
parcourûmes des pentes douces , de larges vallées, et des plai- 
nes couvertes de cactus, dî Amorpha ruina, de Convolvulas 
à fleurs blanches, et- d'autres plantes. Nous vîmes souvent des 
traces de troupeaux de cabris et de bbons; ceux-ci, en foulant 
leterrain,sefrayentpartout de laides routes, lorsqu'ils des- 
cendent à la rivière pour boire. Aucim gibier ne se présenta 
devant nos fusils a deux coups, et le soleil commençant à 
baisser, nous songeâmes au retour. Sur notre route, nous 
trouvâmes le bois d'un gros elk à douze andouillers, et 
nous arrivâmes tard à l'Assimboùi. Les autres t^basseurs re- 
vinrent aussi les mains vides, mais les fcndeurs de bois 
rapportèrent une grosse couleuvre {Coluèer proxtmus, 
Say). 

> Je ne Muraii dire li cette plaDle ed celie que NuttiU * priie pour le Caelia 
eponlia, C'£uil «ppuemment la C.ftrox. 

* Enlre autres VAtiragatia ractmoiia, Punh.; k So/Aara leiicta, dd Erigeron; 
une nOUTcUe espèce de rose (_Kota Maànàliaiù, Kcci.]; le Ulhotpermian denliea- 
lalum, Lehm. ; \e Xochia dioica, var.; h Piaalago putilta , îlull.; W SttUria Jae- 
tflQïdet, Hutl. , et d'aetra déjà cilée*. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l' AMÉRIQUE DD ITOHD. 5 

Le lendemain matin, 8 juin, nous reçûmes encore une 
visite de congé de M. Laidiow, après quoi nous vîmes la 
troupe de Fonteuelle, composée de 60 hommes et de i85 
chevaux, monter sur les collines, en une longuefîle. Ils traver- 
sèrent à nos yeux le ruisseau que les Anglo-Américains ap- 
pellent Breechcloth Creek, et qui est connu des Dacotas sous 
le nom de Tche-ke-na-ka-oah-ta-pah. De même que toutes 
les petites rivières de la praiiie, sans en excepter même le 
Litte-Stoux-Biver, son eau est un peu salée quand elle est 
basse. Nous avancions lentement dans te Missouri , presque 
à sec , et étions forcés de jeter souvent la sonde. Un peu 
après inidi, nous arrivâmes à l'endroit où l'on avait coupé 
du bois pour construire le fort Pierre. Nous y vîmes encore 
une ancienne maison entourée d'arbres, que les travailleurs 
habitaient à cette époque. De là, on compte i5 milles jus- 
qu'à l'embotichure de la rivière de Oiayenne. V ayant trouvé 
empilé du bois à brûler, nous l'embarquâmes, et en même 
temps nous fîmes une récolte de plantes intéressantes ' et 
de quelques petits animaux, comme, par exemple, le Mus 
Uucopus. Le soleil se coucha à 6 heures trois quarts, et le 
vent s'étant élevé , nous ne pûmes atteindre l'embouchure 
de la Chayenae ce soir-là; nous oe la vîmes que le lende- 
main matin, 9 juin, à 7 heures et demie*, après que nous 
eûmes dépassé l'île de Chayenne couverte de saules et de 
peupliers. T^ campagne, aux environs de l'embouchure de 
la Chayenne, alors petite, est ouverte, et les chaînes de col- 
lines sont basses ; cette rivière coule entre des bords ombragés 
de bois verts. En cet endroit, et un peu plus haut, sur les 
deux rives du Missouri , vivait autrefois la tribu des Ariccaras, 



■ Enire aulrei, la rûin ameriama, la ^ifû cordîfol'ui, Hicb.; le Clirjiobotrja 
ÎAlenmtJia, Spadi.; l'£upkor6ia nargiaaia, Punh.; le ilAiu loxîcodtBdrOB , et ta 
apécei citées hier. 

' Lei MandAni ■ppellenl cette rinère MeunUi-Cholt-Pauahi i lea Ueunitanii, 
BuUi-AïuU-ji/yi; le* Coibeaiu , ^Hjiii^, en appujaat (orteoieiit mit la première 
■Tllabe. 



D.gitizecbyG00glc 



6 VOYAGE DAMS l'iNT^EUEDB 

que les Dacotas en ont repoussëe peu à peu, jusqu'à ce 
qu'enfîn elle se soit entièrement éloignée du Missouri. Si l'ou 
l'emonte !a Chayenne pendant environ deux cents milles, 
jusqu'à la côte Noire, on arrive au pays des Indiens 
Chayennes, qui sont les ennemis de la plupart des nations 
du Missouri. Ce sont, dit-on , des hommes de haute taille, 
élancés, à visage long et étroit, et parlant une langue qui 
ne ressemble à aucune autre du pays *. Ils demeuraient, 
autrefois, près de l'embouchure de la rivière de Chayenne. 
Ils disent qu'ils sont airivés au Missouri en venant du 
Nord-Est. Le docteur Morse évalue leur nombre à 3,35o 
âmes'. 

Par delà les hois, à l'embouchure de la Chayenne, et au- 
devant des collines, il y a une prairie d'une couleur vert 
bleuâtre uniforme, effet des buissons S Artemisia qui la 
couvrent, et on en retrouve souvent de semblables en re- 
montant. Nous y remarquâmes des pieux fîchés en teire, 
restes de cabanes de chasse indiennes. Sur la rive gauche 
nous vîmes des rochers de grès arénacé ou de schiste, dont 
les couches étaient placées, en partie, horizontalement. 
Dans les petits ravins creusés par les torrents, se montraient 
de singuliers cônes et pointes d'argile, entre lesquels crois» 
salent des cèdres {Juniperas) tortus , rabougris et desséchés, 
et des rosiers en fleur. On voit ici des vallées latérales, des- 
cendant en pente douce, avec quelques hauteurs, isolées 
d'argile ou de sable , formant des collines coniques ; ces val* 
lées étaient vides et nues , n'offrant qu'un petit nombre de 
cèdres et d'^rtemisia. La colombe de Caroline habite toutes 
les vallées «itre les collines. Dans ces environs, nous re- 
marquâmes , pour la première fois , un oiseau qui ne se voit 
pas dans la partie plus basse de la rivière : c'est la pie 
d' Amérique {Pica americana) , qui ne diffère pas beaucoup 

■ Voyet lei rsemploi de la Uigue chij^ikBC duu l'Appendii. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aMÉSIQDE du mord. 7 

de la pie ordinaire d'Europe, et dont }*aurai occasion de 
parler plus bas. A 8 heures et demie du matiD, nous eûmes 
70* F. (16, 9 R.) , et à midi 82" F. (aa, a R.) 

Ce jour-là, nous avancions fort lentemeat, et enfin, k 
a heures de l'après-midi , après que les chaloupes eurent 
sondé dans toutes les directions , nous demeurâmes com- 
plëtement engravës. Notre provision de combustible était 
d'ailleurs entièrement consommée, et nous envoyâmes nos 
tendeurs de bois dans la forêt de la rive gauche. Au bout 
d'une demi-heure environ , les chaloupes revinrent en hâte , 
avec la nouvelle que l'on avait rencontré des Indiens hostiles 
dans les bois, et que les fendeurs refusaient de se mettre 
au travail. Afin de leur donner du courage et de les proté- 
ger, toutes tes personnes qui pouvaient s'absenter du bâti- 
ment s'armèrent; dans le* nombre, se trouvèrent les commis 
Culbertson, Danning, Harvey; les interprètes Berger et La- 
cbapelle; MM. Saaford, Mitchill, Bodmer; les chasseurs 
Dreidoppel , Dechamp, Papin et plusieurs autres. Les fusils 
et les carabines furent chargés à balle, et a6 tirailleurs des- 
cendirent sur-le-champ à terre. Us formèrent, dans la fo- 
rêt, une ligne d'avant-postes, derrière laquelle les fendeurs 
de bois purent travailler à l'abri ; mais tout resta tranquille, 
soit que les Indiens se fussent retirés, soit que ce n'eût été 
qu'une fausse alarme. Les chaloupes revinrent à la fin , et 
avec elles l'interprète pour les Dacotas, Ortubize, qui était 
parti pour la chasse dès le grand matin, 11 avait tué un cal»i 
femelle, qui servit à confirmer l'observation que chez ces in- 
téressants animaux, les deux sexes ont des cornes, quoique 
celles des femelles soient petites. J'obtins aussi un ser- 
pent d'une grande beauté, avec une raie orangée sur le 
dos (i); il n'est pas rare sur le haut Missouri. Nous arrivâ- 
mes pour la nuit à la côte occidentale. La chaleur était con- 
sidérable, et il s'y joignait un vent fort; l'un et l'autre 
continuèrent encore le lendemain lo juin. 



D.gitizecbyG00glc 



8 VOTAGE DA.HS l'iMT^HIEUII 

Ce jour-là, dès le ma^n^-nous atteignîmes une île, proba- 
blement Caution Island de Lewis et Clarke , où deux loups 
blancs nous considérèrent sans la moindre frayeur. A gauche, 
en face de l'île, il y avait une vallée de prairie en pente douce, 
couverte de gazon frais, et un peu plus bas, sur la rive 
opposée, la pointe de terre que les Français appellent Pointe- 
aux-Frênes, et les Dacotas Psechte-Ojoii (cA guttural). A. 
7 heures, nous abordâmes près d'un bois sur la rive occi- 
dentale, où croissaient surtout un grand nombre de frênes 
{Fmxinus plat/carpa), dont le bois est très-dur et fort 
utile. Us étaient mêlés avec des érables Negundo {^Box Ai- 
der), et par-devant il y avait un taillis de saules et de peu- 
pliers. On embarqua à cet endroit beaucoup de gros bois de 
frêne à brûler. Le sol de la forêt était couvert d'une herbe 
haute et épaisse , et présentait de tous côtés les traces des 
elks. Les fendeurs de bois trouvèrent un nid de rats des bois 
{ffoodrai) avec deux petits, et ils tuèrent des Icterus péca- 
ris, des Fringilla grammaca, Say., et d'autres oiseaux. 
Nous doublâmes ensuite la pointe de terre occidentale ap- 
pelée Pointe-aux-Asniboix, et, dans la langue des DacotaS; 
Penchai-Ojoù {ch guttural), d'après une racine qui y croit 
et que les Américains appellent artichaut. Sur des hauteurs 
en forme de table, nous remarquâmes une troupe d'eiks qui 
parcouraient fièrement la vaste prairie. Dans les environs de 
l'île Pascal, la chaloupe, attachée à la poupe du bâtiment, 
s'en détacha et se mit à descendre toute seule le courant; 
mais on parvint à la rattraper. Ortubize avait poursuivi une 
troupe de sept cabris; il leur avait tiré plusieurs coups de 
fusil et en avait tué deux mâles, mais qui étaient encore 
fort jeunes. Les cornes de l'un des deux n'avaient point en- 
core la fourche qui avance par-devant. Quand on les porta 
au bâtiment, ils avaient le dos complètement dépottillé de 
poil, car c'était l'époque de la mue. Sur les rives fleuris- 
saient les rosiers , mêlés aux buissons bleu clair du Buf- 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'amAbIQUE DC ITORD. 9 

fi^x berry et de VArtenUsia , et nous cueillîmes des plantes 
intéressantes '. Si ce n'est le pinson à tête rayée {Fring. 
grammaca)y nous ne voyions presque pas d'oiseaux; mais 
en revanche nous rencontrions firéquemment tes sentiers 
foulés par les bisons, ainsi que le fumier de ces animaux, 
qui venaient de quitter le bord de la rivière. Les hauteurs, 
dans ces campagnes, présentaient un aspect sauvage, nu et 
stérile; quatre grands elks femelles, d'un brun foncé, les 
franchissaient avec rapidité ; effrayées sans doute par te bruit 
de notre bateau à vapeur, elles sortaient du taillis où elles 
avaient apparemment laissé leurs petits. 

Dans l'après-midi, nous atteignîmes, sur la rive orientale, 
l'embouchure du Little-Ghayenne-River, qui sort de la prai- 
rie et qui est orné de bois à son confluent. Dans ce voisi- 
nage, il y a toujours beaucoup d'elks; en effet, le lendemain 
matin, 11 juin, nous vîmes une troupe d'au moins trente 
de ces gros animaux. !Nous vîmes aussi beaucoup de loups , 
la plupart blancs; ils marchaient souvent pap bandes de trois 
ou quatre. Les arbres élevés de la rive portaient les traces de 
la débâcle; leur écorce était enlevée jusqu'à huit ou dix pieds 
déterre. Pendant notre repos du jour, M. Bodmer avait 
tué un très-gros cabri mâle (a), et nous dépêchâmes quel- 
ques hommes pour le chercher. D'autres chasseurs, partis 
de bonne heure , firent signe de la rive orientale qu'ils 
avaient tué du gibier, et la chaloupe qu'on leur renvoya, 
rapporta le soir quatre grands elks. Dans le bois épais 
qui bordait la rive gauche, on reconnaissait beaucoup de 
traces de castors : c'étaient des arbres rongés et des sentiers 
bien unis que ces animaux frayent pour descendre vers hi 
rivière. Bientôt nous vîmes une construction de castors, non 
loin du bord; elle consistait en un amas de branches, sans 



' Entre aulm, le Thtrmapiù rhovdifolia,At C. ; \6Seaiào eerato/AjUiu, Non.; 
VatEuHOitu peliolant, Holl.; VAclûlUa tomentota, le SaUx laeida, \e Prexaui plo- 
Ijevrpa. 



D.gitizecbyG00glc 



tO TOT^GE Durs L'iITTÉKIBOa 

digue, car les castors n'élèvent des digues que dans les 
eaux stagnantes, dans les lacs, les étangs et les bras de 
rivières sans courant : dans ces endroits , leurs habitations 
sont plus solides, plus vastes et construites avec plus d'art. 
Sur tes rives du Missouri et d'autres rivières rapides, on 
remarque toujours, à côté de leurs maisons, des tas de 
jeunes branches de saules, qui servent d'aliments à leurs 
singuliers habitants. Du reste, les castors sont, dans ce voi- 
sinage, encore beaucoup plus nombreux que dans la plupart 
des autres parties du Missouri, attendu que les traqueurs 
n'osent pas dresser leurs pièges de fer sur le territoire des 
Indiens Ariccaras, 

En face de l'embouchure de l'Otter Creek, située dans 
une plaine ondoyante, sur la rive orientale, les bois de la 
rive opposée, do-rière lesqueb s'élevaient les «>llines vertes 
et nues des prairies, renfermaient beaucoup d'elks, que le 
bruit du bateau à vapeur cliassait au loin. Dans cette forêt 
nous arrivâmes- près d'un logbouse inhabité, qui servait au- 
trefois de poste de commerce pour l'hiver, et dans le voisi- 
nage duquel, c'est-à-dire à 180 pas environ, une jolie ri- 
vière, la rivière à Moreau ■ , vient déboucher. Sur ses bords 
il y a de beaux bois. Elle a reçu le nom qu'elle porte aujour- 
d'hui d'un certain Moreau, qui passa la nuit, en cet endroit, 
avec une Indienne Chayenue; cette femme s'était sauvée de 
chez les Ariccaras, par qui elle avait été faite prisonnière. 
Elle poignarda Moreau pendant qu'il dormait, et, montant 
sur son cheval , elle retourna auprès des siens. On regarde 
cette rivière comme la limite méridionale du territoire des 
Ariccaras , bien qu'il leur arrive souvent de faire des incur- 
sions beaucoup plus bas. Nous abordâmes, pour couper du 

> Pari-Rhier, d'après Lewii et CUrke, «t Sur-war^ia-ma. Je De «il de qudle 
Itngae inditane oclte dénominilioD peut «Toir éli dréc ; or lei MiDduu l'eppel- 
IsDt Païua-Silakai; la Heunitarrâ, Mah-Supithia-Al^i {ah, oisd), (fett-à-dire 
riTtèredaniiiiu; )^ Antxmnt, Ka£h-KaUa,tlt\i»0)^itma,Wvdufil'jùuai 
(appujtnt fortement lur Van). 



D.gitizecbyG00glc 



Di l'am^ique du nord. I 1 

boîs^ près de la maison abandonnée dont je viens de parler; 
mais on trouva plus commode de démolir en partie l'ancien 
bâtiment pour le brûler. Pendant ce temps, les chasseurs sorti- 
rent, et Ortubize ne tarda pas à tuer deux gros elks daguets, 
de la force de cerfs de douze cors en Europe. Ces animaux, 
qui avaient revêtu leur robe d'été , étaient d'un brun beau- 
coup plus foncé que nos cerfs; la tête même est de cette 
couleur, tandis que dans le cerf européen (Cervuj* e/opAuf) 
elle est d'un gris cendré ou d'aj^nt sur les côtés. En comp- 
tant les quatre elks tués précédemment, nous avions alors six 
de ces gros animaux et un faon; de sorte que nous ne man- 
quions pas de gibier frais. 

Le la juin, au matin, on chargea les canons, les fusils 
et les carabines , car nous allions approcher des villages de la 
nation hostile des Ariccaras. Nous atteignîmes Grand-Ri- 
vière, désignée sur la carte de Lewis et Clarke sous le nom 
de Wetarko-Bîver * ; ses bords étaient garnis de forêts et 
d'épais taillis , et à l'embouchure régnait un rideau de saules 
et de peupliers. Nous y vîmes voltiger une hirondelle blan- 
che de mer (Sterna) , mais nous ne pûmes en distinguer l'es- 
pèce. Ayant touché fond, nous passâmes sur la rive orientale 
que bordaient des roches grises, peu élevées, et, au bout d'une 
demi-heure, nous atteignîmes l'embouchure de la rivière du 
Rempart*, qui sort d'une jolie chaîne étroite de collines, 
qu'on appelle le Rempart; nous arrivâmes bientôt après à 



■ppeDciit celle riTière Wanuchoimt-Paiiahi ; In Heoniturii, 
Birridiipa-Mji ()e premier mot ccnul, le lecoDd bu); la Ariccam, Sachkanv- 
Wakahan (^aci guttural, onA g'eDteDiluil k peine); ie> Corboux, Wutobtanji, 
à-fti» noir fait des rediercbet impartantes , il m'« été impouible de découTrir d'où 
Lewii et CItrke lirent ici lînguliert dodu qu'ils oat doiméj i ([ueltpietMiiiei dei 
rinirei qui touibeat duu le Uiuouii ; car, dam ka UngOM de* tuttooi indiennet 
do nùâugr , ellei portent de* noma tout i lait di[Iérent*. 

> Ceit la riiiën Ma-ro-pa de Lewii et CUrke. Lei Handaiu l'appellent JfnnaV 
maû-Pauaké (Sinère aux lYois-Buttes) \ les HeanilKnii, jfnji-fFidau {Van 
prauMieé ivm force); k« Ariccaras, Lanfi'rakvi, e( les CorfaMU, Amentdaiù' 



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la VOYAGE DASS l'iNT^RIEUR 

une île couverte de sautes, dans laquelle la grande carte de 
Lewis et Claire place un village d'Ariccaras; mais il n'en 
reste plus vestige aujourd'hui. Ces hommes n'y habitaient 
d'ailleurs que l'hiver : car tous les Indiens des prairies ont 
coutume, dans cette saison, de chercher l'aaile des forêts. 
Nous abordâmes devant un petit ruisseau, alors à sec, sur 
ta rive occidentale, pour y couper du bois, et nous trouvâ- 
mes devant les collines un beau sol , couvert de gazon frais, 
et entouré d'arbres entre lesquels s'élevaient tes cadres de 
six ou huit cabanes de chasse indiennes, faites de pieux atta- 
chés ensemble. Des sentiers, marquant les traces' encore 
fraîches des pas des Indiens, régnaient tout le long de la 
rivière. Du haut des coltines nous eûmes une belle vue sur 
le coude que forme la rivière, et près duquel sont situés les 
villages des Ariccaras , à une petite distance de deux ou trois 
milles. 

Les deux villages de cette tribu sont situés sur la rive oc- 
cidentale, tout près l'un de l'autre et séparés par un petit 
ruisseau. Le village méridional porte, chez les Ariccaras, le 
nom de Hohka'Wiratt ou Achtarahé{çh^\XMT^\ le sep- 
tentrional s'appelle Nakokahta; te mot de village se dit 
dans cette langue etoune. Us sont placés tous deux dans une 
prairie nue, couverte d'herbe, descendant par une pente 
douce vers le bord de la rivière, escarpé et élevé de 3o à 4o 
pieds. Us se composent d'un grand nombre de calianes de 
terre, arrondies par le haut, ayant une entrée carrée par-de- 
vant, le tout renfermé dans une clôture de palissades, en 
fort mauvais état, et, en beaucoup d'endroits, interrompue 
et renversée '. Ces villages étaient complètement abandonnés 

• D'iprii Wurdoi {Jatiq. Aœr. , p. 55), k* «iUige* de* AriKarai lant enlDaréi 
■te paliiMdts d> boii de «idre; et il ajoute que l'on j trouTs iiuii dei rempirU en 
terre ; miii je n'j li rencOQtTé riea de lembUble- Le* miuTÙi pieux qui fonDCUl 
cet paliuidei ne tout cerUinemeat pu eicluiÎTemeot en bail de cèdre ; mtii va 
U rareté des arbrei eu ce diitricl , ils >0Dt uni doute e^ boi* de peuplier. BMcken- 
ridgc {f'uwt af tiouitiana, diap. x) croit pouvoir conclure de* lil 



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DE l'aJCÉRIQUE du ITOBD. l3 

depuis un peu moins d'uae année, attendu que leurs habi- 
tants, très-hostiles aux blancs, faisaient mourir tant d'Amé- 
* ricains, qu'ils prévoyaient, de la part des États-Unis, un 
châtiment sévère, en sorte qu'ils préférèrent émigrer. A ce 
motif s'était joint celui d'une année sèche et défavorable , 
qui avait fait manquer totalement toutes les récoltes, et 
enfin l'absence des troupeaux de bisons. Par toutes ces causes 
l'émigration devenait indispensable. On dit que ces Indiens 
parcourent maintenant le pays entre Saint-Louis et Santa-Fè, 
et c'est à eux principalement que l'on attribue les attaques 
qui ont eu lieu dernièrement contre des caravanes. Bracken- 
ridge' vbita les Ariccaras dans ces villages, et en donna des nou- 
velles. A cette époque, ils étaient bien disposés envers les blancs 
et très-hospitaliers; lesDacotas, au contraire, étalent hos- 
tiles : maintenant ces rapports sont diamétralement opposés. 
M. Bodmer dessina une vue exacte de ces villages abandon- 
nés. Brackenridge , Say et d'autres encore ont depuis long- 
temps décrit les cabanes en terre des Indiens. Elles sont 
feites d'un cadre ou squelette de bois que l'on couvre de 
foin, de roseaux ou de paille, et que l'on recouvre ensuite 
extérieurement de mottes de terre ou de gazon. Elles sont 
vastes et très-fraîches en été, mais aussi très-froides en hiver. 
C'est pourquoi , dans cette saison, les Indiens se rendent 
dans leurs cabanes d'hiver, qu'ils construisent au fond des 
forêts. Après le départ des Ariocaras, les Dacotas et autres 
Indiens du voisinage, leurs ennemis, ont visité ces villages et 
les ont en partie pillés; mais on croit qu'il s*y trouve encore 
bien des approvisionnements renfermés dans des caches; 
ils peuvent se conserver ainsi pendant plusieurs années 
sans 'se gâter. Derrière les villages, ou remarque dans la 

duHuidaiii et de> Ariccaru, que lei sîogtJim rampuli qne l'on trouTe endiTerMs 
pwtîei de l'AmfaiquB , terrticDl tusii i enclore dei villigei ; maii un petit toué de 
dnu «a tToii pîedi de profondeur ne uiirul vraiinent entrer en compinison evec 



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l4 VOTAGE DAHS L'flTTéRIEirR 

prairie une étendue d'herbe jaune, sur laquelle on cultivait 
autrefois du mais, des fèves, des courges, des tournesols^ 
et une espèce de tabac, ainsi que je le dirai plus bas en dé- 
tail. Le principal chef des Ariccaras, lorsqu'ils <{uittèrent le 
Missouri, était Starapat (le petit autour aux serres ensan- 
glantées), communément appelé : La Main pleine de Sang. 
J*en reparlerai plus bas. 

Les Ariccaras, ainsi nommés par les Mandans, et que 
Ton appelle aussi Rikkaras ou Rths, les Ris des Canadiens, 
Bedonnent à eux-mêmes le nom de Sahnisch, c'est-à-dire 
hommes ou gens; ik sont une brancbe des Pahnis, desquels 
ib se sont séparés il y a fort longtemps. Leur langue , qui 
est très-facile à prononcer pour des Allemands, offre, dit-on, 
une preuve de cette parenté '. Us sont, aujourd'hui, au nom- 
bre d'environ 4*ooo âmes, avec 5 à (toc hommes en état 
de porter les armes '. Autrefois ils habitaient aussi la rive 
opposée du Missouri , qu'ils appelaient Swaruchti {ch gut- 
tural), c'est-à-dire eau de Médecine, ou bien Stakahsh- 
Ninn. L'interprète ariccara, Lachapelle, et un certain Car- 
reau qui a demeuré longtemps parmi ces Indiens, m'ont fait 
connaître plusieurs mots de leur langue que j'ai mis par 
écrit sur-le-champ, mais que je fus obligé plus tard de chan- 
ger, lorsque j'eus occasion, par les secours des Mandans, 
d'interroger moi-même à ce sujet quelques Ariccaras intel- 



■ Quoique lu Aricorti loiallt Irêi-eerluiiemeDl tUici de fort pré* à toui lu au- 
tret Indien! du Hiuonri , leur langue eil pourUal tr«»^ireèr«ate de loulei œllef 
du nilioni qui habitent les bordi de cette rivière; re sertit donc i tort qu'où lei 
appellenùl dei OomIiu ou dei Dtcoiu. One wrablable réuoioa senit nui peu 
bdle 1 JDililier que le tyilème de d'Orbign; (tojo le> l'oyagt4 thiu l'jémmjua 
méridionatt, 1. 1, p. a9()> qui reg«rde lei fiotocoudo et les Pourii comme le-mfane 
peuple que lei Gutrioii ou Toupii. Uue lutre remarque noa moiiu fiuue et (ouïe 
nouvelle, eA celle d'un autre vojageur fnmfaii qui Iranapotte let Bolocoudei i Rio 
de Jaoeiro, et qui tire de leur langue le uiot de Kittroi (TO^ei d» Bougaùtri^, 
fajagt d* la Thelii, L II, p. 141). Je m'occuperai piua tard , en détail, dei jLrie- 
eara», et je douoerai i leur ujet qudqnei renseignenient) que j'ai apprii d'MU- 
mivtei Bt de penoDim dignei de foi, de leur voiiinage inuoédiKt 

* htjy Hone (bt, elt,, p. aSi) énlne leur nooibre L 3,5oo Imet, 



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DE l'aMÉKIQDE du NORD. l5 

Iig«it8. Ia femme de Lachapelle était une Ariccara. £Ue 
avait la figure ronde et pleine, les traits petits et assez fins, 
et le teiot d'un jaune très-clair. On prétend, en général, 
que les femmes de cette nation étaient les plus belles du 
Missouri. 

Après que nous eûmes dépassé les villages déserts des 
Ariccaras, nous abordâmes, vers trois ou quatre heures, à 
la rive orientale, pour couper du bots; nous trouvâmes, sur 
le tronc d'un arbre, la couleuvre à raie orangée sur le dos 
(Coluàer proximus, Say), et Urtubize abattit de la main, 
dans l'air, une belle chauve-souris (3), d'une espèce que 
j'avais souvent rencontrée. Vers le soir, le vent se calma, 
et le soleil couchant jeta un fort bel éclat sur le paysage j 
une rangée de hauteurs escarpées, sur la rive orientale, se 
montraient teintes en pourpre; à droite et à gauche, sur 
la rive, il y avait des buissons verts; devant nous, des colli- 
nes de formes variées, parmi lesquelles se trouvaient quelques 
singuliers sommets coniques. La rivière entraînait dans son 
cours de l'écume, des éclats de bois, des troncs, des ra- 
meaux et autres objets semblables; et le lendemain matin , 
1 3 juin, elle avait monté de trois pouces et demi. Après 
avoir quitté les villages abandonnés des Ariccaras, nous 
avions passé devant les embouchures de deux ruisseaux 
l'un desquels porte, chez ces Indiens, le nom de Okoss-Ti- 
rikarouch (ch guttural), c'est-à-dire le ruisseau du Bison aveu- 
gle. C'est dans ce voisinage qu'un célèbre marchand de pel- 
leteries, appelé Manoêl Lisa , avait érigé autrefois un fort 
ou poste de commerce; il n'en reste plus de vestige, quoi- 
que la place s'appelle toujours le fort de Manoël Lisa. Le 
Missouri était rempli de bancs de sable sur lesquels venait 
se poser le grand héron (^^rtUa kerodias) ; des oies sauva- 
ges {^Anser canadensis^ y mettaient en sûreté leurs petits 
déjà forts; dans les bois de saules on voyait beaucoup de 
traces de castors, et nous remarquâmes leurs constructions 
sur la rive. La prairie fiit , ce jour-là, plus verte et plus at- 



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l6 TOTAGE DAHS L'ilTrélUEDR 

trayante que la veille : une montagne à sommets singuliers, 
appelée la Butte au grès , et par les Âriccaras SkaMraricliey 
eu rompait un peu l'uniformité. Dans ces environs , nous 
rencontrâmes tout à coup sur la rive un homme qui dé- 
chargea trois fob son fusil , et que nous prîmes dans le pre- 
mier moment pour un Indien ; mais bientôt il eo parut un 
second dans un petit canot de peau, et nous découvrîmes 
qu'ils étaient l'un et l'autre des engagés ou voyageurs de la 
Compagnie, et qu'ils avaient été dépêchés du haut Missouri 
avec des lettres pour M. Mackenzie. On les prit à bord, et 
leur petit canot demeura sans emploi sur le rivage. Plus 
tard , nous abordâmes près d'un bois de peupliers, qui bor^ 
dait le rivage, et dont le taillis, formé de rosiers, était en 
pleine floraison. Kous trouvâmes en cet endroit des Quisca^ 
les, des Picus auratus, des Tardas felivox^ plusieurs plantes 
curieuses, et partout de nombreuses traces de bisons, d'eiks 
et de cerfs; il y avait surtout beaucoup d'eiks dans les larges 
terrains bas, couverts de peupliers et de saules, qui s'éten- 
dent le long des singulières collines des prairies, lesquelles 
ressemblent à des remparts de forteresses. A gauche , vers 
l'horizon, nous distinguâmes une chaîne de montagnes avec 
beaucoup de cimes arrondies; dans leur voisinage, coule le 
Cannon-ball -River, et, plus près du Missouri, se trouve une 
rangée de collines plates, avec plusieurs coupures, que l'on 
appelle la Butte de Chayenne, mais à laquelle les Ariccaras 
ont donné le nom de Ouatolkahk. Dans ces environs nous 
vîmes, dans un bois de peupliers, un arbre tout couvert de 
vautours, comme au Brésil. Yers le soir, nous passâmes la 
rivière au Castor, le Warannanno de Lewis et Clarke ', qui 
a son embouchure sur la rive orientale. Kous eûmes ensuite 
un viol«it orage, qui fît tomber beaucoup d'eau pendant 
la nuit. 



■ Lm M«Ddini «ppdk&t ceHe ririk« MatMmeleii-Paiiahéi lei HeumUnùt 
Birapa-A/i/i, 



D.oiiiz.owGoogle 



De l' AMERIQUE bD NORD. fj 

Le leodemaÎD matin, i4 juin, le ciel était couvert, et uq 
vent fort et aîgu soufTlait. Il était encore de bonne heure 
quand un loup blanc , n'ayant qu'un peu de noir à la partie 
supérieure de la queue, se mit à courir sur ta rive, dans la 
même direction que notre bâtiment , et à soixante ou quatre- 
vingts pas seulement de nous. Il ne paraissait pas s'inquiéter, 
le moinsdu monde, de son bruyant compagnon de voyage. At- 
teint par une balle, il finit par tomber dans la rivière. Mon loin 
de là, on nous montra , sur la rive occidentale, un ravin dans 
lequel, tlyasept ou huit ans, les Ariccaras tuèrent cinq blancs 
qui balaient, en remontant la rivière, un bateau mackinaw, 
chargé de marchandises. 

Un vent aigu rendit ce jour-là le temps fort désagréable; 
à huit heures et demie du matin, le thermomètre de Fahren- 
heit marquait 66°. Après que nous eûmes dépassé une île 
assez agréable, qui n'est pas marquée sur la carte de Lewis 
et Clarke, nous vîmes dans la prairie de la rive occidentale, 
et par de là le bois , deux, montagnes à sommets aplatis as- 
sez isolées et qui sont situées à peu de distance de la rivière 
de Cannon-ball , après quoi nous atteignîmes une gorge dans 
la chaîne des collines par laquelle cette rivière débouche ' ; 
ses eaux étaient en ce moment très-hautes. Sur le bord sep- 
tentrional de cette embouchure se montraient des rochers 
d'argile, escarpés et jaunes; le bord méridional, au contraire, 
était bas et ombragé de peupliers et de saules. Cette rivière 
doit son nom aux boules de grès régulièrement arrondies et 
de couleur jaune rougeâtre que l'on ramasse sur ses bords et 
sur les rives escarpées du Missouri, dans son voisinage. On en 
trouve de grosseurs différentes, depuis celle d'une balle de 
fusil jusqu'à celle d'une grosse bombe, et elles sont éparses, 
sans ordre, sur la rive ou dans les couches des rochers, 

■ Le> Ariccanu nomment cette rivière NoaaUch-Tiranehou-OuiDeni (c'esl-*. 
dire, U riTièredei nombreux cabris), uu bien Nilscbio-Hau (l'i fonemeal icceo- 
tnéeii^parédero); lei Handam, Puiidilé (cA gattiiral]; letHeunitirm, Ansi- 
ehiié (cA guUurtl, l'i «xenlui). 



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l8 TOTAGB OAHS l'iITTIÉRIEUS 

d'où OU les voit souvent sortir de la moitié de leur épais- 
seur, après que les eaux ont enlevé te terreau. Elles tombent 
alors eu bas, et on les trouve en grand nombre sur la grève. 
Ces boules se rencontrent en beaucoup d'endroits du haut Mis- 
souri , et de précédents voyageurs en ont déjà parlé. Plusieurs 
d'entre elles ont la forme un peu elliptique; d'autres sont 
plus aplaties, et d'autres encore présentent des disques légère- 
ment convexes. Parmi celles qui étaient tout à fait spbériques, 
j'en vis qui avaient deux pieds de diamètre. Sur le bord es- 
carpé du Missouri qui suivait l'embouchure, nous vîmes 
beaucoup de ces boules poindre à travers les étiuites couches 
de grès rougeâtre, entre lesquelles étaient placées des cou- 
ches de sable formé de ces mêmes pierres écrasées. Les 
rochers jaune rouge de la rive sont couverts, dans les en- 
droits où la pente est plus douce, de débris de pierres ; dans 
d'autres endroits croissent de petits buissons de Buffahe- 
beiry, i^Artemisia et de quelques autres arbustes. Parvenus 
à une demi-lieue au-dessus de l'embouchure du Cannon-ball, 
je ne remarquai plus de ces boules. 

Un peu après midi, par une température de 70° (17° E.), 
nous abordâmes à l'étroite prairie de la rive droite, où crois- 
saient le Galium daspxirpum. Nées, la Tradescantia vir- 
ginicaf à fleurs rouges, et une belle plante, encore nouvelle 
pour nous, avec des feuilles ayant le tissu de celles du chou 
et de belles fleurs violet clair {Pentstenwn graïuUJhrum , 
Mutt.), et plusieurs autres. L'engoulevent voltigeait autour 
de nous, troublé sans doute par nos Tendeurs de bois; le pic 
à tête rouge se montrait fréquemment. On coupa beaucoup 
de tiges du Cornus sericea pour préparer du kinikenick ou 
tabac à fumer indien. Un des cylindres de notre machine ayant 
besoin de réparations, nous eûmes, dans l'après-midi, tout 
loisir de parcourir la prairie. Aussitôt que nous eûmes traversé 
le bois , nous trouvâmes une prairie, dont l'herbe était haute 
et qu'habitaient par couples X Emberiza orj^zwora, Linn. , ou 
bien Vfcterus agripermis, Bonap. Le plumage noir, blanc 



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DB LAMKBlQtE DU HOHD. |rt 

et jauDeraeloodu mâle, est fort joli. Celui de la femelle n'a rien 
de mnarquable ; il est gris d'alouette , ua peu jaunâtre dans 
les parties ioférieures. Ces oiseaux n'étaient point timides ^ 
ils grimpaient le long des brins d'herbe ou perchaient sur 
le sommet de quelques buissons isolés. Le joli mâle étendait 
la queue et les ailes, et quand on le faisait lever, il s'envo-< 
lait avec un gazouillement fort agréable. Indépendamment 
de cet oiseau, je trouvai encore là le Turdus Jelivox et le 
Musc. Tyraimm; puis aussi le Musc, crirùta, la stournelle4 
dont le chant se fait entendre dans tous les endroits décou* 
verts, et quelques autres petits oiseaux. Un peu au-dessous 
de la place où le bâtiment était amarré, s'ouvrait un ruis- 
seau que LeWis et Clarke, sur leur carte spéciale, appellent 
Fish-creek {Shewasht). Les eaux du Missouri avaient consi- 
dérablement monté, et, pendant la nuit, nos gens furent 
obligés d'éloigner les troncs d'arbres flottants, avec de lon- 
gues et lourdes gaffes, ce qui n'empêcha pas que nous n'en 
reçussions, de temps en temps, des chocs qui ébranlaient le 
bâtimeiiL 

Le I S juin , les eaiix avaient crû de 9 pouces, et le cou- 
rant entraînait avec lui beaucoup de bois et d'écume. Du 
reste on s'y était attendu : car sur le Missouri, on compte 
sur deux grandes crues d'eau pour le mois de juin, prove- 
nant de la fonte des neiges dans les montagnes Rocheuses. 
Le temps était calme et chaud. Dès cinq heures et demie, 
nous vîmes, sur la rive orientale, une chaîne de collines 
dont les sommets sont complètement aplatis, et qui s'étend 
assez loin. La rivière se détourne vers l'occident pour se rap- 
procher de cette chaîne, qui, indépendamment du singu-i 
lier aplatissement de ses sommets, est encore marquée 
par des fentes perpendiculaires , des angles et des crêtes. 
On les appelle les montagnes de l'ancien village des Man- 
dans, parce qu'un de leurs villages était, en effet, autrefois 
ùtué à l'endroit où la rivière coupe la chaîne. Sur les ar- 
bres isolés du rivage étaient perchées un grand nombre 



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ao VOTAGE DAHS L'iItt^HIEblt 

d'hirondelles qui font leurs nids dans les creux de ces ar- 
bres; la prairie voisine était couverte de buissons de i8 
pouces à 3 pieds de haut. Il était huit heures du matin 
et le tliennomètre marquait 65° F. A neuf heures, nous 
abordâmes à la rive occidentale, qui était boisée; il fallait 
réparer les avaries que le bâtiment avait reçues; les chasseurs 
en profitèrent pour pénétrer de quelques milles dans la 
prairie. 

Ijc bois de saules qui bordait la rive éuit si serré et si 
épais, qu'on ne pouvait le traverser qu'en déchirant tous ses 
vêtements; et avec cela il était si plein de bardanes (Xan- 
thium strumarium), que l'on en sortait tout couvert de ces 
gênants appendices. Il y croissait beaucoup de plantes, entre 
autres le Stenactes anmta, var. obtusifoUa ; on voyait de 
tous côtés les grands vestiges des elks, surtout des femelles 
de cet animal et de leurs petits ; l'empreinte de leur pied est 
plus grande que celle d'un jeune bœuf assez fort , et leur pas 
est plus long que celui d'un de nos grands cerfs. Caché dans 
les cimes touffues des peupliers , on entendait chanter le 
Turdus rufuSf vrai Mimus (4) , dont l'œil est orné d'un bel 
iris jaune. C'est un oiseau timide et qu'il est difficile de tirer 
dans ces bois épais, parce qu'au moindre bruit étranger il 
court sur-le-cbamp se cacher dans les plantes les plus épais- 
ses. Vers onze heures, la cloche du bâtiment nous annonça 
le départ. Le courant était très-fort, de sorte que nous ne 
pouvions avancer que lentement, et avec cela un vent souf- 
flait qui était frais mais non pas désagréable. Nous arrivâ- 
mes à l'emplacement de l'ancien village des Mandans, qui 
était situé au pied de la chaîne des ivllines, sur une belle 
pelouse de gazon, non loin de la rivière; les seuls restes que 
nous en vîmes consistaient en quelques pieux et palissades. 
A l'époque du voyage de Lewis et Ciarke, il n'existait point 
encore là de village. Du gazon jaune et desséché couvrait 
en ce moment la place où naguère régnait tout le tumulte 
d'une vie indienne. Les seuls êtres vivants qui donnassent 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AMiRIQDE DU HORO. St 

quelque mouvement au paysage , étaient une colonie d'hi- 
rondelles qui avaient bâti leurs nids dans tes collines. Nous 
étions déjà entrés sur le vrai territoire de la trihu indienne 
des Mandans. Un peu plus haut , nous vîmes quatre de nos 
tisseurs assis sur le rivage ombragé de peupliers. Ortubize 
avait tué un Cervusvir^inianus et tiré un coup de fusil à un 
gros elk qu'il n'avait pourtant pas abattu, he premier n'avait 
pas encore pris sa couleur tout à fait rousse, et son bois 
était couvert de lambeaux. Un peu plus loin, MM. Bodmer 
et Harvey rejoignirent aussi le bâtiment, fatigués et échauffés. 
Nous les avions considérablement devancés et ils faillirent 
nous manquer. Ce ne fut qu'avec beaucoup d'efforts qu'ils nous 
avaient suivis en courant; car, en de pareilles excursions, 
il n'est que trop facile de perdre la direction, ce qui place- 
rait les personnes dans uoe positiou fort peu désirable. Har- 
vey avait tué un cerf à queue noire, Black tailed ou Mule 
deer{CeTvus macrotîs, Say.), qui portait encore des lambeaux 
(5). ils avaient rencontré quatre de ces animaux réunis, et 
ils rapportaient, de celui qu'ils avaient tué, la peau, la tête 
et une partie de la chair. M. Bodmer avait trouvé quelques 
individus des Coluber proximus , Say, et, entre autres, une 
très-belle variété ((>) qui est marquée de raies orangées , 
presque couleur de feu , et qui n'est pas très-rare sur le haut 
Missouri. Au premier endroit où nous atteignîmes les colli- 
nes, nous vimes un sommet isolé au-devant des autres et 
qui porte le nom de Bald-Eagle-Head. Ces collines étaient 
admirablement bien éclairées , et nous y vimes courir des 
loups blancs ; sur la rivière nageaient quelques cygnes {Cyg- 
nus buccinator). Sur la rive orientale nous aperçâmes, dans 
les saules, les ruines d'un ancien poste de commerce, et 
beaucoup de vestiges de castors, soit des troncs d'arbre 
rongés, soit des sentiers descendant vers la rivière. On 
coupa du bois près de l'embouchure de l'Apple-creck; puis 
nous vîmes à gauche la chaîne des collines se prolon- 
ger dans la campagne avec des formes origiualea et bien 



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aa voy&GB DAirs l'ihtébiedr 

éclairées, surtout au moment du coucher du loleil; uue 
belle et vaste perspective s'ouvrit alors devant nous ; c'étaient 
de tous côtés des rives verdoyantes, au-dessus desquelles 
s'élevaient les singulières formes des collines. Les engoule- 
vents commencèrent de bonne heure à voltiger sur la ri- 
vière, et dans les saules nous aperçûmes un gros castor au- 
quel nous lâchâmes en vain un coup de fusil. Nous passâmes 
une nuit orageuse un peu au-dessous du Heart-Rjver. 

La matinée du i6 juin s'ouvrit d'une manière très-désa- 
gréable par un veut fort de M. E., accompagné de pluie. Nous 
atteignîmes bientôt l'embouchure du Heart-River ' ou rivière 
du Cœur, qui s'ouvre au milieu de bols verdoyants, dans 
un endroit où la chaîne de collines s'approche du Missouri. 
Le vent qui prenait le bâtiment par le flanc le poussait vers 
le bord et occasionnait un roulis désagréable; aussi fûmes- 
nous obligés de noua an-éter dès six heures. Malgré le mau- 
vais temps , les chasseurs pénétrèrent dans la vaste forêt qui 
garnissait ta rive, et Dreidoppel rencontra trois elks, dont 
il tua le plus vieux, une femelle; sur l'avis qu'il en donna, 
on envoya huit à dix hommes pour en porttf la chair au bâ- 
timent, et, quand nous arrivâmes sur la place, nous trou- 
vâmes le faon encore auprès de sa mère morte. De tous cô- 
tés le bois était traversé par des sentiers de bisons et d'dks, 
et nous voyions souvent la laine des premiers attachée aux 
troncs des arbres auxquels ils s'étaient frottés. A midi le 
thermomètre marquait 63° F. Ce ne fut que vers le soir que 
le vent se calma sufGsamment pour que nous pussions pour- 
suivre notre voyage. Pendant la nuit, nous eûmes des édaïrs 
et du tonnerre. 

Le lendemain matin, 17 juin, nous vînmes de bonne 



■ Celte litière parte, chez lai Hindu», le nom de NitLt-Puuhi ; elm t« 
HeuniutTÙ, celui de Nlh-Toh'Shi ; cbex lei Aricctru, celui de Tostchita. Lm 
Corbcaui l'ippellent NasaMn- Cbé. Wardeo {hc. tii., 1. 1, p. loS) l'ippelle Chet- 
sefaetir, cl dit qu'Mtrefoii rii villiee* de Bltndaiu iliieni situw *iir mi horât. On 
«Mnple de cet radroit iSto MÎlIci juiqn'iu caoBuenl do HÎHavi et da HiMiNipi. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ahéhique dd mobd. ï3 

heure en vue de la Butte Carrée, ainsi que de quelques sin- 
gulières gorges dans la chaîne des collines. Au milieu des 
saules du rivage, et à la distance d'une demi -portée de 
fusil, UQ bbon se teuait d'un air remarquablement fier, Od 
lui envoya inutilement quelques balles, et, bientôt après, 
nous vîmes, dans la prairie voisine, deux autres très-gros 
animaux de la même espèce, dont les longues crinières re- 
tombaient presqu'à terre, tandis que le vent agitait les longs 
poils de leurs têtes ; nous avions vu ce jour-là beaucoup de 
ces animaux. La plupart d'entre eux commençaient par s'éloi- 
gna' rapidement et montaient ensuite les collines dans leur 
tranquille galop accoutumé. Les charognes de plusieurs bisons 
femelles passèrent à côté de nous , descendant le couraut de 
l'eau. Kon loin de l'embouchure du Hunting-Creek de Lewis 
et Ciarke, le Missouri a aumoinsun demi-mille de large ; mais 
bientôt après il se rétrécât de nouveau ; ses eaux baissaient 
alors. Après huit heures , nous arrivâmes à un endroit où , 
dans ta prairie à droite, il y avait autrefois unvillage de 
Mandaos. Les Dacotas de la rivière de Saint-Pierre le sur- 
prirent, il y a environ quarante ans, en tuèrent la plupart 
des habitants et en détruisirent les huttes. Sur toute la prai- 
rie on voyait briller les crânes et les ossements blanchis des 
bisons, et sur les sommets des buissons perchait l'agri- 
penne {Emberiza oryzivora, Linn.), pendant que la Fuiica 
america/m nageait près du bord , et que de vieux troncs 
rongés annonçaient la présence des castors. La forêt se 
composait de frênes, d'ormes, de peupliers, d'érables-ne- 
gundo, et le taillis, de rosiers, de troènes, d'^me/anchier 
sanguinea, de C, etc. Diverses espèces de plantes y crois- 
saient , et sur les collines vertes des prairies, par delà la forêt 
du rivage, le Juniperus repens formait de grandes plaquies 
rondes d'un vert foncé, au moyen de ses rameaux qui 
rampaient en form$ de verges '. Nous vîmes sur les collines 

■ l« duc Pwil d« Wurtemberg (toïm wn premier Voytga, p. a'S) dil «oir 



[!.gitizecbyG00glc 



34 VOTAGE DAIfS l'iMTÉRIEUR 

une couple de bisons mâles, maïs comme ils nous avaient 
aussi aperçus de leur côté, il ne fut' pas possible de les re- 
joindre à pied. Dans l'épais taillis de la forêt, on entendait 
le chant varié du bel oiseau que Wïlson a dessiné (t. I, pi. 8« 
lig. a) , et auquel le prince de Musignano a donné le nom 
A'tcterîa viridis. Ije joli corps vert de ce chantre intéres- 
sant, avec son cou et sa gorge d'un jaune brillant, en font 
un des plus beaux oiseaux de l'Amérique septentrionale; il 
' est l'omement des bois, tant par la variété de son gazouil- 
lement que par la vivacité de ses mouvements. Il nous fut 
souvent difBcile de nous emparer de cet oiseau farouche, 
étant obligés de l'attendre longtemps à l'affût, où les mousti- 
ques (7V/>u&) furent horriblement tourmentants. Les collines 
des prairies formaient en cet endroit des masses longues, 
plates et nues , ressemblant parfaitement à des remparts de 
forteresse. Sur la lisière du bois, les chênes et les frênes ne 
faisaient que boutonner, mais il paraît que ce retard devait 
s'attribuer à un incendie des prairies dans lequel ces arbres 
avaient souffert. Mous avions suivi un coude que la rivière 
fait à gauche, et après avoir passé l'embouchure d'un pe- 
tit ruisseau * , nous atteignîmes la Butte Carrée, qui s'élève 
dans la prairie de la rive occidentale, derrière le bois de 
peupliers. I^a Butte Carrée est une chaîne de collines singu- 
lièrement formée de plusieurs sommets aplatis comme des 
tables, avec des coupures comme des retranchements , et de 
plus petits sommets et collines placés au-devant , le tout é-ga- 



Irouvé cet trbuale beiiicoup plui Tcn l'eit, prèi de 11 rivière de GaKODnnle ; 
mùi c'cil U eedaiùement une erreuri car Kuttill et d'iutrei oot dcji rourqué 
qu'on ne le IrouTe que lUiu les eaviroiu des vilk|ei de> Haudaiu et pliu iu nord. 
■ Ce rniueiu porte, cbei Ici Mandani, deux nom* dinimiti; ili l'ippelkot 
Siuo-Olti-^uthé , c'at-l-dire , b Ritière de \» nxisoil du oiieaui de proie; cl 
Chualé-Hon-Obkté-Puubé , c'esl-à-din , la RiTière où l'on tue beaucoup de loupa. 
1^1 Meuuitirris l'appelleut MBhbiji-Ilikaltch-Ahji , c'eit^'^lirc , la Ritière où l'on 
Tomil lei gnilnei de bœuf; eoGu. cbei lei Ariccaru, il s'ippdle Tcbib-Iiaou , 
( Ir oiot ickih ronement acceulué , et celni d'ûiou au coalraln fort doux ; le tout 
bien lié.) 



D.gitizecbyG00glc 



OB LVHiRIQUe DU HOHD. 33 

lement couvert d'une herbe courte. Dans le voisinage de la 
rivière, cette chaîne présente cinq sommets principaux. Sur 
la rive, il 7 a des bois frais et verdoyants de gros chênes 
nains, de frênes, d'ormes, de negundo et d'autres arbres sem- 
blables, avec depais taillis et une herbe haute et toufTue 
qui fournit d'excellente pâture au gibier. On tira du bâti- 
ment sur un loup blanc que l'on atteignit et qui tomba 
dans l'eau. Un peu plus loin , nous remarquâmes une cabane 
de chasse indienne, fx>nstruite à l'ombre des arbres; elle 
était de forme conique et en bois. Nous vîmes aussi des 
échafaudages en pieux, tels que nous les avions déjà ob- 
servés chez les Sacs et les Ayoways. Vers midi , le temps fut 
chaud et orageux; Th. 70° (17 R.). 

Après avoir passé successivement devant des prairies avec 
leurs collines, des rochers argileux escarpés, et des lignes 
de forêts où, sur la rive orientale, débouche un petit ruis> 
seau qui semble être la décharge d'un lac; après avoir vu 
des loups et tué un cygne, nous continuâmes notre route 
jusqu'au soir; èa ce moment , comme nous longions uo épais 
bois de saules, sur la rive orientale, nous entendîmes ino- 
pinément des coups de fusil , dont nous aperçûmes même 
distinctement le feu dans le bois déjà sombre. M. Mackenzie 
soupçonna sur-le-champ la présence d'un détachement de 
guerre (war part/) des Indiais, dont on évite toujours la 
rencontre , parce que Ton n'a rien de bon à en espérer. On 
tint conseil sur ce qu'il fallait faire. Plusieurs coups de fu- 
»1 se suivirent sur la rive; on en voyait distinctement le feu 
et ils retentissaient avec force : car les Indiens ont coutume 
de mettre une très-forte chitrge de poudre. Nous ne tardâ- 
mes pas non plus à remarquer, daus la sombre épaisseur des 
saules, les formes de ces Indiens, qui, dans leurs blanches 
robes de bison , ressemblaient à des fantômes. Personne ne 
savait quels pouvaient être les projets de ces gens , de sorte 
que nous attendions l'entrevue avec une inquiète impatience. 
lies Indiens furent les premiers à rompre le silence. Ils nous 



D.gitizecbyG00glc 



a6 VOTA.GE DAMS l'iHT^RIEDR 

crièrent que leurs intentions étaient pacifiques et qu'ils dé- 
siraient monter à bord. Ayant appris en même temps, de 
l'interprète Ortubize, que c'étaient desDacotas delà tribu des 
Yanktonans, nous nous entretînmes pendant quelque temps 
avec eux , tandis que l'on posait des planches pour pouvoir 
passer du rivaf^ au bâtiment. Vingt-trois hommes, la plupart 
grands et vigoureux, vinrent alors à bord, et on les dt as- 
seoir en rang sur un des côtés delà grande chambre. Ils étaient 
sortis de trois cents tentes que les Yanktonans, Honk-Pdpa 
(Tétons) et Papa-Xapo ', avaient dressées dans le voisinage, 
quoiqu'ils habitassent communément au bord de la Chayenne, 
rivière qui tombe dans le Red-River, près du DeviPs-I^ake 
et des sources du Saint-Peter's-Rîver ; ils avaient chassé 
dans le voisinage et avaient tué des bisons femelles. Les 
Yanktonans sont regardés comme les plus dangereux et les 
plus perfides d'entre les Dacotas, et l'on assure qu'ils ont 
souvent, dans ces environs, tué des blancs, pHncîpalemenC. 
des Anglais. Il leur arrive fréquemment en hiver de se rap< 
procher du Missouri, mais daus la saison où nous étions, 
nous ne devions qu'au hasard de tes y avoir rencontrés. C'é- 
taient en général des hommes forts, élancés, bien faits, 
portant des cheveux longs retombant en désordre, et où 
quelques-uns portaient des plumes, marques de leurs ex- 
ploits. La plupart avaient le haut du corps nu; quelques-) 
uns portaient des robes de bison et d'autres des couvertures 
de laine; du reste, ils étaient simplement et mal vêtus, car 
ils se trouvaient dans une excursion de chasse. Le chef de 
ceux qui nous visitaient s'appelait Tatanka-Kté f le bison 
mort); c'était un homme de moyenne taille, d'une physio- 
nomie caractéristique et d'un teint très-brun; il portait ses 
cheveux noués en une grosse touffe au-dessus du front. Son 
costume consistait en un uniforme de drap rouge avec un 



■ Pkpi-Xape lignifii, en fnn^ii, la tête coi^t. C«Ue tribu «it une bruche 
du Tnktonani. 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE L'AMiBIQDE DU KOHD. 37 

collet et des parements bleus, et orné de galons d'argent, 
tel que les marchands ont coutume d'en vendre ou d'en 
donner aux chefs de dûlÎDction. Cet homme portait à la 
naia une aile d'aigle, dont il se servait en gube d'éven- 
tail. 

Après que nous eûmes fume la pipe à la ronde avec ces 
Yanklonans, le chef vida devant M. Mackeozie une bourse 
de vieux et puant /wm^u^im (viande desséchée et pulvéri- 
sée) qu'il lui offrait comme un présent, puis il se leva pour 
lui adresser ta parole. Il commença par serrer successive- 
ment la main à tous les assistants, et dit ensuite , avec beau- 
coup de gestes et en phrases courtes et tronquées, entre 
chacune desquelles il s'arrêtait pour réfléchir : a Toute la 
troupedestroiscents tentes estcommandée par lechef principal 
Jéwitschahka. — Mun peuple vivait autrefois en bonne in- 
lelligence avec les Mandans, mais depuis un an il s'est brouillé 
avec eux, à cause du meurtre d'un Dacota; — il désire ré* 
tablir la paix ; — pour cela nous avons envoyé trois des nô- 
tres aux villages des Mandans. — Nous ne savons pas en- 
core le résultat, c'est pourquoi nous désirons vivement la 
médiation de M. Mackenzie. — C'est par hasard que nous 
étions sur le bord de la rivière, quand nous avons aperçu 
le vaisseau de notre père, et nous sommes venus le saluer. 
— Afin de pouvoir procurer plus de castors à la Compa- 
gnie des Pelleteries, noua désirons pouvoir chasser libre- 
ment près du Missouri, et c'est pour cela qu'il nous est im- 
portant d'avoir la paix avec les Mandans. — Nous espérons, 
d'après cela, que notre père voudra s'intéresser pour nous et 
nous permettre de l'accompagner. » Voici quelle fut la ré- 
ponse : « Si , à l'avenir, de même que toutes les tribus de 
votre nation , qui vivez habituellement près du Missouri , 
vous vous conduisez bien et ne tuez jamais de blancs, je fe- 
rai pour vous tout ce qui dépendra de moi. Mais je vous 
laisse à décider ce qu'il vaudra mieux pour vous de faire : 
d'aller avec moi par eau, ou seuls par terre aux villages des 



D.gitizecbyG00glc 



30 VOYAGE DARS l'hHTÉRIEUR 

MandaDS, car je ne sais comment vous serez reçus par les 
jeunes guerriers de cette nation. » 

Ces Indiens nous montrèrent une belle peau d'un jeune 
bison blanc femelle qu'ils comptaient ofTrir en présent 
aux Mandans; car c'est un objet auquel ce peuple attache 
un grand prix. Ils y avaient déjà envoyé un jeune bison 
blanc. Quand la soirée fut avancée, on conduisit nos hôtes 
dans une partie du bâtiment oîi on leur offrit à souper et 
oïl on les hébergea pour la nuit; mais le lendemain matin 
ils redescendirent à terre et allèrent à pied au Fort-Clarke. 

Pendant la nuit nous avions eu un grand orage et la ma- 
tinée du i8 juin fut sombre, humide et venteuse. Nous 
quittâmes de bonne heure le lieu de l'entrevue , qui était 
encore à la milles du Fort-Clarke, et les Yanktonans mar- 
chaient à côté de nous dans la prairie, où ils mirent en fuite 
une bande de dis à douze loups qui nous avaient long- 
temps divertis par leurs jeux. Le thermomètre marquait 63" 
(iS" 8 R.). A huit heures et demie, nous dépassâmes une 
île ronde, couverte de saules, après quoi nous atteignîmes, 
sur la rive occidentale, la forêt dans laquelle sont situées 
les habitations d'hiver d'une partie des Mandans; nous dis- 
tinguions déjà , dans l'éloignement, le grand village de cette 
nation, appelé Mib^Toutta-Hangkouche , et dans le voisinage 
duquel toute la prairie était couverte de cavaliers et de pié- 
tons isolés. Quand nous en fûmes plus près encore, nous 
vîmes les cabanes de ce village, avec le Fort-Clarke, placé 
au-devant et se détachant sur le fond vert bleuâtre des col- 
lines de la prairie, tandis que te drapeau bigarré des États- 
Unis flottait au haut d'un grand mât. Quatre hommes 
-blancs, à cheval, s'étaient arrêtés sur une pointe de terre de 
la rive gauche; des Indiens, vêtus de leurs robes de bison , 
étaient assis par groupes sur le rivage, et ce fut alors que 
commencèrent les saints des canons et de la mousqueterie. 
IJAssiniboin ne tarda pas à mouiller devant le fort , près 
d'une rive assez haute, mais qui descendait par une pente 



D.gitizecbyG00glc 



DE LAHERIQUK DU HOIID. aO 

douceetsiirlatpielle plus desix cents Indiens nousattendaient. 
Immédiatement sur la grève , et devant cette assemblée 
rouge, se tenaient les chefs et les guerriers les plus distin- 
gués de la nation des Mandans , et dans le nombre surtout 
Charaté-Noumakchi (le Chef des I^ups), Mato-Tope (les 
Quatre Ours), Dipéouch (le Bras Cassé), Berock-Itaînou (le 
Col de Taureau), Pehriska-Kouhpa (les Deux Corbeaux) et 
quelques autres. Ils avaient tous endossé leurs plus beaux 
habits pour nous faire honneur. Aussitôt que le bâtiment 
Ait amarré, ils montèrent à bord, et après nous avoir serré 
la main à tous , ÎU prirent place dans ta chambre de poupe. 
I^ pipe circula , et l'entretien commença avec les Mandans, 
à l'aide de M. Kipp, commis de la Compagnie américaine 
des pelleteries , et directeur du poste de commerce du Fort- 
Clarke, et avec les Meunîtarris, à l'aide du vieil interprète 
Charbonneau', qui demeure depuis trente-sept ans dans les 
villages de cette nation placés dans le voisinage. M. Macken- 
zie fît part aux Indiens de la proposition des Yanktonans; 
mais après une longue délibération, ils répondirent qu'il 
leur était impossible de conclure la paix avec eux , les Yank- 
tonans étant beaucoup trop perfides; mais que, pour le 
moment , on ne leur ferait aucun mal et qu'ils pouvaient se 
retirer sans crainte. 

I^ plupart des Indiens rassemblés dans notre chambre 
étaient des hommes vigoureux, grands et bien bâtis, à l'ex- 
ception seulement de Mato-Tope qui était de taille moyenne 
et assez mince. J'aurai occasion de parler plus tard davan- 
tage de ce chef vaillant et distingué. Ils portaient à la main 
leurs armes, consistant en fusils, arcs, massues ou haches 
d'armes, ainsi que des éventails d'ailes d'aigle; ils étaient 
vêtus de robes de bison, qui , du côté de la chair, étaient 
peintes en rouge brun et en blanc, et ornées de 6gures de 

• Cet bomoM esl conou [wr le Vojige de LewU et Cbrke, qu'il 
JBMia'aiu bonli .de I* Colombie ; maii iod nom ■ élé souvent triMiiat 
|MreuBple,Win]en [loc.^i. lUMl, f-^s) l'ippelle CbirboDCI. 



D.gitizecbyG00glc 



3o VOTAOE ttAHS l'iHTArIEUK 

différentes couleurs '. Ils laîsseat croître et pendre leurs che- 
veux, qu'ils regardent comme un ornement; parfois aussi 
ils les portaient partagés par tresses et pétris avec une espèce 
d'argile rouge&tre. Mais je ne m'étendrai pas, en ce moment, 
sur )a description de ces Indiens, dont j'aurai occasion de par- 
ler plus au long dans un autre endroit. LesMandans, lesMeu- 
□itarris et les Corbeaux , qui avaient alors soixant&dit tentes 
près du fort, ne dïEïèrent pas beaucoup les uns des autres, 
quant à l'extérieur et au costume ; ils sont plus grands que 
les Indiens du Missouri que nous avions vus jusqu'alors, et 
ils ont les traits de la physionomie mieux faits que les Da- 
cotas. 

Nous netardâmes pas à descendre k terre» et nous fîmes ta 
revue de toutes ces figures brunes d'Indiens, dont les femmes 
et lesenfants étaient assis par terre en troupes nombreuses, et 
dont les hommes étaient épars, les uns à pied, les autres à 
cheval, et faisaient, de leur côté, leurs observations sur les 
blancs qui venaient d'arriver. Il y avait parmi eux des 
hommes remarquablement grands et beaux et des costumes 
magnifiques; car ils s'étaient tous parés 'de leur mieux. Les 
fiers Corbeaux étaient assis, en place de selles, sur de 
belles peaux de panthère, doublées de drap rouge, et te- 
naient à la main des fouets de corne d'eik , attendu qu'ils 
ne portent jamais d'éperons. Ces cavaliers belliqueux, avec 
leurs visages peints de diverses couleurs , leurs longs che- 
veux ornés de plumes, des arcs et des carquois sur le dos , 
et un fusil ou une lance à la main (cette dernière arme n'é- 
tait que de luxe) , nous offrirent un spectacle nouveau et du 
plus grand intérêt. Cette assemblée remarquable considérait 
les étrangers avec curiosité, et nods nous entretînmes avec 
elle par signes, puis nous nous rendîmes dans le fort, qui 
est bâti sur le même modèle que tous les autres postes de 



le de peindre de figum Icun puub n 
da peau , du câté de b clMir(Tojeid'Ori)i(Df, I. U, p. Si)- 



D.gitizecbyG00glc 



DB l'amébiqdb do hobd. 3i 

commerce ou forts de la Compagnie, raais sur une échelle 
plus petite, et ressemble, pour les dimensions et les dispo- 
sitions assez simples, à Sioux-Agenc^ dont j'ai parlé plus 
haut. Immédiatement derrière le fort étaient dressées, dans 
la prairie, les soixante-dix tentes de cuir de la nation des 
G>rbeaux , que nous allâmes sur-le-champ visiter. 

Les tentes des Corbeaux son t absolument semblables à celles 
des Dacotas, et se dressent sans que l'on y observe aucun 
ordre régulier; mais à leurs poteaux, au lieu de scalps, on 
voyait flotter au vent , comme des pavillons , de petits mor- 
ceaux de drap de couleur, ordinairement rouges. La foule de 
chiens de tout poil, ressemblant àdes loups, qui couraient çà 
et U , au nombre de cinq à six cents, était vraiment remar- 
quable. Ils se jetaient tous sur les étrangers, et ce n'était pas 
sans peine que l'on parvenait à les écarter à coups de pierres, 
opération dans laquelle nous fûmes aidés par quelques vieilles 
femmes indiennes. De là nous fîmes environ trois cents pas 
dans la direction du nord-ouest, en quittant le fort pour re- 
monter le Missouri , afin de nous rendre à Mib-Toutta-Hang- 
kouche, capitale des Indiens Mandans. Ce village , qui se com- 
pose d'à peu près soixante grandes cabanes de terre de forme 
hémisphérique, est entouré d'une clôture de palissades, aux 
quatre coins de laquelle on a élevëdes retranchements en forme 
de flèches, recouverts de treillages en osier et munis de meur* 
trières; ils devaient servira la défense du village et domi- 
naient la rivière et la plaine. Ces flèches ou blockhaus n'ont 
point, dit-on, été construites par tes Indiens eux-mêmes, 
mais par des blancs. A trois milles de ce village, en remon- 
tant la rivière et sur la même rive, on trouve le second 
village des Mandans, que l'on appelle Bouhptaré. Il renferme 
environ trente-huit cabanes de terre, et, faute de temps, nous 
ne pûmes pas alors le visiter. Dans le voisinage immédiat 
du village de Mih-Toutta-Hangkouche, on voyait plusieurs 
de ces échafaudages (Machotté) sur lesquels ces Indiens, 
de même que les Dacotas, déposent leurs morts (voyez la vi- 



D.gitizecbyG00glc 



3l TOTAGB UAHS l'iRT^HIRUR 

gnette d^ a) ; mais à côt^ il y avait plusieurs grands po- 
teaux auxquels étaient suspendues des peaux et d'autres 
objets que l'on avait offerts au maître de la vie , Omahank- 
Noumakchi, ou au premier homme, Noumank-MachaDa 
{ch guttural). Les trois villages de la tribu voisine des Meu- 
nitarris (Gros Ventres), dont la langue difl%re entièrement 
de celle des Mandans, sont situés à quinze milles environ 
plus haut, sur la même rive, et leur population était ce 
jour-là rassemblée presque tout entière près du village des 
Mandans. Je parlerai aussi d'eux par la suite. 

La prairie qui environne le Fort-Clarke offrait dans cette 
occasion l'aspect le plus intéressant. Une foule considérable 
de chevaux paissaient de tous côtés; des Indiens des deux 
sexes et de tout âge allaient et venaient ; à chaque instant 
ils nous arrêtaient ; il fallait leur serrer la main et se laisser 
examiner par eux, ce qui ne laissait pas d'être parfois ex- 
trêmement gênant. Ainsi, par exemple, un jeune guerrier 
s'empara de ma boussole de poche que je portais à ud 
ruban, et voulut absolument me la prendre a6n de la sus- 
pendre, comme un ornement, autour de son cou. Je la lui 
refusai , mais plus je persistais dans mon refus, plus it deve- 
nait pressant. Il m'offrit un beau cheval pour ma boussole, 
puis il y ajouta tous ses plus beaux habits et ses armes, et 
quand j'eus répondu par un nouveau refus plus péremptoire, 
il se mît en colère, et ce ne fut qu'à l'aide du vieux Char- 
bonneau que j'échappai à des scènes désagréables et peut- 
être à des actes de violence. De retour au bâtiment, nous y 
trouvâmes une société uombreuse d'Indiens s'occupant à fu- 
mer, ou bien couchés par terre, endormis dans leurs cou- 
vertures. 

M. Sanford , sous-agent des Mandans , des Meunitarris et 
des Corbeaux, eut le soir un, entretien avec le chef le plus 
distingué de ces derniers, Éripouass (le Ventre-Pourri), le 
même homme avec lequel l'ancien agent des Indiens, le ma- 
jor O'Fallon, avait eu une scène fametise; nous accompa- 
gnâmes M. Sanford à cette entrevue. 



D.gitizecbyG00glc 



I>E lAMéniQDE DU NORD. 33 

Kripôuasii, homme robuste et de haute taille, à la phy- 
sionomie préveuante, avait beaucoup d'influence sur son 
peuple. Étant en deuil, il se rendit au fort dans ses plus 
mauvais habits, les cheveuj coupa courts et enduits d'ar- 
gile. Charbonneau servit d'interprète dans la langue des 
Meunitarris. M. Sanford recommanda au chef d'en user 
toujours bien envers les blaucs qui pourraient visiter sa 
tribu; il lui suspendit une médaille autour du cou, et lui 
6t, au nom du gouvernement, un présent considërîible en 
drap, poudre, balles, ubac, et autres choses semblables, que 
cet homme orgueilleux accepta, sans donner la moindre 
marque de reconnaissance; ces gens regardent au contraire 
des présent» de celte espèce comme un tribut qui leur est 
dû et comme une preuve de faiblesse. On assure que les 
Corbeaui surtout, qui sont les plus 6ers d'entre les Indiens 
méprisent souverainement les blancs; du reste, ils ne te 
tuent point, mais les pillent souvent. Quand la nuit fut 
venue, nous visitâmes Éripouass dans sa tente. Tout le camp 
des Corbeaux était alors rempK de chevaux, quelques-uns 
avec leurs poulains, que l'on avait fait entrer pour les met- 
tre à l'ahri des voleurs. Cette nation, qui se compose d'en- 
viron 4oo tentes, possédait de 9 à 10,000 chevaux, dans le 
nombre desquels il , en a de fort bons. Quant aux chiens 
on les avait pkcés en partie dans les tentes, et nous fûme^ 
moins exposés à leurs attaque» que durant le jour. Malgré 
cela, A fallut nou» battre contre eux pour pouvoir passer 
L'intérieur de la cabane offrait un aspect intéressant. Un petil 
feu allumé au centre l'éclairait suffisamment; le chef était 
as»U en face de l'entrée, entouré d'autant d'hommes grand» 
et bien faits qui avaient pu y trouver place, chacun selon son 
rang. Tous étaient nu», n'ayant d'autre vêlement que le 
breech^hth. On nou» Bt asseoir à gauche du Ventre-Pourri 
»»r des peaux de bisons; après quoi, le maître de la maison' 
alluma sa p.pe dacota.dont le tuyau était long, plat et orné 
de clou» jaunes et brillants; il nou» y fit faire à chacun 



D.oiiiz.owGoogle 



34 VOYAGE DANS l'iNTÉHIEUR 

quelques asprations, en tenant la pipe (taos ses mains, et 
elle circula ensuite par la gauche. Après que Charbooneau 
eut soutenu pendant quelque temps la conversation en lan- 
gue meunitarrie , nous nous levâmes tout ii coup et nous 
nous éloignâmes, selon la coutume indienne. 

Les Crows des Anglo-Américains, ou Corbeaux des des- 
cendants des Français établis en Amérique, sont appelés 
par les Mandans Haidxrouka, et par les Meunitarris, Hal- 
deroka. Le nom qu'ils donnent eux-mêmes à leur nation est 
Âpsarouké. Le territoire qu'ils parcourent est borné au 
nord ou au nord-ouest par le Yellow-Stone-River (rivière 
de la Roche-JauneJ, et s'étend, autour du Bighorn-River, 
jusque vers les sources de la Chayenne et vers les monta- 
gnes Rocheuses, qu'ils appellent Amechahvré (cA guttural, 
e court). Ces Indiens sont un peuple chasseur et nomade 
qui ne demeure point dans des villages stables comme les 
Mandans, les Meunitarris et les Ariccaras ', et ne se livre 
à aucune espèce de culture, si l'on en excepte une très^ie- 
tite quantité de tabac {Nicotiana quadrivalvis) qu'ils ont 
coutume de semer. Il 7 a environ six ans que les Corbeaux 
ne comptaient que 1000 guerriers : aujourd'hui on évalue leur 
nombre à laoo'.Ib voyagent avec leurs tentes de cuir, chas- 
sent le bison et toutes sortes de gibier, et nourrissent beau- 
coup de chevaux et de chiens , mais ne les mangent point. 
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, ils sont de toutes les 
nations du Missouri , celle qui possède le plus grand nom- 
bre de chevaux. L'hiver, ils les nourrissent sur les bords du 

I Wirden, duw mb oomga ÏDiilalé ; ^eeouM e/' lAc Viâted StaM (r. m, 
p. iSi], Doome ht diranu ntiont iodieiiMi qui hibitcal dei nlUgc» itibtet, 
guii il oublie d« eompUr parmi eui \tt UennituTÙ, 

> Wirdn appelle lei Corbeaux, QoehaUei (&w. cit., t. lU, p.5Sa], et énioc 
Icnr Bonbre à 3,ISo Imea, dout goo gnomeri. Le D* Hone (rajr. JltpoH, elc. , 
p. aSa) dit qu'il J eo ■ 3,i5o, et remarque qu'ils wnt plui MUTagei que lei M- 
tna DtliOD* , wquin'eflpBicucl.Dani Fout nge qui vient deparailre: AJrtMttm 
ofCapimn B«Hiuriile, k nombre de Inm fuenien eil porté (p. ii^} à i5n>, ce 
qui e«l peul-élre trop ikré. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'amésique du nobd. 35 

Wind-River, d'une espèce d'arbrisseau qui les fait prompte- 
ment engraisser. I^es femmes des Corbeaux sont très-adroites 
pour le travail des mains; leurs chemises et leurs costumes 
de cuir dehighom, brodés en piquants deporc-épic colores, 
sont d'une beauté extraordinaire, ainsi que leurs robes de 
bisoD brodées et peintes. Je parlerai plus bas de leurs grands 
bonnets de plumes d'aigle, de leurs boucliers ornés de plu- 
mes, et de peintures de diverses couleurs (Toy. pi. xlviii^ 
fîg. 5 et 6) et d'autres objets. Les hommes fabriquent leurs 
armes, qu'ils ornent avec beaucoup d'élégance, surtout leurs 
grands arcs, incrustés de corne de bighom ou d'elk, et sou- 
vent aussi recouverts de la peau d'un serpent à sonnettes. 
Tai fait dessiner (pi. xLVin, fig. jo) un beau carquois de ce 
peuple, orné de rosettes en piquants de porc-épic. 

Pour ce qui regarde le physique de ces Indiens, et leur 
manière de s'habiller, ils ressemblent en général anx Meu- 
nitarris, les deux n'ayant formé dans l'origine qu'un même 
peuple, ainsi qu'on le reconnaît au rapport du langage. Oe 
longs cheveux sont chez eux une grande beauté, et ils ont 
grand soin de leur chevelure. Celle d'un de leurs chefs, ap- 
pelé Longs-Cheveux (Long-ffaîr), avait dix pieds de long 
et traînait de plusieurs pieds par terre, quand il se tenait 
debout. Les ennemis des Corbeaux sont les Chayennes, les 
I^eds-Noirs et les Dacotas. Us sont alliés des Mandans et 
des Meunitarris; mais, en général, ils les voient fort peu. 
Us avaient coutume d'échanger avec ces derniers leurs beaux 
chevaux contre des -marchandises européennes; mais la 
Compagnie américaine des Pelleteries a établi maintenant, 
pour eux aussi, un poste de commerce sur le Yellow-Stone, 
connu sous le nom de Fort-Cass. 

Quoique les Corbeaux, en leur qualité de fiers Indiens, 
r^ardent les blancs avec mépris, ils les accueillent toutefois 
avec beaucoup d'hospitalité dans leurs cabanes; mais ce qui 
contraste singulièrement avec leur orgueil, c'est leur pen- 
chant à voler et à mendier, qui les rend fort importuns. Ils 



D.gitizecbyG00glc 



36 VOTACE DANS l'iNTÉRIEUR 

entretiennent, dit-OD, beaucoup plus d'idées superstitieuses 
encore que les Mandans, les Meunitarris et les Ariccaras. 
Ainsi, par exemple, ils ne veulent jamais fumer leur pipe 
du moment oii il y a une paire de souliers suspendue dans 
la cabane. Quand ils fument à la ronde, chacun d'eux ne 
fait jamais que trois aspirations; après quoi, il passe la pipe, 
avec un certain mouvement particulier de la main, à son 
voisin de gauche. Ils sont adroits cavaliers , et quand ils 
cliai|;ent à cheval, ils se^jettent à bas d'un côté, à la ma- 
nière de divers peuples de l'Asie. Ils ont parmi eux beaucoup 
de bardachea ' , et surpassent toutes les autres nations en 
coutumes contre nature. 

De même que chez tous les Indiens du Missouri , il existe 
parmi les Corbeaux diverses associations : 

1° Les Sihrapichte ( le ch sifQant à l'allemande) , ou les 
Bisons mâles; 

1° Les Ihchochke (le cA guttural, Xe bref), ou les Re- 
nards des prairies; 

3° tiesPebriskichte(le cA sifflant, rebref),on la société 
des Corbeaux; 

4" Les Zohtà-Girackschohke (le g guttural) , la société de 
la Tête à demi rasée. C'est la même qui , chez les Mandans, 
s'appelle Ischohé-Kakoschochaté (le second ck guttural); 

5° Les Pédachischi (le premier ch guttural, l't fortement 
accentué , le cki bref) ; 

6° Les Wih-Wa-Ouhpake, ou la société du Casse-tête de 
pierre j 

n" Les Wiske-Kahte, les Petits Chiens; 

8^ Les Wîschkissah, ou la société des Grands Chiens. 

Chacune de ces associations a une danse qui lui est par- 
ticulière; le droit d'en faire partie et de prendre part à ces 
danses s'achète, comme chez les autres peuples du Missouri. 
A ces occasions on abandonne aussi, de la même manière, 

■ Je pnkni de* bardicbM, en déeriTUI plu bu Im mcnin dei Huiikiu. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ah^bique dd itord. 37 

les femmes aux vendeurs , ainû qu'on l'expliquera plus tard 
en parlant d'autres nations. On prétend du reste que les 
femmes des Corbeaux et celles des Ariccaras'sont les plus, 
dissolues de toutes celles des nations du Missouri. 

Ce peuple éprouve une espèce de crainte superstitieuse 
à la vue d'un bison blanc femelle. Quand un Corbeau ren- 
contre un de ces animaux, il se tourne vers le soleil et lui 
adresse à peu près ces mots : * Je veux te la donner. » Il s'ef- 
force alors de tuer l'animal, et quand il a réussi, il le laisse- 
par terre et dit encore au solâl : « Prends-Ja, elle t'appar- 
tient. > Du reste^ ils ne font pas de la peau de ces bisons fe- 
melles , le même usage que les Mandans , usage que j'expli- 
querai plus bas en détail. Les objets les plus sacrés pour 
ce peuple sont : le soleil , la lune et le tabac , c'est-à-dire les 
feuilles du vrai tabac [JVicvtiarui) ; aussi tous leurs enfants 
porlent-tls une petite portion de cette plante, bien envelop- 
pée, comme un amulette autour du cou. 

Ib n'enterrent pas leurs morts; mais, de même que les 
Mandans, les Meunitarris, les Dacotas et les Assiniboins, 
ils les placent, au milieu de la prairie, sur des échafauda- 
ges isolés. Une femme de la nation des Corbeaux , étant sur 
le point de mourir , témoignait une grande inquiétude , dans 
la crainte qu'après sa mort on ne la déposât dans la terre, 
à la manière des blancs. C'était-là son seul souci, bien que 
du reste la mort ne lui causât aucun effroi. Dès qu'on l'eut 
tranquillisée à ce sujet , elle rendît le dernier soupir avec la 
plus grande tranquillité d'âme '. 

■ Pour pbu de détails wr 1m Cortieam, od peut cwiraltcr iiiui VJileria , 



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D.oiiiz.owGoogle 



CHAPITRE XIV. 



I rOKT-CI-tHKII AU FOmT-DKION, PBÉS DE L EMBOUCHtlBB 
nv VKlXOH-STOItK-KlVKB. 



Bodhpura , Moood rilbige àtt Htmluu. — Tillign det MiuDiturii mit le ILoire- 
tim. — Entrevoe avec \m M raniUiTu: — Tilb|M d'hiver da cbIm natioD. — 
CoUinei ratarquaUe». — Hontagnci de roun qui dtiue. — Litrle-Miuouri- 
Kiicr. — Tenitoin dei AuinilMiiDi. — CharbooiKau'i-Creek. — While-Eartli- 
Incr, — Lca dam Indiaiu Piadi-Ttoin KMut cl Matit^oui. — La Griulj Hear 
<( la BigliMii. — EnlitTM me le* AMoilMiiu. — Huddy-RÎTar. — TeUow- 
Siaae-RiTcr. — Fort-Uoioii. 



Le igîuia, de grand matin, le pyroseaphe VAtsiniboin- 
quitta le fort Clarke , par un vent fort et froid et un ciel 
Hmlire et couvert; à 9 heures et demie, le thermomètre de 
Fahrenheit marquait 60° ~ ( ia% 5 R). Las chefs et plusieurs 
autra Indiens étaient encore de bonne heure à bord , ainsi 
que Kiésax, Indien Pied-Noir ou Piékaon, qui désirait re- 
tourner auprès de sou peuple. M. SJpp, ^recteur du fort 
Clarite^ainsi que Je vieil interprète Charbonneau, nous £rent 
aussi la reconduite. Nous abordâmes bientôt pour une heure 
à la rive septenlrioBale, a6n d'embarquer du bois, et pen- 
dant ce temps la pluie et la tempête nous tinrent renfermés 
dans notre chambre. Comme nous nous oecupioos souvent 
de notre patrie , il uous parut que la campagne de la rive 
méridionale présentait quelque ressemblance avec les bords 
du Rbin^ mais,, sur la rive droite,. se i-encontrèreot bientôt 



D.gitizecbyG00glc 



4o VOTAOE DANS L'iDTJÉniEUR 

des collines de formes singulières; oa eût dit des remparts 
de forteresses. A dix heures, nous atteignîmes, sur ta rive 
méridionale, le second village des Mandans, Rouhptare, si- 
tu^ dans une plaine un peu élevée au-dessus du niveau de la 
rivière. Ses habitants , au teint foncé et à la chevelure noire, 
enveloppés dans leurs robes de bison , s'étaient tous assem- 
blés sur la grève, et quelques-uns d'entre eux avaient pris 
position sur le toit de leurs cabanes , afin de pouvoir bien 
r^arder autour d'eux, ce qui est l'usage constant de ces 
peuples. La prairie tout entière était remplie de personnes à 
pied , d'Indiens montés, et de chevaux paissant; dans les bois 
de saules, près de la rive, on voyait courir tout nus les en- 
fants cuivrés; les hommes tenaient à la main leurs éventails 
d'aigle. Quant au village même, il était entouré de palissa- 
des, et oHrait, avec ses cabanes de terre voûtées, à peu près 
l'aspect d*UD kippah de la Nouvelle-Zélande. Là aussi on 
voyait suspendues à de grands poteaux, à côté du village, 
des peaux et d'autres objets consacrés au seigneur de la vie 
ou'au soleil, et un grand nombre de machottés (échafau- 
dages de morts) étaient répandus dans la prairie. Comme 
nous passions devant le village , toute la populatiou nous ac- 
compagna , en suivant les bords escarpés de la rivière , les 
uns à pied, les autres à cbeval, et les gros chiens loups' 
couraient en foule derrière leurs maîtres. La campagne était 
assez ouverte et unie; notre vue s'étendait sur le large et 
beau miroir de la rivière, et, dans le lointain, sur la masse 
fougeàtre des cabanes de terre du premier village dcsMen- 
nitarris, appelé Awachabwi, situé sur la rive méridionale,' 
et que nous atteignîmes au bout d'une demi-heure. C'est 
là que la rivière au Couteau ' tombe dans le Missouri ; les 
trois villages des Meunttarris, qui -subsistent encore, sont 
construits sur ses bords. Le village supérieur, qui est lé plus ' 



■ Le* UoiDilHrit ■ppdlent U rivière tu Couteeu , Haëtueronibji ; lea Muduii 
Hubi-Puiihi; t(* Aricom, EluiUcli>ILatuhD , et laRofbeiux, MiUi-An)ê. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aMÉHKJUE DD MOBO. 4' 

grand et le plus éloigné du Missouri, s'appelle Elah-sa (le 
village des Graods-Saulea); celui du milieu porte le uom 
d'Awatichaî {ck guttural), le Petit Village: c'est celui qu'babite 
nnterprète Charbouneau; tandis que le plus petit des trois, 
et qui ne se compose que de i8 cabanes, est situé près de 
la rivière au Couteau : il s'appelle Âwachahwi ou le Village 
des Souliers. J'aurai plus tard occasion d'entrer en de plus 
grands détaib sur ce sujet. Pendant que nous contemplions 
cette intéressante contrée , et que Charbonneau me fournis- 
sait maint renseignement sur ces villages qu'il habite depuis 
trente ans, tes Indiens, nos compagnons de voyage, demeu- 
raient assis ou couchés par terre autour du feu, fumant leur 
pipé dans un repos stoïque. Parmi eux se trouvait Dipéottch 
(ch guttural), le Bras-Cassé, gros et vigoureux Mandan, 
avec lequel je fus l'hiver suivant en relation intime, sans 
que je m'en doutasse en ce moment. Il portait ses longs et 
épais cheveux noués en une grosse queue sur te milieu du 
dos; autour du cou il avait suspendu un hausse-col d'argent, 
présent des blancs, sur lequel était gravée la figure d'un 
cerf. Sa physionomie avait une expression agréable. Celle 
d'un autre colosse, compagnon inséparable du premier, Be- 
rock-Itaînou (le Col de Taureau) , était sombre et bien moins 
avenante. L'un et l'autre avaient une taille de 6 pieds , et le 
Col de Taureau portait ses cheveux noués ensemble en 
une seule touffe sur la tête. Mato-Tope ( les Quatre-Ours), 
chef distingué des Mandans, dont j'ai déjà parlé, ainsi que 
Charaté-Noumakchi (le Chefàes Loups), s'y trouvaient 
aussi, et j'achetai du premier Sa robe de bison peinte, qui 
avait été jusqu'alors pour lui médecine, car il la portait 
avec un grand respect , comme souvenir de son fi*ère tué 
par l'ennemi. Plusieurs de ces Indiens s'occupaient souvent 
de recherches fort peu agréables, dans leurs cheveux, après 
quoi ils écrasaient entre leurs blanches dents le produit de 
leur chasse. Nos mets leur plurent beaucoup; ils burent le 
café avec grand plaisir, et le sucre est pour eux une friandise; 



D.gitizecbyG00glc 



^1 VOTAGE DAHS l'iHTÏHIEUR 

ils ne sont pourtant pas en position de se procurer du sucre 
d'érable, comme les Indiens des régions forestières, ces ar- 
bres n'étant nî assez nombreux , ni d*uae croissance assez 
vigoureuse dans les bots des prairies '. 

Si nous détournions nos regards des formes cuivrées des 
indigènes, pour les reporter sur la nature environnante, 
uous remarquions des collines grises, alternant avec des prai- 
ries et des bois de saules; la campagne eu général pouvait 
passer plutôt pour unie que pour montagneuse. Les som- 
mets de quelques-unes des collines étaient aplatis d'une 
manière singulière, et c'est là un trait caractéristique de ces 
chaînes. A midi, te soleil se montra et le thermomètre monta 
à 70" par UD vent fort. La rive méridionale s'anima alors 
par la présence d'une foule dlndiens à pied et à cheval, qui 
se montrèrent entre la rivière et les saules. C'étaient les 
Meunilarris, qui étaient sortis de leurs trois villages pour 
voir notre pyroscaphe et nous saluer. L'apparition de ce 
bitiment qui, depuis deux ans, fait dans le cours de l'été le 
voyage du Yellow-Stone, est un événement de haute im- 
portance et du plus grand intérêt pour les nations indien- 
nes de ces contrées. Ils arrivent alors de loin pour contem- 
pler ces bruyantes machines, qui sont à leurs yeux une des 
plus grandes médecines des blancs. L'aspect de cette foule 
rouge-brun, car même la peau de leurs bisons présentait 
cette couleur, rassemblée ainsi sur la rive, était on ne sau- 
rait plus remarquable. Il y en avait plus de cent , avec beau- 
coup de chiens, dont quelques-uns tiraient deux, longues 
perches de bois, attachées sur leur dos et qui traînaient par 
t&rre derrière eux; leurs effets étaient liés avec des courroies 
sur ces voitures '. I^es Indiens traversèrent à la hâte le bois 

■ DoeCTOll eocet endroit d'tiuiiT espèce (l'érable que le £axii/ier(,4.Aefunife), 
^ui donne à II vérité auui du tucre, mtii pu » beaucoup prèi autant que le Téri- 
table arable à mère. 

■ Le capitaine Franklin (nifuuu premier Tof âge à la mer Glaciale, p, m) 
dicril eetle espèce de tniueau des lodieiu de la prairie. Il ett en général connu 
soni le nom canadien de Travail. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ahÉHIQUE du bord. l^'^ 

de saules, et oe tardèrent pas à se trouver en face de dous 
sur la grève basse et escarpée, où ils avaient si peu de 
place, que dous nous attendions à chaque instant à voir 
écrouler le sable. f 

Nous vîmes alors se déployer devant nous le spectacle le 
l^us intéressant que nous eussions eu jusque^à dans notre 
voyage. Le pyroscaphe aborda près du bois de saules, et 
nous eûmes immédiatement sous les yeux une troupe nom- 
breuse, m^ée, peinte de diverses couleurs et diversement 
parée, composée des Indiens les plus élégauts des bords du 
Missouri. Les personnes les plus belles et les plus vigou- 
reuses, de tout âge et de tout sexe, vêtues de costumes ori- 
ginaux, gracieux et caractéristiques, se pressaient en foule 
à nos regards étonnés, et nous eûmes tout à coup tant de 
dioses à voir et à observer, que nous profitions avidemeut 
des moindres instants pour saisir seulement les principaux 
traits du tableau. Les Meunitarris sont, sans contredit, les 
plus grands et les mieux faits de tous les Indiens qui vivent 
près du Missouri; sous ce rapport , ainsi que sous celui de 
réJégancedes costumes, il n'y a que les Ck)rbeaux que l'on 
puifs^ leur comparer; peut-être même ces derniers les sur- 
passent-ils par la beauté des habits. Leurs visages étaient 
en général peints en rouge avec du cinabre , usage que les 
Américains du Nord ont en commua avec les Brésiliens et 
d'autres peuples de l'Amérique méridionale; leurs longs 
cheveux retombaient sur leur dos partagés en tresses ou en 
queues; du front, retombant par-dessus les deux tempes, ils 
portaient de longs cordons de grains de verre blancs ou azu- 
rés, entremêlés de coquilles de Dentalittm, et leur coifïiire 
consistait en plumes fichées dans leivs cheveux. Leurs phy- 
sionomies singulières exprimèrent, en nous voyant, leur élon- 
nement d'un grand nombre de façons différentes. Tantôt 
c'était un regard froid et égaré; tantôt une curiosité sans 
bornes; tantôt une bonté naïve. Ils étaient la plupart nus 
jusqu'à la ceinture , et la belle peau brune de leurs bras 



D.gitizecbyG00glc 



44 VOYAGE D&HS l'iHTÉRIEUR 

était ornée d'éclataats bracelets de métal blauc; ils tenaient 
à k maia leur fusil, leur arc et leur tomahawk, et sur le 
<los ils portaient un carquois de peau de loutre , élégamment 
orné. Leurs leggings ou culottes de peau étaient ornées de 
mèches de cheveux des ennemis qu'ils avaient tués, ou bien 
(le crins peints de différentes couleurs, comme aussi de 
franges de cuir, et brodées en piquants de porc-épic ou en 
grains de verre des couleurs les plus brillantes. Ces hommes 
beaux et forts faisaient connaître les sentiments dont ils 
étaient agités, en riant et en montrant leurs dents d'ivoire : 
car les modes disgracieuses et contraires à la nature, ainsi 
que les costumes variés des hommes blancs , n'étaient que 
tn^ faits pour leur oflrir matière à des observations piquan- 
tes, pour lesquelles ces enfants de la nature ont un grand 
talent. Tous ces Indiens avaient mis leurs habits de cérémo- 
nie : aussi ne manquèrent-ils pas leur but, car ils firent, du 
moins sur nous autres étrangers , l'impression la plus vive. 
Plusieurs d'entre eux portaient des chemises toutes de cuir, 
d'un travail fort soigné , qu'ils prennent en échange des Cor- 
beaux. Des hommes grands et athlétiques montaient, des 
chevaux fougueux, qui s'eHàrouchaient au bruit de notre 
machine à vapeur; mais ils les domptaient avec une facilité 
qui nous réjouit; au moyen des coups qu'ils leur donnaient 
avec leurs petits fouets courts , ils cherchaieut à les faire 
avancer à la manière des Cosaques. La bride attachée à la 
mâchoire inférieure, ils parvinrent à forcer leurs chevaux 
légers et prompts à traverser te bois de saules et à descendre 
jusqu'à la rivière. On ne pouvait après cela contempler sans 
plaisir ces cavaliers beaux et sauvages, au visage peint en 
rouge et qui ressemblaient beaucoup aux Circassiens. Plu- 
sieurs de ces sauvages dompteurs de chevaux portaient, au- 
tour du cou et sur la poitrine, le grand et précieux collier de 
longues griffes d'Ours; et leur robe de bison, élégamment 
peinte , était attachée autour de leur corps par une cour- 
roie. Peu d'entre eux se servaient d'étrlcrs; ce qui ne les 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ahériqde du vord. 4 S 

empêchait pas dVtre assis très-fermes sur le cheval uu , tan- 
dis que d'autres avaient une selle qui ressemblait au bock 
hongrois. Parmi les Jeunes filles, j'en remarquai quelques- 
unes de fort jolies, dont les yeux vifs, blancs et noirs, bril- 
laient comme des éclairs dans leurs visages rouges. Il est 
malheureusement impossible de donner au lecteur une idëe 
parfaite d'une pareille scène, et d'ailleurs le temps était trop 
court pour que M. Bodmer pût la dessiner. L'hiver suivant, 
nous eûmes l'occasion de combler assez bien ce vide. 

Les chefs des Meunitarris montèrent, pour quelques ins- 
tants , sur notre bâtiment : c'étaieut le vieux Addé-Hiddisch 
(Celui qui fait les chemins), Pehriska-Koupa (les Deux Cor- 
beaux), puis Lachpitzi-Sehriche (l'Ours-Jaune), et plusieurs 
autres, surtout le Piékann, Kiésax, dans ses plus beaux ha- 
bits. Ce dernier devait faire le voyage avec nous. Il était ac- ' 
compagne de son épouse meunitarrie, qui portait sur le dos 
un petit en&nt attaché avec des courroies dans un morceau 
de cuir. Sa séparation d'avec son mari coûta beaucoup de 
larmes îk cette femme , et nous ne pûmes contempler cette 
scène sans nous y intéresser. 

Pendant ce temps, un Indien, sur la rive, repoussait les 
importuns, au moyen d'une grande verçe d'osier avec la- 
quelle il donnait de bons coups aux femmes et aux enfants 
lorsqu'ils gênaient, par leur curiosité, nos engagés et nos 
marins dans leur travail pour attacher ou détacher le bâti- 
ment. Bieutôt, cependant, la vapeur commença à mugir; 
M. Ripp, l'interprète Chaihonneau et les chefs des Meuni- 
tarris prirent congé de nous et se hâtèrent de retourner à 
terre, après quoi VAssiniboin reprit avec rapidité sa course 
pour remonter le Missouri. Les Indiens nous suivirent pen- 
dant quelque temps sur la rive. Une trentaine d'entreeux 
formèrent à cheval un groupe intéressant; souvent il y en 
avait deux montés sur la même béte. Les bois de saules 
ayant cessé , rien ne nous empêcha plus de voir à décou- 
vert la prairie animée, remplie de cavaliers indiens cara- 



DaitizecbyGoO'^lc 



Ifi VOTAGE DAH9 l'iHTÉEIEUR 

colantde tous côtés. Plusieurs retournèrent chez eux; d'au- 
tres vinrent les remplacer; des troupes de chevaux, dont 
qudques-uns avaient des eutraves aux pieds , se sauvaient 
en entendant le bruit de notre machine. Ce furent les pa- 
rents et les amis de nos Piekanns, Kiësax et Matsokuï, car 
un second Pied-Noir était venu h notre bord , qui suivirent 
le plus longtemps le pyroscaphe. Ils leur adressaient souvent 
la parole et leur faisaient des signes d'adieu, et Kiésax leur 
répondait par une triste musique qu'il faisait en soufflant 
dans une longue flûte de bois (Voy. la vignette n" 3). 

Cette flûte, l'ihkoschka des Mandans, dont les Indiens du 
haut Missouri font un grand usage, a a^ ou3 pieds de long; 
elle s'élargit un peu par le bas, et a sur le côté supérieur 
un trou que l'on ouvre et ferme alternativement. Pour orner 
cet instrument, on-attache à ses extrémités , par un cordon , 
une plume d'aigle, qui est d'ordinaire une médecine ou ta- 
lisman du propriétaire de la flûte. Kiésax tenait fort à la 
ùenue; il ne voulut ta vendre pour aucun prix, et la garda 
continuellement à la main. 

Un fort coup de vent, accompagné de pluie, nous mit 
dans la nécessité de nous arrêter pour dix minutes sur la 
rive gauche , oh de hautes collines escarpées bordaient la ri- 
vière. A cette place le major Pilcher avait autrefois un poste 
de commerce pour les Corbeaux et les Assiniboins, et à cette 
époque il n'y avait point encore de ces postes plus haut sur 
le Missouri. Celui-là n'existe plus depuis longtemps et l'on 
u'ct aperçoit plus aucune trace '. Devant nous s'ouvrait une 
belle et vaste perspective de promontoires, s'abaissant par de- 
grés pittoresques, de croupes de montagnes et pointes coni- 
ques; et, sur les chaînes grises des collines, se faisaient voir 
de nouveau tes bandes noires horizontales et parallèles, com- 
posées de houille bitumineuse, qui suivent pendant longtemps, 
sans interruption , te cours du Missouri. On a souvent examiné 

> Tojn Bndburj, Travtli, «le. , p. i3g. 



D.oiiiz.owGoogle 



vig. 3, touie II, ptge 46. 
FIttte des Indiens Pied^-noirs. 



vIg. 4, toiMll,psgs49. 
Pierre d'une forme siagulière. 



ng. 6,t«tMlI,piBBS6. 
Ant , carquois et flèchea des Indiens Auiniboins. 



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D.oiiiz.owGoogle 



DE l'aHÉRIQDB du MORD. /(^ 

ce fouile noir, dans l'espérance de pouvoir s'en servir comme 
combustible; mais il n'est pas possible d'en faire usage; il 
sent très-mauvais et ne vaut même rien pour les forges. Il 
est évident que ces couches noires ont été autrefois en feu ', 
et l'on rencontre en conséquence partout ici des sommets ar- 
rondis d'argile ou de schiste brûlé, tantôt sous les formes 
coniques les plus singulières, tantôt anguleux comme des 
remparts de forteresse. Plusieurs de ces pyramides sont par- 
âitement régulières et posées sur une large base sillonnée 
par l'eau ; d'autres ressemblent à des pâtés travaillés avec 
art; d'autres encore sont carrées et aplaties avec une grande 
régularité, etc. Les couches de houille bitumineuse se mon- 
trent dans la plupart d'entre elles, ou pour mieux dire dans 
leur base. Il n'y a point de doute qu'elles ont toutes été for- 
mées par soulèvement à l'époque des feux souterrains. Au 
{Hed des collines, on remarque de petites prairies, en par- 
tie couvertes des plantes blanchâtres ou vert argenté d'une 
espèce SArtétnisia à tige ligneuse. Dans la rivière, il y 
avait des bancs de sable à découvert, sur lesquels s'était ar- 
rêté du bois flotté, et dont la suriace, recourbée en ondes 
par le courant , ress«mblait aux vagues de la mer. Le soleil 
du soir éclairait les formes grotesques des collines pyrami- 
dales et aBguleuses,et leur ombre nous permettait de recon- 
naître distinctement leurs contoui^. \& pente septentrionale 
des montagnes était en partie couverte de broussailles; mais 
la pente méridionale était presque toujours aride et nue. 
Vers le soir, nous passâmes devant un village d'hiver des . 

< TofCi Bndbnr;, lac, cit., p. i53. La tulure de ce fouile noir eil en général 
tvnme, ndi aucone Iraee de fibre* lipMiua ou de parties Tégéialet. Je n'ai point 
obaeni *iir le Mimuri de «érilabie ampélile , lel tjo'ou en Irauve en PemujWanie 
M ta Europe, notamnient lur les bordi du Shia [tofci Hibbeit , Hiilorj of ihe 
ttSuct •Boleamoti of the batin of Neutvicd, p. 85); oo voit cependant fr^ueni' 
■eat lUr lea bordi ptuùeuri couchei de boii Ootté. Cet amai (oot encore trop 
rfcenti ; maia ili poocraienl bien, arec le tempi, deTenir de l'anipéliK. Je n'ai pas 
ra MB plut de ce* iroDoplacii debout, dout parte NogE<nitb, quoiqu'il aoilbiea 
pawible qu'il en csiUe. 



D.gitizecbyG00glc 



48 VOYAGE DANS l'iNTÉRIEUR 

Meunitarris , situé dans une forêt de la rive septentrionale: 
il était alors inhabité. Bientôt après, nous atteignîmes sur la 
droite une pointede terre, dont la rive était haute et escarpée; 
M. Sanford y trouva un jour, au mois d'avril, un assemblage 
énorme de serpents, dont il estima le nombre à plusieurs 
milliers. Il n'y en avait que de deux espèces difTéreotes, dont 
l'une était rayée et dont l'autre avait le ventre jaune (sans 
doute Col. sirtfdis elflaviventris , Say). Tous les trous et en- 
foncements dans les couches des roches eu étaient pleins. Dans 
un petit ravin, ils étaient rassemblés eu pelotes, et c'est 
sans doute pour s'accoupler qu'ils s'étaient réunis en ce lieu. 
On en tua plusieurs centaines; car les Âméricaios ont une 
grande antipathie pour ces animaux. Bradbury * parle aussi 
de grands amas de serpents sous des pierres près du Mis- 
souri, mais dans une autre saison de l'année. Du reste, la 
preuve que cette région doit être habitée par beaucoup de 
serpents, se trouve dans le nom d'un petit ruisseau , à l'em- 
bouchure duquel nous ne tardâmes pas à arriver; il s'appelle 
le Snake-Creek. Un demi-mille plus loin, débouche, d'une 
vallée de prairies unies, le Miry-Creek (ruisseau boueux), 
sur les collines duquel nous vîmes quelques cabris. La soi- 
rée fut fraîche et venteuse, de même que la nuit. 

liB lendemain matin , ao juin, nous aperçûmes, dans une 
forêt , près de la rive , quinze Indiens, et bientôt après qua- 
tre gros elks, dont ces chasseurs sauvages auraient sans 
doute bien voulu faire leur proie , s'ils avaient été instruits 
de leur présence. Une des couches de charbon des hauteurs 
de cette région avait brûlé depuis peu , mais nous ne remar- 
quâmes plus de fumée. 

A dix heures passées, après que nous eûmes embarqué 
des combustibles, nous arrivâmes auprès de collines singu- 
lièrement aplaties parle haut, et qui portent le nom de l'Ours 
qui danse; parce que l'on prétend que c'est dans cet en- 

I Brtdburf, TravtU, elc , p. 46. 



D.gitizecbyG00glc 



DR i.'ahériquf du nurd. 49 

droit que les Indiens avaient coutume de célébrer la danse de 
l'Ours, fête de Médecine, pour se procurer du bonheur dans 
leurs ciiasses. A midi, le thermomètre marquant 70'' (17°, 
R.), il s'éleva un vent frais et désagréable. La campagne était 
assez unie; la rivière était encadrée de vastes forêts. Celle 
de la rive droite surtout était belle, haute et sombre; on 
y remarquât beaucoup de vestiges de castors, c'est-à-dire, 
des arbres rongés et des sentiers en pente descendant vers 
la rivière. !Nos chasseurs revinrent l'un après l'autre à bord. 
Ils avaient tué deux cerfs de Virginie, un cabri et une 
poule des prairies {Tetrao phasianellus). M. Bodmer, qui 
était revenu au bâtiment , échauffé et fatigué , rapporta avec 
lui une pierre ayant la forme d'un tomahawk ', qu'il avait 
trouvée dans la prairie (Voyez la vignette n" 4)- 

Nous continuâmes notre voyage; et à la chute du jour, 
après avoir vu fuir les bisons, nous amarrâmes .le bâti- 
ment aux arbres de la rive s^lentrionale. De tous côtés , dans 
la plaine, nmis voyions des sentiers profondément et fraî- 
chement tracés par Les bisons, et dans les ravins formés par 
les collines, ainsi que sur la rive , volait l'engoulevent {Capr. 
virginiajuiS). 

Lelendemainmatin,aa juin, les eaux de la rivière avaient 
considérablement monté; la masse d'eau qu'elle présentait 
était réellement imposante. Des troues, du bois, des bran- 
dies, des éclats, etc., descendaient le courant, couvraient 
sa surface et communiquaient au bâtiment des chocs vio- 
lents. Nous passâmes devant des lisières de bois et de tris- 
tes collines sans aucune végétation; dans les étroites prairies, 
et devant ces collines, croissaient des Àrtemisia^ et dans 
les vallées, des broussailles. 

Nous arrivâmes sur la rive méridionale , près d'une plaine 

■ Ca picrtei tout oidÛMiremmit m granit ; eDe* ne m termiDeol pu en poiule 
par deraot , mait elle* (ont irnmdiei. Le* ludieiu t'en icTTenl [iMlr briser de gro* 
M de bÎMn , de k moelle deiquel) ils taa\ Irte-friand). Od trouve cbnc. le* Pieds- 
Noin dci pierru toul» pircitlci. 



D.oiiiz.owGoogle 



5o VOTAOR DAHS L IMTiRIEUR 

verdoyante, de laquelle débouche le petit Missouri *. De l'au- 
tre côté de cette rivière, on apercevait une chaîne de coUi- 
nes bleues, avec des sommets, des croupes et des coupures 
singulières. Dans les bois, les rosiers fleurissaient en foule^ 
et les épais taillis qu'ils formaient étaient fotdés par les 
bisons, dont les sentiers les croisaient en tous sens. Avant 
l'heure de midi, nous avions déjà attnnt le territoire des 
Assiniboins, qui s'étend sur la rive septentrionale, et nous 
nous trouvâmes près du Wild-Onion-Creek. Kiésax (l'Ours 
qui est gaucher) ne ht , ce jour-là , aucune difficulté de lais- 
ser faireson portrait par M. Bodmer; en revanche, Matso- 
kouï (la belle Chevelure) ne voulut jamais y consentir, di- 
sant que s'il le faisait, il mourrait infailliblement. La suite 
fit voir que ce fut lui qui ne tarda pas à périr, tandis que 
Kiésax revint au contraire sain et sauf de chez ses ennemis. 
Ce dernier avait adopté le costume des Meunîtarris , auquel 
il avait ajouté une couverture de laine rayée de bleu , de 
blancet de noir, laquelle, ainsi qu'une croix de métal qu'if 
portait autour du cou , témoignait des relations de com- 
merce que les Indiens Pieds-Noîrs entretiennent avec les 
Espagnols, dans les environs des montagnes Rocheuses. Du 
reste ces deux Indiens me parurent être des hommes doux 
et obligeants; ainsi, par exemple, ils ne revenaient jamais 
d'une promenade sans en rapporter quelques poignées de 
plantes, souvent de l'herhe commune; mais ils avaient vu 
que moi-même je rapportais toujours des plantes avec moi. 
Kous abordâmes à trois milles environ au-dessous de 
Goose-Ëgg-Lake. Là fleurissaient le Fibumum lentago, le 
Linum Lewisiif Pursb., le Galium dasycarpiun. Nées., et 
sur ta grève serpentait la Potentilla iupina , . aux fleurs 
jaunes. Un loup blanc accompagna le pyroacaphe quand il 



mil appellent cMte rinèra Amih-Tikucfae ( proBonoa tiM et ptr 



1ê nei); l«i UandRoi, Uthlack-Cbonkè ; In Arionru, OhLahah-TthiripM ; 
Cortxaiu , Anduui-Iii^ti ( m long ). On caaipl« en oct endroit i<;a 
puis l'etubouchiire du Hiuouri. 



D.oiiiz.owGoogle 



DE LAHÉHIQDE DU NORD. Si 

k'^rtit. Nous atteignîmes le canal qui réunit le lac de Goose- 
Egg avec le Missouri , mais je ne pus le visiter parce que 
notre bâtiment ne s'arrêta pas. La rivière fait là un grand 
coude que quelques Canadiens appellent , de même que ce- 
lui dont j'ai parlé plus haut, prè» du fort Lookout, le grand 
Détour. Nous y remarquâmes l'ancienne cattane en bois d'un 
détacbement de guerre indien. Trois ou quatre sentiers de 
bisons descendent parallèlement des hauteurs vers la rivière. 
Au bas des collines de formes singuhères, se montrent des en- 
foncements ou bassins qui tous sont remplis de broussailles, 
soit qu'il y fôt resté plus d'humidité, soit que le vent n'ait 
pas pu emporter aussi facilement les semences des plantes. 
Dans la belle forêt voisine de grands peupliers serrés, crois- 
sait une herbe haute et fraîche, pâture excellente pour le 
gibier, qui abonde dans cette région. 

Le lendemain, aa juin, de grand matin, nous vîmes des 
bisons, des elks et des ceHs de Virginie. Les oies sauvages, avec 
leurs petits, se laissaient approcher, car dans cette saison 
elles perdent les longues plumes de leurs ailes. Vers dix heures 
on cria au feu; la dunette du bâtiment avait pris feu par 
le tuyau en fonte de la cheminée de la grande chambre. On 
aborda sur-le-champ, et le plancher ayant été enlevé, tout 
danger se disnpa bientôt; du reste ce danger avait été assez 
grand , car nous avions une quantité considérable de pou- 
dre à canon à bord. A peine eûmes-nous paré à cet acci- 
dent, qu'il nous arriva une autre contrariété. Le courant de 
la rivière grossie ^tait si fort, que nous eûmes beaucoup 
de peine à doubler certaine pointe de terre, d'autant plus 
qu'il -soufflait grand frais de l'ouest; vent qui nous était 
contraire, de sorte que le bâtiment fut repoussé jusqu'à 
trois re{mses vers la rive méridionale. J^ premier choc 
fîit si violent, que la galerie du second pont se brisa com- 
plètement. La seconde tentative ne réusait pas mieux que 
la première; cette fois une partie de l'enveloppe qui pro- 
tège la roue fut enlevée et emportée par le courant. On 



D.gitizecbyG00glc 



j-2 VOYAGE UAMS LlirTËHIEUR 

fut alors forcé de faire descendre à terre quarante hommes, 
pour haler te bâtiment avec des cordes ; tout le monde of- 
frit volontairement ses services, et les Piëkanns eux-mêmes 
triomphèrent de leur nonchalance naturelle. Quand nous 
eûmes dépassé l'endroit dangereux , nous reprimes à bord les 
chasseurs que nous avions débarqués. Ils étaient couverts 
de sang des pieds jusqu'à la tête et chargés de gibier, car 
ils avaient tué deux elks. T.es effets du courant et du vent 
contraire se Brent encore longtemps sentir sur notre bâti- 
ment , qui fut plus d'une fois jeté contre la rive , au point 
que le pont était rempli de terre et que nous laissâmes bien 
des traces de notre passage contre la grève argileuse et sa- 
blonneuse. 

Au bout de quatre heures nous abordâmes près d'une jo- 
lie prairie étroite, fraîche et verte, qui s'étendait au devant 
des collines, et nous y coupâmes du bois. Il s'y trouvait un 
petit étang avec des roseaux (Scirpus robustus ou mariti- 
mus, var.)f dans lesquels coassaient de petites grenouilles 
vertes que nous cherchâmes en vain. Plusieurs belles plantes, 
et entre autres un Juniperus communis avec des baies en- 
core vertes, s'y montraient '. Le FeUvox, la Sylvia œstiva 
et l'oiseau que les Américains appellent Blaclcbird animaient 
les bois, où nous remarquâmes aussi le Numenius longiros- 
tris. Dans toutes les forêts et dans toutes les prairies, on 
trouvait abandonnés des bois d'elk, et nous en vîmes un, entre 
autres, à douze cors d'une grandeur extraordinaire. Pendant 
la soirée nous aperçûmes, dans la prairie de la rire septen- 
trionale, un grand ours {Grizzl/ Bear), et l'on débarqua 
Kur-le-champ Ortubize avec un second chasseur pour le 
poursuivre, mais ils ne purent le tuer. Bientôt après nous 
vîmes encore deux autres ours, l'un blanchâtre, l'autre 
d'une couleur plus foncée, et les chasseurs, à leur retour, 
assurèrent qu'ils avaient blessé le plus grand. 

' Entre autrei, le Sienaciii ieUidIfoiig, Neei. ; \tSdrpui rotuitat ou 
tir.; le Viturnum Itntago, it PolrnliUa tupina , \t Liaiim Ltaniii, Furih.eU. 



.D.gitizecbyG00glc 



DK l'àM^RIQJIB du NORD. 53 

Harvey avait tiré un elk dont il avait traîné la chair avec 
beaucoup de peine jusqu'à la rivière. L'ours gris [Vrsusfe- 
rox) devient toujours plus commun , à mesure qu'on remonte 
la rivière, tandis que plus bas îl est encore rare. Bracken- 
bridge dit ' qu'on ne le trouve pas du tout au-dessous des 
villages des Mandans; mais cela n'est pas d'une exactitude 
parfaite, quoiqu'il soit certain que ces villages forment à 
peu près les limites de la région que ces animaux parcourent. 
Près de la prairie où nous vîmes les ours, débouche, au nord 
le White-Earth-River » (Goatpenn-River de Lewis et Clarke). 
Là nous traversâmes le Missouri afin de passer la nuit sur la 
Rve méridionale, où quelques personnes descendirent pour 
placer des pièges à castor. Harvey fut assez heureux pour 
(«■«idre pendant la nuit un jeune castor qu'il nous apporta 
vivant, le lendemain matin. 

I^e sS juin, le piège avait cassé une des pattes de l'animal, 
A nous essayâmes en vain de le garder en vie, La campa- 
gne, que baignait le large et imposant Missouri, nous pré- 
senta de nouveau des collines et des sommets de formes très- 
■ingulières, anguleuses et aplaties par le haut. Plusieurs 
jolies prairies, dans lesquelles nous, trouvâmes YArtemisia 
blanche et d'autres belles plantes^, s'étendaient au devant 
des hauteurs. Sur leurs pentes croissaient abondamment le 
Shepherdia argentea , Nutt. , et le Juniperus repens ; quel- 
ques cabris couraient çà et là sur les collines. A partir de 
cet endroit les sommets d'at^ile de ces collines se mon- 
trèrent en partie complètement rougis par l'action du feu , 
comme des briques, ce qui indiquait clairement leur ori- 
gine. Plusieurs d'entre elles avaient des rampes parallèles, 

> Tdjts bMciLcnbricIgc , (ce. cU. , p. 56. 

• Cbei la Ainiiiboiiu, cette riticre l'ippelle Makihikt; cbei lai Miiulny, 
MatKk-Puuhs; chei Ut MenniluTii , Oh-IUtKkihii ( le /i Irèi-bu); cliei In 
Aneeanw, HBTOwToiilien»ehihii ; chu lea Corbeuix, 0«-IUiiKhé (l'A futMnaBt 
upiri). 

I ttOrt ratm,VOàlropii LamitrtijPnrA.; Y^ilragalut Mùian4ruu,'Vlittt.,tte. 



D.gitizecbyG00glc 



54 VOTAGE BARS L^inTiRfECK 

un peu sailkotcs, de gr^s plus dur que le reste, et qui pa- 
raissaient avoir offert plus de résistance i l'action des ëlé- 
ments. 

Kous étant arrêtés, vers ou» heures, près d'une forêt 
de la rive mériflionale pour couper du bois , on aperçut tout 
à coup, sur la rive septeotriouale, des Indiens, qui nous hé- 
lèrent sur-le-champ. C'étaient les prenûers Assiniboins que 
nous voyions. Ils attendirent , assis sur la grève , la chaloupe 
que M. Mackenzie s'empressa de leur envoyer. M. Macken- 
zie reconnut dans leur chef Stassagué (le Brécheux), avec 
sept de ses geiis,de la tribu des Itchabines, ou gens des filles, 
comme les appuient les Français. Ce chef, homme fort et 
trapu , d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, portait 
les dieveux noués derrière la tête en une grosse queue et 
coupés courts sur le Iront. Il s'était attaché en travers du 
crftne un bandeau fait d'une peau blanchâtre; dans les trous 
de ses oreilles, il portait des rangs de grains de verre bleus et 
blancs, autour du cou un collier de griffes d'ours. Le haut 
de son corps était recouvert d'une chemise de laine rouge; 
ses jambes étaient tout à fait nues, mais il avait sur lui une 
paire de beaux leggings brodés, qu'il mit lorsque ses gens 
eurent quitté le bâtiment. Il était du reste enveloppé dans 
une robe de bison , et il tenait à la main un fusil et une aile 
d'aigle pour s'éventer. Un autre de ces hommes, non moûu 
vigoureux, s'était peint le tour des y«ux avec de l'aide 
blanche; te reste de ces Indiens n'étaient ni bien faits ni 
bien vêtus; ils étaient au contraire sales et négligés. Leurs 
cheveux crasseux pendaient en désMylre autour de l«ir tête^ 
tressés en trois queues chez qttelque6*uns d'entre eux; la 
plupart avaient les jambes nues; deux seulement portaient 
des leggings. L'un d'eux , à la physionomie juive , était coiffé 
d'un bonnet de peau de loup. Plusieurs de ces sauvages 
étaient tatoués sur la poitrine de deux raies parallèles noi- 
râtres, commençant aux cotés du cou. Tous étaient nus jus- 
qu'à la ceinture, mais enveloppés de leurs amples robes de 
bison. . • ,.., 



D.gitizecbyG00glc 



DK L'AMiRIQUK DU HUAD. 55 

La plupart étaieiit armés de fusils, et tous, sacs excep- 
tioD, d'arcs et de âècltes, ces dernières renfermëes dsDs un 
carquois ou sac de peau , auquel s'attache aussi l'étui de l'arc, 
ainsi qu'on le voit représenté dans la vignette n° 5. Les 
Assiniboins étant une branche de la nation des Dacotas , 
Ortubize put nous servir d'interprète dans notre entretien 
avec eux. On fit asseoit' les Indiens en cercle dans la grande 
chambre et la pipe circula ; on leur donna aussi abondam- 
ment i manger, ce qui parut leur faire beaucoup de plaisir. 
D'après ce qu'ils nous dirent , ils avaient grandement souHiert 
de la feim dppnis le printonps qu'ils étaient arrivés dans 
ces envircMis : car les bisons étaient rares. Leur intention 
était de s'éloigner promptement , mais le chef désirait nous 
accompagner jusqu'au Fort*Union, ce qui lui fut accordé. 
Après qu'on eut fait voir le bâtiment aux autres Indiens , qui 
firent une graude attention à la machine à vapeur, quiûqu'ik 
réprimassent soigneusement toute marque extérieure d'éton- - 
nement , on les débarqua de nouveau près d'une haute et 
sombre forêt de peupliers sur la rive s^tentrioaale. 

Après le dîner, nous continuâmes notre route «n longeant 
une prairie dans laquelle le courlb à long bec , qui l'habitait 
par couples, fiiisait entendre son cri perçant. Les deux côtés 
do bassin de la rivière étaient bordés de longues croupes , fort 
remarquables, d'un gris blanchâtre, à couches transversales; 
elles présentaient en outre de singulières taches d'argile rouge; 
i leur pied s'éteodainit des prairies, couvertes d'JrtenUua 
vnt pâle. Sur les pointes de terre formées par les sînuo- 
sités dn Missouri, se montraient, sur un sol sablonneux, 
de beaux bois de peupUers dont le taillis se composait de 
rosiers en fleur, de bu£bloe-berry, entremêlés de plusieurs 
autres plantes. Dans ces bois retentissait la voix àafelivox 
et sur la rivi^ se sauvaient des oies sauvages (Anser cft- 
nadensif) avec leurs peUts. Une de ces oies s'embarrassa 
daus les roues du pyroscaphe et y périt. Sur tes monta- 
gnes DOua remarquâmes de nouveau des cônes de terre , nus 



D.gitizecbyG00glc 



56 VOYAGE DAHS l'iHTKIIIEUR 

et arrondis, qu'on eût dit élevés par des taupes; sur le som- 
met de quelques-uns il j avait comme une pedte tour ou' 
un pain de sucre, et leurs côtés, travaillés par l'eau de pluie, 
étaient tantôt anguleux, tantôt arrondis, tantôt marqués de 
sillons parallèles et perpendiculaires. Sur leurs côtés stériles 
croissait par touffes le Juniperus, et pour la première fois 
nous aperçûmes en ce lieu l'animal intéressant connu sous 
le nom de Btghorn (la grosse Corne), ou mouton des mon- 
tagnes Rocheuses. Sur le sommet le plus élevé des montagnes 
se tenaient un bélier et deux brebis de cette espèce, l'Ovis 
montana des zoologistes ; ils contemplèrent le bâtimmt et 
s'éloignèrent ensuite lentement. Ces animaux ne sont pas 
encore très-communs dans ces environs; mais plus tard nous 
les trouvâmes en foule. A la chute du jour, nous nous ar- 
rêtâmes près d'une forêt de grands peupliers, au moment 
même où une béte fauve traversait la rivière à la nage.Kous 
y embarquâmes du btMS à brûler que les divers postes de 
commerce avaient déjà fait préparer par leurs engagés, à 
l'usage des bateaux à vapeur. 

T^ dernière nuit qui précéda notre arrïvée au Fort-Uniou 
s'écoula, et la journée du 2/1 juin s'ouvrit avec un ciel cou- 
vert et un temps pluvieux, mais qui s'édaircit plus tard. 
Les rives étaient boisées , et derrière les forêts s'élevaient 
des chaînes de collines dont le milieu présentait de larges 
couches d'un rouge de brique. Sur leurs sommets il y avait 
des cônes de la même couleur, et parfois aussi on voyait de 
iûngulières figures grises isolées, sur une base ou une cou- 
che inférieure rouge. La variété des couleurs indiquait que 
le feu avait travaillé ces collines. Beaucoup d'hirondelles 
avaient fait leurs nids dans les rochers argileux et 'escarpés 
de la rive. Vers huit heures du matin, nous atteignîilies 
l'embouchure du Muddy-River (White-Earth-Biv»* de Lewis 
%t Clarke), qui sort des forêts de la rive septentrionale '. Le 

■ <:heik!>CuiidiEiu, atUt rivière •'■pp«llc la HivUre iourheasf; dm let Man- 
inù, BUIIouétou-PwMlié 1 chu tn Meuniltrrii, Tupiir-Ahjî; rhci InGirbeiu, 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'Amérique oo nord. 5-j 

thermomètre marquait 61". On remarquait de la fumée sur 
la rive et nous ne tard&mes pas en effet à voir quelques As- 
siniboinsTf Fan desquels tira trois coups de fusil pour axer 
notre attention. D'autres les suivirent, coururent après nous 
et nous les primes à bord. Ib étaient bien vêtus, et dans le 
nombre il y avait des hommes vigoureux avec les pommettes 
des joues proéminentes, la mâchoire inférieure lai^e. Ils 
portaient tous des chemises de cuir, les jambes nues, les 
cheveux plats et tombant autour de la tête. L'un d'eux prit 
la gaine de cuir de son fusil et s'en enveloppa ta tJte comme 
d'un turban, faisant en sorte qu'une petite toufle de plumes, 
qui se trouvait à l'extrémité, se tînt debout. Vers midi le 
temps devint agréable et chaud, et le thermomètre marqua 
77* (ao* R.). Déjà nous apercevions, à peu de distance de 
nous» et s'étendant le long de la rive septentrionale, la sin- 
gulière chaîne de collines près de laquelle est construit le 
Fort- Union, terme du voyage de notre pyroscaphe. Ces col- 
lines, surune grande étendue, sont privées de toute espèce , 
de végétation y et en partie rayées par d'étroites couches 
noires; dans les prairies de la rive croissaient des Artemisia. 
Après avoir suivi les nombreux détours du Missouri , en pas- 
sant d'une chaîne de collines à l'autre, nous arrivâmes, vers 
sept heures du soir, à l'embouchure du Yellow-Stone-River *, 

Soppib-ÀDJé; chri lei Anccaru, Uohroutchili (pronoiicez IV arec le bout de l* 
liDgDe). 

' WvdcD {loc.tit., p. S3 ) appelle cetre lÎTiêre KeheeM , main je ne uu d'où 
il a lire ««lie dfauimiiiatioD. D'aprèi Lewii et Ckrke , die n'aurait aucun nom du 
loat ; mail je Taïi cependant indiquer ceux M>n9 leK|uek elle eit dèiignée diei Ie< 
natkuu indiennei du voiiinage. On prétend , du rcite , qu'elle a la louree dam le 
ke BMtil et dam lei m bnei moutagnei d'oii urt la lÏTière de U Flatle. 

Lai Canadiem l'appellent Tdloir-Stone(laKoelM jaune); les Uacolaa , AcbaUa- 
Outapali {eh guttural), c'eal-à-dire , Rivin dei Ellu, nom qtw lui donnent aoui 
ht flopart dei natiom iudienncL Chez lea Mandam, elle porte le nom de Mîlin- 
Paaiibé; chei l«* Meuniuirit, odui de Wiiih-Dachi (le dentier mot •amacoBnl); 
(tel lea Aricearu, celui de Wab-Houkahahn; cbei le» Cortieaui, celui de Ab*- 
4oU>-C)mi (00 «iiu, en faisant làonner un peu toute* Ici Ittlre», n namla, <fcU 
kmg, theu guttonl, et en une leule ijUabe). 



D.oiiiz.owGoogle 



58 VOTA6B DAJI6 l'uTT^IBOR 

nviire coaaidërable et belle qui, dans ces enviroas, ne le 
cède pu beaucoup en lai^ur au ACssourî. Elle sort de la 
^nde chaîne de collines blaoch£tres, et au-dessus de son 
embouchure elle est ceinte d'une belle et haute forit de 
peupliers avec des laîllis de saules. Les deux rivières forment 
en se réunissant un angle obtus, et l'an se détourne tout à 
coup vers le nord-ouest pour remonter le Missouri, qui, au 
confluent, n'est pas boisé, mais présente des prairies d'une 
étendue de trente milles et même davantage. On voit souvent 
en ce lieu des troupeaux de bisons, nuis qui alors s'étaient 
éloignés; ea revanche nous vîmes plusieurs cabris ou antilo- 
pes. Au f««mier coude de la rivière , sur la droite , s'oHnt 
un joli point de vue; des pentes douces avec des sommets 
variés, arrondis ou plats, d'une agréable couleur verte, for- 
maient le fond du tableau ; pai^devant il y avait de liautes 
fcrêts de peupliers, d'un vert brillant, et des bois de saules 
sur le bord de la rivière qui serpentait dans la prairie, teinte 
d'une couleur bleue foncée, par le lumière vive du soir; un 
peu plus l<nn, dans U plaine verdoyante, oo apercevait le 
l''ort-Union, où le beau drapeau américain flottait dans l'air, 
j»^ nof W /leimiops rayons du soleil couchant , tandis que des 
lux animaient, en paissant l'herbe, cette 



in dca priDEÏpuu affluCnU du Hioouri , il r«çoil 1 son 
ndjnblci, dool lei principilci lont : 
I Cwiie), qa! porte Im omiu iiiiTaiiti : chaiInHindin*, 
e, e4|nnilnl, M foitcncnt accmlui); cbca la Mnuu- 
I pu le DM, ieh gvltunl, <m Am lyUibM bka mt- 
I, AriLuitOkiUiii (l'uùial iigiorii l'ippelle diei eux 
BÉoi, Ilkuchpob-AtUM-Aiiii (cA (oUntl). 
I petile|T«H>Cane){diMk«MaaA>iH, AsM^iM^- 
eoDiUrrâ, Aluûlitn-Ohkuùi-Ahji ; dMs In Arieraru, 
chn la CortiMiix, IhMEhpoh-AtuM-Niilula-Aiiji. 
>iireil>Liigue); cbM laHudan.DétuMk-Fumbéi 



ién i h Pondra) ; diei Im HudaM, WarachcMiDt-ftMibc 1 
iiM^OBkoakahaiMi (th^auani); dtci Im H 
M-court ) ; ckra ktCMfaauix, WidofaNqé. 



D.gitizecbyG00glc 



DB L'âMBRIQUB DU ITORD. Sq 

Quand le pyroscapbe s'approcha, les caDoos du Fort- 
Unioa ronflèrent accompagnés d'un feu roulant de mous- 
quetme, auquel de notre côté nous répondîmes par nos 
canons et nos fusils. Arrivés près du fort, nous fûmes reçus 
par M. Hamilton, Anglais qui, pendant l'absence de M. Mac- 
kenzie, avait été chargé de la direction de la place, ainsi 
qne par plusieurs commis de la Compagnie et une foule d'en- 
gagés ou de voyageurs de toutes nations , Américains , An- 
glais, Allemands, Français, Russes, Espagnols et Italiens, 
au nombre d'environ cent hommes avec plusieurs femmes et 
enfants indiens ou demi-sang. Le soixante-quinzième jour 
après notre départ de St-Louis, Yjéssiniboin jeta l'aacro 
devant le Fort-Union. 



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CHAPITRE XV. 



DUcumoR DD rotT-imtoit it de »bs knvikdw». 



DcMrîplion do fort et de m* wii>iroai. — Se* hibitanl* et le EonmeTca dei pM^ 
Icrie* ma le haut HUtoim, — 1a natian indteiiDe dei AMiaiboini, poMcwean 
primîtiXi de ce dùtriet 



La conslnicttoD du Forl-tlnion fut commence par 
M. Mackenzie, dans l'automne de 1819, et il est maiate- 
nant achevé, sauf l'amélioration de quelques édifices bâtis à 
la hâte. Le fort est situé sur un terrain alluvial assez élevé 
au-dessus de la rivière et dans une prairie de la rive septen- 
trionale du Missouri, qui s'étend, sur un espace d'environ 
quinze cents pas , jusqu'à la chaîne des collines , sur le som- 
met desquelles se trouvent de nouveau de vastes plaines. La 
rivière coule h cinquante ou soixante pas tout au plus du 
fort, dont elle s'éloigne dans la direction de l'ouest à l'est; 
elle est fort large et la rive opposée est boisée. Quant au 
fort, il forme un carré dont les côtés extérieurs ont environ 
quatre-vingts pas. Il est entouré de palissades de seize i 
dix-sept pieds de haut, fortes, taillées à quatre pans, très- 
rapprochées, et au haut desquelles , pour empêcher qu'on no 
les franchisse, ont été adaptées des espèces de petits chevaux 
défrise. Aux angles sud-ouest et nord-est, on a plaré des 



D.gitizecbyG00glc 



(>a VOYAGE DA.HS l'iNT^IEUB 

blockhaus, aVec des toits en poiate, et à deux étages, mu' 
■lis de meurtrières dans lesquelles se trouvent de petits 
canons. Sur le front de l'endos^ du côté de la rivière, a été 
pratiquée la principale entrée, consistant en une grande 
porte à deux battants, bien défendue. En face de cette poi-te, 
et contre le côté opposé des palissades, est la maison prin- 
cipale. Elle n'a qu'un rez-de-chaussée, avec quatre grandes 
et belles fenêtres, garnies de carreaux de vitre, de chaque 
côté de la porte. Au-dessous du toit, il y a un grenier très^ 
clair et très- vaste. Cette maison est fort commode, et, de 
même que toutes les habitations construites à l'entour du 
carré, en dedans des palissades, elle est en bois de peuplier, 
seul bois de charpente que l'on trouve dans ces environs. 
Les autres habitations, dont je viens de parler, sont celles 
des commis, des interprètes ' et des engagés, ainsi que la 
poudrière, les stores ou magasins de marchandises et de 
peaux reçues en échange , divers ateliers pour les ouvriers, 
tels que serruriers, menuisiers, etc., des écuries pour les 
chevaux et des étabtes pour les hétes à cornes, quelques 
emplacements pour recevoir et loger les Indiens, et enfin, 
au centre de l'espace, un grand mât à pavillon, ainsi que les 
tentes en cuir dequelques chasseurs métis. Là on avait ausù 
placé un canon avec la bouche tournée vers la porte. Le fort 
possède au moins cinquante à soixante chevaux, quelques 
mulets et unecertain^quantité, encore peu considérable, à 
la vérité, de bœufs, de cochons, de chèvres et de poules. Les 
bœufs sont beaux et bien en chair, et les vaches donnent du 
lait en abondance. Les chevaux sont conduits le jour dans la 
prairie, ou ils sont gardés par des hommes montés et ar- 
més; le soir on les ramène dans l'intérieur du fort, où la 
plupart passent la nuit en plein air; mais, depuis mon ar- 

■ Indépendammeni da Iroia iDlerprctei qui nùeol fut )c voyige «vm ikm», 
*«ioîr: Lachtpdk, ponrla langue da AriccarwiOnnbite, pourcdIedeiDMOUi, 
cl Bofar, po«rcaU«det Piadt-Noùi, il j ta «rak HMXrs dciu au Foct-Uoioa, m- 
:, pour celle da Cnhi. 



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bK L*AMiRIQtTE DU NORD. 63 

rivée, M. Madieiuie a &it coottruire, dans le fort, ua es- 
pace ou parc séparé pour les chevaux. 

Le Fort-UnioD est ub des postes les plus importants de la 
Compagnie des pelleteries ; car on peut le considérer comme 
le point central des deux postes de commerce placés plus 
haut vers les montagnes Rocheuses, ainsi que de tout le traBc 
qui se fait dans cet montagnes et leurs environs. L'un de 
ces postes avancés, qui s'appelle le Fort-4i:ass, est situé à 
deux cents milles plus haut sur le Yellow-Stone; il est des- 
tiné au commerce avec la nation des Corbeaux; l'autre, le 
Fort-Piékaan, ou maintenant Fort-Mackenzie , est à six cent 
cinquante milles ' plus haut sur le Missouri, c'est-à>dire, à 
une journée environ au-dessous des chutes de cette rivière; il 
sert à faire le commerce des pelleteiies avec les trois trihus des 
Indiens Pieds-Noirs. Ce dernier fort n'est établi que depuia 
à peu près deux ans, et comme les bateaux à vapeur ne peu* 
veot pas remonter beaucoup au-dessus du Fort-Union, on y 
expédie des keelboat, au moyen desquels on fournit à ces 
ports de commerce les marchandises nécessaires à leur com- 
merce d'échange avec les Indiens. Us hivernent là et rappor- 
tent au printemps les fourrures au Fort-Union, d*où on les 
envoie, dans le cours de l'été, par les bateaux i vapeur, à 
Saint-Louis. 

La Compagnie entretient, dans ces divers postes de com- 
merce, une foule d'employés qui épousent, pour le temps 
de leur séjour, des femmes indiennes qu'ils abandonnent 
ensuite sans façon, dès qu'ils sont transférés dans quelque 
autre endroit, ou bien s'ils retournent aux États-Unb. Les 
classes inférieures de ces gens , que Ton appelle engagés 
ou voyageurs, servent à faire le service de bateliers, de ra- 
meurs, de chasseurs, de trafiquants, etc., selon leurs capa- 
cités. On les envoie souvent fort loin faire des affaires dan- 

' CMta dntaM» M ctltnUe pw Lnm •« CkA»; i dwnl le njtft prai m 



D.gitizecbyG00glc 



G4 VOYAGE DANS L'iNTéniEltft 

gereuses avec les ladiens. Ils sont fréquemment obligés 
de se battre avec l'ennemi , et il ne se passe pas d'année 
qu'il n'en tombe un certain nombre sous les armes que les 
blancs eux-mêmes fournissent aux Indiens. Une partie des 
employés de la Compagnie des pelleteries hivernent tous 
les ans dans les montagnes Rocheuses '. 

Les actionnaires de la Compagnie américaine des pelle- 
teries étaient, à cette époque, M. Astor de 'New-Yorck, le 
général Pratte, MM. Chouteau, Cabanné, Mackenzie, 
Laidlow et Lamont; les trois derniers ne s'occupent que 
du commerce des fourrures sur le haut Missouri. Sur les 
bords mêmes de cette rivière, le gibier et les autres animaux 
à fourrure ont considérablement diminué, et l'on assure que 
dans dix ans d'ici ce commerce n'y offrira plus aucune im- 
portance. Par cette raison, à mesure que les rives du Mis- 
souri sont devenues moins productives , la Compagnie a 
étendu toujours de nouveau le réseau de ses postes de com- 
merce , ainsi que ses entreprises , par le moyen d'expéditions 
commerciales , et a suppléé , par ce moyen , au déficit. Plus de 
cinq cents de ses employés sont répandus dans les forts du 
haut Missouri et dans les divers postes , et indépendamment 
de ces hommes, auxquels la Compagnie accorde des traite- 



< Vojti lur ec sujet jfiloria , t«t jfventuru du etpilaint BoanerUU, et Hou Coi , 
AdteDtaret of tbe Coùantia- Hiver, p. igS. Lei babiri dei imptajôi blanc* de Ui 
Cmipigiue MMl i U rérilé de drap comme chez aoui i maii lu chuseun itubilleot 
■mû HMiieat en cuir, srec dei oroemenu un peu iodiciu, et lei engtgét, plua in- 
férinm encoret en couverture» de Uine, Kmbliblei k cetlet que j'ai décrilei en 
pirlanl dei habitant* d'IndUna lur k Wabaih. Leur rhxuuure ta compoie prin- 
dpdcnunt de moauioi indieui, que l'ou peut *cheler da frioDie* indieiiDei, à 
ntÎMo de douu paire« pour un dolUr, lonqu'ili tout entiércmeat dëpoorviii d'or- 
nenenti. La chaueon de ce paj^i prétendent que ces loulien iiidieas conTienneiii 
beniMOup mieux aux prairiea qoe ceux d'Europe, parce que let.tenielie) n'en de- 
viennent pai Buuî glissButei. On Tait louient ce* lemellei en cuir d'eik ou en par- 
rhemin. Quant à nous, noui préférioni beaucoup noi Kiulien européetu, lea autres 
K laissant trop facilement percer par les piqiUDtJ des cadui. Du reste, on trouve 
au Fort-Union toute xnte d'ouiriers, tels que lerrurien, maçoni. diarpaotien 
meauiiien, tonnelim, lailleun, rordonniers, chapeUers , elc. 



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DE l'aMÉRIQDK du NORD. 65 

méats considérables (on assure qu'elle dépense iSo^oo 
dollars par an pour cet objet), on trouve encore dans ces 
praiiies et dans les déserts des montagnes Rocheuses, des 
traqueiirs de castors qui y vivent pour leur propre compte. 
Là compagnie leur fournit à crédit les objets dont ils ont be- 
soin, tels que chevaux, fusils, poudre, plomb, couvertures 
de laine, vêtements, tabac, pièges, etc.; leur chasse termi- 
née, ils apportent leurs peaux au fort oit on leur remet le 
solde qui leur revient après décompte. Beaucoup d'entre 
eux passent alors aux ports de commerce de la Compagnie 
le temps qui n'est point favorable à la chasse.. Ce sont , en 
général, des hommes très-entreprenants , vigoureux, excel- 
lents tireurs, et, par la rudesse de leur vie, endurcis aux 
plus grandes privations. Pendant l'été, la Compagnie envoie 
de forts détachements montés et bien armés, sous la con- 
duite de commis expérimentés, qui portent aux divers en- 
gagés stationnés loin de la rivière, les marchandises et 
autres objets dont ils ont besoin. Ces détachements obser- 
vent toujours la conduite nécessaire à l'égard des Indiens, 
et leur livrent, quand il le faut, des combats très-vifs, ce 
qui arrive fort souvent. Ils se nourrissent du produit de 
leur chasse. 11 faut eu effet absolument que tous ces gens 
soient chasseurs, car ils vivent presque exclusivement de 
viande. 

Indépeudammeot des forts dont j'ai souvent parlé, on a 
encore plusieurs petits postes d'hivernage, consistant en 
hghouses , éngés promptement et tout aussi promptement 
abandonnés, dans le pays même des Indiens, qui y appor- 
tent leurs peaux, qu'on leur achète et qu'au printemps on 
transporte au poste de commerce. Le nombre total de ces 
postes , tant grands que petits , était alors de vingt-trois. Les 
natious indiennes ont coutume de s'en rapprocher en au- 
tomne et en hiver pour faire leurs échanges de fourrures. 
Aupriutemps et en automne, ils se livrent particulièrement à 
leurchasseau castor, à laquelle les tra6quants les encoura- 



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G6 VOYAGE D&HS l'iNT^RIEUH 

geqt tant qu'ils peuvent en leur prêtant ou en leur vendant ii 
crédit les pîëges de fer dont ils ont bestna. 

Les animaux dont le» fourrures forment les objets de ce 
commerce et la quantité annuelle moyenne des peaux que 
l'on apporte , sont les suivants : 

1° Le castor, environ a5,ooo peaux. On les assortit et 
on les lie ensemble par paquets (/lac^J') d'environ loo livres 
pesant chacun. £a général il faut soixante grands castors 
pour faire un paquet; quand ce sont de pelils animaux, il 
faut un plus grand nombre de peaux. Un« grande peau de 
castor pèse deux livres et souvent plus , et la pnx ordinaire 
est de quatre dollars par livre <. 

a" La loutre, a à 3oo peaux. 

3° Le bison, de 4o à 5o,ooo peaux. Il faut dix peaux de 
bison pour faire un paquet. 

4° Le fîiher {Mustela caaadensis) , de 5 à 6oo. 

5* La martre {Mustela martes), mâme nombre. 

6* Le lynx du Nord {Felis canadeHsis), de jooo i aooo 
peaux. 

7° Le lynx du Midi [FeHs rufa), m&oc nombre environ. 

8** Le renard fauve {CanU Julvus) , aooo peaux. 

9" Le cross Fox (Cattis decussatus) , de a à 3oo. 

lo" Le renard argenté (Cams cinereO'Otyenteus), de ao 
à 3o. Chaque peau se paye souvent jusqu'à soixante dollars. 

11° Le vison {llâustela vison), environ aooo. 

ta" Le rat musqué (Ondathra) , depuis looo jusqu'à 
100,000 *. D'après le capitaine Back (pag. ^^6\ on importe 

' Of peut w bire une îdés d* l'éiornia qu*Dlilc da culon tués toai la ini , 
quiod m MDgt que U leule compagnie de ta baie d'Hudun eq importe i l^adn-» 
3o,ooD peaux : car cet animal était abondamueul répandu jusque sur tes cdlei de 
h mer Gtaeiale. ( V«>f ei capt. Batà , p. 4gS.) 

> Sut le Koek-RiTC* qui tonbe dans ht Miuouri, tea Indiena prireot, en iSaS, 
«nwon iSpipoo ntt ninsquit ; l'année suifaiile , i peu préa la moitié de ce nomlire , 
el deux ans après on ne trouva presque plus un seul de ces animaux. Dans la troi- 
sième année (1S17) on Utii environ 10,000 rats , et la qualrième , la diaue ne rap- 
porta pas les frais. Aupitmiau, un srnl Indien arait pris 1600 de ces aninwui ru 



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DE l' AMÉRIQUE DU NORD. 67 

k Londres un demi-million de ces peaux tous tes ans, cet ani- 
mal étant répandu et fort nombreux jusqu'aux bords de 
la mer Glaciale. 

13' Les cerfs {Cervusvirginianus et maerotis), de ao à 
3o,ooo. 

Au-de^ous des Council-Btufîs, on n'échange avec les In- 
diens, et surtout avec les Ayowais, les Ronzas et les Osages, 
guère d'autres peaux que celles du Cervus vt'rgùuanits , 
mais celles-ci en grande quantité ; on dit pourtant que dans 
ces districts aussi le gibier diminue à vue d'ceil. 

L'elk (Ce/vus canadensis ou major) ne paraît pas pro- 
prement dans le commerce, sa peau étant trop épaisse et 
trop lourde. On ne s'en sert donc guère que pour des usa- 
ges locaux. Ainsi que je l'ai dît, les peaux de bison que l'on 
emploie sont toujours celles des f^nelles, le cuir des tau- 
reaux étant trop lourd. Les peaux de loup ne sont pas re- 
dierchées par la Compagnie des Pelleteries, c'est-à-dire que 
l'on n'envoie pas de chasseurs au dehors pour s'en procu- 
rer ! mais quand les Indiens en apportent , on les leur achète 
pourne pas les mécontenter, et on les paye alors environ un 
dollar pièce. Souvent aussi les Indiens n'ont rien à échan- 
ger que leurs vêtements et leurs robes de peaux de bison 
p«ntes. 

La subsistance d'un personnel aussi nombreux que Test 
cdui du Fort-Union , exige de fréquentes parties de chasse 
k cheval dans la prairie, et M. Mackenzie y entretenait en 
conséquence plusieurs adroits chasseurs de demi-sang indien, 
qui sortaient une fois par semaine pour faire une excursion 



treniejonn. Tdleâoiié« il* MQt fort nombreux, et puii ik dûpanlucDl tout à coup. 
DtDi rAnériijne méridionale , je ne coaiuii qu'un uul uiinMl unTi^ dont oa 
nuemble let peiui en quantités conudénbles. D'iprèi d'Orbigny {vojafojagti, 
1. 1 , p. 35 1 ] , diQi le* lix premier* moi* de l'iaiiée iSig, on Tendit 1 Corrieiites 
plu* de i5o,CNii> donninc* de peaux de Qnija, à raiion de i5 i 18 franc* U don- 



qui habile le* m 



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68 VOYAGE DANS LINTtiHIfctH 

de vingt milles et plus dans la prairie, afin d'y poursuivre 
les bisons, et après leur avoir fait subir une défaite, reve- 
nir au fort avec des mulets chargés de viande. La chair 
des femelles a fort bon goût , surtout la langue que l'on fait 
fumer et que l'on expédie ensuite en quantités considérables 
pour Saint-Louis. Leurs monstrueux os à la moelle soot aussi 
des morceaux délicats pour les chasseurs et les Indiens. La 
consommation qui se fait de ces animaux si indispensables, 
dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale, est immense. 
Ils sont pour tes Indiens ce que te renne est pour les Lapons, 
et le chien de mer pour les Esquimaux. Il serait difficile 
d'évaluer la consommation de cette espèce d'animal qui di- 
minue tous les ans, et que l'on repousse toujours plus en 
arrière. I^ Ckimpagnie des Pelleteries, à elle seule, a expé- 
dié, en uneseule année,4a,ooo peaux de bison femelle, qui se 
vendent aux Etats-Unis à raison de quatre dollars pièce. I^ 
Fort-Unionconsomme annuellement, pour sa subsistance, de 
6 à 800 bisons, et tous les autres forts en proportion; les 
nombreux Indiens vivent presque exclusivement de la chair 
de cet animal, dont ils vendent les peaux, après s'en être 
réservé la quantité nécessaire pour leurs vêtements, leurs 
lentes et leurs objets de cuir. Il faut remarquer , en outre, 
4|ue les employés de la Compagnie, dans leurs excursions, 
tuent souvent ces précieux animaux, seulement pour se di- 
vertir, et sans avoir la moindre intention d'en faire usage, 
ou, tout au plus, pour en manger la langue. Des troupeaux 
entiers de rcs bœufs sauvages se noient , pendant certaines 
années, dans le Missouri , et l'on m'a assuré que dans plu- 
sieurs rivières on a compté jusqu'à 1,800 et plus de ces 
animaux morts sur une seule place. On a vu des bisons 
noyés, arrêtés par la vase, former de véritables batardeaux en 
travers des rivières. Toutes ces causes réunies peuvent faire 
comprendre pourquoi le nombre de ces utiles animaux di- 
minue. Du reste, on les trouve maintenant aussi par delà 



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DK l'aHKHIQIJB du NORD. 6() 

les montagnes Rocheuses, où il n'y en uvait pas autrefois, et 
où ils ont été repoussés '. 

Outre les bisons, les chasseurs tuent aussi des elks, 
des cerfs et quelquefois aussi des &/l^Ao/7t. Les premiers sont 
encore fréquents, surtout près du Yellow-Stone. Toutes les 
autres provisions de bouche sont envoyées de Saint-Louis 
par le bateau à vapeur; elles consistent en viande de porc, 
jambons, farine, sucre, café, vin et autres objets de luxf 
pour ta table des chefs et des commis. On tire du maïs des 
nations indiennes du voisinage. Les divers légumes ne réussis- 
sent pas au Fort-Union, d'après ce que nous dit M. Mac- 
kenue, ce qu'il attribue aux longues sécheresses accompa- 
goées d'un vent fort qui y régnent. On fait confire quelques 
espèces de baies qui croissent dans les bois, telles, par 
exemple, que les Cervis beiries ou Poires {Amelanchier san- 
guinea de C), les Buffaloe berries, et un petit nombre d'au- 
tres. On y prépare avec le jus de l'érable Negundo environ 
loo livres de sucre par an, quoique cet arbre ne soit pas 
aussi riche en matière saccharine que le vrai érable à sucre '. 

Les environs immédiats du Fort-Union sont , comme je 
l'ai dit, une vaste prairie, coupée, dans la direction du 
nord, par une chaîne de collines d'argile et de grès arénacé, 
de hauteur médiocre et à sommets arrondis, du haut des- 
quelles on jouit d'une belle perspective sur le pays de l'autre 
rive du Missouri et sur le confluent de cette rivière avec 
|e Yellow-Stone, dont M. Bodmer Bt un dessin fidèle 
( PI. xxiz). Sur les points les plus élevés de cette chaîne de 
collines, on découvre à de certaines distances de sin- 

■ D'apnt le niuiooiuÛK Pirker (vofei Journal of aa Et/^ring Tour ieyond 
ihe Boekj Mouitlaini , p. 197), les bùooi dimiaucDlauiii rapideiDCDl de ce côlé. 

■ Le jiu du Berd-Maplc {Curlf ou Kock-Maple ) Fournit UDC livre de lucre pour 

On donne auui ■ celle eipêce d'irabte le uom de BirJeyi-MapU , parce qu'il pré- 
«enle, dîl-on, An» ma boii, dei taches retMmblanl k l'ceil d'ua oiaeau. Le Soft 
ou ffhiU-Maple {Àttr meatrpamf) Pl te fiox AUer{Âcer NeganJo ) nedoiUKiit 
qu'une linr de i/acrr ^mti cinq Raltoni de jiii. 



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^O VQTAOE DAMS L INTERIEUR 

guliera tigoauz de pierres placés par les Assinîboint , 
et qui consistent en blocs de granit et d'autres grosseï 
pierres, au haut desquels est placé un crâoe de bison (Voyez 
dans l'atlas la vignette a°xv). I^e butpn est, nous a-t-on dît , 
d'attirer dece côté tes bisons et de se procurer une heureuse 
chasse. Les couches de ce grès qui se reocontrent , ainsi que je 
l'ai dit, dans ces collines, sont, du moins en partie, ea- 
tièremeot couvertes d'empreintes de feuilles de plantes pha- 
nérogames, ressemblant à des espèces enctuv existantes 
aujourd'hui '. Ce grès est tantôt gris-blanc , tantôt jaune 
rougeâtre. On retrouve aussi de toutes parts dans ces prai- 
ries de TAmërique septentrionale, comme dans tes plaines 
du nord de l'Europe, ces singuliers blocs de granit rou- 
geâtre sur l'origine desquels les géologues ont déjà formé 
mainte hypothèse. Le major Long, dans le récit de son 
voyage ', et d'autres écrivains, ont déjà parlé des blocs de 
granit qui se trouvent dans les prairies d'Illinois. Ils sont 
fréquents dans le nord , près de la rivière de Saint-Pierre, 
dans l'État d*Ohio, etc. Mais on rencontre encore de tous 
côtés, dans les prairies, de galets de quartz, de pyrite, 
de schiste, etc., qui y ont évidemment été portés par les 
eaux. 

Les collines des prairies étaient en partie nues, et dans 
ce moment il n'y avait qu'un petit nombre de plantes en fieur. 
Toute la campagne était couverte d'un gazon court et aec, sur 
lequel les buissons de Cacùtsferox^ couchés en touffes arron- 
dies, ne fleurissaient plus qu'en partie. On trouve encore une 
autre espèce de cactus dont j'ai déjà parlé; il est petit, res- 
semblant au mammillaris, et porte des fleurs d'un rouge vif 
au dehors et jaunes en dedans. Le premier se montre par- 
tout sous deux variétés fort ressemblantes, apparemment 
des espèces. L'une et l'autre portent de larges et belles fleurs 



it toiu eu obj«l9 ÏDttmiiiiH odi 
• Tojei Major Laag'i Kiptd. lo S. PtUr't-Kuiw. 



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DR l'aUÉRIQUI du flOED. -Jl 

d'un jtuDe eUtr, quelquefois ua peu verdâtrc, souvent blaa- 
cbâlres au moment où elles éclosent et d'une couleur un peu 
rouge sur la surface extérieure des pétales; mais dans une 
des variétés , les filamoits sont jaune clair comme la fleur 
elle4n«me , et dans l'autre ils sont d'un rouge sanguin bru- 
nAtre avec des anthères jaunes. T>a véritable fleuraison de 
œtte plante commence à ta Bn du mois de juin. 

Limage de la destruction, sous la forme d'os blaiichis- 
Mota de bisons et de cerfs, dûnt j'ai déjà souvent parié, 
s'offirait encore de toutes parts dans la prairie, et les gros 
sIbcbs du fort ' vont fréquemmentà la l'echerchede cesres- 
les d'animaux. Entre les collines on trouve parfois dans les 
nllrfes des bois épais de chênes, de frênes, d'érables Ne- 
gundo , d'ormes , de cerisiers à grappes et de quelques autres 
aritustas, tubités par plusieurs sortes d'oiseaux, surtout des 
ÇuitxMlus versicohr, des stouCnelles , etc. Ces dernières 
fbot entendre leur chant Qûté dans toutes les [tralriest on 
trouve eacore en cet «idroit le Muscicapa tyrannus et le 
Turdas mfus, linn. Contre les collines nues, et dans les 
intcrvaUes . qui les séparent, vit par couples le Numenius 
longin*tris, dans l'estomac duquel je ne trouvai que des 
toArabces. Bradbury * le regardait comme une variété du 
Numèiiiat arqiuita d'Europe. 

Quant aux mammifères, indépendamment de ceux qui ha- 
bitent la rivière, le castor (i), la loutre et le rat musqué, 
on iWnar«[ue en grand nombre, dans la prairie qui entoure 
le F(Ht-Union, le joli petit souslik, dont la peau présente de 
longues tliies avec des pointa tràsH^gulîèretnent placés entré 
eUes. Bidtardson ^ et Cuvier ont publié des figures de cet ani- 
mal, le <!y7ermo/>Aj7(tf^tx>d<iV, Sab. Les Anglo>Américailis de 

■ Cet cbieoi reuembicnl cxtérieuremeDi 1 ceux it$ Indieni ) maii ik pirBiucnl 
étrt uD pea plui croiiéi stcc la nce européenne, ur noii* Ici cnlendiam ibojrcr, 
n que ne (bnl pu lei chtem indieiu. 

> Bndbarj, loe. cil. , p. 99. 

* VsjM Ridurdion, Faniia tor. Amtr.,\.l, p. 177, pL U- 



D.gitizecbyG00glc 



7a VOTAGE DANS l'iNTÉEIEUR 

ce pays donnent à ce petit aoîmal le nom de GwundSquirrel 
(écureuil de terre), et les Canadiens l'appellent écureuil 
suisse (a). Par sa forme, sa rapidité et son adresse, il doit 
nëcessairement être range parmi les sousliks , et c'est là ce qui 
le distingue un peu des véritables marmottes {Arctomys). 
Les trotis ou terriers qu'il habite s'étendent souvent fort loin 
sous la terre. Leur entrée n'est pas beaucoup plus large que 
celle d'un trou de souris, et la terre n'y est point soulevée 
en motte comme à ceux de VArctom/s ludovicianus. \a prairie 
est encore habitée par diverses espèces de souris , et notam- 
ment par le Mus ieucopus, et l'on y observe les monticules 
aplatis du Goffer (3), espèce de gros rat-taupe que je n'avais 
pas encore pu me procurer, et dont je parlerai plus tard avec 
plus de détail. 

Un peu au-dessus et au-dessous du fort, les rives du Mis- 
souri étaient garnies de bois composés de peupliers, de 
saules, de fréues, d'ormes, d'érables Negundo, etc., avec 
un épais taillis de ntusetiers {Coiyius), de rosiws en fleur, 
de Cornus sericea, et rendu presque impraticable par les 
ronces [Rubus) et le Xantkium strumarium, dont les fruits 
à piquants s'attachent aux habits comme des bardanes. 
Uans ces bois, à l'ombre desquels nous recueillîmes plu- 
sieurs espèces de plantes ' , les moustiques (Tipula) furent 
excessivement gênants, et nous en rencontrâmes m&ne 
dans les parties marécageuses ou humides de la prairie^ 
pendant cette journée oit le vent s'était complètement calmée 
Dans ces endroits on entendait souvent la voix' sombre et 
basse du crapaud de ce pays (Bufo americanus, Holb.) , et 
il y croissait par bandes une ou deux espèces de Solidages , 
la Gaura coccinea, Pursh , et la Cristaria coccinea, deux 



■ EntniButrei le* luiranK; CaiiilapkU yutUtlliî, Spach (pMilBiulebaii)iP/an- 
tago corJata, Lam. ; Jultpiai ipecioia , Toit. ; Petahiltmum xirgatum , Neea. ; 
Etjnuu ilriaua , Willd. ; Mentha an-at'a tativa , Benlh. ; Ljimachia eiliala , Di- 
gra/Mt arund'uiacea, GaUuM daiycarpunt. Nées.; (XaolMtra puéeicetu, WÎUd.; 
Liniim Ltaiiiii, Punh, pItDte doDl le chanvre ne le cède pai à celui d'Europe. 



D.gitizecbyG00glc 



OE l'améhique du nord. ^3 

forl belles plantes. Sur le bord de la rivière, od trouve la 
belle Bartonia ornata , Pursh , à fleurs blanches , VHelian- 
thus peliolaris , Nutt., alors partout en fleur; enfin, sur les 
collines nues on voyait \a.'Fesicaria ludoviciana^ de C, 
XEriogonum senceum, Pursh, VEriogonum multiceps. 
Nées., le Cirsium lanceolatum , le Pachylopkis NuttalUi, 
la Kocbia dioica , et plus rarement le YiUica angustifo- 
lia^ etc. 

Dans le bots on rencontrait fniquemnient une jolie petite 
souris avec de grandes bajoues, qui est alliée au Sacco- 
mys antaphilus, F. Cuv. (4), ainsi que le grand rat des 
bois {Neotoma Drummondii^ dont j'ai déjà parlé. Là 
vivent aussi quelques espèces de pics, la colombe de la 
Caroline, le Qiùscalus Jerrugineus , des moineaux et plu- 
sieurs autres petits oiseaux, tels, par exemple, que le beau 
pinson bleu (Fringilla amœna, Say) que Say décrivit le 
premier et que l'on commence à voir une couple de jours 
au-dessous du Fort-Union ' ; puis la Muscicapa ruUcilla et 
la Sylvia eestiva, en grand nombre; la Sylvia sitdis^coro- 
nata et plusieurs autres, et en outre plusieurs espèces de 
FringilUi, \agrammaca, graminea, pennsylvanica , ca- 
nadensis, melodia, etc. Le Caprimulgus virginianus vo- 
lait dans le crépuscule; mais le Whip-poor-lVilln^ remonte 
pas si hautsur le Missouri. La rivière n'est pas très-riche en 
poissons ; on y trouve cependant une ou deux espèces de 
Pymelodus et des tortues à écailles molles, mais il n'est 
pas facile de les prendre. 

\js climat des environs de Fort-Union ' est très- variable. 
Nous avions souvent 76° F. (ig, 5 R.) de chaleur accompa- 
gnée de tonnerre et d'éclairs, et parfois d'une très- forte 



< Vojfet l« prioM de Miuipuna, Supplémenl ■ XOnûih. Je ffiùoa, t. I,pl. i 



hila peddaDt deux «ns lu Fort-Uman. (Vqjci l'AppcnJU du tome ill.) 



D.oiiiz.owGoogle 



^4 VOVàGK DAHS l'iHT^RIEUB 

pluie. D'autres jouraées du mois de juin furent très-rroides, 
le thermoDiètre desceDdant jusqu'à 56° (lO, 8 R.). Le vent 
y souflle avec force pendant toute Tannée, de sorte que la 
sécheresse est le caractère généi'al du temps; celui que nous 
avions était extraordinairement humide. Le printemps eet 
ta saison où il tombe le plus d'eau; l'été est sec, l'automne 
la plus belle saison , l'hiver rude et souvent très-prolongé. On 
voit fréquemment la neige s'élever, dans certains endroits , 
à trois, quatre et jusqu'à six pieds de haut, et l'on se sert 
alors de traîneaux à chiens, et les Indiens mettent leurs 
raquettes à neige. L'hiver précédent (i83t-a) avait été fort 
doux comme partout ailleurs, et te Missouri fut à peine pris 
pendant trois jours; mais en revancbe te printemps arriva 
fort tard. Le 3o mai i83a, il n'y avait pas encore un art>re 
dans la prairie qui eût des feuilles, et le temps fiit si rude 
pendant ce même mois de mai , où il y eut des tempêtes af- 
freuses avec lieaucoup de neige, qu'un Indien périt de froid 
dans la prairie. Il avait été surpris par la neige avec une 
jeune fille qui en réchappa avec un pied gelé. Du reste on 
dit que le climat est fort sain. Il n'y a point de maladies 
endémiques , et l'eau du Missouri, qui est très-honne à boire, 
étant froide et légère, nonobstant le sable qui s'y mêle tou- 
jours, ne contribue pas peu à la longévité qu'atteignent 
les habitants. Les médecins n'y sont pas encore coanus et 
l'on prétend n'en pas avoir besoin. Des personnes que j'ai 
questionnées à ce sujet m'ont répondu : « Nous pouvons nous 
passer de médecins, car nous n'avons pas de maladies. > 
Il paraît pourtant que l'année précédente il y a eu plus de 
malades qu'à l'ordinaire aux bords du Missouri, et quand je 
m'y trouvai, on craignait l'approche du choléra. Les indis- 
positions les plus fréquentes sont les maladies catarrhales , 
les changements de température étant rapides , les maisons 
légèrement et mal bâties , et les habitants s'exposant aux 
Intempéries de l'air sans aucune précauùon. 

IjC Fort-UniOrt est situe sur le territoire de la tribu in - 



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DE l'aMKRIQUB du ITORD. 75 

dienae ties Assiniboins ' , desquels ua certain nombre a tou- 
jours coutume de s'y trouver. Pour le moment ils s'en étaient 
UG peu éloignés , par suite de Tabsence des troupeaux de 
bisons. Les Assiniboins sont de vrais Dacotas ou Sioux , et 
forment une tribu qui s'est depuis longtemps séparée de 
ceux-ci par suite de dissensions qui se sont élevées entre eux. 
lU prennent encore ce nom, qu'ils paraissent toutefois pronon- 
cer Nacota. La séparation a eu lieu à la suite d'un combat 
livré près du Devil's-Lake (lac du Diable), après lequel ils 
se sont transportés plus au nord. Ainsi que je l'ai dit, ils 
sont au nombre d'environ 38,000 âmes, dont 7000 guer- 
riers, et ils habitent dans 3ooD tentes. On dit qu'ils descen- 
dent des Yanktonans. Le territoire qu'ils regardent comme 
leur propriété et dans les limites duquel ils errent , est si- 
tue entre le Missouri et le Saskatchawan * ainsi que le lac 
Wibipick qui le bornent au nord; ht l'est il s'étend jusqu'à l'As- 
sidiboin-Biver et à l'ouest jusqu'au Mîlk-River. Les Anglais 
et les Américains appellent aussi ces Indiens : Stone Indians 
(lôdieos des Roches), encore ce nom ne convient-il propre- 
ment qu'à une de leurs tribus. 

Les diverses tribus ou bandes dans lesquelles les Assini- 
boilis se subdivisent sont les suivantes : 

t' Les Itchiabines^ (la dernière syllabe très-courte), les 
Gens des Filles *. 

a* Les Iiftonaèines , les Gens des Roches, les Stone In- 
dians des Anglais. Le capitaine Franklin , dans son premier 
voyage à la mer Glaciale, parle aussi de cette tribu et de son 

' lytftiiTinaer {loe. dt., p.57),lenonid'AisiDiboiiiiigniGegrilleurdcpicrrei, 
el déritc par MDséquBot de U lingue de* Algonquioi. Les Cnht appclleat [e> Aiii- 
nibobs : Auimptmiaet. 

■ la nom 94 cette ritjère t'écrit Haitnt de difléimtei uunièm ; miil U plni 
gnUnaire al SMkatcbBwin. D'aprè* Tanner ( ht. eit. , p. 56 ) , la Ojiboiuit l'ap- 
peUeot Saitajamum, umÙ wd véritable nam ojiboiui eit , dit-on , KjiskadjawoUD- 
(Aiihbi, ce qai, traduit mol pour mot, peut >e rendra par la rinièrt aux Kapidti. 

1 DéBoninaiioa que iea Indîetu la donnant i eui-némn. 

i DénoiniuiUon det Canadieni franchit. 



D.gitizecbyG00glc 



76 VOYAGE DANS l'ihtÉBIEOJI 

caractère peu digne de confiance (p. io4)- Selon lui, le nom 
qu'ils se donnent à eux-mêmes est Eascab, mot que je 
n'ai jamais entendu prononcer. 

y Les Otopeichgnato {ch guttural et tout le mot prononce 
à l'allemande), les Gens du Large. 

4° Les Oatopabines^ les Gens des Canots. 

5° Les Tchantogas (n nasale, o plein, ga court), les 
Gens des Bois. Ceux-ci habitent près du Fort des Prairies , 
au bord du Saskatchawan. 

6' Les fVatopachnato (les deux dernières syllabes courtes 
pt à voix basse, le ch guttural), les Gens de l'Age. 

7° I^s Tanintaùi, les Gens des Osayes'. 

8" I^s Chébin {ch guttural, bin à Tallemande), les Gens 
des Montagnes. 

Par l'apparence extérieure, les Assiniboins diflèrent peu 
des vrais Dacotas ou Sioux ; mais ceux que nous vîmes n'é- 
taient peut-être, en général, pas tout à fait aussi efflanqués 
et aussi grands que ceux-ci. Leur visage est large, avec des 
pommettes proéminentes et de larges bajoues- Ils ne por- 
tent souvent pas les cheveux aussi longs que les Dacotas; 
chez plusieurs d'entre eux ils ne descendent guère plus bas 
que les épaules; il y en a pourtant quelques-uns qui les por- 
tent fort longs, parfois partagés en deux ou trois queues, 
et quelquefois même retombant sur le visage et autour de 
la tête comme la crinière d'un lion. Les uns portaient des 
bonnets de cuir ronds et blancs, d'autres des plumes dans 
les cheveux, ou bien une étroite bandelette de peau nouée 
en travers de la tête. Leur coiffure la plus remarquable est 
celle qui représente deux cornes et que je décrirai plus bas. 
Ils se pâgoent le visage en rouge ou en rouge brun ou bien 
tout en noir quand ils ont tué des ennemis; leurs cheveux 
du haut ou du devant de la tête sont souvent enduits d'ai*- 



■ Lcnot Omjv al une de* nombmitocjipreuitais mi«iIienDci qui anctériMnt. 
k fr*Dçaii de ce [>aji ; il li^iGe des ot. 



D.gitizecbyG00glc 



DE L AMERIQUE DU DORD. nn 

gile. L'hiver, il est rarequ'ibaillent nus parle hautducorp; 
ils portent dans cette saison des chemises de cuir, avec une 
grande rosette ronde sur la poitrine; cet ornement est brodé 
en piquants de porc-ëpic, des couleurs les plus brillantes, 
comme chez les Corbeaux; souvent aussi ou leur voit sur le 
dos un second ornement tout semblable au premier. Les 
manches de ces chemises sont ornées de tresses de cheveux 
ennemis. Le côté exténeur de la culotte présente, comme 
chez toutes les autres nations, une raie brodée en piquants 
de porc-épir de différentes couleurs , et est également orné 
de loufles de cheveux ou de crins colorés. L'été, le haut du 
corps est souvent nu ainsi que les pieds; mais la grande 
robe de bison artistement peinte ne manque jamais. Les col- 
liers et les autres ornements sont semblables à ceux 
que j'ai précédemment décrits en parlant des autres nations ; 
mais ils portent surtout sou veut le collier fait de griffes d'ours; 
en revanche, on ne leur voit pas les longs cordons de grains de 
verre et de coquilles de dentalium , dont se servent les Men- 
nitarris. La plupart des Assiniboins portent des fuâls ' dont 
ils ornent la monture de clous jaunes et brillants, et attachent 
de petits morceaux de drap rouge au tube de métal dans 
lequel se met la baguette. De même que tous les Indiens, 
ils portent en outre à la main une seconde baguette fort 
longue, et en sautoir un grand cornet à poudre* qu'ils ont 
acheté par voie d'échange de la Compagnie des Pelleteries, 
ainsi qu'une bourse de cuir faite par eux-mêmes, souvent 
Irès-éléganuneot ornée ou garnie de morceaux de plomb qui 

• Ce MMit kl fusil* mfdùiitw ordinairci que U Ccmpagnie de* Petlet«nei tire 
d'AngUltne, qu'elle paje huit doUan, et qu'elle kbuige avec le* tadien* conlre une 
nlenr de IrcDte doUan. 

■ Ce) eoTueti 1 poudre uni In mimes que portent luui les employés de la Com- 
plfnîe ; ib Mnt faits d'une grande corae de Yntat fermée par en bai d'un fond de 
boii, el peints tout autour de raies rouges el vertes. Les Indiens les ornant aussi 
■ludquerois de clous jaunes et brillaoti. Les employés de ta Compagnie se serrent 
eueore souvent , dans ce but , d'une corne de bison qoi est noire , et leur mesun à 
poudre at faite de l'eilrtailé du bois d'un elk. 



D.gitizecbyG00glc 



yS VOTAGH PASS L'iflfTiaiEDII 

!i'entre^hoqu«nt rvoc bruit au moindre mouvaneDt et qui est 
bordée de drap de couleur. Cette bourse renferme les ballei. 
Tous portent un arc et des flèches, et quelques-un» se conten- 
tent même de ces armes et dédaignent le fusil. L'étui de l'arc et 
le carquois sont en peau de quelque animal, comme de la 
loutre; ils sont attachés l'un à l'autre, et au devant du pre* 
mier la queue de l'animal pend dans toute sa longueur. L'arc 
est en partie doublé de corne d'elk; il est tendu d'une corde 
très-forte laite des nerfs tordus de quelque animal , et renforcé 
de distance en distance pardes nerfs semblables ; il est souvent 
décoré de drap de différentes couleurs, de piquants de porc- 
épic et de lanières blanches de peau d'hermine; pour le 
reste, il ne se distingue pas de l'arc des Dacotas. La plupart 
des Assiniboins portent leur cftste-téte à U main ; cette arme 
diflère de forme et de disposition ; mais les dandys ne se dis- 
pensent jamais de l'éventail de plumes d'aigle ou de cygne. 
De même que les Dacotas, les Assiniboins vivent comme 
de simples chasseurs dans leurs tentes de cuir qu'ils em- 
portent avec eux, et ne se livrent absolument à aucune es- 
pèce d'agriculture. I^eur neuiriture principale leur est four- 
nie par les troupeaux de bisons qu'ils poursuivent en été 
dans les prairies, loin des rivières, et en hiver dans les fo- 
rêts qui bwdent ces rivières, où dans cette saison ces trou- 
peaux viennent aussi chercher un abri et la pâture. Ils sont 
surtout adroits à disposer ce que l'on appelle des parcs de 
bisons; c'est-à-dire, à entourer un certain espace de terrain 
d'épouvantails &its de pierres et de branchages , et de re- 
pousser par ce moyen les animaux dans une étroite gorge 
où les chasseurs sont placés en embuscade. Franklin a des- 
sinée! décrit cette chasse dans son voyage àla mer Glaciale'. 
A dix milles du Fort-Union, on voyait un de ces parcs qui 
renfermait, à ce que l'on m'a assuré, les os d'un grand 
nombre de ces animaux. Dans ces embuscades les Indiens 
tuent souvent 7 à 800 bisons. C'est avec leur chair dessé- 

< VojviC. Franklin, t" Vojagt, p. m. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'&H^IQDB du HoaD. ^^ 

cfaée, pulvérisa et mêlée avec du suif, <|ueles femmes pré- 
parent le (nmeux. pemmiean, qui forme le principal aliment 
de cea gens dans leurs migrations. Bien souvent aussi ces 
Indiens siMst en proie à la famine, quand les chasses ou 
quelques autres circonstances leur ont été défavorables. 
Cela arrive surtout aux nations septentrionales, c'est-à-dire 
aux Crihs, aux Ojibouais, aux Assiniboins et à d'autres. On 
peut lire les détails de leurs soufirances dans Tanner *, dans 
le capitaine Franklin* et dans d'autres auteurs, où nous 
voyons qu'ils sont obligés de mangn" la chair des chiens 
norts comme une délicatesse. Des familles entières meurent 
de fiiim dans le nord; ils mangent toutes sortes d'animaux, 
exoeptë les serpents. Ils tuent souvent les chevaux et les 
chiens , et c'est pour cette raison qu'ils élèvent beaucoup de 
cea derniers. 

X^es Assiniboins ne possèdent pas beaucoup de ohevaux 
en oomparaison d'autres nations; ils les brident et les sellent 
de la raâme manière que les Meunîtarris. I^a corde de poil 
de IttsoQ, attachée à la mâchoire inférieure du cheval en 
guise de rânes, est toujours très-longue, et l'animal la traîne 
après lui sur le pré, quand il n'est pas attacha. Il y «n a 
beaucoup qui se servent de grands étriers de parchemin, 
en forme de souUers, et tous tiennent à la main un petit fouet 
court, fait généralement de l'extrémité d'un bois d'eik et 
orné de différentes manières. Les chiens allègent les pénibles 
travaux des femmes. On tes charge des effets de la même 
manière que j'at déjà décrite en parlant des Meunîtarris. 

Les Assiniboins partagent en général les coutumes et 
plusieurs des idées superstitieuses des Dacotas , dont on peut 
voir des détails dans l'expédition du major Long h la rivière 



■ Tojei TunKT, lac. ât. , iB5 , etc. 

■ FnoUin, loc. cit. , p. 5i. Le cipitiine Bick parie (*ojei HinTofige, cfa. 7) 
deiKIMilB firoeiti Mnqueb w livrent daiu mocciiioiu les Cfaippavu et d'«u- 
(iM Indien* du NorJ. 



D.gitizecbyG00glc 



8o VOYAGE UAHS L IHTÉRIEUR 

de Saint-Pierre. Ils vivent en bonne intelligence avec ta Com- 
pagnie des Pelleterïes, parce qu'ils y trouvent leur intérêt; 
ils sont du reste grands voleurs de chevaux et méritent peu 
de confiance; quand on les rencontre seul à seul dans la 
prairie, ou n'est jamais à Tabri de leur penchant au vol. Une 
de l«]rs occupatioDS favorites, comme èi\e Test de toutes 
ces nations indiennes, c'est de fumer du tabac; mais comme 
ils n'habitent pas dans le voisinage de la terre à pipe rouge , 
leurs godets {tckanokoupa) sont en général faits d'une 
pierre noirâtre ou d'argile noire; leur forme diffère aussi 
decelle des godetsdes Dacotas, que l'on rencontre du reste 
assez souvent chez eux. Le tuyau de la pipe est travaillé et 
orné comme chez les autres nations ' . (Voyez pour les godets 
les vignettes n" 6et 7.) 

Ijeur tabac est le kinikenick dont j'ai déjà souvent parlé; 
ou bien encore ils fument les feuilles du sakakomi (y^rbutus 
iwa ursi) mêlé de vrai tahac. Pour nettoyer la pipe, ils se 
servent d'une petite baguette joliment ornée de tuyaiix de 
plumes peints de diverses couleurs, pointue par un bout 
et avec un petit gland de couleur à l'autre extrémité (Voyez 
pi. XI.VI11 , fig. 1 1 ). Ils ont coutume de ficher cette baguette 
dans leurs cheveux jusqu'à ce qu'ils en aient besoin. 

Ces Indiens ont plusieurs espèces de jeux auxquels ils se 
livrent entre eux pour se divertir. De ce nombre est le tchom- 
biiiQ (l'o très-court), le jeu du cerceau , et celui oii, pour 
une certaine mise, il ^ut deviner le nombre de petites pier- 
res qu'un autre tient dans la main. Ce dernier e^t connu 
aussi des Pieds noirs. &ifin ils ont aussi le jeu d'ouasih-koutéh 

> Ld Indieiu Aa haut Miuouri ont eacore une iinre eipèce de pipa i fumer, 
dont le godet tM pUc^ sou* une ligne droite ivec le tuyau ; il» ne i'cd lerrent que 
duii leun eipédilioiu de guerre. L'auvertore de la pipe étant placée pini bu que 
dans les pipei ordimùrea, la >ue du (eu ne peut jamaii traliir le fumeur qui Hcoocbf 
étendu pv terre, et tient la pipe avec le godet en bai (loyez la vignette ci-detMHu}. 



D.gitizecbyG00glc 




Vig. 0, loiM II , page SO. Vig. 7 , tome II , pag* Mi 

UodetR <te pipei des Indieni Asiiniboipt. 



Vig. R.lotncll.p^e IB7. 

Poignard des I»dii-nK Gros-Ventres des Prairies. 



D.gitizecbyG00glc 



;obyGoO'^lc 



DE L AMERIQUE DU NORD. 8l 

(fui se joue avec quatre osselets et quatre clous jaunes, aux^ 
quels on ajoute un de surplus de chaque espèce. On les lance 
en l'air au moyen d'une petite plaque ronde de bois , et selon 
qu'ils retombent d'un côté ou de l'autre, on gagne ou l'on 
perd. Les enjeux sont souvent très-considérables. 

Parmi les divertissements et les fêtes, il faut compter les 
festins, dans lesquels ce serait une insulte de ne pas consom- 
mer tout ce qui vous est présenté. Quand on ne peut plus 
manger, on présente le plat à son voisin, avec une petite 
baguette , ce qui signifie qu'on lui fera le lendemain présent 
d'un cheval, s'il veut se charger de vider le plat. Cela se 
lait par des jeunes gens qui veulent acquérir une répu- 
tatioD. 

Les Assiniboins sont braves dans les combats, souvent 
même téméraires. Ils se glissent fréquemment dans les villa- 
ges des Mandans et des Meunitarrïs , tuent à coups de fusil 
les habitants dans ou tout à côté de leurs cabanes , et enlèvent 
les chevaux du milieu des habitations. ^ 

Us croient à un créateur ou seigneur de la vie, qu'ils ap- 
pdlent Ouakan-Tangue, et en un malin esprit, Oukan-Gbidja , 
quitourmenteleshommesen leur envoyant diverses maladies, 
contre lesquelles leurs exorcistes {Medecine-meh) ou méde- 
cins , emploient le tambour et la crécelle , que les Assiniboins 
appellent Quakemuha, et les Crihs, Chichikouenne; ces ins- 
truments possèdent, selon eux , la propriété de chasser les dé- 
mons. De même que les Cribs et plusieurs autres, ils croient 
que le tonnerre est produit par un grand oiseau. Il y a même 
des gens qui prétendent avoir vu cet oiseau. Quant à l'éclair, 
quelques-uns l'attribuent au grand esprit , dont un orage 
violent annonce d'après eux la colère. Us croient que les morts 
vont dans un pays situé au midi, oh les bons et les braves 
trouvent des femmes et des troupeaux de bisons en abon- 
dance, tandis que les méchants et les lâches sont relégués 
dans une ile et privés de toutes les joies de la vie. Les hom- 
mes qui, pendant leur vie, ont montré de la bravoure, ne 



D.gitizecbyG00glc 



8i VOYAGE DANS LINT. DE I. AMER. DU NORD. 

doiveot point, après leur mort, être placés sur des ai4>res; 
mais leurs corps doivent ^.tre posés par terre, attendu , disent- 
ils, qu'ils sauront bien se tirer d'afiaireeux-m£mes. Cela n'em- 
pâche pourtant pas qu'ils ne soient d'ordinaire dévorés par 
les loups, bien que l'on cherche à prévenir cet accident en 
les couvrant de bois et de [Merres. Les autres corps soat com- 
lUiDémeiLt placés sur des arbres, comme chex Les Dacotas, 
ou bien sur des édiafaudages. On les enveloppe dans des 
robes de bison, et il y en a souvent trois ou quatre sur le 
même arbre. 

I^a langue des Assiniboins est, dans tous les points impoi^ 
tants, la même que celle des Dacotas, sauf les altérations , 
qu'y ont apportées le temps et une longue séparation. Comnie 
chez celle-ci, on y trouve beaucoup de lettres gutturale» et 
nasales, ce qiû n'eo^chc-pas qu'elle ne soit, à tout pren- 
dre, une langue sonore et facile à prononcer pour un Alle- 
mand. 



DaitizecbyGoO'^lc 



CHAPITRE XVI. 



Défttt dn bitean i vapeur Vjlttiniiobi. — Excunion dîna la Prairie. — Anirie de 
pluneun troupet d'AuiDiboioi. — La Crihs ou CDuteoaux. — - Viiile* aux campi 
de* Indiaif, — Leur départ. — HortduPiékaDD.HatioLouï. — Arrivée de ootie 
iielboal. — PiépamiCt poor h *<>;■(■ au Porl-Hackenûe. 



M. Mackbrzib nous avait fait donner un bon logement 
dans sa maison, et nous y vécûmes agréablement, quoique 
d'une manière simple et conforme aux ressources que pou- 
vaient ofirir ces dbtricts lointains : car nous ne pouvions pas 
espérer d'y trouver une aussi bonne table que celle que 
nous avions à bord de notre bateau à vapeur. Notre ordi- 
naire se composait de chair de bison fraîche ou séchée, et 
de pain fait avec de la farine; le café et te vïn ne nous man- 
quèrent jamais. 

Les premiers jours se passèrent rapidement à visiter le 
fort et ses environs immédiats, tandis que, dès le lendemain 
de notre arrivée, on commença à décharger le bâtiment et 
à transporter au fort les provisions et les marchandises, opé- 
ration qui répandît de tous côtés la vie et l'activité. On re- 
chargea sur-le-champ huit cents paquets de robes de bisou, 
à dix robes par paquet. 11 survint malheureusement pendant 



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^4 VUYAGE DANS L IHTLBIlvUn 

ce cliai'gement une li-ès-forte pluie, accident qui nuit beau- 
coup à ces peaux tannées par les Indiens. Aussi fut-on obligé 
de rouvrir tous les paquets afin de faire sécher les peaux ^ 
ce qui occasionna une perte de temps considérable. Du reste 
l'intérieur de l'Amérique septentrionale est exempt d'une 
des plaies qui fait tant de tort aux fourrures en Europe, je 
veux direlesteignes,qui sont absolument incoDoues sur le haut 
Missouri. Outre les robes de bison , on chargea encore beau- 
coup de peaux de castors , d'ours , de loups , de lynx , de re- 
- nards et autres. Il y avait soixante-deux paquets de peaux 
de loups et de lynx, à cent peaux par paquet. Quelques In- 
diens, présents à cette opération, furent très-importuns, 
ne cessant de demander, tantôt une chose et tantôt une au- 
tre, surtout du tabac, qu'ils étaient trop paresseux pour al- 
ler chercher dans les bols et préparer eux-mêmes. Le tabac 
que la Compagnie des Pelleteries leur vend, pour mêler avec 
leurs feuilles ou leur écorce, est fort, gluant et noir; il se 
présente dans le commerce en torsades (^Ttvists) tressées 
<leux fois et d'une longueur de 6 à 8 pouces. I^ plupart des 
Indiens qui se trouvaient en ce moment au fort, paraissaient 
très-pauvres; plusieurs d'entre eux ne possédaient pas même 
une pipe. Il y avait dans le fort plusieurs endroits disposée 
d'avance pour ces visiteurs, qui y faisaient leur cuisine et y 
couchaient. 

Après que nous eûmes examiné le fort dans tous ses dé-, 
tails, nous entreprîmes des excursions dans la prairie , surtout 
du côté des chaînes de collines, et M. Bodmer dessina plu- 
sieurs vues de la campagne. Bans ces expéditions que l'on 
fait dans les environs, on n'aime pas trop à aller seul, ou du 
moins on n'y va que bien armé : car on ne peut jamais se fier 
aux Indiens, surtout aux détachements de guerre ij^arpar. 
lies). Le 36 juin, dans l'après-midi, VAssiniboin, dont le 
chargement était complet, devait se remettre en route pour 
retourner à Saint-Louis. I^ société se réunit donc encoi-e à 
bord du bâtiment, afin d'y dîner ensemble poui- la dernière 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'amkrique du nord. 85 

fois.' Vers trois heures, toute la population ctu lieu étant 
rassemblée sur la grève , nous prîmes congé de nos compa- 
gnons de voyage, MM. Sanford et Pratte , avec lesquels s'é- 
taient embarqués quelques commis de la Compagnie qui re- 
tournaient aux États-Unis. Pour pouvoir virer de bord, 
VAssinihoin commença par remonter un peu, après quoi il 
glissa devant le fort avec la rapidité de la flècbe, pendant que 
les canons et les fusils retentissaient de part et d'autre, et que 
l'écho des montagnes en répétait le son. I^s mouchoirs ne 
cessèrent de flotter que quand un coude de la rivière eut dé- 
robé à nos regards le bâtiment que nous avions si longtemps 
habité. Cemême jour, les Assiniboinsqui se trouvaient dansie 
fort en 'étaient partis, pour la prairie; d'autres, en partie 
beaucoup mieux vêtus , les avaient remplacés ; mats ceux -ci 
n'étaient que les précurseurs d'un nombre considérable 
d'hommes de cette nation ainsi que de celle des Cribs, qui 
arrivèrent en effet dans la matinée du 27 juin, seuls ou par 
bandes. 

Ces Cribs ne différaieut pas beaucoup, pour l'apparence, 
des Assiniboins. C'étaient des hommes de haute taille, dont 
quelques-uns étaient très-vigoureux ; ils portaient les cheveux 
retombant droits sur leurs épaules, mais avec une touffe large 
et plate qui venait du front couvrir tes yeux, et qui, chez un 
d'eux, descendait jusqu'à la bouche. Chez quelques-uns, les 
très-longs cheveux de la tête étaient partagés en plusieurs 
queues tressées ; d'autres étaientcoiffésde bonnets de peau or- 
nés de plumes, et il y en avait un qui y avait attaché la queue 
tout entière d'une poule des prairies. Beaucoup portaient les 
gaines en cuiroe leurs fusils roulées autour deleur tête comme 
des turbans. Ils avaient le visage peint en rouge, quclque- 
foisavec des raies noires, et leur costume était semblableà celui 
des Assiniboins. 11 y en avait plusieurs qui portaient de lon- 
gues peaux de loup sur les épaules, avec la tête de l'animal 
sur la poitrine et la queue traînant à terre par derrière. Les 
hommes sont , dît-on, souvent fortement tatoués , opération 



D.gitizecbyG00glc 



66 voTAGE DAirs l'iht£hieub 

très-douloureuse, selon Fraokl'in, quoique l'on nous .ait po- 
sitivement assuré le contraire ' . Parmi leurs femmes il y en a 
de fort biea feites , et dans le nord elles savent teindre d'une 
fort belle couleur rouge, par le moyen de la racine du Ga- 
/ium tinctorium, eteo noir avec l'écorce d'aune. 

Comme il faisait très-cliaud, plusieurs de ces ladiens s'é- 
taient fait des couronnes de feuilles vertes ; ils avaient t'air 
très-écliauffés et un peu fatigués, et la sueur qui découlait 
de leurs fronts n'était pas trop favorable au fard de ci- 
nabre doot ils s'étaient si agréablement couvert lii figure. 
Malgré la chaleur, ils ne quittaient point leurs amples robes 
de bison, ni marne leurs bonnets de laiae; mais, du reste, 
ils supportent aussi les plus grands froids dans ces légers 
vêtements. 

Le chef des Crihs s'appelait Machekepiton (le Bras cassé); 
il portait autour du cou une médaille oflrant l'image d'un 
des présidents, et qu'il avait reçue pendant un séjour 
qu'il avait fait à Washington. N'ayant point de peaux à ven- 
dre en ce moment, le but de ces gens, en venant au fort, 
était de souhaiter la bien- venue à M. Mackenzie que les In- 
diens aiment, et à qui ils font souvent des présents. Dans 
diverses occasions, ils l'ont porté comme en triomphe, pour 
lui faire honneur et lui témoigner leur attachement. 

Les Crihs ou Cnistenaux habitent le même district que 
les Assiniboins ; c'est-à-dire, le pays qui se trouve entre le 
Saskatchawan , l'Assiniboin et le Missouri. Ils errent par pe- 
tites troupes répandues parmi les autres; ils sont pauvres, 
possèdent à la vérité beaucoup de chiens dont ils se ser- 
vent comme de bétes de somme , nxais peu de chevaux. Ainsi 
que les Assiniboins ils couchent sous des tentes de cuir. 



■ Tojez Frtnklin , I*' Tojigc ■ p. 7 1 - On Irotne encore dini cet ouvngs ( p. 61) 
pludeun ■ulrei pirliculirités iiir ce peuple et lur m bogue , ainii que chei Tuuwr 
{Jot. cit., p. 64), nuis «irtout chei Al». Hackeniia (p. xci). Ln mob qu'ib 
ùleiit, par-ci pu^i, dinàvot un peu deemieni, que j'ii du texte enioinde truu- 
tTin loigaeutenieiit d'aprèi )■ prononcialioB indieuae. 



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I>E l' AMÉRIQUE OU IIOKD. S7 

et poursuivent les troupeaiii de bisons qu'ils prennent sou- 
vent en grand nombre dans leurs parcs. Ils ne cultivent en 
aucune &ÇOD la terre. Le nom qu'ils se donnent à eux est 
Naihiaâk (Vai court), et ils appellent les Assinibolns Cha- 
hiape. £n général, les Crihs ont, dit-on, les mêmes usa- 
ges que les Assiniboins, et leurs divertissements sont les 
mêmes. Le jeu du cerceau s'appdle chez eux. Testepinatoh- 
Etatt, le jeu de deviner, Etchon-Binerw , et celui des osse- 
lets et des clous, Oyahkanick-Metoh-Etack. On évalue le 
nombre des Crihs à 6 ou Soo tentes, et si, selon l'usage, oe 
compte trois hommes par tente , te nombre total d'hommea 
de cette tribu serait de 1800 à a^oo- Leurs idées religieuses 
s'accordent avec celles des Assiniboins. Ils croient au grand 
Ëif^it, et, selon eux aussi, le tonnerre est causé par un 
grand oiseau. Tout ce que j'ai dit à ce sujet des Assiniboins 
peut s'appliquer aussi aux Crilis. D'après le gouvei-neur 
Caas ' , ils ont pris des Dacotas la coutume de placer leurs 
morts sur des échau&udages. I^ langue des Criiis ressem- 
ble à celle des Ojibouiûs, et tire par conséquent son origine 
de celle des Algonquins; mais elle diffère complètement de 
celles des Assiotboios ou des Dacotas ; toutefois beaucoup de 
Crihs apprennent à parler cette dernière '. 

Le a6 juin, l'arrivée d'une bande nombreuse d'Assiniboins 
nouf fut annoncée par plusieurs avant-coureurs. Ils venaient 
pour saluer M. Mackenzie après sa longue absence. Tout, à 
coup nous entendîmes des coups de fusil , prélude pour nous 
d'une scène des plus intéressantes. Aussitôt toute la popula- 
tion du fort se rendit devant la porte, pour être témoin de la 
marche de cette horde sauvage. Toute la prairie, dans la 
direction du nord-ouest, était couverte d'indiens épars dont 
les chiens en grand nombre tiraient les traîneaux chargés 



< Tojei Gof. Caii' £tptd., cic, p. tii. 
' On tn»Te iuéù deidélaiti lur la Cribi el un vocabulaire 
Cheptiri Natralivt ofa foyagt lo Hudton'i bay. 



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88 VOYAGE DANS l'iHTÉHIEUR 

de leurs effets. Une troupe serrée, composée des guerriers 
ou des hommes en état de porter les armes, au nombre 
d'enviran sSo ou 3oo, s'était formée au centre, àla manière 
de deux compagnies d'ïofanterie, et s'avançait vers le fort 
au pas i-edoublé. 1) me sera facile de donner aux militaires, 
en peu de mots, une idée de cette disposition. Les Indiens 
marchaient sur trois à quatre hommes de profondeur, assez 
serrés, mais sans observer bien exactement les rangs, et for- 
mant un front assez considérable. A peu près aux endroits 
où, dans un bataillon européen, se placent les drapeaux, 
trois ou quatre chefs s'avançaient devant la ligne, et de 
cette masse belliqueuse et peinte de diverses couleurs par- 
taient de tous côtés des coups de fiisil fortement chaînés, et 
qui par conséquent faisaient beaucoup de bruit. Bi«itôt toute 
cette troupe de sauvages guerrïers entonna un chant origi- 
nal , composé de plusieurs notes isolées et interrompues, en- 
tremêlées de leur eri de guerre. Ce chant avait quelque res- 
semblance avec celui qu'en i8i3 et i8i4 nous entendions 
souvent des soldats russes. Les chiens de somme, dirigés pardes 
femmes et des enfants, entouraient le noyau de guerriers, 
et voltigeaient autour delà ligne à la manière de tirailleurs. 
Cest ainsi que cette foule remarquable approchait toujours 
de plus en plus, et plus elle avan^it, plus elle déployait 
de détails intéressants. Tous ces Indiens étaient revêtus de 
lejirs robes de bison et parés de la manière la plus variée et 
la plus fantastique. La plupart avaient la figure tout entière 
peinte avec du cinabre ; d'autres étaient tout à fait noirs; 
dans les cheveux, ils portaient des plumes d'aigle et d'au- 
tres oiseaux de proie; quelques-uns avaient des bonnets de 
peau de loup, ce qui bien certainement ne les rafraîchissait 
pas par la grande chaleur qu'il faisait; ces bonnets étaient 
en outre en partie peints d'une couleur rouge; d'autres avaient 
attaché des feuilles vertes autoui' de leur tête ; ils traî- 
naient par terre après eux de longues queues de loup, mar- 
que d'honneur pour des ennemis tués, el leurs vêlements de 



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DE L'AHiRIQOE DU NORD. 8c) 

cuir étaient généralement neufs et beaux. Ils portaieut leurs 
fusils au bra», leurs arcs et leurs flèches sur le dos. Ce fut 
ainsi que s'avancèrent ces hommes vigoureux , dont la plu- 
part avaient cinq pieds huit à neuf pouces (d'Angleterre), et 
plusieurs même six pieds. Ils marchaient d'un pas rapide et ' 
léger; leur maintien étaitfieretdroit,cequi leur donnait une 
tenuetoutàfait militaire. Quand ils furent plus près de nous, 
nous distinguâmes parmi eux des figures terriblement mar- 
tiales, et l'impression qu'ils faisaient s'augmentait encore par 
léchant qui retentissait dans leurs rangsetparle son du tam- 
bour qui battait avec force. Quand ils furent arrivés k soixante 
pas environ de nous, ils s'arrêtèrent auprès d'un fossé natu- 
rel coulant le long du Missouri, et attendirent notre invita- 
tion , les chefs debout devant le front de la ligne. 

M. Mackenzie avait envoyé au-devant d'eux les interprètes 
Halcro et Lafontaioe , qui serrèrent la main aux chefs et les 
conduisirent à la porte du fort , fermée comme de cou- 
tume, et bien gardée, car on ne laisse jamais entrer plus 
d'un certain nombre d'Indiens à la fois, attendu qu'il est im- 
possible d'avoir en eux une confiance entière. Cette fois ou 
n'y introduisit que les chefs et une trentaine des principaux 
guerriers qui s'assirent autour des murs du loca) destiné à 
de semblables réunions. Tous les autres Indiens commencè- 
rent par aller étancher leur soif dans tes eaux du Missouri , 
après quoi ils se couchèrent à l'ombre pour reposer. 

Il est sans doute inutile de dire que nous autres étrangers 
ne quittions guère l'assemblée des Indiens, car elle nous of- 
frait bien des observations intéressantes à faire. Déjà circu- 
laient leurs épaisses pipes de pierre ' à tuyaux longs et plats, 
et ils en lïiontrèrent une d'une beauté toute particulière, 
ornée de crins jaunes et qui devait être offerte en présent 
à M. Mackenzie. On donna à boire à toute la société, et je 

Lipremrnl parler, reiu 



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^ VOYAGE DAHS L'iHTiHIEDB 

reuiart|iiai que plusieurs des Indiens, avant de porter le 
vaae à la bouche, y trempaient le doigt indicateur de la 
■nain droite en jetant cinq ou six fois quelques gouttes de la 
liqueur en fair, ce qui était sans doute une offrande aux 
puissances suprêmes'. Ik nous regardaient avec beaucoup 
detonnement, et l'interprète leur parla des singuliers étran> 
gers qui faisaient la chasse à toutes sortes d'animaux , de 
plantes et de pierres, et qui empaillaient les premiers, opé- 
ration dont il leur fut impossible de concevoir l'utilité. 

Pendant que la tranquillité se rétablissait peu k peu dans 
l'intérieur du fort, il s'était formé au dehors une scène d'un 
bien grand intérêt. I^es femmes des Indiens s'occupaient à 
élever, sur le côté occidental du fort, des cabanes de chasse 
ou de voyage, au moyen de pieux fichés- eu terre et de 
travails placés debout et recouverts de branchages; car ils 
n'avaient apporté avec eux qu'une partie de leurs effets. De 
tous côtés on voyait paître des chevaux, des chiens courir 
dans toutes le directions, etdes groupes d'hommes rouges se 
former de distance eh distance. Cette scène était fort di- 
vertissante, et les occupations variées de la cuisine, du 
jeu et de l'emménagement répandaient la plus grande acti- 
vité dans la triste prairie. Je fus surtout frappé de l'aspect 
d'un des Assiniboins qui portait une coiffure que je n'avais 
pas encore vue, mais que j'ai rencontrée plusieurs fois de- 
puis; l'iutreprète t'invita à s'approcher. Il s'appelait Noapeh 
(une troupe de soldats) ; sa physionomie et toute sa personne 
étaient caractéristiques et parfaitentent indiennes. Il portait 
en travers de la tête une bande de cuir, à chacune des ex- 
ti-émités de laquelle était attachée une corne et dans l'inter- 
valle des plumes noires écourtées. I^es cornes convenable- 
ment taillées dans celles de l'antilope avaient à leur pointe 
une touffe de crins teints en jaune, et sur les côtés retombaient 

' QiHli|Ua penODoet m'oDt usure que li bul de cel uugi éuil de fure pirli- 
ciper ■ aile jouiiMnce leiin pariDli ou leun imu décédéi. 



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SE lV^éhique dv hord. 91 

dvA cordons de cuir ayant des plumes au bout et entoures 
de piquants de porc-épic jaunes. M. Bodmer Bt un portrait 
fidèle et bien ressemblant de cet homme, qui consentit sans 
difficulté à poser comme modèle dans son costume complet 
(voyez planche xii). Nous visitâmes plusieurs de ces cabanes 
élevées à la hâte, et au milieu desquelles le petit feu était 
déjà allumé. De toutes parts on nous demandait du whiskey 
et du tabac, mais on ne leur distribua qu'un peu de tabao. 
Quand on leur proposait un échange, c'était toujours de 
l'eau-de-vie qu'ils voulaient avoir; aussi ne fut-il pas possi- 
ble de faire beaucoup de commerce avec eux. Jusqu'à une 
heure très-avancée de la soirée, nous entendîmes du fort les 
chants et le tambour de cette foule mobile, et le tumulte se 
prolongea pendant la nuit entière. 

Le aS juin , nous fâmes debout de grand matin , pour ne 
rien perdre des événements nouveaux pour nous dont nous 
allions être témoins. Noapeh fut appelé, et il soutint avec 
une grande patience l'ennui d'une séance, bien que ses pa- 
rents fissent tous leurs efTorts pour nous l'enlever. Il avait 
mis ses plus beaux habits et sa poitrine était décorée d'une 
rosette de porc-épic teint, de huit à dix pouces de diamètre. 
Un grand nombre d'Indiens se pressèrent f:e jour-là dans le 
fort pour essayer de vendre diverses pièces de leur costu- 
me. Cependant une partie de la troupe se remit en route 
dans la journée; car étant allés dans l'après-midi visiter 
leur camp , nous trouvâmes la plupart des cabanes déjà vi- 
des, et l'on apercevait de tous côtés, dans l'éloignement, 
des Indiens qui partaient , souvent seuls, rarement plus de 
deux ou trois ensemble. Beaucoup d'entre eux suivaient une 
direction parallèle au Missouri dont ils remontaient le cours, 
mois ils évitaient les bois de ta rive et traversaient la prai- 
rie en tirant vers l'ouest; d'autres se dirigeaient vers le nord- 
est: ceux-ci étaient au nombre d'une centaine; ils allaient 
rejoindre une expédition qui devait porter la guerre chez les 
Maodans et les Meunitarris. Dans des occasions comme 



D.gitizecbyG00glc 



92 VOYAGE DJLHS L INTERIEUR 

celle-ci , où beaucoup d'Indiens se rassemblent autour des 
postes de commerce des blancs, ces gens ont besoin d'user de 
la plus grande prudence, leurs ennemis ayant coutume de 
profiter de leur réunion pour tomber sur eux. 

IjCsoir,nous eûmes un violentoragedetonDerTe,d*éclairs 
et de pluie, et il continua à tomber beaucoup d'eau durant la 
journée du lendemain 29 juin , ce qui retarda l'arrivée de 
nouveaux Assiniboins qu'on nous avait annoncés. Ils n'ai- 
ment pas à voyager pendant la pluie avec leurs tentes de 
cuir, parcequ'elles deviennent trop pesantesquand elles sont 
mouillées. Nous vîmes cependant bientôt venir plusieurs 
Indiens, trempés jusqu'aux os et avec de la boue jusqu'aux 
genoux, ce quileurest du reste fort égal. M. Bodmer dessina 
l'un d'entre eux, jeune guerrier d'une taille élevée (voyez 
planche xzxii , sur l'arrièi-e-plan), qui conserva son air grave 
et Spartiate jusqu'à ce que M. Bodmer fit jouer sa tabatière 
à musique, sur quoi il se mît à rire. Un autre jeune homme 
intéressant, de la tribu des latopabines ou Gens des Boches, 
qui s'appelait Pitctapiou , nous servit plus tard de modèle 
(voyez planche xxxii). Ses cheveux retombaient comme la 
crinière d'un lion, et cachaient surtout ses yeux, au point 
qu'on pouvait à peine les apercevoir. Au-dessus de chacun 
d'eux était attachée, à une mèche de cheveux, une petite co- 
quille marine blanche. Il tenait à la main une de ces longues 
lances qu'ils ne portent que pour la montre , à laquelle pen- 
daient une quantité de rubans ou de cordons faits de boyaux 
d'ours et peints d'une t»)uleur rougeâtre. Sur le dos, ce jeune 
homme efflanqué portait son bouclier de cuir peint de diver- 
ses couleurs, et que les Canadiens appellent un pare-Qèche. 
Ace bouclier était attaché un petit paquet bien enveloppé, 
contenant sa médecine ^ c'est-à-dire, le talisman qui devait 
le protéger quand il allait voler des chevaux , et auquel il at- 
tachait une grande valeur. Ces hommes ne vendraient des 
objets de ce genre pour aucun prix. Le manche de son fouet 
était de bois et percé de trous comme une flûte. D'accortl 



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DE l'&.MÉRIQUB Dtl KOHD. 9? 

avec plusieurs autres Indiens, il noua avait appoité ta nou- 
velle que ses compatriotes des environs du Fort des Prairies, 
au bord du Saskatchawan , ne tarderaient pas à arriver cliez 
nous« pour nous vendre toutes leurs peaux de castor. Nous 
frissoDDÎOQS en voyant ces Indiens, par le temps humide et 
froid qu'il faisait, courir toute la journée pieds nus dans une 
boue épaisse, tandis que nous avions de la peine à quitter 
le coin du feu dans nos chambres. D'ailleurs, la chaleur qui 
régnait dans nos appartements leur paraissait aussi fort 
agréable, et nous filmes accablés devîsiteurs venant fumer leur 
pipe, pendant tout le temps que Pitétapiou faisait faire son 
portrait. On avait le plus grand soin de remplir continuelle- 
meot leurs pipes, el en un mot nous ne négligions rien pour 
les amuser et soutenir leur patience, pendant le travail de 
M. Bodmer. 

Le 3ojuin, vers midi, une troupe d'Indiens arriva et vîngt- 
dnq tentes se trouvèrent dressées près du fort. Les femmes, 
dont la plupart étaient petites et trapues, et qui s'étaient peint 
levisageen rouge, eurent bientôt achevécette opération. Elles 
avaient un instrument tout particulier pour enlever les mot- 
tes de gazon avec lesquelles, ainsi que je l'ai dit plus haut, elles 
garnissent par en bas le tour des cabanes. Une de ces tentes, 
l'habitation d'un chef, se distinguait des autres. Elle était 
pante en jaune d'ocre; au bas régnait une lai^e raie rouge 
brun, et de chaque côté on voyait la figure d'un grand ours, 
assez mal peinte en noir, et sur la tête duquel, au-dessous 
des naseaux , on avait attaché un morceau de drap écarlate 
qui flottait au vent. C'était sans doute une médecine (voyez 
la vignette n" xvi). Bientôt après nous vîmes les femmes in- 
diennes revenir de la forêt, dans toutes les directions, por- 
tant de lourdes charges de bois sec; elles haletaient sous le 
poids de ce fardeau attaché sur leur dos ; elles pliaient for- 
tement en avant le haut du corps, et marchaient les pieds 
tournés en dedans. I^es chiens étaient couchés autour des 
tentes; ils étaient grands, fort ressemblants ù des loups, de 



D.gitizecbyG00glc 



94 VOYAGE DêLNS l'iNTKRIEDR 

différentes couleurs, mais le plus souvent de celle des loups 
gris sauvages; quelques-uns étaient tachetés de blanc et de 
noir. AHamés comme des squelettes, ils ne pouvaient étendre 
leur épine aiguë; ils marchaient en général tout ramassés; 
ils allaient avidement à la recherche des vieux os , et quand 
ils en trouvaient , ils serraient fortement et avec colère leurs 
dents de loup, blanches comme de la neige. Ils n'étaient pas 
aussi méchants envers les étrangers que les chiens des Cor- 
beaux près duFort-Clarke, et si parfois un d'entre eux faisait 
mine de vouloir nous m(»dre, les Indiens le rembarraient 
sur-le-champ à coups de pied et de bâton. 

Il n'y avait pas longtemps que nous nous trouvions dans 
ce camp , lorsque nous vîmes approcha- de loin une autre 
troupe d'Assiniboios. Le long du bois de la rive , du côté du 
couchant, la prairie se couvrit tout à coup d'hommes rouges 
qui s'avançaient pour la plupart isolés, avec leurs chiens 
chargés qui marchaient épars ; les guerriers, au nombre d'en- 
viron soixante formaient une colonne serrée. Ils venaient sans 
musique, les deux chefs k leur tête et arrivèrent jusqu'au- 
près de la porte du fort. Dans te nombre , il y avait beaucoup 
de vieillards, l'un entre autres qui marchait sur deux bé- 
quilles et plusieurs qui étaient borgnes '. Le premier chef 
de cette nouvelle troupe était ^j'anj'an , ce qui signifie , d'a- 
près la traduction des Canadiens , le fils du gros Français. 



■ Xai lUjà parlé de csUc drcoiutiace dnu li desaHptioa de mon Voyage au 
Brédl, celte défectuoiilÉ iUnt trèi-commune atuii chci les BrétiliCDl. Km il pi- 
ralt que dam l'Amérique seplenlrionalc les buiteui >ont plu* fréqneoU qu'an Bréril. 
Nmi* rajiant aouient au Fon-Unioa un AjsiDilMiin qui avait tout au plut trou i 
quatre piedi de haut. Se> jambei étaient conrtei , eitropiéei et ngneuie» , t» léle et 
M poitrine laru déraul , m pbyiioDomis vive et ipirituelle , ainii qu'il arriie louvenl 
diei de pireili êtres. Il portait un costume remarquablement beau, et monlait arec 
adreiM un beau cbeial. Dans le court de rnoo vojtge daoi l'Aniérique Kpleolrio- 
tmIb , j'ai rencontré encore pluiieun ntïni indien), maù pat un uul parmi let atnn- 
breui BréiilicDi que j'ai tui. Le f^uvemeur Cati {lue. cil., p. 3SS) parle auui d'un 
Indien contrebit. Prëi de la ririère de Saint-Pierre viiaienl deux lemma dacolas, 
qui, l'une et l'autre, o'avaienlpas deux piedi et demi de haut. De pareillea naioM 
ne uni pai rarn non plus chez In Piedi-Nain. 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE l'axAiique dv Kono. qB 

Oa l'appelle CfHnmunémeDt te général Jadtson, parce qu'il 
a fait (e voyage de Washington. C'est un bel homme, bien 
fait et d'une physionomie agréable. Il portait par-dessus une 
dietnise de cuir noir, bien brodée, une couv«ture neuve de 
laiae écariâte et la grande médaille autour du cou. Toute la 
colcmne entra dans le fort ; on fuma , oo mangea , on but , et 
pendant ce temps on dressa quarante-deux tentes. Ce nou- 
veau camp offrait un fort beau spectacle; les tentes étaient 
rangées en demi-oercle; tous les feux fumaient; la vie et l'ac- 
tivité étaient répandues partout De tous côtés on voyait les 
scènes les plus intéressantes. Ici de jeunes garçons lançaient 
leurs flèches en l'air ; là un petit enfant brun , ressemblant h 
un singe, était assis par terre, entouré d'un cercle de chiens 
affiunés. Dans une des cabanes était couché un homme fort 
malade, autour duquel les médecins rassemblés chantaient 
i tue-tête. Plusieurs personnes s'étaiait réunies auprès de 
cette tente et regai'daient à travers des fentes dans le cuir, ce 
qui se passait dans l'intérieur. Quand la conjuration se fut 
prdoDgée pendant un certain temps, la cabane s'ouvrit et les 
hommes qiû s'y trouvaient en sortirent trois par trois , celui 
du milieu marchant un peu en avant des deux autres, et con- 
tinuèrent leur chant jusqu'à ce qu'ils arrivassent dans leur 
propre tente. Dans une autre cabane , habitée par de jeunes ' 
mariés , nous vîmes un enfiint suspendu dans un sac de cuir 
on ne saurait plus joliment travaillé. Ces sacs sont si grands, 
que la tête seule de l'enfant paraît au dehors; ils remplacent 
les berceaux. Ainsi que je viens de le dire, celui que nous 
vîmes dans celte cabane était extr^ement joli; il était orné, 
sur le côté supérieur, de deux larges raies longitudinales en 
piquantsdeporc-épic de différentes couleurs, ainsi que de ptu- 
«eurs charmantes rosettes. Il était en outre garni de longs cor- 
dons décorés et doublé de fourrure. J'achetai ce joli meuble de 
la jeune femme ;mais, comme à tant d'autres objets intéres- 
sants, il ne lui a pas été accordé d'atteindre l'Europe. 
Le i" juillet, au matin, nous reçAmes la nouvelle que 



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1)6 VOYAGE DANS L'iNTiRIEUH 

le jeune Indien Piékann, Matsokouï, qui était venu avec 
nous, avait été tué pendant la nuit, dans le camp, d'un 
coup de fusil. L'interprète des Pieds-Noirs, Bet^r, qui 
avait été chargé de veiller particulièrement sur ce jeune In- 
dien, Tavût plusieurs fois prévenu de se tenir sur ses gar- 
des avec les Assiniboins et les Crihs, ses ennonis naturels, 
sans quoi il lui arriverait infailliblement un malheur; mais 
il s'était laissé tromper par leur conduite amicale en appa- 
rence, et était resté dans une de leurs tentes jusqu'à une 
heure fort avancée de la nuit. Alors un Crih lui tira un 
coup de fusil et se sauva sur-le-champ. Nous vîmes le 
corps de notre pauvre compagnon de voyage, enveloppé 
d'une peau de bison et couché dans le fort; plus tard, il 
fut enterré dans un cercueil fabriqué par te menuisier. Kîé- 
sax avait été plus sage. Il s'était méfié des Assiniboins et était 
retourné , par le bateau à vapeur, auprès de sa famille. L'an- 
née précédente, M. Macken»e avait été témoin d'un &ît 
semblable. Un Pied-Noîr, qu'il avait amené au fort, avait 
été tué de la même manière par les Crihs, au moment de 
leur départ, et après qu'il eut plusieurs fois visité impuné- 
ment leur camp. 

Après ce crime, un morne silence régna dans le camp 
indien ; seulement vers midi , deux des chefs vinrent en dé- 
putation, accompagnés de plusieurs autres Indiens, au nom- 
bre desquels se trouvait le général Jackson, demander par- 
don à M. Mackenùe de l'assassinat qui avait été commis; 
pendant la marche, ils chantaient à haute voix. Ils appor- 
tèrent en présent un cheval et deux très-belles pipes, l'une 
desquelles était un vrai calumet orné de plumes et de crins. 
Us prononcèrent un discours dans lequel ils protestèrent de 
leur innocence du meurtre du I^ékann. Un Crih , dirent-ils, 
avait commis cet acte et avait disparu sur-le-champ; on l'a- 
vait poursuivi , mais inutilement. Ajanjan parla, dit-on, fort 
bien dans cette occasion. 

Dans la soirée on entendit de nouveau, dans le camp 



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DE L'AHiBIQUE OU ITOBD. 97 

indien, le tambour battre avec force dans la tente de 
l'homnie malade, et nous allâmes pour assister à la conju- 
ration. Ayant regardé avec précaution à traversées fentes 
de la cabane, nous vîmes le patient assis par terre, la tête, 
que couvrait un petit bonnet, penchée sur la poitrine, et 
plusieurs hommes l'entourant en cercle. Deux des méde- 
cins battaient le tambour avec un mouvement prompt, et 
un troisième faisait bruire le Quakeniuha (Cliichikoué j , qui 
tournait en rond devant son ventre. Ces hommes chantaient 
avec de grands efforts , poussaient de temps en temps de 
courtes exclamations, et transpiraient beaucoup. Parfois ils 
appliquaient leur bouche aux parties malades du patient, 
disant qu'ils pouvaient enlever le mal en le suçant , ou du 
moins le déplacer. Ces faiseurs de tours sont fort bien payés 
par les malades, et on leur donne toujours du tabac à fu- 
mer. Nous reconnûmes , durant cette excursion , que beau- 
coup d'Indiens étaient déjà partis, les vivres n'étant pas assez 
abondants. Le général Jackson était du nombre de ces der- 
niers. On prétendit avoir entendu dire à quelques Crilis qu'ils 
voulaient déterrer le Piékann, parce qu'on n'avait pas eu le 
temps de le scalper; mais on était accoutumé à ce genre de 
bravades, et la tombe fut respectée. 

he Keelôoat du Fort-Cass, avec lequel nous devions nous 
rendre au Fort-Maclienzie , était arrivé, de sorte que le nom- 
bre de personnes réunies alors dans le fort se trouva être 
considérable; nous ne manquâmes pourtant de rien , nos 
chasseurs ayant rapporté de leur dernière expédition la chair 
de dix-neuf bisons. Nous étions au 4 juillet, anniversaire de 
notre arrivée à Boston. M. Mackenzie expédia ce jour-là 
l'interprète Berger et un certain Harvey , par terre, au Fort- 
Mackenzie, où ils nous précédèrent à cheval sur la rive sep- 
tentrionale. Tous leurs effets se composaient de leurs armes, 
de leurs lits de peaux de bisons, et de couvertures de laine. 
En fait de provisions, ils n'emportaient qu'un peu de viande 



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98 VOYAGE O&nS L'iirTjfRIEDR 

sèche, car ils comptaient sur leurs &sils pour fournir à leur 
cuisine. 

On commença alors à charger le keelboat des marchan- 
dises nécessaires pour trafiquer avec tes nations qui habitent 
les terres supérieures, ainsi que des provisions pour le voyage, 
et nous profitâmes des derniers moments de notre séjour pour 
faire des excursions dans les forêts de ta rive et dans la prairie. 
Dans les premières nous trouvâmes un arbre où l'on avait 
déposé plusieurs corps d'Assiniboîns. L'un de ces corps étant 
tombé, avait été déchiré et dévoré par les loups , spectacle 
fort peu attrayant! Les couvertures de lainequi enveloppaient 
le corps , étaient neuves, et peintes en partie d'une couleur 
rouge, ainsi que le tronc de l'arbre. Dreidoppel, qui le pre- 
mier découvrit ce tombeau sylvain, y ramassa un crâne 
d'Asùniboin, dans lequel une souris avait fait son nid , et 
M. Bodmer dessina fort exactement cet arbre, sous lequd 
croissaient d'épais buissons de roses , dont les (leurs, en paHu- 
mant l'air, semblaient destinées h répandre quelque charme 
sur cette scène de fragilité et de folie humaines. 

Le chargement du keelboat fa Flore étant achevé, on 
s'occupa de porter à bord les effets des voyageurs. Ce bâti- 
ment était une forte chaloupe, d'environ soixante pieds de 
long sur seize de large, munie d'un pont, avec un mât et 
des voiles. Les marchandises étaient placées au milieu. A la 
poupe il y avait une chambre de dix pas de long sur cinq à 
six de large, avec deux lits , dont l'un fut destiné à M. Mit- 
chili,etle second à moi. Les autres passagers, au nombre de 
troisjétendaientle soir leurs lits sur le plancher de la cham- 
bre. Au fond de cette petite pièce , se trouvait une petite 
fenêtre à coulisse, et de chaquecôté une porte, qui servaient, 
quand le temps était beau , à donner de la lumière et de l'air 
à la cliambre. Tout autour du bâtiment régnait un relwrd 
d'environ un pied et demi de large, muni de petites tringles 
(le bois placées en travers, de distance en distancé, pour ar- 



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DE l'aHÉRIQUE du NORD. qg 

rêter le pied, lorsque, dans les basses eaux, les inannieis 
étaient obliges de marcher sur ce rebord pour pousser te keel- 
boat au moyeu de gaffes. A la proue se trouvaient les loge- 
ments des engagés. La cuisine se faisait sur le pont, sur un 
fourneau de fer ; et c'était encore là que l'on suspendait le 
gibier que Toc tuait. 

La moitié environ de l'équipage était chargée de haler le 
bâtiment avec une corde, quand nous n'aurions pas assez de 
vent pour avancer à l'aide de nos voiles. Cette manière de 
naviguer sur le Missouri était autrefois la seule en usage, 
jusqu'à ce que, il y a deux ans, l'on fît le premier essai avec 
un bateau à vapeur; et maintenant ces bateaux font réguliè- 
rement le voyage jusqu'au Fort-Union. Autrefois le voyage 
deSt-LouisauFort-Mackenzie durait huit mois; aujourd'hui, 
au moyen des pyroscaphes, on l'accomplit en un peu plus 
du tiers de ce temps. 

Les hommes que M. Mackenzie avait désignés pour le 
voyage chez les Pieds-Noirs, formaient un double équipage 
de keelboat ; et, en y comprenant les étrangers , nous étions 
en tout au nombre de cinquante-deux personnes. 

J'avais pris, dans les magasins de la Cktmpagnie, beaucoup 
d'objets dont je prévoyais avoir besoin pendant un si long 
voyage; mais une partie de ceux que j'avais embarqués à 
Saint-Louis était restée au Fort -Pierre , sur le Teton-River ; 
j'en sentais déjà vivement ta privation , et plus tard j'eus en- 
core bien davantage raison de tes déplorer. 

Quand tous tes arrangements préalables furent terminés, 
M. Mackenzie , pour amuser ses hommes, fit tirer te soir sur 
la rive du Missouri, devant le fort, un petit feu d'artifice 
qui divertit laeaucoup tout te monde. Les fusées mirent en 
fuite la troupe des jeunes Canadiens, qui n'avaient jamais 
rien vu de semblable, et à qui leurs camarades, plus expéri- 
mentés, donnent le sobriquet de Mangeurs de lard. 



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CHAPITBE XVII. 



J MVSCLB-SHBLL-BIVKE. 



U rÏTim aux Tremble». — NaTigition difCcOe. — Fonnition nnurqiuble dw 
btDteta^ — Prairie à U Corne de Cerf. — Uenreiue duuie tu bUon. — Nau- 
in|e du Leelbott ihe Btawer. — Radeau dei chaueari américaiiu. — Goutnic- 
Loni de caiton. — Lia prairiea du haut MitMuri. — Heureiuei cfaauea aux 
oan. — Milk-RiTer. — L'Orignal. — Grand dilonr. — Big-dr^-tUrer. — Lm 
cblteam blanc*. — Ufficaltéi qu'éprnuTcnt ceux qui font de* Mllectioiu poac 
rUrtoira Htwdle. — Hoida-Shell-SiTer. 



Le 6 juillet, à sept heures du matin , après que nous eû- 
mes pris congé des habitants du fort, nos gens commencé- 
rent à haler la Flore. Le drapeau amëricain flottait sur le 
fort , et plusieurs coups de canon furent tirés de part et d'au- 
tres pour se saluêr.Le temps était beau et chaud, de sorte que 
DOS tireurs ne tardèreot pas à se sentir gênés par la chaleur; 
alors ils se couchaient sur le bord marécageux de la rivière 
pour boire. Quand nous eûmes dépassé la forêt dans laquelle 
nous avions trouvé les tombeaux des Assiniboins, la rivière 
ayant fait un détour vers le nord, nous perdîmes le fort de 
vue. M. Mackenzie, qui nous avait accompagnés jusque-là, 
nous y souhaita un bon voyage, et se fit mettre à terre 
pour retourner au fort à cheval. A cette occasion on tira 
de nouveau les canons du bAtiment. Un peu plus tard on 
envoya la barque vers la rive méridionale, où nous descendi- 



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I03 VOT&GE DkHS L IHTEBIEUR 

mes avec pluùeurs autres personnes pour chasser; nous tra- 
versâmes le bois épais et la prairie, sur la lisière de laquelle 
les fruits du Xantfuum, qui croissaient dans l'herbe touffue, 
s'attachèrent à nos vêtements. Le sol, que noas distinguions 
sous l'herbe, consistait en une argile blanchâtre durcie, 
sur laquelle les plantes, dont nous cueillîmes plusieurs es- 
pèces ' , ci'oissaient isolément par toufTes. Nous ne vîmes 
point de gibier, car nous n'étions pas encore assez éloignés 
du fort; mais nous trouvâmes des traces de cerfs et de bi- 
sons, et beaucoup de leurs os. Dans les taillis, et surtout 
parmi les rosiers, VJcteria viridts, à la poitrine jaune, di- 
sait entendre son gazouillement varié. Nous montâmes sur 
les collines d'argile nues, sur lesquelles se montraient par 
touffes isolées, VEriogonum multiceps. Nées, et l'^. senceum, 
Pursh., et un petit nombre d'autres plantes, la plupart pe- 
tites et sèches, et quelques herbacées. Un couple du Fatco 
Sparverius planait au-dessus de nous sur ces hauteurs, du 
sommet desquelles nous vîmes approcher notre bâtiment. 
La perspective était fort belle. Ou apercevait Les vastes 
détours de la rivière, les vertes vallées remplies de bois 
et de saules; qk et là les prairies placée» derrière et tes hau- 
tes collines de formes originales; elles sont gris-blanc 
avec queUgues couches ou raies horizontales plus foncées, 
et des fentes ou sillons réguliers et perpendiculaires. 

Les vingt-six hommes qui balaient notre bâtiment, avaient 
clésouvent obligés de marcher dans l'eau ou dans la boue que 
formaient les bancs de sable; ils avaient dû en conséquence 
se dépouiller de la plus grande partie de leurs vêtements. 
Un tronc d'arbre couché sur la rive brisa la porte de notre 
chambre, et Ton fut obligé de ramer. A cet effet, il y 
avait sur le pont deux grandes et longues rames, placées 
dans des cbeviliesde fer, que trois , quatre ou cinq hommes 

■ Eatr« antre* VJgropjmm r^ni, yti. ; h Stipa capUUua, VAtIrttgaliu mii- 
teurUniii , NuU. ; Oùtro/rii Lamhrii, Purih. ; le Jaaiptnu reptm, li Bâta (Cinna- 
mamta) ebovata, al peut-Mre eiMore qudiiuexHiM*. 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE L'AMERIQUE DU HORD. lo3 

raisaimt mouvoir, les uns marchant en avant, les autres en 
arrière. Eu passant devant un grand dépôt de bois flotté sur 
la live, un arbre colossal rasa notre pont, nos haleurs 
n'ayant point entendu nos cris; cet arbre déchira les étais 
4]ui soutiennent le mât; je reçus à cette occasion un coup vio- 
lent qui aurait pu oHrir du danger. Nous approchions en ou- 
tre si souvent de ta rive , que notre fenêtre se couvrait de 
terre, et qu'il faisait tout à fait noir dans la chambre. Dans 
un des bois qui bordaient la rivière, fleurissait une jolie rose 
blanche, sans doute une variété de la Rosa (cinnamomeà) 
obovala; car les boutons, et même quelques-unes des fleurs 
étaient légèrement teintes en rose. 

Nous dtn&mes à quatre heures. Ce repas consista en porc 
salé, en pemmican, en biscuit de mer et en café. Le soir, 
au moment oîi le soleil se couchait et dorait admirablement 
les belles chaînes des collines , nos chasseurs revinrent avec 
un cerf de l'espèce du Cervus macrotis. Cet animal avait 
poussé son nouveau bois dans une longueur de quatre ^'cinq 
pouces ; chaque tige se séparait pour la première fois, de sorte 
qu'elles étaient encore couvertes de lambrâux. M. Mitchitl 
partagea l'équipage en quarts, de manière qu'il y eût tou- 
jours deux hommes de garde et que ces hommes fussent re- 
levés trois fois dans la nuit. On leur distribua de ta poudre 
et du plomb; mais, en même temps, il fut défendu de tirer, 
sous peine d'une amende de cinq dollars, de peur d'attirer 
par le bruit des détachements de guerriers indiens. 

Le lendemain matin , le temps étant beau et le ciel serein, 
nous vîmes plusieurs cygnes {Ç/gnus èuccinator), sans pou- 
voir en approcher; nous avions déjà remarqué des traces de ce 
bel oiseau , ainsi que d'oies sauvages, dans le sable mou de la 
rive. Nous observâmes dans les bois que les jeunes rameaux 
avaient souffert de la gelée; l'eau de la rivière avait baissé de 
quatre pouces. La chaleur était si forte que nous avions de la 
peine à la supporter, mais elle paraissait plaire beaucoup aux 
papillons qui voltigeaient sur la rive , parmi lesquels nous di»- 



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]04 VOYAGE DANS L'iHTÉRIEtlR 

tinguJiDes le Papilio Tumus. L'ëcorce des peupliers avait 

été arracliëepar les glaces à cinq pieds de terre, c'est-à-dire à 
quinze pieds au-dessus du niveau delà rivière. Les forêts alter- 
naieat avec des prairies découvertes, tapissées dïArtemisia. 
Nos chasseurs rapportèrent plusieurs objets, et entre autres 
le Fàlco ùoreatis, ud beau Psarocolius ou Icterus et un grand 
Coluber exinius, Say, ainsi que des plantes intéressantes '. 
La belle CHstaria coccinea, aux fleurs d*un rouge vif, crois- 
sait si abondamment dans la prairie, qu'elle y formait des 
taches rouges. Dans ce district, on voyait devant les collines 
des rangées de cônes brûlés, couleur de briques , des formes 
les plus singulières, et les sommets des hauteurs les plus éle- 
vées offraient souvent des angles aigus fort extraordinaires. 
Dans les couches de schiste blanchâtre situées entre l'argile, 
on remarquait çà et là des ouvertures cintrées , et ressem- 
blant aux portes ou aux fenêtres d'anciens châteaux féodaux. 
Nos haleurs tuèrent dans la prairie un gros serpent à son- 
nettes (Cro/. tergeminus , Say.), dont nous entendions dis- 
tinctement le bruit sur le bâtiment. Les chasseurs avaient 
vu des elks et des cerfs , et Dechamp rapporta un de ces der- 
niers animaux. Les haleurs eurent beaucoup de peine en cet 
endroit,carlecourantétait très-fort. Ils étaient d'ailleursobli- 
gés de gravir les collines élevées et escarpées, en partie sunnon- 
téesdesommets rouges brûlés. Nous les y voyions monter sur 
une longue file et y demeurer suspendus comme des cha- 
mois, dans les positions les plus dangereuses. M. Bodmer 
esquissa quelques-unes des hauteurs de la rive gauche Cplan- 
che xxxiv, fig. i). En d'autres endroits les engagés, qui ti- 
raient la corde, étaient dans la nécessité de se frayer un 
sentier en abattant de grands peupliers ou coupant d'épais 
buissons, ce qui nous retardait beaucoup et causait de gran- 
des difBcultés. Ils rencontraient fréquemment des serpents 

■ Entre autrei le Sonehiit luJovlciaaiu, ITutt. -, l« Pcritema terrulaium , de C. ; le 
CaRiugia Maitmiliani, Nies.; une pltnle nmpuite à gnndei Dcuri-, puii I* 
/lumtt veaoïui, et quelques lutrei. 



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DE l'aHI^RIQUE du NORD. lo5 

à sonnettes et ils tuèrent beaucoup de ces animaux. M. Bod- 
mer faillit même en être mordu ; mais il tua ce monstre dan- 
gereux d'uD coup de bâton et le porta à bord. M. Mitchill 
raconta à cette occasion qu'il avait vu un jour un jeune gar- 
çon indien mourir, dans l'espace d'une heure et demie, de la 
morsure d'un serpent à sonnettes. La plaie se trouvait au- 
dessous de la cheville. 

S'il faut en croire Ross Cox, les Canadiens mangent les 
serpents à sonnettes ; mais je puis assurer que ceux que j'ai 
connus ne l'ont jamais fait, et qu'ils ont même toujours té- 
moigné beaucoup d'aversion pour ces animaux. Ce même 
voyageur dit aussi qu'il arrive souvent à ces serpents de se- 
roordre eux-mêmes; mais je ne saurais le croire : je n'ai du 
moins jamais pu parvenir à les y porter. 

Le jour suivant, 8 juillet, nos difficultés recommencèrent 
de plus belle. La rivière était presque à sec, et nos hommes 
furent obligés de se mettre dans l'eau pour pousser le bateau en 
avant; pour les faire passer de la barque à terre, il fallut, 
vu l'escarpement de la rive, poser une planche, laquelle étant 
placée presque perpendiculairement, on ne pouvait y mon- 
ter qu'en déployant une adresse tout à fait extraordinaire. 
lies Canadiens s'en acquittèrent avec autant d'agilité que 
l'auraient fait des singes, et rien n'était plus amusant que de 
voir les singuhères positions qu'ils étaient forcés de prendre. 
Plus tard, sur la rive gauche, il leur fut presque impossible 
d'avancer, parce que le terrain trop léger s'éboulait sous leurs 
pieds. On me raconta qu'un jour trois Assiniboins périrent 
pour s'être assis sous une semblable rive; le sable s'éboula 
et les ensevelit '. La forêt que nos gens traversèrent était 
garnie en cet endroit d'un épais taillis de rosiers et de buf- 
faloe berrjr et l'on y trouva beaucoup de gros crapauds {Bufo 
americanus , Holb.). Les Canadiens rapportèrent avec eux 

■ Le ctpilaine PnoUin rapporte ua événenieni du mime genre , dans ton pre- 
■nier Vojrige ■ li mei GUciile , p. ig. 



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I06 VOTAGE DANS L'iirFÉRIEDB 

pour se rafraicbir, une quantité (Técorce de peuplier qu'il» 
appellent la sèvre {sève) ) ils l'enlèvent et aiment à la sucer. 
Le jus a un goût sucré assez agréable, ressemblant un peu 
à celui du melon d'eau, et il est très-rafraîchissant. 

Dans un endroit où la chaîne des collines s'éloigne du 
Missouri, et passe derrière les forêts et les broussailles ^ se 
trouve l'embouchure d'un assez fort ruisseau, avec un lit 
vaseux, que les Canadiens appellent la rivière aux Trembles; 
c'est le Martha's-River de J^wis et Clarke. De tous ceux 
d'entre nous qui se dispersèrent pour aller à la chasse , Pa- 
pin fut le seul qui rapporta un cerf très-gras; on eut du 
reste beaucoup de peine à faire remonter à bord les 
chasseurs, à leur retour; les engagés, qu'on envoya au- 
devant d'eux avec la barque, s'étaient enfoncés jusqu'à 
la ceinture dans la vase après s'être dépouillés de tous leurs 
vêtements. Ils furent obligés, pour parvenir à la terre, de 
faire une partie du cheniin à la nage et l'autre partie à gué. 
Un peu plus loin, le travail de nos haleurs devint encore 
plus pénible; car de l'autre côté d'un banc de sable, la ri- 
vière était couverte de bois flotté, dont les interstices étaient 
masqués par l'écume de t'eau et par de petits rameaux. Il 
fallut que nos gens marchassent ou sautassent en une longue 
file par-dessus ce bois ; le sable du banc était trop mou pour 
les porter. Mais il leur arriva souvent en sautant de man- 
quer les troncs d'arbres, et alors ils tombaient dans l'eau jus- 
qu'aux aisselles; plusieurs d'entre eux, qui n'étaient pas ac- 
coutumés à ce genre de travail, saisis d'nn frisson général, 
étaient obligés de revenir à bord. 

Quand nous eûmes franchi ce mauvais passage, nos tu- 
teurs arrivèrent à une prairie, à l'extrémité de laquelle, et 
à cent cinquante ou deux cents pas environ de la rivière, 
on voyait empilées les plus singulières pyramides. Nos chaa> 
seurs avaient tué en cet endroit un elk et un lièvre blanc 
{Lepus variabilis) (i), ainsi qu'un gros serpent à sonnettes 
f^Crot. tergeminus Say.). Les bois de saules (Salix hngifo- 



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DB L'AHiaiQDB DU NOBD. I07 

Ua) de la rive , sur lesquels plaoaît le Caprinmlgus virgi~ 
niantts, taudis que de la lisière un gros loup uous contem- 
plait, ces bois, dis-je, étaient remplis de moustiques; mais 
par bonbeur un léger vent les tînt éloignés du bâtiment , 
quand nous arrétAmes près de terre pour passer la nuit. & 
nous tuions un de ces engoulevents, nous trouvions sa lai^e 
gueule toute remplie d'un amas de moustiques {Tipuld), 
que cet oiseau a avalés l'un après l'autre. Le nom de Man- 
geur de maringouias que lui donnent les Canadiens, est 
d'après cela assez bien choisi. Durant la nuit, ces insectes 
incommodes trouvèrent pourtant te chemin de notre cham- 
bre, et nous tourmentèrent horriblement vers te point du 
jour ', de sorte que nous fûmes enchantés quand nous nous 
remîmes en route le 9 juillet au matin, quoique notre jour- 
née commençât encore par des difHcultés. Ce ne fut qu'avec 
des efforts inouïs que l'on parvint à faire doubler au bâti- 
ment certaine pointe de terre , contre te courant et le vent qui 
étaient également forts. Il fallut même pour cela proBter des 
troncs d'arbres couchés dans la rivière et auxquels onl'attacfaa 
avec des câbles. Deux cerfs traversèrent la rivière à la nage 
ji côté de nous, et furent , quoiqu'en vain , salués d'un grand 
nombre de balles. Nous tirâmes aussi, sans plus de succès, 
sur les bisons; malgré cela, notre pont était tout tapissa de 



• Ce (OpplMC dt KMiTMil fort puid MU bordi du Hinouri, tt duu cerUina 
innfri il «st plu inuipporUbla qua ]■ ne l'ii trouvé dini mon VDjlfe au BrésU. 
DMi te joiuail Icdu ui Fort-UnloD, el doDi H. BlMàentia «ul U booti de me 
doDiier coODiuDication , je Irouvii lea pungeuuinuiUquejelnnicrivU: •aS/uiu. 
Mot^uitoei haut allacted tlit/orlin ntyriiuL, il u impauièii lo avoidthem, ihtj 
iimmal»[ti^mubt ia eury crtriee and lut (A«îr ve^XM wiA Am'v aeeuêtomed dtx- 
Uritj. • ( iS jnia. Le* aowtiquei ont attaqué le fort |i*r myrUdci ; il «*t impouible 
de la éviter; ils ViMJDaeDl diu loulei Ui CTewies, et le Mneiit de leur eme 
aiee leur dextérité lœautumée.) El - ig luat, Motqu\tott 
mm e*v imxva Aen. > (19 juin. Lei oioiuliquei lout plu* 
le* « jusaii *ui id.) Cet inieetea continueot i poUuIer pendtat le moii de juillMi 
MM* ta udt leur nombre conuDenee i dimiuim'. Deui cette uiioii , il n'eit pu 
pMiiblede dormir MU» rideeui i nuiuiliquei. LeS uatdeaila nuit, il ]r rat au 
Fort-Uuioa um gelée blanche qui tu Et preK|ue tout périr. 



D.gitizecbyG00glc 



lo8 VOTAGE DANS L'iHTÉHIEUn 

gibier, que nous avaient fourni les grands elks. Nos htHnnwi 
en brisèrent les os , et se servirent de la moelle pour graisser 
les chiens de leurs fusils. Les peaux des animaux tués dans 
ces voyages appartiennent à la Compagnie, qui s'en sert pour 
(aire des souliers pour les employés '. Tous les cerfs mâles 
avaient pris alors leur pleine peau d'été; mab leur bois, bien 
que complètement formé , était encore couvert de lambeaux. 
Vers dix heures du matin, il s'éleva un violent orage; il 
plut par une température chaude. A huit heures le thermo- 
mètre avait marqué 71°, et les moustiques furent extraor- 
dinairement incommodes. Nous remarquions sur la rive 
une colline d'argile longue , jaunâtre , offrant la forme d'une 
forteresse ; devant elle * il y avait des collines plus petites 
avec des cônes isolés , composés en partie d'aigle violette 
(pi. xxxv, fig. 17 et la). Sur ces singuliers coteaux, nos 
chasseurs avaient tué une couple de cerfs, et avaient 
rapporté avec eux le bois qu'un elk avait mis bas ; ce 
bois avait sept longs andouillers, et il était si fort qu'au-des- 
sus du second , il présentait encore une circonférence de 
7 pouces 7 lignes {. Le Tordus m/us chantait dans les forêts 
de la rive et dans les bois de saules, et l'étoumeau à gorge 
jaune dans la prairie. La grève était si molle , que l'on pou- 
vait prévoir que de gigantesques peupliers qui y croissaient, 
ne tarderaient pas à tomber, et pourtant nous étions obligés 
de passer continuellement à côté de ces arbres. I^e danger 
était grand ; déjà quelques troncs chancelaient ; la terre aban- 
donnait leurs racines; nous nous en retirâmes néanmoins sans 
accident, et nous pûmes nous en féliciter, car leur chute eût 
infailliblement écrasé notre bâtiment avec tous ceux qu'il 
renfermait. Pendant que nous naviguions ainsi le long du 
bord, le Papilio Ajax voltigeait autour de nous, et se 
reposait sur les peaux étendues pour sécher. Nous nous 

■ Atac une grande peau d'eik va pciil faire eniiron donia paira de lonlien 
itidicni, dont la façon, comBe je l'ai dit plusbaui, coAlc un dotbr. L* pou d'un 
fcrf de Vir|inie ne fournit que cinq Du lîx pairei. 



D.oiiiz.owGoogle 



DE l'aHÉRIQDE Dtt HORD. lOO 

arrêtâmes le soir près d'une forêt , où de beaux arbustes 
et plantes formaient un tapis de fleurs'. 

Le lendemain lo, de grand matin, uos chasseurs parti- 
rent, et revinrent bientôt avec la nouvelle qu'ils avaient tué 
trois bisons et un ours. Ce dernier étant couché trop loin 
pour qu'il fût possible de l'amener à bord, ils s'étaient 
contentés de lui couper les pattes ; mais on envoya des gens 
pour nous apporter la chair des bisons. Nous traversâmes la 
forêt sauvage, et nous trouvâmes les animaux dans la prai- 
rie, à une bonne demi-Heue du bâtiment. Dans la forêt, nous 
tuâmes pour la jMvmière fois la pie du pays {Pica kudsonica. 
Bon. ) (a) ; elle ressemble extérieurement beaucoup à celle 
d'Europe, mais elleen diffère considérablement pour la voix et 
pour les moeurs. Son nid était placé dans un épais buisson 
d'épine, à 7 pieds environ de terre, et renfermait deux 
jeunes oiseaux près de le quitter. Je n'ai jamais vu plus de 
deux petitsà la fois chez ces oiseaux ; et les parents sont en été 
très-farouches et difficiles à surprendi-e. Non loin de ces pies 
nous trouvâmes dans la même forêt deux jeunes chats-huants 
{^Strix virginiana) , déjà parvenus à leur pleine croissance, 
et qui se tenaient perches sur une branche, à côté l'un de 
l'autre, pendant que leur père faisait entendre son cri dans 
les grands aii>res au-dessus. De même que le précédent, 
il parait que cet oiseau ne couve aussi que deux œufs à la 
fois. 

Dans le plus épais du bois frétillait la gaie et remuante 
tcteria viridis (3), dont on entendait la voix , tandis que les 
buissons de Cornus, de Symphoria et de rosiers , étaient 
tellement remplis de moustiques {Tipula), que l'on ne parve- 
nait pas saus peine à recharger son fusil , après l'avoir 
tiré. T^ chaleur était forte, et pas un soufHe ne venait nous 
secourir contre ces impitoyables sangsues. Dans la prairie 

' Koni troutliau 11 Sympharia giomerala, le Stachyt paliiilr'u, le Vicia ane- 



D.gitizecbyG00glc 



110 VOTAGE D\N8 L'iHTiRIEDR 

voisine, nous trouvâmes les cactus donl il a déjà ëlë question , 
couverts des plus magniflques fleurs, habitation d'une foule 
d'insectes. Six ou huit grands bois d'eiks jonchaient la terre, 
mais ils n'étaient (las garnis de beaucoup de chevilles. Là 
encore, le sol de la prairie est de l'ai^ile blanche, ctHnpIéte- 
ment durcie, et couverte seulement çà et là d'un petit nombre 
de plantes. h'Heltanthus petiolarisy Nutt., y portait de 
grandes fleurs jaunes qui avaient parfois jusqu'à 4 pouces 
3 lignes de diamètre. Vers midi , les hommes chaînés de la 
chair des bisons revinrent, et nous les suivîmes au bâti- 
ment. Ils avai^it vu plusieurs bisons, mais n'avaient pu 
emporter que la chair de deux de ceux qui avaient été tués. 

A compter de cet endroit, la rive était couverte de brous. 
sailW; nous n'étions plus menacés de la chute de grands 
arbres; mais il tombait souvent du bord escarpé de la 
rivière de gros morceaux de terre, qui faisaient rejaillir l'eau 
jusque dans la chambre. MM. Bodmer et Mitchill avaient 
fait une excursion de chasse , et ils avaient trouvé dans ta 
forêt beaucoup de pigeons sauvages {Columba migratoria), 
de nombreuses traces d'ours, et le tombeau d'un Assiniboio 
dans un arbre. Le taillis de cette forêt était composé en 
grande partie de groseilles noires {Ribes), que nos gens 
s'empressaient d'aller cueillir dès qu'ils trouvaient l'occasion 
de s'éloigner pour un moment. Le soir, quand nous nous 
arrêtâmes à la prairie delarive septentrionale, un ciel sombre, 
accompagné d'un vent très-fort, parut menacer la sûreté du 
bâtiment; on fit donc ce que l'on put pour le bien amarrer; 
mais les nuages se séparèrent sans nous faire de mal. Vers 
dix heures et demie, nous observâmes une faible aurore 
boréale qui lançait ses rayons vers le zénith ; la température 
était agréable; mais le ciel n'était pas tout à fait serein, ce 
qui diminuait l'éclat du météore. Une partie de notre équi- 
page passa la nuit sous les grands peupliers de la rive. 

Dans la matinée du ii juillet, M. Bodmer esquissa les 
singuliers sommets de la chaîne des collines, dans le voisi- 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AHéRIQUE DU DORD. I l | 

nage desquelles nos hommes éprouvèrent de grandes diffi- 
cultés, car ils enfonçaient perpétuellement dans la terre et 
étaient souvent obligés de nager. On en avait mis vingt-neuf 
à tirer la corde. Mab bientôt un violent orage, avec une 
pluie à verse, nous força de chercher un abri dans la forêt 
de peupliers. La pluie coula du pont dans la chambre et 
mouilla nos effets; par bonheur, elle ne dura pas longtemps. 
Nous venions de dépasser un endroit que l'on appelle llle 
au Coupé, parce que le Missouri s'y est fait un nouveau Ht, 
coupant ainsi un détour considérable et formant une grande 
île plate. Le chenal suit la coupure, au-dessus de laquelle 
la rivière est fort large et noble; plus tard elle se présente 
haute et pleine. Sur ces bords on voyait fréquemment 
XHetianthus petiolaris en pleine fleur et dans toute sa 
grandeur, ainsi que des buissons de deux espèces de saules 
que j'ai déjà nommés {Saiix longifolia et lucida). Leurs 
haies sont sujettes à une éternelle destruction, la rivière 
en arrachant des portions considérables qu'elle entraîne 
dans ses eaux turbulentes. Mais le penchant de la nature à la 
reproduction ne connaît pas de frein ; les buissons ne tardent 
pas à reparaître sur les nouveaux terrains d'alluvion, oii 
cependant on ne remarque que de jeunes sautes élancés. 
Deux cygnes {Cjgnus bacciruuor) se montrèrent près de 
la petite rivière au Porc-épic, qui a son embouchure sur la 
rive septentrionale. Nous essayâmes en vain de les tirer. 
Un elk tué par Dechamp nous arrêta pendant quelque 
temps, pour en apporter la chair à bord, après quoi nous 
atteignîmes la rivière appelée par Lewis et Clarke , Two- 
thousand-miles-Biver (rivière des deux mille milles), qui a 
son confluent sur la rive méridionale, et d'où l'on compte 
en effet cette distance jusqu'au confluent du Missouri avec 
le Mississipi. Nous descendîmes à tore )i la pointe supé- 
rieure de cette rivière, pour aller à la chasse, car l'on y 
avait vu du gibier. En cet endroit , la forêt touchait i une 
faste prairie couverte SÀHermsia , oii nous trouvâmes par 



Daitize'byGoO'^lc 



113 VOYAGE DANS L'INTERIEUR 

terre de grands bois d'eiks jetés. Plusieurs arbres isolés s« 
moQtraieut complètement desséchés et gris d'argeot ; efTet 
sans doute d'un incendie de la prairie. Dans un de ces 
arbres nous entendîmes le petit gazouillement de jeunes 
Falca sparveriiis, dont les parents volaient çà et là d'un air 
inquiet. Ces oiseaux sont communs dans ces environs. Nous 
y vîmes un grand nombre de Muscicapa tyttuauis et ai- 
nita, Wils. Des elks et des cerfs y avaient tracé de tous 
côtés et dans tous les sens des sentiers vers la rivière. Drei- 
doppel fit enfin lever un cerf ; cet animal se dirigea vers le me- 
nuisier Saucier qui se promenait dans la prairie et qui lui 
envoya une balle mortelle. I^ prairie s'étendait sans inter- 
ruption aussi loin que la vue pouvait porter. On l'appelle 
la prairie à la Corne de Cerf, à cause d'une pyramide de 
bois de cerfs que les Indiens chasseurs y ont construite. 
Comme on pouvait distinguer cet édi6ce de la rivière, nous 
nous y rendîmes, accompagnés de Dechamp et de Saucier. 
A huit cents pas environ du bord de l'eau , les détache- 
ments de chasse ou de guerre des Indiens Pieds-Noirs ont 
successivement accumulé un tas de bois d'eiks, au point 
d'en avoir formé une pyramide de seize à dix-huit pieds de 
haut et de douze à quinze pieds de diamètre. Tout Indien 
qui passe y porte son tribut; ce qui n'est pas difficile, 
attendu que la terre est partout jonchée de bois de cerfs, 
et souvent la force du détachement de guerre ou de chasse 
est marquée par des raies rouges sur les bois ajoutés. Ils 
sont certainement au nombre de plus de mille , placés sans 
ordre et tellement entrelacés que nous eûmes de la peine à 
en détacher un grand pour l'emporter. Du reste, ces bois 
ne sont pas tous entiers; si beaucoup d'entre eux ont été 
enlevés de la tête avec la peau du crâne, d'autres ne se 
composent que de quelques andouillers détachés. Dans le 
nombre, se trouvent aussi quelques cornes de bisons. Le 
but dans lequel cette construction a été faite est, dit-on, 
une Médecine, c'est-à-dire, un charme que les chasseurs im- 



D.gitizecbyG00glc 



DE L AMERIQUE DU HORD. 1|3 

plorent pour obtenir une bonoe chasse. Comme nous com- 
mencions à dessiner la pyramide , des signaux nom rap- 
pelèrent à bord. La prairie était couverte des deux espèces 
de cactus dont j'ai déjà parlé au Fort-Union, ainsi que de 
plusieurs autres plantes en pleine fleur. Une poule des 
prairies {Tetrao phasiariBltus) conduisait après elle ses 
poussins, déjà assez grands, mais qu'un coup de fusil rendit 
orphelins. 

Un violent orage qui s'éleva le soir, nous procura pour 
toute la journée du lendemain, la juillet, un vent très-fort, 
qui cassa deux fois la cordelle avec laquelle on nous halait; 
nous tombâmes en outre deux fois de suite dans des remous , 
qui 6rent virer de bord notre bateau et le jetèrent avec force 
contre tes rochers , en sorte que l'eau pénétra dans la chambre 
et que le pont fut couvert de terre. Le vent ne se calmant 
point, nous abordâmes à la partie supérieure de la prairie .^ 
la Corne de Cerf, et nous nous disposâmes sur-te-champ 
à aller à la chasse. Dans la prairie croissaient les mêmes 
plantes que nous y avions trouvées la veille. Le vent faisait 
voter en l'air te sable et la poussière, et les faisait pénétrer 
jusque dans les caisses les mieux fermées de notre bâtiment. 
Je trouvai dans un petit buisson de Buffahe betry^ le nid 
d'une pie (Pica kudsonica) , avec deux petits dont la crois- 
sance était presque complète; j'y vis aussi des pigeons de la 
Caroline, plusieurs espèces de gobe-mouches; et dans les 
arbustes d'Artemisia, une espèce de pinson, noire et blanche, 
et, à ce qu'il me parut, nouvelle (5); elle m'a semblé avoir 
pour les moeurs beaucoup de ressemblance avec l'agripenue 
[Emberiza oryzivora , Linn .). I^ FringiUa grammaca, Say, 
liabitait aussi en assez grand nombre ces environs. Nous 
fîmes lever dans les buissons d'Artemisia plusieurs lièvres 
blancs; on y voyait te troupiale à tête jaune (Âgehius 
xantocepkalusy Bon.) et beaucoup de petits faucons {Falco 
Spaiven'us'j'feafin , un grand serpent à sonnettes qui se sauva 
dans un trou en terre. De tous côtés on rencontrait des htnsdc 



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I |4 VOYAGE DAHS L'iNTifUEDB 

cerfs; il y en aurait eu assez pour en ériger, au besoin, une 
seconde pyramide comme la première que j'ai décrite. ïfous 
recueillîmes plusieurs plantes iotà'essaDtes , entre autres, 
dans le bois, \Ascle.pias speciosa, Torr., qui porte de laides 
fleurs odoriférantes, et une nouvelle espèce de Inctuca ou 
de Prenantkes. Précisément à l'endroit où notre bâtûnent 
était amarré, se trouvaient quatre anciennes cabanes indien- 
nes, ayant appartenu à un détachement de guerre ou de 
chasse; elles n'étaient construites qu'en troncs d'arbres, en 
pieux et en branchages , formant un carré. Quelques-uns 
de nos gens y allumèrent du feu pour cuire leur viande. A 
cent pas, tout au plus, au-dessus de ces cabanes, se déchar- 
geait riudian-Fort-Creek , de Lewis et Clarke, ruisseau à lit 
très-profond, et qui était alors presque à sec. I^ vent, qui 
avait soufflé si fort dans la journée, s'était calmé le soir; de 
sorte que nous pûmes remonter encore un peu plus haut, 
et nous nous arrêtâmes près d'une forêt sur ta rive septen- 
trionale. La température fut ce jour-là très-fraîche, ce qui 
contrastait singulièrement avec la forte chaleur de la veille; 
aussi ne fûmes-nous pas du tout incommodés par les mous- 
tiques. 

Il en fut de même dans la matinée du i3 juillet; et le 
vent ayant repris de la force, nous fûmes de nouveau obligés 
de rester immobiles. On avait aperçu un grand ours, et cinq 
cliasseurs furent envoyés pour le poursuivre; ils ne réussirent 
point à l'abattre, mais ils rapportèrent d'autre gibier. Le 
bois, composé de saules, de peupliers, de rosiers et de troène, 
était si touffu , tellement entremêlé de bardanes et d'autres 
plantes incommodes, et, en outre, si rempli de troncs cou- 
chés par terre et desséchés, que Ton ne pouvait y pénétrer 
qu'avec la plus grande peine. Je suivis tour à tour les sen- 
tiers tracés par les bisons, les elks, tes cerfs et les ours; mais 
dans les éclaircies, couvertes d'épines, je ne trouvai que la 
poule des prairies {^Tetrao phasitmellus); j'y observai le 
Spermophiltu; Hoodii ; après quoi j'entrai dans un taillis 



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DE l'Amérique dU nord. i i 5 

si ëpais, que ce oe fut qu'après avoir erré pëniblement pen- 
dant plusieurs heures, que je fus assez heureux pour arriver 
à bord avec mes habits tout déchirés. Une couple de beaux 
cygnes ne me laissèrent pas approclier d'assez près pour 
pouvoir les tirer. Dans l'épais taillis, j'avais tué V/cteria 
viridis, à la voix variée, et, sur le tronc penché d'un 
arbre, j'avais trouvé la tombe aérienne d'un Assiuiboia, 
qui y était déposé, enveloppé dans une peau; l'arbre même 
était peint en rouge, et à l'une des branches, était suspendue 
la selle du défunt avec ses étriers. 

Quoique te temps se fût amélioré, nous avançâmes fort 
peu ce soir-là, l'eau de la rivière étant trop basse; et ce ne 
fut que dans la matinée du lendemain, i4 juillet, que nous 
pûmes suivre librement la rive méridionale. Nous y trou- 
vâmes, dans une prairie -couverte SArtenàsia, un arii)re 
isolé, auquel divers chasseurs qui nous avaient précédés, 
avaient suspendu une pièce de gibier et une béte puante. 
Us n'avaient pas manqué d'enlever sur-le-champ les glandes 
à ce dernier ; car la cbair de cet animal est fort de leur 
goût; aussi nos gens se jetèrent-ils dessus, aussitôt qu'on 
l'eût [iorté i bord. On avait retrouvé en cet endroit une 
caisse et un baril, appartenant au keelboat Beaver 
qu'avait commandé l'année précédente le même M. Mitcbltl, 
et qui avait fait naufrage dans ces environs. Ayant à lutter 
contre les bancs de sable mou de la rivière , et ne pouvant 
avancer qu'avec de grands efforts, nous étions retournés sur 
nos pas pour prendre un autre chenal, et nous ne tardâmes 
pas à trouver encore du gibier; car les chasseurs avaient tué 
cinq elks, dont ils n'avaient pu emporter qu'une partie de 
la chair. Dans le voisinage, il y avait des troupeaux de bisons, 
et pluneurs de ces gigantesques animaux traversèrent le 
Missouri sous nos yeux. Dechamp, Papin et Dreidoppei, 
atteignirent dans une barque les taureaux qui nageaient, 
pendant que cinq ou six chasseurs les attendaient sur la 
rive. Deux de ces animaux furent tués; un troisième se sauva 



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|t6 VOYAGE DANS L INTÉRIEUR 

grièvement blessé; mais uo des deux morts était si profou- 
dément enseveli dans la boue, que Ton ne put se procurer 
aucune partie de sa chair. Nous vîmes paraître sur-le-champ 
un loup blanc qui se coucha sur la grève, sans doute pour 
attendre notre départ et commencer immédiatement après 
un excellent repas. 

Le pays était bas et uni ; des forêts, des bois de saules et 
des prùries alternaient sur la rive. Nous remarquâmes là, 
pour la première fois, une belle plante, qui devint plus com- 
mune à mesure que nous remontions plus haut; c'était le 
Rudbeckia œlumnaris, Pursh., dont les pétales sont à 
moitié orangés et à moitié brun velouté. Papin rapporta 
un Cervus macrotis dont le bois, couvert de lambeaux et 
qui n'était pas encore entièrement formé, indiquait huit cors. 
Je le mesurai; mais je ne pus sauver cet intéressant animal 
de l'appétit de nos engagés. Nous nous arrêtâmes pour la 
nuit près d'une forêt de la rive droite ; et tous les hommes 
de notre équipage se baignèrent, car la soirée était magni- 
fique et le temps très-chaud. T^ forêt près de laquelle nous 
nous trouvions était haute, touffue et belle) l'œil plongeait 
dans de sombres voûtes, et les troncs blanchâtres brillaîent 
dans le demi-jour du bois; au-devant il y avait une ancienne 
cabane indienne. Au-dessus de la rivière, les engoulevents 
{Caprimulgiis) planaient à une élévation considérable, 
lancÛs qu'une foule de chauves^ouris en rasaient la surface. 
Les moustiques ne furent pas très-incommodes; et à dii 
heures il se montra une faible aurore boréale, composée de 
deux colonnes de lumière pâles, montant vers le zénith, et 
qui s'allongeaient et se raccourcissaient tour à tour. Ces 
météores n'étaient jamais accompagnés d'aucun bruit. 

Si la nuit avait été chaude, la matinée du lendemain, 
i5 juillet, ne le fut pas moins. A huit heures le thermomètre 
marquait 'jS" Fahr (19°, t R.). Papin avait tué la veille au 
soir un cerf qu'il n'avait pas pu ramener; ce qui fut, sans 
doute y la cause des grands hurlements de loups que nous 



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DE l'aM^IQDB DC mord. I I7 

mtcudiraes peodant la nuit : car ces animaux hurlent terri- 
blement quand ils font une semblable trouvaille; ils se dis- 
putent le budo, qui devient toujours le partage des plus 
vieux et des plus forts. Nos hommes de quart avaient aussi 
entendu mugir fortement les bisons, car c'était la saison où 
ces animaux entrent en rut. Les taureaux ne tardent pas 
alors à mugir; ils répandent une odeur forte, et ne sont plus 
bons à manger. Dans une épaisse forêt de frênes et de peu- 
plio^, avec un taillis de Buffaloe berry, de cornouillers et 
de rosiers, nous remarquâmes bientôt ces bœufs, dont les 
sentiers iroisaient en tous sens te taillis où leur laine était 
souvent demeurée attachée aux arbustes épineux , et où leur 
bouse couvrait partout la terre. Le sol de cette forêt ^^ ^^ 
la prairie voisine était une argile échauffée, dure et dessé- 
cha, et, sauf la v^étation, la campagne me rappela dans 
cette saison l'été, dans le sertao de la province de Bahia, au 
Brésil. Une foule d'oiseaux animaient les buissons, entre 
autres le Columba carolinensis, le Tardas rujus, le Mus' 
cicapa Tjrrannus, le M. crinita, Wils, la Fringitla tristi^, 
la F. amoBfia , Vlcteria viridis, la Sjrlvia œsttva , le Troglo- 
dytes asdon, Xc Blackbird, etc. Comme nous nous occupions 
à poursuivre ces habitants ailés des bois, un grand bison 
mâle entra dans la rivière et enfonça sur-le-champ dans la 
vase. Nous y courûmes et le tuâmes de plusieurs coups de 
fusil. Je rejoignis le bâtiment près d'une prairie couvertede la 
blaa<^e Artemisia, dans laquelle les fleurs rassemblées de 
V Uetianthus petiolarLs , Nutt., formaient des taches jaunes. 
J'étais accompagné de messieurs Mitchill et Culbertson , et 
mes c»mpagnons américains se jetèrent immédiatement, 
tout échauffés qu'ib étaient , dans la rivière pour se rafraî- 
chir. Dans cette excursion , j'avais observé pour la première 
fois le pic à queue rouge (6), le Picus rubricatus de Lich- 
tenstdn, ou le Cotaptes mexicanus, Swains. Il ressemble 
beaucoup à Vauratus; mais aux endroits où celui-ci est 
jaiuie, l'autre est d'un orange vif. Cet oiseau se trouve, ditT 



D.gitizecbyG00glc 



IlS VOYAGE DANS L'iNTiRIEUS 

OD, dans le Mexique, dans la Californie, et jusqu'au nord du 
fleuve Gilumbia; aucua voyageur ne l'avait encore observé 
près du Missouri. Vcts midi , le tbennomètre marquait 86* 
(14° ^•)- ^os autres chasseurs revinrent ; ils avaient tué 
plusieurs bisons et blessé un cabri. Ils avaient vu une troupe 
d'au moins cent elks, dont l'un avait été blessé par eux. 
M. Mitcliill avait fait tomber d'un coup de carabine un 
aigle blanc perché sur le sommet d'un grand arbre, dans le 
moment oii cet oiseau dévorait un gros poisson. La soirée 
fut fort agréable; mais les moustiques envahirent en si grand 
nombre le bâtiment, que nous fumes obligés de fermer 
toutes les ouvertures de la chambre, de sorte que nous souf- 
frîmes beaucoup de la chaleur. 

Le 16 juillet, de grand matin, nous aperçâmes un trou- 
peau de bisons, et nous résolûmes d'aller à la chasse; mais 
six taureaux qui se tenaient près de la rive , en eurent vent , 
et tous se sauvèrent. Le thermomètre marquait 71° (17% 
3 R). Nous essayâmes d'approcher du troupeau; mais nous 
n'y parvînmes pas. Nous gravîmes les hauteurs échauffées, 
pierreuses et sèches de la prairie, où l'on ne voit d'autres 
fleurs que celles des cactus et celles d'une plante de la syn- 
gënésie, dont les fleurs sont violettes. Nous chass&tnes d'un 
profond ravin un Aquila leucocephala ; nous vîmes planer 
les vautours sur nos têtes, et après une excursion fatigante 
de six heures, nous revînmes très-échaufies, car nous avions 
été obligés de noua frayer une route à travers des bois de sau- 
les et sur les sables du rivage; de sorte que nous o'&tteiguîmes 
qu'à midi le bâtiment, qui était demeuré fort en arrière. On 
continua le voyage , et bientôt Dechamp et Papin arrivèrent , 
ayant tué quelques bisons femelles. Dr^doppel, que nous 
retrouvâmes plus tard dans la forêt de la rive, avait allumé 
un feu devant lequel il faisait rôtir le foie d'un gros cabri 
qu'il avait tué. Pendant qu'il était occupé à préparer la peau 
de cet animal pour ma collection zoologique, il vit tout à 
coup deux gros loups blancs , se tenant à côté de lui à une 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aH^HIQDE du ITORD. 1 I9 

disUnr« de dix pas, sans témoigner la moindre frayeur. Il 
aurait pu les tirer tous deux si, par malheur, la baguette de 
soD fusil n'avait pas été cassëe. Le bois près duquel nous 
retrouvâmes Dreidoppel était rempli de groseilles épineuses 
aigrelettes , que uos gens rapportèrent à bord en quantité. 
L'arbuste qui produit ces baies noires est garni de toutes 
parts d'épines d'un brun rougeâtre, à peu près comme le 
Robinia hispîda. 

Nous nous trouvions alors déjà en vue de l'endroit où 
M. Mitchill avait &it naufrage l'année précédente avec son 
kedboat. Aussi notre pilote, Henri Morrin, éprouvait-il 
une vive inquiétude des événements qui nous attendaient 
sur cette place funeste. Nous suivions un étroit chenal entre 
ta rive méridionale et une île basse de saules, où nous aboi^ 
dames pour passer la nuit. Mos chasseurs y eurent bientôt 
dépisté une couple de grands elks, dont les bois n'étaient 
pas encore tout à fait formés, et nous nous glissâmes au- 
devant du taillis, pour leur couper la retraite vers la forêt voi- 
sine. Le coupde carabine de M. Mitchill fi-appa juste. 11 blessa 
mortellement un des deux cerfs, qui néanmoins continua à 
courir encore pendant assez longtemps, et arrosa le bois de 
son sang. Nous suivîmes cette trace sanglante fort avant dans 
l'épais lùllis, jusqu'à ce que la nuit nous forçât de retour- 
ner au bâtiment sans avoir réussi à rencontrer l'animal. 

lie I y juillet , au point du jour, nous entendîmes les hur- 
lements des loups, qui sans doute se disputaient le cerf que 
nous avions blessé la veille; mais M. Mitchill préféra ne 
pas perdre de temps, et nous renonçâmes à ta poursuite. I^ 
place où the Beaver avait péri se trouvait à deux cents pas 
environ de celle où nous avions passé la nuit ; nous la visi- 
tâmes. Ce bâtiment s'était arrêté à trois cents pas plus haut; 
hiaisdans une nuit obscure, la force du vent ayant rompu 
ses amarres, il avait dérivé avec le courant, et était venu 
échouer sur un banc de sable. Deux hommes avaient été 
noyés par cet accident, et M. Mitchill ne s'éuit sauvé qu'en 



D.gitizecbyG00glc 



lao var\GE dans l intérieur 

fîiisaat un saut cokissal du pont jusque sur le rivage, l-a 
plus grande partie de la cargaison , d'une valeur de 3o,ooo 
dollars, avait été perdue. L'équipage construisit un peUt 
fort en troncs d'aigres, d'environ quarante pas de long, où 
il vécut jusqu'à ce qu'il eût sauvé une partie des marchan- 
dises, et qu'une autre barque eût remonté jusque-là. Dans 
cette triste situation, les naufragés avaient couru le danger 
d'un combat contre les Indiens Pieds-Noirs. Ces Indiens 
revenaient par terre du Fort-Union , où on les avait invités 
à venir à l'occasion de la ccmclusion de la paix. Les présents 
que les marchands leur avaient faits avaient été embarqués 
à bord du Beaver^, et se trouvaient presque tous perdus, ce 
<[ui excita le courroux de ces Indiens. Déjà on avait couru 
aux armes et les fusils étaient amorcés, quand la conduite 
ferme et résolue de M. Mitchill amena un arrangement 
amiable. Depuis cette époque, la rive avait éprouvé de ce 
côté de grands changements; la dernière rangée de piquets 
existait seule encore ; tous les autres avaient été emportés 
par le courant. Alors toute la place n'était que du sable nu; 
en ce moment il y croissait des saules de cinq pirds de haut, 
et le courant avait entraîné au moins cent pas de la rive. Je 
trouvai là des plantes intéressantes; le Xanthiuin Stru- 
marium formait d'épais buissons , avec les saules et \Apocy- 
rium hypericifoliuin, Pursh, puis un Uruan, le Spartma 
patens, Muhl, etc. 

Un peu après huit heures, par une chaleur de 80" Fahr. 
(ai" 3' R.), une barque arriva à l'endroit où se trouvait 
l'un àçA bisons qui avaient été tués, ffous en embarquâmes 
ta chair, auprès de laquelle les chasseurs avaient passé la 
nuit. Les chasseurs des prairies sont souvent plus sauvages 
que les Indiens eux-mêmes. Ils mangent fréquemment le 
foie des animaux tout cru, et on les voit parfois arracher du 
ventre de la mère, le veau encore informe, le jeter dans la 
marmite avec le placenta et toutes les peaux, le faire cuire 
et le dévorer tout entier. D'autres fois, ils mangent le içu- 



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DE L AMERIQUE DU NORD. fil 

srau et les pieds du fœtus tout crus, ou biea les parties 
sexuelles extérieures de U femelle. 

Il n'y avait pas longtemps que nous suivions la rive mé- 
ridionale, quand, au bas des rochers escarpés qui la bordent, 
nousremarquâmes une construction de castors queM. Bodmer 
dessina( Voyez la vignette n° 1 7). Elle se composait d'un amas 
de branches et de bûches de quatre à cinq pieds de haut , et 
son entrée était placée, comme de coutume, au-dessous de 
l'eau. L'intérieur de ces constructions présente de la terre et de 
l'argile avec des morceaux de bois, et renferme, dit-on, 
plusieurs chambres ou divisions, où ces animaux remarqua- 
bles peuvent se coucher sans être mouillés par l'eau. Ce 
même branchage communiquait avec la rive par un pont en 
iam glaise entremêlée d'un peu de bois; malheureusement, 
il ne fiit pas possible de visiter l'intérieur de cet édifice. 
Dans ces rivières, dont le courant est très-fort, tes castors 
ne construisent que des habitations légères; leurs grands 
édifices, accompagnés de fortes digues, artistement bâties, 
ne se trouvent que dans les eaux stagnantes, telles que les 
grands lacs , les étangs ou les bras de rivière avec peu de 
courant. Leurs chambres sont placées alors h plus de huit 
pieds au-dessus de la sur&ce de l'eau ; elles sont vastes , et 
leur nombre est calculé d'après celui des animaux qui les 
doivent habiter. 

On envoya dans le bois pour couper des manches de 
ornées en bois de frêne, parce qu'en remontant plus haut, 
on ne trouve plus de bois de cette espèce assez fort pour 
servir à cet usage. A midi , nous eûmes une chaleur de 8 1° 
(ai, 9). Les chasseurs avaient tué un elk et plusieurs ours. 
Un orage, accompagné d'un vent très-fort, nous força 
d'amarrer notre bâtiment à la rive, et de prendre encore 
d'autres mesures de sûreté ; mais le vent ne tarda pas à se 
calmer, et nos gens prirent après cela au moins vingt-cinq 
poissons de l'espèce du Pimehdus albus. 

Durant la journée du 18 juillet, je ne pus m'cmpêcher 



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13a VOYAGE DANS L'iHTiBIZUR 

de faire de perpétuelles comparaisons entre le voyage qile je 
disais et une navigation sur les fleuves du Brésil. Là, la 
nature est d'une richesse el d'une magnificence sans bornes; 
les hautes et épaisses forêts vierges qui bordent les rives, 
retentissent des voix variées des perroquets, des araras, des 
souroukous, des moutouns et d'autces oiseaux, ainsi que 
des cris répétés des singes; ici, au contraire, le silence du 
désert aride, muet et solitaire, n'est interrompu que fort 
rarement par le huriement des loups, le mugissonent des 
bisons ou le croassement des corbeaux. I^a vaste prairie 
contient à peine un être vivant, si l'on en excepte les trou- 
peaux de bisons et d'antilopes , répandus çà et U , avec un 
petit nombre de cerfs et de loups. Ces plaines, desséchées en 
été et glacées en hiver, ressemblent, à beaucoup d'égards, 
aux déserts de l'Afrique. Plusieurs écrivains les ont désignées 
sous le nom de savanes ou pelouses de gazon ; mais cette 
dénomination ne peut convenir tout au plus qu'à celles du 
bas Missouri; elle ne saurait s'appliquer en aucune façon 
aux régions sèches et stériles du Nord-Ouest , oîi un gazon 
un peu épais ne se montre que dans quelques endroits plus 
humides que d'autres, quoique le botanbte rencontre partout 
des plantes qui, pour lui , présentent de llntérêt'. 

Vers le milieu de cette journée, nous vîmes, siu* la rive 
méridionale, ce que l'on appelle un fort indien , expression 
dont J'aurai plus tard souvent occasion de me servir; c'est-à- 
dire, des espèces de retranchements élevés à la h&te par les 
détachements de guerre des Indiens, et composés de troncs 
d'arbres morts. Quand ces détachements veulent passer la 
nuit en quelque endroit, ils construisent un parapet de 
troncs ou de grosses branches d'arbres empiliées, entourant 
tm espace triangulaire ou carré, tout juste assez vaste pour 



> Le* inceodiei méniE* de* prairie* n'ont Um que Tcn le milieu du court du 
Miuourii plui loio, vert le nord-ouetl , les plante* lont trop eourtei et trop peu 
T*(>FTOcb^ pour que le fni pui*>e facilement te eommaniqner de l'una à rautrc 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aM^HIQUE du NORD. 1^3 

les <»iiteoir. C'est là qu'ils se couchent après avoir posé des 
sentinelles, et se trouvent ainsi mieux en état de résister à une 
surprue. Le fort en question consistait en un enclos ayant 
plusieurs fngles, renfermant un espace assez resserré, et dont 
la gorge ou partie ouverte était appuyée sur ta rivière. Au 
milieu de l'eapace, il y avait une cabane de bois en forme de 
pain de sucre. Non loin de ce fort, et sur ta même rive, nous 
vîmes une construction de castors , composée d'un tas de 
branchages. 

Après que nos cliasseurs furent revenus avec la chair d'un 
bison , nous éprouvâmes la joie d'avoir un vent favorable 
<{ui nous permit de nous servir de nos voiles. En suivant un 
coude de la rivière, nous aperçâmes tout à coup sur un 
banc de sable, deux ours qui allaient et venaient, disparais-t 
saieat dans les buissons et en ressortaient. A la fin, l'un des 
deux s'éloigna , mais l'autre galc^a te long de ta grève , et 
finit par se jeter sur la charogne d'un bison femelle, à moitié 
enterrée dans ta vase. Pendant que le keelboat remontait le 
courant à t'aide du vent, on équipa à la h&te une chaloupe, 
dans laquelle MM. Mitchill et Bodmer, ainsi que les chas- 
seurs Dreidoppel et Dechamp, s'élancèrent et s'approchèrent 
à la rame, aussi promptement que possible, de l'animal 
flévorant. Cette première chasse à l'ours oftnt un spectacle 
intéressant, et nous autres qui nous tenions sur le pont, spec- 
tateurs du combat , nous en attendions l'issue avec impa- 
tience. Dechamp, chasseur hardi et expérimenté, et tireur 
excellent, descendit à terre, et se glissa inaperçu sur le 
sable, jusqu'auprès d'un tronc de bois flotté , derrière lequel 
ilse mit en embuscade, à quatre-vingts pas environ de l'ours, 
afin de lui couper, en cas de besoin, la retraite vers les 
iH-oussailles. L'animal avide levait de temps à autre sa 
gigantesque tète , regardait autour de lui , et continuait à 
manger sans inquiétude, sans doute par deux motifs, parce 
que le vent nous était favorable et que la vue de l'ours n'est 
pas très-perçante. La chaloupe s'étant avancée jusqu'à cin> 



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ia4 VOYAGE DANS L'iIITéRIBUH 

quaate pas du but, quand les fusils furent amorces, M. Mit- 
ohill tira le premier coup, et blessa l'ours mortellement der- 
rière l'épaule; tes autres coups suivirent rajûdement, sur 
quoi l'ours fit la culbute et poussa des cris affreux. Il roula 
environ l'espace de dix pas, gratta en courroux avec ses 
pattes les parties blessées, et fit de nouveau pluûeurs cul- 
butes. En ce moment, Dechamp arriva k son tour, et lui 
eavaya une balle dans la t£te qui l'étendit mort. Le fier 
animal fut attaché à la chaloupe avec des cordes , et traîné 
en triomphe au bateau où on le mesura et le dessina. Je re- 
grettai vivement de n'avoir pas pris part à cette belle 
chasse; mais je n'avais pas cru que dans une situation aussi 
découverte on pût approcher si près, de l'ours. 

L'animal dont nous venions de nous emparer était un 
ours gris , griszfy bear ( Vrsusfervx). C'était un mâle, âgé 
d'environ trois ans, et n'était par conséquent pas des plus 
grands (6). Depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de 
la queue, il avait six pieds deux pouces deux lignes ', longueur 
dans laquelle la queue aveo la touffe de poils qui la terminait 
entrait pour trois pouces. Se couleur était brun foncé avec 
le bout des poils couleur de rouille; mais le nouveau poil 
commençait déjà à se montrer avec ses pointes plus feuves 
ou gris jaune. Un sait que cet ours est un animal fort dan- 
gereux et que beaucoup de chasseurs éviteut; il les attaque 
fort souvent quand il se sent blessé, et même quand il ne l'est 
pas, lorsqu'on l'approche de trop près. S'il aperçoit les hom- 
mes en troupe , il se sauve pour l'ordinaire, surtout quand il 
en a eu le vent. Presque tous les chasseurs des prairies 
ont à raconter tes aventurer qui leur sont arrivées avec des 
ours, et l'on pourrait faire des volumes de ces histoires de 
chasse. Il est certain que beaucoup de personnes , tant des 

■ l* loDguMir de U XtM âiil de quime poucei huit lignei; u lu^em otlM Im 
oreiUei, de lix poaeeiKptiipief; bhinteurexIéricurederareiUeideqnitrapoiMet 
Deudigan; U loi^umr du coin uip£ricar, d'un pouce qwtrelifoe*; ■■ longnenr 
dfi griffa du pied de derant , de dnii pouce*. 



D.gitizecbyG00glc 



bB L AMÉRIQUE DU HORD. Ia5 

Uaocs que des Indiens, ont été déchirées par ces animaux 
dangereux, surtout autrefois, quand ils étaient plus nom- 
breux et qu'ils devenaient très-vieux , comme ou peut le voir 
dans le Voyage de Lewis et Clarke. L'année passée encore, 
cinq chasseurs de M. Mitchill, qui avaient blessé un de ces 
ours, en furent si vivement poursuivis, qu'ils furent tous 
obligés de chercher leur salut dans les eaux du Missouri. 
Cette espèce d'ours n'est pas très-adroite à grimper, de sorte 
qu'un arbre est un abri assez sûr contre leurs attaques. La 
véritable patrie de cet animal , sur les bords du Missouri, et 
la région où ils sont encore le plus nombreux , est celte du 
Hilk Hiver, Là, il n'y a pas de forât de quelque étendue oîi 
on ne les trouve; du reste, on en rencontre dans toute la 
partie de ces déserts qui s'étend vers le nord-ouest. Cet ours 
se sert de ses longues griffes pour arracher de la terre diverses 
espèces de racines dont il fait sa principale pâture; mais il 
aime beaucoup aussi la chair des animaux et surtout les charo- 
gnes. C'est la seule espèce d'ours que l'on trouve sur le 
Missouri supérieur, car l'ours noir ( Ursus americanus) ne 
remonte pas si haut. 

A l'endroit où l'on avait tué cet oura, on aurait pu en 
tirer encore plusieurs, si Ton s'était mis en embuscade au- 
près du bison , car tout le banc de sable était couvert des 
vestiges dé leurs pas, et foulé absolument comme une aire; 
mais notre temps était trop mesuré et trop précieux. Nous 
continuâmes notre navigation jusqu'à ce qu'un violent orage 
vint nous menacer; alors nous nous arrêtâmes auprès de la 
haute rive de la prairie, et nous dépouillâmes l'ours de sa 
peau. L'animal était maigre, et aucun de nous n'éprouva 
le désir de goûter de sa chair. Pendant la nuit, ta pluie 
tomba par torrents, et inonda mes livres et ma collection 
de plantes. 

Le lendemain , 19 juillet, nous fîmes encore la chasse 
à un ours colossal qui traversait le Missouri à la nage pour 
courir après un bison mort ; mais cette fois nos jeunes 



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1S6 VOYAGE DANS l'iRTKRIBDB 

chaaseurs furent trop ardeats; ils tirèrsit trop tôt, et rani- 
mai s'échappa, quoique bleue, selon toute apparence, car 
quinze carabines au moins avaient ët^ déchargées sur lui . Nous 
avions (^«ervé plusieurs constructions de castors. Le soir, 
on haU le bâtiment, et les hsmmes occupés à ce service se 
frayaient une route à travov un bois de saules , quand ils 
s'écrièrent tout à coup qu'il y avait des ours tout près d'eux. 
Nos chasseurs sautèrent immédiatement à terre. A p«ne 
M. Mitcbill fut-il arrivé à la tête des haleurs, qu'il aperçut 
une ourse avec ses deux oursons; Decbamp accourut à son 
aide, et en peu de minutes les trois animaux étaient en 
notre pouvoir. Mitchill avait tué la mère, dont la couleur 
était très-fauve; la tête était d'un blanc jaunâtre, les extré- 
mités brun foncé. L'un des petits , que l'on anwna vivant à 
bord, avait aussi la tète et le cou blanchâtres, et le corps 
gris brun; l'autre était d'un brun plus foncé. Les femelles de 
ces animaux sont , en général , d'une couleur plus claire que 
les mâles, et souvent presque blanches; circonstance que 
l'on remarque aussi dans plusieurs autres animaux de proie, 
et notamment dans le renard d'Europe. Le jeune ours vivant 
se montra fort indocile, et poussa des cris rauques; il me fut 
impossible de lui sauver la vie '. 

Après cette heureuse chasse, nous fûmes retardés par un 
vent fort et contraire, de sorte que nous arrivâmes assez 



■ La farWain* améritaiDi panlucDl avoir nn peu exagéré Ici dangen qui accoD- 
pagsent la chaiw d« cei àniBiaiif r *=>''< quraque ni aura uiiail i la rérilé «oinaDt 
diDgereui , doui n'aToiu pai été ténoiiu d'uo huI cai dam lequel le cbaneur cdl 
été attaqué. SelanBndienTiiIge [rimvjo/Zauijfana, p. 5i) , cet oun ne h céde- 
rait pai en audace Sa bon ni au tigre; iTec cela, ajouta-il , cet aniitial eil trou 
foi* plui grand que l'oura commun d'Amsique , et lix foi* pliu que l'oura bnni 
d'Europe. H. Brarkenridj^ parait coDDallre bieu peu ce dernier; car on en troure 
•auvent qui, par leun dimeoiEonii approchent de bien prèi du Griitlj Btar. Ce 
loyageiir porte lui-même la longueur de ce dernier à huit piedi sept pouces el demi , 
meturei anglauei, et il est certain quedani lei montagnes de la Suîue el dei Gri- 
loai oK trouve fréquemmeut dea ours bruni de la même taille , ou plus grandi 
encore. D'aprèi Mauoël Lisa , le Gritzfy Bear pèse qoelquefoit juaqu'à douxe cetili 
livret; wn poids oïdiiuin eU de bnit à neuf centi livret. 



D.gitizecbyG00glc 



DE lVh^QUE du nord. 12^ 

Urd à l'embouchure du Milk River (Rivière au Lait), qui 
sort d*ua bois de grands peupliers et de saules, sur la rive 
i^tentriouale. Cette rivière a un cours très-sinueux, et 
forme la limite occideotale du territoire de la nation des 
Assiniboins. Ses eaux sont, en général, troubles et mêlées 
de sable; c'est de là que lui vient son nom; il contribue 
d'ailleurs aussi à enlever leur limpidité à celles du Missouri. 
Lewis et Clarke soutienneut que c'est le Mana River qui 
trouble le Missouri '; mais cela n'est pas exact, car la plu- 
part des voyageurs ont trouvé, ainsi que nous, les eaux du 
baut Missouri jusqu'au Muscle Sbell-River, parfaitement clai- 
res et limpides. Le Maria River lui-même est dans certains 
moments très-pur. 

Dans les parties supérieures du Milk River, le Moose 
deerou ongaalÇCervusMcesamér.), est, dit-on, commun, 
et Dechamp avait déjà lui-même tué plusieurs de ces ani- 
maux dans les environs de cette rivière, près du Missoun. 
Un peu plus haut, uous nous arrêtâmes pour la nuit, près 
de la rive méridionale, oii nos chasseurs avaient tué un 
ours et un bison d'une grosseur extraordinaire. M. Bodmer 
dessina la tête de ce magnifique animal, dont la crinière 
épaisse, noire comme le jais, et un peu ondulée, avait dix- 
huit pouces de long. Quelques-uns de nos engagés survinrent, 
ils dépecèrent la héte tout entière , et commencèrent à se 
repaître du foie cru; puis ayant remarqué l'horreur que 
nous inspirait un repas si grosner, ils vidèrent sur le reste 
du foie l'urine contenue dans la vessie, et achevèrent à nos 
yeux ce délicieux régal. Pendant la nuit, le vent souffla 
grand frais, et nous fûmes bien contents d'être amarrés 
dans un chenal bien sûr. 

Le ao juillet, de grand matin, nous arrivâmes à l'endroit 
oti le Missouri lait un large coude de quinze milles, que 
l'on pourrait couper par terre en quatre ou cinq cents pas. 

■ Vd^ te Vojtge de Leitii et Clirke , cd. luglÙM , 1. 1 , p. 313. 



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Ia8 VUTA.GE DANS L'iHTiRIEUR 

En cet endroit, au printemps, la glace passe par-dessus la 
basse pointe de terre ou de sable, et laisse des traces de son 
passage aux troncs des peupliers, dont elle enlève par- 
fois jusqu'à la moitié de l'épaisseur. Ce coude s'appelle le 
grand Détour, et cette rivière en a plusieurs du même 
genre. Le vent s'opposant avec trop de violence aux. efforts 
des haleurs , et les éboulements de la Hve menaçant souvent 
notre bâtiment , nous nous amarrâmes sous l'abri des co)- 
Itoes de la vive septentrionale , près d'uue étroite prairie 
couverte de broussailles, où je trouvai le Lanius excubt'to- 
roides, Rich., le Pica hudsonica, et plusieurs autres oiseaux 
qui se voient partout, et dont nous tirâmes une assez grande 
quantité; nous prîmes aussi plusieurs papillons qui volti- 
geaient sur les fleurs , aux rayons ardents du soleil (7). 
Henry Morrin, notre pildte, qui tirait fort bien, rappoi'ta 
un très-gros cabri mâle , tandis que les autres chasseurs 
avaient tué sur la rive opposée douze bisons, dont quatre 
m^es, cinq femelles et trois veaux; mais ils n'apportèrent 
au bâtiment que la chair des femelles, abandonnant tout le 
reste aux loups , aux ours et aux oiseaux de proie. Vers le 
soir, nous quittâmes notre ancrage, mais nous fîmes si peu 
de chemin, que quand la nuit arriva, nous n'étions encore 
qu'à peu de milles du Milk River. 

Ce ne fut que le a i au matin , que nous nous trouvâmes 
à l'endroit , oti la veille , on avait fait un si grand carnage de 
bisons. L'on y embarqua encore une partie de la chair 
des animaux demeurés intacts, et l'on tua d'un coup de 
fiisil dans son aire un jeune aigle (^Bald Eagle). Nous 
étions alors dans la saison sèche, qui, dans ces régions, 
commence à la nii-juillct et se prolonge jusqu'à la fin de 
l'automne. Toute la prairie était jaune et brûlée; le moindre 
mouvement soulevait de la poussière, et il sufHsait pour cela 
d'un loup qui trottait. Cette même poussière faisait recon- 
naître de loin la présence des troupeaux de bisons qui en 
amassaient des nuages; tous tes ruisseaux étaient compléte- 



D.gitizecbyG00glc 



DE L AMÉRIQUK DU NORD. lag 

ment à sec ; le Missouri lui-même n'a que fort peu d'eau 
dans l'été et en automne. Quoique la saison ne fît que decom- 
mencer, les collines des prairies n'offraient déjà plus qu'une 
t^nte gris verdâtre, et les buissons qui croissaient dans les 
ravins, présentaient l'aspect le plus stérile. Un peu après 
midi, nous vîmes, debout sur la rive, un gros bison mâle 
qui semblait nous provoquer; il baissait la tête, et grattant 
la terre avec ses pieds de devant, il faisait voler la poussière 
autour de lui. On débarqua les chasseurs, qui rencontrèrent 
un ours, et, bientôt après, nous amarrâmes près du Big-Dry 
River, qui a son embouchure sur la rive méridionale. En 
hiver, son lit a plusieurs centaines de pieds de large, et au 
milieu de ce lit règne un canal plus étroit qui , seul en ce 
moment, contenait de l'eau sur une largeur de deux pieds. 
La rive droite de cette rivière est escarpée et composée d'une 
argile grisâtre; la gauche est couverte de sautes nains; toute 
la campagne oflre un aspect vide et nu. Notre chasse nous 
procura un bison, plusieurs oies sauvages (^Anser cana- 
densis), et un Numenius hngirostris. Les chasseurs avaient 
trouvé dans les bois beaucoup de traces d'ours; les buissons 
avaient été ployés ou brisés par ces animaux qui en recher- 
chent les baies. 

En continuant notre navigation qui se faisait avec assez 
de lenteur, nous aperçûmes des etks sur une des hauteurs de 
la rive, et en les regardant avec une longue-vue, nous les 
reconnûmes pour des mâles, avec des bois énormes; mais, 
en ce moment, il sortitdes forêts de la rive septentrionale un 
ours noirâtre, qui commença à traverser la rivière à la nage. 
Les chasseurs se partagèreni sur-le-champ en deux divisions ; 
l'une , dont faisaient partie MM. Mitchill et Bodmer, longea 
la rive par terre ; l'autre suivit l'ours à la rame dans un 
bateau. Malheureusement pour nous, ce bateau s'engrava, 
ce qui donna une avance à l'ours, et l'amena trop près de 
nostireurs,cachésderrière]a rive,desortequ'au moment où il 
mit le pied sur ta grève , il fut étendu mort par plusieurs balles 



D.gitizec'byG00glc 



i:^ VOTAGE DANS L'iirrÉRIEDS 

parties des hauteurs. Il n'était pas aussi gros que le i 
que D0U8 avions tué; sa couleur était brun foncé, et nous 
nous conteatâmes de lui couper la tête et les pattes de de- 
vant, comme des trophées de notre victoire '. La violeDce 
du vent fut cause que nous ue quittâmes pas cette place tk 
toute la journée, et pendant ce temps, lâchasse nous fournit 
tant d'occupation, que nous entendions partir des coups de 
fusil de tous les côtés. A peine l'ours fut-il tué, que nous 
vîmes en plusieurs endroits des bisons se jeter dans la rivière, 
et nous les aurions infailliblonent abattus, si nos jeunes 
gens avaient su modérer leur ardeur. Dans notre voisinage 
et entre les jértemisia de la prairie, on prit vivant un porc- 
«pic (^Hystrix dorsata, IJua.), «t on ne le tua qu'après 
l'avoir porté à bord, car les engagés sont très-friands de sa 
chair. Cet animal est, comme on sait, fo^ précieux pcNir 
les Indiens, à cause de ses piquants qu'ils teignent de difie- 
rentes couleurs, et dont ils se savent pour orner leurs vête- 
ments et leurs objets de cuir. Il a les mêmes habitudes que 
les autres animaux de son espèce, se roulant en rond aussitôt 
qu'il aperçoit son ennemi. Ses piquants sont très-aigus et 
très-dangereux , car ils ne tiennent que fort légèrement à la 
peau. 

Le as juillet, nous vîmes de nouveau des sommets d'ar- 
gile de formes singulières; sur des collines nues d'argile 
friable et gris noir, s'élevaient de petits cônes anguleux ou 
ronds. Ce n'était que dans tes ravins et les vallées que l'on 
voyait un peu de végétation; mais sur les collines mêmes, il 
n'y avait pas un brin d'herbe. Dans les prairies de cette ré- 
gion, croit un arbuste ligneux et épineux (le Sarcobatus 
Maximiliani, I4ees.);ses feuilles sont petites, cylindriqua, 
étroites et charnues. C'est sans doute la même plante que 



I Lu Uaco du Griuljr Beu- préienieat loujoun l'emprainte des longoes Erines. 
i[ui ont leur pliu grwiidc loDgaenr au printcoi|ii , «I w racconrciMBiit antailG qnwtd 
l'Animal a beiucoup murhé. 



D.oiiiz.owGoogle 



DE l'aMÉRIQUE du NORD. l3l 

tjev\setC\arkeoiHappeiéeFiesh;rouPulp;rieavedthorn(S). 
Elle ne fleurissait pas encore; mais à compter de ce moment, 
on la trouve ea remontant dans toutes les prairies, mêlée à 
XÀrtemista. Il y avait aussi uue jolie plante, ressemblant au 
Dianthus, avec une fleur couleur de chair (la Jamesia pau- 
âflora. Nées. ); puis le SoUdago lateriflora. Far. simplex, 
XeRudbeckia columimris , Pursli, etc. Ce dernier s'élevait, 
couvert de belles fleum orangées, à trois ou quatre pieds de 
haut, dans les touffes de saules. Nous avions vu une troupe 
nombreuse de plus de quarante elks, observé les traces de 
{dusieurs ours , et tué un bison. Sur la rive méridionale, se 
présentèrent deux sommets d'argile qui ressemblaient aux 
ruines d'un vieux château fort, et que M. Bodmer dessina. 
Nous leur trouvâmes quelque ressemblance avec le château 
des Deux-Frères près de Bornhofeii , sur le Rhin. La rivière 
îùt en cet endroit un coude d'un beau développement; des 
bisons paissaient dans les praines, et le cri des oies sauvages, 
déjà en état devoler, se faisait entendre. On avait pris sur les 
collines d'ai^ite nues un jeune Coluher proximus, Say, qui oe 
se distinguait en rien desanimaux plus âgés delà même espèce. 
T>es collines aux formes singulières, mais qui n'offraient 
presque aucune variété , se rapprochèrent alors de la rivière. 
La plupart des sommets coniques étant gris brun; quelques- 
uns étaient noirâtres et d'autres rougis par le feu. Même à la 
distance où nous étions , nous remarquions sur toutes ces 
collines des points qui étincelaient au soleil; ils prove- 
aaient, d'après nos observations, de ce mica brillant dont 
BOUS avons déjà parlé, et qui se montre partout dans ces 
collines d'argile par couches ou par morceaux. Nous rappor- 
tâmes ce jour-là, de notre excursion, de grosses pièces de ce 
fossile. Sur la rive septentrionale, un etk se dessinait tran- 
quille et Ber sur l'horizon du soir, tandis que dans un bois 
de saules, au bord de l'eau , un grand nombre de ces gros 
animaux s'approchèrent de la rivière pour s'y désaltérer. 
Nous nous arrêtâmes, pour passer la nuit, près d'un banc 



D.gitizecbyG00glc 



iSl VOYAGE DANS l'iNTÉRIEUR 

de sable dont l'argile , dans les endroits où elle s'était des- 
séchée après avoir été mouillée par l'eau , présentait de doid- 
breuses fentes dans toutes les directions. Sa surface avait 
acquis, par l'effet de l'eau , la forme d'érailles ou de vagues, 
et il s'en détachait des morceaux plats d'un à deux pouces 
d'épaisseur, que l'on pouvait se procurer isolément, d'une 
manière fort singulière. Il n'y a pas de doute qu'on ne pût 
le travailler. Toutes espèces d'animaux sauvages y avaient 
laissé des traces de leur passage; mais nous n'y vîmes 
d'autres êtres vivants que des myriades d'insupportables 
moustiques. Un vent favorable étant venu à notre aide, nous 
hissâmes nos voiles et nous fîmes ce jour- là beaucoup de 
chemin. 

lie a3 juillet nous passâmes devant un ruisseau desséché , 
tel que nous en avions vu plusieurs la veille , et qui tous sont 
du nombre de ceux que Lewis et Ciarke désignent sous le 
nom de Dry-River. Nos chasseurs avaient encore tué deux 
cerfs (C macrotis et virginianus), ainsi que plusieurs bisons, 
et Papin avait &it lever une volée de beaux et grands 
^rmrie-cocks ou Atountain-cocks ( Tetrao Vrophasianus^ 
don.) (9), mais sans pouvoir en tuer. Ce bel oiseau habite les 
prairies du haut Yellow-Stoue ainsi que du haut Missouri, 
et nous l'avons, par la suite, souvent rencontré. Dans la 
journée, nos haleurs eurent de ta peine à se soutenir sur les 
collines d'argile escarpées, dans la masse nue et friable des- 
quelles ils enfonçaient jusqu'à la cheville, de sorte qu'ils 
étaient obligés de se pousser réciproquement en avant. Oa 
voyait souvent , dans les hautes rives d'argile alluviale du 
Missouri , les restes de bois pourri , d'un ly un rougeâtre , dans 
uue position tantôt couchée, tantôt perpendiculaire. Par- 
venus à l'embouchure du ruisseau appelé par Lewis et 
Garke , Dry-Brook , nous y trouvâmes quelques-uns de nos 
chasseurs, qui avaient découvert un 'ours d'une grosseur 
extraordinaire, les traces des pattes de devant ayant une 
lat^eur de sept pouces trois quarts. Saucier prétendit avoir 



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DE l'ahéaiqde DD ITORD. 1 33 

tué trois bisons, de J'ud desquels il nous rapporta la langue 
Je trouvai en cet endroit le nid d'une pie {Pica kudsonica); 
il avait été construit dans un peuplier creux, duquel son 
taient les branches sèches. Les petits de la pie se tenaif-nt 
dessus. Dans la prairie croissait Tarbuste épineux dont j'ai 
parlé (le Sarcobatus, Nées.), mêlé à V/irtemisia ligneux. 
Les collines d'argile nues présentaient parfois des formes 
très-singulières; c'était comme de grands remparts de for- 
teresses, au-devant desquels étaient placés d'autres collines 
en forme de mamelons, garnies de touffes de cèdres (Jutii- 
perus) ou de pins. Quant aux collines nues, elles n'offiraient 
des plantes que dans leurs fentes ou brisures, et alors ces 
plantes formaient de ces Blets de verdure que j'ai déjà décrits. 
Ces singulières collines continuèrent le a4 juillet, et les 
plantes que nous recueillîmes eurent fort peu de variété. 
Sur les arbres et les arbustes isolés de la prairie, nous vîmes 
la Fringilla grammaca, Say, de grosses espèces de gobe- 
mouches et le Picus ntbricatus. La rive gauche consistait en 
une paroi de rochers d'argile , divisée par portions cubiques , 
coupées d'uD grand nombre de petites vallées, et avec 
quelques parties qui restaient suspendues comme des che- 
minées ou des colonnes, et qui menaçaient à chaque instant 
de s'écrouler. Là débouchait un ruisseau avec peu d'eau et 
un fond vaseux; peut>£tre le Sticklodge-Creek de I^wis et 
Clarke. Je descendis à terre avec Dreidoppel près d'un bois 
de hauts peupliers, sur la rive septentrionale, et j'y trouvai 
quelques-uns de nos chasseurs qui avaient tué un elk. Le 
sol ombragé de la forêt était couvert de diverses plantes, et, 
entre autres, d'une fort belle Monarda que nous n'avions 
pas encore rencontrée {^Monarda mollis, Willd), et qui por- 
tait de belles fleurs pourpres; ainsi que du Petaloslemtan 
virgattun. Nées. Le pic à queue rouge [P. rubricaiwt) frap- 
pait contre les arbres, et nous tuâmes une Fringilla. amœna. 
Par delà ce bois, la prairie s'étendait avec un sol d'ai^ile dur- 
cie gris blanc; trois espères d'arbustes y. croissaient : VArte. 



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I'34 VOTAGB DANS t'iNTÉItlEUR 

misia, le Sarcobatus épineux, et un troisième à feuilles 
étroites; parmi eux se trouvaient aussi répandus des cactus. 
Le vent tempérant la chaleur du jour, nous piimes parcourir 
des prairies le long de la rivière. Aussi loin que l'œil pouvait 
s'étendre , ou voyait partout les os blanchissants des bisons et 
des elks, ainsi que d'énormes bois de ces derniers. Un ou 
deux épet'vio^ {^F. Spa/verius) , un oiseau de l'espèce de 
l'alouette, apparemment Talouette des montagnes, et une 
troupe d'oies sauvages {Anser canadensis\ qui venaient de 
Élire, de la rivière, une promenade dans la prairie, furent 
les seules créatures vivantes, d'une taille un peu forte, que 
nous rencontrâmes. Des sauterelles {Gryllus) couraient et 
volaient par milliers autour de nous; dans le nombre il y en 
avait dont les couleurs étaient fort belles; les unes avaient des 
ailes noires et blanches, d'autres bleuâtres, d'autres jaunes 
ou rouge vif; celles-ci faisaient entendre en volant une soite 
de craquement, celles-là un battement. Dans ces déserts 
ai^eiix , où l'on ne voit pas un brin d'herbe sur le sol , une 
foule de papillons voltigeaient autour des buissons; mais ils 
n'étaient pourtant que de trois. ou quatre espèces différentes. 
Des fourmilières s'y montraient en grand nombre, et nous 
étions entourés d'une nuée de moustiques {Tiptdà) et d'au- 
tres mouches à aiguillons, fort incommodes. Un peu plus loin 
se trouvait u.ne vallée descendant à angle droit vers la rivière 
et qu'habitait un couple de pies ^Pica hudsonica) avec 
leurs petits, déjà parvenus à toute leur croissance; nous en 
tuâmes quelques-uns, mais ils tombèrent au fond de l'abîme 
inaccessible. Ooatre les collines placées au-devant des hau- 
teurs d'argile qui bornaient ta prairie sur notre droite , en 
pénétrant dans les terres, se montraient des bancs de grès 
et de sdiiste,etles morceaux de pierres détachées, couchées 
à l'entour, étaient couverts de beaux lichens orangés, jaunes, 
bleuâtres et noir&tres. Plusieurs profondes vallées ou ravins 
étaient tous desséchés et s'ouvraient sur les rives hautes et 
escarpées du Missouri. Sur certains points accessibles, ces 



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DE l'aHÉHIQUE du NORD. 1 35 

ravins ëtBÏeut traversés par de profonds sentiers tracés par 
les troupeaux de bisons, qui dirigent leur marche à travers 
toute ta prairie , le long des chaînes de collines et des bords 
des rivières. Placés sur une élévation , d'où nous vîmes le 
bâtiment s'éloigner, poussé par un vent favorable, nous 
apo^ûmes tout à coup un bison mâle énorme qui s'appro- 
diait de nous à pas lents et avec aoucbalance. Nous nous 
cachâmes sur-lenïhamp derrière des buissons, croissant sur 
le bord supérieur d'un fossé profond , et pendant que l'ani- 
mal traversait avec fierté le ravin ^ nous le tuâmes de trois 
coups de fusil bien ajustés. Ce magnifique taureau était 
étendu sur la hauteur, à quarante pas environ du raviu ; 
mais l'avance que le bâtiment avait gagnée nous força, bien 
malgré nous, d'abandonner notre butin. Nous parvînmes à 
la fin, par des coups de fusil que nous tirâmes du haut des 
rives escarpées, à attirer l'attention des gens du bâtiment et 
on envoya la chaloupe nous prendre. Nous profitâmes de ce 
délai pour faire un second essai de cbasse au bison, et Drei- 
dq>pel, qui s'était chargé de pousser de mon côté quelques- 
uns de ces animaux, tua encore un jeune mâle; sur quoi la 
chaloupe arriva, et l'équipage emporta les langues et une 
partie de la chair des bêtes que nous avions tirées. Nous 
revînmes donc au bâtiment à quatre heures de l'après-midi , 
trèfr-fatigués et très-échauffés, étant restés depuis huit heures 
du matin exposés à la chaleur du soleil, dans les prairies 
Ques et dépouillées où nous n'avions pas trouvé une goutte 
d'eau. M. Bodmer avait esquissé pendant notre absence 
quelques sommets intéressants des hauteurs voisines, l'une 
desquelles ( voyez Planche xxxv, fig. i5) s'appelle Halfway 
Pyramid, étant située précisément à la moitié de la dis- 
tance entre le Milk-River et le Muscle-Shell-River, Toute 
la chaîne^ avec ses sommets, ses ravins et ses vallées de 
mille formes différentes, avait en cet endroit une couleur 
vert gris, marquée çà et là par des touffes vert foncé d'aiiires 
aciculaires, et la campagne, avec les bois et les oseraies vertes 



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j36 voyage uans L'inTiaiBUR 

qui bordaient U rivière, présentait en cet eadroit un aspect 

original et fort singulier. 

IjC aS juillet, de grand matin, nous parcourûmes la 
prairie sur le bord septentrional de la rivière, où nous trou- 
vâmes (les Blackbirds, des gobe-mouches et des pinsons à 
tête rayée {F. grammaca), ainsi qu'une nombreuse volée du 
grand coq des prairies {Tetrao Urophasiamts), qui se leva 
devant oous avec un grand bruit d'ailes, mais que nous ne 
pûmes malheureusement retrouver, faute d'un bon chien 
d'arrêt. Un lièvre et un Strix virginiana formèrent tout le 
butin que produisit notre chasse, sauf quelques petits 
oiseaux qui s'étaient rassemblés pour se moquer du tyran 
du crépuscule , que le grand jour effrayait. Nous rencon- 
trâmes souvent dans cette région des pies, et l'un des nids 
de cet oiseau que nous y vîmes était construit absolument À 
la manière de ses parents européens. M. Bodmer esquissa 
quelques singuliers sommets (voyez planche xxxv, 6g. i6 et 
i8). Dans les environs de celui qui est représenté dans la 
figure i6 , quelques-uns de nos chasseurs revinrent avec 
deux ceHs et un faon de l'espèce du Blacktailed Deer. Bien- 
tôt après on tua deux bisons, desquels on emporta une 
grande partie de la viande , car nous approchions de ce que 
l'on appelle les Mauvaises-Terres, où l'on s'attendait à ren- 
contrer fort peu de gibier. Dans l'après-midi , nous vîmes 
sous les grands peupliers du rivage quelques cabanes de 
chasse indiennes, et l'on esquissa de singuliers sommets sur 
la rive septentrionale. Les grandes masses grises des hauteurs 
qui bordaient le rivage, offraient en général des formes si 
originales, que l'on ne pouvait s'empêcher d'éprouver, en les 
regardant, le désir de les voir examiner de près par un bon 
géologue. Leurs sommets, semblables à des tours, à des 
colonnes ou à d'auti-es objets semblables, se dessinaient sur 
le ciel azuré, et le soleil y occasionnait des ombres fortement 
marquées; malheureusement un vent trop favorable me 
■ devint contraire en ce moment, puisqu'il me força de par- 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE l'aHÉBIQOE du NuRD. i37 

courir ces lieux avec une extrême rapidité. Cependant, cps 
montagnes devenaient toujours plus hautes et d'un aspect 
plus nu et plus stérile; leur couleur était gris blanc, gris 
brun, souvent tacheté de blauc; la pai'tie supéneure présen- 
tait des couches horizontales ou d'étroites raies, et quelques 
sommets s'élevaient par-d par-là avec les formes les plus 
extraordinaires; leur apparence générale rappelait celle des 
montagnes calcaires du canton d'Appenzell en Suisse. Dans 
le bord escarpé de la rive méridionale, ou voyait, s'élevant 
en l'air et ne tenant en apparence à rien , un bois de cerf, 
que les eaux y avaient porté avec le sable dont ces mêmes 
eaux t'avaient ensuite débarrassé. Le mouton sauvage des 
montagnes, que l'on appelle f^^om on Grojse-Corne {Ovis 
montanà), devient de plus en plus commun dans les mon- 
tagnes dépouillées, à mesure que l'on remonte la rivière. 
Nos baleurs tuèrent dans cet endroit un gros serpent à son- 
nettes qui avait pris un animal rongeur, probablement un 
goffre et l'avait déjà à moitié digéré. Desjardins , l'un des 
hommes de notre équipage, qui avait sans doute trop mangé 
de gibier gras, et qui, échauffé par le travail, avait immodé- 
rément bu de l'eau, fut pris de fortes coliques et souffrit 
beaucoup. Un orage, accompagné d'une tempête, ayant 
éclaté subitement , mit notre bâtiment en grand danger; mais ' 
ce même vent, qui d'abord nous avait fait i-eculer, devint 
tout à coup très-favorable, après que nous eûmes atteint un 
coude que fait ta rivière, et nous avançâmes pendant quel- 
que temps avec rapidité. Cela nous conduisit dans une 
campagne très-remarquable, où l'on eût dit avoir devant 
soi deux châteaux blancs. Cxtntre les montagnes de la rive 
méridionale se trouvait une forte coucbe blanche comme 
de la neige; c'était du grès qui s'étendait fort loin, et quî 
paraissait avoir été en partie façonné par les eaux. A sou 
extrémité dénudée, où elle est coupée par la vallée, 
deux portions plus élevées étaient restées debout et figu- 
raient des édifices, surmontés de débris d'une autre couche 



D.gitizecbyG00glc 



l'iS VOYAGE OAJfS l'iNTÉRIBUR 

(le grès, moins considérable, mais plus compacte et d'un 
jaune rougeâtre, qui représentaient, à 8*y méprendre, les toits 
de ces deux édiBces réunis. Sur le devant des bâtiments 
blancs, on voyait de petites fentes perpendiculaires que l'on 
pouvait prendre pour autant de fenêtres. L'aspect de cette 
singulière formation de la nature offrait de loin une si 
grande ressemblance avec des édiBces élevés par l'art, que 
nous y fûmes trompés, jusqu'à ce que l'on nous eût dé- 
montré notre erreur. Nous convînmes avec M. Mitchill de 
donner à ces singuliers ouvrages de la nature le nom de 
White-Castles (Cbâteaux-Blancs). M. Bodmer les a fidèle- 
ment dessinés sur la planche xxxvii. 

Il y avait aussi des formations semblables sur la rive s^ 
tentrionale; mais le vent qui devenait de plus eo plus violent, 
ne nous laissa pas le temps de contempler ces merveilles de 
la nature; notre voile se déchira, et nous fûmes forcés de 
chercher un abri près de la prairie de la rive méridionale. 
Nous profitâmes de cette halte pour examiner les environs, 
pendant que les arbres ployaient sous les efibrts de la tem- 
pête , et que te tonnerre roulait par une température très- 
élevée. Nous étions alors dans une des chaînes latérales de» 
Mauvaises • Terres , continuation de la Côte-Noire que le 
' Missouri coupe dans ses environs. Nous nous promenâmes 
dans une plaine ou prairie qui présentait les mêmes plantes 
qu'à l'ordinaire; die s'étendait le long de la rivière, montait 
ensuite ondulée vers les montagnes, et était couverte de 
blocs de grès jaune brun, offrant des couches diverses. 
Tout autour , s'élevait la merveilleuse chaîne de hautes 
montagnes nues gris blanc ou gris brun, avec leurs som- 
mets coniques ou à formes extraordinaires, avec des raies 
ou des couches différentes , et tachetées de vert foncé par des 
touffes d'arbres aciculaires. A compter de cette journée, les 
montagnes avaient tellement augmenté en hauteur et en 
originalité' de caractère, que l'on pouvait se croire tout à 
coup transporté en Suisse. Le Missouri, qui est là assez 



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DE l'ahbrique du AORD. 1 3^ 

étroit, se fraye avec peine ud chemin à travers les crêtes 
élevées de schiste, de grès et d'argile, et la nature nue et 
morte qui l'entoure, n'est que faiblement animée sur ses 
rives par les peupliers et les buissons verts qui les bordent. 
Dana les plaines étroites qui s'étendent au pied des montagnes , 
la végétation était , en géuéral , brûlée ; XÀllium reticulatum , 
avec ses fleurs blanches, était complètement desséché; le 
Cactus Jerox ne l'était guère moins , tandis que des os de 
bisons, blanchis par l'air, attestaient dans cette solitude. 
combien toute vie est passagère. Les vestiges de ces gigan- 
tesques animaux conduisirent bientôt nos chasseurs sur 
leurs traces, et il s'en montra plusieurs dans les vallées; 
mais des orages venus du nord, du levant et du couchant, 
ne tardèrent pas à nous inonder de torrents de pluie, et 
sauvèrent ces animaux. 

Plus tard, quand le ciel se fut éclaird, on rappela les 
traîneurs, et nous nous rapprochâmes des Châteaux-Blancs, 
ce qui dissipa l'illusioD. La prairie de la rive méridionale , 
où nous passâmes la nuit, était habitée par une troupe con- 
sidérable de chiens des prairies {^Arctomys ludovicianus) , 
mais la pluie les avait fait rentrer dans leurs tanières. La 
chasse d'un loup blanc fut plus heureuse. Il était descendu 
des hauteurs , et s'était couché tranquillement pour nous 
considérer. Nous nous approchâmes de lui, à l'abri des 
broussailles, et Dreidoppel réussit à l'exciter en imitant la 
voix du lièvre. Pendant que le loup tournait autour de nous 
pour gagner l'avantage du vent, nous lui envoyâmes nos 
balles; mais ce ne fut qu'à la nuit que nous parvînmes avec 
notre butin au bâtiment. Ce loup nous parut différer sous 
quelques rapports du loup commun des prairies qui est gris; 
celui-ci était blanc sans aucun mélangef lo). 

Le 16 juillet au matin, nous revîmes encore une fois 
les Châteaux-Blancs , mais d'un autre côté. Le sol argileux 
de cette région sert d'habitation au joli écureuil de terre, 
auquel Say a donné te nom de Sc/iinis quadrivUtatus. Nos 



D.gitizecbyG00glc 



l4o VOTAGE DANS l'iNTÉRIEUR 

haleurs prirent un de ces petits animaux que nous conser- 
vâmes longtemps vivant dans une cage. Des Indiens avaient 
construit une cabane de forme conique autour d'un vieux 
tronc d'arbre; mais sur toute notre route du Fort-Union 
au Forl-Mackenzie , de semblables cabanes furent les seules 
traces d'êtres humains qui frappèrent nos regards; nous oe 
vîmes pas un Indien. Le gibier devenait rare, car nous 
étions dans les Mauvaises-Terres, et Morrin seul tua, ce jour- 
là , une biche. On retrouve dans ce voisinage ces singu- 
Hàres boules de grès toutes rondes que j'ai déjà décrites 
près du Cannon-Ball River; elles sont parfois doubles et ont 
ici communément la grosseur d'une moyenne balle de fusil. 
Sur le bord immédiat de la rivière, nous remarqu&mes 
beaucoup d'ébouiements de terre, dont quelques-uns étaient 
très-profonds , de sorte que l'on courait risque de s*y enfon- 
cer et de tomber à une grande profondeur. Les prairies 
étaient tellement couvertes de sauterelles, que l'on eût dit 
que la terre elle-même était vivante. Elles et leurs petits 
couraient en .se croisant en tous sens; et dans les endroits 
où les feuilles sèches jonchaient encore la terre elles occa- 
sionnaient un bruissement qui ne cessait pas un moment.^ 
L'espèce la plus commune était celle qui fait en volant une 
sorte de bourdonnement. Leurs ailes sont blanc verdâtre, 
avec une lar^e tache noire; leurs jambes sont rouge orangé; 
les étuis des ailes d'un blanc sale, avec trois raies noirâtres 
en travers. 

Dans l'après-midi, nous commençâmes à voir partout 
sur les rives du Missouri, des débris de rocs et de pierres, 
indication de l'approche de montagnes plus solides qui de- 
vaient bientôt remplacer celles d'argile. La rivière, qui avait 
tout au plus cent pas de large, faisait, dans un certain en- 
droit, un grand et très-brusque détour dans une direction 
septentrionale; là, sa rive méridionale, qui soutenait le 
choc des flots, est déchirée d'une manière si remarquable, 
les rochers d'argile sont tellement fendus et brisés en quar- 



D.gitizecbyG00glc 



DE l' AMÉRIQUE DU NORD. l/îl 

tiers, en cônes, en pjrramides et en mamelons de mille for- 
mes et grandeurs différentes, que nos haleurs ne purent 
avancer qu'avec la plus grande peine, avec des efforts inouïs 
et une perte de temps considérable. Toute cette rive est 
sue et d'un gris brun; les plantes n'y peuvent absolument 
pas naître, les morceaux d'argile étant toujours prêts à tom- 
ber et sujets à des changements perpétuels. La chaleur était 
si forte, que les haleurs étaient obligés de boire à chaque 
instant , ce qu'ils faisaient en se plaçant à plat ventre par 
terre, dans une position singulière et souvent mdme dange- 
reuse, car ils avaient la tête en bas et les jambes élevées 
presque perpendiculairement contre la côte. Au delà du 
coude dont je viens de parler, la rivière avait de nouveau 
cent quatre-vingts pas de lai^e; une foule d'hirondelles 
avaient fait leurs nids dans ses bords d'argile, et notamment 
VHirundoJidva, dont nous tuâmes plusieurs individus. Le 
jour tombait et les chasseurs revinrent avec un elk et trois 
autres pièces de gibier {C. macrotis et virginianus) ; les hi- 
rondelles cédèrent alors aussi la place à leurs parents les 
engoulevents ,' et sur la rive ou entendait le chant des ci- 
gales. 

La nuit fut agréable, et le 37, au point du jour, nous 
quittâmes le bâtiment pour suivre les traces d'un gros ours 
qui avait déterré des facines de tous côtés. Malheureusement, 
deux autres chasseurs, Papin et Bourbonnais, nous avaient 
précédés et avaient répandu l'alarme dans la forêt. Cette forêt 
se rattachtût aux collines par un lieu sauvage, tout couvert 
de ronces et de bardanes (Xqnthium), où les moustiques 
étaient si tourmentants, que l'on osait à peine ôter ses gants. 
Sous les peupliers élancés, croissait une herbe haute ou 
bien un épais taillis de rosiers , excellente pâture pour le gi- 
bier que nous rencontrâmes en dtv«^ endroits. Sur les 
grands arbres, dans les éclaircïes oii le feu avait passé, 
étaient perchés une légion de blackbirds et un petit nombre 
de gobe-mouches qui faisaient leurs nids dans les hauts peu- 



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l4a' VOTAGE DAKS L'iHTÂBlEim 

plîers de la rîve; puis une belle hirondelle aux plus brillantes 
couleurs, que nous n'avions pas encore rencontrée {Hirundo 
bicohr. Bon.), dont la poursuite nous arrêta longtemps et 
donna une avance sur noua au bâtiment. Nous fûmes obligés 
de parcourir une grande partie de la prairie, dont les buis- 
sons épineux traitèrent fort mal nos habits. Nous trouvâmes 
plusieurs espèces de plantes sur les collines d'argile ' , et le 
pinson à tête rayée (/", grammaca, Say. ) séjournait avec ses 
petits dans notre voisinage. Dans les endroits oh les bords 
de la rivière étaient escarpés, on remarquait des os d'ani- 
maux incrustés dans le roc, et l'on voyait souvent des crânes 
de.bisons , ii moitié déblayés par l'eau, suspendus au-dessus 
de la surface. Fatigués de notre longue excursion de chasse, 
nous nous rafraîchîmes en buvant l'eau fraîche du Missouri, 
et un peu après midi nous retrouvâmes le bâtiment. 
MM. Mitchill et Culbertson revinrent à peu près vers le 
même temps d'une excursion qui leur avait procuré une 
perspective magnifique, du haut des collines. La chaleur 
était oppressive : 85° F. ( a3' 5' R. ) tls avaient distingué 
dans un grand éloignement , et semblables- à des ouages 
bleus, les petites montagnes Rocheuses, du côté du sud- 
ouest, et, au sud-est, le Muscieshell-Biver. Dans la vaste 
vallée verte qui s'étendait vers les montagnes, toute la 
prairie était couverte de troupeaux de bisons. Ils rapportè- 
rent avec eux de belles empreintes de coquillages , sembla- 
bles à celles que nous avions trouvées aussi ce jour-là sur la 
rive du Missouri. Ces chasseurs avaient gravi péniblement 
trois hauteurs différentes, et en arrivant, très^hauffés de la 
marche, au sommet de la dernière, qui .était la plus élevée, 
ils y furent accueillis par un vent fort et froid. Ils y remar- 
quèrent une singulière formation de pierre ; c'était comme 
une colonne, soutenant le dessus d'une table; la pierre qui 
la composait était friable : c'était sans doute du grès. De cet 

■ Entra Mitm , VXi^rliorUa maeulmta; «t , dan» la f<H4t , le Monanla mattu, ffîDd. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'Amérique du houd. i43 

endroit, ils avaient aussi distingué la montagne connue sous 
le nom de Bear's-Paw. 

Un violent orage , qui, selon l'usage, fut accompagné de 
plus de vent que de pluie, nous força de nous arrêter. Du 
reste, quand il pleuvait, noua étions fort malheureux; car 
l'eau pénétrait jusque dans nos lits à travers les joints du 
pont entr'ouverts par la chaleur. Le vent continua toute la 
journée, et le ciel étant noir et menaçant, on s'arrêta pour 
la nuit près du bord méridional; cela fournit à notre équi- 
page roccasion de pécher, ce qu'il faisait depuis quelque 
temps avec asse/de succès, prenant surtout beaucoup de 
Catfish. 

La nutinée suivante, a8 juillet, je pus observer de nou- 
veau à quel point les gens de notre équipage étaient rudes 
et grossiers. Nous avions rassemblé depuis quelque temps 
un grand nombre d'intéressantes curiosités naturelles, plu- 
sieurs desquelles, &ute de place, avaient été rangées sur le 
poDt, Ces peaux, ces crânes, et les autres objets si pénible- 
ment recueillis, étaient presque toujours jetés à la rivière 
pendant la nuit, quoique M. Mitchill eût imposé une amende 
de cinq dollars à de semblables méfaits. Je perdis de cette 
façon des objets extrêmement curieux ' , et je me trouvai , 
à bord de notre keelboat, malgré tes occasions les plus favo- 
rables, dans l'impossibilité de former une collection d'objets 
d'histoire naturelle, si j'en excepte l'herbier que je gardais 
dans la chambre et qui ne sortait pas un instant de dessous 
mes yeux ; aussi ne pûmes-nous porter en bon état au fort 
Mackenzie, qu'un très-petit nombre d'objets ainsi recueillis. 



> Si l'on vent m bire nne ûUe de la btrlttrie qoi règne encore loiu ce rapport 
«n Anirique, on n'a qu'l coniultcr BncLenridge , ht. cit., p. 139, où il tu dit 
qiwki Canadient anient donoiau nMnraliue lOTigEur Huttdl le surnom du /ou, 
parea qu'il Ciinil dei recherchti et dei colleetioas d'histoire naturelle. Du reste, 
BrMckiBridge ett lui-méoie auei Américain 1 cet igard, car il dit {p. lu) : -But 
ht U ua/brmnalefy l»e mmchJerottd 10 hit fuvoritt lUidy (Mai* il tA malheurtu- 
lemenl trop livré i itt éludet de prédikelion). 



D.gitizecbyG00glc 



l44 VOYAGE DâKS L'iMTÉBrEDB 

Je débarquai de bonoe heure sur la rive inërîdionale, avec 
MM. Mitchill el Culbertson, pour aller à la recherche du 
Musclesfaell-Rîver, dont nous ne pouvions pas être éloignés. 
Une belle forêt toufAie ^e peupliers , avec un fort taillis de 
rosiers, de troènes et de groseilliers épineux, s'étendait le 
long de la grève. Nous ne suivîmes pas sans beaucoup de 
peine, au milieu de ces broussailles, le sentier tracé par les 
bêtes fauves, et qui nous conduisit dans quelques éclalrcies 
couvertes d'une herbe épaisse et haute. PardeHi le bois, 
s'étendait la prairie, verte à ses confins, où croissaient à 
l'ombre plusieurs plantes intéressantes, entre autres, le Pe- 
talostemum violateum, Mich., la Psoralea incana, Nutt., 
avec des fleurs bleues et^Jes feuilles argentées, et quelques 
autres que nous rapportâ!mes avec nous. Pajûn et plusieurs 
autres chasseurs avaient dépisté non loin d« nous une troupe 
d'eiks qui couraient au milieu' des grands rosiers, sans que 
nous pussions les distinguer. Ils leur avaient tiré plust«in« 
coups de fusil, mais sans pouvoir en tuer; Dreidoppet avait 
auparavant tiré une pièce de gibier. IjCs chasseurs se rassa- 
sièrent ensuite en mangeant les fruits noirs des groseilliers 
épitieux, qui ne sont pas tout à fait dépourvus de parfiim ' , 
et qui croissent en cet endroit dans une abondance extt«- 
ordinaire ; ils sont ausû fort recherchés par les ours et les 
autres animaux. 

Nous ne trouvâmes point encore le Muscle^hell, qui est 
situé un peu plus haut, et une forte pluîe d'orage nous ra- 
mena tout trempés au bâtiment. A onze heures, nous pas- 
sâmes devant l'embouchore de ce Muscte-Shell que nous 
avions vainement cherché le matin. 



- ■ H. Milchill , dluDt KD jour cbei nn DuoU du Petit-MUfOuri , l'étiit m tenir 
de cei groteilleiqu'il iTiit troméei complileniBal dipouriaci de uteur. Hiiiil dé- 
couTril pliu tard ijue l'Indien iTiit comlieaci p«r en tuecr tout la jui, et init 
ofTert eniuite ■ k> coaiivei lei peaiu iatkààt». Du rcite, <^ gnxeiUes, aicbér* 
et milén *Tec da «icre , forment un met* agréable et lain dam «i rigiou piÎTéfi 
de lauta n 



D.oiiiz.owGoogle ■ 



DE L'AMÉRIQUE DO NORD. , l45 

Le Muscleshell-River ' (la Coquille, des Canadiens) 
s'ouvre sur le bord sud-ouest du Missouri, et son embou- 
chure, large de soixante-dix pas, est ombragée, sur les 
deux rives, de bois de peupliers, en partie gaulis et buis- 
sons. En le remontant de six à buit cents pas environ , on 
remarque sur ses rives de bautes collines couvertes d'une 
herbe courte et grisâtre , avec des ravins et des touffes d'ar- 
bres aciculaires [Pînus Jlexilis). Cette rivière coule pendant 
assez longtemps parallèlement au Missouri. La distance du 
Fort-Mackenzie jusqu'à ses bords n'est, dit-on, que de trente 
à quarante milles, et l'on ajoute que ce n'est qu'à cinq ou 
six milles de son emboucbure qu'elle se dirige vers le Mis- 
souri. Depuis le confluent de ces deux rivières jusqu'au 
confluent de la dernière, Lewis et Clarke comptent 3,370 
milles '. On trouve parfois des Indiens parcourant les bords 
du Muscleshell, et l'on m'a assuré qu'ils habitent constam- 
ment près de sa source. Son embouchure est située , d'après 
les calculs, à moitié chemin du Fort-Union au Fort-Mackenzîe, 
où nous ne pouvions espérer d'arriver en moins de dix-sept 
à dix-huit jours, quoique la navigation du Missouri devienne 
plus facile qu'elle ne l'est plus bas, parce que le cours de la 
rivière est plus droit, que ses bords sont plus rocheux et 
que l'on ne rencontre dans ses eaux ni troncs d'arbres ni 
bois flotté. 

> 1.0 Handini ippellent cette rirïère Tohii-Paiiahé; le* MenoJlarrû, Maio- 
Xahli; iaOoAaox, Bkhoh-S<mté;\et ÀxitxaratjSiapaiacb-Salimkne (et f;uaun{). 
' Tojei Lewis et CUrke, loe. cil., 1. 1 , p> 3oi. 



D.oiiiz.owGoogle 



D.oiiiz.owGoogle 



CHAPITRE XVIII. 



7 MVSCI-ESBELL-BIVBR I 



Gronie-Creek. — Teipol-CreeL — ReocoDlre de qnclques empto^éi de la (k)mpa- 
goie. — Le iqnetetle d'oun. — Cbaue lui chieni des Prairica, — Psliln mon- 
tagne) RocheuKS. — Elk-Iiland . et chasse heureuse que l'on y fiil. — Les Mau- 

niies-Terres , continuation de la cote Noire. — EILPawn et aiitTci rapides Le 

Bighorn , ri manio-e de le chtUKr. ^ Thampion's-Creek , limile occideolgle det 
Mauvaises -Terres. — Judith- River. — Rencontre des Gn»-Venlrej des Prairies, 
{■Tes da Bighom-River. — Remarques sur ces Indiens. — District remarquahie 
deiSlone-Wills.— Gudet-RocL. — Stone-Wall-Crcek. — Première vue de* 
moDliigDes Rocbeuiei. — MottMgoes de Rear's-Paif. — Naria-River. — Arrirée 
et réception tu Fort-Mackeniie. 



Notre séjour au Muscleshell-River ne fiit pas de longue 
durée; nous nous remîmes en route après que nos chasseurs, 
qui avaient parcouru ta lisière des bois et les prairies voi- 
sines, eurent rapporté, vers midi, la chair d'un bison et 
d'un elk. Ces chasseurs avaient dépisté un ours, vu un trou- 
peau de bisons femelles et tué un aigle à tète blanche. 
Dechamp rapporta des empreintes de coquilles, qui sont fort 
abondantes sur cette rive du Missouri. Au delà d'une prairie 
où l'on embarqua une pièce de gibier que Dechamp y avait 
tuée et cachée , les collines, qui pouvaient avoir de 70 à 80 
pieds de haut, se rapprochèrent jusqu'au hord même de 
l'eau; elles n'étaient accessibles que par quelques sentiers 
tracés par les hctes fauves. Nous y trouvâmes M. Bodmer 



D.gitizecbyG00glc 



l4B VOYAGE DAHS L'iNTÉRIEUR 

fit Dreidoppcl occupés à rassembier des empreintes de 
coquillages fort curieuseïi, ainsi que de très-belles baculites, 
dont on trouve en cet endroit de gros morceaux d'une 
gi'ande beauté et jouant l'opale '. La grève étroite, dont la 
largeur était à peine de deux pieds, était jonchée de ces 
débris qui tombaient du haut du rocher. Non loin de là , 
iiD gros ours se montra sur le banc de sable, dans la rivière; 
nos chasseurs lui tirèrent en vain des coups de fusil ; mais 
bientôt après ils tuèrent un bison mâle. Une bande de sept 
loups s'était fait voir, et dans le nombre il y en avait un tout 
h fait blanc. Les prairies alternaient sur la rive avec des bois 
de grands peuphers, arbre qui, bien certainement, ne 
forme nulle part sur la terre des forêts aussi belles et aussi 
élevées. Les empreintes de coquillages et les baculites (i) 
se trouvaient partout sur la rive; ces dernières ftirent prises 
il n'y a pas longtemps, par un peintre qui voyageait sur le 
Missouri, pour des serpents pétrifiés. 

Le lendemain malin, 29 juillet, l'eau de la rivière parut 
un peu trouble, d'où je conclus qu'il devait avoir beaucoup 
plu dans le pays haut. Les collines ne présentèrent point 
ce jour-tà de formes remarquables, mais elles étaient plus 
vertes; diverses espèces d'hirondelles ( /^/ru/?(/o /)u/]ou/«a, 
/«/l'a, ùicolor et ripana) voltigeaient autour d'elles et 
rasaient la surface de l'eau. Partout on voyait étinceler le 
mica que les eaux avaient dépouillé de l'argile qui le recou- 
vrait; on eût dit du diamant brillant aux rayons du soleil. 
La chasse aux bisons et aux oies sauvages nous (it passer le 
temps; nous parcourions aussi les pointes des bois, avec 
leurs taillis de rosiers, sur lesquels nous trouvions souvent 
des excroissances produites par des insectes et ressemblant 



■ La bdie collcclkin d'emprcinlcs «I de fouHei faite pendant ce voyage n'e*t 
milheDreuieinenl pu parTenue en Europe. On peut comulter i ce Mijct, entre au- 
tre* ouvraecf r SynopiU oflhe orgaaic rtmains of the cretaceoas graup oftbe United 
Sttilei etc. hj S.C.Merioa (HîlaJ. i834),el Traniacl. nf tlie gtologiad Sixlifj- 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'Amérique du itord. 149 

à de grosses pommes de teire; elles étaient recouvertes d'une 
peau rouge et luisante , sillonnée de rides et marquée de 
petites aspérités. Si l'on ouvre cette peau, on y trouve des 
vers et des insectes. Sur les hauteurs, les épinettes des Giua- 
diens (^Pinus flexilis, J.) devenaient plus communes; elles 
cxiuvraieDt parfois des côtes tout entières et s'élevaient à 
une hauteur de trente à quarante pieds. Ijcur cime est étroite 
et leurs branches se lèvent un peu en chevrons; les feuilles 
aciculaires ont environ quatre pouces de long et le cône 
ressemble à celui de notre Pinus syhestris. 

Le 3o juillet, à six heures du matin, nous atteignîmes un 
ruisseau, sans doute le Grouse-Creek,de Lewis et Clarke, dont 
nos haleurs purent traverser le lit à gué. Bientôt après nous 
vîmes sur la rive un poteau avec un morceau de papier, 
au pied duquel nos chasseurs avaient déposé un daguet. Ils 
ne tardèrent pas à se présenter eux-mêmes, apportant un 
lapereau {^Lepus americanus) , un pic {Picus varius), une 
Bombycilla cedrorum, une Fringilla trîstis et plusieurs espè- 
ces de plantes, entre autres le Monarda mollis, Willd. Nous 
remarquâmes des pigeons et des hirondelles sur les arides 
collines, et assez souvent des oies sauvages sur la rivière. 
Nous jugeâmes que deux îles devant lesquelles nous passâmes 
devaient être les Pot-Islands de Lewis et Clarke, et puis nous 
vîmes un ruisseau, leur Teapot-Creek, noms qui nous diver- 
tirent beaucoup, de même que plusieurs autres de ceux que 
ces voyageurs ont inventés. Il était impossible de ne pas 
remarquer que de pareilles dénominations sont d'autant plus 
mal choisies, qu'il n'eût pas été difBcile d'en trouver de plus 
convenables, quand on aurait dû même conserver les noms 
harmonieux donnés par les Indiens. La flore d'été étalait 
ses fleurs presque toujours jaunes; les SoUdagmes avec 
leurs verges d'or et la Rudbeckta columnaris croissaient 
abondamment, et autour d'eux voltigeaient les Paptlio 
Tumus, Ajax et autres espèces du haut Missouri. I^a belle 
Crislaria coccinea , aux fleurs rouges, couvrait en beau- 



D.gitizecbyG00glc 



r5o VOYAGE DANS l'iNTÉBIEUR 

coup d'endroits la prairie tout entière, et il parait qu'elle 
sert de pâture au chien des prairies : car dans le voisinage 
des gîtes de ces petits animaux, on remarque que ces plantes 
âont en général toutes rongées. Nous revîmes encore dans 
les collines ces raies d'un blanc de* neige dont j'ai parlé, et 
qui sont sans doute la continuation des couches de grès qui 
ne tardèrent pas à se montrer hieu plus considérables à la 
surface du sot. 

A sept heures du soir, pendant que nous passions devant 
les hauteurs qui oltraieut quelque ressemblance avec les 
{H'emières montagnes de la Suisse, et comme nous venions 
d'être témoins d'une brillante chasse aux bisons, nous ne 
fumes pas peu surpris de voir un bateau avec trois hommes 
s'approcher de notre bâtiment et l'aborder. Ces hommes 
étaient l'interprète pied-noir Doucette et deux engagés du 
Fort-Mackenzie , que l'on avait envoyés à notre rencontre. 
Dechamp revint en même temps, après avoir tué trois 
bisons, un elk et un ours. I^es voyageurs avaient quitté le 
fort trois jours auparavant; il s'y trouvait alors cent cin- 
quante tentes des Indiens Piékanns (Pieds-Noirs); le reste de 
cette tribu vivait dispersé sur les bords du Maria-Rlver. Ils 
nous racontèrent aussi que les Fall-Indians, ou Gros-Ventres 
des Prairies, étaient campés près du Bighorn - River pour 
nous attendre, mais que, ne possédant en ce moment aucun 
objet d'échange , ils étaient venus dans l'espoir de recevoir 
des présents. Ce fut là, pour M. Mitchill, une nouvelle désa- 
gréable , car il ne se trouvait pas alors en position de beau- 
coup donner, tandis que d'ailleurs il n'avait pas grande 
confiance dans ces Indiens. Knn loin de l'endroit où nous 
nous trouvions, Doucette avait tué un gros ours qu'il avait 
laissé sur la rive du Missouri. J'appris avec plaisir cette cir- 
constance et je résolus d'en proBter, 

La journée du 3i juillet s'ouvrit avec un ciel pur et un 
soleil brillant. Dès le matin je me mis eu route avec 
MM. Mitchill et Bodmer, aiasi que Doucette , Drcidoppel el 



DaitizecbyGoO'^lc 



UE l'amérique du hohu. i5i 

les deux frères Beauchamp, pour aller h la recherche de 
l'ours tué la veille; dous étions tous armés de fusils ou de 
carabiues. Les engagés portaient des cordes et des haches. 
Nous commençâmes par tuer dans le taillis et dans les 
hautes berhes de la forêt un serpent à sonnettes que nous 
avions d'abord excité à mordre avec un bâton y après avoir 
entendu le léger bruissement de sa queue. Nous traver- 
sâmes ensuite, sur des troncs d'arbres et des perches, un 
ruisseau vaseux et à moitié desséché, où nous mimes en 
fuite deux loups; et enân, au bout d'une forte demi-heure 
de marche, durant laquelle nous passâmes en travers une 
pointe de forêt, nous arrivâmes au bord du Missouri, où 
nous vîmes l'ours encore intact. Il était occupé à dévorer 
près de l'eau les restes d'un bison noyé, quand Doucette 
lui perça le cœur d'une balle. Il monta sur>le-champ à pas 
précipités la rive qui pouvait avoir dix pieds d'élévation et 
tomba mort en arrivant au haut. Après que je l'eus mesuré ', 
on l'écorcha et l'on dépouilla les os de la chair, afin d'en 
préparer le squelette. Cette première opération faîte, on 
attacha ensemble les os à demi nettoyés , et on les hissa à 
l'aide d'une corde sur uu arbre, pour que les oiseaux de 
proie et les insectes pussent venir les dépouiller tout à fait; 
je comptais, au retour, pouvoir les emporter. 

Nous songeâmes après cela à suivre le bâtiment, qui dans 
l'intervalle avait gagné une assez forte avance sur nous; 
mais quand nous fûmes sortis du bois, nous nous arrêtâmes 
pendant assez longtemps dans une vaste prairie, auprès 
d'un village de chiens des prairies, dans l'espoir d'y tuer 
quelques-uns de ces petits animaux. Us se tenaient seuls ou 



■ Ot ouït mit Hi piedt deux poartt de roi d« long ; le deuu* de li lite , entre 
Itioraillo, avait huit poncei de large ; la largeur da la plante du pied de devant citit 
de ùx poncM quatre lignei; il avait donc la même taille que le premier que nooa 
ationi tué. Le* denti caninei élaienl auei usées ; la couleur de la peau ctiil brun 
foDcé, et la pointe des poils jauullre cl rouge bran; les poil* du dos et det Dancs 
de dnaol avaienl la pointe plus rouge , et ceux des edrénitéi plus nuire. 



D.gitizecbyG00glc 



Ua VOYAGE DANS L INTEBIEDR 

deux par deux sur les tertres aplatis de leurs gîtes, remuaient 
la queue avec rapidité, faisaient entendre leur cri aigu, qui 
n'était pas un véritable aboiement, après quoi ils disparais- 
saient. Mous nous assîmes sans faire de bruit dans le voi- 
sinage de leurs gîtes, et nous parvînmes ainsi à tuer six de 
ces jolies petites bêtes. Les Américains ont coutume de les 
viser à ia tète, avec leurs longues carabines, aussitôt que 
cette partie de l'animal vient à paraître; il en résulte qu'ils 
peuvent lâcher leur coup plus tôt que les personnes qui se 
servent de menu plomb , parce qu'ils peuvent rester plus 
loin de l'animal. D'ailleurs, ces animaux n'étaient pas en ce 
lieu aussi farouches qu'en d'autres endroits, et nous pouvions 
souvent en approcher à moins de trente pas. Chargés de 
notre butin et des plantes que nous avions recueillie-s, nous 
nous remîmes en marche, en suivant les sentiers des bisons 
et de& elks; nous traversâmes des bosquets épais de saules 
qui bordaient la rivière, et déjà nous étions arrivés en vue 
du keelboat, quand celui-ci, profitant d'un vent favorable, 
hissa ses voiles, et ne nous laissa d'autre alternative que de 
le suivre à grands pas, pendant trois à quatre heures encore. 
Notre pénible route passait tantôt par des prairies arides et 
couvertes d'une herbe dure, de l'épinette de prairie (firin- 
delia squarrosa), XHelianlhus et de cactus épineux, tantôt 
par des pointes de bois touffus, n travers des taillis de 
ronces, de rosiers, de groseilliers et de bardanes(^an^'u/n), 
oii les chasseurs, fatigués et échauffés, se rafraîchirent avec 
le jus des groseilles; puis nous fûmes obligés de gravir et 
de redescendre des collines de grès, de sauter par-dessus des 
coteaux d'argile ou de sable , où il fallait parfois nous asseoir 
pour glisser du haut en bas, et enfin nous retrouvâmes le 
Missouri, et nous nous désaltérâmes dans son onde fraîche. 
Des hirondelles en foule y avaient construit, contre les bords 
élevés de la rivière, leurs nids hémisphériques. Dans une 
j)olutc de bois près de la rive nous rencuutrâmcs plusieurs 
<lc nos chasseurs; mais tout le butin que nous rapportâmes 



î/Goot^lc 



DB l' AMÉRIQUE UD HORD. I 53 

de Dotre fatigaole journée ne coasista qu'ec udc oie sau- 
vage, UQ hibou et six chiens des prairies. Nous avions tra- 
vaxé k gué plusieurs ruisseaux vaseux et à moitié desséchés, 
et nous avions aperçu de loin les petites montagnes 
Rocheuses, que les Indiens Pieds-Noirs appellent Makouié- 
Steu/ci; elles nous étaient apparues à la distance d'environ 
trente milles, avec plusieurs cimes en forme de cônes 
pointus. Après notre retour au bâtiment , un troupeau de 
-bisons femelles nous offrit de nouveau une occasion de 
chasse , et nos chasseurs en tuèrent deux et un mâle qui nous 
fournirent de la viande. 

I^ i" août au matin , M. Mitchill envoya deux engagés^ 
Croteau et Rondin, au Fort-Mackenzie , pour y annonce 
notre prochaine arrivée. On les débarqua sur la rive méri- 
dionale et ils se mirent en route, chargés de leurs armes et 
de leurs lits. Nous nous arrêtâmes sur la rive septentrionale, 
dans un canal formé par Hic nommée Tea-Island par Lewis 
et Clarke , et nous y trouvâmes des rives de formes origi- 
nales. Comme on avait aperçu des elks dans l'ile, les clias- 
seurs furent mis à terre, et dans peu d'instants on entendit 
des coups de fusil partir dans toutes les tUrections. Il y avait 
' en effet beaucoup de gibier, et en moins d'une demi-heure 
Dous eûmes quatre gros elks, un jeune elk et un faon (C. 
virginianus)^ qui couvrirent notre pont de viande. Nous 
décidâmes , vu la quantité de gibier que renfermait cette île , 
de changer le nom peu digue qui lui avait été donné, en 
celui d'Ëlk'Island. M. Mitchill avait déjà précédemment 
parcouru cette contrée, et il avait toujours trouvé cette île 
remplie d'elks et une fois aussi de bisons. Ce jour-là il en 
rapporta un grand aigle et un serpent à sonnettes (a); 
M. Bodmer, de son coté, me fournit un gros Coluber exi- 
inus (3) de plus de quatre pieds de long, qu'il avait trouvé 
dans la prairie voisine. 

Dans les environs du Bighorn-lsland , de J^wis et Clarke, 
nous vîmes de nouveau les hauteurs couronnées de singuliers 



D.gitizecbyG00glc 



1^4 VOYAGE DANS L'iirrÉRlBDR 

sommets. Des rangées de figures des plus extraordinaires se 
suivaient presque sans intervalle (voyez Flanche xxsv, 
fig. 20 ), et les vallées latérales odraient de beaux points de 
vue vers cette nature remarquable; car nous approchions 
alors des parties les plus intéressantes des Mauvaises-Terres. 
J'ai déjà décrit ces formes singulières dans les environs des 
Châteaux-Blancs; mais où nous étions alors elles commen- 
cèrent à se montrer d'une façon bien plus continue : c'étaient 
alternativement des cimes baroques, isolées, des colonnes 
surmontées de tables ou de houles, des châteaux, des rem- 
parts, etc., tandis qu'ils augmentaient de plus en plus en 
escarpement et en nudité. On remarque souvent des collines 
ou des montagnes évidemment affaissées, et l'on comprend 
sans peine comment elles se sont enfoncées dans l'andeDue 
vallée marécageuse. Plusieurs couches forment un angle 
de 3o à 60°, d'autres se présentent tout à fait horizontales. 
Le Missouri a dans ces campagnes un cours assez direct; 
entre ses bords et les montagnes, il n'y a que des plaines ou 
prairies assez étroites, avec des Artemisia et les arbustes 
épineux du Sarcobatus; souvent aussi les montagnes des- 
cendent jusqu'à l'eau même, et leur pied est encombre de 
grands blocs de grès toujours entremêlés de mica. Là , le 
géologue et le peintre devraient pouvoir employer un temps 
considérable pour examiner cette région pas à pas; elle leur 
fournirait un ouvrage du plus grand intérêt. £n plusieurs 
endroits les décombres s'étaient éboulés et s'étaient placés 
comme des arcs-houtants ; en d'autres, des touffes de Pùius 
JlexUh croissaient, de distance en distance, sur ces mon- 
tagnes. Nous y cueillîmes plusieurs plantes, entn; autres la 
Verbena bractosa, Mich., et la Chrysopsis-gmssjrpina, 
Nées. M. Bodmer esquissa les cimes des montagnes (voyez 
Planche xxxv, fig. a8). Le joli écureuil {Sciurus quadrivit- 
tatusy Say), c|uî habite de petits trous ronds dans les roches 
d'argile, se montra fréquemment, et je soupçonne qu'en 
faisant des roclierclies soigneuses dans ces montagnes, on y 



D.gitizecbyG00glc 



DE T.'aHÉRIQUE du HOADT. 'I S5 

trauTerait encore d'autres espèces de la famille des Tamias. 
Le pays était si intéressant, que quand la nui^ fut venue nous 
attendîmes avec impatience le retour du soleil. 

Dès le matin du a août, ses rayons purs et chauds vinrent 
éclairer ces singulières hauteurs. Nous en dessinâmes 
plusieurs; mais leur nombre était si considérable, que nous 
ne pûmes en arracher à l'oubli qu'une faible partie, car il 
paraît facile d'en remplir de gros volumes. Nous vîmes aussi 
plusieurs îles, dans le nombre desquelles s'est trouvé sans 
doute le Good-Punch-Island , de Lewis et Clarlce, nom qui 
n'est guère fait pour passer à la postérité. Il est du reste 
fort difficile de retrouver toutes les îles dont parlent ces 
voyageurs, puisqu'il y a lieu de croire que plusieurs d'entre 
elles auront été détruites, tandis que d'autres se seront for- 
mées à leur place. A sept heures et demie du matin , par une 
chaleur de 80° (21, 3 R.), nous nous trouvâmes dans un 
rapide où la rivière desc«id un peu dans son Ut pierreux; 
mais nous le surmontimes à l'aide du balage et des gaffes. 
Dans un coude que fait ta rivière, nous crûmes voir les 
ruines d'un ancien château fort, après quoi nous arrivâmes 
à l'embouchure du Windsor ou Wiocher's-Creek, de Lewis 
el Clarlce ',<{"> sort d'une vallée latérale, et près duquel ces 
voyageurs disent avoir vu pour la première fois les mon- 
tagnes Rocheuses; mais ce sont sans doute les petites mou- ■ 
tagnes Rocheuses qu'ils ont voulu dire. C'est près de ce 
ruisseau que commence le véritable déBlé des Mauvaises- 
Terres. Pendant que le Missouri traverse ces montagnes, il 
en reçoit les eaux d'aucun afduent, et les hauteurs ne sont 
habitées que par très-peu de gibier, si l'on en excepte les 
nombreux bighoms. 

Dreidoppel, qui était descendu à terre sur les bords du 
Windsor-Creek , y entendit un murmure très-fort, d'où il 
(»nclut que ce ruisseau devait renfermer une cascade; mais 



D.gitizecbyG00glc 



l56 VOTAGE DANS l'iNTÉRIEUR 

nous n'eûmes pas le temps d'en faire la recherche. Nous y 
prîmes une greaouîlle d'une espèce que je n'avais pas encore 
vue (/(), et nous y trouvâmes quelques coquilles Uqîo, mais 
seulonent des espèces qui se rencontrent partout dans le 
Missouri. A une heure après midi , nous atteignîmes le Soft- 
shellturtle-Creek , de Lewis et Clarke, que l'on peut regarder 
comme ]a limite occidentale des Mauvaises-Terres. Nous 
y vîmes des bisons , et la voix des chiens des prairies retentit 
jusque dans notre bâtiment II s'y présente des cimes singu- 
lièrement découpées (voyez Planche xxxv, 6g. 3i, a5, a6 ) 
à la manière du glacier des Bossons, dans la vallée de Clia- 
mouny. En d'autres endroits les montagnes étaient réguliè- 
rement arrondies et partagées en petits sommets coniques. 
Après un orage, la scène fut calme et belle; nous vîmes des 
bighorns sur les hauteurs, et quelques-uns de nos jeunes gens 
les y poursuivirent sans succès. Sur le bord de la rivière, 
ils trouvèrent de grands morceaux de bob pétrifié gris ou 
noirâtre et résonnant parfaitement; on en voit souvent des 
troues tout entiers. Ils tuèrent non loin du bâtiment un 
serpent à 8onnettes-(C>tî/. ter^eminiu, Say). 

Le lendemain matin, 3 août, nous vînmes à un second 
rapide, appelé Elkfawn-Rapid , que nous surmontâmes de 
la même manière que nous avions fait le précédent. Les 
> montagnes présentaient en cet endroit un désert sauvage , 
vrai tableau de destruction. De grands blocs de grès jon- 
chaient le sol et ils étaient habités par un petit écureuil de 
terre, qui pourrait bien tire d'une espèce encore inconnue, 
mais que nous ne pûmes nous procurer. Quelques plantes . 
basses, avec leurs fleurs en grosses touffes, formaient des 
taches blanches. Là croissaient aussi différentes espèces de 
graminées qui servent de principale pâture au bighoru. Quel- 
ques-unes des montagnes de cette région nous rappelèrent 
le Mettenberg et l'Eiger dans le canton de Berne, Des ariires 
à feuilles aciculaires et des genévriers {Juniperus repens) se 
montraient çà et là , et sur les penchants de petites plaques 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'amériqde du ITORD. 1 5^ 

de gazon semblables aux prairies des Alpes; on pouvait se 
croire tantôt ea Suisse, tantôt dans ia vallée du Rhin; mais 
le caractère nu et aride des Mauvaises-Terres est certaine- 
ment unique dans son genre, et l'impression que cause leur 
aspect devient plus forte encore quand on jette les yeux 
alternativement vers le haut et vers le bas de la rivière. Le 
corbeau seul croassait dans ce désert, que fuit même l'Indien, 
qui n'aime pas à visiter ces montagnes escarpées. Ces hommes 
voyagent en général à cheval; ils aiment mieux parcourir 
les prairies ouvertes de l'autre côté des montagnes, où ils 
trouvent des troupeaux de bisons. Nous dépassâmes plu- 
sieurs rapides, et entre autres celui que Ton a appelé le 
rapide de Dauphin , d'après un de nos engagés qui , dans un 
voyage précédent, y était tombé dans l'eau. Ce passage nous 
6t faire de pénibles elForts, jusqu'à ce qu'enfin un vent 
âvorable nous permit de hisser nos voiles. I^ bâtiment ayant 
abordé à la rive méridionale, nous nous assîmes sur les hau- 
teurs, d'où nous contemplâmes la formation singulière de la 
vaste et sauvage campagne, pendant qu'une partie de notre 
équipage s'était rassemblée au bas, autour d'un grand feu, 
jusqu'à ce que la nuit vint jeter son voile sur cette scène. 

Le lendemain, 4 août, nous vîmes de tous côtés les traces 
des moutons sauvages, et nos chasseurs se mirent sur4e- 
cfaamp à leur poursuite. Comme nous rentrions avec les 
plantes que nous avions recueillies, parmi lesquelles se trou- 
vait le Poljrgonum à fleurs roses', qui croit partout sur les 
rives du haut Missouri ^Papin revint avec deux gros bighorns 
femelles, qu'il 6t porter au bâtiment. C'étaient des animaux 
très-forts et très-musculeux, de la tournure à peu près du 
bouquetin d'Europe {Capra ibex), auxquels ils ressemblent 
pour la forme et pour la couleur (5), étant d'une structure 
plus serrée et plus musculeuse que la brebis. La chasse de 



MÔMintr; puii Baiiema 



D.oiliz.owGoOglc 



■ 58 VOTAGË DAHS l.'iNTÉBIEUR 

ces adroits grimpeurs et sauteurs est fort difficile dans ces 
montagnes arides et ëchauffces. Dans les Alpes suisses les 
chasseurs trouvent partout des sources et de l'eau pour 
étancher leur soif; il o'en est pas de même dans les mon- 
tagnes du Missouri, où l'on est obligé de descendre jusqu'à 
ta rivière toutes les fois que l'on veut humecter ses lèvres 
desséchées. Le bighom habite communément par troupeaux 
plus ou moins nombreux, sur les pentes et les cimes des 
montagnes; mais le soir et la nuit il a coutume de descendre 
dans les vallées, où il trouve plus de pâture et où on le ren- 
contre même quelquefois le jour. On les chasse avec la cara- 
bine, et pour une personne qui tire bien ils ne sont pas très- 
diRîciles à tuer, car dans la position élevée où ils se placent, 
ils présentent un beau but. De même que nos chamois il ne 
leur faut que les plus petites avances du rocher pour se 
poser, ou même s'arrêter en plein saut avec leurs quatre 
pieds, et alors leur teinte gris blanc présente un but certain 
aux longues carabines américaines. On voit communément 
les femelles et les jeunes rassemblés par troupeaux, mais les 
vieux béliers vont séparément par deux, quatre ou six, et 
on les reconnaît sur-le-champ à leur taille et à leurs colos- 
sales cornes. Les plus jeunes et les plus petits sont déjà très- 
rapides à la course, et il est très-difBcile de les attraper 
vivants. M. Mackenzie promit de faire présent d'un cheval 
au chassettr qui lui procurerait un jeune bighoi-n en vie; 
mais on n'avait pas encore pu y parvenir. Le nom que cet 
animal porte chez les Anglais et chez les Français, savoir, 
celui de bighorit ou de grosse-corne, lui a été donné avec 
raison k cause de la grosseur des cornes du mâle, dont la 
paire p^, dit-on, souvent jusqu'à quarante livres, et font 
paraître la tête singulièrement petite. Les Indiens Pieds- 
Noirs donnent à cet intéressant animal te nom de Amach- 
Kiltinegs, au pluriel : Àmach-Kikina {ach guttural), dont 
ta signitication est la même. Plusieurs voyageurs en ont déjà 
parlé, et entre autres Brackenridge, qui tes appelle Àrgolifi 



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DE l'auébique do mord. i5q 

ou Argalia '; et Rîcfaanlson * les a assez bien décrits. Après 
que j'«iis pris les dimensîous des bighoms que nous avions 
tués, M. Bodiner en dessina la tête avec exactitude, et comme 
il oe fut pas possible de sauver les peaux de la faim canine 
des engagés, nous les abandonnâmes à la cuisine. Notre 
dîner consista donc ce jour-là en viande de bighorn , qui a 
beaucoup de rapport avec celle du moutoo, mais avec un 
arrière-goût particulier et peu agréable, rappelant celui du 
bouc dans une saison particulière de l'année. D*après cela , 
on conçoit que je ne suis pas de l'avis de Ross-Cox, qui pré- 
tend que cette chair est délicieuse ^, ce qui ne peut s'expli- 
quer que par la disette où l'on se trouve de mets plus 
délicats dans beaucoup de contrées de l'intérieur de l'Amé- 
rique septentrionale. 

Nous trouvâmes de nouveau ce jour-là sur la grève, et 
dans les petites prairies couvertes diAnemisia et d'une 
herbe peu touHue qui s'étendaient au pied des collines, des 
boules de grès depuis la grosseur d'une cerise jusqu'à celle 
du poing; mais elles étaient gris cendré, tandis que sur les 
bords du Cannonball-Biver, leur couleur était jaune brun. 
Sur les hauteurs se montraient des Pinus JlexiUs entre- 
mêlés de Juniperus repcns, qui est sans doute l'arbre que 
Lewis et Clarke ont nommé le cèdre nain (Dwarf Cedar), et 
dont ils parlent en même temps que des oignons sauvages 
{^AlUum reticulatum). 

Après que nous eûmes, pendant un violent orage , franchi 
plusieurs rapides, nous arrivâmes au ruisseau appelé par 
Tjewîs et Clarke, Thompson's-Creek, et que l'on regarde 
comme la limite occidentale des Mauvaises-Terres. L'aspect 

■ Loe, eu., p. Si. 

> FauHtt èenali amer., 1. 1, pi. uiu, p. 371. RichardMn « mal écril l« aem 
qoe cet aniiDal poite dani U langue dea Piékaiins (el non pu Ptgaoi), comine 
iluu celle des Mandini; ce* demi en rappellent .<nncA/^ ( l'n nuale ; le cA guttural 
el uèt-couit). 

1 TofU BoM-Coi, f. loi. 



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lOo VOYAGE DANS LINTERIEUR 

de la campagne y avait déjà éprouvé un grand changement; 
les hauteurs étaient plus unies,- les vallées plus ouvertes et 
les bords de la rivière plus garnis de bois verts. Nous fûmes 
tout à coup assez désagréablement troublés dans notre con- 
templation du paysage, par la découverte que notre bâtiment 
avait une large voie d'eau. Nous nous hâtâmes d'après cela 
de nous rapprocher de la rive. L'eau avait déjà pénétré dans 
la chambre. On s'empressa de décharger le bâtiment et la 
voie fut bientôt reconnue et bouchée. Il ne fallut ensuite 
qu'une heure et demie pour remettre la cargaison k bord, 
grâce au grand nombre de mains disponibles que nous 
avions. Une petite excursion que nous fîmes dans l'inter- 
valle me procura plusieurs plantes intéressantes, et entre 
autres la belle Bartonia ornata, Pursh., avec ses grandes 
fleurs blanches comme la neige et le parenchyme de ses 
feuilles ressemblant à celui du chou. 

Le 5 août, de grand matin, nous passâmes devant le Bull- 
Creek, de Ijewiset Clarke; ce ruisseau a son embouchure dans 
une campagne agréable et riante, et vers six heures nous 
nous trouvâmes dans un pays assez découvert, où le Judîtb- 
River présente, sur la rive septentrionale du Missouri, plu- 
sieurs bouches qui, en ce moment, avaient toutes fort peu 
d'eau. Ses rives sont en partie garnies de forêts et de saules. 
Avant d'y arriver, nous observâmes une île près de la rive 
septentrionale, et dans la prairie vis-à-vis de cette île un 
village de chiens des prairies; un peu plus haut débouche 
le Valley-Creek de Ijewis et Ciarke. Des vautours s'étaient 
rassemblés en grand nombre dans ces environs, attirés sans 
doute par les restes de quelques animaux tués par des chas- 
seurs, et nous conclûmes de cette circonstance que nous 
étions dans le voisinage des Gros-Ventres des prairies, que 
nous savions déjà habiter cette région. 

Nous étant arrêtés à sept heures et demie, par une tem- 
pérature de 70° Fahr. (tG'*,9B.), pour donner à l'équipage 
le temps de déjeuner, nous remarquâmes sur la rive mért- 



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i>B l'ahérique du HORD. itil 

dionale, dans la plaine couverte de blanchâtres AHemisia^ 
cinq figures cuivrées, qui touruaient autour d'une colline, et 
dont tes armes brillaient aux rayons du soleil du matin. Ils 
firent une décharge , et s'assirent sur ta grève ; M. Mitcliill et 
Deschamps partirent sur-le-chàmp pour les rejoindre. Plu- 
sieurs femmes, avec leurs chiens traînant des travails ^ ne 
tardèrent pas à arriver aussi, et quelques-uns d'entre ces gens 
furent amenés au bâtiment par la chaloupe. Quatre hom- 
mes et une fonme montèrent à bord; cette dernière tenait 
à la main un grand fouet. Ils étaient de haute taille et bien 
feits; peu différents des Assiniboins; ils appartenaient à la 
tiîbu des Gros-Ventres des prairies, que tes Anglais appellent 
aussi quelquefois Fall-lndians. Ils avaient le haut du corps 
nu, et étaient enveloppés de peaux de bison, lesquelles 
étaient souvent teintes en rouge brun du côté de la chair, 
ce qui est l'usage chez presque tous les Indiens du Nord- 
Ouest. On leur fit prendi-e place dans la-chambre, où ils 
fumèrent leur pipe et où on leur donna à boire. Une troupe 
d'Indiens se montra alors sur la live; on les salua d'un coup 
de canon; sur quoi nos Gros-Ventres exprimèrent le désir 
d'y être reconduits. La chaloupe ramena alors à bord un 
chef qui était en même temps homme de médedne; il s'ap- 
pelait Niétohsé (le petit Français ou l'enfant français), et 
M. Bodmer en fit sui^le-champ un portrait fort ressemblant. 
Cet homme portait les cheveux noués sur le front en une 
grosse touffe, ce qui , nous dit-on , n'est permis qu'à des gens 
de son espèce. Comme il parlait un peu la langue des Pieds- 
Noirs, Doucette put s'entretenir avec lui , pendant que nous 
avancions rapidement, grâce au vent favorable et aux efforts 
de vingt-sept haleurs. 

Sur ces entrefaites, une foule d'Indiens, tantà pied qu'à 
cheval, s'étaient rassemblés sur la rivé, et ils coururent en 
avant pour annoncer à leurs compatriotes la prochainearrivée 
des marchands, événement du plus grand intérêt pour eux. 
L'aspect de ces hommes cuivrés, qui tantôt couraient avec 



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l6l VUTAGE DAMS l'iNTÛIBUR 

rapidité, tantôt s'arrêtairnt pour conu(l««r le bâtiment, 
puis dédiargeaient leurs fusils; cet aspect, dis-je, doonait 
À la prairie un air aaimé et en rompait agréablemeot 
l'untforniité. Retenus par ud violent orage, nous a'anî- 
vâmes qu'à uae heure à un endroit où le Missouri sort, par 
une gorge un peu étroite, de la singulière vatlée de grès qui 
porte le nom de Stone-Walb (Murailles-de-Pieire). Un 
sommet de grès blanc se fit voir sur la rive septentrionale, 
comme premier échantillon de cette formation, tandis que 
sur la gauche, entre des hauteurs assez considérables, cou- 
vertes d'une herbe vert grisâtre et de touffes noires de 
genévriers uains, s'ouvrait le Bîghorn-River, sur les rives 
duquel, ainsi que sur les montagnes, de nombreux Indiens 
s'étaient rassemblés. Devant les sommets, l'un desquels est 
légèrement fourchu, s'étendait la prairie, qui descendait 
par une pente douce vers la rivière, et sur laquelle étaient 
dressées deux cents tentes indiennes en cuir. La campagne 
tout entière était couverte d'hommes cuivrés, rassemblés 
en groupes, et d'un grand nombre de chiens; des chevaux 
de toutes les couleui-s j paissaient; des cavaliers allaient et 
venaient au galop, et dans le nombre nous remarquâmes un 
chef célèbre qui avait très-banne mine à dieval. Sur c«*s 
eatrefaites, une foule d'Indiens s'étaient rendus isolément 
i notre bord , oU plusieurs d'entre eux avaient passé à 
la nage. Un homme d'une taille haute et élancée y vint de 
ertte manière, et, ajHès avoir secoué feau de son corps, 
il entra sans façon dans la chambre; mais M. Mitchill l'en 
fit sortir eo lui disant que cette pièce était réservée pour les 
cbels. Il fit ensuite crier aux Indiens qu'il les engageait à 
retourner à leur camp, où il débarquerait. Un messager 
indien, sur la tête duquel on avait attaché le tabac qu'on 
lui avait donné, se jeta à la rivière pour aller portn- cet 
avis aux ùeas. Ia manière dont ces gens nageaient était 
exactement semblable à celle des Brésiliens, c'est- i-dire 
qu'ils étendaient chaque bras en avant et en bas, et non 



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DR l'amérique du NOBD. t()3 

pas dé côté comme Its Ëui'opéeiis. Ils montraient dans cet 
exercice beaucoup d'adresse et de rapidité. 

Peudant que l'on saluait le camp par des coups de canon 
tirés par intervalles , et que les Indiens y répondaient avec 
leurs fusils, le keelboat, qui avait liissë son pavillon, jetji 
l'ancre sur ta rive septentrionale, en face des tentes, tnais 
sur le bord opposé; précaution fort nécessaire pour ne pas 
se trouvca* en contact immédiat avec toute la population in- 
dienne. Après qu'une quarantaine d'Indiens, rangés en ba- 
taille, eurent fait un feu de file, et que les canons eurent 
tiré encore une fois, M. Mitchill monta dans la chaloupe 
avec l'interprète Doucette, et traversa la rivière. Lui seul 
portait des pistolets; ceux qui l'accompagnaient étaient 
désarmés. Les Indiens formaient sur les hauteurs une longue 
masse brune, et plus bas, au bord même de l'eau, les chefs 
étaient assis en un petit groupe isolé. M. Mitchill les salua, 
s'assit à coté d'eux, et leur fit pendant quelque temps la 
conversation; puis il les invita à l'accompagner au bâtiment. 
Il nous amena ainsi huit de ces personnages distingués, qui 
prirent place dans la chambre pour y fumer leur pipe. 
C'étaient, pour la plupart, des hommes grands et forts, îk 
ph]wonomies expressives. Ils portaient les cheveux retom- 
bant sur leurs épaules , comme les Mandans et les Meuni- 
tarris, partage en plusieurs tresses et teints avec de l'argile 
ronge; plusieurs avaient aus.<(i par-derrière une colossale 
queue, entourée de bandelettes de fouirure. Leurs visages 
étaient peints en rouge avec du cinabre, et en partie aussi 
en bleu avec la terre des montagnes Bocheuses, dont se 
servent toutes les peuplades qui habitent leur voisinage, et 
que les Mandans et les Meunitarris se procurent, soit par 
échange, soit par force. On en voyait beaucoup qui portaient 
aux oreilles un grand anneau de fer ou de cuivre, ayant 
parfois quatre à cinq pouces de diamètre; d'autres avaient 
quatre oti même huit de ces anneaux, ou bien des morceaux 
de coquillages; d'autres encore avaient orné leurs cheveux de 



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l64 VOYAGE DANS L'iHTÊBIBUIt 

rangs longs et ëtroîu d'os, de coquilles ou de grains de 
verre, ainsi qu'on en voit aux portraits des Mandans et des 
Meunitarris. lueurs vêtements étaient simples; leurs souliers 
élégamment brodés; leurs pipes de la fabrique des Dacotas, 
et la bourse qui contenait leur tabac était, en général, d'un 
travail soigné, et faîte de la peau d'un jeune bighoro. Parmi 
ces chefs, se trouvaient plusieurs hommes d'un caractère 
franc et ouvert; mais il y en avait, aussi tm fort méchant, 
Mexkemaouastan (le fer qui se remue) (voy. la vignette n'xx 
deVj4tlas):'Sl. Mitchill s'était vu forcé l'anoée précédeote de 
le renvoyer du fort Mackenzie pour sa mauvaise conduite. 
Nous étions alors romplètemeot au pouvoir de ces gens, 
et nous avions tout à craindre de la vengeance de cet homme. 
Guidé sans doute par son intérêt, il se montra, à notre 
grand étonnement, fort amical, nous serra la main, et ac- 
cepta, comme ses collègues, avec reconnaissance, les présents 
qui lui furent offerts. Il portait les cheveux rassemblés sur 
le devant de hi tête en une forte touffe, et avait la physio- 
nomie flatteuse et fausse. 

Pendant que nous nous entretenions avec ces che&, uous 
vîmes une foule d'hommes et de femmes se jeter de toutes 
parts à la nage, ou bien se diriger vers nous dans leurs légers 
canots de peau de bison , et dans peu d'instants te bâtiment 
se trouva envahi et inondé dludiens. Des hommes d'une 
taille élevée couvraient le pont et pénétraient partout; nous 
en étions complètement accablés. Tous demandaient de 
l'eau-de-vie, de la poudre, des balles, apportaot avec eux en 
échange tout ce qu'ils possédaient en peaux , en cuirs ou en 
viande fraîche ou desséchée. Nous remarquâmes de fort 
beaux hommes, sans autre vêtement que leur hreech cloth, 
et fortement peints en rouge. Quelques-uns portaient, comme 
les Meunitarris, de grandes cicatrices sur le corps, surtout 
aux bras. C'était l'efTet de blessures qu'ils s'étaient ftites 
eux-mêmes par pénitence. D'autres manquaient des pha- 
langes de quelques doigts , ou bien portaient les marques de 



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DE l'aMÏRIQDK du IfOBD. l65 

blecsures graves. Un de ces derniers avait h la mâchoire in- 
férieure une tumeur considérable, suite d'un coup de feu, 
dans laquelle il avait passé un fil de fer. Ils sortirent de l'eau 
tout frissonnants, car l'orage avait beaucoup rafraîchi le 
temps. Il y en eut qui arrivèrent au bâtiment à cheval, ou 
qui se tenaient à la crinière de leur bâte, nageant jusqu'à 
bord. Les canots de cuir, chargés d'objets d'échange, tirés 
par UD homme k la nage, et poussés par un autre, vinrent 
se placer à côté de notre Iceelboat, de sorte que nous nous 
vîmes bientôt si complètement cernés, que nous fûmes en6n 
obligés de prier les chefs de faire évacuer le bâtiment. Leurs 
discours eurent pour effet de faire sauter à l'eau la plus 
grande partie des jeunes gens, mais, à la vérité, seulement 
pour remonter à bord par un autre côté. 

Notre situation n'était rien moins qu'agréable, car ces 
mêmes Indiens avaient, deux ans auparavant, complètement 
démoli un fort situé sur les frontières du Canada; un commis 
et dix-huit personnes y avaient été tués par eux, et ce 
n'était pas, à beaucoup pi-ès, les seuls blancs qu'ils eussent 
déjà mis à mort dans ces environs. Ils avaient eu aussi des 
dissensions avec Lewis et Qarke , et l'ou ne mettait pas 
en eux grande confiance, bien que M. Mitchîll déclarât qu'il 
avait toujours fait avec plaisir des affaires avec eux, et qu'il 
n'avait jamais eu de preuves de la perfidie dont on les accu- 
sait. 11 nous aurait été impossible de leur échapper si leur 
intentïOQ avait été de nous traiter en ennemis; et combien 
ne devions-nous pas craindre que le moindre malentendu 
avec ces hommes grossiers n'amenât une rupture dans la- 
quelle cinquante blancs n'auraient jamais [lU se défendre 
contre huit à neuf cents Indiens? Nous les traitâmes donc 
avec confiance et prévenance, et tout se termina le mieus 
du monde. Un vent irais s'éleva , qui servit encore à nous 
délivrer de notre position équivoque. Doucette avait été 
envojré à terre avec quelques marchandises, chargé de faire 



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l66 VOYAGE DANS l'iNTÉRIEUH 

(les échanges avec les Indiens , atin de les satisfaire à quel- 
ques égards. Nous autres, qui étions restés à bord, nous 
voyions comme nos gens à terre étaient entourés par la 
grande masse des Indiens. Le bruyant trafic se prolongea 
pendant assez longtemps , quoique M. Mitcliill eût donné , 
à plusieurs reprises, à la chaloupe l'ordre de revenir. Nous 
fumes obligés d'attendre fort longtemps, et déjà nous cooi' 
mencions à éprouver quelque inquiétude pour la sûreté de 
nos hommes, quand nous vîmes enSn la chaloupe quitter le 
rivage remplie d'Indiens, sur quoi nous donnâmes immé- 
diatement le signal du départ. Une cinquantaine de vigoureux 
Indiens se joignirent à nos haleui's, et nous avançâmes avec 
rapidité. Notre bâtiment était tellement rempli de monde, 
qu'il enfonçait presque à fleur d'eau. Ce fut dans cette sin- 
gulière société que nous commençâmes à parcourir la partie 
la plus intéressante de tout le cours du Missouri , savoir, 
les Stone-Walls. Mais nous ne pouvions pas encore respirer 
as^ez en liberté pour apprécier comme elle le méiitaît l'ori- 
ginalité de la nature qui nous environnait; il fallait pour 
cela que nous fussions délivrés de nos importuns visiteurs. 
Plusieurs fois, on dit aux chefs que la chaloupe était prête 
à les conduire & terre: tous avaient d'ailleurs reçu des pré- 
sents, mais dont ils n'étaient pas également satisfaits. Noua 
parvînmes pourtant à la 6n à nous en débarrasser en deux 
fournées, après leur avoir fait entendre qu'ils n'avaient qu'à 
se rendre au fort Mackenzie, chez leurs alliés les Pieds-Noirs, 
oii tontes les marchandises seraient déchargées, et où ils 
pouiTaient organiser un commerce d'échange en règle. Nous 
amarrâmes pour la nuit sur la rive droite, à l'entrée des 
Stone-Walls, et un grand nombre d'Indiens , surtout des 
femmes, dont on en trouva plusieurs cachées dans le bâti- 
ment, allumèrent du feu à côté de nous. Nous découvrîmes 
que plusieurs objets avaient été perdus, et que nous avions 
donne beaucoup plus que nous n'avions reçu. Malgré cela, 



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DK l'aM^IQUE du nord. 167- 

nouï fâmcs iXHitents d'en être réchappes à si bon marclié. 
Oo ëublit pour la nuit une forte garde cooumodée par un 
oflScier. 

Les Gros-Ventres des prairies sont originairemeat, à ce 
que l'on prétend , une branche des Arrapahos ' ; ils habi- 
taient principalement dans les environs du Saskatcbawan 
(Rivière aux Rapides), mais ils parcouraient toutes les prai- 
ries qui cMifinent au temtoire des Pieda-Noirs et à celui des 
Ânapahos. Pluûeurs voyageurs, et entre autres Alexandre 
Madcenzie, les appellent Big-bellied Indians ou Fall-Indiana', 
parce qu'ils demeuraient près des chutes du Saskatcbawan. 
Le nom qu'ils se donnent à eux-oiâmes est Almi-Ninn, et les 
Pieds-Noirs les appellent Azena. Ils sont, ainù qne je l'ai 
remarqué plus haut, bien bâtis, et difl^rent extérieurnnent 
fort peu des Piékaons et des autres Pieds-Noirs. Leur cos- 
tume a été déjà en partie décrit^ mais ils ont une manière 
toute particulière d'orner leurs grandes rc^s de bison : ce. 
sont des lignes jaunes, parallèles, étroites, brodées en 
vers avec des piquants de porc-épic, et atuquelles ils atta- 
chent un grand nombre de petits morceaux de drap rcarlate, 
rangés en lignes. Cette manière d'orner les robes existe aussi, 
dit-on , chez les Arrapahos. Leurs souli«? sont, en général, 
de plusieurs couleurs, comme ceux des Pieds-Noirs; leurs 
lentes et leurs ustensiles de ménage sont aussi les mêmes. 
Je remarquai parmi eux beaucoup de massues faites du long 
bout d'un bois d'eik. Des poignards ayant la mâchoire et les 
dents d'nn ours pour poignée ne sont pas rares diez ces 
Indiens. (Voyez la vignette n^ 8.) 

Autrefois, ces Indiens étaient très pauvres; ils avaient de 
mauvaises tentes» et n'étaient pas en état d'acheter des fu- 

' DWM D' Morit'i Ittparl, f. ii53, !■ Iiibu det Ampahoi, ou, comiue il ki 
ifpeOe, AiTtpiIwyi, ot parlée, d'iprèi lecaiiiliine Bell, idii mineiinefi ccqui 
tutoyai. 

■ yajta. Aie». H*ck«lliit, Vay. from Mmtlreml Hirmgh lie CnX. o/ t/. Amé- 



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l68 VOTAGC DANS L'iNT^HIEUfl 

sils; mais, depuis quelque temps, ils ont amélioré leur posi- 
tion à cet égard. Ils quémandent Tolontiers, comme tous les 
Indiens, et volent aussi quelquefois, surtout les femmes et 
les enfants; mais, sous ce rapport, ce sont les G>rbeaux qui 
emportent la palme sur toutes les autres tribus. Les Gros- 
Ventres des prairies ont été obligés en dénier lieu de faire 
de grands sacrifices pour payer la rançon d'une trentaine des 
leurs qui étaient tombés dans les mains des Corbeaux, leurs 
ennemis. Ils ont perdu tant de monde dans leurs combats 
avec ces derniers, qu'il u'y a plus chez eux de justes pro- 
portions entre les sexes. Des hommes bien instruits soutien- 
nent qu'ils ne possèdent plus aujourd'hui qu'un peu plus de 
deux cents tentes, et ne peuvent armer que quatre à cinq 
cents guerriers; mais d'autres portent leur nombre bien plus 
haut. Alexandre Mackenzie, à l'époque de son voyage, évalue 
le Domluv de leurs guerriers à six cents. Ils possèdent beau- 
coup de chiens, et ont déjà plus de chevaux qu'autrefois ; les 
premiers leur servent d'aliments dans les moments de disette. 
IjCifiemmes, mais surtout les jeunes filles, sont bien fiiites; 
elles nouf furent proposées pour de Teau-de-vie ou pour 
d'autres objets. Leurs coutumes s'accordent dans tous les 
points principaux avec celles des Pieds-Noirs, et ils enterrent 
leurs morts de la même manière. A la guerre , ils passent 
pour être braves et pour se bien battre. Leur langue est la 
plus difBdIe de toutes celles du Missouri et des montagnes 
Rocheuses. I^ compagnie des Pelleteries n'avait pas encore 
pu trouver d'interprète pour cette langue, quelque peine 
qu'elle se fût donnée pour cela. Les mots sont courts et 
souvent monosyllabiques; avec cela, leur prononciation est 
fort indistincte et difficile k imiter; elle a, dit-on, du rap- 
port avec celle des Arrapabos, renfermant beaucoup de 
consonnes gutturales et nasales, et, dans des conversations 
prolongées, les étrangers distinguent avec peine les uns des 
autres ces sous qui forment une espèce d'aboiement. Quand 
on fait prononcer à ces Indiens des mots isolés, lentement et 



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DB L'AHiRIQUB DU HOUD. 169 

distinctement, on parvient à mettre par écrit une partie de 
ces mots avec plus ou moins d'exactitude; mais dans un en- 
tretien, ib résonnent d'une fa^n fort bizarre. Dans beau- 
coup de mots, ils se servent de la langue, comme les An- 
glais. Dana l'Appeudix de cet ouvrage , on trouvera quelques 
exemples de leurs termes. En attendant, la plupart des Gros- 
Ventres des prairies savent aussi la langue de leurs alliés 
les Pieds-Noirs , et c'est de celle-là que la compagnie des 
Pelleteries se sert dans les affaires qu'elle fait avec eux,. Lewis 
et Clarite, ainsi que Brackenridge ' et qudques autres, ont 
regardé les Fall-Indians comme une branche des Meunitarris, 
et cela, parce que ceux-ci sont aussi appelés Gros -Ventres 
par les Canadiens français; mais pour démontrer combien 
peu cette opinion est fondée, il suffit de comparer les lan- 
gues des deux peuples; et l'on sait qu'autrefois les Français 
donnaient à toute petite bande ou même de famille indienne, 
UD nom différent et souvent très mal appliqué. J^ capitaine 
Franklin* indique le nom que les Fall-Iiidians portent 
dans la langue des Crihs, ainsi que ceux de plusieurs autres 
peuples des montagnes Rocheuses; mais je ne puis m*empé- 
cher de douter de l'exactilude d'une partie du moins de ces 
noms, tel, par exemple, que celui des Pieds-Noirs, Pegans, 
qui ne doit pas être écrit ni prononcé de cette manière. 

Les Indiens qui avaient passé la nuit près de notre bâti- 
ment étaient repartis te 6 août, de très-grand matin, pour 
leur camp, dans l'espoir de pouvoir arriver en un jour au 
fort Mackenzie. La nuit, qui fut très-fraîche, s'était écoulée 
fort paisiblement, et nous eûmes toute raison d'être satisfaits 
de la conduite de cette nombreuse bande d'Indiens : car parmi 
les autres tribus, il y en a peu qui se fussent conduites, en 
de pareilles circonstances, avec autant de tranquillité et de 
modération. Du reste, cette conduite était inconlestablemeut 

' Vajtt loo Pnmier Tojtge, p. >oS et log. 
> Lot. eit. , p. 7g. 



D.oiiiz.owGoogle 



fJO VUY&GË DANS L INTUtlEUB 

dans leur propre intérêt, car ils avaienl joui juaqu'alors, 
parmi les blanc», d'uoe fort mauvaise r^Mitation. 

Au poiat du jour, le temps fut extraordinairemeut frais 
et désagréable : le thermomètre de Fahrenheit marquait 
il ^ V heures 58" (11° 5' R.), et un vent fort nous permit 
de uous servir de nos voiles. La. région dans laquelle nous 
entrions, et que l'on appelle les Stone-Walls, n'a pas aa pareflle 
sur tout te cours du Missouri , et pendant toute la-Tnatinée 
uous ne pûmes pas quitter le pont un instant. IjEwi» et 
Clarke ont déjà décrit succinctement cette remarquable ré^ 
gioB ', mais sans connaître le nom de Stone-WalU, qui lui 
a été donné plus tard. Pendant les douze à quinze milles 
qui forment son étendue, la vallée du Missouri est bordée 
de collines d'une hauteur médiocre, tantôt couvertes d'une 
végétation gris verditre, tantôt nues et d'une teinte gris 
brun^ mais offrant partout la grande et vaste couche* de 
grès arénacé blanchâtre, à gros grain et friable. Dès que 
Ton a dépassé le 3udith-River, ce grès blanc oonmoice à se 
montrer par plaques, jusqu'i ce que l'on ait passé leBighorn- 
River et que l'on soit entré dans la vallée plus étroite des 
Stone-Walls; alors la couche s'étend sans interruption au loin 
dans le pays, et est placée, tantôt vers le miheu de la hauteur 
des collines, tantôt i leur sommet. C'est la continuation de 
ce grès blanchâtre qui se présente sous des formes si singu- 
lières dans la Côle-Ncnre. Elle apparaît partout où manque 
le tapis de gaxon, et alors on voit des bords on des bandes 
horizontales ou perpendiculaires, et dont quelques-unes 
contiennent des cavernes. Mais ou ceHe formation de grès 
se montre la fixa frappante, c'est dans les endroits où eUa 
compose les sommets des collines plus isolées et séparées par 

< Vayi^iaUmkMCiuluc, Ll.p.ïiS. 

■ Det coucbet wmblibla de grèi ircDicé m Toiinl en dirrrreults parlio di 
l'Ainériquc Npleallioiille, et entre ■ulrei prés de U Plitte; on en trouie mteie 
diiu l'AMèriiue nwrtdionale , et il paraît «(ue Pixppic en a reDconlré au Péroa' 
(Vojict «00 Voyage, L il, p. 4SO 



D.gitizecbyG00glc 



DK l'&HÉRIQUE du HORD. I71 

des vallées à peotes douces ou des ravins. Sommets après 
sommeta se suivent en lougues rangées sur les deux b<wds 
de la rivière, où ils présenteot les formes les plus ratraor- 
dioaires: on croit voir alternativement des colonnades, des 
piliers ronds et ëtrcûts, sunnontés d'une grosse boule ou 
d'une table, de petites tours, des chaires, des orgues avec 
leurs tuyaux, des raines, des forts, des châteaux , des églises 
avec deux flèches, etc., chaque sommet portant une figure 
de ce genre, tantôt plus grande, tantôt plus petite. 

Vers oeuf heures, la vallée commença à devenir particu- 
lièrement intéressante, et les ligures bizarres furent de plus 
en plus fréquentes. A chaque moment, af^araissaient de 
nouveaux palais de fées , blanrs , et qui semblaient construits 
par des génies; et un peintre qui en aurait eu le loisir, Burait 
pu remplir des volumes entiers avec les vues de ces singuliers 
pa3r3ages. Quelques-unes de ces figures, dessinées parM. Bod- 
mer, peuvent servir de preuve de ce que je viens de dire. 
(Voyez pi. xxxiT, fig. 6, 7, 8, 9, et pi. xxxv, fig. as, 29, 
37, 93, 34.) En plusieurs endroits, l'argile formait aussi 
les sommets des collines. Alors le Juniperus repens y étalait 
ses touffes , et sur le bord de la rivière se montraient parfois 
de petites places étroites oit croissaient VArtemisia et l'épine 
à feuilles charnues {Sarcobatus, Nées). De longues étendues 
de ces couches de grès offraient absolument l'apparence 
d'une grande forteresse prise d'assaut; car, d'un côté, elles 
répandaient sur ces rochers une certaine régularité, pen- 
dant qu'en même temps l'œuvre deladestniction y était par- 
tout visible. Eu plusieurs endroits où les sommets de grès 
représentaient distinctement un ancien château féodal , on 
voyait des couches étroites et perpendiculaires offrir toute 
l'apparence de murailles régulièrement construites. Ces mu- 
railles se composent d'un roc noir brunâtre, dans la masse' 
duquel sont incrustés de gros cristaux vert olive '. Elles dcs- 

* La rirbe collectiou de taule) les l'ochen de «ILe rcaurquable valléa de grèi 



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17a VOTAGE DANS L'iNTinlEDIt 

cendent en droite ligne du haut des montagnes jusqu'à leur 
pied, et paraissent former, par consëqueut, TeDceinte exté- 
rieure et le dernier rempart de défense de l'ancien château. 
(Voyez pi. XXXIV, £g. 4t ^t pi. xxxv, fig. 1 1.) Leur masse 
est assez régulièrement partagée à la surface, par des fentes 
ou des déchirures, en figures cubiques; ce qui rend l'illusion 
plus complète encore, en représentant un travail de maçon- 
nerie. Ta largeur de ces couches perpendiculaires est rare- 
ment de plus d'un ou deux pieds. Une de ces murailles ou 
séparations était surtout remarquable; elle s'étendait sans 
interruption sur trois sommets et par les vallées tntermë- 
diaires, réunissant les ruines apparentes que formait le grès 
blanc, d'une manière si régulière, qu'il était impossible de 
se persuader qu'elles fussent naturelles et non pas l'ouvrage 
des hommes. Toutes ces hauteurs sont habitées par de nom- 
breux troupeaux de bighorns, et nous en vîmes souvent de 
trente à ânquantc gravir ces singulières collines et sauter 
de l'une à l'autre. Souvent aussi, ces innocents animaux se 
dessinaient nettement sur l'azur du ciel; mais leur position 
élevée les rendait inaccessibles à nos balles. Dans une vallée 
latérale, ressemblant à une caverne, on nous montra ta place 
où, l'année précédente, les chasseurs du keelboat serrèrent 
de si près un troupeau tout entier de ces animaux, qu'il ne 
leur en échappa pas un seul. Ce jour-là, tous nos chasseurs 
furent malheureux, quoiqu'ils tirassent plus d'un coup de 
fusil. Dreidoppel ne rapporta rien qu'un écureuil de terre 
raye et quelques oiseaux de la famille des Icterus ou Psaro- 
coUus. La Fringilla gmmmaca et Vamoena, Say, animaient 
les prairies et leurs bosquets, ainsi que le Qmscalus versi- 
color. Entre les blocs de rochers, on remarquait un petit 



KÎDMé a malbaimiMmenl Mi ptnlDC, en iSHi p*r l'inMndia du baleip inpoir 
de la CompigDiti, nir le Miuouri, et j« ne wu pw couéquetit pas en irai de dà- 
>i|Der aiM ptn* da préciiiou h compoiiiioa géologique de et* petites mufaillei 
perpcndicnlairet. Lewii et Clarke dùcnt que c'iil un conglomént ; mais celte dé- 



D.gitizecbyG00glc 



DE I.'AHiRIQDB DU NORD. 173 

oiseau, ressemblant à la Sylvia t/this, gris cendré, avec 
une queue plus foncée et les ailes brunes; nous ne pûmes 
en attraper. 

Un peu après midi, nous atteignîmes une place remarqua- 
ble où le Missouri paraît sortir d'une porte étroite, car il fait 
uo coude autour d'un rocher conique, brun foncé, anguleux, 
seterminanten une pointeétroite, et ressemblante une tour. 
n est situé sur la rive méridionale et présente un aspect inté- 
ressant; les marchands lui ont donné le nom de la Citadelle. 
(Voy. la vignette n" xviii de V Atlas). Ce rocher singulier et 
isolé parait être composé de schiste, de grauwacke et d'un 
conglomérat de débris de pio-res dans de l'argile jaunâtre; il 
se rattache par derrière avec ta rive méridionale. Sur la rive 
opposée, la couche de grès blanc continue le long des col- 
lines, de la manière que M. Bodmer a fort exactement rendue 
dans la planche xli. Après que nous eûmes doublé la Cita* 
délie, nous abordâmes à la rive méridionale, et notre équi- 
page dîna. Notre séjour ne fut pas long, et il nous falhit en* 
suite lutter contre un vent très-fort et très-aigre, tandis que 
la campagne autour de nous devenait plus ouverte et plus 
unie, n'offrant plus que çà et là quelques formes singulières 
de montagnes. Immédiatement au-dessus de la Citadelle, on 
trouve encore un rocher conique du même genre, brun 
foncé, .mais beaucoup plus petit, et, bientôt après, se pré- 
sente sur la nve septentrionale une pointe dentelée , placée 
tout à fait isolément sur des collines nues , couvertes d'une 
herbe courte. Puis viennent deux sommets moins remarqua- 
bles, dont celiii qui est situé plus bas, selon le cours de la 
rivière, ressemble à un petit château féodal, tandis que les 
autres collines de cette région ont repris leur forme plate 
et arrondie. Un troupeau de grosses-cornes nous contempla 
du haut de ces collines. Nous n'avions pourtant pas encore 
tout à fait quitté la remarquable vallée de grès; on se re- 
trouve au contraire bientôt de nouveau dans un endroit 
fort singulier. Sur les deux rives de la rivière, assez étrolle 



D.gitizecbyG00glc 



I 74 VOYAGE DAIfS l'uTTÉRIRDR 

dans cette partie de son cours, la couche de grès, régulière- 
ment posée sur des collines basses, court comme un mur 
élevé, uui et blanc; elle est coupée horizontalement par le 
haut, mais garnie d'espèces de créneaux. Il nous semblait 
voir à quelque distance de nous une étroite pixte, les murs 
htaocs des deux rives se rapprochant tellement, que U rivière 
paraissait avoir de la peine à s'y frayer une roule (Voyez 
pL xu); et l'illusioa est encore augmentée par le détour 
que le Missouri fait en cet endroit vers le sud-ouest. Si nous 
jetions les regards en arrière, le grand rocher conique noir 
dominait toujours la campagne, et sur la rive, à notre 
droite, se montraient les monts perpendiculaires et divisés, 
en a{^>arence, en cubes et en roches, qui présentaient la 
forme d'une ancienne chapelle gothique avec une chemi- 
née. Quelques pins croissaient autour de ces murs , où l'on 
cittyeit voir des portes régulièrement construites par l'homme. 
Un peu plus loin, sur la rive septentrionale, il y avait un 
rocher qui offrait la Bgure d'une longue caserne ou d'un 
vaste édifice (V. pi. xxxv, f. lo), avecdes pans coupés nets 
comme s'ils avaient été taillés ou élevés par l'art. Au-deuos 
de la porte de rochers, et dans une petite vallée latérale, 
paissait* dans une prairie en peatedouce, un nombreux trou- 
peau de bisons , dont Doscliasseurs tuèrent quatre bêtes. Le 
jour étant à sa fin, on amarra à la rive septentrionale, car 
il fallait dépecer le gibier. Je profitai de l'occasion pour mon- 
ter sur ces hauteurs extraordinaires. J'en trouvai le grès si 
friable, qu'il se réduisait en poussière sous les doigts; mais 
jescouches de grès jaune rougeâtre, qui formaient les têtes ou 
les tCHts de ces singulières figures, étaient d'une contexiure 
un peu plus solide. Des cèdi'es (/um/)«ruj) très-rabougris et 
souvent i»utournés de la manière la plus étrange croissent 
entre ces roches; les épinetles, au contraire {Piiuis flexilis)^ 
s'élevaient très-droits, quoique leur hauteur ne dépassât pas 
quarante pieds. Quand on se plaçait entre tes singulières 
formes de grès, ou pouvait se croire dans un vieux jardin 



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DR L'AM^RlgOE DU MORD. 1^5 

français : des vases, des obélisques, (tes statues, entremêlés 
de haies et d'arbres taillés avec art et souvent avec la plus 
grande régularité, j entouraient l'observatetir étonné. I^es 
boules ou plateaux énormes qui reposaient sur ces piliers 
étaient aussi en partie fragiles et friables , moins cependant 
-que le grès blanc, et l'on y trouvait des trous ronds et des 
en£incenients m forme de cuves. A toutes ces pierres on 
recoDiiaissait des couches ; car les boules rondes se laissaient 
facilement partager en tranches de l'épaisseur d'un pouce. 
De tous côtés on voirait les traces des grosses-cornes, et sur 
W pentes vertes les plus basses, celles aussi des bisons. Dans 
les bosquets de cèdres, on entendit le soir le coassement d'une 
petite grenouille verte (rainette), mais que je ne pus nie 
procurer *. Dans la prairie, par-delà les murailles de pierre, 
croissait le CacOis ferox, et à leur pied, la belle Bartoma 
omataj avec ses grandes fleurs blanches comme la neige. 

Nous attendions avec impatience le jour du lendemain 
7 août, afin d'atteindre ce que l'on appelle la porte des mir- 
railles de pierre. La matinée se présenta fraîche et venteuse. 
Nous atteignîmes bientôt, sur la rive méridionale, un ro- 
cher brun, en forme de tour, qui s'élève au milieu de la 
muraille blanche, et dont la façade est en partie écroulée. 
De cette tour, on a encore environ six Ji huit cents pus à 
faire pour arriver à l'endroit qui la veille présentait l'appa- 
rence d'une étroite porte. Avant de l'atteindre, une rivière 
débouche sur la rive septentrionale; c'est le Stonewall-Créek 
de Lewis et ClaHie. Son lit a une soixantaine de pas de large 
à l'embouchure, et ses bords sont garnis de grands peupliers. 

■ Cetiecipcca mi li prcDiën) raûctta que j'ùb rencoatrée dui dd artiiM à 
ftiriDa ■ciculurcs; elle appuliEnl peut-ètri ■ l'eipèce de VHjla iquirtlUt. M. Mil- 
Atl prit Bn jour din* cei eoTironi im Iriard qui ne pouTiJl élre que le Barlaui 
■^fmmu etfniua, «t dont il y a probiUemaar plaiieun tslro eapèMt dtu celle 
ngioii. Cet inditidn ittil d'un beau lert avec dej tacha brune», cl le corpa éUit 
(arni d« petïles écaille* piquanta. Dm aDimioi »mbl>blei de la lamille de* Ptrj- 
■MMM ont été troani au Fort-IToion , cl prèi du Tellmi-Hionc -, tli éraleni grii 



D.gitizecbyG00glc 



fj6 VOYAGE DAMS L'iHTÉIltKDR 

Nous y vîmes un aigle et plusieurs gros gobe-mouches. Ces 
derniers trouvent dans les trous du grès et dans les fentes 
des collines d'excellentes places pour construire leurs nids. 
Un vent froid nous accueillit à l'entrée de la porte, au delli 
de laquelle nous vîmes de nouveau un rocher brun en forme 
de tour, mais plus petit; U, les murailles de grès blanc dimi- 
nuent et perdent leur régularité. Les bighorns se montraient 
en grand nombre: nous en comptâmes jusqu'à cinquante 
dans un seul troupeau. 

Un peu après huit heures, le temps s'étant réchauffe, 
nous entreprîmes uue excursion de chasse. Nous gravîmes 
les collines élevées, et nous nous trouvâmes au milieu de 
champignons de grès, qui nous offrirent les formes les plus 
variées et tes plus bizarres. Quand on jetait les yeux au- 
dessous de soi dans les vallées, tout paraissait tacheté de 
blanc et de gris noirâtre; le sol des coUines se montrait durci 
et gris blanc, et ne portait que quelques plantes fanées 
déjà chargées de graines. Sur la plus haute de ces collines 
on jouissait d'un point de vue magnifique. Nous étions placés 
sur une vaste plaine dont la végétation était jaune et des- 
séchée, comme l'est en Europe un champ couvert de chaume 
dans l'automne. Nous apercevions quelques vieux bisons 
mâles épars sur la prairie, comme des points noirs. Dans 
l'éloignement , vers le Nord-Est , s'élevait la montagne isolée 
dite la Main d'Ours ' ; et non loin d'die, dans la direction 
du Nord-Ouest, ou nous indiqua la position du fort Mac- 
kenzie. Sur la prairie, les sauterelles étaient si innombrables 
que toute la terre en était couverte. Nous reconnûmes dis- 
tinctement quatre espèces de sauterelles volantes ( Giyllus 
stridttlus, lÀna.) : l'une avec des ailes noires à extrémités 
blanches; la seconde avec des ailes blanches tachetées de 
noir aux extrémités; la troisième avec des ailes rouges; celles 



■ Ce Mm Ml tiré de !■ ln(M dea Piedt-Noin, qui •ppeSenl ttO» mamlag^ 
ILiaiM-TiM (de Kiâou, aura, el Tin, min). 



D.gitizecbyG00glc 



DK L AMtniQUR DD flOlID. I 77 

de la t|uatrièiiie espèce 'étaient jaune clair. Ces insectes Fiii- 
saient plus ou moins de bruit en volant; l'espèce qui a des 
ailes rouges se tenait de préférence dans les petits enfonrr- 
meots et les gorges, où il y avait un peu plus d'humidité 
et de plantes. Le Lantus excubitoroïdes , Kii'h., le cor- 
beau, la stourneile à poitrine jaune et le F€iltt> Spa/vrrius, 
n'étaient pas rares. Nous vîmes souvt-nt des bisons et des 
grosses-cornes. Un des premiers qui, en descendant d'une 
colline , arrivait précisément dans notre direction , et que 
nous espérions d'après cela pouvoir tuer, fut efTarouclié par 
d'autres chasseurs, en sorte qu'il remonta la hauteur au 
galop. Nous regagnâmes le keelboat en suivant la vallée 
d'un ruisseau presque entièrement desséché et qui nous 
ramena au Missouri. 

La hauteur des collines diminua après cela; le gi-ès dis- 
parut en partie, ne se montrant plus que de dîslauce en 
distance. Vers onze heures nous vîmes deux Indiens, un 
homme et une femme, que nous reconnûmes, quand ils 
furent plus près de nous, pour des Indiens du Sang. Ils 
revenaient de chez les Meunitarris, où nous nous rappe- 
lâmes de les avoir vus. L'homme était bien fait, et tous deux 
étaient fort proprement vêtus. Nous les prîmes à bord. Nous 
passâmes devant plusieurs îles, et nous eûmes un bel aspect 
de la montagne de la Main-d'Ours, qui, avec plusieurs 
hantes cimes et sommets coniques , se trouvait alors au Nord- 
Est, presque derrière nous. Les collines vert grisâtre de la 
rive n'avaient, en général, plus rien de remarquable; mais 
quelques formes singulière» se montraient encore çà et là. 
I.es couches de grès ne posaient souvent sur rien , parce que le 
sable qui en formait la base était tombé ou avait été enlevé 
par les eaux, ce qui donnait lieu k de singulières excavations 
et k des arcs-boutaots pyramidaux. Du reste , cette couche 
continuait toujours dans les collines , où elle était surmontée 
d'une autre de la même épaisseur, recouverte de gazon; mais 
ce que Ton pouvait nommer ici du grès n'était déjà plus du 



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1^8 VOYAGE l>*NS l'iNTÉHIEL'H 

gi-ès pur, mais de l'argile et du sable à moitié durcis et 
enti-emëlés de grands blocs de grès ai-enacé. Une demi-heure 
api'ès, nous eûmes au sud, et précisément dans la direction 
de la rivière, la première vue de la chaîne avancée des Mon- 
tagnes Rocheuses. Elle se présenta comme une cime bleue 
éloignée, et ne tarda pas à disparaître de nouveau derrière 
les bords de la rivièi-e, nus, morts et stériles, et animés seule- 
ment par quelques vieux arbres. Nous avions compté ce jour- 
là au moins deux cents grosses-cornes , mais nous n'avions 
pas pu en tuer une seule. Le grand héron (Ardea kerodias ) 
prit la volée en nous apercevant et s'éloigna lourdement. Les 
cimes des grands peupliers d'environ soixante pieds de haut 
qui bordaient la rive, étaient presque loua morts; parmi 
leurs troncs, il y avait beaucoup de bois sec, et nous y re- 
marquâmes tes cabanes de chasse en pain de sucre des 
Piékanns errants dans le voisinage. Vers le soir, nous abor- 
dames près de la prairie de la l'ive méridionale, où nous 
vîmes de loin, à l'aide de la lunette d'approche, un nombreux 
troupeau de cabris; mais nous les poursuivîmes en vain. Le 
long de la rive, s'étendait un bois de negundos de trente 
pieds de haut, dans lequel nous trouvâmes des troupiales 
jaunes par centaines, ainsi que des pies-grièches bleu cendré, et 
de petits tfpeivieri- ( Fa/a> SjHiiverius). L'engoulevent planait 
dans l'air; l'oie sauvage criait sur la rivièi-e ; la rainette coas- 
sait dans les bois; les moustiques voltigeaient, mais en assez 
petit nombre. Entre les buissons d'^rtemùia de la pi-airie, 
croissait abondamment Tépinelte de prairie gluante et à 
fleurs jaunes {^Grindelia), dout je parlerai pigs bas en détail. 
Le lendemain matin, 8 août, nous revîmes de nouveau 
les sommets des montagnes Rocheuses, et nous atteignîmes 
Spaniai'd-Island, île couverte d'arbres d'une hauteui- modérée, 
et qui est suivie d'une autre île plus petite. Nos chasseurs 
revinrent avec des oies sauvages et un grand serpent à son- 
nettes. Ils avaient aperçu des hauteurs les neiges perpétuelles 
de l'Oi'égon, et avaient observé sIk Indiens à clieval, qui 



D.gitizecbyG00glc 



DK L AMERIQUE Dli KOBO. I 73 

suivaient la direcdoii Jii fort iMackenzie. Us avaient ren- 
contré un troupeau Je seize elks, mais qui avaient pris la 
fuite avant qu'ils pussent les atteindre. Ils apportaient avec 
eux une grande quantité de C/to/ee-r/irrrt'es , nom que l'on 
donne an fruit du Prtuius padus virginiana , <|ui passe 
pour être de difficile digestion. Ces fruits, au dire du capi- 
taine Lewis, l'oDt guéri, pendant son voyage, d'une grave 
dyssenterie, accompagnée de fièvre'. Pendant le reste de 
noire voyage, nous suivîmes la rive droite, où s'élevaient 
(les rochers escarpes, de couleur jaune rouge, et dont la base 
consistait en une argile bleu cendré. Nous nous réjouissions 
à la vue de la belle couleur vei-te des eaux limpides du Mis- 
souri, ce qui prouvait la fausseté de l'assertion que le Maria- 
Hiver communique au premier sa couleur trouble. Nous 
n'étions plus très-loin de l'embouchure de ce Maria-Biver , 
que nos chasseurs avaient déjà vue, et nous remarquâmes, 
dans le voisinage de quelques îles remplies de saules et de 
peupliers, plusieurs oiseaux qui parcouraient la grève avec 
leurs petits, tels que le troupiale et le Biackbird, et quel- 
ques autres déjà souvent nommés. Vers quatre heures de 
l'après-midi , par une forte chaleur , nous vîmtv'des engoule- 
vents poursuivre des nuées de moustiques, qui, pour la pre- 
mière fois depuis longtemps, furent ce jour-là de nouveau très- 
incommodes. En doublant une pointe de t^re, nous eûmes 
devant nous une longue chaîne de collines aplaties, derrière 
lesquelles est situé le fort Mackenzic, que uous aurions pu 
atteindre par terre en une demi-heure. Devant ces collines, 
débouche, sur la rive septentrionale, le Marta-River ou Ma- 
rjyou des Canadiens, dont les rives sont garnies de bois et 
de grands peupliers '. Quand nous eûmes passé l'emboti- 

> Vo]'« Lewû et Clui.e . lac. cit. , 1. 1 , p. iSi. 

> LacMn du Ktanjoa l'étoid, dit-on, i environ dix journiei. donl wpt k 
liuit ED droite lignf. Il prend ■■ ■ource d>ni la monitgnri Rocfaeuaea et aur le tir- 
riloire dci Indient PJab-?ioîrs. Il tu fomie de U ri'unioa dn ciiK] priile* rivii-ns 
suiTanlo , «voir : t' U ritîcre dei Ëcons , s' li rivière drj dnu Lnp>i de Médr- 



D.gitizecbyG00glc 



l8o VOTAGF DANS L'iNThiRIKI Et 

chiirc du Mai'ia , nous remarquitnes , vers sis hfiircs <l(i 
soir, sur la même rive, les ruines du premier fort ou posie 
de commerce, que M. Ripp, en qualité de roiiimis Je la 
Compagnie américaine des Pelleteries, construisit en i83i, 
sur le ten-itoire des Piékanns ou Pie»Is-Noirs. Dès l'an i83a, 
on avait abandonné ce poste , pour construire plus haut le 
second fort Piékann, qui existe maintenant sous te nom de 
fort Mackenzie, mais que l'on assure devoir êlre aussi bien- 
tôt abandonné. C'est ainsi que la Compagnie des Pelleteries 
marche toujours en avant, et prend pied parmi des nations 
encore peu connues, où le commerce des fourrures est en(»>re 
lucratif. T.es ruines délaissées du premier fort Piékann 
furent, après le départ des blancs, complètement démolies 
et en partie brûlées par les Indiens: ou ne voyait plus alors 
qu'une portion des palissades , à sept cents pas environ au- 
dessus de l'embouchure du Maria. Sur les hauteurs de cette 
campagne, nous aperçûmes deux Indiens à cheval, qui par- 
tirent au grand galop dès qu'ils nous eurent vus, sans doute 
pour aller porter au fort la nouvelle de notre arrivée. Plu- 
sieurs îles boisées qui étaient situées en face des ruines 
nous forcèrent à passer par un canal, sur la rive méridio- 



cine , 3* It rivière ta Bliirtau , t « It rUière «lu Bouleaux , i* U rivière aux Froilla. 
La rivière» au Bliiniao el aux Bouleaux m réunîuani avant d'eatrer dam le prio- 
cipal ranal du Marav-in, I« noauné Rinl , qui a Nurani pareouni ce» n:gii>iia,N'a 
donné i ce injel le< rtnieif^emenli luivaiili. Le» moalagnei où le Man^on prend 
ti laiirce lont très- èlcTèei ; la neige et la gelée l'j montrent dé» le moi» d'aodi. 
Celle (ouree eit k ceiii ànquanle milla au motu de l'embouchuia. Ue rendrait 
où Doui étioni , oo j arrive k rheyal en dix ou doute Jouméei ; el elle fail partie 
de la grande téparalion de» eaux de l'Amérique lepteatrianale. Daui le* vallici 
boiûea de ce> Dioala|;nei, où croinienl dei arbrei acîrulaires et do pcuplien, 
habite le Mooit-Dttr aa Orignal, el te Grej'Deer de> Alqlaii, eipèœ de cerf de 
la taille du Cerrut macrolij, Saj, qui se diMioguc, dit-on, par la frandeur et la 
groiaeur de ici labou, qui reuemblent ■ ceux du buon. Il parait donc qu'il exirie 
réellement dam ces contrée» une e»pèce de cerf eurore inconntie , que , d'aprèi lel 
raraclère» diillDCtifl, on pourrait appeler Ctma maeropia. Dani quelque* récit» 
de vojegci , ou a innlileoenl augmenté le nombre de* cerh de l'Amérique ; ainsi , 
par exemple, te capitaine Bïck (p. 481] compte le nbd ou antilope au nombrr 
dr* cerf», el lui donne le nom de Jumping-Dftr. 



D.oiiiz.owGoogle 



DE l'aMÉKIQIIF. du NORD. l8l 

nale, qui n'avait pas plus dtt quarante pas de large, et doul 
le courant était extrêmement fort. Nous l'avious auparavant 
fait sonder par Latresse, un de nos plus adroits nageurs. 
Sur le banc de sable voisin, se tenait une espèce de Chara- 
drius ou de Tringay auquel nous tirâmes en vaiu quelques 
coups de fusil. 

A la chute du jour, nous amarrâmes près des grands lo- 
cbers d'argile de la rive méridionale. Il paraissait fort étrange 
'que les habitants du fort ne fissent encore aucune attention 
à nous. Les deux années précédentes, on avait été salué bien 
plus tôt [»ar les ludiens Pieds-Noirs; et à l'endroit où nous 
étions, nous aurions pu nous attendre à voir même quel- 
ques-uns des blancs du fort. Ce qui augmentait notre éton- 
nement, c'était que les Meunitarris nous avaient dit que la 
garnison du fort Macken^e avait eu des discussions avec les 
Indiens, et Declianip prétendit même avoir entendu dans la 
journée des coups de canon. Ces diverses considérations réu- 
' uies inspirèrent à M. Mitchill , qui savait parfaitement com- 
bien peu il faut se fier au oaraclère indien , des inquiétudes 
sur la sûreté du fort et de notre expédition. Les blancs, 
quand ib s'éloignent du Missouri, par petites troupes, sont 
ordinairement tués ou du moins dépouillés par les Pieds- 
Noirs, dès que ceux-ci croient voir en eux des traqueurs 
de castors ou d'autres bêtes à fourrures. Il était donc naturel 
d'user d'une grande prudence. D'après ces considérations, 
M. Mitchill résolut d'aller lui-même reconnaître le fort; et 
pendant son absente, on disposa une garde nombreuse poui 
la nuit, et les officiers, ainsi que l'équipage, se partagèrent 
le service par quarts. M. Mitchill choisit pour l'accompagner 
lesadi-oits chasseurs Decbamp, Doucette, Papin et Benoit, 
qui connaissaient le pays et qui furent tous bien armés. \a 
chaloupe les descendit à terre sur la rive septentrionale, et 
y demeura sous bonne garde. L'expédition nous quitta dès 
que la lune fut levée. Il avait été convenu que si M. Mitchill 
n'était pas de retour à minuit, nous nous mettrions immédia- 



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lt)« VOTACE DA^S l/lNTÉUiri)!) 

temeiit en route pour redescendre la rivière , parce que ce 
serait nue preuve que les relations avec les Indiens a'ëtaient 
pas dans une situation favorable. L'équipage du bâtiment 
Me tint sur l'alerte dans l'alteule de ce qui arriverait. La nuit 
Tut particulièrement agréable, sereine, calme et cbaude ; mais 
le clair de tune ne fut pas de longue durée, et après cela 
l'obscurité devint grande. Nous entendions distinctement le 
tambour des Indiens ; daua la direction et sur la rive opposée ? 
les loups faisaient un triste concert de hurlements. A dix' 
heures et demie, M. Mitchill revint avec deux de ses hommes. 
Il avait gravi les collines; mais, parvenu au sommet, il s'était 
égaré et était arrivé à l'embouchure du Marayon, d'oii il 
s'était décidé à revenir au bâtiment. Doucette et Benoit 
avaient repris, au contraire, la route du fort. Les pieds de 
nos promeneurs nocturnes avaient été fort maltraités par les 
cactus. Ne recevant aucune nouvelle de ta situation du fort, 
il ne nous resta qu'à attendre Iranquillement le jour. 

Le 9 août, avant le lever du soleil, il tomba une pluie très- - 
abondante qui dura, avecquelques intervalles, pendant la jour- 
née suivante, durant laquelle les moustiques nous incommodè- 
rent beaucoup. Nous nous mîmes en route le long des rochers 
escarpés d*argile de la rive méridionale; ces rochers étaient 
jaune brun par le haut et gris noirâtre par le bas. Sur notre 
droite, nous avions des collines à pente douce. Nous étions 
au moment dédoubler une pointe de terre, quand nous vîmes 
arriver vers nous cinq cavaliers blancs. C'étaient M. Patton, 
commis de la Compagnie et directeur du fort Mackenzie, 
avec quelques-uns de ses hommes. Ils étaient montés sur de 
bons chevaux , dont les brides et les selles étaient ornées de 
drap de diverses couleurs , à la manière des Espagnols et des 
Indiens. Leur costume était tel qu'il convenait à ce désert 
éloigné de la société des hommes : il se composait de couver- 
tures de laine rouge, blanche, ou rayée de rouge, de bleu 
el de noir; ils avaient des leggings et des mocassins comme 
les Indiens; leurs gîberières étaient en drap de diverse» cou- 



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RE L AMÉRIQUE DU NORD. | 8!1 

leurs, avec des ornements l'ouges et bleus, et sur l'épaule 
ils portaient une carabine. Ils s'avancèrent sur le bon) de la 
rivière, déchaînèrent leurs armes de la main droite, et furent 
ensuite invités à se rendre à bord. Leurs récits mirent bien- 
tôt fin à notre inquiétude. La joie fut générale de notre 
heureuse arrivée ; et , après qu'ils eurent déjeûné avec nous , 
ils retournèrent au fort, dont nous étions encore à treize 
milles par eau. Nous ne tardâmes pas à voir les cavaliers 
Tranchir les hauteurs remarquables de la rive, au sommet 
desquelles nous apercevions déjà de toutes parts des groupes 
d'Indiens. Une foule d'enfants basanés se montraient sur la 
grève et suivaient le bâtiment en poussant des cris de joie; 
et souvent deux Indiens paraissaient montés sur le même 
cheval, tandis qu'un grand nombre de ces animaux de toutes 
couleurs paissaient dans la prairie. Notre arrivée donnait 
une vie nouvelle au paysage. Sur ces entrefaites, nos canons 
commencèrent à saluer le fort; maïs la pluie, qui tombait 
avec force, gênait nos artilleurs. 

Nous franchîmes le dernier coude que taisait la rivière , 
et une scène d'un intérêt impossible à déiTire se présenta à 
nos regards. Sur la rive septentrionale, s'étend une prairie 
qui s'avance en pointe dans la rivière, et sur cette pointe, 
au-dessus d'un rang de vieux arbres, on aperçoit le fort 
Mackenzîe, avec le drapeau américain flottant au vent. Un 
grand nombre de tentes indiennes étaient dressées dans la 
plaine, et toute la campagne était couverte de la population 
cuivrée , dispersée par groupes, et se livrant à diverses occu- 
pations; mais, en nous voyant, tous accoururent sur la grève. 
Non loin du fort, on voyait enviivn huit cents guerriers 
piékanns , rangés en bataille et dans un ordre parfait; ils for- 
maient une longue ligne d'un brun foncé, surmontée d'une 
raie noire, effet des têtes chevelues de ces hommes. I*s 
palissades et les toits du fort, ainsi que les arbres qui l'envi- 
ronnaient, étaient chargés de femmes indiennes avec leurs 
enfants, seuls ou par groupes, et toute la prairie en était 



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Io4 VOTACr. DANS LIMl'ËRtEtB 

couvei'te. Du fort même, s'élevait la fumée de la poudre; el 
le bruit du canon retentissait majestueusement, renToyé 
par les grands rochers de la rive. Pendant que le hÂtimeot 
s'approchait lentement de cette scène intéressante, ta cha- 
loupe nous amena un Indien, dît le Bison-blanc, soldat du 
fort ' , connu pour un homme d'un bon caractère et assez 
digne de confiance. Il était d'une assez haute stature ; ses traits 
étaient grossiersetosseux;)! avait le nez aquilin, et son costume 
tenait le milieu entre c«lui des blancs et celui des Indiens. It 
portait en sautoir, papde&sus l'épaule, uneécharpe rouge à la- 
qirelle étaient suspendues des clochettes. Déjà le feu de mous- 
qtieterie retentissait sans intervalle dans la masse des guer- 
rier» indiens , et leur cri de guerre arrivait jusqu'à nous. 
Sur le bâtiment aussi , le fe» devenait vif, nonobstant la 
pluie. Devant la ligne indienne , il y avait trois ou quatre 
chefs caracolant en uniformes rouges et bleus, garnis de 
galons, et en chapeaux ronds à plumets. Dans le nombre, 
se distinguait Mexkehme-Soukahs (la Chemise-de-Fer); son 
uniforme était écarlate h parements bleus et galons blancs , et 
it tenait son sabre nu à la main. Il maniait a<lroitement son 
léger cheval , qu'il montait sans étriers, et qui se montrait 
assez inquiet au bruit des arraesà feu. 1^ chef le plus considère 
aujourd'hui chez les Piékanns est Ketsepenn-Nouka (l'EIk 
tacheté ou la Biche cale des Canadiens); mais depuis une 
victoire qu'il a remportée sur les Têtes-Plates, il a jugé con- 
venable de changer de nom, et it s'appelle aujourd'hui Ni- 
nock-Kiaïou (le chuffre des Ours). Les autres chefs pré- 
sents] indépendamment des deux que nous venons de 
nommer , étaient Otokouan-Nepo ( la Vieille-Tête ) , que l'on 
appelle à présent Haiesikate ( la Jambe-Roide) , puis Aschaste 
( le Harangueur ou te Gros-Soldat), et enfin , Micoutseh-Slo- 
niick (le Bœuf-Rouge). 

I Uini lei polies de eommcrtc. en donne le 
» oi^iii>é> en une expèct: de gurJe di- |Hili<re pi 
leurs proprrk rnmpalrinlvi. 



D.oiiiz.owGoogle 



DE LANliRIQUE DU NORD. l85 

Nous nous approchâmes du débarcadèi-e , et nous mîmes 
à la fin pîed à teire, au milieu d'un nuage de fumée, causé 
par les décharges d'un côté des Indiens, et de l'autre, des 
engagés du fort, rangés en ligne sur la grève. lii, nous 
fûmes retins par la population tout entière , ayant à sa ti^te 
les chefs indiens^ à qui nous serrâmes la main. Le chef des 
Ours présentait une figure très-originale; sa physionomie, 
qui n'était pas belle, et son nez aquilin, étaient voilés par 
ses cheveux qui retombaient sur son visage, uu long sur- 
tout de laine verte couvrait sa haute taille, et sur la tête 
il portait un chapeau rond de feutre, bordé de cuivre; sa 
poitrine était ornée de la médaille d'argent. On nous con- 
duisit à travers une double haie de figures cuivrées , dont 
l'expression et les costumes variés nous divertirent beaucoup. 
Arrivés dans le fort, les serrements de mains ne finirent pas ; 
après quoi, comme nous avions besoin de repos, nous fîmes 
porter nos effets dans les chambres qui nous avaient été 
destinées. Nous avions mis trente-quatre jours à venir du 
Forl-UnioD. Notre voyage avait été heureux; nous n'avions 
perdu personne de l'équipage ' , et nous avions vécu exclu- 
sivement du produit de notre chasse*. 



■ Les penonne* qui bUiiciil panie de noire expèdilioa deranl bientdl k di)- 
pener, je nis eu daoner ici la liste , d'où l'an verra que Irt Ciiudiea> >oat presi|iit! 
loni d'utractioD trançniie : i° le major Mircbill , commandaDt de l'eipéditioD ; 
1* M. CutberUDn, cominis; 3° Dechamp, demi'Mng , chaBirur ; t* L. Pipiu, rhai- 
wur; 5° Oeebuap , (rare duchuaeur; 6* Galir. Benoit; ;• David Heauchaoïp ; 
■■• Aug. Bourboonail; g* Pierre Groteaii , !□<> Aot. Dauphin; ii^Cypr. DeiDoyen; 
ti' Julei Duchouquelle ; i3*Guitl Dapron; 14* tlrb. BoUuc; iS* Pierre Carpert- 
tier; 16* Bapt. Deajardint; 17* L. Deanojerai iB* Joa. Deroy ; ig» L, Daproii; 
90* D. Garoier; ii* Aat.Guyon; 13* Haniplle ; i3° B. Jaquemont; 14° L. Lucomie; 
95°CarifcIle; aS'L. Laramie; 17* Jeau Lairttie; iS'Léandre Maréchal; 39' Jules 
Haréclu]; 3o° P. Maxant, iLewart ou prépoié au «ervice de la chambre; 3i* Henri 
Hoirin, pilote; 3v Laracutle Mutin; 33> L. Viaceoaeau; 34* L. Ladéroute : 
35* L. Palaier; 36* Pierre Beaudump; 37*T. SurpreaaDt; 3S* L. Saucier, menuiBifT: 
39* AIrx. Thiébaul ; io' Fr. Soitchcltu ; i 1' Jus. Sourhette ; 41° Pase. T»rique ; 
43* L- Torique; n' Ch. Truddle ; 4S' Jos. Poldevin, cuisinier, tous engagés et 
Canadieni: plus, deux Amérteaiiu, savoir: iH* William Smilh; 47° Sliouls; 4B" ■" 



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lUG VOYAGE DAMS l'iNT. UK l'aHÉR. DU KORD. 

rEDHuï indienne île M. Hilrbill, fille du chas>«ur Dechimp; 4y° une femme |iinl- 

noire , eL ude autre étrangère ; iaisant en lout Su penonoes. 

■ Li lisle suifiole du gîliier lue pendant le rojsgp ne len pu uns inlèrèl puur 
\ei iinuleiin de It chaise : S( biioni, 4 elL* mllrs, i3 bniellet, i jeune, S nrFi r 
i|(1«m: noire , 4 liichei , i fion , S cerb onlinairei , i S birbe* , î fiont , s eabris . 
1 gnssef-comei , g ourt, i loup, i puluii, i |>orc-é|iic. i lièvrei, 6 ai^ei, S hi- 
boux, 3 poule dd prairiei, lO oies lauvagM, iDcliieni de« prairiet. i lapereau. 



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ocxïaoacociaaixiCMSKïeKXXxxKiHa^^ 



CHAPITRE XIX. 



PTlOir DU rOBT MACKENEIK KT DK SES ENVIBIip», AINSI IjUt 



DcMsiplion du Knrt et Je set enviruiu. — Les liidiriis l>itJ»-Ni 



Lr Tort Mackenzie, auquel M. Mîtchîll, en le fondant 
eo i83a, avait donné le nom de fort Piékann, est destiné 
à servir d'entrepôt au commerce des pelleteries avec les trois 
tribus d'Indiens Pieds-Noirs, et avec plusieurs autres nations 
voisines, telles que les Gros-Ventres des prairies, les Sassis ' et 
lesKoutanés ou Koutnéh^s*. Ainsi que je l'ai déjà remarqué, 

■ Les SufU ou Sarcii ual une brencbe de Chipewyans qui demeurent plui au 
iiiQrd,eiqu'iliMha(puGanfbiidreiTMteiOjibouaii(Chipewui). (Toji. Alex- Hic- 
keoxie, p. lui cl cni.) Tanner {Ibc. cit., p. 390) parie de leur langue, el le 
(apitaine Franklin, dam ran Premier Vojage (p. log), dit que celte tribu compte 
MOI ciaquaDte tentea. Le docteur Horae, dani nu Rapport (p. 34), appelle cet 
lodiena Sururi. D'aprèa te capilaioa BooDarilIc, on lei comprend ordioairemeat 
KHa le nom de l'ieds-Noin ; mail quant à la partie du pajs que ]'ai parcourue , 
cela o'eii pai eiacL 

' La Koalanéi ou Kontnéliéa habitent par-ddà lei lourca dn Haria-RÎTer, sur 
l'autre wrtant dei monlagnet Hocbeuiei , et forment nue tribu peu moibrMue 
doul j'aurai encore occasion de parler plut bat. Le docteor Honc (/m. cil, , ji. 3t ) 
lei appelle Coulouni. Pluiîeun autre Iribiii ou nations indiennes, qui soul ciléei 
dans cet ounage, comne entre autres les Kipii/i (Ibid., p. 34), n'oitt jamais Oli- 



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100 VOYAGE DANS LINTERIEUH 

la Compagnie américaine des Pelleteries avaitconclu en i8ai 
une convention avec ces tribus, et, à ret efTet, elle leur avait 
expédié l'interprète Berger , Canadien assez versé dans la 
langue des Pieds-Moirs, qui amena environ soixante-dix 
Indiens de cette nation pour tenir un conseil au Fort-Union. 
A sa première rencontre avec ces hommes dangereux, 
ils voulurent le tuer; ce ne fut qu'après de longues discus- 
sions qu'un certain chef parvint à lui sauver la vie. Le traité 
que M. Mackenzie, à la suite de ces négociations, conclut 
avec les Indiens , se trouvera dans l'Appendix '. Dès qu'il fut 
accepté par les deux parties, on expédia un keelboat chaîné 
de marchandises au Maria-River, sous la dii-ection de 
M. Kipp. Le premier fort Piékann, qui est maintenant en 
ruines, fut construit. L'aspect de la nombreuse réunion de 
diverses nations indiennes, qui eut lieu à cette époque, fut, 
dit-on, très-intéressant. Plus tard, ayant reconnu que le 
site du nouveau fort n'était pas avantageux, le major Mit- 
cbill,qui, dans l'intervalle, avait remplacé M. Kipp, le 
transporta à l'emplacement qu'il occupe aujourd'hui, où une 
prairie étendue favorisait les rassemblements dlndiens. Le 
nouveau fort fut construit en peu de jours , dans l'année 
iSSs. Pendant qu'on le bâtissait, on habita le keelboat; et 
durant tout le temps on était entouré, ou, pour mieux dire, 
blo<|ué par quatre à cinq mille guerriers, et, en tout, par 
une population de dix à douze mille Indiens, gens fort 
dangereux, à qui l'on n'osait en aucune manière se 6er, 
et dont on ne connaissait q[ue trop le caractère perfide, ra- 
pace et sanguinaire. £n eiTet, quelques légères mésintelli- 
gences faillirent amener la rupture de la paix, ce qui aurait 
infailliblement causé l'anéantissement de tout rét{uipage du 
bateau; et la conduite ferme et résolue de M. Mitchill put 
seule empêcher les hostilités d'éclater. Déjà les Indiens avaient 
coupé le câble qui amarrait à la rive le keelboat, seul refuge 



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DE l'aMÉRIQIIE du NORD. 1 89 

des Américains, de qui la situation était en ce moment des plus 
périlteustrs , et d'autant plus que les Indiens du Sang avaient 
été de tout temps les ennemis déclarés des blancs. Mais aus- 
sitôt que l'on eut pris possession du fort promptement achevé, 
la situation des marchands prit un tout autre aspect; car ou 
y était à l'abri des attaques ordinaires des Indiens, et l'on 
avait des vivres, de la poudre et du plomb pour foi-t long- 
temps. On oe laissa plus approcher sans distinction tous les 
Indiens; on prit des mesures de sûreté, et lesPiékanns. qui 
habitent plus particulièrement ce voisinage, et dont on volt 
ici quelques familles dans toutes les saisons de l'année, vin- 
rent dresser leurs tentes dans les environs du fort. 

Lenouveau fort cstsitué à cent vingt pas environ delà nve 
septentrionale du Missouri, qui, un peu plus bas, forme un 
grand coude. On compte de ce point à la plus haute chaîne des 
montagnes Rocheuses, à peu près cent milles anglais, mais 
seulement quinze à vingt milles jusqu'au commencement de 
ces montagnes, et une forte journée jusqu'aux chutes du 
Missouri. 

Le fort est construit d'après le système des postes de com- 
merce déjà décrits. Il forme un carré dont les cotés ont de 
quarante-cinq à quarante-sept pieds de long extérieurement, 
et il est muni de deux blockhaus et de quelques pièces de 
canon. Il est beaucoup plus petit que le Fort-Union, et aussi 
plus mal et plus légèrement hàti. Les maisons n'ont qu'un 
rez-de-chaussée; elles sont basses: les chambres sont petites, 
la plupart sans plancher; elles ont une cheminée, une porte, 
mie petite fenêtre garnie de parchemin en place de vitres, et 
un toit très-plat couvert en gazon, sur lequel la garnison se 
place lorsqu'on cas d'attaque elle veut pouvoir tirer pai-- 
dessus les grands piquets des palissades. Au milieu de la 
place, est le mât du pavillon. La porte est forte, double et 
bien garnie; et l'on fenne la porte intérieure quand on 
traite avec les Indiens. Alors l'entrée du magasin (sfore) 
indien, placée entre les deux portes, demeure libre; mais 



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|()0 VOYAGE DANS L INTERIEUR 

elle est défendue par une garde nombreuse. Nous avion<t 
apporté avec nous des fenêtres vitrées et divers autres maté- 
riaux destinés à la construction du fort projeté. Avant notrr 
arrivée, la population du fort se compoiait de vingt-sept 
blancs et de plusieurs femmes indiennes qu'ils avaient épou- 
sées, et nous y ajoutâmes cinquante-trois personnes. Toutes 
ces personnes, à l'exception de la première table, qui était 
de six couverts, ne mangeaient absolument que de la viande, 
et l'on pouvait compter qu'elles avaient besoin de la chair de 
deux bisons par jour pour leur consommation. Quand on 
considère l'appétit proverbial des Canadiens, dont on assure 
que deux peuvent manger la moitié d'un bison, on com- 
prendra de quelle importance il était d'avoir de bons chas- 
seurs, et en même temps d'acheter beaucoup de viande des 
Indiens. Pour la chair d'un bison femelle, on leur donnait 
ordinairement vingt balles et une quantité de poudre pro- 
portionnée; quelquefois moins, quand ces animaux étaient 
abondants; mais parfois aussi, quand les troupeaux sont 
éloignés, on en donne jusqu'à quarante charges de fusil. 

Une prairie unie entoure ce fort , derrière lequel , à une 
distance d'environ huit cents pas, une chaîne de collines 6e 
quatr^vingts à cent pieds de liaut s'étend dans la direction 
du sud an nord; à deux mille pas au-dessus du pmte, elle 
i-ejoint le Missouri , dont elle continue à suivre le cours. Les 
bords de cette livière, ainsi que les îles plates qu'elle ren- 
ferme, sont encadrés çà et là de lisières de bois et de brous- 
sailles; quelques-unes des îles en sont même tout à fait cou- 
vertes. Là, les peupliers, les saules, les érables neguodo, 
les bufïâloe4>errie8, le choke-cherries(/'/wi(«/)a(Atf ■w/f^n.), 
forment, mêlés à des roseaux , à une lie[4>e haute et à d'au- 
tres plantes, d'épais taillis, au milieu desquels set^>ente et 
se tortille en quelques endroits le Clemafis corilata, Pursh, 
à fleurs blanches. Un grand nombre de plantes croissent 
dans ces environs, telles f\iie \f: Snrcoèatus Maximi/iani , 
Nées, le Liatri-v grfuninifvfta tla Hordcttm jubatum , Ait.. 



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DE LAMERIQtlK DU NOHD. ICft 

VÀsler muUifiorus, p. cUtatus, Nées, bellidefloms, p. Nées. 
le Novi Belgii, p. sfiuarrosus, Nées (à fleura rosées), setis^pr. 
Nées (à fleurs blanclies), rubricalîs, p. Nées (à fleurs vio- 
lettes); le Scirpus DuvaUii, le Xanthium Strumariuin, le 
Meiuha arvensis et sation, Bent. (Métises), la GriiuMia 
squarrosa (éplnctte de prairie), le Peritoma serrulatum 
deCand.yV^rtemistagtiap/tafioùleSf^utt., le C/irjsoptis (?) 
spinidosa (avec de grandes fleurs jaunes), la Psoratea te- 
nuiflom, Xlvaxantifvlia, et quelques autres. Celte dernière 
plante forme çà et là des bosquets de cinq à six pieds de haut, 
et porte des feuilles colossales. Quand on est parvenu au 
sommet de la chaîne des collines, le regard se porte sur une 
prairie unie et sèctie, et plus loin, sur une prairie élevée, 
dans laquelle, à peu de distance, se trouvent les lits assez 
profonds de deux rivières, le Maria>Kiver et la rivière aux 
Tctions, appelée par Lewis et Clarke, Tausy River, et par 
les Pieds-Noirs, Unneh-Kiésisatt, d'après deux cimes arron- 
dies qui s'élèvent dans son voisinage. Ija dernière de ces 
deux petites rivîèi-es coûte dans une belle vallée verdoyante, 
dont le fond est couvert de grands peupliers, avec de bons 
pâturages d'herbe haute, mais un peu dure, et d'autres 
plantes. CÀttte rivière tombe dans l'autre, non loin de son 
embouchure, après avoir coulé pendant quelque temps pa- 
rallèlement an Missouri. A (rois et demi ou quatre milles du 
fort, il s'en approche d'aussi près que le Mishneboltondi, 
dont nous avons parlé plus haut, à l'endroit appelé the. Ntir- 
rotvs of NiShneltottoneh, ou peut-être même plus près en- 
core; de sorte que la langue de terre qui sépare les deux 
rivières a tout au plus cinq à six cents pas de large '. 

Les grands arbres et les buissons de ces vallées sont habiles 
par plusieurs espèces d'oiseaux, tels que des Blackbinhy 



■ Je doU reaurquer ici en plutDI que la grande car'e spéciale de Lewi* Et 
Clarke, dont j'ai obleou une copie de la conplaisance du major l>'PaIlan,â Saioi- 
Louis , ctt fort etacie pour re qui rfgaide \a envimiis du fort MacLcmie. 



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iqi VOTAC.E DANS l'iNT^RIEUR 

des troupiales orangées ( i ) , des pies (^Pi'ca /tadsonica)' , 
(les corijeaux, des corueitles, de grands et petits gobe-muu- 
clies {Musc, tyrannus, crimta, rutici/Za, etc.), la Fringilla 
/ristis, amoena, gnunmaca, le Ptcus eiyihrocephatus et 
rubricatus , le Falco ."ipaiverius (a), le Falco velox, un 
oiseau de ta famille du geai , bleu cendré, à tête azurée , qui 
descend parfois des montagnes Rocheuses , et dont j'aurai 
occasion de parler plus bas, ainsi qu'un chanteur bleu que 
Ricbardson et Swainson ont décrit sous le nom de Sialia 
arctica^, etc. Ce dernier oiseau habite, dit-on, les monta- 
gitcs Rocheuses , d'où les Indiens l'ont apporté. I^ prai- 
rie, alors dessécltée, était habitée par la stouraelle et par 
l'alouette des montagnes à gorge noire , le Shore-Lark de 
Wilson, ainsi que par quelques petits oiseaux de l'espèce 
des moineaux, par plusieurs espèces d'hirondelles, par le 
JVumerUus longirostrisy dont les jeunes ont le bec beaucoup 
plus court que les vieux, et enfin, par des poules des prai- 
ries ( 7>//no/>/jaj':Vi/te//uf, et peut-être Urophasianus). D'in- 
nombrables sauterelles se levaient sous les pieds des prome- 
neurs, car ces insectes étaient particulièrement abondants 
cetteannée; ils étaient précisément aloi-s à l'époque de l'ac- 
couplement. Les villages des chiens des prairies sont aussi 
habités en ce district par le hibou de terre (3); maïs malheu- 
reusement nous ne pûmes nous le procurer; il se trouve, 
du reste, déjà au sud-est de la rivière de la Flatte. Say l'ob- 
serva d'abord dans les prairies de l'Arkaiisa. 1^ gofTre élève 
id ses petits monticules de terre, qui ressemblant à ceux 
de nos taupes; mais nous ne prîmes point de ces animaux. 
Plusieurs autres RodeiUia se trouvent encore dans ces prai- 
ries, tels que le Spermophilus HootU et diverses espèces de 

P'tea nmr'temta, nuit plui UunI j'ai préféri II dénominaliiiD du pnuce de Hiiii- 

■ Vojri la Vaiata bort^-amtncmta , L II , p). 3g ; ainu que le Voja^ du ca- 
(•iiaine Bark au pâle •rHique , p. fo4 . où il ul patk de oe bel oiwau. 



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DK l'aHÉRIQUE du NORD. ig'.i 

souris. Des loups, des renards, des cerfs, des cabris et des 
bisous parcourraient en foule ces rampagnes, si tes nombreux 
Indiens ne les effrayaient pas par leur poursuite , qui s'étend 
ausâ, au bord des rivières, sur les castors, les loutres et les 
rats musqués. 

Dans les prairies basses qui régnent le long de la rivière, 
la végétation est un peu différente de celle des terrains plus 
élevé»; y trouvant plus d'humidité, «Ile est aussi plus ricbe et 
plus forte. Là , YArtemisia gnaphalioides , Kutt., commen- 
çait à fleurir, et l'on y remarquait de belles plantes de la 
syngénésîe, entra autres, les espèces ^ Aster déjà citées; l'une 
avec une tige ligneuse et des fleurs violettes, une autre avec 
des fleurs blanches, et une troisième dont les fleurs sont 
d'un bUnc rougeâtre. L'épinette des prairies et les autres 
plantes dont j'ai parlé s'y montraient aussi. Au-dessous du 
fort , dans le premier coude de la rivière , il y a une île qu'on 
appelle Horse-Island ; elle est couverte des arbres de haute 
futaie , des taillis , des grands roseaux et des graminées déjà 
cités; c'est là que, pendant l'hiver, on envoie paître les che- 
vaux du fort. On les nourrit exclusivement l'été d'herbe fraî- 
che, et l'hiver d'écorce de peuplier qu'ils rongent; jamais ils 
ne mettent le pied dans une écurie. La rive méridionale du 
Missouri se compose de grands rochers d'argile, dans lesquels 
se trouvent certainement des couches de grès, car, sur le 
bord de l'eau , on rencontre en grande quantité de belles 
empreintes de coquillages'. Ces rochers deviendraîeut très- 
dangereux pour le fort, dans le cas d'une attaque de la part 
des Indiens, car ils le dominent complètement; c'est aussi en 
partie pour ce motif que l'on a résolu de fonder plus haut 
on uouvel établissement. 

Le Missouri n'est pas très-poissonneux dans les environs 
du Fort-Mackenzie ; on y pêche cependant des tortues à 
carapace molle (^Trionyx), de l'espèce dont j'ai déjà parlé, 

' Le> tcbtDliUooi CDiMUi que'i'cii vna recuciUii enl milhEureiuenient péri dant 
ItiMndM du pfroMapbc. 



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igî VOYAGE DAKS L'iITTÉRtElTR 

ainsi que les deux espèces àè'jk citées de catSsh {Pimelodas). 
On prit, pendant notre séjour, un de ces derniers, qui nous 
ofTrit un singulier exemple de la voracité de ces animaux: 
on trouva dans son estomac une pierre lisse et arrondie par 
l'eau, de cinq pouces de long sur quatre de large. Un estur- 
geon (^Acipenser) d'une espèce qui , nous dit-on, ne se trouve 
pas dans le Mississipi , fut pris et géoéralemeut regardé 
c(Hnme une grande curiosité. 

La prairie était animée, dans le voisinage du fort, par le 
camp des Piékanns, divisé en quatre parties et dressé à trois 
cents pas environ des piquets. Les bommes et les chevaux 
en avaient partout foulé et mangé l'herbe; de tous côtés on 
voyait des cavalier! , des groupes de piétons ou de chiens , aux- 
quels il faut ajouter les chevaux du fort , que l'on envoyait le 
matin au vert, sous l'escorte de quatre hommes bien montés 
et bien armés, et qui revenaient au coucher du soleil. Comme 
nous allons bientôt entrer en relations suivies avec les In- 
diens de cette contrée, c'est ici l'endroit convenable de 
parler de la population primitive de ces prairies : des Indiens 
Pieds-Noirs. 

I^es Indiens Heds-Noirs forment une nation nombreuse 
qui se subdivise en trois tribus parlant la m^e langue. Ces 
tribus sont : 

I* Les Siksekai ou Seksekaî, qui sont les Pieds-Noirs pro- 
prement dits ' . 

a" Les Kehna ou Kaënna (Blood-Indians ou Indiens du 
Sang)". 

< Le ttot tikitiaï lignifie dani leur langue pùd noir, ft tuutaa te* MlUm ni- 
lioui ODi conMTVÉ à ce peuple le mtme nom iriduit daiu leurs lauguci reipeetive*; 
tiosi chei lit DuoUi et les AsiiDiboiiu, ili portent le nom de Siha-Sahpa , qui 
lignifie luui piedi noiri , etc. 

> Le nom de Blood-Indiuu (Indieiti du Saag] i, dit-on, l'oripue sDivute. 
Avuit que les Pieds-FJoin k biHciit partagéi en différentes IxcmIm, ils le trou- 
rèrent campés duu le loisiiMge de cinq ou six tenica des K.oulon«ii ou de* Susit, 
je croU d«* pramicn. Les Sikiekaï et les Kehnt voulurent fiire mourir le* Kouto- 
niit nulgrc l'opiKtsition des Piékann*. En coniéquence , une (Xtrlie de ces Indiem 



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DE L AMERIQUE DD NORD. 1(^3 

3" Les Piékanns '. 

Toutes ces tribus réunies peuvent mettre sous les armes 
de cinq à six mille guerriei-s ei comptent indubitablement 
de dix-huit à vingt mille âmes, chiffre qu'adopte aussi le 
docteur Morse, tout en ajoutant qu'il le croit plutôt au- 
dessous qu'au-dessus de la vérité '. Warden ^ pense que 
les Pieds-Moirs ne sont qu'au nombre de cinq mille âmes, 
dont la moitié sont des guerriers, évaluation certainement 
trop faible. On arrive a celle de dix-huit à vingt mille indi- 
vidus, en ne comptant que trois femmes, enfants et vieil- 
lards contre uu guerri^, ce qui n'est certes pas trop. Les 
Pieds-NcHrs errent dans les prairies qui avtHsinent les mon- 
tagnes Rocheuses; ils vivent aussi en partie daus ces monta- 
gnes, entre les trois fourches du Missouri, dont Jeffersou- 
Hiver est la plus septentrionale, Madison-River celle du 
milieu, et Gallatin- River la plus méridionale ou, si l'on 
veut, la plus orientale. Toutefois ils se montrent, et surtout 
les Piékanns, jusqu'au Maria-Biver, dont ils parcourent les 
prairies et où le commerce avec la Compagnie américaine 
des Pelleteries réunit parfois les trois tribus. Ils font aussi le 
commerce avec la Compagnie de la baye d'Hudaon et avec 
les Espagnols de Santa-Fé, ce qu'attestaient les couvertures 
de laine espagnoles, les croix et autres objets que nous leur 

atuqoa , praiduil U nuit , le petii nombre de cabanea , en nuuucrèreDt Ici habi- 
tanu , dont iii eulevèreni [m acalpi , et , iprà l'ttre barbouilU le visage et lea main* 
diung, ili ralouraèreol chu eux. Ot acte de barbarie doimt lieu i une querelle à 
la luile de laquelle les Indien» le léparérent, et le* auauint reçurent le nom qu'il) 
eomerreot encore. Ik oat toujoun montré des diipoiitioiu plus uuguioairu ei plu» 
mit» que Ici niim, uodù que le* PiéLanni ont été, an contraire, les plui ido- 
déréiet la ptoi hunaiiM de lear nation. 

■ Les Américaitii, au lieu de PiéiaaH, ont coutume de p^nonoer Piegaitn, ce 
qui o'eil pai exact. Kékann , Siluekaï et Kehna , sont le* oomi au liogulier; quand 
OD 7 joint le mol kouana , par «untple PiéluMn-kouann , cela veut dire un Fiékann ; 
et Biee le mol koittx , coDune PiékanQ-kouex , c'est le peuple des PiâLanoi. Xouu 
t^i&e donc peuple ou geni. Aleiandrc Mackeniie nomme relie nation Ici Pira- 
Dcaux, ce qui eit lan* doute un nom donné par les Canadiens. 

> Voyez ion Report , etc. , p. iSi. 

i \oynVltxAca,loc.cit., t. lit, p. 86), 



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1^ VOYAGE DAMS l'iSTÉRIEDR 

vîmes porter, bien qu'il soit presque certain que la plupart 
de ces choses sont le produit du butin fait par eux à la 
guerre. On ne pouvait s'y méprendre en voyant les noms 
traces sur les fusils, les boussoles, etc., qu'ils portaient. Ils 
sont très-dangereux pour les blancs qui chassent isolément, 
et surtout pour les traqueurs de castors. Ils les tuent tou- 
jours dès qu'ils tombent dans leurs mains. Aussi, les troupes 
armées de marcbaiids leur font-elles une guerre perpétuelle. 
On assure que dans l'année i833 ils ont tué cinquante-six 
blancs et quelques années auparavant jusqu'à quatre-vingts. 
Dans le voisinage du fort ils se montrent pacifiques, et les 
Piékanns surtout s'y conduisent bien amicalement à l'égard 
des blancs; mats les Indiens du Sang et les Siksekaî n'inspirent 
nulle part de confiance. Ils sont tous passés maîtres dans 
l'art de voler les chevaux , à la vue même des postes de 
commei'ce. Ainsi que je l'aï dit , tous ces Indiens sont com- 
pns, par les blancs, sous le nom générique de Pieds -Noirs , 
mais qu'eux-mêmes n*ont jamais étendu si loin; car ils dési- 
gnent toujours chacune des trois tribus sous sa dénomina- 
tion particulière. En attendant, comme ils parlent la même 
langue, qu'ils vivent ensemble et n'ont rien qui les distingue 
extérieurement , c'est avec raison qu'on les regarde comme 
la même nation, et ce sera aussi comme telle que je les décri- 
rai sous le même nom. 

Nous ne possédons encore aucun portrait exact et détaillé 
de ces gens; car les marchands de pelleteries américains 
qui ont des relations habituelles avec eux, et qui les con- 
naissent par conséquent le mieux, prennent rarement in- 
térêt à des recherches scientifiques. Brackenridge ', entre 
autres, a offert la preuve combien ce peuple était peu connu, 
puisqu'il l'a pris pour des Dacotas, tandis que la seule compa- 
raison de quelques motsde leurs langues respect! vesaurait suffi 
pour démontrer le contraire. Quant à l'extérieur, les Picds- 



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DE L AHKRIQIIE DU HOBD. 197 

Noirs De diflereat pas beaucoup des autres Indiens du haut 
Missouri. Ce soDt des hommes vigoureux, souvent beaux et 
bicD faits, et quelques-unes de leurs femmes et de leurs 
filles sont fort jolies. Les hommes sont, les uns musculeux 
avec de larges épaules, les autres de taille moyenne ou 
même petite; beaucoup d'entre eux portent 9 à 10 pouces, 
mesure de Prusse. Je vis un Indien du Sang qui avait 6 pieds 
1 1 pouces d'Angleterre, et plusieurs Pîékanns approchaient 
de 6 pieds de roi; celui que l'on appelait Big-Soldier avait 
5 pieds lo pouces a lignes de France, etc. Us ont souvent 
les bras et les jambes plus minces que les blancs, maïs ce 
a'est'pas là une règle générale; leurs mains et leurs pieds 
soDt ordioairement petits, d'un brun noirâtre, avec les 
veines très-marquées, absolument comme chez les Boto- 
coudes et chez les autres naturels du Brésil , avec lesquels, 
ainsi que je l'ai déjà observé plus baut, la parenté des tnbus 
de l'Aménque septentrionale ne paraît pas douteuse '. Les 
traits du visage sont, quant aux lignes principales, les mêmes 
que chez les autres Américains du Nord; je les ai déjà 
décrits. On rencontre souvent des nez légèrement courbés 
et rabaissés. Souvent aussi le nez est long et étroit, presque 
Juif, avec les ailes en général peu larges; elles le sont souvent 
davantage chez les BréulieDS, mats ce n'est pas uoe règle 
générale. Chez la plupart des Pieds-Noirs, le nez est aquilin ; 
leurs yeux sont en général brun noir; Dtais j'ai vu ud 
KékanD qui avait autour de l'iris un cercle d'ua gris bleu 
clair. Leurs cheveux sont noirs comme du jais et assez roides, 
mais moins brillaDta que ceux des Brésiliens. Ils ont la barbe 
et le poil peu épais; oiais, du reste, ils l'arrachent avec soin , 
au moyeu soit d'un fil tordu , soit d'un morceau de fer blanc 
recourbé. Chez les vieillards les cheveux sont souvent gris; 
mais on en voit aussi de jeunes dont les cheveux ne sont 

■ ^Eppig t èlÉ mui frappé de li reuemliluice dn CbalonM du Hooilliga m'C 
In ABrric«iiii du Nord. Vojei wi Voyagea duu l'AmériquE méridioDile , L II , 



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198 VOYAGE DANS L'iNTtRIEUB 

que brun foncé. J'ai vu une famille tout entière de PiékaDQS, 
près du Fort-Mackenzie , qui avait les cheveux mêlés de 
noir et de gris; mais, en revanche, je n'ai jamais rencontre 
chez eux de personnes chauves. La couleur la plus «Hliaaire 
de la peau chez ces Indiens est d'un beau brun rouge vif, 
souvent réellement cuivré , et en général plus foncé que chez 
beaucoup de Brésiliens. Cette couleur brun foncé se vent 
déjà chez de petits enfants; les nouveaux-nés seuls sont un 
peu plus clairs. De même que chez les Brésiliens, les enfiuits 
ont presque tous le ventre gros et les membres minces , et 
souvent le nombril gros et proéminent. En venant au 
monde ils ne sont pas blancs, mais brunâtres et jaune noi- 
nâtrc, et l'on m'a assuré que même les enfants des blancs et 
des Indiennes ne naissent pas tout à fait blancs et ne Uan- 
L'hîssent qu'avec le temps. 

Les Pieds-Noirs ne déforment pas leur corps. Aucune des 
nations du Missouri ne se perce le nez ou les lèvres, à l'ex- 
ception d'une seule tribu qui habite les montagnes Rocheu- 
ses et qui est connue sous le nom de Chopouniche ou 
Pierced-Nose-Indians ; celle-ci se perce la cloison du nez. Ce 
n'est qu'aux oreilles seulement que les Pieds-Noirs prati- 
quent un ou deux petits trous, dans lesquels ils portent des 
ornements de divers genres, tels que des rangs de grains de 
verre, alternant avec des cylindres blancs faits avec le Den- 
talium qu'ils reçoivent en échange des nations de l'ouest 
des montagnes Rocheuses, et surtout des Koutoniis. Beau- 
coup de Pieds-Noirs ne portent rien dans leurs oreilles, et 
leurs cheveux longs et touffus cachent ordinairement ces 
parties. Je n'ai jamais remarqué chez eux de tatouage; mais, 
en revanche, plusieurs d'entre eux portaient aux bras des 
entailles parallèles cicatrisées, et la plupart manquaient d'une 
ou de deux phalanges des doigts , circonstance dont je pai^ 
lerai plus au long ci-après. Ils se fardent le visage avec du 
rouge de vermillon qu'ils achètent des marchands et qu'ils 
i-endcnl luisant en le mêlant avec de la graisse. D'autres se 



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DE L AHKBIQUE DU HOBD. I QQ 

peignent en i-ouge seulement le tour des paupières et quel- 
ques raies sur les joues; d'autres encore se peignent le visage 
en jaune avec une certaine argile et le tour des paupières eu 
rouge; ou bien le visage en rouge, le front et une raie par- 
dessus le nez et le menton en bleu , avec cette terre d'un 
éclat métallique dont j'ai parlé et qu'ils tirent des monta- 
gnes ' ; d'autres, enfin , se peignent le visage tout entier en 
n<Hr, les paupières et quelques raies seulement en rouge- 
Cliez les femmes et les enfants, on oe remarque que la couleur 
uniformément rouge de cette partie. Le vermillon dont les 
Indiens se servent leur coûte fort cher; car la Compagnie 
leur en vend la livre à raison de jo dollars (5d francs). Les 
Pieds-Noirs ne se peignent pas le corps; je ne l'ai du moins 
jamais remarqué chez eux, et ils se le couvrent habituelle- 
ment. Leurs cheveux pendent en désordre sur les yeux et 
autour de la tête; mais les jeunes gens qui tiennent à t'él^ 
gance, les séparent régulièrement, les peignent et les lissent. 
Souvent on voit des deux côtés, près des tempes, un petit 
coquillage attaché à une mèche de cheveux; d'autres portent 
. sur le côté gauche du front une mèche de cheveux entou- 
rée de fil d'archal ou de fer, et parfois aussi des deux côtés; 
enfin , il y en a un petit nombre qui ont adopté la parure 
usitée chez les Mandans et les Meunitarris , et qui foi*me un 
long cordon des deux côtés du fi-ont. Je la décrirai plus en 
détail en parlant de ces derniers. Parmi ceux qui la portaient 
je remarquai Makouié-Poka, fils du vieux Koutonais ', 
et quelques autres Pieds-Noirs qui avaient eu des relations 
avec les Meunitarris. Chez leurs guerriers distingués, une 
touffe de plumes de hibou ou d'oiseaux de proie pend sur le 
dertière de la tête, et parfois des peaux d'hermine ornées de 



t D'aprii rtnalTK faile fu M. Cordier, à Paru, cMIe tcm w compOM d'un 
pcnuj'dt termui da br, i«ob«blcnuat mile d'an p«n d'argile. 

■ J'ai GODiniiuiiquc k H. le prohucuT Sdiini un portnit fort mMmbhut da os 
jaaoe Isdian. duu wn {do* bean cottune, pour l'Iuérar duu ua ouiraie inU- 
lolé : Hittoirc naliirclla dea hommci et da mimmifÈn^ *teg figura lilbognphiéei. 



D.gitizecbyG00glc 



aOlt VOYAGE DANS L INTÉRIEUR 

sonnettes , de bandes de drap ou de boutons brillants; on 
bien , sur le haut de la tête , des plumes noires coupées très- 
court comme une brosse, ainsi qu'on peut le voir sur le 
portrait de l'Assiniboin Noapeh (Planche xii). Quelquefois, 
mais rarement , on en voit qui ont rassemblé leurs cheveux par 
derrière en une queue longue et épaisse; et plusieurs, no- 
tamment les Hommes de Médecine ou jongleurs , les portent 
partagés en plusieurs tresses épaisses tout autour de la tête , et 
que, pour plus de commodité, ils réunissent ordinairement 
sur le front en un seul nœud épais noué avec une lanière 
de cuir. Plusieurs se serrent le front avec un morceau étroit 
de peau ou une courroie, dans laquelle ils fichent une ou 
. deux plumes; d'autres s'attachent dans tes cheveux de gran- 
des grifîés d'ours; la plupart, lorsqu'ils sont en grand cos- 
tume, portent le grand collier de ces grifTes, ce qui est un 
ornement bel et coûteux, ou bien un collier d'une racine 
odoriférante dont le parfum ressemble à celui du fenugrec 
et qu'ils achètent des Koutonais '. 11 leur arrive assez sou- 
vent de se parer d'un collier tressé carrément et fait d'une 
espècedegraminée odorante', apparemment l'^/ito.ranMwn, 
ou bien avec des grains de verre qu'ils payent à la Compa- 
gnie de 3 à 4 dollars la livre, et auxquels les femmes surtout 
attachent un fort grand prix. Quelques Pîékanns portent 
suspendue au cou une pierre verte de formes diverses' ou des 
dents de bison, de cerf, d'eik, de cheval et d'autres ani- 
maux ; ou bien encore de grands disques de nacre de perle 
ronds et plats. La plupart portant aux doigts des anneaux 
de cuivre, qu'ils achètent par douzaines de la Compagnie; 

' Celle radua, que I'od coupe cDpeliUcjlindrci nique l'on enfile, se pije forl 
cher pu d'auira nalioiu telle* que lei Crib> el Ici OjibouRÙ. On *'en toi ansti 
comme d'un appll pour les cailon, qatod on veut prendre de ee* «uimaui. 

• Cet UMge de Eure de* iieuet d'berbe* odorifcrinlei w rctranve rumÎ chei d'ui- 
Ires a>iioiu>epleainon*le<, tella que In Ujib«uaii (Toyei Schooknfl, Etptd. of 
G«*.Caii, p.3oa). 

) Celle pierre lerie e*t «ne «pêce de Ulc cani|iacte ou de sièalite qui k Irou»' 
dani ta m 



D.oiiiz.owGoogle 



DE l'Amérique du hobd. 301 

tantôt ils en meltent six ou huit k chaque doigt , tantôt seule- 
ment un ou deux à toute la main. Ils laissent ordinairement 
croître les ongles de la main, ou du moins toujours celui 
du pouce , qui est quelquefois recourbe comme une grifle. 
I^'habit des Pieds-Noirs est fait de cuir tanné, et leurs plus 
belles chemises de cuir sont faites de peau de grosse-corne 
qui, l(H-squ'etle est neuve, est d'un blanc jaunâtre et fait un 
effet fort agréable. Tout autour de ces chemises règne en 
général une bordure à laquelle on a laissé le poil. Elles ont 
des demi-manches, et les coutures en sont garnies de touffes 
de cheveux dliomme ou de crins de cheval teints de diffé- 
rentes couleurs, et dont la raâne est entourée de piquants 
de porc-épic. Autour de l'ouverture par laquelle passe le 
cou, elles sont garnies, par devant et par derrière, d'un 
rabat qu'aujourd'hui on double généralemeut en drap rouge 
et que l'on garnit de fianges ou de rangées de piquants de 
porc-épic jaunes et bigarrés, ou bien de grains de verre 
bleus. Quelques-uns font tous ces nombreux cordons qui 
retombent, d'étroites bandes d'hermine blanches, ornement 
fort coûteux , ces petits animaux de proie étant déjà devenus 
rares, par suite de la fréquente chasse qu'on leur fait. Plu- 
sieurs d'entre les chefe et guerriers distingués portaient de 
ces costumes qui sont réellement fort beaux, et que les nom- 
breux cordons qui pendent de tous côtés font ressembler 
aux sacs à tabac hongrois. Aussitôt que ces chemises de 
cuir commencent à se salir, on les peint en rouge brun; 
mais elles sont beaucoup plus belles dans leur neuf. Quel- 
ques-uns de ces Indiens portent aussi tes rosettes rondes 
des Assinihoins sur la poitrine ou sur le dos; mais ce 
n'est jamais là qu'une mode empruntée à l'étranger; cet 
omemeut n'appartient pas au vrai costume des Pieds-Noirs. 
Leurs leggings ou culottes sont faites comme celles des 
autres Indiens du Missouri et oriiées comme elles de touffes 
de cheveux ou de cordons bigarrés de piquants de porc- 
épic; leurs souliers, qui sont faits de cuir de bison ou d'eik. 



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aoa VOYAGE U&NS LIHTERIEDR 

sont brodés aussi avec des piquants de poroépic, mais avec 
cette différence que la couleur des omements est diiTérente 
dans chacun; ainsi, par exemple, si les ornements de l'un 
sont jaunes, ceux de l'autre sont blancs, mode qui n'existe 
pas sur le bas Missouri oii les deux souliers sont de la m£œe 
couleur. 

La principale pièce de leur costume, la peau de bison 
(^Buf/a/oe-Roie), est généralement peinte du côté tanné, 
mais avec moins d'art que chez d'autres nations. Oi y 
remarque ordinairement des lignes noires parallèles, avec 
un petit nombre de figures variées, telles que des pointes 
de flèches ou d'autres mauvaises arabesques; il y en a qui 
représentent les exploita de guerre en noir, en rouge, en 
vert et en jaune. Ces figures peignent la prise de prison- 
niers, des morts, des blessés, des armes et des chevaux en- 
levas, du sang qui coule, des balles traversant les airs el 
autres objets semblables. Ces robes sont broHées des plas 
vives couleurs et ornées d'une bande transversale de {ûquants 
de porc-épic, partagée en deux parties égales par une rosette 
semblable, l^e fond de la peau est souvent rouge brun avec 
des figures noires. Tous les Indiens du Missouri portent de 
ces robes, et l'on sait que ce sont les Meunitarris et les Cor- 
beaux qui les travaillent avec le plus de soin. Le major Lcmg, 
dans la relation de sa première expédition , a déjà donné le 
dessin d'une peau de ce genre; mais étant le seul qui soit 
venu à ma connaissance, j'en ai fait aussi représenter un, 
planche zzi, fig. i. La Compagnie paye ces peaux avec 
des marchandises d'une valeur de 6 à lO dollars. Pendant 
l'été on les porte avec la fourrure en dehors; l'hiver ou met 
le poil en dedans ; l'épaule et le bras droits restent f»^linai- 
rement libres. Il paraîtrait que ce vêtement doit être trc^ 
chaud en été et trop froid en hiver; mais l'habitude et l'en- 
durcissement rendent tout supportable, et bien des gens 
s'habillent de même en toute saison. 

Ainsi que les autres tribus, les Pieds-Noirs portent à la 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'am^sique du noad. 2o3 

maÎD uDe aile d'aigle ou de cygne , ou une queue d*oiseau de 
proie ou de hibou, en guise d'éventail; la poignée en est 
garnie de cuir ou de drap de couleur. Ta Compagnie expé- 
die aujourd'hui à ses postes de commerce des queues de 
coq d'Inde sauvage qui trouvent du débit. Chaque Pied- 
Noir tient souvent en main son fouet, ainsi que son arme, 
un fusil , et porte sur le dos , en bandoulière, son arc et ses 
flèches; ces dernières sont renfermées dans un carquois ou 
sac de peau ou de cuir, auquel s'attache un étui pour l'arc, 
du même genre mais plus étroit. Il porte à- une courroie qui 
passe sur l'épaule sa gibecière et son cornet à poudre, tandis 
qu'un grand couteau de chasse, dans sa gaine, est fiché par 
derrière dans le ceinturon de cuir. 

Dans l'été, ces Indiens portent souvent leur robe de bison 
sur la peau nue, et parfois aussi en hiver. Le costume des 
femmes est semblable à celui des autres Indiennes du Mis- 
souri. Il consiste en une longue chemise de cuir qui descend 
jusqu'aux pieds et qui est nouée au-dessus des hanches avec 
une ceinture, souvent ornée de plusieurs rangs de dents 
d'elk, de boutons de métal et de grains de verre que l'on 
y a cousus. Sur la poitrine ce vêtement se ferme en tra- 
ven, uo peu largement; il a des manches courtes et larges, 
garnies de beaucoup de franges, qui souvent retombent, 
comme dans le costume national polonais, mais pas beau- 
coup i^ns bas que le coude. L'avant-bras demeure en général 
nu. Lie bas de la chemise est également garni de franges et 
découpé en festons. Les femmes ornent leur costume de 
cérémonie de piquants de porc-épic peints et d'étroits cor- 
dons de cuir, ou bien de raugs diversement disposés de grains 
de veire bleus et blancs, sur le bord supérieur et autour du 
haut du bras. Les Indiens n'aiment pas à voir sur la peau des 
grains de venv d'autres couleurs, de rouge, par exemple, 
et leur goût est fort juste, quant au contraste des couleurs; 
c'est ainsi que dans leurs cheveux qui sont noirs ils portent 
du rouge, et sur la peau qui est brune du blanc, du bleu de 



D.gitizecbyGcpglc 



2o4 VOYAGE DANS l'iNTÉRIEUR 

ciel OU du jaune. Les femmes sonl foil adroites à travailler les 
habits et à taooer le cuir ; les hommes ne coarectioDnentque les 
armes et l'appareil à fumer. Les femmes, dont le sort, à tout 
prendre, n'est pas très-malheureux, sont chargées, comme 
dans les autres tribus, des travaux pénibles. Elles savent 
fort bien teindre, et se servent, pour la couleur jaune, d'une 
espèce de mouise jaune citron qui croît sur les arbres 
aciculaires des montagnes Rocheuses; j'ai malheureusement 
perdu les échantillons que je m'en étais procurés. Une ra- 
i-inc donne une belle couleur rouge, et elles tirent plusieurs 
iiiilres couleurs très-vives des matières que leur fournissent 
les blancs. C'est avec elles qu'elles teignent les piquants de 
|)orc-épic et les tuyaux de plume avec lesquels elles brodent 
fort joliment. I^es petites filles sont vêtues de même que les 
femmes, et leur costume est souvent garni de dents d'eik au- 
tour des bords '. 

Les lentes de cuir des Pieds-Noirs, leur distribution inté- 
rieure, ainsi que la manière dont ils chaînent les chiens et 
les chevaux, sont absolument semblables à celles des Daco- 
las, des Assiniboins et des autres hordes errantes et chasse- 
i-esses du haut Missouri. Les tentes de peaux de bison tau- 
nées ne durent guère qu'une année; au commencement elles 
sont propres et blanches; plus tard elles deviennent brunes et 
même noires autour de l'ouverture d'oîi s'échappe la fiimée; 
plus tard encore elles se montrent transparentes comme du 
parchemin et fort claires à l'intérieur. On voit fort rarement 
des tentes peintes ou ornées de figures dessinées. Il n'y a 
que quelques chefs qui en possèdent. Quand ces cabanes 
sont démolies, elles laissent après elles un cercle de mottes 
de gazon, absolument comme ceux que l'on voit chez les 
Esquimaux '. Elles sont souvent entourées de quinze à vingt 
chiens, que l'on ne mange point, mais dont on se sert pour 
tirer ou pour porter des fardeaux. Quelques Pieds-Noirs 

■ Cei itaU il'dk le payent fort cher par Ici Inilieiii. 
> Vi^H Cip. Lyon, Prit. Jeun. , p. Si. 



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D.oiiiz.owGoogle 



vtg. 9, tome II, page tOb. vig. lo, Iudm 11, page lo&. 

Sacs de parchemin des Indiens PJed»-Noirs. 



vig. ll.WiMll.pageîOâ. 
Cuiller en corne de Bighorti, en usage chez les Indiens Pieds- Noirs. 



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i>E l'auéaiqde du noiiD. 2o5 

qui ont séjourné chez les Dacotas , les imitent et tuent 
leurs chiens pour s'en nourrir; mais cela est fort rare '. A 
côte des tentes ils placent leurs travails qu'ils appellent 
manesti et qu'ils empilent en forme de cône, ce qui les 
Ëiit ressembler aux tentes, si ce n'est qu'ils ne sont pas re- 
couverts de cuir. C'est là que l'on suspend les boucliers ou 
psre-flèches, les sacs de voyage et d'emballage, tes selles et 
les brides; et très-haut, sur des cordes, à l'abri des dents des 
cbiens, la viande, les peaux et autres objets semblables, 
coupés par bandes et sur des couches étroites. Souvent 
aussi Ton suspend et l'on attache à une perche séparée, ou 
bien au-dessus de l'entrée de la tente, le sac ou le paquet 
de médecine, c'est-à-dire, l'appareil magique. Le mobilier 
consiste en robes de bison, en couvertures de laine pour 
coucher dessus, en plusieurs sacs de parchemin peint, par- 
fois en forme de croissant , garnis de cordons de cuir et de 
franges (voyez les vignettes n" 9 , 10); en plats de bois, en 
grandes cuillers faites de ta corne du bighom, qui est très- 
lai^e et très-creuse (voyez la vignette n" 1 1 ) ; en vases à boire 
en corne , en chaudrons , quelquefois aussi en batterie de fer- 
Uanc qu'ils achètent des marchands, et en quelques autres 
petits objets. Au milieu de la tente brûle le petit feu , dans 



■ H. Milchill rm iorité un jour i ane de ce* fitet oâ Vaa mit fut cuire dans 
uw numnile plwieun jcuoee chien> avec II pnu. Le millre de h OMiwn prit le 
premier un dei chieiu daat le pot, el lui •mcbt le nez qu'il orrril i Ma conriTci. 
I«> chieni ia Pied*-?(oiri >ont de toutet couleun; je ue la si jimiii eDleodni que 
hurler el point iboyer. Quelquei-uni lODi fort bien mirqiiés, bleu cendre, inscde 
petilei tacha Doim ; d'aiiirea MM ronge brun , Doin , blano ou lacbeléi de ca 
denièrei couleun ; d'auirei encore te diitinguent \ peine da loupa. Il j ea a de 
deoi lacet, dont Tune reuemble plus au loup el l'autre au rcnanl. II leur arrive 
MMnent da monrir de raim , et la ijoiphonie de huTtement* qu'ila {ont entendre < 
lonqu'iU lOBt icnnii au nombre de vingt à lalianle, e>t insupportable ; il noo* 
était NHiTCQt impoaiible de dormir de toute la nuit. Warden {loe. eif. , L I, p. log] 
cite un tùt qui prouve éridemmeat que lei cbiem ordinaires det Indien! descen- 
dent de* loapa; il dit que la Indieni de Long-Islaod ékvaknt en 1640 de jetnia 
loupi qui géwùent comidéivbleawnt let troupeaux da coloni européeni. Kalm 
cooGnoe ce tait , el même en Europe on a louveni employé da loupa apprivoii» 
CB gnite de cbieu. 



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Uo6 VOYAGE DAHS L'iIfTÊBIEUR 

un cercle formé de pierres, au-dessus duquel on suspend 
le chaudron. Dans le mobilier on peut compter aussi les 
harnais des chevaux. En gënéral, on attadie seulement à la 
mâchoire inférieure du cheval un loof; cordon de poil de 
bison tors, ce qui sert à le fixer à la prairie. La selle ressem- 
ble beaucoup à celle dont on se sert en Hongrie; elle se com- 
pose de deux planches larges et plates, formant entre elles 
un angle, et qui reposent le long des côtés du dos du cheval ; 
par devant et pa^derri^elle a un appendice qui s'élève tout 
droit à une assez grande hauteur, et d*où pendent souvent 
des franges de cuir. Cette selle se couvre d'une peau, et une 
autre est placée dessous. Les deux servent la nuit de lit au 
cavalier. Les Pieds-]!4oirs aiment comme objets de luxe, de 
belles housses, faites de peaux de panthère qu'ils tirent 
principalement des montagnes Rocheuses. Ces animaux com- 
mençant à devenir rares, les peaux en reviennent assez cher; 
on donne souvent pour en avoir une un bon cheval, quel- 
quefob plusieurs chevaux, et sa valeur, estimée en argent, 
est rarraient au-dessous de 5o dollars. La peau de panihère 
est placée en b^vers, de façon que la longue queue retombe 
d'un côté ; elle est doublée de drap écarlate qui forme une 
lai^e bordure tout à Tentour. (Voyez le portrait du Piékann 
à cheval, sur la vignette n" xix.) 

X^ pipe est encore un meuble indispensable aux hommes. 
Celles qu'ils fabriquent eux-mêmes sont moins belles que 
celtes des Dacotas, qu'ils estiment beaucoup et qu'ils cher- 
chent à se procurer par des échanges. I.es véritables pipes 
des Pieds-Noirs sont failesdece talc vert dont j'ai déjà parlé, 
ou bien d'une pierre noirâtre que l'on trouve dans les mon- 
tagnes Rocheuses. Les vignettes n° i a, 1 3 en feront connaître 
la forme. Elles sont souvent en globe ou en poire et reposent 
sur un pied cubique. Le tuyau est en bois, large, plat ou 
rond, quelquefois entaillé comme un serpent. Les plus belles 
pipes sont les grandes pipes de médecine (les calumets des 
Français), dont on peut voir la figure planche XLViil,fig. i3. 



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MM It, page 106. Vlg. 13, tomei 

Godets de pipes des ladieas Pieda-Noirs. 



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DE L AMERIQUE DU HORI). aO^ 

Elles soDt ornées de têtes ou de becs de pic rouge, et d'un 
grand éventail de plumes. On les retrouve, plus ou moins 
ornées, mais toujours dans le même genre^ k toutes les 
fêtes, à tous les traités des peuplades de l'Amérique sep- 
tentrionale. Quand les Pieds-Noirs fument, ils placent par 
terre un morceau de bouse de bison desséchée , sur lequel ils 
posent le godet de la pipe, ou bien une espèce de gâteau 
rond fait avec les barbes et les cosses de certaines plantes 
aquatiques '. Le tabac qu'ils fument se compose des petites 
feuilles rondes du Sakakomi (^Arbutus ufa ursi), qu'ils 
appellent Kod^sinn *. Quand on visite un de ces Indiens dans 
■a tente, la première chose qu'il fait est de prendre sa pipe, 
qui, selon l'usage, circule dans la société, de droite à gauche. 
Souvent le maître de la maison envoie quelques boufTées au 
soleil et à la terre; puis on aspire deux ou trois fois et l'on 
passe la pipe plus loin. On fait entrer la fumée dans le pou- 
moD, après quoi on la renvoie, comme chez tous ces Indiens. 
Le dernier fumeur ne fidt jamais circuler la pipe en arrière, 
mais il la donne à celui qui est assis en face de lui sur l'au- 
tre rang, et elle continue à passer de droite à gauche. De 
même que la plupart des tribus du haut Missouri, les Pieds- 
Noirs sèment par-ci par-là les graines de la Nicotiana qua- 
dritialvis, après avoir brûlé la place qu'ils destinent à cette 
culture, ainsi que je l'expliquerai plus bas. Le tabac qui en 
provient ne se fume que dans les occasions solennelles. 

Ce peuple tire sa nourriture et ses vêtements surtout des 
troupeaux de bisons qu'il poursuit, et contre lesquels il 

■ Cet ijiigiilien glriuii rond* et ipUtù, née un aifoDceoMat u milieu , m- 
■cmblcDt i do c^ignipiUi , nuii iodI beaucoup [dui grandi. La lodieiu lei font , 
1 ce qu'ib diient , nec les coue» , In birbca el lei filaments de certaine» plaotes 
Mpatiquca qui le tcoaTenl daai quelque! Uo et que l'eau rejette en grande quantité 
nr la rive. Quant à moi , je n'ai pa> pu euuuiner cette lubstance lur lei lieui. 

■ Celte plante ctitil au nord près dea grands laci, comme, par exemple, près de 
Hichilimackinack (Soss Coi, p. i<>i; Scliaalcraft, Gav. Cats' ExpeJ., p. iSi), 
ainsi que dans les hautes montagnes des répons ocddenlolcs. L'clymologie Saka- 
kiHU cal , dit-on , Sac-à-eonmii, 



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ao8 vOTÀGE DkSê l'ihtéribur 

dispose souvent en hiver de grands pwcs ou enceintes fer- 
mées. Les cabris et les grasses-cornes, surtout ces dernières, 
leur fournissent le cuir dont ils oot besoin pour leurs habits 
plus fins; mais les peaux des bisons femelles leur sont indis- 
pensables pour leurs grands manteaux (ro6es), pour leurs ten- 
tes , ainsi que pour les échanges qu'ils font avec les blancs. Ils 
mangent, pour ainsi dire, de toute espèce d'animaux, excepté 
toutefois de l'ours {Griul/-Brar). I^ours noir ne se trouve 
pas dans leurs prairies. Ils ont aussi une grande aversion 
pour les amphibies. I^es Indiens du Sang font la chasse aux 
loups pour en vendre la peau. Tous ces Indiens sont d'excel- 
lents archers et fort dangereux en cette qualité; ils sont 
beaucoup moins adroits à se servir d'armes à feu ; mais, du 
reste, leurs fusils sont médiocres. Le règne végétal leur 
fournit, comme on sait, plusieurs espèces de racines. La 
pomme blanche {Psoralea esculenta) abonde dans leurs prai- 
ries. Les femmes et les enfants déterrent ces racines avec un 
outil de bois fait exprès, et les vendent aux blancs, enBlées 
à des cordons. Il y a encore une autre racine qui est amère ; 
on la fait cuire avec du jus de viande, et elle est alors 
très-nutritive. Une fois qu'on s'est accoutumé à sa saveur, 
on ne la trouve pas désagréable. La racine à tabac des Ca- 
nadiens est, comme les précédentes , une espèce de navet que 
Ton enfonce dans la terre avec des pierres chauffées , et elle 
devient noire comme du tabac aussitôt qu'elle est man- 
geable. Le goût en est légèrement sucré, comme celui du 
panais. J'ai déjà parlé, par occasion, des autres fruits sauva- 
ges des prairies; ce sont les femmes et les enfants qui en 
fout la récolte. Ces racines, mêlées à la célèbre queue de 
castor, sont les morceaux friauds des Indiens. Ils obligent 
leurs petits enfants à mâcher de la viande dès que leurs 
premières dents paraissent, et, en revanche, on voit des en- 
fants déjà grands téter encore leur mère. Les Pieds-Noirs 
aiment beaucoup leurs enfants et leur donnent en naissant 
des noms soit d'animaux, soit d'autres objets, d'événements 



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Df L AMERIQUE OU VOBI). 209 

remarquables ou de toutes les diverses circonstaDces de la 
Tfie. 

L'eau-de-vie est pour ces Indiens, ainsi que pour tous les 
Américains du Nord, l'objet de la plus haute prédilection; pour 
elle, îk donnent tout ce qu'ils possèdent et jusqu'aux vête- 
ments qui les couvrent. On dit que, dans l'ivresse, ils sont 
moins dangereux que d'autres peuples, et même on assure 
qu'ils ont le vin tendre '. Ils vendent sans hésiter leurs fem- 
mes et leurs enfants pour de l'eau-de-vie. On voit des hom- 
mes qui ont jusqu'à six ou huit épouses, dont ils se mon- 
trent fort généreux envers les blancs. Ils leur offrent aussi 
de petites filles toutes jeunes. Mais, en revanche, ils punis- 
sent avec une grande sévérité l'infidélité de leurs femmes, 
dont ils coupent en ce cas le nez; et uous avons vu, près du 
Fort-Mackenzie, un grand nombre de ces créatures si misé- 
rablement estropiées. Dans dix ou douze tentes tout au 
plus, il y avait au moins six ou sept de ces malheureuses '. 

Le mari leur coupe aussi les cheveux comme une puni- 
tion, et elles ont honte après cela de montrer leur tête, 
qu'elles s'efforcent de couvrir. Pendant notre séjour, les 
blancs avaient infligé la même peine à leurs femmes indien- 
nes. Celle qui a eu le nez coupé est sur-le-champ répudiée 
par son mari ; personne ne l'épouse plus, et ces femmes tra- 
vaillent ensuite pour un salaire ou pour vivre dans d'autres 
cabanes où elles soignent tes enfants, tannent les peaux et 
se livrent à tous les travaux du ménage. On a eu des exem- 
ples de maiis qui ont tué leur femme dès qu'elle avait eu 
des relations avec un autre homme; souvent aussi ils se ven- 
gent sur l'amant, à qui ils enlèvent ses chevaux et d'autres 
objets de valeur, tandis que celui-ci est obligé de les laisser 
faire. 

■ D'iprèa d'Orfaigny, la PaUfOiu el Id tatns nilioni de !■ poiale méridioiulB 
de l'Amiriqac n'ont pu aaa plui l'iTTeue dingereme. 

I On uit que cM luage te reIrouTe auui chei d'aulni nilioni de rAmérique 
MpHntrioiule. Le docUur Morae ( b£, cir. , p. i3S) nconTe que le* Potowatomic» 
■TTAdiciit MaTCDt a*ec le> deoU le nu • iMirt feman adultèret. 



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2IO VOTACE DASS LIWTBBlEtlR 

Les mariages, chez les Pieds-Noirs, ne sont accompagnés 
d'aucune cérémonie particulière; on paye la femme el ou 
remmène. On fait savoir le prix d'achat au père, par un ami 
ou par quelque autre homme. S'il l'accepte, on remet la 
jeune fille, et le mariage est conclu. Si la femme se conduit 
mal ou si l'homme en est fatigué, U la renvoie sans façon; 
cela ne cause aucune querelle. Elle prend ce qui lui appar- 
tient et se retire. Les enfants restent la propriété du mari '. 
Ces Indiens en ont souvent beaucoup. Le vieux Natoïé- 
Ponchsen (oncle de Ninoch-Kiéiu ) avait eu trente entants 
de diverses femmes. Les enfants courent généralement tout 
UU8, jouent et nagent dans la rivière comme des canards. 
Les garçons vont nus jusqu'à treize ou quatorze ans; mais 
les filles reçoivent plus tôt leur petit vêtement de cuir dont 
j'ai parlé plus haut. Les Pieds-Noîrs, comme tous les Amé- 
ricains du Nord, sont tranquilles dans leur vie intérieure, 
mais ils passent pour être plus colères que d'autres nations. 
Des duels ont lieu quelquefois, et la vengeance du sang 
s'exerce dans la plupart des cas. Quand un Indien est tué, ses 
parents se vengent , s'il est possible, sur le meurtrier; et s'ils 
n'en trouvent point l'occasion, ils s'en prennent au premier 
membre de sa famille qu'ils rencontrent; maïs souvent aussi 
la vengeance du sang se rachète par des objets de valeur. 
Ces Indiens, et même les Indiens du Sang les plus dange- 
reux, sont hospitaliers dans leurs tentes. Des blancs qui les 
visitèrent au mois d'octobre, quand il faisait froid, furent 
logés dans la tente d'un chef, qui alla coucher avec toute sa 
famille à la belle étoile ; il ne fut permis à personne d'incom- 
moder les étrangers. Les chevaux furent bien soignés et 

■ PcmUnt l'hiver, il reile ordioairemeDl trente à quarante tentes de PiékiinM 
autour du fort MRClteniie ; ellei laal priacipalemeTit habilin par des hommei igét 
et ptTMUUX , qai enlretieiineDI des femmei pour le« louer lui bluici. lit cbuseot 
peui car ib manqueiit rarement de marchiDdises qu'ili peuvent écluager contre 
de U viande. M. Milchill coupait parfois leurs lenlea en deux, pour la chuta-, 
car ils tout toujouri 1 cbuge au fort ; ausii lui donnateol-iti, 1 caote de a lévéritii 
leaomdtKriiliiamSiiiîaûm (le tonnerre noir). 



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DP. L AMERIQUE 1>U NQIID. 211 

Qouiris, et il oe fut pas nécessaire de s'eo occuper; car, 
dans cette circoastance, ces animaux et tout ce qui appar- 
tenait aux étrangers étaient dans une parfaite sûreté, tandis 
que, dans toute autre occasion, on aurait tout volé sans scru- 
pule. Il n'est pas difEcile aux Indiens d'accorder ainsi l'hos- 
pitalité au petit nombre de blancs qui vont chez eux , tan- 
dis que ceux-ci ne sont pas dans la possibilité de rendre ta 
pareille à la foule d'Indiens qui tes visitent et qui pourtant 
l'exigent. Ces visites sont si nombreuses et se répètent si 
continuellement, qu'il serait absolument impossible de ras- 
sembler des provisions suffisantes pour les nourrir. C'est là 
sans aucun doute la principale cause de l'aigreur qu'ils 
témoignent contre les blancs; mais c'est en vain que l'on 
cherche à leur faire comprendre cette dispi-oportion ; Ils ne 
veulent pas la concevoir. M. Mitchill reçut un jour des Da- 
cotas du Missbùpi une rude leçon à ce sujet. Il avait été 
invité à entrer dans une tente , et, quoiqu'il eût très-faim , 
on ne lui donna pas la moindre chose à manger. Le lende- 
main matin, le Dacota vint le voir et lui dit que s*il l'avait 
&it jeûner la veille, ce n'était pas par méchanceté; mais com- 
me la même chose lui était arrivée quelque temps aupara- 
vant chez M. Mitchill, il avait seulement voulu lui faire 
sentir qu'il ne devait plus agir ainsi à l'avenir. 

Les Pieds-Noirs sont de terribles quémandeurs; ils ne 
cessent de vous harasser de leurs supplications; mais, sous ce 
rapport , ils n'approchent pas des Gros-Ventres des Prairies. 
I>e vol des chevaux est devenu chez eux un art véritable; 
le plus adroit voleur de chevaux est un personnage distingué. 

Ils ont imaginé diverses espèces de jeux pour se divertir. 
Dans l'un , ils se placent en demi-cercle et forment plu- 
sieurs petites piles de grains de verre ou d'autres objets qui 
font les enjeux. L'un d'eux prend en main une couple de 
cailloux et les remue de côté et d'autre en chantant et avec 
des mouvements mesurés, pendant qu'un autre doit deviner ' 
le nombre des cailloux. Des sommes considérables sont sou- 



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iti VOYAGE DANS L'iNTiRIEDR 

vent gagnées et perdues à ce jeu. Les Pieds-Noirs ont aussi 
des danses de divers genres, comme : ■*> la danse des marin- 
gouins; a*" la danse des chiens; 3° la danse des bœufs à 
corne fine; 4° la d'Ui-se des chiens de prairie; 5° la danse de 
ceux qui portent le corbeau ; 6" la danse des soldats; 7" la 
danse des vieux bœufs; 8° la danse des imprudents ou des 
téméraires; ()" la danse de médecine; 10° la danse de la che- 
velure. Les sept premières danses s'exécutent toutes de la 
même manière; le chant dont on les accompagne en fait la 
seule différence. Ce chant est tantôt à pleine, tantôt à demi- 
voix, tantôt haut, tantôt bas, et toujours composé de notes 
courtes et souvent répétées; il est avec cela très- uniforme 
et interrompu par de grands cris de; Aï, aï! ou Ha! ! haï! 
liaï ! ou bien par le cri de guerre; il est le nfême chez toutes 
les tribus du Missouri. La danse de médecine des femme 
n'a pas lieu tous les ans. Elle est une fête de médecine pour 
ces dernières, bien que quelques hommes y figurent aussi. 
On construit une grande cabane de bois; les femmes se revê- 
tent de leur plus beau costume et portent toutes un grand 
bonnet en plumes sur la tète. Toutes les femmes ne pren- 
nent pas part à la danse, et celles qui n'y figurent pas, ainsi 
queles hommes, forment les spectateurs. Des hommes battent 
le tambour ( Stohkimahtifs ) et secouent Y/iouanaî ou Cld- 
ckikoué. Le dernier jour, en terminant la danse, on figure le 
parc des bisons. Les hommes, les enfants et les femmes qui 
ne dansent pas, forment deux lignes divergentes é et tr qui 
partent de ta loge de médecine a, dont les femmes sortent en 




se traînant à quatre pattes en imitant la manière des bisons 
femelles. Plusieurs hommes jouent le rôle des bisons mâles, 
qui sont d'abord repoussés par les femmes; mais alors, ainsi 



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DE l'aMERIQUE du NORD. 3l3 

qu'il est (l'usage dans cette espèce de chasse, on allume des 
feux au vent de la loge, dans laquelle les femmes se retirent 
dès qu'elles commencent à sentir la fumée, ce qui termine la 
fêle. Elles exécutent quelquefois cette danse en été, quand 
l'envie leur en prend. 

La danse de la chevelure {Aouah-Ouakachs), ou, pour 
mieux dire, danser la chefelure, a lieu quand on a tué des 
ennemis. Les femmes s'habillent alors comme des hommes 
et prennent aussi leurs armes. Si des femmes ont assisté à 
l'expédition dans laquelle ces ennemis ont été tués, elles se 
peignent la figure en noir. Une femme porte parfois la che- 
velure ou même plusieurs, selon le nombre que l'on en a; 
quelquefois elle est portée par une vieille femme, qui se tient 
alors à part et danse seule, tandis que toutes les autres for- 
ment un rond, et que les hommes accompagnent la danse 
sur le tambour et le chichikoué. Il y a aussi la danse des 
braves ou des guerriers. Ceux-ci forment un cercle, et plu- 
sieurs d'entre eux dansent au milieu, imitant tous les gestes 
d'un combat et déchargeant leurs fusils. Ils sont peints 
comme pour aller à la guerre. 

On trouve chez les Pieds-Noirs, de même que chez toutes 
les nations de l'Amérique septentrionale, les associations 
dont j'ai parlé en décrivant les Assiniboins; elles portent 
des noms et sont soumises à certaines lois et règles ; elles ont 
aussi des chants et des danses qui leur sont particulières, et 
qui servent en partie à maintenir l'ordre et la police dans le 
camp, dans les marches, dans les chasses, etc. On m'a nom- 
mé chez les I^eds-Noirs sept de ces associations, et c'est à 
elles qu'appartiennent les sept premières danses citées plus 
haut. Voici quels sont leurs noms : 

|0 •5i9Aj'Ari/J'(labandede3Maringouins). Cette association 
n'est chargée d'aucune police; elle se compose déjeunes gens, 
dont beaucoup n'ont que huit ou dix ans. D'auti-es plus âgés 
s'y trouvent quelquefois, et même une couple d'hommes 
mûrs, pour veiller au maintien des lois et des règlements^ 



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al4 VOYACE UAnS L'iSfTbItIKUH 

Cette société fait les coups de (ête les plus étranges, erre 
cfuand il lui plaît dans le camp, pince, pique et égratigne les 
hommes, les femmes et les enfants, afin de les tourmenter 
comme font les moustiques ou maringouins. Elle n'épargne 
pas même lea personnages les plus âges et les plus distingués. 
Si l'on offense un de ses membres , on se les attire tous sur 
le corps ; car ils sont étroitement unis. C'est par cette asso- 
ciation que les jeunes gens commencent, et ils montent en- 
suite par degrés aux autres. Comme marque distinctive de 
leur société, les Sohskrifs portent une serre d'aigle attachée 
autour du poignet par un cordon de cuir. Ils ont aussi une 
manière particulière de se peindre le corps, comme chaque 
bande, de même qu'un chant et une danse, ainsi que je l'ai 
dit plus haut '. 

a" Êmitehks ( les Chiens ). Leur marque distinctive ne 
m'est pas connue. Ils se composent de jeunes hommes ma- 
riés, et leur nombre est indéfini. 

3" Sehnipehks (les Chiens de prairie). C'est déjà là une 
assodation de police qui admet des hommes mariés. Leur 
marque est un bâton long, recourbé vers le haut, entouré 
de peau de loutre, avec des nœuds de peau blanche, de dis- 
tance en distance, et de chacun desquels pend toujours une 
couple de plumes d'aigle. (Voyez la vignette n" 1 4.) 

l^ Mastéiipale (ceux qui portent le Corbeau). Ils ont 
pour marque une longue perche couverte de drap rouge, 
à laquelle est attachée du haut en bas une longue et épaisse 
rangée de plumes noires de corbeau (Voyez la vignette 
u" 1 5). Us contribuent au maintien de la police et du bon 
ordre. 

5° Ehtskinna ( les fiœufs à corne fine). Ceux-ci portent, 
quand ils dansent, des cornes à leurs bonnets. Quand ils 
campent, les tentes de cette association sont placées au mi> 
lieu du cercle qui renferme, dans son centre , un espace libre. 

> Cta renieigncmenli sur les Landes des Piedi-NDÎn m'ont été jinnâpaleatciil 
fourni] par nDlerprcle Berger qui ■ demeuré longtemps cbu ce peuple. 



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1 1 



II 



s ■§ 



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D.oiiiz.owGoogle 



D.oiiiz.owGoogle 



DE l'aHÉAIQUE du NORD. 310 

S'il survient du désordre, ils soat tenus d'aller au secours 
des soldats (voyez 6°) qui tracent le camp , et prenaeut alors 
la première place. 

6" lanakehks ( les Soldats ). Ce sout les guerriers et les 
hommes les plus distingués. qui maintiennent la police dans 
le camp et pendant la marche. Dans les délibérations pu- 
bliques, c'est leur voix qui décide, comme quand il s'agit 
de savoir si l'on doit cliasser, changer de séjour, chercha* 
un autre district de chasse, déclarer la guerre ou conclure 
la paix, et autres choses semblables. Ils portent pour marque 
distinclive un casse-tête en bois, large comme ta main, et 
garni à la poignée de sabots de bison. Ils sont parfois au 
nombre de 4o ou 5o hommes. Leurs femmes, quand elles dan- 
sent la danse de médecine, sont peintes de la même manière 
que les hommes. 

7° Stomicks (les Gros Bœufs). C'est là la plus distinguée 
de toutes les associations et celle qui occupe le premier rang. 
Ils tiennent à la main un signe de médecine garai de sabots 
de bison. Quand ils dansent avec l'accompagnement de leur 
chant particulier, ils secouent ces sortes de grelots. Us sont 
trop âgés pour être chargés de la police ; car ils ont passé 
par toutes les associations, et on les regarde en quelque sorte 
comme en retraite. A quelques égards, ib sont descendus de 
l'association des soldats actifs et considères. Dans leur danse 
de médecine , ils portent sur la tête un bonnet fait de la 
longue crinière du bison mâle , dont les poils rétombent 
fort bas. 

Toutes ces associations s'adjoignent de nouveaux mem- 
bres qui sont obligés de payer un droit d'entrée. Les hom- 
mes de médecine et les plus considérés payent plus que les 
autres. Si une femme, dont le mari fait partie d'une asso- 
ciation, a eu des relations avec un autre homme, toute la 
bande s'assemble dans une tente; on y fume, et la nuit, 
quand tout est enseveli dans le sommeil, on entre de force 
dans la tente de cette femme, et chacun agit comme il veut 



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ai6 VOYAGE DANS l'iHTÛIIEUR 

avec elle; puis od la renvoie après lui avoir coupé le nez. 
Ces Indiens sont souvent fort cruels. Le mari ne peut point 
empêcher cette exécution ; il est obligé de répudier une telle 
femme. On lui dit alors le motif pour lequel on a agi de 
cette manière, et il a «on recours contre le séducteur, à qui 
d'ordinaire il enlève des chevaux. 

Dans le combat, nous vîmes les Pieds-Koirs à demi nus; 
mais parfois aussi ils montaient à cheval dans leur plus beau 
costume ; quelques-uns d'entre eux se distinguaient par les 
boucliers richement ornés qu'ils reçoivent des Corbeaux, et 
par leurs magnifiques bonnets de plumes, dont on peut voir 
le dessin planche XL viii, fîg. 6 et5. Dans cescasils déployaient 
aussi librement et à découvert leurs médecines ou ornements 
protecteurs. Le combat dont nous fûmes témoins et dont je 
donnerai la description dans le chapitre suivant, nous mit 
à même de juger assez exactement de leur manière de com- 
battre, laquelle, du reste, ne diffère en rien de celle des au- 
tres Américains du Nord. De petits détachements se glissent 
presque nus autour de l'enaerni et essayent de le vaincre par 
la ruse, lesembuscadesoulesattaques imprévues; du reste, on 
sait depuis longtemps que leurs attaques ont presque toujours 
lieu au point du jour. Ils forment de très-longues lignes de 
tirailleurs et tirent de fort loin et fort mal , ainsi que je l'ai 
déjà remarque. Les femmes et les enfants se montrent fort 
soigneux pour les blessés ; ils poussent de grands cris et des 
lamentations, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant. 
L'ennemi tue sans distinction les hommes, les femmes 
et les enfants, à coups de fusil, de flèche, de lance et de 
couteau ; il scalpe aussi les femmes , que souvent encore 
l'on fait prisonnières et que l'on emmène en esclavage, au- 
quel cas elles ne sont pas maltraitées. 3e parlerai aussi plus 
loin de la cruauté avec laquelle on mutile les morts , devant 
lesquels on ne passe jamais sans leur lancer des coups de 
fusil, de bâton ou de pierre. Quant aux tourments que les 
nations de l'Amérique septentrionale faisaient autrefois su-. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l' AMÉRIQUE DU HOBD. 31 ^ 

bir à leurs prisonniers , dd n'en trouve plus aucuoe trace 
chez les Pieds-Noirs. 

Quand les guerriers se rapprochent de leur camp, après 
un combat, ils se mettent à chanter, et l'un d'eux court en 
avant, à pied ou à cheval, s'avançant vers les tentes, sou- 
vent en serpentant. En même temps on lève les scalpes en 
l'air, on les secoue et on les montre de loin. Si quelqu'un 
s'est emparé d'une arme , il la lève aussi en l'air, se nomme 
et crie que c'est lui qui l'a prise. Après un combat heureux, 
les hommes chantent le chant qu'ils appellent Aninaî, ce 
qui veut dire : ails sont peints en noir. ■> Us se rassemblent 
alors à côté des tentes , s'assoient en plein air, le visage peint 
eD Qoir, leurs leggings et robes tachetés de noir, et se met- 
teot à clianter sans accompagnement de musique ; les scal- 
pes n'y sont pas non plus. Ce cliant n'a point de paroles, 
mais il se compose des notes ordinaires. I^s armes des Pieds- 
Noirs ne diffèrent pas beaucoup de celles des autres Indiens 
du Missouri ; mais elles ne sont pas aussi belles ni aussi bien 
travaillées que chez les Corbeaux , les Meunitarris et les Man- 
daos. Ils ne fabriquent pas eux-mêmes des arcs de corne d'elk 
ou de grosse-corne; aussi n'en voit-on que rarement parmi 
eux.Tjeur pays ne produit pas de bois qui convienne particu- 
lièrementpour faire des arcs; c'est pourquoi ils aiment à pren- 
dre en échange le bow-wood aa jrellow-wood^Maclura au- 
mntiaca) de l'Arkansa, et prennent aussi du bob de frêne 
pour faire leurs arcs. Pour le carquois, ils préfèrent ta 
peau de panthère {Feù's concohr, Lànn.) qu'ils payent, 
comme je l'ai déjà dit, par un cheval. Au bout de ce car- 
quois , ils laissent pendre la queue de l'animal ; elle est garnie 
de drap rouge du côté de la chair, brodée en grains de verre 
et ornée de divers côtés de bandelettes de peau en forme 
de glands. Je n'ai pas vu souvent des tances chez les Pieds- 
Noirs, mais d'autant plus de casse-têtes, une partie desquels 
a été prise par eux sur les Têtes-Plates. Plusieurs se cou- 
vrent de pare-flèches. Ces boucliers sont ronds, faits de 



D.gitizecbyG00glc 



~3l8 VOVACE DANS l'iHTKHIEUR 

cuir épais , ordioairement peints en vert ou en rouge , et 
ornés de plumes et de toutes sortes d'autres signes supers- 
titieux. Ordinairement , quand ils se disposent à combattre , 
ils s'enveloppent la tête, comme avec un turban, de la gaine 
de leur fusil, qui est en cuir; des peaux de loup leur sont 
alors fort utiles, surtout quand ils veulent observer l'ennemi. 
Ils les portent en sautoir sur t'épaule, s'en enveloppent la 
tète quand ils désirent d'approcher de l'enn^ni sans être 
aperçus, et se couchent par terre, derrière une hauteur ou 
une élévation du sol, de telle façon qu'on les prendrait 
pour des loups blancs. 

Les hommes de médecine ou docteurs des Pieds-Noirs sont 
très-maladroits. En notre présence, ils ne manquaient pas 
de cracher, sur les plaies Ais blessés, de l'eau qu'ils prenaient 
dans la bouche et quelquefois aussi de la salive. Du reste, 
ils ne lavaient jamais ces plaies ; et le second jour, le sang 
caillé y était encore. Si les hommes les pins grièvement 
blessés n'en guérissent pas moins, malgré ce défaut absolu 
de soins , cela vient de la force de leur constitution , dont on 
peut acquérir à chaque instant des preuves. Le tambour et 
le chichikoué étaient journellement administrés aux malades 
dans des tentes fermées. Des enfants mortellement blessés 
demeuraient couchés nus à l'ardeur du soleil : aussi mou- 
raient-ils tous promptement. On prétend que cesindiens ont 
guéri quelques blessures graves; mais, si j'en juge par mes 
propres observations, c'est principalement à la forte con^ 
titulion de ces hommes grossiers qu'il faut attribuer leurs 
succès. Dans toutes les tribus du Missoun , on voyait des 
individus scalpés qui étaient guéris et qui ]>ortaient des bon- 
nets; il s'en trouvait aussi parmi les Pieds-Noirs, à ce 
que l'on nous assura. Ces Indiens possèdent quelques remé- 
dies actifs tirés du règne végétal, et, entre autres, une racine 
blanchâtre qui croit dans les montagnes Rocheuses, et que 
les Canadiens appellent rhubarbe ; elle a réellement le goût 
et les effets de la vraie i-liubarbe, et occasionne aussi des 



D.gitizecbyG00glc 



DE 1,'aHÉBIQUE du HORU. II9 

Tomùsements. Il y a encore une autre racine que l'on re- 
garde comme très^fficace contre la morsure des serpents. 
On a du reste toujours recours au tambour et au chichikoué , 
dont le fracas insupportable inspire la plus grande confiance. 
Les Pieds-Noirs conrectionnent leur aouanaï (chichikoué) 
avec du cuir , du bois et de la vessie , car ils ne cultivent point 
de calebasses ou de courges, et l'on sait que cet instrument 
remarquable est répandu parmi la plupart des tribus ou nations 
de la race américaine, tant dans la partie septentriouale que 
méridionale de ce vaste continent. Ils mettent aussi beau- 
coup de con6ance dans les remèdes des blancs. Ils recherchent 
souvent leurs secours ; mats il y eu avait beaucoup parmi eux 
qui étaient si horriblement maltraités par d'anciennes mala- 
dies syphilitiques , qu'il était devenu impossible de songer 
mêmeà les guérir. Quand les Indiens sont guéris par leurs 
médecins , ce qui a lieu quelquefois au moyen de bains de 
vapeurs, ils leur font de grands présents, ou bien l'homme 
de médecine fait monter fort haut son mémoire. Durant 
le printemps qui précéda mon arrivée, plusieurs Piékanns 
moururent très-subitement de maux d'estomac, accompa- 
gnés de vomissements, maladie qui avait une grande res- 
semblance avec le choléra. 

Quand un Pied-Noir vient à mourir, on ne l'enterre point, 
s'il est possible. On le revêt de ses plus beaux habits , qu'on 
lut attache sur le corps ; on lui peiut le visage en rouge , puis 
on l'enveloppe, sans ses armes, dans une robe de bison, et 
on le dépose dans quelque lieu inaccessible, dans une ca- 
verne, un rocher, une forêt, sur une rive escarpée, et l'on 
couvre souvent le corps de bois et de pierres , afin d'empêcher 
que les loups ne s'en emparent. Quand on ne peut pas trou- 
ver de lieu solitaire , on laisse le mort dans une espèce de 
cabane, et souvent on est obligea la 6tt de l'enterrer, ou 
bien d'en faire aux blancs un présent précieux, et qu'il n'est 
pas permis de refuser. Les parents se coupent les longs che- 
veux, les couvrent, ainsi que le visage et les vèti'muuts, d'une 



D.gitizecbyG00^;jlc 



aaO VOYAGE DANS L INTERIEUR 

at^îlegrisblaDchâtre,et s'habillentle plus mal qu'ils peuvent 
tant que dure le deuil. Il leur arrive aussi souvent alors de se 
couper une phalange d'un doigt. Leur croyance, quant à la 
destinée des morts, c'est qu'ils vont dans un autre pays, 
où il ne leur manque rien et où on les a souvent entendus 
s'appeler les uns les autres, pour se réunir et fumer ensemble. 
Aux funérailles des riches Indiens, on a souvent coutume 
de tuer plusieurs chevaux sur leurs tombeaux, et l'on nous 
a cité des exemples de 1 1 ou 1 5 de ces animaux sacrifiés 
en pareille occasion. A la mort de Sachkomapeu (rEnfantl, 
chef riche et considéré, etqui passait pour posséder quatre à 
cinq mille chevaux , on en tua i5o de cette manière à coups 
de flèches '. Les parents s'assemblent chez le décédé, et même 
les hommes pleurent et se lamentent. On ensevelit d'ordi- 
naire le mort dans la journée, et, s'il meurt la nuit, on dis- 
pose du corps dès le lendemain matin. 

Les Pieds-Noirs sont superstitieux comme tous les Amé- 
ricains , et il est rare de voir un homme qui ne déploie pas 
quelque habitude ou quelque particularité qu'il a adoptée 
comme un talisman , et dont il s'imagine que dépend ta réu^ 
site de ses plans et de ses entreprises. 11 y en a qui secouent 
des sonnettes avant de fumer leur pipe; d'autres crachentde 
divers côtés avant de boire j d'autres encore marmottent quel- 
ques paroles ou une sorte de prière, etc. J'en vis un qui n'allu- 
mait jamais directement sa pipe au feu , mais qui se servait 
pour cela d'une baguette, longue d'environ deux pieds , peinte 
en rouge et en noir, ornée de plumes et de sonnettes, de la 
grosseur à peu près de deux fois une baguette de fusil et percée 
à l'extrémité. Bans cette ouverture , il plaçait une autre ba- 
guette plus mince, toutes les fois qu'il voulait allumer sa 
pipe (voyez la vignette n° i6). Quand on lui demandait le 
motif d'une si singulière habitude, il répondait qu'il avait peur 

■ L'uMge de tuer lur tei tombeaux les aniaiiai domeitiquei du décMé existe 
aussi chez les Araucinielis , les Patigoni, les Pueldies el les Churtiu. (Tojei 
d'Orbi^Dj, yoj, iairod., p. m.) Les icmnei le coupeot des philHiges de doigts. 



D.gitizecbyG00glc 



DE L AMERIQUE DV NORD. 22 I 

(lu feu , et que c'était pour cela qu'il était obligé d'allumer sa 
pipe au moyen de cette baguette. La plupart de ces hommes 
ont adopté quelques singuliers usages de ce genre ; mal- 
heureusement ils n'aiment pas à communiquer leurs pen- 
sées à ce sujet, de sorte qu'il est fort difficile d'en découvrir 
l'origine. 

Quant aux opinions religieuses des Pieds-Noirs, l'interprète 
Bei^er, qui du reste était très ru fait de tout ce qui les con- 
cerne, ne put m'en donner d'autres renseignements, si ce 
n'est qu'ils adorent le so\e\\ ( IVatohs ou /Vantahj),et il est 
possible que, de même que les Mandans, ils regardent cet as- 
tre comme le séjour duSeigneur de la vie, ou peut-être comme 
ce Seigneur lui-même. Près de leurs camps , on ne voit ni 
offrandes suspendues à des perches pour les puissances cé- 
lestes, comme chez les Mandans ou Meunitarris, ni rien qui 
indique un culte quelconque '. 

Leur langue ne manque pas d'harmonie et n'est pas diffi- 
cile à prononcer pour des Allemauds.Ijech guttural, comme 
dans Yach et Vocâ allemand, y est fréquent; mais il y a 
peu de sons indistincts et de lettres nasales. L'article man- 
que. Us mettent en générât le substantif avant l'adjectif. Ils 
comptent parfaitement jusqu'à mille et même plus loin , et 
leurs noms de nombre sont fort singuliers, une fois qu'ils dé- 
passent soixante. Ainsi, par exemple, un se dit seh; deux, 
nahtoka; trois , no/iàka; quatre , nehsohoui; cinq , nehsi'ùi; 
nx, naou; sept, ékitsikoimi ; huit, nahnisougim ; neuf, peh- 
ksuk; dix, kehpouh; \\Qp.f nahtsipo ; trente, nehepou ; 
quarante, nehs^pou ; cinquante, nehsitsippou ; soixante , 
nehpou; soixante-dix, ékitsikippou ; quatre-vingts, nahni- 
sippou; quatre-vingt-dix, pehksippou; cent, képippou; 
mille, kipipippij etc. Ne pouvant, vu l'ignorance des inter- 
prètes , acquérir une connaissance approfondie de cette lan- 
gue, j'ai dû me contenter d'en mettre par écrit quelques 

■ Oa trou'MduwleD' J/or»(Jlc^ort, {i. 36i, dîven rciueigaeiiieaU peu eucU 
tnr U rel^ioo de* Indinu qui bibitenl i l'orient des nonlignei RochriuMi. 



D.gitizecbyG00glc 



aaa voyage dams l'intérieur, etc. 

mots; et même à cela les Indiens ne se prêtaient pas très- 
volontiers. En attendant, il faut que je renvoie ici aux mot» 
que je donne dans le supplément, lesquels sont malheureu- 
sement en fort petit nombre. 

Le capitaine Frankliu , dans son premier voyage à la mer 
Glaciale ', a cité un certain nombre de mots de la langue 
des Pieds-Noirs , mais qui ne s'accordent pas exactement 
avec les miens, et , qui , à ce qu'il me parait , ne peuvent 
pas être correctement prononcés. La prononciation anglaise 
ne convient guère pour exprimer ces langues de l'Amérique 
du Nord, remplies de sons gutturaux. Voici quelques-uns 
des mots avec l'orthographe de Franklin et la mienne: 



D'après le c«p.Frtnkli. 








L'arc. Hauiii. 


Spiken-ahinai. 


Ix bison. Eeniuee. 


Slomick (c'est le m^e)'. 


L'eaWe.vie{rhum). Nappoe-oohlee. 


Sliocli-keh {och guttural). 


Tabac. PeetUh-kflD. 


PistâehkaD (ach guttural). 


Le castor. Keet-sta-kee. 




Le couteau. Stoo-an. 


SIO^D. 


Le cheval. Pennakoroit. 




Bon , c'est boa. Ahseeu. 


Achséh (ack guttural). 



Ces mots sont copiés ici tels qu'ils se trouvent dans l'ori- 
ginal anglais. Indépendamment de leur langue parlée, les 
Pieds-Noirs ont encore, comme la plupart des tribus du Mis- 
souri, leur langage de signes, dont M. Say a donné quel- 
ques exemples , dans le récit de l'expédition du major Long ; 
j'aurai l'occasion de m'en occuper plus bas, en parlant des 
Mandans. 

* Etnliiee vd «i prai-éire la dinominatioD générique. 



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CHAPITRE XX. 



tnnlilioot iixlîeDne*. — Biptéme an ikhitmui nTiréi. — Commerce d'écbange 
(TVatfe) ivec l«t lodieni. — Diiliaclion d« Ninoch-Kiéiti. — OITenie de* chefs. 
— VjiiM è Kouionépi. — Monde TengiEi Hutin. — DUenuiani qui en uDt l« 
mite. — Pramenade à chenl au Snon-RiTer. — La lodieiu du Sang auiuîneal le 
fiaicDt de Niaocb-Kiéiii. — Arritée du corpi au fort. — Diueusioni eolre les 
PiikiDiuellalndieiudaSang. — Combat arec les Auiniboias. — Eipédilion diet 
k> ILoatané*. — Commcree d'échange avec le prÎDcipal corpa de» Piékanna. — 
Leur chef suprême, Talucki-Slomîpk. — Détacbemeai deEuerredes Siksckaï. — 
hrti dlndieiudu Saag avec leur chef Siamick-Sosack. — Il noui devient impoi- 
ôUe de remonter plus haut. — Constniclion d'ua noaieau fort. — ftcparatifii 
pour redesMudre le HiMouri jusqu'au Fort-Unian. 



La garnison du fort Mackeazîe, ainsi que je l'ai déjà dit, 
consistait, à notre arrivée, en individus de dilTérentes na- 
tions, et l'on essayait diverses manières d'occuper cette foule 
lùgarrëe. Des ouvritrs de plusieurs nations furent , à la vé- 
rité, mis à l'ouvrage; et nos chasseurs, parmi lesquels il y 
avait des Espagnols, des environs deSanta-Fé, furent envoyés 
en campagne toutes les fois que les circonstances le permet- 
taient; mats, malgré cela, tous ces hommes étaient souvent 
oisifs, et l'on réfléchissait aux moyens d'en diminuer le nom- 
l»e. Le jour qui suivit notre arrivée, nous commençâmes par 
emménager; après quoi ^ nous visitâmes le camp indien avec 
ses nombreux chiens et ses tentes, la plupart vieilles et sales ; 



D.gitizecbyG00glc 



3^4 VOYAGE DAMS {.'iHTKRlEtlR 

puis, dès le lendemain, nous fûmes invités, avec M. Mitchill, 
à unefête, par le chef piékann Mehkskehmé-Soukabs (la Cbe- 
mise de fer). Nous entrâmes, au milieu du camp, dans un 
grand emplacement rond, entouré d'une espèce de clôture 
en branches d'arbre plus ou moins épaisses, qui renfermait 
une partie des tentes, et qui était destinée à servir la nuit 
de retraite aux chevaux : car les Indiens sont de si grands 
voleurs de chevaux, qu'ils ne se fient pas à cet égard les 
uns aux autres. La tente du chef était grande et vaste ; nous 
n'en avions pas encore vu une aussi belle ; elle avait au 
moins quinze pas de diamètre et était arraugée avec beau- 
coup de propreté et d'élégance. Nous nous assîmes sans cé- 
rémonie sur des peaux de bison , à la gauche du maitre de 
la maison -et autour du feu allumé au milieu et entouré de 
pierres; un silence solennel régnait dans la tente. Notre 
hôte était un homme grand et fort , qui portait en ce mo- 
ment son breechcloth pour tout vêtement. Nous ne vîmes 
point de femmes ni d'enfants. On plaça devant nous un plat 
d'étain contenant de la viande sèche et pulvérisée avec des 
baies douces (poires); nous mangeâmes ce mets avec les 
doigts, et nous lui trouvâmes fort bon goût. Le chef man- 
gea après nous ce qui restait dans le plat; puis il piît dans 
un sac un uniforme de chef, écarlate, à revers bleus et ga- 
lons jaunes, qui lui avait été donné par les Anglais , plus . 
six plumets rouges et noirs , un poignard avec sa gaîne , un 
mouchoir de couleur et une couple de peaux de castor; il 
déposa tous ces objets devant M. Mitchill ; c'était un pré- 
sent qu'il lui faisait, et, bon gré mal gré, M. Mitchill fut 
forcé de l'accepter : ce qui du reste lui imposait l'obligation 
de faire d'autres présents en retour, et notamment un cos- 
tume neuf de chef. Quand le maître de la maison commença à 
bourrer sa pipe de talc vert , nous nous levâmes et nous éloi- 
gnâmes, sans compliments et en silence, tout à fait à la 
manière indienne. Nous sortîmes, en rampant, par la pe- 
tite porte qu'assiégeaient une foule de chiens, par-dessus les- 



D.gitizecbyG00glc 



UE l'améhiqde du nord. laS 

quels nous passâmes à grandes enjambées, pendant qu'ils 
nous montraient les dents d'un air tout A tait hostile. 
M. Mîtchill fut sur-leK:hanip invité à trois ou quatre autres 
fêtes, honneur qui n'est supportable que pour un estomac 
, indien. Le soir, les engagés du fort nous donnèrent ce qu'on 
appelle le baptême, c'est-à-dire, la bienvenue dans ce pays 
sauvage et lointain. Ils tirèrent plusieurs salves de mous- 
queterie, auxquelles on répond en leur donnant à boire ou 
en leur faisant un cadeau. Plus tard, nous eûmes pour di- 
vertissement le bruit du tambour dans le camp indien, bruit 
qui n'a pas seulement lieu quand il s'agit d'exorciser un ma- 
lade, mais dans toutes les danses et toutes les réjouissances, 
de sorte qu'on l'entend tous les jours et presque à toutes 
les heures. 
■ Un spectacle plus intéressant pour nous, fut celui de trois 
ours (Ursus ferox) déjà grands, qui couraient dans Tinté- 
neur du fort , et qui nous amusèrent beaucoup par leurs sin- 
gulières gambades et leurs mines toutes drôles. Il y avait en- 
core un autre joli animal , un renard des prairies [Cam's 
velox, Say ) qui avait été élevé dans le fort ; M. Mîtchill m'en 
fit présent, et il contribua à nous égayer pendant l'hiver sui- 
vant par sa docilité et son enjouement. Il y avait dans notre 
nouveau logement une si grande quantité de souris, qu'elles 
couraient entre nos jambes, pendant que nous écrivions, et 
tenaient les souricières dans un mouvement perpétuel. Mon 
joli petit renard fut aussi dressé à cette nouvelle espèce de 
chasse, et ne tarda pas à y devenir passé maître. Le rat d'Eu- 
rope n'avait pas encore pénétré dans cette partie du haut 
Missouri. J'en parlerai plus bas. 

Le lo août on fit les dispositions nécessaires pour la 
réception solennelle des Indiens. Cette réception précède 
toujours le commerce d'échange, et les Indiens y tiennent 
beaucoup. Après qu'un drapeau a été arboré, deux petits 
canons, placés au milieu du fort, donnent le signal du com* 
mencement des afTaîres. Il n'écoula encore une bonne demi- 



D.gitizecbyG00glc 



aa6 VOYAGE DAMS l'iktbbiedr 

licure avant qu'il s'élevât du bruit dans le camp indien; alors 
on entendit chanter, tirer, et puis la grande masse des Indiens 
se mit en mouvement de tous les côtés. Aussitôt que le chef 
des Ours (/Vinoch-Kiéiu) approcha de la porte, elle s'ou- 
vrit et les deux canons furent tirés encore une fois. Il entra 
suivi de trois ou quatre autres chefs , qui s'avancèrent tous, 
en baissant la tête, vers M. Mitchill pour lui serrer la main; 
après quoi on les fit asseoir dans l'espace réservé aux Indiens. 
Bientôt parut une seconde troupe plus étrangère; M. Mit- 
chill alla au-devant d'elle jusqu'à la porte. Ils s'avancèrent 
par pelotons, ayant à leur tête les chefs, qui ont toujours 
coutume d'apporter un présent , consistant en quelques peaux 
de castor ou bien en un cheval. Les premiers chevaux que 
nous reçûmes ainsi furent deux blancs et un aubère, peints 
en rouge de différentes façons, principalement sur le devant 
de la tête, sur les palerons et sur tes cuisses de derrière; ils 
avaient aux jambes des raies en travers comme les zèbres ; et 
des deux côtés de l'épine du dos , on leur avait tracé des 
figures de pointes de flèches, etc. Les chefs et une trentaine 
des principaux guerriers furent introduits, (}n les fit asseoir 
dans la salle à manger sur des peaux de bison; on leur donna à 
boire et on les laissa fumer. Trois à quatre troupes fort ori- 
ginales s'avancèrent ainsi, d'un pas accéléré, au milieu d'une 
furieuse mousquetade et de chants sauvages. Il y avait parmi 
ces hommes des figures martiales très-remarquables; ils 
étaient étrangement peints, bien ornés, et dans leur costume 
complet de guerre; malheureusement, la plupart des chefs 
portaient les uniformes qu'ils avaient reçus de la Compa- 
gnie et qui étaient faits en forme de redingotes, avec des 
chapeaux ronds à plumets. Ils étaient très-fiers de ce cos- 
tume qui leur allait on ne saurait plus mal. Que l'on se figure 
ces visages peints d'un rouge vif, autour desquels retom- 
baient des cheveux longs et épais, surmontés de chapeaux 
ronds à plumets, tels que les portaient autrefois les postillons 
en Allemagne; comment ne pas rire d'un pareil spectacle i* 



...Goot^lc 



DE LiMKBlQUK DU NORD. 22T 

Quelques-uns de ces uairormes sont de deux couleurs , moi- 
tié rouge et moitié vert, et ressemblent aux habits que l'on 
met chez nous aux prisonniers des maisons de correction. 
Mehkskehmé-Soukahs était vêtu de la manière la plus inté- 
ressante et tout à fait à l'indienne. Son visage était noir; ses 
yeux , sa bouche et quelques raies sur le front et les joues , 
étaient d'un rouge vif. Quand les trois ou quatre bandes 
de Piékauns eurent été reçues , il en vînt aussi une des dan- 
gereux Indiens du Sang, commandée par le chef et homme 
de médecine Natoks ' (le Soleil). On en fit de m£me entrer 
une partie; après quoi arriva un détachement de soixante à 
quatre-vingts hommes de Gros-Ventres des prairies , lesquels 
ayant aussi apporté comme présents des peaux de castor et 
un cheval , furent traités comme les autres. Les chefs furent 
chaque fois accueillis à coups de canon, après quoi ils re- 
mettaient d'ordinaire tes drapeaux qu'ils avaient reçus des 
marchands anglais, et qu'ils faisaient porter devant eux sur 
de longs bâtons, d'une manière tout à fait militaire. M. Mit- 
chill avait voulu, l'année précédente , abolir ces salves d'artil- 
lerie ; mais les Indiens s'en étaient offensés et avaient même 
fait mine de se retirer sur-le-champ, sans faire de com- 
merce, car ils sont pleins de vanité. 

Pendant que l'assemblée indienne s'occupait à fumer, 
M. Mitchill prit à part Ninoch-Kiéîu (le chef des Ours), 
qui avait toujours témoigné beaucoup de dévouement et de 
fidélité aux. blancs et à la Compagnie américaine des Pelle- 
teries, et le fit entrer dans sa chambre, où il lui donna un 
habit d'uniforme tout neuf, moitié rouge, moitié vert, à 
revers verts et rouges et à galons d'argent; un chapeau de 
feutre rouge orné de plusieurs touffes de plumes; en un 
mot, un costume complet, avec un fusil neuf à percussion 
et à deux coups. On désirait témoigner à cet homme une 



< Il t'ippcUe auui Kaiêhi (la viande léchée) ou Âchkololimachkann ieh giitttiral)i 
M qui *igDiGe i pea pru prèi : ■ Pliisieun qui cnnrmt eDwmbIc. ■• 



D.oiiiz.owGoogle 



ia8 VOYAGE DANS l'imtébieur 

distJDCtioa toute particulière, paix» qu'il n'était jamais 
encore allé dans le Nord faire le commerce avec la Compa- 
guie de la baie de Hudson. Quand il eut endossé son costume 
neuf, d'une valeur de i5o dollars, et qu'il se fut présenté 
dans ta cour du fort à l'assemblée des chefs, on remarqua 
sur-le-champ que la préférence dont il était l'objet ne faisait 
pas sur eux une impression favorable. Quelques chefs qui 
avaient fait des présents à M. Mitchill et qui n'en avaient 
pas encore reçu en retour, comme, par exemple, Melikskehmé* 
Soukahs, ne purent dissimuler ce qu'ils ressentaient. Ce der- 
nier cacha sa têle derrière son voisin, d'autres baissèrent les 
leurs et parurent perdus dans leurs réflexions. Quand M. Mit- 
chill s'aperçut de cette impression, il Bt dire aux chefs que 
maintenant ils pouvaient voir comment la Compagnie amé- 
ricaine des Pelleteries traitait ses fidèles amis; quant à eux, 
au contraire, ils avaient coutume de porter leurs castors aux 
Anglais; il ne lui était donc pas possible de leur donner 
autant, mais il ferait néanmoins à chaque chef un présent. 
A l'avenir, ils trouveraient leur avantage à agir avec lui 
comme le faisait Ninoch-Kiéiu , et alors il pourrait aussi leur 
faire des présents d'une plus grande valeur. On 6t mon- 
ter après cela ie chef des Ours sur sou cheval blanc, afin 
qu'il pût se montrer dans son nouveau costume k ceux qui 
étaient restés hors du fort; il leur adressa une harangue d'un 
air assez sec, puis il fit le tour du camp et revînt au fort, 
où il mit pied à terre. Il faut remarquer que cet homme 
n'était pas très-bien vu parmi les siens, de sorte que sa posi- 
tion était fort périlleuse; aussi , le vit-on plus tard s'asseoir, 
tête baissée , comme un proscrit, et il finit par rentrer dans 
la chambre de M. Mitchill, où il se tint à l'écart. Bientôt 
des discussions très-animées s'élevèrent entre les chefs, et 
Berger, l'interprète pour la langue des Pieds-Noirs, étant préci- 
sément absent , cette circonstance pouvait augmenter la mésin- 
telligence. Plusieurs Indiens se levèrent, entre autres Haisikat 
( le pied roide , autrefois la vieille tête), qui prononça un long 



D.gitizecbyG00glc 



D.oiiiz.owGoogle 



Vig. 17, UhmH, ptgeiK. 
Indiens assis devant le Fort-Hackeniie. 



NOTâ. UTig, 18, ptgeMI, cet limAnwqDeU vig. u tic la pmc 11«. 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE I. AMERIQUE DU NORD. •i'tg 

discours accompagné de gestes violents. C'était le beau-frère 
du chef des Ours , à qui il conseillait franchement de retour- 
ner à la maison et de se tenir tranquille, puisque tant d'événe- 
ments graves pourraient avoir lieu. Les Indiens du Sang étant 
irrités, ils parlaient hautement de tirer un coup de fusil à 
Minoch-Kiéiu; celui-ci tint de longues conférences avec 
ses amis. Pendant ce temps, on voyait tous les autres Indiens 
s'asseoir en demi-cercle devant la porte du fort. Voyez la 
▼ignelte n" 17. — (a) sont les guerriers assis en plusieurs 
demi-cercles, (b) la masse de la population indienne, (c) le 
devant du fort avec un blockhaus (d). Les guerriers étaient 
assis par terre, et, pendant qu'on leur distribuait des bois- 
sons et du tabac, ils chantaient sans relâche et déchargeaient 
de temps en temps leurs fusils. Enfin, à six heures du soir, 
quand on se vît délivré de ces hôtes incommodes et quand 
on espérait pouvoir se reposer un peu des fatigues du jour, 
il s'éleva tout à coup parmi les engagés une dispute qui 
aurait pu avoir des résultats fâcheux. Des voies de fait eurent 
lieu, et les blancs donnèrent par là un bien mauvais 
exemple aux Indiens. Cette dispute fut longtemps avant 
de s'apaiser, et nous ne reposâmes pas de toute la nuit; 
car le commerce d'échange avec les Indiens se prolongea 
fort tard, dans le magasin des marchandises indiennes, sé- 
paré à la vérité , mais peu éloigné cependant du Heu où nous 
étions couchés. 

Les mauvaises dispositions des Indiens, par suite de la 
distinction qu'avait obtenue Ninoch-K.iéiu, avaient donné 
lieu à la nouvelle que les Indiens du Sang attaqueraient le fort 
et tueraient tous les blancs; et en' admettant que cette nou- 
velle ne fût pas absolument fondée, elle prouvait du moins 
une tendance hostile, laquelle, en eflèt, se manifesta de dif- 
férentes manières , comme , par exemple , par le projet de se 
retirer et par des tentatives pour voler nos chevaux. Ils 
avaient déjà même trouvé moyen de s'emparer d'un de ces 



D.gitizecbyG00glc 



a3u VOYAGE DAMS l'iHTÉRIEUH 

.-inimaux; mais on parvînt à te leur reprendre; après quoi 
on ne les envoya plus au vert qu'avec une escorte de six 
hommes armés. Winoch-K.iéiu,de son côté, n'attendait rien 
de bon de ces Indiens, et il avait fait rentrer tous ses che- 
vaux la nuit dans le fort. Quelques-uns de ces sauvages, 
mieux disposés que les autres, étaient pourtant venus nous 
trouver pour nous donner des assurances de leur dévoue- 
ment i et comme ils étaient arrivés précisément au moment du 
déjeuner, on leur avait distribué à manger. M. Bodmer avait 
entrepris de dessiner Mehkskehme-Soukahs dans son grand 
costume, le visage peint en rouge et noir, avec une chemise 
de cuir ornée de peau de loutre et de bandes d'hermine, une 
grosse touffe de plumes d'oiseaux de proie , de becs de pics, 
(le peaux d'hermine, de pièces et de bandes de drap rouge 
sur la tête. C'était une figure colossale fort remarquable. 
Voyez la planche xlv. Un autre Indien encore, connu sous 
le nom de Big-SoUUer, vint aussi noua voir, et offrit de faire 
faire son portrait pour de l'argent. Son véritable nom était 
Hachesto (le harangueur); son costume était singulièrement 
riche, et sa taille approchait de six pieds. Il ne fut pas facile 
de s'entendre avec lui, car il mettait un fort haut prix à sa 
belle personne, et parut fort piqué de ce que l'on ne voulait 
pas le lui donner. 

M. Mitchîll ayant reçu avis, par des Indiens, de l'arrivée 
du chef piékann Koutonépi (le vieux Koutoné), nous entre- 
prîmes , dans l'après-midi du 1 1 août , une excursion dont le 
but était de souhaiter la bienvenue au nouvd arrivé, que la 
chasse au castor avait retenu jusqu'à ce moment. Nous pas- 
sâmes la rivière devant le fort, au montent otiun grand nom- 
bre déjeunes Indiens s'y baignaient. Ib couraient par-dessus 
le keelboat , amarré contre ta rive , et se jetaient dans l'eau , de 
son avant. Ils ne nageaient pas , ainsi que je l'ai déjà re- 
marqué , à la manière européenne , mais tout à fait comme 
les Brésiliens. Ces jeunes gens, élancés et bien faits, Ai> 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE l'an£rIQU£ du NORD. l3l 

plojraient uoe grande adresse. Leur couleur était d'un rouge 
brun brillant et foncé; la teinte rouge étant beaucoup plus 
prononcée que chez tes Brésiliens, dont le brun tire plutôt 
sur le jaune ou sur le gris. 

De la place où nous débarquâmes, nous n'eûmes pas loin 
à aller pour arriver dans une petite vallée latérale couverte 
de peupliers, où nous trouvâmes deux tentes de cuir. Kouto- 
népi nous reçut as«is au fond de la sienne , pendant que les 
autres déchargèrent leurs fusib en nous voyant. Dans cette 
petite et mauvaise lente de chasse, nous fûmes obligés de 
nous asseoir sur des peaux de bison , pendant que tout le 
ménage , qui se composait de quatre ou cinq hommes, de plu- 
sieurs femmes et de beaucoup d'enfants, se pressait dans la 
porte pour nous voir. Le chasseur espagnol Isidore Sandoval 
nous servit d'interprète. Quinze à vingt chevaux paissaient 
dans le voisinage de la tente; mais il y a des Piékanns qui 
en possèdent un bien plus grand nombre. Après que nous 
eûmes serré la main à tous les hommes, l'un après l'autre, 
on nous présenta un plat avec de l'eau bien fraîche du Mis- 
souri pour nous rafraîchir; sur quoi M. Mitchill distribua 
quelques petits présents, et entre autres du tabac, que Kou- 
tonépi accepta avec reconnaissance, en adressant un hymne 
au Soleil (JVatohs) ou au Seigneur de la vie. On plaça en- 
suite devant chacun de nous une assiette en bois avec des 
queues de castor, cuites avec la racine appelée />o/»me blan- 
che. La queue de castor était coupée en petits dés; bien 
attendrie par la cuisson , elle n'avait pas mauvais goût, et il 
y a des endroits, même dans tes Etats-Unis, où on la regarde 
comme un fort bon mets. Les Indiens achevèrent ce que 
nous avions laissé ; puis on appoi-ta des tas de peaux de cas- 
tor, dont le chef en offrit neuf comme un présent à M. Mit- 
chill; le fîls de la maison m'en ofliit aussi une à moi; il ne 
cessait de me serrer les mains, pour me remercier, disait-il , 
d'être venu de si loin pour les voir. L'interprète traduisait 
au'fur et à mesure les compliments que nous nous faisions 



;ct.yG00(^lc 



aSs VOYAGE DANS l'iNTÉRIEUK 

réciproquemeot , et je puis assurer que , chez les peuples les 
plus civilisés, nous n'aurions pu être reçus avec plus de 
cordialité et avec une politesse à la fois plus naturelle 
et plus respectueuse. Leurs peaux de castor étaient fort soi- 
gneusement nettoyées et séchées, au point de ressembler à 
du parchemin. Mon fusil à deux coups leur plut infiniment, 
et le Bis de la maison exprima le désir de le décharger, ce 
qu'il fit avec le bon canon qui était chargé d'une balle. Les 
vieilles femmes filmèrent avec nous, mais demeurèrent pen- 
dant ce temps devant la porte de la tente. Tous les nom- 
breux petits enfants, brun foncé, me parurent plus pro- 
prement tenus qu'à l'ordinaire, et d'ailleurs, toute la famille 
de Koutouépi mérite cet éloge. Nous primes affectueusement 
congé de ces bonnes gens , et le chef même annonça qu'il ne 
larderait pas à nous rendre notre visite. 

A notre retour au fort , nous trouvâmes le commerce d'é- 
change eu pleine activité : il donnait lieu à des scènes fort 
comiques, dont la joie ou le mécontentement s'exprimaient 
d'une foule de manières différentes. Plusieurs des Indiens te 
montraient tendres et embrassaient les blancs; d'autres , au 
contraire, étaient bruyants et colères. Ici l'on voyait une femme 
bourrer de viande ses quatre petits enfants, dont le plus jeune 
n'avait pas encore de dents, ce qui n'empêchait pas qu'on 
ne lui fourrât aussi son petit morceau dans la bouche; là, 
des enfants qui avaient attrapé une souris, s'amusaient à lui 
lancer des flèches avec la main , etc. 

Le I a août , vers midi , Koutonépi entra dans le fort avec 
sa bande, au bruit accoutumé de notre artillerie. Nous 
étions en ce moment de l'humeur la plus gaie, mais qui ne 
tarda pas à être troublée de nouveau par la discorde et le deuil. 
Des Indiens du Sang avaient volé trois chevaux du fort, et l'on 
s'efforçait vainement de découvrir le malfaiteur, quand le soir 
il arriva un événement bien plus important encore. M. Bod- 
mer venait précisément de commencer te portrait d'un 
certain Hotokanehe (la têle de Robe) , tenant son grand ca- 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aHÉRIQDE du MORD. a33 

tumet f richement orné , lorsque , dans la pièce voisine , nous 
eoleadimes un coup de feu , et sur-le-champ nous vîmes un 
grand nombre de personnes y courir. Un Indien du Sang, qui 
était entré souvent dans le fort, et qui, jusqu'à ce moment 
s'était toujours bien conduit, venait de tuer d'un coup de 
pistolet un de nos jeunes gens nommé Martin. Tout le monde 
s'était rassemblé autour de l'assassin, sans que personne pût 
découvrir la cause de cet événement. L'Indien paraissait un 
peu embarrassé; maïs II soutenait que le pistolet était parti 
par hasard. Plusieurs jeunes gens prétendaient qu'il fallait 
lui rendre la pareille , attendu que c'était évidemment avec 
ÎDtention qu'il avait commis ce meurtre; mais M. Mitchil) 
décida avec plus de modération qu'il fallait considérer cette 
mort comme un malheur. T^e premier moment d'irritation 
passé, il fit sortir l'assassin du fort, en lui défendant d'v 
rentrer, et en interdisant en même temps aux engagés de 
commettre h son égard aucun acte de violence. Mais !Ninoch- 
Kiéiu, qui était présent, ne prit pas cette affaire avec au- 
tant d'indifférence. Bien qu'il se fût senti offensé le matin 
même^ parce qu'on n'avait pas voulu lui donner de l'eau-de- 
vie , il n'en prit pas moins , en cette occasion , avec chaleur 
le parti des blancs, et Insista pour tuer l'assassin; mais 
comme on t'en empêcha, il le maltraita avec la crosse de son 
fusil f et le poussa fort rudement hors du fort, avec plu- 
sieurs Gros-Ventres des prairies, qui s'y trouvaient par ha- 
sard. Koutonépi, qui était aussi encore avec nous, se leva 
et prononça un discours plein de force, dans lequel il dé- 
peignait les insultes des Indiens du Sang envers les blancs , et 
excitait ceux-ci à la vengeance; mais M. Mîtchill, tout en le 
remerciant , persista dans le parti le plus sage , celui de la mo- 
dération. La tranquillité nefutpas troublée. L'interprète Ber- 
ger revint ; il avait été envoyé par M. Mîtchill pour appeler une 
bande considérable de deux cent cinquante tentes de Piékanns, 
qu'il avait laissée sur le Muscleshell-Bivcr et qui pouvait 
arriver auprès de nous dans huit jours environ. La plupart 



D.gitizecbyGôOglc 



a34 VOYAGE DAHS l'iHTÉRIEUII 

des Indieus qui entouraient te fort étaient repartis , de sorte 
que le i4 août on n'y comptait plus que vingt-trois tentes; 
en revanche il en atriva d'autres le même jour, et avec eux le 
nommé Bird, demi-Indien, homme faux, très-dangereux, 
et qui jouissait d'un grand crédit parmi les Pied»-Noirs. Il 
avait été autrefois au service de la Compagnie améncaine des 
Pelleteries, d'où il avait repassé à celui de la Compagnie 
de la baie de Hudson, et il trompait l'une et l'autre selon 
qu'il y trouvait son profit. C'était un homme grand et fort, 
qui avait le teint brun, les cheveux noirs et bouclés; il 
parlait parfaitement la langue des Pieds-Noirs et vivait tou- 
jours avec les Piékanns. En ce moment il n'était au service 
d'aucune des deux Compagnies, et vivait dans l'indépen- 
dance, de la chasse aux castors et d'autres animaux. Il venait 
du fort Union , d'où il apportait des lettres de M. Mackenzie. 
Le chef des Gros -Ventres des Prairies, Nietohse, dont 
j'ai déjà eu occasion de parler, vint aussi; on tenait beau- 
coup à lui, et en conséquence il fut bien reçu. M. Patson, 
commis de la Compagnie, qui avait eu jusqu'alors la di- 
l'ection du fort Mackenzie, homme qui connaissait parfaite- 
ment les montagnes Rocheuses, et qui avait une grande 
expérience du commerce des pelleteries , nous quitta ce 
jour-là avec onze engagés, dans une forte pirogue, pour 
retourner au fort Union et de là à Saint-Louis. Le ride que 
les partants avaient laissé dans le fort, fut bientôt comblé 
par une foule de nouveaux Indiens , et dans le nombre nous 
reçûmes la visite de Mexkemauastan, qui avait été vu depms 
peu au Bîghorn-River. M. Bpdmer le dessina; voyez la vi- 
gnette de l'atlas n" xx. Cette occupation attira auprès de 
nous im grand nombre d'Indiens, qui furent souvent impor- 
tuns. Quand un des leurs avait été dessiné d'une manière res- 
semblante, ils disaient : «Bodmer sait écrire fort exactement; » 
car ils n'ont pas d'expressions pour dire dessiner. Un certain 
Indien du Sang resta toute la journée avec sa femme, et 
nous ennuya cruellement ; il ne cessait de nous prier d'aller 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE lVhékiquk du nord. a35 

le voir dans sa tente, et noua Bnimes par être obligés de 
lui complaire. En oous rendant à sa demeure, nous ren- 
contrâmes beaucoup de femmes à qui l'on avait coupé le 
nez , spectacle dégoûtant ! C'est , ainsi que je l'ai dit plus 
baut, la punition de l'infidélité chez ce peuple : elle reçoit 
souvent son applicatiou. Dans la tente vaste et bien éclairée, 
nous trouvâmes le maître de la maison, mécliant homme 
qui, l'année précédente, avait tiré dans le visage d'un 
blanc un coup de fusil chargé de menu plomb; il était - 
couché sur un banc d'osier tressé, couvert d'une peau 
de bison, et garni d'un dossier. Au milieu de la tente brû- 
lait un petit feu, qui répandait une forte chaleur. On nous 
présenta des baies desséchées, et, à tout prendre, le séjour 
de cette tente n'était pas désagréable ; ces gens n'ayant pas 
d'enfants, une grande propreté régnait chez eux. Isidore 
Saadoval servit d'interprète pendant la conversation. Nous 
avions journellement des relations de ce genre, dans les- 
quelles il y avait toujours quelque observation à faire. 

M. Mitchill songeait alors à construire un nouveau fort , 
et, te 16 août, de grand matin, nous partîmes à cheval pour 
choisir un emplacement convenable, Ifous gravîmes la 
chaîne des collines den-ière le fort ; nous y vîmes les petits 
cliiens des prairies, courir se cacher dans leurs trous souter- 
rains; après quoi, nous rencontrâmes deuv Indiens armés 
qui, dès qu'ils nous eurent aperçus, tournèrent la tête de 
leurs chevaux et arrivèrent près de nous au galop. Ils 
n'avaient pas remarqué nos fusils à deux coups que nous 
portions en travers, à la tête de la selle, et il n'y a pas de 
doute que leur intention ne fût de nous efTrayer et d'essayer 
leur chance avec nous; car aussitôt qu'ils virent nos armes* 
ils se retournèrent sur-le-champ et s'éloignèrent au plus 
vite'. Les ayant appelés, ils s'arrêtèrent de nouveau à 

' M. Mitchill avait cii l'été précédeat uni iTenlure lembliblc, qui lui apprji 
à coDiuilrc ce> apècta de Tencontres indieiuiea. Se promcnuit k chml oiu armai, 
(I (crampagDé d'an teul humme, il rejoigaii deux lodieiu, qui Hir.leMjMuip lui 



D.oiiiz.owGoogle 



«36 VOYAGE DASS l'iHTÉRIEUR 

quelque distance; I'ud des deux donna à l'autre son fusil, 
et étant l'eveau sur son rossinante blanc, il nous raconta 
par signes qu'un Indien avait enlevé sa sœur , la femme d'nn 
tiers, et qu'ils étaient partis à la recherche du coupable afin 
de lut casser la tête; puis examinant les traces, ils dispa- 
rurent bientôt à nos regards. Un peu plus loin, nous ren- 
contrâmes une vingtaine de nos gens, qui avaient été expé- 
diés pour travailler à la construction du nouveau fort. Ib 
étaient bien armés et portaient avec eux, sur des char* 
rettes, leurs lits et les autres objets dont ils avaient besoin. 
Ils avaient ordre de rester toute la semaine et de ne re- 
venir que le samedi. D'autres gens encore avaient été envoyés 
pour faire du charbon pour la forge, usage auquel le 
bois du peuplier est particulièrement utile. Nous allâmes 
en tête de ces hommes, et eûmes un beau point de vue 
sur la vallée du Tetlon-Bîver, qui, formant une ligne verte, 
coupait agréablement l'uniformité de la prairie jaune et 
brûlée. Au fond de la vallée, nous vîmes, sous de grands 
peupliers, trois ou quatre huttes indiennes . Si de celte hau- 
teur on jetait les yeux à gauche , le regard s'étendait sur un 
grand détour du Missouri, aux bords duquel s'élevaient 
plusieurs beaux bois de peupliers et des pelouses vertes, 
tandis qu'un peu plus haut s'ouvrait , sur la rive méridio- 
nale, le ruisseau appelé par I^ewis et Clarke Snow-BJver, 
le point le plus éloigné de mon voyage sur le haut Missouri , 
quoique à cette époque je n'eusse pas encore perdu l'espoir 
d'atteindre les trois principales sources de cette rivière : le 
Jefferson, le Madison et le Gallalin. Devant nous, un peu 
sur la gauche, et dans la direction du sud-ouest, se montrait, 
à quelque distance, la première chaîne des montagnes 

ileintDdèrenI du tibtv. Il kur donna te qu'il eu «vaii, mus ne put Id MtiiIiiTe; 
i)i Toulurenl alors ttoir ion couteau .el lui jetant le tabac i la li^rt, ili bindirrDl 
leur arc d'un air œenafanl. Ils oc le liiuèrent partir qti'aprèi qu'il leur rui pronii 
de leur en donrter daianlage le lendemain au naiire; il y Tinrent en ttUt, niaii 
M. Milrhill ne Ri pas semblant de les rrronnaîlre. Depuis ce temps, il ne jorlail 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aMÉRIQDE du ItORD. aSj 

Rocheuses, qui D'atteint pas la région des neiges; et derrière 
nous , nous avions la belle montague du Bear's-Paw. De 
cet endroit élevé , nous primes à gauche , et franchissant des 
hauteurs escarpées, nous descendîmes vers le Missouri, dont 
nous suivîmes le cours à travers des hois épais de saules, 
de peupliers , d'érables-negundo et d'ormes , entremêlés de 
bofîaloe-berry , de rosiers, de cornouillers et d'autres ar- 
l^ustes. Le sol était couvert d'un riche gazon, dont on avait 
fait, pour le fort, du foin qui déjà s'élevait en meule. Le 
sentier nous conduisît ensuite près de la rive septentrio- 
nale, sous des arbres touffus, et nous vîmes de là une plaine 
profonde, située sur le bord opposé, et dans laquelle M. Mit- 
chîll résolut de construire le nouveau fort, au milieu d'une 
prairie boisée , près d'une grande forêt de peupliers. 
Nous vîmes plusieurs Gros-Ventres qui allaient et venaient 
et qui faisaient paître leurs chevaux; leurs huttes étaient 
dressées dans le bois voisin. 

A peine nous étions-nous mis en route pour retourner, 
que Dauphin, un de nos gens, arriva hors d'haleine sur 
un cheval indien, et dit à M. Mitchill que Ninoch-Kiéiu 
l'avertissait que son neveu avait été assassiné par tes In- 
diens du Sang ; qu'en conséquence il avait résolu d'attaquer 
sur-le-champ ces Indiens, et qu'il nous conseillait de ren- 
trer dans le fort le plus promptement possible , ajoutant 
qu'il avait déjà fait revenir les travailleurs destinés au nou- 
veau fort. Nous remontâmes donc immédiatement sur la 
hauteur, où nous rejoignîmes nos gens qui s'en retour- 
naient avec plusieurs Indiens. M. Mitchill leur reprocha 
très-vivement leur conduite, en leur faisant observer qu'il 
n'avait pas encore donné d'ordres à cet effet; sur quoi La- 
tresse répondit avec beaucoup d'arrogance qu'ils n'avaient 
nulle envie de se faire massacrer par les Indiens ; que ce 
n'était pas pour cela qu'ils étaient venus; en un mot, ils se 
montrèrent à la fois lâches et mutins. Mais il fallait bien 
les laisser faire, et nous revînmes donc tous ensemble au 



D.gitizecbyG00glc 



a38 VOT4GE DAMS l'intkriedr 

fort. Quand uour y fûmes arrivés , iious apprîmes que le 
neveu du chef des Ours, bon et pacifique Indien, était 
monté à cheval dans la matinée, pour aller à la recherche 
d'un cheval qu'on lui avait volé, mais qu'arrivé sur les hau- 
teurs du Tetton-Rîver, non loin du fort, il avait été assassiné 
par les Indiens du Sang, à coups de fusil, de couteau et de mas- 
sue. NiDoch-Kiéiu était furieux. On avait sur-le-champ pour- 
suivi en vain quelques Indiens du Sang , et l'on avait même 
voulu tuer l'homme qui demeurait près du fort et dans la 
hutte duquel nous avions été naguère invités ; mais ou avait 
réfléchi que son innocence était évidente ; de sorte qu'on lui 
avait pardonné et l'on avait fumé la pipe avec lui. Un autre 
de ces Indiens avait été poursuivi à coups de fusil par delà 
la rivière. Le chef des Ours s'approcha alors de M. M itchill 
pour le consulter sur ce qu'il fallait faire. Un Indien pru- 
dent et âgé conseilla de ne pas faire de cette affaire une 
guerre de tribu, mais de la traiter comme une querelle 
particulière, et d'attendre en conséquence l'occasion favora- 
ble de se venger sur quelque membre de la famille du cou- 
pable '. Le chef, profondément irrité, réfléchissait en silence. 
Il avait mis, en signe de deuil, ses plus mauvais habits; 
il n'avait pas coupé ses cheveux, disant que son cœur était 
trop grand et trop fort pour agir ainsi. Il avait chargé à 
balle )e fusil à deux coups qui venait de lui être donné. 
Tout à coup il s'enfuit sans prononcer une parole. Plus 
tard, il fit dire à M. Mitchill qu'il était obligé de partir pour 
venger son parent, dont il ne voulait pascontempler le corps; 
mais afin d'être sâr qu'il tombât en de bonnes mains, il 
en faisait présent à M. Mitchill, qui pourrait le faire enter- 
rer '. L'assassinat de l'Indien étant une suite des injures que 

• Li vengeance du uug ctl luui en utage en d'*ulrc9 parties da monde ; Ruppd 
en parle dans son Voyage en Abjuinie, t. I, p. 3SB. Une nombiviuc Emilie e>t 
fnrt utile dini re cas. 

> C'csl U une coutume fort commune chez (ei Indieui, rt qui coâte toujuun dr 
l'argent aux blancs. Il faut alors que l'on faue eoterrer rei morti c 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AMERIQUE DU NORD. 289 

Ninoch-Riéiu avait dites aux Indieus du Sang à l'occasion de 
la mort de Martin, ou ne pouvait convenablement refuser 
cet agréable présent; il en résulta que nous ne pouvions 
quitter le fort sans prendre de grandes précautions, les In- 
diensdu Sang montrant à notre égard des dispositions hostiles. 
Le fj août,d<; grand matin, nous entendîmes les cris et les 
lamentations des Indiens dans le camp, et bientôt après on 
apporta dans le fort le corps de l'assassiné. I) était enveloppé 
de robes de bison fortement attachées, et couche sur un traî- 
neau tiré par un cheval. Un vieillard, ainsi qu'un grand 
nombre de femmes, suivaient le corps en pleurant et en gé- 
missant. Une femme âgée venait de se couper une phalange 
(lu petit doigt en signe de douleur, et tenait le doigt , qui 
saignait fortement, enveloppé d'une poignée d'absinthe. 
Quand nos gens eurent détaché le corps du traîneau , après 
qu'il fut arrivé entre les deux portes (lu fort, et qu'il eut 
été porté dans l'espace indien , un jeune homme , frère du 
chef des Ours, adressa un discours aux parents affligés, 
dans lequel il leur dit : « Pourquoi vous lamentez-vous et 
« pleurez-vous ? Voyez, je ne pleure pas! Il est allé dans 
a l'autre pays, et nous ne pouvons pas le ressusciter! mais il 
« faut que deux Indiens du Sang au moins l'y accompagnent 
a et s'attachent à son service ! » Un enfant nouveau-né et 
un petit frère de l'assassiné étaient morts la m^me nuit; de 
sorte qu'il y avait en même temps trois corps dans le fort, et 
les Indiens disaient que le frère assassiné avait appelé les 
autres à lui. Les corps de ces Indiens ayant été longtemps 
exposés au grand air et au soleil, il fallut se hâter de les en- 
terrer; et l'interprète Berger fut chargé de la commission 
désagréable de les peindre, de les revêtir, à la manière in- 
dienne, de leurs plus beaux habits, et de les parer. Les deux 

s Ml fraii, et d» counrtiirei de laine, du drap, de U couleur rouge, etc., Mnt 
dei objet! indiipeniables qu'il bul se pmcurrr, et que les Indiens auraient été »ini 
eela obligés d*acbeter eun-tufinct. Si l'on rrfiitail un irniblable présent , un w ferait 
liiplDsiniuTaiieTFpnaiiaa dn monrlR. 



D.gitizecbyG00glc 



34<> VOYAGE DANS l'iNTëRIEUR 

Indieus furent places dans la même tombe, enveloppés d'une 
couverture de laine rouge et d'une peau de bison. Le fond 
et les côtés de la fosse furent aussi recouverts de bois ; on y 
ajouta un mors , un fouet et quelques autres petits objets , 
après quoi l'on jeta la terre par-dessus. 

Le même jour, vers midi, on aperçut, sur les hauteurs 
de l'autre rive du Missouri, une foule d'Indiens qui descen- 
daient avec leurs travails cbargés et tous leurs effets : c'était 
la bande de Piékanns qui nous avait été annoncée par Ber- 
ger. Quelques-uns d'entre eux ne tardèrent pas à arriver, 
comme avant-garde; ils étaient parés, et l'un d'eux portait 
en main la marque distinctive de la bande des Corbeaux 
{ Mastohpate). Ninoch-K.iéiu les accompagnait et ne ces- 
sait de parler de se rendre à un petit camp d'Indiens du Sang, 
situé sur l'autre bord de la rivière , pour y chercher sa ven- 
geance; mais il restait néanmoins toujours avec nous. Son 
frère, qui faisait aussi beaucoup de bruit, parcourait le fort 
un pistolet chargé à la main, et finit par prier M. Mitchill de 
vouloir bien lui faire passer la rivière, attendu que l'on 
croyait avoir vu deux Indiens du Sang à qui il voulait faire 
sauter la cervelle. M. Mitchill lui répondit fort tranquille- 
ment, que s'il avait l'intention de tuer quelqu'un , il ne de- 
vait pas compter sur son secours. Alors cet Indien , avec 
toutes les apparences d'une vive émotion, monta sur son 
cheval et partit précipitamment, afin, disait le chef, de sou- 
lager son cœur par la mort d'un Kehna, sauf à faire plus 
tard sauter la cervelle au véritable meurtrier. \je vieil oncle 
du chef, Natoïé-Poochsen (ilfaut prononceràrallemandece 
nom qui signifie la parole de la vie ) , était un des plus af- 
fligés. Il s'était coupé les cheveux et s'était enduit le visage, 
les jambes et une partie du corps, d'une argile blanchâtre. 
M. Bodmer l'a dessiné dans ce costume. Il allait et venait 
gémissant et pleurant , pendant que le chef des Ours ne son- 
geait qu'à se procurer de l'eau-de-vie. Il tenait à la main un 
petit moutardier plein de cette précieuse liqueur , et l'un 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AMtniQUE DU NORD. ^4 < 

de ses amis, qui possédait aussi un peu d'eaii-de>vie, en 
prit dan» la bouche, puis embrassa le chef et lui fit cou- 
ler ce nectar dans la sienne, ce qui, chez les Pieds-Noirs, 
est la plus grande marque d'amitié que l'on puisse donner '. 

Les engagés de la Compagnie étaient en ce moment occu- 
pés à emballer les peaux , ce qui se fait à l'aide de machines. 
Elles consistent en un échafaudage de lattes, de la grosseur 
des paquets, et dans lequel on pose les peaux. Quand il s'a- 
git de fourrures petites et légères , on place une ou deux 
grosses planches en travers de la machine ; puis un homme 
monte à chaque extrémité, afin de serrer les peaux avant 
de les nouer; mais quand ce sont des peaux de bison, qui 
sont beaucoup plus épaisses, on se sert pour les presser 
d'une lourde poutre tirée par six à huit hommes. Le reste de 
nos gens sciaient des planches , faisaient du charbon ou se li- 
vraient à d'autres travaux semblables, qui toutefois leur 
laissaient beaucoup de temps libre , qu'ils remplissaient par 
des jeux de divers genres. Ils tiraient parfois à la cible , exer- 
cice dans lequel Papln et Norrin se montraient très-adroits. 
Jje soir nous jouissions ordinairement d'un spectacle fort 
divertissant, quand tous les chevaux du Fort revenaient des 
hauteurs. Huit hommes armés les escortaient à cheval, par 
derrière et sur les côtés; beaucoup d'Indiens s'y étant 
joints avec leurs chevaux, pour plus de sûreté, toute 
cette cavalerie réunie devenait fort nombreuse et présentait 
un aspect intéressant, lorsque, enveloppée d'un torrent de 
poussière , elle arrivait avec un bruit assourdissant à la porte 
du fort. 

Désirant me procurer un grand et beau Bighorn, j'obtins 

> H. Httdiill ajiaieu.ca iS3i, uoediicuMion ■recTatticki-Sinmkk, et eeluM;i 
■jtnl cté iurU point de k retirer avec touie u bande. on ne uiait plus comment 
faire p«ur l'apiiier, quand un Indien luggéra ce mo^en. M. Miichill prit unit 
gorgit! d'eau-4)e-Tie daox la bouche, et ae rendit ainii daui le camp indien; là il 
embraisa l^omme irrité , fit coaler le breuia;^ daoi sa bouche , ei l'amitié du vîeui 
chef fut KtMiTée ; il derint plus affectueux qtie jamais , et ne parla plus de t'étoi- 



D.gitizecbyG00glc 



24» VOTACE DAMS l'iKTÉBIEUB 

de M. Mitcliilt la permission d'y employer le chasseur Papin. 
auquel mon propre chasseur, Dreidoppel, se joignit pour 
eotrepreudre une excursion. Papin n'y allait qu'à regret, 
quoique pour sa sûreté on lui eût donné un Piékann pour 
l'accompagner. Il protesta qu'il n'entreprendrait pas pour 
cent dollars une expédition si dangereuse, s'il ne s'était pas 
engagé avec la Compagnie. Ils s'arrangèrent d'après cela 
pour passer une couple de nuits dehors, et prirent avec eux 
ua cheval de somme. D'autres chasseurs furent envoyés avec 
les Indiens, et nous ne tardâmes pas à recevoir la nouvelle 
qu'un assez grand nombres de bisons avaient été tués. Dans 
d'autres moments nous manquions souvent de viande. Bird, 
qui avait dressé sa tente entre les grands peupliers près du 
fort, où demeurait aussi Minoch-Kiéîu, nous visitait sou- 
vent, et nous dit qu'il était obligé de faire un voyage dans 
le Nord. On l'engagea, lui et quelques autres t^ékanns, à 
user de leur influence sur Ninocli-Kiéiu pour qu'il n'atta- 
quât point des individus innocents, attendu que les Indiens 
du Sang étaient beaucoup plus nombreux et plus puissants 
que les Piékanns, et que les blancs éprouvaient aussi de 
grands désavantages d'une semblable inimitié. 

En attendant, M. Bodmer avait dessiné, d'une manière 
très-fidèle et très-ressemblante, un certain nombre d'Indiens^ 
et entre autres le vieux Pioch-Kiéiu (l'Ours éloigné), dont 
le visage était peint en terre bleue, et qui se distinguait 
par un menton fort long qui n'avait rien d'Indien ; plus 
une jeune femme piékanne fort jolie, et un vieux Routané 
ou Koutnéhé, qui s'appelait Homach-Ksachkum (la grande 
terre; le ch tout à fait guttural), ainsi que son fils Makouié- 
Poka ' (l'enfant du loup ) , dont la mère était une Hékanne, 
et qui s'habillait aussi tout à fait à leur mode, mais qui avait 
adopté plusieurs ornements de leurs ennemis, les Meunitar- 

> On peut voir md portrait commDoiqin par moi dini Scliinz, Histoire de 
l'bamiiic cl dn munniifêrM, pi. i?. — Pour ce qui rcgurde les KouIaoêioulLout* 
iiciiéi, vojei rApi>eDdiM. 



D.oiiiz.owGoogle 



DE l'aMÉHIQDE do NORD. ^^Z 

ris. Le vieux Koutané était tia homme bon et amical , dont 
les traits étaieut fort caractéristiques et que le portrait re- 
présente avec une grande fidélité. (Voyez planclie XLvi, la 
ligure à droite). Il me procura des renseignements sur sa 
nation, et des mots de sa langue qui sont difficiles à pronon- 
cer. Son portrait si ressemblant, ainsi que les autres dessins, 
divertirent fort les Indiens; ils les reconnurent tous sur-ie- 
cliamp, et la renommée du grand écrivain s'était tellement 
répandue parmi eux, que notre maison était perpétuelle- 
ment assiégée par une nombreuse société d'Indiens qui y fu- 
maient du tabac et nous incommodaient par la chaleur qu'ils 
y occasionnaient. Quelques-uns d'entre eux ne pouvaient pas 
se tenir un moment tranquilles pendant qu'on les dessinait, 
tandis que d'autres restaient immobiles des journées entières, 
pourvu qu'on leur donnât du tabac à fumer , et j'avais 
grand soin de ne pas les en laisser manquer. Pendant 
ces visites, je trouvais fréquemment l'occasion de m'informer 
de leurs usages et de leurs idées. Le Bison blanc, qui venait 
souvent me voir, apporta un jour avec lui un arc fort élé- 
gamment décoré qu'il avait pris sur les Têtes-Plates • ; mais 
il ne voulut absolument pas me le vendre. 3'avais beau éle- 
ver mes offres , il répondait toujours : «i J'aime beaucoup cet 
> arc. » Il me fallut donc renoncer à l'espoir de posséder 
cette arme; car si après cette déclaration j'avab insisté en- 
core, les Indiens auraient augmenté considérablement tous 
leurs prix. Cet homme avait du reste de grands sentiments 
d'honneur; il était attaché aux blancs, digne de confiance 
et avec cela guerrier distingué. Il avait dernièrement brûlé 
la cervelle à sa sœur parce qu'elle avait eu des relations avec 
un autre homme, malgré ses conseils réitérés. Un chef des 
I^ékanns, avec qui il se querellait, lui tira un coup de fusil 
dans ta cuisse; mais pour cela il ne perdit pas son sang-froid, 
et tua son ennemi sans faire attention à sa propre blessure. 

■ Pour lo Tilo-PlilM, lojtt l'Appendice. 



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a/|4 VOTAGP, DAMS L'irlTÉBIEL'B 

Un autre vieillard, qui nous visitait quelquefois, se disait 
grand médecin et magicien. Il nous raconta que la mort s'était 
cachée dans certaine tente, chez une femme, et qu'il l'en 
avait chassée. Il l'avait vue entrer par le trou , dans le haut 
de la cabane, par où la fumée s'échappait, et toucher la 
femme; mais sur-le-champ il avait appliqué sa médecine 
sur l'endroit ainsi touché, et n'avait pas quitté la malade 
de toute la uuit. La mort revint plusieurs fois, mais toutes 
ses tentatives échouèrent, le remède ayant toujours été ap- 
pliqué au moment convenable. 

Bird nous présenta le nommé MikotsoUkina (la Corne 
rouge), grand et beau Piékann, guerrier distingué, qui 
avait commandé diverses expéditions et avait déjà fait plu- 
sieurs coups remarquables. C'était un homme bien fait, dont 
la physionomie avait une expression vive, spirituelle et 
bonne ; il était avec cela très-bien et très- proprement habillé. 
Il amena avec lui deux chevaux blancs, et il était assis 
sur une belle housse faite d'une peau de panthère et doublée 
de drap rouge. Précédemment , cet homme s'appelait Mas- 
toënna (le cheffre des Coiteaux), et l'on prétend qu'il a lue 
plus d'hommes blancs qu'aucun autre individu de sa nation. 

Vers cette époque, comme nous manquions de bonne 
viande dans le fort, n'ayant pu, depuis quelque temps, nous 
procurerque deux cochons, il se répandit diverses nouvelles 
iléfavoraliles; ou parlait des mauvaises dispositions de 
Ninoch-Kiéiu et de ses partisans à l'égard des blancs; ce 
qu'il fallait, sans aucun doute, attribuer à la funeste in- 
fluence du perfide Bird , qui était prévenu contre la Compa- 
enie. Un Indien nous dit que ses compatriotes avaient l'in- 
tention de doubler le prix du castor, et que si l'on refusait 
de les satisfaire, tous les Américains devaient être massacres. 
On ne s'inquiéta nullement de ces bruits , bien qu'ils indi- 
quassent le peu de confiance que l'on devait mettre dans le 
caractère des Pieds-Noirs; mais le moment approchait où 
nous allions être mis à une bien plus terrible épreuve. 



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DF. l'Amérique du hord. a45 

Le 38 août, au point du jour, nous fûmes éveillés par 
des coups de fusil , et Doucette entra dans noire chambre, 
en criant : atevez-'vous! Il Jaul nous battre! a Nous sautâ- 
mes à bas du lit, nous nous habillâmes à la hâte et nous 
chargeâmes à balle nos fusils de chasse. Quand nous arri- 
vâmes sur la place du fort, nous trouvâmes toute ta garni- 
son sur pied , et (tes coups de fusil partaient des toits. 
Y étant montés , nous vîmes toute la prairie couverte dln- 
diens à pied et à cheval , qui tiraient sur le fort. Des troupes 
étaient rangées en lignes serrées sur les hauteurs. Environ 
18 à 30 tentes des PiékaDOS, qui étalent situées près du 
fort, et dont les habitants, après avoir chanté et bu pendant 
tonte la nuit, étaient tombés vers le matin dans un profond 
sommeil , avaient donné lieu à cette attaque de la part de 
six cents Assiniboins et Crihs. Un fuyard piékann ayant 
donné le premier avis de l'approche de l'ennemi , les engagés 
s'étaient immédiatement postés sur les toits des maisons , 
d'où l'on voyait le fort entouré d'ennemis de tous les côtés 
et à fort peu de distance. Us avaient coupé à coups de cou- 
teau les tentes des Pîékanns; puis ils y avaient envoyé des 
coups de fusil et des flèches, tuant ou blessant les habi- 
tants subilereent éveillés. Quatre femmes et plusieurs en- 
fants étaient couchés morts à côté du fort ; plusieurs autres 
étaient blessés. Les hommes, nu nombre d'une trentaine, 
avaient commencé par décharger leurs armes contre les en- 
nemis; après quoi ils s'étaient repliés sur te fort, où on les 
avait admis. Its montèrent sur-le-champ aux toits et firent 
un feu bien nourri contre les Assiniboins. 

Un grand désordre cependant régnait dans le fort. Si l'on 
avait auparavant fait, de temps à autre, un appel militaire , 
on aurait reconnu que les engagés avaient vendu aux In- 
diens les munitions qu'on leur avait distribuées. On ne se 
trouvait donc pas en état de défense, et il fallut, pendant 
le combat, distribuer de la poudre et du plomb aux blancs 
comme aux Indiens. M. Mitchill était occupé, avec l'inter- 



D.gitizecbyG00glc 



H^a VOTAGE DANS l'iHT^KIEUK 

prête Berger, à faire entrer daus le fort ta foule des feroroes 
et des enfants piekanns, qui se pressaient dans la porte, 
quand tout à coup un Indien ennemi parut auprès de cette 
porte; et, l'arc tendu, il s'écria :« Homme blanc, fais place; 
« je veux tuer ces ennemis. » Cette exclamation fit connaître 
que l'attaque n'était pas proprement dirigée contre les 
blancs, mais seulement contre les Pieds-Noirs. M. Mitchill 
ordonna sur-le-champ à ses gens de cesser le feu, ce qui 
n'empêcha pas que l'on ne continuât à tirailler. Quant aux 
Piekanns, ils ue voulurent écouter aucune défense; il y eut 
même dix à douze de nos gens, entre autres Doucette et 
Jxtretto, qui sortirent dans la prairie et se placèrent en ligne 
avec les Pieds- Noirs, dont le nombre augmentait rapide- 
ment. Loretto, chasseur du fort, avait tué, à quatre-vingts 
pas de nos piquets , le neveu du chef assiniboin , Mïnolienne 
(le gaucher) *, et ce fut le seul mort que l'ennemi ne put 
point emporter avec lui; car on le vit en placer pluûeurs 
autres sur ses chevaux en partant. Dans l'intérieur du fort, 
il n'y eut qu'un seul homme de blessé; une flèche lui 
avait percé le pied. Un cheval et un chien furent blessés 
aussi. Si l'ennemi avait occupé les hauteurs situées sur l'au- 
tre hord de ta rivière, il aurait pu de là tuer toute la gar- 
nison de notre fort. 

Quand les Assiniboîns virent que l'on répondait à leur 
feu et aux balles qu'ils envoyaient dans les piquets, ils se re- 
plièrent d'environ trois cents pas , et là , le feu des tirailleurs 
continua ; car les rangs des Piekanns se garnissaient de plus 
en plus de personnes qui arrivaient des environs. La place 
du fort était pendant ce temps le théâtre de scènes fort ori- 
ginales. Une foule d'hommes, de femmes et d'enfants blessés 
avaient été couchés ou assis contre les murs , taudis que 
d'autres étaient traînés de côté et d'autre par leurs parents, 

' Minobeane était le priii<:ip«l chef «t le commandant de lout le délachanont 
dt guerre dei Asùaiboitu, auxquels l'éuienl joiatt eent Cribs. Aprèi ce combat^ 
il cbaii|et H>a oom coatre celui de Tatogtn (l'Anlilopc ou Cabri). 



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DF. l'amÉRIQUE du nord. 3^7 

au milieu de cris et de lamentatioas. Le Bisou blanc, dont 
j'ai déjà eu plusieurs fois occasioD de parler et qui avait été 
blessé derrière la tête, se trouvait parmi ces. derniers. On 
le promenait ainsi avec des chants, des pleurs et des gémis- 
sements; on lui secouait le cliicbikoué aux oreilles, afin 
que le démon ne s'emparât pas de lui, et on lui donnait de 
l'eau-de-vie à boire. De son côté, presque étourdi et ivre, il 
ne cessait de chanter aussi, ne voulant pas s'abandonner au 
malin esprit. Ohtséqué-Stomiek, vieillard de notre connais- 
sance, avait reçu une balle dans le genou, qu'une femme 
lui retira avec un canif qu'elle emprunta, et sans qu'il doa- 
nât la plus légère marque de douleur. Natah-Otann, beau 
jeune homme, dont nous avions fait la connaissance lors de 
notre visite à Koutonépï, avait sept blessures ; il était dans 
un triste état, ainsi que plusieurs autres Indiens, surtout 
de jeunes femmes. Nous fîmes ce que nous pûmes pour se- 
courir les blessés ; M. Mitchill leur distribua de l'argent et 
du linge; mais au lieu de laisser reposer ces malheureux, 
fatigués par la perte du sang , on les secouait sans relâche ; 
on agitait de gros grelots, ainsi que leurs talismans ou mé- 
decines, et entre autres des gnffes d'ours que le Bison blanc 
portait comme tels sur sa poitrine. Il faut avoir été témoin 
oculaire d'une pareille scène pour se faire une idée de la 
confusion et du bruit, qu'augmentaient encore le retentisse- 
ment des coups de fusil qui se tiraient sur le rempart, ainsi 
que tes allées et venues perpétuelles des hommes qui venaient 
chercher de la poudre et du plomb, tandis qu'une vingtaine 
de chevaux renfermés dans le fort ajoutaient au tumulte. 
Pendant que les ennemis se trouvaient encore dans le voi- 
sinage du fort , M. Mitchill avait donné ordre de déchaîner 
sur eux les canons qui garnissaient le premier blockhaus, à 
droite; mais cela nes'était point fait, parce que les Piékanns 
étaient en partie mêlés avec les Assiniboins : on n'avait 
donc fait aucun usage des canons, ce qui donna lieu à des 
observations fort piquantes de la part des Indiens. Cepen- 



D.gitizecbyG00glc 



3^8 VOYAGE DANS l'iNTÉHIEUR 

(tant les enaeinis se i-etiraient de plus en plus et se concea- 
trâienl en plusieurs troupes sur la crêle des hauteurs (Voyez 
sur la carte. le plan du combat); cette circonstance nous 
fournit l'occasion d'ouvrir la porte avec les précautions né- 
cessaires , afin d'examiner les tentes ennemies ainsi que les 
personnes tuées. L'Indien qui avait été tué tout près du fort 
m'intéressait particulièrement, car je désirais me procurer 
son crâne. On l'avait dépouillé de sa chevelure, et plusieurs 
Piékauns s'occupaient à assouvir leur colère sur ses restes 
inanimés. Les hommes lui tiraient des coups de fusil; les 
enfants et les femmes le frappaient à coups de fouet et lui 
jetaient des pierres; ces dernières s'acharnaient surtout sur 
ses parties naturelles. Avant que je pusse obtenir ce que 
je voulais avoir, il ne restait plus vestige de la tête. Non 
loin de la rivière se passait, pendant ce temps, une scène 
de deuil. Le vieux Haisikate ( le Pied roide ) pleurait sa fille 
qui s'était cachée dans les bois des environs du fort, et que 
Oechamp avait tuée d'un coup de fusil, la prenant pour un 
ennemi. 

Dès le commencement du combat, les Piékanns avaient 
envoyé des messagers à cheval au grand camp de la nation, 
qui se tenait h huit ou dix milles de là, pour lui demander du 
secours, et l'on attendait l'arrivée de ce secours d'un mo- 
ment à l'autre. Ninoch-Kiéiu et Bird vinrent sommer 
M. Mitchill d'aller eflicacement à leur aide; car eux aussi 
avaient été attaqués par un autre détachement ennemi. 
Hotokanéheli entra de son côté dans le fort et prononça un 
discours violent, dans lequel il reprochait aux blancs de de- 
meurer inactifs, quand l'ennemi était toujours dans le voisi- 
nage. Il ne fallait pas, disait-il, se borner uniquemeiU à 
défendi'e le fort, si l'on désirait sérieusement conserver 
l'alliance des Piékanns, mais il était nécessaire de sortir et 
de combattre l'ennemi commun dans la prairie, etc. Ces re- 
proches piquèrent M. Mitchill, et il résolut de montrer aux 
Indiens que ce n'était pas le courage qui manquait aux 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AMKniQUE DU HORD. H^rf 

blaucs. A cet effet, il fît monter à cheval les meilleurs chas- 
seurs et tireurs; et, en dépit de tout ce que nous pûmes lui 
dire pour le faire renoncer à une mesure si peu politique, 
■t se rendit sur les hauteurs, où cent cinquante à deux cents 
Kékanos continuaient à tirailler avec l'ennemi. Pendant ce 
temps, nous jouissions dans le fort du spectacle te plus in- 
téressant. De l'endroit où ta chaîne des collines touche le 
Missouri, nous voyions arriver sans cesse de nouveaux Pié- 
kanns. Ils venaient au galoppar troupes de trois jusqu'à vingt 
hommes; leurs chevaux arrivaient couverts d'écume; eux- 
mêmes étaient en grand costume, chargés de toutes sortes 
d'ornements et d'armes, l'arc et le carquois sur le dos. le 
fusil à la main , munis de leui-s médecines , la tête couron- 
née de plumes, dont quelques-unes étaient de magnifiques 
plumes d'aigle noires et blanches, avec le grand plumet re- 
tombant. Ils éLiient assis sur de belles housses de peau de 
panthère doublées de rouge; ils avaient la partie supérieure 
du corps nue, sauf une longue bande de peau de loup pas- 
sée en sautoir par-dessus l'épaule; leurs boucliers étaient 
ornés de plumes et de drap de diverses couleurs. C'était 
vraiment un aspect original. Plusieurs d'entre eux franchi- 
rent sur-le-champ les hauteurs , pressant du fouet leurs che- 
vaux faljgués, afin d'arriver promptement sur le lieu du 
combat, chantant et faisant entendre leur cri de guerre; 
mais la plupart s'arrêtèrent près du fort^ où on leur donna 
de la poudre et du plomb et oîi ils déchargèrent leurs fusils 
et lancèrent leurs flèches contre les restes défigurés du 
malheureux Assiniboin, qui, déjà tout percé et brûlé, ne res- 
semblait plus à une créature humaine. Les Indiens jugeant 
qu'ils étaient de nouveau en sûreté dans le voisinage du 
fort, reportèrent leurs blessés dans leurs tentes délabrées, 
autourdesquelles gisaient plusieurs chevaux et chiens morts, 
et là, ils continuèrent leurs cris et leurs gémissements. 

A une heure, par une chaleur de 84° 'aa", a K.), M. 
Mitchill revint avec sus hommes, tous passablement fati- 



D.gitizecbyG00glc 



-iSo VOTACE DANS l'iHTÉRIEUII 

gués; son cheval avait re^'U une balle dans le garrot, de 
sorte qu'il était tombé et s'était blesse au bras; un autre 
cheval avait eu le cou percé et avait été pris par l'enoenii; 
son cavalier, Bourbonnais, s'était sauvé. Du reste, tous nos 
gens étaient sains et saufs. On avait repoussé l'ennemi jus- 
qu'au Maria-Biver, où, vu le peu de bravoure des Pieds- 
Noirs, il avait réussi à prendre poste derrière les arbres; et, 
s'étant même une foisavancé de nouveau, il avait repoussé ses 
adversaires. On entendait distinctement qu'ils s'excitaient; 
sur quoi ils avançaient au nombre de vingt ou de trente et 
attaquaient. En général, on avait remarqué que les Assini- 
boins se battaient mieux que les Pickanns, parmi lesquels 
il y en eut plusieurs qui ne quittèrent pas le fort de toute 
la journée. M. Mitcbill et ses bommes avaient toujours eu 
l'avance sur les Piékanns, dont le nombre s'élevait alors à 
cinq ou six cents. Il leur demandait pourquoi ils restaient 
en arrière, et leur disait qu'après avoir accusé les blancs de 
lâcheté, c'était eux au contraire qui étaient des lâches; que 
le moment était venu de se montrer, etc. Le chasseur De- 
champ s'était surtout bien conduit, et avait mis beaucoup 
d'ennemis hors de combat. Ils lui criaient qu'ils le coanaû^ 
saient bien ; car il est demi-indien cnh , et a beaucoup 
de parents parmi les ennemis, ayant vécu avec eux. U se 
trouva plusieurs fois au plus fort de la mêlée et en grand 
danger, et un Piékann lui donna son cheval sur lequel il w 
sauva *. Pendant le combat , Routonépi s'approcha de M. 
Mitchill et lui demanda certain papier qu'il avait reçu de la 
Compagnie des Pelleteries, lors du traité de commerce, et 

> Ce Decbamp éUil UD etcellent tireur ci très-bnTe dini le combii. Il iTtût iié 
précédemment lu lervicede la Compagnie du Nonl-Oue3l,el dans krambat contre 
le gouverneur Semple, il a,vnt lue six Ao^ui; il prenail graud pttiiir à piricr 
de celle adion, car il mil le caraclère lêrilablanMoi indien. On peut loir dut 
Sclioolcrafl, XxpeJ. la lltukat^t, p. '03| dei délaili aur celte honteuse débile 
du gauiernear Semple, pu- les Deni-Sangi el les ladieui, m nombre desqudi se 
Irooiait Htji-Gibowis. Ross-Coi en parie aussi dans b lehlioii de son Toytgc su 
Oeuic (^lomlila , p. a66. 



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i>E l'amkriqdï du NOHD. 25 1 

M. Mitchill lui ayant répondu que ce papier élait au fort, 
il reprit : « Oh ! si je l'avais ici , il me préserverait de toutes 
les balles! » ï-es Indiens avaient fort mal tiré; car sans cela, 
vu le nombre de coups qu'ils avaient déchai-gés, la perte 
aurait dû être beaucoup plus grande des deux, côtés. IjCS 
Assiniboins perdirent trois hommes tués; et, à ce que nous 
apprîmes plus tard, ils en eurent vingt grièvement blessés. 
Plusieurs Indiens serrèrent la main de M. Mitchill , le sa- 
luèrent comme leur ami et leur allié, et lui otTrirent des 
chevaux, mais qu'il ne crut pas devoir accepter. Après le 
dîner, Doucette, Dechamp et Berger retournèrent à l'en- 
oemi, qui occupait toujours la vallée du Maria-River, et 
beaucoup de Piékanns accoururent pour raconter leurs hauts 
faits. Le vieux Pioch-Kîéiu arriva près de nous tout joyeux, 
et dit que pas une balle ne l'avait atteint, ce qu'il fallait 
certainement attribuer à ce que M. Bodmer avait fait son 
portrait quelques jours auparavant. Dans le courant de 
l'après-midi, de nouveaux Piékanns ne cessèrent d'arriver; 
on aurait dit une caravane éparpillée, et la poussière qu'éle- 
vaient leurs chevaux se voyait au loin dans la prairie. Ils rem- 
plissaient le fort; on leur donna de l'eau pour se rafraîchir 
et du tabac à fumer. Nous visitâmes les blessés dans leurs 
tentes ; nous fîmes laver leurs plaies et couper les poils qui 
s'étaient mêlés au sang coagulé ; nous leur distribuâmes des 
remèdes et des emplâtres, et, au lieu de l'eau-de-vie qu'ils 
demandaient, nous leur donnâmes de l'eau sucrée à boire. 
Un enfant blessé était mort et on lui avait peint la Bgure 
en rouge avec du cinabre. Après une journée si fatigante, 
Indiens et blancs ëtaicht trempés de sueur et couverts de 
poussière. On observa l'ennemi posté sur le Marayon ; mais 
pendant la nuit, ils efTectuèrent leur retraite en trois forts 
détachements, dans la direction du Bear's-Paw, et les 
Pieds-Noirs les laissèrent tranquillement partir. 

J^e 39 août, une partie des Piékanns revint chez nous; 
ils étaient affamés et liarassés , et nous apprirent que l'on 



D.gitizecbyG00glc 



n5n VOYAGE DANS L'iNTKniEUn 

avait poursuivi l'ennemi, en lui tirant des coups de fusil 
dans les deux Bancs, et que I on avait trouvé encore un 
mort; que du reste l'ennemi n'avait point répondu au feu, 
faute sans doute de munitions. lious avions héberge, la nuit 
dans le fort , les principaux cliefs , entre autres Tatsicki-Sto 
mick ( le Bœuf du milieu) , Penoukali-Zeninn ( la I^angiie de 
biche), Koutoiiépi et llikas-Kinne (la Corne basse); ce der- 
nier était un chef des Siksekaï ou Pieds-Noirs proprement 
dits. La plupart des Indiens de la grande horde s'éloignè- 
rent avec la promesse de revenir au plus tôt, avec leurs tentes 
et leurs effets, camper près du fort, afin de commencer 
les échanges. I«s cabanes de blesses, à une ou deux près, 
avaient toutes remonté la rivière pour chercher de meil- 
leurs pâturages. Plusieurs Piékanns ayant appris qu'on les 
avait accusés de lâcheté, vinrent pour se justifier. Ils don- 
nèrent pour raison que leurs chevaux étaient trop fatigués, 
ce qui pouvait être vrai à quelques égards; mais en ce cas, 
iU auraient pu mettre pied à terre et se battre en fantassins, 
car les ennemis étaient peu nombreux. Bird, à qui M. Mit- 
chill avait refusé de vendre un de ses meilleurs chevaux, 
quitta le fort dans une grande colère , et un Indien me dît 
que cet homme avait promis du tabac aux principaux chefs 
s'ils voulaient ne plus apporter leurs peaux de castors au 
fort, mais les vendre aux Anglais dans le Nord. Il s'était 
exprimé d'une manière diamétralement opposée, en parlant 
à M. Mitchill; il était facile d'après cela de reconnaître sa 
perfidie, et il serait important pour la Compagnie de mettre 
ce demi-sang dangereux , et qui jouit d'une si grande in- 
fiuence, hors d'état de nuire. 

J>e 3o août, une expédition que M. Mackenzie a vaitrésdu 
d'envoyer auprès des Koutanés quitta le fort Mackenzie. Elle 
était destinée à faire le commerce avec cette peuplade , et 
surtout à se procurer des peaux de chèvres blanches des mon- 
tagnes ( Capra americami). Elle se composait de Doucette, 
d'Isidore Sandoval avec sa femme indienne , de quatre enga-< 



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DE l'aMÉRIQUE du NORD. ^53 

gés, savoir : Carpentier, Desnoyers, Croteau et Marchand, 
et enfio de deux ludlcns Koutancs, dont l'un était Homach- 
Rsachkum ; ils étaient tous montés , et emmenaient en outre 
neuf chevaux de somme , qui portaient les marchandises, la 
batterie de cuisine et les lits. Pendant les deux premières 
journées, ils devaient suivre le cours du Tetton-River, et 
puis se diriger plein nord vers les montagnes; ils espéraient 
arriver en douze jours auprès des K.outanés, pourvu que 
ceux-ci se trouvassent au lieu qu'ils avaient coutume d'habi- 
ter. Du reste, ils ne croyaient pas pouvoir être de retour 
avant le printemps. L'entreprise était fort périlleuse, et nous 
apprîmes en effet plus tard que Doucette avait été tué 
par un Indien du Sang, et que l'expédition tout entière avait 
manqué. 

A peine les voyageurs avaient-ils disparu à nos yeux der- 
rière les hauteurs, que nous vîmes accourir une foule de 
Piékanns, et dans le nombre des figures qui nous étaient 
tout à fait inconnues; aussi nous regardèrent-ils avec une 
grande surprise, car ils paraissaient fort peu accoutumés à 
l'aspect des blancs. Ils étaient revêtus de leurs plus beaux 
costumes, et ib parurent fort contrariés d'apprendre que les 
échanges ne pouvaient pas encore commencer ce jour-là, 
parce que M. Mitchill était indisposé. Ils remplissaient tout 
le fort; partout on les voyait fumer; et ils étaient si peu 
gênés et si fiers , qu'ils tendaient sans façon leur pipe au 
premier blanc qu'ils voyaient pour qu'il la leur allumât, 
quoiqu'ils fussent assis tout près du feu de la cuisine. La 
porte était assiégée d'Indiens, dont on ne laissa entrer qu'une 
petite partie , et nous eûmes grand soin de ne pas sortir : on 
ne pouvait se fier à une si nombreuse réunion de ces hommes. 
Jusqu'à ce moment il n'y avait dans le fort qu'un petit 
nombre de chefs en comparaison de l'année précédente; on 
en avait compté alors jusqu'à cinquante-quatre. Parmi les 
Piékanns qui nous visitèrent, il se trouva un vieillard, 
Homacliséh-Kakutohs (la Grande étoile), qui se faisait remar- 



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a54 VOYAGE DAMS l'iNTKKIEUR 

quer |>ar sou nez extraordinaire. Il était coiffé d'un chapeau 
de feutre rond, à plumes , que M. Bodmer lui Bt ôter, après 
quoi il Bt de sa personne un portrait fort ressemblant. 
Quand ce portrait fut achevé et qu'un lui eut donné du ta- 
bac , il se plaça au milieu de la cour, et prononça avf>c beau- 
coup de gravité un long discours, dont le sens était que le 
chef d'en bas ( Mackenzie ) avait envoyé là ses enfants et les 
avait recommandés aux Piékanns; qu'il fallait, en consé- 
quence, les bien traiter et leur apporter de bonne viande, 
aBn qu'ils n'eussent pas de raison de se plaindre ou de pleurer, 
mais qu'ils pussent être joyeux et que leur ventre fût toujours 
plein. 

Bientôt après, la Grande étoile, Tatsicki-Stomick et Ihkas- 
Kinne vinrent clans le fort; tous demandaient de l'eau-de- 
vie, dont le désir paraissait absorber toutes leurs pensées. 
Ihkas-Kinne était un homme de haute taille et de belle figure , 
avec une physionomie fortement marquée. Il portait une 
peau de médecine de loutre jetée sur ses épaules; la queue 
pendait par-devant, et elle était toute garnie de morceaux de 
coquillages. Cet homme avait déjà l'endu des services au fort 
et l'on pouvait se fier à lui. Il se leva d'un air noble et 
digne, et prononça un long discours. aLes Français, dit*il, 
<t n'ont certainement pas le cœur bien disposé à l'égard des 
« Indiens; car le soir du combat ils n'ont rien donné à boire 
« aux Piékanns : je ne parle pas de moi ; mais les chefs mêmes 
u n'ont rien reçu. Ils sont entrés au fort ayant faim et soif, 

■ et en sont ressortisde même, quoiqu'ils se fussent fatigués par 
a les efforts qu'ils avaient faits en se battant pour les blancs. 
« Je reviens précisément en ce moment d'une expédition con- 
« tre les Corbeaux, dans laquelle nous avons perdu deux des 

■ itôtres, et nous n'avons pas à présent d'objets d'échange 
H avec nous. Nous avons traversé , sans souliers , une vaste 

■ étendue de prairies; nos pieds sont fetigués et meurtris, 
« ce qui ne nous a pas empêchés de prendre part au combat , 
« et pourtant , ni moi ni les autres n'avons encore reçu de 



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DE l' AMÉRIQUE DU NORD. %55 

■ présents des blancs. » M. Mitchill répondît que le lende- 
main il ferait quelque présent aux cheis, quoiqu'il crût avoir 
asisez fait la veille , en distribuant de la poudre et du plomb, 
et en donnant asile dans le fort à ceux qui étaient poursuivis. 
Il ajouta que bien qu'il fût vrai que tes blancs possédaient 
beaucoup de médecines dont ils pouvaient se servir pour 
nuire aux Indiens, cependant il ne leur entrait pas dans 
l'esprit d'en faire usage; toutefois, il voulait dès aujourd'hui 
leur en faire voir une, afin de leur donner une idée de la 
puissance des blancs. Ils n'avaient qu'à faire attention quand 
ils entendraient tirer un coup de canon. Du reste, le len- 
ilemain on arborerait le drapeau, et un coup de canon serait 
alors le signal de la réception solennelle des chefs. Un des 
chefs piékanns avait déjà exprimé son étonnement de ce que 
les blancs se montraient toujours dans leurs plus mauvais 
habits, tandis qu'eux (les chefs) avaient mis leurs costumes 
de cérémonie. Ils n'avaient pas même encore vu les beaux 
habits des blancs. 

Les chefs nous ayant quittés à six heures du soir, on fer- 
ma les portes du fort, et dès qu'il fit nuit, M. Mitchill fit 
partir une couple de fusées qui réussirent parfaitement, et, 
parvenues à une grande hauteur, éclatèrent en des milliers 
d'étoiles; mais la plupart des Indiens ne parurent pas beau- 
coup surpris à ce spectacle, dont ils avaient déjà été témoins 
chez les Anglais. Ils dansèrent et chantèrent devant le fort, 
au son du tambour; après quoi ils se retirèrent tout jojreux 
dans leurs tentes. La nuit fut calme, avec un beau clair de 
lune; mais l'agitation des Indiens continua, et l'on posa des 
factionnaires dans le fort. 

Le lendemain matin , nous vîmes avec surprise et intérêt 
le vaste camp des Indiens, composé de quatre cents tentes, 
dressées la veille et fort rapprochées les unes des autres, 
car on savait que l'ennemi était encore dans le voisinage. 
(La planche xliii représente ce grand campement des 
Piékanns.) En attendant, on avait reçu la .nouvelle que les 



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a56 VOYAGE DAMS L'iNTÉBIEUR 

Assiiiiboins, tlivisés en plusieurs petits détacliements , se 
tenaient peut-être cachés dans les environs. 

I^ 3i août, la matinée s'ouvrit avec un ciel couvert et 
de la pluie; maïs les nuages se séparèrent, et à oeuf heures 
du matin M. Mitchill fit donner le signal du commenc-ement 
du commerce d'échange (//W.?). Vingt-quatre chefs et prin- 
cipaux guerriers piékanns, accompagnés du Ked - Noir 
Ilikas-Kinne, s'avancèrent à pas lents vers le fort. M. Milchill 
alla au-devant des hommes en traversant une foule consi- 
dérable de femmes et d'enfants; il leur serra la main, et les 
conduisit dans le fort. Ils avaient revêtu leurs plus beaux 
costumes ; mais la pluie qui tombait avec force fut très- 
défavorable à cette réception, à laquelle des salves d'artil- 
lerie devaient donner plus de solennité. £n ce moment une 
bande considérable d'Indiens du Sang passaient avec tous 
leurs bagages sur l'autre rive de la rivière; ils avaient aussi 
l'intention de camper dans les environs du fort, et en consé- 
quence Ninoch-Kiéiu se présenta sur-le-champ en décla- 
rant qu'il était dès lors disposé à tirer sur ces gens, de sorte 
qu'une lutte sanglante deviendrait inévitable, si on ne les 
éloignait pas, surtout une fois que les esprits seraient échauf- 
fés par le commerce d'échange. Par suite de cette protes- 
tation , M. Mitchill envoya sur l'autre bord l'interprète 
Berger, pour faire connaître l'état des choses aux Indiens 
du Sang , et les engager à suspendre leur commerce jusqu'à 
ce que l'on eût achevé celui qui se faisait avec les Piékànns. 
Ils se rendirent à ses raisons, et se remirent en route. 

Les chefs qui se trouvaient en ce moment au fort étaient 
ceux des Piékànns Tatsicki-Stomick , Penoukah-Zeninn , 
Sachkomapeuh (le Petit garçon), Kitsipoock-Kiéiou (l'Ours 
caïe), Kiéiu-Stomann (le Couteau d'ours), Ninoch-Kiéiu 
(le Chejfre [chef] des ours): ce dernier n'entra pourtant 
point avec les autres , et était mal habillé à cause de son 
deuil, de même que Haisikat; puis il y avait encore Mi' 
koutseh'Stomick (le Bœuf rouge), Adisapacke (la Belle 



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DE l'aH^HIQUE du NOBD. ^5^ 

femme, ch guttural, le dernier e bien prononcé), ihkass- 
Kinne (la corne de vache basse), et encore deux dont j'ai 
oublié les noms '. Dans le nombre, il y avait des hommes 
grands, beaux et forts. Tous portaient des liabits très-beaux 
et très-riches, souvent ornés de bandes d'hermirie. Tatsicki- 
Stomick se distinguait surtout à cet égard; sa chemise était 
de cuir de bighorn blanc et très-propre, brodée aux man- 
ches avec des fleurs bleues, ornée sur le bras droit de 
longues bandes d'hermine blanche roulées et de plumes 
rouges, et sur le bras gauche de longues tresses de cheveux 
noirs. Sur les épaules il portait une palatine de peau de 
biche, ayant à chaque bout un gros gland d'hermine. Ce» 
chefs s'étaient peint le visage avec du cinabre et de la terre 
bleue des montagnes Rocheuses. Par malheur, ils étaient 
trempés par la pluie, qui avait surtout gâté leurs beaux 
souliers. Le vieux Middle-BuU avait un air fort respectable. 
Il n'était pas grand ; l'expression de sa physionomie était 
douce et méditative, et il avait le nez aquilin. 11 nous promit 
de laisser faire son portrait ; on le dessina en effet plus tard; 
malheureusement ce ne fut pas dans son beau costume, mais 
dans sa toilette de tous les jours. Cette figure (PI. XI^V, la 
6g.àgauche)estfrappantederessemblanceetrend avec exac- 
titude l'expression honnête de la physionomie de ce vieillard. 
Quand une partie des che& eurent pris place dans la 
chambre de M. Mitchill, le vieux Middle-BuU parla à peu 
près en ces termes : « On devrait bien renoncer au mauvais 
« coeur contre nous, et ne pas croire que nous portons nos 
a peaux et nos pelleteiies aux Anglais; car il est de notre 
« plus grand intérêt de rester dans la meilleure intelligence 
« avec te fort placé dans notre voisinage, attendu que les 
•( établissements anglais sont beaucoup trop éloignés. Si 
h quelques-uns d'entre nous partent de porter les castors 

< Je recMrqlMTti ici «n p*n*iit que c'«A un ccrliin OMifeAfla (1c cAe^[chef] 
de la iache blanche) qui eit regardé mainleniut comme le chef ds loua Im Piedi- 



D.gitizecbyG00glc 



a58 VOTAGB DANS l'iHT^IKUR 

« aux postes de commerce de la compagnie de la baie de 
« Hudson, ce ne sont là que des essais pour obtenir les mar- 
« cbandises à meilleur marché. > 

Par suite de ce dbcours, les chefs reçurent des présents, et 
se retirèrent l'un après l'autre; le commerce d'échange com- 
mença, et il ne tarda pas à s'élever des discussions devant la 
porte, pendant lesquelles un Indien tira son couteau (»ntre 
la sentinelle; mais ce perturbateur fut expulsé par le chef 
Penukah-Zenn, ce qui rétablit la tranquillité. Sur ces entre- 
mîtes, quelques troupes d'Indiens du Sang étaient arrivées 
dans le voisinage du fort, et les Piékaans firent contre eux 
un feu bien nourri; les autres ripostèrent, de sorte que les 
balles sifEUient en passant pardessus le fort. M. Mitcbill 
plaça une garde nombreuse et bien armée devant la porte, 
tandis que sur les hauteurs, de l'autre rive, on distinguait 
les têtes des Indiens du Sang qui s'étaient couchés par terre 
pour observer ce qui se passait. 

Nous pouvions en ce moment nous regarder absolument 
comme des prisonniers. Devant la porte il y avait une foule 
innombrable d'Indiens qui cherchaient à pénétrer par force, 
se poussant, se heurtant, se battant et se querellant; car 
on n'en laissait entrer qu'un certain nombre à la fois dans te 
magasin de marchandises indiennes , placé entre les deux 
portes. Plusieurs Indiens bien disposés Soutenaient la garde 
dans ces fonctions pénibles et désagréables j ce qui n'empê- 
cha pas que, de temps à autre, quelque homme furieux ne 
se fit jour à travers la porte, en frappant la garde à grand» 
coups de poing , et il s'écoulait alors toujours quelque temps 
avant qu'on pût de nouveau le pousser dehors. 

Le t^ septembre, le commerce d'échange continua , et la 
femme du chef des Indiens du Sang qui venait de passer près 
du fort , vint nous y visiter et exprimer ses regrets de la 
mésintelligence qui régnait entre les Piékaans et sa horde. 
Ils avaient entamé une négociation avec les Piékanns pour 



D.gitizecbyG00glc 



DB l'Amérique dd vobu. i5g 

racheter par des présents la dette du sang, et Ton pouvait 
en espérer un heureux résultat. 

Au nomhre des visites intéressantes que nous reçûmes ce 
jour-là, il faut compter celle de deux Indiens Sassi, gens 
efflanqués, d'une mine peu avenante et de taille moyenne; 
ils venaient nous annoncer la prochaine arrivée d'une troupe 
coDsidérable de personnes de leur nation qui désiraient vendre 
leurs peaux de castor. Pendant que la foule des hommes et des 
Eemmessepressaitdans le fort, à cause du commerce d'échange, 
le bruit se répandit tout à coup que les Assiniboins étaien t en 
marche, sur quoi tous les Indiens s'éloignèrent avec prompti- 
tude; mais on ne tarda pas à découvrir que cette nouvelleavait 
dû son origine à l'approche d'une nouvelle bande de Pieds- 
Noirs (5/^je^ai), qui s'étaitmontrée sur les hauteurs. A me- 
sure quequelques Indiens isolés arrivaient, onles voyait déchar- 
ger leurs armes sur les restes brûlés de l'ennemi naguère tué, 
bien que ces restes ne fussent presque plus reconnaissables. 
Après cela ils venaient ordinairement tout de suite chez nous 
et regardaient attentivement M. Bodmer, qui dessinait sans 
qne personne s'y opposât plus; car il avait eu la bonne 
idée de leur faire remarquer qu'aucun des hommes dont il 
avait dessiné ou fait le portrait n'avait été tué ou blessé. S« 
tabatière à musique, dans laquelle , ainsi que je l'ai déjà re- 
marqué, ils supposaient qu'un petit génie était renfermé', 
de même que plusieurs autres petits bijoux d'Europe, &i- 
saîent une vive impression sur cette troupe inculte et les 
amusaient beaucoup. 

Pendant la nuit du a septembre, an Indien avait percé 
un trou daui le mur d'argile du magasin de marchandises in- 
diennes, et en avait enlevé divers objets , notamment quel- 
ques costumes de chef; il était évident que le coupable avait 
trouvé moyen de se cacher durant la nuit dans le fort. 

■ Le apitaioe Ljoa (vttjei Privtue Journal, p. 140) dit qiie Iti Eiquimaux pre- 
DiicDt une de co latnlièret 1 muiique pour 1« pelil d'un orgue de Barbarie , el le* 
Bofmat tooi deux toiné* par àts génie*. 



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s6o VOTAGE DAHS l'iNTÉBIEUR 

Vers sept heures du matin, nous entendîmes des coups de 
fusil; c'était la troupe de notre ami Koutonépi (le vieux 
Koutoné), forte de soixante à soixante et dix hommes, qui 
approchait. Elle marchait en ligne, aérant à sa tête trois 
chefs que l'on introduisit. Plus tard, tous les principaux chefs 
des Piékanns arrivèrent, et M. Mitchill les revêtit d'unifor- 
mes rouges, de chemises de calicot, en un mot de costumes 
complets; il leur suspendit autour du cou des miroirs ronds» 
des médailles d'argent avec le portrait du président, etc. 
Ce qu'il y avait de plus amusant , c'était de les voir se coiffer 
des chapeaux neufs de feutre rouge, ornés de plumets de la 
même couleur. I^ur chevelure , si démesurément longue et 
épaisse, était trop large pour l'ouverture du chapeau ^ il faillit 
donc réunir toute cette chevelure dans un immense sac et 
la fourrer sous le chapeau avant de pouvoir placer celui-ci 
sur la tête. Ils se laissaient habiller comme des enfants, et 
on leur donna, à cette occasion, d'autres présents,Uels que 
des couteaux, de la poudre, du plomb, du tabac, etc. Le 
costume de chacun des chefs pouvait être évalué à environ 
quatre-vingt-dix dollars. Sur ces entrefaites, la troupe nou- 
vellement arrivée des Siksekaî avait campé, et lé fort se 
trouva derechef entouré d'hommes dangereux. Ils Brent 
mine, de temps en temps, de tirer contrenos gens, lorsque ceux- 
ci se montraient sur le haut des piquets, et plusieurs objets 
furent volés dans le fort, le commerce d'échangey faisant tou- 
jours admettre beaucoup de personnes. Les chefs mendiaient 
comme les derniers des Indiens, et il faut reconnaître que cette 
habitude, parti(:ulière aux Pieds-Noirs, les rend singulière- 
ment incommodes. Les autres nations ont, sous ce rapport, 
beaucoup plus de dignité. I^es Corbeaux, pendant leurs négo- 
ciations et leurs visites, faisaient aux I^eds-Noirs des présents 
de grand prix, tels que de riches plumets, des boucliers^ 
des chevaux, etc.; mais ils ne recevaient absolument rien 
en retour quand ils venaient chez les autres, et cela est cause 
que toutes les nations indiennes sont irritées contre les Pieds-i 
Noirs, 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE I.*ABtéRIQIIE DD NORD. a6l 

Vers le soir, la population iDdienne étant devenue plus 
importuae que jamais , M. Mitchill fit chaîner les armes à 
balle. Trois détachements , de neuf hommes chacun , com- 
mandés par un officier, Airent de garde et reçurent l'ordre de 
tirer du haut des piquets aussitôt qu'un Indien tenteraitde les 
escalader. Tous les che&furentavertis de l'ordre qui avait été 
donné, afin qu'ils pussent le communiquera leurs hommes: 
et comme, d'après un autre bruit, un millier encore d'Assi- 
niboins étaient en marche pour le fort, les postes furent dou- 
blés et distribués entre les officiers , sans en excepter nous 
autres étrangers. Pendant cet emprisonnement , nos chevaux 
souffrirent de la fiiim , car on ne pouvait pas les envoyer au 
vert et nous avions très-peu de foin dans le fort. Celui qui 
se trouvait en avant dans la prairie du Missouri avait été 
consommé ou hrûlé par les Indiens ; aussi éprouvâmes-nous 
un grand embarras pour faire subsister nos chevaux. 

Le 3 septembre, de grand matin, on entendit tirer, et 
bientôt s'approcha une nouvelle troupe de trente à quarante 
Siksekaï, dont on laissa entrer une couple des premiers 
guerriers ou partisans. C'étaient de grands et beaux hommes, 
vêtus de costumes riches et neufs. Le nom du commandant 
était Makuîe-Kinn (le collier du loup); l'autre portait à la 
main la marque distinctive des Chiens des Prairies, c'est-à- 
dire, une longue perche, ayant la forme d'une houlette, 
toute recouverte de peau de loutre et ornée de toufles de 
plumes. (Voy. la vignette n« 18.) Il nous dit que ce signe 
de médecine avait la vertu de ramener sous les étendards les 
guerriers épars dans la prairie. D'après leur rapport , la plus 
grande partie de leur peuplade était encore dans le nord, mais 
deux forts détachements de guerre étaient en marche ; et en 
effet l'un d'eux, de cent cinquante hommes, ne tarda pas 
à se montrer sur les hauteurs, où il s'arrêta et descendit en- 
suite vers le fort. On introduisit les chefs, mais on les ren- 
voya bientôt, car ils n'avaient point apporté avec eux d'ob- 
jets d'échange. î*s Pieds-Noirs proprement dits (Siksekai) 



D.gitizecbyG00glc 



aOa VOTA.GE DANS L'iHTiBIEDB 

et les IndienB du Saog pregneot peu de castors , s'occupant 
davantage d'expéditioDS de guerre, et ne vendent pour aiasi 
dire que de la viandeàlacompaguie de labaiedeHudgoD;en 
revanche ce sont les Piékanns qui traquent le plus de 
castors. Oo distribua parmi ceux-ci des pièges à ressort en 
fer, que l'on a coutume de leur prêter. Beaucoup d'Indiens 
partirent ce jour-là pour cette chasse. 

Le 4 septembre, dans la matinée, on vit la bande de& 
Indiens du Sang, qui avait été précédemment renvoyée, 
se rapprocher de nouveau du fort, le commerce d'rcbange 
avec les Hékanna étant terminé. Leur vieux chef Stomick- 
Sosack {\» dépouille du bœuf), et un homme de méde- 
cine, Pehtonista (qui se nomme l'aigle), entrèrent dans 
' le fort. Le premier, dont on peut voir le portrait fort res- 
semblant, dessiné par M. Bodmer, sur la planche xLVi, la 
figure à gauche , est un très-bon viàllard, à qui M. Mitcfaill 
avait sauvé la vie l'année précédente , au moment où un 
Indien voulait le percer de sa lance. Il est fort bien dis- 
posé pour les blancs , et veut demeurer fidèle au fort avec 
sa petite bande. Il déplora le malheur qui était arrivé quand 
son fils avait tué, selon lui par mégarde, le jeune Martin ; 
)1 parla beaucoup de son amitié pour ceux qu'il appelait 
des Français; il donna à M. Mitchill le nom de fils, et 
ajouta que c'était avec chagrin qu'il avait contemplé chaque 
jour le fort sans oser s'en approcher, à cause de ta mal- 
heureuse mésintelligence avec Ninoch-Kiéiu, mais ajouta d'ail- 
leurs qu'il lèverait ]e soir même son camp pour se rendre 
auprès du Tetton-River, afin de prévenir toute occasion de 
Yoies de fait. Un des Siksekai ota ses habits et les déposa, 
comme un présent, aux pieds de M. Mitchill , sur quoi 
Stomick-Sosack lui prêta sa robe pour s'en couvrir. 

Cette journée fut encore fort pénible pour nous ; la foule 
des Siksekai nous encombrait; les demandes n'avaient pas de 
fin, et des gens dangereux pénétrèrent dans le fort. C'é 
taient, pour la plupart, des figures robustes, très-caracté- 



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DE l'aHÉBIQOK du HOItD. 363 

risées, ayant le visage peint en noir ou en rduge, vétui 
de peaux de médecine garnies de plumes ou de clochettes, 
avec des revers ou des boutons jaunes , et dans les cheveux 
des grains de verre ou autres objets semblables. Quelques- 
uns d'entre eux témoignèrent une curiosité excessive , 
grimpant partout, et voulant tout examiner. Un homme, 
particulièrement dangereux, s'introduisit avec les chefs, et 
il devint impossible de te renvoyer, quoiqu'on lui fît signi- 
fier à plusieurs reprises par les chefs qu'il eût à s'en aller- 
Il avait le visage peint en jaune et en rouge, et l'expression 
de ses traits était celle d'un véritable ennemi barbare. Deux 
ans auparavant, lors de la conclusion de la paix, il s'était 
vanté , à la première conférence avec Berger, d'avoir déjà 
tué cinq blancs, et ce ne fut qu'avec la plus grande peine 
que nous pûmes ce jour4à nous délivrer de ce monstre. 

Pendant la nuit , M. Milchill envoya tous les meilleurs 
chevaux du fort, au nombre d'environ vingt, par terre au 
Fort-Union , car nous n'étions plus en état de les nourrir. 
Dechamp et son frère, ainsi que Papiu et Vachard, furent 
chargés de cette commission, et ils arrivèrent sans accident. 
Od était d'autant plus pressé de renvoyer les chevaux, que 
les Indiens avaient formé le projet de les voler, et l'on pro- 
fita pour cela d'un beau clair de lune. On ne garda que 
ceux dont on avait besoin pour les travaux. La plupart 
des Indiens étant partis, on put, le 5 septembre, rouvrir 
les portes du fort, et la nujt notre garde ftit réduite à 
deux hommes. 

J'avais eu l'intention de passer l'hiver dans les monta- 
gnes Rocheuses , et j'avais fort à cœur d'exécuter ce pro- 
jet ; mais les circonstances l'avaient rendu fort difficile, sinon 
impossible. Une foule des plus dangereux Indiens nous en- 
vironnaient de tous côtés; ils avaient surtout occupé le 
pays situé dans la direction des chutes du Missouri, et que 
Dous devions précisément traverser. Ils avaient forcé M. Mit- 
fihill de renvoyer tous les chevaux les plus utiles , de sorte 



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a64 VOTAGE DANS l'iHTSRIEUB 

qu'avec la pieilleure volonté du monde, il D*aurait pu me 
fournir cet objet de première nécessité. Sans interprète, 
nous ne pouvions entreprendre ce voyage, Tort pénible 
quand on n'est qu'un petit nombre de personnes, et depuis 
)e renvoi de Doucette, M. Mitchill n'en possédait plus ud 
seul ; avec cela il ne fallait pas espérer pouvoir s'arr£t^ 
assez longtemps sur la route pour se livrer utilement à des 
recherches d'histoire naturelle, attendu qu'il faudrait en 
quelque façon se glisser partout inaperçu. Ajrant demandé 
quelque temps auparavant à Tatsicki-Stomick s'il croyait que 
cette entreprise dût être accompagnée pour nous de quelque 
grand danger, il nous avait répondu que les Piékanns nous 
voleraient peut-être , mais ne commettraient point d'actes 
d'hostilité, tandis que les Kelma et les Siksekaî étaient 
des fous dont il fallait se méfier. D'ailleurs , il n'était pas 
difficile de comprendre quelles étaient tes dispositions de ces 
derniers, puisque, auprès du fort, ils avaient tiré même 
sur les Piékanns leurs parents. Par ces divers moti&, je 
me vis à regret forcé de renoncer au plan de remonter 
encore davantage le Missouri, et je demandai en consé- 
quence à M. Mitchill un bâtiment pour redescendre (%tte 
rivière. Ne pouvant pas se passer de ceux qu'il avait, il me 
prximitd'en faire construire un tout neuf pour moi. Comme 
nou^ étioDS journellement exposés à une attaque des Assi- 
niboins, qui pouvait devenir plus sérieuse que la première , 
tandis que pour le moins l'emprisonnement qui en résulterait 
me ferait perdre un temps précieux ; comme , d'un autre 
côté, l'automne déjà avancé me promettait un voyage fort peu 
agréable si j'attendais davantage, jepriai M. Mitchill d'arran- 
ger cette aHaire le plus promptement possible, et il s'y prêta 
de la meilleure grâce. Nous avions d'ailleurs appris à con- 
naître assez exactement les Indiens ïHeds-Noirs ; nous avion.<4 
rassemblé d'eux un nombre considérable de desùns intéres- 
sants , et nous ne pouvions guère espérer de rien observer 
tic nouveau ou d'augmenter noti-e (.-ollection pendant l'tii- 



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DB l'aMÉRIQDE DD NORD. ^65 

ver. Les Assiniboios étant nos ennemis , pour qui nos scalps 
auraient été sans doute une précieuse acquisition , je comp- 
tais au besoin voyager aussi la nuit, et je n'avais par con- 
séquent point de temps à perdre. 

On tailla des planches pour mon nouveau bateau mac- 
kioaw , et le menuisier ou charpentier se mit sur-le-champ 
à l'ouvrage dans la cour du fort. Le temps était déjà ra- 
fraîchi , et les Gros- Ventres des prairies qui nous visitaient 
fnsonnaient de froid le matin , car il gelait la nuit. Une 
des marques de l'automne était de voir les sauterelles 
chercher leur pâture dans les buissoos , les prairies ne leur 
en offrant plus; enfin , les corneilles se montraient déjà 
par volées. 

Dans la journée du 7 septembre parut une bande d'en- 
viron soixante Gros-Ventres des prairies, dont vingt-neuf 
étaient montés. Ils s'avancèrent en ligne, après quoi ils 
mirent pied à terre. M. Mitchill alla au-devant d'eux et 
ib lui firent présent d'un fort cheval borgne; les Indiens 
furent ensuite reçus selon l'usage. Ils avaient pour capi- 
taines deux chefs, Mexkemaouastan et EhSiss (le soleil). 
Ce dernier était un homme doux, à traits caractéristiques. 
Le fort se remplit de ces Indiens qui nous assaillaient pour 
avoir des médicaments, plusieui-s d'entre eux portant de 
vieilles blessures négligées. On leur en donna pour l'in- 
flammation des yeux, sur quoi ils nous embrassèrent. Us pos- 
sédaient peu d'objets d'échange; les femmes et les enfants 
mendiaient et étaient si importuns que nous fûmes obligés 
de fermer les portes. 

M. Bodmer avait commencé à dessiner plusieurs points 
de vue des environs , entre autres ceux des montagnes Ro- 
cheuses et du Bear's-Paw, pris des hauteurs derrière le fort 
(voyez la planche xliv), nous nous y rendions tous les 
jours; mais pendant qu'il travaillait, nous étions obligés 
de poser une sentinelle, car nous courions toujours le 
risque d'uuc visite d'Indiens. Parfois nous avions de fausses 



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300 VOYAGE DANS L IHTSRIEIIR 

alertes , et nous rentrions alors sans avoir neo fiit. Nous 
parvînmes pourtant en définitive à notre but , et les dessins 
de M. Bodnier donnent une idée fort exacte de cette contrée. 

J^e 9 septembre , M. Mitcliîll envoya Harvey avec trente 
liommes pour commencer la construction du nouveau fort. 
Ils prirent avec eux la seule pirogue que nous eussions, 
ainsi que les chevaux, de travail , qui manquaient de fourrage 
dans le fort. Après cette diminution dans notre personnel, 
la garnison du fort ne se composa plus que de vingt-huit 
personnes. On vit ce jour-là tant d'Indiens passer dans Fé- 
loignement sans s'approcher de nous, que nous fumes dans 
la nécessité de renforcer la garde pendant la nuit; aussi 
fûmes-nous alarmés par un coup de fusil tiré dans l'obscu- 
rité; mais nous reconnûmes qu'il partait de quelques-uns 
de nos gens qui revenaient du nouveau fort, et qui l'a- 
vaient tiré comme un signal pour qu'on leur fit passa- la 
rivière. Us apportèrent la nouvelle que les Gros-Ventres 
avaient tué la veille trente bisons, et que nous pouvions 
en conséquence espérer d'avoir des provisions fraîches, dont 
nous manquions depuis fort longtemps. 

Notre déjeuner ainsi que notre dîner oe se composaient 
que de vieille viande desséchée; le matin, avec du café et 
un peu de pain cuit dans de la graisse, et au dîner, avec du 
maïs cuit dans le jus de la viande. Mais le maïs était con- 
sommé depuis quelques jours, et nous n'avions plus que 
cette viande sèche comme du cuir. Ce fut donc avec ime 
vive satisfaction que , le lo septembre, nous vîmes les Gros- 
Ventres nous apporter dix-huit charges de cheval de viande 
Iraîche, qu'on leur acheta pour des couteaux, de la poudre, 
du plomb, etc. Dès le II septembre, vingt et un hommeadela 
garnison du fort portèrent sur le Missouri le bateau que le 
charpentier Saucier avait construit pour moi. Tous les pré- 
paratifs de notre voyage étaient terminés; on avait fait de 
grandes caisses pour mes deux ours vivants, et je m'étais 
procuré tous les meubles nécessaires pour coucher et pour 



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DE L'AMERIQUE DU NORD. 167 

foire la cuisÏDe. Les caisses cootenant mes collections oc< 
cupaient une grande partie du bateau qui, malheureuse- 
ment, se trouva trop petit. J'avais reçu de la Compagnie, 
pour pilote , Henri Morrin , et avec lui trois jeunes Cana-> 
diens sans expérience, Beauchamp, Urbin et Thiébaut, qui 
ne convenaient nullement à un pareil voyage, et ne possé- 
daient pas même des fusils en état de sei-vir. L'équipage 
du bateau ne se composa donc que de sept personnes; mais 
le temps était précieux , et je fixai le 1 4 septembre pour le 
jour de mon départ. 



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CHAPITRE XXI. 



KBTOVm DD FOXT-XACKENZU JLQ rOKT-VinOH. 



Tm» soc cfTcU Mnit mouilUi. — Reun) qui «n rénUte dtoi !«■ Slonc-Walk. — 
Grand Doiobre de bùoni duu Ie> Miuiibei -Tttre«. — L'dk eal brâlc. — Nom- 
breiua bè(e> de chute. '- On lue un elk >ingt con. — Perle du (qndelte de 
l'ours. — Eicnnioni lur letbordi du Uu<de^ell-Ri>er. — Grand unembligc dfl 
loupe. — Nombre <te comlnictiODt de CMtOM. — Grande tempête. — Finie. — ' 
AiriTce au Forl-Uiàon. 



T>A journée du i^ septembre se présenta belle et sereine, 
et sembla nous présager un voyage agréable. On cbargea 
le nouveau bateau , ce qui fut achtnré vers midi , et noua 
acquîmes de plus en plus la conviction que nous n'y 
aurions pas assez de place. I^es grandes caisses avec les 
ours vivants furent placées en haut, au milieu du charge- 
ment,et nous ôtèrent toute libre communication. \ou!i recon- 
nûmes encoreque l'emplacement ne suffirait pas pour pouvoir 
coucher à bord , ce qui nous obligerait de nous arrêter toutes 
les nuits, circonstance très^éfavorable. Quoiqu'il en soit, h 
uneheurede t'après^nid}, nous prîmes congé de notre hôte 
obligeant et de son unique compagnon, M. Culbertson. Toute 
la population du fort nous Ht la conduite jusqu'à la rivière, 
anbord de laquelle on avait placé un canon pour nous saluer. 
Nous avions vécu si longtemps ensemble dans ce lieu sauvage, 
noua avions partagé tant de fortunes différentes , que nous ne 



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Ï^O VOYAGE DARS L'iItTBRiEDk 

pouvions manquer de prendre une vive part au sort de ces 
amis , qui demeuraient exposés aux périls et aux privations 
sans nombre d'un hivernage dans ces contrées, et de leur 
souhaiter tout le courage et toute la persévérance dont ils 
allaient avoir besoin. Notre bateau descendit rapidement 
le courant, et bientôt nous jetâmes un dernier regard sur 
le fort et ses habitants , auxquels nous fîmes encore par signes 
nos adieux. Au bout d'une demi-heure nous arrivâmes à 
l'endroit où nous avions passé avec le keelboat la dernière 
nuit avant d'arriver au fort, et le pilote choisit alors le chenal 
septentrional , qui nous conduisit en deux heures et demie 
près des ruines de l'ancien fort. En face de l'embouchure 
du Maria-Kiver, nous vîmes une troupe de huit cabris; 
nous en avions déjà observé en d'autres endroits , ainsi que 
du gibier ( Cervus virginianus'), et plusieurs espèces d'oi- 
seaux, surtout des pies et des éperviers ( Falco Sparverius). 
C'est principalement près du Maria-River que les grands 
arbres sei'vent d'habitations à une foule d'oiseaux. Ce fut là 
que M. Mitchill tua le geai à tête bleue (i) qu'il trouva 
sautillant par terre. 

Vers quatre heures te tonnerre se fît entendre, et le ciel 
se couvrit tout entier de gros nuages. Étant obligés de nous 
tenir sur nos gardes contre les Indiens, je fis la remarque 
fort désagréable que mes oura vivants exprimaient le mécon- 
tentement que leur causait leur captivité par des hurle- 
ments plaintifs des plus extraordinaires , dont le bruit pou- 
vait nous attirer une visite hostile. Nous abordâmes avant la 
chute du jour près d'une prairie de la rive droite, où l'on 
jouissait d'une très^vaste perspective. Nous y allumâmes du 
feu et fîmes cuire notre viande, dont nous rembarquâmes 
une partie, après quoi nous nous remîmes en route. Quand 
la nuit fut entièrement tombée, nous nous trouvâmes 
près des bords élevés et escarpés de la rive méridio- 
nale du Missouri , et l'obscurité ne nous permit pas d'avan- 
cer davantage. Nous amarrâmes donc le bateau à quelques 



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DB L'AHliRiqUE DU HURD. 27 1 

trooca , et nous passâmes la nuit dans une position fort pé- 
nible, couchés sur nos caisses, pendant qu'uae pluie abon- 
dante et froide nous empêchait de dormir. 

Le soleil du lendemain , 1 5 septembre , nous trouva , à 
son lever, dans une triste situation. Nous étions tous plus 
ou moins trempés par la pluie et roides de froid, le bateau 
n'ayant pas de pont. Mous découvrîmes en outre , à notre 
grand effroi, que ce nouveau bâtiment avait fait beaucoup 
d'eau. La pluie avait cessé, et un vent aigre et désagréable 
soufflait sur nos membres mouillés. En conséquence, nous 
nous hâtâmes de continuer notre route, aussitôt qne Toi» 
eut débarrassé le bateau de la plus grande partie de l'eau 
qu'il contenait. Comme nous approchions de la porte des 
Stone-Walls, le soldl se levait précisément derrière cette 
singulière ouverture , tandis que quelques antilopes et 
grosses-cornes contemplaient du haut de ces mui's de grès 
les audacieux qui venaient de si grand matin troubler leur 
repos. Nous aurions volontiers fait ta chasse à ces animaux, 
pour nous procurer du gibier, mais nous étions pressés de 
savoir quel était le dommage qu'avait causé l'eau qui avait 
pénétré dans le bateau. Quand le soleil fut un peu plus 
élevé sur l'horizon , nous débarquâmes sur la rive méridio- 
nale et nous y allumâmes un grand feu, en nous servant du 
bois d'une vieille cabane de cliasse indienne que nous trou- 
vâmes dans une forêt de grands peupliers. Nous portâmes 
sur la rive nos robes de bison et nos couvertures de laine 
qui étaient toutes mouillées, pour les y faire sécher un mo- 
ment, et je découvris alors, à mon grand regret, que le 
joli écureuil de terre rayé ( Tamias quadrivittatus, Say) que 
j'avais espéré porter vivant en Europe, s'était noyé dans 
sa cage, Morrin , qui parcourait le bois voisin , le fusil à la 
main, pendant que l'on préparait le déjeuner, tua d'un coup 
de fouet un beau putois, qui ne différait point des animaux 
de la même espèce que je m'étais procurés en Pennsylvanie. 
Après un séjour d'une heure, pendant lequel nous nous 



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fja VOTAGE DANS L IHTERIECR 

étions restaurés et réchaufTés avec du café et de la viande, 
nous nous remîmes eu route, et à neuf heures et demie , 
nous arrivâmes au commencement des Stone-Walls propre- 
ment dits, dont le dernier rocher, en forme de tour noi- 
râtre, ae montre d'abord sur la rive septentrionale. En tout 
autre moment, l'aspect de cette contrée, dont le caractère 
est si original , m'aurait fait de nouveau la plus vive im- 
pression , mais alors j'étais trop impatient de connaître toute 
l'étendue de notre perte pour songer à autre chose. Des 
brebis sauvages se montraient en grand nombre de tous les 
côtes, mais des colonies, plus nombreuses encore, d'hiron- 
delles, avaient cédé à l'automne et étaient remplacées par 
des volées de pies que l'on apercevait sur la colline.- Nous 
poursuivîmes en vain deux très- gros elks. A onze heures et 
demie, nous passâmes devant l'embouchure du Stone-Wall- 
Creek, et j'ordonnai d'aborder à environ deux cents pas au- 
dessus, contre la prairie en pente de la rive septentrionale. 
Le soleil aj'ant pris de la force, on se hâta de déchaîner le 
bateau tout entier, d'ouvrir et de déballer, l'une après 
l'autre, toutes les caisses et toutes les malles; quel spectacle 
hélas, s'offrit à nos regards! Tous nos habits, nos livres, 
nos collections , quelques instruments de mathématiques, en 
un mot, tout ce que nous possédions était complètement 
trempé et ramolli. Les malles étaient pour la plupart en- 
tr'ouvertes dans tous leurs joints et absolument hors d'étal 
de servir; mais ce qui me chagrina le plus, ce fut l'état où 
je trouvai ma belle collection de plantes du haut Missouri 
que j'avais rassemblée avec tant de peine , de temps et de 
persévérance. Comme il n'était pas possible alors de la trans- 
porter convenablement sur du papier sec , elle fut en 
grande partie perdue, de même que plusieurs costumes 
indiens de cuir qui se moisirent et tombèrent en poussière. 
Nous n'avions d'autre parti à prendre que de rester en 
cet endroit jusqu'à ce que la plupart des objets fussent 
séchés , nécessité fort désagréable ! Une étendue considé- 



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Vif;. 19, tome II, page 1T3. 
Tfte du cervus niacrotis. 



Vfg. «, tanell.pise 
Tête de cabri. 



noT*. Lea figneUtn V> H il D'i«t point <lé p*Tén. 



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DE l'ahérique du hobd. ayS 

rable de la prairie était couverte, d'une maDière fort co- 
mique , de nos effets épars , et le vent qui sVleva ayant 
mis du désordre dans l'étalage, nous eûmes besoin de beau- 
coup d'attention pour ne rien perdre. Mon herbier , qui 
était considérable , fut retourné ; la force du vent ndUs 
obligea de nous placer dans un petit ravin abrité pour 
faire cette opération, qui nous occupa pendant toute la 
journée, et n'empêcha pas toutes les plantes de noircir 
et de se moisir. Morrin tua pour notre cuisine un Cervus 
macrotis qui avait déjà mis sa robe grise d'hiver. On sait que 
cette espèce de bâte fauve se distingue par de longues oreilles , 
qui sont surtout remarquables dans les femelles , ainsi 
qu'on peut le voir par la vignette n" 19. Quand la viande 
fut cuite, OD éteignit le feu, et nous nous couch&mes tous 
sur la grève, enveloppés dans nos couvertures, pendant que 
la double garde était relevée toutes les deux heures. Je fus 
de faction de neuf heures à onze avec Thiébaut, et ce 
service ne fiit pas désagréable , la nuit étant douce, calme 
et en partie éclairée par la lune. Un cerf s'approcha de nous 
par la rivière, vers le point du jour; mais ou ne le tira point, 
pour ne pas faire inutilement du bruit. Nous restâmes en cet 
endroit jusque vers le soir du 16 septembre, afin de conti- 
nuer à sécher nos effets. Par bonheur, le soleil fut encore 
trèc-duud ce jour-là, et se joignit au veut pour sauver une 
partie des objets que nous possédions. 

Quand nous eûmes fait cuire notre repas et replacé 
toutes nos caisses à bord, nous continuâmes notre roule 
et passâmes devant le Citadel-B.6ck , auquel nous ne dîmes 
pas sans regret un éternel adieu; nous vîmes des loups, dés 
brebis sauvages et une grande quantité de chauves-souris', 
qui rasaient avec rapidité le pur miroir de la rivière, et 
le soir nous nous arrêtâmes près d'une grève sablonneuse^ 
sous des bords élevés , où je fis la première fection. Pen- 
dant que le reste de l'équipage, enseveli dans un profond 
sommeil, était couché autour de moi dans ses couvertures, 



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3^4 VOTAGE DÂMS l'iRTÉRIEOR 

je m'entretenais avec les fantômes grotesques que me pré- 
sentait le grès blanc de ces Stone-Watls, et en même temps 
mon (H^lle ëlait frappée du hurlement des loups et du 
ci-i mélancolique du hibou ( Strùr virginiana ) , hou ! hou ! 
hdu! 

Le lendemain matin, 17 septembre, nous traversâmes 
rupidtiment la porte des Ston^Walls, où les étranges figures 
que j'ai décrites plus haut passèrent devant nous comme un 
songe; leurs traits remarquables seraient promptemeot sor- 
tis de ma mémoire, si la main d'un habile dessinateur n'a- 
vait su les arracher à l'oubli. Les traqueurs de castors et les 
employés de la Compagnie des pelleteries sont les seuls 
qui contemplent avec indifFérence ces intéressants tableaux 
de la nature, car bien peu d'entre eux savent les appré- 
cier. Pour In plupart, une poignée de dollars a plus de prix 
que tout ce que tes montagnes Rocheuses renferment de 
plus remarquable. Vers huit heures , nous préparâmes 
notre déjeuner dans une prairie de la rive septentrionale, 
et nous réchauffâmes nos membres glacés , pendant que les 
bisons paissaient sur les collines. Sur la grève, un gros ours 
avait laissé l'emprdnte de ses pas parmi celle de beaucoup de 
cerfe , d'elks et de bisons ; des aigles , des corbeaux , des cor- 
neilles et des pies volaient près de la rivière. A dix heures, 
nous atteignîmes l'endroit où nous avions eu, en remontant, 
l'entrevue avec les Gros-Ventres des prairies; mais alors 
nous n'y vîmes pas un seul être vivant; contraste bien frap- 
pant ! Vers midi, nous nous trouvâmes dans le bassin large 
et plat près de l'emlwuchure du Judith-Rîver , que nous 
dépassâmes bientôt après. Là, de nombreux troupeaux de 
bisons (a) paissaient sur les deux rives; nous ne voutibnes 
pas les troubler, car nous soupçonnions que deslodiens de- 
vaient se trouver dans le voisinage, et nous usions en 
conséquence de grandes précautions. De gros bisons tra- 
versaient près de nous la rivière en tout sens; mais on 
ne les tira pas, puisque d'ailleurs la chair de ces animaux 



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DE l'aHKBIQITE DU NORU. ajS 

est mauvaise dans cette saison. Un peu plus bas , uous vîmes 
sur la live septentrionale un troupeau de plusieurs centaines 
de bisons mâles, femelles et jeunes. Les premiers faisaient 
entendre sans retâcbe leurs raaques mu^ssemenls, et nous 
nous arrêtâmes près d'une tle sablonneuse pour nous mettre 
en embuscade; mais cela ne nous réussit pas complètement. < 
Horrin se glissa, à la vérité, eo rampant jusqu'au milieu 
du troupeau ; mais ayant été obligé de tirer couché, il man- 
qua son coup. Ne pouvant tuer de femelle, on fut oblige 
de- se contenter d'un mâle qui tomba sous le coup de fusil 
de Morrin ; il faisait partie d'un petit troupeau de vingt- 
quatre bétes qui se tenait un peu plus bas. Nous aurions 
pu après cela en tuer facilement plusieurs , car le bruit de 
Tarme à feu leur ayaut fait perdre la tête^ ils se mirent à 
courir çà et là sans remarquer l'ennemi. On emporta ta chair 
du mâle que l'on avait tué, et à quatre heures el demie 
nous abordâmes au-dessus de Dauphin's-Bapid pour foire 
notre cuisine. Morrin tua en cet endroit une couple de 
grosses-cornes femelles qui servirent à varier un peu nos 
repas. Nous dépassâmes ensuite le rapide avant la nuit et 
sans accident, et nous dormîmes après cela tranquillement 
et sans feu sur la rive méridionale. Pendant ma faction , 
j'observai à dix heures du soir un supei4>e météore : c'était 
une aurore boréale à moitié <d)scurcie par des nuages. Une 
longue raie d'une lumière vive et blanche , distincte de l'ho- 
rizon, traversait le ciel d'orient en occident, et sa durée fut 
d'environ une heure, après quoi le ciel se couvrit complè- 
tement et la pluie commença à tomber. Pendant ce temps, 
les loups s'étaient battus entre eux sur la rive opposée, ce 
que l'on reconnaissait à leurs hurlements forts et variés. 

Le jour suivant, i8 septembre, nous traversâmes la val- 
lée remarquable des Mauvaises -Terres. Malheureusement 
nous eûmes ce jour-là un vent rude et froid , soufflant par 
derrière et qui chassa loin de nous les nombreux eIks,gro5ses- 
cornes et troupeaux de bisons qui paissaient dans les petites 



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•J^G VOYAGE DA»S l'intérieur 

prairies couvertes d'Artemisia , s'ëteodant au pied des col- 
lities escarpées et nues des deux bords de la rivière. Le veut 
leur apportait la nouvelle de notre approche longtemps 
avant que nous fussions près d'eux , et dès que notre ba- 
teau doublait un coude de la rivière; aussi ce fut en vain 
que nous descendîmes plusieurs fois à terre, dans l'espoir 
d'augmenter nos provisions de bouche. Mais nous fômes 
souvent témoins de scènes fort intéressantes. Un troupeati 
de douze elks traversa Gèrement la rivière devant nous , 
suivi d'un très-gros mâle avec un bois colossal , car nous 
'étions précisément dans le moment du rut. Les troupeaux de 
bisons étaient souvent jetés dans un eflroi et une confusion 
«xtrêmes quand ils nous voyaient si près d'eux ; ils descen- 
daient alors la rive au galop , et quand la course les fatiguait 
trop , ils se détournaient dans une petite vallée latérale où 
nous voyions ces animaux si lourds gravir péniblement des 
montagnes hautes et escarpées. Nous avions souvent de la 
peiné à comprendre comment ces masses colossales pouvaient 
escalader ces rochers si roides et si nus; aussi leur arrivait-it 
souvent de ne pas arriver jusqu'en haut; obligés alors de 
s'en retourner, ils trouvaient coupé le seul chemin qu'ils 
eussent pour revenir à la rivière. 11 fallait qu'ils galopassent 
à côté de nous sur le rebord étroit que formait la grève. 
Notre bateau, que le courant entraînait avec rapidité, les 
dépassait fréquemment, et nous aurions eu plus d'une occa- 
sion de les tirer si nous eussions voulu | mais comme c'étaient 
tous des mâles, nous les laissâmes en repos '. 

Vers dix heures, nous nous arrêtâmes sur la rive s^ten- 
trionale , dans une prairie exposée au vent froid qui nous 
glaça. La |>etite rainette verte coassait encore vivement 
dans les épinettes [Pimts flexilis')., nonobstant la rigueur 
du temps. A deux heures après raidi , nous atteignîmes 

■ Oo remarque parmi m iDimaux qndqiwfr^ni de fort groi el pu, amc de* 
cOTDci plu» tongue* que Im lutra. Ce (ont ccut que la lodietu ont cbltréi iltiu 
leur jeuimie. On usure qulli irqiiiimi un poidt et um (roHcnr ckMKMdinairu. 



D.gitizecbyG00glc 



Vlg. 33 , tome n , p«ge 37S. 

Miroir de petite-maîtres clira les Indiens MaDdans. 



L'arche du premier homme selon les Indiens MaFxIans. 



D.gitizecbyG00glc 



;obyGoO'^lc 



I>E L AMÉRIQUE DU NORD. 2^'^ 

l'embouchure du Wincher's-Creek , dans le voisinage de la- 
quelle paissait un troupeau considérable de bisous. Nous en 
avions vu ce jour-là plusieurs milliers dans les Mauvaises- 
Terres, oîi , lors de notre premier passage, tout nous avait 
paru mort. C'était un signe de l'absence des Indiens qui 
avaient sans doute beaucoup chassé dans les prairies et en 
avaient feit partir ces animaux. De tous côtés se montraient 
des bisons, soit par troupeaux nombreux, soit par petites 
bandes, ce qui jeta une grande variété dans notre voyage. 
Nous venions de doubler un coude que faisait la rivière, et 
nous descendions avec rapidité le courant, quand nous 
aperçûmes sur un banc de sable, tout près de nous, un 
troupeau d'au moins cent cinquante bisons, I..es mâles 
pourchassaient les femelles en mugissant; plusieurs couraient 
çà et là, d'autres buvaient; c'était un aspect fort Intéres- 
saut. Mes rameurs posèrent leurs avirons, nous laissâmes 
glisser le bateau sans bruil , et nous passâmes de cette façon 
à moins d'une portée de fusil du troupeau »ans qu'il nous 
aperçût; il prit sans doute notre bâtiment pour un train 
de bois flotté qui descendait la rivière. A moins de soixante 
pas plus loin, sur un autre banc de sable, il y avait six 
elks femelles avec un gros mâle qui, en notre présence, 
couvrit trois fois une des biches. Nous le vîmes lui placer 
son bois sur le dos en poussant son singulier sifdemenl '. A 
la fin, un cerf qui s'était séparé du reste du troupeau et 
qui se tenait à cent pas plus loin sur la rive escarpée, eut 
le vent de nous et se sauva stir-le-champ avec précipitation; 
à l'instant même, les elks et les bisons remarquèrent le voisi- 
nage d'un ennemi, et tous prirent la fuite sans tarder. M. Bod- 
mer a dessiné trè8-fidèlemen,t cette scène sur la planche xlvii. 

■ La Toit de l'dk mUc, duu l« te«pa dn rut , eti fort lingulière et ne pinil 
pM itre proporlioDDée ï U grandeur et i U groiMur de l'animal. C'eil on lilQe- 
■eDl aigu qui commenee par s'élever régulièrement el qui biiue eiuuile loul i coup 
par un md qui lort de la gorgr. La partie élevée a uue reuemblincr parfaite avec 
le sut W Oageolrt. 



D.gitizecbyG00glc 



a"8 VOTAGE DkSS L'firT^HIEUIt 

La foule d'animaux sauvages, de bisona,d'elka, de moutons 
sauvages el d'antilopes que nous rencontrâmes ce jour-là, 
nous procurèrent beaucoup d'amusement. Nous tînmes en 
bride, dans cette occasion, notre amour pour la chasse, afin 
de pouvoir examiner bien à notre aise ces intéressantes 
bétes, et notre projet fut, à cet égard, couronné d'un plein 
succès. 

Nous avions atteint le Tea-Island de Lewis et Clarice, 
dont nous avions changé le nom en celui d'Élk-Island ; c'é- 
tait là qu'en allant, nous avions fait une si bonne chaase. 
Cette fois, je mis, à sa pointe supérieure, Hornn et Drei- 
doppel à terre, pour chasser, tandis que nous continuions 
notre roule jusqu'à la pointe inférieure où nous nous arrê- 
tâmes pour préparer notre repas. Des elles et des bisons 
avaient passé la rivière devant nous, de sorte que nous en- 
tendîmes le bruit qu'ils faisaient à une assez grande distance. 
L*ile était couverte de grands arbres entremêlés en beaucoup 
d'endroits de hautes plantes, surtout d'Artemisia; mais elle 
contenait aussi plusieurs pelouses et places découvertes sur 
lesquelles on voyait paître des bisons et des troupeaux d'eiks 
et de cerfs de Virginie. Un loup blanc nous contemplait de 
la rive opposée, oii le grand héron s'élevait à nos yeux d'un 
vol phlegmatique et pesant. Notre feu brilla bientôt dans 
la forât, et Morrin nous apporta une pièce de gibier qui 
nous prorura un bon souper. Pendant que les mets se pré- 
paraient, nous parcourûmes l'île, où l'on entendait de tous 
côtés le mugissement rauque des bisons et le sifflement des 
elks. ]e reconnus dans l'herbe épaisse les places, théâtre de 
leurs ébats amoureux, qu'ils dépouillent, comme on le sait, 
avec leurs pieds de devant. Je ne tardai pourtant pas à re- 
tourner auprès de notre feu, car le cri du hibou annonçait 
la fin du jour. Après mûre réflexion, nous décidâmes que 
cet endroit n'était pas convenable pour y passer la nuit; 
car nous courrions risque , dans le bois , d'être surpris par 
les Indiens; nous nous rembarquâmes donc, aussitôt que la 



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DK l'âU^RIQUB du NOKD. 179 

viande fut cuite, et noua oontiauâine!i notre route jusqu'à 
neuf heures , par ud beau clair de luue. La soirée était 
chaude, et la navigation fut très-agréahle. Nous entendions 
souvent les troupeaux de bisons traverser la rivière à la 
nage; les elks sifflaient dans les bois des deux rives ', 
et leurs voix alternaient avec les hurlements des loups, 
tandis <|ue le hibou (Strix virgimana)^ si firéquent dans 
ces environs, complétait par son cri ce nocturne concert. 
Gfo8 couvertures et nos robes de bison , encore humides , ge- 
lèrent pendant la nuit. Nous nous étions couchés sur la 
grève, au bord de ta rivière, où nous eûmes un lit froid et 
désagréable. D'ailleurs, la manière dont nom passions ces 
nuits n'était guère faite pour nous procurer un doux repos; 
car, afin d'être toujours prêts à la plus légère alerte, nous 
n'osions jamais ôter nos habits. Nous nous étendîmes donc 
tout vêtus sur une peau de bison et une couverture de laine, 
tandis qu'une seconde couverture et une seconde peau de 
bison nous enveloppaient pardessus. Nous tenions nos fusils 
chargés sous la couverture à côté de nous pour les préserver 
de l'humidité. Nos factionnaires nous mettaient du reste suf- 
fisamment à l'abri d'une surprise : il y en avait deux qui 
étaient relevés toutes les deux heures. 

Le 19 septnnbre, nous partîmes avant le jtmr. La sur- 
ÎAce de l'eau était couverte de brouillard, et nous nous 
tenions enveloppés dans nos manteaux , mais complètement 
glacés de froid, pendant que les elks faisaient entendre au- 
tour de nous leurs sifilonents amoureux. Cinq femelles , 
suivies d'un mile plein de fierté, traversèrent devant nous 
la rivière. Ayant tiré trop tôt, le mâle s'en retourna; mais 
les autres poursuivirent leur route, et étant arrivées tout 
près de nous, elles noua fournirent l'occasion de leur porter 
un coup certain. L'une d'elles fut blessée mortellement d'une 

■ Alex. HackcDiie micodil auni ce *i(fl«ticDl Aa dki dini toulct Ici direc- 
lioiu. (Voj'ra Ir.,p. Lixxti.) 



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St)0 VOYACE DANS L'inTKRrEUIt 

balle; mais ayant été emporlëe par le courant, nous dc 
pûmes nous en emparer. Au moment oti le reste du trou- 
peau sefTorçaitde gravir sur la rive, un autre mâle superiw 
se montra dans le bois de peupliers qui la couronnait; il 
s'arrêta à cinquante pas environ, et poussa un cri de toute 
la force de ses poumons. ]c voulus rejeter promptement 
mon manteau en arrière, et je saisissais déjà ma. cai-abioe, 
mais au m£me moment mon pilote Morrin lâcha son coup, 
et le cerf tomba. Nous débarquâmes sur-le-champ, et quand 
nous eûmes monté sur la rive escarpée, nous y vîmes , à 
notre grande surprise, étendu par terre, un magnifique cerf 
vingt cors (3). Je mesurai immédiatement ce colossal ani~ 
mal, et je trouvai que le bois, depuis l'andouiller d'en bat 
jusqu'à Textrémité de l'andouiller supérieur, portait en droite 
ligne quatre pieds un pouce de long; le poids des deux côtés, 
enlevés à la tête, était de vingt-six livres. La couleur de ce 
cerf était fort belle dans cette saison; tout le corps était 
fauve et d'un jaune brunâtre; le cou, la tête, la partie in- 
férieure du ventre et les extrémités étaient d'un brun très- 
foncé, ce qui faisait un bien bel effet, surtout dans l'éloi- 
gnement. Un feu superbe fut bientôt allumé dans l'épais 
gaulis, et il rendit une vie nouvelle à dos membres glacés. 
Le déjeuner fut promptement servi, et la joie que nous 
causa notre heureuse chasse en augmenta le charme. I^ 
cerf fut dépecé, et sa belle peau, qui était tout entière, 
fut préparée pour la collection zoologique ', ce qui nous 
occupa jusqu'à midi. Nos lits et le reste de nos. effets que 
la pluio avait mouillés furent mis à sécher sur la rive; car 
le soleil répandait assez de chaleur. 

Quand notre travail fut acbevé, on rechargea le bateau 
et l'on quitta le rivage. Depuis les coups de fusil que nous 
avions tirés les sifflements des elks avaient cessé; mais nous 



■ Ollc pièce ialéreuule, que je npporUi kiBcbetacoap d« peine jiuqn'au I 
Uarhe, ■ ■nilhcureuietnent péri. 



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DE l'aMÉHIQL'E du NOfiD. 28 1 

vîmes encore plusieurs de ces animaux , ainsi que des bisons , 
fuir en diverses directions. Un peu plus bas nous vîmes le 
beau &on, tué par Dreidoppel , suspendu au bois flotté ; mais 
le courant nous entraînait trop rapidement pour que nous 
pussions songera en prendre possession. Nous voyions fré- 
quemment des poules d'eau noires {Fulica americana) et 
des pies; on blessa aussi quelques bisons, mais on les laissa 
aller, n'étant pas tombés sur le coup. Un peu après quatre 
heures de l'après-midi, les elles se firent entendre de nouveau, 
et, au son de ce singulier concert, nous atteignîmes vers 
cinq heures l'endroit où nous avions attaché à un arbre le 
squelette de l'ours de Doucette, nettoyé à la hâte. Je débar- 
quai plein d*espéraDce, je pénétrai dans la forêt touffue; 
mais hélas ! quelle douleur ! il ne restait plus un vestige, pas 
même un dâiris d'os de celte magnifique pièce. Les bois 
d'alentour et l'herbe épaisse avaient été complètement nive> 
lés par les loups et les ours ; la corde avait été arrachée et 
le squelette enlevé; il avait totalement disparu. On voyait 
sur l'écorce de l'arbre les traces des griffes des ours ; nous 
visitâmes en vain la forêt solitaire; nous ne trouvâmes rien , 
et mon espoir fut complètement déçu. La même chose nous 
arriva plus bas avec quelques têtes d'ours que nous avions 
laissées , et je regrettai vivement alors de n'avoir pas gardé 
auprès de moi ces intéressantes pièces. A la chute du jour, 
des chauves-souris vinrent animer le miroir des eaux; des 
aigles et des faucons se montrèrent sur la rive. Nous navi- 
guions doucement et avec précaution. Le bateau avançait 
sans bruit , pendant qu'un silence solennel régnait sur le 
vaste désert et sur les sombres forêts dont nous étions en- 
tourés; silence qui n'était que rarement troublé. L'homme 
cherche en général l'aspect de son semblable et se réjouit 
de le rencontrer ; nous, au contraire , nous noits félicitions 
d'être en ce lieu les seules créatures humaines. Nous conti- 
nuâmes notre navigation pendant assez longtemps au clair 
de la lune; mais les noires ombres de la rive nous préscu- 



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aSa VOTAGE DANS LIIITÉBIKUB 

taïent des dangers ; car l'eau bruissait et écumatt autour des 
visibles ou invisibles tronc» de bois flotté que les Américiins 
appellent Snags, et les Canadiens embarras ou chicots; il 
fallait prendre les plus grandes précautions pour les éviter. 
Heureusement pour nous, Morria était un excellent pilote 
et connaissait parfaitement le Missouri. Nous passâmes la 
nuit auprès d'une grève sablonneuse et unie, où le désa- 
gréable grognement de nos ours aurait pu nous trahir. Nos 
factionnaires eurent le plaisir de contempleruoe bell» aurore 
Iwréale qui dura une demi^eure. 

Le lendemain matin, 20 septembre, nous fûmes glacés 
de froid. Nous vîmes un gros ours que nous poursuivîmes 
en vain; quelques hirondelles retardataires volaient sur la ri- 
vière. Ayant rencontré un fort troupeau de bisons dans une 
localité favorable, Momn et Drodoppel descendirent à terre 
pour pouvoir les tirer a l'abri des oseraies. Ils réussirent en 
effet à tuer deux fismelles grasses qui nous procurèrent une 
abondante provision de viande fraîche. Le bois d'elk colos- 
sal, qui était attaché à l'avant du bateau et dont les sme 
iindouillers étaient tout couverts Hé chair, présentait un sin- 
gulier aspect. Nos provisions nous attiraient parfois la viùte 
des insolentes pies qui, sans aucune timidité, venaient se 
poser jusque sur la proue du bâtiment , et elles faisaient en- 
tendre leur jacasserie qui diffère totalement de celle de la 
pie d'Europe. Celle d'Amérique est un oiseau bien plus di- 
vertissant encore que la nôtre, et ses mani^^s hardies nous 
umusèrent beaucoup '. Nous voyions souvent de nombreuses 
volées de petits <Hseaux qui se préparaient à leur voyage au- 
tomnal, et j'observai dans le nombre de beaux pinsons bleus 
( Fring. amœnd) qui traversèrent la rivière. Vers midi, nous 
nous arrêtâmes près d'un bois de vieux peupliers, pour y 
faire la cuisine. Il s'y trouvait des bisons et des elks en grand 
nombre; nous aurions pu en tuer plusieurs si hi prudence 

■ PikeTicoale [p. ii4)qiM CCI oiieiuivcoaiEntie percher tur le itoi de les cbr- 
viiix fMiln, et la beequeuicBi. 



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DE l'Amérique du kord. ^83 

ne nous avait pas ordonné d'éviter tout bruit inutile. Nous 
rassemblâmes sur la grève plusiemis bdies empreintes de 
coquillages, destinées à augmenter ma collection, mais qui 
furent malheureusement toutes perdues plus tard; je m'ar- 
rêtai pour la nuit à un mille eaviron de l'embouchure du 
Muscle- Shell-River. Nous y trouvâmes une foule d'emprein- 
tes de coquillages et de haculites, et nous en emportâmes. 
Ia lune nous prêta sa lumière pour dresser nos lits, et nous 
éclaira jusqu'à onze heures. 

Le jour suivant, a i septembre , ayant atteint de bonne 
heure le Muscle- Shell , j'y fis arrêter pour aller k la recher- 
che d'un boisd'eik, d'une grosseur remarquable, queM. Mil- 
chill avait vu l'année précédente, qu'il avait mesuré, et dont 
la hauteur se trouva être de plus de cinq pieds. Je remon- 
tai, accompagné de Dreidoppel, cette petite rivière alors 
presque à sec, l'espace d'environ deux milles. Ses bords 
étaient garais de gaulis de peupUers , et le terrain était jon- 
ché d'os de bisons et d'eiks. Nous suivîmes un sentier frayé 
par tes bisons. Une petite prairie couverte d'absinthe (^r- 
temisia) et de ronces {Sqrcobatus) se rattachait, par delà 
le bois, à la chaîne des collines. C'était là que gisait le co- 
lossal bois d'eik; mais nous ne l'y trouvâmes plus. Un peu 
plus loin, la rive dtvite se présentait haute et escarpée, et 
nous y trouvâmes beaucoup de ces débris antédiluviens que 
Ton appelle des haculites, et que l'on rencontre presque 
partout sur le haut Missouri. Nous retournâmes au bateau 
chargés de ces objets précieux, et nous continuâmes sui^le- 
champ notre route. Notre cuisine fut bientôt appronsionnée, 
car OQ tua, sans descendre à terre, uu jeune bison faisant 
partie d'un troupeau nombreux qui se tenait sur la rive. 
Nous nous arrêtâmes sur-le-champ , et ayant suivi ses traces 
sanglantes , nous trouvâmes l'animal couché dans le bois de 
peupli««. Sa couleur était brun noir, le nez et le mufle 
(mufle d'âne) étant plus clairs; ses cornes commençaient à 
paraîtrct Nos coups de fus)), ainsi que l'odeur de la viande, 



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'■104 VOYAGE DANS L INTERIEUR 

peodant que I'od apprêtait le déjeuner, avaient sur-le-champ 
attiré les loups. Nous les entendions hurler dans tes envi- 
rons , et au bout de quelques instants nous les vîmes se ras* 
s^nbler sur un banc de sable de la rive opposée. Douze de 
ces animaux, de couleurs et de grandeurs différentes, arii- 
vèrent immédiatement au bruit de nos décharges; ils s'arrê- 
tèrent un moment en nous voyant, nous regardèrent, retour- 
nèrent à une petite distance en arrière , et puis se couchèrent 
pour la plupart, a6n de commencer leur aimable concert. 
Quelques-uns d'entre eux étaient tout à fait blancs; d'autres 
avaient le dos un peu gris ; les uns étaient vieux et gras , les 
autres jeunes, petits et élancés. 

Vers neuf heures, je quittai cette place, et grâce à mon 
bon pilote , je franchis heureusement quelques portions de 
|a rivi^ encombrées de bois flotté. Le feuillage des peu- 
pliers était déjà fort jaune, surtout celui des jeunes arbres; 
les plus vieux offraient encore un peu de verdure. Oo 
voyait aussi par-ci par-là des hirondelles; les pics à queue 
rouge et les pies étaient nombreux. Nous vîmes des elks 
d'une grandeur colossale, des cerfs de Virginie en assex 
grand nombre, et des bisons. Quelques-uns de ceux-ci se 
vautraient sur le dos dans la prairie desséchée, et faisaient 
voler autour d'eux la poussière. Nous remarquâmes par 
hasard sur la rive escarpée un blaireau (^Afeles labradoria) 
qui venait de traverser la rivière à la nage, et Momn le 
tua d'un coup de carabine. Les loups furent nombreux 
pendant toute la journée; ces animaux afl&més étaient 
sans doute attirés par l'odeur de la viande suspendue dans 
notre bâtiment. Nous vîmes continuellement des troupeaux 
de bisons que nous atteignîmes souvent dans la rivière oii 
ils nageaient, mais nous ne les tirâmes pas; il y avait aussi 
de nombreux troupeaux d'elks parmi lesquels se trouvaient 
souvent de gigantesques mâles. Cette abondance de gibier 
nous fut doublement agréable, en ce qu'elle nous offrait la 
preuve que les Indiens s'ctaicnt éloignés de cette partie de 



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DE L'AMÉR[Qt)E ÙV MORD. 285 

la rivière. Nous aperçûmes dans une île couverte de saules 
et de peupliers ua grog troupeau d'elks avec plusieurs 
miles. A l'approche de Dotre bateau, ils traversèrent le 
canal qui séparait l'île de la terre ferme, et s'eafiiireot dans 
la forêt, où M. Bodmer les avait devancés; il tira sur un 
des plus gros mâles, mais sans l'atteindre. Le soir, la douce 
chaleur du soleil fiit remplacée pair un temps frais; jusqu'à 
ce moment, il avait été très-fovorable, L'équipage posa ses 
rames et laissa le bateau suivre le courant. Un silence 
solennel régnait dans la vaste nature sauvage au milieu de 
laquelle nous nous trouvions : pas le plus légei' soufite d'air 
ne se faisait sentir; .les bisons paissaient tranquillement au 
pied des cx>llines, et nos ours eux-^némes demeuraient cou- 
chés en paix siu* la litière fraîche de rameaux de peupliers 
qu'on leur avait préparée. Nous semblions tous involontai- 
rement extntés par ces alentours et par les impressions de 
l'heure mélancolique du soir, à des réflexions sérieuses. 
Nous avions toujours coutume, vers la fin du jour, de 
laisser le bateau glisser ainsi de lui-même, parce que c'était 
le moment où nous avions plus besoin de nous tenir eu 
garde contre les Indiens, qui retournent d'ordinaire le soir 
à leur camp. Nous avions dépassé dans l'obscurité les 
Qiàteaux Blancs que j'ai déjà décrits , et nous r^rettâmes 
beaucoup de n'avoir pas pu contempler encore une fois ces 
formations remarquables, au-dessous desquelles nous bous 
arrêtâmes. La nuit, calme et éclairée par la lune, ftit singu- 
lièrement belle. 

Le lendemain matin, aa septembre, notre voyage con- 
tinua fitvorablement, et plusieurs objets intéressants se 
présentèrent à nous. Un troupeau de bisons prit la fuite 
dans un nuage de poussière; on eût dit qu'ils étaient pour- 
suivis par les Indiens. Le martin-pêcheur que nous n'avions 
remarqué nulle part en remontant le Missouri, se montra 
alors en assex grand nombre sur ses rives, et à huit heures, 
lorsque nous nous arrêtâmes pour préparer notre déjeuner. 



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a86 VOYAGE DAMS l'imtérieub 

la petite raiDetle verte, qui m'est tlemeurée inoonnue, 
coassait déjà dans les bois d'Artemisia. Nous passâmes 
devant plusieurs forts indiens , et chaque fois l'équipage y 
jetait des regards inquiets, dans la crainte qu'ils ne fussent 
occupés; mais, heureusement pour nous, il n'en était rien. 
Mes Ginadiens étaient si craintib, qu'ils n'osaient parler 
haut; et si nous nous arrêtions pour un moment, ils témoi- 
gnaient par les gestes les plus inquiets leur efiroi et leur 
impatience. A onze heures et demie, nous passâmes devant 
la pyramide de Mi-Chemin (voyez pi. xxzv, fig. 1 5), située 
entre le Muscte-Shell et le Milk-River, et nous la laissâmes 
dans la direction du midi. Pendant la journée, nous vîmes 
beaucoup d'eiks et de bisons , ainsi qu'un putois qui nous 
échappa, et une petite volée de grues blanches (^ffooping 
Crâne; Crus amen'cana); c'est un des plus beaux oiseaux 
de rAmérique septentnonale : il partait en ce moment pour 
aller retrouver des climats plus tempérés. La lune répandait 
une si vive lumière, que nous prolongeâmes notre navigation 
jusque fort avant dans la soirée. Nous nous arrêtâmes aXars 
près d'une rive escarpée où noua passâmes la nuit, dormant 
au bruit du hurlement des loups et du sifflement des elles. 
A neuf heures et demie, il y eut une belle aurore boréale*, 
d'abord couverte de nuages, puis formant de hautes 
colonnes et des jets de lumière; la fraîcheur de la nuit 
n'était pas trop sensible, et la matinée du lendemain, 
a3 septembre, fut belle et agréable; mais il ne tarda pas à 
s'élever un vent si fort , que nous fômes obligés de nous 
arrêter près d'un bois de grands peupliers dans la prairie, 
pour attendre un temps plus favorable à notre navigation. On 



■ Jb ih lait trourè pirhilenent «rtecord née kt obMmtioiM da c^ilunc 
Bmcbtj (Tdfci l'iatérenuit* dctcripiion d« ua Vo;^ «n détruit da Behrini, 
I. II, p. 445)1 comme lui je n'ai tu inr le HÏMonri I'iutotc boréale, pour aiiui 
dire, que duu l'autouilM, et lurlant peadaDt dei Duiti Mcbei, dairei, et en gf- 
Binl lan dis bemt du uir (ibid., p. 449). Jinuii «He n't oBerl ta «mdeun 
ptûanli^ica que I'od (duerre i dei laliludti plot Hertm. 



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DE L'AMÉRIQUE DV MORD. 'aH? 

profita de ce r^ws pour exposer au vent nos effets encore 
humides, et nous plaçâmes des factionnaires dans la prairie, 
de peur d'une surprise des Indiens. Pendant ce temps, un 
gros ours sortit de l'oseraie de la rire opposée et arriva 
directement sur nous à la nage ; nous nous étions déjà tous 
postés derrière des arbres, afin de l'accuàllir avec des 
balles à non débarquement; mais tout à coup, à notre grand 
regret^ il s'en retourna tranquillement, ayant sans doute 
Oairé notre bateau. A peine avait-il atteint le taillis de 
l'autre rive, qu'un elk colossal se montra à la même place 
et continua longtemps à y paître sans se déranger. Dans la 
prairie où nous étions, nous ne vîmes d'autres animaux que 
de gros grillons (Gryllus) de deux ponces de long, dont 
les ailes étaient noires, bordées de blanc, et que nous 
prîmes d'abord pour des papillons; mais l'automne avait feit 
presque entièrement disparaître ces amants délicats des 
fleurs. A cinq heures du soir, le vent s'apaisa , et nous 
continuâmes notre voyage; nous avions pour passe-temps 
le sifflement des elks, et nous vîmes plusieurs de ces ani- 
maux qui s'étaient couchés dans l'eau pour se rafraicbir. 
Morrin blessa de fort loin un &on , et nous vîmes sur-le- 
champ un loup en saisir la piste; il aura sans doute achevé 
le pauvre animal. Cette nuit, notre bivouac fut de nouveau 
éclairé par une aurore boréale; nous en vîmes presque 
toutes les nuits pendant ce voyage, le temps restant doux 
et agréable. 

Le a4 septembre, à huit heures du matin, nous avions 
atteint l'embouchure du Big-Dry- River, après avoir, 
quelque temps auparavant, tiré sans quitter le bâtiment un 
elk douxe cors, dont nous emportâmes le magnifique bois 
comme un souvenir; mais nous fQmes obligés de laisser 
le superbe animal pour être la proie des loups. Nous ob- 
servâmes des troupes de cabris et de nombreuses volées de 
poules des prairies, assises sur le bois flotté de la rive, et 
que nous visâmes parfois avec succès. L'automne répandait 



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■JOO- VOYAGE DAMS L INTÉRIEUR 

déjà sur les bois ses teintes variées; le Rhus typhinum, 
d'uD rouge d'écarlate, ne se voyait pas, à la véritë, dans ces 
campagnes; mais une couple d'autres espèces du même arbre 
le remplaçait en quelque façon pour la couleur. Ijis rosiers> 
les peupliers, les frênes et d'autres végétaux étaient d'un 
jaune orangé; il y en avait aussi de verts; \e Prunus padus 
était jaune rayé, le Cornus sericea, violet ou pourpre. A 
deux heures et demie de l'après-midi, nous palmes tout 
près de l'embouchure du Milk-Kiver , sur les rives duquel 
on disbnguait «i foule des traces d'ours, d'elks, de ceris et 
de loups, et oii l'on voyait des oies sauvages (Totanus) et 
des Tringa. A l'endroit où nous avions précédemment tué 
trois ours, nous trouvâmes cette fois un grand nombre dVJks 
et de pies ainsi que des Blackbirds, et la grosse alouette 
des prairies. Ifous vîmes ce jour-là plusieurs grandes 
constructions de castors; nous en comptâmes vingt-sept 
depuis le fort Mackenàe jusqu'au Fort-Union. Notre musique 
nocturne consista cette nuit, par le plus beau temps, en 
un concert oii se mêlaient les voix des elks et des canards 
{Anas Boschas)^ et elle dura jusqu'au matin du a5 septem- 
bre. Nous dépassâmes de bonne heure la Rivière Bourbeuse. 
Peu de temps auparavant, Morrin avait tué dans une 
oseraie de la rive un elk très-gros, qui nous procura un 
excellent déjeuner , et qui fut cause que nous ne quittâmes 
cet endroit que vers onze heures. Nous remarquâmes ce 
jour-là plusieurs espèces d'oiseaux qui, dans cette saison, 
étaient sur le point de se mettre en voyage, tels, par 
exemple, que le Blue winged Teal (^Anas discors'), ta 
poule d'eau (Coot, Ftdica americana), et un oiseau 
aquaUque, sans doute un Phalaropus, etc. Vers trois heures 
de l'après-midi, il s'éleva subitement une tempête si forte, 
que nous nous hâtâmes de mettre notre bateau, qui était 
pesamment chargé, en sûreté derrière un tronc de bois 
flotté. Nous étions à quatre ou cinq cents pas au-dessus de 
l'endroit où, l'année précédente, le keelboat avait faitnau- 



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DE l'iuxbiqde do ^ORD. a8q 

frage. La rive était escaqiée, et sur son sommet s'étendait 
ua bois clair de peupliers, avec un taillis, de Symphoiia, 
auquel se. rattachait par derrière, une prairie couverte 
SArtemisia. \a tempête augmenta à tel point, qu'on eût 
dit que les arbres allaient nous tomber sur la tête; des 
nuages de poussière étaient lancés par le vent de la rive 
opposée jusque dans notre bois, et obscurcissait le ciel. Des 
éperviers, des corbeaux , des corneilles et des Blackbirds se 
réfugiaient au fond de la forêt et se cachaient par terre dans 
les buissons. Une troupe d'antilopes avait aussi cherché, un 
refuge sur la lisière de la forêt, et l'on voyait le mâle 
ramener sans cesse auprès des autres les femelles qui cher- 
chaient à s'écarter. Dans un seul endroit de cette forêt* 
nous trouvâmes seize bois d'elks mis bas, un desquels me-, 
suraït quatre pieds un pouce, en ligne droite. Mous nous 
construisîmes pour la nuit un fort à la manière indienne, 
avec des troncs d'arbres et du bois, et nous nous y cou- 
châmes. Le bruit du vent couvrait presque la voix des elks 
et celle d'un ours. Le «6 au matin , la tempête s'apaisa, et, 
au point du jour, nous atteignîmes le Petit-Fort de M. Mit- 
chill, dont quelques poules des prairies avaient pris pos- 
session. Des cygnes et des canards, notamment des Anas 
Boschas et Sponsa, animaient la rivière, pendant que de 
petits pinsons voltigeaient sur ses bords. Le soir, par une 
pluie très-abondante, notre bivouac fut fort désagréable, 
et après avoir fait notre faction de deux heures, nous filmes ' 
(^ligés de nous coucher sous nos robes de bison et nos 
couvertures de laine, les unes et les autres complètement 
trempées, et que nous quittâmes. le lendemain matin, tout 
mouillés et eorhumés. 

Le 27 septembre, à onze heures du matin, nous atteï- 
gnîm^ la prairie à la Corne de Cerf; le ciel était couvert 
et le temps très-frais. Vers midi, la pluie commença à tom- 
ber avec force, et nous nous arrêtâmes auprès d'une forêt 



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9I)0 VOYAGE DANS L INTERIEUR 

(le grands arbt-es, tut nous espérions pouvoir noua mettra 
à Tabri; nuiis nous fûmes bientôt tranpés, noDobslanI une 
espèce de toiture en bois qiw nous avions construite, tant 
bien que mal, et que nous avions garnie de nos couvertures 
et de nos peaux. De six pièces de gibier que nous rencon- 
trâmes dans le voisinage, nous eo tuimes une, dont la chair 
nous restaura. Le mauvais temps dura jusqu'à minuit, et 
la tempête se prolongea jusque dans la matinée du a8 sep- 
tembre; à neuf heures du matin, on remballa nos effets 
mouilles , et nous continuâmes notre voyage. Le vent resta 
toute la journée froid et désagréable; nous remarquâmes sou- 
vent sur la rive des martins-pêcheurs et sur les bancs de sable 
des avocettes (Recurvirostra americana) qui cherchaient 
leur pâture en fouillant dans la vase avec leur bec si sin- 
gulièi-ement recourbé en haut. Nous atteignîmes bientôt 
la cliaîne de collines, offrant l'aspect de la désolation, qui 
descend vers le Fort-Union. Nous continuâmes à naviguer 
jusqu'à une heure du matin; après quoi , tout glacés par le 
froid et l'humidité, nous nous arrêtâmes auprès d'un banc 
de sable , où nos faclionnaires surtout ne jouirent pas d'un 
sort digne d'envie. Le 29 septonbre, au pmnt du jour, les 
grues se réveillèrent en même temps que nous , et s'élevèrent 
dans l'air avec de grands cris. Nous étions glacés, et nous 
le restâmes jusqu'à ce que le soleil , en montant sur Thori- 
ZOD, vînt un peu nous réchauffer. Vers neuf heures, nous 
nous arrêtâmes près de la rive sablonneuse, devant le bois 
du bord méridional de la rivière; nous allumâmes du f«u el ' 
pn^râmes uotre déjeuner, jouissance dont on ne saunit 
avoir une idée, à moins d'être restés, comme dimu, exposés 
pendant longtemps aux intempéries de l'air, au froid, à 
l'humidité, au vent et à des privations de toute espèce. Il 
était temps pour nous d'arriver au Fort-Union, car toutes 
nos provisions étaient épuisées; un jour de plus, il aurait 
fellu nous passer aussi de café, ce délicieux restaurant, ce 



D.gitizecbyG00glc 



DE LA.UERIQUE DV NORD. 39 1 

qui eût été pour nous la plus sensible de toutes les priva- 
tions. Un gros ours avait reposé tout près de l'endroit oii 
nous étions, et peut-être même notre arrivée l'en avait-elle 
chassé; mais nous n'avions pas le temps d'aller à sa recherche; 
il fallait faire une toilette qui changeât un peu notre air 
tout sauvage et nous mît en état de reparaître parmi les hu- 
mains; elle nous prit un temps assez considérable, de sorte 
que nous ne pûmes partir qu'après midi, et que nous n'arri- 
vjmes au Fort-Union qu'à une heure, après une absence 
d'envî»v"« t-nU oinis. 



D.gitizecbyG00glc 



D.oiiiz.owGoogle 



CHAPITRE XXII. 



I) FoaT-unioN. 



Élit adocl du Fart-Unioti. — AbMDce <k H. M*ckeui«. — NoHvdle du ocmbii 
da Fncl-HKktniie.— ChHM au biioa l^Buffaiot-naming). ^Fort-Williui,nau- 
Td JuMMiammit da HU. Boufalelta et CampbcU. — Aipcd du pajnfa en aa- 
loauK. — Dnetta da Indien». — La cclébre exiHTUla <tUi, MeliicllE-Kiiîiiab 
{U Somaani). — ArriTie de pluiieun Awniboiiu, entf«autmd'AjiDtan(gi[iéra1 
Ja^Km), etc. — Chieni iûlielu moru de faim. — Pidi-Skah (le Biina Uhc 
fiautU), chef eMiuibom. — ODatchin-Tandwnih, arec Km diudteawnt de 
futm. — Squelelia d'an va>tad(U|te. — Aipeçl de la prairie en hi*er. — Lqi 
cbnaux M«tEi«al de I* faiu). — N^i prépantifi de dtpiil. 



L'aspect de la campagae autour du Fort-Uaioa avait bien 
changé depuis notre départ au moift de juillet. A cette 
époque, il s'y trouvait uoe oombreuse population indienne; 
maintenaut, on n'y voit plus qu'une seule hutte, habitée 
par un demi-Pie^-Noir. La prairie tout entière eat nue, 
aride et desséchée, et les plantes qui alors se montraient 
couvertes de fleurs, portent aujourd'hui leurs, graines. I^es 
forêts ont pris la teinte jaune; la rivière est presque à sec, 
petite et remplie de bancs de sable; les matinées et les soi- 
rées sont fraîches, les nuits froides. Quelques changements 
ont aussi eu lieu dans l'intérieur du fort ; M. Mackenzîe est 
parti avec plus de yingt hommes pour le petit Missouri; on 
l'attend en deux mois environ, de sorte que la garnison 
s'élève tout au plus à cinquante hommes. M. Hamilton, qui 
nous avait fort bien leçus, dirige le fbtt dans l'absence de 



DaitizecbyGoO'^lc 



^94 VOYAGE DANS l'iHTÉBIEUR 

M. Mackenziej il a sous lui trois commis : Chardon, Brazeau 
et MoQcrevier. On est occup<! de diverses constructious et 
améliorations; on entoure le fort de piquets neufs, tous so- 
lides et placés sur des fondemeats en maçcooerie. Un très- 
beau et très-solide magasin â poudre pouvant contenir 
cinquante milliers était achevé'. M. Hamilton m'accorda 
la permission de faire ouvrir nos caisses dans le grenier vaste 
et bien aéré de sa maison, aSn de faire sécher complètement 
les objets encore humides qu'elles contenaient; il nous 
assigna aussi un logement clair et gai où nous pûmes conti- 
nnw nos travaux pendant les quatre semaines que se pro- 
longea mon séjour. 

Dès le i3 septembre, on avait reçu , par les Assiniboins 
qui revenaient, la nouvelle du combat du Forl-Mackenzie. 
Dechamp avait conduit sains et saufs au Fort-Union les 
chevaux que l'on avait confies à sa garde. Quelques Gros- 
Ventres ('es prairies l'avaient, à la vérité, suivi, mais il était 
parvenu à les tenir à l'écart. Comme il traversait la rivière 
pour entrer au Fort-Union, quelques-uns des Assiniboins 
qui s'y trouvaient lui crièrent de prendre garde à lui, qu'on 
lui tirerait un coup de fusil, attendu quil avait mis beaucoup 
des leurs hors de combat. Il répondit qu'il ne craignait rien; 
que c'était plutôt h eux à praidre des précautions; qu'ils 
avaient attaqué le fort , et que tous les hommes courageux 
avaient du se défendre. Il desrendit après cela tranquille- 
ment h terre, où il n'éprouva aucun désagrément. Il y trouva 
rassemblés ses parents et sa femme, une Crih, qui lui di- 
rent qu'il n'avait rien à craindre d'eux, mais qu'il devait se 

> Lb 4^*11» illi, il M dtcUra au Porl-UBiiiii ua inoBMtM, qui r*anila>D- 
pléleiiMQl détruit l'il nùt ilteint l'approtuioDiieniciit da poudre qui m maotaii à 
deux mille livru. Lu cinq sillei contenuei daoi les blliraenli occideatiux furent 
roiunniées, ri te feu fui alimeulé par huit cenu planches et inilte bngue* de biion 
léclièei. Par bonheur, le «eut qui loufBait de l'ait éloipiiil la Samme du OMSuiD 
à poudre. On abattit «ur-le-champ Venceiale des piUaudes, et l'ou lanv* le ma- 
guin de mait. ImmédititeDient après l'incendie, on abattit d'autre) arbrei au 
nonbr* de e«nl loiuute et dix , el déi le g (crner lei paliuailei fureat rciablia. 



D.gitizecbyG00glc 



DE L ÀHtniQUE DU nouu. 993 

Icnir CD garde coDtre les autres lodiens. En réponse , il leiir 
(lit qu'il ne craignait point une attaque à force ouverte, et 
que pour an guet-apens, il ne voyait aucun moyen de le 
prévenir. Peu de jours après notre arrivée au Fort -Union , 
il arriva des Indiens Ojibuaïs qui nous annoncèrent l'ap- 
procbe d'autres membres encore de leur tiibu. C'étaient des 
hommes qui n'avaient ricD de remarquable; ils étaient de 
moyenne taille, mais avec des membres forts; ils portaient les 
(.-lieveux retombant naturellement sur les épaules; du reste , 
ils différaient fort peu des Crihs, quoiqu'ils fussent, pour la 
plupart, enveloppés dans des couvertures de laine. 

Ij nation des Ojibuaïs , que les Anglais appellent Chi- 
pewas et les Français Sauteurs ■ , habite, comme on le sait, 
le vaste pays qui s'étend entre le lac Supérieur, le Red- 
River, l'AssiniboiQ-River , et plus loin, vers le nord, près 
du Lake-Winipick , du Lakcof the Woods, etc. Elle forme 
une nation nombreuse, forte et belliqueuse, mais divisée 
eu plusieurs petites compagnies. Pike, le [M^micr (voyez 
Gov. C'ass., Expcd. 1810, p. aaS), a cherché à calculer 
leur nombre, et depuis lors, on eu a fait plusieurs autres 
évaluations. Dans la nouvelle histoire des tribus indiennes 
de l'Amérique septentrionale , par MM. Renney et Hall , on 
porte ce nombre à 1 5,Qoo âmes. 

Les Ojibuaïs parlent la langue algonquine, qui est en 
même temps celle des Potowatomis, des Nipissings, des 
Popinochis, des Muchekigos, des Muscotins, des Ottawais, 
des Cnistînaux ou Crihs, des Nopimlngs et d'autres tribus. 
\jes Français avaient donné dans l'origine ih toutes ces pe- 
tites bandes d'une seule et même nation , des noms diffé- 
rents, ce qui a jeté une grande confusion dans l'histoire de 
ces peuples. De légères modifications de la langue algonquine 

' U ^upivt éa •iiteur» •mériciiiu orihiifnphMDl mil celle dcnoniiiiilioii fran- 
Çiuc; ainii, par ricmple , ili diwnl ioniciiI ; Samoiix ou Saulainf Kitif; rommol 
ralic finie ( lojei md Voyage i la mtir nlirlalc aire Iv capiiainc llark , 1. 1 , p. 39, 
' 11 , r- *U. 



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agS VOTAGE DAEfS L'iHTÉRIEliR 

se i-etrouvent chez chacune des tribus indteones qui vivent 
séparées les unes des autres ; mais on assure que cette 
tangue est très-complète et très-riche; elle est répandue 
dans toute la contrée qui borde les lacs septentrionaux. 
Ainsi que je l'ai déjà dit, c'est d'elle que dérivent beaucoup 
d'expressions en usage même dans tes Etats-Unis, telles que 
Squaw, Moccassin, JVigwam, etc. '. 

Les chasseurs du fort étant envoyés deux fois par se- 
maine pour se procurer de la viande , je résolus de les ac- 
compagner et d'aller à cheval avec eux à la chasse aux 
bisons. Eu conséquence, le 1 1 octobre, après avoir déjeuné 
de meilleure heure qu'à l'ordinaire, on envoya les chevaux 
dans une grande barque sur l'autre rive du Missouri. Le 
temps était agréable; le thermomètre marquait à 7 i/a heu- 
res 4o'( -4- S^ÔR.), et il s'éleva dans l'après-midi jusqu'à 
65" i/a (14° 9 R-)- N°"* débarquâmes près d'un bois 
de grands peupliers, de frênes, de negundos et d'ormes, 
avec un épais taillis de Sj^mphoria, de rosiers, dont les 
feuilles étaient déjà d'un beau rouge, et de Buflàloë berry, 

■ Ta jei aur ce iujet Schoolmn , «anvHiv o/ u E^itd. lo Itatt» Laàe, de , 
iS34, f.g3,g\, 144. '«G. >6g. >'7I ctTaDncr, La Fie chalti Iii4lMi,oàV<M 
troinre beaucoup de rcEucigaernenU *ur celli Dation, iHT M langue et lur us si- 
gne* verbaui. SchoolenTt, duu Gav. Cau'Krptd., paHe aossi (p. m) des sigiMt 
hiéroglyphiques des Ojibtuis, dans let forêts, elc. Usckenney, Totir to rAs Lakti, 
p. 3i8, en donne encore des détails Girconstancics ; il décrit les canots de bouleait, 
cl transcrit un poéoie sur ce sujet. Schoalcnft pense que la religion chréltcnne 
pénétrerait facilement chez les Ojibtiiis, patn qnlli n'adorent ni le soleil ni la loue, 
et n'ont point d'autres dieux inucinaires; ils ont pourtant leura nédaeinei toat 
•nui bien que lea ladient du Missouri , et Moncdo ou Hanito est chei eux le grand 
Espril(Schoalcrafl,foc.ci'f.,p.6g]. Wirdcn(/a£.cit.,l.UI, p. iSo] : -LesOii- 
pewais sont connus dans différeali lienx soûl diToi nomi, tds que Crihs, OU» 
mis, de - Ceci n'est pourtant pas rigoureusement exact , bien qulb parkol Ions 
la langue algonqaiae. D'après cet auteur (I. III, p. 54i), cea Indiens Mol d'an 
naturel plus timide que les Dscolas, les Cnistinaux et les aulrei nations; mail ce 
serait tout le contraire, s'il fallait en croire les Canadiens, de qui j'ai lonjours 
du reste trouvé les renieignemeiiti eiaclt sur ce sujet. Quant à la demeure dn 
Ojibiiais et des difFérentes tribus dans lesquelles ils se subdiTiseut , on trouve à eel 
égard de bons renseiguemeats dans k Voyage du major Long aux sourcct du Saint- 
PeKr'i-Hiier, I. Il, p. i5i, iSi. 



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DE t'AHiUlQUE DU NORD. 297 

couverts de leurs baies de la même couleur. On rassembla 
en cet endroit les chevaux et les mulets, qui étaient au 
nombre de dix-huit, et l'on se réchauffe penflant quelque 
temps auprès du feu. Moire compagnie de chasse se compo- 
sait de MM. Bodmer, Chardon et moi , des chasseurs demi- 
sang, Dechamp, Marcellais et Joseph Basile, d'un esclave 
nègre de M. Mackenzie, et de trois ou quatre hommes, 
conduisant les clievaux destinés à rapporter la viande. Nous 
nous mîmes bientôt en mouvement, et le vif et entreprenant 
Chardon , qui avait vécu longtemps parmi les Osages, nous 
divertit beaucoup par les détails qu'il oous doana sur ce 
peuple, ainsi que sur les Indiens en général qu'il connaissait 
à fond. I^es peintures animées qu'il nous faisait, ses détails 
sur la langue indienne et les chants indiens , ainsi que le 
ciî de guerre dont il les entremêlait, nous firent oublier la 
longueur de la route. Nous traversâmes ainsi, sans nous en 
apercevoir, d'abord le bois, puis un pré où croissaient 
quelques broussailles épaisses, et où nous fîmes lever une 
volée de poules des prairies, puis enfin la chaîne même des 
coltines, où nous suivîmes un sentier frayé. Le terrain était 
joBché de squelettes de bisons assez entiers, et surtout d'une 
quantité de crânes de ces animaux , suffisante pour fournir 
à plus d'un cabinet d'ostéologie. Les collines me parurent 
formées d'un grès arénacé blanchâtre , recouvert d'ai^ile 
grise; elles présentent çà et là des formes singulières, mais 
qui ne peuvent se comparer, sous ce rapport, à celles que 
j'ai décrites plus haut, en parlant des Stooe-Walls. Du haut 
de la chaîne, oous jouîmes d'un beau point de vue sur la 
vallée du Missouri. De l'autre côté, s'étend la chaîne de 
coltines blanchâtres, avec ses singulières pointes et vallées; 
au-devant, règne ta prairie jaunâtre avec ses bois de peu- 
pliers et de frênes sur la rive, où l'on aperçoit le Forl- 
Union. Du côté où nous étions , on voyait de sombres lignes 
(te Iwis taillis entremêlés d'arbres de haute futaie , dont la 
couleur roiigeâtrc ou gris brun contrastait avec le feuiliiige 



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-^gS VOTACE DANS L'iHrÉRIbUR 

jaune des peupliers. A dos pieds, nous avions des collines de 
grès, en partie gris blanc, et d'autres au devant, dont la 
couleur était gris brun, et que couvraient une herbe des- 
séchée, ainsi que des cèdres d'nn vert foncé, entre les- 
quels se montraient des pelouses de gazon , avec leurs ar- 
bustes d'un vert argenté. 

Au bout de quelques milles, nous trouvâmes que la 
prairie devenait de plus en plus unie, c'est-à-dire qu'elle se 
montrait sous la forme d'une plaine doucement ondulée, 
terminée par des rangées de collines dont les sommets ar- 
rondis bordent communément l'horizon à la distance de 
quelques milles; puis, quand on a atteint ces collines, on 
en voit d'autres du même genre, et ainsi de suite. L'en- 
semble est gris, sec, sans variété, couvert de plantes courtes 
et flétries, qui néanmoins servent de pâture aux gros et 
lourds bisons. De temps à autre, la prairie est coupée de 
petits enfoncements un peu plus humectés, et là, on voit 
quelques plantes de marais et quelques herbacées. Au prin- 
temps et dans l'hiver, on y trouve quelquefois de l'eau, 
qui est généralement salée. Au moment où j'y fus, le sol 
était en beaucoup d'endroits tout blanc de sel de Glauber; 
on ramasse ce sel, et l'on en possédait alors une provision 
considérable au Fort-Union. Lewis et Clarke ont aussi re- 
marqué souvent ce dépôt blanc sur les bords du Missouri. 
Dans les parties humides de la prairie, nous observâmes de 
petites volées d'oiseaux, dont quelques espèces étaient de la 
famille des Numenius ou des Charadrius. Quant aux plantes, 
il y avait des campagnes entières couvertes d'un petit rosier 
nain, n'ayant pas plus d'un pied de haut, dont les feuilles 
étaient à demi flétries; on y voyait aussi de petits Solidago 
et des asters que couvraient des touffes blancliàtres de se- 
mences, commeaussi \eSnake-root ( Gafardt'a 6ico/or). Le 
loup, le renard des prairies et le sousiik rayé (S/wrmo- 
philus Hoodii) habitent tes prairies. Ce dernier s'était déjà 
relire dans son gîte et ne se montrai! plus guère; nous en 



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DE LAHERKjUi: Dtl NORD. 0,ÇHJ 

tuâmes pourtaot ud, la journée étant chaude. Le loup creuse 
des tanières dans la terre et y met bas ses petits. Aussitôt 
que ceux-ci peuvent se nournr eux-mêmes, ils sortent de 
dessous terre , et nous en vîmes ce jour-là plusieurs. 

Nous poursuivîmes notre route au grand galop à travers 
la prairie, où les alouettes se levaient à notre approche, où 
ks corbeaux et les corneilles se montraient en foule et arri- 
vaient souvent tout près de nous. On ne s'arrêta pas pour 
quelques bisons isolés que nous aperçûmes dans réloigne- 
meot, car nous avions vingt milles à faire avant de pouvoir 
songer sérieusement à la chasse. Vers midi, nous atteignîmes 
un petit ruisseau (creek) qui serpentait dans une sorte de pré, 
et que l'on appelle la rivière aux Tortues; une colline située 
sur soa Imh^ septentrional nous aluitait contre le vent. Nous 
nous arrêtâmes pendant quelque temps en cet endroit; on 
déchargea les chevaux pour les laisser paître, et l'on alluma 
un feu de fiente de bison, devaut lequel on fit rôtir un ca- 
nard (^Anas Boschasfera) qu'un Demi-sang avait tué après 
avoir couru eo avant. Ce lieu est aussi communément habité 
par les Anat discors et crecca. Le ruisseau était presque à 
sec et tout rempli d'une herbe haute; dans les endroits où 
il jF avait encore de l'eau» vivait une belle Émyrde ressem- 
blant à la PiÈta(i). Malheureusement je ne pus, en dépit 
de tous mes eflbrts, me procurer qu'un seul individu de 
cette espèce; encore était-il à moitié desséché et tr軫nd(Hn- 
magé; la notice que j'en aï composée est par conséquent 
très-imparfaite. Après quelques moments de repos, nous 
continuâmes notre chemin , en passant par-dessus des col- 
lines à pente douce, jusqu'à cinq heures du soir; nous en 
trouvâmes quelques-unes d'assez élevées , derrière lesquelles 
00 a coutume de rencontrer les troupeaux de bisons. Avant 
d'arriver au sommet, nous traversâmes une petite vallée où 
nous nous désaltérâmes dans une source très-fraîche et très- 
pure. Cette vallée est remplie d'une étroite rangée de frênes, 
d'onnes et de negundos, entre des VaiWis de i-osiers, de P/ti- 



D.gitizecbyG00glc 



3oO VOTACE DANS l'inTÉRIEUB 

naspadus et de quelques autres arbustes, tandis que ta vigue 
sauvage (^Clematts) pend en festons aux arbres. 

Arrivés au haut de la colline, nous examinâmes la vaste 
plaiue à l'aide d'une lunette d'approche, et nous vîmes de 
petits troupeaux de quatre, cinq ou six bisons mâles; nous 
l'ésolûmes d'attaquer le plus nombreux. Pendant que les 
chevaux de somme nous suivaient lentement , les chasseurs 
se mirent en mouvement et descendirent d'un pas rapide 
une pente douce entre deux collines, oii nous voyions les 
animaux à peu de distance de nous sur la gauche. Nos fusils 
armés, nous fîmes une charge de cavalerie en règle contre 
ces animaux, lourds à la vérité, mais qui néanmoins cou- 
rent assez vite. Les cavaliers se partagèrent et suivirent 
tes bisons, dont plusieurs furent tués par nos bons tireurs, 
d'autres seulement blessés et longtemps poursuivis avant de 
tomber sous les coups de ceux d'entre nous qui avaient 
moins d'adresse. Tavais suivi, moi troisième, dans la vallée 
un de ces derniers animaux, et nous tirimes sur lui à plu- 
sieurs reprises. Il prenait souvent une attitude menaçante, 
et nous poursuivait même à son tour pendant dix ou vingt 
pas; mais quand ils sont en cet état, il est &dle de les éviter; 
l'animal inquiet reprenait sur-le-champ sa course, aussitôt 
que nous nous arrêtions; ses forces ne s'épuisèrent et il ne 
succomba qu'après qu'on lui eut tiré au moins vingt coups 
de fusil. 

Les Demi-sangs et les Indiens ont une telle habitude de 
cette espèce de chasse à cheval, qu'il leur arrive rarement 
d'avoir besoin de tirer plus d'un coup à un bison. Ajoutez à 
cela, qu'ils n'appuient pas leur arme contre l'épaule, mais 
étendent les deux bras et tirent dans cette position peu or- 
dinaire, aussitôt qu'ils se trouvent à dix ou quinze pas de 
l'animal. Ils chargent leur fusil avec une promptitude in- 
croyable, car ils ne le bourrent pas, laissant au contraire 
la balle, dont ils gardent toujours un certain nombre dans 
la bouche, tomber immédiatement sur la pondre, à laquelle 



D.gitizecbyG00glc 



m l'ahérique du nord. 3ui 

feHe s'attache et qui la renvoie à l'instant même ' . Au moyen 
(te cette grande vitesse, ces chasseurs des prairies fpiit en 
tfès-peu de temps un vrai massacre dans un troupeau de 
bisons, et les animaux tués jonchent alors en foule le champ 
de bataille. Cette fois, le petit troupeau y périt tout entier; 
neuf bisons mâles étaient couchés par terre, et les chasseui-s 
s'étaient tellement éparpillés, que nous eûmes assez de peine 
à nous réunir de nouveau. Je m'étais éloigné des autres 
cavaliers, et je continuai à courir pendant quelques milles 
par-dessus des collines à pente douce, jusqu'à ce qu'enBn, 
comme le jour baissait, j'aperçus Marcellais qui venait de 
tuer un bison. 

Là, je trouvai aussi M. Bodmer qui esquissait l'animal 
abattu. Nous retournâmes après cela à la vallée ou nous 
essayâmes d'allumer en plein air et malgré un vent assez 
fort, un feu de Gente de bison; mais il ne fit que fumer sans 
flamber. Nous n'avions pas de bois; de sorte que nous 
jetions de la graisse et des os dans le feu pour l'alimentei'. 
Nous eûmes assez de peine à rôtir un peu de viande, et 
quand il fut question de nous coucher, je découvris que 
mon lit portatif de peaux de bison et de couvertures de 
laine avait été oublié, ce qui ne me fiit nullement agréable, 
par le vent froid qu'il faisait, la pluie qui commençait à 
tomber, et le mauvais feu que nous avions; mais les chas- 
seurs, accoutumés à de semblables bivouacs, me prêtèrent 
quelques-unes de leurs.couvertures , et nous dormîmes par- 
faitement bien. 

Le la octobre, nous déjeunâmes avec de la viande rôtie 
et de la moelle de bison ; les chevaux furent rassemblés et 
sellés, et la viande des animaux tués fut attachée sur le dos 
des chevaux de somme. Dix-huit ans auparavant, je rassem- 
biais de la même manière mes mulets dans les campos du 

' DiDi la EDdroiti où la lodicai oe montcat pu icheTil, comme par cximple 
uirle hiutMiuouri, celle chiut te hil d'une tout autre minière (royei Cov. 
Cti' Etpfé., p. a79, etc.). 



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303 VOYAGE DANS L'i:tTÉRIEtJR 

Brésil; mais dans ce paya si délicieux et si chaud, où la na- 
ture est si grande et si riche, les bivouacs présentent un ca- 
ractère gai et animé, et forment un vrai contraste avec ta 
vie triste et pleine de privations qu'on mène dans les prai- 
ries. Notre course fut rapide, et, vers midi , nous fîmes ane 
halte dans le lit desséché d'un ruisseau, pour nous reposer 
et prendre quelques aliments. Baptiste Marcellats, excellent 
diasseur et tireur fort adroit, avait poursuivi au gi-and galop 
dans la plaine un petit renard des prairies, et quand cet 
animal si rapide s'abattit de fatigue, il lui envoya une balle 
qui le tua. A quatre milles environ du Fort-Union, nos Demi- 
sangs trouvèrent les traces encore toutes fraîches d'un déta- 
chement de guerre indien, qui nous avait probablement 
remarqués dans la prairie; pensant qu'il nous avait peut- 
être coupé la retraite par le seul sentier qui conduisait à 
la rive par les colUnes et les vallées, nous piquâmes des deux 
et nous fîmes tout le reste de la route au grand galop, 
de sorte que nous arrivâmes tout hors d'haleine sur le bord 
de la rivière eu face du fort. On se hâta de nous la faire 
passer, et après nous les chevaux chargés de provisions. 
Nous avions eu pendant toute la journée un vent froid et 
désagréable, avec une température à midi de 61" (12% 9R.); 
la soirée nous parut d'après cela d'autant plus agréable, 
assis à côté d'un bon feu de cheminée, livrés à une conver- 
sation intéressante avec M. Hamilton , autour d'un hol de 
punch, breuvage dont nous nous restaurâmes tous les s<Hrs 
pendant les quatre semaines que nous passâmes au Fort- 
Union. M. Hamilton me fournit les détails les pins curieux 
sur le pays des environs, et nous fit la lecture d'un intéres- 
sant manuscrit contenant la vie du vieux traqueur de cas- 
tors Glass, dont j'ai déjà parlé, et qu'il avait composé 
d'après les récits de cet homme lui-même, peu de temps 
avant qu'il eût été tué, avec deux de ses camarades, par les 
Ariccaras. Uu certain Gardner, ayant rencontré plus tard 
ces Indiens, en tua deux de sa propre main, et l'on me fit 



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DE L'aHËRIQUE du NOBI). 3<>3 

présent daos te fort du scalp de l'un d'entje eux. M. HamU- 
toD se proposait de livrer peut-être cette biographie à l'im- 
pression. 

Dès le |6 octobre, le vent qui soufHaît dans la prairie 
semblait devoir amener de la neige ; le thermomètre marquait 
à midi 46° (6°, i R.); le lendemain, la neige tomba en effet 
et couvrit toute la campagne; à huit heures du matin, le 
thermomètre descendit i 'ig" (3°, i B.). Nous visitâmes 
plusieurs fois le Fort-Willîam, nouvel établissement fondé 
par MM. Soublette et Campbell, vers Temboucbure du 
Yellow-Stone , et dont toutes les palissades n'étaient pas 
encore placées. M. Campbell, qui y demeurait, nous reçut 
avec beaucoup d'amitié; nous dînâmes avec lui, et il nous 
rendit notre visite au Fort-Union. Je R» plusieurs fois te che- 
min du Fort •Union au Fort-William, à pied, le long des 
bords du Missouri , en convo-sant agréablement avec 
M. Hamilton. Arrivé là , M. Campbell me donnait les détails 
les plus înt^^ssants sur son séjour et ses voyages dans les 
montagnes Rocheuses. I^e reste de notre temps était rempli 
par les excursions que nous faisi<»ia en tous sens dans la 
prairie. 

L'aspect de la campagne différait alors, sous beaucoup de 
rapports, de ce qu'il était la première ibis que nous le vîmes. 
Les forêts étaient jaunes ou bigarrées; sur leur lisière 
passaient de noodireuses volées de Blaekbirds, ainsi que 
des troupes de corbeaux, de corneilles et de pies; les pics 
[Picus viUojus et paAescens) frai^wient contre les troncs 
des arbres; des grives (peut-être le Turdus migmtonus) 
s'éloignaient par petites bandes; mais les épais fourrés d'é- 
pines étaient encore animés par quelques espèces de pin- 
sons iFrins. erythropkthalma et cemadensis); la Ftingilla 
tristis portait déjà son vêtement d'hiver , et volait çà et là à 
la recherche des semences des plantes'. Dans la prairie 

■ LMsiNauxifuc DOUiobivilDiciciicore en ceiendraittuTCDlteClorru coru-ci 
amtrtcanui, le Picot hiidioaico, 1c Tstrao phtiiantBui , U fMm*^ ludoricma. 



D.gitizecbyG00glc 



3o4 VOTAGK DANS l'iKT^HIëUII 

fanée, on trouvait encore isolée ou par petites compagnies, 
la poule des prairies {Tetrao pfiasianellus) , le. gosier 
rempli des fruits rouges du rosier nain des prairies. Les 
cactus présentaient toujours une brillante verdure, mais leurs 
fruits étaient desséchés. Ces plantes supportent fort bien 
l'hiver souvent très-rude de ces climats, et leurs membranes 
deviennent ordinairement alors très-dures ; elles gèlent sou- 
vent aussi ; mais dans ce cas, il sort de nouvelles pousses de la 
racine. La plupart des plantes de la plaine portaient leurs 
semences laineuses, car elles appartiennent en général à la 
Syngénésie. Je recueillis aussi la graine de la belle Bartonût 
ornata, Pursh., sur le bord de la rivière, où se montraient des 
bataillons tout entiers de canards et d'oies sauvages {^Anser 
canadeasis), parmi lesquelles on voyait parfois VAnser hy- 
perboreus. Sur les lacs , et notamment sur ceux qui se trou- 
vent prèsderembouchure duYellow-Stone, vivent une foule 
considérable d'oiseaux aquatiques; des cygnes y font leurs 
nids au printemps (i). I.ies chasseurs s'y rendaient souvent 
et revenaient toujours chargés d'oies sauvages, de canards et 
de rats musqués. Le nègre Antoine, qui avait fréquemment 
chassé avec le duc de Wurtemhei^, rapportait surtout un 
grand nombre de ces animaux ; il était rare qu'il tuât moins 
de dis rats musqués par jour, et souvent beaucoup plus '. 
Les grues {Gras americana), les pélicans (3), volaient par 
troupes nombreuses, et Antoine en tua beaucoup-. On ne 
voyait plus les petits sousiiks dans la prairie; ils s'étaient 
endormis de leur sommeil d'hiver ; mais on remarquait à 
l'entrée de leurs gîtes qu'ils y avaient porté beaucoup 
d'herbe, car les semences en étaient éparses de tous côtés. 

l'Atauda eornala, le Panu alneapitlm, b FringUla trythrepktholma, camu/tiuii, 
Iritlit, l'jélceJoJlcron , le Calhartts Jura, VAquiin Uueottpkala, 1» Faicmai, le 
Cygaiu bueeiiHilOr, Vjrutr eoBodfiuu el kjptrbonm, YÂnai Botehmt, crecct, 
diieort, le Gni$ aituricaiia , le Ptlicaïuu irachjjacijim, el peut-Are tacam qud* 
quel tnlrei. 

■ Ce nèitre a|nis MUtcol, dam une leule niioD, cinq centi, mille et mise 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'am^bique du nobo. 3o5 

I.es loups approchaient même pendant le jour, et tournaient 
tout autour de nous, au point que l'on put même une fois en 
tuer UD de ta porte du fort. Des troupeaux de vingt à trente 
antilopes se rapprochaient de plus en plus du Missouri; mais 
je crois qu'il y a de l'exagération à dire que ces animaux se 
rassemblent au nombre de plusieurs centaines '. Le petit 
renard des prairies (^Canis ve/ox, Say) était si aflamé et 
en même temps si apprivoisé, qu'il visitait souvent le voi- 
sinage du fort, et nous arrivions tout près de ces jolis pe- 
tits animaux, qui se coucliaient sur les cercles de gazon qui 
marquaient la place qu'avaient occupée des tentes indiennes. 
C'était là qu'ils passaient la journée, et dès que la nuit venait, 
ils chei-chaient leur pâture parmi les débris de nos mets, à 
côté du bâtiment. Nos chiens chassaient souvent ces petits 
renards (4)t mais ils sont d'une rapidité exti-éme,et se renfer- 
ment promptement dans leurs gîtes oîi l'on peut les prendre 
avec des lacets. On s'empara de cette manière de plusieurs 
de ces animaux, et mon chasseur en tira d'autres avec son 
fusil. Les amphibies s'étaient déjà caché» pour la plupart. On 
s'occupait en ce moment de poser les palissades neuves du 
fort, et, à cette occasion, on prit plusieurs serpents de la 
bell(j variété du Coluber proximus, Say, dont j'ai déjà parlé. 
Comme il n'y avait encore que fort peu d'Indiens dans 
notre voisinage, les animaux des environs ne furent pas 
inquiétés ; mais nos ardents chasseurs des prairies ne tardè- 
rent pas à arriver, et ils nous donnèrent de l'occupation. Dès 
que les premières tentes furent dressées, je profitai de l'oc- 
casion pour bien examiner la manière dont ils préparent 
leurs peaux , et je fis une nouvelle découverte. Ils ratissent 
très-promptement et à fond les peaux avec leurs instruments 
à crochets (Uahimbachpa); ils rejettent les premiers mor- 
ceaux qui tombent; mais la couche inférieure n'est pas 
perdue; ils la font cuire dans l'eau et la mangent. 

• TofrEWârden, Uc.tU., I.UI, p. iRA. 



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3o6 VOYAGE DAHS L'jirrÉRIBOR 

Nous apprîmes que, pendant notre absence, les Assiniboins 
avaient fait la paix avec les Meimitarris. I^eur chef suprême, 
Ouaktehno (Celui qui tue), en avait réglé lui-même les con- 
ditions avec les Gros-V entres ; mais ces arrangements ne soot 
pas en général de fort longue durée. Plusieurs Indiens Cribs 
arrivèrent au Fort-Union, et parmi eux, le fameux bomme 
de médecine ou exorciste Mehsette-Kuinab (le Sonnant), 
que M. Bodmer dessina avec beaucoup de peine , attendu 
qu'il ne voulait absolument pas se tenir tranquille (voyez la 
vignette xxil de VAtlas). Il souffrait beaucoup des yeux et 
se plaignait de sa misère; il demanda à aclieler un cheval à 
crédit. Cetliomme jouit d'une grande considération parmi ses 
compatriotes, parce qu'il passe pour être fort habile dans les 
conjurations; les engagés de la compagnie eux-mêmes croient 
à de semblables jongleries. Ils racontent de cet Indieo les 
anecdotes les plus extraordinaires. Il lui est souvent arrivé de 
recouvrir une petite tente de branchages avec des peaux et 
des couvertures de laine, puis de l'avoir fait bien fermer, 
après s'y être laissé attacher les bras et les mains, envelopper 
tout te corps et lier contre un pieu. Au bout de quelques 
instants, on entendait dans l'intérieur de la tente le bruit du 
tambour et du chicbikoué; l'édiâce tremblait et chancelait; 
on y distinguait des voix d'ours, de bisons et d'autres ani- 
maux, ce qui £iisalt croire aux Indiens que le malin esprit y 
était descendu. Quand, après cela, on ouvrait la tente, on y 
retrouvait le sorcier lié comme on l'y avait laissé, et il rap- 
portait les réponses que lui avaient faites les esprits qu'il 
avait consultés. S'il faut en croire les Canadiens et les In- 
diens, ses prédictions se sont toujours vérifiées; et ce serait 
bien vainement que l'on essayerait de convaincre du con- 
traire ces hommes superstitieux. Le Sonnant est venu, 
dit-on, un jour au Fort-Clarke, où tout le monde a été témoin 
de ses tours. Il annonça d'avance qu'un cavalier devait y 
venir monté sur un cheval blanc; et en efliet, quelque 
temps après, il y arriva quelques ladiens Chayeanes, Tun 



D.gitizecbyG00glc 



DE h'kMÈtHQVE bV MORD. 3o7 

vlesqtids, qui ôtait inonlc; siii* un cheval blanc, fut pris et 
tué. Cet évënemeiit «t cité encore aujoui-d'hui comme une 
preuve que le Sonnant a des liaisons avec des puissances 
surhumaines. Sa médecine, qu'il porte sur la tête pendant 
qu'il fait ses conjurations, est la peau de la tôte d'un ours. 
Ce qu'il y a de certain , c'est que plusieurs de ces sorciers 
indiens sont de fort habiles jongleurs, et qu'ils savent trom- 
per la foule ignorante par leurs artifices et leurs adroite» 
fourberies '. 

Le 30 octobre, plusietirs Assiniboins d« distinction arri- 
vèrent pr^ du fort, et, entreautres, Ajanjan (le Fils du gros 
Français), communément appelé le général Jackson, Manh-' 
Ouitkatt (l'Ours fou), et Houh-Jiob (la Jambe blessée). 
C'étaient tous trois des hommes beaux et bien faits. Ajan- 
jan passe pour être d'un caractère faux. Il nous montra 
sur son corps les cicatrices de plusieurs blessures, telles 
qu'un coup de flèche dans la poitrine et un coup de fiisil 
dans le bras. L« plus beau de ces trois guerriers étnit l'Ours 
fou. Il s'était peint le haut du visage en rouge, et le menton 
jusqu'à la bouche en noir; sa poitrine était fortement tatouée 
par des raies noirâtres tracées en diverses directions. Il por^ 
tait au haut du bras et au poignet des bracelets de métal 
brillant , et l'ensemble de son costume était beau. Tous ces 
gens sont des Stone-Indt'ans , c'est-à-dire de la tribu de» 
Gens de roche. Plusieurs autres Assiniboins qui nous étaient 
inconnus suivirent ceux-l^ , de sorte que le ai , le général 
Jackson fit son entrée solennelle dans le fort avec vingt-trois 
de ses guerriers. Ils s'avancèrent en ligne et lurent conduits 
en partie dans la salle indienne, où ils fumèrent^ Il y avait 
parmi eux un homme vêtu de son cmtume d'hiver ; il portait 
sur sa tête une peau de blaireau en guise de bonnet, et de» 

■ L« apiuine Fnaklia dous racniiic eonment un de ee> jocçleun iadiem Mioaa 
nnpléietnent iiDJour(ïoja khi premier Tojigr, p. 6i). Lcd'RiehaRUan.ijam 
nain cuniner de prn nu de en loreieri, le mil iiiMi hon d'éiU de hire ce qu'il 
•nii pronii. 



D.oiiiz.owGoogle 



3o8 VOY4GE DAWS l'iHTÉKIKUB 

gants, ce qui est fort rare cliez les Indiens. Il s'appelait 
Pasésik-Kaskutaû (Rien que de la poudre). M. Bodmer le 
dessina en pied d'une manière fort ressemblante. Beaucoup 
de femmes arrivèrent aussi avec leurs chiens cliargés; jamais 
je n'avais vu des animaux d'un aspect plus misérable et 
plus affamé. Ils avaient le dos tout arqué et avaient de la 
peine à marclier, ce qui n'empêchait pas qu'on ne les rouât 
de coups. L'un d'eux, qui boitait et ne pouvait avancer, 
hurlait le plus tristement possible à chaque coup qu'on lui 
donnait. Un autre chien était déjà tombé mort de fuim à 
côté des tentes. Il n'est pas rare que les Indiens eux>m^mes 
périssent ainsi ', à plus forte ratsou leurs chiens, qui met- 
tent dans le plus grand danger les poules du fort. Plusieurs 
d'entre les chiens des Assiniboins étaient fort bien marqués; 
leur couleur était fauve, avec des raies gris bleu ou noires; 
on eb voyait du reste de toutes les couleurs. 

Les Indiens se trouvaient alors très-bien chez nous, car 
la concurrence du Fort-William , situé dans notre voisinage, 
faisait qu'on leur achetait leurs marchandises fort cher pour 
les empêcher de s'y rendre. On cherchait des deux cotés à 
qui les accueillerait mieux ; mais il est évident que la Com- 
pagnie américaine des Pelleteries, plus riche et plus ferme- 
ment établie, soutiendra plus longtemps la lutte. 

Les Indiens qui venaient chez nous avaient en général été 
déjà reçus au Fort-William ; ils étaient en conséquence d'une 
gaieté folle; on n'entendait chez eux que des cliants et le 
bruit du tambour. Un grand chef de bonne mine, Pteh-Skah 
fia Vache blanche), nous visita, et son poi-trait fut très- 
fidèlement dessiné. La longueur de son nez donnait un 
caractère tout particulier à sa physionomie; ses cheveux 
étaient un peu frottés d'argile , et sa robe d'été était peinte 
de plusieurs couleurs. On assurait du reste que ce chef était 

• Pour ce qui ngarJa U hmine que aouffraDt uirrcnt )tt iDdiBlH dn Nord , ob 
peut MUMilter notuninent King , Tofigc à U mar Glaciale avec l« capiUia« Hick, 
1. 1, p. i63 et »», 



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DE l'améhique du horo. 3o9 

un liomme sur lequel on pouvait compter. Quand son poi^ 
trait fut achevé , on lui fît un petit présent. Lorsqu'il vit la 
provision de tabac en feuilles que nous avions étendu pour 
séchei', il s'écria plusieurs fois avec ravissement : Ohta ! ohta ! 
(beaucoup! beaucoup!) Il tira ensuite un petit flacon dans 
lequel il y avait un peu d'eau-de-vie, et il en but pour 
prendre congé, car il avait l'intention de passer le Missouri 
ce jour même, pour aller à la chasse aux bisons. 

I^a bonne humeur et la joie des Indiens furent encore 
augmentées par la circonstance qu'un commis de la compa- 
gnie leui' avait acheté une femme pour laquelle il avait donné 
la valeur d'environ deux cent cinquante dollars. Les parents 
de cette ffmme étaient assis en cercle autour du feu; ils 
rôtissaient, buvaient, faisaient une musique bruyante et 
furent d'une gaieté folle jusque bien avant dans la nuit. Plu- 
sieurs traqueurs de castors arrivèrent, et, entre autres, l'In- 
dien Crih, Pieh-Soukah-Kétutt (le Tonnerre harangueur); il 
était au service de la compagnie en qualité de chasseur. Il 
m'appoiia une partie de la peau du crâne d'un orignal qu'il 
avait tué près du Milk-River, et m'assura qu'il y avait trouvé 
le squelette toutentier d'un serpent colossal.Un morceau d'une 
dent qu'il avait apporté avec lui me prouva que ces os prove- 
naient d'un «nastodon fossile, mais il était malheureusement 
trop éloigné du lieu où j'étais pour que je pusse aller le voir; 
d'ailleurs le chasseur me dit qu il avait écrasé la tête pour se 
procurer un morceau de la dent. M. BoHmei' 6t le portrait 
fort ressemblant de ceCrih, dans son costume indien, de même 
que celui d'une femme de cette nation qui avait épousé le 
chasseur Déchainp (voyez la planche xxxiii).Ce fut de cette 
miiiiière que nous variions nos occupations, qui furent en 
outre de temps en temps agréablement interrompues par 
l'arrivée de nouveaux indiens. Ainsi, le ^5 octobre, parut 
un détarbement de vingt-quatre guerriers d'une tournure 
martiale; ils étaient en route pour une expédition, et, selon 
l'usage en pareil cas, fort nul vêtus. .T.ies uns s'étaient peint 



D.gitizecbyG00glc 



3tU VOYAGE DAMS L'iNTÉArEtlR 

la figui-t! «u noir, d'autres en rouge. La plupart étaient 
coiffés de bonnets de cuir, ou bien avaient attjiché sur leur 
tête une vieille peau ; leurs effets étaient renfermés dans des 
paquets qu'ils portaient sur le dos, et dans lesquels se trou- 
vaient de vieux morceaux de viande , quelques paires de 
souliers et une provision considérable de feuilles de sakakomi 
{Arhutus uva ursi), en guise de tabac à fumer. Autour du 
corps, ils avaient généralement attaché des peaux d'ours. 
Leurs armes consistaient en lances ornées de plumes, un 
fusil dans sa gaine, un arc et des flèclies sur le dos. Le chef 
de cette troupe était Ouatctiin-Teunchenih (le Fou), et 
parmi ces Indiens il y avait un jeune homme dont le père, 
Ûuitchasta-Jouté (le Mangeur d'hommes), chef très-dévoué 
aux blancs, et qui demeurait à six journées de là, avait 
chargé son fils de dire à M. Mackeozie qu'un détachement 
de guerre des Assiniboins était en marche, dans l'intention 
de voler les chevaux du fort , et qu'il l'engageait à prendre 
ses mesures en conséquence; il faisait dire aussi qu'un autre 
chef, celui qui lient le couteau, offensé du combat qui 
avait eu lieu près du fort Mackeqzie, s'était dirigé avec cent 
tentes vers le nord, pour trafiquer avec la compagnie de la 
baie d'Hudson. he jeune homme ajouta qu'il avait reçu 
encore d'autres commissions de son père , mais que la dis- 
tance était si grande, qu'il en avait oublié une partie. 

Cette expédition avait pour but de causer du dommage 
aux Meunitarris, ce qui n'était pas très-agréable pour nous 
autres voyageurs, qui étions obligés de suivre cette direc- 
tion pour descendre la rivière. Comme d'une autre part, 
M. Mackenzic devait bientôt revenir du Fort-Pierre, on ût 
entendre à ce chef ou partisan qu'il ferait mieux de prendre 
avec ses gens une direction difl'érente, attendu qne s'il ren- 
contrait les voyageurs, ses jeunes gens pourraient bien être 
tentés de voler leurs chevaux. L'Indien consentit volontiers 
à changer ses dispositions. La plupart des Assiniboins se re- 
tirèrent après cela , et il ne i-esta plus auprès du fort qu'une 



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DB l'ahébique du mord. 3i I 

couple de tentes, de sorte que la prairie, déjà si^oue et si 
déserte, ne nous offrit plus un être vivant, si ce n'est parfois 
un loup ou quelque chien afTamé venant chercher de vieux os. 
Les bois avaient aussi complètement perdu leur feuillage, 
des vents froids balayaient la campagne , et dès le n-j octobre 
nous eûmes une tempête accompagnée de neige qui nous 
ôta tonte envie de quitter le coin du feu. Le lendemain, le 
temps fut de nouveau serein, calme et froid, et les bois se 
montrèrent couverts d'une épaisse coucbe de givre. Pour la 
première fois, nous vîmes la prairie dans son costume 
d'hiver; un profond silence y régnait, el l'on n'y apercevait 
d'autre signe de vie que la fumée éloignée des feux qu'avaient 
allumés les gardiens des chevaux:, qiii ne trouvaient plus 
d'autre pâture que l'écorce des peupliers, et qui paraissaient 
beaucoup souffrir de la faim : car pendant la nuit, quand on 
les faisait rentrer dans le fort, ils léchaient la peinture à 
l'huile des palissades. 

I^es quatre semaines que j'avais passées au Fort-Union 
s'étaient écoulées pour moi avec une grande rapidité, grâce 
à l'agréable conversation de M. Hamilton , Anglais fort ins- 
truit. Tous les soirs, nous formions un cercle autour du feu, 
et notre conversation roulait alternativement sur nos patries 
respectives et sur les déserts de l'Amérique. L'époque de 
notre départ approchant, nous commençâmes les préparati& 
nécessaires. J'avais échangé une barque qui était trop petite 
contre une autre plus grande, mais vieille et en mauvais état, 
que M. Hamilton fit promptement réparer. M. Chardon m'y 
avait fait disposer, pour plus de commodité, un foyer en 
pierre, mais qu'il fallut démolir de nouveau, parce qu'9 
était trop loutd ; en revanche, on arrangea un toit en peaux 
de tente indienne qui devait nous mettre à l'abri des 
intempéries de Vair. Les personnes que j'obtins de la com- 
pagnie pour ce voyage furent, indépendamment de mon 
pilote, Henry Morrin, quatre Canadiens, savoir: Hugron, 
IjOuïs Vacbard , Beauchamp et Bourgua : les deux derniers 



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ill VOYAGE DANS L IHT. US L AMER. DU ITOIID. 

étaient des jeunes gens sans expérience. M. Hamîltbn avait 
eu la bonté de me fournir beaucoup de petits objets de né- 
cessité et d'agrément; je partis pénétré de reconnaissance 
pour son aimable accueil , et je me rappellerai toujours 
avec plaisir le temps que j'ai passé au Fort-Union. Nous 
prîmes cordialement congé de notre excellent hôte et de 
l'obligeant Chardon, qui s'était aussi donné beaucoup de 
peine pour m'être agréable. 



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CHAPITRE XXIII. 



[ *tj ro«T-ci^BKS. 



DoBiàre Tiùle «a Forf-Williin. — Gbfon* ihiwle HiuouTi. — Miimii éUl de 
DDire cuisine. — Noua lommca délitréi de Mtte difficuilé. — M. Bodiuer t'éffrt 
dut le) boii. — Perle de noi collection) géalogiquoi. — Somonts de briqaei 
rouges. — Dèprt dn etbrii. — FuDiliirité dei pie). — DnlnictioD dei bois par 
les casltm. — Noaa éritom heureusemeiil une Tiiîte indienne. — Tillage d'hiver 
de) MeuDitarri). — Rencontre inattendue de Dougherl^ et de CharboDueau. — 
Le dicf iBeunilam Lschpitii-Sihricbe. — l* Fontaine rouge et l'arbre pitrifié. 
— Vinto i la lente du Pare-Oèche rouge. — Arrivée au Fort-Clarke. 



Le 3o octobre, à onze hetires du matin, par un temps 
clair, Doiis quittâmes le Fort-Union et nous abordflmes pour 
un moment au Fort-William, eu face de l'embouchure du 
Yellow-Stone, pour prendre congé de M. Campbell. Afin de 
se piY>curer la vue du fort encore inachevé, et situé à trois 
cents pas de la rive, on avait abattu un fourre de- sautes. 
M. Campbell me fit présent de quelques curiosités natu- 
relles, et me procura une provision de cigarres, dont j'étais 
privé depuis bien longtemps, et qui sont d'un agrément 
inappréciable pendant un long voyage sur une rivière. Nous 
nous chargeâmes en retour de sa correspondance, après 
quoi nous lui fîmes nos adieux, et nous nous remîmes en 
route une heure et demie. Ijes vivres pour mon équipage 
ne se composaient que de vieux lard, et ceux que j'avais cni- 
frartés pour mon iisngc partirulicr se bornaient à un jambon 



D.gitizecbyG00glc 



3l4 VOTACE DAMS L'iHTÊniEUn . 

que l'on m'avait cédé par complaisance sur le très-fàible 
approvisionnement du fort, avec du café, du sucre et un 
peu de biscuit de mer; nous éprouvions un grand désir 
d'avoir du gibier; nous débarquâmes donc h une pointe de 
terre de la rive méridionale, où nous ne tardâmes pas à voir 
plusieurs loups et une petite troupe de sept héles fauves, 
mais sans pouvoir les tirer. De grands nuages de fumée 
s'élevaient en divers endroits de la plaine, et provenaient 
apparemment des fendeurs de bois dti Fort-William, dont 
nous voyions aussi de loin les chasseurs. Tous les bois étaient 
déjà dépouillés de leurs feuilles, les buissons de BufTaloe- 
berry présentaient seuls encore un peu de verdure; les oi- 
seaux que nous remarquâmes furent des poules de praiiies, 
des pies et des Parus atricapil/us ; ces derniers habitaient 
les oseraies. Des traces de beaucoup d'animaux différents se 
montraient empreintes sur le sable, et, dans le nombre, celles 
des jolis petiLi pieds de deux espèces de souris. Nous conti- 
nuâmes notre navigation jusqu'à huit heures, quand l'obscu- 
rité nous força de nous arrêter ; un peu plus tard la lune se 
leva, et il gela vers le matin. 

Le lendemain , 3 1 octobre , nous vîmes de bonne heure 
de nombreuses volées de poules des prairies, qui passaient 
et repassaient la rivière au nombre de trente ou quarante à 
la fois; nous entendimes aussi de temps en temps encore le 
sifflement des elks, dont le temps du rut se prolonge quel- 
quefois comme chez nos cerfs d'Europe. Quand nous nous 
arrêtâmes pour préparer notre déjeuner, nous nous trou- 
vâmes près d'une épaisse forêt, avec un taillis de plantes 
déjà mentionnées , parmi lesquelles le Buf&loe-b«rry était 
surtout fort abondant. Ses baies étaient d*un beau rouge 
vif et mûr; car, de même que nos prunelles [Prttnus 
spinosa), elles ne sont mangeables que quand la gelée a 
passé par-dessus; elles restent néanmoins toujours aigres 
et astringentes, et ne sont agréables qu'en y ajoutant du sucre. 
Nous en donnâmes à nos ours et à mon petit renard en vie. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aHÉRIQUK du NORD. 3l5 

dout elles varièrent agréablement la cuisine; nous ne fûmes 
pas aussi heureux nous-mêmes , car nous avions vainement 
essayé jusqu'alors de nous procurer un peu de gibier. De 
toutes parts nous voyions des traces de castors; c'étaient 
des troncs rongés, des abatis et des sentiers nivelés. Lei 
bois de saules étaient toujours habités par la petite mé- 
sange ( Parus atricapillus ) et par la Pica hudsonica : 
n'ayant point réussi en tirant soit sur une troupe de huit 
magaiBques cygnes blancs, soit contre des oies sauvages, 
nous nous arrêtâmes dans les marais de la rivière "bous- 
iteaie (ff^hite-Earlh'River, de Lewis et Clarke), et plusieurs 
chasseurs se mirent à courir la campagne, pendant que le ba- 
teau restait amarré contre ta rive escarpée. Le Missouri com- 
mençait déjà à charrier des glaçons qui se brisaientavec grand 
bruit contre le bois submergé qui couvrait la rivière. Celte 
glace vient des afHtients; celle que nous remarquions alors 
sortait de la rivière Bourbeuse, elle bruitqu'elle occasicmnait 
était augmenté par le retentissement sourd des terres de la 
rive qui s'éboulaient et par le vent qui agitait les flots. Mes 
animaux vivants, qui ne voulaient pas manger de viande de 
cochon, souffraient beaucoup de la faim, et les ours surtout 
ne cessaient de grogner, ce qui nous gênait excessivement. 
Nos espérances ne furent pas remplies; le chasseur avait 
manqué deux pièces de gibier, et à quatre heures de l'après- 
midi Je continuai mon voyage, mais lentement; l'équipage 
se plaignait de lassitude. Quand les C^nudieits n'ont pas le 
ventre toujours plein, il ne faut pas compter sur leur 
persévérance. Nous étant arrêtés de bonne heure pour 
la nuit, on se dispersa pour aller chasser dans les bois. 
Ii'endroit où nous étions montrait de nombreuses traces de 
toutes sortes tle gibier. Par delà un jeune et épais taillis de 
peupliers, tous de la même hauteur {Cotto/t ivood)^ ou 
voyait des collines sablonneuses, couvertes d'une herbe 
jaune, et derrière celles-là ime forêt de grands peupliers, 
dont le sol présentait un taillis d'un rouge foncé, composé 



DaitizecbyGoO'^lc 



3l6 VOYAGE DANS l'iNTÉRIEDR 

de cornouillers , de ronces et de Buflaloe-bernr, eotreroêlés 
de clématite et de vigne. Le raisia pendait encore çà et là 
aux rameaux; mais les grains en étaient trop petits et trop 
insignifiants pour être mangés; ib ne plurent pas même à 
mon petit renard. Les chasseurs furent de nouveau mal- 
heureux; aucun d'eux n'avait hen vu, que les espèces c»Yli- 
nairrs d'oiseaux, et je ne rencontrai non plus que de petites 
compagnies de FrùigiUa Unaria, si peu sauvages qu'ils 
venaient presque d'eux-mêmes se placer sous le fusil du 
chasseur. Notre souper fut encoi-e très-frugal ce soir-là; 
mais le lendemain matin, i" novembre, nous étant arrêtés 
près d'un bois peu épais , Morrin eut le bonheur de tuer un 
assez gros elk , ce qui ranima nos cœurs et nos esprits. Nous 
vîmes dans ce bois des sentiers profonds tracés par une 
grande quantité de poules des prairies, mais qui étaient 
extrêmement sauvages. £n s'eovolant, elles faisaient enten- 
dre une espèce de chevrottement snnblable à celui de nos 
bécassines, mais ne baissant pas comme lui à la fin; il était 
aussi plus fort et plus retentissant. Le temps était si sec et 
les feuilles tombées craquaient si fort sous les pieds, qu'il 
devenait impossible d'approcher de ces oiseaux. Le petit 
écureuil de terre rayé était fréquent en cet endroit. Nous 
tuâmes encore un elk , de sorte que nous nous trouvâmes 
approvisionnés pour plusieurs jours, et que nous pûmes im- 
poser silence aux voix plaintives de nos bêtes affamées. Dans 
la suite de notre voyage, nous vîmes souvent du gibier, et 
les poules des prairies volaient sur nos têtes avec rapidité: 
car, de même que tous les gallinacés, elles ne donnent qu'un 
seul coup d'aile. 

Nous contemplâmes avec intérêt les sommets des hauteurs 
i-ougis par le feu, et à quatre heures vingt minutes, nous 
nous arrêtâmes auprès de la vaste forêt qui garnissait la rive 
méridiouale , pour y préparer notre dîner. Le bois de peu- 
pliers qui régnait au bord de l'eau était clair, mais garni 
d'un épais taillis de ronces, qui présentait des traces de gi- 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'\KIERIQUE du NORD. Bl^ 

Iner bien plus nombreuses qtie aous ne tes avions encore 
vues, de sorte que nos chasseurs se mirent sur-le-champ 
en mouvement. Je trouvai Irès^ouvent le joli petit écureuil 
àquatreraies(7>rm/(ify(itf(/r(Wrt(ïCaj-), courant avec rapidité 
sur le haut des ariires et par terre, avec le fruit des ronces à 
la bouche. Nos gens prirent un de ces petits animaux en vie; 
mais malheureusement il se sauva de nouveau. Nous ne 
pûmes approcher du gros gibier, k cause des feuilles sèches, 
quoique nous entendissions te bruit de leurs nombreux 
troupeaux; en <xinséquence , avant la chute du jour, tous 
DOS chasseurs revinrent, à l'exception de M. Bodiner que 
nous attendîmes en vain ; la nuit arriva ; nous appelâmes , 
nous tirâmes des coups de fusil, mais rien n'indi<|uait la 
présence de notre compagnon de voyage. Nous demeurâmes 
jusqu'à huit heures dans la plus v>ve inquiétude; mais 
alors nous entendîmes tirer en amont de nous. Aussitôt 
Di-eidoppel et Hugron se mirent en mai-clie dans cette direc- 
tion et nous ramenèrent, sain et sauf, notre ami égaré. 
M. Bodmer, poursuivant un cerf, avait changé plusieurs 
fois de route, et avait fini par se perdre entièrement. Il 
avait fait huit ou dix milles dans des taillis horriblement 
épineux, d'où il était tombé dans un terrain marécageux; 
de là il avait atteint la prairie, dans laquelle il avait aperçu 
une trnupe d'une vingtaine d'Indiens, ce qui l'avait engagé 
à rentrer précipitamment dans le bois. Cependant, malgré 
le voisinage des Indiens, il s'était décide ù tirer six coups 
de détresse, jusqu'à ce qu'enfin, étant monté sur une 
colline, il avait eu le bonheur d'apercevoir la rivière qui 
étincelait au loin , et ver» laquelle il n'eut rien de plus pressé 
que de se frayer une route à travers les broussailles. Aussi- 
tôt qu'il eut pris quelques aliments qui lui rendirent ses 
forces épuisées, nous nous éloignâmes de la rive, où nous 
avions trahi notre présence par tant de coups de fusil: 
Nous nous arrêtâmes auprès d'un banc de sable, sur la rive 
opposée de la rivière, et nous y passâmes une nuit froide. 



D.gitizecHyG00glc 



3lO VOTAGE DjVnS LlnTiÉRIEUR 

donnés de leurs habitants. Vers raidi , nous abordâmes près 
d'une prairie que nons parcourûn>es pendant qtie nos gens 
faisaient la cuisine; mais nous n'y trouvâines que des cor-> 
beaux, des corneilles, des pies et des poules des prairies. 
Le sol, sous l'herbe jaune et sèche, était si dur, qu'il faisait 
de la poussière à chaque pas ; il ëtait couvert par bandes de 
buissons de rosiers, de trois à quatre pieds de haut, ou 
bien de Symphoria; il y avait aussi quelques bois de peu- 
pliers. Jusqu'au Fort-Clarke, nous ne vîmes point de bisons; 
jls paraissaient s'être éloignés de la rivière, mais eu revanche, 
nous trouvions fort souvent des sentiers et des traces d'au- 
tres animaux. De grandes volées de poules des prairies, par 
quarante tt la fois, semblaient se plaire particulièrement sur 
les bords de la rivière et prè^ du bois submergé. Une pie se 
montra si peu farouche, qu'elle vint se placer sur le gou- 
vernail du bateau, pendant que Morrin le faisait mouvoir'. 
Vers le soir, nous abordâmes à la rive escarpée qu'habitaient 
le martin-pêcheur , la pie et le troglodyte (sans doute 7>v- 
glodytes hyemalis); ce dernier, dans le bois flotté sec de la 
grève. Là, nous allumâmes notre feu dans une forf t de grands 
peupliers, où des arbres dont le tronc avait deux pieds 
d'épaisseur formaient à peu près un cercle. Ayant dépassé 
le territoire des Indiens dangereux, et le froid des nuits 
devenant de plus en plus sensible, nous ne manquions pas 
d'allumer toujours des feux près de nos bivouacs. Nous re- 
commençâmes pendant cette nuit à poser des sentinelles, 
car nous approchions de la demeure d'une nombreuse peu* 
plade indienne des bords du Missouri. M. Bodmer s'amusa à 
dessiner notre bivouac dans la forêt , assis que nous étions 
contre les arbres, autour du feu et fumant nos pipes au son 
de la musique nocturne des loups et des hiboux (voyez la 
vignette xxiii de XAtlas). 

• D'iprèi Kirg (Vojige ii«c le cip. BkIi, 1, n. p. nS), e'ni le Garrw/w c» 
nadtaiii qui , diiw te nord , remplace à cet êgird li pie du Uiuouri. H et! peudiM 
Itiircr >i appiivoité qu'il mange dans ta main de l'humme, et vole l'applt dam let 



D.oiiiz.owGoogle 



DE L'AHiniQDE DD HORD. jta I 

I^ 4 novembre, à midi, oous passâmes devant l'embou- 
chure de la rivière Blanche [H-'hite-Earth River ou Goat 
Penn River de Lewis et Clarke). Il y avait autrefois dans cet 
endroit un fort que l'on abandonna en i839,lorsque le Fort- 
Union fut construit. Nous abordâmes un peu au-dessous de 
l'embouchure de cette rivière, à cause de la grande force du 
vent. Des forêts et des taillis tapissa d'une herbe haute et 
sèche, des prairies sauvages et des clairières où croissaient 
des Artemisia, formaient un paysage agreste et sauvage, 
traversé par des sentiers de cerfs et de bisons. Nous y vîmes 
plusieurs bois de cerf, et partout des débris de ces ani- 
maux ainsi que des vestiges de gros ours ( Ursus fcrox ) ; 
mais nous n'aperçûmes aucun gros gibier en vie, et seulement 
des poules des prairies, quelques Btackbirds attardés et des 
volées de sizerins (Fn'ngiita linarià), qui venaient cher- 
cher dans l'herbe les graines des plantes. Il nous sembla 
que des Indiens avaient depuis peu visité cet endroit, car 
le fumier de leurs chevaux paraissait encore frais. Après 
un repos assez long , nous nous rembarquâmes à deux heu- 
res; nous passâmes devant la butte Carrée, et nous nous 
arrêtâmes le soir près d'un bois étroit situé sur la haute rive 
méridionale, et derrière lequel s'étendait la prairie. IjA nuit 
fut claire et froide; la lune se leva à minuit. 

Le lendemain matin, 5 novembre, le temps était beau; 
un vent froid et violent glaçait les voyageurs à jeun, en atten- 
dant que, vers huit heures, nous pussions aborder près d'une 
prairie couverte de quelques épaisses touffes de bois, et y 
préparer notre déjeuner. De nombreuses poules des prairies, 
qui s'y montraient, mirent sur-le-champ nos chasseurs en 
mouvement. Je regrettai bien que mon fusil ne fût chargé 
que de menu plomb, car un cerf (C virginianus), sortant 
d'un fourré voisin, passa à côté de moi, et j'aurais pu fa- 
cilement le tuer. Nous vîmes un troupeau d'eikset plusieurs 
petits écureuils rayés que l'on ne retrouve plus quand on 
approche des village-s des Mandans. Vers onze heures, nous 



D.gitizecbyG00glc 



333' VOTAGE DANS L INTERILUS 

poursuivîmes notre route; les bords de la rivière nous abii- 
taient contre le vent glacial, tandis que les rayons du 
soleil nous rëchauffaient. Un troupeau d'antilopes traversa 
rapidement le Missouri devant nous, et nous essayâmes 
vainement de leur couper la retraite. Ces animaux gracieux 
quittaient en ce moment le Missouri pour se rendre, aux ap- 
proches de l'hiver, dans les montagnes Noires '. Une pie vint 
de nouveau se placer sur le gouvernail, en faisant entendre 
son cri de imit, trait, qui ne ressemble aucunement à celui 
de la pie d'Europe. Nous vîmes peu de canards ou d'autres 
oiseaux aquatiques qui nous avaient tant divertis à notre 
premier vovnge, apparemment parce qu'ib trouvaient plus 
de pâture sur les lacs qui n'étaient pas encore gelés. Le harie 
(Mereus) s'approchait de nous, et des loups se faisaient 
voir sur la rive. Dans le bois on remarquait des troncs d'aiv 
bre rongés, qui indiquaient le voisinage d'une construction 
de castor; l'aigle à tête blanche, le petit pic bigarré (Picus 
puèejcens) et la poule des prairies habitaient ces campagnes. 
A cinq heures et demie , nous nous arrêtâmes , pour la nuit, 
dans un endroit oîi le bois était entièrement dévasté par les 
castors. Ils avaient abattu un grand nombre de gros troncs, 
dont les éclats jonchaient le terrain. La plupart des arbres 
étaient rongés jusqu'à la moitié de leur épaisseur, rompus 
ou du moins morts, ce qui causait un vide dans le bois. 
Non loin de là il y avait , dans ta rivière , une construction 
de castor, ou ce que les Américains appellent a beaver 
lodee; un sentier bien frayé et très-uni y conduisait; nous 
nous en servîmes pour aller et venir du bois à notre bateau *. 
I.a nature paraît avoir accommodé ces animaux remarqua- 
bles particulièrement aux grands bois de peupliers et de 

■ Tomuhend nconte <]u'i] «t pancmi i «ppriToiicr mi animtrt de cette npcce, 
ce qui cliit jutqu'aton tim eiemple. 

> K.iTic(fi)c.cr'., t. I.p. ii3) di[ que le culor ne camlruit que dans In petit) bc9 
ou riviéresi j'ii Tiit loir qu'il* l'iitbliuent *uui iUdi \n gnodri ri<rièrcs: mi» 
■Ion leiin comlniclioiii d« «wt ni «oui ittla ni «uni complète*. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ambriqtir du kobd. Sa^ 

saules do l'intérieur de l'Amérique septentrionale, où les 
blancs, à leur première arrivée dans le pays, en trouvèrent 
une foule innombrable, mais oîi ils ne tardèrent pas à 
sacrifier cette race innocente h leur avidité pour l'argent. 
Ïjês traces d'un grand nombre d'animaui difTérents, surtout 
d'elles, d'ours et de loups, indiquaient la présence de beau- 
coup de gibier; les loups burlèrent, en elTet, tout près de 
nous, et à dix heures du soir, pendant que j'étais de faction, 
ils vinrent rôder entre le feu très-vif que nous avions allumé 
et notre bateau, qui n'en était éloigné que d'une quaran- 
taine de pas; ils étaient attirés par l'odeur de la chair fraî- 
che. Le lendemain, 6 novembre, nous trouvâmes encore 
plusieurs troncs rongés, preuve que les castors étaient tou- 
jours assez nombreux dans ces contrées. Pendant notre 
halte de la matinée, Morrin avait tué un bison jeune et gras, 
ce qui nous fut d'une grande ressource. Nous avions par- 
couru en cet eudroit une forêt incomparable pour la chasse; 
nous y vîmes beaucoup de gibier, mais dont nous ne pûmes 
approcher à cause des feuilles sèches. I^s animaux déjJi sou- 
vent cités s'y étaient montres ; et nous vîmes aussi quelques 
oiseaux nouveaux, mais que je ne pus malheureusement pas 
me procurer. Vers midi, nous passâmes devant le petit Mis- 
souri, l'Amah-Ticache des Meunitarris; de grands bancs 
de sable encombraient en ce moment son embouchure. Nous 
abordâmes un peu au-dessous, pour y faire la cuisine, et 
nous y trouvâmes un lieu très-propre pour la citasse , c'est- 
à-dire, un bois oïl des marais alternaient avec une herbe 
épaisse et d'autres plantes. Nous y suivîmes les traces toutes 
récentes d'eiks d'une taille colossale, mais sans pouvoir les 
rencontrer, non plus que quelques volées de petits oiseaux 
inconnus. Les Pictu vîUosus et puOescens, les pies et les 
corneilles étaient nombreux dans ce bois, de mSme que le pe- 
tit écureuil rayé. Nous continuâmes notre route jusque dans 
la nuit, sans beaucoup de variété, et nous nous arrêtâmes 
pour coucher à un endroit où le bois était si épais que nous 



DaitizecbyGoO'^lc 



3^4 VOTAGK DARS L'iHTiiRtEUII 

fûmes obligés de couper les broussailles avaat de pou- 
voir disposer uu emplacement pour notre feu et notre bi- 
vouac. La nuit fut sombre, et les loups firent entendre leurs 
hurlements sur les deux rives; vers le matin il gela forte- 
ment, par un ciel un peu couvert et un vent d'ouest. 

Notre bon gënie nous fit partir, le 7 novembre, de bien meil- 
leure heure qu'à l'ordinaire; car à peine avions-nous quitté 
le rivage, à la petite pointe du jour, que nous entendîmes 
d'abord quelques coups de fusil, puis des Indiens parler à 
haute voix près de l'endroit oîi nous avions couché; ilss'efîbr- 
çaieot de nous rappeler. C'étaient apparemment des chas- 
seurs meunitarris qui avaient aperçu dans le crépuscule le 
reflet de notre feu. Contents d'avoir évité, faibl>» comme 
nous étions, cette rencontre équivoque, les engagés ramè- 
rent de toutes leurs forces, et nous eûmes bientôt gagné 
une avance considérable. A neuf heures nous déjeunâ- 
mes près d'une étroite lisière de bois sur la rive septen- 
trionale , où nous vîmes d'anciennes cabanes de chasse 
indiennes , faites de troncs desséchés réunis en pain de 
sucre. Elles avaient été sans doute construites par les Meu- 
nitarris, qui visitent ce lieu dans leurs excursions de chasse. 
Le bas des cabanes était garni d'écorcc d'arbre; l'entrée 
était carrée; des os jonchaient partout la terre, et sur les 
arbres se balançaient des pies qui jacassaient sur tous les 
tons. Nous continuâmes notre route par un vent froid et 
fort , et nous observâmes sur la rive de singulières collines 
d'argile, et dans les bois les cadres de pieux sur lesquels 
les Indiens sèchent leur viande. Vers midi, nous arrivâmes 
à un endroit où nous reconnûmes les restes d'un ancien 
village de Mandans; le marchand de pelleteries espagnol 
Manoel I^isa avait établi autrefois en ce lieu un poste de 
commère. Dans les bois on ne voyait que peu de raisin et 
les grains étaient petits; en revanche, la vigne sauvage 
(Clematù) s'élevait partout parmi les arbustes. Dans iiii 
d'entre eux je remarquai un couple d'oiseaux dont t'espère 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aui^rique du kobd. 3x5 

m'était iaconaue; ils étaient de la grosseur d'une petite 
grive, d'uD gris bruD ou olivâtre; le dessus de la tête, jus- 
qu'aux yeux , était couleur de rouille. Je ne lesavais jamais 
aperçus auparavant, et je oe les revis plus depuis. Un 
peu plus t>as , après que nous eûmes doublé une pointe de 
terre, nous vîmes sur la rive un cheval blanc, pub plu- 
sieurs autres chevaux et quelques Indiens qui étaient ve- 
nus les abreuver à la rivière. Dans la forêt devant laquelle 
nous passâmes immédiatement après, il y avait un village 
d'hiver des Meunitarris ou Gros-Ventres. Ils ne s'y étaient 
établis que depuis deux jours, après avoir quitté leurs ha- 
bitations d'été; le chef qui les commandait alors s'appelait 
Itsichàiché i^itsihivî , ch guttural , cheu réuni et avec force, 
ché bref), nom que les Canadiens traduisent par : le Visage 
de singe. Us nous hélèrent, mais je ne m'arrêtai point, et 
suivis, au contraire, avec rapidité le courant. Une femme 
indienne, avec un beau chien de chasse brun, de race eu- 
ropéenne, se tenait sur la rive, et dans l'eau on voyait un 
chien affamé et probablement malade. Nous étions déjà au 
centre du pays des Meunitarris, et nous pouvions, d'un mo- 
ment à l'autre, nous attendre à rencontrer de ces Indiens; 
nous en vîmes en effet plusieurs de divers côtés, tant à pied 
qu'à cheval. Des oies et des canards sauvages donnèrent de 
l'occupation à nos fusils , pendant que le vent froid aug- 
mentait tellement, que le sable des hauts fonds remplis- 
sait l'air et rendait fort difficile l'office du pilote. Nous 
venions précisément de doubler une pointe de terre, et 
nous cherchions un endroit où nous pussions aborder en 
sûreté, quand nous remarquâmes quelques cabanes dans un 
grand bois de peupliers, et bientôt après nous filmes hélés 
par des blancs et dés Indiens. Nous reconnûmes le vieux 
Charbonneau, et nous débarquâmes sur4e-champ. Nous 
apprîmes alors que MM. Soublette et Campbell avaient 
établi un poste de commerce dans les villages mandans , 
et que leurs employés étaient arrivés la veille, avec ces In- 



D.gitizecbyG00glc 



3-j6 voyage dans l'intérieur 

dieDB , daus ce village d'hiver des MeuDitarri», situé à peu de 
distance de leur poste. Le commis chai'gé de traiter les af- 
faires en ce lieu était M. Dougherty, frère de l'agent tadieii 
qui accompagna le major Long dans son voyage aux monta- 
gnes Rocheuses , ctauprèsdequî le vieux Charbonneau rem- 
plissait alors les fonctions d'interprète. Ce dernier était de- 
venu depuis peu infidèle à la compagnie américaine des 
Pelleteries; mais il est rentré, plus tard, à son service. Ainsi 
que je viens de le dire, les Indiens , sous leur chef suprême, 
Lachpitzî-Sihriche {l'Ours jaune) , n'étaient établis que de la 
veille dans leur village dliiver, et Dougherty habitait, avec 
Charbonneau et plusieurs engagés, une couple de cabanes 
construites à la hâte sur la rive, pendant qu'on leur prépa- 
rait une demeure plus commode près du village indien. 
M. Dougherty, à qui nous remîmes des lettres de M. Camp- 
bell, ne nous permît pas d'aller plus loin, et nous accorda 
l'hospitalité d'une manière fort aimable. Nous étions cliar- 
més, après si longtemps, de nous retrouver parmi des 
hommes. Pendant que nous causions, tout en fumant nos 
cigares , notre regard tomba sur une rangée de gros barils 
à côté desquels nous étions assis, et il se trouva qu'ils étaient 
remplis de poudre à canon , ce qui était d'autant plus im- 
prudent que le vent , qui était très-fort, soufflait directement 
dans ta cabane. Plusieurs Indiens intéressants entrèrent 
l'un après l'autre, et dans le nombre, te vieux Lachpitzî- 
Sihriche, qui se montra surtout frappé de la longueur de 
nos baihes, ornement que ces gens ont en horreur. La nuit 
fut orageuse et très-obscure. Quelques-uns d'entre nous 
couchèrent dans la turque, Dreidoppel et nos engagés par 
terre , dans la cabane. 

La matinée du 8 novembre s'ouvrit froide et désagréable; 
il avait gelé et l'on voyait du givre. Je quittai la place de 
bonne heure, et ChartKtnnem m'accompagna. Après avoir 
navigué pendant quatre milles environ, nous débarquâmes 
sur le l>ord méridional Ai la rivière, pour aller à la recherche 



D.gitizecbyG00glc 



SB l'amérique du nord. 3^7 

d'uu tronc d'arbre pétrifié que Cliarbonneau m'avait indiqué. 
Pendant que Téquipage prépraît le déjeuner «jans un 
bois épais de petits peupliers , nous nous rendîmes , en 
traversant une campagne alternativement boisée et décou- 
verte , à la fontaine Rouge, située dans les collines peu éloi- 
gnées, et qui n'était alors qu'un marais couvert déglace. 
Non loin de là se trouvait le troue que l'on regarde comme 
étant la souche d'un vieux cèdre {Juraperas). Il présente 
la partie inférieure d'un tronc creux avec le commen- 
cement de la racine, c'est-à-dire, de la couronne de la 
racine recourbée en dehors; et quoique Teusemble offre 
encore par&ilement la formation du bois , il est changé en 
nue masse de pierre et résonne comme telle. La pièce tout 
entière étant trop lourde pour qu'il fQt possible de la trans- 
porter, j'en emportai un assez grand nombre de morceaux , 
sans pourtant mutiler l'arbre, qui figurera sans doute un 
jour dans quelque musée des États-Unis. Ces masses de 
bois pétrifié se rencontrent souvent près du Missouri '. Après 
le déjeuner, nous continuâmes notre voyage à onze heures, 
et nous parvînmes à l'endroit où se trouvait autrefois le fort 
de M. Klcher, et qui est encore à onze milles environ du Fort- 
Clarke. A midi, nous nous trouvâmes vis-à-vis da premier 
village d'été des Meunitarris, et nous remarquâmes sur la 
nve opposée plusieurs Indiens qui appelèrent Charbonneau. 
Ils avaient avec eux des chiens à poil ras, tachetés de blanc 
et de brun, avec des oreilles pendantes, et qui étaient in- 
contestablement de race européenne. Les invitations qui 
nous étaient faites de descendre à terre se multipliaient , et 
Charbonneau nous conseilla d'y céder, ce que nous fîmes. 
Nous débarquâmes, et un homme de bonne mine, Ita- 
Widahki-Hiché (fe Pare-flèche niu^e), nous conduisit sur- 
te-champ à sa tente , qu'il avait dressée sur le haut de la rive 



■ Ja ■'» mHieumiMmeni pu npporler en Eurape qu'on fort petit Dombrc de 
m tbjeu curÎM 



D.gitizecbyG00glc 



3a8 VOYAGE DAMS l'iHTÉRIEUH 

et isolée daus )a prairie, attendu qu'il était en route pour 
se rendre au village de la forêt. Cette tente de cuir était 
neuve, blancbe, vaste et très-élégamment décorée de touffes 
de cheveux de différentes couleurs ; sur les deux côtés de 
la porte, il y avait des bandes et des rosaces de piquants de 
porc-épic coloriés. Elle était bien chauffée par un bon feu, 
ce qui nous fit beaucoup de bien. Nous nous assîmes autour 
du foyer avec la nombreuse famille du maître de la maison, 
avec son frère, son oncle et une foule de jeunes gens , 
de femmes et d'enfants. Noire amphiti-yon portait une 
barbe un peu longue , semblable à celle du chef ponça 
Shoudegachéh, et il était tatoué de raies noires sur le côté 
droit de la poitrine. Le vieil oncle était fort laid de visage, 
gros , ventru et Irès-mal vêtu , n'étant pas même couvert 
aux parties que les Indiens cachent toujours avec soin. Sa 
femme tenait sur ses genoux un enfant avec un grand bec 
de lièvre. On nous présenta sur-le-champ un large plat de 
maïs et de fèves, fort tendres et très-bien accommodés, et 
nous mangeâmes à trois dans la gamelle, avec de grandes 
cuillers de bighora et de bison, après quoi l'on 6t circuler 
la pipe dao>ta rouge. On avait donné aussi à manger à 
nos gens, et en retour je fis présent aux ludiens d'un peu 
de tabac et de poudre. Nous nous entretînmes avec ces 
aimables Indiens pendant unedemi-heureenviron, parl'iatn^ 
médiaire de Charbonneau; nous leur racontâmes notre combat 
contre les Âssiniboios , leurs ennemis, et puis nous primes 
congé d'eux, et nous continuâmes noire voyage. X^es Indiens 
nousaccompagnèrent jusqu'au bord de la rivière; sur la route 
nous vîmes une grande peau de loup blanc , suspendue à 
un arbre ; c'était sans doute une médecine ou offrande. Mous 
partîmes à une heure , et à deux nous arrivâmes au village 
meunitarri d'Awachawi (fc village des Souliers) , qui est 
construit sur la grève. Deux femmes, dans un canot rond 
de cuir, traversèrent ta rivière devant nous , elles avaient at- 
taché du bois à leur embarcation , et ramaient de toutes 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'amébique du noad. Sag 

leurs forces; il y en avait d'autres qui desceudaient vers le 
bord de l'eau, portaut leur hateau suspendu par-dessus la 
télé sur le dos; je décrirai plus bas cette espèce d'embarca- 
tioD '. Vers trois heures, nous arrivâmes au village man- 
dan Bouptare, où une foule d'Indiens descendirent sur la 
grève pour voir les étrangers. Cliarbonneau se cacha pour 
ne pas être reconnu et appelé h terre. Il porte parmi ces In- 
diens cinq noms difTérents, savoir :1e Chef du petit village, 
l'Homme qui possède beaucoup de citrouilles, le grand Che- 
val venu de loin , TOurs de la forêt , et encore un cinquième 
qui n'est pas très-noble, ce qui arrive souvent chez les In- 
diens. Après que nous eûmes franchi encore un coude formé 
parla rivière, nous aper^'ùmes le grand village mandan Mih- 
Toutta-Hangkouche , et non loin de là le Fort-Clarke , où 
nous arrivâmes vers quatre heures et où M. K.ipp , directeur 
et commis de la compagnie des Pelleteries, nous souhaita la 
bienvenue et nous conduisit n sa demeure. 

■ Voyet la Tue du fillige Hih-Toutti-H*ngkauche , oùu trDii«euDe«iiot lem- 
Idible (pi. %i>). 



D.gitizecbyG00glc 



D.oiiiz.owGoogle 



OeH3<KK!83KXK>OQOO<KKXXSeNaSQOC^^ 



CHAPITRE XXIV. 



Miitoire du forl. — Descripiion. — Ctimit. — Sol. — Géol<^ie de la coDlrce. — 
Mtntei. — Animiux. — PojHililion indieDoe da enrironi, — Vitliga îiidieDi. 



Lewis et Clarke donnèrent des renseignements sur la si- 
tiiation de cette contrée à l'époque du séjour qu'ils firent, 
dans l'hiver de i8o3à i8o4i auprès des villages mandans. Ils 
construisirent alors un fort sur la rive septentrionale du Mis- 
souri, un peu au-dessus de l'emplacement actuel du Fort- 
Clarke ; mais aujourd'hui on ne reconnaît plus la moindre 
trace de cet hivernage. La rivière a, dépuis lors^ tellement 
changé son lit, que le lieu qu'occupait celte construction, 
et qui se trouvait à quelque distance de la rive, est main- 
tenant au milieu du courant. Ces petits changements dans 
le lit du Missouri sont des phénomènes très-fréquents , d'où 
■I résulte que toutes les îles, les bancs de sable et les petit» 
coudes que l'on trouve sur les cartes particulières , ainsi que 
les pointes de terre qui en résultent , ne demeurent pas long- 
temps exacts*. Charbonneau, le Canadien français dont 

■ Uu peu au-ileuui des village: 
1 enlerà une poiule de rerj'e , ri 



DaitizecbyGoO'^lc 



333 VOTAGE DANS L'iHTKBIEVn 

j'ai parlé, ioterprète pour la langue des Meunitarris, qui ha- 
bite depuis trente-sept ans ce pays, se trouvait précisémeat 
en ce lieu à l'arrivée de ces voyageurs; U y pa9&a i'Inver avec 
eux, et les accompagna aussi, plus tard, au fleuve Colutn- 
bia. Il habite ordinairement le second village des Meuni- 
tarris, Awaticbaï, et, saufquelqnes voyages qu'il a &its, Il 
est toujours resté en cet endroit, de sorte qu'il connaît par- 
fiiitement les Meunitarris et leur langue, quoiqu'il o*ait ja- 
mais pu apprendre à la bien prononcer, ainsi qu'il me l'a 
avoué lui-même. 

Dans l'année iSaa, M. Kipp, Canadien d'origine alle- 
mande, commis de la compagnie américaine des Pelleteries 
et dii'ecteur du Fort-Clarke, arriva dans ce pays en qualité 
d'employé de la compagnie colombienne des Pelleteries. 
A cette époque, il n'existait pas encore de fort. Le major 
Pilcher, le même qui avait remonté le Missouri avec nous, 
pour prendre la direction du poste de commerce de M. Ca- 
banné, près des Omahas, était à cette époque actionnaire 
de la compagnie des Pelleteries du Missouri, et dirigeait un 
poste de commerce un peu au-dessus des villages des Meuni- 
tarris, sur la rive méridionale de la rivière. Au printemps 
de l'année iSau , on abandonna ce fort , la compagnie dont 
je viens de parler ayant cessé d'exister. Au mois de mai de 
la même année, M. Kipp commenta dans la prairie la cons- 
truction d'un fort , situé entre l'emplacement actuel du 
Fort-Clarke et la for£t oîi les habitants de Mih-Toutta- 
Hangkouche demeurent pendant l'hiver. Cette construction 
fut achevée au mois de novembre. Dans le cours de l'été, le 
colonel I>eavenworth avait remonté la rivière avec un corps 
de troupes assez considérable, des canons et un corps auxi- 
liaire d'Indiens dacotas, pour se rendre aux villages des 
Ariccaras et punir ce peuple qui , peu de temps auparavant, 

qutra milla de wq «ncien lit. Cela « 

doil, d'q>Ri 

duHÎMiiri. 



D.gitizecbyG00glc 



I>E LAMKBtQUE DO XORD. 33S 

avait attaqué le keelboat du gëiiéral Ashiey, tué flix-htiit 
, hommes de l'équipage, et blesse la plus grande partie des 
autres. S'il faut en croire les habitants du Mîiisouri,. on 
montra fort peu d'énergie dans cette expédition ; on s'éloi- 
gna des villages ennemis sans les détruire, et même sans 
causer de grandes pertes à leurs habitants, ce qui 6t sur- 
tout beaucoup murmurer les alliés indiens. Il est certain 
que l'audace des Ariccaras s'en accrut, et qu'à compter de 
ce moment ils tuèrent tous les blancs qui tombèrent entre 
leurs mains. Lors du séjour de Lewis et Clarke, ce peuple 
montrait des dispositions amicales, tandis qu'il est aujour- 
d'hui l'ennemi le plus acharné des blancs, et en a tué un 
bien plus grand nombre qu'aucune autre nation du Missouri. 
Après le retour de Leavenworth , les Ariccaras remontèrent 
plus haut sur la rivière, et s'établirent dans la même Foi-ét 
que les Mandans ont choisie aujourd'hui pour leur séjour 
d'hiver. La garnison du fort construit par Kipp se compo- 
sait , indépendamment du directeur, M. Tilton, de cinq 
hommes seulement; aussi le voisinage des Ariccaras la met- 
tait-il dans un danger perpétuel. Ces sauvages se tenaient 
toujours dans les environs du fort; un de leurs chefs, Sta- 
napat {te petit Autour, la Mftin pleine de sang), «lia 
même jusqu'à tuer un des hommes de Titton à ta porte du 
fort. Trois blancs, venant des montagnes Rocheuses, furent 
forcés, par des Ariccaras placés en embuscade, d'abandon- 
ner leur bateau et de se sauver à grand' peine sur le bord 
opposé de la rivière. Dans le cours de ce même automne, ces 
Indiens tuèrent cinq hommes delà compagnie française des 
Pelleteries, près du Cannon-Ball-River. Tilton et Kipp, avec 
leurs hommes, n'osaient pas se risquer hors du fort, dans 
lequel ils demeurèrent renfermés pendant tout l'automne. 
Ce dernier resta, jusqu'à l'achèvement du fort, dans le 
village voisin des Mandans , quoique ce peuple fût en paix 
avec les Ariccaras ; il habitait la cabane du chef distin- 
gué Tohpka-Singké {les Quatre hommes), qui le protégea 



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334 VOYAGE DABS l'iNTÉHIEUR 

cotitre toute attaque. Quand l'Iiomme dont j'ai parlé fut tué 
à la porte du fort , les Mandans voulurent déclarer la guerre 
aux. Ariccaras; mais on ne voulut pas le permettre, parce 
que les agents de la compagnie colombienne des Pelleteries, 
qui devaient venir par terre du lac Travers et de la rivière 
de Saint-Pierre, en auraient soutTert. Au commencement de 
décembre, M. Laidiow , qui est maintenant sur le petit Mis- 
souri, arriva du lac avec six charrettes chargées de marchan- 
dises, sur quoi l'on conclut une espèce de paix avec les Anc- 
caras. Hs vinrent les premiers dans le fort, parce qulls ne 
pouvaient plus obtenir nulle part des marchandises des 
blancs, et l'on eut la précaution de n'eu jamais admettre 
qu'un petit nombre à la fois. La paix avec ces gens ne fiit 
pas de longue durée, car ils contiuuèrent à se mal conduire; 
et à la 6n il devint fort dangereux de sortir pour aller cher- 
cher du bois, de l'eau ou les aulres objets dont on avait 
besoin dans le fort; on était souvent menacé, et en consé- 
quence Tilton quitta le fort au mois de février et se rendit 
au plus prochain village des Mandans. Il descendit ensuite 
jusqu'à Saint-Louis. Dans le cours de r« printemps, les 
Ariccaras i-etournèrent dans leur ancien village, en déclarant 
qu'ils voulaient désormais vivre en paix avec les blancs. KJpp 
était resté seul, et pendant tout l'été il ne vit pas un 
homme blanc. 11 avait pris avec lui les marchandises et les 
peaux , qu'il gardait dans la cabane du chef; mais plus tard 
il construisit une maison à côté du village, oîi il vécut jus- 
qu'en i8a4t ftvec un certain Jeffers qui était venu du lac 
Travers avec sept hommes et des charrettes chargées de mar- 
chandises. Pendant ce temps, les Mandans avaient protégé 
et maintenu en état le fort abandonné, aiïn d'empêcher qu'il ne 
fût incendié par les Ariccaras. Pendant l'été, K-ipp fit couper 
à rase terre les piquets du fort, et les Mandans en transpor- 
tèi-ent le bois dans leur village. Ils portèrent une partie des 
poutres sur leui's épaules, et firent flotter le reste sur la 
rivière. I^s bâtiments aussi furent démolis. On agrandit la 



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i>E l'Amérique du word. 335 

maison de Kipp , a laquelle on ajouta plusieurs chambres 
et que l'on entoura des piquets provenant du fort. Comme 
on ne possédait pas assez de marchandises, K.ipp envoya 
Charbooneau, qui était aussi au service de la compagnie 
colombienne des Pelleteries , avec un autre homme , au lac 
Travers, pour en chercher une charretée; mais ils rencon- 
trèrent, en revenant, une troupe d'Assiniboins, sur quoi 
ils abandonnèrent marchandises, charrettes et chevaux, pour 
se sauver, et tout fut perdu. Sur ces entrefaites, les Cor- 
beaux étaient arrivés avec une bonne pi-ovision de pelleteries ; 
mais M. KJpp n'ayant pas assez d'objets d'échange, il en- 
treprit lui-même, avec deux demi-sangs, le voyage du lac 
Travers, et fut assez heureux pour rapporter avec lui une 
charretée de marchandises. 

Pendant son voyage de retour, il aperçut un camp de 
Saonn (Dacotas)et en fit le tour; à cette occasion, il per- 
dit ses chevaux pendant la nuit, mais il eut le bonheur de 
les retrouver. Quand il revint, il trouva que le général At- 
kinson avait visité les villages des Mandans, avec cinq à six 
cents hommes de troupes, et qu'il les avait quittés pour re- 
monter vers le Milk-River. Ces troupes revinrent avant la 
fin de l'été, et des hostilités faillirent éclater entre elles et 
les Corbeaux, qui se trouvaient chez les Mandans. T^ com- 
pagnie française des Pelleteries avait envoyé avec le général 
deux ou trois de ses agents, qui trafiquèrent dans les vil- 
lages des Mandans et des Mcunilarris. Bissonnette était le 
principal marchand d'entre eux. Dans l'automne, M. Tilton 
arriva de Saint-Louis avec un keell>oat chargé de marchan- 
dises ; K.ipp avait envoyé quelques personnes chez les Assini- 
boins, les Crihs et les Ojibouais, pour inviter leurs chefs à 
venir an fort, afin d'y conclure un traité de commerce; les 
troupes avaient aussi amené avec elles le nommé Wilson, 
en qualité d'agent des États-Unis pour les Indiens, et tous 
ces hommes vivaient ensemble dans le fort des Mandans. I^a 
paix fut conclue entre les trois nations indiennes susdites et 



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336 VOTAGE UANS l'iNTÉRIEUR 

les blancs, ainsi que les Mandans et leurs alliés; on désirait 
anéantir leurs relations de commerce dans le Mord avec les 
Anglais , et les attirer vers le Missouri. Au mens d*avnl 
iSa5, MM. Wilson et Tilton retournèi-eut à Saint-Louis, 
et KIpp resta seul avec cinq hommes dans le fort des 
Mandans. Au mois de novembre, Tillon revint encore une 
fois avec un keelboat chargé de marchandises, et Kipp se 
rendit avec quelques objets de choix au White-Ëarth-Rîver, 
où il construisit un fort , un peu en deçà de son confluent, 
y passa l'hiver et trafiqua avec les Assiniboins. Dans l'au- 
tomne de i8a6, les Dacotas attaquèrent les Mandans et les 
Meunitarris, tuèrent cinquante-neuf de ces derniers, ainsi 
que deux Mandans et un Indien corbeau qui se trouvait 
par hasard avec eux. Ce fut durant cette annëe-là que la 
compagnie colombienne des Pelleteries, réunie à la com- 
pagnie américaine, commença à trafiquer sur cette partie 
du Missouri. Dans l'hiver de i83o, M. Kipp 6t préparer le 
bois nécessaire à la construction du Fort-Clarke, tel qu'il 
existe aujourd'hui , et les piquets furent placés le printemps 
suivant. M. Mitchill pnt la direction de ce nouveau fort, 
qu'il acheva jusqu'à un certain point, et auquel il donna le 
nom de Fort-Clarke. Au mois dejuillet , K.ipp fut envoyé avec 
quarante-cinq hommes au Maria-River, et y construisit le 
fort dont j'ai décrit plus liant les ruines. Il y resta jusqu'au 
printemps de i83a, qu'il fut remplacé par M. Mitchill, le- 
quel construisit alors le Fort-Piékann ou Mackenzie. Depuis 
ce temps, Kipp est demeuré chargé de la direction du Furt- 
Clarke , excepté durant l'hiver de 1 83a à 1 833. C'était alors 
M. Lamont qui dirigeait le fort, où Kipp n'était que com- 
mis. De petits combats eurent lieu dans le voisinage avec 
les Sioux ou Dacotas, et un jour que MM. Lamont et 
Kipp s'entretenaient ensemble auprès du feu, un coup de 
fusil fut tiré dans la fenêtre , et la balle , passant entre eux, 
alla frapper la muraille. Depuis onze ans que M. Kipp ha- 
bite le pays , les Mandans sont toujours dans la même situa- 



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DE l'ah^rique ou horu. 337 

tion; leur nombre n'augmeate ni ne diminue. I>état du 
commerce avec les Indiens est aussi toujours le même, et 
le piix des marchandises n'a pas varié, si ce n'est par mo- 
ments, quand l'arrivée des marcliands étrangers les a fait mon- 
ter. Ainsi, dans l'année i833, quand il fallut lutter contre 
la concurrence de messieurs Soublette et Campbell , un fort 
castor se payait i a dollars (3o francs), tandis qu'aux États- 
Unis il ne valait pas plus de 4 dollars; mais il est d'une 
haute importance pour la Compagnie de ne pas laisser le 
chainp libre à d'autres. Messieurs Soublette et Campbell 
entretenaient un agent dans cliacun des villages indiens du 
voisinage, et j'ai déjà eu occasion, plus haut, de parler de 
leur commis, M. Dougherty, qui demeurait chez les Meuni- 
tarris. Ils avaient aussi pris à leur service le vieil interprète 
CharboDDeau'. Kipp avait , de son côlé , stationné en trafi- 
quant chez les Meunitarris, et visitait pendant l'hiver les 
villages à paUns. Voici quels sont à peu près les événe- 
ments qui se sont passés pendant les trente-sept années que 
Charbonneau a demeuré dans les villages des Meunitarris et 
des Mandans. 

Quand Charbonneau arriva dans le pays, les trois villages 
des Meunitarris existaient précisément dans le même état 
qu'aujourd'hui, et il habita sur-le-champ le village du rai- 
lieu. Les relations de commerce avec Saint-Louis n'étaient 
pas encore établies , et Charbonneau étant le seul homme 
blanc qui se trouv&t dans la contrée , tirait les objets dont 
il avait besoin des Anglaisdans le Nord. L'année même de 
son an-ivée, treize à quatorze cents Dacotas, réunis à sept 

■ Ttn II fin de l'année iS33 , MM. Soiibletle et Campbell éprouTénnl une perte 
Ufd contidérahlc pendant le Tojage d'un délacbcnieiit de lolxanle hamma igui 
ctaicDl partia pour In monla§DU itec d« mirchandiseï ; il l'Élerauna diapiileaiec 
la nalioii dei Corbeaux, qui leur enlera cent ciaquanle cheraux et pilla presque 
toulei lea mircbandiiei. Ils ne leur rendirent que tjuelques nauvaii cheraux. Le* 
iraBquanudanicn contrée) aonl louienl exposn i de Mini>!able> conirariéléi, mteie 
de la part de* Indien* bien d'upotit; et l'on ne peut se fier à eux i ta phu léger* 



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33S VOTACE DANS l'iSTÉHIEUR 

eents Ariccaras, attaquèrent le preininr village des Mandans, 
au secours deaqucb les Meunitarris s'empressèrent d'accou- 
rir au nombre de mille hommes. Les ennemis furent battus 
et perdirent plus de cent hommes, parmi lesquels se trouva 
le fils de la Vache- Blanche ( Tanahah- Tahka), l'un des 
chefs des Ariccaras. Avant cette époque , ce peuple habitait 
hi pointe du bois immédiatement au-dessous de celui où les 
Mandans de Mil)-Toutla-Hang-K.ouche passent à présent l'hi- 
ver; mais, après ce combat, ils descendirent plus bas sur le 
Missouri, et construisirent leurs villages à la place où nous 
lés vîmes. Après le combat dont je viens de parler, ils 
avaient laissé tout ce qu'ils possédaient dans les cabanes. 
Depuis lors ils sont souvent revenus avec des intentions 
hostiles , mais jamais en aussi grand nombre qu'A celte épo- 
que. Cinq ou six ans avant l'arrivé de Charbonneau , quinze 
cents toiles de Dacotas vinrent en visite dans le voisinage 
dés villages des Meunitarris. Un homme et une femme de œs 
derniers , qui revenaient de chez les Corbeaux , furent tués 
par quelques Sioux, sur quoi les Meunitairis mirent à mort 
cinq Dacotas qui se trouvaient par hasard chez eux, événe- 
ment qui devint le signal de ta guerre. Les Sioux investirent 
le village , en sorte que les habitants ne purent se procurer 
ni eau ni bois, la rivière étant assez éloignée. Ils demeu- 
rèrent ainsi étroitement bloqués pendant neuf jours, ne bu- 
vant que l'eau croupie qu'ils avaient dans le village; les clie- 
vaux rassemblés dans les cabanes , soulfiiint de la faim et 
de la soif, dévoraient l'écorce des parois des huttes. Un 
dicf, Ihté-Supiché [ie Soulier noir), qui avait fait de sa 
maison une espèce de redoute, tua de là, à coups de fusil, 
onze Dacotas, après quoi il y fut tué lui-même. Le neu- 
vième jour, les anciens donnèrent l'ordre aux jeunes gens de 
monter à cheval et d'aller au-devant de l'ennemi , pendant 
<[ue toute la population du village irait avec des vases de 
toutes sortes chercher de l'eau à la rivière. Cela se fit, «n 
effet, mais les Dacotas, ayant remarqué les préparatifs de 



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DE l'ahkriqiie du horu. 3^9 

l'attaque , levèrent leur camp, el se rietirèrent , par U cliaine 
(les collines, en emmenant leurs femmes et leurs enfants. 
Quatre-vingts des chevaux, que l'oD conduisit à la rivière 
moururent, parce qu'on ne put les empêcher de boire avec 
excès. On poursuivit les Sioux , et ou leur tua beaucoup de 
monde. Pendant le séjour de Chapbonneau, un autre déta- 
chement de guerre de ta même natioo se présenta sur 
l'autre rive du Missouri , et fit des gestes de défi. Il n'y avait 
alors que dix-huit hommes dans le grand village des Meuni- 
tarris, Ëlah-Sa; tous les autres étaient à la chasse; mais le 
village des Souhers, Awachahwi, avait réuni tous ses guer- 
riers. I.CS Mandans se joignirent à eux; on traversa la ri- 
vière à cheval , afin d'attaquer Les ennemis que l'on rencou' 
tra dans une vallée. Les Dacotas crièrent alors aux Meunitairis 
qu'il fallait commencer par fumer; sur quoi l'on s'assit, on 
se présenta mutuellement la pipe , et l'on fuma : cela fait , 
le commandant du détachement des Dacotas s'avança et 
cria à ses adversaires : <• Nous sommes ici pour nous battre; 
« nous savons que nous sommes, de part et d'autre, des 
« hommes, et, en conséquence, je trouve plus honorable de 
« combattre en plein champ et d'éviter entièrement le bois. » 
Cette proposition fut adoptée des deux côtés. On se rendit 
en conséquence dans la plaine, et l'attaque commença. 
Deux Mandans, le Charbon et le Chat noir, avaient eu , 
quelque temps auparavant, une discussion ensemble, et ils 
résolurent, dans cette occasion, de lutter à qui se battrait 
le mieux. I^s Dacotas eurent dès l'abord un grand avan- 
tage, et déjà les Mandans et les Meunitarris commençaient 
à se replier vers le bois , sur quoi le Chat no'ir dit au Char- 
bon, son rival, qui était du nombre de ceux qui se reti- 
raient : a Comment ! toi qui voulais être si brave ! est-ce 
u ainsi que tu montres ton courage ? n A ces mots, te Char- 
bon prend son rival par le bras, en lui disant : « En ce cas, 
u nous mourrons ensemble !» Ils se retournèrent alors tous 
deux et s'enfoncèrent dans les rangs ennemis. Tous les autres 



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34o VOTAGK OAHS l'iNTÉRIRUR 

guerriers suivirent cet exemple, ou recommença l'attaque 
avec un renouvellement d'ardeur, l'ennemi fut complète- 
ment battu et mis en fuite avec une perte considérable. 

Dans une autre occasion, un gros détacliement de guerre 
des Dacotas parut dans la grande prairie, en face du village 
des Souliers. Les Meunitarris passèrent la rivière, batiireut 
Tennemi et le poursuivirent l'espace de vingt milles. Jjes 
Sioux se tenaient continuellement sur le bord de la rivière, 
afin de tenir leurs ennemisrioignés de leur camp situé dans 
les collines, et dans lequel se trouvaient leurs femmes et leurs 
enfaats. Un Dacota , décoré de la couronne de plumes et de 
la mèche declicveux, se dirigeait vers tes collines, et un chef 
meunitarri [Ektach-Pasupiché, le premier ch guttural) 
suivit cet ennemi sur un meilleur cheval que le sien et le rejoi- 
gnit. Tous deux mirent pied à terre et se battirent à coups 
de couteau ; le Dacota fut tué. Ses compatriotes perdirent 
quarante-huit hommes, et les Meunitarris seulement trois. 
Dans ce combat , les Mandans avaient soutenu leurs alliés 
et voisins. Cliarbonnciu en fut spectateur; dans la nuit on 
dansa ta danse du scalp. 

It y a dix ou onze ans, les Meunitarris avaient disposé 
un grand parc ou citasse aux antilopes; un de leurs gens, 
qui rassemblait dans un ravin te bols nécessaire, avait clé 
tué par quelques Assiniboins qui s'y étaient mis en embus- 
cade. Au moment ou les parents du mort étaient occupés 
à placer le cadavre sur l'échafaudage, une trentaine d'Assî- 
niboins arrivèrent au village avec deux calumets pour con- 
clure la paix, ne sachant pas qu'une autre de leurs bandes 
venait de commettre ce meurtre. Tous les habitants se ras- 
semblèrent sur-le-champ; ils tuèrent une vingtaine de ces 
Assiniboins, firent trois femmes prisonnières, et fort peu 
de ces Indiens purent se sauver par la fuite. Des gens isolés 
sont souvent tués de part et d*autre, et trois semaines avant 
mon arrivée au Fort-CIarke, trois ennemis s'étaient montrés 
sur te bord opposé et avaient fait signe qu'on vint les p.is- 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'&hérique do nord. 34i 

ser. Uu homme et deux femmes étant allés les prendre 
dans un canot de cuir, le premier fut immédiatement tué 
d'un coup de fusil. 

I^ Fort-Clarke, tel qu'il existe aujourd'hui, est situé à un 
quart de lieue environ au-dessous de l'emplacement de l'an- 
t'ien fort de Lewis et Clarke , à trois cents pas plus bas 
que le village mandan de Mili-Toutta-Hang-Kouche, et à 
quatre-vingts pas environ du bord méridional de la rivière, 
dans une praii-ie an-dessus de la rive assez escarpée du Mis- 
souri. Immédiatement au-dessous de ce village indien, cette 
rive est beaucoup plus élevée et complètement à pic. A 
deux cents pas environ au-dessous du fort se décharge un 
petit ruisseau que les ]\fandans appellent Pach-Ohkiroussa- 
Fassahé (/a rivière oit on lave les plats ) , dont les bords es- 
carpés sont argileux, et qui, à- cinquante pas du Missouri, se 
divise en deux bras, dout l'un descend plus au sud et dont 
l'autre coule à six cent quatre-vingts ou sept cents pas der- 
rière le fort, après être sorti des coUincs dans la plaine unie. 
Cette chaîne de collines couronne le fond de la prairie et 
ferme l'horizon de ce côté (Voyez le petit plan de cet endroit). 
Dans le bassin du ruisseau, le terrain est couvert de gazon, 
et dans ses nombreux détours on voit sur ses bords des 
broussailles et de hautes plantes, principalement de la syn- 
génésie, telle que le Solidago, etc., dont la Fringilla lina- 
ria et VEmberiza nivalis viennent pendant l'hiver manger 
la semence. Au printemps et en automne on trouve des 
canards sur ce ruisseau qu'habitent des tortues d'eau douce; 
on y voit aussi une Vnio. Aussitôt qu'il se ferme par la 
glace, ce qui, dans l'hiver de i833, eut lieu au mois de 
novembre , les canards s'en vont, pour rester encore pendant 
quelque temps sur les lacs et les étangs situés à quelques 
milles de là ' avec des pélicans, des cygnes, des oies sau- 

■ Il j ■ lieaucoap de lacs daiu ces ePTiroat, turloul aur la rive leptcntrionilc 
du MiuouK. On ta trouve au moim viagt-cinii dant un rayon d'ua peu plua de 
lieux journéei. A celle mtoie diitanec , il y a un lac d'eau ulce. Ou dil qu'en été 



D.gitizecbyG00glc 



Sija VOYAGE DAMS l'iWTÉBIEUR 

Tages, des canards plongeurs, des grues et autres oiseaux 
aquatiques. A une lieue environ au-dessous du Fort-Clarke, 
le Missouri fait un coude vers l'est ou le sud-est, et là s'é- 
tend une forât assez vaste dans laquelle les liabitants de 
Mih-Toutta-Hang-K.ouche ont construit leur village d'hiver, 
de soixante à soixante-dix cabanes. Au-dessus du foi-t on 
peut se rendre en droite ligne et en traversant une prairie 
unie, du village indien dont j*ai parlé, jusqu'au second vil- 
lage mandao Roubplare; la plaine n'est interrompue que 
par un ou deux petits ravins boisés dans lesquels on trouve 
communément des poules des prairies, Vis-à-vis du -fort, 
sur la rive gauche du Missouri, un bois de peupliers, 
d'ormes, de nëgundos, de frênes, etc., s'étend jusqu'aux 
collines des prairies, avec un épais taillis composé d'ar- 
bustes de toutes espèces, et qui est le séjour de prédilection 
des poules des prairies. C'est dans ce bois que les habitants 
de Rouhptare demeurent en hiver, en face de leur village 
d'été. 

^Je Fort-Clarke est construit sur- le même plan que les 
autres postes de commerce de la Compagnie. Les côtés de 
devant et de derrière du parallélogramme ont quarante- 
quatre pas de long, et les deux autres quarante-neuf. Les 
angles au nord et au midi sont garnie de blockhaus. Les ha- 
bitations ne se composent que d'un rez-de-chaussée; on était 
occupé d'en construire une nouvelle avec deux pièces et de 
bonnes fenêtres garnies de carreaux de verre; elle n'était pu 
encore tout à fait achevée. Devant la porte de derrière se 
trouvait la machine au moyen de laquelle on noue les four- 
rures, chaque paquet, composé de dix robes, pesant cent 
livres. Derrière le fort, un petit terrain était disposé en jar- 



il drpoie tout autour de wa rive.^ utw large bordur 

quatre do^ti d'cpiiueur: les Indien* t'en *ertcai pour ■: 

n'est p« purplif , et on n'en emploie qu'une petite qnintité k la tais, Li pliipwl 

dea prlits lia de cerle routrée oui celte qualité; ili ne «inl pai rcnferaié* dav 

les tartti, el il n> en a qu'un dont les Irords soient boisés. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'&UÉRIQUE du HORU. 34^ 

diii, et dans la vallée voisine, arrosée par le ruisseau, les 
ladieos avaient plauté plusieui-s petîls champs de maïs et de 
courges. I^ fort ne possédait c|ue trois chieas, qu'on lâchait 
tous les soirs. La chasse était en ce moment peu fructueuse, 
les troupeaux de bisons s'étant fort éloignés, et les chasseurs 
étant par conséquent obligés de faire beaucoup de chemin 
pour les atteindre. On ne manquait pas dans le fort de four- 
rage pour les chevaus , et l'on y avait aussi parfois im as- 
sez grand nombre de ces animaux.; mais en ce moment , vu 
la grande concurrence dans le commerce,, on en avait vendu 
la plupart. On traite en général fort mal les chevaux; ils 
n'entrent jamais dans une écurie, et dans les plus grands 
froids de l'hiver ils passeut les nuits entières dans la cour 
du fort, le dos couvert d'une couche de neige glacée de 
plusieurs pouces d'épaisseur. Pendant l'hiver on ne leur 
donne rien à manger que l'écorce des peupliers de la forêt, 
et quand le frcûd n'est pas trap excessif et la neige trop 
épaisse, on en envoie tous les jours dehc»^, sous U garde 
d'un jeune Indien mandan nommé Sih-Sé, Les chiens 
passent également les nuits au milieu de la glace et de la 
neige. Quant à des bœufs, le Fort-Clarke n'en possédait 
point, non plus que d'autres animaux domestiques, si l'on 
^ en excepte une trentaine de poules qui commencent à pon- 
dre au mois de mars; on a dans ce pays une espèce de ces 
galtinacées avec des pattes jaunes et une tache jaune dé- 
pouillée déplumes sur la joue. Les bœufs auraient couru des 
dangers de la part des Indiens qui les regardent comme 
une médecine dont les blancs se servent pour nuire à leur 
chasse aux bisons. Un seul chat apprivoisé existait dans le 
fort, mais il ne suffisait pas pour diminuer le nombre im- 
mense de rats; ces animaux (/Hus t/ecumanus, L., rat de 
Norwége) étaient si incommodes et si nombreux, qu'aucune 
espèce de provisions n'était à l'abri de leurs dents avides; ils 
étaient surtout dangereux pour le maïs, et l'on calculait 
qu'ils en dévoraient tous les jours cinq boisseaux, ce qui, à 



D.gitizecbyG00glc 



344 VOYAGE DASS l'iHTÉBIEDR 

cinquante livres pesant le boisseau , fait deux cent cinquante 
livres. Il y avait souvent de cinq à liuit cents boisseaux de 
cette céréale dans les greniers du fort. Les ("ats sont venus 
dans ce voisinage avec les bâtiments des Américains, mais 
ils n'ont pas encore atteint les villages des Meunitarris. Les 
Indiens tuèrent sept de ces animaux qui étaient en marche 
du Fort-Clarke vers leurs villages, et depuis lors les rats n'y 
ont pas encore pénétré; mais il n'est pas probable que cela 
dure encore longtemps. 

Le fort n'a d'autres voisins que les habitants des villages 
indiens; ces villages sont entourés des échafaudages sur 
lesquels ils placent leurs morts, ce qui offre un aspect sin- 
gulier; et en été, quand le vent soufDe de ce côté, il s'en 
émane des exhalaisons qui ne sont ni agréables ni saines. 
Dans cette saison, les Indiens répandus dans la prairie, et 
se livrant à leurs occupations variées, animent le paysage; 
leurs chevaux y paissent en grand nombre; en hiver, au 
contraire, la contrée est on ne saurait plus vide et plus uni- 
forme; sur la vaste étendue de neige on n'aper^>oit ni 
hommes ni animaux, si ce n'est quand les troupeaux de bi- 
sons se trouvent dans le voisinage, ou bien quand un loup 
traverse de temps en temps la plaine, qu'il parcourt alors 
pendant la journée entière. La glace qui couvre la rivière , 
présente un spectacle plus vivant, les Indiens ne faisant 
qu'aller et venir de leurs villages d'hiver à ceux d'été ou 
bien au fort. Des femmes, des enfants, des hommes, des 
chiens tirant de petits traîneaux , se font voir it toute heure 
du jour; alors aussi les habitants du fort s'amusent à pati* 
ner et les enfants à pousser des traîneaux sur la glace, 
sortout le dimanche (Voyez les planches xv et xxvi et la 
vignette n" 2*).) 

Le climat des environs du Fort-CIarke est généralement 
sain, quoique l'automne, le printemps et même l'hiver 
causent tonjoure de légères indispositions auxquelles plu- 
sieurs habitants, et surtout les Indiens, privés qu'ils sont 



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DK l'aMKRIQIIK du NORD. 345 

de tous secours de In nuideciae, succombent souvent. Duraitt 
l'hiver que nous y passâmes, il y eut rréquemment de ces 
q>idémies qui atteignirent même les blancs; la coqueluche 
enleva plusieurs enfanta; des Indiens furent victimes de 
diarrhées et de maux d'estomac, et comme le choléra avait 
régné sur les bords du Mississipi et du bas Missouri, on 
craignit qu'il n'eût pénétré aussi jusqu'au Fort-Clarke, mais 
il n'en était rien. Les promptes et fréquentes variations 
dans la température rendent les maladies catarrhales très- 
communes parmi les Indiens toujours nus. Les fièvres inter- 
mittentes sont inconnues dans le pays. I^ printemps amène 
ordinairement beaucoup de pluie, de vent et de neige, la- 
quelle se prolonge souvent jusque fort avant dans le mois 
de mai, et fait mourir beaucoup d'Indiens dans la prairie. 
l^'année qui précéda mon arrivée, un pèi-e et un fils périrent 
dans la neige au mois d'avril. 

De grandes inondations sont rares; depuis l'arrivée de 
Charboniieau , c'est-à-dire, depuis trente-sept ans , il n'y en a 
eu que deux, mais celles-là furent très-graves !. Quant aux 
tremblements de terre que l'on éprouve souvent sur le Mis- 

' PeDiJiDt U jircniièra et la pliu forte de m mpndilioai, dont ChirboniiMia ne 
«e rapprlail pai U dile, J'eau l'cleva i plui de quaranla pieds au-deuui de ion 
niveau otdinairt! ; on ne voj'ail plus ijue Ici cime* du plui grandi peuplJen; U 
|lace eouirit la terre pendant un gnnd mail, juiqn'i ce que la chalenr du wleil la 
Gt fondre. La teconde inondalioD eiil lieu le 6 avril i8s6. Au point du jour, l'eau 
•'éleva ai rapidement et ii baut, que Charbonneau fut obligé de ae lauver avec 
quelques rfleti, lur un hanpr i nuis, dant le village du milieu des Heunilairis, à 
deux milles du Hiisoiiri , el il j mta peudaut irois jours, sans feu, exposé a un 
vent froid du nord et à dei gibouléea de neige. L'eau l'éleva à vingl-cinq pied* 
au-deuus de wn niTnu mojen. Ln babilanli de quinze lente* dri Dacotas furent 
■oui nojéi lu-deDous de l'ile Sécbe, près de la Graude-ltivière, plu* bas que les 
villafes des Ariccaras. A la pointe de la Forêt . prèi de l'embourhura de la Cbajenne- 
Riier, demeurait un certain Pairal Seré, qui trafiquait avec lei Darolas. L'rau 
l'élerant avec rapidité, il ic réfugia, avec sei marchindiie* , aur le loil de >■ mai- 
son; mail h tpaiion fui enlevée par le courinl, el cnlmlnée a une auez grande 
distance, jutqu'i un eodraic oii U glace avait formé une digue ualurelle; la maison 
bt porlée dans la forêt qui bordait fa rive , et j fut déposée loul entière. En 1 7SJ , 
quand l'Europe Fut témoin de li gnindri inondalioiis, il y en cul aussi un Amé- 
rique; Vaine; décrit cull* aulrei relie* du Susqnebanna, 



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3^6 VOVAGE DAMS l'iITTÉBIEUB 

sissipi , on assure que l'on n'en a jamais ressenti au Fort- 
Chrke, obsert-atlon que Volney avait déjà faite pour l'ouest'. 
Les Indiens appellent \c. mois d'avril l'hiver des che- 
vaux; mars en fait aussi partie, parce qu'alors le temps 
commençant à s'adoucir, on met communément les chevaux 
au vert, puis des tempêtes accompagnées de neige surve- 
nant tout à coup, ils meurent en grand nombre. Quelques 
journées de marche, en descendant le Missouri, font une dif- 
férence remarquable dans le climat, car il arrive souvent 
que l'on récolte les courges dans les villages des Ariccaras 
quand elles ne font que fleurir dans ceux des Mandans; et 
là les arbres sont en fleurs quand les feuilles ne font que 
s'ouvrir ici. Comme de raison, plus on avance vers le midi, 
plus la différence est sensible. 11 est rare que près des vil- 
lages des Mandans les feuilles paraissent avant le mois de 
mai ; celles des saules, au bord des rivières, peut-être ud peu 
plus tôt; les fleurs de la prairie ne s'épanouissent pas non 
plus avant cette époque, et l'on voit parfois les arbres 
n'être pas encore verts k la fin du mois de mai. Le temps 
offredesvariationsprompteset extrêmement sensibles '.L'été 
est en général chaud et sec , mais la chaleur n'est pas aussi 
incommode que près du Mississipi , bien que, dans les prai- 
ries, elle soit fort lourde quand le vent ne soufde point. La 
grande plaie de l'été sont les innombrables moustiques ou 
maringouins (^Tiputa), mais on n'en souffre pas égale- 
ment tous les ans; l'été qui précéda notre arrivée, leur 
nombre n'avait pas été très-considérable. Le mois de juillet 
est le seul où il ne gèle pas du tout; avant et après, il y a 
toujours, à ce que l'on m'a assuré, des gelées nocturnes ^. 

' lac. cil.. I.I.p. iJi. 

■ H. Laidiow, du Fori'S«lDl-PiaT«, éliil lUè, troii iiu lyparaiaol, p*r use 
journée chaude , i It chiue utx biuDi, D«im la cuit, il oomnieiiç* à plenvoir, c( 
l'on Bviil oublie de le munir de couterliirei. Le malia, il gela li fort, que lo» 
les Ttlemenli dei chuteuit- furent geléi roidei , et que plusieun d'enlre eai furent 
loD£leni[is i le remettre de* suites de celle nuit. 

^ Voliiey[iW.At., I)fàit unubleiu admirable du cUnat de* ÉUtt-Unii, et il dit 
■u*«i (p. i63) qnele moii de juillet es! le «ul où il ne gèle pu ■ PhiUdelpbie. 



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Dr. l'ahkriquk du nord. 3^7 

Dans les grandes clioleurs de l'été, les riiisseaux {creeks) 
se dessèchent et la récolte du maïs des Indiens manque 
souvent par suite de la sécheresse; eo l833, la qualité n'en 
fut pas très-bonne, mais la récolte ne manqua pas tout a 
fait. L'automne est géiiéraleineut la saison la plus agréable; 
alors régnent des journée» belles et sereines avec une chaleur 
modérée; les feuilles tombent en octobre; cependant les va- 
riatioas sont souvent promptes et fortes dans cette saison : 
ainsi, le 17 octobre, nous eûmes un temps beau et chaud, 
et le 18, une gelée et des giboulées de neige si fortes que 
deux Indiens moururent de froid dans la prairie. L'hiver 
est long et communément rigoureux'; la plupart des ani- 
maux s'éloignent alors et la faune de l'hiver n'est pas 
très-nombreuse en espèces. Vers le nouvel an , il y a ordi- 
nairement une semaine pendant laquelle le froid est par- 
ticulièrement sensible, et nous l'éprouvâmes; c'est aussi 
pour cela queles Indiens ont nommé un de leurs mois, la lune 
aux sept jours froids. L'hiver de i833 à i834 passe pour 
l'un des plus rigoureux que l'on ait ressentis; le mercure 
y gela pendant plusieurs jours, et le thermomètre de Fah- 
renheit descendit au Fort-Union à 47" au-dessous de zéro 
( — 35, 4 R-)* -1^ neige s'élève rarement à plus de deux 
pieds, mais elle iTste longtemps sur la terre et souvent sans 
altération jusqu'au mois de mars, ce qui démontre com- 
bien l'air y est sec. Durant les terribles giboulées de neige 
qui obscurcissent parfois complètement te ciel, la boussole f 
toujours si utile dans ces prairies, devient un instrument 
bien plus indispensable encore. L'hiver de l'année i832 fut 
extrêmement doux; il n'y eut presque pas de neige, phé- 
nomène qui n'avait pas eu lieu depuis un grand nombre 
d'années. Le Missouri prend ordinairement au mois de 
novembre; l'an i833, Iea3; la débâcle eut lieu le a4 mars; 



' Va}« , srir l'hiver i|iK iiuwi «luni |«ué ju FoTl-CUrke, tu Tabln mctéorolo- 
[u«i dant rAppendu. 



D.oiiiz.owGoogle 



348 VOYAGE DANS l'iKTÉKIEUH 

Tannée suivante, i833, ce fut aussi le a3 novembre qu'il 
s'airètn (l'abord eu quelques endroits , et peu de jours après 
on put le traverser à pied; il est rare qu'il soit complète- 
ment fermé devant le fort, où il conserve d'ordinaire un 
petit chenal ouvert, mais qui présente peu de largeur. On 
ne doit pas comparer à cet égard le Missouri f qui demeure 
pris pendant tout l'hiver, aux autres grands fleuves , tels, par 
exemjile, que le Mississipî; car le haut Missouri a dans cette 
saison beaucoup moins d'eau et un courant moins fort, de 
sorte qu'il gèle bien plus facilement. M. K.ipp me dit que 
pendant les onze années qu'il a passées dans ce pays, le plus 
grand degré de froid a été 36 au-dessous du zéro de Fah- 
renheit ( — 3o,a B.). Les vents d'est et de nord appor- 
tent généralement au Fort-Olarke de la neige et de la pluie, 
c'est-à-dire, du mauvais temps ; les vents froids sont ceux du 
nord et du nord-ouest ' ; il y a de fréquentes tempêtes dans 
le printemps et l'automne, el il y a peu de jours sans vent, 
même en toute saison. Dans les hivers froids, on observe 
souvent un parhélie de chaque côté du soleil ; dans l'au- 
tomne et le printemps on voit fréquemment de magnîBques 
aurores boréales, mais elles sont rares en hiver; elles ont 
ordinairement lieu en automne, vers dix heures du soir. 

I^'eau du Missouri est froide, rafraîchissante et fort sa- 
lubre; au printemps et en été, elle est communément trou- 
ble; en hiver, quand il gèle, d'une limpidité parfaite, 
observation qui a déjà été faite par plusieurs voyageurs; 
celle des ruisseaux est généralement mauvaise et un peu 
saumatre. I^es rives du Missouri sont souvent couvertes 
d'une légère couche de matière blanche et salée; Lewis et 
Clarke ont remarqué plusieurs fois ce phénomène. On assure 
que lesol de cette contrée est fertile, surtout dans les plaîoes 
et dans le^ vallées qui séparent les collines; on y trouve une 
couche de terre végétale de plus de deux pieds d'épaisseur; 

■ Votiici) runCruie celt« remarf|Lie {W. cit., 1. 1, p. 343). 



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DE i/am£bique dv nord. 349 

mais Texcesaive sécliei-esse de l'été et de l'hiver est la cause 
qui fait manquer beaucoup de récoltes ; le vent presque pei^ 
pétuel dessèche trop ce sol, et enlève presque immédiate- 
ment le peu d'humidité qu'y répand la pluie; il y 'a aussi 
trop peu de rosée pour rafraîchir et alimenter, comme 
dans les pays cliaiids, la végétation languissante. Quand on 
met du fumier sur les pi-airies, il est stir-le-rhamp réduil 
en poussière et emporté par le vent^ les Mandans et les 
Meunitarris récoltent de fort beaux, maïs et ne fument jamais 
la terre; mais leurs champs sont placés dans les vallées, 
sur le bord des rivières, abrités par des hauteurs et dans 
des endroits 011 le sol est particulièrement fertile; lorsqu'au 
bout de plusieurs années le terrain est épuisé, ils l'aban- 
donnent et cultivent un autre cliamp, ces vastes déserts 
leur en offrant un choix inépuisable; on leur avait con- 
seillé d'employer du fumier, mais ils ont ri de la proposi- 
tion; M. Kipp avait l'intention tVcn faire l'essai sur des 
terres épuisées par les Indiens , et pour empêcher TeHet du 
vent il comptait répandre une coucha de terre par-dessus 
le fumier: il espérait par là faire revenir les Indiens de l'opi- 
niâtreté avec laquelle ils demeurent attachés à leurs anciens 
préjugés; ils possèdent plusieurs espèces de maïs et, dans 
le nombre, quelques-unes de fort belles dont je parlerai 
plus bas. M. Kipp a fait plusieurs essais avec la pomme de 
terre à fleurs bleues, et ils ont parfaitement réussi; mais les 
Indiens étaient si avides de ces incomparables bulbes qu'il 
ne put en obtenir de graines. Un Indien de Mih-Toutta- 
Hang-Kouche avait réservé soigneusement quelques pom- 
mes de terre pour les planter, et il n'y a pas de doute que 
par ce moyen elles ne se répandent peu à peu parmi ces 
peuples. 

D'après ce que je viens de dire, ce sera probablement la 
sécheresse et la rareté du bois qui mettra obstacle au dé- 
frichement de ces prairies du haut Missouri, et à leur colo- 
nisation par les binnrs; la plupart des agents de ta Compa- 



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35o VOT&GB DANS L'iNTÉRIEDR 

gnie qui Irs habitent partagent cette opinion. Rradbury * eti 
d'un avis contraire; il pense que sans avoir recoun à au- 
cune clôture on pourrait apprivoiser les bestiaux des vaste» 
prairies, au moyen du sel, en supposant qu'ils dédaignas- 
sent le maïs. 

Quant à la formation naturelle du sol, il se compose 
principalement d'afgile, de sable et degrés. Toutes les col- 
lines dont les chaînes traversent la prairie, et dont une ran- 
gée règne sur chaque bord du Missouri et limitent le basûa 
de la rivière, se composent d'argile mêlée de sable et de 
grès, offrant de nombreuses empreintes de pétrifications, de 
coquillages ainsi que de singulières baculites qui se trou- 
vent partout dans le Missouri, dans ses affluents et jusque 
dans le lit des ruisseaux ; on y a rencontré fré<|uemment des 
ossements fossiles et même des squelettes entiers de douze 
et quatorze pieds de long et plus d'une espèce d'animal sem- 
blable à un crocodile; ceux-ci se trouvent dans la pierre 
calcaire de la partie plus basse du Missouri; j'en ai rap- 
porté un avec moi fles environs du Big-Bend, que je dois 
à la complaisance de M. te major Ofallon de Saint-Louis *. 
On assure qu'il n'y a point de métaux dans celte région , et 
pas de chaux nou plus dans le voisinage immédiat du Fort- 
Clarke; on rencontre les couches noires de houille bitumi- 

■ VajttJlTËidbiirj, lot. tir, p. 171. Ce que dit M. de Uiiaboldt («ay w lei Toja- 
gci,l.III,p 3o] diU Mérilité det Hanoi DU pampNi, coDïieul, quoii|ue duu un 
noindre d^ré, aiiui aui d««ru du iiard.ou«I. Des herbo courirt, le muique 
d'eau et la force d« venli fonneiil auisi leur principal raraelère ; niait lei rcgioDi 
occUlearalei de l'Amérique sepirairionale mdI noin» uniei qoe le« pimpat. 

> Une companboo plui rude a Tait voir q<ic rel animal anlédiluTieu De didire 
plsdn UoioMarai, que Ton t d^jà trouvé en différenli eodnHli de l'Amérique wp- 
leillHoiMle, et M. le profnseur Goldtiiu de Boriu doîl noui en dnaner une descrip- 
lioD. Du reile. j'ai Hj» remarqué qu'il m'eit impossible de dctrire pliii exademeM 
Im diien objeli que j'avais recueillis dans ce cbamp, toute ma collection ajanl 
uni heureusement péri dans l'incendie du bateau à vapeur VAitinïtoin , sur le Hi»- 
sonri. Phisintn des objets que j'ai obiervés Ont été décrits et destinés parle D'S.G. 
Norton , dans le Symtpùt of llit orgaaic rtnuini 0/ ike entaitoiu groi^ 1^ At 
United Stalei, ÎUitsI. M' IQ plaies, rtc. Pbilai). iSl(. 



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DR L'AHKRfQOS DU NORD. 35 1 

neuse régnant dans toutes les collines pendant plusieurs 
centaines de milles; cette houille brûle facilement et exhale 
une forte odeur de soufre; mais elle ne donne pas assez de 
chaleur pour pouvoir être employée dans les forges. On re- 
marque en plusieurs endroits, d'une manière incontestable, 
que ces couches ont brûlé; l'argile des marais se montre 
souvent rougie par l'action du feu , et les éclats en sont par- 
faitement colorés, durs et retentissants comme tes briques de 
Hollande. Du reste, on n'a jamais entendu parW au Fort- 
Clarke d'incendies terrestres, qui sont fort communs quand 
oo descend plus bas sur le Missouri. Il paraît que les collines 
d'argile rouge dont j'ai souvent parlé ont été formées par 
le feu; on trouve partout sur les bords de la rivière des 
scories légères , poreuses et d'un rouge brun auxquelles on 
donne le nomde Pumice Slont^ * (pierre ponce), quoiqu'elles 
diflèrent considérablement de la matière que l'on appelle 
communément ainsi et qui se trouve en grande quantité sur 
les rives du Rhin. Ce n'est que sur les bords des rivières 
qu'il faut chercher les pétrifîcation» ou empreintes d'ani- 
maux et de plantes, bien qu'elles se rencontrent certaine- 
ment en aussi grand nombre dans les chaînes de coUiues, 
mais le gazon qui en recouvre la surface les dérobe alors à 
l'œil de l'observateur superficiel. On m'a dit que dans la 
prairie, à vingt milles du Forl-Cfarke, il y a des endroits oii 
les restes organiques des temps primitifs se montrent à la 
surface de la terre; mais il est difficile de pénétrer dans ces 
endroits et plus encore d'y rester, à cause de la présence 
dlndiens hostiles; il s'y trouve, dit-on , des troncs d'at4>res 
entiers pétrifiés, semblables à ceux que nous avions vus sur 
les bords du Missouri, ainsi que des empreintes d'écrevisse 
et d'autres crustacés de ce genre. I>es Indiens prétendent 
qu'à trois ou quatre journées de marche on voit un homme 
fossile, dont la tête est ronde et séparée du corps; quant à 

' Tojei le To;iee de teoU elCIarkr, endivenciHlroiit. 



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353 VOVAGK VANS l'iHTERIEUH 

la tête, la cliose est fort douteuse, car ils disent que l'on 
peut y reconnaître les traits du visage; mais il paraît qoe 
le reste du squelette se distingue parfaitement: c'est sans 
doute celui de quelque gros animal antédiluvien. 11 est bien 
à regretter que J'oo ne puisse aller et venir en liberté dans 
ce pays si ricbe en objets de ce genre. 

Les vastes prairies et leurs collines sont ornées d'une 
foule de plantes, dont plusieurs n'ont pas encore été dé- 
crites. Bradbury en recueillit beaucoup dans les environs 
des villages des Mandaus; Pursli les a décrites, et l'ou- 
vrage de Nuttall en renferme aussi plusieurs; mais il j a 
sûrement encore beaucoup à faire en ce genre, surtout dans 
la cbaine des montagnes Moins. Les régions du Missouri 
ont aussi, sous le rapport de la botanique, un caractère 
qui leur est particulier. Les pointes de terre formées par 
les détours de la rivière sont ordinairement boisées; les 
autres parties des rives le sont plus rarement; les arbres et 
les arbustes sont ceux que j'ai nommés plus haut. Les prin- 
cipaux orbres de ces forêts sont de grands peuplien ( Po- 
pulos anguiata, Liard des Canadiens). Outre le rosier 
(^Rosa), le cornouiller, le Symphoria, le Prunus padus 
virg., l'Amelanchier, le Bufjaloebeny (graine de boeuf) ', 
la clématite, la petite vigne {yiti's) et quelques autres ar- 
bustes, on y trouve aussi diverses espèces de groseilliers 
(Riùes)f\c O-.lastrus scandens ci\e houblon (ffumuius). In- 
dépendamment des peupliers, les rives du Missouri sont en- 
core bordées de deux espèces de saules ( Sa/ix longifolia et 
tucida^f et sur les collines mêmes croissent le Janiperus 
repens et commuais, ce dernier ressemblant parfaitement 
à celui d'Europe. On ne trouve point d'arbres à feuilles aci- 
culaires (l'inus) dans les environs du Fort-Clarkc; pour 

• Une fori liiigalièra fauti d'impreuion a été fijic lu siijei de c« Doni dam finc- 
kearidge, flovj of Lou'uiaua , p. ^33, clc. Oa met pirLout graitie Jt httf. On 
connill diiu II piyf une viriéti de celle plame qui porlc it» bùet btancliei (W&fn 
BMffahfbmwi). 



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DE l'a-HÉBIQUE DV irOHD. 353 

en trouver, il faut remonter un peti plus liaut; on n'y voit 
pas non plus de bouleaux [Betulay,ie n'en ai pas mSme vu 
sur tout le cours du Missouri; pour en rencontrer, il faut 
remonter pendant trois journées de mai-che les affluents du 
haut Missouri, tels que le Knife-Biver; on en volt alors au 
pied des montagnes, que l'on appelle à tort la Côte Noire, 
quoiqu'elles se rattachent aux Rtackhills dont elles sont 
une branche; ces dernières forment une chaîne intéressante 
qui court depuis U Platte et le grand coude septentrional du 
IVGssouri, dans ta direction du nord-est; elles sont situées à 
cent milles environ à. l'orient des montagnes Rocheuses, et 
forment la ligne de séparation des eaux du Missouri, du 
Mississipi et de l'Arkansa; plusieurs rivières y prennent leur 
source. On y trouve plusieurs fossiles et beaucoup de plan- 
tes et d'animaux que l'on ne rencontre point sur le Missouri. 
Le Betula papjrracea y croît \ c'est de l'écorce de cet arbre 
que les Indiens septentrionaux font leurs grandes pirogues 
qui soDt décrites dans divers ouvrages sur l'Amérique. Il est 
souvent de l'épaisseur du corps d'un homme; on en enlève 
l'écorce par grandes plaques; à cet effet, on coupe l'arbre 
parallèlement en haut et en bas, après quoi on fait une in- 
cision longitudinale, et on lui enlève l'écorce au moyen de 
coius ; elle est sèche et se détache facilement. Dans l'inté- 
rieur se trouve le bcHS uni et veiné, sur lequel on traçait 
des signes, ce qui a donné à l'arbre son nom scientifique. 1^ 
sakakomi {^Ârhutus uva ursi) croit aussi dans ces monta- 
gnes; il porte des baies rouges qui plus lard deviennent 
bleues; elles ont une saveur douceâtre et peuvent se man 
ger. La Câte-Noire est aussi, dit-on, intéressante sous le 
rapport zoologîque; on y trouve la panthère (Felis con- 
cohr) et plusieurs espèces d'animaux rongeurs, tels que de 
petits écureuils, etc. 

Dans les prairies qui bordent le Missouri, aux environs 
du Fort-Clarke , croissent les diverses espèces de Cactus dont 
j'ai déjà parlé en décrivant le Fort-Union. T^s graminées 



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354 VOYAGE DANS l'iNTÉBIEUR 

de la prairïe ne soot pas aussi oombreuses que l'on pour- 
rait le croire; on y voit pourtant le Oiorubvrium oUgpsta- 
ehht/n. Nées, qui, dans la plaine, s'élève à dix ou douze pieds 
de haut; le Biyzopintm spicatum qui croît principalemrat 
dans les vallées au b<H^ des petits ruisseaux. J'ai recoeilG 
ces herbacées dans l'état de séclieresse où l'hiver les avait 
mises. Dans les étangs , les marécages , sur le bord des ruis- 
seaux et dans les endroits humides, on trouve une espèce de 
Typha et un roseau {/iru/u/o). Plusieurs espèces de Soii- 
dam forment de petits groupes dans la prairie; mais elle est 
surtout couverte çà et là, principalement dans les environs 
du Missouri, de XArtemisia à feuilles argentées, qui y ré- 
pand de loin une couleur blanchâtre. Les plantes de la Syn- 
génésie, que j'ai déjà nommées, croissent plus abondamment 
encore dans les endroits humides, les fossés et les ruisseaux, 
de même que les fougères, les mousses et autres. N'ayant 
pas pu botaniser dans ce pays en été, mon catalc^e de 
plantes est fort incomplet; mais Bradbury et Nuttall s'en 
.sont mieux acquittés que moi. Plusieurs plantes médicinales 
.croissent dans les environs du fort, et notamment l'épïnette 
de prairie {Grindelia squarrosa) , dont toutes les parties 
sont fort gluantes et très-aromatiques; elle est fort diuré- 
tique, et une infusion des (leurs entières, fraîches ou séchées, 
s'emploie avantageusement dans la gonorrhée; une petite 
poignée suffit pour une théière. UJrtemisia {Sage, fVormr- 
wood ou absinthe), dont t'odeur ressemble à celle de l'ab- 
sinlhe d'Europe, est aussi très-aromatique et très-amère; 
son infusion est un puissant sudorifique; les Indiens s'en ser- 
vent quand ils sont blessés, et aussi comme plante magique 
ou ce qu'ils appellent médecine. On en trouve dans ce pays au 
moins deux espèces *. L'écorce du chêne blanc, prise en décoo- 

I Do pcnoDMt qni ont TOjkgi dwu !«■ mouUgiiM BocheoMt m'ont uniri qor 
le> ibtinthei à Oeun bbncfau l'jp êlnent ■ ane hiutear de trEnte picdi , et qu'elle* 
ont litige i|iaina M liineoK, mrlcwt prài da bord de Urificre de l'Alxiiitbe, qni 
•c jatic dtni k Tellon-Slene. On trouve «ocore dini cet BonlagDcs une plMtc 



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DE L'AMÉRIQUE OU NOR». 355 

tioD, est souveraine contre la diarrhée; on radmiiùstre par 
cuillerées jusqu'à ce qu«! l'effet s'en fasse sentir. Le Black- 
Root ou Sna/ce-Root (Ga/aretia bicnlor) est encore une des 
productions du pays. La plante appelée Colt's foot fournit 
nne infusion très^active contre la diarrhée, tandis que celle 
des feuilles de la Mentha arwnsis (baume ou mélisse) est 
dépuntive, stomachique et sudonfîque. A tout prendre, ce 
ne. sont pas les simples qui manquent, mais les médecins 
pour les employer. 

Il y a plusieurs espèces de baies bonnes à manger, entre 
autres les Poïries ou Cervis-berries, les Buffaloe-berries , les 
groseilles ^Ribes), parmi lesquels les fruits du groseilllt^r épi- 
neux sont les meilleurs; ils croissent en abondance dans les 
bois. }e n'ai remarqué nulle part, sur le Missouri, d'épine- 
TÎnette d'aucune espèce. La vigne sauvage (^fitis') ne s'élève 
pas très-haut et ne donne que de fort petits grains de rai- 
- »n d'un goût Êide. I^ fraise croît dans les bois et est bien 
parfumée. Brackenridge en vit de mûres le 4 juillet. Les 
prétendues cerises ou CAoAecAemej {Prunus padus virgîn.) 
sont sèches, d'un goût désagréable et indigeste. Le riz sau- 
vage ou folle avoine ( Zizania aquatica ) croît dans les lacs 
à dnquante ou soixante milles au nord du Fort-Ctarke, sur 
l'autre rive du Missouri. On sait que les Indiens septen- 
trionaux qui habitent auprès ^s grands lacs se nourrissent 
presque excluàvement de cette plante '. 

Les forêts des environs du Fort-Clarke fournissent peu 
d'espèces de bois utiles à l'Iiomme. Celui du peuplier, 
quand il est sec, brûle vite et répand beaucoup de chaleur; 
ainsi que je l'ai dit, on en mange en été l'aubier qui a un 

buse, dont II UTEUT ut irèt^ilie , et qui Tonna det ticha rondes sur le mI; elle 
M doiéchàe en M EtverdileD hiTcr; la cheTiui qui cd miiiGeiit ilora cngriUscDl 



■ D'aprà KulUlIlrajcaCdc Cou. Eiped., de., p. sSg), le rii iiunge ne m 
broaTe pu sur le HUsiuipi lu-deMoiis du 41* parallèle de Utilude. Vajn iiir cette 
phaie «t wnuuge, tôt. cit., p. 101, tiiui que Mukenne; et Hsll , Mitf. ejiht tu- 
Jian tribu, l.I,p. 3a, etuUeun. 

i3. 



D.gitizecbyG00glc 



356 VOYAGE DANS l'iNTÊHIEUX 

goût douceîVtre, Quand l'ëcorce est fraiclie, le bois de peu- 
plier qu'elle recouvre est jaunâtre, mais il est gris cendre 
quand l'écorce est sèche; cette écorce sert en hiver de four- 
rage pour les chevaux. I^e frêne fournit de bon bois pour 
les ustensiles de ménage, les manches de cognées et pour 
le cliarronnage; le bois de l'orme peut aussi s'employer. J'ai 
déjà parlé de l'utilité de l'érable negundo pour faire du 
sucre; le bois en est mauvais^ mais cet at4>re est sans con- 
tredit celui de tous le plus répandu dans l'Amérique $ept«i- 
trionale. On trouve dans ces environs deux espèces de chê- 
nes que Ton appelle chêne blanc et chêne rouge; mais je 
n'ai pas eu l'occasion de les ccHnparer avec ceux qui portent 
les mêmes noms dans les États-Unis, de sorte que j'ignore 
si les espèces sont identiques. C'est le chêne blanc qui four- 
nit le meilleur bois de charpente; il est probable, d'après 
cela, que c'est en effet le Quercus alha. Il y a plusieurs 
plantes dont on se sert pour la teinture. La racine de la 
savoyenne ' donne une belle couleur rouge, de même que 
les BufEàloe-berries. On teint en noir avec la grame de VHc' 
liantkus et avec l'écorce écrasée du saule. 

!!« règne animal présente en été plusieurs espèces inté- 
ressantes dans les environs du Fort-Clarke. On y trouve ea 
général les animaux des vastes prairies occidentales réunis à 
quelques-uns de ceux des parties plus froides du nord de 
l'Amérique. I^es renseignements les plus exacts sur les pre- 
miers nous ont été fournis par Say , malheureusement en- 
levé trop tôt à la science; quant aux autres, nous possédons 
l'excellente Fauna boreaU~americana de Richardson. Les 
troupeaux de bisons ne s'approchent du Fort-Clarke que 
dans les plus grands froids de l'hiver, étant trop inquiétés 
par les Indiens qui habitent en grand nombre le pays. Les 
chasseurs du fort sont souvent obligés de faire jusqu'à vingt 

' Cal , i ce qne l'on dit , une pluie biuc ■ lleiin hUncbr*, nec DM racine 
iDÎnce , lonpiB et filimenleuie. Je « Tai du r«ile Jimus Tue. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ahériqde du vord. 35^ 

millps à cheval pour en trouver; mais dans les froides gi- 
boulées de neige de l'hiver, ces animaux viennent s'abriter 
dans les forêts qui bordent la rivière ; on en tue alors beau- 
coup, sans que pour cela ils songent à quitter les forêts. 
I.«urs ossements et leurs crânes, répandus de tous côtés dans 
les prairies, démontrent suffisamment la grande destruction 
qui se fait de ces énormes animaux '. L'eik (Cervus cana- 
densis ou major) se trouve à dix-huit milles environ du 
fort dont les Indiens ne le laissent point approcher. Sa 
peau est très-précieuse pour ces Indiens qui s'en fonï des 
souliers. Le cerf commun ou à c[ueue blanche (Cervus vir- 
ginianut), que les Français appellent le chevreuil, habite 
les bois à un quart de lieue du fort. Le cerf à queue noire 
{Cervus macrotis, Say), le Black-taUed ou Mule-deer des 
Anglo-Américains, ne se rencontre qu'à vingt ou trente 
milles plus loin. On assure que tous ces animaux sont j^g 
nombreux dans les montagnes Noires *. Le cabri ou antilope 
{Andlocapra, Ord.) vit pendant toute l'année, et souvent 
en été, dans le voisinage du fort; mais dans l'hiver il se retire 
plus loin vers les montagnes, où il trouve un abri contre 
les fortes giboulées de neige; il revient ensuite au mois d'a- 
vril, et alors on le voit traverser le Missouri par troupes ^. 
Ces animaux se répandent ensuite dans les prairies pour y 
mettre bas ; toutefois on en voit encore quelques-uns en hi- 

■ U cM dipw de ramirqiie qne Towniend (tojci loa VoyigB, p. i7} dit «jue 
Im conta de bùoni lont titomtoiu, tiudia qu'elki lont lu contnire médiocrcniciit 
pandci, et ne mérilenl aullcoienl c«(te épilhèle. 

■ n règne une grande incertitude et beiucaiip de confutioD lur ce ijui concerne 
k* difHrenta apèoci de ctrCi d« l'Amérique Kptentrionale. KichinUon (lojei 
SiLth report, etc., p. 160} nomme pour II région du-MIiiouri te C. kucuria; miii 
je ne l'j û jimiii *u, et penonne n'« pu m'en donatT des nouvelle); il n'eiiite 
donc certainement pu lur le« bordi de cette riTière. Le C. macroiu y ibonde lu 

■ pu peut-ètn donner lieu k oetle ooDruùan. L> liile de eerfi de \» 
n donne dini une noie, d'ipfèi P. W. Deaie , lemble ivair 

) Riclurdson fait du cabri un nouveau G<iiin Dicrvmctrot ; nwi* je préfère l'an- 
rien nom de linlilocapra . 



D.oiiiz.owGoogle 



35t) VOYAGE DANS LllITÉRieUR 

ver. La vignette n° aa donne une idée fort juste de la tête 
d'uD cabri, dessinée d'après nature par M. Bodmer. 

I>e Big-Iiorn [Ovis monUma], oa grosse corne des Fran- 
çais , habite à une cinquantaine de milles du fort. Quand le» 
Mednitarris vont chasser sur la Côte Moire ou dans d'autres 
districts montagneux, ils tuent dans une saison plus de 
cent de raR animaux'. I/ours {Vrsus-ferox), ou Griidjr 
èear, s'approche jusqu'à quatre milles du fort, parce que 
les Indiens , qui n'aiment pas à le chasser, lui laissent un peu 
de repos. Ses griffes sont fort estimées parmi les naturels du 
pays, qui en font des colliers. Ils aiment aussi la chair des 
oursons'. J'ai rencontré dans l'Améi-ique septentrionale cinq 
espèces de chiens sauvages. I^e Canis variabilis, qui est cer- 
tainement une espèce particulière( i), et je suis à cet égard de 
l'opinion de Lnvis et Clarke, est très-répandu sur tout le 
haut Missouri, et varie considérablement quant à la couleur. 
Un en trouve de toutes les nuances , depuis le gris de loup 
jusqu'au blanc pur. Il met bas dans un temer. En hiver, ces 
animaux sont affamés et très-maigres. Us suivent les trou- 
peaux de bisoqs, et s'emparent des bêtes malades et faibles. 
Quand les chasseurs vont à ta chasse, c'est le moment de 
la récolte pour ces chiens. Ils se mordent et se dévorent les 
uns les autres; il leur arrivait pourtant souvent de ne pas 
toucher aux loups que nous laissions morts dans la prairie : 
la famine ne les y réduisait sans doute pas encore. Ils con- 
naissent si bien te bruit du fusil qu'ils arrivent tout de 
suite dès que l'on a tiré un coup. Il en est de même des 
corl>eaux, et les chasseurs indiens assurent que ces chiens 
sauvages tiennent les yeux fixés sur ces oiseaux pour voir 
dans quelle direction se trouve leur proie. Tout animal 

■ Townicnd doonc (Joe. âl., p. S6^ uns dacriplioD no pcM rwniBHqne 4SnM 
cImmi oui oun ; il ei*gà« vaû U yowB iiT do riniul lus dut cette rhiwn 

■ Towatend dit que U cbtue lu Big-horn tM diDgerauui; cela peut te* mi 
dani Va moat^iK* Bochemei, miii elle ne l'at nultnient nir In bardi ib Mi>- 



D.gitizecbyG00glc 



D8 l'ah^ique nn nord. 359 

blessé d*un coup de fusil est sur-tfrchamp poursuivi par eux 
et perdu ; dans le* hivers froids , ils sont souvent assez auda- 
cieux pour entrer dans les villages. On dit que dans le nord 
ib détruisent des cabanes et en chassent les chiens qui s'y 
trouvent*. 

Le loup des prairies (a) , chéhèque des Mandans {Canis 
tatnou, Say), est en aussi grand non^re dans les environs 
du fort que le loup. La dépouille de ces animaux n'est pas. 
recherchée par les blancs. Le renard rouge (Canis fiUvus) 
est très4>eau et très-commun , mais beaucoup moins cepen- 
dant que le loup. Sa peau est longue et à poit deux; il y 
en a de quelques teintes différentes, les mimes à peu près 
que celles du renard d'Europe , mais en général sa couleur 
est constante (3). Le renard gris (Canù cinereus-argerUeus) 
se trouve aussi dans ces environs', ainsi que le Canis ete- 
eussatut, qui n'en est peut-être qu'une variété, quoique je 
ne puisse pas prendre sur moi de décider ce point. Ija re- 
nard Doir ou argenté (Canis argentatus^ se mdntre plus 
au nord ; il n'est pas rare à soixante ou soixante-dix milles 
du Fort-Glarke, oii il parait aussi quelquefois; sa peau se 
paye jusqu'à 60 dollars. Le renard des prairies ou Kit fox 
(Canis veiox,Say), que j'ai déjà décrit plus haut, et que les 
Canadiens appellent chien de prairie, est commun; il creuse 
ses terriers dans les prairies et dans les collines. Tous ces 
venards se prennent, en hiver, dans des pièges, de même 
que les loups. La panthère (Felis concolor) est aujourd'hui 
rare près du Missouri; Lewis et Clariie en tuèrent une. On 
dit qu'elle est encore nombreuse dans la Cote Noire et dans 
les montagnes Rocheuses. Le lynx commua , ff^ild cal , oa 
chat sauvage (Felis ru/a)fne se montre que fort rarement; 

< Toj«i Ttaner, lot. eii., p. iSo. 

> Paeppigl*a]«iiaDVor«ge, 1. 1, p. 3i4)diiquekrcDinldB l'Ainmquc lep- 
taotrionale lubiie ium! le CÎiili , et il teganle celui do Pingua; comme iunt de l> 
ateeeipice; miii quanta edui dn Br^l,quiparaUèlTcleaitaicqui télé décrit 
par Aura, je niii miiatenant conTaincu du contraire. 



DaitizecbyGoO'^lc 



36u VOYAGE DANS l'iHTÉRIEUR 

on eii tue pouftant encore quelques-uns, et nous eo avons 
vu des traces dans la neige. I^ loutre {Luira canadensis') 
habite les cours d'eau; mais elle est devenue rare par tes 
poursuites des Indiens. 

Le foutereau (^Musteta Fisori) est conunun. Un animal 
de cette espèce, par&itement blanc, habitait près des villages 
des Meunitarris, et on le poursuivit. L'hermine (Mustela 
hermineà) (4) est nombreuse, et les Indiens la prennent 
avec des lacs de crin, pour en employer la peau à orner leurs 
vêtements. Elle se paye cher, parfois jusqu'à 6 dollars. Je 
pris la petite belette {Mustela vulgaris), et la trouvai brune 
au mois de novembre, mais le mois d'api'ès d'un blanc de 
neige avec quelques poils noirs au bout de la queue (5). Le 
putois (Mep/uti's mesomelas, licht.) n'est pas rare, et je 
n'ai pas remarqué qu'il difTër&t le moins du monde de celui 
de la Pennsylvanie. On en trouve assez souvent des individus 
tout blancs. M. Hamilton , du Fort-Union , eut la btmté de 
m'en donner un de cette couleur ; il venait des sources de 
la Chayeune; mais je le perdis dans l'incendie du bateau 
à vapeur. King ' pense que les divers putois ne sont que des 
variétés de hi même espèce; mais je ne puis être de sou' 
avis. Ije blaireau (Mêles laèreuhria) n'est pas rare, non 
plus que le porc-épic {^Hjstrix dorsata), dont le nombre 
diminue cependant par la chasse qu'en font les Indiens. 

Le castor est plus commun près du Missouri et de ses 
affluents qu'il ne l'est plus haut, et les Indiens prennent 
beaucoup de ces animaux, que les blancs recherchent pai^ 
ticulièrement , et dont le nombre a par conséquent singu- 
lièrement diminué. En attendant, c'est toujours le poste 
de commerce établi chez les Mandans qui fournit le plus de 
peaux de castors. Tai vu un beau castor tacheté de blanc 
qu'un Meunilarri avait pris. Aux bords du Yellow-Stone, 
on en trouve souvent qui sont d'un jaune blanchâtre ou bien 

■ Vdvei ma Vojsge »ec leMpiltioeBack, 1. 11, p. 117. 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AM£niQD£ DU MORD. 36l 

tout à foit blaocs. Lea Piékanns du fort Mackenzie en avaient 
une couple de cette couleur. Le rat musqué se rencontre 
fréquemment dans les lacs et dans les petits ruisseaux; j'ai 
eu déjà souvent occasion de faire remarquer combien ils 
soat nombreux. Le lièvre, dont le poil blanchit l'hiver {Lepus 
virginioaus, Harl.), n'est pas rare, quoiqu'il ne soit nulle 
part commun. On le trouve dans les prairies et dans les bois, 
et il habite aussi volontiers dans les champs de maïs des In- 
(Ueos. Il n'est pas fréquent dans le voisinage immédiat des 
villages indiens , et il se peut que tes loups et les renards 
contribuent à en diminuer le nombre. Le lapin {Lepus ame- 
ricanus) se trouve en assez grand nombre dans les forêts; 
mais les espèces de la famille du Lepus sont , en général , 
beaucoup moins DOmbreuses en Amérique qu'en Europe : 
on dit pourtant qu'il s'y trouve une troisième espèce de 
lièvre d'une taille conûdérahle, et dont la couleur difière 
en été de celle du lièvre changeant; mais les renseignements 
qui existent à cet égard sont très-vagues, et nos chasseurs 
n'ont jamais pu se procurer un de ces animaux. Les villages 
des chiens des prairies {Aretomjrs ludovicianus) se rencon- 
trent à quelques milles du fort. Le souslîk rayé (Spermopk. 
Hoodii) , auquel les Mandans ont donné le nom de Machi- 
ronica, se trouve en grand nombre dans ces prairies. J'ai ob- 
servé lepelit écureuil à quatre raycs(7'am;fûJ9«adWW«(7(iw, 
Say), pour la première fois, un peu au-dessus des villages 
des Ueunitarris; il paraît donc qu'il est répandu depuis les 
montagnes Rocheuses à peu près jusqu'au Knife-Biver; car 
chez les Mandans on ne l'a pas encore vu. Il n'y a point 
d'autres espèces d'écureuils (Sciurus et Tamjas) dans ces 
environs. Le grand rat de terre {Neotomà) se montre plus 
bas, à Cedar-Island et au Fort-Union; il doit par consé- 
quent habiter aussi le Fort-Clarke. I^e Mus decumanus 
s'y trouve, comme je l'ai déjà dit, et en est la plaie. I^a 
souris commune, que l'on trouve partout, sur te bord de 
la rivière, dans les bois, et jusque dans la prairie, est 



D.gitizecbyG00glc 



36l VOYAGE DAK5 l'iRT^HIEUR 

celle que Ton appelle Meadow mouse [Mus leucopus)', 
elle est parfaitement identique avec ta souris des champs du 
Mississipi ft des États orientaux , que l'on a confondue avec 
la grosse souris d'Europe (^Mus sylvaticus). Richardson' a 
raison quand il dit que cette souris remplace pour l'Amé- 
rique le Mus sylvaticus. La musaraigne {Sorex) et la souris 
à grandes abat-joues {Perognatkusfasciatus) habitent éga- 
lement ce voisinage, et probablement encore le Menones la- 
bnuhrius; mais l'hiver n'était pas la saison fevorable pour 
en faire la recherche. Uu animal , appelé par les Mandans 
Maehtokpka, forme ses monticules dans ta prairie(6), qu'ha- 
bite aussi une espèce àlHjrpudaeus ou A'Arvicola, qui paraît 
être nouvelle (j) , et qui entre l'hiver dans tes cabanes des 
Indiens. Ni Harlan, ni Richardson n'en parlent. En été, on 
voit ua assez grand nombre de chauves-souris; malheureuse- 
ment je n'ai pu dans cette saison en examiner les diverses 
espèces. Cette contrée renflerme sans doute plusieurs nou- 
velles espèces de la famille des animaux rongeurs, surtont si 
l'on s'avance jusqu'à ta Côte Noire, et que l'on trouverait 
si l'on pouvait y séjourner pendant qudque temps, ainsi 
que dans les montagnes Rocheuses. 

La classe des oiseaux prés^tte plusieivs objets intéres- 
sants. Le Catkartes Aura^ Audub., ou Turkey Buzzard, 
habite cette région pendant l'été et s'en éloigne en automne, 
ainsi que \'Àqnila ieuœcephala et les diverses espèces de 
Ëiucons (f'àlconffs), dont je ne vis pas uu seul individu de 
tout l'hiver. Le Stri'x virginiana est un oiseau robuste qui 
supporte les saisons les plus rigoureuses, de même qu'une au- 
tre espèce de hitmu , apparemment le Suix asio. Le Strix 

• Fama ior. amer., p. i^i- CM ucdlrat obwmlcnr da U uatura ■ d(»iDC, 
duM le Sap[d«mcal «uTofiic du apîuiae Back ■ li mer poliire (p. nS), udc 
ditMrtatkm iiUimMnie lur k diffémnea àt la tcmpinture «n Europe M duu l'Ast- 
riqtM du Nord , linii que uir la diUributioa du aninitui diu Ih putici la plm 
wptentnoiulti de ce coDliasDl. Dam ion SLcArtport, tic, p. 1S4, ce lOologua 
pcDia que le Mat kacopux rat allié de Torl prèi an Itf. ijrlaaticai; mai) il eat en ri*. 
liU d'QDf tapèoe fort diffirente , a jul la queue beaucoup plw courte , etc. 



D.gitizecbyG00glc 



UK l'ahérique du hord. 363 

Hjvtea a déjà été tué plusieurs fois près du fort. On assure 
qu'en été oo trouve souvent le hibou de terre {Strix cunieu- 
laria?) dans les terriers des chiens des prairies; on voit 
en général ici , eo été, plusieurs belles espèces d'oiseaux. Le 
/*«l/&lc^u câro/t>i«/{j(f ne dépasse pas^ en général, le PoDca- 
Creek; mais on l'a vu cependant près de l'Ëau-qui-Court, et 
ij s'écarte parfois aussi un peu plus loin vers l'ouest, L'oi- 
aeau-mouche (Trochi/us .Coiubiis) remonte tous tes ans 
jusqu'auprès des villages des Mandans, mais non pas d'une 
manière régulière, ni en grand nombre. Les Maadans t'ap- 
pellent Manache-Chohp Kochaehka (cA guttural, et les trais 
premières syllabes réunies) , parce qu'il voltige surtout au- 
tour des fleurs du tabac qu'ils cultivent {Nicotiana çueidri- 
valvis)f et que les Indiens appellent Manaché. Audubon 
confirme, dans le cinquième volume de son OmitAoiogieal 
Biograph/, p. 546, ce que j'ai dit plus liaut de la forme de 
la langue et de la manière de se nourrir de l'oiseau-mouche. 
On trouve fréquemment en été, dans les bois, des pigeons 
sauvages. La tourte (Columlta carolinensis) habite tous les 
petits bois de la prairie, ainsi que tous les ravins; elle est 
répaadue partout en grand Qombre. £a tûver, ces oiseaux, 
ainsi q-ie presque tous les pics, quittent le. pays; le Picus 
pubescens seul y reste. Les BUtckbinis sont nombreux; on 
en compte quatre espèces , savoir : le Quiscalus versi- 
color, Bonap.; Victems phœntceus, YI. xanthocephalus , 
<t une quatrième qui est couleur de feu et noire ^ sem- 
lylabte à celte de Baltimore [auricollis); celle-ci suspend 
aussi son nid en le construisant. ïjes corbeaux et tes pies 
(Pica) se rencontrent fréquemment. Le coucou (Cocc^zus 
nmericanus) ne se montre pas, dit-on, dans ces environs. 
hes corbeaux et les pies restent dans té pays; les autres 
sont des .oiseaux de passage; ils partent dans l'automne. 
Ricliardson (voyez SixtA Report, p. 176) parle de l'iden- 
tité de la corneille noire avec le Corvus corone^ et de la 
pie avec l'espèce correspondante d'Europe; mais, j'ai fait 



D.gitizecbyG00glc 



364 VOTAGE DAMS l'iNTÉEIEUR 

voir que l'une et l'autre présentent des difTérences constantes 
avec leurs homonymes européens. On m'a dit que le Bom- 
bj'cella garrula habite ici l'été; il est certain que nous en 
avons tué même en hiver. Le Cedai^bird {Bombjrcella caroU- 
rtensis ou cedroruni) y fait aussi son nid , et la pie se tient, en 
hiver, de préférence dans les bois; mais le corbeau {Corvus 
corax) est partout Toiseau qui supporte le mieux les froids 
et les vents impétueux. De la famille des Capnmulgtis,\l n'y 
a que l'espèce ordinaire qui soit commune l'été ; le Wkip- 
pourwHl ne se montre que de loin en loin et toujours en pe- 
tit nombre. Les hirondelles sont nombreuses l'été , surtout 
\' hirundo Julua 1 dont la queue forme la fourche. Le La- 
nius septentnonaiis' habite l'hiver dans le voisinage même 
du Fort-Ctarke, et en été on y voit une autre espèce très-bien 
dessinée par Richardson ', et qui paraît être tout h fait dis- 
tincte du Lanius caroUnensis. On ne trouve pas une seule 
espèce de Cert/uedi, il n'y a par conséquent ni Sitta, ni 
Mniotiltay ni Certhia, pas même le Parus biscolor, ce qui 
rend les forêts des environs du Fort-Clarke extraordinaire- 
roent désertes l'hiver. En revanche, la gaie petite mésange i 
tête noire {Parus atricapiiius) supporte fort bien l'hiver 
rigoureux de ce pays. L'alouette des prairies {Stumella 
ludoviciana) et l'alouette des montagnes {Jtauda comuta) 
habitent, en été, la prairie; VEmb, nivalis e\.\a. Fring. lina- 
ria sont des oiseaux de passage qui arrivent en hiver; il pa- 
raît du moins certain que le premier ne se fait pas voir en 
éié.\je Fringilla amœna se trouve, en été, par couples dans 
les bois, ainsi que la Fring. tristis. Il n'y a qu'une seule 
espèce de gallinacée, le Tetrao pkasianellus ; il reste pen- 
dant toute l'année; les Américains l'appellent Prairie-Hen, 
les Canadiens Faisan, et les Mandans, Sipuska. Ces oi- 
seaux sont très-farouches, à cause du grand nombre de chas- 

> AuduboD paraît ctoîk que Ml oiieui e>t Ib nfane qi 
BMi! la deux oiieiux kidI enlièremeDl dificrcnli. 
• Voj«i Famabor. amer., Ml, pi, 31. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l' AMÉRIQUE DU RORU. 3ti5 

seurs Indiens. On dît que dans les montagnes Noires on 
trouve une espèce de perdrix. 

Le grand coq des prairies {Tetrao Urop/iasianus, Bonap.) 
ne se trouve qu'à deux cents milles du fort Clarke. Mais à 
peu de distance du fort, il y a des marais, ainsi qu'un 
étang rempli de roseaux , et sur la rive opposée du Missouri , 
des lacs où, en été, et surtout au printemps et en automne, 
il vient une foute d'oiseaux aquatiques. Le Cheteck [Peli- 
canasbrachj^dact)rlus,\ÀiAA.)^'yîaÀlyo\v en grandes volées , 
de même que sur le Missouri , et quelquefois aussi il s'ar^ 
rêle sur les bancs de sable; mais on prétend n'avoir jamais 
encore pu rencontrer son nid. La grande grue blanche, ou 
Hooping-crane {Grus americtuta), oiseau magnifique, et le 
SandhUl-crane{Grus canadensis) se montrent au printemps 
et en automne en grand nombre à leur passage. Ces oiseaux 
sont bons à manger. D'après l'observation de Bachmana , le 
G. canadensis serait le jeune G. americana; mais, en ce cas, 
il est fort exti'aordinaire que parmi les grues grises je n'aie 
jamais observé d'individus blancs, c'est-à-dire de vieux oi- 
seaux , et vice, versa. Les Tringa , Totanus et Charadrius 
passent tout l'été sur les rives du Missouri. L'avoucette 
(Recurvirostra americana) m'est apparue au mois de septem- 
bre; on avait tué près du fort deux individus faisant partie 
d'une grande volée. Toutes les eaux gelant en hiver, les 
hérons (^Ardea) partent à cette époque de l'année. Pendant 
l'été, le Nummius hngirostris vit par couples dans les prai- 
ries desséchées; je ne trouvai dans teur estomac que des 
hannetons '. 

La bécasse {^Scolopax miaor. Cm.) ne se trouve pas, 
dit-on , dans cette contrée. La Ftdica americana est com- 
mune en été, de même qu'au printemps et en automne, au 

■ D'apm AaduboD , ol oiieiD tIi iaat let oiani*; miii daiu les conlrca qae 
j'ai liiiléci, il nlMbile qu« lei prairiei •écho. H te lient d'ordiniire roat droit , et 
Tolc aDloiir de U l^le de celui qui le irauble, à peu prèt comme noire miMau 
d'Europe quiud on approche de ton nid. 



D.oiiiz.owGoogle 



366 VOYAGE DANS LIlTTÉlUEint 

moment du passage. Richardson dit (voyez Sixth Reporty 
p. i83) que la poule d'eau d'Amérique diffère fort peu de 
celle d'Europe; cependant, quoiqu'elles se ressemblent cer- 
tainement beaucoup, elles offrent assez de dissemblance 
pour qu'on puisse fort bien les distinguer. Les cjgnes, les ca- 
nards et les oies partent tous en hiver; VÀnas hoschas fera 
reste seule quelquefois, quand il peut trouver de l'eau dé- 
gagée de glace. A l'époque des passages du printemps et 
de l'hiver on voit plusieurs espèces de canards, et dans le 
nombre qudques-unes de rares, telles queï jénsercanade/uis 
et le Cjrgnus ùuccinator; sept ou huit espèces de canards 
font leurs nids sur les bords de la rivière et des lacs du 
voisinage. L'oie blanche [Priser kjperiforau) n'est pas 
commune. L'intérieur de l'Amérique septentrionale serait, du- 
rant l'hiver, riche en oiseaux aquatiques de diverses espèces , 
si toutes les eaux n'étaient pas recouvertes d'une épaisse 
(Touche de glace ' . 

Le pays que je d^is fournit plusieurs espèces intéres- 
santes de la classe des reptiles, et je regrette beaucoup que 
mon séjour n'ait pas eu lieu en été. Le Missouri nourrit, ainsi 
que je l'ai déjà dit, jusque dans les montagnes RocheusËs, 
des tortues à écailles molles [Trionyx). Dans les ruisseaux 
habite une tortue de marais (Emjrs), probablement ongo- 
rùensis , la même dont j'ai déjà parlé lors de mon dernier 
séjour au Fort-Union. On dit qu'il y en a dans le Missouri 
encore une à écaille dure , et , iin peu plus loin , dans la 
prairie habitée par les nations des Pahnis , on trouve une 
tortue de terre, avecdestaches jaunes, la plus belle de toutes; 
sans doute , la Testuda clausa. De la famille des lézards , 
on voit, en été, plusieurs espèces, notamment la Phiyno- 
soma, à écailles piquantes, semblable au crapaud, comme 
on en a trouvé plusieurs près du Ycllow-Stone, à Fort- 



' Ofl pont Toir duu l'AppendJi la calendrier des oimul < pour Ici eni 
TilligetdctHuidiFU, que j'ai composé pendant l'hiTer de iS33 i itli. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'*.HBRIQDE du KORD. 367 

Union et dans la vallée des Slone-Walts; du moins, d'apris 
cette description, ces animaux paraissaient appartenir à 
cette espèce. Quelques-uns étaient gris, d'autres verts ou 
verdàtres, d'autres encore blaochâtres. 11 y a cliez les Man- 
dans plusieurs espèces de lézards, une desquelles b« tient 
ordinairement immobile, la tête levée, et se laisse aisément 
prendre. Ses écailles ont un reflet doré; c'est sans doute 
ÏAgaimi umbra, ou quelque espèce anali^ue. 

Du reste, je sais tout cela par ouï-dire; car je remarquais 
avec étqpnement que pendant tout notre long voyage, tant 
pour remonter que pour redescendre le Missouri , je n'aper- 
cevais pas un seul animal ressemblantà un lézard. Les espèces 
diverses de serpents sont assez nombreusest On ne v«it pas 
le Siaclç snake [Colub. constrictor)\ mais on rencontre très- 
fréquemment le CoA /^mxf/na^, Say^avec sa variété àtadies 
couleur de feu, dont la beauté est si remarquable; puis le 
Col. Sq/i, Schleg. ou eximtas, Say, espèce de grande 
vipère. Je n'ai vu dans ces environs qu'une seuW espèce de 
serpent à sonnettes, Croiaiusterge/mnuSf Say; mais celui-ci 
est très-çopimun et devient très-gros. Il y a diverses espècee-de 
grenouilles, dont la plus belle, la Ranapipiens, Schreb-, a 
des taches placées deux par deux ; on trouve aussi de petites 
reinette^, et après la pluie le terrain est souvent tout cou- 
vert de têtards. On rencontre encore, même ches le» blancs, 
des personnes qui croient que ces petits animaux tombent 
du ciel. Ils prétendent que l'arc-en-cîel attire par une de ses 
extrémités les grenouilles en l'air, et qu'elles retombent 
ensuite sur la terre avec la pluie. 

En poissons, le Missouri n'est pas riche dans cette partie 
de son cours. On y trouve deux espèces de Catfish ' {Pyrme- 
lodus); puis une espèce de brochet (Esox?); une autre 
espèce dite Pickerel, un Jcipenser, le Gotd-eye , et quel- 

■ D'aprà Wirden {toc. cit. , 1. 1 , p. ga) les pliu gn» Caifiih qui «e (rontEDI dui 
1m cn*ironida lilUga dra Miodiiu pinnl «oniroD m Kvm; mii» je pâme qM 

iwll n'tM pu CXKt. 



D.oiiiz.owGoogle 



368 VOYAGE DANS l'iMT. DE l'aHÉR. DU NORD. 

quefois aussi le Buffaloe (^Catastomus). Il y a saas doute 
encore d'autres espèces de poissons ; mais les habitaots ne les 
estimant pas , il est fort difficile de s*en procurer. 

Parmi les insectes, il yen a plusieurs de fort incommodes 
à l'homme. I^es moustiques ( Tipuia) le sont excessivement 
dans certaines années. La prairie nourrit une foule innom- 
brable de sauterelles {GrjrUus) qui détruisent les plantes. 
Plusieurs espèces font entendre une sorte de cliquetis en 
volant. Ces insectes servent, pendant l'été, de pâture à un 
grand nombre d'animaux différents. On m'a dit qu'il y avait 
dans la prairie une fort grosse araignée brune, non velue; 
je ne saurais dire si c'est la même qui, d'après Say, se trouve 
dans la prairie de l'Arkansa. 

Dans la triste saison que je passai au Fort-Clarke, je ne 
pus me procurer d'autre mollusque que la seule espèce 
d'Unio qui se trouve partout dans le Missouri. 

Afin de donner au lecteur une juste idée des environs du 
Port-Clarke , il me reste k décrire la nombreuse population 
indienne qui répand la vie dans toute cette contrée : ce sont 
les trois nations dont j'ai si souvent parlé, celles des Mandans, 
desMeunitarris ou Gros-Ventres et des Âriccaras; ces der- 
niers étaient absents durant mon séjour. Pour mieux faire 
comprendre lesdétails de notre long séjour en ce lieu, que je 
donnerai plus tard , je croîs qu'il sera bon de consacrer les 
trois chapitres suivants aux renseignements que j'ai pu me 
procurer sur chacune de ces trois nations indiennes. 



D.gitizecbyG00glc 



fXKsafsssKgsstefOx>sQEgaao&^^ 



CHAPITBE XXV. 



^awag oi a gaf 



Mon intention, dans les chapitres qu'on va lire, étant 
d'entrer dans quelques détails sur plusieurs nations primi- 
tives de l'Amérique septentrionale, je suppose que mes lec- 
teurs connaissent les notices intéressantes et pleines de faits 
que nous ont données MM. Edwin James, T. Say et School- 
craft ■. Le docteur James s'occupe principalement de l'ori- 
gine des Américains du Nord, de la proche parenté qui 
existe entre eux, et du système nouveau qui les ferait descen- 
dre des Israélites '. Il démontre le peu de fondement de ce 
système, dont toute la structure de ces Indiens prouve la 
fausseté; enfin, il déplore les traitements injustes et peu 
convenables que les Auglo-Américains leur font supporter; 
sebn lui, plusieurs nations indiennes auraient, depuis long- 
temps, embrassé le christianisme et se seraient établies dans 
des demeures fixes, comme l'ont fait les Cherokys et autres 

' \ojtx Tanatr'i Itarraùye o/lhe captnitjr amony tht Iiidiaat, eic, dans te 
3<clupitre(JtfH/ic aaJ poeiry of tlie InJiaai), p. 33*. Schoolcraft donne siiui de 
brl boni renseigiieiDenti >ur lei Indiciu >epUalria!»ux , dao* ion Ramure of aa 
Bxfred. lo liatka Laie, p. 93 , où il pirlc de l'arigini det Indient. 

■ Voïe» TuuKr, toc. cit., p. 35a ■ 386. Le miuiuniuire Pirker (vayrx son 
Vofige au ffleuTC Cdumbii) *'«>l depoU [leu déclaré de nouveau en bveur de 
ntlepumlè; mu* je neuiimiptrUgenonopinion, conlre liqudleVolneys'éliii 
déjà décEir^ (loc. cil., [. It, p. 433). 



D.gitizecbyG00glc 



'i-JO VOYAGE DAMS L'ilfTÊRIEDR 

si les premiers missionnaires avaient mieux compris la ma- 
nière de les convertir. On sait que cet objet était traité au- 
trefois avec une légèreté et une ignorance impardonnables; 
que l'on s'est permis les plus graves injustices envers les po- 
pulations indiennes, et que même aujourd'hui on ne cesse 
d'accumuler torts sur torts à l'égard de ces races malheu* 
rcuses et opprimées'. Une grande partie de ces nations a 
déjà complètement disparu, et les notices qui nous en res- 
tent sont très*imparfaites; d'autres ont été refoulées en ar- 
rière, leurs débris se sont fondus avec d'autres, et, étant à 
moitié dégénérées, elles ne présentent plus aucun intérêt. 
Tels étaient les Indiens que Volney rencontra; ce n'est qu'à 
l'ouest et au nord du Mississipi que l'on trouve encore à pré- 
sent des Indiens dans leur état primitif. Mais avant de par- 
ler d'eux en général, je veux commencer par décrire une 
petite nation fort peu connue jusqu'à ce moment. 

I^es Mandans, appelés Mandais par les Canadiens, mais 
qui portent généralement aujourd'hui le premier de ces 
noms que leur ont donné les Dacotas , formaient autrefois 
un peuple nombreux, lequel, d'après le récit d'un vieil- 
lard qui vient de mourir depuis peu , habitait treize villages 
ou même davantage. Le nom qu'ils se donnent à eux-mê- 
mes est Numangkake (c'est-à-dire, hommes'^, et quand 
ils veulent faire connaître plus exactement leur origine, ils 
nomment le village d'oîi ils sont sortis, car chacun de ces 
villages porte un nom particulier. C'est ainsi qu'une partie 
d'entre eux s'appelle Sipuske~Nuniangké (les gens des 
faisans ou poules des prairies), d'après le village iSi/'Us/ca- 
Mihti (village des faisans); d'autres se disent Malo-Nu- 
mangké (les gens de l'ouest), d'après te village Moto- 
Mihti; d'autres encore, Ckakiri-Numangké (les gens des 
caclus ou pommes de raquette), d'après Ctiakiri' Mihti 

' Tojrcz le BUguin de riiiMoîra contempaninc du SocKici biUiqua el da Un- 
«iou «inftiiqDa, Huiée iS34 ■ 4* limiMO. 



D.gitizecbyG00glc 



DF l'aMÉRIQUE du NORD. 3-JI 

(village des cactus); d'autres, Maktecké-IVumungké (^^en& 
du blaireau), d'après le village du blaireau {^Mahtrcké- 
Mikti), etc. Ce peuple porte aussi le nom général de Mnh' 
na-Herré (prononcez \'r avec la pointe de la langue et le 
mot herré bref), ou les boudeurs, parce qu'il s'est séparé 
d'une partie de sa nation pour remonter le Missouri. 

L'ancienne histoire des Mandans est enveloppée dans 
l'obscurité; quant à leurs propres traditions et lcgend<>s, 
j'en parlerai plus bas à l'occasion de leurs idées religieuses. 
Ils prétendent descendre de nations plus orientales et qui 
vivaient sur les côtes de la mer '. Or, quoique tous les vil- 
lages que j'ai cités n'existent plus aujourd'hui, ces Indiens 
continuent toujours à en porter le nom ; ils demeuraient au* 
trefois dans les environs du Natka^Passahé ( rivière du 
Cœur). Lorsque Charbonneau arriva dans le pays, il y a 
trente-sept ans, les deux villages des Mandans, qui existent 
encore, étaient situés à six ec huit milles plus bas sur le 
Missouri; la petite vérole et les ennemis ont si fort dimi- 
nué le nombre des Mandans qu'ils sont reduits aux deux 
villages qui se trouvent aujourd'hui auprès du Fort-Clarke. 
Ce sont ceux de Mih-Toutta-Hanghouche (le village du midi ), 
à trois cents pas environ du fort et sur la même rive; et 
Rouhptare' (ceux qui se retournent), à trois milles plus 

' Warden dit ■ tort {loc. cit., t. Ul, p. S59) que l«i Mindani prctendeni An- 
celMlrt dei CorbesuKi ce >ont Ua MeaniUnis, dont je parlerai plui hu. 

> Lewù et CUrke écrivenr ce nom Rooplaba (Roupithi ) , ce rgiii n'est pai eiail 
(tofu le récit de leur Tojrage, t. I, p. 110). Ces eclèbrei loyageurs bivcrnèreiil 
chei lis MtDdwia, eldaDnent sur eux beaucoup de détails gétiérBlcment fort jusirs; 
cependant les dénamiiiatioiu cl les mots qa'ili citent des langues oiaudane et luen- 
nitanie Mnl presque tons mal iolcrprélés et mal écrits , ajant reçu leurs rensei- 
in Josiau me , lequel , d'après ce que l'oD m'a géncraleu 



près dn Missouri , parlait fort mal cette langue. Ainsi , parmi les noins donnés par 
m *ojrageurs , il ;r "> ■ beaucoup que ai Indiens ni blancs n'oui pu m'eipllquer. 
Je citerai pour exemples Ahnaha'Hajt (I. I , p. 1 1 5) , peuple qui , selau eut , habilsjt 
unira les Mandans et les Meunitarrii; puis Mahaaiha , demeure des Anxacahwai 
( ibid.1. lU disent encore que le quatrième village s'appdiit Metaharim, e| était babilé 
par dei Mcunitarris (ibid.). De Ions cet noms, aiec la seule eirrplion peut-élre 
de celui de Hieliaa/lie , qu'il faut apparemment lire !Hacli<ilu, |>c[7Uinne ne put 



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Saa VOYAGE UAHS l'intérieuh 

liaut et aussi sur la même rive. Le premier comptait, pendant 
notre séjour, soixante-cinq cabanes, et renfermait environ 
cent cinquante guerriers; le second avait treute-huit cabanes 
et quatre-vingt-trois guerriers. Il résulte de là que cette na- 
tion ne possédait à cette époque pas plus de deux cent trente- 
trois h deuK cent quarante guerriers sur une populatioo to- 
tale de neuf cents à mille âmes, de sorte que le docteur 
Morse a porté un peu trop haut ce nombre en l'évaluant à 
douze cent cinquante individus '. 

Les Mandans sont une race d'hommes vigoureux, bien 
faits et de taille moyenne ou un peu au-dessus; il y a fort 
peu d'entre eux que l'on puisse appeler petits. Celui de 
qui la taille était alors la plus élevée, s'appelait Mahcksi- 
Karehde (l'aigle volant); il avait cinq pieds dix pouces 
deux ligne.s, mesure de Paris. £n général, pourtant, ils ne 
«ontpasaussî grands que IcsMeuoitarris; beaucoup d'entre 
eux dépassent la taille moyenne; ils sont avec cela forts, ro- 
bustes, charnus et ont les épaules larges; il y en a aussi plu- 
sieurs d'élancés et ceux-ci ont les membres un peu grêles; 
les traits de leur visage sont semblables à ceux de la plupart 
des Indiens du Missouri; mais ils ont le nez moins aquilio 
et les os des joues moins proéminents que les Dacotas. Les 
Mandans et les Meunitarris n'ont pas les ailes du nez larges; 
ce trait est chez eux souvent recourbé ou légèrement ar- 
me donner h plus \kgttt eiplintion , pM même Cbarboaiieiu,q(u a pauà laoi 
d'années dini le f»j%. Il Uw prendre bien de« prcciutioni eonlre lei nuuvui u- 
teqirètes , «t j'ai uié à cet égard d'un: prudence eitrtoe. Tout lei rentcigneoieob 
que je donne, lei termes et les nomi indieiu que jeciic >oat écriti tous la dicUe 
d'bomma niwnnablea et poléi dei dîvenes nalîons; je me suis eFTorcé d'ccriK 
leun langue! eUEtemrnt d'aprèn leur véritable prononciation , ce qui m'a été bien 
facilité pour tes woi gutturaux de la langue allemande qni sont naturel* k presque 
tout lea Indiens du Htiiouri. HM. K.ipp et Cbarhonneau , aiuii que quelijues anlMt 
personnel qui ont vécu longtemp* parmi les ludieiu, m'ont beaucoup aidé dan* ce 
tnvail, pendant tout un long biier. 

> 'VojtiD' Uorie't Âtport, p. iSa. Il parle, a la page 349. des Handaru , des 
Piedi-Noiri, de* Sapid {Fall) ladiatu et dei Auiniboini. Tofez se* tables de la 
population indienne des Étali-Uni*. 



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DE l'ahkrique du hurd. 373 

roodi, souvent aussi tout droit ', Leurs yeux sont longs et 
étroits, d'un brun foncé, parfois un peu rabaissés et serres à 
l'angle iatcrieur, surtout chez les enfants, mais moins sou- 
veat chez les adultes'. Ils ont la bouche souvent large, 
grande, un peu proéminente et les côtés de la mâchoire in- 
férieure larges et anguleux. La forme de leur crâne offre de 
grandes variétés; eo général, pourtant, je n'ai pas trouvé 
qu'ils eussent le front plus évasé que les Européens, bien 
qu'il y ait à cet égard quelques exceptions. Quand on com- 
pare les uns avec les autres plusieurs crânes recueillis dans 
leurs cimetières, on en trouve beaucoup dont le front s'élève 
tout droit, tandis que dans d'autres il recule '. Ces Indiens 

' J'ai déjà (irÉcàlenimcnt, dioi cet ouvrigï, I. I. ji. 141, dam II noie, iiiTitqué 
le témoignage du capiuine BonDerille, d'aprèi lequel les peupla ailuéi 1 l'occident 
des montagnes Rocheuiei ont en géoénl le nei droit ; mab le miuioaDaire Parker 
( «Ofei 10a Voyage an Seuie Columbia , p. 319) dit que U autsi les uei aquilini 
Mmt (réquenii. Un ouvrage nouietn du plus gnnj intérêt {D'Orbigaf, taommt 
américain, Ênlrod., p. 6a) noua apprend encore , en parlaol det Péruviens, que les 
nei aqoitifts se rcncoutrcal aussi dans l'Amérique méridionale. 

' C'cU ici le lieu de rectifier un passage de mon Toyage dans l'Arnérique seplen- 
Irionalc, 1. 1, p. 141. J'y ai dit que l'angle extérieur de l'iril ne s'élève ni chez lei 
Indiens de l'Amérique septentrionale , ni ihei ceux de l'Aniérique méridionale. Ne 
n'élaal point expliqué bien clairement dans ce pauage , il faut que jo l'éclaircîsu 
de la maniera aiiinnle : Chu la nalinn brétilienue guaranique, de M. d'Orbigny, 
il est certain que l'aie longitudioal de l'ceU biaise souvent un peu en dedans; toute. 
fois, Hangle extérieur de l'ccil ne s'élè*e pas au-desius de celle ligne, bien qu'il loil 
fréquemment placé plus baut que l'angle intérieur, Uniuel , cbm lej enfant* sur- 
tout , se montre sauvent tendu cl tiré fonement en bas. 

^ Say, qui décrit généralenieDt fort bien les Indiens de rAmérique septentiionale 
(voyez les Voyages du major Long) , met , ce me semble, trop d'importaiice au trait 
cacaeléristique de l'étascment du front, car, a|M«s avoir comparé plusieurs iHes, 
ie me suis convaincu qu'il n'existe pas. Say soutenait aussi que l'angle facial ne re- 
cule pas autant que le dit Blumenbacli. Les traits des Indiens ne sont , d'après ce 
que j'en ai tu, ni du type mongol, ni da type malais, tandis qiM, malgré la parenté, 
impossible • méconoaitre , ce dernier type est un peu plus marqué cbei les Brési- 
liens. Le savant voyageur M. Aug. de Sainl-Hllaire attribue même aux Bi'ésiliens 
une configuration du crine d'après laquelle ces peuples seraient condamnés i une 
infériorité naluiclle des facultés intellectuelles (voyez foyagc dam le diilrîcl dei 
Diamaais, t. II, p. J). Le missionnaire ParLer ^loc. cil., p. iS5} exprime à cet 
q;ard une opinioa entièrement conforme à U mienne , et d'Urbigny la coulîrme 
en ce qui legarde tes Américains du Sud, dont U a Irouié le» aiavt très-variés 
dans leur forme (loc. cil, , p. i>j). 



D.gitizecbyG00glc 



3^4 VUVACF DAnS LlNTÉHlfUR 

ont les cheveux longs et Torts, plus ou moins lisses, noirs, 
mais rarement aussi fonces et aussi brillants que ceux des 
Brésiliens. Beaucoup d'enfants ne les ont que d'un brun 
foncé, surtout à l'extrémité, et Bradbury parleaussî de la che- 
velure brune des Mandans '.■ Il se trouve parmi eux des fa- 
milles tout entièi-es, comme chez les Pieds-Noirs, où les che- 
veux sont gris ou noirs mêlés de blancs, de sorte que toute la 
lète parait être grise; telles sont, par exemple, les familles de 
Sih-Chide et de Mato-Chihé; cette dernière était surtout 
remarquable sous ce rapport ; elle avait les cheveux , par 
touftes, brunâtres, noirs, gris d'argent, mais surtout gris 
blanc, et les cils tout h fait blancs, ce qui faisait un très-sin- 
gulier effet dans des hommes d'ailleurs vigoureux el bien 
taillés de l'âge de vingt à trente ans. Ils laissent croître leurs 
cheveux et les allongent même artificiellement tant qu'ils 
peuvent; ils ont les dents, comme tous les Indiens du Mis- 
souri, remarquablement belles, fortes, fermes, blanches 
comme de l'ivoire et parfaitement rangées; on y observe 
fort rarement des défauts ou du vide, même chez les per- 
sonnes âgées. Les dents des vieillards s'usent et sont quel- 
quefois li-ès-courtes , ce qui vient principalement de l'usage 
de mâcher de la viande dure et desséchée. Les femmes sont 
assez fortes; quelques-unes sont grandes, mais la plupart 
petites et trapues; on en voit peu que l'on puisse appeler 
belles, même à la manière indienne; il y a cependant parmi 
elles des visages fort passables et quelques-unes même sont 
jolies. On dit ordinairement que les femmes mandanes pos- 
sèdent une certaine conformation naturelle du genre de celle 
que Levaillant et Peron attribuent aux femmes hottentotes ; 
mais chez les Mandans il paraît que la nature y a moins de 
part que l'art '. Les enfants présentent souvent des mrm- 

■ \ojn Bodburj, /a:, âi., p. i5o. 

■ Kkc (tcfonnilu a vint ipiïi, ul dicunl, (raclibui icpe ivp«tilû prraludlur. 



a nrl«m iin ad quiluoi digitoi Innivmai proauncai 



DaitizecbyGoO'^lc 



DE l'aHÉRIQUE du KOHI). ^75 

bres grâles et de' gros'ventres, comme ceux des Brésiliens. 
On rencontre fort rarement, parmi les Mandans, des indivi- 
dus naturellement difformes ou contrefaits; j'ai remarqué 
cependant un petit homme bossu , ayaut le visage long et 
étroit, et un autre qui louchait. En revanche, on en voit 
beaucoup de borgnes ou avec une taie dans l'œil (voyez 
mon voyage au Brésil). Il y a plusieurs sourds-muets; j'ai 
connu deux frères et une sœur qui avaient apporté ce dé- 
faut en naissant. Un petit nombre de goitres ou plutôt de 
grf» cous, que j'ai remarqués chez les femmes, provenaient 
apparemment des efforts qu'elles avaient faits en portant 
des fardeaux. Beaucoup de personnes manquent de quelcfues 
phalanges des doigts; mais cette particularité rentre dans la 
classe des mutilations volontaires. 

La couleur ordinaire de ces Indiens est un beau brun, 
tantôt rougeâtre, tantôt plus ou moins foncé, et que l'on 
pourrait aussi parfois désigner par le terme de cuivré. Chez 
les uns il tire sur le gris , chez d'autres il est plus jaune. 
Quand ils se lavent avec soin, on en trouve parmi eux dont 
la peau se rapproche beaucoup du blanc et qui ont même 
une nuance de rose sur les joues'. Ils ne se taillent pas le 
corps, ils se percent seulement le bord de dernère des 
oreilles, auxquelles ils suspendent des rangs de perles en 
verre, des anneaux plus ou moins grands en cuivre ou eu 
fer, ou des coquillages enfilés, qu'ils reçoivent en échange 

ÎD aliïi llbii inlttrni valde pcadrul, ioimo lirorum «Ti in juttibiii ipiis figuran arli- 
ficioïc &clu fomul. 

FcemiDi hic raritele cirtiu, [«rri eilimala et aeglecla ni. 

Morii ni ia Mandaiu, Mœnnitarris et ia Crows, migis auleiu in MituDiUurii ; 
lie Huidins a mullrribiii diuoliilii nugis, qiiam ah uioribiis bic uios pvrversu> 
adhibitur. 

■ VoIok; dit bien de> ciunet iaeuclet lur 11 L-ouleur de* ladiïiu ( "oyez l, U , 
p. 415). D'iprè> lui, leieufiott niltraient louti fait Uanci, comme ceui det Eiiro- 
péen*, cl les femian wruenl blauchei auK culues , auK haDches el au bai-tenlre , 
c'ett-i-dirc . (larlout où la peau al couverte par lei télemeiiliï il ajoute i^u couié- 
qncncc que l'on a grand torl de suppowr ijne leur coulc^u^ Mil uaturelle , etr. 
Tout cela a clé depiii» looglenipi réCuté par H. de Humboldi. 



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376 VOYAGE DANS l'iHT^IEUR 

J autres tribus indiennes. Quand on leur demande comment 
ils se les procurent, ils répondent qu'ils viennent du Meuo- 
nîh-Kerrë (de la mer); ces Indiens sont vains et comme 
des eofautsi, sous ce rapport; ils se parent volontiers, et les 
jeunes gens portent en conséquence habituellement de pe- 
tits miroirs suspendus au poignet. Les marchands leur ven- 
dent ces miroirs dans des étuis de carton, mais qu'ils ne tar- 
dent pas à remplacer par des cadres solides en bots et qu'ils 
portent, comme je viens de le dire, suspendus au poignet 
par un ruban rouge ou un cordon de cuir. Le cadre du mi- 
roir est orné de différentes façons; quelquefois ce cadre 
grossier est simplement peint en rouge ; d'autres fois il pré- 
sente des raies, ou bien il est orné d'entailles représentant 
des pieds d'ours ou de bison ; parfois aussi il est fort 
grand, fendu en haut comme un tire-botte et orné de clous 
de cuivre, de rubans, de cuir et deplumea (voyez la vi- 
gnette n* a3). 

Quelques-uns avaient même attaché cet înstrum«it im- 
portant à la surface inférieure de leur aile d'aigle, dans la- 
quelle elle était insérée avec art. Le petit-maître indien se 
regarde souvent dans ce miroir (tout comme chez nous), 
et quand il a traversé le pays, surtout par le vent violent 
qui y règne si fréquemment , il ne manque pas de le {H«ndre 
sur-le-champ à la main pour rajusta* avec le plus grand soin 
sa toilette dérangée. Il est digne de remarque que la va- 
nité des hommes est bien plus grande que celle des femmes, 
et que celles-ci leur cèdent de tout point sous le rapport de 
l'élégance de la mise. Du reste, celle des Mandans est assez 
simple. De toutes les parties du corps , c'est la tête dont ib 
s'occupent le plus; ils portent les cheveux partagés en tra- 
vei*s au milieu; ceux de devant sont lissés et ordinairement 
partagés en trois tresses plates, deux desquelles retombait 
des deux côtés des tempes ou derrière les yeux, et sont 
en général entrelacés. C'est à cette queue qu'ils portent 
l'ornement que j'ai déjà décrit et qui se compose de deux 



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DE L'AMÉRIQUE OU KOBU. 377 

morceaux de cuir ou de drap, garnis de grains de verre 
blancs ou bleu clair, et noués au milieu avec du fil de laiton ; 
cet cMveineDt s'appelle Pehriska-Rouhpe ; il est représenté 
sur la planche xvii de l'Atlas; si le fond en est rouge ou 
bleu , les perles sont blanches ; si au contraire le fond en 
est blanc, les perles sont bleues. On attache cet ornement 
à ta tresse et on le fiiit monter jusqu'au-dessus de la tempe; 
mais à son extrémité il est allongé par un long cordon qui 
pend jusqu'au milieu du corps et qui se compose alternati- 
vement de rangs de perles bleues et de coquilles blanches 
accouplées de Dentalium. Entre ces deui tresses de che- 
veux, si singulièrement ornées, pend au milieu du front, 
et jusque sous le nez, une autre bande de cheveux plate et 
lisse, et coupée en travers par le bas; celle-ci n'a point d'or- 
nement, et en petite tenue, elle est simplement nouée par 
un ruban rouge. Les cheveux du derrière de la tête relom- 
beot en arrière lisses et partagés en plusieurs queues, jus- 
qu'au bas des reins; ils sont pétris çà et là avec de l'argile 
blanche ou d'un brun rouge clair, de sorte qu'ils forment de 
longs cordons entièrement plats d'un pouce et demi à deux 
pouces de lai^e. Quand on n'a pas les cheveux naturelle- 
ment longs, on les allonge souvent par des cheveux étran- 
gers, entre autres par ceux des ennemis que l'on a tués, et 
que Ton y attache avec de la résine. Sur le derrière de la 
tête ils portent le Paokatkappe, ornement long, roide et 
plat, large de trois à quatre travers de doigt, ressemblant à 
une règle, et fait de petits morceaux de bois ou de fîl de 
métal entortillés; il s'attadie par le haut aux cheveux, et 
retombe par-dessus les épaules. Il est recouvert de beaux 
piquants de porc-épic, peints de diverses couleurs et dispo- 
sés dans les dessins les plus gracieux. Sur la partie supé- 
rieure de cet ornement est placée, horizontalement et en 
travers, une plume d'aigle dont le tuyau est couvn^ de drap 
rouge et dont l'extrémité est ornée d'une touffe tie crin 
peint en jaune. La moitié blanche du tuyau est souvent 



D.gitizecbyG00glc 



3^8 VOYAGE 1JA.NS l'iNTÉHIECIR 

peinte eu rouge avec du cinabre, et le reste joliment re- 
couvert de piquants de porc-épic coloriés; on voit de ces 
plumes sur la planche xxi,fig. j3 et 1 4- Quand ces Indiens 
vont en voyage ou à la chasse , et ne sont par conséquent 
pas en grand costume, ils se nouent leurs longs cheveux en 
une épaisse toufTe. Quand au contraire ils sont infiocchi, ils 
fichent dans leurs cheveux des plumes de différentes es- 
pèces; parfois c'est un demi-cercle de plumes d'oiseaux de 
proie, s'écartant comme des rayons, ou bien une touffe de 
plumes de corbeau placée de même; tantôt une épaisse 
touffe de plumes de hibou, tantôt de petites rosettes de larges 
plumes de corbeau coupées court, du milieu descjuelles s'é- 
lève, en forme d'éventail, la queue d'un oiseau de proie ou 
de quelque autre, etc. Ces ornements de plumes dépendent 
souvent aussi des diverses associations dont ellas sont la 
marque distinctive, et dont je parlerai plus bas. Ces Indiens 
portent aussi le grand bonnet de plumes cornu {^Makchsi- 
Àkoub-Hachka); il est fait débandes blanches d'hermine, 
ajrant par derrière une large bande de drap rouge retom- 
bant jusqu'au mollet, sur laquelle est attachée une crête 
droite de plumes d'aigle, blanches et noires, qui commence 
à la tête et se prolonge en rang serré jusqu'au bout ' . 11 n'y a 
que les guerriers distingués qui out tué beaucoup d'enne- 
mis à qui il soit permis de porter ce bonnet. 

Quand ils font présent d'un ou d'un certain nombre de 
ces bonnets, qui ont une valeur considérable à leurs yeux, 
ils deviennent par là des hommes importants et respectés. 
Ces bonnets se payent toujours par un bon cheval; car 
une seule plume d'aigle est ordinairement estimée d'uu à 
deux dollars. Ils ont coutume de marquer ces coiffures sur 

' Duu U Zoologie ■Dwrkuoe de Godniaa, et dliu Uackeniw;, H'utory bf tkt 
iadim tritt4 ef Norik America, le chef parmi PeUledxrau est dépeÏDl anc au 
deeMboDi)el>depluDies;ao voit auui une imige semblable itiiuD''ir0rie')Jlr/w(, 
tnùa die ni moini bien deuinév que l'aulrE. La pluiche iiii de mon Atlu donne 
l'idée la pluj pu-faiie de cel objet. 



D.gitizecbyG00glc 



DE I.'aMÉRIQU£ I>U NUHO. ^79 

leurs robes de bison , sous la rorme d'un soleil. Les guer- 
riers particulièrement distingués, quand ils sont dans la 
plus haute tenue, portent dans leurs cheveux toutes sortes 
de marques en bois , pour indiquer leurs blessures et leurs 
exploits. C'est ainsi que Mato-Tope (voyez son portrait 
pi. xiv) avait attaché en travers, dans sa chevelure, un 
couteau fait de bois, peint en rouge et long à peu près 
comme la main: c'était l'emblème du couteau avec lequel il 
avait tué un chef chayenne; il portait en outre six petites 
brochettes en bois peintes en rouge, en bleu ou en jaune, 
et garnies, à l'extrémité supérieure, d'un clou doré, pour 
indiquer le nombre de coups de feu dont il avait été blessé. 
Pour marquer la blessure d'une flèche, il attachait dans ses 
cheveux une plume de coq d'Inde fendue; sur le derrière 
de la tête, il portait une grosse touffe de plumes de hibou 
jaunes et peintes en rouge à leur extrémité , comme signe 
de ralliemeut des Meniss-Ochaté (bande des chiens). Son 
visage était peint moitié en rouge et moitié en jaune, et sou 
corps en rouge brun, avec des raies d'oii la couleur avait été 
enlevée au moyen d'un doigt mouillé. Ses bras, à compter 
de l'épaule, étaient ornés de dix-sept raies jaunes, indiquant 
le nombre de ses hauts faits, et sur sa poitrine il avait des- 
siné , avec de la couleur jaune, une main , ce qui annou- 
çait qu'il avait fait des prisonniers. Un guerrier qui veut se 
parer ainsi, a besoin, pour sa toilette, d'un temps plus long 
que la plus élégante Parisienne. Ils délayent dans de la 
graisse la couleur dont ils se peignent le corps. Quand ils 
sont en deuil , ils se blanchissent la figure et les cheveux. 
Les femmes et les enfants ne font que se peindre la figure 
en rouge; leurs cbeveux conservent leur couleur naturelle. 
IjCS Mandans et les Meuuitarris , de même que tous les In- 
diens du haut Missouri, portent souvent, autour du cou, le 
beau collier de griffes d'ours {GrizzlyBear), qu'ils appel- 
lent Mato-ilnkfutppinindé. Ces griffes sont particulièrement 
longues au printemps; elles ont souvent alors trois pouces 



D.gitizecbyG00glc 



3Ho VOYAGE DANS l'iNTÉHIEUR 

et sont hlanchÂtres à la pointe, particularité fort estimée. On 
n'emploie â cet usage que les griffes des pieds de devant; 
elles s'attachent h un cordon de peau de loutre qui re- 
tombe sur le dos comme une longue queue, et qui est dou- 
blé de drap rouge et garni de perles de verre. Ces griffes sont 
en outre séparées les unes des autres, vers la moitié de 
leur longueur, par une rangée de grains de verre bleus, et 
leur surface latérale est peinte en rouge ou en jaune, le 
plus souvent en rouge, en sorte que le tout ensemble forme 
un demi-cercle, d'une épaule à l'autre, au-dessous de la poi- 
trine. Il est rare que l'on puisse acheter un de ces colliers 
pour moins de i a dollars ( 66 francs), mais, en général, ce- 
lui qui le possède ne veut le donner â aucun prix. Les Man- 
dans portent encore plusieurs autres ornements autour du 
cou, comme des rangs de grains de verre de différentes cou- 
leurs , de racines odoriférantes ou d'épongés , de dents 
d'eik, qu'ils achètent au prix d'un cheval pour cent ou cent 
cinquante dents, etc. Ces Indiens ont communément le 
haut du corps nu ; on leur voit rarement la chembe de cuir 
des Assiniboins , des Dacotas , des Corbeaux , des Pieds-Noirs 
et des autres nations qui habitent plus loin vers le nord 
et le nord-ouest; cependant quelques-uns d'entre eux pos- 
sèdent de ces chemises dont on leur a fait présent ou qu'ils 
ont achetées, et ils les appellent iVapenpi-Inmckoté. Même 
dans les hivo^ les plus rigoureux, les Mandans ont le des- 
sus du coi^s nu, sous leur robe de bison. Ils se peignent 
la peau en rouge brun, et dans certaines occasions ils l'en- 
duisent d'argile blanche; ils se font souvent aussi des des- 
sins muges ou noirs sur les bras, f^ visage se peint d'ordi- 
naire tout entier en rouge avec du cinabre, parfois aussi «i 
jaune, mais alors le tour des yeux et le menton, jusqu'à la 
bouche, sont toujours rouges ; il n'y a pourtant pas de règle 
fixe pour cette peinture; elle dépend du goût du petit- 
maître, quoique cependant il y règne une certaine régula- 
rité. Dans les bandes et leurs danses, api-ès les combats, et 



D.gitizecbyG00glc 



DB l'amérique du NORU. 38 1 

quand ils ont fait des exploits, il est d'usage' de suivre la 
règle établie. Dans les fêtes et les danses ordinaires, quand 
les jeunes gens veulent paraître très-beaux, ils se peignent 
chacun d'une façon différente et s'efforcent à l'envi d'inven- 
ter quelque chose de nouveau. Quand un d'entre eux en 
trouve un autre qui s'est peint de la même manière que lui, 
il s'éloigne sur-le-champ pour aller changer quelque chose 
à son dessin, ce qui arrive quelquefois à trois ou quatre re- 
prises à la même fête. Quand ils ont fait un coup, ils se pei- 
gnent tout le visage en noir. Quelquefois , mais rarement , 
les Mandans portent au poignet et au haut du bras des 
bracelets d'acier poli qu'ils reçoivent en échange des mar^ 
chands. Us portent souvent aux doigts des anneaux de 
cuivre qu'on leur vend par douzaines. La principale partie 
de leur costume est la grande robe de bison , appelée Mahi- 
tou ou Mih-Ihé, dans la décoration de laquelle ils déploient 
un grand luxe. Quand le temps est sec, ils portent ces peaux 
de bison avec le poil en dedans, et quand il pleut, avec te 
poil en dehors; elles sont tannées du coté de la chair, or- 
nées en travers d'un cordon de grains de verre bleus ou 
blancs , auquel se rattachent ordinairement trois rosettes 
rondes, tantôt petites, tantôt très-grandes, placées à dis- 
tances égales et de la même manière, formant du reste des 
dessins divers et élégants. Le centre est souvent rouge et le 
tour bleu de ciel, avec des figures blanches, ou bien ces 
mêmes couleurs sont différemment disposées. Ce cordon 
transversal est fi-équemment aussi brodé avec des piquants 
de porc-épic teints de (lifférentes couleurs, et alors il est plus 
étroit; mais c'est là la manière dont ils les portaient dans 
l'origine, avant que les blancs leur eussent fait connaître 
les grains de verre. Parmi ces robes il y en a aussi qui, du 
côté de la chair, présentent des figures noires sur un fond 
rouge brun; ces figures sont surtout celles d'animaux; d'au- 
tres encore représentent en noir ou en couleurs brillantes, 
sur un fond blanc, les coups et exploits des propriétaires 



D.gitizecbyG00glc 



383 VOYACi; DAMS l'|Nt£h1£UR 

de la robe, ses blessures, le sang qu'il a perdu, les bommes 
qu'il a tués ou faits prisonniers; les armes qu'il a prises, les 
cbevaux qu'il a volés , dont le nombre est indiqué par celui 
des fers; tout cela est dessiné à la manière grossière de leur 
peinture encore dans l'enfance, en noir, rouge, vert ou 
jaune. Tous les peuples du Missouri fabriquent plus ou 
moins de ces robes de bison; mais ce sont les Pahnis, les 
Mandans, les Meunilarris et les Corbeaux qui se montrent 
les plus habiles dans ce genre de travail '. Ils ont encore une 
autre manière de peindre ces robes, par laquelle ils indi- 
quent le nombre exact des objets de valeur qu'ils ont don- 
nés en présents. Par ces présents, qui sont souvent d'un 
grand prix , ils se font un nom et acquin^nt de la conndé- 
ration parmi leurs compatriotes. Sur ces robes on remarque 
alors des figures rouges, avec un cercle noir à l'extrémité, 
placées à côté l'une de l'autre en rangées transversales; elles 
signifient des fouets ou deschevaux donnés, parce que, quand 
on fait présent à quelqu'un d'un cheval, on y ajoute toujours 
le fouet. Des figures transversales rouges ou d'un bleu noi- 
râtre indiquent du drap ou des couvertures de laine; des 
raies parallèles représentent des fusils {Eruhpa'), qui sont 
assez exactement dessinés. Souvent la robe est découpée par 
le bas en plusieurs bandes retombantes, et ornée sur les cô- 
tés de touffes de cheveux, de crins teints en jaune ou en 
vert et de grains de verre. Les Indiens peignaient autrefois 
ces robes avec plus de soin qu'aujourd'hui, et on les obte- 
nait pour cinq balles de fusil et autant de charges de poudre; 
aujourd'hui, au contraire, elles sont plus mal faites, ce qui 
ne les empêche pas de coûter huit à dix dollars {»èce. Une 
robe bien peinte vaut deux robes unies. 

> Dni Uojar Inng'i Zxptd. 10 tlir Boeijr MamtKùiu, on en voit UB doun, il 
iljen iiuuiuD dani mon Atlu , pi. m , Gg. i. L'originil ■ clé pdat par Malo- 
Topc lai-m£me , A 1m Ëgura qui j sont Irtcée* rcpriwalent qiKJqucf-uni de M 
prindpua etiMif , dam leiquel* il lui dr h propre main cinq dwb de diter» 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aMIlHIQUE du Pi'ORU. 383 

Leurs leggings ou culottes {^fVoupanpi-Hunchi) s'atta- 
chent avec des courroies à la ceinture de cuir ou Ichpara- 
kekn'ych guttural), et consistent, comme chez tous les 
Américains du Nord, en deux parties séparées, une pour 
chaque jambe. Au côté extérieur, c'est-à-dire, à la couture, 
elles sont brodées d'une longue raie de piquants de porc-épic, 
de couleurs belles et variées, et souvent aussi de grains de 
verre bleus et blancs, et garnies de longues franges de cuir, 
formant à la cheville une épaisse touffe qui traîne un peu 
par terre. Le cuir de la culotte même est généralement d'un 
brun rouge ou d'un fauve rougeâtre , peint avec de l'argile; 
souvent aussi il est blanc et marqué de raies noires transver- 
sales au-dessous du genou. Le vêtement que les Anglais 
appellent Breeckcloth {IVo/cke) est d'usage parmi eux, comme 
chez toutes les nations de l'Amérique septentrionale '. Il se 
compose en général de morceaux d'étoffe de laine, étroite et 
rayée de blanc et de noir, qu'ils font passer entre les jam- 
bes et puis sous la ceinture par devant et par derrière, où 
elle retombe dans toute sa largeur. Leurs souliers {Humpé), 
de peau de cerf ou de bison , sont généralement simples et 
peu ornés ; toutefois, quand ils veulent se parer, ils en por- 
tent de plus élégants, qui alors sont brodés avec des ro- 
settes ou de longues raies de piquants de porc-épic de 
différentes couleurs ou avec des grains de verre. Les hom- 
mes qui ont fait un coup portent autour de la cheville une 
queue de loup' qui traîne par terre derrière eux, ou bien 
des lanières de peau de loutre garnies de drap rouge du 
côté de la chair, et formant aussi une longue queue par 
terre. Dans l'été, quand les hommes sont chez eux et qu'ils 

' Lei figures que l'oQ loit encore iiijoDrd'hui dîna le> minei du Mexique prou- 
Teat que ce télemenl iuit ta luige luui daoi ce pifi. (Tojez lei pliochcs S, i3, 
at, 36, et le Suppl. ITdei A ntiqiùlét mexicaines, %' expéd. du cap. Duptix.) 

> Cette queue de loup le parle chez U plupart det oalioDi de l'Amérique Mpten- 
trîDDile, et le retrouie mttnt Atm le haut Canad*. (Vojez BraiHury'i inveli. 



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384 VUYACE DANS l'iNTÉEIEUR 

se promènent en grande toilette, ils portent à la main 
révenlail de plumes d'aigle (^Ihkéré'Heditté , Vr prononcé 
avec la pointe de la langue), dont nous avons déjà fait 
mention en parlant d'autres nations, et qui ressemble par- 
faitement à celui des Mandans. Le singulier objet que les 
A.nglo-Ainéricains appellent The Crow, qiie portent les 
guerriers des nations du Mississipi et du bas Missouri, est 
absolument inconnu chez les nations du haut Missouri, c'est- 
à-dire chez les Dacotas , les Assiaiboins, les Corbeaux, les 
Mandans, les Ariccaras et les Pieds-Xoirs. 

Les enfants mâles vont communément nus, et ne se cou- 
vrent d'une robe qu'en hiver, I^es filles sont vêtues de cuir, 
même en été. Les femmes portent un long vêtement de 
cuir, à manches ouvertes, et une ceinture autour du corps. 
Le bas de cette robe est souvent découpé et frangé de dif- 
férentes manières. Elles s'ornent le poignet de bracelets de 
fer, et le cou de colliers de grains de verre; elles portent 
aussi des pendants d'oreilles. Leuni culottes, que les Cana- 
diens appellent des mitasses, sont courtes et ne vont que 
depuis la cheville jusqu'au genou. Les souliers des femmes 
sont unis et sans ornements. 

Le tatouage est d'usage chez ces peuples; mais tous ne 
portent pas, à beaucoup près, les mêmes figures sur le 
corps. Ordinairement il n'y a que le côté droit de ta poi- 
tiîne et la moitié du bras correspondant (]ui soient mar- 
qués de lignes noires parallèles et d'un petit nombre d'au- 
tres figures, quelquefois aussi l'avant-bras et quelques 
doigts. Les hommes ne se tatouent pas le visage , de sorte 
qu'ils sont bien loin de pousser cet art à la perfection à la- 
quelle sont parvenus les Nouveaux-Zélandais et autres peu- 
ples de la mer Pacifique. On trouve aussi quelques dessins 
de ce genre chez les femmes; mais cela est rare, et prin- 
cipalement chez celles de la Vache-Blanche {Ptihn-Tack- 
Ochalé). On teint les ongles en bleu fonce avec de l'écorce 
de saule écrasée et trempée dans de l'eau. 



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DE l' AMÉRIQUE DU HOHU. 38Ï 

Dans le voyage du major Long aux montagnes Ro- 
cheusn', il est dit que les Corbeaux se frottent de casto- 
réum , dont ils trouvent le parfum agréable. Je dois remar- 
quer ici que cet usage n'est pas exclusif à cette nation , et 
qu'il se retrouve chez la plupart de celles du haut Mis- 
souri, telles que les Mandans, les Meunitarris, les (Corbeaux 
et les Pieds-Noirs. Ils délayent le castoréum avec une cou- 
leur rouge, et s'en frottent ta figure et souvent aussi les 
cheveux. 

Maintenant que nous venons de donner une juste idét; 
de l'extérieur de ces Indiens, il est temps de nous occupei- 
de leurs demeures, de leurs villages et de leur vie dômes- 
tique. lueurs villages sont des agglomcr'ations, plus ou moins 
considérables, de cabanes en terre, rangées sans aucun oi- 
dre ou régularité quelconque'. Le plus grand des villages 
mandans, Mîh-Toutla-Hang-Kouche, a de 1 5ô à 200 pieds 
de diamètre. Le second est beaucoup plus petit; sa circon- 
férence extérieure présente un cercle un peu irrégulier; il 
était autrefois entouré de palissades, mais qui manquent 
aujourd'hui en beaucoup d'endi-oits, parce qu'on les a brû- 
lées dans les temps froids. En quatre endroits, et à des 
distances à peu près égales, il y a autant de flèches ou de 
bastions en terre garnis de meurtrières et recouverts au 
dehors et au dedans de branches de saule entrelacées; Ils 
forment un angle, et la gorge eo est ouverte du côté du 
village. La terre de ces retranchements est remplie, entre 
la garniture de bois, et l'on dit qu'ils ont été construits pour 
les Indiens par des blancs ; ils sont, du reste, aujourd'hui 

' Tome II , page 6. 

> Volney lengnndlartdedircC/iw. «'., 1. Il, p. fSt] que I» Tillige* imlient 
rmemblent i ceux itt Cutu en ce que leun cabanei aont éparpilicn. Ct\» ne sr 
voil qa« chei les lodieni déjk ciiiliiéa, comme, pir «Minple, prèi de Biirhloe ei 
prè4 de Niipn; il funît que cet obtemleur , du retle >i judicieux, n'a vu que 
de* lodieni i moitié dégénéri*. Din* l'éui libre , c« peuplej placent lonjaun leun 
cabane* proche W unei des autra , ce qui le« net plus en «Irrté «mire In attaque* 
dei ennemis. 



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386 VOYAGE D,VWS l'intérieur 

en assez mauvais état. A Roiiliptare, il a y en avait pas du 
tout. Ainsi que je l'ai marqua, les cabanes dont les villages 
se composent sont très-rapprochces, et laissent au centre un 
emplacement vide, d'environ 60 pieds de diamètre, au mi- 
lieu duquel, chez les Mandans, on a ërigé le Mali-Meun- 
nili-Tuclié (rarche dii premier homme), dont je parlerai 
plus tard. C'est un petit cylindre, rond, formé de laides 
planches de quatre à cinq pieds de hauteur, ouvert par en 
Iiaut; les planches sont enfoncées eu terre et entourées de 
plantes rampantes ou de rameaux llexibles, pour les main- 
tenir réunies (voyez la vignette n" a4)- 

Sur le côté septentrional de la place se trouve la loge de 
médecine, dans laquelle on célèbre les fêtes, et où se font 
<|uelqucs cérémonies qui se rattachent aux idées religieuses 
de ce peuple, et dont nous parlerons pins bas en détail. Sur 
un mât élevé on a placé une Bgure faite de peaux, avec 
une tète de bois, un visage noir et un bonnet de fourrure 
garni de plumes. Cette (îgure représente le mauvais esprit 
(notre diable peut-être), et qui s'appelle Ockkih-Heddé {ch 
guttural, Heiùlé très-bref). C'était, dîsent-ils, un fort mé- 
chant homme qui est venu un jour parmi eux, qui n'a 
jamais eu ni femme ni enfant, qui a (ftsparu au bout de 
quelque temps, et qu'ils craignent aujourd'hui. Ou remar- 
que dans ces villages encore quelques figures bizarres en 
osier recouvei't de peaux et suspendues au haut de grand) 
mâts; ce sont, pour la plupart, des offrandes faites à la 
Divinité. Entre les cabanes, il y a un grand nombre d'é- 
chafaudages de pieux, à plusieurs éUges, sur lesquels on 
sèche le maïs, dont les épis vides jonchent partout le ter- 
rain dans les villages. Les cabanes (Oti) sont rondes, légè- 
rement voûtées par le haut, avec une entrée défendue par 
une avance en forme de porche. Quand les habitants sont 
absents, celte entrée est bouchée par des branchages et des 
ronces. Pour fermer l'ouverture elle-même, on suspend au 
devant une peau séchce et fortement tendue sur des bâtons, 



DaitizecbyGoO'^lc 



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Vig. », tome II, page 387. 
Cabanei des Indiens Mandans. 



vig. 3S, UNDe II, pige 3M. 
Lit des Indiens Mandans. 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'ahkrique Dtr irOKD, 387 

et que l'on pousse de rôté quand on entre. Au milieu du 
toit de la cabane, il y a une ouverture pour donner issue 
à la fumée, et qui est défendue contre le vent et la pluie 
par une espèce de cage arrondie, faite de bâtons et de ra- 
meaux qu'en cas de besoin on peut encore recouvrir de 
peaux (voyez la vignette n° a5). L'intérieur de ta cabane 
est vaste, pn^re et assez clair. Quatre gros pieux, placés 
au centre, supportent le toit avec des poutres de traverse. 
Le tour intérieur de l'édiBce se compose de II à i5 gros 
pieux de 4 à S pieds de haut, entre lesquels sont placés 
d'autres plus petits et fort rapprochés. Sur les plus élevés 
r^kosent de longues poutres biaisant vers le milieu, et qui , 
placées fort près les unes des autres, soutiennent le toit. 
On les recouvre extérieurement avec une espèce de nattes , 
faites de rameaux de saule attachés ensemble avec de 
Fécorce. Telle est ta charpente de la cabane , sur laquelle on 
étend ensuite, d'abord du foin, et puis de la terre. Les hom- 
mes et les femmes s'en occupent en commun ; les parents. 
les voisins et les amis aident aussi à ce travail. La construc- 
tion des cabanes, la fabrication des armes, la citasse et la 
guerre sont l'ouvragtt des hommes, qui prennent aussi part à 
la moisson; tous les autres travaux tombent dans le partage 
des femmes, lesquelles, quoique généralement bien traitées . 
demeurentnéaninoins chargées des travaux les plus pénibles. 
Ce sont elles qui vont diercher de lourdes charges de bois 
de chauffage, qui portent l'eau, qui cassent la glace en 
hiver et la transportent dans les cabanes, qui font la cui- 
sine, qui tannent les peaux , qui cousent les vêtements , qui 
font les plantations, qui récoltent les fruits de la terre, etc. 
Au milieu de la cabane il y a un trou rond dans lequel 
on allume te feu, et au-dessus duquel on suspend la mar- 
mite. Ce foyer est souvent garni tout entier de pierres 
placées perpendiculairement. Ije bois est posé en bûches 
modérément grosses, mais plus généralement minces, sur 
le bord extérieur du foyer, en se réunissant et se croisant 



D.gitizecbyG00glc 



388 VOYAGE DANS l'iNTI^RIEIIR 

vers le centi-e. C'est là qu'on l'allume, et oo le pousse en 
avant à mesure qu'il brûle. Les Indiens n'aiment pas à faire 
de grands feux. La famille s'assied autour du foyer, sur 
des sièges bas, faits d'osier pelé et recouvo^s de peaux de 
bisons ou d'ours. Autour des murs sont rang^ par terre ou 
suspendus les divers effets, les meubles, ustensiles, etc., 
dans des sacs de cuir; les sacs de nuit en parchemin peint, 
les harnais de chevaux, etc., tandis que sur des cadres parti* 
culiers on voit étalés des armes, des patios, des souliers à 
neige, ainsi que des tas de viande et de maïs (voyez le des- 
sin de M. Bodmer, représentant l'intérieur de la cabane de 
Dippcuch, pi. xix). I^es lits ou couchettes sont rangés au- 
tour des murs de la cabane. Ils se composent d'une grande 
caisse carrée de parchemin ou de peau, avec une entrée 
carrée; ils sont assez grands pour contenir plusieurs per- 
sonnes qui s'y couchent très-commodément et très-chaude- 
ment sur des peaux et des couvertures de laine ( voyez la 
vignette n" a6). 

Devant la porte des cabanes d'hiver on construit une 
cloison de branches de saule que l'on couvre de peaux , et 
qui sert à défendre du vent extérieur, et protège surtout le 
foyer contre les courants d'air. Les cabanes d'été sont très- 
fraîches, et souvent exemptes de toute mauvaise odeur. Say' 
a fort bien décrit l'intérieur d'une loge de Conza ; il t'a aussi 
assez exactement dessinée : à quelques petites différences 
près, son architecture ressemble k celle des Mandans, des 
Meunitarris et des Ariccaras. Parmi ces différences , il &ut 
compter principalement les nattes qui, chez les premiers, 
garnissent tout le tour extérieur des cabanes, et qui ne se 
trouvent point chez les peuples que j'ai visités. Leurs lits 
sont aussi arrangés d'une manière différente. Les Mandans 
et les Meunitarris, quand ils sont dans leurs cabanes, s'as- 
soient autour du feu et s'occupent de toutes sortes de tra- 

■ Voyei mijor LoD|'i, ExptJ., 1. 1, })■ m. 



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DE l'Amérique du nord. 38() 

vaux de meDage. L'homme est ordinairemeat uu, sauf le 
Nokké, et s'amuse à fumer du tabac. Les femmes ne sont 
jamais oisives. En hiver, c'est-à-dire au commencement ou 
vers le milieu de novembre, ces Indiens se rendent, avec la 
plus grande partie de ce qu'ils possèdent, dans les forêts du 
vobinage, où ils ont construit leurs villages d'hiver, qui se 
composent de cabanes en tout semblables aux autres, seu- 
lement qu'elles sont un peu plus petites. L'époque où ils 
quittent les villages d'été se règle d'après la température; 
mais elle tombe ordinairement vers la mi-novembre, et le 
retour a lieu vers la moitié de février ou au commencement 
de mars. On peut donc calculer qu'ils passent huit mois et 
demi dans leurs villages d'été. Dans l'intérieur des cabanes 
d'hiver, il y a uoe séparation où l'on fait entrer les che- 
vaux le soir et où on leur donne du maïs; pendant le jour, 
ils restent dans les prairies et se Dourrisseot, dans les bois, 
de l'écorce de peuplier. On compte, dans les deux villages 
de Mandans, environ 3oo chevaux : beaucoup d'hommes en 
ont deux, mais il y en a aussi qui n'en possèdent pas un seul. 
Les Mandans et les Meuuitarris, comme tous les autres Indiens 
de ces contrées, pratiquent parfois, dans les environsde leurs 
villages, cequc l'on appelle des caches, Mocké dans la languie 
des Mandans {ch guttural). Ce sont des trous creusés dans la 
terre, et si artistement, qu'il est fort difficile de les trouver. On 
voit souvent les Indiens se rendre de leurs villages d'hiver à 
ceux d'été, pour y chercher divers objets dont ils ont besoin, 
car ils y laissent toujours une partie de leurs effets. Dès qu'ils 
quittent leurs cabanes pour un temps un peu long, les 
chiens sont chargés de leurs bagages, qu'ils traînent sur des 
'claies ( Menissichan) , et en hiver, sur de petits traîneaux 
{Manna-Jiruta/me) '. Ces traîneaux se composent de deux 
planches étroites et minces attachées ensemble par des cour- 

■ AkunJre Hickcniie (p. cxxvi] el PoLe ( )i. 7II) ont Ar\» lurlû d« re> (rai- 
neaiii, M le capilaine frlnklin eu douue , dini la Rdilion àt\ou pmniEr Va]ri(;r 
à la mer filKÎale (p. gS^, udc dcscriplioD, aiiui que de 11 rarriole dei CaiMJiei». 



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390 VOYAGE DANS l'iNTÉRIEUR 

roies, i-ecourlMies parclevant, et d'une lougueur de 9 à 10 
pieds ; ces plaoches sont unies par quatre traverses , qui 
servent à les renforcer, et par devant il y a des lanières de 
cuir auxquelles les hommes ou les chiens sont attelés. La 
charge de ces traîneaux y est fixée par des courroies. On peut 
voir un de cesiraineaux attelé de chiens sur la vignette a" xxv 
de V^tlas. Quand la ueige est épaisse, on se sert aussi de 
souliers à neige (pi. xxi, fig. /(), qui ont déjà été décrits 
par le capitaine Franklin*; mais ceux des Mandans sont 
beaucoup plus petits, n'ayant que s pieds et demi de long, 
tandis que dans le nord on leur donne une longueur de 
4 à 6 pieds. Du reste, les chiens {^Manissuérutté) ne sont 
pas, à beaucoup près, aussi nombreux chez les Mandans et 
les Meunitarris que chez les Asûniboîns, les Corbeaux et les 
Fieds-Noirs. Ils sont rarement de la vraie couleur du loup, 
mais, en général, noirs ou blancs, ou tachetés de ces deux 
couleurs. Chez les nations situées plus au nord-ouest, ils 
ressemblent davantage au loup par la forme, mais ici ils ont 
plus de rapport avec le loup des prairies [Chéhéké ou Oi- 
lùs lalrans). On trouve encore ici une race brune qui des- 
cend du chien couchant d'Europe, et c'est ce qui fait que 
nous y entendîmes plus aboyer que chez les nations occi- 
dentales , où les chiens ne font que hurler. Les chiens in- 
diens travaillent beaucoup , reçoivent force coups et sont 
mal nourris, précisément comme chez les Esquimaux'. 

Les Mandans sont hospitaliers, et ils invitent souvent 
leurs amis à venir les voir. On mange alors et l'on fume, 
de la manière que j'ai déjà décrite , en parlant d'autres na- 
tions, licurs pipes sont 'faites de pierre rouge ou d'argile 
noire; souvent aussi l'argile n'est que peinte en noir. Les 
pipes rouges leur viennent principalement des Dacotas; ils 
ont aussi des godets de pipe en bois doublé de pierre. Le 



' Voyt'i te cap. Fraiiklîu 
■ Vojcï k cap. LjoD , h 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AMÉRIQUE DU NOBD. Sqi 

tuyau est simple, long, rond ou plat , et généralement de 
la même forme que chez les Dacotas. Ces peuples mettent 
moins de luxe dans leurs pipes que les autres uatioas. Les 
feuîltes qu'ils fument sont du tabac qu'ils plantent eux- 
mêmes ' ; mais ils se servent aussi parfois de l'écorce du 
Hed-Willow [Cornus sericea), mêlée avec le tabac du 
marchand, ou bien ce dernier mêlé avec les feuilles du 
Sakakomi [ArbiUus uva arsî) , que dans leur langue ils ap- 
pellent Manna-ChoUé. L'écorce du Cornus sericea s'ap- 
pelle, dans la langue des Mandans, MannaSachka (ch 
guttural). Le tabac des blancs, quand il n'est pas mélangé, 
est trop fort pour les Indiens, parce qn'ils ont l'habitude 
de faire entrer la fumée dans les poumons ; par la même 
raison, ils n'aiment pas à fumer des cigerres. Les Mandans 
servent leurs mets dans des plats de bois {Maima Paclté). 
Leurs cuillers {Mansé) sont généralement grandes, jaunA- 
tres et ventrues ; elles sont laites de la corne du Bighoni 
(voyez à V Appendice^ y ou bien elles n'ont pas de ventre 
et sont fiiites de corne de bison. Leurs aliments sont va- 
riés, 

Les Indiens qui habitent des villages stables ont sur les 
peuples nomades l'avantage qu'ils ne tirent pas unique- 
ment leur nourriture de la citasse, mais encore et princi- 
palement des terres qu'ils cultivent, ce qui leur offre tou- 
jours une ressource certaine dans le besoin. A la vérité, ces 
Indiens éprouvent aussi parfois de ta disette, quand les 
troupeaux de bisons se tiennent éloignés ou quand leur 
récolte manque ; mais chez les Indiens du Missouri, elle ne 
peut jamais être aussi sensible que chez les nations qui ha- 
bitent plus au nord. Les plantes qu'ils cultivent sont : le 

' S«J avtit dèji remirqué que toulu lu naliiini iudicuaM dei «Dviroot dei 
momignei Rocheuiei cultivent nne eipcce de Xîcolîana, et j'en aï icquïs la cnn- 
Groution par pluiieDn d'entre ellei. Lu lemencea ile cet plantes que j'ai rappor- 
tée! Bi'ec moi oDt fleuri Jani piuiieurs jirdini bolaniquet, où on les a rrconniies 
four être la t/ic. i/uai/rivalrii. 



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3ga VOYAGE DAE«S l'|NT£R1EUR 

maïs, les fèves yPliaseolux) , la citrouilli;, le.scJeit {He' 
lianthiis annuus ) et le tabac {Nicotiaim quadrivahis). 

limais pi-ésente plusîeui'ii variétés quant à la couleur, et ily 
enadediversessortesquiporteDtcliezeuxdesDomsdifféreats*. 
T^ deDomination générale du maïs, chez les Mandaos, est 
Kaclianté {ch guttural). Voici celles des principales varié- 
tés : 1° le mais blauc (C/iol/cà); a° le maïs jaune (^Sih/ia); 
3° le maïs rouge [SecMa); 4° le maïs tacheté (^Puska); 
5' le maïs noir {Psichka, ch sifflant à l'allemande); 6' le 
maïs sucré {Chtlchipka); 7' le maïs jaune très-dur {CliotAa- 
Kac/ie); 8* le maïs rayé rouge ou blauc, que l'on appelle 
aussi blé de terre (OinaA/can/c-Takochanté); 9" le maïs 
jaune fort tendre (CA/7^rt"). 

I.es fèves ( Ohmenick-Kehne') sont aussi de différentes 
espèces; i° les petites fèves biancbes (^Ohmenick-Chotté); 
■a" les lèves noires {Ohmenick-Psi/t); 3° les fèves rouges 
{Okmenick-Si^hne); 4° les lèves bigarrée» {Okmemck-Pou- 
sekne). 

Voici les noms des diverses espèces de citrouilles, Ko/idé; 
i" la citrouille jaune {Kokdé-Siidé); a° la noire (Koh-Psi); 
sa couleur est noirâtre; 3° la rayée {Kok-Poussé)^ 4* 1** 
bleue (^Koh Tohehne)^ 5' ta citrouille longue {Ko/i- 
Hachkà) ; 6° la citrouille à écorce épaisse [Kohachtou/in, 
ch guttural). 

Le soleil {Mapé), graml hélianthe, m'a paru tout à 
fait semblable à celui qui se cultive dans nos jardins. On 

■ J'ai rapporté itcc moi, en Euro[«, lei divanei np«cei de muidaNtoiliai, 
et t\\t± ont Btêwméo; nuii let cspèca hitirei onttcules mdrï en (cptenibre i83j. 
Let cpia n'ont pu acquit, i b«auroupprè>, lur 1rs borda du Uiin , la même gros- 
wur que dam leur paft oaUll, Là la plante l'clèie ■ quatre , cinq et lii pied» de 
haut , et let coulmn des graines lanl livu et betl«. Aux borda du Shin , la hau- 
teur de la plante fut de qnatr« piedj à quatre pied* et deini. Ln apècoi lardint 
l'élevèiTal 1 dii piedi , et n'éuienl pu encore tout a fait mArEt i la fia d'octobre. 
(Voyei, tur te maïi dei Handani, Bradbury.&K. cil., p. 14S.) 

' D'après Tanner(J«:.<rîf., p. iBo), c'dt un Ollam qui, le premier, porU b 
culture da maii rbu In Ojîbouali de la rivière Rouge. 



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DE L'AMÉRIQUE DU HOKD. Sg} 

le plante par rangées, entre le maïs. Il y en a de deux ou 
Irais variétés, dont les semences sont rouges ou noires , et 
une autre avec des semences plus petites. On fait avec les 
graines des gâteaux d'un goût agréable. 

I^ tabac {Manache), que cultivent les Mandaiis, les Meu- 
iiitarris et les Ariccaras , s'y élève fort haut, et on le laisse 
venir de semence sans douner aucun soin à sa culture. Il ne 
se transplante pas. On en coupe les tiges quand elles sont 
mûres, on les sèche et on les pulvérise, ou bien on coupe 
les feuilles avec les petites branches en morceaux très- 
menus. L'odeur et le goût de cette plante sont désagréables 
pour les Européens, ressemblant plutôt à de la camomille 
qu'à du tabac. Du reste , on ne le cultive pas beaucoup , 
car il a été assez généralement remplacé par celui des blancs, 
dont le parfum est plus flatteur; mais on en conserve tou- 
jours l'espèce, pour le fumer dans certaines occasions so- 
lennelles, telles que des négociations pour la paix ; la semence 
en est déposée en conséquence dans te sac de médecine de la 
nation , afin que l'espèce ne s'en perde jamais. Quand on 
veut fumer de ce tabac, on le frotte avec un peu de graisse. 

Le labourage des champs de mais, etc., dont chaque fa- 
mille cultive trois, quatre à cinq acres, se fait au mois de 
mai. De petits sillons se tracent par rangées parallèles , et 
l'on y dépose une à une les graines de mais, que l'on recouvre 
de terre. Pendant l'été, la terre est remuée trois fois au- 
tour des plantes, afin que l'humidité y pénètre mieux; et 
c'est au mois d'octobre que se fait la moisson, à laquelle 
hommes, femmes et enfants travaillent en commun. Aujour- 
d'hui les femmes se servent, pour les travaux des champs, 
de larges pioches de fer, à manches de bois recourbés , 
qu'elles achètent de» marchands; Charbonneau se rappelait 
le temps où elles se servaient d'omoplates de bison. Les 
champs ne sont jamais enclos, ils demeurent toujours ou- 
verts et d'un accès entièrement libre. 

Les Mandans et les auli-es peuples du haut Missouri ont 



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31)4 VOYAGE DAMS l'iMTJSIIIEIIB 

tous l'habitude de manger les plantes sauvages des prairies, 
et à ccIIps que j'ai déjà citées, je n'ai plus à ajouter que la 
féverole, fruît ressemblant à la five, qui croit, dit-on, sous 
la terre, mais que je n'ai jamais pu parvenir k voir. Il y a 
encore dans les prairies d'autres racines alimentaires. Les 
citrouilles se mangeut fraîches ou séchées; et quant aux 
fèves, on a coutume de mêler plusieurs espèces ensemble. 
Le ma!s se cuit dans l'eau ou se grille; ou bien on le pile 
et, mêlé avec de la graisse, on en fait de petits gâteaux 
ronds et creux, qui ressemblent un peu à des gaufres alle- 
mandes (ffippen); on l'accommode encore de plusieurs autres 
manières'. Le maïs sucré a fort boa goût, surtout quand 
il est, comme on dît, dans le lait; ou le fait alors cuire, après 
quoi on le sèche et on le conserve pour l'usage. 

Les Mandans mangent à peu près de toute espèce d'ani- 
maux, tels que l'ours quand- il est jeune et gras, le loup, le 
renard, tous en un mot, excepté le cheval'. L'hermine se 
mange rarement; et, parmi les oiseaux, ils ont de la répu- 
gnance pour le vautour et le corbeau, parce qu'ils dévorent 
les cadavres sur les échafaudages. Ils ont aussi de Taversiou 
pour les serpents ; mais ils mangent des tortues. Le bison 
est toujours le principal but de leur chasse ; ils utilisent sa 
peau, sa chair, son suif, ses os, ses nerfs, et il fournit à plu- 
sieurs de leurs besoins.-Xe veau tiré du ventre de sa mère 
est une de leurs plus grandes délicatesses, de même que, pour 
tes Aucas le fœtus du poulain^. Je parlerai plus bas de la 
chasse au bison. Dans les années où les troupeaux de bisons 
s'éloignent trop , ces Indiens souffrent de la famine , comme 
cela leur est arrivé dans l'hiver de i834i ''^ "^ ^ nourrissent 

■ Q«uil aiu difféMDia miDièret d'tceaminodar le maii, voyei Sty, ExptJ., 
1.1. p. 194- 

> Lci PaUguiu ùmeot pirliculièrcment la doit de cheval (voiiez d'Orbigujr, 
loc. cit., I. II, p. loi). Cbei Ies Américaiaa du Pford, on na la nuingc qu'en cai di 
tliïcltc ; en revanche , beaucoup de aationi manant de* cIumm. 

' Vojri d'Orhigny, toc, tk. , t. Il , p. 1I9. 



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DE L'AMKRigUE -t>V NORn. SgS 

aloi-s que de maïs, de lèves et de citrouilles sèches. Le froid, 
la craÏDte des ennemis et la paresse ne leur permettent pas 
de quitter leurs villages. Après le biaon, l'animal qui leur 
est le plus utile est le castor, qui leur fournit, non-seule- 
ment sa précieuse peau, mais encore une chair agréable, et 
dont la queue chargée de graisse est, pour les Indiens, un 
morceau très-friand. Le pemmican, ce mets si recherché des 
Indiens du Nord, est peu en usage chez les Maudans; mais 
il y en a un qu'ils aiment beaucoup ainsi que les Meunitar- 
ris, et qui serait, je pense, fort peu du goût des nations civi- 
lisées; c'est une soupe cuite dans l'estomac même de l'ani- 
mal. Après qu'on a enlevé la peau intérieure de l'estomac, 
on y verse de l'eau et on suspend le tout hien fermé sur le 
feu en l'agitant de côté et d'autre : l'eau ne tarde pas à 
bouillir. On fait rôtir et bouillir de la même manière de la 
chair et du sang dans les gros boyaux des animaux. Le 
breuvage des Mandans est de l'eau, car ils ne savent pas 
faire de boissons fermentées, comme les nations de l'Amé- 
rique méridionale ; les Aucas même ' en font une avec la 
graine de V Araucaria. Comme avec cela les Mandans obtien- 
nent fort peu de boissons spirîtueuses , soit de la compa- 
gnie américaine des Pelleteries, soit de MM. Soublette et 
Campbell , on rencontre rarement chez eux des ivrognes. Us 
aiment extraordinairement le sucre, et ils salent leurs mets. 
Us trouvent une partie du sel dont ils se servent dans leurs 
lacs et achètent le reste des marchands. Us aiment aussi 
beaucoup le café et le thé bien sucrés. On a dit que plu- 
sieurs nations de l'Amérique septentrionale , et surtout 
les peuples de la langue algonquine, sont anthropophages, 
notamment les Ojibonais et les Potowatomis > ; mais chez 
les peuples du Missouri je n'ai rencontré aucune trace de 
cette coutume contre nature. 

■ Vajt d'Oriiiga;, t. II , j>. aie. 

' Vojreï major Loiig'i, JeurHry la S< Ptler'i Atv/-, 1. 1 , p. 137, io6i I. It, 



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396 VOTAGE DAHS L'inTÉBIEUR 

Deux et parroîg trois familles habitent ordinairement en 
commun une cabane indienne, c'est-à-dire, celle du pèi-e 
ut celles de ses Bis ou gendres mariés. La polygamie est 
d'un usage universel, et le nombre de femmes qu'un homme 
épouse varie; le plus souvent il n'en a qu'une, et rarement 
plus de quatre. Les femmes sont fort adroites pour tous les 
tiwaux du ménage, surtout pour peindre les robes de bi- 
son. T^a couleur rouge se fait avec la racine de la Savoyenne 
0iajihé-Wiracharré (le premier ch guttural) » ou avec des 
Buffaloe-berries ; le jaune , avec une mousse qui vient des 
montagnes Rocheuses, et que l'on appelle MUindé-Manké ; 
le noir, avec l'hélianthe ou avec une espèce de pierre ou 
d'argile noire. Le bleu et le vert leur sont fournis par des 
matières qui viennent d'Europe, l^s femmes des Mandans, 
des Meunitarris et des Ariccaras, fabriquent elles-mêmes, 
d'après I^iewis et Clarke ', des perles de verre de différenles 
couleurs. Pour cela elles pulvérisent celles qu'elles reçoi- 
vent de-s marchands et les remettent sur le feu en leur 
donnant d'autres formes; mais cela ne se ftiit plus autant 
aujourd'hui qu'autrefois. Une grande partie du temps des 
femmes est occupée par le tannage des peaux, opération 
qui a été décrite par plusieurs voyageurs. Les trois nations 
savent aussi fabriquer des vases de terre de différentes formes 
et grandeurs. L'argile dont elles se servent est d'une couleur 
d'ardoise foncée et devient, par l'action du feu, d'un jaune 
rougeâtre, comme on le voit aux collines brûlées du Mis- 
souri. On mêle cette argile avec du granit réduit en poussière 
par le feu ; une [ùerre grosse et ronde à la main, l'ouvrière 
forme le creux du vase en y enfonçant cette pierre, pen- 
dant qu'elle l'empêche de se fendre extérieurement, et le 
polit au moyen d'un morceau d'écorce de peuplier. Qiuind 
le vase est achevé, on le remplit intérieurement de copeaux 
secs; on en entoure aussi le dehors, après quoi on le 



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DE l'aMKRIQUR du NORD. ^97 

brûle et puis on peut s'en servir pour faire cuire les aliments. 
L'émail leur est inconnu. Quant à leurs bateaux, les Anir- 
ricains du Nord se montrent beaucoup plus adroits que les 
Brésiliens, les Patagons et les autres nations de l'Amérique 
méridionale: Quoique tes derniers habitent le boni des 
fleuves, rts n'imaginent rien pour les passer. Les Ojibouais 
et autres nations du nord ont de fort belles embarcations 
d'écorce de bouleau. Les Esquimaux construisent des ba- 
teaux artistement recouverts de peaux de chien marin, et au 
bord du Missouri, on eu voit, chez les Mandaas, qui sont 
faits de peaux de bison, et dont le dessin se trouve dans 
l'atlas de cet ouvrage. Ils sont fort légers, parfaitement 
ronds, tendus sur plusieurs morceaux de bois recourbés. et 
se croisant; un seul homme peut les porter sur ses épaules. 
Quand un jeune Indien a envie de se marier, et qu'il s'est 
assuré du consentement de sa maîtresse, il s'efforce d'ob- 
tenir aussi celui du père. Lorsqu'il lui a été accordé, il 
amène deux, trois, et quelquefois huit ou dix chevaux, qu'il 
attache k la cabane de sa Hancée, qui les remet à son père; 
celui-ci prend alors d'autres chevaux, et s'il n'en a pas assez, 
ses parents lui en donnent, et il les attache à son tour à la 
cabane de son gendre futur. Dans ces cas, on a calculé 
d'avance combien la &mille de la femme possède de che- 
vaux, car le nombre donné doit toujours être égal de part 
et d'autre : on donne, en conséquence, autant de chevaux 
que l'on croit pouvoir en recevoir en retour. Après cela, la 
fiaucée fait cuire du maïs, et en apporte chaque jour un plat 
à la cabane de son fiancé. Au bout de quelque temps, le 
jeune homme se rend à la cabane de sa maîtresse, couche 
avec. elle, et le mariage est conclu. Le jeune couple s'éta- 
blit souvent dans la cabane du beau-père, mais souvent 
aussi il se décide à s'en construire une nouvelle; quelque- 
fois il arrive que les deux époux se séparent de nouveau. 
Le beau-père joue, par la suite, le premier rôle dans 
la cabane-: tout dépend de lui , tout se fait pour lui ; si 



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398 VOTAGF U\SS I.'lITTHRIFUit 

l'on tue du gibier, c'est à lui que l'on en apporte d*abonl 
la chair. Il y a souvent beaucoup d'enfants dans ces familles 
indiennes; j'en ai vu plusieurs où il y en avait jusqu'à dix; 
en général pourtant les mariages sont moins fertiles chez 
les Indiens que chez tes blancs, ce qui provient sans doute 
de ce qu'ils allaitent leurs enfants pendant plus longtemps. 
Ils tes aiment beaucoup; mais ils en ont souvent dont la 
santé est faible, ce que j'attribue au travail forcé des mères. 
On m'a assuré que la plupart des enfants nouveau-nés 
présentent une couleur rouge très-marquée. L'avortemenl 
est inconnu parmi eux, et les difformités sont fort rares. 
Les couches sont en général d'une facilité remarquable, et 
les femmes ont coutume, ausntôt qu'elles sont délivrées, 
d'aller se baigner dans la rivière, fût-elle couverte de gla- 
çons*. Au bout de dix jours on regarde l'enfant comme 
sauvé, l'époque la plus dangereuse pour lui étant passée; 
on paie quelqu'un pour lui donner le nom que ses parents 
ont choisi pour lui. A cet effet, on élève l'enfant dans les 
bras, au milieu de la cabane, on le tourne de tous les côtés, 
en suivant le cours du soleil et l'on prononce le nom à haute 
voix. Ils ont pour leurs eufants des berceaux qui sont faits 
d'un sac de cuir que l'on suspend, par une courroie, à l'une 
des poutres de traverse de la cabane. Mais ces ba*ceau]c ne 
sont pas aussi élégamment travaillés chez les Mandans que 
ceux que nous vîmes chez les Dacotas et les Assiniboins. Il 
n'existe chez ces ludiens aucune ombre de discipline pour 
les enfants ; on leur laisse faire absolument ce qu'ils veulent, 
sans jamais leur rien dire. On s'efforce, par tous les moyens 
possibles , d'exciter chez la jeunesse le sentiment de l'indé- 
pendance et de la volonté. Si, par hasard, une mère fait 

* On dit que 1c9%(Nieli«a îles fennaa indienBu aont bcMconp pliu bciki qor 
cella de* blanches, maii qu'une Indienne qui êpuuie un bboc souffre bMucoup 
plui pour acroudicr. Le apiuine Fnnklin parie aussi de celte cîrcuDSIaDce (rojei 
son premier Voja§e , p. 8}}. Il 7 est dit que plaiîeun blanc* ai'wcnt la nëote 
femme ea caniBun. 



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DE l'Amérique du mord. 399 

UDe observation à son âts, il lui répondra par im soufllet , 
ou par un coup de pied, et parfois même il en fait autant 
à son pèi-e, qui baisse la tète et dit : « Celui-là sera un jour 
un brave guerrier. > ijes hommes traitent quelquefois leurs 
femmes si brutalement, qu'où en a vu sortir de la cabane 
pour aller se pendre à un arbre. Cela est arrivé, pendant 
mon séjour, à une vieille femme que son fils, déjà grand, 
avait maltraitée; après l'avoir cherchée partout, on la trouva 
pendue. Ije sexe obtient peu de dédommagement pour ses 
pénibles travaux ; il n'a pas même de beaux habits comme 
en Europe : ici ce sont encore les hommes qui jouissent du 
privilège de la toilette. Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est 
que ces femmes, condamnées chez elles à un esclavage per- 
pétuel, ne veulent plus travailler du tout dès qu'elles épou- 
sent un blanc; et comme les blancs qui se fixent chez ces 
nations sont eotièrttmeut au pouvoir des Indiens et des pa- 
rents de leurs femmes , ils les laissent faire. Les sœurs ont 
de grands privilèges chez les Indiens; tous les chevaux que 
les jeunes gens volent ou prennent à la guerre leur appar- 
tiennent. Quand un Indien revient à cheval d'une expédi- 
tion, s'il rencontre sa sœur, il met sur-le-champ pied à terre, 
et lui donne sa bête. En revanche, s'il désire posséder 
qurique objet de prix qui appartienne à sa sœur, comme 
par exemple, un beau vêtement, il va sans cérémonie le lui 
demander, et il l'obtient sur-leK;liamp ; si c'est une robe, 
elle s'en dépouille souvent n l'instant même. 

La pruderie n'est pas le défaut des femmes indiennes; 
elles ont souvent deux ou trois amants et même davantage, 
et l'infidélité est rarement punie. Il n'y avait, chez les Man- 
dans, qu'une seule femme à qui l'on eût coupé une partie 
du nez, ce qui anive fréquemment chez les Pieds-Noirs. 
Quand un Indien enlève une femme mariée, le mari se 
venge en s'emparant des chevaux et des autres objels de 
valeur que possède le séducteur, qui est obligé de le souffrir. 
On ne reprend jamais une femme qui s'est laissé enlever. 



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4U0 VOYAGE DANS l.'lNTÉRIEUn 

Quaad on a épousé une fille aînée, on a des droits sur tou- 
tes ses sœurs. Une des principales occupations des jeunes 
gens est de tenter leur fortune auprès des jeunes filles et 
des femmes; cette recherche et le soin de se parer remplis- 
sent presque tous leurs moments. Ils ne trouvent pas beau- 
coup de beautés cruelles. I,e soir, et jusque fort avant dans 
la nuit, ils pan^ourent les villages et les maisons ou bien se 
rendent d'un village à l'autre. Ils ont une manie toute 
particulière de publier leurs exploits dans les champs de 
l'amour, surtout quand ils se rendent dans leurs plus beaux 
habitSBuprèsde leur maîtresse. Ils croient ne pouvoir mieux 
lui plaire qu'en lui faisant connaître le nombre de leurs 
victoires, et ils marquent celles des belles dont ils ont 
triomphé par des paquets de rameaux de saule dépouillés 
de leur écorce et dont l'extrémité est peinte en rouge. Ces 
bâtons sont de deux espèces ; la plupart ont deux ou trns 
pieds de long; d'autres cinq ou six. Ces derniers se portant 
seuls, sont peints en bandes circulaires alternativement 
blanches et rouges, dont le nombre indique celui des vic- 
toires. L'autre espèce de bâtons, qui sont plus courts, ne sont 
peints en rouge qu'à la pointe, et alors c'est chaque petite 
vergette qui fiiit connaître les tiiomphes, qui, réunis après 
cela en un seul paquet, formeot un faisceau assez volumi- 
neux. I^es petits-maîtres indiens portent avec eux plusieurs 
de ces faisceaux quand ils partent pour une expédition 
amoureuse. Chez les Mandans, ces bâtons, qu'ils appellent 
Mih-Hirouché-Kehkaroucke , sont généralement tout unis, 
mais, chez les Meunitarris, il y a d'ordinaire au milieu du 
faisceau un bâton plus long que les autres et dont l'extré- 
mité est ornée d'une touffe de plumes noires. Ces plumes 
représentent la favorite, et le galant ne manque pas de dire 
à chaque femme que c'est pour elle qu'il a déployé cet éten- 
dard. On peut voir de ces bâtons d'amour, planche xxi, 

(ig.a 

S'ils ont eu des relations avec une personne qui portait 



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Oe l' AMÉRIQUE DU KORD. 4^1 

la robe blanche de bison, ils mettent en haut du bâton un 
morceau de peau de cette espèce; si , au contraire, la per- 
sonne portait une robe de laine rouge ou une robe de bison 
ordinaire, on y attache un morceau de drap rouge. Cet usage, 
très-général chez les Afandans et les Meunitarris, n'a en- 
core été, que je sache, rapporté par aucun voyageur. 

Voici les noms que les Mandans donnent aux divers de- 
grés de parenté. Le frère du père s'appelle père et sa sœur 
tante (^Kohtomim-kohchey, la sœur de ta mère s'appelle 
mère et le frère de la mère oncle ou Ratodé; le gendre 
[Roh-ftangkache)f la bru (Ptauik-//a/ig/cac/ie); les cousins 
ou cousines s'appellent frères et sœurs; te beau*père edit 
\Ptutt) et la belle-mère {Pto-Hinx) ; le grand-père ( Tat- 
té-Ckiké) et la grand'mère {Nan-Ctuké, ch guttural); le 
petit-fils se dit comme la bru {Ptauih-Heutgkachè). Il n'est 
pas permis à une belle-mère d'adresser la parole à son 
gendre, jusqu'au moment oti il est revenu à- la maison, lui 
rapportant le scalp d*UQ ennemi et son fusil; après cela 
elle peut lui parler*. Cette coutume existe aussi chez les 
Meunitarris, qui l'ont sans doute empruntée des Mandans; 
mais on ne la retrouve ni chez les Corbeaux , ni chez les 
Ariccaras. Chez les Ojibonais, et en général chez les Algon- 
quins, il n'est pas permis de changer le nom ou totem *, et 
les personnes qui portent le vaèrna totem ne peuvent point 
contracter mariage ensemble. D'après Tanner, les Algon- 
quins caractérisent, dans leurs figures hiéroglyphiques, les 
Dacotas et les nations qui leur sont alliées , en les repré- 
sentant sans totem. 

Il y a, chez toutes les nations indiennes de l'Amérique 
septentrionale , des hommes-femmes , que les Canadiens ap- 

• D'iprèi le capltiinc L*placc (Va>iige de U Ftvoriir, 1. 1, p. 190), daw lu 
Indo arienlilea, il n'ot pu pcrmii i la nwre de prannucer 1c non du père de tei 
enfanti. Elle ne duil parler de lui qu'à la troisième penonae. La Cti ne preanenl 
le nom de Famille qu'après la mon de leur père. 

■ Tojez Tanner, loc. cil-, p. 3 il. 

II. 16 



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4oa VOYAGE DANS l'iNTÉRIEDR 

pellent bardackes^ et qui sont connus, chez les Mandans, 
sous le nom de Mik-Decké^. Ce sont des hommes qui s'ha- 
billent en femmes et se livrent à toutes les occupations de 
celles-ci. Les jeunes gens les traitent absolument comme 
des femmes, et entretiennent avec eux certaines relations 
contre nature. Charbooneau assurait même que l'on pré- 
fërait ces hommes aux femmes. Aujourd'hui il n'y a pas 
beaucoup de ces êtres parmi les Mandaos et les Meunîtanis. 
Chez les premiers il n'y a qu'un grand homme sourd-muet, 
et chez les derniers, trois de ces individus. 

Ceux-ci prétendent ordinairement qu'un songe ou une 
inspiration d'en haut leur a ordonné d'embrasser cet état, 
comme leur médecine ou leur salut, et rien ne peut alors 
les dissuader de leur projet. On a vu souvent des pères 
prendre les moyens les plus violents pour forcer leurs, en- 
fants à changer d'idée, commençant par leur faire présent 
(le belles armes et deriches habits, afin de leur inspirer le goût 
des occupations viriles, et puis passant à la sévérité et aux 
coups, mais toujours inutilement. Pour se justifier, les In- 
diens racontent la fable suivante, à laquelle ils ajoutent une 
fois implicite : On voulut une fois, diseot-ils, forcer un 



< D'après Mackcnnej {Tour lo the hakti, p. 3i5), i} j • di 
rhsi Ies OjiboDEÎi; cl Tsnncr {toc. cil,, p. td5) en pirie, Undis que Sirylulieow, 
iJkiipdorf et d'autrei l'uaiirenl dei Aléulei (voyez Voyage de Upgvlorf , t. II, p. i3]. 
Chei le> Aléutei, cei honinei l'appellent Cliopaa. On trouve , en efiet, chu ce 
peuple , divers Inila de miemblaaee avec la Indieni du Miuouri. Il y a beaucoup 
de mpport dani leur danie ; leur musique est la même , si ce n'eit qu'en [dace du 
cbichiluiué de citrouille ou de cuir, ils se servent de veuies. La principale dilTé- 
reoce entre eux, c'est que les Aïeules ne fument pu de tabac, mais le pminfui 
en pondre. Le major Long {Exped. lo Si Peier'i Rirer, p. ix) nous apprend qu'il 
7 «deibardaclwicheilesSaci eilaRenanb. On en trouve chei les CoTbeaiu.cbei 
les Pied*-Noiri , chei les Dieotai , cbei les Auiniboin* , chei les Ariccaruj ta un 
mot, chez la plupart des nations, dont il Faut cependant excepter les Hcnononies 
(Falle*-ATaines) et lei Oltanai (Courtes-Oreilles), tes Heunilarrà montrait an< 
jaurd'hui beaucoup plus de raffinement dans leun rapporta avec l'aulre seie que la 
Mandani, et l'on entend parler de choses dont on ne se senil jamais douté chei 
les peuples. Autrefois les Handans surpassaient a cet ^ard les Meunitarris ; ■ pré- 
icQl, c'est le contraire. On assure que la morale est, sous ce rapport , bien plus relt- 
ehée encore chei les Corbeaux que parmi les nations voisina. 



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DE L'AH^niQUE DU NORD. 4^3 

bomme à se désister de son projet; ud guerrier distiogué 
le menaça; il en résulta une querelle très-vive, dans la- 
quelle le iMirdache fut tué d'un coup de flèche; puis, quand 
ou voulut ramasser le corps, on ne trouva plus à sa place 
qu'un tas de pierres, au milieu duquel la flèche était fichée. 
Depuis ce temps, personne ne veut plus se mêler d'affaires 
de ce genre, dans lesquelles on reconnaît une institution 
des puissances célestes qui la protègent. Volney et quelques 
autres écrivains ont dépeint le caractère moral des abori- 
gènes de l'Amérique septentrionale et leur vie sociale sous 
des couleurs trop défavorables. La méfiance et l'inimitié, 
disent-ils, régnent à tel point parmi eux, qu'ils ne sortent 
jamais sans armes de leurs cabanes ; mais je puis attester 
que les Indiens se font voir très-souvent désarmés dans leurs 
villages et même dans les campagnes environnantes, et ce 
n'est que dans un plus grand éloignement, et quand ils sont 
en costume de cérémonie , qu'ils portent leurs armes à la 
main. Je n'ai jamais été témoin de disputes parmi eux, mais 
j'y ai vu, au contmire, beaucoup plus d'union et de tranquil- 
lité que dans l'Europe civilisée. 

Ou a souvent soutenu que les facultés de l'esprit étaient 
moins développées cbez les Indiens que chez les blancs, 
mais celte assertion est aujourd'hui suffisamment réfutée ' , 
et Harlan n'a pas tort ' quand il dît que, dans l'ordre des 
races humaines qui, selon Blumenbach, sont au nombre de 
cinq, la race américaine doit £tre placée immédiatement au- 
dessous de la caucasienne. Si l'homme, dans toutes ses va- 
riétés , n'a pas reçu du Créateur des facultés ^ales , je suis 
au moins convaincu que les Américains ne sont pas, à cet 
^rd, au-dessous des blancs. Beaucoup de Mandans mon- 
traient un grand désir de s'instruire, et des dispositions à 

' Tojei ■ ce Mijel Hickennc]', be. «(., p.tiS, el d'xutrci écriiains. I.e mii- 
lioDiuire Pirker a *iiMi , depiiii peu , itteité b mteM cbose. 
> Toffi fauna emericama, p. it. 



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4o4 TOTAGE DAKS L'iHTÉItlEljn 

saisir des choses d'im ordre élevé. I) serait très-fecile de les 
éclairer, s'ib étaient moins attachés aux préjugés qu'ils oni 
hérités de leurs ancêtres. Les mauvais exemples qu'ils re- 
çoivent trop souvent des blancs qui habitent leur pays, el 
qui n'ont d'autre but que de gagner de Taisent , ne son! 
certes pas faits pour nous attirer de leur part un gram 
respect ou pour les rendre meilleurs ' ; et si on ne les 
a pas trouvés favorablement disposés pour la religion chré- 
tienne, c'est, en grande partie, la faute des blancs qui se 
disent chrétiens et qui sont souvent, plus immoraux que les 
Indiens les plus grossiers '. On a déjà donné, dans plusieurs 
ouvrages américains et étrangers, des preuves frappantes 
de l'esprit des Indiens et de la manière saine dont ils jugent 
les circonstances de la vie; il est inutile de répéter ici ces 
exemples. On est souvent embarrassé pour répondre aux 
questions si justes qu'ils vous adressent. La vie inactive 
qu'ils mènent, et qui est enracinée chez eux, devient un 
grand obstacle à leur faire adopter une autre manière d'être; 
mais leurs dispositions pour le dessin, pour la musique, etc.. 
sont frappantes. Beaucoup de Mandans trouvent un vrai 
plaisir à dessiner, et s'en acquittent avec talent. On con- 
naît les hiéroglyphes dont les Indiens se servent en place 
d'écriture, les dessins sur leurs robes; la signature de Mato- 
Tope (pt. xxii), et une lettre indienne se trouvent dans 
l'appendice avec leur explication. Quelques-uns d'entre eux 
discutaient avec une véritable passion sur des sujets d'un 
ordre élevé; ils nous demandaient nos idées sur les divers 
corps de la terré.ét sur l'origine de l'univers; ils avouaient 
franchement que l'explication absurde qu'ils en donnaient 
ne les satisfaisait point. D'autres , au contraire , trouvaient 
notre système beaucoup plus ridicule que le leur; ils écla- 

■ Vojci Schoaterifi , Ex/ud. a/Got. C>uj.,p. 3io. 

> Vojet ce que le opitaine Frinklia dit duu wn premier Voyage i U mer Gla- 
ciale, p. 66, lur la inautaiie ràpulatioD de beaucoup de blanci. Od trouTe 1* de 
forl btu Temeigoementi qui coaneDDeol à la plupart des Indiens. 



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DK L'AHiniQUE DU NORD. 4"^ 

Uient de rire, quand on leur disait que la terre était ronde 
et tournait autour du soleil ; d'autres encore ne rejetaient 
pas tout il fait ce que nous leur disions, en observant que 
les blancs savaient faire tant de choses qui étaient inexpli- 
cables pour eux, qu'il était bien possible qu'ils eussent en- 
core raison à cet égard. 

Dans tous les ouvrages oii il pst question de ces peuples 
remarquables, on trouve des discours de leurs che& qiii sont 
souvent fortement pensés et noblement exprimés. Ils ai- 
ment le langage figuré, et disent souvent à leurs oppres- 
seurs de dures vérités. Le docteur Morse cite, entre autres, 
certaïues phrases dont ils se sont servis, soit en concluant 
la paix ou en déclarant la guerre, et qui disent beaucoup 
eu peu de mots. Ainsi, par exemple, dans une déclaration 
de guerre : « Le sang de nos femmes et de nos en&nts fume 
sur le sol. > — • Les ossements de nos guerriers et de nos 
vieillards gisent à découvert et blanchissent la terre. » — 
c Le tomahawk est levé. » £n concluant la paix, ils disent : 
« Les ossements de nos guerriers sont enterrés, » — «La 
hache d'armes est enterrée. » — «Le saug répandu de nos 
femmes et de nos enfants est couvert. n — «Le sentier qui y 
conduit doit être propre ; il ne faut pas qu'aucune mauvaise 
herbe y croisse. j> — « La chaîne qui nous unit ne doit pas 
se rouiller. » Dans un sens contraire, ils disent : « La chaîne 
commence 'à se rouiller; » etc. On trouve souvent chez ces 
hommes une énei^e de caractère portée au plus haut de- 
gré. Plusieurs se sont tués par amour ou par un sentiment 
d'honneur blessé. I^e docteur Morse rapporte un exemple 
remarquable' d'un Indien qui s'est tué parce qu'on l'avait 
accusé de lâcheté , après que sa mère eut souffert la mort 
pour lui. Plusieurs voyageurs parlent de la mémoire ex- 
traordinaire des Indiens', parmi lesquels il y en a qui peu> 

' Voytx D' Mortt'i KeporI, p. 1611. Tanner [lot. cit., p. iia), Sty et d'autru, 
ptrient do lukides dei lodisiu. 
' Tojiei Bradbuiy, p. 68, et dan* d'tiiim endrotti. 



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4o6 VOT&GE DANS l'iITTÉRIEUII 

vent racoQter toute l'histoire de leur nation sans commettrr 
la plus légère erreur. 

I.«s Mandans et les Meunîtarris sont très-fiers et ont 
beaucoup d'ambition. Si l'on exprime le désir de posséder 
quelque objet qui leur appartienne, ils vous en font ordi- 
naîrement présent ; mais ils attendent en retour un présent 
d'une valeur supérieure ou du moins égale. Ils mettent à tout 
ce qu'ils possèdent une valeur imaginaire, bien supérieure 
à celle que ces objets ont en réalité; ainsi on a vu souvent 
uii objet tout à fait insignifiant payé par uu ou deux che- 
vaux. Parmi les plus précieux il faut ranger surtout la 
peau d'un bison blanc femelle, dont je parlerai plus bas. 
Ainsi que je l'ai déjà dit, une petite peau d'hermine se paye 
seize florins, tandis qu'on peut avoir une peau de loup pour 
un peu de tabac. Un bonnet à plumes vaut souvent un ou 
deux chevaux; on donne un cheval pour cent ou cent cin- 
quante dents d'elk, ou pour une poignée de coquilles de 
dental ium, etc. 

Les hommes sont, en général, fort paresseux, sauf tou- 
tefois quand ils peuvent se livrer à leurs exercices favoris 
de la chasse et de la guerre. Du reste, les Mandans et les 
Meunitarris, à tout prendre, ne sont pas dangereux, et 
quoiqu'il y ait parmi eux beaucoup d'hommes grossiers et 
sauvages, ils sont assez bien disposes pour les blancs, et, 
chez les premiers surtout, il y a un grand nombre d'excel- 
lents hommes, dignes de toute confiance et que Ton ne 
saurait faire autrement que de louer. Il ne manque pas 
parmi eux de voleurs, principalement parmi les femmes et 
les enfants; et quand les Meunîtarris rencontrent des blancs 
dans la prairie, ils ne les tuent plus, à la vérité, mais il ne 
leur arrive que trop souvent de les piller. 

Ils ont toujours leur entrée libre dans les forts des com- 
pagnies de commerce, et comme au fort Qarke il n'y avait 
point d'emplacement spécial pour les Indiens, on était im- 
portuné pendant toute la journée de leurs visites, en qucl- 



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DE l'aUIÉBIQUE du KORD. ^O"] 

que endroit qu'on se trouvât ; ils en chassaient même sou- 
vent les habitants légitimes, ce qui devenait insupportable 
dans les grands froids de l'hiver; ils usurpaient alors les 
places autour de la cheminée , tandis que lenrs larges robes 
, de bison interceptaient toute la chaleur qui ne pouvait plus 
arriver jusqu'aux autres personnes présentes. [Is préten- 
dent qu'on doit leur offrir toujours l'hospitalité, ce qui , en 
effet a ordinairement lieu; et l'on calcule qu'ils coulent & 
la Compagnie au moins deux cents livres de tabac par an. 
Quelques-uns d'entre eux montraient cependant plus de 
délicatesse, et avaient soin de s'éloigner de la salle à manger 
à l'heure des repas ; mais il y en a fort peu qui possèdent 
assez de tact pour cela: la plupart arrivaient, au contraire, 
précisémeut au moment du dîner, parce qu'en hiver ils 
étaient peu fournis de viande et étaient forcés de se nourrû' 
assez mal. T^es querelles sont fort rares parmi eux ; mais il 
n'en est pas de même des duek qui sont fréquents, et la ven- 
geance du sang a lieu chez tous ces peuples. 

Plusieurs de ces Indiens sont fort propres et se baignent 
presque tous les jours, en hiver comme en été; cependant 
ib ont souvent les mains très-sales, couvertes de couleur 
et de graisse, comme, parfois, tout le corps. I>es femmes 
sont moins propres que les hommes, surtout leurs mains, 
ce qui provient des pénibles travaux auxquels elles se li- 
vrent. Les Indiens prétendent que les blancs sentent mau- 
vais , parce qu'ib se lavent trop rarement le corps. Ils por- 
tent généralement les ongles fort longs, et sont fort tolérants 
pour la vermine, ce dont leur épaisse chevelure et même 
leurs robes de bison n'offraient que trop de preuves. Il 
parait du reste que ces insectes ne sont pas fort dangn^ux 
pour les blancs ; noqs en sommes du moins toujours restés 
exempts, quoique nous fussions perpétuellement en contact 
avec les Indieus. Ils se cherchent mutuellement ces petits 
hôtes, et les mangent; les femmes eu font souvent des 
présents aux hommes. Dans la cabane de Dipéûch, à 



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4o8 VUÏAGE DANS l'iHTÉRIEUH 

MIIi-Toiitta-Hangkouclie , la femme qui se livrait, à cette 
petite chasse sur la tête de sou jeune fils, offrait sur sa 
main les plus belles pièces de ce gibier à sou mari, qui les 
avalait avec une satisfaction visible. Les Indiens ne man- 
gent point avec plaisir le gibier pris sur la lête des blancs. 

Les sauvages habitants des prairies sont extrêmement 
adroits et endurcis au mal. Ils aiment à se baigner, au cœur 
de l'hiver, dans de l'eau glacée, et vont dans cette saison 
nus jusqu'à la ceinture, c'est-à-dire sans autre vêtement 
que leur robe de bison. I^a natation «st un de leurs princi- 
paux exercices, et ils s'y livrent dès leur tendre jeunesse. 
J'ai déjà remarqué que j'ai vu toutes ces nations nager à la 
manière des Tapuyas du Brésil, et d'autres auteurs ont fait 
la même observation '. Us montent souvent à cheval à nu, 
et courent les uns contre lesautres. Ils sontaussi d'excellents 
arcbers. Chez eux tous les sens sont perçants et fort etercés. 

De même que chez la plupart des nations indiennes de 
l'Amérique septentrionale, il existe chez les Mandans et les 
autres nations du haut Missouri certaines bandes ou asso- 
ciations qui se distiuguent par des marques extérieures H 
par des lois particulières. Us ont trois espèces de sifHets de 
guerre ou de signal, Ihkocheka, qu'ils portent autour du 
cou et qui font partie des marques dislinctives des bandes 
qui partagent les hommes en six classes, d'après leur âge. 

La première bande est celle des Meniss'Ochka-OcfuUé 
{ch guttural), c'est-à-dire, les chiens fous ou ies chiens 
dont on ne comiait pas le nom. Elle se compose de jeunes 
gens de dix à quinze ans, qui portent pour Ihkocheka un 
aileron d'oie sauvage (l'outarde des Canadiens) * dont l'os 
est fort petit. Quand ils dansent, trois d'entre eux ont un 
long et large morceau de drap rouge qui leur pend du cou 

< VdJH Mtckeiinry, Tour lo tlit Laktt, p. )o;. 

> Il al rcmmiiuble que, lUn* différente» conlréo de l'AmériquE mà'idiDiMle , 
le» oiet uuvage* s'ippeUenl luui aiularifai, ■ et que notu ippnnd il'Orbignir 
(l U, p. i6S). 



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DE l'aHÉRIQUE du HURl). ^OC) 

jusqu'à terre; de même que toutes les autres classes, ils ont 
un chant particulier pour accompagner leur danse. Autre- 
fois les gens âgés pouvaient aussi faire partie de cette bande. 
mais dans ce cas, il ne leur était jamais permis de reculer 
devant l'ennemi; depuis, on a changé cette règle pour celle 
qui existe aujourd'hui. Quand de jeunes garçons veulent 
entrer dans la première bande, pour devenir des hommes, 
ils s'adressent aux membres de cet te bande, en leur donnant 
le litre de père , et cherchent à apprendre la danse et le 
chant et à acquénr le grade et le sifflet de guen-e pour 
certains objets de prix, tels que des costumes de laine, 
du drap, des chevaux, de la poudre, du plomb, etc.; et c'est 
leur père qui paye pour eux. S'ils trouvent quelqu'un qui 
consente à leur vendre le grade, ils ont droit sur-len^hamp 
à toutes les distinctions de la bande, et te vendeur renonce 
à toutes ses prétentions; mais alors il cherche à acheter à 
son tour l'entrée dans une bande supérieure. Les danses 
des diverses classes sont les mêmes, quant au fond; mais à 
chacune s'attache un chant différent et quelquefois des pas 
particuliers. On achète aussi avec te grade le tambour et 
le Chichikoué. Les Mandans appellent le tambour /ttanna- 
Béréché {ch guttural), et le Oiickikoué se dit, dans leur 
bngue, Inahdé. Ce dernier est, chez la première bande, de 
la forme d'une boule, garni d'un manche et fait de cuir. 
Quand on veut désigner plus particulièrement l'espèce de 
ces instruments, on ajoute, au mot Inaltdé, le nom de lu 
bande. 

La seconde classe ou bande est celle des Héhderowclutf 
Ochaté (c/t guttural), c'est-!k-dire fa beuide du Corbeau, 
et se compose de jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans. Il 
arrive souvent que des jeunes gens restent pendant six mois 
ou plus longtemps san» faire partie d'aucune bande; ils vont 
alors à celle du G>rbeau et disent : « Père, je suis pauvi-e, 
mais je voudrais bien acheter de toi. » Si le propriétaii-e y 
consent, ils l'e^oîvcnt la plume de corbeau, qtie cette bande 



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4lO VOVAGE DANS LlHTIiRlEUH 

porte sui- la tête, un double Ihkocheka, composé de deux 
ailerons d'oie attachés l'un à l'autre, te tambour, le Oiichi- 
kaué, le rliant et la danse. Chacune de ces bandes a un chef 
que les Américains appellent headmati, qui décide de la 
vente des droits et des attributs; c'est à lui qu'on s'adresse 
dans les difficultés qui survieuneut. On dispase ensuite, dans 
la cabane de médecine, une f^te qui se prolonge pendant 
quarante nuits, et dont je parlerai plus bas; on y danse, on 
y mange et l'on y fume. Les frais sont pour le compte des 
acheteurs, qui cèdent en outre, pendant tout ce temps, leurs 
femmes aux vendeurs, jusqu'à ce que les pères soient satis- 
faits et remettent aux acheteurs leur propriété, ce qui ter- 
mine la fête. 

La troisième classe ou bande est celle des 0tarak' 
Orhaté ou des Kana-Karakachka {ch guttural); ce sont 
les soldats, ou les guerriers les plus distingués. Quand ils 
dansent, ils se peignent le haut du visage en rouge et le 
bas en noir; leur sifTIet de guerre est grand et fait de l'ai- 
leron d'une grue. Leurs insignes sont deux longs b&lons 
droits, entoures de peau de loutre, qu'ils appellent Meuma 
(le bois), et auxquels ils suspendent des plumes de hibou '. 
Quand ils vont à la guerre, ils plantent ces bitons en terre 
devant l'ennemi, et il ne leur est pas permis de les abandon- 
ner, non plus qu'aux Européens leurs drapeaux. Ils ont encore 
un de ces bâtons avec des ^ilumes de corbeau, qui se plante 
aussi en terre, et qu'il n'est pas permis non plus d'aban- 
donner; ils l'appellent Kehka-Panessi (voyez à \Appen- 
flice). Ils ont un chant et une danse, et doivent acheter 
des places dans les classes supérieures. I^eur Ckichikoué, 
ou crécelle, est fait de fer-blanc; il est dans la forme d'un 
petit chaudron, avec un manche; ils possèdent aussi deux 
pipes dont ils se servent pour fumer dans certaines occasions 

• Celle espère Je Utoa s'appeUe «uwi thiio/iia-Ciolulè , ri In Meimibrrit In 
dnignent wui le Don de Bidda-Patadip» ( ch gultnni ). 



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DE L*AM£niQL]E DU NURD. 4l< 

particulières : deux hommes sont chargés de garder et de 
porter ces pipes. Toutes les classes supérieures peuvent en 
même temps faire partie de la baode des Kana-Kam- 
kachkay parce qu'elle est destinée à maintenir la police; 
mais il va sans dire que tous les membres doivent s'être en- 
tendus pour l'achat. Si un seul homme vote contre la vente, 
l'af&ire ne peut se conclure. Il y eu a quelquefois qui ne 
donnent pas leur consentement sur-le^hamp, afin de faire 
monter plus haut le prix de l'achat, et revendre ensuite 
d'autant plus cher. Ces soldats forment un comité qui dirige 
toutes les principales affaires, surtout quand il s'agit d'entre- 
prises générales , comme changements de demeure, chasses 
au bison, clôtures de villages, etc. Si les troupeaux de bisons 
sont dans le voisinage, ils les surveillent et ne permettent 
pas qu'ils soient troublés par des individus isolés, jusqu'à ce 
qu'une chasse générale puisse être organisée. 

Si, pendant ce temps, quelqu'un tire un loup ou quelque 
autre animal, les soldats lui enlèvent son fusil et lui donnent 
parfois des coups, ce qu'il est obligé de souffrir; on n'épar- 
gne pas, en pareil cas, les chefs. Les blancs qui demeurent 
dans le voisinage, et qu'ils appellent Ouachi, sont soumis 
aux mêmes lois, et il est arrivé souvent que les soldats ont 
enlevé aux fendeui-s de bois du fort leurs haches ou leur ont 
défendu de poursuivre leurs travaux , de peur qu'ils ne 
troublassent par leur bruit les troupeaux de bisons. 

La quatrième bande ou classe, qui est celle des Meniss- 
Ochaté (cA guttural) ou des Chiens, porte, en dansant, 
un grand bonnet de drap bigarré, auquel est attachée une 
grande quantité de plumes de corbeau , de pie et de hi- 
bou , et qui est orné de crins de diverses couleurs et de 
bandes d'hermine; elle a aussi un grand sifflet de guerre, 
fait de l'aileron d'un cygne. Trois d'entre eux ont aloi-s, 
pendante sur le dos, la même lanière de drap rouge dont 
nous avons parle à l'occasion de la première handc de^ 



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4ia VOYACK DANS l'iNTÊHIEUR 

Meniss-Ochka-Ockaté. Leur tête est généralement ornée 
d'une épaisse touffe de plumes de hibou, de corbeau ou de 
pie, qui retombe par derrière, et souvent aussi ces trois 
espèces de plumes sont mêlées ensemble. A ces trois hom- 
mes, décorés de longues lanières de drap rouge, et qui sont 
les Chiens proprement dits , on a le droit de jeter un mor- 
ceau (le viande par terre ou dans la cendre du foyer, eu 
leur disant : a Tiens, chien, mange ! » et ils sont obligés de 
se jeter dessus et de le dévorer tout cru comme des chiens 
ft d'autres animaux de proie. Le CJiichikoué de cette bande 
est formé d'un bâton d'un pied ou de dix-huit pouces de 
long, auquel sont attachés un grand nombre de sabots d'a- 
nimaux. Le portrait de Pehriska'Roupa , sur la planche 
XXIII, indique le costume des trois Chiens. 

La cinquième bande se compose des Bemck-Ockalé (les 
bisons ou les hups); ils portent en dansant la peau de la 
tête d'un bison, avec sa longue crinière et ses cornes; maïs 
les deux plus vaillants d'entre eux, choisis parmi tous, et à 
qui api'ès cela il n'est plus jamais permis de fuir devant 
l'ennemi , portent sur la tète une imitation complète d'une 
tête de bison tout entière avec les cornes (voyez la planche 
xviii), et regardent à travers les yeux artificiels, entourés 
d'un cercle de fer ou de fer-blauc. Cette bande est la seule 
qui porte un Ihkocheka de bols, et, dans leur société, il y a une 
femme qui, lorsqu'ils dansent, leur présente un bassin avec de 
l'eau pour se rafraîchir ; mais il ne lui est permis de présenter 
cette eau qu'aux plus braves qui portent ta tête entière de 
bison. Dans cette occasion, elle est vêtue d'un beau costume 
neuf en cuir de bighorn et se peint le visage de cinabre. Les 
hommes s'attachent par derrière un morceau de drap rouge,, 
avec une 6gure qui représente une queue de bison , et ils 
poitent les armes à la main. Les hommes à la tète de bison 
se tieunent toujoui-s, pendant la danse, en dehors du groupe, 
imitant Ifs mouvements et le beuglement de cet animal. 



D.gitizecbyG00glc 



DE L*AM£niQUE DU NOHU. 4<3 

quand il court de côté et d'auli-e, inquiet et timide, regarde 
autour de lui dans tous les sens, etc. (Voyez sur la pi. xviii. 
la représentation de la danse du bison.) 

La sixième bande est celle des Ckampsi-Ockaté\les 
chevreuils à queue noire). Elle se compose d'hommes âgés 
de plus de cinquante ans , mais qui dansent pourtant en- 
core. Deux femmes appartiennent à cette bande; elles la 
servent pendant la danse, font cuire des mets, distribuent 
de l'eau fraîcbe, et fendent d'autres oHIces de ce genre. Les 
hommes de cette bande portent tous autour de la tête une 
couronne de grilTes d'ours, et autour du corps toutes les 
marques distinctives de leurs exploits, telles que plumes, 
touffes de cheveux aux bras et aux jnmbes, scalps, pein- 
tures, etc. 

Toutes ces bandes, ainsi que les danses suivautes, s'achè- 
tent et se vendent ; et dans ces occasions , ainsi qu'il a été 
dit plus haut, il faut que l'acheteur abandonne sa femme au 
vendeur pour tout le temps que dure la fête. Si c'est un 
jeune homme qui n'est pas encore marié, il fait souvent un 
long voyage, pour aller dans un autre village demander à 
un de ses amis de lui prêter sa femme; celui-ci l'accompa- 
gne alors, et remet sa femme tous les soirs après la danse. 
Il arrive souvent que cet ami amène avec lui , à la danse , 
trois ou quatre femmes ou même davantage, et les remet à 
son soi-disant père, c'est-à-dire, aussitôt que la danse, le 
repas, la fumerie et le calcul des coups ou exploits sont 
terminés. Nous parlerons plus bas de ces cérémonies. Dans 
ces occasions, une femme se présente après l'autre, ainsi 
que je le dirai en décrivant la médecine du bison des Meu- 
nttarris et la vente de V Ichohé-Kakochochaté ; elle passe 
la main par-dessous le bras de l'homme qu'elle veut favori- 
ser, et va se placer à l'entrée de la cabane, où elle attend 
qu'il la suive. Souvent celui qu'elle a invité demeure assis 
et baisse la tête ; alors la femme retourne chez elle, et revient 
avec des objets de prix, tels que des fusils, des robes, des 



D.gitizecbyG00glc 



/|l4 VOYAGK DANS l'|\TÉRI1lUR 

couvertures de laine et autres objets semblables, qu'elle dé- 
pose successivement devant lui, jusqu'à ce qu'il soit satis- 
fait, qu'il se lève et qu'il la suive dans le bois. 

Il y a encore d'autres danses qui se vendent et s'achètent, 
comme, par exemple, une seconde des Kima-Karakachka 
et la danse de la tête à demi tondue {Ichohé-K€tkocho~ 
chatéy le dernier ch guttural), que la plus basse classe peut 
acheter, avant qu'elle ait encore atteint l'âge d'être Kana- 
Karakachka. 

I^ fêtedemédecine,lesinsignes et la danse des têtes à demi 
tondues seront décrites plus bas. Il y a aussi la danse du J/^ 
niss-chéh-Ochnté (le dernier ch guttural), Oid-Dog-Dance, 
la danse des vieux chiens. La bande des chiens peut l'acheter 
de celle des bœufs, avant de devenir bœufs eux-mêmes ou 
de pouvoir entrer par achat dans la bande des Berock- 
Ochalé. A. la danse des vieux chiens, on se peint en blanc 
et tes mains eu rouge et en noir; on porte autour du corps 
une lanière de peau d'ours et des plumes pendant de la 
tête par derrière. 

La danse dite danse chaude [Waiiaddéchochaté) se danse 
maintenant à Rouhptare et chez les Meunitarris, qui l'ont 
achetée des Ariccaras. Les petits chiens dont on ne connaît 
pas le nom la conduisent. Pour la danser ou allume un 
grand feu et l'on éparpille par terre une quantité de char- 
bons ardents, au milieu desquels les jeunes gens doivent 
danser les pieds nus ainsi que le reste du corps; leurs mains 
avec Tavant-bras, et les pieds jusqu'au-dessus de la clie- 
ville , sont peints en rouge ; sur le feu 11 y a une marmite 
dans laquelle cuit de la viande coupée par morceaux; et 
quand elle est cuite, ils sont obligés de tremper la main 
dans l'eau bouillante, au risque de se brûler, pour y pren- 
dre la viande et ta manger. Ceux qui viennent les derniers 
sont les plus mal partagés, paixc qu'ils sont forcés de rester 
plus longtemps dans l'eau. Pendant la danse, ils portent à 
la main leurs armes et te chichikoué. 



D.grtizecbyG00glc 



DS L ABIERIQUI DU NOHU. 4 ■ -^ 

As-Ckoh'Ochaté {ck gu(lural) est encore une danse qui 
sera déciite dans un des chapitres suivants. Elle est accom- 
pagné du chichikoué et du tambour, et se danse en rond 
comme à l'ordinaire. Les danseurs portent à la main des 
arcs-Unces', ornés de plumes et de boyaux d'ours. 

PrécUémeat de la même manière que pour les hommes , 
les femmes sont, chez les Mandans, partagées en quatre 
classes d'après l'âge. La classe la plus jeune s'appelle Eruhpa' 
Mih-Ochaté (la bande du fusil); elles portent derrière la tèu-. 
une couple de plumes d'aigle, se peignent la figure et ont 
leur danse. 

La classe suivante, dans laquelle elles s'achètent, est la 
bande de la rivière, Passan-Mik-Ochaté. Quand celles-ci 
dansent, ^tes portent, attachée sur le devant de la tête par 
un bandeau blanc, une plume d'aigle qui penche à gauche 
et dont le tuyau est enveloppé d'herbe. 

La trobième classe se compose des femmes duToin, Oian- 
Mih-Ochaté {^ck guttural), qui mettent leurs plus beaux 
liabits quand elles dansent, et ne chantent que la chanson 
du scalp. 

La quatrième classe, enfin , sont les femmes de la Vache- 
Blanche, PUhou-Tack-Ochaté {Va de tack a un son qui 
tient le milieu entre a, eu et aî). Elles se peignent un des 
yeux de la couleur qui leur plaît, mais généralement en 
bleu-ciel. Ces femmes, qui sont pour la plupart âgées, sont 
tatouées de lignes noires, depuis ta bouche jusqu'au bas du 
menton * ; elles sont coiffées d'un lai^e morceau de peau de 

> l.'tn>\mtx,Enihpa-Uickié (ch gultur*l),eit un grand trc, ■ l'une det eilré- 
milci duquel esl atlaché un (er de bnM. Il ne Mrl que comme arme de luie , el 
ou DB l'eaploie pu dua le «omIml U «M wné de plume* d'aigle , et louTent luui 
de drap rouge; quand il ttt conpiétenieni décoré, u valeur eit etlimée de cent à 
deux cent cinquanle Ùotiai. Il ptue par hérilage du péra an fils, el il esl impoi- 
lible de a'en procurer à bon marché ; il faul quelquefbia en donner un cheral et 
dannlage. 

> Le opitaina Becchey a «u , chei la Eiquimaui et le« Caliromieu), un lalouage 
eiaclemenl «emblable, de rait* noim et perpendiculaire >ur le mentoa (>o;ei 
FojtgtdtBtfdity, 1. 1, p. ISo, el I. Il, p. 77). LeaEtquînMut aT*icnl trois raiei. 



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4l6 VOTAGE DANS l'iNTÉRIEUR 

bison blanc, i-essemblant à un bonnet de hussard, et par 
dessus un plumet. On trouvera plus bas une description 
détaillée de ce costume, et l'on en peut voir le dessin à la 
vignette n" a8 de XÀllas. 

Ces sociétés ou bandes donnent lieu à beaucoup de fêtes, 
<le chants, de musique et de danses; mais il y a encore quel- 
ques autres danses et récréations; de ce nombre est la danse 
du scalp, qu'il vaudra mieux décrire en parlant des 
usages de ta guerre. Leurs amusements musicaux sont d'un 
genre fort simple. Le chant des diverses nations indiennes 
de l'Amérique septentrionale est, à peu de chose près, le 
même et a déjà été décrit. Il se compose de cris poussés de 
temps à autre et souvent interrompus par de grands éclats 
de joie; il est accompagné de grands coups frappés sur 
le tambour pour marquer la mesure, pendant que d'autres 
hommes agitent le chichikoué. Indépendamment de ces ins- 
truments, les Mandans ont encore de longs sifflets de bois, 
à l'extrémité inférieure desquels voltige d'ordinaire une 
plume d'aigle attachée à un cordon (voyez à XApperuUce). 
D'autres sifïlets, appelés Ihwockka, sont plus gros, d'une 
longueur de vingt pouces, et ont des trous sur lesquels ou 
pose les doigts; c'est en cela qu'ils diffèrent de llhkochdia ; 
ils sont parfois ornés de peau et d'autres objets. Ce sont là 
tous tes instruments de musique de ces Indiens , auxquels 
on peut encore ajouter les sifflets de guerre dont j'ai parlé 
plus haut et qui s'appellent également Ikkocheka ou sifflets 
sans trous. I^s Indiens ont encore plusieurs auti-es jeux pour 
se divertir. Celui que les Canadiens fran^>ais appellent billard, 
Skohpe, dans la langue du pays, se joue par deux jeunes gens 
armés de longs bâtons, souvent entourés de cuir et auxquels 
sont suspendus une foule d'objets différents. Sur une longue 
tanière droite et unie, ou sur une route bien unie, dans 1p 
village ou dehors, on fait rouler un petit cerceau rond, re- 
couvert de cuir; on court après et on lui jette le bâton. Le 
jeu dépend de la convention faite d'avance, d'après laquelle 



D.gitizecbyG00glc 



D.oiiiz.owGoogle 



vig. 17, tome II, paga 417. 

Jeu A'tuxé ( volants ) chez \ta Indiens Handani et les Iddiens 

Meunitarris. 



Vif. l«,t«MMll,fiiee476. 
bsme des Indiens Hondins.- 




Tlg. 38, lORK 11, psge 47B 
Massue des Indiens MaDdani. 



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DE l'aH^BIQUG du KORD. 417 

le bâton doit demeurer dans le cerceau ou à côté. Les Meu- 
nilarris appellent ce jeu Mah-Kache {ch guttural), et le 
major Long, dans son voyage aux montagnes Rocheuses ', 
en parle comme étant d'usage chez les Pahnis; mais ces der- 
niers ont un crochet au bout de leur bâton, ce qui n'a pas 
lieu chez les autres nations. 

Les femmes sont fort adroites au jeu de ta grosse balle 
de cuir, Mik'PtoU-Ké, qu'elles font tomber alternativement 
sur le pied et sur le genou, la renvoyant et la rattrapant 
toujours, et la tenant ainsi pendant fort longtemps en mou- 
vement sans que jamais elle touche la terre. On joue ce jeu 
pour des primes qui sont souvent très-élevées. Les Meuni- 
tarris l'appellent Mah-llh'Tappeu. La balle est souvent fort 
jolie et artistement recouverte de piquants de porc-epic co- 
loriés (voyez pi. xLvitt, (ig. i4)- ^'«s cartes n'ont pas en- 
core pénétré chez ces Indiens; mais les Osages et d'autres 
peuples yjouent; en revanche, les Mandans et les Meuni- 
tarris ont un jeu pour les enfants , qu'ils appellent Assé 
(voyez la vignette n" a^). 

L'extrémité d'un andouiller de cerf, dans lequel on a fiché 
une couple de plumes, est lancée en avant, en sorte que la 
pointe parte la première. 

Au printemps, quand le temps est beau , vers la mi-mars, 
les garçons et les tout jeunes gens jouent avec un cerceau, 
autour duquel régnent plusieurs bandes de cuir qui se croî- 
sent en divers sens. Le diamètre du cerceau est d'environ 
un pied. On le roule ou on le lance; après quoi, Ton jette ou 
l'on pousse de côté, avec un bâton pointu, dans le tissu , et 
celui qui approche le plus du centre a gagné. I^ fig. i5 de 
la pi. XLVHi représente le cerceau et le bâton. 

Au printemps, aussitôt que la débâcle a eu lieu, les jeu- 
nes gens courent le long de la rivière et lancent ce cerceau 
dans l'eau. On appelle ce jeu IVah-Gachi-Vthka'^ . En été. 



', p. i«4. 



■ Voyu major Long, he. tu., 1. 1, p. i33, 

■ Pnkr a drrril rr irii lirai que crliii dn billard , «1 parUnl du Pahnit, 

D.oiiiz.owGoogle 



^|8 VOYAGE DANS l'iHTÉRIEUR 

les Mandans et les Meunitarris se divertissent souvent à cou- 
rir dans la prairie, Piûthing-Kikérouche , les environs des 
villages leur offrant les localités les plus favorables à ce jeu. 
Vingt jeunes gens et plus courent souvent les uns contre les 
autres, «t l'on fait, à cette occasion, de fort gros paris. Ils 
sont nus, au Breechcloth près, et il y a parmi eux des cou- 
ivurs très-prompts et très-vigoureux. 

Les Mandans et les Meunitarris sont extrêmement su- 
perstilieux, et, dans toutes les affaires un peu importantes, 
ils se laissent guider par des motifs de crédulité. Us ont les 
idées les plus fantastiques sur la nature dont ils sont en- 
vironnés; ils croient à l'existence d'une foule d*êtres diffé- 
rents dans les corps célestes; ils leur offrent des sacrifices, 
implorent leur secours dans toutes les occasions, pleurent, 
gémissent, jeûnent, s'imposent de cruelles pénitences pour 
se rendre ces génies favorables, et ajoutent surtout une 
grande foi aux songes. Quelques-unes de leurs traditions 
ont du rapport avec les révélations de la fiible^ comme par 
exemple, l'arche de Noé et le déluge universel , l'histoire de 
Samson, etc.; mais î) reste à savoir si ces récits ne leur ont pas 
été communicjués par les chrétiens avec lesquels ils ont eu des 
relations, ce qui est fort vraisemblable. Bien qu'ds n'aient 
pas embrassé les doctrines clirétiennes, il paraît qu'ils en 
ont adoplé quelques parties qui leur ont paru frappantes et 
intéressantes ' . I^ croyance à une autre vie ou à un état plus 
heureux après la mort existe chez tous les peuples de l'A- 
mérique ; cela nous est confirmé par d'Orbigny *, qui re- 
proche avec raison à Azara d'avoir dit que les peuples du 
Paraguay sont privés de toutes idées religieuses. Afin 
d'avoir des détails exacts sur leurs traditions et leurs opi' 
nions, nous persuadâmes à un des hommes les plus sages 

■ Lr uvinl auteur de la Vie de Tanner chei lo lndicni, le D'' Edvin Jame», 
ni de Ml avii, p. 357 de cet ouvrage. On peut voir dani ce livre îatjreiual l« 
hifroglyphei remarquable* de» peuples de la famille (dgonquiDe ou algienae. 

■ Voj« d'Orbip]', Vojige, 1. II , p. go. 



D.gitizecbyG00glc 



UR l'Amérique du nord. ^iq 

et les plus considérés parmi les MandanS, qui était parfai- 
tement au fait de tout ce qui concernait ces ciioses, à Di~ 
pt'uch', la jambe cassée, de nous amuser par ses i-écits 
pendant les longues soirées d'hiver, et il s'y prêta volon- 
tiers. 11 parlait gravement et avec réflexion, et j'avais, dans 
M. K.ipp, UD excellent interprète. Je vais rapporter ces ré- 
cits, dont une partie est des plus absurdes, tels que je les 
ai mis par écrit api-ès nos entretiens; mais je suis obligé 
de demander à mes lecteurs de la patience et de l'indul- 
gence. Il ne serait guère possible de n'en donner qu'une 
partie ou de choisir seulement ce qu'il y a de plus intéres- 
sant, toutes ces traditions et légendes ayant inie sorte de 
liaison entre elles et ne laissant pas que d'avoir de l'in- 
fluence sur l'existence actuelle de ces peuples. 

Selon Dipéuch, ces Indiens croient à plusieurs êtres 
sui-natui-els , dont le seigneur de la Vie , Okmahank-Nou- 
mackchi, est le premier, le plus sublime et le plus puis- 
sant; c'est lui qui a créé la terre, les hommes et tout ce qui 
l'environne'. Us croient qu'il a une queue, et qu'il se montre 
tantôt sous la flgure d'un vieillard, tantôt sous celte d'un 
jeune homme, I.a seconde place est occupée par le premier 
homme, Noumank-Machana , que le seigneur de la Vie a 
cr^, mais qui est pourtant aussi de nature divine. I^ sei- 
gneur de la Vie lui accorde une grande puissance, et par 
cette raison ils l'adorent et lui offrent des sacrifices. Il est 
eo quelque façon ce qu'est N<mabouche ^ chez les Ojîbouaîs 

■ Dipéuch cit. un bomme (ori couùdéré, el qui Buraii pu dcpuii toiiglemps 
être chef, l'il l'avail voulu, car il pouède toutes lu qualités nécessaîrrs pour 
occuper te raDg. Sod père l'tppeUit WakiluU-Chamahtn [pelil bouclier); il fut 
tM par lu Dtcoui, pendinl t1ù*er que Lewii et Clarke posèrent cbei IrsIodieD). 
Cu itoyigcun TouUieot aideT les Maudant contre leurs enoeniis , el faire la guerre 
arec eux ; mais ils oe voulurent pis le leur pennelire. 

■ Braclieoridge (<bc. cil., p. 71) se trompe tort, quand il croit que les Maudaas 
cl l«i Heuailarrii n'adorcol que dei léiu de biwiu ; car, quoique tu télu soient 
médcduei, il cil ioconlutable qu'ils croient auui à une foule d'êtres surnaturels 
qui figurent dam leur nijiholo^e. 



D.gitizecbyG00glc 



4aO VOYAGE DANS L'iNTKRtFUR 

et les peuples de la langue algoaquine, c'est-à-dire, le më- 
diateor entre le ci-caleur et le genre humain. Nanabouclie 
et le ci'éateur ont souvent des discussions ensemble, et l'on 
retrouve la même tradition chez les MaiidaDs '. Omahank- 
Chiké {ch guttural) (fc vilain de la terre') est uo mau- 
vais génie qui exerce beaucoup de pouvoir sur les hommes; 
mais il n'est pas aussi puissant que le seigneur de la Vie et 
le premier homme. Le quatrième être est Rokanka-Toiû- 
haiika; il habite Vénus (Fétoile du Jour) , et c'est lui qui 
protège les hommes sur la terre; car sans lui, il y a long- 
temps que le genre humain tout entier aurait péri. Un cin- 
quième être, mais qui n'a pas de pouvoir, est, comme le juif 
errant, toujours en mouvement; il parcourt sans cesse la 
terre sous la forme humaine. On t'appelle le loup menteur 
des prairies {Chéhéque). Indépendamment de ceux que nous 
venons de nommer, il y en a encore un sixième, OdUiih-Heddé, 
que l'on ne sait pas bien classer, mais de qui l'on dit que 
les personnes qui le voient en songe ne tardent pas à mou- 
rir. Il paraît figurer, dans leurs légendes , comme une sorte 
de démon; ils disent qu'il est venu un jour dans leurs vil- 
lages , qu'il leur a appris beaucoup de choses et qu'il a dis- 
paru ensuite pour ne plus revenir. Ils ont peur de lui, ils 
lui offrent des sacrifices et exposent dans leurs villages une 
figure horrible qui est censée le représenter. Ils adorent le 
soleil, parce qu'ils le regardent comme la demeure du sei- 
gneur de la Vie. Toutes leurs médecines ou oflrandes sont 
principalement faites au soleil, qu'ils appellent Mahap-Minen^ 
gué, et par conséquent au seigneur de la Vie. La lune est , 
disent-ils , la demeure de la vieille qui ne meurt jamais ; c'est 
une vieille femme qui a une raie blanche du devant au der- 
rière de la tête. On lui adresse aussi des sacrifices et des 
offrandes. Ils ne savent pas qui elle est; mais sa puissance 

■ Editin Jimei bit remarquer (/oc. cit., p. 55^) une resiembluice entre Wa-iva- 
houeht et Uvara, le premier iUnt luui «luTent repHieaté p«r let tadim, vàt 
el lin lerpent à la maint maia, quant à moi, je ne l'ai janilt vn ainii. 



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DE l'aMÉRIQUÏ du NOHD. ^21 

est fui't graude. Elle a eu six en&iits, trois Bis et trois (ïlles, 
qui liabitent certaines étoiles. Le fils aîné est le jour, c'est-à- 
dire le premier jour de la ci-cation ; le second est le soleil , 
habitation dti seigneur de la Vie; le troisième est la nuit , 
htuh-Huncht. \& fille aînée est l'étoile qui se lève à 
Torient {l'étoile du matin), et on l'appelle la femme qui 
porte la touffe de plumes : Mihé'Uahanké ; la seconde filti-, 
Kohpuska {la Citrouille barrée), est une étoile fort élevée 
qui tourne autour de l'étoile polaire; et enfin la troisième 
fille, Kohsedeké, est l'étoile du soir, qui se montre près du 
couchant du soleil. 

La vieille dans la lune , voulant dunoer une femme à son 
fils, fit monter une jeune fille qu'elle fit attendre devant sa 
porte. Puis quand elle envoya pour la faire entrer, on trouva 
à sa place un crapaud. Irritée de ce vilain changement , elle fit 
cuire le crapaud dans un vase pour l'anéantir; mais on ne 
put y parvenir, et comme on ne pouvait pas non plus là 
manger, elle fut maudite, et elle demeura comme unt: des 
taches de la lune. On ne put me dire si le soleil est grand 
ou petit, mais, en tout cas, il est brûlant. \je soleil épousa 
une femme appelée Pckihchu'Kchouké {l'absinthe fine). 
De cette uniou naquit un fils qui promettait beaucoup, i<t 
paraissait être destiné à jouer un grand rôle. Il était très- 
adroit à faire des flèches , et versé dans toutes les espèces de 
chasse. Il tirait des oiseaux pour sa mère. Quoiqu'elle lui eût 
défendu de tuer les alouettes des prairies, il lançait néan- 
moins tous ses traits contre ces oiseaux sans pouvoir en 
abattre aucun ; sur quoi un de ces oiseaux lui cria : a Pour- 
quoi veux-tu me tuer, puisque je suis de tes parents?» Il 
forma avec un morceau de la lune la pomme blanche {Pso- 
ralea esculenta), et la mère lui en fit des reproches, car 
à travers le trou qu'il avait fait dans la lune , on pouvait 
voir sur la terre tous les villages des Meunitarris , et sa mère 
lui dit: a Vois-tu, tous ces gens sont mes parents; je ne vou- 
lais pas encore descendre sur la tcriv, et maintenant il 



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•^aa VOYAGE DANS I. INTERIEUR 

faut c|ue nous y allious. u Le père chargea un jour so» fils 
(le luer un bison, et de lui apporter tous les nerfs de l'ani- 
mal; mais le fils en garda une partie, pour se faire une 
corde, à l'aide de laquelle il voulait descendre sur la terre. 
U y arriva non loin du Petit-Missoiiri ( Mahtack-Choaké); 
mais sa corde n'allait que jusqu'à la cime des arbres. S'il 
avait employé tous les nerfs du bison, il en aurait eu assez 
pour descendre ; mais dans cette occurrence , il demeurait sus- 
pendu et se balançait de côté et d'autre. On lui lança de la 
lune une grosse pierre, que l'on voyait même il n'y a pas 
longtemps, mais qui ne le tua pas, parce qu'il était méde- 
cine. 

Quant au tonnerre, les Mandans croient qu'il est produit 
par le vol d'un oiseau gigantesque. Quand cet oiseau vole 
<louceinenl, comme il fait d'ordinaire, on ne l'entend pas. 
Il n'a que deux doigts à chaque patte, un par devant et l'au- 
tre par derrière. Il habite les montagnes , où il se construit 
un nid colossal, grand comme le fort Clarke. Il se nourrît 
de cerfs et d'autres grands animaux, dont les bois sont en- 
tassés autour de son nid. L'éclat de ses yeux forme l'éclair 
qui précède la pluie. U perce les nuages et creuse la route 
à la pluie. Les coups de tonnerre tout à fait isolés et beau- 
coup plus forts que les autres sont produits par une tortue 
colossale qui habite les nuages. Quand la foudre tombe , c'est 
un signe de colèi-e. \je» Mandans croient que les étoiles 
sont des hommes morts '. Quand une femme accouche , une 
étoile descend sur la terre, et c'est l'entant qui vient de 
naître. Après la mort de cet eniànt , devenu homme , 
l'étoile retourne au ciel et s'y montre de nouveau sous sa 
première forme. 

L'arc-en-ciel est tm génie qui accompagne le soleil, et 
qui se fait souvent voir quand il est près de se coucher. 
Quant à l'aurore boréale , beaucoup de personnes pensent 

< D'Orbigo; rapporte qiidquc choM de wmbUblt dtri .tméricum p!u) méitdio' 

M,ll(t.ll,p.î|l). 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aUIÉRIQUE t>U »UR1}. 4^3 

qu'elle est causée par une graude assemblée d'honiiiies de 
médecine et de guerriers distingués de diverses nations du 
Nord, qui y font cuire dans de vastes marmites leurs enne- 
mis tués et prisonniers. Les Ojlbouais appellent ce phéno- 
mène la dause des esprits, et la voie lactée le sentier des 
esprits ' . 

Voici comment Dipéuch me raconta l'histoire de la ci'éa- 
tion, et l'ongine de la nation des Mandaos. Cette histoire 
est à la vérité absurde et ennuyeuse, mais elle met à même 
de juger de l'état intellecluel de ces peuples et de la nature 
de leurs conversations. 

Quand la teri-e n'existait pas encore, le seigneur de la Vie 
créa le premier homme (Numank-Machanfi). Celui-ci, se 
promenant sur les eaux, rencontra un canard qui faisait le 
plongeon. L'homme dît à l'oiseau : « Tu plonges si bien ; va 
au fond et rapporte-moi un peu de terre. » Le canard obéit 
et rapporta de la terre , que le premier homme répandit sur 
la suriàce de l'eau, en prononçant quelques paroles magi- 
ques, pour faire paraître la terre, et elle parut. Mais cette 
nouvelle terre était nue , il n'y croissait pas un brin d'herbe.' 
\je premier homme s'y promenait et il s'y croyait seul , quand 
tout à coup il aperçut un canard. «Je croyais être seul ici, 
dît-il, mais tu y es aussi. Qui es-tu? o T>e canard ne répon- 
dît pas. « Je ne te connais pas , mais il faut que je te donne 
un nom. Tu es plus âgé que moi : car ta peau est rude et 
écaUleuse;il faut que je t'appelle mou gi'and-père, car tu me 
parais bien vieux. » Étant allé plus loin, il aperçut un tes- 
son d'un vase de terre. « Je croyais être seul ici , dit-il , mais 
il faut qu'il y ait eu des hommes avant moi.u II prit dans 
une main le tesson , et dit : u A toi aussi je veux donner un 
nom, et comme tu étais avant moi , il faut que je t'appelle 
aussi mon grand-père. » En avançant encore, il trouva une 
souris, a 11 est évident , se dît-il en lui-même , <[ue je ne suis 

, ■ VoytuMiiïkeuiie}, rDin-toz/K tojUi, p. liS'l4-j. 



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4a4 VOYAGE DAHS l'iNTÉRIEUB 

pas le pi'cmit:!' être ; toi , je te Domtne ma graad'nière. » Un 
peu plus loin , il rencontre le seigneur de 1» Vie : « Oh ! voilà 
un homme comme moi , » s'écrie-t-il , et il s'approche de lui. 
«Comment cela va-t-ii, mon fils?» dit l'homme à Ohma- 
hank-Noumakchi ; mab celui-ci répondit : s Ce n'est pas moi 
qui suis ton (ils, tu es le mien ! a Le premier homme ré- 
pondit alors : « Je nie tes paroles. » Mais le seigneur de la 
Vie répliqua : « Non , tu es mon (ils , et je te le prouverai , si tu 
ne veux pas me croire. Nous allons nous asseoir, et nous 
ficherons en terre nos bâtons de médecine que nous tenons 
à la main; celui de nous qui se lèvera le premier sera le 
plus jeune et le (ils de l'autre.» Ils s'assirent donc, et se 
regardèrent longtemps fixement l'un l'autre , jusqu'à ce 
qu'enfin le seigneur de la Vie pâlit et sa chair quitta ses os; 
sur quoi le premier homme s'écria : a Maintenant tu es cer- 
tainement mort ! » et ils se regardèrent ainsi pendant dix ans; 
et comme au bout de ce temps les os du seigneur de la Vie 
étaient complètement blanchis , l'homme se leva et dit : «i Oui , 
maintenant il est certainement mort!» Il prit alors le bâton 
tVOma/ian/c-IVoutnet/cchi et le tira hors de la terre ; mab au 
même instant le seigneur de la Vie se leva en disant: uMe 
voici, je suis ton père et tu es mon fils! u Et le premier 
homme le reconnut pour son père. Puis comme ils s'en al- 
laient tous deux, le seigneur de la Vie dit: «Cette terre 
n'est pas bien faite , il faut que nous la refassions mieux que 
cela. » Dans ce temps le bison était déjà sur la terre. Le 
seigneur de la Vie appela le bison , et lui dit de creuser la 
terre et de rapporter de l'herbe, ce qu'il fit; puis il le ren- 
voya pour qu'il cherchât du bois, ce qu'il fit encore. Il 
partagea avec l'homme l'herbe et la terre, et lui donna la 
moitié de chaque chose. Ceci se passait à l'nnbouchure du 
Natka-Passahé (rivière du Oeur). Le seigneur de la Vie 
onlonna alors au premier homme de former la rive septen- 
trionale du Missouri , et se chargea de former lui-même la rive 
sud-ouest qui est si agréablement diversifiée par des collines, 



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DE L AMERIQUE DU NURD. 4^3 

de f>etiteB vallées et des bois. L'homme au contraire Bt tout 
le- tetrain uni, avec de grandes forêts à peu de distance de 
la rivière. S'étant réunis de nouveau, le seigneur de la 
Vie regarda l'ouvrage du premier homme, et dit en secouant 
la tête : a Tu n'as pas bien fait cela ; tout est en prairie , de 
sorte que l'on ne peut se mettre en embuscade pour pren- 
dre des bisons, ni s'appraclier d'eux sans qu'ils s'en aper- 
çoivent. Les hommes ne pourront pas y vivre; ils s'aperce- 
vraient à trop grande distance; il leur sera impossible de 
s'éviter, et ils s'entre-tueront les uns les autres. » Il conduisit 
alors Numauk-Machana sur l'autre bord de la rivière et 
lui dit ; « Vois ici , j'ai des sources et des ruisseaux en grand 
nombre; j'y ai pratiqué des collines et des vallées, où j'ai 
placé toutes soi-tes d'animaux et de beaux arbres. Ici 
l'homme peut vivre de la chasse et se nourrir de la chair de 
ces animaux, » De là, ils allèrent tous deux à l'embouchure 
du Natka-Passahé, pour confectionner des pipes de méde- 
cine, d'après les paroles du seigneur. Il en Bt lui-même 
une en bois de frêne doublé de pierre; l'homme au contraire 
Bt la sienne d'un bois très-mou. Ils placèrent ces pipes l'une 
dans l'autre et le seigneur dit : a Ce sera ici le cœur, le cen- 
tre du monde, et cette rivière s'appellera la rivière du Cœur 
{Natka-Passahé). » 

Cependant chacun tenait sa pipe à la main, et toutes les 
fois qu'ils rencontraient un être quelconque, le seigneur de 
la Vie posait sa pipe par terre devant lui. L'ayant fait de- 
vant un bison, cet animal leur dit : « Cela ne suffit pas, il 
faut avoir quelque chose pour fumer dans cette pipe; » et le 
seigDeui-rcprit:at^ocure-nousdonc quelque chose à fumer. » 
Sur.quoi le bison nettoya une place avec son pied de devant, 
l'arrosa ensuite de son urine, et dit: « Quand la saison de 
l'accouplement des bisons sera venue, venez ici, et vous 
trouverez de quoi fumer. » Le seigneur de la Vie y envoya 
eu effet à cette époque, pour y cherclier du tabac ; mais les 
feuilles n'étaient pas encore sèches et préparées. Il Bt donc 



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4^6 VOYAGE UAKS l'iNTÙRIEUB 

appeler le bison , et celui-ci étendit les feuilles et les sécha ; 
et le scî^eur de la Vie les fuma , et trouva que le tabac 
était bon. Après cela l'animal lui apprit à ôter les fleurs 
et les boutons pour les fumer, car ce sont là les parties les 
plus délicates de la plante. 

Cependant le seigneur de la Vie et le premier homme 
voulurent créer le genre humain. Us commeucèreot leur 
travail sur le bord du Missouri. Mais afiu que l'homme pût 
se propager, ils lui placèrent la partie nécessaire pour cela sur 
le front ; sur quoi une grenouille sortit de l'eau et leur dît: 
B Vous faites là une grande sottise, » et il changea la place. 
«De quoi te inêles-tu?» s'écria le seigneur de la Vie; et en 
parlant ainsi, il frappa la grenouille sur le dos avec son bâton, 
et c'est depuis cette époque que la grenouille a le dos bombé. 

Dieu fît l'homme , et lui dit qu'il multiplierait , mais qu'il 
ne vivrait pas plus de cent ans, puisque, s'il vivait plus 
longtemps, il n'y aurait pa^ assez de place pour tous les 
hommes sur la terre. Alors le premier homme dit à son père 
que quand on prendrait un bison à la chasse, il faudrait que 
l'ou retirât sur-le<;hamp la peau de l'animal , pour s'en 
faire une robe, que l'on vidât l'estomac et que l'on fît du 
pemmicen de la cliair; mais te seigneur de la Vie répondit 
que cela ne serait pas bien , parce qu'alors les hommes se 
disputeraient entre eux , et se tueraient les uns les autres; 
qu'il vaudrait mieux qu'ils rapportassent les animaux à la 
maison, oïl ils tanneraient les peaux, et, de cette manière, 
ils auraient des robes pour leur propre usage, et d'autres 
qu'ils pourraient vendre; et l'expérience prouva que le sei- 
gneur de la Vie avait toujours raison. 

Le premier homme se trouvait un jour sur les bords du 
Missouri , quand le courant amena près de lui une vache 
morte dont les loups avaient mangé un des flancs. Sur la 
rive il y avait une femme qui dit à sa fille. «Hâte-toi, ôte vite 
tes habits et traîne la vache à terre. » I^e premier hotnmc 
entendit ce qu'elle disait et lui envoya la vache. La jeune 



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VE l'aHÉHIQUE du EfORD. 4^7 

fille mangea de la graisse que le premier homme lui donna , 
et devint grosse. Hooteuse de ce qui lui était arrive, elle 
dit à sa mère qu'elle De savait pas comment elle se trouvait 
en cet état, puisqu'elle n'avait eu de rapports avec aucun 
homme. La mère en rougit autant qu'elle. I^a fille donna le 
jour à un garçon qui grandit avec rapidité , et ne tarda pas 
à devenir un vigoureux jeune liomme. 11 devint immédia- 
tement premier chef (Nouma/ic/ii) de son peuple et pre- 
mier général parmi les hommes. Son premier acte fut de 
construire un canot qui le comprenait quand il lui parlait. 
Il le remplit d'hommes, lui ordonna de traverser la rivière et 
de revenir. Il lui fit faire ainsi plusieurs voyages. I« nou- 
veau chef était de la nation des .\umang/ca/ces ou Mandans. 
Ur chez ce peuple il y avait une tradition d'après laquelle 
sur le rivage de la grande eau [lHaunnih-Kerreh) ou de la 
mer, habitaient des hommes blancs qui possédaient des co- 
quilles de wampum. On y envoya à plusieurs reprises des 
troupes de quinze h vingt hommes, mais qui furent tous 
tués. Alors le chef dit : a Je vais maintenant y envoyer mou 
canot avec huit hommes , c'est là le nombre qu'il faut, u £n 
effet, le canot arriva au lieu convenable, et porta aux 
hommes blancs du poil de souris rouge (de castor), auquel 
ils attachent un grand prix. Us furent bien accueillis, et on 
leur donna à manger et à fumer dans les maisons. On donna 
à chacun d'eux une peau de bison pleine de coquilles de 
wampum , et la pirogue s'empressa de revenir. Elle repartit 
pour la seconde fois avec onze hommes, et le premier 
homme les accompagna. Il s'était v£tu pauvrement et avait 
emporté avec lui un grand roseau vidé. A leur arrivée, ils 
entrèrent dans un village; mais le premier liomme demeura 
assis près du navire et creusa un grand trou au-dessus 
duquel il se plaça. Ijes habitants du village s'accordèrent 
entre eux pour donner aux étrangers tant à manger qu'ils en 
mourraient. Le premier homme se douta de leur pi-ojel, 
et, en conséquence, il faisait passer les vivres qu'on lui a]>- 



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436 VOYAGE DANS l'iNTÉHIEUB 

portait par le roseau dans la terre, de sorte que l'on n'en re- 
venait pas en voyant la quantité d'aliments qu'il consommait. 
On se décida alors à le tuer à force de le faire fumer; mais 
le premier homme fît encore passer la fumée par le roseau , 
et le complot échoua de nouveau. On crut, après cela, pou- 
voir les faire mourir par le moyen des femmes, et on les 
leur abandonna toutes'. Mais voyant qu'ils ne pouvaient 
tuer les étrangers ni par la nourriture , ni par la fumée, 
ni par les femmes, on leur donna des coquilles de «ampum 
tant qu'ils en désiraient, et on les renvoya chez eux. Quand 
les enfants eurent appris que la barque en question compre- 
nait re qu'on lui disait, ils lui ordonnèrent de descendre la 
rivière et d'aller trouver les blancs (/^acA/); elle obéit, et 
depuis ce temps on u'eu a plus entendu parler. 

Le premier homme dit alors aux Numangkakes qu'il 
allait les quitter, et qu'il ne reviendrait plus jamais : il se 
rendait dans l'Ouest ; mais s'ils se trouvaient dans l'embar- 
ras, ils n'avaient qu'à s'adresser à lui et il les secourrait. 
Us demeuraient près du Natka-Pnsaké , dans un petit vil- 
lage, et un jour ils furent entourés d'ennemis qui mena^ient 
de les détruire. Dans cette grande difficulté, ils résolurent 
d'invoquer leur protecteur. Mais comment arriver jusqu'au 
premier homme ? L'un d'entre eux proposa de lui envoyer 
un oiseau; mais les oiseaux ne pouvaient pas voler si loin. 
Un autre dit que sans doute l'œil devait pénétrer jusque-là; 
mais la vue était interceptée par les collines qui entou- 
raient la prairie. Enfin un troisième soutint que le moyen 
le plus sûr d'atteindre le premier homme était par la pensée. 
Il s'enveloppa donc dans sa robe et se jeta par terre. Au 
bout de quelques instants il s'écria : s Je pense! j'ai pensé ! 
je reviens! » Il se dépouilla de sa robe et se releva baigné 
de sueur, o Le premier homme va bientôt venir! » s'écria- 



* Kamësk-Uacliaiia autem partit aatan^t toco c 
coUe toci raUe itapefaclî, prailanM tl auidiuu pria 



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DE l'aM^bique du nord. 4^9 

t-îl. Il vint, en eflèt, attaqua les eDoemis et disparut sur- 
le-champ. Depuis lors on ne Ta plus revu. 

Uq jour le seigneur de la Vie raconta au premier homme 
que les Numan^kakes , qui devaient passer la rivière, se- 
raient dévorés par les loups; sur quai ils la traversèrent en- 
semble et tuèrent tous les vieux loups. Ils ordonnèrent en 
même temps aux jeunes loups de ne plus manger d'hommes, 
mais de se contenter de bisons, de cerfs et d'autre gibier. 
Ils prirent les vieux loups et les jetèrent dans la grande mer 
oii ils pourrirent, mais leurs poils surnagèrent sur l'eau, et 
donnèrent naissance aux hommes blancs. Le seigneur de la 
Vie dit aussi aux iVum«rtg'^aA«jqu'aprèsavoirfait cuire leur 
maïs, ils ne devaient plus après cela entretenir qu'un petit 
feu le reste de la journée , et ils ont conservé jusqu'aujour- 
d'hui cet usage. Il leur recommanda, quand leur feu ne 
voulait pas brûler, de prendre les plus gros tisons de des- 
sous et de les mettre en dessus. Le seigneur de la Vie se 
trouvant, au printemps, un peu au-dessous de la rivière du 
Cœur, et voyant arriver une bande d'oies sauvages, leur dit 
d'attendre un peu, parce qu'il voulait s'envoler avec elles, et 
il prit, en effet, la forme d'une oie. Les Indiens ont l'habi- 
tude de crier et d'appeler quand ils aperçoivent les troupes 
d'oies , ce qui les effraye et les met eu désordre. I<e premier 
homme faillit être victime de cet usage. Il tomba par terre. 
On le ramassa et on le porta dans la cabane du chef. Ce- 
lui-ci envoya la plus jeune de ses femmes pour plumer l'oie; 
mais l'oiseau la maudit, et elle le passa à la plus vieille qui 
fut maudite comme elle, et ce fut ainsi que le seigneur de 
la vie se sauva. De là il se rendit, toujours en votant, chez 
les Meunitarris. Une jeune femme, qui ne voulait pas se 
marier, fut fouettée et battue par hii. Un jeune homme, qui 
désirait l'épouser, prit les habits du seigneur de la Vie, car 
elle ne voulait avoir que lui pour mari, et désirant savoir si 
l'homme qui lui faisait la cour était réellement ce qu'il 
paraissait être, elle planta dans- la ten-e des bâtons pointus 



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43o VOVAGF. DANS l'iNTï^RIKUR 

auxquels il devait nécessairement se heurter la duit, s'il 
n'était pas d'une nature divine. Il arriva et se blessa; sur 
quoi elle se jeta sur lui, et lui enleva ses habits, qu'elle cacha 
si bien ainsi que ses armes, qu'il demeura fort longtemps 
sans pouvoir les retrouver. Quand le jour parut, on vit deux 
longues Bcelles, ressemblant à des lignes à pêcher, qui pen- 
daient du soleil jusqu'à terre et aboutissaient près de l'eo- 
droit oîi la jeune fîlle se trouvait. Une voîz lui cria d'en 
haut qu'elle devait monter par ces ficelles; que les liabits 
n'étaient plus au lieu où elle les avait cachés, et que, par con- 
séquent, c'était réellement le seigneur de la Vie qui s'était 
montré à elle sous la forme de ce jeune homme, L^ jeune 
fîlle saisit les ficelles et le soleil lui parut descendre sur la 
terre. Plusieurs de ses parents, et entre autres àbs hommes 
tirèrent de leur côté, mais ne purent faire descendre le soleil, 
dans lequel le seigneur de la Vie restait tranquillement 
couché. Un homme très-fort, qui était en état de déraraner 
les plus gros arbres et de les jeter devant lui , n'y parvint 
pas davantage. La ficelle tournait autour de ses épaules. 
K Comment, s'écria-t-il, moi qui peux déraciner les plus 
grands arbres, moi de qui la force surpasse celle de tous 
les autres hommes, je ne pourrais déchirer ce 611 • Sur 
quoi le seigneur de la Vie lui répondit : a Si vous parvenez 
à moi et si vous m'atteignez, te genre humain disparaîtra 
de la surface de la terre, n 

A l'époque oii le premier homme étonna si fort les blancs 
par son insatiable appétit, ceux-ci firent monter les eaux si 
haut que toute la terre fut submergée. Alors le premier 
homme inspira aux ancêtres des Numangkakes l'idée de 
construire sur une hauteur une tour ou un fort de bois, et 
leur promit que l'eau ne dépasserait pas ce point. Us sui- 
virent son avis et construisirent l'arche sur le bord inférieur 
de la rivière du Cœur ; elle était sur une fort grande échelle, 
de sorte qu'une partie de la nation y trouva son salut, 
pendant que le reste périt dans les flots. En souvenir de la 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AMKRiqUE 1)U N(Hlt>. /^'Sl 

généreuse protection que le premier homme leur avait ac- 
cordée, ils placèrent dans chacun de leurs villages un mo- 
dèle en petit de cet édiBce; ce modèle existe encore à Mîh- 
Toutta-Hangkouclie, et s'appelle Mak-Meunik-Tuché. Les 
eaux baissèrent après cela, et aujourd'hui on célèbre, en 
mémoire de cette arche, la fête d'0/cippe, dont je parlerai 
plus bas. 

Avant le premier grand déluge, les Numaogkakes demeu- 
raient sous la terre ' ; une partie d'entre eux seulement , 
c'est-à-dire ceux dont il a été question jusqu'ici, s'étaient 
montrés à ta lumière du jour. Ils croient que sous la terre 
il y a quatre étages et quatre au-dessus. Celui que nous 
habitons aujourd'hui est le plus bas de ces derniers. La 
première bande de Numangkakes qui sortit de dessous 
terre, et qu'ils appellent His^fipe {cxu\ au visage tatoué), 
périt presque tout entière lors du grand déluge. Ceux qui 
vivaient sous la terre virent un jour de la lumière venir 
d'en haut et éprouvèrent le désir d'y être. Ils y envoyèrent 
la souris qui regarda autour d'elle, et revint leur dire que 
là-baut tout était pareil au bas. Ils y dépêchèrent un certain 
animal qu'ils appellent Nahsi^ qui a la taille d'un bison, 
et qui se reconnaissait à des raies blanches sur la face et 
aux jambes (peut-être le raton racoon, qui ne se retrouve 
plus). Celui-ci dit, en revenant, qu'il trouvait le séjour d'en 
haut plus agréable que celui d'en bas. On ordonna donc 
au blaireau de creuser une plus grande ouverture : celle 
qui existait alors n'était pas assez large pour que l'on pût 
sortir. Cet animal ayant exécuté sa tâche, il fallut que le 
cerf à queue noire ( Chumpsi) montât à son tour et élar- 
,gU l'ouverture avec son bois. Il courut pendant toute la 
journée dans la campagne, mangea des poires [Cervies ber- 

' Lewis et Clarke qoui donoenl (l. 1, p. i33} de cille Iradilion une relilion 
iniODiplèle, «I C*lliD, duu te* Lcltra, puhliéet dini un journal, d'i bit que 
répilcr ce qu'ibaTaient dil. Je dnanc le récil dam loin lodéiaila, tel qo'il m'a été 
raconté par lei hommes le* plui couiidcrét d'eolre lut Mamiaiu. 



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43» VOTACE 1>A«S l'iNTERIFUR 

lies) et i-evint le soir. A cette époque sa queue était encore 
blanche ; mais ce cerf étant revenu vers le coucher du sol^l. 
et cet astre étant descendu au-dessotis de l'horizon, au 
moment où il n'avait plus que la queue sur la surface de 
la terre, elle devint noire et le resta pour toujours. 

Les Numangkakes se décidèrent alors h monter. T^e grand 
chef s'avança le premier, sa médecine et son chichikoué à 
la main. Ils grimpèrent tous l'un après l'autre, en escala- 
dant un cep de vigne. La moitié était déjà arrivée et une 
grosse femme se trouvait au milieu du cep, quand il cassa, 
et tout le reste de la nation retomba en bas. Ced se pas- 
sait sur le bord du lac. Ceux qui avaient atteint la surface 
fxmtinuèrt-nt à marcher jusqu'à ce qu'ils arrivassent au 
Missouri {Mantaké), qu'ils atteignirent près du MaunUi' 
Chotl-Passahé {^fVhite Earth River). Ils remontèrent le 
Missouri jusqu'au H'arachount-Passaké (maintenant Ri- 
vière à Moreau). En ce tempS'là ils ne savaient pas ce que 
c'étaient que des ennemis. Un jour, comme une femme 
mandane ratissait une peau, un Chayenne tomba sur elle 
et la tua. Les Mandans suivirent la trace de ce nouvel cn^ 
nemi jusqu'auprès d'une certaine rivière, d'où ils retour- 
nèrent tous sur leurs pas, excepté le mari et le frère de la 
femme qui avait été tuée. Ces deux hommes continuèrent 
leur chemin jusque chez l'ennemi, en tuèrent un et empor- 
tèrent son scalp avec eux. Avant de rentrer dans leur vil- 
lage, ils trouvèrent de l'aigle blanche qu'ils n'avaient pas 
encore vue, et en prirent une certaine quantité. Quand ils 
arrivèrent auprès de leur grand chef, qui avait monté le 
cep de vigne , et dont ils conservent encore le crâne et le 
chichikoué , comme des reliques sacrées , dans le sac de mé- 
decine de la nation ', ils lui donnèrent hi terre blanche, et 
il fit des raies avec cette terre sur le chichikoué. Le nom de 

■ Aujourd'hui cocore Ici MandaBi cmuerrent dtM lear ur de mideciiic trou 
ritoa Mcrés, donll'un eu., dinent'il*, rdni dp rpfbef , et , lo deni «itra, ceux 
de wn frère H de ta mur. 



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DE l'ahADIQUC du NORD. 4^^ 

c« chef était dans Torigine Mihli-Pihhé (la fiim^ du vil- 
lage); mais après qu'il fut arrivé sur la siirlàre tie la terre^ 
il changea ce nom par celui de Mihti-Chi ( la robe à beau 
poil). Quand on lui eut remis la terre et les deux scalps, 
il donna ordre à tous ses subordonnés de tUet* des bisons^ 
mais seulement les mâles ; de prendre la partie la plus épaisSc 
delà peau et d'en feire des fVakihde (pare-Bèches), ce (Qu'ils 
firent. Quand cela fut fait, ils demandèrent au chef ce qu'il 
voulait qu'ils fissent encore, et il leur répondit : « Peignes 
sur ce bouclier une fleur de soleil penchée n (comme une 
espèce de médecine ou de talisman), sur quoi ta sœur du chef 
dit : <c Vous êteï des sots; peigne2-y une fève^ car il n'y » 
Twa. de plus glissant qu'une fève pour écarter les flèches. * 
Le chef oi^anisa après cela les bandes En associations, et 
établit d'idtord celle des Meniss-Ocha^. Il confectionna 
quatre bonnets avec des plumes de cornf^ille, et chai^etf 
les Mandans d'en faire encore plusietirs senibbbles. II- 
leur donita aussi des Ihkocheka (sifflets de guerre) et de»' 
chants, et les exhorta a être toujours brttveB et de bonnet 
huHietA'f et à ne jamais se retirer devant les pointes de» 
flèches. Il leur donna aus« les bandes de toile rouge pen- 
dantes*p*r derrière, et ajouta ques'ilsvoulaieutsuivreses von- 
seils ils seraient toujours respectés comme des hommes 
braves et vaillants. Le chef prit ensuite Aéax des bâtons 
recourbés (/n^mnc), entourés de peau de loutre, et Xtn donna 
aux Kana-Karakach/ca, et puis encore deux avec des plu- 
mes de corbeau qu'il leur remit également. Les premiers 
représentaient des fleurs de soleil,- et les autres, la plante du 
maïs, (c Vous porterez, leur dît-il, ces enseignes devant vous 
quand vous marcherez contre l'ennemi; en arrivant, vons- 
les planterez en terre et vous combattrez jusqu'au dernier 
homme, » c'est-à-dire, vous ne les quitterez jamais, il insti-^ 
tua après cela la bande Ochko'Ochaté (les petits chiens- 
fous, dont on ne connaît pas le nom). It assembla plusieurs' 
jeunes gens, c( leur dit de se peindre le visage en noir; it 



D.gitizecbyG00glc ' 

A 



434 VOYAGE DANS LIMTÉniEUR 

leur donna un chant qui devait leur être propre, avec lé cri 
d« guciT* pour refrain, et il ajouta qu'il voulait qu'ils s'ap- 
pelassent Tachika-Ochaté (les oiseaux noirs). Il porta en- 
suite, avec Ses stijets, la guerre riiez les Cliajennes. Ils 8tt«' 
gnirent l'enaerni et rassemblèrent toutes leurs rolies dans 
un las. \x chef portait uu bonnet de peau de lynx, et il 
avait au braa sa pipe de médecine. Il ne paya pas de sa 
personne, mais il resta, pendant toute l'action, assis par 
terre à colé des combattants. On se battit pendant presque 
toute la journée.- L'ennemi fut repoussé, à trois ou quatre 
reprises, jusque dans son village; puis il repoussait à son 
tour les Numangkakes, l'un desquels fut tué. Quand on 
apporta celte nouvelle au chef, il ordonna de se rapprocher 
de la nvièi-e, et de lui apporter un jeune peuplier avec de 
grandes feuilles , qu'il planta en terre procbe de l'ennemi ; 
après quoi il délia les Chayenncs de venir l'attaquer, mais 
ceu)(.-ci répondirent qu'ils préféraient attendre son attaque. 
Comme il n'attaquait pourtant pus, les ennemis se décidèrent 
à lui lancer une bordée de flèclies, mais leurs traits ne firent 
que touclier le bras et percer la robe, tl éleva alors le petit 
arbi-equi tout à coup devint un tronc colossal, et une grande 
tempête s'étant déclarée subitement, le tronc fut lancé au 
milieu des ennemis, plusieurs desquels furent écrasés, et 
les Cliuyennes furent repoussés ainsi par delà le Missouri. 

hsA Numangkakes remontèrent alors le Missouri jusqu'au 
Itord de la rivière dti Cœur, où il y a eu pendant longtemps 
un village de Mandans. Un vieil Indien p£chatt en cet en- 
droit^ quand quatre hommes se montrèrent sur la rive op- 
jiosée; leur ayant demandé qui ils étaient, ils se nommèrent 
et lui adressèrent la même question à leur tour. Il leur ré- 
pondit, et leur lança, au bout d'une flèche, un épi de mais 
qu'il avait par hasard auprès de lui. Ces hommes trouvaieul 
que la graine de maïs avait foi-t bon goAt, et en consé- 
quence, ils lui crièrent qu'après quatre jours il viendrait 
beaucoup de personnes en ctfl endroit et qu'il faufirait leur 



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DE L AMERIQUE DU NORUv ^35 

préparer. des vivres en abondance; ils retouraèrbnt ensuite 
à leur camp et parlèrent à leurs compatriotes du maïs. Ils 
ÉTaient aussi goûté de la pomme blanche et de plusieurs au- 
tres fruits; mais de tout cela ce fut le maïs qu'ils trouvèrent 
le meilleur. On leva alors le camp et l'on continua lenter 
ment la route. Ijcs Numangkakes attendirent les étrangers 
pendant quatre nuits; Ils Brent cuire des aliments et prépa- 
rèrent toutes choses pour les bleu rerevoir; mais comme ils 
ne vinrent point la quatrième nuit, on consomma soi-même 
les provisions. Une année se passa sans que l'on vit paraître 
les étrangers; une seconde et imc troisième s'écoulèrent de 
mâme. Ëiiân le quatrième printemps, toutes les collines pri- 
rent une teinte rouge, par le nombre d'hommes qui les 
couvraient; les quatre jour-s étaient devenus quati-e aan^, 
EjCS nouveaux venus passèrent la rivière et construisirent 
un village dans le voisinage des Numangkakes; on les ap- 
pelle Meunitarris, ce qui veut dire ceux qui sont venus de 
par delà l'eau. I^ea chefs des deux natious cuisent une con- 
férence ensemble. Celui des Meunitarris demanda à l'autre 
comment II se procurait tant de mais rouge, et celui-ci ré- 
pondit : K Quand nous nous battions avec nos ennemis et 
qu'ils tuaient nos femmes et nos enfints dans un cliamp en* 
semence, le maïs qui en provenait était presque toujours 
rouge.» Alors le chef des Meunitarris lui dit que lui et les 
siens les soutiendraient contre leurs ennmiis. Dès le lende- 
main on vit venir beaucoup de Cbayennes, qui tuèrent plu- 
sieurs femmes dans les plantations. Les nations réunies les 
attaquèrent; elles en tuèrent un grand nombre pendant 
toute la journée et les repoussèrent jusqu'auprès d'une pe- 
tite rivière qui se jette dans le Missouri. Les deux peuples 
alliés demeurèrent unis depuis ce moment; mais Ils étaient 
trop nombreux et n'avaient pas assez d'aliments. En consé- 
quence les Mandans dirent aux Meunitarris ; « Nos jeune» 
gens aiment beaucoup les femmes, les vôtres aussi; remon- 
tez donc le Missouri, Toute cette contrée nous appartient; 



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436 VOTACB DAKS L'iMTÉRIEOR 

là coulent le Maktack-Choiika (le petit Missouri), ieMt/isi- 
Pasiahé{]e Yel/ow-Stone ) et le Meaihi-Passatté ( Knifc- 
River); vous pouvez vous y Bier; mais ne passez pas au 
delà de cette dernière rivière, car ce n'est que dans ce cas 
que nous pourrons rester bons amis. Si vous allez trop loin, 
iioiis finirons par uous disputer, puis nous ferons la paix, et 
puis nous recommencerons à nous quereller; si au con- 
traire vous restez en deçà, une bonne intelligence conti- 
nuera toujours à régner entre nous. » Les Meuoîtarris y 
allèrent en effet, mais ils bâtirent un de leurs villages sur 
l'autre rive du Manhi-rassahé, ce qui occasionna de fré- 
quentes discussions entre les deux peuples, et ce n'est que 
depuis l4 sus qu'une paix durable et une sincère union est 
établieentre eux. 

Pendant la jeunesse de celui qui me faisait ce récit, les 
Artccaras demeuraient dans le voisinage des Manilans, avec 
lesquels ils se battaient souvent, ainsi que les Dacotas* 
Quand un de ces deux peuples alliés combattait seul, il 
avait le dessous; mais quand ils s'unissaient, ils étaient pres- 
que toujours vainqueurs. 

Du long récit que nous venons de transcrire, on peut 
déduire, ainsi que je l'ai remarqué, plusieurs Ëiits relatifs» 
la manière actuelle d'agir de ce peuple et aux usages supers- 
titieux qui régnent chez lui. Les lignes suivantes serviront 
encore à confirmer ces détails. 

Après Fépoque de leur première alliance avec les Afeuni- 
tarris, les Mandans habitaient huit ou neuf villages sur les 
deux rives du Missouri , sur la rivière du Cœur et plus haut. 
Voià quels étaient les noms de ces villages : i" /UiA-Toutta- 
Hang-Kouche ( le village mérîdioual ) ; a' Mihti'Ochté 
(M guttural, le plus grand des villages); 3** Mihti-Ciuide ■ 
(le village éparpillé); 4° Mihti-Sang-Àche ( le plus petit 
dn villages); 5" RouhpUire (ceux qui se retournent); 

> I.aDOt Chaih hit loavcnt, quiod on le prononce , l'effit de ckart , le i/c H k 
rt tt diitiiigutiit i pàoe , de Mite que l'on iwumùt anut écrire Mikii- Ckmrt, 



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DB L*AMXtt(QDE l)U SOftD. 4^7 

6" Mikti-Âgi (gi guttural, le village d'en haut); 7* A/a- 
chakké (ch guttural, le village des gens qui écartent les 
jambes); 4° Uistoppé {ctu^ qui se tatouçntle visage). La pe- 
tite vén^e Bt mourir après cela beaucoup de Mandans, et 
beaucoup d'entre eux furent aussi tues par leurs ennemis^ 
les Dacotas, qui détruisirent complètement Militi-Oçlité et 
en massacrèrent tous les habitants. Plus tard, les débris de 
tous les viUages se réunirent dans tçs deux qui subsistent 
encore. Avant l'épidémie de la petite vérole, les Mandaos 
ne craignaient pas beaucoup les Dacotas , qui étaient trop 
éloignés} mais les Cbayeanes et les Arîccaras étaient leurs 
ennemis naturels. )e vais passer maintenant à cette partie 
de leurs actes religieux et superstitieux qui existent actuelle* 
méat et qui sont d'un usage ordinaire. 

Ces Indiens sont tellement absoriws par leurs |Hvjugés 
et leurs idées superstitieuses qu'ils expliquent tous les phé- 
nomènes de la nature d'après les folles idées que fournit 
leur imagination. Ils n'entreprennent rien sans invoquer au- 
paravant leur génie tutélaire ou leur médecine, qu'ils appel» 
lent Choppenih (^ch guttural), et qui leur est je plu$ soup 
vent désigné par un songe. Quand ils veulent se choisir une 
médedne et un génie tutélaire, ils jeûnent pendant trois ou 
quatre jours ou même davantage, se rendent dans quelque 
lieu écarté, font pénitence, sacrifient même parfois des pha- 
langea de leurs doigts [quelqu'une desquelles manque à pres- 
que tous ces gens), gémisseut, pleurent et demandent à 
grands cris au seigneur de la Vie ou au premier honvne 
qu'il daigne leur faire connaître leur génie tutélaire; Dans 
cet état fiévreux , ils s'endorment, et le premier animal ou 
le premier objet, quel qu'il soit, qu'ils voient en songe, de- 
vient leur médecine. Chacun d'eux a un de ces génies qui 
lui est sacré. Dans la prairie, il y a uue colline élevée sud 
laquelle ils restent pendant plusieurs jours immobiles, pleu- 
rant, gémissant et jeûnant. Non loin de là il y a un trou 
dans lequel ils se glissent pendant la nitit- Cette mmiicre 



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438 VOTACF. DANS L'iHTÉRieUR 

de clioisir et il'lionoi'er leur incdecinc leur a été ensngnée^ 
disent-ils, par cet homme ou génie étranger qui a paru 
dans leurs villages, il y a uu grand nombre d'années, qui 
n'y est plus revenu, et dont j'ai parlé plus haut sous le nom 
SOchkik-HeAdé. C'est encore lui qui leur a appris à se ta- 
touer, et qui a fixé l'ordre de leurs fêles de médecine. Tous 
les phénomènes de la nature qui ne se répètent pas abso- 
lument tous les jours, deviennent pour eux des miracles ou 
des présages d'événements heureux ou malheureux. Quand 
les étoiles filantes sont nombreuses, et quand elles prennent 
une direction particulière, cela annonce la guerre ou une 
grande mortalité parmi les hommes. Ils n'aiment pas se lais- 
ser peindre parce qu'ils crtnent que quand leur portrait 
se trouve dans des mains étrangères, cela les bit mourir, 
et, pour contrc-balancer ce mauvais cfTel, ib clierchent à se 
procurer de leur côté le portrait du dessinateur. Cliaralé- 
Tïoumakchi ne fumait jamais dans une pipe de piètre, nuis 
toujours de bois; Mato-Tope ne fumait jamais de tabac en 
compagnie, mais toujours seul et avec toutes les portes ist- 
mées, etc. Ils ne laissent pas volonti<»v voir leurs médecines 
Ou talismans, qu'ils conservent, pour l'ordinaire, bien en- 
veloppés dans uq sac ou une bourse qu'ils n'ouvrent que dans 
certaines occasions importantes. Ils ont des pipes médecinei 
qu'ils appdient fhink-Choppénik { ch guttural ) ou Mede» 
cine-Stems en anglais , qu'ils ne découvrent et dans lesquelles 
ils ne fument que dans des occasions solennelle». 

Il y en a beaucoup qui se font de ces pipes selrai leur 
goût et qui les consacrent ensuite. Telle était, par exemple, 
la pipe de Dipéuch (Voyez pi. xxi, fig. 3); le godet res- 
semblait ik peu près à celui d'unepipe turque et était fait d'ar- 
gile d'un brun rouge; le tuyau, qui était de bois assez 
Court et épais, représentait le seigneur de la Vie sotis la 
furoK humaine, et il fallait pour cela un grand effort d'ima- 
gination '. La nation conserve une célèbit: pipe de ce genre, 
> Olle pi^ detirut pour cdui (pii li pwsfik iin ulûmin ranire In oiiips itr 



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DE t'AHÉHIQUE DU NORD. 4^ 

<)ui 6st une cliose fort sacrée et qu*!) n'est permis à aucuit 
étranger de contempler; elle la possède de tetnp iminë- 
morial , «t l'on m'a demandé i oo dollars seulement pour me 
la montrer. Ce n'est qu'à grands frais que les Indiens peu- 
■vent ne procurer de ces pipes et les consacrer. Parmi les 
ornements qu'il faut y ajouter, il y en a beaucoup qui ne 
se trouvent pas chez eux, comme, par exempte, le dessus du 
bec et le crâne rouge du Ptcus pileatus ; qui ne remonte pas» 
aussi haut sur le Missouri. Pour une t^te de ce genre qu'on 
leur avait apportée de Saint-IjOuLi, ils donnèrent une grande 
«t belle robe de bison qui valait de 6 à 8 dollars. 

Quand uo homme possède une semblable pipe, il lui 
vient quelquefois dans l'idée d'adopter un fîls mt^decine; il 
voit en songe le jeune h<»nme qu'il doit choisir, et qui doit 
toujours être d'une bonne famille et avoir foit un coup. Il le 
prévient de son intention, et après s'être procuré deux pîpes 
médecines toutes pareilles, il demande à son (ils adoplif 
s'il est prêt à se soumettre à la cérémonie de la pipe. Celui- 
ci répond souvent aflîrmativement , et alors on en fixe l'épo- 
<fuc; s'il n'est pas encore décidé, cette céi'émonie est dif- 
férée. Le père d'adoption fait choix de deux jeunes gen<i 
qui, les deux pipes à la main, s'exercent ii la danse de mé- 
deaoe. Le père danse souvent le matin sur le toit de sa ca- 
bane et donne des leçons aux jeunes gens. Quand le temps 
est venu et que le fîls adoptif est prêt pour la cérémonie, 
le père se rend avec tous ses parents et les deux premiers 
danseurs ilans la cabane du fils qu'il s'est choisi, et y ap- 
porte du maïs, du drap, des couvertures de laine, des chau- 
drons et autres objets de prix , en présents pour ce dernier. 

AÉche. Il l^pdl« U pipâ de U guaa, el «Ih lui kh pour conMmr H9 iècbcii 
)(■ foraw ne reucnible ed géniral , en aucune fl^oa , 1 cdie d'an bammr, ci pmir- 
(■nt le propnaUire loiiliaM qu'elle lepr^nte une Tunae lin»iine. Le godrl c>l 1» 
1^ du Kigneur da U Vie, h goi{« da f/nàet a\ li (nrUe où mI plate VtHonar.. 
k devant du tojiH forme le< jambei e( k» pinl* ,el aiui de Mikr. 



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44*> VOYAGE DANS l'jNTÉBIEUR 

J^ nouveau père prend le Els p^r la main et le fait asseoir; 
on danse alors autour de li)i avec les deux pipes; on chaule; 
tambour et cliiclùltouc sout en mouvement; les deux jeunes 
danseurs font mouvoir leurs pipes en mesure avec la mu* 
sique et avec les mouvements de leur corps. Quaod la céré- 
monie est Bnie et que les présenls ont été déposés en un ou 
deux tas, les parents du 6ts médecine apportent à leur 
tour des chevaux^ du drap, des couvertui'es de laine et fiu- 
trcs objets de valeur, que les deux parties se partagent entre 
elles. Après cela, le pèi-e prend le fils par la main , le fait 
lever de son siège, l'habille à neuf, des pieds jusqu'à la tète, 
et lui peint le visage à sa fantaisie. Ijca liabiu et les pipes 
deviennent, à compter de ce moment, sa propriété et il c^l 
considéré comme un véritable 61s, obligé en cette qualité à 
protéger son père et à le défendre. Cette coutume existe cbe; 
la plupart des nations du Missouii, chez les Corbeaux, les 
Meunitarris, 1^ Dacotas, les Mandans', les Ariccaras, etc-, 
et même chez les Esquimaux on trouvequelqticchosedcçemr 
blable '. Quand le père et le âls adoptif oc se sont pas vu» 
depuis longtemps, ils se font réciproquement des présents; 
le pèce habille le fils à neuf, et celui-ci lui donne un bp* 
cheval ou autre chose de la même valeur. 

Chez toutes les natioqs de l'Amérique septentrionale, il 
V a une certaine classe de personnes qui se livrent particu- 
lièrement 9 tout ce qui a rapport aux conjurations et mé> 
decines , et qui se chargent en même temps de guérir le$ 

* L<» HiDdiiu se acncat dini leun ordecinn d'un chicbikouè de cuir, de la 
Sanaa d'an champigiKMi. Ce* eipècei da cptcellei lont d'ongc cbu loutas la oo- 
lian* de l'Amérique. Dios l'Amérique miiridi anale, cbez tei T"pu ei les Guaruw 
par exemple, ellei lonl fiilei de pelitei gourdes , et «s mararai lont encore aujour- 
d'hui d'nuge dant loule* le* tilt». Cet circonilinm loni une preuve de li p*- 
renlc des peuple* de> deui Amériqua. 1'ob|^e a [rou*é, lui auni, «u bord da 
Huallaga , de» coolumo tapertlilicuiei qui panisurDl aïoir du nppori iiec le* mi- 
deeine* des babiliDU de l'Amérique leptenlriouale ; comme , par eunnpk, le Phifiti 
qui prornre une beureuie chaue. (Vo^ci Porppig, lac. cil., B. II. f. Saf.) 

' Voirez capiiaine Lyon, Privait Journal, p. 3â]. 



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DE l'aH^IQVE do HORD. 44 < 

maladies; chez les Mandans, elles portent le aom de Nu- 
mank-Choppenih ' (Hommes de médec'tae). 

La peau d'un bison femelle blanc est^ chez les Mandans 
et les Meunitarris , un objet d'uoe haute imporlaoce et une 
ti-ès-puissante médecine. Celui qui u'«i possède pas et qui n'en 
a jamais possédé n'est pas considéré. Deux hommes vantent 
Irurs exploits. L'un est un vieux guerrier plein d'expérience 
qui a tué un grand nombre d'ennemis; l'autre est un jeune 
garçon qui n'a presque rien fait encore; mais ce dernier repro- 
che à l'autre de n'avoir jamais eu de pwau de vadie blanche; 
soudain le vieillard baisse la tête et se cache le visage. Le pos- 
sesseur d'une de ces peaux, qui s'appellent fVohkadéh *, en 
fait d'ordinaire une offrande {Uapahjî) au seigneur de la Vie. 
Il la lui consacre, ou bien au soleil , ce qui est à peu près la 
même chose , ou bien encore au premier homme ( Numtink- 
Machana). Pendant une année en tière après cela , il continue 
à rassembler des objets de prix et suspend le tout dans la 
prairie ouverte, ordinairement dans le voisinage du cimetière 
ou dans le village, devant sa maison, au haut d'une grande 
perche. Les hommes de distinction et les grands chefs sont 
presque toujours pauvres, parce qu'afin de devenir grands 
et d'acquérir de la considération, ils donnent tout ce qu'ils 
possèdent en objets de prix ^. Une famille nombi-euse est ^ 
chez les Indiens, le moyen le plus sûr d'acquérir des richcs- 
set>; car un jeune homme qui veut se distinguer et être li- 
béral fait honneur à toute sa parenté. Quand une personne 
de sa famille possède un objet de prix, le jeune homme v« 
chez elle, et quelquefois il s'en empare sans façon, ou bien 
il le lui demande, ou bien encore, il ne dît rien et se con- 
tente de laisser tomber la tête: alors on lui donne un bel 



■ Selon dllrbign^ ( /oc. cit., p. gs), il jr ■ Kimi, chei lei Arauoowiu, de* cou- 
juratrieca lenieUa ; je n'en ai jamaii vu dans l'Anérique Mplenlrionale. 

■ Le nun générique de* bison* blanci esl Plihn-Cliolté, 

3 OifL la Palagoi» luMi il faut que le che[ tme Ats préseuti, t'il tcul élri 
coiuidéré. (Vojei J'Orbigny, f" tyc^w, (.1,^-99'} 



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44^ VOYAGE DANS l'iNTÉBIKUR 

liabit, iiii cheval, ou quelque autre objet précieux. S11 veut 
se faire un nom, et s*il prétend à la distinction, il faut 
qu'il fasse des présents. Tous tes habitants du village remar- 
quent soigneusement ce que l'on donne, et l'on a le droit 
de peindre sur sa robe tous Ips présents qu'on a faits, ce qui 
procure cette grande et durable renommée dont nous avons 
déjà parlé. T^ libéralité et la gloire militaire sont les deux 
plus grandes qualités dans l'opinion de ces hommes. Quand 
il l'agit de chevaux ou de fusils donnés , il Ëiut bien pren- 
dre garde d'inscrire sur la robe une seule raie de trop , tous 
les jeunes gens sont exacts à les compter les unes après les au- 
tres, et la plus légère violation de cette règle exposerait à des 
railleries universelles. Ij peau de vaclie blanche est placée 
BU premier rang des distinctions d'un homuie. Si l'on n'a 
pa» eu le bonheur de tuer soi-même un de ces animaux, ce 
qui est en général le cas, car ils sont rares, on en achète 
qui viennent de loin, les autres nations en apportant, par- 
ce qu'elles savent la valeur que les Mandans j attachent. U 
&ut que cette peau soit celle d'une génisse qui n'ait pas 
plus de àewx ans; on l'enlève avec les cornes, le mufle, 
les sabots, les ei^ots et U queue, et on la tanne ainsi tout 
entière. En cet état on la paye la valeur de dix h quinze 
chevaux. Un certain Handan donna un jour d'une de cet 
peaux, dix chevaux, un fusil, un chaudron, etc. Ld peau d'un 
taureau blanc ou d'une vieille vache ne se paye pas à beau- 
coup près ausû cher. La peau d'une génisse blanche «ufGt 
pour acheter toutes les filles d'un homme; elles ne s'en ser- 
.vent pas comme d'uue robe, ainsi que le font les Meunitarris, 
ou tout au plus la iïllc ou la femme de la maison la met une 
seule fois, dans une occasion très-4oleDndle, et jamais après 
cela. Des cérémonies particulières ont lieu lors de la consé- 
cration de la peau. Aussitôt qu'on se l'est procurée, on fait 
venir un homme de médecine distingué {^Nuinank-CIioppé- 
néfi), qui doit l'endosser et faire ensuite le tour du village 
en suivant le coui's apparent du soleil , et en chantant une 



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DE L'AHiBIQDK DU NORD. 44^ 

espèce de uintique de médecine. Quand le propriétaire, 
après avoir rassemblé pendant trois ou quatre ans des objets 
de prix , veut offrir sa précieuse peau au seigneur de la Vîc 
ou au premier homme, il l'enveloppe après y avoir joint de 
V^rtemisia, ou un ^i de maïs, et il la place au baut d'une 
grande perche, où il la laisse pourrir. A l'époque de mon 
voyage, il y avait à Mib-Toutta-Hang-Kouche , une de ces 
offrandes dans le cimetière de la prairie, et Dipéiich en 
avait planté une autre devant sa cabane dans le village. Il 
^arrive souvent qu'après que la cérémonie de la consécration 
est terminée, on coupe la peau par petites bandes, et chaque 
membre de la famille en porte une sur la tête ou sur le frant 
i(uand il veut se parer. Si un Mandan tue une de ces génisse) 
blanches, cela lui fait plus d'honneur que s'il avait fait ce 
que l'on appelle un conp, ou s'il avait tué un ennemi. Il ne 
«lécoupe pas l'animal lui-même, mais il charge, de ce soin 
tin autre homme à qui il donne pour cela un cheval. Celui* 
ià seul qui a tué un pareil animal, a le droit de porter à ses 
oreilles une étroite languette de sa peau ; la robe blanche 
ne reçoit aucune décoration, étant elle-même son plus 
bel ornement. \jes marchands vendent parfois des robes de ce 
genre aux Indiens, qui leur donnent souvent soixante autres 
robes poiir une seule. Les peaux de- bisons tachetées de 
bUno ' ont déjà une valeur assez considérable chez les Man- 
dans; il y a en outre une race particulière de ces animaux, 
dont le poil est doux comme de la soie et cliatoie au soleil 
avec un reli^doré; leur peau vaut de dix à quinze dollars, 
et jusqu'à lin cheval. 

Indépendamment des peaux de vache blanches, suspendues 

■ Cot bien à lort que Scboolcralt loulieyl (EipedefGot. Casi., p. 377) qu'il 
n'y ■ poiul de bisons (achïlés. Il remarque ■uut ( p. 89) que le> Indiens n'afTreiil 
■ leurs dieux que des objeli mu) valeor ; les Ojibouiii el les nalion* du non] toai 
tort dinéraots en ccli dn iwliwu du haut Mittoitri. D'après le major Long { £j/iei/. 
to Si. Prlrr'i River, I. I, p. ia3), lei nalioDS de U bngne alf^nqiiine olTrenl an 
leigueur de la Vie des petiui de tcrtt blann el autres objets semblables qu'ils stis- 
peadentàika «rbra. 



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444 VOYAGE DANS L'tE(TÉBIEt)R 

eii offrande à îles perehes, on remarque encore dans les en- 
virons des villages des Mandans et des Heunîtan'is, d'autres 
figures singulières sur de grandes perches, ainsi qu'on peut 
-le voir sur la planche xxv de l'atbs. Ce sont des figures 
«omposées de peau , de gazon et de branchages , qui doivent 
représenter, à ce qu'il paraît, le seigneur de la Vie et le pre- 
mier homme. Quand les Indiens ont quelque chose à de- 
mander, ils vont là, et pleurent et gémissent pendant des 
journées et des semaines entières. 

. Les Mandans ont plusieurs fêtes de médecine , au nombre 
desquelles la plus remarquable est sans contredit VOkippe 
ou ta fête de la pénitence de l'arche. Elle se célèbre an 
printemps ou en été, de sorte que malheureusement je ne 
puis la décrire comme témoin oculaire. Le peintre Catlin 
de New-Yoi4[ l'a vue, et en a donné une description dans 
un journal , dont on trouvera te commencement à l'appen- 
dice C^ Mais celte description est incomplète, l'auteur n*ayaDt 
pas compris tout l'ensemble de la chose, du moins à ce que 
m'ont assuré M. Kipp et d'autres personnes qui y ont été 
|H*ésentes. Je vais donc en faire le récit détaillé, tel qu'il m'a 
été communiqué par des personnes initiées dans les secrets 
de la nation. 

Numank-Macliana, le premier homme, « ordonné aux 
Numaagkalies de célébrer tous les ans cette fête de' méde- 
cine. Quand les tiabitants du village ont fixé l'époque de 
cette solennité, ils ctioisissent im homme de considération 
et de confiance (en 1834» ils avaient fait choix, du clief 
MatoTope), qui doit se mettri; à la tête et diriger la céré- 
monie. On l'appelle KauJh-Sechka (ch guttural). Cet homme 
fait disposer au temps fixé la cabane de médecine, la fait 
nettoyer, y fait placer du bois ainsi que les autres objets 
nécessaires. 

Première journée de FOkippe. Au coucher du soleil le 
l(a^ill-Sechka se rend dans la cabane, et commence un jeûne 
qui se prolonge pendant quatre jours. Il 4 avec lui m, 



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DE l'aHÉBIQUE du HORD. ^.'p 

homiDes qui doivent battre ce que l'on appelle la tortue, 
qui est un vase ou sac de parcliemia rempli d'eau; ti-oit 
de ces hommes doivent battre dans la direction du courg 
de la rivière, et les trois autres dans la direction opposée ; 
ils coaliaueut ainsi à battre la tot-tue pendant tonte la 
nuit, sans mettre pour cela un costume partieulier. Avant 
le lever du soleil, arrive un liomme.qui est censé repré- 
senter Numank-Machana, le premier homme. Il s'habille 
dans la cabane de la médecine, voici comment; ii s'attache 
une peau de loup autour du corps, des plumes de corbeau 
sur la tête; sous le bras il porte sa pipe de médecine, et 
dans sa robe une portion de pemmican; son visage est 
peint en rouge, et au bas des reins il porte un norceau de 
bois auquel est attachée une quette de vaclie '. Revêtu de 
ce costume, cet homme se rend de grand matin^ le premier 
jour de la fête, dans les villages, et chante sur la place. Oi) 
lui jette alors toutes sortes d'c^jels de piix, tels que des fn- 
sils, des robes, des couvertures de laine, etc., qu'il vient 
xecueitlir plus tard; en retour il donne uu peu de sa provi- 
sion de pemmican. Il revient ensuite à la loge de médecine 
«lu village; mai» jusqu'à <% mcmieiit il ne lui a pas encore 
•été permis de parler. Cependant les hommes les plus consi* 
dérés de la nation se rendent danâ la loge et adressent la 
parole au premier homme comme à leur oncle, lui disant, 
par exemple : u Eh bien , mon oncle , que t'est-il arrivé dans 
les villages? comment les as-tu trouvés? t'ont-ils bien reçus?» 
Sur quoi il répond: «Fort bien, mou neveu; je n'ai pas 
une seule fois posé ma pipe à terre. »■ Cela signifie qu'on 
lui a fait beaucoup de présents, qu'on a su^endu toutes 
sortes de choses sur la pipe, que l'on a en quelque sorte 
recouverte. Il dit encore après cela : ■ J'y ai vu beau(x>up de 
bisons qui paissaient dans la prairie et buvaient à la rivière; 
ils sont partout en grande abondance. * C'étaient des che- 

• Li i]u«iw de nclM hit ■llMion k llùMoire rasMrirc |>hli hMtU 



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446 VOTAGE DANS LINTÉRIEDR 

.vaux ; mais il veut dire par là que par la mcdeciiie de ce jour 
le» bisons seront attirés eo grand nombre. Ccpeudant toutes 
les personnes qui veulent s'imposer une pénitence ou faire 
quelques austérités pour se rendre dignes du seigneur de la 
Vie et du premier homme, viennent le matin dans la toge de 
médecine. Leur nombre n'est pas fixé; il est tantôt plus, 
tantôt moins grand. Tous sont peints sur tout le corps 
avec de l'aigle blanche; ils sont dus et portent leurs robes 
le poil en dehors et rabattu sur leur visage qui en est tout 
à fait couvert; arrivés dans la loge de médecine, ils ôtent 
leuj-s robes. I* premier jour de la fête, ils sortent quatre 
fois de la loge, enveloppés comme je viens de le décrire, et 
dansent autour du Mak-SieuruuA-Taeht! (Y&rche) dressé 
sur la place. I^e Kauih-Sechka se tient pendant ce temps 
appuyé cMinlre l'arche et pousse des plaintes. Tout cela se 
bit le matin; l'après-midi règne le silence, il n'y a plus ni 
danse ni cérémonie d'aucune espèce. 

Seconde /ourn^e de tOkippe. I^ second jour, de grand 
matin, arrivent huit hommes, Berocki-Hcddiche , qui repré- 
sentent des bisons mAles. Ils sont nus et portent autour des 
hanches un tablier d'étoffe de laine rayée bleu et blanc. Leur 
corps est peint en noir , avec deux larges raies rouges sur le 
devant, ressemblant à des revers d'uniforme et marqués de 
plusieurs raies blanches transversales. L'avant-bras présente 
des raies altemativemeut blanclies et rouges, et les chevilles 
de m^e. A la main ils tiennent des éventails faits de ra- 
meaux de saule; sur le dos ils ont une robe de bison dont 
la tdte, garnie d*une longue crinière, leur retombe sur le 
visage. Sur le milieu de la robe, dont le poil est en dehors^ 
est attachée une seule corne de bison, de laquelle partent, en 
haut vers la tête et en bas vers les reins, des branches vertes 
de saule, comme une couverture. Les huit bisons mâles se 
revêtent, dans la loge de médecine, de ce singulier costume, 
après quoi ils sortent deux à deux , le corps penché, tenant 
de chaque côté les pans de leurs robes étendus, comme une 



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DB I.'AHKRIQUE du HORD. 44? 

lîetnme qui danse, «t les éventails levés. Ils s'avincent ainsi 
en dansant jusqu'à l'arche, où ils se partagent, quatre <l'en- 
tj-e eux allant à droite et quatre à gaucbe, pour faire le 
tour de la place; puis ils se réunissent eu face les uns des 
autres au-dessus de la loge de méderlne et retournent eu~ 
suite deux à deux vers l'arclie où ils continuent à danser. 
Quand ils dansent en face les uns des autres, ils se tiennent 
di-oils et beuglent comme des bisons. Aussitôt que cette 
danse commence, les six batteurs de tortnes, qui ont porté 
leurs instruments du milieu de la loge jusqu'auprès de 
l'arche, se mettent à les battre en chantant une certaine 
clianson qui contient, m'a-l-oa dit, une prière. Le Kaitih- 
Secftka se tient précisément en face des tortues, appuyé 
sur l'arche, les yeux bai.<isés vers la terre, et se plaignant 
sans relâche. Il est absolument nu , sauf une espèce de ta- 
blier de peau de cabri; tout sou corps est peint eu jaune, 
et il est coifTé d'une couronne de poil ou de laine de bison , 
blanchie, pour avoir été exposée aux intempéries de l'air, et 
qui lui retombe sur les yeux. Les huit bisons mâles se réu- 
nissent en dansant autour de lui, le couvrent de leur robe, 
s'dpf«vchent ensuite , toujours en dansant , de la tortue y où 
ils font la même chose; api-ès quoi ils se rendent à la porter 
de la loge de médecine, y forment avec leur robe une espèce 
de passage couvert , sous lequel on rapporte la tortue dans 
la loge. Toute cette cérémonie se répète jusqu'à huit fois 
dans le cours de cette journée; quatre fois le matin et 
quatre fois l'après-midi. 

Troisième* journce de tOkippe. Les mêmes masques que 
j'ai décrits en parlant de la journée précédente, dansent ce 
jour-là douze fois, sans manger ni boire. Une foule d'aulres 
masques se joignent à eux : i° deux hommes déguisés en 
femmes, qui dansent dans ce costume, eu se tenant à côlé 
des huit bisons. Ils portent des habits de cuir de bighorn , 
de» pantalons de femme (mitasses) , la robe avec le poil en 
dehors; ils ont les joues seules peintes en rouge, le meuton 



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44D' VOtAGE ItA.115 L'iNtÉRlEUA 

tatoué, la tête ornée de grains de verre (rassadé) ^ à \i 
manière des femmes. ï° Deux hommes représentant ifn 
couple de cygnes; ils sont nus; ils tiennent à la main une 
queue de cygne et ont le corps peint en blanc, saufle nez, 
la bouche ( /e bec) et le bas des jambes avec les pieds qtfi 
sont noirs. 3° Deux serpents à sonnettes. Us ont le dos 
comme ces animaux , peint eu raies noires transversales; le 
devant jaunâtre; une raie noire descend des yeux le long 
des joues, et dans chaque main ils tiennent une touffe 
d'artemisia. Un homme représente XOchkih-Heddé. Deux 
hommes du village le conduisent vers la rivière,- où ils 
l'habillent et le peignent. On Ini peint tout le corps en noir, 
et, après cela , il ne lui est plus permis <le paHer; sur la tête, 
on lui pose un bonnet avec unecrêledc coq noir; son visage 
est couvert d'un masque « avec des anneaux blancs, en bois, 
autour des trous des yeux; on lui fait de grosses dents avec 
del'ëtoupe de coton;onlui peint un soleil sur l'estomac, un 
croissant sur le dos, un rercle blanc à toutes les jointures 
des bras et des jambes , en dedans et en dehors, ou lui attache 
une queue de bison, et on lui met à la main un petit bâton 
avec une balle de peau à l'extrémité, à laquelle est noué 
un scalp, dont le dessous est peint eu rouge. La balle est 
censée représenter la tête d*nn ennemi. Quand ce monstre 
est achevé, on' le lâche, et il court comme un fou dans 
toute la prairie ; il entre dans le village , montant sur les 
cabanes, passe de l'une à l'autre et se glisse dans tous 
les coins , pendant que les habitants lui jettent toutes sortes 
d'objets de prix. Aussitôt qu'il s'aperçoit de cela , il se 
tourue vers le soleil et lui fait comprendre par des signes 
avec quelle distinction on le traite, et lui reproche sa sot- 
tise à rester si éloigné. Il fait le tour de la compagnie et 
cherche la vermine sur la t£le des gens. S'il en trouve, il 
se regarde comme fort heureux et s'enfuit au plus vite. \jis 
Indiens ont la plus grande peur de XOchhih-Heddé ou dia- 
ble, et, pour cette raison, ce rôle ne peut être assigné à 



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OF. I. AMKIIKJUF. OU SOIID. i^^C) 

personne; celui qui consent :\ le remplir doit se présenter 
tk lui-nrfine. On me raconta qu'un jour qu'on célébrait 
cette fête de médecine près de la rivière du Cœur, où les 
Mandans demeuraient à cette époque, on avait conduit 
dans la rivièi-e l'homme qui jouait le rôle du diable. Quand 
on l'eut déshabillé pour le peindre et lui mettre son cos- 
tume, il exprima une vive inquiétude et demanda qu'on le 
lâcli&t; puis à l'instant même il s'élança comme s'il eAl été 
possédé du malin esprit, et se mit à courir avec la rapidité 
d'un cheval sur les collines et dans la plaine. Les deux 
personnes qui l'accompagnaient eurent peur et coururent 
de leur côté vers le village; mais le nouvel Ochkih-Heddé 
passa devant eux comme une flèche, sauta par-dessus Jes 
palissades, entra dans les cabanes, en ressortit, puis courut 
de nouveau vers la rivière. Personne ne doutait qu'il ne fut 
possédé. On eut beaucoup de peine à s'assurer de lui et à le 
laver; mais il tremblait de tout son corps et se cachait 
dans sa robe. Il demeura après cela toute sa vie dans cet 
étsil, sans prononcer plus jamais un seul mot '. 

Pendant que le diable court çà et là, les autres masques 
ne cessent de danser et agissent conformément au rôle que 
joue chacun d'eux, imitant tous les mouvements naturels 
aux animaux qu'ils représentent. II paraît 5' deux hommes 
qui reprwentent des aigles à tête blanche {Pnttaeké). Ils 

> Qiund tt» ladiciH ont jcùné peucbnl trois ou quatre joun, il« révent , et c'nt 
touvent XOcUkih'Htddi qii'ik voient eo Moge. Ili aoal penusdét *lora qu'iU np 
«ifront plut guère longtemps. Celui qui me fainit ce récit aiait auui jeAné une 
foii pendnol furt longtenp* à l'occatiou de celte fête, et t'êtail f^it suspendre par 
le dus. Penttani la nuit, il songea à KOcUkih-Bedài, et te ril bien plus (erriblï et 
plut grand qu'on ne taurail le représenter. Son plumet louchait siii nuages, et il 
courait de cAïc et d'anire aiec la rapidité d'une Déche. Il tii plusieurs fab enrorc 
ce diable en songe , mai» il a résolu de ne plus jeitner pour ne pas mourir trop 
prompteroenl. Il ajouta qu'il avait souvent regardé avec plaisir et sans elTroi 
l'homme masque qui représentait Oclik'ili-Heddé; mais qu'rn re moment il ronsi- 
dérail celle sfhirc sous un aulre point de vite, car, pins il y ■ pensé , plus il lui a 
paru grand et terrilile, ei dans ™s rircotiïiances le génie s'était approrlié fort pré* 
de lui ; cl si une fuis il était parvenu à le toucher, il rA Irèf-cerlain qu'il n'aurait 
pas sunéru a rrtlr renronlre. 



D.oiiiz.owGoogle 



45o VOYAGE DANS l'iNTKRIEUR 

sont peinU d'une couleur brun Doir; la lête, le cou , 
l'avant-bras et les mains, de même i|ue le bas des jambes, 
soDt blancs; ils tiennent un bâton à la maia; leur emploi 
eat de poursnlvre les cabris. 6° Deux castors (Ouarapé): 
ils pm-tent une robe avec le poil en dehors , dernère la cein- 
ture un morceau de parchemin , comme une queue de 
castor, et sont peints en vert bcun. •)" Deux oiseaux de 
proie: leurs épaules sont bleues, leur poitrine jaune et tache- 
tée j iU portent des plumes sur U tûte et des serres d'oiseau 
de proie à la main. S'^Deux ou quatre ours (Mato), couverts 
de peaux d'ours avec la t£te et les griffes: ils courent pen- 
chés autour du danseur, et imitent le grognement de ces 
animaux. 9" Deux hommes représentent la viande sèche, 
qui est coupée eu languettes étroites : ils ont sur ta tête 
un bonnet de peau de lièvre blanche; leur corps est peint 
en raies allant en zigzag ; autour des reins ils ont une cein- 
ture de rameaux verts, et ils dansent avec tes autres. 
lo** Quarante à cinquante Indiens de différents âges re- 
présentent les cabris ou antilopes : leur dos est peint d'une 
couleur rougcâtre, tes parties de devant et de derrière 
en blanc, le nez et la bouche en aoir;ib tiennent à la 
main de petits bâtons et courent de tous côt^ comme 
des fous. 11' Deux hommes représentent la nuit Ils sont 
ims, peints tout en noir et marqués d'étoiles blanches; sur 
le dos ils ont la lune qui se couche , et sur la poitrine le 
soleil levant. Il ne leur est pas permis de s'asseoir de toute 
la journée jusqu'à ce que le soleil soit couché; ils s'asseyent 
alors et ne doivent plus se lever que le lendemain matin. 
I a* Un ou deux loups i^Ckaraté') : ils sont peints en blanc; 
ils portent une peau de loup et poursuivent les calnis qui 
fuient devant eux; s'ils en prennent un, les ours survien- 
nent, le leur arrachent, et font semblant de le dévorer. 
Tous ces animaux imitent , autant qu'ils le peuvent, leun 
mouvements naturels. 1 3" Deux loups des prairies ( Oié- 
hecke) ; ils ont le dessus de la tête blanc, le visage jaune 



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DE LAMÉHIQUE DV BORD. ^.^I 

rouge ; ib portent dans leurs clievetix des herbes (les5*!c}iées, 
à la main un bâton rayé i-ouge bnni , «l courent clans la 
prairie devant les autres animaux quand ceux-ci quittant 
le village. Presque tous ces animaux ont des chants avec 
des paroles qui leur sont particulières , mais que les pre- 
nnes ne comprennent pas; ils s'exercent pendant tout l'été 
h bien eKecuter ces chants, et sont souvent obligés de 
payer fort cher les leçons qu'on leur donne. Dans l'origine, 
il n'y avait k cette fête que les dix espèces de masques que 
j'ai nommés les premiers, les autres ont été ajoutés depuis 
et ne font pas partie de l'ancienne observance. Quand tous 
ces divers animaux se mêlent, ils se battent et font toutes 
sortes de gnnuces. Chaque animal se conduit de la ma- 
nière qui lui est naturelle: ainsi, par exemple, les castors 
donnent avec bruit de grands coups de queue; les bisons se 
vautrent dans le sable; les ours donnent des coups de patte 
ou de griffe, etc. Pendant toutes ces danses pantomimiques, 
qui durait trois jours, les pénitents restent tranquilles 
dans la loge de médecine sans manger ni boire. Dans la 
soirée du troisième jour, tout le personnel des dix pre- 
mières mascarades se réunit dans la It^e de médecine, que 
tous quittent après cela ensemble. I^s pénitents se couchent 
sur la place du village, loin de l'arche, mais Tentourant 
en cercle et étendus sur le ventre, pendant que les masques 
dansent autour d'eux etpar^lessua eux, au son de la tortue. 
Quelques-uns commencent dès lors à se faire martyriser. 
lU font présent à quelque homme distingué d'un fusil , d'une 
couverture de laine, ou de quelque autre objet de prix , 
pour qu'il veuille bien les faire souffrir. Pendant ce temps, 
le Kaiuh'Sechka n'a cessé de gémir près de l'arche, contre 
lequel il est resté appuyé. On commence alors à torturer les 
pénitents. Aux uns on coupe des bandes de peau et de chair 
sur la poitrine , sur les bras ou bien sur le rtos , mais de 
manière à ce qu'elles restent attachées par les deux extré- 
mités; on y passe une courroie et on lance ainsi le patient 



DaitizecbyGoO'^lc 



45* VOÏAGK DA.\S l.'l>TbHIHUIt 

paiwlessiis le boni escarpt; «le la rivière , où il demeuré 
par conséquent suspendu en l'air; aux autres, on attache 
h la rourroie un crâne de bison, et ils sont obligés de traî- 
ner cette lourde masse après eux; d'autres encore se font 
suspendre par le muscle du dos , ou bien se laissent couper 
des phalanges des doigts ou élever en l'air par la chair dé- 
coupée (le la poitrine, en laissant pendre des corps peinants 
à leurs muscles mis à découvert. Ceux qui ont été torturés 
ce jour-là retournent dès le soir dans leurs cabanes; mais 
ceux qui sont assez forts pour jeûner plus longtemps ne se 
soumettent à l'épreuve que le quatrième jour. 

Quatrième journf'e de tOkippe. Tous ceux qui o.it pu 
supporter le*jeùne pendant quatre jours sont rassemblés 
dans la loge de médecine. Ceux d'entre eux qui se sentent 
faibles demandent que l'on veuille bien commencer de 
l)onne lieure n danser. On recommence donc au point du 
jour les mêmes danses et mascarades que la veille. On 
daiise ce jour-là seize fois, buit fols le malin et huit fois le 
soir, et l'on cesse de bonne heure. Les aspirants à la torture 
sont découpés vers deux heures après midi , et quand ils 
ont exécuté tous leurs tours de force, deux hommes vigou- 
reux, qui ne font point partie de la fête, poussent un des 
torturés entre eux, le tiennent parles mains, et tout le 
cercle se met à tourner en rond avec une grande rapidité. 
Le Kaûich-Sechka est traité de la mênie maniera. Les 
hommes qui ont jcîîué et qui ont été martyrisés ne tardent 
pas à tomber, et plusieurs d'entre eux perdent connais- 
s;mce; mais on n'y fait pas attention, on continue à les 
iraîner avec soi jusqu'à ce qu'enfin ils restent étendus par 
lerre comme morts. Alors les huit Berocki-Hettdiche se 
présentent pour exécuter leur dernîèi-c danse. Pendant ce 
temps, /Vurnank-Afachanâ (le premier homme *) se tient à 
l'un des côtés de la place et invite les habitants à se rassem- 
bler pour aller à la chasse aux bisons. Les hommes arrivent 
alors à pied et à i;lieval avec des ai-cs et des flèches. Les 



D.gitizecbyG00glc 



DE L'AHÉRlgtlt DV NORD. 4^-^ 

flèclies sont ornées, du côté du bois, de feuillage v«rt, et 
pendant que les bisons (Bf-rocki-Hedt&c/te) s'approchent en 
dansant du premier homme, il les repousse , et l'on tire de 
tous côtés sur eux. Ils tombent, se roulent par terre, et y 
restent enfin coucliés comme s'ils étaient morts. Le premier 
homme invite alors les habitants à se partager la chair des 
bisons. Ceux-ci , de qui les robes étaient déjà tombées, se 
lèvent et se retirent dans la loge de médecine. Là, les 
figurants se partagent en deux bandes, étendent les bras 
et les jambes, se frappent la poitrine et s'écrient qu'ils se 
sentent forts ; l'un dit qu'il tuera des ennemis; l'autre, qu'il 
abattra beaucoup de bisons, etc. : après quoi l'on se sépare, 
on mange, ou se repose, et la fêle est terminée. 

Les blessures faites dans ces occasions sont pansées , 
mais elles laissent, pour toute la vie, des cicatrices grosses 
et enflées. Cela est bien plus remarquable encore chez les 
Meunitarris qui, à ce qu'il paraît, se font des blessures beau- 
coup plus graves que les Mandans. T^es crânes des bisons que 
ces Indiens ont traînés après eux au milieu des souffrances 
sont conservés avec soin, et passent des pères aux fils; 
souvent ils leur servent de talismans; on les garde dans la 
cabane, et en passant devant on leur frotte le nez et on 
leur offre à manger. Le bison est en général médecine pour 
ces Indiens , c'est-à-dire, plus ou moins sacré. 

Us ont encore une autre fête de médecine fort remar- 
quable , qui est celle qui doit attirer les troupeaux de bisons, 
et qui se célèbre pour l'ordinaire dans l'automne ou au 
printemps. Ayant été moi-même témoin de cette fête chez 
les Meunitarris, je la décrirai quand je parlerai d'eux, car 
ils la célèbrent exactement de même que les 14 umangkakes. 
A cette fête, ils abandonnent leurs femmes aux hommes 
plus âgés, et c'est ce que font aussi, dans certaines occa- 
sions, des individus qui désirent que l'on fasse. pour eux 
des souhaits de succès dans quelque entreprise. Ils vont 
alors avec leur pipe et ncconipagnés de leur femme, n'ayant 



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4^4 VOYAGE DANS 1,'lNTÉRIEtIR 

(l'autre véteineut que sa i-obe Ôe bi&on, dans une autre 
cabaue. La femme porte un plut de maïs bouilli, qu'elle 
dépose devant uu tiers, et le inari en fait autant de sa pipe. 
L'homme favorisé passe alors sa main étendue sur tout le 
bras de la femme , la prend par la main pour la faire lever, 
et la suit dans quelque lieu écarté, ordinairement dans le 
bois qui, en biver, entoure la cabane; elle reutre ensuite 
et renouvelle parfois cette cérémonie avec huit ou dix 
liommes. Aussitôt que l'bomme favoiisé est revenu et a 
repris ta place , celui qui désire avoir ses bons soubaits lui 
présente sa pipe et le fait fumer, après quoi il exprime 
ses vœux pour le succès de l'entreprise qui va se faire. 
En signe de reconnaissance, on lui passe la main tout te long 
du bras, en commençaut par l'épaule, sur quoi, comme je 
viens de le dire, on i-ecommence souvent la même cérémo- 
nie avec d'autres hommes. 

Une troiùème fîte encore est celle que Say a décrite 
sous le nom de la danse du blé des Meunitarris (voyez 
.1/. Long's, Exp., X. II, p. 85). Sa description est asset 
fjiacte, et elle a lieu égal^nent chez les Meunitarris et chez 
les Mandans. C'est la consécration des semences que l'on 
va planter, et ils l'appellent fVahka-Sin/ioucke , ou la fête 
de médecine du blé des femmes. La Viàlte qui ne meurt 
jamais envoie au printemps les oiseaux aquatiques, les cy- 
gnes, les oies et les canards, comme symboles des plantes 
que les Indiens cultivent. L'oiseau sauvage représente le 
Diaîs, le cygne ta citrouille, le canard les fèves. C'est la 
Vieille qui fait croîti-e ces plantes, et c'est pour cela qu'elle 
envoie ces oiseaux comme leurs présages et leurs rc|)résen- 
tauts. Il est fort rare qu'au printemps on voie onze oies 
sauvages reunies; mais quand cela arnve, c'est un Mgne 
(]up k récolte du maïs sera particulièrement abondante. 
Ces Indiens gardent au printemps, pour l'époque oii c« 
oiseaux arrivent, beaucoup de viande sèche, afin de l'employer 
il la c^éhration de la fête de médecine du bic des femmes. 



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UE L'&llfc'HIQUE DU HORU. 4^^ 

Ou suspeud cette viande devant le village, k de loogs ccha- 
làudages de perches placées par deux, ti-ois ou quatre rangs, 
l'un derrière l'autre, et on la regarde, ainsi que plusieurs 
autres objets deprix, comme des ofTraades faitesà la Vieille. 
Ijes femmes igées, comme représentantes de la Vieille qui 
ne meurt jamais, se rassemblent à jour fixe près de ces cclia- 
budages, tenant à la main un bâton à l'extrémité duquel est 
attadié uo épis de maïs. Elles s'asseyent en cercle, placent 
leurs bâtons devant elles par terre, danseot autour des écha- 
fadauges, et r^rennent après cela leurs bâtons. Pendant ce 
temps , des vieillards battent le tambour et agitent le clûchi- 
koué. Le maïs n'est point arrosé, comme certaines personnes 
le pensent, cela lui serait nuisible. Pendant que les vielles 
femmes font leur médecine avec des grains de maïs, les 
jeunes arrivent et leur fourrent dans la bouche un peu de 
viande salée et pulvérisée, pour que les autres leur don- 
nent en retour à manger un grain de maïs consacré. On 
en pose dans leur plat trois ou quatre grains, que l'on mêle 
ensuite soigneusement avec ceax qui doivent servir aux se* 
mailles, afin de communiqua* à ceux-ci le bonlieur et la 
fertilité. La viande sécbée qui a été suspendue appartient 
ensuite aux vieilles femmes, parce qu'elles représenteut la 
Vinlle qui ne meurt jamais. Dans le cours de cette céré- 
monie, il vient souvent deux hommes de la bande des chiens, 
qui enlèvent sans façon un gros moi<ceau de viande des 
échafaudages et l'emportent avec eux. Étant des chiens et 
des hommes constdci-éa, on ne peut pas les en empêcher. 

Dans l'automne, on cél^re encore une fois cette médecine 
(tu blé ; mais alors c'est pour attirer les troupeaux de bisons 
tt M procurer de la viande. Dans cette occasion, chaque 
femme ne porte pas seulement un b&lon avec un épi, mais 
ou plant de maïs tout entier sous le bras. Ils appellent le 
maïs et les oiseaux qui sont les symboles des fruits de ia 
terre, du nom de la Vioille qui ne meurt pas, et leur crient 
en automne : n Mère, ayez pitié de nous! ne nous envoyez 



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45C \OÏACK l>AKS l'ikTLHIKCR 

pas de trop bonne heure les gmiids froids, afin que nous 
puissions avoir de la viande. Ne souffrez pas que tout le 
gibier s'en aille, afin qu'il puisse nom rester quelque chose 
pour l'hiver. ■ 

Quand ces oiseaux se rendent en automne dans le Midi, 
ou, pour parler comme les Indiens, quand ils retournent au- 
près de la Vieille, on croit qu'ils emportent avec eux les 
présents que l'on a suspendus pi-ès du village pour celle 
qui donne et qui protège. les semences, et en particulier la 
viande sèche. Ils croient même que la Vieille s'en nourrit. 
Quelques pauvres femmes qui ne possèdent ni viande, 
ni objets d'aucune espèce à offrir en présent , prennent 
un morceau de parchemin, y enveloppent un pied de bison, 
et suspendent leur offrande à l'échafaudage. A leur retour 
chez eux, les oiseaux se rendent cliez la Vieille; chacun 
rapporte quelque chose de ce que les Indiens ont donné; à 
la fia il en vient un qui dit : «J'ai très- peu appcoié; 
car je n'ai reçu <|u'un fort maigre présent. > Mais la Vieille 
eu recevant le pied de bison d'une pauvre femme ou d'une 
veuve, répond: * C'est là précisément ce que j'aime! Ce doo 
modeste m'est plus clier que tous les autres présents, quel- 
que précieux qu'ils soient.» Elle fait cuire aussitôt uo mor- 
ceau du pied avec son maïs et le mange avec plaisir. 

J^ Vieille qui ne meurt jamais possède de très-vastes 
plantations de maïs qui sont gardées par le grand cerf et par 
le cerf mâle à queue blanche. Elle a aussi beaucoup de 
Blackbirds qui surveillent ses champs. Quand elle veut 
nourrir ses gardiens, elle les rassemble et ils tombent sur 
ses champs pour se rassasier. Les propriétés de la Vieille 
étant fort étendues, elle a besoin de beaucoup d'ouvriers 
pour les cultiver; la souris, la taupe et les cerfs y travail- 
lent. Les oiseaux qui, au printemps, quittent les bords de 
la mer, représentent la Vieille; mais de sa pei-sonnc elle se 
rend au Nord, où elle couche chez le Vieux qui ne meurt 
point et qui ne quille jamais le scptrntrion. Elle n'y reste 



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DE l'amérique dv hord. 4^7 

pas longtemps; elle revient au bout de trois ou quatre 
jours, après avoii- couché avec lui ^ Autrefois, la cabane de 
la Vieille se ti-ouvail au Mahtack-Chouké (le Missouri su- 
périeur ou le petit Missouri). Les ludlens y allaient souvent 
la visiter. Un jour, douze Meunitarris allèrent la voir; mais 
elle leur présenta un si petit plat de maïs qu'il sulTisait à 
peine pour en rassasier un seul. Elle leur dit pourtant de 
s'asseoir et de manger, ce qu'ils Hrent; et à mesure que le 
plat se vidait, il se remplissait tout à coup de lui-même, de 
sorte que les douze hommes furent tous satisfaits. Cette 
aventure se renouvela souvent pendant que la Vieille Imbi? 
tait ces environs. 

Les serpents, et particulièrement les serpents à sonnettes 
{Mattah- Ckoppenih , ck guttural), sont plus ou moins 
médecines pour les Indiens. Ils tuent ces derniers et leur 
coupent les sonnettes de la queue, qu'ils regardent comme 
un remède souverain dans beaucoup de maladies. On mâ- 
che un de ces anneaux, et l'on frotte avec la salive diverses 
parties du «orps du malade< Ils croient aussi à un serpent 
médecine, d'une grandeur colossale, qui vit à quelques jouiv 
nées de là dans un lac, et auquel ils offrent des sacrifices. 
Voici comment ils racontent l'histoire de ce monstre. Deux 
jeunes gens se promenaient en descendant le cours de la 
rivière; ils remarquèrent un trou dans un rocher et y en- 
trèrent par curiosité. L'ayant traversé, ils furent surpris à 
l'aspect'd'un pays superbe qui leur était tout à fait inconnu, 
et dans lequel paissaient plusieurs troupeaux de bisons. Sou- 
dain , ils se trouvèrent en face d'un énorme géant qui leur 
cria : a Qui êtes-vous donc, vous autres pygmérs? Je ci'ain- 
draia de vous briser si je vous louchais. » Il les prit alors 
avec prccautioD dans sa main, et les porta dans son village 
qui n'était habité que par des géants comme lui. Ils accom- 



■ On rfconnail dam crt miblèmc le pusagc dis oiinu» , i|iti font i' 
trur nid dam W nord vl nvicnacnl apm queliiiret non. 



D.gitizecbyG00glc 



458 VOYAGE iiAns l'imtérikuh 

pagnèreut ensuite ces géants à la chasse aux bisoDS ; les 
premiers tuaient ces aaimaux il coups de pierres; mais les 
Mandans se servaient d'arcs et de Aàches , ce qui plut beau- 
coup aux géants. Ceux-ci étaient ak>rs en guerre avec les 
aigles , qu'ils tuaient aussi à coups de pierres ; nais tes deux 
Mandans les abattirent encore avec leurs flèches, de sorte 
qu'ils ne tardèrent pas à rassembler un grand tas de plumes 
d'aigle. Ils prirent aloi-s congé des géants , qui les laissèreat 
partir avec leurs précieuses plumes. A leur retour, ils trou- 
vèrent le trou dans le rocher bouché par un énoime ser- 
pent. Dans le premier moment, ils ne surent comment s'y 
frayer une route ; enfin , cependant , ils se décidèrent à éle- 
vei- un grand bûdier et à brûler le monstre. L'un d'eux 
goûta de la chair du serpent rôti et la trouva de bon goût. Ils 
continuèrent leur chemin; mais bientôt la tâte de œlni qui 
avait mangé du serpent enfla prodigieusement , et il éprouva 
de grandes démangeaisons à la figure. Il pria son ami de ne 
pas l'abandoniter et de le ramener chez lui. 
. Le lendemain, il enfla de plus en plus, et en outre il 
s'allongea ; il sentit par tout le coips des démangeaisons et 
ne tarda pas à devenir un vrai serpent; sur quoi il pria 
son camarade de le conduire dans le Missouri , ce qu'il fit 
«u bout de trois jours. Aussitôt que le serpent eut atteint 
r«au, il j plongea, mais revint bientôt à la surface, et dit: 
« Il y a là-bas beaucoup de mes pareils, mats ils me haïssent; 
portez-moi donc au lac de Meuruith-Hashka (la longue 
eau ), à trois journées du Missouri , « ce qui fut fait. Cepen- 
dant , ce séjour ne lui plut pas davantage , et il fallut qu'on 
le portât dans un second lac nommé Histoppé-Numangké 
(la place du visage tatoué), où le serpent se trouva enfin 
bien, et où il résolut de rester. Il chargea le jeune homme 
de lui procurer quatre objets différents : un loup Uanc, 
un putois, du maïs pilé et des queues d'aigle; après cela il 
devait aller quati'c fois à la guerre, et il pourrait être sûr 
de tuer chaque fois un ennemi. Tout cela arriva comme le 



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DE l'amérique du RURn. ^Ba 

s«i^at l'avait prédit. II ujoata qu'il resterait toujours ea 
ce lieu, qu'il ne mourrait jamais et deviendrait médecine; 
et quand les Mandans souhaiteraient quelque chose , ils 
n'auraient qu'à venir le trouver et fàii-e pénitence ou pré- 
senter des offrandes, c'est-à-dire, des robes, des queues 
d'aigle et d'autres objets de piix, qu'ils attadieraienl à des 
perches sur le bord du lac. Cela a lieu en effet aujourdliui 
■encore de temps à autre: 

Parmi les autres objets remarquables de ce genre, il y a 
U pierre de médecine {Mih-CÂoppéniche, le premier ck gut- 
tural), dont Lewis et Ctarke ont déjii parlé, et que les Meu- 
iiitarris adorent aussi de la même manière, sous le nom de 
IVUulé-Katachi '. Cette pierre est située \ deux et demie ou 
trois journées de route des villages , au bord du Passachté 
/C4iin/K>n^//-A/i'e/-), duquel ellen'est éloignée que d'environ 
cent pas. On m'a assuré qu'elle se trouve au sommet d'une 
colline assez élevée, où elle forme une espèce de plateau 
uni, probablement ea. grès, car elle a dû se composer, au- 
trefois, d'une masse molle. D'après la description, cette 
pierre est marquée par l'empreinte de pieds d'homme et de 
toutes sortes d'animaux , et par celle de chiens avec leurs 
traîneaux. Cette pierre est une sorte d'oracle pour les In- 
diens; ils lui oflrent toute espèce d'objets de prix, teisque 
des cliaudrons, des couvertures de laine, du drap, des 
armes, des couteaux, des liaches, des pipes de médecine, etc., 
que l'on y voit déposés. Ordinairement les détachemenls 
«le guerre des deux nations, quand ils se mettvnt en mar- 
che , passent devant la pierre et lui demandent conseil 
sur leur entreprise. Ils s'en approchetit, fument leurs pipes 
de médecine, pleurent, gémissent et passent la nuit dans 
le voisinage. Le lendemain matin, ils vont dessiner sur un 
morceau de parcliemin les figures que présente la pierre, 

■ Vojei /oc. Cl/., 1. 1, p. i6*, Daprè» Schoolcnfl(e^«i W/w<iii£o*?, rtr., 
p. 46), H y ■ Hiiii des fiivrrea île médecine cbei lei lodieiu sFjilEiitrioiiiux, ^m 
Jri (wiincnl en parlic en ronge. 



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f\iio voyaCi-: daws L'iHTiîHiEtin 

et l'on jiorte le dessin au village, où les anciens en iiiier- 
prètent le sens, II n'y a pas de doute que de nouvelles fi- 
gures ne soient trac4-es de temps en temps dans la pierre, 
non loin de laquelle se trouvait autrefois la fameuse arche 
[JUah-Meunni/i-Tiu/ié) dans laquelle une partie de la 
nation se sauva lors du grand déluge. 

Les Mandans ont outre cela plusieui-s médecines dans les 
environs de leurs villages. Celle qui se trouve près de MiA- 
Toulla - Hangkouche a été très-exactement dessinée par 
M. Bodmer ; elles se composent toutes d'offrandes faites 
aux puissances surhumaines. L'une d'elles, par exemple, 
tronsiste en quatre perches posées carrément, dont les deux 
de devant sont garnies au pied d'un amas de terre et de 
gazon. Entre les deux perches de devant, il y a quatre crânes 
de hison ranges par terre en ligne droite; et entre celles de 
derrièi'e, vingt -six tètes d'homme, peintes en partie avec 
des raies roirges. Derrière l'édifiire, il y avait deux couteaux 
(Stan/ii) fichés en terre. Ijs [œrches sont surmontées de 
faisceaux de branches avec une espèce de cr^te {aite de 
morceaux de bois pointus par le bout et peints en rouge. 
( Voyez la vignette n" iv de i'Adas.) Les Indiens se rendent 
dans ces endroits quand ils veulent y porter des offrandes ou 
faire des souhaits ; alors ils crient , gémissent et adressent des 
prières au seigneur de la Vie. I^s Français du Canada appel- 
lent cela pleurer, quoiqu'on ne verse pas de larmes. On trouve 
encore une construction de ce geiu'c sur la planche xxv de 
V^tlas. \Jt, on avait attaché à des perches deux figures 
d'homme en peau, assez peu rei;onnaissables, et qui , d'après ce 
que l'on nous dit , étaient censés représenter le soleil et la 
lune, ou bien le seigneur de la Vie et la Vieille qui ne 
meurt jamais. L'absinthe , que les Mandans appellent Psichin- 
chani i^ch guttural), et dont ils ont coutume d'attacher 
des poignées aux perches, est pour eux une plante plus ou 
moins snci-éc ou médecine, et ils hu attribuent de gr<t'iides 
vertus. 



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UK l'anémique du noki). 4G1 

Ainsi que je l'ai dit , les songes sont en général les 
motifs de leurs actes religieux et des pénitences qu'ils s'im- 
posent, et ils sont convaincus de la vérité de ce qu'ils 
voient en songe. Ils ne connaissaient pas encore les armes à 
feu , lorsqu'un des Indiens vit en songe une arme à l'aide de 
laquelle on pouvait tuer son ennemi de fort loin, et peu de 
temps après les blancs leur apportèrent le premier fusil 
{Ertfhpa). Ils virent de même aussi en songe des chevaux 
( Umpa-Menissé') avant qu'ils en eussent. Il n'y a pas 
jusqu'aux blancs qui vivent parmi eux qui partagent 
leur foi aux songes. Ils font vœu, ne commençant une 
entreprise, de sacrifier une phalange d'un de leurs doigts. 
Ils la coupent et tiennent le moignon dans une poignée 
d'absinthe. J'iii vu faire cette opération par des Piékanns, 
chez qui elle est une marque de deuil. Cela se fait encore 
ordinairement à l'époque de l'Okippe, dans les mois de mai 
et de juin. Presque tous les Mandans et les Meunitarris ont 
une ou deux phdianges de moins, quelquefois davantage. 
Il y a encore chez ces Indiens beaucoup d'autres idées 
et préjugés superstitieux. Ainsi, par exemple, ils croient 
qu'une personne à qifi l'on veut Hu mal doit nécessaire- 
ment mourir, si l'on fait une figure de bois et d'argile dans 
laquelle on introduit, en place de cœur, une aiguille ou un 
piquant de porc-épic, et que l'on dépose cette figure au 
pied d'une construction de médecine. Quand une femme 
vient d'accoucher, il ne faut pas brider un cheval, c'est-à- 
dire qu'il ne faut pas attacher le nœud sous la mâchoire 
inférieure, car cela ferait mourir l'enfant par des convulsions. 
Si la femme est grosse, cela porte souvent malheur au mari, 
et il n'a point de succès à la chasse. Lorsqu'un de ces In- 
diens blesse un bison sans le tuer, il cherche à rapporter 
chez lui un cœur de bison, et dit à sa femme de tirer ufie 
flèche contre ce cœur, après quoi il recouvre de la con- 
fiance dans ses armes, et pense qu'elles tueront promptc- 
ment. l^s Indiens assureiil aussi que les femmes grasses ont 



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^Gl VOYAGE DAHS L'iNTKRIEUn 

beaucoup de bonheur au jeu de skohpe ou de billard. Bien 
des gens regHtlent comme un mauvais présage lorsquuoe 
femme traverse un cercle de Mandans qut fument. Si une 
femme est couchée par terre entre les fumeurs, on pose un 
morceau de bois en travers sur elle, pour former une com- 
munication entre les hommes. L'Itontme le plus fort qui se 
trouve aujourd'hui parmi les Mandans , Bedé(^té-Anoukché 
(ch guttural), qui a gagné beaucoup de courses et de luttes 
contre les blancs , prend toujours sa pipe par la partie qui 
se met dans la bouche; car il prétend que s'il la saisissait 
par toute autre partie, le sang lui jaillirait sur-le-champ 
par les deux narines. Aussitôt qu'il commence à saigner 
ainsi par le nez, il ôte tout le tabac qui reste dans sa 
pipe et le jette au feu ; le tabac pétille comme de la poudre 
et le saignement cesse. Personne ne peut , dit-on , toucha 
cet homme au visage sans saigner immédiatement par le net 
et par la bouche. Un certain Indien soutient que quand une 
autre personne lui présente une pipe à fumer, ce qui se 
fait souvent par politesse, sa boudie se remplit sur-li*K^amp 
de vers qu'il jette par poignées dans le feu., La médecine d'un 
autre Mandan conûste à faire une boule de nage et k la 
rouler longtemps dans ses mains, ce qui k fait durcir au 
point de la changer en une pierre blanche aussi dure 
qu'une pyrite. Bien des gens, et même des blancs, assurent 
avi^r vu faire cette expénence, et il serait inutile de vouloir 
leur prouver te contraire par des raisonnements. Le même 
homme «ssUre qu'un jour, en dansant, il arracha des 
plumes btaoches de certain petit oiseau, les roula de même 
dans ses mains, et en fit ausû, en peu de temps, une pierre 
de ce genre. Il entre parfois dans la pensée d'un Indien de 
rendre son fusil médecine ou de le consacrer, après quoi il 
ne lui est plus permis d'en faire présent à personne. Il 
dispose ordinairement à CRt effet une fête tous les ans 
au printemps. Le crieur public, garde-chaudron ou marmi- 
ton [ K»pachkti , en langue mandane, ch guttural ; à chaque 



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DE l'améiiiquf. du KORU. /|t>3 

Itande est attaché un serviteur de ce genre), le crieur pu- 
blic , dis-je, doit aller inviter ua certain uombre de convi- 
res, pour lesquels on lui remet de petits bâtons qui tiennent 
lieu de tHilels d'invitation on de cartes. Quelquefois on en- 
voie pour cela des cartes à jouer européennes. T^es convives 
paraissent, posent leurs fusib et prennent place. Alors le 
tambour et le chichikoué font le tour de la société. Pen- 
dant cette belle musique, on prépare le repas, dont il ne 
doit rien rester. Le maître de la maison prend après cria 
son fusil, coupe un morcean de viande , en frotte le canon 
du fusil, et jette ensuite la viande dans le feu, céré- 
monie qu'il réitère jusqu'à trois fois. Il fait de même avec 
du bouillon et jette le reste du bouillon dans le feu; en 
dernier lieu , il prend de la graisse dont il frotte le fuùl 
tout entier, et dont il jette aussi le reste dans le feu. 

Beaucoup de Mandans et de Meunitarris croient qu'ik 
ont des animaux vivants dans le corps : l'un , ua jeune bison 
dont il sent souvent les mades, d'autres des tortues, des 
grenouilles, des lézards, un oiseau, etc. Nous vîmes chez 
les Meunitarris les danses de médecine des femmes, dans 
lesquelles l'une disait qu'elle avait un épi de maïs flans le 
corps, que la danse faisait sortir, et que l'on obligeait à 
rentrer avec de l'absinthe; une autre vomissait du sang, 
mais je parlerai de cela plus bas. Ces sortes d'escamotages 
ont lieu aussi chez les Mandans*. On raconte encore une 
foule d'autres événements merveilleux, absurdes et surna- 
turels. Il j avait une jeune fille qui ne voulait pas se m»- 
rier et qui n'avait aucun ra|^rt avei; des Iwmmes. Une 
nuit, pendant qu'dle donnait, un homme vint se coucher h 
côté d'elle, ce qui la réveilla, et elle le vit qui se retirait, 
v£tu d'une robe blancbe. Etant encore revenu les <leux 
nuits suivantes, elle prit la résolution de lui faire une mar- 

■ Ce* lorla J'etcintoUca de médcdne ont lieu chez lonici Ici nilioiu indienne*. 
Lt D'Atone pirledc* Cliawaiiii {ht.eit., p. loo), «Îiim que de li imt Jh Mé 
rarl, qa'ib ont , Mini qtw d'antre* Indiens (/k, eil., p. loS). 



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/|ti/| VOYAGE ItANS 1,'lNTKRIKLR 

que pour le i-econnaître. Quand il revint, elle lui donna, 
avec la main qu'elle avait peinte en rouge, un coup sur te 
dos, ne pouvant pas le retenir. Ije lendemain, elle regarda 
attentivement toutes les robes du village, mais elle ne vit 
nulle part la marque qu'avait faite sa main, jusqu'à ce 
qu'enfin elle la découvnt sur le dos d'un gros chien blaoc. 
Quelques mois après, cette jeune fille accoucha de sept pe« 
tils chiens. Les Indiens sont persuadés de la vérité de cette 
histoire. Les hiboux et les chats-huants sont pour eux 
des oiseaux de médecine. Ils soutiennent qu'ils peuvent 
causer avec eux et comprendre leurs gestes et leur voix; 
aussi gardent-ils souvent ces oiseaux dans leurs cabanes 
pour prédire l'avenir. Ils prennent, d'une manière que je 
décrirai plus tard , toutes sortes d'oiseaux de proie qui se 
nourrissent de charognes, et surtout des aigles, qu'ils gar- 
dent souvent en vie pour avoir de leurs plumes. Ils sont 
souvent médecines pour eux. 

Plusieurs instruments en usage parmi les blancs, et no- 
tamment les instruments de mathématiques, sont médecines 
pour les Indiens, parce qu'ils n'en comprennent pas l'utilité. 
C'est ainsi que les femmes indiennes étaient souvent em- 
barrassées quand nous les regardions à travers une lunette 
d'approche, paire qu'elles croyaient que par ce moyen 
nous pouvions voir jusque dans l'intérieur de leur corps, ^ 
deviner leui*» actions et leurs pensées présentes et futures. 

I^es divisions du temps , et surtout la division de l'année 
par mois, sont assez naturelles chez les Mandans. Ils 
comptent les années par hivers et disent : Il y a tant d'hi- 
vers depuis tel événement. Ils expriment le nombre des 
hivers, soit numériquement, soit sur les doigts, car leurs 
noms de nombre sont fort complets. Si l'on commence par 
le commencement de l'année, leur premier mois {Minang- 
gué) est: 

i" \£ mois des sept jours froids: Achinisccht^-minang' 
^ité ich gctitural); il répond au mois de j;invier. 



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UE l'ahkriquë du hohd. 4^^ 

a' Le mois clu rut des loups : Charaté-duh-héminchki' 
minang-gué (rA guttural, r avec la pointe de la langue); 
c'est notre février. 

3* Le mots des ophthalmies : Istippa-minang-gué ; 
mars. 

4* Le mois du gibier; quelques-uns l'appellent aussi le 
mois des oies sauvages, des canai-ds etc. : PatlohtUkou- 
minang-gué; avril. On l'appelle aussi souvent le mois de 
la débâcle : Oiodé^uappi-minang-gué {ck très-guttural). 
5* Le mois où l'on sème (le mais) ou le mois des fleurs : 
ff^akik-heddé-minang-gué ; mai. 

6* Le mois de la maturité des Cetvîs bernes (poirier des 
Canadiens) : Manna-pouchaké-ratack-minang-gué ; juin. 

7° Le mois de la maturité des cerises {Prunus) : Katac- 
ié'ratack'minang-gué ; juillet. 

8* Le mois de la maturité des prunes {Prunus) : tVahkta- 
ratack-minang'gué ; août. 

y' Le mois de la maturité du maïs : Mackirouchah-mi- 
nang-gué (l'ravec la pointe delà langue, ch guttural); 
septembre. 

lo' Le mois de la chute des feuilles : Mannantpé-hé- 
rah'tninang'gué (IV avec ta pointe de la langue) ; octobre. 
1 1' Le mois où les rivières gèlent : Chodé-ahke-minang' 
gué{ch guttural); novembre. 

I a* Le mois de la petite gelée ou la lune du petit jroid : 
Ichinin-takchuké-fninang-gué ; décembre. 

I.«s mois reçoivent aussi parfois des noms différents, à 
l'égard desquels il règne un peu d'arbitraire. Quant aux 
sept jours froids de janvier, j'en parlerai plus bas. 

Ijçs principales occupations des Indiens, après le soin de 
décorer leurs belles parures, de se regarder dans la glace, 
de ne rien faire, de fumer, de manger et de dormir, sont 
la cliasse [Ckanté) et la guerre : ce sont elles qui remplis- 
sent la plus gi'ande partie de leur temps. T^nr principal 
giWer est, comme je l'ai dit, le bison iptihnde). \,e& hommes 



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466 voTAcr DANS l'imtérieuu 

vont ordînairement à la chasse en corps et à cheval , afin 
d'être plus en sûreté, dans le cas où ils rencontreraient des 
ennemis en plus grand nombre qu'eux. Leur harnais res^ 
semble à celui des Pieds-Noirs et la selle est à la bongroise. 
Aujourd'hui ils achètent quelquefois des brides des blancs; 
elles sont doublées de drap rouge et bleu et très-omées. 
Quand ils sont à cheval, ils ont toujours le fouet, ihkapa- 
raché, à la main ; le manche en est toujours fait de bois et 
non pas de corne d'eik, comme chez les nations plus occi- 
dentales. Ils ne portent jamais d'éperons. En été , les trou- 
peaux de bisons sont épars au loin dans la pr^rie, et leur 
poursuite exige alors plus de temps et d'efforts; mais, en 
hiver, lorsqu'ils se rapprochent du Missouri et cherchent un 
asile dans la lisière des forêts, on en tue souvent un grand 
nombre en fort peu de temps. T^ planche xxxi de l'atlas 
offre un tableau exact de cette chasse. I^es Indiens restent 
parfois huit à dix jours hors de chez eux, dans leurs expé- 
ditions de chasse. Ils reviennent ordinairement à pied, 
parce que tous leurs chevaux sont chaînés de viande. Les 
bisous sont généralement tués à coups de flèches et à la 
distance de dix à douze pas. Quand il fait très-froid , si les 
bisons restent malgré cela au loin dans la prairie, comme 
dans l'hiver de i833 à i834, les Indiens chassent peu, ai- 
mant mieux souffrir de la faim et ne vivre que de maïs et 
de fèves; et puis lorsque, à l'entrée du printemps, on voit 
beaucoupdebisons noyésdescendre la rivière sur tes glaçons 
détachés , les Indiens savent fort adroitement nager entre 
ces glaçons, sauter par-dessus et ramener les animaux à la 
rive, où ils mangent cette cbair à demi poun*ie , qui ne leur 
inspire aucun dégoût. Il est remarquable à quel point leurs 
chiens affamés connaissent et utilisent les expéditions de 
chasses de leurs maîtres. Quand les chevaux reviennrat 
chargés de viande ^ les enfants du village ont coutume de 
faire entendre un cri de joie que les chiens comprennent 
fort bien. Ils se mettent aussitôt à hurler, et courent <Ians 



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DE L^MKRIQItK DU KORD. ^6"] 

l« praine du côté où la chasse a eu lieu, pour se réunir k 
leurs parents les loups et dévorer les restes abandonnés 
par les chasseurs. 

Quand un chasseur a tué un animal , il mange pour l'or- 
dinaire tout de suite le foie, les rognons, l'estomac et la 
moelle des gros os. Les Indiens partagent en général avec 
d'autres le gibier qu'ils tuent. I.«s entrailles et la peau ap- 
partiennent de droit à celui qui l'a tué. S'il survient un 
homme de distinction qui ait tait un coup, au moment où 
un animal vient d'être tue , et s'il en désire la langue ou 
quelque autre bon morceau , on ne peut pas le lui refuser. 
Les Mandans et les Meunitarris ne se servent point de 
chiens pour la chasse. Ils tirent des cerfs et des elks dans 
les bois, des cabris et des grosses-cornes' dans les prairies 
ou dans les montagnes Noires et autres montagnes des envi- 
rons ". Pour prendre les cabris {Aniilocapra americana 
Ord.), qu'ils appellent Koké, ils établissent des parcs {^Kakro- 
koche\ mais non pour les bisons, dans la chasse desquels les 
Assiniboins sont plus adroits qu'eux. Brackenridge^ raconte 
que les Indiens poussent les cabris dans l'eau et les y tuent 
avec leurs casse-tèles; mais cela n'a pu se faire que dans 
quelques cas particuliers, où ils avaient été favorisés par le 
hasard. I^es Meunitarris font de ces parcs à cabris plus fré^ 
quemment que les Mandans. On cherche à cet effet une 
vallée en pente douce (cou/ei^, en canadien), située entre 
des collines et ayant à son extrémité une descente escarpée. 
Sur le sommet des collines, on établit deux lignes conver- 
gentes, d'un ou deux milles de long, formées de branches 

■ W«rdeD (Av. a/. , p. iSS) dit quels MiQd*oitp|M!llemb grafM-oi>nM.fi«ala,- 
RUM eéà n'eu pu euet ; le nom de «i aninnl , ehtt eux , eil Atu-ehii (cA fut- 
liml), ou Aiutckté, ta fiitant enleodre ■ peine le premier e. 

■ DiniU deMTiptioD de la liede Tanner parmi leilndieni, on lrouTe(p.6), io3 
et 104} qiielqUM dèraili lur la ehaue an biaon , i l'elk et au eailar, ainxi qiie dans 
pliuieun autres ouTrafei. 

i Vn}«r™,o//.o«»i«™,p. 5(1. 



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4bO VOYAGE DANS LIKTERIEUII 

isolées. Au bas de la côte on construit avec des pieux et dei 
branches, uae espèce de clôture ou de claie, de i5 à 30 
pieds de long, remplie et couverte de branches de pin. Un 
certain nombre de cavaliers poussent les cabris entre les 
extrémités écartées des deux lignes de branches, et les sui- 
vent après cela d'un pas rapide. I..es animaux cHrayés s'é- 
lancent en avant, suivent renfoncement el finissent par se 
précipiter dans la clôture où on les tue à coups de fouet, ou 
bien on les prend ea vie. 

Il y a peu d'ours dans ces environs, et les Indiens u'aimeut 
pas beaucoup cette espèce de chasse , parce qu'elle est sou- 
vent périlleuse sans que le pro6t eu compense le danger. 
Du reste, Brackenridge n'est pas exact, quand il dît que les 
Indiens crient très-fort avant d'entrer dans un bois pour 
en chasser les ours (Joe. cit., p. 56), car, s'il en était ainsi, 
ils en chasseraient en même temps tout le reste du gibier, 
et l'on reconnaît sur-le-champ à cette seule remarque que 
ce voyageur n'était point un chasseur. 

Les loups {Cltanilé) et les renards (Htrutt) sont quelque- 
fois tués à coups de fusil , de même qu'en hiver les lièvres 
blancs i^Mahchtické); les deux premiers animaux se pren- 
nent aussi dans des pièges. Ceux qu'ils dressent contre les 
loups sont très-forts et formés par un tronc d'arbre qui 
retombe. Le loup des prairies (Che/iecAe) n'est pas facile 
à prendre , étant fort prudent. On prend les renards dans 
de petits pièges que l'on couvre de branchages et de têtes 
de bisons , pour en cacher l'entrée. On rencontre partout 
dans la prairie des pièges de ce genre , qui sont entourés de 
petits bâtons, pour empêcher que l'animal n'y entre par le 
côté. Les castors se traquent aujourd'hui au moyen de 
pièges en fer que les Indiens achètent des marchands. Les 
animaux plus petits, tels que l'hermine, se prennent avec 
des pièges en crin que l'on dresse devant leurs terriers. On 
dit que la chasse aux oiseaux de proie est fort remai'quable- 
L'oiseleni' se couche tout de son long dan.s un trou creusé 



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DE L'AMÉniQUE DU IfOBO. 4^9 

exprès, et assez long pour contenir toute sa personne. On 
le couvre de branchages et de foin ; sur la surfece on place 
des morceaux de viande et l'on y attache une corneille ou 
quelque autre oiseau de ce genre. L'oiseau de proie s'abat 
sur la viande, sur quoi le chasseur le saisit par les serres. 
Je n'aurais pas ajouté foi à ces détails, si des hommes dignes 
de confiance ne m'avaient assure qu'ils, étaient exacts. On 
prend de cette manière l'aigle à queue noire et blanche 
{J^uila chrysaètos), le H^areagle des Anglais, le Quîliou 
DU oiseau de médecine des Canadiens, que tes Mandans 
appellent Mahchsi ( Makch signifie nez ). Je n'ai malheu- 
reusement jamais vu cet oiseau. I^s Indiens y attachent un 
fort grand prix. Il n'est pas rare, dît-on, dans les mon- 
tagnes Bocheuses et dans les colUnes voisines. Les Meuui- 
tarris l'appellent Mah'Echo. 

Après la chasse, la guerre est la principale occupation 
des Indiens; et la gloire des armes est la plus haute à la- 
quelle ils aspirent. On sait que la valeur des Indiens est 
très-différente de celle des blancs : s'exposer à découvert 
au feu de l'ennemi ne serait pas, à leurs yeux, de la bra- 
voure, mais de la folie. C'est la ruse qui leur donne la su- 
périorité. C'est dans l'espionnage, dans l'art de cacher leurs 
mouvements et dans les attaques au point du jour qu'ils 
mettent leurs forces. Celui qui tue beaucoup d'ennemis, sans 
éprouver lui-même aucune perte, est regardé comme le 
meilleur guerrier; faire un coup est, pour tous les Indiens 
de l'Amérique du Kord , raflaire la plus importante de leur 
vie. 

Quand un jeune homme désire se faire une réputation 
sous ce rapport, il commence par jeûner de quatre à sept 
jours, aussi longtemps que ses forces le lui permettent; il 
se plaint, il pousse des cris au seigneur de la Vie, ilinvo- 
que sans cesse le secours des puissances célestes et ne re- 
tourne chez lui que le soir pour coucher. Un songe lui 
indique enfin sa médecine. Si le seigneur de la Vie le fait 



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470 VOYAGE OASS l'iNTÉBIKUR 

râver d'un moix'eau de bois de cerisier ou d'uu animal , 
c'est un bon signe. Les jeunes gens qui veulent aller à la 
guerre avec lui ont alors conBaoce en sa médecine. S'il 
fait bientôt un coup, sa renommée est consolidée. Mais 
quel que soit le nombre de coups par lesquels il se distin- 
gue , s'il ue fait pas des présents d'objets de valeur, il n'est 
point considéré, et l'on dit de lui qu'il a fait, à la vérité, 
beaucoup de coups, mais qu'il est aussi à plaindre que ceux 
qu'il a tués. Du reste , quelque nombreux que soient les 
coups qu'un homme a faits , il ne lui est pas permis de 
placer de petites touffes de cheveux à ses habits, s'il ne 
porte pas un sifflet de médecine et s'il n'a pas été partisan , 
c'est-à-dire chef d'un détachement de guerre. Quand un 
jeune homme» qui n'a point encore fait de coup, se trouve 
être, dans une expédition, le premier qui tue un ennemi, il 
se peint sur le bras une raie en spirale, de la couleur qui 
lui plaît, et il a le droit de porter une queue de loup tout 
entière autour de la cheville. S'il est le premier qui a tou- 
ché et tué l'ennemi , il peint une ligne qui (ourne en biai- 
sant autour du bras, et puis une seconde qui la croise en 
sens opposé , avec trois raies transversales. Au second en- 
nemi, il se peint la jambe gauche, c'est-à-dire son legging, 
en rouge brun. S'il tue également ce second ennemi, avant 
qu'aucun de ses camarades ait été tué, il peut mettre deux 
queues de loup entières autour de ses deux pieds. Au troi- 
sième coup, il se peint deux raies longitudinales sur le bras, 
toujours avec trois raies transversales accouplées. Cest là 
le coup qui fait le plus grand honneur. Après le troisième 
exploit, on ne le marque plus. S'il tue un ennemi après que 
d'autres personnes du détachement en ont déjà tué, il s'at- 
tache à la cheville une queue de loup dont le bout a été 
coupé. Dans tout gros détachement de guerre, il y a tou- 
jours quatre partisans, Karokknnakah, quelquefois sept; 
mais il n'y en a jamais que quatre véritables ; les autres 
s'appellent de mauvais partisans {K»ivkkmiakah-Chakt'' 



D.gitizecbyG00glc 



DE LAMÉBIQUE DU NORD. ^"J l 

boche (le premier ch guttural), littéralemeat partisan ga- 
leux. Tous les partisans portent sur le dos une pipe de mé- 
decine, dans un fourreau, ce qui n'est pas permis aux autres 
guerriers. Pour devenir chef {Noumakchi), il faut com- 
mence par avoir été partisan, puis tuer un ennemi dans 
une expédition où Ton n'est pas partisan. Quand on suit, 
pour la seconde fois , un autre partisan , il faut être te pre- 
mier à découvrir l'ennemi, puis en tuer un, puis encore 
a voir possédé la peau entière d'un bison blanc femelle : sans 
cela on ne saurait prétendre au titre de IVoumakchi (chef , 
chiefou cheffré). Celui qui m'a donné ces renseignements, 
IHpoûch , avait fait tout cela ; c'était un homme très^onsi- 
déré dans sa nation , mais il n'avait jamais fait usage de ce 
titre. Il avait donné cinq chevaux pour sa peau de bison 
blanc. Tous les guerriers portent autour du cou de petits 
sifflets de guerre {Ikkocheka) , qui sont souvent très-élé- 
gamment décorés de piquants de porc-épic (Voyez pi. xxi , 
fîg. 9, et pi. xLViii, fîg. 16). Aussitôt que l'on se jette sur 
l'ennemi , chacun siffle et pousse en même temps le cri de 
ÇM.rTe{Cheddekehc/i) (la dernière syllabe sifflante à l'alle- 
mande). Ce cri est aigu, et on le fait trembloter en frap- 
pant à plusieurs reprises et avec vitesse de la main sur la 
bouche. Ceux qui jeûnent et qui rêvent pour faire un bon 
coup ont le droit de porter une peau de loup. Autant on a 
liiit de coups, autant on peut porter de plumes d'aigle dans 
les cheveux. Tous les Indiens , dans leurs expéditions de 
guerre, se construisent le soir une espèce de fort dont j'ai 
déjà souvent parlé; ils s'y trouvent, en quelque façon, en 
sûreté contre une surprise. Le major Long, Expédition ta 
tàe Rockjr mountains, raconte que c'est souvent dans ces 
forts qu'ils placent leurs caches ; nous n'avons pourtant rien 
remarqué de semblable près du Missouri. Us posent toujours 
des sentinelles la nuit, dans leurs expéditions , aussitôt qu'ils 
approchent de l'ennemi, et envoient souvent des éclaireurs 
fort loin en avant. Dans ces occasions, les Indiens sont Irès- 



D.gitizecbyG00glc 



47^ VOVAGE UAHS I.'lHT£RlEUR 

vigilants et daus uue activité perpétuelle. Après le combat, 
on n'enterre point les morts; si on n'a pas le temps de les 
emporter, on les laisse sur le terrain. Les scalps {PaJobchiy 
ch guttural), que les Canadiens appellent des chevelures^ se 
conservent souvent pendant fort longtemps attachés à de 
petites ficelles, après quoi l'on se sert de cheveux pour or- 
ner les habits des hommes, La peau de la tête de ces scalps 
se peint ordinairement en rouge en dessous. Les Mandans, 
les Meunitarris et les Corbeaux ne martyrisent jamais leurs 
prisonniers , comme les nations de l'Orient et les Pahnis. 
Aussitôt qu'un prisonnier est entré dans un village et y a 
mangé du maïs , on le regarde comme faisant partie de la 
nation même, et personne ne l'insulte. Mais il est arrivé sou- 
vent que les femmes sont allées au-devant d'un prisonnier, 
et l'ont tué avant qu'il entrât au village, surtout lorsque 
leurs maris ou leurs fils avaient péri dans le combat. Il est 
rare que les Indiens fassent des prisonniers du sexe nufr» 
culin dans leurs combats. On les tue en général tous. 

Quand un jeune homme veut devenir partisan , il con- 
sacre une pipe de médecine , toute simple et sans ornement. 
Il a eu soin auparavant de se concilier la bienveillance des 
jeunes gens par des présents et celle de toute l'armée cé- 
leste par son jeune et ses gémissements de quatre jours, 
qui servent aussi à ta consécration de sa pipe. 11 s'adresse 
ensuite aux jeunes gens et les prie de le soutenir dans son 
projet. Quand il a trouvé un assez grand nombre de per^ 
sonnes disposées à entreprendre une expédition , et lors- 
qu'elle a été décidée , ils dansent , mangent et s'amusent 
pendant plusieurs nuits dans la loge de médecine du vil- 
lage, d'oii ils se mettent aussi ordinairement en marche 
pendant la nuit Les femmes ne font jamais partie de ces 
expéditions. En partant, les guerriers sont mal vêtus et ne 
sont pas peints. Ils ne partent pas tous ensemble, mais iso- 
lément, ou du moins par petits détachements. Quand ils sont 
parvenu!) à uue certaine distance du village, ils font liait*' 



DaitizecbyGoO'^lc 



uK l'amékkjlk Dt' nURD. !\']i 

sur quelque colline isolée; ou s'assied en cei'cle, ou ouvre 
les sacs de médecine; le partisan tire sa pipe de uiédeciue 
et la fume. Il étale ensuite toutes ses médeèities par terre, 
ou bien il les suspend, et elles lui annoncent l'avenir. Dan» 
toutes ces afiaires les ludiens observent une grande gravité. 

Lorsque les guerriers reviennent de leur expédition après 
avoir fait des coups , ils se peignent le visage et souvent 
tout le corps en noir, et portent les scalps suspendus à des 
perches. Les femmes et les enfants vont au-devant d'eux, et 
ils rentrent dans le village en dansant la danse du scalp. On 
répète ensuite cette danse pendant quatre nuits dans la 
loge de médecine, et plus tard on l'exécute encore sur la 
place, au milieu du village. Si la campagne a eu lieu au 
printemps, et si après cela il n'y a plus aucun membre de 
la nation de tué, on continue à danser jusqu'à la chute des 
feuilles; si, au contraire, c'est en automne que l'expédition 
est sortie, on danse jusqu'au printemps. Sî, dans Tinter- 
valle, quelqu'un de la nation est tué, toutes les réjouis- 
sances cessent immédiatement. En dansant la danse du 
scalp, les ludiens se peignent de différentes manières; ils 
se placent en demi-^xrcle, marchent en avant et en arrière, 
chantant, battant du tambour et jouant du chichikoué. Les 
femmes dont les maris ont conquis les scalps , les portent 
attachés à de longues verges, dont je parlerai plus bas. 

Tous les hauts faits exécutés par un détachement de 
guerre sont comptés au partisan. C'est à lui qu'appartien- 
nent les scalps', ainsi que les chevaux enlevés. L'homme 
qui a tué un ennemi est un brave et compte un coup; mats 
la principale gloire en revient au partisan, quand même il 
n'aurait vu lui-même aucun des ennemis tués. Quand il 
revient chez lui, les vieillards et les vieilles femmes lui chan- 
tent le chant du scalp, sur quoi il est obligé de leur faire à 

< Il en et! de mAmc de II plupart dei nilionsde rAmcnqiwdu Nord; le D' Morse 
; p. iti) \r dîi rnlre aiilrex drt PnUnwaiomiea. 



D.gitizecbyG00glc 



^74 VOYAGE DANS LINTÛlIkUR 

tous (les présents de prix. 11 doaae tous les chevaux qu'il 
a eolevcs, ainsi que tous les objets qui ont quelque valeur. 
Après uDe de ces expéditions, il est pauvre , mais il a acquis 
une grande réputation. Les partisans heureux deviennent 
chefs et acquièrent une haute considération dans leur nation. 
Les jeunes Indiens vont à la guerre dès l'âge de quatorze à 
quinze ans. Dans l'hiver, ils partent quelquefois à cheval. 

Les Mandans et les Meunitarris s'étendent jusqu'aux 
montagnes Itocheuses y dans leurs guerres contre les Chipsi 
(Pieds-Noirs). Contre les Ojibouais, ils vont jusqu'à Pem- 
bina '. T^urs autres ennemis sont les Hahé-Numankocke 
ou Saonn (Dacotas), les Ariccaras, les Hoksika {^kssim- 
buins), les Tamah-Onrouche-Kape (Chayennes '). Ils sont en 
paix avec les Hehdtrucka (Corbeaux), ainû qu'avec les Meu- 
nitarris. 

Voici quelles sont les armes des Mandans et des Meu- 
nitarris. D'abord l'arc {fyoraéruhpa) et la flèche {Mcauut- 
Mahhé). Le premier se fait de bois d'orme ou de frêne, car 
on n'a pas , dans ces contrées , de bois de bonne qualité , et 
il est souvent couvert d'ornements. Dans ce cas , on atta- 
che à chaque extrémité un morceau de drap rouge de qua- 
tre à cinq pouces de long , dont on entoure l'arc , qui est 
orné de grains de verre blancs ou de rangées de piquants 
de poro«pic teitats , ou bien encore de petites bandes d'her- 
mine. A l'extrémité supérieure de l'arc on adapte ordinai- 
rement une touffe de crin peint en jaune. On voit une 
arme de ce genre sur hi planche xxiit, à la main de 
Pehriska-Ruhpa. Le carquois (^Chountachk-Ichtické y ich 
guttural), au haut duquel est attachée la gaine de cuir de 
l'arc , est fait de peau de panthère ou de bison ; dans le 
premier, le poil est en dehors , la longue peau est pendante, 

■ Vofu SchoolcraFl , Deniitr Wej-tga aa iac Iltuia , p. 19. 
> Les ADgIù» D'écriveat pM M nom Chajmim comiMla FnnçtM, mû 
Sh'unnti; !■ (iroDoiKUliDD eit cependiDt It mènie. 



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DE L'AMÉRIQUE BU WORD. ^"jS 

et elle est garnie du coté de la chair, de même que chez les 
Pieds-Noirs, de drap rouge orné de grains de verre blancs 
disposés en diverses 6gures. De foit beaux carquois de ce 
genre se font en peau de loutre ; on y attache un grand 
prix , et j'en ai représenté un richement orné , pi. xlviii , 
fig. to; il appartenait à un Corbeau. Aux deux bouts descar- 
quois on laisse retomber , comme ornement , d'étroites la- 
nières de peau. Lrs flèches des Mandans et des Meunitarris 
sont travaillées avec goût ; le meilleur boîs pour les faire est 
celui de l'amelanchier rouge. Du reste, chez toutes les na- 
tions du Missouri, les flèches sont faîtes de même * ; la pointe 
en est triangulaire, longuette, plate et bien pointue ; ils les 
fabriquent eux-mêmes avec de vieux fer. Elle s'attache légè- 
rement au bois de la flèche qui est teint, et elle reste ordi- 
nairement dans le corps qui a été blessé. On n'empoisonne 
jamais les flèches. Autrefois toutes les pointes se faisaient 
avec des pierres aiguës ; quand Charbonneau arriva près du 
Missouri, il en trouva encore quelques-unes qui étaient faites 
de pyrites, et l'on en ramasse encore dans tes villages, comme 
dans toutes les parties des États-Unis qu'habitaient autre- 
fois les aborigènes anéantis. Dans le voisinage des villages 
des Mandans il y a, dit-on, au milieu de la prairie, un 
monticule de sable sur lequel le vent a fait paraître un grand 

■ Quoiqu'au premier upecl loutes ce> flèchcB se reuenihlent parfiiilenieDt , ilj» 
cependant une grande diffî^reace dint la manière dont elles sont fabriquées. On 
■nure que, de loutat lai nationi du Miuouri , ce sonl lei Mandliu qui tabriqueni 
les fléchei la* pliu betlea et lea plai wlidea. Le* pointai de fer eo moi «paiMM et 
fortes , id plumes entièreineiil collées , et l'eiilDurage autour de la pointe et à l'ex- 
trémitf des plumes est de nerfs d'animaux IrÉs-Cni et trèa-égaui. Sur toute Ik 
longueur est tncie une ligtte rouge en spirale qui doit repriaenier la foudre. Les 
poinles de fer Gùtei par les Meuniurrii lont plui mioces et moins bonnes ; oe peu- 
ple De mile pas aussi bien les plumes , et se contente de les allacber par les deux 
cairémités, csmme font les Brésiliens. Les Assinibotos ont souvent ji leurs flèches 
de trèi-mauT*)«e> pointes mincea en fer-blanc, Sav (tojci major Umg'i Sxfd.) 
raconle que r-^rrowanoi^ ( ^Âurniim) sert aux Indiens du basMi&souri et des prai- 
ries voisines pour en faire des Qèclies. Je pense que l'arbuste dont il a voulu parler 
est l'alisier (Fii«™un>) du haut Missouri, oii l'on s'en sert efTeciiremenl pour fa- 
briquer de« ara, nais jamais des flèche». 



DaitizecbyGoO'^lc 



476 VOYAGE DANS l'iNTÉRIKUR 

nombre de ces poiates de flèches en pierre. Aujourd'hui , 
presque tous les Mandans et les MeuDitarris ont des fusils, 
appelés Eruitpa dans la langue des premiers, qui les oi^ 
lient de petits morceaux de drap rouge qu'ils attachent aut. 
anneaux de cuivre dans lesquels on passe la baguette. In- 
dépendamment de la baguette qui appartient au fusil , tous 
Jes Indiens en portent à la main une autre très-longue, dont 
ils se servent habituellement. La ^yherne (Manhé-Ihdouck^ 
est en cuir ou en toile , souvent ornée de grains de verre 
ou de piquants de porc-épic, et leur pend, sur te dos, à une 
courroie ou à une large et forte bande de drap, d'une 
couleur voyante. 

Leurs massues et haches de guerre sont de différentes 
espèces. Il y en a qui portent à l'extrémité d'un bâton une 
grosse pierre ovale, quelquefois recouverte de cuir (voyez 
la vignette, n° 28). D'autres ont de petites haches de fer 
{ Ohmanal-Tchamahé ; ch guttural), comme on le voit 
sur le portrait de Mato-Tope (pi. xiv), mais point decasse- 
léte avec une pipe. Le grand casse-tête, avec la large pointe 
de fer sur le côté (pi. XLViii , fîg. 4), s'appelle Manna^Oka- 
tanhé DU Manna-Chiké ; et une simple massue noueuse en 
bois se dit iifanna-Paiuché (voyez la vignette, n" 39). Plu- 
sieurs Mandans portent aussi des lances; on m'a dit qu'il yen 
avait une parmi eux d'une beauté extraordinaire; nuis je 
n'ai pu parvenir à la voir. On voit aussi chez ces Indiens 
des boucliers, mais qui ne difierent en rien de ceux des 
autres nations. Tous portent par derrière, à leur ceinture, 
leur grand coutelas [Manhi), qui leur est indispensable, 
tant à la chasse qu'à la guerre. Quelques-uns ont adapté 
comme manche à la lame de ce coutelas la^ mâchoire infé- 
rieure d'un ours, à laquelle on a laissé les dents et les poils 
(voyez la vignette, n' 8, p. 167). L'arc et la flèclie sont 
encore d'un usage commun chez tous les peuples qui habitent 
les bords du Missouri ; il n'en est pas de même chez les Osa- 
ges, qui ont été entièrement citasses de cette rivière. Ceux-ci 



D.gitizecbyG00glc 



DE l'aMÉRIQDE du NORD. 477 

préfèrent infiniment le fusil. Aussi les premiers sont-ils 
tous d'excellents archers , tandis que l'on ne peut pas en 
dire autant des Osages. Les Mandans et les Meunitarris se 
battent bien a leur manière , et l'on cite même d'eux quel* 
ques traits de bravoure. Mato-Tope est aujourd'hui un de 
leurs guerriers les plus distingués : j'aurai souvent encore 
occasion de parler de lui. Il a (ué plus de vingt chefs de 
nations étrangères. Jje père de Mato-Tope , qui s'appelait 
Souck-Chik (le bel enfant), se conduisit à peu près de la 
même manière que le chef meunitarris Kokoahkis, dont parle 
Say '. Il se rendit un soir, enveloppé de sa robe, dans la 
cabane ennemie d'un Ariccara, ainsi que les jeunes gens 
du village ont souvent coutume de faire; il y mangea, le 
visage caché, de sorte qu'on le prit pour un Ariccara; H 
se coucha ensuite à côté d'une femme, à qui il coupa une 
mèche de cheveux avec laquelle il s'éloigna. Il aurait pu 
tuer cette femme, comme le fit Kokoalikis, mais il ne 
le voulut pas. 

Ainsi que je t'ai déjà dit, tes plaies guérissent chez 
les Indiens avec une étonnante rapidité. Dans les bles- 
sures faites par des flèches, on a coutume de faire tra- 
verser toutes les chairs par la flèche, pour que le fer n'y 
reste point. Il arrive souvent que dans les combats, des 
hommes et des femmes sont scalpés , qui reprennent ensuite 
connaissance et guérissent. Ces graves blessures à la tête se 
frottent avec de la graisse, et l'homme de médecine les 
fume en chantant *. Les Indiens éprouvent assez souvent 
des maladies. Les Mandans et les Meunitarris sont sujets à 
des ophlhalmies; il y en a beaucoup de borgnes ou qui ont 

> Tof u Long'i Exped. , (. I , p. 3o. 

1 Bndburj {loc. cit., p. 7S) parie d'un homme qui iiut été scalpé el qui rtiil 
gnéri, et on en trouve plusieun aulrei exemples Amt diTen écrlTiini comme 
cbei Mackenue; (p. 191). où il eil queilion de la femme ojibouaie, O-cbi-gwun, 
qni ataii élë ttalpje. Chet lei Meuailarrii, il j aiait auui, de mon lempi, de» 
hommes qui a<aien( Mibi celte opéralioa; ils porlaieul latftr conirrte J'iin lionnrl> 
de lOTte que l'on ne pouiail toir ce qui leur manquait. 



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47^ VOYAGE DANS l'iKTÊRIBUH 

une Uie sur un d«s yeux. Oaus les iDflammatioas des yeux, 
ils ont coutume de se gratter le globe de l'œil avec une es- 
pèce d'herbe tranchante comme une scie, jusqu'à ce que le 
sang coule, et c'est peut-être à cela qu'il faut attribuer la 
perte de cet organe. Ils souffrent aussi beaucoup de rhu- 
matismes, de toux et d'autres maux semblables, ce dont il 
ne faut pas s'étonner, puisqu'ils vont à demi nus dans les 
plus grands froids et se baignent dans de l'eau glacée. Les 
bains de vapeur qu'ils prennent daus une cabane herméti- 
quemeat fermée, où I'dd jette de l'eau sur des pierres 
échauffées, ont souvent des résultats très-favorables. En 
sortant de ces baîns , ils vont se rouler dans la neige ou se 
jeter dans la rivière au milieu des glaçons; mais ils ne ren- 
trent pas après cela dans la chaleur comme on le fait dans 
les bains russes. On dit que plusieurs Indiens sont morts 
subitement pendant l'emploi de ce remède. Il y en a qui 
souffrent de la goutte et dont les membres se déjettent ; mais 
tous ceux qui ont pu supporter ces remèdes violents en sont 
ensuite beaucoup plus forts et plus endurcis. Parfois aussi 
ils se font piétiner partout le corps et surtout sur le ventre ; 
ce qui a lieu aussi chez les Brésiliens. On marche alors sur 
eux avec tant de force qu'il en résulte souvent des squirres 
aux entrailles ou des tumeurs au foie. Le bain de vapeur 
s'emploie contre toutes les maladies. La vaccine , dont l'in- 
troduction n'a éprouvé aucune difficulté chez plusieurs na- 
tions des environs des grands lacs, et notamment chez les 
Ojibouais ', n'a point encore été mise en usage chez les 
Matidans et les Mcunitarris. L'hémoptysie n'est pas rare 
chez eux; mais il n'y a pas de phthisies proprement dites. 
La gonorrhée est très-commune; ils prétendent que toutes 
les variétés de maladies vénériennes leur ont été apportées 
par les Corbeaux de par delà les montagnes Rocheuses. 
Dans ces maladies ils se placent au-dessus d'un réchaud, 

■ Voyrt Scbooirnrt, IVamI. a/an Exped. lo lUukaUkt, p. iSeiSJ. 



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DE l'amérique du mord. 479 

mais il leur amve souvent de se brâler. Les bubons se 
coupeut dans leur longueur, après quoi le malade court 
pendant trois quarts de lieue, aussi vite qu'il peut. I^a jau- 
nisse est inconnue dans te pajrs. Ils ne connaissent pas les 
vomitifs; mais quand ils se sentent l'estomac dérangé, ils 
s'introduisent une plume dans le gosier, et provoquent 
ainsi le vomissement. Leurs pui^atifs sont tous du règne 
végétal. Le Wius radicans produit souvent des tumeurs chez 
les enfants. Le serpent à sonnettes étant rare dans les en- 
virons des villages, sa morsure doit l'être; mais on dit que 
les Indiens possèdent contre elle un bon remède. On 
frotte avec de la neige les membres gelés. Dans la cécité 
causée par la neige , qui est fréquente au mois de mars, 
on baigne les yeux avec de l'eau dans laquelle on a fait 
dissoudi-e de la poudre à canon. Ils ouvrent fréquemment 
la veine, ce qu'ils font avec une pierre à fusil tranchante 
ou avec un couteau. Ils demandent souvent des drogues 
aux blancs et se soumettent volontiers à leurs ordonnances. 
Ces Indiens ont aussi divers remèdes pour leurs chevaux; 
ainsi, par exemple, ils feur font prendre un morceau d'un 
guêpier contre la rétention d'urine. 

Quand un Mandan ou un Meunitarn vient à mourir, on 
ne laisse pas le corps longtemps dans le village; on le trans- 
porte à deux cents pas environ , sur un échafaudage étroit, 
de'six pieds de long, et reposant sur quatre pieux d'une 
dizaine de pieds de haut, qu'ils appellent un Mackoué; 
mais auparavant on enveloppe le corps dans des robes 
de bison et dans une couverture de laine. Le visage, qui a 
été peint en rouge, est tourné vers l'orient. Un grand 
nombre de ces échafaudages entourent leurs villages, et 
quoiqu'ils avouent que cet usage est nuisible à la santé des 
habitants, ils n'y renoncent pourtant pas. On y voit aussi 
de petits cercueils qui renferment des corps d'enfants atta- 
chés avec une toile ou une peau. Les corbeaux se perchent 
d'ordinaire sur ces échafaudages, et les Indiens n'aiment 



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48o VOYAGE DAirS L^IMTKRIEUR 

pas ces oiseaux , parce qu'ils mangeât la chair de leurs pa- 
reuts. Quand ou' detnaade à un Mandan pourquoi ils 
a'enterreot pas leurs morts, il répond ; ajje seigneur de la 
Vie nous a dit, à la vérité , que dous venions de la terre et 
que nous y retournerions; mais nous avons pourtant com- 
mencé depuis peu à placer les corps des défunts sur des 
échafaudages, parce que nous les aimoos et que nous vou- 
lons pleurer en tes regardant '.* Ils croient que chaque 
homme a quatre âmes, une noire, une brune et une d'une 
couleur claire ; que cette dernière seule retourne vers le 
seigneur de la Vie. Ils disent qu'après la mort on va ha- 
biter plusieurs villages, situés vers le Midi, et qui sont 
souvent visités par les dieux. Les hommes vaillants et dis- 
tingués vont au village des bons, et tes méchants vont 
dans un autre. [Isy vivent comme ils vivaient auparavant; 
ils y ont des aliments et des femmesjils chassent et font la 
guerre. Ceux qui ont bon cceur et font beaucoup de pré- 
sents aux autres, retrouvent là de tout en abondance ; leur 
existence est conforme à la conduite qu'ils ont tenue sur la 
terre. On m'a dit pourtant qu'une partie des Mandans a 
changé d'opinion à ce sujet , et dit qu'après la mort on va 
habiter le soleil ou l'une des étoiles. 

Ils portent le deuil de leurs morts pendant une année 
entière; dans ces occasions ils se coupent les cheveux , 
s'enduisent le corps d'argile blanche ou grise, et se font 
fréquemment des entailles aux bras ou aux jambes avec 
un couteau ou une pierre à fusil tranchante, de sorte qu'ils 
paraissent tout couverts de sang. Dans les premiers jours 
qui suivent le décès, on n'entend que des pleurs et des gé- 
missements. Un parent, ou quelque autre personne, vient 
souvent pour faire ce qu'ils appellent couvrir le m