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Full text of "Voyage du jeune Anacharsis en Grèce"

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VOYAGE 

DU 

JEUNE ANAGHARSIS 
EN GRÈCE 

TOME QUATRl|:iaE 



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VOYAGE 

DU 

JEUNE ANAGHARSIS 

EN GRÈCE 

DANS LE MIlilEU DU QUATRIÈME SIÈCLE 
AYANT L*ÈRE VULGAIRE. 

QUATRIÈME EDITION 
TOME QUATRIEME 






A PARIS :J'0 

Chez de Bure l^Aîné, 



1^ 8 o I. 



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V O Y AOE 

DU JEUNE ANACHARSIS 

E N G R È C E, 
Dans I* milieu du 4.» siècle avant J. C 

CHAPITRE XXXIX. 

Suite àxL voyage de TÉlidc* 

Xénophon à Scillontg^ 

^énophon aroit une habitatîbir à Scilh)ntê> 
petite ville située à 20 staâc$ d'Olympie ••Les 
troubles du Péloponèse l*oblîgèrcnt de s'en éloi- 
gner , et d*aller s'établir à Corinthe , où je le 
trouvai lorsque j'arrivai en Grèce **. Dès qu'ils 
furent appaisés, il revins à ScilJonte *** ; et le 
lendemain des f^tes, nous hous* r^iditttes" chçz 
hi avec Diodore , son fils, qul'.w>-nc\iV avoit 
pas quittés pendant tout te temps (jt^'^ltèV* dur 
rèrent. : %/:-• i-»- 

Le domaine de- Xénophon étoit ôôf«^sidérar: 
Tarn. IF. . ,.»..-.- 

* Environ trois ^nart« ds licue. 

** Voyez le cbapitre TX. de cet ouvrages 

*** Voyez la note k la fin du volume^» 



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a VOTAOE 

Ue, Il m devoit une p^inie à la générosité des 
Lacédémoniens ; il ^voit acheté l'autre pour U 
consacrer à Diane ^ et s'acquitter ainsi d'un 
vocii au il fit en revenant de BersQ. Il réser^ 
voit le dixième du prgdait pour rentrecieu 
d'un temple qVil aroit construit en Tbonneur. 
de la "Déesse, et pour un pompeux sacrifice 
qu'il renouvelloit tous les ans. 

'Auprès du temple s'élève un verger qui 
donne diverses espèces de fruits . Le Sélinus » 
petite rivière abondante en poissons , promène 
nvec lenteur ses eaux limpides au pied d'une 
yiçhe colline, à travers des prairies où pais-< 
sent tranquillement les animaux destinés aux 
sacrifices. Au dedans, au dehors de la terre 
sacrée • des bois , distribués dans la plaine ou 
sur les montagnes , servent de retraite? aux 
chevreuils , a^x cerfs et aux sangliers, 

C*est dans cet heureux séjour que Xénq- 
phon avuit composé la plupart de ses ouvra^ 
ffes, et que depuis une longue suite d'années^ 
il couloit des jours consacrés à la philosophie , 
à la bienfaisance, à /agricolture , à la chasse, 
^*i(^.,fotis:l9S^ •exercices qui entPetiennent la liber- 
'xà dè/EèsjJ^ij-\çtla santé du corps. Ses premier$ 
>okrs:faff>flit de nous procuirer les amusemens 
''assortis.- à' rnotre âge , et çeax que le campa- 
:0pbe:;ôffD3 k un âge plus avancé. U nous mon- 
^*troitràesfxJâevaux« ses plantations , les détaiU 
de son ménage} et nous vîmes, presque par- 
tout, réduits en pratique les préceptes qu'il 
avoit semés dans ses diflTérens ouvrages^ D'au*» 
très fois ^ il nous exhortoit d'aller à la chasi- 
le I qu'il ne cessoit de recommander aux ieu^ 



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DU JEUNE ANACH4R3IS. J 

ses gtw comme Texercicc le plus propre à: 
U$ accoutumer aux travaux, de lâ guerre^ 

Diodore noua metioit souvent à celle det 
cailles des perdrix, et de plusieurs sortes d*oi« 
aeaux. Nous en tirions de leurs cages pour les 
attacher au mineu de nos filets. Les oiseaux 
de même espèce, attirés par leurs cris» totsk^ 
boient dans, le piège ^ et perdoient la vie o^ 
Fa liberté. 

Ces jeux en amenoient d^autres plui vif» 
et plus variés. Diodore avoit plusieura meutea 
de chiens. Tune pour le .lièvre ^unç autre 
pour le cerf, une troisième étirée dela.'Laco- 
nie ou de la LMCtide^t pour le sanglier.. U les 
connoissoit tous- par leurs, noms^ * , Jcars dé-^ 
fduts ou leurs, bonnes. qualité.>^ IL* savoit mieux 
iqje personne^ la tactique de cette: .^spèce de 
guerre, et il ea parloit aussi bien que soapèr 
re en avoît; écrit». Voici comoieat se. ûrisoit la. 
chasse du. lièvre ^ 

On ayoiti tendu des filets de- diffêrentea 
grandeurs,, dans, les sentiers et dans, les issuea. 
secrètes, pat où:- tanimat pouvoir s*échappet» 
Nous, sortimea. habillés, à la> légère «, uo^ bâton 
à la main^ Le pîqpeur- déucha^ ua des chiens i; 
et dèa qu'il lé vit sutU voie* il découplale*. 
autres ^ eti bientôt, le lièvre fut lajic6. Dana cft. 

\ 

I 

^ Orw avoit soin, de-doni^er- aux cKîefis.clea 
ttoma trèsueonrts ^ et ootnpiMé» des. â«ux syllabes^ 
tek fgue- Thymos^ Locbos , Phyîax , PKoneat ^ 
Brémon » Kroh^;^ Héhe ^ «to» ( Xénosb^ d» vanaib. 



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4 VOYAGE 

inO!Ticnt tout sert it rerioiblefTMnt'^rêt ,îes cris 
de la meute, ceux des chasseurs qui raniment, 
Its courses et les rases du lièvre; qu'on voit 
Sans un cMn d'ϔl parcourir la plaine et les 
boMines franchir les fossés , s'etifoncer dan» 
à s taillis, pafoîtr^ phsicurs foj, et finir par 
s^engajef dans Tort des pièces cfui l'attendent 
%u passade. Un giarde placé tout «après s'empa- 
re de la proie, et la présente aax chasseurs 
qa*il appelle* deMa voix et du geste. Dans la 
joie du triomphe ^ on cOinm\.*nce une nouvel- 
le battue: Nous en faisions plusieurs dans là 
'journée. Qaelqâeibis le lièvre nous échappoit 
^ passatit le bréliaus à. la nage. 

A ruyccasionf du sacriti.ce que. Xénophon 
^flSroit to^s^es aiis' à DiAue . ses voisins, hom- 
mes et. feii*nries.. t^ reiydoient à Scillonte . il 
•fraitok lai*mêmè:ses amis. Le trésor du temple 
-^toit ehàtgé de fentretien d^rs aatres specta* ' 
tears. On leur foirnissoit du. vin., du pain » 
''*dè la fdhne.^ des frAits . et une paûie des vi- 
^ctitnes immalé;s ; on leur ilistribwQit aussi les 
-sangliers, les 4cr& et les r-ch/vreails qu*avoit 
•Tait toitiber -soiis ses coups' la, .jcunesKd des en- 
;Vjrons, quiv'potrr se trouver aiix différen- 
Mtes chaises, s'étjif rendue à^ Scillonte qael* 
qués jours ' avant ila fétè. I ^." .. 

Pour la chasse du sanglier . noas avions 

'^des épicuxt; des^avelots Qh-à^^^r^^ nlets • Le« 

pieds de Tanunal récemment gravés sur le ler- 

'rein , Fimprts'si «îi* de ses" denîè," restée sur 

Técurce des arbres, et d^autre's indices . nois 

.menèrent, aupfès d'uq x^}]}\% fojr.t épais , On dé- 

Uchf^ un ciucn de Laeonie \ il suivil ia trac^, 



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DU JEUNE ANACHARSI8 5 

tt parvenu tu fort où^se -tçaott ranimai, il 
BOUS avertit par un cri dô fta ,déc^»uverte On 
Je retira au*si-tôt ; on dressa les hkis dans lei^ 
refuites; nous prim.s no- postes*. le sanglicX 
arriva de moii côté: loin de s'engager dan Iç 
filet, il s'açièta , et soutint p^^n^ant qte^oes 
momens l'attaque de la m ute. entière, dont 
les aboiemens iaisoient retentir la forêt, et celr 
le des chasserfrs qui s'apprcchoienr pour .lui 
lancer des traits et des pit rrf s .. Bientôt après 
il fondit swr Moschion, qui '^ittenilit de pied 
ferme dans le dessein de Teîf ire^p; mais ^'é* 
pieux glissa sur Tépaule et tomba des main du 
chasseur qui sur-.le- champ prit le parti de se 
coucher la facç^ contre ter^e. 

Je crus, sa perte assurée. Déjà le sanglier, 
ne trouvant point de prise , pour le soulever, 
le fouloit aux pieds, lorsqu'il vit Diodore qui 
accouroit au secours de son compagn n ; ijl 
s'élança aussitôt sur ce nouvel entiemi, qui» 
pi as adroit ou plus heuteiix, lui plongea s* n 
épieu 'à la jointure de l'épaule . Nous eûmes 
alors un exemple effrayant dç la férocité de 
cet animal: quoKjue atteint d'un coup mortel^, 
il continua de s'avancer avec fureur, contre 
Diouore , et vs'enfonça lui môme, le fer jusqu'à 
la garde Plusicvirs de nos chiens turent tué* 
ou blessés dans cette action , moins pourtant 
que dans une seconde ou le santlier se lit 
battre pendant toute une journée. D'auties 
sangliers, poursuivis par des chiens* tombè- 
rent dans des pièges qu*on avoit couverts de 
branches . 

Les jours suivans^ de cerfs périrent de 



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6 VOYAGE 

U même manière. Noas en lançâmes plusieurs 
autres ; et notre meote les fatigua tellement » 
qu*ils s*arrétoieBt à ia portée de nos traits, ou 
se jetaient tantôt dans des étangs ^ et tantôt 
dans la mer. 

Pendant tout le temps que dorèrent les 
chasses, la Conversation n'avoit pas d^autre 
objet. On racontoit des moyens imaginés par 
difl^rens peuples pour prendre ks lions , les 
panthères les ours et îes diverses espèces 
d*animanx féroces > En certains endroits on mê« 
le du poison aux eaux stagnantes et aux ali« 
mens 4^nt ils appaisent leur faim ou leur soif. 
Eii d'autres . des x:avaliers forment nue ence- 
inte . pendant la nuit i» autour .de Tanimal , et 
Tattaquent au point do jour» souvent au ris- 
que de lear vie. Ailleurs, on creuse une fus* 
se vaste et profonde; on y laisse en réserve 
une colonne de terre > sur laquelle on attache 
une chèvre; tout autour est construite une 
palissade impénétrable et sans issue; ranimai 
sauvage , attiré par les cris de la chèvre, saute 
pardessus la barrière, tombe dans la fosse ^ et 
ne peut plus en sortir. 

On disoit encore quMl sVtoît établi, entra 
les épcrvicrs et les habitans d*un canton de lat 
Thrace, une espèce de société; que les pre- 
miers poursuivent les petits oiseaux et les f ir* 
Cent à se rabattre sur la terre ; que les seconds 
les tuent à coups de bâton, les prennent aux 
filets, et partagent la proie avec leurs associés. 
Je doute du fait ; mais après tout , ce ne se- 
roit pas la première fois que des ennemis irré- 
conciables.se seroient réunis pour ne laisser 
aucune ressource à la foiblssse • 



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t)V JEUNE ANACHAltSlâ 7 

Comme rien ti^est ^i îmétessànt qttê û'ittx* 
dier un grand hommô dans sa retraite, tioui 
passions une partie de là journée à tiousft en« 
tretehir arec Xénôphoîi> h l'écOuter^ ï Viù" 
tertoger , à le suivre dans le» détails de sa vie 
privée» HoUs retrouvions dàn^ ses tonversà- 
lions k douceur et l'élégance qui régnent dans 
ses écrits» Il avoit tout à-la- fois le courage des 
grandes choses ^ et teluî des petites ^ beau* 
coup plus rare et plus néeessaire que le pre* 
mier ) il devoit à Tun une fermeté inébranla- 
ble , à l'autre une patience invincible . 

Quelques années auparavant, sa fermeté 
tat mise à la plus rude épteuVe pour un cœur 
sensible. Gryllus, Taîné de ses fils > qui ser« 
voit dans la cavalerie Athénienne , ayant été 
tué à la bataille de Mantinée, cette nouvelle 
fut annoncée à Xénophon ^ au moment qu'en» 
touré de ses amis et de ses domeuiqUes , il of» 
froit un sacrifice » Au milieu des térémônies , 
un murmure confus et plaintif se fait entett^ 
drc ; le Courier s'approche : Les Thébains ont 
vaincu ) lui dit-il , et GrylluS^..» Ùès larmes 
abondantes^ Tempèchént d'achever. Comment 
est-il mort, répond ce malheureux pèrè^ en 
étant la couronne qui lui ceignoit le fro^t î 
Après les plus beaux exploits^ avec les regrets 
de toute l'armée , reprit le courier . A ces 
mots ^ Xénophon remit la couronne sur sa tête 
et acheva le sacrifice. le voulus un jour lui 
parler de cette perte ^ il se contenta de me 
répondre: Hèlast je SaVots qu'il etoit mortel; 
et il détourna la conversation. ' 

Une autrefois nous lui demandâmei corn- 



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« VOYAGE 

ment il avoit conna Socrate. JVtois. bien jeu* 
ne , di-til : je le rencontrai dans une rue d'A- 
thènes fort étroite; il ^e barra le chemin 
avec son bâton > et me demanda où Ton trou- 
voit les choses nécessaires à la vie . Au mar<- 
ché j lui répondis je • Mais , répliqua-t-il $ où 
trouve-t-on à devenir honnête homme? Com- 
me j' hésitois, il me dit : Suivez-moi, cV vous 
l'apprendrez . Je le suivis et ne le quittai que 
pour me rendre à l'armée de Cyrus. A mon 
retour, j'appris que les Athéniens avoiont fait 
mourir le plus juste des hommes . Je n'eus 
d'autre consolation que de transmettre^ par 
mes écrits , ]es preuves de son innocence aux 
nations de la Grèce , et peut-être même à la 
postérité. Je n'en ai pas de plus grande main- 
tenant ♦ <|ue de rappellér sa mémoire , et de 
m'entretenir de ses vertus • . 

Comme nous partagions un intérêt si vif 
et si tendre, il nous instruisit en détail du sy- 
tème de vie que Socrate avoit embrassé , et 
nous exposa sa doctrine, telle qu'elle étoit en 
effet, bornée uniquement à la morale, sans mé* 
lange de dogmes étratigers , sans toutes ces 
discussions de physique ^t de métaphysique 
que Platon a prêtées à son maicre. Comment 
pourrois-je blâmer Platon , pour qui jet con- 
serve une vénération profonde? Cependant, il 
faut l'avouer, c'est moins daçs ses dialogues 
que dans ceux de Xénophou , qu'on doit éfu- 
dier les opinions de Socrate. Je tâcherai de les 
développer dans la suite de cet ouvrage , en* 
richi presque- par-tout des lumières que je dois 
aux conversations de Scillpnte. 



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DU JEUNE ANACHARSIS. 9 

L'esprit orné de connoissances utiles > t^t 
depuis long-temps exercé àja réflexion , Xeno-. 
phon écrivit pour rendre les hommes meilleurs 
en le éclairant ; et tel étoit. son amour pour la 
Yérité, qu'il ne travailla sur la politique , qu'a- 
près avoir approfondi la natare des gouveme- 
inens; sur l'histoire, que pour raconter des faits 
qui , pour la plupart , s'étoient passés sous ses 
yeux ; sur Tart militaire « qu'après avoir servi 
et commandé avec la plus grande distinction; 
sur la morale , qu'après avoir pratiqué les le- 
çons qu'il en donnoit aux autres. 

J'ai connu peu de philosophes aussi ver- 
tueux f peu d'hommes aussi aimables. Avec quel- 
le complaisance et quelles grâces il répondoit 
à nos questions ? Nous promenant un jour sur 
les bords du Sélinus, Diodore, Philotas et moi , 
nous eûmes une dispute assez vive sur la ty- 
rannie des passions. Ils prétendoient que l'amour 
même ne pouvoit nous asservir malgré nous. 
Je soutenois le contraire. Xénophon survint; 
nous le prîmes pour juge; il nous raconta 
l'histoire suivante. 

Apribs la bataille que le grand Cyrus ga- 
gna contre les Assyriens , on partagea le bu- 
tin, et l'on réserva pour ce prince une tente 
superbe, et une captive qui surpassoit toutes 
les autres en beaaté. C'étoit Panthée , reine d« 
la Susiane. Abradate , son époux , étoit allé 
<lans la Bactriane chercher des secours pour 
l'armée des Assyriens, 

Cyrus refusa de la voir, et en confia la 
garde à un jeune seigneur Mède/ nommé Aras- 
pe , qui avoit été élevé avec lui. Araspe dé-. 

y 



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10 V O Y A G E 

crîvit la situation humiliante où elle se trôU* 
voit, quand elle s* offrit à ses yeux. Elle étT>itt 
dit-il > dam sa tente , assise par terre » entou. 
tét de ses femmes , vêtue comme une escla^ 
ve , la tète baissée et couverte d*un voile* Hout 
lui ordonnâmes de se lever i toutes ses femmei 
se levèrent à-U^fois. Un de noui cherchant à 
la consoler t Nous savons , lui dît il » que vo- 
tre époux a mérité votre amour par ses qua» 
Htés brillantes; mais Cyrus, à qui vous étet 
destinée, est le prince le plus accompli de 
l'Orient. A ces mots , elle déchira son voile j 
et ses sanglots, mêlés avec les cris de ses sui- 
vantes « nous peignirent toute Thorreur de soft 
état. Nous eûmes alors plus de temps pour la 
tonsKiérer, et nous pouvons vous assurer que 
jamais l'Asie n*a produit une pareille beauté; 
mais vous en jugerez bientôt vous-même. 

Non, dit Cyrus; votre récit est un ttoû* 
veau motif pour moi d'éviter sa présence ; si 
Je la voyoîs une fols , je voudrois la voir en* 
core, et je risquerois d^oublièr auprès d^ell^ 
le soin de ma gloire et de mes conquêtes. £t 
pensez-vous , reprit le jeune Mède > que la beau- 
té exerce son empire avec tant de force ^ qu'el- 
le puisse nous écarter de notre devoir malgré 
nous-mêmes ? Pourquoi donc ne soumet- elle pas 
également tous les coeurs f D'où vient que nous 
n'oserions porter des regards incestueux sur 
celles de qui nous tenons le jour, ou qulTont 
repu de nous ? C'est que la loi nous le défend ; 
elle est donc plus forte que l'amour. Mais si 
elle nous ordonnoit d'être insensibles à la faim 
et k la soif, au froid et i^ la chaleur^ ses ot^ 



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DU JEUNE ANACHAR8IS. n 

lires seroient suivis de la révolte de tous nos 
sans: c^est que la natare est plus forte que 
la loi. Ainsi rien ne pourroit résister à l'amoar 
s^il étoit invincible par lui même ^ aimi otH 
n'aime que qaand on veut fimer. 

Si Ton éioit le maître de s'Imposer ce 
joug , dit Cy.ras » On ne le sêroit pas moins ile 
le secouer. Cependant j^ai vu des amans vct« 
ser des latines de douleur sur la perte de leuf 
liberté , et s'agiter dans des chaînes qu'ils ne 
pou voient ni rompre ni porter. 

Cétoient , répondit le jeune homme > de 
tes ceears lâches^ qui font un trime à Tamôut 
de Uùr propre foiblesSe. Les âmes généreuses 
soumettent leurs pasisions à leur tlévoîr. 

Araspe , AtaspC) dit Cyrus en ie quit- 
tant > ne voyez pas si souvent la princesse. 

Panthée joignoit aux avantïLges de ia fi- 
gure d^s qualités que le malheur fcadoît en- 
core plus touchantes. Araspe crut devoir lui 
accorder des soins ^ qVil muhiplioit sans s'en 
appercevoir; et, comme elle y répondoit par 
des attentions qu'elle ne pou voit lai refusei* , 
il confondit ces expressions de reconnoissance 
avec le destr de plaire ^ et conçut insensible* 
ttient pour elle un amour si eff^iéné^ qu'il ne 
put plas le contenir dans le silence. Panthée 
en rejeta l'aveu sans hésiter ; mais elle n'en 
avertit Cyrus que lorsque Araspe Téut mena« 
cée den venir aux dernières extrémités. 

Cyrus ht dire aussi tôt à son favori quMl 
devoir employer auprès de la princesse tes voies 
de la persuasion , et non celles de la violen- 
ce. Cet avis fut un C9up de foudre pour Ara- 



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1% V O Y AGE . 

spe. Il fcagit /de sa conâuîte , et la crainte 
d'avoir dépla à son maître le remplit teliement 
de honte et de douleur , que Cyrus , touché 
de soaéut , le iit venir en sa présence ! „ Pour- 
quoi, lui dit il > .craignt;rvx>u.> de m'aburder? 
)e sais trop bien que Tamour se joue de la sa- 
gessedes hommes , ^tdei^a pai sance des dieux. 
Moi-même, ce n'est iflû'en l'évitant que, je «le 
soustrais à ses .coups^Je ne vous itnp^ te point 
une faute dont je suis le premier auteur ; c'est 
moi qui, en vous confiant la princesse, vous 
ai exposé à des dangers audessus de vos* for- 
ces, Èh quoi! >s'.écria le. jeune Mède , tandis 
que mes ennemis . tr:iom^>hent , que mes amis 
consternés me conseillent de me dérober à vo- 
tre coIèVe, que^tO't. le monde se réunit pour 
m'accabler, c'est mçn .roi qui daigne me con- 
soler ! O Cyrus , vous êxes toujoars semblat)lc 
à vous-même, toujours. indulgent pour des foi- 
blesses que vous ne partagez pas , et que vous 
excusez, parce que vous connoissez les hom- 
mes . > . 

Profitons I reprit Cyrus, de la dispoiition 
de^ esprits. Je veux être instruit de forces et 
des projets de mes .enijemis : pas cz dans le.ir 
camp; votre fuite simulée aara' l'air d*une dis- 
grâce, et vous attirera leur coniiaucc. J'y vo- 
le , répondît Araspe , trop heareux d'expier 
ma faute par un si foible service. Mais .cour- 
rez- vous , dit Cyrus , vous séparer de. la belle 
Panthée ? Je l'avouerai ♦ répliqua le jeune Mè- 
de , mon cœur est déchiré , et je ne sens que 
^rop aujourd'hui que nous avouî» en no as mê- 
mes, deux ame^ « dunt l'une nous porte sans 



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DU JEUNE ANACHARSIS. i3 

césse'veVs . le mal , et l'adtre vers le bien. Je 
m'étoîs livré jusqu'à préjént à la première; 
mais , fortifiée, de . vo'^rc^ ftecaurs y la seconde 
va triompher de sa rivale „..Araspe reçut en- 
suite , des ordres secrets , et :partit pour Tar- 
m-ée des Assyriens. . • 

■Ayant -achevé f es mots, -Xénophon garda 
ïc wlenee. Nous en parûmes' surpris. JLa quer- 
•lion n'est elle pas fésolue,- nôas dit-il? Qxii} 
répondit .Phi lotas; maiis l'histoire n'est pas fi- 
nie , et elle; no.as intéresse, plus que la quesr 
tion. Xénophon soutit » et ôlntinaa de cette. 
jnanière ; ' - *. f ♦ 

Fanthiéc i instruite de la retraite d'Araspe, 
■fit dire à Cyrus qu'elle poavoit lui ménager 
tin ami plus adèle, et^ peut-être plus utile que 
ce jeune favuri Cétoit rAbradaie , qu'elle vou- 
loit détacher du service du roi d'Assyrie, dont 
il avoft lie i d'étr ; : ïtiéc»)ntent. Cyrus ayant 
donné son agrément;^! cette négociatioo , Abra- 
date, à ta^tôte de. deu.^ jniUe. cavaliers, s'ap- 
procha de rarmée.d;25 Perses , et Cyrus le lit 
ajssi tôt caiidaire à l'apparîiement de Panthée. 
rDan^ ce -xifeurdre d^iHié/eset ;de seniimans que 
produit un bonheur .^ te lidu depuis long-temps 
et prescpie cisans espv;,it,;,elle lui fit le récit de 
sa captivité), de: e« fp^ffiances, des projets 
:d'Araspç, de la géijiért stté» de Cyrus; et son 
époux ^: impatient d'e^^tHÎniçjr sa reconnoiss^n- 
.ce , courut auprès cde^^ prince, et lui ser- 
rant la nrain^: „ Ah Cyra> ! lui dit-il-, pour 
tout ce que )e vous dois, je ne puis vous offrir 
que mo!n amitié , mes service^ et rtes soldaïas. 
Mais çpy,Ç2; bien assuré que , quels que soient 



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14 VOYAGE 

vos projets » Abradate en sera tonjourrle pltia 
ferme soutien. „ Cyrus reçut ses offres avec 
transport ^ et ils concertèrent cnstmble les dis* 
positions de la bataille • 

Les troapes des Assyriens, des Lydiens 
et d'une grande partie de l'Asie étoient eà 
présence de rarmée de Cyrus . Abradate de- 
voit attaquer la redoutable phalan{;e des Egy- 
ptiens; c'étoit le sort qui Tavoit placé dans 
ce poste dangereux qu'il avoii demandé lui- 
même et que les autres généraux avuiem d'à*- 
bord réfusé de kii céder . 

Il aHoit monter sur son cliar, lorsque 
Pantbée vint lui présenter de9 armes qu'elle 
avoit fait préparer en secret , et sur le quel» 
les on remar jUoit les' dépouilles des ornemens 
dont elle se paroit quelquefois. „ Vous m'avez 
do .c sacrifié jusqu'à votre parure, lui dît le 
prince attendri ? Hélas l répondit-elle , je n'en ^ 
veux pas d'autre , si ce n'est que vous parois* 
siez s^ jjourd'hui à tout U monde, tel qie vou» 
me paraiSse2i sais cesse à moi*même „,Endi« 
saut ces mots ^^ tlle k couvroit de ces armes 
brillantes, et Sè$ yeax ver$oi<jnt des fleuri 
^u «lie s'empressoit de çacjher,. 

(^land elU le vit $âisir les. rènes^, elle fit 
écaiier les assistàns , et lui tint ce discours : 
„ Si jamais femme a mille fois plus aimé son 
époux qu'elle-mime , c'est la vâtr^sans doute, 
et sa conduite doit vous le prouver mieux 
que ses paroles. Eh bien, malgré U violence 
de ce sentiment, j'aimerois mieux , et j'enjur^ 
par les liens qui nous unissent , j*aimeroîa 
mieux exf iter avec voas dans le sein de ïhQïïr^ 



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DU TEUNE ANAGHÂRSIS xi 

îieur , que dç vivre avec un ^poux dont }'aa« 
rois à partager la honte. Souvenez-voas det 
obligations que nous avons à CyrUs ; souvenez* 
. vous que j'étois dans les fers , et qu*il m'en 
a tir^e; que j'étois exposée à T insulte, et 
qu'il a pris ma défense; souvenez-'vous enfin 
que je l'ai privé de son ami, et qu'il a cru, 
sur mes promesses, en trouver un plus vail- 
]anc, et sans doute plus fidèle , dans mon cher 
Abradate », . 

Le prince, ravi d'entendre ces paroles, 
étendit la main sur la tête de son épouse , 
et levant les yeux au ciel: „ Grands Dieux, 
s'écria-t-il , faits que je me montre aujourd'hui 
digne ami de Cyrus, et sur^tout digne époux 
de Pamhée, Aussi- tôt il s'élança dans le char, 
sur lequel cette princesse éperdue n'eut que le 
temps d^appliquer sa bouche tremblante . Dans 
l'égarement de ses esprits, ell« le suivit à pas 
précipités dans la plaine ; mais Abradate , s'en 
étant apperf u , la conjura de se retirer et de 
s^armer de courage • Ses eunuques et ses fem* 
mes s^apprpchèrent alors , et la dérobèrent aux 
regards de la multitude , qui , toujours fixés 
sur elle, n'avoient pu contempler ni la beau* 
té d*Abradat<i , ni la magnificence 4e sesi vc« 
tcmçns • 

La bataille se donna près du Pactole « 
L'armée de Crœsus fut entièrement défaite ; 
le vaste empire des Lydiens s'écroula dans 
un instant f €t celui de^ Perses l'éleva^ sar $c$, 
(uines • 

Le jour qui suivit la victoire ^ Cyrus 
étonné d<î n avoir pas reya >y)radat«t en dc« 



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i6 VOYAGE 

manda des nouvelles avec inquiétude; et Tun 
de se officiers lui apprit que ce prince, aban- 
donné presque au commencement de Tactioii 
Pfir une partie de sts troupes, n'en avoit pas 
moins attaqué avec la plus grande valeur la 
phalange Egyptienne; qu'il avoit été tué, après 
avoir vu périr tous ses amis autour de lui; 
que Panthée avoit fait transporter son corps 
sar les bords du Pactole, et qu'elle étoit oc- 
cupée à lui élever un tombeau • 

Cyrus, pénétré de douleur, ordonne aus* 
si- tôt de portjer en ce lieu les préparatifs des 
funérailles qu'il destine au héros ; il les devan- 
ce lui-même ; il arrive ; il voit la malheureuse 
Panthée assise par terre auprès du corps san- 
glant de son mari. Ses yeux se remplissent de 
larmes^ il veut serj:er cette main qai vient de 
combattre pour lui; mais elle reste e»tl:e les 
siennes ; le fer tranchant Tavoit abattue au 
plus fort de la mêlée. L'émotion de Cyrus re- 
double , et Panthée fait entendre des cris dé- 
■chirans. Elle reprenéi la main; et après l'avoir 
couverte de larmes abondantes et de baisers 
enflammés , elle tâche de la rejoindre au reste 
du bras, et prononce enfin ces mots qui ex- 
pirent sur ses lèvres : „ Eh bien , Cyrus , vous 
voyez le malheur qui me poursuit; et ponr- 
^quoi voulez- vous en être le témoin ? C'est pour 
moi, c*est pour vous qu'il a perdu le jour. 
Insensée que j'étois , je voulois qu il méritât 
votre estime ; et trop fidèle à mes conseil^ , il 
a moins songé a s.es intérêts qu'aux vôtres . Il 
est mort dans le sein de la gloire , je le sais^ 
mais enfin il est mort , et je vis encore /> i 



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DU JBUNB ANAGHARSIS. xy 

Cyrus, après avoir plearé quelqae temps 
en silence» lai répondit: „ La victoire a cou- 
ronné sa vie, et sa fin ne pouvoit être plus 
glorieuse .Acceptez ces ornemens qui doivent 
raccompagner au toYnbeaa^ et ces victimes 
qu'on doit immoler en son honneur. J'aurai 
soin de consacrer à sa mémoire un monumenr 
qui: réternisera • Quant à vous, je^ ne vous 
abandonnerai .point; je respecte trop vos ver* 
tas et vos malheurs» Indiquez-moi seulement 
les lieux où vous voulez être conduite «; • 

Panthée l'ayant assuré qu'il en seroit bien- 
tôt instruit , et ce princes'étant retiré , elle fit 
éloigner ses eunuques, et approcher une fem- 
me qui avoiit élevé son enfance ; ,, Ayest soin, 
4ui dit-elje, dès que mes yeux seront fermés, 
de couvrir d'un même voil-le corps de moa 
^poux et le mien „• L'esclave voulut la flé- 
chir par des prières; mais, comme elles ne 
faisoient qu'irriter a^e douleur trop légitinle., 
elle s'assit fondanit en larmes auprès, de sa 
maitresse. Alors Panthée saisit un poignard, 
s'en perça le sein, et eut encore la force, en 
.expirant.de poser sa tête sur le cœur de son.épotix. 
. ., . Ses femmes et toute sa suite poussèrcz^t 
juissitât des cris de douleur et jie désespoir ; 
.Trois de ses eunuques s'immolièfent. eux-mêmes 
aux mânes de leur souveraine;. et Cyrus , qi^i 
étoit accouru àU première annonce de ce 
malheur , pleura de nouveau le sort de ces 
deux époux, et le^uf f^t éleyer un toqiheau où 
kurs cendres furent -confondues • - :?^ 

Fin du Chapitte ^/ente-newrnème» 
Tom. IF. a 



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»• VOYAGE 

C H A P i T R E XL 

Voyage de Messénie.^ 

JNlous partîmes de ScUlont© , et aprës avoir 
traversé la Triphylie , nous arrivâmes sarJe« 
bords de la Néda, qui sépare TElide de la 
Messénie. 

Dans le dessein où nous étions de par* 
courir les côtes de cette dernière province i, 
BOUS allâmes nous embarquer au port de Cy« 
parissia , et le lendemain nous abordâmes^ à 
Pyios f situé sous le mont iEgalée. Les vais- 
seaux trouvant une retraite paisible dans sa 
rade, presqu entièrement fermée par l'tlc Sphao- ' 
téric. Les environs n'offrent de tous cdtés q.u« 
4és bois , des roches cscatpées , un terrein sté- 
rile, une solitude profonde. Les Lacédémoniens, 
maîtres de la Messénie pendant la guerre da 
Péloponèse , les avoient absolument négligés; 
mais les Athéniens s'sn étant rendus maîtres « 
s$ hâtèrent de les fortifier , et repoussèrent par 
mer et par teri^ les troupes de Lacédémone 
et celles de leurs alliés. Depuis cette époque, 
Pylos , ainsi que taus les lieux où les hommes 
^e sont égorgés , excite U curiosité dçs voya- 
geurs, • . 

On nou^ fit voir une statue de la Vî^ 
Çtoire qu*y laissèrent" Iss Athéniens; et de }^ 
remontant s^ux siècles loint^ns , on nQUS àir- 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. «^ 

toit <}ue le sage Nestor avait goaverné xett^ 
£oiitrée. Nous eâmes beau re{»résenter que, s.uj^ 
vant Holmère , il regnoit dans la Triphylte$ 
pour toute réponse^ on noas montra la maiT 
son de ce prince , 9on portrait , et la ^ottf 
où il renfërmoit ses bœufs. Nous voulunies lit 
5ister, mais nois nous^ convainquîmes bie»fâ| 
que les peuples et les particuliers , fiers .de 
leu^ origine, n*aiment pas toujours quon: dis- 
cute leurs titres . 

£n continuant de: raser la côte jusqu'au 
fond du golfe de Messénie « lious vîmes à Mçh 
thone * un puits dont l'eau « naturellement Hnr 
prégnée de particulejs:de poix, a Todear etU 
couleur du baume de Cytique; à Colonid^^ 
des habitans.qui» sans avoir ni 1^ mœars m 
la langue des Athéniens , prétendent descendj^ 
de ce peuple, parce qu après d' Athènes.. estnii^ 
bourg nommé Colone ; plus . loin ^ un temple 
d'Apollon , aussi célèbre qu'ancien , oà Jes mar 
lades viennent chercher .etiiiroi^nt .trouver leuf 
guérîson; plus loin jeii cote,, la ville de Çoro^ 
né; *f f récemment consctuite par ordre d'Ëpdy- 
sninondas; enfin , llemboachuire'fdu PaQiti»u$:> 
où sous entrâmes. à pleines voiles^* c^:l^ 
vaisseaux peuvent > le. jesnonter )u$qu'4 10 
staides. .. r- .. r •■ - > «•••v 

Cd fleuve est le plus grand de ceux, d\^ 
Péloponèse , quoic^e depuil sav sèuïcd îùsqu^à 

♦ Aujourd'hui Modov. ^ 
♦♦ Aûjourd'htii Coraïv/ 



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M y or AGE 

ta tâer , on ne compte que loo staSes enVi^ 
ton *. Sa carrière est bornée; avais il làfoac- 
nit' avec distinction ; il. donne Tidée d'une vie 
courte et remplie' de besux purs. Ses eaux pa- 
ires^ ise Semblent coul.cr que pour ♦ Je bonheur 
de tout ce qui Ténvironhe. Les meilleurs ^is*> 
Ions dc'lamer'syplaisent^.dans toutes, les sai- 
sons; et au retour du printemps ilsr; se hâtent 
de remonter ce fleuve pour y déposer lear 
frai . 

Pendant que notrs? abordions , nous ..vîmes 
des vaisseaux qui* nous- parurent de., constru- 
xtion étrangère 7 et qui vvenoient à rames et 
Â' voiles; Ils approchent; des passagers de tout 
âgè^et dé tout sexe^ se" précipitent- éur le ri- 
irâge, -se prosternent ' er s'écrient: .Heuteux, 
. ïftWJe -«t mille foi» heureux le jour qui: vous 
tcridà^nos désirs 1 No'usç vous arros<wis de nos 
J)lecîrs, terre: chérie que nos pères ont possé- 
dée, terre sacrée qui renfermez les cendres dd 
nos pères! Je m'approchai d'un vieillard qui se 
'ttômmqit Xénoclès-^.ct'-qui: paroissoit être le 
éh!^ ^e cette multitude ^, ^e lui demandai qui 
sis étaient > d'où ils venwent.Vous ,voyei,ré- 
^ndlt-il;, les descendans de ces Messéniens que 
-la barbarie de LacédémD^e força autrefois . de 
quitter leur patrie , et qui , sous la conduite 
aé mon pète Comon, se réfugièrent aux extrémi- 
stes àt la-' libyev dans un ].Ays :qui n'a point 
de commerce avec les nations de la Grèce. 
ÏIous avons long témpis^Vghoré qu*Epaminondâs 



^ environ 3 lieue 2 qaartl« 



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DU JEUNE ANACIÏAR8IS; %i 

«voit, U î a environ quinze ans, rendu la II* 
berté à la Messénie, et rappelle ses ancien» 
habit^ns« Qaand nous en fûmes instruits , des 
obstacles invincibles nous arrêtèrent ; la mort 
d'Epatninondas suspendit encore notre retour* 
Nous venons enfin jouii^ de ses bienfahs* 

• Nous nous joigrnîmes à ces étrangers ; et 
après avoir traversé des plaines fertiles nous 
arrivâmes à Messène, située comme Corinthé 
au pied d'une montagne , et devenue comme 
cette ville un des boulevards du Péloponèse. 

Les mur de Messène, construits de pier* 
re de taille , couronnés de créneaux , et flan- 
qués de tours ^^^ sont plus forts et plus élevés 
que ceux de Byzance, de Rhodes et des au- 
tres villes de la Grèce. Ils embrassent dans 
leur circuit le mont Ithome. Au-dedans nous 
vîmes une grande place ornée de temples ^de 
statues, et d'une fontaine abondante. De tou* 
tes parts s'élevoient de beaux édifices, et Ton 
pouvoit juger» d'après ces premiers essais , de 
la magnificence que Messène étaleroit dans la 
suite . 

Les nouveaux habitans furent rej us avec 
autant de distinction que d'empressement; et 
le lendemain ils allèrent oifrir leur hommages 
au temple de Jupiter , placé sur le sommet de 
la montagne, au milieu d'une citadelle qui réu-> 

* Trente-hait de qcs tours subsîstoîent enco- 
re il y a âo ans 5 M. i'Abbé Fourmont les aroitf 
▼nés. ( Mém. de l'acad. des bell. lettr. tom. 7', 
hist. pag. 465. ) 



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iki V Y A G K 

Dit les ressources de l'art aux avantagés delà 

position. 

Le mont est un des plus élevés vet le tem* 
pie an des plus anciens du Péloponèse ; c'est 
là , dit-on , que des nymphes prirent soin de 
l'enfance de Jupiter* La statue de ce dieu» ou-* 
vrage d'Agéladas , est déposée dans la maisoa 
d'un prêtre qui n'exerce le sacerdoee que pen- 
dant une année ^ et qui ne l'obtient que par 
la voie de l'élection. Celui qui l'occupoit alors 
s^appelloit Célénus ; il a^voit passé la plus gran- 
de partie de sa vie en Sicile. 

Ce jour-là même on célébroit , en l'hon^ 
neut de Jupiter, une fête annuelle qui attire 
les peuples des provinces voisines • Les flancs 
de la monts^ne étoient couverts d'hommes et 
de femmes qui s'empre^soient d'atteindre son 
sommet . Nous fûmes témoins des cérémonies 
saintes ; noas assistâmes à des combats de mu- 
sique ^ institués depuis une longue suite de 
siècles. La joie des Messéniens de Lybie offroit 
un spectacle touchant, et dont l'intérêt fut 
augmenté par une circonstance imprévue; Cé- 
lénus, le prêtre' de Jupiter, feconnut un frè#c 
dans le chef de ces familles infortunées , et 
il ne pouvoit s'arracher de. ses bras. Ils se rap« 
pellèrent les funestes circonstances qui les sé- 
parèrent autrefois. J'un de l'autre. Nous passâ- 
mes quelques jours avec ces deux respectables 
vieillards, avec plusieurs de leurs parens etde 

' leurs amis . 

Pe la maison de Célénus , to&l pouvoit 
embrasser la Messénie entière , et en suivre 
les limites dans un espace d'environ 800 sta* 



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DU JEUNE ANACHARSI8. %i 

4es * ; la vue sVtendoit , au nord , sur T Arcadie 
et sur lElîde; à Touest et au sud, sur la mer 
et sur les îles voisines; à Test > sur une bhai-« 
ne dé montagnes, qui, sous le nom de Tay- 
gète, séparent cette province de celle de La- 
conie. Elle se reposoit ensuite sur le tableau 
renfermé dans cette enceinte. On nous mon* 
troit, ii diverses distances, de riches campa*» 
gnes entrecoupées de collines et de rivières , 
couvertes de troupeaux et de poulains qui ibnt 
la richesse des habitans. le dis alors : Au pe- 
tit nombre de cultivateurs que .nous ayons ap- 
perf us en venant ici , il me paroit que la po- 
pulation de cette province n^est pas e|X pro-* 
portion avec sa fertilité. Ne vous» en prenez , 
répondit Xénodès , qu'aux barbares dont ces 
montagnes nous dérobent Taspect odieux. Pen** 
dam quatre siècle, entiers les Lacédémoniens 
ont ravagé la Messénie , et laissé pour tout 
partage à ses habitans la guerre ot\ Texii, la 
mort ou l'esclavage. ' 

Nous n'avions qu'une légère idée de ces 
funestes révolutions : Xénoclès s'en apperf ut , 
il en gémit, et adressant la pafole à sonâls: 
Prenez votre lyre, dit-il, et chantei ces trois 
élégies où mon père, dès notre arrivée en Ly« 
bye, voulut, pour soulager sa douleur ,éter' 
niser le souvenir des maux que vôtre patrie 
ayoit essayés *'^ . Le jeune homme obéit » et 
commenta de cette manière r 

• ♦ Trente lieues et un quarts 
. ^^ Y^yex la note à la fia da Tolume* 



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«4 V ir A O E 

PREMIÈRE ÉLÉGIE. 
Sur la première guerre de Messénie ^.^ 

Bannis de la Grèce , étrangers aux autres 
peuples . nous ne tenions aux hommes que par 
la stérile pitié qu'ils daignoient quelquefois ac* 
corder à n<^ malheurs- Qui Feûtdit, qu'après 
avoir si long-temps erré sur les flots, nous 
parviendrions au port des Evcspérides , dans 
une contrée que la nature et la paix enrichis* 
se^t de leurs dons précieux ? Ici la terre ^ com- 
blant les vœux du laboureur, rend le centu^ 
pie des grains qu'on lui confie ; des rivières 
paisibles serpentent dans la plaine , près d'uii 
vallon ombragé de lauriers , de myrtes , de grc- 
liadiers, et d arbres de touie espèce. Au-delà 
sont des sables brùlans , des peuples barbares, 
des animaux féroces ; mais nous n'avons riea 
à redouter, il n'y a point de Lacédémonîetts 
parmi eux. 

Les habitans de ces belles retraites , atten- 
dris sur nos \naux , nous ont généreusement 
offert un asyle. Cependant la douleur consume 
nos jours , et nos foibles plaisirs rendent nos 
regrets plus amers. Hélas i combien de fois , 
errant dans ces vergers délicieux , j'ai senti 
mes larmes couler au souvenir de la Messénial 
O bords fortunés du Pamisus > temples augu- 

^ Cette ^erre commesara Tan 743 ayant .J. 
G.> et £nit Tan 7*3 avant k aa^e èra. 



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BU JEUIVE^AITAGHARSIS. é5 

ftes ^ bois f âcrésVcainpagnes si souvent abrevù> 
vées du sahg de nos aïeux ! non , je ne sattroif 
vous oublier. Et vous, féroces* Spartiates, je 
vous jure, au nom de cinquante mille Messe- 
niens que vous avez dispersés sur k terre;, 
^ne haine aussi implacable que votre cruauté; 
je vous la jure aq nom de leurs d^cendans, 
au nom des cœurs sensibles de tous les temps 
et de tous les lieux • 

Restes malheureux de tant de héros plus 
malheureux encore , puissent mes chants , mo- 
delés sur ceux de Tyrtée et d'Archiloque, gron- 
der sans cesse à vos oreilles , comme la trom- 
pette qui donne te signal au guerrier , comme 
Je tonnerre qui trouble le sommeil, du lâche! 
Puissent*ils , offrant nuit et jour à ^os jeux 
les ombres menaçantes de vos pères , laisser 
dans vos âmes une blessure qui saigne nuit et 
jour. 

Les Messéniens jouirent pendant plusieurs 
siècles d'une tranquillité profonde, sur une 
terre qui sufEsoità leurs besoins , sous les dou- 
ces influences d'ui; ciel toujours sereiti. Ils 
étoient libres, ils avoient des loix sages , des 
moeurs simples, des rois qui les aimoient , et 
des fêtes riantes qui les délassoient de leurs 
travaux . 

Tout-à-coup l'alliance qui les avoit unis 
avec les Lacédémoniens , reçoit des atteintes 
mortelles ; on s'accuse , on s'aigrit de part et 
d'autre ; aux plaintes succèdent les menaces • 
L'ambition, jusqu alors enchaînée par les loix 
de Lycurgue , saisit ce moment pour briser ses 
iers p 4ippelle à grands cris l'injustice et la vio- 



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iS ▼ O T JL Gl: 

letice, se gliue avec ce cortège infernal dam 
le cœur des Spartiates > et leur fait jarer sor 
les. autels, de: ne pas déposée les armes jusqu'à 
ce qu ils' aient asservi la Messénie. Fière de ses 
premiers triomphes, elle les: mène à l'un des^ 
commets du mont Taygete , et de là leur mon^- 
trant les riches campagnes exposées à leurs jeux, 
elle les introduit dans une place forte qui ap* 
partenoit à leurs anciens alliés , et qui servoit 
4e barrière aux deux empires* 

A cette nouvelle, nos aïeux incapa* 
bles de suppdrter un outrage ^ accourent en 
foule au palais de nos rois. £upkaès occupoit 
alors 1^ trône: il écoute les avis des princi- 
paux de la nation ; sa bouche est l'organe de 
la sagesse ; il excite l'ardeur des Messéniens ; 
il la suspend jusqu'à ce qu'elle puisse éclater 
avec succès. Des années entières suffisent à 
peine pour accoutumer à la discipline un peu* 
pie trop familiarisé sans doute avec- les dou- 
ceurs d'une longue paix. 11 apprit dans rinter** 
vaile à voir sans murmurer ses moissons enr 
levées par les Lacédémouiens , à faire lui-mê- 
me des incursions dans Ja Laconie. 

Deux fois le moment de la vengeance pa*- 
rut s*apprûcKer; deux fois les forces des deux 
états luttèrent entre elles ; mais la victoire n'osa 
terminer cette grande querele , et son ihdéci'- 
sion accéléra la ruine des Messéniens. Leur ar- 
mée s'afFoiblissoit de jour en jour par la perte d'un 
grand nombre ^e guerriers» par les garnisons 
qu'il falloit entretenir dans les différentes pla- 
ces, par la désertion àti esclaves , par une épi* 
demie qui commençoit à ravager une contrée 
autrefois si florissante. 



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DV TSI7NE ANAGHARSIS êff 

Dans cette extrémité, on résolut de se re« 
trancher sur le mont Ithome » et de consulte? 
Foracle de Delphes. Les prdires , et non les 
dieux, dictèrent'cene réponse barbare: Le sab- 
lât de la Mçsséote dépend du sacrifice d'une 
jeune fille tirée au sort, et choisie dans la 
maison régnante. 

D'anciens préjugés ferment les yeux sur 
^atrocité de Tobéissance. On apporte Tume fa- 
taie , le sort condamne la fille de Lyciscus qui 
la dérobe soudain à tous les regards, et s'en- 
fuit avec elle à Lacédémone. Le guerrier Ari- 
stodème s'avance à Tinstant , et .malgré le ten- 
-dre intérêt qui gémit au fond de son cceur ^ 
il présente la sienne aux autels. Elle étoit fian- 
cée à l'un àes favoris du roi, qui accourt* à 
sa défense. 11 soutient qu'on ne peut sacs son 
aveu disposer de son épouse. Il va plus loin, 
il fiétrit l'innocence pour la sauver, et décla- 
re que Thymcn est consoirmé. L'horreur de 
l'imposture ,1a' crainte du déshonneur, l'amour 
paternel , le salut de la patrie , la sainteté de^ 
sa parole , une foule de mouvemens contraires 
agitent avec tant de violence l'amé d'Aristo- 
dème, qu'elle a besoin de se soulager par un ^ 
coup de désespoir. Il saisit un poignard , sa 
fille tombe morte àses pieds; tous les specta- 
teurs frémissent. Le prêtre, insatiable de cruau- 
tés , s'écrie : „ Ce n'est pas la pitié , c'et la 
fureur qui a guidé le bras du meurtrier ; les 
dieux" demandent une autre victime „. 11 en 
faut une, répond le peuple en fureur, et il 
se jette sur le malheureux amant. Il alloit pé- 
rir; mais le roi calma les esprits ,« et parvint 



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%B ir O Y A G E ', 

à leur persuader que les conditions de roracle 
étoient remplies. 

Sparte s'endurcissoit de plus en plas dans 
ses projets de * conquête , elle les annonpoit par 
ides hostilités , fréquentes , par des . combats 
sangians • Dans l'ane de ces batailles , le roi 
Euphaès fut tué , et remplacé par Aristodème; 
'dans une autre.» où plusieurs peuples du Pélo- 
ponèse s'étoient joints aus Messéniens » nos 
ennemis furent battus; et trois cents d'entre 
eux, pris les armes à la main, arrosèrent nos 
autels de leur sang. 

Le siège. d'Itkome continuoit avec là mê^ 
me vigueur : Aristodème en prolongeoit la du- 
rée par sa vigilance, son courage , la 'confian- 
ce de ses troupes et le cruel souvenir de sa 
fille . Dans la suite , des oracles imposteurs , 
des prodiges eifrayans ébranlèrent sa constant 
ce; il désespéra du ^alut de la Messénie; et 
s'étant percé de son épée , il rendit les der- 
niers soupirs sur le tombeau de sa fille. 

Les assiégés se défendirent encore pen- 
dant plusieurs mois ; mais après avoir perdu 
leurs généraux et leurs plus braves soldats , se 
voyant sans provisions et' sans ressources > ils 
abandouAèrent la place. Les uns se retirèrent 
chez les nations voisines, les autres dans leurs 
anciennes demeures , où les vainqueurs les for- 
cèrent de jurer Texécution des articles suivans: 
V Vous n'entreprendrez rien contre notre au- 
torité ; vous cultiverez vos terres , mais vous 
.nous apporterez tous les ans la moitié de leur 
produit. A la. mort des rois et des principaux 
magf^trats, vous paroi irez « hommes et femmes# 



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ou JEONE ANAGlf ARSIS. a^ 

ea halrit 'de demi «, • Telles facent les condi^ 
fions humiliantes, qu'après une guerre de vingt 
ans> Lacédémone prescrivit à nos ancêtres . 

SECONDE ELEGIE. 

Sur la seconde guerre de Mtssénie * • 

Je centre dans la carrièfre; je ^ais chanter 
la gloire d'un }iéros qui combattit long-temps 
sur les ruines de sa patrie. Ah I s'il étoit per^i^ 
mis aux mortels de changer l'ordre des desti- 
nées , ses mains triomphantes auroient sans 
doute réparé les omrages d'une guerre et d'uiie 
paix également odieuses. ^ : 

Quelle . paix , juste cid !- eUe ne' cessai 
pendant l'espace de.) 9 ans 4 • d'appesantir uii 
joug de fer sur la tète des vaiticus^^ et de (nr 
tiguer leur constance par toutes, ies formes d^ 
la servi<tudê . As;iùjettis à des travaux p^nibles^ 
courbés sons le poids des tribimr.tiu'ils trunî- 
portoient à Lacédémone , forcésf de pleurer aux 
funérailles de leurs tyrans^ et ne pouvant mê- 
me exhaler une hiiine impuissante , 'ils ne lais- 
soient à leurs enfans que des tnelhears à souf- 
frir , et des insultes à. venger * Les maux pai- 
Tinrent au point que les vieiilar^dS' n'avoieSc 
plus rien à craindre delà mort,' jerica. jeunes 
gens plus rien à espérer dé* la vie. , - .1 

Leurs regards toujours attachés- à- la ter- 

t • * ' 

♦ Cette guerre «ommer^^ l'an 684 avant J, 
CL ^ .et fiuit i>A ^6t^ avaxa.la. même ère. -: 



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8^ iV OY AOB ^ 

Tûy se leirèrent. .enfin vers Aristomène t icfiri de-« 
fcendoit de. nos anciens rois , etiqôis dés son 
aurore; avoit montré sur son front, dans ses 
paroles et dans ses actions , les traits et le ca* 
ractère d'une grande, a me • Ce prmce; entouré 
d'une jeunesse impatiente , dont tour-à-tour il 
enâammoit du tempéroit le courage , interro- 
gea les peuples voisins ; et ayant appris que 
ceux d'Argos et.d'Arca.iie étoient: disposés à 
lui fournir des secours » il soulçva sa nation^ 
et dés ce moment elle fit entendre les cris de 
l'oppression et de la liberté « 

Le premier icombat se donna dans un bourg 
de la Messénie. sLe succès en fut douteux. Aris* 
tomène y fit tellement briller sa valeur « que 
wd'une commune voix on le proclama roi sur 
Je champ de bataille ; mats il retosa un hon^ 
sieur auquel il. avoit des droits par sa naissan-* 
ce ^ et encore .plus par ses vertus • ' 

placé à la* tête des troupes, il voulut ef- 
frayer JesSpa:rtiates par un coup d'éclat, et 
déposer dans- lé sein de leur capitalei, le gage 
-de la haine qu'il leur ayoit vouée depuis son 
enfance. Il se rend à Lacédémone; il pénètre 
<fartivement dans le temple do Minerve «et sa-» 
spend au mur un. bouclier sur Jeqtiel étoient 
écrits ces mots.; ,, Cest des ' dépouilles des 
Lacédémoniens qu'Aris^oin^ne a consacré çç 
monainent à Ja déesse „ . 

Sparte , confôVtnéo^ent à la réponse de l'o- 
racle de Pelphôs , demanloit alors a,ux Athé- 
niens un chef polir la' diriger dans cette guer- 
re. Athènes Y qui 4:raignoit de. concourir à l'a-* 
graadissemeatde. s^. rivale t lui .propos Tyrtée» 



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DU JB9NE ANAGHARSIS St 

poStt obscur, qaî rachetoit les ièsagrémens de 
sa figure, et les disgrâce» de ki fortune, par 
un talent subUme, que tes At^^nieas regardo* 
ient comme un espèce: de frénésie. . ' 

T^rtée, appelHf au secours d-unct nation 
guerrière ^ qui Iç- m it> bientôt au nombre de ses 
citoyen», sentit ses^^prits s'élevety et s^ban^ 
donna tout entier à sa hause destinée* Ses 
chants enflammés 'inspiroâent le mépïis des dan^ 
gers et de la mort;, il les. fit entendre^ et Ui 
Lacédémonîen» »v^èrcnt au combat •* 

Ce n'est pa» a/rec des touléurs communes 
qu'on doit exprimer .la rage sanguinaire'^qut 
anima les deux nattons; il faut en créer** de 
nouvelles* Telsqut^ les feux du tonnerre, Iqrs-* 
qu'ils tombent dans les gouffres de^ l'Eifia , et 
les embrasent, le vokan s'ébranle, et. mugit; 
il soulève ses flots bouillo^mans ; à\ les vomit 
de ses flancs qu'il entr'ouvre;: il les lance çoti- 
tre les ciedk qu'il ose braver; indignée de son 
4iudace, la foudre chargée de nouveaux feux 
qu'elle a puisés dans la nue ^ redescend pUis 
vite que réclair. , ftappe à coups redoublés* le 
sommet de la montagne ; et après avoir fait 
voler en éclats ses.wches fitouintes, elle impo* 
se silence à l'^byme , et le laisse couvert de 
cendres et de ruines éternelles. Tpl; Aristomè^ 
ne, à la tête de» jeunes Messéniens, fond a* 
vec impétuosité sur Vélite des Spartiates, corn* 
mandés par le roi Anaxandre. Ses^u^rieis, à 
son exemple ^ s'élancent comme des lions acdens ; 
msds leurs eflbrts se brisent, comre cette masse 
immobile et hérissée de. fers, où' les passions 
)H jp}4l violentes se^ sont eoflsimiAées » et d'ôft 



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3a rO Y AÔK 

les trait& de It m6rt s^^bftppeat tans bteriru-; 

ptipn . ' Cottvercf dé sai^ et de blessures , ils 
désespéroîeacdé vaincre, locsqu^Aristomènc^ 
se multipliant dans lui-mâme.et dans ses soir 
dais-; fart plier le brave Anaxancjire et sa re- 
doutable cohorte; parcourt rapideinent lès ba^* 
taiUona ennemis; ^ écarte les. uns par sa .valeur; 
ht autteSi pa.r 'sa; présence ;*: les disperse , les 
poursuit <. et .les. laisse, dans. lei^jr camp, enseve* 
lis dans'.Dne consternation profonde • 

Les femmes de^Messéàîe/ célébrèrent cette 
victoire par des .chants qtte> noiisrrépétods en- 
icore..Lea.rs.épouz kvècent. une tête altière, et 
^ur Jeux front menaçant le dieu de la guerre 
-knprinm la 'vengeance et Ta^dace. 

Ce seroir. à toi màinteilantçy Déesse de 
^mémoire^ de ..nous dire comment, de si beaux 
jours se couvrirent tout à coup d'un voiîç é- 
pais et iombre;; mais tes tableaux n'offrent 
.presque toujours que des traits informes et des 
eouleurs éteintes: Lés années, ne ramènent dans 
le/présent que les débris des faits mémorables, 
semblables- «aux flots qui ne .vomissent .sur le 
. rivage que les ^restes d^n* vaisseau autrefois 
souverain, des .mets. Ecoutez ^ jeunes Messéni- 
ens, unténtoîn. plus .fidèle, et plus respectable: 
^ je le vis; j'entendis sa ^ voix .au milieu de cet- 
te nuit orageuse qui dispersa- ja flotte que. je 
• conduisois en Libye, Jeté sur une côte .incon- 
nue-, je -m'écriai: Oxerre! tu: nous serviras du 
.moins: de tomheau, et nos-' us ne seront point 
foulés par les Lacédéindniens . 

A ce nom fatal, ^je vis de tourbilloiis de 
flamme, et^de fuiuée s'échapper d'un monuotent 



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t)V JEUNE ANACRARSIS. 9S 

funèbre placé à me$ côce5 , et du fond dé Ift 
tombe , s'élev.er une ombre qui proféra ces par 
rôles : Qael est donc ce mortel qui vient troa* 
bkr le repos d*Aristomène, et rallumer dani 
tes cendres la haine qa'il conserve encore con- 
tre une nation barbare^ Cest un MesséniLir, 
répondis je avec transport ; c'est Cômon , c*est, 
l'héritier d'une famille autrefois unie avec Ikt 
votre. O Aristomène, ô le plus grand* des mor- 
tels, il m'est donc permis de vous voir eif de 
vous cmtsndreU O Êfiea^!: )t voas bétiis poor 
la première fois de ma viç/d'aVoir conduit à 
Rhodes Comon et son infjrtune. Mon âls, ré«* 
pundit.te héros , tu les béniras toute ta vie*. 
lis m'avoienc annoncé ton arrivée « et ils me 
permettent de te révéler Ici secrets de leur hati- 
te sagesse. Le temps approche, où, te^que 
Tastre du- jbur\ lorsqie^dù î^eîn cl*ùne nu^ 
épaisse, il sprt étincelajit, de lumière, la Mes- 
sénie repatoltra sur la icène du monde aveC: 
un nouvel éclat: le cieî, ps^r' des avis secrets» 
guidera le héros qui doit opérer ce ptodlger 
tu seras toi-même instruit dû moment de l'exé- 
€dtio]i: adieu ,. tu peux piartir. Tes compagnons 
t'attendent ea Lib^ej porte-leur tes grande* 
nouvelles. * 

Arrêtez , ombre généreuse , repris je aussi- 
tôt; daignez ajouter à d^' si" douces espéran- 
ces, dès tiottsolïTtions ptas'donces encore^ Nefs 
père» firent maHieutéuxyîtest si facile dé lea 
croire coupables. Le temps a dévoré tes. titrât 
de leur iutiocence , et de tous côtés les na- 
tions laissent éclater des soupçons • quf noua 
humilient. Aristumèue trahi > errant seuldeyi^ 

Tom.JF. 3 



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.34 VOYAGE 

le en vîlle , mourant seul dans Tile de Rhodes , 
est un spectacle offensant pour l'honneur des 
>Ie$sénens. 

Va , pars /vole , raon iîlji , répondît Je hé- 
ros en élevant la voix; dis i tojtê la terre 
que la valeur de vos pères fut plus ardente^ 
que les feux de la canicule, leurs vertus plus 
pures que la clarté des cieux; tt si les hommes 
sont encore semibles à la pitié» arrache-leur 
.âes larmes par le récit de . nos infjrtunes • 
Ecoute moi : ^; . » 

. Sparte ne pou voit supporter la honte de 
sa défaite : elle dit à, ses guerriers: Vengçi-moi; 
â ses esclaves: Protégez moi ; à un esclave plas 
/vil que les siens ^, et dont la tête, éiQ.it ornée 
du . diadème: .Trahisi tes allié- ; c'fti^it Aristo- 
crate ^uiiégiioit, sur la puissante patioii des 
.'Arcadiens; iLavoit joint $es troi^pes aux no« 
/très. ' / /" • *". ../.,- 

^ tes' deux a^rn^i^ès s*appro.chè -.ent ,comme 
dè'ix orages qui. ^ vont se, di?»p.u;^r J'empire, des 
'.airs. A Taspect çle l^ars v;iini]ueufs.,; les enne- 
'în;s cherçhvirnt yaififravut au (Ladde^^leur cotur 
Ml} reste de c«jtirage;. .t dans, le Jts,. regards in* 
^quiets , se peint firitérêt sfjrdule de la vie. 
Tyrtéé se présente alors aux soldats avec la 
confiance .et Ta^^tpriié d'uu homme qai tient 
dans ses main^ lç,s,alut de la. patrie.. Des pein- 
tures vives' e^ a.ufmêes / brillera sulcœssivement 
a leurs yeTux/"^^image/à'un l^rçisgi^ai . vient de 
repousser Vênnèmii jce mélange confus^ de cri? 
d^e. jôje et H'aiteriJrissêment'^ qui honprent son 
txiomplie V ce respect qu inspire à jamais sa pré- 
sence , ce repos honorable dont il jouit dans 



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DU JEUNE âNAGHARSIS. SS 

sa vieillesse ; l'image plus touchante tfun jeu-- 
ne guerrier expirant dans le champ de la gloi- 
re, les cérémonies augustes qui accompagnent 
ses funérailles , les regrets et les gémissemens 
d'un peuple entier à l'aspect de son cercueil ^ 
les vieillards , les femmes , les enfans qui pieu- ' 
rent et se roulent autour de soa tombeau ; les 
honneurs immortels attachés à sa mémoire , 
tant d'objets et de sentimeus divers ». retracés 
avec une éloquence impétueuse et dans un mou- 
vement rapide, embrasent les- soldats d'une ar- 
deur jusqu'alors inconnue. Ils attachent à leurs 
bras leurs noms et ceux de leurs familles ; trop- 
heureux s'ils obtiennent une sépulture distin- 
guée , si la postérité peut dire un four en les 
noihmant : Les voilà ceux, qui sont morts pour 
la patrie! 

Tandis qu\in poët« excîtoît cette révolu- 
tion dans Tannée Lacédémonienne , un roi con- 
sommoit sa perfidie dans la nôtre; des. rumeurs 
sinistres^ semées par son. ordre , avoieiit pré- 
paré à l'avilissement ses troupes effrayées. Le 
signal de la. bataille devient le signai de leur 
fuite. Aristocrate les conduit, lui même dans la 
route de l'infamie ^ et. cette route, il la •trace 
à travers n<js bataillons, au. moment fatal où 
ils avoient à soutenir tout l'effurt de la pha- 
lange cnucmii?. Dans un clin-d'ocil, Tétite de 
nos guerriers fut égorgée , et la Messéiiîe as- 
servie. Non , elle, ne le fat pas 5; la liberté s'é- 
toit réservf^ un asyle sur. le mont Ira- Là s'é- 
toiem rendus et les soldats, échappés aa car^ 
nage, et les citoyens jaloux d'échapper à la- 
servitude. Le6 vainqueurs formèrent une ea*^ 



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36 VOYAGE' 

ceinte aa pied de la montagne. Ils noms yo- 
yoienc arec effroi au-dessus de lears têtes , 
comme les pâles matelots lorsqu'ils apperçoi-- 
Yent à Thorizon ces sombres nuées qui portent 
les tempêtes dans leur sein. 

Alors commença ce siège moins célèbre -f 
aussi digne d*étre célébré que celui d*Ilion ; 
alors se reproduisirent ou se réalisèrent tous 
les exploits des anciens héros ; les rigueurs des 
saisons, onze fois renouvellées , ne purent ja- 
mais lasser la féroce obstination des assiégeans, 
ni la fermeté inébranlable des assiégés. 

Trois cents Messéniens d'uae valeur di- 
stinguée m'accompagnoient dans mes courses ; 
nous franchissions aisément la barrière placée 
au pied de la montagne, et nous portions la 
terreur jusqu'aux environs de Sparte. Un jour, 
chargés de butin, nous fumes entourés de l'ar- 
mée ennemie. Nous fondîmes sur elle saniT es- 
poir de la vaincre. Bientôt atteint d'un coup 
mortel , je perdis l'usage de mes sens , et plut 
aux dieux qu'il ne m'eût jamais été rendu ! 
Quel réveil i juste ciel ! S'il eut tout-à-coup of- 
fert à mes yeux le noir Tartare , il m'eût in- 
spiré moins d'horreur. Je me trouvai sur un 
tas de morts et de mourans , dans un séjeur 
ténébreux, où l'on n'entendoit que des cris 
déchirans, des sanglots étouffés: c^étoient mes 
compagnons , mes amis • Ils avoient été jetés 
avant moi dans une fosse profonde. Je les ap- 
pellois ; mous pleurioqs ensemble ; ma présen- 
ce sembloit adoucir leurs peines. Celui que j'ai- 
mois le mieux , à souvenir cruel ! ô trop fu- 
neste image ! ô mon fils ! tu ne saurois m'écou* 



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DU JEUNE ANACNARSIS. $7 

ter sans frémir; c'étoit un de tes aïeax. Je re- 
connus , à quelques mots échappés de sa bou- 
che, que ma chute avoit hâté le moment de 
sa mort. )e la pressois entre mes bras ; je le 
couvrois de larmes brûlantes; et a'ayanc pu 
arrêter le dernier souffle de vie errant sur ses 
lèvres , mon ame durcie par Texcès de la dou^ 
leur , cessa de se soulager par des plaintes et 
des pleurs. Mes amis expiroieit successivement 
autour de moi. Aux divers accens de leur voix 
iflToiblie , je présageois le nombre des instans 
qui leur restoient à vivre ; je voyois froide- 
ment arriver celui qui terminoit leurs maux • 
J'entendis enfin le dernier soupir du dernier 
d'entre eux; et le silence du tombeau régna 
dans Tabyme. 

Le soleil avoit trois fois commencé sa car- 
rière , depuis que je n'étois plus compté par- 
mi les'vivans. Immobile, étendu sur le Ht de 
douleur , enveloppé de mon manteau , j'atten** 
dois avec impatience cette mort qui mettoit 
ses faveurs à si haut prix , lorsqu'un bruit lé- 
ger vin^ frapper mon oreille : c'étoit un ani- 
mal sauvage * qui s'étoit* introduit dans le sou- 
terreîri par une issue secrète . Je le saisis ; il 
voulut s'échapper ; je me traînai après lui • 
3'ignore quel dessein m'animois alors „ car la 
vie me paroissoit le plus cruel des supplices. 
Un dieu sans doute dirigeoit mes mouvemens, 
'et me donnoit des forces. Je rampai long-temps 
dans des détours obliques ; j'entrevis la lumiè- 

* Um renard. 



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38 VOYAGE 

Te; je rendis la liberté à mon guide , et con-» 
tinuant à m'ouvrir un passage, je sortis de la 
région des ténèbres. Je trouvai les Messér^^ens 
occupés à pleurer ma perte. A mon aspect i 
la momagne tressaillit décris de joie; au ré- 
cit de mes souffrances , de cris d'indignation. 

La vengeance les suivit de près : elle fut 
vcruelle comme celle des dieux. La Messéniçjà 
Laconie étoient , le jour , la nuit , infestées par 
des ennemis affamés les uns des autres • Les 
Spartiates se répandoieut dans la plaine, corn» 
me la flamme qui dévore les moissons ; nous ^ 
comme un torrent qui détruit et les moissons 
et la flamme. Un avis secret nous apprit que 
les Corinthiens venoîcnt au secours de Lacédé- 
mone 9 nous nous glissâmes dans leur champ à 
la faveur des ténèbres , et ils passèrent des 
bras du sommeil dans ceuj^ de la mort « Vains 
•exploits , trompeuses espérances 1 Du trésor im- 
mense des années et des siècles , le temps fait 
sortir , au moment précis , ces grandes révo- 
lutions- conçues dans le sein de Téternité, et 
quelquefois annoncées par des oracle^ • Celui 
de Delphes avoit attaché notre perte à des pré- 
sages .qui se vérifièient ; et le devin Théoclus 
m'avertit que nous touchions au dénouement 
de tant d€ scènes sanglantes. 

Un berger autrefois esclave d'Empéralnus, 
général des Lacédémoniens , conduisoit tous les 
jours son troupeau sur les bords de la Méda y 
qui coule au pied du mont Ira. Il aimoit une 
Messénicnne ^ dont la maison étoît située sur 
le penchant de la montagne, et qui le rece- 
vuit chez elle toutes lés fois que son mariécoit 



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DU JEUNE ANACHARST8 9^ 

en faction dans notre camp . Une nuit , pen- 
dant un orage affreux , le Messenien paroît 
tout-à-coup, et raconte à sa femme, étonnée 
de son retour, que la tempête et Tobscurité 
mettent la place à Tarbri d'un coup de maiii, 
que les postes sont abandonnés et qu'une bles- 
sure me retient au lit. Le bercer , qui s'étf-ît 
dérobé aux regards du Mcs^énicn , eiuenrl ce 
récit , et le rapporte sur le-champ au gérérd 
Lacédémonien. - 

Epuisé de douleur et de fatigue , f avoîs 
abandonné mes sens aux douceurs du sommeiU 
lorsque le génie de la Mt^ssénie m*apparut en 
long habit de deuil* et la tête couverte d'un 
voile: Tu dors, Aristomène , me dit il/ tu 
dors, et déjà le3 échelles menaçantes se hétis* 
sent autour de la place ; déjà les jeunes Spar- 
tiates s'élèvent dans les airs à Tappui de c«s 
frêles machines: le génie de Lacédémone rem- 
porte sur moi ; je Tai vu du haut des mars ap* , 
peller ses farouches guerriers , leur tendre la 
main, et leur assigner des postes. 

Je m*éveillai en sursaut » Tame oppressée, 
Tcsprît égaré , et dans le même saisissement 
que si la foudre éibit tombée à mes C(!tés .- Je 
me ieite sur mes armes: moh fils arrive;' «'ù 
sont les Lacédémrniens ? — Dans la plac'e \ 
aux pieds des remparts ; étonnés de leur au- 
dace , ils n*osent avancer. C'est assex , repris- 
je; suivez-moi Nous trouvons sur nos pas' 
Théoclus , Tinterprète des dieux, le •vaillant 
Manticlus, son fils, d'autres chefs qui se joî'^ 
gncnt à nous. Courei, leur dis-je, répandre 
l'alarme, annoncez aux Messéniens i^u'a' ta 



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40 VOYAGE i 

>qu'à U pointe du jour ils verront leur g^aé- 
Taux au milieu des ennemis. 

Ce moment fatal ardve; les rues , les mai- 
sons , les temples , inondés de sang , retentis*- 
sent de cris épouvantables. Les Messéniens ne 
peuvent plus entendre ma voix > n*écoutent 
que leur fureur « Les femmes les animent 
au combat , s'arment elles mêmes de mille m* 
«trumens de mort se précipitent sur Tennemi , 
et tombent eti expirant sur les corps de leurs 
épaux et de leurs enfans. 

l'endant trois jours ces scènes cruelles se 
xenouyellèrent à chaque pas , à chaque moment* 
)i la lueur sombre des échirs « au bruit sourd 
et continu de la foudre ; les Lacédémoniens 
supérieurs en nombre » prenant tour-à-tour de 
nouvelles forces dans des intervalles de repos; 
les Messéniens combattant sans interruption « 
luttant à la lois contre la faim , la soif, le som* 
ineil et le fer de Tennemi. 
/ Sur la fin du troisième jour, le devin Théo- 

' dus m'adressant la parole : ,» Eh ! de quoi , 
roe dit-il , vous serviroient tant de courage et 
de travaux? C'en est fait de la Messénie, les 
dieux ont résolu sa pert;^ ; sauvez- vous, Ari- 
stumène; sauvez nos malheureux amis; c'est à 
moi de mVnsevelir sous les ruines de ma pa- 
trie y, . Il dit ; et se jetant dans la mêlée , il 
meurt libre et couvert de gloire. 

Il m*e t été facile de Timiter; mais, sou- 
mis à la volonté des dieux , je crus que ma 
vie poavoit être nécessaire à tant d'innocentes 
vîttimes que le fer alloit égorger. Je rassem* 
j)lai les femmes et les enfans , je les entourai 



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t)U JEUNB ANAGHARSIS 4é 

de soldats. Les enocmis, persuadés que noiis 
méditions une retraite , ouvrire^nt leurs rangs, 
€t nous laissèrent paisiblement arriver sur les 
terres des Arcadiens '^. le ne parlerai ni du 
dessein que {e formai de itiarcher à Lacédémo* 
mone , et de la surprendre , pendant que ses 
^oluats s*enrichissoicnt de nos dépouilles sur le 
mont Ira; ni de la perfidie du roi Aristocrate, « 
qui révéla notre secret aux Lacédémoniens • 
Le traître i il fat Convaincu devant Tasseinblée 
de sa nation: ses sujets devinrent ses bour<- 
j:eaux ; il expira sous une grêle de traits ; son 
corps fut porté dans une terre étrangère « ec 
Ton dressa une colonne qui attestoit son infa* 
inie et son supplice. 

Far ce coup imprévu, la fortune s*expli« 
qaoit assez hautcm* m. Il ne s'agissoit plus de 
la âéclur , mais de me mesurer seul a>ec tlle, 
en n*expo^am que ma tête à ses coups: Je 
donnai des larmes aux Mcsséniens qui n avo* 
iem pas pu me joindre ; je me refusai ï celles 
des Mcsséniens qui m'avoient suivi. Ils vouloi* 
ent m'accompagner aux climats les plus éloi* 
gnés; les Arcadiens youloient partager leurs 
terres avec eux ; )e rejetai toutes ces offres • 
Mes âdèlts compagnons , confondus avec une 
nation nombreuse auroient perdu leur nom et 
le souvenir de leurs maux. Je kur donnai inpa 



* La prise â'Ira est de la première année de 
la A8-e olympiade , l'an 6(i8 avant J. G. ( Pausan. 
lib. 4> cap Ai . pag 3o6 Corsin. fatt. Attic. tom. 
i, pag. 4%. Fréret^ déians. de la cliron. pa^g''i74') 



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4fl VOYAGE 

fils , un antre moi-même ; ils allèrent sous sa 
conduite en Sicile , où ils seront «n dépôt jus- 
qu'au jour des vengeances *. 

Après cette «ruelîe séparation , n'ayant 
plur rien à craindre, et cherchant par-tôat des 
ennemis aux Lacédémoniens ; je parcoorus^ les 
nations voisines . J'avois enfin résolu de me 
rendre en Asie , et d'intéresser à nos malheurs 
les puissantes nations des Lydiens et des Mè- 
des . La mort qui me surprit à Rhodes arrêta 
des projets qui, en attirant ces peuples dans 
le Péloponèse, auroient peut-être changé la 
face de cette partie de la Grèce. 

A ces mots, le héros se tut-, et descen- 
dit dans la nuit du tombeau. Je partis le len« 
demain pour la Libye • 

TROISIEME BLÉGI E. 



Sur la troisième guerre de Messénie 



«« 



Que le souvenir de ma patrie est pénible 
et douleureux ! il a l'amertume de l'absinthe , 
et le fil tranchant de l'épée; il me rend insen- 
sible au plaisir et au danger . J*ai prévenu ce 
matin le. lever du soleil : mes pas incertains 
m'ont égaré dans la campagne; la fraîcheur 
de l'aurore ne charmoit plus mes sens • Deux 
lions énormes se sont élancés d'une forêt voi* 



* Voyez la note à la fin du volume» 
*♦ Cette guerre commença Tan 464 avant J. 
G. /et finit Tan 4S4 avant la même ère • 



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DU JEUNE ANACHARSI». 43 

sîne; leur vue ne n'inspiroit aucun effroi. Je 
zïc le» insultois point : ils se sont écartés. Cruels 
Spartiates , que vous avoient fait nos pères r 
Après la prise d'Ira vous leur distribuâtes des 
supplices ; et dans l'ivresse du succès , tous 
voulûtes qu'ils fussent tous malheureux de vo« 
tre joie. 

Aristomène nous a promis un avenir plut 
favorable : mais qui pourra jamais étouffer dans 
nos coeurs le sentiment des maux dont nous 
avons entendu le récita» dont nous avons été 
les victimes ? Vous fûtes heureux , Aristomène , 
de n'en avoir pas été le télnoin. Voas ne vî- 
tes pas les habitans de la Messénie, trainés à 
la mort comme des scélérats, vendus comme 
de vils troupeaux. Vous n'avez pas vu leurs 
descendans ne transmettre pendant deux siè« 
clés à leurs fils que To^probre de la naissance. 
Reposez tranquillement dans le tombeau ^ om- 
bre du plus grand des humains», et souffrez 
que je consigne à la postérité les dernijers for- 
faits des Lacédjfmoniens • 

Leurs . magistrats , ennemis du ciel ainsi 
que de la terre, font mourir des supplians 
qu'ils arrachent du temple de Neptune. Cedicti 
irrité, frappe de son trident les côtes de La- 
conie« La terre ébranlée, desvabymes eiur'ou- 
verts , un des sommets du mont Taygèie rou- 
lant dans les vallées» Sparte. renversée de fond 
en comble, et cinq maisons seules épargnées , 
plus de vingt mille hommes écrasées sous ses 
ruines: voilà le signal de notre délivrance» 
s'écrie ï la -fois une multitude d'esclaves. In- 
sensés ! ils courent à Lacédémone sans ordre 



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44 VOYAGE 

et sans chef: à Taspect d*un corps de Spartia- 
tes qu*a rassemblé le roi Archidamas , ils s^ar- 
rotent comme les vents déchaînés par Eole, 
lorsque le Dieu des mers leur apparoit; à la 
▼ue des Athéniens et des différentes natîo;^s 
qui Tiennent aux secours des Lacédémoniens , 
la plupart se dissipent comme les Tapeurs gros* 
sières d*an marais , aux premiers rayons du 
soleil • Mais ce n'est pas en vain que les Mes- 
séniens ont pris les armes ; un long esclavage 
n'a point altéré le sang généreux qui coule 
dans leurs veines; et, tels que l'aigle captif ^ 
qui , après avoir rompu ses liens » prend son 
essor dans les cieux , ils se retirent sur le 
mont Ithome, et repoussent avec vigueur les 
attaques réitérées des Lacédémoniens , bientôt 
réduits à rappelltr les troupes de leurs alliés « 

Là paroissent ces Athéniens si exercés 
dans la conduite des sièges • C'est Cimon qui 
les commande, Cimon que la victoire a sou- 
vent couronné d'un laurier immortel; l'éclat 
de sa gloire , et la valeur de ses troupes in-- 
spirent de la crainte aux assiégés, de la ter- 
reur aux Lacédémoniens . On ose soupçonner 
ee grand homme de tramer une perfidie. On 
rinvite, sous les plus frivoles prétextes, à ra- 
mener son a.rmée dans l'Attique. II part: la 
discorde qui planoit sur l'enceinte du camp , 
s'arrête, prévoit Jes calamités prêtes â fondre 
sur la Grèce, et secouant sa tète hérissée de 
serpens , elle pousse des hurlemens de joie , 
d'où s'échappent ces terribles paroles : 

Sparte , Sparte , qui ne sais payer les ser- 
vices qu'avec des outrages ! contemple ces guer- 



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DU JEUNE ANAGHARSIS 4$ 

rîers qui reprennent le chemin de leur patrie » 
la honte sur le front » et la douleur dans il'a- 
me • Ce sont les mêmes qui « mêlés dernière- 
ment avec les tiens , défirent les Perses à Pla- 
tée • Ils accouroient à ta défense , et tu les as 
couverts d'infamie • Tu ne les verras plus que 
parmi tes ennemis. Athènes, blessée dans son 
orgueil , armera contre toi les nations * . Tu 
les soulèveras contre elle • Ta puissance ei la 
sienne se heurteront sans cesse, comme ces 
vents impétueux qui se brisent dans la nue • 
Les guerres enfanteront des guerres. Les trê- 
ves ne seront que des suspensions de fureur •* 
)e marcherai avec les Euménides à la tête des 
armées: de nos torches ardentes, nous ferons 
pleuvoir sur vous la. peste, la famine, la vio- 
lence , la perfidie , tous les fléaux du courroux 
céleste et des passions humaines . Je me ven- 
gerai de tes antiques vertus , et me jouerai de 
tes défaites ainsi que Âc tes victoires . J^éleve- 
rai , j'abaisserai ta rivale. Je te verrai à ses ge- 
noux frapper la terre de ton front humilié. Tu 
lui demanderas la paix , et la paix te sera re- 
fusée . Tu détruiras ses murs , tu la fouleras 
aux pieds , et vous tomberez tous deux à la 
fois comme deux tigres qui , après s'être déchi- 
ré les entrailles, expirent à côté Tun de l'au- 
tre. Alors je t'enfoncerai si avant dans la pous- 
sière , que le voyageur ne pouvant distinguer 
tes traits sera forcé de se baisser pour te re- 
connoitre • 



^ Guerre du Pcloponèsn. 



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46 VOYAGÉ 

Maintenant voici le signe frappant quî te 
garantira l'effet de mes paroles . Tu prendras 
hhosne dans la dixièifae année du siège . Tu vou- 
dras exterminer les Messénicns; mais les dieux 
qui les réservent pour accélérer ta ruine, ar- 
rêteront ce projet sanguinaire . Tu leur laisse- 
ras la vie, à condition qu'ils en jouiront dans 
un autre climat, et qu'ils seront mis aux fers> 
s'ils osent reparoîire dans leur patrie. Quand 
cette prédiction sera accomplie, souviens-toi 
des autres , et tremble . 

^ Ainsi parla le génie malfaisant qui étend 

son pouvoir depuis les cieux jusqu'aux enfers. 
Bientôt après nous sortîmes d'Ithome . J'étois 
encore dans ma plus tendre enfance . L'image 
de cette fuite précipitée est empreinte dans 
raon esprit en traits ineffaçable»; je les vois 
toujours ces scènes d'horreur et d'attendrîss«- 
ment qui s'bffroient à mes regards : une nation 
entière chassée de ses foyers, errante au ha- 
sard chez [es peuples épouvantés de ses mal- 
heurs qu'ils n'osent soulager; des guerriers 
Couverts de blessures , portant sur leurs épau- 
les les auteurs de leurs jours ; des femmes as- 
sises par terre, expirante de foibleçse avec les 
enfans qu'elles serrent entre leurs bras ; ici 
des larmes , des gémissemens , les plus fortes 
expressions du désespoir : là une douleur muet- 
te, un silence effrayant • Si l'on dohnoit ces 
tableaux à peindre au plus cruel des Spartiates, 
un reste de pitié feroit tomber le pinceau de 
ses mains.. 

Après, des courses longues et pénibles , 
nous nous traînâmes jusqu'à Naupacte ^ ville 



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DU JEUNE ANAGHARSIS 47 

Située $u]Ç la mer de Grisa : elle appartenoit aux 
Athéniens; il nous la cédèrent. Nous signalâ- 
mes plus d'une fois notre valeur contre les en,- 
nemis de ce peuple généreux. Moi-njême , pen- 
dant la guerre du Péloponcse, je parus avec un 
détachement sur les côtés de Messénie . Je ra- 
vage'ai ce pays , et coûtai des larmes de rage 
à nos ..barbares persscuteurs : mais les dieux 
mélem. toujours un poison secret à leurs fa- 
veurs , ,.ét . souvent l'espérance n'est qu'un piè- 
ge qu'ir$. tendent aux malheureux. Nou? com- 
mencipns. a jouir d'un sort tranquille , lorsque 
la flotte de Lacédémone triompha' de celle 
d'Athènes, et vint nous insulter à'Naupacte. 
Nous montâmes à Tinstant^sur nos vaisseaux; 
on n'invoqii^ desL deux côtés d'autre divinité 
que la Haine. lamais la Victoire ne s'abreuva 
de plusde. sjang impur, de plus de sang inno- 
cent. Maist.que peut la valeur la plus intrépide 
contre l'excessive supériorité du nombre ? nous 
fracs vaincus, et chassés, de la Grèce, comme 
no s Ta^vions été du Péloponèse ; la plupart 
re sauvjèrent en Italie et en Sicile. Trois mille 
h «mmes niç confièrent leur destinée ; je les mç- 
nai . à travers les tempêtes et les écueils , sur 
ces ,riva|es que mes chants funèbres ne cesse- 
ront de, (we retentir. 

, C*est ainsi que finit la troisième élégie . 
Xe jeune;. homme quitte^ sa lyre, et sop père 
Xénocïès ajouta , que, peu de temps après leur 
arrivée en Libye, une sédition s'étant élevée 
à Cyrène, capitale dé ce canton ,les Messéniens 
se joignirent aux exilés , et périrent pour la 
plupart dans une bataille. 11 deoianda ensuite 



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48 VOYAGE 

comment s'étoit opérée la révolution qui famé» 
noit en Messénie. 

Célénus réponîit: les Thébains , sous la 
conduite d'Epaminondas , avoient battu les La- 
cédémoniens a beucires en Béotie * ; pour af- 
foiblir à jamais leur puissance, et les mettre 
hors d'état de tenter des expéditions lontaines^ 
ce grand homme conçut le projet déplacer au- 
près d'eux un ennemi ,qui auroit de grandes 
injures à venger. Il envoya de tous côtés in- 
viter les Messéniens à revoir la patrie de leurs 
pères. Nous volâmes à sa voix ;/ je le trouvai 
à la tête d'une armée formidable , entouré d'ar- 
chitectes qui traçoient le plan d'une ville aa 
pied de cette montagne. Un moment après , le 
général des Argiens s'éiant approché., lui pré- 
senta utie urne d'airain , que sur ta fo? d'un 
songe, il avoit tirée de la terre, soas un lier- 
re et un myrte qui entrela oient leurs foibles 
rameaux. "Epaminoudas l'ayant ouverte , y trou- 
va d^s feuilles de plomb , roulées en forme de 
volume où Ton avoit anciennvmeut tracé les 
rites du cuKe de Cérès et de Froserpine. Il re- 
connut le monument auquel etoit attaché \t 
destin de la Messénie , et qu'Aristomène avoir 
enseveh dans le Heu le moins fréquenté du mont 
Ithome. Cette dècoviverte et 1^ réponse favo- 
rable des augures imprimèrent un caractère re- 
ligieux à son entreprise , d* ailleurs puissamment 
secondée par les nations voisines, de tour temps 
jalouses de Lacédémone. . . 



i»>«/VV^'Vk>«% 



♦L'an 37X ayant J.vQ. 



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DU JEUTUBr^mtCaLARSlS. 4f 

l4 )?ïif'L4ç.Ja consécratiopde la ville, lefj; 
troupes s'étant réunies , les ^rc^iens préseq- . 
tèrent les^ xictimes ; cent- de Thèbes, d'Airgos 
et de. ia Mcsséme, offrirem ntéparément leurs 
kommagen à leurs divinités tut^^ires ; tous eu- 
semble appellèrent les h^roç dé la contrée, ^t 
If s supplièrent de venir> prendra posscssipp dc; 
leur noaveUe'demeure. Parmi ces noms précieux 
à lallation, eelui d'Artstomène e^^cita des. ap*^ 
plau4issemçn$ , universels. JLei^. sacrifices étales 
prières remplirent les ^mom^lis. df^ la pre^niè- 
re journée; dans les ^uiy.agites., pn jeta, au^ 
son de la flûte, les fond^mcfis des murs, des- 
temples /dt des maisons. ;La ville fut a^chevéa^ 
en peu de temps , et «eçùt: le . nom de Mes^ 
sène. ' . r ,. . . 

D'autres peuples, ajouta Câénus^ont er-*^ 
ré long-temps éloignés de leur/patrie; aucua 
na souiièrt u(^ si long-exil', eC:cependant nous. 
avons conservé çant aUérajtioQ la langue et lesÇ 
coutumes de nos ancêtres. Je dirai même que^ 
aos revers noua ont rmdyjs plus sen^iblesp Les 
Lacédémonien^* avoîent Uvré (}uelV]aes-unes fie 
nos villes à des étrangers , qui , à notre rç'; 
tour, ont imploré notrepitié. Peut-être avoient- 
ils des titres pour Tobtenir ; :mais quand ils 
n^en auroif^m pas eu, oomment la refuser aui^ 
malheureux ? 

Hélas i reprit Xëaoclès, c'est ce caractère 
si doux et si humain jqui nous perdit autres 
fois. Voinm des Lacédémpniens et des Arc.a^ 
diens^ nos aïeux ne succombèrent sous la hai-> 
lie des premiers que pour avoir négligé Tami^ 
lié des seconds, lis îgnoiojient sans dou^e que 

Toia. IV.^ 4 



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s» V OTAGE 

rambitîon du repos exige autant d*âcf{vitl que 
celle des conquêtes - - - 

le fis aux Messéniens plusieurs questions 
sur l'état dessrciences et des arts^^ ils n'^nc ja« 
mais eu le temps' de s'y livrer: Suf teUi'^gba- 
vernement actuel [ il n'avoit pas ' etït^re pris 
une forme constante : sur celui qUi subisistoit 
pendant lears guerres avec tes Lacédémoniens ; 
cétoit un mélangée de ^royauté et d'oligarchie; 
mais les affaires se -'trattoient dans l'assemblée 
générale de la nation 2 sur l'origine de la der- 
nière maison régnante , on la rapporte à Crcs** 
phonte qui vint au Péloponèse avec les autres 
HéraclidwS, 80 ans apiès la guerre de Troie. 
La Messénie lui échut en partage* Il épousa 
Mérope , tille du roi d'Arcadie , et fat assassi* 
lié avec presque tous ses enfans, par les prin- 
cipaux de sa cour, pour avoir trop aimé le 
peuole. L^histcMre s'est fait un devoir de con* 
sacrer sa mémoire, et de condamner à l'exé- 
cration celle de tes assassins. 

^ Nous, sortîmes d^ Me6sène,,èt après-avoir 
traversé le Paroisus , nous visitâmes * la côtei 
ôri ntaie de la province. Ici, comme dans le 
reste de la Grèce, le voyageur est oWigé d'es- 
suyer à chaque pas les généalogies des dieux « 
confondues avec celles- des homn^tes.* Point de 
ville, de fleuve, de fontaine, de bois, 4e 
mjntagne, qui ne porte le nom d'une nym- 
phe , d'un héros ; d'un personnage plus célè- 
bre a jjourd*hui qu'il né le fit de son temps. 

Parmi les familles nombreuses qui possé- 
doient autrefois de petits états eti Messénie « 
celle d'Esculapè obtint daûs l'opinion puDliqae 



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BU JEUNE ANAGHARSIS. Si 

un rang distingué. Dans la ville d'Abia , on 
nous montroit son temple ; à Gérania » le tom- 
beau de Machaon son fils ; à Phéres , le tem- 
ple de Nicomaque et de Gorgasus ses petits- 
fils, à to\is momens honorés par des sacrifices , 
par des offrandes, par Taffluence des. malades 
de toute espèce. 

Pendant qu'on nous racontoît quantité de 
guérisons miraculeuses 9 un de ces infortunés, 
prêt de rendre le dernier soupir, disoit: favôis 
à peine repu le jour , que mes parens allèrent 
s'établir aux sources du Pamisus, où Ton pré* 
tend que les eaux de ce fleuve sont trcs*salu- 
taires pour les maladies des enfans ; j'ai passé 
sna vie auprès des divinitas bienfaisantes qui 
distribuent la santé aux mortels, tantd{ dans 
le temple d'Apollon^ près de la ville de Go* 
roaé'^ tantôt dans les lieux où je me trouve 
aujourd'hui, me soumettant aux cérémonies 
prescrites, et n'épargnant ni victimes ni pré- 
sens; on m'a toujours assuré que j'étois gué- 
ri , et je me meurs*. Il expira le lendemain. 



Fm eu Chapitre quafonùèmi^ 



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N. 



VOYAGE 

CHAPITRE LXL 

Voyage de laconie. 



ous nous embarquâmes à Phères, sur 
vaisseau qui faisoit voile pour le port de Se 
dée, dans la petite île* de Cythère , situé 
)*extrémité de la Laconie. C'est a ce port qi 
bordent fréquemment les vaisseaux marcha 
qui viennent d'Egypte et d'Afriqiie-, de U^ 
monte à la ville , où Ls Lacédémoniens en 
tiennent une guarnison; ils envoient de f 
tous les ans dans Tîle un magistrat poui 
|ouvcTaer. 

Nous étions jeunes/ et* déjà famillar: 
avec q lelques passagers dç notre âge. Le n 
de Cythèré réveilloit dans nos esprits des id 
riantes ; ç'es^ la que de temps immémor 
subsiste avec éclaf le plus ancien et le plus, 
pecté des temples cotisaçrés à Vénus ; c'es 
qu^elle se montra pour la première fois ; 
mortels , et que les Amours prirent avec 
possession de cv^ue terre embellie encore 
jourd'hui de> fleurs qui se h.ttoi^nt d'éclor* 
sa présence. Dès-lors on y connut les char 
des doux entretiens et du tendre sourire. ^ 
sans doute que dans cette région fortun 
les cœurs ne cherchent qa*à s'unir, et que 
habitans passent leurs jours dans l' abonda 
f t dans les plaisirs • 

Le capitaine qui noas écoutoit avec 
'plus grande surprise , nous dit troidcinent 
mangent des lig<ues et de froipages cuits ; 



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Bt7 JE17N8 ÀNACH4RSIS. S9 

ont aussi du vin et du miel, mais ils n*obtién* 
nent rien de la terre qu*à la sueur de leur front; 
car c'est un sol arjde et hérissé de rocher > • 
D* ailleurs ils aiment si fort l'argent » qa*ils ne 
connoissent gutres le tendre sourire . J'ai vii 
leur vieux temple , bâti autrefois par les Phé- 
niciens eh l'honneur de Vénus Uranie: sa sta- 
tue n% sa.uroit inspirer des désirs ; elle est (cou- 
verte d'armes depuis la tête jusqu'aux pieds. 
On m'a dit comme à vous\ qu'en sortant de 
la mer , la déesse descendit dans cett^ île } 
mais on m'a dit de plus qu'elle s'enfait aussi^ 
tôt en Chypre. 

De ces dernières paroles, nous conclàméit 
que des Phéniciens ayant traversé les tàtti , 
abordèrent au port de Scandée ; qu'ils y ap« 
portèrent le culte de Vénus i que ce Culte 
s'étendit aux pays Voisins , et que de là na-^ 
quirent ces fables absurdes « la naissailce de 
Vénus , sa sortie du sein dies flots , son arri- 
vée à Cythère. 

Au lieu de suivre jaotre capitaine dans 
cette île, nous je priâmes de nods laisser à 
Ténare , ville de Laconie , dont le poi't est 
assez grand pour contenir beaacoup de vais- 
seaux. Elle est sitiée auprès d'Un cap de m6- 
me ïïpm, surmonté d*un temple, comme le 
sont les principaux promontoires dé la Crèce. 
Ces objets de vénération attirent tes vœux et 
les offrandes des , matelots . Celui de Ténaïc^ 
dédié à Neptune^ est eiltouré d'un bois sacié 
qui sert d'asyle aux coupables ; la statue du 
Dieu est à Téhtrée ; au fond s'ouvre une Câr 



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54 VOYAGE 

Verne immense, et très-renoiùiéè parmi leè 
Grecs. ." 

On présume qu'elle (ut d'abord le repai* 
rc d'un serpent énorme, cju'Hercule fit tom- 
ber sous ses coups , et que l'on ayoit confon- 
du avec le chien de Plutoii , parce qne ses 
blessures étoîent mortelles . Cette idée se joi- 
gnit .à celle où Ton étoit déjà , que Tantre 
conduisoit aux royaumes sombres par des so^^ 
terrains dont il nous fut impossible , en le vi- 
sitant , d'appercevoir les avenue. 

Vous voyez, dîsoit le jprêtre, une des bou- 
ches de l'enfer. 11 en existe de semblables en 
différens endroits , comme dans la ville d'Her- 
mione eh Argolide , d'Héraclée au Pont, d'Aor- 
nu« en ThesprotieN, de Cumes auprès de Na- 
ples ; mais malgré les préjentions de ces peu- 
ples, nous soutenons qye c'est par cet antre 
sombre qu'Hercule remmena le Cerbère, et Or- 
phée son épouse • 

Ces tradictions doivent moins vous inté- 
resser qu'un usage dont je \aîs parler, A cet- 
te caverne; est attaché un .privilège dont jouis- 
sent plusieurs autres villes : nos devins y 
viennent évoquer les ombres tranquilles des 
morts , ou repousser au fond des enfers celles 
qui troublent le repos des vivans. 

Des cérémonies saintes. opèrent ces effets 
merveilleux ; on emploie d'abord les sacrifice^, 
les libations, les prières, les formules mistérieu- 
ses : il faut ensuite passer la nuit dans la tem- 
ple , et l'ombre, à ce qu'on dit, ne manque 
jamais d'apparoître en songe. 

On s'empresse sur-tout de fléchir les âmes 



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DU T1SUNE AKAGRARST3 Si 

que fe/ far. OU' le poi^m a separéls de leaf 
corps.. Ctist akisi que C^^ljioaiias :vint aatrefoit 
par ordre (k. la Pythie ^pajser Ut» m^es ir- 
rités ^da poète Archiloqa^,, ^ qai il avoit ar* 
raché la vie., J^ youç c^t^rai un fait plus ré- 
cent : Paasan)9«s , qui cofnmandoit l'armée des 
Grecs 4 PJ^tée, avoit, par ane fatale méprise^ 
plongé le poignard dans. Je sein de Ciéunice^ 
dont il était, amoureux; ce soa venir «le déchir 
roit sans cesse. U la vqyoïit dans ses songes , 
lui adr^saut toutes le naits ces terribles pa« 
folçsiZg suf>plice i'auend. lï, SiC vendit à THé- 
raclée di^P/ut \ ks deviii> li^ .co^Lduisireut ii 1 ,^iv> 
tre oà iisappeiicnt ks ombres: celk de C éoi^ice 
s'offrit à ses regards, et luipréiit ^u'il trQiveroit 
à LacéJémoue la fin de ses.to'armwns; il y alla 
aussi-tàc , et ayiant é- é jugé €QH(mble , il se ré- 
fugia dan^ une petite mai^n ^ qi^ t^vus les m.>- 
yens de subsister lui furent- jrefii jés , Le biuit 
ayant lensuite coaru qaVn e$ijteQdi;^it ;son o>if« 
bre géipir dafis les lieux ^Mutsç^ ^a.^ppella las 
devins de Thessalie , qui J'^gppais^ent par ries 
cérémonies; usitées en paceHW^.^acca$ioii$.< Je 
xacome ce& prodiges , a)v»4ta lei prdtre ; îe nç 
les garantis pa«^. Peut être rque ii'^:{>ouVam'in* 
spiret ti^op dùpri^ur eoni^re! l-bc^micide « on* a 
sagjment fait de regarder le trouble .qae le 
crime t^^ine-à sra suite « eoitunelë mugissement 
des oabro^^> qui, poursuiveat |q$ coupa^ler. 

Je Ose «i^ ps|s* dits iilgirs i'hilotas , ju5^\»^ 
quel point, oadoit éclaîtet le peuple ; mais il 
faut du moiâ^ je prémunir oontire- l'excès de 
Terreur. Les The^saliens fili^m dans le siècle 
dernicjr une tx'm^ expérieace <ie' ee^ce vériié. 



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Leur armée- étoît éii ^ëséncé'de-éeHedés Ph*» 
cëens qai, pendânc*\ïâe* nuit assez clati-r, dé^ 
tachèrent contre le icâtnp ennemi stx cent$ hom* 
mes enduits de plkre : quelque grossière que 
fut la ruse , les The^saliens , accoutumés dès 
l'enfance au récit de^ apparitions de fantômes, 
prirent ces soldats pour des génies fcélç^tes , ac- 
courus au secours des Phocéens; ils 'Aé firent 
-qu'une foible résistance, et se laîssèifem égor- 
ger comme des victiiies. 

Une semblable illusion , répondit le prêtre, 
'produisit autrefois le* même effet dâïiv • notre 
-armép. Elle étoit en* Messénie, et crut voir 
Castor et Pollux embellir de leur, présence la 
fêfe qu'elle célébroit en leur honneur. Deux 
Messénîens , brillàns de jeunesse et dé beauté* 
parurent à la tête du camp, mohtés^ sur deux 
superbes chevaux, la lance en arrêt , une tu- 
nique blanche, «n manteau de four|>re, un 
Ikmnet pointu et surmonté d'une étoile, tek 
enfin qu'on représente les deux héros ,' objets 
'de notre culte; ils^entrent , et -tombant sur les 
soldats prosternés ^~ leurs pieds ,- ris en font 
un carnage horrible,' et se retirent tranquille- 
-mentLes idi«*i3C, irrités de cette perfidie, firent 
bientôt éclater ^ leur- colère sur les Messé- 
'.siiens. - --■ - :......• 

Que parlez-vous de perfidie, lai* dis je, 
vous hommes injustes et noircis'* de tons les 
forfaits de l'ambition ? On m'avoit donné une 
haute idée de vos loix, mais vos guerres en 
Messénie ont imprimé une tache ineffaçable 
• sur votre nation. Vous en a-t^oii fait un récit 
fidèle, répondit-il? Ce seroit la jpremière fois 



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DU JEÛNE "ANAOâARSIS ^7 

que lés'vaincus auroîeni rendâ justice' aut 
vainqueurs . Ecoutez-moi un instant : 

Quand lés des çcndans d'Hercule revinrent 
au Péloponèse, Cresphonte obtint par surprise 
le trôiie de Messénie; iJ fut assassine quelque 
temps après , et ses enfans , réfugiés à Lacédé- 
mena , nous cédèrent les droits qu'ils avoient 
à rhéfitige de leur pète. Quoique cette ces- 
sion fut légitimée pur la réponse de l'oracle de 
Delphes , nous négligeâmes pendant long-' temps 
*de • la faire valoir . «■ • 

' Sous le règne & ïéléclus'^nous envoyâ- 
mes, suivant Tusage, un cfeoeùr de filles sous 
la conduite de ce prince, présenter des ofFran*- 
des au temple de Diare^Limnatide , situé sur 
les confins de la Messénieet de la Lacèiiiè'. 
•Elles' furent' désht^norées par -de -jctines-Mèssé- 
niens, et se donnèrent la mort pour ne' pas 
survivre à leur honte: le rôi lui-m8me périt 
en prenant leur défense. Les Messéniens, pout 
justifier un si lâche forfait , eurent recours à 
des suppositions absurdes; et Lacédémone- dé- 
vora cet affront , plutôt que de rompre la paix. 
De nouvelles insultes ayant épuisé sa patien* 
ce , elle rappella ses anciens droits, et com^ 
mença les^ hostilités. Ce- fut moins une guerre 
d'anibition que de vengeance.. Jugez-en -vouS- 
mênié par le serment qiiî engagea les jeunes 
Spa^rtiates à ne pas -revenir chtz eux àVanl 
que d'avoir soumis la Messéhie, et par le zélé 
avec lequel les vieillards poussèrent cette ènî- 
treprise . 

•Après la première guerre , les loix de là 
Grèce nous autorisojent à mettre les vaincus 



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58 VOYAGE 

•tt. nombre de tins esclaves | on se contenta de 
leur imposer un tribuu Les révo.'ies fréquente» 
4qu*Us exerçoient dans .la pruviuop , nua» forcé* 
vent 9. après la seconde çaerre, a lear donner 
dts (Irs ; après la. troisième , i hf éloigner de 
notre voisinage . Notre conduite parut ^si con- 
forme, au droit public îles natiops,; qiie ^dans 
]es. traités antérieurs à la bataille de Leucrres» 
jamais l^s Grecs ni les PtrscS ne nous propo* 
j;èr^t)t de rendre la liberté à la Me.s«énie* Aa 
rèsre , je ne suis qu'un ministre de. paix: si 
ma psbtf ie ^st f^rcé^iï de ^r.ndre les armes, je 
la<plains; si elle; £iit de:^ injustices, je la çoar 
damne* Quand la guerre coiameoce, je frémis 
des cruautés que vont. ^exercer mes semblables, 
et je demande pourquoi ils sont cruçl^. Mais 
c*est Je, secret des dieux ^ ii«fau^les adorer et 
se taire. . . 

Nous quittâmes Ténare , après avoir par- 
couru , aux environs, des, carrières . d'où loa 
tire une pierre noire, aussi précieuse que le 
.marbre. Nous nous rendîmes à Gythiam, vil* 
le entou^rée de mars ec très forte , port excel- 
ieot où se tiennent les flottes de lacédétpune, 
où se trouve réuni tout ce qui est nécessaire 
à leur entretien • 11 e^ t. éloigné de la ville de 
jo. stades. 

L'histoire des Lacédémoniens a répandu un 
«i ^rand éclat s^r le petit cantoa.qu ils habi.tent» 
4iue nous visitions les moindres boargs et les plus 
^tites villes, soit aux environs du golfe de Laco* 
nie, soitdm:»rintérieurdes terres. On nous mon- 
troit par^tout des temples , dés statues.^ des 
colonnes et d'autres mona.aeaS| U plupart d'un 



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DU JEUNE ANAcaARSIS. 69 

travail grossier, quelques-uns d*iin6 antiquité 
respectable. Dans le gymnase d'Asopus, des 
ossemens humains d'une grandeur prodigieuse 
futèrent notre attention. 

Revenus sur les bords de TEurotas , noué 
le remontâmes à travers une vallée qu'il arrose^ 
ensuite au milieu de la plaine qui s'étend jus- 
qu'à Lacédémone. 11 couloit à notre droite: à 
gauche s'élcvoit le mont Taygète, au pied dtP- 
quel la nature a creusé dans le roc quantité 
de grandes cavernes. 

A Brysées nous trouvâmes un temple de 
Bacchus , dont l'entrée c^t interdite aux hom- 
mes , où les fcmnies ieule^ ont le droit de sa- 
crifier, et de pratiquer des Cérémonies qu'il ne 
leut est pas permis de révéler. Nous avidns 
Vu auparavant une villç de Laconie , où le» - 
femmes sont exclues des sacrifices que l'on of- 
fre au dieu Mars . De Brysées on nous moiî» 
troit, sur le sommet de la montagne voisine » 
un lieu nommé le Talet , où , entre autres ani- 
maux , on immole des chevaux au soleil. Plus 
loin , les habitaris d'un petit bourg se glori- 
fient d'avoir inventé les meules à moudre les 
grains. 

Bientôt s'offrît à nos yeux la ville d*Amy- 
clac, située sur la rive droite de l'Eurotas, 
•éloignée de Lacédemone d'environ ao stades . 
Nous vîmes en arrivant , sur une ct:)lonne , \% 
statue d'un athlète qui expira un moment après 
avoir reçu aux jeux olympiques la couronne 
destinée aux vainqueurs. Tout autour sont 
plusieurs trépieds consacrés par les Lacédé« 
moniens à différentes divinités , pour leurs vi- 



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66 VOYACK 

fetoires sur les Athénien» et sur les Messe- 
niens . ^ 

Nous étions impatiens de nous rendre au 
temple d'Apollon, un des plds fameux de la 
Grèee. La statue du dieu, haute d'environ 
trente coudées *, est d'un travail grossier, et 
se ressent du goût des Egyptiens : on la pren- 
droit pour une colonne de bronze, à laquelle 
on auroit attaché une tête couverte d'un cas- 
que» deux mains armées d'un arc et d'une lan- 
ce, deux pieds dont il ne parott que Textré- 
4nité • Ce monument remonte i une haute an* 
tiquité: il fut dans la suite placé par un artis- 
te nommé Bathyçlès sur une base en forme 
d'autel , au miliea d'un trône qai est soutenu 
par les Heures et les Grâces • Le même artiste 
a décoré les faces de la base et tbutes les par- 
ties du trône, de bas reliefs qui représentent 
.tant de sujets diflférens et un si grand nombre 
de figures^ qu'on ne pourroit les décrire sans 
xauser un mortel ennui. 

Le temple est desservi par des prêtresses » 
dont la principale prend le titre de mère. Après 
sa mort, on inscrit sur le marbre son nom et les 
années de son sacerdoce • On nous montra les 
jables qui contiennent la suite de ces épo- 
ques précieuses à la chronologie , et nous y 
lûmes le nom de Laodamée , ^le d'Amyclas , 
qui régnoit dans ce pays il y a plus de mille 
ans. D'autres inscriptions , déposées en ces lieux 
pour les rendre plus vénérables , renferment des 



* EnTiron 4^ et demi de nés pieds. 



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y 



DU JEUNE ANÀGHARSIS. €i 

traités entre les nations ; plusieurs décrets des 
Lacédémoi^iens , relatifs « soit à des cérémonies 
religieuses ^ soit à des expéditions militaires ; 
des voeux adressés au Dieu de U part des sou^ 
souverains ou des particuliers. 

Non loin du temple d'Apollon il en exi-v 
ste un second , qui , dans oeuvre , n^a qu'en- 
viron 17 pieds de long sur 10 et demi de lar- 
ge. Cinq pierres brutes et de couleur noire, 
épaisses de s pî^ds , forment Ui quatre murs 
et la couverture , au-dessus de laquelle deux 
autres pierres sont posées en retraite. L'édifi- 
ce porte sur trois marches » chacune d'une seu- 
le pierre. Sûr la porte sont gravés en caractè* 
res très-ancitrns, ces mots : EUROTAS ROI DES 
ICTEUCRATES A ONG A. Ce prince vivoit en- 
viron trois siècles avant la guerre de Troie. Le 
nom d'Icteucrates désigne les anciens habicans 
de la Laconie ; et celui d'Onga , une . divinité 
de Phénicîe ou d'Egypte, la même , à ce qu'on 
pense, que la Minerve des Grecs. 

Cet éditice que nous nous sommes rappel- 
lé plus d'une fois dans nôtre voyage d'Egypte, 
est antérieur de plusieurs siècles aux plus an- 
ciens de la Grèce. Après avoir admiré sa sim- 
plicité , sa solidité , nous tombâmes dans une 
espèce de recueillement dont nous cherchions 
ensuite à pénétrer la cause. Ce n'est ici qu'un 
intérêt de surprise; disoit Philotas; nous en- 
visageons la somme des siècles écoulés depuis 
la fondation de ce temple avec le même éton* 
ncment que , barvenus au pied d'une montagne , 
nous avons spuvent mesuré des yieux sa hau- 
leur imposante : l'étendue de la durée produit 



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€a voyage 

le même effet que celle de rcspace. Cependant, 
repondi$-)e , Tune Caisse dans nos âmes une im« 
pression de tristesse que nous n'avons jamais 
éprouvée à Taspect de l'autre :' c'est qu'en ef- 
fet nous sommes plas^ attachés à la durée qa*à 
b grandeur • Or , toutes ces ruines antiques 
sont les trophées du temps destructeur * et ra* 
mènent malgré nous nocre attention sur l'in- 
stabilité des choses humaines. Ici , par ezem- 
pie y l'inscription nous a présenté. le nom d'un 
peuple y dont vous et moi n'avions aucune no« 
tion : il a disparu , et ce petit temple est le 
seul téinoin de son existence , Tunique débris 
de son naufrage • 

Des prairies riantes, des arbres super- 
bes embellissent les environs d'Amyclas. Les 
fruits y sont excellens • Cest un séjour agréa- 
ble, assez peuplé « et tpujours plein d'étrau* 
gers attirés par. la beauté des fêtes, ou par 
des motifs de religion. Nous le quittâmes pour 
nous rendre à Lacédémone. 

Nous logeâmes chez Damonax, à qui Xé- 
jiophon nous avoit recommandés. Philotas trou- 
va chez lui des lettres qui le forcèrent de par- 
tir le lendemain poftr Athènes . Je ne parlerai 
de Lacédémone qu'après avoir donné une idée 
générale de la province. 

Elle est bornée à l'est et au sud par la 
mer , à l'ouest et au nord par de hautes mon- 
tagnes y ou par des collines qui en descendent 
et ^ui forment entre elles des vallées agréa* 
blés. On nomme Taygète les montagnes de 
l'ouest. De quelques uns de leurs sommets éle*^ 
jvés au-dessus des unes i Tœil peut s'étendre 



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DU JEUNE ÀNACH*ÀRSIS. €S 

OTT tout le'-Péloponèse.L^tîrà flânfcs, presqa*en* 
fièrement couverts de boî»^ sèirVént d^asylet à 
quantité de chèvres ^ d*ours, dé sïtigiiers et 
de cerfs. - - : r i • 

i.z nature, qui s'eét fait un plaisir d'y 
ttiultiplier ces espèces . semble y avoir ménagé, 
pour les détruire , des races de chiens recher- 
chés dé toas tes peuples, préférables sur-tout 
potir làf châsse de Sanglier ; ils sont agiles « 
vifs ,' impétueux , doués d'un -sentiment e:tqùis« 
Lls' lices possèdent ces avantagés au pluàhaul? 
degré. Elles en ont un autre : leur vie- pouf 
Vord maire se prol )nge jusqua la I2.« année 
è-peu-près; celle des miles passe r|trem«nt la 
io.<* Pour en tirer une racé plus ardente et 
plas courageuse , 'on les accouple avec de$ 
chiens Molosse^ On prétend que d'elles- mémea 
elles s'unissent quelquefoils avec tes renards, 
et que de^ ce commerce provient uAe espèce 
de chiens fbibtes , difformes a a poil ras, au nez 
pointa , inférieurs en qualité aux autres. 

Par\ni les chiens deLaconie^ les noirs ta- 
chetée de blanc se distinga«;m par leur beau^ 
té, lés faàvesy par leur inteUigence ; les ca« 
storides et ménélaïdes, par les noms de Castor 
et de Ménélas qui propagèrent leur espèce; 
car la chasse fit Tamusement des anciens hé- 
ros, apfès quVlle eut cessé 4'ëtrè pour eux 
nne nécessité. U fallut d'abord se défendre cen- 
tre des animaux redoutables : bientôt oi^ les 
cantonna dans les régions sauvages. Quand on 
1er eut mis h^Ys d*état'de riuire, ptatôt'que 
de languir d^as l'oisiveté, on se fît de nou- 
veaux <2memis pour avoir le flai^ir de ks coa* 



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64> - : vo YAGB ; rrr 

kattrc : qn versa. l«.$aiig^-dc rînxigacgtq coiom- 
Ije, et il fut.rççQnnu.que U chasse jétoitrima-- 
ge de. la guerre . _, , .i - 

Du côté de la terre la Laconie ««t d'un 
difficile accès 5 l^pî^ ny pénètre qj^ie par des 
Ruines escarpées , çt des défilés faciles a jar-- 
der.: A Làcédémone ,:la plaine s'élargit ^ et en 
avançant vers, le midi oiji, trouvée dest cantons 
fertiles, qaoiqa*en certains endroit vpar. l'iné- 
galité du terrein,.la cuUure eipige. de grands 
ttavaax. Dans, la plaine sont ép^rsçs âesi. col- 
Unes assez élevées , faites de mains d'bpnijnest 
plus., fréquentes en ce pays que dans : les pro- 
Yinc^% vosines, et construites^, avant la nais- 
sance des arts <» pour servir de tombeau aux 
principaux chefs de la nation * % Suivant les 
apparences, de pareilles massescde terre, des- 
tinées au même objet,: furent ensuite rempla- 
cées en Egypte par les pyramides:*, ;et c'e^t 
ainsi que par- tout et do, tout temp$ , TorgvieilSle 
Thompie s'est de lui-même associé .au néant* 

Quant aux productiojis de Ja Laconie , 
nous observerons qu on y trouve quantité de 
plantes dont la médecine fait uçagç; qu'on y 
recueille un blé léger et peu nourrissant^ qu'on 
y doit fréquemment arroser les ftg^ers , sans 
craindre de nuire à la bonté d^ fruit^; que les 
figues y mûrissem plutôt qu' ailleurs ; enfin , 
que sur toutes les côtes de la Laconie ,. ainw 
que sur celles àfi Cythère, il se fait; une pêche 



« «y«/%^A/%^^A'v«<% *< 



f^<\/%/^iv^'**V^^*S^ 



* On trouve de pareils tertrésf àans plusieurs 
^des^pays habitée par les a noien» Germains %. 



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DU JEUNE ANÀGHARStS ti 

abondante de ces coquillages d'où Ton tire 
une teinture de poatpre fort estimée et*appro- 
chante du couleur de rose . 

La Laconie est sujette aux tremblemena 
de terre. On prétend qu'elle cQutenolt aurre^ 
fois too villes, mais c'étoit dans un temps où 
le plus petit bourg separoit de ce titre; tous 
ce que nous pouvons dire , c'est qu^elIe est fort 
peuplée. L'Eurotas la parcourt dans toute son 
étendue « et reçoit les ruisseaux ou plutôt les 
torrens qui descendent des montagnes voisines^ 
Pendant une grande partie de Tannée on ne 
siurôit le passer à gwé: il coule toujours dans 
un lit étroit; et dans son élévation même , son 
mérite est (i^avoir plus de profondeur que de 
superficie '. • ^ , 

Eh c^ïtàins temps il est eouvert de cygnes 
d' une blax^heujr éblouisiante, presque par tout 
de roseaux très recherchés , parce qu'ils sont 
droits, élevés et variés . dans leurs couleurs. 
Outré les autres usages auxquels on applique 
cet arbrisseau, les Lacédémoniens en font des 
nattes, et s'en couronnent dans quelques-unes 
de leurs fôtes • le me souviens à cette occasion 
qu'un Athénien dédaftiant un jour contre la, 
vanité des homme;, me dtsoit: il n^af^lluque 
de foibtes roseaux pour les soumettre» les éclairer 
et les adoucir. Je le priai de s'expliquer. Il-iajoata.; 
c'est avec cette frdle matière qu'on a fait des flè- 
ches, des plumes à écrire, et d;ee instromens 
de musique * . 

^ Les flatasitoient commun^^nt de roseaut^ 
Tarn. IV. 5 



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M VOYAGE 

A la droite de TEarotas ^ à . ane petite 
distance da rivage, est la ville de Lacédémo- 
ne , aatremem nommée Sparte . Elle n*est point 
entourée de mars, et n'a poar défense que la 
valeur de ses hahirans , et quelques émînencea 
que Ion garnit de troupes en cas d*attaqae « 
JLa plus haute de ces éminences tient lien de 
citadelle ; elle se termine par au grand phteaa 
sur lequel s' élèvent plusieurs édifices sacrés. 

Autour de cette colline sont rangées cinq 
bourgades « séparées Tune de Tautre par des 
intervalles plus ou moins grands , et occupées 
chacane par une des ^cinq tribus des Spartia* 
tes * . Telle est la ville de Lacédémone, dont 
les quartiers ne sont pas joints comme ceux 
d'Athènes • Autrefois les villes du Péloponèse 
A étoivnt de mâme composées que de hameaujc» 
qu'on a depuis rapj>rochés en les renfeimant 
dans une enceinte commune ^^. 

La grande place, à laquelle aboutissent 
plusieurs» rues , est oraée de temples et de sta- 
tues : on y distingue de plus les maisons oà 
s^* assemblent séparément le Sénat , les. Epho- 
jres , d autres corps dé magistrats 2 et un porti- 
que que les Lacédémoniens élevèrent après la 
batanh de Platée « aux dépens des vaiiv:uSf 
dont ils avoient partagé les dépouilles ; le toit 
^est soutenu 9 non par des colonnes , mais par 
de grandes statues qui représentent des Perses 
revêtus de robes traînantes. Le reste delavil-^ 

* V07118 la note à la fin da valam». 
«Hi Voye« la note à la fin du valume. 



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DU TEUNB àKAGHARSIS. (^ 

^ offre suis$i quantité de inosumeiis.ea rhon^ 
TifixiT d^s ài^nx: et des anciens héros • 

Sur la. plus haute de» collines on voituaj 
templç^ de Minecye qui jouit, du droit d*asyle,, 
ainsi que leboia.qui l'eutouce.^ et une petite 
maison, qui lui appartient » dansr laquelle on 
laissa mourir de (aim^ le . roii Pausanias. 1 Ce . fu^ 
un. crimcL aux yeux de - La.Déesse ; et pourrap^ 
paiser , l'oracle ordonni,! 4UX: La«éd<îmociienfts 
d'ériger, à ce prince deux statues qa^njremat* 
que encore . auprès de Tautel . Le.* temple est 
construit en airain, epnm^erétoitautrefgit ce? 
bi de.' Dejphe • Dans son^ intérleu t> son t^grayés 
en batrrelief les travaux ë^Hercule , }es.exj>loitt.. 
des Tyndaddes, et divers groupes de figures ♦. 
A droite de cet édifice on trouve une statut, 
de Jupiterv la plus ancienne peut-être de tou- 
tes celles qui, existent en-btQnie4 elle est d'an, 
temps . qui concourt avec, le rétablissement . des 
jeux olympiques , et . ce n est qu'un assemblage : 
de piefiès de rapport. qu'on. a^ jointes avec .de*- 
douf .«. 

JLes. tonabeaux. des .deux^ familles qui .règ^- 
ntM^ h Lacéjclémone v sont dans deux quartiera 
dîfflùreAs^. Pac tout.on trouye d.Q%. mohamens. 
héroïques ; c'est : le nom .qu'ion donnée des A^^ 
fice5 i et: des . bouquets, âe . bols- dédiés^ aux . aan 
eiens. hé.rps..Là.se. renouyclle atec. des. ritea.. 
sjunts la, mémoire d'Hercule, de^Xyndarei* de 
Canpr, de.PolJux,.de Méoélast. de quantité:. 
d!aA$r«$. plus ou moinsu connus dans/t'ibistolce^, 
pljw ou. moins,dignes de l!4tr.e,.ta. rceonnoissapcc^ 
de^ peuples, plus, souvemlès réponses des oracleSs 
leur y alutent autrefois ces distinctions ; k$ plus* 



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68 VOYAGE 

nobles motifs se réuniront pour consacrer un 
temple à .Lycurgue ^ 

Dé pareils honneurs forent plus rarement 
dëceriuî» dans ]a suite. J'ai vudescoionoes et< 
des statues élevées pour des Spartiates couron- 
nés -aux jeux olympiques , jamais pour les vain- 
queurs des ennemis de la patrie • Il faut . des 
statues à des lutteurs , Testin^e publique à des 
soldats. De tous ceux qui, dan» le siècle der* 
tiier , se: signalèrent centre Jes Perses ou con- 
tre les Athéniens , quatre* ou cinq reçurent » 
en particulier, dans la ville, des honneurs fu- 
fièbres; il esc même probable qu'on ae,; les ac- 
corda qu'avec' peine. En effet, ce ne fut que 
40 ans après la mort de Léonidas , que ses os- 
semens ayant été transportés à Lacédémone ,. 
furent déposés dans un tombeau pla€é auprès 
du théâtre : Ce fut alors aussi qu'on mscrivit 
poUr la première fois , sur Mue colonne , le 
nom des-.)oo Spartiates, qui avoi^m péri avec 
ce grand hpmme*. 

La plupart des monumens que je vîçns 
dlindiquer, inspirent d'autant plus de v4uéra- 
tÎQU, qii'ils n'étalent point de faste , et sont 
presque tous d'un uavail grossier ♦ Ailleurs, 
je surprenQis>jQuvent moq, admiration unique- 
ment arrêtée sur l'artiste; à Lacédémone» elle 
se portoh toute entière 3ur le héros; une pier«^ 
rc brute sursoit pQur/ie rappeller à mon. sou- 
venir; mais* ce souvenir étoit accompagné de 
n^fige brillante de &ç$ vertus qu de ses vic- 
toires • . 

Les maisons sont, petites et sans ornemens. 
On a construit Jes s^^lles ^t des portiques, où 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. 69. 

les Lacédémoniens viennent traiter de leurs af- 
faires, ou converser ensemble. A la partie 
méridionale de la ville , est rHippodrome pour 
les courses à pied et à cheval .De la , on en* 
tre dans le Plataniste» lieu d'exercices pour la 
jeunesse, ombtagé par de beaux platanes, si- 
tué sur. les bords de l'Eurotas , et d\ine petite 
ûvière^ qui l'enfer ment par un canal de com«* 
manication . Deux ponts y conduisent : à l'en- 
trée de l'un est la. statue d'Hercule , ou de la 
force qui dompte tout ; à l'entrée de l'autre , 
l'image, de Lyxurgue, où de la loi qui règle 
toat .' 

D'après cette légère esquisse , on doit^ )u« 
ger de l'extrême sur^nrise qu'éprouveroit un s^ 
mateur des arts» qui, attiré à Lacédémone par 
la haute réputation de ses habitans, n'y trou- 
veroit , au-lieu d'une ville magnifique y que 
quelques pauvres hameaux; au-lieu^de belles 
maisons , t|ue des chaumières obscures; au- lieu 
de guerriers impétueux et «turbulens , que des 
hommes, tranquilles et couverts , pour Tordi" 
naite , d'une cape grossière . Mais combien aug- 
meateroit sa surprise « lorsi^e Sparte « mieux 
connue, ofitiroit à son 'admiration un des plus 
grands hommes du monde , un des plus beaux 
oavrages de l'homme, Lycurgue etison insritu-* 
tioni 



Fin du Chapitu quarante-unième^ 



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XH ÀP IT RE XLl!. 
Des haiiiêns de la Laewie. 

lies de$ccnclânf d^Hercuîc , M»ùteatis i'xm cori^ 
de Doriens, s*étant emparés 'de la Laconie» 
vécurent sans distînctîoû ayec 'léa anctcns ha- 
bitans de la contrée. Peu de temps laprès , ils 
leur imposèrent tin tribut,' et les difpoaUfercnt 
d'une partie de leurs drohs#Le$ Villes iqui con- 
sentirent à cet arrangement /conservèrent leur 
liberté r celle à^Hflos résista > et bientôt forcé 
de céder ,- elle ;vît ses "hâbhatf s presque féduitii 
à la condition des esclaven* 

Ceux de Sparte se dîvîsèfewt à Icu* toun 
et les plus <fpdissans irel^èrent les plus foi* 
blés à la wmpagne > ou dans les villes voisî- 
sies. C^ distingue encore au)Ourd*htit les La<> 
cédémôniéns de la oapltale d'avec cent de la 
province » les uns et les autres d'avec cette 
prodigieuse quantité d'esclaves diq^rsés ^n^ 
le paiys. ^ 

l.és premiers • que nous ïiommoni ^ourtcfût 
Spsrnd'tes , forment ce corps de guerriers d'où 
dépend la 'deitiné^ de la I^cOnie^Leut nombre, 
à ce qu'on dît, montoit ancieiinement à dix 
mille ; du tcmpJ de l'expédition de Xerxès , 
il étoit deWit mille: les dernières guerres 
l'ont teîkmenc réduit, qu'on trouve maintenant 
trèis-*peu d'antienïies familles à Sparte. J'ai va 
quelquefois {usqu^à quatre mille hommes dans 
la place publique » et j'y distinguons à peine 



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ou ÎEUNB ANACHARSI8 jt 

qfiaramô Spartiates , en comptant mime les deux 
Kois» les Ephofes et les Sénateurs. 

La plupart tles familles nouvelles ont pour 
auteurs des Hilotes qui méritèrent d'abord la 
liberté, ensuite le titre de citoyen. Otx ne les 
appelle point Spartiates ; mais , suivant la di^ 
férence des privilèges qu'ils ont obtenus , on 
leur donne divers noms, qui tous désignent 
bor premier état. 

Trois grands hommes , Callicratidas , Cjf- 
lippe et Lysander, nés dans cette classe « fa* 
rent élevés avec les enfans des Spartiates , com* 
sne le sont tous ceux des Hilotes dont on a 
brisé les fers ; mais ce ne fut que pajr des ex- 
ploits signalés qulls obtinrent tous les droite 
de citoyens* 

Ce titre s'accordoit rarement autrefois k 
ceux qui n*étoient^pas nés d'un père et d'une 
mère Spartiates. Il est indispensable pour exer« 
xer des magistratures , et commander les ar« 
mes ; mais il perd une partie de ses privilèges» 
s'il est terni par une action maJh^>nnéte • Lt 
gouvernement Teille en général à la conserva- 
tion de ceux qui en sont revêtus , avec un 
soin particulier aux jours des Spartiates de 
naissance. On l'a vu , pour en retirer quelques* 
uns d'une tle où la flotte d'Athènes les teno'it 
assiégés « demander à cette ville uae paix hu- 
miliante , et lui sacrifier sa marine. On le voit 
encore tous les jours n'en exposer qu*un pe- 
tit nombre au coup de Tennemi. En ces der« 
sûers temps , les rois Agéstias et Agésipolis n*en 
menoient quelquefois ^^que trente dans leurs ex* 
pédîtions* 



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^ VOYAGE 

Malgré It perte de leurs anciens pri 
ges , les villes de la Laconie sont censées 
mer une confédération , dont l'objet est de 
nir leurs fortes en temps de guerre, de n 
tenir lear droits *en temps de paix. Quai 
s'agit de l'intérêt de toute lanadon, eïlei 
'Voient leurs doutés à l'assemblée généi 
qui se tient toujours ï Sparte • Là se re| 
et les contributions qu'elles doivent payer 
le nombre des troupes qu'elles doivent fou 
. Leurs habitans ne reçoivent pas la n 
éducation que ceux de la capitale: avec 
or.œurs plus agrestes , ils ont une valeur n 
brillance.. De là viisnt que la ville de Spai 
pris sur les autres le même ascendant qu 
ville d'Elis sur celles de l'Elide , la ville de ' 
bes sur celles de la Béotie. Cette supériorité 
xite leur jalousie et leur haine: dans une de] 
péditions d'Epaminondas , plusieurs d'emn 
jes joignirent leurs soldats ï ceux des Théb 

On trouve plus d'esclaves domestiqu 
4acédémone , que dans aucune autre vili 
la Grèce. Ils servent, leurs maîtres à table 
habillent et' les déshabillent ; exécutent 1 
ordres , et entretiennent la propreté dan 
maison : ï l'armée , on en emploie un g 
-jiombre.au bagage. Comme les Lacédémor 
-nés ne doivent pas travailler, elles font fîL 
Jaine par des femmes attachées à leur ser 

Les Hilotes ont repu leur nom de la 

d'Hélos: on ne doit pas les confondre, < 

• me ont .fait quelques auteurs, avec les e 

ves proprement dits; ils tiennent plutôt U 

lieu entre les esclaves et les hommes libr 



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DU JEtJNE ANAGHAR8I8 73 

Une casaque , un bonnet- dé peau , un 
traitement rig;ôXiréux /des décret» dé mort quel- ' 
quefois prononcés contte txxx jur ~dê légère 
soupçons, leur rappellent à tout moment leur 
état: mais leur sort est adouci' par des avan- 
tages réels. Semblables aux serfs de Thessaiie^ 
ils afferment les terres des Spartiates ; et dans 
la vue de les attadier par Tappât du gain ; 
on n'exige de leur part qu'une redevance fixés 
depuis long^tempi, et nullement* ptopcyftionnée 
au produit : il seiDÎt honteux ^ux pfopriétaP 
tes d'en demander une plus considérable* 

Quelques-uns ei^ercéntles arts mécaniques 
tivec tant de- succès , qu'on recherche^ par-^tout 
les cléff, les lits, les tables, et les chaises qui 
se font à Lacédânone* Us servent dans la nui* 
rine en quaHté de matelots: dans les ^armées; 
un soldat oplite on: pesamment armé' est :ïcr 
.compagne d'un ou de plusieurs- Hilôtes. A 1t 
bataille de Platée y chaque Spaniate en avoh 
sept auprès de lui. - , . 

Dans tes dangers pressans^ on réveille 
leur zèle par Fespérance de la^ liberté ; ^ dès de- 
tacbemens nombreux l'ont quelquefois ^obtenue • 
pour prix de leurs belles * actions ; C'est de 
l'Etat seul qu'ils reçoivent ce bienfait, parce 
qu'ils appartiennent> encore plus à TEtat qu'aux 
citoyens dont ils cultivent lés terres; et c'e 
ce qui fait qae ces derniers ne peuvent niies 
affranchir ,: m. les vendre en des pay^ étrais- 
gers . 

Leur affranchissement est annoncé par une 
cérémonie pujt^liquç: on les cpnduit.d'un tem- 



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y4 voyàob 

pie ^ Tautre, couronnés de fleat » txpo$it i 
tous les regards ; il lear est ensuite permît 
d'habiter où ils vealent. De nouvcaax services 
les font monter au rang des citoyens. 

Dès les commencemens , les serfs impa- 
tiens du ioug » av oient souvent essayé de le 
briser ; mais » lorsque les Messéniens , vaincus 
par lef Spartiates , furent réduits à cet étathu* 
miliant , les révoltes devinrent plus fréquentes: 
à l'exception d'un petit nomlnre qui restoient 
fidèles, tous ». placés comme en embusca- 
de au milieu de l'état * profit oient de ses mal* 
heurs pour s'emparer d'un poste important t ou 
se ranger du côté de TennemL Le gouveme- 
jnent cherchoit à les retenir dans le devoir par 
des récompenses» plus souvent par des rigueurs 
outrées; on dit même que , dûs une occasion» 
il en fit dssparoltre aooo qui avoient montré 
trop de courage , et qu'on n a . jamais su de 
quelle manière ils avoient péri; on cite d'au* 
très traits de barbarie non moins exécrables ^»^ 
et qui ont donné lieu à te proverbe: «, A 
Sparte, la liberté' est sans bornes, ainsi que 
. resdaV^ge », • 

Je n'en ai pas été témoin : fai seulement 
vu les Spartiates et les Hilotes» pleins d'une 
défiance mutuelle, s'observer avec crainte; et 
les premiers employer , pour se faire obéir, des 
rigueurs que les circonstances semblent rendre 
nécessaires; car les Hilotes sont très-diffieiles 

.^ Voyer la note à là fin du vokimt. 



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DU7E0NKANACHARS1S» 7* 

\ ^Ottverner ; leur nombre , leur valeur «et sut- 
*toat lear tichesses» les remplissent âe pré- 
somption et d'aadace ; et de là vient que âei 
auteurs éckirésse sont pattsfgëssur cette ^espé» 
xe de servitude , que les uns 'Condasnneift , et 
%VLt ?es autres approuvent» 



Ftn lia Chapitre ^ÊH^itHtidmxièm % 



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7» y OY A Ô E * i 

CHAPITRE Xtm. 

Idées générales sur Iq législanon de 
Lycutgue . 

J étois depuis quelques jours à Sparte. Per- 
sonne ne t*étonnoit de m'y voir; la loi qui 
en rendoic autrefois l'accès difficile aux étran- 
gers , n'étoit plus observée avec la même ri- 
gueur. Je fus introduit auprès des deux princes 
qui occupoient le trône ; c'étoit Cléomène , pe* 
tit-fllsde ce. roi Gléombrote qui périt à la ba- 
taille de Leuctres; et Àrchidamus, fils d'Agé- 
silas • L*un et l'autre avoient de Tesprit : le 
premier aimoit la paix; le second ne respiroit 
que la guerre et jouissoit d'an grand crédit • 
le connus cet Antalcidas , qui , environ trente 
ans auparavant i avoit ménagé un traité entre 
la Grèce et la Perse • Mais de tous les Spar- 
tiates , Damonax , chez qui j'éiois logé , me pa> 
rut le plus communicatif et le plus éclairé. Il 
avoit fréquenté les nations étrangères , et n'en 
connoissoit pas moins la sienne. 

Un jour que je Taccablois de questions , 
il me dit : Juger de ;io$ loix par nos mœurs 
actuelles» c'est juger de la beauté d'un édifi- 
ce par un amas de ruines. £h bien , répondis* 
je , plaçons-nous au temps oh ces loiz écoient 
en vigueur ; croyez-vous qu'on en puisse sai- 
sir l'enchaînement et Tesprit? Croyez-vous qu'il 
soit facile de justifier les réglemens extraordi- 
naires et bizzarres qu'elles contiennent? Res- 
pectez , mj dit-il , l'ouvrage d'un génie dont 



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DU JEUNE ANAGHARSIS 77 

les vues 9^ toujours neuves et profonâds , ne 
paroissent exagérées que parce que < celles des 
autres législaceurs sont timides ou bornées :ils 
te. sont conteiités d'assortir leurs loix aux ca^ 
ractères des peuples ; Lycurgae , par les sien* 
nés ,. donna an nouveau caractère à sa nation} 
ils se sont éloignés :de la nature en 'croyant 
s'en approcher } plus il a paru s*en écarter ; 
plus il s'est rencontré avec elle. 

Un corps sain^ une ame libre, voilà tout 
ce que la '.nature destine à l'homme solitaire 
pou^ le rendre heureux : voilà, les avantage^ 
qui , suivant Lycurgue v doivent servir de fon^ 
dément à notre bonheur. Vous conoevet déjà 
pourquoi il nous est défendu de marier nos 
filles dans un âge ps ématuré ; pourquoi elles n^ 
sont point élevées à. l'ombre de leurs tottsrù-^ 
stiques , mais sous les;: regards brûtens du so> 
leil 9 dans la poussière du gymnase , dans les 
exercices de. la lutte, de la course^ du javelot 
et du disque.' Comme elles doivent donner des 
citoyens robustes à Técat, il ^ faut/.qa'elles se 
forment unerconststution asse^ ibxte pour \t 
communiquer à Jcurs enf^ns « . .^ 

\ Vous ,cQjlçeyez encore pourquoi les enfans 
subissent un. jugement- solemnel dès^'leur. naisr 
sance, e^•^nt condamnés à périr ^ Ibrsqur'ils 

Faroissent mal conformés. Que feroteuttils pour 
état , que ferdient-ilsde la- vie^, s'ils n\voiçnt 
qu'une • existenî;^; do^Ioureu^? * :*• 

Depuis «oojtre '.plus tendre enfance^ xxxif 
suite non. ^neri ompue de ^ travaux- et jde. xom:- 
h9Js donne !^ nos corps l'agilité, kisouplesse 
§1 la force/ Un fégiipe sévère prévient .oudi^ 



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^1 TOY AGE: 

iipt Icif. maladies dont ils sont sasccptibleSé ki^ 
les besoins, factices sont \$notit^ et les loi]ç 
ont eiL soin de pourvoir aux besoins réels. La 
fiitm.,. la soif, les. souffrances , la^ mort ,. noua; 
regardons toAis ces objets de terreur avec une. 
indiflSàrence que la philosophie cherche raine^ 
SDentàinùtet/Les sectes les plus austères n'ont. 
pas traité. la douleur ayec plus de mépris «[uc. 
les enfans de Sparte. 

Mais ces hommes auxquels Lycurgue veut: 
restituer les biens de la nature \ n'en< jouiront, 
peut-être. pas. loAg-ten^>$ \ ils vont se rappro- 
cher > ils aufont des passions, et l'édifice de> 
leur bonheur $!é.croulera,dans un. instant. Cest. 
ici. le triomphe du génie; Lycui^uesait qu^une 
passion vioientu: tient les aatres à se$ ordres; 
il nous. donnera Tamourde la, patrie, avec, son 
énergie, sa plénitude, ses transports ,, son. dér 
tire m^me.. Cet amour sera si ardent et si imr 
périeux , qu.*en. lui seul il rétinîra toua ies inté* 
xéts et tous les moavemens de notre cœan Alors, 
tl ne restera: plus dans Tétat qu'une volonté , et 
par cQAséquem qu!uja esprit : en effet , quand ou. 
n*a qu'un sentiment , oa n'a. qu!une idée.. 

Dans le reste de la.G^ce ,tes-enfansd'un 
homme libre saint, confiés aux «oins d'un homf 
me qui ne l'est pas , ou qui ne niérite pas de. 
l'être: mais des «scjaves et des. mercenaires ne 
sont pas faits pour élever des Spartiates ; c'est 
la patrie elle mêjnequi remplit cette fonction.im- 
pc»tante. EUe nous laisse pendant les. premiè- 
res années entre les mains de nos parem; mais 
dés que nous sommes capables d'ititelligence , 
die fait valoir hautement let droits quelle a 
sur nous» Jusqu à ce moment, son nom sacré 



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BU JEUNB ANAGIURSIS^ |f 

n'avoit été prononcé en notre présence qu*aycc 
les plus fortes démonstrations d'amoar et de 
respect ; maintenant ses regards noas cherchent 
et nous suivent j^r-tôut. C'est de sa main que 
nous receVQns la noarricare et les Téiepiens ; 
c'est de sa part ^ne les magistrats , les vieil- 
lards , tous les citoyens assistent à nos )cnx^ 
s'inquiètent de nù$ fautes , tâchent, à démêler 
quelque germe de vertu dans nos paroles 09 
dans nos actions , nous apprennent enfin par 
leur ten4rc sollicitude « que Tétat n'a rien de 
si précieux que nous , et qu'aujourd'hui see 
enfans, nous devons être dans la suite sacoxv* 
solattôu et sa gloire* . 

Commem des attentions qui tombent de 
si haut ne feroient-eUes pas sur nos amei de$ 
impression ibrtes et durables } Commentnepas 
adorer une constitation qui, 'atucbaat à n<^ 
intérêts la souveraine booté^ jointe à la suprê- 
me puissance 2 nous donne de si bonne heure 
une si grande idée de nous-mêmes l 

I>e ce vif intérêt que la pattie* prend à 
nous , de ce tendre, amour que nous commen- 
tons à prendre pour elle, résulte naturellement 
de son côté une sévérité extrême ,1 du nôtre 
une soumission aveugle* Lycurgue néanmoins , 
peu content de s'en rapporter à l'ordre natu- 
rel des choses, nous a fait une obligation de 
nos sentimenst Nulle part les loix no sont si 
impérieuses et si bien observées , les magistrats 
moins indulgens et plus respectés. Cette heu* 
reuse harmonie, absolument nécessaire pour re- 
tenir dans la dépendance des hommes élevés 
dans le mépris de la mort , est le fruit de cet* 
te éducation qui n'est autre chose que Tap* 



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«b '^ va Y A/OE 

|)rcntwsâge de Tobéisiance*, et , si f ose le di- 
re ,* que U tactique de tames'les yertus. C'est 
là qu'on- apprend que hora-de l'ordre, il n*y 
a ni- eolàrigé^y^i honneur ♦-hî liber té, et qu'on 
kit peut'àfe tenir d^ns Tordre ; si l'on ne s*est 
ffa^renrâtt ^maître de sa volonté .: C'est là qa# 
4es fejtons f les exempïes\,'tes* isacrificçs péni- 
lle^ , tes^' pratiqués • minutieuses , tout concourt 
4' nÏKLiB'^^ïocûFér 'cé( eMpirè >' aussi difficile à 
conser^et qu'à' obtcnîri ' ^- • 

Un ^es princil>aux n^aigi'^tràts nous tient 
<ontinuel]enient assemblés '^ous ses yeux : s'il 
est forcé de s'absenter p^rtrn mément, tout 
citoyen, peut prendre sa fflace «. 6t se niettre à 
«otre têteV tant il est essentiel de ' frapper no- 
tre imagination par la* crainte de l'autorité. 
• ' L'es- devoirs*^ croissent avec les années; là 
nâtute-défii instructions se mesure aux prog;rès 
idc Itf rj^isôii /et tes passions haïssantes sontoa 
Comprimée pat la multiplicité* des exercices, ou 
habilement dirigées vers des objets utiles à l'état. 
i: Dtn^ lé temps mimé où elles commencent 
à déployer- Idur fureur ,<njdû;s ne paroissonsen 
public 4u^ri silence, la pudeur sur lé front, 
les yeux baissés fet- les mètihs- ^ackées sous le 
manteau , dans l'àttitudect la gravité des prê- 
tres Egyptiens , et comme des initia qu'on des* 
tine au ministère de la vertut / 

• L'aihoup dé la patrie doit introduire l'es- 
prit d'rfnion parmi les citoyens ; fë désir de lui 
plaire , lesprit -d'émalation.' 4ci /Hunion ne se- 
Ta point troublée par les orages qui la détruis 
sei^t ailleurs ; Lyxrurgue nous a - garantis* dt 
presque toutes les source» de la jalousie, ms« 



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DU TEXmm ANACHARSIS. 8i 

ce qa*n a rendu presque tout commah ttégû 
entre les Spartiates. 

Nous t sommes tous les jours appelles à 
des repas publics, où régnent la décence et 
la frugalité. Par là sont bannis des maisons des 
particuliers le besoin , Texcès > et les vices qui 
naissent de l'un et de l'autre. 

Il m'est permis, quand les circostances 
Texigent, d^user des esclaves, des voitures , 
des chevaux» et de* tout ce qui appartient à 
un autre citoyen ; et cette espèce de commu* 
nauté de biens est si générale , qa'elle s*étend^ 
en quelque façon, sur nos femmes et sur nos 
enfans. De là > si des njoeuds infructueux unis* 
sent un vieillard à une jeurie femme f Tobli*» 
gatiop prescrite au premier de choisir un jeu- 
ne homme distingué par sa figure et pai^ les 
qualités de l'esprit, de Tintrodaire dans son 
lit , et d'adopter les fruits de ce nouvel hy« 
men i de là , si un célibataire veut se survie 
vre en d'autres lui-même « la permission qu'on 
lui accorde d'emprunter la femme de son 
ami , et d'en avoir des enfans, que le mari Con« 
fond avec les siens , quoiqu'ils ne partagent 
pas sa succession. D'un autre côté, si mon fils 
osoit se plaindre à moi d'avoir été insulté par 
un particulier, )e le jugerois coupable, parce 
qu'il auroit été puni ; et je le châtierois de nou-* 
veau, parce qu'il se seroit révolté contre l'auto^ 
f ité paternelle partagée entre tous les citoyens*. 

En nous dépouillant des proprié^s qui 
produisent tant de divisions parmi les hommes^ 
Lycurgue n'en a été que plus, attentif à favo^ 
mer Témulation., ellç étoit d^evenue néce^ss^ite^ 



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H VOYA&B' 

pojr provenir les dégoûts d'une union, trop 
parfaite, pour remplir le vide que Tczemptioa 
des soins domestiques laissoit dans nos âmes , 
poar nous animer pendant la paix, à tout mo- 
ment et à tout âge . 

•" Ce goût de préférence et de supériorité 
qui s'annonce de si bonne h^ure dans la jeu- 
jtesse « est regardé comme le germe d*ane uti- 
le rivalité. Trois oiEciers , nommés .par les 
magistrats « choisissent troh cents, jeunes gens 
distingués par leur mérite , en forment' an or- 
dre séparé ^ et annoncent au public le motif 
de leur choix « A l'instant même, ceux qui 
font eiclus se liguent contre une promotion 
qui semble faire lear honte. Il se forme alors 
dans l'état dcax corps dont tous les membres, 
occupés à se ^urveJlK'r / dénoncent au magis- 
trat les. fautes de leurs adversaires k se livrent 
publiquement des comoats d'honnêtetés et de 
vertus , et se surpa$sent eux mém-s » les uns 
|)our s'élever au rang de 1 honneur, les autres 
pour s'y soutenir • Cest par un motif sembla- 
ble qu'il leur est permis de s'attaqaer et d'es- 
sayer leurs forces pre^qu'à çhaq»e rencontre» 
Mais ces. démêlés n'ont rien de fane: te, car 
dès qUr'on y distingue quelque trace de fuçeur , 
le moindre citoyen peat d'un mot les su pen- 
dre ; et si par hasard sa voix n'en pas écoatée, 
il traîne les çombattans devant un tribunal » 
qui , dans cette occasion , punit la colère com-* 
me une désobéissance aux loix* 

Les réglemens de Ljcurgue^nous préparent 
i une sorte d'indifférence pour des biens dont 
l'acquisition coÂtç plus de chagrins que la pQ$« 



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DU TEUT9B ANAGHARSIS 83; 

$e5;sion ne proi:ure de plaisirs. Nos monnoies, 
ne sont que de cuivre ; leur volume et leur 
pesanteur trahîroient l'avare qui voudroit les 
cacher aux yeux de ses esclaves . Nous regar- 
dons l'or et rajrgeijt comme? les, poîsoas les. 
plus à craindre pour. un état; si un particulier 
en receloit dans sa maison, il^ n*eçhapperoit 
ni aux perquisitions continuelle^ des officiers 
publics., ni. à. la sévérité, desj loi?!;.. Nous ne 
connoissons . ni les arts, ni le comu^erce, ni. 
tous ces. autres moyens de multiplier les be-. 
soins, et les i malheurs d'un pjsuple. Que. ferions- 
nous I après tout , des richesses ? D'autres lé« 
gislateurs ont tâché d'en augmenter la circula-? 
tien, et les philosophes d'en modérer l'usage, „ 
Lycurgue nous Içs a rendues inutiles . Nous 4- 
vons des cabanes, des vêtemenset du pain; 
nous avons du fer et. des bras pour. le service, 
de la patrie et de nos amis; nous avons des ^ 
amcs libres, vigpureuises,, incapables de suppor- 
ter la tyrannie des. bomnieSvet celle de nos, 
passions ryoilà nos tréçprs.^ 

Nous regardons l'amicxur excessif de la gloi- . 
re cpipme une foiblesse, et celai de, la célébri- 
té comme un crime • Nous n' avons, ^ucan his- 
torien-,^ aucun otatçur, aucun paniégyriste, au-» 
cun de ces monuracns qui n'attestent que la 
vanité d' une nation, tes. peuples que nous 
avons vaincus apprendront, ijos victoires à la 
pottérité; nous apprendrons à^nos.enfans à ê-. 
tre aussi brayes , aussi, vertuejax que leurs^ pe* 
tes.. L'exemple de Léonida^, sans cesse pré- 
sent à leur mémoire , les tourmentera jour et 
uuit. Vous n'avez qu*à les interroger; la,» plu.'^ 



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84 VOYAGE 

part vous réciteront par cœur les noms des 
trois cents Spartiates qui périrent avec lui aux 
Thermo|)yle$ i 

Nous ne saurions appeller grandeur , cette 
indépendance des loix qu'affectent ailleurs les 
principaux citoyens • La licence assurée de 
l'impunité est une bassesse qui rend méprisa* 
blés et le particulier qui en est coupable et 
, l'état qui la tolère. Nous croyons valoir au- 
tant 'que les autres hommes , dans quelque pays 
et dans quelque rang qu'ils soient « fut-ce le 
grand roi de Perse lui-même. Cependant, dès 
que nos Ipix parlent , toute notre fierté s'abais- 
se, et le plus puissant de nos citoyens court 
à la voix du magistrat avec la même soumis- 
sion que le plus foible. Nous ne craignons 
que nos loix, parce que Lycurgue les ayant 
fait approuver par l'oracle de Delphes, nous 
les avons reçues comme les volontés des dieux 
mômes; parce que Lycurgue les ayant propor- 
tionnées à nos vrais besoins , elles sont le fonde* 
ment de bonheur. 

D'après cette première esquisse , tous con- 
cevez aisément que Lycurgue ne doit pa^ être 
regardé comme un simple législateur , mais 
comme un philosophe profond 'et un réforma? 
teur éclairé ; que sa législation est tout à la 
fois un système de morale et de politique ; que 
ses loix influent sans cesse sur nos mœurs et 
sur nos sentimens , et que y tandis que les au« 
très législateurs se sont bornés à empêcher le 
inal , il nous a contraints d'opérer le bien , et 
d'être vertueux. 

Il a Iç premier conqu la force et la foi- 



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DU JEUNE ANACHARSI3. «S 

bJcsse de l'homme ; îl les a tellement conciliées 
avec les devoirs et les besoins du citoyen , 
que les intérêts des particuliers sont foujoàrs 
confondus parmi nous avec c^wx de la républi- 
que. Ne soyons donc plus surpris qu'un des 
plus petits états de la Grèce, en soit devenu 
le plus puissant ; tout est ici mis en valeur ; il 
n'y a pas un' degré de force qui ne soit dirigé 
vers ie bien général, pas un acte de vertu qui 
soit perdu pour la patrie. 

Le système de Lycurgue doit produire des 
hommes justes et paisibles; mais, il est affreux 
de le dire , s'ils ne sont exilés dans quelque 
ile éloignée et inabordable > ils seront asservis 
par les vices ou par l^s armes des nations voi- 
sines. Le législateur tâcha de prévenir ce don* 
ble- danger; il ne permit aux étrangers d'en* 
trer dans la Laconie qu'en certains jours; aux 
habitans, d'en sortir que^poor des ganses im- 
portantes. La nature des lieux favorisoit l'exé- 
cution de la loi: entourés de mers et de mon** 
tagnes , nous n'avons que quelqv^es^ défilés à- 
garder pour arrêter Ja corruptiosi sur nos> fron« 
tières ; l'interdiction du: commerce et deia na- 
vigation fut une suite de ce règlement ;î et de 
cette défense résulta l'avantage inestimable de 
n'avoir que très-peu de loix ; car on a remar- 
qué qu'il en faut la moitié moins à une ville 
qui n'a point de commerce» ' 

II étoit encore plus difficile de noUfS sub- 
juguer que de nous corrompre. Depuis le le- 
ver du soleil jusqu'à son coucher, depais noi 
premières années jusqu'aux dernières ,. nous 
sommes toujours dans l'attente de l'ennemi i 



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te VOYAGE 

observant même une discipline plas exacte qùô 
si nous étions en sa présence. Tournez vos re- 
gards de tous côtés, vous vous croirez moinâ 
dans une ville que dans un camp. Vos oreilles 
ne seront frai)péeS que des cris de victoire, 
ou du récit des grandes actions* Vos ^eux ne 
verront que des marches » des évolutions., des 
attaques et des batailles ; 'cei apprêts redouta- 
bles non seulement nous délassent du repos ^ 
mais encore font notre sdreté» en répandant 
au lom la terreur et le respect du nom iacé^ 
démonien. 

'C'est à cet esprit militaire que tiennent 
plusieurs de nos loix. Jeunes encore, nous al- 
lons à la chasse tous les^ matins ; dans la sui- 
te, toutes les fois que nos devoirs nous lais^f 
sent des intervalles de loisir. Lycurgue nous 
a recommandé cet exercice comme l'image dû 
péril et de. la/vicioirc. 

•Pendant que les jeunes, gens s*y livrent 
avec ardeur , il leur est permis de se répandre 
dans la campagne, et d'enlever tout ce. qui 
est à .leur .bienséance^Us ont la 'même permis- 
sion dans hL ville: innoeéns et dignes d'élôges, 
s'ils ne- sont pas convaincus dé larcin; blâmés 
et punis» s'ils If sont* Cette loi » qui paroit 
empruntée des Egyptiens , a soulevé les cen- 
seurs contre Lycurgue. Il sembU eii effet qu'eï^ 
le déVi-oît inspirer aux jeunes gens le goût dd 
désordre et du brigandage; mais elle ne pro- 
duit tn eux que ))lus d'adresse et d'activité^ 
' dans les autres .citoyens » plus de yigilante ; 
dant tous, plus d'habitude à prévoir les des- 
seins de Tennemi , à lui tendre des pièges , à 
se garantir des siens* 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. «f 

Rappellons^nous , avant que de finir « Ie§ 
principes d'où nous sommes partie. Un corpi 
saio et robuste « une ame eicempte de jchagrtAS 
et de besoins ; tel est le bonheur que la n&« 
ture destine à l'homme isolé : ranioo >ec l'ému* 
Ution entre les citoyens « eelui où doivent as- 
pirer hs hommes qui vivent en commua. Si les 
Ipix àt JLyçuigue ont rempli les vues de la 
fiattire et des sociétés « nous iouis^ons de Ja 
.pkis.b^Ie des constitutionit. Mais 5/ous allet 
Texaminer en détail^, et vous me dir£2 si elfe 
doit en effet nous- inspirer de Toi'gueiL 

je demandai alors à Damonat comment 
une pareille constitution po'uvoit subsister; car, 
lui dis-jci» dès qu'elle. est également fondée suiT 
les. loix et sur les meurs ,. il faut qoè vausit|- 
fiigiex les mêmes peines à la violation des unes 
:et des autres. Des citoyens -qui manqueroient 
à rhoniiettr^ les punissez- vous de mortv xom- 
me si c'étoient des scélérats i Ncuts rfaisûns 
mieux ^ me répondit iL tlous les lai ssôhsu vi- 
vrai et nous les rendons malhettreux< pan^Ies 
état» Gorrom{)us , un homme qui se déshonore 
est par toat blâmé et pai^tout accueill]: ehqt 
nous, Topprobre le suit et le tourmenté pzs^ 
tout. Nous le putiissotvs. eA d<&ail, dans.luiimé* 
me et dans ce. qu'il a de pJos cher .Satfémme» 
cuodamûée aux pleurs , ne peut se <^mbotrer efi 
public ; s'il ose . y pai^tre. lui-même « il faàt 
que :1a négligence .de son extérieur rappelle ^si 
honte « qu'il s'écarte avee respect d^ citoyeh 
qu'il tîAMve ^r sa» chemiil , et que dans^ nos 
jeux « il se relègue dan^ une place qui le li^ 
ne «w regards. et au mépris du publics Millt 



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88 VOYAGE 

morts lie sont pas comparables à ce supplice. 

J'ai une autre difiiculté , lui âis*je : Je 
crains qa*en afFoiblissant si fort Tois passions « 
en TOUS ôtant tous ces objets d'ambition et 
d'intérêt qui agitent les autres peuples » Lycur- 
gue n'ait laissé un vide immense dans yos âmes» 
Que leur reste-t-il en effet ? L'enthousiasme de 
la râleur , me dit^il , l'amour de la patrie por* 
té jusqu'au fanatisme* le sentiment de notre 
liberté, l'orgueil délicieux que nous inspirene 
nos Tertus > et Testime d'un peuple de citoyens 
souyerainement estimables; pensez-vous qu'arec 
des mouvemens si rapides, notre ame puisse 
manquer de ressorts , et s'appesantir ? 

Je ne sais^ répliquai*je , si tout un peu- 
ple est capable de sentimens si sublimes, et 
s*'il esc fait pour se sorutenir dans cette gran- 
de élévation. Il me répondit: Quand on veut 
former le caractère d'une nation , il faut com- 
mencer par les principaux citoyens* Quand une 
Ibis ils sont ébranlés, et portés aux grandes 
«hoses^> ils entraînent avec eux cette àiultitu- 
;de grossière, qui s^ mène plutôt par les exem^ 
pies que par les principes. Un soldat qui fait 
une lâcheté à la suite d'un général timide, fe- 
~roit des prodiges s'il suivoit un héros. 

Mais, repris- je encore, en bannissant le 
luxe et 4es arts , ne vous étes-vous pas privés 
de douceurs qu'ils procurent? On aura tou«- 
îours ^e la peine à se persuader que le meil- 
leur moyen de parvenir au bonheur,, soit de 
proscrire le plaisirs. Enfin pour juger dé la 
bonté de vos loix , il faudroit savoir si , avec 
itèutes.vos vertus , vous êtes aussi heureux que 



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DU JEUNE AN AGHAR8IS. 89 

]es autres Grçcs. Nous croyons l'être beaucoup 
plus ; me r^péndic-il , et cette persuasion noas 
suffit pour rêtre en effet, 

Damonax, en finissant, me pria de ne pas 
oublier que, suivant nos conTcntions> notre 
entretien n'avoit roulé que sur Tesprit des loi:ic 
de Lycurgue^ et sur les mœurs des auciens 
Spartiates. « 



Fin du Chapitre quarante- troiâiime. 



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9tf VOYAOl 

C HA P I Tïl E XLIV. 

Vie de Lycurgue. 

J ai dit, dans T introduction de cetouYrtge^ 
\4iw lej descçndans d'Hercule * Bannis autrefois 
du Péloponèsc, y rentrèrent 80 ans après la 
prise de Troie. Téménus , Cresphonte et Aris- 
todème , tous trois fils d' Aristomaque > amenè- 
rent une armée de Doriens , qui les rendit 
maîtres de cette partie de la Grèce. L'Argolî- 
de échut en partage à Téménus , et la Mes^é- 
nie à Cresphonte. Le troisième des /rères étant 
mort dans ces circostances , turysthène et Pro- 
clès, ses fils , possédèrent la laconie. De ces 
deux princes , -viennent les deux maisons qui , 
depuis environ neuf siècles $ régnent conjoin- 
/^ . tement à Lacédémone. 

Cet empire naissant fut souvent ébranlé 
par des factionis intestines > ou par des entre- 
prises éclatantes. Il étoit menacé d'une ruine 
prochaine , lorsque l'un des rois « nommé Po- 
lydecte , mourut sans enfans. Lycurgue son frè- 
re lui succéda. On ignoroit dans ce moment 
la grossesse de la reine. Dès qu'il en fut in- 
struit » il déclara que si elle donnoit un héri* 
tier au trône , il seroit le premier à le recon- 
noître ; et pour garant de sa parole , il n'ad- 
ministra le royaume qu^en qualité de tuteur du 
jeune prince. 

? T©me I^ pag- iS^. 



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DU JEUNJË AWACHARSI8. ^x 

ï 

Cependant la reîtie lui fît dire qije s'i 

conséritoît à IVpouser , elle nliésiteroit pas. à 
faire périr son. enfant. Pour (fétoumer Texécu- 
tion de cet horrible projet, il la flatta par de 
vaines espérafnces. Elle accoucha d'un fils; il 
le prît entre ses bras, et le montrant aux ma*- 
gistrats de Sparte: Voilà, leur, .dit il, le roi 
qui vous est Që. 

La joie qu'il témoigna d'un .évéïiemcnt qui 
le prîvoit de la couronne, jointe-à la sagesse 
de son administration, lui. attira' le respect et 
l'amour de la plupart :des çito^eps.;. mais ses 
vertus alarmbient les principaux de l'état ;.âls 
étoient secondés- par la teine , qui , cher^chant 
à venger son injure , soulevoit contre lui ses 
paréns et ses amis. On disoit' qu'il, étoitr dan- 
gereux de confier les jours du jeune, prince à 
la vigilance d'un hoinme qui n'aVoit d^^utre 
intérêt que d'en abrégef le cours. Ces btuits, 
foibles dans leur naissaïice , .^cl^tèTÇ^ït enfin 
avec tant de force, qu'il fut obligé». pour les 
détruire, de* s*éloig9er de sa patrie. 

En Crèt<5, Us loix du sage Minôé fixèrent 
Ibfijg-teinps ^on attention. Il admira Tharmoniô 
quelles entreteopi^snt dans l'état: et chez les 
particuliers. Parmi les personaes éclairées qui 
l'aidèrent de jîeuTS: lumières , il 5*vinît. étroite- 
ment avec uû poetê nommé Thaïes , qu'il ju- 
gea digne dû seconder ks granids desseifts qu'il 
rouloit dâns.sii tête. Th^iJès , docile à; ses con- 
seils, alla s'étabjir à Làcédémanei et fit enten- 
dre, des chants qui iovitoient let préparaient. les 
esprits à l'obélssatlce et à la concorda.. 



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9a VOYAGE 

Pour mieuiç juger dci effets que produit 
la différence des goavcrnemens et des moeurs, 
' Lvcurgué visita les côtes de l'Asie. IJ n'y vit 
que des loix et des âmes sans yigieur. Les 
Cretois, avec un régime simple et sévère, 
étoient heureux: les Ioniens, qui prétCBdoient 
l'être , gémissoient en esclaves sous le joug 
des plaisirs et de la licence • Une découverte 
précieujie le dédommagea du spectacle dégoû- 
tant qui s'offroit à ses yeus .Les poésies d'Ho- 
mère tombèrent entre ses mains : il y vit , a-^ 
vec surprise , les plus belles maximes de la 
morale et dé la politique , embellies par les 
charmes de la fiction , et il résolut d'en, enri- 
chir là Grèce. 

Tandis qu'il continuoit à parcourir les 
régions éloignées , étudiant par-tout le génie 
et l'ouvrage des législateurs , recueillant les 
semences du bonheur qu'ils avoient répandues 
en différentes contrées, Lacédémone, fatiguée 
de ses divisions , envoya pi as d'une fois à sa 
suite des députés qui le pressoient de venir au 
secours de l'état. Lui seul poUVoit en diriger 
les rênes > tour-à-tour flottantes dans les mains 
des rois et dans celles de la multitude. Il ré- . 
sista long-temps, et céda enfin aux Vœux em- 
pressés de tous les Lacédémoniens. 

De retour à Sparte , ij s'apperçut bientôt 
qu'il ne s'agissoit pas de réparer l'édifice des 
loix, mais de le détruire > et d'en élever un 
autre sur de nouvelles pifoportions : il prévit 
tous les obstacles, et n'en fui pas effrayé. II 
avoit pour lui le respect qu'on açcordoit à sa 
naissance et à ses vertus^ il avoit son génie 



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DU JEUNE ANACH4tl9IS. 93 

ses lumières , ce courage imposaint qui force 
les Tolontés j et cet esprit de conciliation qui 
les attire; il avoit enfin l'aveu du ciel, qu'à 
l'exemple des autres législateurs t il eut tou- 
jours l'attention de se ménager. L'oracle de Del- 
phes lui répondit: „ Les dieux agréent ton 
hommage , et sous leurs auspices » tu formeras 
la plus excellente des constitutions politiques ^. 
Lycurgue ne cessa depuis d'entretenir des in- 
telligences avec la Pythie , qui imprima succes- 
sivement à ses loix , le sceau de l'autorité di« 
vine. 

Avant que de commencer ses opérations « 
il les soumit à Texamen de ses^ amis et des ci- 
toyens les plus distingués. Il en choisit trente 
qui dévoient l'accompagner tèut armés aux as* 
semblées générales • Ce cortège ne suffisoit pas 
toujours pour empêcher le tumulte; dans une 
émeute excitée à l'occasion d*une loi nouvelle^ 
les riches se soulevèrent avec tant de fureur, 
qvL* il résolut de se réfugier dans un. temple 
voisin ; mais atteint dans sa retraite d'un coup 
violent > qui , dit-on , le priva d'un œil , il se 
contenta de montrer, à ceux qui le poursui* 
voient, soli visage couvert.de sang. A cette 
vue, la plupart saisis de honte ^ raccompagnè- 
rent chez lui , avec toutes les marques du res- 
pect et de la douleur , détestant le crime , c€ 
remettant le coupable entre ses mains , pour 
en disposer à son gré * C'étoit u^ jeune hom* 
me impétueux et bouillant. Lycurgue, sans 
l'accabler de reproches , sans proférer la moin.'^ 
dre plainte > le retint d^ins sa maison, et ayant 
fait, retirçr ses ai^is ç\ ses domestiques, lui ptT 



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9^ VOYAGE 

donna de le servir et de panser sa blessure.. 
Le jeune homme obéit en silence ; et témoinr 
à chaque instant de ia bonté , de la patience 
et des grandes qualités de Lycurgue, il changea 
sa haine en amour, et d*après un si beau mo- 
dèle, réprima la violence de son caractère* 

La nouvelle constitution fut enfin approu- 
vée par tous les ordres de l'état; le«^ parties 
en étoient si bien combinées, qu'aux premiers 
essais on jugea qu elle n*avoit pas besoin de 
nouveaux ressorts. Cependant malgré son ex-* 
cellence , il n'étoit pas encore rassuré sur sa 
durée. ,, {1 me reste, di-t-il au peuple assem- 
blé, à* vous exposer Tarticle le plus important 
de notre législation; mais je yeux auparajant 
consulter l'oracle de Delphes . Promettez que. 
jusqu'à mon retour, vous ne toucherez point 
aux loix établies,, . ils. le promirent. „ Faites- 
en le serment „. Les rois, les sénateurs, tous, 
le citoyens prirent les dieux à témoins de leurs 
paroles. Cet .engagement solemnel devoitôire ir- 
révocable ; car son dessein étoit de ne plus re« 
voir sa patrie . 

U sç rendit aussi-tôt à Delphes , et dé* 
mands^ si. les nouvelles loix suffisoieiit pour as« 
surer le bonheur des Spartiatc^s f La Pythie ayant 
répondu que Sparte seroit la plus florissante 
des villes, tant qu'elle se feroit,ui\ devoir de 
les observer , Lycurgue envoya cet oracle à La- 
cédémone , et se condamna lui même à l'exil . 
U mourut loin de la nation dont il avoit fait 
le bonheur. 

On a dit qu'elle n' avoit pas rendu assez 
d'honneurs à sa mémoire, sans doute parcQ 



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f DU JEUNE ANACHARSIS .58 

quVIb ne poavoit lai en rendre trop^ Elle lai 
consacra an temple , où tous, les ans il reçoit 
Thommage d'un sacrifice. Ses parens et ses amis 
formèrent une société qui s'est perpétuée jusqu'à 
nous, et qui se réunit de temps en temps pour 
rappeller le souvenir de ses vertus. Un jour 
que l'assemblée se tenoit dans le temple » Eudi- 
das adressa le discours suivant au génie tuté* 
laire de ce lieu : 

Nous vous célébrons, sans savoir quel nom 
vous donner : la Pythie doutoit si vous n'étiez 
pas un dieu plutôt qu'un mortel; dans cette 
incertitude, elle vous nomma l'ami des dieux, 
parce, que vous étiez l'ami des hommes. 

Votre grande ame seroit indignée, si nous 
osions vous faire un mérite de n'avoir pas ache- 
té la royauté par un crime ; elle seroit peu 
flattée , si no 4s ajoutions que vous avez expo- 
sé Votre vie % et immolé votre repos pour fai- 
re le bien- On ne doit louer que les ^acrifi- 
ce$ qui coûtant des eiforts. 

Lsi plupart des légi5lateurs 9'étoient éga- 
rés en suivant les routes frayées ; vous com- 
prîtes que pour faire le bonheur d^une nation, 
il falloit la mener par des voies extraordinai-* 
res. Nous vous louons d'avoir* dans un temps 
d'ignorance, mieux connu le cœar humain que 
les philosophes ne le çonnoissent dans ce siè** 
de éclairé. 

Nous vous remercions d* avoir mis un frein 
à l'autorité des rois , à l'insolence du peuple, 
aux prétentions des riches, à nos passions et 
à nos vertus* 

Nous vous remercions d'avoir placé au* 



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,6 yOYAOE 

dessus de nos têtes an souverain qui ybit tout; 
qui peut tout, et que rien ne peut corrompre; 
vous mites la loi sur le trône , et nos magi-^ 
strats à ses genoux ^ tandis qu'aiUears , on met 
un homme sur le trône , et la loi sous ses 
pieds. I^a loi est comme un palmier qui nour* 
rit également de son fruit tous ceux qui se 
reposent sous son ombre } le despote , 'comme 
un arbre planté sur une montagne ^ et auprès 
duquel on ne voit que des vautours <9 des 
serpens. 

Nous vous remercions de ne nous avcûr 
laissé qu'un petit nombre d'idées justes et sai* 
nés , et d'avoir empêché que nous eussions 
plus de désirs que de besoins. 

Nous vous remercions d'avoir assez bien 
présumé de nous , pour penser que nous n'au* 
rions d'autre courage à demander aux dieux , 
que celui de supporter rinjustîce lorsqu'il le 
faut. 

Quand vous vîtes vos loix , éclatantes de 
grandeur et de beautés , marcher , pour ainsi 
dire , toutes seules , sans se heurter ni se dis* 
joindre, on- dit que vos éprouvâtes une joie 
pure , semblable à celle de TÊtre suprême, lors- 
qu'il vit l'univers , à peine sorti de ses mains, 
exécuter ses mouvemens avec tant d'harmonie 
et de régularité. 

Votre passage sur la terre ne fut marqué 
qiie par des bienfaits. Heureux, si, en nous 
les rappellant sans cesse, nous pouvions lais- 
ser à nos neveux xt dépôt tel que nos pères 
l'ont reçut . 

Pin du Chapitre quarante-qucurième^ 



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BU JEUNE AN ACHAR8IS. 97 

CHAPITRE XLV.. 
Du Gouverntmeni de Zâcédémoner 

jjeçnh rétablissement des sociétés, les sou-» 
verains essayoicnt par-tout d'augmenter leut 
prérogative ^ les pevipks^ de l'aflFoiblir. Les trour 
blés qui résulK)teBt de ces. diverses prétentions^ 
se fâisoient' plus sentir à Sparte que par.tout 
ailleurs : d'un côté, deu» rois, souvent. divit 
ses d'intérêt , et toujours soutenus d'un grand 
aombw de partisans ; de T autre , un peuple de 
gaerriers indociles , qui > ne sachant ni com^ 
mander ni obAr^, précipîtoient tour- à-tour le 
gouvernement dat}s.' 166- excès^-de- la tyrannie et : 
de la démocratie* 

LycuFgue avoit trop de Innwères poutr 
abandonner l'administration des affaires fénéi*- 
. raies aux caprices de la multitude, ou pour la 
laisser entrer les mains des^ deux maisons ré- 
gnantes. Il cher choit un. moyen de tempérer; 
la force parla sagesse; il crut- le trouver ea. 
Crète, Là, un conseil suprême mpdéroit la 
puissance du : souverain; il en établit un à-peu- 
près semblable à Sparte. Vingt-huit vieillards, 
d'une espériejice consommé^ furent choisis pour 
partager a^cc fes rois- la. plénitude du^ pouvoir. 
11 fat réglé que les grands intérêts de Tétat 
scroieqr discutés dans ce sénat auguste ; que 
les deux tpisauroient le droit d'y présider, et. 
que la décision passeroit à la. pluralité des,. 
\oix; qu'elle seroit. ttisuite communiquée a Ta»: 



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^8 YOYAQE 

femWde générale dç U nation, qui pourreît 
i'appioaver on U leiçiec. sans avoir U per- 
mUsion d'y faire k moindre chang^^meut. 

Soit qac cette clause ne fut pa& assez clai-* 
ceinem expriméij dans la loi , soit que la dis- 
cussion de$ décrets inspirât naturellement le 
desit d'i faire qaelqaes changeowns , le peu- 
ple s'arrogeoit insensiolecoeut le droit de les 
altérer par des additions ou par des $uppre3- 
sions^ Cwt abus fut poir jamais réprimé par les 
soins de l^olydore et de Théopompe , qui ré:* 
|[noient environ 130 ans après Lycurguej iU 
fir^^nt ajouter par la Pythie de Delphes, un 
nouvel article à l'oracle qui avoit réglé ladi** 
stritmtion des pouvoirs* 

Le sénat avoit jusqu'alors maintenu Téquî- 
libre entre les. rois et le peuple ; mais les pla- 
ces des bénateurs étant à vie ainsi qiC cclks 
des rois, il étoit à craindre que dans la sui- 
te* les uns et les aures ne s'anissent étroite- 
ment et ne troiavassent plus d'opposition à leurs 
volontés. On rit passer une partie de leurs fon- 
ctions entre les mains de cinq magistrats nom- 
m4s Ephores. ou inspecteurs , et destiné» à dé- 
fendre le peuple eu cas d'oppression . Ge fut 
le roi Théopompe qui , avwC Tagrément de la 
natiop, établit ce nouveau, corps, interm^diai- 
Te *, 

Si Ton en croit les philosophes, ce prin* 
ce, en limitant son autorité , la rendit* pl^^s 
solide et plus durable; si Ton juçe d'après Té- 

^ Voyea la, note à* la fia du vohimc* 



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DU JEUNE ANAOHARSIS. 9». 

^^flemeEt,en prévenant un danger quî n'exîsw. 
toit pas encQre / il . en préparoitcun.qaidevoit. 
tôt ou tard exister. OnsVQypitj dan«sla.cons- 
titutipn de Lycurguev^rheurçax; m.^Iange.de la., 
royauté , dcj'arisiocrattc,, et. de.rla.déjnaci^atie'i^ ; 
ThéopQtopc y joignit une oligarchie qui , de. nos . 
JQurs, est: devenue tyrannique. JetonSsmaintçnaut 
unwup-d'oçil rapide sur Ics-difFérentea» parties, de 
ce gouvernement , telles qu'elles sont aujour^ 
d'hai 4 et non comme elles étoient autrcfc^s^^ 
car elles, ont presque toutes éprouvé des cbaii- 
gçmen$«. 

Les deux rois doivent être de la. maison^ 
d'Hercule , -et ne 'peuvent épouser unei femme 
étrangère, tes éphotes;> veillent. sur. la. conduite 
des reines, de peur qu'elles ne. doni^ent^àrétat^ 
des enfans qui ne serpient pas de. cette mar- 
soi^ auguste. Si, elles étoient. convaincuei ou 
fortement soupçonnées d'infidélité , leurs filsL> 
seroient reléguées dans, la classe j des particu* - 
<uliers * . ' 

pans chacune des. deux^ranches. réçnan-»^- 
tes , la^ couronne doit j^asser à, Tainé^des hlsi . 
et à\ Içur. défaut , au , frère, du^rpi ;. Si; Tainé . 
mcart; ayant. son, père,, elle appartient,- à son 
puîné.;^^n[i.ais s'il laisse unojnfaniL, cet .enfaiit est. 
préféré à. sef . oncles. . Au défaut., des,^ plus pra-. 
ches héritiers dans Une famille , pn appelle aa 
trône les. parens,' éloignés. ^ ét^ jamaif ceux^ dCj 
Vautre- maison,,. ~ • « 

Les, diflKrens.sur;laï,$uccçssiQa^ sont^dîsca*- 
t^s et terminés . dans : L'assemblée - génétate» Loti- 
q\i un roi n*a point- 4'tlifens d'une première: 
femme « U doit la répuctier. Ana^andrida avoic 



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!•• VOYAGÉ 

épousé la fille 4e sa sœur ; il Taimoit tendre* 
suent ; quelques^ années après, les épbores les 
citèrent à lear tribunal , et lai dirent; „ Il est 
de notre dévoir de ne pas laisser' éteindre les 
maisons royales. Renvoyez votre époase , et 
choisissez*en une qui donne un héritier au 
trine ,, . Sur le refis da prince , après en avoir 
délibéré avec les sénateurs, ils lui tinrent ce 
diî^coars: „ Suivez notre avis, et ne forcez pas 
les Spartiates à prendre un parti violent. Sans 
rompre des liens trop chers à votre cœar , con- 
tractez-en de nouveaux, qui relèvent nos espé- 
rances j, . Rien n'étoit si contraire aux loix de 
Sparte; néanmoins Anaxandride obéit; il épou- 
sa une seconde femme dont il eut un fils ; 
suais il aima toujours la première ^ qui ^ quel- 
que temps après , accoucha du célèbre Léo- 
nidas *. 

L'héritier présomptif n'est point élevé avec 
les autres enfans de i*état; on a craint que 
trop de familiarité ne les prémunit contre le 
respect qu'ils lui devront un jour. Cependant» 
son éducation n*en est pas moins soignée ; on 
lui donne. une juste idée de sa dignité « une 
plus juste encore de ses ^evtiirs. Un Spartiate 
disoit autrefois à Cléomène: ,. Un roi doit être 
afFabie. Sans doute» répondit ce prince, pour- 
vu qu'ils ne s*expove pas au mépris , . Un aa- 
tre.roi dç Lacédémone dit à ses parens qui 
exigeoient de lui une injustice : „ En ra'appre- 
aant que les loix obligent plus le souverains 
que les autres citoyens «vous m'avez appris à 
vous désobéir en cette occasion „ . 

Lycur^ue a lié Je$ mains aux tois; mais 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. ^ i»i 

il leur a laissé des honneurs et des prérogati» 
ves dont ils jouissent comme chefs de la reli- 
gion , de Tadministration ^ et des armées. Ou* 
tre certains sacerdoces qu'ils exercent par eux- 
mêmes , ils règlent tout ce qui c^mcerne le cul* 
te public, et paroissent à la léte des cércmo* 
nies religieuses^ Pour les mettre à portée d'a- 
dresser des veeux au ciel , soit pour eux . soit 
pour la républi(}ue > l'état leur donne , le pre- 
mier et le septième jour de chaque mois, une 
victime avec une certaine quantité de vin et 
de farine d*orge* L'un et l'autre a le droit 
d'attacher à sa personne deux magistrats ou 
augures , qui ne le quittent point « et qu'oit 
nomme Pythiens. Le souverain les envoie au 
besoin consulter la Pythie , et conserve en dé- 
pôt les oracles qu'il rapportent * Ce privilège 
est peut-être un des plus importans de la ro« 
yauté; il met celui qui en "est revêtu dans un 
commerce secret avec les prêtres de Delphes , 
auteurs de ces oracles qui souvent décident da 
sort d'un empire. 

Comme chef de l'état, il peut, en mon* 
tant sur le trône . annuller les dettes qu'un 
citoyen a contractées , soit avec son prédé* 
cesseur, soit avec la république.** Le peu-. 
pie lui adjuge pour lui-même, certaines por* 
dons d'héritages , dont il peut disposer pendant 
sa vie , en faveur de ses parens • 

Les deux rois président au sénat » et ils 

* Get DMge subsiitoit aaiii tn Feria* 



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ion V OTAGE 

.y proposent le sujet de la délibération. Cliîi- 
cun d'eux donne son siiiFrage,et en casd'ab* 
sence, le fait •^reittettre ^aruù sénateur de ses 
parens . 'Ce suflftage en vaut deux. L*avis, dans 
• les cause» portée» à l'assemblée générale , pas- 
se à la pluralité des -VOIX . ï-orsque les deux 
• Tois proposent *de xonceit nn projet manifes- 
tement utile à la république^ il n'est permis à 
personne de sy opposeir . La liberté -pablique 
n'a rien 11 craindre d'un pareil acdorît outre 
la secrète ijalouisè qui règne -entre les deux 
maisons , il est rare que leurs xhèfs aieht le 
même degré de lumières pour xohnoître les 
vrais interdis de l'état» le même degré de cou- 
ta|fc *t)Our -les défendre. -Les causes qui resrar- 
dent 1 enrreitien des chemins , les formalités de 
l'adoption ^ le choix du parent qui doit épou- 
' scr une héritière orpheline , tout cela et sou«» 
snis à leur décision. 

Les rois nt doivent pas s* absenter peu* 
dan^ la paix 9 ni tous les deux à la fois pen« 
dant la gaeirre^^ moins qu'on lie mette deux 
armées sur pied* Ils les commandent de droit > 
et Lycui^ue a Youlu qu'ils y palrusscnt arec 
l'éclat et le^ pouvoir tiui attirent le respect et 
Tobéissance* 

Le jour du départ, le roi offre tin iacrî; 
iîce )l Jupiter. Un jeune homme prend sur l'au- 
tel un tison enflammé , et le porte , à la tête 
des troupes, jusqu'aux frontières de l'empire, 
où Ton fait un nouveau sacrifice. 

L'état fournit à l'entretien dû général et 
de sa maison, Composée , outre sa garde < or- 
dinaire, des deux Pythiens ou augures dont 



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DU JEUNE ANAGHARSIS xo3 

faî parlé, des Polértiarques on officîefs prihcU 
paax qu'il CSC à portée de consahef à tous mo* 
mens, de trois tnini$tre$ subalternes, chargés 
de subvenir à ses besoins » Ainsi , délivré de 
tout soin domesMque, il ne s'occupe que c^es 
opérations de la campagne » C'est à lui qu^il 
appartient de les diriger , de signer des trêves 
avec l'ennemi , d'entendre et de congédier les 
ambassadeurs des puissances étrangères % Les 
deuit éphores qui raccompagnent n'ont d'au- 
tre fonction que de maintenir les 'moears^ et 
ne se mêlent gue des affaires qu*ii veut bien 
leur communiquer. 

Dans ces derniers temps , on a soapçon* 
né quelquefois le géi\éral d'avoir conspiré con« 
tre la liberté de sa patrie , ou d'en avoir tra- 
fai les intérérs, soît en se laissant corrompre 
|>ar des présens » soit en se livrant à de rt)au» 
irais conseils • On décerne contre ces délits , 
suivant les circonstances , ou de très-torte$ 
amendes, ou l'exil , ou même la perte de U 
couronne et de la vie. Parmi les princes qui 
furent accusés, Tun fut obligé de s'éloigner 
et de se réfugier dans un temple; un autre 
demanda grâce à l'assemblée > ^i lui accorda 
son pardon » mais i condition qu'il se conduis 
roit à l'avenir par l'avis de dix Spartiates qui 
le suivroient à l'armée , et qu'elle nommeroit. 
La confiance entre le souverain et les autres 
magistrats se ralentissant de jour en jour, bien* 
tôt il ne sera entouré dans ses expéditions » 
que d'espions et de délateurs choisis parmi see 
ennemis* 



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i(i4 VOYAO« 

Pendant la paix, les rois ne sront quôle$ 
premiers citoyens d'nne ville libre. Comme ci- 
toyens , ils se montrent en public sans suite 
et sans faste^ comme premiers citoyens , on 
leur cède b première place , et tout le monde 
se levé «n lent présence , à l'exception des é- 
^hores siégeans à leur tribunal. Quand ils ne 
l>ettvent pas assister aux repas publics , on leur 
envoie une mesure de vin et de farine^, quand 
ils s'çn dispensent sans nécessité , elle leur est 
refusée . 

Dans ces repas « tkisi que dans ceulc qu'il 
leur est permis de prendre chez les particuliers, 
ils reçoivent une diouble portion qu'ils parta* 
gent avec leurs amis. Ces détails ne sauroient 
être indifTérens ; les distinctions ne sont par- 
tout que des signes de convention assortis aux 
temps et aux lieu^ic; celles qu'on accorde aux 
rois de Lacédémpne, n'en imposent pas moins 
au peuple que l'armée nombreuse qui compose 
la garde du roi de Perse. 

La royauté a toujours subsisté à Lacédé- 
mone ; i*. parce qu'étant partagée entre deux 
maisons, l'ambition de l'une seroit bientôt ré- 
primée par la jalousie de l'autre , ainsi que par 
le zèle des magistrats; 2^. parce que les rois 
n'ayant jamais essayé d'augmenter leur préro- 
gative, elle n'a jamais causé d'ombrage au 
peuple . Cette modération excite son amour pen- 
dant leur vie , ses regrets après leur mort. Dès 
qu'un des rois a rendu les derniers soupirs, 
des femmes parcourent les rues, et annoncent 
le malheur public , en frappaht sur des vases 
d'airain. On couvre le marché de pailles, et 



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BU JEUWE ANACHARSia io5 

Von défend d'y rien exposer en vente pen- 
dant trois jours. On fait partir des hommes à 
cheval, pour répandre la nouvelle dans la pro- 
vince, et avertir ceux des hommes libres et 
des esclaves, qui doivent accompagner les fu- 
nérailles. «Us y assistent par milliers; on les 
Voit se meurtrir le front » et s*écrier au milica 
de lears longues lamentations : Que de tous les 
princes qui ont existé il n'y en eut jamais de 
meilleur. Cependant ces malheureux regardent 
comme un tyran celui dont ils sont obligés de 
déplorer la perte. Les Spartiates ne l'ignorent 
pas; mais fofcés par une loi de Lycurgue, 
d'étouffer en cette occasion leurs larmes et leurs 
plaintes, ils ont voulu que la douleur' simulée 
de leurs esclaves et de leurs sujets , peignit 
en quelque façon la douleur véritable qui les 
pénétre. 

Quand le roi meurt dans tine expédition 
militaire , on expose son image sur un lit de 
parade, etil n'est permis, pendant dix jours, 
ni de convoquer 'Kassemblée générale , ni d ou- 
vrir les tribunaux de justîte. Quand le corps, 
que l'on a pris soin de tonservèr dans le miel 
ou dans laf cire, est .arrivé, on l'inhuiûe avec 
les cérémonies accoutumées, dans un quartier 
de la ville où sont les tombeaux des rois. 

Le sénat, composé des deux rois et de 
vinglhuit Gérontes ou vieillards , est le conseil 
suprême où se traitent en première instance 
la guerre , la paix , les alliances , les hantes et 
importantes affaires de l'état • 

Obtenir une place dans cet auguste tribu- 
nal, c'est monter au trône de Thonneur. Oa 



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)«S V Y A O 12 

ne Taccôrdc qu*à celui qui , depuis son ènfAn- 
ce 9 s*e5t distingué par une prudence éclairée ^ 
^t par des vertus éminentes: il n'y parvient 
q^i'à rage de soixante ans; il la possède jusqu'à 
sa mort. On ne craitit point raiFoiblissemeMl 
de sa raison ; par le genre dd vie qu'on mène 
à Sparte, l'esprit et le. corps y vieillissent 
Qioins qu*aiUeur&. 

Quand un sénateur a terminé sa carrière > 
plusieurs concurrens se présentent pour lui suc* 
céder; ils doivent manifester clairement leur 
désir. Xycurgue a donc voulu favoriser 1 ambi- 
tion? Oui, celle qui, pour prix -des services 
rendus à la patrie , demande avec ardeur de 
lui ta rendre encore» 

L'élection se fait dan$ la place publique • 
ait le peuple est assemblé avec les rois ^ les se* 
tiateurs et les différentes classes des magistrats. 
Chaque prétendant paroit dans l'ordre assigné 
par le sort. II. parcourt Tenceinte, les yeux 
baissés , en silence , honoré de cris d'approba- 
tion plus ou moins nombreux; plus ou moins 
fréquens* Ces {brutis sont recueillis par des 
hommes qui , cachés dans une maison voisine 
d'où ils ne peuvent rien voir , se contentent 
d'observer quelle est la nature des applaudis- 
semens qu'ils entendent , et qui , à la fin d^ 
la cérémonie, viennent déclarer qu'à telle re- 
prise , le voeu du public s*est manifesté d'une 
manière plus vive et plus soutenue • 

Après ce combat, où la vertu ne suc* 
eombe que sous la Vertu, commence une esf 
pèce de marche triomphale : le vainqueur est 
conduit dans tous les quartiers de la ville, la 



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Ï)U JEUNE ANAGHARSiè. i&f ^ 

tètè ceinte d^une couronne, suivi d*un conègfè 
de jeunes garçons et de jeunes femmes, qùî 
célèbrent ses vertus et sa victoire. Il se rend 
aux temples, où il offre sonenceïis ; ^uxïnài^ 
sons de ses parem , où des gâteaux et . des 
fraits isotit étalés sur une table. „ Agréez, îuî 
dit-on , ces préseus dont Tétat vous honore 
par nos rnaih^ ,, . Le soir , toutes les femmes 
qui lui tiennent par ]es liens du sang, s'assem- 
blent à la por^è de la "salle où 11 vient de pren-^ 
dre son repas ; il fait approcher celle qu'il es- 
time le plus, et lui présentant fune des deu* 
portiolis qu'on lui àvoit servies: „ C'est à vous, 
lui dit'il, que je remets le prix d'honneur que 
je vielQs de tecevoir >,• ToXites les autres ap- 
plaudissent au- choix, et la ramènent chez elle 
avec les distirictions les pluis flatteuses. 

Dès ce moment le nouveau ïénàtétir cs^ 
oVligë de coiisàoYèr le re"Ste de its Jours lau*^ 
fonctions de son ministère. Les unes 'tegàMei(it 
l'état, et nous les avons indiquées plus hautî 
les autres concernent certaines causes particu- 
lières , dont le jugement est réserva au sénat* 
C'est de te tribunal que dépend, non seule-» 
tticùt la vie des citoyens , mais ettcore leur foï* 
lune , je veux dire leur honheur \ car le vrai 
Spartiate fte cônhoh paS d'autre bien ■• 

Plusieuris jours sont employés à reïaménr 
des délits qui entraînent la peine de toôrt , par* 
ce que Terreur ett cette occasion ne peut se 
réparer» On ne condamne pas l'accusé sur de 
simples présomptions ; maïs quoique absous une 
première foiS) il est poursuivi àvee plus de 



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io8 VOYAGE 

rigueur , si dans la suite on acquiert de tiou^ 
Telles preuves contre lui. 

Le sénat a le .droit d*infliger Tespèce de 
flétrissure qui prive le citoyen d'une partie de 
ae^ privilèges ; et de là vient qu'à la présence 
d'un sénateur, le respect qu'inspire l'homme 
vertueux, se mêle ^avec la frayeur salutaire 
qu'inspire le juge. 

Quand un roi est accusé d^avoir violé les 
loix ou trahi les intérêts de Tétat , le tribunal 
qui doit l'absoudre ou le condamner , est com« 
posé de vingt-huit sénateurs , des cinq éphores 
et du roi de l'autre mai:>on. Il peut appelJer 
^^ jugement à l'assemblde générale du peuple. 

Les éphores ou inspecteurs ^ ainsi nommés 
parce qu'ils étendent leurs soins sur toutes lea 
parties de l'administration « sont au nombre de 
cinq. Dans la crainte qu'il^ n'abusent de leur 
autorité , on les renouvelle tous les ans • Ils 
entrent en place au commencement de l'année ^ 
fixé à la nouvelle lune qui suit réqainoxe de 
l'automne. Le premier d'entre eux donne . son 
nom à cette année ; ainsi , pour rappeller la 
date d'un événement, il suffit de dire qu'il 
s*e8t passé sôus tel épbore • 

Le peuple a le droit de les élire , et d*éle- 
Ver à cette dignité des citoyens de tous les 
états ; dès qu'ils en sont revêtus , il les regar- 
de comme ses défenseurs 9 et c'est à ce titre 
qu'il n'a cessé d'augmenter leurs prérogatives. 

J'ai insinué plus haut que Lycurgue n'a«- 
voit pas fait entrer cette magistrature dans le 
plan de sa constitution; il paroit seulement 
qu'environ un siècle et demi après 1 les rois 



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DU JEUNE ANACHARSI8. i«f 

ée L^cédémone se dépouillèrent en sa faveur 
de plasiears droits essentiels, et que son poti* 
iroir s'accrut ensuite par 1er soins d*un nommé ^ 
Astéropus , chef 4c ce tribunal « Successivement 
enrichie des dépouillés du sénat et de la royau- 
té ; elle réunit aujourd'hui les droits les plus 
énrinens , tek qa^ Tadministracion de la justice, 
le maintien de moeurs et des loix , l'inspection 
4es décrets de l'assemblée générale. 

Le tribunal des éphores se tient dans la 
place publique; ils s'y rendent tous les jours 
pour prononcer sur certaines accusations, et 
ternnner les diiFérens des particuliers « Cette 
fonction importante n'étoit autrefois exercée 
que par les rois. Lors de la première guerre de 
Messénie, obligés de s'absenter souvent, ils la 
confièrent aux. éphores; mais ils ont toujours 
conservé le droit d'assister aux jugemens, et 
de donner leurs suffrages* 

.- Comme les Lacédémoniens n*ont qu'un pé^ 
tit nombre de loix , et que tous les jours il se 
glisse dans la république des vices inconnus 
auparavant» les juges sont souvent obligés de 
se guider par les lumières naturelles; et com-^ 
me dans ces derniers temps on a placé parmi 
eux des gens peu éclairés, on a souvent lien 
de douter de l'équité de leurs décisions.* 

Les éphores prennent un soin extrême àt 
l'éducation de la jeunesse. Us s'assurent tous 
les jours par eux-mêmes si les enfans de l'état 
ne sont pas élevés avec trop de délicatesse ; ils 
lear ^choisiNient des chefs qui doivent exciter 
leur émulation » et paroissem à leur tète dans 



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^t0, TOYAOE 

nn 'ftce milîtaîre et relîgîausc qu'on, célèbre mt 
Thonneur de Minerve. 

D'autres- magistrats veillent sur la condui- 
te des femtnes 5 les éphores , sur c«IIe de tous- 
les citoyens. Tout ce qui peut, môme de loin, 
douncr atteinte à l'ordre public, et aur usages 
reçus , est stijet à leur censure. On. les a, vus 
souvent poursuivre des hommes qui. négKgp- 
oient leuçs devoirs, ou qui se hissoient. faci- 
lement insulter: ils reprochaient aux uns d'ou- 
blier lès égards qu'ils dévoient aux. loix; aux 
autres, ceux qu'ils se dévoient, à eux-mêmes.. 

Plus dune fois ils oiit réprimé l'abus que 
faîsoient de leurs talens des étrangers au*ib 
avoient admis à leurs jeux.. Un orateur offrpit 
de parler un jour entier «ur toute sorte de. su- 
jets; ils le chassèrent de la ville ^.Archiloque 
subit autrefois le même sort pour ayoir hasar- 
dé; dsijis ses écrits une maxime de lâcheté i et. 
presque de nos. jours, ie musicien. Timothée. 
ayant, ravi les Spartiates par la beauté; de ses 
<^hants ,, un. éphore s'approcha de., lui , tenant 
lîn coiuea.u dans sa main, et liii. dit:. „ Nous 
vous ayons condamné à retrancher quatre cor- 
des^ de votre lyre -, de quel, tôtél voulez- vous. 
que je les coupe ,^ ?. 

On peut juger par ces exça\ple$, de la 
sévetité avec laquelle, ce triba.nal punissfoit aa- 
trefois les fautes? qui, blessoicnt direc.tement les 
loix et les mœ.urs.. Aujourd'hui même, que tout, 
commence à 5e. corrompre, il. n'est pas moins 
redoutable , quoique moinfi. respecté ; et ceux 
des particuliers, qui ont perdu le^rs anciens 
principes , n'oublient rien pour se (oustraitt 



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DU JEUNE ANAGIIARSIS iiM 

aux regards de ces censeurs, d'autant plus sé- 
vères pour les autres , qu'ils sont quelquefois 
plus indalgens poar eux mêmes • ^ 

Contraindre la plupart des magistrats à 
rendre compte de leur administration « suspea* 
dre de leur^ fonctions ceux d'entre . eux qui 
violent les loix , les traîner en prison , les dé- 
férer au tribunal supérieur, et les exposer par 
des poursuites vives à perdre la vie; tous ces 
droits sont réservés aux éphores . Ils les exer- 
cent en partie contre les rois « qu'ils . tiennent 
dans leur dépendance par un moyen extraordi- 
naire et bizarre* Tous les neuf ans, ils choisis- 
sent une nuit où l'air est serein: assis en ra^- 
se campagne , ils ejcaminent avec^ attention le 
mouvement des astre^« Voyent-ils une exhalai^ 
son enflammée traverser les airs? c'est une é« 
toile qui change de place ; les jois ont ofFensé 
les diQux. Qi\ io$. traduit en justice \ on ks dé- 
pose j et ih ne reçoi^vrent l'autorité qu'après 
avoir été abJQus par l'oracle de Delphes 

i-e souverain fQrtement soupçonné d*utt^ 
crime contre Tétat, peut à la vérité refuser de 
comparoitre devant les éphores aui^dciux pre- 
mières somtnstions» 9iai» il doit obéit: à la troi- 
sième^ pu reste, iJ^ peuvent s'assurer de sa 
personne ^ et le traduire eq justice* Quand la 
faute est moins grs^ve» ils prennent sur eux 
d'infliger la pc^ine. En dernier lieu , Us con- 
damnèrent à Tamende le rot Agésilas, parce 
qu'il envoyait un présent ^ chaque sénateur 
qui entroit eî\ pla^e- 

]La puissance exécutrice est toute entière 
entrç l^^t$ mains« Us convoquent Va$$embléQ 



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2id VOYAGE 

générale; ils y recueillent les suflfrages. On peut 
juger du pouvoir dont ils y sont revêtus , en 
comparant les décrets qui en émanent avec les 
sentences qu'ils prononcent dans leur tribunal 
particulier. Ici , le jugement est précédé de 
cette formule : ,, U a paru aux rois et aux 
é^hores „ ; là , de celle-ci : Il a paru aux é- 
pkores et à l'assemblée „ • 

C'est à eux que s'adressent^ les ambassa-* 
deurs des nations ennemies ou alliées* Char^^és 
du soin dé lever des troupes ei de les faire 
partir, ils expédient au général les ordres qu'il 
doit suivre, le font accompagner de deux d'en- 
tre eux» pour épier sa conduite , l'interrompent 
quelquefois jiu milieu .de ses conquêtes , et le 
rappellent, suivant que l'exigclcur intérêt per- 
sonnel ou celui de l'état. 

Tant de prérogatives leur attirent une con- 
sidération qu'ils iustifîent par les honneurs qu'ils 
décernent aux belles actions , par leur attache- 
ment aux anciennes maximes , par la fermeté 
avec laquelle ils ont, dans ces derniers temps, 
dissipé des complots qui monafoient la tranquil^ 
liié publique. 

Ils «ont, pendant une longue suite d'anné- 
es, combattu contre l'autorité des Sénateurs et 
des Rois , et n'ont cessé d'être leur'S ennemis 
que lors qu'ils sont devenus leurs protecteurs. 
Ces tentatives , ce$ usurpations auroient ailleurs 
fait couler des torrens de sang; par quel ha- 
sard n'ont-elles produit à Sparte que des fer- 
mentations légères ? C'est que les Ephores pro- 
mettoient au peuple la liberté , tandis que leurs 
rivaux^ aussi pauvres- que te peuple, ne pou- 



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BU JEUNE ANAGHARSIS. iiS 

ip?pîeiitluî promettre des richesses; c'est qu^ 
l'esprit d'union , introdujlt pat les loix d£ Ly- 
curgue, avoit tellement prévalu sur-Jes consi- 
dératipns particulières, que les anciens magis- 
trats, jaloux de .donner de grands exemples 
d'obéissance , ont toujours cru devoir • saccifier 
fcurs droits a^x prëtemions des Ephores». ; 

Par use suite de cet esprit, le peuple n'a 
cessé de respea«r ces» Rois et ces* Sénateurs 
qu'il a. dépouiBés de leur pouvoir» Une céré^ 
monie imposante, qui se i^enouvelle tous les 
mois y lui rappelle ses devoirs. Les Rois, en 
leur nom, les Ephores au nom.da peuple, font 
un serment sokmnel, les prenùersv do ^out 
verncr suivait les loix ; - les seconds ,* de «défear 
dre Tautotitc.^ royale tant.qu'ellp ne.vioiera pas 
les laix. 

Les SpaDtiates ont des. intérêts- qui leui) 
sont particuliers ;- ils en ont qui leur sont com- 
muns avec les.h^bitans des diffétentès villes de 
la Laconie*. De là», deut espèces d'assemblées 
auxquelles assistent touiours le R)@is , .le Sénat 
et les difTéremcs clas&os de magistrats. Lorsqu'il 
faut régler, la. succession au. trône*, élire ou. dét? 
poser des magîstirat^t prononcer. siq: d:es délits 
publics y statuer sur, ks grands objets de la ce- 
ligioiioa.de Id/ h^idation; l'assemblée n'est 
composée qucde-Spaytiaies., et, se nomme, pe- 
tite assemblée 4 * « 

Elle se tient pour l'ordmàire* tods le» 
mois à la pleine lune ; par extraordinaire»^ 
Ipr^que les . circonstances l'exigeiit ; la délibéra-^. 
lion doit être précédée pav un décret, du S4r- 



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îx4 VOYAGE 

nat, 1 moîiif que le partage des voix nVit 
empêché celte compagnie de rien conclure. 
Dans ce cas, les Ephores portent, l'afïaire à 
Taisen^blée . ^ 

Chacun des aSsistans a droit d opiner , 
pourvu qu'il ait passé sa trentième année : a- 
yant cet âge , il ne lui est pas permis de par- 
ler en public . On exige encore qu'il soit ir- 
réprochable dans ses mœurs ; et Ton se sou- 
vient de cet homme qui avoit séduit le peu- 
ple par son éloquence. Son avis étoit excellent) 
mais comme, il sortoit d'une bouche impure, 
on vit un Sénateur s'élever , s'indigner haute- 
ment contre la facilité de l'assemblée, et faire 
aussi-tot proposer le même avis par un hom- 
me vertueux: Qu'il ne soit pas dit, ajoutait- 
il, que les Lacédémoniens se laissent mener 
(>ar les conseils d'un infâme orateur. 

On convoque l'assemblée générale , lors- 
qu'il s'agit de guerre , de paix et d'alliance. 
Elle e^t alors composée des députés des villes 
de la Laconic : on y joint souvent ceux des 
peuples alliés, et des nations qui viennent im- 
plorer l'assistance de Lacédémone. Là se discu- 
tent leurs prétentions et leurs plaintes mutuel- 
les , les infractions faites aux traités de la part 
des autres peuplés, les voies de conciliation, 
les projets de campagnes , les contributions à 
fournir. Les Rois et les Sénateurs portent sou- 
vent la parole ; leur autorité est d'un grand 
poids ; celle des Ephores d'un plus grand en- 
core. Quand la matière est suffisamment éclair- 
cie, l'un des Ephores demande l'avis de l'as- 



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DU JEUNE ANAGHARSIS tii 

semblée ; austî-tôt mille voix $*^lèvcnt , oa 
pour l'affirmative ou pour la négative. Lors- 
qu'après ]^lusiears essais il est impossible de 
distinguer la majorité, lé même magistrat s'en 
assure en comptant ceux des deux partis qu'il 
a fait passer^ ceux-ci d'un côté, ceux-là de 
l'autre. 



JFm du Chapitre çuarante^inquième 



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CHAPITRE XLVL 
Des Zçix de Lacédémone • 

J^a nature t%x presque toaioarscn oppositiott 
avec les loix, parce qu'elle travailla aa bon-- 
heur d? chaque individa sans reluion avec les 
autres , et que les loix ne statuent que sur les 
rapports qui les unissent ; parce qu'elle diver- 
sifie à l'infini nos caractères et nos penchans, 
tandis que 1 ob|et des loix ^st de Jcs- ramener, 
autant quMl est possi >le à l'unité II faui: donc 
que le législateur, chargé de détruire, ou du 
muius de concilier, es contrariétés , regarde 
la morale C'>mme le r.-ss»)rt le plus puissant et 
la artie la plus ess ntielle de sa politique; 
qu'il ^'empare de To vràge delà nature, pres- 
qi;e ayi moment qu'elle vient de le mettre au 
jour ; qu'il ose en retoucher la forme et les 
proportions; q'ie sans en eCicer les traits ori- 
gina X, ïTles adoucisse; et qu'enfin l'homme 
indépendant no. soit plus, en sortant de ses 
mains, qu'un citoyen libre. 

Que des hommes éclairé^ soient parvenus 
autrefois a réunir les sauvages épars dans -les 
forêts que tous les joars de sajes institat<;ars 
modèlent en quelque ikçons à leur gré les ca- 
ractères des eufans confiés à leurs soins, on 
le conçoit san> p ine ; mais quelle puissance 
de génie n'a t il pa^ fallu pour refondre une 
nation déjà f .rmé-. 1 Et quel courage , pour oser 
lui dire ; je vau rcstraiudre vos besoins à Tétroiç 



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^ DU JEUNE ANAGHARSIS. 117 

néScèssaîre, et exiger de vos passions Jfes sa- 
crifices les pks^ amers: vous iic conn îtrej 
plus les attrai'S de -la volupté; vous échan- 
g^ereï Tes douceurs de la vie contre des exer* 
cicés pénibles et douloureux; je dépo;jlle« 
' rai les uns de leurs biens pour les disiribuer 
aux autres 5 et fa tête du pauvre s'élève- 
ra aussi haut que celles du riche i vous re» 
nonceret à vos idées, k vos ç^ûis, à vos pré- 
tentions, ^uelquef »is tn^me à ces scntimens si. 
tendres et si précieux, que la nature à gravés 
au fond de vos cœurs. 

Voilà néanmoins te qu*exéciUa îycnrgue 
par des réglemens cjiii di^rent si «sçentielle- 
ment de ceux ries autres peuples, qu'en arri* 
vant 'à Lacédémone , un v< ya^eur se croit tran- 
sporté sous un nouveau cid Letir sîngular ré 
l'invite à les méditer; ef bientôt il est frappa 
de cette profondeur de vu^s et de cete élé- 
vatioq de sentimens qui éclatent dans Touvra- 
g9 ide Lycurgue. v 

II fît choisir les magistrats non par la voie 
du sort, mais par celle des suffrages. Il dépouil- 
la, les richesses de leur considération , et l'amour 
de sa jalousie. S'il accorda quelques distinctîotiS) 
le gouvernement , plein de son esprit ^ ne les 
prodigua jamais, et les gens vertueux n'ose- 
rènt les solliciter ; l'honneur devmt Itt^ plas 
belle des récompenses , et l'opprobre le plus 
cruel des supplices. La peine de mort fut quel-* 
quefois infligée; mais un rigoureux examen 
devoit la précéder • parce que rien n'est si 
précieux que ia vie d'un citoyen • L'executioa 



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né VOYAGE 

se fît dans la prison pendant la nuit , de peur 
que la fermeté da coupable n'attendrit les as- 
ststans. 11 fut décidé qu'un lacet termineroit 
ses jours ; car il parut inutile de multiplier 
les tourmens. 

J'indiquerai dans la suite la plupart de ré- 
glemens de Lycurgue ; je vais parler ici da 
partage des terres. La proposition qu'il' en fît 
souleva les esprits ; mais après les plus vives 
contestations, le district de Sparte fut divisé 
en 9000 portions de terre *; le» reste de la 
• Laconie en 30,000. Chaque portion assignée à 
un chef de famille, devoit produire , outre 
une certsûne quantité de vin et d'huile, 70 
mesures d*orge pour le chef, et 18 pour aon 
épouse* 

Après cette opération , Lycurgue crut dé- 
voir s'absenter pour^ laisser aux esprits le 
temps de se reposer. A son retour, il trouva 
les campagnes de Laconie couvertes de tas de 
gerbes » tous de même grosseur , et placés à 
des distances à-peu-près égales. Il crut voir un 
grand domaine dont les productions venoient 
d'être partagées entre des frètes ; ils crurent 
voir un père qui , dans la distribution <ie ses 
dons , ne montre pas plus de tendresse pour 
V Tun de ses enfans que pour les autres. 

Mais comment subsistera cette égalité de 
fortunes ? Avant Lycurgue , le législateur de 
Crète n'osa pas l'établir, puisqu'il permit les 

* Voyes la note à la fin du Tolnme. 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. 1T9 

acquisitions* Après Lycurgue, Phaléas à KilhaU 
cédoiae , Phiiolaas à Thèbes , Platon , d'autres 
législateur, d'autres philosophes ont projiosé 
des voies insuffisantes pour résoudre le problâ- 
me • Il étoit donné à Lycurgue de tenter les 
choses les plus extraordinaires , et de concilier 
les plus opposées. En cfTet, par une de ses 
loix , il règle le nombre des hérédités sur ce- 
lui des citoyens ; et par une autre loi , en 
accordant des exemptions à ceux qui ont trois 
enfans , et de plus grandes à ceux qui en ont 
quatre , il risque de détruire la proportion qu'il 
veut établir et de rétablir la distinction des ri* 
ches et des pauvres, qu'il se propose de détruire. 

Pencfant que j'étois à Sparte, Tordre des 
fortunes des particuliers avoit été dérangé par 
un décret de l'éphore Epitadès, qui vouloit se 
venger de son fils ; et comme je négligeai de 
m'instruire de leur ancien état» je ne pourrai 
développer à cet égard les vues du lé^sla- 
teur, qu'en remontant à ses principes. 

Suivant les loix de Lycargue,un chef de 
famille ne pouvoit ni acheter ni vendre uho 
portion de terrein ; il ne pouvoit ni la don- 
ner pendant sa vie, ni la léguer par son te- 
stament à qui il vouloit; il ne lui étoit pas 
même permis de la partager -^ l'ainé de ses en- 
fans recueilloit la succession , comme dans, la 
maison royale , l'ainé succède de droit' à la 
couronne. Quel étoit le sort des autres enfans? 
Les loix qui avoient assuré leur subsistance pen- 
dant la vie du père , les auroient-elles aban- 
donnés après sa mort? 



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uto Vt) Y AGE 

1.° IKparoît qu'ils pouvaient héfiter de», 
esclaves, des épargnes et des meubles de ton» 
te espèce* La vente de ces eiFets suHîsott sans 
doute pour leurs vêtemens ; car le drap qu'ils 
employoiem etoit à si bas prix que le, plus pau^ 
vres se trouvoient en état dé se le proturer . 
2.^ Chaque citoyen étoit -en droit de partici- 
per aux repas publics , et fournissoit pour soa 
contingent une certaine quantité de farine d'or- 
ge qu'on .peut évauler à environ, ii médim-^ 
nés: or, le Spartiate possesseur d'un« portion 
d'héritage, en retiroit par aci 70 médimnes , 
et sa femûieia. L'excédent du mari suffisoit 
donc po,uj: l'eiitretien de $ enfans; et comme 
Lycurgue p'^ pas dû supposer que chaque pè- 
re de famille, en eût un si grand nombre, 
on peut croire que l'ainé devoil pourvoir aux 
besoins , Boc^seulement de ses enfans , mais 
encore de ses frères. ,5.° H est à présumer que 
les puîné$ pouvoiant seuls épouser les filles qui, 
€LU défaut d€t mâles , héritoiem d*une posses- 
sion territoriale. Sans cette précaution , les hé- 
rédités se seroient accumulées sur une mêmt 
tète. 4.° Après l'examen qui suivoit leur nais- 
sance, les magistrats leur accordoient des por- 
tions de terre devenues vacantes par l'extin- 
ction de quelques familles, s-"^ Dans ces der^ 
nîers 'temps , des guerres fréquentes en dé^ 
truisoient qn grand nombre; dans les siècles 
antérieurs, ils alloient au loin fonder des co* 
lonies. 6.° Les filles ne coûtoient rien à éta- 
blir, il étoit défendu de leur constituer Aine 
dot* jJ^ L'esprit d'union et de désintéressement 



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t)U JEÛN* ANAGHÀRSIS iA 

rendant en quelque façon tontes choses commu- 
nes entre les citoyens , les uns n*avoient sou- 
vent au dessus des autres que Tavantagc dt 
prévenir ou de seconder leurs désirs. 

Tant que cet esprit s*est maintenu , la con- 
stitution résistoît aux secousses qui commen- 
çoiem à l'agiter. Maïs qui la soutiendra désor- 
mais, depuis que par le décret des Ephores 
dont j'ai patlé , il «st permis à chaque citoyen 
de doter ses filles, et de disposer à son gré 
de sa portion ? Les hérédités passant tous les 
jouTs en différantes mains, Téquilibre des for- 
tunes est rompu , ainsi que celui de Téga- 
lité. 

le reviens aux dispositions de Lycurgue • 
Les biens fonds, aussi libres que les hommes, 
ne dévoient point être gravés d'impositions . 
L'état n'avoit point de trésof ; en certaines oc- 
casions , les citoyens contribuoient suivant leurs 
facultés ; en d'autres ; ils recouroient à des mo- 
yens qui prouvoient leur excessive pauvreté • 
Les députés de Samos vinrent une fois deman- 
der à emprunter une somme d'argent ; rassem- 
blée générale n'ayant pas d'autre ressource » 
indiqua un jeûne universel , tant pour les hom- 
mes libres , que pour les esclaves et pour les 
animaux domestiques. L'épargne qui en résulta 
fut remise aux députés. 

Tout plîoit devant le génie de Lycurgueî 
le goût de la propriété commençoît à disparoî- 
trc ; des passions violentes ne troubloient plus 
Tordre public Mais ce calme seroit un malheur 
de plus , si le législateur n'en assurolt pas la du- 



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tsia VOYAGE 

/ 

rée. Les loix toutes seules ne sauroîent opé- 
rer ce grand effet: si pa s'accoutume à mé^ 
priser les moins importantes ; on négligera bien- 
tôt celles qui le sont davantage . si elles sont 
trop nombreuses» si elles gardent le siknee 
en plusieurs occasions , si d'autres fois elles 
parlent avec l'obscurité des oracles ; s'il est 
permis à chaque juge d'en tixerle sens, à cha- 
que citoyen de s'en plaindre; si jusques dans 
les plus petits détails elles ajoutent à la con« 
traintc de notre liberté le ton avilissant de la 
menace , vainement seroient-elles gravées sur 
le marbre, elles ne lasseront jamais dans les 
cœurs • 

Attentif au pouvoir irrésistible des impres* 
sions que l*homme reçoit dans son enfance et 
pendant toute sa vie, Lycurgue s'étoit dès 
long-temps affermi dans le choix d'un système 
^que l'expérience avoit justifié en Crète. Elevez 
tous les enfans en commun, dans une même 
discipline y d'après des pri^icipes invariables , 
sous les yeux des magistrats et de tout le pu- 
blic, ils apprendront leurs devoirs en les pra- 
tiquant; ils les chériront ensuite, parce qu'ils 
les aaront pratiqués; et ne cesseront de les 
respecter , parce qu'ils les verront toujours pra- 
tiqués par tout le monde. Les usages, en se 
perpétuant, recevront une force invincible de 
leur ancienneté et de leur universalité: une 
suite non interrompue d'exemples donnés et 
reçus fera que chaque citoyen , devenu le lé* 
gisUteur de son voisin , sera pour lui une rè* 
gle vivante; on aura le mérite d^ Tobéissau- 



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DU JEUNE ANAGHABSIS laS 

ce , en cédant à la force de Thabitudè ; et 
Ton croira agir librement, parce qu'on agi* 
ra sans efforts 

Il suffira donc à l'instituteur de la nation 
de dresser f pour chaque partie dei'administrar 
tion , un petit nombre de loix qui dispenseront 
d*ea désirer un plus gran^ nombre , et qui 
contribueront à mantenir Tempire des rites , 
beaucoup plas puissant que celui des loix mê- 
me. U défendra de les mettre par 'écrit , de 
peur qu'elles ne rétrécissent le domaine des 
vertus , et qu'en croyant faire tout ce qu'on 
doit , on ne s'abstienne de faire tout ce qu'on 
peut. Mais il ne les cachera point ; elles seront 
transmises de bouche en bouche, citées dans 
toutes les occasions, et connues de tous les 
citoyens témoins et juges des actions de cha- 
que particulier. Il ne sera pas permis aux jeu- 
nes gens de les blâmer , même de les soumet- 
tre à leur examen, puisqu'ils les ont reçues 
comme des ordres du ciel, et que l'autorité 
des Joix n'est fondée que sur l'extrême véné-- 
ration qu'elles inspirent. Il ne faudra pas non 
plus louer les loix et les usages des nations 
étrangères , parce que si l'on n'est pas persua- 
dé qu'on vit sous la meilleure des législations» 
on en désirera bientôt une autre • 

Ne soyons plus étonnés maintenant que 
l'obéissance soit pour les Spartiates la premiè- 
re des vertus , et que ces hommes fiers ne 
viennent jamais, le texte des loix à la main « 
demander compte aux magistrats des sentences 
émanées de leur tribunal. 



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t&4 VOYAOE^ 

Ne soyatis pas snrprii aoit plus que Ly* 
curgae ait regardé rédacation comme TaiFaire 
la plas importante du législateur « et que pour 
subjuguer l'esprit et le cœur d^$ Spartiates, il 
les ait soumis de bonne heure aux épreuves 
dont je vais rendre compte» 



Fin. du Chapitre quaranU'Sixièm$. 



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DU JEUNE ANACHAR8I8. xa9 

CHAPITRE XL VIL 
De V £ducaH<m et du Mariage des Spartiates. 



X^es loix cîe Lacédémone veillent avec «n loia 
extrême à Téducation des enfans; elks ordoa* 
lient qu'eHe soit publique et commane aux pau- 
vres «t aux riches ; elles préTiennent le momeat 
de leur naissance ^ Qaand une femme .a déd^ 
ré sa grossesse , on suspend dans s.ox» a{^rt^ 
ment des portraits où brillent la jeunessie cit.U 
beauté, tels que ceux d'Apollon, de Narcisse ^ 
d'Hyacinthe:, de Castor, ete Pollax, &€. ^ afip 
que son imagination , sans cesse frappée de oçs 
objets , en transmette quelques. ttsiçCei à l'enfant 
qu'elle porte dans son.sein.< • • * . 

A peine a-t-il reçu le joui, qu^oa le pré- 
sente à l'assemblée des plus anciens de la M^- 
bu à laquelle sa famille appat^em«..La nourri- 
ce est appellée : au- Heu de le laVeravec.dcri&aUy 
elle emploie des lotions de, via,. qui occasiom* 
nent , à ce qu'on prétend , des acçidens fiines- 
tes dans les tempéramens foibles. D'après rçette 
épreuve, suivie d'un examen rigoureux , la sçn- 
tei.ce de l'enfant est pronoucée< S'il n'«$t ex- 
pédient ni poar lui ni pour la vépablique » qu*il 
jouisse plus long-temps de la vie^ on le fait 
jeter dans ui^e gouffre auprès du mont Taygè- 
te. S* il paroît sain et bien constitué^ on le choi- 
sit « au txom de la patrie, pour .éti:e quelque 
jour un de sei défense irs., 

Ilamwé à U, maison » îl t%% po§^. sur !^a 



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,^ VOYAGE 

bouclier, et l'on place auprès de cette espèce 
Se berceau- une lande, afin qAe iscsî premiers 
regards se familiarisent avec cette arme. 

On ne «erre point ses membres délicats 
avec des liens qui en suspcndroient les mouve- 
inens: on n'arrête point ses pleurs , s'ils ont 
besoin de couler; mais oh ne les excité jamais 
par des menaces ou par des cpups. Il s'accou- 
tume par degrés à ia solitude, aux ténèbres, 

♦à la plus grande indifférence sar le choix des 
âlîmens* Point d'impressions de terreur , point 
de contraintes inutiles, ni de reproches injus- 

'tes-, livré sans réserve à ses jeux innocens , il 

-jouit pleinement des douceurs de la vie, et son 
bonheur hâte le détpeloppement de ses forces et 

'-de ses qualités. 

Il est parvenu à l'âge de sept ans sans 
connoître la crainte servile^ c'est à cette épo- 
que que finit communément l'éducation domes- 
tique. Ou' demande au père s'il veut que son 
^enfant soit ékvé suivant les loix : s'il le refu- 
se^ il est itti-même privé des droits du citoyen; 
s*il y comment, Tenfant aura désormais ^our 

" surveillans , non seulement les auteurs de ses 
ÎOMTS, mais encore* les loix, les magistrats , et 
tous les citoyens autorisés à l'interroger, à lai 
donner des avis, et à le châtier, sans crainte 
de passer pour sévères \ car ils seroient punis 
eux-mêmes si , témoins de ses fautes, ils avoienc 
la foiblesse de l'épargner. On place à la tête 
des enfans un des hommes les plus respecta- 
bles de la république ; il les distribue en diffé' 
rentes classes, à chacune desquelles préside on 
jeune chef distingué par sa sagesse et son cou- 



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, DU JEUNE ANAGHARSI9 i^i 

rage» Ils doivent^ se soumettre sans murmurer 
aux ordres qu'ils en reçoivent , aux châtimens 
qu'il leur impose, et qui leur sont infligés par 
des jeunes gens arinés de 'fouets, et parvenus 
à l'âge de puberté. 

La règle devient' de jour en jour plus. sé<- 
vèré» On les dépouHie-de leurs cheveux; ils 
marchent sans bas ret sans souliers , pour les 
accoutumer à la rigueur des saisons; on les £|it 
quelquefois combattre tout nus. 

A l'âge de doucLe a.«s ils quittent la tuni* 
que, et ne se couvrent plus qjue d'un simple 
manteau qui doit durer toute une aainée. On 
ne leur permet que: rarement l'usage des bains 
et des parfums^ Chaque «iroupe ~ cooche. ensem- 
ble sur des sommités de roseaux qui croissent 
dans l'Eurotas , et qu'ils arrachent sansi le ser 
cours du fer. 

C'est alors qu'ils commencent à contracter 
ces liaisons particulières , peu connues des na- 
tions étrangères , plus .pures à Lacédémone que 
dans les autres villes de la Grècô. 11. est permis 
à chaxrun d'eux de. recevoir les attentions assi- 
dues d'un honnête- jeune homme attiré auprès 
de lui par les attraits de la beauté, par les. char- 
mes plus puissans des vertus dont elle paroic 
être l'emblème. Ainsi la jeunesse de Sparte esc 
comme divisée en deux classes : l'une composée 
de ceilz qui aiment; l'autre de ceux qui sont 
aimés. Les premiers destinés à sqrvir de. modè- 
les aux seconds , portent jusqu'à, l'enthousias- 
me un sentiment qui entretient la. plus noble 
émulation » et qui , avec les transports de ra- 
meur, n'est au fond que U t^dresse passion* 



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^s8 VOYAGE 

née d'un père poar son fils , ranitié ardente 
d'un frère pour son frère.. Lorsqu'à la vue du 
même objets plusieurs éprouvent l'inspiration 
sdivine, c^est le nom queToa donae au pen- 
chant qui les entraîne, loin de se livrer à k 
jalousie , dis n'en sont que plus unis entre eux, 
-que plus intéressés aux piogrès de ceur qu'ils 
•aiment ; car toute leur ambition est de le rea- 
dre aussi estimable aux yeux des aatcer, qu'il 
l'est à leurs propres yeux. Un des plus honnê- 
tes citoyens fut condamné à T amende pour ne 
;sVtre jamais, attaché à un jemne homme ; un 
autre , parce que son jeune ami avoit dans un 
"combat. poussé un..cri..de foiblesse. , 

'Ces associations, qui ont souvent produit 
de grandes 'Choses, : sont communes aux deux 
sexes , er durent quelq'uèfpis toute k vie. Elles 
étoient depuis longtemps établies en Crète; 
Lycurgueen connut» le priât et en prévint les 
dangers^ Outre que la moindre tache imprimée 
sur une union qui doit être sainte, qui l'e&c 
fresque ti>u}ours, couvriroit pour jamais d'in- 
famie le eoupable, et seroit mémei suivant les 
circonstances, punie de mort, lés élèves ne 
* peuvent se dérober un seul moment aux regards 
des personnes âgées qui se. font un devoir d'as- 
sister à. leurs exercices, et dly maintenir la dé- 
cence, aux regards du président général de l'é- 
ducation, à ceux de l'Irène,, ou chef particulier 
qui commande chaque division. 

Cet Irène est un jeune homme de.yingt 
ans , (j|ai réf oit pour prix de son courage et 
de sa ptiidentie , l*honneur d'en donner des le- 
çons à ceux que l^on confie à ses soin^ Il es« 



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DU TEÛNE Al^AlSIf ARSIS ^219 

l leur tète, quand ils te Ihirefit Àei nmhàu^ 
^ttand ils passent TEaiotas i la nage;. quand 
ils vont à la chassé» quand ; Hs se - forment à 
la' lutte « à la course ,- aux difFér^ns^'CXcrcicea 
du gymnase. De retour chez lui, ils prennent 
une nourriture saine et'fcogate; ils k. prépa- 
rent eux*mâmes. les- plus forts apportent te^ 
bois , les plus foibies des herbages et d':atitret 
alimens quMlt ont dérobés en se glissant farti^ 
Temem dan» les jardins et><dans les* salles des 
repas publics. Sunc-ils découvert s*? tantûi' on 
leur donne le fouet ; tantôt on jomt'à ce^ch^ 
liment la défense d'approcher de la tsiâde;:qaek* 
que-fois on les traine auprès â*un a^tehdront 
ils fenft^ le tout en chantant des vers cqntre 
eaxMnéiœa. .\ 

Le souper fini , Ir jeune chef ordonne aux 
uns 'de chamei: , propose aux autres* des. ques» 
tions d après iesquellt^s xinpeut juger de leut 
esprit ou dé leurs sentimens . •« Quel eir h| 
pins honnête homme de la ville ? Que pensez- 
vous d'une telle action? ,, La réponse doit 
être (frécise et motivée» Ceux qui parlent aama 
avoir pensé repoivent de légers châtimens ei^ 
présence des magistrats et des vieillards té^ 
moins de ces entretietis ^ et quelquefois' mél^ 
contens de la sentence du. jeune chef; maîe 
dans, la crainte d'aiToiblirson csèdit^ ils^^tcen? 
dent qu'il soit seul pour le punir lui-même d^ 
son indulgence ou de sa. sévérité» ' w ^ 

On ne donne, aux élèves qu*nne légàr* 
teinture des lettres; mais on leur apprendra 
s'expliquer purement , à figurer dans les chœurs 
4es danse et de musique, à perpétrer dan» 

Tom. ir. 9 . 



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leurs vers le sonv^tiir des ceux qui sont morts 
pour It patrie , et la home de ceux qui Tom 
irahiei Dans ces poètes, les grandes idées sont 
rendues avec simplicité |. les sentimcns élevés 
avçc chaleiir. 

Tous les jours,.. les Ephores se rendent 
chez eux ; de tçmps » -en temps, ils vont chn 
les- Ephores i qui elxamineat si leur éducation 
«st bien soigiiée, «'il ne s^est pas glissé -quel- 
que ^délicatesse dans- leun lits ou leatsi^ite- 
lemens , s'ib ne sont pas trop disposés à gros* 
ain:.Ce dernier article est ressentie! ; on a vu 
quelquefois à Sparte des . magistrats citer as 
tribunal de la nation, et menacer deTexil^des 
ettoyens dont Texcessif embonpoint sembloit 
être une preuve de mollesse. Un visage effé- 
miné feroit rougir un^ Spartiate ; il faut que le 
corps, dans ses accroissemens ,• prenne de la 
souplesse et de la force , en . conservant tou^ 
jours > de justes proportions. 

C'est Tolyet qu'on se propose en soumet* 
tant les îeunes Spartiates À des travaux qui 
remplissent presque tous les momens dtf leur 
iournée Us en passent une grande partie dans 
le gymnase « oà Ton ne trouve point, comme 
dans les autres villes « de ces maîtres qui ap- 
prennent à leurs disciples l'art de supplauter 
adroitement un adversaire: ici la ruse souille- 
foit le courage, et l'honneur doit accompa* 
gner la défaite ainsi que la victoire. C'est pour 
cela que i dans certains exercices , il n'est pai; 
permis , au Spartiate qui succombe , de lever 
h main , parce que ce seroit recoanoitre uo 
vainqueur • 



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ou JEUNE ANAGHARSI8. ita 

fai souvent assisté aax combats que sa 
lirrent dans le Plataniste les jeuaes gens par* 
venus à leur dix-huitième année. Ils en font 
les apprêts dans leur collège^ situé au bour^ 
de Thérapné : divisés en deux corp$ ,.dp|it^ Tua 
te, pare du nom d'Hercule, et l'autre de celai 
de Lycurgue, ils immolent ensemble, pendant 
la nuit , un pe{it cbien sur 1 autel de Mars • 
On^ a pensé que le plus courageux dcx anixxuux 
domestiques» devoit être la victimt la plut 
agréable au plus courageux des dieux. Aprèt 
le sacrifice, chaque troupe amène fin sanglier 
apprifoi^é , l'excite contre Tautre par ses cris , 
et, s*il est vainqueur , en tire un augure ^a^ 
vorable. 

Le lendemain sur Iç midi ; les leupes guer* 
tiers s'avaiicent en ordro et par des chemine 
diifêrens, indiqués par le, sort , vers le. chauip 
de bauiile. Au signa] doruié, ils fondent les 
uns sur les autres' f se ppussent et ae repo^is- 
tenc tour*à-tovir.« Bientôt^ leur ardeur augmen* 
te. par degrés : on les voit se, battre à coups 
de piçds et de poings» t'entre déchirer avec 
kt dents et les ongles., coatinuer un combat 
désavantageux, malgré des blessures doulou« 
reuses , t exposer à .périr ^plutôt quf çde céder; 
quelquefois même augmenter de fierté en dimi* 
nuant de forces, V^^ d'entre eu»,-frêt deje« 
ter ton antagoniste à terro « s'écria tout^à coup: 
„ Tu jxkt taords comme une femme : Non, ré« 
pondit l'autre , mais comme un lion ,» • L'actioii 
se passe sous les ye\i^.de cinq magistrau , qui 
peuvent d'un mot ep^ modérer la fureur ; ea 
présence d'une foule 4e .témaint qui tour-à-* 



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it* VOYAGE 

tour prodiguent et des éloges aux rainquears 
et des sarcasmes aux raincas. Elle se termine, 
lorsque ceux d'un parti sont forcés de traver- 
ser a ia nage les eaax de TEurotas , ou celles 
d'an canal qui conjointement avec ce fleuve 
•ert d'enceinte au Plataniste; 

J'ai vu d'aatres combats oA le plus gïand 
courage est aux prises avec les plus vives dou- 
leurs. Dans une f^te célébrée tous les ans en 
l'honneur de Diane surnommée Orthia , on pla- 
ce auprès* de l'autel de jeunes Spariates à pei- 
ne sortis de l'enfance , et choisis dans tous les 
ordres xie l'état ; on lés frappe à grands coups 
dt fouet j jusqu'à ce que le sang coninience à 
couler. La prétresse est présente, elle tient 
dans stt mains «^une statue de bois très-petite 
tt très- légère; c'est celle de Diane. Si les exé- 
cuteurs paioissjnt sensibles à la pitié, k prêtres- 
se s'écrie qu'elle né peut plus soutenir le -poids 
de la statue. Les coups redoublent alors; Tin- 
térêfr général devient *plus pressant. On entend 
les cris forcenés defs'parens qui exhortent ces 
victime^ innocentes i ne laisser échapper aucu- 
ne plainte: elles mêmes provoquent et défient 
la douleur. La présence de tant de témoins 
occupés à contrôler Icurs^ moindres mouvemens , 
^et l'es^oïf de la victoire décernée à celui qui 
souffre^ avec le plus de constance , les endur- 
cissent dé 'telle manière qu'ils n'opposent à ces 
horribles tburmens qu'un front serein et une 
joie révoltante. 

Surpris dt.leur fermeté, je dis à Di^no- 
nax qui m'accompagnoit: 11 faut convenir que 
vos lôîx sont* fidèlement observées ; dites, plu- 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. i» 

tôt, répondît-il, îadigncment outragées. La ce* 
rémonic q^e vous venez de voir fut instituée 
autrefois en l'honneur d'une divinité barbare , 
dont on prétend qu'Orcitc avoit apporté la sta- 
tue et le culte, de la Tauride ,à Lacédémone. 
L'^oracle avoit ordonné de lai sacrifier dts hom- 
mes ; Lycurgue abolit cette horrible coutume ; 
mais pour procurer un dédommagement à la 
superstition, il voulut que les jeunes Spartiates 
condamnés pour leurs fautes à la peine da 
fouet,, là subissent à j'autel de k déesse. 

Il falloit s'en tenir aux termes et à l'es- 
prit de la loi: elle nordonnoit qu'une pu«îtien 
légère ; mais nos éloges insensés excitent , soit 
ici, soit au Plataniste, une détestable émula- 
tion parmi ces jeunes gens. Leuri tortures sont 
poar nous un objet de curiosité ; pour eux , 
un sujet de triomphe. Nos pères ne connois- 
soicnt que l'héroisme utile à la patrie , et leurs 
vertus n'étoient ni au-dessous r ni au-dessus do 
leurs devoirs. Depuis i|ue la vanité s'est empa-* 
rée des nôtres, elle en grossit tellement les 
traits , qu'ils ne sont plus reconnoissables. Ce 
changement, opéré depuis la guerre du Pélo- 
ponèse , est un symptôme frappant de la déca- 
dence de nos mœurs. L'exagération, du mal ne 
produit ifue le mépris; celle du bien surprend 
Testime ; on croit alors que Téclat d'une action 
extraordinaire dispense des obligations les plus 
sacrées. Si cet abus continue, nos jeunes gens 
finiront par n'avoiç, qu'un courage d'ostenta- 
tion; ils braveront la mort à l'autel de Diane^ 
et fuiront à l'aspect de l'ennemi • 



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tU T O T A C B 

Rappel!ez-voui cet enfant qui ayant Taii- 
tre jour cacHé dans son sein un petit renard» 
it laissa déchirer les entrailles plutôt que d'a- 
vouer son larcin : son obstination parut si nou- 
tclle , que SCS camarades le blâmèrent haute- 
ment. Mais, dis-je alors, elle n'étoit paslasui- 
te de vos institutions ; car il répondit qu'il va* 
loit. mieux périr dans les tourmens que de vi- 
vre dans Topprobre. Ils ont donc raison ce» 
philosophes qui soutiennent que vos exercices 
impriment dans Tame des jeunes guerriers «ne 
«spèce de férocité. 

Ils nous attaquent » rfeprit Damonax , aa 
moment que nous sommes par terre. Lycurgue 
avoit prévenu le débordement de nos vertua 
par des digues qui ont sabsisté pendant qua* 
tre siècles, et dont il reste encore des traces. 
M'a-t-on pas vu dernièrement un Spartiate pu- 
ni après des exploits signalés , pour avoir com- 
battu sans bouclier? Mais à mesure que nos 
mœurs s'altèrent , le faux honneur ne connoît 
plus de freiii , et se commutiique insensiblement 
I tous les ordres de l'état «Aatre-fois les fem- 
mes de Sparte , plus sages et plus décentes 
qu'elles ne le sont aujourd'hui, en apprenant 
la mort de leurs fils tues sur le champ de ba- 
taille , se contentoient de surmonter la iiatu*- 
te; maintenant elles se font un mérite de l'in- 
sulter; et de peur de paroitre foibles, elles ne 
craignent paS de se montrer atroces. Telle fut 
la réponse de Damonax. Je reviens à l'éduca- 
tion des Spartiates. 

Dans plusieurs villes delà Grèce, les en- 
fans parTcnus à leur dix-huitième année « ne 



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DU JEUNE ANACBARSIS^ kSS 

sont plus tous Toeil vigilant des institoteurs • 
Lycttrgae connoissoit trop le cœur humain pour 
Tabandonnei: à lai-méme , dans ces momens cri« 
tiques d'où dépend presque toujours la desti- 
née d'un citoyen , et souvent celle d'un état» 
Il oppose au développement des passions une 
nouvelle suite d'exercices et de traraux. Les 
chefs exigent de leurs disciples plus de mode- 
stie , de soumission , de tempérance et de fer- 
veur. C'est un speetacte singulier de voir cet- 
te brillante jeunesse, à qui l'orgueil du cou- 
rage et de la beauté dévrôit inspirer Mant de 
prétentions , n'oser , pour ainsi dire, ni ouvrir 
la bouche , nî lever les yeux ; marcher à pas 
lents et avec la décence d^une fille timide qui 
porte les olFrandes satréeis,: Cependant si eette 
régularité n'est pas animée par un puissant m^ 
térét, la pudeur régnera sur leurs fronts, et 
le vice dans leurs cœurs. Lycurgue leur susci: 
te alors un corps d'espions et de rivaux qui 
les surveillent sans eesse. 

Rien de si propre que cette méthode pfouif 
épuret les vertus. Placez a côté d'un jeune hom- 
me un modèle de, même âge que lui» il le ha^ 
it y sHi ne peut l'atteindre ; il le méprise , s'il 
en triomphé sans peine. Opposez au contraire 
un corps à un autre: comme il est facile dé 
balancer leurs forces et'de varier leurs compo- 
sitions, l'honneur de la victoire. et la hoetede 
la défaite ne peuvent ni trop enorgueillir , ni 
trop humilier- les particviUers. Il s'étabUt entr« 
eux une rivalité accompagnée d'estime ; leurs 
parens^ leurs amis s'empressent de la par- 
tager s et de simples exercices deviennent des 



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Sf6 . y o y A G B 

Ipectades iot^ressans pQur tous les citofeH»» 
Les jeunes Spartiates quittent souvei^^l^^^^ 
jeviic pour se livrer à des mouvemens plus rapi» 
des* On leur ordoimc de se répandre dans U 
pr<»Vince^ les armes à la .main, pieds nus » 
exposés aux intempéries' des maisons ^ sans es- 
claves pour les servir « sans couverture pour 
les garantir du froid jseiidani la nuit Tantôt 
lis étudiJÈ^nt le pa/s « .et Jes moyens de le pré- 
server des incursions de Tennemi : tantôt ila 
courent après les sangliers et difTérentes bètea 
fauves^ P*autres fois, ppur essayer les diverses 
nianœuvres de l'art militaire^ ils se tiennent 
en embuscade pendant le jour , et la nuit soi* 
vante ils attaquent et font succomber sous leurs 
coups les Hllotes c^ui , prévenus du danger» 
ont eu Tim prudence dé sortir et de se trouver 
sur leur chemin «► . ' 

Les filles de Sparte ne sont point élevées 
comme celles d'Athènes; on ne leur prescrit 
pcnnt de se tenir renfermées «de filer la laine, 
de s'abstenir du vin, ft d'une nourriture trop 
forte; mais on leur apprend, à danser, à chan- 
ter, à lutter entre elles, à courir légèrement 
sur la sable, à lancer avec, force le palet, ou 
le javelot , à faire tous leurs exercices sans 
voile et' à demi- nu, en présence des Rois, des 
ihagistrats et de tous les citoyens , sans en ex- 
cepter même les jeunes garpons qu'elles exci- 
tent à la gloire, soit par leurs exemples, soit 



$ Vejéi la note à la fin da volume. 



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DU JEUNE ANÀGRARSIS ^ iSf 

par des âoges flatteurs, ou par des ironies* 
pi<]uantes . 

C'est dans ces jeux ifue deux cœurs des* 
tînés à s'unir un )our , commencent à se pé« 
outrer des sentimens qui doivent assurer leur 
bonheur *; mais les transports d'un amour nais- 
sant Ile sont jamais couronnés par un hymen 
prém'ature **. Par-tout où Ton permet à dtt 
enfans de perpétuer les familles , l'espèce hu- 
maine se rapetisse et dégénère d'une manière 
sensible • Elle s'est soutenue à Lacédémone , 
patce que l'on ne*s'y marie que lorsque le corps 
a pris son accroissement , et que la raison peut 
éclairer le choix. 

Aux qualités del'ame les deux époux doi- 
vent joindre une beauté mâle, une taille avan- 
tageuse, une santé brillante. Lycurgue et d'a<r 
près lui des philosophes éclairés ont trouvé 
étrange qu'on se donnât tant de soins pouf 
perfectionner les races des animaux domesti- 
ques, tandis qu*on néglige absolument celles 
des hommes. Ses vues farent remplies , et d'heu-* 
Teu4 assortimens semblèrent ajouter à la nàtu^ 
te de l'homme un nouveau degré de force et 
de majesté. En effet, rien de si beau, rien de 
si pur que le sang des Spairtiates. 

Je supprime le détail des cérémonies da 
mariage ; mais je dois parler d'un usage remar- 
quable par sa singularité. Lorsque l'instant de 
la concluî»ion est iarrivé» Tépoux» après unie* 



* Voyez la note à la fin do volume. 
^ Voyes la. note à la fin du volume. 



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iSt V O Y A O B 

fer repas qail a pris dans la salle publique; 
aê rend > au commencement de la nait « à la 
maison de sts nouveaux parens ; il enlève fur- 
tivement son épouse , la mène chez lui ; et 
bientôt après vient au gymnase rejoindre ses 
camarades , avec lesquels il contioae d'habiter 
comme auparavant. Les jours suivans , il fré* 
quente à Tordinaire la maison paternelle ; mais 
il ne peut accorder à sa passion que des in-« 
stans dérobés à la vigilance de ceux qui Ten^ 
tourent ; ce seroit une honte pour lui ^ si on 
le voyoit sortir de l'appartement de sa femme. 
Il vit quelque*ibis des années entières dans ce 
commerce, où le mystère ajoute tant de char- 
snes aux surprises et aux larcins. Lycargue sa- 
voit que des désirs trop tôt et trop souvent 
satisfaits , se terminent par rindifférence ou par 
le dégoût ; il eut soin de les entretenir « afin 
que les époUx eussent le temps de s'accoutu- 
mer à leurs défauts , et que l'amour , dépouil- 
lé insensiblemfent de ses illusions , parvint à 
sa perfection en se changeant en amitié. De 
là rheurease harmonie qui règne dans cet fa- 
milles, oà les chefs déposant leurs fierté à la 
voix l'un de l'autre, semblent tous les jours 
a*unir par un nouveau choix, et présentent 
eans cesse le spectacle touchant de Textréme 
courage joint à Textrême douceur. . 

De très-fortes raisons peuvent autoriser 
un S^rtiate à ne pas se marier ; mais dans 
•a vieillesse il ne doit pas s'attendre aux mê- 
mes égards que les 'autres citoyens • On cite 
l'exemple de Dercyllidas qui avoit commandé 
les armées avec tant dt gloire. Il tint à Tas- 



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^ su lEUlf E AKACMABSIf. <i8i 

•MbMe: un jeun^ homme lai dit: ,, Je ne me 
lèv« pas devant toi , parce que tu ne laisse* 
ras point d*enfans qui puissent un jour se le* 
ter devant moi ,, . Les céiibatairet sont expo- 
sés à d'autres humiliations : ils n^assistent point 
aax combats que se livrent les filles à demi- 
Att ; il dépend du magistrat de les contraindre 
à faire «pendant les rigueurs de l'hiver, le tour 
de la place, dépouillés de leurs habits , et chan- 
tant contre éuxmiémes des chansons , , où ils 
reconnoissent que leur désobéissance mu^ lois 
Hérite le châtiment qu'ils éprouvent. 



Fb$ du Ciapitte quarantê-septiiBiê* 



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i4o VOYAGE 

CHAPITRE XLVÛL 

Des mœurs et des usages des Spartiates. 

Xjit chapitre n est qu'une suite du précédent: 
car Téducation des Spartiates continue,, pour 
ainsi dire , pendant toute leur vie. - 

Des rage de vingt ans ils laissent croître 
leurs cheveux et leur barbe: lés cheveux ajou- 
tent à la beauté , et conviennent à l'homnie 
libre , de même qu'au guerrier. On essaie Tobeis- 
saace dans les choses les plus indifFérentes . 
Lorsque les Ephores entrent en place , ils font 
proclamer à soa dt trompe un décret qui or- 
donne de raser- la lèvre supérieure » ainsi que 
de soumettre aux loix. Ici tout est instruction. 
Un Spartiate interrogé pourquoi il entretenoit 
une si longue batbe: „ Depuis que le temps 
Ta blanchie , répondit-il « elle m'avertit à tout 
moment de ne pas déshonorer ma vieillesse »,« 

Les Spartiates, en bannissant de leurs ha- 
bits toute espèce de parure > ont donné un 
exemple admiré et nullement imité des autres 
nations. Chez eux , les rois , les magistrats , 
les citoyens de la dernière classe n'ont rien qui 
les distingue à Textérieur ; ils portent tous une 
tunique très-courte et tissue d'une laine très- 
grossière; ils jettent pardessus un manteau ou 
une grosse cape. Leurs pieds sont garnis de 
sandales ou d'autres espèces de chaussure , 



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DU JEUNE ÀNACHARSIS ^È4i 

août la plus commune est de «oaleur rouf e • 
Deux héros de Lac^démone , Castor :c€ Pallux« 
sont représentés avec de» bonnets , qui ^ joints 
Tan à l'autre par :leur partie inféiieare , res« 
semblerolent pour la forme à cet œuf âont oa 
prétend qu*iU -tirent leur origine. Prenez un 
de ces bonnets « et vous, aurez celui dont les 
Spartiates se Servent encore aufousd'hut. Qael- 
qaes-uns le serrent <troitement.airec des cour* 
roies autour des oreilles ; d' auttres conimen* 
cent à remplacer cette coeiFure^ par eelle des 
coartisannes de la Grèce. ,» Le^ Lacéâémç* 
niens ne sont plus' invincibles , disent de moa 
temps le poëtè Amiphane;lea réseaux qui *re« 
tiennent leurs cheveux sont tésnts en *pour* 
,pre „ . . . ' l , 

Us furent les premiers après les Cretois à 
se dépouiller entièrement de leurs habits à&M 
les exercices du gymnase. Cet usage s'intro- 
duisit ensuite dans les jeux olympiques, et a 
cessé d'être indécent depuis qu'il est ^yena 
commun . 

Us paroissent en public avec de gros bâ- 
tons recourbés à leur extrémité supérieure t 
mais il leur est défendu de les porter à ras- 
semblée générale, parce que les affaires de 
Téiat (ioivent se terminer par la force de U 
ntison , et non par celle des armes; 

Les maisons sont petites et construites 
sans art: on ne doit travailler les "portes qu'a- 
vec la scie, les planchers qu'avec la cognée; 
des tronc, d'arbres, à peine dépouillés d« leura 
écorées, servent de poarres . Les meubles ♦ 



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tiâ . VOT402. ^ 

^icôque plus fl^gaat, participent à la mém 
timpUcité; ils ne font i»mi4S confusément en- 
tassés* Les fiqmrtiates pni 4oîis la main to«ç# 
dontikontdbcsorn, imrçe.qu'ilssefom an de- 
voir de mettie chaque chose à 5a place . Cet 
petites attentions entretiennent chci eux Tamour 
de Tofdre et de la discipline. 

Leuï régime est austère^ Un étranger qui 
les avoit «ns étendus autow d'une, fable et sur 
le champ^ de bataille ,, trQuvoit plus aisé de 
supporter une telle mort qa'une telle vie. Ce- 
pendant Lycurgae nà retranché de leurs repas 
que lè sujperfln;et s'ils sont frugals, c'est plu- 
tôt par vertu que par nécessité» Ils ont de la 
¥iando de boucherie ; le mont Taygète Itiir 
fournit une chasse, abondante ; leurs plaines , 
des lièvres, des perdrix et d'autres espèces de 
gibier; la. mer et l'Èarotai^du poisson. Leur 
-fromage de Gythium est estimé *. Us ont de 
plus difTér entes sortes de légumes , de fruits, 
4e pains et de. gâteaux. 

Il est vrai que Jeurs cuisiniers ne sontdes^ 

dnés qu'à: préparer le grasse ^viande , et qu'ils 

doivent s'interdire les ragoûts, à Texception 

-du brottet noir ** . C'est une «auce dont j ai 



t%>v%/%j^t/*fyy* ^ ^^ *^ ^ ^^^ 



♦ Ce fromage est encore e^imédan lea pays. 

*♦ Aleufdius con jective .que le bleuet noir •• 
&i8oit avec du jus exprimé d*u|ie pi^ce de pore 
auquel on ajoutoît du vinaigre et du sel. Il p»- 
roit en effet que le» cuisiniers ne pouvoient em- 
ployer d'autre attaisonnement que le sel et le vi» 
naigre. ' • 



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DU TEUNE ANAGHAnsIS 14s 

oublia kv cptep0sition « et ilao» 'l^qâelle les Spar« 
tiates treœpeut leur pain. lU la, profèrent aux 
mecs les plus e^nis. Ce fut sur s» répiitation 
que Denys , tyran de Syracuse > voukt en en<- 
richir sa. table; Il fit venir un çuisînier de Lacé- 
démone y et lai ordonna de ne rien .épar|;aer • 
Le brotiet fut servi; le roi en goûta,: et le re- 
jeta a:vec indij^nation. ,, Seigneur, lui dit rési- 
da ve > il y manque un assatisonnenient essen- 
tiel* Et quoi done, répondit le prince? Un 
exercice violent avant le repas ^ répliqua Tes- 
clavc ,^, 

La Laconie produit plusieurs espèces de 
yina. Celui que Ton recueille sur le cinq col- 
lines , à sept stades de Sparte, exhale une 
odeur aussi douce que celles des fleurs • Celui 
qu'ils font cuire doit bouillir jusqu'à ce. que 
le fea en ait consumé la cinquième partie. Us 
le conservetit pendant quatre aifs avant de le 
boire. Dans leurs repas, la conpe ne passe de main 
en maik comme. chez les autres peuples; mais 
chacun épuisé la sienne, remplie aussitôt par 
l'esclave qui les sert à table. Us ont la per- 
mission de boire tant qu'ils en ont besoin; ils 
en usent avec plaisir , et n'en abusent jamais. 
Le spectacle dégoûtant d'un esclave, qu'on eni- 
vre, ctqu^on jette quelque- fois sous leurs yeux, 
lorsqu'ils sont encore enfans , leur inspire une 
profonde aversion pour l'ivresse , et leur ame 
est trop fière pour consentir jamais à se dé- 
grader. Tel est l'esprit de la réponse d'un Spar- 
tiate à quelqu'un qui lui demandoit pourquoi 
il se modéroit dans Tusage da vin ; „ C'est , 



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t44 VO Y AGE ^^ : 

dit il « poar «'avoir jamais besoin de la rai- 
aoti d'autnii „• Outre cette boisson , ils ap- 
paisent souvent leur soif avec du peut lait ^. 
11$ ont difi^rentes espèces de repas pu- 
blics. Les plus fréquens sont les Phîlities *^. 
Rois , magistrats I simples citoyens , tous s'as- 
temblem pour preodre leurs repas dans des 
salles où sont dressées quantité de tables , le 
plus souvent de quinze couverts chacune. Les 
convives d'une table ne se mêlent .point avec 
ceux d'une autre, et forment utit société d'a- 
mis, dans laquelle on ne peut être refu que 
du consentement de tous ceux qui la compo- 
sent. Ils sont durement couchés sur des lits 
de bols de chêne « le coude appuyé sur une 
pierre ou sur on morceau de bois . On leur 
sert du brouet noir y ensufte de la chair de 
porc bouillie , dont tes portions sont égales ^ 
servies séparément à chaque copvive , quelque- 
fois si petites V qu'elles pèsent à peine un quart 
de mine ***• Ils ont du vin, des gâteaux ou 
du pain d'orge en abondance; D'autres fois on 
ajoute pour supplément à la portion ordinairCi 
•du poisson et .différentes espèces de gibier « 
Ceux qui offrent des sacrifices, ou qai vont 
s à la chasse y peuvent à leur retour manger 



^ Cette boisson est encore tu usage dans Is 
pay». 

** Ces repas sont appelle* par quelques au- 
teurs^ Pbidities^ par plusieurs autres, Phîlities , 
qui paroit être leur vrai nom , et qui désigne dsi 
associations d'amis . 

^** Eayiron trois onces et densie^ 



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-DU JEUNE . ANAGU ARSIS. s4& 

cliez eux ^ mais ils doivent envoyer \ leui:9^ 
commensaux une partie du gibier ou de la 
victime • Auprès de chaque couvert on place 
un morceau de mie de pain pouj s'essuyer les 
doigts. 

Pendant le repas , la conversation roule 
souvent sur des traits de morale , ou sur des 
exemples de vertu. Une belle action est citée 
comme une nouvelle digne d'occuper les Spar- 
tiates. Les vieillards prennent commanément la. 
parole ; ils parlent avec, px^écision ,^ et aont 
<coàtés. avec re^êct. ^ 

h. la décence se joint la gaieté. Lycurgue 
en fit un précepte aux convive.s ; et c'est dans 
cette vue. qu'il ordonna, d^exposer à kurs yeux 
une statue CjO^sacrée^au dieu du r4re. Mais les, 
propos qui réveillent la joi^ n^ doivent avoik 
rien d'offensant; et le, trait nulin^ si par ha- 
sard il en échappe à Tiin des assiscans , ne 
doit, point se çonununiq.aer au-dehors. Le plui; 
ancien, en montrant- la porte à ceux qui ea-r 
trient, le^* avertit que rien de ce ^^^i9 vont 
entendre ne doif sortir par-là . 

Les différentes classes des élèves assistent 
aux. repas , sans y pacticiper ; les plus jeunes i 
poar. enlever adroitement des* tables quelque^ 
portioa qu'ils partagent, avec leurs amis; les^ 
autres, pour y, prenidçe des, levons de sagessq 
et de plaisanterie . . 

Soii que les repas publics aient été éta? 
blis daas une ville» à l'imitation de c^\x% 
q^on prenait dans Un camp, soit qu'ils. tirçn^ 
leur origine, d'une autre cau^e^ il est. çertais^ 
qu'ils produi^^Dt dans un petii état , àfi^ eiTet» 

T0m. JF. i# 



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/ 



i4< VOYAOE. 

merveilleux pour le maintien des loix: pen« 
> dant la paix, l'union» la tempérance, réali- 
té ; pendant la guerre i un nouveau motif de 
voler au secours d'un citoyen avec lequel on 
est eu communauté île sacriiices ou de libations. 
Mmos les avoit ordonnés dans ses états; Ly- 
curgue adopta cet usage avec quelques diffé- 
rences remarquables. En Crère , ia dépense se 
prélève sur les revenus de la république; à 
. Lacédémone, sur ceux des partieulicrs obligés 
de fournir par mois une certaine quantité de 
farine d'orge , de vin » de fromage, de figues 
et même d argent • Par cette contribution for- 
cée , les plus pauvres risquent d'être exclus 
des repas en commun , et c'est un défaut 
qu'Aristote reprochoit aux loix de Lycurgue: 
d'un autre côté-, Platon blamoit Minos et Ly- 
curgue de n'avoir pas soumis les femmes à la 
vie commune. Je m'abstiens de décider entre 
de si grands politiques et de si grands légis- 
latcurs. 

Parmi les Spartiates , les uns ne savent 
ni lire ni écrire^ d'autres savent à peine comp* 
ter ! nulle idée parmi eux de la géométrie , de 
l'astronomie et des autres sciences. Les ' plus 
instruits font L-urs délices des poésies d'Ho- 
mère , de Terpandre et de Tyrtée , parce qu'el- 
les élèvent ^ l'ame. Leur théâtre n'est destiné 
qu'à leurs exercices, ils n'y représentent ni 
tragédies ni comédies, s'étant fait une loi de 
ne point itdmettre chet eux Tubage de ces dra- 
mes. Quelques-uns, en très- petit nombre, ont 
^ Cultivé avec succès la poésie lyrique. Aleman, 
<|ui vivoit il y a, troi$ siècles environ , s'y esc 



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DU JEUNB ANAGHARSIS. 147 

jlistingué; son style a de la douceur , quoi- 
qu'il eut à combattre le dur dialecte Dorien 
qu'où parle à Lacédémone ; mais il étoit ani- 
mé d*un sentiment qui adoucit tout. Il* avoit 
consacré toute sa vie à Tamour^ et il chanta 
l'amour toute sa vie. 

Us aiment la musique qui produit Tenthou- 
siasme de la vertu : sans cultiver cet art » ils 
sont en état de juger de son influence sur les 
mœurs 9 et rejettent les innovations qui pour* 
roient altérer sa simplicité. 

On peut juger par les traits suivans de 
leur aversion pour la rhétorique. Un jeune 
Spartiate s'étoit exercé, loin de sa patrie, dans 
l'art oratoire. 11 y revint , et les Ephores le fi- 
rent punir > pour avoir conçu le dessein de 
tromper ses compatriotes. Pendant la guerre du 
Péloponèse, un autre Spartiate fut envoyé vers 
le satrape Tissapheme , pour l'engager à pré- 
férer l'alliaDce de Lacédémone à celle d'Athè- 
nes. Il s'exprima en peu de mots ; et comme 
il vit les ambassadeurs Athéniens déployer tout 
le faste dé l'éloquence , il tira deux lignes qui 
uboutissoient au même point , l'une droite » 
l'autre tortueuse , et les montrant au satrape , 
il lui dit ; Choisis. Deux siècles auparavant , 
les habitàns d'une tle de la mer Egée, pressés 
par la famine, s'adreèserent aux Lacédémo- 
niens ^ leurs alliés , qui répondirent à fambas- 
sadeur : nous n'avons pas compris la* fin de 
votre harangue , et nous en . avons oublié le 
commencement. On en choisit un second > en 
lui recommandant d'être bien concis. U vint 9 
et commenta par montrer aux Lacédémoniens 



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«4» VOYAGE 

un de ces sacs oà Ton tient la farine ; le sac 
étoît vide. L'assemblée résolut aussi-tôt d'ap- 
provisionner Tile; mais elle avertit le député 
de n'être plus si prolixe une autrefois. En 
effet» il leur avoit dit qu'il fallait remplir 
le sac. 

Ils méprisent fart de la parole ; ils en esti- 
ment le talent. Quelques-uns l'ont reçu de la 
jpature , et l'ont manifesté , soit dans les as- 
semblées de leur nation et des autres peuples, 
soit dans les oraisons funèbres qu'on prononce 
tous les ans en l'honneur de Pausanias et de 
Léonidas. Ce général, qui, pendant la guerre 
du Péloponèse , soutint en Macédoine Thonneur 
de sa patrie, Brasidas passoit pour éloquent 
aux yeux même de ces Athéniens qui mettent 
tant de prix à l'éloquence. 

Celle des Lacédemoniens va toujours au 
but, et y parvient par les voies les plus simp- 
les. Des sophistes étrangers ont* quelquefois 
obtenu la permi'^sion d'entrer dans leur ville, 
et de parler en leur présence. Accueillis, s'ils 
annoncent des vérités utiles , on cesse de les 
* écouter , s'ils ne cherchent qu'à éblouir- Un de 
ces sophistes nous proposoit un jour d'enten- 
dre l'éloge. dUercule. „ D'Hercule, s'écria 
aussi-tôt Amalcîdasi eh! qui s'avise de le 
blâmer ? ,, 

Ils ne rougissent pas d'ignorer les sciences 

, qu'ils regardent comme superflues ; et l'un d'eux 

répondit à un Athénien qui leur eu faisoit des 

fcpoches: Nous sommes en effet les seuls à 

qui vous n'avez pas pu enseigner vos vices, 



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DU JEUKE ANÀCHARSIS 149 

N'appliquant leur 'e$prit qa*à des connoissances 
absolument nécessaires ,. leurs idées n'en sont 
que plus justes et plus propres à s'assortir et 
à se placer ; car les idées fausses sont comme 
ces pièces irrégulières qui ne peuvent entrer 
dans la construction d'un édifice. 

Ainsi, quoique ce peupte soit moins in- 
struit que les autres j il est beaucoup plus é- 
clairé. On dît que' c'est de lui que Thaïes , 
Pittacus et les autres sageis delaGrèceemprun-* 
tarent Tart de^ renfermer les maïimes de la 
morale tn de courtes formules. Ce que j'en ai 
vu m*a souvent étonné. Je croyoîs m*entretenir 
avec des gens ignorans et grossiers ; mais bien- 
tôt il sortoit de leurs bouches des réponses 
pleines d'un grand sens , et perçantes comme 
des traits. Accoutumés de bonheur à s'expri- 
mer avec autant d'énergie que de précision , 
ils sç taisent, s'ils n*ont pas quelque chose 
d'intéressant à dire. S'ils en ont trop> ils font 
des excuses': ils sont avertis par un instinct 
de grandeur, que le style diflTus ne convient 
qu'à l'esclave qui prie •, en effet >comme la priè- 
re , il semble se traîner aux pieds et se replier 
autour de celui qu'on veut persuader. Le style 
concis , au contraire , est imposant et fier : il 
«envient au maître qui commande ; il s'assortit 
au caractère des Spartiates qui l'emploient fré- 
quemment dans leurs entretiens et dans leurs 
lettres. Des reparties aussi promptes que l'éclair 
laissent après elles, tantôt une lumière vive, 
tantôt la haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes 
et de leur patrie. 



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iSo VOYAGE 

On loaoît la bonté da jeune roi Charilaus: 
,, Comment seroit-il bon, répondit Tautre roi. 
puisqu'il Test même pour les méchans? ,, 

Dans une des villes de la Grèce, le hé- 
raut 9 chargé de la vente des esclaves , dit tout 
haut : „ )e vends un Lacédémonien. Dis plut^t^ 
un prisonnier , s'écria celui-ci en lui me^int 
la main sur la bouche ,, • Les générau^au roi 
de Perse demandoie^it aux députés de Lacédé- 
mone en quelle qualité ils comptoient suivre 
la négociation : „ Si elle échoue , répondirent* 
ils, comme particuliers, si elle réussit, con^ 
me ambassadeurs* „ 

On remarque la même précision dans les 
lettres qu'écrivent les magistrats , dans celles 
qu'ils reçoivent des généraux. Les Ephores, 
craignant que la garnison de Décélie ne se 
laissât surprendre « ou n'interrompit- ses exerci- 
ces accoutumés^ ne lui écrivirent que ces mots : 
^, Ne vous promenez point „. La défaite la plus 
désastreuse , la victoire la plus éclatante sont 
-annoncées avec la même simplicité. Lors de la 

{|[uerre du Péloponèse , leur flotte , qui étoit sous 
es ordres de Mindare, ayant été battue par 
celle des Athéniens , commandée parÂlcibiade, 
un oflicier écrivit aux Ephores : ,, La bataille 
est perdue. Mindare est mort. Point de vivres 
ni de ressources . „ Peu de temps après , ils 
reçurent de Lysander , général de leur armée, 
une lettre conçue en ces termes : „ Athènes 
est prise „ • Telle fut la relation de la conquê- 
te la plus glorieuse et la plus utile pour Lacé- 
démone. 

Qu'on n'imagine pas ^ d'après ces exemples , 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. iSt 

que les Spariate», condamnés à une raisoittrop 
sévère , n'osent dérider leur front. Ils ont cet- 
te disposition^ à la gaieté que procurent ia li- 
berté de l'esprit et la conscience de la santé. 
Leur joie se communique rapidement , p4rc« 
qu'elle est vive et naturelle : elle est entrete-* 
nue par des plaisanteries qui , n'ayant rien de 
bas ni d'oflfensant, diffèrent essentiellement de ^ 
la bouffonnerie et de la satyre. Ils apprennent 
de bonne heure l'art de les recevoir et de les 
rendre. Elles cessent dès que celui qui en est 
l'objet demande qu'on l'épargne. ^^ 

C'est avec de pareils traits qu'ils repous- 
sent quelquefois les prétentions ou l'humeur. 
Tétois un jour avec le roi Archidamus ; Périan- 
der; son médecii^, lui présenta des vers qu'il 
venoit d'achever. Le prince les lut» et lui dit 
avec amitié : ,y Eh ! pourquoi de si bon médecin , 
vous faites-vous si mauvais poëte ? „ Quelques 
années après , un vieillard se plaignant au roi 
Agis de quelques infractions faites à la loi , 
s'écrioit que tout étoit perdu : „ cela est si 
vrai , répondit Agis en souriant , que , dans 
mon enfance, je l'entendois dire à mon père, 
qui , dans son enfance , l'avoit entendu dire 
au siea ,% • . ■ • 

Les arts lucratifs , et sur*tout ceux de la- 
xe , sont sévèrement interdits aux Spartiates. 
Il leur est défendu d'altérer, par des odeurs, 
la nature de l'huile, et par des couleurs, ex- 
cepté celle de la pourpre , la blancheur de la lai- 
ne. Ainsi, point de parfumeurs et presque point 
de teinturiers parmi eux. Us ne devroient con- 
aC'Ure ni l'or ni* l'argent , ni par conséquent 



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iBft VOt A Gï 

ceu^qui mettent ces métaux en œuvre. ATaï* 
' mée , ils peuvent exercer quelques professions 
utiles, comme celles de héraut, de trom^ettCi 
de cuisinier; à condition que le fils suivra la 
profession de son père, comme cela se prati- 
que en Egypte . 

Ils ont une telle idée de la liberté , qu'ils 
* ne peuvent la concilier avec le travail des 
mains. Un d'entre eux, à son «retour d'Athè- 
nes , me disoit^ Je viens d'une .ville où rien 
n'est. déshonnéte* Par U il désignait , et ceux 
qui procuroient des courtisannes à prix d'ar- 
gent , et ceux qui se livroient à de petits tra- 
fics • Un autre , se trouvant dans la même vil- 
le , apprit qu'un particulier venoit d*étre con« 
dan^né à l'amende pour cause d'oisiveté il vou* 
lut voir 9 comme une chose extraordinaire , un 
citoyen puni dans une république , pour s'être 
affranchi de toute espèce de servitude. 

Sa surprise étoit fondée sur ce que Içs 
loix de son pays tendent sur-tout à délivrer 
les âmes des intérêts factices et des soins do« 
snestiques. Ceux qui ont des terres sont obli- 
gés de les affermer à des HiKnes ; ceux entre 
qui s'élèvent des différens , de les terminer i 
1 amiable ; car il leur est défendu de consa-** 
crer les mbmens précieux de leur vie à la pour- 
suite d'un procès , ainsi qu'aux opérations du 
commerce et autres moyens qu'on emploie com-* 
iDunément pour augmenter sa fortune, ou' se 
. distraire de son existence. 

Cependant ils ne connoissent pas Tennui, 
parce qu'ils ne sont jamais seuls ^ jamais en 
repos . La nage , la lutte , la course , la pau« 



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»U JEUNE ANACHAR8I8 itS 

iftô, les autres exercices du gymnase, et le^ 
évolutions militaires remplissent une partie de 
leur joarnée; ensuite ils se font un devoir et 
un amusement d'assister aux jeux et aux corn* 
bats desjeanes élèves; de là, ils iront aux 
Le$chès:ce sont des salles distribaées dans les 
difTérens quartiers de la ville , où les hommes 
de tout âge ont coutume de s* assembler . Jls 
sont très-sensibles aux charmes de la conversa* 
tion : die ne roule presque jamais sur les in- 
térêts et les projets des nations ; mais ils écou- 
tent sans se lasser les levons des personnes 
âgées; ils entendent volontiers raconter Torî* 
gine des hommes , des héros et des villes. La 
gravita de ces entretiens est tempérée par des 
saillies fréquentes, 

-Ces assemblées, ainsi que lès jrepas et les 
exercices publics i sont toujours honorées de 
ia présence des vieillards • Je me sers de cette 
expression > parce que la vieillesse « dévouée 
ailleurs au mépris , élève un Spartiate au fa!-* 
te de rhonneur. Les autres citoyefts» et sur* 
tout les jeunes gens» ont pour lui les égards 
qu'ils exigeront à leur tour pour eux-mêmes • 
La loi les oblige de lui céder le pas à chaque 
rencontre, de se lever quand il paroît, de se 
taire quand il parle. On l'écoute avec déféren- 
ce dans les assemblées de la nation et dans 
les salles du gymuase ; ainsi les citoyens qui 
ont servi leur patrie , loin de lui devenir étran-^ 
gers à la fin de leur carrière, sont respectés 
les uns comme les dépositaires de l'expérience, 
les autres comme ces monumens dont on se 
fait une religion de conserver les débris. 



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S&4 - VOYAGÉ 

Si Ton considère maintenant qne les Spar* 
dates consacrent une partie de leur temps à la 
chasse et aax assemblées générales , qu'ils, cé- 
lèbrent an grand nombre de fâtes > dont 1* éclat 
est rehaassé par le concours de la danse et de 
la musique , et qu'enfin les plaisirs communs 
à toute une nation , sont toujours plus vifs 
que ceux d'un particulier; loin de plaindre 
leur destinée , on verra qu'elle leur ménage 
ane succession non interrompue de momens 
agréables et de spectacles intéressans • Deux 
de ces spectacles avoient excité l'admiration 
dé Pindare; c'est là, 4isoit-il, que l'on trou- 
ve le courage bouillant de jeunes guerriers , 
toujours adouci par la sagesse consommée des 
vieillards ; et les triomphes brillans des Muses, 
toujours suivis des transports de l'allégresse 
publique • 

Leurs tombeaux sans ornemens , ainsi que 
leurs maisons , n'anaoncent aucune distinction 
entre les citoyens ; il est permis de les placer 
dans la ville , et même auprès des temples . 
Les pleurs çt les sanglots n*accompagnent ni 
les funérailles , ni les dernières heures du mou- 
rant; car les Spartiates ne sont pas plus éton- 
nés de se voir mourir , qu'ils ne l'a voient été 
de se trouver en vie; persuadés que c^est à 
la mort de fixer le terme de leur jour^ , ils se 
soumettent aux ordres de la nature avec la 
même résignation qu'aux besoins de Tétat. 

L,es femmes sont gran les . fortes , brillan- 
tes de santé « presque toutes fort belles. Mais 
ce sont des beautés sévères et imposantes ; el- 
les auroient pu fournir à Phidias un grand 



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DV JEUNE ANAGHARSIS. iS9 

tiombre de modèles poar sa Minerve , à peine 
quelques-uns à Praxitèle pour sa Vénus. 

Leur habillement consiste dans une tuni* 
que ou espèce de chemise courte , et dans une 
robe qui descend jusqu'aux talons. Les filles , 
obligées de consacrer tous les momens de Ii 
journée à la lutte , à la course , au saut y à 
d'autres exercices pénibles, n*ont pour Tordi- 
Daire qu\in vêtement léger et sans manches, qui 
s'attache aux épaules avec des agrafes, et que 
leur ceinture tient relevé au-dessus des genoux: 
sa partie inférieure est ouverte de chaque cô^ 
té , de sorte que le moitié du corps reste à 
découvert. Je suis très- éloigné de justifier cet ' 
usage; mais j'en vais rapporter lés motifs et \tê 
effets^ diaprés la réponse de quelques* Spartia- 
tes à qui l'a vois témoigné ma surprise. 

Lycurgue ne pouvoit soumettre les filles 
aux mêmes exercices que les hommes , sans 
écarter tout ce qui pouvoit contrarier leurs 
mouvemens. Il avoit sans doute observé que 
l'homme ne s'est couvert qu'après s'être cor- 
rompu ; que ses vétemens se sont multipliés à 
proportion dé ses vices ; que les beautés qui 
le séduisent , perdent souvent leurs attraits à 
force de se montrer, et qu'enfin les regards 
ne souillent que les âmes déjà souillés. Guidé 
par ces réflexions , il entreprit d'établir par ses 
loix un tel accord de vertus entre les deux se- 
xes , que la témérité de l'un seroit réprimée , 
et la foiblessë de l'autre soutenue. Ainsi , peu 
content de décerner la peine de mort à celui 
gui déshonoreroit une fille , il accoutuma la 
jeunesse de Sparte à ne rougir qtie du mal • 



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sSf V O Y A Ô E 

La pudear dépouillée d*ane patde de ses voi*> 
les , fut respectée de part et d'autre , et les 
femmes de Lacédémone se distinguèrent par !a 
pureté de leurs moeurs. J'ajoute que Lycurgue 
a trouvé des partisans parmi les philosophes . 
Platon veut que dans sa république, les fem* 
»es de tout âge s'exercent dans le gymnase , 
n'ayant que leur vertus pour vétemens. 

Une Spartiate paroit en public à visage 
découvert jusqu'à ce quelle >soit mariée. Après 
son mariage , comme elle fie doit plaire qu'à 
son époux , elle sort voilée ; et comme elle ne 
doit être connue que de lui seul ; il ne con- 
vient pas aux autres de parler d'elle avec élo- 
ge; mais ce voile sombre et ce silence respe* 
ctueuz ne sont que des hommages rendus à la 
décence • Nulle part les femmes ne sont moins 
surveillées et moins contraintes ; nulle part el* 
les n'ont moins abusé de liberté. L'idée de man* 
quer à leur époux leur eût paru autrefois aus- 
si étrange que celle d'étaler la moindre recher- 
che dans leur parure ; quoiqu'elles n'aient plus 
aujourd'hui la même sagesse ni la même mode- 
stie , elles sont beaucoup plus attachées à leurs 
devoirs que les autre femmes de la Grèce. 

Elles ont aussi un caractère plus vigou*- 
reux, et l'emploient avec succès pour assujé- 
iir leurs époux, qui les consultent volontiers, 
tant sur leurs affaires que sur celles de la na- 
tion. On a remarqué que les peuples guerriers 
sont eclins à l'amour : l'union de Mars et de 
Vénus semble attester cette vérité , et l'exem- 
ple des Lacédémoniens sert à la confirmer. Une 
étrangère disoii un jour à [la femme de Léo- 



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DU JEUNl ANAGÏt4RSIS. tSj 

nidas: ,, Vous êtes les seales qui preéiez de 
l'ascendant sur les hommes • Sans doute , ré- 
pcadit-^Ue , parce que nous sommes les seules 
qui mettions des hpmmes au monde. ^ 

Ces âmes fortes donnèrent, il y a quel- 
ques années , un exemple qui surprit toute la 
Grèce. A Taspect de l'armée d'Epâminondas , 
elles remplirent la ville de confusion et de ter- 
reur . Leur caractère conimence-t-il à s'alté- 
rer comme leurs vertus ? Y a-i-il une fatalité 
pour le courage ? Un instant de foiblesse pour* 
roit-il balancer tant de traits de grandeur et 
d'élévation qui les ont distinguées dans tous 
les temps , et qui leur échappent tous les jours ? 
Elles ont une haute idée db l'honneur et 
de la liberté; elles la poussent quelquefois si 
loin qu'on ne fait alors quel nom donner au 
^ sentiment qui les anime. Une d'entre elles écri- 
voit à son fils qui s'étoit sauvé de la bataille : 
„ Il court de mauvais bruits sur votre compte; 
faites-les cesser , ou cessez de vivre », . En pa- 
reille circonstance, une Athénienne mandoit 
au sien : ,, Je vous sais bon gré de vous être 
conservé pour moi „.. Ceux mêmes qui vou** 
droient excuser la seconde , ne pourroient s'em- 
pêcher d'admirer la première. Ils seroient éga* 
le«ent frappés de la. réponse d'Argiléonis, mè- 
re du célèbre Brasidas : des Thraces , en lui 
apprenant la mort glorieuse de son fils , ajou* 
toient que jamais I^acédémone n'avoit produit 
un si grand général. „ Etrangers, leur dit- 
elle , mon fils étoit un brave homme *, mais ap- 
prenez que Sparte possède plusieurs citoyens 
qui Valent mieux que lui ,, . 



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^5t Y O Y A O E 

Ici la nature est soumise sans être étouf* 
fét ; et c'est en cçlii que réside le vrai coura- 
ge. Aussi les Ephorçs décernèrent-ils des hon- 
neurs signalés à cette femme. Mais qui pour- 
roit entendre , sans frissonner , une mère à qui 
Ton disott: ^ Votre fils vient d'être tué sans 
avoir quitté son rang, et qui répondit aussi- 
tôt: Qu'on Tenterre et qu*on mette son frè- 
te à sa place »,? et cette autre qui attendoit 
au £iaxbourg la nouvelle du combat? Le cour- 
rier arrive: elle l'interroge. ,, Vos cinq enfans 
ont péri. — Ce n'est pas là ce^ que je te de- 
mande ; ma patrie n'a-t-elle rien à craindre ? 
T- Elle triomphe. — £h bienl je me résigne 
avec plaisir à ma perte „• Qui pourroît enco- 
re voir sans terreur ces femmes ^ai donnent 
la mort à leurs fils convaincus de lâcheté? et 
-celles qui , accourues au champ de bataille , 
se font montrer' le cadavre d'un fUs unique , 
parcourent d'un œil inquiet les blessures qu'il 
a repues , compt^tnt celles qui peuvent hono- 
rer ou déshonorer son trépas ; et après cet 
horrible calcul, marchent avec orgueil à la tê- 
te du convoi y ou se confient chez, elles, pour 
cacher leurs larmes et leur honte * ? 

Ces excès , ou plutôt ces forfaits de l'hon- 
neur, outrepassent si forjt la portée de lagran- 



^ Ce dernier fait et d'autres à-pea-près sem- 
blables paroissent être postérieurs au temps où 
les loix de Lycurgue étoient rig^oureusement ob- 
servées . Ce ne fut qu'après leur décadence qu'un 
faux héroïsme s'empara des femmes et des onfans 
de Sparte. 



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DU JEUNE ANAGHARSIS 1S9 

deur qui conrient à l'homme , qu'ils n*ont ja'* 
mais été jpartagés par les Spartiates les plut 
abandonnés au fanatisme de la gloire. Envoi* 
ci la raison . Chez eux , l'amour de la patrie 
est une vertu qui fait des choses sublimes ; 
dans leurs épouses , une passion qui tente des 
choses extraordinaires. La beauté, la parure ^ 
la naissance, les agrémens de l'esprit n'étant. 
pas assez estimés à Sparte pour établir d^es di- 
stinctions entre les femmes , elles furent obli- 
gées de. fonder leur supériorité sur le nombre 
et sur la valeur de leurs enfans. I^endant qu'ih 
vivent, elles jouissent des espérances qu'ils 
donnent ; après leur mort , elles héritent de 
la célébrité qu'ils ont acquise. C'est cette fata- 
le succession qui les rend féroces , et qui fait 
que leur dévouement à la patrie est quelque'^ 
fois accompagné de toutes les fureurs deTaniF» 
bition et de la vanité. 

A cette élévation d'ame qu'elles montrent 
encore par intervalles , succéderont bientôt , 
sans la détruire entièrement , des sentiments 
ignobles, et leur vie ne sera plus qu'un mé- 
lange de petitesse et de grandeur, de barba- 
rie et de volupté. Déjà plusieurs d'entre elles se 
laissent entraîner par l'éclat de l'or , par Tat- 
trait des plaisirs. Les Athéniens qui blàmoient 
hautement la liberté qu'on laissoit aux femmes 
de Sparte, triomphent en voyant cette liberté 
dégénérer en licence. Les philosophes même re- 
prochent à Lycurgue de ne s'être occupé que 
de l'éducation des hommes. 

Nous examinerons cette accusation dans 
on »utre chapitre, et nous remonterons en 



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^ VOYAGE 

Ibême temps aux causes de la décadence rat-i» 
venue aux mœars des Spartiates; car, il faui 
l'avouer , Us ne saat plus ce qa'ils étoient il 
y a UR siècle. Les uns s'enorgueillissent impur 
nément de leurs richesses, d'autres courent 
après des emplois que leurs pères se conten* 
toienc de mériter* II n'y a pas long-tempf 
qu'on a découvert une courtisanne aux envi- 
rons de Sparte; et> ce qui n'est pas moins 
dangereux ,' Aous avons vu la sœur du roi 
Agésilas,. Cynisca, envoyer à Otympie^un char 
attelé de quatre chevaux , pour y disputer le 
prix de la course , des poètes célébrer son cnom* 
phe , et Tétat élever un monument en son hon- 
. neur. 

Néanmoins , dans leur dégradation , ils 
conservent encore des restas de leur ancienne 
grandeur. Vous ne les verrez point recourir 
aux dissimulations y aux bass^s^s , à tous ces 
petits moyens qui avilissent les âmes: ils sont 
avides sans avarice, ambitieux sans intrigies« 
Les plus puissans ont assez de pudeur pour dé- 
rober aux yeux la licence dç leur conduite i 
ce sqnt dés transfuges qui craignent les l6ix 
qu'ils ont violéea , et regrettent les vertus qu ils 
(Uit perdues. 

J'ai va en même tempa des Spartiates dont 
la magnanimité invitoit à s'éieven jusqu'à eux« 
Ils se tenoient à leur hauteur sans effort , sans 
ostentation , sans eue attirés vers la terre par 
l'éclat dçs dignités ou par l'espoir des récom- 
penses.' N'exigez aucune bassesse de leur part ; 
ils ne craignent ni Tindigence. ni la mort. 
Paoa ;aon dernier voyage k Lacédémpijye , )p 



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DU JEUNE ANAGHARSIS t/gr 

n'entrètenois avec TaKcrus qui étoît fon pau* 
vre > et Datnihdas qài joiiis^oie d*uAe fortant 
aisée. Il sarvint un de ces hommes que Philip- 
pe, roi de Macédoine , toudoyait poui lui acKe- 
ter des partisans. Il dit au premier: ,, Quel 
bien avez-^vous ? le nécessaire , répondit Ta? 
lécrus, .en lui' tournant le doi* ^ U-9itoafa.lf 
second du courroux de Philippe» \,x Homme lâ^» 
che! répondit Damiqdas^ eh (que peut ton 
maître contre des hommes qui mépriacnt U 
mort „?. • ' . ^ . '.J > » • • 

En contemplant à loisir ce mélange, de '>vi*. 
ces naissans et de vertus antiques , je me cfo^ 
yois dans une forêt que la flamme avoit rava^ 
gée; ïy voyois des arbres réduite en cendres^ 
a autres à moitié consumés^ et d'autres qui. ^ 
n'ayant reçu -aucune atteinte « poctoieni, &^re^. 
meQt leurs téii^s dans les. cieu:}^. . ' 



Pin Ai Chttj^tn quannte-kuk^^ 



r '.! : 



Tom» JK II 



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! • C H A P 1 T R E XLIX. T 
De h Bebffon et des Fèies des Spartiatts. 



Xje^ 



objets du. culte public R^*înspirent à. JLa- 
cédémone qu'un profond respect», qu'au- si* 
lence absolue On ne s'y pêcmei à leur regard , 
ni discâssjons, ni doutes, i adbrer les dietix, 
honorer les héros ^ voilà l'unique dogme des 
Spartiates. - 

* P^mi les héros auxqueliils ont .âeicédes. 
temples^ des- autels ou des statues, on disûft- 
goe Hercule , Castor ^Pollax > ^Achille, (Ulys- 
se , Lycurgnè^ &c. Ce qaidoic -surprendre ceux 
qui ne conaoissent pas les difFàr«ntes tradÂûoDS 
des peuples , c'est de VQôr Hâèûe: pattagcr 
avec Ménélas des honneurs presque divins , et 
la statue de Clytemnestre placée auprès de cel- 
le d'Agamemnon. 

Xes Spartiates sont fort crédules. Un d'en- 
tre eux:.GXirt.:Vioir pendanx /la^^nuic un:* spectre 
errant autour d'un tornbeau ; il le poursuivoit 
la lance levée , et 4ui crioit : Tu as beau fai- 
re « tu mourras une seconde fois. Ce ne sont 
pas les prêtres qui entretiennent là supersti- 
tioi:i, ce sont les Ephores ; ils passent quel- 
quefois la nuit dans le temple de Pasiphaé ; 
et le lendemain ils donnent leurs songes com- 
me des réalités. ' 

Lycurgue, qui né pouvoir dominer sur 
\t% opinions religieuses , supprima les abus 
qu'elles avoient produits. Par-tout ailleurs, on 



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DU JEUNE ANACHARSIS. i63 

doit se présenter aux dieux avec 'victimes sans 
tâche, quelquefois avôc l'appareil de la magni- 
ficence ; à Sparte , avec des offrandes tJe peu 
de valeur, et la modestie qui convient à des 
supplians. Ailleurs , on importune les dieux pat 
des prières indiscrètes et longues; à/ Sparte, j 
on ne leur demande, quç ta grâce de faire db 
belles actions , après eti avoir fait de boan^s; 
et cette £otm\ile est terminée par ces mbt^, 
dont les âmes fières sentiront la profôiiHéur': . 
„ Donnez-nous la force de supporter l'injusti- 
ce „ . L'aspect des morts n'y blesse point les 
regards , comme chez les nations voisines. Le 
deuil n'y dure que onze jours ; si la douleur 
est vraie , on ne doit pas en borner le temps, 
si elle est fausse., il ne faut pas en prolonger 
l'imposture. • 

Il suit, de là quesi le culte des Lacédémo- 
nîens est, cohime x;elui des autres Grecs, sou- 
illé d'erreurs, et de préjugés dans la théorie , 
il est dû moins plein de raison et de lutnièrcs 
dans ja pratique . ' ^ • •. ' 

Les. Athéniens ont. cru fixer la victoire 
chez eux en la représe^ïtaiit sans ailes ; par là 
même raison , les . Spartiates ont repi-ésenté 
quelquefois Mars et Vénus chargés de châiile's. 
Cette :naiion guerrière a dpnné des ^ar^es "\ 
Vénus , et mis une lance entre les mains de 
tout les dieux et de toutes les déesses. Etle à 
placé la statue de la Mort* à côté de celle dû 
Sommeil, pour s'accoutumer à les. regarder du 
mâtne œil. Elle a consacré un temple aux Mu-- 
SCS-, parce qu elle marche aux combats auit 
sons mélodieux de la flûte ou de la lyre; un 



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t64 VOYAGE 

matre à Neptune qui ébranle la terre, parce 
qu'elle habite un pays sa jet à de fréquentes 
secousses ; un autre à la Crainte , parce qu'il 
est des craintes salutaires, telle que celle des 
Ipix. 

Un grand nombre de fttes remplissent ses 
4oisirs» J'ai vu dans la plaparc trois chœurs 
marcher en ordre f et faire retentir les airs de 
leurs chanta; celui de^ vieillards prononcer 
ces mots; 

Nous avons été jadis 
Jeunes» vaillans et hardis^ 

celui des hommes 'faits , répondre : 

Nous le sommes, maintenant 
A répreuve à tout venant* 

et celui des eufans , poursuivre : 

Et nous un jour le serons 
Qui bien vous. surpasserons^. 

J'ai vu, dans les. fêtes de Bacchus, des 
femmes au nombre de onte se disputer le prix 
^cU course. J'ai suivi les filles de Sparte » lors- 
qu'au milieu des- transports de la joie publi- 
que, p^çées sur des chars, elles se rendoient 
aq bourg de Théwipné, pour présenter, leurs 
piFrandçs au tombeau de Ménélas et d-Hélènc. 

Pendant les fêtes d'Apollon, surnommé 
Çaraéen, qui reviennent tous les ans vers la 
fip de l'été , et qui durent neuf jours , j'assisr 
tai au combat que se. livrent les joueurs de 

♦ Traduction d'Amyot. 



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Dû JEUNE ANACHAR8IS. i6S 

cytharé; je vîs dresser autour de la ville neuf 
cabanes ou feuillées en forme de tentes. Cha- 
que jour de nouveaux convives au nombre de 
quatre-vingt-un , neuf pour chaque tente , y 
venaient prendre leurs repas. Des officiers tî- 
r^s au isort entretenoicnt Tôfdre » et tout s'exé- 
cutoit à la voix du héraut public. C'étoit l'ima- 
ge d'un camp; mai^ on n'en étoit pas plus, 
disposé à la guerre ; car rien nç doit inter- 
rompre ces fêtes , et quelque pressant que soit 
le danger , on attend qu'elles soient terminées 
pour mettre l'armée en campagne. 

Le même . respect retient les Lacédémo- 
niens chez eut pendant les fttes d'Hyacinthe, 
célébrées au printemps, sur-tout par les habî- 
tans d'AmycIas. On disoit qu'Hyacinthe, fils 
d'un roi de Lacédémone, fut tendrement aimé 
d'Apollon, que Zéphyre, jaloux de sa beauté, 
dirigea le palet qui lui ravît le jour , et qu'A- 
poUon, qui l'avoit laneé , ne trouva d'autre 
soulagement à sa douleur, que de métamorpho- 
ser le jeune prince en une fleur qui porte son 
nom. Où institua des jeux qui se renouvellent 
ious les ans i Le premier et le troisième four- 
ne présentent que l'image de la tristesse et du 
deuil; le second est un jour d'allégresse: La- 
cédémone s'abandonne à l'ivresse de la joie; 
c'est un jour de liberté; les esclaves mangent 
à la même table que leurs mattres. 

De tous côtés on voit des choeurs de jeû- 
nes garçons revêtus d'une simple tunique, les 
uns jouant delà lyre, ou célébrant'Hyacinth^ 
par de vieux cantiques accompagnés de la flû- 
te ; d'autres , exécutant des danses ; d'autres à 



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i«6 VOYAGE 

cheval faisant briller lear adresse dans le lieu 
destiné aux spectacles. 

Bientôt la pompe ou procession solemnel 
s'avance vers Âmyclx, conduite par un chef 
qui, sous le nom de légat » doit offrir au tem- 
ple d* Apollon les vœux de la nation : dés qu'el- 
le est arrivée, on achève les apprêts d'un pom- 
peux sacrifice, et Ton commence par répan- 
dre , en forme dç libation , du vin et du lait 
dans Tintérieur de Tautel qui sert de base à 
la statue. Cet autel est le tombeau d^Hyacinthe, 
Tout autour sont rangés 20 ou 25 jeunes gar- 
çons et autant de jeunes filles, qui font en- 
tendre des concerts ravîssans, en présence de 
plusieurs magistrats de Lacédémone *• Car dans 
cette ville, ainsi que dans toute la Grèce, les 
cérémonies religieuses intéressent le gouverne- 
ment; les rois et leurs enfans se font un de* 
voir d*y figurer. On a vu dans ces derniers 
temps Agésila^, après des victoires éclatantes» 
se placer dans le rang qui lui avoir été assi- 
gné par maître du chœur, et confondu avec 
les simples citoyens, entonner avec eux Thym- 
ne d'Apollon aux féies d'Hyacinthe. 

La discipline des Spartiates est telle que 
leurs plaisirs sont toujours accompagnés d'une 
certaine décence ; dans les fêtes mêmes de Bac- 
chus, soit à la viUe, soit à la campagne, per- 
sonne n'ose s'écarter de la loi quidéfend Tu-* 
sage immodéré du vin. 

^ Voyez la note à la fin du volurae. 
Fin du Chapitre quarani^-neuviènu • 



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I DU JEUNE ANA€HAR8I8 187 

CHAPITRE L. 
Du Service militaire che:^ le Spartiates « 



JLjes Spartiates, sont obliges de servir depuis 
r âge de 20 ans jusqu'à celui de 60: au-delà 
de ce terme, on les dispense de prendre les 
armes /à moins que Tennemi « n'entre dans la- 
Laconie. 

Quand il s*agît de lever des troupes, les 
Ephores» par la voix du héraut, ordonnent 
aux citoyens âgés depuis 20 ans jusqu'à f âge 
porté dans la proclamation , de se présenter 
pour servir dans Tinfanterîe'pesamment armée, 
ou dans la cavalerie ; la même injonction est 
faite aux ouvriers destinés à suivre l'armée. 

Comme les citoyens sont divisés en cinq' 
tribus , on a partagé Tinfanterie pesante en 
cinq régimens^, qui sont pour l'ordinaire com- 
mandés par autant de PoiémarqueS ; chaque ré-'* 
giment est composé de quatre bataillons, de' 
huit pentécostyes , et de seize enomoties ou 
compagnies *. 

En certaines occasions , au-Heu de faire 
marcher tout le régiment , on détache quelques 
bataillons; et alors , en doublant ou quadru* 
plant leurs compagnies, on porte chaque ba-* 
taillon à 256 hommes, ou même à 51 2* Je cite 
des exemples et non des règles ; car le nombre 

* Voyez la note à la fia du volume* 



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c«^ . VO.TA:©E 

d'hommes par énomotie n'est pas toujours le 
même; et le général , 4)our dérober la connois- 
sance de ses forces à l'ennemi, varie souvent 
la composition de son armée. Outre les cinq ré* 
gimens, i] existe un corps de 600 hommes 
a élite , qu'on appelle scirites , et qui ont quel- 
quefois décidé de la victoire. 

Les principales armes du fantassin sont la 
pique et h bouclier; je ne compte pas Tépée, 
qui n'est qu*une espèce de poignard qu'il por- 
te à sa ceinture. C'est sur la pique qu'il fonde 
ses espérances ; îl ne la quitte presque point » 
tant qu'il est à l'armée. Un étranger disoit à 
rarobitieux Agésilas ; „ Où fixez-vous donc les 
bornes de la Laconie? Au bout de nos piques » 
répondit il. «, 

Ils couvrent leur corps d'un bouclier d'aî- 
raiui de forme ovale, échancré de deux* cotés 
et quelquefois d'un scal terminé en pointe aux 
deux extrémités , et chargé des lettres initiales 
du nom de Lacédéraone. A cette marque on 
reconnoit la nation; mais il en faut une autre pour 
reconnoître chaque soldat , obligé , souS peine 
d^infamie, de rapporter son bouclier; il fait 
graver dans le champ le symbole qu'il s'çst 
approprié. Un d'entre eux s'étoit exposé, aux 
plaisanteries de ses amis, en choisissant pour 
emblème une mouche de grandeur naturelle» 
,» J'approcherai si fort de l'ennemi , leur dit- 
il, qu'il distinguera cette marque „. 

Le soldat est revêtu d'une . casaque rou- 
ge. On a .préféré cette couleur , afin que l'en- 
siemi ne s'apperjoivc pas du sang qu'il a fait 
couler. 



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DU JEUNE A.NACHAR6I8. iS^ 

L< foi intfrche \ la tête de Tarm^e , pr^ 
tédé da corps d€s Scirites , ainsi que des ca« 
Taliers envoyagés à la d^couvertç. Il oflVe fré* 
qaemment des sacrifices g auxquels assistent les 
chefs des troupes Lacéd^moniennes , et ceux 
des alliés • Souvent il change de camp » soit 
pour protéger le^ terres de ces derniers , soit 
pour nuire \ celle des ennemis . 

Tous les jours les soldats se livrent aux: 
exercices du gymnase. La lice est' tracée aux 
environs du camp. Après les exercices du ma- 
tin , ils se tiennent assis par terre jusqu*au di-* 
ner ; après ceux du soir « ils soupent , chan- 
tent des hymnes tn Thonneur des dieux , et se 
couchent sur leurs armes. Divers amusemens 
remplissent les intervalles de U journée; car 
ils sont alors astreints à moins de travaux 
qu^avant leur départ , et Ton diroit que la 
guerre est pour eux le temps du repos. 

Le jour du combat , le roi , à rimitatiOB 
d'Hercule , immole une chèvre , pendant que 
les joueurs de flûte font entendre Tair de 
Castor., il entonne ensuite Thymne du combat; 
tous les soldats , le front orné de couronnes , 
le répètent de concert. Après ce moment si 
terrible ec si beau, ils arrangent leurs cheveux 
et leurs vétemens, nettoient leurs armes, pres- 
sent leur- oificjers de les conduire au champ 
de l'honneur , s'animent eux-mêmes par des 
traits de gaieté, et marchent en ordre au son 
des fldtes qui excitent et modèrent leur cou- 
rage. Le roi se place dans le premier rang, 
entouré de loo jeunes guerriers, qui doivent, 
sous peine d'infamie, exposer leurs joues pour 



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m VOYAGE, 

sauver les siens, «t de quelqat^s athlètes qai 
ont remporté le prix aux jeux pablîcs de I9 
Grèce , et qai regardent ce (K)ste comme la 
plas glorieuse des distinctions. 

Je ne dis rien des ^vantes manœuvres 
qa^exécutem les Spartiates avant et pendant le 
combat : leiir tactique paroit d'abord compli- 
quée ; mais la moindre attention suffit pour se 
convaincre qu'elle a tout prévu, tout facilité, 
et que. les institutions militaires de Lycurgue 
sont préférables à celles des autres nations. 

Pour« tout homme c'est une honte de pren- 
dre la fuite; pour les Spartiates, d'en avoir 
seulement l'idée. Cependant leur courage , quoi- 
que impétueux et bouillant , n'est pas une fu- 
reur aVeugle^ un d'entré eux, au plus fort de 
la mêlée, entend le signal de la retraite , tan* 
dis qu'il tient le fer levé sur un soldat abat- 
tu à ses pieds; il s'arrête aussi tôt, et dit 
qiie son. premier devoir est d'obéir à son gé- 
néral • 

Cette espèce d'hommes n'est pas faite 
pour porter des chaînes; la loi leur crie sans 
cesse: Plutôt périr que d'être esclaves. Bias , 
qui commandoit un corps de troupes, s'ètant 
laissé surprendre par Iphicrate, ses soldats lui 
dirent : Quel parti prendre ? „ Vous , répon- 
dit-il 9 de vous retirer ; moi , de combattre et 
mourir . „ 

Us aiment mieux garder, leurs rangs que 
de tuer quelques hommes de plus ; il leur est 
défendu non seulement de poursuivre l'enne- 
mi, mais encore de le dépouiller, sans en a- 
voir ref u Tordre ; car ils doivent être plus at- 



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DU JEUNE ANACHARSIS. «^t 

tentifs à la victoire qu'a* butin. 300 Spartîa^ 
tes veaicnt à Tobservation de cette loi. 

Si le général dans un premier combat a 
perdu quelques soldats , il doit en livrer un 
second pour les retirer. 

Quand un soldat a quitté son ' rang « on 
l'oblige de rester pendant quelque temps de* 
bout , appuyé sur son bouclier à la vue de toute 
l'armée . 

Les exemples de lâcheté ,> si rares autre*» 
fois , livrent le coupable aux horreurs de l'in- 
famie ; il ne peut aspirer à aucun emploi ; s'il 
est marié/ aucune famille ne veut s'allier à la 
sienne; s'il ne l'est pas» il ne peut s'allier à 
une autre ; il setmble que cette tache souille-^ 
rait toute sa postérité. 

Ceux qui périssent dans le combat sont 
enterrés , ainsi que les autres citoyens , avei 
un vêtement rouge et un rameau d'olivier « 
symbole des v^rtas guerrières parmi les Spartia- 
tes. S'ils se sont distingués , leurs tombeaux sont 
décorés de leurs noms, et quelquefois de lafigurtt 
d'un lion ; mais n un soldat a reçu la mort en 
tournant le dos à l'ennemi ^ iL!^t privé de la 
sépulture. 

Aux succès delà bravoure on préfère ceux 
que ménage la prudence . On ne suspend point 
aux temples les dépouilles de l'ennemi . Des 
offrandes enlevées à des lâches, disoit le roi 
Cléomène , ne doivent pas être exp^^sées aux 
regards des dieuit ni à ceux de notre jeunesse. 
Autrefois la victoire n'excitoit ni joie ni sur- 
prise ; de nos jours un avantage remporté par 



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17» VOYAGE' 

Archidanuis, fUsd'Agésilas , produisit des transe 
ports si vifs parmi les Spartiates , qa*il ne re« 
sta plus aucun doute sur leur décadence. 

On ne fait entrer dans la cavalerie que 
des hommes sans expérience, qui n'ont pas 
assez de. vigueur ou de zèle. C'est le citoyen 
riche qui fournit les armes et entretient le che-' 
val. Si' ce corps a remporté quelques avanta- 
ges , il les a dus aux cavaliers étrangers que 
. Lacédémoue prenoit à sa solde* En général les 
Spartiates aiment mieux seirvir dans l'infante- 
rie : persuadés que. le vrai courage se suffit à 
lui-même, ils veulent combattre corps à corps. 
J'étois auprès du roi Arcbidamus , quand on ' 
lui présenta le modèle d'une machine à lancer 
des traits , nouvellement inventée en Sicile • 
Après l'avoir examinée avec attention : C'en esc 
iait, dit-il, de la valeur» 

La Laconie pourroit entretenir 3>ooo hom- 
mes d'infanterie pesante, et 1,500 hommes de 
cavalerie •; mais soit que la population n'ait pas 
été assez favorisée, soit que l'état n'ait point 
ambitionné àe .mettre de grandes armées sur 
pied, Spar^ qui a souvent marché en corps 
4e nation contre les peuples voisins , n'a ja- 
mais employé, dans les expéditions lointaines, 
qu'un petit nombre de troupes nationales. El- 
le avoir, il est vrai , 4S,ooo hommes à la ba« 
taillede Platée; mais on n'y comptoit que 5,000 
Spartiates et autant de Lacédémoniens ; le re- 
ste étoit composé d'âilotes. On ne vit à la ba- 
taille de Leuctres que 700 Spartiates- 
Ce ne fut donc pas à ses propres forces 
qu'elle dut sa supériorité 9 et si, au conuncn- 



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DU JEUNE ANAGHATISI& 178 

cernent de la guerre da Péloponèse* elle fit 
marcher 6,000 hommes coQtre Tes. Athéniens , 
c'est que les peuples de cette presqu'île , unis 
la plupart depuis plasieun sîèctes .lavcc eUe^ 
avoiem joint leurs troupes aux siennes . Dans 
ces derniers temps ses armées écoient composées 
de quelques Spartiates et d'un: dorpi de Néb* 
dames ou affranchis, auxquels on 'îoignoit^sul* 
vant les circonstances, des. soldats de Laco^ 
nie , et un plus grand inombce > d'auoçes four- 
nis par les villes alliées. . * 

Après la bataille de Leutttcea, Epmmnoqr 
das ayant rendu la liberté . à. la. Mestenie , que 
les Spartiates tenoient asservie ^depuis, long* 
temps , leur ôta les moyens die :se/ recruter 
dans cettel province; et plusieurs peuples du 
Péloponèse les ayant : abandonnés , leur puii« 
sance , autrefois si redoutable , est tombée 
dans un état de foiblesse dont elle ne se |9* 
lèvera jamais* 



Pin du €hapitr4 ciîifmmième. 



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.174 .•'V"«f-YA-.0-E . 

j 

CH API T R is Ll/ 

JD^ensê'desLoikde^Zycutguej Cause de leur 

?T 'a . ?.::,: :..i décadence ^i ; .* | 

•J ai dit pkjs'bailt (pie PbskitaB:: éioit parti pour 
'Adfièaes icMlendemafir 'âe, nobe arrivée à Lar 
céd^dicftie.4J>*e are venait poîiifv<>'«» ^tois in- 
tjttiet }:.)e-ad; cott^Mois pas^coAi^fient :il po'Jr 
voit supporter pendant -ri : k)ilg-:îômpsi une sé- 
TRar«rion,3i ,cwieJkK ÎAyant de l'kliér ^rejoindre , 
4e v.cùlcp» airoif* uti ^second -^^ntreticm aarcc Dar 
-t^onax^ ^ans kptemieiru il avôit^ considéré les 
tèéx 46 Lycargueîà :tépoq«c de leur • vigueur ; 
^k les voypia itous^ tes jours céder avec »si peu 
^de résistance ^^à des t innovations dangereuses, 
kfi^ 'Yt comm^nçois.à douter 4«> leur anctenne 
*Afflii£ncd . Je jSaisis la première oecasion de 

m*en expliquer avec Daraonax. 

Un soir la conversation nous ramenant 
insensiblement à Lycurgue , j'afFeciai moins de 
considération pour ce grand homme. Il semble, 
lui dis-je , que plusieurs de vos loix vous sont 
venues 4esl,Persfiçr.«t et:idcàJEg5:pGieas . Il me 
répondit : L'architecte qui construisit le laby- 
rinthe d'Egypte , ne mérite pas moins d'élo- 
ges pour en avoir décoré l'entrée avec ce beau 
marbre de Paros , qu'on fît venir de si loin . 
Pour juger du génie de Lycurgue, c'est Ten- 
semble de sa législation qu'il faut considérer. 
Et c'est cet ensemble, repris-je, qu'on vou- 
droit vous ravir. Les Athéniens et les Grétois 
soutiennent que leurs constitutions , quoique dif- 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. 17S 

fërentis -entre elles, ont àervi <ie modèles à' lat 
vôtre.. ' : . . ;. 

'Le témoignage . des premier* ^ reprit 'Da^ 
flionax, est toajotirs entaché d-une partia[]it^ 
puérfte. Us ne pensent à nous qae pour p^n^ 
ser à eux. L'opinion des Cretois est mieux 
fondée : Lycurgùe adopta ^lusîeiirs des loix de 
Mînos t il en Ve/eta d'autres^ cetks qu'il choi- 
sit ,- il les moclifia de telle manière , et les as« 
sortit si bien à son plan , qu'on ^eut dire qu'il 
découvrit ce qu'ay oient déjà décoii vert Mfino^ 
et peut-être d'a^itres avant lui . Comparez les 
deux gôuveiiïemeiïs^ l'i^Dus y verrez tMtél lei 
idée» d*&n ^rand homme perfectionnées par utl 
grand homme encore ; tantôt defedifférenceé 
si sensibles , que vous aurez de la peine à 'corn* 
prendre comment on a pu les oonfcttiârc^-. Je 
voas dois un exemple de cette opposition de 
vue5:les loix de Minos tolëjrent^ l'inégalité des 
fortunes, les ^nôtres la proscrivent ;' et de là 
devoit résulter vme diversité esséiïiielle dans 
les constitutions et les. moeurs dés deux peu- 
pies*-' Cependant-^ lui dis je^,. Tor «t* l'argent 
ont forcé parmi vous les barrières ^ que leur 
opposoient des loix insuffisantes; et vous n'âtes 
plusi^ comme auttisfpis 4 heureux- paroles pri- 
vations, et riches-, pool: ainsi dirâ^,- de vôtre 
indig^nc€.r \ -- - :. • - . . . . ; . .:.... 

Damoifax ^Ibit i^pondre, lor'sque -fipûs 
entendîmes dan^Ja ruer crier à plusieurs repri- 
ses : Ouvrez r ouvrez ; car il n'est pas permis 
à Lacédémone de frapper à la porte. C'étoit 
lui , c'étoit Pbilocas. Je coUrôis me jeter entre 
$C9 bras ^; il étoit déjà daos les miens : je 1q 



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tt6 VOTCAGB' i 

présentai de ift>aveaa à.Damdnaz, qui leilKV \ 
ment d'après se retira par discrétion. Philotas 
•'informa de son caractère. )e répondis t. il est 
bon,,, facile , il a la politesse du cœur ,. bien 
supérieure à celle des nnaoières : ses iriocurs 
sont simples et ses sentimens hondêcet. Philo> 
tas en conclut que DaiQonax étoit aussi igno- 
rant que le commun de$ Spartiates. )*a)outai : 
il se passionna pour les Jcnx de Lycurgue. Phîr 
lotas trouva .^u'i) saluoit d'une manière plus 
gauche que lor6 de notre première entrevue. 

Mon aiûi étoit si prévenu en faveur de 
ta nation, qu'il méprisoit les autres peuples « 
et haïssoit souverainement tes .Lacédémoniens« 
U avûit recueilli contre ces derniers 9 toi)s les 
cidicùie; dont on les accable ^ur 1^ théâtre 
d'Athèner, toutes les injarc^ :qu^ leur prodi*^ 
jfuent les orateurs d'Athènes , tQutes les in- 
justices que leur, attribuent les historiens d'Athèr 
nes« tous les vices que les philosophes d* A tbè^ 
ncs reprochent aux loix de Lycurgue : couvert 
de ces armes , il attaquoit sané cesse les par^ 
tisans de Sparte. ) avois souvent essayé de le 
earriger de ce travers , et je ne pouvois souf- 
frir que mon ami eût un défaut. « 

Il étoit revenu par T Argolide ; de là , jus- 
qu'à Lacédémone , le chemin est si rude , si 
scabreux , qu'excédé de fatigue , il me dit avant 
de se coucher: sans doute que,, vivant vo« 
tre louable coutume , vous ^me feret grimper 
sur quelque rocher pour admirer à loisir les 
environs de cette superbe ville; car on ne 
manque pas ici de montagnes pour procurer 
ce plaisir* 4UX voyageurs. OemAint i^pQ&dis-}e» 



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DU JEUNE AKACMAltSIS t^ 

ftotts irons M M6aiéI«oe„ émîaenee sîtnéé aïK 
4elà .de rEaro»« ; Dtmonas aura la comptai* 
aance de nott« y conduire. 

Le jour tumm, now pascimet le Ba« 
bix , c-est le nom que Ton donne au pont de 
rEflfotaf. Bientôt $*affutent à nous tes^ débriâ 
de plusieurs maisons constniices autrefois sur 
k rive gauche du fleure, et détruites dans la 
dernière guerre par les troupes d*EpaminoiKlas» 
Mon ami saisit cette occasion pour faire I» 
plue graiid éloge é» plus grand ennemi det 
Lacédânoniens , et comme Oamonar gardoit 
le silence » il en eut pitié . 

En avançante nous apper^umes (rois on 
quatre LacéUemontens couverts de manicaux 
chamarés de di^rentes couleurs t et le visage 
xasd seulement d'un cdté. QudJe iarce jouent 
ces gens-là, demanda- Philotâs? Ce sont , ré« 
pondit Damonaa , des- trunbleurs , ainsi aom^ 
mes pour avoir pris la (iiiie dans ce oombac 
où nous, repoussâmes les troupes d'Epaminon* 
das. Leur extérieur sert à* les faite rtcoiinuî^ 
•re^ et les humilie si fort, qa*ils ne fréquent 
lent que Us lieujr solitaires r vous voycx qu'ila 
évitent noire présence. 

Après avoir, du haut de la colline , par* 
couru des yeux, et ces belles campagnes qui 
•e prolongent vers le midi, et ces monts sourr 
cilleua qui bornent ^a Laconie aa couchant, 
nous nous assimes :cà faee de la ville de Spar- 
te, l'a vois. à. ma droite «Damonajt« à ma gau- 
thc Pbilotaa^qui daigooit à peine fixer se* re» 
gards sur ces amas de chaumières irréguiière- 
meut rappiochéest Tel est cependant, lui. dis* 



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je, rhuinbte^syk de. cette. n*rionr, où Hou 
apprend de si bonne hexrre J'art de commanè 
der , et l'art plus difficile d*obéir. Rhilotas mt 
serroit la main et me faisoit sighe. de me tai- 
re, rajoutai : d'une nation qai ne fot jamaii 
enorgueillie pat les succès, ni aiwitiue. par. les 
revers. Philotas me disoit à ToreiHe: au nom 
des dieua ^ ne me forcez pa^ à parler ; vous 
avei déjà vu que cet homaief n*«st pas en^tat 
de me répondre, le continuair: -qui a toujcmrs 
eu rascendant sur les autres, qui: défit lesPer-^ 
ses, battit ^.souvent les généraux . d'Athènea, et 
finit par s'emparer de leur capitale i qui h-est 
ni frivole, ni inconséquente , ai souvemée par 
des orateurs corrompus ; qui, Jans toute' U 
Grèce... Est souverainement détestée pour sa 
tyrannie, et méprisée pour ses- vices, s'écria 
Philùtas, et tout de suite rougissant de honte: 
Pardonneis* dit il à Damonax^rcît mouveitienC 
de colère à ^n }eunc liommcr^qui adore sf pa-i 
trie:, et.c^ui ne souffrira jamais qu'on l'insul- 
te. Je respecte ce sentiment, répondit le Spar- 
tiate; Lycurgue en a fait le mobile de nos 
actions- p mon fils! celui-quî aime sa patrie; 
obéit aux loix , et dès-lors .^s^ devoirs soUt rem- 
plis; la vôtie mérite votre attâthem«nt, et je 
blâmerois Anacharsis d'avoir poussé si- loin la 
plaisanterie , s'il ne nous** avoii fourni l'occa- 
sion «de nous guérir run::btf l'autre de nos pré- 
jugés. La lice vient de s'ouvrir ; vous y pa- 
rohrez avec les avanugefs que vous déyei à 
votre éducation ; je. ne itt'y présenterai qu'avec 
{^'amour de la vérité. * -^ ♦ 



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DU JEUWE ANACHARSI9, 179 

Cependant Philotas me disoit tout bas; ce 
Spartiate a du bon sens ; épargnez-moi la doa* 
leur- de l'affliger; détournex, s*il est possible, 
la conversation. Damonaxi dis-je alors, Philo* 
tas a fait un portrait des Spartiates d'après les 
écrivains d'Athènes; priez-le de vous le mon- 
trer. La fureur de mon ami alloit fondre sur 
moi; Damonax la prévint de cette manière; 
Vous avex outragé ma patrie , je dois la dé- 
fendre : vous êtes coupable , si vous n'avei 
parlé que d'après vous ; \t vous excuse , si ce 
n'est que d'après quelques Athéniens; car je 
ne présume pas qu'ils aient tous conçu une si 
mauvaise idée de nous. Gardez- vous de le pen- 
ser, répondit vivement Philotas; vous avez 
parmi eux des partisans qui vous regardent 
comme des demi-dieux , e^ qui cherchent à co- 
pier vos manières; mais, je dois l'avouer, nos 
sages s'expliquent librement sur vos loix et sur 
vos mœurs. — Ces personnes sont vraisemblable- 
ment instruites. — Comment > instruites! ce soac 
les plus beaux génies de la Grèce , Platon , Iso- 
crate , Aristote et tant d'autres. Damonax dis- 
simula sa surprise; et Philotas, après bien des 
cxcufcs, reprit la parole: 

Lycurgue ne connut pas l'ordre des ver- 
tus. II assigna le premier rang à la valeur : do 
là cette foule de maux que les Lacédémoniens 
ont éprouvés , et qu'ils oht fait éprouver aux 
autres . 

A peine fut*il mort, qu'ils essayèrent leur 
ambition sur les peuples voisins : ce fait est 
attesté par un historien que vous ne connois^ 
sez pas, et qui s'appelle Hérodote. Dévorés du 



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il# VOYAGE 

ée$îr de dominer, leur impuissance les à sou-» 
Yem obligés de recourir à des bassesses humili- 
antes, à des ÎBJusiices atroces: ils furent les 
premiers à corrompre les généraux ennemis ; les 
premiers à mendier la protection des Perses, 
de ces barbares à qui , par la paix d' Anatalci- 
das , ils ont dernièrement vendu la liberté des 
Grecs de l'Asie. 

Dissimulés dans leurs démarches, sans foi 
dans leurs traités , ils remplacent dans les com- 
bats la râleur par des stratagèmes. Les succès 
d'une nation leur causent des déplaisirs amers; 
ils lui suscitent des ennemis, ils excitent ou 
fomentent les divisions qui la déchirent: dans 
le siècle dernier , ils proposèrent de détruire 
Athènes qui avpit sauvé la Grèce, et allumè- 
tent la guerre du Téloponèse, qui détruisit A- 
thènes. 

En vain Lycurgue s'efforça de les préseï^ 
ver du poison des richesses , Lacédémone en 
recèle une immense quantité dans son sein; 
mais elles ne sont entre les mains que de quel- 
ques particuliers qui ne peuvent s*en rassasier. 
Eux seuls parviennent aux emplois , refusés au 
mérite qui gémit dans Tindigence. Leurs éî>ott- 
ses, dont Lycurgue négligea l'éducation, aiii^î 
que des autres Lacédémoniennes « leurs épou* 
ses , qui les gouvernent en les trahissant , par* 
tirent leur avidité , et par la dissolution de 
leur vie, augmentent la corruption générale^» 
Les Lacèdémoniens ont une vertu sombre, 
austère , et fondée uniquement sur la crainte • 
Leur éducation les rend si cruels > qu'ils voient 



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DU JEUNE ANAGHARSIS x8s 

?ans regret coaler le sang de leurs eofans » et 
sans remords celui de leurs esclaves. 

Ces accasatiom sont bien graves, ditPhi^ 
lotas en finissant, et je ne sais comment vous 
pourriez y répondre. Par le mot de ce lion , 
dit le, Spartiate» qui, à l'aspect d'un groupe g 
où nn animal de son espèce cédoit aux ciFortt 
d'un homme , se contenta d'observer que \e$ 
lions n'avoient point de sculpteurs* Philotas 
surpris me disoit tout bas: Est-ce qu'il au^roit 
lu les fables d'Esope ? Je n'en sais rien , lui 
dis-je; il tient peut*étre ce conte de quelque 
Athénien» Damonax continua: croyez qu'on. ne 
s'occupe pas plus ici de ce qui se dit dans la 
place d'Athènes , que de ce qui se passe au« 
delà dea Colonnes d'Hercule. Quoi ! reprit Phi-* 
lotas , vous laisserez Votre nom rouler honteu*- 
sèment de ville en ville» et de génération ea 
génération ?'Les hommes étrangers à notre pays 
et à notre siècle , répondit Damonax , n'oseront 
Jamais nous condamner sur la foi d'une nation 
toujours rivale et souvent ennemie. Qui sait 
même si nous n'aurons p|is des défenseurs? 
— Juste ciel! Et qu'opposeroient- ils au tableau 
que je viens de vous présenter ? — Un ' tabler 
au plus fidèle et tracé par des mains égalée* 
ment habiles. Le voici* . ..' 

Ce n'est qu'à Lacédemone et en Crjèt^ 
qu'existe un véritable gouvernement;: w. ne 
trouve ailleurs qu'un assemblage de citoyens » 
dont les uns sont maîtres, et les autr^es escla- 
ves. A Lacédemone » point d'autrips diftinctîons 
oitre le f oi et le particulier, le riche et le 
pauvre^ ^ue celles qui i^urent.: réglées par via 



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i8j voyage 

législatear inspiré des dîeax mêmes. Cest un 
dieu encore qui gaidoit Lycnrgue » lorsqu'il tem- 
péra par un Sénat la trop grande autorii^ des rois. 

Ce gouvernement , où les pouvoirs sont si 
bien contre-balancés , et dont la sagesse est gé- 
néralment reconnue » a subsisté pendant . qua- 
tre siècles, sans éprouver aucun changement 
essentiel , sans exciter la moindre division par- 
mi les citoyens. Jamais dans ces temps heureux, 
la république ne fit rien dont elle eût à rou- 
gir ; jamais dans autun état , on ne vit une 
si grande soumission aux loix, tant de désin- 
téressement» de frugalité, de douceiir et de 
magnanimité , de valeair et de modestie. Ce fut 
alors que, malgré les instances de nos alliés, 
nous refusâmes dé détruire cette Athènes , qui 
depuis • • • • A ces mots Philotas s'écria t vous 
if'avez sans doute consahé que les écrivains de 
Lacédémone? Nous n'en avons point, répondit 
Danionax — Ils s'étoient donc vendus à Lacé- 
démone ? — Nous n'en achetons jamais. Vou- 
Jez-vous connoitre mes garans? Les plus beaux 
génies de la Grèce , Platon , Thucydide , Iso- 
crateV Xénophon^ Aristote et tant d'autres, 
feus des liaisons étroites avec quelques-uns 
d'entre eux, dans les fréquens voyages que fe 
fis autrefois à, Athènes par ordre de hoi ma- 
gistrats ; je dois à leurs entretiens et- à-^leurs 
ouvrages., ces foibles connoissances qui vous 
étonnent dans un Spartiate. 

Danionax ne voyoît que de 'la surprise 
dans le maintien de Philotas v j'y ^oyoîs de 
plus la crainte d'être ^accusé d'ignoratice (Ki de 
taauvaiie foi: on l^te^ouvôit cépendtf&t lai re? 



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DU JEOfflE AlÏAC«fA.RSIS iH) 

pirocher que de ia prévemion et dte là lég;erc- 
îé. Je demandai à Dtmoiiax 'pout(^oi les tfcri« 
Vains d*Athènes s^étoient permis tant de varia- 
tions et de licences en parlant de sa natiotiV 
Je pouVroir vous «ép^rtdre, dit- il, ^ù'fts cédè- 
rent tour-à-tour<àiâ'f6tc6de la; vé^îié fet à 
celle dé la haine 'nai^tofwle* Mais ne' craignet 
rien , Philotas-, Je ménagerai votre- délicatesse; 
Pendant h guerre, vos orateurs ec- vos 
|>oëtes', afiû d'anhÀér ia> populace^ comre^aious^ 
font comme tespeiMMt qui-, pour se vengef 
de iears ennemis, ^'lés «représentent sQdS'i^n a^ 
pcct hideux. Vos philosophes ^ et vtf$ historierié^ 
plus sages, nous ont distribué le blâme et la tou^ 
«nge , parce que , *éuivant fe dlfférétlce d^s temps , 
nous avons mérité' 'f uni et l'autre. Ils ont fsAl 
comme ces artistes^hâbilêsquicpeignem succès^ 
si vément leurs ''héros dans une sîtiîition'paisii* 
ble, dans un- accès dé' fureur ^^àvetile^àtlrait) 
â«^ k ieune^se*;^ aVec les rides et té(i dàfdtmfté^ 
de la vieiHesse.'* NooU venons , Wft è«- 'tûoi , 
iàer placer ces difféttik tàbteaux''» (fewïft"^ôi 
\yeui : -vous erf avez emprunté les* ' traifi qtti 
|FôtiV6iént*ènIàHàirïé vôtre; j-aiiroîs 4aii^ tôvïl 
cenx.qui poaVdient eVhbèllir lé îiii^li,- -sî Iftibk 
jn*aviex permis d'achever; et ji^û^t ^^àûrièna 
tous aeux'f)résën«è'^ùè dfes'cdpîéi ift<dfirles. Il 
ftut done fêvetfir sur nos pas ; "et ' fi^er '^tt* 
idées "Sur' des faits' incohîestaHcs. '• •— -»!! * '** 
• J ai deuJc ■ atièaiïts à* soutènif ,*pinsque vos 
eoups'se sont rfgaleméiît^'dirigés^^ài Absmtfurt 
tî s* notre gouvemènte'nt. Noa'^Inœ'aAr îi^ivô^ 
leilt reçu auctme atteinte peridkrié'quatrè'^iîp 
tl^ i vos « écri valin»-Tôfit «eeonau.^' ElléV * cMi- 



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i«4 TOT AO C 

mcDcèrent I 9*altérer pendant la gaerrè d» 
Péloponèse ; noas en convenons : blâmes 1109 
irices actuels * mais çespectea nos anciennes 
tenus 

De 4eax points qae favois à défendre , 
l'ai; xoniiposé pour le premier; je ne saurois 
cifitr, 4 r^ard du second» et le soutiendrai 
toujours que parmi les gouveaemens connus , 
il nen est pas de plus beau que celui de La* 
cédémone. Platon, il est vrai, quoique cos* 
yainca de son eicell^ice,. a cru y décoa« 
irrir iquelqoes défauts » et j'apprends qu Aristo» 
te se propose d*ett relever un plus grand 
eombre. 

Si ces défauts ne blessent pas essentielle*^ 
snefit la constitution * je dirai à Platon; voue 
in*avei appris qci*en formant Tunîvers , le pre- 
mier des êtres opéra sur une matière préexis« 
tante qui lui opposoit une résistance quelviue* 
fois invincible , et qu*il ne fit que le bien dont 
la nature étemelle des choses étoit susceptible» 
J*ose/dîre k mon tour: Lycurgue travailloitsuf 
jnne matière rebelle et qui participoit de Tim* 
perfection attachée à J*esseBce des choses; c'est 
rhomme , .dont il fit tput CjS qu*il étoit poasi* 
Ue d*cn l^ire, 

Si les i^fauts reprochés i ses lois doi« 
Wtpt iséÇi^ssaîrement en entrai ner là ruine,, je 
rappellerai à Platon ce qui est avoué de toua 
)ea écrivains d* Athènes, ce qu^en dernier lieu 
il ^rjvQit tut- même ï Denys.roi de Syracuse: 
la loi seule règne à Lacéiémone, et le même 
fonVernement s* y maintient avec éclat depuis 
plusieurs siècles. Or, càmm^pi. concevoir une 



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nV lEUNV ANAGRARSTfl. lÈS 

CidnitHotion qm avec des vices destruetears *ee 
itthérens à sa nature, seroit touiours inébran* 
Iftble^ tottioufs inaccessible aux factions qui 
ont désoliS si souvent les autres villes de la 
Grèce > 

Cette union en d'autant pltis étrange t 
dis^ 16' alors, que ehea vous la moitié des ci* 
toyens est asservie aux toix , et l'autre ne Test 
pas. C'est du moins ce qu'ont avancé les pbi« 
îosophes d'Athènes ; ils disent que votre lé« 
gisiation ne s'éteiul point jusqu'aux femmes 
qui » ayant pris un em>pire absolu "^ur leurs 
époux, accélèrent de jour en jodr Us ptùgrés 
de la corruption. 

Damonas me répondit: apprenes à ces 

!>lnlosophes , que no^ filles sont éle^^ées dans 
a même discipline , avec la même rigueur que. 
tios 6U; qu'elles s'habituent comme eux aux 
mêmes exercices; qu'elles ne doivent porter 
pour dot à leurs maris qu'un grand fonds â« 
vertttis ; que devenues mères , elles sont char* 
gées de la longue éducation de leurs enfanSf 
d'abord avec leurs époux, ensuite avec lesma^ 
fktrats; que des censeurs ont toujours lès yeux 
ouverts sur leur conduite; que lès soins des 
esclaves et dxt ménage roulent entièrement sut 
elles ; que Lycurgue eut soin de leur interdt- 
le toute e<^pèce de parures; qu'il n'y a pas 50 
at¥s encore qu'on étoit persuadé à* Sparte qu'un 
riche vêtement suffisoit pour flétrir feur beau- 
té « et qu'avant cette époque, la pureté de leurs 
mœjfs étoit généralement reconnue; enfin > de* 
mandes s'il est possibk que» dans un état^ la. 



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classe des hommes son Veftnoate, srai que cel- 
les des femme s le soit aassL > * ^ 

Vos filles, .repris^îe « s'habituent dès leur 
enfance i àe\ ,^^tcicts féBihles« et c^èst ce 
que Platon approuve: elles y renoncent aprèi 
leur mariait et c est' <te «qu'ils cimdamoè. En 
effet, .daûs^ un gdaver^emem tebquc le v^tisr, 
il fa adroit qAe les feinmes y à ^rexempie de 
celles . des. Saucomates , ((i6sent toujburs eh état 
d'atuqoef ou de repoùssfdr reimemi*. Mous ii'ék* 
VQnssi.;di;^renieot nos filks^^mè repondit«il, qo^ 
pour, leur former un tempérament r(d>ustei 
Qous n'exigeons, de nosfemmses que les vertus 
paisibles de leur sexe. Pourquoi: leur donner des 
armes? nos bras suffisent f>Q»r les. défendre. 

Ici Philotas rompit» ler) silence , et d'^untoa 
plus n^deste il dit à Dam.(umxr Puisque vos 
loix apot.que jagaerre:poiir*objét,ne serott^ 
U pas, essentiel de multiplier parmi -vous \t 
pombre des combattant ? La g^ierre pour objet! 
s'écria le Spartiate ; je rciconxiois le langage de: vos 
écrivains ; ils prétcnjt: aa plus sage, au plus 
humain des législateurs ,» «le 'projet je plus crud 
et. le plus inBe,asé; le^pl^^ cruel, s'il a >vouli| 
perpétuer dans .la Gr^ce' une milice altérée da 
sang: des nations, et dej }jt soif-^tfcs conquêtes^, 
le pluïf insensé;* puisque:,^ pçur. Texéoutî^ir, il 
n'auroit propoisé que d^. moyens . absolument 
çon traites àvs^ .vufîs< Parcontéx notse-code 
mijit^irft i' ses_-di?pc>8itiônô , prises dans leat 
s,ens ; Ut j^ral , ne; tQudent qu'à ^nous rempttr de 
sentiméns ^éaéreux, qu!à répbin^er notre* am- 
bicion/'.Nous ? sommes. aiUûXc^iaaJheurexiJt^.poat 
les négliger, mais elles ne nous instruisent pas 
moins des intentions de Lyc argue* 



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DU JEUNE ANACHARSIS. 187 

Par ^tteU moyens cri effet pourrok s'a- 
grandir une nation dont on enchaîne à cha^ 
qae pas la valeur, qui , du côté de la mer^ 
privée par ses loix , de matelots et de vais^ 
seaux , li'a pas la liberté d'étendre ses domai^ 
nés, et du côté de terre, celle d'assiéger les 
places dont les frontières de ses voisins sont 
couvertes; à qui Ton défend de poursuivre Tent 
nemi dans sa fuite et de s'enrichir de ses dé* 
pouilles; qui ^ ne pouvant faire souvent là' 
guerre aa mâme peuple, est. obligée de préfé- 
rer la voie de la négociation à celle* des ar* 
mes ; qui , ne devafit pas se mettre en marche 
avant la pleine lune , ni combattre en certai*- 
nés fêtes , risque quelquefois de voir échouer 
ses projets; et qui, par son lexarème. pauvret- 
te, ne sàuroit , dans aucun temps « former de 
grandes entreprises? Lycurgue*nr*a pas voulu 
établir parmi nous une pépinière < de. conque** 
rans , mais des guorriêrs tr^inquilles qui né re? 
spiroient que «la paix ; si l*:on reispûctoit leur 
repos , que * la guerre y si on avoit raudace- de 
te troubjeri* ' r- «^ ."-^ ; • . 

Il ^^mble néanmoins^' reprxt.Philotas,. que 
par la. naaûre deS choses , un» ppuprle de guerî- 
fiers dégàîèl'e tôt ou tard èn^' peuple de' cou- 
quérans;i^e^ L^on voit 'pat la^ suite des &iitsS 
que vous, li^r éprouvé ee phangetnent sanf 
vous en' appeTcrroir. On ¥aus iccuse en leiEflt 
d'avoir ooanp' ite-^bonne heure^- et vxie n'avoir 
jamais^ pendu;: de yne le desseio-* d'asservir leg 
Arcadiens?-^ et les: Ai»giens ; je iiç- parrle pas de 
vos guetresT avçc les Messéniens*, parce qlt^ 
Wous croy«a poavoir les justifier.. ^ - 



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sis r O Y A 6 E 

le vous l'ai déjà dit « répondit Damonax, 
tioas n'avons point d'annales : des traditions 
fonfases nous apprennent qu anciennement nous 
fûmes plus d'une fois des intérêts à démêler 
^Tec les nations voisines. Fûmes-nous les agrès* 
seurs? Vous l'ignorez, je l'ignore aussi; mais 
}e sais que dans ces siècles éloignés , un de 
nos rois ayant défait les Argiens, nos alliés 
lui conseillèrent de s*emparer de leur ville. 
L'occasion étoit favorable , la conquête aisée. 
Ce seroit une injustice , répondit- il ; nous avons 
fmt la guerre pour assurer nos frontières» et 
non pour usurper un empire^ sur lequel nous 
n'avons aucune espèce de droit. 

Voulez-vous connoitre l'esprit de notre 
institution? rappeUez-vous des faits plus récens, 
et comparez notre conduite avec celle des Athé- 
niens. Les Grecs avoient triomphé des Perses > 
mais la guerre n'étoit pas finie: elle se conti- 
nuoit avec succès sous la conduite de Pausa- 
nias « qui abusa de son pouvoir. Nous le ré- 
toquâmes , et convaincus de ses malversations, 
nous condamnâmes à mort le vainqueur de 
Platée. Cependant les alliée, offensés de sa 
liauteur, avoiçnt remis aiiz Athéniens le corn* 
mandement général des armées • C'étoit nous 
dépouiller d'un droit dont nous avions joui 
jusqu'alors , et qui nous plafoit à la tête des 
nations de la Grèce. Nos guerriers ,• bouilloa* 
nant de colère #.vouloient absolument le rete« 
nir par la force des armes; mais un vieillard 
leur ayant représenté que ces guerres éloignées 
n'étoient propres qu'à corrompre nos moeurs , 
ils décidèrent sur*le-çhamp qu'il valoit ini^u'^ 



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DU J£UNE ANACRARSI8 rl^ 

renoncer à nos prérogatives' qu'à nos vertiis « 
Esc-ce là le caractère des eonqaéhins ? 

Athènes , devenue de notre aveu la pre» 
siiére puissance de la Grèce, multiplioit A% 
jour en jour ses conquêtes : rien ne résistoit 
i ses forces, et ne suiBsoit à soiî ambiûonf 
ses flottes , ses armées attaquoient impunément 
les peuples amis et ennemis. Les, plaintes de 1% 
Grèce opprimée p'^rvinrent jusqu à nous ; des 
circonstances critiques nous empêchèrent d'a- 
bord de Tes écouter ; et quand nous (ftmes plus 
tranquilles , notre indolence ne nous le per« 
mit pas. Le torrent commençoit à se déborder 
sur nois anciens alliés du Péloponèse ; ils' ^ 
disposoient à nous abandonner, et peut-être 
même ï le diriger sur nos têtes , si nous re* 
fusions plus long-temps de Tarrftter dans son 
cours • 

Mon récit n*est pas suspect: je ne parte 
que d'fiU)rès l'historien le plus exact de la Grè-* 
ce , d'après un Athénien éclairé » impartial et 
témoin des faits .Liseï dans l'ouvrage de Thu« 
cydide le discours de l'ambassadeur de Corin*^ 
the , et celui du roi de Lacédémone . Voyex 
tout ce que nous fîmes alors pour conserver 
la paix , et jugea vous-mêmes si c'est à notre 
jalousie qu'i) faut attribuer la guerre du Pé« 
loponèse , comme on nous le reprochera peut- 
être un jour, sur la foi de quelques écrivains 
prévenus. 

Un peuple n*est pas ambitieux quand par 
caractère et par principe, il est d'une lenteur 
inconcevable à former des projets et à les sui- 
vre; quand il n'ose rien hasarder, et quil 



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I90 y O Y A G S 

.faot le contraindre à. prendre les armes. Non, 
nous n'étions pas jaloux, nous serions tropha- 
miliés de Xttte, ; mais nous fûmes indignés de 
voir prêtas à plier sous le joug d'une ville , 

iCes belles contrée, que nous avions soustraites 
à celui des Perses. 

Dans cette longue et malheureuse guerre, 

x]e$ deux partis firent des fautes grossières , et 

.commirent des cruautés horribleii« Plus d'une 
fois les Athéniens, durent s'appercevoir que , 

:par notre lenteur à profiter de nos avantages, 
nojs n'étions- pas les plus dangereux de leurs 

-ennemis; plus d*une fois encore ils durent 

, s'étonner de notre empressement . à terminer 
des malheurs qui se prolongeoient au-delà de 

.notre attente. A chaque campagne, à chaque 
expédition , nous regrettions plus vivement le 
repos qu'on nous avoit liivi. Presque toujours 
les derniers à prendre les armes les premiers à 
les quitter ; vainqueurs , nous offrions la paix; 
vaincus , nous la demandions. 

Telles furent en général nos dispositions; 
heureux, si les divisions qvii commenfoient à 
se former à Sparte et les égards que nous de- 
vions à nos alités , nous avoient toujours per- 
mis de nous y conformer 1 Mais elles se ma- 
nifestèrent sensiblement à la prise d'Athènes. 

, Les Corinthiens , les Thébains et d'autres peu- 
pies encore proposèrent de la renverser de fond 
en comble. Nous rejetâmes cet avis ; et en ef- 
fet, ce n'étoient ni ses maisons, ni ses tem- 
ples (ju'il falloit ensevelir dans les entrailles 
de la terre , mais les trésors qu'elle renfermoit 
dans son sein , mais ces dépouilles pré- 



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DU jatJN& AJMA<]M ARSIS. «91 

ciaiKes*v«,eûcescsoRitaes immenses que Lysan^ 
der, général de notre flotte, avott recueillies 
dans le cours die sts, é3q)éditiQiis , cj; qu'il in- 
troduisit successivement dans notre ville *..Je 
m'ea souviens, .j'étois. jeune encore: les plus 
sages d'entre nous .frémirent à l'aspect de l'eiH 
iiemi* Réveillé «par leurs cris, le tribunal des 
EpbQres proposa d'él^^giier pour jamais ces ri- 
chesses, source féconde des divisions let des 
dés(Hdres dont nouS' iôons mçnac^s. Le partv 
de lysander. prival»u« ILfut décidé que l'or et 
4'argeot •sèroieati;ConYeriis..en monnoies pour 
les besoins de larépablique-, et non, pouf. ceux 
des particuliers^ r^splutiôn 'insensée et funeste. 
Dès que le gauvemejn^ot. attachoit Ae la va" 
leur à ces métaîiXv.on:.jdevoit .slattendre .que 
les i^articuliers leur donneroient ^ bieutôi u|i 
prix .infini. . . , ^ 

Us vous séduitiif;em sans pein% dis je alors, 
parce que, suivant; Uit^marque de. PU ton, vers 
loix vous avoîent aguerris contre ja douleur , 
et nullement coptfç la .^volupté.; Quand H poi- 
son est dans l'état «: répondit. . D^mo^ax , la 
}diilo30phie doiti 90US ^ en garai^i; ; quand il 
n'y ejt pas, le f,législatuir]; doit sç.bojner à 
]*écarter; car le riîftilleur moyen dç se sous- 
traire à certons, dangers, esic de ne le pas 
connoître. Mais«,ijrep.i:isr^e , puis<)ue l'assçcàblâs 
accepta le présent funçste que lui apportoît 
Lysander^ il ne fut donc pas le premier au- 



* Voyes la jq^ot^ f^^)fi £n du folume* ^ 



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*f • Y O T A: e B 

teur. des chaogemens qae vos mceart mn é- 
prouvés ? 

Le mal venoit de plus loin , répondtt-il. 
Ijti guerre des Perses nous )eca au milieu ds 
ce monde dont Lycurgue avoit voulu tioas sé- 
parer. Pendant un demi siècle, au mépris de 
nos anciennes maximes , nous conduisîmes nos 
armées en des pays éloignés ; nous y feraiom 
des liaisons étroites avec Igurs habicans. Nos 
-infleurs 9 sans cesse mêlées avec celles des na* 
tions étrangères, s'altéroient comme des eaux 
pures qui traversent un marais infect et couf 
tagieux. . Nos généraux , vaincus par les pré- 
sens de ceux dont ils auroiem dû triompher 
par les armes « flétrissoient de jour en jour leur 
gloire et la ndtre. Nous les punissions à leur 
retour; mais, par le rang et ie mérite des 
coupables , il arriva que le crime inspira moins 
d*horreUr , et que la loi n'inspira plus que de 
la crainte. Plus d'une ibis Péticlès avoit «che* 
té le silence de quelques*uns de nos magistrats, 
asset accrédités pour fermer nos yeux sor les 
entreprises des Athéniens. 

Après cette guerre qui nous couvrit de 
gloire, et nous communiqua ka ^erases des 
vices, nous vîmes sans e<Froi« disons mieux , 
nous partageâmes lespassiims violentes de deux 
puissans génies que notre malheureuse desti*- 
née fit paroître au miltcu de nous.. Lysander 
etAgésilas entreprirent d*^e ver Sparte au cooi- 
l>^e de la puissance , pour dominer , l'un aa- 
dessus d'elle , et Tautre avec elle. 

Les Athéniens battus plus d*une fois sue 



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' DU TEUNîE ANAGHARSIS xçg 

mer ^ une gaerre de zj ans tertpitiée dsins unt 
heure , Athènes prise , plusieurs villes ^déli- 
irrées d'un joug odieux , d'autres riecevant de 
nos mains des magistrats qui fîni$soient par 
les opprimer , la Grèce en silenee et forcée de 
reco^noître la prééminence de Sparte ; tels sont 
1er principaux traits qui caractérisent le bril- 
Um ministère de Lysander. 

Sa politique ne connut que deux princi* 
pes , la force et la perfidie • A l'occasion de 
quelques différens, survenus entre nous et les 
Argiens , au sujet des limites , ces derniers 
rapportèrent leurs titres. Voici ma réponse^ dit. 
.Lysander, en mett!ànt la main sur son épée • 
îl avoit pour maxime favorite , qu'on doit trom* 
per les enfans avec des osselets ^ et les hom«- 
fpàcs avec des parjures. 

De là ses vexations et ses injustices « 
quand* il n'avoit rien à craindre ; ^es ruses et 
ses dissimulations , quand il n'osoit agir ï for- 
ce ouverte : de là encore , cette facilité avec 
laquelle il se plioit aux circonstances • A la 
cour des Satrapes de l'Asie , il supportoit , sans 
murmurer, le poids de leur grandeur; un mo- 
ment après , il distribuoit à des Grecs » les mé- 
pris qu*il venoit d'essuyer de la part des Perses* 

Quand il eut obtenu l'empire des mers, 
îl détruisit par-tout la démocratie ; c'étoit l'usa^ 
ge de Sparte * ; il *le suivit avec obsûnatio% 

Tom, ir. Il 



#iMi>% <%%(«/W«/W\ W%<% 



^ Rien ne fait peut-être plus d/honneur à 
Sparte que cet usagel Par Tabus excessif que le 
peuple faîsoit par-tout. de son autorité > les divi« 
•ions r^gnoieQt dans chaque ville , et les guerres 
se multipUoieut dans la XJrèce. 



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f 94 VOYAGE 

'pour placer à la tête de chaque vjlle des hom- 
mes qai n'avoient d'autre mérite qu'un entier 
abandon à ses volontés. Ces révolutions nes'opé- 
foient qu'avec des tortens de larmes et de sang. 
Renne lui coûioit pour enrichir ses créatures, 
pour éctaser ses ennerhis : c'est le nom qu'il 
donnoit à ceux qui défendoient les intérêts du 
peuple. Ses haines écoient ira.Macables , ses ven- 
geances terribles : et quani l'âge eût aigri son 
humeur atrabilaire , la moindre résistance le 
rendoit féroce . Dans une occasion il 'fit égor- 
ger boo habiians de Milet , qui , sur la foi do 
ses sermens , avoieni eu l'imprudence de sor- 
tir de lears retraites. 

Sparte supponoit en silence de si grandes 
atrocités . Il s'étoit fait beaacoap de partisans 
au milieu de nous par la sévérité de ses mocirs, 
5on obéissance aux magistrats , l'éclat de ses 
victoires. Lorsque par ses excessives liberjalités 
et la terreur' de son nom , il en eut acquis un 
plas grand nombre encore parmi les nations 
étrangères, il fjt regardé comme l'arbitre sou- 
verain de la Grèce. 

Cependant qjoiqu'il (ût de la maison des 
Hét*aclide$ , il se troavoit trop éloigné du trô- 
ne pour s'en rapprocher ; il y fit monter Agér 
silas qu'il aimoit tendrement, et dont les droits 
à la couronne pouvoi:nt être contestés. Com- 
me il se flattoit de régner' sous le nom de ce 
jeune prince , il lui inspira le désir de la gloi- 
re, et l'enivra de Tespérançe de détruire le va- 
*te empire des Perses ^ On vit bientôt arriver 
Jes dépaiés de plusieurs villes qu'il avoît sol- 
licitées en secret. £ile$ demgndoicnt Agésilas 



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T>V JEUNE ANAGH^^RSIS. t^ 

pour commandeV Taçinéa iju'elles levoianc con> 
tre les barbares. Ce prince parti aussû tôt avee^ 
un conseil de tfente . Spanniates , préjBidé p«ur, 
Lysander * ,:....«< 

•Ils arrivent en Asie : to»^ ces. petits des*; 
potes que Lysander a placés dans^ les villesr 
voisines , tyrans mille £bis plus cruels que atwjh 
des grands empires ^ par^e que la cruauté ccoît; 
à raiscm de la iJDiblesse ; ne connpissjsnt quf 
leur protecteur, rampent servilement à sapor^ 
te, , et ne rendent au souverain que de foibles 
bommages de bienséance*. Agésilas , jaloux da 
«on .autorité , s'apperçut bientôt qu'occupant le 
premier rang, il ne jouoit: que le second rôle*. 
U donna froidement des dégoûfs à son ami « 
qui revint à Sparte » ne respirant querla ven^? 
geance • U résolut alors, d'exécuter un projet 
qu'il* avoit confu« autrefois, et doiw .il a^voil; 
tracé le plan daxi$ un mémoirç trpuv.é ^près sa 
mort parn^i ses papiers. 

La maison d'Hercule est divisée en pltt? 
sieursL branches. Dei^x seules ont des droits ^ 
la couronne . Lysander vouloit les écendrerSU( 
ks: autres branchies , et m^me tuv tou$ les Spar- 
tiates, li'honneui: de régner sut. des, hompet 
libres seroit devenju le prix de U v^rtu^ et Lyr 
mander pac soq crédit auroit- pu se revêtir un 
)ouT du poiivoir suprême • Con^me une pareille 
révolution ne paayoit, s'opérer à fojçcc , ctuver? 
te, il eut recours. à rimposture. 

Le bruit couruit qu'*au royaume de Pont 
une fe(ume éURt aqç.oujchée d'un fils dont Apol- 
lon écoit le père , les principaux de la ns^tiq^ 
tp faisoient élever souis le nom de SSlène* Qcj^. 



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19^ V Y A Cî E 

fagaet rumetirs foarnirent à Lysander 1,'idéc 
d^uijie intrigae qxxi dura plusieurs années , et 
qu*U conduisît, sans y paroitre,par des agens 
•ubalternes. Les uns rappcUoient par interi^al- 
les la naissance miraculeuse de Tenfant ; d'au* 
très annonçoient que des prêtres de Delphes 
consenroient de vieux oracles auxquels il ne 
leur étoit pas permis de toucher, et qu'ils de- 
toient remettre un jour au fils du died dont 
ils desservoient les autels« 

pn approchoit du dénouement de cette 
étrange pièce. Silène avoit paru dans la Grèce* 
Il étoit convenu qu'il se rendiroit à Delphes; 
que des prêtres dont qa s'étoit assuré , exa-<^ 
minerotenten présence de quantité de témoins, 
les titres de son origine } que , forcés de te 
reconnottre pt>ur fils d'Apollon, ils déposeroient 
dans ses mains les anciennes prophéties . qu'il 
les liroit au milieu de cette nombreuse assem- 
blé^, et que par l'un de ces oracles, il seroit 
\ dit qu^ ]es/ Spartiates ne dévoient désormais 
élire pour leurs rois que les plus vertueux des 
citoyens . 

Au moment de l'exécution , un des prin- 
cipaux acteurs I effrayé des Suites de l'entre- 
prise, n'osa l'achever : et Lysander, au déses- 
poir , se fit donner le commandement de quel- 
ques troupes qu'on envoyoit en Béotie. U pé- 
rît dans un combat; nous décernâmes deshon* 
neurs à sa mémoire, nous aurions du la flé- 
trir. Il contribua plus que personne à nous dé- 
pouiller de notre modération et de jiotre p^u* 
Tfeté, 



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DU JEUNB ANAGHARSIS tff 

Son 8yitéme> d'agrandissement fat suivi 
avec plus de «tfcbode par AgésUas. Je ne veut 
parlerai point de :ses exploits en Grèce, ea 
Asie, en Egypte. Il fat plus ^dangereux que 
Lysander, parce que avec les mêmes talens , 
il eut plus de vertus, er^ qu'avec la mémeam« 
J)ition, il fut touJQurs exempt de présomption 
et de vanité. Il ne nouffrit jamais i^u'on lai 
élevât une statue. Lys ander consacra lùi^mAme 
la tienne au temple tie Delphes; il premtt qu'on 
lui 4rçssât di^s autels, et qu'on lui offrit d^ 
Sacrifices'; il proâigùoii -des récompenses aux 
poëtte* qui' lui prbdigtidient des* éloges, -ei^ en 
avoir toujours un i. sa' suite, pour épies' et 
célèbres s^ moindres succès.. r / 

L'un et' Tautre ^enricbivent leurs eréatu-» 
Tes, vécurent dans une extrême pauvreté, et 
furent toujours, inaccessibles aux plaisirs. - * 

L'un et l'autre, pour obtenu le conlroan^ 
dément des armées i flattèrent honteusement les 
Ephorés, et achevèsent de faire passer l^auto» 
fité entre leurs mains. Lysandc^ , après la prisé 
d'Athènes, leur mimdoît: „ J'ai dit aux Athé<^ 
niens que vous ^iez les maîtres de la guerrt 
et de la; paix* „ . Agésihs^ se levoit de aôxt 
trûne, dès qu'ils paroîssoieot. 

Tous deux assurés^ de leur pt^tecftion ^ nous 
remplirent d'un esprit de vertige \ «t f at^ 4ine 
continuité d'injustices et de violences ^ soulevé^ 
rent contre nous' cet Epamlnondi^^ qui i "après 
la bataille de Leuctres et le rétablissement des 
Messéniens , nous réduisit; à T^at déplorable ott 
nous sommes encore aujourd'hui. Nbus avons 
vu notre puissance s'écrouler avec nos vertus» 



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!&$ ne sont plus ces -temps où lei peupifcs qui 
ârouioiont jrecoyuvrer iear 'Bfaierté demandoient 
à.Laeédémooe on seu^j^de se», guerriers pou; 
îbrisct le\irs iexs. i''* - . . . 

. ' " 'Ctepesdant rendei.un.dernief hçmmage ï 
j^$ 4oiS(' Ailleurs h| corruption autok commun- 
fié- 4>au a.mollk ik^ âmes ;^. pgrmi nous .elle i 
j£mc r^latter des . passions gcandes et fortes » 
l^aAibitidns la venge^nct^^ là jalonsie. du pou* 
iroir^ )fttJa fureur de la célébrité, il. semble 
Mpkc :k^.^vices . n'approchent de. nous^qu'avei: 
xiri(09spectiQn* La soif de Tor ne s'estpas iàit 
Mcme, sentir â»ns toasdçsfitats ^ et: les attraits 
de It^g^upté n ont jusqu'à présent infectsé qu'un 
petit nombre de particuliers. Plus d,'uae: .fois 
fious^ avons vu les «magistrats et les géiiîraux 
maintenir avec vigueur notre aneienné disci* 
• pline, et de simples citoyens montrer des ver"- 
•tus dignes, d^s plus beai|x. siècles. . .: 

i /SemUaèles :a ces peuples qui, situés sur 
les frôftiièf es decdeux .empires , ont ifast un 
m^litngecâeS: langue» et d^s mœurs de< Tan et 
de l'Aïutr^Jes Spartiates sont» pour ainsi dke^ 
sur les ât>n<iires des r^i^y et des vices ; mais 
nous /neitiradrons pas longrtemps dans ce.po« 
ste dangereux: .chaque instant n<ms ai^eitit 
qu^^tfVSnli^e invincible, notLs entraîne au: fond 
de l'ab^fiQt* ^imêmev )e suis eiFrayé-de Fe- 
xemplexpie je vous donne au)oard'hui« Que 
diro^ Lycurgue > s'ii vQLyoiib an de ses élèves 
di^CfwrWdiswter, :diipttierj^eaiployer.des for- 
ttics Qrattiixe* ? Ahl j aï trop véçi* 4vec ks A* 
th^nîens ; je: ne sjuis .pliAS- qu'un Sparûjtte dé-f- 
gradé./ - ->-. :., ••. ,. ■ 

Fin du Chapitre einquanuuniètne. 



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DU JEUNE ANACHARSIS. ifg 

CHAPITRE LH.^ 

Voyage dtJrcadi^. 

\^ uelques ioyrs après cet entretien, noua 
quittâmes pamonax avec des regrets qu*il dai- 
gna partager « er^nous prîmes le chemin de 
TArcadie. 

Npos tt^ouvâme^ d*ahord le temple d'Achil*- 
Ic,.qiji*6n i>9uyr^ jamais et auprès duquel 
Yienrcnt offrir des sacrifices les jeunes genj 
qui doivent «e livrer, dans. le Plataniste^ les 
combats .dont j'ai parl^; plus loin » sept i:oL n- 
nés qui furent» dit on • élevées .autrefois ejt 
Thonneur des sept planètes, plus loin la ville 
de Pellana» et ensuite celle de Belmiua/sîtùéé 
sur les confins de la Laconie et dc.J'Arcadie. 
Belmina , place forte dont la possessioeT a sp.ii- 
vent excité <Jes querelles entre les dej^xpatiflOft» 
et doijt le territoire est srrosé par l'Eurotas 
et par quantité de sources qui descendent des 
montagnes voisines , est à fa tête* d'un défilé 
que Ion traverse pour, sf rendre à Mégflopo- . 
lis, éloignée de Belminja.de 90. stades *.. i% 
Lacédéranne d^euviron 140; •*^.fIepda.p't/toute 
la journée, nous eûmes le plaisir devoir cou- 
ler â nus côtés, tantôt jles torrcns înpétvietix 
et bruyans . tantôt les e^u,x pais ible§ dp' TEu- 
totas , du Thiuns et.de l'AIpliée. .. * ' Z 



* Trois. lieues, ^t .Ji(*& toises. 
** lîikM de i 3 lieues* . 






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%oB VOYAGE 

L'Ârcadie occupe le centre du Péloponi'- 
le. EIevée#au-dessus des régions qui Tentou* 
renty elle est hérissée de montagnes , quelques- 
une» d'une hauteur prodigieuse , presque tou- 
tes peuplées de bétes faures , et couvertes de 
forêts. Les campagnes sont fréquemment entre^ 
coupées de rivières et de ruisseaux. £n cer- 
tains endroits leurs eaux trop abondantes , ne 
trouvant point d'issues dans la plaine , se-pré- 
cipitent tout-à-coup dans des gouflfses profonds» 
coulent pendant quelque temps dans Tobscuri- 
té; et après bien des efforts « s'élancent et re* 
paroissènt sur la terre. 

On a fait de grands travaux pour les di- 
riger , on n'en a pas fait assez* A côté de 
campagnes fertiles, nous en avons vu que des 
inondations fréquentes condamnoient à une per- 
pétuelle stérilité. Les premières fournissent du 
blé et d'autres grains en abondance ; elles suf^ 
fisent pour Tentretien de nombreux troupeaux ; 
les pâturages y sont excellens , sur tout pour 
les Inès et pour les chevaux, dont les races 
sont très-estimées. 

Outre quantité de plantes utiles i la mé- 
éecine» ce pays produit presque tous les ar- 
bres connus. Les habitans, qui en font une 
étude suivie , assignent à la plupart des noms 
particidièrs ; mais il est aisé d'y distinguer le 
piti , le sapin , le cyprè5, le thuia, Tandrach* 
né y le peuplier I une sorte de cèdre dont le 
fruh ne mûrit que dans ta troisième année. J'en 
e^mets beaucoup d'autres qui sOnt également 
communs , ainsi que les arbres qui font l'orne* 
ment des jardins. Nous vtmes, dans une valléCi 



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DU JEÛNE AÏTACHARSIS. tor 

des sapins 4*une grosseur et d*aiie hauteur ex- 
traordinaires : on nous dit qu'ils dévoient leur 
accroissement à leur heureuse position ; ils ne 
sont exposés ni a\iz fureurs des vents , m aux 
feux du soleil. Dans un bois auprès de Manti- 
néè , on nous fit remarquer trois sortes . de 
chênes : celui qui és*t à larges feuilles , le phi^ 
gus f et un troisième dont i écorce est si légè« 
re qu'elle surnage sur Teau ; les pécheurs s'en 
servent pour* soutenir leurs fUets ^ et les pilotes 
pour indiquer l'endroit où ils ont jeté léacs 
lancres. 

Les Arcadtens se regardent comme les en- 
fans de la terre , parce qu'ils ont toujours ha- 
bité le même pays, et qu'ils h^ont jamais subi 
tin joug étranger . On prétend , qu'établis d'a- 
bord sur les montagnes^ ils apprirent par degrés 
è se construire des tabanes , à se vé^r de la 
peau des Sangliers , à préférer aux herbes sau- 
vages et souvent nuisibles les glands: du pfaagus 
dont ils faisoient encore usage dans les dernif- 
ers siècles . Ce qui parott certain , c'est qu'a- 
près avoir connu le besoin de se rapprocha?, 
ils ne connoisseient pas encore les charmes de 
l'union. Leur climat froid et rigoureux donne 
au corps de la vigueur, à Tame de l'aprété. 
Pour adoucir ces caractères farouches, des sa- 
ges d'un génie supérieur, résolus de les éclair 
ter par des sensations nouvelles, leur inspiré* 
rent le goût de la poésie , du chant , de la 
danse , et des ^ fêtes. Jamais les lumières de la 
raison n'opérèrent dans les moeurs une révolu*- 
tion si prompte et si générale. Les effets qu*el^ 
le produisit se sont perpétués jusqu'à nos jours. 



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dQA V O Y A C B 

Iparce que l^fr Arcadiens n*ont jamais ce^^é de 
•.cultivée ]^? ,art$ qui Ta voient procurée à le^r 
-Aïeux. . ^ ' . 

' In^tés Journellement à «chanter pendant le 

repsfs , ce s«r©ûr pour ,eux Mnt home d^ignorer 

ou de. négliger la inusiqujq qi^'ili sont obliges 

d'apprendre dès Aewt cnfanc^^ et- pendant leur 

)êaHes8e^."Dains lès fâtes ,. dans lés jarmées , les 

iflûtes règlent Jcurs pas et leurs évolutions. Les 

mai^istratë < persuadés qUe.p^.^artçj^nchanteisrs 

peuvent scjuls «garantir la j^vioix 4e J'influence 

du climat , rassemblent tous les ans les jeunes 

•élèves»- et leur font exécutçr dies danses, pour 

•être en état de juger de leur progrès. L'excm- 

I^ des Cynétbéens justifie ces précautions; 

cette petite peuplade , confinée au nord de 

rArcadie>.aB' milieu des montagnes, sous un 

ciel d' airain , a toujours refusé de se prêter à 

la "séducticfn ; elle est devenue si féroce et si 

cruelle, qd*onvne prononceiSPB nom qu'avec 

frayeur. - /. . v. , . 

Les Arcadiens sont humains, bienfaisans^ 
attachés aux loixde rhQSpitàli?é,j)atîen^ dans 
Jes travaux , obstinés dans- leurs entreprises , 
«n méprir des obstacles et jdes dangers. Ils ont 
souvent combattu avec succès , toujours avec 
floire* Dans les Intervalles du repos, ils se 
mettent à la solde des puissances étrani^ères, 
•ans choix et ^ans préférence» de manière 
qu'on les 'a vus quelquefois suiyre des partis 
opposés, et porter les armes Jes uns contre les 
■autres- Malgré cet esprit mercenaire- ils sont 
^xtrêmemVnt julaux de la liberté.. Après la ba- 
taille de Chéronée, gagnée pjur .Philippe i roi 



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DU JEUNE ANACHARSIS. èol 

^dc Marcédoirie ; -îk refusèfê«tr'*la vumq^etir H 
-titre dec^ffiralissâmâ <fes. artnéés^ de Ia«^Gfèc<;« 

Soamis laucieimeméot'^à*^ d^r ftôïsS iU ^d 
^ivisèjrciittdaps la* suite ,«n''p}âiitisurs fëpubti^ 
ques, qui toutes ont le droit* d'envoyer leutÈ 
tîéputés 'à/la sliète ^^aéralle. Maiitmée etTégée 
«ont à ia tête'detcetie cotid'ùtràïi&ti i -qui^s'é- 
Toit trop lédouttiblc , si elle réatiis^ties fort 
ces ; car le. pays- est trè$-peap4éj et Ton y 
coinpte jusqu'à / ^ oo^ood '^«da^s^ 'plats la ja« 
lousîe du -pouToir/cnirerient'^aiiiô-^èsse? la di* 
vision daÎKf'tçs ^grandset i^anriei'jjiË^its^étatSi 
De: no8.4dlu>6 les lactioil^ s^éfôient sifortmal* 
tipliées qu'on mit sous les yeux de ta nation 
assemblée^ >ic frlan-^d'ivae îiotfviU^d ^association, 
qui., entre âutrei réglemens» conçoit* àr us 
corps de ijo^oô hoimnes ; ' le ^potrvolr de sta<^ 
tner sar la: jpàerre. et sur la paix. Ce projet» 
«uspeudu 'pat' les nouveaux troubles* qôr'il fit 
édore fut Jepfis/avec phis-de^ vig-uéu-r après 
la bataille de Leu<txes*Epamiiioildas, qui, -pouf 
contenir leslSpàrtiat^ -de totfs ^«âcés « ^ venoit 
de rappeliet.los anciens habitàns de la Mes§é^ 
nie ,. proposa .làtix/Arcadien^ de détruire le$ 
petites .villes a^ui ^efitoient sans- défense )<et d'en' 
transporter ka; habicaus diiis aiie - place forte 
qu'on él^verdit sur les fromièt^s-de'-id laco«* 
lûel II leur' fournit iboo hamkies piOur- fiivori* 
ser l'entreprise i et l'on jeta aussi-tôt les fon'*. 
démens de. Mégafopolia. Ce jfut eityiVott (Quinze 
ans avant' notjre -arrivée .i' . .i >> . '. ^ 

Nous fumes étoiinés de la. grandeur dé' 
son enceinte • et ^e la 'hauteur de ses murailles» 
flanquées de; touaisL' Elle donnoit déja^de rom-*' 



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«d4 voyage 

foage à Latédémone. Je m'en ëcois appetça 
dans un de mes entretiens avec le Roi Archi- 
damtts. Qaelqaes années après , i] attaqua cet- 
te colonie naissance, et finit par signer on 
uaité avec elle • 

Les soins de la législation J'occupèrent 
d'abord ; dans cette vue elle invita Platon à 
lui donner un .code de lois- Le philoïophe fat 
touché d*une distinction si flatteuse; mais ayant 
appris et par les députés de la ville, et par 
un de ses disciples qu'il envoya sur les lieux, 
que les habitans n'admettroient jamais Tégalicé 
des biens , il prit le parti de 9i refuser à leur 
empresse ftient. . . 

Une petite rivière » nommé Hélisson p sé- 
pare la ville. ^n deux parties; dans Tune et 
dans l'autre .on avoit construit , on construir 
soit encore des maisons et des édifices publics* 
Celle ^u nord éeoit décorée d'une place ren** 
fermée dans une.baluitradede pierres, entoa^ 
rée d'édifices sacrés et de portiques. On venoit 
d'élever , en face du temple de Jupiter , une 
superbe statue d'Apollon en bronze , haute de x s 
pieds. C'étoit un présent des Phigaliéns , qui 
concouroient avec plaisir à rambellissement de 
la nouvelle ville. De simples ^rticuliera té« 
moignoîent le même zèle; l'un des portiques 
portoit le nom. d'Aristandre, ^ui l'avoit fait 
bâtir à ses frais . 

Dans la partie du midi nous vtmès un vas- 
te édifice où se tient l'assemblée de 10,000 
députés chargée de veiller aux grands intérêts 
de la nation ; et l'on nous montra , dans un 
temple d'Esçulape , des os d'une grandeur ex^ 



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DU JEUITB ANÀOHAftSIS. aot 

traordinaire , et qu'on disoit être ceux d'uft 
géant. 

La ville se peuploit de^ statues : nous y 
connûmes deux artistes Athéniens , Céphiso^^*'. 
dote et Xénophôn,qui exécutoient un groupe 
représentant Jupiter assis sur un trâne, la vil* 
le de Mégalopoli à sa droite > et Diane-Con* 
servatrice à sa gauche. On avq^t tiré le mar- 
bre des carrières du mont Pentélique ^ situé aa«> 
près d'Athènes. 

l'aurois d'autres singularités -à rapporter { 
mais dans la relation de mes voyages j'ai évi- 
té de parler ^e quantité de temples , d'autels, 
de statues et de- tombeaux que nous ofFroient 
à chaque pas les villes , les bourgs , les lieux 
même le plus solitaires ; j'ai cru aussi devoir 
omettre la plapart des prodigues et des fablel 
absurdes dont on nous faisoit de longs récits: 
un voyageur condamné à les entendre doit en 
épargner le supplice à ses lecteurs • Qu'il ne 
cherche pas à concilier les diverses traditions 
sur l'histoire des dieux et des premiers hérosi. 
ses travaux- ne serviroient qu'à augmenter la 
confusion d'un chaos impénétrable à la lumiè*- 
re. Qu'il observe , en général , que chez quet* 
ques peuples les objets du culte public sont 
connus sous d'autres noms \ ks sacrifices qu'on 
leur offre, accompagnés d'autres rites; leurs 
statues , caractérisées par d'autres attributs» 

Mais il dort s'arrêter sur les monumens 
qui attestent le goût, les lumières ou l'igno- 
rance d'un siècle ; décrire les fêtes , parce 
qn'on ne peut trop souvent présenter aux mal- 
lieareiix hiimaiiis des images douiâes et tiantef^^ 



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mA ' -VD Y AGJE 

rapJ)ortet:Ies opinions et les usages qui ser^ 
vent d'exemples ou de leçons , lors même qu'il 
laissé i ses^Jcfiteurs le soin -d'en faire Tappli- 
. cation. Ainsi quand je me «onienterai d*aver^ 
tir que dans un canton de TArcadije , l'Etre 
suprême est adoré s^ôus le titre- de Bon, on 
sera poité à;aimer l'Etre suprême. Quand je 
dirai que ^ dans la niême province , le fanati- 
sme a. immolé des victimes humaines *, on 
frémira de voir le fanatisme porter à dQ 
pareilles horreuris une nation qui .adproît le 
dieu bon par excellence . Je' reviens à ma nar- 
ration. . . V- 

Nous avions résolu de faire . le tQur de 
TArcadie. Ce pays n'est qu'une sujte de ta- 
bleaux où la nature a déployé la grandeur et 
]a fécondité de. ses idées» et qu'elle à rappro^ 
ché négligemment » sans égard à la différeur 
ce des genres.La main puissant^ qui fonda sur 
des bases éternelles tant de roches énormes 
et arides, se fît un jeu de dessiner à leurs pieds 
ou dans* leurs intervalles des prairies cbarman-i 
tes, asyle de la fraîcheur et du .repos :. par- 
tout de?s sites pittoresques ^ ^es contrastes im- 
prévus, des effets* admirables,. 

Combien de fois parvenu au sommet d* un 
mont sourcilleux, nous avons vu la foudre ser- 
penter audessous de nous! Combien de foisenr 
core , anrôtés dans la région des nues, nou^ 
avons vu tout^à-coup la. lumière du jour se 
changer en une clarté ténébreuse, l'air ^'épais? 

*' Voyerta note 4 1^ fin davolome.. • 



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DU JEUNE ANAGH ARSIS ^ Mf , 

sîr, s^agiter avec violence, et nous offrir un 
spectacle aàssi beau qui effrayant 1 Ces torrens 
de vapears qui p^ssoient rapidement sous nos 
yeux et se précipitoient dans des vallées pro** 
fi>ndes , ces torrens d*eaa qui rouFoient en mu* 
gissant aa fond des abymes , ces grandes mas- 
ses de montagnes , qui , à travers, le fluide épais 
dont nous étions environnés, paroissoient ten* 
dues de noir , les cris funèbres des oiseaux , 
le murmure plaintif des vents et des arbres ; 
voilà Ten fer d'Empédocle v voilà cet océan d'air 
louche et blanchâtre qui pousse et repousse 
]es âmes coupables , soit à travers les plaines 
des ^irs , soit au milieu des globes semés dans 
l'espace • 

Nous sortîmes de Mégalopolis ; et / après 
avoir passié TAlphée , nous nous rendîmes* à 
J,ycosure, au pieU du*mont Lycée, autrement 
dit Olympe; ce canton est plein de bois et 
de bétes fauves . Le soir nos hôtes voulurent 
nous entretenir de leur ville qui est la plus 
ancienne du monde , de leur montagne oft 
lapiter fat élevé, du temple, et des fêtes de 
ce «dieu, de son prêtre sur-tout, qui, dans un 
temps de sécheresse , a le pouvoir de faire de«- 
scendre les eaux du ciel. Ils nous parlèrent 
ensuite d'une biche qui vivait enc(»:e deux siè- 
cles auparavant , et qui avoit , disoit*on , vécu 
plus de 700 ans. Elle fut prise quelques années 
avant la guerre de Troie. La date de la pri* 
se étoit tracée sur un collier qu'elle portoit ; 
on Tencretenoit comme un animal sacré > dans 
Tenceinic d'un temple* Aristote, à qui je cî- 
tois un joar ce fait , appuyé de l'autorité d'Hé- 



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ao> y 6 Y A G B 

sîode i tfixi attribué à la vîe du cerf une da- 
rée beaacoup plus longue encore , n'en fut 
point ébranlé , et me fit observer que le temps 
de la gestation et celui de l'accroissement du 
jeune cerf n'indiquoientpas une si longue vie. 

Le lendemain , parvenus au haut du mont 
Lycée , d'où Ton découvre presque tout le Pé- 
loponèse, nous assistâmes à des jeux célébrés 
en Thonneur du dieu Pan, auprès» d'an tem- 
ple et d'an petit l)ois qui lui sont consacrés. 
Après qu'on eut décerné les prix , nous vîmes 
des jeunes gens tout nus , poursuivre avee des 
éclats de rire ceux qu'ils rencontroient sur leur 
chemin *: nous en vîmes d'autres frapper avec 
des fouets la statue du dieu ; ils le paoissoient 
de ce qu'une chasse entreprise sous ses auspi- 
ces n'a voient pas fourni .assez de gibier pour 
leur repas. 

Cependant les Arcadiens n'en sont pas moins 
attachés au culte de Pan. Ils ont multiplié ses 
ten^ples , sts^ statues , ses autels , ses bois sa- 
crés ; ils le représentent sur leurs monnoies • 
Ce dieu poursuit à la chasse les animaux nui- 
sibles aux moissons ; il erre avec plaisir suc les- 
montagnes ; de là , il veille sur les nombreux 
troupeaux qui paissent dans la plaine; et de 
l'instrument à sept tuyaiuix donc il est l'inven- 
teur , il tire des sons qui retentissem dans les 
vallées voisines. 

Pi^n JQuissoi; autrefois d*une plus brillan- 

^ lues Lupercaies de Rome tiroient. leur ori- 
gine de cette fête. 



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©U JEUNE ANAUHARST3 ao» 

te fortune; il prédisoit r^yeiir dans un d^^se»- 
temples , où Ton entretient une latnpe qui;bjt^« 
le jour Qt luiit. Les Arcaditns soatiennent en^ 
core qu*il distribue aux mortels^ pendant leur 
vie, les ptiucs et les récompenses qa'ils méri- 
tent : ils le placent , ainsi que les Egyptiens , 
au rang des principales dii^inités ; ex le , nom. 
qa^ils lui donnent semble signifier qu'il étend 
son empire sur toute la substance ma^térielle ^ 
Malçrré d^ si beaux titres , ils bojrnent aujour** 
d'hui. ses fonctions à protéger les. chasseurs ct^ 
les bergers. 

Non loin de son temple est celui de Ju- 
piter au milieu d'une enceinte où il no^s fut 
impossible de pénétrer. Nous trouvâmes bientôt 
siprès d'autres lieux sacr<Js, dont l'entrée pst 
interdite aux hommes, et permise aux femmes^ 

Nous. noMt rendimçs ensuite à PhigaUe^ * 
qu'on voit de loin sur un- rocher très-escarpé. 
A la place nublique eist une statue qui peut 
servir à Thistoirç des arts. Les pieds sont pres- 
que^ joints , et les mains pendaCntes s'attachent 
étroitemenj sur, les 'c^tés et sur l^s cuisses • 
Ost ainsi q^'•a di^posoit autrefois les sut;uef 
dans la Grèce , et qu'oi\ Içs figure encore w^ 
jourd^hui en Egypte, Celle que nous avions sous 
Ips yeipc Cut élevée pour l'athlète Arrachion , 
qui remporta l'un des prix aux olympiades 51, 
53 et 54/. On dpit cpnclurç d^là que, deux 
siècles ayant nous , plusieurs statuaires s'as-^ 

Tm. IF. 14 



f^yt^M 



^ 0»s les. années Avant.]. G. ij^, S08| i6^ 



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Ai« VOYAGE 

lenrissoient encore sans résenre aa goût Egy- 
ptien . 

A droite et à 30 stades de la Tille * est 
le mont Elaïus ; à gauche et à 40 stades '^^^ 
h mont Cotylius. G^ Toit dans le premier la 
grotte de Cérès sarnommée la Noire , parce 
que la déesse, désolée de la perte de Proser* 
pine , s'y tint pendant qaelque temps renfcr^ 
mée , vêtae d*un habit de deuil. Sur Tautel , 
qui est ï Tentrée de la grotte , on offre , non 
^es Tictimes , mais des fraits , du miel et de 
la laine crue. Dans un bourg placé sur l'autre 
montagne* nous fttmes frappés d'étonnementà 
l'aspect du temple d'Apollon , l'un- des plas 
beaux du Péloponàse, tant par le choix des 
pierres du toît et des murs , que par Theu- 
^ reuse harmonie qui règne dans toutes ses par- 
' tîes. Le nom de l'architecte suffiroit pour as- 
surer la gloire de cet édifice ; c'est le néme 
ktmus qui, du tçmps de Périclès, construisit 
à Athènes le célèbre temple de Minerve. 

Oe retour' à Phigalée , nous assistâmes à 
nne^fète qui se termina par an grand r^as. 
Les eselavet mangèrent avec leurs mattres ; l'on 
donnoit des éloges excessif) à ceux des convi- 
ves qui mangeoient le plus. 

Le lendemain, étant revenus par Lycosu- 
té , nous passâmes l'Âlphée « non loin de Tra* 
pézonte , et nojiis allâmes coucher à Gortys , 
dont les campagnes sont fertilisées par une ri- 

♦ Une lieue et 355 toises. 

** Environ une lieue et demie; 



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DU JEUI7E AlNrACaARSIS. sus 

TÎère de même nom* Pendant toute la }ouro^« 
nous avions rencontré des marchands et des 
voyagears qui se rendoient à la petite ville 
d'Aliphère, que nous laissâmes à gauche, et 
dans laquelle devoit se tenir une foire. Nous 
négligeâmes de les suivre , parce que nous 
avions souvent joui d*un pareil spectacle » et 
que de plus, il auroit fallu grimper pendant 
long-temps sur les flancs d*une montagne ei»^ 
tourée de précipices. Nos guides oublièrent de 
nous conduire dans une vallée qui est à unt 
petite distance de Trapézonte ; la terre , disoit* 
on, y vomit des flammes auprès de la fontai- 
ne Olympias, qui reste à sec de deux années 
l'une. On ajoutoit que le combat des géans 
contre les dieux s'étoit livré dans cet endroit, 
et que pour en rappeller le soi^vtnir , les ha-* 
bilans , en certaines occasions , sacrifioient aux 
tempêtes , aux éclairs et à la foudre* 

Les. poètes ont célébré la firatcheur d^s 
eaux du Cydnus en Cilicie, et du Mêlas en 
Pamphyle;ceUes du Gort]fuiu9 méritoient mieux 
leurs éloges; les froids les plus rigoureux ne 
les couvrent jamaia de glaçons , et les chaleurs 
les plus ardentes, ne sauroient altérer leur tem- 
pérature]; soit qu'on s'y baigne, soit qu'on en. 
fasse sa boisson , elles procurent des scnsationa 
délicieuses* 

Outre cette iVaîcheur qui distingue le& 
eaux de l'Arcadie , celles du Ladon , que nous 
traversâmes le lenden^aiil , sont si transparen- 
tes et si pures , qu'il n*en. est pas de plus bel- 
les sur la terre. Près de ses bords., ombragés 
par de superbes peupliers , nous trouvâmes des 



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%xM V O Y A 6 B 

filles des contrées voisines , dansant autouf 
d'un laarier auquel on venoit de suspendre des 
guirlandes de fleurs. La jeune Clytîe, s'accom- 
pagnaut de sa lyre > chàntoit les amours de 
Daphné, iîlle de Ladon ; et de Leucippe , fili 
du roi de Pise. Rien de si beau, en Arcadic> 
que Daphné ; en Elide, que Leucippe. Mais 
comment triompher d'un cœur' que Diane as- 
servit à ses io;x qu*Apallon i>'a pu soumeN 
Ire aux siennes ? Leucippe rattache ses cheveux 
sur sa tète, se revêt d'une légère tunique, 
charge ses épaules d'un carquois; et dans ce 
déguisement, poursuit avec Daphné les daims 
et les chevreuils dans la plaine. Bientôt elle 
court et s'égare avec lui dans la forêt. Leurs 
furtives ardeurs ne peuvent échapper aax re- 
gards jalojx cl' Apollon : il en instruit les cora- 
pagnei de Djphné et le malheureux Leucip- 
pe tombe so 15 leurs traits. C'ytie ajouta que 
la nymphe , ne^ pouvant supporter oi Ja pré- 
sence du dieu qui s'obstinoit a la poursuivre» 
ni ta lumière qu'il distribue aux mortels, sup- 
plia la terre de la recevoir dans son sein , et 
qu'elle fut métamorphosée en laurier. * 

Nous remontâmes le Ladon , et tournant 
à gauche,' noa& prîmes le chemin de Psophis, 
è travers plusieurs villages , à travers le bois 
de Soron . où l'on trouve*, ainsi que dans les 
autres forêts d'Arcadiç", des ours, des sangliers 

* Les The sta liens |>rétendoient jue Daphné 
« toit fille du Pénée , et qu'elle fut chanj^é» &Sk 
laurier sur le« jborda de oç fl^ave. 



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DU JEUNE ÀWACHAR8T8. ttS 

tt de très-gmndes tortues dont l'^eaille ponr* 
roit servir à faire 4es lyres. 

Pfophis , Tuiie des plui andenoes vîllef 
du Péloponèse, est sur les confins de TArca- 
die et de TElid^t Une. colline très-^lev^f la d^ 
fend contre Je r^nt 4" nord ; à Ttst coale le 
fleuve Eryinafithe ,- sorti d*unc.inDnt«igtTC qui 
porte le même nom ,. et sar laquetJf on va sou* 
vent chaMer le >angHef et lé cerf; au <:pu*^ 
ehant elle est entfmr^e d\i» abvinv froinnd»' 
où se précipite un torrf^nt oui va, vers le mi^ 
di , se perdre dan^ TErymaurhe. 

-Deux objets fixèrent notre ^tt^ntior.:: noui 
vîmes te tombeau de cet Akroéon , qui . fv\.\t 
obéit aux ordres (le ^(m père Amphiaraîis, 
tua sa mète Eriphile^ fut ptndant tiès long** 
tempf poursuivi par fes Furies, et termina 
malheureusement une vicj horriblement agitée 

Près de îo« tombeau , qui n^a pour or» 
neçnent ^ue de^s cyprès d'utie hauteur extraor- 
dinaire, on nous montra un petit champ ec 
une petite cha imière. C*Cst là que vivoit il y 
a quelques siècles un citoyen pauvre et vcf 
tueux^ il se nommoit Aflatis. San« crainte « 
sans désirs . ignoré des hommes , ignorant c€ 
qui se passbit parmi eux, il cultivoit paisible^ 
ment son petit domaine , d(*nt il n'avcnt jamais 
.passé lés limites. Il étoîi parvenu à une extrê- 
me vieillesse lorsque des ambassadeurs da 
puissant roi de l.ydie, <îygès ou Crasus, fu-* 
rem chargés de demander à l*oracle de Del- 
phes s'il existôit sur la terre entière nn mor» 
tel plus heureux que ce prince. La Pythie i4* 
pon dit : „ Âglaiis *de Psophis. ,» 



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ftr4 VOYAÔE 

En allant de Psophis à Ph^nÀ>s , nous en^ 
tendîmes parler de plasieufs espèces d'eaux 
qui avoient des propriétés singulières. Ceux de 
CIttor prétendoient qu'une de leurs .sources in- 
spire une si grande aversion pour le viiij 
qu'on ne pouvoit plus en supporter l'odean 
Plus loin, vers le nord» entre les montagnes, 
près de la ville de Nonacris , est un rocher 
.très-élevé, d'où découle sans cesse une eau 
fatale , qui forme le ruisseau du Styx, C'est le 
Styx , si redoutable pour les dieux et pour 
les hommes : il serpente dans un vallon où 
les Arcadiens viennent confirmer leur parole 
par le plus inviolable des sermens; mais ils 
n'y étanchent pas la soif qui les presse , et 
le berger n'y conduit jamais ses troupeaux 
L'eau f quoique limpide et sans odeur , est 
mortelle pour les animaux ainsi que pour les 
hommes; ils tombent sans vie^ dès qu*ils en 
boivent : elle dissout tous les métaux : elle 
brise tous les vases qui la reçoivent , excepté 
cedx qui sont faits de la corne du pied de 
certains animaux. 

Comme les Cynéthéens ravageoient alors 
ee canton , nous ne pûmes nous y rendre pour 
nous assarer de la vérité de ces faits. Mais 
ayant rencontré en chemin deux députés d'une 
ville d'Achaïe, qui faisoient route vers Phé- 
néos , et qui avoient plus d'une fois passé le 
long du ruisseau , nous les interrogeâmes et 
nous conclûmes de leurs réponses , que la plu- 
part des merveilles attribuées a cette fameuse 
source disparoissoient au moQidre examen. 



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DU JEUNB ANACHARSI& ai» 

CVtoient des gens instruits; nous leur A- 
mes plusieurs autres questions. Us nous mon- 
troient, vers le nord-est, le mont Cyllène^ 
qui s'élève avec majesté au-dessus des monta- 
gnes de TArcadie , et doDt la hanteur perpen- 
diculaire peut s'évaluer à 15 oa 10 stades; 
c'est le seul endroit de la Grèce où se trou- 
ve l'espèce des merles blancs. Le mont Cyllè- 
ne touche au mont Stympkale , au dessous du- 
quel ou trouve une ville , un lac et une riviè- 
re du même nom. La ville étoit autrefois une 
des plus florissantes de TArcadie; la rivière 
sort du lac* et après avoir commencé sa car- 
rière dans cette province, elle disparoit, et va 
la terminer , sous un autre nom , dans l' Argo* 
lide. De nos )ours , Iphicrate » à la tête des 
troupes Athéniennes , entreprit de lui fermer 
toute issue , afin que ses eaux refoulsmt dans 
k lac, et ensuite dans la ville qu'il assiégcoit 
vainement , elle (àt obligée de se fendre à dis* 
crétion ; mais après de loi^s travaux , il fut 
contraint de renoncer à son projet. 

Suivant une ancienne tradition, le lac é- 
toit autrefois couvert d'oiseaux voraces qui 
infestoient ce canton. Hercule les détraisit à 
coups de flèches, ou les mit en fuite au bruh 
de certains instrumens. Cet exploit honora le 
héros , et le lac en devint c^èbre^ Les oiseaux 
n*y reviennent plus; mais on les représente en- 
core sur les monnoîes de Stymphale. Voilà ce 
que nous disoient nos compagnons de voyage^ 

La ville de Phéneos, quoiqu'une des prin- 
cipales de l'Arcadie , ne contient rien de re-? 
marquable; mais la plaine voisine offrit à nos 



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4i( . V^ Y A » E 

•ipeux un des plus beauz^ouvrages de l'ailtiqui- 
té. On ne peut en fixer l'époque ; on voit sen^ 
lement que dans des siècles très-reculés , les 
lorrens qui tombent des montagnes dont elle 
est entourée, l'ayant entièrement submergée, 
renversèrent de fond en comble l'ancienne Phé^ 
néos, et que, t)OUr prévenir désormais un pa^ 
reil désastre , on prit le parti de creuser dans 
la plaine un canal de 50 stades de longueur *> 
de 30 pieds de profondeur •* , et d'une lar- 
geur proportionnée, fl devoit recevoir et les 
•eaux du fleuve Olbius , et celles des pluies ex^ 
. traordinaires. ^On le conduisit jusqu'à deux a^^ 
bymes qui subsistent encore au pied de deux 
montagnes ; sous lesquelles de routes secrètes 
se sont *ouvertes naturellement. 

Ces travaux , dont on prétend qu'Hercde 
fut l'auteur, figuroient mieux dans son histoi- 
re que son combkt contre les fabuleux oiseaux 
de Stymphale. Quoi qu'il en soit , on négligea 
insensiblement l'entretien du canal , et dans la 
suite un tremblement de terre obstrua les voies 
souterraines qui absorboient les eaux des cam- 
pagnes; les habitans, réfugiés sur des haute- 
urs « construisirent des ponts de bois pour com* 
muuiquer entre eux ; et tomme l'inondation 
a^gmentoit de jour en jour, on fut obligé <l'é« 
lever successivement 4*^^.tres ponts sur les 
premiers^ 4: 

♦ Près de deux lieues. 

*^ Un peu plus de a8 de nos pieds. 



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1)U ÏEÛNÏ! ANÀ%:£rARSTS; â^if 

'Quelques temps après les'caux s'ouvrirent 
sous terre un passage ii travers les éboulehifens 
t}ui les arrêtoîent , et sortant avec fureur de 
ces "retraités» obscures, portèrent la consterna- 
tion dans plusieurs provînrcs. Le Ladon, cet- 
te belle et paisible rivière dont j*aî parlé, et 
qui avoit' cessé de couler • depuis l'obstruction 
des canaux sotfterreifis , se précipita cntorrensf 
impétueux dans TAlphée qui submergea le ter- 
ritotre d'Olympie . A Pfa^néos , on observa / 
6omm<^ une sin^ukrité, que le sapin dont onf 
avoit construit les ponts/ après l'avoir dé- 
pouillé de son écorce , aVoit résisté à la pour- 
riture . > . ■ 
De l^hénéos , nous alfâmes ï Caphyes , oîi 
foH nous montra , auprès d*ùne fpntaine , un. 
vieux platane qui porté le nom de Ménélas . 
On disoit que ce prince l'avoit' planté luî-mèmé 
avant que de se rendre au siège de Troie . 
Dans un village voisin nous vîkes un bois sa- 
cré et un temple eh Thoniieur de Diane YJE- 
ttanglée. Un vieillard respectable oious apprît 
Tt^rigine de cet étrange surnom : des enfafis 
qui jouoient tout auprès , nous dit- il [ attachè- 
rent autour de la statue une corde avec la- 
quelle ils la traînoient, et s'écrioient/en rîantî 
,y Nous étranglons la Déesse m* Des hommes 
qui survinrent dans le moment, furent si In- 
dignés de ce spectacle qu'ils les assommèrent' 
à coups de* pierres. Ils croyoieat venger les 
dieux, et les dieux vengèrent l'innocence .Nous 
éprouvâmes leur colère, et l'oracle consulté 
nous ordonna d'élever un tombeau à ces ma^ 



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%iZ VOYAGE 

Kâttreuies victime^ , tt de leur rendre to^s les 
^ns des honneurs funèbres • 

Plas loin , nous passâmes à cdté d*une 
grande cliaiitsée qae les habitans de Caphyes 
ont construite, pour se garantir d'un torrent 
et d'an Rrand lac qui se trouvent dans le ter- 
ritoire d'Orchomène.» Cette dernière ville est si- 
tuée sur une montagne : nous la vîmes en cou- 
rant. On nous y montra des miroirs faits d'une 
pierre noirâtre qui se trouve aux environs; et 
XLous prîmes Vvlx^ des deux chemins qui con- 
duisent à Ms^tinée. 

Nos f «ides s'arrêtèrent devant une petite 
colline qu'ils montrent aux étrangers; et des 
Mantinéens qui se promenoient aux environs, 
nous disoient: Vous avez entendu parler de 
Pénélope» de ses regrets , de ses larmes, et 
sur^tout de sa fidélité; apprenez qu'elle se con- 
sobit de l'absence de son époox avec ces a- 
mans qu'elle avoit attirés auprès d'elle; qn'U- 
lysse à son retour la chassa de sa maison, 
qu'elle finit ici ses jours; et voilà son tombe- 
au. Comme nous parûmes étonnés: vous ne 
l'auriez pas moins été , ajôutèrent-tll « si vous 
aviez .choisi Tautre route; vous auriez vu sur 
le penchant d'une colline un temple de Diane, 
QÙ l'on célèbre tous les ans la fête de la Dé- 
esse. Il est commun aux habitans d'Orchoraè* 
ne et de Maçtioée ; les uns y entretiennent un 
prêtre , les autres une prêtresse. Leur sacerdo- 
ce est perpétuel.. Tous deux sont obligés d'ob- 
server le régime le plus austère. Ils ne peuvent 
faire aucune visite ; l'usage du bain et des dou- 
ceurs les plus innocentes de la vie leur est îa- 



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DU JEUNE ANAGHARSIS tiq 

terdit ; ils sont seuls , ils n'ont point de distra* 
ctions, et n'en sont pas moins astreints à la 
plus exacte commence. 

Mantinée, fondée autrefois par les habU 
tans de quatre ou cinq hameaux des environs, 
se distingue par sa population, ses richesses 
et les monumens qui la décorent. Elk posse»» 
de des campagnes fertiles ; de son enceinte 
partent quantité de routes qui conduisent aux 
principales villes de l'Arcadie; parmi celles 
qui mènent en Argolide , il en est une qu'on 
appelle le chemin de l'échelle, parce quon a 
taillé sur une haute montagne, des marches 
pour la commodité des gens à pied. 

Ses habitans sont les premiers , dit-on , 
qui dans leurs exercices ^ akm imaginé de corn** 
battre corps à corps ; les premierii encore qui 
se soient revêtus d*un habit militaire et d'ans 
espèce d'armure que l'on désigne par le nom 
de cette ville. On les a toujours regardés eom- 
tnë les 'plus braves des Arcadtens. Lqrs de la 
guerre des Perses, n'étant arrivés à Platée 
qu'après la bataille, ils £rent éclater leurdou^ 
leur , voulurent , pour s'en punir eux«ménies , 
poursuivre jusqu'en Tkessalie un corps de Pen- 
ses qui avoient pris la fuite , et de retour chei 
eux, exilèrent leurs généraux dont la ^xir 
leur les avoit privés de l'honneur de combat- 
tre. Dans les guerres survenues depuis , les La- 
cédémoniens les redoutoient comme ennemis , 
se félicicoient de les avoir pour alliés : tour-à- 
tour unis avec Sparte^ avec Athènes, avec 
d'autres puissances étrangères , on les vit éten- 
dre leur empire sur presque toute la province, 



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^ào VOYAGÉ 

et ne pouvoir ensuite défendre leurs propret 
frontières. 

Peu de temps avant la bataille de Leoc- 
tre* p les Lacédémoniens assiégèrent Mantinée 4 
et comme te siège traînoit en longueur , ils 
dirigèrent vers -les murs de brique dont ella 
étoit entourée , le fleuve qui coule aux envi* 
tons; les murs s*<crouIèrent ^ la ville fut pres- 
que entièrement détruite ; el Ion dispersa les 
habitans dans les hameauit^ qu*ils oêcupoient 
autrefois. Bientôt après , M?titinée , sortie.de 
ses ruines avec un no'ivcl éclat, ne rougît pas 
de se réunir avec Lacé lémonc , et de se décla- 
rer contre Epaminondas , à qui elle devoir en 
partie sa liberté: elle n*a cessé depuis d'être 
agitée par des guerres étrangères ou par des 
factions intérieures. Telle ftit ^^ ces deriûers 
temps la destinée des villes de la Grèce, et 
sur-rout île celles où le peuple ererçoit le pou* 
voir suprême. 

Cette espèce de gouvernement a toujours 
subsisté à Mantinée; les premiers législateurs 
le modifièrent pour eh prévenir les dangers » 
Tous les dtoyens avoient le droit d*opinef 
dans l'assemblée générale; un petit nombre^ 
celui de parvenir aux magistratures; les autres 
parties de la constitution furent réglées avec 
tant de sagesse » qu'on la tite encore comme 
tin modèle. Aujourd'hui les Démiurges ou tri- 
buns du peuple , exercent les principales fon^ 
étions , et apposent leurs nt)ms aux actes pu'* 
4)li«s, avant les Sénateurf et les autres magisr 
irats . 

Nous connûmes à Mantinée un Arcadien 



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DU JEU N E ANAGH AASIS sm 

tiomm^ Antiocbut , qui avoit été , qaelqa«s anr 
néos auparavant , de nombre des députés que 
plusieurs villes de la Grèce envoyèrent au roi 
de Perse pour discuter en sa présence leurs 
mutuels intérêts. Antiochus parla au nom de 
sa nation » et ne fut pas bien accueilli • Voici 
ce qu*ii dit à son recour devant rassemblée 
des EMx-Mille : J'aii vu dans le palais d*Arta- 
zérxès grand nombre de boulangers , de cui- 
siniers » d*échansons , de portiers. J'ai chercké 
dans son empire des soldats qu'il pût opposer aux 
nôtres , et je n'en ai point trouvé • Tout ce 
qa'on dit de ses richesses^n'est que jactance : 
vous prouvez en juger par ce platane d'or dont 
on parle tant ; il e$t si petit , qu'il ne pourroit 
de son ombre couvrir une cigale. 

En allant de Mantinée à Tégée , nous 
avions à droite le moqt Ménale , à gauche une 
grande forêt ; dans la plaine renfermée en<- 
tre ces barrières se donna, il y a quelques 
années , cette, bataille où Epaminondas rempor- 
ta la victoire, et perdit la vie. On lui éleva 
deux monumens , un trophée et un tombeau.; 
ils sont près Tun de l'autre ^ comme si la phi* 
losophie leur avait assigné leurs places. 

Le tombeau d'Epaminondas consisté en 
une simple colonne , à laquelle est suspendu 
son bouclier; ce bouclier que j'avois vu si 
souvent dans cette chambre, auprès de ce lit, 
sur ce mur , audessus de ce siège où le héros 
se tenoit communément assis. Ces circonstan- 
ces locales retraçant tout-à-coup, dans mones^- 
prit, avec le souvenir de ses vertus, de ses 
bontés > d'\m mot qu'il m'avoit dit dans telk 



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MA VOYAGE 

occalion, â*uo sourirt qui lai étoit échappé 
dans telle autre» de mille particalarités dont la 
douleur aime à le repaître ; et se joignant ayec 
ridée in»upportable qa'U ne restoit de ce gtaod 
homme qu'un tas d'osaemens arides qae later- 
re rongeoit sans cesse, et qu'en ce moment 
)e foalois aux pieds , je fus saisi «d'une émo* 
tion si déchirante et si forte, qu'il fallut m'ar 
racher d'un objet que je ne pouvois ni voir, 
ni quitter. J'étois encore sensible alors , je ne 
le suis plus; je m'en apperpois à la fuiblesse 
de mes expressions. 

J'aurai du moins la consolation d*^outer ici 
nn nouteau rayon à la gloire de ce grand hota- 
sne. Trois villes se disputent le foibie honneur 
d'avoir donné le jour au soldat qui lui porta le 
coup mortel. Les Athéniens nomment Cryllus 
fils de Xénophon , et ont exigé qu'Eupbranot, 
dans un de ses tableaux , se conformât à cet- 
te opinion. Suivant les Mantinéens > ce fut Ma- 
ehérion» un de leurs concitoyens ; et laivant 
les Lacédémoniens , ce fut le Spartiate Ami- 
cratès ; ils lui ont même accordé des honneun 
et des exemptions qui s'étendront à sa posté- 
rité; distinctions excessives qui décèlent la 
peur qu'ils avoient d'Epaminondas • 

Tégée n'est qu'à loo Stades environ àt 
Mantinée *: ces deux villes, rivales et enne- 
mies par Mr voisinage même, se 5ont plus 
d'une fois livré des combats sanglana.; et dans 
les guerres qui ont divisé les nations , elles ont 

* Environ - treis liems. trois quarts. 



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ou lËUNE ANAGHARSI8 âaS 

presque toujours suivi des partis différens, A 
la bataille de Platée, qui termina la grande 
qacrdlc de la Grèce et de la Perse, les Té- 
gtfates ,qui étoient au nombre de 1500» dispu^ 
cèrent aux Athéniens Thonneur de commander 
une des ailes de Tarmée des Grecs ; ils n* 
l'obtinrent pas ; mais ils montrèrent par les pliU 
brillantes actions qu'ils en étoient dignes. 

Chaque ville de la Grèce se met sous la 
protection spéciale d'une divinité. Tégée a choi*- 
si Minerve surnommée Aléa* L'ancien teraplé 
ayant été brûlé peu d'années après la guerre 
du Pélopoaèse^.on en construisit un nouveau 
sur les dessins et sous la direction de Scopas 
de Paros, le même dont on a tant de super^ 
bes statues. Il employa l'ofdrc ionique dans 
les péristiles qui entourent le temple . Sur le 
fronton de devant, il représenta h chasse dix 
sanglier de Calydon; on y distingue quantité 
de figures , entre autres celle d'Hercule , àt 
Thésée , de Piritboiis , de Castor , &c. le com-* 
bat d'Achille et de Télephe décore Tautre fron- 
ton. Le temple est divisé en trois nefs par deux 
rangs de colonnes doriques , sur lesquelles s'élè- 
ve un ordre corinthien qui atteint et soutient 
le comble. 

Aux murs • sont susjpendues des chaînes • 
que , dans une de leurs anciennes expéditions, 
les Lacédémoinens a voient destinées au^^ Té- 
géates, et dont ils furent chargés eux-mâmes. 
On dit que dans le combat, les femmes de 
Tégée s'étant mises en embuscade, tombèrent 
sur l'ennemi , et décidèrent la victoire • Une 
veave, nommée Marpessa, se distingua lellç^ 



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»24 T O Y A © r 

ment en cette occasion , que l*on conservee&r. 
core son armure dans le temple. Tout aaprèi 
on voit les défenses et la pèa^ da sanglier dç< 
Calydon , échues en partage à la belle Ata- 
Jante de Tégée, qui porta le premier coup à 
cet animal féroce. Enfin on nous montra jas«r. 
qu'à «ne auge dç^^bronze , que les Tégéates , 
à la bataille de Platée , enlevèrent des écuries 
du général des Perses^. De pareilles dépouilles 
sont pour un peuple des titres de vanité » et 
.quelquefois des motifs d'émulation* 

Ce temple, le plus beau de tpus ceux qui 
existent dans le Péioponèse , est desservi par 
une jeune fille , qui abdique le sacerdoce dès 
qu'elle parvient à Tâge de puberté. 

Nous vîmes un^ autre temple» oiV le prê- 
tre n'entre qu'une ' fois l'^nuée ; et dans la 
place publique, deux grandes colonnes ,. Tune 
soutenant les statues des législateurs de Té« 
gée , l'autre , la statue équestre d'un, particu- 
lier qui ^ dao^ les jeux olympiques « ayoit ob«. 
tenu le prix de la course à cheval. Les habi* 
tans leur ont décerné k tous les miâmes hoo- 
neurs : il faut croire qu'ils x^ leur accordeni;. 
pas la même esiipiet. 



tïn du Ckapiêrt cinquMU'dwxième^ 



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BU JEUNE ANAGHARSIS «éS^ 

CHAPITRE Llli.. 

Voyage d^Argolidei 

JL/c Tégée nouf pénétrâmes dans VArgolidé- 
paf un défilé entre des montagnes assez é\%^ 
vées.: En approchafit de la. mer > nous vîmes Is^- 
marais de Lerea . auttefoi^s le séjour de cette 
hydre momtmeuse dont. Hercule triompha. O» 
là, nous prîmes le chenvin d*Arg0S| à travers» 
une belle prairie. 

L'ArgoHde,. ainsi que l'Arcadre^ est en- 
trecoupée dercollines ec de montagnes qui lair- 
sent dans, leurs intervalles des vallées et des 
plaines fertiles. Nous n'étions , plus frappés dé- 
cès admirables iriégularités , mais nous éprou- 
vions une autre espèce d'intérêt. Cette pro- 
Viince fut le berceau des Grecs , puis^u*ellere-* • 
çttt la première les. colonies étrangères qui 
parvinrent à les poticer^. EUe devint le théâtre 
de la plupast des événemens qMi remplissent^ 
les amciennes annales de la Grèoe. C'est la que 
parut. Inachus^ qui donna, son nom an fleuve' 
dont les eaux arrosent te- territoire d'Argos;- 
là vécAirent aussi Danaiîs, Hyper mnestre /Lyn* . 
ciée , Ajktnéon, Persée , Amphitryon, Pélops> 
Atrée , Thyeste , Agamemnou , et: tam d'au^ 
très fameux personnages» 

Leurs. noms qu^'on a vu^ si souvent figu* 
rer dan$ JeS' écrits des poètes, si souvent ^n*^ 
tendu . retentir au théâtre , font uite tmpreisioiv 
plus forte lorsqu'ils semblent cevivre dans lec^ 
&t^ et dan& les . monuitÀens* coniacfés it cifti 
Tom- If- i| 



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m6 voyage 

héros. L^aspect des lieux rapproche les temps^^ 
réaUse les fictions, et donne da mouvement 
aux objets les plas insensibles. A Argos , au 
milieu des débris d*un* palais souterrcin , oà 
Ton disoit que le roi Acrisius avoit enfermé 
sa fille Danaé, je croyoii entendre les plaiî»- 
tes de cette malheureuse princesse. Sur le che- 
«nîn d'IJermione à Trézène, je crus iroir Thé- 
sée soulever Ténorme rocher sous lequel on 
avoit déposé^ l'épie et les autres marques aux* 
quelles son pèrp de voit le reconnoître. Ces il- 
lusiom sont un hpmmage que l'on rend à la 
célébrité ... ei appaisent l'imagination qui a plus 
souvent bfsoin d'alimens que la raison. 

Argos est située au pied d'une colline sur 
laquçlle on a construit la citadelle; c'est une 
des, plus anciennes villes de la Grèce. Dès son 
origine elle répandit un si grand éclat , qu*on 
donna quelquefois son nom 1 la province , au 
Péloponèse« à la Crèce entière. La maison des 
Pélopides s'étant établie à My cènes, cette vil- 
le éclipsa la gloire de sa rivale. Agamemnon 
régnoit sur la première , Oiomède et Sthénélu» 
sur la seconde*/ Quelques temps après , Argos 
reprit son rang, et ne le perdit plus. 

^e gouvernement fut d'abord confié à des 
rois qui opprimèrent leurs sujets , et à qui Ton 
nç jaissa bientôt que le titre dont ils avoienc 
abusé. 

,Le titte même y fut aboli dans la suite, 
et la démocratie a toujours subsisté. Un sénat 
discute les afiaires, avant de les soumettre à 
la décision du peuple; mais comme il ne peut 
pas^se chfarger de. l'exécution, quatre-yingttle 



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DU JEUNE ANAGHARSI8 as? 

ses membres veillent continaellement au salut 
de l'état, et remplissent les mêmes fonctions 
que les Prytanes d'Athènes. Plus d'une fois, 
et de notre tempi encore, les principaux cito« 
yens secondés ou par leurs orateurs, ou par 
les Lacédémoniens , ont voulu se soustraire à 
la tyrannie de la multitude > en établissant Toli-* 
garchie ; mais leurs efforts n'ont servi- qu'à fai- 
re couler du sang. 

Les Argîcns sont renommés pour leur bra- 
voure ; ils ont eu des démêlés fréquens avec 
les nations voisines, et n'ont jamais craint de 
se mesurer avec les Lacédémoniens, qui ont 
souvent recherché leur alliance. 

Nous avons dit que la première époque 
de leur histoire brille de noms illustres » et d« 
faits éclatans. Dans la dernière , après avoir 
conçu l'espoir de dominer sur tout le Pélopo- 
nèse p ils se sont afFoiblis par des expéditions 
malheureuses et par des divisions intestines. 

Ainsi que les Arcadiens, ils ont négligé 
les sciences et cultivé les arts. Avant l'expé- 
dition de Xerxès , ils étoient plus versés dans 
la ihusique que les autres peuples; ils furent 
pendant quelque temps si fort attachés à l'an- 
cienne , qu'ils mirent à l'amende un musicien 
qui osa se présenter au concours avec une ly- 
re enrichie de plus de .sept cordes , et parcou* 
rir des modes qu'ils n'avoient point adoptés. 
On distingue parmi les musiciens nés dans cet- 
te province, Lasus, Sacadas et Aristonicus ; 
parmi les sculpteurs , Agéiadaa et Polyclète ; 
parmi les poètes , Télésilla. 

Les ttois premiers hi^rem les progrés de 



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aaS VOYAGE 

tk musique; Agéladas et Polyclète ceux de la 
scufpture. Ce dernier , qui vivoit vert le tçmps 
de Périclès, a rempli de ses ouvrages immor-, 
tels le Péloponèse et la Grèce. En ajoutant do . 
nouvelles beautés à la nature de l'homme , U 
surpissa Phidias ; mais en nous offrant Timage 
des dieux , il ne s'éleva point à la sublimité 
de -son rival. Il choisissoit ces modèles dans 
la jeunesse ou dans Tenfancc ; et Ton eût dit 
qne la vieillesse étonnoit ses mains accoutu- 
mées à représenter les Grâces. Ce genre s'ac- 
commode si bien d'une certaine négligence » 
qu'on doit louer Polyclète de s'être rigoureu- 
sement attaché à la correction du dessin ; en 
effet on a de lui une figure où les proportions 
du corps humain sont tellement observées, que, 
par un jugement irréfragable, les artistes Tont 
cux-mêines appellée le Canon ou la Règle. Us 
l'étadient , quand- ils ont à rendre la même na- 
ture dans les mêmes circostances : car on ne 
f)eut imaginer un modèle unique pour tous les 
âges, tous les sexes , tous le caractères. Si 
l'on fait jamais quelque reproche à Polyclète , 
JOQ répondra que s'il n'atteignit pas la perfe^ 
éection, da moins jl .en approcha . Lui-même 
sembla ^se méfier de ses succès ; dans un temps 
«où les ai'tistes inscrivoient sur les ouvrages 
-sortis de leurs mains,, un tel fa fait^ il se 
contenta d'écrire sur les siens, Polyclète le 
faisoit; conàme si , pour les terminer , il at- 
tendit le jugement du public. 

Il .écovitoit les avis et savoit les apprécier. 
Il fit deux statues pour le même sujet-, Tune 
en secret, ne consultant quç son génie et les 



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DU JEUNE ANACHARSIS. isxg 

ïèglei approfondies de l'art ; l'autre dans scm 
atteJîer ouvert atout le monde, se corrigeant 
et se réformant au gré de ceux qui lui 4)rodi- 
guoîent )eurs cohseiU. Dès qu'il les eut ache- 
vées , il les exposa au public. La première ex- 
cita radmiration i la seconde des éclats de ri- 
re ; il dit alors : voici votre ouvrage , et voi- 
là le mien. Encore un trait qui prouve que 
de son vivant il jouit de sa réputation . Hrp- 
ponicus, Tun des premiers citoyens d'Athènes, 
voulant consacrer une statue à sa patrie , on 
iui conseilla d'employer le cîscau de Pf^lyclè- 
te : je m'en garderai bien, répondit-il ; le mé- 
rite de l'offrande ne seroit que pour l'artiste. 
On verra plus bas, que son génie facile ne 
s'exerpa pas avec moins de succès dans l'ar- 
chitecturei 

Télésilla, qui fiotissoîi il y 1 envîron 150 
atis , illustra sa patrie par ses écrits , et la 
sauva par son courage. La ville d'Argos alloit 
tomber entre les mains des Lacédémoniens ; el- 
le venoît de perdre 6000 hommes , parmi les- 
quels se trouvoit l'élite de la jeunesse» Dans 
ce moment fatal Télésilla rassemble les fem- 
mes les plus propres à seconder ses projets , 
teurs remet les armes dont elle a dépouillé les 
temples et les maisons des particuliers, court 
avec elles se placer sur les mmrailles , et re- 
pousse l'ennemi qui , dans la crainte qu'on ne 
lui reproche ou la victoire ou la défaite, premi 
le parti de se retirer. 

On rendit les plus grands honneurs , i ces 
guerrières. Celles qui périrent dans le combat 
furent inhumées le long du chemin d'Argos } 



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aSo VOYAGE ^ 

en permit aux autres d'élever une statue au 
dieu Mars. La figure de Télésill» fat posée sur 
une colonne > en face du temple de Vénus ; 
loin de porter ses regards sur des volumes re* 
présentés et placés à ses pieds ^ elle les arrête 
avec complaisance sur un casque qu^elle tient 
dans sa tnain , et qu'elle va mettre sur sa tè^ 
te. Enfin , pour perpétuer à jamais un événe- 
ment si extraordinaire, on institua une fête an- 
nuelle » où les femmes sont habillées en hom- 
mes , et les hommes en femmes. 

Il en est d* Argot comme de toutes les 
villes de la Grèce ; les monumens de Tart y 
sont communs , et lés chefs^'oeuvres très-rares. 
Parmi ces derniers , il suffira de nommer plu- 
sieurs statues de Polyclète et de Praxitèle : les 
objets suivans nous frappèrent sous d'autres 
rapports. 

Nous vîmes le tombeau d'une fille de Per- 
sée 9 qui , après la mort de son premier mari, 
épousa (Ebalas , roi de Sparte . Les Argiennès 
jusqu'alors navoient pas osé contracter un se- 
cond hymen ; ce fait remonte à la plus hante 
antiquité. 

Nous vîmes un groupe, représentant Pé- 
rilaiis d'Argos , prêt à donner la mort au Spar- 
tiate Othryadus • Les Lacédémoniens tt les Ar- 
giens se disputoient la possession de lavilfede 
Thyrée. On convint de nommer de part et 
d'autre 300 guerriers dont le combat termine- 
roit le différent. Ils périrent tous,à Texception 
de deux Argiens qui , se croyant assurés de la 
victoire, en portèrent la nouvelle aux magis- 
trats d'Argos • Cependant Othryadas respiroit 



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DU JEUNE ANACHARSI8. ^t 

tncore , et malgré des blessures mortelles » Il 
eat assez de force poar dresser un trophée sur 
le champ de bataille, et après y avoir tracé 
de son sang ce petit nombre de mots : ,, Les 
Lacédémoniens vainqueurs des Argiens », il se 
donna la mort poar ne pas survivre à ses com- 
pagnons • 

Les Argiens sont persuadés qu* Apollon 
annonce l'aveiiir dans an de ses temples. Une 
fois par mois, k prétresse, qui est obligée de 
garder la continence, sacrifie une brebis pen- 
dant la nuit; et dès qu'elle a goûté du sang 
de la victime > elle est saisie de l'esprit pro- 
phétique. 

Nous vîmes les femmes d*Argos s'assembler 
pendant plusieurs jours dans une espèce de cha- 
pelle attenant au temple de Jupiter-Sauveur , 
pour y pleurer Adonis. J'avoîs envie de leur 
dire ce que des sages ont répondu quelquefois 
en ^es occasions semblables : Pourquoi le pleu- 
rer s'il est dieu , lui offrir des sacrifices s'il ne. 
Test pas? 

A quarante stades d'Argos ^ est le temple 
de lunon, un des plus célèbres de la Grèce, 
autrefois Commun à cette ville et à Mycènes. 
L'ancien fat brûlé, il n y a pas un siècle , par 
la négligence de la prétresse Chrysis, qui ou^ 
blia d'éteindire une lampe placée au milieu des 
bandelettes sacrées « Le nouveau ^ construit au 
pied du mont Eubée , sur les bord^ d'uxl petit 
ruisseau , se ressent dtt progrès des arts , et 



^ Environ une lieue et demie. 



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ffiM V-0 Y A G E 

fperpétaera le nom de larchitecte Eiipolému» 
d'Af^os. 

Celui de Polydète sera plas fameux eo"- 
-core par les ouvrages dofit il a décori ce tem^ 
«pie. et sur tout par la statue de junon, de 
grandeur presque colossak. Elle est posée sur 
un trône ; sa tête est ceinte d'une couruae <>& 
l'on a gravé les Heures et les Giâces; elle ti- 
«nt de sa droite une greaade , symbole mysté* 
,rieux qu*oR nexpHqoe point ^uz 4>rofanes ^ de 
-sa gauche , -un sceptre surmonté d'un coucou» 
attribut singulier, qui donne lieu à des contes 
Ipuériles. «Pendant que nous admif ions 4e tra* 
vail , digne du rival de Phidias , et la richesse 
^e la matière , qui est d'or et d'ivoire , Philo- 
tas me montroir en riant, une 6gure assise ^ 
informe; faite d'un tronc <le poirier sauvage, 
et couverte de poussière* C'est la plus ancien*- 
4ie des statues dejunon ; après avoir Jong temps 
reçu l'hommage des mortels, elle éprouve le 
^ ^ort de la vieillesse et de la pauvreté. On la 
' reléguée dans un coin du temple , où person- 
ne ne lui adresse des vœux. 

Sur Tautel , les magistrats d'Argos vien- 
nent s'obliger par serment, d'observer les trai* 
tés de paix ; mais il n'est pas permis aux é«^ 
Crangers d'y offrir des sacritices. ^ 

Le temple» depuis sa fondation, est des-» 
servi par.ufie prêtresse qui doit ^ entre autres 
choses, s'abstenir de certains poissons; on lui 
élève pendant sa vie une statue, et après sa 
mort on y grave et son nom et la durée de son 
sacerdoce. Cette suite de monumens placés en 
face du temple A et mêlés avec les statues de 



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ÏWJ JËuWé ANÀCtiARStS aSg 

^pliffieufs héros , donne une suite de dates quô 
les historiens emploient quelquefois pour fixeir 
Tordre des temps. 

Dans la liste des prêtresses, on trouve 
des noms illustres, tels que ceux d'Hyperm* 
•iièstre , fille de 'Oànaûs ; d*Admète , fille du 
roi Eurysthëe; de Cydippe, qui dut sa gloire 
encore moins à sè^ aïeux qu*à ses enfans. On 
nous raconta sbn histoire, pendant qu'on ce* 
lébroit la iîtc de Wnon. Ce jour , qui attire 
une mottîtude infinie de spectateurs; est sur»^ 
tout remarquable par une pômpè sokmnelle 
qui se rend d*Atgos au temple' de là -Déesse; 
elle est précédée par cent btKufs parés de guir- 
landes , qu'on ctoit sacrifier et distribuer aux 
assistans; elle est protégée par un corps de 
jeunes Argîens couverts d'armes étincelantes ; 
qu'ils déposent par respect avant que d^appro» 
cher de l'autel; elle se termine par là prêtres* 
se qui paroît sur un char attelé de deux bœufs, 
•dont la blancheur égale la beauté. »Or, du 
terops de Cydippc , la procession ayant défilé, 
et Tattelage n'arrivant point , Biton et Cléobîs 
s'attachèrent au char de leur mère, et pen- 
dant 40 stades * , la traînèrent eh triomphe 
dans la plaine et jusques vers le milieu de la 
fAont^ne , où le temple étoit alors placé. Cy* 
dippe arriva au milieu des cris et des applau* 
dissemens ; et dans les transports de. sa joie ; 
elle supplia la Déesse d'accorder à ses fils le 
plus grand .de^ bonheurs. Ses vœux furent 



!^ Environ deux liemes nsoins um quart. 



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al4 VOYAGE 

4it-ont exaacés: un doox sommeil les saisît 
dans le temple même , et les fit tranqaillemem 
passer de la vie à la mort; comme si les dieux 
ti*avoient pas de plus grand bien à nous accor- 
jler» que d'abréger nos jours. 

Les exemples d*amour filial ne sont pas 
rares sans doute, dans les grandes nations; 
niais leur souvenir s y perpétue à peine dans 
le sein de la famille qui les a produits: au- 
lieu qu*en Grèce , une ville entière se les ap- 
proprie « et les éternise comme des titres dont 
elle t'honore autant que d'une victoire rem- 
portée sur l'ennemi. Les Argiens envoyèrent à 
Delphes les statues de ces eénéreux frères, et 
j*ai vu dans un temple dArgolide un grQu«- 
pe qui les représente» attelés au char de leor 
mère. 

Nous venions de voir la noble récompense 
que les Grecs accordent aux vertus des parti« 
culiers ; nous vîmes , à quinze stades du tem- 
ple, à quel excès ils portent la jalousie du 
pouvoir. Des décombres parmi lesquels on a 
de la peine à distingueras tombeaux d'Atrée, 
d'Agamemnon » d'Oreste et d'Electre ^ voila tout 
ce qui reste de Tancienne et fameuse ville de 
Mycènes. Les Argiens la détruisirest , il y a 
près d"un siècle et demi. Son crime fut de 
n'avoir jamais plié soas le joug qu'ils avoient 
imposé à presque toute l'Argolide^ et d'avoir» 
au mépris de leurs ordres* joint ses troupes à 
celles que la Grèce rassembloit contre les Per- 
ses. Ses malheureux habitàns errèrent en diffé- 
rent pays, et la plupart ne trouvèrent un a« 
syle qu'en Macédoine. 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. a35 

X'histoire Grecque offre pl\x$ d'une exem- 
ple de ce$ eflTrayaittes émigrations ; et Ton ne 
doit pas en être surpris. La plupart des ppo^ 
vinces de la Grèce furent d'abord composées 
de quantité de républiques indépendantes; les 
unes attachées à l'aristocratie ^ les autres à la 
démocratie ; toutes avec la facilité d'obtenir la 
protection des puissances voisines, intéressées 
à les diviser. Vainement cherchèrent-elles à se 
lier par une confédération générale ; les plus 
paissantes , après avoir assujetti les plus foi-* 
blés, se disputèrent l'empire: quelquefois méf< 
me l'une d'entre elles , s'élevant au«dessus des 
antres , exerça un véritable despotisme , -sous 
les formes spécieuses de la liberté. De là ces 
haines et ces guerres nationales qui ont désolé 
pendant si long-temps la Thessalie, la Béotie, 
l'Arcadie et l'Ârgolide. Elles n'affligèrent jamais 
TAttique, ni la Laconie: l'Âttique» parce que 
ses habitans vivent sous les mêmes loix, com- 
me citoyens de la même ville; la Laconie, 
parcç que les siens furent toujours retenus 
dans la dépendance par la vigilance active des 
magistrats de Sparte ; et la valeur connue des 
Spartiates. " 

Je sais que les infractions des traités et 
les attentats contre le droit des gens .furent 
quelquefois déférés i l'assemblée des Amphi- 
ctyons 9 instituée dès les plus anciens temps , 
parmi les nations septentrionales de la Grèce ^ 
je sais aussi que plusieurs villes de l'Argolide 
établirent chez elles un semblable tribunal ; 
ces diètes^ qui ne connoissoient que de cer- 
taines causes, ou n'étendoient pas leur juris- 



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4S6 V O Y A C £ 

diction sur toute la Grèce , ou n eurent jamais 
assez de forces pour assurer Texécution de leufs 
décrets. ' 

De tetour à Argos» nous .montâmes à la 
eitadelle , oi\ nous vîmes , danà un temple de 
Minerve , une statue de Jupiter , conservée au- 
trefois , disoit-on , dans le palais de Priam . 
Elle à trois yeUx , dont l'un est placé au mi- 
lieu du fronts soit pour désigne^ que ce dieu 
règne également dans les cieux , sur la mer et 
dans les enfers , soit peut-être pour montrer 
qu'il voit le passé, le présent et l'avenir. 

Nous partîmes pour Tirynthe , éloignée 
d*Argos d'environ 50 stades *. Il ne reste de 
cette ville si ancienne que des murailles épais- 
ses de plus de 20 pieds , et hautes à propor- 
tion. Elles sont construites d'énormes rochers 
entassés les uns sur les autres , les moindres 
si lourds » qu'un attelage de deux mulets au- 
roit de la peine à les traîner. Comme on ne 
les avoit point taillés • on eut soin de remplir 
avec des pierres d'un moindre volume les vi- 
des que laissoit l'irrégularité' de leurs formes . 
Ces murs subsistent depuis une longue suite de 
siècles , et peut-être exciteront- ils l'admiration 
et la surprise pendant des milliers d'années en- 
core .. 

Le môme genre de travail se fait remar- 
quer dans les anciens monumens de rArgoli- 
de ; plus en particulier dani les murs à demi- 
détruit de Mycènes^ et dans de grandes exca- 
vations que nous vîmes auprès du port de 

^ Environ deux lieues et demie. 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. aSjf 

I^auplie, situé à une légère, distance dé Ty* 
rîntbe. 

On attribue tous ces ouvrages aux.Cyclo- 
f>cs , dont le nom réveille des idées de gram- 
deur , puisqu'il fut donné par les premiers poè- 
tes, tantôt à des géans , tantôt à des enfans 
du ciel et de la terre , chargés de forger, les 
foudres de Jupiter. On crut donc que des con- 
structions , pour ainsi dire , gigantesques , ne 
dévoient pas avoir pour auteurs des mortels 
ordinaires. On n'avoit pas sans doute observé 
que les hommes , dès les plus ancieiîîî teïnps p 
en se construisant des demeures , songèrent 
plus à la solidité qu*à l'élégance , et qu'ils em- 
ployèrent des moyens puissans pour procurer 
]a plus longue durée à des travaux indispen- 
sabJes. Ils creusoieni dans le roc de vastes ca- 
vernes , pour s'y réfugier pendant leur vie , 
ou pour y être déposés après leur . mort : ils 
détachoient des quartiers de montagnes,, et en 
entouroient leurs habi^îit^ons j c'étoit.le produit 
de la force et le triomphe des obstacleis • On 
travailloit alors sur le plan de la nature , qui ne 
fait rien que de simple, de nécessaire et de 
durable. Les proportions exactes, les' belles for- 
mes introduites depuis dans les monumens, font 
des impressions plus agréables ; je doute qu'el- 
les soient aussi profondes • Dans ceux même 
qui ont plus de droit à l'admiration publique, 
et qui s'élèvent majestueusement au-dessus dé 
la terre , la main de l'art cache celle de la na- 
tvire , et l'on n'a substitué que la magnificen- 
ce à la grandeur» 



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\ 



ft38 V O Y A G B 

Pendant qu'à Tyrinthc, on nous racon- 
toit que les Argiens, épuisés par de longues 
guerres , avoicnt détruit Tyrinthe , Midée , Hy- 
sies et quelques autres villes, pour en trans- 
porter les habitans chez eux , Phîlotas regret- 
toit de ne pas trouver en ces lieu:j les anciens 
Tyrinthiens. Je lui en démandai la raison. Ce 
n'est pas ,' répondit-il , parce qu'ils aimoient 
autant le vin que les autres peuples de ce can- 
ton; mais l'espèce de leur folie m'auroit amu- 
sé. Voici ce que m'en a dit un Argien. 

Ils s'étoient fait une telle habitude de plai- 
santer sur tout, qu'ils ne pouvoient rien trai- 
ter sérieusement les affaires les plus importan- 
tes. Fatigués de leur légèreté , ils eurent re- 
cours à 1 oracle de Delphes^ Il les assura qu'ils 
gùériroient, si, après avoir sacrifié un taureau 
à Neptune , ils pouvoient , satis rire , le jeter 
à la met. Il étoit visible que la contrainte im- 
posée ne permettroît pas d'achever l'épreuve. 
Cependant ils s'assemblèrent sur le rivage: ils 
avoient éloigné les enfans ; et comme on vou- 
loît en chasser un qui s'étoit glissé parmi eux: 
,^ Est-ce -que vous avez peur, s'écria-t-il , que 
je n'avale votre taureau „ ? A ces mots y ils 
éclatèrent de rire; et persuadés que leur ma- 
ladie étoit incurable^ ils se soumirent à leur 
destinée. 

Nous sortîmes de Tyrinthe , et nous étant 
rendus vers l'extrémité de TArgolîde , nous vi- 
sitâmes Hermione et Tréxène. Dans la premiè- 
re, nous vîmes, entre autres choses, un petit 
bois consacré aux Grâces ; un temple de Vénus , 
où toutes les filles, avant de se marier, doi- 



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DU ;E1JNE ÂifAGÏIARSIS. ^3$ 

vent ofïrîr uii sacrifice ; un temple de Cérès , 
devaût lequel sont les statues de quelques-unes 
de ses prétresses • On y célèbre en été une 
fête dont je vais décrire en peu de mots la 
principale cérémonie- ^ 

A la tête delà procession marchent les 
prêtres des diiFérehtcs divinités , et les magis-" 
trats en exercice: ils sont suivis des femmes^ 
des hommes , des enfans , tous habillés de blanc t 
tous touronn,és de fleurs^ et chantant des can- 
tiques. Paroissent ensuite quatre génisses , que 
Ton introduit l'une après l'autre dans le tem« 
pie, et qui sont successivement immolées par* 
quatre matrones. Ces victimes , qu'on avoit au- 
paravant de la peine à retenir , s'adoucissent à 
leur voix , et se présentent d'elles-mêmes à l'au- 
tel. Nous n'en fumes pas témoins ; car on fer** 
me les portes pendant le sacrifice- 
Derrière cet édifice sont trois places en* 
tourées de balustres de pierres. Dans l'une de 
ces places la terte couvre, et laisse entrevoir 
un abyme profi^nd: c'est une de ces bouches 
de l'enfer, dont j'ai parlé dans mon vdyage 
de Laconie^. Les habitans disoient que Pluton, 
ayant enlevé Proserpine , préféra de descendre 
pat ce gouflSre> parce que le trajet est plus 
court. Us ajoutoient -que , dispensés , à cause 
du voisinage , de payer un tribut à Caron , ils 
ne nettoient point une pièce de moAnoie dans 
la bouche des morts , comme on fait par*tout 
ailleurs. 



j^%/%Mf*f t*M^kJv%A tvy^ .vw^a 



i*) Voyez pag. S4 de ce volane. 



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b^Googlc 



^o VOYAC& 

A Tr4zèfte, noas vîmes arec -p^aîsîr lei: 
oonumens qu'elle Renferme; xu)us écoutâmes 
avec patience les longs récits qu'un peuple, 
fier de son origine , nous faisoît de Tbistoire 
de ses anciens roi$\ et des hérus qjui avoi^nt 
paru ,4ans cette contrée. On nous moacroit le 
siège où Pitthée fils de Pélops., rendoit la 
justice; la maison où naquit Thésée, son pe- 
tit-fils et son élève; celle qu'habitoit Hippoly- 
te; son temple, où les filles de Trézène dépo- 
sant leur chevelure avant de se marier* Les 
Tréxénicns,: qui lui rendent des honneur* di- 
ifins ^ ont eonsacré à Vénus l'endrqit où Phè- 
dre se cachoit pour le voir, lorsqu'il poussoit 
6on char dans la carrière. Quelqaes-u,ns piétcn- 
dpient qu'il ne fut pas traîné psM" ses chevaux» 
flsais placé parmi les constejlations.: d'autres 
nous conduisirent au lieu de sa sépulture, pla- 
cée auprès du tombeau de Phed/e. 

On nous montroit aussi un. édifice en for- 
me de tente, où fut re|^u4 Oreste pendant 
qu'on le purifiojt... et un aijçeJL fort ancien , où 
Ton sacrifie à la fois aux M^nes et au Somr 
mèil, à cause de Tanion qui règne entre ces 
divinités. Une partie de Tréiènte est située sur 
le penchant d'une montagne; l'autre dans une 
plaine qui. s'étend jusqu'au port, QÙ serpente 
U rivière Chrysorçhpas , .et.qu'citnJ>rassent pres- 
qije de tous, .côtés , d^s pollinçs. et. des monta- 
gnes couvertes/^ jusqu'à^ une certaine hauteur, 
de vignes , d'oliviers , de grenadiers et de nayr- 
tes , couronnées ensuite par des bois de pins 
et de sapitis y qui semblent Vélever jusqa'aux 



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DU JEUNE ANACHARSIS. a4i 

La beauté de ce spectacle ne sufRsoh pas 
poar notis retenir filus longtemps dans cette 
TÎllel En certaines saisons, Tair y est malsain; 
ses vins ne jouissent pas d'ane bonne réputa* 
tion» et les eaax de Tunique fontaine qu'elle 
possède, sont d* une mauvaise qualité. 

Nous côtoyâmes la mer , et nous arrivâmes 
à Epidaure, située au fond d^un golphe tn 
face dé Tile d'Ë^ne , qui lui appartenoit an- 
ciennement r de fortes murailles Tons quelque^ 
fois protégée contre les efforts des piiissance# 
voisines. Son territoire, rempli die vignobles , 
est entouré de montagnes couvertes de chênes. 
Hors des murs , à 40 stades 3ë distance % sont* 
le temple et le bois sacré â*£sè\i]apé , où lea 
malades viennent de toutes pans cherdier leur 
guérison. Un- conseil , composé de r8o citoyens^ 
iest chargé de Tadministratiôn de ce petit pays» 

On ne sait rien de bien positif sur la vie 
d^EscuIape , et c'est ce qui fait qu'on en dit 
tant de choses. Si l'on s'en rapporte aux récits 
des habitans ,- un berger, qui ivoit perdu son 
chien'et ttne'de ses cKevres, lés trouva sot une 
montagne voisine 9 auprès d'un enfant resplen'* 
dissam die lumière , allaité par là-chèvre , et 
gard4 par le chien ; c'étoit E$cula4)e , fils d'A^ 
pollen et de Coronis; Ses jours furent cedisar 
crés au soulagement des «làlheureuiu Les blés* 
sures et les maladies lei plus dangereuses ce*' 
doient à ses opérations, à ses remèdes^ aux 

Tarn. IF. 16 

^ Suviron tina Utne et denciiii. - . * 



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•ÎU VOTAGB 

chants hannooteux , aux, paroles iDagîqnet<iQ*!I 
cmployoit. Les dieux lui avotent piirdonné.sea 
«oecès; mais it osa rappeller les morts à la vie^ 
et sur les représentations de Platon « U fw écia« 
§6 par la foudre. 

D'autres traditions laissjrnt entrevoir- quel* 
ques lueurs de vérité;^ et nous présntent ua 
fil que nous suivrons un .nioment , s»m Qous 
engager dans ses détours. Llnsti tuteur d'Achd* 
le, le sage Chiron» avoit ?tcquis de légères 
connoissancç^ifurjesverjtas des simples ,. de plus 
grandes sur js^ .réduçtion^ des. fractures et des 
luxations ^ il les transmit à ses descendant » qui 
existent encore en Thessalie >. et q^i, de tout 
temps, ^c spn^ fépéirçusemeQÇ dévoués ^u. ser- 

: Ilpar^l^ qu'Esculape fax son. discîj^iCi et 
que , deveua le. dépôsit^iire d^ ses secrets » il 
en instruisit .Vs. fijs Machaon et Podalire, qui 
fégti^reut apj^s m inort sur une petite ville de 
Thes^aliOi'F^nct^Bt Iç. siège de Troie , ils;signa- 
lèrenjc.leur valeur dan&t les combats,, et kur har 
fcilet^dansje traitement des btes^f^i car ils 
«voient cultivé avec soia.Ja chirurgie « partie 
essentielle df lai qiéde^iiie, et la seule , qui ^ 
suivatic les japp^rençes*, /ut< connue dans ces 
aièclfts jîloîgQés. Machaon ayoit pe.du ia via 
tous' les murs de Troie. Ses cendres firent tran* 
sporiées dans le Pélopunèse « par les soins do 
NestQt* Ses enfaçs ^ attachés 3 M profession de 
leur père , s'établirent dans cette contrée } ils 
élevèrent des autels à Uur aïeul , et en méri- 
tèrent par les services qu'ils fendirent à Tha-» 
*manué. n 



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su 7EUNEMaFM:i|flkR9I3^ â4S .1 

- LUuteûr 4*anc fiunîH^ slwsptttMt éevint-^ 
inentôt Tobjet de la y^n^radoti pubïiquer.$4> 
pf omof ion^ au rang de» :dieax idoU 4t re • ipQité^ 
riewe a^ temps. d'Ht]inière;j]i|i ixIen:pai;U:xittft 
comme d!uti simple pamculief;^ Mais auji^urd'hii^ 
on lui décerne par-coot des' bonheariu diiôti^. 
Son V cube a pa»sé d!y&^idi>ure dan», les .aatuet^ . 
villes dc^Ja Grèce, mâiîiepeiv des.cUsaî^t^tiilôi^ 
gaé$ ]jil' tVteodra . dava^ta^^ , parce I que .^Itâ^ 
malades. iaiploferoBt> toujours avec cgofiafice W^ 
jHtié d'un dieu q^i f^t >^aiet à lejirsi i|i%ioi(é% , 

• %& .Epidauriens oat î|istttti4 eartoii ^hiw^ 
neuc des f(^$ qui :S8::céièbrmt* tiras le^'afis-^et 
aax^quelles^ on : ajoute^ • de temps . ep ^ tep^ps» . de 
nouveaux tipeç^acles* Qu^qijCelle» soîeiitrttsèst 
Biagiiiii4u6s^^ ie temple dur dieuj» Içs éàààftS'XfUi 
renviropnent et les. scènes qui vS*y .paiiien$ii^ 
sont ^loac propres va ^^utbfaiia*) JkictiMpAtiî; d\i^ 
voyag^w^atlentîfé: .:r'^rr^'r'^ y . wi 

-^ }e ne^ parle point* 4t^ oes^ Mches présci^ 
qUc/^l'effoirvet^la reccmncôssaiicei de (aitladei 
Qjit:dép(l)^6 d^s. cett aiylq ; 4aais..on .ctià/jir 
b^rct fi^^pfd dç-ces .bdLes. parolcstf cia^saiii; 
d^sausxdeJa; porter àa^ teoipie^: ^ J^'esi^ée^df 
cçs lîe)iSvn!est permise çi'aUx: aunes; piices^"^ 
Lajstatuft du ^dieu., oavEJitge'de Tbras^ipède da:r 
Paras , cohunf oiv La voit paf. s6n noéicinscât : 
au bas $ est en, or, et ^^ ivoire. Esçulàpe y a^ 
sis sur son trône., ayant un cbîen^à ies-^pieds^,^ 
tient d'une main .son bâton, prolonge l'antiPê ^ 
au*dessus d'un serpent>qui; semble set t^rcasev^ 
pour l'atteindre, Carliste a gravé sur; té trânè 
, les exploits de qaelqoes héros de rArgplide^:^. 
^'est Belt<iropl]609.qi|jb œomphe de la .Cbîinà«^v 
«*est Persée quj coupe là tite à Médise; 



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t44 y or A. a E 

Polyclète , qne personne n*avoit surpasse 
dans Tare de la soulpture, qae peu d'artisteg 
ont 4^dié dans celai de Tarchitecture , construi- 
tir: dans le bois s^cré an théâtre élégant et sa- 
perbe , où se placent Jes spectateurs en cer- 
taines fêtes. U éleva \tout auprès une rotonde 
en marbre, qui attiré les regards, et dont Iç 
pêitnre Pautias a ^ de nos' jours , décoré Tin* 
térieur. Dans un de ses tableaux, Tamour* ne 
se l^résehte plus avec l'appareil menaçant d'un 
guerrier ;: il a laissé tomber son arc et ses fiè^ 
ches ; pour triompher, il n'a besoin que de la 
lyre qu'il tient îfons sa main . Dans un autre, 
l^usias a représenté l'ivresse sous la figure d'une 
femme dont les ^traits 4e distinguent à travers 
une bouteille de- verre qu'elle est sur le point 
de vider. . . ; . 

Aux envh*ons\.nous vîmes quantité de 
colonnes. qai contiennent, non seulement les 
noms. de ceux qui ont été guéris; et des ma« 
ladies dont ils étoient affligés, mais encore le 
. détail des moyens qui leur ont procuré la san* 
té. De pareils monumens > dépositaires de Tex- 
périence des sièclea,^ seroient précieux^ dans 
tous les temps ; ils étoient nécessaires avant 
qu'on eût écrit sur la médecine. On sait qu'en 
^§yptt \e% prêtres conservent dans leurs tem- 
ples. Tétat circonstancié des cures qu'ils ont 
opérées.^n. Grèce, les ministres d'Esculape ont 
introduit cet usage , avec leurs autres rites « 
dans presque tous les lieux où ils se sontétar 
blis • Hippocrate en connut le prix , et* puisa 
une pfirtie de sa doctrine sur le régime, dans 
Wte suite d'anciennes iQsçriptions exposées au*' 



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BU JEUNE ANACHAltSIS. «4S 

près éa temple qoe les habitans de Coi ont 
élevé en l'honnenr d^Escalape. 

Cependant, il faut l^avoatfr ^ les prètrei 
de ce dieu , plas flattés d'opérer des prodigei 
que des gàérisons, n'emploiem que trop sou» 
vent riinpostare pour s'accréditer dam l'esprit 
du peuple. Il faut les louer de placei* leurs 
temples hors des vtUei et sur des hauteurs • 
Celui d'Epidaure est entouré d'un bois, dani 
lequel on ne laissé naître ni mourir pèrson* 
ne. Car pour éloigner dé ces lieux l'image ef^ 
frayante de la mort, on enirétire les malades 
qui sont à toute extrémité, et les femmes qui 
sont au dernier terme de leur grossesse « Un 
air sain , un exercice modéré , un régime con* 
venable , des remèdes appropriés , telles sont 
les sages précautions qu'on a cru propres i ré^ ' 
tablir la santé; mais elles ne suffirent pas aut 
vues des prêtres qui, pour attribuer des effets 
naturels à des causes surnaturelles , ajoutent 
au traitement quantité de pratiques superscH 
tieuses. • 

On a construit auprès du temple une gran^ 
de salk, où ceux qui viennent consulter &€U^ 
lapé , après avoir déposé sur la tablo sainte i 
des gâteaux , des fruits et d'autres offrandes ^• 
passent la nuit couchés sur de petits lits } un 
des ministres leur ordonne, de Vabandonnef a4 
sommeil , de garder un profond silence , quand 
même ils entendroient du bruits et d'être at« 
tentifs aut songes que le dieu va leut envo« 
yer; ensuite il éteint les lumières, et a soin 
de ramasser les offrandes dont la table est cou- 
verte. Quelque temps après j le malades croient 



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fntchdre la v<H*;d/.&«la^, «Oît qu^)e Wa¥ 
parvienne par qjieJ4tt§ Sftîfice ^éltiêux, seit 
^tte le mmis^re» reY^*/5\ir «esîpas^ pron^nOi 
^pârdemem qMlquef paroles autour ^e learlit> 
soit e&ân que» dans le calme des.sexu « leur 
imag^àtion réalise les récits et les objets qui 
n'ont cessé de 'Ies:fr4)tper. depuis leur arrivée. 
Xg, rôix diviije l^ur. prescrit ks remèdes 
i^etStiiàéar à^ les su6rir,'t9înèdes assez conformas 
à criix des autres i^édecins « lElle les ic^ruit 
en lÀâme ' ^èm ps des. ptàijques de . dévotion qui 
doivent en asaufer Tetf^ti^i Je malade n*a d'au- 
tre 4pak q^e de- cjçaitidre :tOu8 -les tnaux , %û 
;<$ résout à devQnir Tins trament^ de -la fourbe- 
fie,: il lui est ordonné de se.présenter^ le len- 
^^inain au temple « de passer d*uli c6té de l'au- 
^uL à i^utre , d'y poser la nain , de Tappliquét 
ii^itr la partie souffrante, et de déclarer haute^ 
ment sa gnérison, en {frésience d'un grand nom- 
bre de spectateurs que ce prodige remplit d'ila 
nouvel eqthousiasme> Quelquefois , pour sau- 
ver l'honneur d^Escukpe, on enjoint aux ma- 
lade& d'aller au ioift exécuter ses ordonnances . 
XXauues fois ils reçoivent la visite du dieu> 
4^uisé sous la -forme d'un gros serpent, dont 
les saresstes ratiim/^nt. leur confiance» 
,, ^l.es ^erpens en 1 général :$ont consacrés à 
t)e diw,soit parce que là plupart ont des pro- 
pretés dont la. médecine fait usage , soit pôiïir 
d'%atf^ raisons qu'il tst inutile de rapportert 
inai^ £s«ukipe paroh chérir spécialement ceux 
qu'on trouve dans le territoire d'Epidaure , et 
dwi;la couleur tire .sur le jaune. Sans venin « 
d'an caractère doux et paisible, ils aiment à 



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DU JBVÎTB AÎ^AGHARSIS. ^4? 

vJvte familtèremem atec les hommes. Celui que 
let prêtres entretiennent dans rinWieUT du 
temple y se réplk quelquefois tiutour de leur 
corps y on se redresse sur sa queue pour pren- 
dre la .nourriture qu'on lui présente âaiii une 
assiette: on le laisse rarement sortir V quand 
On lui rende sa liberté, it se prômènd avec 
majesté dans leis rue^; et comme son apparia 
tion est d*un heureux présage; elle excite une 
îoie universelle» Les uns le respectent , parce 
qu'il est sous la protection de la divinité 
tutéiaire dn Heu î les autres se prosternent 
en sa présence ^ parce qu'ils le confondent 
avec le dieu lui méme< 

On trouve de ces serpens familiers dans 
les autres temples d'Esculape, dans ceux de 
Bacchus et de quelques autres divinités • lia 
sont très^communs à Pella , capitale de la Ma- 
cédoine. Les fsmmes s* y font un plaisir d'en 
élever. Dans les grandes chaleurs de Tété, el- 
les les entrelacent autour de leur cou , en for* 
me de collier, et dans leurs orgies « elles s'en 
parent comme d'un ornement , ou les agitent 
au-dessus de leur tête. Pendant nion Séjour ea 
Grèce , on disoit qu'Olympias, femme de Phi- 
lippe « toi dé Macédoine » en faisoit souvent 
coucher un après d'elle ; on ajoutoit même que 
lupiter avoit pris la forme de cet animal , et 
qu'Alexandre étoit son fils. 

Les Epidauriens sont crédules ; les mala- 
des le sont encore plus. Ils se rendent en fou- 
le à Epidaure ; ils s'y soumettent avec une 
entière résigrnation aux remèdes dont ils n*a* 
Yoient jusqu'alors retiré aucun fruit ^ et qiue 



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a4S ; V O-YAOE - 

leur extrême confiance rend quelquefois plas 
efficaces. I^ift plupart me racontoient arec une 
foi vive les songes dont le dieu les a?oit 
favorisés ; les 4ins dcoient si bornés , qu'ils ^ef- 
farouchoîent à la moindre discussion ; lesaa- 
très si effrayés , que les plus fortes raisons ne 
pouvpient les distraire du sentiment de leurs 
naux. Tous citoient des exemples de guérison, 
qu'ils n avoient pas constatés , et qui recevo- 
Jent une nouvelle force en passant de bouche 
en bouche. 

Nous repassâmes par Argos , et nous pri- 
mes le chemin de Némée, ville fameuse par la 
#9lemnité des jeux qu'on y célèbre chaque troi- 
sième année , en l'honneur de Jupiter. Comme 
ils' offrent à-peu-^rès les mêmes spectacles que 
ceux d'Otympie , je n'en, parlerai point ; il me 
suffira d'observer que les Argiens y président, 
et qu'on n*y décerne au vainqueur qu'une coa« 
ronne d'ache. Nous entrâmes ensuite dans dei 
montagnes t et à 15 stades de la ville, nos 
guides nous montrèrent avec effroi la caverne 
où se tenoit ce lion qui périt sous la 9iassae 
d'Herculer 

De là étant revenu à Corinthe } nous re- 
prîmes bientôt le chemin d'Athènes « où , dès 
mon arrivée , je continuai mes recherches 1 
tant sur les. parties de l'administration, qa^ 
sur les opinions des philosophes , et sur les dif 
férentes branche des la littérature* 



Jin du Ckapurc einquanie-iroisièûie. 



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DU JEUNE ANACHARSIS. >49 

C H A P I T R E UV. 
Là RépUbiique de PUmh^ 

Yj eux gr«nâ9 objets occupent les philosophes 
jdè la Grèce: la maaière dont ranivérr est 
gouverné, et celle dont il faut gouTerner les 
hcHnmes. Ces 'problèmes , peut- être aussi difEr 
elles à résoudre TiHi que l'autre, sont le sujet 
étemel de leurs entretiens et de leurs ' écrits :• 
Nous verrons dans la suite comment- Platon, 
d'après Timée , concevcut la formation du'tnon>* 
de. JPezpose ici les moyens qu'il imaginoit', 
pour former la plus heureuse des sociétés. . 

Il nous en ayoit entretenus plus d'une, fois; 
mais il les développa aveé plus, de soin, un 
jour que 9 se trouvant à rAcadémie, où de- 
puis quelque temps, il avoit cessé de donner 
des leçons, il voulut prouver qu'on est heureux 
dès qu'on est juste, quand mèm« on n'auroit 
rien à espérer de la part des dieux:, et qu'pn 
auroit tout à craindre de la part des hommes. 
Pour mieux connoîCre ce que produiroit la ju- 
stice dans un simple particulier, il examina 
quels seroient ses effets dans un gouvernement 
où elle se dévoileroit avec une influence plus 
marquée et des caractères plus sensibles. Voici 
à- peu-près Tidée qu'il nous donna de son sy- 
stème.' Je vais le faire parler;, mais j'aurai he- 
soin d'indulgence r s'il falloit conserver à ses 
pensées les chanfies dont il sait les embellir, 
ce seroit aux Grâces de tenir le pinceau. 



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ftS» TOTACK 

Cô û'cst tii d*unc iftonarctile nî d*utie dé- 
mocratie qHeije dois tracer k plan. Que Tau- 
torit^ se trouve entre les mains d'an seal oa 
de plasieiuiSf.ipeu m'importe.. Je forme an gou- 
vernement oA les peuples seroient heureux sous 
Tempire de la vertu. 

Ten diriieJes chx)y«ûr enf ^troîs classes: 
eelle des.ittérceBatres bu de là multitude ; ceU 
le des guerriers ou de» gardiem de Tétat ; ceK 
le des. magistrats ou, des sagès^ jJe ne prescris 
lîea à. la: prçmîère; ell^ ûit faite pour suivre 
areuglément les* impressions des deux autres. 

Je veux un corps :<lègaarridrs, qui aura 
tDuîours.les armes à U main^ et dont Tob)^ 
«era d'entretenir dans Ttfcat uilettanquiilité con- 
stante; Il ne se mêlera pas avec les antres ci- 
toyens ; U demeurera dans na camp , et sera 
toujoisfi prit à réprimer les factions du de* 
dans , à repousser les attaques du dehors* 

Mais comme des hommes si redoutables 
pourroient itte infiniment dangereux^ et qiya- 
vec toutes les forces de l'état, il leur seroit 
facile d'en) usurper la puissance; nous les con» 
tiendrons^» «non par dès loix^ mais par la vî* 
Igueur d'une institution qui réglera leurs pas« 
sions et leurs, vertus même. Nous cultiverons 
leur esprit et leur cœur par les instructions 
qui sont du re^^sort de la musique, et nous 
augmenterons leur courage et leur santé par 
les exercices de la gymnastique • 

Que leur éducation commence dès les pre* 
mières années de leur enfatk:e; que les impres- 
sions qu'ils recevront allors ne soient pas con- 
traires à ceiles quliis doivent recevoir daas la 



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DU JEUNB ANa.CHllRëïS. aSt 

suite, et qut'tmiévhe' sur-tout de les -entreté* 
nir de c^s- Vaine» fictions déposées dans lésé* 
crits d'Homère , d^Hésiode et des autres poè«* 
tes. Les dîssentil^ns et les Vengeances ikussement 
attribuées aux dieux > n'offrant* que de grandt 
crimes îtl$tifiés par de gfandes* autorités ; et 
-c'est; un mlilheat insigne que de s'accoatumet 
de bonne heiire à ne trouver :Tiea d'extraordû 
nairc dans les actions les plus atroces. 

Ne dégradons jamais la ^ divinité par dé 
pareilles inâges. Que la poé^vt l-atisonce aax 
eiifans des guerriers ^vec autant de dignité que 
de charme^^ on «leur dira sans ctHc que Dieu 
«e peut éxxo^ l'auteur qu6 tiu' bien ^ qu'il ne 
fait le malheur de persontie^ que ses châïimens 
sont des bienfiurts; et que hsi méchand sont k 
flaindte, non quand ils les •éprouvent , ^maii 
quand ils trouvent le moyen de s'y soustraire^ 

On aura soin de les élever dans le plut 
iparfait mépris de la mort et de l'appareil me^ 
naçant des enfers. Ces . peintures effrayantes et 
exagérées du Cocyte et du Styx peuvent être 
utiles en certaines occasions ; mais elles ne 
sont pas faites, pour des homînes qui ne doi^ 
vent Qoiuioitreti^ crainte que par celle qa'ili 
inspirent^' 

Pénétrés de ces vérités , que la mort n'est 
pas un mal, et ^ue le sage se suiflic àlui^mè-* 
me, ils verront expirer autour d'eux leurs pa* 
ten$ et leurs amis y sans répandre une larme » 
sans pousser un soupit. ïï faudra que leur âmtf 
ne se livre yamats aux excès de la douleur , de 
la )oie ou de la colère , qu'elle ne connoissd 
ai le vil intérêt , ni le mensonge , plus vilen*^ 



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aSa VOYAGE 

core s^ est possible; qa*elle rougisse des foi- 
blesses et des cruautés que les poètes attribuent 
aux anciens guerriers , et qu'elle fasse consister 
la véritable héroïsme à maîtriser ses passions 
•t à obéir aux lois. 

C'est dans cette Ime qu'on imprimera com- 
me sur Tairain les idées immortelles de la ju- 
stice et de la vérité ; c'est là qu'on gravera en 
traits ineffaçables ^ que les méchans sont mal- 
heureux dans la prospérité, et que la vertu est 
heureuse dans la persécution, et même dans 
l'oubli. 

Mais ces vérités ne doivent pas être pré- 
sentées avec des couleurs qui en altèrent la 
majesté. Loin d'ici ces acteurs qui les dé^^ra- 
deroient sur le théâtre , en y joignant la pein- 
jture trop fidelle des petitesses et des vices de 
rhumanité. Leurs ulens inspireroient à nos éle- 
vés ce goût d'imitation , dont l'habitude , con* 
tractée de bonne heure , passe dans les mœurs, 
et se réveille dans tous les instansdela vie. Ce 
n'est point à eux de copier des gestes et des 
discours qui ne répoadroient pa^f à leur cara- 
ctère; il faut que leur maintien et leur récit 
respirent la sainteté de la vertu, et n'aient 
pour ornement qu'une simplicité extrême. S*il se 
glissoit dans notre ville un de ces poètes ha* 
biles dans l'art *de varier les formes du dis* 
cours» et de représenter sans choix toutes sor« 
tes de personnages , nous répandrions des par« 
fud^ sur sa tête , et nous le congédierions. 

Nous bannirons et les accens plaintifs de 
l'harmonie Lydienne , et la mollesse des chants 
de l'Ionienne. Nous conserverons le mode Dù-^ 



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DU JEUNE ANAUHARSIS aS3 

rien , dont l^expression mâle soatiendra le cou- 
rage def nos guerriers , et ie Phrygien « dont 
le caractère paisible et religieux pourra s'assor* 
tir à la > tranquillité de leur âme; mais ces deux 
siodes mêmes» nous les gênerons dans leurs 
mouvemens , et nous lea forcerons à choisir 
une marche noble , convenable aux circonstan-*^ 
ces , conforme aux chants qu'elle doit régler t 
et aux paroles auxquelles on doit toujours l'as* 
sujettin \. :'. 

De cet heureux rapport établi entre lea: 
paroles, l'harmonie et le nombre, résultera cet*, 
te décence , et par^ conséquent cette beauté' donc 
l'idée doh toujours ^tre présente, à nos. jeunet 
élèves. Nous exigerons que la peinture , Farchin 
tecture et tous les arts Tofficent à leurs yeux ^ 
afin que de toutes parts eûtourés et assaillit 
des images de la beauté ^ et vivant, au milieu 
de ces| images V comme, dans jun air pur et s€^ 
rein , ils s'en pénétrent Jusqu'au fond de Ta- 
me , et s'accoutument à les reproduire dans leurs 
actions et dans leurs moDurt. Nourris de cet 
semences divines,» ils s'ef&rouc4Mront au pie^ 
micT aspect du vicie , parce qu'ils n y recon- 
noitront pas l'empreinte auguste qu'ils ont dant 
le caur ;. ik tipssAilkront à la voix de la rai* 
son et de la vertu > parce qu'elles leur apparotv 
tront sous des iraiis connus et familiers. Ils^aiv 
meront la beauté avec 10149 les transpoi^ts , mais 
sans aucun des excès dô l'amour. . 

Les mêmes principes dirigeront cette par- 
tie de leurs éducation qui concerne les besoins 
et tes exercices .du corps^ Ici point de règle 
constante et unifprm!^^ dans le régime: des gfa$ 



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destinés.à vdvrtt dans un caœp^.et à suivre les.* 
opérations d'une campagne» doÎTcnt apptendrç 
à supporter la faîn^, U soif, le ftoid ,ilé dbaad > 
tstts les. besûins:v toute»' léi fatigues , toutet les-, 
saisons. Ui trouveftot dans une noarrittue fru* 
gale , les tcésors.den U;Sant44;^<st dans la cotir 
tinuité des ^xercicc^ .^ le ipoye^av d'augmenter 
Ijsur courage plutôf' que leurs fprces* Ceux qui. 
attfont repa* de. la nature un tempjérameBiî dé- 
licat, ne chercheront pas à le fortifier par les 
ii^ources de 1 art. Tels que ce mercenaire qui. 
n'a- pas. le .ioisk'd© réparer les rames d'un, 
aofps que le^ travail consuaiei^ ili rougiroijent 
4e prolàngei; ir force, de somif une :vîe mrour 
rante.et.inotile à l'état^ Oq^ attaquera les ma- 
ladies, accidentelles/ par de9^ remèdes prompts et:, 
simple») onT'necoYuioîtra.pa,s celles* qui vieu^ 
nent dQ'i^iniempéraBce^etid^sisli^tt'es excès; on 
«bandonneiçi.vaAi hasard: celtes dont on apporte, 
îj^ germe en n^is^ant;. Par làset trourera pros- 
crite cette ^médecine qui ne tait employer ses. 
efforts, que pott«: muUiplier nos ^souffrances ^ et 
noq^ faire* moiîirij: plcis lang- temps.. 

Je lie dirai/ rien ici d&.la. chsapsse» de la 
danse et des coaibs^s du^^vm^ase ;-jç ixç par- 
lerai -pî^ du. nspépt iariolabje -qa^ôn , awa pour 
U^s.pawns et les TiçilkMrds;, tion pius, qaed'.une 
i^lç: d'o^erVanoes. idpn't^ le -détail me mené- 
tokr: ttoçr toin ^- Je itéc^lis que des principes 
•gétiéraux; les* règlesL .particulières en découle-» 
sont d'^ties^ménies , et. s'appliqueront sans.eP 
ibrt aux cixçons tances* L'essentiel est que la 
aiusiqu^ et la.gyfnnasiitfue inftaent égalemeat 
suf ,r<4ttçaiàaÂ> et <i:»ie'l6a-«©rcices du coi^pt 



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soîent 4aus 4in jaste tempérjimpnt av€c ceu* 
dô Tesprir; car . par ^llc-mêm^ la «çniisiqoc^ainoU 
lit un cjiractèrç xm'çlJe .#ilo«^^]it ^ e$,Ja ^y.pnasr 
tiqMH ic ç^nd ,^ar ejt; ftcççe en lui .4ç)ivn^t 4^ 
la vigucun G'^tHônjQQmbiqam c^i dfuxafts t 
ks corrigeant Jam ;p%t. l'autre ^ qu'on viendra 
à bout , de teadre 0^,<jç..l«laçher;(f. ^^ns une 
çxaçte ptopoj;tîop , 1^> ressorti.' d»unc siodctrop 
fvH.bJe pM trop impétueuse , c'^sj ; p%r là que 
SOS guerriers y réCioissant la force et .le.couca* 
ge ir. la douç^ar et à Tâméniti^ {)grA|tront aax: 
yeux, de le^rs/. ennemie les plus iie^doutables des 
hom«|iÇ«.^ .et. left plu^. aiïixabiçs. ^UiÇ jpaj^ -^cf 
autres citojyîtisr:;. m^is fio^r pE!i>dui»re çei hftuj- 
teiVLX effet , on évitera 4a rien innover dans-la 
systft,m€^ de Tinstitation une fuis établie « Qa 
a dit. que tcmchftr a^x règles de .la .mîiyfiqua , 
c'étoit ébranler : les : loi X foudaftieiualf^ dugoil* 
vernement. J'iijQute.qa'op b'expose .aa.:meiPt • 
malheur en faisant des changeiiipns. daus, lef 
jeux « dairs la6..Bp«âCtaclef et dans }es^moin^ 
dres usages. C'est^ que chez , un peuple q^ 
fe cpudui; plutôt par. les nusurs Que; par leis 
i0iK , les. moindres. ijnnovatioQ^ «ont dangere\i«- 
^es ,, parce qçie „dès quon s'écarte, des us^^et 
sre^ji. .dans ,pu .sè^l point . on, . psî.rà . Tppiiiioa 
de leur sajjejtse» Jl . ^/est gU$sé un abu^j estie 
poia^n et daa^ Vé^pit- , : : ^;. 

Tout dai^ notre riépublique dépendra 4t 
TédacatioA des guetriers^ Tout dans cette édu- 
cation dépeadxadç. la.iiiévérité ,de:k[ discipline} 
ils regarderont la rnojpdre observance çpiamc 
un devoir, ^ et 1^: pliia petite fiégiîgenoa com^ 
jki^ na crime. £t qu'on oe l'étonue pa^ de la 



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a56 * VOYAtOB • 

^leùr'^iqàe' noos donnons à des prarîques'fit* 
Volés en apparence; qliand elles ne teiidroieDt 
pas directement au bien géûéràl , Tezisicmade 
i les remplir seroit d*un' prix infini , parce qo'el* 
le- cofltrarieroit et forçeroit le 'penchant. Nous 
voulons poasirer les amés'aa plus haut point 
de perfettiotf poxir «lles'^mémes « et d'utilité pour 
la patrie» Il faut que » sous la main des chefs, 
elles deviennent propres aux plo^ pentes cho- 
ses comme aux plus grandes'; il faut qu^eUea 
brisent sans -cessé leur volonté , et qu'à force 
de sacrifices ^lés parviennent' à ne penser , 
n'agir; ne téffitev que pour le bien et la ré* 
publique • Ceux . qui ne seront pas capablea 
de^êé renoncement k eux-mêmes , ne seront 
pa) admis dans la classe des guerriers^, mais 
relléguésr dans celle des artisati)^ et des labou- 
reurs ; car les états ne seront pas réglés par 
' ta ' naissance } ils le seront uniquement par les 
^alité^ àe l'aote. 

Avant que d'aller plus loin> forçons noa 
^vcsî^^' jeter lés yeux sur la* vie qu'ils doivent 
^merier* ufn jour, ils seront' moins étonnés d« 
la sévérité dé nos règles, et' se prépareront 
mieux / à la haute destinée qui le^ attend. 

Si les guerriers possédoiènt des terres et 
des maisons ; ^i l'or et l'argent souilloient une 
lois leurs mains, bientôt 1 ambition « la haine 
%t ^ùtès lés passions qu'entrattient tes riches- 
teii , ^e g}i^^roién^ dans «léUF coeur; ei ils ne 
setoient pkrs <}ué des hommes ordinaires. Dé- 
livrez-- les de tous ces petits soins qui les for- 
'Gcroéent à<. se courber vers la terre. Ils seront 
Hiourris>:ea<MCoinmun au dépens du public; la 



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BU JEUNIE ANAGHARSIS Aip 

patrie ^ à laqudle ils consacreront* tootel leur i^ 
penf^es et tous leurs désirs, se chargera de 
pourvoir à lents besoins qu'ils réduiront au> 
par nécessaire: et si Von nous ^objecte que 
par ces printions ils seront. moins heureux que 
les autres citoyens , -nous répondrons qu*un 
législateur doit se proposer k bonheur de ton-* 
te la. société, et non d'une . seule des > clas* 
ses qui b consposem. Quelque moye» qu'il 
emploie, s'il réussit, il aura, fait le bien par- 
ticulier, qui dépend toujours du bi^ généraL 
D^ailleuvs , \t n'établis p*as une ville qui regor- 
ge d^ délices : je veux qu'on y règle le travail 
de manière qu'il bannisse. la pauvreté ,'Sans 
introduire Topulence ; si nos guetrierjs. y dif- 
fèrent des autres citoyens , ce sera tp^C^ qu'a- 
rec plus d^ vejtus. iU ausont moins dç^. be-^ 
soins.» 

.Nous avons cherché à les dépauUlet do 
cet intérêt sordide qui produit, tant deorimcs. 
U faut. encore éteindre, ou plutôt perfci&tion-j 
ner dans leurcmar» ces affections que -la nai 
ture inspire y ttx i^ni unjr,en(re>eu&paritfs mo- 
yens mêmes q)û contrîbue|ità les diviser^l'en* 
tre dsAS une nouvelle ciurrièxeit )e^'i( npisrche 
qu'en tremblant j les idées que ^jPL'vAh^ piropor 
ser paroitront aussi: révokantes que cW#éri^ue% 
Mais après touyt )^ m'en méfie. moÎTinlM^; «t 
cette disposition d'esprit, si)e m'^re^d^ 
me faire absoudre d*9^vaAce d'une: eareur-jor 
volontaire* , .s : . , w ^ .^^f, , ..i 

Ce. sexe qae /louf boraqni ,| 4cs-er»plw 
obscur:S.^t dometstiques^^ 4is »si9rjiit?il> ps4 ^Hir 
94 à des.Çonc.tif)ns j^ui.-notos.et pji^s siçl^^e^ 
Tom. IV. Il 



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aSs vo y AOÊ 

N*a-t'il pts donné des exemples de courage ^ 
de sagesse» de progrès dans toiues les verras 
et dans tous les arts? Peut être que ses qua- 
lités se ressentent de.sa fbiblesse, et sont in* 
férieures aux nôtres. S'ensuit- il quelles doivent 
être inutiles à la patrie f Non; Ja nature ne 
dispense aucun talent pour le rendre stéfile;et 
le grand art du législateur eit de remettre en 
jeu toas .les ressorts ' qu'elle fournit « et que 
nous laissons en repos. Nos guerriers partage-» 
root avec leurs épouses ]e soin de pourvoir à 
la tranquillité de la ville , comme le chien fi- 
dèle partage avec sa compagne la garde du 
troupeau cot^iié à sa vigilance. Kes uns et les 
autres seront élevés dans le» mêmes principes 
dans les mêmes lieux et soùs les mêmes mahres. 
Il recevront ensemble» avec les élément des 
sciences , les leçons de la sages»se; et dans le 
gymnase , les jeunes filles dépouillées de leurs ha* 
bitsi ^t parées de leurs vertus , comme du plus 
honorable des vètemens, disputeront le prix des 
exercices aux jeunes garçons » leurs émules. 

'Nous avons trop de décence et de cor* 
ruption po^ir n'itrepas blessés d'un régiraient, 
qu'une k)âgaè habitude et des mœurs ^M pa-« 
tes Yen^rdient moins dangereux. Cependant 
les^lmagi^rats seront ndhargés d'en prévenir les 
fcbusT'^ans des fêtes instituées pour former des 
unions légitimes et saintes, ils jetteront dans 
'ttne^urne les noms de ceux qui devront don- 
ner des gardiens à la république • Ce seront les 
Éûerrier^ deputi^l'Sge de 30 ans jusqu'à ' celui 
de- 5 5 et les guafrieves depuis l'âge de 20 jusqu'à 
celui ^ 40 aniB. pft r^ler^ le nombre des con* 



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DU JEUÏÏB ANACHAR8I8 i59 

tûtrétii sur les perces qu'elle aura faner;* c» 
nous devons éviter avec le même soiaH'éxi^s 
et le défaut de population. Le hasard , enapU 
parence » assortira les époux ; mais lea^ magi^- 
stra4$^> t>ar des pratiques adroites ^ en corri- 
geront si bien les caprices , qa*iU choisiroq^ 
toujours - les sujets de Tun et l'aucae se<- 
xe les plus propres à conserver dan^ sa; pure- 
té la race de nos gnierriers. En même tempa, 
les prêtres et les prêtresses répandront le sang 
des- victimes sur TauteU les airs retentiront du 
chant des é^ithalames , et le peuple, téeKoin 
et garant, des nœuds formés par le sort , de- 
mandera au ciel des enfans encore plus ver- 
tueux que leurs pères,, 

Ceux qui naîtront de ces mariages « ae^ 
font aussitôt enlevés à leurs pères, et déposa 
dans un endroit où leurs lAères^ians lesreconnoî- 
tre t iront distribuer «tantôt a Tun tantôt à L'ao^ 
tre, ce lait q^u'elles ne pourront plus réserver 
exclusivement pour les fruits de leur amour^ 

Dans ce berceau des guerriers ne parot* 
tront pas les enfiins qui •aaroient apporté en 
naissant quelque difformité^ iU seront écartés 
au loin , et cachés dans f|uel<]pie tetraite ofa^ 
scure ; on n'y admettrai pit non ploa les en-. 
fans dont la naissance n'aucoit pas; été précé;^ 
dée par les cétémonies augustes dont je viens 
de parler % nîceux que leurs parenaammeitf mia 
un jour par nne union prématurée oaaardtve^ 

Dès que les deilx époux auront.^siftiafait 
nux voîux de la patrie , ils ïe. sépareront , et 
testei^)nt libres, jusqu'à ce que les magistrats, 
ks appellent à un nouveau concours,, et qu^ 



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Je fort, leixt â^igâe d-niitref liens é Cette Hfmr 

ttnuité .d'hymens et de divorces fera que U$ 

iwimes pourrpnt apj^arténir successiyemeat à 

plaaieiirr guerriers. ^ 

Mail quand les uns et les autres auront 
^ssé l'âge prescrit par la loi aux engagfmens 
qn'elle avoue» il leur sera,i permis d'en contra- 
ctex d*aatres, pourvu toutefois que d'^n; côté 
.ils ne fassent parpttre aueuh fruit d^ )f i^. ^ 
iifon»:et que d'un autre côté , ils évitent dfi 
jt-'uniraux fiersQnnes. qui lear ont donné ou qui 
Jeiur jdoiyent la naissance* 

Afots comme ils ne pourroient pas les rer 
eonnoîtré, il leur.: suffira de compter p^rmi 
leurs' fils et leurs filles tous les enfans nés 
dans Je même temps» quQ'Ce.i)x dont. ils seront 
véritablement las auteurs ;:;<et cette illusion -sçris 
le principe d'un accord ijuçonnu aax,autr^6- 
eats. .En eflFet, chaque; guerrier se croira, uni 
par; Jes : liens du sa^g avec *tous ses semblables; 
6t par Ià;Se multiplierQUt tdlement entre ^.^x 
les rapports de parent^* qu'on entendra reten* 
tir par-^tout las nooss tendres et saçré^jderpère 
«t^de.màre^ de. fils, et dé 611e, de frèriC.ejt; d^ 
^œar* tLes.^njtimens de la-fiature, au-4iei^ de 
se concentrer en dç^ objets particuliers , se ré- 
5)aBd?ont:en abondance siK;. cette grande famtl* 
le j : qu'ils . animeront d'un mâme esprit : les 
coeurs, rempliront aisément des devoirs qu'ils 
se feront, eaxr mêmes ; etr renpnpaut à tout avan- 
tage persomnel,, iU\^e transmettront leurs pei- 
nes, quHIs atfoiblirQnt « et leurs plaisirs, qu'Us 
ai^gmenteront en.les partageant. Tout germe 
de uliivïsioA sera étouflTé par l'autorité des çbefin 



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DU JEUNE ^NAClTAflSISL «6t 

et Icrate ▼iolencc enchatâ^e par h cnioM à^om 
trager la nature* 

Cette tendresse préciease, qui les rapprcH 
chera pendant la paix « se réveillera avec plut 
de force ppndant la guerre. Qu'en place '»ag 
un champ de battaille un oorps de guerrière 
jeunes ^-pleins de courage, exercés depuis Jcur 
enfance aux combats % parvenus enfin au pcdot 
de déployer les yertus- qu'ils ont acquises .« fi 
persuadés qu'âne lâcheté va les avilir, uo^bel* 
le action* les élever au comble de l'honneur» 
et le txépaS' leur mériter 4^fi autels; qM dan» 
«e moment la voix puissante de la patrie frap^ 
pe leurs oreilles, et les appelle à sa défense r 
qu'à cette voix se joignent les cris plaintifs de 
l'amnié, qui leur montre devan^enrakig tous 
leurs amis en danger; enfin, pour imprimer 
dans leur ame les émotions les plus fortes» 
qu'on jette au milieu d'eux leurs épouses efe 
leurs enfans ; leurs épouses , qui viennent coin*; 
battre auprès d'eux, et les soutenir de leup 
voix et de leurs regards ; leurs enfans, à qui 
ils doivent des leçons de valeur, et qui vont 
peut-être périr par le fer barbare de Tennemi^^ 
croira- 1 on que cette masse embrasée par ces' 
puissans intérêts comme par une fiamme dévo*>* 
rante, hésite u{i instant à ramasser ses ibrces. 
«t ses fureurs , à tomber comme la foudre sur- 
les troupes ennemies, et à les écraser par soti 
poids irrésistible ? 

Tels seront les grands effets de l'union i- 
tablie entre nos guerriers, il en est un qu'ils 
devront uniquement à leur vertu , ce sera de 
«'arrêter tt de redsvexiir doux , sc-nsibks > kti^-^ 



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ii6% .VOYAGE 

manftr-^^M^^ I^ victdiite;' dans Tivresse mêtne 
du succès , ils ne songeront ni à charger de 
fers un ennemi vaincu , ni à outrager les snons 
fur le* champ delmuilk, ni à suspendre ses 
armes dans les temples* des dieux, peu jaloux 
d'une pareille offrande, ni à porter le ravage 
dans les campagnes » ou le feu dans les mai- 
tons. Ces cruautés qu'ils se permettroient à pei* 
ne contre les barbares , ne doiyent point s*exer- 
eer dans la Grèce, dans cette république de 
nattons amies , dont les divisions ne devroient 
jamais présenter Timage de la guerre » mais plu- 
tôt celle des trubles passagers qui agitent quel- 
qufots les citoyens d'une même ville. 

Nous croyons avoir pourvu suffisamment 
an bonheur de nés guerriers ; nous les avons 
enrichis à force de privations. Sans rien pos- 
séder» ils jouiront de tout; il n'y en aura au- 
cun parmi eux qui ne puisse dire: tout m'ap* 
partient; et oui ne doive ajouter, dit Aristô- 
te, qui jusqu alors avoit gardé le silence: rien 
ne m'appartient en effet. O Platon i ce ne sont 
pas ie< biens que nous partageons qui nous 
touchent le plus \ ce sont ceux qui nous sont 
persoxuiels. Dès que vos guerriers n'auront au- 
cune sorte de propriété , n'en attendez qu'un 
intérêt sans chaleur comme sans objet; leur 
tehdresse ne pouvant se fixer sur cette foule 
d'enfans dont ils seront entourés , tombera dans 
la langueur, et ils se reposeront les uns sur 
IdB autres du soin de leur donner des exem- 
ples et des leçons, comme on voit les escla- 
ves d'une maison négliger des devoirs qui leur 
sont coitimuns à tous. 



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DU JEUNE ANACHARSIS a«3 

Platon répondit: nous avons mis dans les 
cœurs de nos guerriers deux principes , qui , de 
toncert, doivent sans cesse ranimer leur tèle: 
le sentiment et la verttu Non seulement ils exer- 
ceront le premier d'une manière générale, eh 
se regardant tous comme les citoyens d*une 
même patrie , mais ils s*en pénétreront encore 
davantage , en se regardant comme les enfans 
d'une même famille, ils le seront en eiTet, et 
Tobscurité de leur naissance n'obscurcira point 
les titres de leur affinité. Si l'illusion n'a pas 
ici autant de force «que la réalité, elle aura 
plus d'étendue , et la république y gagnera ; 
car il leur impone fort peu qu'entre certains 
particuliers , les affections soient portées à Tes* 
ces , pourvu qu'elles passent dans toutes les 
âmes, et qu'elles suffisent pour les lier d'une 
chaine commune. Mais si , par hasard , elles é* 
toient trop foibles pour rendre nos guerriers 
appliqués et vigilansy n'avons-nous pas un 
autre mobile^ cette vertu sublime qui les pot*- 
tera sans cesse à faire au-delà de leurs de- 
voirs ? 

Aristote alloit répliquer; mais nous l'ar- 
rêtâmes , et il se contenta de demander à Pla- 
ton s'il étoit persuadé que sa république pût 
exister? ^ 

Platon reprit avec douceur : rappeliez- vous 
l'objet de mes recherches. Je veux'prouver que 
le bonheur est inséparable de la justice; et 
dans cette vue , j'examine quel seiroit le meiU 
leur des gouvernemens , pour montrer ensuite 
qu'il séroit le plus heureux. Si un peintre of- 
froit.à nos yeux une figure dont la beauté 



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«urpafsît toutes nos idées ^ ki ob)ecte)rÀit-Oii 
-que Ja patur/e nVn produit pas de semblaUee? 
Jo TOUS offre de même le tableau de la plus 
.parfake àe% républiques; je le. propose comme 
un modèle dont les autres gouvernemens doi- 
irem phs ou moins approcha, pour être plus 
ou oioim heureux. Je vais plus loin, et )*a^)oute 
que mon projet * tout chimérique qu il paroît 
, étre^ ^pourroity en quelque manière; se réali- 
ser, non seulement parmi nous, ma^ encore 
par-tout ailleurs , si Ton avoir soin a y faire 
an changement dans l'administration des afiâi- 
res. .Quel seroit ce changement ? que les phi- 
losophes montassent sur le trône, ou que les 
souverains devinssent philosophes. 

Cette idée révoltera sans doute ceux qui 
ne connoisseat pas la vraie philosophie : les: 
autres verront que sans elle il n*est plus- de 
remède au^ maux qui affligent l'humanité. 

Me voilà parvenu à la troisième et à la 
plus importante classe de nos citoyens : je vais 
parler de Jios magistrats , de ce petit nombre 
d'hommes choisis parmi des hommes vertueux», 
de ces chefs en un mot, qui ^ tirés de Tordre 
des guerriers, seront autant* au-dessus d^eux 
par Texcelknce dp leur mérite, que les guer* 
riers seront au-dessus des artisans et des la- 
boulreurs. 

QaeJIe précaution ne faudta-t-il pas dans 
notre république pour choisir des hommes si 
rares! quelle étude pour les connoître! quelle 
attention pour les former ! Entrons dans ce 
sanctuarie où Ton élève le^ enfans des guer- 
riers, et où les enfans des autres citoyens peu- 



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BU JEtTNE ANACIÎAR9IS. ai» 

vent' mériter d*ètr« tadmis. AttXchôhs-hoùs :à' 
ceux qui, réunissant les avama^s de la figuto 
aux grâces natureil/es , se distiii(|'ueK)litdë^ leurs 
srmblabtes dans les exercices ' chr e'oïjjs ^t âe 
Tesprit. Examiikons si le désir de savoir , si 
l'amoar du bien étincellent de bonne heure dans' 
leurs reganls et xlans leurs discours ; si , à me- 
sure que leurs' lumières se développent, ils se 
pénètrent d'un plus vif intérêt j^ur leurs de- 
voirs , e( si , à pmportion de lélii' âge ril» fciîsr 
sent de plus en plus échapper les traita d'un' 
heureux caractère. Tendons des pî^e4 à léui*' 
raison naisf^jame. $i les principes ^qu'il à reçus' 
ne peiivent £tre altérés, ni par lé temps ni par 
des principes ccmtraireïi > attaquôns-les . par. 
la crainte de la douleur , par* l'attrait du 
plaisir , par toutes' les espèces àt vioîence et 
de séduction. Plaçons ensuite ces jfeiinesf élè- 
ves en présence de 4'enfl«ni , non pour 
qu'ils s'engagent dans la mêlée > mais pour 
être spectateurs d^un combat; et' ifemarquons 
bien l'impression que les travaux et les dangers 
ferons sur leurs organes. Après les^ avoir vus 
sortir de ces épreuves aussi purs que l'or qui' 
a passé par le creuset , après nous être assurés' 
qu'ils ont naturellement de l'éloignement po\xT 
les plaisirs des sens , de l'horreur pour le men- 
songe, qu'ils joignent la justesse de l'esprit à 
la noblesse des sentimens » et la vivacité, de ' 
l'imaginadoi^ à la solidité du caractère , soyons 
plus attentifs que jamair à épier teuT conduite», 
et à suivre les progrès de leur éducation. 

Nous avons parlé plus haut des principes 
qui doivent régler leurs mœurs ; il est question 



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àia VOYAGE 

)t prtf&ent des sciences qui peuvent étendre leurs 
luihières. Telles seront d'abord rarithmétiqae, 
la géométrie, toutes deux propres à aagmen* 
ter les forces et la sagacité de Tesprit» toutes 
deux utiles au guerrier » pour le diriger dans 
ses opérations militaires, et absolument néces-* 
saires au philosophe , pour Taccoutumer à fixer 
ses idées» et à s*élever jusqu'à la vérité. L'as- 
tronomie, la musique, toutes les sciences quî 
produiront le même eflfet y entreront dans le 
plan de notre institution. Mais il faudra que 
nos élèves s^ïppliquent à c9^ études sans effort, 
sans oontriai^te « et en se. jouant; qu'ils les 
suspendent; à Tâge de 18 ans , pour ne s'occu- 
per pendant deux ou trois .ans « que des exer- 
cices du gytnnase , et qu'ils les reprennent en- 
suite, pour mieux saisir les rapports qu'elles 
ont entre elles. Ceux qui continueronf à justi- 
fier les espérances qu'ils nous avoient données 
dans ieur enfance , obtiendront des distinctions 
honorables ; et dès qu'ils seront parvenus à l'â- 
ge de 9 ansj nous les initierons à la science 
de la méditation, à cette dialectique sublime 
quî doit être le terme de leurs premières étu- 
des , et dont Tobjét est de connottre moins 
l'existence que Tessence des choses*. 

Ne nouf en prenons qu'à nous-mêmes, si 
cet objet n'a pas été rempli jusqu'à présent : 
nos jeunes gens s'occupant trop tdt de la dia- 



^ t)u temps de Platon , sous le nom de diale- 
ctique^ on comprenoit à la fois la logique ^ la théo* 
lonfie naturelle et 'la métaphjrsique. 



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DU JEUNE ANâCHARSIS iCy 

tectiqiie, et âe pourant remonter ausi princU 
pies des vérités qu'elle enseigne, se font uiî 
amusement de ses. ressources, et se livrent des 
combats , où y tantôt vainqueurs et tantôt vain> 
tus , ils parviennent i n'acquérir que des dou^ 
tes et des erreurs» De là ^es défauts qu'ils con* 
tervent toute leur vie , ce goût pour la con- 
tradiction , cette indiÂTérence pour des vérités 
qu'ils n'ont pas sa idéfendrè> cette prédilection 
pour des sophismes qui leur ont valu la vi« 
ctoire. 

Des succès si frivoles et û jdangereux ne 
tenteront pas les élèves que nous achevons de 
former : des lumières toujours plus vives seront 
le fruit de leurs entretiens, ainsi que de leur 
application. Dégagés des sens , ensevelis dans 
la méditation, ils se rempliront. peu àr peu de 
ridée du bien , de ce bien après lequel nous 
soupirons avec tant d^afdeur ^ et dont nous 
nous formons des images si confuses , de ce 
bien saprériie, qui» source de toute vérité et 
de toute justice, doit animer le ' souverain ma- 
gistrat , et le rendre -inébranlable dans Tezer* 
cice de ses devoirs. Mais où réside-t-il ? Où doit- 
on le chercher ? Eit-ce dans ces plaisir qui noas 
enivrent, dans ces'connoissances qui nous enor* 
gueillissent , dans cette décoration brillante qui 
nous éblouit? Non; car tout ce qui est chan- 
geant et mobile ne sauroit tare le vrai bien* 
Quittons la terre et les ombres qui la couvrent ; 
élevons nos esprits vers le séjour de la lumiè- 
re , et annonçons aux mortels les vérités qu'ils 
ignorent. • 

Il eiâste deuic mondes, Tun visible et Tau- 



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•fil VOYAGE ' 

Ire idéal. Le premier formé^^ur le modèle d# 
Tautre; eu celui que noiis habitons. C'est là 
qae tout étant sujet à la génération et à U 
corruption, tout change et s'écoule sans ccst 
te ; c'est; H: qu'on. ne voit que des imi^s et 
des portipns: fugitiv!et de Feue. Le second ren^ 
ferme les ei^encçs et les exemplaires de tout 
les objets' tisiblps , et ces essences sont de vé» 
ritableis êtres, puisqu'elles 'sont . immutables • 
Deux rois, dont l'un est Je ^ministre et rescla-* 
Te de l'autre, répandent leurs clartés dans ces 
deux mondes. Du: haut des airs , le ^soleH fait 
édore et perpétue If si objets xju'^ tend visibles 
à nos yeux. Du lieu le plus élevé du monde 
intellectuel y le bien suprême produit et con-;' 
serve les .essences qu'il rend intelligibles à nok 
âmes.* Le- soleil nous éclaire par sa lumière , le 
bien suprême par sa vérité: et comme nos 
yeux ont une jperception distincte , lorsqu'il» 
te fixent sur des corps où tombe la lumière du 
jour , de même notre ame acquiert une rraie 
science, lorsqu'elle considère des êtres où b 
▼érité se réfléchit. 

Mais . voulez-vous connoître^ combien le» 
jours qui éclairent ces deux empires diffèrent 
en éclat et en beauté ? Imaginez un antre pro<^ 
fond 9 où des hommes sont « depuis leur enfan« 
ce, tellement assujettis par des chaînes pesan- 
tes » qu'ils ne peuvent ni changer de lieu , ni 
voir d'autres objets que ceux qu'ils ont en fa- 
ce: derrière , eux , à une certaine dismnce» est 
placé sur une hauteur un feu dont la lueur se 
répand dans la caverne ; entre ce feu et les 
cai>tifs est un mur , . le long duquel des per* 



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^ffonnes vont et viennent, }$%^n§$ f& silence^; 
Jes autres s'eniri^tQnant ensemble y tenant de 
leofs maios et éljevant ande&ius du mot des fi- 
gares jj^'hommest ou d'animaux ^ des meubles de 
jloate espèce t doi^t les pmbresr irp^tnliC retra- 
,.cer ^ar , le çèté> de.o la caverne^exiK^é at^x tp^ 
^Ms def. ciipiÀir««.Fi:app<s de ces images passji^ 
gères ,;. iû Jes pi^e^droot pour, des étires réel9» 
et leur attribueront 4e mouyement i )a vie» et 
1^ parole» Choiaisspns. à présent on de ^ces ca*^ 
ptifs; et po^. dissiper son illusion , brison ses 
fers\ obligtjQiis le ^e se l^rcr, et de. tourne? 
Ja tête: 4tonné. deS; nouyeau;c obiets. qui s'of- 
friront à lui, il. doutera de leur réalité; ébloui 
et blessé :d^ TéicW du feuy il en détournera 
«es regardjs pour f^^? porjter.sur Jes vains fan- 
itômes qui l'occupaient auparavant*. Faisons-lui 
suUir une npuvelle^épreuvej ai'rachpns-le de sa 
cayernc malgré ses cris, ses efTprts et les dif- 
lieultés d-un.e ma;rche pénible. Parvenu sur la 
«erre, il se. trouvera to.ut-à-coup accablé de la 
$ple»deur da jo\u> et ce nesçra qufàprès bien 
4de$ essais. Qu'il pourra discerner les om)>res , 
les corps , les. astres de Ist nuit, fixer le soleil, 
,et le. regarder comme l'auteur des. saisons, ec 
1$ principe fécond de tout ç^ q\ii tombe sous 
©os sens. 

Quelle idée a»ra-t-il alo^s des éloges qa*on 
donne dans 1<5 souterircin à ceux qui les pite- 
iniers saisissent ft reconnoissont ks ombres à 
Jc^ur passage? Que ,pensera-t-il des prétemionf 
.des haines., dôi. jalGMi^ies que ces découvertes 
excitent parmi, ce pwple ,de malheureux ? Un 
fentiment de pitié l'obligera sans doute de va* 



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ft7o VOYAGE 

« kr à leur secours , pourles détromper de tetlr 
fliusse sigene , vbt de leur puériî savoir; mais 
comme en passant toat-à*c6ttp d-use si grande 
^'lamière l' une si grande obscurité il ne pour- 
ra- d*ab6râ rlèn discerner , ils Véleveronc con- 
tre ]ui; et lie" cessant de- lui reprocher son 
"-aveuglement 9* ils le citeront coîumé' un exemple 
teflTpàyaht dei dangers que *fon court à passer 
dans la région supérieure.* ^ 

Voilà précisément le- -tableau -de notre fu- 
rtcste Condition: le- genre; humain est.enseve- 
'li dans-uné'car^rlie immense ; chargé de fers, 
et ne pourâiît s'occuper que d'ombres vaînes 
et artincielles;' c'est là que lés plaisirs n*ont 
qu'un retour amer Jes biens qu'un éclat trom- 
: peur,' le* Vertus qu'un fondeittefnt fragile, les 
' corps mêmes qtftine existence illusoire ; il faut 
i sortir de ce lieu de ténèbres \ il laùt briser sts 
■chaîne^ , s^élever par des efforts redoublés 
' jusqu'laU. ftïonde' intellectuel, s'approcher peu 
à peu de là sûi^réme intelligence , et en con- 
^ templcr la Éâtiirô divine dans: le silence des 
sens et èés passions • Alors. oh vjerra que de 
?son trèiie découlent, dans 'Tordre ' moral, la 
- justice i la science et la • vérké ; -dans l'ordre 
^physiqàfè; k Jutoière du soleil^ le^ "productions 
dé la terre , et lexistence de toutes choses • 
/Noo.cuné amè qui.; pirrvehue i' eette gran- 
die éUfvatipn, a une fois éprouvé les ém6- 
i tidns / les- élan<emens , les transports qu'exci- 
2 te la vue dd* bien suprême, né 4aignera pas 
£ revenir partager nos travaui^ e€ nos honneurs; 
i 6ù si elle^ descend parmi noUâr; et qu'avant 



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i>U JE17NE ANACHARSI& ^7) 

émette (amilkiriséé ivec nos t<Aèb^tr; elle toit 
forcée de s'expliquer sar la justict devant des 
hommes^ qui n'en connoissenc que U fantôme» 
ses principes nouvea'ut parottront si bizarres , 
si dangereux, qu'on fiaira par r4re^4e.«a 'folie, 
ou pat la pumr de sa témérifé; 

Tels sont néanmoms les sages qui- doivent 
être à la tête de notre répubU^ae, et que là 
dialectique doit former* Pendant cinq aiis ttnr 
tiers consacrés à cette étude, ilis> méditèrent 
sur la nature du vrai, du juste, 4e l:*honnéte« 
Peu contens des notions vagues let incertaines 
qu'on en donne. maintenant, ils en récfaetcbe- 
ront la vraie origine ; ils liront leurs '^devoirs , 
non dans les préceptes des hommes > mais datis 
les instructions qu ils recevront directement du 
premier dés êtres. C'est dans les entretiens far 
sniliers qu'ils auront, pour ainsi direct avec lui^ 
qu'ils puiseront des lumières infaillibles pour 
discerner la vérité « une fermeté inébianlable 
dans l'exercice <lé la justice,^ xette. obstini^ 
tien à &ire le bien, dont rien ne peut triûni<* 
pher , et qui , à ta fin, triomphe de tout. 

Mais pendant qu^étroite1nent unis avec Ir 
bien suprême, et ^jue vivant d'une vie vérj* 
table » ils oiA>lieront toute la nature , la répu- 
blique qui' a des droits 'sur leurs vertus, les 
f appellera / po\xt leur confier des emplois mili- 
taires et d'autres fonctions convenaÛes à leur 
âge. Elle les éprouvera dé nouveau, jusqu'à ce 
qu'ils soient parvenus à leur cinquantième an- 
née; alors revêtus, malgré eux ,. de l'autorité 
^uveraine ^ ils se rapprocheront avec tbuic nour 



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#7f .^Jr. Bf O Y AO« T 

5fcUe ..ferycia? ,. de l'Etre saprème ,:iifin qa'îî lo» 
dirige j4<ms kfi^jQOiiduîte.*Aia3i tenant au cif l: 
par 1* phiJosophie, et à.Ja:; terre par leurs, em- 
plois ^.ûi :écla«r4rpt>t h$ citoyens,, et *les ren- 
.dro9t Jievwt» Après Jear moft| Us revivront 
en des successt^^ formés par «l^ars «leçons et 
leufi ex^Q^le^^j^Ja^ paûte reconiH>issantt leur 
iélevQra def diîppibeaux ♦ et Jes inv^oquera comr 
m9 dCi génie» :t«iftelaires. :: :^ 

. 1 . L^ ;phyi9so,phes qiie.nous placerons à la 
tète .de:: notre .Déji\i()ltque,. ne seront donc point 
«ces; dédmatetirs. loif ifs » ces . sophistes méprisés 
de^la xnultitiftde t[u-il$ sont :înca/^Ies de con- 
daire . Xe. seront des âmes -fortes ^ gtandes, 
uniquement jQCCupées du bien de l'état , éclai- 
rées sur .tous to:t)Qints de F administration par 
irne longue expérience et ^par.lsu plus sublime 
des théorie», devenues pat leurs vertus et leurs 
lumièrea^ les images et ieis înterpréites^ des dieux 
'4UrJa terré. Comme notre république seratrès- 
-peu étendue^ ils pourront d^un coup-d'œil en 
embrasser toutes les partiea*: Lear autorité?^ si 
respectable par .;dle-mâme , stfra soutenue au be- 
^soint par xe ?corps de guerriers, iny incibles et 
pacifiques , i|ttt n'aaront dla^lrç lambition que 
de dâf^ndré les loix et la. pMiiâe,. Le peuple 
3ttouvera 40Bi bonheur dans^ la>îoiuissàacè d'une 
fortune médiocre ^ mais, afisujrée ; les guerriers » 
•dans 1 effiranchissement des :sQtns domestiques , 
et dans/ les éloges que Jes .hommes ! donneront 
à leui^.auccè9;^Ies thefs» idans^ le* plaisir de 
âfaire^ 1^ bîenr , et- d'aiVpir l>£tre SQprftme. pour 



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DU JEUNE ANACHAR8IS âyi 

A ces motifs Platon en ajouta un 'autre 
plus puissant encore: le tableau des biens et 
des maux réservés dans une autre yie au y)ic 
et à la vertu. Il s'étendit sar l'immortalité et 
sur les diverses transmigrations de l'ame; il 
parcourut ensuite les défauts essentiels des gou-* 
vernemens établis parmi les hommes , tt finit 
par observer qu'il n avoit rien prescrit sur le 
culte des dieux » parce que c'étoit à l'oracle de 
Delphes qu'il appartenoit de le régler. 

Quand il eût achevé de parler, ses diséi- 
plts , entraînés par son éloquence , se livroient 
à leur admiration. Mais d'autres auditeurs plus 
tranquilles prétendoient qu'il vcnoit d'élever un 
édifice plus imposant que solide , et que son sy* 
stême ne devoit être regardé que comme le dé- 
lire d'une imagination exaltée et d'une ame ver- 
tueuse. D'autres le jugeoient avec encore plus de 
sévérité : Platon» disoient-ils , n'est pas l'auteur 
de ce projet ; il l'a paisé dans les loix de Ly- 
curgue et dans les écrits de Protagoras , oh 
il se trouve presque en entier . Pendant qu il 
étoit en Sicile» il voulut le réaliser dans un 
coin de cette île: le jeune Denys « roi de Sy- 
racuse , qui lui en avoit d'abord accordé la 
permission , la lui refusa ensuite ^ U semble ne 
le proposer maintenant qu'avec des resiriciions, 
et comme une simple hypothèse^ mais en dé* 
clarant plus d'une fois , dans son discours, que 
l'exécution en est possible* il a dévoiU ses sen» 
timens secrets. 

Autrefois^ ajoatoi^on« ceux qui cherchoieat 
à corriger la forme, du gouvernement;, étoieatL 



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974 VOYAOE 

éet sages qui , éclairés par leur propre ex>- 
périeiice ou par celle des autres, savoient 
que les maux d'un état s'aigrissent au lieu de 
se guérir par des remèdes trop violens : ce sont 
aujourd'hui des philosophes qui ont plus d*es« 
prit que de lumières , et qui youdroient for- 
mer des gouvernemens sans défauts, et dès 
hommes sans foiblesses. Hippodamus de Milet, 
fut le premier qui sans avoir eu part à Tad- 
ministration des affaires , conçut un nouveau 
plan de république • Protagoras et d'autres au- 
teurs ont suivi son exemple , qui le >era enco- 
re dans la suite s car rien n'est si facile que 
d'imaginer des systèmes pour procurer le bon- 
heur d'un peuple , comme rien n'est si diffi- 
cile de les exécuter. Eh! qui le sait mieux que 
Platon , lui qui n'a pas osé donner ses pro- 
jets de réforme à des peuples qui les desi- 
roient , ou qui les a communiqués à d'autres 
qui n'ont pu en faire usage? 11 les refusa aux 
habitans de Mégaiopolis , sous prétexfê qu'ils 
ne Youloient pas admettre l'égalité parfaite des 
biens et des honneurs ; il les refusa aux habi- 
tans de Cyrène , par la raison qu'ils étoient 
trop opulens pour obéir à ses loix ; mais si les 
uns et les autres avoient été aussi vertueux , 
aussi détachés des biens et des distinctions 
qu'il l'exigeoit , ils n'auroient pas eu besoin 
de ses lumières. Aussi ces prétextes ne l'em- 
péchèrent-ils pas de dire son avis à ceux ds Sy- 
racuse , qui , après la mort de Dion , l'a voient 
consulté sur la forme de gouvernement qu'ils 
dévoient établir dans leur ville • U est vrai 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. ^7$ 

que son plan ne fat pas «suivie qttoiqa*il fat 
.d*uQe plus facile exécution que celai de sa ré- 
jiublique . , 

C'est ainsi que, soit à juste titre, soit 
par jalousie , s'exprimoient sur les projets po- 
litiques de ce philosophe, plusieurs de ceux 
qui venoient de l'entendre. 



Fin du Chapitre ànquante-quatrièm^ . 



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^j6 VOYAGÉ 

CHAPITRE LV. 
X>u Commerce des Athéniens* 



JLi e pon du Pirée , est. très-fréqucnté * non 
seulement par les vaisseaux Grecs > mais enco- 
re par ceux des nations que les Grecs i^ppelr 
lent barbares. La république en attireroit un 
plus grand nombre, si tlle profitoit mieux de 
l'heureuse situation du pays, de la bonté d$ 
ses ports, de sa supériorité dans la marine, 
des mines d'argent , et def autres avantages 
qu'elle possède y et si elle récompensoit par 
des honneurs les négocians dont l'industrie et 
l'activité augmenteroi^nt la richesse nationale. 
Mais quand les Athéniens sentirent la nécessi- 
té de la marine 9 trop remplis de l'esprit de 
conquête, ils n'aspirèrent à l'empire de la mer, 
que pour usurper celui du continent; et de* 
puis , leur commerce s'est borné à tirer des 
autres pays les denrées et les productions aé« 
cessaires à leur subsistance. 

Dans toute la Grèce, les *Ioix ont mis des 
entraves au commerce; celles de Carthage en 
ètit mis quelquefois à la propriété des colons: 
après s'être emparée d'une partie de la Sardai- 
gne-; et l'avoir peuplée de nouveaux habitans , 
Carthageleur défendit d'ensemencer leurs terres, 
et leucordonna déchanter les fruits de leur in- 
dustrie contre les denrées trop aboi;idantes de 
la métropole. Les colonies Grecques ne se trou* 
vent paç dans la même dépendance » et sont 



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ou JEUIVE ANÂCHARSIS 1177 

«n général plus en ^tat de fournir des vivtet 
à leurs métropoles que d*en recevoir. 

Platon compare Tor et la vertu à deux 

Foids qu'on met dans une balance, et dont 
un ne peut monter sai^s que. l'autre baisse. 
Suivant cette idée, une ville dcvroit ^tre si* 
tuée loin de la mer, et ne recueillif ni trop 
fii trop peu de denrées. Outre qu'elle conserve* 
roit ses maurs, il lui faudroit moitié moins 
de loix qu'il n'en faut aux autres états ; car 
plus le commerce est florissant, plus on doit 
les multiplier. Les Athéniens en ont un assee 
grand nombre relatives aux armateurs, aux 
marchands, aux douanes , aux intérêts usurai- 
res , et aux différentes espèces de conventiouf 
qui se renouvellent sans cesse , soit au Pirée , 
soit chez les banquiers. 

Dans plusieurs de ces loix, on s'est .pro- 
posé d'écarter, autant qu'il est possible, les 
procès et les obstacles qui troublent les opéra^ 
lions du commerce. Elles infligent une amende 
de 1000 drachmes *, et quelquefois la peine 
de la prison à celui, qui dénonce un négociant, 
sans être en état de prouver le délit dont il 
Taccuse. Les vai^r^ 4ux marchands ne tenant la 
mer que depi>^e mois de tounychion jusqu'au 
mois de>^' .romion **, les causes qui regar- 

♦ 900 livres. 

♦♦ Dans le cycle de M^ton , le mois mwiy 
chîon commençoit au pins tôt le a8 mars de Tan* 
née Julienne; et le mois boedromion , le stS août. 
Ahisi les Taîsseaux tenoient la mer depuis le com* 
'men^Sipent d'avril jusqurVt la fia de^ septembre» 



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a^ V o Y A C E 

dent le commerce , ne peuvent être jugées que 
pendant les six mois écoulés depuis le retour 
des vaisseaux jusqu*à leur nouveau départ • A 
des dispositions si sages, Xénophon proposoit 
d'ajouter des récompenses pour les juges qui 
termineroient au plutôt les contestations por* 
tées à leur tribunal. 

Cette jurisdiction 9 qui ne connoit que de 
ees sortes d'affaires , veille avec beaucoup de 
soin sur la conduite des négocians. Le commer^ 
ce se soutenant mieux par ceux qui prêtent » 
que par ceux qui empruntent , je vis punir de 
mort un citoyen , fîls d'un Athénien qui avoie 
commandé les armées , parce que , ayant em- 
prunté de grandes sommes sur là place , il 
n'avoit pas fourni des hypothèques suffisantes. 

Comme TAttique produit peu de blé, il 
est défendu d'en laisser sortir; et ceux qui en 
vont chercher au loin, ne peuvent, sans s^ex- 
poser à des> peines rigoureuses , les verser dans 
aucune autre ville. On en tire de l'Egypte et 
de la Sicile , en beaucoup plus grande quan- 
tité de Panticapée et de Thêodosie, villes de 
la Chersonèse Taurique, parce que le souve- 
rain de ce pays , maître du Bosphore Cimmé- 
rien , exempte les vaisseaux Athéniens du droit 
de trentième qu'il prélève sur l'exportation de 
cette denrée. A la faveur de ce privilège , ils 
naviguent par préférence aU Bosphore Cimme- 
rien ; et Athènes en repoit tous les ans 400,000 
médimnes de blé. 

On apporte de Panticapée et àes différen- 
tes côtes du Pont-Euxin, des bois de constru^ 
etion, des esclaves, delà saline, du miel ,n de 



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DU JEUNE ANACHARSIS ^79 

la cire , de la laine « des cuirs et des peaax de 
chèvre •; de Byzance et de quelques autres 
cantons de la Thrace et de la Macédonie, du 
poisson salé) des bois de charpente et de con- 
struction; de la Phrygie et de Milet, des ta- 
pis, des couvertures de lit, et de ces belles 
laines dont ils fabriquent des draps; des iles 
de la mer E%ét, du vin et toutes les espèceii 
, de fruits qu'elles produisent; de la Thrace , de 
la Thessalie , de Phrygie et de plusieurs autres 
pays , une assez grande quantité d'esclaves, 

L*huile est la seule denrée que Solon ait 
permis d'échanger contre les marchandises étran- 
gères; la sortie de toutes les autres produ- 
ctions de l'Attique est prohibée; et Ton ne 
peut , sans payer de gros droits , exporter des 
bois de construction , tels que le sapin t le cy- 
près, le platane et d'autres arbtès qui crois- 
sent aux environs d'Athènes» 

Ses habitans trouvent une grande ressour- 
ce pour leur commerce dans leurs milles d'ar- 
gent. Plusieurs villes étant dans l'usage d'altérer 
leurs monnoies , celles des Athéniens , plus esti- 
mées que les autres , procurent des échangés 
avantageux. Pour l'ordinaire ils en achètent du 
vin dans les iles de la mer Egée , ou sur lés 
côtes de la Thrace; car c'est prmcipalemcnt 

♦ Lé même commerce tabsiite encore au joar«^ 
dliai. On tire tous les ans de Caffa ( TaDcieuM 
Théodoiie ) et des enTÎrons , une grande quanti^ 
té de poisson salé , du blé , des onirs , de la 
laine , etc. 



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èHo r o y a g e 

far le moyen de cette denrée qu^iIs trafiquent 
avec les peuples qui habitent autour du Ponc- 
Euxîp, Le goût qui brille dans les ourrarges 
sortis de leurs mains , fait rechercher par-tout 
les fruits de leur industrie. Us exportent au lom 
•des épées et des armes de différentes sortes^ 
des draps , des lits et d'autres meubles. Les 
livres même ^ont pour eux un objet de com- 
merce. 

Us ont des correspondans dans presque tous 
les lieux où l'espoir du gain les attire. De leur 
côté, plusieurs peuples de la Grèce en choisis-* 
sent à Athènes , pour veiller aux intérêts de 
leur commerce. 

Parmi les étrangers, les seuls domiciliés 
peuvent, après avoir payé Timpôt auquel ils 
sont assujettis, trafiquer au marché public ; les 
autres doivent exposer leurs marchandises au 
Pirée même ; e( pour tenir le blé à son prix 
ordinaire , qui est de 5 drachmes par médimne * , 
il est défendu , sous peine de mort , à tout ci- 
toyen d'en acheter au.delà d'une certaine quan*. 
tité ** • La même peine est* prononcée contre 
les inspecteurs des blés, .loirsqy' ils ne répri- 
ment pas le monopole ^ manoeuvre toujours in- 
terdite.aupr particuliers ^ et en certains lieux 
employée par le gouvernement , lorsqu'il veut 
augmenter ses revenus. 



^ Cinq drachmes , 4 liv. f o sois ; Is médi- 
mne «Aviron quatre ds nos hoisseanx. 

♦♦ ,Le te^te do Lysiat porte: paUbconta for-' 
màn quW peut rendre par Socorbeiilas^ c'est une 
mesure dont , on ne sait pas exactement la valeur. 



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DU JEUNE ANACHARSIS- «8» 

La plupart des Athéniens font valoir leur 
atgent dans le commerce, mais ils ne peurenjl 
le prêter po\xt une autre place que pour celle d* A- 
thènas* Ils en tirent un intérêt qui n'est pas 
fixé par les loix , et qui dépend des convcn-: 
lions exprimées dans un contrat qu'on dépose 
entre les mains d'un banquier, ou d'an ami 
commun. S'il s'agit, par exemple ^ d'une navi- 
gation au Bosphore Gimmérien , on indique 
dans l'acte le temps du départ du vaisseau «les 
ports où il doit relâcher/ l'espèce de denrées 
qu'il doit y preiulre^ la vente qu'il en doit fai- 
re dans le Bosphore , les marchandises qu'il en 
doit rapporter à Athènes, et comme la durée 
du .royage est incerçaînc, les uns conviennent 
que l'intérêt ne sera exigible qu'au retour du 
vaisssau \ d'autres plus timides^ et eontens 
d^un moindre profit > le retirent au Bosphore 
après la vente des marchandises, soit qu'ils 
s'y rendent eux-mêmes à la suite, de leur ar- 

Ct 9 soit qu'ils y envoient un homme de con- 
ce, muni de leur pouvoir. - 
Le prêteur a son hypothèque ou sur le$ 
marchandises, ou sur les biens de l'emprunteur; 
mais le péril de la mer étant en partie sur le 
compte du premier, et le profit du second pou-; 
vant être fort considérable , l'intérêt de l'ar- 
gent prêté peut aller à }o pour loo , plus ou 
moins , suivant la longueur et les risques du 
voyage. 

L'usure dont je parle est connue sous le 
nom de maritime* L'usure qu'on nomme ter- 
restre est plus criante et non moins variable. 
6eux qui, sans courir les risques de la 



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%U VOYAGE 

mer » reaient drer quelque profit dé leur argent, 
le placent ou chet des banquiers, ou chez 
d'autres personnes, à is pour i ce par an, ou 
plutôt à un pour loo à chaque nouvelle lune; 
mais comme < le loix de Solon ne défendent pas 
de démander le plus haut intérêt possible , on 
voit des particaliers tirer de leur argents plus 
de i6 pour >oo par mois; et d'autres, sur- 
tout parmi le peuple , exiger tous les jours le 
^uart du principal. C.s excès sont connus , et 
ne peuvent être punis que par Topinion- pu- 
blique , qui condamne et ne méprise pas assez 
les coupables. * 

Le commerce augitvente la circulation des 
richesses , et cette circulation a fait établir des 
banquiers qui la facilitent encore. Un homme 
qui part pour un voyage , ou qui n'ose pas 
garder chei lui une trop grande somme ^ la 
temet entre leurs mains , tantôt comme un sim- 
ple dépôt et sans en exiger aucun intérêt» tantôt 
i condition de partager avec eux le profit qu'ils 
en retirent. Ih font des avances aux généraux 
qui vont commander ks armées , ou à des par* 
ticuliers forcés d*implorer leurs secours. 

Dans la plupart de^ conventions que Ton 
passe avec eux , on n'appelle aucun témoin : 
Us se contentent i pour l'ordinaire , d'inscrire 
sur un registre, qu'un tel leur a remis une 
telle somme , et qu'ils doivent la rendre à un 
tel, si lé premier vient à mourir. Il seroit quel- 
quefois très-difficile de les convaincre d'avoir 
reçu un dàpôt ; mais s'ils s'exposoiem plus 
d'une fois à cette accusation, ils perdroient la 
confiance publique , de laquelle dépend le suc* 
ces de leurs opérations. 



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DU JEUNE ANAGHABSIS. qS3 

En faisant valoir Targènt dont ils ne sont 
qneles dépositaires, en prêtant à un plus gros 
intérêt qu*ils n'empruntent , ils acquièrent des 
richesses qui attachent à leur fortune des amis 
dont ils achètent la protection par des servi- 
tes assidus. Mais tout disparott, lorsque ne 
pouvant retirer leurs fonds , ils sont hors 
d'état de remplir leurs engagemens ; obligés 
alors de se cacher, ils n'échappent aux rigueurs 
de la Justice , qu'en cédant à leurs créanciers 
les biens qui leur restent. 

Quand on veut changer des monnoièl 
étrangères, comitie les dariques , les cyzicè- 
nes , &CC. car ces sortes de monnaies ont cours 
dans le commerce , on s'adresse aux banquiers, 
qui, par diflTérens moyens, tels que la pierre 
de touche et le trébuchet, examinent si elles 
ne sont pas altérées, tant pour le titre que 
pour le poids. 

Les Athéniens en ont de ttois espèces* Il 
paroit qu'ils en frappèrent d'abord en argent « 
et ensuite en or. Il n'y a guères plus d'un siè- 
cle qu'ils ont employé le cuivre, à cet usage • 

Celles en argent sont les plus communes: 
il a fallu les diversifier, soit pour la solde peu 
constante des troupes , soit pour les libéralités 
successivement accordées au peuple , soit pour 
faciliter de plus en plus le commerce. Au-des- 
sus de la drachme * , composée de 6 oboles , 
est le didrachme ou la double drachme , et le 
tétradrachme ou la quadruple dracme ^ au-des- 

^ i8 sols de notre monnoie. 



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9»4 y O Y A G 18 

9oas sont des pièces de 4 , de '9 et de i of>o« 
les; viennent ensuite Tobole et la demi-obo« 
le *: Ces 4ernî ères, quoique de peu de valeur; 
ne pouvant favoriser les échanges parmi le pe- 
tit peuple, la monnoie de cuivre s'introduisit 
vers le temps de la guerre du Péloponèse » ei 
Ton fabriqua des pièces qui ne valoient que 
la huitième partie d'une obole **• 

La plus forte pièce d*or pesé deux draeh* 
mes, et vaut a8 drachmes d'argent ***• 

Vôr étoit fort rare dans la Grèce lorsque 
|V arrivai. On en tiroit de la Lydie et de 
quelques autres contrées de l'Asie Mineure ; de 
la Macédoine , où les paysans en ramassoiem 
tous les jours des parcelles et des fragmens 
que les pluies détachoient des montagnes voisi* 
nés; de Tile de Thasos, dont les mines , au« 
trefois découvertes par les Phéniciens , conser* 
vent encore dans leur sein les indices déstra* 
vaux immenses qii*avoit entrepris ce peuple in« 
dustrieux. 

^ Dans certaines villes, une partie de cette 
matière précieuse étoit destinée à la fabrication 
de la monnoie ; dans presque toutes « on Tem* 
ployoit à de petits bijoux pour les femmes, ou 
à des offrandes pour les dieux. 

Deux événemens dont je fas témoin , ren* 
dirent ce métal plus commun. Philippe, roi de 
Macédoine , ayant appris qu'il exibtoit dans ses 

* la iok ,. 9 sois , 6 soU j i sols » 18 deniers. 
♦* 4 deniers et demi. 
»♦♦ 18 livres. 



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DU JEUNE ANACHAR8I8 a88 

états des mines exploitées dès les temps les plat 
«nciens, .et de son temps abandonnées, fis 
fouiller celles qu'un avoit ouvertes auprès dtt 
snont Pàngée. Le succès remplit son attente» 
et ce prince, qui auparavant ne possédoit en 
or, qu'une petite phiule qu'il plaçoit la nuit 
sous son oreiller » tira tous les ans de ces sou- 
terrains plus de mille talens \ Dans le même 
temps , les : Phocéens enlevèrent du trésor d« 
pv^lphes les offrandes en or que le Rois de Ly* 
die avoient envoyées au temple d'Apollon. Bien* 
tôt la masse de ce métal augmenta au point 
que s^ proportion avec l'arge^it ne fut plu» 
d'un à treize , comme elle Tétoit il y a cent 
ans, ni d'un à douze « comme elle le fut quel* 
que temps après, mais seulement d*un à dix. 

"^ Plus de oinq millions quatre cent iiaille U» 



Pin du ChapUre cinquûnie-cin^m$. 



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sM yOTAGfi 



C H A P I T R E l-VI. 

Des Impositions et des Finances che\ Us 
Athéniens* 

J^es revenus de la républlqae ont monté quel- 
quefois ja«qu*à la somme de aooo talens ^; et 
ces revenas sont de deux sortes : ceux qu'elle 
perfoit dans le pays même , et ceux qu'elle ti- 
re des peufdes tributaires. 

Dans la première classe , il faut compter, 
i.^ le produit des biens fonds qui lui appar- 
tiennent, c'est-à'dire y des maisons qu'elle loue, 
des terres et des bois qu'elle afferme ; %^ le 
vingt-quatrième qu'elle se réserve sur le pro- 
duit des mines d'argent , lorsqu'elle accorde à 
des particuliers la permission de les exploiter; 
..^.'' le tribut annuel qu'elle .exige des affran- 
chis et dei dix mille étrangers établis dans 
l'Attique ; 4.^ les amendes et les confiscations, 
dont la plus grande partie est destinée au tré- 
sor de l'état; s.° le cinquantième prélevé sur 
le blé et SUT les autres marchandises qu'on ap- 
porte des pays étrangers, de même que sur 
plusieurs de celles qui sortent du Pirée **; 
6.'' quantité d'autres petits objets , tels que les 
droits établis sur certaines denrées exposées au 
marché , et Timpdt qu'on exige de ceux qui 
entretiennent chez eux des courtisannes* 



^ Dix millions huit cent mille ïiTres. 
^* Voyez la note à la fin du ▼oltime» 



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t)V JEUNE ANAGHARSIS. 1187 

On afferme la plapart de ces drcnts ; Tadja* 
dication s*en &it dans un lieu public, en pré^ 
sence de dix magistrats, qui président aax en- 
chères, feus une fois la curiosité d'épier let 
menées des traitans. Les uns, poar écarter lears 
rivaux, employoient les menaces ou les pro* 
messes; les autres dissimuloiem leur union» 
sous les apparences de la haine. Après des oA 
fres lentement couvertes et recouvertes , on al* 
loit continaer le bail aux anciens fermiers , 
lorsqu'un homme inconnu renchérit d'un ta- 
lent. L'alarme se mit parmi eux^; ils demandè- 
rent qu'il fournit des cautions, car c'est une 
condition nécessaire ; il les donna , et n'ayant 
plus de moyens de l'éloigner , ils négocièrent, 
secrètement avec lui, et iinirent par se l'as- 
socier. 

Les fermiers de Tétaf doivent , avant le 
neuvième mois de l'année , remettre la somme 
convenue au^ receveurs dkes finances* Quand 
ils manquent à leurs engagemens , ils sonttrai« 
nés en prisotr, condamnés à payer le double, 
et privés d*ane partie des privilèges des cito» . 
yens,jusqa*à ce qu'ils se soient acquittés. Ceux 
qui répondent pour eux courent les mêmes ris- 
ques . 

La seconde et principale branche des re^ 
venus de Tétat consiste dans les tributs que lui 
paient quantité de villes t:t d'iles qu'il tient 
dans sa dépendance. Ses titres à cet égard sont 
fondés sur l'abus du pouvoir. Après la Dataille 
de Platée, les vainqueurs ayant résolu de ven- 
ger la Grèce des insultes de la Perse , les in- 
sulaires qui étoient entrés dans la ligue « con« 



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d«t VOYAGE 

•émirent i destiner cous les ans une scimine 
considérable aux fraix de la guerre. Les Athé- 
niens, chargés d*en faire la recette « recueilli- 
rent en diflTérens endroits 460 talens ^» qu'ils 
respectèrent , tant qu'ils n'eurent pas une 
supériorité marquée. Leur puissance s'étant ac- 
crue, ils changèrent en contributions humiUan* 
tes les dons gratuits des villes alliées , et* im- 
posèrent aux unes l'obligation de fournir des 
vaisseaux , quand elles en seroient requises ; 
aux autres , celle de continuer à payer le tri- 
but annuel , auquel elles s' étoient soumises au- 
trefois. Us taxèrent sur le même pied les non- 
Telles conquêtes, et la somme totale des con- 
tributions étrangères monta, au commencement 
de la guerre du Péloponèse, à 600 talens ** 
et vers le milieu de. cette gaerre à iioo ou 
ijoOé Pendant mon séjour en Grèce, les con- 
quêtes de Philippe avoient réduit cette somme 
à 400 talens, mais on se flattoit de la rame- 
ner an jour à laoo ***. 

Ces revenus, tout considérables qu'ils sont, 
n'étant pas proportionnés aux dépenses , on 
est souvent obligé de recourir à des moyens 
extraordinaires , tels que les dons gratuits et 
les contributions forcées. 

Tantôt le Sénat expose à l'assemblée gé- 
nérale les besoins pressans de Tétat. A' cette 



♦ a^484>0M livres* 
♦♦ ^^st^Q,eoo livres. 

♦♦♦ 6480^000 livres. Voyta la note à U fia 
.du ypluoie,. 



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DU JEUNE ANAGHAR8TS. ±89 

proposition les uns cherchent a s'échapper, les 
autres gardent le silence , et les reproches da 
public les font rougir de leur avarice ou de 
leur pauvreté ; d^autres enfin annoncent tout 
haut la somme qu^ils offrent à la république , 
et reçoivent tant d'applaudissemens , qu'on peut 
douter du mérite de leur générosité. 

Tantôt le gouvernement taxe chacune des 
dix tribus , et tous les citoyens qui la compo* 
sent^ à proportion de leurs biens > de fapon 
qu'un particulier qui a des possessions dans 
le district de plusieurs tribus « doit payer en 
plusieurs endroits. La recette est souvent très* 
difficile ; après avok employé ia contrainte par 
corps, on Ta proscrite comme opposée à la 
nature du gouvernement. Pour Tordinaire, on 
accorde des délais ; et quand ils ont expirés $ 
on saisit les biens , et oti les vend à Tencan. 

De toutes les char^s j la plus onéreuse, 
sajus doute , est Tentretien de la marine . Il 
n'y a pas long-temps que deux ou trois riches 
particulier.s armoient une galère à frais corn* 
muns; il parut ensuite une loi qui subsistoit 
encor à mon arrivée en Grèce, et qui, con- 
formément au nombre des tribus , partageoic 
en dix classes, de lao personnes chacune, 
tous les citoyens qui possèdent des terres, des 
fabriques, de Targent placé dans le commerce 
ou sur la banque. Comme ils tiennent dans 
leurs mains presque toutes les richesses de T At« 
tique , ou les obligeoit de payer toutes les im- 
positions , et surtout d'entretenir et d'augmen- 
ter au besoin les forces navales de la républi- 
que. Chacun d'entre eux ne devant fournir son 

Tom. If. 15 



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t9o VOYAGE 

contia^ent que de deu;^ années l'une « les 1200 
cpntribuables se sabdivisoient en deux grandes 
classes, de 600 chacune, dont 30 j des j»lus 
riches ♦ et jo:> ^ de ceux qui rétoiem moins. 
l.es premiers répondoient pour les seconds « et 
&i$oient les avances dans un cas pressant* 

Quand il s'agissoit d'un armement» chacu* 
ae dess dix tribus or<ionnait de lever dans son 
district la même quantité de talens qu'elle avoit 
de galères à équiper > et les exigeoit d'un pa- 
reil nombre de compagnies composées quelque- 
ibis de 16 de ces' contribuables. Ces sommes 
perçues étoient distribuées aux hiérarques , 
c'est ainsi qu'on ap^pelle les capitaines de vais- 
seaux. On en nommoic deux pour chaque ga- 
lère ; ils servoient six mois chacun , et dévo- 
ient pourvoir à la subsistance de l'équipage ; 
car pour Tordinaire li république ne fournissoic 
que les agrès et les matelots. 

Cet*arrangdn)ent étoit défectueux, en ce 
qu'il rendoit l'exécution très- lente, en ce que, 
sans avoir égard à l'inégalité des fortunes , les 
plus riches ne contribuoient quelquefois que 
d'un seicsième à l'armement d'une galère. Vers 
les dernières années de mon séjour en Grèce, 
Démusthène fit passer un décret qui rend la 
perception de l'impôt p^is facile et plus con- 
forme à L'équité; en voici la substance. 

Tout citoyen dont la fortune est de 10 
talens , doit au besoin fournir .à Tétat tine 
galère ; il en fournira deux , s'il a 10 talens; 
mais possédât-il des richesses très-considérables, 
on n'exigera de lui que trois galères et une 
chaloupe. Ceux qui .auront moîna^ de 10 ta* 



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DU JEUNE ANACHARSIS a^c 

lens, se réuniront pour contrtbaer d* une galère- 
Cet impôt, dont ou n exempte que les Ar- 
chontes , est proportionné, aacant qu'il est 
possible « aux facultés des citoyens ; le poids 
en tombe toujours sur les plus riches ^ et c'est 
une suite de ce principe, que Ton doit asseoir 
les impositions , non ^ur les personnes » mais 
sur les biens. • 

Comme certaines fortunes s'élèvent , tandis 
que d'autres s'ahaissent , Démosthène laissa sub^ 
subsister la loi des échanges. Tous les ans, les 
magistrats chargés du département de la mari- 
ne , permettent à chaque contribuable de se 
1 pourvoir contre un citoyen qui est moins taxé 
que lui, quoiqu'il soit devenu plus riche, ou 
qu*il l'ait toujours été. Si l'accusé ^convient de 
l'amélioration et de la supériorité de sa fortu- 
ne, il est substitué à l'accusateur sur le rdle 
des contribuables; s'il n'en convient point, on 
ordonne les informations ; et il se trouve sou- 
vent forcé d'échanger ses biens contre ceux 
de l'accusateur. 

Les facilités accordées aux <:ommanâans 
des galères , soit par le gouveinemeot , soit par 
leur tribu, ne suffiroient pas, si le zèle et 
l'ambition n'y suppléoient. Comme il est de 
leur intérêt de se' distinguer de leurs rivaux, 
on en voit qui ne négligent rien pour avoir 
les bdtimens les plus légers et les meilleurs é- 
quipages; d'autres q)ii augmentent à leur dé- 
pens la paie des matelots , commuaément fixée 
à trois oboles par jour * • 

* Neuf sols. 



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A9* V O Y A G F 

Cette émulation , excitée par l*e5poîr des 
honnears et des récompenses, est très-avanta- 
geuse dans un état dont la moindre guerre é- 
paise le trésor , et intercepte les revenus. Tant 
que dure cette guerre , les peuples tributaires , 
èans cesse menacés ou subjugués par les enne- 
mis y ne peuvent fournir* du recours à la répu- 
blique , ou sont contraints de lui en demander. 
Dans ces circonstances critiques, se flottes por- 
tent la désolation sur les côtés éloignées , et 
reviennent quelquefoi* chargées de butin. Lors- 
qu'elles peuvent s'emparer du détroit de THcl- 
lespont, elles exigent de tous les vaisseaux qui 
font Je commerce du Pont-Euxin , le dixième 
des marchandises qu'ils transportent; et cette 
ressource a. plus d'une fois sauvé l'état. 

L'obligation de fournir des vaisseaux et 
des contributions en argent , cesse avec la guer- 
re ; mais il est d'usage que les citoyens riches 
donnent , à certains jours , des repas à ceux 
de leur tfibu , qu'ils conçurent à l'entretien 
des gymnases , et procurent aux jeux publics 
les chœurs qui doivent se disputer le prix de 
la danse et de la musique. Les uus se chargent 
volontairement de ces dépenses; les autres y 
sont condamnés par le choix de leur tribu , et 
ne peuvent s'y soustraire, à moins qu'ils n*en 
aient obtenu Texemption par des services rendus 
à l'étac. Tous ont des droits à la faveur du 
peuple , qui dédommage par des emplois et des 
honneurs ceux qui se sont ruinés pour embei* 
lir ses fites. 

Plusieurs compagnies d'officiers élus par le 
peuple^ $ont chargées de veiller à Tadoiinistra- 



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DU JEUNB ANAGHAR8IS agS 

tion des finances; et chacune des dix tribu» 
nomme un oiKcier à la plupart de ces compa- 
gnies. Les ans donnent à ferme les droits d'en- 
trée t délivrent , sous certaines redevances , les 
privilèges pour Texploitation des mines , prési- 
dent à la yente des biens confisqués , &c. : lea 
autres inscrivent sur un re^stre la somme dont 
chaque citoyen doit contribuer dans les be- 
soins pressans. 

Les diverses espèces de revenus sont dé* 
posées tous les ans dans autant de caisses dif- 
férentes , régies, chacune en particulier, par 
dix receveurs ou ' trésoriers. Le Sénat en règle 
avec eux la destination, conformémeiit aux dé- 
crets du peuple; et en présence de deux con- 
trôleurs qui en tiennent registre , Tun au nom 
du Sénat, Tautre au hôm des administrateurs^ 

Le receveurs chargés de la perception des 
deniers publics conservent les râles des sommes 
auxquelles sont taxés les citoyens. Us effacent, 
en présence du Sénat , les noms de ceux qui 
ont satisfait à la dette, et dénoncent à Tuii 
des tribunaux ceux qui ne l'ont pas acquittée. 
Le tribunal nomme des inquisiteurs chargés de 
poursuivre ces derniers par les voies ordinjaires, 
qui vont « en cas de refus , jusqu'à la coqfisca* 
tion des biens. Cependant ce recours aux tri- 
bunaux n'a lieu que lorsqu'il est question d'un 
objet important: quand il ne Test pas , on laisse 
aux receveurs le soin de terminer les contesta- 
tions qui s'élèvent dans leur département. 

Ceux d'entre eux qui perçoivent les amen- 
des ont le droit singulier de revoir les sen- 
tences des premiers juges , et de modérer, ou 



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d94 VOYAGE 

de remettre Tamende 9 s'ils la troavent trop 
forte» ' 

Les dépenses relatives à la guerre et à 

, toutes les parties de l'administration, sont as-* 
signées sur les différentes caisses dont je viens 
de parler. En temps, de guerre , les loix or-* 
donnent de verser'dans la caisse militaire Tex- 
eédent dés autres caisses; mais il faut un dé* 
cret du peuple pour intervertir Tordre 'des as- 

, signations. 

Tous les ans on dépose , dans une caisse 
régie par des officiers particuliers , des fonds 
considérables , qui doivent être publiquement 
distribués 1 pour mettre les citoyens pauvres en 
état de payer leurs places aux spectacles. Le 
peuple ne veut pas qu'on touche à ce d^At, 
et nous l'avons vu de nos jours statuer la pei* 
ne de mort contre Torateur qui proposeroit 
d'employer cet argent au service dé l'état épui- 

^fé par une longue guerre. Les annales de na- 
tions n'offrent pas un second exemple d'un pa- 
reil délire. 



Fin du Ckapkre cinquante-sixième. 



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DU JEUNE ANAGHARSI& s»» 

CHAPITRE. LVII. 

Suite de h Bibliothèque dtun Athénien. 
La Logique. 



jrVvaiit mon voyage dans les provinces de là 
Grèce, j/avois passé plusieurs journées dans la 
bibliothèque d'Euclide: à mon recour, nous re- 
primes nos. séances. 

Il me montra, dans un corps de tablée* 
tes, les ouvrages qui traitent de la logique et 
de la rhétorique, placés les uns auprès des 
autres ^ parce que ces deux sciences ont beau- 
coup de rapport entre elles. Ils sont en petit 
pombre^ me dit- il; car ce n'est que depuis un 
siècle environ qu'on a médité sur Tart de pen- 
ser et de parler. Nous en avons Tobligation 
aux Grecs d'Italie et de Sicile, et ce fut une 
suite de Tessor que la philosophie de Pytha* 
gore avoit donné à l'esprit humain. . 

Nous devons cette justice à Zenon d^Elée, 
de dire qu'il a publié le premier un £ssai de 
dialectique; mais nous devons cet hommage à 
Aristote , d'ajouter qu'il a tellement perfection- 
né la méthode du raisonnement , qu'il pourrott 
en être regardé comme l'inventeur. 

•L'habitude nous apprend à comparer deujt 
ou plusieurs idées , * pour en connoître et ea 
montrer aux autres la liaison ou Topposidon. 
Telle est la logique naturelle ; elle suffiroit à 
un peuple qui privé de la faculté de générali- 
ser ses id^es , ne verroit dans là natare et dsQS 



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^6 VOYAGE 

la vie civile que des choses individuelles. IPse 
tromperoic fréquemment dass 4es principes, 
parce qu*il seroit fort ignorant; mais ses con* 
séquences seroient justes « parce que ses no* 
tions seroient claires^ et toujours exprimées 
par le mot propre. 

Mais chez les nations éclairées, l'esprit 
humain » à force de s'exercer sur des généra- 
Jttés ^ sur des abstractions, a fait éclore an 
monde idéal, peut- être aussi difficile à coonoî- 
tre que le monde physique. A la quantité éton- 
nante de perceptions reçues par les sens s'est 
jointe la foule prodigieuse des combinaisons 
que forme notre esprit, dont la fëcondité est 
telle, qu'il est impossible de lui assigner des 
bornes. 

Si nous considérons ensuite que, parmi 
les objets dé nos pensées, un très-grand nom- 
bre ont entre eux des rapports sensibles qui 
semblent les identifier , et des différences légè- 
res qui les distinguent en effet, nous serons 
frappés du courage et de Ja sagacité de ceux 
^tti» les premiers, formèrent et exécutèrent le 
projet d*âablir l'ordre et la subordination dans 
cette infinité dHdées que les hommes avoient 
conçues jusqu'alors , et qu'ils pourroient conce- 
voir dans la suite. 

Et c'est ici peut-être un des plus grands 
eilbrts de l'esprit humain ; c'est du moins une 
des plus grandes découvertes dont les Grecs 
puissent se glorifier. Nous avons reçu des Egy- 
ptiens , des Chaldéens , peut-être encore de quel- 
que nattion plus éloignée , les élémens de près-- 
que toutes les sciences^ de presque tous les 



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DU JEUNE ANAGHARSIS 297 

arts:' la postérité nous devra cette méthode, 
dont l'heurieux artifice assujettit le raisonnement 
aà des règles. Nous ^ allons jeter un coup-d'œil 
rapide sur ses principales parties. 

Il y à des choses qu'on se contente d'in- 
diquer 9 sans en rien nier, sans en rien affir- 
mer: C'est ainsi que je dis, Somme f cheval 9 
animal à deux pieds • Il en est d'autres qu'on 
désigne par des mots qui contiennent affirma- 
tion ou négation. 

Quelque nombreuses que soient les pre- 
mières, on trouva le moyen de les distribuer 
en dix classes, dont l'une renferme la substan-^ 
ce , et les autres ses modes. Dans la première , 
on plaça toutes les substances , comme Aom- 
me , cheval ec dans la seconde , la quantité ^ 
de quelque naturç qu'elle soit » comme le nom- 
bre , le temps , retendue ec. , dans la troisiè- 
me , la qualité , et sous ce nom on comprit , 
i.^ les habitudes, telles que les vertus, lea 
sciences ; a.^ les dispositions naturelles qui ren- 
dent un homme plus propre qu'un autre à cer- 
tains exercices ; 3.^ les qualités sensibles , com^ 
me douceur^ amertume y froide chaude couleurs \ 
4° la forme , la figure , comme rond 9 quar^ 
i^e, ec» 

Les autres classes renferment les diflféren-' 
tes sortes de relations,, d'actions, de situa- 
tions , de possessions , ec. ; de manière que ces 
dix ordres de choses contiennent tous les êtres 
et toutes les manières d'être. Us sont nommés 
catégories ou attributs , parce qu'on ne peut 
rien attribuer à un sujet , qui ne soit substan-^ 
ce, ou qualité ^ ou quantité, &cc. 



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S98 VOYAGE 

C'étoie beaucoup que d'avoir réàmt les 
objets de nos pensées à an si petit nombre de 
classes » mais ce n'étost pas assez encore. Qu*oa 
examine avec, attention chaqoe catégorie ^ on 
verra bientôt qu'elle est susceptible d une mul- 
tittyle de subdivisions que nous concevons 
comme subordonnées les unes aux autres. Ex* 
pliquoas ceci par un ex^eAplç tiré de la pte^ 
inière catégorie. 

Dans 1 enfance » notre esprit ne voit , ne 
conçoit que des -individus *; nous les appelions 
encore aujourd'hui premières substances, soit 
p^rce ^u*tls attirent nos premiers regards, soit 
parce qu'ils sont en effet les substances les 
plus réellesv 

Dans la suite» ceux qui ont des ressem- 
blances plus frappantes» se présentant à nous 
sous une même espèce, c'est- a-dire > sous une 
même forme , sous une même apparence , nous 
en avons fait plusieurs classes réparées. Ainsi 
4'après tel et tel homme , et tel cheval , nous 
avons eu Tidée spécifique de Thomme et du 
cheval. 

Comme les diff'érentes branches d*une fa- 
mille remontent à une origine commune i de 
même plusieacr espèces rapprochées par de 
grands traits de conformité se rangent sous un 
même genre ; ainsi , des idées spécifiques de 
Thomme , du cheval , du bœaf , de tous les 
êtres qui ont vie et sentiment > a résulté l'idée 



A/V%^A^<W%<V%<» t^Vk 'W» '«/V%A;V«AAA/V«i%«/«<%^«V% % 



* Leê iodividas s*appellent en grec^ iUomês , 
indivisibles. 



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DU JEUNE ANAGriARSIS 199 

générique de Vanimal ou de Y être vwoni ; car 
ces expressions , dans notre langue , désignent 
la même chose. Au-dessus de ce genre , on en 
conpoit de pl\is universels , tels que la substan-^ 
ce j &ic' et Ton parvient enfin au genre suprê- 
me , qui est Vètre. 

' Dans cette échelle , dont^ réti^ occupe le 
sommet , et par laquelle on descend aux indi- 
vidus , chaque degré intermédiaire peut être 
genre à Tégard du degré inférieur, espèce à 
fégard du degré supérieur. 

Les philosophes se plaisent à dresser de 
pareilles filiations pour tous les objets de la 
nature 9 pour toutes 4es perceptions de Tesprit; 
elles leur facilitent les moyens de suivre les 
générations des idées , et d*en parcouir de rang 
en rang- les différentes classes , comme on par- 
court une armée en bataille. Quelquefois , con- 
sidérant le genre comme V unité ou h fini 9 les 
espèces comme plusieurs , et les individus com- 
me Yinfini , ils agitent diverses questions sur 
le fini et Vinfini^ sur le un et le plusieurs ; 
questions qui ne roulent alors que sur la na- 
ture du genre , des espèces et des individus. 
Chaque espèce est distinguée de son gen- 
re par un attribut essentiel qui la caractérise, 
et qui se nomme différence^ La raison étant 
pour l'homme le plus beau et le plus incom- 
municables de ses privilèges , elle le sépare des 
autres animaux * • Joignez donc à Tidée géné- 
rique de l'animal celle de* raisonnable , c'cst- 



^ Voyes la note à la fin du volume. 



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Soo VOYAGE 

l^-dire, de sa différenGc , yov aarei Tidéc spé- 
cifique de rhomrtie. Il est aussi difficile qu'im- 
portant de fixer les différences comprises sous 
un même genre, et celles des espèces subor- 
données à des genres qai ont entre eux quel- 
que affinité. En se livrant à ce travail , on dé- 
mêle bientôt , dans chaque espèce , des pro- 
priétés qui lui sont inhérentes, des modifica- 
tions qui lai sont aceidentelles. 

Il ne s'agit pas ici de la propriété qui se 
confond avec l'essence d'une chose, mais de 
celle qui en est distinguée . Sous cet aspect; , 
c'est un attribut qui ne convient qu'à l'espè* 
ce , et qui émane de cet attribut principal que 
nous avons nommé différence. L'homme est ca- 
pable d'apprendre certaines sciences; c'est une 
de ses propriétés : elle naît du pouvoir qu'il a 
de raisonner , et ne convient qu'à son espè- 
ce. Celle qu'i^ a de dormir , de se mouvoir, 
ne peut être une propriété» parce qu'elle lui 
est. commune avec d'autres animaux. 

L'accident est un mode, un attribut que 
l'esprit sépare aisément de la chose : être assis 
est un accident pour l'homme., la blancheur 
pour un corps. 

Les idées dont nous avons parlé jusqu'ici, 
n'étant accompagnée ni d'affirmation ni de né- 
gation , ne sont ni vraies ni fausses . Passions 
i celles qui peuvent recevoir l'un de ces ca- 
ractères. 

L'énonçiation est une proposition qui af- 
firme ou nie quelque chose. Il n'y a donc que 
renonciation qui soit susceptible de vérité ou 
de fausseté. Les autres formes du discours , 



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DU JEUNE ANAGHABSI& 3oi 

telles que ]a prière ^ le commandement, ne ren- 
ferment ni fausseté ni vérité* ' 

Dans toate énonciation , on unit ou Von 
sépare plusieurs idées. On y distingue le $uj€t^ 
Je verbe, Yattribui. D^ns celle-ci, par exem* 
pie : Sacrale est sage, Socrate sera le sujet , 
est le verbe, sage l'attribut. 

Le sujet signifie ce qui est placé au-4es<* 
sous. On l'appelle ainsi , parce qu'il exprime 
la chose dont on parle et qu'on met sous les 
yeux; peut-être aussi; parce qu'étant moins 
universel que les attributs qu'il doit recevoir» 
il leur est en quelque façon subordonné. 

Le sujet exprime , tantôt une idée uni« 
yerselle , et qui convient à plusieurs^ individur, 
comme celles d*homme, d'animal; tantôt une 
idée singulière , et qui ne convient qu'à un 
individu , comme celles de Callias , de Socra- 
te ; suivant qu'il est universel ou singulier, 
renonciation qui le renferme est universelle ou 
singulière. 

Pour qu'un sujet universel soit prii dans 
toute son étendue , il faut y joindre ces mots 
tout, ou nui Le mot homme est un terme uni- 
versel ; si je dis , rot// homme ^ nul homme y\t 
le prends dans toute son étendue, parce que 
je n'exclus aucun homme ; si je dis simple- 
ment, quelque homme ^ je restreins son univer- . 
salité • 

i^e verbe est un signe qui annonee qu'an 
te) attribut convient à tel sujet. Il falloit un 
lien pour les unir, et c'est. le v.erbe ^rre^tou* 
jours exprimé ou sous-entendu. Je dis sous-en- 
tendu, parce qu'il est renfermé dans Temploi 



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Soft VOYAGE 

des aatres verbts* En effet » ces mots , je vàih 
signifient je suis allant. 

A regard de Tattribut , on a déjà ¥u qu'il 
est pris de Tune des catégories qai contîeiuient 
let genres de tous les attributs. 

Ainsi nos jugemens ne sont que des opé- 
rations par laquelles nous affirmons ou nous 
liions une chose d'une autre ; ou plutôt ce ne 
sont que des regards de Tesprit , qui décou- 
vrent que teUe propriété ou telle qualité peut 
s'attribuer ou non à tel objet ; car l'intelligen- 
ce qui bxi cette découverte , est à l'ame ce 
que la vue est i l'aiL 

On distingue différentes espèces d'énoncia- 
tiens. Nous dirons un mot de celles qui , rou« 
Jant sar un même sujet » sont composées par 
l'affirmation et par la négation. Il semble que 
k vérité de l'une doit établir la fausseté de 
Tautre. Mais cette règle ne sauroit être géné- 
rale, parce que l'opposition qui règne entre 
elles s'opère, de plusieurs manières. 

Si, dans l'une et dan^ l'autre, le sujets 
étant universel , est pris dans toute son éteii- 
due, alors les deux énonciations s'appellent. con- 
traires, et peuvent être toutes deux fausses . 
Exemple: Tous les hommes sont blancs y nul 
homme n'est blanc. Si son étendue n'a point de 
limites dans Tune , et en a dans l'autre, alors 
elles ne nomment contradictoires: l'une est vraie, 
et l'autre fausse, exemple: Tous les hommes 
sont blancs ; quelques hommes ne sont pas 
blancs^ ou bï%n \ Nul homme n*est blanc ^ quel" 
que9 hommes sont blancs. Les énonciations sin« 
gulières éprouvent le même genre d'opposition 



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DU JEUNE ANAGHARSIS. 3o3 

que les conirarfîctoires ; de toate nécessité Tune 
sera vraie , et l'autre fausse : Socrate est bUnc^ 
Socrate n'est pas Manc. 

Deux propositioils particulières ; Tune af- 
firmative ^ l'autre négaiive, ne sont pas , à pro« 
proprement parler, opposées entre elles; Top- 
position n^est que dans les termes. Quand je 
dis : Quelques hommes sont justes ; quelques 
hommes ne sont pas justes^ je ne parle pas des 
mêmes hommes» 

Les notions , précédentes celles que >e sup- 
|)rime en plus grand nombre, furent le fruit 
d'une longue suite d'observations.. Cependant 
on n'avoit pas tardé à s'appercevoir' que la 
plupart de nos erreurs tirent leur source de 
l'incertitude de nos idées et de leurs signes 
représemàjtifS' Ne connoissant les objets exté^ 
rieurs que par nos sens , et ne pouvant ^ en 
conséquence , les distinguer que par leurs ap* 
parences, nous confondons souvent leur natu- 
re avec leurs qualités et leurs accidens. Quant 
aux objets intellectuels y ils ne réveillent , dans 
le commun des esprits, que des lueurs sombres, 
que des images vagues et mobiles . La confu- 
sion augmente encore par cette quantité de 
mots équivoques et métaphoriques , dont les 
langues fourmillent , et sur-tout par le grand 
nombre de termes universels , que nous emplo- 
yons souvent sans les entendre. 

La méditation seule peut rapprocher des 
objets que cette obscurité semble' éloigner de 
nous. Aussi la seule différence qm se trouve 
entre un esprit éclairé et celui c[ui ne Test 
pas ^ c'est que l'na voit les choses à une jtts«' 



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S<4 VOYAGE 

te distance, et l'autre ne les vmt qae dt 
loin* 

Heureusement les hommes n ont besoin 
que d'une certaine analogie dans les idées , 
d'ane certaine approximation dans le langage» 
pour satisfaire aux devoirs de la société • En 
changeant leurs idées, les esprits justes trafi- 
quent avec une bonne monnoie, dont souvent 
ils ne connoissent pas. le titre; les autres, avec, 
de fausses espèces» qui nen sont pas moins 
bien repues dans le commerce. 

Le philosophe doit employer .les expres- 
sions les plus, usitées , mais en distinguant leurs 
acceptions , quand elles en ont plusieurs ; il 
doit ensuite déterminer l'idée qu'il attache à 
chaque mot. 

Définir une chose» c'est faire connoître 
sa nature par des caractères qui ne permettent 
pas de la confondre avec toute autre chose. 
•Autrefois on n'avoit point de règles pour par- 
venir à cette exactitude , ou pour s'en assurer. 
Avant d'en établir , on observa qu'il n'y a 
qu'une bonne définition pour chaque chose ; 
qu'une telle définition ne- doit convenir qu'au 
défini ; qu'elle doit embrasser tout ce qui est 
compris dans l'idée du défini ; qu'elle doit de 
plus s'étendre à tous les êtres de même espè- 
ce , celle de l'homme , par exemple , à tous les 
hommes ; qu'elle doit ^tre précise : tout mot 
qu'on en peut retrancher est superflu ; qu'elle 
doit être claire : il faut donc en exclure les 
expressions équivoques , figurées » peu familiè* 
res 9 et que pour l'entendre , on ne soit pas 
obligé de recourir au défini , sans quoi elle 



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DU JEUNE ANAQHARSIS. SoS 

l>Btl(fllb]«{oif ^ui figuter dei ahciefts tableiax, 
4ui ne sont reconnoiMcbleà' qu'à leurt aow 
^ractft^ 'âtCprèk d-elles.: ?/^ -' 

. < ^ottim&ût pafVmc:^ Iptemplfar ce? oondb- 
fidn^ ^l^oùs- livons pâtlé p44ls^*4iaat de ces .é» 
thétlW' dMdééir q^i >n6tis ôiffiiduisent dôpuis 4es 
iâdJVid&ï^i^irqa'à réti% jouerai; Nous avons y« 
t{iiV^ctiiqub;se^pèce e^ titim^diatetnent sar mon- 
tée d*an genre , dpnt elle e$f àistmgci^e par la dlf- 
fêt&Me: Uitè 'déBinkioB èxaete sera eoniposée 
da genre ittfiMMiat et de* la ' diflTérence de U 
dDds€^' définie /<et tenfermei^a^par conséquent ses 
àéùjL ptintipzix attributs. Je définis l'homme aâ 
animal raisonable. Le genre animal rapproche 
)'4iodâiie de'foùs le^ êttès lâv^ins ; la différen- 
ce roiiomt^tMe l'en sépare i ' 
. L jTitiifiràit dé là qti'ané- définition indique. la 
ressembikiltie de ^lisiéard chd^s^s diverses ^ par 
IDH genre ; er'ledï diwrsité', j»r sa difFéicncc* 
Or «ien'H'l^st'^iifBpbrtaDt ^ue de saisir cetto 
resteeiÉMâitce w Mttcr diVer^té ^qnand on^ s'e-* 
«sirce «diams l'aart de penser ttàt ^raisonner. 

< "'J'omets quantité -de remarques très«$nes 
su» > la Qâtare^ du gtûftfit de l4 différence « 
ainai que sar les diverses espèces d'assertions 
qu'on a coutume d'avanceren raisonnante Camf 
me je ne veux présenter que des essaîa sut hti 
progrès de l-es)>rtt humain, je ne dois pasre* 
cueillir toutes les traces de lumières qu'il a lais- 
sées sur ia route; mftis- la découverte du syl-> 
logisme mérite de nous arrêter un instantt 

Nous avons dit que dans cette proposition , 
Socraie est sagir^' Saerate est le sujet , sage 
l'attribut ; et que par te verbe substantif qui 
Tom. IF. ao 



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3oC VOTA ce ;l 

lef titiit , mi affirme que Tidic A^ la; j^gcfie 
Coovient à celle 4c Sourate. ,i - -^^ . - 
, Mais comment s'assurer ;<1<^ l|t .y^rité o« 
^e la ÊLUSseké 4'wi« pnPRPsinon . lor/^qoeile rap- 
port de rattribôt. a!^<i ^ ;su|ec n'est i^s a^téz 
marqué? C'est en passant du coMl^if) l'«i$i<x>iir 
nu; c'est ca recQurant è june' trpî$i^ni#; id<^4 
dont le double rapport avec le.suj^.etJ'aurK 
b'ut soit plus fcpsiî>lie<5 L . , >.• • ;. u;/:. -; 
,Pour 0)9 faii^.inie\^^ !Bnten4i!ftvJi« 9.e;i4^T 
minerai que la proposijiiqQ aâiriMHVe« J^ jdpuise 
«i A est égal à 6 ; s'il se troiiye que; A, soit 
<gal à Cj pt C à S» ï'en coacW^iaspu^ hé- 
siter ^ que A est égal 1 B. . » . » : . ; i.,/- 

Ainsi, pour. prouver que. Iwui^icft^eifj. une 
habitude, il su/fit det 9lQQti^rI(tU^;l|lf 4tt9tiçe 
est une vertu^ ^i 3i>ut<; .Vertu; nee^.tiahitude» 
Mais pour donnerrè cf.tw preste :;!« fpcmedu 
syllogisme, pUçpp^ lei mpt /evaentc^ le sujet 
et l'attribut àb U prpQQfitioii^iet: 9W9.awoAi 
ces. trois teri^; i Jm^w « f€iyit«> IM^md^ Ce- 
lui du milieu Vappelk m.yen , jsOlt àjcaim^ide 
sa.p(Hition,«soi.t parce q^'il sert d'objet ûnter- 
inédiare, poa> çoippaçer: les deux aMcesjiinqo* 
mé& les txirèm^s. 11 eH7d^montté;.que le fmo* 
yea doit être pris.aiu moini? une fois^mv«rset- 
kéient, et qu'une, det^^copo^tioiii doit «éire 
usû venelle. Je ditai donc>d'aba£di .;. ?-.. 

. ; ^. . Tonte veribu fst^fmjt) hajiifnde j , 
je dirai ensuite:- ' '/' ' * 

, " ..." ■ w'.T !" •"••»/ ' / 

Or la justice esi^une vieftu.: \.> 
Donc Ja justice est une ^abitude-. - 



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DU JEUNE AllAOHARSIS. ^y^ 

^ .H «uic de là t^ qi^'oasyllogUine pstaMlr» 
posé de trois tenn<# ; qii^. U dernier ^si . 1 4)t-^ 
tribm du second, et le s^ood du preinîef^Jci; 
JBn^hiiude est attrl^t .à.V^ga^d de f^r^f};,^ ei. 
Venu à l'égard /de fusnce. n. .; . ..i 

.;L*attribat étant i(6a|oar$ pris daàs Tune 
dés catégories, oa^dans M fériés d'^ir^. qal 
les composent, les ;rapporX$M du moy^jk. Jf^^pc] 
l'.un et iV^tre dese*^ôêi»iesj!l^o)wt,des,t3^|Pp9ft%^; 
fant^ de^cibstances«de qaalîté^^d&qiianfitésyjkc* 
tantdt de genres et d'espèces , de prQpriétes ^jkÇfj 
Daxis^ l'exemple .précédent» il^.som de genres 
et4'espècies^.^ car ^Mi^f^Ar. «estante r;ektf«e-^^ 
mente à Venu , et /enftt relaitivament ^ /»#:. 
ijce./ Or lU .est ceriiain;-^)^ toiitce qi4 se 4\t 
4* ^n genre .supérieiir» doit se dire des genres. 
^ d«s.:.espièç^s qui i^otnt^danjs ia. ligne d^sc^nr. 
dante; ,: :. •.,•..-..,- t 

. iK^uît «^ qu'an syllogisme est çomp<)ji!^ 
de tijQÎ^ propositions. Dans les den^ premièi^esK^ 
on compare Je moyen avec chacun des. ex^tJr: 
aies; dans la tr^isièm.e,^ion> conclut qv&e> Tan 
des ej^trémes doit être Tauribot d^ rautr^ti^ 
ç'écaif 'CÇ quHl-feUoit pfQi$ver«: î 
. . 11; at^U 3*^ qu'utijsyjlogisme est un raisjQiit 
Qem^Ot'Par Jequel, ^i?^ fHi$ai^t fj^ttaines a^sscç» 
lions «on.^ndÀ^iyû tiperai^tre., dUFérentç d^ 
premièx^r •— * •••'.•..•*, • ^ • •- ^\ 
i.es. diverses combînaisoiis.des trois ^erme^ 
prodi^îsen^ djf'à'entf^ sortes de syllogismes ^4^1 
la plupart se orédui^eat.à €«}le que^aous^aya^f 
proposée ppur modèle.. \:.,^\ \ 

Les résultais ▼arient encore- ^urvant qœ 
ks propositions sont affirmative» on négatives^. 



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3«*' VOrAi&£ 

suivant |u*oii kur/ddhW, iâinsi qu'aù^cteémes, 
plus oii moins d- universalité; et' de là Sont é- 
iiiaiiâe^ quantité 4Ar-*ï*gle« qtii^ font découvrir» 
tû^ premier s^'edfcVl^justesseoa le défaut d* an 
raisonnement. "^ * ''^ 

^^^ bûîsèscrtUMîlduetfOfi^^t d'exemples pour 
persuader la - multitude v de «yllcgismes pour 
cOnyairii^ré tes f»hilol&ophes. Rîen de si pressant, 
de si impérieuse qw la' Conclusion 'déduite de 
deux Vérités ddnt^^in-ftchrôrsairé-' î^été fewé 
de eenvenic. • '•• '•-•*,• •>• -^^^ •'• ; -'>' 

'Ce mécanisme* îngéhieax n'est' qtfé le^lé- 
velôppêment dei opérations de^ nôtre esprits 
Oîï^avoit obsei^vé'qu'à Pôxce^ioitac^ j*^***^^' 
principes? qui persùà^etot* pfer eux itJêmé^; tou- 
tes nos assertions ne^ sbmt|Ue dès conëkfciofts, 
et qu'eHes sont fondées sur un 'ràisoime^nent- 
qui se fait dans notre esprit avec une prom- 
ptitude «urprertantë. Qtftind j'ai clk i La )usti- 
€€ esÉ Une habitude, je fallois mèlualemeat lé 
syllogisitee que j'ai entendu plus-haut^ 
• - Oa supprimé quelquefois une * des- propo-^ 
sitions i facile à i^ppléer* Le syllogisme <'ap^ 
pelle alors enthymiSme*; et 'quoiqa'imï)ai'fait ,- 
il n'en est pas^tns 'condUam.Éjkeidple:-*?!»!- 
ie vertu est une hébttûâè; dùnda^jUit^est 
Une habituiief où hibvPi'ta' justice es f 'une ver- 
tu ; donc elle est une habitude. Je parViendroi» 
aitfémènt à la mêiiië'*''t^ÂdA^i6ni- èi^-'jd'- Àisois 
simplement : Là justice étafit une '(^rti^, ëstjané 
habifude ; ou bien t ^Lë'^ justice '^si une ha^ 
bitude , parce que toute vertu est une hàbàtu^ 



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DU JEUKE ARAOHARSIS. 3oy 

r i Tel 'i est cet autre exeanple tiré d^uii de nos 
pôëtes: ? . r ^' 

Mortel^ ne garde pat une haine immortelle. 

Veat-on convertir cette sentence en-syfr 
logisme? on dira : Jftd.morhl ne doit garder 
une haine immorielie ;> or ^ 'vous êtes mortel , 
dànc,^ &C.: Voulez- vous en ^fkire an enthymème.^ 
sup^i/he:^ une des deiixvpremières^ pto^osU 
lions. ■'/ . * ^..',.i..i- ;:.: / . ) .• ^ '. • .' 

'Ainsi. toute sentence , toute réfleicion'y soit 
qivétte entraîne sa prea.ye ^Tec eHe,' sok<|u*eN 
le se montre sans cet appai^^est un véritable 
syllogisme avec cette 'difFéreii^^ , que dàtis' 4é 
premier cas la psfeave est le jnoyén:' qui rajp* 
proche ou éloigne Tattribulc du sujet i et que 
dans le second 3 /fadt substituer leoft^yen.- 

C'est en étudiant avec attention Tedehat^ 
nement de nos idées , que les philo&ot){ies tfoa« 
vèvent Tart de rendre pla& sensibles «>les preu-^ 
ves de jao$ .raisonnement ^i- de déve)ei|:^pér ee 
de classer les syllogismes jmparfaits^ qde tioui 
employons:: sans cesser X)iiisènt bien que 4b suc* 
ces exigeott . uneLçonstgnoe* obstinée ^^^t ce gé^ 
nie observateur qui, «tài la vérité» n'invemeTten 
parce quZil n'ajoutetiricn:.à:la:nat4iPS'v fti^i^qat 
y découyre ce. quir^happe'^apz ^'esprit^^iàî*^ 
nairés . : ••:. - ii- ^ 3 sq t*' ..*. -.j-j -i*/ .: ; 

Toota^ déttoastrflftbfL est un syllogisme ; 
mais tout syllogisme n*e$t pas une déiâbimrt-^ 
tion. U est déKituii;ràti^ h>9squ- il est/étébli sistr 
les premiers principe; 'vt<cg;ai sur {Ceiix^qM^4é<^ 
coulent des prethiers ;:diale«tique>4oPsqu^it'ès« 
fondé sur àe$ ^opiaîbnsi•qui> pâtoissbnt *probi<-^ 

•w.u.-ili:-. v^. *l i;! ç ^: y '' 



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Ito. VOY AGIR 

Ides i fioùj les^ hbnmes , ^ou da moifis* aux n» 

gcs le plu8 éclairés; contentieux, lorsqu'il 

r <onclut d*aprè$ des propositions qu'on veut 

faire passer pour probables , et qui ne le sont 

X Le^ premier fournit des armes aux philo- 
aophe». qui s'attachent au vrai ; le second» aux 
dialemJefens» souvent obligés de s'occuper du 
vraisemblable; le troisième ^ aux sophiftei^ à 
qui les moindres apparences suffisent. 

Conime nous raisonnons plus fréquemment 
d'ifprès des opinions qued-après des principes 
c^taiH^j^ hs jeunes -gens s'appliquent de bon- 
ne heure à la dialectique ; c'est le nom qu'on 
donne à la logique • quand elle ne conclut que 
d'après des probabilités^ En leur proposant des 
problèmes ou thèses sur la physique , sur -la 
morale^ sor la logique ^ t>n les accoutume à 
essayer fe.urs forces sur divers sujets, à balan- 
cer les conjectures , à soutenir alternativement 
desopiiûoQs opposée&rA s'engager dans lesdé* 
touis 4u spphisme pour Iqs reconnotcre. 

iî^ofnpe. nos disputes. viennent souvent de 
ce /que -les, uns, séduits pat quelques exemples^ 
gépémlistent ; trop « et <. les , âu^es , frappés de 
qii|plqo^ eumplesrcontrairesv' ne géuéralisenc 
piai^disikeif) jles. premiers ' àppàrjqnnent qu'on ne 
doit pas conclure du particulier au général > 
)e%^f«^i(4^, qu'urne âwèptîoa ae détruit pas 
la.'ïigle^i', •: .; r/4 v.'-i' -i ^ ' 
1 ' :!iliVque5tiOn. est! quelquefois traitée par 
dMaMi|esx(et pat. répoosea.; Son objet étant 
d^édliàiiiciif^tan. (^ttfe:.iiet: die)idiriger la:raison 
xiai$isaf tcï» ia soUttiôn, ne dûiti en être ai trop 
claire, ni trop difficile. 



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DU JEUNE ANAGHÂRSia. $it 

On doit éviter avec soin de soutenir des 
thèses teifeflEièiit iB3ptoâafalei,.^uon.soit bien- 
tôt rédaît à l'absurde , et de traiter de) sujets 
lesqufili il . esi dangerêns ;d*6ésiier , ^mme » 
s'il faut honorer les. ^ftu% ,uAimer ses parens. 

Quoiqu'il soit à craindre que des esprits^ 
ainsi habitués à une précision rigoureuse, n.^n 
coâiserVcnt le: gout'i.et Ji^y.^jdtgoent in^me c4« 
liiè^di» la.coaifadictiony, il «n'en est pas nioias 
vrai qu'ilaooc. un avanitg^ /réel sur les autre^. 
D^ftiTacqfiisiiiQik des ifcietnceii^ îls sont plus 
disposés à douter ; et dans le commerce 4e la 
Tîe ,.à'!<léèottv«ir jle vî<<s d^un raisonnement. 






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itu ' VOY AGE 

C H A,P l t R E LVllL 

• Sttiie de la SiUiaihèque fuA JthétHen* 

La Rhétorique. ^ ^ ^' 

X endant que Ton oonstruisoit avec -effiutré- 
difice de la togfîq(te;i »<< dit Euclide» s'élèvoit 
à tdté celui de la thétorique, moi» sc^de^À 
laî: vérité » mais ptoâ élégant' et' fi^s magni- 

•£qae. • - ' .J''-'-' - --•• 

Le pr«iièr,-lui ^l^^jé, poavoît lècire né- 
cessaire ; )e ne conçois pas Tutilité du second. 
L'éloquence n'ezerçoitelle pas auparavant son 
empire sur les nations de la Grèce ? Dans les 
siècles héroïques, ne disputoit-elle pas le prix 
à la valeur ? Toutes lés beautés ne se trouvent- 

* elles pas dlMis 4ès éjpfitside cet Homère qu'on 
doit regarder comme le premier des orateurs 
ainsi que des poëtes?Ne se montrent-elles pas 
dans les ouvrages des hommes de génie qui 
ont suivi ses ttace^? Quand on a tant de pré- 
ceptes ? Ces exemples , répondit Euclide , il les 
ftlloit choisir $ et c'est ce que fait la rhéto- 
rique. Je répliquai : Se trompoient-ils dans le 
ehoix. , les Pisistrates , les Solons y et ces ora- 
teurs qui 9 dans les assemblées de la nation 
ou dant les tribunaux de justice, s'aban- 
donnoient aux mouvemens d'une éloquence na- 
turelle ? Pourquoi substituer l'art de parler au 
talent de la parole ? 

On a voulu seulement , reprit Euclide , ar- 
rêter les écarts du génie ^ et l'obliger, en le 



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BU jEVVEr ANACHARSIS $i3 

conttmgnsûtjii^ réunir- ses f&roes.lU^ous. doutez 
des ^(i^aïltagès di^lai rh^bfiqae^' ecvour sàveï 
qu^Âsiis^dte' y : quoique prévenu* comvt^Y^tt otif 
toire^ coi>vîeiitiiéaiunoms qa ik peut être atb- 
le. Voas en*dotftez, et vous avez ent&ndu^Ii)6- 
mosthène !* 8an$.iea leçons de^ ses maicres , ^répoo)- 
dis- je s D^o^thèoe' aot oit par-tout: maîtrisé i ks 
esprits; Péut^^ètrèi q^ae sans^ le'isecoars des siens^ 
Escbine ne «e-Vroit pas exprimé -av«c tant .4c 
€hariAe$.<Vous*.'avbuez donc , reprit Euctide, qne 
Tare f«Ui> doniiei^ au talent des firmes plus 
agréables? Je :;n6 - serai !pas moiiil» sincère rjqne 
vous-; et' )e^i:off^ieiukai4^e c'est c^àr^peu-près ilà 

tout MrHlï^ité.-îV- :; V ; ! ,ri 

Alort Vappiùaham de sesît^btetces: voies, 
me dft^i)!, lèS' adteurs cfuiundusi^ Soumissent des 
préceptes sur V^çquence i^^ é^ -'ceax < qui ^nous jeh 
ont^ laissé' de$< modèles. î$^resqii^'>tG^a'09ic :v{écu 
dans le sièdë è^nier ou^dak^ ie ^nâtre. Fanm 
les premiers^ lOtit Corax de^Syrf/^îse , Tis4à&), 
Thras7tt)aquttw''E'^otag6raS')i Piiodittus^, Gorgias V 
Polas, Lyctf&mas^ Alciâamàs^v Théodore ^ Eve- 
nus , CaUippe , iâcc..pariiii i&l «ecdnds , ceux £ftd 
jouisseiit) d'xin'e réputatioit tùéù^e^r ^^s que Ly^ 
sias,. Antiphon, Andocidc^^;.' isée ,^ CaUiœtrats;» 
Isocrate; ; a|butons-y cenxnqtâir^eht:' oonunencé 
à se distingiierV tels que!Dém(i«|]hèbei Eschiùè, 
Hypéridel, ^ycurgue, ftqc.^:"i "^" i .- ' î^î 

J'ai lu le^ ouvragest des^orateurs^ lui drî^^e»; 
je ne connois ;pdint cc«i»xi dès '^héi^eurs. ^aufs 
nos pré^iéden» entretien^/î^àias awét daigné m' in- 
struire de&:jptog:Tàs et dellîéè^t'iiacwiçl de quei- 
quès! gences-delittératttrJEf^ oieiCfisH|e -exigera 
vous la même complaisance par rapport à la 
rhétorique ? 



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3t4 : :/fV.<»XAOIi:': 'ù 

: La mU-ckc^s sciencél. exactes pe\it être 
facilemeiu/casinti0.| t^tondu.fiiUrlîde, pawe qae 
iiwftni. qKune coiite ./poar paT,Vjenir. a» .teifiie , 
on' voit d^iij^ coup-d'eeil Ie:pbîfit.dV>& cUçs par- 
•Ci^dt^ .et. sebfti.où elles armeot.. I] .n'en est 
po^ de mÂmt des ai ts de rima^înatidii : le goût 
4}Cii. lès . pic^^^^i^ ,acbhrairei, .robiei. qu'ils se 
propo$eiU''foayeat indéterniné^ jet là' carrière 
f(u*ils paDCOUÊent: divisée en: ploMeuis seiitiers 
voisins; tes* bn8> des. antre» •..vil ;.^t Uaposstble > 
^a .du .moiàs iiàs-difficile , . de >in6Stiref*; e^i^rie- 
ment ltAx& dTcxt» et .leurs sïiftcèsi Cotinmem , 
«n<s6ffet(t di6coiivïic.^s :p(eoier$:pi»du talent» 
et, la règle à la main; suivre.k.^ielwsqa'il 
^feinchit def' espaces.* imiBi^MeA?. Commet en- 
«core séparor lac bmière de$. ifaïusteis l4ears qui 
d eBviroanpnt t >définir. ces grâces légères qui 
idisparossteni dès. qu'^a ks analyse» apprécier 
ienfoi cette beauté» isapréme qid fait . la . perfe- 
xtioa de cfaaqu^.. genre? Je vak, puisque vous 
r«xigez; voitfi'}d0nQe£ des mânokes pour ser- 
vir^ à rhistoire d^ia rhétorique ; mais dans une 
iiaatière si suâGejttîblo^id'agQémcns > t^ attendes 
-de moi qa'c^a:^itx nombre de &its et des no- 
étions asseï çot^omnes* 

Nos> écri.vains..n^avotem » pendant plusieurs 
^siècles, parlé iq9ie^\le Iltngage de la poésie; ce- 
lui de la prose leur, .paroissoit trop familier et 
-trop tiorné; poar?satisfaire aux besoins de Tes* 
priti, QU;plU:iôt 4e l'imagination ;:car c'étoit la 
&calté que Tua cdcivoit alors, avec le plus de 
ioin. LeiphiiosopbélPfaérécidede Scyros et Tbis- 
tocien Cadmtt»:di» Milet cofflmeiU:èMac « il y & 



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DU JEUNB ANACHARSIS. Si» 

deux sièctes én^iron\ à s'affrkiv^ir <Iés lôix si«^ 
vères qui ^nchàiâoienc la .diction.^ Qùoiqa^ilt* 
tussent: ouvert • ane toute nouvelle et plus fa- 
cile, on avdit tatit de peine à quitter 1 ancien*' 
ne, qu,*on Vit Solon entrepreildré de traduire 
ses ioix en vers; et les philôsoplies Empédo- 
cU et Pannënidè, parer leurs dognles^eschàr* 
mes de la î)oésie. . - 

L'usage- de là prose ne servit d*abord qu i 
multiplier les historiens • Quantité d'écrivains 
publièrent les annales de différentes nations i 
et leur stytè présente des défam^tfe lés 'révo« 
Kitions de notre^gdûc Rendent éxIrêinementsén-L 
tibles. Il esi dailr et concis, m^k ^ériué d'àgréf 
mens et d'harâioàie* -De petmt ^^hrases $*f 
succèdent sans soutien ; et T^il sjè lasse de leé 
suivre, pafcequHr y cherche vainement les 
liens <|ai devroie^t tes unir» l>-autrés ibis , et 
sur- tout dans^ks jpremîet^ historiens , eHes four* 
miUent de tours poétiques ,' du plutôt elles 
n'of&ent plus que ks débris dès Vers dont on 
a rompu la mesure. Par*toat <IÂ recbnnott qu« 
ces auteurs n'avoiânt' eu que v des 'poètes {>our 
modèles , et qu'il a Mlu du temps pour 'for« 
mer le Style dé }a> prose, >'«i^l qué'pbur dé^ 
couvrir les-p^epteî^da la rhétorique. 

C'est en Sicile ; qu'on fit lès i)remterS es^ 
sais de cet arf. EnvirdU cent ttt<s aprè^ lamort 
de Cadmus^ un^ Syr fusain , nbiiitnéCorStx, as' 
sembla des disciples ; ^et composai sarU Vhéto* 
r-ique an traité 'encore èstinié de '^'nos purs, 
quoiqu'il ôe fasse consiilèr le'stfcrek de' l'élo- 
quence que idans* lé cakal trompeur de' certain* 
aes.^ probabilité -Vwîc^,i'^ar: e^em^pte ^ xomsue 



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U proqedc; Dfn J^oqstne^ fort^taieoti soupçonna 
4*en îivoir bfittUjaji auife ,. pst^ t/^adun ea jus* 
tice; il est pl^s (oible oa plus far.| que soa 
tccus^teur^ comoEieoc supposer , 4il Cor^x , que 
dans je premier cas il . pui$sfL 4tce .coupable , 
qae d^ns }e^ seçQpd il 9\t ;pu js'ejtposer à le pa- 
rÇÎtre ? .Çf rooyçn, ei d'autres #embl|ibles ^ Ti-r 
fias» élève de Corax, les étei|4ic .43QI an oa- 
vrage que . np\^§ aTons : eacqre , . et s^u serric 
pour, frastrçM^ sou œ^ttff:;du {MU^lre-rqiaU'liii 
devoit, .j _.:.^:r .':> . ..• .. ..- .-. 

tQs dî^ns.;<lji .tpiklM^s» jdpiViOn^^coQimenpoit à fè* 
diger le? prjpqpe^; et ,4« liirtL<k peoser y. elr 
W RA»^f?iyt #ftrtf.çbstïS|clç.<te.n6tr«rt de parler. 
Ce derjivei; jf r^sefitit «ij^i 4cL:goût des. so* 
pbiisifves et.jd^ î^fl^pril^d^ c(ini9:adictiiin qui do- 
ji^inoieixt dao^Jef écarts;. d;u >{iceiiiiieE. Protago- 
ras^ discij>le..de PéipQ^tîW j,.fi*,t4 témoin , peor 
dam spn,9i^)0|ir« en Si^te^ j^c J» «loî*^^ queCcn 
ra^ .îi;TOit,.ftpqvy§g. llvIlfiJtoK ift^uralors. di«in-t 
gué. psar.de^i^'o/f^^es/.r^ejEfitoft su la nature 
des )§t.rcft,,.y >1^^ (\^t, bi§niàti pW;,!^ ouvrage» 
qu'U^^)?|i2^r|Si||j Iaigç9^fWlïake/et.;S les différ 
rçntt^, jartie^ 4«hUartdCîrAtpiJBe. <& Jui fait hon-r 
neur d'a.y9^vi^iJftsqilei»lJr^ppbl*.]Ccs proposir 
Mpnf 5^Q^Cf 1»N qu'ftft'tppejlfoi^s communs ^ 
çt qu'empjpie ^vig Ar^^e^ir^ft pour ^muItipHer 
ses PfeuYSs'iîiSpifc çQftSei4tfç^4rttL ^vec facilité 
sur ^9Ujfs^sçr»^(4p, ma^r^ .j ;.-, 

iC^fif Je%5, ^api^ue^^çrè^^bondans . se ré, 

duispritiilt ïjij;,Btï%tî i¥:^Wfbi;eodeL^â)?seiii. On exa:? 

•wjnç,,pajr ç»çin»Jei Aj|4i.Jic|)o9i rela«vemem. à 

la çfji^e , ^à XsSw t i**x^ WM^tajKes ^ aux, pet? 



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DU jEiîKfi ÂnfkmÂRsis.: iii 

^tiHéi ^'^«cér^h' ''de' ces :fippor\i*riihsih( 'dej 
séries de rtâ^frféfe^cr <te'pfbpfe«*tioftïï'îfcofitràfdî3 
itCCbires ,'1ic^ëmfi%^éeé'<Ië leurs* f>r€WV«# /'et pfe^* 
<ÏTiie tainës ^iêp^s«éè- p«V '(fetttkfldél'et^ par «^ 
jfônseè^â&s'4?s^«c)*m <fe Pï«t^€^^ras et de^ t^i 
«es rYàithf§ qui^onV-^ cDïitiMé^ëoV ttattUr ^'l 
^^ ' Ai>ïà^ -avtïîr '#égft?tà7irftfWîèfe de construU 
re Texorde , de ^litl^pà^er la ItafVtiMidtt -et île sdff 
Ï0^f JtS5ça§^6ïl^^de^^]gë$v^cmî»étèi«ît^le do- 
nSà'ine'rfe'l^cJgucîiCcrf réftferfirf^Uïqtt^'aléfâJ dàril 
reùcèliW» de fe flaèe^*publioCi#-et dt barréauT; 
Rivale dif k'^pbé^teT'^le^ eéhibta^ ë'^Wrd ie?î 
dieux ; je* héros'V'eP les cit6^#fts' qaî' àvoîéné 
péri dairs fev wtfibàis, tfls^îW ïsdcifâtef tbmpol 
«à de« «ôges ■ pour des pàt^lèttlièrS^ d'uh ' ràft]| 
dlstingtfé; Depuis rm a lede' IndtfféteimAfent del 
lifômm^ \Jtife's' ou'1iibîiîèa--à ^fettï^-^patrle | re» 
ÙT^^^'ftmé d& tôutb' pàrIS'îvèt iron a idécfklf 
<]Ue la^ti^tiiH^e ^àïn^i'^uelë' V&^e n« dëvoièm 
garder aircûnb' Dhésute.'- ';/>' '] *-î^ 

-^^ ' Ces^idJvw&ès* t*RtàtiW*o*t 'à- petûe femfH 
l'fespacô tl^un !s3èdé ; et daM-Cet intervalle OU 
«^pi)i*q^è«'* âvé«!i le ^ôine^'^oîli' a ' fottfiW le s<y<- 
tel H^ti' «etlI^tîBf i'Jàn- lût ' «t)ôiferJ^ai' leîs rfcnfeÇ* 
sfes qu^r-'âvlfi^v'-*^- son 'drtgiil07 empruiirfék 
d^ ta td«ltié>r în^i» ^^i(" chëi^horFtvettcofe i 1^ 
augmenter ; on le paroit tous les jf|b\lK de n^xy 
Velles ^olfrtur^'« de $<itt§i^tt>tl(iaieli». Ces bril- 
tM^ âifaléf4âfux'^tcHMr aupifra^aftti^etés au biai- 
isard les- ifti!fàttï^rès derlWtrts f cottfme ces pieç- 
rès qu Vt^ fâ^eittib]^ J|)^r Mhsftuire Uii éditlcet; 
•Tiiïstînc^' €^i"!le«^ ieniiintm"ypVitem'''gain de :l€s 
^«sortir "et 4e^/le$^> eaipoaer :âum une bélla o#- 
•dofinaàte^f A^Ueii ^ ces 4)brjMt «isolées , quk» 



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lâate de nerf et 4*appoi v tombaient presque it 
chaqae mot, iei groupes â*i^i^e^oiis choi- 
sies formèr^it^ fn se rapprochant r,. an tout dont 
les parties se ^«q^tenoient^ sans peipe. Les oreil- 
les les f^iift <MHpaite; furent ravjesd^ismendre 
riiarmonie de japrose; et je$ esprits les plo^ 
]astes..dle voir une pensée se .4^?elopper avec 
majesté 4a»$ wne.çeule ^x\o^*.:, : . 

Çejtte.fe^mel^eareuse* d^coaxereepar des 
fbéteurs estimables ^ tels, que Gorgiai^s:, Alçîda- 
p).as ejt Thra^^naque^ t^t perfeciionn^ par 
Isocrate t dîscîpte da premier. Alors on distrir 
)>aa lef périodes. .dNin discoprsen.def .interval- 
les à- pisii'rsrès^ég^^ : leurs membres s'enchat- 
nèrent^et. se ^mrastèrens par l'entrelacement 
ip^s ^9^ pu desrrpepsées ; jes mQti .eujc mêmes» 
par d^ ^ fréquentes inversiotis , . sémbiibreiit se^* 
imnter dans l'eipaee qui leur; étqit assigné , de 
^ani^re pourtant que , d^k^fCOfOimencement 
de la phrase i ils en laissoient entrevoir la fia 
iisux esprits attei^tifs. Cet astifice^ adroitement 
snénagé» étoit; pour eux une%Qurcede plaisirs; 
^)iis trop, souvent employé V il les fangiioit au 
point qu'on, a^ vu quelqueA>is « d#fts nos assem- 
^ées , des voix s'jijever , ei achçiff^, ^vam l'ora- 
teur la longue i période qu'î): ^parcouroit avec 
complaisance. : %. .. 

Des efforts., redoublés, ayant enfift rendu 
4!éloctttionnomhr4^ttse ^ co<u]ante t haFf^jonieuse, 
propre à tous jes^suîets, susceptible.de toutes 
les passieni., on distingua trois sottes de lan- 
gages parani les Grecs: çsImI de la .poésie ♦no- 
We et magnifique; celui de la conversation 
«mple et. môdastâi celui jde .k. {itose. nstpvée ^ 



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DU JKUNB AJÎACHARSIS $0^ 

^eB«nt'pl«f <G^,:fH>}ti^iâg:lttt|i>:tMixdc Tautre, 
rnmv^ty la.onatRrCx dee matières. lauxqueUes^m 
lUpp]iqMoiiiir.j •. '^ - .. i»--. ^ .,/<^ • V -.r.:> 

Oq distJ99<iUj aussî deux espèces d*ora* 
.teuff &jceQ«.^ cohftaerowii Séloquence à éclû- 
.irer le; pîsaple dails .ses atsemU^es v tels que BU- 
triclès; .^ ^^etàtc Jes îtttérèe^ 4^5 1 panicalicts 
au barreau , comme Antiphon. eti Lyaîas:; hré- 
9andD9>}turjla.phjIoftopfaie ks^ coplpiii» bryiafi- 
tes de Ja>ff)oésie^^ comme cDfinoorisiS' lel Platmts 
aet ci^uXc«fm jm cuiLcivamUa rhétorique que par 
.un iMdid6 mirêkh S)n j&a iine yaîijçi'ostfniia-' 
-écn -4 dj^iamoidnk ^n . pûl>licr mir ^ la : îtiaturé jtki 
-gotrvétmemtflt oitidfii^ l0âx) jS^riIeaim^euFs^^sks 
^€^Gc( et fes a^ta.^ déSi.di6couxi/si)petbes.vD«t 
4ans leiquçUiles peÀséesb^oioni ofRisjq^éèspajr 
Je/laagag»*-': - -. -'^.- ? r./ ..;.. ) •.\'n x^\ 

La pbpart:.4^ xes .decniecs^IC0Inu9 %ot^ 
le nom de sophistes, se > répsmdiirent) dans.^ 
Grèce» 11$. ertpmnt^'de vUle a>fiBÎitey::^in-tout 
acctteUli5/r pQrT€oi»||iesc6];tés. i'^n geaad nombre 
de diseiplesi, qui» jaïou^iiide /s'è&W.aujr pdreK 
inières pla^s^par^Je tecaurs de féloquence > pfr 
yoiM^rxhèremOn^ leiors lefoni ,7et Jaftpprovîsiok»- 
noient à leur suite , de ces notions générak» 
o» lieiiiK •QOQMai;it9,idont je';yqMa at/ci^ia parlé. 

Leurs .ouYrtg^tq«e/ )'ai réassemblés!, soot 
écrks.tivec tant dr symaaetrie: et: |dîétégaiice.| 
on y ivoic; t^ne< <^€;lle abondanlcQ. de^Jbeautéai, 
qu'on..est soitméme fatigpaé cbca aîffih-tsr.:C)u'i)b 
«oûtètrc^nt: à/leurs^auteunlq S ils séduiàètit, quel- 
quefois.^ )lsi ne remuent Jamais vpa^^e que :1e 
I>araddx6 y tiem lieu de la térhé v ec la chah 
li»r '^de J'imaguiation de celle 4e l'aaik. 



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3flb • -::^':'T-0:Y AGE'. "'• 

demande plus d'esprit que de sentiflléntl tamât 
eemfaie tiéf '^spèdô àe tact^fi|fl>dôntvrob)et 
èBt de^ rawetiiMèr «né gnoute^sqifâeiitifé^e ttiotd, 
d8 ler pmsers^)ér^0wi(to, :'lèif»<Ai<^tHf les um 
tpar les «utreri*, «rie» faire waîrclter fièrement 
àil^ennemi •' lia onri aîisst des^nuies cri des corps 
-dé ' ^és^iwt'?! ftMs ^ léinri : j^rmcipéle riessoufce est 
(dans le imitiiitfoqâtis i^édat ddsiavinéi 
-î ^ -ÇerëpIae:bi^iiIe'sbt'toa« ^Msiles éloges 
-«n panégfyrtqtiesid'lMrcule^'ilW âetéiÎHâieax* 
iGetmnc le^^snîets^^ù^'fb cbdiiiswm paie préfé- 
^nce;^«rla>'fiifeur^Hié 4dudr> $>ttr j^tocnent 
iacGroe^r^^eil»os!ièbiid' )uiiptetiar tes êtres 
itxaaiméfb^ J*lâ irtilUiàre qui ^ pûbeittepe-^I^^JE/o^ 
ge du sel: toaces les richesses de riiâagtnaûoa 
-y sons iépaiféôs ? tipoiit exafpéœr les - services , 
•4u*il- ifendnwât.iwqitel!^ - ' ? 

li '''^L'im{^dJiim<e*(;àlé'caustfiif lai^pidpan de 
ces iMvIpa^s. jT va* jotqii^à riAdigtmtion , lorsque 
Petits auieowtÎDsinuèarv^^ tâbhent dejnontrer 
-qae Vat^vaivâ AM' étte en tâat' de^fasre triom*- 
l^er le ctline:et^ rînfoeencé; toTitnéiisogiie et 
•la .vérité. ?f. ; T.. ;• - > ••> "-■'-"'i *'"-' '' " 

' Eltewa pwqû'aiitlégoûcç Jwraçi'Hs fon- 
^êmnt JeuVàrrratsonnemefi$ slsr^ié^'i'vubtUîcés de 
Ja diatectique. hes :iKii]eurt8i> ûtpdts:^ dans la 
«vtie. d'^salyerieurs forces' f»«€^gag6btent vo- 
lontiers: liins ces détours: capiia^nc/: Xancippe» 
fis :de Péridlès , < se • plaisoit i "lucbntier que peu* 
tdant lavaéiébcationiniie certains -ieux, un trait 
l&ncé par m^fiF^rde ayant ;taë tan <chevftt, son 
père et.ReotkgQraa passèrent one^jouinée entiè- 



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DU JEUNE ÀNACIHARSTS 3<it 

te à découvrir la cause de cet accidetit ; étoît- 
cé le trait ? la main qui Tavoit lancé ? les 
ordonnateurs de$ jeux! 

Vous jugerez, par l'exemple suivant, de 
l'enthousiasme qu'excitoit autrefois Téloquenc^ 
factice. Pendant la guerre du Péloponèse ri vint 
dans cette vile un Sicilien, qui remplit là Grè* 
ce d'étonnement et d'admiration ; c'ét'oit Gor- 
gias, que les habitans de Léon te . sa patrie, 
nous avoient envoyé pour implorer notre assis- 
tance. Il parut à la tribune, et récita une ha* 
langue dans laquelle il avoit entassé les figu- 
res les plus hardies , et les expressions les plus 
pompeuses. Ces frivoles ornemens étoiem dis- 
tribués dans les périodes, tantôt assujetties à la 
même mesure, tantôt^distinguées par la même 
chute ; et quand ils é^jnceloient devant la mul- 
titude, ce fut avec un fi grand éclat , que les 
Athéniens éblouis secoururent les Léontins , 
forcèrent l'orateur à s'établir parmi eux, et 
s'empressèrent de prendre chei lui des leçons 
de rhétorique. On le ^mblade louanges, lors- 
qu'il prononça l'éloge des citoyens morts pour 
]c service de la patrie; lorsqu'étant* monté su^ 
le théâtre, il déclara qu'il éioit prél à parler 
sur toutes isortes àe matières ; lorsque , dans 
les jeux publics , il prononça un •disio'Urs pour 
réunir contre le« barbares les divers peuples do 
la Grèce. ' ; • • - '. 

Une^aûtre fois les Grecs;, aîssemblés aux 
jeux Pythiques V lui -^ décernèrent M>ne- statiae, 
qui fut placée^, en > sa ^ présence , au temple 
d'ApoUom Un succès plus flatteur avoit cou- 
ronné ses taleçs. en Tbessalie* Les .peuples d^ 

Tom. ir. ax 



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Sd» VOYAGE 

CQ canton ne connoissoient encore que l'art 
4e dompter un cheval , ou de s'enrichir par 
le commerce : Gorgias parut au milieu d'eux, 
et bientôt ils cherchèrent à se distinguer par 
les qualités de l'esprit. 

Gorgias acquit une fortune égale à sa ré- 
putation ; mais la révolution qu'il iit dans les 
esprits, ne fut qu'une «ivresse passagère. Ecri* 
vain froid , tendant au sublime par des efforts 
qui l'en éloignent , la magnificence de ces ex- 

i)ressions ne sert bien souvent qu'à manifester 
a stérilité de ses idées. Cependant il étendit 
les bornes de l'art; et ses défauts mêmes cm 
servi de leçon. 

Euclide , en me montrant plusieurs haran- 
gues de Gorgias , et difFérens ouvrages compo- 
sés par ses disciples Pujps , Lycimnius , Alct- 
damis , 6cc. , ^joutoit : je fais moins de cas du 
fastueux appareil qu'ils étalent dans leurs écrits, 
que de l'éloquence noble et simple qui cafac- 
térisje ceux de Prodicus de Céos. Cet auteur 
a un grand attrait pour les esprits justes; il 
choisit presque» toujours le terme, propre, et 
découvre des distinctions très-fines entre les 
mots quj parois^sent synonymes. 

Cela est vr^i, lui dis- je, mais il n'en lais- 
se passer aucun sans le peser avec une exac- 
titude aussi scrupuleuse que fatigante. Vous 
rappellez-voûs ce qu'il disoit un jour.àSocra- 
t^ et à Protagoras dont i| vouloit concilier les 
opinions? ,,1] s'agit entre vous i& jtiscuter et 
non de duputfir; car on discute avec ses amis, 
et l'on dispute avec ses ennemis. Pax-là vous 
obtiendrez notre estime et non pas nos louan- 



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DU JEUNE ANACHARSIS. 3i»3 

• 

ges; car restime est dans le cœur, et la lou- 
ange n'est souvent que sur les lèvres. De no- 
tre côté, nous en ressentirons de la laùsfac^ 
tion et non du plaisir ; car la saiisfaciion est 
le partage de l'esprit qui s*éclaire, et Iq plaisir 
celui des sens qui jouissent >, • 

Si Prodicus s^étoit çxprimé de cette ma- 
nière, me dit £uclide> qui jamais eût eu la 
patience de l'écouter et de le lire ? Parcourez 
ses ouvrages, et vous serei étonné de la sa- 
gesse, ainsi que de Télégance de son style. 
C'çst Platon qui lai prêta la réponse que vous 
venez de citer. Il s'égayoit de même aux dé- 
pens* de Protagoras , de Gorgias et des plus 
célèbres rhéteurs de son temps. Il les mettoit, 
dans ses dialogues , aux prises avec son maître; 
et de ces prétendues conversations, il tiroit 
des scènes assez plaisantes*. 

Est-ce que Platon, lui dis-je,n'a pas rap- 
porté fi4èlement les entretiens de Socrate ? Je* 
fie le crois pas, répondit^l; je pense même que 
la plupart de ces entretiens n'ont jamais eu 
lieu. -^ Et comment ne se récrioit-pn pas con- 
tre une pareille supposition? — Phaedon , après 
avoir lu le dialogue qui porte son nom ,■ pro« ^ 
testQ. qu'il ne se reconnoissoit pas aux discours 
que Platon meuoit dans sa bouche. Gorgias dit 
la même chose , en lisant le sien ; il ajouta 
seulement que le jeune auteur ayoit beaucoup 
de talent pour la satyre , et remplaceroit bien- 
tôt le poëie Archiloque. Vous conviendrez du 
moins que ses portraits sont en général assez 
ressemblans, — Comme on ne juge pas dePé- 
riclès çt de Socrate d'après. les coméiies* d'A- 



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3a4 VOYAGE 

ristophane , on ne doit pas juger des trois so« 
phistes dont j^'ai parlé, d'après les dialogues 
de Platon. 

Il eut raison sans doute de s'élever con- 
tre leurs dogmes ; mais devoit-il les représen- 
ter comme des hommes sans idée, s&ns lumiè* 
res , incapables de suivre un raisonnement , 
toujours pr&ts de tomber dans les pièges les 
plus grossiers y et dont les productions ne mé- 
ritent que le mépris ? S'ils n'avoient pas eu de 
grands talens , ils n'auroient pas été si dange- 
reux. Je ne dis pas qu'il fut jaloux de leur ré- 
putation, comme quelques-uns l'en soupçonne- 
ront peut- être un jour; mais il semble que 
dans sa jeunesse il se livra trop au goût des 
fictions et de la plaisanterie. 

Quoi qu'il en soit» les abus introduits de 
son temps dans l'éloquence , occasionnèrent 
entre la philosophie et la rhétorique , jusqu'a- 
* lors occupées du même objet , et désignées 
sous le même nom , «ne espèce de divorce qui 
subsiste encore , et qui les a souvent privées 
des secours qu'elles pouvoient mutuellement 
se prêter. La 'première reproche à la seconde , 
quelquefois avec un ton de mépris , d'usurper 
ses droits , et d'oser traiter en détail de la re- 
religion , de la politique et de la morale , sans 
en connoître les principes . Mais on peut ré- 
pondre à la philosophie que ne pouvant elle- 
même tern;iiner nos difFérens par la sublimité 
de ses dogmes et la précision de son langage, 
elle doit souffrir que sa rivale devienne son 
interprète, la pare de quelques attraits, et 
nous la rende plus faiçilière» C'est en effet ce 



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DU JEUNE ANACHARSIS 4a5 

qu*ont exécuté dans ces derniers temps les ora* 
teurs qui , en profitant des progrès et des fa- 
veurs de Tune et de l'autre, ont consacré leurs 
talens à l'utilité publique. 

Je place sans hésiter Périclès à leur tête; 
il dut aux lejîons des rhéteurs et des philo* 
sophes cet ordre et ces lumières , qui , de con- 
cert avec la force du génie , portèrent Tart 
oratoire presque à sa perfection . Alcibiade , 
Critias, Théramène marchèrent sur ses traces. 
Ceux qui sont venus depuis les ont égalés, et 
quelquefois surpassés , en cherchant à les imi- 
ter ; et l'on peut avancer que le goût de la 
vraie éloquence est maintenant fixé dans tous 
les genres.» 

Vous connoîssez les auteurs qui s'y dis- 
tinguent de nos jours , et vous êtes . en état 
de les apprécier. Comme je n'en ai jugé , ré- 
pondis-je , que par sentiment , je voudrois sa- 
voir si les règles justifieroient. l'impression que 
j'en ai repue, Ce règles, fruits, d'une longue 
expérience , me dit Euclide , se formèrent d'a- 
près les ouvrages et les succès des grands poè- 
tes et des premiers orateurs. 

L'empire de cet art est très-étendu . Il 
s'exerce dans les assemblées générales , où Ton 
délibère sur les intérêts d'une nation ; devant 
les tribunaux , où l'on juge les causes des par- 
particuliers ; dans les discours , où l'on doit 
représenter le vice et la vertu sous leurs vé- 
ritables couleurs; enfin dans toutes les occa- 
sions où il s'agit d'instruire les hommes. De 
là trois genres d'éloquence, le déJibératif , le 
fudiciaire , le démonstratif. Ainsi hâter ou em- 



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8a6 VOYAGE 

pêcher la décision du peuple, défendre Tin- 
nocent et poursuivre le coupable , louer la ver- 
tu et blâmer le vice, telles sont les fonctions 
augustes de l'orateur. Comment s'en acquitter? 
pour la voie de la persuasion. Comment opé- 
rer cette persuasion ? par Un profonde étude, 
disent les philosophes ; par le secours des rè- 
gles, disent les rhéteurs. 

Le mérite de la rhétorique, suivant les 
premiers , ne consiste pas dans l'heureux en- 
chaînement de l'exorde, de la narration, et des 
autre parties du discours, ni dans les artifices 
du style, de la voix et du geste, avec les- 
quels on cherche à séduire un peuçle corrom- 
pu. Ce ne sont là que des accessoires, quel- 
quefois utiles , presque, toujours dangereux. 
Qu'exigeons nous de Torateut.*^ qu'aux dispo- 
sitions naturelles il joigne la science et la mé- 
ditation. 

Si la nature vous destine au ministère de 
l'éloquence, attendez que la philosophie vous 
V conduise à pas lents; qu'elles vous ait dé- 
montré quç l'an de la parole devant convain- 
cre avant de persuader , il doit tirer sa prin- 
cipale force de l'art du raisonnement; qu'el- 
les vous ait appris eii conséquence à n'avoir 
que des idées saines , à ne les exprimer que 
d'une. manière claire, à saisir tous les rapports 
et tous les contrastes de leurs obiers , à con- 
noître aux autres ce que chaque chose est en 
dle-môme. En continuant d'agir sur vous , el- 
le vous remplira des lumières qui conviennent 
*à l'homme d'état, au juge intègre, au citoyen 
excellent ; vous étudierez , sous ses yeux , les 



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DU JEUNE ÀNAGHARSIS Su? 

diflTérentes espèces de gouvernemens et .de loîx, 
les intérêts des nations, la nature de l*h6mme, 
et ^e jeu mobile de ^es passions. 

Mais cette science achetée par deMongi 
travaux cédéroit facilement au soufflé (^'\ia; 
gieùjt de Topinion , si tous ne la Souteniez , 
non seulement par une probité recoanue et 
une prudence consommée , mais encore "par un 
xèle ardent pour la justice et un respect pro- 
fond pour les dieux , témoins de vos intentions 
et de vos paroles. 

• Alors votre discours, devenu forgaiSe d^ 
la vérité; aura la simplicité, Ténergle 4 ht cha- 
leur et rimposante dignité qui la caractérisent; 
il s*embellira moins de l'éclat de votre élo* 
quence , qùè de celur de vor vertus; %^' tou^ 
vos traits portercmt . parce qu'on ser* pèrsua* 
dé qu'ils viennent d'une main qui h*a^ jamais 
tramé dé perfidies. ' .. j j 

^ Alors seulement vous aurez le -droit de 
nous développer, à la tril^uné > ce qui elt véri* 
tablement utile;. au barreau, ce qui^eSt- véri- 
tablement juste; dans les discours consacrés à 
la mémoire des grands hommes ou siu triom* 
phe des mœurs , ce qui e$t véritablement honnête» 

Nous venons de toir ce que pensent les 
philosophes à l'égard de la rhétorique ; il fau- 
drolt à présent examiner la fin qae se propo- 
sent les Rhéteurs ,^et tes règles qu'ils nous ont 
prescrites. Mais Arîstôte a entrepris de les re- 
cueillir dans un ouvrage, où il traitera son 
sujet avec cetite supériorité qu'on a remarquée 
dans ses premiers écrits. 

Ceux qui Ycfnt précédé s'étoicnt bornés, 



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a^g VOYAGE 

tantâi' à-diitribaer avec intelligence les partiel 
du discours , sans songer à k fortifier par des 
preuves convainquantes , tantôt à rassembler 
des iraximç^ générales ou lieux communs ; d^aa- 
tres.lûis à nous laisser quelques préceptes sur 
le style, ou sur les moyens d'exciter les pas- 
lions ; d'autres fois encore à multiplier les ra- 
^es pour faire prévaloir la vraisemblance sur 
la vérité, et la mauvaisie cau^e sur la bonne: 
tous ayoient^ négligé des parties essentielles , 
comme de régler l'action et la voix de celui 
qpi .parle ; tous s'étoient attachés à former un 
âvo.c%i , sans dire un seul mot de l'orateur pu- 
blic» J 99., suis surpris 9 lui dis- je ; car les fon* 
ctién;, du dernier sont plus utiles, plus nobles 
et pifs difficiles que celles ,du premier. On a 
sans iujxie pensé « répondit Eudide , que » dans 
une assenjMée où tous les citoyens, sont re- 
mués par Je même intérêt, l'éloquence devoir 
se contenter d'exposer des faits , et di'ouvrir 
un avis salutaire; mais qu'il falloit tous les 
artifices^ de la rhétorique ^ pour passionner des 
juges Iqdifférens et étrangers à la cause qu'on 
portera .leur tjibunal. 

te? opinions de ccr auteurs seront refon- 
dues , souvent attaquées' , presque toujours ac- 
compagnées de réflexion^ lumineuses et d'ad* 
ditio^s importantes dans l'ouvrage d'Aristote. 
Vous le lirez un jour, et je me crois dispensé 
de vpus en dire davantage, . 

Je pressois vainement. Eucliçje; à. peine 
répondoit il âmes questions. Les rhéteurs adop- 
tent-ils les principes de philosophes? — Ils 
s'en écartent souvent , et sur tQut quand ik 



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DU JBUNB ANAOHARSIS «S^ 

préfèrent ^la vrai semUanee à -la vérUé^r— Quet 
iê est. la première qttaJiié de l*orateur ? •— 
D'être, excellent logicien . — Son premier der 
-toir? — De irtontrer qu'une chose est ou n'est 
pas. ••— Sa principale att^tiun ? — De décoa- 
^rtir: dans; chaque sujet» les moyens < propres à 
persuader.. — ^n combiçn dç. parties «^ divise 
Jc^ âiscôovs ? . — > Les rhé^urs en admetiimt un 
grandi nombre « qui se réduisent à «quatre ^ Ter 
XDrde,..;la. proposition ou le. fait, la preuve et 
la péroraison >.on peut même retrancher la pre- 
mière et la dernière. J'ailois continuer ; mai^ 
£aclide me demanda grâce ^ et je ne. pas ob- 
tenir qu'un peti^ noqiibre de remarques sur Télo- 
cution. : . /*, T,: z. 

^ Quelque riche q^esoit.la langue Çrecque» 
lui dis je , votis avez du.vous appercevoir que 
rezpressioa ne .répond .pas. toujours à votre 
idée Sans doute., reprit-il ; mais nous! avon» 
le même droit que le| pren^ers institoems des 
langues:* il nou«: est , peroais de hasarder un 
nouveau, mpt , «oit e^ le. créant nonsr^mêmfis; 
soit en le dérivant d'un mot déjà connu. 
D'autres .fois no^s ajoutons un sens figuré. au 
sens littéral d'une expression consacrée par 
l'usage » ou bien nous^u^iis^oiis étroit/ement deux 
mots pour en coipposer un txpisième; mais, c^'tr 
te dernière ricen,ce est communément . réservée 
aujç ppëtes ,. et sur^tout à. ceux qui fqnt des 
dithyiaii\(bes. Qi^nt aux autres innoMatious , om 
doit en^^er avec sobriété), .et le public ne lef 
adopte, q];^ Iprsqyi'elle^ sont conformes à l'a? 
Itâlogie de Ja langue . 

^^..b^uté.4^ne expressipn .copsiste dans 



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«s» VOYAGE 

le son qà*«IIe fait entendre, et dans le teni 
qu'une renferme; bannissez d'an ouvrage cel- 
le qtti of^dse la padear, oà qai mécontente 
le goût. Un de vos aatears , lai d:s-/e , n'ad- 
met auCÙhe difTérence entre les si^^nes de ao$ 
ftosé^s i et prétend que de quelque manière 
qu'on elprime une id^e , on produit toajoun 
le méfM efi^t* 11 se -trompé , répondit JSuclide; 
de denJC niots qui sont à votre choix , Tmi est 
]>Ias ho0néte et plus décent y parce q^i'il . ii« 
îait qu'indiquer Timage que Taatre met soat 
les yeux. 

Nous ^avons des hiots propres et des mots 
figurés; nous en avons da simples ec dç com- 
posés , d'indigènes et d'étrangers ; il en eu 
qui ont plus de noWe^e ou d'agrémeus que 
d'autres , parce qu'ils réveillent en nous des 
idées plus élevés ou plus riaûtes ; d'autres en* 
liti qui soA^ si bas si dissonaus y qu on doit les 
4)annir de la prose et des vers. 

De leurs diverses combinaisons se forment 
h$ périodes , dont les unes sont d'^ui seul mem- 
bre, les aatres peuvent acquérir jusqu'à qua- 
tfe ^negibres , et ne doivêât pas en avoir da-^ 
irantage. 

Que votre discours ne m'offre pas un tis- 
su 'de périodes cOlnplettes et symroétriques , 
comme cèujt de Gorgias et d'Isocrate , ni une 
•tuie-dé phrases courtes et détachées, comme 
Heux des anciens. Les premiers fatiguent l'es- 
prit , les seconds blessent l'oreille. Variet sans 
cesse les mesures des période r, votre style, au- 
ra tout à la fois le mérite de l'art et de la 
simplicité , il acquerra mâme^ de \^ majesté , 



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DU JEUNE ANACHARSIS. $it 

si le dernier membre de* la période a plus 
d'étendue que les premiers , et s'il se termine 
par une de ces syllabes longues où la voix se 
repose en finissant. 

Convenance et clarté, voilà les deux prixi<' 
cipales qualités de l'élocotion.! \ '■ > ■ , 

1° La convtnume* OtLtécQViVLxsx de bon»- 
ne heure que rendre les grandes idées par des 
termes abjects , et les petites par des express 
sîons pompeuses, c'étoit revêtir de baillons l«i 
maîtres du monde , et de pourpre les gens, de 
la lie du peuple. On reconnut aussi que l'ame 
a dîfFérens langages , suivant^ qu'elle • est^^a 
mouvement et en repos ; qu'un vieillard ^e 
s'exprime pas comme un jeune homme^ ni les 
habitans de ia campagne comme ceux de la vih- 
}e: De là il suit que kdiaion doit varier sui- 
vant le caractère de celui qui parle et de ceux 
dont il parlfe , suivant la nature des msttièfes 
qu'il traita , et des circostances où il se trou** 
ve. n suit encore que le style de la-poësîe , 
celui de l'éloquence, de l'histoire et du dialo^ 
gue diflférent essentiellement^ l'un de l'autre^ 
et mème^ que, dans chacque genre ,les mœurs 
et les taiens d'un auteur jettent sur sa dictioii 
^es différences sensibles. 

%y La clarté . Un orateur , «n écrivain 
doit avoir fait une étade sérieuse de sa lan- 
gue. Si vous n^ligez les règles de la gtam^ 
maire , j'aurai souvent de la peine à pénétrer 
votre pensée. Employer des mots amphibologi- 
ques, ou des circonlocutions inutiles; placer 
mal-à-propos les conjonctions qui lient les mem- 
bres d'une phrase, confondre le» pluriel avec le 



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S3é VOYAGE 

singalter ; n'avoir aacan ^gard à la distinction 
étabHe. dans ces derniers ^temfis , entre les noms 
snascuHns et les noms féminins ; désigner par 
Hé même terme les impressions que reçoivl^nt 
deux d^^nos sens , et appliquer le verbe voir 
aux objefs de la viie^ , et d^ l'ouïe *-; distri- 
buer an tbasani:^ à l'exemple d'Héc:%clite , les 
roots d'une phrase, de manière qu'un lecteur 
ne puisse pas deviner la ponctuation de l'au- 
xeur:;taus ces défauts concourent également 
à J'jobsciirité du style. Elle augmentera , sU'ex- 
£às. des ornemens et la longueur des périodes 
légarem l'attention du. lecteur, et ne lui per- 
mettent pas de respirer; ^i.far une marche 
trop.. rapide y votre pensée lut échappe, com- 
me dès coureurs de la lice , qui , dans un ins- 
tant « se dérobent aux yeux du spectateur. 

Rien ne contribue plus . à la clarté que 
remploi des expressions usitées ; mais si vous 
ne Jes. détournez jamai xle. leur acception , vo* 
jtce:8tyiene sera' que familier et rampant; .vous 
le relèverez par des tours nouveaux et des. ex- 
pressions «figurées. 

• La prose doit .régler ses mouyemens sur 
des jbychmes faciles à reconnoitre , et s'abste- 
nir de la cadence affectée à la poésie. La plu-^ 
part en bannissent Ies.vers« et cette proscri- 
ption* est fondée sur un principe qu'il faut 
toujours avoir devant les yeux; c'est que l'art 



♦ C'est ce qu'avoit fait Eschyle. ( in Prom. 
V. ai.) V^ulcain dit que Protnéthéelne vttrra plus 
ni voix ni figujre d'homme. 



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DU JEUNE ANACHAR8IS. a3î 

doit se cacher, et qu'un auteur qui veut m*é* 
mouvoir ou me persuader, ne doit pas avoir 
la mal-adresse de m'en avertir. Or, des vers 
semés dans la prose annoncent la contrainte 
et les prétentions. Quoi! lui dis- je, s'il vous 
en échappoit quelqu'un dans la chaleur de la 
composition , faudroit-il le rejeter , au risque 
d'afFoiblir la pensée? S'il n'a que l'apparence 
du vers, répondit Euclide, il faut l'adopter, 
et la diction s'en embellit ; s'il est régulier , U 
faut le briser, et en employer les fragmôns 
dans la période , qui en devient plus sonore^ 
Plusieurs écrivains , et Isocrate lui-même , se 
sont exposés à la censure^ pour avoir négligé 
cette précaution. 

Glycère , en formant une couronne ; n'est 
pas plus occupée de l'assortiment des couleurs, 
que ne Test , de l'harmonie des sons , un auteur 
dont l'oreille est délicate. Ici les préceptes se 
multiplient. Je les supprime; mais il s'élève.une 
question que j'ai vu souvent agirer. Peut-on 
placer de suite deux mots dont l'un finit, et 
l'autre commence par la même voyelle ? Isocra- 
te" et ses discîiples évitent soigneusement • ce 
côncojirs ; Démosthène , en bieai des occasionsil 
Thucydide et Platon, rarentent. Des* crittques 
les proscrivent avec rigueur ; d'autres mettent 
des restrictions à la loi, et soutiennent qu'une 
défense absolue nuiroit quelquef<9is à la: gravi- 
té de la diction. ,.. : . : ., V..\ : • .î 

J'ai ouï -parler^ dis-Je alors , des • différent 
tes espèces de styJes,.tels iqué Ip noble vie gra-* 
ve , le simple , l'agréable ; ec. Laissons- aux rhé- 
teurs , répondit Euclide , 1&. soûl d'en tracer leB 



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334 VOYAGE 

divers caractères. Je les ai tous indiqués en 
deux mots: $i votre diction est claire et con- 
venaNcy il s*y trouvera une proportion exacts 
entre les mots, les pensées et le sujet. On ne 
doit rien exiger de plus* 

Méditez ce principe » et vous ne serez 
point to>nné des assertions suivantes. L'élo- 
quence du barreau diffère essentiellement de 
celle de la tribune . On pardonne a Torateur 
des négligences et des répétition5 dont on fait 
un crime à l'écrivain* Tel discoarsiapplaudi à 
l'assemblée générale, n'a pas pu se soutenir à 
la lecture , parce que c'est l'action qui le fai- 
soit valoir ; tel autre , écrit avec beaucoup de 
soin y tomberoit en public » s'il ne se prètoit 
pas à* l'action. L'élocution , qui cherche à no as 
éblouir pair s*a magnificence, devient excessive- 
ment froide lorsqu'elle est sans harmonie,. lors- 
que les prétentions de l'auteur paroissoient trop 
à découvert, et pour me servir de l'expression 
de Sophocle , lorsqu'il enfle ses joues avec ex- 
cès , pour souffler dans une petite flûte. Le 
style de quelques orateurs est insoutenable par 
la multiplicité des vers et des mots composés 
qu'ils empruntent de la poésie. D'un autjre cô- 
té, Alcidamas nous dégoûte par une profusion 
d!épitbètes oiseuses , et Gorgias par Tobscuri* 
té de ses métaphores tirées de si ioin. 

La plupart des hyperboles répandent un 
froid mortel dans nos âmes. Riez de ces au- 
teurs qui confondent le style forcé avec le 
style fort, et qui ire donnent des contorsions 
pour enfanter des, expressions de génie. L'un 
d'entre eux > ea parlant du rocher que Poly- 



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DU JEUNE ANA€aiARSIS. 33$ 

phéme lança contre. le vaisseau d'Ulysse, dit: 
9« Ou voyoït paître, tranquillement les cbevre$ 
sur ce rocher , pendant qa'U fendoit les airs. » 

le me suis .souvent apper^u, dis-ie, de 
Tabas des figures; et peut-être faqdroit il le^ 
baunir de la prose, comme font quelques au- 
teurs modernes. Les mots propres , répgndit Eu- 
clide, forment le langage de la raison; les ex* 
pressioiu hgurées, celui de la passion. La rai- 
son peut destiner un tableau , et lespr it y ré; 
pandre quelques légers ornemens;,il n'apparr 
tient qu'à la pa sion de lui donner le mouve^ 
ment et la vie. Une ame qui veut nous forcer 
à partager ses émotions , appelle toute la natu* 
re à son secours, et se fait une langue nuu« 
velle. En découvrant parmi les objets qui nouM 
entourent, des traus de ressemblance ou d'op- 
position, elle accumule rapidement des figures, 
dont les principales se réduisent à une seule , 
que l'appelle similitude. Si )e dis : Achille i'eV 
lance comme un lion , je fais une comparaison, 
Si> en parlant d'Achille, je dis simplement: C< 
lion s* élance y je fais une métaphore. Achille 
plus léger que le vint , c*est une hyperbole. 
Opposez son courage à la lâcheté de Thersite'^ 
vous aurtz une antithèse. Ainsi la comparai- 
son rapproche deux objets : la métaphore les 
confond; Thyperbole et l'antithèse ne les sépa* 
rent qu'après les avoir rapprochés.. 

Les comparaisons conviennent à la pQésrç 
plutôt qu'à la pro^e; l'hyperbole et l'antithè- 
se, aux orais(»ns funèbres et aux panégyriques, 
plutôt qu'aux. harangues et aux placidoyers. Les 
métaphores sont essentielles à tous les genres 



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S36 VOYAGE- 

et à toas lès stylés: EHes donnent à la dictîoû 
tm air étranger ; à Tidéè la {►los coraTriune » un 
air de nouveauté. Lé lecteur resté uti moment 
suspendu , et bientôt il' -saisît , à travers ces, 
voiles légers , les rapports 'qu'on ne lui cachoit 
que pour lui donner la satisfaction de les dé- 
couvrir On fut étonné dernièrement de voir 
un auteur assimiler la vieillesse à la paille, à 
eette paille ci-devant chargiée de grains , main- 
tenant stérile et prête de se réduire en pou-* 
dre. Mais on adopta cet emblème, parce qu'il 
peint d'un seul trait le passage* de la jeunesse 
florissante à l'infructueuse et fragile décrépi- 
tude . 

Comme les plaisirs de l'esprit ne sont que 
des plaisirs de surprise, et qu'ils ne durent 
qu'un^ instant, vous n'obtiendrez plus le même 
succès, en employant' la même figure ; bientôt 
elle ira se confondre avec les mots ordinaires^ 
tomme tant d'autres métaphores que le besoin 
a multipliée^, dans toates les langues, et sur- 
tout dans la noire. Ces expressions, une voix 
claire , des mœurs âpres , l'ail de la vigne , ont 
perdu leur considération en se rendant fami- 
lières. •' 

Que la métaphore mette, s'il est possible, 
la' chose en action Voyez comme tout s'anime 
soï^s le» pinceau d Homère; la lance est avide 
du sang de l'ennemi / le trait impatient de le 
frapper. 

Préférez, dans' certains cas, les métapho- 
res qui riappellent des idées riantes. Homère a 
dit: V Aurore aux doigts de rose , parce qu'il 
s'étoit peut-être apperja que la natare répaud 



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DU JBUHE ikNAGHARSlâ V3S7 

^elquefôis sur une belle tiiam .dea teintes coot 
leur de rose , qui TeinbeUissçot jencoce. Qpe.de» 
yiendroit l'image , s'il aveit dit: LAutare aux 
doigts de pourpré} . 

Que chaqxie figure présente un rapport 
juste et sensible. Rappellà-Tous la consteriâ^ 
tion des Athéniens « lorsque Périclès . leur dit: 
Notre jeunesse a péri dans le combat:^ cestf&mp 
me si on avait dcpouiUé Tannée de son ptin^ 
temps.lci l'analogie est parfaite; cIeii; la jeii^ 
nesse est aux différentes périodes dc{ la vie, xé 
qxie le printemps est aux.auxres saisons.: r . 

Op condamne avec raison cette elKpressiQil 
d'Euripide ^ £a rame souveraine des, mers ^ part 
ce qu'un, titre si brillant ne convient pas à. na 
pareil instrument. On condamne ; encore . cette 
autre expression de Gorgias : Fous moissonnei[ 
avec douleur, ce que vous mesf- semé aveckoU" 
te, sans doute» parce que les* mots .semer ^ et 
moissonner n'ont été pris |usqa à présent dans 
Je sens, fiyuié,. que* par lesr: poëtesL Enfin. oâ 
désapprouve Platon , lorsque ^. poiurr exprûnei 
qu'une ville bien constituée ne doit point aybit 
de murailles V. il dit qu'il iai^^ es* hisser dormir 
les^ murailles cauchées par terse^c /n 

Ettdide a'étendit surles^diveais' ornemeas 
du discours.* Il me cita. âe9'>céMcénicussiieu£ea| 
ses, des allusions • fines , des pensées ingétBeiig 
ses, des réparties pleines; de. sel '^•.U convma 
que la. plupart de ces fomtea aiajau^eat rien % 

Tarn. ir. aa 

5 Y^T®' h note à la fin diii.tolntne« * 



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m VOYAGE 

nos coonoistûcfis , «t nidiifirciit tèâlément s- 
irec quelle rapidité Tèsprit parvient aax résat- 
tau 9 sans s'arrâter aux idées intermédiaires. U 
convint aussi que certaines. mamèces de parler 
vont tour-à-tonr approuvées et refetés par des 
critîqaes également éclairés. 

Après avoir dît un mot snr la manière de 
ff^If £ kl voiï et le geste , aptes avoir rappel- 
lé que Demosthène regarde l'action comme la 
première, la seconde et* la troisième qualité de 
foratenr: par-tout, a)oau-t*iU Téloquence s'asr 
sortit au caractère de la natioiu Les Grecs de 
Carie » de Mysie et de Phrygie sont grossiers 
encore I et ne semblent coonâtfe d'autre mé- 
rite que le luxe des Satrapes auxquels ils sont 
asservis: leurs oiateurs détlament, avec des 
intonations forcées y des. harangues surchargées 
d'une abondance fastidieuse. Avec des montrs 
eévères et le jugement sain , les Spartiates om 
une (NTofonde indiflSfrence pour tonte espèce de 
Êiste*: ils ne disent qu'un mot, et quelquefois 
ce mot rendorme an traité de morale ou de po* 
litique* 

r Qu'un éltrang^c lécoute nos bons oratenra, 
qu'il lise nos. meiUears écrirains,: il Ing^nt 
.bimsrôt ^u'ii se trouve au milieu d^une nation 
pbliei, éclairée^ eeasible, pleiae d'esprit et de 
goAt. U trouvera; dam tous le même empresi»- 
ment à découvrir les beautés cimveaÀles à 
chaque au)et ^ la a^me sagesse à les dâstsibuei; 
il trouvera presque toujours ces- ^alités estir 
mables , relevées par des traits qui réveillent 
Fattention par des grâces piquantes qui embel- 
lissent la raisooi' A : . » , , >., 



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1 DU JEt7NE AKAGHARSIS 1)9 

- Jhxi% léf ottvrsget même où t\%nt la plus 
grande s7iDidkit& » combien ser a-t^il ^ané d en^ 
tendre une langue qde Ton eonfontfaroit voton** 
tiers avec le langage le plus commun « ^ei« 
qu'elle en soit séparée par un iatervatts eonsi-' 
dâraUe ! Combien le sera-t-il d'y décottvtir et s 
charmes ravtssan^^dont il ne s'apperoevraquV 
• près avdr Tainemant essayé de les faire passer 
dans ses écrits! 

Je lui demandai quel éoit celui des au- 
teurs qu'il proposmt pour modèle du style. Au* 
cun en particulier > me répondit-il; tous en gé^ 
néraU k n'en cite aocan personnellement , pav- 
ce que deux de nos écrivains qui approchent 
\% plus de la perfection , Platon et Démuselé- 
ne, pèchent quelquefois ^ l'un par excès dW 
nemens » fautre par défaut de noblesse. Je dia 
tous en général, parce qu'en lei méditaiK# en 
les comparant les uns avecles autres 9 sion lear 
lement on apprend à colorer sa diction , mail 
on acquiert encore ce goikt exquis et pur qui 
dirige et juge les productions du génie ^seniîr 
ment rapide , et tellement répandu parmi nous, 
qu'on le prendroit pour l'instinct de la natioi^ 

Vous savez en effitt avec quel mépris el^ 
le rejette- tout ce qui, dans an d»coiirs , man- 
^e de correction et d'él^anee; avec quelkr 
promptitude elle se récrie, dans ses assemr 
blées , contre une expression impropre , ou^ une 
intonation fausse; édmbien nos orateurs se 
tourmentent, pour contenter des oreillo^ si dé^ 
licatet et si sévères* Elles se révoltent , loi 
dis-je , quand ils manquent i^ l'umonie t nul- 
lement quand, ils blessent la. hibsnséance/Ne les 



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34o VO YAîOE 

voit-on pas tous les )0t!rrr7^accaIbler de repro- 
ches '>8angkn$, â*m)urer sales et grossières,? 
Quels sont lés moyens dont* se servent quel- 
ques-uns d'entre eux pbar exciter Tadmiration? 
Le fréquent usage des hyperboles , réclat' de 
Tantithèse et de tout le faste oratoire 1» jdes ges- 
tes et des cris forcenés.- ' - , 

Euclide répondit que ces excès étoientcon«» 
damnés par les bons esprits. Mais, lai dis-je, 
le sont-ils par la nation? Tous les ans, au 
théâtre, ne préfere-t-elle pas des pièces détes- 
tables à des pièces excellentes ? Des saccès pas- 
isagers et obtenus par surprise!' ou par intrigue, 
me dit-il , n'assurent pas la réputation d'un au- 
teur. Une preuve, repris-je, que le bon goût 
n'est pas général parmi v^us, c'est que vous 
avez encore des mauvais écrivains. L'un, à Ve» 
xempte d^ Gorgias , répand avec profusion » 
da^ùs sa prose, toutes les richesses de la poé- 
sie* Un autre dresse, arrondit , éqoarrit , allon- 
ge de6 périodes dont on oublie le commence- 
iTientj avant que de parvenir à la fin. D'au-- 
très poussent l'afFectation jusqu'au ridicule , 
témoin celui qui ayant à parler d'un centaure, 
l'appelle un homme à cheval sur lui-même. 

Ces auteurs, me dit Euclide, sont, com- 
me les abus qui se glissent par-'toat ; et leurs triom- 
phes , co^me les songes qui. ne laissent que des 
regrets. Je 'i^s:. exclus, ainsi que leurs .-admira • 
teurSV de cette nation ddnt j'ai vinié le'g-oat, 
et qui «l'est composée quejdes citoyens éclai- 
rés, Ge 16m eux qui 7 tôt ou tard , iixeBt les 
décisions de la înAlttCiidej ci^ ymi conviendrez 



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DU JEUNE ;A1?AC1|ARSE5 ?4« 

%it;ils '$PQt £û |)lu9 grand nombre p^rmt nouf 
jqae j?*r-ipui aUlçurSn ^ 

^ ; Il ttic sembla que .réloquence .est . parve- 
nue à âa plus.l^aute période. Quel. sera désor- 
mais son 4^5 tin 1^ II; est aisé de le..prévjpjr., )ut 
^AV)?,>-i^^Ç **^^BPJlirft^ y^ vous ,ête$ soJbiug^és 
p'ar quelque puissance étrangère ; elle s'anéaa^ 
tirmt, S4. vous rétjg^ par la philosophie Mais 
)fj€ureusçipe;it yqus ^ces à Tabri de .çe^ dernier 
)ia^er.£\»:U4e entrevit ma pettaéç , et «le, pria 
de retendre. A coBititiqn , répoi^dis^je « :quc 
vous me pardoçn^ez, mes paradoxes et mes 
écarts. ..:,,-!. ;^ • ..^ ,•■.•• .^ . 

J'entends mr philosophie , une raison squt- 
yexainement éçlajrée#: Je voua demande; si les 
illusions , qui , se sp^t^U^sées dans: le. Jângage 
ainsi que dans nos passions « ne s'évaaouirQÎdQi 
pasf à son aspect ,. cQmme lés. famôiwes-Aet les 
cunbres à. la naissance du jour* . * 

.^ ^Prençns pour ')»ge un. des génies qui ba-i- 
bitent les sphères célestes « et qui ne se nour^ 
rissent que. de véjit^f pures. Il est an milieu 
de nous ^ je met^ sous ses yeux un discours 
sur la morale^ il applaudit à la solidité des 
principes, à (a clartéides idées ^ à la force de» 
preuves et, > la., propriéié des termes. Cepen- 
dant, lui dis-ie, ce ^iscôurs lie. réussira point,» 
$*il n'est traduit dans la langue des orateurs • 
Il faut, symmètriser l^s njembrei de cette pér 
riode, i^t d^placer^utv mot. dàAs cette ^autre, 
pour ea tir^r dêS' so^s plus, agréables». }e ne me 
suis pas .toujours; exprimé avec assez de pré- 
cision^ les assistaas n(^ me pardonneront pas 
de méfie mésié de leur intelligerice: Mon style 



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S4ft ronkùt 

mt trôji sttiplè i YtutoU dû fich&ret par des 
-^incs lumineux. Qu'est ce que ce^ points la- 
vineux , denafide le g^me ? — Ce sont des hy- 
perboli»» des conparaisons , des métaphores et 
d'autres figures destinées à mettre les choses 
Ibrt mti>4essas , ou {on aa-dessotis de leur ira* 
fcuf. 

Ce langage yms dcoime sans doute ; mais 
noQs autres hommes , lommés faits de maniè- 
te qwa pour défendre , même la vérité, il nous 
fant empioTer le mensonge. Je vais citer quel*» 
4|uts-anes de ces figures, empruntées la phi« 
part des* écrits des poètes , où elles sont des^ 
aînées à grands traits , et dV>ù quelqtres ora- 
teurs les transportent dans la prose. EHes ft^ 
font Tornement d'un éloge dont voici lecom^ 
ttfncemenc 

Je vaès rendrt le nem dé mon hérof à 
jamais célèbre parmi ious tes hommes. Arrêtes, 
dit le génie ; pouvez-vous assurer que votre 
t>uvrage sera connu et applaudi dans tous les 
temps 6t dans tous les lieux? Non hii dis-je, 
nais c*est une figure, ^s aieux^ qui fureni 
fml 4e la Sicile^ s^^aèttrem auprès du m&ni 
HtfMy cohnne du ciel, ^entends le génie qui 
dit tout bas : I.eeîel appuyé sur un petit ra- 
dier de ce petit globe qu'on appelle la terre! 
quelle extravagance! Des parûtes plus douces 
^fue k miel coSkm de ses lèvres ; elles tombeni 
Sfms inteffUpiion j comme ces fhcons de neige 
qui iombem sur ta campagne. Qu ont de com- 
mun les paroles avec le miel et la 'iieige, dit 
le génie F // a tueilH Ja fleur de hs'misique^ 
et $a lyre éiems la foudre embrhsée. Le génie 



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DU JEUNE ANAGHAftSIS 34S 

mi TtgÊLvét avee étoinement , et je continue: 
Il a k regard et la prudence de Jupiter^ ta$^ 
peci terrible de Mars, et la force de Neptu* 
ne ; le nombre des beautés dent Al a fait lacan^ 
quête , égale le nombre des feuilles des arbres » 
et celui des ftùts qui viennent successivement 
expirer sur le rivage de la mer. A ces inots> 
le génie disparott, et. s'envole au séjour ^e la 
lumière. 

Quoiqu'oVi pftt TOUS reprocher, me <lijt 
Euclide, d'avoir entassé trop de figures dan^ 
cet éloge , je conçois que nos exagérations 
fidstfient nos pensées ainsi que nos sentimens, 
et qu'elles 'eflTarôtiChêroîent un esprit qui n'y 
teroit pas accoutumé. Mais il faut espérer que 
notre raison ne restera pas dans une éternelle 
enfance. Né vous en flattez pas, répondis-je^ 
Fhomme n'auroit plus de proportion avec le 
feste de la nature, s'il pouvoit acquérir les 
perfections dont on le croit susceptible. 

Supposez que nos sens devinssent infini^ 
ment exquis, la langue ne pourroit soute- 
nir l'impression du lait et du miel ; ni la main 
s'appuyer sur un corps sans en être blessée ; 
l'odeur de la cose nous feroit tomber 'en con- 
vulsion ; le moindre bruit dédiireroit nos preij'i 
les , et nos yeux appercevroient des rides af^ 
freuses sur le tissu de la plus belle peau . Il 
en est de méme^ des qualités de l'esprit : don- 
nez-lui la vile la plus perdante , et la justesse 
la plus rigoureuse, combien seroit il révolté 
de l'impuissance et de la fausseté des signes 
qui représentent nos idées! Il se feroit sans 
doute une autre langue» mais que deviendroit 



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44 y O Y AGE 

celle 4e« passions^, que 4evieiidrojem les p>mm- 
sipns elle-afémss « sous .rempifc absolu d'une 
toison si pvire et si aastèré ! Elles s^éteindroient 
ainsi que rimagination > et ^rbpqijme ne seroic 
plus le même, 

^. Dans Tétat où il est aujourd'hui , tout ce 
qui sort de spn. esprit, de .son foear et de ses 
ipatns, n'annonce . qu*insufHsai;u:« et- besoin • 
Renfermé dans des. Ûmitês étroites, la nature 
Ij*. puait avec -rigueur dès- qu'il vettt les fran* 
çmr. Vous croyez qu'en se civilisant , il a fait 
un grand pas vers la perfection ; qu'a-t-il donc 
gagné ? De substituer , dans l'ordre général de 
la société^ des loiz faites par de» hommes , 
aux loix naturelles , ouvrages des Àienx ; dans 
les mccu.rs , l'hypocrisie à la . vertu ; dans les 
plaisirs, Tillusion à la réalité;, dans la polites- 
se «les manières au sentiment . Ses goûts se 
sont tellement ^pervertis à force de s'épurer^ 
qu^il s'est trouvé contraint de * préférer , dans 
les arts , ceux qui sont .agréabjes à ceux qui 
sont utiles ; àdo^s l'éloquence , le mérite du sty- 
le à cdui. des pensées; par-tout, l'artifice à la 
vérité, j'os^ Je dire, les peuples éclairés n'ont 
sur nous d'autres supériorité, que d'avoir per- 
fectionné Tart de feindre , et le secret d'atta* 
cher un^ masque sur tou$ les visages. 

Je yois par-tout ce que vous m'avet dît , 
que la rhétorique ne se propose pas d'autre 
fin , et qu'elle n'y parvient qu'en appliquant 
aux paibliçs , de tons et des couleurs agréables* 
Aussi , Ipln d'étudier ses précppies , je m'en 
tiendrai , comme j'ai fait jusqu'à préseni , à 
cette réflexion d'Arioste • Je lui demaudois 4 



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DU XBUNE ANÂGHARSIS. 345 

quels signes on reconnoît tm hon oavrage ; il 
répondit : S'il est impossible d'y rien ajouter , 
.et d*en retrancher la moindre chose. 

Après avoir discuté ces idées avec Eu- 
clide 9 nous sortîmes,. et nous dirigeâmes no- 
tre promenade vers le Lycée. Chemin faisant, 
il me montra une lettre qu'il venoit de tece* 
Yoir d'une femme d*e ses amies, et dont Tor* 
thographe me parut vicieuse ; quelquefois IV 
a y trouvoit remplacé par un i, le </ par un 
If. J'ai toujours été surpris, lui dis-je, de cet- 
te négligence de la part des Athéniennes. El^ 
les* écrivent , répondit-il, comme elles parlent» 
et comme on parloit autrefois • Il s'est donc 
fait , repris-je , des changemeti'sdans la pronoii- 
ciatton? En très-grand nombre, répondit-il; 
pat exemple « on disoit anciennement himèra 
(JQur), après on a dit héméra^ le premier e 
fermé; ensuite hèméta, le premier è ouvert. 

L*usage, pour rendre certains mots plus 
sonores ou plus majestueux, retranche des let- 
tres , en ajoute d'autres , et par cette contî- 
nuité d'altérations., ôte toute espérance de 
succès à' ceux qui vdudroient remonter àl'ori- 
gine de la langue. M fait plus encore, il con« 
damne à l'oubli des expressions dont on se ser« 
voit communément autrefois , et qu'il seroit 
peut-être bon de rajeunir. 

En entrant dans la première cour du Ly- 
cée, nous fumes attirés par des cris persans 
qui venoient d'une des salles du gymnase. Le 
rhéteur Léon et le sophiste Pythodore s'étoient 
engagés dans une dispute très^vive. Nous eû- 
mes de la peine à percer la foule. Approchet> 
Tota. ir. aa ♦ . 



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84* VOYAGÉ 

Jious dit le premier ; voilà Pytlioddte quî son- 
tient que son art ne dïfFe|*e pas du mien , et 
que notre objet à tous deux est de tromper 
ceux qui nous écoutent. Quelle prétention de 
la part d\in homme qui devroit rougir de por- 
ter le nom de sophiste ! 

Ce nom , répondit Pythodore , étoît ho- 
norable autrefois ; c'est celai dont se paroicnt 
tous ceux qui, depuis Solon jasqu*à Périclès, 
consacrèrent leur temps à l'étude de la sages- 
se ; car au fond , il ne désigne pas autre cho- 
«e. Platon . voulant couvrir de ridicule qyel* 
ques-uns de ceux qui en abusoient , parvint à 
le rendre méprisable parmi ses disciples. Cepen* 
dant je le vois tous les jours appliquer à So- 
crate, que vous [respectez sans doute , et à 
l'orateur Ântiphon, que vous faites profession 
dextimer. Mais il n'est pas question ici d^un 
vain titre. le le dépose en votre présence, et 
je vais, sans autre intérêt que celui de la vé- 
rité , sans autres lumières que celles de la raî- 
jon , vous prouver que le rhéteur et le so- 
phiste emploient les mêmts moyens pour arri- 
ver au même but. 

Taî peine à retenir mon indignation , re- 
prît Léon : quoi ! de vils mercennaires; , des ou- 
vriers en paroles , qui habituent leurs disciples 
à s'armer d'équivoques et de sophismes , et à 
soutenir également le pour et le contre, vous 
osez les comparer à ces KOmmes respectables 
qui apprennent à défendre la cause de Tinno- 
cence dai>$ les tribunaux , celle de l'état dans 
l'assemblée générale, celle de la vertu dans les 
iî^iours qu'Us oai soin de lui consacrer 1 Je 



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DU JEUNE ANACHARSIS. fl4y 

né compare point les hommes, dîtPjthocJofe;, 
je ne parle que de Tart t|a'ils professent; 
Nous verrons bientôt si ces' hommes respecta* 
blés ne sont pas plus à redouter que les plaè 
dangereux sophistes. 

Ne convenei-vous^ pas que vos disciples 
et les miens, peu soîgneax ^de patvertir à la 
vérité, s'arrêtent communément à la- vraisenji" 
blance? — Oui ; mais les premiers fondent leiirs 
raisonnemens sur de grandes probabilités/ et 
les seconds sur des apparences frivoles. -^'Et 
qu entendez-vous par le probable ? —, Ce' qui 
parou tel à tous les .hommes , ou à la pTùpâtt 
des hpmmes. — Prenez-garde à vôtre répoinséi 
car il suivroit de là que ces sophistes , ddnt 
l'éloquence entraînoit les suffrages' d^ùnè nà- 
. tion , n'avgnçoîent que des prôpbsîtions "proba- 
bles. — Ils n'éblouissojent qbè H mu'HitUde*; 
les sages se garantissoieut de Tîllbsîon. "' 

C'est donc au tribunal de sages ; ^émàh-* 
da Pyihodore, qu*il faut s^en irappgrter pout 
savoir si une chose est probable ou non? -— 
Sans doute, répondît Léqn ; et j'ajoute à' nia 
définition qu'en certains cas , 'on doit l'egai- 
der comme probable , ce qtiî est reconnu polir 
tel par le plus jjrand nombre des sagès'^ouSi 
moins par les plus éclairés d'entire eux. Etèi- 
vous content? — Il arrive donc quelquefois 
que le probable e^t si difficile à saisir, qu*îl 
échappfe même à la plupart des sages , et Ae 
peut être démêlé qtié par les plus éclairés d'éîi- 
tre eux? — A la bonne heure. — ^ Et quah4 
vous hésitez sur la réalité de ces vraisemblaà- 
foei > imperceptibles presque à tout lé mondé y 



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^i4t -VOYAGE , 

iJlei- VOUS consulter ce petit nombre de sages 
^claires? — Non^ je m'en rapporte à moi-mê- 
ne , ea présumant leur décision. Mais que .pré- 
tendez-vous conclure de ces ennuyeuses sub- 
tilités > 

Le voici, dît Pythodore, que vous no 
vous faites aucun scrupule de suivre une opi- 
nion que^ de .votre propre autorité , vous avez 
Tendue probable; et que les vraisemblances 
trompeuses suffisent pour déterminer Torateur 
«msi que le sophiste. — Mais le premier est 
de.boçne foi , et' l'autre ne Test pas. — Alors 
ijs ne diâTéreroient que par l'intention; c'est 
eii 'effet ce qu*ont avoué des écrivains philo- 
•oj^es; je veux ^néanmoins vous ôt^r encore 
.£et avantage. 

. . Vpi^s accusez les sophistes de soutenir te 
pour et Ip contre ; je vous demande si la rhé 
torique^ ainsi que la. dialectique , ne donnent 
pas. des règles pour défendre avec succès deux 
x^pinions contraîtcs^ — J'en conviens ; mais <>» 
xxhorte le jeune élève à ne point abuser de 
eette voie : il doit là congohre pour éviter les 
pièges qu'un. ennemi adroit pourroit semer au- 
tour de lui. -— CW à-dire, qu'après avoir 
, mis .entre les mains d'un jeune homme, un poi« 
.gnard et. une épée, on.tûi dit: Lorsque Tèn- 
^.niem^i vous serrera àç près , 'et que vous serez 
^fprtement remué par l*intérêt, rambition, e: la 
vengeance j frappez, avec un de ces insirumens, 
ffi*nt vous servez pas de l'autre, quand mé* 
/me iî devroit vous donner la victoire. J'admi- 
Ixerois cette modération ; mais pour nous assu- 
rer s'il peut en êfTeï l'exercer , nous allons 



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DU JTEUNB ANâCHARSIS m 

]è suivfre fdans leicçmbat', <iù platAt s6^ffrez 
que je vous; y x:oftdittse ^liot^iÉine. v 

S^pposoni çur voi^ .%oytt chargé daccipf 
ser^uDiiboaiiâe^dom/te^tnmç aVst pas ayéré;^ 
et .qailr.flite «oit;pesipûbt}e: vonà tappeiler hrii 
lefOn^ qnê Jes Ji^ tîtjoeara udoimient to^is ' Ici 
jûurs à Uur» tiièVe»; je:>V0W :dîna : -Totrepte^ 
mier objet e^t dç- perâ^aécrirciet :pourt]^ef 
cette persuasion >. il; fâiun^plake t et -- iqaacW ^ 
Vous avez de Tesprit et,des itatens , vciôs )0ais% 
sez d'unt e3^cielleni;e.r^««Mo]i;<::tirô»sO parti 
d^ ces ayaoïagês.Jb-^jOfttc^jaipIDépaiéttaicaiT^ 
fiaijpej;' vous rjaugiMff4ne&hen\seiHiii^.dsn» 
Tewjde , et dans Ja wUe dUi ^^seoufs ;< 4i]iës.^ina-» ^ 
xin»es de < justice èto de pfpbM;^. mais .snf-tcnit 
en , i0^tt4nt vos )ug^ # donk !yoas aurez soia 
de jrelètcf lesjomîèjr^ e$?r^^té. NeDn^iqgezr 
pas le^ spffr:^fcs^de rds«mblée<; il V3)ns serar 
facile de. les ob(emr« Rienv dei^i aisécirdîs6ttf 
Socrate «i qae de^lqueç^ks AthÔnieiis av'niyieii! 
d' Athènes^ l potvfçtMf z-Yfiua: à leur qgoùt rf^^. 
ses j^^ser-f^^r^boMi^ie iM>ui^. .be qui est bo-^ 
l>oré* .. ' • . ;; '••. •• 1 ', :. » 'l> ''-1 

.Suivant le bes0i9 de vptrd. cause» rappro^ 
chez les: qualités «d^ d^ux:pârties, *des. qua-^ 
lités bonnes- pu iti^i|vajisei qtti les ayoinnent i: 
expçsex^diMiS; le plus bfau tout Je mérite ;^el 
qU JBiàgînairè de oelùi pour qui vous padez;. 
excusez ses défauts , ou plutôt , annoncez-le» 
comme des excès de yertu.;::tcansfoi»iex Tin* 
solence en grandeur d'âme , la témérité en 
courage, la proàigalîté en libéralité, les fu- 
reurs de la colère en expressions de firan^hise; 
vous éblouirez lés juges. 



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Oomibe te pîis ^fwi friTiIëge d& k rhé* 
dioriaae est d'èaibellir tt et défigater , d*ag- 
gnaÀ et de ttppetisMr tous les ot(|ets , ne 
âresfaet. fas de peiôdre^ Votre adversaire soas 
éte noim.coulaixv ;*'treidipet votre irfumé dans 
k -fiel; *ayex eeèitf'd'ag^a^er eei momdres fao- 
tes« jd'eaipoiKXàiier<«es pkie beUes actions, de 
lépsndre des ombrée fur ion caractère; est-il 
etrsoaspect et prudent ?î dites qu'il est suspect 
et cejpaUede ttfahiioii.'^^ 

Qaekiaes ^NrinNr^ couronnent la victi^ 
aieaviiit^qiiede Takattre'à leurs pie^; ils 
aovnneooeiit par^douerées âoges à la pai^ 
lie adverse; et' apite ;^»Mip 'écarté loi» dVax 

soap^iHi de ^ttiittVtiitf> fbt , ih «ifoncost à 
te poignard danl^ son coear* St ce raffi-* 
de œécbaBceté^ voas arrête, je vais 
mettre entre vM mains une arme tout aussi 
tsdeiitaUe» Quand voire^ adversaire voas acca- 
UerBMda poids de ie$ faisons^, au*lieu- de lui 
Tépôadne, foavtei-le de YMlcnle, et vous li- 
ieaaa>4ié£me da»^ les yewc des juges^ S* il n'ai 
fait qae conseiller Tinjastice^ soutenez qu'il 
eetflas ooqipjri)le que s'U^favoit commise; s'il 
n'a ;iate.'que isaivire les .conseils d'un au^o» 
spttenéa4|ae i'iexécBttott est plus criminelle que 
le 4X)iisèA. .C';est ce que l'aï va pratiquer, il 
n'y a fias iloag-temps y pa^ uii^ de nos orateurs * 9 
cbaiiBé <de deux causes diiTérêntes^ 

Les iota' écrites vous eont^es contraires? 
] • . ' ' ' j * 

^ liéodamai pottrsaimnt I^orateur Gallistrate V 
et snsuits la général GhsSirias. 



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DU JEimS ANAGHARSIS. ISk 

ftyes feooors à la loi ntuftllê, tt montrée 
qa'dk eit plas faste que les lois écrites. Si 
ces demîèrer voiis sont favèraUes • re^r^sement 
forteoiem aux juges qu'ils ne peuvent , wm 
Mcuo prétexte, se dispenser de les* sainte. 

Vdtire adversaire, en convesant de fa A»* 
te, prétendra péotètre que c'est par igitorani» 
ce ^u pf(r hasard ^*i} ('a eommiseï soirtenev^ 
loi que c>st de dessein prémédité. Offre-t^iï^te 
ferment peur pi^uvè de son «mocence? dites^ 
sam bfllMcer, qu-il a'« d^utve ioteaiieu qae 
de se «nistrabe , ^ar un parjaré , \ la jastieè 
^ai Tat^end. Proposea-veus V^de votre côté ^ de 
cèofirmér par un serteieiit ce que vouf venet 
d*avattcer f dites^ qu'il n^y a rien de «i Yeligîeas 
et de si nbbie que de temettrer serintirèisen^ 
trê ks mains des dleU^3^« 

1R vous n'avez pas de témotas, xWtitt 
de dimiMier Itf force de Hsè moyen ; /si vou9 en 
ivez^ ti^'0a)>f}e2 ^en pour le laire valoir. 

• Voa^s estait avantageux de soanfiettre \\tt 
question les esclave» de )a partre aâferte? 
dites ^e «'est ht plus foite des preuves. Veaii 
restait que les vôtres lî^y ^oièmpisappriquésl 
diMs ^e c'est la plut fncertaiae ,et la ]^ 
dangereuse de tontes*^ 

Ces moyens facilitent }é victoire ; msas 
Il faut l'assurer. IVndant toute Tactidii ,^rde£ 
plutôt* de vile de votre cause que vos juges?* 
ce n'ess qu^après les avoir terrassa , que vous 
triompherez de votre adversaire* ReinpKssea^ 
les d'intéitôt et de pitié ea faveur de votre 
partie ;. que la douleur soit empreinte dans vos 
regards et dans lea acoeus de votre voix* S'tM 



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^r^ûM: uw larme » 4 vons. toyex It: }>aU<wi 
• éhranl^Jieotrie lears mains > tombez sajr eu^ 
Avec toutes les fureurs d^i^éloquence, associes 
leurs passons aux vâtces , soulevez^ contre vâ« 
tre eiiûepl. Jpui;^ mépris , i^ur; iadignatioa» leuf 
jCplibijD^ ^l:s'U ^^t jdi^^n&ué^ B^i: ses ^p}Dis et 
^ïj^si rifhesses^ soujev^», ^^i le^rfî^^usiei 
jfit i:ap]>ort!ez*¥ouS'en Ma : habue ^qui la suâ de 
firès.^j". :> . .:..••;::'. • ,•• , ? ' 

/ ;; ;>TojJi;icçs ipréc^ptes^ t^Qp,,. SQat eut^t-d^ 
ich«fs:4*4(Bça$atioii contifçr rarj;, q^e.;vq»s! pfOr 
fessez. Jiigfsz des eflfetsr' /qu'ils ,*pro4uisieiit«,:p9.T 
la répoQsç^eiFrayl^mê }4*uQ f«aeux.:^Yopat dç 
Pyzance:, }à qui. |e> 4*P»ï^» dern^iremcaat^ 
^e qU'Çç . ç^t^ifis. ^srqï4pmoient 1^& 1^ de 
«pn pay$^;Ce.que je y^eu*, n^ diiTih 

Léon vouloit rejeter, upiqueiuent . sxir. l§f 
prateurs^ les reproches que /aisojt Pythodpre à 
\Z: rhétOFique. Ebi i^n-» r^pr^ ce der^r.avec 
chaieuir ^ jl s^agit ici des abu; inhéf qas à . cet 
îirt fuft^sw; je vôu# rappelle ^ce qu aa trouve 
dans tpMs les traités dt^ r^tjïp^iqiie ; ce- que 
pratiquent tous les^ ioi^rs les prêteurs les plus 
accrédités ,. ce que^tou^ le$ jpurs }e^;ii|stita- 
wi^ ;les plus écjaîf^ls «pas çid^nnent d^ pracit 
quer ,. ce que nous avons appris , vpa$' et xaoii 
daiK aOjtrc^nfaa^e.: : ,, ; 
j Rentrons dans ces li^MXii où 1 pn pjriéjifn^ 
'initier la .jeunesse ,k l'art oratoire , ^coinmet s'il 
éioit quespon de dresser des histrîQns ^é^^^ài-. 
cpraçeurf.^ des isthlètes. Voyez avçe . quelle 
importance on dirjjg^ leurs regards , leur^s voix, 
leur attitude, leurs gestes ^ avec xfàMs, pépibles 
travaux on Jeur ^pprenA> tantôt ï |»royer Ic^ 



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DU JBUSB iHTAGHARSIS. 818 

fattises couleurs dent ils doivent eÀbmîtler 
leur langage , tantôt à faire un mélange perfi- 
de de la trahison et de la force* Que d'impo- 
stures! que de' barbarie! Son.t-ce là les orne- 
mtns de l'éloquence ? est-ce ià le cortège de 
l'innocence et et la vérité ? Je me croyois dans 
leur asyle, et )e me trouve dans un repaire 
affreux i où se distilknt les poisQiQs les ^plus 
subtile», «t se forgent les armes les plus meur- ^ 
trières : et ce qu'il. y a d'étrange , ç est quçi ces 
armes. et ces poisons s& vendent sous la protec^ 
• tioju du gouvernement « et que l'admiration et 
le crédit sont la récompense de ceux qui en 
font l'usage le plus cruel. - 

Je n'ai pa^ voulu extraire le venin caché 
dans presque toutes les lepons de nos rhéteurs. 
Mais^ dites-moi: qud est donc ce principe 
dont j^* ai déjà purlé^ et sur lequel piqrtej-édi- 
fice.dela rhétorique, qu'il faut émouvoir for- 
tement les juges? eh! pourquoi les émou.voift? 
îustje ciel J eux qu'il faudroit calmer s'ils éto- 
ient émus ! eux qui n^eurent jamais tant be- 
soin du. repos des sens et de Tesprit! Quoi! 
tandis qu'il est reeobnu sur touti^ la terre, 
que les passions ffervertis^em le jugegpment., 
et changent à nos yeux la nature, dés [choses, 
on prescrit à rprateurde remuer Jw.'P^sfsio^s 
dans son ame , dans celles de si^fi Mdi|e^r^., 
-da»s .ceiksi: <^e ie$;:ii?|[#? ^ et l'on . a. îf^ feont de 
spittenir que de tant: de mouvement impét^eufc 
et désordonnés ^ ilpeut vr^îsulter une décisiop 
équitable! : -.v»':^ v^. , ^ ..^ ^^ r\ • • 

• .Ajlloiîs dans les yeux ^ù se., discutent Icjs 
grande Jïiî^f 1rs ^é l',ét^t. .Qu'y v^rrçïnsrïnous? 



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Ui VOYAGE 

"éét écUrirsi dét fouéreti ptrdr da haut de la 
ctikone, pour albm^r de» passi(»if vi<rfeiites« 
et produire de» mvana herriUes ; utt peuple 
imbeciHe irenir chercher dea lettsnees qvA le 
fendeni insekat, et des éaioticms qai le ten- 
dent in)aete; des orateurs nous avenir sans 
cesse (fitre en gafde centre l'âeqiience de 
lears aâ^0irfaires« Elle é$t donc bien dangerev* 
' •€ cefce é]o^tûct^ Cependant eHe saole noas 
goaTeme, et Tétat est perdu* 

Il est un aatre g^nrè que coltii^Bt des 
erateurs dont toot le mérite est d*apparelUer 
ks menscmges ks plus révoitans , et ks hyper- 
boks les plus outrées , pour célébrer des àom- 
fluea ordinaires et souvent méprisabks. Quand 
cette espèce d^adulation s'introduisit, la vertu 
dut renoncer aux louanges des hommes. Mats 
je ne parkrai point de ces vîles productions; 
que cenr qui ont le courage de les lire , aient 
celui de les louer ou de les biftmer. 

Il suit de là que la justice est sans cesse 
outragée dans son sanctuaire, l'état dans nos 
assemblées généraks, la vérité dans les pané- 
gyriques et les ofraisons funèbres. Certes, on 
a bien raison de dire que la rhétorique s* est 
perfectionnée dans ce siècle: car je défie les 
siècles sufvans d'ajouter un degré d'atrocité à 
ses no^ceurs. 

À ces mots, un Athénien qui se prepa- 
roit depuis long-temps à haranguer quelque 
jour le peuple , dit avéé un sourire dédaigneux: 
Pythodore condamne donc l'éloquence? Non , 
répdndit-il ; mais je condamne cette rhétorique 
qui entratne nécessairement Tabus de Tetdquen^ 



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DU JEUNE AViUBirÂRSIS. 9B 

ee. Yùw avez tans âaate vbf raisoilf V vspdt 
le premier, pour proscrite les Igfâcef 4e lan- 
gage* Cependant 4n a «ajoûrs, dit, etr l^on di- 
ra tMjouil^ qae b ptincipalt /attention de IV 
tateur doit énrc de s'iàsinuer snprèf de iens, 
<}ui^ i*tf couitht enflactaUf leiffg^ ttdiiles» EiuMÎ 
Je dirai toii)oar«y tipliqtu fychodore«^ on p)a* 
tôt la'rtiaeaec lapiricliyîté» i^épondroni tottîoori, 
que la ^ius beUe fanoûon, Tunique devoir de 
l'orateùv est :d'éckiifeî' le$ ju^e». 

£t comment voùlei^t^mi qu'on les Mai- 
re, dit avec impaicnfce an autre AtlléirfeB>, 
qui dtvoit l l'adresse deâ avocats le gain de 
plusieurs procès? Gomme ^m-Ess éclaire à fA- 
reopage^ repartit Pythodore, ^oà l'orateur, «ans 
mouvement et sans passions , se contekne d^ex* 
poser les faits le plus simplement et le plus 
sèchement qu'il est possible; comme on lea 
éclaire en Crète , à Lacédémone et dans d'au-^ 
très républiques , où l'on défend à l'avocat 
d'émouvoir ceux qui l'écoutent ; comme on les 
éclairoit parmi nous , il n'y a pas un siècle , 
lorsque les parties^ d)ligées dêjdéfendnQ elles- 
mêmes leurs causes , ne pouvoiént prononcer 
des discours composés par des plumes élo- 
quentes. 

Je reviens à ma 'première proposition • 
J'avois- avancé que l'art des rhéteurs n'est pas 
essentiellement distingué de celui des sophistes; 
je l'ai prouvé en montrant que l'un et l'autre^ 
non seukmejit dans leurs effets, mais encore 
dans leurs principes, tendent au même but par 
des voies également insidieuses! S'il existe en- 
ue eux quelque difFérènce > c*est qae Tenu- 



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tetir s'attache ptui à* ncuor nos pasaions , et 
le sophiste à lecxalmer* * 

Âa reste «s. i'appecçois. Léon prêt a fondre 
ëurmoi avec L*attirail pompeux et . menaçant 
de la rhétoriii^e. Je. le prie de se reafermer 
dans la question , et de considérer que les 
coups qu'il m'tidressefa , tomberont en même 
temps sur plusieurs. ^cellefiSL philosophes. Mau- 
rois pu en effet citer en ma faveur les témoi- 
gnages de Platon et d*Aristote ; ;maîs de si 
grandes autorités sont inutiles» quand, on a 
de. si solides raisons à produire. 

Pythôdore eut à peine achevé , que Léon 
entreprit la défense de la rhétorique ; mais 
comme il étoit tard , nous t^cimes le parti de 
nous retirer^. . , 



Fin eu Chi^Ufê cinquanté-kuiiièmÊ^ 



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NOTES 

^ , ' 

CHAPITRE XXXIX, ^ng. i. 
Sur le séjour de Xénophon à SciUont^. 

Jl eu de temps avant la .bataille de Mantio^^ 
donnée en 36a avant J. G. , les Eléens détruisi- 
rent Scillonte , et Xeoophojn prit le parti de se re» 
tirer à Gorinthe. G'est là que je le place , dans I9 
neuvième chapitre de cet ouvrage. Un auteur an- 
cien prétend qu'il y finit %e% jours. Cependant au 
rapport de Pausanias , on consei'voit son tombeau 
dans le canton de Scillonte ; et Plutarque assure 
que c'est dans cette retraite que i$^énophon compo- 
sa cette histo»é, qui descend jusqu'à l'année I57 
avant J. G. On peut donc supposer , qu'après avoir 
fait quelque séjour à Gorinthe , il revint à Scillon*^ 
te et qu'il y passa lès dernières années da sa vie. 

.GHAPITRE XL, pag. a3. 

Sur lês trois Elégies relatives aux guerres des 
Messéniens, 



X ausanias a parlé fort au long de ces^ guerres» 
d'après Myron de Priène^ qui avoit écrit en pro- 
se , et Rhianus de Grète, qui avoit écrit en vers. 
 l'exemple de ce dernier , j'ai cru pouvoir emplo» 
yer un genre de style qui tint de la poésie; mais 
au lieu que, Rhianus avoit fait une espèce de poè- 
me, dont ^istomène etoit le héros , j'ai préféré la 
formé de l'élégie, qui n'exigeoit pas une action 
comme celle de l'épopée , et que des auteurs très* 
anciens nnt souvent choisie pour retracer les n^l-* 
TomJK • * 



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H NOTES 

heurt des natioi^$. C'est aul^ IpXG Tyrt^e, dans 
ses élégies 9 avoit décrit en partie les guerres de^ 
Jiacédémoniens et des Messénieiis; Gallinus, cel- 
les qui de son temps affligèrent Tlonie y et Mim- 
nerme , la bataille que les Smyrnéeiis livrèrent à 
Gyges^'roi de Lydie. 

D'après ces considérations , j*ai supposé qn'*un 
Messéaien réiugié en Liibye, se rappellant les de- 
sastres de sa patrie , avoit composé trois élégies sur 
les ti'ois guerres qui l'avoient dévastée. * J'ai rap^* 
porté les faits principaux ,' avec les plas d'exacti- 
tude qu'il m*a été possible^ j'ai osé y mêler quel-- 
queg éctions y pour lesquelles je demande de Pin- 
dulgence.' 

MEME CHAPITRE, pag. 4a. 

Sur la fondation de Messine. 



Xausatiras dit qu'après la prise d'Ira , c'est-à-dire , 
vers l'an 668 avant J. C. , les Mésséniens , sous 
la conduite- de Gorgus, fils d'Aristomèrie , allèrent 
en Italie, joignirent leurs armes à celles d'Anaxi- 
las , tyran de Rhégium , chassèrent les habitans de 
la vill<^ de Zancle en Sicile, et donnèrent à cette 
ville le nom de Messène ( aujourd'hui Messine. ) 

Ce récit est formellement contraire à celui 
d'Hérodote et à celui de Thucydide. Suivant le 
premier, Darius fils d'Jiystaspe, ayant soumis TIoi- 
nie qui s'étoit révoltée contre lui , ceux de Samos 
et quelques habitans de Milet , se rendirent en 
Sicile , et d'après le conseil d'Anaxilas^ tyran de 
Rhégium^ ils s'emparèrerrt de la ville de Zancle. 
Cet événement est de Tan 49^ environ avant J, C. , 
et postéritfur d'environ lyB ans à l'époque assignée 
pSLt Pausanias au règne d'Anaxilas , et au change- 
ment du nom dé Zancle en celui de Messène. 

Thucydide raconte qu'un corps de Saïniens 
et d'autres Ioniens > chassés de leur pay^ par les 



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NX) TE s m 

|ifè<)e«, allèrent «^emparer de Zancle en- Sicile. Il 
ajoute que peu de temp» après, Anaxilas, tyran 
de Rhégium , se rendit maître de cette ville > et 
1 1:^1, donna le nom- de Messène, parce ^uMl étoit lui- 
ménre originaire de la Messénie. 
. , .. Let F, Gorsini , .qui a voit d'abord soupçonné 
qu'on «pourroit supposer deu^c Ânaxilas , est conve- 
nu r^pi'ès un npuvel examen ^ que Pausanias avoil 
confondu les temps» II: est visible en effet, par 
plusieurs circonstances , q.u' Anaxilas r^gnoit au 
ten^p^, de ]a bataille d» Marathon , qui est de Van 
490 Avaut J. G. Je n'ajoute que deux, observations 
à cell^* du P. Gorsini. .. 

i.û Avant cette bataille il y eut en «Meseènia 
une révolte , dont Pausaniaa n'a pas parlili ,,et qui 
empéoha en partie les Lacédémoniens dei&e. trouver 
au combat. Elle ne réussit pas mieux qiie ks pré* 
Gé4eu|es, et ce fut alors ^ sans doute ,iq^e les 
Mes^niens^ après leurdefaî^e , se. refjagi^r^nt au- 
près d'Anaxilas de RhégiunL, et l'e^gagèrp^t, à se 
rendre n^aitre ,de la ville de Zancle., qui pottade^ 
puis le nom de Messène. - • 

â.o S'il .étoit vrai', comme dit Pausania^^ que 
cette ville eût change de nom jd'abprd. après la 
seconde guerre de Messenie^ il s'ensiuivr<Ht . que 
aes anciennes médailles où on lit Danelfi , seroient 
antérieures à Tan 668 avant J. . G.. ^ ce que leur 
£d)rique ne permet pas de supposer. 

CHAPITRE XLL pag. 66.' 

Sur le nombre des tribus de Sparte, 

JLrans presque toutes ks grandes villes de la Grè- 
ce, les citoyens étolent divisés en tribus. On com- 
ptoit dix de ces tribus à Athènes. Gragius supposa 
que Lacéd^mone en a voit six : i.® Gelle des Héra- 
clides; /^.o celle des Egides; 3.<> celle de^ Limna** 
tea; 4.<» celle desXynoiuréens; &.<^ celle de» Me*T 



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» NOTES 

floates; 6.» €•!!• dei Pitanates. L'existence ûe U 
première n'est prouvée par aucun témoignage fi»- 
mel; Gragins ne Pétablit que sur de trèa-foiblei 
conjeeturei > et il le reconnoit lui même. J'ai cru 
devoir la rejeter. 

Les cinq antres tribus sont mentionnés expres- 
sément dans les auteurs ou dans les monnmens 
anciens. Celle des Effides^^ dans Hérodote; celles 
des Gynosuréens et des Pitanates , dans Hésychius; 
celle des Messoates, dans Etienne de Byzance; 
enfin celle des Limnates, sur une inscription que 
M. Tabbé Fourmont découvrit dans les ruines de 
Sparte. Pausanias cite quatre de ces tribus, lors» 
qu'à Poccasione d'un sacrilîce que Ton offi-oit à 
Diane,, des les plus anciens temps, il dit qu'il 
s'éleva tfne dispute entre les Limnatas , les Cyno- 
•uréeni,'les Messoates et les Pitanates. 

Ici on pourroit fiiire cette question : De ee 
qu'il n'est fiiît mention que de ces cinq tribus, 
iPeniult-il qu'on doive se borner à ce nombre? Je 
réponds que nous avons de très»fortes presomp- 
tidns pour ne pas l'augmenter. t)n a vu plus baat 
que les Athéniens avoient plusieurs corps composés 
chacun dé dix magistrats , tirés des dix tribus. 
Nous trouvons de même à Sparte plusieurs magis- 
tratures exercées chacihie par cinq officiers publics; 
. celle des Ephores , celle .des Bidiéens , celles des 
Agathoerges. Nous avons lieu de croire que chaque 
tribu ipurnissQit un de ces officiers. 

MEME CHAPITRE pag. 66. 

Sur le plan de Lacédémane. 



r. 



i , d'après les foibles lumières que nous ont 
transmises les anciens auteurs, présenter quelques 
^¥ues générales siu* la topographie de Lacédémone. 
Suivant Thucydide , ^ cette ville ne faisoit pas 
un tout continu , comme celle d'Athènes ; mais elle 
étolt divisée en bourgades » comme l'étoient las ^ 
eieunea villes de Orèce^ 



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NOTES r 

Pour bien entendre ce passage, il faut serap» 

S lier que les primiers Grecs s^étabUrent d^abord 
ns des bourgs sans murailles , et que dans la 
suite les babitans de plusieurs de ces bourgs se 
réunirent dans une enceinte cemmune. Nous en 
ftvons quantité d'exemples. Tégée fut formée de 
^euf hameaux : Mântinée , de quatre ou de cinq;} 
Patrs^ de sept 3 Djmé y de huit, &c. 

Les habitansde ces 'bourgs' s'étaht ainsi rap* 
proches , ne te mêlèrent point les uns ^rec leê 
autres. Ils étoient établis en des quartiers dif- 
&rens, et fbnnoient diverses tribut. 'En cfonsé- 
quence, le même nom désignoit'la: tribu et le iç[uaiw 
tier où elle étoit placée. £n yoi&i la preiiva pour 
Lacédéitione en particulier^ 

'Gynosure, ait Hésychius, est une 'tribu de 
Laconie : c'est un lieu <ie Laeonié , dit' le Scholia- 
ate de Gallimaque. Suivant Suidas, Messoa est 
un lieu 3 suivant Etienne de Byzance , c'est un 
lieu et une tribu de Laeonié; suivant Strabon , 
dont le texte a été heureusement rétabli par^S'au* 
niaise , Messoa fait partie de Lacédémone ; enfin 
l'on donna tantôt le nom de tribu , tantôt celui de 
bourgade à Pitane. 

On conçoit maintenant pourquoi les uns ont 
dit que le poète Alcman étoit de Messoa , et les 
antres de Lacédémone; c'est qu'en effet Messoa 
étoit un des quartiers de cette ville. On^ conçoit 
encore pourquoi un Spartiate , nommé Thrasybule ^ 
ayant, été tué dans un combat, Plûtarque ne dit 
pas qu'il fût transporté sur un bouclier à Lacédé* 
mone, mais à Pitane, c'est qu'il étoit de ce bourgs 
et qu'il de voit y être inhumé. 

On a vu dans la note précédente que les Spar-^? 

tiates étoient divisés en cinq tribus; leur capitale 

- étoit donc compiosée de cinq hameaux. Il ne res^ 

plus qu'à justifier l'emplacement que je leur donne 

dans mon plan. 

T .^ Hameau et fribu des Limnates. Leur nom 
veneit du mot grec Limne, qui signifie un étangs 



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^i N T E 5 

un marais. Suivant Strabon , le fauxbeurg de Sparte 
^"appçlloit Us\ m,arais ^ parce que cet endroit étoit 
autrefois marécageux^ or le* ^uxbourg de Sparte 
devoit être au nord de la ville , puisque ^c'etoit de 
(pe côté qu^oii.y. arrivoit ordinairemeat. 

. A.o Hameau et tribu des Gynoeuréens. Le mot Gy- 
PQture gig^ifie queue de. chien- On le donaoit à des 
promontoires ,-. à des montagxbes t|ui a voient eette 
forme. Une br^piche du mont Tay^te, figurée de 
même, se proloogeoit jusqu!à Sparte, et nous avons 
montré qi^'il .existoit en Laconie , -un lieu qui a'ap- 
pelloit Cynpsure.. On est done auitoiisé à penser 
que le hameau ^q-iii portoit le même ^om^ étoit au- 
dessous de- oette jbranche du Taygète., 

3.0 Hameau et tribu des Pitanates. Fausanias» 
en sortadt de la place publique ». .prend sa route 
vers le coupKaut, passe devant le théâtre , en trou- 
ve ensuite la salle où «'aseembleient les Grotanes 
qui faisoient p^r^e des Pitanates.. H Mloit donc 
placer ce hameau en face du théâtre dont la po- 
sition est connue:, puisqu'il eu reste encore des 
vestiges. Geci est confirmé par deux passages d'Hé- 
sychius et Hérodote , qui montrent que le théâtre 
étoit dans le bourg des Pitanates. 

4*0 Hafneau et tribu des Messoates. Du bourg 
des Pitanates » Pausànias se rend au l'iataniste qui 
étoit au. voisinage du -bourg de. Thérapiné. Auprès 
du Plataniste, il avoit le tombeani du poète Alc- 
man, qui <,: étant de Messoa,:devpit y être enterré. 

5.0' Hameau et tribu des Égides. Pausànias 
nous conduit ensuite au bourg des Lymnates , qui 

Sous av9n4i.pld|qé. dans la partie nord de la ville. 
trouve dans son chemin le tombeau d'Egée qui 
avoit donnée son nom à la tribu des Egides. 

Je n'ai point renfermé tous ces hameaux dans 
une enceinte, parce qu'au temps dont je parle » 
Sparte n'a voit point de murailles. . 

Les temples et les autres édifices publics ont 
été placés à-peu-près dans les lieux que leur assi- 
gne Pausànias.. On ne doit pas à cet égard s'attendra 



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* T E s vit 

k une précision rigoureuse ^ l'essentiel étoît de dbn« 
ner une idée générale de cette ville célèbre « 

CHAPITRE XLU, pag. 74 

Sur la manière dont les Spartiates traitaient les 
Hilotes. 

XJes Lacédëmoniens consternés de la perte de 
Pilos , que les ' Athéniens venoient de leur enlever , 
résolurent d'envoyer de nouvelles troupes à Brà* 
feidas îeur général, qui étoit alors en Thrace. Ils 
avoient àexxx motifs : le premier de continuer à 
iaire une diversion qui attirât dans ces pays éloi- 
gnés les armes d'Athènes 5 le second , d'enrôler et 
de faire partir pour la Thrace un corps de ces 
Hilotes , dont la jeunesse et la valeur leur inspi-* 
Toient sans cesse des craintes bien fondées. On 
promit en eon3equence de donner la liberté à ceux 
d'entre eux qui s'étoient le plus distingués dans 
les guerres précédentes. Il s'en présenta un grand 
nombre; on en choisit deux mille, et on leur 
tint parole. Couronnés de fleurs , ila furent 8olem«- 
xiellment conduits au temple^ c'étoit la principale 
cért^mohie de l'aifranchissement. Peu de temps après > 
dit Thucydide , on les fit disparoitre , et personne 
n'ai jamais su comment chacun d'eux avoit péri. 
Plutarque, qui a copié Thucydide, remarque aussi 
qu'on ignora dans le temps » et quon a toujours 
ignoré depuis le genre de mort qu'éprouvèrent ces 
deux mille hommes. 

Enfin, Diodore de Sicile prétend que leurs 
roaitres reçurent ordre de les faire mourir dans 
rintérieur de leurs maisons. Comment pou voit-il 
être instruit d'une circonstance que n 'avoit pu con- 
noître un historien tel que Thucydide qui vivoit 
dans le temps où cette scène barbare s'étoit passée ? 

Quoi qu'il en soit , il se présente ici deux faits , 
qu'il faut soigneusement distinguer, parce qu'ils 
dérivent de deux causes différentes ; VttQ , l'aôraiin 



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Vlil NOTES 

diitsement âe aooo Hilotes ; Tautre , la mort ie 
ces Hilotes. La liberté leur 'fut certainement accor- 
dée par ordre du sénat et du peuple; mais il est 
certain aussi qu'ils ne furent par mis à mort par 
un décret émané de la puissance suprême. Aucune 
juat^on ne se seit>lt prêtée à une si 'boire trahison 
et, dans ce cas particulier, on voit claire^Àent 
que l'assemblée des Spartiates ne brisa les fôrs de 
ces Hilotes que pour les armer et les envoycir en 
Thrace. Les £phores, vers le même temps, fiî>ent 
partir pour Farmée.de Brasidas , mille autres Hi- 
lotes ; comme ces détachemens sortoient de Sparte 
quelquefois pendant la nuit , le peuple dut croire 
que les deux mille qu'il avoit délivrés de la servir 
tude , s'éteient rendus à leur destination^ et lorsqu'il 
reconnut son erreur, il fut aisé de lui persuader 
que les ma^strats convaincus qu'ils avoient con- 
spiré contre l'état, les avoient fait mourir en se- 
cret, ou s'étoient contentés de les bannir des ter- 
res de la république. Nous ne pouvons éclaircir 
aujourd'hui un fait , qui , du temps de Thucydide , 
étoit resté dans l'obscurité. Il me suffit de montrer 
que ce n'est pas à la nation qu'on doit imputer 
le crime , mais plutôt à la fausse politique des 
£phores qai étoient en place , et qui , avec plus 
de pouvoir et moins de vertus que leurs prédéces- 
seurs , prétendoient sans doute que tout est permis , 
quand il s'agit du salut de l'état; car il faut ob- 
server que les principes de justice et de morale 
commençoient alors à s'altérer. 

On cite d'autres cruautés exercées à Lacedemone 
contre les Hilotes. Un auteur^ nommé Myron^ 
raconte que pour leur rappeller ' sans cesse leur 
esclavage, on leur donnolt tous les ans un certain 
nombre de coups ds fouet. Il y avoit peut-être cent 
mille Hilotes, soit en Laconie, soit en Messénie: 
qu*on réfléchisse un moment sur l'absurdité du 
projet et sur la difficulté de Texécutiou , et qu'on 
juge. Le même auteur ajoute qu'on punlssoit les 
maîtres qui ne mutiloient i>as ceux de leurs Hi- 



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NOTES/ \K 

lotes qui naissoîent arec une forte constitution. II» 
étoient donc estropiés tous, ces H ilotes qu'on en* 
rMoit et qui servoient arec tant de aistinction 
dans le» arniéesP 

n n'arrive que trop souvent qu'on juge dea 
moeurs d'un peuple, des exemples particuliers qui 
ont frappé un voyageur, ou qu'on à cités à un 
historien. Quand Plutarque avance que pour don» 
ner aux enfans des Spartiates de l'horreur pour 
l'ivresse , on exposoit à leurs yeux un Hilbte à 
qui le vin avoit fait perdre la raison, j'ai lieu dô* 
penser qu'il a pris un cas particulier pour la rè« 
l^le générale , un du moinf qu'il" a confondu en* 
eette occasion les Hilotes avec les esclayes dôme-* 
stiques , dont l'état étoit fort inférieur àV;elui der 
premiers. Mais j'ajoute une foi entière a ,Plutar«' 
que, quand il assure qu'il étoit défendu aux Hi«« 
lotes as chanter les poésies d'Alcman et de Tèr-^ 
pandre; en effet, ces poésies inspirant l'amour de 
la gloire et de la liberté , il «étoit d'une sage polip^ 
tique de les interdire à des hommes dont on avoit 
tant de raison de redouter le courage, 

CHAPITRE XLY pag. 9» 

Sur Fétablissemmt des Ephores^ 

JLia plupart des auteurs rapportent cet établisse» 
ment à Théopompe ; qui régnoit envil-on un siècle ' 
après Lycurçue. Telle est l'opinion d'Aristote , de 
Plutarque , de Gicéron y de Yalere-Maxime , de Di-^ 
on-Ghrysost6me. On peut joindre à cette liste Xé-^ 
nophon , qui semble attribuer l'origine de cette ma-» 
gistrature aux principaux citoyens de Lacédémone ^ 
et Eusèbe, qui, dans sa chroni^que, la place au« 
temps où regnoit Théopompe. 

Deux autres témoignage méritent d'autant plua» 
d'attention qn^>n y distingue des dates assez précis» 
ses. Suivant Plutarque, le roi Gléomene III disoit' 
a l'assemblée générale de la nation : „ Lycurgue* 

Tom. IF. ** 



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X NOTES 

•'éfcoiâ contenté d'aBSsocier anx deux Roîs vu 
oor|>« de Sénateurs. Pendant long^-temps , la ré« 
publique ne connut pas d'autre magistrature. Le, 
guerre de Messénie ( du temps de Théapompe ) se 
prolongeant de plus en plus, les Rois se crurent 
obligés de confier le soin de rendre la justice , k 
des EpKôres qui ne furent d'abord que leurs mi- 
nîstres* Mais , dans la suite , les successeurs de ceS; 
magistrats usurpèrent l'autorité » et ce fut un d'en-- 
tre eux , nommé Astécopus , qui les rendit indepen-. 
dans. ,> \ 

Platon fait mention de trois causes qui ont 
empêché a Lacédémone U royauté de dégénérer en 
despotisme. Yoici les deux dernières : >, Un hom- 
me animé d'un esprit divin {c'est Lyourgue ) limi- 
ta la puissance des •Buois par celle du Sénat. En- 
suite .un autre sauveur balança heureusement Tau^ 
torité des Rois et des Sénateurs par celle des £- 
phores. 99 Ce sauveur dont^ parle ici Platon y ne 
peut être que Théopompe. 

D'un autre côté , Hérodote , Platon , et un an- 
cien auteur , nommé Satyrus , regardent Lycur- 
gue comme V instituteur des Ephores. 

Je réponds que , suivant Héraclide de Pont^ 
qui vivoit peu de temps après Platon , quelques 
écrivains attribuoient à Lycurgue tous les reglc^- 
mens relatifs au gouvernement de Lacédémone. Lea. 
deux passages de Platoa que j'ai cités nous ea 
offrent un exemple sensible. Dans sa huitiènie let- 
tre^ il avance, en général, que Lycurgue établit et 
Içi. Sénateurs et les Ëphorear, tandis que dans ton 
traité des loix , où il a détaillé le &it , il donne 
aces deux corps de magistrats deux origines diffé- 
sentes. 

L'autorité de Satyrus ne m'arrèteroit pas e^ 
cette occasion si elle n'étoit fortifiée par celle d'Hé-. 
xodote. Je ne dirai pas avec J^^sham que le mot 
Ephores s' est glissé dans le texte, de ce dernier au- 
tour ;, maâs je dirai que son témoignage peut se con- 
<ilim avec ceux des antr/oi écrivains» 



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NOTES ^ 

Il paroit que 1* Ephorat étôit une nwghtratoa» 
Te depuis long-temps connue de plusieurs peuple^ 
du Péloponèse ^ et entre autres des Mess en iens el- 
le devoit Fétre des anciens liabitans He là Laconie , 
puisque les Ephores , à l'occasion des nouvelles Ic^ 
ix de Lycurgue, soulevèrent le peuj^îe contre lui. 
De plus Lycurgue avoit , en quelque façon , modie^ 
lé la constitution de Sparte sur celle de Crète :<nr 
les Cretois avoient des magistrats principaux qui 
•*appelloient Cornes ^ et qu'Ariètote compare aux 
Ephores de Lacédémone. Enfin la plupart des au^ 
teurs que j'ai cités d'abord, ne^ parlent pas de 1' 
ëphorat comme d'une magistrature nouvellement 
instituée par Théopompe , mais comme d'uu frein 
que ce prince mit à ]a puissance des Rois. Il est 
donc très- vraisemblable que Lycurgue laissa quel- 
ques fonctions aux Ephores déjà établis avant luî^ 
et que Théopompe leur accorda des prérogatives qui 
firent ensuite pencher Je gouvernement vers T Mi-^ 
garcbie. 

CHAPITRE XLVL pag, iiB. 

Sur le partage des Terres fait par Lycurgue* 

^Iriutarque cite trois opinions sur ce partage. Sui* 
vaut la première , Lycurgue divisa tous les bienr 
de la Laconie en 89000 portions , dont 9000 furent* 
accordées aux habitans de Sparte. Suivant la se- 
conde , il ne donna aux Spartiates que 600c por- 
tions , auxquelles le roi Polydore qui termina , quel- 
que temps après, la première guerre de Messénie,' 
en ajouta 3ooo autres. Suivant la troisième opini- 
on , de ces 90Û0 portions , les Spartiates en avoient 
teçu la moitié de Lycurgue , et 1' autre moitié dé 
Polydore. 

T ai embrassé la première opinion 9 parce que 
Plutarque, qui étoit à portée de consulter beau- 
coup d' ouvrages que noua avons perdus ^^embte 



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jfcîî . NO T E s 

I* avoir vréfirée. Cependant je ne rejette point les 
autres. Il paroit en effet que du temps de Polydo- 
jte , il arrira quelque accroissement aux loie échos 
aux Spartiates. Un fragment des poésies de Tyrtéé 
nous apprend que le peuple de Sparte , demandoît 
alors un nouveau partage des terres. On raconte ans- 
.si que Polydore dit , en partant pour la Messénie , 
.qu* il alloit dans un pays qui n'avoit pas encore 
été partagé. Enfin la conquête de la Messénie dut 
introduire parmi les Spartiates une augmentation 
de fortune. 

Tout ceci entraiueroit de longues discussions : 
je passe à deux inadvertances qui paroissent avoir 
échappé à deux hommes qui ont honoré leur siècle 
et leur nation , Aristote et Montesquieu. 

Âristote dit que le législateur de Lacédémone 
âvoit très-bien fait, Lorsqu'il avort défendu aux Spar^- 
tiates de vendre leurs portions ; mais qu'il n'auroit 
pas^du leur perme*ttre de les donner pendant leur 
vie, ni de les léguer par leur testament à qui ils 
vouloient. Je ne crois pas que Lycurgue ait jamais 
accordé cette permission. Ce fut l'Ephore Epitadés 
qui, pour frustrer son fils de sa succession, fit pas- 
ter le décret qui a donné lieu à la critique d* Ari- 
stote ; critique d'autant plus inconcevable que ce 
philosophe écrivoit très-peu de temps après Epita- 

Solon avoit permis d'épouser sa sœur consangul* 
ne et non sa sœur utérine. M. de Montesquieu à 
très-bien prouvé que Selon avoit voulu, par cette 
loi, empêcher que les deux époux ne réunissent sur 
leurs têtes deux. hérédités; ce qui pourroit arriver ^ 
si un frère et une sœur de même mère se marioient 
ensemble, puisque l'un pourroit recueillir la succes- 
sion du premier mari de sa mère, et l'autre celle 
du second mari. M. de Montesquieu observe qu^ 
la loi étoit conforme à l'esprit des républiques 6re- 
ques ; et il suppose un passage de rhilon , qui dit 
que Lycurgue avoit permis le mariage des enfant 
utérins 9 c'est-à dire^ celui que contracteroient un 



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JÎ0TE:8 xUj 

fils et \ mie fille. de même mère et de denz pèrfii 
différens. Pour résoudre la difficulté, M. de Mon*- 
tetquieu répond que, ^suivant Strabon ^ lorsqu'à' 
liâcédémene une sœur epousoit son frère, elle lui 
apportoit en dot la moitié de la portion qui rere- 
noit à ce frère. M!ais Strabon en cet endroit parle» 
d'après l'historien Ephore, des loix de Crète, et 
4ion d^ celles de Lacédémone, et quoiqu'il recon-» 
Boisse avec cet historien que ces dernières sont; en 
partie tirés de celles de Minos , il ne s'en suit pas 
que Lycur^e eut adopté celle àotit il s'agit main- 
tenant. Je dis plus, c'est qu'il ne pouvoit pas» 
dans son système , décerner pour dot à la soeur la 
moitié des biens du frère, puisqu^il avoit défendu 
les dots. 

En supposant même que la loi citée par Stra- 
i)on , fut reçue à Lacédémone , je ne crois pas qu'on 
doive l'appliquer au passage de Philon. Cet auteur 
dit qu'à Lacédémone il étoit permis d'épouser sa 
sœur utf^rine, et non sa sœur consanguine. M. de 
JMEontesquieu l'interprète ainsi : „ Pour empêcher 
^ue le bi^ de la famille de la sœur ne passât dans 
celle du frère , on donnoit en dot à la sœur la moi- 
tié du bien du frère. ,, 

Cette explication suppose deux choses: i.« qu'il 
ialloit nécel^sairement constituer une dot à la fille.» 
et cela est contraire aux loix de Lacédémone : a.* 
que cette sœur renonçoit à la succession de son 
père pour partager celle que son irère avoit reçue 
du sien. Je /éponds que si la sœur étoit fille uni- 
.que, elle devoit hériter du bien de son père , et 
ne pouvoit pas y renoncer ^ si elle avoit un firère 
du même lit , c'etoit à lui d'hériter ; et en la ma- 
riant avec son frère d'un autre lit, on ne risquoit pas 
d'accumuler deux héritages. 

Si la loi rapportée par Philon étoit fondée sur 
Je partage des biens : on ne seroit point embarrassé 
de Texpliquer en partie : par exemple , une mère 
qui avoit eu d'un premier mari une fille unique, 
gt d'un second plusieurs en&ns mUe%^ pouvoit sacNS 



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xî^ N T E ï 

'dloate fnarter eetfee fille avec Vnn ^ puînés éa se* 
•€ond lit) parce qiie ce puîné n'avoit point de por- 
tiont Dans ce sens , un Spartiate pouvoit épouser 
sa soeur utérine. Si c'est là ce qu'à voulu dire 
l^hilon , je n^ai pas de peine à Tentendre; mais quand 
il ajoute qu'on ne pouvoit épouser sa - soeur con- 
•ançuiue, je ne Fentends plus, parce que je ne 
-ircHS aucune raison tirée du partage des biens >*qui dut 
']p^ohiber ces sortes de mariages. 



j. 



CHAPITRE XLVII, pag. i36 
Sur la Crxptie* 



^e parle ici de la cryptie, que Ton rend commua 
nément par le mot embuscade , et que Ton a près- 
i|ue« tioujours confondue avec la chasse aux Hilo- 

Suitaht Héraclide de Pont, qui vivoitpeu de 
tem^M après le voyage du jeune Anacharsis en 6rè< 
^e^ et nutarque, qui n'a vécu que .4][uelque8 siè- 
ieles après , on ordonnoit de temps en *temps aux 
jeunes g^ens de se répandre dans la campagne ar^ 
mes de poignards, ae se cacher pendant le jour 
"èH dé^ lietix Couverts , d'en sortir la nuit pour é- 
'g^ffgte les Hiletes qui se treuveroient sur/leur che* 
l£ifi. 

Joignons à «es deux témoignages celui d'Aristota 
tfai^ dans un passage conservé par Plutarqi^e , nous 
-apprend qu'entrant en place les Ëphores déclaroient 
la guerre ajax Hilotes , afin qu'on pût les tuer impu- 
tieiàent. Rien ne prouve que ce décret fîit autori- 
-aé par les loi:fc de Lycurgue , et tout nous persua- 
de qu'il étoit accompagné de correctifs: car la ré« 
publique n'a jamais pu déclarer une guerre eflfectî- 
"^ et èôntihue à des hommes qui seuls cultivoient 
et alfermoient lès terres , qui servoient dans les aru 
ttées et sur les flottes , et qui souvent étoîent mis 
-au nombre des citoyens. L'ordonnance des Epho- 
1res ne pduveit avoir d'autre but que de ae sous- 



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N T B S: kr. 

traire h la justice le Spartiate qui aâroit eu le mal* 
heur de tuer un Hilote. De ce. (|u'u)i homme ai 
sur un autre> le droit de vie et de mart> il ne 
s'ensuit pa» qu'il en use toujours. .; 

Examinons maintenant» i.^ qtiel ëtoit Tobjeic 
de la cryptie ; a.o si les loix de. Lfrchircue* ont éttt% 
hli la chasse aux Hilotês. - ^ 

i.o Platon vriut que dans unKétaa.bicti couver** 
sfé, les jeifnes* gens } sortaat deML'enfanee, pàrcon«9 
rent pendant deuXj ans les payS) les- armes à lar 
main, bravant<lès sigueurs de l'hiver. et de l'été ,; 
menant une vie dure 9 et soumis à une exacte dî-i 
scipline. Quelque nom» ajoute-t^il, qu'on donne 
à ces jeunes gens, soit crjK^fsur, soit agronomes,) 
on inspecteurs des champs , ils apprendront à con-J 
siMtre le pays et à le garder. Ccnnme la > crypde 
ii'étof t pratiquée que chez les Spartiates 9 il est 
visible que Platon eil a détaillé ici les fonctions ^i 
et le passage suivant ne laisse aucun doute k eeb 
^ard. Il est tiré du même traité que le précé^ 
dent. Un Lacédémonien que Platon introduit dan* 
SM>n dialogue » s'exprime en ces termes : „ Nous 
avons un exercice nommé cryptie , qni est à^WBk 
xierveilleux usage pour nous familiariser avec la 
douleur: nous sommes obligés de marcher l'hiven 
nu-pieds 3 de dormir sans couverture , de nous sem ^ 
inr nous-mêmes, sans le secours de nos esclaves,, 
«t de courir de coté et d'autre dans la. campagne^ 
soit de nuit , soit de jour. „ ; ' 

La correspondance de ces deux passâmes ea^. 
sensible , ils expliquent trèfr» nettement Fonjet de 
la' cryptie et Ton doit observer qu'il n'y esiî pas dits 
nn mot de la chasse aux Hilotes. Il n'en est pae 
parlé non plus dans les onvraees qui nous restènà 
d'Aristote, ni dans ceux de Ti^uc^ide, de Xéno-^ 
pbon , d'Isocrale et de plusieurs éi^ivaina du méia^ 
siècle , quoiqu'on y fiisse souvent i^ention des ré voW 
tes et des désertiçus des Hilotes, qu'on p censure» 
en plus d'un endroit et tes loix de LTMuii^gne.etlea^ 
imiaa.da :Ija«64é«ionieBS» J'insiste- diantmit Rlnâ ua^ 



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xvi mr T E s 

eétte preuve native, que quelqueiE-ntift de ces an* 
teurs étoiedt d'Athènes , et vivoient dans une répn* 
Miqua qur ftaitoit les esclaves avec la plus grande 
humanité 3 je crois pouvoir conclure de ces réâe* 
nions / que jukqu'avi temps environ où Platon ëcri voit 
•on traité dçs lois y la cryptie n'étoit pas destinée à 
Terser le sang des Hilotes. 

C'etoit une expédition ,dans laquelle les jeanes 
gens s'accoutumoiëntiaux opérations mililaires , bat« 
toient la eampagne, se tenoient en embuscade les 
armés à la maini,: comme s'ils étoient en. présence 
de rennémî 9* et sortant de leur retraite pendant la 
suit, repoussoient' ceux des Hilotes qu'ils ttouToient 
sur le chemin. Je pense que peu de temps après 
la mort de Platon^ les loix ayant perdu de leurs 
forces , des jeunes gens mirent à mort des Hilotet 
qui leur opposoient trop de résistance, et donné* 
rent peut--être lieu au décret des Ëpheres que j'ai 
eité plus haut. L'abus augmentant de jour en jour, 
on confondit dans la suite la cryptie avec la chasse 
des Hilotes. 

a.e Passons à la seconde question. Cette diass» 
fial-elle ordonnée par Lycurgue? 

Héraclide de Pont se contente de dire qu'on 
Pattribuoit à ce législateur. Ce n'est qu'un soup- 
^n recueilli par cei auteur postérieur à Platon. Le 
passaee suivant ne mérite pas plus d^attention. Se- 
lon PÎutarque , Aristote rapportoit à Lycurgue l'é- 
tablisse/nent de la cryptie, et comme l'historien, 
suivant Terreur de son temps , confond en cet en- 
droit la cryptie avec la chasse aux Hilotes , on pour- 
mit croire qu' Aristote les conFondoit aussi , mais 
œ ne seroit .qu'une présomption. Nous ignorons si 
Aristote , dans le passage dont il s'agit , expliquoit 
les fonctions des cryptes ; et II paroi t que PIutar- 
que ne l'a cité que pour le réfuter , car il dit > 
quelques lignes après ^ que l'origine de la cryptie , 
telle qu'il. la concevoit lui même, devoit être fort 
postérieure aux lôix de Licurgùe. PIutarque B'est 
-pas toujours; exact dans les détaUs des-faits» et j» 



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I NOTES xvU 

Eurrois ppourer à cette oocasien que aa mémoire 
plui d'une fois égai-é. Voilà toutes les autorités 
aux quelles j'avois à répondre. . . ; 

£n distinguant avec attention les temps, tout 
•e. concilie aisément. Suivant Aristote., la cryptie 
fut instituée par Lycurgue. Platon en explique l'ob- 
jet, et 1^ croit très-utile. Lorsque les mœurs fîo 
Sparte s'altérèrent, la jeunesse de Sparte abusa d« 
cet exercice , pour se livrer, dit-on , à des cruauté*, 
borribles. Je suis si éloigné de les justifier, que je 
soupçonne d'exagération le Tépit ju'on nius en a 
£iit. Qui nous a dit que les* Hilotes n'avoient jaucun 
moyen de s'en garantir ? i .o Le temps de la cryptie 
étoit peut-être fixé ; a.o il étoit difficile que les jeu- 
nes gens se répandiss^ent, sans être apperçus , dans 
un pays couvert d'Hilotes , intéressés à les surveil- 
ler 5 3.0 II ne Tétoit pas moins que les particuliers 
de Sparte , qui tiroient leur subistance du produit 
de leurs terres, n'avertissent pas les Hilotec, leurs ~ 
fermiers , du danger qui les menaçoit. Dans tous 
ces cas , les Hilotes n'avoient qu'à laisser les jeu- 
nes gens .faire leur tournée , et. tfe tenir pendant la 
nuit renfermés chez eux. 

J'ai cru devoir justifier dans cette note la ma- 
nière dont j'ai expliqué ]a cryptie dans le corps dm 
mon ouvrage. J'ai pensé aussi qu'il n'étoit nulle* 
ment nécessaire de faire les hommes plus méchans 
qu'ils ne le sont^ et d'avancer sans preuve qu'un 
législateur sage avoit ordonné des cruautés. 

MEME CHAPITRE pag. 66. 

Sur U choix £unt épouse parmi les Spartiates^ . 



XJes auteurs varient sur les usages des peuples de 
la Grèce , parce que , suivant la différence des 
temps , ces usages ont varié. Il paroi t qu'à Sparte les 
mariages se régloieùt sur le choix des époux, ou 
sur celui de leurs parens« Je citerai Texemple de 
TomJK *** 



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atvîîj K t E 8 

Iiysander, qui, avant de mourir^ avolt fiance aer 
deux filles à deux citoyens de Lacédétnone. Je ci^ 
terai encor^ une loi qui perœettoit de poursuivre 
en justice celui qui aroit fait un mariage peu con- 
venable. D'un autre c6té , un auteur ancien , n4^m- 
më Hermippus , rapportoit qu'à Lacédémone , on 
enfermoit dans un lieu obscur les filles à marier 
et que chaque jeune homme y prenoit au hasard 
oelle qu'il deToit épouser. On pourroit supppser, 
par Voie de conciliation , que Lycurgae avoit en 
effet établi la loi dont parieit Hermippus , et qu'on 
t'en étoit écarté dans la suite. Platon l'avoit en 
quelque manière adoptée dans sa republiq[ue. 

MEME CHAPITRE , pag. 339 

A fuel âge on sê mariait à Lacidêmont. 



JLies Grées avoient connu de bonne heure le dan«> 
ger des mariages prématurés. Hésiode veut que l'â- 
ge du garçon ne soit pas trop audessous de ti^nte 
ans. Quant à celui des filles, quoique le texte ne 
Soit pas clair ) il paroit le fixer à i5 ans. Platon, 
dans «a ri^publique, exige que les hommes ne se 
lnai:ient qu'à 3o ans, les femmes à ao. Suivant 
ArisWe, les hommes doivent avoir environ Sy ans,Iea 
femmes à peu-près i8. Je pense qu'a Sparte c'étoit 3o 
ans pour les hommes , et flo ans pour les femmes : 
deux raisons appuient cette conjecture: i.o C'est Tâge 
que prescrit Platon qui a copié beaucoup de loix 
de Lycurgue; -J..^ les Spartiates n'avoient droit 
d'opiner dans rassemblée générale qu'à l'âge de 3o 
ans; ce qui semble suppose/ qu'avant ce terme, ils 
ne pouvoient pas être regardés conime chefs de fa- 
snille. 



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N T ES xiff 

CHAPITRE XLIX, pag. 3o« . 

'- i5«r les PéUs éPHx^inthe. 

Ju aiimi. les.» iascriptions que M. T^bbé Fourment 
«roi* d^couTertea en-Laconie^ il en est deux qui 
cant da septième , et peut-être même de la fin du 
^nisîème sièole avant J. G. Au nom du légat ou du 
chef -d'une députadon solemnelle ( Frêsbêus) elles 
joignent 1^ noms de plusieurs magistrats , et cêu^ 
des'jeunés garçons et.dea jeiïnet filles qui -avetent 
figuré dai^s l^s chceurs , * et quir, sur l'un fie , ces 
monamtens 9 .bpnt maaméù 'Hyialcç^ies, Getteiexpreeii 
•ion sttirant Hésychiue ^ désif noit parmi les * apar«^ 
tiate» -des elueurs^ d'en^ns* J'ai pense qu'il était 
question iei de la poi^pe des Hyacinthes. ^ . 

Il fiiut observer que parmi les jeunes filles qui 
composoient an des- chosurs, on trouve le nom de 
Lycmas, fille de Seuxidamns ou Zeuxidamus ^ coi 
de Lacédémonet > qui vi voit vers Tatï 700 avÀn€ J..GI 

CHAPITRE L pag. 98 . ' \ 

■•.«'»•.. • ' • • * 

V^fur la composition des armées p^nù Ur^ s^ 

,;.,.. • Lacidémoniens^ v «h^S 

T.; ••,. .' .. ..- .. •. • wï - ,-s ■ 

1 est isrès^ifficile et peut-être impossible de donf 
ner nne juste idée de eette composition « Comme eU 
Ie^<^^fifioit souvent 9 les, auteurs -anciens 9 sailii entrer 
dans des détails , se sont contentés de rapporter det* 
faitsi^'«t^ dans- là suite^ion a «pris des &ita>par^- 
ticuliers- petjr des -règles* générales^ ,..,»,-£ 

Lea. Spartiates étoient . distribués en plusieurs 
claases'novam'ées More où. i!f ir# , c'est4i-dire , par* 
tiesmi divisions. 

QuteUés étoient les strbdivisions de chaque clÀs-^ 
B^fXeloûhoSy la pentecàstxs, y énomotîe. Dana le 
texte de cet ouvrage, j'^' crii pouvoir comparer la 
mora SiJà, régiment ; le.îorào^ tiUi'iataillon; V4no^ 



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xf. NOTES 

motie à la compagnie ^ sans prétendre que cet rap* 

Grts fassent exacts j dans- cette note , }tf conserverai 
i noms grecs , au risque de les mettre au singu- 
lier, quand ils derroieùt être an pluriel. 

^ Les subdivisions dont je viens de parler , sont 
élatremênt exposées par X^opboh ,*qut ^ivoît au 
' temps où je place le voyage du jeune Ancharsts. 
,, Chaque mora dit^îl , a pour officier un polemarp 
que , 1 chefs de lochos , 8 chefs de ptnUcùstySj 
•f6 cbenrrdV/iomoffej. ;, Ainsi chaque mora contient 
i| .lockês ; chaque lochos a pentecostjrs ; chaque peu* 
teo69ty^ 2 énomoties. Il faut observer que Xéoophon 
nous présente ici une règle générale y règle confir- 
mée par ce passage de Thucydide. „Iie roi donne 
l^onfre zxlx polénuirques ; ceux-ci le donnent aux lo- 
ti^f^^^ces derniers aux ptntêcontatères , ceux-là 
aux énomotarques q\ii le font passer à leurs Aiomo- 

'Quelquefois au ••lieu «de faire marcher lec mora 
on en* détachoit quelques /ovAof. Dans la première 
I>atailln de Mantinée, gagn^ par les Làcédémoniens , 
Tan 418 avant J.'C. , leur armée , sous les ordres du 
roi AgiSj^étoit partagée' en 7 Zo^îAoi. 'Chaque lochos 
dit Thucydide , comprenoit i pentecostys ^ et chaque 
jfcntecostys \ énomoties:'hi\*Aa. composition du lochos 
diiFère de celle que lui attribue Xém>phon j mais les 
circonstances n*étoient pas les mêmes. Xénophon 
farloit en général de 'la formation de la mora , lor- 
elfiieiitoutèsiler parties en étoient réunietf; Thucy- 
djde*, 4^ *nn cas particulier, e^ des* lochos séparés 
de leur mpra. » » 

^i^v; Combieti y avoiMl de mora?' Les* uns en- ad^ 
mettent 6, et les autres 5. Voici les preuves qu'on 
peut' employer en faveUr de la première opinion 3 j'y 
^otudrai celles qui sont iiivorables à la seconde. 

i.^ Dans trois inscriptions rapportées* par M. 
l'abbé Fourmont^ de la Messénie et de k' Lai^onie, 
en «nrdit gravée les moms • des Rois de Lacédémone , 
eéux des • Sénateurs j des Ephores 9 des officiers mi- 
liteires, et de 4dîfBBrene> corps de magistrats. On y 
▼oit 6 che& de morm • Ces inscriptions ^ qui remon- 



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"N O T E B zxi 

4ieM aa Imitième «iède a.rsMt J, C -, n'étaat^posté* 
rienres à Lyeurgue que-d'en^riron i3o ans, oa.ek 
Ibnd4 à 'eroir«'^qii««i0''l^islat«ur- de Sparte en aroit 
*diirisé tous Ué dtojrent en 6 momrMait on §e tronr 
-%tG arrêté' par lâne atses grande difficulté* Avant les 
6 ùh%&jSi9'yn»fa, fies mscriptiotis' placent le §m 
-chefs de hchoi'k Ainéi 9 non isenlement les premiess 
c^^tsÀ^irey les* eheft des m/ora, ètoient sabordoKte* 
liés k xsWiX'MeË ïochos y mais les unt* et les autres 
'ét^ent égaux /en ^nombre; et telle n'étoit pas Hl 
eomposition qui siilnristoit'»dtt« ténii« de Thaêydide 
et de Xénophen. • ' ^ ^'^' ^ r 

a.-^ ' Ge< dernier* lustor&e» observe que Lycoxgn^ 
divisa la cavalerie :de l'in^bnterie pesante.- en .six 
m9ra. Ge > ^S0a|;e est 'conforme aiox inscriptions pcé^ 
cédentês. *>• -i-'* ...... /.-^ '; /ti-,i 

3.«^ Xéwephtm- dit encore que: le rài Gl^mbrote 
'fut envoyé eh Phocide avec J^'iMràyu^ï'n'j en avoft 
que 6 ,'il n^èiM-estoit qu'nne aLaeédémone. Quet- 

2ûes temps après se donna la bataille ^ de IjeuctEet». 
es troupe» de Cléombrote furent battties; X^^ophon 
remarque^qù'on fitde nouvelles -leivéesy Bit 4^^^^ 
les'tita sur^toufdé» ai mora; qui étoî^nt^restéer 'à 
Sparte. Il y* 'en Âvoit' donc six en tout. • -t 

Yoytms' maintenant les 'raisons d'après lesquel*- 
les on poun^oit en adtnettre une 'de >. moins, i»^^ 
Arifttote dté'par Harpocration n^en ' comptoit <qué 
5i 8*il faut s*enRrai^orlçr à Pédition de ' Moussae 
qui porte Pente .^ Il est* vrai 'que> ee> met ne se' trou- 
ve pas dtrnrPédition de Onmovius, et* que dâifs 
quelques manuscrits d'Harpooiation , il est remplacé 
par unelettre numérale qui désigne six. Mais cette 
lettre a tant de ^ressemblaoce avec celle qui dési^ 
çne le nombre- cinq ^ qu'il étoit facile de prendre 
Tune' ponr 'l'tfatre; Deux passages d^Hésyc&iut pfon^ 
Yent qM quelques copistes' dTHarpocration ont' AH: 
cette mépvisew ' ' Dans ^ le • premier ^ il ^ est dit qbe \ 
•suivant Aristote le Içchos s'appelloit mora parmi 
les Lacédémonibns ; et dans k^ second; que, snl^ 
'vant Arietoté , .les rLacédémoniens ««voient cinq 
lochos, où le mot est tout au long, Pent^. Donc^ 



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3ttu NOTES 

•iiWant Hé8ychiin,..ArUtote. nt doaiiidit aiix Lao^ 
démonien» que cinqmora. ; •> ,. 
h a.« Diodore' de "Sicile raconta niu'Agésilas étoU 
« là tète de.i9)Q0O-hoiiiiDea,. dont, faisoient partie 
4ia ànf mùf'aiy ou simplenient $ cinq mera ^d^-^ IjO^ 
éèdéniorm. Rë^te à^ «avoir gà , ^ cetendroit» il &ut 
admettre à\x : mpfMiiioer jL'articUw ; JlhodoiAaa , dant 
<«on <(dUioiiy iappckrte ainsi le pâitilEigd^'O^ îiàit i Xo- 
Hchêdemàni^f au Laùhtiemonion J.penîe,,rmo'e;, M^ 
Âéjot a: bien t.6u1u v>à ;Tna prière ^ coiMulter les in«* 
litt8critB>dela bibUotbêqiieda roi.-'De» i^ qa'ell« 
possède, 5 seulement contîenneat U^piu^gage. en qiiet> 
«mon, e pré•eIvtttnt^^artiele'at^ej^^ilt^'^*o^l det Lac^ 
d^monien» au « nominatif ou au gén>tif. lU «ont donc 
-conformes- À l^dittgn de. fibodoii»an 5^.^.^ par xùi cfaan* 
gement aussi léger qu'indispensable , ils donnofit 
eetté le^èà 4éja prcposée par tifw^riiu» :^ Lnched^ 
yntmian pente moreÇlç» cinq ntQr^.de.Lmcédémone. ) 
Oe paftsago.Éâa«i.réti8LbUaeqoneilie,p«rât«temeQt avec 
oelui d'Aristetéé- 

' ,3.0 J'aidrt.dims le tejcte de .mon ouvrage , que 
les Spartiate^ étoiept divisés en cinq tribua. Il est 
ti£rturel êa penser qu- ik étoient .:enroléa en autant 
de corps de milices y qui tiroient leup^dénomination 
Je ees tfibiis- £s^ effet Hérodote dit «posifeTement 
qu% laiiuitaill/é/de Platé^, il f avoit un corps de 
Fitanatee^ ettn^usavons vu que lea Piunates £w^ 
snoient une.dea itribus jde LacédmoiiiB. . 
-. . Cependant y^-conune oe ne séfat^ic^i ^ue des pro* 
t)abilîti»») et que ^; témoignage de Xénophon est 
pTéaïs^ noué .di^iM^avec MeUMiust que Thiato- 
ffien grec aH}omp«é patwi Ifs m^a IfK.jcopps des 
Scirites 9ânêï nommés d^ la Sciritide >.. petite pro- 
•y^ace. sitilée .'suit J^s- confins dei >rArcadie'et de 
ia' La^ôttie. Elle aveU été long^tempsr soumise aux 
^plt^ttatea,•elle.Je^r^i^t e^Àttite enlevée par £p%- 
minondks quii;runiJt,. àJ'ArCadie. De là* vient que, 
parmi leS' écrivains postérieui»., les un» 'ont. regaiw 
dé., les. Sciûtcs» ^eoniine une : nilioe XjAcédém»- 
nténne, les autres ootfhtneuh cotps de trOupes -Av* 
cadieanes; ..,,,.• - ' ,.-*:. 



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NOTES xxîij 

•Tendant' qnHk obéissoient aux S|partiàte8 , ils 
len suîvoient lîanf presque tontes leurs expéditions 3 
qtielquefois au nombre de 6eo. Dans une bataille , 
ils étoient placés À Faile gauche, et ne se mé<» 
loiene point avec les autres mora^ Quelquefoif 
on les tenoit en réserve pour soutenir successive^ 
ment les divisions qui cpmmençoient à plier. Pen<» 
dant la nuit, ils gardoient le canp « et leur vigit 
lance empéchoit les 'soldats de s'éleigner de la pha^ 
lange. Cétoit Lyeumie lui même qui les avpit 
chargés de ce soin. Cette milice «existoît donc du 
temps de ce législateur ; il avoit donc établi . six 
corps^ de troupes/ savoir , cinq mofa proprement 
dites 9 dans lesquelles entroient les Spm^tiates , et 
ensuite la cohorte. des Scîrites , qui n'étant pas com* 
posée de Spartiates , différoit eseentiellement des 
mora proprement dites 9 mais qui néanmoins pou- 
voit être qualifiée de ce nom, puisqu'elle faisoit 
partie de la co^nstitution militaire établie par Ly^ 
curgue. ^ 

S'il est vrai que les Scirites combattoie&t à 
cheval , comme Xénophon le &it en^ndre , on ne 
sera plus surpris que le même historien ait avancé 
que Lycurgue institua six mora, tant pour la car- 
Valérie que pour l'infanterie pesante. Alors nous 
dirons qu'il y avoit cinq mora d'Oplites Spartiates, 
et une sixième composée de cavaliers êcirites. 

' D'après les notions précédentes , il est vîsiblo 
que si des anciens ont paru quelquefois confondre 
la mora avec le lochos , ce ne peut eut que par ÎJCUuU 
vertance , ou par un abus de mots , en prenant -la 
partie pour le tout. Le savant .Meursius, qui ne 
veut pas distinguer ces deux- corps , n'a pour lui 
que quelques foibles témoignages , auxquels on peut 
opposer des faits incontestables. Si, comme le pré» 
^nd Meursius, il n'y avoit que cinq mora, il ne 
de voit y avoir que cinq lochos. Cependant nous vei- 
nons de voir que le roi Agis avoit sept lâchés dans 
son armées et l'on peut ajouter qu'en une autre 
occasion le roi Archidamus étoit à la t(l^te de i«' 
lochos. 



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xxir NOTE» 

Si chaque jnora prenoit le nom de «à tHba, 
il est naturel de penser que les 4 ^^^^ ^ <^1^^ 
que mora avoient des noms particuliera ; et nous sa- 
vons par Hésychius» que les Lacédémoniens doiw 
noient à l'un de leurs lockos le nom à'édolos. De 
là nous conjecturons que les. Grotanes, qui, sui- 
vant Pausanias , faisoient partie des Pitanates , n'é- 
toient autre chose qu'un des lochos, qui ibrmoient 
la mora de cette trihu: de là peut-être aussi la cri- 
tique que Thucydide a faite d'une expression d'Hé- 
rodote. Ce dernier ayant dit qu a la bataille de Pla- 
tée y Amopharète eommandoit le lochùs^ des Pitanar- 
tes, Thucydide observe qu'il n'y -a jamais eu à La- 
cédémone de corps de milice qui fut ainsi nommé, 
parce que suivant les apparence», on dissait iMiinora 
et non le lockos des Pitanates. 

De combien de soldats la mora étoit-elle com- 
posée ? De Sco hommes , suivant Ephere et Diodore 
de Sicile > de 700 ^ suivant Gallisthène , de 900 , sui- 
vant Polybe3 de 3oo, de 5oo , de 700 , suivant d'à- 
utres. ^ 

Il m'a patu qu'il falloit moins attribuer cette 
iliversité d'opinions aux changemens qu avoit éprou- 
vés la ffiora en diiFérens siècles , qu'aux circonstan- 
ces qui engageoientà mettre sur pied plus ou moins 
de troupes. Tous les Spartiates étoient inscrits dans 
une des mora. S'agissoit^il d'une expédition? les 
Ephores faisoient annoncer, par un héraut, que 
les citoyens depuis Tâge de puberjté, c'est-à-rdire , 
depuis l'âge de ao açs jusqu'à tel âge , se présen- 
teroient pour servir. En voici un exemple frappant. 
A la bataille de Lçuctres , le roi Gléombrote avoit 
4 mx>ra , commandés par autant de Polémarques , et 
composées de citoyens âgés depuis iM) jusqu'à 35 ans^ 
Après la perte de la bataille, les Ephores ordonnèrent 
de nouvelles levées. On fit marcher tous* ceux des 
mêmes mora qui étoient âgés depuis 35 juaqu'à 
40 ans; et l'on choisit dans les deux mmra qui 
étoient restées à Lacédémone , tous les citoyens âgés 
''de ao à 40 ans. Il suit de là que ces portLona , de 



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N T E J xxY 

môta'y qtlî faisoîent I^c^mpagae, n'^toient souvent 
que des détachement 'plus oa moins nombreux du 
corps entier. . 

"^^ Nous n'avons, ni î'otTvrage d'Ephoré qui don- 
noit à la mora ÎSoo hommes , ni celui de Gallisthè- 
ne 5 qui lui en donnoit 700 , ni l'endroit de Polybê 
où il la pôrtoit jusqu'à 900 ; maïs nous ne crai- 
gnons pas d'avancer' que leurs calculs ti'avoient pour 
objet que des cas parti cplîers 9 et' que Diodore da 
Sicile ne s*est 'pas expliqué avec assez d'exactitude, 
lorsqu'il a dit absolument que chaq%ie mora ^toit 
composée de 5oo hommes. Nous 4le sommes pat 
mieux instruits du nombre des soldats qu'on &il 
entrer dans les subdivisions de \9.fnora. Thucydide 
observe que , par les soins que prenoient les Lacédé- 
monien's de cacher leurs opérations', on igtiora la 
liombre des troupes qù'fls avoîent à la première ba- 
taille de Mantinée 3 mats qu'on |>oàvoit n<^inmoin« 
s^ea faire uue idée d'après le calcul suivant : Le roi 
Agis étoit à la tête- de sept lochos ; chaque lochos 
renfërmoit quatre pentecostys , chaque pentecostjrs 
quatre énomoties; chaque énàmotiê èàt rangée sur 
quatre de jfront, et en général sur huit de pro- 
fondeur. 

De ce passage le scholiaste conclut que, 
dans cette occasion , rénomotié fut de 3â hommes, 
la pentecostys de 122189 le lochoi de 5ia. Nous en 
concluons à notre tour , que si le hehos avoit tou- 
jours été sur le même pied, l'historien se seroiC 
contenté d'annoncer que les Lai^démoniens avoient 
sept loches , sans être obligé de recourir a la ' voie 
du calcul. 

Les énomoties n*étoïent pas non plus fixées d'ilne 
manière stable. A la bataille dont je viens de par- 
ler , elles étoient en général de 3a hommes chacune 
elles étoient de 36 à celles de LeUctres, et Sutdaa 
les réduit à a5. ' 

Tom.ir. ♦*♦* : 



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»Ti If T |E ft 

CHAPITRE U. pag. 191,. 

Sur les sommes targent introduites à Lacédémofio 
pqr Ljrsander* 

X^îodore de Sicile rapporte qu'après la prise de 
Sestus, vilie de THellespoat) Lysaoder fit trans- 

Sorter à Lacédémone, par GyUppe, beaucoup de 
épouilles , et ime somme de i5oo talens , c'e&t-à-* 
dire, 8*100,000 libres. Après la prise d'Athèaes^ 
Lysander^ de retour à Lacédémone , remit aux ma- 
gistrats , entre autres objets précieux , 4^0 talens » 
qui lui restoient des sommes fournies par le jeune Gy- 
rus. S'il faut distinguer ces diverses sommes > il s'ea 
suivra que Lyeander avoit apporté de son expédi- 
tion ) en argent comptant , X9SÔ talens 9 c'est-à-dire , 
20 millions 69^,000 livres. 

CHAPITRE IH, pag. ao6 

Sur la cessation des sacrifices humains. 

ff ai dit que les sacrifices humains ëtoieat abolis 
en Arcadie, dans le quatrième siècle avant J. G. 
On pourroit m'opposer un. passage de Porphyre, 
qui vivoit 600 ans après. Il dit en effet que Vusage 
de ces sacrificea subsistoit encore en Arcadie et à 
Carthage. Cet auteur rapporté daits son ouvrage beau- 
eoup de dé;]tails empruntés d'un traité que nous 
n'avons plus , et que Théophrasté avoit composé. 
Biais, comme il avertit qu'il avoit ajouté certaines 
efaoses à ce qu'il citoit de Théophrasté, nous igno« 
rous auquel de ci^s deux auteurs il faut attribuer 
le passage que j'emmine , et qui se trouve en par- 
tie contredit par un autre passage de Porphyre. U 
observe en effet, qulphicrate abolit les sacrifices 
humains à Garthage, Il importe peu de savoir si 
•u-lieu d'Iphicrate , il ne laut pas lire Gélon -, la 



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NOTES xxtH 

contradi^^on n^ serolt pas moins frâ][>pante. Le si*» 
lence des autres auteurs m'a paru d^uiî plus çrand 
poids dans eette' occafrîonr.' Pànsàmas , sur-tout, qui 
entre dans les plus mitlutiettx détails sur les cérémo- 
nies religieuses , anrèlt-il tiêgftigé uh fait de cette im'- 
portante ? et- cêniment Faiiroit-îl otiblié , lorsqn'eH 
parlant de Lycaon» roi d'Areàdie, i3' raconte qu*fl 
fîit métamorphosé en lovip , : pMr atelr immolé uii 
enfant? Platon , à la vérité , dit que ces sacrifices; 
tubsistoient encore chez quelques peuples; mais 
il ne dit pas que oa Ait ]krmi *lés Grecs. 

CHAPITRE LVI. pag. a86. 

Sur les droits €P entrée et de sortie à Athènes. 



Jl endant la guerre du Péloponèsè ces^ droits étoîenfe 
affermés 36 tateiis , c'est-^à-diré 19^4.400 livrest 
En J joignant le ^ gain des fermiers y on peut portée' 
cette sommera Aoo ^00 livres, èt^enfelure de là 
que le donmieroe des Athéniens aVec l'étranger étoit 
tous les aits d'environ ic^ooojooo de^nos livres. 

: MEME CHAPITRE, png. «86. 

Sur les oontrUntti&ns^ des ANUs. 

Xjea 460 talens qu'on tiroit lè«a les ans de pet^ 
pleè ligués contre les Pertes ; et que les Athénien» 
dépdsment à la* citadl>flle , formél^nt d'âbdrd xxHp 
somme de 10*000 talent {*^ anivamt'Isbcrate^.on dé 
9700 ^^*)> suivant Thucydide. Pérlclès;' pendant son 
aamniBCratum , en avoit dépos'é^Booo; ina/is en ayant 
dépensé 3700. soit pont' t^bellir la vilh» , soit pou^ 
les première» dépenses dm siè^'âe^Potidée , les 9700 

{*) 64 milliom. . c. 

{**) Sa, millions 38o mille livras. 



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^xt^iîj K Q T B * 

i'étei^nt rétliùA^ à/téoop (T) i(^ commeyiDemetifc déU 
guerre du. Pëbpojif^fi.).;:, 

Cette, .guerrf^. f},\t. #u^pç#4^f^ P*r . ««^ trêve que 
les AtMnJôep«.fireiii;fiiî<?<i,Jiap^dém<Jife. 'Les contri- 
i>Ution^ > qu'y% jrepevopient ;a)oi;$ , .^s'étoieut élevéet 
juiwftt'à ita oui5i;3 )centfrjteleQ»ij.,/^tr|>çndaiit içs sept 
années q,ue fi^sL 4M>'^è^i) iû. mi^e^Qt 7000 . talent 
44n8 le.tr^soroPvWicuJ^T]^. .: : • ^ 

Sur la définition de Vhomme. 



J. orphyre , dans son introduction à la doctrine des 
J^éiipatétLictens , -> deânit Ph^mme^. v(n • aniinal i^ison- 
Pj^\b > et f morl^L. Jci . h'ai • pas tvouivéi eetèe définition 
•dans ;lep ouvrages Qju.i n0ue.;r6^tent4'A«#l:<rté. Peut- 
être en HY^itrÂLf^it usugi^ xjans ceux ^uenous avons 
fsi^rdus ; pe«t^ti«e ne l^avi>it4l jamaÂs *e«prpk>yée . Jl 
en rapporte «oiiiveQi mm .«^tre , quelPUton^ ainsi 
que divers philosophes a voient adoptée , et qui n'est 
antre cho^:^qu,e l'énûjtriériil^u dé qiîetques qua- 
lités extérieures de l'homme . Cependant , comme 
alprs on a4|i»i^^it Upo4ifféPfeI|W^F(ée.l^e•^nil'e les ani- 
maux raisonnables^ et les animaux irraison nables^ 
D^ poUruftife ^|ni«i4er^\^(9irqâ.#î^ ^^slrpbii^opbes 
li'ay oient p^êfeéjj^faj^nj^l.^tioâsi \^ Jami^ d^ r«- 
s^fliier p0Bt> l*iiïiffé^e»ce ;}^î»ëci^ql».^ 4ç.:rjbomme 
Je yais tftuohi»i'de«^|)^dfeiàHfiQttQ cii^oi^té-. 
i.o-: te mot|dQii,t 4e4 |^reiE}|.sejservoi)ei[il-/p^ri.signifitt 
pïkimfll^ .^e^gqj^ s^étrec vly^t ;; Taniiml «.riiisonna- 
|4e je^t dQh4(j7é|sife.;tJv4Ât <ioMé ^'il^t^U^gc^tiO .0t de 
ç^on.v Ç©t«fei4^«itkMi;x:«vient\à; »l'hé>wmç;5 . mait 

(*) 3a millions ^00 mille lii^^^^^y^\^ .. 



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^ilui émîhoiMiQÀtnenjcoçe à^ la Divinité $ et c'est ^cè 
"qui avoit •iigiag(^..lets Pythagoriciens à placer Dieu 
el2 rhonHne naniii les aniaâB^tuc .fsu&onnables ^ c'ès^ 
^àndire^parim^efi. êtres: vivahsr.Taisimnables. Il hl^ 
kiit'doRe cbérdier ùitç anti^. difSévence qui séparât 
l'homàie del'Ëlipe èupréme^^i^b-inféBie de toutes les 
intèlligeDcea 'èéleatès, > .4 ,.:.). .. 

Toute .défim{ioa: devant .donner une z idée bien 
claire de la chose définie, et la. ;nict]»rQ:ides. esprits 
n'étant pas assez connue , les philosophes qui vou- 
lurent classer Thomme dans V échelle des étpes, 
s'attachèrent par préférence à ses qualités extérieu-* 
res. Ils dirent que l'homme est x\n animal ; ce qui 
le distinguoit de tous les corps inanimés. Ils ajou- 

'. tèrent successivement les mots terrestre , pour le dis- 
tinguer des animaux qui vivent dans l'air ou dans 
l'eau ; à deux pieds , pour le distinguer des qua- 
drupèdes , des reptiles , &c. sans plumas , pour ne pas 
le confondre avec les oiseaux. Et quand Diogène , 
par une plaisanterie assez connue , eut montré qua 
cette définition conviendroit également à un coq et 
et à tout oiseau dont on auroit arraché les plumes > 
on prit le parti d'ajouter à la détinition un nou- 
veau caractère , tiré de la forme des ongles. 'Du 
temps de Porphyre , pour obvier à une partie des 
inconvéniens dont je parle , on définissoit l'homme 
un animal raisonnable et mortel. Nous avons depuis 
retranché le mot mortel , parce que suivant l'idée 

. que le mot animal réveille dans nos esprits, tout 
animal est mortel. 



CHAPITRE LVIII, pag. 33j 
Sur un mot de l'orateur Démade, 

XJémade , homme de beaucoup d'esprit , et Fun des 
plus grands orateurs d'Athènes , vivoit du temps de 
I)émosthène. On cite de lui quantité de réponses 



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ux NOTEES 

henreaset et pleines de force ; msk fwxmi see bons 
mots il en estqne nons trouverions pnk:ieiix. Tel est 
celui-ci: Gomme les Athéniens se levoient au chant 
4n coq 9 Démade app^loit le trompette qui les i»- 
Tîtoit à Tassamblée , le coa public d^ Athènes, Si les 
Athéniens n*ont pas été cnoqués de cette meta pho« 
Te il est à présumer quMls n^ Tauroient pas ét«^ de 
.celle de g^r^j^^rjo/oire^ hasardée par la Motte» pour 
désirer un cadran . 



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TABLE 

DES C H A P I T R Êï 
Contenas dans ce Yolama. 



Chapitre XXXTX. Suite du voyage de fElide. 

Xénophon àScillonte* * pag. i 

Chap. XL, Voyage de Mtssénie^ . 18 

Chap XLl. Voilage de la Lacome.. %% 

Chap. XL il Des habuans de la Laconie. 70 
Chap. XLIiL Idées générales sur la legiila^ 

tion 4e L^curgue> ^ ' 76 

Chap. XLl F. Fie de Lycurgue. 90 

Chap. XLF. Du Gouvernement de Zacédé- 

mone. 97 

Chap. XLF T. Des Lois de Lacédémone. 116 
Chap. XLF IL De t Education et du Mariage 

des Spartiates. 115 

Crap. XlFIIL Des mœurs et dés usages des 

Spartiates. 14O 

Chap. XLIX J)e la Religion et des Fêtes des 

Spartiates^ i6a 

Chap. L. Du Service militaire che^ les Spartia- 
tes. X 167 

Chap. LL Défense des Lois de Lycurgue. Cau- 
ses de leur décadence. 174 



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Chap. LIL Fôjfagi^tkrcadieé. 19) 

Chap. lui. Voyage dArgaHde. ^25 

Chap. LtV. La République de Platon* ^49 
Chap. iT. £>«!, Cpmmfrce dès Athéniens. a?6 
Chap. LVL Des impositions et des finances 

che^ les Athéniens. a 86 

Chap. LFIl Suite. de la BUtioihèque d'un A- 

thénien. La Logique. a9S 

Chap. LVIU. Suite de la Bibliothèque tfun 

Athénien. La Rhétorique. 312 

Notes. i 



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Fin dà quatrième. volume* 

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