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Full text of "Voyages d'Ibn Batoutah"

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AHO) MlHillBan.SiaEMEES> 



soci6t£ asiatique. 
VOYAGES 

D'IBN BATOCTAH, 

TBXTE ARABB, ACCOHPAQNE VUNE TMDUcnOH 

C. DEFBEMERY ET LE D" B. R. SANGUINETTI. 
TOME TKOISl^ME. 




PARIS. 

IMfRIMIi. PAH AOTORISATION DE L'EMPEREOR, 
A L'lMPKIHERlE IHP£RIALE. 

M nccc LV. 






»I -■. 



<''^. 

\'i% 

V'-* 



AVERTISSEMENT. 



En quittant Sirk , di^itale du Kiptchak , oh nous l*a> 
vons laiss^ k la fin du pr^c^dent volume , Ibn Batoutah 
se rendit k Si^rftitchik, ou, com me il i'appeile, Sevk- 
tcbouk, puis k Kb^ezm, capitale de la province du meme 
nom, et plus cdi^re chez les g^ographes orientaux sous 
les noms de Djordj^nieh et d'Ourguendj. La description 
qu*il en trace nous donne une haute id^e de la ricbesse 
et de la prosp^riti de cette vilie , alops gouvernee par 
un vice-roi dependant du souverain du Kiptchak. Ibn 
Batoutah y remarqua une coulume qu'il n'avait vu ob- 
server nulle part ailleurs, et qui lui parut digne d'^loges. 
Cette coutume consistait a obliger les habitants, sous 
peine de la bastonnade et d'une amende, k assister aux 
offices c^l^bres en commun dans les mosqu^es. On sait, 
par des historiens persans modernes et des voyageurs 
^urop^ens, que le meme usage existait encore k Bokhlira 
ii y a moins de quarante ans ^. D'un autre c6t6 , aprfes 
inoccupation de Djidda, en Arabic, par les Wabhabites, 
en 1807, ces sectaires etablirent des espfeces d'appari- 
teurs ou exempts, charges de forcer les fiddles k se 
rendre au temple ^. 

' Sir John Malcolm, Hist de la Perse, trad. fr. t. Ill, p. 358; 
Meyendorff, Voyage fOrenboarg it Bmkhara, p. 381 , 283. 
' Voyages d'Ali Bey, t. Ill, p. 6, 7. 



jii. 



•JfUl 



II AVERTISSEMENT. 

De Khirezm , notre voyageur se transporta k Bokhara , 
en |>assant par la ville d'Alcat ou Gatb , ancienne capi- 
taie du Kharezm. On sait qu*en Tespace de cinquante- 
six ans, de 1220 a 1276, Bokhara avait ^t^ trois fois 
mise au pillage par des armies mongoles. Aussi, quand 
Ibn Batoutah la visita, ses mosqu^es, ses colleges et ses 
marches ^taient ruin^s , k {'exception d'un petit nombre. 
Les habitants , dont Ibn Haoxikal , au x"" si^cle , faisait un 
'si magnifique eloge, nous sont Hi^r^sent^s, par Ibn Ba- 
toutah, comme en butte au m^pris g^n^ral, k cause de 
leur reputation de partiality , de faussete et d'impudence. 

Le voyageur partit d6 Bokhara afin de se rendre au 
camp du sultan de la Transoxiane, 'A\k eddin Tberma- 
chirin. II nous donne sur ce prince, sur ses deux pr6- 
d^cesseurs immediats, ainsi que sur deux de ses succes- 
seurs, des details d'autant plus pr^cieux, que Tbistoire 
de la dynastie issue de Djaghatai , second ^s de Djin- 
gbiz kh^n, est encore assez imparfaitement connue. Tou- 
tefois, nous devons avouer que le r^cit d'Ibn Batoutah 
ne s accorde pas toujours , pour la filiation des princes 
qu'il cite , ni pour Tepoque qu'il semble leur assigner, 
avec le reclt des auteurs plus r^cents, compulse par 
Deguignes et G. d*Ohsson, ni avec celui plus d^taill6 
de Khondemir ^. Mais ces difilirences ont pour objet de# 
points de detail sur lesquels les historiens persans eux- 
memes ne sont pas d*accord entire eux, et dont la dis- 
cussion nous entrainerait d*ailleurs trop loin. 

Apr^ avoir pris cong^ du sultan ThermachiFln, Ibn 
Batoutah se dirigea vers la c^lfebre ville de Samarkand , 

^ Hisloire des khans mongols da Tarkistan et de la Transoxiane, 
trad, du persan par G. Defr^mcry. Paris, Impr. imp. i853, in-S*, 
p. 93 el suiv. 



AVERTISSEMENT. in 

qui conservait encore queiques restes de son ancienhe 
magnificence^ II visita ensuite la viUe de Termedh, tr^ 
versa le Djeihoun ou Oxus, et entra dans le Rhor^^&n. 
II d^crit successivement ies villes de Baikh et de H^rait, 
et consacre plusieurs pages k ]*histoire du roi de cette 
demi^re, Mo'izz eddin Ho^ain Curt^ II intercale dans 
ce chapitre un r^jt assez d^taill^ de Torigine de la puis- 
sance des Seii^^dftriens , nom que se donna une troupe 
daventuriers qui, a la faveur des troubles excites dans 
le Khora^an par la mort du sultan Abou Sa'id Bahadur 
khan (736=1 335-1 336), parvinrent k se cr^er une 
principaut^ ind<^pendante, dont Fexistencenatteignit pas 
un demi-si^cle. D'aprfes Khond^noiir, le nom des Serb^- 
dariens venait de ce que le fondateur de cette dynastie, 
Abd Arresiz4k , voulant ei^citer ses compatriotes k le sou- 
tenir dans sa r^volte contre le vizir du Khorli^dn , leur 
dit ces paroles : a Un grand tumulte a pris naissance dans 
ce pays; si nous agissons mollement, nous serons tu^s : il 
vaut done mille fois mieux voir avec courage rios t^tes 
exposees sur un gibet {ser her d&r), que de pirir lache- 
ment^. » Ibn Batoutah raconte avec quelque detail la 

* Nous devons faire observer qu*Ibn Batoutah a omis de men- 
donner (p. 64) le r^gne de Chems eddin Mohammed, fr^re ain^ 
d'Alhafizh et VHoqain. II est vrai que ce r^gue ne dura que 
deux mois, selon d*Herbelot et Deguignes (Histoire gdndrale des 
Huns, etc. t. I, p. 4i6), ou dix mois, d»apr^s Khond^mir (Hahfb 
Assiyer, ms. de Gentii, t. in,f* ia8 v^. 

^ t^oyez le chapitre du HaUh Assiyer intitule : Histoire de la 
domination des rois SerhSddr sur le pays de SebzMr, ehapitro dbnt 
ie savant acad^micien de Saint-P^tersbouig M. Bernhard Dorn 
a rdcemment public le lexte, avec une traduction allemande et 
des notes (Die Qesckichte Taharistans and der Serbedarnach Chon- 
demir, 1 85o, grand in-A** .p. i43 et suiv.) ; cf. encore Sehir eddin s 

A. 



1 



IV AVERTISSEMENT. 

bataille que W^djih eddin Ma9'oAd, le second des princes 
serb^dliriens, perdit centre le roi de H^rat. D dit que 
cette action eut lieu aprfes sa sortie de Tlnde, en Fan- 
nie 7^8 ( iSAy), et dans la piaine de Bouchendj. Mais, 
d'aprfes ies historiens persans, la bataille fut livrie ie 
i3 de sifer y^S (18 juiHet iSAa), k deux parasanges 
de Z^veh. Selon Mir Zihir eddin Mira'chy, le combat 
dura trois jours et trois nuits; et cependant , dapris des 
timoins oculaires, il n y perit que sept mille hommes ^ 
Ibn Batoutah partit de Hirat pour la ville de Dj&m, 
plus connue actueilement sous le nom de Turbeti Djamy; 
de 1^ il se rendit k Thous et a Mechhed, la ville sainte 
des Ghiites, et la capitale actuelle du Khoragan; puis h 
Sarakhs, k Ziveh ou Turbeti Haidiry et k NeicSbour ou 
Nichapoiir, alors encore tr^florissante, et dont Ies col- 
leges etaient friquentfe par beaucoup d'etudiants. De 
Ne'i9abour, notre voyageur partit pour Bestham, dod 
il se mit en route, k ce quil dit, par le chemin de 
Hendokhir (Andekho6d?), pour Kondous et Baghlan. 
Mais cette partie de son itiniraire parait fort embrouil- 
lie, II est tout k fait improbable qu'en quittant Nicba- 
poAr, le voyageur, dont le dessein itait de passer aux 
Indes, soit alii k Bestham, situie k plus de quatre-vingts 

Geschichte von Tabaristan, Rujan und Masanderan , fkrsischer Text, 
herausgegeben von B. Dorn; Saint -P^tersbourg, i85o, in -8% 
p. io3 et suiv. jusqu*a 1 i»i. — D*Herbelol (BibliotL orient verbo 
SarhSdar) et, d^apres lai, Dtguignes (Hist des Hans, 1. 1, p. i&i a) , 
donoent una origine un peu differente a la denomination aWSer- 
lid&r, 

* Hist, de TimurBec, par Cheref eddin Ali, trad, de P^tis de 
la Croix, t. I, p* 6 et 7; Sehir eddin s Geschichte, etc. he, laud. 
Kliond^mir, apud Dorn, he. hud, p. i/i6 et 149; et ms. de Gen- 
Iti, t. TTI, fol. 129 r*", lignes 1 et 2. 



AVERTISSEMENT. v 

lieues de la premiere viUe« vers Touest. 11 est plus vrai- 
semblable que Tordre suivi par Ibn Batoutab , apr^s son 
depart de Dj&m, fut ceiui-ci : i"" Zsiveh, a° Bestbam, 
3*Nicbapour,.4" Tbods et Mecbhed, S^Sarakbs , 6* Hen- 
dokbir. On doit supposer aussi qu'Ibn Batoutab aura 
omis de mentipnner quelques localit^s qu il a dxX visiter, 
sur sa route, entre Zdveb et Bestbdm, et entre cette der- 
ni^re ville et Nicb^poAr. Enfin , il est certain que notre 
auteur a commis une erreur, en mettant la contr^e mon- 
tagneuse appeMe Koubist^n entre Balkb et H^r^t. Pent- 
etre a-t-il voulu parler du Gbardjistsin , situe, en effet, 
au sud-est de la premiere de ces villes, et au nord-est 
de la seconde. Quant au Kbubist^n , ce n*est qu* apr^s 
avoir quitt^ H^rlit, qulbn Batoutab a pu le traverser, 
puisque cette vaste province cominen9ait k i'ouest de 
H^rat , et s*^tendait dans la direction de Hamadan et de 
Boroudjird. Dans line acception plus resserr^e , le mot 
Koubistan d^signait un territoire compris entre H^rsit 
et Nicb^pour, et dont la capitale ^lait KIkin *. 

Ibn Batoutab et ses compagnons s^journ^rent environ 
quarante jours pr^s du village de Kondoiis, tant afin de 
refaire leurs cbameaux et leurs cbevaux au milieu des 
gras psiturages de ce canton, que pour attendre que Tar- 
riv^e des cbaleurs et la fonte partielle des neiges leur 
permissent de traverser plus faciiement I'Hindou Coucb. 
Aprfes s'etre remis en marche , ils arriv^rent dans un grand 
bourg situ^ pr^s de Templacement occup^ jadis par la 
ville d'Ander (And^rab). Ils rencontrirent. sur THin- 

* Voyez VHistoire des Mongols de la Perse ^p, 176, 177, note. 
et la Giographie d*Ediicy, trad. fr. t. II, p. i83, ou on lit Fanen 
^(3, au lieu de ^U ; et The geographical works ofSadik Isfahani, 
p. &o. 



Ti AVERTISSEM£NT. 

dou Couch , une source thermale , avec Teau de laquelle 
ils se lav^rent ]a figure; mais leur peau fut excori^e, et 
ils soufiGrirent beaucoup. II est assez curieux de retrouver 
les memes eiSets produits partine source d'eau thermale 
situ^e k Fextremit^ orientale de la Sib^rie, pr^s de la 
Tavatoma ^ Nos voyageurs sarr^t^rent dans un endroit 
appel^ Pendj Hir, nom qu Ibn Batoutah explique par « les 
cinq montagnes. » En effet, on salt qne pendj, en persan , 
signifie « cinq»; quant h hir, c'est une alteration dun mot 
Sanscrit qui signifie u montagne » , et d'oii les Persans ont 
fait gvter ou gu^ry. Mais Ibn Batoutah a eu grand tort de 
confondre la riviere de Pendj Hir, un des affluents du 
G^oul D^rid, avec celle de Badakhchto on.Gaeuktckeh 
(ia bleuatre), qui se jette dans fOxus, et dont il a ^t^ 
d^j^ fait mention incidemment (t. 11, p. 2 4). 

Depuis Kondous jusqu'^ Perwan , Ibn Batoutah parait 
avoir suivi la meme route que celie que prirent, au 
mois d avril 1 838 , le docteur Lord et le lieutenant John 
Wood, en revenant de ieur beau voyage au nord de 
I'Hindou Couch ^. Les deux explorateurs anglais rencon- 
tr^rent aussi , a vingt-trois milles d'And^rab, deux sources 
d*eau thermale. La montagne de P6chai , dont parle notre 
auteiu*, est, sans doute, la meme que celle dont il est fait 
mention dans ce passage des Memoires du sultan Baber : 
a Entre Perwan et.la haute montagne (FHindou Couch) , 
il y a sept d^fil^s plus petits, que les habitants de la 
contr^e appellent «les Sept-Jeunes » ou « Petits » [Heft- 
petch^). Lorsque Ton arrive du c6t6 d'Andirab, deux 

' ^ Journal historique da voyage deM.de Lesseps, Paris, 1790, 
in-S'i t. II, p, 137, iJg. 

' A personal narrq^ve qfajot^mey to Oie source of the river Oxas, 
etc. London , i84i, in-8% p. 4o8 et suiv. 



AVERTISSEMENT. vii 

chemins se r^unissent au-dessous du principal defile, et 
conduisent k Perw^n par le chemin des Sept Jeunes. G'est 
ik une route trfes-diflBcile^)). 

A partir du passage de THindou Couch , Ibn Batoutah 
se trouvait dans la contr^e actuellement connue sous 
le nom d'Afgbftnistan , mais qui relevait alors du sultan 
de la Transoxiane. A Perwsin, ville situ^e sur la rivi^e 
de Pendjhir, et appel^e, par les geographes arabes, 
Ferwlin^, il rencontra le lieutenant de ce souverain. De 
]k il se rendit au grand bourg de Tcbarkh , nomme par 
les Yoyageurs modemes Tcharikar; puis k Ghaznah, la 
c^l^bre capitale de Tempire Ghazn^vide, et k G&boul. 
Enfin^ il gagna les bords du Sind, non sans avoir eu a 
r^sister aux attaques des Afghans; qu'il dejoua toutefois 
assez facilenient. 

Ici commence la seconde partie de la relation ori- 
ginale dlbn Batoutah , et finit la partie publi^e de la 
version portugaise du P. Moura ^. Les personnes qiltne 
possident pas la connaissance de I'arabe n'ont done pu, 
jusqu'i present, juger du m^rite de cette portion de 

^ Leyden's and Erskines Baler, p. i3g. 

^ Gf. Edward Thomas, On the coins of the kings ofGhazni, Lon- 
don. 1 848, in-8% p. 3i. M. Lee a suppose a tort que cette place 
pouvait ^tre celle de Bedaoun , mentionn6e par Firichtah , et dent 
il sera question ci-apr^s. B^^oun est, conune on sait, situ^e dans 
le Rohilconde. 

' Nous avons fait voir, dans la preface de notre premier yo- 
lame, combien le travaQdu religieux portugais laissait k d^sirer, 
sous le double rapport de Tintelligence du texte et de la trans- 
cription des noms'propres d*hommes et de lieux, et combien il 
pr^ntait de suppressions. Nous osons esp^rer que notre ver- 
sion, plus complete, plus (§tudi^, et dont, grdce aTadjonctioo 
da texte, les orientalistes peuvent facilement ccy^.61er Texacti- 
tude, remplacera dor^navant celle de notre devancier. 



▼Ill AVERTISSEMENT. 

Touvrage quk Taide de la traduction de M. Lee, faite 
sur un abr^g^. Or quoique , pour ce qui regarde la p^- 
ninsule en de9^ du Gauge, cet abr^g^ soit beaucoup 
moins d^fectueux que pour ce qui concerne d*autres pays, 
tels que fAsie Mineure , le Kiptchak, et surtout le Hidjsiz 
et TArabie centrale , si ^trangement passes sous silence 
par Tabr^viateiu*, il est loin , surtout pour ics details 
historiques, de pouvoir remplacer ToriginaP. Cepen- 
dant, deux juges bieh competents ont rendu pleine 
justice k rinteret que presente cette seconde partie de 
I'ouvrage, meme dans Fabr^g^. (dl^st fort h regretter, 
dit feu SirH. M. Elliot, que nous ne poss^dions pas un 
exemplaire complet du livre de ce voyageur entrepre- 

nant L*^poque oil Ibn Batoutah visita llnde (A. D. 

1 33 2- 1 3 /1 2 ) est fort int6ressante , et nous fait regretter 
davantage que ies details g^ographiques aient et^' ren- 
dus avec autant de confusion par Tabr^viateur^. » 

^ On se fera una id6e de la difference qui existe entre Ies deux 
redactions, quand on saura que ce qui, dans le present volume, 
occupe trois cent cinquante-six pages, n*en remplit, dans le vo- 
lume de M. Lee, que cinquante-deux, sur lesquelles il faut en 
ddduire huit pour un extrait d*un ouvrage persan relatif a This- 
toire de la forteresse de Gualior, et au moins deux fois autant 
pour Ies notes du traducteur, parmi lesquelles il y en a de fort 
utiles, mais aussi d*inexacies. L*abr^6 traduit par M. Lee parait 
avoir ^t^ r^dig^ avec beaucoup de negligence. En effet , on y voit 
rhistoire du cheikh Hoiid (et non HSd , comme on lit, p. i46 de 
M. Lee) mdee, de la mani^re la plus Strange, avec celle de Behd 
eddin Guchtasp (ou Guerchasp), cousin. germain du sultan de 
rinde. (Cf. ci-dessous , p. 3o2 a 307 et 3i8 a Sai.) La rebellion 
d*A!n Almolc est aussi racont^e de la fa9on la plus incomplete et 
la plus inexacte. (Voyez Lee, p. lAy*) 

* Sapphm^ to the Glossary ofuuHan terms, by H. M. Elliot, 
Agra, 1845, in-8% p. 79, note. 



AVERTISSEMENT. ix 

Le savant et judicieux historien de ilnde» Mount- 
Stuart Elphinstone , apr^s avoir trac^ le r^cit du r^gne 
de Mohammed ibn Toghlok chah, ajoute ces paroles : 
(( Beaucoup de particularit^s concernant ce r^gne sont 
rapport^es par Ibn Batoutah, natif de Tanger, qui voya- 
gea dans toute TAsie, et visita la cour de Mohammed 
vers Tann^e i3&i, et qui na pu avoir aucun int^rdt k 
farder la v^rit^, puisqu'il a ^crit apr^s son retouren 
Afiique. 11 confirme, dans toute leur 6tendue, les r^ts 
des indigenes touchant les talents et les crimes du roi, 
et trace, de sa magnificence mel^e de mine, un tableau 
absolument tel quon pent se le figurer, quand il sagit 
d un pareil souverain ^ ». 

Notre intention n'est point de suivre pas a pas Ibn 
Batoutah dans la partie de son r^cit qui conceme Tlnde; 
une pareille tache nous entrainerait fort au del^ des 
homes qui nous sont prescrites; elle naurait pas,^ d*ail- 
leurs , une bien grande utilite au point de vue g^ogra- 
phique , puisque , dans ce volume , nous ne faisons que 
conduire notre auteur jusqu'i Dihly, et qu'on ny trou- 
vera mentionnees qu un assez petit nombre de localit^s. 
Cest surtout par ce qui regarde les r^ions centrales de 
la p^ninsule et les villes du littoral, que la relation de 
rinde , par Ibn Batoutah , se recommande aux g^ogra- 
phes; or ces diffi^rents morceaux sont reserves pour le 
prochain volume. L'int^t de celui-ci est plus princi- 
palement historique. Nous devons done nous attacher 
jij signaler et h ^claircir, autant quil est en nous, les 
principaux points des annales de llnde dont il y est 
question. 

' History of India, t. II, p. 66. 



AVERTISSEMENT. 



I. 



Ibn Batoutah dit (p. loi) que, dans une grande et 
belle ville , situ^e sur le bord oriental d^^ Sind , et qu*il 
appelie Dj^nliny, il rencontra une peuplade nommee 
les Sdmirah , qui formait la population de cette locality. 
II ajoute qu elle y ^tait fix^e depuis T^poque de la con- 
qu&te de cette ville, du temps de Heddj&dj (vers le com- 
mencement du viii' si^le de J« C). Cette r^exion.de 
notre auteur paraitrait indiquer qu'il regardait la tribu 
en question comme d'origine musulmane. Mais des 46- 
tails qu*il donne plus loin sur quelques coutumes singu- 
li^es observ^es par elle, prouvent qu'elle appartenait , 
au moins pour la majeure partie, k la religion brah- 
manique. Or Firicbtah raconte que la portioja infiirieure 
de la valine de Tlndus ob^it, pendant un si^cle, k une 
famiUe de Zemindar, ou u tenanciers hindous, » nomm^ 
les Sodmarak, Hj^y^ ^i H dit plus loin ^ que Nassir eddin 
Kablitchah , le premier souverain musulman du Sind , 
apr^ la mort de Kotfab eddin Aibec , affaiblit tellement 
les Soumarab, dont les uns ^taient musulmans ^ et les 
autres infid^les, quil ne resta plus entre leurs mains 
que la ville de Tatta jOl^ , les jungles et les places fron- 
ti&res. Aussi se r^sign&rent-ils k se livrer k Fagriculture 

' Firicbtah, ^dit. lithogr. Bombay, i83i, in-fbl. t II, p. 609, 
lig. a et siiiY. (Cf. M. Reinaud, MSmoire g^graphique, hisiarique 
et scientifiqae sur VInde, p. a 5 6.) 

* Page 610 , lignes 3 et suiv. * 

' L*^mir Oun&r Assamiry, dont parle notre auteur (p. io5), 
avait aussi embrass^ Tislamisme. Plus loin (p. iSy)* Ibn Batou- 
tah mentionne un prince musulman appartenant a la tnbu des 
Samirah du Sind. 



AVERTISSEMENT. xi 

• 

et au soin des troupeaux , et vi^curent-ils dans la retraite. 
Mais, apr^s N&ssir eddin Kabatchah (mort en 622= 
12 25), ils r€ssaisirent par degr^s lepouvoir, et arra- 
#b^rent le Sind aux sultans de Dihly. Firichtah parle 
dun radjah de Tatta, qui sappelait Habechy, et qui ap- 
partenait k la peupiade des Soil^marab K Plus loin , il at- 
teste que les Zemindars du Sind ^taient divis^s en deux 
troupes appel^es, Tune iSodmara^i , et lautre Saimah (aUas 
Samma ou Soumana) ; qu'a la fin du r^gne de Mohammed 
IbnToghlok, grace aux efforts et ^Taide des musulmans, 
la puissance passa de la famiile des Sotimarah k celie des 
Satmah , qui ddnnait k son chef le nom de Djiim ^. Enfin , 
dans son r^cit du r^gne de Mohammed ibn Toghlok ', 
Firichtah rapporte que la peupiade des Soihnarah, la- 
quelle habitait Tatta, avait donn^ asile k un rebelle^ 
Un auteur persan du xvii* sitele a nientionn^ une secte 
hindoue dont le nom et les usages offrent de grands 
rapports avec ceux des Sdroirah, dont parle notre au- 
teur*. 

II. 

A Tarticle de Dihly, dont il donne une descrip- 
tion fort d^taill^e et pleine dmt^ret, Ibn Batoutah dit 
(p. 1&6) que cette ville fut prise par les musulmans 
dans Tannee 584 (1 188 de J. C). Plus loin (p. 161), 
il r^p^te la meme date , en citant conune son garant le 
kSdhi supreme de Tlnde, k T^poque oil il s'y trouvait. 

' Page 6i3, lignes 4 et 3 ajine. 
' Tome II»p. 6i5. 
^ Tome I, p. 267. 

^ On peut voir ce passage du Dabistto, citd et traduit dans 
une qeie de H. Lee, p. 100. 



XII AVERTISSEMENT. 

11 aj cute meme qu*il Ta vue retracee sur le mihrdb, ( choeur 
ou autel) de la grande mosqu^e de Dihly. Mais nous 
devons faire observer quun auteur persan qui vivait 
dans la premiere moitie du xiii*" si^cle, et dent le t# 
moignage a et^ admis par Firichtah, atteste que Dihly 
a ^te conquise par Kothb eddin Aibec, en Tann^e 588 
seulement ( 1 1 92 de J. C. ^). 

Ibn Batoutah consacre plus de cinquante pages k re- 
tracer rhistoire des souverains de Dihly, depuis Kothb 
eddin Aibec, jusqua IVIohammed ibn Toghlok ch^h, 
sous le r^gne duquel il visita flnde. Nous avons eu soin 
de comparer son recit avec ceux de Tauteur des Thaba- 
kdti Ndssiry, de Khond^mir (dans son Habih assiyer) 
et de Firichtah, et nous Favons g^ri^alement trouve 
daccord avec ces ^crivains. Mais comme il ne doniie 
pas une seule date, et qu*on pourrait etre embarrass^, 
dans la lecture de cette partie de son ouvrage, par ce 
d^faut d mdications chronologiques, nqjjs croyons devoir 
insurer ici un tableau offi*ant T^poque de Tav^nement^e 
tons les empereurs de Dihly ant^rieurs a Mohammed 
ibn Toghlok^. 

^ Thabakdii Ndssiry, ms. persan i3, Gendl, fol. 2191 r"* et 
3oo Y^; Firichtah, t. I, p» loa, lig. 5, et 106, ligne i5. 

* Pour dresser le tableau suivaot, nous avons fait usage des 
Irois historiens persans cit^s plus faaut; nous avons de plus mis 
k profit un savant travail de M. Edward Thomas (On the coim of 
the patan saltans ofHindastan, London, 1847 » ^^^^ ^^ supple- 
ment, ibidem, iSBa), qui a rectifi^, a Taide'des m6dailles, plu- 
sieurs des dates donn^es par Firichtah. (Voy. surtout les pag. 4i * 
45, laa et 1 29.) Nous devons faire observer que, dans son premier 
travail (p. Sy, note), M. Thomas a fsiit dire k Ibn Batoutah une 
chose qui ne se trouve pas dans notre auteur. II s*agit de la mort 
de Nissir eddin, fils de BalabaA et gonvemeur du Bengale, mort 



AVERTISSEMENT. 



XIII 



DATES 



N«'. 



NOMS DES PRINCES. 



588(1192). 



603 (mars iao6). 



607 (1 a 1 0-1 a 11). 
607. 

633(ia36). 
634 (noY. ia36). 
637 (ami ia4o). 

639 (l2lll'l2i2). 

644 (juin ia46). 



3 

4 
5 

6 

7 
8 



Chihdb eddin (ou Mo'izz •ddin) Moham- 
med ben SAm, le Ghounde, roide 
Gfaaznah, s^empare de Dihiy par le 
moyen de son ancien esdare, 

Kothb eddin Albec, qui gouverne cette 
ville en quality de vice-roi ju5qu*ii la 
mort de son maitre,et, post^rieure- 
ment a cette ^poque, comme souve- 
rain ind^pendant. 

ArSm chah , (ils d*Aibec. 

Qjems eddin Altmich, gendre d*Aibec. 

Rocn eddin Firouz chah , fils d* Altmich. 

La sultane Radhiyah, fiUe d^AItmich. 

Mo*]zz eddin Behram chah, fils d*Altmich. 

*A]a eddin. Ma^ oud cb4h , fils de Firouz 
chah. 

N&ssir eddin' Mahmoud, fils d* Altmich » 
a qui furent d^di^es les Tkahakdti 
NAssiry, 



que, d*apres M. Thomas, qui cite comme garant le travail de 
M. Lee (p. 116), Ibn Baloutah aurait plac^e en 689. Or il n*est 
question de rien de pareii ni dans la relation originale, ni dans 
Tabrdg^. On y lit seulement (p. 176 ci-dessous, et page cit^e de 
Tabrdg^] qu*a T^poque de la mq^t de Balaban> son fils N^ssir 
eddin se tjrouvait dans la province de Lacnaouty. M. Thomas 
parait avoir ^ induit en erreur par ce qu*on lit plus loin (p. 1 18) 
dans ia traduction de M. Lee , 4 savoir, que Nassir eddin mourut 
deux ans apres son entrevue avec son fils Mo*izz eddin. Mais les 
mss. de la relation originale portent ^jOuv « des ann^es b , et non 
jac^;^ cdeux ann^es» (voy. p. 179 ci-dessous). 



XIV 



AVERTISSEMENT. 



DATES 






1 


N«-. 


HOHS DES PRINCES. 


DX VAVKHBIIBXr. 


10 




664 (Kvrieri^f6). 


Ghiyath eddin Bfdaban , gendre d'AIt- 




' 


mich. 


685 [fin de] ( com- 






mencement de 






1286). 


11 


M o'izz eddin Ke! Kob4d , petit-fils da 


• 




prdcddent. 


687 [fin de]. Selon 






FirichtaJi,t.I. 


I 




p.i53,l.dern., 






ou plutot de 






688 (premiers 






jours de janv. 




• 
• 


1290). 


la 


Dj^im eddin Firouz cUh KhUdjy. 


695 (1296). 


i3 


Rocn eddin Ihrdhim , son fils. 


695(1296). 


i4 


*Ala eddin Mohainmed chah, neveu el 
gendre de Dj^lM eddin. 


715 (Janvier i3 16). 


i5 


Chih^b eddin *Omar, fiJs d*Ala eddin. 


716 (avril i3i6). 


16 


Kothb eddin Mob4rec ch^, fils d'AU 
eddin. 


720 (l320). 


»7 


Nassir eddin Khosrew. 


72a(i32o). 


18 


Ghiyath eddin Toghlok ch&h meuri en 
725 (i325). 



Des dix-huit souverains inscrits sur cette liste, trois 
(le 3*, le 7* et ie 8') ont ^t^ omis par Ibn Batoutah. 
Notre voyageur n'a pas fait mention non plus d*un en- 
fant de trois ans , fils de Mo*izz eddin Kei kobad , et qui 
fut plac^ sur le trone, sous le nom de Ghenis eddin 
Keioumors, lorsque son p^re se vit atteint de paralysie ' . 



' Khond^mir.t. Ill, fol. io3 r', Firichlah, t I, p. i52, i53. 



AVERTISSEMENT. • xv 

Nous ne croyons pas n<^cessaire d mdiquer les diffi^ren- 
ces de detail qui existent entre le r^cit dlbn Batoutah , 
et ceux des historiens persaiis, la plupart plus r^cents^. 
Outre que ces differences ne sont g^neralement pas d'une 
grande importance, eiles dnt ^t^ en partie signal^es par 
M. Lee , dans ses notes ^. Le niSme savant a eu soin de 
faire remarquer d*autres points sur iesquels notre auteur 
est parfaitement d'accord avec Firichtah '. II nous serait 
facile de midtiplier ces rapprodiements. Mais nous 
croyons quilsufBt, pour faire sentir toute Timportance 
du recit dlbn Batoutah , de rappeler que celui-ci a puis^ 
ses renseignements sur les lieux mfimes, et qu'il cite 
commeson principal garantle grand jugede THindoustan. 
D ailleurs , il est probable que , pour ce qui conceme 
les ^venements accomplis depuis la mort du sultan Ba^ 
laban» c*est-^-dire pendant la p^riode d*environ un demi- 
si^cle qui pr^c^da son entree dans Tlnde , Ibn Batoutah 
a pu en recueillir les details de la bouche de t^moins 
oculaires. II lui arrive plus d*une Ibis de rapporter les 
propres paroles de t^moinsde cette esp^ce^. Un detail 
qui pent prouver combien notre auteur a eti, en g^n^- 
ral, exactement inform^, c*est ce qu'il ajoute (p. 178) 

^ Aimiuhadj ibn Siradj Aldjouzdjany, auteur des Thabakdti 
Ndssiry, ^crivait en 1 2 5q ; Khond^ir mourut en 1 534 , et Firich- 
tah vivait encore en 16a 6. 

* Voyez p. ii3 et 118. Nous devons faire observer que le 
fids de Chems eddin Altmiqh , qui fut mis a mort par i*ordre de 
soa fr^re Rocn eddin , s'appelait Kothb eddin et non Mo'izz eddin, 
comme le dil Ibn Batoutah (p. 166). (Cf. les Thabakdti Ndssiry, 
fol. Ss^"* et Firichlah, 1. 1, p. 1 16, ligne avant-derni^re. ) 

^ Voyez p. 119, n. 3; 120, n. 2M24, n. 2 et 3, et, surtout, 
p. 129,. i3o. 

* Voyez p. 193 et 2i3. 



XVI • AVERTISSEMENT. 

k propos de Tentrevue qui eut lieu entre ie sultan Mo'izz 
eddin et son p^re , N^ssir eddin , k savoir, qu*elle fut ap- 
pel^e la rencontre ou covjonction des deax astres heureux, 
et que les poetes la c^l^brferent en foule. Or Firichtah , 
qui place , il est vrai , cette entrevue sur le fleuve Serou 
(Sareyou ou Goggrah ) , et non suf le Gange , et qui la met 
deux ann^es apr^s T^poque que semble indiquer Ibn Ba- 
toutah , cite un poeme qui fut compost k cette occasion 
par le c^lfebre imir Khosrew Dihlewy, et qui porte le 
titre de Mesndwy de la conjonction des deux astres heareux ^ 
Si, pour les temps ant^rieurs k Tav^nement de Moham- 
med ibn Toghlok cbah , le r^cit dlbn Batoutah , quoique 
interessant et sou vent plus d^taill^ que ceux des histo- 
riens dont les ouvrages sont k notre disposition, ne peut 
passer cependant que pour un ^cho fiddle des bruits 
qui avaient cours parmi les personnes instruites, k T^- 
poque ou 11 visita Tlnde, il en est tout autrement dune 
grande portion de ce qu*il nous apprend touchant le 
r^gne de ce second empereur de la dynastie toghlokide. 
Notre voyageur a pass^ plusieurs ann^es dans les Elats , 
ou meme k la cour de ce souverain; les importantes 
fonctions de judicature dont il fut investi par lui le 
mirent en relation avec la plupart des personnages in- . 
fluents de lempire; enfin, il accompagna le camp im- 
perial dans plus d^une circonstance memorable. On ne 
peut done refuser k la plus grande partie de ce qu il nous 
raconte sur les actions de ce prince , la confiance due a 
tout t^moin fidhle ct d^sint^ress^. 

' T. I, p. 1 48, 1^9 ; Cf. Khond^mir. t. UI. foi. loj v*. Le 
m^me ouvrage d*^inir Rhosrew est encore cite sons ce mdme 
titre, dans un passage du Khildcet attSwdrtkh, (ranscrit par M. E^. 
Thomas, op, supr, land., p. lay,!. 5. 



AVERTISSEMENT. xvii 

Ibn Batoutah a pr^vu le sentiment d'incr^dulit^ que 
pourraient exciter certains de ses recits touchant la mu- 
nificence extraordinaire de Mohammed. Mais il a^u soin, 
ideux reprises, de protester de sa v^raciti, et cela dans 
les termes les plus forts , les plus energiques ^. D'ailleurs 
ce qu'il dit k ce sujet est pleinemont confirm^, tant par 
les temoignages de Khond^mir et ^ Firichtah , que par 
celui d'un historien arabe contemporain , dont nous 
avon$ *pari^ dans la preface du premier volume (p. xn 
et xin). On remarquera meme que lauteur du Mi^&lic 
alabsdr, ^crivain judicieux et exact, inais qui, nay ant 
jamais visits Tlnde , tenait ses renseignements de voya- 
geurs et de marchands , peut-Stre port^s k Texag^ration , 
se montre beaucoup moins mod^r^ qu'Ibn Batoutah 
dans les chiffres qu il assigne aux largesses du sultan , 
et dans les descriptions qu'iJ trace de la magnificence 
de ce souverain^ 

Nous nous bornerons ^,d«ux ou trois remarques pour 
ce qui concerne cette portion de Touvrage. Ibn Batou- 
tah attesle qu il a ete present a la rentr^e de Mohammed 
dans sa capitale, auretour de quelques voyages; que, 
^^ans ces circonstances , trois ou quatre petites balistes, 
dress^es.sur des elephants, lan^aient aux assistants des 
pieces d'argent et d*or, que ceux-ci ramassaient. aCela, 
ajoute notre auteur, commen^a au moment de Tentr^e 
du sultan dans la ville , et dura jusqu*^ son arriv^e au cha- 
teau*)). One telle prodigality pent paraftre bien extraor- 
dinaire ; et cependant Khond^mir affirme , d*apr^s Dhiyai 

' Voyezci-dessous, p. 217 et a 43. 

* Voyez les Notices el extrails des m$s,, t. XIII, p. 181 a aioel 
ai7 a 331. 
' Ci-<lesdou5, p. a38, 895, 3g6. 

III. . B 



XVIII AVERTISSEMENT. 

Berny, auteur contemporain de Mohammed, opie le 
jour oil ce prince (it son entree k Dihly, six semaines 
apr^s son av^nement au trone, ses tr^soriers ayant charg^, 
d'apres ses ordces, de robustes d^phants , de pieces d*or 
et d'argent, r^pandirent celles-ci sur Tassistance, et cela 
durant tout Tespace compris depuis la porte de Dihly 
jusqua celie du pal|is imperial ^ Firichtah, qui r^pite 
ces details , ajoute de plus qii*on jetait ces pieces de mon- 
naie j usque sur les toits des n^aisons. 

II est question dans Ibn Batoutah(page 3^3) d'espions 
domestiques, que le souverain de i'lnde avait coutume 
de placer pr^s de chaque ^mir, quel que fut son rang. 
Firichtah nous apprend, en effet, que tel etait Tusage 
d'un des pr<5d^cessem's de Mohammed ibn Toghiok. « Le 
sultan *Ala eddin, dit Thistorien persan, etablit des es- 
pions , de sorte que tout ie bien et le mal commis par 
les habitants de ia ville et du pays lui ^tait parfaite- 
ment connu. Ce fut au point, que les conversations 
que les emirs etles hommes distingues de Dihly tenaient, 
la nuit, dans leurs maisons, avec leurs femmes et leurs 
enfants, Tempereur en avait connaissance d^s le matin 
suivant.^ Quand im de ces personnages paraissait en sa 

' silt cijUCaj e)LoyJt ow**^^ qUu /U jjU^L qI o^U. 

jj^ft^ ^ SXi /»l^j» Hdhih assiyer, t. Ill, fol. 109 v*, 1 10 r'. Cf. 
Firichtah. t. 1, p, 236. 

^ Nous ne pouvons nous empScher de faire observer qu*un fait 
pardculier, racont^ par Ibn Batoutah dans le passage cit^ plus 
baut, semble conBrmer d*avaiice cette assertion de Thistorien 
persan , posterieur de plus de deux si^cles et demi a notre voya- 
geur. 



AVERTISSEMENT. . xix 

presence , *Ald eddin lui remettait un ^crit comprenant 
lea propos de la nuit^ ». 

On remarquera dans ce volume (p. 258-270} un 
long et piquant r^cit des aventures d*un descendant 
de Tavant-dernier khsdife abhSicide de Bagdad, et dutrai- 
tement magnifique qu il ^prouva de la part du sultan de 
I'Lide. Ici encore les assertions de notre auteur sont 
pleinement confirmees par Firichtah, dans lequel nous 
lisons ce qui suit : a Makhdoum Zadeh ^^ de Bagdad , le- 
quel, en apparency, ^tait de la faniille d'Abbsis, ^tant 
arrive dans Tlnde, Tempereur sortit a sa rencontre jus- 
qak la petite viUe de PMem , lui donna deux cent mille 
tengah, un district, le kiosque de Siri, tout le revenu des 
terres comprises dans T enceinte dela citadelle, et, enfin , 
jdusieurs jardins. Toutes les fois que Makhdoum Zlideh 
venait le voir, le sultan descendait de son trone , et apr^s 
etre alie quelques pas au-devant de lui , il le faisait as- 
seoir k son cdt^ sur ce trone, et lui t^moignait la plus 

grande politesse ^ ». 

Un reproche que Ton est en droit d'adresser a Ibn 

Batoutah, c'est d avoir racont^ k peu pr^s au hasard , et 

sanssuivre la succession chronologique des ^v^nements, 

lesr^voltes et les calamit^s auxquelles llnde fut en proie 

sous le r^gne^e Mohammed. Ce manque dordre est 

d autaut plus^egrettable , que iiulle part on ne trouve 

de date qui vienne aider le lecteur k se-reconnaitre au 

milieu de ce r^cit , d'ailleurs si curieux. Pour rem^dier, 

autaht que possible, k ce d^faut, nous avons cru devoir 

' Firichtah, t. I, p. 190, ligne a et suiv. 

* On voit dans Ibn Batoutah , p. 2i44 , que tel ^tait le titre h<!>no- 
rifique de ce personnage. 
' ^ T. I, p. adg, aSo. 



XX AVERTISSEMENT. 

retracer dans un r^sum^ chronologique , les faits les plus 
importants du r^gne de Mohammed, depuis son av^ne- 
ment , jusqu'i Tepoque oil Ibn Batoutah quitta ilnde 
pom: la dernifere fois, k la fin de Tannic 767 de Fhegire 
(commencement da VTil 13^7). 

Mois de r^bi' premier 726 (f<^vrier-mars i3a5). Av^nement de 
Mohammed. 

727 (1326-1327). Mohammed se rend k Diouguir, et forme le 
dessein de prendre cette vilie pour capitale , en place dc Dihly . 
(Khond^mir, t. Ill, fol. 110 r**. Cf. Ibn Batoutah, p. 3i/i.) 

Fin de 727 (novembre 1327). M^lic Behram Abiah, gouvemeur 
de Moultan, et plus connu sous le nom de Cachloi^ khan, se 
r^volle. (Khond^mir, ibidem; Firichtah, 1. 1, p. 243^; Ibn Ba- 
toutah, p. 322 et 323.) 

•■ 

M^me ann^e. Thermachirin khan , souverain de YOlous de Dja- 
ghatai, envahit Tlndoustan et s'avance jusquaux portes de 
Dihly. Mohammed achate de lui la paix; mais la crainte de cet 
ennemi le retient trois ans dans Dihly. (Khond^mir, ibidem; 
Firichtah, t. I, p. 238.) 

738 (1337-1 338). Mohammed envoie, dans les montagnes de 
Karatchil, que Ton appelle autrement H^madjil JL^L^ (Hima- 
laya) , une armee de cent mille cavaliers, command^e par le 
£ds de sa soeur, Khosrew M^lic. (Firichtah, t. I, p. 23g a 2^1; 
Ibn Batoutah, p. 325-327.) 

Date inconnue. Bdha eddin Guerchasp, cousin germain du sultan 

* Firichtah retarde cet ^v^nement jusqu*apr^s T^chec qui attelgnit 
i*arm6e indienne dans son expedition au del^ de THimalaya , eh Tan- 
R^e 788 (1337-1 3381. Ici, comme plus has, nous avons suivi de pr6{i- 
rence la chronologic oe Khond^mir, auteur plus ancien, et, en g^ndral , 
pins exact. M. Ed. Thomas a di]k fait observer, a propos de T^poque ok 
Diouguir fut cboisi comme capitale par Mohammed ibn Togblok, com- 
bien pen les dates donn^es par Firichtah miritent de confiance. (Op. 
sap. laud. p. 61 , n. 18. Gf. ibid. p. 74, note.) 



AVERTISSEMENT. xxi 

et gouverneur de la province de S4ghar ^cL. , dans le Dekban , 
36 r^volte ; il est d^fait par Khodjah Djihan et se r^fugie pr^s 
du radja de Canbila, dans le Carnatic; puis pr^s de Bilal D^o , 
radja de D6bouresmend (Dwarsamoudra), qui le livre au vain- 
queur. (Firicfatah, t. I, p. a4i ; Khond^mir, fol. i lo r**; Ibn 
Batoutab, p. 3i8 a 3ai.) ^ 

789 (1 338- 1339). Mdic Fakhr eddin, serviteur de M61ic Bidar 
Radr Ishka Kbildjy, gouverneur de Lacnaoutj, se revoke dans 
le Bengale, tue Kadr kb&n, s*empare de Lacnaouty, de Sonar^ 
gdnpu et de Chitiagotig. (Firichtah, t. I, p. 2M1; t. II, p. 67^ , 
576; Kbond^mir, fol. 1 10 r*. ) 

. . . Seyid Ah^an , p^e de Seyid Ibrabim Kbariibah D4r, se 
revoke dans le Ma'bar. (Firichtab, t. I, p. 344; Kbond^mir, 
fol. 110 v"; Dbn Batoutah, p. 328.) 

• 

74a (1 341-1342). Le sultan se dirige vers le Ma'bar; apr^s ^tre 
arriv6 a Diouguir ou Daoulet Abad , il renvoie Kbodjab Djibl^n 
a Dibly et part pour le Ma'bar, par Ic cbemin du Tiling, aBn 
de combattre le rebelle. II s^journe dix jours a Warangol; une 
^pid^mie se.met parmi ses, troupes; lui-m^me tombe maiade 
et retoume a Daoulet Abad, puis a Dibiy, qu*il trouve en proie 
a la plus extreme famine. (Firicbtab, ibidem; Khond^mir, fol. 
110 v*"; |bn Batoutab, p. 333, 334* 373 et 373.) 

Cbahou TAfgban se r^volte a Moltan et tue Bibzad , vice-roi 
de cette ville. (Firicbtab, 1. 1, p. q45; Ibn Batoutab, p. 36a.) 

743 (i343-i343). Mdic Djender ( probablement le Kuldjund 
d*Ibn Batoutab, p. 333), cbef des Cakers, arbore T^tendard 
de la revoke et tue le gouvetneur de Labore, M^bc Tatar kban. 
Le sultan fait marcber contre lui Kbodjab Djiban , qui ie met 
en d^route. (Firicbtab, ibidem,) 

Le sultan reconnait la* supr^matie du kbalife abbacide ri- 
sidant en Egypte. (Firicbtab, t. I, p. 346; Kbond^mir, fol. 
1 10 V*. Gf. Ibn Batoutab, 1. 1, p. 363 ^) 

* II est d^montr^, par unemonnaie cl*or du sultan Mohammed, dt^ 
erkt par M. Thomas, p. 5o, n' 85, que cet ^v^nement doit dtre plus 
ancien d'ao moins une ann^e. 





k 



AVEKTISSEMENT, 
M^lic 'Ain Almolc Mollany, gouoerncur d'Oude et de Zhsi 
Ab^d, se revoke avec se* &^res, (Firiclitah, t. I, p. a48i 3J9; * 
Ibn BalouUh, d-desBDus, p. 3^3 a 3S7.J Finclitah place celte 
rebellion dans I'anniie 7^6: mais il est evident. d'apr6« le r^it 
de Khondt^mir (fol, 110 v°j, compart avec eelui d'Ibn Batou- 
lali, que la r^volle d^in Altuolc r dii arriver qiielquea aoa^wn 
plus tdt. saDs doim en y^a- J 

744 ( 1343-1344) Hadj Sa'id Hormouiy (Sarsary, d'npres Khon- 
d^mir] arrive d'Egyple, en compagnie de TambassadBur que 
ie sultan y avail envoy^, et apporle a ce souverain un diplame 
d'ilivestilure H aa vfilement d'honneur. (Firichlah, ibidem; 
Khond^mir, foi. 110 v'. Cf. Ibn Batouiah, 1. 1, p. 3f)4, 366.) 

745 (i344-i345)- Nosrah klian, qui avait afTerme toute la pro- 
vince de Bider pour cent lues de TengSh, se revoke et se for- 

' tiGe dans la citadelle de Bider. Kothlough khan est envoy^ de 
Diouguir centre lui , prend le chateau par capitulation et exp^ 
die le rebelle au sultan. (Firicbtah, t. I. p. 347; Ibn Batoulab, 
cl-dessous, p. 34o, 34i et 357.) 

746 (i345-i346) 'Aly chah tue, en Irahison, le gouverneur de 
Colbergah; puis il se lend i Bider, en tue le vice-roi et s'em- 
pare de la province. KolMnugh kbnn marclic conlre lui, le 
d^fait, I'assi^ge dans Bider et le prend par cnpitulation. Le 
aultan exile le rebelle et .ses fr^res 6 Gbiznin; et, comme iU 
en revinrent sans permission, il les fall mellrc a morl. (Finch. 
I. I, p. 347, a48; Ibn Batoulab, ci-dessous, p. 357, 358.) 

M6me ann^e. Le sultan re^oit, a Dihly, Hadji Redjeb {Hadji 
Said, d'aprea Khonddmir) el le cheilli des clieikh.s de I'Egyple. 
qui lui apporteni undiplomedukhalire, un vglemenl qui avait 
6t^porl^ parce prince etun 6tendard. (Firichtab, t. l,p. aig; 
KhondSmir, fol. 111 r"; Ibn Baloutah, t. I, p. 3f)7, 370.) 

Le sultan envoie comme gouverneur, dans le Malwa, 'Azii 
Khamm^r, > qui fitait au nombre des gens Ics plus vils » (Firicb. 
t. I, p. iba). 'Ariz, etant arrivi k Dhar, invite a uo festin 
les 6raira de Sadeh on "centeiiiers>, et en tue, par irahison. 
pres de soixante et dix. (Firichtab, t. i, p a5i ; Khond^mir, 
!bl. Mir*,) 



BtSB 



AVERTISSEMENT. xxiii 

Le-snltan confie k Mokbil, esd^ve d* Ahmed ibn Ay^ Kho- 
<^h Djihan, le vizirat da Guzarate. (Firicbtah, t. I, p. a5i.) 

Ak fin du mois de ramadhan 7i!l5=commencemen( defi§vrier 
'i345 (Khonddmir, fol. 1 1 1 r**) , Mdlic Mokbil se met en route 
poor Dihiy, par le cbemin de D6vy et de Baroda , avec ietf tr6- 
sors et ^des dievaux destin^ au sultan. Les dmirs centenier$ 
du Guzarate lui enl^vent }e tout , et il s*enfuit a Nebrwaleb. 
(Firicblab, t. I, p. 35a. Cf. Ibn Batoutab, p. 364.) 

A la nonveQe de cet outrage, le sultan part pour le Guza- 
rate, k la fin de Tannde susdite ^ ; il s*arr^te dans la petite ville 
de Sultdnpour, k quinze Horns de Dibly, et y apprend la dd- 
faite et la mort d*Aziz Khammir. (Firichtab, 1. 1, p. a5a. Cf. 
Ibn Batoutab, iii'cfem.) 

A 5on[ arriv^ pris de la montagne d*Abbou, qui forme la 
limite*du Guzarate, il envoie contre les rebelles le cbeikb 
Mo'izz eddin, un des principaux toirs. Celui-ci est rejoint, 
pr^s de Ddwy, par Melic Mokbil; et tons deux livrent aux rd- 
Yolt^ un combat dans lequel lis remportent la victoire. ( Fi- 
richtab, 1. 1, p. a53.) 

Le sultan 8*dtablit temporairemeut k Babro&tch, et per^oit 
avec la derniere sdv^ritd les tributs arridrds de cette viJle, de 
Cambciie et des autres cantons du Guzarate (cf. Ibn Batoutab, 
p. 365-368). II envoie a Daoidet Abad deux dmissaires char- 
ge d*arr^ter et de mettre k mort les perturbateurs , dmirs 
centeniers ou autres ; puis il se rayise et ordonne de lui expd- 
dier ces indiyidus, sous I'escorle de quinze cents cavaliers. 
Mais les prisonniers , parmi lesquels se trouvait Ha9an G4n- 
gou^ redoutant la sdvdritd du monarque, fondeiit stj^ leur es- 
corte, tuent un de ses chefs, retoument a Daoulet AbSd, et y 
assidgent Nizham eddin *Alim Almolc , fr^re de Kothough kbSn. 
Ds ddbaucfaent la gamison , s*emparent de la ville , et mettent 

' Telle est la date donn^e par Khond^mir,fol. 1 1 1 r^.Firichtah indique 
cdle de 748 , qoi est contredite par ce qu*on lit dans une autre portion 
de Touvrage de cet auteur. En effet, on y voit (p. 5 35) que rintrooisa- 
tion de Ha^an G&ngou Behm^ny, comme roi de Golberga, laquelle arriva 
deux ann^es au moins apr&s ces ^v^nemenis, eut lieu le 34 rebi second 
748 (4aoAtiS47). 



XXIV AVERTISSEMENT. 

k mort les oflBciers irop^iiaux, i rexception de Nixh^m eddin. 
(Firich. 1 1, p. a53, 354 1 5a i, 5aa; Khond^mir, fol. ii.i r*"; 
Ibn Batoutah , p. 365, 366.) 

Les ^mirs centeniers du Guzarate, qui, depuis leur d^faite^ 
se fcenaient caches , se joignent tous aux rebelles de Daoulet 
Abad. lis reconnaissent pour roi T^mir Ism&*il i*A%han , qui 
^tait chef de deux miile hommes , ei lui donnent le nom de 
N^ssir eddin. Le sultan , ayanl appris ces nouvelles , part en 
toute bate de Bahroutch, et arrive devant Paoulet Abad. Les 
r^volt^, an nombre de trente mi]le cavaliers, Afghans, Mon- 
gols, Radjpouts, Dekhanis, en viennent aux mains avec lui, et 
mettent sea deux ailes en d^route. Mais le chef de leur avant- 
gdrde ayant ^t^ tu^ , pr^s de quaire mille de leurs cavaliers 
prennent tout k coup ]a fuite. La nuit interrompt le combat, 
et le souverain des rebeQes en profile pour se retirer dans la 
citadelle de Daoulet AbM, ou il est assi^g^ par Mohanuned, 
qui s*6tablit dans ie kiosque imperial de la vilie. Le si^e durait 
depuis pr^ de trois mois et avait d^jk cout^ la vie a beaucoup 
de monde, quand une nouveUe rebellion, survenue dans le 
Guzarate , force le sultan a quitter Daoulet Abad, en y laissant, 
toutefois, un corps d*arm^e, commands par Rhoddwend Zddeh 
Kiw^m eddin. (Firic.htah, 1. 1, p. 254* 3 55, 5a3, 524; Khon- 
d^mir, fol. iii r**; Ibn Batoutah, p. 368, 369.) 

La lecture de ce tableau , oil les 6venements racont^s 
par Ibn Batoutah sont indiqu^s k leur place respective, 
permettra de mieux saisir renchainement des faits, en 
mSme temps quelle ftiontrera combien notre auteur 
s'accorde g^neralement avec Khond^mir et Firichtah. II 
nous a sembl^ que c'^tait 1^ T^preuve la plus decisive k 
laquelle on put soumettre Fexactitude du voyageur afi^i- 
cain. Ge resum^ chronologique pr^sente deux ou trois cir- 
constances dont Ibn Batoutah n*apas parl^; tellessont, 
par exemple, Vinvasion de I'lnde par Thennachirin , an- 
lerieure, il est vrai, d'au moins sept k huit ans k Tarrivee 
dibn Batoutah dans cclle contree, et la revoke du Ben- 



AVEftTISS£li£NT. 

gate, soQsM^lie Fakhr eddiiii en famine ^Sg (i338- 
1339). En revanche, noire auteur offine plnsieurs faits, 
dont ni Kbond^mir, ni Firichtah n*ont fait mention. D 
nous suflii*a de signaler ce qui a rapport an prince du 
Bengale , Ghiylith eddin B^hfidur Bourah (p. 3 1 6, 3 1 7). 
Firichtah n'a mentionn^ ce roi ni dans THistoire des 
empereurs de Dihly, ni dans la portion* de son ouvrage 
qu'il a consacree sp^cialement h Thistoire du Bengale. 
Et cependant des passages des Thabakdti acbary et du 
Tarikhi Firodz chdhy, ainsi qu*une monnaie d'aigent, 
frapp^e & Sonarganou, en faunae 728 ( i3!i7-i3a8), 
prouvent que Ghiyath eddin Bahadur chah gouvernait 
dors le Bengale , sous la suzerainete de Mohammed ihn 
Toghlokchah\ 

On remarquera que » pour les demiers ^v^nements 
compris dans le precis chronologique, le r^cit d*Ibn 
Batoutah s accorde moins parfaitement que pour ce qui 
precede avec ceux de Khond^mir et de Firichtah. Gela 
n a rien qui doive nous ^tonner : en effet, Ibn Batoutah 
n'a pu avoir connaissance de ces faits que par oui-dire, 
pendant les courtes relaches qu*il fit dans les ports de 
Gaoulem et de Galicut, a son-retour de la Ghine. U n est 
done pas surprenant quil n ait point connu, dans toutes 
leurs circonstances, des ^v^nements qui s'^taient passes 
dans d'autres portions de Tlnde, telles que le Guzarate 
et le Dekhan, et dont quelques-uns dailleurs n'^taient 
pas encore entiSrement terminus, lorsqu'il dit adieu 
pour la derni&re fois k la p^ninsule indienne ^. 

^ Voyez Ed. Thomas, op. supr, hud,, supplement, p. i34t 
i3B. 

* Voyez ce qu^il dit du sidge de la citadelle de Daoulet Ab^d , 
p. 369. 



x*ri AVERTISSEMENT. 

Nous n*avons pas plus craint, pour ce volume que 
pour les pr^c^dents , de soumettre k un examen s^v^re 
le recit de notre voyageur, et d'en faire connaitre les 
parties faibles. Nous croyons qulbn Batoutah n'y perdra 
rien aux y eux des juges ^clair^s et impartiaux. Nous es- 
pi^rons que ceux-ci voudront bien nous tenir compte 
des soins longs et minutieux que nous n'avons cess^ de 
prendre pour ^claircir, autant qu'il ^tait en nous, les 
difficult^s que pr^sentait cette portion de Touvrage. 



VOYAGES 



D'IBN BATOUTAH 



VOYAGES 



D'IBN BATOUTAH. 



iuo«XJLl »«Xi5 (jl^ ^t«Xjb j.^yy ^ Si)!>^ (J-^ J-***"^ ^^^^J-AAmI 

Apr^s £tre partis de Sera, nous marchames pendant dix 
jours et arrivames a la ville de Seratchouk. Le mot tchodk 

4t^ik) signifian^. « petit », c^est comme si Ton disait le petit 
Jera. Cette ville est situ^e sur le bord d'un fleuve immense, 
que I'pn appelle Olod Sou (I'Oural ou Yaik),ce qui signifie 
« la grande eau. « II est traverse par un pont de bate|.ux 
semblable a celui de; Baghdad. G'est ici que nous cessames 
de voyager avec des chevaux trainant des chariots ; nous les 
vendimes moyennant quatre dinars d'argent par t^te, et 
moins encore, a cause de leur ^tat d'^puisement et de leur 
peu de valeur en cette ville. Nous louamcs des chameaux 
pour tirer les chariots. On voit k Seratchoiik une zaouiah 
appartenant k un pieux personnage turc avanc6 en 4ge, que 

iif. 1 



2 VOYAGES 

l^A^U Usjt UiUt^ U] U^3 W ^^' «>^!P' tf^AX^3 J^t 

. (j^^3 ^(4^ iiJft^ j»^' <ii^ j4^ (^4*^ u^3 »*>^^I3 

« 

I'on appelle il</ia,cest-a-dire« pere. »I1 nous y donDa Thos- 
pitalit^ et fit des vo&ux en nolFe faveur. Lekadhi nous traita 
aussi ; mais jHgnore son nom^ 

Apr^s notre depart de Seratchouk, nous marchames, du- 
rant trente jours, d'une marche rapide, ne nous arr^tant 
que deux heures chaque jour, Tune vers dix heures de la 
matinee , et la seconde au coucher du soleil. Ghacune de 
ces stations durait seulement le temps n^cessaire pour faire 
cuire'le doAghy (esp^ce de millet) et pour le boire. Or iIi|BW 
cuit apr^s ufi seul bouillon. Ges peuples ont de la viande 
salee et sich^e au soleil, qu'ils ^tendent par-dessus cetle 
boi§5on ; enfiti , ils versent sur ie tout du lait aigri. Ghaque 
homme mange et dort seulemeot dans son chariot duraut 
le temps de la marche. J'avais dans mon arabah trois jeunes 
filles. G'est la coutume des voyageurs d'user de vitesse en 
franchissant ce desert, a cause du peu d'herbage quil pro- 
duit : les chaiheaux qui le traversent p6rissent pour la plu- 
part , et ceux qui survivent ne servent de nouveau que Tannee 
suivante, lorsqu'ils ont repris de Tembonpoint. L'eau, dans 



■^^> 



D'IBN BATOUTAH. 3 

<<i aft *>iiin £j|>^lj « MsJai et.^^< W w*^t^ V^U 

^2)_^l ;)1 JUb ^^ d |•^>'' <54a^ <;mUL)j JUkwy t4k* 
jLJi> ^,-a-t yl fJaJU-l ^ jip t y\<l.Ij jM&Xt (jjiAJt ^ 



ce desert, se trouve dans des endroits places a des intelr- 
valles d^ermin^s, a deux ou trois jours de distance Fun 
de I'autre; elle est fouvnie par la pluie ou par des puits 
creus^ dans le gravier. 

Lorsque nous eumes traverse ce desert, ainsi que nous 
Tavons dit, nous arrivames a Kharezm. Cest la plus grande 
etla plu8belleyilledesTurcs;eUe possede de jolis marches, de 
vastes raes,de nombreux Mifices,et se recommande par des 
l)eaut^ remarquables. Ses habitants sont si nombreux, qu'elle 
tremble, pour ainsi dire, sous leur poids, et qu'ils la font 
re88embler,.par leurs ondulations, k une mer agitee. Je my 
promenai k cheval pendant un jour, et j'entrai dans le mar- 
ch^. Lorsque j'arrivai au milieu et que j'atteignis Tendroit 
ou Fon 5e serrait le plus, et que Fon appelle chaour (est-ce 
le mot persan choiir, « commotion , agitation , tumulte » , et 
aussi « march^ aux chevauxP »), je ne pus depaAr ce lieu, a 
cause de la foule qui s'y pressait. Je voulus revenir sur mes 
pas; cela me fut ^lement impossible, et par le m^me 
motif. Je demeurai confondu , et je ne parvins k m'en re- 



I . 



d VOYAGES 

Ml 

^^^.^jii 4K.d^t UI3 AiUatJLt ^t^l (^^^4^^ ^^ iuw;4XXl ««Xi5 

p)^?^.^ Jk-i5i (j^ b:i>.^l ^j,--o-i U3*3JI i»^ i J'xJ^ p^i 



tourner qu'aprte de grands efforts. Quelqu'un me dit que ce 
marcli6 ^tait peu fr^quent^ le vendredi , parce qu'on ferine 
ce jour-la le marche de la Kai^arieh (bazar) et d'autres 
marches. Je montai a cheval le vendredi, et je me dirigeai 
vers la mosqu^e cathedrale et le college. 

Cette ville fait partie des 6tats du sultan Uzbec, qui y a 
place un puissant 6mir nomm^ Kothloudomoiir. Cest cet 
^mir qui a construit le college et ses d^pendances ; la mos- 
qu6e a ete batie par sa femme, la pieuse princesse Torabec. 
On voit Jl Kharezm un hopital, auquel est attache un m6- 
decin syrien connu sous le nom d'Assahiouny, qui est un 
adjectif relalif d6riv6 de Sahioun, nom d'une ville de Syrie. 

Je n'ai pas vu, dans tout Tunivers, dTiommes meilleurs 
que les habitants de Kharezm, ni qui aient des ames plus 
gen^reuseAu qui ch^rissent davantage les Strangers. lis 
observent, dans leurs pri^res, une coutume louable que je 
n'ai point remarqu6e chez d'autres peuples : cjtte coutume 
consiste en ce que chaque moueddhin des mosqu^es de Kha- 



D'IBN BATOUTAH. 5 

pjyl^-^ SJ^-=^3 U^>'' j^*>^ ci«^ »J;L«U*^ jPjol^ i^UJl 

J^^s^^ ^M-i-* U-UJt siU,^^ Jol^ *x^^ li :>;-Jl ^l^l 
i »4X;^t JOLft a-aJLp I^IUi U!^j3 ^^t iui^ o^yr ff<>v^ 



rezm fait le tour des maisons occupies par des voisins de 
sa mosquie, afin d'avertir ceux-ci d'assister k la pri^re. 
L'imim frappe, en presence de toute la commuDaut6 , qui- 
conqujf a manqu^ a la prifere faite en commun : il y a un 
nerf de boeuf, siispendu dans chaque mosqu^e, pour servir 
a cet usage. Outre ce ch^tiijient, le d^Iinquant doit payer 
une amende de cinq dinars , qui est appliqu^e aux d^penses 
de la mosqu^e, ou employee a nourrir les fakirs et les mal- 
heureux. On pretend que cette coutume est en vigueur chez 
eux depuis les temps anciens. 

Aupr^s de Kharezm coule le fleuve Djeihoiin (Oxus), 
un des quatre fleuves qui sortent du Paradis. II g^le dans 
la saison froide, comme le fleuve Itil (Volga). On marche 
alors sur la glace qui le recouvre , et il demeure gel6 du- 
rant cinq mois. Souvent des imprudents ont os6 le passer au 
moment oh il commengait h. d^geler, et ils ont p^ri. Durant 
r^t^, on navigue^ur TOxus, dans des bateaux , jusqu'a Ter- 
medh, et Ton rapporte de cette villedu froment et deTorge. 
Cette navigation prend dix j ours a quiconque descend le fle uve. 



6 VOYAGES 

e)l6 ^'^4^J?^' (^^^ ^ g^' %3 ^ iUi^s* iu^l) p>jl3-i 

^^4>JU l^jiAjS^j^UaJl^ 3,ipi pUyi l^Ai^ (:5vi^{ ^1 
*^yj l^t W^ pij!^ Jj;5l jl^S^^j^ ^.yaft (jjji ^JJI 



Dans le voisinage de Kharezm se trouve un ermitage, 
bati aupr^s du mausol^e du cheikh Nedjm eddin Alcobra , 
qui ^tait au nombre des plus saints personnages. On y sert 
de ia nourriture aux vojageurs. Le sup^rieur de c^ermi- 
tage est ie professeur Seif eddin, fiis d'AQabah, un des prin- 
cipaux habitants de Kharezm. Dans cette ville se trouve 
encore un ermitage dont ie sup^rieur est le pieux, le d6vot 
Dj^lal eddin Assamarkandy, un des hommes ies plus pieux 
qui existent; il nous y traita. 

Pr^s de Kharezm, on voit le tombeau de Timam tr^s- 
savant Abou Ikacim Mahmoikd ^ fils d'Omar azzamakh chary, 
au-dessus duquel s'^l^ve un dome. Zamakhchar est une 
bourgade a quatre milles de distance de KhsLrezm. 

Lorsque j'arrivai Ji Kharezm , je logeai en dehors de cette 
ville. Un de mes compagnons alia trouver le kadhi Sadr 
eddin Abou Hafs 'Omar albecry. Celui-ci m'envoya son subs- 
titut NoiLr alisldm «la lumi^re de Tislafiiisme », qui me 
donna ie salut, et retourna ensuite pres de son chef. Le 
kadhi vint en personne , accompagn^ tie plusieurs de ses 



r-. 



D'IBN BATOUTAH. 7 

iLXj><SJi SJoft 1^! J Ji\i i^\Ji\i ^U>Bfi^\ jML»,\Xy (^\as 

^^jUI J:i»^ bi|^3 i^yb^^ ^' Jj^ bV»> css.ac' ^^^J 
Ju6l (^3 U;js«l pUI isjtp^) (^4)JI ^j^«^ by^3 ^:>U«JJ 

adherents, et me salua. Cetait un tout jeune homme, mais 
d^ja vieux par ses oeuvres; il avait deux substituts, dont 
Fun ^tait le susdit No6r alislam , et 1 autre Nodr eddin Al- 
kermany, un des principaux juriacoosultes. Ce personnage 
96 inontre hardi dans ses decisions et ferme dans la devotion. 

Lorsque j'eus mon entrevue avec le Hdhi, il me dit : 
« Cetteville est remplied^une population extremement dense, 
etvous ne F^ssirez pas facilement k y entrer de jour. No6r 
alislam viendra vous trouver, pour que vous fassiez votre 
entree avec lui a la fin de la nuit. » Nous agimes ainsi, el 
nous logeames dans un college tout neuf , ou il ne se trou- 
vait encore personne. 

Apr^s la pri^re du matin , le kadhi vint nous visiter, ac- 
compagn^ de plusieurs des principaux de la ville, parmi 
iesquels Mewlana Homam eddin, Mewlana Zein eddin Al- 
mokadd6cy, Mewl&na Ridha eddin labia, Mewlani Fadhl al- 
lab Arridbawy; Mewlana Dj^lil eddin AFimady et Mewlana 
Ghems eddin Assindjary, chapelain deT^mirdeKbarezm. Ces 
bommes ^taient vertueux et dou^s de qualit^s fort louables. 



8 VOYAGES 

Jt AM OH^S »^)UaJt O^ ISU 2(4X.d&»\X.ji35jJlty!: joi^ 

Ul, iU5j;i! iu^uJl jl^l I4JU ^jlt y i3 i^iT-^UuL 

JUI3 iiAiftbpi JjftJ c:Hy«i3^' l*^*la^l* jl? (^ ji^^^ i 
«l;-tl o^V gjg>ju j|^2i^ibiijju#:iif vjd*« yft, ^L^i^^^i 

Le principal dogme de leur croyance est VrUzdl (doctrine 
des Mo'tazilites; voy. t. II, p. 256); noiais ils ne ie laissent 
pas voir, parce que le sultan Uzbec et son vice-roi en cette 
ville, KothloAdoraoAr, sont orthodoxes. 

Durant le temps de mon sejour a Kh&rezm, je priais le 
vendredi avec le kadhi Abou Hafs 'Omar, et dans sa mosqu^e. 
Lorsque j'avais fini de prier, je me rendais avec lui dans sa 
maison , qui est voisine de la mosqu^e. J'entrais en sa com- 
pagnie dans son salon, qui est un des plus magniGques 
que Ton puisse voir. II 6tait d^cor^ de superbes tapis ; ses 
murs 6taient tendus de drap ; on y avait pratiqu^ de nom- 
breusesfiiches, dans chacune desquelles se trouvaient des 
vases d'argent dor6 et des vases de verre de Tlrik. C'est la 
coutume des habitants de ce pays d'en user ainsi dans leurs 
demeures. On apportait ensuite des mets en grande quantity ; 
car le kadhi est au nombre des hommes ais6s et opulents , 
et qui vivent tr^s-bien. U est Tallin de T^mir Kothloudo- 
mour, ayant epous^ la soeur de sa femme, nomm^e Djidja 
Agha. 



D'IBN BATOUTAH. 9 

2-^1 ^ (^<>Jt iuujAlt /^tfjft££ J^t fJuaU c^Ab4 Joiat 

j.^lCll iUo-U Jk?t^ ^UL A3|;^l^ UySl p Jouit JuOaxL 

On trouve a Khirezm plusieurs pr^dicateurs, dont le 
principal est Mewlana Zein eddin Almokaddecy. On y voit 
aussi le khathib Mewlana Ho^am eddin Almecchithy , T^lo- 
quent pr^dicateur, et un des quatre meilleurs orateurs qile 
j'aie entendus dans tout Tunivers. (Cf. t. I, p. 107.) 

L'^mir de Kharezm est le grand 6mir Kothloudomour, 
dont le nom signiGe « le fer b6ni »; car kothlod veut dire 
« beni ■ , et domodr est T^quivalent du mot « fer ». Get 6mir 
est ills de la tante maternelle du sultan illustre Mohammed 
Uzbec ; il est le principal de ses ^mirs et son vice-roi dans 
le Khora^an. Son fils, Haroun Bee, a 6pous^ la fille du sul- 
tan et de la reine Thaithogly, dont il a 6t6 question ci- 
dessus. Sa femme, la khatoun Torabec, s'est signa]^e par 
d'illustres actes de g^n6rosit6. Lorsque le kadhi vint me 
voir pour me saluer, ainsi que je Tai racont6, il me dit : 
« L'^mii* a appris ton arrivee, mais il a un reste de maladie 



10 VOYAGES 

tf>^- A . 4* **i l^AJMO \jyJi^ U*.i ^ tjUki^ *3^ jjl^ 

jjat AiikLy ^ ^u^ 4;aj^i3 ^^ujt joii^ xmI> jt 

^^L ^^diko jAi^3 pUil ^lyf^cXt/J^iGyat ^Isr^iJI <j^ 

qui Tempeche de te visiter. » Je montai a cheval avec le 
ladhi, pour rendre visite a T^niir. Nous arrivames k son 
palais, et nous entrames dans un grand michwer (partie 
d'un palais sdpar^e du reste de T^difice] dont la plupart 
des appartements ^taient en bois. De Ik nous passames dans 
une petite salle d'audience eu se trouyait un dome de bois 
dore, dont les parois ^taient tendues de drap de diverses 
couleurs, et le plafond recouvert d'une 6toffe de soie bro- 
chee d*or. L'^mir ^tait assis sur un tapis de soie etendu pour 
son usage particulier; il teuait ses pieds converts, a cause de 
la goutte dont il soufTrait, et qui est une maladie fort r6- 
pandue parmi les Turcs. Je lui donnai le salut , et il me fit 
asseoir a son cot^. 

Le kadhi et les docteurs s'assirent aussi. L'^mir m'inter- 
rogea touchant son souveraia, le roi Mohammed Uzbec, la 
khatoun Bei'aloun , le p^re de cette princesse et la ville de 
Constantinople. Je satisfis a toutes ses questions. On apporta 
ensuite des tables, sur lesquelles se trouvaient des mets, 
cest-a-dire des poulets r6tis, des grues, des pigeouneaux, 



D'IBN BATOUTAH. 11 

L<_*_A <4;-i.l O^lj-? j,l ^ J^X^, Jg«fijj UOfii «j^ 

*_«_•_, JuiwJij 4-ufcjJI jt^t A '" 4-*^! yC^J ij* tSiyi] 
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4^M viL^^^t W-A-i ^S^ ^^y^ ti^ u*^ ^3 45-5>^i Wa* 

Ml W 

du pain p6tri avec du beurre , et que I'on appelle alcuUdja 
(en persan calitcheh, pain de forme ronde), du biscuil et 
des sucreries. Ensuite on apporta d autres tables couvertes 
de fruits, savoir : des grenades ^pluchees, dans des vases d'or 
ou d'argent, avec des cuiilers d'or. Quelques-uns de ces 
fruits ^taient dans des vases de verre de llrak, avec des 
cuiilers de bois. II v avait aussi des raisins et des melons 
(ou past^ques] superbes. 

Parmi les coutumes de cet ^mir est la suivante : le kadfai 
vient chaque jour a sa salle d'audience, et s'assied, dans un 
endroit destin^ a cet usage, avec les docteurs de la ioi et 
ses secretaires. Un des principaux ^mirs s'assied en face de 
iui, avec huit des grands ^mirs ou cheikhs turcs, qui sont 
appel^s Alarghodji(yarghoudji, ou arbitres). Les habitants 
de la ville viennent soumettre leurs proces a la decision de 
ce tribunal. Les causes qui sont du ressort de la Ioi reli- 
gieuse sont jug^es par le kadhi; les autres le sont par ces 
^mirs. Leurs jugements sont justes et fermes; car ils nesont 
pas soupfonn^s d'avoir de Tinclination pour Tune des par- 
ties, et ne se laissent pas gagner par des presents. 



12 VOYAGES 

JJU^ oUaJl JLrJ^ j1>J^I^ (:J<vJ'^ f^b (3^^'^ jj^' 

»3.aJL>^ ^tJLl tfyuf t:>U; i:>)li0 li>t 1^ ^^\ i J^jCUS^ 



• •VI ♦• - •• 



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^U (jfa,y,.> (i c;\ALig jA^^t^ ^^UJt t«>s^ iU^X«^ ^^^ 



Lorsque nous fumes de retour au college, apr^s I'entre- 
vue avec remir, il nous envoya du riz , de la farine , dfes 
moutons, du beurre, des Apices et plusieurs charges de bois 
a bruler. On ignore Tusage du charbon dans toute cette 
contr^e , ainsi jque dans Flnde , le Khoragan et la Perse. 
Quant a la Chine, on y brule des pierres, qui s'enflammeht 
comme le charbon. Lorsqu'elles sont converties en cendres, 
on les petrit avec de Teau , puis on les fait s^cher au soieil , 
et on s'en sert une seconde fois pour faire la cuisine, jusqu^a 
ce qu'elles soient tout a fait consum^es. 

ANECDOTE, ET ACTION GENEREUSE DE CE KADHI ET DE L*EMIR. 

Je faisais ma pri^re un certain vendredi, selon ma cou- 
tume, dans la mosqu6e du kadhi Abou Hafs. 11 me dit : 
« L'^mir a ordonn6 de te payer une somme de cinq cents 
dirhems , et de preparer a ton intention un festin qui cou- 
tat cinq cents autres pieces d'argent, et auquel assisteraient 
les cheikhs, les docteurs et les principaux delavilie. Lors- 




D'IBN BATOUTAH. 13 

A-^^HI l^JLo j^i^ ilLoli' uUilL »iU j^I Oy^ dJi> jk*it JUi 
A^^ ^A.#J«? iiiajj-i- i tSj-^^-^^ (;y?.^^ cT^ *^*^J ^^f^ 

^\j:> \j\jut:> C:5:fJf^> iLy^w^^J^ ^jPSI |p2>t Uy^ p^l JJi» 

Ju»iri! oiJLS' J5^ 5,-AjiS^Juyi^ ^JUit OvJl^^ OOL^I Jbjt 
VUjULi! at ^JsAii J^^ Ja£SI pUI Ak.jl^ o^^t^ av^] \J^ 



qu'il eiit dbnn6 cet ordre, je lui dis : « 6 6mir, tu feras pre- 
parer un repas dans lequel les assistants mangeront seule- 
ment une ou deux bouch^esl Si tu assignes a cet Stranger 
toule la somme, ce sera plus utile pour lui. » II r^pondit : 
■ J'agirai ainsi;» et il a command^ de te payer les miile 
dirbems entiers. » L'^mir les envoya , avec son chapelain 
Ghems eddin Assindjary, dans une bourse portee par son 
page. Le change de cette somme en or dii Mashreb ^quivaut 
a trois cents dinars. 

J'avais achet6 ce jour-la un cheval noir, pour trente-cinq 
dinars d'ai^ent, et je le niontai pour aller a la mosqu^e. 
J'en payai ie prix sur cette somme de mille dirhems. A la 
suite de cet 6v6nement, je me vis possesseur d'un si griand 
nombre de chevaux, que je n'ose le r6p6ter ici, de peur 
d'etre accus^ de mensonge.* Ma position ne cessa de s'am6- 
liorer, jusqu'a mon entree dans I'lnde. Je poss6dais beau- 
coup de chevaux; mais je pr6fi6rais ce cheval noir et je Tat- 



14 VOYAGES 

i«>.jy ^)j;i \^X^\ a <i*JU-», f\j^J^.» i5A*<5-6UH «l^ 

^t UJCj^t>; «Jb<>JLt xyavi; ^t^JUJt l«} owtiT il^:>^^Vt 

C^3 J!^^^*J>y^«' cxJU^^ j:>Ual!^ ^j'^ i»UkJt l^^ W^jw, 
AMI Ul>^ (:)'t1>^I^ Grft^i^b *^*^' J*^' (tf^ (fo 



iU«i v^' l*4Afi il^t vWl* J cx^j*S *jjl>Jl (j^ oi^^^j 

(^ <'A V <!>* » ^^d4>^j5i>r^ ^j''^ ^"d-v^ Axjixo \^\j f}fi^ 



tachais devant tous les autres. II v^cut trois ann^es entieres 
a mon service , et apr^s sa mort , ma situation changea. 

La khatouQ Djidja Agha, femme du kadbi, m'envoya 
cent dinars d'argent. Sa soeur Torabec, femme de I'^mir, 
donna en mon honneur un festin, dans I'ermitage fond^ 
par elle, et y r^unit les docteurs et les chefs de la ville. Dan^s 
cet edifice on prepare de la nourriture pour les Yoyageurs. 
La princesse m'envoya une pelisse de martre zibeline et un 
cbeval de prix. Elle est au nombre des fpmmes les plus dis- 
tinguees, les plus vertueuses et les plus g6n6reuses. (Puisse 
Dieu la recompenser par ses bienfaits ! ) 



ANECDOTE. 



Lorsque je quittai le festin que cette princesse avait donn^ * 
en mon honneur et que je sortis de Termitage, une femme 
s'ofTrit a ma vue , sur la porte de cet edifice. Elle 6tait cou- 
verte de v^tements malpropres et avait la t€te voil^e. Des 
femmes, dont j'ai oubli^ le nombre, Taccompagnaient. Elle 
me salua; je lui rendis son salut, sans m'arreter et sans 
faire autrement attention a elle. Lorsque je fus sorti, ah 



D'IBN BATOUTAH. 15 

c;*^ ^1 i\jJi\ ^f J Jb^ (j-UJj ijiLx^ (s-^j!>\ oi^^ 

UjJJ 2>>^ i id^vlai ^ pjyl^ ^^ ^jj\y^ gj^ ^i» 

Ml 



certain individu me rejoignit et me dit : « La femme qui t'a 
salue est la khatoun. » Je fus honteuxdemaconduite, etje 
voulus retourner sur mes pas, afin de rejoindre la prin- 
cesse; mais je vis qu'elle s'6tait ^loign6e, Je lui fis parvenir 
mes salutations par un de ses serviteurs, etje m'excusai de 
ma mani^re d'agir envers elle, sur ce que je ne la connais- 
sais pa&. 

DESCRIPTION DU MELON DE KHArEZM. 

Le melon de Kharezm n'a pas son pareil dans tout Tu- 
nivers, tant a Test qu'a I'ouest, si Ton en excepte ceiui de 
Bokh&ra. Le melon dlsfaban vient imm^diatement apr^s 
celui-ci. L'ecorce du premier est verte et le dedans est rouge ; 
son goAt est extremement doux, mais sa chair est ferme. Ce 
qu'fl y a d'^tonnant , c*est qu'on le coupe par tranches , qu'on 
ie fait a^her an soleil , qu on ie place dans des paniers, ainsi 
qaW en use cfae2 nous avec les figues s^hes et les figues de 
Malaga; et, dans cet 6tat, on ie transporte de Kharezm k Tex- 
trimiti de ITnde et de la Chine« II ny a pas, parmi tous 
left fruits sees, un fruit pins agitable au gout. Pendant 1r 

• 



16 VOYAGES 

^IXi 0\(j ^eWi 5s>*Xj jfc-e^ d iSyi^. (:t^ <^=*^ UJ8>*^-^ 
I^JOUUj^ /^^ A^y^ '^i^t ^^^ 43;!^ Ajt iG:>U (^3 A^ 



/^ 



temps de mon sdjour a Dihly, dans Tlnde, toutes les fois 
que des voyageurs arrivaient, j'envoyais quelqu'un pour 
m'acheter, de ces gens-la, des tranches de melon. Le roi de 
rinde, lorsqu'on lui apportait de ces melons, m'en envoyait , 
parce qu'il connaissait mon gout pour cet aliment. Cest la 
coutume de ce prince de donner en present aux Strangers 
des fruits deleur pays,et de les favoriser de cette mani^re. 

ANECDOTE. 

Un ch^rif, du nombre des habitants de Kerbela, m'avait 
accompagn^ de S^ra a Kharezm. II s'appelait 'Aly, fils de 
Mangour, et exergait la profession de marchand. Je le char- 
geais d'acheter pour moi des v6tements et d'autres objets. II 
m'achetait un habit pour dix dinars , et me disait : « Je Tai 
pay^ huit pieces d'or. » U portait a mon compte huit dinars, 
et payait de sa bourse les deux autres. Tignorai sa con- 
duite jusqua ce qu'elle me fut r^v^lte par d'autres per-' 
sonnes. Outre cela, le ch^rif m'avait pr6te plusieurs din&rs. 



D'IBN BATOUTAH. 17 

^J^ sjJ<^y dJi» ^ &AmJL itlUi^ ^Ul^ aaJI »0u^ ^^^.n^^t 



Lorsqne je re^us le present de F^mir de Kharezm, je lui 
rendis ce qu'il m'avait pret^, et je vouius ensuite lui faire 
un cadeau, en retonr de ses belles actions. II le refusa et 
jura qu'ii ne Taccepterait pas. Je vouius donner le present 
a an jeune esclave qui lui appartenait et que Ton appelait 
Gafour; mais il m'adjura de n'en rien faire. Ge ch^rif ^tait 
le plus gen^reux habitant des deux Iraks que j*eusse encore 
vu. n T^solut de se rendre avec moi dans Ilnde; mais, dans 
la suite, plusieurs de ses concitoyens arriv^rent k Kbarezm, 
afin de faire un voyage en Ghine; et il forma le projet de les 
accompagner. Je lui fis des representations k ce sujet; mais 
il me r^pondit : « Ges habitants de ma ville natale retour- 
oeront aupr^s de ma ftmiille et de mes proches, et rappor- 
teront que j'ai fait un voyage dans Ilnde pour mendier. Ge 
serait un sujet de blame pour moi d'agir ainsi , et je ne le fe- 
rai pas. » En consequence, il partit avec eux pour la Ghine. 
JVppris par la suite, durant mon s^jour dans Ilnde, que cet 
bomme, lorsqu'il fut arrive dans la ville d'Almalik, situ^e 
k rextr^mite de la principaute de Mav^ra^nnahr et a ren- 
in. '2 



18 VOYAGES 

J^^ si^i> i^USl d^ A^ CS^\ ''\iAi\i ^UU (^ »JU* yli' U. 
AJL* <,Uk» 4)«»-t^ ^JJiJii i AJM J>J^ jWSJl (jijv »jJj (j^ 

t^l^ (>^ ^3 *^^l^ *-'*^ ^^ *^ J' J^^3 *^ f^i* 



droit oil commence la Chine, s'y arrfita, et envoya k la 
Chine un jeune esclave, a lui appartenant, avec ce qn'il 
poss^dait de marcbandises. L'esclave tarda a revenir. Sur 
ces entrefaites, un marchand arriva de la patrie du cherif k 
Almftlik et se logea dans le m^me caravanserai! que lui. Le 
ch^rif le pria de lui prater quelque argent, en attendant le 
retour de son esclave. Le marchand refusa; ensuite il ajouta 
a la honte de la conduite qu'il avait tenue en m^nquant de 
secourir le cherif, celle de vouloir encore lui faire supporter 
la location de Tendroit du khan ou il logeait lui-m^me. Le 
cherif apprit cela ; il en fut m^content, entra dans son apparte- 
ment et se coupala gorge. On survint dans un instant ou il lui 
restait encore un soufSe de vie, et Ton soup^onna de I'avoir 
tu^ un esclave qui lui appartenait. Mais il dit aux assistants : 
« Ne lui faites pas de mal ; c'est moi qui me suis traits ainsi ; » 
et il mourut le mfime jour. Puisse Dieu lui faire mis^ricorde ! 
Ce cherif m'a racont6 le fait suivant, comme lui ^tant 
arrive. II re^ut un jour en pret, d*un certain marchand de 
Damas, six mille dirhems. Ce marchand le rencontra dans 



D'IBN BATOUTAH. 19 

:>}j\^ cxaJI uLiuo AX^U iifj^ AxA^ Jl <>A.d3 JUI cAdi^U 

J^ O^wo plixil 4,^3 ^j^jj^l (^^I v-AaAc l^ Jbj^fi 



>l>i- (:W tfJ5 ^>il l^^>-^^3 ^^' J^^ Wa^I* ^'^UJJLd.^ 



la vilie de Hamih, en Syrie, et iui r^clama son argent. Or 
il avait vendu k terme les marchandises qu'il avait achet^es 
avec cette somme. II fut hontenx de ne pouvoir payer son 
cr^ancier, entra dans sa inaison, attacha son turban au toit, 
et Voulut s'6trangler. Mais la mort ayant tard^ k I'atteindre, 
il se rappeia un changeur de ses amis, i'alla trouver et Ini 
exposa son embarras. Le ehangeur Iui prdta une somme 
avec laqaelle il paya le marchaiid. 

Lorsque je voulus partir de Kharezm, je louai des cha- 
meaux et j'achetai une double litiire (cf. 1. 1, p. 4o4). J'avais 
pour contre-poids , dans un des c6t6s de cette liti^re, 'Afif 
eddin Attaouz6ry. Mes serviteurs mont^rent quelques-uns de 
mes chevaux , et nous couvrimes les autres avec des housses , 
a cause du froid. Nous entrames dans le desert qui s'^tend 
entre Kh&rezm et Bokhara , et qui a dix-huit journ^es d'^- 
tendue. Penddnt ce temps, on marche dans des sables en- 
ti^ment inhabit^, si Ton en excepte une seule viile. Je 
(is mes adieux k T^mir KothloudomoAr, qui me fit don 
d^UD habit d'honneur, ainsi que le kddhi. Ce dernier sortit 



•2 . 



20 VOYAGES 

^li» Mjj\ b^3 jb^ ^X^\ ^ ^j^^ ^^j^\ cs^^i i!ic 

jlO^ aJLaJlJ «Xj oU5^ iu^^wiJl 3^^^^ C5^^^^ c:>KJt ^5^6^ 

'^^u^^jb^' u' ^ <5^ f^^i ^y^ ^' *^ J^ *Jsj^i 



de la ville avec les docteurs pour me dire adieu. Nous mar- 
chames pendant quatre jours, et nous arrivaines a la viHe 
d'Alcat. U n y a pas sur le chemin de KJbarezm a Bokhara 
d autre lieu habite que cette ville; elle est petite, mais belle. 
Nous logeames en dehors » pres d'un ^tang qui avait 6t6 
gel6 par la rigueur du froid , et sur lequel les enfants jouaient 
et glissaient. Le kadhi d'Alcat, appele Sadr accMnah « le 
chef de la loi », apprit mon arrivee. Je Tavais prec6dem- 
uietit rencontr^ dans la maison du kadhi de Kharezm. II 
viiit me saluer avec les 6tudiants et le cheikh de la ville, 
le vertueux et devot Mahmoud alkhaiwaky (de Khiva). Le 
kadhi me proposa de visiter I'c^mir d'Alcat; mais le cheikh 
Mahmoud lui dit : « II convient que Fitranger regoive la vi- 
site, au lieu de la faire; si nous avons quelque grandeur 
d'ame, nous irons trouver T^mir et nous Tamenerons. » Hs 
agirent de la sorte. L'^mir, ses officiers et ses servileurs arri- 
verent au bout d'une heure, et nous saluames ce chef. Notre 
intention etail de nous hater dans noti-e voyage. Mais il nous 



D'IBN BATOUTAH. 21 

>^ 111 

^ys^^^ ^UJuLit l^ ^ byS^b ^^o^ M\i^\ iLo 4^Jdai jJuJt 
o\<^ 54X -> ^ ^ JLt ^t-fJt yK*wl^ ^1^1 ^ub ly^wt kfuic?^ iUC^ 
i^tiJ *xX* Jui;*?^ (:jv^t^ ^NJLjJI J! u-UJi AxX^^ 



pria de nous arr^ter, et donna un festin dans lequel il r6unit 
les docteurs de la loi , les chefs de Tarmee , etc. Des poetes y 16- 
citerent les louanges de remir. Ce prince me fit present d'un 
vetement etd'nn cheval de prht. Noussuivimes la route connue 
sous le nom de Sibdieh (Senhdieh? cf. Edricy, II, 187, 188). 
Dans ce d&ert on marche I'espace de six journees sans 
rencontrer d'eau. xAu bout de ce temps, nous arrivames a 
la ville de Wabk6neh ( Wafkend des voyageurs modernes) , 
^loign^e d'un jour de marche de Bokhara. C'est une belle 
ville, qui poss^de des rivieres et des jardins. On y conserve 
des raisins d'une ann^e a Fautre, et ses habitants cultivent 
un fruit quails appeilent aVallod (aldloii » la prune*). lis le 
font s^cher,et on le transporte dans Tlnde et a la Chine; on 
verse de I'eau par-dessus et Ton boit ce breuvage. Le gout 
de ce fruit est doux loi*squ'il est encore vert ; mais , quand 
il est s^cb6, il contracte une saveur 16g6rement acide; sa 
partie pulpeuse est abondauto. Je n'ai pas vu son pareil dans 
TAndalousie, ni daos le Maghreb, ni en Syrie. 



22 VOYAGES 

y*it^ C:3^*MI lye^^ :»:Mi t>^ ^^.^Jj*. j^ i'TJ^ U ^*X^U 

Nous marchames ensuite , pendant toute unejourn^e, au 
milieu de jardins contigus les uns aux autres, de rivieres, 
d'arbres et de champs cultiv6s, et nous arrivames a la viUe 
de Bokhara, qui a donn^ naissance au chef des Mohaddith 
(compilateurs ou professeurs de traditions), Abou 'Abd Al- 
lah Mohammed, fils d'Isma'il albokhary. Cette ville a 6t6 
la capitale des pays situ6s au delk du fleuve Djeihoi^n. Le 
maudit Tenkiz (Djenguiz khan) , le Tatar, Taieul des rois de 
rirak, Ta d^vast^e. Actuellement ses mosqu^es, ses colleges 
et ses marches sontruin^s, k Texception d*un petit nombre. 
Ses habitants sont m^pris^s ; leur t^moignage n'est pas regu 
\ Kharezm, ni ailleurs, a cause de leur reputation de 
partiality, d^ fausset^ et d'impudence. II n'y a plus aujour- 
dliui k Bokh&ra d'homme qui possMe quelques connais- 
sances, ou qui se soucie d'en acqu^rir. 

RiciT DES GOMMKNGEMENTS DES TATARS , ET DE LA DESTRUCTION 
DE BOKHARA ET D' AUTRES VILLES PAR CE PEUPLE. 

Tenkiz khan ^tait foi^eron dans le pays de Kbilba (Chine 



D'IBN BATOUTAH. 23 



yCv-4^ S Aixy-^3 *y^ j-Jb i^iJ ^l(j Uail ^L 'Ti 



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... (2) 



^oJI J^^. ylO ^jJUt^^lO (^ycil ^:i>o,^ .,Ji5^ iui^^ 



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^^ Uail^ (J^J^aJl iUiuL tjlj^'jyj^ siUju ^jl ^jJbU 2J (jbjjCu? 

^T j^ -?>V ^i^ j!^1 8^ JJ ui^-.^ iu^^ vWtJ« 



septentrionale). II avait une ame g^n^reuse, un corps vigou- 
reux, une stature ^lev6e. 11 r^unissait ses compagnons et 
leur donnait a manger. Une bande d'individus se rassem- 
blerent aupr^s d^ lui, et le mirent a ieur tete. U s'empara 
de son pays natal , il devint puissant, ses forces augmenterent, 
et son pouvoir fut immense. II fit 1^ conquete du royaume 
de Kbitha, puis de iaCbine, et ses troupes prirent un accrois- 
sement considerable. II conquit les pays de Khoten,de Gach 
kbar (Cacbgbarj et d'Almaiik, Dj^lal eddin Sindjar,fils du 
Kharezm chah « ^tait roi du Kbarezm , du Khoragan et du 
Mav^ra'nnahr, et possedait une puissance considerable. En 
consequence , Tenkiz le craignit, s'abstint de Tattaquer et 
n'exerga aucua acte dhostilite contre lui. 

Or, ii arriva que Tenkiz envoya des marcbands avec des 
productions de la Chine et du Kbitha, telies qu'etoffes de 
sole et autres, dans la ville d'Othrar, ia derniere place des 
Etats de Djeial eddin. Le lieutenant de ce prince a Othrar 
iui annonga Tarrivee de ces marcbands et lui fit demander 
quelle conduite il devait tenir envers eux. Le roi lui ^crivit 



26 VOYAGES 

yuii)j^)^^]^ ol^jJI J5 ^> •>^ ^l^ |M' *>ws*>5w^ ^Us? 
I^i>^ uijuJL :>( Jsjb Aj^ jl:>3 ^^K^^t »;.Aiu^ t,^:> ^^^^ 



Jwt*5; ^ AMI J^ ll c-uvkiJL oot^ Jt; AMI •>! ^a ^1 

Ajw^ ^ijt^jJi ptfc^ (^ s^t)^! (:>^ (:)tj*>J' jy ^ ^^^ Jy^ 







qu'apr^s en avoir fait un monceau de ruines [Coran, ii, 
261, etc.); il fit ensuite de meme aTermedh. Cette ville fut 
d^vast^e, et elle n'est jamais redevenue florissante depuis 
lors; mais on a bati^a deux milles de la, une vilie que Toil 
appelie aujourd'hui Termedh. Tenkiz massacraies habitants 
de Baniian , et la ruina de fond en comble, except^ le mi- 
naret de sa mosqu^e djami'. Ii pardonna aux habitants de 
Bokhara et de Samarkand; puis il retourna dans Flrak. La 
puissance des Tatars ne cessa de faire des progr^, au point 
qu'ils entrferent de vive force dans la capitale de Tislamisme 
et dans le sdjour du khalifat, c'est-a-dire a Baghdad, et qu'ils 
iSgorg^rent le khalife Mosta'cim Billah, TAbbacide. 

Voici ce que dit Ibn Djozai : « Notre cheikh, le kadhi 
des kadhis, AbouU B^r^cat, fils du pelerin (Ibn aihaddj) 
m'a fait le r^cit suivant ; J'ai entendu dire ce qui suit au 
pr^dicateur Abou 'Abd Allah , fils de R^chid : Je rencon- 
trai a la Mecque Nour eddin , fils d'Azzeddjadj , un des sa* 
vants de llrak, accompagn^ du fils de son frdre. Nous con- 
versames ensemble et il me dit : II a p^ri dans la catastrophe 



D'IBN BATOUTAH. 27 

eS^ ("^^^ cH^ yJ^ J'^' J^' <^ ^J ^^ 03J'^^3 **0' 

eH«^ :>Ll ^La-^ ojyjdl l^^i^i^^ ^^jU? c^ lJ)i3 Jb ^ 
U*G <5>^WJ (:,,?*>JI Ul^ J^I>JI Os?WI^UJl ^Ij4^ 

e-ou^ gu6Jl IsLyJ *^,^--jai ib^!>II »iU3 ^ty^M jWTc^ 
j^UdJI^ c^jt^Jl LyJu« ^udi^ iUdiP c3b^l l^i i^Jai^ ljJ>> 

^T^lLtl t^3 iU^<>m JuftI »^>3 ^3 »j\^ ^^\ \^ 
^ ^jUJ\^ Sj^if \yX^^ lo^yj 1^33 t,U«Jt c;>t^-^Vl# 
JU4II V^i (;|^ AJ^<N> ^ ^Uj5 UJ c:>^3 AJUy» Kifj3o 



causae par les Tatars , dans I'lrak , vingt-quatre millc savants. 
U ne reste plus de teute cette classe que moi et cet homme, 
ddsignant du geste le fils de son fr^re. » 

Mais revenons au r^cit de notre voyageur. 

Nous logeames, dit-il, dans ie faubourg de Bokhara, nomm^ 
Feih Abdd « le s6jour de la victoire », ou se trouve le tombeau 
da cheikh, du savant, du pieux et d6vot Seif cddin alba- 
Idbarzy; cet homme ^tait au nombre des principaux saints. 
Uennitage qui porte son nom, et ou nous descendimes, est 
considerable. II jouit de legs importants, k Taide desquels 
on donne a manger a tout venant. Le sup^rieur de cet er- 
oiitage est un descendant de B4kharzy ; c'est le p^lerin , le 
voyageur Yahia albakharzy. Ge cheikh me traita dans sa 
maison, et y r^unit les principaux habitants de laTville. Les 
lectenrs du Coran firent une lecture avec de belles voix; le 
pr^cateur fit un sermon , et on chanta des chansons tur- 
ques et persanes, d'apr^s une methode excellentc. Nous pas- 
sames en cet endroit une nuit admirable, et qui pent compter 
paniii les plusmerveilleuses. .Fy renconlrai le jurisconsulte. 



28 VOYAGES 

<^ 
xi^ (^^v-t^AJLI ^uw ^^^^t ^^ vJUao^ ^IsCvJt ^1 «XaS jt 

(j^ b^iLw i^s^^^t i jjLjJt jUS" ^^uU. U J ^Ub u iXsr 

0^4>Ji p^Kift #»h..tiH ^Uoll ^^UaLJt jXmjc^ ^Jvjiol^ c^^ 

le savant et vertueuxSadracc/im'a/i « le'chef de la loi », qui 
etait arriv6 de Herat; c'6tait un homme pieux et excellent. Je 
visitai a Bokhara le tombeau du savant imam Abou'Abd Allah 
albokhary, professeur des musulmans et auteur du recueil 
(de traditions) intitule : Aldjdmi*ssahih « la collection v6ri- 
dique ». Sur ce tombeau se trouve cette inscription : « Ceci 
est la tombe de Mohammed, fils d'Isma'il albokhary, qui 
a compost tels et tels ouvrages. » C'est ainsi qu'on lit, sur 
les tombes des savants de Bokhara, leurs noms et les titres 
de leurs ecrits. J'avais copi6 un grand nombre de ces ^pi- 
taphes; mais je les ai perdues avec d*autres objets, lorsque 
les infideles de I'Inde me depouill^rent sur mer. 

Nous partimes de Bokhara , afm de nous rendre au camp 
du sultan pieux et honor6, 'Ala eddin Thermachirin , dont 
il sera question ci-aprfe. Nous passames par Nakhcheb , ville 
dont le cheikh Abou Torab annakhcheby a cmprunte sou 
surnom. C'est une petite cite, cntourcc do jardins et de 
c^naux. Nous logcames hors de scs inurs, dans une maison ap- 



D'IBN BATOUTAH. 29 

^U l^ jUxJ «Xaj;4^ ii\ lyX^ *^:>j\ ova5^ i:>^^t c;ojl^ 

45i^ bl OOl^ a.Lf-^t ij^ »^3 :>|>Jl3 j»-^^«^ <fo uMI C:^* 

Ui^^ oJ(Lm^ ^Oii^ \yS ^ ^^ (j^ (jcuu &^ l)L^ J^-^jt 
'<xji3 j^ jJLI ^ILiLJt Akd^ Jt jl^t iwub^ ULioy Ut^4M 



partenantason gouverneur. J'avais avec moi une jeune es- 
clave qui ^tait enceinte et pr^s de son terine; j'avais resolu 
de la conduire.a Samarkand, pour qu'elle y fit ses couches. 
Or 11 se trouva quelle ^tait dans une liti^re qui fut chargee 
sur un chameau. Nos camarades partirent de nuit et cette 
esclaveles accompagna, avec les provisions et d autres objets 
a moi appartenants. Pour moi , je restai pr^s de Nakhcheb, 
afin de me xnettre en route de jour, avec quelques autres 
de mes compagnons. Les premiers suivirent un chemin 
diff<^red[t de celui que nous primes. Nous arrivames le soir 
du mdme jour au camp du sultan. Nous ^tions afiam^s, et 
nous descendimes dans un endroit eloign^ du marche; un 
de nos camarades acheta de quoi apaiser notre faim. Un 
marchand nous pr^ta une tente ou nous passames la nuit. 
Nos compagnons partirent le lendemain a la recherche des 
chameaux et du reste de la troupe ; ils les trouv^rent dans 
la soiree, et les amen^rent avec eux. Le sultan 6tait alors 
absent du camp pour une partie de chasse. Je visitai son 
lieutenant, r<5nHr Takbogha; il me logea dans le voisinage 



30 VOYAGES 

i ff^jj^ oUL^Jt »4Xi5 Ool(9 JJ<kj ^54;.^».U (j^yJUi 

JVJI (^<>JI ^U^ b^^ <>o\jJl JuJUlt ^If Ak^l ssly^ 
y^j^UJr iUS^L »U*#5 iU«&ll C:3v*Jl3 C^j^Ti^tJL 

de sa mosqu^e et me donna une khargah ; c'est une esp^ce 
de tente, que nous avons dterite ci-dessus (t. II, p. 299, 
3oo). J'^tablis la jeune esclave dans cette khai^ah; et elle y 
accoucha dans la meme nuit. On m'informa que Tenfant 
^tait du sexe masculin , mais il n'en ^tait pas ainsi : ce ne 
fut qu'apr^s Takikah (brebis que Ton sacrifie quand an 
enfant est ras6 pour la premiere fois , ce qui a Heu d'ordi- 
naire le septi^me jour apr^ sa naissance), qu'un de mes 
compagnons m'apprit que Tenfant ^tait une fiUe. Je fis venir 
les esclaves femelles, et je ies interrogeai; elles me*confir- 
merent la v6rit6 du fait. Cette fille ^tait nee sous une heu- 
reuse ^toile; depuis sa naissance, j'^prouvai toutes sortes de 
joies et de satisfactions. Elle mourut deux mois apres mon 
arriv^e dansTInde, ainsi que je le raconterai ci-dessous. 

Je visitaidans ce camp le cheikh, le jurisconsulte, le d^vot 
MewlanaHoQam eddin alyagbi (le sens de ce dernier mot, 
en turc, est le rebelle), qui est un habitant d'Othrar, etle 
cheikh Hainan , beau-fr^re du sultan. 



D'IBN BATOUTAH. 31 



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W<>^t *^jX» br* ^j( (:^ iOkwyu »a:s>si^ ^ JaU «yiJ( 
a^j(,t dUlJ, ijlyJI dX.3 oOyJl dJu, (jjiAaJl tiUu. j^j j\4i 
«_«^l «>v« »iW* J^j »:>y^yijij aiy,!^^ Ai^al^ j^^ 
Jk^t >li^l^ c^UTt^ tf»ywli ,<vl ^ A««,l k^^fr, ,^ 

jM»-feiii AAa^t .xjw Jjj, jjiW I j^ jaXi yir^ 4;ji yp:;*, 

lUaX. ^ JiU y^ »iS^ W I^li' ! JvA J^y\0 AS 
HISTOIftB DO SULTilN DO KAV^IlA'imAHR. (lA TRANSOXANE.) 

f 

C*est le sultan hoiior(6,'Aiaeddin Thermachirin , qui est 
un prince trfts-puissant. U possede des armies nombreuses , 
un royaume considerable et un pouvoir etendu; il exerce 
Tautorite avec justice. Ses provinces sont situ^es entre celles 
de quatre des plus puissants souverains de Tunivers : le roi 
de ia Chine, le roi de Tlnde,^ le roi de Tlrak et le roi Uzbec. 
Ces quatre princes lui font des presents, et lui t^moignent 
de la consideration et du respect. II est parvenu a la royaute 
apres son fr^re Iltchacathai. Ce dernier ^tait infidele, et il 
6tait monte sur le trone apr^s son frfere ain6 Kebec. Kebec * • 
etait aussi inHdele; mais il ^tait juste dans Texercice de son 
autorite, rendait justice aux opprim^s, et traitait les musul- 
mans avec ^gard et consideration. 



32 VOYAGES 

X 



^^^JU (^ ly] ^k(^ ^^jl c;>li> ff^ l^t c:>;5l3 ^T^VI 



ANECDOTE. 

On raconte que ce roi Kebec, s entretenant un jour avec le 
jurisconsulteet pr^dicateur Bedr eddin al meidany, lui dit : 
« Tu pretends que Dieu a mentionn6 toutes choses dans son 
livre respectable (c'esl-k-dire le Goran)? » Le docteur r^pon- 
dit : « Oui , certes. » — « Ou done se trouve mon nom dans 
ce livre ? » Le fakih r^partit : « Dans ce verset flxxxii , 8 ) : 
<t (ton maitreg^nereux), qui fa fagonn^ (rakkehec) d'apres ia 
forme qu il a voulue. » Cela plut a Kebec; il s'ecria : lakkchy, 
ce qui, en turc,veut dire excellent ;il t^moigna a cet homnaie 
une grande consideration, et accrut celle qu'il montrait aux 
musulmans. 

AUTRE ANECDOTE. 

Parmi les jugements rendus par Kebec, on raconte le 
suivant : Une femme vint se plaindre a lui d'un des ^mirs ; 
elle exposa qu elle ^taitpauvre et charg6e d'enfants, qu'elle 
possedait du lait, avec le prix duquel elle comptait les nourrir; 
niais que cet ^mir le lui avait enleve de force et Tavait bu. 
Kebec lui dit : ■ Je le ferai fendrc en deux; si le lait sort de 



DIBN BATOUTAH. 33 

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(jS^ dUi i it*U y\(, JutjJo JjIm (j^^l ^UaS ^^IJM, 

son ventre, il sera mort justement; sinon, je te ferai fendre 
en deax apres lui. » La femme dit : « Je lui abandonne mes 
droits sur (^ lait, et je ne lui reclame plus rien. » Kebec fit 
couper en deux cet 6mir, et le lait coula de son ventre. 

Mais revenons au sultan Thermathirin. 

Lorsque j'eus pass6 quelques jours dans le camp , que 
les Turcs appellent ordon, je m'en allai un jour, pour faire 
la pri^re de Faurore dans la mosqu^e, selon ma coutume. 
Quand j^eus fini ma pri^re , un des assistants me dit que le 
sultan se trouvait dans la mosqu^e. Apr^s que ce prince se 
fut lev^ de son tapis a prier, je m'avan^ai pour le saluer. Le 
cheikh Ha^an et le legiste Hogam eddin Alyaghi se levferent , 
et instruisirent le sultan de ma situation et de mon arriv^e 
depuis quelques jours. II me dit en turc : Khoch mtsen, 
ydkhchi mtsen, kothlod eiousen. Le sens de khoch misen, est : 
« Es-tu bien portant? » ydkhchi misen signifie : « Tu es un 
honmie excellent »; to&riykoihlo^ eiousen signifie : « Ton ar- 
riv6e est b^nie. (?) » 

Le sultan ^tait couvert en ce moment d'une tunique de 

III. 3 



34 VOYAGES 

^ f-^f^-^^ ^]j^^^^ ij^**^^ ^U4Py» Ljr^?:;^ o^UJlj 

(j-Jb ii » oU ti^ obUu. JJUift c;^ J05 JuJJI^Tj! 

kodsy.ou ^toffe de Jerusalem, de couleur verte; il portait snr 
sa t^te una calotte de pareiUe 6toffe. II retourna a pied a sa 
sall& d'audience ; ses sujets se pr^sentaient devi^t lui sur )a 
route, pour lui exposer leurs griefs. II s'arretait pour chaque 
plaigoant , grand ou petit , homme ou femme ; ensuite il m'en- 
voya chercher. J'arrivai pr^s de lui et je le trouvai dans 
une tente, en dehors de laquelle le^ hommes se tenaient, 
k droite et a gauche. Tous les ^mirs ^taient assis sur des 
sieges; leurs serviteurs se tenaient debout derri^re et de- 
vant eux. Tous les soldats ^taient assis sur plusieurs rangs; 
devant chacun d'eux se trouvaieut ses amies; ils etaient 
alors de garde, et devaient rester en cet endroit jusqu'k 
quatre heures de Tapres-midi; d'autres devaient venir les 
relever et rester jusqu a la fin de la nuit. On avait plac^ en 
ce lieu des tentures d'^toffes de coton , sous lesquelles ces 
hommes ^taient abrit^s. 

Lorsque je fus inttoduit pr^s du roi, dans la tente, je ie 
trouvai assis sur uu si^ge semblable k une chaire k pr^cher , 
et recouvert de soie brochee d'or. Le dedans de la tente 






D'IBN BATOUTAH. 35 

^MtjJi s'-sJb *i^^j^J^ j^jJi- V^ cr^ ^A «>^'*3 
*-»b (dtwj **** yUaLJl y«Ij (^ (^Im ousSfyJlj jjftjjil* 
*iljfj »,L«^j mJ^ y* ^r^ tiejl»fil *1J-»i'lj ^[)!>j^>S 

ijl Jl pisj, iUiUJi »U**5 ^yalU ^1 (jjjUIj ^J 
L^yi 0">^b *M«>^'3 *J^ tyft «A*?j <^ ^yk «^»*JI 

» 

6tait double d'^tofifes de sole dor^e; une couronne incrust^e 
de peries et de pierres pr^cieuses ^tait suspendue , k la hau- ^ 
tear d'une coud^e, aa-dessus de la t^te du sultan. Les prin- 
dpaux 6mirs ^talent assis sur des sieges, k la droite et k la 
gauche du prince. Des Gls de rois , portant dans leurs mains 
des ^mouchoirs, se tenaient devant lui. Pr^s de la porte de 
ia tente ^taient post^s le lieutenant du souverain, le vizir, le 
chambellan et le secretaire de Talamah (esp^ce de parafe), 
que les Turcs appellent al thamgha [al signiSe « rouge, » et 
Aom^^a^ « parafe »).Tous lesquatre se levferent devant moi, 
lorsque j'entrai , et m accompagn^rent a Tinl^rieur. Je saluai 
le sultan, et il m'interrogea touchant la Mecque, M^dine, 
Jerusalem, Hebron {M^dinet alkhalil) , Damas, TEgypte, Al- 
m^ic annacir, les deux Irak, leur souverain et la Perse. 
Le secretaire de Tal&mah nous servait de truchement. £n- 
snite ie moueddhin appela les fiddles a la pri^re de midi , et 
nous 0003 en retourn&mes. 

3. 



30 VOYAGES 

iCfUl i i^UoJl^ ^t ff^U» J^ ^ ;j\^ JA4t 






Nous assistions aux pri^res , en compagnie du sultan , et 
cela pendant des journ^es d'On froid excessif et mortel. Le 
sultan ne n^gligeait pas de faire la pri^re de Taurdre ni ceiie 
du soir avec les fiddles. II s'asseyait pour reciter les louanges 
de Dieu, en langue turque, apres la priere de laurore jus- 
qu'au lever du soleil. Tous ceu^ qui se trouvaient dans la 
mosqu^e s'approchaient de lui ; il leur prenait la main et 
la leur pressait. Us agissent de meme a la priere de Tapr^s- 
midi. Lorsqu'on apportait au sultan un present de raisins 
sees ou de dattes (or les dattes sont rares chez eux et ils les 
recherchent fort), il en donnait de sa propre main a tous 
ceux qui se trouvaient dans la mosqu^e. 



ANECDOTE. 



Parmi les actions g^n^reuses de ce roi, je citerai la sui- 
vante : j'assistai un jour a la priere de Tapr^s-midi, et le 
sultan ne s'y trouva pas. Un de ses pages vint avec un tapis, 
qu il ^tendit en face du mihrab (place de rimam] , ou le 
prince avait coutume de prier. II dit a Timam Hocam eddin 



DIBN BATOUTAH. 37 

a^j ^LXi il^UaJL iji^iXJ^ ^j] ^^ b V u' JWJ e^oJl 

^j\^ l«x* Ji j^^ ^jlkUI ^ts>3 »:iUiJt iu^UL yS^t 
^^ji^Li^ o^^m (-»L «xjvs ^U3t xXjut A^ (j^ (^«>Jt ^jll 

^UJI lajt^ tf"-^' '"^ ^^ "^^^ (j^kLy ^ tJJCcft Jourf 

Alyaghi : « Notre maitre veut que lu Taltendes un instant 
pour faire la prifere , jusqu'a ce qu il ait achev^ ses ablutions. » 
L'im&m se leva et dit en persan : « Le nam&z , c est-k-dire , 
la pri^re, est-il pour Dieu ou pour Thermachirin? » Puis il 
ordonna au inoueddhin de reciter le second appel a la 
priere (ikamah]. Le sultan arriva lorsque Ton avait d6ja ter- 
mini deux rec*ah ou genuflexions de la priere. II fit les deux 
derni^res rec'ah, derrifere tout le monde, et cela dans Ten- 
droit ou les fideles d^posent leurs sandales, pr^s de la porte 
de la mosquee; apr^s quoi, la priere publique fut achev^e, 
et il accomplit seul les deux rec'ah qu'il avait pass^es. Puis 
il se leva,s*avanga en riant vers rimam, afin de lui prendre 
la main, et s'assit en face du mihrab. Le che'ikh et imaui 
etait a son cdt6, et moi, j'^tais a c6te de Fimdm. Le prince 
me dit : « Quand tu seras retourn^ dans ton pays, racontes-\ 
qu*un fakir persan agit de la sorte avec le sultan des Turcs. » 
Ge cheikh pr^cbait les fiddles tousles vendredis; il ordon- 
iiait au saltan d*agir confonn^oient a la loi , et lui d^fendait 



38 VOYAGES 

J^^ u^3 J^3 A^:Af ovA^ ^ikJUt^ Jyill A^ ifliij^j 

SjjfjS' i^^jjS^ cjj^ujt ^r 3U^ tH ^i '^ u^3 *^^ 

CS>f5 J^ «>^3 *^ Jy^ (jWJl* CillM (:jla3^ W *aJ^ 4^jJ U 
c;Ol ^<xJl LoLit !«K-^ U ^«>oum L i^L^t (jiiK^ i ill «;xXiU 

d UJUf livJfc ^ ^^Jj^ I? J JliU Jh^ jj^ A3t 2U-^^ 
J JULi ^La^ {JajLj «X^L 0I jgU oui^ (S^^ y^ UI3 



de commettre des actes ill^gaux ou tyranniques. A lui 
paiiait avec duret6; le sultan se taisait et pleurait. Le cheikh 
n'acceptait aucun present du prince, ne mangeait mdme 
pas a sa table, et ne revetait pas d'habits donnas par lui; 
en un mot, c'etait un des plus vertueux serviteurs de Dieu. 
Je voyais souvent sur lui une tunique d'^toffe de coton, 
doubi^e et piqu^e de coton , tout usee et toute d^chirie. 
Sur sa t6te il portait un haut bonnet de feutre, dont le pa- 
reil pouvait valoir un Mrdih (petite pi^ce de monnaie), et 
il n'avait pas SUmdmah (pi^ce de mousseline que Ton ronle 
autour de la calotte; turban). Je lui dis un jour : « 
mon seigneur, qu'est-ce que cette tunique dont tu es v6lu? 
Certes, elle n'est pas belle. » II me r^pondit : « mon fils, 
cette tunique ne m'appartient pas, mais elle appartient k 
ma fiUe. » Je le priai d'accepter quelques-uns de mes v6te- 
ments. II me dit : « J'ai fait voeu k Dieu, il y a cinquante 
ans, de ne rien recevoir de personne; si j'acceptais un don 
de quelqu'un , ce serait de toi. » 

Lorsque j'eus r^olu de partir, apres avoir s^journ^ prte 



D'IBN BATOUTAH. 39 

\4SjiMoj^;> iiiU 45^L«3jjj.«w »^j ^1^* jU^A «dUA»«i 

■ 

{J^^*3 {^ir*»J^ c^Ua^l^ ^^Aak. (^m^-y ^^ui^li^ AJU l^lM&ly o<>^ 

>JV3 cAi^l^ ftOo jUa^I^ dLac^^iiUs ^1^ ^t iljUJ 

^UaiM diJUtf>9 0ydJ( ij^ldsJl Vd^ ^ytdSlr ljArj>-i xSt;^!^ 
feH {-^ fa* J^ (i-*' tVJ^ *-«^' *^ (•-* t;^' l^^ilfJ »)SU»« 



■ 

de ce sultan durant cinquante-quatre jours, il me douna 
sept cents din&rs d'argent et une pelisse de zibeline qui va- 
lait cent din&rs, et que je lui demandai, k cause du froid. 
Lorsque je la lui eus demand^e, il prit mes mancbes et se 
mit a me la passer de sa propre main, marquant ainsi son 
humility, sa vertu et la bont^ de son caract^re. II me donna 
deux chevaux et deux chameaux. Quand je voulus lui faire 
mes adieux, je le. rencontrai au milieu du chemin, se diri- 
geant vers une r6scrve de chasse. La journ^e 6tait excessive- 
ment froide; en v^rit^, je ne pus profi^rer une seule parole, 
k cause de la violence du froid. II comprit cela , sourit et 
me tendit la main; apres quoi, je m'en retournai. 

Deux ans apr^s mon arriv^e dans llnde, nous apprimes 
que ies principaux de ses sujets et de ses ^mirs s'^taient 
rtonis dans la plus ^loign^e de ses provinces qui avoisinent 
la Chine. Cest la que se trouvait la plus grande partie de ses 
troupes. Us pt^rent serment a un de ses cousins nomm^Bou- 
zoflfl.Oghly \ or tons Ies fils de rois sout appel6s par Ies Turcs 



40 VOYAGES 

^^l(j «;Ss j»0Ji3 0^3 pl^Un^l :>^ c*^ ^^JJI (jv*WI>xSU3 

4LJt ^ ^jUJ! ^osj^ ^^<u^ A^\6»^! A euS"viil^>AJas 

uJU. (j^ X>^ j^*>wvft3 C3b »;Ji-1^ J^t Cijv^lj <3ji;^^^T 
^,,#^1 X«\<»! iOcT (j^3 ^r^^^t^ Xxli^ V^-^' '«^ f^^t 



Oghly. Bouzoun ^tait musulman; mais c'^tait un homme 
impie et m^chant. Les Tartares le reconnurent pour roi et 
d^posferent Thermachirin , parce que ce dernier avait agi 
contrairement aux pr^ceptes de leur aieul commun, le mau- 
dit Tenkiz, celui-la meme qui a d6vast6 les contr^es mu- 
sulmanes, et dont il a ^t^ question ci-dessus. Tenkiz avait 
compost un livre contenantses lois, et qui est appel^, chez ces 
peuples, Aliagdk. 11 est d'obligation pour les Tartares de d^- 
poser tout prince qui d^ob^it aux prescriptions de ce livre. 
Parmi ses pr6ceptes, il y en a un qui leur conimande de so 
r6unir une fois tons les ans. On appelle ce jour r/ioi,c'est-i- 
dire.jour de festin. Les descendants de Tenkiz et les 6mirs 
viennent a cette reunion de tons les points de I'empire. Les 
khatoun et les principaux ofBciers de Tarmee y assistent 
aussi. Si le sultan a chang^ quelque chose aux prescriptions 
de Tenkiz , les chefs des Tartares s'approchent de lui et lui 
disent : « Tu as fait tel et tel changement et tu t^es conduit 



DIBN BATOUTAH. Ill 

JUgw^ C5^3 p3-^' '*>^ ji*^ JJ^' *^ iJi^'fi^^^J^ ylkLJl 
iULm J^ i iL^ dUb <Xa^ JLUI ot ffdUJl^ (:^t Jty 





ainsi. 11 est done devenu n^cessaire de te d^poser. » Us ie 
prennent par la main , ie font descendre de dessus son trone 
et y placent un autre descendant de Tenkiz. Si un des prin- 
cipaux ^mirs a coniniis une faute dans son gouvernement, 
ils prononcent contre lui- la peine qu'il a m^rit^e. 

Le sultan Thermachirin avait mis fin aux jugements pro- 
Donc^'s ce jour-la , et abroge la coutume de cette reunion. Les . 
Tartares support^rent avec beaucoup de peine cette conduite 
da sultan. Us lui reprochaient aussi d avoir s^journ^ quatre 
aos de suite dans la portion de ses Etats contigue au Kho- 
ragan, et de n*£tre pas venu dans la portion qui touche a 
la Chine. U est d'usage que le roi se rende chaque anp6e 
dans ces regions, qu'il examine leur situation et T^tat des 
troupes quis'y trouvent; car c'est de Ik que leurs rois sont 
originaires. Leur capitale est la ville d'Almaiik. 

Lorsque les Tartares eurent pr^t6 serment a Bouzoun , 
ii se mit en marche avec une arm^e considerable. Therma- 
chirin craignit quelque complot de la part de ses 6mirs , 
ne 86 Ga point k eux, et monta a cheval, accompagne de 



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HeL&-j ^LiJ) i^Ui iiyU«?j SJiiij^w J! yj^ b^JJ *-'^J 



qumze cav 
Gfaaznah, 



ers seulement, afin de gagaer la province de 
i faisait partie de son empire. Le vice-roi de 
cetW province 6lail le priucipal de sea 6mirs et son confi- 
dent, BoroDtbaih. Cet ^lair aime rislaniisme et tes musul- 
mans; il a construit dans son gouverneoiont environ qua- 
i-ante ermitages, ou I'oudistribuedes aliments auxvoyageurs. 
U commande a une arm^e nonibretjse. Je n'ai pas rencontr^, 
parmi tous les mortels que j'ai vus dans toute I'^tendiie de 
runiyers.unbommed'une stature plus 61ev6e que la sienne. 
Lorsque Thennachirin cut traverse le (leuve Djeihotio, 
et qu'il eut pris le chemin de Balkh, il fut vu d'un Turc, 
an, service de laoki, fils de son fr^re Kebec. Or, le sultan 
Thermachirin avail tu6 son frere Kebec , dont il a ete ques- 
tioD plus haut. Le fds de ce prince, lanki, restait a Balkh. 
Lorsque le Turc Tinfornia de la rencontre de son oncle, ii 
dit : ■ II ne s'est enfui qu'a cause de qaelque affaire grave 
ipii lui sera suvenne. • II luonta a cheval avec ses otliciers, 
se saisil de Thermachirin et Veinprisonna. 

Cepeiidanl. Bnuzoun arriva k Samarkand eta Bokhara, 



D'IBN BATOUTAH. 45 

^^jJt (j*,.,^^ g-^l *^^ p*>^3 V C:)^^^ *^^ *^ 
(:r^' *:>* U>* *il-^ U^ 4X*^ l^ «jSi gSb^ JO^l Jojl 

U 4y^jL^ iUU ia>* ^MJ>it^ jl.4-J«i OVA^I dlU at J,3>^ 

^St^ .XJUJI ^^^jjb;t cj^ J^j j! dUi> <x*^ ^- ^^L xaslii? 

dont les habitants le reconnurent pour souverain. lanki lui 
amena Thermachirin. On raconte que quand ce prince fut 
arriv6 a N^cef, prfes de Samarkand, il y fut mis a mort ety 
fnt enseveli; et que le cheikh Ghems eddin Guerden Burida 
estlegardien deson mausol^e. On dit aussi que Thermachi- 
rin ne fat pas tu^ , ainsi que nous le raconteroos ci-dessous. 
Guerden (en persan ) signifie « cou » et Buridd [harideh), 
c coup^ *. Ce cheikh fut appei^ de ce nom a cause d'une 
blessnre qu'ii avait regue au cou; je i'ai rencontri dans 
rinde et je parlerai de lui ci-apres. 

Lorsqne Bouzoun fut devenu roi , le fils du sultan Therma- 
chirin , B^chai Oghoul (ou mieux Oghly, d'apr^s un manus- 
crit},sa8(Buret lemarideceHe-ci,Firouz, s'enfuirent klacour 
da Toi de ilnde. II les traita avec consideration et leur assigna 
on logement splendide, a cause de Tamiti^ et de Techauge 
de iettres et de presents qui existaient entre lui et Therma- 
chirin, a qui ii donnait le titre de fr^re. Dans la suite, un 
indirida arriva dn Sind et pr^tendit £tre Thermachirin. 



W VOYAGES 

^ (j^jUlJI Jt^^l o^ ^1 e^u^i <>vJuJl tf^x^i:^ ^^UU. 
2^^ ASi 4-4^! ^ ^ <^> XM<xll 2j>^ Si;-^ sly' «fo 



^\^tu^L Aj>^XfAX.iM^ »^^t aJI evX4^ O^Ai^ OU^JI dJJU Jl 



Les hommes furent d'opinions diflKrentes touchant ce qui 
le regardait. Imad almulc Sertiz , afTranchi du roi de llnde 
et vice-roi du Sind, apprit cela. II 6tait appele Mdlic *Arz « le 
roi des revues » , car c'^tait devant lui que les troupes de 
rinde passaient en revue , et il en avait le commandement, 
II r^sidait a Moltan , capitale du Sind. II envoya pr^s de cet 
individu quelques Turcs qui avaient connu Thermachirin. 
lis revinrent et dirent a Sertiz que cet homme 6tait vraiment 
Thermachirin. ouf ce rapport, Sertiz ordonna d'^lever pour 
lui une sirddjeh ou afrddj, c'est-a-dire « une tente ». Elle fut 
dress6e en dehors de la ville. Sertiz fit, pour recevoir cet 
iudividu, les pr^paratifs que Ton fait ordinairement pour les 
princes. II sortit k sa rencontre, mit pied a terre devant lui, 
le salua et le conduisit respectueusement k la* s^ridjeh, oili 
cethommeentraacheval, selon lacoutumedesrois.Personne 
ue douta que ce ne fut Thermachirin. II envoya annoncer son 
arrivte au roi de Tlnde. Le roi lui d^p^cha des 6mirs, afiii 
qu'ils allassent audevant de lui avec les mets de Thospitalit^. 
II y avait au service du roi de Tlnde un medeciti qui 



D'IBN BATOUTAH. 45 

^l^^t g^ aUaa^!^ jflXril JJi) aaJI jU if^jsS aj^ »^I J^^ 



avait pr^c^demment servi Thermachirin, et qui 6tait devenu 

le premier des m^decins do I'lnde. 11 dit au roi : « J'irai trou- 

ver cet homme, et je saurai si ses pretentions sont fondles. 

J'ai soigne un abc^s que Thermachirin avait au-dessous du 

genou, et dont ia marque est restee visible; je saurai ia 

vferit^ par ce moyen. » Ce m^decin alia done trouver le nou- 

veau venu, et se joignit aux ^mirs qui ^taient charges de le 

recevoir. II fut admis en sa presence et resta assidument pr^s * 

de loi , a la faveur de leur ancienne connaissance ; enfin , un 

jour,ii palpa ses jambes et d^couvrit la cicatrice. Cet homme 

lui fit des reproches et lui dit : « Tu veux regarder Tabc^s 

que tu as gueri; en voici la place. » En m^me temps il lui fit 

voir la cicatrice. Le m^decin connut par la, a n'en plus dou- 

ter, que cet homme etait Thermachirin. II retourna prfes du 

roi de Tlnde et lui annonga cette nouvelle. 

Quelque temps apr^s, le vizir Khodjah Djihan Ahmed, 
fib d-Ar4s, et le chef des emirs, Kothlou Khan, qui avait 
ete precepteur du sultan de llnde dans son enfance,all^rent 
trouver ce roi et lui dirent : «0 seigneur du monde, ce 
sultan Thermachirin est arriv6; il est veritable que cet 



k6 VOYAGES 

Ml 

t^i>t^jUi^ <j»^TiU*^ 6^1 ^3 sihkiji ijjdi V "^'3 

i:j\j^ »yjy^ (»-^^ «>oi>«XJ ^^\^ Ait d^sy^^ c^^lClt l<X^ 

tjJCfr^. e)' t^-^^-i-^ *^l^ s^b ^.^^Il^as' u-'>^^ (^•><i* 

homme est bien le sultan. II y a ici environ quarante miUe 
de ses sujets, son fils et son gendre. As-tu bien examine oe 
qui arrivera s'ils se joignent a lui? » Ce discours fit une viva 
impression sur le sultan, etil ordonna d'amenerThermachi- 
rin en toute hate. Lorsque ce prince parut devant le sultan, 
il re^ut Tordre de lui temoigner son respect, comme toutje 
monde,et fut traits sans consideration. Le sultan lui dit : Yd 
mdder gdny « O fils d'une prostitute! » (ce qui est un reproche 
ddishonorant) comme tu mens! Tu dis que tu es Therma- 
chirin ; cependant ce prince a et6 tu6 et voici le gardien de 
son mausol^e. Par Dieu^ sans la crainte de commettre un 
crime, certes,je te tuerais! Qu'on lui donne, ajouta-t-il , cinq 
mille dinars, qu'on le m^ne a la maison de Bechai Oghoui et 
de sa soeur, les deux enfants de Thermachirin, et qu'on leur 
dise : Get imposleur pretend 6tre votre pfere. » Get homme 
alia done trouver le prince et sa sceur ; ils le reconnurent et 
il passa la nuit pr^s d'eux, surveill^ par des gardiens. Le 
lendemain matin , il fut tir6 de cette maison ; le prince et 
la princesse craiguirent qu^on ne les fit p^rir, a cause de cet 



D IBN BATOUTAH. 47 

^jJa dLU^ JO-JI^ JO^l c^-^ (^ JJ3 l^jyXib Afx-^ii^ 

.>-«!3i^ *^^^W^ A^i^Mij^ *^>^ ^^1 tM'^ ul;^3 ^^ 

5Rwi'<^(3^ viLU U Ail ^i>^ ^^ Jl es>*>JL ja-j 



homme. En consequence, ils le d^savou^rent pour leur 

p^re. B fut exile de Tlnde et du Sind, et prit le chemin de 

Kidj et du Mecran. Les habitants des provinces situ^es sur 

sa route lui temoigoaient du respect, lui donnaient rhospi- 

talite et lui faisaient des presents. II arriva enfin a Chiraz. 

Le prince de cette ville, Abou Ishak, le traita avec conside> 

ration et lui assigna une somme suifisante pour son entre- 

tien. Lorsque j'entrai dans Chiraz, a mon retour de Tlnde, 

on me dit que cet homme y ^tait encore. Je d^sirais le 

voir; mals je ne le fis pas, p^irce qu'il demeurait dans une 

maison ok personne ne le visitait sans la permission du 

saltan Abou Ishak, et que je craignis les consequences 

de oette visite. Dans la suite je me repentis de ne Tavoir 

pasvu, 

Mais revenons a Bouzoun. 

LoiBque ce prince se fut empar6 de la royaute, il tour- 
inentales musulmans, traita injustement ses sujets, et per- 
mit aux Chretiens et aux juifs de reparer leurs temples. Les 
BiiiMilmans se plaignirent de cela, et attendirent impatiem- 
Bient que quelque revers vint atteindre Bouzoun. La con- 
tyrannique de ce prince arriva a la connaissance de 



48 VOYAGES 

^ yK' Ur A-U^U <^j^l (jjj^l <i^U^ ;^UaX*Jl ^ (;jv--«^ 

(JVJ3 E^i.lnp I^Xi^ (:JiT*^^^ vJJJLI AM e^xAJ ^ |»U;uii»( \t>\ 
JgJL^ f»3«>^ l*^Uw^l ^T^l g«NM Us» j»U iuuyJ <X.«^t^ &j^ 

^3 jw^' <.;^.^L.i0 o^l) Jw^t«x..s. JcUt i"^ mJ^ p^ * 



Khalil, fils du sultan Yagaour, celuiJa m^me qui avait ilk 
vaincu dans sa tentative pour s'emparer du Khoragan. II se 
rendit pr^s du roi de H^rat, qui ^tait ie sultan Hogain, fils 
du sultan Ghiyath eddin alghoury, lui r6v61a ses projets et le 
pria de I'aider d'hommes et d*argent, a condition qu'il par- 
tagerait avec lui son royaume , lorsqu ii en aurait fait ia 
conqu^te. Le roi Hogain fit parlir avec lui une arm6e con- 
siderable. Entre H^rat et Termedh il y a neuf jours de dis- 
tance. Lorsque les ^mirs musulmans apprirent rarriv^e de 
Khalil, ils lui firent leur soumission et lui t^moign^rent 
leur d^sir de combattre les infid^les. Le premier qui vint 
le trouver ful 'Ala almulc Khodhawend Zadeh, prince de 
Termedh. G'^tait un ^mir puissant, un descendant de Ma- 
homet par HoQain. II joignit Khalil avec quatre mille mu- 
sulmans. Khalil fut joyeux de son arriv^e, Tinvestit du vi- 
zirat et lui confia Texercice de Tautorit^. 'Ala almulc ^tait au 
nombre des honunes les plus braves. D'autres ^mirs vinrent 
de toutes parts se r^unir k Khalil , qui engagea le combat 



D'IBN BATOUTAH. 49 

cai^ ei^^ ^ (i-^l i»^ ^^^ ^3 (^mJUI jb^l^ l^iU^ aKjcJU 

*;^i-«*-* <^ •ytJ^ j>-jr^ r^xj^l^ #ft.^--ijJ <A^>uJI [••xiii ^jJUl 

^^.-5^3 JUJUI i^^ C^^Jo) j\j!io\ (j^ iu^ vjJUt (j^ <i>lKS- 



centre Bouzoud. Les troupes de celui-ci pass^rent du c6t6 ♦ 
de Khali! , et lui livr^rent Bouzoun charg^ de chaines. Kha- 
lil le fit ^trangler avec des coifdes d'arc; car c'est la cou- 
tame de ces peuples de ne faire p^rir les fils des rois , que 
par strangulation. * 

Le royaume tout entier fut soumis a Khali]. H passa ses 
troupes en revue k Samarkand. EUes montaient a quatre- 
vingt mille hommes, couverts de cuirasses et dont les che- 
vaux ^taient bard^s de fer. U cong^dia Tarm^e avec laquelle 
il ^tait venu de H^rat et marcha vers le pays d'Almalik. Les 
Tartares mirent a leur tSte un des leurs , et rencontr^rent 
Khalil a la distance de trois journ^es de marche d'Almalik, 
dans le Toisinage de Tharaz. Le combat fut chaud, et les 
deux armies tinrent ferme. L'6mir Khodhawend Zadeh , vizir 
de Khalil, fit, k la t)§te de vingt mille musulmans, une 
chaise k laquelle les Tartares ne purent r^sister. lis furent 
mis en d^route et eurent un grand nombre de morts. Kha- 
lil s'arrita trois jours k Almalik, et en sortit pour exterminer 
ceux des Tartares cpii avaient surv^cu. Hs se soumirent a 

III. 4 






r. 



50 VOYAGES 

d[^l a^jU^ JowU.^1 ^3 ^oaJt l^yji^ g*3 p^,SL«oJl# 

e^xAi a;c^I#^ «.«^ IjtLo ^^l (^ ^u^t^ dJULL ^( «it 

^lO CU^ jJkP (j^ ^.^^3 <^^^ ^(^ ^^^ ^^^ U^ AjU^pf 



^ iui. Alors, il s'avan<^ jusqua la fronti^re du Khitha etdeia 
Chine et conquit les villes de Karakoroum et de Bicbbaligb. 
Le sultan de la Chine envcfya centre Iui des troupes, mais 
dans la suite la paix fut conclue entre eux. La puissance de 
Khalil devint considerable, et les autres rois le cra^nirent; il 
montra de T^quit^, piai^a des troupes a Aimalik, y laissa son 
vizir Khodhawend Zadeh, et retourna k Samarkand eta 
4P Bokhara. 

Par la suite, les Turcs voulurent exciter du desordre : 
ils calomni^rent le vizir pres de Khalil, pd^tendant qu'il 
avait rintention dese r^volter et disait quil 6tait plus digne 
du trdne que Khalil, a cause de sa parent^ avec le Pro- 
phete , de sa Iib6ralit6 et de sa bravoure. Khalil envoy a un 
vice-roi a Almalik, en reaiplacement du vizir, et ordonna 
a celui-ci de venir le trouver afvec un petit nombre de per- 
sonnes. D^s qu'il fut arriv^, il le tua sans plus ample in- 
formation. Ce meurtre fut la cause de la mine de son 
royaume. Lorsque Tautorit^ de Khalil fut devenue conside- 
rable, il se revolta contre le prince jde H^rat, qui Tavait fait 



1. Wr 






D'IBN BATOUTAH. 51 

LU^jSUuJL ^y^^^ ^^t A^^t is^^ ^)^ Lf^\K9 

Vty?* ^l# AjI^I^ AJUvJbl^ iuu^M.^ dLUt dUi> \o\k3 iO^ 

'--^^ «3b3 r»:^i^--«M^) j.^'^^'*^ AAily Jb^ ^^ JuU. j^4£sv^ 

»^J J' -N> J^'^ cM^ p>^l3 u^*^ ^b k>-> ^^^ 

^g^l^ i^jts- ftUasI^ jU i Ak*>^ ^UjJL Ajdfi lyi J^! 
^..XM* AJU» ji^t^l i tfJui^ AX5^ J\il t«Xi5 ^^ iOiUil aaJL^ 



Writer du trone, et lui avait fourni des troupes et de I'ar- 
gent. n lui ^rivit de faire la pri^re en son nom, dans le 
royaume de H6rat, et de frapper a son coin la monnaie d'or 
et d'aigent Cette conduite m^contenta fort M^lic HoQain; il 
fit a Kbalil une r^ponse tr^s-grossi6re. Khalil se pr^para a 
le Gombattre. Mais les troupes musulmanes ne le secouru- 
rent pas et le jug^cnt rebelle a son bienfaiteur. Cette nou- 
velle parvint k M^lic Hogain. U fit marcher son arm^e sous 
lecomniandenQLent de son cousin germain M^lic Werna. Les 
deiuL armies en vinrent aux mains. Khalil fut mis en d^- 
route, fait prisonnier et men6 a M^lic HoQain. Ge prince lui 
accorda la vie, le logea dans un palais, lui donna une jeune 
enclave et lui assigna une pension. C'est dans cet ^tat que je 
le laissai, k la fin de Tann^e 7^7 (de J; C. avril 13^7), lors 
de ma sortie de Tlnde^ 

Mais revenons a difcre ppopos. 

Lorsque j*eus fait mes adieux au sultan Thermachirin , 
je me dirigeai vers la ville de Samarkand, une des plus 

4. 



52 VOYAGES 

iL^lStiJl l^j ^IjJ ^jyxS>K':>^ I^aX^ U3*^^**^ cr^^3 «-4dU^ 
J^l (^jJ^ (Pj 4-^1 i 43S2^ ^^X^J p;l^ ji^ <Xa5;^ 

IK y J 

<^Mki^,X] «KAft (j^ u*»WJt (^! f^^ ^xaSj.^ 5:j^3 C^J^ 

L^.JKj (jjv:^ ^X^UiJum yb^ AajI ^3 0»Mt (j^ AMI ^^^ 

grandes, des plus belles cl des plus magoifiques cit6s du 
monde. EUe est batie sur le bord d'une riviere nominee n- 
vUre des F onions, et couverte de machines by drauliques » 
qui arrosent des jardins. Cest pr^s de cette riviere que se 
rassemblent les habitants de la ville, apres la priere de 
quatre heures du soir, pour se divertir et se promener. Us 
y ont des estrades et des sieges pour s'asseoir, et des bou- 
tiques ou Ton vend des fruits et d'autres aliments. II y avait 
aussi sur le bord du fleuve des palais considerables et des 
monuments qui annouQaient T^l^vation de Tesprit des ha- 
bitants de Samarkand. La plupart sont ruin6s,et une grande 
partie de la ville a ete aussi d^vastee. EUe n'a ni muraille 
ni portes. Des jardins se trouvent compris dans Tinterieur 
de la ville. Les habitants de Samarkand poss^dent des qua- 
litis g6n6reuses, et ont de Famitie pour les Strangers; ils 
valent mieux que ceux de Bokhara^ 

Pr^s de Samarkand est le«tomHlbu de Kotham, fils 
d' Abbas, fils d'Abd almotthalib, qui fut tu6 lors de la con- 
quete de cette ville par les musulmans. Les habitants de 



D'IBN BATOUTAH. 53 

c^iXJL jSiyUlt g>sgJt r^:)^^ ^^' u^^^^'^^^ J^3 o^h 

iuAlt j^3 iUaiil Jo^»Uj (^ i^S'!^' Ajiy^ iUOJL ^\(,^l ^.iJC* 

(j^5L** i^jt)Jl*j (jVJwU'i <-J^\ Jt^:>jjl#i'J «*SiU.4ie5 

Samarkand sortent chaque nuit du dimanche an lundi et 
du jeudi au vendredi, pour visiter ce tombeau. Les Tartares 
y viennent aussi en p^lerinage, lui vouent des ofTrand^s 
considerables , et y apportent des boeufs , des moutons , des 
dirbems et des dinars. Tout cela est d^pens^^ pour traiter 
les voyageurs et pour I'entretien des serviteurs de rermitage 
et da tombeau beni. Au-dessus de ce monument estun dome 
61ev6 sur quatre pilastres ; a cbaque pilastre sont jointes deux 
colonnes de marbre; il y en a de vertes, de noires, de blan- 
ches et de rouges. Les murailles du dome sont de marbre 
nnanc^ de diverses couleurs, peint et dor6; et son toit est 
en plomb. Le tombeau est reconvert de planches d'6b^ne, 
incrust^es d'or et de pierreries, et rev^tues d'argent aux an- 
gles. Au-dessus de lui sont suspend ues trois larapes d'argent. 
Les tapis du dame sont de laine et de coton. En dehors 
coule un grand fleuve, qui traverse Termitage voisin , et sur 
les bords duquel il y a des arbres, des ceps de vigne et des 
jasmins. Dans Termitage se trouvent des habitations oA lo- 



54 VOYAGES 






gent les voyageurs. Les Tarlares, durant le temps de leur 
idoUtrie, n'ont rien change a T^tat de cet endroit b^ni; au 
contraire, ils regardaient sa possession comme d'un heu- 
reux augure» a cause des miracles dont ils y ^taient temoins. 
L'inspecteurg^n^ral de ce s^pulcre b^ni et de ce qui lui est 
contigu, lorsque nous y logeames, etait I'^mir Ghiyath eddtn 
Mohammed, fils d*Abd alkadir, fils d'Abd al'aziz, fils de 
Youcef, fils du khalife Almostancir Billah, TAbbacide. Le 
sultan Thermachirin Televa a cette dignity, lorsqu'il arriva 
de rirak k sa cour; mais il se trouve actuellement pr^s du 
roi de rinde, el il sera fait mention de lui ci-apr6s. Je vis 
a Samarkand le kadhi de cetle ville, appel6, chez les Tar- 
tares, Sadr aldjihdn « le chef du monde ». C'^tait un homme 
vertueux et dou^ de belles qualit^s. II se rendit dans Flnde 
apr^s moi, mais il fut surpris par la mort dans la ville de 
Moltan , capitate du Sind. 



D'IBN BATOUtAH. 55 



L^ dLJi> (^5> p-^^^t^ ''^^ f^j^ p"^ ^t^ "^^1 "^^ d^ 
(^ <xij y i «>Ov^l «^LX45 tfLxLJl Jyu^y^^ am t^^y 

A3U;jiA33 x»^ ^-ft-^:^ J^UI^ o*.p4 (:r* A^3 x*!^^-^ 
AJii Jt :>jt3Jl J^jux) M Ujw> 3! aXa4^ (^ aJU ^.^lo^ U^ 



ANECDOTE. 

Lorsque ce Mdhi fut mort a Moli&n, le secretaire charge 
d'annoncer au roi les nouvelles lui ^crivit cet ^v^Dement, 
et lui apprit que ce personnage 6tait venu dans rintention 
de visiter sai cour, mais que la mort Ten avail empech^. A 
cetle nouvelle, le roi ordonna d'envoyer a ses enfantsje ne 
me rappelle plus combien de milliers de dinars, et de compter 
^sesserviteurs cequ'il leur aurait dbnne,s'ilsetaientarriv& 
ii la cour du vivant de leur maitre et avec lui. Le roi de Hade 
a, dans chaque ville de ses Etats, un correspondant qui lui 
ksTiX tout ce qui se passe dans cette ville, et lui annonce 
lous les Strangers qui y arrivent.D^s rarriv6e d'un de ceux-d, 
on icrit de quel pays il vient; on prend note de son nom, 
de son signalement, de ses vStements, de ses compagnons, 
da nombre de ses chevaux et de ses serviteurs, de quelle 
mani^re il s'assied et il mange; en un mot,0e toule sa ma- 
niire d'etre, de ses occupations et des qualit^s ou des d6fauts 
cpi'on remarque en lui. Le voyageur ne parvient a la cour 



66 VOYAGES 

t^/umXj l^t^ ^^^oUmuJ «<XJnH li>^U. <XJo;4w <j^ b^Ui*5. 
'^iUt^JoUlt i iU^laJai v<^ U^^« (l^i^l yi O'ai^ 3^' 

5^.-ftH^*-A^<>^ ,$3 (^^ A j^J t*l4 vjJ^ 4^<X^t 
5^1 (:J>3Ua« lil^^ jWiSt liH^HCiC- ^5l^Xt3 ijUjJl iuU^ 

B.^^>^ C:J>ill^ pCUl i jiN^^^j U3^-^ W^'3 U^^' wiU^ii^ 

K^\j JUoi* j.^uU9 i'bl i l^ 4>wa^t pCil JCr^l Jv^:> tsb 



que quand le roi connait tout ce qui le regarde, et les lar- 
gesses que le prince lui fait sont proportion n^es a son m^rite. 
Nous partimes de Samarkand et nous traversames la ville 
de N^cef , a laquelle doit son suruom Abou Hafs ^Omar Ann^ 
c6fy,auteur du livre intitule Almanzhodmah « le poeme », et . 
iraitant des questions controversies entre les quatre fakihs 
(les fondateurs dfes sectes orthodoxes). Ensuite nous arrivi- 
mes k la ville de Termedh, qui a donn6 naissance a rimam 
Abou Iga Mohammed , fils dlga, fils de Sourah attermedhy, 
auteur du AldjdmV alkehir « la grande collection », qui traite 
des traditions. C*est une grande ville, bien construite, pourvue 
de beaux marches, traverste par des rivieres, et oi Ton voit 
de nombreux jardins. Des raisins et surtout des coings, d*une 
quality sup^rieure, y sont fort abondants , ainsi que la viande 
et le lait. Les habitants lavent leur t^te dans les bains chauds 
•avec du lait, ^ place de terre glaise. U y a chez le pro- 
pri^taire de chaque bain , de grands vases remplis de lait. 
Lorsque quelqu'un entre dans le bain, il en prend dans un 



D'IBN BATOUTAH. 57 

<>il(l)lf »«X«^ j*^t ^j,^XkiUs?3 gV^iA^I AJ>4Vu^^ ^CWufuJt 04!; 
Ja5l ^ oJUd ^iiy^ AkAfc^^ jJi^t JJua;^ ji-.*JI J^JW^ 
iLAJLx* iUr«>oi}l «k.«^t ^<>^ c;ajI^ (•^^•'^ (^j^ (:i*«^ «>wL4JI 
^ift iili,>JL tfSU c;*jyi j^ l^^ U^ {jy-^^^^ ^^ cl*^ 



petit vase et se lave la t6te avec ce lait , qui rafraichit les che- 
veux et les rend lisses. Le^ habitants de Tlnde emploient 
pour leurs cheveux Thuile de sesame, qu'ils appellent assi- 
rddj [chirddj), Aprfes quoi, ils lavent leur tfele avec de la terre 
glaise. Cela fait du bien au corps, rend les cheveux lisses 
et les fait pousser. C'est par ce moyen que la barbe des ha- 
bitants de rinde et des gens qui demeurent parmi eux de- 
vient longue. 

Uancienne ville de Termedh ^tait batie sur le bord du 
Djeihoun. Lorsque Tenkiz Teut ruin6e, la ville actuelle fut 
coQstruite a deux milles du fleuve. Nous y iogeames, dans 
fBrmitage du vertueux che'ikh 'Azizan, un des principaux 
cheikhs et des plus g^n^reux, qui possede beaucoup d'ar- 
gent, ainsi que des maisons et des jardins, dont il d^pense 
le produit a recevoir les voyageurs* Je joignis , avant mon 
anpivie dans cette ville, sonprince 'Ala elmulc Khodhawend 
Z4deh. II y envoya Tordre de me fournir les provisions dues 
« ua bote. On nous les apportait chaque jour, pendant le 
*^ps de notre residence k Termedh. Je rencontrai aussi le 



58 VOYAGES 

u 

^jUO-jf. (j^jJt yU^^ ^jJt 4I1& *j^:i'^ dUs Jou *1 

X^jJ^ ji^^ JO^I vitU tf^j^a:^ IfyJ ^^^'Q^^ (:r?*>J' vJlJU«i3 
ci^ l-€V*J>>3^ U^» Joe* *Xju Sj^\ viLU ^ Uy-*^Oa> 



kadhi de cette ville, Kiwam eddin, qui 6tait en nnite;, afin 
de voir le sultan Tbermachidn , et de lui demander la per- 
mission de faire un voyage dans I'lnde. Le r^cit de mon en- 
trevue avec lui el avec ses deux freres , Dhia eddin et Bot- 
han eddin , a Moltan , et du voyage que nous fimes tons 
ensemble dans Tlnde, sera donn^ ci-dessous. II sera fait, 
aussi mention, s'il plait a Dieu, de ses deux autres freres, 
'Imad eddin el Seif eddin , de ma rencontre avec eux k la 
cour du roi de llnde, de ses deux fils, de leur arriv^e prds 
du m^me souverain , apres le meurtre de leur pfere , de leur 
mariage avec les deux fiUes du vizir Khodjah Djih^n , et de 
tout ce qui arriva a cette occasion. 

Nous passimes ensuite le fleuve Djeihofin, pour entrer 
dans le Khora^an, et, a compter de notre depart de Termedh et 
du passage du fleuve, nous marchames un jour et demi , dans 
un desert et des sables ou il n y a aucune habitation, jusqu*a 
la ville de Balkh , qui est en ruines et inhabit^e. Quiconque 
la voit la pense florissante, a cause de la solidity de sa cons- 



D'IBN BATOUTAH. 59 

U4Xj^Lm»j m;u^ a^ o^<^ l^W fj^^ ij^^ ^^ ^l^j 
Ulj o^b-^ ^' >«)^' u>f-^ u-^'3 ^j332«l M^l 

truction. Elle a 6t& jadis considerable et ^tendue. Les ves- 
tiges de ses mosqu^es et de ses colleges subsistent encore , 
ainsi que les peintures de ses Edifices, trapses avec de la cou- 
leur d^azur. Le vulgaire altribue la production de la pierre 
d'azur {lapis lazuli) k la province de KhoraQan; mais on la 
tire des montagnes de Badakbchan , qui on t doane leur nom 
au rabis badakhchy, ou» comme Tappellele vulgaire, Al- 
lalakhch « rubis balais ». Gette conlr^e ^ra mentionn^e ci- 
apr^s, s'il plait a Dieu. 

Le maudit Tenkiz a d^vast^ Baikh et a d6moli environ 
le tiers de sa (principale) raosqu6e,a cause d'un tr6sor qui, k 
cequon lui avait rapport^, 6tait cache sous une colonne de 
ce temple. C'est une des plus belles et des plus vastes mos- 
qufees du monde. La mosqu^e de Ribath alfeth (Rabat), dans 
le Maghreb, lui ressemble par la grandeur de ses colonnes; 
Diais celle de Balkh est plus belle sous les autres rapports. 

ANECDOTE. 

Un homme vers6 dans la science de Thistoire m'a racont^ 
^06 la mosqu^ de Balkh a 6x6 construite par une femme, 



m VOYAGES 

<>JjU tic (j^ ijb f^eu^, u».l**Jl (fiJii ^ 1^1 ^^^JJ> ylS" 



iuuUL 









J^^ iUfljUt AxU Jki^ ^>Js! cj:.^ vy^' JJ'3 ^^J^ <i5 
JjM (j^ pjdl ji^ tf^lj^ \I. p^J iir^l ^j^\ Jb^ iUAistt 

dont lemari, appeI6 Daoud, fils d*Aly,etait 6mir ougouver- 
neur de Balkh pour les Abbacides. II advint que le khalife 
se mit un jour en colore contre les habitants de Balkh, a 
cause d'une action qu'ils avaient commise. H envoya dans 
leur viHe quelqu'un charge de leur faire payer une amende 
considerable. Lorsque cet oiicier fut arriv6 a Balkh, les 
femmes et les enfants de la vilie se rendirent pr^s de cette 
femme dont il a 6t6 question plus haut comme ayant cons- 
truit la mosqu^e, et qui etait T^pouse de leur 6mir. lis se 
plaignirent a elle de leur situation et de Tamende qui leur 
etait imposee. Elle envoya a r^mir, qui 6tait venu pour lever 
sur eux cette taxe, un vetement brod^ de perles, a elle 
appartenant, et dont la valeur surpassait la somme que 
r^mir avait regu Tordre de leur faire payer. Elle lui dit, en 
m^me temps : « Porte ce vetement au khalife , car je le donne 
comme une oQrande en faveur des habitants de Balkh, k 
cause de leur triste situation. » Cet 6mir alia trouver le kha- 
life, jeta le vetement devant lui et lui raconta ce qui s'^tait 
passe. Le khalife fut honteux, et dit : « Est-ce que cette 



D'IBN BATOUTAH. 61 

\6^ ^tJu^^Aya^ ^^1 i^ caJUj V3^' W^ >)^ ^^^^^ 

o2>U> >ikXiv3 H^U rr^ ^i i^iU>-r/jl IIIh^a^ i^U^ /j%XJ 

femmesera plus g^n^reuse que nous? » II ordonua k T^mir 

de dispenser de Tamende les habitants de Balkh, et de re- 

toumer dans cette ville, afin de rendre a la femme du gou- 

vemeur son vetement. En outre, il remit aux Balkhiens le 

Iribut d'une ann^e. L'emir revint a Balkh , se rendit a la de- 

meure de la femme du gouverneur, lui r6p6ta ce qu'avait 

ditle khalife, et lui rendit le vetement. Elle lui dit: « Est-ce 

que Toeil du khalife a fixe cet habillement ? » II repondit : 

• Oui. » « En ce cas, reprit-elle, je ne rev^tirai point un habit 

8ur lequel est lomb6 le regard d'un homme qui n'est pas 

au nombre de ceux dont le manage avec moi est d^fendu 

(pire,frere,fils, etc.). » Elle ordonna de le vendre, et c'est 

avec le prix qu'on en retira que furent batis la mosqu^e, 

Vennitage et un caravans^rail situ6 vis-k-vis de la mosquee, et 

construit aVec les pierres appel^es keddhdn « moellons ». Ce 

dernier est encore en bon 6tat. II resta un tiers du prix du 

vttement; et on raconte que cette femme ordonna d'ensevelir 

cette somme sous une des colonnes de la mosquee , afin 

q^'on put s'en servir en cas de besoin. 

Tenkiz fut instruit de cette histoire; il ordonna de ren- 
verser les colonnes de la mosquee. Environ le tiers fut 



62 VOYAGES 

xj\j^,^.jjii ^ ^U?j *1U- «^ iWl 4** ^ ^^' 

^j^ L^ * » l^l><t iLji^\j AjJf^ V^^^**^" ^ ^^^ J^«>S^(^^t 

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«>^ 



abattu; mais on ne trouva rien. Le reste fut laiss^ dans son 
premier ^tat. 

A lexterieur de Balkh se trouve un tombeau, quon dit 
£tre celui d'Occachah, fils de Mihc^an ala^ady, compagnon 
de Mahomet, celui-lk m^me qui entrera dans le paradia, 
sans avoir de corapte a rendre, au jour du jugemeat (c'est 
ia une tradition. Cf. Nawawi, 6d. Wastenfeld, p. 428). Au- 
dessus de ce tombeau s'^leve un ermitage v6n6r6, daos le- 
quel nous logeames. Pr^ de Termitage on voit un superbe 
^tang, ombrag^ d'un grand noyer, a Tabri dtiquel les voya- 
geurs s'arr^tent pendant Viii. Le cheikh de cet ermitage esl 
SLppel^Alhdddj Khord, c'est-a-dire « le Petit p^lerin. » C'est iin 
homme vertueux. II monta k cheval avec nous, et nous fit 
voir les mausol^es de la ville, parmi lesquels on remarque 
celui de Hizkil (Ezechiel), le proph^te, qui est surmont^ 
d'un beau dome. Nous visitames aussi , a Balkh , un grand 
nombre de tombeaux d'hommes de bien, que je ne me rap- 
pelle plus k present. Nous nous arr^tames pr^s de la maison 
dlbrahim, fils d'Adhem (cf. t. I, p. 173-176). C'^t uae 



DIBN BATOUTAH. 63 

maisoD considerable, construite en pierres de couleur blanche 
etsemblables au moellon. Les grains de I'ennitage y 6taient 
diposis, el elle avait 616 fermee a cause de ceia; nous n y 
entrames done pas. Elle est situ6e dans le voisinage de la 
naosqu^e principale. 

Nous parttmes de Balkh, et nous marcbamea pendant 
<ept jours dans les montagnes du Kouhistan. On y trouve 
des villages nombreux, bien peupl^s, arros6s d'eaux cou- 
wntes et plant^s d'arbres verdoyants, dont la plupart sont 
des figuiers. D y a un grand nombre d'ermitages, habites 
ptr des bommes pieux qui se sont vou6s au service de la 
divinity. Au bout de cet espace de temps, nous arrivames a 
hville de H6rat, la plus grand e des cit6s encore ilorissantes 
dnialeKlioraQan. II y a quatre grandes villes dans cette pro- 
vifice :deux florissan les, H6rat et Neigabour; et deux en mines, 
Balkh et Merve. Herlit est fort ^tendue et tres-peupl6e ; ses 
habitants sont vertueux, chastes et devots; ils professent la 
doctrine de Timam Abou Hani fab. Leur ville est exempte 
ded^rdre. 



64 VOYAGES 



5;^ljuJt^ <Xx>U){j 5;yat XftWUi ^..^U ^jiyilt (^ JJI c^ 

ft^^l J^^ laiUll C3^^t AA^I <Xju Jilt (:5:h««'» ^UaJuJl 
iyu-u^^M*^ l$.X:^l U^*^J U^b* U^ *Jkajiyi ib\<^ 

DU SULTAN DB HERAT. 

C'est le sultan illustre Hogain, fils du sultan Ghiyath eddin 
Alghoury; il est dou6 d'une bravoure reconnue,et il a obtenu 
la faveur divine et la f^licit^. Snr deux champs de bataille il 
a regu du secours et de Tassistance de Dieu des preuves 
bien capables d exciter Tadmiration. La premiere fois,cefat 
lors de ia rencontre de son arm^e avec le sultan Klialil,qui 
s'^tait r6volt6 contre lui et qui finit par devenir son prison- 
nier (cf. ci-dessus, p. 5 1). La seconde bataille, dans iaquelle il 
fut 6galement favoris^ de Dieu, fut celle qu'il livra en per- 
sonne a Ma<^'oud, sultan des Rafidhites ou h^r^tiques,et qui 
se termina par la mine de la puissance deMag'oud, par sa 
fuite et par la perte de son royaume (ou de ses tr^sors, d'a- 
pr^s une autre legon}. Le sultan Hogain monta surletrdne 
apres la mort de son frere, nomm^ AlhaGzh, qui lui-mSme 
avait succ^d^ a leur p^re Ghiyath eddin. 

IIISTOIRE DES rAfIDHITES. 

II y avait dans le Khoragan deux hommes , appel^ ran 



D'IBN BATOUTAH. 65 



y;»!Jv|r-^ U^b^s? ^jj^^JL^l ^jl^jJL y^i^j*^^ vdlcit 









QhHua ^K.e^ l^^3 ^jji^ ^U^ Jt^^l <.^3 ^j^t ^3 

j»4iftlj^! ^..^a^ JUil^ Jt^^ill U^^^lf^ ii^{ uW^^^>^' 

\A\ym tyCo AiS U^JlW ^3-j^ ius!*>^ t^ 'X)^3 0-^' (•^^^ 
^gf^^ Ju4 IjaS^^ ^y4i '3^^^^ J'j^' 5yu*^3 y JJII <j^ 




Ma^'oiid et I'autre Mohammed , et qui avaient cinq compa- 
gnoas audacieux. Us ^taient connus dans Tlrak sous le nom 
de Ckott)iar« brigands, voleurs»; dans le Khoragan, sous 
ceiuide Serbeddrs; et enfin, dans le Maghreb, sous celui de 
Sokourah « oiseaux de proie, vautours ». 

Tous sept convinrent de se Hvrer au d^sordre et au bri- 
giBdage, et de piller Targent des habitants. Le bruit de leurs 
€xcis se r^pandit; iis ^tablirent leur sdjour sur une mon- 
tigne inexpugnable, situ^e au voisinage de la ville de Beihak, 
^pel6e aussi Sebz^var. Ds se plagaient en embuscade pen- 
dant le jour, en sortaient le soiret durant la nuit, fondaient 
wrles villages, coupaient les communications et s'empa- 
niient des richesses des habitants. Les m^chants et les mal- 
feiteurs^ leurs pareils, vinrent en foule se joindre a eux; 
leur nombre devint considerable, leur puissance augmenta , 
etjes hommes les craignaient. Us fondirent sur la ville de 
Bdhak et la prirent; puis ils s'emparerenf d'autres villes, 
Mqairent de Topulence, rassembl^rent des troupes et se 
procur^nt des chevaux. Ma<;)'oud prit le titre de sultkn. Les 

\ III. f) 



70 VOYAGES 



l>*«^U »j\:> J<^\^ ^.^ {y^=^^ ^y^ I^Jfcc^U \J^ 
XjuxjUI j.^ka£siuwU ^».4JU c3U£. Jk£>-; c3^) »JJm i vWi (^ 






ANECDOTE. 

• 

On m'a racont^ qu'ils regurent un jour avis qu un acte 
illicite s*6tait passe dans le palais de M61ic HoQai'n; ils se 
reanirent, afin de le redresser. Le roi se fortifia contra eux 
dans Tenceinte de son palais. lis se rassembl^rent alors pres 
de la porte de cet Edifice, au nombre de six mille hommes. 
Le roi eut peur d'eux; il fit venir le jurisconsulte et les 
grands de la ville. Or, il tenait de boire du vin ; ils ex^a- 
terent sur lui, dans son palais, la peine prescrite par la loi, 
et s'en retournerent. 



/ * 



EVENEMENT QUI PUT LA CAUSE DU MEURTRE DU SU8DIT 
JURISCONSULTE NIZDAm EDDIN. 

Le roi HoQain craignait les Tiircs, habitants du d^ert 
voisin de la ville de H6rat, qui avaient pour roi Thoghaito- 
moilr, dont il a ^t6 fait mention ci-dessus, et qui 6taieot au 
nombre d'environ cinquante mille hommes. II leur faisait 
des presents chaque annee et les caressait. C'^tait ainsi qii*il 
agissait avant sa yictoire sur les Rafidhites; mais, aprte 
qu'il eut vaincu ces h^r^tiques , il traita les Turcs comme 



DIBN BATOUTAH. 71 

l^ \yjj^ Lto;^ »ty6 iUjJ^ Jt :>:>jXi\ dltjJ^i ^:i^ d:>U 

U^i>« ^3U-I#j^ »^M^ ^\j2^) ^^y^3 Dl^ ^i.^<X^^ 

L^l oyj&o^ fj^^j^ laJ^ l^ vjU<^ tfl^l (Sf^ i^by^ 



ses sujets. Us avaieat coutume de venir a H^rat , et souvent 
lis y buvaient du vin; ou bien, un deux y venait ^tant 
ivre. Or, Nizham eddin punissait, d'apr^s les termes de la 
loi , ceiix des Turcs qu'ii rencontrait ivres. Ces Turcs sont 
des gens braves et audacieux; ils ne cessent d'attaquer a 
I'improviste les villes de i'lnde et de faire captifs ou de 
massacrer leurs habitants. Souvent ils faisaient prisonni^re 
quelque musulmane, qui habitait dans Tlnde parmi lii in- 
fiddles. Lorsqu'ils amenaient leurs captives dans le Khora- 
9&0, Nizham eddin les d^livrait de leurs mains. Le signe 
distinctif des femmes mUsulmanes, dans Tlnde, eonsiste k 
ne pas se percer les oreilles, tandis que les femmes infid^les 
percent les leurs. U advint un jour qu*un 6mir turc, uomm6 
Tomouraltbi, fit prisonni^re une femme et la pressa vi- 
vement de satisfaire ses d^sirs; elle s'6cria quelle ^tait 
musiilmane. Aussitot le docteur la retira des mains de ¥&- 
mir. Ceiai-ci en fut fortement bless^; il monta k cheval, 
accompagn^ de plusieurs mUliers de ses soldats , fondit sur 



72 VOYAGES 

J^^ \^y^. ^ Uy.^v&*l^ (j*HS^4>o) (j^jj9 ^Ijuafiftj UU^ 

«^ jwi.1 U ^j ^^ .^JSaj :iy^j ^\ e*ji4i l^ ^y»^ 

>ly>3 jflJcuft ^jUi ^^UmI^ >1 4^u^ ^^^^ g^J <>y^ 

les chevaux de H^rat, qui se trouvaient dans leurs paturages 
ordinaires , dans la plaine de Badghis , et les eoimena , ne 
laissant aux habitants de Herat aucune bete quils pussent 
monter ou traire. Les Turcs se retir^rent, avec ces ani- 
maux, sur une montagne voisine ou Ton ne pouvait les 
forcer. Le sultan et ses soldats ne trouverent pas de mon« 
tures pour les poursuivre. 

HoQain envoy a aux Turcs un d6put6, pour les inviter a 
restifuer le b^tail et les chevaux <[u'ils avaient pris et leur 
rappeler le traite qui existait entre eux. lis r^pondirent 
qu'ils ne rendraient pas leur butin , avant qu on ne leur e4t 
livr6 le jurisconsulte Nizham eddin. Le sultan repartit : «I1 
n'y a pas moyen de consentir a cela. » Le cheikh Abou 
Ahmed aldjesty, petit-fils du cheikh Maoudoud aldjesty, oc- 
cupait dans le Khoragan un rang elev^, et ses discours 
^taient respect^ de$ habitants. II monta a cheval, entomb 
d'un cortege de disciples et d'esclaves, ^galement k cheval, 
et dit (au sultan) : « Je conduirai le docteur Nizham eddin 
prfe des Turcs, afin qu'ils soient apaises par cette d^- 



D'IBN BATOUTAH. 73 

6>A-JI j^^' <^i*^^ *-A-^ a>W^ f^ *-^' 

marche; puis, je le ramenerai. » Les habitants etaieot dis- 
poses k se conformer a ses discours, et le docteur Nizham 
eddin vit qu'ils ^taient d'accord ia-dessus. II monta a cheval, 
aveclecheikh Abou Ahmed, et se rendit pr^s des Turcs. 
Tomouraithi se leva a son approche et lui dit : « Tu m'as 
pris ma femme; » en m^me temps, il le frappa d'un coup 
dexnassueetluibrisala cervelle. Nizham eddin tomba mort. 
*^ cheikh Abou Ahmed fut tout iriterdit , et s'en retourna 
"*H8 sa ville, Les Turcs rendirent le b^tail et les chevaux 
T^'ils avaient pris. 

Au bout d'un certain temps, ce Turc, qui avait tu6 le 

^^^cteur, se rendit a H^rat. Plusieurs des disciple^ du fakih 

*® rencontrirent, et s'avanc^rent vers lui comme pour le 

^uer; mais ils avaient sous leurs v^temeuts des ^pees, avec 

lesquelles ils le tu^rent; ses camarades prirent la fuite. 

Qaelque temps apr^s, le roi Hogain envoya en ambassade, 

^ttprisdu roi du Sidjist&n, son cousin-germain M^licWerna, 

qw avait ixk Tassoci^ du docteur Nizham eddin , dans le re- 

^^J^cssement des acles prohib^s par la loi. Lorsqueice prince 



74 VOYAGES 

ib^U 4^^^ JOjjL CJ3!^» «Jj^ J^t u^wv *^ ^*J^^ 
' i (jv.i(ya». dJJlt ^Jm^ AaJ (^ AaU ^:> iXJL^I jLLt ^t J^^ 

fut arriv^ dans le Sidjistan , le roi lui envoya I'ordre d'y 
rester et de ne pas revenir k sa cour. Mais il se dirigea vers 
rinde, et je le rencontrai, lorsque je sortis de ce pays, dans 
la ville de Siw^citan (Sehwan), dans le Sind. C6tait un homme 
distingu^; il avait un gout inn6 pour Texercice de rautoriti, 
la chasse, la fauconnerie, les chevaux, les esclaves, les ser^ 
viteurs, les v^tements pr^cieux et dignes des rois. Or, la si- 
tuation de quiconque a de semblables gouts dans Tlnde n^est 
pas beureuse. Quant a lui, le roi de Tlnde le nomma gou- 
vemeur June petite ville. Un habitant de H6rat, ^tabli datis 
rinde, le tua dans cette viHe, a cause d'une jeune esclave. 
On dit que le roi de I'lnde aposta son meurtrier, par suite 
des machinations du roi HoQain, et que ce fut a cause de 
cela queHoc^ain rendit hommage au roi de Tlnde, apr^ ia 
mort de M61ic Werna. Le roi de Tlnde lui fit des presents 
et lui donna la ville de Bacar (Bhakar), dans le Sind, dont le 
revenu monte chaque ann^e a cinquante mille din&rs d*or. 



D'IBN BATOUTAH. 75 



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JUJL^ $1^ JCI Jokfi!^ i^Jftft iUU^ ^Ub ^^t is>^l; 

Mais revenons ^ notre sujet. 

Nous partimes de H6rat pour la ville de Djam. C'est une 
viBe de moyenne importance , mais jolie et poss6dant des 
jardins, des arbres, de nombreuses sources et des rivieres. 
La plupart de ses arbres sont des muriers, et la soie y 
abonde. On attribue la construction de cette ville au pieux 
ct divot Ghibab eddin Ahmed aldjam, dont nous raconte- 
rons Thistoire ci-apres. Son petit-fils ^tait le cheikh Ahmed, 
^nu sous le nom de Zddeh (fils, en persan), qui fut tu6 
P^ le roi de Tlnde, et.aux enfants duquel Djam appar- 
"Cntactuellement; car cette cit6 est ind^pendante de I'au- 
^ti du sultan, et ces individus y jouissent d'une grande 
^lence. Quelqu'un en qui j ai confiance m*a racont6 que 
»« sultan Abou Sa'id, roi de I'lrak, ayant fait un voyage 
^»le KhoraQan, campa pr^s de cette ville, oil se trouvait 
lermitage du eheikh. Celui-ci lui donna un festin magni- 
"Tie;ildistribuaachaquetentedu camp royal un mouton, 
"Onnt un mouton par quatre hommes, et fournit a chaque 
"^te employee dans le camp,cheval,mulet ou &ne, sa pro- 



78 VOYAGES 

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J^_^.^&_it l^k^ IA»1 y^^ J^ift «X*-<iJ t»V«i 0^*«>^J 

Axj^i\ ^X« l^fcAj^:^ J<d^^^^ iuMjJs^ ^j^^^ ^^b «^^'^ <i 

fils de MouQa alcazhim, fils de Dja'far ass&dik, fils de Mo- 
hammed albakir, fils d'Aly Zain al'abidin , fils d'Alhogain le 
martyr, fils du prince des croyants 'Aly, fils d'Abou-Thalib. 
Mechhed est aussi ane grande et vaste ville, abondante en 
fruits, en eaux et en moulins. Atthahir Mohammed Ghah y 
habitait. Thahir (litt^ralement « le pur») a la m^me signi- 
fication chez ce peuple que Nakih (chef des Alides) chez les 
Egyptiens, les Syriens, les Irakiens. Les Indiens, les Sindis, 
les Turkistanis disent, en place de ces mots : vLe seigneur 
illustre. » Mechhed 6tait encore habite par le kadhi , le ch6rit 
Dj^lal eddin, que je rencontrai ensuite dans Tlnde, ainsi 
que par le ch6rif 'Aly et ses deux fils, Emir HindoA et Daou- 
let Chah, qui m'accompagnferent depuis Termedh jusque 
dans rindoustan. C*6taient des hommes vertueux. 

Le mausol6e v6n6r6 est surmont6 d'un dome 61ev6, et se 
trouve compris dans un ermitage. Dans le voisinage de ce- 
lui-ci, il y a un college et une mosqu6e. Tous ces batiments 
sont d'une cx)n8truction ^16gante, et leurs murailles sont re- 



D'IBN BATOUTAH. 79 

^uuv iu^Ju v-^60. Ai^:> j^t ^^ jUUJif u^^ e^^^^ 

v«yl4 W-^l^ (j>*a^j>Mi HXj^ys^ Jt b^U»» ^- 45^' <i^ JUw^ 

iliuO^ Jt \^ \ijilm ^ X&j ^^u^^^It ^j\M ^UaJt ^g^t 
CM-yOS ^t^ jJy^ ^JJI c-Jfti ^UJI ^1 AJ^Ooo ^^ i^Vj 

,?^i i t.»^l Lj^P^U^^ ^\t>\y ^\^\y ^^\ i 

vttues de faience color^e. Sur le tombeau est une estrade 
ie planches, recouvertes de feuilles d'argent, et au-dessus de 
ce tombeau sont suspeudues des lampes du m^me m^tal.Le 
scoil de la porte du dome est en argent. La porte elle-meme 
^tcach^e par un voile de sole brochee dor. Le plancher est 
<^overt de plusieurs sortes de tapis. Vis-k-vis de ce tombeau 
^J^Yoitcelui du prince des croyants, Haroun £rrachid, sur- 
®onli d une estrade sur laquelle on place des candelabres, 
1^ les habitants du Maghreb appellent alhicec et almdndir. 
*^cpi'un Rafidhite entre dans le mausol^e pour le visiter, 
« fcappe dq son pied le tombeau de Rachid et b6nit, au 
^ntraire, le nom de Ridha. 

Nous partimes pour la ville de Sarakhs, qui a donn^ nais- 
8ance au vertueux cheikh Lokman assarakhsy. De Sarakhs 
'^ous allames a Zaveh, patrie du vertueux cheikh Kothb 
Wdln Haider, qui a donn6 son nom a la congregation 
°fi8 fakirs Haid6ry, lesquels placent des anneaux de fer a 
l^rs mains, k leur cou, k leurs oreilles et m6me k lenr 



80 VOYAGES 

lyiftU-j lyAASWj W*^»y «>^ »>i^' <5-»-^ V ''^^ 

iL^ljUl ouUj {j^^jJ>^^^ ^tJub^ (3dw^5^ C:3:b^|/^t^ (:)^|/^ 
b^^ \jij^ (S^\ iuMj^xJll (^jjuaiu l^Ji^ (:r^^ ^Uj^I ch 



verge, de sorte qu'ils ne peuvent avoir commerce avec una 
femme. ^tant partis de Zaveh , nous arrivames a la ville de 
Neic^abour, une des quatre capitales du Khoragan. Elle est 
appelee le Petit Damas, a cause de la quantity de ses fruits, 
de ses jardins et de ses eaux , ainsi qu a cause de sa beaut6. 
Quatre canaux la traversent, et ses marches sont beaux et 
vastes. Sa mosqu^e est admirable; elle est situ^e au milieu 
du marche, et loucKe a quatre colleges, arros^s par une eau 
abondantc et habitus par beaucoup d'^tudiants , qui appren- 
nent la jurisprudence et la mani^re de lire le Koran. Cea 
quatre colleges sont au nombre des plus beaux de ia pro- 
vince. Mais les m6dr6c6h du Khora<jan , des deux Iraks, dc 
Damas, de Baghdad et de Misr, quoiqu'elles atteignent le 
comble de la solidity et de r<516gance, sont'toutes infSrieures 
a la m(5dr6c6h balie pr6s de la citadelle de la residence royalc 
de Fez, par notre maitre le prince des croyanls, Almot^- 
wekkil 'Ala Allah (celui qui met sa confiance en Dieu], h 
champion dans la voie de Dieu , le plus savant des rois, h 



D'IBN BATOUTAH. 81 

hy\j *Jo*>dl »i^ i^ <3a^l J! I4JU J^'^ U^^ ^LaJJi^ 

e^Ly^l (^<>JI 4^ iXjUlt c^l ^UJt pU^t ^y6J( 
/ iUx^^JI c:>Ut^l^ (j:^^|^J ^ osjtj^ p-^'-J 

plus belle perle du collier des khalifes 6quitables , Abou 
Tnafl; que Dieu le fasse prosp^rer et rende son armee vic- 
I lorieuse! Ce dernier college na point d'6gal en 6tendue ni 
f €n iUvation ; les habitants de TOrient ne sauraient repro- 
duire les ornements en plaire qui s'y trouvent. 

Onfabrique a NeiQabour des ^toffes de soie, telles que le 
w*fc, le kemkhd (velours) et autres, que Ton exporte dans 
llnde. Dans cette ville se trouve Termitage du cheikh , de 
I'imam savant, du pole (Alkothb), du devot Kothb eddtn 
^nei^aboury, un des predicateurs et des pieux imams. Je 
wgeai chez lui ; il me regut tres-bien et me traita avec con- 
ndiration. Je fus t6moin de prodiges et de miracles mer- 
veilleux op6ri8 par lui. 

MIRACLE DE CE CHEIKH. 

J'avais acfa|i^ k Nei<jabofir un jeune esclave turc. Le cheikh 
le vit avec moi et me dit : « Ce page ne te convient pas; 
revends-le. • Je lui r^pondis : « C'est bien. » Et je revendis 
lit. f) 



82 . VOYAGES 

iC^j ^^>-^l t«>^ iL^t^ iUl^ oOuft^ Aj JUC4^ Jt^J^I 
5J..JUJ iU)OJlt o^X^j^ Aiyjji^I <^Ua^l *>^>?' <j>j\m}\ 

Tesclaye, le lendemain m^me, a un marcKand. Puis je fis 
mes adieux au cheikh et je partis. Lorsque je fus arrivi 
dans la ville de Bestham, un de mes amis m'^crivit de Nei- 
f abour et me racoDta que Tesclave en question avait ta^ un 
enfant turc, et avait ^t6 tu^ en expiation de ce meurtre. 
Cela est un miracle Evident de la part du cheikh. 

De NeiQaboiar je me rendis a Besiham , qui a don nk naissanoe 
au cheikh, au c^l^bre contemplalif Abou Y^zid albesthamy, 
dont on y voit le tombeau, renferm^ sous le m^me ddme 
que le corps d'un des enfants de Dja'far Assadik. On troave 
encore a Bestham le tombeau du vertueux cheikh, de Tami 
deDieu, Aboul Hagan alkharrak&ny. Jelogeai en cette ville 
dans Termitage du cheikh Abou Y6zid albesthamy. Je partis 
de Bestham, par le chemin de Hendokhir, pour KondoAs 
et Baghlan , villages habitus par des cheikhs eldies hommes 
de bien^ et oh se trouvent des jardins et des nvi^res. Nous 
logeames k Kondous pr^ d^une riviere, sur les bords de la- 



D'IBN BATOUTAH. 83 

\4> U*Ut^ 3^^t J^^l JJi> 4pJC03 eU^ j.aA^ ^^Aw4>j>m 
lO lr>. C (jU**4^ oUd»^ Joa^Xt J^\ (j>* ^^ O©;^! iiUs Jt^ 

JU.:£ J^ e.^ C:jvju;l ^ i^jiiil »<Xift jyli^ UiJ^ dUUtf^ 

J^U L^^ cj^)^ »;hhS5^ v^^'^ ^^ Jb^ V-^ cM^^ 

4f};Xll ^)^t ^t lUJO JsJi^ AAkj^^^^l |*\<:»-l i(Jc& <^^WU«^ 

quelle s'^l^ve un ennitage appartenant k un sup6rieur de 
fakirs, originaire d'Egypte et nomm^ Chir Sidh, c'est-a-dire 
«fe lion noir. » Le gouverneur de ce canton nous y traita. 
C'^lait un natif de Mou^oul, qui habitait un grand jardin 
Mtuidansle voisinage. Nous sijournames environ quarahte 
J^wirs prte de ce village, afin de refaire nos chameaux et 
"wschevaux; car il y a la d'excellenls paturages et un gazon 
^ndant. On y jouit d'une surety parfaite, grace a la s^- 
v&it6 des jugements rendus par I'^mir Boronthaih. Nous 
*von8 iijh. dit que la peine prononc^e par ies lois desTurcs 
<^tre celai qui d^robe un cheval, consiste k faire rendre 
^u volear Fanimal vol6 et neuf autres en sus. S*il ne Ies pos- 
*^B pas, on lui enl^e, en leur place, ses enfants. Mais s'il 
^*pa8 d^enfants, on I'^gorge comme une brebis. Les Turcs 
uissent ieurs b^tes de somme al)solnment sans gardien , 
Apr^ que chacun a marqu^ sur la cuisse les b^tes qui lui 
^ppartiennent. Nous en usames de m6me dans ce canton. 
tKlvint que nous nous mimes en qu^te de nos cbevaux , 

6.^ 



« « 



84 VOYAGES 

^ li^Uy^ aXjlJ i::,!i> C:5ii«;iJl b*XiUj JoJ5l* £««! u' C5»^ 

^Lx^\ i UaJI l^ I^pV ^ (:y^:r^^ (:y^^ *^^^ *^^ 
^LiL^'b ^U ^JL)t c3^ Uuol]»i vW't (J^ ^< e)^ ^-^^j^;^. 

dUUift i::>j-C JU^Jt :>:^ (:H j«i^ d>? (^M iSj^A^ <>HMjJ' 



dix jours apr^s Dotre arriv^e; il nous en manquait trois* 
Mais au bout de quinze jours, les Tartares nous ]es rame- 
n^rent a notre demeure , de peur de subir les peines por- 
t6es par la loi. Nous attacbions chaque soir deux chevaux 
vis-a-vis de nos tenles, afin de pouvoir nous en servir la 
nuit, si le besoin Texigeait. Une certaine nuit nous perdtmes 
tes deux cbevaux, et nous quittames bientot apr^s le pays. 
Au bout de vingt-deux jours, on nous les ramena sur le 
chemiu. ^ 

Un autre motif de'notre s6jour, ce fut la crainte de la 
neige; car il y a au milieu de la route une n[K)utagne nom- 
m^e Hindod Couch, cest-a-dire « qui tue les Indous », parce 
que beaucoup d'entre les esclaves males et femelles que f on 
emm^ne de Flnde meurent dans cette montagne , a cause 
de la violence du, froid et de la quantity de la neige. Elle 
9*6tend f espace d'un jour de marche tout enti^r. Nous atten- 
dimes JQsqu'a rarriv^e des chaleurs. Nous commen^ames k 
ir,^:ette moiitagne, a la fin de la nuit, et nous ne. 






f 1 
I 



V ■ 



I 



D'IBN BATOUTAH. 85 

ic^^ lJ)jj \4<w; ^ AjsiOo* p^job i^ dJUib Ool(^ jJOL 
S Uff^^U^ aIsa^lj^ e^Uu^! ^jmJL »j UULm^ ^«>J) iitJLI 

ijUxi) ij^iiXM^ xs»j^ viUUib oul(^ Mi^ iU^ «Uja 



cessames de marcher jusqu'au soir du jour suivant. Nous 
itendions des pieces de feutre devant les chameaux , afin 
qu'ils n'enfoDi^assent pas dans la neige. Apr^s nous £tre mis 
en route, nous arriv&mes h un endioit nomm£ Ander (An- 
<^^), et oil a jadis exist6 une viHe dont les veistiges ont dis- 
piru. Nous logeames dans un grand bourg oil se trouvait un 
\ ermitage appartenant k un liomme de bien, nonmieMoham- 
"^almehrouy, chez lequel nous descendimes.il noustraita 
*vec consid^ralion , et lorsque nous lavions nos mains, apvis 
terepas, il buvait Teau qui nous avait servi a cet usage, a 
<^Q8e de la bonne opinion qu*il avait de nous, et de son 
^Wme bienveillance a notre igard. II nous accompagna 
josqu*^ ce que nous eussions gravi la montagne de HindoA 
^4cli. Nous trouvames'sur cette montagne une source d^eau 
^««ude, avec laquelle nous nous lavames la figure. Notre 
P^Q fut excori^e et nous soufFrimes beaucoup. Nous nous 
^ttmes dans un endroit nomm6 Bendj Hir. Bendj (Pendj) 
^ifie « cinq » , et Hir « montagne ». Le nom de Bendj Hir 
^t done dire « cinq montagnes. » II y avait jadis Ik une ville 



> 

* 



86 VOYAGES 

U)_>.j jjf- -^ ; ^If (j-Ut Ai^ i^<><Jl ^vi^JI >^^ JW4' 

Jh>.j3. Jl UJm0jj ><XJi£ *.1m« jAj (im .XjIAmi li^^l jTy« 

fXg^ utJtj (>-?^' (:5>^tj 9:>yull "tJl ^Uj Al3.*rt3j (^tw^ 

ij-^I gJb Ualj *UJjI ILl ^UJl ■^Ji^\ Ajjlj Ajj iU^L. 

*l*JjSI _^l oUxi ^^jjJ) ijLJil^ >tJjtj v^' **S^l? •iJ^'w 

iolcUS AAA.gUJ[> sUuj J^^ Jl^; r^^ Jsy* ^V«>^ ; 

yjyS'jv A J.U sU«» -syij jk^i iUJi ^ i*jU) *i^« 

belle etpeupl^e, sur un fleuve cod sid Arable etdont tes e 
sont de coulcur bleue, comnie celles de la mer. 11 descei 
des raontagoes de Badakbchan, oil Von trouve le rubis q 
I'on appelle batakhch » rubis balais •. Tenlviz, roi des Ti^ 
tares, a riiio^ celle contr^e, el depuis lors elle n'esl paax) 
devenue Horissante. C'est la que se trouve le mausol^e d 
clieikh Sa'idaliuekky, lequei eslv6n6r6decespeuples. NoM 
arrivaroes ensuite a la oionlagne de P^chaf , ou se Irouve I'e) 
milage du vertueux cheikh Atha Aoulia: ^ll/iaveut dire, e 
lure,' pero; quaut aumot ,4ouIw, il appartienL a lalangt 
arabe; le nom Allia Aoolia signifie done <• ie pere des ami^ 
de Dieu -. On appelle aussi cet individu Si«;ad Saleb : Sffi 
veut dire, en persan, « trois ceols •, et Sdleh sigDiSt 
I anii^e •■ En efTet, les babitauts de cet endroit pr^teaded| 
que le cbeikh eat 4g£ de trois cent cinquaute ans. Its ( 
pourlui uncgrande vi^'n^ration et viennent, pour )e visitai 




1^ 



DIBN BATOUTAH. 87 

i^^3 JUL* ^1 ^t ydJ <^j X^/y^>.^ C^*^^ *A^ ^^Mifci 
(;:hJs! iU-- *iU cK i A3l J j5i»3 iUU, ^j^,*-^ o^ ^\ A^ 

4 cJ^CX^ c;>i;t<^ dj*^^ (^4X» i^lj^^ (^ AaJUi^ <XJLyJl 
'''ij^lt ^ UkjU^^ e)J^^ Jt byUy |iJ AJ JUA^ j^t ^\y ^U- 

^^^hmU 1^3 (j;^ U^T; jtpt ^^ 4^1 e)^^^ »^y^' 

y>ilt (jj^C»3 ^ipt ^^ i>tjJ| ^ui^v Mu«t laLeye>3 AAJbiJi^^^t 



des villes et des villages voisins. Les sultans et les princesses 
% rendent pr^s de iui. II nous traita avec consideration et 
nous douna un repas; nous campames sur le bord dune 
'^viire, pr^s de son ermitage, et nous Iui rendtmes visite. 
'cle saluai et ii m'embrassa; sa peau ^tait iisse, et je nen 
^pas vu de plus douce. Quiconque le voit s'imagine quil 
It est age que de cinquante ans. U m'a dit que tons les cent 
^1 ii Iui poussait de nouveaux cheveux et de nouvelles 
dents, et qtfil avait vu Abou Rohm , celui-la ni^me dont le 
tombeau se trouve a Moultan, dans le Sind. Je Iui demandai 
^ me reciter une tradition , et il me raconta des anecdotes. 
''^ je conQus des doutes touchant ce qui le concemait, et 
*^cu sait le mieux s'il est sincere. 

Nous parttmes ensuite pour Pervan, ofi je rencontrai 
l^mir Boronthaih. II me fit du bien, me t6moigna de la 
^siddration, et 6crivit a ses proposes dans laville de 
Ghaznah) de me traiter avec honneur. II a ddjk iti ques- 



88 VOYAGES 



I4-J IaaX^^ iUAkJl^ i>l^l (j^ iCftUr W l»*>^^^3 

^1 jai L^-^ ^^ .Xa^JI ^:^ 4il ^yil\ySi& y\(5 ifcJ^jJl 

tion de lui et de la haute stature qu'il avait regue en par- 
tage (ci-dessus, f>. 42). U avait pres de lui une troupe de 
cheiLhs et de fakirs, qui habitaient des enuitages. 

De Pervan nous allames a Tcharkh : cest un grand 
bourg, qui possede de nombreux jardins et dont les fruits 
sont exceilents. Nous y arrivames pendant T^t^ et nous y 
trouvames une troppe de fakirs et d'^ludiants; nous y fimes 
la pri^re du vendredi. Lechef de la locality, Mohammed 
altcharkhy, nous donna un repas. Dans la suite, je le revis 
dans rinde. 

De Tcharkh nouspartimes pourGhaznah, capitate du sul- 
tan belliqueux Mahmoud, (lis de S^buct^guin, dont ie nom 
est celibre. U 6tait au nombre des plus grands souverains, 
et avait le surnom de Yemin Eddaulah. U fit de fr^quentes 
incursions dans llnde, et y cpnquit des villes et des cha- 
teaux forts. Son tombeau se trouve dans cette ville ; il est 
sjotmbnti 4'qi^ ermitage. La majeure partie de Chaznah 
t^i'el'fl tt'en'siibsiite plus qu*une petite portion; 

r0r \ 



D'IBN BATOUTAH. 89 

(:JvjLll3 i><yJl ^ Ut^^^JUUflJl «U«3 p^l JIJJI ^3 

maiscette ville a jadis kik considerable. Son climat est Irfes- 
froid; ses hatfitants en sortent pendant I'hiver et se retirent 
iKandahar, ville grande et riche, situee a.trois joum6es de 
^stance de Ghaznah, naais que je ne visitai pas. Nous lo- 
sses hors de Ghaznah, dans une bourgade situee sur 
^e riviere qui coule sous la citadeile. L'^mir de la ville , 
Merdec Agha , nous traita avec ^gard. Merdec signifie « le 
petit i (petit homme, en persan), et Agha veut dire «ce- 
*^ dont Torigine est illustre». (En mongoi, Aka signifiait 
I'aJo*, le chef dune famille.) 

Nous partimes ensuite pour Caboul; c6tait jadis une ville 
^portante; mais ce n'est plus quun village, habits par 
^^^ tribu de Persans, appeles Afghans. lis occupenl des 
montagnes et des d^fil^s et jouissent d'une puissance con- 
stdirable; la plupart sont des brigands. Leur principale 
'^^tagne s'appelle Codh Soleimdn. On raconte que le pro- 
pWte Soleuu&n (Salomon] gravit cette montagne, et regarda 
desoxi somniet Hade, qui ^tait alors remplie de t^n^bres. 



I 



(j^ (j»L-S-^ ^-^' i^H^ cjIm^I i^UmI ^^^' ^^j J^lf^j 
CjiV?- tJW y*a»- 5j U*'^;^*^' Ui*y ly»^j *tv)ji)I j^jS" 

^ jM**j 'iAi^ ^**J^; '^=*j'(> ov*** v^^^l? f**^j -J^ 

UA,Ai- L«AJt c:>:>l*, j>^^l. i^^I (jJl JU4 J^l ^>j 
Llx^ S^^I &UutIf J^ju JiXiUill JI ULojj l^jJu^A-ij J^jOli 

II revint sursespas.sansenlrerdanscepa^s.ellamoatagne 
tut appel^e d'apr^s iui. Cest la qu'habite le roi des Afghans. 
A Caboul se trouve Termitage du cheikh Isn^'il rAfgban, 
disciple du cheikh 'Alibas, un des priucipaux saints. 

De Caboul, nous allSmes a Kennach, forteresse situ^e 
entre deux montagnes, et donl les AfghSns se servent pour 
exercer ie brigandage. Nous les combattlmes en passaut 
pres du chateau, lis ^talent places sur la pente de la mon- 
tagne ; mais nous leur lanrames des S^ches ct ils prirent la 
fuite. Notre caravane 6tait pen cbargi5e de hagages , mais 
elie 6lait accompagD^e d'environ quatre mille cbevaux, 
Pavais des chameaux , par la faule desqueis je fus separ^ de 
la caravane. J'avais avec raoi plusieurs individus, parmi les- 
quels se trouvaient des Afghans. Nous jet^mes une portion 
de DOS provisions, ct nous abandonnames sur la roiije les 
chaises des chaiueaux qui (jtaieot fatigues. Nos chevauxre- 
tournerent les prendre le lendemaio, et les emporterent 
Nous rejoignimes la caravane, apr^ la derni^re priere da 
soir, el nous passame* la nuit k la station de Checb Naghar, 








D'IBN BATOUTAH. 91 

i ^1 JlX jj ^ ijJi^ ^_^ i>^ ^^ ^^I i^^I Ulc^:> 

dJ^3 <xj^Jt^ 4>JuJl jb;l; jHI Jj^>^ «xju y&>^ 4X»t^ JuAi 

>-5-^ (:5W *4^< A ^1 ^^ gyJ' «<i^ u' ^J^^^ ^3 

iilU UxXi; od^^^ i^^J^^ JUr ^1^ c:»U ^^ i5-6l» 
''tjJt ^uU ^3 oouJt ^t«y53 V^^ Jt ii^ "^t «)^ 

^HMiL ii^:>^^( JJi> (^ ^tJlt tfUff^^ tf«X^^ ^L^ 5:>^<Xj^ 



le dernier eodroit habits sur les confins du pays des Turcs. 
Nous entrlLmes ensuite dans le grand desert, qui s^^tend Tes- 
pace de quinze journ^es de marche. On n'y voyage que dans 
line seule saison , apri^s que les pluies sont tomb^es dans le 
Sindetl'Inde, cest-k-dire au commencement du mois de 
JoiUet. Dans ce desert souffle le vent empoisonni (asse- 
JDoAm) et morlel qui fait tomber les corps en putrefaction , 
w sorte que les membres se s^parent apres la mort. Nous 
•voas dit d-dessus (t. II, p. 238) que ce vent souffle aussi 
wnsle desert, entre Hormouz et CWraz, Une grande cara- 
^Qe, dans laquelle se trouvait Khodhawend Zadeh, kadhi de 
Termedh, nous avait precedes. U lui mourut beauct)up de 
«*ameaax et de chevaux; mais, par la grace de Dieu, noire 
^•itvane arriva saine et sauve a Bendj Ab, c'est-a-dire au 
feivedu Sind. Benij [Pendj) signifie « cinq », et Ah « eau ». 
Le sens de ces deux mots est done : « les cinq rivieres. » Elles 
^ jettent dans le grand fleuve, et arrosent cette contree. 



92 VOYAGES 

B "Jl -V .A ... . : tt l.v . t I : \ .1/^. Jl.i. All J.* . .\ 



1 



lO^ i pSHfJl W <5^ ^^^ \J>i\y^\ HakAS^ l«lC lyfc;**^ 

Nous en parlerons, s'il plait a Dieu. Nous arrivames pr^ 
de ce fleuve, a la fin de dhou*Ihiddjeh, et nous vimer 
briller cette mime nuit la nouvelle lune de mohairem de 
Tann^e 784 (12 septembre i333). De cet endroit, iespri* 
poses aux nouvelles ^crivirent dans Tlnde pour y trans* 
mettre Tavis de notre arrivte, et firent connaitre au sou* 
verain de ce pays ce qui nous concernait. 

C'est ici que finit le r6cit de ce premier voyage. Louange . 
a Dieu , mailre des mortels. 



D'IBN BATOUTAH. 



93 



^j4 



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ijU;l ^U ^Xj^ p^l 4Ml^ (^ »^I gjlX* y\rUj 

uT^^^ ci^l JOuJl 45*1^ at Ulej iyUjM-M, (jvSSWj 
\ii^\ lii:>y\ JastS (j^ (£:>t^I l«kib, iU,^ •\«lt JJi> ^^Um, 

Jjlyk^ityi Jj^j J^l oM i ib^ljleOJt J^l ,Ui» 



AD NOM DU DIED CLEMENT ET MIS^RICORDIEDX; 

QXm. son PROPICE 1 ROTBE seigneur MOHAHHED, X SK FAMILLE, 
i SES COHPAGNONS, ET QD'II. LEDR ACCORDE LA PAIX! 

■ 

Voici ce que dit ie cheiMi Abou 'Abd Allah Mohammed , 
fils d'Abd Allah, fils de Mohammed, fils dibrahim AUewaty 
atthandjy, connu sous le nom d'Ibn Batoutah. (Que Dieu 
lai fasse mis^ricordel) 

Lorsque fut arriv6 le premier jour du mois divin de 
moharrem, commencement de Tannee 78^ (12 sept. i333), 
nous parvinmes prfe du fleuve Sind , le m^irAe que Ton d^ 
ffilgne sous le nom de Pendj-dh, nom qui signifie « les cinq 
rivieres*. Cefleuye est un des plus grands qui existent; il 
ddborde dans la saison des chaleurs, et les habitants de la 
conir^ ensemencent la terre apres son inondation , ainsi 
que font les habitants de TEgypte, lors du d^bordement 
da Nil. C*est k partir de ce fleuve que commenceDt les 



04 VOYAGES 

tyJiSS JU Osf u^>ll ^Will v^» W *V j4iJ' »«>^ *i» 

»UI A4«l <pjMj yVkJLJi j5l«£ joycs x><N! (jv^ ^'' <^\ll 
JH^> 0-lpt ^ ^JpJ U3^3 **^fyi' (:5:s--J' ^^J^ U^ U-y' 

*y^ iy^m^ ^\xXa (ji^j l^AA^j JU-Jl (^ t)^y^ *Ai*M 



Kl^l$ Uu sulUn >vii<i[V. Mohuomed Chih, nn de llnde et 
du Simt 

V)^^««h) iivHi;!^ ;ftmYime$ pres da fleave. les proposes anx 
u\^u\^U^ \iuimt uvHi^ twHUifr et ecri\trent Favis de notie 
Ai^ivtv ^ Kv^hb ckIiuiiKn ^Hivf m^r de b ^ille de lloidtin. 
\ wUe ei^H^uev )e ehel \W« e«iiir$ da Ssiid elait an 
d^ ^mIUh V «|^|^^^ S/^: ^ ^ui e«l na$perlew des 
v4«\^ el vlexskul les^y^l le« trvMipeis^ da $«iltan 
\^^\ te usMU v(v^ vvt i«K)i\ivhi $i$aifie : « Orfofi qv a la l£ie 
\i\e *i vNAV >NVv^^ , e^^ |HHf^»' \e^ ^Knr * %^ ». «t tttr . • ^flf, isa- 

U \»Hs^ sK^ S^^\>ViUa. ^l¥!e^ slU¥»$ 6^^ ^^isid. j^ mE& j 



D'IBPf BATOCTAH. 05 

I ^jJ t>l« ^liixo •>hi^l ^^ku A^j^\j •y^^ij-.^a^ 

B^JA i^t^. ^J«e J-^'j Joy. eJS ^g ijlJJij jljjl, J^l 
*j;5 J** «iJ5 JS" i (j^ yl JJi t-H^S^jj "ly Ij (jWl *AiJ 

J^.»>^VJ^ ^IS X-C^JLllj SJs« (^l^ <r>^ <>>^l JUjJ^I (j^ 
]Ji lyxvM lili B'i«-8^ tj4**< -^-iiArf ^jr^j t^/^i*! Jy^Jl^ 



Le berM, dans I'lnde, est de deox esp^ces. Quant k )a 
poste aDX chevaux, on I'appelle oitldk. Elle a lieu au moyeii 
de chevaux appartenant au sultan ct stationues lous \es 
quatre milles. Pour la postc aux pietons, voiti en quoi elle 
consiste : cbaque mille est partag^ eu Irois distances ^gales 
que Ton appelle addiiouah, ce qui veul dire ■ le tiers d'un 
ruille ". Quant au miile, ii se noname, cLez les Indicns, al- 
corouh. Or, a cbaque tiers de mille > i) y a une bourgade bien 
peupli^e , a Text^rieur de laquelle se Irouvent trois tcntes oii 
se tienueot assis des boiumes lout pr^ts a partir. Ces gens 
ont serre leur ceinture, et pres de cliacun se trouve un fouet 
longdedeuscoudees, et terming a sa partic sup6rieure par 
des sonnettes de cuivre, Loraque le couirier sort de la ville, 
il tient sa Icttre eotre ses doigts et, dans I'autre mniD, le 
fouet garni de sonnetles. 11 part done, courant de toutes ses 
forces. Quand les gens piaci^s dans les pavilions enlendent le 



I 



I 



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96 ' VOYAGES 

^^cj^. i^ u-^*>^j^3 oWd^i i v^,^Xm?? u^!>^ *^»iy tf* 

c:>LU4l c^^i c>*jUfit ^..jJ O^' ^^3 t)UlUJl Jl Jufl3 



bruit dessonnettes, ils font leurs pr6paratifs poorrecevoir le 
courrier, et, k son arriv6e pres d'eux, un d'entreeux prend 
la lettre de sa main et part avec la plas grande vitesse. B 
agite son fouet jusqu'a ce qu'ilsoit. arrive a I'autre d^ouah. 
Ces courriers ne cessent d'agir ainsi jusqu a ce que la lettre 
soit parvenue a sa destination. 

Gette esp^ce de poste est plus prompte que la poste aiix 
chevaux , et Ton transporte souvent par son moyen ceux des 
fruits du Khoraqan qui sont recherches dans Tlnde^ On ies 
depose dans des plats, et on Ies transporte en courantjusqa'i 
ce qu'ils soient parvenus au sultan. G'est encore ainsi qae ron 
transporte Ies principaux criminels ; on place chacun de ceiix- 
ci sur un si6ge que Ies courriers chargent sur leur tfete et avec 
lequel ils marchent en courant. Enfin , c'est de la mSme ma- 
niere que Ton transporte Teau destin^e k Hre bue par le sul- 
tan, lorsqu il se trouve k Daoulet Abad. On lui porte de I'eau 
puisne dans le fleuve Gange, oil Ies Indiens se rendent en 
p^lerinage; ce fleuve est a quarante journ^es de cette yille. 



DIBN BATOUTAH. 97 

(*• j-^i*? yUalUl Jl y^j^t t-a5' lilj l^ C^ (jw^t 

Lorsque les nouvellistes ecrivent au sultan pour Tinfor- 
Daer dc rarriv^e de quelqu'un dans ses ^tats, il prend unc 
pleine connaissance de la leltre. Geux qui T^crivent y mettent 
*OHt leur soin, faisant connaitre au prince qu'il est arrive un 
honune, conforme de telle mani^re et vfitu de telle sorte. lis 
^Dregistrent le nombre de ses compagnons, de ses esdaves, de 
*^8erviteurs et de ses bfites de somme; ils d^crivent com- 
^i^t il en use dans la marche et dans le repos , et racontent 
^tes ses d^penses. Ils ne n^ligent aucun de ces details. 
W)r8qrie le voyageur arrive k Moultan, qui est la capitale du 
Siudjilysejourne jusqu'k cequ'on regoiveun ordredu sultan 
tOQGhant sa venue k la oour et le traitement qui lui sera fait. 
Dnindividu est honor^, en ce pays, selon ce qu'on observe 
^Stt actions, de ses d^penses et de ses sentiments, puisque 
Toa ignore quel est son m^rite et quels sont ses anc^tres. 

C'est la coutume du roi de llnde, du sultan Abou 1-Modjk- 
™ Mohammed chah , d'honorer les Strangers, de les aimer 
** deles distinguer d'une mani^re toute particuli6re,en leur 
^^rdantdesgouvernementsoud'^minentes dignites.Laplu- 

ni. 7 



ft 



ys VOYAGES 

*liji »j\tM3\} AjUdij "^hjJS ^^3 K»\ya. (►'■i«^j ****yi 

ul^ixJl f^ *——■<*! '^ (Jy^^i jl A4I' ^•^<^ (j1 -^ji ^ 

yjAJMj *.^-ijjt_j *«Jl_j^lj AJj^AjC-j AJcUilSj JU4ij Vj^ 

J^^ j=lk«Ji »U»*I ylliLJ! Jl J^j \:>\i ^eiUX x^Jo yj^ 

part de ses courtisans, de ses chambellaDS, de ses vizirs , de ses 
kadhis el de ses beaux-fr^res, sont des i^trangers. 11 a public un 
ordre portant queceox-cJ, dans ses etats,fussentappel68du 
litre d'illustrea : ce mot est devenu pour eux un noni propre, 
Aucuu ^Iraiiger admis k la cour de cc roi nc peut se dis- 
penser de lui ofirir un cadeau et de !e Jui preseoter, en 
guise d'inlercesseur aupr^s de lui. Le sultan Ten recompense 
par un present phisieurs fois aussi considiirabie. Nous ra- 
coDterons lieaucoup de choses louchaiit les dons qui lui 
out dtd offerts par des Strangers. Lorsque ses sujets furent 
accODtuoi^s a lui voir lertir cette conduite, les marcbands 
qui habitaienl !e Sind et I'liide se mirenl ii dooner en prfit 
k cbaque individu se read:int a la cour du sultan des niilliers 
de dinars. lis lui fournissaienl ce qu'il voulait offrir an sou- 
verain, ou bien il employait cette somme conime ill'enten- 
daif pour son propre usage, en cbevaux de selle, en cha- 
lueaux et en effets. Ces marcliands le servaieiit de ieur 
argent et de leurs personnes, et se lenaient deltoul devanl 
lui commedes doiuestiques. Qoand il arrivait pres du sal- 



^ 




D'IBN BATOUTAH 



J t;}>2^ j^ iu^ HiiA^ i£J)-y<i\ 'i*.*-AJ ijyJU u«{^ 

t^^j yllaXwJI Jt^.>^ U «jU v^-^l b^ J-9- «^ Wj 
^^U; JJU^j J^l (jl dU *Lf ^Ul^ Jl j^>>>II j^UJl 
jL^Uijlp (^ :>Uj ^^■f^^ JtiN!!^ cs^^*^ dUu.tj ^U (jL* 






pour 



L 



iD,celui-ci lui faisait un present considerable. Aiors ilpayait 

sommesqa'ildevait auxmarchands.et s'acquitlaitenvers 

eui. De la aorle, leur nf-goce 6lnH achaiande el leurs profits 

elaieot considerables, Aussi celtc conduile est-elli; devepue 

pour eux uae coutume conslante. 

Lorsqne je fus arriv^ dans ie Sind, je suivis cette me- 
et j'acbetai a des uiarchands des cbevaas, des cha- 
lux, des csclaves, etc. Pr^c^deminent, j'avais acquis fi 
Gbaznah, d'un niarcband de i'lrak, Ofiginaire de Tecrit et 
nomm^ Mohamiiied Addoftiy, environ Irente chevaux et un 
chatiieau qui porlait une charge de filches, car cet article 
figure au nombre des presents que Ton oflVe au siillaD. Lc 
sasdit marcbaiid partit pour ie Kborai;au, puis il revinl 
dans i'lnde et y rei;ut de nioi ce que je iui devais ; par mon 
moyen il fit un profit considerable, et devint un des plus 
riches marchands. Apr^s de nombreuses ann^es, je Ie ren- 
contrai dans la ville d'Alcp, lorsque ies infideles meurenl 
dnpouill^ de ce que je possedais ; mais je n'en obtins aucuii 
bienlait. 



i 



100 VOYAGES 

V^^-W 03j^J^\ JsJuJt^ b^l U, yiX^^^J^i 
\J^ g^ le^3 d Aj^ (5^t J^XJ i^^j^ai SuaS UXa^d 

*-^l) ^'^=^ H^ u^*^' ^>^' u!y^ *^' ^jy^^ y osSyJfj 

/^ j5}]A JUui JJai A^ V>4 «^<>J5 iUU^t c:»^U 

Jl :>Ls^^ xjK^.^^ »«xie. jJbU A3^ AX^' ^K" ^<>Jt u«^t 

DESCRIPTION DU GAKGADDAN (rHINOGEROs). 

Quand nous eumes firanchi le fleuve du Siod, connu sous 
]e Dom de Pendjdb, nous entrames dans un marais plants 
de roseaux, afin de suivre le chemin qui le traversait par le 
milieu. Un carcaddan en sortit sous nos yenx. Void la des- 
cription de cet animal : ii est de couleur noire, a le corps 
grand, la t^te grosse et d'un volume excessif; c^est pour- 
quoi on en fait le sujet d'un proYerbe,et Ton dit : « Le rhi- 
noceros « t^te sans corps. » II est plus petit que Tel^phant, 
mais sa t^te est plusieurs fois aussi forte que celle de eel 
animal. II a entre les yeux une seule corne, de la longoeor 
d*environ trois coud^es et de la largeur d'environ un empan. 
Lorsque i'animal dont il est ici qi^stion sortit du miarais 
a notre vue, un cavalier voulut Fattaquer; le carcaddan 
frappa de sa come la mouttire de ce cavalier, lui traversa 
la cuisse et la renversa, apr^ quoi il rentra parmi les ro- 
seaux et nous ne pumes nous en emparer. J'ai vu un rhino- 
c^os une seconde fois, pendant le meme voyage, apr^ la 
pri^re de Tasr; il 6tait occup6 k se repaitre de plantes. Lors- 



ED'IBN BATOUTAH. 101 

ii^-k-iJ] Jut_« UfS^j JuJJI Jc gVkUJI t^Sj^ wMai Juiuj 

(^ (jJ>xJI ^-.c^ A^' Aj^' ^^' (;r^ (j;!*^' (itG <^'^I 

que nous nous dirigeameS vers lui, il s'enfuil. J'en vis uu 
encore uoe fois, tandis que je me trouvais avec le roi de 
rinde. Nous entrames dans un bosquet de roseaux; le sul- 
tan 6tait mont^surun el^phanl, et nous-m^mes avionspour 
montures plusieurs de ces animaux; les pistons et les cava- 
liers p^n^tr^rent pariu! les roseaux, firent lever le carcad- 
dan, le tuerent el pouss^rent sa t^te vers le camp. 

Cependant, nous niarchimes pendant deux jours, apres 
avoir pass^ le fleuve du Siod, et nous arrivauies a la ville 
de Dj6nany, grandc et belie place situ6e sur le bord de ce 
meme fleuve. Elle poss^de des marches Elegants, el sa po- 
pulation apparLient k une peuplade appelee les Sdmirah, 
qui I'habite depuis longtemps et dont les ancetres s'y sont 
^tablis lors de sa conqu^te. du temps de Heddjiidj , fils de 
Yollcef, selon ce que raconlent les chroniqueurs a propos de 
la conqufile du Siud. Le cheith, I'iniam savant, pratiquant 
les bonnes ceuvres, pieux eL d6vot, Rocn eddin. Ills du 
cheikfa, du vertueux docteur Cbeius eddin, lib du cbeilcb. 



102 VOYAGES 

j_<6, ^jJ^^ *l«^ Ois^jJ' "^ o^l>II A^UJi |.Uiil guaJJ 

(^OJl yU^ ^UJI 4^1 g«aJl ^jJ^\ (jiA^\ ii3>UJ{ Owa^l 

^ gL^ JlJ^xJ xaju ^4>Jt jXm^I i 4XJUJI ^ os^^ 
ji^l ^ y^ j^l ^ ^^L ^ i>UJL u>*5>^' ^^» 

j.-iftUa^ ^^ I^^AP (j^ JiX^I ^j^U^ ^^ U^^l? (:53?=^ *^^^' 

^.t-»^^l>^ ^5-fU^ j-A^I 4X^! J*>^ i |0-^ iJ^3 *>^^' J^' 



de I'imam pieux et d^vot, Beha eddin Zacaria, le koreichite 
(c'est un des trois personnages que le cheikh» le saint et 
vertueux Borhan eddin alaVadj m'avait predit, dans la ville 
d'AIexandrie, que je rencontrerais dans le cours de mon 
voyage [conf. 1. 1, p. 38], et, en effet, je les rencontrai; 
Dieu en soit ]ou6!j; ce cheikh, dis-je, m'a racont6 que le 
premier de ses ancStres s'appelait Mohammed, fils de Ka- 
cim, le koreichite; qu'il assista a la eonqu^te du Sind avec 
Tarmfe qu'envoya pour cet objet Heddjadj , fils de Youcef , 
pendant qu'il ^tait ^mir de Tlrak; qu'il y fixa son s6jomr et 
que sa post^rit^ devint considerable. 

Quant a cette peuplade connue sous le nom de Sdmirah, 
elle ne mange avec personne, et qui que ce soit ne doit 
regarder ses membres iorsqu'ils mangent; ils ne s^allient 
pas par manage avec quelqu'un faisant partie d'une autre 
tribu et personne non plus ne s'allie avec eux. Ils avaient 
alors un 6mir nonmi^ Onndr, dont nous raconterons This- 
loirc. 

Apr^s^tre partis de la ville de Djen4ny, nous marchAmes 




D'IBN UATOt'TAII. 

Jl j,m.V i l^«wl lafM&j yU^-j' . Vw Aji«*X^ til ULej ^i Jl 
''&, jy-X. y>-,j jyO* jljj Jw. •'Cy J^l Jjill 

^<^-* UV^j KS^ ■- ' ^*A I I Ajj4us>j ^IfJ^lj 6j^\ -b^Ul^j 

t-sJ^ V L^l ^i iilii^ JU^Lfc Ju>Uil lj)i^(wj ^1 (ji^Jr f^ 

JDS([n'a ce que nous fustionB arrives a celle de Siw^cit&a 
(Sehwan),grandecit4,entour^e d'un desert de sable ou i'on 
ne troHved'auIrearbreqnerouniri) ghailan (esp^ced'acacia). 
Oaneciilliverieasiirleborddii Jl(3uvequi I'arrose , si ce n'est 
des pasteques.La nourriture des habitaols consiste en sorgho 
(millet) et en poi's, que I'on y appelle mochonc et avec les- 
queU on fabrique le paio. On y Irouve beaucoup de poisson 
et de laif de buffle. Les habitants niangent le scinqne.qui 
est un petit animal senibiabie au cam^l^on, que ies Magbr^- 
bins noinmeat petit serpent de jardin, sauf qu'il n'a pas de 
. queue. Je Ies ai vus crcuser le sable, eo retirer eel anioial. 
luifendre le ventre, jeter Ies intestins et le remplirde cur- 
cuma, qu'ils appeUent zerd-choAbek (tchobeh), ce qui signi- 
fie • le bois jaune >. Cette planle remplace cbez oux le sal'ran. 
Lorsquejc viscepelit animal que inaiigeaienl les Indous.je 
le regardai conime nne chose impure etje ii'en mangeai pas. 






104 VOYAGES 







Nous entrsimes dans Siw^citan au fort de T^t^, et la cha- 
leury ^tait tris-grande. Aussi mes compagnons s'ass6yaient- 
ils tout nus; chacun plagait & sa ceinture un pagne, et sur 
ses 6paules un autre pagne trempe dans I'eau. Bien peu de 
temps s*6coulait avant que celte 6toflFe fut s6ch6e, et alors 
on la mouillait de nouveau, et ainsi de suite. Je vis It Si- 
w^citan son pr^dicateur, nomm^ Accheibany ; il me fit voir 
une lettre du prince des croyants, le khalife 'Omar, fils d'Abd 
Al'aziz, adress^e au premier de ses ancdtres , pour Tinvestir 
des fonctions de pr^dicateur en cette ville. Sa famille se les est 
transmises par heritage, depuis cette ^poque jusqu'a present. 

Voici la teneur de cette lettre : 

« Ceci est I'ordre qu'a promulgu^ le serviteur de Diea^Ie 
prince des croyants, 'Omar, filsd'Abd Al'azJz, en faveur d*dn 
tel. «»La dateestTann^egg (derWgire; 717-18 de J. C). Se- 
lon ce que m'a racont6 le pr^dicateur susdit, sur ce dipldme 
est ^crite, de la main du prince des croyants, 'Omar, fits 
d*Abd Al'aziz, la phrase suivante : «La louange appartient 
\ Dieu seul. » 



D'IBN BATOUTAH. 105 

^Uii g^-aJJ Lj^^5 W ^^^^ Jp'^^ 'rH^ O/f-i-l U 



olil (^ yft^ ^!^ il^Mt >txJl ^^ 4^1 ^ ^ x«wl 

Je rencontrai aussi a Siw^citan le v6n^rable cheikh Mo- 
i^anuned Albaghdady, qui habitait I'ermitagc bati pr^s du 
tombeau du vertueux cheikli 'Othman Alm^rendy. On ra- 
contequeFagede cet individu d^passe cent quarante ann6es, 
^qa*3 a £t6 present au meurtre d'Almosta'cim Billah, le 
demier des khalifes abbacides , lequel fut tu6 par le m6- 
ofentHolaoun (Houlagou), fils (petit-ais) deTenkiz.leTar- 
^•Qaant au cheikh, malgr^ son grand &ge , il ^tait encore 
robusle et allait et venait a pied. 

ANECDOTE. 

Dans cette ville habitaient Ten^ir Ounar assamiry, dont 
" * 4t4 fait mention, et I'^mir Kaigar arroumy, tons deux 
**wrvice du sultan, et ayant avec eux environ miile huit 
Wits cavaliers. Un Indien idolatre, nomm^ Ratan, y de* 
'''^rait aussi. C^tait un homme habile dans le calcul et 
ifcriture; il alia trouver le roi de I'lnde , en compagnie d*un 



106 VOYAGES 

c:»U:AjJt3 JUIp^t ^3 <^yL\ KUa^t^ l^Ut^ u^.^^ ^^"^t^ 

ii j^Ljjt ^ i^ jHj« s^ ^;^' ii^ e"^ 

^UJLJt JU (^ l^ ^1^ U l^^k^U iub jJlt Jt I35U3 5^Jlx>U 

6mir; le souverain le gouta, lui donna le titre de chef da 
Sindi r^lablit gouverneur de cette contr^e et lui accorda en 
fief la vilie de Siw^citan et ses d^pendances. Enfin , il le gra* 
tifia des honneurs, c'est-adire de timbales et de drapeaux, 
ainsi qu'il en donne aux prindpaux ^mirs. Lorsque Batan 
fut de retour dans le Sind, Oun&r, Kai^ar, etc., virent avec 
peine la preeminence obtenue sur eux par un idolatre. En 
consequence, ils r^solurent de Tassassiuer, et, quelques 
jours s'etant ecoul^s depuis son arrivee, iis lui conseillerent 
de se transporter dans la banlieue de la ville , afin d'exaini- 
ner la situation oil eile se trouvait II sortit avec eux; mais 
lorsqu'il fit nuit, ils exciterent du tumulte dans le camp, 
pr^tendant qu'un lion y avait fait irruption. Ils se dirige* 
rent vers la tente de Tidolatre, le tuferent et revinrent en 
ville , ou ils s empar^rent de Targent qui appartenait au sul^ 
tan, et qui s'eievait k douze lacs. Le lac est une somme de 
cent mille dinars (d'argent) ; cette somme ^quivaut a dix 
mille dinars d'or, monnaie de Tlnde , et le dinar de Tlnde 



D'IBN BATOUTAH. 107 

M3j^M*Jii\ (^ Jl^^i ^cuo^ jj^^ dlLt A^iCWj 

j^ i^jy^j^^ ^IkLJI ii)yyj:yijj^ JlUI 5U1V Ae^ 

^.4^1 i y,f^'^ j.^9U^\ £^ (:)l^ tflXiw^ JOuJI fi\^\ 

jUl ji.e?A^ JmU;!^ j^^a^ (3Ail:5^J! 4-MAi3 ^yA:L iU^ jJll? 

vaut deux dinirs et demi, en monnaie du Maghreb. Les in- 
8ttrg& mirent k leur t&te le susdit Ounar, qu'ils appelferent 
Mffic Firouz, et qui partagea I'ai^ent entre les soldats. Mais 
cnBuite il craignit pour sa sftret6, a cause de r^loignement 
o4 il »e troQvait de sa tribu. II sortit de la ville, avec ceux 
^ ses proches qui ^taient pr^s de lui , et se dirigea vers sa 
Pcoplade. Le reste de Tarm^e choisit alors pour chef Kai<jar 
arroiimy. 

Ces nouvelles parvinrent k 'Imad Almulc Sertiz, esclave 
tttt saltan, qui itait alors 6mir des 6mirs du Sind et r^si- 
^t Ji Moultan. II rassembla des troupes, et se mit en 
"*^lie, tant par terre que sur le fleuve du Sind. Entre 
**<>nlt4n et Siw^citan , il y a dix journ^es de marche. Kai- 
^ sortit k la rencontre de Sertiz, et un combat s'engagea. 
^?ap et ses compagnoos furent mis en d^route de la maniere 
'• plos honteuse, et se fortifiirent dans la ville. Sertiz les 
*>wgea et dressa contre eux des mangoneaux ou balistes; 
*ri6ge etant devenu tres-p^nible pour eux, ils demand^- 
"^nt \ capituler au bout de quarante jours, a partir de ce- 



108 VOYAGES 

^^-'-^i j» fl «i ^>.' li^^s^ /Ki**^ 0^' Sir*** fj* ^ o*^ 

jUt^ dOll >:^ J^UJt J^UJI aaJU^I (^^^ l^ (LXiXiU 
i^ J<j g^lxJl j^JOiX^ d ilyb ^^b (j^4>J! ^o^ c3j8/dl 



lui oil Sertiz avait camp6 vis-k-vis d'eux. II lear accorda la 
vie sauve; mais, lorsqu'ils furent venus le trouver, il usa 
de perfidie envers eux, prit leurs ricliesses et ordonna de 
les mettre a mort. Chaque jour il en faisait d^capiter plu- 
sieurs, en faisait fendre d'autres par le milieu du corps, 
^orcher d'autres, ordonnait de remplir de paiile la peau de 
ceux-ci et la pendait au-dessus de la muraille. La majeure 
parlie de celle-ci 6tait couverte de ces peaux , mises en croix, 
qui frappaient d'^pouvante quiconque les regardait. Quant 
aux t^tes, Sertiz les r6unit au milieu de la vUie, et elles y 
formerent une sorte de monticule. 

Ce fut apris cette bataille que je m'arr^tai dans la vUle 
de Siw^citan , ou je me logeai dans un grand college. Je dor- 
mais sur la terrasse de l*Mifice, et, lorsque je me r^veillais 
la nuit, je voyais ces peaux suspendues; mon corps se con- 
tractait a ce spectacle, et mon ame ne fut pas satisfaite da 
s^jour de ce college. Aussi je Tabandonnai. Le docteur dis- 
tingue et juste 'Ala Almulc Alkhora^any, sumomm^ FadH 
eddin, anciennement k&dhi de Hcirat, ^tant venu trouver 



r" 



!■ 



fe. 



D'IBN BATOUTAH. 109 

<XJUJt 3»L^ (j^ l^Ul^ (^^ aJs;«3^ •^y <>^t JJU <!& 



M «)V ^ ij^^l* Ojjy 4-^ xjST^ ia^ i dJai 

leroi de rinde, celui-ci le nomma gouverneur de ia ville 
deliliary et de ses d^endances, dans le Sind. U assista k 
cette exp^ition, avec'Imad Almulc Sertiz , et en compagnie 
deses troupes. Je r^solus de me rendre avec lui dans la ville 
deLahary. li avait quinze bateaux, en compagnie desquels 
^ 8*avaiiQa sur le fleuve Sind , et qui portaient ses bagages. 
Je partis done dans sa soci6t6. 

liciT DD VOTAGB SUR LB FLEUVE SIND ET DES DISPOSITIONS 

QUI T FUBENT OBSEBYEES. 

I^docteur 'A1& Almulc avait, parmi ses navires, un bati- 
<n6nt appei6 alahaoarah, et qui ^tait de Tesp^ce nomm6e 
chez nous tartane, sauf qu'il 6tait plus large et plus court. 
" y avait au milieu de ce batiment une cabine de bois, k 
*?^e on anivait par des degr^s, et qui etait surmont^e 
tt'in emplacement dispose pour que T^mir put s'y asseoir. 
wi ofiBciers de ce seigneur s'asseyaient vis-a-vis de lui, et 
^esdaves se tenaient debout, k droite et a gauche. L*6qui- 



no VOYAGES 

J^^lj c>U3UJl ^gj j*^ii\ ^\^ W** 4^ yUit \Aj\^.i 

iwy yyJ«A' cpJMj *^y o'^^'lj Jj+iaJl VJ-'^-^ tj^! J^I 

i^j y\f liU ^iJutii cujjcj; ji^! jj) i^ jjaTij^I)^ jj, 

LfyAW (;M(Ai>jj (jiaxij l^-KXU J.iajlj 4;,^^t i ;.i,»* fij | cltyjtll 



page, compose d'environ quarante individus, elait occupd 
a raojer. Cette abaourah. etait eutouree. a sa droile et a sa 
gauche, par quatre navires, dont deux renferniaient lea 
honneurs de lemir, c'est-a-dire lea diapeaux, les tinibates, 
lea Ironipeltes, les clatroDS et les flutes, que ron appellc 
[au Maghreb] (f/iairta/t, etlesdeui autres portaient leschao- 
leurs. Les tiiuhales et les Irompettes se faisaient entendre 
d'abord, puis les chaiiteurs I'aisaient leur partie, et ils ne 
cessaient d'agir amsi depuis le commencement du jour jus- 
f[u'au moment du dejeuner. Lorsque cet instant arrivait, 
les bateaux, se r^unissaient et se serraient les uns contre les 
autres; on plai^it entre eux des ^chelles, et les musiciens 
sc rendaieot sur I'ahaourab de lYiiiir. lis chantaient jusqu'a 
i:e qu'il efit Kni de manger; apres quoi ils mangeaient, et 
lorsque le repas t^tail termiu^, ils rolouroaieut a leur vais- 
seau. Alors on comuieni^ait a marcher, selon I'ordreaccoii- 
Ium6, jusqu'a la uuit, eC, iorsqu'elle ^lait arriv^, on plan- 
tajt le campsor la rive du Heuvc, I'^niir descendail daasses 



D'IBN BATOCTAH 



jifA^:!il >UaJt l^ua i^U yl-jJl I^uM j.UkJ! j.^.^^^ IsUvJi 



leotes, la table etait diessfe, et ]a majeure pnrlie de I'es- 
rorle assistait au festin. Quaod on avail fait la deruiure 
pri^re du »oir, les fieatioelles montaient la garde peadniil 
la Duit, a tour de role et tout en conversant entre elles. 
Lorsque les gens d'une esciuade avaienl achev6 leiir fac- 
tion , ua d'entre eux criait a liaute voSa : ■ O seigneur roi , 
tant d'Leui-es dc la nuit sont ecoulees. » Alois fes gens d'niie 
autre escouade veillaient -, ct , quand ils avaient fini leur fac- 
tion, leur hi!-rauit proclaruuit combien d'heurcs ^taieut pas- 
iies. Lorsqu'arrivait le nialin , on sonnail de ]a trornpelte et 
I'oa ballait les liinbates, on recilait la pridrc de I'aurore e( 
Ton apporlait de la nourrilure. Quand on avail cease de 
luanger, on coinmeD(;ait a marcher. Si I'^niir veut voyager 
sar le fleuve, il s'embarque dans I'ordre que nous avons d^- 
crlt; mais s'il veut marcher par terro, on fait r^ionner les 
tiubales et les Irompgttes; les cbambellans s'avancent, sui 
vis des fantassins qui precedent I'emir. Les chanibellans sonl 
eux-mOmes devauc^a par six pavaliers, doitt trois porleni ait 



112 VOYAGES 

^ ^Lli^^t^ Jlfld^t Jis !^^ ^i3^ jb)^i (:j4 ^ U 3I 

^ji^^ iuL^j^ j^^ aa^^^ ^^ Jt UL033 J^\ aaJr «^l 

Jam >^ jHH^^t 4^-9^1 Wl^^t "t^^ ^Is!W> < -^ tlrig 

uUx> 5Ua«^ JL>^^^ »S (|Oi) ^ Jl!i> cj^j^^^ dDIt^t<30U 

cou des timbales, et les trois autres sont munis de flfites. 
Lorsqu'ils approchent d'une bourgade ou d'un terrain 61ev6, 
ces musicieos font retentir leurs timbales et leurs fliites; 
puis les timbales et les trompettes du corps d'arm^e se font 
entendre. Les chambellans ont a leur droite et a leur gauche 
des musiciens qui chantent a tour de role. L*on campe, lors- 
qu'arrive le moment du dejeuner. 

Je Yoyageai pendant cinq jours en compagnie d'Ala Al- 
mule, et nous arrivames au si^ge de son gouvernement.c'est'JL- 
dire a la ville de Lahary (Larry-Bender), belle place situ^ sur 
le rjvage de I'Oc^an , et pr^s de laqueile le fleuve du Sind 
se jelte dans la mer. Deux mers ont done leur confluent pr^ 
d*elle; elle possede un grand port, ou abordent des gens du 
Yaman, du Fars, etc. Aussi ses contributions spnt consid^ 
rabies et ses revenus importants. L'emir'Ala AlmulCf dottt 
il a et^ question , m'a racont^ que le revenu de cette ville se 
montait a soixante \ajcs par an. Or, nous avons dit combien 
valail le lac. L'^mir pr^l^ve la-^essus la moiti^ de la dixiime 



D'IBN BATOUTAH. 113 

l^JU Jl^l MSMi iUU^(^^AIt (j^ hx^ Jt Ua^U dill 

partie. (Test sur ce pied-lk que le sultan confie les provinces 
k ses pr^pos^; ils en retirent pour eux-m^mes la moitie de 
la dime, oa ie vingtiime du revenu. 

REGIT D'UNE GfiOS£ EXTRAORDINAIRE QUE PAl VUE X L*£XTERIEtJR DE 

CETTE VILLE. 

Je montai an jour ^ cheval,en compagnie d'Ala Almulcet 
nous arriv&mes dans une plaine situ^e a la distance de sept 
milles de Lahary, et que Ton appelait Tdrnd, Je vis la une 
quantity incalculable de pierres qui ressemblaient k des fi- 
gure dlionimesetd'animaux'fbeaucoup avaient subides alte- 
rations, et les traits des objets qu'elles repr^senlaient 6taient 
effac&; 11 ny restait plus que la figure d'une t^te ou d*un 
pied ou de quelque autre partie du corps. Parmi les pjerres, 
il y en avait aussi qui repr^sentaient des grains, tels que le 
h\6t les pois chiches, les £^ves, les lentilies. II y avait la des 
traces d*un mur et des parois de maisons. Nous vimes en- 
soite les vestiges d'une maison , ou se trouvait une cellule 
Gonstruite en pierres de taille, au milieu de laqueiie s'^le- 

nu 8 



Uk VOYAGES 

ij^^ l^ 4>^t^ j^ l^ir &3^^k^ ijy» i^}^:> Ak^3 iy 

vjdi. »l*>s!3 9^^y <^ ^\sr i Ai3 J^^lo »^Sj t,» M ctf^l 

(jl^J^ gyUJi Jjfrl ^^1 viLm >^ 4H^'^ ^^^^ i;:>l,^ 
:>UaJl l^t jJv[&t i^ia^ iCJbJot aaj c;^)^' ^^t t J^ ^1 

^^L^ 2:^ iLs>JsJLi » Jw^j oUit^ U^ 3S iguM vjJl «>wut dU^ 



vait une,estrade, 6galement en pieires taillees avec une 
telle precision , qu elles paraissaient ne former qu'une seule^ 
pierre. Celte estrade supporlait une figure d'homme, mai« 
dont la tete ^tait fort allong^e, la bouche plac^e sur un de^ 
cotes du visage et les mains derri^re le dos, comma celles 
d'un captif. On voyait la des flaques d'eau ex!r6memeaf 
puantes, et une des parois portait une inscription en carac- j 
t^res indiens. 'Ala Almulc me raconta que les historieaa ^ 
pr^tendent qu'il y avait en cet endroit une viUe considi- j 
rable, dont les habitants, ayant commis beaucoup de d^ 
sordres, furent changes en pierres, etque c'est ieurroi<lW 
figure sur Testrade, dans la maison dont nous avons pads: 
aussi cette maison est-elle encore appel^e la demeure <l9 
roi. On assure que Tinscription indienne qui se voit snrUB* 
des murailles renferme la date de la destruction des bab" 
tants de cette ville : cela est arriv6 il y a miile ans ou envir<^ 
Je passai cinq jours a Lahary , en compagnie d'AU Aino*^ 
apr^ quoi ii me fournit gen^reusement des provisiom ^ 
route, et je le quittai pour me rendre k la ville de Bacb"- 



I 

D'IBN BATOUTAH. 115 

^ ^JLi. \^Ai ***.*. itisjOwi fy U-y^yii ^tJI ^j^ 

»j^J ^fej^a^ l^4wl kf^^ A^^l AAJ Jot Jl owLoy jl<i iUrf Jot 

Ay JU^ JJL^ 5 J^^ ^U^I yljwAJt J^l ^^sijJft (^ JJI J:rf^ 

On Domme ainsi une belle cite, que traverse un canal d^riv^ 
du fleuve Sind. Au milieu de ce canal se trouve un superbe 
ermitage , oii Ton sert k manger aux voyageurs. 11 a 6t6 cons- 
trait par Cachlou khan , pendant qu'il ^tait gouverneur du 
Sind. Or il sera plus loin question de ce personnage. Je vis 
kBadir le jurisconsulle,rimam Sadr eddin Alhanefy, ainsi 
que le kadhi de la ville , nomm^ Abou Hanifah. Je rencon- 
trai k Bac&r le cheikh pieux et d6vot, Ghems eddin Moham- 
med acchirazy, qui 6tait an nombre des- hommes v^n6- 
rabies par leur grand age : il me dit que son age d^passait 
cent vingt ans. De cette ville, je me rendis k celle d'Oudjah 
(Outch) , grande place situ^e surle fleuve Sind; elle possMe 
do beaux marches et est tres-bien batie. EUe avait alors pour 
^niir le roi distingu^ et noble Dj^lal eddin Alkidjy,qui figu- 
itit parmi les hommes braves et gon^reux. II mourut dans 
cette ville, des suites d'une chute de cheval. 



I 



116 VOYAGES 



J! 2*^^-^' ^iiit ^oJI J^Vrs- J Jb i>aJ.L iUb:ill? 6r>*'3 

«Xj6iyt 4XoU!t ^^1 A>^t AJu 4Xj^ ^^^^^ Aj|>^ (J-'A'^I ^t 

^^ ij^^\3 g^ iyXjL^ A»p ^S ^JtLJ \^^\ kA^3 (:;UJU 

ACTE DE GET4ER0S1TE DE GET EMIR. 

Une amiti6 se forma entre moi et ce noble roi, Djelal 
eddin^ el notre inlimit^ et notre affection furent affermies. 
Nous nous rencoDtrames dans la capilale , Dihly. Lorsque le 
sultan partit pour Daoulet Abad, ainsi que nous le raconte- 
rons, et qui! m'ordonna de rester dans la capitaie, Djel41 
eddin me dit: «Tu as besoin, pour ton entretien, d'unc 
somme considerable, et Tabsence du sultan sera longue. 
Accepte done ma bourgade , et pergois-en le produit jusqu^k 
mon re tour. » C'est ce que je fis, et j'en pergus environ cinq 
mille dinars. Que Dieu lui accorde sa plus belle recom- 
pense ! 

Jc vis a Oudjah le cheikh d^vot, pieux et noble, Kothb 
eddin Haider, I'Alide, qui me fit rev^tir le froc. C^tait un 
des plus grands hommes de bien, et je ne cessai de garder 
rhabit dont il me revetit , jusqu a ce que ies Indiens idol4tres 
m'eussentdepouilie sur mer. D'Oudjahje mcrendis a la viiie 
de Moultan, qui est la capitaie du Sind et la residence de 



'* 



D'IBN BATOUTAH. 117 

jbJf! A^:>3^l (j^yE(5 :»lj^jj^^-.i^ O^jjdi ^^^\^\ l^ Jlu,l 
Lj-Jt ^^«>3 C:^^ i j^^U ool(5 ^Lr^^ 0*"^^ cUtf^Jl 
^IkLJt ^j (jSH^JuAU tXi^JlI UJ^ditf^ <Xju ft3 QtjJL^ ^b^ iUfAw 



I'^mir supreme de cette province. Sur le chemin qui y con- 
duit, et a dix miiles avant d'y arriver, se trouve le fleuve 
connu sous le nom de Khosrew Abad. 11 est au nombre des 
grands fleuves, et on ne le passe quen bateau. On y exa- 
mine^ de la niani^re la plus severe les marchandises des 
passagers et Ton fouilleleurs bagages. C'^tait la coutume, 
lors de notrc arriv^e k Moult^n , que Ton prit le quart de 
toot ce qq'apportaient Ics marchands. On percevait, pour 
chaque cheval, un droit de slept dinars; mais deux annees 
apris notre arriv^e dans llnde, le sultan abolit ces taxes 
et ordonna. que Ton n'exigeat plus des voyageurs que la 
dime aum6ni^re (deux et demi pour cent) et Fiinpot du 
dixii^me. Gela eut lieu a T^poque oii il preta serment au 
klialife Abou'l Abbas, I'Abbicide. 

Lorsque nous commengaraes a traverser la riviire et que 
les bagages furent examines, la visite de mon bagage me 
parat une chose p^nible a supporter, car il ne renfermait 
rien de pr^cieux, et cependant il paraissait considerable 
aox jfieux du public. II me r^pugnait qu*on en prit connais- 



118 VOYAGES 

^4XJ| yJ^^ Jui0^t ^4XAd[^.^ 3^3 (jUj^^ A«wI^ «>'^^I «2)^ 



tH l!,^-^:^ >-*«-j-i^ tfe^ # Ub<Xibt^ AAiU Jt c^-«J>^l^ 



sance. Ce fut par la grace de Dieu que survint un des pria- 
cipaux ofBciers, de la part de Kothb Almulc, prince de 
Moultan. II donna Tordre de ne pas me soumetlre a un exa- 
men ni a des recherches. U en fut ainsi, et je remerciai 
Dieu des graces qu il avait daigne m'accorder. Nous pas- 
sames la nuit sur le bord du fleuve , et le matin le roi du 
b^rid ou de la poste vint nous trouver. On Tappelait Dih- 
kan , et il 6tait originaire de Samarkand. G'^tait lui qui ^cri- 
vait au sultan les nouvelles de la ville et de son district, lui 
annon^ant ce qui y survenait et quels individus y arri- 
vaient. Je fus questionn^ par lui et j'entrai eh sa soci£t6 
chez r^mir de Moultan. 

DE L'EMIR DE MOULtAn ET DETAILS SUR GE QUI LE CONCERNS. 

Le prince de Moultan ^tait Kothb Almulc, un des princi- 
paux chefs et des plus distingu^s. Lorsque j'entrai chez lui , il 
se leva, me prit la main et me fit asseoir a son c6t6. Je ioi 
offris un esclave, un cheval, ainsi qu'unc certaine quantity 



D'IBN BATOUTAH. 119 

J^t^ ^Uif-iJl ^TJ^t »;U^3 fSft^^ ^^ A4wt j5i! ^j <,4Ala4l^ 

aM, dJUyi Syjb oHus> ^jl%r,t 0^3 xaS^ ^y^i) Afc)i jiW 

J iLxi^ yU A^^W d^i^ ^^J^ iSj^ J-fi^^ IaAs^ (j^ 



de raisins sees et d^amandes. G'est un des plus grands ca- 
deaux qu'on puisse faire aux gens de ce pays, car il ne s'en 
trouve pas chez eux; seulement on en importe du Khora^an. 
L'^mir ^tait assis sur une grande estrade, recouverte de 
tapis ; pr^s de lui» se trouvait le kadhi appel^ Salar, et ie 
pr^dicateur, dont je ne me rappelle pas le nom. 11 avait, a 
sa droite el a sa gauche, les chefs des troupes, et les guer- 
riers se tenaient debout derri^re lui; les troupes passaient 
en revue devant lui ; il y avait la un grand nombre d arcs. 
Lorsqu'arrive quelqu'un qui desire ^tre enr616 dans Tarm^e 
en quality d'archer, on lui donne un de ces arcs, afin qu'il 
ie tende. Ces arcs sont plus ou moins roides , et la solde de 
Tarcher est proportion n6e k la force quil montre a les tendre. 
Pour celui qui desire 6tre inscrit comme cavalier, il y a la 
une cible ; il fait courir son cheval et frappe la cible de sa 
lance. II y a ^galement un anneau suspendu a un mur peu 
^evi\ le cavalier pousse sa monlure jusqua ce qu'il arrive 
via^i-vis de Tanneau , et , s'il Tenl^ve avec sa lance , il est con- 



120 VOYAGES 

»j.^s ^.xJUtfOJ} (^.>J5 (j53 A,*UJI g-aJl v^^ \^ 



^^Xiiyi pti^t (^ iCJu Jat J^ i *^ om^^^l c^ ^ 



I «U «i);lM j*.^^^ (:r?*>J' u'^-^ (:)^^' ^^3 (^"^^ 



sid^ comme un excellent homme de cheval. Pour celui qui 
veut 6tre enregistr^ a la fois comme archer et cavalier, on 
place sur la terre une boule. Get individu fait courir soq 
cheval et vise la boule; sa solde est proportionn^e a Thabi- 
let^ qu'il montre a toucher le but. • 

Lorsque nous fumes entr^s chez T^mir et que nous Teumes 
salue, ainsi que nous Tavons dit, il ordonna de nous loger 
dans une maison situ^e hors de la ville, et appartenant aux 
disciples du pieux cheikh Rocn eddin dont il a M^ ques- 
tion ci-dessus. C'est la coutume de ces gens-lk de n'h^berger 
personne, jusqu'a ce qu'ils en recjoivent Tordre du sultan. 

DES Strangers arrivant pour se rendre k la gour jbu^oi 
DE lunde et que je rengontrai dans gette ville. 

Je citerai : i° Khodhawend Zadeh Kiwam eddin, kadhi de 
Termedh, qui arriva avec sa femme et ses enfant$; il fut 
ensuite rejoinl a MouItAn par ses freres, 'Imad eddin, Dhia 
eddin et Borhan eddin; 2° Mobarec chah, un des princi- 



D'IBN BATODTAH. 121 

c^ww^ju^ u U a>iU»3 !Ii) e«A:r tyl^ i^y^l t^^o^ (^^ 



personnages de Samarkand; 3® Aroun Bogha, un des 
pr^incipaux habitants de Bokhara; 4** Melic Zadeh, fils de la 
«>a^r de Khodhawend Zadeh; 5° Bedr eddin alfassal. Clfe- 
^^^ de ces individus avait avec liii ses compagnon$,ses ser- 
vit^iirs et ses aflh^rents. 

* -t^rsqu^il se fut ecoul6 deux mois depuis notre arriv6e a 
Moviltin, uii des chambellans du sultan , Chems eddin albou- 
^^ndjy, arriva, ainsi que Alm^lic Mohammed alherawy , le 
^toual (chef de la police). Le sultan lesenvoyait a la rencontre 
"^ khodhawend Zadeh. lis ^taient accompagn^s de trois eu- 
^'^^uesd^put^spar AlmakhdoumahDjihan, mere du sultan, 
aj^ I'encontrede la femmedususdit Khodhawend Zadeh. Ces 
8®*^B-Ui apportaient des vdtements d'honneur pour les deux 

P^^tix et pour leurs enfants. lis avaient mission de fournir 
"^^ provisions de route aux fadtes nouvellement arrives. lis 
^^^fent me trouver tons ensemble et me demand^rent dans 
^^^1 but j'^tais venu. Je les informal que c'6tait pour me 

"*^^r au service du Seigneur du monde, c'est-a-dire le sul- 




122 VOYAGES 

tfjju-w. 1^3 ^^IxU (j:^^ «>a1 4J!^,i-*JS b>^3 viUi> (^ 
^^JsJI A-j^^U^ 4-^UL 2^5^ **^«I» ijl* i Ct^ c:53HH;* 

U^ J^ »:»!> iKi^li^ Ju^ U tflj-iM^ (.UkJI j4^ J>^ 



tan, car on le d^signe ainsi dans ses Etats. Ce prince avail 
ordonn^ qu'on ne laissat pen^trer dans ilnde aucune per- 
Sonne venant du Khoragan, a moins que ce ne fAt pour y 
d^raeurer. Lorsque j'eus fait savoir a ces individus que j'ai^ 
rivais dans Fintention de sojourner, ils mand^rent le kadhi 
et les notaires , et firent ^crire un engagemeht en mon nom 
et en celui de mes compagnons qui voulaient demeurSr. 
Quelques-uns de mes camarades refus^rent de prendre cet 
engagement. 

Nous nous pr^parames a nous mettre en route pour la 
capitale. U y a entre elle et Moultan une distance de qnarante 
journ^es, ou Ton traverse constamment un pays habits. Le 
chambellan et le camarade qui avait 6t6 envoy6 avec iui ex- 
p^di^rent les choses n^cessaires pour h^berger Kiwam ed- 
din, et emmen^rent de Moultan environ vingt cuisiniers. Le 
chambellan se transportait d'avance, durant la nuit,kchaque 
station et faisait preparer les aliments, etc. Khodbawend 
Zadeh n arrivait que quand le repas ^tait pret. Ghacun des 
botes que nous avons mentionn^s cainpait separement daos 




D'IBN BATOUTAH. 

A^ ^Ji^Af, ^£•yi\ mMsJI I.j;'-^'^- U^jj Ajla^l^j AjjUa^ 

it ^UbJl JJi> u«*3^j «.x»lj »^ ^1 lit iyA»l^joIj 
jl £-^ ^jl iJLaJI ^^ e^^ Ijls^ U^^3^l 

aLaM^j i^Liiii AJ_^A«J *ljA»- i-A*«;J I4** lT^ "J^ UjJ**>!J 

inh**-* tJ^ i _,Aii.3I! J^A*^>J'j J-^Ij (j*>-Jlf ^j-Jai' 

teates et avec ses (!orup3g!ions. Soiiveot ils assistaienl an 
^pas qui.^tait pr^par6 pour Khoclhawend Zadeh. Quant a 
iinoi.jt d'y assislai qu'une seule fois. Voici I'ordrc suivi 
'^Ds ce repas : on sert d'abord le pain, qui est une esp^pe 
de galeau el ressemble fi dos ^ettes ; on coupe la viandc 
r6tie en grands luorceaux, de Sw'te qu'une brebis forme 
quatre on six niorceanx, et Ton en place un devant chaque 
convive. On sert ausai des pains ronds, prepares avec du 
beurre et qui ressemblent au pain conimun de notre pays. 
On met au milieu de ces pains la friandise que I'on appelle 
t&boaniak, et Ton couvre chacuu deux avec un galeau sucri^ 
que Ton appelle khichly, mot <\u\ signiliet brlquete ». Ce der- 
nier est I'ait de fanne, de sucre et de beurre. On sert en- 
suite, dans des i^'Cuelles de porcelaine, la viande accommod^o 
au beurre.aux oignons et au gingembre verl; puis un raets 
que Ton Qomme samo&cec (samoAceh.) , et qui consiste en viailde 
hach^e , cuite avec dee aniaudes , des noix , des pistaches , de^ 
nignoDS et des Apices, ft que ton place dans Tinterieur il'un 




I 



124 VOYAGES 

*j^UH y^Xc^ j^i" (s^\^^ "^y^.^ (5^^5 *^Ua3 ^ji^Xm? 

I^JOL^ iU^yJI^ i(M«XiL jjkd> (^ ^AiT |»«Xi«?5 ^IkJUJt l^ 
V^yb^ i;;>UJt ^U: 5^ sV>'t3 iUaiJt^ 4^jJ| ^IJOlf 



gateau frit dans le beurre. On met devant chaque personne 
quatre ou cinq morceaux de cela. Puis Ton sert le riz cuit 
au beurre et surmont^ de poulets; puis les petites bouch^ 
du kadhi (esp^ce de gateau) , que ces gens-Ia appellent alkd- 
chimy; puis, enGn, les hikiriydh. Le chambellan se tient 
debout pr^s de la table ^vant de manger; il s'lncline* en 
signe d*hommage, vers le cdt6 ou se trouve le sultan , et tous 
ceux qui sont presents pour le m^me objet en font autant. 
L'hommage, chez les Indiens, consiste a incliner la tdte en 
avant comme pendant la pri^re. Lorsqu'ils ont fait celai, ils 
s'asseyentpour manger; on apporte des coupes d'or, d*argent 
et de verre, remplies de Teau du sucre candi, c'est-k-dire 
de sirop d^laye dans de Feau. On appelle cette liqueur du 
sorbet et on la boit avant de maoger. Ensuite, le chambellan 
prononce ces mots : « Au nom de Dieu ». Alors on commence 
a manger, et lorsqu'on a fini, des cruches de bi^re sont appoi^ 
tees. Quand ellcs sont bues, on apporte le b^tel et la noix 
d'aroc, dont il a ^tc question prec^demment. Apres qu'on a 



D'IBN BATOUTAH. 125 

iU^ ^j^ p4' (<n1^ |f JOft aaS^ (^\ ^Jsc U i't^ b:>^ 



^\jJI ^l#! AA^ «^ jfo iOsji^^t ^tjJi ^3 ^^I ^j^y 

pris le Wlei et ia noix d'arec , le chambellan prononce les 
iQOts : « Aa nom de Dieu ». On se leve» Ton fait une saluta- 
tion semblable a ia premiere et Ton s'en retourue. 

Nous voyageames, apres etre partis de la ville de Moul- 
tan, notre cortege observant ce m6me ordre que nous ve- 
nous de d^crire, jusqu'k ce que nous fussions arrives dans 
rinde proprement dite. La premiere ville dans laquelle nous 
entrames etait celle d'Abouher, oii conimencent les pro- 
vinces indiennes. EUe est petite , mais belle, bien peuplee et 
pourvue de rivieres et d'arbres. On ne trouve la aucun arbre 
de notre pays, excepte le nebek (lotus); mais, dans Tlnde, 
il est d'un volume considerable e^ chacun de ses fruits est 
aussi gros qu^nne noix de galle et fort doux. Les Indiens 
ont bcaucoup d arbres dont aucuu n'existe dans notre pays 
ni dans queique autre. 

DES ARBRES ET DES FRUITS DE L'IKDE. 

Nous citerons : i® le manguier, arbre qui ressemble aux 
Grangers, si ce n*est qu*il est plus grand et plus feuillu ; aucun 



• • 



126 VOYAGES 

viUo5^ ba5V*j y.>«iJlj j«Jlt >Jw^ IX •sr*^j ^' **^ !>^*^^ 

LdyJL^slj l43lfa. c:>]ijLi0l Ut^ yljt 4 i^JUJt «;m.4!U I&U 
^^ I * ^ .../ » L^ji^uc |Q^4A^ix^3 (jvXmJU l^jtlaJii! A (^ *< >ni . 5 » ^UxJI^ 

;^LsJl l^^ U^AP^ g;UJt ^;P g^ Ui^UFJiil l^ OyuUi 

.^1 >tljji ^3 <3bat ^^ jmsI! (:3i-6JJ ^ ^1^ 



autre arbre De donne autantd'ombrage; mais cet ombrage est 
malsain (litt^ralement, lourd), et quiconque dort sous son 
abri est pris de la fi^vre. Le fruit da manguier a la grossear 
d'une grosse poire. Lorsqu'il est encore vert, avantsaparfaite 
maturity, on prend les fruits tomb^s de Farbre, on les sau- 
poudre de sel et on les fait confire , comjme le citron donx et 
le limon dans notre pays. Les Indiens confisent de m6me le 
gingenibre vert et le poivre en grappes; ils mangent ces con- 
serves avec leurs aliments, prenant apr^s chaque boQch^ 
un peu de ces objets sal^s. Lorsque la niangue est nidre, en 
automne, elle devient tres-jaune et on la mange comme une 
pomme. Quelques-uns la coupent avec un couteau et d^au- 
tres la sucent ientcment. Ce fruit est doux , mais un pea 
d acidity se m^le a sa douceur. II a un gros noyau, que Ton 
s^me a Tinstar des pepins de Toranger, ou d*autres fruits , et 
d'ou proviennentles arbres. 

2** Le chel(y et le berky (Jacquier; conf. Perrin, Voyage 
dans rindostan, I, 67, 58). On donne ce nom a des arbres 



D*rBN BATOUTAH. 127 

AA^ »;j^j (^M&Jt ^ dJs ^y ^\^ U3 Vf^t x.#j(k43 <x^l 

^U^UI^ iuU! 4:^ J^ J^b i ^^ n^^ «ydM vJ^^il 

^jjUw) *!j^3 iUr^ JS' (jjvj jUil Xju&o c^ll:*- (j^ viUi (jjsj U 

m 

JJb 0^3.^ !i>b>ufil JyJl AAXiiJ »ty A.AO- J^ C;)P1J jJUdI 




quidurent fort loDgtemps (iitteralement,anciens,du temps 
d'Ad) ; leurs feuilles ressemblent a celles du Doyer et leurs 
fruits sortent du tronc m^me de l*arbre. Geux des fruits qui 
sontvoisiosdeia terre forment le berky; leurdouceur est plus 
grande et ieur gout plus agr^able que ceux du cheky. Ce qui 
se trouve plus haut est la portion appel^e cheky, dont le fruit 
est pareil a de grandes courges et T^corce k une peau de boeuf. 
Lorsqu'il estdevenu jaune, en automne, on le cueille, on le 
fend et Ton trouve dans chaque fruit de cent a deux cents 
grains ressemblant a des coruichons. Entre chaque grain 
il y a une pellicule de couleur jaunatre; cfaacun a un noyau 
k finsiar d'une grande feve. Lorsque ce noyau est r6ti ou 
bouilli, son goiit est analogue a celui de la f^ve, laquelle 
n^existe pi^ dans llnde. L'on conserve ces noyaux dans une 
terre rouge&tre et ils durent jusqu'a Tannic suivante. Le 
cheky et le berky sont les meilleurs fruits de Tlnde. 

3* Le tendod, qui est le fruit de T^b^nier; chacun de 



I 



i 



128 VOYAGES' 

ajAjj iyaU ejli^Ij SijJUll ^ *iaj jj*4^ Ljj-«j i^iXJt 
^— ^J uy^)^*^ aA*Ij sljjj (jjili »_j— I j^j (ji^>Jl »j^' 

rt)Jllj.>^ Je o^j (jiwlj^j _^UI (jsj yjC) eJis i_iu0 xuy 

A^l .^^ IMi^' W-'^J A^-^^t (St-^^. t^^*.fc J j IO>^ >;AA]a_^j 

»j_5- l-4-^i-i yt Dl jjJi ^IjjK' j^ljjlj ArfiU SjUsKlj jipi, 
L-j. .»— ;t-ljj ^^^a! (_4wuI iiii,». jiiXJur 8>Ak« aa»- Aju iH>»- 

ces fruits est aussi gros qu'un abricot, dont iis out atissi la 
couleur. lis sont exlrememcnl doux. 

4' Le Ichoumoun (djambou; conf, t. II, p. igi.)- L** 
arbres de cette esp^ce vivejit fort longlemps et lenr fruit, 
resseinble k rotive. 11 est de couteur noire et n'a qu'ua 
Doyau couime I'olive. 

5" L'orange douce, qni est Ir^s-aboDdante chez les In- 
difus. Quant k l'orange acide, elie est rare, H y a une troi- 
si^iue espece d'orange, qui tient le milieu eutre la donee 
et I'acide. Son fruit est de la grosscur clu citron doux; il est 
fort agr^abie, et je me plaisais h en manger. 

6°Leniehwa(basiiaZa(i/b/ja),arbre qui dure fort loo gtemps 
Ct dont ies feuilles ressemblent a celles du noyer, sauf qu'eiies 
sont melangees de rouge et de jaune. Son fruit a ta forme 
d'une petite poire et est fort doux. A la partie sup^rieure de 
cbaque fruit ae trouve ua petit grain , de la grosseur d'un 
grain de raisin ct creux; son gout ressemble a celui du rai- 
sin, niaij en uianger beaucoup cause tin mal de tdle. Ce 



I 



mm ^ 

if*_LjiJt *_^U>Jj B,.A«djj "l^Jlj jVj SayM^I o*^' i*-uij 

Sy »>w« *t)j J«>fy^l y^^lj..!^ tjlSl ^JU 1j*-. 'S lyjy<^wj 
jljj AuiJl j i^J^ J^i u't^' li^V^ Afsl^ (^^ •>sJ4Jl 



qa'il y a delonnanl, c'esl que ces grains, loi-squ'ila sont s^- 
ch^s au soletl, out le gout de la figue. Pen njaogeais en 
place de ce fruit, qui ne se rencontre pas dans I'lnde. Les 
Indiens appellent ces grains a/i^otlr. mot qui, dans leur 
langue, a le sens de raisin {aiigour est un mot persan). Ce 
dernier fruit est tres-rare dans I'lnde, et on ne I'y trouve 
que dansquelques endroits de Dihiv, el dans pen d'autres 
localit^s. Le mehwa porle des fruits deux fois dans une 
ann^e, etavec ses noyaux on fabritiue de I'huile.dont on se 
sert pour I'^ciairage. 

Pamii les fruits des Indiens, on en distingue encore un 
qu'ils appellent cacira [cacirou, scirpus liytoor, Rox.}. On Tex- 
trait de la terre ; I'l est tr^s-dous el ressemble a la chAlaigae. 

On trouve dans I'lnde , paraii les fruits qui croissent dans 
notre pays, le grenadier, qui purte des fruits deux fois I'an. 
J'en ai vu, dans les iles Maldives, qui ne cessaient de pro- 
'Saire. Les Indiens Tappclleut andr, mot qui, je peuse, a 





130 VOYAGES 

* • 

axaIjjJ, (5^* &^ (^jjhU, *>s*j d^JuA^*^ J^ g;^l iyt^ Ja«jJl 

^22^Xm»5 C^UTt ^i^Jkd^ ;^j Jjfl J^i>J^ KfX?jM V>^^ ^^ (ar«^ 

>^^ cjUJlf JU}| i^ju^ |pjo^ vy^^^^i y^ ju«^t ^^y 

jAw\ yft^ (: y . » ^ It iOl, (j^l ^UUJt I4JU, Jui! A^ 
3^^ iLtly jiJLP (j^ ^ULaJt t*Ki6 uiAj^ \^j^ JUJt (j-» l^^ 



donn6 naissance a la d^Domination dedjulndr, car djal [gul) , 
en persan, signifie « une fleur », et andr, « la grenade ». 

DES GRAINS QUE SEMENT LES HABITANTS DB L'INDE 
ET DONT ILS SE NOURBISSENT. 

Les Indiens ensemencent la terre deux fois chaque ann^e. 
Quand la pluie tombe, dans Yili, ils sement les grainsd'au- 
toinne, qu'ils recoltent au boul de soixante jours. Parmi ces 
grains d'automne, on remarque : 1° le kudhrou, qui est oae 
esp^ce de millet. C'est de tons les grains celui qui se trouve 
chez eux le plus abondamment. 2''Le kal, qui ressemblea 
Tanly (millet). 6° Le chamakh (panicum colonum) , dont les 
grains sont plus petits que ceux du kal. Souvent ce cham^kk 
croit sans culture. C*est la nourriture des divots , de ceux qui 
font profession d'abstinence, des pauvres et des malhjeureux , 
lesquels sortent pour recucillir ceux de ces grains qui ont 
pouss^ sans c ulture.Cbacuo d'eux tient dans sa main gauche ud 



•J 



D'lBN BATOUTAH. 131 

iUJJl i kiUuti ^jji\ l^ C-F^ &S^ ftUfy ^j^y ^jUyuu 

jUUJi I js^ 4-4fi*3 iuuJi gAJT *J yylxib U xLe (jyi-«-*Ai 

(1) 



C^A^JV 






j^l ja.-^^i^ c:,^! l^^ JyJt ^ ^y g^ U^l l^^ ^y^\ 

grand panier, ei dans sa droite, ud fouet , avec lequel ii frappe 
\es grains, qui tombent dans le panier. Its ramassent ainsi de 
quoi se nourrir toute Tannic. Le grain du chamakh est fort 
petit. Lorsqu'on Ta recueilii , on le place au soleil , puis on \e 
broie dans des mor tiers de bois; son ^orce s'envole, et ii ne 
reste qu'une farine blanche, avec laqueile on prepare ane 
^paisse bouillie que Ton melange avec du lait de buiSe. Cette 
bouiiiie est plus agr^able que le pain fabriqu^ avec la m^me 
farine; j'en mangeais souvent, dans Flnde, et elle me plai- 
sait. 4** Le aiach {phcLseolus max, L.) , qui est une esp^ce de 
pois. 5** Le mondj (le mungo de Glusius). C'est une esp^ce 
de mach; mais ses grains sont allonges et sa couleur est d*un 
vert dair. On fait cuire le mondj avec du riz et on le mange 
assaisonn^ de beurre. G'est ce que Ton appelle kichry, et c'est 
avec ce mets que I'on ddjeune chaque jour. 11 est, pour les 
Indiens, ce qu*est dans le Maghreb la harirah (farine cuite 
avec dii iait ou de la graisse). 6^ Le loubia, qui est une es- 
p^ce de f&ve. 7^ Le moiit , qui ressemble au kudbrou sauf que 



I 



Ulj >1 iji ^ J'.yjiji yji£J\j aK^L uIj.xJ| (^y^wjj fPJOe 
aJiUjI>xJl.* ^^ JS" ^ Jj} SjAa (^j^uJl iCjl<>Jl Ji.<>o ^l tXxj 

U"'J^*W' <^^ '^^S [•i-'^' ^^'-J^ .i <?*^ ^J AU_;t j1 JUsjl 



'4 



ses grains sont plus petils. Il^ait partie, cbez les Indi 
de la provende des aninjaus et ceux-ci devicnaent 
en le mangeanl. L'orge o'a pas, chez ce peuple, dc proprii 
tes forliCanles; aussi la proveiidL' ties bestiaux se coinpose- 
t-elie seolement de ce DioiiL ou de pois chiches, qo'oa leur 
fait manger, apres les avoir concas^^G et humect^s avec de 
i'eau. On donne aux animaux, en place de fourrage vert, 
des feuilies de mach, apr^s que I'oa a fail boire du beuire 
fondu ii la bfte durant dix jours, sur le pied de Irols ou 
quatre ra(/i/j (llvres) par jour, Duraot ce temps on ne monle 
pas sur elle. On lui donue ensuite a manger, ainsl que nous 
I'avous dit, des feuilies de niacli durant un mois ou enviroo. 
Les grains dont dous avons faitmealion sont ceux d'au- 
tomne. Lorsqu'on les a moissonn^s, soixante jours apr^s les 
avoir semes, oo fait les semailles pour le printemps. Les 
grains que Ton recueille en cetle saison sonl : le froment, 
l'orge, les pois chiches, les len Lilies. On les seme dans la 
m6me lerre ou ont eu lieu les semailles pour Tautoiiine, 
rinde est duuee d'un sol gen^reux et excelleDt. 



^ 



D'IBN BATOUTAH. 133 

(1) ^. ..I 



W)3 ^y^^' j'^ 1 < ^A. C ^ iUAx* JU:?- V'j^' *i p^ »/A**^ 

^jl^.*JaJLj>3 JUat^l* u^-*-*^: ^^jL^ »L»aft fif^3 **Uajl 

Quant au riz, les Indiens le s^ment trois fois chaque an- ' 
n^e et c est un de leurs principaux grains. Us cultivent en- 
core le sesame et la canne a sucre , en meme temps que les 
plantes automnales dont nous avons fait mention. 

Mais revenons a notre propos. Je dirai que nous mar- 
chames, apr^s £tre partis d'Abouher, dans une piaine d'une 
journ6e d'^tendue , aux extr^niit^s de iaquelle se trouvent 
des mantagnes inaccessibles, habitues par des Indiens ido- 
l&tres , qui souvent commettent des brigandages. Les habi- 
tants de rinde sont pour la plupart idolatres; parmi eux, il 
y en a qui se sont soumis k payer tribut aux musuimans et 
demeurent dans des bourgades. lis ont a leur t^te un magis- 
trat musulman, plac^ par le percepteur ou Teunuque dans 
le fief dnquel la bourgadese Irouve comprise. D'autres sont 
rebelles et insistent , retranch^s dans les montagnes et exer« 
^ant le brigandage. 



134 VOYAGES 

J^t UJuiij JUiiJI jisX! |^UX3Ui ^Us^ iiOc^^^^S jL^t ^\^ 
^4^1 3^ jj^-j^U>-; (j^ UAxj^ XM;i U^3 (•'V^ (:53s-»«*;l^l 

REGIT D'UN COMBAT QUE NOUS EtJMES A LIVRER SUR GE GHEMIN , 
ET QUI PUT LE PREMIER AUQUEL J'ASSISTAI DANS L'INDE. 

Lorsque nous voulumes partir de la ville d'Abouher, le 
gros de la troupe en sortit au commencement du jour, et 
j'y reslai jusqu'a midi avec quelques-uns de mes compa- 
gnons; puis nous parlimes, au nombre de vingt-deux ca- 
valiers, les uns Arabes, les autres Strangers. Quatre-vingts 
idolatres k pied, plus deux cavaliers, nous assaillirent daios 
la plaine. Mes camara(|es 6taient doues de courage et de fer- 
met6; nous r^sistames done tr^s-vigoureusement aux assail- 
lants, nous tuames un de leurs cavaliers et primes son 
xheval. Quant aux gens de pied, nous en tuames environ 
xlouze. Une fl^che m'afteignit et une seconde atteignit mon 
cbeval. Dieu daigna me preserver de tout mal; car les traits 
lances par les Indiens n'ont pas de force. Cependant, an 
de nos compagnons eut un cheval bless^; nous rindemni- 
s4mes au moyen du cheval pris a Tidol^tre, et nous ^of- 
• geames Tanimal bless6 , qui fut mang^ par les Turcs de notre 
troupe. 



."I 



D'IBN BATOUTAH. 135 

JI^^JI ^S^3 |<N-4 j>--<?3 *>V ^ W-' ^^3 0^^,^s?f' 
Ow«Jj A^UiU oUlU jl AejiXJLX^^L ^^^t 0-^«>Jl u^ 

{4X^3 aJLj^I »<x^ xJ^ ftjul^ <^J^t i^iLU ^ ybj 4» 

13I) osXi.:> A^^ Jgi^ 4>t^l V>^ 4p d^J li>i3 M^ 
^j3i> bl Jl?^ 4j.wss5a (j^jJl yU^ gs^! p^V^ a;:*Xj!^ aXaxJ^ 

Nous portames les t^tes des luorts au chateaufort d'Abou 
Baqbar, et nous les y suspend imes a la muraille. Ge fut au iqi* 
lieu de la nuit que nous arrivames au susdii chateai} d*Abou 
Bfiqhar. Deux jours apres entire partis, aou$ parvinmes i 
la ville d'Adjoud^hen (A^jodip) ,petite place appartepant au 
pieux^cheikhF^rid eddin a}bedh4ouDy, celuM^m^me^ele 
cbeil^h pieux» le saint Borbau eddiu alar'adj w'^^yait pr^dit, 
i Alexandrie, que je rencontrerai;^. Gela arriva: Dieu en 
soit lou^I Ferid eddin a 6t6 le pr^cepteuy du roi de Hnde, 
qui lui a* fait cadeau de cette ville. Ge cbeikb est afHig^ 
de folie (ou ep butte aux tentations du diable) ; Dieu nous 
en pr^^ervel U ne prend la main de personne, et n'ap- 
pTOcJie XD^me de qui que ce soit. Lorsque son v^tement 9 
touchy celui de quelqu'pn , il le lave. J'entrai dans spn er- 
mitage, je le vis et je Ipi offris les salutations du cbeil^h 
Borhia eddin ; il fut 6tonn^ et me dit : « Je ne snis pas digne 



136 VOYAGES 

oai» 41 ji^u s^ «#'ji V »>,riui*, os>*» vW **^> 



i^jj^\ 0, jUIL j^-^-^-jbt y^j^jB? (j^.^\ *>wL^l cM^! jSi 
(ji«^ ji*y*«3 b;X-<^ fci^ uy^;^ u-^' *^^b tf^' '*^ ^ 

de cela. » Je rencontrai ses deux excellents fils, savoir: 
i^Mo*izz eddiD , qui ^tait Tain^, et qui, apr^s la mort de son 
p^re, iui 3ucc^a dans la dignity de cheikh; et 2° 'Alem ed- 
din. Je visitai le tombeau de son aieul, le pole, le vertueox 
F^rtd eddin alb^dhaouny, qui tirait son surnom de la ville 
de B^dkaotin, capitale du pays de Sanbal. Lorsqxie je von- 
lus quitter Adjoudehen, *Alem eddin me dit : « II faut ab- 
soluq;ient que tu voies mon p^re. » Je le vis done, dans 
un moment oil il se trouvait sur sa terrasse. II portait des 
v£tements blancs, et un gros turban garni d'un appendice 
qui retombait sur le c6t^. II fit des vceux en ma faveur, et 
m*envoya du sucre ordinaire et du sucre candi. 

DE GEUX DES HABITANTS DE LUNDE QUI SE BRULENT VOLONTAIREMENT* 

Ai> moment oii je revenais de voir ce cfaeikh, j'apergus 
des gens qui couraient en toute bate hors de notre campe- 
ment, accompagn^s de quelqnes-uns de mes camarades. Je 
leur demandai ce qui ^tait arriv^ ; ils m'annonc^rent qa*un 



D'lBN BATOUTAH. 137 

2>1Lm dUi> yli' ISt^ :>y^\ AjjS ^^ iC$!^l lyjw^ l^Js? 
\^^j:^ ^ ^i>Uj Vyjl^t i ^UaJLJ! tyi>luyt (^IkJLJt 

0^jU^ri#i^^^A5l AJsiJ^ ou5^ jt il4L* J^ (3Jbt ^ 

^i. (t » Y' t » Jb^ai^^^l 2^3 Co^ ^JbJt !ydaJU iiujjt 

iDclien idolatre ^tait mort, qu*ua brasier avait ^t^ allume 
poar consuiper son cadavre , et que sa femme se brulerait 
en iDi^iiie temps que lui. Lorsque tous deux furent bruits, 
mescompagDonsrevinrent etme racont^rent que la femme 
avait tenu le mort embrass^, jusqu^k ce qu elle fut consum^e 
avec lui. Par la suite, je voyais dans llnde des femmes ido- . 
latres, toutes parees et moht^es sur un cheval; la poptila- 
tion, taut musulmane qu'idol4tre, le^ suivait; les timbales 
et les trompettes r^sonnaient devant elles. Elles ^taient ac« 
compagn^es des brahmanes, qui sont les cbefs des Indous. 
Lorsque cela se passe dans les ^tatsdu sultan, ils demandent 
a ce prince la permission de briiler la femme du mort. II • 
leur accorde cette autorisation, et alors ils precedent au 
brulement de la veuve. 

Au boul. d*uti certain temps, il arriva que je me trouvai 
dans une ville d<Mit la plupart des habitants ^taient des ido- 
latres. Cette ville est nomm^e Amdjery, et son prince 6tait 
uu musulman de la tribu des Samirah du Sind. Dans son 
voisinage habitaient les idolatres rebelles. Un certain jour, 
^*A coinmirent des brigandages, et T^mir musulman se niit 



138 VOYAGES 

il^ V^^' M^^^ C ^i^xyixt l^,AMJb ^V^^ye) '(;f-«^ -^Upt 



^(^.^t ^ «^j1j :^ ^JJI^ ^U^ p<KjJ iU^ iuJl 

i^ ^4^-^ ^ ^^ ^\-*>»-^- 11 0.4JsJ' jl?3 lu*>J' ij^^yi ij\^^ 

en marche pour les combattre. Ses sujets, tant miisaiiDans 
qu'infid^les , marcherent avec lui, et un combat adiarii^ 
s'engagea , dans leqtiel perirent sept des derniers, dont trois 
^taient mari6s; leurs femmes convinrent entre elles de se 
brtiler. Le bnilement de la femme , apres la mort de son 
mari, est, chez ies Indieus, un acte recommand^, mais 
non obligatoire. Si une veuve se brKile, les personncs de st 
famille en retirent de la gloire, et sont c6I6bree8 pour leor 
fid^lit^ a remplir leurs engagements. Quant a celle gui 
ne se livre pas aux flammes, elle rev^t des habits grossiers 
et demeure chez ses parents; en proie a la mis^re et k Tab- 
jection , a cause de son manque de fid^lit^ ; mais on ne U 
force pas h se b ruler. 

Or done, quand les trois feoimes que nous avons men^^ 
tionn^es furent convenues de se bruler, elles passerent les 
trois jours qui devaient pr6c6der ce sacrifice dans les chan- 
sons, les rejouissances et les festins, comme si elles avaient 
voulu faire leurs adieux a ce monde. De toutes parts les 
autres femmes venaient les trouver. Le matin du quatri^e 



D'IBN BATOUTAH. 139 

ifjuSji ij^j^ ij-y^ **Ka-l3 iX oi^-t ^\ji\ |*^t A^u^ 
(^ ^L-ufc-il J^ ^Li-j^l^ 6'^^'-? JUio^! ^r!*N» yH^ W** 

& c^^^ 3I i' y 3I 3' a' ^' r^^' i3^» W Jy^? j^> 

jour, on amena a chacune de ces trois femmes un cheval,siir 
lequel chacune moota, toute par^e et parfum^e.Daus !a main 
droite, elles tenaient une noix de cocotier,avec laquelle elles 
joaaient, etdans la gaucbe, un miroir, ou elles regardaieut 
leur figure. Les brabmaues les entouraient, et elles ^taient 
accompagn6es de leurs proches. Devant dies, on battait des 
timbales et Ton sonnait de la trompette et du clalron. Cha- 
con des infideles leur disalt : « Transmettez mes salutations k 
mon pere, ou k mon fr^re, ou a ma mifere, ou a mon ami. » 
A quoi elles r6pondaient, en leur sonriaiit : « Tr6s-bien. » 

Je montai a cheval , avec mes compaguons , afin de voir 
de quelle mani^re ces femmes se comporteraient durant la 
c^r^monie de leur brulement. Nous marchames avec elles ' 
Tespace d'environ trois milles, et nous arrivames dans un 
endroit obscur, abondamment pourvu d eau et d'arbres, et 
convert d'untimbrage^pais. Au milieu des arbres s'^ievaient 
qaatre pavilions, dans chacun desquels ^tait une idole de 
pierre. Entre les pavilions se trouvait un bassin d*eau, au- 
dessus duquel Tombre ^tait extr^mement dense et les arbres 



140 VOYAGES 

U, LjJU M\ biUI *I^ jib t^ iuub j-*^t M!> y»^ 

^jy L^ Z^y d^k^M ^yA i ^J^l s^l> i:^ LJjS 

viUU^^ LyJlxA^t i :>l>i cj^M4 ^^J>y^3 (*>ss^5l ouais 

j"V^3 c>^' vJ^ (J^ P>^ ^.^}^ '^^JJ-^^ iU^ y*? 

JU-jJl L^ilo: iuLiu: jWl ou^ j^^ »l;il ^ uJir^^^ 



fort presses, de sorte que le soleil ne pouvait p^n^trer au 
travers. On eut dit que ce lieu 6lait une des valines deTen- 
fer ; que Dieu nous en pr&erve ! 

Quand j'amvai k ces tentes, les trois femmes mirent 
pied a terre pr6s du bassin, s'y plong^rent, dApouiU^rent 
les habits et les bijoux qu'elles portaient, et en firent des 
aumones. On apporta a chacune d elles une grossi^re 6to£fe 
de coton non fa^onn^e, dont elles li^rent une partie sur leurs 
banchies et le reste sur leur tete et leurs ^paules. Cependantr 
des feux avaient ^t^ allum^s, pr^s de ce bassin, daoos ua 
endroit deprim^ , et Ton y avait r^pandu de I'huile de cund — 
jut (cundjud) , cesl-a-dire de sesame, qui accrut I'intensit^ 
des flammes. II y avait ia environ quinze hommes, tenaat::: 
dans leurs mains des fagots de bois mince. Avec eux s'en-^ 
trouvaient dix autres» portant dans leurs mains de grander 
planches. Les joueuts de timbales et de trompettes se te — 
naient debout, attendant la venue de la femme. La vae d 
feu itait cach^e par une couverture que des hommes te— 



.. x/AiOUTAH. 141 

oJI«j UOxt Jl>pi (£0^1 c:^ l^J:ft>i iU^I dOs Jt oJU>, 

iL*Jwi> ly—lj tic L^^ «*jcr„^ iLi^jb ^Jl ^ 
Jk^l Jui-M liUisS^ ovi^l^ ^^y£=r3 JjXi^Ui i^Ul# jjS^lo^ 

naient dans leurs mains, de peur que la malheureuse ne 

fut effray^e en lapercevajdt. Je vis une de ces femmes qui, 

au moment oix elie arriva pres de cette couverture, rarra- 

« cha violerament des mains des gens-qui la soutenaient, et 

leur dit, en souriaht, des paroles persanes dont le sens 

itait : « Est-ce que Vons m'efirayerez avec ie feu? Je sais bien 

que c*est du feu; laissez-moi. » Puis elle r^unitses mains au- 

dessus de^sa t^tc, comme pour saluer le feu, et elle s'y jeta 

dle-m£me. Au m^me instant, les timbales, les clairons et 

les trompettes retentirent, el les hommes lanc^rent sur elle 

le bois qu'ils portaient dans leurs mains. D'autres plac^rent 

des plancbes par-dessus la victime, de crainte qu'elle ne sere- 

mu4t Des cris s^61everent, et la clameur deviut considerable. 

Lorsque je vis ce spectacle, je fus sur le point de tomber de 

^evai.Heureusement, mes compagnons vinrent a moiavec 

4e Teau, ils me laverentle visage, et jemen retournai. 

Les habitants de Tlnde en usent de m^me en cequi touche 
** submersion. Beaucoup d'enlre eux se noient volonlaire- 



I 



142 VOYAGES 

^ J^JU iu-Jb ^ ^j^! jl li!^ 2Ul fe^* i^! ^yb 
iOuU^t booJtj^t c^ »^ J^^ ^^ioJb ^^^ 

jLift:> ijjkito- J5 J^ l8^3 'f^ ^li;'33j^' »>AiLrir,AA& 



ment dans le Gange , ou ils se rendent en p^lerinage. On y 
jelte ies cendres des personnes qui se sont bruiees. Les In- 
diens pr^tendent qu'il sort du paradis. Lorsque Fun d*eux 
arrive sur ses bords avec le dessein de s'y noyer, il dit aox • 
personnes presentes : « Ne vous imaginez pas que je me D(He 
a cause de queique cbose qui me soit scfWenue ici-bas, on 
faute d'argent. Mon seul but est de m'approcher de Co^i.» 
Car tei est, dans leur langue, le nom de Dieu [KrichMM]* 
Puis il se noie. Lorsqu'il est mort, les assistants le retirentde 
lean, le brulent, et jettent ses cendres dans le m£me fleOTe. 
Mais revenons a notre pi^emier propos. Or done nous par- 
times de la ville d'Adjoudehen , et, apres une marche de 
quatre jour«, nous arrivames a la ville de Sarsaty (Saras- 
wati), qui est une place grande et fertile en riz. Ceriz est 
excellent, et on en exporte 4 la ville imp6riale de DiUy^ 
Les revenus de Sarsaty sont tres-considerables. Le chaof' 
bellan Ghems eddin Albo^chendjy m'en a appris le cbiffire ^ 
mais je fai oubli^. 



D'lBN BATOUTAH. 143 

J^-cy-^ Cj:^-^^ (j^-^L4». ^j^^ v^l^ wKfyiJ *t£ ^U^ l4«w( 

jV^lj o^\^ ^«>a« A^ A^\ ^3 i(>Ull ptjJl ^ »)^ 
bVj^lJ ^^^ (^W4^ j«><^ (;;>:;<>Jl JU^ y^ iU^Jd^ »<>ab (,^«3 
^jJI pUai Ul^l^ ^UaXJl j^ui^ ^U. yiaj ft^t^ <Xa4}) 
^ c;>W;j^w»»^ ^ J3V3 -^J JJ jlaibl 45^1 ^4>J1 ^j.*^3 
<^ ($3 ^M ^^.AiMMi Ji (:J?}««^ 4Xxj UXi0^ (_^im31>- <ai^ b^Un 

(^j:^t ^ i>t^! pji^ ^j-^ (^-I^l '^^^ ^ ^M 2»yu^3 

m 

De ScMTsaty noas nous rendinies a la vilie de Hansy, qui 
est au nombre des cit^s les plus belles , les mieux construites 
el les plus peupl^es. Eile est entour^e d*une forte inuraille 
dontle fondatcur est, a ce que Ton pretend, un des prind- 
paux souveraios idolatres, appel^ Toilrah, et touchant le- 
quel les Indiens rcfcontent des anecdotes et des histoires. 
€'est de cette ville^que sont natifs Carnal eddin Sadr Al- 
djih&D, grand kadbi de Flnde; son frere Kothlou khan, pre- 
cepteur du suitan, et leurs deux fr^res Nizbaoi eddin et 
Chems eddin. Ge dernier s'est consacr^ au service de Dieu 
et a fix^ son s^jour a la Mecque, oil ii est mort. 

Nous partimes de Hansy et arrivames, au bout de 
deux jours, k Mag'oud Aba^, a dix milles de la residence 
impiriale de Dihly. Nous y passames trois jours. Hansy 
et Mag*oud Ab4d appartiennent a Alm^iic AImo*azzham , 
(le roi honor^), Hoiichendj , fils d'Alm^lic Carnal Gui^, dont 



i 



nil VOYAGES 

hJM-itj^ ^1)1 flj— tfi.^ 1.J— 1^^ Ai)>^-»- (;JHj ^^J ^J^ '^'^<>' 
1^>>J| |n.l (j^>j uW^ X4j<XjfiJl ^y^s AjJJIj »j<fi^[j 

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il sera fait mentioD ci-dessoos. Or le mot gurg signi&e, ea 
persan, ■ le loup, " 

Le sultan de I'lnde, vers la caphale duquel nous nous 
dirigions. ^tait alors ab&eni de Dihly.et se trouvait dans 
le canton de Canodje , viile qui est separt^e de la capitale par 
une distance de dix journ^es de niarche. Mais il y avail alors 
aDihlylasultane m^re, appel^e AlmaLhdoiimah Djih4n. Le 
mol djihdn, en persan, signitie la mfinie chose que doania 
en arabe [c'est-a-dire ■ le monde >). Le vizir du sultan, Kho- 
djah Djihan, nomaie aussi Ahmed, Ills d'Ayas, el qui ctait 
originaire de I'Asie Mineure, se trouvait egalement dans la 
capitale. II envoya ses officiers au-devanl de nous , et designa, 
pour venir a la rencontre dc chacun dc nous en parliculier, 
despersonnagesd'un rang analogue au ootrc.Parmiceuxqu'il 
choisit aids! poor m'accueillir, setrouvaientlecheikh Albes- 
thamy, le cb^rif Almazenderany, chambellan des Strangers, 
et le jui'isconsulte 'Ala eddin Almollany, conau sous le nom 
de Konnarah. Gepeodant il ^crivit au sultan, pour lui an- 
n oncer no tre arrivi^e, et exp6dia la letfrepar I'addaouah.qui 




D*IBN BATOUTAH. 145 

^UaJUJt Jt cV^y «bySs Uyi«» ii!U^t «K^ fy syoJt 

^UU!^ ^t^JuUt^ ffUdJUt IjbUl J! ^^ pUl JOj 0^3 

est la poste des courriers k pied , comme nous Tavons dit 
plus haut. 

La lettre etant parvenue au suhan, le vizir rccjut sa r^- 

ponse durant les trois jours que nous pass&nies a Ma^'oiid 

Abad. Au bout de ce temps, les kadhis, les docteurs et les 

cheikbs sortirent a notre rencontre, ainsi que plusieurs 

^mirs. Les Indiens nomment ceux-ci Melic « rois »; et dans 

tous les cas ou les habitants de TEgypte et d*autres contrees 

diraient T^mir, eux disent le roi. Le cheikh Zhabir eddin 

aszendj^ny, qui jouit d'un rang 61eve aupres du sultan , 

sortit aussi k notre rencontre. 

Nous partimes ensuite de Ma*^iid Ab&d, et nous cam- 

pa.iDes dans le voisinage d'une bourgade appelee Palem, 

^ui appartient au seigneur, au ch^rif Nacir eddin Mothab- 

^eT Ataoub^rv, un des commensaux du sultan , et une des 

P^rsonnes qui jouissent aupres de iui d'une enti^re faveur. 

Le lendemain , nous arrivames k la residence imp^riaie de 

*Mhly, capitale de llnde, qui est une viHe tr^s-illuslre, con- 

III. 10 



I 



146 VOYAGES 



tj^ «C^I Ut4>^t c;»VaflIt ci^l^^Uii t:,«X^ e;» t,^t ^^ 

^1 fy Ai':i<^j\:> l^J ^^-1^^ 3^ >Irf Wv^3 4^'^ J^ 

^*m,i A,,>^ » iUUJLiJl Joou^ ^JJ! i£:>lu«] ^jUaLJl UUa^l 

pL :>Ll t^JbU ^^^^ aS]U3I^ li^JOuMj (^ jJi u^iii JU^I^ 

siderable, r^unissant la beaute et la force. Eile est entour^e 
d'une muraiile telle qu^on n'en connait pas de semblabledaoft 
tout Tunivers. Cest la plasgrande ville de llnde, et mime 
Ac toutes les contr6es soumises a rislamisme dans lX)rieiit 

DESCRIPTION DE DIHLY. 

Cette ville est d'une grande ^tendue, et poss^e une nom- 
breuse population. Elle se compose actuellement de quaire 
villes voisines et contigues, savour : 

1° Dihly proprement dite, qui est la vieille cit6, coiu- 
truite par les idolatres, et dont la conqu^te eut lieu Fan- 
nie 58A (ii88 de J. C). 

2^ Siry, aussi nominee le s^jour du kbalifal : c'est cdle 
que le sultan donua a Ghiyath eddin, petit-fils du khalife 
abbacide Alniostancir, lorsqu'il vinl le trouver. Cest Ik 
qu'habitaient le sultan 'A1& eddin et son fils Kothb eddin, 
don I nous parlerons ci-apres. 



D'IBN BATOUTAH. 147 

XjJ^ lU4>i c^jJl JsJL^I ^IkJU jJt^ (^ jlkJuJt l^AiL 

5t l^i^' ^.UaJUJI ^ JUi 



^^t-AM^ iuK^iyi^ A4v»L UC«> I^Uaj l^UaU* (jl^^ ^1 AMI j«X3 
OU^I dJU ftU 4X^ ^UaJLyJI cs^XiAO iUoXd^ ^3 ftl^ 0^ 

s^XXf Syi^ ISaxj aju U«i ^x^l^ji^u.* o^' ^^^1 ^OsJLI 5«ki& 



3^ Togblok Abad, ainsi appel^e du nom de son fonda- 
teur, le sultan Toghlok, pere du sultan de llude, a la cour 
de qui nous nous rendions. Voici quel fut le motif pour 
lequel il la batit : un certain jour qu'il se tenait debout en 
presence du sultan Kothb eddin, il lui dit : «6 maitre du 
monde, il conviendrait que tu ^levasses ici une ville. » Le 
sultan liii r^pondit , par mani^re de plaisanterie : « Lorsque 
tu seras empereur, batis-la done. » II arriva , par la volont^ 
de Dieu, que cet homme deviut sultan; il construisit alors 
la ville en question et Fappela de son nom. 

4^ Djihan p^nab (le refuge du monde), qui est destin^e 
particali^rement a servir de demeure au sultan Mohammed 
chaii , actueilement roi de llnde , et que nous venions 
trouverl Cest lui qui la batit; il avait eu Tintentioh de 
reiier entre elles ces quatre vitles par un seul et meme mur ; 
il en* ^difia une partie, et renonga k Clever le reste, a cause 
des grandes d^penses qu'aurait exigees sa construction. 

DESGBIPTION DD MUR ET DES PORTES DE DIHLY. 

Le mur qui entoure la ville de Dihiy n'a pas son pareil. 

1 o . ■ " 



U8 VOYAGES 

^^-v^j t:»I:.^JJlj tj-f~i^=^ jjjUij AAjai yjljij u^ljUjJJ! 
ej^ ySij ip»! Aj AjjJj ujl^! liUj oimj (J* ^'jW jjill 

II aonzecoud^es de largeur , et Ton y a pratiqii6 deschambres 
oil denieurent des gardes de nuit et les personnes prepos^es 
k la surveillance des portes. II se trouve aussi daos ces cham- 
bres des magasins de vivres que i'on appelle anbdr» greniers ■ , 
dea magasios pour les muuitious de guerre, et d'aulres con- 
sacr^s a la garde des maDgonneaux et des ra'dddk (lilt^rai. 
• [oDuante •; nom d'une machine employee dans les sieges). 
Les grains s'y conservent pendant longtemps sans alteration 
et sans 4tre exposes au nioindre d^gat, J'ai vu du riz que I'on 
retirait d'unde cesmagasins; la eoiileuren etait devenue trfa- 
noire; maisil avait un gout agr^able. J'ai vu aussi du millet 
que Ton retirait de cet endroil. Toutes ces provisions avaient 
6te amass^es par le sultan Balaban, quatre-vingt-dix ans aupa- 
ravant. Les cavaliers ellesfantassinspeuvent marcher, a Tin- 
t^rieur de ce nmr, d'un bout de la viile a I'autre. On y a perc^ 
des fenfires qui ouvrent du c6tii de la ville, el par lesquelles 
P^n^tre la luuiiere. La partie inf^rieure de cetle murailleest - - 
couslruilc en pierre , et la partie superieure en briqi 
tours soni en grand nombrL'ettres-rapprocheesl'unede 



D'lBN BATOUTAH. 149 

*;'jt)^ V^ *)U;^ vW' U3^v»^ |#> Sl* ^^^y-Ji^^ AAiU iU^^xJll 
*>^jy^-? gJL>" ^^^J ^^ ^'^ 4^3^' «;'3j^^ c€r>^' S3 u-?'^ 

J^-r»-j |-wt »L^ »>'ji;^3 (Js-sUhJJ t^^ ,$3 (<>4 ^ J4^ 
J-i>.j (^1 4,^.AJ< ijjl^^:*^ \jt^\ijSl .Xji iU^ j-u,l^l? »;?jj;.:>^ 

*)'jy^3^^-*-^' u^3 *^^' J-»^a^ W=?:;^^ ^jUmI^ ojio& 

0<-ie JKj il, v^' W* yy^ **-<^ »r»** Jj t)-**^^'** 

La ville de Dihly a vingt-huit portes, ou , comme ies ap- 

pellenyes Indiens, derwdzeh. Parmi ces portes, on distingue: 

1** celle 8e Bedhaoun , qui est la principale; 2** celle de Miii- 

dawy, oil se trouve le marcli^ aux grains; 3° celle de Djoul, 

pres de laquelie sont situ6s Ies vergers; 4** celle de Chah * le 

roi », ainsi appel^e d'aprfes un individu de ce nom; 5° celle 

de Palem, nom par lequel on designe une bourgade dont 

nous avons ddja parl^; 6° celle de Nedjib, qui doit son 

nom a un personnage aitisi appel^; 7° celle de Gamal, qui 

se trouve dans le m£me cas; 8® celle de Ghaznah, ainsi 

nommte d'apres la ville de Ghaznah, situ^e sur la fronti^re 

do Khora^an : c'est en dehors de cette porte que sont situ^s 

lelieu ou Ton c^lfebre la priere de la rupture du jeune, et 

plusieurs des cimeti^res ; 9** la porte d^Albedjaligah , a I'ex- 

t^iieur de laquelle s'^tendent Ies cimeti^res de Dihly. C'est 

*i le nom d'un beau cimetifere ,' ou Ton construit des chapelles 

ft^B^i^es. H y a in^vitablement pr^s de chaque tombeau un 

'^^fcitlk (niche pratiqu^e dans le mur qui se trouve plac6 dans 

** direction de la Mecque), lors mfime que ce s^pulcre est 

P*iv6 de chapelle fun^raire. On plante dans ces cimetiferes 

"^ arbustes a fleurs, tels que la tub^reuse, le reifboul (jas- 



i 



a-i^ln >-— A-s^UJi j;,i^i ,J_Aa ^W'J J-^^ ^^- 
e>^ «-^j :iLaI Ju iUAS^ iij ^LaJI ^^1 ^Ucpl; i 
uaUil 4sl t^ j^.>4 ^ li; JvJi jJ-V' ^,j*»Jl a-'U!- l*«j ij 

jjyi ^j [cia£ ^^ AJ^ ^J*^^' t^i>>Jj iuULJi ^1 JoUfca^tjJL 

ininum 2am6ac?),r(^glautier, etc. Dans ce pays-la, 
pasd'y avoir des fleurs. dans quelque saisoD quece soil. 

DESCRII'TION DE LA PRINCIPALE MOSQUEE DE Dl 

La mosqu^e principale de Dildy est d'une grande ^tem 
due; ses murailles , son tuit et son pav^ sont en pien 
blanches trcs-adiuirablemcnt taillees et trt^s-artistement i 
li^BS entre elles avec du plomb. II a'entre pas dans sa cons* 
truction une seule platiche. EUe a treize ddnies de pierre^J 
et sa cliaire est aossi batic en picrre; elle a quatre courl 
C'est au milieu do la mosqu^e que Ton voit tine il'noriue c 
ionne fabriqu^c avec un metal iucnnnu. Un des savanU 
Indieos ra'a dit iju'elle s'appelle He/t-djodch, c'est-a-dim 
' les sept nietaux-, et qu'elle est coiupos6e d'aulant da 
iii^taux didVirents. On a poll cette coionue sur une etendiu 
^ak- a la loD|;ucur de I'iudex, et eel eudroil |K)li In 
d'uu grand eclal- Lo fer tte laisse aucune trace sue ixitS 




D'lBN BATOUTAH. 151 

JUU-I (^iJt fj^ HM x^ \ij:>\^ ^\ji> ^y'^ Jfi^^ <y^.^^ »^ 

«x^l c^\yf\ (ji. «|^t oUJi 4>a^^ ^jSt jU l^x^^^yt^K^ 

L.t^ ^/%LjL^^I ouu yi^^ iuls. jJ iVc^^l t js^ £^^ uK^ 

xCSyiJU iiMyai\ SjUr^ (>aj I4JI3 4>^:^l jSU ii;l^ l^^ 
I^^Uj^ £^^' (>^^t [*^:pl ^ W^^ ^lib^^l iU«U J^ 

^yHoUt A-^ «>'J<A^' ^^^'^A^ ^^ M««r^ (jaJUL u^ jJI (^ 



colonne. Sa longueur est de trente coud^es; nous enrou- 
lames autour d'elle la toile d'un turban, et la portion de 
cette toile qui en fit le tour ^tait longue de huit coud^es. 

Pr^ de la porte orientale de la niosqu^e, il y a deux 
trisgrandes idoles de cuivre, 6tendues a terro, et r^unies 
ensembl^ par des pierres. Tout individu qui entre dans la 
inosqu^e on qui en sort les foule aux pieds. L'eaiplacement 
decette mosqu^e ^tait un boudkhdnah, c'est-a-dire un temple 
d'idoles; oiais, apris 1& conqu^te de Dihly, il fut converti 
enmosqu^Q. Dansiftcour septeotrionale de la mosqu^e, se 
^uvelemmaret, qui n'a pas son pareil dans toutes les con- 
^*^ musnlmanes. II est construit en pierres rouges, a la 
difiKreace de ceiles qui composent le reste de TMifice, les- 
T^^es sont blanches; de plus, les premieres sont sculpt^es. 
^ loinaret est fort ^Iev6; la fl^che qui le termine est en 

n^bre d'un blanc de lait, et ses pommes sont d'or pur. 

■•entrte en est si large, que les d^phants peuvent y mon- 

"^f* Qaelqu'un en qui j'ai confiance nia racont^ avoir vu, 



152 VOYAGES 

ijldl j^.«Afl^ ouvx? (^^ JuaJt ^^\j Ail aj ^:Jl fcHc^*^ 

cuiSJl jt Jou 4^ l^ Jia^\ iut*3-» ^5J;-«1I (s^^l* c^ (Ji 
i^j3 ^ ly^UI J^^UaJLJl :>l;l^ W*U ^^:> (v^c^'3 W^ 

I^X^^ xJ;liJL« A^uiiil <j^ a3"^ o^Xjuo^ c:u.a^ U^ ajui»^ 
1^1 b;^'^ (s^\ dijiAyai\ ^fJT ^U3j^ ^U^ I4JU <>4S <^^^t 

d U^UJ? J j4b^ aLsU U^^ W^libjl cicjt^^l ou^U^ 
j^l^l^JjLiMt ^ Ups»VjJ ^^^ ^IjUJt ^jU^t ^^ I^JJUI 

a r^poque de la construction de ce minaret , un ^l^phaut 
qui grimpait jttsqu'en haut avec des pierres, Cest ronvrage 
du sultan Mo'izz eddin , fib de Nacir eddin , fils du saltan 
Ghiyath eddin Balaban. Le sultan Kothb eddin voulut MtiTt 
dans la cour occidentale, un minaret encore plus grand; il 
en construisit environ le tiers, et mourut avant de i'avoir 
achev^. Le sultan Mohammed se proposa de le terminer; 
mais il renon<^a a ce dessein , comme ^tant de manvais au- 
gure. Le minaret en question est unc des merveilles dtt 
monde, par sa grandeur et la largeur de soa escalier, qui 
est telle que trois d^phants y montent de front. Le tieis 
qui en a ^t6 bati ^gale en bauteur la totality du minaret 
que nous avpns dit dtre plac^ dans la cour du nord. J'y men- 
tai un jour, j'apergus la plupart des maisons de la ville» et je 
trouvai les murailles de celle-ci bien basses, malgr6 toute 
leur ^Idvation. Les hommes places au bas du minaret ne me 
paraissaient que des petits enfants. II semble, a qaiconque 



D'IBN BATOUTAH. 153 

4jlxJI <>U;^ ^ii'u^^ iutUfl <x^ ;^U&LJI 2»tjl3 :>:Mt i 



le consid^re d'en bas , que sa hauteur ne soit pas si conside- 
rable, k cause de la grandeur de sa masse et die sa lai^eur. 
Le sultan Kothb eddin avait form^ aussi le projet de 
batir une mosqu^e cath^drale a Siry, surnomm^ le s^jour 
du kbaiifat ; mais il n'en termina que le mur faisant face 
a la Mecque, et le mihrab. Geite portion est construite en 
pierres blanches, noires, rouges et vertes; et si T^difice 
avait ^t^ achev^ , ii n'aurait pas eu son pareil dans ie monde. 
Le sultan Mohammed se proposa de le finir, et envoya des 
gens vers& dans Tart de batir, afin quails evaluassent i com- 
bien s'd^verait la d^pens^. Us pr^tendirent qu'on d6pense- 
rait, pour son achivement, trente-cinq lacs. Le sultan y 
renon^a, trouyant cette d6pense trop considerable. Un de 
aes familiers m^a racont^ qu'il ne se d^ista pas de son projet 
pour ce motif-ia , mais qu'ii en regarda Texecution conmie 
de mauvais augure, vu que le sultan Kothb eddin avait ii6 
tu^ avant de terminer cet edifice. 



154 VOYAGES 



joy^ fj^:> SJ^^ U^J^ (jvHrJoJl djif^yJlj^&h 

JUL^t XftyLkSUf »jL:3^lf %uue Juu4! iU^b (^ AJU iU^t 



DflSGRIPTION DES DEUX GRANDS BA$8|NS QUI SE TROUVSNT 

A. L*EXTERIEUI\ DE DIHLY. 

En dehors de cette ville se voit le grand bassin appd^ 
du nom du suitan Chems eddin Lalmich (Ahmicfa)r etoA 
ies habitants de Dihiy s'approvisionnent d'eau a boire. II 
est sita^ dans le voisinage du lieu oil se fait la pri^re d& 
f^andes f6tes (mogalla). II est aliment^ par Teau des ploies; 
sa longueur est d'en viron deux milles , et sa largeur moindre 
de moiti^. Sa face occidentals du c6t6 du mogalla, est conS:- 
truite en pierres dispos6es en forme d'estrades , Ies unes plo* 
hautes que Ies autres; au-dessous de chacune sont des d^* 
gr6s, a Taide desquels on descend jusqu'a Teau. A c6t6 dc 
cbaque estrade est un dome de pierre , ou se trouvent d^ 
sieges pour Ies gens qui veulent se diverlir et s'amnser. A^ 
milieu de I'^tang s'ileve un grand dome en pierres sculpt^^ 
et haut de deux Stages. Lorsque Teau est abondante dans '^ 
bassin, on ne pent atteindre cet Edifice, si ce n'est avec d^* 
barques. Quand, au contraire, il y a peu d'eau, los gens y 
enlrent. A Tinterieur est une mosqu6e,.et la piupart S-^ 



D'IBN BATOUTAH. 155 



iU3»Jl jbj Jufta (dW L^3 C>f >^**» »3^ <>SJ*>^ y^j 
^jUu*, j.^ A ^^yJJ (:yAJ^ *^l^ c:>U&UJt 



,A <;j;laJl M^ JV?>» i^^Xi^U *3oiJj ^j^l JWyJt JJO^- 

temps on y trouve des fakirs vou& au service de Dieu et 

qui ne metteot leur confiance qu'en lui. Lorsque Teau est 

tarie dans cet i^tang, on y cultive des Cannes k sucre, des ci- 

trouilles, des conconibres,*des past^ques et des melons. Ces 

demiers sont extrdmement doux , m^is d'un petit volume. 

Entre Dlhly et le s6jour du khalifat, se trouve ie has- 

ftin imperial, lequel est plus grand que -oelui du sultan 

Cbems eddiQ. Sur ses c6tes s'^livent environ quarante 

d&mes; les joueprs d'instruments habitent tout autour, et 

remplacendieat qu'ils occupent s'appelle Tharh-Ahdd « le 

^jour de Tali^resse ». lis ont la un march6 qui est un des 

plus grands qui exi3tent, une mosqu^e cath^drale et un 

prand pombre d'autres mosqu^es. On m'a racont6 que, du- 

''^ntle mois de ramadhan, les chanteuses qui habitent en 

^t endroit r^citent en commun /dans ces mosquees, la 

pi^ire dite Urawih. Des imams president a cette pri^re , et 

^"^y asgi^tent eo grand nombxe. Les chauteurs en usenl 

^ m^iue. .Vai vu les musiciens a la noce de Tdniir Seif 



I 



t J-«oj L^yii *lS yVii'I «s« iili liJii^ i-i^' Jja* 
lj_)<Xj| ukis-ji J.UaJI ».Aj\ _^ l^Jtit L^ljlj^ ijiuu^^h 

(j^oJI --ft-i-Lfi (jjJJ! »bl lit yif *il i^jJilf g-iJI IJ^ 

oUTl u^ J^Jt^' (j^<^'j^ J^UJI aaJLOI^^ W*-*j '^' 

eddin Ghada, fib deMohanna; chacun d'eux avait sous ses 
geooux un tapis a prier, ct quand il enlendait I'appel a la 
pri^re, il se levait, faisait ses ablutions et prlait. 

DESCRIPTION DE QESLQOBS-DNS DE3 LtEDX DE PELGniNtCE X DIHLY. 

On remarque pamii cea endroits : 

1° Le tombeau dii pieux cheikh Kothb eddin Bakhti^ 
Alca'ky. Ce lombeau est I'objet de b(^o^dict!ons manifestes, 
et jouit d'une grande veneration. Le motif pour lequei ce 
chcikb fut surDoninid Alca'ty, c'est que, quand des gens 
charges de dettes venaient te trouver pour se plaindre d« 
leur pauvreti^ ou de leur indigence, ou quand avnient re- 
cours a lui des individus ayant des filles et ne pouvant trou- 
ver de quoi leur fournir un trousseau au moment de les 
faire conduire pr^s de leurs ^poux. le cheikh donnaJt a 
[ qui s'adressaieut k lui uu biscuit d'or ou d'argent : 
c'est pourquoi il fut connu par le surnom d'Alca'ky, ou 
• rhomme aux biscuits. ■ 

2° IjC mausol^e du vertueuxdocteur Noilr eddln Alcorlanv. 

3" Lc atpulcre du docleur 'Ala pddin Alkermany. ainsi 



D'IBN BATOUTAH. 157 

M\ jiij^i^ fcJsi-U> Jla-j j^ 5**^l dJJy^ ju«XI »^ 

- ■ * 

A ^j^^ V'^^3 l^b'^b <?^M Jsutj^ j^UaJt^ djtyi 

V^iiib Ji .* AiK' JuOJt (^OJI >^>«IUit ^UaJt ^t f».^3 

appel6 d^apr^s la province de Rerm&n. Ce tombeau jouit de 
iM&a(6dictions manifestes et brille de la plus vive lumi^re. 
Uendroit qu*il occbpe indique la kiblah, ou la direction du 
liea de la pri^re, et il s'y trouve un grand nombre de se- 
pultures de ^nts personnages. Que Dieu nous fasse profiter 
de leors m^tes ! 

DE QUELQUES - tJNS DBS SAVANTS ET DES HOMMES DE BIEl^ 

DE DIHLT. 

Nons citerons panni eux : 

I'Le cheikh pieux et savant Mahmoud Alcobba (ie bossuj ; 
il estau nombre des principaux saints , et le vulgaire pretend 
qu'il dispose de richesses surnaturelles , car il n'en possede 
point d'apparentes; etcependant il donne k manger k tout 
venant, et distribue de Tor, de Fargent et des habits. 11 a 
^<^C(mipli de nombreux miracles, et s'est ainsi rendu c^- 
wre. Je Tai vu k plusieurs reprises, et j'ai eu part k ses 
*^n^dictions, 

2** Le cheikh pieux et savant 'Ala cddin Annily. On di- 
^t que ce surnom lui vient du nom du Nil , le fleuve de 



158 VOYAGES 

pj. (Oii* f ^ i*CJl %Jj y] ,4» «>^»' lA^» ^* l« *<*« 

4M1 t^l«x-^ (j^>^^ cy*^-**^ l' ^^ c5j^ cr^' <4H^ ^4^ 
(;^. ^T^t jo^t ^Ua» ^jJl i^^ AAJUii ^^^ ^^y^ 

TEgyple. Dieu sait le mieux ce qu'il en est. (Nily peut ri- 
gnifier aussi « le marchand d'indigo <• , ou designer une pei^ 
sonDe originaire d'Aonil , petite ville de Flrak , ao-dessoiu 
de Hiilah.) U a ^t^ ud des disciples du cheikh sav^tet 
vertueux Nizham eddin AlbMhaouny. II pr^che les fiddles 
tous les veodredis, et ud grand nombre d^entre eux font 
penitence en sa presence, rasent leur t6te, se lameDient a 
Tenvi les uns des autres, et quelques-uns mSnGie s^^va- 
nouissent. 



ANECDOTE. 



Je Tai vu un certain jour pendant qa'il pr^icfaait. Le lee- 
teur du Koran lut , en sa presence , ces versets : « 6 hommes, 
craignez votre Seigneur. Gertes, que le tremblement de 
terre , a Tbeure de la resurrection , sera quelque chote de 
terrible! Le jour ou vous le verrez, chaque nourrice oa- 
bliera son nourrisson , et cbaque femme enceinte avor- 
tera. On verra les homnies ivres. Non , ils ne seroot pas 
ivres; mais le chatiment inflige par Dieu est terrible; il hs 
^tourdira. r, (Koran, xxii, v. i et 2.) Le docteur 'Ala ed- 
diu r^p^ta ces paroles, et uu fakir, plac6 dans un des 



D'IBN BATOUTAH. 169 

^.AJLiJl ^Lai A^^i ^JSJ\ 6UU k4^ ii^3U> iK:^! iC^v^b 

*4M5 *3)U^ j^a*.^ *aX^ ^ (j^ cmS} IaI^ 2*33 iUib 
^3X1113 <j>K!t ^ jl^HS^i (:>^<>JI j<>^ >«SUIi ^UJt ^yftJl 
<:r^ ^ir^!^ «i<-ft-MJ p^3 y^iXJI p^Aflj ^^l(j jjj^3 fi)j^ ^tgJl 

Jk-^l^ ^UaJw»«Jl ojjj>^3 «U^ /UylJj U jyi^ BiAiT UiOJl 

j-AUI g;Pl 4X-?Lj»Jt yJLJJ ^UflJl ^U^! .>t-^^ Ai^I 

4 

coins de la mosqu^e , poussa un grand cri. Le chei'kh r^- 

j>^ le verset; ie fakir cria nne seconde fois et tomba 
mort. Je fiis an nombre de ceux qui pri^rent sur son corps * 
et qui assisti^rent a ses obseques. 

3" Le cheikh pieux et savant Sjadr eddinAicohrany, qui 
jeAnait continueilement, et restait debout durant la nuit ; il 
avait renonci a tons les biens de ce monde, et les avail re- 
pousses loin de lui. Son v^tement consistait en un manteau 
court sans manches. Le sultan et les grands de TEtat le visi- 
taieht, maissouvent il se derobait a leurs visites; Le sultan 
d^ira lui constituer en fief des villages , avec le revenu 
desquels il pAt donner a manger aux pauvres et aux etran- 
gers; mais il refusa. Dans unedes visiles qu'il lui fit, Tem- 
perenr lui apporfiSi dix mille dinars, qu'il n*accepta pas. 
On racbnte qu'il ne ronipt le jeune qu'au bout de trois 
joors; qu*on lui fit des representations a ce sujet, et qu'il 
r^pondit : « Je ne romprai le jeune que quand j'y serai force 
par une mort imminente. » 

4** L'imim pieux, savant, d^vot, temperant, humble, la 



160 VOYAGES 

j^jUJI AMt Jm-* (ji-y^^ i^ toj*^ «>VS»-^3 '»^* *^ 

J_*6 gjli^ A ,i> C M.. ,; ylTjUJI ii(-«J *pt^ ^t (^1, 

t^ *3jj «jjt JyJl (^oJI ^Uftj g-aJt iy^l; 6H «e>JW 



« ji ^u d i»»tj i;;jJt yi(, « j^b ^ JJ ^.M^ ^ p:A«)t 

V 

^J^-A-ft ^^ U j-aJT oh^3^ Ui.>Jt ovfe^^*Uu^^3 A^f 



perle de son epoque, la merveille de son si^cie, Cam4{ 
eddin 'Abd Allah Alghary, ainsi surnomm^ d*apr^ uoe 
caverne [cjhar) qu'il habitait proche de Dihly, dans le voi- 
sinage de la zaouiah du cheikh Nizham eddin Alb^dh&ouoy. 
Je Tai visits k trois difil^rentes reprises dans cette cavefne. 



MIRACLE DE GET IMAM. 



J'avais un jeune esclave qui s'enfuit et que je retrouvai 
en la possession d'un Turc. Je r^solus de le retirer des 
mains de celui-ci; mais le cheikh me dit : « Get esclave 0^ 
le convient point; ne le reprends pas. » Or le Turc ^taitdji" 
pos6 a un accommodement. Je m'arrangeai avec lui, moyeo* 
nant cent dinars qu'il me paya, et je lui laissai Tesdive* 
Six mois s'^tant ecoul^s , ce dernier tua son niaitre. 0''' 
lamena au sultan , qui prescrivit de le livrer anx enfafi^ 
de la victime , lesquels le massacr^rent. Lorsque j'eus ^ 
t^moin de ce miracle de la part du cheikh , je me retu** 
pr6s de lui , et me consacrai a son service , reuon^ant ^ 



f! 



D'IBN BATOUTAH. 161 

9 (:5v.^»UJli^ -f^KJiOS 



gysrj iUiS^ JUs AM! ^U ^jt ooo L^ JJs jSiU^j^L 



^ j^ ^jJt JU^ jouJl^ oo^t^ dU^i ^^1:» iu^i 

monde, et donnant tout ce que je possedais aux pauvres et 

aux malheureux. Je s^journai pres de lui un certain temps, 

€t je le voyais jeuner dix et vingt jours de suite , et rester 

debout la plus grande partie de la nuit. Je ne cessai de 

demeurer avec lui , jusqu'a ce que le suUan m'envoyat 

diercher. Je me rattachai alors au monde. (Puisse Dieu m'ac- 

corder une bonne fin 1) Si Dieu le veut, je raconterai cela 

par la suite , ainsi que les details de mon retour au siecle. 

BBGIT DB JUL CONQU&TE DE DIHLY ET NOTICE SUR LES BOIS 

QUI S*Y SUGCEDERENT. 

Le jurisconsulte, Vimam tr^s-savant, le grand kadhi de 
ITnde etdu Sind, jCamal eddin Mohammed, fils de Borhan 
wdln, de Ghaznah, surnomm^ Sadr Aldjihan , m'a raconte 
^^ que la ville de Dibly fut conquise sur les infiddes dans 
»»nnie 584 (ii88). J'ai lu cette m6me date 6crite sur le 
^Arab de la grande mosquee de cette ville. 
Le personnagc d6ja nomm^ m'a appris aussi que Dibly 



rjsii 



162 VOYAGES 

^IkLJl J^U 4X^1 yfi>^ (it^ p«>^ tfluM^ j^Lm (•l^) 

^U»r^^ i4>p vilXo ^jiytil pUw (j^ 4X-# (j^«3Jl o)^ ^JmII 

AH^t JJS^ ^UJUJI S ^ ^^ ^U ^3 1«aC*3j^^ 

iU)^ ^ P«Xj^ juajb j:>Uj (^JJI 4^ Jt^^ \J^ fJoy 

fut prise par F^mir Kothb eddin Aibec, qui ^tait surnomm^ 
Sipah Salar, ce qui signi6e general des armies. (T^tait qd 
des esciaves du suitan v6n^r^ Ghihab eddin Mohammed i 
fils de Sam 1e Ghouride, roi de Ghaznah et du Khor&^n, 
et qui s'^tait empar^ du royaume dlbrahim, fils (lisei 
petit-fils] du sultan belliqueux Mahmoud ibn Subuctekiiit 
lequel commenga la conqu^te de Flnde. 

Le susdit sultan Ghihab eddin avait envoy^ T^mir Eodib 
eddin avec une arm^e considerable. Dieu lui ouvrit la ville 
de Lahaour (Lahore], ou ii fixa sa residence. Son pouvdr j 
devint considerable; il fut calomui^ pr^s du sultan, et Id j 
familiers de cc prince lui inspir^rent Tid^e qu^il voolait M 
declarer souverain de Tlnde , et qu'il 6tait d^jk en pldal'J 
r^volte. Gette nouvelle parvint k Kothb eddin; ii partitea 'j 
toute hate, arriva de nuit k Ghaznah, et se pr^senta devant 
le sultan , a Tinsu de ceux qui Tavaient d^nonc^ k ce mo- 
narque. Le lendemain, Ghihab eddin s^assit sur son trAne, 



D'IBN BATOUTAH. 163 

<£Ljt-i\ <Xxit^ Sjiym f^ (^UaJLJl 4>yM JoJL (jl^ U^ 

j^^ (5JU>^ ^(^^ ^^-^^ ^UaXiJt f^yi^ ikmkki dsUt 



et fit asseoir en dessous Aibec, de sorte qu'il ne fut pas 
visible. Les commensaux et les courtisans qui Tavaient ca- 
lomnie amy^rent , et lorsqu'ils eurent tous pris place , le 
saltan les questionna tonchant Aibec. lis lui r^peterent que 
ce g^n^ral s'^tait r^volt^, et dirent : « Nous savons avec cer- 
titude qu'ii pretend a la royaut^. » Alors le sultan frappa 
de son pied le trone, battit des mains et s'^cria : « 6 Aibecl » 
«Mevoici, »r^pondit celui-ci, et il se montra a se& d^non- 
dateurs. Geux-ci furent confondus, et, dans leurefiroi, ils 
s^empress&rent de baiser la terre. Le sultan leur dit : « Je 
vous pardonne cette faute; mais prenez garde de recom- 
mencer \ parler contre Aibec. » Puis il ordonna a celui-ci 
de retourner dans llnde. Aibec obeit , et prit la ville de Dihly 
et dTautres encore. La religion musulmane a ^t^ florissante 
dans ce pays-la jusqu'a present. Quant k Kothb eddin, il y 
s^journa jusqu'a ce qu'il mourut. 



1 1 



164 VOYAGES 

J^ C:H Jj' ^3 j*"^^ (:j:5^3 f^' J-^ iUiUJ! ^jy^y J^^l 

^-^I C5^ Afijf J^ ylO A^ 9jcu^ Jjft5 iCAi*>ur JLUI 

^joM pX^\ «bU iuuvJL jLlUl <x^l^ JlUL jLeuUil ^^jJl 
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i Su^\ ajI »j^X^ cj^3 :^U&U I^Uo ^:>U ^j^y iuU* (s)4;^fi^ 

HISTOIRE DU SULTAN GHEMS BDDiN LALMIGH (aLTMIGH). 

Ge prince fut le premier qui r^gna dans la ville de Dihly 
avec un pouvoir ind^pendant. Avant son avenement aa 
trone, il avail 6t6 Tesclave de Temir Kothb eddin Aibec, 
le g^n^ral de son arm^e et son lieutenant. Quand Kothb 
eddin fut mort, il se rendit maitre de Tautorit^ souveraine, 
et convoqua la population , afin qu'elle lui pr^tat sermenLLes 
jurisconsultes vinrent le trouver, ayant k leur t£te le grand 
k&dhi alors en fonctions, Wedjih eddtn Alc&Q&ny. Us en- 
tr^rent dans la pi^ce ou il ^tait et s^a^sirent devant lui. 
Quant au kadhi, il s'assit a son c6t^, selon la coutume. Le 
sultan comprit de quoi ils voulaient Tentretenir ; ii sooieva 
le coin du tapis sur lequel il ^tait accroupi, et leur pr^seota 
un acte qui comprenait son afTranchissement. Le kadhi et le$ 
jurisconsultes le lurent et pr^t^rent tons kLalmich ie serment 
d^ob^issance : il devint done souverain absolu , et son regne 
dura vingt ans. II ^tait juste, pieux et vertueux. Parmi ses 



D'lBN BATOUTAH. 165 

M 

* U*^ 6^^' U^H^. l^A^ *^^' cMb Ci,^**" 



actions m^morables, il convient de citer son z^Ie k redres- 
ser les torts et a rendre justice aux opprim^s. II ordonna 
que quiconque avail ^prouv^ une injustice revfilit un habit 
de couleur. Or tous ies habitants de i'lnde portent des ve- 
tements blancs. Toutes ies fois qu'il donnait audience k ses 
sujets ou qu'ii se promenait a cheval, s'ii voyait quelqu'un 
v£tii d'un habit de couleur, il exaniinait sa plaintc , et s'oc- 
cupait k loi rendre justice centre son oppresseur. Mais il se 
lassa d'agir ainsi, et se dit : «Quelques hommes souOrent 
des injustices pendant la nuit; je veux en hater le redres- 
sement » £n consequence, il ^leva k la porte de son palais 
deux lions de marbre, places sur deux tours qui se trouvaient 
eo cet endroit. Ges lions avaient au cou une chaine de fer 
o^ pendait une grosse sonnette. L'homme opprim^ venait 
de unit et agitait la sonnette; le sultan entendait le bruit, 
examinait Taffaire sur-le-champ et donnait satisfaction au 
plaigoant. 

A sa mort, le sultan Ghems eddin laissa trois fils : Rocn 
eddln , qui lui succ^da; Mo'izz eddin et N&cir eddjn; et une 



166 . VOYAGES 

^jJt^>** xifXA S 4^j is^^ ex^3 (J^^^J^^^ i:)^^^ 

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JA> i::>;XiU AM^ AArf^ oul(^ Akxiii *(^4>Jt 5m 

fille appel^ Radbiyah, laquelle ^tait sceur germaine de 
Mo'izz cddin. Rocn eddin rdgna apres lui, ainsi que nous 
ravons Hit. 

HISTOIRE DU SULTAN ROCN EDDIN, FILS DU SULTAN CHEftfS EDDUI- 

Lorsque Rocn eddiD eut 6l6 reconnu sultan » aprAs l^ 
mort de son p^re, il inaugura son r^gne par un traitemen^ 
injuste envers son frfere Mo*izz eddin , qu'il fit p^rir. R*'' 
dhiyah ^tait soeur germaine de ce malheureux prince, etdl^ 
reprocha sa mort k Rocn eddin. Celui-ci mddita de Tawif^ 
siner. Un certain vendredi, il sortit du palais pour assisterSt 
ia priere, Radhiyah monta sur la terrasse du vieux palais atte^ 
nant k la grande mosquee, et que Ton appelait Dooobt- 
Khdneh « la maison du bonheur. » Elle ^tait rev^tue des ha- 
bits que poiiaient ceux qui avaient ^prouv^ des injustices. 

Dans cc costume, elle se pr^senta au peuple, et lui paila 
de dessus la terrasse. «Mon fr6re, lui dit-elle, a to£ son 
fr^re , et veut aussi me faire p^rir. » Puis elle rappela le 
r^gne de gon p^re et les bienfaits qu'il avait prodigues au 



DIBN BATOliTAH. 167 

fj-i^>^\ j~ia\i l$^l ^l^ A^if i^Uoi S^XiJU 1,^^ JoUJl 
/ Ajrid) iUly} ^ ijsUJI ^ii\» J^AJw 



^^1 JJ^L k^kJLJU-lj U^y JAll AA4&, u;».l *Jy ^ 

JW-jJt i».5^ li ylfpJIj lT'^^'j IJ*>*^ ■ 't*^^ ii**'^ (JiA— 

L^jbl ijiut; (^ "^^"^rxis i^;*«iJ*- W^^ji^j W**^ ti^ u-'*'' 

peuple. La-dessus , les assistants se porlerent ea tumulte vers 
jAsullan BocD eddia, qui se trouvait alors dans la mosqu^e, 
se saisirent de lui, el Tamtfiiereot a Radliivah. Cetle-ci lear 
dit : " Le nieurtrier sera tu^ • : et Us le massacrerent , en repr^- 
sailles du meurtre de sod frere. Le frere de ces deux princes , 
Nacir eddin , clail encore dans Tenfance : anssi le peuple 
s'accorda-t-il a recoooaitre cotnme souveraine Radbiyah. 

DB flMPERATRICE BADBITAB. 

Lorsqne Rocn eddin eat ^t^ iai, les troupes coavinreut 
depIacersurletrooesascEurRadhiyah. Elles laproclamerent 
souveraine; et cette princcsse r^na, avec une autorile ab- 
solue, durant quatre aunees. £lle moDlait a cbeval a la 
maniere des bomiues, arm^e d'un arc el d'un carqoois, en- 
toar^e de conrtisaos, et ellc ne voilait pas son visage. Dans 
la suite, etle fut souproun^e d'avoir commerce avec tin de 
ses esciaves, Abyssiu de naissance; et le peuple di^cida de 
la d^poser et de lui donner un 6poux. En con^quence, 
elle fut d^pos^e et mari^ a ud de ses procbes, et son fr^re 
Nacir eddin devlnt maitre de I'autorit^. 



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168 VOYAGES 



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t^^ l,yJjJU i LjSjj **U UJU^ W=!-jy3 'i*-*; u' ^ »^ 
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le^l^S o^* Jy iUb ^3 e>l;il Wi^ ou.b U^ JU^I 

1^5. i^^ji ^Jd. i^fU^ i^xxAi »|C^T i^t Jbuu eJ^ ^\^ 



HISTOIRE DU SULTAN nAgIR EDDIN , FILS DU SULTAN GHEMS EDDIN. 

Apr^s la deposition de Radhiyah, son fr^re cadet NacP 
eddin monta sur le trone et poss^da quelque temps Tauto- 
rit6 souveraine; ensuite; Radhiyah et son mari se revol- 
tferent contre lui , mont^rent a cheval, accompagn^s de leurs 
esclaves et des malfaiteurs qui voulurent les suivre, et se 
pr^parerent a le combattre. Nacir eddin sortit de Dihly avec 
son esclave et lieutenant Ghiyath eddin Balaban , celui-la 
mSnie qui devint maitre du royaume apr^s lui, Le combat 
s'engagea, rarm^e de Radhiyah fut mise en d^route, et 
elle-m^me prit la fuite; elle fut surprise par la faim el ac- 
cabl^e de fatigue; en consequence, elle se dirigea vers ob 
laboureur qu'elle vit occup^ a cultiver la terre, et lui d^" 
manda quelque chose a manger. II lui donna un morce^-^ 
de pain, qu'elle d^vora, apr^s quoi le sommeil s'empa^* 
d'elle. Or Radhiyah 6tait rev^tue d'un habit d'homns^ ^' 
lorsqu'ellg fut endormie, le laboureur la consid^ra, et v^*' 
sous ses vfitements, une tunique brod^e d'or et de perles;. ^ 
s'aper^ut que c'^tait une feuime, la tua , la d^pouilla , chas 






P'IBN BATOUTAH, 169 

yfc^ *, S}^^j\yi Jill Uj^^ iUS l^<^^ dUUA c;*AAa^ 

t^ CjeJ ^OL^ eJ.U UC y\G ^^^^ (^^^-ft^-ft j^i« *I 
A^b (jt ^ iuU^t (iSC^ (j^ AlaiiBr uL^s^ (^ (^<>Jt JU^ 



son cheval , et I'ensevelit dans le champ qui lai appartenait. 
Puis ii prit une partie des v^tements de la princesse, et se 
rendit au march^ , afin de ies vendre. Les marchands con- 
^urent des soupQons a son ^ard , et Tamenerent au chihneh , 
c*est-a-dire au magistrat de police, qui lui fit infliger la 
bastonnade. Le miserable confessa qu'ii avait tu6 Radhiyah 
et indiqua a ses gardiens le lieu ou il Tavait ensevelie. Us 
diterr^rent son corps, le lav^rent et Tenvelopp^rent dans 
un linceul; puis il fut remis en terre au m^nie endroit, et 
Ton construisit sur lui une cbapelle fun^raire. Son tombeau 
est actuellement visits par des p^lerins , et regard^ comme un 
lieu de sanciification. II est situe sur le bord du grand fleuve 
appel6 Djoun (la Yamouna ou Djomna], a une parasange 
de la ville de Dihiy. 

Apres le meurtre de sa soeur, Nacir eddin resta seul 

tnaitre du royaume , et r^gna paisiblement durant vingt 

*iin6es. C'^taitun souverainpieux; il copiaitdes exemplaires 

u livre illustre (le Korao), les vendait, et se nourrissait 

yec le prix qu'il en retirait. Le kadhi Carnal eddin m'a fait 

nr UD Koran copi6 de sa maiu , artistement et ^l^gamment 

rit. Dans la suile , son lieutenant Gbiyath eddin Balaban 



170 VOYAGES 

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^ ft/-^ *^3 «^^ «^^ U ^i^ jt^xJt i^U^j^ 

le tua et regna apr^s lui. Ce Balaban eut une aventure ex- 
traordinaire que nous raconterons. 

HISTOIRE DU SULTAN GHIyAtH EDDIN BALABAN. 

Lorsque Balaban eut tu6 sod maitre, le sultan Nacir 
eddin, il r^gna, avec un pouvoir absolu, pendant vingt an- 
nees, avant lesquelles il avait ^i6 le lieutenant de son pr^- 
d^cesseur durant un pareil espace de temps. II fut au nombre 
des meilleurs sultans, juste, doux et vertueux. Une de ses 
actions g^n^reuscs, c est qu'il fit batir unc maison k laquelle 
il donna le nom de « sejour de la surete. » Tons les d^bi- 
teurs qui y entraient voyaient acquitter leur dette, et qui- 
copque s'y r^fugiait par crainte y 6tait en surety. Si quel- 
qu'un s'y retirait apr^s avoir tu^ une autre personne, ie 
sultan d^sint^ressait k sa place les amis du mort; et si c^^ 
tait quelque d^linquant , il donnait satisfaction a ceux qui 
le poursuivaient. Cest dans cette maison qu'il fut enseveli, 
et j'y ai visits son tonibeau. 



D'lBN BATOUTAH. 171 



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JUi A^MI^ A4#U jJ^ \t ^ ^ JUi jUUd^^I (^ LJjJd 

^ /l^iP^^JUil^ Ul^^ »Ja^ ^^ i:;»l4ii g^!^^^ 

J^b ^j&4J 0^*3^1 <r^«^ ^UaUJl e-ju ^j) ^jiSl^ »;jv.*-id> 



AYENTORE EXTRAORDINAIRE DE BALABAN. 

On raconte qti'un fakir de Bokhara y vit ce Balabao , 
qui itait de petite taille et d'un ext^rieur ch^tif et ra^pri- 
sable. II lui dit : « 6 petit Turc! » ce qui ^tait une express 
sion indiquant du m^pris. Balaban r^pondit : « Me void, 6 
men maitre. » Cette parole plut au fakir. « Achate pour moi , 
reprit-il, de ces grenades », et il lui montrait des grenades 
qui ^taient expos^es en vente sur le march6. « Tres-bien », 
r^pliqua Balaban ; et tirant quelques oboles , qui ^taient tout 
ce qu'ii poss^dait, il acheta plusieurs de ces grenades. 
Lorsque le fakir les eut revues, il lui dit : «Nous te don- 
nous le royaume de Flnde. » Balaban baisa sa propre main 
(c'estlk une mani^re de saluerj et r^pondit : « J'accepte et 
je 8U18 content. » Gette parole se fixa dans son esprit. Ce- 
pendant il arriva que le sultan Ghems eddin Lalmich en« 
voya un marcfaand, aiiu qu^il lui acbetat des esciaves a 
Stoiarkand, k Bokhara et k Termedh. Get individu fit Tac- 
quisition de cent esciaves, parmi lesquels se trouvait Bala- 
ban. Lofsqu'il se pr^senla avec eux devant le sullan , tous 



172 VOYAGES 

JUj \S^ Jujt ^ JUi Ax«Ui> (^ »bj5l U (^ ^t ^fl«A.g: 

JUj cK>^>fr M bl jjx&l 2^ JUi f^^uajJ j»4x^;x£t Jb»^ Aju 

JULi (^yi^^^^Ali (^ (^^003 iUwJb i^'t^ JJi> i^ c:>;i£»<Xi 



plurent k ce prince, hormis Balaban, k cause de ce que 
nous avoDs dit de son ext^rieur m6prisaMe. « Je n^accepte 
pas celui-ci » , s'6cria-t-il. L'esclave lui dit : « O maitre du 
monde, pour qui as-tu acheli ces serviteurs? » L'empereur 
se mit a rire et r^pondit : « Je les ai achet^s pour moi- 
indme. » Balaban reprit : « Achate -moi pour Tamour de 
Dieu. » — « Tr^s-bien », r^pliqua le suitan ; ii i'accepta , et le 
mit au nombre de ses esclaves. 

Balaban fut traits avec m^pris et place parmi les portears 
d'eau. Les gens verses dans ia connaissance de Tastrologie 
disaient au suitan Chems eddin : « Un de tes esclaves enl^ 
vera le royaume a ton fils et s'en emparera. » lis ne cessaient 
de lui r^peter cela; mais il ne faisait pas attention k leurs 
discours, k cause de sa pi^l^ et de sa justice. Enfin on rap- 
porta cette prediction k la grande princesse, m^re des en- 
fants du sultan, et elle la lui r^p^ta. Cela fit alors impres* 
sion sur son esprit ; il manda les astrologues et leur dit : 
« Reconnaitrez-vous , lorsque vous le verrez , Tesdave qui doit 
enlever le royaume k mon fils?» Us repondirent : «Oai« 



^ D'IBN BATOUTAH. 173 

aJIaJLj^ (Jyj-J^ ;^\kLJt j^U l^ Aj^ iU^Vp boOLc Ajt> 
U^y^ U!r**^'^ iU^ iyut ^!*>s> (j?sJ !>-^/« dU jJ (jA^^ 

lyLfc?^ j^b*^' !>*^ x)^b U UJ i^^^xSoJ ^^I Jl b4>c^l 

A^:>\j\ U ^5^-iJb 4>v^ jM Ax^jA^I A14AJ (jj-ij^ i>| (j^nJ^ I43 
C^yo J^l^^ ^^^^y^*^3 AJ^U^ aS) t^tX^U 4Xju i::>lj ^ yDi^ 

nous avons un indice qui nous le fera connaitre. » Le sul- 
tan ordonna de faire paraitre ses esclaves, et s'assit pour 
les passer eS revue. Us parurent devant lui, classe par 
classe; les astrologues les regardaient et disalent : « Nous ne 
le voyons pas encore. » Cependant une heure de I'apr^s- 
midi arriva, et les porteurs d'eau se dirent les uns aux 
autres : « Nous avons faim ; rassemblons quelqaes pieces de 
monnaie, et envoy ons un de nous au march^ afin qu'il nous 
achete de quoi manger. » lis r^unirent done des drachmes, 
et firent partir avec elles Balaban ; car ii n'y avail parmi eux 
personne qui fut plus m^pris6 que lui. II ne trouva pas dans 
le march^ ce que voulaient ses camarades; en consequence, 
il se dirigea vers un autre march^ ; mais il tarda, et lorsque 
ce fut le tour des porteurs d'eau d'etre passes en revue, il 
n^^lait pas encore revenu. Ses camarades prirent son outre 
et son pot k i'eau, les piac^rent sur T^paule d'un jeune gargon , 
et pr^enterent celui-ci comme si c'^tait Balaban. Lorsqu on 
appela le nom de Balaban , le jeune gar^on passa devant 
les astrologues, etla revue fut termin^e sans qu'ils vissent 



174 VOYAGES ^ 

iUL^ ^^,^5^-6^ » J^ AJLft B^jb Ak«^ viUlI J^ U^ JJLU JL? 

jw^4-aJ) ylil l$4>c.-l ^^liXJ^ ^^ ^UaJuJl ^l(j dJi> j5i 

^VxU iuu^XjC: U5l»w JOuJt 5^ ^uuy IJt^ ^l(^ ff<X4^ J3 

A^^ 1^)^ y\(5 ^jJl j-iob ^^^u^ aUJi (^ ylkX-JJ JJ^3 



la figure qu'ils cherchaient. Balaban arriva apr^sracb^emeDt 
de la revue, car Dieu voulait que son destin s'acconiplit 

Par la suite, les nobles qualit^^'de Tesclave ser^v^l^nt, 
et il fut fait chef des porteurs d'eau ; puis il entra dans Tar 
m^e, et devint ensuite emir. I!le sultan Nacir eddin , avant 
de parvenir au trone , ^pousa sa fiUe , ct lorsqu'il fut devenn 
maitre du royaume , il le fit son lieutenant. Balaban rempiit 
les fonctions de cette cbarge pendant vingt annees; apris 
quoi, il tua son souverain et demeura maitre de Tempirc 
durant vingt autres annees, ainsi qu'il a ^^ dit plus haat. 
II eut deux fils, dont Tun ^tait le khan martyr, son succes- 
seur design^ et son vice-roi dans le Sind, ou il rfeidait 
dans la ville de Moultan. II fut tu6 dans une guerre qu'ilci»t 
k soutenir contre les Tatars, et laissa deux fils, Kei Kob^^ 
etKeiKhosrew. Le second fils du sultan Balaban ^taitapp^^^ 
N&cir eddin et 6tait vice-roi pour son pire dans les provio*^** 
de Lacnaouty (Gour, Tancienne capitale du Bengale) et ^* 
Bengale. 

Lorsque le khan martyr eut succomb^ pour la foi , ie sal*-** 



D*IBN BATOUTAH. 175 



y\Ja-L«*Jl 0i (j^^l ^^b (jj 0^jJl_)** yUaLJlj5l 



*Ji-jl (j^i) 0.-tjJl Jjis-j ^yfi3l iSV^ 4-sil* (j,^.>J!j-eb 



Balaban d^clara h^ritier du trdne le fils du d^funt, Kei Khos- 
rew,et le pr^fera a son propre fils Nacir eddin. Celui-ci avail 
lui-mSme un fils qui babitait k Dibly, pr^s de sonaieal, et 
qui ^tait appele Mo'izz eddin. Cest ce dernier qui, apr^s la 
mort de son aieul, et, du vivant m^me de son p^re, devint 
maitre du trone, avec des circonstances extraordinaires, que 
nous r^conterons. 

H18T01BE DU SDLTAN MO^IZZ EDdIn, FILS DE NACIR EDDIN, FILS 
DU SULTAN GHIyAtH EDDIN BALABAN. 

Le sultan Ghiyatb eddin mourut durant la nuit, tandis 
que son fils Nacir eddin se trouvait dans la province de 
I«acnaouty, et apris avoir declare pour son successeur son 
Petit-fils Kei Kbosrew, ainsi que nous I'avons racont^. Or 
ie cbef des^mirs, lieutenant du sultan Gbiyatb eddin, ^tait 
' Gcinemi du jeune prince, et il machina contre celui-ci une 
^se qui lui r^ussit. En efTet, il terivit un acte dans lequel il 
^J^trefit r^riture des principaux 6mirs , leur faisant attester 



176 VOYAGES 

iSifi\j:^ ^U. i 4:.CS}i ^^t u^t a] JUj »«x^ J^3 dJ^ 
L^ x4^U J* (^:i^ o^'J' ^?^^^ ^^ d vJuTjUi Aj^l^ 

qu'ils avaient pr6t6 serment d'ob6issance a Mo'izz eddin, 
petit-fils du sultan Balaban; puis ii se pr^seuta devant Kei 
Khosrew, comme s'il avait el6 plein de sinc^rit6 en vers lui, 
et lui dit : « Les ^mirs ont pr^t^ serment a ton cousin , et 
je Grains pour toi leurs mauvais desseins. » Kei Khosrew lui 
r^pondit : « Quel remade y a-t-il ? ■ — « Sauver ta vie en fuyant 
dans le Sind » , reprit le chef des ^mirs. « Mais comment sortir 
de la ville, r^partit le jeune prince, puisque les portes sent 
ferm^es? » — « Les clefs sont entre mes mains , r^pliqua I'A- 
mir, et je t'ouvrirai. » Kei Khosrew le remercia de cette jmto- 
messe et lui baisa la main. « A present monte a cheval », lui 
dit r^mir. En consequence, le jeune prince monta k chevalt 
accompagn^ de ses familiers et de ses esclaves; le grand ^mir 
lui ouvrit la porte, le fit sortir, et la ferma aussitdt apr^ qall 
eut quitt^ Dihly. 

Aiors il demanda k ^tre admis pr^s de Mo'izz eddin et loi 
pr^ta serment. Mo'izz lui dit : « Comment pourrais-je iite 
sultan, puisque le titre d'h^ritier pr^somptif appartient k 
nion cousin P » Le chef des ^mirs lui fit connaitre la ruse 
qu'il avait machin^e contre celui-ci , et ie moyen par lequel 
il Favait fait sortir de la ville. Mo'izz eddin le remercia de sa 
conduite, se rendit avec lui au palais du roi, ct manda les 



D'IBN BATOUTAH. 177 

^u«I UM iuJ »yt>U* ^\^^ 4r*^! Qy^ eov3 JJat jt^ 
J^U^u :>^ ll> »^t ^^3 dUat ^ pliiA^I^ (j^^lUt^U iji^l 

Jt^^b xUij^i^ i>8--^i »t4 jh^ bl^ A^ JJU^3 JJULI 



emirs et les courtisans, qui lui pret^rent serment durant la 

nuit. Le matin ^tant arrive, le reste de la population fit 

de inSme , et le pouvoir de Mo'izz eddin fut parfaitement 

afiermi. Son p^re ^tait encore en vie, et se trouvait dans le 

pays de Bengale et de Lacnaouty. La nouvelle de ce qui 

s'^taitpass6 lui etant parvenue, ii dit : t Je suis rii^ritier 

da royaume; comment done mon fils en deviendrait-il 

maitre et le possdderait-il avec une autorit^ absolue , tandis 

que je suis encore vivant ? » II se mit en marcfae avec ses 

troupes, se dirigeant vers la capitale, Dihly ; son lils se mit 

aussi en campagne , k la t^te de son arm^e , dans le dessein 

de le repousser de cette ville. lis se rencontr^rent pr^s de la 

ville de Car& ( Gorrah ) , situ^e sur le rivage du fleuve Gauge , 

celui-lk m^me od les Indiens vont en p^lerinage. Nacir 

eddin campa sur sa rive, du cot^ qui toucfae Cara, et son 

fils, le sultan Mo'izz eddin, campa sur le c6t^ oppose, de 

6orte que le fleuve se trouvait entre eux. Us r^solurent de 

combattre Tun contre Tautre; mais Dieu voulut 6pargner 

le sang des musulmans et r^pandit dans le coeur de Nacir 

lin des sentiments de mis^ricorde envers son fils. En 

III. 1 3 



178 VOYAGES 

^^b 5U3 JJs i i^t^jL6JI c^^3 Ai^Ult (^ dU^Jl^ ^IW 

consequence, il se dit-en lui-m^me : «Lorsque mon. fits 
r<^gnera, ce sera un honneur pour moi; il est done plus juste 
que je desire cela. » En m^me temps , Dieu jeta dans le coeor 
du sultan Mo'izz eddin des sentiments de soumission envers 
son p^re. Chacun des deux princes monta sur un bateaa, 
sans toe accompagn6 de ses troupes, et ils se rencontr^rent 
au milieu du fleuve. Le sultan baisa le pied de son p^» 
et lui fit des excuses. Celui-ci lui dit : 1 Je te donne mon • 
royaume et je fen confie le gouvernement. » Lk-dessos il 
lui pr^ta serment de fid^lit^, et voulut s*en retoumer dans .;, 
les provinces qu'il possddait; mais son fils lui dit : all fiut :j 
absolument que tu vieones dans mes Etats. » Le p^re et k 
fils se dirig^rent ensemble vers Difaly et entr^rent dans fe 
palais ; le premier fit asseoir Mo'izz eddin sur le tr6ne et 
se tint debout devant lui. L'entrevue qui avait en Hbo. 
entre eux sur le fieuve fut appel^e la rencontre (conjonci* 
tion) des deux astres beureux, h cause des r^sultats qa'ell^ 
eut, en epargnant le sang (des sujets)» en faisant qoel^ 
pere et le fils s'ofirissent Tun h Tautre le royaume et qa'3^ 
s'abstinssent de combattre. Les poeies c^libr^rent en toxi^ 
cet ^v^nement. 






I 



D'IBN BATOUTAH. 179 

■ 

J>.^t jH^j U^l^^ ^i;;i3^tjH^I iiU A3^U C^l^ ^1^1 

*X1 ^ (5^ oU>^ (^OJt j3Ka- *wli «aJ* pUi «**A 

. H^^ P»iij ,hM' 

N&cir eddin retourna dans ses Etats et y mourut, au 

hoat de quelques ann^es, y laissant plusieurs eofants, 

panni lesquels Ghi\^ri^ eddin Behadoiir, le m^me que le 

sultan Tc^hlok fit pIRinier, et que son fils Mohammed 

relacha apr^s sa mort. Gependant la royaut^ resta encore 

en la possession paisible de Mo'izz eddin, durant quatre 

ann^es, qui furent semblables h des jours de f(§te. J'ai e% 

tendu pne personne qui avait v6cu de ce temps-Ik en d^crire 

les felicity, le bon march^ des denr^es a cette ^poque,la lib^ 

nUt^ et la munificence de Mo'izz eddin. Ce fut ce prince qui 

constroisit le minaret de la cour septentrionale de la grande 

uosqate de Dihly, lequel n'a pas son pareil dans tout Tuni- 

vers. Un habitant de Tlnde m'a raconte que Mo'izz eddin 

^t fort adonn6 au commerce des fenames et a la hoisson ; 

V^'il loi survint une maladie dont la gu^rison d^fia les 

^rts des m^decins , et qn'un de ses c6t^s fut desseche (para- 

V^]> Alors se souleva contre lui son h*eu tenant Dj61al eddin 

ViroAzch&h Alkhaldjy (Khildjy). 



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180 VOYAGES 



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pUx^t^ »j5jwui. lc sai\ ji •ut xio.3 :^u»u CinJi^ ^^ir^ 

HISTOIRE DU SULTAN DJElAl EDdIn. 

Lorsque le sultao Mo'izz eddin eut ^t^ atteint d'b^mipl^ 
gie, aiosi que nous Tavons racony||^n lieutenant Dj^lal 
eddin se r^volta contre lui, se traniPRta bors de la ville et 
campa sur une colline qui se trouvait en cet endroit, k c6te 
d'une chapelle fun^raire, appel^e la chapelle d'Aldjeichftoy. 
yo'izz eddiQ envoya des ^mirs pour le combattre; mais 
tous ceux qu il exp^diait dans ce but pretaient serment de 
fid^lit^ k Dj^lal eddin et s'enrolaient dans son arm6e. Le 
cbef rebelle entra ensuite dans la ville, et assi^ea le sultan 
dans son palais, durant trois jours. Quelquun qui a i\6 
t^moin de ce fait m'a racont6 que le sultan Mo'izz eddfa 
soufirit alors de la faim , et ne trouva rien k manger. Uee 
cb^rif, d'entre ses voisins, lui envoya de quoi apaiser sa faiffB. 
(litt. de quoi redresser sa courbure); mais T^mir rebelle 
entra k Timproviste dans le palais, et Mo*izz eddin fut tufe.^ 

Dj^lal eddin lui succ6da; c'etait un bomme doux et ver*-** 
tueux, et sa douceur le fit p^rir victime d'un assassinat -^ 
ainsi que nous le raconterons. II resta paisiblement 




DIBN BATOUTAH. ISl 

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de la royaut^ durant plusienrs ann^s, et constniisit le pa- 
lais qui porte son nom, C'est ce meme (idifice que le sultiin 
Mohammed donna a son beau-fr^re, I'^mir Ghada, fiis de 
Mobanna, lorsqu'i) lui Bt ^pouser sa soeur, ^v^Dement qui 
sera racont^ ci-apres, 

Le sultan Dj^lal eddto avait un &ls nonim^ Rocn eddin 
etan neveu appel^'Ala eddin, qn'il mariaasa fiUe, eta qui 
il donna le gouvernenienl de la ville de Cara (Corrah) et 
celui de Maoicbour (Manicpourj , avec son territoire. Ce 
dernier est un des plus fertilos de I'lnde, il abonde en fro- 
niGDt, en riz et en sucre . et ['on y fabrique des ^tolTes tr^s- 
fines, que I'oQ eiporte aDibly.dontManicbourest i!ioign6e 
de dix-huit journiies. La femme d'AIa eddin le lourmentait 
et il ne cessait de s'en plaindre a son oncle (et beau-pere), le 
sultan Djelal eddin; si bien que la discorde s'^teva entre 
cUx k ce sujet. Ala eddin 6lait un bomme perspicace, brave 
et^ouvent victorieux, et le desir de la royaule s'^tait fix^ 
dans son ame; mais il n'avait d'autres ricbesses que celles 




182 VOYAGES 

qu'il gagDait a la pointe de son ^p6e , et au moyen des d^- 
pouillcs des infid^les. II lui arriva un jour de partir poor 
faire la guerre sainte, dans le pays de Doueighir (B^oghir oa 
Daoulet Abad; cf. t. I, p. ^25), que Ton appelle anssi le 
pays de Gatacah, et dont nous ferons mention ci^pr^. 
Doueighir est la capitale des pays de Malwa ct de Marhata 
(Maharashtra , pays des Mahrates), et son souverain ^tait le 
plus puissant des souverains infiddes. Dans cette expedition » 
la monture d'Ala eddin fit un faux pas contre une pierre, 
et s'abattit avec son cavalier. Celui-ci entendit une sorte de 
tintement produit par la pierre; il ordonna de creuser en 
cet endroit, et trouva sous la pierre un tr^sor considerable, 
qu'il partagea entreses camarades. Puisil arriva ji Doueighir, 
dont le sultan se sounut, lui rendit la ville sans combat et 
lui fit de grands presents. II retourna k la ville de Cari, et 
n'envoya k son oncle aucune portion des d^pouilles. Des 
individus excit^rent son oncle contre lui, et le sidtan le 
manda; mais il refusa de se rendre k sa cour. Le 8ul|^ 
Djeial eddin dit alors : «J'irai le trouvcr et je ramenerai, 



D'IBN BATOUTAH. t83 

jUC* ^^ycfi>*l^ l^<>^^ 1^ ^>l^t aKij^ a^I (^t M»U 






car il me tient lieu de fils. » Eu consequence, il se mit en 
marche avec son arm^e, et franchit les Stapes jusqu*k ce 
qu'il campatsurla rivevoisine de la ville de Gara, a Tendroit 
nidme oh. dressa son camp le sultan Mo*izz eddin, lorsqu'il 
marcha k la rencontre de son pere Nicir eddin. II s'embar- 
qaa sur le ileuve, afin de se rendre pr^ de son neveu. Ge- 
lui-ci notonta aussi sur un navire, dans le dessein de faire 
perir le sultan , et il dit a ses compagnons : « Lorsque je 
rembiasserai , tuez-le. » Quand les deux princes se rencon- 
trirent au miUeu du fleuve, le neveu embrassa son oncle, 
et ses camarades tu^rent celui-ci, ainsi qu'Ala eddin le lear 
avail recommand^. Le meurtrier s^empara du royaume et 
disposa des troupes de sa victime. 

HISTOIBE DU SULTAN *AlA EDDIN MOHAMMED GhAh ALKHALDJT. 

Lorsqu^il eut tu6 son oncle, il devint maitre du royaume, 
et la majeure partie des troupes de Djelal eddin passerent 
de son c6t^. Le reste retourna k Dibly, et se r^unit aupr^s 
de Been eddin. Gelui-ci sortit pour repousser le meurtrier; 



184 VOYAGES 

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^i#i ai^^ (j^ u^ i^ <^i v'^^' i '*^ *>-^ *y^3 ^^ 



mais tous ses soldats s'^tant retires pr^sdu sultan ^Ala eddin, 
il s'enfuit dans le Sind. *Ala eddin entra dans le palais royal, 
et jouit paisiblement du pouvoir durant vingt ann^es. li 
fut au nombre des meilleurs sultans, et les habitants de 
llnde le vantent beaucoup. II examinait en personne les 
affaires de ses sujets, s*enqu^rait du prix des denr^es et 
faisait venir chaque jour pour cela le niofatedb, ou inspec- 
teur des marches, que les Indiens appellent r^i^ ^ ou chef. 
On raconte qu'il FinterFogea un jour touchant le motif de 
la cherts de la viande. L'inspecteur Tinforma que cela pro- 
venait du laux 61ev6 de rimp6t etabli sur les boeufs. II or- 
donna d abolir cette taxe et d'amener devant lui les mar- 
chands; puis il leur donna de Targent et leur dit : « Achetes 
avec cela des boeufs et des brebis et vendez-les; le prix quails 
produiront reviendra au fisc, et vous recevrez un salaire 
pour la vente. » Cela fut ex^cut^, et le sultan fit de m£me 
pour les ^toffes que Ton appportait de Daoulet Abad. Lorsque 
les grains atteignaient un prix 61ev^, il ouvrait les magasips 



DIBN BATOUTAH. 185 

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de ITEtat, et en vendait le contenu, jusqu'k ce que cette 
deor^e fut k bon marcb^. On raconte que la valeur des 
grains s'^leva une cerlaine fois , et qu'il ordonna de les vendre 
a un prix qu'il fixa ; les gens refus^rent de les livrer pour ce 
prix-la. II prescrivit alors que personne n'achetat d'autres 
grains que ceux du magasin du gouvernenGtent, etil en ven- 
dit au peuple durant six mpis. Les accapareurs craignirent 
alors que leurs provisions ne fussent infest^es par les ca- 
landres, et ils demand^rent qu'il leur fut perniis de vendre. 
Le sultan le leur permit, a condition qu'ils vendraient k 
un prix moindre que celui qu'ils avaient auparavant refuse. 
*Ala eddin ne montait pas a cfaeval pour se rendre k la 
pri^re du vendredi, ni dans une f§te solennelle, ni dans 
aucune autre occasion; voici quel dtait le motif de cette 
abstention. U avait un neveu appel^ Soleiman cbah, qu'il 
aimait et k qui il montrait des ^gards. 11 monta un jour a 
cheval pour aller a la chasse, accompagn6 de ce neveu. 
Celui-ci couQut le dessein de traiter son oncle comme ce 
dernier avait lui-m6me traite son oncle Dj^Ial eddin , c'est- 
a-dire de I'assassiner. En consequence, lorsque le sultan 



186 VOYAGES 

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A3^l ^^lJT Js^i^ ii^iaiL j^ JL£ J^b ftJO^ r,»^X^ 



mil pied a terre pour dejeuner, il lui langa une fl^che et 
le renversa; mais un de ses esclaves le couvrit d'un boujJien 
Son neveu s'approcha, afin de I'achever; mais les esdiaveslni 
ayant dit que le prince ^tait mort, ii les crut, remontak 
cheval et entra dans ]a partie du palais oh se trouvaieat les 
femmes. Cependant le sultan '^a eddin revint de son ^va- 
nouissement, il monta a cheval, et ses troupes se rassena- 
blerent aupr^s de lui. Son neveu s'enfuit; mais il fut alteint, 
et amen^ devant lui; il le tua, et depuis lors il cessa de 
monter a cheval. 

'Ala eddin avait des fils dont les noms suivent : 1° Khidhr 
khan, 2° Chady khan, 3« Abou Beer khan, A** MobArec 
khan , appele aussi Kothb eddin , qui devint roi , et 5^ Ghihab 
eddin. Kothb eddin etait mal traits de son p^re, et jouissait 
pr^s de lui de tr^s-peu de consideration. Le sultan avait 
donn6 k tons ses fr^res les honneurs, c'est-a-dire, des 6ten- 
dards et des timbales, et ne lui avait rien accord^. Cependant 
il lui dit un jour : « II faut absolument que je te donne la 
meme chose qu'k tes fr^res. » Kothb eddin lui r^pondit : 




DIBN BATOUTAH. 187 

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^y cyiU ^b^ (j^ is>Ui^3 ^UJI ^^ sii3 uiIL »r^l 
i;ift Jii^:> lil ^1^ JUi aaX^ lyUSl U. ^IklUl Jl 

jb^^t aj l^^^i^ x«UL t^JCMwtU A^ Ii>l9 l^y aaLm ^U 
^U. jjhs^ (^((^ *>^3 "^^ t>^ ^^ J^^ U^ ^^^b 

■ C'est Dieu qui me I'accordera. » Cette parole eflFraya son 
pere, qui le redouta. Le sultan fut ensuite atteiot de la 
maladie dont il mourut. Or la femme dont il avait eu son 
fils Kbidhr khan , et qui s'appelait M&h Hakk (le mot mah, 
dans la lan^e de ces peuples, signifie la Itine), avait un 
fr^e nomme Sindjar, avec lequel elle convint d'^lever au 
trdne Kbidhr khan. M^lic Naib, le principal des <imirs dn 
saltan, et que Ton appelait Alalfy, parce que ce souverain 
Favait achet^ pour mille [alf) tangah, cest-a-dire pour deux 
mille cinq cents dinars du Maghreb, Melic Naib, dis-je, eut 
connaissance de cet accord, et le d^nonga au sultan. Gclui- 
ci dit k ses familiers : « Quand Sindjar entrera dans la 
chambre ofi je me Irouve , je lui donnerai un habit; et lors- 
qu'il s'en revStira, saisissez-le par les manches., i«nversez-le 
cootre terre et £gorgez-le. » Cela fut ex6cut^ de point en 
point. 

Khidhr khin £tait dors absent, et se trouvait dans un en- 
droit appel6 Sandahat (Sonpat) , k la distance d'une journee 



188 VOYAGES 

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c;»4XAiU Ajj^t^ x«^3 AiUft aaX^ J^^ U^ dU^ tf^ aKjk^ U 

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de Difaly, ou il s'^tait rendu pour un p^lerinage aux torn- 
beaux de plusieurs martyrs ensevelis en cet endroit; car il 
s*^tait engag^ par un voeu a parcourir cette distance \ pied 
et a prier pour la sant^ de son p^re. Lorsqu il apprit que 
celui-ci avait tu^ son oncle maternel, il en content un tres* 
vif chagrin, d^chira le collet de son habit, ainsi que les In- 
diens ont coutiime de le faire lorsqu'il leur est mort quel- 
qu'un qui leur est cher. Son p^re, ayant eu connaissance de 
sa conduite, en fut m^content, et, lorsque Khidhr kh&n pa- 
rut en sa presence, il le r^primanda, le blama, ordonna de 
lui mettre les fers aux mains et aux pieds, et le livra \ 
M^lic Naib, dont il a ^t^ question ci-dessus, avec Tordre de 
le conduire a la forteresse de Galyour, appel^e aussi Goayd- 
lior (Gualior}. C*est une forteresse Isolde, au milieu des ido- 
latres indous; elle est inexpugnable et se trouve ^loign^e de 
dix journ^es de Dihly ; j'y ai demeuri quelque temps. Quand 
M61ic Naib eut men^ le prince dans ce chateau fort, il le 
remit au cotoudl, c est-a-dire au commandant, et aux mofred. 



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D*IBN BATOUTAH. 189 

^S^t yb lit hyA^ ^IkLJl (^1 t<xjfr ipyb ^ ^ Ji^^ 

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J1 Jo^ ti>y& Jl:» AjLfr ^lU .^ dJj^ AKidU^ hJ^ ^ JUU 

al (:j!8^t J^3 A^Xfr <^b JXi oJi^3 u-LJl Aji^l;^ dUt 

^^^ J«jw^ j^l^ j^y^ Jl Ifyi? e^«J3 ^^U. i^^^^ U^ J^ 

qui sont les mSmes que les zimdmy (soldats inscrits sur la 
liste, zimdm, de farm^e), et leur dit : « Ne vous dites pas 
que cet iodividu est le fils du sultan , et qu'il faut le trailer 
avechonneur; c'est renuemi le plus acharo^ qu'ait Tempe- 
renr: gardez-le douc comme on garde un ennemi. » 

Dans la suite, la maladie du sultan ayant redouble, il 
dit k Melic Naib : « Envoie quelqu'un pour ramener mon 
fils Khidhr khan , afin que je le declare mon successeur. » 
M^iic Niib r^pondit : « Tr^s-bien; » mais il remit de jour 
en jour Tex^cution de cet ordre, et, toutes les fois que 
son maitre Tinterrogeait k ce sujet, il r^pondait : iVoici 
qu^ii arrive. » II continua d'agir aiqsi jusqu^k ce que le sul- 
tan mourdt. 

HISTOIBE DU FILS D'AlA EDDIN, LE SOLTAN CHIhAb EDDIN. 

Lorsqne le sultan *Alk eddin fut mort, M^lic Naib fit as- 
seoir sur le tr6ne du royaumc son fils cadet Ghihab eddin. 
Le peuple pr^ta serment d*ob^issance k ce prince; mais M^ 
lie N&ib le tint sous sa tutelle, priva de la vue Abou Beer 
kbSn et Chkdy khkn , et les envoya k GklyoAr. II ordonna 



190 VOYAGES 

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t^ yk^U^ (j^jjj *5U yUaLJJ y»(, ***** J^R^ ^ JlXTrS 
l«^ tiiKXjUkJ jAji^, j^il\^ j*AjK4 l4<X».t j^M«*j Al>t^ 

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iU> pUj iUJ^ X>^4Vi^ UtUL ^JlXo 

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d*aveug^er leur fr^re Khidhr khan, qui ^tait emprisonik 
dan's le mSme endroit. lis fureot mis en prison , ainsi qv.' 
Kothb eddin; mais le ministre ^pargna la vue de ce derniei 
Le sultan 'Ala eddin ayait deux esclaves, qui 6taient 
nombre de ses plus familiers courtisans; Tun s'appelait 
chir et Tautre Mobacchir (ces noms signifient tous deuxnu 
sagers de bonheur). La grande princesse, veuve d*Al&eddi^^ 
et fiUe du sultan Mo'izz eddin, les manda, leur rappeia 
bienfaits qu'Ils avaient re(^us de leur ancien maitre, etdit 
« Get eunuque, Naib Melic, a fait k mes enfants ce que voi 
savez, et il veut encore tuer Kothb eddin. » lis lui r^pondl-^ 
rent : « Tu verras ce que nous ferons. » Or c'^tait leur cou^ — 
tume de passer la nuit pris de Naib M^lic et d'entrer che^ 
lui toutarm^s. lis vinrent le trouver la nuit suivante* aa mxy^ 
ment oil il se tenait dans une chambre construite en plan- 
ches et tendue de drap. Les Indiens appellent un apparte- 
ment de cette esp^ce Alkhoremkah [Khorrem gdh^ endroit 
d^licieux); le vizir y dormait, sur la terrasse du palaist 
pendant la saison des pluies. II advint, par hasard, qui! 



1 



IVIDN BATOUTAll. • 191 

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A^ S4t^ «X ti3 C;)^^:^ ti ^ (i^Ul ^LO Ot^^^ oUdiAAJt 



prit Vip^ que portait un des deux conjuri^s, la branilit et 
la lui remit. L'esclave Ten frappa, et son coinpagnon lui 
porta un second coup; puis ils iui cou|MVcnt la lotc, la por- 
tent k la prison dc Kotlib eddin, la jot^rent aux pieds de 
celai-ci et le d61ivr^rent dc captivity. Lc prince alia Imuver 
son frireChih&b eddin, et resta pr6s de lui plusiours jours, 
comme s*il eM 6t6 son lieutenant. Ensuite, il se d^cida k lo 
diposer* et mil son dessein k execution. 

IIISTOIRB DO SULTAN KOTlin EDOiN, PILS DU SULTAN 'M.k »U)DIn. 

Ce prince d^posa son fr&re Chih&b eddin, lui coupa un 
doigt et iVnvoya k Galyoil^r, 06 il Ait einprisonn<i avcc ses 
fibres. Le royaumc appartint en paix i^ Kothl> cddin , qui 
aortit alors de la capiUilc, Dihiy, pour se rcndre a Daoulet 
AbAd« ^ quarantc journeos de Ih. Le chcmin ontrc ces dcnx 
villes est bord6 d^arbres, tels que le saule ot autrcs, dc 
sorto que celui qui y marchc peut se rroire dans un jardin. 
Pour chaqne niille de distance, il y a ti^ia daounb , c'esl4- 



102 • VOYAGES 

(jIJAJI ^ fT^JlI ubju (^I £.5^ a Jv« d (^<>J1 uJ 
^^JLj (^^A- ^^^ (i' Awl^ *T^;^j '^^^W^ iii-Hh«1j j^^»^ 




(lire tuaisons deposte, doat nousavons d^crit I'organisa^ 
(ci-dessus, page c)5}, el, daos chacune de ces statioi 
trouve tout ce dont Ic voyageur a besoin , de ]a men: 
ni^re que s'il parcourait un niaicb^ pendant une distance 
de quarante journ^es. C'est ainsi que le cheniia se coatinue 
duraot sixmois de marclie, jusqu'acequ'ilalteigDe lespays 
de Tiling (Telirigana) el de Ma'bar (le lieu du passage. 
Qooi que les Arabes doanaJent a la c6tc de Coromandel). 
A chaque station se trouve un palais pour le sultan et ua 
ermitage pour lea voyageurs , et le pauvre n'a pas besota 
d'emporler sur ce cheiuin des provisions de route. 

Lorsque ie sullan Kothb eddio fut parli pour cette expe- 
dition, quclques emirs convinrent entre eux de se reveller 
centre lui, et de niettre sur le trone un fiis de son fr^re 
Khidbr kban , le prisonnier. Get enfant ^tait ag<? d'environ 
dix ann^es, et il se trouvait pr^s du suitan.Celui-ci ayant ap- 
pris le projet des ^niirs . pnt son ncveu , le saisit par los 
pieds et lui frappa la t^te centre des pierres.jusqu'a ce que 
elle fut dispers^e; puis il envoya un ^mir. appel6 



J 




D'IBN BATOUTAH. 103 

Ui (j^j-~j- <^«*7 A^h.:*} »j^\y xA\i\y jJ^i \j^ j^\ 

sLw J-X.* UaA» .Jti Ji» ^.fl-tl I JsA (sT*±'!^ ti);U^ ^-^l ijij 

I 

&ju» V.r'^ f>^^' (j^<^' vW^ li' lyb 'j!;^ ^UaLJI 




M^iic chah , ^ Galyoiir, oil se Irouvaient le p^re el les ondes 
de cet eofant, et liii ordoona de les tuer tous. Le k^dhi Zeiii 
eddin Mobarec, kadhi de ce chateau fort, ni'a fait le redt sui- 
van): • M^lic chah arriva pres dc nous un niatia, pendant 
que je me trouvais pres de Khidhr khan, dans sa prison. 
Lorsque le captif apprit son arrivee, il eut peur et changea 
de couleur. L'eniir 6tant enlr^, ii lui dit: « Pourquoi eslu 
• vena?- II r^pondil : t Pour une aflaire iiiii int^resse le 
■ seigneur du monde. > — < Ma vie est-elle en siirete?" de- 
n3anda le prince. — -Oui,* r^pliqua I'^mir. La-detsus, 
il sorlit, manda le critouai ou chef de la foHeres.se, el les 
mofreds, c'est-a-dire les zimamys [cf. p. 189), qui ^laient au 
oombre de Irois cents, m'envoya clicrcber, ainsi que les no- 
taires, et produisit I'ordre du sultan. Les hommes de la gar- 
nison le lurent, se rendirentpr^sde Chihah eddin, le sultan 
d^pos^.et lui couperent le cou.Il ful plein de fermete elne 
monlra pas de frayeur. EnsuJte on d^capita Abou Beer et 
Chady khan. Lorsqu'on se pr^senta pour d^coller Khidhr 
khan, il fut frappe de crainte et de stupeur- Sa mere se 



194 VOYAGES 

jCvi tfj^A? AaXc^ ^ (^ C^^rfSL* J^ ijyiO (^*^ v^* *^ 
JuUt^ ibuA> J^ Ait illL ^ <x4]t ^ (jUj^t fft^ tiit^ 



• «J 



trouvait avec lui ; mais les ex^cuteurs ferm^rent la porto 
sur elle et le tu^rent; puis ils train^rent les quatre cadavres 
dans une fosse, sans les envelopper dans des linceuls ni lei 
laver. On les en retira au bout de plusieurs ann^es, et on 
les ensevelit dans les s^pulcres de leurs anc^tres. » La mtstt. 
de Khidhr khan v^cut encore quelque temps, et je TaiyV 
k la Mecque, dans Tann^e 728 (1327). 

Le chateau de Galyour, dont il vient d'etre question, eit 
situ^ sur la cime d'une haute montagne et parait, poor 
ainsi dire, taill6 dans le roc m^me; il n'a vis-k-vis de Ini 
aucune autre montagne ; il renferme des citernes , et envinm 
vingt puits entour^s de murs lui sont annexes. Sur ces man 
sont dresses des mangonneaux et des ra'adah (voy. p. 1^8, 
ci-dessus). On monte k la forteresse par un chemin spadeux, 
que gravissent les ^l^pbants et les cheyaux. Pr^ de la portB 
du chateau se trouve la figure d'un Elephant, sculpt en 
pierre et surmont^ de la figure d'un comae. Lorsqu^on I'ft* 
per<;oit de loin, on ne doute pas que ce ne soit un ^l^phant 
veritable. Au bas de la forteresse est une belle ville, b&tie 



DIBN BATOUTAH. 

enti^rement en pierres de taille blanches, lea mosqu^es 
comme les maisons; on n'y voit pas de bois, a I'excep- 
tion des portes. II en eat de m&iiie du palais du roi. des 
ddnies et des salons. La plupart des traCquants de cette ville 
8ont des idolalres, et il s'y trouve six cents cavaliers de 
i'ami^e du sultan, qui ne cessent de combattre les infideles. 
car cetle place en esl entouree. 

Lorsque Kothb eddiQ eut assassin^ sesfr^res, qu'il fut 
devenu seul maitre dn pouvoir, et qu'il ne resta personne qui 
le combatlit ou se revoltat contre lui, Dieu suscita contre 
lui son serviteur favori, le pins puissant de ses ^mirs, le 
plus 6lev^' en dignite, Nacir eddin Kbosrew khan. Get homme 
I'attaqua a I'iinproviste, le tua, et demeura niailre absolu 
de son royaunie; mais ce ne fut pas potii- longtemps. Dieu 
suscita aussi contre lui qnelqn'uu qui te tua apr^a I'avoir 
d^rto^. et cette personne fut le sultan Toghlok. ainsi qu'il 
ai ci-apr^s raconl^ et retract en detail , si Dieu ie vent. 



195 ^H 

t 1 



196 VOYAGES 



ilj]^l j^&>\ y^^ ^l^il jJwi^ ^laL ^^b ^^AM^ Ji^ (;>e«>Jt 

rf ^ iL> Js? (ij;?^ ji*«»*-* 4Xd.t3 J^ c^^^ ^^Aflill Cy»|^t 



HISTOIRE DU SULTAN KHOSREW KhAn nAgIR EDDIN. 

Khosrew kh&n ^tait Un des principaux ^mirs de Kothb 
eddtn ; il ^tait brave et avait une belie figure. II avail con* 
quis le pays de Djandiry (Tchandiry) et celui d'AhnalMur 
(la cote de Coromandel) , qui sont au nombre des regions 
les plus fertiles de llnde, et sont ^loign^s de Dihly d^une 
distance de six mois de marche. Kothb eddin Taimait beau- 
coup et lui avait accorde sa predilection; cette condaitefot 
cause qu'il regut la mort des mains de cet homme. Kothb 
eddin aVait eu pour pr^cepteur un nomm^ Kadhi kh&n Sadr 
Aldjihan , qui ^tait le principal de ses emirs et avait ie litre 
de kilii ddr, c*est-a-dire , de gardien des clefs da palais. Cet 
officier avait coutume de passer toutes les nuits a la porte 
du sultan, avec les hommes de la garde; ceux-ci sont au 
nombre de mille, qui veillent k tour de r6Ie toutes let 
qaatre nuits. Us sont ranges sur deux files, dans Tintervalle « 
compris entre les portes du palais, et chacun a devant m 
ses armes. Personne n'entre qu'en passant entre ces deux 





D'IBN BATOUTAH. 197 

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yUxXJl Jl liUi JJ^ Jjj^ ^3 j,^ aK^I^ ^I A^3 

files. Quand la nuit est achevee, les gens de la garde di>jour 
arrivent. Les soldats de ce corps ont des chefs et des icri- 
Tains, qui font des rondes parmi eux et notent ccux qui 
80Dt absents ou presents. 

Or, le pr^cepteur du sultan, Kadhi kMn, haifssait la con- 
dtiite de Khosrew khan et itait mc^content de ce qu'il voyait, 
savoir sa predilection pour les Indiens idol&tres, son pen- 
chant pour eux et son origine semblable a la leur. II ne ces- 
salt de rappeler cela au sultan, qui ne T^coutait pas^ lui 
repondait : « Laisse-le, » et ne voulait pas agir, a cause du 
dessein que Dieu avait forme de le faire p^rir par les mains 
de cat honune. Un certain jour Khosrew khan dit au sul- 
tan : c Plusieurs Indiens d^sirent embrasser Tislamisme. » 
Or, cW une des coutumes en vigueur dans ce pays, quand 
an individuveutse faire musulman, qu'on Tintroduise pr^ 
da saltan , qui ie revAt d'un bel habit et lui donne un col- 
lier et des bracelets d'or, d'une valeur proportionn^e h son 
rang. Le saltan dit k Khosrew : » Amfene-les moi. » — « Ces 




lya VOYAGES 

yUaX-JljjUt yij! dUij yliU- yli. Sj^I ^»4*i j»4*t^^ 

(jb«j ^1 CMi^t ijXli> ,i S-Xac ij^. ^i yaji\ J^uy ^j^ .U; 

(^ *. a ■ *■■ ) Usi y^Ai-iXrf •*'***^^J M-^J^* i u^^' 
ylkX-Jl JUi vW^ ^l i^^^J »y>i^ **J>fi 'j*4 Jji^AJi 






gen s- {^, r6po adit I'^mir, seraient lionteux d'cnlrcr chez toid 
pleiojour, a cause de leurs proches et de leurs coreligio) 
naires. > — . Am^ne-les moi done de nuil », repriL \ 
tao. 

Khosrew khan rassembJa une troupe d'lndieos cboiiij 
parmi les plus braves eties plus considerables, et au Qunib] 
detquels ^(ait sou fr^re Khan khanan. Oa se trouvait aloM 
au temps des chaleurs, et le sultan dorniait sur la terras 
do palais, n'ayant aupr^s de lut que plusieurs euouqiM 
Lorsque les Indiens, arm^s de toutes pieces, eurent franol 
les quatre portesdu palais, et qu'ils arriv^renl ^ la cinqui^m 
oii se trouvait Kadhi khan, cet olHcier suspecta leur c 
duite et soupt^ouua quelque mauvais desseiu. Eu conS^ 
quence, ii les empecha d'eotrer et dit : ■ 11 faut absolume^ 
quej'enlende de labouche du souverain du monde la pel 
mission de les iutroduire; alors ils seronL adniis. i Ge^ 
hommes, sevoyant aiasiarretes, se jet^rentsurlni etlettij 
rent. Le bruit que cette dispute excitaprdsdu la porte devii^ 
considerable, el le sultan s'ecria : ■ Qu'est-ce que celai* • Klios^ 



L 



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lilBN liATOUTAH I'.i'J 

f- Q tJd lj.^-»iJ I_jj1 yjJJl s_y*4Jl fPyU. ^j-fci. JU» ]jyjb U ^^ 

ij-i liyft yli. 4^**^* f^ '^'^ ■^j^' ri«»-^j «jjAi *.;_* 
A*^5> JI^,,«aJiJl Je^ (^ &j l^^j AmIj l^y^j SjXiJii ff^^Aj^li 

AiMI t*3: Jlj-.ljiil ^j |*-I/I .-jiTj »j-.l* trXel ^1 Oj fl 

rew khan i-^pondlt ; ■ Ce sont les Indiens qui vieDiient pour 
se convertir- Kddhi khan les a empechiSs d'enlrer, et le tu- 
mulle aaugmenl^. iLesuitaneut peuretselevaaveci'inleii- 
tiondeseretirerdansriDterieurdu palaisiniais laporle^tait 
ferraee et les euDuques se trouvai^nt pres de la, Le prince 
irappa a la porte. Khosrew khan le saisit dans sea bras par 

derriere; mais le monarque , dtant plus fort que iui , le ler- 

rassa. Les Indiens survinrenl alors, et Khosrew khan leur ^H 

dit : • Le voici sur moi; luex-le. > lis le massacrerent, cou- ^H 

perenl sa t^te et la jet^rent de la terrasse du palais dans la ^H 

cour. 

Khosrew khan manda aussit6t les ^mirs et les rois, qui 
ae savaient pas encore ce qui ^tait surveuu. Cbaque fois 
qu'uoe troupe entrait, elle !e Irouvait assis sur le trfine 
royal; on Iui pr^ta sermenl, et. lorsquele matin I'ut arriv^, 
il lit puhlier son aveneraent, expi^dia des rescrits ou ordres 
dans toutes les provinces, et eiivoya un hahit d'honneur a 
chaque i^'inir. lis se soumirenl tou^ a lui el Iui ob^irent, a 



200 VOYAGES 

<^ j^^ jL<>o )^\ ii)li> M ^<(^ tfU J^ ^UJUJI oJt^ 

jT^ *.*>^ ^j,UU. ^jU. »U.I A^l euuj»3 l^i^ ^jJLj>; 

^^yy^eX^^ Syitf^ ti>t > t , i A- X w^l^ iLS^^M ^JI^jI (Jt^'^i 



rexception de Toghlok cbah, p^re du sultan Mohammed j 
chab, qui itait alors gouverneur de Dibalbour (Debalpour], •{ 
dans le Sind. Quand il regat le vetement d'honaeur que lui 
octroyait Khosrew kban, il le jeta a terre et s*assit dessufc 
Khosrew fit marcher contre lui son frere Khan khanan -k 
khan des khans; » mais Toghlok le init en deroute, et 60% 
ensuite par le tuer, ainsi que nous le raconterons dans l*bi*' 
toire du r^gne de Toghlok. 

Lorsque Khosrew khan fut devenu roi, il accorda sa pre- 
dilection aux Indiens et publia des ordres r^pr^hensibleSi 
tels qu'un ^dit par lequel il defendait d'^gorger des bceafe* 
conform^ment a la coutume des Indiens idolatres; carils 
ne permettent pas de les tuer. Le chatiment de quiconqtie 
en egorge un , chez ce peuple, consiste a ^tre cousu dans U 
peau de Tanimal et bnil6. lis honorent les boeufs et boivent 
leur urine, pour se sanctifier et obtenir leur gu^risoo lots* 
qu'ils sont malades, et ils enduisent avec la fiente de ces 
animaux leurs maisons, tant au dedans qu'au dehors. Une 
pareille conduite fut une des causes qui rendirent Khosrew 
khan odieux aux musulaians,etlesfirentpencheren faveur 



D'IBN BATOUTAH. ' 201 



|M£l^ XcwV k^2>^ sLA (^)j(:j (^«>Jt ^^ ^IkLJ) 

j^oJI ^ joUJJ Ju^UJI^UlJ ^UJI j.U^I ^1 ^< 
pU^I 4^1 (^ 4Mt JsAft jl ^jJl ^j*.^^ ^UJI g-aJl ^^1 

i OsJUJi :>:^ |.<XiU JUL vJLaju6 ^I<^ ^j-^^3 <>^^I ^^ 



de Toghlok. Le r^gne du premier ne dura pas longtemps., et 
les joars de sa royaut^ ne se prolong^rent pas, ainsi que 
Hems ie raconterons. 

HISTOIRE DU SULTAN GBItAtH EDDIN TOGHLOK GHAh. 

Le cheikh et imam pieux, savant, bienfaisant et d^vot, 
Rocn eddin , fils du pieux cheikh Chems eddin Abou ' Abd 
Allah, fils du saint, de Timam savant etd^vot,Beha eddin 
Zacaria alkorachy almoultany, m'a fait le r^citsuivant, dans 
son ermitage de la ville de Moultan : Le sultan Toghlok ^tait 
au nombre de ces Turcs connus sous le nom de Karaounah 
(v. Joarn, asiat t. II de iS^d^ p. 5i6 , 5 1 7 ; d'Ohsson , Hist, 
ies Mongols, t. IV, p. 46} , et qui habitent dans les montagnes 
situ^es entre le Sind et le pays des Turcs. II ^tait dans une 
situation miserable, et se rendit dans le Sind conmie>servi< 
teur d*un certain marchand dont ii 6tait golwdny, c*est-k-dire 



202 • VOYAGES 

^ t^S^I ^ 4:;^l* *;;.l^ i^^ ^^ XlU-yj (^^ Oa^^^ 

c^ Cjyc^i^ ^j^ ^^j,UJI *iUJLL ^^ jl4i ^l^J (j^ «)^ 
jjcjcj) viJsb Jl \.^UsL}jj$\ ^JJlyfe^ ^^UJU; ^14 »;t^ 

U^ c^jUJI JJiL <i>J5^ ^xIhs^ ^'^y^ *r* {^J^^3 ISu*? 



palefrcnier (djdaoubdn?)* Celasepassaitsousler^gnedusd^r 
tan 'A14 eddin, et le gouverneur du Sind 6tait alors son frfa* 
Oulo6 khan. Toghlok s'engagea a son service et f ut attache i* 
personne, et Ouioukhan Tenrola parmi les hiddeh (piyddek]i 
c'est-a-dire, les gens de pied. Par la suite, sa bravoure se fi* 
connailre, et il fut inscrit parmi les cavaliers; puis, il d^ 
vint un des pelits ^mirs, et OuloA khan le fit chef de s^ 
^curies. Enfin, il fut un des grands ^mirs et re^ut le titre 
^almilic algMzy « le roi belliqueux. » J'ai vu Tinscription qui 
suit sur la tribune grill^e de la grande mosqu^e de Motii- 
tlin, dont il a ordonn^ la construction : « J*ai combattu to 
Tartares vingt-neuf fois, et je les ai mis en d^route. G^est 
alors que j'ai 6t^ surnomm^ le roi belliqueux. » 

Lorsque Kothb eddin fut devenu roi, il nomma Toghlok 
gouverneur de la ville de Dibalbour et de son di&trict,et 
fit son fils, celui-lk meme qui est a present sultan de Tlnde, 
chef des ^curies imp^riales. On le nonynait Djaounab • ie 



D'IBN BATOUTAH. ' 203 

u>d:r ji .^ juidt i ^ 0^^ ^jji a^upi 

U v^la^ |*lj»| i^^' j^ Jle^ (:>Aj^ L^3 yUU, JsLt^ y6jj 
JL ^ift *->*J^3 (:)^*>JJ vJs»* iUju «^ jJ^ A3;jw3Ju j^VftiUj 

^ ff«>J^ Jt (jJU3 <u^A^ 0^ U ^ vilxlft^ <^<XaP (^«>J3 



leil *, et quand il fut roi , il se fit appeler Mohammed chah. 
othbeddin ayant^t^ tu^ et Khosrew khan lui ayant succ^d^ , 
' deiTiier confirma Djaounah dans le poste de chef des 
^es. Lorsque Toghlok voulut se revolter, il avait trois 
•i^ts camarades en qui il mettait sa confiance, les jours de 
^taille. II 6crivit k Cachlou khan , qui se trouvsut alors k 
Oultan, a trois journees de distance de Dibalbo6r, pour lui 
Zander du secours, lui rappelant les bienfaits de Kothb 
Win et Texcitant k poursuivre la vengeance du meurtre de 
• prince. Lc fils de Cachloii khan r^sidait k Dihly. En con- 
•quence , il r^pondit k Toghlok : « Si mon fils 6tait pr^s de 
^oi, cerles, je faiderais dans tes desseins. » Toghlok ^crivit 
^0 fils Mohammed chah, pour lui faire connaitre ce qu'il 
^t i^solu, et lui ordonnner de s'enfuir et de revenir le 
^ver, ensefaisantaccompagnerdu fils de Cachlou khin. 
•ejeune ^mir machina une ruse contre Khosrew khan, et 
lie luir^ussit, ainsl qu il desiraif. Or il dit au sultan : « Les 
iievaux sont devenus gras et ont pris de Tembonpoint^ 
^ ont besoin du yarak, c'est-k-dire du ddgraissement (ou 



204 ' VOYAGES 

^Uld C44»3 JJi>3 Jt^^l o^^ Jl C*^ v^ (jt jr v::>UL 
M?l? cj4^ j-S^ /J 4Xj>.^ JM ^^ A V>5pl? cjUaUJl^ 

li^ iU ;^ t-^ ftUv«i LJIxa] i.ibU. ...la^ oU.1 MlkHJI 



x^L^I JoLi^ *us^J Jl ^jbU- ^jU. gs»-j^ 1^1 • 

2rj-»r^ J^^ tf^j(£L». (^Ax^ Jsjoj^ /tlt^l^ Ajbt^ c:><X*.i5 

OH^ ^y^, J-^:> ^jli^ J>>3 »;.^Uft i ^jU. *wi-^ iull 



entrainement), • En consequence, Khosrew khan lui permit 
de les entrainer. Le chef des ^curies montait chaqne jour i 
cheval, avec ses subordonn6s, se promenait d'une k trois 
heures, avec les animaux confi^s a ses soins; il alia mime 
jusqu'a rester sorti quatre heures, si bien qu'un jour 3 ^tait 
encore absent h midi pass6, ce qui est le moment oA les 
Indiens prennent leur repas. Le sultan ordonna qu'on pa^ 
tit a cheval pour le chercher; mais on n'en trouva aucattc 
nouvelle, et il rejoignit son pfere, emmenant avec lui lefil* 
de Cachlou khan. 

AlorsToghlok, se declarant ouvertement rebelle, rassemU*^ 
des troupes, et Cachlou khan marcha avec lui, accompagD^ 
de ses soldats. Le sultan envoya pour les combattresott 
fr^reKhan khanan; mais ils lui firent essuyer la d^ut^ 
la plus complete , et son arm^e passa de leur c6te. Khaa 
khanan se retira pris de'Sbn frere , se& officicrs furent tui» 
et ses triors pris. Toghlok se dirigea vers Dihly. Khosrew 
khan sortit a sa rencontre avec son arm^e , et cainpa pres 



< .'1 



D'IBN BATOUTAH. 205 

^^yft^j iU4# *tjUJI ^j^ AJs*i», (^^ i; jO^L JJ^ill Ja*|j 

de la capitale, dans un lieu appel^ Acya Abad (Acya Bad) , 

c'est-k-dire« le moulin a vent ». II ordonna d'ouvrir ses tr^sors, 

et donna de Targent par bourses et non au poids, ni par som- 

mesd^termio^es. La bataille s'engagea entre lui et Toghlok, 

et Ie$ Indiens combattireut avec la plus graude ardeur. Les 

troupes de Toghlok furent mises en deroute, son camp fut 

piili, et il resta au milieu de ses trois cents compagnons 

les plus anciens. II leur dit: « Ou fuir? p^rlout ou nous serons 

atteints , nous serons tu^s. « Les soldats de Kbosrew khan s'oc- 

eop^nt k piller, et se dispers^rent , et il n en demeura pr^s 

delni qu'an petit nombre.Toghlok et ses camarades se diri- 

g^nt vers Tendroit ou il se trouvait. La presence du sultan 

d«^ ce pays-la est connue au moyen du parasol que Ton 

^eau-dessus de sa t^te, et que Ton appelle en Egypte « le 

^ et Toiseaui. Dans cette derniere contr^e, on I'arbore 

dans les f<§tes solennelles; quant a Tlnde et k la Chine, ily 

accompagne toujours le sultan, soit en voyage, soit dans sa 

r&idence babituelle. 

Or quaqd Toghlok et ses compagnons se furent dirig^s vers 



206 VOYAGES 

5 



iLMtj^ ^ ^yX» Ljfj^^ iy^\ «*• ^ ^^3 yUaA-iJl €J^\ 
^^^ 6j.xJi J^j\^ iXi^lj fjoAsi i Jj3 X».^U».3 ^Ia^ ffy) 
^..^^1^ wdJUi6 Dlu^ J^^^ <XA^t ipii JoU^ U^ i^iX& 

»jXi J4>J3 Jyui CiUaU ^^ yl cxaSI ^jU ^jli^ ^^IfeS 



Khosrew, le combat se ralluma entrc eux et les Indous;la 
soldats du sultan furent mis en d^route, et il dc resta persoDie 
pr^s de lui. II prit la fuite, descendit de cheval, jeta sesvite- 
ments et ses armes , demeura en chemise , et laissa pendreMi 
cheveux entre ses ^paules, ainsi que font les fakirs de Hode; 
puis il entra dans un verger situ^ pr^s de Ik. Le people ae | 
reunit pres deToghlok , qui prit le chemin de la ville. Le goo- 
verneur lui en apporta les clefs ; il entra dans le palais et s^ 
logea dans une de ses ailes; puis il dit k Cachlou Uiitt - 
« Sois sultan ». — « Sois-le plutot », r^pondit Cacblou khto- 
Tous deux se disput^rent; enfin Cachlou kh&n dit k Togb' 
lok:« Si tu refuses detre sultan, ton fils deviendra maitredi^ 
pouvoir ». Toghlok eut de la repugnance pour eette propo-- 
sition ; il accepta alors Tautorit^ ct s assit sur le tr6ne nrfd« 
Les grands et les gens du commun lui pr^t^rent serment 

Au bout de trois jours, Khosrew khan, toujours cadii 
dans le m6me verger, ful vivement pressi par la faim. B 
sortit de cet asile et se rait a en faire le lour. 11 rencontra 
le gardien de ce verger, et lui demanda quelque aliment. 



i 



ii 



D'IBN BATOUTAH. 207 

« J^J^ e ^^-juxj ^\iL aaJI ^^ (^ xt^U (5^x3 ^IkJLiJl ^ 

JW j-*!^ «^i^ 1^ ^ JUU 4^L^aU3' ^^ J^t Jjii ^ Joul 

Get homme n'cn ayant aucun a sa disposition , Khosrew lui 
doDQ^ son anneau,en lui disant :« Va et mets-le en gage, pour 
te procurer de la nourriture ». Lorsque cat individu se fut 
rendu au march^ avec Tanneau, les gens con<^urent des 
soupfons k son ^ard et le conduisirent au chihneh , ou ma- 
gistratde police. Gelui-ciTintroduisitpresdu sultan Toghlok, 
^quel il fit connaitre qui lui avait remis la bague. Togh- 
lok envoya son fils Mohammed , afin qu*il ramenat Khosrew. 
Hohammed se saisit de celui-ci et le conduisit pres de son 
I^^jmont^ surun tatou, c est-k-dire un cheval debit. Lors- 
?>e Khosrew fut en presence de Toghlok, il lui dit : « Je 
*Dis aflPam^ , donne-moi a manger. » Le nouveau sultan or- 
^onna qu*on lui servit du sorbet, puis des aliments, puis 
^ k biire, et, enfin, du b^tel. Quand il eut mang^, il se 
l^a et dit : « 6 Toghlok , conduis-toi envers moi a la mani^re 
desrois et ne me d^shonore pas ! » — « Cela t'est accord^ » , r6- 
pondit Toghlok , et il ordonna de lui couper le cou , ce qui fut 
exfeut^ dans Tendroit meme ou Khosrew avait tu6 Kothb 
eddin.Sa t£te et son corps furent jet^s du baut de la terrasse, 



208 VOYAGES 

l4kA-&3 dokJl :>^ ^ jW •^^J^ <^i^ Jill jl^ (jJUs^ 

5^ii^ c3Wt3 i^ui i^ijJi J-.X (^ ^uat JJU3 >^ »j^i^ 
i^tJL p^ ax. JJU3 jat jMiv jbjiat jty>^ ^iU* jju, u^ 

l^l^-i«3 iLs-^xi* 4JJI3 03^^T^tftJt3 Aji-3jdU »0sj^3ll 

ainsi qu il avait fait de la tete de son pred6cesseur. T(^hlok 
commanda ensuile de laver le cadavre et de renveloppcr 
dans un linceul ; apres quoi on 1 ensevelit dans ie mausolto 
qu'il s'^tait construit. La royaut^ appartint en paixpendaat. 
quatre ans kToghlok, qui ^tait un prince juste et vertoeox* 

i 

REGIT DE LA REBELLION QUE SON FII.S MEDITA CONTRE LUI, 

MAIS QUI NE BEDSSIT PAS. 

Lorsque Toghiok fut ^tabli ferniement dans la capitals • 
il envoya son fils Mohammed pour faire la conquto ^ 
pays de Tiling (Tdingana), situ^ a trois mois de marcheoo 
Dihly. II fit partir avec lui une arm^e considerable, dtf* 
laquelle se trouvaient les principaux ^mirs, tels que le nn 
[almdlic] Tumour, le roiTikin, M61ic CafoArilZmofcardorite 
gardien du sceau », M^lic Be'iram,etc. Quand Mohamio^ 
fut arriv6 dans la contr^e de Tiling, il voulut se rivolter. Or 
il avait pour commensal un homme, du nombre des jurit- 



DTBN BATOUTAH. 209 

Jfi" vj-»j -!>J" »j^*il O-'JJ' J' -^i iJ' Uj ^i lj«*w 

Iji.ljlj Jws-l tj^ >~.A~* i^-U ki 0«Jli._J J-Ktis ^.^AA J«».|j 

*;—*■-* i *-*j' J' j-»* AJji -li^ j^ Ai^ aJL* jH ^ jLU Aii 

,lU-(;^;_-tIj lbv!-»« AAJiiJl JuiJ iljl yli'lf S_^I i^_j l^I 
i>Sjj tJj-Ul ajA^ (jojJ)l i i-ji- ^ t»^ jbj^l jjilf 

^ '^j^J JjL-wl Jl "-^bj AJjis Am^ (^ ^/^ iS'^ "''^ 



conanUfs el ties iioeles, quel'oo appelail 'Obaid. II lui ordonoa 
de r^pandre le bruit que le siillan Toghlok ^tait luorl; car 
il s'iniaginait que les gens lui prcteraient en toule hale le 
sermeiit de fid^Iite, dSs qu'ils eiitendraient cettenouvelle. 
Lorsque ce Bruit eut ^Le porl(5 a la connaissance des soldats. 
les trail's n'y ajoul^reht pas foi; cbacun d'eux lit batlre sa 
tinibale et se revolta. II ne demeura personne pr^s de Mo- 
hammed, el les chefs voulurent le tuer. Mdic Tumour les 
eoemp^cba et Ih prot(5gea. Ils'enfuit pres de son p^re, avec 
diK cavaliers, qu'il surnomma idrdn moadfik, c'esl-a-dire ■ les 
compagnonssincires'. Son p^relui donna des sommesd'ar- 
gent el des troupes, el lui commaoda de retourner dans le 
Tiling; et il oMit. Mais le sultan connut quel avaijg^(6 son 
desseiu; il tua le l^gisle 'Obaid et ordonna de meltre a mort 
M^lic CafoLir, le muhurdar. On ficha en terre un pien de 
teate, ajguis^ a son eitr^ruite siip^rieure, et on renfoni^a 
daDslecou de Cafour, jusquacc que la poinle^ortit par un 
des c6l4s de ceraalbetireux, qui avait la tfile en has. el fut 





210 VOYAGES 

(jx- L-g (jifcXi yJ^I tjl^ *jjp •><^j i_^ tH'>Jl (J*«a 
Sj^jjlil-^ yjt>JI eiUs^jAo^i 85A.I AaXs ifJ^ *j MjI 

jAKj lili.1 Jja^ JJil Jfi Jyc«ij a^-JJI iyAJLflJIj aUjwj 



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<XJI )i■le^J (jJiKj) Ul^><ia >jj Aja^l W Wj 






LflH^J* t-Juixi jy:5Jl ay^ Jl_^l 



laiss^ en cet ^tat. Les autres tmirs s'enfuirent pr^s du bdI- 
lan Cbems eddin, Tils du sullan Nacir eddin, fils du sulUn 
Ghiyath eddin Balahan, et se fix^rent a sa cour. 

BBCIT DE LA MABCilE DE J'OGHLOK VERS LE PATS D^ LACN40DTT, 

ET DE CE (jm s'ENScivrr, jusqu-i sa moht. 
Les ^mirs fugitifs s^joiirn^rent pr6s du sultan Chems ed- 
din. Dans la SQite, celui-ci mourut, l^guant le tr6ne a son 
fds Chihab eddin. Ce prince succ^da ^ son p^re; mais son 
fr^e cadet, Gtiiyalh eddin BeMdoiir Bourah [ce demier 
mot aignifie, dans la langue indieune, le noir), Ic vain- 
quit, s'eiupara du royaume, et lua son fr^re Kothlou khaD, 
ainsi qA la plupart de S'CS autres fr^res. Deux de ceux-ci, 
le sultan Chibab eddin et Nucir eddin, s'enfuirent pr^s de 
Togblok, qui se mit eu marche avec eux, afin de combattre 
le fratricide. 11 laissa dans son royaume son fils Mohammed 
en quality de vice-roi, et s'avauga en hate vers le pays de 
Lacnaouty. 11 s'ec rendit maitre, fit prisounier son sultan 




D IBN BATOUTAH. 211 

p\j&4XJt >IU^^ A^tfXai. fJ^^ ^1 ^^J^. (jUl)uJt Qjt ftU 

^l Vt L^l (jjjI JUU xjiAft 4^ JU- gwfiJi J^L y»<^ 

J\2^ ^'-^t ftl^^J L^ i^ J^<Xi «^l JUL A3«ka.t l^ 



Ghiyalh eddin Behadour et reprit avec ce caplif le chemin 
de sa capitale, 

n y avait alors a Dihly ie saint Nizham eddin Albe- 

dhiouny, et Mohammed chah, fils du sultan, ne cessait de 

ial I'endre des visites, de t^moigner de la consideration k 

^^ serviteurs et d'implorer ses pri^res. Or le cheikh ^tait 

*°J^t a des extases qui s*emparaient de tout son ^tre. Le fils 

du Sultan dit a ses serviteurs : « Quand le cheikh sera dans 

*^*^ extase <|ui se rend maitresse de lui , faites-lemoi savoir. » 

I^^^^que son acces le prit, on en prevint le prince, qui se 

i^^dit piris do lui. D^s que le cheikh le vit, il s'^cria : « Nous 

itti donnons la royaut6!» Ensuite il mourut .pendant I'ab- 

Mi^^ du sultan, et le fils de ce prince, Mohammed, porta sa 

W^ sur son ^paule. Cette nouvelle parvint a son pere, il 

SB d4fia de lui et lui adressa des menaces. DifT^rents actes 

ivsdeut d^jk inspire des soupQons k Toghlok contre son fils: 

il h voyait de mauvais oeil acheter un grand nombre d'es- 

daves, donner des presents magnifiques et se concilier les 

asurs; mais alors sa colore contre luf augmenta. On rapporta 



212 VOYAGES 

<}wu; J—A^ AjkjOw* Jh».<>s! ^ ^t ty^ (:JS«^^t ui ^^ 

(jjv-Aj cjlfii ^-*a* Juajfl «j,.<u»e (^j J^ *J i^i*! o< »<>J» 

iL35U i »U+» j(^ yUil (,<w>^ dJU* aI, tic (jjJC---. «^ 

jjj,\ (^ o^_^l «_«w!j uW-^ *-»-|^ *ilJi «>^ 6^ 

&,(if?. JitysAil oudsj {^ aII AAi UySyj^a.! ^1 £^ 

au sultan qge les astrologues pr^tendaient qu'il n'entrerait 
pas dans la ville de Dihly, au retour de ce voyage. II se rf— 
pandit contre enx en menaces. 

Lorsqu'll fut revenu de son expedition et qu'il approch^- 
de la capitale, il ordonna k son fiis de lui batir un palais* 
ou, comme ce peuple I'appelle, un cochc «kiosque», prf^ 
d'une riviere qui coule en cet endroit et que Ton nommeAl-' 
ghan Pour. Mohammed F^difia en trois jours , et le constroisi^ 
pour la majeure partie en bois. II ^tait ^lev^ au-dessus dxkvM- 
et reposait sur des colonnes de bois. Mohammed le disposs- 
avec art et dans des proportions que fut chai^ de faire ob« 
server Alm^lic Zadeh, connu dans la suite par le titre de 
Khodjah djihan. Le vrai nom de cet individu 6tait Ahmed» 
fils d'Ayas ; il devint le principal vizir du sultan Mohammedt 
et il 6tait alors inspecteur des b&timents. L'invention qu'ima* 
gin^rent ces deux personnages en construisant ie Idosqa^ 
consista a le batir de telle sorte qu'il tomb&t et s'^croul&t d^ 
que les ^l^phants en approcheraient d'un certain c&te. Le 
sultan* s*arr£ta dans cet Edifice, et fit servir.k manger an 




D*IBN BATOUTAH. 213 

11 c;^3 |JU6 <X3^ 1 ^^ JUi ^IkJLJI Q^t J^ 
»4>wJ33 ^UaXiJl ^ dU^I kJU I4XAI93 It^ ftj^d UyMb». 

^iJ^ vi^Jtl AAJiJ 6 JJ3 ^^c *5j44 U^ Oo \j;lkLJt t3*K^^3 

people, qui se dispersa ensuite. Son fils lui demanda la per- 
mission de faire passer devant lui les ^l^phants , couverts 
de lears hamais de parade. Le sultan le lui permit. 

Le cheikh Rocn eddin m^a racont^ qu'il se trouvait aiors 

pi'is du sultan , et qu'iis avaient avec eux le fils de ce dernier, 

^n enfant de predilection, Mahmoiid. Sur ces entrefaites, 

Moliammed revint etdit au cheikh : « 6 maltre! voici le mo- 

^^t de la pri^re de Tapr^-midi; descends et prie. » — « Je 

^^>cendi8, continue le cheikb, et Ton amena les Elephants 

^^m^me cdt^, ainsi que le prince et son confident avaient 

^gin^ de le faire. Lorsque ces animaux march^rent de ce 

^) le kiosque s'^croula sur le sultan et son fils Mahmoud. 

"enteodis le bruit, dit toujours le cheikh, et je revins sur 

11^ pas sans avoir fait ma priere. Je vis que le kiosque 6tait 

Inverse. Le fils du sultan, Mohammed, ordonna d'apporter 

^pioches etdes pelies, afin de creuser la terra et de cher- 

cher apr^ son p^. Mais il fit signe qu'on tardat d'obeir, 

et on n^apporta les outils qu'apr^s le coucher du soleil. On se 

mitalors kcreuser et Ton d^couvritle sultan,' qui avait courb^ 



214 VOYAGES 

j^^'^i '!^S»- 7/*^' '^' *fl«^*.' ^'^J '^•A.* S!/^' *^' (*V^ 

tj>^i^lj 1^1 JoaJI *.*IaI (^^^.MlJi ^juff uOJUdJj AlftSj^ 
BUS A^ SAJj JJi> ^^7 fJsjJiaA SJ>va.1j Mkk* y^ C^t^l 

le dos au-dessus de sod fils, afin de le pr^ener de la niorl. 
Quelqucs-uns pr^lendireiit que Toghlok fal reliri mort, 
d'autres , au contraire . qu'ii ^lait CDCore en vie , qu'on I'aclieva 
et qu'on le transporta de nuit dans )e niausoke quit s'etail 
ronstruil pres de la ville appelee , d'apr^ lui . Toghlok Abad , 
el oili il fut entern^. • 

Nous avons raconte (ci-dessus, p. 147) pour quel motif il 
avail bati celte ville, ou se trouvaienl ses tresors et ses palab. 
C'est Ik quetait le palais immense qu'il recouvrit de luiies 
dorees. Au moment oti le soleil se levait, ces tutles respleo* 
dissaient d'uue vive luiuiere, et d'uu eclal qiti empechail 
t'cEil de les regarder longlemps. Togblok d^posa dans cette 
ville de Toghlok Abad des Ir^rs considerables. On racoate 
qu'il constrnisiL unbassln.ou il versa de Tor foudu, de uia- 
nierc a en former un seul morceau. Son Gls Mohammed 
cbah dtpensa lout cela lorsqu'il fut mont^ sur le trone. 

Ce Tul aux haliiles mesures observ^es ^r le vizir Khodjah 
djihau, L'u construibunt le Liosqiie <jui s'^croula sur Togh- 
lok . ainsi que nous i'avous rapport^, qu'il dut la considers- 




D'IBN DATOOTAH. 215 



B Luj^ ^jJi .yjuJij j^i JJL* >u ^>J^ ijf.-yi'i 

(^ JJUI tic J^^ iU^I Jy-.l ^^JoU yUaJuJi *i.U O, 

tion dont il jouissait aupres de Mohammed et la predilec- 
tion que ce!ui-ci lui t^moignait. Personne , soil vizir ou autre, 
D'approchait de lui sous le rapport de I'estime ou le tenait 
ie suitan, et uatteigaait le rang dont il ^tait en possession 
pr^ dc ce prince. 



nlSTOlRE DC SULTAN ABO UL- MODI AH ID UOBAMHED CHAU, FILS DO 

SULTAN canATH eddIn tocdloe cuAh, boi de l-indbetdo 

BISD. A LA COUR DE QUI NODS NODS BENdIuES. 

Lorsque le sultan Togblok fut mort, soa fils Mohammed 
s'empara du royaume, sans rencontrer d'adversaire ni de 
rebelie. Nous avous dit ci-dessus que son nom ^tait DJaounah ; 
mais quand il fut devenu roi, il se Gt appeler Mohammed et 
fot snrnomm^ Abou'l Modjahid (le pere de ceiui qui fait la 
guerre aux infideles) . Tout ce que j'ai rapport^ touchan t This- 
toire des sultans derindeij'enaiet^inform^etjeraiappris, 
au moins pour la plus grande parlie, de la boucbe du cheikh 
Carnal eddin, fils de Borhan eddio, de Ghaznah, kadhi 



^ 



216 VOYAGES 



Bi\j\^ LUmII fit.XMt i (J.UI Z^\ diUt l^j M^ijS'i 

^■^^-^■g 4yUi^J ^g^^>.^|^ a qY i^a S j 0X ^UkU v^^^ ("^^ 





des kadhis. Quant aux aventures de ce roi-ci» la plupa 
sont au nombre de ce que j'ai vu durant mon s^jour daiiB 
ses £tats. 



PORTRAIT DE CE ROI. 



Mohammed est de tous les hommes celui qui aime dava*^" 
tage a faire des cadeaux et aussi a r^pandre le sang. Sa poi*^ 
voit toujours pr^s d'elle quelque fakir (pauvre) qui deviec^* 
riche, ou quelque 6tre vivant qui est mis k mort. Ses traits A 
g^n^rosit6 et de bravoure , et ses exemples de cruaut6 et 
violence envers les coupables, ont obtenu de la celebrity pamp-^ 
le peuple. Malgr^ cela, il est le plus humble des homme^ 
et celui qui montre le plus d'^quit^; les c^r^monies de 1^ 
religion sont observes a sa cour ; il est tr^s-s6vere en ce qui 
regarde la pri^re et le chatiment qui suit son inexecution* 
II est au nombre des rois dont laf(61icit6 est grande, et dont 
les heureux succes d^passent ce qui est ordinaire; mais sa 
quality dominante, c'est la generosity. Nous raconterons, 
parmi les traits de sa lib^ralit^, des merveilles dont les 
semblables n'ont ^t^ rapport^es d'aucun des princes qui Foot 




DIBN BATOUTAH. 217 

^Ij l->.j^ '<Hlf j5^ (^LAj J^ j»^IkU ^U^ ^^I (^ aa£ 

*;-*-*-^> ijijjl \^) ')jJ'j J-<|fi' tJ-*J' g'-ij )jMj\:> tf^wJi 
aj iX-KJijj aj ufi^y^ ^Wl>^' i:^ aX7 aAu Jj^I (-fW ''^ 

prec6d^. Tattesfe Dieu, sesanges et sospropbetes, que tout ce 
que jediraidesamunificence extraordinaire est ia \Ml6 sure, 
II me sulfitde Dieu pour t^moin.Jesais qu'une portion decu 
quejeraconterai en ce genre oe sera pas adraise dans I'esprit 
de beaucoup d'individus, et qu'ils la coniprendront pamii 
ce qui est impossible dans I'ordre liabiluet des choses. Mais 
quandil s'agit d'un^viSnementque j'aivu demes yeux, dont 
j'ai connu la r^atil^. dans lequei j'ai pris une grande part, 
je nepuis faire autremenl que de dire la verile.D'ailieurs, la 
majeure parlie de ces laits est reodue conslante par la Iia- 
ditioD orale dans les pays de I'Orient. 

^.POHTEa on PALMS DE CB SDLT4H , DE SA SALLE D'ADDIENCB 
ET DE L'ORDRE SOIVI EN CES LIEDX. 

Le palais du sultan, a Dibly, est appel^ Dar Sera et a 
un grand nouibre de porles. A la [)renii6re se tienneut une 
troupe d'hoiames preposes u sa garde; les joueurs de clai- 
rons, de trouipettes et de fifres sont assis en cet endroit, el 
quand il arrive un ^mirou un grand personnage, ilsjouent 



I 



2)8 VOYAGES 

i L^l tiU J^3 ^J^ *ts?. ^JiM Asf ^^yt-^yn i y^j 

j^JOLft »iUJI yU u-Wt jjj^ (^OJI ^y yji5*4 WsJ- 
(:5v^3 pT-»aJlJ> 4,a^ l^ 4Xjub tf^^iUl^:> eJUJt vUn 

ifA.^<>Jl (2|4 A^ 2L^\j (^^ tf «>^-^ ^^^^^ V^^ ^^ ^^ 

deleurs instruments et disent , dans les intervalles de ce con- 
cert : « Un tel est venu , un tel est venu. » II en est de mfime ^ 
la seconde et k la troisi^me porte. En dehors de la premiere # 
il y a des estrades,sur lesquelles s'asseyent les boorreaux cp^ 
sont charges de tuer les gens. C'est la coatume chez ce people * 
toutes les fois que le sultan a ordonn6 de tuer un homin^ • 
qu'il soit massacr^ a la porte de la salle d audience et que so^ 
corps y reste trois jours. Entre les deux portes , la premiere ^* 
la seconde, il y a un grand vestibule , de chaque c6tc duqU^* 
sont des estrades en pierre de taille, oil s'asseyent les homiP^ 
de faction parjni les gardiens des portes. Quant k la secoo^J^ 
de ces deux portes, les portiers charges de sa garde y prenne^* 
place. Entre elle et la troisieme , il y a une grande estrade o^ 
si6ge le.nakib en chef (chef supreme de tons les ch^ifrj^ 
il a devant lui une naassue d'or, qu'il prend dans sa main, ^^ 
sur sa tAte li porte une tiare d'or incrust^e de pierreries ^^ 
surmont^e de plumes de paon. Les nakibs se tiennent d^ 
vant lui, coifiG^ chacun d'une calotte doree, les reins serr^^ 



D'lBN BATOUTAH. 219 

{ji_»Wj JwJ.iJ yUaXJl *4s t^ 5l 0^1 oWI IJ-J" Je 
Jjilt iUL-JI i els- CiSU yl (jIx^I t-aC ijWI Iaa JI 
U JSL^ L.a^l u,;.*:Ooj ii^^l flsLiJl o^ JJlJu ^UJuJI 



par UDC riche ceiatQre, et tenant clans la main un fouet. 
doot la poign^e est d'or ou d'ai^ent. 

Cette seconde porle ahoutit a une tres-grande salle d'au- 
dience ou s'asseyent ies sujels. Quant k la-troisieme porte, 
elleest pourvne dVstrades.oii se placenl les ^crivains de In 
porte. Une des coutumes dc ce peuple, c'est que personne 
n'enlre par cetle porte, a uioins que le sultan ne i'ait d^si- 
gn^ pour pfifa. II Use, pour chaque individu, un certain 
nombre de ses compagnous et de ses gens qui enlrent avec 
lui, Toutes les fois (jue quelqu'un se pri^sente a cetle pnrle, 
les secretaires ^crivenl : • Un tei est venu a la premiere 
heure ou a la seconde, ■> ct ainsi de suite, jusqu'a la fin du 
(oor. Le sultan prend connaissance de ce rapport apres la 
dernj^re priere du soir. Les ecrivains liennent note aussi de 
tout ce qui arrive a la porte; des Gls de rois ont et6 d^signes 
pour transmettre au sultan lout ce cju'ils i^crivent. 

Une autre coutume des Indicns, c'est que quiconquc 
s'abslient deparaitre au palaisdu sultan pendant tiois jours 



220 VOYAGES 

JL-AaJll ^^Jc4^ jjuUJI^ A4^3 c^UJfl^ UL^t ^^4X^ AAJUJt 
y^d^-^ ^^t-M-*^' (J^^ ^J^^l^ ^^^ Jl^-Jll^ iUss-iJb 

et plus, soit qu*il ait une excuse ou non, ne passe pas cette 
porte par la suite, si ce n'est avec la permission du souve- 
rain. S'il a quelque excuse, telle qu'une maladie ou un autre 
emp^chement, il fait ofFrir au sultan un cadeau choisi parmi 
les objels qu'il lui convient de presenter a ce monarque. 
Cest ainsi qu'en usent ^galement ceux qui arriventde voyage* 
Le l^giste offre un Koran, des livres et des dons semblables; 
le fakir, un tapis a prier, un chapelet, un cure-dents oude^ 
objets du m^me genre. Les 6mirs et leurs pareils pr^senterf 
des chevaux, des chameaux et des aimes. 

Cette troisi^me porte aboutit a la salle d'audience, vaste 
et immense, que Ton appelle Hezdr Ousthoun {satodn)^ ce 
qui veut dire « les mille colonnes ». Ces colonnes sont de boii' . 
verniss^ , et elles supportent une toiture de planches , peiotes 
de la mani^re la plus admirable. Les gens s asseyent au-des^ 
sous, et c'est dans cette salle que le sultandonne ses au- 
diences solennelles. 



D'IBP) BATOUTAH. 

(js, ttli **A^ jj*j ij^iiyja. ij^ ^_jUi. J.juj?j *U3^ 
55L-L1JI i A-^ajM yL-Jill Lf-jXi «a_j*ij JJi J^ »jL« 

_^ V>-^jHw5S v'^^**»^jj^jy' '-J^^ V^' >^w 
jCbIjt;^ 'r'^ '^VSwj V*-^ *Jp*J A-Mbj jttXJt JjS^s V*^^ 



DB L'ORDBE OfiSenVE 



E SCLTrtN DANS 



La piupart de ses audiences ont lieu apres la pri^re de 
quatre heures du soir; mais souvent il en donne au coni- 
menceiuent de la journtSe. II si6ge sur une eslrade tendue 
d'^lofFes de couleur blanche et surmonl^e d'un trfinc; uu 
grand coussin est plac^ derri^re son dos ; il a k sa droite nn 
autre coussin et UQ troisieme k sa gauche. 11 s'assied 4 la 
mani^re de rbomme qui veut reciter le tichehhud. ou pro- 
fession de foi musulmane, pendant )a priere. (Voy. Mour. 
d'Ohsson.lI, 83, 8ii.) C'est ainsi que s'asseyent tous les ha- 
bitants de rinde. Quand le sultan est assis, le vizir sc tient 
deboot devaiit lui. les secretaires se placent derri^re le 
vizir, et les chambellans derriere les secretaires. Le chef 
supreme des chambellans est Firoiiz Meiic, cousin germain 
du sultan et son lieutenant. C'est celui des chambellans 
qni approche le plus pr^s du sultan. Apr^s lui vient le cham- 
beUan particulier, qui est lui-m^oie suivi de^on substitut, 
de I'intendant du palais et de son lieutenant, de deux digni- 
taires appetes : I'un la gloire et I'aulre le chef des chambellans, 
et des personnes placees sous leurs ordres. 



I 

1 



I 

» 



VOYAGES 



> *i 'I^JLiJI .US'* 



iUiiJ) j^U *5 tUkil 



Les aakibs, au nombre d'environ cent, ^^ennent apres 
les cbambellaDS. Lorsque )e sultan s'assied, les ans el les 
autres crient de leurvoix la plus forte : ■ Au notn deDiea. ■ 
Ensuite se place deboat, derriere le sultan, le grand roi 
Kaboulah, tenant dans sa main un t'mouclioir avec lequd 
il chasse les mouches. Cent silahdar (ecuyers, armigeri) se 
tiennent debout a la drotlo du suitan.et tin pareil nombre 
a sa gauche. lis ont dans leiirs mains des boucliers. des 
^pees el des arcs, A droite et a gaiiche, sur loule la lon- 
gueur de la salle d'audieoce, sont plac^: i" le kadhi des ka- 
dhis; a" le prMicateur en cbef; 3" lea autres kadbis; 4° les 
priucipaux l^gistes; 5° les principaux descendants de Ma- 
homet; 6° les cbeikhs; 7" les freresetbeaux-fr^resdu sultan; 
8° les principaux ^luirs; 9° les chefs des illastres, c'esl-i- 
dire des ^traufers (conf. ci-dessns, pag. 98}; 10° les g{:a&- 
raux. 

On ami^ne eosuite soisaote chevaux, scUes et brides avcc 
les barnats imp^rtaux: parmi eai tl y eo a qui portent les 



D'IBN BATOUTAH. 223 

^1 UI;^ e^^^S? JUyiJi ^ oUxJt^ (jjv^l 

I ft . jW j^ S>-»«X* o^^I^ jj^ V^ ^-^^ ^^ C:?:?-*^ 
>:A^I iLx-?j5 ^33«>^.UaJI ^5 yl(jl i ^^X?^ x^;^ ^jia^^ 



ii^ignes du khalifat : ce sont ceux dont les brides et les 
wngles sont de soie noire et dor6e; il y en a qui ont les 
iiA^mesobjets V soie blanche et dor^e; le sultan seul monte 
des chevaux aifei ^quipis. On tient la moitie de ces che- 
vaux a droite et Tautre moiti^ a gauche, de maniere que le 
sultan puisse les voir. Puis on amene cinquante ^l^phants 
dicores d'6toffes de soie et d'or; leurs defenses sont recou- 
vertes de fer, afin qu'elles soient plus pwpres a tuer les cou- 
P^les. Sur le cou de chaque elephant se tient son cornac, 
*y«int k la main une sorte de hache d'armes de fer, avec la- 
i V^dle il chatie sa b^te et la fait se dinger selon ce qu'on 
^^ d'elle. Chaque ^l^phant a sur son dos une espece de 
S^de boite, qui pent contenir vingt combattants, plus ou 
flioins, d'apr^s la grosseur de Tanimal et la grandeur de 
Mn corps. Quatre ^tendards sont fix^s anx angles de cette 
i)oite. Ces ^l^phants sont dresses k saluer le sultan et a in- 
diner leurs t^tes, et, lorsqu'ils saluent, les chambellans 




224 VOYAGES 

Ij^t U^yf,^ A^U c;>l^^li m f^ lAJ^ JI5 «;;^<X^ bi^ 

(jvi^iyj JW;^! vJLU. JU2JI (jj^ IfJUaij 

gUo;l ^^j awj ^ v^ JyM^ v^ vjis^ *3u^ p.5sisr 

uiJb^ aWI JIj^ ^LjjUJI^ V^.-»1 JyM^ p^X* :>^i^li^ 

disent a haute voix : t Au nom de Dieu ! » On les fait ansa 
se tenir, moiti6 a droite, moiti^ a gauche, deni^re les per- 
sonnes qui sont debout. 

Tous ceux qui arrivent, d'entre les gens d^sign^s pourVes- 
ter debout, soit a droite, soit a gauche, font une salutation 
pr^s du lieu oh se tiennent les chambellans^cleux-ci disent: 
« Au nom de Dieu I » et Tel^vation du ton de leur voix w* 
proporiionnie k la grandeur de la renomm^e de celui cpn 
salue. Lorsqu'il a fl6cbi le genou , il retourne k sa place, kb , 
droite ou k la gauche, et ne la depasse jamais. Si c'est nn 
Indien idolatre qui salue, les chambellans et les naktbslui. 
disent : « Que Dieu te guide ! » Les esclaves du sultan ^ 
tiennent debout demure tout le monde, ayant dans leurs 
mains des boucliers et des ep^, et il n'est possible k pe^ ; 
Sonne de se m^ler parmi eux, si ce n'est en passant devant 
les chambellans qui sont debout devant Tempereur. 



D'IBN BATOUTAH. 225 



4^LeJlf y^ t,t^ aJJ IrflJ^J v^l^ *1*>JI Jj*^^^i> 

^VIoJUl Jl v^ Jko.:> is!<X4. ^IkJUt ^ pJo ^ Jo.t 

OWH- p "^-i- AA^b^ jJ^XJI wV^ ji^ *Ui- iUib^ ^i^\^ 
\j y V^i ^ 5--*'^-* A-5*^ i u^'^^^ V^ Cr^3 v'^ 

Ul^ eucsr o-^t pUt l^ y^yb JU^I ^ Js?l? ^^U« 4^1 
^IkJLJl Jt J^yt J^ pO^Js^i \^\^ J^y^i^^ ^IkJUJl 



DE L' ADMISSION DES ETRANGERS ET DES PORTEDRS DE GADEAUX 

EN PRESENCE DU SULTAN. 

S'il se trouve 4 la porte quelqu'un qui vienne pour ofTrir 

aa sultan un present, ies chambellans entrent chez ce prince 

dans Tordre hi^rarchique. L'6mir chambellan Ies pr6c^de, 

son substitut marche derri^re lui ; puis vieoneut le chambel- 

lan particnlier et son substitut, Tintendant du palais et son 

8Qpp]^ant, le chef des chapibellans et le principal cham- 

I>eIIan. lis font une salutation dans trois endroits difiR^rents, 

Gt annoncent au sultan quelle est la personne qui attend a 

** porte. Lorsquit leur a ordonn^ de Tamener, ils placent 

^ pr^nt qu'elle apporte dans Ies mains d'individus qui 

doiv^nt se tenir debout avec le cadeau devant lassistance, 

^*i que le saltan puisse le voir. Le prince niande alors celui 

^i VoflBre, et ce dernier salue trois fois avanl d'arriver de- 

^^^t lui; puis il fait une salutation pres de Tendroit oii se 

^^Onent Ies chambellans. Si c'est un homme considerable, 

H 8q tjgn^ debout sur la m^me ligne que I'emir chambellan; 

^^on, il se met derriire lui. Le sultan lui adresse lui-m^me 

III. i5 




XJU9< 



226 VOYAGES 

4--»^0Jl (j^ a'^^l '>*JU:» 5^1 J^US (^ M^t 
if^w^oJt CJ^ !>-^^^^^ Ut^3 ^.)^^\^ (^^^JaJt <>jLi 



la parole de la mani^re la plus gracieuse et lui souhaite k 
bienvenue. Si cet homme est du nombre de ceux qui Bi^ 
ritent de la consideration, le sultan lui prend ia naain oal 
i'embrasse et demande quelque portion de son pr^ot te 
Texpose devant lui, et s'il se compose d'armes ou d'etoffies*»;J 
les tourne en tous sens et t^moigne son approbation, afioi^ 
raffermir Tesprit du donateur, de Fenhardir et de lui mo^ 
trer de la sollicitude. II lui accorde un v^tement d'hoDnfi* 
et lui assigne une somme d*argent pour se laver la t£te,<^ 
la coutume des Indiens en pareille circonstance, le toatci 
proportion de ce que m^rite le donateur. 

DE LA MANIERE DONT ON PRESENTS AU SULTAN LES GADKAUI 

DE SES AGENTS. 

t 

Lorsque les agents arrivent portant les dons et les f^ 
chesses amass^es au moyen des imp6ts des difierentes JK^ 
vinces, iis font des vases d'or et d'argent, tels que des btf*- 
sins, des aigui^res et autres. lis font aussi, en or et en argenti 
des morceaux qui ont la forme de briques et qu'on app<ft 



D'IBN BATOUTAH. 227 

oL4^ jpj ttf^JyJt «-A*J^ i]^ 'ts, ^,^1 avSJI tj^^ 

•b* JuMtf ^^ flA * <X».ij j^ ^t.4j<Xjlf i^JtX^Jt^ UrfO ^ I k V wOi l l 

^j^] ossj; ooj, jj^i»i i4*x» jMi j:^ JM! j;;^ iu-m 

jl*-!, iip-* 4**-e IflxJjT A «i*jljj t-»*i>-''=^' »«J^ tie **Jl 

JJut Jhmu» a.' yUaLJt JU t,jl y3>i' 3^^ yl(, j-»Wt 
/«X.^u*»9 I4JU Ua». tflk^U dJs (25:^^ S<>wLfi \jjit\s^ ^\yji\ 

4 JU3 AMI ^ ^t <>uv ^ ^^ 

ttjc4r(nom persan qui signifie "brique, etc. »). Les yar- 
'^Aj ou yalets , qui sont les esclaves du sultan , se tiennent 
^bout en un seui rang, et ils ont a la main les presents, 
<i»cttn d'eux portant une pi^ce s^par^e. Apr^s cela, on fait 
vvancer les ^i^phants, s'il sen trouvedans le cadeau, puis 
^ chevaox sell^s et brides, ensuite les mulets, et enfin les 
duuueaux charges des tributs. 

Je vis une fois le vizir Khodjah Djihan offrir un present 
^sultan, qui revenait de Daoulet Abad. II alia k sa ren- 
<^iitre jusqu'k Text^rieur de la ville de Biyanah, et fit por- 
^r le cadeau devant le monarque dans Tordre que nous 
^ons d^crit Parmi les objets offerts dans cette circonstance, 
j^remarquai un vase de porcelaine rempli de rubis, un 
Wre rempli d'^meraudes et un troisi^me plein de pedes 
iBUgnifiques. Cdla se passait en presence de Hadji Gaonn , 
cOMin gennain du suhan Aboi!i Sa'id, roi de rir4k. Le sou- 
verain de Tlnde lui donna une partie de ce cadeau , comme 
oons (e diroBs plus tard en detail, s'il plait au Dieu tr^$*baut. 

i5. 



228 VOYAGES 



o y 



vl^^ sji^^l^ ^^«>Ji v^^b o^'>^^ '^^^ <^' (jlklLJt «£Mu 
^,^;;U3 ^t ^^l^a.^! Jkibt^ Oy^t^ dtytlt^ i'tMjJl^ o^J 
j^jJ-l \.«A^ iO^I <::«J4> Jyu«It A.«iSi^ o^t^ ti>U Qit7 

i^li^ y^ ilLw IfJLft ^^j^ ^IkJLJ! V3^ iJnj^ J Ut 
ffjljUM ^3 iUXUJi X«Ut ^^ I4JU ^ ^IkUt 

DB LA SORTIE DU SULTAN LORS DES DEUX PRINGIPALES F^TES, 
ET DE GE QUI SE RATTAGHE k GE SUJET. 

Le soir qui pr^c^de la fiSte, 1^ sultan fait cadeau devit^' 
ments aux rois ou grands dignitaires , aux favorls , aux ch^ ; 
du royaume, aux personnages illustres ou Strangers, aux s^ ' 
cr^taires, aux chambellaDs, aux ofEciers, aux gouveraeurf> 
de mfime qu aux serviteurs et aux messagers. Au matin dfr } 
la fete, on orne tous les ^l^phants avec de la soie, de t^ ■ 
et des pierres pr^cieuses. Seize de ces animaux ne 90iA 
months par personne, et ils sont seulement r^serv^ poO^ 
le sullan. On ^leve sur .ceux-ci seize tchetrs ou parasols ^ 
soie, incrust^s de pierres pr^cieuses, et dont les mancfa^ . 
sont en or pur. Gbacun de ces d^phants porte, de plas,tii 
coussin de soie , enrichi de pierres precieuses. Le souverflS 
monte un de ces Elephants, et Ton porte devant lui la jM" 
chiyah, c'est-k-dire la housse qui recouvre la selle da sol* 
tan ; elle est incrust^e des pierres les plus precieuses. 

Devant le monarque marchent k pied ses serviteurs et ses 



D'IBN BATOUTAH. 229 

fc-jfti tjj>tl /»+i- -J^^-ij J^(j-l;i2=j iJJ^ ^ A *twaJI 

i^Syij ujfi^ L-iUaj AcyL* SiXj jj (>^^ AilaJL* aIm^ ^^ 
iljAJLlt (j-ab) iij^>*Il tr>*J' J^ u^-4jA-o sUuiJl ^^\i 

JS jLjjLiilj (JJj,iailj (J^JL^UJl^ (J^AiijJ«J!_j (JhAjU"l_jii [jj 

(jvajUmIj^ tIj-<wJ J^.Xie 'Wj*"' 5;*^J J-t*ti^ f"V** "^^-^'j 



esclaves, chacuc d'eux a^^t sur la tSte uoe calotte d'or, 
et autour des hanchea udc ceinture ^galemcct d'or, que 
quelques-uos eDricbissent de pierres pr^cieuses. Les oCG- 
ders, au nombre d'environ trois cents, marcbent aussi a 
pied devaut le sultaa; iis portent sur leur t^le uu bonnet 
haul en or, onL auloui' dea reins iine ceinture d'or, et a leur 
main un fouet, dont Ic mancbe est en or. On reniarque, 
months sur des el^pbants: le grand jugeSadrAldjibiLu Ca- 
rnal eddia Aigbazn^ouy, le grand juge Sadr AlcIJihan Nissir 
eddin Alkharezmy , ct tons les autres juges; il en est alnsi 
des priocipaux personnagcs illustres, parmi les Kbora^a- 
oiens, les Irakiens, les Syriens, les Egyptiens et les Barba- 
resques. Tout ceux-ci sont pareiiiement montes sur des Ele- 
phants. 11 est a noter que tons les etrangers sent nonimi^s 
Kbora^^niens par les peuples de I'lndc. Les muezzins mon- 
tent aussi sur des ^Uphants, et ne cessent de crier : > Dieu 
est tout-puissant 1 • 

Telle est la disposition qu'on observe quand le sultan sort 
delrporte du cbateau. II est atteoclu par toulesles troupes. 



I 



230 VOYAGES 

^j^^.£9«3s» U^^jrtt^ a\Mlsi\ ^fti^^Ul^ i(lOt (j^ «li)5^ c 
^J (^! XJwJu> ^- IJ;.feL^3 A^l;^. yU. «i)Jl!ui ylkU 

ajl5 ^1^3 c-^u ^jj^\ jui^^aI^ 5\4 |«J^ »^ 



chaque commandant etant*a la tete de son corps , s^pa 
des autres, et ayant avec lui ses tambours et ses drapeau 
Le souverain s'avance, pr6c6d6 par les gens a pied <p 
nous avons mentionn^s; devant ceux-ci marchent les jug 
et les muezzins, qui proclament les louanges de FEtres 
pr^me. Derri^re le sultan se voient ses mdrdtih ( dignit^s, i 
signes , etc.) : ce sont les drapeaux, les tambours , les cors, 1 
trompettes et leshautbois. Viennent apr^s cela touteslesp^ 
sonnes qui sont dans son intimity ; a leur suite, le fr^re du IP 
narque, Mobareckhan, avec ses insignes et ses troupes; ptU 
le neveu du sultan, Behram khan, avec ses insignes etfi* 
troupes; le cousin du sultan, le roi Firouz, avec ses b 
signes et ses troupes; le vizir, avec ses insignes et ses troupe 
le roi Modjir, fils de Dhou rr6dja, avec ses insignes el ^ 
troupes; le graod roi Kaboulah, avec ses insignes et 5^ 
troupes. Celui-ci est fort estim6 du sultan; il occupe tt 
rang tr68-61ev6 et possede d'immenses richesses. JTai M i' 
fonai par le personoage qui tient ses registres, ou son i( 



D'IBN BATOUTAH. 231 

?t;^. ijj4 Jill aaI^ ^ tf^L^^ AA3l^ ius^Xi JJLII 

^L^fii i^l^iit ,# i^^3 oj^u^^ x^5^^ auj 4^ JAW 

■^ Gf* 5*^^ <^l;-« o^^ '^l^^l (^ |j^ V^^ <^l;ll? 

tendant, et qui est connu sous la denomiDation de rHomme 

de confiance du royaume, 'Ala eddtu 'Aly almisry, appel^ 

aussi Ibn Acch^rabichy, ou le fils du marchand de bonnets 

(du mot persan serpodch, qui signifie « bonnet, etc. ») , que 

lad^pense de Kaboulab, de ses serviteurs , ainsi que le total 

de leurs salaires , s'^levait ^rente-six lac par an , c'est-a-dire 

^Hte-six fois cent mille dinars d'argent, ou trois millions six 

*^cnt mille pieces d'argent. Aprfes Kaboulah, viennent dans 

« cort^e : le roi Nocbiab , avec ses insignes et ses troupes; 

feroiBoghrah, avec ses insignes et ses troupes; le rvi Mokh- 

™i avec ses insignes et ses troupes , et le roi Kothb almoulc, 

avec ses insignes et ses troupes. Tous les individus que 

1^0118 venons de nommer sont les principaux emirs , qui ne 

<putteot jamais le sultan. Its montent a cheval avec iui le 

jotirde la fete, avec leurs insignes, tandis que les autres 

^rs en sont priv^s. Toutes les personnes qui montent a 

cheval dans cette solennit^ sont revetues de leurs cuirasses, 

et leurs montures sont capara^onn^as. La plupart de ces 

gens sont des esclaves du monarque. 

Lorsque le sultan est arrive a la porte de Foratoire, il 



232 VOYAGES 

■^i (jjjJl j-x*^? »>*AJt Ai^«w^ ^ tt^jSVi J.*?? yUaL*5' 

S ^^.3 cMJ' ^y^ 



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Hy r^ .i 11^ ^, ,lV g^l j„j^.^l ^^.^^^^ *>^I j»>? A.*»j^Ai>-jSS 



c^^-iii55 X4)J1 ^J^l^ (jj^3 *>^l' p^j.AAiiJt 0^3 is^JaJI 



s'arrSte, et ordonne aux juges, aux principaux ^mirs et au3t 
plus notables des personnages illustres d'entrer. II descend 
apr^^ cela de sa montare, et rimam prie et preche. S'il s*a- 
git de la fete des sacrifices (Tautre est eelle de la rupture dw 
jeune), le sulta^ amene un chameau et T^gorge avec ua^ 
lance courte, qu'on appelle dansTlnde (du mot persan) ni- 
zeh. II a soin de recouvrir ses habits d'une serviette de soie» 
pour se garantir du sang. Cette ceremonie accomplie, i" 
remonte sur Tel^phant et retourne a son palais. 

DE LA SEANCE QUE TIENT LE SULTAN LE JOUR DE LA F^r 
DU TRONE PRINCIPAL ET DE LA PLUS GRANDE CASSOLETTE. 

Le jour de la fete, Ton recouvre tout le chateau de tapi* 
et on Torne de la mani^re la plus somptueuse. On 61feve,4ii^ 
tout Tespace du lieu de Taudience, la bdrgah, qui ressemli^ 
a une immense tente. Elle est soutenue par de nombreuseset 
grosses colon nes, et est entour^e de tons cotis par des cou- 
poles ou pavilions. On forme des arbres artificiels avec dc 
la soie de differentes c^uleurs, et oil les fleurs sont aussi 
imitees. On les distribue en trois rang^es dans toute la salle 



D'IBN BATOUTAH. 233 

l^yi «^JJt (^yb, j^t jj^ ^ «la£^|^^^^) 4;.yu34, 

Jl*??, v-vAoJI juisJ JU, SK^r l^ «ju iuks JO' 

|ju*^, iUJU v::>|^-iol* i^lfJUJl^ oC^ c^^W j^j-»-J5 ci« ^^**^. U 
^^.fcaJl^ ^tjliiL^ SU^t ^> p^Ui! ^UJ! p J0iX:5 ^ 4>il 



"^^udience , et Ton place partout, entre ces arbres*, des estrades 
d oi*, surmoDt^es d'un coussin recouvert de sa housse. Le trone 
"^^gnifique est dress^ sur le devant de la salle ; il est entife- 
'^ttient en or pur, et les pieds en sont incrustes de pierres 
pj^^cieuses; il a de hauteur vingt-trois empans, et de largeur, 
^oiii^ environ. II est compost de plusieurs pieces, qui 
^ joignent ensemble et ferment un tout. Chacune de ces 
pieces est portee par plusieurs hommes, k cause de la pe- 
^^'^teur de Tor. On place sur le tr6ne le coussin, et Ton 
^^Ve sur la t^te du sultan le parasol incrust6 de pierres 
P^^ieuses. Quand le monarque moiite sur son trone, les 
^^mbellans et les ofBciers orient k haute voix : « Au nom de 
"^n ! • Alors les assistants s'avancent pour saluer le souve- 
^n, en commenc^ant par les juges , les pr6dicateurs , les sa- 
vants, les nobles et les cheikhs; puis viennent les fr^res du 
*>iltan, ses prochcs parents, ses beaux-fr^res ou allies et les 
pcrsonnages illustres. Ensuite le vizir, les conunandants des 
troDpes, les cheikhs des esclaves et les notables de Tarm^e. 



JLaXs loJ ***^ ^4^ SiXja ;^ J^ (j\ •Iwkali |t^ i t^"^^ ^^ 

•:«-Hhd»- ^ ^LxkJt *^ M>j i*:;)^! ^UJI iji \i>\i "Zn (jH 

Ju^j Uywoj LJUiSl Ij^ljt Ijib xX.tajiJL* i^^I jaiU. (^ 
«.j;5*-J L^_Li^la i^ Jl»-yi tr* »i^ l^ sA—IjJl JUlaJiJI 

lis saluent lous separ^ment, Tud apres I'auEre, sans presse 
ct sans fouler 

C'«st I'usage, au jour de la fc4e, que chaque personne 
qui a ^t^ gratili^e du revenu de quelque village apporle des 
pieces d'or, envelopp6es dans uq lambeau d'^loffe, sur le- 
quel elle ^crit son nom, et qu'clle jelle dans uq bassi'n d'or, 
prepare pour cet elTet, On aniasse aiusi line somme consi- 
derable, que le sulEan donnc k qui il lui plait. Les salutalions 
accomplics, on dispose les inels pour les assistants, suivaot 
le rang de cbacun de ceux-ci. 

On iiionte dans ce jour la grande cassolette, qui resserable 
k une tour; elle est en or pur cl composee de diverses pieces 
qu'oQ joiut k volonli^, II faut ptusieurs homniespour trans- 
porter ciiacunc de ses parlies. Dans son interieor, se irou- 
veut trois cellules ou eiitrent les honimes charg6s de r^ 
pnndre les purrums; ils nllument le bois appele kamdry, 
ainsi que Ic kdkualy (sortes d'aloes), t'nmbre gris et le bea- 
join, (ie farjm qiir lavapeiir de eos matleres rempllt loule 
In Halle d'audifncx.', Dc jvunes garrons liennent a la main 



D'IBN BATOUTAH. 235 

^U^ :>jyS\ Pic, iyJj: A^aiUl^ <^ JJt Juy«i^ e)UAAJt ^J^L 

Jj^t vWl<^ v^^ l^b i (jUJuJt jJ^ vl»jt ^^3^' 

«elJt(^3 Ji««C dOXI jUJf v^l <ie9>v3r>*' <^' ^^ W^ 

ti> V^S;^ iu^ ^y>a* Avti J^j tj*ifci ^ya* ttJs^ ^^ JXi 

^ V^l d}^\ c:,lJu ji^> v>J' J^' alrf j^* ^'^^l^ V^ 

i^^i barils d'or et d'argeDt,rempIis d'eau de roses etd'eau de 

^ ^^ UTS d'of anger, qu ils r^pandentkpro fusion surles assistants. 

Le trdne et la casso ette dont nous avons paii^ ne sont 

du tr^sor qu'k Toccasion des deux grandes fi^tes seuie- 

mt. Les jours des autres solennites, ie sultan s*assied sur 

^•^^ tr6ne d'or inftrieur au premier. On dresse alors une 

*^He d^dudience ^loign^e, pourvue de trois portes, et le sul- 

*^ ^^3 prend place a Tint^rieur. A la premiere porle se tient 

*^l)out Im^d almoulc Sertiz, a la seconde, le roi Nocbiah, 

^^ k la troisi^me , Youguf Boghrab. A droite et a gaucbe se 

^^nnent debout les cbefs des esclaves ^cuyers ou porte- 

^t^^es; la foule se tient pareillement debout, suivant le rang 

^^ chacun. L'inspecteur de cette saile d'audience est le roi 

Tliagbai, qui porte k la main une baguette d'or: son subs- 

^lut en porte une d'ai^ent, et, tons les deux, ils placent 

^es assistants et forment les files. Le vizir et les secretaires 

sont debout, ainsi que les chambellans et les officiers. 

Puis viennent les musicienues et les danseuses, ctdV 



236 VOYAGES 

_jLjL^I oLLj^Uh (^Ajm jl. Is ijlclltj *'5-«5M ylkJUl 
JjAil *tvlj Bjl^-olj »j)blj aj'ji.^ t?**«Jj y*H^j CJ****» 

e*JUJI ^y^\ ij liLJUil *l;-»lf (je+yrfj IJ*^J^> (J;***» 

i_j j.-^**Ji ,3-jL«^ i^\ji\ -^t ij /t^^ j*?*^-* ^o'*' s-?>^ 

bord les filles des rois IndieDs infideles (lea Hindous) , quV 
a fait captives daos celtc ann^e-Ia. Eltes chantent et i 
sent, et le sultan les donne aox ^mirs et aux personnag 
illustres. Apres elles, arrivent les autres filles des inGdM^ 
qui chauteat aussi et dauseut, et que te sullau donne ^ » 
fr^res, S ses proclies parents, a ses beaux-freres et aux | 
des rois. Cetle stance se tient apres la priere de rapr^s-ai 
Le Bouverain tient une autre stance le lendemain de la fi 
a la meme heure , et en suivant les m^mes dispositions. Les 
chanteuses vieonenl, elles cbanleat et danseat, et Ji les 
donne aux chefs des esclaves. Le troisieme jour, il ruarie 
ses proches parents, qui re^oivent ses bienfaits ; le quatrieme . 
il affraocbit des hommes esclaves; le cinquieme, il aifran- 
chit des femmes esclaves; le slxieiue, il marie ensemble 
deshommesel des femmes esclaves; enfinjesepliemejour, 
il distribue de ooDibreuses aum6nes. 

M OBSERVE QIIAND LE SULTAN AnRlVE DE VOTAGE. 

Lorsqueiesouveraineslderetourde ses voyages, on ome 




i 



D'IBN BATOIITAII. 237 

JU-yi I^jL* "^^MjAa iuU. ^ '^^'^Ji 'Vj^' ^^^j ojLiU.1 

I-* ^■■ T i (it- v'-!-* t-^'-'^^J tr^**^' y*J^^ AX»^1 BjluJl 
» * f ta JS ^ ujifyjjjJl ulw [^«*XJj taUfia (ic iUj.-JL» 

(J a * -"J **>-* u— *'j u-i*J J^l cjv^ i^U^i t5j'>^ 

>jlj (J- u-'-^l f*^: *** *JH^ *'U1* VjX^ v^ *^ i^ 

uU (^ '^J^. is-^^ ejLyJt ^UoAA- (j^^j ^UaXwJI v^3^ 

les ^l^phants, et Ton ^^ve sur seize d'entre eax seize para- 
sols, dont les uds sont brocli^B d'or, et ies autres enrichis 
de pierres pr^cieuses. On porta devaul lui ia ghdchiyah, qui 
est la houssG servant a recouvrlr laselie, et qui est iiicrust^e 
ties pierreries les plus lines. On construit des coupoles de 
bois partag^es en plusieurs Stages, et on les recouvre dY- 
tofles de soie. Daus chaque etage on voit les jcunes eaclaves 
cbanteuses. revelues de tres-beauxhabillements et des pa- 
rures fort jolies; quelques-unes parmi elles dansenl. Dans 
le centre de tootes ces coupoles il y a uo reservoir iniiiiense, 
fait avec des peaux, et reaipli d'essence de roses ou de sirop 
dissoQs dans de I'eau. Tout le monde, saas exception, pent 
en boire, les natiooaux comrae ies elrangers. Ceux qui eo 
pfennent re^ivent en niSme teoips les feuilles de bi^lel et 
la noix d'arec. L'espace qui s^pare les pavilions est recou- 
vert d'^tofles de soie. que foule la monture du sultan, Les 
murailies des rues par lesquelles le souveraiu doit passer 
SQnt ornees aussi d'^toffes do soie , clepuis la porte de la viile 



1 



238 VOYAGES 







jusqu'a celle du ch&teau. Devant le monarque marcheot 
ses esclaves, au nombre de plusieurs miliiers; la foule ^t 
les soldats sont par derrifere. 

J'ai M present queiquefois a son entree dans la capitalo t 
revenant de voyage. On avait dress^ trois ou quatre petites 
balistes (litt^ralement: « pelites machines tonnantes; petite 
tonnerres ») sur les 616phants. EUes lanQaient sur lea assis- 
tants des pieces d'argent et d'or, que ceux-ci ratnassaieat. 
Cela commen^^a au moment de Tentr^e du sultan dans 1* 
ville, et dura jusqu'a son arrivee au chateau. 

DE LA DISPOSITION DU KEPAS PRIVE. 

II y a deux .<iortes de repas dans le palais du sultan : c^ 
lui des grands et celui du public. Quant au premier, c'es* 
le repas oii mange le souverain; et il a Thabitude de fai^ 
cela dans la salle d audience, en compagnie des personals 
pr&entes. Ce sont : les emirs les plus in times, F^mir chaiO' I I 
bellan , cousin du monarque , Imad almoulc Sertiz , et r^ml^ lioe 



D'IBN BATOUTAH. 239 

J^ Jojs-3 »4>uu GUfiOl j^j^l owi^U (j^^^-dUL (j^ .x*^! 



» *j d>-^ J^W! ^/^VJaJI Cl^ lUJt pUkJl cjusji* jSi 
l^UI ptoJI vw^Jb^ ^t ^ u^^i^ '^i^^ *^^'^ gJ^' 



idjlis, ou chef d'assembl^e. Outre ceux-ci, le sultan in- 
e ies individus qu'il veut anoblir ou honorer, parmi les 
rsonnages illustres ou les principaux ^mirs, qui mangeut 
^si avec lui. li arrive quelquefois qu il veut aussi hono- 
' une des personnes qui se trouvent pr^sentes. Alors il 
^nd un plat avec sa main , il y place un pain et le passe 
^tte personne. Celle-ci le prend, le tient dans sa main 
^che, et s'incline, en touchant la terre avec sa main 
>ite, Souvent le souverain envoie quelque mets de ce re- 
^ a un individu absent de Taudience. Celui-ci, en le re- 
i^ant, fait la r6v6rence, k Tinstar de Tindiyidu present, 
tnange ce mets avec les gens qui se trouvent en sa com- 
gnie. J'ai assist^ bien des fois a ce repas priv6, et j'ai vu 
^ le nombre de ceux qui y prenaient part ^tait d'environ 
^gt hommes. 

DE LA DISPOSITION DO REPAS COMMON. 

Les mets que Ton sert au public sont apport^s des cui- 
^es, et pr6c6d6s par les principaux ojQiciers, qui crient : 



240 VOYAGES 

^LnJaJt ^^ ]i,\i aJ^^^ (jUJUI iit l<X«l» .Xa.1 J«^ 
p^l^ J^^ ^Ut ,^1 ^^3 11*0 i^tuJJ! oila«0t (>j^L 



? u^ .XASti Ui^t Jjjs, ^- |.:iKfii dUi 2jJb J^ x*uu 

Jslju^^ iujb »JLo e-Ul iLfJT^ ptojJt p<Xis?3 |.<Xii?3 viU3 

« Au nom de Dieu 1 » Ceux-ci ont en t6te leur chef, leqael 
dent dans sa main une massue d'or, et son substitut, qm 
en tient une d'argent. Lorsqu'ils 6nt franchi la quatriimc 
porte, et que ceux qui se trouvent dans la salle d'audience 
ont ainsi entendu leurs voix, ils se Invent tons ensemblet 
et personne , si ce n'est le sultan , ne reste assis. Quand to ■ 
mets sont pos^s a terre, les officiers se placent sur une sevk ; 
ligne, le commandant a leur t^te, qui parle a I'^logie oX^ 
sultan, et fait son pan^gyrique. II s'incline profond^meot 
apr^s cela, tous les ofEciers rimitent, de m6me que tous to 
assistants, sans exception, grands et petits. L' usage e^tqo^* 
d^s qu'un individu entend la Voix du chef des ofBciers dafl* 
cette circonstance , il s'arrete debout, s'il marchait, et garde 
sa place, s'il 6tait debout et arr^t6. Personne ne bouge, ^ 
ne quitte sa place, jusqu'k ce que ledit personnage ait fio* 
son discours. Apr^s cela, son substitut parie d'une fa^ott 
analogue a la sienne; puis #1 s'incline, et il est imit^eB 
ceci par les officiers et le public , qui saluent ainsi una sc- 
conde fois. Alors tout le monde s'assied. 



D'IBN BATOUTAH. 241 

^Ji ^\^ j^UJaJl jy2i^ {jSjXA vW» v^^'t^^ ur^^ 

(^ ^tj: (^ (^^ o|^ bU ^UJLJt Ji iu jUi dL]4>o J^ 

*T^t3 ^jbpl j^^Ut^ ji^W^j^ U-^' VH^J^ 45-^t jIa^ 

A u^ u' f*v^^^5 ^^-^^ ^r^^ "^^ ^0^^ "^3 Jl^^^i^ 
1^ ^'uOl^ ^ti^t^ i^teiiiUt^ i^Uoil^ ^UuJl pUy I I^Uw^Jw^ 

l^-a:^ tSb iUJt p;fi ^.^j^ y^X;, ^ 2J J:XA ^yM i ^l 

Les secretaires , places k la porte , ecrivfent pour informer 
le sultan de rarriv^e des aliments, bien que ceiui-ci ie 
sadlie d^ja. On donne Ie billet a un enfant choisi parmi ies 
fits des rois, et qui est charge sp^cialement de celte besogne; 
il le remet au souverain , lequel , apres i'avoir lu , nomme 
ceux des principaux commandants qu'ii charge de presider 
a rarrangement des assistants et a leur nourriture. Celle-ci 
consiste en pains, ressemblant plutot a des gateaux; en 
viandes r6ties ; en pains ronds , fendus et remplis de pate 
douce; en riz, en poulets, et en une sorte de bachis de 
viande. Nous avons parl^ pr^cedemment de toutes ces choses 
et expliqu6 leur distribution. 

En tete du banquet se placent les juges, les pr^dicateurs , 
les jurisconsultes, les nobles et les cheikhs. Viennent apr^s 
eux les parents du sultan, les principaux commandants et 
lout le public. Personne ne s'assied qu'a Tendroit qui lui a 
^t6 destine ; de sorte qu'il n'y a parmi eux jamais de presse. 
Les assistants ^tant places, arrivent les chorhddrs, qui sont 
les echansons; ils tiennent a la bmA des vases dor, d'ar- 

III. i6 



''I 



.-j2 VUYAGI:;S 

Jflil j yj«H^ '^ -oil ,«w V^ Jt* 'j?>l 1^^ i-^*!*" J^ 

JS'^^iii JiyiJl^ J>-A*J1 jL+tL 4^ ^' 4M1 ,«wj v*^ J^ 
Jj^l-Jl (j« *-i)j »jJlk£ LT^J t-yi-^il Jjj*J' u- **;* u^-jl 

gent, d'airain et de verre, remplis de sucre caodi dissous^^^ 
dans Teau : on bolt cela avant de manger, et ensuite les^E^ 
chambellans sYcrient : ■ Au noni de Dieu! ■ On commence^^^s 
alora le repas. Devant chaque personne , on place de lou!^ ^^' 
les mels dont se compose te fcslin; chacun les mange s6- ^^^- 
par^ment, et nui n'est servi dans le m^uie piat avec uin:«^ -«d 
autre individu. Le repas lini , on apporte une esp^ce d^ -f e 
bi^re dans des pols d'etain, et, ie public I'ayaat bue, le»s^*** 
chambellaiis disent encore : « Au nom de Diea! • On intro- ^i^^^^" 
duit les plats conlenant le b^tei et la noix d'arcc; on donu^» *^^ 
a cbacun une plnc^e de celle-ci concassee, ainsi que quinE^» ^^ 
feuilles de betel reunies ensemble et liees avec un fil de soies^ -••' 
rouge. Les assistants ayant pris !e bete!, les cbambellan^ ■** 
disent de nouveau : » Au nooi de Dieu ! • Tout le monde sp^^ ^ 
I6ve a ce moment; le commandant qui a preside au repas^^ ^ 
salue ; le public en fait autanl , et se retire. Cette sorte d^^^ 
I'estin a lieu deux fois par jour : la premiere, avant midi . e^^ 
la seconde, apres la p>l|^ de I'apr^s-midi. 



D'lBN BATOUTAH. 243 



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<^3 iUJiuJt 4-^t^l ^^3 Xiuipt kk^SI ^j^J^ pU35« 

^'^ii^iil y3.ft*>4 t)J U^ ^^ *>^^i (^Up«# ;jI jfc^AJl AjLy.^1 



QUBLQUES HISTOIBES SUR CE SULTAN , MONTRANT SA BIENFAISANGE 

ET SA GENEROSITE. 

Je me propose de mentionner seulement les faits de ce 
genre auxquek j'ai 6te pr^ent, dont j'ai ^te temoin, et que 
j*ai ainsi vus de mes propres yeux. Le Dieu tr^s-haut con- 
nait Ja verity des choses que je vais raconter, et Ton na 
pas besoiD, outre cela, d'un autre t^moignage. D'ailleurs, 
tout ce que je vais dire est bien divulgu^ et assez notoire. 
Lies pays qui soot peu ^loign^s de Tlnde, tels que le Yaman , 
!e Kbora^an et la Perse, sont remplis d'anecdotes sur ce 
priuce , et leurs habitants les connaissent fort bien ; ils 
n^ignorent passurtout sa bienfaisance envers les etrangers, 
qa*il pr^fi^re aux indigenes, qu'ii honore, qu'il favorise 
largement, qu'il comble de bienfaits^auxquels il donnedes 
emplois ^lev^s et fait de riches presents. Un de ses bienfaits 
a regard des Strangers, cest qu'il les nomme aizzah, ou 
• gens illustres », et defend qu on les appelle Strangers. II pre- 
tend qu'appeler un individu du nom d'^tranger, cest lui 

i6. 



• 



244 VOYAGES 

A-x^<<9-3jj?.UJl JjyjUfl (j^<3Jl LjI^ iU>th^j^yi> 

*r-^' a^y*^' jW^Ji *iUt UbJ^ 1 juft ^oJj vV^ ij 



P^Xj lU »;^ Jbb^ 0^1 JiUJ i^y^h. ^ »^\j i^'Wi^^, 



d^chirer le coeur et troubler son esprit. Je vais mainteiiax:^t 
citer, s'il plait a Dieu, un petit nombre de ses largesses ^^t 
de ses dons magnifiques. 

DD CADEAD QU'IL A FAIT AU MARCHAND GHtHAB EDDIN ALCAzER06w^» 

ET HISTOIRE DE CELUI-CI. 

Ge Ghihab eddin ^tait un ami du voi des marchaocJ^ 
Aicaz^roAny, 8urnomm6 Perouiz, auquel le sultan ava^* 
donn^ en fief la ville de Gambaie , et promis la charge 4^ 
vizir. Alors Perouiz envoya dire k son ami Ghihab eddi^ 
de venir le rejoindre, et celui-ci arriva, avec un preset!* 
qu'il avait pr^par^ pour le sultan , et qui etait compost d^^ 
objets suivants : une petite maison en drap d^coup^ enri' 
chi de feuilles d'or, une grande tente analogue k la maisoi^' 
nette, une petite tente avec ses accessoires, et une tented^ 
repos, le tout en drap orn^, enfin beaucoup de mulets. ^ 
i'arriv^e de Ghihab eddin avec son cadeau , son ami le ro 
des marchands allait partir pour la capitale. U apportait le 



• 



D'IBN BATOUTAH. 245 

t^LU ^ic t^j.^ yl ^i^l ^j^yt JL^xi Jlxil^ ^jj^jOax iiUa^ 

^•^:>U ^Jft ^^t 4XAft IL*^ y>i »^,^ (^oJI vV' 
ijliUTl i»-^aU ijfjjhi f^^A^^t |.b^j.£9UjJt c;o^> 



»oxnmes qu'il avail amass^es au moyen des imp6ts du pays 
qvi'il gouvernait, et un cadeau pour le souverain. 

Le vizir Khodjah Djihan , ayant appris que le sultan avait 
px'omis a Perouiz le vizirat, en devinl jaloux el en ful trou- 
ble. Les pays de Cambaie et du Guzarate 6taient, avant ce 
ternps-la, sous la d^pendance du vizir; leurs populations 
c^aient atlachees a celui-ci, devou^es enlierement a lui et 
p^omptes k le servir. La plupart de ces peuples etaient des 
lofidMes, et une partie d'entre eux, des rebelles qui se d^- 
fe^daient dans les montagnes. Le vizir leur suggera de tom- 
"^^ But le roi des marchands lorsqu'il se dirigerait vers la 
^pilale. En efFet, quand Perouiz sortit avec ses tr6sors et 
^ Wens, Chihab eddin, portant son cadeau , Taccompagna, 
^ fls camperent un jour avant midi , suivanl leur habi- 
^^^» Les troupes qui les escorlaient se dispers^rent, et le 
f P*^s grand nombre se mil a dormir. Les infideles tomb^rent 
***r eux dans ce monaent en force considerable, ils tu^rent 
. '® Jfoi des marchands, pill^rent ses biens et ses tr^sors, ainsi 



246 VOYAGES 

Xjljj^ 2)^ ^^y:s2 (j^ (j^jJl vl^ Jx-Ji4 u'j^l* ^>-^ 

(^jJ! vV^ (>^'^ LJiyl^ j^i^ \^*.jsjr iJuuU jiii juXp 



que le present de Chihab eddin. Celui - ci put seulemeot- 
sauver sa propre personne. 

Les rapporteurs de nouvelles 6crivirent au sultan ce cji^* ^^ 
s'6tait pass^, et celui-ci ordonna de gratifier Chihab edd*** 
d*une somme de Irente mille pieces d'or, k prendre sur 1^* 
revenus du pays de Nehroualah, et qu'il eut k retouro^^ 
ensuite dans sa patrie. On lui pr^senta cetr&or; mais '* 
refusa de Taccepter, en disant que son seul but 6tait de y< 
le sultan et de baiser la terre en sa presence. Le sultan 
fut inform^; il approuva ce d^sir, et commanda que ChihA-'' 
eddin se rendil k Dihly, avec toutes sortes d'honneurs. • 

Or il arriva qu'il fut introduit pour la premiere fols cb^^ 
le souverain le jour meme de notre introduction pr^ ^^ 
celui-ci, qui nous donna a tons des robes d'honnear, of^ 
donna de nous loger, et fit un riche present a Chihab ed" 
din. Quelque temps apr^s, le sultan donna ordre qu'<?^ 
me payat six mille tengahs ou pieces d'or, ainsi que noo* 
le raconlerons; et il demanda ce jour-la oil etait Chihab 
eddin. Alois Beha eddin. fils d'Alfalaty (rastrologue) . lai 



D'IBN BATOUTAH. 247 

A^gLS UJI is{U lyJU «X^3 iL3i>iL Jt iUUt j^t oUjt« 

,3^1 U lyjUaX^ c^<>-^?:^ jI;^ yfi>3 »*>^Jvft ^li'U fJCT. 

¥ 

r^pondit : « 6 maitre du monde, nimiddnem; » ce qui veut 
dire : « Je De sais pas. » Puis il ajouta : « Chunidem zehmet 
ddred, » dont le sens est : « J'ai entendu dire qu'ii est ma- 
lade. » Le sultan reprit : « Berev hemin z^mdn der khazdnek 
iec leki tengahi zer higuiri ve pick od hebSri td dili oA kkouch 
chived. » Le sens de ceci est : « Va a Finstant dans ie tr^sor, 
prends-y cent mille pieces d'or, el porte-Ies a Cbihab 
eddin , afin que son coeur soit satisfait. » Beha cddin ex^cuta 
cet ordre, et le sultan commanda que Chihab eddin acbetat 
avec cette somme les marchandises de I'lnde qu'il pref^rait, 
et que personne n'eut a acheter la moindrc chose, jusqu'au 
moment oii celui-ci aurait'fait toutes ses provisions. 11 mit 
k sa disposition trois b&timents fournis de tons leurs agr^s, 
dela paye des matelots et de leurs vivres, pour s'en servir 
dans son voyage. Chihab eddin partit, et d^barqua dans 
rile de Hormouz, ou il fit batir une maison magnifique. Je 
Tai vue plus tard , mais j'ai vu aussi Chihab eddin , qui avait 
perdu tout* sa fortune, et qui se trouvait k Chiraz, soUi- 



248 VOYAGES 



Axi^l cp^t^>^ AilXt (jv.^ oul^ ^1 iLJULjUl i ifil 0^1 






*^'j^ ii (jJl* ^^ P*>^ Cfco (^oJI ^ jufl^jLjy 2^A^i 

citant quelque chose de Son «ouverain Abou Ishak. Telle 
est la iin ordioaire des tresors acquis dans llode. II est rare 
qu'un individu quitle ce pays avec les biens qu'il a amasses; 
si cela lui arrive, et s'il se rend dans une autre contr^e, 
Dieu lui envoie uq malheur qui engloutit tous ses biens. 
C'est ainsi que la chose se passa k legard de ce Chihab 
eddin; il fut d^pouiI16 de tout son avoir, dans la guerre 
civile qui 6clata entre le roi de Hormouz et ses deux ne- 
veux; et il quitta le pays apres que toutes ses richesses 
eurent et6 pill^es. 

DU GADEAU QC'IL A FAIT AU GRAND GHEIKH ROCN EDOIN. 

Le sultan avait envoy^ uu present au calife Abou'l * Abbas » 
qui se trouvait en Egypte, le priant de lui expedier une 
ordonnance qui reconnaitrait son aulorite sur les pays 
de rinde et du Sind. C'^tait la Teffet de son profond atta- 
chement pour le califat. Abou'l 'Abbas fit partir ce que sol- 
licitait le sultan , en compagnie du grand cheikh de I'Egypte, 
Rocn eddin. Quand celui-ci arriva pr^s du souverain de 



D'IBN BATOUTAH. 249 

^ JuIm^ A^ «>.i^2> <^ iU pyb ^^ ^{)> ^Lkfr olkf 1^ 

^tii0 (j4 A)jr ffiii^t u A)jr i^ A^tld ^tj-^t otk^t^ Ai^ 

(^•XJJ JiU^ ^^UJt gjg^ 4*^ c:^y (^1 ^^ Jl l^ 

^ JLIs id Jld Ljl^U aaL^' Jutj^ He^s Jl:^ :^ u^^ 

llnde, il en fut excessivement honor6, et rcQut de lui un 

liche cadeau. Toutes les fois que Rocn eddin entrait chezle 

sultan, ce dernier se levait et le comblait de marques de 

v^^ration ; puis il le cong^dia , en lui donnant des richesses 

consid^ables, parmi lesquelles il y avait un certain nombre 

de plaques pour les pieds des chevaux, ainsi que leurs clous, 

ie tout en or pur et massif. II lui dit : « Lorsque tu d^bar- 

queras, tu mettras ceci aux sabots de tes chevaux, en place 

de fers. » Rocn eddin partit pour Cambaie, afm dy prendre 

la mer, jusqu'au Yaman ; mais dans ce moment eurent lieu 

la r^volte du juge Djelal eddin et la saisie qu'il op6ra sur les 

biens du fils d'Alcaoul^my ; et on prit aussi ce qui apparte- 

nait au Grand cheikh. Celui-ci, et le fils d'AlcaouIemy, 

s'enfuirent tons les deux pr^s du sultan , qui , voyant Rocn 

eddin, lui dit (en langue persane) en plaisantant : ^Amedi 

hih zer hiri bd digadri sanam khouri zer ndbdri ve ser nihi »; 

ce qui signifie : « Tu^es venu pour emporter de Tor et le 

dipenser avec les belles; mais tu n'auras pas d'or, et tu 

laisseras ici ta tete. » Le prince lui dit cela pour s'amuser; 



250 VOYAGES 

JUfljbt 4>au cs^3 "^ ff^^X^t U c3lM>t JU^t^ C:5viJl^' 

iBj_ii I ■ II. I II ■ ij I I - r ^M I ^^^ ~*^ 

pilis il reprit : « Sois tranquille; car je vais marcher centre 
les rebelles, et je te donnerai ensuite plusieurs fois aulin* 
que ce qu'ils t'ont enleve. >» Aprts mon depart de llnde, j'a* 
su que le sultan lui avail tenu parole, qu'il lui avait rem- 
plac^ tout ce qu'il avait perdu , et que Rocn eddin ^tait tf* 
riv^ en Egypte avec ces biens. 

on gadeau qu'il a fait au predigateur de termedb, 

nAssir eddin. 

Ce jurisconsulte pr^dicateur 6tait venu trouver le sultan t 
et il ^tait rest^ pres de lui une ann^e, jouissant de ses fc' 
veurs; puis il d^sira retourner dans sa patrie, et il en ob- 
tint la permission. Le sultan ne Tavait pas encore entendU 
parler ni precher ; niais avant de partir pour un voyage (p'l* 
allait entreprendre dans la contree de Ma'bar (la c6te dc 
Coromandel), il voulut Fentendre. II ordonna, en cons^ 
quence, quon lui pr^parat une chaire de bois de sand» 
blanc, appel^ almokdssiry. On Torna avec des plaques etdei 
rious d'or, et Ton adapta a sa partie superieure un rabis 



D'IBN BATOUTAH. 251 

j^iX) «! ^r'w^J ^4^ ^l.$j jja^lf ikjuejj* i^A^ 'tsijM> 

f».^^La± f'l^^lj pL^jLiJlj aU^I A-^lj SjWj '^aa^ ^ 
JIjU: aKm U^i 1^^ ^j ^'^J ^JJ 'i-i(-t^ *>Ja.-^ t.-hi£ 

niagoiGque. On revfitit Nassir eddin d'one robe abbacide, 
noire, brodce d'or, enrichie de pierrespr^cieuses, et on le 
coiOa d'uD turban , analogue a la robe. La cbaire fut placee 
dans rinti^rieur de la si'rdtchrk, ou ■ petit palais ■, aulremeni 
diteo/rurfj [cf. ci-dessus, p. i/i, et 1.11. p. Sfig]. Lc sultan s'assit 
sur son trone.ayantsesprincipauK favorisadroileMa gauche. 
Les juges, les jurisconsulles et les chefs prirent lours places. 
Massir eddin prononi;a un sermon Eloquent; il avertil, il 
exliorta;niaisil n'yavait aucunm&rite extraordinaire dans ce 
qu'iiril:seuleinent la fortune leservil.Quandil fut descends 
dela cbaire, le sultan se leva, alia vers lui, I'erabrassa, etie 
fit monler sur ini elephant. II ordnnna a. toua les assistants, 
etj'^talsdu nomhre.de marcher a pieddevantNassireddIn, 
poor ae rendre au petit palais qu'on avait 61ev^ expres pour 
lui, vis-Wis celui du aouveraiu, Ce petit palais 6tail en soie 
de difiKrenles couieurs; la grande tontc 6lait aussi en soie, 
de m^me que la petite. Nous nous assimes avec Nassir eddin , 
etvinics dansun cuin de la iMtcliek les nslensiles en or que 



252 VOYAGES 

oU^^ U*-^^'' ub^^ .X^UJi J^^l Aj^5^ li j-^ *i*4^ 

^OJI (^^1 jj^^^^^A^ ^54' ^-^^ ^^'^ £^' (:X? (:r!*^' 

le sultan lai avait donnes. II y avait: un grand po^le, dans 
Tint^rieur duquel pouvait tenir un homnie assis; deox 
chaudi^res; des plats en grand nombre; plusieurs pots; bi* 
cruche; une temicendeh (?J; enGn, une table a manger, avec 
quatrepieds, et un support ou pupilre pour les Hvres.Toal 
ceia 6tait en or pur. II arriva que 'Imad eddin assimniny re* 
tira deuitfLgs pieux de la sdrdtcheh, dont Tun ^tait en cuivret 
I'autre en 6tain ; Ton supposa alors qu ils ^taient en or d 
en argent; mais, en realit^, ils 6taient faits avec les ratoox 
que nous avons mentionn^s. Ajoutons que, lors de rarrivec 
de Nassir eddin prfes du sultan, celui-ci lui donna ccfl* 
mille dinars d'argent, et des centaines d'esclaves, dontw 
affranchit une partie, et prit 1 autre avec lui. 

DD CADEAU QD*IL FIT k 'ABDAL'AZIZ ALARDOOUILT. 

• 

Cet 'AbdaFaziz 6tait un jurisconsulte traditionnaire , q* 
avait ^tudie a Damas sous Taky eddin , fils de Taimiyyakj 
sous Borhan eddin, fils d*Albarcah; Djemal eddin aimizzj; 
Gbams eddin addhahaby et autres encore. H se rendit en- 



D'lBN BATOUTAH. 253 

4^ (jUJLJl «iUi> ^U \$d^jl >tM jpt« (^ Cv^^ l«yjL£ 

III 

/ pJob' Uo is>l^ 54XJ5 bjSs J0»^ 



7 «$ 






"JUteprfesdu sultan de Tlnde, qui le combla de bienfaits, et 
iflonora beaucoup. Un jour il arriva que le jurisconsulte 
^iposa au souverain un certain nombre de traditions sur le 
oiWte d'Abbas et de son fils, ainsi que des recits concer- 
'^wjt les vertus des califes, leurs descendants. Le sultan fut 
W»8atisfait (fe cela, a cause de son attacheinent pour la 
^son d'Abbas. II baisa les pieds du l^giste, et ordonna 
'^'j'on apportat une soucoape d'or, dans laquelle il y avait 
^fittxmille tengahs, qu'il versa sur lui de sa propre main, 
^ lui disant : « Cette somme est a toi , de meme que la sou- 
^^pe. » Mais nous avons d^ja fait mention de cette anec- 
dote dans un des volumes pr6c6dents. 

. DU GADEAU QU'IL FIT k GHAMS EDDIN ALANDOgAnT. 

Le jurisconsulte Chams eddin alandocany 6tait pbilo- 
•<^pte, et poete inn6. II loua le sultan dans un petit poeme 
^ langue persane, dont le nombre de vers ^tait de vingt- 
s^pt distiques. Le souverain lui donna mille dinars d'argent 



254 VOYAGES 






jSjJ! jA^ ouuaJI ,daftjJOUt^^.A.^kc»U liiW K^ 

cjt aJ{ e^JHi »^U. J^y ftjlAsi-i ^UdXiJl ouUUj 5^^ 



^^b (^ JJI 0^ »>y^J A-*l;fi ^^s ^UaJl ^Ul ^UJ) 

0jA». (jiUt^ ^^,4N-M«3 J^^l JJUJI i ff;lAah.t b^^M (^JJt jl^A* 

pour chacun de ceux-ci. Cest beaucoup plus que^e qa*on 
raconte ace sujet des anciens, qui donnaieut, dit-on,imBe 
drachmes pour chaque vers. Ceci ne fait que le dixieme 
du prix qu'en a paye le sultan. 

DU GADEAU QC'IL FIT \ ^ADHOUD EDDIN AGGHEODANGART. 

'Adhoud eddin 6lait un jurisconsulte et un imam distitt* 
gue ; son m^rite 6tait grand , ainsi que sa renomnife» ^ 
quelle etait fort r^pandue dans les contr6es qu'il hahrtoi*" 
Le sultan fut inform^ de h^s actes et entendit parler de «• 
vertus. Or, il lui envoya dans son pays, le CWouancirehi 
dix mille dinars d'argent; niais il ne le vit jamais, et ^ 
jurisconsulte n'alla pas le visiter. 

DU GADEAU QU*IL FIT AU JUGE MADJD EDDIN. 

Quand le sultan connut Thistoire de Madjd eddin, j^j* 
a Chiraz, ce kadhi savant, int^gre, et auteur de miracle 
c^l^bres, il lui envoya a Chiraz dix mille dinars en argeo^i 



D'IBN BATOUTAH. 255 

:>\j j^^t Xx:^ j\jj^ aJs>4X^ ii) aJI e^jb \M2i\ |«Xi5 «>gu 



«*'*>-»•» k. I * **-- 









ort^s par le cheikh Zadeh de Damas. Nous avons deja re- 
rac6, dans la premiere partie de ces voyages, les aventures 
leMadjd eddin, et nous en parlerons de nouveau plus loin. 

DO CADEAU QU'IL FIT k BOBHAN EDDIN ASsAghABDJY 

(de saghabdj, pbes de samabkand). 

Borhan eddin, ^tait un imam pr^dicateur dune grande 
iWralit^: il prodiguait son bien , de fagon que souvent il fai- 
*it des deltes, pour etre liberal envers les autres. Lorsque 
oq histoire parvint au sultan , celui-ci lui exp^dia quarante 
i^e dinars, et le sollicita de se rendre dans sa capitale. 
'imam accepta la somme dai^ent, avec laquelle il paya 
^ dettes; puis il se rendit dans le pays de Khatha (le nord 
^ la Chine], etil refusa d'aller versle souverain de Tlnde. 
' dit a ce propos : « Je n'irai point chez un sultan devant 
^quel les savants se tiennent debout. » 



256 VOYAGES 



y^\r sLs^ y\<, Jjjiy»- Sjltf t^jo-i'tj Jdj-tj iiP-tf ^ji^^J 

■ 



DU CADEAD QD'IL FIT k hAdJI cAoDN » ET HISTOIRE 

DE GE DERNIER. 

Hadji Gaoun etait cousin gennain du sultan Aboii Said 
roi de Flrak (ou de la Perse) ; et son frere MouQa 6tait ro 
d'une petite partie de ce dernier pays. Ce Hadji C&oun all< 
rendre visite au souverain de I'lnde , qui le traita avec d( 
grands honneurs, et l^i (it des cadeaux magnifiques. Je I 
vis une fois au moment ou le vizir Khodjah DjiMn aval 
apport^ un cadeau pour le sultan, dont faisaient partie trol 
soucoupes remplies, Tune de rubis, I'autre d'6meraudes, e 
la troisi^me, de perles. Hadji Gaoun , qui ^tait present, 
du monarque une portion considerable de ce don; et pla 
tard, des richesses 6normes. 11 partit ensuite, se dirigeant:: 
vers rirak; mais a son arriv^e, il trouva que son frere Mou^a^ 
6tait mort, et que le khan Solei'man r^gnait a sa place. D. 
r^clama Th^ritage de son fr^re , se declara roi, et les troupes 
lui pr6terent serment. Alors il se rendit dans le Farsistin, 
et fit halte pres de la ville de Ch^ouancareh , ou se trouvait 



w • 



D'IBN BATOUTAH. 257 

Lb l4^U^ J>i \1M ^li->t ^j^>i> |.3oL3 (^oJl (j^oJI 
,Xm^ U ji^ JUi 1^^ JL5 A^U JuJI 2j^ ^ W^^ 

G^j t^:^;;;^- sul*-* (jU:^^) ^li^ ^ a^^^ j^:^ j^^ 

Jt t>»x5^ ^«>J lyuk^Ui aKaj U '^l^t Gf^ ^^«>^l «<>^ 

rimam 'Adhoud eddin, dont nous avons parl6 prec6dein- 
ment Quand il fut camp6 \ Text^rieur de la ville, les 
cheikhs qui rhabitaient tard^rent environ une heure a se 
rendre aupres de lui. lis sortlrent cnsuite, et Caoun leur 
dit : «Qu'e8t-ce qui vous a empech^s de venir plus vite 
pour me prater hommage?» lis s'excuserent ; maisil n'admit 
point leurs justifications, etil dit (en turc) aux soldats qui 
faccompagnaient : Kilidj tchikdr, c'est-a-dire : «D^gainez les 
sabres. » Ceuxci ob^irent , et ils coup^rent les cous des 
cbeilihs, qui 6laient fort nombreux. 

Les ^mirs qui se trouvaient dans le voisinage de cette 

irille, ayant ^t^ informes de cet ^v^nement, en furent in- 

dign^s, et ecrivirent a Chams eddin assinmany, un des 

principaux ^niirs et juriscon suites, pour lui faire savoir ce 

qui s'^it passe contre les gens de Ch6ouancareh. lis im- 

ploraient de lui des secours pour combattrc Caoun, et 

Chams eddin sortit a la t^te de ses troupes. Les habitants 

8e r^unirent, d^sireux de venger le meurtre des cheikhs 

qni avaient ^t^ tu^s par Hadji Caoun. lis attaqu^rent son 

111. 17 



258 VOYAGES 






armee pendant la nuit, et la miient en fuite. Gaoun se 
trouvait dans le chateau de la ville, qu'ils entouiirent; il 
s'6tait cache dans les lieux d'aisances; mais ils le dkon 
vrirent et lui tranch^rent la tete. Ils envoyirent celle-d i 
Solei'raan Khan, et r^pandirent les membres dans plasienn 
contrees, afin d'assouvir ainsi leur vengeance contre Hi4ji 
Caoun. 

DE L'ARRIVEE DU FILS DU GALIFE CHEZ LE SULTAN DE L*INDK| 

ET DE SES AVENTCRES. 

L'6mir Ghiyath eddin Mohammed, fils d'Abd alkahir,fil^ 
de You^juf, fils d'Abd al'aziz, fils du calife Almostantt-^ 
billah, al'abbacy, albaghdady, avait 6t6 trouver le sulti^^ 
'Ala eddin Thermachirin, roi de la Transoxane. Celui-d L^ 
traita avec beaucoup d'honneurs, et lui donna unermi 
construit sur le tombeau de Kotbam, fils d'Al'abbiiSi 
Ghiyath eddin demeura plusieurs ann^es. Lorsqu'il entend^ 
parler, plus tard, de Taffection que le sultan de I'ladeavi'*-'" 
pour la famille d'Abb^s, et de sa persistance k reconnali* ^ 
ses droits , il d^sira se rendre aupr^s de lui, et il lui exf^ ' 



D'IBN BATOUTAH. 259 

^ ci^b is3^A 4r^' d} iji^ j.^^>oLJI A^s^U, 

AjOJ J^3 ^iJsju^ (^4>JI cIi^Up JJ «Xj 6^ ^Jjb' ^JJ{ 
Aftii le^ ^3>^ (ji^^ <^W^ cil j'-S!i> v^t (JS^'^ Uy*« 

^y^iXJiit AJLt JUo^ AAj A »ht,> 5J^ Lisr i^U3 ^ caj:5} 
<xjuJl d^ Jl Jl^^ Clo aJI Jo^j oUfit AKdi03 C^i xfJ^ 




dia, a cet eflFet, deux envoy&. L'un d'eux ^lait son ancien 
ami Mohammed, fils d'Abou Accharafy alharbaouy; Tautre 
^it Mohammed alhamadany assoufy ; ils se rendirent pres 
da sultan. Or, il arriva que Nassir eddin allermedhy, dont 
nous avons parl^ plusbaut, avaitfait la rencontre de Ghiyath 
eddin a Bagdad , et que les habitants de cette ville lui avaient 
certifi^ Tauthenticite de la g^n^alogie dudit Ghiyath eddin. 
A son tour, Nassir eddin porta temoignagc, a ce sujet, chez 
le souverain de Tlnde. Quand les deux ambassadeursfurent 
arrives, le sultan leur donna cinq miile dinars: en outre, il 
leur consigna trente mille dinars, destines a ^tre remis a 
Ghiyath eddin, et a servir pour ses frais de route jusqu'ci 
Dihly.De plus, il lui 6crivit une lettre de sa propre main, 
ojl il lui t^moignait du respect, et le soliicitait dc venir le 
trouver. II partit, en effet, des qu'il regut cette missive. 

Lorsque Ghiyath eddin fut parvenu dans le Sind, et que 
les donneurs de nonvelles le firent savoir an sultan , celui-ci 
envoya des personnes charg^es, selon Thabitude, d'aller a sa 
rencontre. Quand il fut arriv^ k Sarsati, le sultan envoya, pour 



260 VOYAGES 

e>U^ J^ lAiijJj Ck^ AlUJo-wJil A^^JUu ^^IkLJl 5^ 

OtU.^ a! A^Sy^ oJyo UiXfa^l ^IkLJl 4XA.U JusH Oc«<Xi 
S^.Uy3 ^UoLwit <-^j Ai^ V^ <^<^i'>- ^^y^ i^LMMk«t^ V^L^ u' 



le recevoir, Sadr Aldjihaa, le kadhi en chef, nomm^ Gam&l ed- 
din aighazD^ouy, ainsi qu'une foule de jurisconsultes; pan 
il fit partir, dans ce meme but, leS ^mirs ; et quand Ghiyathed- 
d!n fit halte a Ma(^'oud Abad, a Texterieur de la capitale.ii 
sortit en personne a sa rencontre. Alors Ghiyath eddin nut 
pied a terre, et le sultan en fit autant; le premier s'incliot 
profond^ment, et le sultan lui rendit le salut de la m^me 
mani^re. Ghiyath eddin apportait un cadeau dont faisaient 
partie des habillements. Le sultan prit un de ceux-ci, lefflit 
sur son epaule, et s'inclina de la meme fagon qu'on le prft- 
tique a son ^gard. On amena les chevaux , le sultan co 
prit un de sa main, le conduisit a Ghiyath eddin , qu'il con- 
jura de le monter; il tint lui-meme F^trier, Le souveraii* 
monta a cheval et chemina a c6t6 de Ghiyath eddin; 00 
seul parasol les recouvrait tons les deux. 11 prit dans <» 
main le b6tel et TofTrit k Ghiyath eddin : ce fut la la marqn^ 
la plus grande de consideration quil lui donna; car il 1^ 
fait cela pour personne. Le monarque lui dit : « Si je navai* 
pas d^ja prete serment au calife Aboul 'abbas, je te lef^' 



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■ 4 



D'IBN BATOUTAH. 261 

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Out^ Jil ^5^ 1^1^ i^t <^S»-t C:!^ <^f>-^-^M*J ^^ AaXs ^I 

jl :iLAfi>3 CI5 tfjljJ^ v'>=5- vjukJL ^jlkUJI A^^Li U4A^t 
iLiSLil^tX?^ iS^fi^ **3jJ^t *^*>^l? *l>Jl3 vilA^^!^ Jl 

f.,^ h f juLjI^ (]^-4-^ (^H"^' ^^ ^^ ^^Ssi\yaj}\ <1 U^l 
^j\^ J^ iiJLxJ]^ 4-Uft JJt jt^l (^ ^t ^U^ U f^v-JT Aa4 

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i^\-tju^t iJ f^^*^^ M^S (;i^ Axi JmmuCxj jM¥wuhJc« L^fJcAjiT (J-* 



lerais a toi. » Ghiyath eddin r6pondit : « Moi aussi j'ai pr^t6 
le infime serment. » Puis il ajouta : « Mahomet a dit : « Celui 

• qui vivifie une terre deserte et inculte , en devient le maitre. » 
Et c'est t(ri qui nous as fait revivre. » Le sultan r^pliqua de 
wmani^re ia plus agr^able et la plus bienveillante ; et quand 
"i furent arrives a la tente, ou petit palais.pr^par6 pour le 
8ouverain, celui-ci y fit descendre Ghiyath eddin, et Ton 
*n ileva un autre pour lui. lis pass^rent tons les deux une 
^^i a lext^rieur de la capilale. 

Le lendemain ils firent leur entree dans celle-ci, et le 
•wlan fit descendre Ghiyath eddin dans la ville nomm^e 
^'^» et aussi le sdjour da califat, dans le chateau bili par 
^i eddin alkhaldjy, et par son fils Kothb eddin. II ordonna 

* *0U8 les ^roirs de I'y accompagner; et il avait fait preparer 
"^8 ce ch&teau tous les ustensiles d'or et d'argent dont son 
"^te pouvait avoir besoin.. On y remarquait un grand vase 
^Ht en or, pour se laver. Le sultan envoya k Ghiyath eddin 



'• 



262 VOYAGES 

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tfLkufrt^ ^lil pUklL 4>^^l (^ )Sj^ LoaI) tf^Lj ^ 4:^^ 
j3 jJt (^ xJ^ ^jJL>.t U xjcr% l^Uajt ^^.XMi iuj <X^ %iiZ. 

iLrfH^ *^U oLk^l^ «-i^J^ U>^' Cj:?^W (j^ W cK»^>^ ^ 
Cjv^-^' tfUa^t^ JJS^ XiUiXt iQ^t 5^1 ^bX». ^Ik^t^ 

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quatre cent mille dioars, selon I'usage, pour la toilette de 
sa t^te (Htt^ralement : pour les ablutions de sa tete); one 
foule de jeunes gargons , de serviteurs , et de femmes esclaves; 
et il lui assigna, pour sa d^pense journali^re, ]a somme de trois 
cents dinars. 11 lui envoya en sus un certain nombre de 
tables , fournies d'aliments , provenant du repas p!iv6. II lui j 
donna en fief toute la ville de Siri et toutes ses noiaisons , aiosi 
que les jardins et les champs du magasin, ou tr^sor, adja- 
cents h. la ville. II lui donna encore cent villages, et lui 
conftra Tautorit^ sur les lieux qui sont places pres de Dihlyi 
du c6t6 du levant. II lui fit cadeau de trente mules, avec 
leurs selles dories , et commanda que leur fourrage ful fourni 
par le tr^sor. Le souverain ordonna a Ghiyath eddin de ne 
pas descendre de sa monture, lorsque celui-ci irait le vi- 
siter dans son palais; si ce n'est pourtaut dans un Heart- 
serv6 oi\ personne, except^ le sultan ne doit entrer k che- 
val. Enfin, il commanda a tous, grands et petits, de rendrc 
hoinmage a Ghiyath eddin, comme ils le faisaient a la 
propre personne. Quand Ghiyath eddin entrait chei le 



•1 



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D'IBN BATOUTAH. 263 

^ ^^IkLJl j^ cr^^ aa:*.UJ Liyju* iX-^t^ J^^^jsji*^ 
j^I^ jr pj^^3 a^IaJU ^IkUit p j.b- ISI3 os^l^ tU. 

)^.AJL^ i:,^jM3 xJks^^ i^leJiA^t Jt JUyjlu ^^ Is iKlUJiX^t 

^U Q^ mU^^U tfUiilU i^LJuJU U^t aSUM iuUX^ /ot 



sultan , celui-ci descendait de son trdne , et 8*il 6tait assis 
sur un fauteuil, il se levait. Us se saluaient Tun Taulre, et 
s'asseyaient sar le meme tapis. Lorsque Ghiy&th cddtn se 
levait, le sultan en faisait autant, et lis se saluaient; s*il d^- 
»rait de se rendre a Texterieur de la salle d'audicnce, on y 
pla^it pour lui un tapis, ou il s'asseyait le temps qull vou- 
lait, et il partait ensuite. Ghiyath eddin agissait ainsi deux 
fois dans la journ^e. 

ANECDOTE SUR LE RESPECT QUE LE SULTAH AVAIT POUH 

ghitAth EDDIH. 

Pendant le temps oil le fils dn calife se trouvait a Dibly , t<« 
vizir arriva du Bengale; et le sultan donna ordre aux princi 
paux commandants de sortir k sa Tenconire, II #;n Hi autant 
lui-m^me, et honora excessivement son vizir On ^Ufva daoK 
laville plusieurs coupoles ou pavilions, comniff on le pratique 
k Tarriv^e du souveraih. Le fils du calife* let juriM^ontultE^* 
les juges et les notables se rendirent tons a ia reneon(/«; dfl 



264 VOYAGES 



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jilyL ^jUaXiJl^U iU^JsJi iJ^I^Xft iUUAil (^,^1 (:3h^ aJuo ^^I^^ 



vizir. Quand le sultan retourna a son palais, il dit k celui- 
ci : « Va chez le makhdodm zddeh, » Cest ainsi qu'ii appelait 
le fils du calife; et le sens de ces mots est « le fils du maitre. • i^ 
Le vizir se rendit done au palais de Ghiyath eddin ; il lai 
fit cadeau de deux mille tedgahs ou pieces d*or', et de beau- 
coup de vetements. L emir Kaboulah et plusieurs autres de» 
principaux commandants 6taient presents. Moi-m6mejem*J 
trouvais. 

ANECDOTE ANALOGUE k LA PREGEDENTE. 

Le roi de Gaznah, appele Behram, s'etait rendu aupri^ 
du sultan; et il existait entre lui et le fils du calife uoeiiU' 
miti6 ancienne. Le souverain ordonna de loger Bebrifl* 
dans une des maisons de la ville de Siri, qu'il avait donn^ 
au fils du calife, et de lui batir un palais dans ladite viU^- 
Quand le fils du calife sut cela, il se mit en colere.il*^ 
rendit au chateau du sultan , s'assit sur le tapis qui lui ser- 
vait habituellement, et envoya chercher le vizir. II lui par** 
en ces termes : « Salue de ma part le maitre du mondef ^^ 






D'lBN BATOUTAH. 265 






JJi^ A^U ^IkX^t i^j^j^\ cK^^Xi ^^^juw AJs; J^ i iCi)^ 

y U l«>iJft k! JUii J.JLfr ^ dL«<Xj ^ JL^ 4^ ^tj jJt 

J^j Al^jjufii JJUl iX^t^ (jo;"^' i ^b t**^ f^* ^^ 



dift-lui que tous les tr6sors qu il m'a doon^s se trouvent mtacts 
dans mon h6tel, je n'ai dispose de rien; au contraire, ils 
ont augment^ de beaucoup chez moi. Je ne resterai pas plus 
loDgtemps avec vous. • II se leva el partit. Alors le vizir de- 
maoda a nn des compaguons de Ghiyath eddin la cause d'un 
tel discours; et il sut que c'^tait Tordre que le sultan avait 
doDU^ de construire un palais a Stri , pour le roi de Gaznah. 
Le vizir se rendit chez le souverain et rinforma de cet 
ev^nement. Ge dernier monta a chevai sans perdre un ins- 
tant, else rendit chez le fils du calife, accompagn^ par dix 
de ses gens. II se fit annoncer, descendit de chevai a Fext^- 
rieur du palais, dans le lieu oil le public met pied k terre, 
vit Ghiyath eddin et lui fit ses excuses. Celui-ci les agr6a ; 
mais le sultan lui dit : « Pour Dieu , je ne saurai point que 
tu 68 satisfait de moi qu'apres que tu auras plac^ ton pied 
tor mon con. » Ghiyath eddin lui r^pondit : » Je ne ferai 
pas une telle chose, quand bien meme je devrais mourir. » 
Le sultan reprit : « J'en jure par ma t§te, il faut absolument 
que tu fasses cela. » H posa sa tSte sur le sol; le grand roi 



266 VOYAGES 

^es^,^ if^y^ i^l^^ oj^^ 4^wU V^^C^U^b ^' ^^^^^ 

J^l i ^^ JUj aM{ (^ J^I A^» ^i> ^ SJlkXA 




Kaboriiah prit avec sa main le pied du fils du calife et le 
pla(^a sur le cou du souverain, qui se leva alors et dit : ■ Je 
sais maintenant que tu es satisfait de moi , et je suis tran- 
quiile. » Geci est une histoire singuli^re, et i^on n'en connait 
pas la pareilie de la part d'un autre roi. 

Je me trouvais un jour de fete avec ce Ghiyath eddin, 
au momeut ou le grand roi Kabo&lah lui apporta, au nom 
du sultan , trois v^tements d'honneur fort amples. En place 
des noeuds ou boutons en soie qui servent a les fermer, on 
y avait mis des boutons de perles , du volume d'une growe 
noisette. Kaboulah attendit a la porte du palais la sortie do 
fils du calife, et le revetit desdits habillements. En somme, 
les dons que ce personnage a rectus du sultan de Tlnde ne 
pouvent 6tre ni complfo ni d6termin6s. Malgr6 tout cela, 
le fils du calife est la plus avare des creatures de Dieu; et 
Ton connait de lui, a ce sujet, des aveniures 6tonnanteSi 
qu'il peut 6tre agr^able d'entendre. On pourrait dire qu'il oc- 
cupe, parmi les avares, le rang que le sultan tient parmi les g^ 
n^reux. Nous allons raconter quelques-unes de ces aventures. 



D'IBN BATOUTAH. 267 

xXaJ^ J fjJ^ oCS^' tfJsJLc^ jfiyk^ Jl :>^ydl ^^ajLS' i^xJik^ 

^^«3JI »;jk^ jjdift:> ^U AjJ! :>^I ouLS^ aajU S OyaX^^ 

DIVERSES ANECDOTES SDR L* AVARICE DD FILS DU CALIFE. 

Des rapports d'amiti6 existaient entre moi et le fils du 
calife; j'allais souvent chez lui, et lorsque je partis, je lui 
laissai m^me un de mes fils, du nom d' Ahmed. Maintenant 
je ne sais pas ce qu'ils sont devenus Tun et Tautre. Je dis 
un jour au fils du calife : «Pourquoi mangestu tout seul, 
et ne r^unis-tu point tes compagnons pour le repas ? « II me 
r^pondit : « Le coeur me manque de les voir en si grand 
nombre, et tous manger mon pain ! » Ainsi, il se nourrissait 
isoi^ment, il donnait a son ami Mohammed, fils d'Abou 
Accharafy, une partic des aliments pour les personnes qu'il 
voulait, ets'emparait du reste. 

Jallais et venais dans sa demeure, ainsi que je Tai dit, et 
je voyais au soir le vestibule du palais qu'il habitait, tout k 
faitobscur;aucunelampe ne i'^clairait. Souvent j'ai aper(ju 
Ghiy&th eddin ramassant dans son jardin de petites branches 
de bois k brAler, dont il avait d^ja rempli des magasins. Je lui 
fis quelques observations sur cela ; mais il me r6pondit: « On 
en a besoin. » 11 employait ses compagnons, ses mamloiics. 



268 VOYAGES 



^^ 









ys^ f^MH? u' ^!P^I JOx^^OiL jU aS}>J bo^S UJUji 

ainsi que les jeunes gargons, au service du jardin et de 
ses batisses; il avait Tbabitude de dire : « Je ne serais pas 
satisfait de les voir manger mes aliments sans servir a rien, ■ 
Une fois j'avais une dette , pour laquelle on me poursuivait; 
il me dit plus tard : « J'en jure par Dieu, j'avais TintentioD 
d'acquilter la dette en ta faveur; mais men &me (ma cupi* 
diti) ne me Ta pas permis, et ne ma pas encourage k cette ;^ 
action. » i 

ANECDOTE. 

Un jour il me raconta ce qui suit : « Je sortis, dit-il, dc 
Bagdad, en compagnie de trois autres individus (Tun de 
ceux-ci ^tait son ami Mohammed, fils d'Abou Accharafy); 
nous ^tions k pied et n*avions avec nous aucune provision^ 
Nous nous arr6tames pr^s dune source d'eau, ou fontaine, 
dans un village , et Tua de nous trouva une drachme dans 
la source. Nous dimes : « Que ferons-nous de cette petite 
pi^ce d'argent? » Nous nous d^cidames a acheter du pain 
avec cela , et envoyames un de nous quatre pour faire cette 
emplette ; mais le boulanger du village se refusa de lui vendre 



^D'lBN BATOUTAH. 269 

aXa ^^l5 lo\jjJo CJL^3 io\j^ )yj^ j-A^ lil^ 5J^3 

j^ ij .iaju ^\j3 uji p^t ju. ^,<|juji «xs3 Uj iuy 

/ ^^\ (j^ iiL iyu^ l^^^jt* Jjui} 



X^ JUL ubuMd> CU os?l;i Aa^ aMJ ^^j ^^>AiU^t (^jvJUJJlt 
tOuft iUUi!l (jiuu J JUU iUj<sX\ ^ ^jU. J^j Ud^ 

du pain seulement; il voulut d^biter du pain pour la valeur 
d'l^iD carat, et de la paille pour le meme prix. II acheta done 
le pain et la paille; nous jetanoies cellc-ci, puisque nous 
n'avions point de b^te de sonune qui put la manger, et nous 
paurtageames le pain par bouch^e. Tu vois aujourd'hui dans 
qaelles conditions de fortune je me trouve! » Je lui dis : «I1 
faut que tu loues Dieu pour les faveurs qu'il t'a prodigu^es, 
que tu honores les fakirs et les pauvres» et que tu fasses 
Tanmone. » II r^pondit : « Ceci m'est impossible. » Je ne Tai 
jamais vu user daucune libdralil^, ni pratiquer le moindre 
bienfait. Que Dieu nous garde de ravarice ! 

ANECDOTE. 

A mon retour de Tlnde, je me trouvais un jour a Bagdad 
et j'^tais assis k la porte du college, ou ecole appel6e Almos- 
tansiriyah, qui avait M fondle par laieul de Ghiyath eddin, 
c'est-a-dire par le prince des croyants, Almostansir. Je vis un 
malbeureuxjeune homme,courantderri^reun individuqui 
sortait du college, et Tun des ^tudiants me dit : « Ce jeune 




270 VOYAGES 

JuuU J^jJl (^ cxJUi Jo-jJl vjOi^ 5ouJio C5^^^ fli"^' 

«x>ULI (>»AH pUt yb v^l ^^^ cr^ <^ j^^t y^ J 
yM^ tj^- »y6y5^ AjJI e^y iil^ *JU c^ JUai J^^t 

/ JUL tf^Xift JJU (5^ 

homme que lu vois, c'est le fils de I'^mir Mohammed, le- 
quel setrouve dans Tlnde, et qui est le petit-fils du calife 
Almostansir. » Alors je I'appelai et lui dis : « J arrive de Flnde, 
et je puis te donner des nouvelles de ton pere. » U me r^pon*. , 
dit : « Pen ai regu ces jours-ci. » II me quitta et cootinaa.de /| 
courir apr^s Tindividu. Je demandai qui etait celui-ci,lt^^ 
Ton me dit que c'^tait Finspecteur des I^gs pieax; (p^^' 
jeune homme ^tait imam ou directeur spirituei dans OM 
mosqu^e; qu'il recevaitpour celaia recompense d'uneseob 
drachme par jour, et qu'il reciamait de cet homme ses h^ ] 
noraires. Je fus tr^s-^ tonne de cet ^v^nement. Pour Diett.fl • 
son pere iui avait seulement envoye une des perles qui ^ : 
trouvent dans les robes d'honneurs qu'il a revues du sullao 
de rinde, il aurait enrichi ce jeune garcjon. Que Dieunoo* 
garde d'un pareil 6tat de chosesi 



D'IBN BATOUTAH. 271 



(^jJt J^^^ ^UaUJt j^^AJU ;4)J|^ ot^JU p-^t (^UoLJl 
^^^1 jjaxi\^ dUM JjJ JuuC Oj*Jt^ J^:> iuuJw* J^b 

4>uLijf3 \^ ^yjLAi (j^.^^ J^^ ^IkUJt ^\^^jjaii] Jt AA^ 
iXa^jj^I l«Xi5 ocU.:> <Xj3 jym tJs^ i A^iXj (^^ i^t 

^ JJ^3 U)^3 irb^i^ ILAji^ l^'bl \^ AXp}ji ^ i^j^ji 

DS GE QUE LE SULTAN A DONNE k L'EMIR SAIF EDDIN GHADA, 
^^riLS DE HIBET ALLAH, FILS DE MOHANNA, CHEF DES ARABES 



' Dk STBIE. 



Qnand cet 6mir arriva chez le sultan , il fut tr^s-bien re(ju, 
et-fat log^ dans le chateau du sultan d^funt, Dj^ial eddin, a 
fint^rieur de Dihly. Ce chateau est appel6 Cochc Lai, ce 
qui signifie : « le chateau rouge » (ou couleur de rubis). II 
est tres-grand, avec une salle d'audience fort vaste, et un 
. vestibule immense. Pres de la porte se voit une coupole qui 
domine sur cette salle d'audience, ainsi quesurune seconde, 
par laquelle on entre dans ie palais. Le sultan Dj^lal eddin 
avait rbabitude de s'asseoir dans le pavilion , et Ton jouait 
au mail devant lui dans cette salle d'audience. J'entrai 
dans ce palais a rarriv^e de Saif eddin, et je le trouvai tout 
rempli de mobilier, de lits , de tapis , etc. ; mais tout cela 
^tait dtehire et ne pouvail plus servir. II faut savoir que 
Tasage est, dans Tlnde, de laisser le chateau du sultan, a sa 



272 VOYAGES 

oyukJI AAJUi! ^ y»0 *J^ W^ *^'^ i>^ iui d oul6 
Jj^l "^Lesjgt J^^t !^li)J^I a./^' (:>^*^^ J^ V^^^' 






mort, avec tout ce qu'il contient; on n'y touche pas. Son 
successeur fait batir pour lul un autre palais. En entrant 
dans ledit chateau, je ie parcourus en tout sens, et montii 
sur le point le plus 6Iev^. Ce fut ia pour moi un ensei- 
gnement qui fit couler mes iarmes. II y avait en ma (XHn- 
pagnie le jurisconsulle , le m^decin litterateur, Dj^mal eddin 
almaghr^by, originaire de Grenade , n6 k Bougie , et fix6 dan* 
I'lnde , oil il 6tait arrive avec son pere , et ou il avait plu- 
sieurs enfants. A la vue de ce chateau , il me r^cita ce Hsr 
tique (oil Ton remarque, dans le texte, des jeux de mots): 

Interroge la terre, si tu veux avoir des nouvelles de leurs snltasSt 
car )es chefs sublimes ne soDt plus que des os. 

' Ce fut dans ce chateau qu'eut lieu le festin du mariage d^ 
Saif eddin, comme nous le dirons ci-apr^s. Le souveraindc 
rinde aimait beaucoup les Arabes , il les honorait et recon- 
naissait leurs merites. Lorsqu'il regut la visite de cet ktoff^ 
il lui prodigua les cadeaux et le combla de bienfaits. Ud6 



DIBN BATOUTAH. 273 

dLL* *l3«t A^.>uB x-jjJus i^A^iXdi •XJj Sj^ sLkiclj Li^Jas 

iiAA^I ^j)j^L Ji-sryit^ J>4^ ll^• ^^■wf i^J^' V^ >^^'j 
jj^-«-i JJua-lj JJ^ .IsAj <U3>j|j *i.S AAA J^i i»-akJl Lg.JtJ.fi 

lAa. &_^ *_1j ^ji_« Aa-lj jk i tj^^j j^^sj^l j^ill 

^oiB, en recevant les presents du grand roi Albiyazidy, du 
psys de Maiiicpolir, le sultan donna a Saif eddin onze clie- 
Vauj de race; une aulre fois, dixchevaui, avecleurs selles 
«orees eties brides ^gaiementdor&s. Apres cela, ii lemaria 
^Hfe^jsaproprescEur, FirolizKhondah (rheureuseniaitresse). 

t HiWIAGE DE L'illJB SAtF EDdIn AVEC LA SCEDB DO SDLTAN. 

band le sultan eut ordonn^ de c<5l6brer ie manage de sa 

^'^Ur avec V^inir Gbada, il d^signa, pour diriger lout ce qui 

'"^gardailie festio et sesdepensesje rot Path Allah, nornm^ 

^fteoan^oufi; il me designa pour assister I'l^niir Ghada, et 

P*sser avec lui Ics jours de la noce. Le roi Fath Allah (It 

*t*J>orter de graudes tentes , avec lesquelles il onibragea les 

'^sm salies d'audience , dans le chateau rouge cidessus inen- 

*ionne. On 61eva dans Tune et dans raulreonecoupoleextrS- 

''*Cnientvaste, dont le plancherful recouvert de fort beaux 



1 



• * 



274 VOYAGES 

^l^lj «£>ULUI ^t^Jt^ (j^*M JW-yt «*«j (:^>U 

y'O wi!«^' •-***• j*«^'. ty"'*'**-*'^ 0^' fcr**"!* **4't> 

JjIm «*>.{ J,] *Ji-Hwi yjJ^ yJ ^» «>^ yllaUJl yU^ il 
(iJ^^lya (^ ^^? Sl;^! ^^^ ^J^ t<x^^^^ f! pUu t>U- 

tapis. Le chef des masiciens, Cbams eddin attibrizy, arriva, 
accompagn^ de chanteurs des deux sexes , ainsi que de dan- 
seuses. Toutes les femmes etaient des esclaves du sultan. Od 
vit arriver aussi les cuisiniers, les boulaugers, les r6iis8eo0i 
les patissiers, les ^chansons et les porteurs de b^tel. On ^' ^ 
gea les bestiaux et les volailles , et Ton donna k manger aa 
public durant quinze jours. Les cKefs les plus distingu^^ 
les personnages illustres se trouvaient presents nuit et jour. 
Deux nuits avant celle ou devait avoir lieu la c&^moniede 
la conduite de la nouvelle marine a la demeure de son ^poitft 
les princesses (khatouns) se rendirent du palais du saltan 
au chiteau rouge. EUes Torn^rent, le recouvrirent despto 
jolis tapis et firent venir r^mir Saif eddin. II ^tait Arabc» 
etranger, sans parent^ ; elles Fentour^rent et le firent asseoir 
sur un coussin destin^ pour lui. Le sultan avait conunandi 
que sa belle-mere, la mere deson fr^re Mobarec khan •tint 
la place de la m^re de T^mir Ghada; qu une autre dame* 
parmi les khatouns, tint celle de sa soeur; une troisi^i 



I 
t 



*4 



D'IBN BATOUTAH. 275 

^^ Jj^ AxJU^ pUU isj^^3 ^ ^^ <^j^b *^^' ^^ 
i >tJLl id (jjXw^ iUs^JLl ^io iOuJL^I Cl, ii^\ (^^y^^ jj>r 

(^LkLJl (:;^3 A^Ldspt J^l^ S^y^ pl^b c>U>it>^ Jt 

^^♦^ C:>^ Uy^ A^Ur^ *jC^i?- (j^ ijy^' i^V^^t (:r» i^l^T 



celle de sa tante paternelle; et une quatri^me, la place de 

sa tante matemelle : de sorte qu'il put se croire au milieu de 

sa famiUe. Quand ces dames eurent fait asseoir T^mir Ghada 

sar SOB coussin , elles teignirent ses mains et ses pieds en 

rouge avec la poudre de hinnd, Quelques-unes d'entre elles 

resident debout en sa presence, elles chant^reut et dans^rent. 

Elles se retir^rent apr^s cela, et se rendireht au cMteaif de ia 

marine. L'^mtr Ghada resta avec ses principaux coiit(iagnons. 

Le sultan nomma une troupe d'emirs, qui devaient tenir 

le parti de I'^mir Gbada, et une autre, pour tenir celui de 

la noavelle marine. L'asage est, dans riode, que ceux qui 

repr^ntent ia femme, se placent a la porte de Tapparte- 

vaent €h doil se consommer le manage. L'^poux arrive avec 

sa suite; mais ils n'entrent que s'ils remportent la victoire 

SOT les autres. Dans le cas oh ils ne r6ussissent point, il Icur 

trot donner plusieurs milliers de pieces d'or k ceux qui sont 

chi cot^ de la marine. Au soir, on apporta a Temir Ghada 

ane robe de soie bleue, chamarr6e d'or et de pierres pre- 

cienses; celles-ci ^taient en si grande quantity, qu elles ne 

18. 



276 VOYAGES 

»L$ t^^l JX« (j^l JJL« «jl^l JXm (^ ^^UaJLiJt MJL. 

S, |»J »J^ J-A_« Vy^*_» (jjX_i JM cy*^' y^-»-J«>«» 

Ml 

»;Jm©^ Xj JLXJu-II A^^ Jtti^ C>)i; i»J^ ^y^^J3 {^J^^} 

permettaient pas de distinguer la couleur du vetement H 
re<^ut aussi une calotte analogue a Thabit; et je n'ai jamais 
connu un habillement plus beau que celiii dont je parle. 
J'ai pourtant vu les robes que le sultan a donnas a ses 
autres beaux-fr^res ou allies, tels que le fils du roi des rois» 
Imad eddin assimnany ; le fils du roi des savants ; le fik 
du cheikh de Tisianiisme , et le fils de Sadr Djihan albo- 
khary. Pshrmi toutes ces robes , aucune ne pouvait souteoir 
le parall^le avec la robe donnee par le sultan k Ghada* 

L'^mir Sai'f eddin monta k cheval avec ses camarades et 
ses esclaves; tons avaient dans la main un b&ton, pr^pari 
d'avance. On avait fait une sorte de couronne avec des jaa- 
mins, des roses musqu^es et des reihodls (fleurs de eouleof 
blanche, dont il sera encore question plus loin}. EUeitai^ 
pourvue d'un voile, qui recouvrait la figure et la poitrined^ 
celui qui la ceignait. On Fapporta a Temir, afin cpi'il la pi*' 
<^at sur sa t^te; mais il refusa. 11 ^tait, en efiet,^ un Arabei^ 
desert, et ne connaissait rien aux habitudes des empires ^ 
des villes. Je le priai et le conjurai tant, qu'il mit la coU' 






D*IBN BATOUTAH. 277 

&A I W 111 

l^js^ aK^ xjUpI^ ^..^jdc J^ **>Ui>H i^^ *H^-M^ 
r^l Jl J^:^:>^ aKxj xa^U (jlkUJt dUi> ^^ c;>\^ ^i^ 

r^JLxJt AXla^U 4XJU9 ^^» iUtj (jMj^lt c;A^b»3 AJU ii^^ 
^3 l^ cxU^ c^\ l^j^\ cujs?' tjO^^ 4><Xi.U UOvu 






nne sur sa tSte. li se rendit k hdb assarf, qu'on appelle 
Lssi hah alharam (la porte du harem, ou du gyn^c^e, etc.) , 

ou se trouvaient les champions de la mari^eAl les atta- 
la, k la t^te de ses gens, k la vraie mani^re des Arabes, 
nversant tons ceux qui s'oppos^rent a eux. lis obtinrent 
ae victoire complete; car la troupe de la nouvelle marine 
3 put point soutenir un pareil choc. Quaud le sultan sut 
da, il en fut tr^s-satisfait. 

L'emir Ghada fit son entree dans la salle d'audience, ou 
I marine se trouvait , assise sur u0e 6strade 61ev6e , orn^e 
e brocart et inci*ust6e de pierres prdcieuses. Tout ce vaste 
>cal^tait rempli de femmes; les musiciennes avaient ap- 
>rt^ plusieurs sortes d'instruments de musique ; elles ^taient 
utes debout, par respect et par viniration pour le mari^. 
dnici entra a cheval, jusqu'a ce qu'il fut proche de I'es- 
^de; alors il mit pied k terre et salua profond^ment pr^s du 
^xnier degr^ de cette estrade. L'epouse se leva et resta de- 
>Ut, jusqu'k ce qu'il fut monte; elle lui oflFrit le b6tel de sa 
^pre main; il le prit, et s'assit un degr^ au-dessous de 



278 VOYAGES 

V^ jUiilJj 0>'>^^'j JLjJaill,, >!;*» (jvLv oVsIxil, 

Q3 tfjjuai Jt UyUo^t c^ a£]$ j<Xi ^ J^^J^^^JJ^j\i^\ 
VU-S-JI L^ii; V^' 5-*-^ S u-jy*J> <ii^«^ ^>^l^ ul^ 

t 

Uy j5^ 4X^1^ JCJ yUaUJi ^^1^ jPtjJJI^^bjJl^ 

celui oil elle s'^tait levee. On r^pandit des pieces d'or panm 
lescompa^ons de Ghada qui ^taient presents, et les femmes 
les ramass^rent. Dans ce moment-la , les chanteuses chan* 
taient , et Ton jouait des tambours , des cors et des trompeltei 
k Text^rieur de la porte. L'6mir se leva, prit la main de son 
Spouse et descendit, suivi par elle. II monta a cheval, foQ- 
lant de la sorte les tapis et les nattes. On jeta des pieces 
dV)r sur lui et sur ses camarades , et on pla^a la marine daw 
un palanquin , que les esclaves porterent sur leurs ^panics 
jusqu'au cMteau de F^mir. Les princesses ailaient devant 
elle a cheval , et les autres dames a pied. Lorsque le tff^ 
t^ge passait devant la demeure d*un chef ou d'un grand 1 
celui-ci sortait k sa rencontre, et r^pandait parmi la fotJ* 
des pieces dor et d'ar^ent, suivant sa volont6. Cela dora 
jusqu'a I'arrivte de la marine au cMteau rouge. 

Le lendemaio , T^pouse de Ghada envoya k tous les coxo- 
pagnons de son mari des v£tements , des dinars et des 
drachmes. Le sultan leur donna k chacun un cheval sell^ 



,»JI^ 



D'IBN BATOUTAH. 279 

Jl jU-^:> v^l (j^ J^\j:> a^^^ UdL« \jsrj^i$^ 

juOjI^ jj->J| 4o-U ^^^xhju Ul V>1' J^^ i!a^ 0^1 
^|l(^ I«XjJ^ W<^^ ArJaf^ W^aXp AJLfi 

et brid6, ainsi qu^une bourse remplie d'ai^eBt, et contenant 
depuis deux cents dtoars jusqu'k mille dia&rs. Le roi Fath 
Allah fit cadean aux princesses de v^tements de soie de 
diff^rentes couleurs et de bourses remplies d*argent; il agit 
ainsi avec les musiciens des deux sexes et avec les dan« 
senses. II est d'usage, dans Tlnde, que personne, except^ 
le directeur de la noce, ne donne rien aux musicieDs ni aux 
d^uiseuses. On servit k manger au public ce jour-la » et la 
noce fnt termin^e. Le sultan ordonna de donner a T^inir 
Ghada les contr^es de Malouah, Guzarate, Gambaie et 
Mehroualah. II nomma le susdit Fath Allah son substitut 
dans le gouvernement de ces pays, et honora excessivement 
son beau-fr^. Mais ce Ghada. ^tait un Arabe stupide, et 
ne m^ritait pas toutes ces distinctions; la grossi^ret^ des 
gens du desert etait son trait dominant, et elle Tentratna 
dans Tadversit^ vingt jours apr^s son mariage. 

DE L*EMPR1S0NNEMENT DE L*BMf1^ GHADA. 

Vingt jours apr^s ses noces, il arriva que Ghada se rendit 



280 VOYAGES 

ij,fiJu^\ fy iUUiy^Jsj v'yJt «^Umm»19 ^-Ajc .11 :^l;t3 



Ij^ ^\<^ oU:^l ^^ca^ vdlLJUfr i;:4il<' ^^JUSLJU j^^l JUj 

^uyb (^ ^Xfiii^^ ^IkXJt \J^jiju ^ ^^ dLb^ l$a^ J^ 

M i5^UJl ^jl(j iO^ A.«xD-l Ut^ L^ i;;>^l c^O^ ^i 

au palais du sultan et d^sira entrer. Le chef des perdehddn, 
qui sont les principaux huissiers, lui defendit Tentr^; 
mais il ne I'^outa point et voulut s'introduire de force* 
Alors rhuissier le saisit par sa dahbodkah, c'est-a-dire .tt 
« tresse de cheveux, » et le tira en arri^re. L'emir, indign^i 
le frappa, avec un biton qui se trouvait la, au point dei6 
blesser et de faire couler son sang. Le personnage batto 
£tait un des principaux ^irs; son p^re ^tait appeli<^ 
Mdhi de Gaznah; » il ^tait de la post^rit^ du sultan Mah* 
moud, fils de Sebuct6gutn , et le souverain de Tlnde, ento*- 
adressant la parole, le nommait toujours « mon p6re.«I^ 
nommait son fils, dont il est ici cpestion, «mon frAre. ^ 
Celui-ci entra tout ensanglanl^ chez le sultan , et rinforni^^ 
de ce qu'avait fait T^mir Ghada. Le monarque r^fl^chit u ^ 
instant , puis ii lui dit : « Le juge dicidera de la chose entC"^ 
vous deux; c'est la un crime que le sultan ne peut pardoc^- 
ner a aucun de^e^sujets, et qui m^rite la mort. Je conseT^- 
pourtant a user de tolerance , k cause que le criminel e 
un Stranger. » Le juge Carnal eddin se trouvait pr^entda 



w. 



D'lBN BATOUTAH. 281 

•^^'j J'j *^;-^ lil (**i JU-* '''l^ijM iUU- yJiXJl uiA- 



is salie d'audience, et ie sultan donna ordre au rot Tatar de 

se rendre, avec les deux parties, cbez ce juge. Tatar avail 

'a» t le pelerinage de la Mecque ; il etait resle encore quelque 

temps dans cette ville, aiosi q^u'a Mikline, et parlait bien 

' ^r^be. Se trouvant chez ie juge avec les susdits person- 

'^^ges, il dit a I'^mir Ghada : ■ Eat-ce qne tu as frapp^ ie 

cl*arubeHan? Ou bien, dis : ■ Noo. . Son but ^tait de lui 

f*^Sgerer un argument de defense; mais Saif eddin ^tait un 

^•*Orant vulgaire, el il repondit : « Oui , je I'ai frapp^. ■ Le 

P^»^ du persoanage batlu se pr^senta , et ii voulait arranger 

**l€»ire entre ies deus parties ; mais Saif eddin ne s'y prela 

l-e juge donna ordre qu'on le mit en prison cette nuit-la. 
*^<JrDieu, son epouse ne lui envoya pas rafinie un tapis 
Pc»xj J, ^ormir^ et n en denianda pas de nouvcUes , par crainte 
*-' Sultan. Ses camarades enrent peur aussi, et mirent en 
***"eii Igurs biens. Je voulats i'aller visiter dans sa prison; 
^'^is je renconlrai aiors un ^mir qui me dit, en entendant 
^*ii ; ■ Tu as done oubiie ce qui test arrive. » II me rappela 
^ 'a m^moire un ^veneuient qui me concernait, au sujet 



282 VOYAGES 

uus; pll gX (jf\ y^oJI oyi gu»JI ijL) Id oJipl 
(^IkLJI ^J^y AM) i>V,l^ A^^>> «I^t ^^ ^ Vj^^i 'i^' 



-r « -^ 



de ma visite au cheikh Ghihab eddin, fils du cheikh d*Al- 
djam, et comme quoi le sultan voulait me faire mourir, a 
cause de cette action. Nous en parlerons plus tard. Je revifls 
done sur mes pas, et n^allai pas trouver I'^mir Ghada. Ce- 
lui-ci sortit de prison le lendemain vers midi; le sultan te 
laissa dans Tabandon, le n^gligea, lui retira le gouvwofr 
ment qu'il lui avait conf6r6, et voulut meme le chasser. 

Le souverain avait un beau-frire appel6 Moghith , fifa A* 
roi des rois. La soeur du sultan se plaignit de lui a son frit* 
jusqu^k ce qu'elle mourut. Ses femmes esclaves ont aswirf 
que sa mort fut la suite de violences exercises sur dleptf 
son mari. La g6n6alogie de ce dernier laissait quelque <i^ 
a d^sirer, et le sultan 6crivit de sa propre main ces mOt»i 
« Qu'on exile Tenfant trouve. » II faisait allusion k son bea* 
fr^re. 11 ^crivit apr^s cela : « Qu'on exile aussi Mouehkkar*' 
Ceci veul dire « le mangeur de rats »; et il entendait paritf 
de r^mir Ghada; car les Arabes du desert mangeitf.tej^ 
bod* « rat des champs; gerboise », qui est une sorte de rati/ 
monarque ordonna de leur faire quitter le pays k low ^ 
deux ; en consequence , les ofBciers se rendirent prAs de 



. ^ 



D'IBN BATOUTAH. 283 

«^lf ^jii. xaUs S iXu^JUJ] 0^^jS-» x^t ^id^j S;ld 

MUM jjwtill i JX:?^ o^ ^ oJJu'pT;^^! e)U^ ^^u^a^ 

ihada pour le faire partir. II voulut alors entrer dan^pa de- 
oeure pour dire adieu k sa femme; les officiers se toirent 
occessivement k sa recherche, et il sortit tout en pleurs. Ce 
Qt dans ce moment que je me rendis au palais du sultan , 
t que j'y passai ia nuit. Un des chefs me deman()a ce que 
B vouiais, et je lui r^pondis que mon intention 4tait de 
warier en faveur de I'^mir Saif eddin , afin qu il flit rappel6 , 
* Don chasse. II me dit que c'6tait cho^e impossible; mais 
5 fepris : «Pour Dieu, je ile quitterai pas le palais du sou- 
*fain, quand bien meme j'y devrais rester cent nuits, jus- 
:^ ^ ce que Saif eddin soit rappel^. » Le sultan > ayant ^t^ in- 
^^ttii de ces paroles , ordonna de le faire revenir, et il lui 
oiQmanda de rester en quelque sorte au service de T^mir, 
'Omm6 le vox Kabodlah AUihoury. En effet, il resta attach^ 
l^i peudant quatre ann^es ; il montait k cheval avec Kaboii- 
4 et Yoyageait avec lui. II finit ainsi par devenir lettri et 
J€D ^]ev6. Alors le sultan le repla<2a dans le degr6 d'hon- 
cur oil il 6tait d*abord; il lui donna en fief plusieurs con- 
'^, le mit k la tSte des troupes et le combla de dignit^s. 



284 VOYAGTES 



Jy »i!j OojI^XA. '(^H o^jj 'JiXt yliaLJl ^j^ 



sUa»t «»!> Osjjt J^A. |.<}0» CI9 HiM ^**-* f^ (£«>Jt (:)«<>Ji 

i ^1^3 L«Ja« liL^I A«Jt (,y«<»tj ^3^ .«tJx^ (jUJuJI 

f^ u' *lr*^' j^u^^'^ (j-j^^ (^^ *--^ ft^^' ; 

DU MAltlAGE QUE LB SULTAN GONGLUT ENTRE LES DEUX FILIES Dl 
SON VIZIR ET DEUX ?ILS DE KHODHAoUEND zAdEH KlOUlU EDl^H, 
GELUI-lA M^MEQUI ARRIVA en NOTRE GOMPAGNIE GHEZ LE SOUTI" 
RAIN DE L*INDB. 

A rarriv^e de Khodhaouend zadeh, le sultan lui fit denom- 
breux cadeaux , le combla de bienfaits et Fhonora excessive- 
ment. Plus tard il maria ses deux fils avec deux fiUes du viflf 
KJbodjah Djihan, qui se trouvait alors absent. Le souverain 
se rendit dans la maison de son vizir pendant la nuit ; il assists 
aucontratde manage en quality, pour ainsi dire, de subslitnt 
du vizir, et resta debout jusqu k ce que le kadhi en chefei*, 
fait mention du don nuptial. Les juges, les 6mirs et les cheikbi 
^taient assis. Le sultan prit avec ses mains les 6toflFes el to 
bourses d'argent, qu'il plaga devant le kadhi et deyantte 
deux fils de Khodhaouend zadeh. En ce moment les imin^ 
lev^rent» ne voulant pas que le monarque mit lui-mtoccc» 
objets en leur presence ; mais il leur dit de rester assis ; 3 <^ 
donna a Tun des principaux ^rnirs de le remplacer, et se rettf** 



D'IBN BATOUTAH. 285 

«3l (j^mOI to^ J^j »>• ^^UaXiJI ^ j'il^ l^ iS5l^ 

t^ j^yi ^5^UJI <xjL^ dJi> i U^UU UJU U> Ak^ aI 

ANECDOTE SUR L'HOMILITE DU SULTAN ET SUR SA JUSTICE. 

Un des grands parmi les Indiens pretendit que ie souve- 
nia avait fait mourir son frere sans motif legitime, et le 
dta devant le juge. Le sultan se rendit a pied, sans armes, 
an tribunal; il salua, s'inclina, monta an pr^toire, et se 
tintdebout devant le kadhi. II avait ddja pr^venu celui-ci, 
bien avant ce temps, qu'il n'eut pa's a se lever pour lui, ni 
^ bouger de sa place , lorsqu'il lui arriverait de se rendre 
4IU lieu de ses audiences. Le juge d^cida que le souverain 
. ^t tenu de satisfaire la partie adverse, pour le sang qu il 
avait r^pandu, et la sentence fut ex6cut6e. 

ANECDOTE ANALOGUE k LA PRECEDENTS. 

line fois il arriva qu un individu de religion musulmane 
P^teudit avoir^ sur le sultan , une certaine cr^ance. lis de- 
'^attirent cette affaire en presence du juge , qui pronon^a 
^ arrfit contre le souverain, portant quil devait payer la 
soQut^e d'argent; et il la paya. 



:tJ/.- 



286 VOYAGES 



Aj^ Ait si)yW >ULj{ (j^ (^^ KfJ^ j:>\^ ^hVjU ibl^ 

A34>^Ui QoUxii]! (^ A^Xtl ^j^ dUi> Jus ^^ JUL i^ 



▲UTIUS ANECDOTE DE GE GENRE. 



Un enfant du nombre des fils de rois accusa le saltan de 
Tavoir frappe sans cause, et le cita devant le kadhi. Celuki 
decida que le souverain ^tait oblig^ d'indemniser le phi* 
goant au moyen d'une somme d'argent, s'il voulait Men 
sen contenter; sinon , qu'il pouvait lui infliger la peine da j 
talion. Je vis alors le sullan qui revenait pour son audience; 
il manda Tenfant, et lui dit, en lui pr^sentant un bitoo: 
«Par ma t^te, il faut que tu me frappes, de m^me quej'a 
fait envers toi. » L'enfant prit le baton, et donna aamo- ' 
narque vingt et un coups, en sorte que je vis son bonnet ta 
tomber de la tdte. 

DU ZELE DU SULTAN POUR L*ACGOMPUSSEMENT DE LA PRiisBE- 

Le sultan ^tait tres>s^v^re pour Tex^cution des priiits; 
il conmiandait deles cd^breren commun dans les temples* 
et punissait fortement ceux qui n^gligeaienl de s y rendre-B 
fit mourir en un seul jour, pour cette faute, neuf iudividua» 



D'IBN BATOUTAH. 287 

^^4JC^{ ^^ 4^^ ff^^yyaJ! iUli^l «>J^ l^ ^>w;>-j ^ ^l^^^i 
Oia^l^ Jkut-? (jLLJl 4-JJa^ yt ^1^ S^^juaJl ly^^ \^\jyAX\ 

^ JJi> (^ [Ji^^. lylO p^Ubr^l lojlj-^^ ff^^Ujt^ S^yi>yi\ 
(i\y^^\^jyUl »iUi> ^^jlJOs; ^j-Ul jU^ u^^ AA**^^ 






dout Tun ^tait un cbanteur. II y avait des gens expr^s, qu'il 
envoyait dans les marches, et qui ^taient charges de punir 
ceux qui s'y trouvaient au moment de la priire. On alia 
inline jusqu^a chatier les saldiriyoun (litt^ralement ceux qui 
coavrent, quiprot^gent, etc.) lorsqu'ils manquaient lapriire. 
Ce sont ceux qui tiennent les montures des serviteurs a la 
porte de la salle d'audience. Le souverain ordonna qu'on 
exigeat du peuple la connaissance des pr^ceptes sur, les lo- 
tions sacr^es, sur la priere, ainsi que celle des sitatuts de 
risiamisme. On les interrogeait sur ces points, et ceux qui 
Qe les savaient pas bien ^taient punis. Le peuple ^tudiait ces 
choses dans la salle d'audience, dans les marches, et les met- 
tait par ecrit. ^ 

DE SON ZELE POUR L*EXECUT10N DES OBDONNANGES DE LA LOT. 

Le sultan ^tait rigoureux dans Tobservation de la justice : 
panni ses pratiques a ce sujet , il faut noter ce qui suit. II 
chargea son firere Mobarec Kban de singer dans la salle 
d'audience, en compagnie du ladhi en chef Carnal eddin, 



288 VOYAGES 



Q3 (:;5%^jJJflll GUai"^ »i>**3 yJUoJll^ p;USi A«; 



sous une coupole ^lev^e, garnie de tapis. Le juge avait vne 
estrade touterecouverte de coussins, comme celle da saltan; 
et le fr^re de celui-ci prenait place a la droite da kidbL 
Quand il arrivait qu'un des grands parmi les ^mirs avait use . . 
dette, et qu'il se refusait a la payer a son cr^ander, let | 
suppots du fr^re du sultan Tamenaient en presence da jogei 
qui le forgait d'agir avec justice. 

DE LA SUPPRESSION DES IMPOTS ET DES AGTES D^INJUSTIGE, ORDdt* 
N£E PAR LE SULTAN ; DE LA SEANCE DU SOUVERAIN POUR FAIIB 
RENDRE JUSTICE AUX OPPRIMES. 

L'ann^e quarante et un (yAi de Th^gire, i3^o-i3iiide 
J. C], le sultan ordonna d'abdiir les droits pesant sor ki , 
marchandises dans tons ses pays , et de se borner k perol- 
voir du peuple la dime aumoni^re et la taxe nomm^e <k 
dixieme. » Tous les lundis et jeudis il si^geait en personni^* 
pour examiner les actes d oppression , dans une place litn^ 
devant la salle d'audience. A cette occasion il n'^tait attU^ 
que des personnages suivants : JSmir H&djib (prince ehaBk* 



D'IBN BATOUTAH. 289 

I hj^ ^ V^ Oj^^ V^ *>HV-^3 ^^^^ o°^ 

l»^.VI j^Lm i joaoaJI (^ £4%^ l-l'£>3 A-^M aju »4Xs.le 



})ellaD}, Kh^ss Hadjib (chambellan intime), Sayyid alhod- 
dj4b (chef des chambellans} et Cheref alhoddjab (!a no- 
blesse, ou la gloire des chambellaDs]. On n'empechait aucun 
individu , ayant une plain te a porter, de se presenter devant 
le monarque. Celui-ci avait d^sign^ quatre des principaux 
^mirs pour s'asseoir a chacune des quatre portes de la salle 
d^audience, et prendre les requites de la main des plai- 
gnants. Le quatri^me ^tait le fils de son oncle paterhel , le 
roi Firouz. Si le personnage* assis a la premiere porte pre- 
Qait le placet du plaignant, c^^tait bien; sinoo, il 6tait pris 
par celui de la deuxieme, ou de la troisieme, ou de la qua- 
trieme porte. Dans le cas ou aucun d'eux ne voulait le rece- 
Voir, le plaignant se rendaitpres de Sadraldjih^, kadbi des 
Mamloilics; si ce dernier ne voulait pas non plus prendre 
le placet, Tindividu qui le portait allait se plaindre au sul- 
tan. Quand le souverain s'6tait bien assure que le plaignant 
avait pr^ent^ sa requite a Tun desdits personnages, et qu'il 
O'avait pas consenti a s'en charger, il le reprimandait. Tons 
Iqs placets qu'on recueillait les autres joors ^laient soumis 
^ Texamen du sultan apres la derni^re priere du soir. 

III- i 



290 VOYAGES 



^^jlXj iUuUl^ ^tjjLiJl 2^^^ Jc^ft^l^^^-M^jljjuuj 



DES VIVRES QUE LE SULTAN FIT DISTRIBUER k L'OGCASION 

DE LA DISETTE. 

Lorsque la s^cheresse dotnina dans Flnde et dans le Sind, 
et que la penurie fut telle, que la mesure de bl6 appelfe 
mann valait six pieces d'or, le souverain ordonna de distri- 
buer a tous les habitants de Dihly la nourriture pour six 
mois, tiree du magasin de la couronne. On devait donner 
a chacun, grand ou petit, ne libre ou esclave, la quantity 
d'un rithl et demi (un kilogramme environ) par jour, poidi 
de Barbaric. Les jurisconsultes et les juges se mirent k eoie" 
gistrer les populations des diifi^rentes rues; ils firent venir 
ces gens , et Ton donna k chaque personne les provisions de 
bouche quiCevaient servir k sa nourriture pendant six moii> 

DES ACTES DE VIOLENCE GOMMIS PAR GE SULTAN , 
ET DE SES AGTl9ks GRIMINELLES. 

Le sultan de Tlnde, malgre ce que nous avons raconta 
sur son humility, sa justice, sa bont^ pour les pauvreset 
sa g^n^rosit^ extraordinaire, ^tait tr^s-enclin a r^pandrek 
sang. II arrivait rareuient qu'a la porte de son palaisil n'y edt 



D'IBN BATOUTAH. 291 

g ^UtiPl (>uu JUL* » Jsjft U oJiL» (j»;^t i >t>a^s-; iUla* 

»>4ij »j***aJl Jb *-*SW o^i t^ «^^ £la* iV»y j^^ 

(ji tw*-* (j««>^*«-Uj tjvljAiAlj (jjjiLmXmW (j^jyAX\ (^ a^ 

u^*^ fv^l^ r^-^^ ^ ijy^j^ ^ fV^^ ^^*^ r^' 



pas quelqu'un de tu^. J'ai va bien souvent faire mourir des 
|[ens k sa porte, et y abandonner leurs corps. Un jour je 
me reodis k son chateau , et voilk que mon cheval eut peur; 
je regardai devant moi et je vis sur le sol une masse Man- 
chatre. Je dis : « Qu'est-ce que cela? » Un dc^mes compagnons 
repondit : « G'est le tronc d'un faomme, dont on a fait trois 
morceaux I » Ce souverain punissait lespetites fautes, comme 
leB grandes; il n'^pargnait ni savant, ni juste , ni noble. Tous 
les jours on amenait dans la salle d'audience des cenlaines 
d^individus enchain^s , les bras attaches au ecu , et les pieds 
garrottes. Les uns ^taient tu^s, les autres tortures, ou bien 
battus. Son habitude ^tait de faire venir tousles jours dans 
la salle d'audience; except^ le vendredi, tous ceux qui se 
trouvaient en prison. Ce dernier jour ^tait pour eux une 
journ^e de r6pit; ils I'employaient a se nettoyer, et se te- 
naient tranquilles. Que Dieu nous garde du malheur ! 



19 



292 VOYAGES 




a* 

^b v'^^' Ca>^ ("^V^ ^-^' JOCJiJl y! (j*.U3l 4^;^ v^ 

^^UJI lyjjr^ *tj>JL lyAljXjti; tjv*ju« dJi cK** t*>U 

DU MEDRTRE GOMMIS PAR LE SULTAN SUR SON PROPRE FRiRB. 

Le sultan avait un fr^re du nom de Mac'oud kh4o, dont 
la mere ^tait fiUe du sultan 'Ala eddin. Ce Ma^'oud toit 
une des plus belles cr^aturies que j'aie jamais vues dabs oe 
monde. Le monarque le soupt^onna de vouloir s^insai|;er 
contre lui; il rii\,terrogea a ce propos, et Ma^'oud confessa, 
par crainte des tourments. En effet, toute personne qui nie 
les accusations de cette sorfe, que le sultan formule centre 
eHe , est de n^cessit^ mise a la torture , et la plupart dtf 
gens pr^ftrent mourir que d'etre tortures. Le souverain fit 
trancher la tete de son fr^re au milieu de la place , et le corps 
resta trois jours abandonn^ dans le m^me endroit, suivant 
Tusage. La m^re de Ma^'oud avait ^t^ lapid^e deux annto 
auparavant, juste en ce lieu; car elle avait avou6 le crime 
de d^bauche ou d'adult^re. Celui qui Ta condamn^ k 6tre 
lapid^e <^'a ^i6 le juge Carnal eddin. 



J 






DIBN BATOUTAH. 293 



uu.^ g^ J^^ jj^ '^^'^ JW4 ch«A^ jUJfl JUJi 

^ I^Axi* (jv»:rl ^bi-jAJCil? j^U j^yi^ 



IgMJiJt ^jl(, aKjc-*3 (j^oJl tyl^ g^a^ AA^*Xji-3^^i> 

^tdJlt j\Si^ ^Ui> IjUsasj Uy«y». »ik». Jl ^UI^J^ pl4 



DB LA MORT QU'IL FIT DONNER A TROIS CENT CINQUANTB INDIVIDUS , 

DANS UN M^ME MOMENT. • 

line fois le sultan avail destin6 une portion de rarm^e, 
command^e par le roi Youi^uf Boghrah, pour aller com-, 
battre les infid^les Hindous, sur des montagnes adjacentes 
au district de Dihly. YouQuf sortit, ainsi que la presque 
totality de sa troupe; mais une partie de ses soldats rest^rent 
en arri^re. II 6crivit au souverain , pour Tinformer de cet 
£v£nement, et celui-ci ordonna de parcourir la ville et de 
saisir' tous les individus qu'on rencontrerait , parmi ceux 
qui itaient rest6s en arri^re. On s'empara de trois cent cin- 
quante de ceux-ci; le monarque donna ordre de les tuer 
tous; et il fut ob6i. 

DES TOURMENTS QUML A FAIT SUBIR AU GHEIKH CHIHAB EDDIN, 
ET DE LA CONDAMNATION A MORT DE CE GHEIKH. 

Le cheikh Chihab eddin etait fils du chei'kh Aldjam alkho- 
ra^&ny , dont Taieul avait donn^ son nom a la ville de Djani, 
situ^e dans le Khoracjan , comme nous Tavons deja raconl^. 
Chihab eddin 6lait un des principaux cheikhs, un des plus 






294 VOYAGES 

J3 l!i* *^ U*^-? *-^b3>?^ A3UJsu«a j>XjL:(5 (^j^jJI ^Jai 

(^<>Jt pX^ JajJL\ JWJULII ^1^1^ ^S (j^ (^UaUi 
^asli \«yJU .Xa-tj ^ JCm^. uUO; yUaJUJt^U tJuft Jxii 

probes et des plus vertueux ; il avait Thabitude de jeAner 
quatorze jours de suite. Les deux sultans Kothb eddin et 
Toghlok le v6n^raient, le visitaient et imploraient sa b^^ 
diction. Quand le sultan Mobammed fut investi du pouvoir, 
il voulutfaire remplir au chei'kh quelque charge dansT^fat; 
mais celui-ci refusa. C'etait Tusage chez ce souverain d'em* 
ployerles jurisconsultes, les che'ikhs et les hommes pieox; 
il se fondait sur ce que les premiers princes musulmanst 
que Dieu soit satisfait d'eux ! ne donnaient les places qa'aax 
savants et aux hommes probes. II s'entretint a ce sujet avec * 
Chihab eddin , a Toccasion d'une audience publique; celai*ci 
refusa et r^sista. Le sultan en fut indign6, et il commandi 
au jurisconsulte v6n6r6, le chei'kh Dhiya eddin assimnany, 
d'arracher la barbe de Chihab eddin. Dhiya eddin ne le vou- 
lut pas, et il dit : « Je ne ferai jamais cela. » Alors le sou- 
verain donna I'ordre d'arracher a tous les deux les poils de 
leur barbe; ce qui eut lieu. 

Le sultan rel^gua Dhiya eddin dans la province de Tiling; 



D'IBN BATOUTAH. 295 

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Ul^^ <|b ^(^«^^ A-#io£3 X«^.£>l9 AAft e^Jb I^ pty^l iUU^ 

4^ JLJljufr ^^Wl; ^UJt^tj iol ju^ tfUA«^l^^ i2)]|^ 
^Ji\i ijjiiMt iiu*\iin i Ai ^Ji,\, ^t (^<>Jt (^l<|iw »Ai\ ajU 

et plus tard il le nomma juge a Ouarangal, ou il mourut. U 
exUa Ghihab eddin a Daoulet Abad , et Ty laissa pendant 
sept annees ; puis il le fit revenir , il Thonora et le v6n^ra. II 
le mit a la tete du Dioudn almostakhradj « le bureau du pro- 
duit de Textorsion » , c'est-kdire celui des reliquats ou arri^r^s 
des agents , qu'on leur extorque par la bastonnade et par les 
tourments. Le souverain consid^ra de plus en plus Ghihab 
eddin; il ordonna aux emirs d*aller lui rendre hommage 
dans sa demeure, et de suivre ses conseils. Nul n'etait au- 
dessus de lui dans le palais du sultan. 

Lorsque le soiiverain s% rendit a sa residence situee au 
bold du Gauge, qu'il y b&tit le chateau appeli Sarg Doadr 
« la porte du ciel » , ce qui veut dire ; « semblable au para- 
di3 », et qu'il commanda au peuple de construire des de- 
meures fixes en cet endroit , le cheikh Ghihab eddin soUicita 
de lui la penuission de continuer a rester dans la capitale. 
Le 3ultan lui assigna pour sdjour un lieu inculte et aban- 
donne, a six milles de distance de Dihly. Ghihab eddin y 
creusa une vaste grotle, dans Tinterieur de laquelle il cons- 



296 VOYAGES 

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^)lk\^l :>UU^ v^Uft ^^ J«j» i ^^ jUift ^1^ 6^ 

4>oid AJvfr 4:Uju Is ff;U Jt ^U^ x>tjJ JOft AJUU^ (^IbXJl 

fruisit des cellales, des maga|pis , un four et un bain; il fit 
venir leau du fleuve Djoumna; il caltiva cette terre, etil 
amassa des sommes considerables au moyen de ses prodoits; 
car, dans cesann^es-ia, on soufifrit de la s^cheresse. II de- 
meura en cet*endroit deux ans et demi, le temps que dart 
Tabsence du sultan. Les esclaves de Cbihab eddin labiHt- 
raient le sol pendant le jour; ils entraient la nuit dans la 
caverne, et la fermaient sur eux et sur les troupeaux, par 
crainte des voleurs bindous, qui babitaient sur une mon- 
tagne voisine et inaccessible. 

Quand le sultan retourna dans la capitale , le cbeikhalla 
a sa rencontre, et ils se virent a sept milles de Dihly. Le 
souverain fbonora, lembrassa dis qu'il I'aper^ut, et ChihU) 
eddin retourna ensuite a sa grotte, Le monarque Tenvoya 
qu6rir quelque temps apres cela ; mais il refusa de se rendre 
pr^s de lui. Alors le sultan lui exp^dia Mokblis almolc, an- 
nodhrbary (litt^ralernent, celui qui r^pand, ou qui porleles 
avertissements , etc. ) , qui etait un des principaux rois. II parla 
a Cbihab eddin avec beaucoup de douceur, et lui dit de faire 
attention a la colere du monarque. Le cheikb r^pondit : 
« Je ne servirai jamais un tyran. » Mokblis aluiolc retourna 



.• 



D'IBN BATOUTAH. 297 

^UaJLJI (jl i^l jJL^ :>U tOot UU^ ^J^l :^ a1 JUU 

*H-^ ^' *>^^ Cj^^ (:>-^*>JJ V^ ^ JUL* uXamJI I«X4-? 
JJi)i ^S-fiU^ ^t> idlUjb ^ (j^jjO exit 0$^^ JuJui JJ Jo 

pt^ ^>Js! iMj ^3^ ^^l^ •*>yy«-i iLjjlJs?j4)Jt ^j^]j *jhX> 

^ u^yM^ ^^J:^'^ ^t*^' £-^^jt^^ ci' *-^ jS^ w^ 



aupres du sirltan et riaforma de ce qui s'^tait pass<§; il re^ut 
Tordre damener le qjieikh, ce qu'il fit. Le sultan parla 
amsi a Ghihab eddin : « G^est toi qui as dit que je suis un 
lyran?» II i^pondit : %Oui, tu es ub tyran : et parmi tes 
actes de tyrannie soot tels et tels faits. » II eu compta plu- 
sieurs, au nombre desquels il y avail la devastation de la 
ville de Dihly, et Tordre d'en sortir intim^ a tous les ha- 
bitants> 

Le sultan tira son sabre, it le passa aSadr aldjifaan, et 
dit : « Gonfirme ceci, que je suis un tyi'an, et coupe mon 
cou avec ce glaive. » Ghihab eddin reprit : « Gelui qui 
porterait t6moignage sur cela serait sans doule tu6; mais 
tu as conscience toi-meme de tes propres torts. » Le monar- 
que ordonna de livrer le cheikh au roi Nocbiah , chef des 
porte-encriers ou secretaires , qui lui mit quatre liens aux 
pieds, et lui attacha les mains au cou. 11 resta dans cette 
situation qualorze jours de suite, sans manger ni boire; 
tous les jours on le conduisait dans la salle d'audience; 
Ton r^unissait les I^gistes et les cheikhs, qui lui disaieul : 



298 VOYAGES 

5^j' (>^^J GH JU; e*j -^ JI33 J^ u' al^ ^^' o^^ f 

JyA^ Hjic^ »>^! »^^3 ^tm^ i^t^I ^,^ uW4;-5^ 



R Retracte ton assertion. » Ghibab eddin r^pondait : « Je ne ia 
retireral pas, et je desire d'etre mis dans le chcBur des mar- 
tyrs. » Le quatorzi^me jour,le sultan lui envoya de la nourri- 
ture, au moyen de Mokhlis almolc; i^ais le cheikh ne voolnt . 
pas manger, et dit : « Mes biens ne sont plus sur cette terre; 
retourne pres de lui (le sultan] avec tes aliments. » Celai-Gi 
ayant et^ inform^ de ces paroles, ordonna immediatemeiit 
qu'on fit avaler au cheikh cinq istdrs (ou statures, da grec j 
(/latT/ip) de mati^re fecale, ce qui correspond k deux livres j 
et demie, poids de Barbarie. Les individus chaises deoes | 
sortes de choses, et ce sont des gens choisis parmi leslndieoa \ 
infiideles, prirent cette ordure, qu'ils firent dissoudre dam i 
Teau; ils coucherent le cheikh sur son dos, lui ouvrireat la 
bouche avec des tenailles, et lui firent boire ce melange. U 
lendeinain, on le conduisita la maison dii kadhi Sadr aldjihan- 
On rassembla les jurisconsultes et les che'ikhs ^ ainsi quote 
notables d'entre les personnages illustres; tons le precherent 
et lui demanderent de revenir sur son propos. 11 refusa de* 
r6tracter, et on lui coupa le cou. Que Dieu ail pili6 de lui! 



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D'IBN BATOUTAH. 299^ 



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Juii J^<30' i'^ ^^ ^ Jl)»^ AJL:^ ^UaJuJt Jf aj ^^ 

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^ M <x^ a^ ^Uj sZ^\ (^ ^ qIi^Io I^aJI Aib;l9 i 

00 MEURTRE GOMMIS PAR LE SULTAN SUR LE JURISGONSDLTE ET 
PROFESSEUR *AFIF EDDIN ALCAgANY, ET SDR DEUX AUTRES JU- 
RISCONSULTES, CON^OINTEMENT AVEC LUK 

Dans les ann^es de la diselte , le sultan avait command^ de 
crenser des puits a Texl^rieur de la capitale , et de semer des 
c^r^es dans ces endroits. U fournit aux gens les grains , ainsi 
que tout I'argent n6cessaire pour les semailles,etexigea que 
celles-ci fussent faites au profit des magasins du tr^sor public. 
Le junsconsulte 'Aiif eddin, ayant entendu parler de cette 
chose, 4it : « On n^obtiendra pas de cette semence I'effet qu'on 
d&ire. » II fut denonc^ au souverain , qui le fit mettre en pri- 
son, et lui dit : « Pourquoi te meles-tu des affaires de I'etat? » 
Un pen plus tard il le relacha, et le l^giste se rendit vers sa 
deoieure. 

11 rencontra par basard , chemin faisant , deux juriscon- 
suites de ses amis, qui lui dirent : « Que Dieu soit loue, a 
cause de ta d^livrance ! » II r^pondit : « Louons Yh tre supreme 
qui nous a sauv^s des mains des m^chants. » (Koran, xxiii, 
29). lis se separ^rent; mais ils n'^taieut pas encore arrives 



300 VOYAGES 



)«N^ )yy0d) JUUl X)i>^ (Jipf a.^jLS^3 yil>^\9 

cl; JJl ^ ^ipi ^IdAj ^1 ^^ J2L^ xiUe I^^U (^^1 
LCI \«yJ JUU UUJb iUp. «^l^ (^ Cij Ay^ M\ 



dtMi Jt^^l *^>^ Ui V Jl^> ^^< o^^ (j< ^^>^l ' 

a leurs logements , que le sultan etait d^j^ instruit de leur 
discours. D'apres son ordre , on les amena tons les trois en 
sa presence; alors il dit (a ses suppots) : « Partez avec celui- 
ci (en d^signanl 'Afif eddin), et coupez-lui le cou, a la 
maniere des baudriers. » Gel a veut dire qu*on tranche li 
tete avec un bras et une portion de la poitrine, 11 ajouta : 
« Et coupez le cou aux deux autres. » Geux-ci dirent ausoo- 
verain : « Pour 'Afif eddin, il nitrite d'etre chati^ a caasi 
de son propos; mais nous, pour quel crime nous fais-tu : 
mourir? » Le monarque r^pondit : « Voift avez entenduson j 
discours et ne I'avez pas.d^sapprouv^; c'est done commesi 
vous aviez 6t6 de son avis. » Us furent tu6s to us les trois. 
Que Dieu ait pitie d'euxj 

DU MEURTRE COM MIS PAR LE SDLTAN SUR DEUX J URISCONSULTES 

DU SIND, QUI ETAIENT A SON SERVICE. 

< 

Le sultan ordonna a ces deux jurisconsultes du Siud dc 
se rendre dans une certaine province , en compagnie d'un 
commandant qu'il avait d^signe. II leur dit : « Je mets entre 
vos mains les affaires de Ja province el des sujets ; cet ^mir 



D'IBN BATOUTAH. 301 

(]l Vi^ t^^l I<>^j^ tJ^jwsib'^ IcyJ JUii tioi^ L<x^ u 



sera avec vous uniquement pour agir suivanl vos ordres. » lis 
r^pondirent : « II vaut mieux que nous soyons comme deux 
t^moins a son 6gard , et que nous lui montrions le chemin 
de la justice , afin qu'il le suive. » Alors le souverain reprit : 
« Certes, Votre but est de manger, de dissiper mes biens, et 
d'attribuer cela a ce Turc, qui n'a aucunes connaissances. » 
Les deux l^gistes r^pliqu^rent : « Que Dieu nous en garde ! 
6 maitre du monde ; nous ne cherchons pas une telle chose; » 
Mais le sultan r^p6ta : « Vous n'avez pas d'autre pens6e. » 
(Puis il dit k ses gens) : « Emmenez-les chez le cheikh Zadeh 
annohaouendy. » Celui-ci est charg^ d'administrer les chati- 
ments. 

Quand ils furent en sa presence , il leur dit : « Le sultan 
veut vous faire mourir : or avouez ce dont il vous accuse , 
et ne vous faites pas torturer. » Us r^pondirent : « Pour Dieu , 
nous n'avons jamais cherche que ce que nous avons exprim^. » 
Zadeh reprit , en s'adressant a ses sbires : « Faites leur gouter 
quelque chose. » II voulait dire : « en ftiit de tourments. » 
En*cons^quence , on les concha sur leur dos (litt^ralenientsur 
leurs occiputs), on plaga sur leur poitrine une plaque de 
fer rougie au feu, qu'on retira quelques instants apr^s, et 



302 , VOYAGES 

Ij^l^ dJ^x? i^^A^ Ux5^ 4^^t ^^. Uj:» Uy^t^j i ^^^ 

^JjJl c^;^ JjH*^ fj\ l\j^ vt aJI 



:! 



qui mit a nu ou d^truisit leurs chairs. Alors on prit de 
Turine et des cendres qu'on appliqua sur les plaies; et ace 
moment les deux victimes confess^rent que leur but 6tait 
celui qu*avait indiqu^ le sultan ; qu'ils ^taient deux crimineb 
ra^ritant la mort; qu'ils n'avaient aucun droit a la vie, ni 
aucune reclamation a el ever pour leur sang, dans ce monde 
pas plus que dans I'autre. lis ^crivirent cela de leurpropre ^ 
main , el reconnurent leur 6crit devant le kadhi. Celui-ci 1^ \ 
galisa le proems-verbal , portant que leur confession avait eu 
lieu sans repugnance etsans coaction. S'ilsavaientdit:« Nous 
avons 6te contraints » , ils auraient 616 infailliblement tom^ 
mentis de pi us belle . Ils pens^rent done qu'avoirle cou coupi 
sans deiai valait mieux pour eux que mourir par une tortitfv 
douloureuse : ils furent tu^s. Que Dieu ait piti6 d*euxl 

DU MEURTRE GOMMIS PAR SON ORDRE SUR LE GHEIkH H06d^ 

Le cheikh Zadeh , appel^ Houd, ^tait petit-fils do chdkh 
pieux et saint Rocn eddin, fils de B^ha eddin, fits d'AboA 



.. 1 



D'IBN BATOUTAH. 303 

^.tJtJoJ, I4JU JOJ iby iL^u ^^jJt ^ AAi^^ yUftUJi 

t,UaA*JI Ja^U Ci^ ^^yU t)^^ (JW3 W^^^ :»l#T*l3Jv 



Zacariyya almoltany. Son aieul, le cheikh Rocn eddin, 6tait 
v^n6r^ du sultan; et il en 6tait ainsi du fr^re de Rocn 
eddin, nomm^ Imad eddin, qui ressemblait beaucoup au 
sultan, et qui fut tu6 le jour de la bataille contre.Cachlou 
khan, comme nous le dirons plus bas. Lorsque 'Imad eddin 
fat mort, le souverain donna k son fr^re Rocn eddin cent 
villages, pour qull en tirat sa subsistance, et qu il nourrit 
les passants dans son ern^tage. A sa mort, le cheitkh 
Rocn eddin nomma son suocesseur dans Termitage, son 
petit-fils, le cheikh HoAd; mais son neveu, le ills du fr^re 
de Rocn eddin, s'y opposa, en disant qu^il avait plus de 
droits qne Tautre k Th^ritage de son oncle. II se rendit avec 
Hoiid chez le sultan, qui ^tait k Daoulet Abad; et entre 
cette ville et Mohan , il y a quatre-vingts jours de marche, 
Le souverain accorda a Houd la place de cheikh , ou su- 
p^rieur de Termitage, se^on le testament de Rocn eddin : 
HoAd ^tait alors d'un age mur, tandis que le neveu de 
Rocn eddin etait an jeune homme. Le sultan honora beau- 
coup le cheikh Houd; il ordonna de le recevoir comme 



304 VOYAGES 



^^ oUaaA* AjJt g^ ^^ <^A^ A^tJOl yl^^^l^ ^UJU^ 
2uJ^ UJW ^y^ ''(t^A^^ JW-jJt WW ii^]^ d ^r^^l; 

y\r :y];i Akxi ^L^ jo:^!^ 0*^1 ^^ ^^y^ *ja*i I'tim^ 

^UkJl? \ys]y tUJI ojj «>^l3 i^t^l^ ^tat^ ifUuJI 

un hote, dans toutes les stations oii il descendrait; il prescri- 
vit aux habitants de sortir a sa rencontre dans toutes lei villes 
par oil il passerait, dans son voyage jusqu'a Moltaq, etde 
lui preparer un festin, 

Quand fordre parvint a la capitale, les jurisconsultes, 
les juges, les docteurs et les notables sortirent a la ren- 
contre de Houd. J'^tais du nombre; nous le vimcss, assis 
dans un palanquin poii^ parses hommes, tandis que ses 
chevaux ^taient conduits a la main. Nousle saluames; nuiis. 
pour ma part, je d6sapprouvai son action de rester dansk 
palanquin^ et dis : « II aurait du monter a cheval, et mnt- 
cher parall^lement aux juges et aux docteurs, qui soot 
sortis pour le recevoir. » Ayant appris mon discours, ExM 
monta k cheval , et il s'excusa en all^guant qu*il ne Taviit 
point fait d'abord, a cause d'une incommodite dont il soot 
frait. 11 Gt son entr^>e a Difaly, et on lui oflrit un festini 
pour lequel on d^pensa des sommes consid^rablei du tr^ 
du sultan. Les kadhis, ks cheikhs, les l^gistes et les pe^ 
sonnages illustres s'y trouvaient; on ^tendit les nappei , et 



D'IBN BATOUTAH. 305 



Ton apporta les mets du banquet, suivant Tusage. On dis- 
tribua des sommes d'argent k tons les individus presents, 
en proportion du rang de chacun : le grand juge eut cinq 
cents dinars, et moi j'en tOTchai deux cent cinquante. 
Telle est Thabitude, chez les Indiens, lors des festins ini- 
p^riaux. 

Le cheikh Houd partit pour son pays , en compagnie du 
cheikh No6r eddin acchirazy, que le sultan envoyait avec 
Joi, pour le faire asseoir sur le tapis a priere de son ai'eul 
<ians la zaouiah, et pour lui ofTrir un banquet en ce lieu 
aux frais du monarque. II se fixa dans cet ermitage et y 
passa plusieurs ann^es. Puis il arriva qulmad almolc, com- 
mandant du Sind, ^crivit au sultan que le cheikh Houd, 
ainsi que sa parent^, s'occupait a amasser des richesses, 
ponr les d^penser ensuite dans les plaisirs de ce monde, et 
qn'ils ne donnaient k manger a personue dans Termitage. Le 
souverain ordonna d'exiger d'eux la restitution de ces biens. 
En consequence, Imad almolc en emprisonna quelques- 

III. 20 



0^ lot 5 



, . ^. . N}.y j^ c-yft ^uiiJl ^^ JUL c:»JOUit 



.^^tii dauti-es; illeur extorquait chaquejour 

,..s aoi\ et cela durant quelque temps : il 

...»r :«mtce quils possedaient. On leurtrouva 

^uiii. ot Je choses precieuses; Ton cite, entiv 

ui*c ie saiidales incrust^es de perles et de 

i.tui xc'iidues pour sept mille pieces d'or. On 

,^ . -parieuaieot a la fille du cheikb'Houd; d'au- 

.»w.a.«. luelles ilaient a une de ses concubines. 

• aieikh fut fatigu6 de toutes ces vexations, il 

ioira Se se rendre dans le pays des Turcs; mais 

!uaa aiiuolc en informa le sultan , qui prescrivit 

uvo>er, Je meiue que celui qui Tavait arr^t^, 

,cu^ • ouiuie des prisonniers. Quand ils furenl 

.x> iu -iuuveiain, il mit en liberty Tindividu qui 

.V iieitli Hoiid, et dit a celui-ci : « Oil voulais- 

e .iitikh se\cusa conime il put; mais le sultan 

,,i . . I'u voulais aller cliez les Turcs; tu vou- 

* ...> IL.C 'ix e* le lils du cheikh Beha eddin Zaca- 

^^ . '^ ^uitaii de rinde Ta fait telle el telle chose; 



D'IBN BATOUTAH. 307 



J^^ iCib^Xj^. OfeU cjvi^ljJl ^b ^J ^^^1 jj.^ ^UaJt 

xjt ^LkLJI JoUi jj-Ul A^oL^ ^\^ ^jiuuo ylkJLJI (ic 

et tu pens£^is venir ensuite me combattre ^n compagnie de 
cesTurcsf » (II ajouta, en s*adressant a ses gardes) : « CiOupez- 
liii le cou. » U fut tu^. Que Dieu ait piti^ de lui! 

,DE L'£MPRISONNEMENT DU GHEIKH FILS DE TADJ AL'ArIFIN, ET 
D£ LA GONDAMNATIOM X MORT DES FILS DE GE GHEIKH , LE TOUT 
PAR L'ORDRE DU SULTAN. 

Le pieux cheikh Ghams eddin, fils de Tadj ararifin (le 
diad^me des contemplatifs) , habitait la ville de Cowil , s*oc- 
capant tout a fait d actes de devotion ; et c'^tait un homme 
de grand m^rite. Une fois le sultan entra dans cette cit^ , et 
Tenvoya qu^rir; mais il ne se rendit pas chez le souverain. 
Gelai-ci se dn'igea lui-m^me vers sa demeure; puis, quand 
il en approcha, il rebroussa chemin , et ne vit pas le cheikh. 

Plus tard il arriva qu*un 6inir se r^volta centre le sultan 
dans une province, et que les peuples lui pr^t^rent ser- 
ment. On rapporta au souverain que, dans une reunion chez 
le cheikh Ghams eddin, on avait parl^ de cet ^mir, que le 
cheikh avait fait son ^loge, et dit qu'il meritait de r^gner. 



20. 







308 VOYAGES 

^JSJ\ S ^^^ (jiuu (jUJUJt eoui JlOJ ^J^. Ail Jiiij 
^i *ii) lyA-fcXaS, Jj^^^ls Jsis, Siiljl JsISj »o4ji» 
iLiU A** 5»^ ^g^\ ON-VaSJS y^^U» li*^ l^I 

Le sultan envoya pr^s du cheikh ud commandant, qui loi 
mit des liens aux pieds, et agit ainsi avec ses fils, avec !e 
juge de Cowil et son inspecteur .des marches; car on avait 
su que ces deux derniers personnages se trouvaient presents 
dans Tassembl^e ou il avait 6te question de T^mir insurgi ' 
et oil son 61oge avait 6t6 fait par le cheikh Chams eddin. Lc 
souverain les fit mettre tons en prison, apres avoir toutefois * 
privi de la vue le juge et Finspecteur des marches. Quant 
au cheikh, il mourut dans la prison; le juge et Tinspecteor . 
en sortaient tons les jours, accompagn^s par un ge61ier;ib 1 
demandaient Taumone aux passants, et ^taient reconduits ^ 
dans leur cachot. ! 

Le sultan avait et6 averti que les fils du cheikh avaienl 
eu des rapports avec les Indiens infid^les, ainsi qu^avec Itf 
rebelles Hindous, et avaient contracts anxiti^ avec eox. A 
la mort de leur pere , il les tit sortir de prison et leur dit : 
« Vous n'agirez plus comme vous Favez fait. » lis r^pondi- j 
rent : « Et qu'avons-nous fait!^ » Le sultan se mit en colire, 
et ordonna de les tuer; ce qui eut lieu. II fit venir aprii ' 



D'IBN BATOUTAH. 309 

S^j <«wl Ju#U ^^LxJ\ JJU Jjub^ !^A* ^6si\ ^^yft 
< ULJLg oi.^^.jk^ aJU^ l^t^' ^xXJt SlP^ u' V^ '"^ '^'^ 

ijMi^\ j^i^\ jJsP^ili j^\ a3j«XJ^ owAAxIl Jyyjo^^jJt 



cela le juge susmentionn^, et lui dit : «Fais-moi connaitre* 
cem qui (dans Cowilj pensent commc les individus qui 
vieoDent d'etre executes, et agissent comme ils Font fait. » 
Le k&dhi dicta les noms d*uD grand nonibre de personnes, 
panni les grands du pays. Lorsque le monarque vit cela , 
il dil : « Get hommc desire la destruction de la viHe. » (El, 
s^adressant a ses satellites, il ajouta) : « Goupez-lui le cou. « 

lis le lui coup^ij^nt. Que Dieu ait pitid de lui ! 

% 

DE LA GONDAMNATION A MORT DU CHEIKH ALHAIDAHY 

PAR LE SULTAN. 

Le cheikh'Aly alhaidary habitait la ville de Caiubaie , sur 
le littoral del'Inde; c6tait un homme d'un grand m6rite, 
d'une reputation immense, et il ^tait c^l^bredans les pays, 
inSme les plus ^loign^s. Les negociants qui voyageaient sur 
nier lui vouaient de uombreuses ofFrandes , et a leur arriv<5e , 
ils s'empressaient d'aller saluer ce cheikh, qui savail d^cou- 
vrir leurs secrets, et leur disait la bonne aventure. II ar- 
rivait souvent que 1 un d eux lui avait promis une ofFrande, 



310 VOYAGES 

o^fi yUiJuJt v.jijL. jiL?- c5-^uii p>^i^ *-*aJb ^..^^1 



et que depuis il avail r^retle son voeu. Quand il se pr^ 
sentait devant le cheikh pour le saluer, celui-ci lui rappelait 
%a promesse, et lui ordonnait d'y satisfaire. Pareille chose 
s'est pass^e un grand nombre de fois, et le cheikh 'Alyest 
renomm6 sous ce rapport. 

Lorsque le kadhi Dj^al eddin alafgh&ny et sa peaplade 
s'insurg^rent dans ces contr^es , on avertit le sultan que te 
cheikh Alhaidary avait pri6 pourle juge susnomm^; q«*il 
lui avait dOnn^ sa propre calotte, et oh assurait m6mequ*il 
lui avait pr6t6 serment. Le souverain ayant jiiarch^ en pe^ 
Sonne contre les rebelles, Djelal eddin s'ftfuit. Alors le 
sultan partit , et laissa en sa place , a Gambaie , Ch^ref al- 
molc, 6mir bakht, qui est un de ceux qui arriv^rent avec 
nous chez le monarque de Tlnde. II lui comnianda d'ouvrir 
une enqu6le sur ies gens qui s'6taient r6volt^s, et lui ad- 
joignit des jurisconsultes pour Taider dans les jugements i 
intervenir. 

Emir bakht se fit amener le cheikh 'Aly alhaidary ;u 
fut etabli que ce dernier avait fait cadeau de sa calotte au 
juge rebelle, et qu'il avait fait des vceux pour lui. En con- 
sequence, il fut condamne a inourir; luais quand le bour- 



D'IBN BATOUTAH. 311 

^U JlJ^ ^^h^^>*<u^ aa^ ^ Ail lyJsi^ «^jJ ^\jJi 4^3 



<j^ •^i^ i!i4y^' o^^ u*G *^^'-> u^5^ Akxj jSi 

\^\ (j^^Ky^U (^IkLJl ^ Ijsiy AiU^ AA^<>wt cM^i jl9 
l^ljl V*^ J^ ^ ^^ >«>^ ^>^*^ ^>^ ^^^ l$lk^l^ 

f^cr Uy^ ^^fc^ ^^JJI J*e{^ Ual> l4yJt^u..3X..^U ^^IkLJl 



reau voulut le frapper, il n'y r^ussit pas. Le peuple ful fort 
^merveill^ de ce fait, et il peDsa qu'on pardonnerait au 
condamn^ , a cause de cela ; mais T^mir ordonDa a un autre 
bourreau de lui couper le cou, ce qui fut fait. Que Dieu ait 
piti^ de ce cheikh I 

DU 1IEURTRE OBDONNE PAR LE SULTAN A L'EGARD DE THOUGHAn 

ET DE SON FRERE. 

ThougMn alferghany et son fr^re etaient deux grands de 
la ville de Ferghanah, qui Etaient venus trouver le sultan 
de llnde. I! les accueillit fort bien , il leur fit de riches pre- 
sents, et ils rest^rent pr^s de lui assez longtemps. Plus tard, 
ils d^sir^rent retourner dans leur pays, et voulurent prendre 
lafuite. Un de leurs coinpagnons les d^non^a au souverain, 
qui ordonna de les fendre en deux par le milieu du corps; 
ce qui fut ex^cut^. On donna a leur d^nonciateur tout ce 
qn'ils possMaient ; car tel est Tusage dans ces pays de llnde. 
Quand un individu en accuse un autre, que sa declaration 
est trouv^e fondle ct qu'on tue laccus^, les biens de ce- 
lui-ci 8ont livr^s au d^lateur. 



312 VOYAGES 



tje, *^ ^yi»»5 liUJH ys* pjjk CU l;i>«J>-» *i^ & {j^ 

AS^ J^ toub <^;a* :^' JU* yUaJuJI JJi> ^ JodJt Aii» 
*1U fAiT Joftl^ ^j^^ U^ y Aifc^ ;^.U c^^ J^^l^ 



DE LA. GONDAMNATION A MORT PBONONCEE PAK LE SULTAN, 
CONTRE LE FILS DU ROI DES MARCHANDS. 

Le fils du roi ou prevot des marchands etait un tout petit 
jeune homme, sans barbe. Lorsque arriv^rent iliostilit^ 
de 'Ain almolc, sa revolte et sa guerre centre le souverain, 
comme nous le raconterons , le rebelle s'empara de ce fib 
du roi des marchands, qui se trouva ainsi par force au mi- 
lieu de ses fauteurs. 'Ain almolc ayant ^t^ mis en fuite,et 
puis saisi, de meme que ses compagnons, on trouva parmi 
ceux-ci le fils du roi des marchands et son beau-fr^re oa 
d.l]i6, le fils de Kothb almolc. Le sultan ordonna de ies at- 
tacher tons Ies deux par leurs mains a une poutre, et Ies 
fils des rois leur lanc^rent des filches, jusqu'a ce qu*ils 
fussent morts. 

Alors le chambellan Khodjah Emir 'Aly attibrizy dit an 
grand juge Carnal eddin : « Ce jeune homme ne m&itait 
pas la mort. » Le sultan sut cela, et lui fit cette observation: 
« Pourquoi n'as-tu pas dit cette chose avant sa mort? » Puis 
il le condamna a recevoir environ deux cents coups de fouet, 



D'IBN BATOUTAH. 313 

^^J^l |.l2»l^ yJ^ AJI CxJUIoJ Aaw^ c^^ A^l; ^ Aj^^mOU 

iuib iLAXft 4-Map j;;^- aj^ ^j\r u ji »^^^ a^jLi- ^i;:^ i^^j^ 



il le fit mettre en prison , et donna tout ce qu'il poss^dait au 
chef des bourreaux. Le lendemain je vis celui-ci » qui avait 
rev^tu les habits dTEmir 'My, s'^tait coifK de son bonnet, 
et ^tait mont^ sur son chevai , de sorte que je le pris pour 
Emir 'Aly en personne. Ce dernier resta plusieurs mois 
dans le cachot; il fut ensuite relach^, et le sultan lui rendit 
la place qu'il occupait avant sa disgrace. II se facha centre 
loi nne seconde fois, et le rel^gua dans le Khorat^an. Emir 
'Aly se fixa a Herat, et ^crivit au sultan, pour iniplorer ses 
&veurs. Le souverain lui repondit au dos de sa lettre, en 
ces termes (persans) : Eguer idz dmddi hdz[ai)\ ce qui veut 
dire : « Si tu t'es repenti, reviens. » II retourna en effet chez 
ie souverain de Ilnde. 

DES COUPS QU*IL FIT DONNER AU PREDIGATEUR EN CHEF, 
JUSQD'i CE QU'IL EN MOURUT. 

Le sultan avait charg6 le grand predicateur de Dihly de 
sorveiller pendant le voyage le tresor des pierres precieuses. 
Or il arriva que des voleurs hihdous se jet^rent une nuit 
lur ce trisor et en emport^rent une partie. Pour celte cause. 



314 VOYAGES 

« 

^/ oOJUf^ <>^l J^^ WUi ^j j-*aJ *<^^ jSi 

l^ J-Aa jLj5ir sj^-l^ yUaUJJ tie *JU^ yl^ U jUi^l 

le souverain ordonna de frapper le pridicateur, de telle 
sorte qu'il en mourut. Que Dieu ait piti6 de lui! 

DE LA DESTRUCTION DE LA VILLE DE DIHLY ; DE L'EXIL DB SES HA- 
BITANTS ; DE LA MORT DONNEE A UN AVEUGLE ET A UN INDIVIDO 
PERCLUS. 

Un des plus graves reproches qu'on fait k ce sultan, cest 
d avoir forc6 tous les habitants de Dihly a quitter leurs de- . 
meures. Le motif en fut que ceux-ci 6crivaient des billets j 
contenant des injures et des invectives contre le souverain; 
ils les cachetaient, et tra(^aient sur ces billets les mots sni- ' 
vants : «Par la t^te du maitre du monde (le sultan), per- 
Sonne, except^ lui, ne doit lire cet 6crit. » lis jetaient ces pa- ; 
piers nuitamment dans la salle d'audience, et lorsque le 
monarque en brisait le cachet, il y trouvait des injures el j 
des invectives a son adresse. II se d^cida a miner Dibly; il ■ 
acheta des habitants toutes leurs maisons et leurs aubergeSi 
il leur en paya le prix , et leur ordonna de se rendre a j 
Daoulet Abid. Ceux-ci ne voulurent d*abord pas obeir; mai* 



# 




D'IBN BATOUTAH. 315 

m 

I ^y&jSy SuJT lyJ^! 2^ ^i> J^ Q^ aM-j 

le crieur ou heraut du monarque proclama , qa'apr^s trois 
jours nul n'eut k se trouver dans I'int^rieur de Dihly. 

La plupart des habitants partirent, et quelques-uns se 
cachdrent dans les maisons; le souverain ordonna de recher- 
chet minutieusement ceux qui ^taient rest^s. Ses esclaves 
trouv^rent dans les rues de la ville deux hommes, dont 
Tun 6lait paralytique el Tautre aveugle. Us ies amenerent 
devant ie souverain , qui fit lancer le perclus au moyen d'une 
baliste, el commanda que Ton trainat f aveugle depuis Dihly 
jusqu a Daoulet Abad , c'est-k-dire Tespace de quarante jours 
de marche. Ce malheureux tomba en morceaux durant le 
voyage, et il ne parvint de lui a Daoulet Abad qu'une seule 
janibe. Tous les habitants de Dihly sortirent, ils abandon- 
nerent leurs bagages, leurs marchandises et la ville resta 
tout k fait d6serte. (Littoral, d^truite de fond en comble. 
Conf. Koran, n, 261; xvm, 4o; xxii; 44.) 

Une persoone qui m^inspire de la confiance, m*a assure 
qne ie sultan monta un soir sur la terrasse de son cha- 
teau , qu*il promena son regard sur la ville de Dihly , ou 
il n*y avail ni feu, ni fumec, ni flambeau, et quit dit : 
• Mainlenanl niou coRur est salisfait ct mon esprit est Iran- 



316 VOYAGES 

! 0U6 jJL. fe^ J^H^-tfe b/^i ^^ »,U JjOs iH W (T*' 

^IkUJt jjk^l:^! ^Ut Ajulf^ A^t JsJV ;^l (^UJUJt J^ Q^ 

quille. » Plus lard , il eciivit aux habitants de diflKrentes pro- 
vinces de se rendre a Dihiy pour la repeupler. Its ruinirent 
leurs pays, mais ne peuplirent point Dihly, tant cette ville 
est vaste, immense; elle est, en eflFet, une des plus grandes 
cit6s de Tunivers. A noire entree dans cette capitale, nobs 
ia trouvames dans lelat auquel on vient de faire ailusioD ; 
elle 6tail vide, abanddnn6e etsa population tres-clair semte. 
t)r, nous avons mentionn6 assez au long les verlus dece 
souverain, de menie que ses vices. Parlons maintenant, 
sommairement, des combats et des ev^nemenls qui sepas- 
serent sous son regno, 

DE LA GRACE QUE LE SULTAN , AU COMMENCEMENT DE SON EMPlBK, i 

ACGORDA A BEHADOUB BOURAU. 

Lorsque le sullan fut invest! du pouvoir, a la mort de 
son pere, et que les peuples lui eurent preli le seruienl 
(rob^issance, il lit venir le sultan Ghiyalh eddin Behadour i 
Bourab, que le sullan Toghlok avail fail caplif. 11 lui p«r- j 
donna, brisa ses liens, lui (il de nombreuxicadcaux en ar- ;| 

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imBN BATOUTAH. 317 

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(jhlJI^ i^:fJi-^ S4xA^ l^a^^ »PwU> {^^\ i^U^ t^'Uj 



gent, chevaux, elephants, et le renvoya dans son royaume 
(le Bengaie}. H exp^dia avec lui le fils de son frere, Ibra- 
him khan ; ii convint avec Behadour Bourah qu its poss^- 
deraient ledit royaume par dgales moiti^s; que leurs noms 
figureraient ensemble sur les monnaies; que la pri^re serait 
faile en leur nom commun , et que Ghiyath eddin enverrail 
son Gls Mohammed , dit Berbath , comme otage pr^s du sou- 
verain de ilnde. 

Ghiyath eddin partit, et observa toutes les promesses 
qu'il avait faites; seulement, il n'envoya pas son fils, comme 
il avait 6ti stipule. II pr^tendit que ce dernier s y etait re- 
fuse, et, dans son discours, il blessales convenances. Lesou- 
verain de i'lnde fit marcher au secours du fils de son fr^re, 
Ibrahim kh&n , des troupes dont le commandant ^tait Doldji 
attatary. EUes combattirent Ghiyath eddin et le tu^rent; 
elles le d^pouill^rent de sa peau , qu'on rembourra de paille, 
et qu'on promena ensuite dans les provinces. 



318 VOYAGES 



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»*x^^ ^tjJt^ J^l (jv^L 4-^!^ »^^ «^X3^ jfc^l (jvaJI 

^UjJI aJI ^UaLJt cuAAj :^ UU# (^((^ aJuI iuuu (^ 

':^^y^^ JLxJUl ^..jc^l^ yUjiJ! JjJU ^^ ;^y^ 

«4Xa*jJLI *tJl j-Mi5^ ^j^Jl (jj^S^^ c3^l ^ui^ yft^ *jyftt^<)JI 



DU SOULEVEMENT DO FILS DE SA TANTE PATERNELLE, 
ET DE GE QUI SE RATTAGHE A. GE SDJET. 



Le sultan Toghlok avait ud neveu, fils de sa sGeur, appde 
B6ha eddin Cuchtasb (Hyslaspe), qu'il avait nomm^ com- 
mandant d'une province. Quand son oncle fut mort, il re- 
fusa de preter seiment a son fits; c'^tait un brave guenier, 
un h^ros. Le souverain envoya contre lui des troupes, a b 
t^te desquelles se trouvaient de puissants ^mirs, cooun^ 
le roi Modjir, ainsi que le vizir Khodjah Djiban, qui ^x^ 
le commandant en cbef. Les cavaliers des deux c6t68 s'atU- 
querent, le combat fut acharn6 et les deux armees nion* 
tr^rent un grand courage. Enfin les troupes du sultan i^eah 
port^rent, et B^ha eddin senfuitchez un des rois hindoo* < 
nonmi6 le rax Canbilah « raia ou radja ». Le mot mi chex 
ces peuples, de meme que chez les cbr^tiens, veut dire 
roi. (L'auteur fait sans doute allusion aux Espagnols, etk 
leur terme rey.) Quant a Ganbilab, c'est le oom du pays 



D*IBN BATOUTAH. 319 

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^^UXI j4XJua}L (^Jsj^ Juj;x3 ^^^ lll^l cxjK» JuUxXj 

que le raia habitait. Ce prince poss^dait des contr^es situ^es 
sur des montagnes inaccessibles ; et c'^tait un des princi- 
paux sultans des infid^es. 

Lorsque B^ha eddin se dirigea vers ce souverain, il fut 
pouTsuivi par les soldats du monarque de Tlnde, qui cer- 
n^rent ces contr^es. Le prince infid^le ayant aperQu dans 
quel danger il se trouvail, puisque les grains qu'il tenait en 
reserve 6taicnl ^puis^s, et quit pouvait craindre qu*on ne 
s'empar&t par force de sa personne , dit a B^ha eddin : « Tu 
vois ou nous en sommes; je suis decid^ a p6rir, en compa- 
gnie de ma famiile et de tous ceux qui voudront m'l miter. 
Va chez le sultan un tel (il lui nomma un prince hindou) 
et reste avec celui-ci, il te d^fendra. » II envoya quelqu'un 
avec lui pour Ty conduire; puis il commanda de preparer 
un grand feu, qu'on alluma. Alors il brula ses efTets et dit 
JLses femmes et a ses iilles : « Je veux mourir, et celles d'entre 
vous qui voudront agir conimc moi, qu'elles le fassent. » On 
vit chacune de ces femmes se laver, se frotter le corps avec 
le bois de sandal nomm^ almokdssiry, baiser la terre devani 



320 VOYAGES 

(jjKi 4^i^ jUJJ i \^^ L Jl^ } i^ys^ Aj>4Xj (^^ ^joj^\ Jiijj 

^^ aa3^5 lj\jj\^ »h>y)j^^ ajI^I i^Uo JJs JjLo Job^ Cbcr 

^o.-^^A-« 5JUft c;A^ty ^►^ajI JjdJj ji^Uo^ (i>-€-«J^^ ^1;^ 

le rai de Ganbilah, et se jeter dans le bucher; elles p6rirent 
toutes. Les femmes de ses emirs, de ses vizirs, et des grands 
de son ^tat les imiterent; d'autres femmes encore agirentde 
meme. 

Le rai se lava a son lour, se frotla avec le sandal et revfr 
tit ses arnies, mais ne niit pas de cuirasse. Geux de ses gens 
qui voulurent mourir avec lui, suivirent en tout point son 
exemple. Us sortirent a la rencontre des troupes du soltiB 
et combattirent jusqu'a ce qu'ils fussent tous morts. La vilfc 
fut envahie, ses habitants furent faits captifs, et Ton prit 
onze fils du rai de Canbilah , qu'on amena aa sultan, etqiu 
se Greut musulmans. Le souverain les crea ^mirs et les bo* 
nora beaucoup, tant a cause de leur naissance illustreqn*^ 
consideration de la conduite de leur pire. Je vis chez lesiJ- 
tan, parmi ces fr^res, Nasr, Bakhtiyar et Almuhwrdir*^ 
gardien du sceau ». Celui-ci tient la bague dont on cache*** 
Teau que doit boire le monarque (sans doute Teaa du Gaflg^^ 
cf. ci-dessus p. 96); son surnom est Abou Moslim, el nofl* 
^tions camarades et amis. 



O ITO BATOUTAH. 321 

*W^ Jb ^ % *^>*^ ^-i^^ *^* 

3^3 Afli^M^ j^l^ *ys>-^ i (^yXAAf^ iU.«UiJ 41»*jJl t^* Xu?l^ 

ift^^lj s:»^^^ eo(^^ jj^l ^ A^ ^^ ^^J^ iiUil <Xjyv 

^\^ Ak£»l CX^b Ak^»UJ aXxaM ^^^ iUL^ i AA^L Jji4-^ 

J^U^ y^^^ *;>?Jl^^V *^^ tir*^ C:5>^t c^^ »*>A^ 




Apr^s la mort da rai de Ganbilah, les troupes du sultan 
se dirigei'ent vers le pays de Tinfidelc chez qui B(';ha cddin 
s'^tait r^fiigi^, et elles rentourisrent. Ce prince dit : « Je no 
puis pas faire comme rai Canbilah. » II saisil Beha eddin et 
le livra h. Tarm^e du sonveraiu de Flnde. On lui mil des 
liens aux jambes, on lui attacha les bras au cou, et on le 
conduisit devant le sultan. Ce dernicrordonna do I'inlroduirc 
chez les femmes, ses parentes; celles-ci rinjurierent et lui 
cracli^rent Ji la figure. Puis il commauda de T^corcher tout 
vivant : or, on le d^pouilla de sa peau, on fit cuirc sa chair 
avec du riz, et on Tenvoya a ses enfanls et a sa fenime. On 
mit les restes dans un grand plat, et on les jela aux ele- 
phants pour quails les mangeassent; mais iis n'en firent ricn. 
Le sultan ordonna de remplir la peau avec dk la paiile> dc 
Tassocier avec la depouille de Behadour Bourah, et de les 
promener toutes les deux dans les provinces. Quand elles 
furent arriv^es dans le Sind, dont le commandant en chef 
6tait alors Cachlou khan, celui-ci donna ordro de les enlcr- 



322 VOYAGE^ • 

JcJ^ ti>l 2JL»JU.^:y ^jj^^ ^l i^\j^^ xJLu ^UaU) 

Jt e*ju3 j.^>U-jJ5 5:r3 Jt^^l ^J^ vjJli*^ jix«lj a^Up 

^'K^s»J ^UU (J^ (ijv-«^ ijju*^ Jl^ ^UMt yfeCi JUiJ juUaj 



rer. Le sultan le sut, il en fut fach6, et se d^cida a le faire 
p6rir. L'emir Cachlou khan fut Tami du sultan Toghlok, 
et celui qui Taida a se saisir du pouvoir. Le sultan Moham- 
med le v^nerait et lul adressait la parole en Tappelaot: 
« Mon oncle »; il sortait toujours a sa rencontre, lorsque cet 
^mir arrivait de son pays pour lui rendre visite. 

DU SOULEYEMEI^T DE GAGHLOU KHAn ET DE SA MORT. 

D^s que le sultan fut iustruit de la conduite de Cachlou 
khan au sujet de Tinhumation des deux peaux, il Tenvoya 
chercher. Cachlou khan comprit tout de suite que le 100- 
verain voulait le chatier; par consequent il oe se renditpis 
k son invitation, il se r^volta, distribua de Tai^nt, r^anit 
des troupes , exp^dia des ^missaires chez les Turcs , les Af- 
ghans et les KfhoraQaniens , qui accoururent en tr^s-grande 
quantity pres de lui. Son armee se trouva ainsi egale i 
celle du sultan , ou m^me elle ^tait sup^rieure en nombre. 
Le souverain de llnde sortit en pcrsonne pour le com- 
battre, et ils se rencontr^rent a deux journ^es de Moit&o« 



D'IBN BATOUTAH. 323 

^^Ja-sJl oijfi? JjuL a^XjU JU* ^yll ^UaJLJt j^t^^^^i 

>jiji jUiJi ^^-^ Ci^ d^ r g A .jL-"^ u*G '*^ ^JK^ yfi»^ 

(^Xm3 yU. ^AaSO ^1^ ^t^ ^.**^ »sL^^j^\^ (^<>Jl /O'^;-^' 

dans la plaine dcserte d'Abouher. Le sultai^agit avec beau- 
coup de prudence lors do la bataille , et il fit mettre k sa 
place, sous ]e parasol, le cbeikh Imad eddin, frfere ut^rin 
du cheikh Rocn eddin aimoltany, car il ressemblait au sultan. 
Je tiens ces details de Rocn eddin lui-m^me. Au plus fort de 
la m^lee, le sultan s'isola k la tete de quatre mille hommes, 
fandis que les troupes de son adversaire ne cherchaient qu'a 
semparer du parasol, pensant bien que le souverain ^tait 
piao6 sous ce dernier. En effet, elles tu^rent Imad eddin, 
et Ton crut dans Tarmee que c'^tait le sultan qui avait peri. 
Les soldats de Cachlou khan ne pens^rent plus qu'a piller, 
et s'^oignirent ainsi de leur chef, qui resta avec tres-peu de 
monde. Alors le sultan Fattaqua, le tua, coupa sa tete, et 
quand les troupes de Cachloii khan surent cela, elles prirent 
la fuite. 

Le monarque entra dans la ville de Moltan; il fit saisir 
BOn kadhi Carini eddin et prescrivit de T^corcher vif; il 
86 fit apporter la t^te de Cachloi^ khan et ordonna de la sus- 



2 i . 



324 VOYAGES 

ib^-i*^! ^j\y^ \jr^jJ4^ V^ jy^UJ j^-j^ E.U3I Ajy 

pendre a sa poiie. Lorsque j 'arrival a Moltan, je la vis ainsiat- 
tachie. Le sultap donna au cheikh Rocn eddin , fr^re d*Imad 
eddin, ainsi qu'au fils de celui-ci, Sadr eddin, cent villages, 
k titre de bienfait et afin qu ils en tirassent leur nourritore. 
D les obligea k donner a manger aux voyageurs , dans leur 
ermitage, qui porlait le nom de leur ai'eul, c'est-a-dire, 
dans la zaouiah de B^ha eddin Zacariyya. Le souverain or- 
donna a son vizir, Khodjah Djihan , de se rendre k la villc 
de Gamalpour, dont les habitants s*^taient soulev^. Cest < 
une grande cit6, situ^e au bord de la mer. Un juriscon- 
suite, qui dit avoir M present a I'entrte du vizir dans celte 
ville, m'a racont6 ce qui suit : Khodjah Djihan fit venirde- 
vant lui le kadhi de la ville et son predicateur; il commanda 
de les Scorcher tout vivants. lis lui dirent : « Donne-nous 
la mort imm^diatement, sans ce supplice. » D r^pondit: 
«Par quelle cause avezvous m^rit^ de perir?» Les deux 
condamn^s reprirent : « Par notre d^sobeissance aux ordres 
du souverain. » Le vizir dit alors : « Et comment pourraisje 
transgresser son commandement, qui est de vous faire su- 



D'IBN BATOUTAH. 325 

yUiix^ \^yr^ ex*- r>i ^J ]^y^\ W,^ cji^J 



iULLl-i«3j-6X 5;JU«W# jLi62> (jJVJ^ AAA^3 j^l ASf^- 5^.A-i*^ 

jJl>;3 (J^^ ^' ^^ ^^"V^ J^^ '^^ Sl;*^ ^' A^t«>S(^«>Jl 



bir ce genre de mort? » Puis il dit a ceux charges de les 
d^pouiller de leur peau : « Creusez des trous sous leur figure 
par lesquels ils puissent aspirer de Tair. > Or, daus ces pays 
de llnde , qoand on ^corche les hommes , on les jelte la face 
contre terre. Que Dieu nous preserve d'un pareil supplice ! 
— Apris tous ces actes de rigueur, les provinces du Siud 
furent padfiees, et le sultan retouma dans sa capiiale. 

ou desastre arrive a l'afiuee du scltan dans la sio.ntag.nfc 
karatchIl (da!(s la ciiaine de l'himalaia;. 

■ C'est une niontagne tres-vasie , de la longueur de Irois 
mois do marche; et eilejest distante de dix jours de Dilil y. 
Son sultan ^tait un des plus pnissants princes liindou.s, el 
lesonverain de llnde avait envoy*}, pour le coinhattn!, U* 
roi Nocbiah, chef des porte-encriers , qui avait avec lui rf:rii 
nille cavaliers et beaocoup d'infanteiie. 11 s'einpar;! d<: U 
,'ille de Djidiab , situ^ au pied de la niouUtgnet ainhi qui; 



326 VOYAGES 

i^fe^^ Ja4 ^\ a« jLUTi >3 oi^i^ v>.^ iSf^y l^ 

^^3 4>C^l^ ^J^ cK^^ jlS-^ (J^l>=^^ (^'^'3 (^^^^ 

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JJ I^.»j:5S Lfrjsi U «ic tj,,-i*lj cjKJl ^j y^Jt tJ^j 
r^ iub5(L fy\^ UjJ*».3 U-ftb ^1 «s**Ai ^l, yllaUi 

des Heux environnants; il fit des captifs, il saccagea et 
brula. Les infideles fuirent sur le haut de la montagae; ik 
abandonD^rent leur contr^e, leurs troupeaux et les tr^sore 
de leur roi. Cette montagne n'a quun seul chemin; aubas 
il y a une valine, et au-dessus, la montagne m^me;le8ca- 
valiers ne peuvent passer qu'un a un. Les troupes musul- 
manes du sultan de I'lnde nionterent par ce chemin, et 
prirent possession de la ville de Ouarangal , qui se trouve sur 
la partie ^lev^e de la montagne. Elles saisirent tout cc 
qu'elle contenait, et ^crivirent au monarque qu'elles 6laient 
victorieuses. Celui-ci leur envoya un kadhi et un pr6dica- 
teur, et leur ordonna de tester dans la contr^e. 

Au moment des grandes pluies, Tarm^e fut. envahie par 
les maladies, qui Taffaiblirent consid^rablement. Les cte" 
vaux moururent, et les arcs se detendirent, de sorte quete 
emirs sollicit^rent du sultan de Tlnde la permission de 
quitter le pays montagneux pendant toute la saison plo- 
vieuse , de descendre au bas de la montagne, et de reprendre 
cnsuite leurs positions d^s que les pluies auraient cess^. I^ 



D'IBN BATOUTAH. 327 

*il-m (:^>*>J' J^3 *^ ji^^jUT^'^ill (j^ a5^- i|yC^t 
.jk.B. i i=>;2l iuui^l HJ^j Sj5i>t ^ U^ dJb) sU ll]^a 



sultan y ayant consenti, le commaudaDt Nocbifah prit tous 
les biens qn'il avait reunis, soit ea provisions, soil en m6- 
taux et pierres pr^cieuses, et les distribua aux troupes 
pour les emporter jusqu a la partie inf^rieure de la inon- 
tagne. Lorsque les iufideles surent que les musulmans se 
retiraient, ils les attendirent dans les gorges de la mon- 
tagne et occupferent avaut cuxIq d6fil6. Ils couperent en mor- 
ceaux des arbres tr^s-vieux ou s6culaires, qu'ils jetaient du 
liaut de la inontagne, et qui faisaient p^rir tous ceux qu'ils 
touchaient. La plupart de ces gens moururent , et le reste fut 
pris; les Hindous se saisirent des tr^sors, des marchandises, 
des chevaux et des armes. II ne se sauva de toute Tarm^e 
mnsulmane que trois chefs, savoir : le commandant Noc- 
biah, Bedr eddin ou le roi Daoulet chah , et un troisi^me 
personnage, dont je ne saurais me rappeler le nom. 

Ce malheur affligea beaucoup Tarm^e de Tlnde et rafTai- 
blit d*one mani^re ^vidente : peu de temps apr^s, le sultan 
■fit la paix avec les habitants de la montagne, k la condition 
qu'ils lui payeraient una certaine redevance. Ces peuples 



328 VOYAGES 

^^ J^ Jouyt :>:Mt ^ t,^ aaI! ^^5^^ JU ^ Ju4 J^I 

jokflJt U3 j-fiil 2):^V-s-j (^*xJl J^s?- v-ij^l ^^j^ 



Juu33 aumJLjJ ilXt j^l^ olIIs^ tfU (^yM,^) ^^.^\ S:h> 

t5^V iSj-^^^ »^^^^ i^ (:Jt>^l3 Ui^t JiVxa- CJ?^UI^ 

poss^dent, en effet, du territoire au pied de la montagnc, 
et ils ne poiirraieni le cultiver sans la permission du sou- 
verain de Flnde. 

DU SOULEVEMENT DU GHEbIf DJElAl EDDIN DANS LA PROVINCE DE 
MA'BAR, ET DE LA MORT DU NEVEU OU FILS DE LA SOEOR Dff 
VIZIR, QUI SE RATTACHE A GETTE REVOLTE. 

Le sultan avait nomiii6 le cfa6rif Djelal eddin Ah^n 
chah commandant du pays de Ma'bar (du passage, le sud- 
est de la p6ninsule), qui est 61oign6 de Dihly I'espacede 
six mois de marche. Djelal eddin se rebella, usarpa 1* 
pouvoir, tua les lieutenants et les agents du souveraiHiC^ 
frappa en son propre noni des monnaies d'or et d'argent. 
Sur un des cot^s des dinars il avait grave les mots suivants : 
« La prog6niture de TM-hd et Yd-stn (ces lettres, quicon*^ 
tituent les titres de deux chapitres du Koran , le xx* et k 
XXXVI®, spnt du nombre des 6pith^tes qu'on donne a Maho- 
met), le p^re des fakirs et des indigents, i*illustratioD du. ■! 
monde et dc la religion. » Et sur Tautre face : « Celui qoi 






D'IBN BATOUTAH. 329 

Ml yUflA--JI g^^ ylkUJl »U ^jM^\ ^\j^ji\ ^\ji^ 

•Luu^ dL&& aI JU^ S^^ 4>^ ^^ "^^^ ^y^ £^ 
dLb i^ ^Ul ^^ i^L&id plTl iUiU iu pl^l^ <^SJ\y^ 

^Ua^ Ul^ iOi.! (^J ^»(j UlTl l^ pbl^ jLi6:> ^ c^,r^^ 



met sa confiance dans le sccours du Mis6ricordieux ; Ahgan 
ch&h sultan. » 

Le monarqueayant eu connaissancede cette r^volte, partit 
poor la combattre. It descendit dans uh lieu nomme Cochc 
2cr, ce qui veut dire, « le chateau d'or »; et il y resta Imit 
jours pour s'occuper des besoins du peuple. Ce fut alors 
<{n'on lui amena le neveu du vizir Khodjah Djifaan, ainsi 
^ue tFois ou quatre 6mirs , tons ayant des liens aux picds , 
Qt les mains attach^es ciu cou. Le sullan avail envoys ce 
vizir avec Tavant-garde; et il 6tait arrive a la ville de Zhi- 
lx4r (Dhar), ^loign^e de Dihly lespace de vingt-qualre jours 
cle marche, oil il s'arr^ta quelquc temps. Le fils de sa soeur 
^tait an brave, un guerrier inti^pide; il s'etait entendu 
«l.vec les chefs qu'on avait saisis en m^me temps que lui, 
pour tuer son oncle et pour fuir chez le ch^rif insurg^ 
clans la province de Ma'bar, emportant les tresors et les pro- 
visions, lis avaient decide d*attaquer le vizir au moment ou 
il sortirait pour se rendre a la pricrc du vcndredi; mais un 



330 VOYAGES 

m 

jjj;jJl ^ ( H*>.»> *3>*jj;^ U ioJ u^^^t^x^^l^ <^^J^*^ »>«* 

LyJ i±>^ JlLm a^ ioy^Mwt joTIk^ WWI c^iM^ cr'^ 

individu qu ils avaient instruit de leur plan les d^Don^ U 
s appeiait le roi Nossrah , le chambeilan ; et il dit ao viiir 
que le signe qui ferait decouvrir leur projet, c'etait qnlb 
portaient des cuirasses sous ieurs habits. Le vizir les fit j 
amener devant lui; et les trouva dans I'etat qu'on vientde 
dire; ii ies exp^dia au sultan. 

Je me trouvais en presence du souverain, lorsque ce« 
conjures arriv^rent. L'un d'eux 6tait de haute taille, barbOi 
niais il tremblait et lisait le chapitre Ya-Sin du Koran (k j 
XXXVI®; c'est la priere des agonisants). D'aprfe Tordre Jb 
sulian , on jeta les ^mirs en question aux ^l^phants, qO 
sont dresses pour tuer les honinies, et Ton renvoya le fik^ \ 
la soeur du vizir a son oncle, pour qu il lui donnat la mort 
II Ic tua, en eOet, comme nous le dirons plus bas. 

Ces elephants, qui tuent leshommes, ont Ieurs defenstf 
revetues de fers pointus , lesquels ressemblent au soc de h 
charrue qui laboure la terre; et Ieurs bords sont comme dd 
couteaux. Le cornac monte sur T^l^phant, et lorsqu'oD jette 
uu individu devant Tanimal, celui-ci Tenlace de sa trompe. 



.1 



D'lBN BATOUTAH. 331 

(£>^ ff^l ^1^ ixSToJl JJUuj \jd3i JuAJI axLj AjuiaAA^ 

oJlU 4^^ (i-4^>^ ^ V^l "^^ty fr^;^! «>^ ^IkLJl 
*5J1 »J<yJ ylkJU!>^' 0^ ^L? i>luJli cj>^l? ^^>J^- 



le lance dans I'espace, le saisit dans Tair avec ses deux de- 
fenses, le jette a ses pieds, et place une de ses janibes de 
Levant sur la poitrine de la victime. Puis il en fait ce que 
commande son conducleur, suivant Tordre du sultan. Si ce 
wnier veut que le condamn6 soit coupe en pieces , 1*616- 
pluintle fait au moyen des fers dont on vient de parler; si 
te sultan veutqu'on Tabandonne, Tanimal le laisse aterre; 
•'ors on le d^pouille de sa peau. C'est ainsi qu'on a agi avec 
'^ personnages que nous avons vus. Je sortis du palais du 
*^tan a la nuit close, el je vis les chiens qui devoraient leurs 
^4irs. On les avait ecorchds, et leurs peaux avaient ete rem- 
Phesde paille. Que Dieu nous preserve d'un pareil supplice! 
Quand le sultan fut pret pour cette expedition, il m'or- 
QODna de rester a Dihly, comncie nous le dirons plus loin. 
Uvoyagea jusqua ce qu'il fut arriv6 a Daoulet Abad; alors 
^mir Haladjoun se souleva dans sa province el se rebella. 
I ce moment, le vizir Khodjah Djihan se trouvait aussi 
fans la capitate , afin d'enroler les troupes et de r6unir les 
rmecs. 



332 VOYAGES 

JlUJ j^!^ ji^i/l iuL>«X^. ^^-^:i^ ^,-^^^J ^Ij •^^ 0* 
JJi>Juu:ij|^ >I 1^^)^ »;lio3 JJi>^ ^^^ Ju4i jjut^l 6«>^Uj 

5U«3 j! JOi dU# ^1^ l$4X:^f (jyJjxS' (^jf^ii ^J\hU\ 

^UJft xj:>3^I J^^t iUu& <^ pliin ^\<i j.^Ujo ^j^5U 



DC SOCLEVEMENT DE HALADJOUN. 



Lorsque le sultan fut arrive a Daoulet AMd, et qa^ilae ; 
trouva ainsi fort 61oign6 de la contrte gouvern^e par Vtinit 
Haladjoun, celui-ci se r^volta dans la ville de Lahore etpii- 
tendit au pouvoir. II fut assist^ en cela par T^mir Kuldjood, 
qui devint son vizir. La nouvelle parvint a Dihly, au vinr 
Khodjah Djihan; ce dernier fit des recrues, rassembU le> 
troupes, enrola les Khoraganiens et prit les gens de tousles 
employes du sultan qui 6taient fix^s dans la capitale. G*est 
ainsi qu'il s'empara de tous mes compagnons, carje demeo- 
rais a Dihly. Le souverain envoya au vizir, pour Taider, 
deux chefs principaux, dont Tun etait Keir&n, roi saffiif^ 
(J'est-a-dire « celui qui aligne les soldats; » Tautre, le roi 
Temour, le chorhddr, ce qui veut dire « T^chanson •. Hala- 
djoun sortit avec des troupes, et le combat eut lieu aubord 
d'un grand fleuve. Le rebelle fut battu , il s'enfuit, elbeau« 
coup de ses soldats furcnt noyes dans la riviere. Le vizir 



D'IBN BATOUTAH. 333 

U-^ villi. ^^AJti i^J^Tj^^ 1^1 ^ji2JU ^o*^ iUrfjai^^j^l 

A^sIJ^^ 4^1 ^^b UUp yl(, uJi<Jt j^oo^ dUaJtj ^j,lkJLJl 

4X.^l ^\(j dULL^ ly^*^3SJ cu^l;^ JU ^[Jja^vi ji^g' (j^wafii- Jl 

Ml 

Ai^ c:,>J3 ^p^ 1^1 J^^ ^\0 iC^jij (^ id 4:^1 

entra dans la ville de Lahore; il fit Scorcher bon nombre 
de ses habitants, et il en tua d'autres par diners genres de 
mort. Celui qui dirigeait ces massacres, ^tait'Mohammed,' 
fils de Nadjib, lieutenant du vizir, et connu sous le nom de 
Toi Edjder « monstre , dragon » ; il ^tait aussi appel^ le seg da 
saltan ; et cemot, chezles peuples de llnde, signifie « chien ». 
Cdtait an tyran des plus inhumains, et le souverain Tap- 
pelait « le lion des marches ». Souvent il mordait les crinii- 
neb avec ses dents, par avidity de sang et par haine. Le 
vizir envoya dans la forteresse de Giliour (Gualior) envi- 
ron trois cents femmes d'insarg^s. EHcs y furent emprison- 
n6es, et j'y en ai vu moi-meme un certain nombre. Un 
jarisoonsulte avait une Spouse parmi elles; il allait la trou- 
ver, de sorte qu'elle enfanta et devint m^re dans la prison. 

DE LA MALADIB J^PIDEMIQUE ET PESTILENTIELLE QUI EGLATA 

DANS L'ARMi£e du SULTAN. 

ft 

Le souverain 6tait.arriv6 dans le pays de Tiling, se diri- 



334 VOYAGES 

:>^ tf«xf U ^^ 9j^ 4j^ ^{^^ oi£i I^j ^T^l ^^ JijJi 

*a1o\# yllaJUt 4j\^t^JJj" 5U ^3^) ^UU JJU ^l^ljljS^ 
l^jcij^ tf^Ua^L ^j^ ^ix^S^ ^^ ^/» J^t ij^ ^lb£«l i 



geant vers la province de Ma bar, pour combattre le ch&ff .] 
insurg6. 11 desceudit dans la ville deBadracout, capitaledH 
Tiling, et distante de Irois mois de marche du Ma'bar. C*«t 
alors que la peste se d^clara dans son arm6e , dont la plitf 
grande partie p^rit. Les esclaves et les mamloucs moorareod 
de meme que les principaux ^mirs, tels que le roiDaooM 
chah, a qui le sultan adressait la parole en lui disant : 'O 
oncle », et Temir 'Abdallah alharaouy. D^jk, daos la prt* j 
miere partie de ces voyages, on aura vu Thistoire de cedfl^ 
nier emir. Cest celui a qui le sultan ordonna de prendiCt 
dans le tr^sor, tout I'argent qu'il pourrait en emporler «• 
une seule fois. 11 attacha a ses bras treize sacoches pleiD0 
d*or et les enleva. 

Quand le monarque vitla calamity qui avait attaqu^^^ I' 
troupes, il retourna a Daoulet Abad. Les provinces s'iiwnr- ■■ 
gerent, Fanarchie domina dans les coptr^^, et peu s*en6«^ 



D'IBN BATOUTAH. 335 

^ AJ^U^k* |»t$C^LMl (j^j«XJiJ{ Aj ^^Aam 

JJi gU^ *J^ J-Ul uu^jU Mjjio i ^jb^ 4Ta1j:> J! 
c9jpX ut>jt LU* ^9^ «>vju ^% ajU>- X ^ r«Xj| 6«ji^ xjU> 

**iU JU:^ (5^^*^ »;^ ^^.^u-j^li' ^IkLii Jl Cj^ ^UaX»Jt 

\\ J-JuiJ^ :>LTia^:> Jt^uJI jLi i^&XiJl 






lat que le pouvoir ne s^^chapp&t de scs mains. Cependant 
la Providence avait d6cret6 que son bonheur serait raffermi. 

OD FAUX BRUIT QUI FOT REPANDU SUR LA MORT DU SULTAN , 
■ ET FUITE DU ROI HOUCHENDJ. 

Dans son retour a Daoulet Abad, Je souveraiu fut indis- 
pose pendant le voyage; le bruit courut parmi les peuples 
qu'il itait mort; cette nouvelle se propagea et fut cause de 
graves s^tions. Le roi Ho6chendj , fiis du roi Carnal eddin 
Gurg, se trouvait a Daoulet Abad, et il avait promis an 
sultan de ne jamais prater le serment d'obeissance a aucun 
autre que lui, tant que le sultan vivrait, et meme apr^s sa 
mort. Quand il entendit parler de la mort du souveraio, il 
s^enfuit chez un prince infidele nomm6 Burabrah , qui ha- 
bite des montagnes inaccessibles, entre Daoulet Abad et Cou- 
ken Tanah. Le monarque fut inform^ de sa fuite ; et , comme 
il craignit la naissance d'une sedition , il se hata d'arriver a 
Daoulet A.bad; il suivit Houchendj a la piste et le cerna 



336 . VOYAGES 

^L^A jLli ii Jlij aU «Ji *i«*o yjjilfii* j*.i,j Jail, 

Ml 

JJ^ ouui^ ^\<Li ^^K4^{ 2^1 |»U ^uJ^ J^^ib JjJ^^ OS! J^ id 



avec de la cavalerie. U envoya dire au prince hindou de le 
lui livrer; mais ce dernier refusa, en disant : « Je ne livrerai 
pas mon h&te, quand bien meme le resultat devrait itre, , 
k mon 6gard, pareil a ce qui est arriv^ au roi de Ganbiltli'. ^ 
Cependant Houchendj eut peur pour lui-mSme; il expddii 
un message au sultan , et ils convinrent que celui-ci ^elou^ 
nerait a Daoulet Abad; que Rolhlou khan, pr^cepteurdu 
sultan , rebterait pour que Houchendj regut de lui des sflret^ 
et se rendit chez Kothlou khan avec un sauf-conduit.Le aoi* 
tan partit , et Houchendj s'aboucha avec le pr6cepteur, qui 
lui promit que le monarque ne le tuerait pas et n'abaisse- 
rait en rien son rang. Alors il sortit avec ses biens, sa fr 
mille, ses gens, et alia trouver le sultan; celui-ci se rijonil 
de son arrivee, il le contenta et le revetit d'une robe d'honoear. 
Kothlou khan ^tait un homme de parole, on se confiaft 
a lui, et Ton avail foi dans Taccomplissement de ses pro- 
messes. 11 jouissait d'un grand credit chez le sultan, qui k 
ven^rait; toutes les fois qu'il entrait pr^s du souveraiDt 
celui-ci se levait pour Thonorer. Cest a cause de cela que 



D'IBN BATOUTAH. 337 

pUiUl? i^AxXj 5UJ o^Oo ^^ jJt y5 ^jj^ ^^ AxU J^ Js? ^ 

J^Lfii 4,-w^U>y53jt2» iUa^L cijjjjdl ,-Ni5|^l ov^J 

UJ^^jx^ *ia5; Bjy^] ^^y..^ Ic^ UU# y»(5 iukJUt- i 



Rothlotj khan ne paraissait en presence du souverain que 

lorsqu'il itait invit6 par Ini , afin de lui ^pargner la fatigue 

de se lever. Ce pr^cepteur aimait a faire beaucoup d'au- 

& ffldnes et de lib^ralites ; il ^tait avide d'accomplir des bien- 

. fidts, tant envers les fakirs qu'envers les indigents. 

DD PROJET QUE LE GHEBIF IBRAHtM AVAIT FORME DE SE SOULEVER , 

Et DE LA FIN DE SA GARRIERE. 

Le ch^rif Ibr&him, nomm6 Khar(theh ddr, c*est-a-dire « le 
d^positaire du papier et des roseaux k ^crire dans le pa- 
■ lais du sultan », ^tait gouverneur du pays de Hansi et dc 
Sarsati quand le souverain partitpoiirle Ma'bar. Son p^re, 
1^ ch^rif Ah<^n chah, ^tait pr^cis^ment 6elui qui s'^tait in- 
snrg^ dans ce dernier pays. Lorsque Ibrahim entendit annon- 
cer la mort du sultan, il d^sira beaucoup de s'emparer du 
pouvoir; il 6tait brave, gin^reux, et avait une belle figure. 
J'^tais mari^ avec sa soeur, nomm^e Hournagab ; elle 6tait tres- 
pieuse, veillait toute la nuit, et s'occupait sans cesse a prier 

III. 2 2 



338 VOYAGES 

If^ AMI Jjii U^^j^l :^^\Xxj^ c:>>J^3 JU-3>* Mi»/i» 

^i) ^JL^ A3\a*. ^ji> Ui Jt^*^! JJ^^ JyU^ u^iiU^ 

jup^ OLj jajii ^j.-.-^ ^ dUJLi >tx^ ^^IJn^ u'G^^ 

Ot^^^t J^j vjua>^ CJVUUM AXaaP 4Xjv »jJ^ Jt ^ILJUt 
iu 'J?^ ^jli' U. ^^UaUJl 1^1^ Ailk^ O^a*? *^ (^y *a1I jO^l^l 

le Dieu tre&-haut. Elle eut de moi une fiUe, et je nesiii 
pas ce qu'elles sont devenues Tune et Tautre. La mire pott- 
vait lire , mais elle n avait pas appris a ^rire. Au momeot ; 
oil Ibrahim se proposait de se revolter, il arriva qu^un dci ] 
^mirs du Sind passa dans le pays avec des tresors qu'il train- ^ 
portait a Dihly. Ibrahim lui dit : « La route est dangereose, ; 
car elle est infest^e par les brigands; reste ici jusqu'iioe j 
qu'elle soit praticable, et je te ferai parvenir en lieu de rf- " 
ret6. » Son but ^tait de bien s'assurer de la mort du soov^ 
rain, et de disposer ensuite des sommes dont cet imirilail 
porteur. Quand il eut connu que le sultan vivait, il lliitf 
partir ledit emir, dont le nom ^tait Dhiya almolc, fib de 
Ghams almolc. 

Lorsqu'apris ude absence de deux ans et demi, le sollio 
retourna dans sa capitale, Ibrahim alia le trouver. Un detff 
pages le d^non^a au souverain et lui apprit ce que son noitrs 
avait eu le desseiu de faire. Le sultan eut d abord envie deb 
tuer iomi^diatement; mais il prit un pea patience k caoie 
de son affection pour le coupable. Un jour il arriva qo'^^ 



D'IBN BATOUTAH. 339 



v*>^ o' <^^3 ^j*>^** ***^ ^ *^'3 *^' ^f^^*^ ^'^'^ ^J^. . 

JLJUift J^3 JbJly xjj^U JJi^ JjU a] (^ ^^jJll ^ly 

apporta devant le souverain une gazelle egorg^e ; ceiui-ci Texa- 
mina et dit : < Get animal n'a pas ^t^ convenablement ju- 
gul^; or, JGtez-le». Ibrahim la regarda a son tour et dit : 
« Cette gazelle est tuee suivant toutes les regies , et je la man- 
gerai». Le monarque, ayant appris ce propos, le d^sap- 
prouva et s*en servit comme d'un pr^texte pour faire saisir 
Ibrihim. On lui mit des liens aux pieds, on lui attacha les. 
mains au cou , et on le forga k confesser ce dont on Taccu- 
sait, savoir: que son intention avait ^t^ de s'emparer des 
trdsors que portait avec lui Dhiya almolc, lorsqu'il passa 
par Hansi. Ibrahim comprit que le sultan voulait se d^faire 
delui, a cause de la r^volte de son p^re, et qu'aucune jus- 
tification ne lui servirait. U craignit d'etre tortur^, il pre- 
f(£ra la mort et avoua imm^diatement Taccnsation. II fut 
eendamn^ k £tre coup6 en deux moities par le milieu du 
corps, et, apr^ Tex^cution, il fut abandonn^ sur la place. 

La coutame qu'on observe dans Tlnde, c*est que, toutes 
les fois .que le souverain a ordonn6 de faire mourir quel- 
^u'nn , on le laisse expose , pendant trois jours apr^s sa mort , 
dao.s le lira du supplice; puis il est enleve par une bande 



22. 



3aO VOYAGES 

I 

I 

^U. ft^juaJ dLUt ^b c^* ;jl(9 A3^ jA:^ gU^ i2UU!t (^ 
cj»^ Jy ft^jiix^ jmUJI axjI^ XmjUJ ^:>^ ^IkLJi Ay^}^ 

^^Ly^ i ^U. ^Xki aW e^OMi ^IkJUJt Jt »;a^ ^ 

d'infid^les charges de cet office, qui portent ce corps dans one 
fosse creus^e a rext6riear de la ville , et Vy jettent. Ds out 
pour habitude de demeurer toujours a I'entour du fosrf, 
afin d'empecher que les parents de la victime ne viennait 
et ne Tenl^vent. Sou vent il arrive que Tun de ceux-ci donne 
de Targent a ces infid^les, qui se d^tournent alors du ca- 
davre, jusqu'a ce qu*il I'ait inhum^. Cest ce qu'on prati- 
qua a regard du ch6rif Ibrahim. Que le Dieu tris-hautai* 
piti6 de lui! 

DE LA REBELLION DU LIEUTENANT DU SULTAN DANS LE PATS 

DE TILING. 



Lorsque le sultan revint du Tiling, il laissa poor son 
lieutenant dans ce pays Tadj almolc Nosrah khan, an de , 
ses anciens courtisans. Celui-ci, ayant entenda les nouveliei . 
de la mort du souverain, fit c616brer ses obs^ques, s'em- . 
para du pouvoir et re^ut le serment des peuples dans la ct- 
pitale, Badracout. D^s que le sultan apprit ces choses, H 
eip^dia sod pr^cepteur, Kothlou khan , a la t^tMe troapei ; 



D IBN BATOUTAH. 341 

e*ju^ Xil^ 4u^ i ^^Ui^l ^ ^^U^ H^AOj aJI 2^ l^^ i 

jftjL^&» (^ i:«Us. lyu^ dJi> J^ {yl(^ i^tiuiL ^UI) j^tj 

QombreAes. Un combat terrible eut lieu , dans lequel p6- 
rirent des multitudes tout entieres; ensuite Kothlou khan 
cema son adversaire dans la ville. Badracout 6tait fortifi6; 
mais le si^ge apporta beaucoup de donmiage k ses habitants, 
et Kothloti khan commen<^a a ouvrir une breche. Alors Nos- 
rah khan se rendit avec un sauf-conduit chez le commandant 
eanemi, qui lui assura la vie et Tenvoya pres du sultan. U 
pardonna aussi aux citadins et aux troupes. 

DE LA MARGHE DU SULTAN VERS LE FLEUVE GANGE , 
ET DE L' INSURRECTION DE ^AIN ALMOLG. 

La disette ayant doming dans differentes provinces, le 
sidtan partit avec ses troupes'pour s'6tablir au bord du Gange, 
k aix journ6es de Dihly. C'est la riviere ou les Indiens ont 
pour habitude de se rendre en p^lerinage. Cette fois, le 
'Souverain donna Tordre aux gens de sa suite de balir solide- 
tnent, au bord du fleuve. Jusque-lk , ils faisaient des cabanes 
avec des plantes s^ches , et ou le feu , se mettant souvent , 
cdusait de grands dommages. On en ^tait venu a creuser des 
ravernes amis le sol ; et quand un incendie ^ciatait , on jetait 



I 



342 VOYAGES 

aJRf pVj^t dUb i bi cUL,^^^ vLh^I? U*V 'jS^j ^ 

^^UaJUJ e^xa. j^l a^H^ ^\ ^^5 4;xi»(5 ^^LkJUl 
Cj5^* Uft^-fut!^ iUo^ti^ AHHtr*^ <^l :*^I^ i^^ «*>s?A45 

iuj4>w»3 i»LT^^ AJS?<V^ (Jb^ ^:?*>«Hf l^^y^U (j^ idAlI 

jioul jj&ol ^3 AMI Jo^3 AMI j^^3 illj^ ^3 8^1 iuvj' 

les effets dans ces trous profonds, qu'on bouchait avecde 
la terre. J'amvai dans ces jours au campement da souve- 
rain; les contr^es qui se trouvent a I'occident du Gange, 
et oil le monarque demeurait, ^talent afflig^s par la &• 
mine, tandis que celles situ^es a Torient jouissaient d*one 
grande abondance. Ces derniires ^taient alors gouW- 
nees par 'Ain almolc, fils de Mahir; et parmi leurs vilte 
principales, nous citerons: 'Aoudh (Oude), Zhafar AbSd 
et Lucnaou. L'^mir 'Ain almolc envoyait chaque jonr dn- 
quaqte mille manns, ou mesures, en bl^, riz et pois chicheSi 
pour la nourriture des betes de somme. Le sultaa a^ 
commande de conduire les d^phants, la plupart des cR 
vaux et des mulets, dans les pays places au ievant, qiu 
^taient fertiles, afin qu'ils pussent y paitre; il avait chaijt' 
'Ain almolc d'en avoir soin. Get 6mir avait quatre frfertt ' 
Chahr Allah , Nasr Allah , Fadhl Allah , et un quatriime doot 
j'ai oubli6 le nom. Us convinrent tons, avec *Aia almolc, 
de se saisir des ^l^phants et des bStes de somiD^ do sal- 



i 



• • 



DIBN BATOUTAH. 345 

(^l(^ a£>^L^ u^Uu. ^((^ JJ«X-4 o^a:^!^ U^Ua9 ^LbJUJI 



Ian, de prater le serment d'ob^issance a 'Ain almolc, et de 
ss soulever contre ie monarque de Tlnde. 'Ain almolc s'enfuit 
PQitamment vers ses fibres, et peu s'en failut que leur plan 
ne r^nssit. 

C'est ici le lieu de noter que le souverain de Tlnde a pour 
habitude de placer pres de chaque emir, soit grand, soit 
petit, un de ses mamloucs, qui fait roffice d'espion au de- 
triment de r^mir, et instruit le sultaq de tout ce qui con- 
cenie son maitre. U a soin aussi d'^tablir, dans les maisons, 
des femmes esclaves qui remplissent uu role analogue, tou- 
jours au prejudice des ^mirs. II a encore des femmes qu'il 
ndkmne les balayeuses, qui entrent dans les diverses maisons 
sans permission , et auxquelles les esclaves ci-dessus racontent 
cequ'elles connaissent. Les balayeuses rapportent cela au roi 
des donneurs de nouvelles, et celui-ci en informe le sultan. 
On raconte a ce sujet qu'un ^mir ^tait une fois couch^ avec 
sa femme , et qu'il voulait avoir commerce avec elle ; mais que 
celie-ci le conjura « par la t£te du sultan », de ne pas le faire; 
il nVn tint pas compte. D^s le matin, le sultan Tenvoya 
qu^rir; il lui raconta exactement ce qui s'etait pass^, ct 
cette circonstance fut cause de la perte de T^mir. 



344 VOYAGES 

^iLkX\ (:jv^ ^ (:Jit^y^ »U; dU* ^\f OjJ^ J^ ^IkX^ 

\s^ (j^ u^ j«iUJt j^i ^L^i^ u^!>^ ^^' u^3 "^^ 

^l^feil ^'L^H^I i ^JyhJuJ^ JwL^I J^l^ JosJL^ Ai^ pji\ 

Le moDarque avait un mamlouc Domm^ le fils de Malic 
chah , qui 6tait charge d'espionner le susdit 'Ain almolc. D 
fit part au sultan que cet ^mir avait pris la fuite et avait 
travers6 le fleuve. Alors le sultan se repentit de ce qu'il avait 
fait (conf. Koran, vii, i48), et pensa que sa perte ^taitimmi- 
nente; car les chevaux, les elephants, les c^r^ales itaient 
tons entre les mains de 'Ain almolc, tandis que sespropres 
troupes se trouvaient eparpill^es. II voulait retourner a DiUji 
afin de rassembler des armees , et de revenir ensuite pour 
combattre le rebelle. C'est sur ce sujet qu'il tint conscil 
avec les grands de i'Etat. Les 6mirs du Khoragan, ainsi (jne 
tous les Strangers , 6taient ceux qui craignaient le plus 'Ain 
almolc, parce qu'il ^tait Indien. Or, les indigenes halssaient 
beaucoup les Strangers, a cause de la faveur dont ceux-ci 
jouissaient pres du sultan. Ces emirs d&approuv^rent le plan 
du souverain, et lui dirent: «0 maitre du monde! si to 
retournes dans ta capitale, le rebelle le saura; sa condition 
deviendra meilleure; il levera des troupes; tous ceux qw *i 
cherchent les troubles et qui ne demandent que les guerres 
civiles accourront pr^s de lui. II vaut done mieux I'attaqaer 



D'IBN BATOUTAH. 345 

«Mt Jl-«u»'^' «Jis-Ui Jj3)i, (^\ »Uaj jLsJt 

jilt j-^k* (jjjOJ 



£jLj ^jU iu^U :^U^ ioLs ^ pJOi tSt ^Xi MJuMj>^ SkKs>^ 



promptement , avant que son pouvoir s'affermisse. » Le pre- 
mier qai parla en ces termes, cefut Nassir eddin Mothahher 
alaoah^ry; tons les ^mirs I'appuyerent. 

Le sultan suivit leur fonseil; il 6crivit cette nuit-la m^me 
aax commandants et aux Iroupes qui se trouvaient dans 
les lieux environnants; et ils arriv^rent sans d^iai. II fit 
usage a cette occasion d'un joH stratag^me , savoir : lorsqu'il 
devait aitiver a son quartier cent cavaliers, par exemple, 
ii en'exp^diait h. leur rencontre, pendant la nuit, plusieurs 
xnilliers; et ils entraient tons ensemble dans le camp, comme 
ai la totality eut 6t6 un nouveau secours pour lui. On che- 
mioa le long du fleuve, car le souverain voulait avoir derrifere 
lai la ville de Canoge, pour pouvoir s'y appuyer et s'y de- 
fendre h, cause de sa force et de sa solidity ; il y avait trois 
jours de marcbe du lieu oil Ton etait ^lors a cette ville. Le 
saltan ordonna le depart pour la premiere ^tape; il disposa 
l^arm^e en ordre de bataille, et quand on (it halte, il la 
ti&it sur une seule ligne. Chaque soldal avait devant lui ses 



3(i6 VOYAGES 

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aVc^l A^ujt j^* ^ (jt^u ^v^^t »«xjv^ ^ii&i AAjji?-y 

•pCi-^ yUaJUJ! c4 a^' r3^' A ^^ LlW 



armes, a sod cdt^, son cheval, et avec lui une petite tente 
ji ii mangeait et se lavait , pour retourner tout de suite aprii 
k son poste. Le grand quartier 6tait loin des troupes; maif» 
durant ces trois jours, le souverain n'est pas entr^ dans one 
tente, et il ne s'est mis a Tombre lyille part. 

Je me trouvais un de ces trois jours sous la tente, en oom- 
pagnie de mes femmes esclaves. Un de mes eunuques, nommi 
Sunbul, m'appela, et m'invita k me Mter. Quand je sorts* 
il me dit : « Le sultan vient d'ordonner qu'on fasse mourir 
quiconque sera trouv^ avec sa femme ou avec sa concubine." 
Les 6mir$ interc^d^rent pr^s du souverain, il commanih 
que, d^s ce moment, il ne rest&t plus dans le camp lUH 
seule femme; et que toutes les personnes du sexe fusseiil 
transport^es dans un chateau des environs , k trois milk* 
de distance et appel6 Canbil. En efTet, oil ne vit plus de 
femmes dans le camjiement , pas m^me avec le sultan. 

Nous passames cette premiere nuit en ordre de bataill^» 
le lendemain , Tempereur divisa son arm^e en petits corp: 
il donna k chacun de ceux-ci des ^l^phanfs couverts i^ 



% 






«^ 



D'IBN BATOUTAH. 347 

LiUt aUJ fcjh* yl,^ jV; eJUJJ pyJI yl<'a,iu*{ 

11 AkjuL^ ^ «S\ i^yij JJi> (^ ylLLJt cjUt j^i j,L».| . 
»«^j>^ (:J!i^ ij^ yUaLJl ^ (jv*U]l »'?^t 'i^Sjjt Jou 

;«^l JLJi> ^LkX^Jl 4X^3 ii\jo AMI ^(]^ ci^U tf^ ^ 

)t O^ (:>K9 S>^ iLs!<X^ Jl jjkOjJl «XjLj (X«0^ ^j*AAMwt i 

mrs cuirasses et surmont^s de tours , sur lesqueiles se te- 
aient des combattaots. Tous les soldats endoss^nt leur 
riDHre, lis se pr6par6rent au combat et pass^rent la se- 
>iide nuit sou^ les armes. Au troisi^oie jour, le sultan fut 
iform^ quele rebelle 'Ain almolc avait traversi le fleuve; < 

^prouva de grandes craintes a ce sujel, et sonpQonna que 
Ml adversaire n'avait agi de la sorte qu'aprds s'^tre concerte 
vecles ^mirs, qui se trouvaieut |lors pr^ de leur souverain. 

ordonna a Tinstant de distribuer les chevaux de race k 
!s oouriisaDs, et j'en re^^s ma part. 

Tavais un ^i appel^ Emir imirdn « le grand 6mir » AI- 
urmany , qui ^tait au nombre des braves , ^jfj^ qui je donnai 
n de'ces chevaux, d'un poil grisatre. Lorsqu'ii vouiut le 
lettre en mouvement, le cheval s'emporta, sans qu'il put 
^ retenir, et le jeta de dessus son dos. H mourut de sa 
inte. Que le Dieu tr^s-haut ait piti^ de luiJ 

Le monarque fit hater la marche, et Ton parvint le soir 
la viUe de Canoge; il avait eu peur que le rebelle nW- 
vat avant lai devant cette cit£. 



348 VOYAGES 

oiij J AMkiju ^Ull i^jj Ah Md#l cvlfj U^l ajuII m4«i< 

j-f-^-i] Umj jyyj« siOo ** yjt ^ iUjOll i yrf?, UU 

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II passa cette nuit a disposer lui-m^me les troupes; il 
Qousinspecta aussi, et nous faisioas partie cfb Tavant-garde, 
^ ou se trouvait le fils de son oncle paternel, le roi FiroAi.H 
y avait ^galement avec nous T^mir Ghada,fils de MohaniUi 
le sayyid Nassir eddin Mothahher et les chefs du KhorSpin' 
Le sultan nous mit au nqinbre de ses courtisans et now 
dit : « Vous m'etes tres-chers; il ne faut pas ique votis dm 
quittiez jamais ». Gependant, le r^sultat fut k Tavantagedn 
souverain de Flnde. En effet, 'Ain almolc at|^qua, sur h 
fin de la nuit,^f^tre avant-garde, ou etait le vizir Khodjak 
Djihan. Un grand tumulte eut lieu alors, mais le KulttD 
prdonna que personne ne quittat son poste et que tool 
combattissent avec le sabre exclusiveinent, Les soldat$ ti- 
rerent done leurs glaives; ils tomb^rent sur les ennemiset 
le combat fut acharne. Le mot d'ordre des troupes du sulUn 
etait Dihly et Ghaznah; quand on rencontrait un cavalier, 
on lui criait : « Dihly »; sil repondait « Ghaznah », on con- 



D'IBN BATOUTAH. 349 

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^3 A^JwJUi :>:^ (^UaLJt Ajtkil <Xi ^(sy^^ f^^^ U^^' 
X-«Jt> aKju?-^ G^ tic AX* ^jiSU ^Uit (jv^ :»:iV? (j-» ^4;J^ 
yUaJU! iaui^^WU! dX. ^t^ siUlt .^ C:^ :>'y\:> y»G 



naissait que c'^tait un ami , et sinon , on ie combattait. Le 
but du rebeUe avail 6t6 dafaire main-basse sur le quartier 
du souverain; mais le guide se trompa et se dirigea avec 
*^n almolc vers le lieu oii se trouvait le vizir. Le rebelle 
coupa la t^te du conducteur. Dans rarm^e du vizir etaieut 
les Persacs, les Turcs et les KhoragaDieas, qui tous ^taienl 
ennemis des Indieas; en consequence, ils combattirent vi- 
goureusement. Les troupes de I'insurge comptaient environ 
cinquante mille bommes, qui furent mis en fuite vers le 
point du jour. 

Le roi Ibrahim, appel6 Albendjy attatary, avait regu 
en fief du sultan lacontr<^e de Sundilah, qui est un gros 
WUage du pays gouverne par 'Ain almolc; il se r^volta 
ivec ce dernier, et devint son lieutenant, D'un autre cote, 
D&ond, fits de Kothb almolc, et le iils du roi des marcbands, 
Ivaient ^t^ charges de conduire les d^phants et les che- 
iraux de i'empereur de Dihly. Ils s'unirenl aussi avec le 
rebelle* qui nomma Daoud son cbambellan. Au moment ou 
i*ennemi attaqua le quartier du vizir, ce Daoud prof^rait 



350 VOYAGES 

^r^t JlU L ^ ISU ^^I jfljftt^t ^tJ dOH 03^ Jt 
JU jjb yt JlUI C:Jv^ il;! Is! ^IAj AjUcp^ ,<NiM^t Jia 

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Jb;^t Jt kiLiM^ Xm^ A^L:^! V^^ iCHyJ^ JlMte^t^ liUlV i 

I 

»^4Xjii.LJ ^Jj^l vLs2p| i^t:?-3 Aa&Uj AaU Juajb |fl^[;-jt rfjU • 

des injures contre le sultan, et il Tinvectivait d'une mani^ ; 
indigne ; le souverain entendit tout et reconnut sa voa< \ 
Lors de la fuite , 'Ain almolc dit a son lieutenaDt Ibr&htm < 
attatary : « Quel est ton avis, 6 roi Ibrahim? La plus graode > 
partie de Farm^e est en d^route , et les plus courageui cw- 
memes s*enfuient. Ne penses-tu pas qu'il soit temps deiov 
sauver ? •> Alors Ibrahim dit k ses compagnons, dans leariis- 
gage : « Quand 'Ain almolc voudra fuir, je saisirai s^i tMt 
de cheveux; a Tinstant vous frapperez son cheval, ifin 
que I'^mir tombe par terre; nous Farrfiterons; nous k 
menerons au sultan , pour que cela soit une expiation de 
la faute que j'ai commise de me r^volter avec lui contic 
le souverain , et une cause de ma future delivrance. « Ed rf* 
fet, 'Ain almolc se disposant k s'enfuir, Ibrahim lui ait: 
«0u vas-tu, 6 sultan 'Ala eddin?». Car tel ^tait son vw 
nom. II le prit par sa natte de cheveux; ses gens blessfertit 
le cheval du rebelle, qui tomba, et Ibrahim se jeta iff 
'Ai'n almolc el le saisit. Les camarades du vizir s'empnfl^ 
rent de le r6clamer, mais Ibrahim ne voulut pas Je livrff, 



D'IBN BATOUTAH. 351 

<, »■> i> » «2Li>Jt j43 ^ JiUt (^jvft xL^ Ji AM (^j dJi> 

jJLi^^jUSJl Ji* ^t^ Jill 4^ ^ i^l:> .i^I^ ly^x* 
^j^UaUJI J>Jj^ iLj»A^^I^ Ju43 J»^^5 <^W^ j^-^** j^ 



et dit : « Je ne quitterai pas 'Ai'n almolc jusqu'a ce que je Taie 
conduit en presence du vizir, ou bien je mourrai auparavant.- » 
Us le laiss^rent, et Ibrahim mena T^mir k Khodjah Djihan. 
Aq matin j'^tais occup^ a regarder les ^I^phants et les 
drapeaux qu'on amenait devant le sultan, lorsqu'an indi- 
vidu de llrak vint a moi et me dit : « On a d^ja saisi 'Ain 
almolc, qui se trouve maintenant aii pouvoir du vizir. » Jc 
ne le crus pas; mais, peu d'instants apres, je vis arriver le 
m Tumour, T^chanson; il me prit la main et me dit : « R^- 
jonis-toi, on s'est empar^ de 'Ain almolc, et il se tronve 
chez le vizir. > Sur ces entrefaites, le souverain se dirigea 
Vers le quartier du rebelle, sur le Gauge; nous ctions avec^ 
lui , et les soldats piil^rent tout ce qui s'y rencontrait. Uno 
grande partie des troupes de 'Ain almolc se pr^cipit6rent 
^Qs le fleuve et se noy^rent. On pritDaoud, fits de Kollih 
almolc, le fils du roi des marchands et un grand nomhro do 
gens aveceux; on sempara des tr^sors, des clievaux el des 
efieis. L^empereur campa pr^s du passage du fleuve, et le 



352 VOYAGES 

jj^Juaxj^ »Jyo**ji, I^W. iiUil (jv^ Jl vi)^! ^UjI i>^1j>^ A 

^IkUJl A^ j^U Ll^^> «)^^ o'J^ ;^<>JI l«>^ U kI JU 
b ^y^ ^^l? ^Ns*^ isluyi vUS* (J^• L.^* t^w^ 
(jjvj;U5^i AS^t^U-^ ^tti^jo^yj |U*^ xJU* s •i^x 



vizir conduisit 'Aifn almolc au souverain. On avait fait moD 
ter r^mir rebelle sur un taureau, et ii etait tout nn, sau 
les parties g^nitales, qui 6taient recouvertes d'un lambeu 
d'i^toffe attach^ par une corde, dont les bouts ^taient pass6 
au cou du captif. Celui-ci resta a la porte de la tente, 01 
serdtcheh, le vizir entra, et le souverain lui ofTrit aussitotli 
sorbet, a cause desabienveillance pour lui. Les fils desroii 
se porterent pr^s de 'Ain almolc; ils Tinjuri^rent , lui en 
ch^rent a la figure et souflleterent ses camarades. Le sultai 
lui exp6dia le grand roi (Kaboulah), qui lui dit : «Qaett 
abominable action as-tu commise?» 'Ain almolc ne ripon 
dit rien. Le souverain donna Fordre qu'on revdtit le pn 
sonnier avec les habits que portent les conducteurs de 
b^tes de somme; qu'on lui mit quatre chaines aux pieds 
qu'on altachat ses mains a son cou , et qu'on le livril i ^ 
garde du vizir Khodjah Djihan. 

Les freres de 'Ain almolc passerent le fleuve en fuyards 
et ils arriverent a la ville de 'AoudK. Us prirenl ieur 
femmes, leurs enfanis, tons les biens qu'ils purent rain« 
ser, et dirent a l'6pouse de leur frerc prisonnier : « Sauve-tc 



D'IBN BATOUTAH. 353 






i. 



^^jiwii Asl^l^ AXi^l^ .iLUt c^jv^ pL jl^ x»«r^ ^jlkLJI j!^ 



I diU JUi »b;5l> ^JJt ^;.s^t ^l^t JJU[ jt^ 



avec nous, en compagnie de tes fils. » Elle r^pondit : « Ne 
dois-je pas faire comme les femmes des Hindous qui brA- 
lent leur corps avec leurs maris? Moi aussi, je veux mou- 
«r si mon ^poux meurt, et vivre s'il vit. » Ses beaux-frircs 
ialaiss^rent; le sultan ayant eu connaissance de son discours, 
ce fut la une cause dc bonbeur pour cette femme, car il eut 
compassion d'elle. Le jeune homme ou eunuque, Sohail, 
atteignit Nasr Allah , un desdits fr^res ; il le tua et apporta sa 
tftCe au souverain; il anieoa aussi la m^re de *Am aimoir, 
sa sceur et sa femme. EUes furent Hvr^e's au vizir, et log(^*es 
dans un pavilion pres de celui de *Ain almolc. Ce dernier 
allait les y trouver, restait souvent avec elles et rctournait 
^itsiiite ^ sa prison. 

Dans Tapr^-midi du jour de la d^route, Tenipereur or- 
donna de mettre en liberty la multitude qui suivait *Aifa 
^molc, comme les conducteurs des b^tes de soiiiine, les 
|>etits marchands, les serviteurs et autres gens sans iiiipor 
lance. On Ini amena le roi Ibrahim albendjy , donl il a M' 
lait mention ci-dessos; alorsle chef de Tarm^, le roi Noui , 

m. ?•* 



354 VOYAGES 

^ iu^^^t 4Xjt4>^L A^xkib* c^i^ A iu^ ^^<N!l (j!»^ '[^*:r'^ 
^UU^I^ 6'^^'-^ ^aIajw;^ i^T^I Jl jN^iM^ ciT^^ W^M 

^^^.^^JUJU ^U; Jj\y dlUI (jj%*^ JJS OwJvft ^yh3 JjaIoJI^ 

^Jc ^jUaUJt pfet^ x^A,- < g Jt 4Xj^I j^ xjXs> ^.^ ^^) 
ajcjOuI j,U-5^ Vj'>*J» ^^ U-W' «^lf UWl^«jJljly> 

j«-e^i«^' 'j>>^ x^lj^ ^^ SMJ' ^4^^ *MJl <^ i^y^) 



dit ; « 6 maitre du monde, tue celui-ci, car c'est un des le- 
beiles. » Le vizir repondit : « II a d^jk rachet^ sa vie aa 
moyen du priocipal insurg^. » Le sultan lui pardoDua et ie 
fit parlir pour son pays (la Transoxane}. Au soir, le sultao 
s'assit dans la Tour de bois , et on lui pr^senta soixaote- 
deux individus d'entre les principaux compagnons de 'Aitt 
almolc. On fitvenirles ^l^phants, on les leur jeta; ces tm- 
maux se mirent a les couper en pieces avec les fers plac^ 
sur leurs defenses, a en lancer quelques-uns dans Tairet 
a les altraper au vol. Pendant ce temps, on donnait dooor 
de cbasse, on sonnait de la trompette et on battait du tam- 
bour; 'Ain almolc ^tait la debout, il voyait leur massacre; 
on lui jetait m^me quelques portions des victimes. Ajpvi> 
quoi on le reconduisit dans sa prison. 

Le souverain resta plusieurs jours pr^s du passage di 
fleuve, k cause du nombre considerable des gens et de b 
petite quantity des embarcations. II fit traverser ses eflets 
et ses tr^sors sur les ^^l^phants; il fit distribuer de ces ant- 
maux a ses courtisans , afin qu'ils fissent passer leors ba- 



D'IBN BATOUTAH. 355 

(^UaLJt «>aAS3 Jus-;, kaJa Kty»-\ lil^Ju* J-ft-A-v tJ' «ftMV> 

9iy^yi\ >tJl ^ l^«wt kH£^^ gl^ iU^^X-* Jt AM 0^^ 

Jia^l ^UJI ^i j^' i[;L) |-u^ yUaUJt ojjUl^^lJ^^I 
V^ CS^* <^ !^1>5^ J,J^ U-*^! j5»6^ i>4^ ^\j^^ 

idJi>^ ^Uo JU*^ ^yJt c^ jU c^oJt 4^t o^^ ^^ ^ 



gages. Je regiis un ^l^phant, qui me servit k transporter 
tons mes effets. Ensuite, le souveraio se dirigea avec nous 
vers la vilie de Bahraifdj , qui est belle et situ^e au bord du 
Serou; c'est un grand fleuve, au courant tr^s-rapide. Le 
saltan le passa dans le but de faire un p^lerinage au torn* 
beau du pieux chei'kh, du h^^os sdldr « gdn^ral » *Oud, qui 
fit la conqu^te de la plupart de ces contr^es. On raconte 
sar lui des histoires merveilleuses, et on lui attribue des 
expeditions cel^bres. La foule se pr^cipita pour traverser 
Feau; Ton se pressa beaucoup, de sorte qu*il y eut un grand 
navire qui conla k fond. II contenait environ trois cents 
personnes, dont une seule se sauva : c^tait un Arabe, 
Gompagnon de T^mir Ghada. Nous ^tions months sur un 
petit batimentf et le Dieu tres-haut nous d^livra. L' Arabe 
qui ecbappa au danger de se noyer s'appelait Sdlim « sain 
et sauf •, et c'est Ik un singulier basard. II voulait s'embar- 
quer sur notre navire; mais quand il arriva , nous ^tions 

23. 



356 VOYAGES 

^Js5^l I^uUaX^ ^^ 4;.guij iu^ UU.5 A4>^t dis i^ 



^U^ j,^ sU ^ i^U^^ K>jj^ ^UaWI il;>^j5i» 
<Xjo aj^.»^u»^ JISU b^i» IX dmi c^jvjt) ^IklUI 



d^ja partis; alors il prit place sur celui qui fut submerge. 
Au moment ou il sortit du peril , le public crut qu'il ^tail 
avec nous; le bruit s'en r^pandit parmi nos compagnons, 
comme parmi les autres gens , et ils s'imagin^rent que noui 
^tions tous noy^s. Lorsqu'ils nous virent, apr^s cela, ilsse 
r^jouirent fort de notre salut. 

Nous visitames la tombe du pieux personnage nommici: 
dessus ; elle est situ^e dans une coupole, oil nous ne pumes 
pas p^n^trer, tant la foule ^tait considerable. Ce fut pen- 
dant ce voyage que nous entrames dans une for^t de lO- 
seaux, et que nous fumes attaqu^s par un rhinoc^os. 0& 
le tua, et Ton nous apporta sa t£te; celle-ci ^tait plusieon 
fois aussi grosse que celle de r^I^phant, quoique raniniil 
fut plus petit qu'un ^l^phant. Mais nous avons d6ja, daxn 
ce qui pr^c^de, fait mention du rhinoceros. 

DU RETODR DU SULTAN DANS SA GAPITALE, ET DE LA REVOLTE VkVl 

CHAH KER. 

Le sultan ayant remport^ la victoire sur 'Ain almolc, 
comme nous Tavons racontd, retouma k I)ihly, apr^ ane 



D'IBN BATOUTAH. 357 

yli. Syai (jft Ua^t J*, Mi} yvA jjt J*j UUAij (jjv^U 
jIajJ! yfcj J^lj Jo* JcBm U^JUa-, aUJI A5IIW /.^tjUl 

(j^ iixkj l^ (jv^jj l«y.ffe;l^ l^U^fe^ ^^UaLJl j^JV^U^ ^^ 
^^U^I cJOai JU£ *, ^:^:jM^ W^r^l ouJii^ «:>>&;<Xo 



•7 J 



absence de deux ann^es et demie. II pardonna a 'Aid al- 
inolc, ainsi qu'a Nosrah khan, qui s'^tait soulev^ dans le 
pays de Tiling, et il les investif tous les deux d'ua m^me 
emploi : Tinspection des jardins du souverain. II leur 
fournit des habilleinents , des montures; il fixa leur consom- 
ination journali^re en fariue et en viande. 

Apres cela on re^ut la nouvelle qu'un compagnon de 
Kbthlou khan, le nomm^/Aly chah Ker s'^tait revolt^ 
coBtre le sultan ; le mot iter signifie « sourdaud ». C'^tait 
an guerrier intr^pide; il 6tait beau et vertueux; il sempara 
de Badracoiit et en fit la capitate de son royaume. On en 
voya des troupes contre lui et le sultan commanda a son 
precepteur d'aller le combattre. Celui-cr partit a la t^te 
d'une nombreuse arm^e; il fit le si^ge de BadracouL, etou 
vrit des brfeches dans ses tours. Le p^ril 6tant devenu grave 
pour 'Aly ch4h, il denianda un sauf-conduit, que Kothlou 
khan lui accorda; puis il I'exp^dia au souverain avec des 
entraves aux pieds. Ge dernier lui pardonna et le rel^gua 



" * jK. 



358 VOYAGES 

lit «I JU* ^UaJLJl A; jt^ «SJUJt :>^ i^Je uiijii 



j^l ^ lyubU jLi&<Xj A^Ufipt «XjL^ a]U ^I(^ dUXsJLiitjpU 



dans la ville (}e Gaznah , du c6t^ de Khoracan , oil il resta an 
certain espace de temps. Pius tard, il fut pris du d^irde 
se retrouver daos sa patrie et voulut y retourner, car Dicu 
avait decr^t^ sa perte. II fu^ arrets dans la province do Sindi 
et on le conduisit en presence du sultan , qui lui dit : • 1^ 
es venu uniquement pour exciter le d&ordre nne seconidc 
fois. » II lui fit couper la tete. 

DE LA FUITE ET DE L'ARRESTATION D*EM!r BARHT. 

• 

Le souverain s'^tait fach^ contre ^mir bakht, somonuDi 
Cheref almolc, un de ceux qui arriverent avec nous pris dc 
lui. II reduisit sa pension de quarante mille a mille (diniis?) 
seulement , et Teuvoya a Dihly, le mettant a la disposition du 
vizir. Sur ces entrefaites, T^mir 'Abdallahalharaouymonnit 
de la peste a Tiling; ses biens se trouvaient chez ses aflois ^ 
Dihly, et ceux-ci s'entendirent avec ^nair bakht poor 
prendre ensemble la fuite. Quand le vizir sortit de la capi- 
tate a la rencontre du sultan, ils s'^chapp^rent, en efikt,eo 



D'IBN BATOUTAH. 359 

♦f**-^ (ji^Jl J5ij». Jl «.^ (J^J^ l>S»*i |.yJl< "jji** <i»- 

# 

compagnie d^^mir bakht et de ses camarades, et ils arriv^- 
rent dans ie Sinden sept jours, tandis que la route ordi- 
naire est de quarante journees. lis conduisaient avec eux 
des chevaux de main, et ils avaient Tintention de passer 
rindus k la nage; seulement, ^mir bakht, son fils, et ceux 
qui ne savaient pas bien nager, devaient le traverser dans 
une 8orte de batelet en joncs , qu*ils se proposaient de faire. 
D^jk ils avaient pr6par6 des cordes de soie pour cet objet. 
Lorsqu'ils parvinrent au fleuve, ils craignirent d'en ef- 
fectoer le trajet, comme ils avaient m^ditd, et ils envoys- 
rent a Djelal eddin, gouverneur de la ville d'Outchah, 
deux d'entre eux, qui lui dirent : « U y a ici des marchands 
qui desirent passer la riviere, et ils fenvoient en cadeau 
ceite selle, afin que tu lour facilites le trajet. » L'^mir Djelal 
eddin r^voqua en doute qu'un tel present fut ofiTert par de 
ftimples marchands, et il ordonna de saisir les deux individus. 
Uun d*eux s'^chappa ; il alia trouver Gheref almolc et ses 
compagnons, et les informa de ce qui s'^tait passS. lis 



360 VOYAGES 

Ci^Juftb xJ^ o^Hui ^ JJI J^?yJl 4:>»^ (:H^' J^^^lj 

jXy-jJt i u-S^ xJb (j^4x]l 3:^ j^U ^UJU c3;-it aLwj 

^^^I cl^b JJULJ (3/^ (;)^y^'^ <4>^ V^-*^l?>SCi«jJl \ytji 

^ i^ ft^ '^^ *^'-^^ ^ *^^ rv^ (:r^*>J' J*^ 



^taient tous endormis par suite des fatigues qu'ils avaienl 
endur^es et de leurs veiiles prolong^es; ils monterent a che- 
val tr^s-effray^s et prirent la fuite. 

De son c6te , Djelal eddin fit frapper rbomme qu'on avail 
arrets, lequel confessa tout ce qui concernait Cheref dmolc, 
Le gouverneur exp^dia son lieutenant avec des troupes \ la 
recherche de celui-ci et de ses compagnons; on trouva 
quils s'6taient enfuis, et Ton suivit leurs traces. Quand le 
detachement les atteignit, ils se mirent a lancer des fli- 
ches; Thahir, fils de Gheref almolc, en tira une, qui blessa 
au bras ledit subd^l^ue de T^mir Djelal eddin. Enfin on en 
vint a bout, et on les conduisit en presence du gouvemeur, 
qui leur fit noieltre des entraves aux pieds, leur fit attacher 
les mains au cou et 6crivit au vizir sur cet ^v^nement 
Khodjah Djihan lui r^pondit de les envoyer a Dihly; et 
quand ils y furent arrives, on les mit en prison. ThShir 
mourut dans le cachot; Gheref almolc fut condamn^parle 
sultan a recevoir chaque jour cent coups de fouet; et cela 
dura un certain espace de temps. 



D'IBN BATOUTAH. 361 

Ax4 AMyft^ ^UaX^JI ^jju^^l sdUi» «Ki^ Is iloL* JJ^ 

*a!^ tfy dU> iXAj A3l Is* pUJJl ^ c5^^ ^UaUJl ^Js! 

yUJt i i^)<2l »«>si6 Utlxj JOh^ dUi> »lk^l^ u^4>JL A3)^ 
U^ ^t (^<>^^ ^^ olk^l^ xx^l A>^ dUi> «Xxj^ Jjl^t 



Ensuite le souverain lui pardonna et I'eovoya dans la 
province de Tchendiri, avec F^mir Nizham eddin , Mir Nadj- 
lah. II fut r^dait a monter sur des boeufs , n'ayant point un 
senl cheval a sa disposition , et ii passa ainsi quelques an- 
nies. Mir Nadjlah alia trouver rempereur de Dihiy , ayant 
en sa compagnie Cheref almolc; et a cette occasion, celui- 
d fut nomm^ TcMchn^gmr « d^gustateur ». C'est Tofficier 
qui d^coupe ies viandes en presence du sultan et qui ap- 
porta Ies mets. Plus tard le souverain Thonora de plus en 
plus et r^leva en dignity ; ce fut au point que, Cheref al- 
molc ^tant indispose, le sultan lui rendit visite; il ordonna 
d'etabiir T^quivalent de son poids en or, et il le lui donna. 
Nous avons dija raconte cette histoire dans la premiere 
partie de ces voyages (torn. U, pag. 76). En&a le sultan 
maria sa soeiir avec Cheref almolc, et conc^da a celui-ci la 
province de Tchendiri, ce meme pays oii il avait ^t6 forc^ 
de monter des boeufs, ^tant au service de F^mir Nizham 
eddin. Louons Dieu , qui change Ies coeurs et qui modifie 
la situation des hommes! 



362 VOYAGES 



M ' * Mf O (I IM 

Sji^Jo iUjjJwi^ ajI-^aS" iUj-X^ t^ *J;Jk cyh^^ (:pr^^^^ 



DE LA REVOLTS DE GHAH AFGHAN , DANS LA PROVINCE DU SIND. 

I ' . 

Chab Afghan s'^tait soulev^ contre le souverain, dans le ^ 
pays de MoMn , en la province du Sind. II avait tu^ r^mir 
de cette contr^e, qui ^tait appel^ Bihzdd it hien ni, hen* 
reux » , et il pr^tendait devenir sultan. L'empereciT de 
Dihly se pr^para a le combaltre ; le rebelle comprit qu'il 
ne pouvait pas lui tenir t6te, et s'enfuit. II se rendit cheitt 
peupiade, les Afghans, qui habitent des mont^^es diffi* 
ciles et inaccessibles. Le sultan fut irrit^ contre lui, et 3 
ecrivit a ses employes de saisir tous les Afghans qu ils trou* 
veraient dans ses ^tats. Cela fut cause de la r^volte di 
juge i)jelal eddin. 

* DE LA REBELLION DU JUGE DJElAl BDDIN. 

Le juge Djelal eddin, et une troupe d' Afghans, toienl 
^tablis dans le voisinage des deux villes, Cambaie etBo- 
loudhrah. Quand le souverain ^rivit a ses agents d'arrfitef 
les Afghans, il manda au roi Mokbil, lieutenant du vixir 



D'IBN BATOUTAH. , 363 

i JUag- yl aJI^^j i^]jyS. :>^^jr^jji\ 4--ti JjjU dJL. 

iurX) (jUa^l ^^^^ W-l>^ ''Vli:! dJu y^jVlXl dJa 

s^aJ 0.3? 8^:^ y^ Jk.^JU iuf^ i Jli> i>) otXS <^U^j 

(XjLL 5LeJU yl JlSj »a5V. J^I t^. I^Jl$' ^K^i» iiljLi. d 

^ xl\ ifl^^la» aXjT <^t J^<X3 )i I^Uj^ tfyl^ ^j<>ut A:>U^ 

dans les provinces de Guzarate et de Nahroualah, de trou- 
ver UD stratag^me pour saisir le kadhi Djelal eddia et ses 
compagaoDs. La contr^e de Boloiidhrah avail ^te donate 
eo fief au roi des m^decios ou des savants, qai ^tait mari6 
avec ia belle-m^re du souverain , veuve de son pere Toghiok. 
EUe avail eu de ce dernier une fille, qui etait celle-la meme 
qu'avait ^pons^e Femir Ghada. Le roi des savants se trouyait 
alors en conipagnie de Mokbil, car son pays etait sous {'ins- 
pection de celui-ci. Lorsqu'ils furent arrives dans la pro- 
vince de Guzarate, Mokbil lui dil de lui amener le juge 
Djel&l eddin el ses camarades. Le roi des savants ^tant ar- 
rive dans son fief, les avertit en secret, car ils ^taient au 
nombre de ses concitoyens. II leur dil que Mokbil les de- 
mandait pour les arr^ter,*et leur conseilla de ne se rendre 
a son appel que bien armes. 

Us allirent chez Mokbil , au nombre d'environ trois cents 
cavaliers converts de cuirasses , et lui dirent : « Nous n'en- 
trerons que tous ensemble. » II vit alors qu il ne pouvait 



364 . VOYAGES 

j^*yJl, ^U ^.^ tiU.^ ttf**^ (^J (**^ o^' t?^ 

^^1 y^J JU 1^^*^^ u«\jJl Jlj^!^ l^ yU*LJ! iLil>* 
«ta>^ iuMjww AX^ V!>4* (HJ^ J^^ <^'^ *^J tO^j^ 

a^UspI AjLjl?^ iuLkluJi J^IU. ^^Uil ^!^t^ M.^ t^UUii ^ 

■ 

pas reussir*a s'emparer d'eux, tant qu'ils seraient r^unis; j 
il en eut peur, leur ordonna de repartir el fit semWantdc 
le$ prot^ger. Mais ils se soulev^rent contie lui; ils entr^rei^ 
dans Gambaie, pili^rent le tr^sor du sultan, les^bieos del * 
particuliers et ceux du fils d'AIkaoul^my, le marcband. CW ^ 
le personnage qui fonda a Alexandrie un beau college , et noi» 
en parlerons tout a Theure. Le roi Mokbil se pr6sentapour 
combattre les insurg^s , et il fut mis en fuite d'une manito 
honteuse. Le roi 'Aziz, dit le n^gociant en vins, et Id* 
Djihan arriverent, apres avoir fait des pr^aratifs, avecscpl. 
mille cavaliers; ils furent aussi mis en deroute. Les gens ta^.5 
bulents et les criminels, inform^s de ces evenemenls, •? 
coururent se joindre aux Afghans. Le juge Djelal ed<MD*' 
d^clara sultan, et re^ut le serment de ses compagnoi»» 
Tempereur de Dihly envoya des troupes centre lui, maw J* 
les battit. II y avail k Daoulet Abad une multitude d'A%Un*» 
qui se r^voltirent a leur tour. 



'• I 



DIBN BATOUTAH. * 365 




iib l^tjLM jj::i«jJl^^^^t g^ gJL^^ c:>i^t> li^l^ uUjuJI 



uiuib jUl J^^ ^\^:> ^^ \^y^ ^\J^^\ ^^ \^\ ^^jJI 



DO SODL^YEMENT DU FILS DU ROI MELL. 

/ 

A 

Le fils du roi Mell habitait Daoulet Abad avec une troupe 
d'AigMns, et le souveraio ^crivit k son lieutenant dans cette 
^^, qui 6tait Nizham eddin,.fr6re de son pr^cepleur 
lothlod kfa&n, de les saisir tous, sans exception. li iui en- 
voja de nombreuses charges de liens et de chaines, et Iui 
<sp6dia en m^me temps les habillements d'hiver. Cusage du 
Wverain de Tlnde est de donner a chaque commandant 
uQne ville et aux chefs de son arm^e deux v^tements par 
•n:un pour Thiver et un pour r6t6. Quand ces robes d'hon- 
**cur arrivent , I'^mir et les troupes sortent pour les rece- 
*^oir; d^ quails aper<joivent celui qui les apporte, ils des- 
^dent de leurs montures; chacun d'eux revolt son v^te- 
^^Xy le place sur son ^paule et s'incline du c6t6 ou se 
*W)uve le sultan. Gelui-ci 6crivit a Nizham eddin ccs pa- 
^es:«Lor8que les Afgh&ns sortiront et mettrout pied a 
tttre pour recevoir les robes qui leur sont destinies, ar- 
t'^les dans ce m£me moment » 



366 * VOYAGES 

Jlx^l ^ (^ jJt pUfli ^l<i ^ 2>r^ U. (J^i-U ^^Ui^l Jl 
.^iiL (yi! 1st JL»* AM ^Ui^t 4^^ iT^ aaU JLiJguly 
ty^fciU ajI^I ^Jc^ A^fr I^X^ A^ ^ ^ jJl pUaJ ^^ 

^lySL l^«Xj^l9 Ajb^xXI t.^^^j» A^li^t (2j^ fjjSSS^ciA^ aaU 

/ ^fr^iS^ o^^JU ^^OmmJUI 

* 1 - - - — II, I in 

u' <i^ p>f^ ^^--^*^ S/^ sl^TxJ^^^ iyljj^ ^h^\ >UU 
JJLi ^Ja^t (£4x^3 ^LTiK!^^ Jl 5^u^^ iUUx^V l«X4^ 



Un des cavaliers qui arrivaient avec les robes d'honnenr, 
se rendit chez ies Afghans et ies instruisit du dessein qn'oD 
avait foriD^ ^ leur egard. Par consequent, Nizham eddia 
fut au nombre de ceux qui usent d'un stratag^roe, Jeqnel 
^tourne contre eux. II monta a cbeval, en compagnie 4es 
Afghans, et <^and ils rencontr^rent les habillements, il 
mil pied h terre. Ce fut alors que les Afghans cbarg^nt 
sur lui et sur ses compagnons, qu'ils tu^rent beauconpde 
ceux-ci, et qu'ils I'arr^t^rent. Ils envahirent la ville, saisi- 
rent les tr^sors et mirent k leur t^te Nassir eddin , fils do roi 
Mell. Les fauteurs de troubles accoururent vers eux eti^nr 
puissance augmenta. 






DE LA MARCHE DC SULTAN , EN PERSONNE y VERS LA VILLE 

DG GAMBAIE. 

Lorsque Tempereur de Dihly sut ce que les AigUoi 
avaient fait k Gambaie et ^ Daoulet Ab&d, il se mit en ctti* 
pagnc lui-m^mc et se d^cida \ commencer par Canibaie» * 
pour retourner ensuite i Daoulet Ab^d. II fit partir legraod 



D'IBN BATOUTAH. 367 

A {J^3 ^ »^b^ »;^3^ 5jy.Aa^^ •>"*>^ J^^ ^5-i6UJt 

i[^isii. i aj UXii 2uw^ ^^ aII U^ c5^''j» ^^W« (^ «>^^-t 
Jt A.^1^ tyLcA^ (:jv^^ AaX^ '^"^^^^^ JjCJij^ aJv^ kJuw^ 

dJi» 6--^ (^^^^b j^^^M 'i^^jjj A^U^I iJjLi oljkJ ^ 



roi Albaiazidy, son parent par alliance, ou beau-fr^re, ai» 
la t£te de quatre mille hommes d'avant-garde, qui furent 
attaqu^s par les troupes du juge Djelal eddin et mis en 
fiiite. lis furent ensuite assi^g^s a Boloudhrah, et Ton com- 
battit m^me dans cette cit£. Dans Tarm^e du juge Djelai 
eddin il y avait un cheikb nomm^ Djalofil, qui ^tait un brave ; 
il ne cessait de tomber sur les soldats, de les tuer, et de 
demander le combat singulier; mais personne ne se hasar- 
dait k 86 mesurer en duel avec lui. Un jour il lan^a son 
dieval, qui s'abattit dans une fosse; Djaloiiil tomba, il fut 
tkt6, et Ton trouva sur lui deux cuirasses. On envoya sa t^te 
an saltan; on crucifia son corps sur la muraille de Bolou- 
dlurab, et Ton porta de ville en ville ses mains ainsi que 
ses pieds. 

A Tarrivte du souverain avec les troupes, le juge Djelal 
eddin ne put plus r^sister, et il prit la fuite avec ses compa- 
gnons. lis abandonn^rent leurs biens et leurs enfants; tout 
eda fut saisi, et Ton entra dans la ville de Gambaie. Le sul- 
tan y resta qnelques jours, |)uis il partit et y laissa son 






368 VOYAGES 

h^h, LWOJO ^ JJI CXi^ jK^\ JOJLt Oj^ lijJ^gi^ L^ d^jj 

j JJI (^ aaU ^y:r U^ *a:^^ iXJUJL oJ^t^ •jf^ JUAai^ 

*^^ (5>j<xJ' J^JM- «^Ud a ^jli' (j^ e-^L •j^t^j*'' <=H f 



lb ^ J^kd»* ^^UJt cy6 Cl^ oluikj L<y.M»* ^<V4 

I* 
aaX^ iU:^yft ^^oJ! jJa^t £t>^>^^ jM^^^ ^IkLJI jl^ 



4)eau- fr^re , Cheref almolc , emir bakht. Nous avons d6jk parli 
de ce personnage ; nous avons fait connaitre I'histoire de sa 
fuite, de son arrestation dans le Sind et de son eniprisonne* i 
ment; nous avons racont^ ies humiliations qu*ii a endurto : 
et Ies honneurs qui Ies ont suivies. Le monarque lui ordonna 
de rechercher ceux qui ^taient du parti de Dj^lal eddin, rt 
il laissa avec lui des jurisconsultes , afin qu*il jugeat d'apris 
leurs decisions. Gettc circonstance amena la condamnatiooi 
mort du che'ikh 'Aly alha'idary , comme il a ^te dit plus baoL . 
Le juge Djelal eddin s'^tant enfui, alia se joindre ^ Nfa- J 
sir eddin , fils du roi Mell , a Daoulet Abad , et s^enrdla panni i 
ses partisans. Le sultan se dirigea en personne contre eax; < 
lis ^taient au nombre d'environ quarante mille, Afghinst \ 
Turcs, Indiens et esclaves; ils jur^rent ensemble qu'ilsne i 
prendraient point la fuite et qu*ils se battraient contre k j 
souverain. Celui-ci commen^a le combat, et Ton n'^Ievapai 
d'abord le parasol, insigne du sultan; mais, dans Faidetir 
de la bataille , on le hissa. Quand Ies rebelles le virent, ib 
furent interdits et fuirent d'l^ne mani^re honteuse. Le fib , 



D'IBN BATOUTAH. 369 

g ^^jJLj^0J\y :>IT '^^:> iLx^^X^. ei^aUJl >JU.I^ Ui^l d 






du roi Mell et le Mdhi Djelal eddin se r^fugi^rent, en 
compagnie da peu pr^s quatre cents de leurs adherents 
les plus distingu^s, dans la forteresse de Douaiguir (ou 
I}ibi]guir, ^.^w^^), que nous mentionnerons plus loin, 
et qui est une des plus inaccessibles du monde. Le sul- 
tan resta k Daoulet Abad , ville dont Douaiguir est le cha- 
teau fort. II envoya dire aux insurg^s de se rendre k dis- 
cretion; mais ceux-ci ne consentaient a quitter leur place 
qb*k la condition d'une amnistie; le sultan ne voulut pas 
la leur promettre. II leur fit parvenir des aliments, par 
une sorte de dMain pour eux, et continua k demeurer a 
Daoulet Abad. Ici finissent les informations que je puis 
donner a ce sujet. 

DO COMBAT QUI EUT LIEU ENTBE MOKBIL ET LE FILS D'ALGAOULEMY. 

Ce que nous allons raconter s'est pass6 aivant le soul^ve- 
meot el^k rebellion du k&dhi Djelal eddin. Or, le person- 
Qage nomm6 Tadj eddin, fits d'Alcaoul^my, ^tait un des 
priDcipanx n6gociants ; il etait venu du pays des Turcs pour 
rendre visite aii sultan de llnde et pour lui porter des ca- 
deaox magnifiques. Parmi ces plants ii y avait des mam- 

III. 2 4 



.'STO VOYAGES 



loucs, des chameaun , des marchandises, des arnies et des^tof- 
fes. L'empereur fut tres-salisfait de son proc^d^ el lui donna 
doii'.e iocs, oil doiize Ms cent mitle dinars d'argenl; on dit 
que la valeurdcloui ce ciu'i! avail apporte au souverainnr 
di^passait pas un seul lac, on cent mille pieces d'argenl, 
lui donna a gouverner la ville de Cambaie, qui ^tait soua 
rinspeclion dn roi Mokbil , lieutenaot du vizir. 

Une fois arriv^ a Cambaie, Tadj eddin envoya des bSti- 
ments dans le Malabar, Tile de Ceylan, etc.; il re^ut, par 
les navires, des dons el des cadeaux magnifiques, desorlf 
que sa position devint Lres-cousideraJjie. Comme il n'avjit 
pas encore exp^di^ dans la capitale les Iributs desdites ron- 
tr^es, le roi Mokbil lui fit dire de les livrer a ret effet, sni- 
vanl I'usage, ainsi que les presents et les tr^sors qu'il avail 
pr^par^s. Le Ills d"Alcaoiil^my refusa en disant : . ft les am*' 
uerai en personne, on bien je les ferai porter par ines servi' 
leiirs. Ni le vizir ni soil lieutenant n'ont de pouvoir sur moi. ■ 
Use jaisait ainsi illusion a cause des honneurs el des presents 
qu'il avail rei;us de I'ei^ereur. Mokbil ^crivit au vizir snr 



DIBN BATOUTAH. 371 

vl^ **A, CU UJ5 ^jl_, W^Ij biS^ (^ J>»U ,Li& 

. ji* i ^1 (^j j-aju-ij cgi^jiJt tH ii*^ cM> <^» 

(jlkX^JI Jl x«{«Xai. ^ aKj dJjy J«^iu euu^ ^>^^ (St^3 



oette affaire; il en eut pour r^ponse, au dos de sa iettre, ce 
qui suit : « Si tu es im puissant pour nous faire ob^ir dans nos 

. contr^es, quitte-les et reviens prte de nous. » Ayant lu ces 
lignes, Mokbil se mit a la l^te de ses troupes et de ses mani- 
IbAqs, et il combattit contre le fils d'Alcaoul^my, a lext^- 
rieur de Cambaie. Ce dernier fut mis en fuite , et un certain 
nombre d'hommes furent tu6s de part et d'autre. 

Le fils d'AlcaouI^my se cacha dans ia maiaon du patron 

' de navire, Ililte, un des principaux negociants. Mokbil en- 
tra daos Cambaie, et fit couper la t^te aux chefs de Tar- 
mie de son adversaire. II envoya un sauf-conduit a celui-ci, 
k la condition qu'il garderait seulement son propre bien et 
qu'il abandonnerait les tr^rs et les cadeaux dus au sultan , 
ainsi que les revenus de la ville. Mokbil fit partir toutes ces 
nchesses, sous la conduite de ses serviteurs, pour les presen- 
ter au souverain, et il ^rivit, se plaignant du fils d'Alcaou- 
limy. Celui-ci, de son c6t6, 6crivit aussi au sultan, pour se 
l^indre du roi Mokbil. L'empereur de Dihly leur envoya 
le roi des savants, pour qu'il d^cidat leur querelle. Ce fut 

a4. 



372 VOYAGES 

(j7-?'j^^ ^^' C:^^ J^ <-*4^-» (;)t>*>J' J^^ <5-^^^ 5 



^1^ jip' ^'GJ ai »> .i^^ JOiJ^ cJ^ ^J^^ Jl^ill 
^^.^1 4XJU c:>U (jM^ <xX^ (j^ Lji.kf 0j(JsaJi^ I^^amJ e»^ 
li>l ^UJl ^j»(5 ^jt^^t A ^Uij gulaS* :>Pl1 c;^*^^ xjjjfl, 



imm^diatement apr^s ces fails qu'eurent lieu ia revolte da 
juge Djelal eddin et le pillage des biens du fils d'Alcaoul6my» 
qui prit la fuite en compagnie de quelques-uuQ de ses mam- 
loucs, et qui se rendit chez le sultan. 

DE LA CHERTE QUI DOMINA DANS LES GONTREES DE LMNDB. 

Dans Tespace de temps oil le souverain etait absent de sa 
capitale, s'^tant dirig6 vers la province de Ma'bar, la disette 
eut lieu, et elle fut considerable. Le mann, ou la mesaredc 
froment, valait soixante drachmes et davantag^j^; Ik gSnefot 
g^n^raie, la situation tres -grave. Un jour je sortis de la 
ville a la rencontre du vizir, et je vis trois femmes quicoo- 
paient en morceaux la peau d'un cheval , lequel 6tait mort 
depuis plusieurs mois, et qui les mangeaient. D'ailleurs, on 
faisait cuire les peaux et on les vendait dans les march^ 
Lorsqu'on egorgeait des boeufs, la foule s'enipressait d'eo 
recueillir le sang pour s'en nourrir. Des 6tudiants da Kbo- 
ragan m'ont raconte qu'ils entr^rent dans une ville appeMe 
Icrouhab, entre Hanoi et Sarsati, et qu'ils la trouvirenl 



DIBN BATOUTAH. 375 

CAiKi^^t *Lm AJub JlA:> Jj6| 5^4: Jwi u' u^^^^^' J^' 

U-WI eiy^^ i::>t;Lil3 *i>^L oVI^i^ ^Tj^^^]. o^b »^^^' 

J^ dU3 ilf^ JJ^ ^' u^^^*^ U-^l U^J^^- W--^ 
*^?I «l U*^ ^3 yUaX^l jU^t (J-* LjSi *Xj l]^ aaJ *Xj»AJiJL 

abandonn^e. lis s'introduisirent dans une uiaison pour y 
passer la nuit, et ils virent dans iine chambre un individu 
qui avait allum^ du feu et qui tenait avec ses doigls un pied 
hamain ; il le fit r6tir sur ce feu et ie niangea. Que Dieu 
nous garde d'une pareilie action ! 

Lid famine ^tant insupportable, le sultan ordonna de dis- 
tribuer a loute la population de Dihly des vivres pour six 
mbis. Les juges, les secretaires et les commandants parcou- 
raientles rues et les marches; ils prenaient note des habitants 
et donnaient a cUacun ies provisions pour la moiti^ d'uoe 
ann6e, sur le pied d'une livre et demie du Maghreb par jour, 
pour cbaque personne. A cette 6poque je fournissais de la 
nourriture aux pauvres avec les mets que je faisais preparer 
dans la chapelle s^pulcrale du sultan Kothb eddin, ainsi 
qn^ nous le dirons plus bas; et la multitude se soutenait de 
cette fa^n. Que'le Dieu tr^s-haul nous tienne comple des 
soins que nous avons pris dans un tel but! 

Puisque nous avons suHisamment parl^ des aventures du 
sultan , et des 6v6nemcnls qui se pass^rent sous son regne, 



374 VOYAGES 

I -_ 1 i.iijii - I J,,,!!., ■■_—■!■ M^^^-m m- - - ■ -II — I M-i ■ n ' -~ 

vWt UX:^;^^ ^IkJuJt v'^ b«XAaj» J^:> b'*^'^ ^^^^^ % 

(<>ifiu&jyii^ JJ^^/t-^.^^ u^ coiju j^i uu>^ Cfc^y^^^i 

itu6 c5oiX* b^JaJOj ^l4*- ^lyi->?;y' *^ l>*>^y f-^ 

revenoQs a ce qui nous concerne de plus pres dans ces fait5. 
Nous raconterons done, d'abord, notre arriv^e k Dihly, les 
vicissitudes de notre situation, jusqu'au moment oi oous ■ 
quittames le service du souverain; nous dirons ensuite comme 
quoi nous nous s^parames du sultan , pour aller, conune son 
ambassadeur, en Chine, et enfin, nous ferons mention da ' 
retour dans notre patrie, s'il plait a FEtre supreme. 



DE NOTRE ENTREE DANS LE PALAIS DO SULTAN , LORSQUE NODS 
ARRIVAMES X DIHLY, PENDANT L' ABSENCE DU SOUVERAIN. 



i 



A notre arrivee dans la capitale, nousrnous rendimes ih 
demeure du sultan et entrames par la premiere porte, pw 
par la deuxi^me et la troisi^me. Ici nous trouvames les M- 
kibs ou officiers, dont nous avons d^ja parle. Quand ils ooas 
virent, lenr chef nous pr^c^da dans une salle d'audienoe 
magnifique et tres-vaste, ou nous trouvames le vizir Khodjab 
Djihan , qui nous attendait. Le premier de nous qui antra , 
iiit Dhiya eddin Khodhaouend Zadeh, que suivirent d'aborJ 



DIBN BATOUTAH. 375 

UJ*i,X^3 J^jM Jl luuUt UJU93I3 ^^If (^ lJU0^3 



son fiire Kiouam eddin et le fr^re des deux pi^c^den ts, ^liukd 
eddin; je vins apr^s eux , et fus suivi par Borhan eddin, autre 
fiire des trois susnonim^s , puis par i'^mir Mobarec assamar- 
kandy, par le Turc Aroun Bogha , M^lic Zadeh , ills de la soeur 
de Khodhaouend Z&deh, enfin, par Badr eddin alfassdl 
(cest-4-dire • le" flatteur » et aussi « le critique, I'accusateur »). 
Ayant franchi la troisi^nie porte , nous aper^unies la grande 
salle de reception appel^e Hizdr ostodn, ce qui veu t dire • mille 
colonnes »; c'est la que le monarque tient ses audiences pu- 
bliqoes. Alors le vizir s'inclina au point que sa t^te toucha 
presque le sol; nous saluames en nous prosternant, et nous 
touchames la terre avec nos doigts. Le lieu vers lequel nous 
QOiw inclinions ^tait celui ou se trouvait le troue du sultan, 
et (bus ceux qui ^taient avec moi salu^rent de ladite ma- 
niire. Cette c^remonie ^lantaccomplie, les oiBciers crierent 
k haute voix : « Au noni de Dieu! >*, et nous sor times. 



376 VOYAGES 

£AJ9r 1^1 A^ l^t dJL* Cl 4t dJi> i^^uuM^ jM2j^\ iuydCi 

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«g*^«>^ E**4P W-*«N» (ji!-i (j-"^^ J ^ j > l» i**r^ t^jJt ^ 

U Os*J^ (;j^*5:| y.UJ| ^ Jyi idbsJl d J!, WWy J*b 

DE NOTRE ARRIVEE AU PALAIS DE LA MERE DU SULTAN » ET IIENTIOK 

DE3 VERTUS DE GETTE PRINGESSE. 

La m^re du sultan est nominee la Maitresse de TuDiverSt 
et c'est une des femmcs les plus vertueuses; ellcf est tre»- 
charitable, et a fonde beaucoup d'ermitages qui donneoti 
manger aux voyageurs; elle est aveugle, et voici TorigiBC 
de cette infirmity. Lorsque son fils commenQa a r^gner, elle . 
reQut la visite de toutes les princesses, ainsi que des fiUes 
des grands dignitaires et des emirs, mises d'une maniire 
pompeuse. Elles s'inclinerent devant la m^re du sulUn, 
qui etait assise sur un tr6ne d'or, incrust^ de pierres f rf-* 
cieuses. Ge fut alors qu'elle perdit subitement la vue; on 1« 
traita de plusieurs mani^res, mais ce fut sans profit Soo 
fils a pour elle un respect extraordinaire : un exemple de 
cela, c'est qu'une fois sa mire voyageji ^vec lui et qu'il fut de 
retour un certain espace de temps avant elle. Quand eUe 
arriva, il alia a sa rencontre , descendit de son cheval, baisa 
ie pied de sa mere, laquelle se trouvait dans une litiere, ou 
tout le monde pouvait Tajpercevoir. 



D'IBN BATOUTAH. 377 



Pour revenir a notre sujet, lorsque nous sortimes du 
palais du sultan, le vizir se rendit avec nous a Bob assarf, 
que les Indieas nomment la Porte du Harem; c'est Tha- 
bitation de la Maijxesse de Funivers. Arrives a sa porte, 
nous quitt&mes nos montures; cbacun de nous, suivant 
ses moyens, avail apportd un cadeau pour la«princesse. Le 
grand juge des maoiloucs , Carnal eddin , fils de Borhan 
ed^n, ^tait entr^ avec nous; il salua en s'inclinant^ quand 
il fut arriv^ a la porte; le vizir en fit autant^ et nous les 
imitames. Le secretaire, plac^ a la porte de la princesse, 
prit note de nos presents; une troupe de pages ou cunuques 
90itirent» et leurs chefs se dirigerent vers le vizir, avec le- 
qael ils parl^rent en secret; ils retourn^rent dans le chateau, 
ib revinrent vers le vizir et ils se rendirent encore une fois 
dans le chateau. Nous etions debout pendant tout ce temps; 
mais ensuite on noqs fit asseoir sur un banc. 

On apporta des mets daus des vases d'or, que les Indiens 
appellant iuiuji, ct qui ressemblent ^ nos* chaudrons; ils 



378 VOYAGES 

J^ ^3 (J>^^ [.UJaJt '>A«?-^ v^i> W^ cHU^'3 wayiilj .: 
Is* ^^.^a^JJI Ut 0^:^.3 ^tiJLjJI^ 0^ p<>'^ pUkM IJUJOJ 

Jt Ub l^t 1^' iU^JJLt j^ ^ UJ^ ^yt JJU^ ^y» 



^ c^i^ cAi^v^t j^t:> (^ g^f j;;^ AJM UBj, 



sont pourvus de supports d'or, sur lesquels on les pose, d 
qui sont nomm^s sahac. On apporta aussi des coupes pour ' 
boire, des plats et des aiguieres, ie tout en or. Les alimeoti 
furent dispose sur deux nappes ou tables , a deux rangs dbt- J 
cune; a la t^te de chaque rangee se trouvait le principil 
personnage parmi les individus presents. Quand nous noos 
avan<^ames pour manger^ les chambellans et les oiBciens'in- 
clinerent et nous leur rendimes le salut. On servit h 80^ 
bet, que nous biimes, et les chambellans dirent : « Aa hod 
de Dieu ! » Nous mangeames , et puis Ton distribua une sortt 
de bi^re , aiosi que du .b^tel , et les chambellans s'^cri^QC: 
« Au nom de Dieu I » Nous nous inclinames tous. Alors OB 
nous dit de nous rendre dans un endroit qu'on nous indi- 
qua, et Ton nous donna des robes dlionneur en soie dn- 
marr^es d'or. Nous fumes conduits k la porte du palais, oi 
nous nous inclinames; les chambellans dirent : « Au nom 
de Dieu!» Le vizir se tint debout et nous fimes conune 
lui. On tira de Tint^rieur du chateau un coffre con tenant 
des habillements non census. U y en avail en soie, efl 



i 



D^IBN BATOUTAH. 379 

Is i^ AAAAOi U* *Xj^I^ cK Ja^l? 0Ja-*3 U^^ Jir^** <t^ 
^auA-f aKJU jjyUk.^ iC-*<^UJl i^feUJt a^ cAi5i>^yuia^ lyt 

JSst <iJ>^ llJ^jS;^ Cju^ty^ AJU &«lJui J<^\ U^ CS^^ u' 
Uj^ tflai jl^l Ji liLi;^! j;^ Ajcife i^JLiO^ )^ 

^ iUl^t 
^j^^JLi c:>ix^t ^IjtiSJt Jt oJU0^ Cl^ iUUaJtj.^5 

lin, eo coton, et nous en resumes chacun notre part. Apr^, 
" on apporta un grand plat en or, contenant des fruits sees, 
> pub un autre avec du sirop, et un troisi^me, otii ^tait du 
= Wtcl. 

y L'usage est que celui a qui Ton pr^sente ces objets prenne 
le plat dune main, qu'il le place sur son ^paule et qu'il 
Incline Tautre main jusqu'k terre. Le vizir saisit le plat dans 
sa xnain, dans le but de me montrer comment je devais 
£ure; cela fut une preuve de complaisance, de modestie et 
de bont^ de sa part. Que Dieu Ten recompense ! Je fis com me 
iui. Nous nous dirige&mes enfin vers la maison qu'on avait 
pripar^e pour nous loger, dans la ville de Dihly, et pris de 
Deroudzeh Bdlem « la porte de Balem ou Palem ». On nous 
y envoya toot ce qui se rattache a la reception d'un lidte. 

DE L'HOSPITALITE REgUE ET DE SON BEPAS. 

Lorsque j*arrivai a la maison pr^paree pour moi , j'y trou- 
vai tout ce qui ^tait n^cessaire, en cousins, tapis, nattes. 



380 VOYAGES 

\^'^^\ S^. S-Ji- ***«i- ->^\f (MsJ-'j ilspijJ^j 
^jb^.*-j iUanyJ^ (*^l^* Jt>' >^^ ^^b ^ A^^ ^^>^ ^^i-Jt 

li>U (j^l y^^ (j^ jSti»6 l^ ^^ ^I^J iuo^l I^aU 
j^^^^^t^ o^ty^ A-^j^^ ^^^UaJt L^Js^t (iJ^s-Mt^ 



ustensiles et lit pour dormir. Les Hts, dans Hnde, sont Ir^- 
l^ers, un seul homme en porte un, et chaque voya^ur 
doit avoir son lit avec soi, que son esclave charge sur sa 
t^te. H consiste en quatre pieds coniques, sur lesqaels 
on pose quatre batons; entre ceux-ci on a tiss6 une sortede 
filet en soie ou en coton. Quand une personne s'y couche, 
elle n'a pas besoin d'aulre chose pour le rendre souplct 
etant assez moelleux de sa nature. Je regus, en outre, deux 
courtes-pointes, deux oreillers el une grande couverturc 
ouat^e, le tout de soie. Les Indiens font des housses blanches 
en lin ou en coton pour recouvrir les courtes-pointes et les , 
couvertures; toutes les fois que ces doublures sont sales, 
ils les.lavent, et ce qui est dans riut^rieur reste garanti. La 
premiere nuit, on nous amena deux individus dont Ton 
6tait le meunier, que ces gens appellent alkharrds; Tautre 
^tait le boucher, qu'ils noiuuient alkassdh, et Ton nousdit: 
«Prencz de celui-fci tant et tant de farine, el dc cet autre 



D'IBN BATOUTAH. 381 

;>-A-j*>JI uj^j*^ u ^ - Vi * .> 4^*>^' ^1 <j(^ u' fV^^^ 

LjUlLp^ dJi> 4Xju^ ^UaWt It XiU^ oLjSs ^4>JI 10^3 
<^*-lj J^ i»*' jl^» oUUaJlj jlba iJsjU *^ J^l^ JS' 



tant et tant de viandg. >» U sagit de poids, que je ne saurais 
mentionner dans ce momeot. L'u^age de ces peuples est de 
fournir la m^me quantity en poids de viande et de farine ; 
et tout ce que nous venous de dire formait le repas de Thos- 
pitalit^, qui nous 6tait ofTert par la m^re du sultan. Puis nous 
arriva celui offert au nom du sultan, comme nous le racon- 
terons. 

Le lendemain , nous nous rendimes a cheval au palaisdu 
. soltan et saluames le vizir, qui me donna deux sacs d'argent 
contenant chacun mille dinars en drachmes, et qui me dit : 
hddiih ser chasti. La signification de ces mots est : « voici pour 
laver ta t^te » ; il me fit aussi cadeau d'une robe tissue avec des 
poibdechivte tres-fins; il inscrivit sur un registre le nombre 
de toqs mes compagnons, de mes serviteurs et de mes esclaves, 
dont on fit quatre categories. La premiere recut deux cents 
dinars par personne ; la deuxi^me , cent cinquante ; la troi- 
sidme, cent ; la quatri^me categoric, soixante et quinze jltnars 
par personne. Le nombre total ^tait de quarante individus 



382 VOYAGES 

t,^ v-iJ^t^ U:>Jsi;.^l ^ »y^ JU^t JiydU ^'^vJuJuJl^ 
V>^' J^j' fcj^ ^j UJir^ ;^*>^t J^b JyuUJi ^ 

Ul lAI '^ 







environ , et le montant de la somme^qu'iis touch^rent fiit 
de quatre mille dinars et plus. Apr^s cela, on lixa la qoaa- 
tit^ des vivres que nous donnait le souverain , savoir : milie 
livres indiennes de farine, dont le tiers de mird ou fleur 
de farine, et les deux tiers avec du son, c'est-a-dire, grw- 
si^remeot moulue ( litt. concass^e ) ; mille livres de viande; 
un nombre considerable de livres de sucre, de beurre fondn, 
de saUf{?) et de noix d'arec, qua pr&ent je ne me rap- 
pelle pas; eniin mille feuilles de betel. La livre indieone 
en fait vingt de Barbarie et vingt-cinq d'Egypte. Les provi* 
sions d'hospitalite reques par Khodhaouend Zadeh fur^t : 
quatre mille livres de farine; autant de viande, et toot te 
reste en proportion. | 

"i 

DE LA MORT DE MA FILLE , ET DE GE QUE L'ON PRATIQUA J 

k CETTE OCCASION. j 

I 
t 

Un mois et demi apr^s 6tre arriv6 k Dihly, je perdis uac | 
filie agee d*un peu moins d'une ann^e. La nouvelle ai • 



D'IBN BATOUTAH. 383 

lyj. U\JLj<xi (^yyUt fs^^jj\ U^^ JJL;^ ir^ c^ 
jUJ) c^l ^ i v»>4 »kU yLkJUt Jl Uyi«? c-jlt; 

^%Cl 5;-&^ »;JS-*^ iy^ (jv^^ ^UaLJl JsAAoxi (jjv^ (j'O 

^t <^ ti;^*^^ j^j^ vWi la-«Jl? j^' <r^'>=^ U5-^-^-? 



parviot an vizir, qui ordonna de rinhumer dans un ermi- 

tage qu^il avait fond^ au dehors de la porte nominee Der- 

oudzehBdlem, tout pr^s du tombeau de notre cheikhlbrlLhtm 

alkotin^ouy : nous Ty enterr^mes. Le vizir ecrivit au sultan 

a ce sujet, et ii en re<jut une r^ponse le sdir du second jour. 

Poartant il y avait, entre le lieu oil le sultan se trouvait alors 

il la chasse et la capitale, la distance de dix jours de marche. 

n est d'usage, chez les Indiens, de se rendre au tombeau 

dn mort le matin du troisi^me jour apres son enterrement. 

lU placent tout autour de la tombe des tapis, des etofTes de 

«oie, et, sur 1^ sepulture m^me, des fleurs, qu'on trouve 

dans rinde pendant toutes les saisons. Ce sont , par exemple , 

des jasmins, des tubereuses ou fleurs jaunes [arnica noc- 

tuma)t des reihouls, dont la couleur est blanche, et des roses 

musqii^ ou Eglantines. Celles>ci sont de deux sortes : les 

anes sent blanches, et les autres jaunes. lis ornent aussi le 

tombeau de branches d'orangers et de citronniers avec leurs 

fruits; si ces derniers manquent, ils en attachent avec des 



384 VOYAGES 

y^^lajt^^ U^ 5;y! *U jo-^ v^AA> ^ <^UJt ffyua v^ 

IM 

x^l^^j^]^ dJi> 4;.%A3^^t «>^^3^l c:>Js^>-y ^(K5^dU5 

^1x5^ ^ ia^r^ ^{3^1 ^jJJ pUaj ^^UJ!^ owuJl, liUb 



fils. On r^pand sur la sepulture des fruits sees, des noixde 
coco ; les homiiiies se rassemblent, on apporte des exemplaires 
du Koran, et ils lisent. Quand ils ont fini cette lecture, (W 
sert le sirop dissous dans Feau, dont le public boit; piA 
on verse sur chacun de I'essence de roses efl profusion. El- 
fin , on distribue le b6tel , et les assistants se retirent. 

Au matin du troisi^me jour depuis Tenterrement de I 
cette petite fille, je sortis de bonne heure, suivant Thabi- .] 
tude en pareil cas, et pr^parai tout ce que je pus des chatf 
susmentionn^es, Je trouvai que le vizir avait ddja donni 
Tordre de disposer tons ces objets , et qu'il avait fait ilewr 
une grande tente sur le tonabeau. Etaient presents ; le chsot 
bellan Ghanis eddin alfouchendjy, que nous rencontrames 
dans le Sind; le kadhi Nizham eddin alcarouany, eivM 
multitude de personnes parmi les grands de la ville. LorJ- 
que j'arrivai, lesdits personnages avaient deja pris leort 
places, le chambellan ^taut a leur t^te, et ils lisaient le 
Kor4n. Je m'assis avec mes camarades tout a cot^ de las^ 
puiturc; et, qnand on eut fini de lire, les lecteurs du Ko- 



D'IBN BATOUTAH. 385 

\yAiSji- UIa* ^*-ff^ (JmUJI Ji Xcwt j5^ «>wL£j ^jl laLJt (^ 

U «i>i-. Jl o^yaJlj SaWl 4^ ^j-JI LUJUe. yUaJLJt 
■ dUi J** y»(j lioD ULUu OMibl3 i:;»UjJl3 4^^ ^^I^ill 



ran r^citerent quelques versels avec leurs belles voix. Le 
jage se leva, il fit Toraison fun^bre de Tenfant decedee, et 

■ 6n3uite r^loge da souverain. L'assistance ayant entendu son 
nom, tout le monde fut debout et s'incHna; on,s'assit de 

: nouveau , et le juge fit une tres-belle pri^re. Le chambellan 
el ses compagnons prirent des barils d eau de rose , et ils en 
T^pandirent sur les individus presents ; ils distribuerent a 

•'' la ronde des coupes pleines d'une boisson pr^par^e avec le 
Sucre candi, et apris cela, le b^tel. Enfin, on apporta offze 
robes dlionneur, pour moi et pour mes compagnons. 

i> ' Le chanabellan monta a cheval, et nous en fimes autant 
- avec lui, pour nous rendre au palais du sultan , ou nous nous 

'^: indinames devant le trone, selon Tusage. Je retournai cliez 

p. moi, et, a peine amv6, on m'apporta des mets de la part de 

^ la m&re du souverain ; il y avait de quoi remplir ma maison et 
les logements de mes camarades. Ceux-ci mangerent tons; il 
en fat ainsi des pauvres; pourtant, il resta les pains ronds, 
les p&tisseries et le sucre candi. Ces restes servircnt encore du- 

^ rant plusieurs jours , et tout cela fut fait par ordre du sultan. 



386 VOYAGES 

Va^^3 s^Z^^\ l^Ai J^ ^t iLlssJt ^3 aI^jJL ^,1^5- 

iuijjt g-^ju^ (j5yby i JU-j iuM \^L^3 ^j^JbUJ ^jo^f 

l^jJ^^,u^^L«>V^^.A^\<' JOL^L J3J5JI «*Xi63 iUo,! Jl^^ 

i U>*^ ^J-A-^ f-^ •>^l?3 ^-ijA^ ^W-j c^^'ii^'J *>HH* 
^^Joi^ c4^^ U-^' v!>^' *>^^^ yUaUJi vl* *>^^^ 0'^' I 
A^^ikJl tf^kxfr ooK" dJ Js5^ wj^> MI&jLj tfUjU ^tiMJLl! J^d 



Quelque temps apres, les pages de la Maitresse de Fum- 
vers vinrent de son palais chez moi avec un palanquin; c'est 
une sorte de litiere qui sert pour transporter les femmeStet 
tr^s-souvent aussi les hommes. U ressemble a un trone, on 
lit d'apparat , et sa partie sup^rieure est en tresses de soic 
ou de coton , surmont^es d'un bois (ou baton pour paiser 
les rideaux), pareil a celui qui se trouve chez nous surles 
parasols. Ce bois est recourb^, et il est fait avec la canne 
d^rinde (bambou) , pleine et compacte. Huit hommeSi 
divis^s en deux moiti^s , sont occup^s tour a tour a porter 
un de ces palanquins : quatre se reposent, et quatre lepw*- ■] 
tent sur leurs epaules. Ces v^hicules, dans Flnde, font le ^ 
meme office que les anes en Egypte; la plupart des gensvont 
et viennent par leur moyen. Celui qui poss^de des esclavc* 
se fait voiturer par eux; celui qui n'en a pas loue deshommtt 
pour le porter. On trouve toujours un petit nombre de 
ceux-ci dans la villc , qui stationnent dans les marches, i b 
porle du sultan, et ra^me aux portes des citadins, pour se 
louer. Les palanquins qui sont a Tusage des femmes sont 



D'IBN BATOUTAH. 387 

K^J^ ^,OsJ^ (^ l^jw bt c2JUj3 illi^t omJI pi jg ^t 
pyJl i c:>i^t>.3 auJ jPjOft ouLjJt jll i4>UL owofcU 45jj 

^ iUaJl^ ^ JJI iic ^ ^ JJI ^U^Jl, jUp^ ^UUk^t 

recouverls d'un rideau de soie; ainsi 6lait celai que les 
pages ou euDuques avaient amene du paiais de ia m^re du 
saltan. 

Hs y firent monter nion esdave, cest-a-dire la mere de 
la petite fille d^funte; je la fis accompagner par une esclave 
turqne, que j'envoyais en cadlau (a la m^re du sultan). 
L'esclave m^re de Tenfant ci-dessus resta absente avec eux 
une nuit; elle rentra le lendemain. Les pages lui avaient 
donn^ mille dinars en drachmes, des bracelets d'or enri- 
chis de pierres pr^cieuses, un croissant en or, orn6 aussi de 
pierres fines, une chemise de lin brod^e d'or, une robe de 
soie chamarr^e d'or, et un coffre avec des v^tements. Quand 
je vis toutes ces chosesy je les donnai a mes compagnons, 
et aux march and s mes cr^anciers, comme une gar|||tie per- 
sonnelle et une sauvegarde de mon honneur; car les nou- 
vellistes 6crivaient au sultan tout ce qui me concernait. 



388 VOYAGES 



^ ^,UaX-Jl iCAA^ j^lTl i ii^>Jl3 ^^UdLJt ^^Uo-I j5i> 



^tJj ^UU a^ JL-J iL^y l^xJi l^Jt c;^>-3 yl^jJf 
^^^ ^^^ iL^^ |.»»^^-,^ ii^it JljJl ^3 i^S^^] 

^ 4^>Ut tf j^3 4^13 i^^^t^ tf 4>s»3Xt ^tJt ^ Jl^ ^^4UU 

iUHJ^l! Jjtj*!^ iL^ iUU ^3^ jPJOLft i^^XjuiJI^ ^'^tfu 

dLX» jUS'^j^ g^M yfii3 iSj^yr ^ 4^*>^ cK ^T«x-»ol iU^^JU 

viUi> ^ J^3>Xj ylf^ l^Us jIL*^ 4^ JJt yft^ oji*^^ >*JI ■ 



DES BIENFAITS QUE J'AI REgUS DU SULTAN ET DU VIZIR PENDANT 
L'ABSENCE DU SOUVERAIN DE SA GAPITALE. 

Lors de mon s6jour a Dihly, le sultan ordonna de m'as- 
signer un certain nombre de villages, du revenu de dnq 
inille dinars .par an. Le vizir et les membres du conseil me 
les confererent, et je partis pour ces localites. Elles se compo- 
saient d'un village nomm6 Badali, d'un autre appel^ BaQabit 
et de la moitie d'un troisi^me , connu sous le nom de Balarak. 
lis ^taieU^ a seize corodhs ou milles de Dihly , dans le sail 
(centaine) appelc le sadi de Hindoubat (ridole hindoue): 
ces peuples donnent le nom de sadi a la reunion de cent vil- 
lages. Les territoires dependants de la capitale sonl divisfe 
en centaines, dont chacune a un djeouthari, qui est le cheilh 
ou chef des Hiudous, et un motassarrif on administrateuTi 
charge d'en percevoir les impots. 

H venait d'arriver dans la ville de Dihly, au temps dont 



D'IBN BATOUTAH. ~ 389 

ijUpl js^lj »iU.Xj j,^ U If^ iA^Sy ^ *ts- «^oJl 



'■J» 



je parle, des captives faites parmi les infidMes, et le vizir 
m'en envoya dix. Je donnai une de ces filles esclaves k celui 
qui me les amena, et il ne fut pas satisfait; mes compa- 
gDons en prirent trois toutes jeunes, et je ne sais pas ce que 
les autres sont devenues. Les femrnes captives n'ont presque 
aucune valeur dans Tlnde; car elles sont sales et ne connais- 
sent rien aux convenances des villes. Celles m^mes qui ont 
it^ instruites sont a tres-bon marche , et personne n'a besoin 
d'acheter des captives. Les infid^les occupent dans ce pays 
un territoire et des localit^s adjacents a ceux qui appartien- 
nent aux musulmans qui les ont vaincus. Mais ces Hindous 
se forlifient dans les montagnes et les lieux apres; ils possfe- 
dent, de plus, des fordts de roseaux, lesquels ne sont pas 
creux, qui grossissent beaucoup, s'entreJlacent les uns avec 
les autres, sont k T^preuve du feu, et extremement solides. 
Les infid^les habitent ces for^ts, qyi sont pour eux comnoie 
des murailles; ils gardent dans Tint^rieur les bestiaux et les 
grains; ils recueiilent Teau de pluie. On ne pent en venir a 



390 VOYAGES 

j^J *)-6 5;^ tic *1 o4i «>^J cM-Jl <ie f. . ».«. b^ 4-"-^ 
^SooAj iu»<X«» (^..dftXi..^ «.^ <X»>tj ji(} l^UaSj iU««>^ 

bout a inoins d'avoir des troupes bien aguerries, et renfer- 
mant beaucoup de ces gens qui entrent dans les bois, et con- 
pent les joncs avec des instruments prepares pour un tel but 

DE LA F^TE QUE J'AI VCE PENDANT QUE LE SULTAN 
ETAIT LOIN DE DIHLY. 

La soIennit6 de la rupture du jeune arriva, et le souve- 
rain n'^tait pas encore de retour a Dihiy. Au jour de la ftte, 
le predicateur monta un elephant, sur le dos duquel on avait 
adapte pour lui uue sorte de trone; \ ses quatre angles, on 
avait fich6 quatre etendards , et le pr^dicaleur avait revetu 
des habits noirs. Les muezzins monterent aussi sur des 61i- 
phants, et chanterent devant lui : «Dieu est tout-puissant>. 
Les jurisconsultes etles juges de la ville etaient ^galement 
k cheval , chacun d'eux portant avec soi une aumone , qu 3 
devait faire lors de la sortie vers I'oratoire. Sur ce dernier, 
on avait elev6 une grande tente de coton, orn6e de tapis. 
Le public accourut, louant le Dieu Trfes-Haut; le predica- 
teur pria avec la multitude, il prononga le pr6ne, et puis 



D'lBN BATOUTAH. 391 

J:> Jl iLi^t^ fi^j^ Jt U^^i OjJ^\^ «t''J^^5 <-^i^ 

jPj tf^^l^ *T^^I^ J^t «;.-^ixi pUyi JocJ-^ ^^LUUt 

^^^^jCmi^ Ji^^t a^kxiA Axi\ jjitSj ouJj ^^€\A^, jjoju ^UxUJt 

Aju^. iuU^ <> ^$^ \i^:^^ Aj li- «\xa^^i ^tJi ^j j*:^! 

o^xiJl^ iUiUJyJL ASlyiJl^ JU4I3 J^ (j^ aa^J^ ^[^\ 

ies assistants r^touro^rent k leurs demeures. Nous nous ren- 
dimes au palai§ du sultan, oh Fon servit le repas, auquel furent 
presents Ies grands dignitaires, ies commandants et Ies per- 
sonnages illustres : ceuxci sont (nous Favons d^a dit) Ies 
Strangers. On mangea , et Ton se relira. 

DE L'ARRIVEE DU SULTAN DANS LA CAPITALS , ET DE NOTRE 

RENCONTRE AVEC LUI. 

Le quatri^me jour du mois de chawwal, le sultan arriva 
au cMteau de Tilbat, a sept milles de la capitale. Nous re- 
^iimes du vizir Tordre d'aller a sa rencontre, et nous par- 
times. Chaque personne apportait avec elle son cadeau pour 
le souverain , soit en chevaux, soit en chameaux, ou en fruits 
da Khoraqan, en sabres ^gyptiens, en mamloucs et en 
hrebis, tiroes du pays des Turcs. Nous arrivames a la porte 
dudit cfaateati, ou Ies visiteurs setaient tous rassembl^s; on 
Ies iotroduisait chez le monarque, suivant leur rang, et on 
leur donnait des robes d'honneur en lin, chamarrees d'or. 



392 VOYAGES 



«JlL« Ajc« o^l) <^w.^> V^"-^ 4Xi>>t Axiudfij {^j^ ^ liX^b 

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V^ftJ^ (jy-*^**-l? C^^^ J'^?-^ c^^ viUfc*!^ 4^*^Uo^ ^^^, 

^J J;Lm J^^j^ *5^I oJU. ^jUJ! ^UJJL J Jy^ 

Quand ce fut mon tour, j'entrai et vis le sultan assis sur un 
fauteuil ; je le pris pour un des chambellans^jusqu'k ce que 
j'apergusse avec lui le roi des confidents intimes, Nassir 
eddin alcafy alharaouy, que j'avais connu au temps de Tab- 
sence du souverain. Le chambellan s'inclina , et je fis conuDe 
lui; 6mir Hadjib vint a ma rencontre , et c'est le ills de 
Toncle du sultan, appele Firouz; je m'inclinai une seconde 
fois, a son exemple. Alors ie roi des confidents intimes mc 
dit : « Au nom de Dieu , notre maitre Badr eddin ! » On J 
me nommait de la sorte dans llnde; et quant aux*inoli < 
« notre maitre » , c'est un titre que les Indians donnent i ■ 
tout individu lettr6. 

Je m'approchai du sultan, qui prit ma main, la semi 
continua a la tenir, et me paiia de la mani^re la plus afiable. 
II me dit en persan : « La benediction est descendue, ton ar- 
riv^e est heureuse, sois tranquille; je serai envers toi « 
misericordicux , je te donnerai tant de richesses, que tes 
compalriotes Je sauronl ct viendront le trouver. ■ Puis, il 



D'lBN BATOUTAH. 393 

1^ ^Aa.j l:>I^ Aah L^jJui (^-i^ ItiXj i::AXtjt I>XA»i U^ (J 
f^Jjy (i* "-VJJ ^^ ^ '*-^ L«*j'j^' t**?''^ i-xi^!j 

'^^j ^^*Jli iji^^ Ji^ •i'Ji'j J-AJUit ^>._^ JJil ilSj 

Klj^ xJl a»^j ^^\i tj^\Ji?j ^^-*ia»j yUiJwJI ylf^ Ujm 

kdemanda de quel pays j'tilais, ct je r^pondis : • Du 

, til reprit:«De la contrive d'AbdatmoOmin? ■ el je 

i afTirmntivemeDl. Toutes les fois qu'il me disail 

DC parole, je lui baisais la main, ce que je fis jus- 

5)t fois. II me revetit d'une robe d'hoaneur, et je me 

s les personnes prtsentes se r^unirent, el on leuj' 

t nn testin. A leur t4te itaient : le grand kadhi Sadr 

ihan Na^sir eddin alkh4rezmy, iin des plus grands ju- 

msultes; le grand kadhi des iiiamloiics, Sadr aldjili4n 

1 eddin alghaznfeuy; 'Imad aimolc 'artdk almamdlic 

ipecleur des niamloucs « ; le roi Dj^liil eddin alkidjy, 

^u'une troupe de chambellans et d'^mirs. Q y avail 

t a ce rep* khodhaouend Zadeh Ghiyalh eddin , fils 

^oncle patemel de Khodbauuend Zadeh Kiouaiit eddin, 

e h Termedh , qui ^lait arriv6 avec moi. Le sultan I'lio- 

fUt beaucoup et I'appelail . moti fr^re • ; il 6tait venu sou- 

i de son pays (la Trausoxane), pour rendre visile au 



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**yj^... *'t>M ..... . -* ^ . i. I « < 



394 VOYAGES 

(^JJ! (^U^^ (^JJI :>U^ (j^JJl ^Ia-^ Xy^t^ (^jJl ply 
«5^^ ^^1^,3 ^jJl gly *xl-^l ^1 c;Aii? j^5 A:Ca-I (j^l^ 

souverain de I'lnde. — Les noaveaux arrives qui regareDtd|| 
vetements d'honneur dans cette circoostance, sont: W 

1** KhodhaouendZadeh Kiouam eddin; 

2^ 3** et 4/* Ses Irois fr^res, Dhiya eddin, 'Imad eddia 
et Borh4n eddin ; 

5° Le fils de sa soeur, ^mir bakht, fils du SayyidTi^ 
eddin, dont laieul, Ouadjih eddin, etait vizir du Khori- 
(jan, et i'oncle maternel, 'Ala eddin, ^mir de i'lnde, rt 
aussi vizir; 

6° i;6mir Hibet Allah, fils d'Alfalaky (I'astrologue) alii- 
brizy, dont le p6re etait substitut du vizir dans I'lrak, et 
celui-la m^me qui avait fond<5 a Tibriz I'^cole appelee, Aj 
son nom, Alfalakiyyah; 

7« Le roi K^rai, de la posterite de Behranl Djour (TchoA- 
bin?), compagnon de Cosroes : c'est un habitant de lamoa- 
tagne Badhakhchan (vulgairement, Balakhchan), d'ou Ton 
tire cette sorte de rubis nomme halakhch, aim que la pie''* 
pr6cieuse bleue appelee lapis-lazuU ; 

8"* L'^mir Mobarec chah assamarkandy ; 

9° Aroun Bogha albokhary ; 
10° M^lic Zadeh attirmidby; 



D*IBN BATOUTAH. 395 

u*^3 C:jWJ^ pUsLj ^^/^ *4^ yliaJ^t <^j^ C;^• '^^ 
^l^jtXitf ^ ^OUJsiu «^ ^^^^3 IfCiyiii^ J^4>J ^^IkLJl 

Ci^ £^3 AA«0^^ W^3 iUMjSr^)^ l^Jwo I^^Jd.M ^^.AMmfr XaUm I^aX^ 

,^^^3 ^--^ jLjL^o 4::>l^l^ AkAjLJt (j<a.xj ^ Jgc»r>3 iLjuo^ 

11° Chihab eddin alcaz^rouny, le marchand, qui avait 
apport6 de Tibriz des cadeaiix pour le sultan , et qui fut 
pilli en route. 

DE VENTREE DE I/EMPEREUR DANS SA GAPITALE, ET DES MONTURES 

QD'IL NOUS FIT DONNER. 

Le iendemain de notre sortie a la rencontre du sultan, 
chacun de nous regut un cheval des ^curies imperiales, 
a-vec une selle et une bride , couverles d'ornements. Le sou- 
verain monta a cheval pour faire son entree dans sa capitale ; 
nous en fimes autant, marchant dans son avant-garde avec 
Sadr aldjihan. On para les Elephants devaijt le mouarque, on 
init sur eux les ^tendards, ainsi que seize parasols, dont 
<Itielques-uns 6taient chamarres d'or, et d'autres cmbellis 
*vec de Tor et des pierreries. Sur la t6te du sultan, on 61eva 
*U8si un parasol de ce genre , et I'on porta devant le souve- 
^ain la ghdchiyah, qui est une housse pour recouvrir la selle, 
*Ocrust6e d'or et de diamants. On plaga des petites balistes 
^Ur quelques ^l^phants, et quand le sultan fut arrivi pres 



396 VOYAGES 

outJU03 J^Xj^t ^ ffL&JLl (j^ (3.^1) <^«N! (iTS-? (;;K9>^^^' 



S^^n^ ^':>^\ ^^^^, ^3 eJULJt iJuJS oUtJuM i UJi 



de la ville, on ianga, au moyen de ces machines, des pito 
d'or et d'argent melees. Les gens k pied qui etaient devant 
le sultan , et d'autres personnes presentes dans ia foule, ft 
massaient ces monuaies. Cela continua jusqu'k cc qu'oo 
entrat dans le chateau ; des milliers d'individus marchaient 
a pied devant le souverain. On construisit des coupolesen 
bois, recouvertes d'6toffes de soie; elles renfermaient te 
chanteuses, suivant ce que nous avons d^jk racont6 ice 
sujet. 

DE NOTRB ENTREE CHEZ LE SULTAN, DES BIENFAITS QU'IL «00» 
AGGORDA, DU GODVERNEMENT ET DES CHARGES DONT IL KOCS ; 
INVESTIT. 

Le vendredi, deuxieme jour apr^s larrivee du soaverain 
a Dihly, nous nous rendimes k la porte de la grande saHc 
d' audience, et nous assimes sur les bancs de la troisifeme 
porte : Tordre pour etre introduits ne nous etait pas encore i 
parvenu. Le chambellan Chams eddin alfouchendjy sortit; ' 



D'IBN BATOUTAH. 397 

Q jjUaXiJt jl! xj cajI^ j\j^:> vJJ! i^jU JU! jJlx* ^}^^ 

il dit aux secretaires decrire nos noms, il leur permit de 
nousfaire entrer, ainsi que quelquesuns de nos camarades, 
et fixa k huit le nombre de ceux qui devaient 6tre intro- 
daits avec moi : nous entrames done, en compagnie de ces 
deroiers. On apporta des sacs d argent et le kahhdn , c*est-k- 
dire la « balances le grand juge et les secretaires s'assi- 
r^nt; ils appel^rent les hommes illustres, ou les Strangers, 
qui etaient a la porte, et assignerent a chacun d'eux sa 
part de ces bourses d'argent. Je touchai cinq mille dinars, 
^ la somme totale ^lait de cent mille dinars, que la m^re 
du sultan distribuait en aumones, a Toccasion du retour 
de son fils. Pour ce jour-la nous nous retirames. 

Plus tard, le souveraiu nous fit appeler pour nous faire 
Hnanger en sa presence; il nous demanda de nos nouvelles, 
^ nous parla de la fa(^on la plus aiTectueuse. II nous dit 
toe fois : « Vous nous avez honore par votre visite dans ce 
pays J et nous ne saurions assez vous r^compenser. Celui 
d'entre vous qui est vieux sera consid6r6 co'mme mon p^re; 
oelui doot Tige est mur, comnie mon frere; et celui qui est 



398 VOYAGES 

^jJt^ci^l^ «;i>5)j^3! j^ UJ e^ pCi^t o2«^ 4^ j^ ^ 
Jyb >JU Jy^ ^t U ^U-f j^jlJI c^^U dJUt 4Jju^ 

^^ ^.t.^ oJCm^ vd3i> XjLxIoftt ^^ds^^l 3! (j^^<>oJl y 

p^^ 1^^:^ JJ ot^-j^^^J^ Jlj^^t JuuiA^- u^^^ V"^ ' 



jeune, je le regarderai comme mon fils. H n'y a rien diDS ' 
mon royaume de plus pr^cieux que cette capitale, et je 
vous la donne. «> Nous le remerciames et fimes des vceux 
pour lui. Ensuite il nous accorda des pensions, et il m'a«- 
signa douze mille dinars par an; il ajouta deux villages tux 
trois qu il m'avait confer(^s auparavant: ce furent ceux noia- 
mes Djaouzah et Malicpour. 

Un jour le sultan nous envoya Khodhaouend Zadeh Ghi- 
yath eddin, et Kothb almolc, gouverneur du Sind, qoi 
nous parl^rent ainsi qu'il suit : « Le maitre du monde voM 
fait dire ceci : » « Celui parmi vous qui est en ^tat de remp& 
« les fonctions de vizir, de secretaire , de commandant, de 
« juge, de professeur ou de sup^rieur dans un ermitage, etc. 
« (moi, le sultan) , je les lui procurerai. » Tout le monde « 
tut, car ils voulaient tous acquerir des richesses et re- 
tourner ensuite dans leurs pays. Emir bakht, fils da sei- 
gneur Tadj eddin, dont nous avons d6ja fait mention, pri* 
la parole et dit : « Pour le vizirat, c'est pr^cis^ment mon he- 



D*IBN BATOUTAH. 399 

»^!)JO^! j^ J Jb^ siUs JlI-* JLiLi cifiuLJl ^1 ^t iLu5 
<;^^ UI^^x-^ ^UiLJt iisxio\Jtff dU jw^ 4>^^^.M>udL ^1 ^^i 



ritage; et quant aux fonctions de^ecretaire, cest raon occu- 
patiou : je ne connais pas autre cTOse. » Hibet Allah, fils d'Al- 
falal^y, paria dans des termes analogues; alors Rhodhaouend 
Zadeh s'adressa a moi, en larigue arabe, et dit : « Quelle est 
ta reponse, atoi, 6 mon sayyid? » « seigneur ». Les gens de ce 
pays n'appellent jamais un Arabe que du noni de seigneur; 
ainsi fait le sul^Ein lui-meme pour honorer la nation arabe. 
Je dis : «Les fonctions de minislre d*6tat, ni celles de se- 
cretaire, ne sont point faites pour nioi; mais quant a la di- 
gnity de juge et de cheikh ou superieur, c'est la mon occu- 
pation et celle de mes ancetres. Pour ce qui concerne la 
charge de commandant, vous savez bien qne les barbares 
n'ont adopts Tislamisme que forces par les sabres des Arabes. « 
Lorsque le sultan connut mes paroles, il les approuva; il 
se trouvait a ce moment-la dans la partie du chateau ap- 
pel^e Mille colonnes, et il mangeait. II nous envoya qu6rir, 
nous mangeames en sa presence et en sa compagnie; puis 
nous nous retirames a I'ext^rieur de la grande salle d'au- 
dience des mille colonnes; mes compagnons s'assirent, et 
je partis a cause d'un furoncle qui m'emp^chait de in'as- 



400 VOYAGES 

g^ j^^ »>L5! ivUjJl^ c^J j,ym, JviAfli^^I »5U 
(j^y^^ :>\:>jjfsA\ ^UiXmJI a)u(4 (^^>^»<xXl »^^t^^.f^l 

jjy^I ^ (3^ ^ (^»^ (jyi ^5-fi?UJl (j*J:sSo ^^^4 jUfii ^5^1 

i {jy^. ^^ ^f^Jl ^j^i^ ftLuM^ jjb&Jl ^^^ ^54wJ iu&iSjyt 

seoir. Le souverain nous aemanda une seconde fois; ntfs 
camarades entr^rent et ils lu'excuserent aupres de lui. k 
revins apresla pri^re de Tapr^s-midi, et j'accomplis dam \ 
la salle d'audience les deux pri^res du coucher du soleil ^ 
de la nuit close. 

Le chambellan sortit et nous appelaf ^Qiodhaoaend 
Zadeh Dhiya cddin entra, et c'etait I'ain^ des trois fiirtf 
nientionn^s plus haut. Le sultan le nomma imir ddi « cm 
mandant de lajustice >, cequi designe un desprincipaux^rs. 
U si^eait dans le tribunal du juge, etse faisait ameoerlef 
personnes qui avaient quelque droit a faire vadoir centre uo j 
commandant ou un grand. Le souverain fixa son traitemefit | 
pour cet emploi a cinquante mille dinars par an; il luitni- 
gna des prairies du revenu de cette somme , et lui donna cin- 
quante mille dinars comptant. II le revetit d'ane robed*hon- 
ueur de soie chamarr^ d or et appelee [r figure da ckir, on 
du lion » car elle portait sur le devant , ainsi qa au dos,.la re- 
presentation d\in lion. On avait cousu dans Tint^'eor 
du \etement un billet qui faisait connaitre la quantity de 



J 



D'IBN BATOUTAH. 401 

cMI ^^jM^ ^.^^^jfj^^ cr^-*^^' *JH)' (^*>^^-^ wM!^ Jjii'l 

Ui&JJll »jkii\» L^lggt ^ynSii^jJia^ 

dJUll Gj^ fcJU^ idwAj ^ JJI iUX^ aJ^ 2^^^ !>4^ W^ 



Tor employ^ pour ses broderies. Le sultan lui fit donner 
anssi un cheval de la premiere race; or, Ton conuait dans 
llnde quatre races de chevaux. Les selles, dans ce pays, 
sent semblables aux selles 6gyptiennes, et elles sont; en 
grande partie, recouvertes d argent dor6 ou vermeil. 

Le second qui enlra ce fut ^mir bakht; le sultan lui or- 
donna de s'asseoir avec le vizir sur le coussin de celui-ci, 
et d'examiner les comptes des bureaux. II fixa ses bono- 
raires a quarante miile dinars par ann^e, lui assigna des 
pr^ jusqu'a concurrence de ce revenu, et lui donna en ar- 
gent comptant quarante mille dinars. En outre, il lui fit 
donner un cheval seII6 et bride, une robe d'honneur pa- 
it^ille ^celle qu'avait re^ue Dhiya eddin, et le surnomma 
Cherefalmolc « la gloire du royaume ». Hibet allah , fils d'Al- 
falaky, eotra le troisienie chez le sultan, qui le nomma 
wttfoM ddr, c'est-a dire le chambellan charge des ambassades 
oa missions. Son traitement fut fix^ a vingt-quatre mille 
dtoftrs par an, on lui assigna des prairies de cc revenu an- 
iiuel, on lui donna ensiis vingt-quatre mille dinars a tou- 

III. 'iG 



402 VOYAGES 

liUJlJ «i JIS **U o4«- Q^ *!»«>s> (:JSJ uUli^ %»5j*4i 
x^ U JvB.b lOoLj Uit jAA (^\i JJ>*)j U,t Jot 

JJ^l^ A^oU-^ A^::^'**^ ^^ Jlkc)^ 'Oti iZsi ^J\ t j^ jut)j 

^IkUl 3 JUi ^UftLJl Jl ^ |«5oUi ^Jou Jw>.l3 iL,^ 

cher de la main a la main, un cheval selle et brid^, ainn 
quun v^tement d'hooDeur. Le souverain le surnonpi 
Mhd dlmolc « la splendeur du royaume ». 

J entrai a mon tour, et trouvai le sultan sur la ievnat 
du chateau, appuy6 contre le Irone; le vizir Khodjah Dp- 
ban etait devant iui, et le grand roi Kaboulab ^tait deboot 
en pr&ence du monarque. Quand j'eus salu^ celni-d, b- 
boulah me dit : «Incline-toi et pr6te hommage, car fe 
maitre du monde t'a nomni^ juge dans la capitale do 
royaume, a Dibly. U a fix^ tes bonoraires a douze mille di- 
nars par ann^e et fa assigne des cbamps de ce rapport 1 
a ordonn^ de te payer douze mille dinars en argent conp' 
tant, que tu pourras toucber demain au tr^r, s'il plaiti 
Dieu. II te donne un cbeval avec sa selle et sa bride, ainfl 
qu'un v^tement de mahdriby, » On appelle de la sortc b 
robe qui porte sur le devant et au dos la figure d'un mi- 
rdb (ou autel; au pluriel, mahdrib). Je m'inclinai profcft- 
dement. Kaboulab prit ma main et me conduisit vers te 
sultan , qui me dil : « Ne crois pas que la judicature a Dihlj 



DIBN BATOUTAH. 403 

JLiUi^l ^.s&l yft JUci^l jA^\ (^ Ja»i. *t.aJ» «,,«.^' ^ 






soit chose de pcu criinportgncc ; c'cst, au contraire, chez nous, 
Temploi le plus considerable. » Pour moi, je comprenais fort 
bien son discours, niais jc no savais pas i^pondreconvenabIe< 
inentdans la meme laiigue. Le sultan, de son cote, compre- 
nait Tarabe* mais il ne pouvait pas le parler couramnient. 
Je repondis au souvernin : « () notre mailre, moi je pro- 
fesse ou suis le rile de Malic, et les habitants dc Dihiy son! 
han^fites; de plus, jc ne sais pas leur langue. » II reprit : 
« J'ai d^ja choisi pour tcs substituts Beha cddin almoltany 
et Cam&l eddin albidjnaoury; ils d61ib6reront avcc toi, et 
tu I^aliseras les actcs; tu tiendras pr^s dc moi la place 
d*un (ils. » Je r^pliquai : « Ou bien plutot, celle de votrc 
serviteuret de votre esclave. » Alors Ic sultan dit en arabe : 
« Au contraire, tu es notre seigneur et notre niaitre. » Cela 
fut un effet de son humility, de sa bont6 et de sa com- 
plaisance. II dit ensuite a Cheref almolc 6mir bakht : « Dans 
le cas ou ce que je lui ai assigne ne lui suiFirait pas, car il 
est un hommc de beaucoup de ddpense, je lui donnorai en 
sus un crmitage, s'il peut prendre sur lui de vciller a re 

3G. 



406 VOYAGES 



yJUJt ^jc«^t (^oJI j^U b^j^ ^W* cib "^^ ^ 
Jt J^^^Xit ^oJl^^b b^j^ j«Xi vl!^ (j2Mj jU ib^ip 



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iLitjil ^ ^ y) ^U ^^^J i>liut*5 <-*^UL u4^ 



lyUN SECOND GADEAU EN ABGEITT QUE ME FIT L*EMPE1USUR, 
ET DU RETARD QU'EPROUVA LE PAVEMENT. . 

Je mc trouvais un jour dans la partie du chateau consacrie 
aux audiences , et c*etait quelque temps apr^s que j'eus i^ 
innesti de la dignity de juge et que j'eus regu Jes bienfaits 
du* sultan. J'^tais assis sous un arbre, et il y avait a mon 
c6te notre maitre Nassir eddin attirmidhy , le savant pri- 
dicateur. Un chambellan sortit, appeia notre maitre NSssir 
eddin, qui entra chez le souverain. II en .regut uq vfte- 
ment d'honneur et un Koran orn6 de pierres pricieuses. 
Ensuite un chambellan vint a mioi, et dit : «DonDe-niof 
quelque chose , et je te procurerai un khattk khord « pelil 
6crit» de douze mille (dinars), que le maitre du moodea 
ordonn6 de te payer. » Je ne le crus point et pensai qu'il 
voulait me tromper; mais il insista sur son propos, et Yuu 
de mes compagnons dik : «^oi, je lui donnerai. » II loi 
donna deux ou trois dinars, et le chambellan apporta un 
khatth khord, ce qui veut dire « le pelil 6crit », du conleou 
qu'il avail dit, eUaver son visa. II porlait ceci : « Le maitre 



D'IBN BATOUTAH. 407 

jJLAt 4-^xj;?^ AirfjjCJ ^^\ y!^ ^^Xja> ^J'^ \^6jyyM 

4y^U> ^J:>l^oOI ^\jv >^i^^jw4:^l^ p^^l^ .xiLii iOirf^ 

Jl ii^V^L <-^*>o *ia^ ji-^. <Xj»-b J^ c-uTlsU c;>!3jJl 



du monde ordonne qu on paye sur le trisor Ires-copieux , a 
un tel, telle somtne, par les soins d'un tel, c'est-a-dire par 
suite de sa notification ou de son visa. » 

Ceiui qui transmet i'ordre ecrit son nom; trois ^niirs 
y mettent leurs signatures, et ce sont : i** le grand khan 
Kothlou khan, pl'ecepteur du souverain ; 2° le khariihehddr, 
qui a en d^pot les ranies de papier et les roseaux pour 
dcrire; 3^ leniir Nocbiah adddoudddr « le porte^ncrier » ; 
c'est celui qui a la garde des encriers. Quand tons ceux-ci 
ont mis leur griffe sur le brevet, on I'envoie aux bureaux 
du vizirat, oil les secretaires en prennent copie; puis ou 
Tenregistre dans les bureaux du contr61e ou des visas, et 
dans ceux de Tinspeclion. On exp^die le peroudneh « la pa- 
lente, le diplorae », qui est Tordre du vizir au trisorier de 
d^bourser la somme. Celui-ci en prend note dans ses bu- 
reaux; lous les jours il ^crit un resume, ou rapport sjic- 
cinct, des sooixnes que le sultan a command^ de payer ce 
jour-la, et ii le Ini pr^sente. Lorsque Ic prince veut que 
bon don soit acquitt6 inuiiediatement, il donne ses ordres 



408 VOYAGES 



^ (3^1 »jum3 JsLftt O^l ^>&'^ 3< ^\ {:5!^x^ ^1 



jr jJuJ^ t3:>l;t U^ ^p^l^l i kxXJLj\ U3 ^\kJuJ! i^<XyJI 

en consequence , et quand il desire qu'on attende , il fait sus- 
pendre. Toutefois, le payement se fait toujours, quand bieD 
m^me ce serait iongtemps apr^s que le bienfait a ^t^ promis. 
Je nai touch^ ces douze mille (dinars} que six mois pios 
t^rd, et avec d'autres fonds, ainsi que je ]e dirai ci-dessous. 
II est d'usage, chez les Indiens, de d^falquer constam- 
ment un dixi^oie des sommes dont le sultan gratifie quel- 
quun. Celui a qui le souverain a promis, par exemple, 
cent mille dinars, n'en.reQoit que quatre-vingt-dix mille; 
celui en feveur duquel il a ordonn6 de payer dix mille di- 
nars , n'en touche que neuf mille. 

DE LA DEMANDS D£ MES CREANCIERS AU SUJET DE GE QUE JE LEDB 
DEVAIS; DE MON PANEGTRIQUE DO SULTAN; DE L'ORDBE QITIL 
DONNA DE PAYER POUR MOl MES DETTE^, ET DU RETARD QO*B- 
PROUVA L'EXEGUTION DE SON GOMMANDEMENT. 

J'ai deja racont6 que je m'^tais endett^ envers des nMff- 
chands d'une somme que j'avais depens^e pendant Bion 
voyage, ou qui m'avait servi a acheter le cadeau pour le 
sultan de Flnde , et aussi a payer les frais de mon s^joor i 
Dihly. Quand ces marchands voulurent retourner dans leur 



D'IBN BATOUTAH. 409 

»4>HH^ (^UaXiJl cx»-«>si f^yf.^ tf'AIs i (^ ipH 1^^^ 

^jj^t *i):>^:?- (Jalj (j^ ib?-U* J^ 



pays , lis insist^rent pres de moi pour rentrer dans leurs 
cr^aDces. Alors je fis Teloge du souverain dans une longue 
piice de vers, dont le commencement est ainsi qu'il suit: 

Nous sommes venus vers toi, 6 prince des croyants v^n^r^; et pour 
ceia noas avons traverse avec c^l^rit^ plus d*un desert. 

Je suis arriYd comme un pMerin dans ie lieu de ton illustration ; ta 
demeure est un asile bien digne d'etre visits. 

S*il y avait au^dessus du soleil une place pour la gioire , son ^l^va- 
lion m^riterait que tu en fusses Tim^m; * 

Car tu es ie chef illustre , Tunique , dont le naturel est d'etre pur et 
sincere, 8oit qu*il parle, soit quil agisse. 

Or, j*ai un besoin dont j'esp^re la satisfaction de ta grande lib^ralit^ , 
et mon but est une chose facile aupr^s de ta noblesse. 

Doi5-je le mentionner, ou bien la crainte de Votre Majesty doit-elle 
me le ddfendre? Gependant (que Dieu fassc vivre Ie souverain I) , il van- 
dra mieuz que je ie fasse connaitre. 



410 VOYAGES 

9 w 



}j—^\j dLJL^ i\^ (j^ JJ^ 







owXJ^I tsl ouLS^ c^«>h^? a^( ^>^^ ^"^^ V>^ i^L^I^ 

Jt J; !^-M5JoJ <^*>V^^ iXXuD- V>^ *^^l^ *ii^ ^>^ 

omjlS} 5<>w* oal^ JJiw ^UJI jllifr^ cA^«x^^ lyxJUbb 



Hate-toi de f)ayer ies dettes de celui qui est venu dans ton pays poor 
te rendre visite; certes, Ies cr^ancicrs pressent. 

Je pr^sentai moa poeme au sultan , qui ^tait assis sur ud 
fauteuil; il mil le papier sur son genou, eten pritunedesei- 
tr^mitfe avec sa main, pendant que je tenais I'autre bout 
Je lisais, et a mesure que je finissais un distique, je disais 
au juge des juges, Camal eddin algliazn^ouy : « £xpliques-6D 
le sens au maitre du monde. » II le faisait, et cela plaisaitau 
sultan, car Ies Indiens aiment la po^sie arabe. Lorsqueje 
fas arriv6 au passage : « Hate-toi de payer Ies dettes de celui 
qui est venu , etc. » , le souverain dit : Marhamah « misen- 
corde », ou , en d'^utres termes : « faurai compassion de toi •• . 
Alors Ies chambellans me prirenl par la main , ils voulaient 
me conduire a leur place pour que je saluasse selon Tusage: 
mais le sultan reprit : « Laissez-le jusqu'k ce qu'il ait finisa 
lecture. » Je la terminal, et saluai profond^menl ; Ies assis- 
lants me congratul^rent a cetle occasion. Quelque temp* 
apres, j'ecrivis une supplique , qu'on appellc dans ilnde 



D^IBN BATOUTAH. kU 



1L«D JJS tlajt^ ^ JliLi x^^t^ aJI ^^ AJ^:> Jax4 ^ 

Ml 

»i>*U *-<UjJI ^^^i> (a^• Jc>.^ ^^ (j^5 iXa.^ J^ (^ xjI 

"cciyIA clodlt « petition ^crite*; je la passai a Kothb aimolc, 
gouvemeur da Sind , qui la remit au sultan, lequel lui dit : 
« Va chez Kliodjah DjiMn, et dis-lui de ma part de payer 
ses dettes » (celles de notre voyageur). II y alia, rinforma de 
la voloot^ du sultan, et le vizir r^pondit : Out, cest hien, 
Queiques jours se passerent, etsur ces entrefaites, le souve- 
fain dit au vizir de se rendre a Daoulet Abad. Dans cet in- 
tervalle de temps, le monarque lui-m^me partit pour la 
chasse, comme le vizir pour son voyage, et je ne pus tou- 
dier la moindre somme, si ce n'est plus tard. Or, je vais 
mentionner avec detail la cause, du retard survenu dans le 
payement de cet argent. 

Lorsque mes cr^anciers voulurent partir de Dihly, je 
lear dis : « Au moment oil je me rendrai au palais du sul- 
tan, attaquez-moi, suivant Tusage de ce pays. » En eOet, je 
Mvaia que d^s Tinstant ou le souverain apprendraji ceia, 
il les payerait. G^est une habitude, dans Flnde, que le 
cr^ancier d'un personnage protege par le sultan, lorsqu'il 
veul £tre pay^, attende son d^bileur a la porle du palais 



412 VOYAGES 

>I tj^Ui ^U^i (^oJl ^JLmi ^ ii^Ut ^ JUi i^J^ 



w -!^ ^^ * * 



du monarque, et qu'il lui dise, quand il veut entrer, ce 
qui suit : ^Derovkai assolthdn «6 ennemi de remperenri, 
je jure par lia tete du sultan que tu n'entreras point, jw* 
qu'a ce que tu m'aies pay^. » H ne peut pas quitter sa place 
qu'il n'ait satisfait son cr6ancier , ou qu'il n'ait obtenu de W 
un delai. Un jour, il arriva que le souverain sortit pour n- 
siter le tombeau de son p^re, et qu'il descendit la dansun 
chateau. Je dis a mes marchands : « Voici le moment favo- 
rable. » Lorsque je voulus entrer, ils etaient a la portcdn 
chateau et me dirent : « Derouhai assolthdn, tu n'entreras pa» 
que tu n'aies pay6 ce que tu^ nous dois. » Les secretaires pla- \ 
c6s a la porle 6crivirent cela au souverain. La-dessus aortil 
du palais hddjib kissah • le chambellan des requites » ChaB» - 
eddin, un des plus grands jurisconsultes, qui demandaaox 
marchands pour quels motifs ils m'avaient attaqu^; ilsri- 1 
pondiD^nt qu'ils Etaient mes creanciers. Ghams eddin it- 
tourna chez le monarque, il Tinforma de cette circon^ 
tance, et celui-ci lui ordonna d'interroger les marchaDdi 
sur le montant de la dette; ils lui dirent que c'^tait du- < 



D'IBN BATOUTAH. 413 



][^LJLaJI (2):><3J| SU$ j^t^ Xj oyJJxj ^ XJU jXjUo^t 



^{^ aJi> -M^ UyiLisj^ lyJ) tj^yoJu^ ^:>yu. ^^oJl >l 
:»^jL«JI c;>^ ftU^I^ ^IkUJt Jl :^U.<Xi |^:>yuu i^tU^xJt 

\ 1$ lyAj iijUi j^ ^jbb aJi jb^l bl U.j,\i Jb^ Jijfiy; 



qaante-cipq mille dinars. Le chatnbellan le dit au souve- 
ran , qui lui commanda de se rendre pr^s des cr^anciers , 
et de leur parier en ces termes : « Le Maitre du monde vous 
fait dire ceci : « La somme est chez moi , je vous ferai rendre 
•justice, et n'exigez plus rien maintenant de votre d^bi- 
• teur. » 

Le sultan chargea Imad eddin assimnany et Khodha- 
ouend Zadeh Ghiyath eddin de singer dans la salle des 
mSle colonnes pour examiner et verifier les obligations ou 
. lesreijus que lesdits cr^anciers leur apporteraient. Cela fait, 
fun et Fautre rendirent compte au souverain que les pieces 
^taient en ligle; ce dernier sourit, et dit en plaisantant: 
*Je sais que le d^biteur est un juge, il aura bien arrange 
*0Q affaire. » 11 dit ensuite a Khodhaouend Zadeh de noe 
piyer cette somme avec I'argent du tr^sor; mais ce fonc- 
tionnaire exigea de moi un don d'avance, et refusa d'ecrire le 
ttaVk khord, ou mandat. Je lui envoyai deux cents ten- 
galis; il ne fut pas satisfait et les renvoya; un de ses servi- 
tears me dit de sa part qu il en voulait cinq cents; mais je 



414 VOYAGES 

M>\ llu i(:>t).KJ3t«x^ ,^14 J^ jLi^ c^ v^^ <y^l^ 
^XJa^ U^yj i^ui^\ I J^ XA^^^I li>t AjOdC ^t ^^^xXaJU 






refusal. Je racontai ces choses a ^Amid almolc, iils dlmad 
eddin assimuany, qui en informa son pere; cela vintaosri 
a la connaissancc du vizir, qui ^tait un ennemi persoanei 
de Khodhaouend Zadeh. Or il en parla au sultan, el il Ini 
fit connaitre beaucoup d'actes r6pr6hensibies de Kho- 
dhaouend Zadeh ; de sorte que le souverain changea (fc 
sentiments a Fegard de ce dernier, et ordonna de le mettre 
aux arrets dans la ville. II ajouta : « Pour quelle raison «b 
tel lui a-t-il verse cette somme? Ainsi, qu'on suspendetoflt 
payement , jusqu a ce que i*on sache si Khodhaoueiw 
Zadeh donne quelque chose lorsque j'ai d^fendu de iefairet 
ou refuse de payer ce que j'ai donn^. » Tel fut le motif <l" 
retard que subit Tacquittement de ma dette. 

DO DEPART DU SULTAN POUR LA CHASSE, DE MA SORTIE AVEC LUIt 
ET DE CE QUE JE FIS DANS CETTE GIRCONSTANGE. 

Lorsque Tempereur se rendit a la chasse, je partis avec 
lui sans aucun d^lai. J'avais d6ja prepare tout ce qui ftiit 
necessairc, me conformant aux habitudes du people i^ 



D'IBN BATOUTAH. 415 

i>^1^ ^^^ (jUoUJl »^\j^j\jJiy ^UJI ^14 W^ ^ ^3 

JJUi5 »:>UJl3 aLJ^I ^ JlJM^ ^^U^t ^ JUpi dJi> 

^ic ji^^i ^3ji^3 1^3-^3 ^Ir-J' u^eH^ o^*^' (^3 

llnde. J'avais achele uoe sdrdtcheh « petit palais, tentesw, 
appelde aussi afrddj, et quon peut librement dresser dans 
ce pap-Ia. Tout grand personnage doit en ^tre pourvu; 
cdle du sultan se distingue des autres, car elle est rouge, 
tandis que les s^rajchehs dcs sujets sont blanches, et bro- 
dfes de bleu. Je fis emplette du saioadn « toile, tente », du- 
<pel on se sert pour ombrager I'int^rieur de la s^ratcheh , 
fit qo'on ilk\e sur deux grands piliers. Le tout est port6 
snr les ^pauies par des hommes qui sont nomm^s alcaioud-' 
^ah. C'est Tusage, dans Flnde, que chaque voyageur loue 
de oes caiduaniyah, dont nous venous de parler. U doit 
^^^'ler aussi des gens qui lui fournissent Therbe pour la 
pitDre des b^tes de somnie> car les Indiens ne leur donnent 
point k manger de la paille. II doit louer encore des cohd- 
^^{gohdrt?), qui portent les ustensiles de cuisine; des in- 
^iduspour le porter loi-meme (Jans le palanquin, duquel 
^^avoas parl^.pr^c^demment, et pour transporter celui- 
^qnaod ii est vide; des farrdchs « valets », qui dressent les 
^tes, y itendent des tapis, et chargent les fardeaux sur 



416 VOYAGES 

Jl ci^fcjuf iU4?db Jj>^ i *^^^33 oJt^^ OM^ cS'^;^ <i* 



ddouddaouiyah, ou coureurs, dont i 
vant le voVfigeur, et de tenir k 1* . 



les chanieaux ; enfin , des 

I'ofiice est de marcher devant le voy^igeur 

main les flambeaux dans la nuit. Je me procurai, pour mi ! 

part , tout ce qu'ii me fallait de gens , et fis parade de vi- * 

gueur et de decision ; je sortis le jour m^m.e du depart 

du souverain , tandis que les autres personnes de sa suite 

rest^rent encore a Dihly deux ou trois jours apr^ qui 

fut parti. 

Le jour de sa sortie, le sultan monta sur uu ^l^phant, . 
lorsque la priere de Tapr^s-midi fut accomplie. II fit odt i 
dans le but d'eitaminer ou, en ^taient les gens (de la coor)« 
et de connaitre ceux qui s'^taient faiths de sortir et ceax 
qui avaient tarde. II s'assit d'abord a Textirieur des ten* 
tes , sur un fauteuil ; j'arrivai , je saluai , et me tins debout i 
ma place, sur la droite. Le souverain m'envoya le grand 
roi Kaboulah serdjdmaddr «gardien en chef de la garde- 
robe » , ou celui qui est occupi a ecarter de. lui les mouches, 
et m'ordonna de m'asseoir, par une faveur particuli^- 
Personne , excepte moi , ne s'assit a cette occasion. On amena 




DTHN ItYrOL'TAIl. ^17 

; i i 

_iVi^«j *>-yb j-«l y Vyi 'JT-iil *-5;m u' -^ 'il 

» JJi> JJb4 #jU^ ^^ ><>s-j j.,&« amV" fi^ ^UaLnJI 

|j£lifpbaat, coDtre lequel on nppiiyB uoe t^chellf), el le su)- 
1 Te montn. Ofi mil Ic parasol sur la tCtcda nionaniiif, 
I partil t'n conipajjule de ses intiinps; il clrcul.i une 

«, piiis il reviiit atu tcntes. 

U est (I'usage. qiiand le siiltan monte ii cbcval, (|ur Ii^n 

|6n»0iiiKlaal» en Taasent tous aulaiit, eil I'oule, chacuu d'etix 

I la l£te de ses li'Oiipes, ^vec ses drajieanx, ses laoiliours, 

t U'Ompetli^H et sea hautbois. Tout cein c&t iiuiiiini^ ^o» 

pfnde atini!fiitib • ii«gi-£>>, digniles. iustgiies •. Devaiit le sul- 

rcbL-at a cheval que lus chuiubellam ,. icn luusi- 

bieBS, Ics ttinbaliers <fui porteni tia cou de pctites timbiiloR. 

L lei joueurs ile KaullxiiM. }l y ii a bi droite dii souv^ruiii 

mviron '{uioxe horuincs , eL ^ gu gauclte uii parcit nonibrc. 

" • ionl leu giantls JiigCb, ie vi/ir. quttlqiicii coniitiiiiidantt 

ntncipaux, eL (|tiel(|ues-uns des persoimaf^s illuslri'i;, o^ 

praogers; jc iii^ trouvais, nioi, parnii caux qui titaienl h 

Dilc. Ea Bvacil du Rultan aonl reux qui vntiL ii pied, ct les 

"guides; derritVe lui, acs drnpeaux, qui sont on soie fba- 

nisn'^ d'or, Ipk laaibours port» par des rJianip-ans ; puis 



I 




1 



MH VO\A(,F.S 

^j ^UJl gjiT, >^I ^1r*^S *^^^^ •^'a *^^ -^ 

} i) ny^ i j^-i ]^ ujiy*» -i^^ uj^' ^^ (^ *='»!)■ 

4L« .><^lj J^ >>s> jj -^.j-m st-ul _,^ui^>, .>u^l clji 

jtllVI liUji yii*J i yltf^, AK^ iKU» =ti y-i ^AJLfclJ -UfaJ 



viennenl ses mamioflcs, les personnes de son intiDiil^.en 
Gules coiiimaDdanis el laniultilude. 

Personne ne sail oi'i Ton fera lialte. Quand Ic sultan pan 
dans un lietf oil il lui piait de camper, il ordonno fju'SI 
s'arr^te, et duI ne dresse sa tente avanl cellc du souv^rain 
AIm-s les individiis charges du campemeni font descendt 
chacun a la place convenabie. Sur ces entrefaiIe.^■ Ip ntf 
□arque sYtaliiit pres d'nne riviere ou entre des arbres. *i 
on lui apporle de la viande de brebis, des poulets gras. d* 
grues et autre gibier. Les tils des grands dignilaires amvanl 
teoaat tousa ia inaii^une brocbe, ils allument le feu zttifit 
r6lir ces viandes. On priipare pour le tnonarque une ptSi 
lenle, et les favoris qui sont avec lui s'assejent k rext^riiMU 
'on apporte les mets, el le sultan fait veuir qui lui couvilV 
pour manger avec lui. 

Un jour que I'empereur etait daus sa petite tenle. Hit 
landa qui setrouvail ou dehors. Le seigneur Nissir edtfii 



D'IBN BATOUTAH. 419 



y^3 dLH^' U^ ^ A^t#JO J^l ^y^^^l jJjjai ^j^^xJ! 

Ml 

^j,l^3 »U a1^:> dUii I Jv^Jjjkto-^ jft^UijLjjiiy^^l pjji^ 

•JULi xa)^ ^^JJI ^^jJi ^t^^ jjsic^ JU* p^! dJs jjXrf 
JJ^U^ «^l)JO^I j^ y\(5 JUt aJs ^ii^U A3|)il Jt jU L 



Mothahher alaouhery, uu de ses comraensaux, Iiii dit : « H 
y a la un tel, le Barbaresque, qui n'est pas content »> — 
« Pourquoi cela? » demanda le sultan. Mothahher r^pondit ; 
• A cause de la delte qu'il a , et parce que ses cr^anciers in- 
sistent pour 6tre payes. Le niaitre du raonde avait ordonn6 au 
vizir de lui payer cette sonimo, inais il partit sans le faire. 
S'il plaisait a notre niaitre de prescrire aux cr^anciers d*at- 
tendre Tarrivee du vizir, ou bien de donner I'ordrepour qu'ils 
fussent satisfaits?» Le roi Daoulet chah etait present, et le 
sultan Tappelait « mon oncle ». II dit : « O maitre du monde! 
toute la journ^e ce Barbaresque nous parle en arabe, et je 
ne sais pas ce que cela signific. toi, mon maitre, Nas- 
sir eddin, sais-tu ce qu'il dit? » Son but etait de lui faire r6- 
p6ter ces choses. II r(ipondit : « II parte au sujet des dettcs 
qu'il a contractees. » Le sultan reprit : « Lorsque nous serous 
rentr^s a Dihly, va toi-mt»me, 6 oumar, au tr^sor, et donne 
cette soninie k I'Arabc. » Le mot oAmdr signifie * oncle pa- 
ternel». Khodhaouend ZaHoh etait aussi present, et il dit : 



•^7- 



/i20 VOYAGES 

»Ui XJ35 *iLUI J Jb, »U 'a^:> JJLtJ^^-MM ^^xJl^b 

« 6 maitre du monde , ce voyageur depense consid6rable- 
nient, et je Tai deja vu dans noire pays, chez le sultan 
Thermachirin. » Apres celte conversation, le souverain me 
fit venir pour manger avec lui , et je ne savais rien de ce qui 
s'etait pass^. Quand je sortis, le seigneur Nassir eddin me 
dit: ttRemercie le roi Daoulet chah. » Celui-ci me dit de 
son cote: «Remercie Khodhaouend Zadeh. » 

Un de ces jours pendant lesquels nous 6tions a la chasse • 
avec le sultan, celui-ci monta a clieval dans le campement; 
son chemin 6tait de passer par Tendroit oii j'etais log6. Je 
me trouvais avec lui a Taile droite , mes caaiarades faisaienl 
partie de rarriire-garde ou escorte. Pr^s de ma siratcheb, 
j'avais de petites lentes, a cote desquelles mes compagnoQS 
s'arret^rent et saluerent le monarque. II envoya Imad al- 
molc et le roi Daoulet chah pour savoir a qui appartenaient 
les tentes et la seratcheh. On leur dit : « \ un tel «, el ib 
rapporterent ce detail au sullan, qui sourit. Le jour dV 
pres, Tordre me fut signilie de retourner dans la capiiale, 




I 



D lb^ BAToinAti. ;i2i 

*8>til Jl ho^j \L^ 2^ JJ*J1 Jl 

■> jd c;JuiJ S-*4- c-^ Ju»j*UJI JJil (j^ j^L, Xiit 

a5K^I «o^ JL^ ^;;,^ JU4 *iLU i^ilj 

t_>^ IjitJtf ^JA t^A^Bj Bj-iA^ Jl i^-X^ C^ I^JU ^VJT ^-XaS 

de tnfemc que Nassir eddin Mothalibcr alanuWrj , Ic fiis ulu 
juge du Caire, el le roi Sabili. On nous donua a tuus dos 
robes d'honoeur, et nous retouruimes a DiLty. 

AMEAU QBE JE PBfoENTAi *(J 60LTAN. 

tendant U chasse , le sultan me demanda un jour si le 

ENiixsir inonlait sni' des chacneaux. Je rt^poudis : • Qui , il 
ote les makdry au tciups du pMeiinagc, ct il va en dix 
b-a du Caire a la Mecqiie. Mais ccs chameaux ne soul pas 

Ela. mfimc esp^ce qae ceux qu'on Inmve dans ce j^ys-ci. . 

^UUi (jue j'avais avL^c uioi un de ces charaeaux inalidiy. 

JF^quc je fus rctounn; a Dibly, j'envoyai cherchcr un 

e du Caire, Icquei oie fit avec dt; ]a pou le module dt- 

Dielle qui sert pour lem matiilry. Jo niontiai cela il uii 
poisier, el il fabriqua la aelli; fort bien; je ia recouvris 
c du drap , j'y adaptai des ttricrs , je mis sur le cbsmea u 
I belle couvertare, i;t lui fis uue Iindc d<.- soio. Parini 
t geos, il y avaU uu iudividu du Vaman (|ui enwllaii ii 



422 VOYAGES 

Ml 

Jii- JJi Uj Jls «j*^l cx^r, ^U 00^ I JISj yUaJUt 

jLa.b J^ S^:>\i xj tyJ| JU» ^^ aa)« :^V:r e«M ^M 

A-j^y xJ[fe^! J^J^ JISj yllaUJi *^ *^tj A^t^-JI 

faire les patisseries ; il en fabriqua qui ressemblaient aux 
dattes, etc. 

J'envoyai ie chameau, ainsi que les pates douces, au sou- 
verain , et dis a celui qui les emmenait de livrer le tout aux 
mains du roi Daoulet chah , pour lequel j'exp^diai aussi un 
cheval et deux chameaux. Quand il regut ces presents, il 
entra chez le sultan, et lui dit : « 6 maitre du monde, j'ai 
vu une merveille. « — « Qu'est-ce?» demanda le souverain. 
L'autre r^pondit : « Un tel a envoy6 un cliameau qui porte 
une selle. » Le sultan donna ordre de le faire avancer, et 
Ton lit entrer le chameau dans Tint^rieur de la seratcheh. 
Le souverain en fut charme, et il dit a mon messager de 
le moi^er, ce qu'il accomplit, en le faisant marcher de- 
vant le sultan. Celui-ci lui fit donner deux cents dinars en 
argent et un vetement. Get homme revint chez moi , il m'itt- 
forma de tout, et cela me r^jouit beaucoup. Apres le re- 
tour du sultan dans sa capitale, je lui donnai deux autres 
chameaux. 



O'MliN HA'IOL'IAll. 'i23 

^J tJ:*j' liJiJji^ i.i«.«*-(S AjLi (^ ^jW U; a_;Ai-li 
^^^S^ JLUBtX-lI JU^I «-LjUftJ I^-aJ^ fj r^y -t J 1 



ABb^Kil (^j^LmS b;J^ti^j Ufi^li (jiti^j)^ JuLa.^ t^ (:J^^ 



S pKOX CJIIMBACX QUB JE DOHNaI AO SDLTiN. DBS. pAtiSSEIIIC*. 
KaG fOHDRB DU SOUVBHaIN POUB L'ACQCITTEMENr DE MA OBTTE , 
rST OE TOnT CE QCl SE HATTACHB X tE SDJET. 

I'D^ que ie pit^ton qui avail conduit le chaineau fut dc re- 

r ptis cle moi, ct qii'il m'eul inform«'] de ce qui lui ^lait 

riv6. je fahriquai deux seiles, que je rccouvris de l<une» 

'eat (loril'eSi sur Ie devanl ainsi qu'fi leur partie de der- 

;,elje pW.;ai par-dessus une ^tofTcd^drap. Je ils wn Hcou 

V)£de pUquesd'ai'gent, elpr^parai pourles deux quadrii- 

IS deux baUBses en ^tolTe de soie Hue, doubl^es en damas; 

I. jo Iftur adaplai aux jambes des anneaux d'argent. Je 

i.en outre, on^e plats piofoiids.ijueje remplis de sucre- 

S; cliucun de ces plats fut recouvert d'une serviette de soie, 

l^uaiid Ie KOiiverain fut revenu de la cliasse, el qu'il si^ 

p4 ieleudemaiii de iton arrivee. daus Ie lieu deaes aiidieaces 

inMiques, j'allai Ie trouver de bonne beure avec les cba- 

I (et les plata de sucreries). U ordouua de laire eotrer 

8 quadrup^des, qui march^rent et coururcnt devant lui; 

Ipis rorueOicut de In jaiiibe il'uu de ces auixnaux (tV-DVola . 



baifa^iSSdak^»& 



k2ft VOYAGES 

I jJjl JJi (^Jm t^Ijyj. J-jI; ^flJiJI jjj (^>>J! "C^ Jlii 

■ ,jl*i>a)l J-)Jt i Jjw U JJi i^jM ciw«,l IjA* I^Jitli yTji- 
K^fik^*^! (ji{>>Jl _;-oIj A,AJuiJiI JLiiJ *jJ ^ cjJJU £ ('ly^ 

BjyiALaJl yj^ ^j ^jLitJli ii)>Ajj !^1 JUi l^i* t!^^-J ^ 

Pel le sultiii {lit a Bcha eddln , fiis d'AIIalaky : Pilid la 
ddri, ce qui itigiiilie "ramasse Taniieau de la j.imbci 
^ obdil inini^diatGiueDl. EnEiiite, le aullau jeta \es jem 
k-Ics plats nienlionn^s ci-dessus, et dcmanda r TchA dadt 
M&n thabatjha haloud est. Cela veut diro : n Qii'as-ln il.in) 

■ plats ? Est-ce de la pate douce ? • Je r^pondis par Taflli 
tive, el il dil au jurisconsuUe et predicateur Nas 
altirmidhy: ^.^p n'ai jamais mange, oi m^me jamais All' 
patisserie pai'^ ille a celle qu'ii nous a envoy^e pendaiif 
nous lotions au camp. ■■ li ordoana eusuite d'eaipnrler ' 
sHcreries dans le iieii de scs si^iances privies, ce qof 
ex^cut^. Puis il s'y reudit eu persoune, et m'yinvllai 
lit apporleides aliineuls, et jemungcai (avec k's antiO' 
sislautsj. 

Le aouvcraiB m'itilerrogea au sojel d'une esp6ce Ae 
patisseries queje lui avais exp^di^es la premiere fois. Jl 
riipondis: " l_> maitre du luoude, ces pites doucw bMiI 
plusieurs sorles , el je ne sais pas de quelle variety Vol 
Majesty recherche le Dom. " II (lit : 1 Apportez cm aAWf' 
• plats, assiettes' (pluriet de thahak]; e'csl Ic "nfim qnfi 




O'IBN BATOUTAH. U25 

J JUtf sajs «1 Atji «w> J ^JJI ^^^1 ^.^Ij iiIjJUi 

fc i^ yl »ij!_j jdwi ^jJlj ^'JoJUl •! Jyi*j JUI 
JiJJt^ .TUaJI d)X. *^jl ^^j ^«^1 ^ j^ ^t 



e rfaiis cv pa^*-U a cr qar nous appvloos, nntu, (Adf- 

r (pUiriei . thaiijir), • aMJcHv creuM , plal , ^ntellc •■ On 

i d«viinl Int. cl 0(1 li-s AtraamK; Ic Kolltiu clit; • Ji 

maiulau )r nora 4e cod '^ <?l >l pril cUni )a main 

I qoi conlMMl c«IU' pjlisMrie. Je Ini r^ondit: t On 

lUe la piliume tandr nu tithicidairr. • II rii Miuil 

^ ie. el die •Quel oatl^ noin de cclleci?* Jerepci* 

tljl donuup let fiWi/M bf]m-AiUi:{fljDi7r • II y avail tu pi^ 

B dn 50ovcnun an ar;*ocian( qui ett on dm ch«ilb« 

It BagdiUi.ainnu Miulf^nooa ir.Wanutrry. tl Mii-diianI ilt 

Y ImtMta^ JAEJiu. doDl !<> Dwu ir^lMul xiilMtuf:!!!; il 

^ Ir^ricLe, el \t Hiltan rBp[Kll« • luoa pere *. (^ lioaaini* 

a OD seadmeBl d'eovic a luon ^nl . il vdulot oik 

vboote.rtdit: -Ce»pJtiuerie»ncsool p^iim lopclites 

* da JD^. maU Jo Toici. • II laiiit dd ntorcrau de 
^ie* 'oommvcs pinit da ckmal. )l jr avail, vit^-vU tie cu 

rcW Gnrotii . N4wir eddlnalr^U'y alhantouj.qai 
* pioiuaUii :>nutiiiit clevanl le»f^u*«r«in. eUjui *'6cria: tO 

• (tifiod^nt, etc.', la meDf . el Ie juge dil vrai. • Lt 



a 




VOVAGES 

^t UJt (J^...^J JU^ 0>-0 ^i>3 J^i^ U<>}^J i^3U} 

uu^j ^IjUsta i4_5^lAiJI o^asj ^h^^lf Jc^^j-AiJJt is 

I Enltan dil : ■ Comment ceia ? • L'autre reprh : « 6 nioitre iId 
I inoiide, celui-ci est le juge, et ces p<<li$senes sont (cs p 
i bouchiies, car c'est lui qui les a apport<^e!i. < Le n 
Jiarque soiiril. el Mpliqua : • Tu as raison. « 

Apres W repas, dous mangeaiUDs Ifs pales donees. pD 
I nousbAnies labi^re, primesleb6lel,et nous nous retirAiaefc 
' Peu d'inslants sepasstrenl, etje vis arriver vera mot tc-U^ 
sorier, qui luecUt: -Eiivoie tes compagaons pour tooCbtT 
i'argent. • Je Ips euvoyai.^uis jeretoiirnai cbez moi .iptisn: 
coucber da soleil , et Irouvai la somme a la iiiaisoo. (y^laJfillC 
trois sacs, coulenapt eosemble six ruiile deux cent (reol^ 
troisleugabs,c'est4-dire ie change des cinquante-ciDq m 
dinars [d'argentj dont j*6tais isndett^, et des dome mfllP' 
que le sultan avail ordoniii de me payer prec^detnniiM'i 
d^duclion failc toutefois du dixi^me, suivant I'usage 0^^^ 
riode. La valeur de la piece appeUe tent^aA est dtafltfl 
dinars ct demi , en or du Maghreb. 



D'lBN BATOUTAU. 427 

jJUJi ;^ cx^^3 (^«^*t ol:^! owAoX^ JsJ oi^JLS^ l^ 

iLA^Iyjft^ CJ^^iJiib (;^l; V^ ^1 iLx^ ^j^ ci^ia^l^ 
U«b A^JT i (^\Ajj^:^\ ^Ji i^i> pJob' <>JI>^ i^^:>l3<xJt^ 

ii)L«ilI <j- -Ist t^ J^ AiiSf ij>ii\ ijjSijt^ yoA ^ga>\i (jfit 



DU DEPART DU SULTAN DE DIHLY, ET DE L'ORDRE QG'IL M*A DONNE 
DE GONTINUER A RESIDER DANS LA CAPITALS. 

Le neavieme jour de djoumida premier, le sultan partit 

de Dihly pour se rendre dans la coutr6e de Ma'bar, ct pour 

combattre le rebelle de ce c6t6. Je m'^tais deja acquitt^ en- 

vers mes cr6anciers, je m'etais pr6par6 pour le voyage, et 

avais deja paye le salaire pour neuf mois aux porteurs des 

ustensiles de cuisine, aux vaiets, aux porteurs des tentes et 

k CGux qui tiennent les flambeaux. Nous avons parl^ pr^c6- 

demment de tous ces individus. Mais Fordre me fut signi- 

fi6 de rester dans la capitale, ainsi que plusieurs autres 

personnages ; le chambellan prit de nous un engagement 

fcrit k ce sujet, pour s'en servir comme de preuve. Tel 

est Tusage dans Tlnde, par crainte que I'individu averti ne 

Jiie d'avoir regu Tordre. Le sultan me fit donner six mille 

<lin&rs en draclimes, et au fils du juge du Caire , dix mille. 

II en fut de m4me pour tous les personnages illustres (les 

Strangers), qui durenl rester k Dihly ; quant aux nationaux, 

^Is ne touch^renl rien. Le souverain m'ordonna d'etre tou- 



428 VOYAGES 

^j^^ itjj&l> plxj ^iJI ^<>J| 4:^JaJi ^LLJLJI ijXkA i 

ISl ^jl(, «l^ ^3^ »jj^ *Xx^ ovaII Jju I^Xm?? yl ji-45:»U^ 
^^^*-^ ^^])^ *^>^ t* ^^-^-^^^ '^i^^^l? ^^ft*N?^ *Ji-^Ji) 

jours rinspecteur de la tombe du sultan Kothb eddio , dont 
nous avoDs d^ja parl6. li v6n6rait ce s6pulcre d'une nu- j 
niire inoui'e, car il avait ^t6 servileur de Kothb eddin. 
Je Tai vu, dans ses visites a ce tombeau, prendre les ba- 
bouchcs du mort, les baiser et les mettre sur sa tete. Cesl 
une habitude , parmi les Indiens , de placer les pantoufles 
du defunt sur un coussin, pr^s de sa sepulture. Toulesl© 
fois que le sultan venait a ce tombeau, il s'inclinait et iCT- 
dait hommage, comme il faisait k Kothb eddin lorsquilvi- 
vait. II respectait beaucoup aussi la fern me dc ce dernicf' 
et Fappelait « ma soeur » ; il la mit en compagnic de ses 
femmes, et la maria plus tard au fils du juge du Caire, qo" 
favorisa a cause d'elle ; il allait rendre visite a cette dainc 
tous les vendredis. 

Quand Tempereur fut sorti, il nous envoya cherchcr 
pour nous faire ses adieux. Le fils du juge du Caire se lev8i 
et dit : « Je ne dirai pas adieu au maitre du monde, oi ne 
me s^parerai de lui. » Cela lui porta bonheur plus tard. Or, 
le sultan r^poudit : « Va , et pr6pare-toi pour le voyage. • i^ 



D'IBN BATOUTAII. i'29 

otiiuLil AydUif jjj-«li <LXy- ill »UaJUl y- t^al;-* (j*jJj 

(j-iU-j ii_jU ^j\ ly** ta+J) jU ly*l J^ujl li U yjiXjI 

A^A^ 'Ai o* <JJ 3v> ^ J|j> 1:! UJI ^,}*-^ «luM_^ jlya »\^j 
jUj jji"j ^' i£s ''^' u- u- "-"J' *H^ *^l tfJ>J 

Ban(^aiapr6sliii, pour les salutations du depart; j'aimiiix 
pr. mats leii suites iic fureol pas heureuses pour moi. 
Fouveraiii me dit ; • Quels sont tcs bcsoiusi' . Je tiral d€ 
■Dclte line noie, uii tlaieuL comigiii^es six demaadesi (e 
m'ordoiina de parler en arabe, el je dis ; i Le nia'itre 
mde m'a donne la charge dejiige, et je n'ai pas en- 
B«ii;g6 conjDie tel ; je ne veux pan conserver le litre sans 
pndiffbs. i> II me commanda de ies exercer, aide par les 
jBuIiRtituls. Puis il me dit; ■ Voyous, el apres? « Je re- 
-Qiic feiai-je avec la ehapelle sepulcrale du sultan 
lib eddJn ? .I'j ai dount^ des appoinlements'a quaire cent 
3 personnes, tandis que Ic revenu des biens legu^s 
I ftiveur ne suffil pas pour ^«uvrir ces d^penses, ni 
t payer la nourriturt- de ces gens. ■ II dit au vizir : Pen- 
py'^S ha-zdr, ce qui signifie " cinquante mille ■ ; et il ajouta ; 
I ' n te faut alisolument la r^cotte par aDtlcipation. » Cela 
I Vtintait dire : ■ Donue-liii cent miiie mann. ou mesores des 
[f fririls dc la tiarc, savoir : de ble et de riz, aTin qu'il les de- 
ll^DS): cclle nniii5e-ci, en allendant les productions du sol 



ii^.-hfaii^Mi2l& 



430 VOYAGES 

^1 ^^I ...A^ \yj^ jUpI ^I oJjii Uv,l li^U^ J Jb Ji 

^^^^ ^ ul^?*^' J^' ^^-^^ ^;^ V-^J^ JU ^ye^J^ 
jULi iiUi» ^ ji^ ^\ J\s, Jo^j-;«L^l^IflOU.^| y lyjU 

oi^Mjb jis^:> iuu0^ J JUU «»^ ^ J-> J^ ftUx^ ^ ikl cJLiii 



affect^ au sepulcre. » Le mann ^quivaut a vingt livres de 
Barbaric. 

Le souverain me dit : « Quoi encore? » Je repondis : • Mes 
conipagnons out ele emprisonn^s a cause des villages que 
Voire Majest6 m'a donnes, et que j'ai 6chang6s contre aulre 
chose. Or, les employes du conseil, ou du tresor, ont exigi, 
soil le prix que j'en ai re(^u, soit la presentation d'lm ordre 
du maitre du monde, qui me dispense de ce pavement* 
Le sultan demanda : « Quelle somme as-tu toucWe?* Je 
repondis : « Cinq mille dinars. » U r^pliqua : « J€ t'en fais 
cadeau. » Ensuite je dis: « La maison que Votre Majesty a 
daigne consacrer a mon usage a besoin d'etre r^par^e. » II 
dit au vizir : 'Imdret cunid, ou, en d'autres termes, « i*^ 
parez-la. » H reprit : Diguer n^mdnd, dont le sens est : sTe 
reste-t-il encore quelque chose a dire.^ » Je repondis negati- 
vement. (On voit que le voyageur ne fait que quatrc de- 
mandes sur les six qu'il annonce. N'y aurait-il pas une la- 
cune dans le r6cit?) Le souverain me dit : Ouassl'yyet diguer 
hest « il est une autre recommandation »; et c'^tait ce qui 
suit : « Je te recommande de ne pas contracter de defies, 
aGn que tu ne sois point poursuivi : tn ne Irouverais pas 



i 




J' 



n'lnN BATODTAH. 'i.ll 

-J ^^\j ji.m-*\} i^-**^ iUJo J.AJii ijl CJftjb ltil_y> JJ^ 



|QUr» quelqu'un pour faire parvenir ton atTairc a moii 
illc. Rigle les d^penses sur ce que je fai uUoui3; car Ic 
li tr^s-hautadil :. N' attache pas tii main a ion cou, mais 
I'ouvre pas non plusdetoute su iargeur. ■ {Koriin.iini, 
\ * Mange/, et biivei, mais ne soyez pas trop protligucs. - 
rdn, VII, 2{).) " Etceux qui, dans leursdSpenses, uesnnt 
prodifjUPH, ni avares [ce sonl le» vrais scrviteiirs du Mi- 
icordieux); t-n effol, il exiete uii jusId milieu eotn: ces 
Bux eTLces. • [Kordn, xsv. 67.) Quand j'eus enlendu ce& 
bles, JG voiilus baiser les pieds du tnunarquL-, qui s'y 
(Osa i U toncha ma Ifile avec sa main , j'embrassat celle- 
et me relirai. 

le retournai k la capitalt et m'occupai fi faire reparcr ma 
isoD; je d6pensai quatremille dinars, dont six cents iii'> 
t payiis par le conseil d'ilat, el je d^boursai le reslc; 
is batir-.une nmsquee vis-a-vis de ma maison. Je m'occupai 
i deS arraiigemeols pour le tnmheau du sultan kolhh 
In. Le souverain avail'OidonnS dc batir sur ce s(^pnlcre 
! coopole s'^levaut dansi I'air i la hauteur de cent cou- 
el, par conB(5qaent. plus haute de vingl coudi^es que 



i 






I 



'.^^^ u' -K^Jl J^l s^Uj it^tjdl v-^ i '^'iXm U 
J^j *^*i-Ilj (j_jjj iWi •'^^*J (0-^,-^*J;ji-S' C**j,J *^l^ 

(j-jlc iUij*aJ! ijj ^^^^iS^J LyJwa LJ iiyjjj iiAj\^ i^^*^ 
yjj^^ljUlj yLJi i^l^^ll, ^'ijjUlj (J^i^ij ^1 C^ 

celle qui se Irouve sur ta tombe de R^ziid, roi tie I'lijik. Lf 
•sultan avait encore donn^ I'ordre d'acheter trente village 
poar ies constituer eu legs pieux en taveui- de cette ^is^ 
tare. II Ies mit entre mes mains, a la condttton quo jt peF 
cevrais pour inoi !e dixieme de ieur reveuu, snivant I'nsi^.' 

DBS OISPOSITFONS QtE J'Al PRISES hElathemENt kv ToHurnu 
DE KOTHU EDDiN. 

Les peuples de I'lnde suivent des couturaes, au sujet df 
leurs luorts, analogues a celles qne ceux-c! observai'eal de 
lear vivant. On ameoe des ^I^phanU et drs clievam qu'oi 
attache 4 la porte cle la chapelle a^piilcrale, qui est pttrie 
J'agis d'apres ceia dans les mesures que j'adoptci cOBCcrtuut 
le tombeau qui nj'^tait coalii^. J'j ^lablis : ceiil unquuiU 
lecteurs du Koran, qui soutappeles, pur lesludieas. oMAit't 
miyoAii'i cetix qui lisent le Ror^n d'un bout a I'autrap ; (|aatm 
viiigls ^tudiants et huit r^peliteurs : ceBderoiersBonl. iiow- 
m^s dans llnde almocarrirodn; ua profe&seiir, quaUe-vio]^ 
soi^fis ou moiiies, UD imSm, dt^s monezzins, des loci 
aui: belles vrtix, des pan^gyrisles, des^crivflinsquiprWiW'l^^ 



D'IBN BATOUTAH, 433 

ul^JfLi ^JOC (j>*HH *^^ ^^!^) (J^J^^tj ''^^l V'^-^ 

Jj— I. J-jlJI (j^kxj ^'>J) A~jj1> Jj— *— i>-i-llj 'i-f^-iuJl (^yuv-) 
t^Ccj isi]l:> t:.«wlaJlj ^jjI^kM-llj a^^I^^jUJIj K^jlJ^^.^tj 
(jlj^l ^l^aLiJ! ^l!(j (j>M>j volcJK^I A4.XA7 ijll^ fUJUilj 
LjJi«j j>^aJI (J-. U« jA« ijLJt pj iX Lyj |.U_laJi ^^^ 

,Hsi^'^j-«l ^jJI ^jji\j JsJa JJi. jjl osiiji ^t ^ 

Hole deceux qui s'absenlent.et desiu troducteursou chanibel- 
ians. Tous ies persotiiiages que nous venons de citersont con- 
"Us dans ce pays sous le nom d'alarbdb ■ Ies seigneurs •, 

Je pris des arrangcmeDts avec une autre classe de gens 

yui «ont appeles allidchiyak • Ies domesliques ■. Ce soot Ies 

•'Aiets, Ies cuisiniers, ies coureurs, Ies porteurs d'eau, ceux 

?**i versent le sorbet, ceux qui pr^sentent le b^tel, ies 

P**rie-epees ou tcuyers, Ies porte-javelols, ceux qui porteot 

'^» parasols, ceux qui versent i'eau pour laver ies maius. 

^* huissiers et ies nakibs ou olHciers. La totality de ces io- 

^*'Vidus, a qui je donuais des appointeuieots, 6lait de quatre 

"^^•it soixanle personnes. Le sultan avail couamand^ qu'on 

^■^*»ployat cliaque jour en nourriture, dans ce monument 

**»ieraire, douze mesures de farine el une cgale quantity 

*** poids de viande. Je jugeai que cela etait trop peu, et 

*I**e, d'uu autre cot^, Ies grains que le souverain ni'avait 

*"lou^s etaient co n aid li rallies. J'etnployai done cbaque jour 

'■■"eiite-cinq mesures de farine, un poids pareil de viande, ainsi 

H>*e des quantit^s proporti onuses de aucre, Sucre candi, 

"Oarre el betel, De celle mani^re je nourrissais, non-seule- 




HSU VOYAGES 

J^l jiLvj aj*^ t^S pUlaJI I<X^ (_^UJI i^jLjjU ItX^Jw 

jj JUL* ^y.\jli\ Jl»- 1^ .?1U»* ^1^1 iijiy^ yUnXjoJI Jl jiA-fiM 

JJi i^lj i^ KLi U y5U J^ yUjI d-*Jo y^y 

Dieiit lea gens employes, maisaiissi lesallanls el lesvenants. 
La diseLte 6tait aiors tr^s^rande, el la pnpuIatioD ^lait sou- 
lag^e par ces distributions d'alioients, dont la nouvellc »e 
repandit au loin. 

Le roi Sabih alta trouver le sultan aDaoulet AMd, etie 
souverain lui ayant demands des nouvclles dc la capitate, 
il luirepondit : -S'li y avail a Dibly seulement deux indi- 
vidua dans le genre d'un id (noire voyageur), on ne serail 
pas aHlig6 par la famine. > Le sultan fut charm6 d'entendrf 
un tel propos, et m'envoya un vetemenl d'honneur de Ba 
propre garde-robe. Dans ies grandes solennit^s, je coasoD- 
mais cent mesiires de larioe et une quantity analogue de 
viande. Jedonnaisa manger aux fakirs etaux pauvre.'t:quaot 
aas gens soldes ou pensionnaires, on pla^ait devanl cha- 
cun d'eux sa portion. Nous allons bienlol racontcr I'usage 
des Indicns a ce sujet. Les solenoit^s ausqnelles nous ve- 
nous de faire allusion sont les deux fgtes (la f^le de la 
rupture du jeiine et celle des sacrifices) , le jour de la noble 
naissaoce [celle de Mahomet] , lejour A'Achodrd (le dixicme 
du mois de moharram) , la nuit du milieu du mois He cha'- 
ban et le jour de la mort da sultan Kolhb eddin, 



i 



D'IBN BATOUTAH. 435 

iUawJI^ ^UJlt^ ^t^JUU!^ sX3j^\ (^ ^^Uit jk pUt J^ 
0^lf iLj^^s-^ o^lr*' ^^j'^ 4^.^^ f*^ o-b^ i5'?r" *^ 

(.jLuaJJI jt4>jU^ a])JI Xi^^twu)^ |AiP (Jm{; vJUOJ X«Ut J^X-P^ 



DE LA MANIBRE DONT LES 1NDIENS ET D*AUTRES PEOPLES DONNENT 
A MANGER DANS LES FESTINS AUX PERSONNES INVITEES. 

C'est Tusage dans llnde, de m^me que (Jans le pays de 
S^ra, de placer un buffet, une fois que le repaspri^ est fini, 
devantchaque noble, jurisconsulte, cheikh ou juge. Ce buffet 
ressemble a un berceau d'enfant; il est pourvu de quatre 
pieds, et sa partie superieure est native avec des feuilles 
s^hes de palmier, de coco et autres analogues. On met sur 
ce meuble des gateaux, un mouton roti, quatre pains ronds 
p^tris avec du beurre, remplis de la patisserie nomm^e sd- 
bodniyah (litteralement « savonneuse » ; elle est faite avec 
de rbuile de sesame, de Tamidon, des amandes et du miel), 
et reconverts avec quatre morceaux de la pate douce qui a la 
forme d*une brique. On place aussi , sur ledit buffet, un petit 
disque en cuir contenant des sucreries et du hachis, et Ton 
recouvre le meuble avec une 6toffe de coton toute neuve. 
Les person nes qui sont d'un rang un peu inf^rieur a celles 
que nous venons de nommer ne reqoivent devant elles qa*nn 
demi-mouton , qu'on appelle zallah (c'est-adire « vivres qu'on 

28. 



436 VOYAGES 

^.y^\ J^ AjtUi Jjl^ U^t ^^y^ \^^^ i^;^ (j^^ db^S^S U 
(•^l> ^ Jjl'> *^W Jo4- U ^Xa^l y JU-j ji^3 JJi> ^ 



emporte»), ainsi que la moiti^ des autres provisions. Les 
gens dont la condition est encore au-dessous des deroiers , 
individus cit6s n'ont que le quart de ce qu'obtiennent ceox ' 
nommes en premier lieu. Les domestiques^ de chacun de ces 
personiiages enl^vent ce qu'on a mis devant lui. 

La premiere fois que je vis mettre en pratique cette ha- 
bitude, ce fut dans la ville de S^ra, capitale du sultan Ooz- 
bee. Je d^fendis a mes gens de prendre ce qu'on avait ikr 
pos6 devant moi, car je n^tais pas accoutume a une pareille 
chose. On envoie aussi , de cette fagon , des mets du festifl 
dans les maisons des grands personnages. 

DE MON DEPART POUR ME RENDRE k HAZAR AMROUHA. 

Le vizir m'avait ddja livr6 dix miUe mesures de c^r^es, 
sur les grains que le sultan lui avait command^ de mefoiu^ 
nir pour Termitage, et il m'avait donn^ une assignatiofi 
pour recevoir le restant a Hazar Amrouha. Cette locality 
avait pour gouverneur, charge de la perception des imp6ts« 
'Aziz alkhammdr « negociant en vins », et pour commandant 
Ghams eddin albadhakhchany. J'envoyai mes employ^, qoi 
prirent une partie des grains , et qui se piaignirent des ex-^ 



I 



DIBN BATOUTAH. 437 

jiaJi Jj,>> 0ijt JJS> ij^3 ,.Cl iL3^ aIUxJI S.XJA, Juft> 

»0sAj JI UX«0y cj.^)JftJI li J t;Wi-*T! (:5VA**fc5^l (j:^-Aj.*Jlt 

-V3 jtiM yi::* ^^ iuu^ »>u^ «^ ^3 U;,^! di 

iLil^ lij«^ al^^b V^^l) g^^ i!ift>^i u^^l l^-A^b 



torsions d'Aziz alkhammar. Alors je sortis moim^me pour 
exiger tout ce qui me revenait; eotre Dihiy et ledit district 
ii y a trois jours de marche., et Ton ^tait au moment des 
grandes pluies. Je pris avec moi environ trente de mes com- 
pagnons, ains^que deut freres, exceilents chanteurs, qui 
etaient charges de me divertir par ieurs melodies, durant 
le voyage. 

Nous arrivames a la ville de Bidjnaour, ou je trouvai 
trois autres freres, ^galement chanteurs; je les pris aussi avee 
moi. Tan tot c'^taient eux qui chantaient et tant6t c'^taient 
les deux premiers. Puis nous arrivames a Amrouh4, qui est 
une joiie petite ville. Les employes du fisc vinrent a ma ren- 
contre, ainsi que le juge, le ch6rif ^mir 'Aly, et le cheikh 
de Termitage; les deux derniers me servirent ensemble un 
magnifique repas dliospitalit^. *Aziz alkhanmiar se trouvait 
dans un lieu nomm^ Afghanpour, pres du fleuve Serou (P) , 
qui nous s^parait. U n*y avait point de bac, et nous en fimes 
on avec des planches et des debris de plantes; nous y pla- 



pt=-j jUJl j.j*Jl i lj>p-j >. 



. ii-eL^r i j^^ j 



JulU i tjJl t^H^! c:*i<j ^l» bjjx- yl(, JljJI 'd\ »y^ 

«— Lt C^;-£>!> ^ Ajl A^tXfi UJ^ (£>>J' J-t^' V-''-^ (;^j j^Ubil 

Ajkkc U-il tXJLlj ajI:i Aju* j-wJ ^j ^Ja-ll Jj_^ j>Cl ^ •><.»l 
JjJl. Aja Ai* wjJij ItiS'i/j iiiji .>»»-l AJb* (j^ U bsU 



^ames nos bagages et pasBames la riviere le lendemain. Na- 
djib, frtre d'Aziz, arriva avec plasieurs compagnoos et 
dressa pour nous une seratcheh (des tentes). Son fr^re. 
Ic gouverneur, vint ensuite me trouver; it etait fameux 
pour sa tyrannic. II avail dans sod district mille cinq cents 
villages, qui rapportaient par ann^e soimnte fois cent 
mille dinars d'at^nt; un vingti^me de celte somme ^Uil 
pour lui. 

Une des merveilles du ileuve pres duquel nous descen- 
dimes, c'est que personne ne boit de son eau ni o'en abreuve 
les b^tes de somme pendant toute lasaison des pluies. Nous 
restames trois jours dans le voisinage, et aucun de nous 
n'en puisa seulement une gorg6e ; c'est a peine si nous 
osions nous approchcr de ce fleuve. La raison en eat qn'il 
descend d'unc des mont^gnes Karalcbil (Himalaia), ou se 
trouvent des minieres d'or, et qu'ii passe sur des reptiles 
venimeux (suivant un »eul mauuscn't, des herbes veni- 
neuses); tousceuxquiontbualorsdesou eauensontmorts. 
La montague ci-dessus s'etend en longueur I'espace de trois 



D'IBN BATOUTAR 439 

b^ 4X35 liUll ^j^ifys^ e^jss^ oJIs :>^ Jt AJU J>4^^^l 

>rf>^ ^'3 C:5H3 i[^l6o^*>yJJ 0^<>JI (T^ ^^t tfiXiftjjyol 

Bj\^ aju gJUuU itlUJiJ (2^«>Jl (j00^ ^t>3 iU;ljUjCilL 

^jUaUM *i)^ ci^Tiuv;! ^^ U^^L iiWUll ^ »U viUW 
Jc y\r (^ liyxlAiLji i jJa-Aj ^l ^^ji\ ^jJt V V* ci'^ 

mois de marche, et au bas se trouve le pays de Tibet, qui 
possMe ies gazelles donnant le muse. Nous avons ddja ra- 
cont6 ce qui est arriv^ sur cette montagne a Tarm^e des 
musulmans. Ce fut pr^s de cette riviere que je regus la vi- 
site d*une troupe de fakirs de la secte de Haidar. lis dans^rent 
au son de la musique; ils allum^rent des feux et s'y rou- 
l^rent saus* en eprouver de mal. Nous avons aussi racont^ 
toutes ces chosefljl. II, p. 6 et 7]. 

II s etait 61eve une dispute entre le commandant de cette 
contr^e, Ghams eddin albadhakhchany, et son gouverneur, 
'Aziz alkhammar. Le premier vint pour combattre 'Aziz, 
qui se d^fendit contre lui dans sa propre maison. La plainte 
de Tun d'eux parvint au vizir k Dihly, qui ^crivit a moi, 
ainsi qu'a deux autres personnages dont il va £tre ques- 
tion, d'examiner cette affaire, puis de saisir et d'envoyer 
. dans la capitale, comme prisonnier, celui des deux qui avait 
tort. Ces personnages ^taient : 1® le roi GMh, commandant 
des mamloucs a AmroAha, ou il y en avait quatre mille ap- 
partenant au sultan; ct 2*" Ghih&b eddin arrotimy. Nous 



440 VOYAGES 

jalj dy}^ U^JT J^«^i*U iyiJi. Jl UJjU .U*^ Jd,Ul 
<j,-*pl* ci>*!» «J Wo^ yf l^-u ;5jUa (sy:;<>JI tr*a ^^ 

y* osi;j>flj1j *aXs j^ e>pS ^^oJt fc*A*u *U:*t, (jvU 
^l3S»i) ^iJ j.^ jk i cxJS^ (jjj^_^ ijC+Aft c;*iWi Uj;-I 

aaU a^3 j^^ ^^ oa^t g;yu lyijj jL^i ^ii^j h*^ 

nous r^unimes tous dans ma demeure. 'Aziz formula centre 
Chams eddin plusieurs griefs , parmi lesquels il y avait ceci : 
Qu'uD domestique de Chams eddin, ajppei^ Ridha alnnd^ 
tany, 6tait entr6 dans le logement du tr^sorier dudit 'Azix, 
qu'ii y avait bu du vin et vol^ cinq miiie dinars dans la 
caisse du tresorier. J'interrogeai Ridha sur ces inculpations; 
ii r^pondit qu*il n'avait pas bu de vin dlJBis son depart de 
Moltan, k savoir huit ans avant cet instant-Ik. Alors jere- 
pris : a Tu en as done bu k Moltan? » II repliqua : « Oui, 
certes. » Je lui fis donner quatre-vingts coups de cravache, 
et ie fis mettre en prison an sujet de Taccusalion de vol, 
par suite de ses mauvais antecedents. 

Je partis d'Amrouha, apr^s avoir iik absent de Dihly en- 
viron deux mois; chaque jour j'^gorgeais un bceuf pour mes 
compagDons.CeuxcirestereDtencore,afind'amener}es grains, 
pour lesquels javais une assignation sur 'Aziz, etdont le trans- 
port etait a sa charge. Par consequent il en distribua aux ha- 
bitants des villages qui etaient sous son inspection trente milk 



J 



DIBN BATOUTAH. 441 

*-*^3>mJ' ^ ill ^j^. y jo^i M\^ ijjb cb^TiLS^- 

/ jl^ >[>-!^l ^y^ *>^ 

iJ Jyt ^^1 c;^^yJi::^b^jjPl ^ l^tj f^ ykl^ ^jJl pl^ 

mesures, a charger sur trois mille boeufs. La b^te de somme des 
Indiens, c'est ie boeuf ; c'est lui qui porte leurs fardeaux dans 
les voyages. Ce serait une grande honte chez eux de monter 
des anes, lesquels, d'aillears, sont dans Tlnde d'une fort 
petite taille; ils y sont nomm^s Idcheh. Lorsque ces gens 
veulent faire voir quelqu'un aprds qu'il a it6 frapp6 de 
verges , ils le font monter sur un Ane. 

DE L*AGT10N G^NEREUSE D*UN DE MES AMIS. 

Lors de son depart , le seigneur Mssir eddin alaouh^ry 
avait laiss^ en d^pot chez moi milie et soixante tengahs; 
j'en disposai. A mon retour a Dihly je trouvai qu'il avait 
transf^r^ cette cr^ance a Khodhaouend Zadeh Kiouam ed- 
din , qui 6tait arriv^ en cette viiie comme substitut du vizir; 
j'eus honte de lui avouer que j'avais d^pense eel argent, et 
lui en remis le tiers environ. Je restai chez moi plusieurs 
jours de suite sans sortir, et le bruit se rdpandit que j'^tais 
indispos6. Nassir eddin alkh&rezmy Sadr aldjihan, vint m<4 



442 VOYAGES 



P.«r M 



Ai^t p^Um^I ^ J^^U ^t Casl}\ a oJULi dJ«)u ^^ 



to^jj*- i^wi, AX^ gj^ ^jjb AaJI c;-.3Uaj JUU j^*iJ 

iL^UU to:;-!- ic^^ xjc^ ;^b u-ji^^ jU^^ is5U*.j jJl 

j^utJl iL^ji^] *I cUJ^ iuiaAJl^ yUlxi 1$!^^ (jj^Aa^ 



visiter, et , en me voyant , il me dit : « Tu n'es pas maiade.* ; 
Je lui r^pondis : « Ge qui me tourmente est uoe maladie 
morale. » 11 reprit : « Fais-la moi connaitre. » Je r^pliquii: < 
«EDvoie-moi ton d^l^gu^, le cheikh de rislamiisme, etje 
i'en informerai. » Ce dernier 6tant venu, je rinstruisis de 
ma 'position, qu'il fit savoir k Sadr aldjihan. Celui-daloD 
m'envoya mille dinars d'argent, et je iui en devais d^ 
autant. 

Bientdt apr^s on me demanda d'acquitter le restantde 
la dette ci-dessus a Kiouam eddin, et je me dis, k part 
moi : « II n'y a que le susnomm^ Sadr aidjihan qui puisseme 
tirer de la, car il est tr^s-riche. » Or, je Iui envoyai ce qui 
suit : un cbeval sell^ dont le prix, uni k celui de la selie, 
etait de seize cents dinars; un second cheval qui valait, 
avec sa selle , huit cents dinars ; deux mulets , valant donxe 
cents dinars; un carquois d'argent, et deux sabres, doot 
les fourreaux ^laient reconverts d'argent. Je Iui dis : «Vo» , 
ce que vaut le tout, et envoie-m en le prix. » II garda loutes i 
^es cboses, les estima irois mille dinars, m'en exp^ia 



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D'IBN BATOUTAH. 443 

,jAy (4^U. jJbUi (:j^^{ ^aSJA^ Cilt Jl <s*«»»jU>:> 

<^^ 5*»4 «•**>, i^>^3 fejiSaj Vj o-'y' ***•' 
<^ yfc, '^U«uJl (^oJl »L4 J^l dJU (jj ^ yiOJl 

/ a!^j ci:^- Jwa fejH o^Sa* JUJ dJi 



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/^XjlJI^ O-^I j^b JuU J>JLi dUiJi j^ Jl Ju^3 ji;^ :.LT 

mille et retiDt les deux mille que je lui devais. J'en fus 
tr^m^conlent , et en eus la fievre; mais, je me dis en 
moi-m£me : « Si je me plains de cela au vizir, je serai d^- 
honor^. » Je pris cinq chevaux , deux femmes esdaves et 
deux mamloucs, que j'envoyai au roi Moghith eddin Mo- 
hammed, fils du roi des rois *Imad eddin assimnany; c'6- 
tait un jeune homme. U me rendit tout cela, me fit tenir 
deox cents tengahs et multiplia ses bienfaits : je pus ainsi 
payer la somme que je devais. Quelle difii^rence eotre Tac- 
tion de celui-ci et celle de Tautre personnagel (litt^rale- 
ment : entre Taction de Mohammed et de Mohammed!). 

DE MON DEPART POUR LE CAMPEM^NT DU SOUVERAIN. 

Lorsque ie sultan se dirigea vers la contr^e de Ma'bar, 
il arriva a Tiling , et I'^pid^mie se declara dans son arm^e. 
U retourna a Daoulet Abad, puis atteignit le fleuve Gauge, 
descendit pr^s de ceiui-ci, et ordonna k ses gens de se b&tir 
des habitations solides dans eel endroit. Ce fut dans ce 
temps-la que je me rendis a son camp, et qu'arriva ce que 
nous avons expos^, touchant la r^volte d'Ain almolc. Je 



444 VOYAGES 



vLyX ^1 »3L>J i^j^ cLiftS it Mt> ^..A-M y\(, Jl^ 

a^G J^^ ^^ •y^' c^^I jUiL pLi! g^I ^ (^ixJ 

ne quittai point le souverain pendant tout cet intervalle; J€ 
retjas de lui ma part des chevaux de race, quand il lesdii- 
tribua a ses courtisans; je fus mis par lui au nombre de 
ces derniers; j*assistai avec ie monarque au combat contre 
'Ain almolc et a la prise de ce rebelle. Enfin je passai, en 
compagnie du sultan, le Gauge ainsi que le fleuve SeroQt 
pour visiter. le tombeau du pieux guerrier Salar 'Oud (Ma^- 
'o6d) , comme il a 6t6 d6ja dit en detail. Quand le souw- 
rain retourna k sa capitale, Dihly , j'y entrai avec lui. 

DU CHATIMENT QUE LE SULTAN VOULAIT M'lNFLlQEB , ET DE U 
ghAge que le DIEU TRES-HAUT M*A AGGORDEE. 

La cause de la colore du sultan contre moi fut que j'al- 
lai un jour visiter le cheikh Chihab eddin , fils du chakh 
Aldjam, daus la grotte quil avait creus^e hors de Dihlj- 
Je navais d'autre but que la vue de cette caverne; niai$ 
lorsque le souverain eut emprisonn^ ce cheikh, il demanda 
a ses fils de lui f^ire connaitre les gens qui Tavaient visili. 
Ceux-ci nommerent plusieurs personnes, au nombre des- 
quelles j'^tais. Le sultan ordonna alors a quatre de ses esclaves 



I 

i 



DIBN BATOUTAH. 445 



JLXjjwuJi 4XA>33y54>Jl «x^ ^j^l ^liL j^l)J) Js>^t 



de ne plus me quitter jamais dans le lieu des audiences; 
at, d'habitude, quand il agit ainsi envers quelque person- 
nage, il .est bien rare que ce dernier puisse se sauver. Le 
premier jour que ces esclaves me gardaient k vue ^tait un 
vendredi ; le Dieu tr^s-haut m*inspira de reciter ses pa- 
roles : «Dieu nous sufBt, et quel protecteur excellent!* 
{Koran, III, 167). Je r^p^tai la phrase, dans cette m6me 
journ^e, trente-trois mille fois, el je passai la nuit dans 
Fendroit des audiences. Je je6nai cinq jours de suite; 
chaque jour je lisais tout le Koran , et ne rompais le jeAne 
qu^en buVant uniquementun peu deau. La sixi^me journ^e 
je mangeai, puis je jeunai encore quatre jours successifs, 
et je fus d^livre apr^s la mort du cheikfa. Rendons-en graces 
au Dieu tr^s-haut! 

DE MA BETI^ilTE DU SERVICE DU SDLTAN , ET DE MON ABANDON 

DES GHOSES DU MONDE. 

Quelque temps plus tard , je renon^ai au service du sou- 
verain, et je m*attachai assidument au cheikh, au savant 
imam, a I'adorateur de Dieu, Tasc^te, Thumble, le pieux, 



HH6 VOYAGES 

(jl tr*^' i::4>i-U (j^yi-£ L^-^'j ^jj i^W ii/'^^ J-^l^ j 

JyMj »i^l i [iwAj (ie^ i>-»yi; (ij-^W d^ u^^ I 



le sans pareil dans son siecle, le phenix de son epoqni 
Carnal eddio 'Abd Allah alghtiry. CVtait un saint qui a fail 
heaiicoup de miracles, et j'ai deja menlionn^ c«ux que j'ai 
vus par moi-mfime, la premiere fois que j'ai parlfe de liii. 
Je me vouai entierement au service de ce chelkh. et don- 
nai ce que jo poss^dais aux moines et aux pauvres. Le 
saint personuage jeiinait dix jours sans interruption, et 
quelquefois aussi vingt jours; je voulais jeuner comme lui; 
mais il rac ie d6fendit, et me conseiila d'avoir soin de moi 
dans ies esercices de devotion. II disail : 1 Certes, celui 
veut aller vite et devancer Ies autres ne fait pas de 
min. et ne sauve point de monture" {Cf. Schultens, 
danii Proverbiorum arabicoram Pars, p. 278; et M. 
Freytag, Prov. ar. t. I, p. 2), J'aperi;us en moi-m^me un 
certain sentiment de negligence, a cause de quelque objel 
qui me restait. Je me s^parai done de tout ce qui m'ap 
partcnait, precieux ou non; je donnai i un fakir Ies vete 
meats qui nierecouvraient.etjemis lessicns. Je restai cinq 
moisaveccecheikh; pendant ce temps, le stillan ^tait ahseni 
dcDifaly, cl dans la contree do Sind. 



moi 



DIBN BATOUTAH. W7 



A^jJl ji ^^yi ^ ^^\f\^ ^ ^^UiJUi ii^jft. 



J' ^y?>H <^ :»bb **tJ'3 f^ <:r-^' <^V^ ^l^J ^ 
JULU Jl JUmJJL GjA^ ib3l)^ os^3 AJs^ oUjjiaJl^ A^ 

DE L^ORDRE DU SULTAN POUR QUE JE ME RENDISSE PRES DE LUI , DE 
MON REFUS DE REPRENDRE DD SERVICE , ET DE MON ZELE POUR 
LA DEVOTION. 

Lorsque le souverain sut que je m'^tais reliri du monde, 
il m^fit demander; il se trouvait alors dans ]e pays de 
Sioiracitan (Sihwan). Je me rendis aupr^s de lui dans le 
costame des moines, et il me parla de la maniere la plus 
affect ueuse et la plus affable. II m'invila a reprendre Oies 
fonctioDs; mais je refusal, et le priai de me permettre de 
voyager v^rs la province de Hidjaz ; il m^accorda cette per- 
mission. Je quittai le sultan et me logeai dans un ermi- 
tage qui prend son nom du roi Bachir; c'^tait dans les 
derniers jours du mois de djoum&da second, de Tann^e 
quarante-deux (7^2 de rh^gire=decembre i34i de J. C). 
Jy passai, tout adonn^ aux pratiques de devotion, le mois 
de radjab et les dix premiers jours de cha'ban. Je parvins 
i jeuner cinq jours de suite, apr^s lesquels je ne mangeai 
qu^un peu de riz, sans assaisonnement. Tons les jours je 
lisais le Koran , et dormais le temps que Dieu voulait. Quand 



448 VOYAGES 

JJ J^oU'l^ M.ipi c:iJ^^ AX^jio ti>U ^1^1 pUUl cJU 

/ kKjb J^ eou ^ U^ <jj^jl 



Jl c:»^ ^^ oOJS^ (^m'JU i^jS^\ ^IkLJi i^U^ oufJt^ 



je prenais des aliments, ils me faisaient mal, et quand je m^en 
abstenais, je trouvais le repos. Quarante jours se passirentde 
la sorte , et puis le sultan m'envoya chercher une seconde fois. 

DE L*ORDRE QUE LE SULTAN ME DONNA DE PABTIR POUR LA GHIMI, 

EN QUALITE DE SON AMBASSADEUR. 

Apres que j'eus pass6 quarante jours dans Termitag^ le 
sultan m'envoya des cbevaux sell6s, des esclaves des deux 
sexes, des habits et de Targent pour la d^pense; je rev^ 
ces habits et allai trouver le souverain. J*avais une tuoiqoe 
courte de coton bleu, doubl^e, que je portai cobstammeat 
tout le temps de mes exercices de devotion. Lorsqueje j 
Total pour endosser les habillements envoy^s par le sol- 
tan, j'^prouvai une sorte de repugnance pour mon action, ; 
et toutes les fois que je jetais les yeux sur cette tunique, 
je voyais comme une lumicre dans mon coeur. Je coDse^ 
vai pres de moi cet habit, jusqu'au moment oix il me fat 
V0I6 en mer par les infiddes. 

Etant arrive chez le sultan , il m*honora plus encore qii*fl 
n'avait Thabitude de le faire , et il me dit : « Je t'ai envoyi 






D'IBN BATODTAH. 449 

U 4>44 t)M^3 jl-J^^I i v4^ Jk^» ^U C:5v-AAJt dXt 

ft 

diercher afin que tu partes, comme mon ambassadeur 
pr^s du roi de la Chine; car je connais ton amour pour les 
coufses et ]es voyages. » II me fournit tout ce dont j'avais 
besoin, et il d^signa, pour partir avec moi, les personnes 
qui seront nomm^es plus tard. 



FIN DU TOME TROFSlfeME. 



ni. 29 



/.-: 



4 



varia'Ntes et notes. 



• f 



Page 6 (i). Le surnom d'Alcobra, donnd an cheikh Nedjm eddtn , ayant 
besoin d'explication , nous croyons devoir traduire la notice trH-d^taill^e 
ei assez curieuse que Kbond^mfr a consacr^e k ce cheikh dans sa grande 
histoire universelle ^crite en persan , et intitule : Habib Assiyer ou « l^Ami 
des biographies ». 

NOTICE SUR LE CHEIKH MEDJM EODIN COBBA ET SUR SON MARTYRE , 
PAR LA VOLONTE OE DIEU TRJlS-HAUT. 

Le nom du cheikh Nedjm eddin ^tait Ahmed, fils d'Omar aikhiwaky 
( oa de Khiwa ; le mannscrit porte j^^) , et son snrnom, Cobra. Ce saint 
personnage fut d^sign^ par ce snmom parce que, pendant ses Etudes, il 
remportait Tavantage sur tous ceux de ses condisciples avec qui il engageait 
des discussions. Ce fut pour cette raison qn'on Tappela « le dernier juge- 

ment » , (ju^S=> ^u^\J9 , thammehi cobra, Dans la suite; et par le grand usage 
qu^on fit de ce surnom, on rejeta le mot thammehi et Ton se contenta de dire 
cobra, D'autres personnes pensent que le surnom de Nedjm eddin 6tait 
coberd^, pluriel rompu ou irr^gidier de cabir, y/jJiJj y<Mi^' «^ , c'est- 
i^-dire qu il ^it clastre des grands », (jySZi\ f^, Mais la premiere ex> 
plication est la vraie. VoilA ce quon lit dans Thistoire d'Alyafi^y. 

Le nom dc cheikh v^ly tir&ch cle cheikh qui sculpte des amis de Dieu 
ou des saints », est aussi un surnom de ce saint personnage. On le lui a 
attribue parce que, quelie que fiit la personne sur laquelle son regard toon- 
bait , elle parvenaitau rang de saint, cH'^j ^V^* 

Hemuliche, — Lorsqa*un chien a ^t^ regards par Nedjm eddin , il devient le 
chef des autres chiens. • 

Le pr^nom dn cheikh Nedjm eddin ^tait Aboul pjonnfib. L'^mir Ikbdl 
Seistany rapporte ce qui suit dans Topuscule (ripdleh) renfermaot les pa- 
roles du cheikh Rocn eddin 'Alk eddaulah Simnany : «Dans sa jeunesse, 
le cheikh Nedjm eddin se rendit de Kh&rczm k HamadSn, afin d*^tudier 
les traditions. Lorsqu'il eut obtenu des savants dc cette ville la permission 
de transmettre les traditions, il passa k Alexandrie. Ayant aussi obtenn 

T- ' I«i et fc It ligOQ raivante il fant lire, avcc DjAmy, ^[^aT, an lieu dc (JsM, 

29. 



452 VARIANTES ET NOTES. 

la licence (idjdzak) du mobaddith « traditionnaire » d*Alexandrie, Abou 
Th&hir Ahmed Assiiafy, ^JLJI, au moment de son retour, il vit une 
nuit en songe ie saint Proph^e et iui demanda un pr^nom^ L^ Prophite 
lui indiqua celui dAbou*ldjonnab. Le cheikh Iui demanda : « Est-ce Aboal- 

djonab sans techdid, Lsl'sl!^ ? » Le Propb&le r^pondit : « Non , c'est Aboal- 
djonnab avec un techdid.T* Lorsque ie cfaeikb fut 4veill^, il comprit, par , 
le sens de ce surnom, qu'il iui fallait s*abstenir des biens de ce monde 
(djonndb signifie < qui marche k cot^ de...^ qui s^^carte de quelque chose*]. 
En cons^uence, apr^s. s'etre d^pouill^ en cet endroit m^me de tout at- 
tachement mbndain , il commen^a h. voyager a la recherche d*un direc- 
teur k qui il pi^t remettre sa conduite. 

Lorsqu il fut arrlv^ dans le Khouzistin , il tomba malade dans le mo- 
nastbre du cheikh Ism^'il Kasry. Par rheureosc influence de la sollicitiide 
du cheilLh, il fut d^livr^ de cette maladie ; ^tant devenu disciple deKasrj, 
il s^adonna k la vie contemplative , (3^^* , et passa quel<j[ue temps eo cet 
endroit. Une nuit, cette reflexion se pr^senta k son esprit: cMa science 
dans les dogmes ext^rieurs (ou exotdriques^xAdMV) est plus grande que 
celle du cheikh Ism4*il; j*ai obtenu 6gaiement ma part du sens cach^ (oa 
ali^gorique, h6ihxxi\ de la loi. » Gelte opinion s'<^tant mantfest^e au cheikh 
Ism^'ii/ie lendemain matin, il manda notre saint personnage el lui dit: 
« L^ve-toi et entreprends un voyage, car il te faut ailer trouver le cheikh 
^Ammar (ibn) Yacir.» Le cheikh Nedjm eddin vitbten que lecheikbls- 
m&*il avait eu connaissance de ce qui lui avaitpass^par IVsprit; maisil ne 
dit rien et se rendit pr^s du cheikh 'Ammar. Apres qu'il y eut ct^ adonn^ 
pendant quelque temps ^ la vie contemplative , une nuit la mdme reflexion 
se pr^senta k son esprit. Le matin suivant, le cheikh 'AmmlLr lui dit : 
« Nedjm eddin, l^ve-toi et rends-toi au vieux Cake ( Afi^r) , aupr^s ds 
cheikh Rouzbdhan, afin qu il chasse de ta t^te cet amour-propre avecua 
souiflet. » On rapporte que le Cheikh Nedjm eddin fit le r^cit suivant : 

« Lorsque j arrivai k Misr, je vis le cheikh Roiizbdhan k la porte de soa 
monast^re, oCi il faisaitses ablutions avec un peu d'eau. Je dis en moi- 
m^me: cApparemment, le cheikh ignore qu'il n^estpas perrois de (tire 
cses ablutions avec une aussi p6tite quantity d'eau.» Lorsque le cheikh 
eut termine ses purifications, il secoua la main sur ma figure; k cause 

des gouttes d'eau lustrale, v3r^j ^^'t ^^^ atteignirent men visage, je 
torol)ai en extase. Le cheikh ^tant entrd dans le monast^re , je Ty suivis. 
Pendant qa*il 6tait occup^ k rendre graces k Dieu, je me tins debout; 

ayant ^t^ ravi en extase, «o^ o^lc ^^ 3^ je cms voir que le jour de 
la resurrection dtait arriv^ , que Ton saisissait les hommes et qu*on les 
jetait dans le feu. Au bord du brasier, un vieiliard se tenait assis sur le 
sommet d'une colline. Tous ceux qui disaieut , « Je Ini suis attach^*, il 



VARIANTES ET NOTES. 453 

lea faisait passer. Tout k coup, on me prit aussi et I'on m'entraina vers 
le feu; mab, dhs que j*eus dit : cJe suis un de ses adherents*, on me 
rei&cha. En consequence, je montat sur cette colline, et je vis que ie 
vieiUard en question 4tait le cheikh Rouzb^bAn; je m approchai de lui 
et je tombai k ses pieds. li m^appliqua un si violent soufflet sur 1 occiput, 
cjue je fus renvers^ sur la face et il me dit : cD^sormais ne bl&me plus 
«Ies gens de bien. » Apr^s ceia, je revins de mon extase, je vis que ]e 
cheikb avait termini sa pri^re, je m^avan^ai et frottai mon visage sur ses 
pieds, Le cheikh m*appliqua indubitabiement un second soufflet sur I'oc- 
ciput^ et pronon^a la m^me p^urole. Par ce motif, la pr^somption dis- 
parut de mon caract^re; le cheikh Roiizbehan me renvoya pr^ du cheikh 
'Aromar Y&cir et lui ^crivit : « Envoie-moi tout le ciiivre que tu as, pour 
*que je le change en or pur et que je te le renvoie ensuite. » Le cheikh 
Nedjm eddin ayant pass^ qu^Ique temps pr^s du cheikh *Amm&r, obtint 
ton cong^ lorsqu il eut atteint la perfection dans la vie contemplative. 
li se renditii Kh&rezm, et s'y livra k la direction spiriluelle des musul- 
mans. 

On rapporte qu A T^oque o^ Tarm^e mongole se dirigea vers Kha- 
rezm, Djenguiz kh&n et ses enfants, qui avaient connaissance du haut 
rang du cheikh Nedjm eddin dans la religion musulmane, lui envoyirent 
k plusieurs reprises un ^missaire et ie pri^rent de sortir de Djordj^nieh , 
afin qu*ancun dommage n'atteignit sa persoune b^nie. Mais le cheikh 
n*accueillit pas cette demande et r^pondit : a Nous avons v^cu au milieu 
de ceshommes pendant qu'ils ^taient tranquilles et en repos, comment 
nous serait-il permis de vouloir nous s6parer d*eux au moment oil Tafflic- 
tion et la peine les atteignent?» Lorsque cette arm^e terrible arriva pr^s 
de Kh&rezm, le cheikh Nedjm eddin donna au cheikh Sa*d eddin Ha- 
mawy, au cheikh Ridha eddin 'Aly L&U, et k quelques autres de ses prin- 
cipaux compagnons, au nombre de plus de soixante personnes, la per- 
mission de sortir de cette ville. lis lui dii^nt: «Qu^arrivera-t-il si le cheikh 
fait des vceux pour que cette affliction soit dcart^e dcs contr^es musul- 
manes?» Le cheikh rdpondit : «Cest un arrdt irrevocable de la provi- 
dence; on ne pent y rem^dier par des pri^res.» Ges hommes lui dirent 
alors : cll est done convenable que le cheikh nous accompagne dans ce 
voyage. » II r^piiqua : « Je n'ai pas la permission de sortir ;je serai martyr 
dans cet endroit* Ses disciples, lui ayant fait leurs adieux, se disper- 
s^rent dans toutes les directions. 

Le jour o{i les Mongols entr^rent dans la ville, le cheikh manda plu- 
sieurs personnes qui ^taient resides pr^s de lui et leur dit : « Levez-vous 
au nom de Dieu, et combattez dans la voie de Dieu.i» II se leva alors, se 
couvritde son froc,.serra sa ceinture, remplit sa poitrine de pierres et 
prit dans sa main une javeline. Dans cet dquipage, il niarcha centre les 
Mongols et leur jeta des pierres, jusqu^ ce que celles qu^il avait prises 



454 VARIANTES ET NOTES. 

dans son sein fussent ^puis^es. Les soidats de Djenguiz Vbkn ayant fait 
pleavoir les Arches sur ce saint personnage , un trait Tatteignit k U poi- 
trine. Lorsqu'il eut retir^ cette Cliche de la plaie, Toiseau de son &me prit 
son vol vers' les jardins du paradis. Qn dit que le cheikh Nedjm eddio, 
an moment de son martyre, avait saisi un Mongol par les cheveux de de- 
vant (pertchem), Lorsqu il fut renvers^ k terre, dix pcrsonnes ne purent 
tirer cet homme de ses mains. A la fin , on coupa les cheveux de TinCdtie. 
C*est par allusion k ce fait que M^wlana Dj^ial eddin Koumy (cf. Voyages 
d!Ibn Batouiahft. II, p. 3&a-284) a ditr 

Nous sommes au nombre de ces hommes cdusider^ qui prenuent la coupe, et 
noil de ces paavres malheureux qui embrasseiit une taille mince ; de ces faommes 
quiy d*nne main , se versent (litt. boivent] le vin pur de la foi, et, de Tautre, sai- 
sissent les cheveux de Tinfid^le. 

Le martyre du eheikh Nedjm eddin arriva dans le courant de laa- 
nee 618 (1221 do J. G.Jr. 

(Ms. persan de la Bibl. imp^r., foods Gentil, n^ 69, t. HI, fol. 13 v*, 
i3 r^ Gf. Djami, Vies des Soujis, ms. persan n** 1 1 2 , fol. 189 v*, i4o i^; 
les Notices des inanuscrits, i. XII, p. 4i6, note, o^ on lit Aboul Khib&b 

ou Kliabbab, c-jLi!- ^L au lieu d'Aboul Djonn&b, olLil^l; ct Mir- 
khond, Vie de Djenghiz khdn, texte persan, Paris, Didot, i84i, p. i36i 
139.) 

P. 1 1 (1 ) . Dans ce passage , le sens de c->a^ sfemble 6tre celui de ■ seni 

en grains » ; probablement, Tauteur a voulu dire que, non-seulement les 

grenades ^taienl servies tout ouverles, mais que chaque grain avait 6lc 

retir<^ de Ja cellule qui le renfermait. 

• ^ $ 

f P. i3 (1). Au lieu de ^^j-itv:^! , les mss. 909 et 91 1 portent 3a^[ — 

Ibid. (2). On voit, par ce passage, que les.mille dirhems dont parle Iho 
Batoutah ^taient ce que notre auteur appelle ailleurs (t. TI, p. 65 et373- 
374; cf. ihid,t p* 4oi, t. Ill, p. i4 , etc.) dinars dirhems ou dinars d'ar- 
gent. Quatre de ces pieces de monnaie ^quivaiaient k un dinar d'or du 
Maghreb. Quant aux v^ritables drachmes du Kiptchak , on a vu plus haut 
(t. II, p. 372) qu'il en fallait cinquante ou soixante pour faire un dioar 
du Maghreb. Ibn Batoutah dit plus loin (t. Ill, p. 106, 107 et 426) 
que le dins^r de Tlnde (ou tengah) ^uivalait k deux dinars et demi deson 
pays. 

P. 16 (1). Au lieu de cj J2J, le ms. 908 portc .»ii»^;. 

P. 19 (1). En place de Ullatk, les mss. 909 et 91 1 donnent L ^. a >♦ 
Ce mot et les trois suivants manquent dans le ms. 908. — Ibid,[2). Telle 
est la le^on que fournissent nos quatre raanuscrits, ainsi que rabr(fg<' 



VABIANTES ET NOTES. 455 

dont M. Kosegarten a public des cxtraits (Commentalio , p. i5). Mais !e 
total des distances qui s^paraient Kliarezm d'AlciLt, Meat de Wabk^ncb , 
et ce dernier endroit de Bokhara, ne dopne que onzc jours. 

P. 3 1 (i). Au lieu de ibU^, Sibdleh, le ms. 90$ porte ImXa^ , Sid- 
pah. Le ms. 91 1 pr^sente ici une lacune dc pr^s de deux iignes, depuis 
t^J^J jusqu*^ (jiXj jy Outre les deux passages d'^drici que nous 
avons indiqu^s entre parentheses, on en trouve, daus cegeograpbe, uu 
troisi^me o{i il est question de ia mdme ]oc<Uit6, sculemcnt elle y est 
nommie Senkd, Uumi ou Sekdiah, iuliLw (t. I, p. 467). 

P. a3 ( 1 ). Voyez sur cette tradition ridicule , admise aussi par Guillaume 
de Rubruk (Edition de Francisque Michel etTh. Wright, p. 65 et 173), 
les observations de feu le baron C. d*Obsson, Histoire des Mongols, t. I, 
p. 36, 37, note; cf. le Vojaije h Piking, b, travers la Mongolie, en 1820 et 
1821, par G. Timkovski, t. I, p. i55 et 179, et Kellgren, Nouvelles a/t- 
ntdes des voyages ^\*sirief t. XV, p. 226. — Ibid. (2). Au lieu de P^^^ * 
le ms. 908 porte Ajl«Jij , « il excitait ieur convoitise ». — /61V.' (3). Le 

Trai nom de ce prince ^tait \41a eddounia Weddin , Mobanuned , fils de 
Tacach. Sindjar n'^tait qu une esp^e de sobriquet adopts par lui , dans 
Tespoir que la durde de son r^gne dgalerait celle du r^gne du sultan Sel- 
djoukide, si cdl^bre sous ce nom. (Voyez Mirkhond, Histoire des suUans du 
Khdrezm, ^it. Defrdmery, Paris, 1842, p. 56, 57;et C. d'Ohsson, Op, 
stipr, Umdat, t. 1, p. 182.) Quaot au nom de Dj^i&l eddin, personne 
u'ignore qu il appartenait au fils dc Mohammed. 

P. 37 (1). Le ms. 910 ajoute ici, par suite sans doute d'une rdpdli- 
tion, *Ujil|^Ur^ (jk^. 

P. 39 (i). Au lieu de l^.uKj , ainsi que nous avons cru devoir lire [k 

la quatri^me forme de Jla9 , « faire en sorte qu*une chose soit vis-a-vis de 
queiqu^un ») , on pourrait lire v^IZiiJ , k la seconde forik. Alors la phrase 
signifierait : « il prit mes mancbes et baisa la main avec laquellc il les 
avait toucbdes , etc.*. On sait quactuellement encore les Turcs, surtout 
quand ils parlent k un sup6rieur, portent frdquemment la main sur la 
bouche et ensuite sur le front, ce qui est regard^ comme un t^moignage 
de respect et de soumission. On se salue aussi en appuyant ia main droite 
sur la bouche. (Cf. I'eztrait de Frescobaldi, donne dans notre premier vo- 
lume, p. xxxviii; et ci-dessus p. 171 Thistoire de Balaban.) Au lieu de 

Juaj 1 le ms. 908 porte o4^ » * retourner une chose , la manicr t. 
P. 43 (1). Au lieu de j^xl, le ms. 908 porle Jljtt. 



456 VARIANTES ET NOTES. 

P. 56 (i). Ibn Batoatah distingue ici N^cf de Nakhcbeb, dont it a 
parl^ plus baat (p. 38) , tandis que tous ies g^gnipbes oriebtaDx conai- 
d^ent ces deux noma comme d^signant tine seule et m^e vilie. (Voyet 
Yakoiit, Kitdb almochtaric , ^dit. Wustenfeld , p. Sg 1 , lig. 9 ; Soyodthji 
Lohb allohdh, ^dit. Vetk, p. 361, 363 , et le Mirdcid alitthild, ^X, Jnyn- 
boll, t. Ill, p. 3o3.) S&dik IsfabliDy affinne que N^ceFest le noon penab 
de Nakbcbeb. II ajoute qu^ cette ville est aussi appel^e Karcby par Ies 
Turcs : cDans la langue mongoie, Karcby signifie, dit-il, uq pklais;car 
K^bek kh&n, souverain du MaYer&'nnahr, construisit un grand palaisdans 
cat endroit, et la vilie a dd son nom de Karcby h. cet Edifice. » ( The 500- 
graphical works ofSadik Isfahani, p. 5o, 5i ; cf. ibid,, p. i43; VHistoire 
de Timwrbec, t. I, p. 3, note, et p. 96; 1^ Bibliothique orientate, verho 
Nekhscbeb, et le sultan Baber, cit^ dans le Journal des Savants, join 
1 848 , p. 339.) G^est h deux lieues de Karcby, vers i'occident , que s'^levait 
le palaia de Zendjir S^rai, une des residences favorites de Tamerlan. 
(Histoire de Timurbec,t, I, p. 358.) 

P. 69 (1). L*bistorien Kbonddmir a consacr^ k ce personnage one no- 
tice que nous croyons devoir traduire presque en ehtier, parce qu*dle 
confirme, en le compldtant sur quelques points, le r^cit d*Ibn Batoutah : 
tLa crdme des bommes pieux, Mewlan4 Nizbam eddin Abd arrabim al- 
kliafy babitait la ville de H^rat, sous le r^gne de M^iic Mo*izz eddin Ho- 
^ain ; il s'occupait continuellement h ordonner ce qui ^tait permis par la 
loi et k d^fendre ce qu*elle probibait. Sal&r (le g^n^ral), qui ^tait as 
uombre des principaux ^mirs, montrait une sollicitude parfaite pour 
corroborer et faire ex^cuter Ies efforts et Ies ordres de Mewlana. M6Iic 
Ho^n avait aussi une grande consideration pour ce saint personnage; 
bien plus, il regardait ses ordres comme des lois d^cisives 

« II a ete raconte , par des bommes digues de confiance , qu^au commen- 
cement du r^gne de M^lic Ho^ain Curt, un grand nombre de Turcs 
Gbozz ou d'autres tribus turques babitaient Badgbis, et que, s'^tant 
soustraits k Tobs^ation des regies fondamentales de la loi musnlmane, 
ils se livraient k nnjustice et k Terreur. En consequence , MewUnd Niibto 
eddin ecrivit unfetva par lequel il ies d^clarait ber^tiques. Les chefs de 
cette troupe ayant M inform^s de cela, conduisirent une arm^e coosi- 
durable aux portes de H^rM, dans le courant de fannde 738 (1337-8 de 
J. G.]. Comme le roi (Mo'izz eddin Ho^ain) n^avait pas le pouvoir de r^- 
sister k cette arm^e, ii se fortiGa dans la ville. Les ennemis iui envoy^rent 
un message ainsi con^u : a Notre but, en allumant le feu du combat et 
«de rinimitie, est de tuer une personne qui nous regarde comme des 
«in(idMes. Si done les habitants de H^rat ne veulent pas perdre lean 
itricbesses et leurs vies, il faut quails chassent cette personne. » Comme 
la situation des habitants de Hdrat 6tait desesp^ree, on ^crivit un fetva 



VARIANTES ET NOTES. 457 

portant qa^un dommage particulier ^lait permis quand il s^agissait de 
i'avantage g^ndral. Pendant que Mewilin^ pr^chait le peuple, on remit 
cet ^crit entre ses mams. Mewyb[ili « ayant eu connaissance de Tdtat des 
choses, descendit ausaitdt de la chaire, et, apr^s avoir fait ses ablutions 
et revMu un habit propre, il sortit de ia ville. Les ennemis le prirent en 
dehors de la rue royale (derhi mSUc) , le tu^rent et Tensevelirent dans 
TalliSe d*arbres (khidbdn). Puis, ayant lev^ le sidge de H^at, ils retour- 
n^nt dans leurs demeures. » ( Habib assiyer, t. Ill , p. 1 3o i^ et Y^ ) 

P. 72 (i)« Ici et k la ligne suivante, le ms. 910 porte s^^wil, ii/ktfan^^ 
au lieu de vjutctt, Aldjesty, Sous la date de Tann^e 719 (i3i9), Khon- 
d^mlr (ihid.f fol. 62 v^) mentionne un khodjah Ahmed Djichty, ^^^LmL^, 
que i'^mir Bectout et Ya^aoiir envoy ^rent, k plusieurs reprises, aupr^ 
du prince de H^n^t, M^lic Ghiy&th eddin, pour en obtenir la reddition 
des richesses et des hommes qu il avait enlev^s de Badghis pendant leur 
absence. Le baron C. d'Ohsson, qui a racont^ le mdme ^v^nement d*apr^s 
d'autres sources, appelle ce personnage le scheikh ulisl&m Abou Ahmed 
et le kho^ja Abou Ahmed [Histoire des Mongols , t. IV, p. 626, 627]. 
Quoique deux de nos mss. et celui du P&re Moura portent Aldjesty, il faut 
lire iddjichty ou, d'apr^s Torthographe persane, Altchickfy, i^JsJiJl. Get 
adjectif relatif , que Ton chercherait vainement dans le Lohb allobdb, de 
Soyouthy, vient de Tchicht, c>Juah., nom d'une locality situee, S'apr^ 
Firichtah, dans le voisinage de H^rat, 9^^^ \\ c>^i <J^^ Cx-^^j 
c:>tyb . ( Tcankhi Firicktah,X II, p. 7 1 2 ^) II est devenu, par la suite, le 
nom patronymique d'une famille de seids ou descendants de Mahomet, 
famille qui a donn^ naissance k plusieurs fameux soufis ou contemplatifs, 
mentionn^s par Dj&my et Firichtah.) Voyez encore le Nouveau journal 
asiatiqtte,i, VIII, p. 198 k if^ptp. 3i4.) Quant au cheikh Maoudoiid 
altchichty, que cite Ibn Batoutah, il mourut, selon Dj4my (ms. persan 
112, fol. 109 v*), en Tannic 627 de Th^gire (ii32-33 de J. C). Par 
consequent, le mot kafid doit se prendre ici dans le sens de « descen- 
dant*, ei non dans sa signification litt^rale de «petit>fils». 

P. 77 (1). Au lieu de Vy^ i>m«, le ms. 910 porte i^^jC? ^^ l^, ct 
le ms. 909 2iCjX3 yMt . Quant au ms. 911, lequel pr^sente une lacune qui 
mrend depuis ia page 471 ligne 2, jusqu*^ la page 76, ligne 9, il parait 
porter ici la le^on que nous avpns adoptee , seulement le ^ de ^^ y est 
d^pourvu de point diacritiqae. 

« 

* Get endroit est marqud , sons le nom de Chwddja Tschicht , sur deux des ex- 
cdlentes cartes drcss^ par M. Henri Kiepert pour le grand ouvrage de Bitter 
(ranw oder Tui^istan, et UdxriichtS'ltarie von Iran oder ffest-Hochasien , Beriin, 
i8Sa). 



• 458 VARIANTES ET NOTES. 



P. 82 (1). Nous avons reproduit la le^on du ms. 910. Les mss. 909 et 
911 portent ^jLA^ , lems. 908 ^^o^X/o, ie^on que parait donner aossi 
celui dii P^eMoura, qui a transcrit ce mot Mondo Gair. Ge nom de lieu 
est ^videmment alt^r^. Peut-^tre faut-ii lire AnMhondh, 3^oJf , nom 
d'une ville bien connue, situ^e entre Balkh et Merve, k deux jounuJH 
au nord-est d*Achbourk4n ou Chuburkan, selon Ibn Haoukal. (Cf. S. de 
Sacy, Mdmoire sar deux provinces de la Perse orientale, Paris, i8i3, m-8*, 
p. 89 , 4o.) Le nom d'And^khoudh a ^t^ d^iigur^ dans Edrici (t. I, p. 470) 
en Zokhar, v^bN. Actueliement on prononce Andkhou. 

P/90 (1). Au lieu de ^A^^Uid^, le ms. 910 porte ^^uo^, «un d^fil^i.^ 
Ibid, (3). An Heu de la le^on Jw^ , qui es^t celie de trois de nos m88.,le 
n^ 910 donne j^>;^ «une fi^vre». 



P. 9^ (1). Aulieu de (:dLJU>i[ «les esclaves», que portent les mss. 907 
et 9 1 o, peut<4tre vaiit-il mieux lire gSU Ul [ « les provinces » , avec les mss. 
909 et 9 1 1 . En effet , on voit par de nombreux passages de Firichtah ( Ti- 
rthhj 6d, litbograpbi^e , 1. 1 , p. 1 52 , 1. 1 3 ; 1 55 , 1. 2 ; 1 56 , 1. 5 a fine ; 3o3; 
228, 1. 6; 23i ; 234f 1* 4 et 279, 1. 2) , quil existait dans Tlnde, vers 
r^poqiie d*Ibn Batoutah , une dignity dont le titulaire dtail appele ^^U 

C^mf ou ^^,ou (^>0^ i'y^ ftTinspecteur des provinces* ou 

cTinspecteur du royaume*. Dans un des passages citds plus baut, This- 
torien persan mentionne • les fonctions de substitut de Tinspecteur du 
Guzarate», c::>ty^ (AjIjC ^y& o)^sy*^* ^^ g^n^ral Briggs nousparait 
avoir rendu peu exactement le titre d^aridh ahnamcdic par ctbe officer 
through whom pelitions are presented|pr (Mistory of the rise of the mah' 
medan power in India, t. I, p. 281, note.) Sous les princes ghourides,il 
existait un fonctionnaire appele ^y& U-) ^ c>>l»*^ * le chef du bureii 
des revues » , devant iequel devaient se presenter les soldats qui d^inienl 
prendre du service. (Voyez les Tkabakdti Ndciry,ms, persan iS^ Gentili 
ibl. 3od V**.) Cest, sans doute, de cet officier qu il est question dans Ibn 
Batoutah (ci-dessus, p. 44), sous le titre de M^lic *Arz ou «le roi des 
revues >« Khond^mir (ms. 69 Gentil, fol. 109 v% 1. 1) dit que la dignit^ 
d'inspecteur de TaiTu^e, ]$Ly» ^y^ y^^"* ^^^ <:onfi^e au neveu de To- 
ghlok chah, Mdlic B^hd eddin. Ailleurs (fol. io3 r°) ii parle de Hnspec- 
"teur de Tarm^e, JCLi ^^^* Nous verrons encore citer plus loin, ptr 
Ibn Batoutah (p. 393), Imad almolc, ^Aridh almamdtic, ou aTinspectear 
des Mamloucs » , car c'est ainsi que nous avons cm devoir lire , aa lieu de 

jflTj^ , *ourdh, que porte le ms. 907, ct qui ne pourrait signifier que «ie 
cot^, le flanc des Mamloucs*. Dans ce dernier endroit et ailleurs, il ^^ 



VARIANTES ET NOTES. 459 . 

question du grand kildhi des Mamloi3lcs, Sadr aldjihan Cam41 eddin al- 
ghaui^oay. Peat-dtre encore vaudrait-il mieux lire ici AlmamdUc ties pro- 
vinces, Teinpire*, au lieu d^Ahnamdlic «les Mamloiics». Ce qui peut 
porter ^ pr^flSrer ia premiere le^on, c^est que, dans un pr^c^dent pas- 
sage d*Ibn Batoutah (p. i6i ; of. i43), on voit le mdme personnage d^- 
sign^.par le titre de « grand kAdbi de Tlnde et du Sind». Un ^crivain 
fort exact, qui vivait en mtoe temps qu'lbn fiatoutah, s*exprime ainsi : 
«le sadr djihdn, c*est-^-dire le kddki alhodhdt, k T^poque oil nous ^crivons, 

se nomme Cam&l eddin, fils de Borh&n eddin Ge niagistrat porte 

^galement le titre de Sadr alisldm; c'est le principal personnage charge 
de rendre la justice.* {Mepalik alahsdrs dans les Notices et ex traits , 
t«XIII, p. i85.) Khond^mir atteste (fol. 102 r*") que I'auteur des Hiaha- 
kdti Ndciry, ayant obtenu le surnom honorifique de Sadr-djib&a , exer^a 
quelque temps les fonctions de kUdbi des provinces de TUindoiistan , 

p. 1 00 (1). Au lieu de w4a1| « Tapr^midi , de trois k quatre beures », 
qui estia le^on du ms. 907, les trois autres exemplaires donnent ^^\ 
clema^n*. ^ 

P. 11a (1). Nous avons cru devoir lire csL s 3, au lieu des lemons tr^s- 
corrompues et tout k fait inintelligibles que portent ti*ois de nos exem- 
plaires; quant au n* 907, T^criture y est effac^e en eel endroit. Les mots 
<jij S3 on c2u }$3 ;F, litt. cde dix un», signifient «ia dime, la dixi^nie 

partief. On lit Jans les Thabakdti Ndciry : i:j>J!^s\ <^^vC "'^fv^M 

Jk«i cXAi^ \3 (UUoUu* ^Jlj «n partagea tout entier, en deux por- 
tions ^gales, le tr^sor de Ghiznin, qui, k cause des immenses ricbesses 
qpCii contenait, n^aurait regarde les cboses pr^ieuses du tr^sor de Ka- 
Totaa. (Cor^) que comme la dixi^me partie de son propre revenu. » (Ms. 
persan de la Bibliotb^que imp^riale, fonds Gentil , n** 1 3 , fol. 296 r".) On 
trouve ce qui suit dans une relation manuscrite ^e la Perse, compost, 
il y a bient6t deux si^cles, k propos des bilraat qvl « assignations distri- 
butes aux militaires « , et dont ils devaient percevoir le montant sur le 
revenu de tel ou tel village : t II faut k lettre veue payer cet officier, et, 
de plus, lui donner le dehUk, de dix un, le traiter A poulet et mouton, 
orge, paille&ses cbevaux, autrement lebaston ne manque pas.» (Estut 
de la Perse, ms. de la Bibl. imp^n, n* 10 53 4, p. 29.) 

5 

P. 1 39 (1). II existe ici un blanc dans les quatre mss. ; sculemcnt le 
n* 911 pr^sentc la lettre ^, qui est, sans doute, une abr^^viation pour 



460 VARIANTES ET NOTES. 

^Lu , et sert k indiquer que cette lacune se trouvait dans Torigin^.* 

Nous avons suppl^^ par conjectul*e le mot ys^\' Du reste, le raisin n*eit 
pas aussi rare dans Tlnde que semble le dire ici notre auteur. Plus loin, 
Ibn Batoutah atteste que Ton en trouvait k Daoulet AMd , et que la tigne 
y portaitdeuxr^colteschaqueann^e. (Ms. 907, fol. 56 r^) Un savant g^- 
graphe arabe , cbntemporain d'Ibn Batoutab , fait Tobservation suiyante 
k propos de Tlnde : « Les figues et les raisins sont les fruits qu on y troave 
en moindre quantity. » [Mefdiic Alabsdr, dans le recueil des Notices d 
extraits, i, XIII « p* ,1 75. ) 

P. i3 1 (1). Au lieu de /f^^l^ ou /jvsl^) un de nos Qiss. (le n* 910) 
donne le singulier de ce mot : /jvL^* -^Ibid, (2). Voici de quelle ma- 
ni^re le n* 9 10 fixe la prononciation du mot ^jym^ kichry : cf uU) Zci 

p]J] ytS^ (J^i {^y~^' ^^ ^^^ ^^ Tortbograpbe usit^e dans Flnde 

est (jy^i kitchry. — Quant au mot Oftili almouts que Ton rencontre dett 
iignesplus bas, c^est le terme bindoustani ^j-^* que Shakespear traddt 
par c vetcbeSy lentils •. Firicbtab ie mentionne sous ia forme ^^za (t. I, 

p. 196), et on lit dans Kbond^mir : (jAj^ aAAa tsym] ^]^ o oy 
c le mo^t qui est un grain ressemblant au macb • (phaseolas Max), (HM 
assizer, ms. d^j& cit^, t. Ill, fol. 106 v**.) 

P. 1 33 (i). Les mss. 907 et 910 donnent la le^on que voici : (^^>^ 

P. i36 (i). Au lieu de ^^OJt 0^,ySA^ 01s. 907 porte ^>r»Oj| iXJv*' 
La le^on Ferid est ^videmment la bonne, car il s^agit ici du c^l^bred^ 
vot musulman , F^rid eddin Gb^ker Guendj , sur lequel on pent consulter 
Firicbtab (texte persan, t. 11, p. 725-739), et le Nouvean journal «?•■ 
Uque (t. VIII, p. 3 18 , 3i 9). Ge personnage fmit ses jours k Adjodin, aa- 
trement appel^e Patau, et y fnt enterre; mais, d*apr^s Firicbtab, il ^tait 
n^ dans une petite ville voisine de Moultan, et que cet auteujr appelle 
Ghotttaval, JLja^S (dans le Journ, asiat,, loc. laad.s on lit Gbanawal). 
Ibn Batoutab parsut done s*^tre tromp^, quant k la locality qu*il indi<{ae 
comme le lieu natal de F^rid eddin. Probablement , il aura confoiiidu 
celui-ci avec son disciple Nizblim eddin AouUa , lequel , d'apr^s Firichtah 
(ibid,, p. 740; cf. Journ, asiat,, ibid,, p. 323), naquit effectivement i 
B^d&oun. Ibn Batoutab mentionne plus loin (p. i58, 160 et an) ce 
dernier sous le nom de Nizbllm eddin Alb^dbaouny. 



«.-» 



P. i44 (1). Au lieu de 8 JJu, les mss. 909 et 91 1 portent t6\2ijju 



VARIANTES ET NOTES. 461 

P. i49 (i). Les voyelies du mot (J^O^ sont ainsi marquees dans le 
ms^ 907, mais nous u'oserions en garantir Texactitude. D^apr^s Shake- 
spear, qui cite pour son garant Adam, en ajoutant un signe de doute, le 
mot f^^iSJutj mandwi, signifierait tune esp^ce de grain*. }i ressort de 
trois passages de Firichtah, que le terme ^^jJU d^signait tun march6 
aux grains t , ce qtd est parfaitement d*accord avec le texte d*Ibn Batou- 

tah. Voici les propres paroles de rhistorien persan : «U^— U J^ (AU 

o^Lm o^^iS^O^^ (jd^^ O-y^ 4j «Uo vkL til nomma inspec- 
teur du march^ aux grains, que Ton appelle, dans la langue indienne, 

manaovLy, le M^lic KaboM.f (T. I, p. 196); wjLmij <iJl£ 9*^ Ux yb 

oJjc^vwN J c>^^^ (S\0>^ tCliaque jour on meitait sous les yeux du 
sultan le tarif des grains, et on lui faisait connaitre en detail toutes les 
transactions comnierciales qui avaient quelque rapport avec le mandouy. 
Si un l^ger reldchement se glissait dans Tex^cution des regies Stabiles, 
les diSlinquants et les agents du mandouy ^taient punis du dernier sup- 

plice.B(ii&ul.^p. 197). (jo^^y^ iS^i^^ y ^Ac ...^jwkAjb tChacun ache- 
tait du grain au mandouy, "» [Ibiiem.) — Ibid, (3). On voit plus loin que 
fi^djali^ah ^tait le nom d'une station peu eloign^e de Ganodje. UJi&s ^ 

4r^ p yr^ -H3^ Jr^ ^ Jj^ J>^ ^9^ *^^^ ^^ ^ 

JuaJU^f. (Ms. 907, fol. 53 r°.)Ii nousparaitconvenable, d*apr^s cela, de 
modifier un peu notre traduction , dans laqueiie nous avions suppose que 
la porte de Dihly, dite d^Alb^djali^ali , devait son nom au cimeti^re situ^ 
dans le voisinage. II nous semblait, en effet, qu'il devait en dtre de cette 
porte comme de celles de Mandouy et de Djoul (de gnl tfleur», en per- 
san) , qui avaient emprunt^ leur nom'', la premiere au marcb^ aux grains, 
ia seconde aux vergers ou jardins , dont elles ^taient voisines. II est plus 
probaHe que la porte qui fait fobjet de cette note ^tait nomm^e porCc 
d*iUb^dj4li^ah, parce qu^elle ^tait situ^e dans la direction de la locality de 
ce nom. Nous ne sommes, d*ailleurs, pas ^loign^ de croire que, dans le 

texte d*Ibn Batoutah , il y a quelque chose d*omis , comme les mots (^(X-^J 

qa^ apr^s B^tjsO^I V 0^ r^^' ^^'^^ ^^^^^ hypothec, il faudrait ainsi 
traduire : « 9*^ la porte d^Alb^j&li^ah, k fext^rieur de laqueiie s'^tend un 
des cimeti^res de Dihly. G'est un beau, etc. * 

P. 173 (i). )ul*afe est la ic^on que pr^entent tons les mss. ; mais il 



1 

462 VARIANTES ET NOTES. 

vaiidrait mieuxjire UOUa^- — P. 173 (a). Au lieu de U«JLkj, le ms. 907 
porte l^ f^AAb » et ies mss. 909 et 9 1 1 ont L^ Ua^' 

P. 180 (1). Auiieu de ^av, le ms. 907 donne ^y^- 

P. 181 (i). En place de l^jcxLj , le ms. 907 porte L^^Li- 

P. 186 (1). Aa lieu de /fvu cavec un bonclierf, qui est la le^D de 
trois de nos mss., le ms. 910 porte ^mJ^u (lavec un manteau». 

P. 197 (i). Les mots juyj Loft manquent dans Ies mss. 909 et 911. 

P. 2o4 (1). Aulieude ^lyy f (pour 6.Fyj[),le8mss. 909et9i 1 donnent 

p. 210 (i). Ibn Bfitoutali parait ici en contradiction avec Firichtali, ' 
d'apr^s lequel Mssir eddin, ills du sultan Ghiy&th eddin Balaban, ^tait 
encore sur le tr6ne du Bengale lorsque Toghlok Ghsih entreprit son ex- 
pedition centre cette province. Voici en quels termes s*exprime fhisto- 
rienpersan : « Lorsque Toghlok Gb&h arriva h, Tarhat, le sultan N&ssir 
eddin, fils de Tempereur Ghiy&th eddin Balaban , qui , grilce k son carac- 
t^re pacifique, avait conserve son fief jsans aucun cbangement sous le 
r^gne des souverains Kbiidjys, et qui vivait retir^ h Lacnaouty, n^taot 
pas assez fort pour lul r^sister, se soumit aux ordres du destin. 11 vint 
trouver le sultan Togblok h, Tarbat, et lui ofifrit de nombreux presents... 
Togblok Gb^ lui conf<^ra un parasol, et le confirma dans la possession de 
Lacnaouty k titre de fief, comme auparavant. II lui confia aussi la garde 
de Sonarganou (Sounergong) et des districts du Bengale. » (Edition litbo- 
grapbi^e,t. I, p. 334 ;cf. Khoodemir, t. Ill, fol. 109 v"). 

P. 248 (1). Au lieu de IJi , les mss. 909 et 91 1 portent seulement Jl5- 
La le^on dums. 910 est : l^v^ (J,\ 0^^}^ ^ t^^ cX^t ^y^, U^' 

P. 252 (i). Le ms. 910 donne s jJUc^'*, dans les mss. 909 et QiiJi 
y a ici une petite iacune, et ce mot manque. 

P. 264 (1). Le ms. 907 porte L^y JLo (j[ [sic)^ le ms. 909 (^1 
v^y jJUj (51c) ; et le ms. 91 1 Lb^jdxJ (^t [sic). Nous donnons la le* 
^ondu ms. ^\o. 

P. 281 (1). Les mss. 909 et 911 donnent tw.s\dU, peut-dtre pour 

fj4^; le ms. 910 ofire une Iacune d'environ une ligne dans cet endroit. 
Nous adoptons la le^on du ms. 907. 



VARIANTES ET NOTES. 463 

P. 287 (i). TeQe est ia le^n des deux msB. 907 et 910; ]es deux 
mis. 909 et 91 1 portent ^^buiJII. 

P. 295 (1). Le mft. 907 ajoute ici les mots /jvUil y*U* mais un l^ger 
trait, presque efface « parait les rayer avec raison; tes mss. 909 et 911 
n ont pas ces deux mots. La le^on du ms. 9 1 o est it o [^ ^ ^ I ci 1 >^y 

P. 3o3 (1). Le ms. 907 ajoute ici oxJI, sans doute k tort; ii en est 
de mtoe des mss. 909 et 911, mais ceux-ci ont, dans cet eodroit, un 
espace qa*ils laissent en bianc et avec le mot IjjTLe ms. 910 ne porte 
pas ce mot c^Juit.^ 

w P. 327 (i). Les mss. 909 et 911 portent ju .distil; le ms. 910 sup- 
prime ce mot; et la le^n du mss. 907 est incertaine. La bonne le^on est 

Sana doute celle que nous avons dono^, c*est-4-dire aj .^IjJ [• 

P. 33i (i). Telle est la le^on des mss. 909 et9ii; le ms. 910 porte 
CU3 9>40hJ'j; la le^on du ms. 907 semble avoir quelque analogic avec 
cette demifere, mais le premier niot est presque iiiisible. 

I 

P. 332 (1). Les mss. 909 et 91 1 portent s0s^nX5 , et le ms. 910 donne 

P. 345 (1). Les mss. 909, 910/et 911 jportent ajcJLIju*; mais nous don- 
nons la pr^fiSrence k la le^on du ms. 907. 

P. 355 (i). La vraie legon est sans doute (^jljJ[ ^^xm»j* y3\^, Ce 
MaQ o^d algh^i, ou « le guerrier », ^tait un membre de la &mille du sultan 
MabmoM, le Gazn^vide; et il p^rit Tan 567 (1162) dans une guerre 
contre les Hihdous. (Gonf. Firlcbtah, tome I, page 249.) Sal&r 'Oud est 
encore nommd dans ce volume, k la page 444, et nous mettons alors, 
entre parentheses, Ma^ oud. 



P. 370 (i). Tous les mss.» except^ le ms. 910, portent <^>j^fy |. — 
Ihid,. (2). Le ms. 910 porte il L CU; et les mss. 909 et 91 1 ^onnent 
Jt C>s^ Oaj (jI Uj. Nous donnons la le^on dums. 907. 

P. 373 (1). Les deux mss. 909 et 91 1 portent ^y!»,f^uJt^ • 

P. 383 (1). Telle est la IcQon de tous les mss. En effet, les mss. 907 
et 910 donnent (^JLmJI , ou plut6t Kj^^Xmj\ , selon le syst^me dYcritnre 
maj;far^bin; les deux autres mss., 909 et 911, ont ^^^^aJ\ (sic). 



464 VARIANTES ET NOTES. 



P. 386 (i). Le mot jbi»y pardt avoir ici, et surtout en un autre pai- 
sage, qu on trouvera consign^ dans ie quatri^e volume de cet ouvrage, 
]e sens de cparasoif ou cdaisi. Chez ies Afiricains, il signifie aussi tea* 

bestani^ et dansTidiome hindoustani, Va.^ d^signe dun palanquin •. 
P. 388 (i). La le^n des mss. 909 et 91 1 est a^jJ^ ; ceUe da ms. 910 



.«• -» 



P. 389 (1). Les mss. 909 et 91 1 portent zo^* 

P. 4oi (1). Le ms. 910 porte o>^w> au lieu de qaI^. 



P. 4 1 4 (i) • Les mss. 907, 909 et 9 1 1 donnent ilxju^o en place de ^Xiu^' V 
Ge dernier mot est la le^on du ms. 910. 

P. 4i9 (i)« Les mss. 909 et 911 portent y*Uvj [sic)^ et le ms. 910 

P. 438 (i). Les mss. 909, 910 et 91 1 donnent c-iyu. — Ibid, (2). Le 
ms. 910 porte ^j&JUiit. 

P. ^49 (i). Maintenant que nos lecteurs ont sous les yeux la plus grande 
partie des details qu'Ibn Batoutah donne sur Tlnde, nous croyons le mo- 
ment arriv6 de leur faire connaitre un passage des ProUgoni^nes d^Ilm 
Khaldo^n qui regarde notre aiiteur, et qui a trait, en quelque s<Nrte, aux 
faits consign^s dans ce volume. Nous en donnerons le texte d'apr^ deux 
manuscrits de la Bibiioth^que imp^riale, et nous y joindrons la traduction, 
iaquelie sera suivie de quelques courtes remarques. 

TEXTE. 

Jab.3 *AJu^ Ji.^^ oj^fj Q^\^ ^fyJt 3X J Jhu^ ^yd] Jt 

c^ ^iiAJ\y>^ ^\ dioJ i^Xr, JUiJ-fj o^^f dJu iy^U 
j £S3\X\ u>^o^^ pUjJI iks^ j <il^u«.lj ^\J^ axa mJ ^\iy sb 

(ji^ Iwo y^=>\^ J^)^^ (iUUr oiUJI ^ fj\y Ltj 4x1^^ (j\ji ^ 



VARIANTES ET NOTES. 465 

aSUia ^ ^ j»ju y^f *>^ v53; i«^ Lf>^^ o'^yi^ >LjJIj 

aajoJS^ jJ^oJf J fjhJ\ ^Ux5 c:>LlC;il »c3^ Jbuf^ Ait^] jLkjo 

Ja^yi cAi'^ y\j^\ y[S^\ <U^]^ (jUJt Ij^ J AX^jUi cis^y^f OuJM^t 

e)f dCf ^^l3 yjjit JUl3 *a-)4>Xj- ^ j.Uf J jc^Ioxm,! U 

^t U) Jyu |C^JI jJL [43^ jyt 4J JU tiU l«. ^ooij ol^^'^f 
/rU/UJi JU Ut^i" c>jt L JyUJ l^yjjl^l^ »^t -J l^iUa^ 

<^y Ajjs, ^j^ Uj 4JU5 ^IXi^t ^3Lki j Jl^3 l> AJyii3 jCVAA--^^ 

j^yL) ^ .^ j^y A>Ui ^(i ^t ;;iJuJf ^[cn] [j^\y ^jj^ 

Uj^t 4jy»j <Jifi ;fjjUj -JUi^ <.«*Aa.j *t^t Juof U^ fiU 

r * Qc J»^3 <I>^ Jl5^ oLLi 

' ExtraHdnniijbDelWKetduchapitreinUtuU: jJaoJi ^Ijf /tf ^ Jl*^ ' 

Ul-of J Ujy iCuiJ Jxi UV (Suppl. ar., ms. 7^1 , 5» », fol. 70 r% el 

IDS. 743, 6*, Ibl. 67 r* et v*). Ces dcnx monuscrits ofFrcnl dcs variantes, main 
nons n'avoiu pas jng^ a^oessaire de les donner. 

III. • 3o 



466 VARIANTES ET NOTES. 



TRADUCTION. 



« Sous ie rfegne d\i sultan Aboii *lnkn^ un des princes des Beifoik Merin, 
il arriva au Maghreb, ou Afrique occidentale, un docteur de Tanger, ap- 
pel^ Ibn Bathouthab , lequel avait voyag^ dans TOrient durant les vingt 
ann^es qui venaient de s'^couler. II avait parcouru ies contr^es de Tlral, 
ou de ia Perse, le Yaman, i'lnde, et ii ^tait entr^ h Dibly, capitale da 
dernier pays. Lc souverain de Tlnde alors vivant, ie sultan Mohammed 
Cbab, ie re^ut avec beaucoup de distinction, et Temploya en qnidit^ de 
juge du rite de Malic dans son empire. Ensuhe, le voyageur revint en 
Occident et fut admis en presence du souverain Abou 'In&n. II se mit k 
raconter ies circonstances de ses voyages, Ics merveilies qu ii avait vues 
dans ies dijS(^rentes regions de ia terre, et ii parlait surtout du gouveme- 
ment de Tempereur de Dihly. A ce suj^t, ii avan^it des faits qui sem- 
blaient bien ^tranges a ceux qui les entendaient. II disait, entre autres 
cboses, ce qui suit : « i** que ie roi de Tlndc, lorsqu'il entreprenait un 
« voyage, Comptait les habitants de sa capitale, hommes, femmes et en- 
«cfants, et leur faisait distribuer h tous des vivres pour six mois, k titre 
< de present de sa part ; et 2" qu au moment de son retour, il faisait sod 
A entree dans ia vilie en un jour solennel ou de c^r^monie; que le people 
« se rendait en masse k sa rencontre dans la plaine qui avoisine la dt^, et 
«qu*il entourait le monarque; que, devant ceiui-ci, et parmi cette fouie, 

* on dressait sur des chameaux des baiistes , au moyen desqueiies on lan- 
« ^it sur les sujets des sacs de pi^es d'argent et d'or, et que cela durait 
ojusqu'^ ce que Tempereur fut entr^ dans son palais. » Les Individ as ({ui 
^coutaient k la cour de telies anecdotes, et d'autres anadogues, se disaienl 
tout has k Toreille que c'^taient des mensonges, et que cdui qui les ra- 
coptait ^tait un imposteur. 

« Dans ce temps-U , je rencontrai un jour le vizir du sultan , le person- 
nage nomm6 Paris, fiis de Ouedr&r, el dont ia c^l^brite est immense. Je 
cansai avec lui sur ces m^mes mati^res, et lui fis part des soup^ons que 
m*inspiraient les recits d*lbn Bathoiitbab , attendu e^e g^n^i^aiement on 
les traitait d'impostures. Le vizir F^is me rdpondit : a Garde-toi bien de 
« nier de pareiiles cboses concernant d autres pays, par la raison que tu 
« ne les a pas vues ; car tu serais alors sur la mSme lignc que le fils du vizir, 
« qui grandit et fut ^lev^ dans la prison./ 

« Ce discours faisait allusion au cas d*un vizir qui fut incarc^r^ par son 
souverain, et qui resta dans ie cachot un grand nombte d^ann^es, pen- 
dant lescpelles son Gls s*y dcveloppa et y fut ^duqu^. Quand Tenfant ai- 
teignitr&ge de Tadolescence et de la raison, il se mita faire des demandes 
sur les chairs d animaux dont ii se nourrissait; et lorsque son p^re Im 
disait : «Ceci est de la viande de moutons», il r^pliquait : « Qu est-ce que 

• les moutons ? » Son p^re alors les lui d^crivait au moyen de ieurs signfs 



VARIANTES ET NOTES. 467 

et de ieurs qualit^s distinctives; et ie fils reprenait : cO mon p^re, ta vois 
«bien que ces animaux ressemblent aux rats.! Le p^re oiait cela, ii Ic 
r^primandait et lui disait : « Quelle difference n*y a-t-il pas entre les mou- 
« tons et les rats! • Pareille chose arrivait pour la yiande des boeufs et des 
chameaux; car le gar^n n*avait vu, dans son cachot, rien que des sou- 
ris ou des rats, et il pensait que les autres animaux ^taient tous de la 
m^me esp^e que ces derniers. ^ 

« G*est \k ce qui se passe trop souvent chez les hommes qui^d il s'agit 
de choses nouvelles. lis sont aussi atteints de la manic de les exag^rer, 
afin d*exciter Tadmiration, ainsi que nous Tavons expos^ au commence- 
ment dfe Touvrage. Or done, que Tbomme aitrecours k ses regies ou prin- 
cipes, qu'il s^observe soi-mSme avec soin, qu*il sache distinguer ce qui 
est possible de ce qai est impossible, par son intelligence ^clair^e et son 
naturel droit. II adoiettra tout ce qui entre dans la zone ou le cercle de 
la possibility ^etce qui est en dehors, il le rejettera. Nous nentendons 
point parler ici de la possibility inteilectuelie absolue, car son cercle 
embrasse ce qu il y a de plus vaste, et elie n*assigne aucunes limites entre 
les ^Y^nements; mais nous voulons seulement indiquer ce qui est possible, 
en tenant compte de la mati^re m^me, ou de la substance, ou de la nature 
de la chose. Lorsque nous consid^rons Forigine de telle chose , son esp^ce , 
sa difference (avec d^autres], ou ses attributs, ainsi que T^tendue de sa gran- 
deur et de sa force, nous pronouQons notre jugement sur ses rapports ou 
^tats, suivant toutes ces circonstances , et nous concluons en disant que 
tout ce qui sort de sa sphere est impossible. Or, dis : cO Dieu, mon 
f maitre, augmente ma science! v (Kordn, xx, 1 13.] 

Nous nous bomerons k faire observer: i** que la seconde partie de ce 
fragment refute et d^truit les doutes ^lev^s dans la premiere ; 2^ que ces 
doutes portent sur les relations verbales attributes k Ibn Batoutah, les- 
quelles di£E^nt sur plusieurs points importants du r^cit que nous poss^- 
dons, et qui seul doit nous occuper ; 3** enGn , que tout ce que notre voya- 
geur a dit jusquMci sur Tlnde, se trouve suffisamment confirm^ par les 
ouvrages d^historicLs renommds, tels que Firichtah, Khond^mir, etc. 11 
ro^rite done toute confiance. 



3o. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



Page 39, iigne 3 du texte , sappUez (^) d, la fin de la ligne. 
P, 337, 1. 8 de la traductioD, on Uea de des lisex de. 



SUPPLEMENT 

AinC ADDITIORS BT CORB^CTIONS DD TOME DEOXliME. 



^. * 



Page i6y ligne g du texte, Usez J^vi't cj>>^'^f; et i. i4-i6 de 

la traduction, Usez: En effet, un pogte, voyant qu*on avait plac^ un citroB 
devaot le S&hib (Ibn 'AbMd] , compose, etc. 

P. 17, 1. 10 du texte, la hontie lefon est sans doule M*^0^/ Parconsi' 
quent, 1. 1 4-i5 de la traduction, lisez : Les marina, dans ce pays, rament 
^tant debout et droits. 

1 

V, ]39, i. 9 de la traduction, on lieu de (la joliette) lisez (la petite 
sai^e). 



TABLE 

DES PRINCIPALES MATIERES 



eONTENUES DANS LE TOME TROISIEME. 



P«g»s. 

Avertbsement des ^diteurs et Iraducteurs « i 

Depart d*Ibn Batoutab de la ville de SerU , el son voyage dans 
la Tartarie et la Transoxane 1 

Ser&tchoAk, p. i. -— Desert, 2. — La ville de Kh&rezm, 3. 

— Le fleuve Oxus, 5. — ZamakhcLar, 6. — Population 
de Kh&rezm , 7. — - Grands personnages, ibid, — Dogme, 
8. — ^ Pr^dicatenr8,*9. — Emir, ibid. — Anecdote, la. 

— Tor&bec, femme de T^mir, i/k* — Anecdote, ibid. — 
Melon ou past^ue de Kh&rezm, i5. — Anecdote, 16. — 
Desert entre Kh&rezm ot BokMra, 19. — Alc&t, so. — 
Wabk^neh, 21. — Bokh&ra, 22. —• R^cit historiqne sur 
ces centimes, ibid. — Tenkiz kb&n, 23. — Nakhcheb, 
2d. — Histoire du saltan Thermacfairin, 3i. — Kebec, 
ibid. — Anecdote, 32. — Autre anecdote, ibid, ~ En- 
trevue du voyageur avec Thermachirin , 33. — Pi^t^ de ce 
prince, 36. — Anecdote, ibid. — Bo^zoun, 4o. — Ther- 
macbirin est d^pos^, ibid. — Puis emprisonn^, ha. — 
Incertitudes sur son sort d^finitif , 43. — Gurieux di^tails 
k ce stijet, 44. — Bouzoun est faai par lies musulmans, 
47. — Khalil ,48. — Boiizoun est vaincu et ^trangl^ , 49* 

— Kbalil maitre du pouvoir, ibid. — Sa ruine, 5i. — 
Samarkand, 52. — Tombeau de Kotbam, fils d^Abb^, 
ibid., — Le k&dhi de Samarkand, 54. — Anecdote, 55. 

— N^cef, Termedb, ibid. 

Entr^ du voyageur dans le Khor&Qan ; son excursion dans 
le Turkistdn 1 58 

Ddsert, Balkb,.p. 58. — Anecdote, 59. — Montagoes du 
Ki)ubist&D, 63. — H^rat et autres villes du Kbor^^&D, 
ibid. — SidUin de H^rat, 64. — Histoire des R&fidbites, 



470 TABLE DBS MATIERES. 

Page*. 

65. -— Anecdote , 70. — Mcurtre du jurisconsidte Nizh4in 
eddin, ibid, — M^lic WernA, 73. — Dj&m, 7$. — His- 
toire du cbeikh GhiMb eddin, 76. — ThoAs, 77. — Le 
mauBol^e de Ridha, 78. — Tombeau du calife Hl^rodn 
arrachid, 79. — Sarakfas* Zawefa, ibid, — Nel^^bour, 80. 
. — Anecdote, 81. — Bestkto, 82. — Hcndokhir (An- 
d^kbofid?) y Kondoilks et Bagfal&u , i6icl. — La montagne 
HindoCi Goiich, 84. — AnderaJb, Pendj Hir, 85. — Les 
montagnes de Badbakhch&n et de P6cbai , 86. — Perwan, 
87. — Tcbarkb , 88. 

Voyage dans TAfghanistan et Gdboul 88 

Gbaznab,p. 88. — Kandab&r,G^oui, 89. — LesAfgbans, 
Coth. Soleimin, ibid, — Kermacb, Gbecb Nagb4r, 90. 
-— Grand d^ert , 9 1 . -—Pendj Ab ou Indus , ibid, — Fin 
de la premih^ partie des voyages d'Ibo BatontAh , 93. 

Notre voyageur commence la seconde partie de sa relation 
par son arriv^ dans le Sind. II se dirige , par Moltan , vers 
rinde et Dihly. 93 

Description du b^rid ou de la poste, p. 95. — Le sultan 
de rinde est inform^ de tout ce qui conoeme les Stran- 
gers qui se rendent dans son pays, 97. — II les bonore, 
98. — Presents de TStranger au sultan, et de celui-ci k 
rStranger, ibid, — Du rhinoceros, 100. — La ville de 
DjSnany, 101. — La peuplade des Samirah (Sotjimarab), 
ibid, — Son Smir Oun&r, 103. — La ville de Siwacitan 
ou Sibwan, io3. — Anecdote sur Oun4r, etc., io5. — 
Trajet sur le fleuve Sind ou Indus , 1 09. — L^^ry, 112. 
— Ruines, 11 3. — Bac&r, 11 4. — Oddjab, no. — 
Anecdote ,116. — ArrivSc k Molt&n , 117, — Son Smir, 
,118. — Autres Strangers k MoMn, iso. — SSjour de 
deux mois dans cette ville, 131. —Depart pour Dibly, 
] 22, — Details sur le voyage, sur les repas, etc. , 1 33. 

ArrivSe dans Tlnde proprement dite 125 

Abo^ber, p. 1 35. — Arbres et fruits de Tlnde, ibid, — Les 
grains ou cerSaies, i3o. — Gombat, i3d* — Le fort 
d*Aboii Baqbar, i35. — AdjoudSben, iff id, — Indiens 
qui se br^lent voiontairemeut, i36. — Longs details, 
137. — Indiens qui se noient de leur plein grS, i4i* — 



TABLE DES M ATI&RES. 471 



^Pilca, US. 
DiUv 146 



^Togblok Abid ct D^ftiB P«aik« 147.— Mvde DiUj. 
liS. — ^Dcto, lig. — lintyific pmcipflk, i5o. — 
Des den pandi fcuut ate^ i Feit^nair de Dililj, 
1 Si. — Ueaz St frfifri i iapB , 1S6. — SawaBls ct hoounet 
ilcbtCB, 1S7. — Anminlf, 1S8- — Minde de rimim % 
AlgkiTf, 160. 

RUt de k connD^ de DiUj, et notice historiqae sur les 
robqaisjsaooedenBl 161 

Vhmr Kiddi edAs Aibfle. |l 16s. — Le «diaa Chems 
ed^ firfnrirli 00 Aitf mIi , i6i« — Le ndlan Boca ed- 
diB. 166. — UuBptetriee Badb^dk, 167. — Le sritao 
Xfaveddm, 168.— UfsHnQiijiUieddmBdabai, 
170. — ATentnre eztnonfiiuuK de ce prince, 171. — 
Le ndtan Mo'iu eddin, 17s. — Le soHea Ej^lil eddin, 
iSo.>-Lesaitan*Al2eddioiyUialdjy« i83. — Le saltan 
CSiihib eddm, 189. — Le sabanC^tlibedAn, 191. — 
Lesohan Kboerew kbln, lUwireddiii, 196. — Le sol- 
tan Gbijltii eddia Toghlok diih , so 1 .--- Sod fils n^dHe 
contie faii one r^beUkm, maisaoa projet aforte, 908. — 
MmAe de Tc^^blok Yen le pays de Lacnaooty, ei ce (joi 
t^ensoirit jai^*i sa mart, 910. 

• 

Du sooTenmregiiaiitidors.oolesiiltaa Ifobainiiied chAb. 215 

Son portrait, p. ai6. — Fortes do palais de ee soltan, sa 
salle d'aodience, ei ordre soivi dans ces lieox, 317. — 
Andiences, 331. — Admission des dliangers et des por- 
teors de cadeaox en prince do soltan, 335. — De la 
■lanito dont on prdsente ao saltan les cadeaox de ses 
agents, 336. — De la sortie da saltan lors des deox prin- 
cipales f<ttes, et de ce qoi se rattacfae k oe*sojet, 338. 

— De la stance qoe tient le saltan le joor de la ftte, 
do trftne prindpal et de la [dos grande cassolette, 333. 

— De Tordre qa*on c^Merve qoand le saltan arrive de 
voyage, 336. — Da repas priv^, s38. — Do repas com- 
mim, 339. 



472 TABLE DES MATIERES. 

, Pagw. 

Quelques faistoires sbf le suitan Mohammed chah , moniraDl 
sa bien&isance et sa g^D^rosit^ , 243 

Du cadeau qu il a fait au marcband Cbihiib eddin iUc&z^- 
rouny, et histoire de cdui-ci, p. 344* — Du cadeau fait 
au grand icheikh Rocn eddin ,248. — Du cadeau fait aa 
pr^dicateur de Termedh, N&3sir eddin, aSo. — Du ca- 
deau fait ii *Abd al'azU alardoouily, 362. — Du cadeau 
fait k Cbems eddin Aiandoc&ny, .3 53. — Du cadeau fait 
^*Adboud eddin Accb^oyuinc&iy, 354^ — Du cadeau fait 
^ au juge Medjd eddin , ibid. — Du cadeau lait k Borh&n 

eddin 'Ass&gbardjy, 355. — Du cadeau fait k H&dji C^un, 
et histoire de ce dernier, 356. -~ De Tarriv^e dujils da 
oali/e, iO« T^mir 6biy&tb eddin , chcE le sultan de ilnde, 
et de ses avehlures, 358. — Anecdote sur 1q respect que 
le sultan avaitpour ce Gbiyatb eddin, 363. — Anecdote 
analogue k la pr^c^ente, 364.— ^Diverses anecdotes sur 
lavarice dnJUs du calife, 367. — Aventure sur ce sujet» 
368. — Anecdote k ce propos, 269. — ^Da ce que le sultan 
a donn^ k Vimit Saif eddin Gbada, de ia famiile du cbef des 
ArabcisdeSyrie, 37 1 .— ^Dumariagedecet^miraveclasoeur 
du sultan, 373. — Disgrftce et emprisonnement de T^ir 
Gbada, 379. — I^us tard le sultan lui pardonne sa fante 
et ie comble encore de faveurs, 383. -*- Du manage que 
le sultan condut entre les deux filles de son vizir et deux 

• fils de Kbodb&ouend Z&deb Kiou&m eddin , 384. — Anec- 
dote sur Tbumilit^ du sultan et sur sa justice, 385. — 
Anecdote analogue k la pr^c^dente, ibid, — Autre anec- 
dote de ce genre, 386. '— ZMe du sultan pour Taccom- 
plissement de la pri^re , ibid, — De son zMe pour Tex^- 
cution des ordonnances de la loi, 387. — De ja suppres- 
sion de certains imp6t8 et des actes d^injustice, ordonn^e 
par le sultan ; de la stance tenue par ce souverain pour 
fajre rendre justice aux opprim^s, 288. — Des vivres 
que le sultan fit distribuer ^ 1 occasion de ia disette, 390. 

Des acles de violence commis par ce sultan et de ses actions 
criminelles .* 290 

« 

Du meurtre commis par le sultan sur son propre fr^re, 
p. 393. — De la mort qu'U fit donner k trois cent cin- 
quante individus dans un ifkitnt moment, 393. — Des 
tourments qu il a fait subir au cbeikb CbihlJ^ eddin, et 
de la condamnation k mort de ce cbeikb , ihid, — ^ Du 



TABLE DES MATIERES. 473 

Pagef. 

meurtre coinmis par le soltan sur ie jmisoonMxlte M pro- 
fesseur 'AHf eddln Aic&^&ay, et, en m^ine temps, sur 
deal aatres juricsconsulfes , ^99. — Du meurtre commis 
par fe saltan sur deux jdrisdonsultea du Sind qui ^taient 
k son service, 3oo.-^Du meurtre commis par son ordre 
sur le cheikh Ho^d, dos. -^ De Temprisonnement du 
cheikh, fiis de Tddj aV&nJtn, et de la condemnation h. 
mort des fils de ce cheikh, le tout par Tordre du sultan , 
307. — Le cheikh meurt en prison, 3o8. — Le suitan 
fait aveu^er le jbge et Vinspeoteur des marches de Kowil, 
\j^ii, — II fait couper le cou au juge, 809. — De la con- 
demnation k mort du cheikh AJhaidarj, ihid. — Du 
meurtre ordobn^ par le sultan k Tdgard de f hoi]igh&n et 
de son fr^e , 3 1 1 . -^ Les hiens des deux condamn^s sont 
Jivr^s k leur dilnonciateur, suivant Fusage de Tlnde , ihid, 
">' De la eondamnatioti k mort contre le fils du Toi, ou 
pr^v6t, des marcbands, 3i2* — Punition d*^mir 'Aly, 
ilfld, — Des coups que le sultan fit donner aii pr^dica- 
teur en chef, jusqu^A ce qu'ii en moorut, 3i3. -^ De la 
de^trnction de la ville de Dihly, de I'exil de ses habi- 
tants, de la mort donn^e k un aveugle et k un paraly- 
tique, 3 1.4. 

Des combats , r^oltes et autres dv^nements qui se sont passes 
sous le r^gne du sultan Mohammed chSli 316 

De la grftce que ie sultan, ati commencement de Son em- 
pire, accorda k B^hSdodr Boidrah, p. 3 16. — Ensuite 
ce dernier est tu^ et ^corch^, 317. — Du souRvement 
de B^h& eddin« fils de ia tante paternelie du sultan, et 
de ce qui se rattache k ce sujet, 3 18. — B^hS eddin s'en- 
fuit chez le prince bindou, ou raia, de Canbiiab, ihid, 

— Celui-d se sacrifie pour son h6le ; curieux details k ce 
sujet, 319. — B^bi eddin se rend chez un autre prince 
bindou, ihid.* — Ce dernier iivre ie fuyard, qui est S|pri- 
fi^, 32 1. — Details cruels, ihid, — Du soui^vement de 
Gacbioi^ kb4n et de sa mort, 3 as. — SuppHce inflig^ 
aujuge etau pr^dicateur de ]a ville de Camdlpoiir, 32^. 

— Du d^sastre arrivd k I'arm^e du sultan dans une mon- 
tagne de THimalaya, 325. — Du soui^ement du cb^rif 
Dj^l&l eddin dans le sud-est de la peninsula , et de la mort 
du neveu , on fiis de la soeur, du vizir, qui se rattache k 
cette r^volte, SsS. — Di^tails sur les ^i^phants qui sont 



474 TABLE DES MATIERES. 

dresses pour taer les homines, 33o. -~Du Boul^vement 
de Hidftdjoi!Ln, 333. — Mobammed, fils de Nadjib , tyran 
des piaa inbumains, 333. — De la maladie ^id^mique 
et pestilentielle qui ^lata dans Tarm^ du snitao , ibid. 
— Da faux bruit qui fiit r^pandu sur k mort du sultan, 
ei fuite dn roi Uodcbendj , 335. •— Kothlo^ kbin est un 
homme de parole , etc. , 336. — > Du projet que le cb^rif 
Ibrllbim avait form^ de se soidever, et de la fin de sa car- 
ri^re, 337. — De la rebellion du lieutenant du sultan 
dans le pays de Tiling, 34o* — De la marcbe du sultan 
vers le fleuve Gange, et de Tinsurrection d*Ain Almolc, 
3 4 1 . '— Espions du sultan , 34 3. — • Pr^paratifs du com- 
bat, 345. — Marcbe, ibid. — Attaque, 348. — 'Ain Al- 
molc prisonnier, 35i.— > Details, 352. — PMerinage k 
jBabrMdj ,355. — Du retour du sultan dans sa capitale, 
et de la revoke d*Aly cb&h Ker, 356.— De la fuite etde 
* Tarrestation d'^mir Bakbt , 358. — Vicissitudes de ce per- 
sonnage, 36 1. — De la r^volte de Cblih Afgb&n dans ia 
province du Sind, 362.*— De la rebellion du jugel^A&l 
eddih, ibid, — SouUvement du fils du roi Mell, 365.— 
De la marcbe du sultan vers ia ville de Gambaie, 366. 
— n attaque et met en fuite les rebelles, 367. — Ceux- 
ci sont encore battus par le sultan ^Daoulet Ab&d, 368. 

— Environ quatre cents d*entre eui se r^fugient dans 
la forteresse , 369. — ^Du combat qui a eu lieu entre Mokbil 
et le fils d*Alcaoul^my, ibid. — De la disette qui domina 
dans les contr^es de Tlnde, 372.— Tristes details, ibid. 

— Distribution de vivres, 378. 

S^rie de faits qui regardent de plus pres notre voyageur et 
les autres Strangers, arrives en sa compagnie a Dlhly. . . 374 

De ieur entree dans le palais du sultan, lorsqu'ils arri- 
v^rent k Dibly, pendant Tabsence du souveraiin , p. 374. 
^ — De Ieur arriv^e au palais de k m^re du sultan , et 
mention des vertus de cette princesse, 376. — De Tbos- 
pitalit^ re^ue et de son repas, 379. — Mort de la filie 
dlbn Batoutah , ftg^e d^environ un an , et ce que Ton pra- 
tiqua a cette occasion, 382. — Fun^railles, 383. — Cu- 
rieux details, ibid. — - Palanquins, 386. — Des bienfaits 
re^us par notre voyageur du sultan et du vizir,' pendant 
Tabsence du souverain de sa capitale, 388. — De k fdte 
vue par le voyageur, tandis que le sultan ^tait loin de 



TABLE DES MATIERES. 475 

Dilily, 390. '— De rarriv^e du soltao daofl sa capilale, 
et de la rencontre avee Ini d'Ibn Batoutah et autres ^tran- 
gen, 391. ^ De I'entr^ de Tempereor dans la capi- 
tak, et dea montures qQ*il ieur fit donner, 396. — Cu- 
rieux details, ibid. -— ^ Tentr^e d*Ibn Batoutab et des 
autres Strangers cbez le sultan , des bicnfaits qu*il Icur 
accorda, du gouvemement et des charges dontil les in- 
vestit, 396. •— Ibn Batoutab est nomm^ juge k Dihly, 
4o2. — - lyun second cadeau en argent que le souverain 
fit k notre voyageur, et du retard qu en ^prouva le paye- 
ment, 4o6. — Details administratifs, 407. — De la de-, 
mande des cr^nciers dlbn Batoutab au sujet de ce qu'il 
Ieur deviut; de son pan^gyrique du sultan; de I'ordre 
que cdui-ci a donn6 de payer les dettes du voyageur, et 
du retard qu*a ^prouv^ Tex^cution de son commande- 
ment, 4o8« — Vers, 409. — Details curieux, 4i 1. — 
Dn depart da sultan pour la cbassR , de la sortie d'Ibn 
Batoutab avec lui , et de ce que le voyageur fit dans cette 
droonstance , 4i4* — Ibn Batoutab fait cadeau au sul- 
tan d'un chameau de la race des mahdry, 42 1. — II lui 
envoie aussi des patisseries, et, plus tard, deux autres 
cbameaux, 4a 2. — Des deux cbameaux qu'il donna au 
sultan, des patisseries, de Tordre du souverain pour 
TacquitteiAent de la dette du voyageur, et de tout ce qui * 
se rattacbe k ce sujet, 433. — Du depart du sultan de 
Dibly, et de Tordre qu'il a doon^ k notre voyageur de 
continuer k r^sider dans la capitale, 427. — Disposi- 
tions prises par Ibn Batoutab relativement au tombeau 
de Kotbbeddin, 432. — D<Stails, 433.— De la manifere 
dont les fndiens et d autres peupies donnent k manger, 
dans les festins, aux personnes invitees, 435. — Ibn 
Batoutab se rend k Amroubll pour exiger des cer^ales 
qui lui sontdues, 436. — Details sur le voyage, 437. 
— Les villes de Bidjnaour et d'Amrouba, ihid, — Ren- 
seignements curieux, 438. — Ibn Batoutab retourne a 
Dibly, 44 o. — Action g^n^reuse d'un des amis du voya- 
geur, 44 1. — Depart du voyageur pour le campemcnl 
du souverain, 443. — Du cb^iment que Tempereur vou- 
lait infliger k Ibn Batoutab , et de la griice que le Dieu 
tr^s-baut a accord^e k ce dernier, 444. — De la retraite 
du voyageur du service du sultan , et de son abandon 
des cboses du monde, 445. — De Tordrc du sultan pour 
que notre voyageur se rcndit pr^s de lui ; du rcfus d'Ibn 



476 TABLE DES MATIERES. 

Pages. 

Batoutah de reprendre du service; et de son z^le pour 
la d^volion, 447* — De Tordre que le sultan donne k 
Ibn Batoutah de partir pour la Chine , en qualite de son 
ambaaaadeur, 448. - — Notre voyageur accepte et ob^ii, 
449. ^ 

• ■ 

. Varianles et notes. 451 

Additions et corrections 468 



FIN DE LA TABLE DES MATIJ^RES. 



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