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Full text of "Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales Volume 2"








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SCIENCES MEDICALES 



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DlU l lUNNAIKfc fcA CYCLOPEDIQUE 



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SCIENCES MEDICA LES 



COLLABOUATEl RS : MM. LES HOCTEIKS 

AI .CIIAMUAULT, AXE.XFEI.D, LUILI. AUGER, UAILI-OX. UALIMAXI, I1AI.I., CA11T1I, UAZI.X, UEAl UKA.XU, lltCI. \ 

BEIIIER, YASUENEDEX, IHT.GEI:, iiiiKXRiM, UKRTILLOX, LERTI.X. EKNEST tEsxiER, ULACIIE, LLACIIEZ, UOINET, COUSE.U 

BORDIEK, L-Ql CHACOURT, CII. BOL CIIARU, UOUlSiOX, HOULAXO, UOL LEY 111.), DOL VIEH, 110YEU, I C., 

1IIIOCIII.V, BHODARDEI., C/iOH X-^EyCACIl, CAI.MEIl., C.4MPA.NA, CAllLET (fi.), CEftlSE, CIIARCOf, CllA--.U(..\.lC. 

CHAUVEAl , CHEI .EAC, COLIX <L.), CORML, COUI.1ER, COURTY, DALLY, I AMA- HIM., D.1VA1XE, DECI1AM: . LE\3 

DELIOC1L DE SAVIGNAC, DELl ECII, UE.NO.N V1LL1EH?, llEI AL L, DIDAY, UlULEAU, llUCL ET, UUl LAY (S I.AL , 

ELY, FAI.I-.ET (J.j, FARAUELT, H.I.HM , KOLI.IX, FOX^AUIIIV ES. 
GALT1ER-U01SS1ERE. GAR1KL, GAVAIll .ET, C.EUVAl- (P.), GILLETTE, GIIIAUD-TEl LOX, GOULEY, GOI l MIILL i 

GRISOLLE, GUBLEI!, CCEXIOT, GUERAIlll, GUII.LAHD, III II.LALSIE, GLII.LEMIX, GDI 
llAMELIN, 1I.UEM, 1IEC1IT, I1EXOCQUE, 1SAMUEIIT, JACQL EMIEK, KI .ISHAUER, LABUE (LEO.x), I i 
LABOULUE.XE, I.AG.XEAU (G.), LA.XCEIIEAl X, I.AIiCllEll (0. ) , LAVERAX, LECI.EKC (L.) , LEI" 
LEKOUEST, LEGROS. LEGROL X, LELiEUOtLLEr , LE HOY DE MEItlCOlT.T, LETOI . I .XEAU , I.EM.X, 1.1 M 
- EliEOIS, 1.IETAI10, LISAS, L10UVU.LE, LITTHE. I-LTZ, 5IAGITO I (..] , MAH.NAN . M.H.AIHTI , MvllCIIVMI. MM II SIAI 

MIGUEL (DE .XANCT), UILLARD, DAXIEL UOLLIEKE, HOXOD, UO.XTAMEII, MORACIIE, MOI.EL (u. > 

l.LIEl: , OMMtJ, OIIF1LA (L.), PAJOT, PAIlCIIAPPE, PAIiKOT, I .lsTtUI;, PALLET, I ElililX IMAtlllCE^, 1 EIt 
1-LAJiCHOX, I OLAILLOX, 1 OTAl.X, POZZI, REGXARU, I .EGXALLT, HEYNAL, I,OUI> IC11.I, IiE I.OCIIA-, l.OGtl: 
RILI.ET. IIOICIIEAK, HOUGET, SA1XTE-CLAIRE DEVILLE (ll.), iClIi; rZEXIiEHGEl: (CU. I , sCULIZE.XlJLRGEI; i I 1 . , -EI ILLOT, 

SEE (JIAIIC), ^ERVIE^,, I)E SEY.NE5, jOl UEII.AN" II.. I, E. SHLLMV.XX, TART1VEL, TERIIIER, TE^rELI\. 

TILLAL X (l 1 .), TOL IIDES, TRELAT (L .), TRIPIER (LEOX), VALLIX, VELPEAU, VERXEUIL, VIUAL (EM.;, VILI.LV1X 

VOII.I.KMIKI., VI LI IAX, WAIILOMO.Xr, WOK\I= (l.), WUI1TZ. 



DIHECTEUPi : A. DECIIAMlJllE 



TOME DEUXIEME 



ADH- -ALG 



BIBLtOTHlQUES 




LRAWS. 



PA K 1 S 



C. MASSO.N 



P. ASSELIX 



L BRAIRE BE L ACADEMIE DE SIEnEClXE LIBRA1RE DE LA FACLLTE UE UEUECLXE 

PLACE DE L tCOLE-DE-MEDECINL 



MDCCCLX \ 



DICTIONNAIRE 



ENCYCLOPEDIQUE 



DES 



SCIENCES MEDICALES 



ADH.VTon.v Genre de plantes de la famille des Acanthacees, extremement 

\ ii-iu des Gendarussa (voy. ce mot), dont plusieurs auteurs n en font avec raison 

qu une section, et qui s en distinguent seulement par le grand developpement des 

wactees qui accompagnent la fleur, ces bractees se touchant par leurs bords et 

loppant le calice, autour duquel elles persistent, tandis que, dans les Genda- 

fussa proprement dits, elles sont petites et caduques. L Adhatoda Vasica de 

Xees d Esenbeck, qui est 1 ancien Justicia Adhatoda de Linne, s emploie dans 

1 Inde, suivant Ainslie, comme amer, legerement aromatique et antispasmodique . 

Ces proprietes resident a la ibis dans ses racines, ses feuilles et ses fleurs. 

HERJU.NN. Paradis., 643. NEES AB ESESBECK, In \Vallich. pi. Asiat. rarior., Ill, 102, 105. 

H. B.N. 

ADUEUE\CE*. I. ANATOMIC PATHOLOGIQUE ET CONSIDERATIONS SDR LES EFFETS 

PATHOLOGIQUES DES ADHERENCES. Les adherences consistent dans 1 union accidentella 
de surfaces naturellement contigues. Par cette definition, nous eliminons la reunion 
de surfaces accidentellement coutigues, telles que celles qui resultent de plaies, de 
bn dures, H ulceres de diverse nature, de fractures, etc. (Voy. ces mots.) Pour 
les solutions de continuite des os, voyez GAL. Pour les adherences et cicatrices li- 
cieuses, voyez ce mot. Xous ne traiterons pas non plus dans cet article des adherences 
congenitales qui sont etudiees dans les articles speciaux de teratologie. 

Ainsi limitees aux surfaces qui sont naturellement en contact, les adherences se 
divisent ainsi qu il suit : 1 Adherences des membranes sereuses; 2 Adherences 
des membranes synoviales; 5 Adherences de la surface interne des vaisseaux; 
4 Adherences des membranes muqueuses ; 5 Adhereuces de la peau. 

Mode de formation. Les adherences sont le resultat de 1 ensemble des pheno- 
menes designes depuis Hunter sous lenomd inflammation adhesive. Dans toutes les 
surfaces cutanee, muqueuse ou sereuse, la premiere condition necessaire a. une 
adhesion est la chute de 1 epilbelium qui les tapisse a 1 etat normal. Si 1 epithelium 
est facile a detacher, s il ne forme qu une seule couche, la membrane sous-jaceiite 
contractera des adberences avec bien plus de facilite que si une couche epitheliale 

&ICT. EXC. H . 1 



2 ADHERENCES. 

solide ou plusicurs couches la recouvraicnt. C est ce qui cxpliquc comment Ics 
sereuses, dont la couclie epitheliale tombe a la plus lejrerc inflammation, sont si 
souvent le siege d adherences, trcs-rares, au contraire, aia surface dcs muqueuses. 
En meme temps que I epithelium tombe, la membrane s injecte, sa vaseularise, il 
se produit de petites ecchvmoses dans sou interieur, et sa surface se recouvre bientdt 
d une couchede nouvelle formation plusou moins epaisse, sous forme d une mem 
brane, d un reseau a mailles, ou de granulations. Cette couche nouvelle est compo- 
see de noyaux et de cellules fusiformes, et de fibrilles de tissu lamineux ; elle est 
parcourue bientot par uu reseau de capillaires en communication avec les vaisseaux 
de la membrane qui lui sertdesouticn. Lorsque deux pseudo-membranes ainsi for- 
mees sur les deux surfaces opposees d une cavite close restent au contact rune 
de 1 autre, elles s unissent, leurs vaisseaux s anastomosent, lour tissu lamineux 
devient plus dense et tout a fait organise. Alors une adherence solide est definitive- 
men t constitute. 

Telle est 1 expression la plus simple des phenomenes qui se succedent dans I in- 
ilammntion adhesive ; c est flu moyen d une fausse membrane qu elle a lieu ; 
mais il faut distinguer soigneusement cette fausse membrane formce d elements 
jeunes de tissu conjonctif, et qui tend a une organisation definitive, des produits 
d exsudation et de transsudation qui se montrent a la surface dcs membranes en- 
flammees. Ces derniers consistent en epanchements liquides de nature albumineuse, 
et en coagulations fibrineuses qui ecartent 1 une de 1 autre les surfaces qui les secrc- 
tcnt. Ces transsudations solides ou liquides ne peuvent pas s organiser, elles sont 
resorbees pen a peu lorsque s etablissent les adherences definitives, et les auatomo- 
pathologistes les plus autorises s accordeut a les regarder comme un produit excrc- 
mentitiel dans les pblegmasies. Ces exsudations albumino-fibrineuses sont frc- 
quentcs surtout sur les sereuses ; elles sont rares a la surface des muqueuses on 
de la penu; le caillot fibrineux qui remplit le calibre des v sines dans la phi 
agit comme elles pour empecher ou retarder 1 adherence des parois vasculaires. 

Forme et structure. Les adherences, devenues solides et permanentes, sont 
tres- variables dans leurs formes : tantot elles sont bornees a un feuillet meni- 
braneux plus ou moins etendu, dont les deux faces sont intimement souclecs an\ 
deux membranes primitivement desunies ; Tadherence est alors immediate, inti::i ; , 
et lorsqu ellc est mince et peu dense, ellc doit etre regardee comme la terminaisoa 
la plus heureuse de l inflammation adhesive. Mais parfois la membrane inter [ 
peut devenir epaisse et dense, en meme temps que les sereuses qu elle unit s hyper- 
trophient et s indurent d une fagon prodigieuse. C est ainsi que M. Cruveilher rap- 
porte avoir vu des membranes pleurales organisees qui avaient jusqu a quatre cen 
timetres d epaisseur. D autres fois, et c est le ens le plus frequent, les adherences 
sont tilamenteuses, rubanees, et les surfaces ou elles prennent insertion restent a 
une certaine distance 1 une de 1 autre. C est sous cette forme que se montrent le 
plus souvent les adherences du poumon, les brides peritoneales qui jouent un si 
grand role dans les maladies abdominales ; plus ou moins longues, plus ou moins 
denses, ces brides filamenteuses, lorsqu elles sont peu nombreuses et celluleuses, 
permettent les mouvements des organes et apportent peu de gene a leurs fonctions. 

La structure des adherences est celle des tissus de substance conjonctive ; on y 
trouve des faisceaux de fibres, des cellules et des noyaux de tissu lamineux ; souvent 
aussi elles possedent une assez grande quantite de fibres elastiques. On voit dans 
leur interieur, et on peut injecter des vaisseaux qui sont arteriels, veineux et capil 
laires, circulation qui communique avec celle des deux surfaces ou elles s implan- 



ADHKRENCES. 3 

tent. On ne salt pas si clles possedent des lymphatiques ; quant aiu nerfs de cts 
adherences, ils ont ete signales dans les fausses membranes de la plevrc et du pen- 
toine sus-hepatique par Virchow. Leurs proprietes phjsiologiques sont en rapport 
avec leur structure ; elles sont d autant plus resistances que leur tissu possede une 
texture plus dense, et elles jouissent, a un certain degre, de la retractilite qui ap- 
partient aux tissus cicatriciels. 

Les adherences peuvent subir diverses transformations de tissu et meme devenir 
le siege de lesions mor bides. 

(a) On trouve quelquefois, dans les adherences dues a une peritonite clironi- 
que, des granulations spheriques de la grosseur d un grain do millet a un petit pois, 
dures s se laissant tres-dil ficilement ecraser ou dilacerer, peu nombreuses, n ayant 
d importance que parce qu on peut les confondre au premier abord avec les granu 
lations Uiberculeuses ou cancereuses, dont elles different completemcnt a I examen 
microscopique. Elles sont en effet constitutes par des faisceaux concentriques dc 
tissu lamineux et elastique contenant des corpuscules espaces du tissu cellulaiie. 
Ces granulations peuvent aussi s incruster de sels calcaires. 

(b) Les adhesions fibrcuses peuvent se transformer en un tissu d aspect carti- 
lagineux ou osseux. Des cellules cartilagineuses se rencontrcnt frequemment duns 
les adherences fibreuses qni unisscnt les surlaces articulaires dans les cas de rhu- 
matisme articulaire chronique. Le depot de sels calcaires sefait par plaques plus mi 
nuiins considerables. II n est pas rare, par exemple, de voir ces inemliraiics ostei- 
formes tapisser a la maniere d une cuirasse la plevre costale. On trouve soinrnt 
aussi, a la par tie inferieure de 1 arachnoide spinale, des plaques minces, dures, na- 
crees, ressemblant au cartilage, qui paraissent n apporter aucun trouble aux fonc- 
tions, et sont constitutees histologiquement par dcs corpuscules allonges de tissu 
cellulaire cntoures de granulations calcaires. 

(c) L une des alterations anatomiques les plus importantes des adherences est 
cellc qui consiste dans la presence de neo-membranes vascularisees, qui ressemblent 
au premier abord a des ecchyrnoses et qui contiennent des vaisseaux aparois minces 
dont. la rupture determine si souvent les epanchements sanguins dans raraclmoide, 
les plevres, le pericarde, le peritoine et la tunique vaginale. 

(d) Les granulations tuberculeuses qu on trouve presque toujours a la plevre 
dans la phlhisie pulmonaire se developpent tres-souvent dans les adherences prc- 
existantes, et peuvent aussi, par leur presence sur la plevre, determiner consecu- 
tivement une pleuresie limitee et des adherences. Elles se lient quelquefois a la 
presence de neo-membranes vascularisees. On les rencontre, en quantite parfois con 
siderable, dans les adherences de toutesles sereuses, et en particulier de la plevre, 
du peritoine et du pericarde. (Pour la structure des granulations tuberculeuses, 
voyez le mot TCBEKCULE.) 

(e) Les granulations cancereuses peuvent, comme les precedentes, envabir 
les adherences precxistantes ou devenir leur cause productrice. Elles suivent gene- 
ralement ce dernier mode, et sont observees le plus souvent au peritoine, ce qu cx- 
plique la frequence des cancers de 1 estomac, du foie et de 1 uterus. Dans presque 
tous les cas, la sereuse de 1 organe atteint devient le siege de granulations cance 
reuses qui determinent la production d adherences par peritonite. On peut rencontrer 
dans certains cas des adherences tres-epaisses, aplaties ou cylindriques, formees par 
un tissu completement degenere, donnant a la coupe du sue conceveux. (Pour la 
structure des granulations cancereuses, voyez le mot CANCER.) C est ainsi que par 
des adherences cancereuses sont unis le mesentere avec les parois abdominales, 



4 ADHERE.NCES. 

MI:C ios anscs intcstinales adherent k S unos avec les autres on avec le foie, I ut6- 
rus.etc.; quela caviu -iln petit bassin est completement remplie par les adheiv 
des organes qui y sont conteaus les uns avec les autres et avec les pnrois osseuses, 
d ou la compression des nerfs sacres, celle des ureteres, et ses suites, distension 
du bassinet, pyelo-nephrite, etc. 

La surface interne des veines et meme des arteres est le siege frequent d adhe- 
rences et d obturation complete par des bourgeons et des masses de nature cance- 
reuse qui prennent lour implantation aux parois de ces vaisseaux. Independam- 
ment de ce modede formation, nous avons observe recemment le suivant : dans un 
cas de cancer uteriii, la veineiliaque etait impermeable; sa cavite etait obturee par 
un caillot ancicn dense, contenant des cristaux d hematoidine ; entrece caillot et la 
surface interne de la veine se trouvait une membrane celluleuse qu on detachait 
facilement du caillot ou elle adherait d un cote, et de la membrane interne ou elle 
adherait de 1 autre cote, et sur laquelle siegeaient de nombreuses granulations 
cancereuses ; les parois de la veine etaient saines. 

Telle est la structure des adherences, que nous aliens maintenant etudier suc- 
cessivement dans les divers systemes organiques. 

1 Adherences des membrunes serenses. Les sereuses ou on les observe sont 
la plevre, le pericarde, le peritoine, I arachnoide, la tunique vaginale, les gaines 
tendineuses et les bourses muqueuses sous-cutanees. Nous comprenons aussi dans 
le iiii me groupe les cavites accidentelles qu on peut rapprocher des sereuses telles 
qiir 1:> k\s!.-s, k-s > ics berniaires, etc. 

Les conditions les plus favorables a la formation des adherences se trouvent 
irunies dans les sereuses; la facilite de desquammation, de leur epithelium, 
leur contact habituel ; ainsi s explique leur extreme frequence, telle iju on peut 
dire que chez les sujets arrives a une periode avancee de la vie, la presence d ad- 
herences celluleuses plus ou moins etendues des pli vres est la regie, et leur absi ; 
[ exception. 11 en est a peu pres de meme des adhesions de la lace convexe du ibie 
avec le peritoine diaphragmatique ; chez les t emmes agees on trouve snuvent aussi 
des adherences des annexes de 1 uterus au peritoine pelvien. Elles sont presque 
toujours le resultat d une inflammation^ "qu elle soit primitive ou consecutive a. un 
traumatisme, a uneplaie penetrante, qu elle ait ou non donne lieu a des symptumes 
pendant la vie. La frequence des adherences pleurales en particulier s explique par 
ce fait que toute pneumonie, lorsqu elle atteint la surface du poumon, et meme 
souvent les bronchites intenses, s accompagnent d une pleuresie limitee, avec epan- 
chement generalement tres-minime, de telle sorte que les symptomes de celte pleu- 
resie passent inapercus ou sont difficiles a percevoir ; mais elle n en laisse pas 
moins apres sa disparition des adherences persistantes. Pour M. Cruveilhier (Ana- 
tomie pathologique generate, tome I, p. 276), la pleurodynie simple n est autre 
que rinflammation glutineuse de la plevre; mais ce n est pas le lieu d examiner cette 
question. 

Les adherences de Varachnoide sont tres-rares et resultent de meniogite simple 
ou tuberculeuse, de tumeurs de la dure-mere, des parois osseuses dn crane, etc. 
Les adherences du pericarde sont aussi peu irequentes; sur 500 autopsies faites 
par Gairdner, il en a trouve 15 cas ; celles-ci peuvent etre partielles, tilamenteuses, 
de telle sorte, par exemple, que la pointe du co2ur soit seule fixee au pericarde 
parietal par une bride plus ou moins longue, ou au contraire generales, de telle 
sorte qu il en resulte une obliteration complete du pericarde. 

Au peritoine, les adherences se presentent le plus souvent commela suite d une 



ADHKRENCES. 5 

peritonite localisee, peri-hepatique, peri-splenique, on pelvi-peritoneale. Fbns les 
deux premieres de ces varietes, elles ofirent peu de gravite p;ir rlles-menies, <1 
passent souvent inapercnes ; mais il n en est pas de meme dans la troisieme, ou 
elles peuvent, suivant leur siege, s opposer a I accomplissemenl regulier des 1 oiir- 
tions uterines, de .la menstruation en particulier, et, lorsqu elles prennent leur 
insertion sur 1 uterus, causer des deviations et des flexions de cet organe. (Trails 
des maladies de I uterus, par MM. Bernutz et Goupil, tome II, p. 459 et suivantes.) 
Lorsqu elles succedent a une peritonite generale, les anses intestinali-. ^.luliin o 
d abord par des fan sses membranes molles fibrineuses ou organisees, deviennent, 
par les progres de 1 organisation de ces dernieres, intimement unies, d oii resulte 
la gene des mouvements peristaltiques et de la di^i-liiui. Ces adherences aussi 
bien que celles qui se forment entre les intestins et 1 uterus ou la vessie, cntiv 
1 epiploon et les parois abdominales, entre 1 appendice coecal et la sereuse voi-inc, 
peuvent aussi devenir le point de depart de 1 etranglement interne. Par suite d in- 
flammation cbronique du sac herniaire, il se forme au^i des brides dans sou inte- 
rieur, des adherences de 1 epiploon ou de 1 intestin avec ses parois qui peuvent 
causer 1 etranglement herniaire. 

Les adherences s etablissent absolument de la meme maniere lorsi|uYll<--< n -ui- 
tent d une plaiepar instruments tranchants, piquants ou eoiitondanU ;i\.ml jn in liv 
dans la cavite de ces sereuses, ou que, determinees par 1 inllanimation de l im dos 
organes qui y sont contenus, elles precedent une perforation par laquelle s rvai iii i.i 
lo liquide d un abces, d une poche hydatique, de calculs, etc. Si la tenninaison de 
pareilles perforations est heureuse, les adherences de 1 organe a la paroi n en IHT- 
sisteront pas moins et pourront devenir le point de depart d aeeidents nouvoaux. 

Les adherences partielles interceptent quelquefois dans les sereuses des cavitOs 
limitees ou chpiers contenant de la serosite ou du pus plus ou moins alteie. Tette 
disposition anatomique se remarque dans les pleuresies enkystees, dans les perito- 
nites sus-hepatique ou pehienne. On a vu le grand epiploon contracter des adbe- 
rences par ses bords, et simuler une ascite dont 1 autopsie seule a pu reveler le 
siege. C estprincipalementdans les sereuses que s observent les granulations tuber- 
culeusesoucancereuses des pseudo-membranes et les adherences de nature cance- 
reuse par des brides plus ou moins epaisses, dans un etat de degeneration plus ou 
moins avance. C est ainsi que le foie adhere si souvent a 1 estomac dans le cancer de 
ces deux organes ; que des anses de 1 intestin grele, que le rectum et la vessie sont 
unis a 1 uterus lorsqu il est affecte de cancer. 

L influence qu exercent les adherences generales sur la sante de 1 individu varie 
necessairement suivant la sereuse qui en est le siege, et suivant que l adht. rence est 
purement celluleuse, sans traces d inflammation ou, qu au contraire, il existe en- 
: core un etat iuflammatoire chronique. Des adherences generales peuvent se ren- 
contrer a la plevre sans qu elles aient donne lieu a auam symptome pendant la 
vie ; mais si elles succedent a une pleuresie dont 1 epanchement considerable d a- 
bord met tres-longtemps a se resorber, de telle sorte qu en meme temps que les 
adherences s organisent, la plevre viscerale s epaississe, alors les p arois de la poi- 
trine reviendront sur elles-memes a mesure que 1 epanchement diminuera, et il 
en resultera une deformation des parois costalesdont le mecanisme et les effets out 
ete parfaitement decrits par Laennec. (Foy.PLEDr.EsiE CHKOMQL-K.) 

Pour la sereuse pericardique, plus encore que pour la plevre, il semblerait a 
priori que son obliteration complete par des adherences celluleuses dut etre in 
compatible avec la liberte des mouvements normaux du coeur, et telle est 1 opinion 



6 ADHERENCES. 

de Senac, Haller, Morgagni, Corvisart: cependant des fails parfaitement concluants 
observes par Laennec, Bouillaud et Berlin ont prouve d une facon irrecusable que 
1 obliteration du pericarde par des adherences intimes et completes pouvait ne se 
reveler pendant la vie par aucun trouble de la circulation ni de la respiration. Tons 
les anatomo-pathologistes ont vu des faits semblables, et nous en avons nous-meme 
observe recemment un cas. 

Lorsqu on a note pendant la vie des phenomenes morbides du cote du cosur, tels 
JUG palpitations, dyspnee, diminution du second bruit du cosur (Aran, Recherches 
-ur les Adherences du pericarde, Archives, 5 e serie, tome IV), etc., ils se rap- 
portent moins aux adherences qu a une pericardite chronique, ou a des alterations 
du coeur lui-meme. Ces alterations du cosur, qui n existent pas constamment, sont 
1 hyper trophic, la dilatation des cavites, la degenerescence graisseuse et los chan- 
gements de position. (Voy. PERICARDITE CHRONIQUE.) 

Les adherences celluleuses generales du peritoine donnent lieu a la retraction 
des parois abdominales et a des troubles digestifs, perte d appetit, constipation, et 
souvent aussi, comme nous 1 avons deja dit, a 1 etranglement interne. .M;iis ; quoi- 
que grave, la phlegmasie pseudo-membraneuse du peritoine qui donne lieu a la 
formation d adherences, est loin de presenter la meme gravite que son inflamma 
tion purul en te, dont la terminaison presque constante est la mort. (Voy. PERITO- 

NITE CHRONIQUE.) 

II se forme encore des adherences celluleuses lorsqu un corps etranger se trouvo 
inclus dans une cavite sereuse, et nous avons recemment observe un produit de 
grossesse extra-uterine peritoneale, fetus de cinq a six mois calcifie, qui se trou- 
vait depuis nombre d annees dansle peritoine, ou il adhcrait an grand epiploon 

2 Adherences des membranes synoviales. Ce groupe comprend les sereuses 
articulaires, dans lesquelles la formation d adherences entraine I immobilite 
de la jointure ou ankylose. Prevenir la formation des adherences articulaires dans 
le plus grand nombre des cas, la favoriser au contraire lorsqu elle est le seul nioyen 
de conservation des membres, tel est le double but que 1 art doit se proposer dans 
le traitement de phlegmasies articulaires,. C est toujours, en effet, a une phlegma 
sie, soit aigue, soit chronique, de cause rhumatismale, goutteuse, scrofuleuse, etc., 
ou traumatique, qu on doit rapporter la formation des adhesions des synoviales. 
II sera pourtant examine ailleurs jusqu a quel point l immobilite longtemps pro- 
longee peut etre la cause d une ankylose vraie. (Voy. ANKYLOSE.) 

Nousferons seulement remarquer ici que, dans les articulations immobiles, sur- 
tout au voisinage des fractures, il peut se presenter une usure des cartilages et une 
formation nouvelle de tissu cellulaire a leur place, processus pathologique qui doit 
etre rapporte a une inflammation chronique. Nous avons observe cette annee, chez 
une vieille femme qui avait eprouve, depuis un grand nombre d annees, une frac 
ture au tiers moyen du femur avec consolidation vicieuse, un cas qui justifie notre 
maniere de voir ; chez elle 1 articulation du genou presentait une erosion partielle 
du cartilage dont les cellules etaient en regression granulo-graisseuse. A la place 
des pertes de substance du cartilage s etait formee une membrane de tissu cellu 
laire en continuation directe avec la synoviale peripherique. Les transformations 
diverses qui precedent la formation des adherences articulaires seront etudiees a 
1 article AUTHRITE, et quant aux formes variables des adherences articulaires, 
comme ellesrestentdudomainede I ankylose, nous nous borneronsadirequ ilexiste 
deux formes pricipales d adherences, Tune (ankylose fibreuse ou par amphiar- 
throse) dans laquelle les extremites osseuses, depouillees de cartilage, sont reunies 



ADHfiKKNCKS. 

a 1 aide d un tissu fibreux a la maniere des articulations amphiarthrodiales; 1 autre, 
(ankylose osseuse) , qui se divise en plusieurs varietes, tantot elle est peripherique, 
les extremites articulaires intactes,du reste, etantuniespar une gaine osseuse com 
plete ou incomplete, formee parfois par des trabees ou jetees osseuses peripheri- 
ques; tantot elle s operc par fusion des deux os, fusion qui peut etre telle dans 
certains cas qu on ne peut pas reconnaitre ou iinit 1 un et ou commence 1 autre. 
D autres fois enfm, un disque osseux est interpose aux surfaces articulaires. M. le 
professeur Cruvcilher rapporte en avoir vu un cas pour 1 articulation du genou. 

5 Adherences de la surface des vaisseaux. L adherence de la surface 
interne des vaisseaux constitue leur obliteration, qui joue un role si important 
dans 1 histoire pathologique des arteres, des veines et probablement des lyrn- 
phatiques. L adhesion des vaisseaux se fait suivant deux modes : 1 par pseudo-mem 
brane, ce qui n a lieu que lorsque la circulation est completement interceptee, ei 
2 par caillots sanguins adherents a 1 aide d une pseudo-membrane qui se developpc 
rapidement entre le caillot et la paroi interne du vaisseau. 

Une adherence normale a 1 etat physiologique peut servir de type du premier 
mode, c est celle qui a lieu a la naissance lorsque le sang cesse d arriver dans 
1 ordre de vaisseaux qui est particulier a la vie fcetale, telles sont les arteres ombi- 
licales et le canal arter^pl d une part, la veine ombilicaleetle canal veincux d antre 
part. Ces vaisseaux etant vides et a parois contigues, 1 adhesion a lieu; cepen- 
dant il arrive quelquefois que la circulation du sang n ayant pas ete completement 
interceptee, il reste des caillots sanguins adherents dans un certain nombre de 
points. Ainsi M. Cruveilher clit avoir vu plusieurs fois le canal arteriel oblitere par 
adhesion pseudo-membraneuse a ses extremites, et par du sang coagule u sa par tic. 
moyenne, laquelle etaitrestee dilatee,spheroidale, d ou 1 idee d un anevrysme con 
genial du canal arteriel, idee completement erronee. 

L adherence vasculaire pathologique est la consequence a. de la compression, 
b. de la ligature d un vaisseau, c. d une alteration organiquedes parois vasculaires, 
d. de la propagation aux parois vasculaires d une lesion des parties voisincs, e. d une 
inflammation des vaisseaux. 

a. La compression des vaisseaux dcvierit une cuuse d adhcrences lorsqu elle est 
portee au point d intercepter la circulation en maintenant les parois rapprochees. 
Ainsi, par rapport aux veines, les sous-clavieres et la veine cave descendante etaient 
completement obliterees dans un fait d anevrysme de la crosse de 1 aorte observe par 
Ri. Cruveilher. On peut parfois separer les parois veineuses accolees, a 1 aide d un 
stylet introduit dans la portion de la veine encore libre qui avoisine 1 obliteration. 
Par rapport aux arteres, on a vu des exostoses, des tumeurs fibreuses et autres, qui 
comprimaient fortement ces vaisseaux, soil en les aplatissant, soit en les entourant 
circulairement, finir par amener leur obliteration. 

b. La ligature est le vrai moyend obliteration des arteres. Gette obliteration a 
lieu par pseudo-membrane, immediatement au-dessus de la ligature et par caillots 
adherents jusqu aux arteres collaterales les plus voisines. Li stagnation du sung est 
une cause d inflammation adhesive ; il se forme entre le caillot et la paroi une mem 
brane tres-rapidement organisee qui assure 1 obliteration. 

c. ^alteration des parois vasculaires est souvent la cause de leur adhesion, 
elle a pour consequence la formation de caillot et de membrane celluleuse periplie- 
rique au caillot. 

d. Les lesions inflammatoires tuberculeuses ou cancereuses qui avoisinent le 
vaisseaux ont souvent pour consequence leur obliteration ; mais tandis que les 



8 ADHERENCES. 

avteres sont souvent inalterables an milieu des lesions organiques les plus enva- 
hissantes, les veines, au contraire, sont presque toujouis ulterfe. Ainsi, tlans les 
ahces par congestion, 1 aorte e>t M invent lilire, tandis que la veine cave est obliteree, 
les tumeurs cancereuses englobant a la fois une artere et une veine, celle-ci est 
presque toujours atteinte tandis que 1 artere echappe a la propagation du cancer ; 
cependant on peut trouver aussi les arteres degenerees et obliterees, soit par des 
caillots, soit par des bourgeons cancereux, mais tres-rarement. Les veines, au con- 
traire, sont presque toujours remplies par des caillots contenant pariois de la ma- 
tiere cancereuse, ou par des bourgeons de meme nature nes de leurs parois, avec 
ou sans la perforation de celles-ci. Nous avons dit precedemment que des granula 
tions cancereuses pouvaient aussi envahir la pseudo-membrane qui entoure le cail- 
lot, les parois de la veine restant normales. 

e. L inflammation des vaisseaux. Que cette inflammation soit primitive ce qui 
est rare, qu elle soit consecutive a un traumatisme, a une plaie, a un caillot ijm 
provoque 1 inflammation des parois, a la resorption purulente, etc. , elle a toujours 
pour effet 1 obliteration du vaisseau. Lorsque 1 obliteration est complete et parvenue 
a son plus haut degre, le caillot sanguin, apres s etre decolore, ramolli, et avoir 
subi toutes les transformations iv^ifv-iu s de la iibrine, est remplacee par une 
adherence purement formee de tissn cellulaire, et la veine, par exemple,est reduite 
a un cordon fibreux. 

4 Adherences des membranes muqueuses. Les muqueuses, organisees de 
facon a etre en contact continuel avec des corps etrangers comme les matieros ali- 
mentaires ouavec des produits de secretion, tapissees par un epithelium solide, et 
generalement a plusieurs couches, sont rarement le siege d adherences qui n 
silent, pour s y produire, ou une perte de substance, ou une inflammation assez 
profonde pour prcduire la chute complete de la couche epitheliale et la mise a nu 
du chorion muqueux. C est ainsi qu on a rapporte des cas d adherences des pau- 
pieresaux globes oculairesala suite d ophthalmie blennorrhagique, des adherences 
des levres, du voile du palais avec la paroi posterieure du pharynx, de la muqi: 
des joues avec celle des gencives a la suite de stomatite ulcereuse et particuliere- 
ment mercurielle ; on connait le cas si remarquable insere dans le premier volume 
des ACTES de Copenhague, d une jeune fille chez laquelle les parois de I o3sophage 
contracterent, a la suite d une variole, des adherences qui s opposorent a la deglu 
tition. Les poisons caustiques, 1 acide sulfurique par exemple, out pu determiner 
des ulcerations et des adherences de 1 cesophage. Nous avons presente a la Society 
anatomique (Bulletins, 1 862) un cas ou des adherences produites sur des ulcerations 
tuberculeuses de 1 intestin avaient considerablement retreci le calibre de ce coil 
duit. 

L obliteration des conduits muqueux est d autant plus facile que ces conduits 
eux-memes sont plus etroits ; aussi rien n est plus frequent que 1 obliteration des 
conduits lacrymaux, d ou 1 epiphora, du canal nasal, et de la trompe d Eustache, ou 
une inflammation suffit pour mettre leur surface en contact, favoriser 1 etablisse- 
ment d adherences persistantes, et produire ainsi les tumeurs lacrymales, la sur- 
dite. Les inflammations si frequentes des voies liliaires determinees par les calculs, 
se terminent parfois aussi par des adherences. 

La muqueuse des organes genitaux, celle de 1 urethre dans les retrecissement 
cicatriciels avec brides, celle du vagin a la suite de vaginite intense, d accouclie 
meuts lahorieux et de dechirures, celle du col et du corps uterin a la suite de 
metrife nous en offrent aussi des exemples. Ces adherences de la surface inteine 



ADHERENCES. 9 

deTuterus ou des trompes, aussi bien que les adherences du pavilion des troimpes 
soil al uterus, soil aun point quelconque du peritoine pelvien, signalees par Walter 
etMeckelchez les filles publiques, ou elles sont si frequentes, pervertissent tou- 
jours plus ou moins la fonction menstruelle et s opposent a la conception. Dans 
certaines formes rares du cancer uterin que nous avons observees deux Ibis cette 
annee, le col est seul atteint, ses parois s hypertrophient, lacaviteducol s oblitere 
a tel point qu on n en trouve plus vestige, et derriere lui, le corps de 1 uterus se 
dilate de iacon a ressembler a une vessie pleine, ses parois s amincissent et il se 
remplit depus. 

5 Adherences de lapeau. La peau n etant contigue a elle-meme que dans 
une tres-petite partie de son etendue, et de plus les couches epidevmiques lui !<>r- 
mant uneepaisse enveloppe, la peau ne saurait etre le siege d une adhesion avcc 
elle-meme que lorsque les deux conditions suivantes seront remplies : en premier 
lieu, que Tepiderme aura disparu par une inflammation on une plaie ; en second 
lieu, que cette lesion siegera dans des points speciaux, comme aupres d un orifice 
naturel, sur des plis, ou aux extremites. Ces conditions remplies, les surfaces miscs 
en contact ont une grande tendance a 1 adhesion ; c est ainsi que, dans le trailcmciil, 
des liriiluresdesdoigts, le chirurgien doit lutter centre ellepar 1 interposilion d un 
corps etranger entre ces appendices; souvent, a la suite de bnilmvs, Irsdoi^is 
restent unis par une adhdrence solide, ou Hen ils se renversent sur le dos ou la 
paume de la main ; le bras, 1 avant-bras peuvent rester fixes au tronc, et memo la 
main contractor une adherence avec un point de la face. Ces faits rentrent dans 
1 etude des cicatrices vicieuses (voyez ce mot) . II en est de meme des cas de co- 
arctationdes orifices naturels, de renversement deslevres ou despaupieres, d adhe 
rences des levres a la joue, au lobule du nez, etc. 

11. ADHERENCES CONSIDEREFS COMME MOYEN DE GUERISON. Nous venons devoir, 
en traitant chacune des adherences en particulier, qu elles n ont quelquefois au- 
cune influence sur la sante, mais que le plus souvent elles ont des effets nuisibles, 
meme independamment do 1 inflammatioa qui les accompagnc 1 lorsqu elles se 
forment. D autres fois, au contraire, elles sont la seule ressource de la nature pour 
sauver les malades, ou plutot un heureux hasard quiprevicut les plus grands dan 
gers ; ainsi 1 adherence de la plevre pulmonaire avec la plevre costale pent s op- 
j oser a un epanchement sanguin, ou a 1 emphyseme, lors d une plaie penetrante 
de poitrine; ainsi quand il y a un abces dans le foie, 1 adherence qui s etablit entre 
ce viscere et la paroi anterieure de 1 abdomen ou le colon a quelquefois permis de 
donner jour au foyer, et a rendu possible le passage du pus a 1 exterieur ou son 
ecoulement dansle canal intestinal, etc., etc. La terminaison meme des phlegmasics 
des sereuses par 1 organisation d adherences est heureuse si on la compare ;\ la 
terminaison par suppuration ou a la persistance de 1 epanchement et des pscudo- 
men)branes iibrineuses. 

Une adherence peut realiser le reve de la cure radicale des hernies, lorsqu clle 
fixe les visceres derriere 1 anneau en formant une sorte de barriere qui retient les 
parlies dans 1 abdomen. Sans 1 adhesion de 1 intestin aux parois abdominales, 
toutes les plaies penetrantes des iivtestins, toutes les operations par lesquelles on 
etablit un anus centre nature, seraient mortelles. Aussi, dans la plupart des cas, 
1 art n a guere d autre but que de faire naitre une adherence. La methode de Du- 
puytren pour guerir les anus centre nature est fondee sur 1 adherence qui unit 
les surfaces enflammees qui se trouvent en contact. 

On n obtient de guerison radicale de 1 hydroceJe qu en determinant une vivs 



10 ADTANTE. 

inflammation, ct par suite 1 obliteration cle la cavite de la tunique vaginale. C est 
encore de la meme manierc qu on guerit beaucoup de kystes ; la cavite des abces, 
celle des depots par congestion, le trajet des fistules, ne disparaissent que par 
1 adherence de toutes les parois, que par 1 obliteration complete des cavites. La 
cure du bee de lievre, et toutes les operations si nombreuses et si perfectionnees 
aujourd hui de la chirurgie plastique, sont egalement fondees sur la doctrine de 
1 inflammation et de 1 adhesion qui en resulte. 

Les ligatures appliquces sur les vaisseaux pour arreter les hemorrhagies n ont 
d effet certain qu en determinant une adherence qui les oblitere. C est encore a 
1 union des parois vasculaires, a 1 obliteration des vaisseaux qu on doit rapporter la 
gangrene, la chute et la guerison spontanee de certaines tumeurs. 

L art chirurgical, et parliculierement les operations d autoplastie ont une grande 
puissance centre les adherences exterieures pour les faire disparaitre on en dimi- 
nuer les inconvenients, tandis que les adherences interieures, celles par exemple 
des surfaces sereuses, sont destinees a persistcr indefmiment, sans aucune chance 
de disparition spontanee; maisalorsque 1 inflammation qui les acausees a disparu, 
clles peuvent etre assez molles et laches, bien qu organisecs, pour ne causer aucune 
gene a la fonction de 1 organe. Dans certains cas, une gymnastique appropriee et 
les moyens orthopediques auront une grande influence medicatrice. Nous citerons 
commc exemple la cure des scolioses qui resultent d adherences pleurales, et 
celle des roidenrs articulaires. V. CORNIL. 

CRUVEILHER, Trailed anatomic pathologique generate, torn. I", 2" classe des adhesions. Adhe 
rences du pericarde. FRIEDREICH, mtiandbuch der speciellen Pathologic und Therapie von 
Virchow, Y vol., II" partie, p. 258 et suiv. Adherences de la plevre, WINTRICH, meme ou- 
vrage, Y" vol., I partie, p. 225 etsuiv. C. 



(Adiantnm L.). Genre de plantes cryptogames de la famille des 
Fongeres et de la tiibu des Polypodiacees (Voy. ces mots), caracterise par des spo- 
ranges groupesen masses arrondies ou lineaires, nettement separees les unes des 
autres ctplacees a 1 extremite des pinnules des feuilles, au niveau du sommetdes 
nervures. Chacune de ces sores est recouverte d un indusium ou membrane con 
tinue avec le bord meme de la feuille, qui se replie pour la former, et s ouvrant 
par son bord interne pour laisser libres les sporanges qui s ouvrent chacun a 1 aide 
d nn anneau elastique a peu pres circulaire. Les sores occupent toujours la face 
inferieure des pinnules. Ce genre, tel que Linne 1 avait etabli, renfermait encore 
les genres Davallia, Lindsxa et Cheilanthes, qu on en a separes depuis : les deux 
premiers a cause de la constitution de I indusium qui depend non du bord replie 
de la feuille, mais d une dilatation des nervures, avec dehiscence exteiieure ; et le 
dernier parce que les sores s inserent au fond d un sinus qui unit la membrane 
au limbe. 

Les Adiantes sont des Fougercs a tige herbacee et ordinairement rampantc, 
Leurs frondes sont composees ou decomposees et tres-rarement simples. Les pin 
nules sont ou epaisses et coriaces, ou membraneuses et tres-delicates, lisses, 
glabres, luisantes, parfois tres-minceset translucides. Leur forme est variable, mais 
souvent irregulierement polygonale, losangique ou trapezo idale, avec des nei wire; 
partant de la base et rayonnant en eventail, sans s anastomoser entre elles. Ce sont 
des plantes communes dans les regions cbaudes des deux hemispheres, surlout 
dans le nouvean continent, et plus rares dans les regions temperees. A ce "-cure 
appartiennent un certain nombre d especes employees en medecine et auxquellcs 



AD1PEUX. H 

Irs petioles et les petiolules trcs-greles, lisses, noiratres de leurs frondes ont fait 
dormer lenom de CAPILLA.IRES. (Voy. ce mot.) H. BN. 

L,, Gen., n, 1180 Em., Gen.,n. 620. F. BAUER, Gen. Filic., t. LXVI,B. 

ABIPEUX (de adeps, graisse) . Les anatomistes ont donne depuis longtemps 
(fin du seizieme siecle) le nom de parties adipeuses a celles qui, dans 1 economie 
animale, se dislinguent des autres par leur couleur jaune ou blanehatre, leur 
consistance butyreuse, leur solidification tres-sensible par le refroidissemcnt qui 
suit Ja raort lorsque la temperature est basse, et surtout par leur proprietc de don- 
ner de la graisse par la chaleur. 

Aujourd hui, par suite des progres de 1" analyse anatomique, dans les parties 
adipeuses comme dans chaque groupe des parties similaires de L organisme, on 
distingue et doit decrire successivement : 1 les parlies elementaires ou elements 
anatomiques adipeux; 2 le tissu que forment ceux-ci par Jeur reunion et leur 
arrangement reciproque entre eux et avec d autres elements ; 3 le systeme anato 
mique que representent par leur distribution dans 1 economie les diverses portions 
de ce tissu : systeme dont Haller et plusieurs de ses predecesseurs avaient <l< j ; 
tente la description, bien que 1 importance du role qu il rrmplil. par rapport a la 
nutrition de divers autres systemes ne fut pas encore nettemetit oonnue. 

I. CELLULES ADIPEUSES. Synonymic : Globuli adipis (Malpiglii, Opera omnia. 
Londini, 1686, in-fol. De omento , pinynedine et adiposis ductibus, t. II, p. 41). 
Globuli pinguedinosi (Leeuwenhceck, Arcana naturae. Lugduni Batavorum, 1 722, 
in-4 (t. I ou II, selon les editions), p. 63, fig. 9, 10 et 11). Vesicules de la graisse 
(Fontana, Recherches physiques sur le venin de la vipere. IV e partie, dans sou 
Traits sur le venin de la vipere. Florence, 1781, in-4, t. II, p. 257), Granules 
de la graisse ou granules adipeux (Raspail, Repertoire d anatomie et de physio 
logic. Paris, 1827, t, III, p. 165). Cellules adipeuses ou de la graisse (Schwaim, 
Untersuchungen, etc. Berlin, in-8, 1838, p. 141-149). Tous ces noms ne s apjili- 
quent exactement qu a une seule des periodes d evolution des cellules adipeuses, 
celles de complet developpement, la seule qui generalement ait ete etudiee jusqu a 
present. 

Bien que les parties constituantes elementaires du tissu adipeux soient connues 
depuis longtemps, ainsi que I indique la synonymie qu on vient de lire et meme 
bien decrites, quant a leurs caracteres physiques et chimiques principaux, leur 
nature anatomique ou organiqne n est reellement exactement di terminee que de 
puis peu d annees. En d autres termes, ce n est que depuis peu que Ton commit 
leur mode reel d apparition , les phases de leur evolution normale et morbide, et 
les conditions de leur destruction. C est ce que fera comprendre la description de 
ces elements. 

Parmi les particularites evolutives les plus remarquables que presentent les 
fibres lamineuses en particulier, on doitnoter celles qui, tant normalement qu ac- 
cidentellement, amenent un certain nombre des corps fibro-plastiques qui repre 
sentent une des premieres phases de leur developpement, a posseder 1 etat de cel 
lule, ayant paroi et contenu distincts; et cela sans que cette vesicule cesse d etre 
en continuite avec les fibres proprement dites, qui physiquement en forment comme 
autant d appendices. (Voy. Ch. Robin, Mem. de la Societe de biologie, 1864.) 

Quant au contenu, il est forme de gouttelettes huileuses devenant de plus en 
jilusnombreuses, avecou sans interposition d un liquide hyalin, jusqu a ce qu elles 
fQ reunissent en nne seule grosse goutte homogeac, donnant a une partie de cea 



\ 



12 ADIPEUX. 

61ments les caracteres qui les ont fait appeler cellules adipeuses et consider er 
comme espece anatomique. Mais chacune ne represente aucontraire qu une moui- 
fication evolutive ascendante, une phase de son developpement qui debute ators 
que 1 element est ne depuis assez longtemps deja, apres qu il a eu les caracteres de 
corps fibro-plastique, fusifbrme ou etoile, et a de plus donne naissance a des fibres 
lamineuses proprement dites, et de longueur considerable, mais indeterminee. 

Arrive a tel ou tel degre, ce developpement peut en outre offrir une marche 
inverse qui modifie encore la structure de la vesicule, sans que toutelois 1 element 
reprenne les caracteres de corps fibro-plastique fusifbrme ou etoile qu il possedait 
an debut, sans que ces modifications nouvelles reproduisent celles qui ont eu lieu 
ant<rieurement et soient un retour vers elles. 

Les corps fibro-plastiques devenus ainsi granuleux et vesiculeux, bien plus gros 
qu ils n etaient,conservent encore quelque temps une forme de luseau, ou etoilee 
avec de nombreuses varietes secondaires de configuration lozangique, ovoide ou en 
massue qui devient plus tard, soit spheroklales, soit polyedriques par pression reci- 
proque. Generalcmcnt ils ne cessent pas de rester en continuite avec les fibres lami 
neuses proprement dites, auxquelles ils ont servi de centre de generation. Consi- 

deres individuellement, ils representent alorsce 
qu on a appele des cellules adipeuses, caracteri- 
si es par une paroi tres-mince, hyaline, sans 
granulations, dont le contenu est tantot unique- 
ment graisseux, tres-refringent, homogene ou a 
1 ctat de gouttelettes accumulees distendant une 
enveloppe pourvue ounon de noyau, arrondicou 
polyedrique par compression reciproque, tantot en 
partie sereux, limpide, en partie a 1 etatde gouttes 
huileuses refringentes dans 1 enveloppe, qui est 
quelquefois plissee et irreguliere (fig. 1, b). 

Lesphenomenes devolution consecutifs a 1 ap- 
parition des vesicules adipeuses sontd abord leur 
agrandissement, puis la reunion ou fusion gra- 
duelle des gouttelettes en gouttes de plus en plus 
grosses ; et pendant tout ce temps-la il existe un 
pen de liquide transparent interpose a la paroi 
et aux gouttes huileuses (fig. 2, h) jusqu a ce 
qu il ne reste plus qu une grande goutte seule, 
ou accompagnee d un petit noinbre d autres pe- 
tites. Chez le foetus, en effet, a 1 epoque ou le 
contenu des cellules est devenu homogene, les 
cellules sont plus petites du quart a la moitic 
environ que les cellules adipeuses normales de 
1 adulte. 

Souvent, apres la reunion des goutelettes du 
contenu en une seule grande goutte, les vesicules 
adipeuses condiment a grandir encore, de ma- 
niere a depasser leurs dimensions ordinaires du 
double et meme du triple. G est ce que Ton ob 
serve chez les sujets atteints d obcsite, presque partout, ou seulement dans les 
legions les plus chargees de graisse , telles que la mamelle , les parois abdomi- 




Fig.l. 



nalcs, etc. Cette hypertrophie des cellules adipeuses, qui sous certaines incidences 
de la lumiere les rend apercevables a 1 oeil nu, comme de petites spherules 
brillantes, s observe aussi dans le tissu de quelques lipomes. 

Une fois arrivees a leur grandeur ordinaire, les cellules adipeuses peuvent s atro- 
phier dans les conditions d amaigrissement. Gette atropbie ne va que rarement, et 
dans quelques tissus 
seulement, comme la 
moelle des os, jus- 
qu a la disparition 
complete. 

Cette atrophie com 
mence par le contenu 
ct se borne souvent 
a lui. Celui-ci cesse 
de remplir la cavite 
de la cellule, et un 
liquide incolore se 
produil dans 1 inter- 
valle qui existe entre 
la graisse qui restc 
encore et la paroi 
(/fy.l,fc).Ce contenu 
sc reduit peu a pen 
a 1 etat de goutle- 
lettes tres-petites, de 
volume inegal, deve- 
nant de moins en 
moins nombreuses,et 
en rneme temps la 
cellule s aplatit, de- 
vient polyedrique, et 
la paroi seplisseplus 
ou moins. Elles res- 
tent ainsi a 1 etat de 
cellules transparentes 
plus ou moins gra- 
nuleuses sans qu on 
ait vu encore dispa- 
raitre la paroi propre 
azotee. 

Cette resorption du contenu des cellules adipeuses ne s accomplit pas d une 
maniere uniforme. Elle est souvent bienplusprononcee sur les trainees de cellules 
qui accompagnent les capillaires du tissu lamineux que dans cellos des lobules 
adipeux voisins. Chez les sujets amaigris par une longue maladie cbronique, elle 
estparfoistres-avanceedans celles du tissu adipeux sous-cutane, devenu rougeatre, 
tandis que les cellules du tissu adipeux inter-musculaire, separees des precedentes 
par 1 epaisseur de 1 aponevrose d enveloppe seulement, sont intactes. 

Ainsi normalement groupes par places determinees enamas arrondis (fig. 5, a, b} t 
et apres avoir servi de centre a la generation des fibres lamineuses, les corps fibro- 




.U ADIPEUX. 

plastiques fnsiformcs ou etoiles, jusque-la sans cavite distincte de la paroi, de- 
vienncnt naturellementle siege d une production inteiieure degouttelettes huileuses 
qui etablissent, de la sorte, une distinction entre un contenant et un contenu; 
qui en changent la forme, les dimensions et les caracteres physiques. Que ces 
gouttelcttes graisseuses soient ou non reunies en une seule goutte homogene, 
elles occupent dans 1 economie un espace de plus en plus grand, plein d une matiere 
qui est inactive, en quelque sorte, au point de vue physiologique reel; si ce n est 
en ce qui concerne la formation assimilatrice des corps gras, formation dont les 
conditions directes sont mal determinees. 

Ceux des corps fibro-plasliques ayant servi de centre a la generation des fibres 
du tissu lamineux qui restent epars dans les faisceaux de ce dernier, presentent 
aussi, a certaines pcriodes del age adulte, ou dans quelques casmorbides, ces memes 
particularites, sans qu oa connaissc encore les conditions qui font que cc fait a 
lieu dans un grand nombrc de regions du tissu lamineux et non dans d autres, ni 
dans les tissus fibreux et lendincux, ou restent des corps semblables. 

A cet egard, cbaque individu presents dcs differences hereditaires ou acquis: s 
remarquables, ne portant pas sur la nature du phenomene, mais sur le nomine 
seulement des corps fibro-plasliques, qui passent a 1 etat adipeux, dans diverse 1 * 
circonstances tenant au regime, etc. Chacun oscille en quelque sorte, a ce point de 
de vue, entre des limites variables, pouvant aller jusqu a determiner des troubles 
fonctionnc s. 

Ces corps fibro-plastiqucs, arrives ainsi a. 1 etat de vesicules graisseuses, pcuvent 
ensuite, dans des conditions morbides ou de simple avancement en age, perdre 
leur contenu en totaliteou en partie, sans jamais revenira 1 etat primitif offert par 
cbacun d eux avant le debut de la production des corps gras ; car chacun restc 
avec une paroi fletrie, irreguliere, distincte de la cavite, qui est pleine d un liquide 
incolore, granuleux ou non. Ce nouvel etat, qui, a proprement parler, conslituc 
une alteration senile ou meme pathologique de ces elements, consideres indivi- 
duellement, concourt a la production de 1 elat dit d amaigrissement. 

Chez les individus emacies dont les cellules adipeuses sont envoie de resorption, 
on peut en trouver qui offrent depuis le volume normal jusqu a O min ,012 seule 
ment. Celles qui sont plus ou moins allongees, regulieres ou non, ont souvent cc 
diametre-la en largeur, sur une longueur de deux a quatre fois plus grandc 



Les vesicules adipeuses sont molles , peu elastiqifes, a la temperature du corps 
et un peu au-dessous ; elles se laissent aplatir ou comprimer les unes centre les 
autres, sans revenir ensuite sur elles-memes lorsque la prcssion cesse. 

A une temperature qui varie suivant. les especes animales et suivant les regions 
du corps, les vesicules adipeuses se solidifient. On peut alors les isoler les unes des 
autres sans qu elles reprennent leur forme spherique ou ovoidale; elles conser- 
vent la forme polyedrique si, au moment de 1 abaissement de la temperature, elles 
etaient comprimees les unes contre les autres. Ce sont la autant de particularites, 
dont nous rendra compte la connaissance de leur composition immediate et de 
leur structure. \ 7 ues a la lumiere refiechie, les vesicules adipeuses sont blanches 
ou legerement jaunatres. A la lumiere Iransmise, elles sont homogeries , transpa- 
rentes, incolores chez le pore, le mouton, les cetaces, etc, ; elles sont legerement 
jaunatres, de teinte ambree sur le bceuf, davantage chez 1 homme, plus encore sur 
le cheval. 

Chez 1 homme, elles sont loin de presenter la meme teinte dans toutcs les 



t\.U 11 JU U J 



parties du corps : c est ainsi, par excmple, quc ccllcs de la moelle dcs os en voie 
aatropbie par une cause quelconque, celles du tissu adipeux sous-cutane qui se 
trouve dans le meme cas, ont une teiute bien plus ioncee qua 1 etat normal, 
ont une coloration orangee ou dun Jaime d ocre vif a reflet verdatre ou rougeatre 
tres-frappante et tres- 
remarquable. Cette 
teinte pent facile- 
ment etre constatee 
cbez les sujets ema- 
cics, infiltresounon, 
dont le tissu adipeux 
est jaunc rougeatre. 
Cctte couleur con 
trasle avec celle des 
vcsiculcs adipcuscs 
normales du tissu 
adipeux interposcaux 
muscles sous-jacenls 
a la region de la pcau 
ou Ton prend les ele 
ments ayant cc ton 
plus ionce ct cettc 
teinte plus brillautc. 
Elle jure encore ds- 
vantage avec cel c 
d un certain nombic 
de cellules censer- 
vant une teiute pali; 
au milieu des autrcs 
qui ont la coloration 
foncee ci-dess\is no- 
tee. Nous verrons 
plus loin qtie cette 
teinte n appartient 
qu au contenu grais- 
seux des vesiculcs. 

Ces vesicules re- 
fractent fortement la 
lumiere comme les 
corps gras, de telle 
sorte que, selon 
qu elles se trouvent 
placees exactement 

au foyer du microscope ou non, ellesoflrent un contour noir, net et large et un 
centre brillant ou vice verso,. Cette particularity est tres-frappante, lorsqu elles sont 
au milieu d autres elements anatomiques, et les fait paraitre beaucoup moins 
transparentes. Elle est cause de 1 aspect opaque que presentent les amas de cellules 
comparativement aux fibres, etc., au milieu desquelles elles sont situees. Si elles 
sont comprimees les unes centre les autres, ayant perdu leur forme arrondie, 




Fi? 



10 ADIPEUX. 

elles cessent de jouer le role de lentilles et elles montrent un contour net, faible- 
incnt ombre si elles sont exactement au foyer du microscope. 

Quellequesoitla perfection des lentilles qu on emploie, elles presentent toujours 
une aureole irisee en dehors de leur bord ou contour propre nettement limile. 
G est une particularite qu elles partagent avec les granulations ou gouttclettcs 
graisseuses libres. 

L impression que font eprouver les cellules adipeuses au sens du toucher, leur 
odeur et leur saveur, ne sont manifestes que lorsqu elles sont reunies en tissu. Ce 
sont autant de caracteres qu on ne peut pas constater sur les vesicules isolees ; ce 
n est que plus loin, en traitant du tissu adipeux, qu il en sera question, et alors la 
connaissance de la composition immediate de ces elements nous en rendra compte 
ct nous permettra de leur rapporter ce que cette saveur, cette odeur, etc., pre 
sentent de plus saillant. 

L elevation de la temperature amene la decomposition des vesicules et donne les 
produits empyreumatiques et autres que fournissent les principes graisseux. L a- 
baissement de temperature n a pas seulement pour effet de les durcir, de les laire 
passer de 1 etat liquide a 1 etat solide; il a sur elles une action moleculaire. I) fait 
passer a 1 etat solide quelques-uns seulement de leurs principes immediats (stearine 
et margarine), et alors un autre d entre eux (oleine), qui ne se solidifie qu au-des- 
sous de 0, sesepare des precedents, se rassemble en une couche de gouttelettes po- 
lyedriques irrt-gulieres a la surface de la masse que forment les premieres.il en resulte 
que les cellules perdent leur etat homogene, deviennent granuleuses, comme ru- 
. gueuses et opaques. Leur apparence est alors fort singuliere et ferait croire au pre 
mier abord que Ton n a plus aflaire a la meme espece d elements anatomiques, 
si 1 cle vation de temperature n amenait la dissolution de 1 oleine et ne rendait 
aux vesicules toute leur homogeneite. 

Les cellules adipeuses ont un aspect exterieur si different de celui de tous les 
autres elements, qu on n a guere besoin de recourir a Faction des agents chimiques 
pour les distinguer. Aussi est-il peu necessaire de s etendre sur les caracteres 
qu elle nous fait connaitre. Toutefois elle sert a montrer quelle est la structure 
reelle de ces elements. L alcool et Tether enlevent, apres une heure environ d e- 
bullition, aux vesicules adipeuses une masse de matieres grasses presque egale a la 
leur, a quelques centiemes pres. Apres evaporation du liquide, elles restent, suivaut 
les especes animales, sous forme de graisse, de suif ou de saindoux. Pourtant tout 
1 element anatomique n a pas ete dissous ; il a conserve sa forme et son volume, 
. mais devenu d une transparence et d une delicatesse extremes ; car les reactifs pre 
cedents, en enlevant les principes graisseux, ont pris leur place dans la cavitc 
d une poche ou vesicule qu ils ont respectee. Si , au contraire, on maintient les 
cellules adipeuses pendant quelques instants dans de 1 acidc acetique a 40 ou 
50, ou plus longtemps a froid, c est 1 enveloppe qui est retractee, tandis que le 
contenu graisseux reste. Cette vesicule n est janiais completement dissoute, surtout 
si 1 action a lieu a la temperature ordinaire ; mais elle est ramollie, palie, et la 
moindrepression en determine la rupture avec ecoulement des principes graisseux. 
Ces reactions montrent qu il entre dans la composition des cellules adipeuses 
des principes immediats de deux classes : 1 graisseux ; 2 azotes ; car 1 enveloppe 
ou vesicule respectee par 1 ether et 1 alcool, attaquee par 1 acide acetique, se 
comporte comme les substances organiques azotees. Cette enveloppe azotee est tres- 
rrohableraent unie a des principes salins de la premiere classe en petite quantite. 
L enveloppe on paroi des corps fibro-plastiques devenus vesiculeux est ex- 



AD1PEUX, 17 

tremement mince, de telle sorte qu on ne peut pas mesurer son epaisseur lorsque 
les vesicules sont pleines de leur contenu graisseux, et au premier abord on pour- 
rait les prendre pour des gouttes d huile. On reconnaitra nSanmoins la paroi par un 
certain nombre de caracteres indiques plus has. Si.au contraire, elles sont remplics 
d ether par I ebullition prolongee dans ce liquide, on peut apercevoir, a un fort 
grossissement deux lignes rapprochees paralleles mesurant 1 epaisseur de la paroi, 
qui est de un demi-millieme de millimetre au plus dans 1 etat normal. Dans 
quelques tumeurs hypertrophiques des glandes, etc., renfermant des cellules adi- 
peuses , on trouve quelquefois des vesicules dont la paroi est epaisse de 1 a 2 mil- 
liemes de millimetre, et visible avant 1 action de quelque reactil que ce soil. 

Cette paroi est tout a fait homogene, transparente, sans stries, sans granulations; 
elle se laisse distendre lorsqu on vient a compnmer les cellules, et ne sc dechirc 
que difiicilement dans ce cas. L acide acetique, ainsi qu on 1 a vu plus haul , 1 at- 
taque, et le contenu s ecoule lorsqu on vient a presser sur les lames de verre, 
comme dans les cas de dechirure, mais par plusieurs points a la fois. L clevalion 
de temperature amene aussi la destruction de la paroi, qni se plisse alors, devinit 
irregulierement granuleuse ; le contenu s ecoule alors ; c est la le mccanisme de 
1 extraction des suifs, des huiles de baleine, etc. II ne landrail pas prendre pour 
particularile de structure de cette enveloppe les plis nombreux et sou vent fort 
elegants que presentent quelques vesicules apres 1 action dc 1 ether et de 1 alcool 
chauds. De la surface de la paroi partent des libres lamineuses, au nombre de deux 
ou davantage, qui se brisent souvent aisement a leur, point de continuite avec le 
corps fibro-plastique devenu vesiculeux. 

Le noyau de la cellule siege dans 1 epaisseur de la paroi, il est plutot saillant a 
sa face internequ a 1 exterieur (fig. 2, e, f, g, h). II est ovoide, un pen aplati, long 
de 9 milliemes de millimetre, large de 4 a 6, epais de 5 a 4. 11 est Ires-transparent, 
tres-pale, a bords nets reguliers, insoluble dans 1 acide acetique, a peine granu- 
leux, sans nucleole ; aussi est-il difficile a voir. C est particulierement dans les 
cellules qui par resorption de leur contenu huileux sont devenues partie incolorcs, 
partie graisseuses, qu on le trouve (fig. 1, b). A cote des cellules qui ont un noyau, 
il y en a toujours qui n en possedent plus. Ces cellules depourvues de noyau re- 
presentent parfois le quart ou meme les deux tiers de celles qu on a sous les yeux. 

Le contenu des vesicules adipeuses est ordinairement entierement graisseux. 
Chez 1 adulte, a 1 etat normal, il constitue une seule grande goutte de gr.iisse 
remplissant exactement la cavite de la vesicule et parfaitemcnt homogene. Nous 
avons vu plus haul (p. 16) comment le froid peut f aire disparaitre cette homo- 
geneite et par quel mecanisme. 

II est des conditions dans lesquelles les cellules adipeuses offrent une disposition 
plus complexe de leur contenu. Telles sont toutes les vesicules adipeuses nouvelle- 
menl nees chez les fetus et les jeunes sujels, dans les lumeurs lipomateuses 
hypertrophiques des glandes, colloides, etc., au sein dcsquelles se produisent des 
corps fibro-plastiques passant a 1 etat adipeux et formant des vesicules graisseuses 
eparses ou accumulees en masses visibles a I oail nu. On observe en particulier ce 
fait dans la plupart des cellules adipeuses des vegetalions hydatiformes intrakys- 
teuses de nature glandulaire ou lamineuses gelatiniiormes de cerlaines hypertro 
phies mammaires. Dans toutes ces circonstances, le contenu n est pas homogene. 
11 est forme : a, de nombrcuses gouttes graisseuses accumulees dans la cavite 
d une enveloppe ; b, d un limpide clair, peu refringent, tres-limpide, qui remplit 
1 intervalle transparent compris entre la paroi de cellule et les gouttes huileusej 
mr.T. EXC, II. 2 



IS ADIPEttX. 

(fig. 2). Lefait est surtotit evident lorsque les gouttes d huile laissent un vasts 
espace libre entre 1 enveloppe eL elles (e, f, g), corame on le voit quelqueibis dans 
les tumeurs hyperlrophiques avec masses adipeuses. 

Les goutteletles soul disposers de la maniere suivante : tantot une grande goutte 
de matiere grasse remplit presque completement la vesicule, et ce sont des goutte- 
lettes tres-pelites, ou des gouttes de moyenne grandeur, accumulees d un cote ou 
autour de la plus grande, qui achevent de remplir la cavite de I element anato- 
mique. D autres Ibis, c est une goutte moitie moins grosre que la premiere ou a peu 
pres, aecompagnee par plusieurs petites ; alors la cellule est comme deformee et 
presente un prolongement du volume de la goutte elle-meme. Dans quelqucs cir- 
constances on trouve deux, trois ou quatre grosses gouttes a peu pres d egal vo 
lume, deformees ou non par pression reciproque, et accompagnees par une quantite 
plus ou moins grande de tres-petites gouttelettes. D autres vesicules sont remplies 
d une seule goutte ou de plusieurs gouttes spheriques nombreuses, de moyenne 
grandeur (0"" n ,012 a 0" m ,020), entourees par une quantite considerable d autres 
tres-peliles. Enfin il en est qui sont remplies par des gouttes qui sont toutes de 
memes dimensions, soil de moyenne grandeur, soil fort petites. Toutes ces dispo 
sitions entrairient de nombreuses varietes d aspect des vesicules adipeuses. 

Ces particularites de structure sont surtout frappantes dans les divers etats suc- 
cessifs offerts par les cellules adipeuses qui s atrophient. Ici le contenu a pris, dans 
la plupart des vesicules, la teinte jaune plus foncee et brillante deja notee prece- 
demmcnt. 11 est rcduit a une goutte spherique ou ovoide qui ne remplit plus exac- 
tement 1 enveloppe azotee. L intervalle compris entre cette goutte d huile et 1 enve- 
loppe est rempli d un liqnide incolore contenant quelques fines granulations dont 
quelques-uncs sont grisalres et la plupart graisseuses, mais ne depassent pas 1 a 
2 milliemes de millimetre. II resulte de cette particularite de structure que, dans 
les regions du corps ou les vesicules se touchent , les gouttes d huile sont ecartees 
les unes des autres par les intervalles qui les separent de leur enveloppe, ce qui 
donue a leur ensemble un aspect tres-elegant. La goutte d huile qui reste au centre 
de la cellule peut n avoir perdu encore qu une petite partie de son volume, et 1 in- 
tcrvalle plcin de liquide incolore qui la separe de 1 enveloppe est peu considerable ; 
d autres fois, reduite a un diametre de 6 a 12 milliemes de millimetre, elle est 
plus ou moins ecarlee de 1 enveloppe azotee, selon que celle-ci s est plissee ou non, 
est peu ou bcaucoup revenue sur elle-meme. II est enfin des vesicules dans les- 
quelles ce contenu est reduit a deux ou trois petites gouttes huileuses brillantes, 
avec quelques autres de teinte presque grisatre, ou meme dans lesquelles il ne 
reste pas de granulation graisseuse depassant 1 ou 2 milliemes de millimetre. 

Les vesicules adipeuses sont quelquefois difficiles a bien distinguer des gouttes 
d huile volumineuses, des gouttes memes de leur contenu echappe par dechirure 
de quelques-unes d entre elles pendant la preparation. Mais on evitera de prendre 
ces goultes libres pour des vesicules, en observant que les premieres sont de forme 
tres-contournee, ou bien parfaitement spbcrique et avec un contour qui a quelque 
chose de plus net que dans les cellules. On peut de plus, par la pression et en les 
faisant rouler, les delormer de manieres diverses ; de telle sorte qu elles ne res- 
semblent pas aux formes que prennent les vesicules memes, se pressant recipro- 
quement ou compiimees centre quelque autre corps. On voit en outre assez souvent 
ces goutlcs se fondre en une goutte plus grosse ou se deformer apres s etre echap- 
pees de 1 interstice des cellules dont elles proviennent par rupture de queliiups-unes 
d entre elles. 



ADIPEUX. 19 

Lors meme que les vesiculos sont solidifiees par le froid et que leur surface est 
devenue irreguliere, ainsi qu il a ete dit plus haul (p. 16), elles ne ressemblent 
a aucun element anatomique. Les goultes huileuses qu on trouve qnclquefois libres, 
raais comme parties constituantes d un tissu et incluses generalement dans une 
matiere amorphe, soil de la partie jaune du corpus luteum, soit de certaines 
tumeurs graisseuses du rein, etc., peuvent aussi, lorsqu elles sont solidifiees a une 
basse temperature, prendre cet aspect irregulier a la surface , et meme strie ; 
comme leur etat solide empeche de les fondre ensemble par pression des lames 
de verre, ainsi qu on le fait des gouttes liquides, on pourrait les prendre pour des 
cellules; mais il suffit d elever un pen leur temperature pour qu elles recouvrent 
1 aspect de gouttes proprement dites, et de plus traitees par Tether, directemcnt 
sousle microscope meme, elles sont attaquees plus facilement que les vesicules et 
ne laissent pas d enveloppe azotee comme ces dernieres. 

Les vesicules adipeuses, a 1 etat de complet developpement, se rencontrent cbez 
1 homme a partir du cinquantieme ou du ciaquante-einquieme jour de la vieintra- 
uterine, dans le creux de 1 aisselle, le pli de 1 aine, puis dans la paume des 
pieds et des mains. Depuis cette epoque jusqu a celle de la mort on en trouve par- 
tout ou existe de la graisse visible a Tceil nu dans 1 economie. Elles sont en quan- 
tite considerable dans toutes ces regions, -car elles sont 1 element anatomique 
caracteristique et fondamental du tissu graisseux ou adipcux. 11 y en a tonjours a 
compter de 1 epoque de la naissance ou un peu avant, dans le tissu medullaire des 
os, mais plus ou moins suivant les individus, les especes animales et les etats 
morbides. Elles sont quelquefois fort peu abondantes. On en trouve en petite 
quantite, comme element anatomique accessoire, dans un grand nombre de parties 
du corps ou 1 ceil nu n en fait pas soupgoaner. Ainsi, a la surface exteiieure de la 
dure-mere racbidienne, beaucoup de faisceaux de fibres du tissu lamincux qui n ont 
pas 1 aspect graisseux du llssu adipeux qu on apercoit dans "beaucoup d aulrcs 
points de cette region, preset) tent des amas de 2 a 10 vesiculos adipeuses ou en 
viron. II en est de meme d un grand nombre de portions du tissu lamineux in 
terpose aux organes ou aux faisceaux nerveux, musculaires stries et lisses, a 
1 exceplion de 1 uterus, aux lobes des glandes pourvues de tissu lamineux. On en 
voitjusquedanslesintervalles des culs-de-sac glandulaires des acini de la inamelle, 
des glandes salivaires, des glandes Brunner, du pancreas surtout, des glandes 
sans conduits excreteurs, sauf la rate et les capsules surrcnales. II y en a souvent 
d eparses dans les tumeurs fibro-plastiques gelatiniformes, dans les hypertrophies 
glandulaires, et en particulier dans leurs vegetations intra-kysteuses gelatiniformes, 
ou elles sont egalement disposees a un intervalle a peu pres le meme, ou bien ce 
sont des amas de trois a quatrc cellules qui sont ainsi distribues. 

Leur presence entre les faisceaux stries des muscles, entre ceux des fibres lisses 
de la vessie, gene souvent 1 examen de ces parties du corps. 

On en rencontre quelquefois d isolees ou en series dans la pie-mere de la moclle 
allongee etdela protuberance annulaire, ou M. Bouchut et moi avons observe un 
lipome du volume d un pois. 

Elles manquent dans 1 epaisseur du derme meme, du chorion des muqueuses 
et dans le tissu des tendons. Mais on en trouve dans le tissu lamineux sous-cutane 
de la verge, du scrotum et des paupieres. soit isolees, soit en series ; quelquefois il 
y en a de petites masses apercevables entre les faisceaux musculaires de la vessie, 
et sous la muqueuse vesicale on en rencontre souvent d isolees ou en series qui 
d abord n etaient pas visibles a I oiil nu. 



20 ADIPEUX. 

Partout ou les vesicules adipeuses sont abondantes, elles sont accumulees 
sans ordre les unes centre les autres et prament line iorme polvednque sou vent 
tres-reguliere, soit a angles nets qu;md elles sont comprimees reciproquement, 
comme cliez le pore, les ct taces, soit a angles arrondis. Lorsqu elles constituent 
des amas peu considerables, celles du milieu presentent seules cette forme, et 
celles de la peripherie sont polyedriques par le cote oil elles touchent les 
autres, tandis que leur face libre est arrondie. Dans le voisinage de ces petits 
amas on en Irouve tonjours quelques-unes qui sont isolees; elles permcttentdere- 
connuitre que ces elements sont normalement de forme spherique ou plus souvent 
encore ovo ide, a bords nets et reguliers, sans dentelures. Lorsqu elles out cette 
forme ovoide plus ou moius allongee, leurs deux extremites sont semblables, ou 
I une est plus aigue que 1 autre. 

Quelques-unes out les deux extremites coupees presque carrement. Dans les 
muscles, le long des filaments du tissu lamineux intra-rachidien, etc., les vesicules 
adipeuses sont souvent disposees en series longitudinales tres-elegantes en forme 
de cbapclets, simples, doubles, etc. Tantot elles ne se touchent pas ou presqnepas; 
alors elles conservent leur forme spherique ou ovoide : c est surtout dans ces con 
ditions qu on trouve celles dont la forme est le plus allongee. Dans les muscles 
atteinls d alrophie avec substitution graisseuse, la plupart des vesicules offrent cette 
disposition et ccttc figure allongee ovoide, fusiforme, etc., fort remarqitable par 
ses nombreuses varietes oscillant autour des types de forme qui viennent d etre 
signales. D antre fois elles empietent un peu Tune sur 1 autre par leurs extre 
mites, ou son fortement pressees dc maniere que celles du milieu de la serie out 
leur plus grand diametre perpendiculaire par rapport a celui de la rangee. Tantot 
I une d elles s eufonce dans ses voisines ou en comprime une d un cote et se 
trouve dcprimee d un autre cote. Celles des extremites de ces series out quelquefois 
une forme presque triangulaire a angles arrondis. 

Les dimensions des vesicules adipeuses sont en moyenne de 40 a 50 mi- 
liemes de millimetre ; mais on en trouve, chez 1 adulte, qui en ont 20 a cote d autres 
qui en ont 75. Dans le tissu adipeux peri-mammaire, dans cerlaines tumeurs de 
cette region, dans les masses adipeuses developpees au milieu des hypertrophies 
mammaires, dans certains lipomes, on en voit souvent qui ont 1 dixieme ou 
2 dixiemes et demi de millimetre a cote de celles qui ont des dimensions ci-dessus 
marquees. II en est qui, au lieu d avoir cette largeur en tout sens ou a peu pres, 
mesurent cette etendue en longueur, sur 20 a 40 milliemes de millimetre de large. 
Les vesicules adipeuses sont generalement un peu plus grandes chez le boeuf, le 
pore et les cetaces ; chez le mouton, elles conservent a peu pres les dimensions 
qu elles offrent chez l homme. Elles presentent souvent chez le meme individndes 
differences trcs-notables de volume d une region du corps a 1 autre ; elles sont en 
general bicn plus petites au our du rein, et surtout dans les diflerents replis du pe- 
ritoine, que dans le tissu adipeux sous-cutane ou inter-musculaire. 

Cette paroi est susceptible de se ramo//zrau point de devenir presque diffluente, 
de telle sorte qu on ne peut parvenir alors a preparer qu un petit nombre de cel 
lules adipeuses intactes. Celles-ci meme se brisent sous les yeux de 1 observateur a 
la moindre pression. Dans la moelle des os enfiammee et suppuree la paroi propre 
se ramollit au point de se liqucfier ou de se reduire spontanement en fines granu 
lations; de telle sorle que le contenu liquide des cellules devenu libre s ecoule 
avec le pus ou la serosite purulente sous iorme de gouttes huileuses, resultant de 
la reunion en masses visibles a I o3il nu des matieres grasses de plusieurs cellules. 



ADIPEUX. 21 

Dan? les gangrenes humides les phenomenes de la destruction de la paroi propre 
des cellules adipeuses sont a peu pi es les memes ; mais on trouve un bien plus 
grand nombre de gouttes huileuses dont les principes cristalli c ables se sont reunis 
en groupes etoiles formes d aiguilles de margarine principalement (voy. Chimie 
anatomiqw, 1855, t. Ill, p. 27 et p. 98 et99, pi. XLI, fig. 1) que dans les 
eas precedents. Beaucoup de cellules qui ne sont pas encore detruites par putre 
faction olfrent des groupes d aiguilles semblables. 

Dans les cas de gangrene senile et autres formes de gangrene seche, le mode de 
destruction des cellules adipeuses est un peu different du precedent. Ces differences 
resultent principalement de la saponification du content! graisseux des cellules par 
I ammoniaque resultant de la putrefaction des principes azotes; car la destruction 
de la paroi propre d abord ramollie s opere comme dans les conditions decrites 
plushaut. 

On pent, sur des trainees ou series de cellules adipeuses, passer graduellement 
de celles qui sont intactes a des cellules dont le contenu est irregulierement granu- 
leux, a centre moins nettement jaunatre qu a 1 etat sain, ou presque entierement 
forme de cristaux de margarine diversement groupes. Dans les points plus rap- 
procbes de la gangrene confirmee ou de la surface des lobules adipeux les-es, on voit 
quele contenu des cellules n estplus entoure d nne paroi propre; pourtant il con 
tinue a olfrir la forme de la cellule. II constitue une sorte d amas granuleux ou 
cristallin, presque opaque, de meme volume et de meme configuration quecelle-ci, 
mais solide ou mieux demi-solide, facile a ecraser. Dans ce cas, beaucoup de cel 
lules se reduisent partie en grains irreguliers sans caracteres bien determines 
et en petits groupes d aiguilles, partie en une ou plusieurs gouttes huileuses qui 
occupaient la partie centrale du contenu graisseux de la cellule. Ailleurs des masses 
i represent ant le contenu des cellules sont soudees les unes au bout des autres, de 
maniere a former des trainees ou cylindres irreguliers et grenus ou cristallins de 
graisse saponifiee. 

Plus loin, et surtout dans les parties entierement mortifiees du tissu, les cellules 
sont entierement detruites ; leur contenu forme de nombreuses gouttes atteignant 
jusqu aun dixieme de millimetre etplus eparses entre les autres elements, qui ge- 
neralement sont a un degre moindre de destruction. Avec ces gouttes se voient des 
cristaux de margarine epars, isoles ou diversement accumules. 11 sont sou vent 
disposes en serie, les uns au bout des autres, entre les autres especes d elements 
qui ne sont pas encore detruits comme les cellules adipeuses. 

Les cellules adipeuses jouissent au plus haut degre d energie de la propriete de 
nutrition. C est du moins ce que permet de conclure la rapidite de leur develop - 
pement et celle de leur atrophie dans un grand nombre de circonstances,ainsi que 
leur existence frequente au milieu de lobules de tissu adipeux, d nn volume consi 
derable pour le petit nombre des vaisseaux qu ils renferment. 

Un autre fait qui le prouve encore, c est que leur nutrition continue lors meme 
que, dans les lobules qu elles constituent par leur agglomeration, elles ne touchent 
point de capillaires. 

Preparation des cellules adipeuses. Ces elements sont des plus faciles a 
observer eta preparer. II suffit de prendre une portion d un des tissus ou se Irouvent 
ces elements et de le dissocier a 1 aide des aiguilles a dissection comme on le fait 
pour toute autre espece d element anatomique. Pour voir de cellules isolees il 
est preferable de prendre du tissu lamineux inter-musculaire, de la tunique adven- 
tice des vaisseaux, du nevrileme, etc., que du tissu adipevx meme. Pour exami- 



22 ADIPEUX. 

ner les cellules dans ce dernier, dans les lipomes, dans la moelle graisseuse 
des os surtout, il est tres-utile de faire la dissociation des elements dans de 1 eau 
melee de glycerine ou dans de la glycerine pure, parce qu on est moins gene 
qu en usant de 1 eau, par les medullocelles, par les gouttes d huile" venant des 
cellules brisees que la glycerine palit, etc. On peut aussi se servir comme vehicule 
d alcool ordinaire ou etendu d eau. Pour etudier les enveloppes des cellules et les 
isoler de leur contenu, on fera bouillir de tres-petits fragments du tissu adipeux 
dans de Tether au fond d un tube, ou mieux on examinera ces fragments apres 
quelques heures ou quelques jours de maceration dans un tube boucbe contenant 
une certaine quantite d ether. Un grossissement de 300 diametres suifit pour etu 
dier ces elements ; mais 1 examen de leur enveloppe, celui de leur noyau, des 
phases de leur evolution embryonnaire et leur atrophie exigent 500 et 550 dia, 
metres. 

II. Tissu ADIPEUX. Les modifications evolutives dont les corps fibro-plastiques 
ou centres de generation des fibres lamineuses sont le siege, dans les groupes ou 
amas qu ils forment par places determinces a 1 etat normal , entrainent la production 
des grains adipeux blanchalres ou jaunatres si frappants surle foetus; et peu apeu 
elles font que graduellement ces elements presenlent dans ces grains une texture 
qui leur est propre. Gette texture est en rapport avec les changements de structure 
qu ils subissent, texture differente de celle qu ils offraient avant, tant au point de 
vue du mode de groupement des elements memes que sous celui de la distribution 
des capillaires ; puis ces grains, devenant des lobules adipeux, s associent d une 
maniere particuliere aussi. On voit de la sorte apparaitre un changement complet 
de texture au sein de ces regions du tissu lamineux et se produire un tissu different 
decelui-ci, bien qu ayant lameme espece d elements pour partie constituante fon- 
damentale i . Nous verrons d autres fails analogues se passer egalement, mais dans 
un sens different, lors de la production des tissus tendineux, fibreux et sereux. 

L un et 1 autre de ces changements evolutifs qui, comme tous les autres, sont 
solidaires des phenomenes de nutrition survenant dans ces elements, entrainent 
dans la structure de ceux-ci des modifications qui ont pour resultat de donner au 
tissu lamineux des proprietes d ordre mecanique et physique seulement, qui 
comptent parmi les attributs principaux de ce tissu. De ces attributs, les uns sont 
relatifs a la forme, comme dans le cas particulier du passage des corps fibro-plasti 
ques a 1 etat adipeux, qui vient de nous occuper ; passage dont 1 exces ou la dimi 
nution entrainent des changements de configuration de 1 organisme qui par eux 
seuls peuvent aller jusqu a constituer un etat morbide; les autres de ces attributs 
sont relatifs a la resistance, a la tenacite, au glissement, etc., de divers organes. 

1 La production de granules graisseux dans les corps fibro-plastiques fusiformes et etoiles, 
finissant par les distendre et les faire passer a 1 etat de cellules avec noyau et paroi et 
contenus distincts, ne confirme nullement 1 hypothese hallerienne , qui faisait de la pro 
duction du tissu adipeux un simple depot de graisse dans les areoles ou cellules, preexis- 
tantes ou non, qui auraient ete limitees par les lamelles du tissu lamineux. En effet, on 
voit que la realite constitue ici un phenomene tres-dil ierent, puisqu elle consiste en un fait 
relatii a la nutrition en general, des elements du tissu lamineux, et concerne particuliere- 
mentles phenomenes de desassimilation ou d assimilation des corps gras; de telle sorte que 
la production de la graisse a lieu dans 1 epaisseur meme des elements anatomiques, et non 
entre des fibres ou entre les lames et faisceaux qu elles forment. Les fails qui viennent 
d etre rappeles et ceux relatifs aux regions de 1 economie ou siegent ces elements, ou con- 
cernant leurs reactions chimiques, etc., prouvent egalement qu on ne saurait admettre sans 
erreur, comme 1 ont fait quelques auteurs, que les corps fibro-plastiques fusiformes et etoi- 
Jes sont des fibres elastiques en voie d evolution plutot que des fibres lamineuses. 



ADIPEUX. 23 

On commence a apercevoir le tissu adipeux a partir du soixante-cinquierae jour 
de la vie intra-uterine ; les premieres regions ou il apparait sont : le pli de 1 aine 
le creux de 1 aisselle et le fond de 1 orbite ; peu de temps apres, au-dessons du 
masseter, on voit naitre la boule graisseuse sous-masseterine ou de Bichat. Le issu 
adipeux apparait toujours par petits lobules separes, arrondis ou ovoides, ressem- 
blant a de petits grains de semoule, composes par une masse de cellules immedia- 
tement juxtaposees, qui donnent a ces granules une coloration d un jaune blancba- 
tre. A cette epoque le tissu adipeux a un aspect tremblotant gelatiniforme quc Ton 
peut encore observer au fond de 1 ceil de la plupart des enfants nouveau-nes. Cette 
masse gelatiniforme est parsemee de ces petits grains, semblablos a dcs grains de 
semoule, qui, au moment de leur apparition, ont a peu pres O mm ,2 a O mm ,3 ct qui 
plus tard atteignent jusqu a O mm , Set plus. Get etat gelutiniforme, tient ace qu entre 
ces petits groupes de cellules adipeuses au debut de leur production se trouve une 
trame de fibres lumineuses avec des noyaux embryo-plastiques et une grando 
quantite de matiere amorphe ; on peut voir dans cette trame gelatiniforme , 
interposes aux grains blancbatres, des vaisseaux capillaires tres-abondants. Losque 
le tissu adipeux commence a se produire autour du rein, il presente le meme as 
pect gelatiniforme, seulement les grains ou lobules graisseux y sont plus ou moins 
dissemines. Telle est la texture du tissu graisseux a ses premieres pbases d apparition. 

Chaque lobule est done forme par des corps fibro-plastiques en voie de passage a 
1 etat adipeux, immediatement juxtaposes sans interposition d elcments analomiqucs 
d une autre espece. Ce fait est important a signaler et se retrouve, meme cbcz 
1 adulte, sur les petits grains adipeux de Tepiploon, etc. II y existe seulement quel- 
ques noyaux embryo-plastiques. Un vabseau capillaire circonscrit en general chacun 
deceslobulesetonvoitdans leur interieur uncertain nombre de subdivisions; dans 
queique sens qu on place ces lobules, on les trouve presquc toujours entoures parun 
capilhire.Ce vaisseau, assez volumineux, forme des mailles presque circulaires qui 
ont de deux a trois iois le diametredes capillaires qui les circonscrivent. Ces mailles a 
angles arrondis sont tellement serrees que sur une preparation ou les lobules sont 
injectes, il est difficile d apercevoir ceux qui sont sous-jacents aux plus superOciels, 
parce que cbacun d eux est enveloppe par une sorte de capsule formee par le re- 
seau capillaire. Les capillaires qui penetrent dans I interieur du lobule formcnt des 
mailles plus larges, chez 1 adnlte du moins, que celles du reseau peripberique, 
en un mot, 1 epaisseur du lobule adipeux est plus pauvre en vaisseaux capillaires 
que la superticie. Ces mailles centrales circonscrivent chacune des cellules adipeu 
ses; les cellules adipeuses ont de O mm ,05 a O mm ,06 en moyenne; or, les mailles 
capillaires qui les entourent ont naturellement le meme diametre. 11 y a ceci de 
remarquable qu un certain nombre de cellules adipeuses n est directement en con 
tact avec aucun capillaire. Ces cellules se nourrissent en empruntant iadirectement et 
de procheenproche des materiaux aux cellules voisines, qui, plusfavorisees qu elles, 
sont en rapport immediat avec les capillaires. II faut done, dansl etude de lavascu- 
larisation du tissu adipeux, distinguer les mailles qui enveloppent les lobules et 
celles qui peuetrent dans la profondeur de ces lobules. Ce que je viens de dire de 
la vascularile des lobules du tissu adipeux dans la periode ou il offre 1 etat gelati- 
tiniforme se retrouve dans les periodes ulterieures du developpement, mais aveo 
quelques differences notees plus loin. 

En effet, peu a peu, les lobules ainsi constitues se multiplient et ils s associent 
les uns avec les autres, de maniere a former un tissu qui n est plus gelatiniforme, 
mais qui a au contraire 1 aspect blanc jaunatre qu on decrit comme 1 etat ordinaire 



n ADIPEUX. 

du tissu adipeux. A cette periode les lobules sont plus gros du double ou du triple 
comparativement a ce qu ils etaient primitivement, ils atteignent jusqu a 1 milli 
metre de large. Cette augmentation de volume tient a 1 accroissement du nombro 
et des dimensions des cellules ; il resulte de la que les cellules et les lobules eux- 
memes deviennent polyedriques par suite de leur pression reciproque ; mais la 
configuration des mailles capillaires n en est pas notablement changee. Entre ces 
lobules du tissu adipeux ainsi developpes se trouvent de minces cloisons de tissu 
Jamineux dans lesquelles rampent les vaisseaux capillaires les plus volumineux qui 
viennent s epanouir a la surface des lobules. 

Chez I adulte, les corps fibro-plastiques devenus vesiculeux sont immediatement 
juxtaposes dans I epaisseur de chaque lobule adipeux ; il n y a entre ces vesicules 
que les fibres lamineuses qui sont en continuite avec leur paroi et qui, en raison de 
1 augmentation de volume dueacet etat vesiculeux, sont eparses. difficilesa voir et 
ne representent a cote d elles qu une masse presque insignifiante. 

A la surface et dans 1 interieur de chaque lobule, il y a, en outre, un reseau ca- 
pillaire tres-elegant, formant, comme dans le fcetus, a la peripherie de chacund eux 
une sorte d enveloppc vasculaire de la face interne de laquelle partent les capillaires 
qui forment les mailles profondes de 1 interieur du lobule. Ces mailles sont remar- 
quables par les flexuosilcs ondulenses des capillaires qui les limitent et par leurs 
angles arrondis. Si Ton excepte quelques-uns des gros capillaires qui circonscrivent 
les lobules et prennent part a la constitution de leur reseau superfinel, lediametre 
de ces vaisseaux est assez imiformement le me me et de 8 a 10 milliemes de milli 
metre. 

La plupart. de ces mailles sont allongees d une largeur egale a deux a cinq fois 
I epaisseur des capillaires qui les limitent, et une fois plus longues que largos ; 
quelques-unes sont d egal diametre dans les deux sens. Ces particularites les dif- 
lerencient des mailles a angles nets, limitees par des capillaires rectilignes ou a 
flexuositcs tres-rapprochees, qui parcourent les cloissons de tissu lamineux separant 
ces lobules ou les couches ordinaires de ce tissu. Ces dispositions anatomiques ne 
se voient bien que sur les lobules adipeux non comprimes, car la compression re- 
dresse les capillaircs qui limitent les mailles et change la forme e.t les dimensions 
de celles-ci en distendant les vesicules adipeuses et les rendant polyedriques. 

Les capillaires onduleux rampent entre les vesicules ou a la surface des lobules 
qu ellcs composent en passant del unesur la face voisine de 1 autre, sans que leur 
configuration soil en rapport avec la forme et les dimensions des cellules, sans que 
1 une quelconque de celles-ci soit exactement circonscrite par unou plusieurs cer- 
cles vasculaires, comme on le figure souventa tort. Presque toutes les mailles sont 
plus larges que les cellules, et il n est pas rare de trouver certaines de celles-ci qui 
ne sont contigues avec aucun capillaire, tandis que d autres touchent ces conduits 
par 2 ou 3 de leurs faces. 

Dans les regions du corps ou le tissu adipeux n est pas separe en lobules, les ca 
pillaires se distribent un pen autrement qne dans cellesou il of fre cette disposition, 
qui est de beaucoup la plus habi uelle. Tel est le tissu adipeux sous-jacent au cuir 
chevelu, celui qui remplit 1 arriere-fond de la cavite cotyloide, celui de quelques 
lipomes et celui qui se procluit dans 1 atrophie musculaire avec substitution grais- 
seuse. Ces portions de tissu adipeux sont relativement un pen moins vascuhires 
que les autres, parce qu on ne voitpas comme ailleurs une couche du reseau capil 
laire a la surfacede chaque lobule, quelque rapproches qu ils soient ; reseau dont les 
mailles memes sont un peu plus petites que dans I epaisseur du lobule qu il entoure. 



ADI mix. 2; 

Mnis, du reste, dans ces couches adipeuses privees de la disposition lobulairo, les 
mailles offrent la configuration et les dimensions indiquees plus limit. 

Chez les sujets emacies, le tissu adipeux reprend 1 etat gelitiniforme ct change 
noiablement de coloration, et c est dans ces conditions que les cellules perdent une 
grande partie de leur graisse, qn elles se fletrissent et prennent un etat chiflbnne 
tout particulier. Les lobules deviennent eux-memes plus petits. 

En meme temps, dans ces circonstances, les minces cloisons de tissu lamineux 
interposees aux lobules s infdtrent d une matiere amorphe demi-liquide et plus 
ou moins fluide, selon le degre et la nature de 1 oedeme qui se produit dans ces 
conditions. On a signale la production de cet etat, depuis tres-longtemps, soil 
autour des reins, soit autour du cceur, soil au-dessous de la peau. 

A 1 ctat de complet dcveloppement le tissu adipeux a pour element fondamental 
les cellules adipeuses et ne renferme comme elements accessoires que des fibres du 
tissu lamineux, des noyaux embryo-plastiques en petite quantite et des vaisseaux 
capillaires. II est facile de le distinguer de tous les autres par sa coloration, qni est 
cependant un pen differente d une region du corps a 1 autre, ainsi que selon IPS 
etats normaux ou palhologiques dans lequels ilssc Irouvent places. II est d un blanc 
jauuatre, qiielquefois d un blanc pur cbez plusieurs especes aiiimales.Cette coloration 
est toujours subordonnee a la constitution des elements anatomiqucs fondamentaux. 

En effet, elle resulte nniquement de la presence de gouttes d liuile qui remplis- 
sent lacavite de chaque cellule. Dans le cas ou cette huile est incolore, la lumitVo 
est reflechie en blanc, comme chez le pore et les cetaces, par ces amas de cellules 
adipeuses. Si, au contraire, il s y rencontre des principes graisseux d une teinte 
jaunatre, comme le sont en particulier 1 oleine et la margarine, on voit le tissu ad:- 
peux prendre une coloration jaune plus ou moins prononcee. Chez les sujets ema 
cies ou amaigris, on peut remarquer souvent une couleur rougeatre ou orangee de 
ce tissu. Ce fait coincide avec cette particularite que les cellules adipeuses ont 
perdu une grande partie dela graisse qui les remplissait etque les gouttes huileuses 
qui existent encore dans les cellules fletries ont une teinte d un jaune orange tres- 
vif dont ila dejaete question. Ainsi accumulees, ces cellules forment des lobules 
qui n ont plus cette coloration jaunatre Tranche et nette du tissu normal, mais him 
une cou eur rougeatre qui est plus ou moins prononcee selon le degre d atrophie 
des cellules. 

La consistance de ce tissu varie beaucoup egalement. II est des circonstances 
dans lesquelles il est ferme, comme on le voit chez les jeunes sujets. Cette par 
ticularite coincide avec une repletion absolue des cellules par la graisse. Alors 
elles sont distendues et fortement comprimees les unes contre les autres. On observe 
la meme particularite chez les sujets bien portants dont le tissu adipeux n est pas 
atrophie. Au contraire, chez les individus atteints de maladie ayant amene 
de 1 cedeme et de 1 amaigrissement, le tissu adipeux presente un grande mollcsse, 
ildevient presque ge atiniforme. Ces particularites sont dues a certaines modifica 
tions de texture indiquees plus loin. Apres la mort il n a plus cette resistance 
particuliere qu on observe sur lui pendant la vie ; il se laisse deprimer et garde 
d une maniere persistante la depression produite par le doigt, tandis que, pen 
dant la vie, aussitot apres la depression, sa surface reprend le niveau qu il avail 
avant. Cela resulte de ce que les cellules adipeuses ont pour contenu un liquide 
forme d un melange de stearine, de margarine et d oleine ; tons ces corps se soli- 
difient par Je rel roidissement, et toutes les fois que les cellules sont soumises a une 
temperature inferieure a 15 ou 16, la graisse passe de 1 etat liquide a 1 etat 



26 ADIPEUX. 

solide, cornme I eau passe de 1 etat liquide a 1 etat solide, lorsque la temperature 
s abaisse au-dessous de zero, par un phenomene de solidification puremeat phy 
sique et chimique. La graisse intra-vesiculaire, en se solidifiant, change de consistance 
et modifie celle de 1 ensemble du tissu. 

Pendant la vie, lorsque la temperature du corps depasse 16 degres, lorsqu elle 
atteint 57, 50 environ, les cellules sont remplies par un liquide, tandis que, apres 
la mort, elles le sont par des corps solidifies en partie au moins. Cette particularity 
est importante a noter, parce que, toutes les fois qu on trouve une certaine masse 
de tissu adipeux, comme au voisinage de la rotule ou d autres articulations, si on 
vienta exercer une pression sur ces masses adipeuses bien limitees, comme sur un 
abces, on sent une demi-fluctuation. On percoit egalement cette fluctuation sur des 
lipomes, et il y a des exemples de lipomes qui ont ete pris pour des collections 
liquidcs, parce qu on y sentait de la fluctuation. On a appele cela de la fausse 
fluctuation, parce qu a 1 incision il ne s ecoule pas un liquide ; mais la fluctuation y 
est parfois tout aussi nette que dans le cas d un abces ; et il est facile de comprendre 
que le tissu adipeux etant compose par une masse de cellules remplies chacuned un 
liquide et ayant toutes une paroi extensible, on puisse y produire le phenomene 
de la fluctuation aussi bien que lorsqu il s agit d un liquide remplissant une 
grande cavite. En effet, qu est-ce que la fluctuation ? (Test une sensation de pres 
sion ou de choc transmis par un liquide incompressible d un cote a 1 autre d uue 
masse liquide. Que le liquide soit contenu dans une seule cavite ou subdivise en 
petitesvesicules a paroisextensibles, la pression et le choc seront egalement trans- 
mis. On peut done determiner de la fluctuation sur un lipome aussi bien que sur 
un abces 

Le tissu adipeux est moms dense que plusieurs de ceux qui 1 accompagnent dans 
J economie, et on a signale depuis tres-longtemps que les masses adipeuses plon- 
gees dans I eau surnagent, tandis que les tissus voisins vont au Ibnd. Cela tient a 
ce que les tissus qui remplissent les cellules graisseuses, la stearine, la margarine, 
et 1 oleine sont moins densesque I eau. 

Les memes particularites pourraient etre signalees par rapport aux caracteres 
chimiques du tissu adipeux. Le tissu adipeux resiste plus a la putrefaction que la 
plupart des tissus, parce que les corps gras se saponifient et forment une masse re- 
sistante qui ne se decompose pas par putrefaction a la maniere des substances azo- 
tees. Ce sont des fails de ce genre qui sont cause que le tissu adipeux resiste mieux 
que d autres a la destruction gangreneuse. 

Dans ces conditions on retrouve les trainees de tissu adipeux avec son aspect 
ordinaire; les cellules sont encore entieres, seulement la stearine et la marga- 
nie se sont cristallisees dans leur centre ou a leur surface, en petites houppes irra- 
diees. 

Le tissu adipeux devient tres-frequemment le siege de productions morbides qui 
portent le nom de lipomes et qui resultent de son hypergenese locale. Dans cet 
hypergenese on constate que les masses adipeuses presentent identiquement la 
texture que je signalais tout a 1 heure. Cependant il y a certaines modifications 
secondaires qu il faut noter. Une premiere variete de lipomes, la plus rare de 
toutes, est celle dans laqnelle les tumeurs, malgre leur grand volume, c iiiservent 
1 etat gelatiniforme propre au tissu adipeux du fetus. Ces masses gelatiniformes, 
tremblotantes, parsemees de petits grains blanchatres, offrent un aspect tout dif 
ferent de celui des lipomes proprement dits. Aussi ces productions n ont iamais 
ete designees sous le nom de lipomes, mais bien sous le nom de cancers colloides; 



ADIPEUX. 27 

Or, leurs elements et leur comparaison au tissu adipeux du foetus permettent 
d en determiner aisement la nature. 

Presque toujours, en meme temps qu il y a hypergenese, il y a hypertrophic 
individuelle des cellules; il n est pas rare de. trouver dans les lipomes des cel 
lules quiatteignentjusqu aO mm ,l, et qui, meme a un examen attentif, sont aper- 
cevables a 1 oeil nu avec 1 apparence de petites gouttes d huile; mais sous le 
microscope on voit qu elles sont entourees d un paroi propre. 

Une autre variete de lipomes plus rare, et qui a quelquefois recu le nom de fi- 
bro-lipome, est due a ceque en meme temps qu a lieu 1 hypergenese des cellules 
adipeuses, il y a hypertrophie des cloisons lamineuses inter-lobulaires. Alors la tu- 
meur graisseuse est traversee par des cloisons de tissu fibreux plus ou moins blan- 
chatres ou resistantes qui modifient notablement la consistance et 1 aspect lobule 
de la tumeur. 

II y a encore une quatrieme variete de lipomes, qu il importe de signaler, 
parce qu a 1 oeil nu elle n est pas toujours facile a distinguer. Ce sont des tu- 
meurs qui sont formees en proportions a peu pres egales, par des cellules adi 
peuses et par du tissu lamineux a 1 etat de corps fusiformes. Ces tumeurs sont 
remarquables par leur coloration d un gris jaunalre et par leur dcmi-transpa- 
rence, caracteres qu on ne trouve pas sur d autres productions morbides. II est 
rare de trouver ces tumeurs cloisonnees. Elles peuvent atteindre un volume con 
siderable, telque celuides deux points, sans se subdiviser en lobules. Sous le rap 
port de la texture, ces tumeurs sont formees par des cellules adipeuses et par des 
corps fusiformes distribues en portions a peu pres egales dans toute 1 etendue du 
tissu morbide. 

Les lipomes, quclle qu en soitla variete, peuvent, lorsqu ils atteignent un grand 
volume, etre le siege vers leur centre d une mortification de leur tissu, d oii re- 
suite une cavile remplie d un liquide d aspect purulent et qui ne renferme co 
pendant pas de leucocytes. 

C est une mortification loin du contact de I atmosphere, qui s opere sans que le 
liquide qui en resulte aie une mauvaise odeur. C est une necrose ou vine gangrene 
du tissu adipeux, et lorsqu on examine le liquide au microscope, on voit que sa co, 
loration jaunatre est due a une emulsion de gouttes d huile en suspension dims 
une serosite, parce que les cellules mortifiees se sont brisees et que leur contenu 
s est reduiten gouttelettes ; on y trouve aussi quelques globules sanguins. 

III. SYSTEME ADIPECX. On donne le nom de systeme adipeux a Tensemblc des 
parties similaires ou organes premiers formes pardu tissu adipeux. 

On recommit facilement trois ordres tres-distincts dans ces parties similaires. Cs 
sont d abord celles qui, associeesa des organes premiers d autres systemes, telsque 
les faisceaux secondaires et tertiaires des muscles, des groupes A acini gland n- 
laires, etc., concourent d une maniere secondaire mais reelle a former les muscles, 
les glandes et autres organes. Ce sont ensuite les parties similaires qui sont 
interposees aux organes proprement dits; mais dans ces dernieres on distingue ; 
a celles qui sont simplement d interposition proprement dite, ou d enveloppe quand 
il y en a entre toutes les faces d un organe et les organes qui I avoisinent; puis 
b celles qui sans discontinuity de Tun a 1 autre sont interposees a la peau et aux 
organes sous-jacents, en formant ainsi a 1 organisme une enveloppe adipeuse generale 
ou commune sous-cutance. 

Ces trois groupes de parties similaires presentent de notables differences lors 
qu on les compare entre elles chez I adulte.puis d un age a 1 autre, et d une espece 



28 ADIPEUX. 

animale a 1 autre a des ages correspondants. Elles seront etudiees id dans 1 ordra 
inverse a celui de remuneration prccedente. En lisant les descriptions des auteurs 
sur ce sujet, il est facile de voir quele vague dans lequel elles restent, au milieu de 
longs details de pure enumeration, tient a ce qu ils n ont pas suivi cette marchc 
tracee par la nature meme des choses. 

A. Parties similaires adipeiises de la couche commune sous-cutanee. Ces or- 
ganes premiers sont tous continus les uns aux autres et la couche que forme leur 
ensemble porte le nom de pannicule adipeMX. Celui-ci est interpose a la peau en 
dehors et aux organes sous-jacents en dedans. II est separe de ceux-ci et des autres 
organes premiers adipeux par les aponevroscs exterieures d enveloppe. Toutefois ce 
pannicule s etend sous les muscles de la face, sous le trapeze, sous le grand dorsal, 
par scs bords antericur et superieur, sous le grand fessier par son bord anterieur et 
au fond du creux de 1 aisselle entre les vaisseaux et les nerfs de cette region. D aulro 
part, il manque sous la peau de la ligne mediane du dos, du nez, au niveau desos 
propres et reparait au niveau des cartilages du lobule ; il manque aussi sous celle 
des paupieres, du prepuce, de la verge et sous le scrotum. II s amincit beaucoup 
sur la ligne mediane du front, du sternum, au niveau du sommet des apophyses 
cpincuses dorsales et sacrees, de 1 acromion et de la crete de 1 omoplate. II s y 
reduit chez quelques sujets a de rares lobules, ou meme manque completement. 

Aux membres anterienrs, le pannicule adipeux s amincit a la face poslerieure d 
poignet ct se reduit parlois a quelques lobules a partir du bord inferieur du liga 
ment annulaire du carpe, au dos de la main, iusq u aux articulations metacarpo- 
phalangiennes. 

Au pied, ce n est qu au niveau du tarse, ou seulement aux articulations metatarso- 
pbalangiennes, qu il amincit brusquement. Chez les enfants et quelques sujets 
poteles, cc n est que vers les articulations metacarpo-phalangiennes que disparait 
cette couche adipeuse. Elle manque au niveau de ces articulations memes et des 
tendons extenseurs des doigts et des orteils. 

Elle s epaissit a la partie posterieure du cou (\ a 2 centimetres) , au creux de 
1 aisselle ( 2 a 4 centimetres), autour des mamelles (1 a 4 centimetres), au pli de 
1 aine, au niveau et autour du pubis (1 a 2 centimetres), sur les cotes et en arriere 
du ba?sin a ce meme niveau, depuis le coccyx, jusqu a 1 anus (1 a 4 centimetres), 
sur la ligne mediane et sur les cotes, aux fesses jusqu a la partie posterieure et a 
la face interne des cuisses (1 a 4 centimetres), surtout chez la femme, au creux 
poplite et aux parties anterieure t posterieure du pied (1 a 2 | centimetres). Le.; 
particular-lies precedentes, relatives a 1 epais-eur de ce tissu, sont toutes donnees 
d apres des mesures faites par des sujets d un embonpoint ordinaire. Partout ail- 
Jeurs il presente des epaisseursmoindres, trop variables d un individuou d une re 
gion a 1 autre, et trop peu importantes a retenir pour qu il soit ne"cessaire de les 
enumerer. 

Quelle que soit, du reste, 1 epaisseur atteinte, d un sujet ou d un age a 1 autre, par 
le pannicule adipeux sous-cutane, la masse qu il constituedans son ensemble, commc 
a quelque niveau meme que ce soit du corps et des membres, est plus considerable 
que celle qui se trouve autour des intestins et dans 1 epaisseur des organes, silues au- 
dessous de 1 aponevrose d enveloppe qui les separe de ce pannicule. Du reste, il n y 
a pas un rapport constant entre Tepaississement normal graduel de ce dernier et 
celui des parties similaires adipeuses d interposition ou de constitution des organes. 
Ce fait est tres-frappant chez les femmes, les enfants et beaucoup d hommes tant 
sur une coupe des membres qu au tronc, y compris les visceres, et meme au cou. 



. 29 

II eslcommun, en eilet, de voir chez des femmes et des enfants poteles le tissu 
adipcux d interposition etre tres-pcu abondant, Ces differences de quantile du tissu 
adipeux sous la peau, comparativement a celuiqui existe entre les organes on dans 
leur epaisseur, quoique, toujours manil estes chez les sujels atteiuts d obesite ge- 
nerale ou seulement abdominale, sont cependant alors raoins tranchees qn a 1 or 
dinaire. 

Les organes premiers de cette portion superficielle du systeme adipeux oflrent 
dans trois regions quelques particulariles anatomiques qn il importe de noter ; ce 
sont le tissu adipeux. du cuir chevelu, les coussinets palmaire et plantaire et ceux 
de la pulpe des doigts. Entre le cuir chevelu et la peau du front d une part, les 
muscles de ces regions et 1 aponevrose fronto-occipitale d autre p.irt, le tissu 
adipeux a une epaisscur assez unifortne et qui varie beaucoup moins d un sujet 
a 1 autre que dans le reste de 1 economic. Cette couche est formee de tissu adipeux 
a texture scrree, c est-a-dire a lobules tres-petits, plus mous, separes par des 
cloisons lamineuses plus minces, si ce n est dans les endroits ou des laisceaux li- 
breux le traversent pour se Jeter sur 1 aponevrose fronto-occipitale ou sur le tissu 
lamineux qui adhere aux muscles frontal et occipital. Ges differences par rapport 
au tissu adipeux de la face sont tres-sensibles. C est dans son epaisseur que se 
trouvcnt plonges les bulbes pileux. 

A la paume des mains et a la plante des pieds le tissu adipeux est forme dc 
lobules volumineux, arrondis, mous, composes de grosses vesicules; ils glissent 
facilement les uns sur les autres et sont aiscment isoles ou mieux enuclees par la 
dissection. Le role de coussinets a la fois resistants a la pression et elustiques que 
remplissent ces organes premiers adipeux estdu simultanement a leu rs lobules eta 
la disposition des nombreux faisceaux fibreux assez riches en fibres elastiques, qui 
de la face profonde du derme vont s inserer sur les aponevroses palmaire ct plan- 
taire. Incompressibles ou a peu pres par eux-memes, parce qu ils sont composes de 
goultes demi-liquides retenues dans des cavites closes, ils remplissent les intervalles 
de ces faisceaux, qu ds maintiennent ainsi que le derme dans un etatde distension 
permanent, sauf les cas d emaciation. Aussi Ibnt-ils saillie entre ceux-la commes ils 
en etaicnt expuJses, lorsqu on vient a inciser le_ derme et la couche sons-jacente. 
A chaqne pression palmaire ou plantaire ils resistent, et par la entrainent la dis 
tension du derme et des faisceaiix precedents, tout en se pretant a de legers de- 
placements par suite de leur mobilite les uns contre les autres et entre ces faisceaux, 
lorsque la nature des efforts exerces 1 exige. 

Ces coussinets, bien plus epais au pied qu a la main, olfrent des dispositions va- 
riees au niveau des tetes des metacarpiens, des metatarsiens, des plis cutanes ;iu 
creux de la main et a 1 eminence thenar ; maiscomme elles dependent surtout du 
nombre et de l arrangement des faisceaux fibreux precedents, c est 1 anatomie des 
regions qui doit les faire connaitre. 

Ces coussinets s amincissent aux bords de la main et du pied en approchant cle 
la face dorsale de ces derniers. II en est de meme sur les faces lalerales des doigts 
<3t des orteils, ou ils disparaissent au niveau des articulations phalangifennes, tandis 
qu au niveau du corps des phalanges ils se reduisent a une mince couche formee 
d une seule rangee de lobules juxtaposes qui s etend jusqu aux bords des tendons 
extenseurs. 

Ces particularites sont, du reste, aufond, les memes a la face anterieure et a la 
pulpe des doigts. Seulement les faisceaux fibreux qui leur sont interposes sont plus 
fins, plus nombreux et les lobules adipeux plus petits. 



30 AD1P 

Ces couches adipeuses plantaires, palmaires et digitales, sont plus minces au 
niveau des articulations et des plis cutanes de flexions que dans les intervalles. 
Les parties similaires du cuir chevelu et de la face anterieure des extremites, dont 
il vient d etre fait mention, ne participent que tres-peu aux modifications si con 
siderables que presente le reste du pannicule adipeux sous-cutane dans les cas 
d obesite ou d emaciation. 

C est en effet au plus ou moins grand developpement du pannicule adipeux 
existant ailleurs que la ou siegent les organcs premiers precedents, que sont dus 
les etatsdits d embonpoint, depuis celuiou, a peu pres uniformement repandu sous 
lapeau du tronc et des membresjusqu au poignetetau pied, il determine 1 etat po- 
tele, jusqu a celui ou, tres-developpe, mais plus encore au troncque partout ailleurs, 
sauf dans la cavite abdominale, il cause 1 eta.tA obesite. La distension du derme qu il 
attiene alors est la source de la gene des mouvements partiels du tronc sur les mem - 
bres ou vice versa, autant que la rencontre enlre elles de ces parties elles-memes. 

La resorption du contenu des cellules adipeuses entraine au contraire 1 amincis- 
sement du pannicule adipeux et parfois sa reduction a de rares lobules rougeatres, 
sans que les autres organes premiers de ce systeme dont il va etre question par 
ticipent necessairement a cette atrophie. Celle-ci entraine, inversement a 1 bypertro- 
phie, un plissement de la peau caracteristique de la maigreur accidentelle ou senile. 

B. Parties similaires adipeuses d interposition et d enveloppe. Ces parties 
adipeuses manqtient pendant toute la duree de 1 existence enlre certains organes 
il n y en a pas entre ceux du systeme nerveux central qui entourent la dure-mere, 
et cbaque plevre, ni sur les cotes et a la face posterieure du pharynx, au pourtour 
de 1 cesophage, non plus qu entre les muqueuses et les coucbes musculaires ou au 
tres, qu elles tapissent. Cependant on en voit parfois quelques petits lobules entre 
la muqueuse et la musculeuse vesicale, sous le repli median labio-gingival et sous 
la muqueuse, qui, des levres et des joues, se reflechit sur les os maxillaires. Oa 
n en trouve egalement pas entre le peritoineetla rate, la surface du foie, a 1 excep- 
tion de ses sillons, le corps de 1 uterus, les ovaires, les testicules. Partout ailleurs 
il existe des parties similaires adipeuses entre les organes ou autour de certains 
d entre eux, mais qui apparaissent des epoques diverses de 1 evoluti on individuellc. 

Ces organes premiers se rattachent eux-memes a plusieurs groupes distincts par 
leur disposition anatomique et le role qu ils jouent dans 1 economie, selon qu^ls 
sont plus particulierement interposes aux muscles et aux nerfs ou aux vaisseaiu, 
qu ils prennent part a la constitution des parties molles articulaires, qu ils adherent 
a la superficie des os ou qu ils accompagnent certains visceres. 

1 Organes premiers adipeux d interpositton, musculaires, osseux, nerveux 
et vasculaires. Ces organes premiers sont particulierement disposes en couches 
generalement minces, entre les gaines aponevrotiques propres des muscles et au 
tour des vaisseaux et nerfs inter-musculaires, ainsi qu entre les branches des plexus 
nerveux. Mais on en trouve aussi parfois entre 1 aponevrose d enveloppe et le mus 
cle meme, particulierement au niveau de la jonction des tendons encore elargis 
avecle ventre musculaire corrospondant, etlales couches adipeuses adherent forte 
ment a ces parties du muscle. On en voit egalement entre certains os et les mus 
cles, comme a 1 extremite inferieure de 1 humerus et du femur, en quelques points 
de la surface des osdes iles, etc. 

A la face il existe deux organes premiers adipeux qui , par leurs caracteres 
particuliers necessitent une mention speciale. L un concourt a la constitution de 
1 appareil visuel, c est le coussinet adipeux ou graisseux de I orbite, 1 autre est 



ADIPEBX. 31 

la boule graisseuse de Bichat, qui joue uu role dans la constitution et Ics fonc- 
tions des appareils de mastication, surtout dc la deglutition, mais d unc maniere 
indirecte (Ch. Robin et Gimbert, Gazette medicate, 1864, p. 555). 

Au cou, le tissu adipeux d interposition remplit les intervallcs qui separent les 
uns des autres les muscles, ou mieus leurs games aponevrotiqnes, et d un sujet a 
1 autre il rend ces intervalles plus ou moins considerables, suivant qu il est plus 
ou moins abondant. 

II faut signaler en particulier, ici, la couch e ad ipeuse quisepare le peaucier des 
muscles sus et sous-hyoidiens, du sterno-masto idien et de 1 aponevrose qui relie cc 
dernier aux precedents. 

Du tissu adipeux, plus abondant en haul eten bas qu a la partie moyenne du 
cou,comble, avec les gros vaisseaux et les nerfs profonds, la loge inter-aponcvro- 
tique de cette partie du corps. Dans ce tissu adipeux i y a en outre des ganglions 
lymphatiques, tant en avant qu en arriere des carotides et de la jugulaire. 

On sail que le tissu adipeux forme des trainees le long des arteres et des vcines, 
de ces dernieres particulierement entre les muscles et a leur surface, aussi bien 
que dans les epiploons. 

Entre le petit complexus et le scalene posterieur, entre les deux scalenes et les 
cotes des vertebres cervicales correspoiulaiitosjse trouve du tissu adipeux plus ou 
moins abondant, interpose a ces muscles et aux nerfs cervicaux; il s etcnd autour 
du plexus brachial et des vaisseaux dans les regions sus et sous-claviculaires jus- 
qu au tissu adipeux sous-cutane axillaire, avcc lequel il so continue en dehors, en 
prenant un etat grumeleux qui se montre toutes les fois que ce tissu existe au pli 
des grandes articulations ; en avant et en bas il s etend entre le sous-clavier, puis 
le grand pectoral d une part, la premiere cote et le premier espacc intercostal 
d autre part ; puis, plus bas, entre le petit pectoral, le sous-scapulaire et le grand 
dentele. En arriere, il gagne entre la deuxieinc cote et 1 angulaire de 1 omoplate, 
entre celui-ci et le trapeze, et, plus bas, entre ce dernier ct le rhomboide. 

II existe aussi entre le grand complexus et la masse musculaire des lransversaires 
epineux et inter-epineux du cou une couche adipeuse, epaisse en bant, qui me- 
rite une mention speciale. Elle renterme, comme on sail, le plexus des veines jugu- 
laires posterieures prolbndes. 

Au cou et dans toute 1 etendue du racbis, entre la serie des muscles transver 
saires epineux, d une part, la base des apophyses epineuses et transverses , jusqu au- 
tour des apophyses articulaires et des troua de conjugaison d autre part, il existe con- 
stamment de petites masses ou trainees de tissu adipeux communiquant les unes 
avec les autres autour des insertions musculaires, des vaisseaux et des nerfs. Ces 
couches sont continues Tune a 1 autre, sur la ligne mediane, entre la face inferieure 
de chaque apophyse epineuse etle bord superieurdecelle qui est placee au-dessous 
et ferment la une masse d epaisseur variable. Elles se prolongent au niveau des 
apopbyses transverses de chaque cote, entre le bord correspondant de la masse com 
mune, des muscles spinaux et les intercostaux thoraciques, entre le bord de celtc 
meme masse et les inter-ti;ansversaires et le carre des lombes dans la region de ce 
nom. Dans toute 1 etendue des parois thoraciques et abdominales, le tissu adipeux 
d interposition musculaire est fort peu abondant, il ne forme que de minces cou 
ches de 1 a 3 millimetres d epaisseur et le plus souvent discontinues, merne entre 
les intercostaux. Leur developpement n est pas en rapport avec celui du panni- 
cule adipeux sous-cutane et elles ne participent pas aux modifications que presents 
ce dernier dans 1 amaigTissement avec ousans oederae. 



52 AD1PEUX. 

Dans les cas de phlegmon diffus du tronc on trouve souvent le tissu adipeux re- 
duit a 1 etat dc pulpc diffluente d aspect emulsif et purulent, sans lesion des cou 
ches adipeuses precedentes, bien qu elles ne soient separees de celui-ci que par 
IVpaisseur d une aponevrose d enveloppe ou d insertion. On voit, par excmple, 
I aponevrose du grand dorsal inseree au sommet des apophyses epineuses dorsales 
et lombaires, etre le seul intermediate entre le tissu adipeu.v sous-cutane qui lui 
adhere, detruit par la suppuration, et la couche adipeuse restee saine qui separe 
cette aponevrose des muscles sacro-lombaires, sains egalemenl. La meme parlicu- 
larite s observe dans les cas de phlegmon superficial de la cuisse par rapport aux 
lissus adipeux et autres, places immediatement sous I aponevrose generate d en 
veloppe, el vice versa, pour les cas de phlegmons profonds ou sous-aponevrotiques 
par rapport a la couche graisseuse sous-cutanee. 

Aux membres, le tissu adipeux d interposition remplit aussi 1 espace qui separe 
les gaines d enveloppe des muscles et y forme des couches d epaisseur tres-varia- 
ble d un sujet a 1 autre. Ces couches sont plus considerables a la racine des 
membres, oules muscles s amincissent pres de leurs insertions, que dans lereste 
de leur etendue ; cependant elles conservent une certaine epaisseur sur le trajet 
des troncs vasculaires et nerveux. 

Ces couches d interposition s epaississent aussi au niveau des plis articulaires, 
comme on le voit entre le psoas et le pectine, au-devant de 1 articulation coxo- 
femorale, au creux poplite derriere 1 articulation du genou, entre le tendon d A- 
chilleetrarticulation tibio tarsienne, au coude, sousle tendjn du biceps et autour 
de lui, puis sous 1 articulation de 1 epaule. Dans ces regions, a 1 exception du 
coude et de 1 articulation tibio-tarsienne, ce tissu adipeux est ordinairementgru- 
muleux, c est-a-dire que plusieurs lobules primitifs sont reunis en petits amas po 
ly edriques, separes par du tissu lamineux lache, qui fait qu on les isole facile- 
ment lesuns des autres. Cetetat est surtout tres-marque dans le tissu adipeux du 
creux poplite. 

Cette derniere couche graisseuse d interposition est importante; elle est assez net- 
tement separeo de loutes les autres dans son ensemble; elle entonre toute la partie 
inlerieure du femur et le ligament posterieur de 1 articulation du genou. Elle est 
interposee aux muscles voisins et au perioste de cette region epaissi par les pro- 
longements des insertions ligamenteuses. Elle est par tout grumeleuse sur presquc 
tous les sujets et de couleur notablement differente de celle du pannicule sous- 
cutane, dont au creux poplite elle n est separee que par I aponevrose generalc 
d enveloppe de la cuisse tres-amincie a ce niveau. 

Get organe premier s etend en avant jusqu aupres du cartilage articulaire, entre 
le perioste et le prolongement ou cul-de-sac superieur de la synoviale, entre le 
perioste et le muscle tenseur dela synoviale lorsqu il existe. Ce proiongement de la 
synoviale separe ce tissu adipeux du tendon du triceps qu il tapisse ; mais ce n est 
qu au-dessus de cette synoviale que cc tendon et les muscles attenant touchenta 
cette conche graisseuse qui remonte a 10 ou 12 centimetres le long du femur. 

Elle descend sur les cotes des condyles, entre le perioste et la synoviale, mais 
s arrete a 4 ou 5 millimetres environ des bords du cartilage articulaire. Elle con- 
tourne en quelque sorte la face externe du femur et se continue en arriere sur son 
extremite inferieure, et en dedans elle envoie quelques prolongements dans les Irons 
vasculaires du tendon ou aponevrose d insertion du grand adducteur. Cette cou 
che adipeuse adhere au perioste de 1 espace triangulaire limite par la bifurcation 
do la ligne acre en haut, a tout le ligament posterieur du genou jusqu au muse 



ADIPEUX. So 

poplite en bas, et aux insertions condyliennes des jumeaux. Tres-epaissc dans loule 
cetle etendue, elle remplit 1 espace poplite avec les vaisseaux et les ncrfs qui la tra- 
\ersent de haut en has. J ai deja dit que cette portion du systeme adipeux est ordi 
nairement grumeleuse, formee de lobules polyedriques et s etend en arriere jusqu au 
paunicule sous-cutane, dont 1 aponevrose gendrale d enveloppe de la cuissc la s6- 
pareseule. 

A I extremit6 inferieure et posterieure de la jambe on trouve, sous 1 aponevrose 
jambieresuperficielle, unecouche detissu adipeux, epaisse sur les cotes du tendon 
d Achille, surtout en bas; elle est placee entre ces organes, qui sont en arriere, 
tandis qu en avant se trouvent le long flechisseur du pouce, le flechisseur com- 
rnun, les peroniers, les vaisseaux et nerfs tibiaux posterieurs, puis, plus bas, le 
ligament annulaire posterieur du cou-de-pied, et la parlie du calcancum qui est 
situee sur les cotes et en avant du tendon d Acbille. 

Au-devant de ce ligament et sous 1 aponevrose qui separe ces muscles et vais 
seaux du tissu adipeux precedent, il faut noterl existence d unorgane premier adi 
peux dense, bien limite, qui remplit la loge irregulicrement pyramidale a sommet 
superieur interposee a la gaine du flecbisseur commun en dedans, du long flecbis 
seur du pouce en debors, derriere I extreniite inferieure du tibia. 

Aux extremites, on trouve sous le pied un pen de tissu adipeux d interposition 
par couches ou lobules, selon les sujets, dans le creux de la voule du tarse et du 
metatarse, en avant de 1 extremite anterieure du calcaneum, entre ces organes et 
les tendons flechisseurs, leur muscle accessoire et leurs lombricaux. Ce tissu adi 
peux s etend en outre entre le muscle accessoire et le court flechisseur ; il est tra 
verse obliquement par le tendon du long peronier lateral, par les vais^eaux et par 
les nerfs plantaires. II s elend en avant entre les interosseux et 1 abducteur oblique 
du pouce, etc. 

2 Organes premiers adipeux articulaires. On pent diviser ces parties simi- 
laircs adipeuses en intrinseques et extrinseques. Leur description rneriterait plus 
d attention qu on ne lui en accorde en anatomic descriptive. Les organes premiers 
intrinseques sont places dans la cavite articulaire memo, telles que la delimitent 
les moyensd uniondesos. Us sont interposes a ceux-ci en dehors, puis a la syno- 
viale en dedans. Us tiennent celle-ci poussee, en quelque sorte, contre les surfaces 
lisses de glissement; ils remplissent Tespace compris entre ces surfaces et les liga 
ments qui en sont necessairement ecartes en quelques points de leur longueur, 
dans les articulations trqchleennes ou ginglymoidales surtout. Ils ont tous une 
surface d adhesion aux ligaments ou aux os et une surface lisse de glissement 
soulevant la synoviale, lui adberant intimement. Generalement, le tissu adipeux 
ile cette surface est tres-vasculaire. 

Ils ont des usages qui se manifestent d une maniere frappante lorsqu on ouvre 
une articulation sur le cote en respectant ces organes adipeux et faisant mouvoir 
les os. On les voit alors glisser, se deplacer ou mieux changer de forme de ma 
niere a combler incessamment les cavites que tendent a laisser entre eux les os et 
les ligaments pendant la duree des mouvements de flexion et d extension. Ils doi- 
vent la possibilite de ce role a la mollesse du tissu adipeux dont les proprietes tien 
nent a la fois de celles des liquides par 1 incompressibilite du contenu de ses vesi- 
cules et de celles des solides par la tenacite et 1 extensibilite des parois de ces 
elements. 

Les organes premiers adipeux articulaires extrinseques sont an contraire places 
hors des cavites articulaires entre les diverses couches de ligaments ou contre 

DK .T. ENC. II. 3 



34 ADIPEUX. 

ceux-ci. Us adherent cletoutes parts aux organes voisins, mais par leur mollesse iis 
jouentunrole dans les displacements des ligaments par rapport aux parties avoisv* 
nantes. Ces organes sont remarquables par la raollesse et 1 homogeneite de leur tissu. 
Ces particularity sont dues a ce que la disposition des vesicules en petits lobules se- 
pares par des cloisons de tissu lamineux ne s y rencontre pas; chacun d eux, qu il 
soit en forme de lobules ou en couches, represents en quelque sorte un seul dc 
ceux-la d une etenduc plus considerable, forme de vesicules immediatement conti- 
gues entre lesquelles rarnpent les capillaires et les rares fibres lamineuses qui se 
detachent de leur peripherie. 

C. Parties similaires adipeuses des cavites viscerales. On trouve du tissu 
adipeux dans les trois cavites viscerales de 1 economie ; mais il y est tres-differem- 
ment distribue de 1 une a 1 autre. Nous avons a 1 examiner successivement dans le 
canal rachidien, dans la cavite thoracique et dans la cavite abdominale. 

1 Organes premiers adipeux rachidiens. La cavite encephalique et celle dela 
dure-mere rachidienne sont entierement depourvues de tissu adipeux. Mais entre 
la face externe de celle-ci et la face interne du canal rachidien, on en voit a partir 
du niveau de la troisieme vertebre cervicale. Les dispositions qu il y presente res- 
tent a peu de chose pres les memes pendant toute la vie, a compter de la premiere 
annee. 

Ce tissu adipeux intra-rachidien constitue autant de couches en forme de demi- 
anneaux qu il y a de ligaments jaunes elastiqucs, allant d une lame vertebrale a 
1 autre. Ces couches empietent un peu sur la lame vertebrale qui est au-dessus et 
au-dessous, mais-ils ne la recouvrent pas en entier ; ce sont des rameaux veineux 
anastomoses et un peu de tissu lamineux lache, qui se trouve la, entre le perioste 
et la dure-mere. De chaque cote, ces demi-anneaux adipeux s enfoncent directe- 
ment, ou sous forme depetiles trainees de lobules graisseux, dans les trous de con- 
jugaison. Elles se termiaent la, et a ce niveau, de chaque cote de la dure-mere, elles 
communiquent de 1 une a 1 autre par des trainees de lobules semblables. Mais elles 
n empietent pas sur la face anterieure de la dure-mere, contrairement a ce qu iii- 
diquent quelques auteurs. Celte membrane adhere sur la ligne mediane au surtout 
ligamenteux posterieur par des faisceaux allonges, obliques, de tissu lamineux ou 
de tissu fibreux, assez lache chez les enfants, plus resistant chez 1 adulte. Du tissu 
lamineux tres-lache, mais depourvu de graisse, est interpose aux-cotes de la face 
anterieure de la dure-mere et aux veines ou sinus rachidiens qui gagnent le sur 
tout ligamenteux posterieur, pour s enfoncer sous lui. Ces bandes transversales 
semi-annulaires de tissu adipeux out urie epaisseur de un a deux millimetres de 
chaque cote ; mais sur la ligne mediane elles s epaississent et s enibncent dans 
Tangle rentrant que forment les ligaments jaunes elastiques, entre les bords in 
ternes de ces derniers. 

A partir du haul de la region lombaire, ce tissu adipeux devient plus abondant, 
plus epais ; il ne forme plus seulement des bandes transversales, mais une couclic 
continue qui passe sur les lames vertebral es, comme sur les ligaments elastiques ; 
il adhere souvent plus a la dure-mere qu a ces organes, tandis que plus haut c est 
le contraire. Toutefois, ce tissu ne s avance pas au dela des prolongements de la 
dure-mere dans les trous rachidiens et ne gagne pas encore sa face anterieure. Ce 
n est qu au niveau de la sympliyse sacro-vertebrale et dans tout le canal sacre que 
cette couche entoure completement la dure-mere et s interpose, en outre, auxgaines 
qu elle fournit aux racines sacrees de la queue de cheval. II esl ainsi plus abon 
dant la que partout ailleurs ; il s etend jusqu a 1 extremite du canal sacre et se 



ADIPEUX. 35 

continue ici avec le tissu adipoux, dense, sous-cutane, de la ligne niediane centre 
la face posterieure du sacrum. 

Le tissu adipeux intra-rachidien esl remarquable par sa mollesse et sa friabi- 
Jite. II se reduit facilement sous 1 iufluence de la moiudre traction en gros lobules 
Jachement unis par de tins filaments de tissu lamineux tres-vasculaire et pcu 
resistant. 

Cbez les enfants et les jeunes sujets il est jaune, comme partout ailleurs ; 
mais chez 1 adulte, surtout sur les sujets amaigris, il est parfois demi-transpa- 
rent par suite de 1 cedeme souvent considerable du tissu lamineux interpose 
aux lobules graisseux. Get etat oedemateux est principalement prononce dans 
la region lombaire. Le tissu adipeux est plus ou moins rougeatre sur quelques 
individus, tant par suite de 1 etat de congestion des tissus et des sinus de cetle 
region, que par suite des changements de couleur que nous avons constates 
sur les vesicules adipeuses des sujets emacies. II est commun alors de le trouver 
d une mollesse remarquable et comparable a de la gelatine par sa demi-transpa- 
rence. 

2 Organes premiers adipeux inlra-thoradques. Les uns sont particulierement 
en rapport avec la plevre, les autres avec le pericarde et le coeur. 

Les parties similaires adi^enses pleurales sont tontes sous la plevre parir talc et 
aucune ne repond a la plevre pulmonaire. Au travers de la premiere on aprmiil 
des trainees adipeuses le long du bord interieur de cliaque cote, autour des vais- 
seaux et nerfs intercostaux des vaisseaux mammaires internes ; trainees dont se 
detachent des prolongements qui separent les faisceaux musculaires de 1 intercostal 
interne. II forme parfois de veritables couches tapissant tout 1 intercostal interne, 
surtout en avant et en arriere, empietant meme sur les bords des cotes. Quelque- 
fois aussi des lobules aplatis et flottants soulevent la plevre vers le fond de la gout- 
tiere costo-vertebrale et pres du sternum. Des lobules analogues soulevent pins 
frequemment encore les plevres diaphragmatiques autour de la base du pericarde 
ou meme pres de sa partie moyenne anterieure, souvent riche en tissu graisseux. 
Entre la plevre et le diapbragme, surtout pres de la reflexion de celui-ci centre les 
cotes, il existe aussi sur quelques sujets des couches adipeuses minces, d etendue 
variable. 

Ce tissu adipeux forme souvent une couche continue et meme epaisse sous la 
portion de la plevre qui tapisse les cotes des vertebres, et au-devant de celles-ci 
enlre les deux, plevres, c est-a-dire autour de 1 aorte, des azygos et autres organes 
loges dans le mediastin posterieur. Des la naissance, il y a des trainees de petits 
lobules adipeux, le long des nerfs diaphragmatiques et autour de la base du thy- 
mus, tissu adipeux qui augmente de quantite avec 1 age. 

Les parties adipeuses intra-pericardiques ou cardiaques se presentent sous forme 
de trainees ou de couches parfois lobulees sous le pericarde viscerat seulement 
et rnanquent a la face interne de la sereuse pericardique parietale. Elles existent 
le long des vaisseaux, des bords droits et gauches du cosur, surtout du bord droit 
et a la pointe de 1 organe; ces trainees sont assez souvent larges et peuvent s e- 
tendre sur les faces memes de 1 organe. La quantite en est plus considerable dans 
le siilon auriculo-ventriculaire que contre les autres parties du ccenr. La il forme 
souvent des lobules ou prolongements coniques, qui soulevent le pericarde visceral 
et ont quelque analogic avec les lobules adipeux. epiploiques. Ge tissu se prolongs 
un peu sur 1 origine des gros vaisseaux, sur 1 artere pulmonaire particulierement, 
et dans le siilon qui la separe de 1 aorte. 



36 ADIPEUX. 

11 en existe presquc constamment des trainees minces et ctroites sur les 
oreillettes; il Y en a meme souvent des couches assez epaisses a 1 abouche- 

i f 

ment des veines pulraonaires dans 1 oreillette gauche ; mais tandis qu on n en 
trouve que rarement ou meme pas du tout sur 1 auricule droite, 1 auricule gau 
che en porte des trainees assez nombreuses formant parfois sur les faces, sur 
les bords et en particulier autour des appendices digites de son bord inferieur 
une couche, presque continue. L oreillette gauche meme, en est alors tapissee com 
pletement. 

5 Oryanes premiers adipeux intra-abdominaux ou sous-peritoneaux. 

Ces organes premiers adipeux sont des plus interessants. II faut distinguer ceux 
qui sont specialement sous le periloine parietal, ou entourent quelques-uns 
des organes contre lesquels passe cette portion de la sereuse, et ceux qui sont sous 
le peritoine intestinal ou mieux entre ses feuillets qu il ecarte. 

De toutes les parties similaires adipeuses abdominales, la premiere qui se de- 
veloppe est celle qui entoure le rein. Dans le dernier ou les deux derniers mois de la 
grossesse, ce tissu adipeux forme deja une couche lobulee a la circonference de 
cet organe et vers son hile, avec des trainees de lobules rougeatres sur le rein 
lui-meme. La quantite de ce tissu augments considerablement avec 1 age, mais en 
proportion tres-dil!crente pourtant d un sujet a 1 aulre. 

Chez quelques-uns, il entoure completement ou presque completement le rein, 
autour duquel il forme alors ce qu on appelle la capsule ou atmosphere adipeuse 
du rein, epaisse surlout en arriere et en haul. Dans ces circonstances, ce tissu 
adipeux est jaune, dispose en lobules, mais ces derniers ne sont separes les uns 
des autres que par de tres-minces couches de tissu lamineux lache, ce qui fait quc 
la masse est assez homogene, non grnmeleuse. 

II est des sujets, au contraire, qui, morts sans amaigrissement tres-marquc, 
n ont que fort peu de tissu adipeux a la circonference du rein, a ses extremites et 
vers son hile, avec quelques trainees de lobules rougeatres sur sa face anterieure. 
Souvent alors le tissu lamineux peri-nephretique est cedematie. 

En has, ce tissu adipeux se prolonge des la naissance dans le sillon qui separe 
le psoas du transverse de I abdomen et augmente de quantite avec 1 age. Vers le 
hile du rein il s enfonce plus ou moins profondemcnt dans cette depression en ac- 
compagnant les gros vaisseaux arteriels et veineux de 1 organe jusqu au point ou 
ils penetrent entre ses lobes ou mamelons. 

Plus bas et plus en dedans, sur les cotes de la colonne vertebrale on en trouve 
des couches ou seulement des trainees le long des branches abdominales du plexus 
lombaire; puis, plus en dehors, il y en a une couche derriere le coecum a droite, 
derriere 1 S iliaque a gauche, couche qui deborde de chaque cote ces portions de. 
1 intestin. Elles se montrent des 1 epoque de la naissance et meme avant, soit sous 
forme de trainees de lobules rougeatres ou de couches plus homogenes et jaunes. 
Souvent la couche adipeuse placee derriere et sur les cotes du cTecum se pro 
longe dans le repli triangulaire peritoneal qui unit 1 appendice coecale a la fosse 
liaque. 

Au-devant de la colonne vertebrale et sur ses cote s, le long de 1 aorte et de la veinc 
cave inferieure, existent soit des trainees, soit une couche unique de tissu adipeux; 
cette couche est parfois meme tres-epaisse, chez les sujets obeses. Elle communique 
en haut avec le tissu adipeux du mediastin posterieur, en passant entre les piliers 
et 1 orifice aortique du diaphragme. En bas, elle s etale le long des vaisseaux 
iliaques de chaque cote et descend sur la ligne mediane, au-dcvant du sacrum, et 



ADIPEUX. T7 

s avance dans le meso-rectum. Sur les cotes, elle rejoint la couche dont i! a e*te fait 
mention, qui accompagne le gros intestin a droite et a gauche et se prolonge dans 
les mescnteres corresponclants lorsqu ils existent. 

Presque constamment on rencontre des trainees de tissu adipenx le long de 
1 artere testiculaire, du canal deferent et des veines du cordon dans le canal 
inguinal et, au dehors, jusqu aupies de 1 epididyme. II constitue au-dessous du 
cremaster des flocons amincis et allonges ou des trainees d un jaune fonce 
on rougeatre, separes les uns des autres par des intervalles dans lesquels il 
manque. 

Pour terminer ce qui a trait a la disposition du tissu adipeux sous-jacent au 
peritoine parietal, il imporle de noter la couche plus ou moins epaisse qui est 
placec a la face anterieure de la vessie, entre elle et le pubis. Elle va sur les cotes 
rejoindre le tissu adipeux qui accompagne les vaisseaux iliaques et s avance sur les 
faces du petit bassin jusqu a celui qui est en arriere du rectum. Parfois, il se pro 
longe centre les faces laterales et posterieures de la vessie me me ou il y en a 
toujours un peu ; dans le premier cas, ce reservoir est commc enclave dans uno 
masse de tissu adipeux. 

De la face anterieure de la vessie ce tissu remonte centre la face posterieure de 
la paroi abdominale anterieure, le long du systeme ligamenteux sous-ombilical qui 
se developpe pendant la retraction de 1 ouraque etdes arteres ombilicales. II passe 
sur les cotes del anneau ombilical et quelquefois derrierelui, pour gagner la portion 
sus-ombilicale de la paroi de 1 abdomen au niveau du ligament falciforme et le long 
des ligaments qui succedent a la veine ombilicale retractee. Cette couche, assez 
epaisse au bord adherent du repli ou ligament falciforme du foie, remonte ainsi 
jusqu a la face concave du diaphragme, ou elle disparait peu a peu en s amincissant, 
Chez quelques sujets, a partir de la ligne mediane elle s etale en quelque sorte 
circulairement sous le peritoine contreles insertions costalesdu diaphragme. Cette 
couche adipeuse, qui accompagne les ligaments succedant aux vaisseaux ombilicaux, 
est constante; mais son epaisseur et sa largeur varient beaucoup d un sujet a 
1 autre. Elle souleve le peritoine au niveau des ligaments et parfois forme des 
lobules aplatis plus ou moins nombreux, saillants et flottant du cote de la cavite 
vent-rale. 

Le tissu adipeux place sous le peritoine visceral se developpe apres la naissance 
en trainees de lobules longeant d abord les vaisseaux mesenteriques et epiploi- 
ques. Chez beaucoup d animaux, il reste pendant toute la vie a cet etat de bande- 
lettes jaunes ou blanches dont la coupe est triangulaire a base appuyee contre les 
vaisseaux, dont elles suivent les branches et les anastomoses. Dans le mesentere 
d abord, puis dans les epiploons, ces bandelettes s elargissent et se reunissent en 
une couche continue entre les feuillets peritoneaux,qu ellesecartent 1 unde 1 autre 
proportionnellement a leur epaisseur. Cette epaisseur, c est-a-dire la quantite de 
ce tissu adipeux, varie beaucoup d un sujet a 1 autre ; ces couches peuvent en venir 
a mesurer plusieurs centimetres. Leur tissu est alors homogene. 

Le tissu adipeux du grand epiploon et meme celui des epiploons gaslro-hepa- 
tique et gastro-splenique peut, pendant toute la vie ou une partie de 1 existence 
seulement, etre dispose autrement qu en trainees le long des vaisseaux ou qu en 
couches continues. II est comme disperse en petits lobules, ecartes ou contigus. 
polyedriques, bien limites, souvent saillants sur les faces libres des epiploons, aux- 
quels ils donnent un aspect elegant. 

Enfin , il imp^ e dc signaler en terminant les appendices ou lobules graisseux 



38 ADIPEUX. 

clu volume d une noisette on d une amande, souvent plus petits, d autrefois, a;i 
coutraire, plus gros, qui font saillie en soulevant le periloine a la surface du coecum 
et du reste du gros intestin. Leur nombre varie beaucoup d un sujet a 1 autre, 
ainsi que leurs dimensions et leur forme , qui est generalement aplatie. 

D. Parties similaires adipeuses de constitution. On doit decrire sous ce 
nom les organes premiers adipeux, tres-distincts de ceux dont il a ete question plus 
haut, qui prennent part a la constitution d un certain nombre d organes seconds 
aux lobes ou autres divisions desquels ils sont interposes. 

II est des systemes qui manquent completement de ces parties adipeuses ; 
telles sont les membranes fibreuses memes, les sereuses, 1 epaisseur du derme et 
du chorion, des teguments, le systeme nerveux central, les cartilages, les os, le 
poumon, les parois de 1 uterus, le tissu du foie, celui de la rate, etc. Ces organes 
premiers de constitution sont : les uns, intra-musculaires ; les autres, intra- 
glandulaires ; les derniers sont ceux qui sont interposes aux faisceaux primitifs des 
nerfs peripheriques. 

\ Organes premiers de constitution intra-musculaires. Ce sont ceux ui 
forment des trainees entre les faisceaux secondaires des muscles. Ils different 
notablement d un muscle a 1 autre, et dans un meme muscle d un sujet a 
1 autre, selon son age et son etat de maigreur ou d obesite. Ce sont ces trainees 
adipeuses, dont le regime de 1 engraissement augmente les dimensions, au 
point parfois.de determiner un certain degre cl atroph ie des faisceaux stries eux- 
memes. 

Chez quelques sujets on trouve de petits lobules adipeux ou des trainees adi 
peuses entre les faisceaux musculaires de la vessie jusqu au-dessous de la muqueuse 
de cet organe . 

2 Organes premiers de constitution intra-glandulaires. Ces organes pre 
miers sont represented par des lobules ou meme des couches plus ou moins epaisses 
d un sujet a 1 autre, qui existent entre les lobes de la mamelle et meme entre 
ceux des glandes salivaires et du pancreas. 

On en voit egalement de plus petits entre les lobules de la thyreoide. 

3 Organes premiers de constitution des cordons nerveux peripheriques. 
Plus petites que celles dont il a ete question precedemment, ces parties similaires 
adipeuses forment de minces lobules ou fdaments graisseux dans le nevrileme qui 
est interpose aux faisceaux primitifs des nerfs, surtout de ceux qui ont un certain 
volume, comme ceux des plexus et des membres. CH. ROBIN. 



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1864, in-4, p. 618 et 653. ROBIN (Ch.) et GIMBEKT. Sur la boule graisseuse de Bicliat, ibid., 
1864, p. 253. CH. R. 

AKHPOCIRE (adeps, graisse; cera, cire). Fourcroy a confondu sous ce 
nom trois substances bien distinctes par leur origine, leurs proprietes physiques et 
chimiques et leur composition : la-premiere est la matiere des calculs biliaires, ou 
cholesterine ; la seconde est la cetine, ou blanc de baleine : et la troisieme, qui 
seule a conserve le nom d adipocire, est le gras des cadavres. 

Le gras des cadavres se forme par la saponification des tissus animaux. restes 
longtemps dans 1 eau, ou dans laterre humide; on 1 a sur tout observe dans V exhu 
mation des cadavres du cimetiere des Innocents, a Paris. Les conditions de sa 
formation ne sont pas parfaitement connues ; en effet, on a cherche vainement a les 
imiter en enfouissant des cadavres de chevaux dans les iles de la Camargue. On es- 
perait obtenir ainsi des savons que Ton aurait pu utiliser industriellement ; on a 
cite des cas de transformations adipocireuses de cadavres d enfants, dans des cas de 
grossesse extra-uterine. 

Fourcroy considerait le gras des cadavres comme un savon ammomacal avcc 
exces de graisse. M. Chevreul a prouve que c etait un savon a base d ammoniaque, 
de potasse et de chaux, forme en grande partie d acide margarique, avec tres-peu 
d acide oleique. D ailleurs, ce compose n interesse reellement ni la matiere medi- 
cale, ni la therapeutique. 0. REVEIL. 

ADOLESCENCE (Adolescere, croitre, s accroitre, pousser, grandir). line 
des phases de laperiode d accroissement, sur les limites delaquellc tons lesauteurs 
ne sont pas d accord ; le plus grand nombre cependant lui donnent pour point de 
depart la manifestation des premiers signes de la puberte, c est-a-dire douze ou 
treize ans chez la femme et quatorze ou quinze chez 1 homme, et la prolongent 
jusqu a 1 epoque ou le corps a cesse de croitre, vingt ou vingt et un ans chez la 
femme, vingt-quatre ou vingt-cinq ans chez 1 homme. Daubenton la pla?ait entre 
vingt a vingt-cinq ans; M. Fleury entre sept et quinze ans, il en fait done la se 
conde enfance de Halle, (Voy. AGES et PUBERTE,) E. BD. 

ADOLPHI (Christian-Michael). Ne a Hirschberg, en Silesie, le 14 aoiit 
1676, d un pere marchand. Ses classes terminees a Breslau, il alia etudier la me- 
decine a Leipzig, puis a Hall , ou il suivit pendant quelques mois les lecons de Stahl 



40 ADONIDE. 

et de Fr. Hoffmann ; apres avoir voyage pendant pres de deux ans en Allemagne, 
en Suisse, en Angleterre, en France et dans les Pays-Bas, il se fit recevoir docteur 
a Utreclit et retourna a Leipzig, ou il exerca et professa la medccine avec distinc 
tion. Adolphi s est beaucoup occupe d hygiene pnblique, surtout au point de vue 
de la topographic medicale; dans cette etude, il prit pour exemple Leipzig et les 
mvirons. II a consigne les resultats de ses vecherches sur ces questions et sur la pa- 
thologie en general, dans une suite de vingt-huit dissertations presentees, suivant 
la mode du temps, sous la forme academique. Recu membre de la celebre acade- 
mie des Curieux de la nature, ou il entra sous le pseudonyme d Aetius II, il fut un 
membre tres-actif de cette societe, a laquelle il communiqua de nombreuses obser 
vations. Adolpbi mourut a Leipzig leoO octobre 1755. 

Un certain nomine de ses dissertations ont ete publiees par groupes de trois, et 
dix-huit ont ete rassemblees sous le titre suivant : 

Dissertationes medico-physicse selects varii argumenti in universitate Lipsiensi diversis 
tcmporibus conscriptx. Lips., 1747, in-4. 

Yoici quelques-unes de ces dissertations. Dissert, pfiilosophica de siderum iiifluxu Lips., 
1700, in-4. De Morborum per ma/mum utlrectatione curatione. Lips., 1711, in-4. De 
Eqnilationis eximio usu medico. Ibid., 1715, in-4 et aucta. Ibid, 1729, in-4. De Aere, 
solo, aquis et locis lipsiensibus. Ibid., 1717, in-4. De morbis frequenlioribus pro sexus dif 
fer entt a. Ibid, 1717, in-4. De salubritate Silesix. Ibid., 1719, in-4. De incolatusmon- 
tani salubritate. Ibid., 1721, in-4, Traclatits de fontibits quibusdam soteriis. Lips, ct 
Wratislavite, 1735, in-8, etc. E. BOD. 

ADONIDE (Adonis L.). Genre de plantes de la famille des Renonculacees, 
dont les caracteres floraux sont exactement ceux des Anemones (voy. ce mot) et 
qui n en different que par leur perianthe ; car, dans les Adonis, comme dans les 
Renoncules, les folioles exterieures de ce perianthe sont d une coloration differente 
de celle des folioles interieures, et ordinairement verdatres ; et Ton peut y distinguer 
un calice et une corolle. Nous avons toutefois cherche a etablir, dans le quatrieme 
volume de I Adansonia, que ce caractere a peu de valeur et qne les Adonis pour- 
raicnt sans inconvenient etre reunis au genre Anemone. Les ovaires presentent 
surtout, comme ceux des Anemones, cette particularite remarquable qu ils contien- 
nent dans leur jeune age cinq ovules, dont quatre superieurs, disposes par paires, 
s arretant de bonne heure dans leur evolution, tandis que le cinquieme, situe plus 
has et sur la ligne mediane, devient anatrope avec le raphe dorsal et le micropylc 
tourne en haut et en dedans. 

Les Adonides, ou plutot, d apres ce que nous venons de dire, les Anemones de la 
section Adonis, sont des herhes de 1 hemisphere boreal de 1 ancien monde, u 
feuilles alternes, tres-decoupees, pinnatipartites, multifides. Les unes sont vivaces; 
de Candolle en a fait un groupe particulier, nomme Consiligo. Leurs fleurs sont 
grandes et jaunes. Les autres ont de petites fleurs blanchatres, jaunes ou plus 
souvent rouges; ce sont les Adonia du meme auteur. Les botanistes en ont distin 
gue un grand nombre d especes ; mais ce sont probablement toutes des formes 
d une seule espece, YA. sestivalis de Linne, appele vulgairement Goutte-de- 
snng. 

Les Adonis sont acres, irritants, vesicants ou causliques. Ce sont des plantes 
venenenses et tres-dangereuses. On croyait autrefois 1 infusion de I A. sestivalis 
efficace contre la pierre et la colique. Les Consiligo, c est-a-dire les A. vernalisL. 
et apennina L., sont emmenagogues, et, au dire dc Pallas (Voyage, If, 1"27; 
111, 26), on les emploie en Siberie comme abortifs, sous le nomde Starodoubka. 
Clusius pense que les souches de ces plantes ont les memes proprietes que 1 Hel- 



ADRAGANTINE. 41 

lebore. Les apothicaires de son temps les consideraient comme tant le veritable 
Hellebore d Hippocrate ; ils substituaient leur souche a celle des Helleborus niger, 
viridis, odorus et orientalis. 

Les memes proprietes dangereuses se retrouvent dans un certain nombre d es- 
peces du Cap attributes par Linne au genre Adonis, ct dont Salisbury a fait le 
genre Knowltonia (voy. ce mot). H. BN. 

L. Gen., 698. D. C. Prodrom., I, 32. SPACE, Suites h Buffun, "VII, 226. ENDL. Gen,, 
n. 4778. BENTH. et HOOK. F. Gen., 5. H. BN., in Adansonia, IV, 27, 52. 

ADOUCISSANT. Voy. CALMANT, EMOLLIENT. 

AIBOW Genre de plantes dicotyledones, que leurs affinites multiples ratla- 
chent d une part aux Capi ifoliacees par les Sambucinees, et d autre part aux Ara- 
liacees par les Lierres. De Candolle les a placees parmi les Araliacees, et A. L. do 
Jnssieu parmi les Saxifragees. Mais tout nous porte a croire que c est aux Sambu 
cinees qu on doit, en effet, reunir les Adoxa. Leurs fleurs sont disposees en unc 
sorte d epi court, au nombre de cinq, au sommet d une hampe commune. La fleur 
terminale est tetramere ; les quatre fleurs laterales, decussces autour d cllo, sont 
au contraire pentameres. Dans ces dernieres, on observe un receptacle concave, 
ce qui fait que 1 ovaire est en partie insere ; et ce receptacle porte sur ses bords, 
le calice, unc corolle gamopetale et cinq etamines alternes avec les divisions de 
la corolle qui les porte, mais a conneclif si profondement partage en deux brain -lies 
ascendantes, portant chacune une loge de 1 anthere, qu on serait tente de croire 
i 1 existence de clix etamines. L ovaire est a cinq loges uniovulees ; et les ovules 
inseres dans Tangle interne, sont suspendus avec le rapbe dorsal, Le fruit est unc 
drupe a cinq noyaux minces, contenant chacun une graine pourvue d un embryon 
pen volumineux, enveloppe d un albumen abondant. 

La seule espece de ce genre est une petite plante indigene, a rhizomes oharnus, 
charges d ecailles et dont les petifs rameanx , sortant de terre au printemps, 
portent des feuilles opposees, decoupees en folioles incisees et se terminant par le 
groupe de cinq fleurs dont nous avons parle. G est \ A. Moschatellina L. ou Mos- 
catelline printaniere, ainsi nommee a cause de 1 odeur musquee de ses fleurs 
et "de ses feuilles. Cette odeur, que 1 addition d une petite qunntite d ammo- 
niaque rend encore beaucoup plus vive, a valu a cette plante ses noms vulgaires de 
Muse vegetal, Herbe du Muse, Petite Musquee. On a conseille 1 cmploi de cette 
herbe contre les accidents ataxiques et adynamiques qui compliquetit les fievres 
graves, contre les convulsions et les attaques d hysterie. Elle s administre en 
electuaire, siiop, pastilles, pilules et oleo-saccharure. On doit la recolter au pre 
mier printemps, quand elle entre en floraison; car, apres ce temps, toutes les 
parlies aeriennes de la plante disparaissent. H. BN. 

*BRAGA\TIIE (GoMME). VOIJ. GOMME. 

ADRAGANTIIVE. nom donne par Devaux au principe gommeux immediat 
de la gomme adragante. On 1 a nomme encore Astragaline, et Guerin, 1 ayant 
extraite de la gomme de Bassora, lui a donne le nom de Bassorine; toutefois on 
dit qu elle se distingue de celle-ci en ce que, traitee par 1 acide azotique, elle 
donne de 1 acide mucique en abondance, tandis que la bassorine produit surtout 
de 1 acide oxalique ; mais cela pourrait bien tenir a la proportion d acide azotique 
employe, puisque Ton sait que cet acide, transforme 1 acide mucique eii acide 
oxalique. Enfin quelques auteurs pensent que la matiere gommeuse qui constitue 



43 ADYNAMIE. 

la gomme du pays, et que 1 dh a designee sous le nora de Cerasine, est analogue 
a 1 Adragantine. Ces matieres se gonflent beaucoup dans 1 eau sans se dissouclre a 
chaud ; mais elles s altercnt et deviennent solubles dans 1 eau froide par une ebul 
lition prolonged, 1 acide sulfurique les change en une substance sucree non fer- 
mentescible. 0. REVEIL. 

ADULTE (adultns). Age adulte. C est la periode de la vie ou 1 homme est 
arrive a son etat de developpement complet. (Voy. AGE,) E. BCD. 

ADULTERATION. Voy. FALSIFICATION. 
ADUSTION. Voy. CAUTERISATION. 



ADYIVAMIE (a privatif, SOva^i;, force, puissance). La signification de ce 
mot a scnsiblement vane dans le cours des temps. Au sens etymologique, il veut 
dire faiblesse, debilite, impuissance, et c est dans cette acception qu il a etc 
d abord usite. II a meme etc applique a 1 impuissance de 1 art. On a dit, par 
exemple, que 1 Adynamia de 1 art rendait telle ou telle maladie incurable (Blan- 
card) ; mais gencralement il s entendait de la faiblesse du corps. 

Quelques-uns, considerant que la faiblesse devient le trait predominant de cer- 
taines maladies, en ont fait, mais a des points de vue divers, un element de classi 
fication nosologique. Ainsi clans la classification de Cullen, les Adynctmies forment 
le deuxieme ordre des Neuroses. Get ordre, dit-il, comprendles maladies dans les- 
quelles il y a diminution des mouvements volontaires, taut vitaux que naturcls,)) 
embrassant les Leipopsychies (quatrieme ordre de la classe des Debilites, deSau- . 
vages) et les syncopes, la dyspepsie ou indigestion, 1 hypochondrie ou les vapeurs 
(Elements de medecine pratique}. Vogel reunit dans sa sixieme classe tous les 
modes d expression de 1 adynamie consideree dans les sensations, les mouvements 
volontaires et les fonctions naturelles, reservant neanmoins plus specialement la 
qualification d adynamique aux affections caraeterisees par 1 abattement des forces, 
par une extreme diminution de 1 energie musculaire. Vint Pinel, quiimposa I epi- 
thete d adynamique a son quatrieme ordre de fievres, jusque-la designees sous le 
nom de fievres putrides. Quel etait, pour le celebre nosographe, le sens precis de 
cctte nouvelle denomination? Dans le seul endroit, croyons-nous, de ses ecrits ou 
il ait donne une definition de 1 adynamie (article du Dictionnaire en 60 vo- 
lumes) , c est, suivant lui, un termequi pourrait etred une extension illimitee, 
mais proprement consacre a une diminution tres-notable de contractilite mus 
culaire qui distingue particulierement certaines maladies aigue s ou une disposition 
particuliere a les contracter. L adynamie est done proprement une prostra 
tion musculaire ; mais dans la suite de cet article meme, et plus encore dans la 
NOSOGRAPHIE PHIL050PHIQCE , le commentaire du mot emporte une signification 
beaucoup plus etendue. En effet, apres avoir donne de 1 adynamie la definition 
qu on vient de voir, 1 auteur, citant en exemple la fievre adynamique, montre la 
chute des forces s annoncant par le coucher en supination, la vue eteinte, la 
lenteur de la parole ; et, dans la Nosograpbie, c est en partie par 1 existence 
de symptomes etrangers aux fonctions musculaires, tels que la stupeur, le vertige, 
le trouble des facultes intellectuelles, qu il motive son innovation. Aussi, depuis 
cette epoque, les symptomes attribues auparavant a la putridite resterent-ils atta 
ches a 1 idee d adynamie ; a ce point que certains auteurs des plus recomman- 
dables, tout en n oubliant pas 1 etymologie du mot , le rendent positivement 



ADYNAMIE. ** 

synonymc de putridite, et rangent parmi les caracteres tie 1 etat morbide que ce 
mot exprime les petechies, les fuliginosites et les eschares. Ceux qui ne voat pas 
aussi loin y font du moins entrer 1 abattement des traits, la flaccidite des chairs. . . . 
1 obscurcissement des sensations, des facultes affectives et intellcctuelles, la fai- 
blesse des pulsations du coeur et des arteres. (Chomel,Des fievres et des mala 
dies pestilentielles, 1821.) Le meme observateur repete a peu prescette definition 
dans son article Forces, du Dictionnaire en 30 volumes. 

II n y aurait aucun inconvenient a laisser au mot adynamia son sens le plus gd- 
neral et a le faire absolument synonyme de faiblesse, si ce mot etait le seul qui eut 
une telle signification dans la langue patbologique. Mais 1 existence d un autre mot 
egalement admis (asthenia) , voulant dire aussi faiblesse et neanmoins n ayant pas 
rigoureusement le meme emploi que le precedent, necessite de poser entre les 
deux une base de distinction. La chose est assez delicate. La difference d acception 
etant venue de ] usage plus que de 1 etymologie, chacun, on le comprend, ne s y 
est conforme qu a son gre, et il n y a la-dessus point de regie absolue. Voici pour- 
tan t ce qui nous paraitrait se concilier le mieux avec la clinique, qui doit etre en 
ceci la regie dominante. 

11 fautrejeter avant toutcomme arbitraire le caractere distinctif que certains au- 
teurs ont cru pouvoir tirer de 1 absence ou de la presence de lesions organiques, ce 
dernier cas etant celui de I adynanrie, et Je premier celui de 1 asthenie. Adynamie 
et asthenie sont deux etats de 1 organisme qui peuvent et doivent etre consideres 
en eux-memes, en tant que modes de dechet des forces vitales, reconnaissant 
des causes particulieres et realisant des effets qui leur sont propres. Or, pour 
nous, 1 adynamie se caracterise par les circonstances suivantes : 

1 Elle est un etat toujours general, n atteignant pas isolement telle ou telle 
fonction, comme la fonction digestive, telle ou telle propriete de tissu, comme la 
sensibilite ou la motilite, mais portant sur 1 agregat tout entier, et consequemment 
troublant 1 ensemble des fonctions et des proprietes, bien qu elle puisse, selon 
le degre actuel d activite vitale qu elle rencontre dans les organes et selon la 
disposition de sante ou ceux-ci se trouvent, ne pas les affecter tous a la fois ni 
egalement. La fievre typho ide, ou Ton voit la lenteur des mouvements, 1 hebe- 
tude, ladurete de- 1 ou ie, 1 hemorrhagie passive, la paralysie de la vessie co incider 
souvent avec la force et la frequence du pouls, offre 1 exemple sans doute le plus 
frappant de la generalisation de la debilite, traversee par la surexcitation de 1 ap- 
pareil circulatoire. Et cet exemple montre que la faiblesse des pulsations du 
coeur et des arteres n appartient pas aussi essentiellement que le pensait Chomel 
a 1 etat adynamique. 

2 Cet etat est toujours pathologique, c est-a-dire qu il implique la maladie, 
soil qu il la constitue par lui-meme, sans determination positive de forme nosolo- 
gique, comme on le voit sous 1 influence de certaines conditions meteorologiques 
ou de certaines impressions morales; soit qu il acconij agne une affection nosolo- 
giquement caractevisee. Dans ce dernier cas, 1 adynamie est une des manifesta 
tions de 1 etat morbide, elle peut imprimer son cachet aux symptomes et aux 
lesions, elle peut meme en causer d accessoires ; mais elle n est pas 1 element 
initial, ni le regulateur de la maladie principale. La iievre typho ide, le typhus, 
certaines dysenteries, certains erysipeles, quoique adynamiques, ne viennent pas 
de 1 adynamie et ont un processus independant de 1 adynamie. 

5 L etat adynamique est toujours accidentel et transitoire. II n est pas inherent 
a une condition innee et permanonte de 1 economie. Un indrvidu peut avoir les 



U J5GIPHILA. 

chairs flasques, les mouvements lents, quelques-uns meme impossibles, 1 intellU 
gence obtuse ; ce sera un etre faible, un paralytique, un idiot; ce ne sera pas ua 
adynamique. On ne nait pas dans 1 adynamie ; on y tombe, suivant 1 expression 
habituelle. 

Ces trois caracteres principaux, on 1 a remarque sans doute, concourent a une 
interpretation de 1 adynamie conforme a la vieille signification medicale du mot 
grec <JiJvafu;, qui est la force, variable suivant les systemes, par laquelle s accom- 
plissent les actions vitales, et qui a meme servi a denommer un groupe de doc 
trines medicales. Us accusent, tbeorie a part, une perturbation profonde de 1 eco- 
nomie tout entiere. Par la ils distinguent parfaitement 1 adynamie de I asthenie. 
L asthenie, en effet, telle que nous la definissons ailleurs (voy. ce mot), est le plus 
souvcnt locale ; elle est plutot un etat special de 1 organisme qu un etat patholo- 
gique ; elle regie communement la marcbe des maladies auxquelles elle est liee, 
et peut meme en constituer le caractere essentiel ; ellepeut enfm etre congenitale, 
ou bien, produite accidentellement, se montrer permanente. 

Entendue comme nous venons de le dire, 1 adynamie est primitive ou consecu 
tive. C est la principals distinction a laquelle il convient de la soumettre, parcc 
qu il en resulte des differences dans le tableau symptomatologique du mal aussi 
bien que dans le pronostic et dans les indications du traitement. Elle varie de 
degres, d expression, de valeur semiologique, suivant diverses circonstances telles 
que 1 age, la constitution, le temperament, les affections concomitantes, etc. Mais 
ces dii I erents points de vue, avec ceux qui se rapportent aux autres formes de la 
debilite (asthenie, atonie, ataxie) ,seront reunis dans une etude commune a 1 article 
FORCES. 11 ne s agissait id que d une caracteristique generalede 1 adynamie. 

A. DECHAMBRE. 

/3ECIDIO1 (Pers), Voijez ECIDIUM. 
^AiRmMi,i;. Voy. EGAGROHLE. 
/EGIDH;S CORBOLENSIS. Voy. GILLES DE CORBEIL 
(Link), Voyeb EGERITA. 



Mqinetia.. Norn donne par Cavanilhes a un genre de }ilantes 
dicotyledones, appartenant a la lamillc des Bubiacees,etpar Linne (Spec., ed. l r % 
p. 362) a tin autre genre de la famille des Orobanchees. Ce dernier seul a pu 
etre conserve, et interesse seul la medecine. Rheede (Horl. Malabar., X, pi. 47) 
et Roxburgh en avaient fait d abord une simple espece du genre Orobanclie, sous 
le nom de 0. acaulis. Mais Roxburgh reconnut plus tard (PI. Coromandel., t. I, 
p. 63, pi. 91) que le genre Mginetia devrait etre conserve comme distinct, a 
cause de son calice en forme de sac, enveloppant le reste de la fleur et fendu late- 
ralement dans sa longueur lors del epanouissement, et a cause de sa corolle bilabiee 
et de sa capsule qui s ouvre irregulierement en deux valves, portant chacune les 
placentas et les graines. L espece usitee dans la medecine indienne est VM. indica 
de Roxburgh ou Tsiem-Cuimdu des Malabares. C est une petite plante a tiges char- 
nues, glabres, sans feuilles proprement dites, et ne portant que des ecailles colo- 
rees. On la broie avec du sucre et de la muscade pour composer un medicament 
antiscorbutique, qui raffermit les dents et corrige la fetidite de 1 haleine. 

H. BH. 



Genre de plantes dicotyledones etabli par Jacquin, ct apparle- 
nant a la famille des Verbeaacees. M. Bocquillon, dans la Revue qu il a donnoe de 
ce groupe, place les jEgiphila dans la secoride serie des genres de cette famille, 
seiie caracterisee essentiellcment par la regularite de la corolle et la presence de 
deux placentas parietaux lateraux biovules, dans uu ovaire uniloculaiic. Lcs JEqi- 
phila ont des fleurs tetrameres; cependant Jacquin en a represents (Hort. Schon- 
brun., t. XLV1) qui soat pentameres. Avec le type 4, elles oat im calice gamo-e- 
pale regulier a quatre lobes, une corolle tubuleuse a quatre lobes egalement, et 
juatre etamines egales inserees sur la corolle et repondant a 1 intervalle de ses 
Divisions. L ovaire est supere, surmonte d uu style a deux branches, dont 1 cxtru- 
jnite est stigmatifere. Les deux, ovules que supportc chaque placenta, soat lu ini- 
, Iropes et ascendants, avec le micropyle tourne en bas. Le fruit est une dni|n! 
mlouree du calice persistant ; elle renferme quatre noyaux mouospermcs , ct 
cbaque graine contient sous son tegument un embryon depourvu d albumen. Les 
JEgipUila sont des arbustes de I Amerique tropicale, a feuilles opposees ou verti- 
cillees, sans stipules et a fleurs disposees en cymes bipares composecs, terminates 
ou axillaires. 

,La seule espece qui ait des proprietes remarquablcs, est originaire dc Saiat- 
Thomas, sur les bords de 1 Orenoque. Ilumboldt ct Bonpland nous ont appris 
qu clle y est consideree comme un puissant remede centre la morsure des serpents. 
Ses feuilles a odeur Jetide sont machees et appliquees sur la plaie, tandis qti on 
en administre a 1 interieur uae forte decoction. G est pour cette raison que Kunth 
u nomine cette espece M. salutaris. II. Bx. 

JACQUIN, Hort. Schonbr., t. XVIL. Obs. botan., II, 3, t. XXVII. H. B. K., Nov. gen. 
et spec. pi. OEquin., II, 249, t. 150. -- BOCQUILLON, Revue du gr. des Verbe nace es, 92, 
t. IX. 



Genre de plantes dicotyledones, voisines des Grangers, mais qui en 
different essentiellement en ce que leurs fleurs ont des etamines libres et non po- 
lyadelphes. D ailleurs, le nombre de ces etamines est variable, de meme que dans 
les Citrus; il peut s clever jusqu a quarante environ, et leur insertion est hypogyne. 
Les pieces du calice et de la corolle sont au nombre de quatre ou cinq , et les Jogcs 
ovariennes sont aussi en nombre variable et multiovulees. Le fruit est cbarnu, a 
ecorce dure, multiloculaire et polysperme. Les graines depourvues d albumen ont 
un tegument exterieur recouvcrt dc saillies laineuses et baignent dans une pulpe 
mucilagineuse abondante. On ne connait de ce genre que deux ou trois especes 
qui babitent 1 Inde, 1 archipel Indien et 1 Afrique occidentale. Ce sont des arbres 
charges d epines et de feuilles alternes trifoliolees, parsemees de reservoirs d huile 
essentielle translucides. Leurs fleurs sont groupees en grappes de cymes a 1 aisselle 
des feuilles. L espece la plus celebre, au point de vue medical, est V JE>. Marmelos 
de Correa, appele autrefois par Linne Craiova, Marmelos, et par Roth Feronia 
petlucida. Elle se trouve dans toule 1 Inde orientale. Son tronc dresse est reconvert 
d une ecorce cendree. Ses epines sont epaisses et rigides ; ses folioles oblongues, 
crenelees, inegales ; ses fleurs larges et blanches. Le fruit est spheroidal, avec une 
quinzaine de loges qui contiennent ce sue glutineux, transparent, dont le gout est 
delicieux, et qui, suivant Roxburgh (Flor. ind., II, 579), est nourrissant, aperitif 
et legerement laxatif. C est le Bilva ou Mahura des habitants ; Baubin 1 avait 
appele Cydonia exotica, a cause de la ressemblance du fruit avec un coing. II est 
en outre detersif lorsqu il est mur ; tandis que, vert encore, il reussit tres-bien 
centre la diarrhee et la dysenterie. Pour les medecins du Malabar, c est une sorte 



4G /ESCBYNOMfiNE. 

de panacee universelle. La racine s administre en decoction clans 1 hypochondrie, la 
melaiicolie, les palpitations du cceur. L infusion des feuilles se prescrit dans 
1 asthme. A Ceylan, le pericarpe sert a preparer un parium ex-pis. En meme temps, 
le bois est clur, propre aux constructions ; le fruit sert encore a preparer une 
belle teinture jaune, et la substance gluante qui entoure les graines s ajoute au 
ciment pour lui donnor nnc plus grande consistance. H. B.\. 

CORREA, in Linn. Transact., V, 222. ROTH, Nov. Spec., 384. RHEEDE, Malabar., III. 
pi. 57. RCHPHICS, Amboin., I, pi. 81. Roxu., PL Coromand., II, pi. 143; Flor. ind., II, 
579. "WIGHT et AI.N., Prodrom., I, 96. D. C., Prodroimts, I, 538. H. BN., Delafamille 
des Aurantiacees (theses de 1855), 18, 56, 5*, PEREIRA, Eat. me d., II, 2, 549. 

. Voy. EGOPHOME. 

Genre de plantes de la famille des Ombelliteres, dont une es- 
pece a ete employee en medecine, sous le nom de Podagraire (voy. ce mot). 

AEKATIOX. Voy. VENTILATION. 

AEROTHERAPIE. Le sejour plus ou moins prolonge dans une enceinte 
dont 1 air a ete artificiellenient rairjli -, <-4 re-garde par Jourdanet comme propre 
a im primer d heureusrs modifications a certaines predispositions ou a certains ctnts 
morbides, et ce medecin donne le nom & Aerotherapie a I emploi de cette metliode 
propbylactique ou curative. - - Cette denomination nous semble impropre pour 
plusieurs raisons : d abord, les partisans de I emploi therapeutique de 1 air corn- 
prime le preconisent dans des circonstances a peu pres identiques a celles qui, 
suivant Jourdanet, reclament I emploi de 1 air rarefie. En second lieu, d apix s 
1 etymologie, 1 expression & Aerotherapie serait plutot applicable aux effets hygiu- 
niques ou tberapeutiques que le praticien se propose d obtenir pour le malade, en 
le faisant changer d air, en le placant dans un autre milieu atmospherique. 
D apres ces considerations, nous croyons devoir renvoyer 1 examen des effets de 1 air 
rarefie, comprime, etc., aux paragraphes de 1 arUcle ATMOSPHERE, consacres a 
1 etude des phenomenes que produit 1 air sur les etres organises, et, en partkn- 
Her, sur I bomme. G....D. 



Genre de plante de la famille des amarantbacees. Jussieu a nomme 
M. lanata \ Achyranthes lanala de Linne, plante qui fournit la racine de Cftfli/fl, 
adoucissante, mucilagineuse, legerement salee, diuretique et depurative, comme 
plusieurs autres especes du meme genre. (Voy. ACHYRASTIIES.) 



, ^SCULIMEES ou niPPOCASTA\EE. Famille de plantes 
qui tire son nom de r&sculus Hippocastanum ou Marronnier d lnde (voy. ce 
mot), et qui doit etre supprimee, pour ne constituer qu une section de la famille 
des Sapindacees, caracterisee par ses feuilles opposees, sans stipules, composees- 
digitees, ses petales sans appendices, la direction de ses ovules et sa graine a large 
bile et a gros embryon cbarnu depourvu d albumen. 



Genre de plantes de la famille des Legumineuses et de la 
tribu des Papilionacees, tres-voisiu des Galega et des Sainfoins (voy. ces mots), 
auxquels Gairtner voulait meme qu on rapportat les difierentes especes d SEschy- 
nomene, admises de son temps. Le genre a neanmoins ete conserve a cause de la 



forme de son calice, qui est a deux levres, de la brievete de la carene et de la 
forme de la gousse longue, comprimee et articulee, comme celle des Hecfysarees. 
Le caractere le plus remarquable estoffert par 1 androcee, can est diadelphe, mais 
dont la diadelphie est egale, les deux etamines etant reunies en deux faisceaux de 
cinq etamines chaque. Tous les JEschynomenes habitent les contrees chaudes do 
1 Asie ou de L Amerique; ce sont des herbes ou des arbustes a feuilles imparipen- 
nees et a fleurs ordinairement jaunes disposers en grappes axillaires ou termi- 
nales. 

MM. aspera, L., est une plante indienne employee, suivant Hamilton, contre les 
hyclropisies. 

Plusieurs autres especes, notamment \ M. pahidosa, fournissent une moellfl 
abondante, tres-tenue et tres-spongieuse, employee a la fabrication de coiffures 
tres-legeres et tres-hygieniques et de quelques autres objets analogues. Mais les 
especes aulrefois rapportees a ce genre et les plus usitecs dans la medecine des 
pays chauds, telles que VM. grandiflora, VM. Sesban, etc., appartiennent main- 
tenant aux genres Sesbania, Agati (voy. ces mots). 

MM. Merat et de Lens (Diet., I, 86) pensent que I JEschynomene de Plinc et 
d Acosta n est autre chose que la Sensitive (Mimosa pudica L.). II. BN. 

Voy. MARRON D !NDE. 



( ai fffivjffis, sensibilite; prpov, mesure). Instrument 
pour la mesure de la sensibilite tactile a 1 etat normal et dans les cas d aneslbe- 
sie et d hyperesthesie. Les belles rechercb.es d Ernest-Henri Weber sur la seiisibililc 
tactile ont demontre que lorsqu on applique simultanement les deux pointes d un 
compas sur lapeau d un homme a 1 etat de sante, il les sent comme s ll n y en avait 
qu une ou bien les sent toutes deux distinctement, suivant la distance qui separe 
ces pointes 1 une de 1 autre. Ainsi, par exemple, si la distance entre deux pointes 
touchant la peau de la face simultanement est de 12 a 15 millimetres, ou moindre, 
les pointes sont senties comme s il n y en avait qu une; si, au contraire, les deux 
pointes sont a une distance de 5 ou 4 centimetres ou plus, elles sont toutes deux 
distinctement senties. La limite normale de la distance entre les deux pointes (limite 
en deca de laquelle celles-ci ne donnent que la sensation d une pointe, et au deL\ 
de laquelle elles se font toutes deux senlir) varie excessivement dans les di lie- 
rentes parties du corps ; mais elle ne varie guere pour une meme partie de la peau 
cbez difierents individus, a 1 etat de sante. Cette limite normale est la meme, ou 
a bien peu pres, pour les parties homologues de droite et de gauche. 

En 1849, j ai eu 1 idee de me servirde ce precieux moyen dejugerde la sensibi 
lite tactile dans des cas d affections du systeme nerveux. D apres les fails que j ai ob 
serves a cette epoque, on peut, a 1 aide Je ce procede, 1 reconnaitre 1 existence 
d une tres-legere diminution ou augmentation de la sensibilite tactile, qu il serait 
impossible de decouvrir par d autresmoyens; 2 mesurer avec precision le degre de 
diminution ou d augmentation de la sensibilite tactile ; 5 entin constater d une ma- 
niere rigoureuse les changements dans le degre de 1 anesthesie ou de 1 hyperesthe- 
sie. L jEstkesiometre est une sorte de compas a 1 aide duquel nous pouvons obtenir 
ces diverges notions, si importantes quelquelbis pour la diagnostic ou le prognostic. 
Trois aesthesiometres ont etc employes jusqu ici, deux desquels, celui de M. Sie- 
veking et le mien, sont a peu pres semblables 1 un a 1 autre, et ne consistent en 
realite qu en un compas d epaisseur legerement modifie. Quant au troisieme, que 



48 jESTHESIOMETRE. 

nous devons au docteur J. W. Ogle, de Londres, il se compose d un compas ordi 
naire et d une plaque en forme de cadran, sur laquelle se trouve un index fixe par 
une de ses extremites a 1 une des branches du compas. Cette branche, qui est mo 
bile, entraine 1 index avec elle lorsqu on 1 ecarte de 1 autre branche, qui est fixe, 
et les degres d ecartement des deux pointes des branches se mesurent par le mou- 
vement de 1 index sur le cadran. (Voy. Comptes rendusde la Socidte de Biologie, 
1849. vol. I, p. 162.) Nous croyons que 1 instrument de M. Sieveking et lenotre 
sont plus maniables que celui de M. Ogle. (Voy. pour la description de cet instru 
ment que 1 auteur appelle compas aphemetrique, BEALE S, Archives of Medicine, 
1859. vol. I. - Mon aesthesiometre a ete figure dans le Journal de Phy- 
siologie, p. 546. 1858, et celui de M. Sieveking dans le British and Foreign 
Med.-Chirurg., Review, 1858, p. 280.) 

11 importe que les pointes du compas soient emoussees, parceque la douleur d une 
piqure, meme tres-legere, peut sul fire pour troubler la perception des sensations 
tactiles. Une condition, plus essentielle que la precedente, est que les deux pointes 
touchentla peau simultanement. II importe aussi que le malade soil attentif, et plus 
encore qu ilne puisse pas voir si Ton applique une ou deux pointes. On ne doit faire 
comiaitre au malade toute la portee de la recherche que Ton veut faire qu apres 
avoir termine 1 expcrience. II est bon qu ilcroie qu on appliquera quelquefois une 
pointe, d autres fois deux pointes de l instrument, et que Ton desire savoir s il est 
capable de reconnaitre s il y en a une ou deux. Avant de commencer la recherche 
de 1 etat de la sensibilite dans les parties ou Ton suppose qu elle est peut-etre alte- 
ree, il importe d appliqucr sur une partie saine les deux pointes du compas a 
de telles distances 1 une de 1 autre, que dans un cas le malade puisse les sentir 
distinctement toutes deux , et, dans un autre cas, qu il ne puisse en recevoir que 
la sensation d une pointe. II arrive quelquefois que le malade, sachant que Ton ap 
plique deux pointes, croit les sentir toutes deux, quelque petit que soil 1 espace 
entre ces pointes. II faut d abord n en appliquer qu une, et apres que le malade 
a declare qu il en sent deux, on lui fait regarder le compas, et s assurer par la vue 
qu une seule pointe le touche. Des que cela a ete fait, on peut etre sur que le ma 
lade jugera d apres ses sensations, et non, comme jusque-la, d apres I idee qu il 
se faisait de 1 experience. 

On commence la recherche de 1 etat de la sensibilite tactile dans 1 endroit ou 
Ton veut s assurer si elle est alteree on quel est le degre de son alteration, en ap- 
pliquant d abord les deux pointes a la distance-limite normale. Si le malade n en 
sent qu une, on eloigne peu a peu les deux pointes 1 une de 1 autre, et Ton en re- 
pete 1 application jusqu a ce qu il les sente toutes deux. On reconnait ainsi 1 exis- 
tence et le degre de 1 anesthesie. Si le malade sent les deux pointes a la distance- 
limite normale, on les rapproche peu a peu, en repetant 1 application jusqu a ce 
qu il declare ne sentir qu une pointe. On obtient ainsi la mesuredu degre d hyper- 
esthesie. II importe de ne pas repeter les applications de I sesthesiometre sur le 
meme point de la peau, car la sensation d un contact persiste souvent pres d une 
demi-minute, et le malade pourrait, apres une ou deux applications , sentir deux 
pointes alors meme qu on n en appliquerait qu une. Dans les cas d anesthesie ou 
d hyperesthesie occupant une portion tres-peu etendue de la peau, ondevra ne re 
peter les applications qu apres au moins une demi-minute. 

Dans les cas d anesthesie considerable, les deux pointes peuvent etre appliquees 
1 une apres 1 autre et ne donner cependant que la sensation d une pointe. Lalenteur 
de la transmission est alors telle, que dans quelquescasj ai observe que le malade 



jESTllfiSIOMETRE. W 

ne sentait qu une pointe, meme quand un inlervalle de 40 a 50 sccondcs exislait 
entre 1 application d une pointe et celle de la seconde. L sesthesiometre peut ainsi 
servir a donner la notion la vitesse de transmission des impressions lacliles. 

Quand 1 anesthesie est considerable, les deux pointes sont senties comme une 
seule, quel que soit 1 intervalle existant enlre elles, a la condition cependantqu ellcs 
soient appliquees sur une meme ligne longitudinale. Ainsi, par excmple, j ai constate 
sur quelques malades qu il n y avail que la sensation d une pointe, alors que j en 
appliquais une vers le poignet et 1 autre sur la partie superieure de 1 avant-bras. 
Quant a I hyperesthesie laclile, elle peut atteindre un tel degre, que, quclque rap- 
prochees 1 une de 1 autre que soient les deux poinles, le malade continue de les 
sentir toules deux. Dans un cas de meningite spinale chronique, la scnsibilite tac 
tile etait tellement alleree, que le malade sentait distinctement les deux pointes 
sur la peau de la cuisse, 1 intervalle entre elles n etant que d un millimetre, tandis 
qu a 1 etat normal leur ecartement doit etre de 5 a 6 centimetres pour qu elles 
soient senties. 

Pour ne pas risquer de tronver de 1 anesthesie on de 1 hyperesthesie la ou il 
n en existe pas, il importe de se rappeler que la strychnine augmente a scnsibi 
lite tactile, el que la belladone la diminue. Si done on desire connailre I elat de la 
sensibilite d une partie du corps chez des malades prenanl de ces medicaments, il 
faut examiner d abord 1 etat de la sensibilite des parties saines et obtenir ainsi le 
type temporairement normal, sous 1 influence de ces medicaments, chez Tindividu 
examine. 

Je n ai pas besoin de dire que chez les malades dont 1 inlelligence est affec- 
tee, il faut se defier des assertions concernant le nombre de pointes senties. 
Mais je doisdire qu il ne faudrait pas conclure que 1 intelligence est alteree s il 
arrivait qu un malade, ne donnant aucune autre indication d alteration mentale, 
declarat sentir trois pointes alors qu on en applique deux, ou deux pointes quand 
une seule louche la peau. J ai vu des cas ou ces erreurs out ete commises par des 
malades (atleints d affections organiques de la base de 1 encephale) chez lesqucls Tin- 
lelligence etait parfaite. Ces cas se distinguent de ceux ou 1 intelligence n est pas 
normale, en ce que Terreur, quanl au nombre de poinles, n a lieu que pour une 
partie peu considerable de la peau, et qu elle est constamment commise; landis 
que lorsque 1 intelligence est alteree, 1 erreur n est pas toujours commise, et elle 
peut 1 etre tantot pour une partie de la peau, tantol pour une autre. 

En medecine legale, I acsihesiometre peut etre d une tres-grande ulilite : dans 
un cas de contusion du rachis due a un deraillemenl d un train de chemin de 
fer, la malade, qui rcclamait des dommages-inlerets, soutenait que les membres 
inferieurs elaient atteints de paralysie et d hyperestlu sie. L aBs hesiometre a de- 
montre qu il existait effeclivement unehypercsthesie tactile considerable. Quand les 
deux pointes etaient appliquees sans qu elle put les voir a une distance considt ra- 
blemenl mo:ndre que la distance-limile normale, elle declarait les sentir distinc 
tement, tandis que lorsqu on faisail la conlre-epreuve en n en appliquant qu une, 
elle declarait sans hcsiter qu elle n en sentait qu une. 

L seslhesiometre est un instrument si utile dans les cas de maladie de la base 
de 1 encephale et de la moelle epiniere, que, sans son assistance, il serait souvent 
presque impossible de porter un diagnostic precis sur le siege ou la nature de 1 af- 
feclion. Pour moi, il est devenu toul aussi indispensable que le stethoscope pour 
les medecins qui ont a trailer des affeclions des poumons ou du cceur. 

G. E. BROWN SEQUARD. 

DICT. EiXC. II. A 



50 .ETfllOPS. 

.i;ri!lP ou ETHIOPS. Ge nom, qui siguifie noir, a ete applique, en franoais 
comme en latin, a divers medicaments qui presentent cette couleur ; quelques-uns 
sont des combinaisons assez bien defmies, d autres sont des melanges pour la plu- 
pai t aujourd hui inusitcs, que Ton designait sous des noms qui indiquaient les pro- 
prietes qu on leur attribuait ; de la les sethiops alcalisatus, diureticus, joviulis, 
purgans, absorbans, etc., etc. 

Nous indiquerons les principaux. 

L &thiops martial = Fe 5 4 = FeO -+- Fe 2 3 est une combinaison de protoxyde et 
de sesquioxyde de fer; on le nomrae encore oxyde noir de fer, deutoxyde de fer, 
oxyde ferroso-ferrique, safran deMars de Lemery, battitures de fer, etc. ; on 1 ob- 
tient par le precede de Trusson et Bouillon-Lagrange, qui consiste a calciner for- 
tement dans une cornue de gres buit parties de safran de Mars aperitif et trois parties 
de vinaigre distille ; quelques pharmacopees remplacent le vinaigre par 1 huile em 
ployee en quantite sufiisante pour graisser legerement 1 oxyde de fer ; dans les deux 
cas, on reproche a ces precedes de laisser un pen de charbon dans le produit; on 
suit plus generalement le precede de M. Cavezzali, que M. Guibourt recommandc, 
etqui consiste a faire une pate homogene avec de la limaille de fer pure et de 1 eau, a 
laisser en contact pendant plusieurs jours ; il y a un degagement d hydrogene pro 
duit par la decomposition de 1 eau, qui est determined par une pile resultant de la 
superposition de 1 oxyde de fer et du metal, le premier etant primitivement pro 
duit par 1 oxygene de 1 air dissous dans 1 eau ; le fer non oxyde est soumis a un 
nouveau traitement, et 1 oxyde forme est separe par dilution. Dans cette operation 
la temperature peut s elever jusqu a50. Geiger conseille de delayer 1 oxyde forme 
dans de 1 alcool reclifie, d exprimer fortement et de secher rapidement dans un 
courant d air sec. II resultc, d ailleurs, des recherches de M. Austin que 1 oxj dc 
ainsi prepare renferme touj ours des traces d ammoniaque ; il renferme aussi du 
peroxyde de fer en exces, parce qu il continue a attirer 1 oxygene de 1 air. L aathiops 
martial sert a preparer des tablettes qui, d apres la pharmacopee d Anvers, ren- 
fermentchacune 10 centigrammes d oxyde; ilfait partie,avecl extrait de 1 absinthe, 
des pilules de fer de Swediaur. 

L sethiops mineral, poudre hypnotique de Jacobi, improprement appele proto- 
sulfure de mercure etsulfure noir de mercure, estun melange de sulfure demer- 
cure avec du soufre et quelquefois avec du mercure metallique; on 1 obtient en 
broyant pendant longtemps dans un mortier de verre un melange de deux parties 
.de soufre sublime et lave, et une partie de mercure. Un autre precede consiste a 
faire fondre du soufre dans un creuset, et a y faire lomber du mercure sous forme 
de pluie, en le forcant a passer a travers une peau de chamois ; on agite constam- 
ment jusqu a parfait refroidissement. Cette preparation, chauffee, doit etre volati- 
lisee sans residu. Recemment prepare, c estun melange de mercure metallique, de 
soufre et de sulfure de mercure, mais peu a peu la combinaison s opere, et, d apres 
M. Mitscherlich, ce n est plus bientot qu un melange de soufre et de cinabreou 
bisulfure de mercure. 

L ffithiops mineral a ete employe a faible dose comme vermifuge et antiscrofu- 
leux : c est un medicament infidele, qui est aujourd hui abandonne; on 1 admi- 
nistre a la dose de 50 centigrammes a 2 grammes; il entre dans le sucre vermi 
fuge merciiriel, le chocolat vermifuge, les pilules antiscrofuleuses. L sethiops 
antimonial de Malouin est un melange de deux parties de sulfure d antimoine 
pulverise et d une partie de mercure metallique. On le nomine aussi sethiops mi 
neral stibie, et mercure sulfure stibie. Ce produit sc rapproche beaucoupde 



jETHUSA. 5t 

Ya&thiops antimonial d Huxam, qui cst compose de mercure, cent vingt-cinq 
parties; sulfure d antimoine,cent, et fleur de soufre, cinquante, que Ton triture 
ensemble. 

L xthiops magnesien ou mercure alcalise s obtient en triturant ensemble deux 
parties de mercure, deux parlies de manne et un huitieme de magnesie. Apres 
extraction, on traite par de 1 eau pour enlever la manne, et on ajoute au depot deux 
huitiemes de magnesie, puis on i ait secher. 

L xthiops saccharin ou mercure saccharin, sucre mercuriel ou vermifuge, 
poudre de mercure saccharin, se prepare en triturant parties egales de mercure et 
de sucre sec jusqu a ce que tout le metal ait disparu. 

L sethiops graphitique ou mercure charbonneux est un melange d une partie de 
mercure et de deux parties de charbon. 

L sethiops calcaire ou poudre de mercure crayeux (mercure avec la craie) s ob 
tient en triturant ensemble neuf parties de mercure et quinze de craie pre- 
paree. 

L xthiops gommeux ou mercure gommeux et mucilage mefcuriel, se prepare 
en eteignant une partie de mercure dans un mucilage i ait avec deux parties de 
gomme arabique. Lorsque 1 extraction est complete, on fait secher et on reduit en 
poudre. 

Enfin, sous le nom A xthiops vegetal ou de poudre de chene marin, on em- 
ployait autrefois la poudre de charbon du fucus vesiculeux (Fucus vesiculosus) , 
cbene marin, laitue marine. Gaubius et Baster le recommaiidaient centre le 
squirrhe et les scrofules ; Russel 1 employait centre le goitre bien avant que 1 iode 
fut connu. 

L opium torrefle a aussi porte autrefois le nom d aBthiops vegetal. Toutes ces 
preparations sent aujourd hui inusitees, a part les sethiops martial et mineral, qui 
sont encore quelquefois presents. 0. REVEIL. 



, Mthu&a, L. Genre de plantes dicotyledones dela famille des Ombel- 
liferes, dont les caracteres sont les suivants. Le receptacle floral concave, en forme 
de sac, porte sur ses bords un calice rudimentaire et cinq pctales obovales, emargi- 
nes, termines par une languette pointue inflechie dans le bouton. Ces petales sont 
egaux entre eux dans les fleurs cenlrales, et inegaux dans les fleurs de la periphe- 
rie, les plus exterieurs.y etanl plus developpes que les autres. Les elamines sont 
epigynes, a filets inflechis et a antheres introrses. L ovaire, loge dans la concavite 
du receptacle, devient un fruit ovoide globuleux, caracterise : 1 par la forme orbi- 
culaire de sa section transversale ; 2 par les cotes saillantes et carenees des meii- 
carpes, les laterales etant de plus un peu plus larges et finement ciliees; 3 par 
1 existence d une seule bandelette dans les vallecules ; 4 par 1 aplatissement de la 
graine du cote de la commissure; 5 par la columelle libre et bipartite. Tous les 
autres caracteres de la floraison et de la fructification sont ceux communs a tout le 
groupe des Ombelliferes (voy. ce mot). 

Le&jEthusa sont des plantes herbacees annuelles, originaires de 1 Europe. Leurs 
tiges sont dressees, et leurs feuilles alternes, multilides. Leur involucre est nul ou 
monophylle; leur involucelle est forme d un petit nornbre de bractees laterales, 
etroites, etalees ou reflechies, et situees du cote exterieur de l ombellule. 

La seule espece qu il impoite au medecin de connaitre est la Petite Cigue 
(jEthusa Cynapium L.), appelee encore vulgairement Faux Persil, Cigue des 
jardins, Ache des chiens, Persil des fous. C est une mauvaise herbe annuelle, 



52 &TIIUSA. 

et passant cependant quelquefois 1 hiver, de maniere h vivrc presque deux ans, 
ayant le plus souvent 3 on 4 decimetres dc hauteur, et pouvant s elever jusqu a 
i metre dans un bon terrain. Sa racine est un petit pivot fusiforme, blanchatre; sa 
lige est dressi e, fistuleuse, striee longiludinalement, glauque, et parfois sillonnee 
inlei icuremenl de lignes, mais non de laches arromlies, rougealres. Ses i euilles 
sont d un vert fonce sombre, lisses, luisantes. Leur limbe est bi on tripennati. 
sequc, a segments elroits, lanceoles, aigus, decoupes en lanieres etroites, lineaires, 
aigues ou mucronces. Le petiole n existe qu aux lenilles inierieures, et demeure 
lirs-court ou mil pour les superieures, dont la game s elargit davantage et dcvient 
membraneuse et blanchalre sur les Lords. Les om belles de flours sout longuement 
slipilees, ayant jusqu a dix ou vingt rayons (axes secondaires) clales, incgaux, 
rudes et slrics sur leur bord inteiieur. L imolucre est nul. Les involucelles situes, 
eonime on 1 a vu dans la caraclerislique du genre, du cote exlerieur de 1 onibol- 
lule, se composent dans cette espece de trois, quatre ou cinq bructeus lineaires, 
setacees, redechies, tantol inoins longues, tonlot plus longues que 1 ombelle. Les 
fleurs sont petite?; les petales blunts, avec une macule verte a la base. Le fruit est 
presque globnleux, gl.ibre, d un vert (once. Chacune de ses moities porte cinq 
coles saillantes, arrondies, et leur commissure presente deux bandeleltes arquees 
qui ne se touclient pas a la base du 1 ruit. 

L JEtkusa Cynapium fleurit presque tout 1 ete. Elle croit abondamment dans 
les bois, les moissons, les jardins, sur les decombres, le long des murailles, dans 
les rues des villages ; elle recherche surtout k-s endroits sees. Son odeur est des- 
agreable, vireu&e et nauseeuse. Elle n est pas employee en medecine ; mais elle doit 
elre connue commc constituant un poison tres-dangereux ; et le medecin doit sur 
tout savoir la distinguer du Persil cultive, avec lequel elle a une assez gr.mde res- 
semblance, cause de la plupart des accidents qu elle determine. Or, meme tres- 
jeune, le Persil a une odeur aromatique qui est assez agreable, tandis que la Petite 
Cigue e?t nauseabonde et d une odeur suspecte. Quand la planteest plus developpee 
et qu on peut distinguer le bas de la tige, on voit que celle du Persil est d un vert 
uni, sans cannelures et sans lathes ni lignes purpuriues. Celle de la Petite Cigue 
est au contraire d un vert un peu glauque, le plus souvent sillonnee de petitcs 
lignes rougeatres. A cct age, d ordinaire, les feuilles sont assez developpees aussi 
pour qu on reconnaisse que les folioles de celles du Persil sont larges, deux Ibis 
divises, partages en lobes denies, presque en forme de coin, tandis que les feuilles 
de la Petile Cigue sout parlagees en folioles elroiles, allongees, aignes, incisees, 
dentees et plus nombreuses. Enfiu, quand les deux plantes sont fleuries, on les 
distingue mcme de tres-loin, puisque la fleur du Persil est jaune et celle de 
I jEtliusa Cynapium blanche. 

On pourrait encore confo^dre la Pelite Cigue avec le Cerfeuil; mais ce dernier a 
aussi une odeur tres-aromatique et tres-prononcee. Ses feui.les sont tripennees, a 
folioles ovales, incisees, dentees, et d un veilclair; leur pcliole, concave endessus, 
esl couverl de poils blancbalrcs. Les ombellules sont accompagnees d un involu- 
celle qui, au lieu d etre unilateral romme dans la Petite Cigue, fait tout le tour 
du groupe floral. Le fruit, au lieu d etre court et arrondi, est au contraire etroit et 
allonge, cylindrique et termine par deux pctiles comes divergentes. 

Nous verrons encore que les caracleres ci-dessus enumeres peuvent servir a dis 
tinguer facilcmcnl I jEtliusa Cynapium des autres plantes qui portent egalement 
le nom de Cicufi (voy. ce mot). 

L jEthusa Meum de Linne est le Meum Athamanticum (voy. ce mot). 



AETIUS. 53 

L., Gen., n. 141; Spec., 367. ENDL., Gen., n. 4424. HERAT et DELENS, Diet., I, 92.- 
GUIB,, Drog. simpl., ed. 4, III, 203. A. RICH., Elem , id. 4, III, ISC. GRKN. et GODR., F{. 
fr., I, 712. LiNDU, R Med., 40. H. BALLON. 

TOXICOLOGIE. 11 e-uste des examples nombreux et non equivoques d empoi- 
sonnements produits par la Petite Cigue, qui est souvent conlbndue avec le Persil 
et le Cerfeuil. Riviere rapporte le cas d un individu qui peril apres avoir pris une 
certaine quantite de cette plante. A 1 autopsie, on trouva une serosite bruniitre 
dans 1 estomac, la langne noire, le foiedur, la ratelivide. Dans un autre cas observe 
chez un individu qui succomba une heure apres avoir mange une salade contenant 
de la Petite Cigue, et, apres avoir eu des verliges, des nausees, un etat comateux, 
des sueurs froides, on trouva, a 1 autopsie, loute la surface du corps couverte de 
larges ecihymoses, 1 estomac et le pcritoine enflammos, la rate engorgce, avec un 
etat de plethore des poumons et du cceur. Ilaller rapporte avoir ete tres-incom- 
mode pendant une unit pour avoir mange de cette plante. 

D aprcs les observations cliuiques faites par plusieurs praticiens, les symptomes 
produits par la Petite Cigue peuvent etre reduits aux suivants : ohaleiir a la gorge, 
soif, vomissements, quelquefois dianhee, dyspnee, pouls petit, Frequent, ceplialal- 
gic, vertiges, engourdisscment des mcmbres, delire. Si les vomissements survien- 
nent de bonne licure et s ils sont abondants, le malade peut giieYir. 

Pour combattre cet empoisonncment, il faut admiuistrer les vomitifs, puis les 
emollients, les adoucissants ; les boissons acidulees, loisque le poison a ete evacue 
par les vomitifs ou les purgatifs. 0. REVEIL. 



E. Sur la Cigue xthusa (C. Napium Lin.). In Mem. de MontpeUier, t. I; Histoire, 
p. 109. Plantes vhieneuses de la Suisse. p. 253. In Bull, de Pharmacie, t. VI, p. 339. 
LALE. Archives generates de me decine, t. XXII. ORFILA. Traite" de toxicologie, t. H, p. 545, 
5" edition. 0, R, 



Medecin grec dont 1 ouvrage intitule Bt6>j Ixtptxa SXXK^SXX (De la 
medecine en seize livres) existe encore. Sa vie est peu connue, et c est lui-meme qui 
se charge de nous apprendre le peu quenous en savons. 11 vivait sans doute a la fin 
du cinquienie ou au commencement du sixieme siecle apres J. C., car il cite 
(IX, 24 in fine) saint Cyrille d Alexandrie, qui mourut au milieu du cinquieme 
siecle, et il est lui-meme mentionne par Alexandre de Tralles, qui florissait vers 
le milieu du sixieme. II nuquit a Amida, enMesopotamie, et (Uses etudes a Alexan- 
drie, 1 une des plus fameuses ecoles de medecine de 1 i poque. 11 parait qu il etait 
chretien, et qu il poussa meme j devotion jusqu a la superstition, puisqu il adjurait 
une arete, fixee dans le pharynx, demonter ou de dcscendre, au nomde saint Blaise 
(VIII, 50), si toutefois ce passage et plusieurs autres analogues ne sont pas inter- 
poles par lescopistes. Photius nous apprend qu il exerga a Constantinople et obtint 
la dignite de comes obsequii, qui ne se rattaohait nullernent au titre de medecin ; 
c etait plutot un emploi dans la maison de 1 empereur. Les medecins, a la cour de 
Constantinople, sont souveut revetus de semblables offices, ainsi que le prouvent 
les exemples de Jean Actuarius, de Simeon Sethus Protovestiarius et de Theo- 
phile Protospathiarius. Son oeuvre medicale est divisee en quatre parties ou 
quatre volumes, et chaque volume en quatre discours. Les trois premiers discours 
comprennent la matiere medicale et la pharmacologie; le quatrieme, le regime, 
1 hygiene, les temperaments, 1 educationdesenfants, etc.; le cinquieme, la doctrine 
et le traitemeut des fievres ; le sixieme, les maladies de la tete et du cerveau; le 
septieme, les maladies des yeux ; le huitieme, les affections de la face, de la gorge, 



54 AFFINAGE, 

de la trachee, des poumons; le neuvieme, les maladies de 1 estomac et du canal 
intestinal ; le dixieme les affections de la rate et du foie ; le onzieme, celles des 
organes genito-urinaires; le douzieme, la sciatique, la goutte etle rhumatisme; le 
treizieme, les morsures d animaux veneneux, les differents antidotes et les mala 
dies de la peau; le quatorzieme, les ulceres, abces, hemorrhoides ; le quinzieme, 
les differents remedes etles emplatres ; le seizieme, les accouchements et les mala 
dies des femmes, etc. Aetiusest un compilateur comme Oribase et Paul d Egine, 
Ses Tetrabibles sont tires en grande partie d Oribase lui-meme; le plus souvent 
Aetius s est contents d abreger le texte du medecin de 1 empereur Julien et d en 
changer la redaction. Le plus grand merite tie 1 ouvrage d Aetius est cle combler, 
comme le pent faire un abrege, quelques-unes des lacunes qui existent dans la 
Collection medicale d Oribase. -- Le texte n est pas entierement public. Les Imit 
premiers livres on t paru en grec a Venise, chez les Aides, en 1554. Quelques 
an Ires fragments ont ete publics a diverses epoques. L oeuvre complete a ete traduile 
en latin par Cornarius (Basil., 1542, in-fol. Cette traduction se trouve aussi dans 
la collection d Etienne,Medicse artis principes). Voyez, pour de plus amples details 
bibliograpbiques sur les diverses editipns latines, sur les traductions partielles ou 
sur les fragments des livres 1X-XVI, publics en grec, Choulant, Manuel pour la 
bibliographic medicale ancienne (en allemand). Leipzig, 1841, p. 135-155. 

^A.G. W. Ch.D. 



. Voy. FORCES (Etat des). 
AFFECTION. Voy. MALADIE. 

AFFECTION DE L AME. Voy. PASSION, PSYCHOLOGY. 

(Faculies). Voy. FACULTES. 



AFFINAGE. (HYGIENE PUBLIQUE.) On appelle ainsi 1 art d isoler et de purifier 
les metaux; mais ce mot s applique particulierement a la separation des deux 
metaux precieux, 1 or et 1 argent, de leur alliage avec le cuivre. 

Cette operation autrefois tres-compliquee a ete rendue et plus simple et plus 
economique. Elle consiste, aujourd bui, a trailer dans des cbaudieres de platine, 
au moyen de 1 acide sulfurique bouillant, 1 alliage prealablement reduit en gre- 
naille afin de faciliter 1 action du reactif. L acide sulfurique dissout 1 argent et le 
cuivre sans attaquer 1 or, et celui-ci etant retire de la dissolution, on precipite 
1 argent a 1 aide du cuivre metallique, de sorte que les produits defmitifs sont de 
Tor, de 1 argent et du sulfate de cuivre. 

Pendant la reaction de 1 acide sur 1 alliage il se forme d abondantes vapeurs 
d acide sulfureux entrainant avec elles de 1 acide sulfurique. Or, on comprend les 
inconvenients graves qui en resulteront, d abord pour les ouvriers places dans les 
ateliers, ou il s en repand toujours une certaine quantite, maissurtout pour le voi- 
.sinage, sur lequel se deversent les gaz entraines par les cheminees. C est ce qui a 
fait ranger cette Industrie (decret du 9 fevrier 1825) dans la premiere classe des 
etablissements insalubres ; dela, aussi, des plaintes parfaitement motivees, qui ont 
oblige plusieurs fois a faire fermer des usines de ce genre, situees dans 1 interieur 
des villes. Gependant, le conseil de salubrite de la Seine ayant ete saisi de cette 
question en 1826, Darcetfut charge de chercher les moyens de remedieraun etat 
de chose aussi deplorable, et 1 ingenieux et habile chimiste cut 1 honneur de re- 



AFFIMGE. 55 

soudre le probleme d une maniere aussi complete que possible, a 1 aide du proced< 
suivant : 

La dissolution des matieres d or et d argent ayant lieu dans des chaudieres 
closes, sons une hotteou s etablit un fort tirage au moyen d une chemine e echauf- 
fee par la flamme dei fourneaux de fusion et d evaporation, des tubes en plomb 
conduissent les vapeurs sulfureuses dans une serie de caisses egalement en plomb 
ou s opere leur condensation ; 1 excedant, qui n a pas ete detruit dans les premieres 
caisses arrive dans un tonneau tournant sur son axe, ou elles sont agitees avee de 
1 hydrate do chaux qui les absorbe complefement. Un tuyau de plomb porte ensuite 
dans la cheminee generale les gaz non condenses, et s etablit 1 appcl i|iii amene 
les vapeurs et les gaz successivement dans les differentes caisses. Au total, on 
peut laver les gaz en les faisant plonger dans un courant d eau ; on pent separer 
les acides en agitant ces gaz avec de 1 hydrate de chaux, comme on le fait pour la 
fabrication du chlorure de chanx ; on pcut encore melanger de la vapeur d eau aux 
gaz et vapeurs, puis condenser cette eau dans des appareils convenablcs ; on pcut 
enfin convertir ces gaz on acide sulfurique, comme cela se pratique dans les iii!>vi- 
ques d acide sulfurique. (Evtr. d un rapp. au prefet de police in Ann. d lnjij., 
l te serie, t. XIII, p. 219.) Le systemc de Darcet peut done etre encore simplifie ; 
il suffirait, pour cela, de faire arriver les vapeurs dans une chambre de plomb 
contenant une couche d eau dc quelques decimetres, dans laquelle on di -layrn it 
une quantite de chaux suffisante pour faciliter 1 absorption du gaz acide suUuieitx, 
trop peu soluble pour etre condense par 1 eau seule. (Rapp. du conxeil de salubr., 
des Bouches-dn-Rhone, 1828-30, p. 76.) Les ateliers danslesquels on detruit ainsi 
les emanations sulfureuses , sont seulcment ranges dans la seconde classe (decret 
cite plus haul). 

Voiii maintenant, comme pouvant servir de specimen, les prescriptions imposees 
par le conseil d hygiene du departement de la Seine aux usines d affmage. 

1 La dissolution des alliages metalliques aura lieu dans des chaudieres closes. 
Les vapeurs acides seront condensees et recueillies ou decomposees de telle sorte 
que les produits gazeux sortant par 1 orifice superieur de la cheminee ne donnent 
lieu a ancune odeur sensible et n exercent aucune action appreciable dans le voisi- 
nage dela fabrique. 

2 Les residus gazeux de la combustion de tous les foyers de 1 usine, et de la 
decomposition des vapeurs acides fournies par les chaudieres de dissolution, seront 
reunis dans une cheminee principale ayant au moins 40 metres de hauteur sur 
1 metre de diametre intericur a la base et 0,80 au sommet. 

5 Les foyers des chaudieres a vapeur et autres foyers alimentes a la houille, 
seront disposes de maniere a bruler completement leur fumee. 

4 6 Afmd eviter que la buee provenant des chaudieres a precipiter, a evaporer 
les dissolutions salines, etc., ne se repande dans I atmosphere de- facon a incom- 
moder le voisinage, le permissionnaire sera tenu, si la necessite en est reconnue, 
de surmonter ces chandieres de hottes avec cheminees et meme de conduire les 
buees dans la cheminee principale. 

5 Les machines employees pour le broyage des pots et 1 extraction des grenailles 
metalliques, seront construites et etablies de fogon a ne produire aucun bruit incom 
mode pour le voisinage. L usage des pilons et autres machines a percussion pourra 
etreintei dit par 1 administration, s ilest necessaire. 

6 Le permissionnaire devra tenir propres et degages de glace, s il venait a s en 
former pendant 1 hiver, les ruisseaux de la rue ou il versera ses eaux de condensa- 



56 AFFINITY. 

tion. II lui est interdit de laisser couler des eaux acldes. (Trebuchet, in Trav. du 
Conseil d lu/g.,etc., p. 497. Paris 1861. In-4.) 

BIBUOGRAVHIE. PARGET (J. P. G.). Instruction relative a Vart de I afflnage, re dige e an 
nom du Conseil de salubrite de la ville de Paris et du dtfiartement <le la Seine. Paris, 1827. 
GAULTIER DE CLAUBRV. Art. AFFINAGE, in Diet, de I induslrie manuf., t. I (avec fig. de 1 app, 
Parcel). Paris, 1833. E. BEAUGRAND. 

AFFIXBTJ:. L affmite est la force chimique ou la force qui preside aux com- 
binaisons. Elle met en mouvement ou maintient les dernieres p irticules des corps, 
les alomes ; c est dire qu clle s exerce a des distances infiniment petites. Pour 
qu elle puisse se manifester entre deux corps hetcrogenes, il faut done que ceux-ci 
soient en contact. Ce contact s etablit fatilement et intimement lorsqu il s agit 
de corps gazeux ou liquides dont la cohesion est nulle ou faible. Mais, pour les 
corps bolides, la cohesion ou la force qui maintient les molecules en contact 
s oppose souvent a la manifestation de 1 affinite. De la la necessite de dmiinuer 
la cohesion pour que les molecules des corps puissent entrer en contact et en 
conflit, pour que la force chimique puisse se manifester. Or, on diminue la co 
hesion des corps en elevant leur temperature ou en les dissolvant dans un liquide. 
Lorsqu on cleve leur temperature, il arrive souvent qu ils fondent et perdent ainsi, 
en tres-graade partie, leur cohesion. 11 en est de meme lorsqu on les dissoutdans 
1 eau, ou dans un autre liquide. Qu on melange de la limaille de fer et de la 
fleur de soufre sethe, I afjinito (jui existe en I re le fcr et le soufre ne pourra pas 
se manifesler immedialement. Mais qu on chauffe le melange, le soufre eii- 
trera en fusion, et raffmite qu il possede pour le fer se reveillera aussitot: il se 
formera du sulfure de fer. 11 suilira meme d ajouter de 1 eau au melange de 
soufre et de limaille de fer, pour que, le contact entre les particules de ces corps 
devenant plus intime, par 1 intermediaire de 1 eau, 1 action chimique commence 
bientot. 

On peut meler de 1 acide tarlrique en pouclre avec du carbonate de soude sec et 
pulverise, sans que 1 affinite preponderante de 1 acide tarlrique pour la soude 
puisse se manifester. Mais, qu on ajoute de 1 eau au melange, les deux corps vont 
se dissoudre, et 1 acide tartriqtie va ch.isser immediatement 1 acide carbonique. 
C est ainsi que la liquefaction et la dissolution, en diminuant notablement la co- 
besion, favorisent 1 exercice de 1 affinite. Lesanciens avaient reconnu cette influence 
de 1 etat liquide sur les actions chimiques, et disaient, en 1 exagerant : Corpora 
non agunt nisi soluta. 

II y a des degres dans I affmite. Les corps n agissent pas les uns sur les autres 
avec une egale force, et lorsque deux corps s unissent en plusieurs proportions 
atomiques, il arrive ordinairement que 1 affinite de 1 un d eux decroit et s e~ 
puise a mesure que le nombre de ses atonies augmente. Ainsi, le manganese 
forme avec 1 oxygene plusieurs combinaisons dans lesquelles le nombre des atonies 
d oxygene va croissant : les composes les moins stables sont ceux qui renferment 
le plus grand nombre d atomes d oxygene. 

Voici un element nouveau et important dans la comparaison des affinites : 

1 volume ou 1 atome de chlore s uuit a 1 volume ou 1 atume d bydrogene 
pour former de 1 acide chloihydrique HC1. 

1 volume ou 1 atome d oxygene s unit a 2 volumes ou 2 atonies d hydrogene 
pour former de 1 eau H 2 -0-. 

1 volume ou 1 atome d azote s unit a 5 volumes ou 5 atonies d hydrogene pour 
former de l animoniaque H 5 Az. 



AFFUSION. 57 

1 atome de carbone (-G=12) s unit a 4 volumes ou 4 atomes d hydrogene 
pour former du gaz dcs marais H*-G. 

L affinite de ces quatre corps pour 1 hydrogene s exerce done d une maniere 
tres-dillerente, si Ton a egard au nombre des atomes d hydrogene qu elle par- 
went a fixer. Elle fixe, suivant les elements qui entrent en combination, un, 
deux, trois, quatre atomes d hydrogene. Elle est simple ou multiple, et Ton pent 
dire que, tandis que le cblore, qui ne peut fixer qu un atome d hydrogene, ne pos 
sede qu wwe affinite; 1 oxygene en possede deux, puisqu il peut fixer deux atomes 
d hydrogene; 1 azote en possede trois, puisqu il peut fixer trois atomes d hydro- 
gene; le carbone en possede quatre, puisqu il peut fixer quatre atonies d hydro 
gene. G est ce qu on exprime en disant que : 

Le chlore est un element monoatomique; 

L oxygene est un element diatomique ; 

L azote est un element triatomique ; 

Le carbone est un element tetratnmique. 

Bergmann a nomme affinite elective la force qui preside aux doubles decompo 
sitions. Un corps A est nni a un corps B. Uu corps C est nni ;\ un corps D. Qu on 
mette A B en contact avec CD, leurs elements vont s echanger; A se portera sur 
C et B sur D; deux nouveaux corps A C et B D vont prendre naissance. Ce sont la 
les reactions les plus frequentes de la chimie. On les observe tres-souvent lors- 
qu on melange deux sels : 1 echange des acides et des bases produit une double 
decomposition. Beithollet a montre quel role important la cohesion joue dans de 
tel les reactions et a quel point elle peut modifier ou contrarier 1 aflmite. 

AD. WUKTZ. 



AFFIOf ou AFFION. On a propose de designer sous ce nom le sue epaissi 
cxtrait par incision de la capsule du pavot pourpre, c est-a-dire 1 opium indigene, 
mais cette denomination ri a pas etc adoptee. Lemotflf/iwra, qui est d ailleurslenom 
persan de 1 opium, ou du moins celui que Ton donne aux larmes laiteuses qui s e- 
coulent des incisions faites aux capsules des pavots et qui constituent un opium de pre 
miere quahte, que Ton conserve pour les fami les riches et puissantes du pays; cc 
mot, disoiis-nous, a etc employe avec des intentions diverses pour dissimuler ia 
presence de 1 opium dans certains medicaments. 0. REVEIL. 

AFFUSION. L affusion (afftm o, de affundere, verser, repandre) est un 
precede de la methode hydrotherapique, qui consiste a verser sur tout le corps 
(affusion generale), ou sur quelqu une de ses parties (affusion paitielle), une cer- 
taine quantite d eau froide ou chaude. D ou la division des affusions en froides 
et chaudes. Notre description s appliquera surtout aux premieres ; nous termine- 
rons par quelques mots sur les secondes. 

L affusion se distingue : 1 de 1 ablution, lotion partielle empruntee par la the- 
rapeutique a des pratiques religieuses, imposees par certains Icgislateurs dans un 
but evident d hygiene; 2 du bain ou immersion; 3 de Y irrigation ou arrose- 
ment local ; 4 de la lotion ou lavage, qui se fait avec un linge, une eponge, ou 
simplement avec les mains", et qui s accompagne toujours de frictions exercees a la 
suri ace de la peau ; 5 de la douche, enfin, dans laquelle 1 eau, soumise a une cer- 
taine pression, tombe, ou est projetee, sous forme de pluie, de jet, de poussiere, 
decolonne,de nappe, de lame, etc. , d une hauteur ou d une distance plus ou moins 



58 AFFUSION. 

consid6rable, et avec plus on moins de force, a la surface du corps. (Voy. les mots 
BAIN, DOUCHE, IMMERSION, IRRIGATION, LOTION.) 

L affusion differe done de la douche et surtout de la douche en nappe, avec la- 
quelle, d ailleurs, elle presente de 1 analogie, par sa faible force de pression ou 
de- percussion. Sous cet.te forme, 1 eau agit principalement par sa temperature, 
tandis que, dans la douche, elle agit a la fois par Sa temperature et par la force de 
de pression a laquelle elle est soumise dans les reservoirs ou apparcils qui la con- 
tiennent. De cette difference dans le mode d action resultent des differences dans 
leurs effets, comme nous le demontrerons plus loin. 

Modus faciendi. Le malade est place nu, assis ou debout, dans une baignoire 
ou dans une cuve vides, et recoit le contenu d un ou de plusieurs vases remplis 
d eau que Ton repand sur lui. La forme des vases peut varier, mais, en general, ils 
ont un orifice d ecoulement assez large pour que 1 eau en tombant forme une 
nappe plus ou moins etendue ; une carafe, un pol, une cruche, une casserole, plus 
souvent un seau, etc., tels sont, en general, les instruments de 1 affusion. Dans 
certains cas, il est plus commode de se servir d un arrosoir muni de sa pomme. 
Lorsque 1 affusion doit etre partielle, porter, par exemple, exclusivement sur la 
tete, etre souvent repetee, et que Ton craint, pour le malade, la fatigue d un de- 
placement trop frequent, dans ce cas on peut, le patient etant place en travers 
sur son lit, la tete inclined en bas au-dessus d un baquet vide destine a reccvoir 
Teau, on peut, dis-je, verser celle-ci a 1 aide d un arrosoir. Mais ce precede rcntrc 
dans celui deS irrigations, souvent confondu avec les affusions, dont il imports 
cependant de le distinguer, au double point de vue de la forme et des effets tl;e- 
rapeutiques. II convient encore de dormer le nom d irrigation a I arrosemen: 
d une p;irtie placee sous le robinet d une fontaine ou d un vase quelconque. En 
effet, 1 irrigation consiste essentiellement en un courant simple ou multiple, 
toujours etroit et filiforme ; dans 1 alfusion, au contraire, le courant s elargit en 
nappe plus ou moins etendue. Ces distinctions minutieuses seraient pueriles si 
elles n etaient pas liees a des differences d action que nous ferons connaitre en 
leur lieu. 

II ne faut pas confondre, non plus, 1 affusion avec la douche dite en nappe, dont 
nous parlerons a 1 article DODCHES. La douche en nappe, connue sous le nom de col 
de cygne duns les etablissements hydrotheraptiques, a cause de la forme de 
1 appareil elegant d ou elle s echappe, la douche en nappe presente avec raffnsion, 
outre 1 analogie de forme, des analogies d effets. Toute la difference, d ailleurs im- 
portante, qui existe entre 1 affusion et la douche en nappe, c est que, dans celle-ci, 
1 eau est animee d une force de projection qui, bien que notablement affaiblie par 
1 elalement en nappe qu eprouve la colonne liquide a sa sortie de 1 appareil, con 
serve cependant une certaine intensite. L affusion, au contraire, n a dc force de 
percussion que celle qui depend du poids de la nappe liquide, d ou il resnlte 
qu elle possede, toutes choses egales d ailleurs, des proprietes moins stimulantes et 
plus sedatives que la douche en nappe. 

AFFUSIONS r KOIDES. L eau destinee a 1 affusion, est versee plus ou moins lente- 
ment, d unp hauteur plus ou moins grande suivant les cas et les indications, des 
vases qui ia contiennent- sur les differentes parties du corps que Ton vent 
soumettre a son action, sur la tete, la poitrine, I epigastre, la colonne ver- 
tebrale, etc. 

Apres 1 affusion, dont la duree varie suivant la nature de la maladie, 1 etat du 
malade et les effets que 1 on veut obtenir, le patient est essuye, puis, selon le eas 



AFFUSION. 59 

il est reporte dans son lit, enveloppe dans une couverture de laine; ou bien, si la 
maladie le permet, apres s etre habille rapidement, il va se livrer a un exercice en 
plein air, propre a favoriser la reaction sans amener la fatigue. 11 est bon, avant 
J affusion, d elever la temperature du corps soil par 1 exercice, soil par des moyens 
artificiels. Quelques medecins conseillent, lorsqu on a quelque raison de \ouloir 
provoquer, pendant 1 affusion, une reaction vers les parties inferieures, de faire 
placer dans la baignoire un vase rempli d eau chaude, dans lequel le malade plonge 
ses jambes, tandis qu il recoit 1 affusion froide sur les parties superieures. Telle 
tait la pratique de Recamier. Priessnitz, en pareil cas, usait d un artifice bien 
different. Pendant toute la duree de 1 affusion il faisait frictionner energiquement 
les membres inferieurs du malade avec de 1 eau suffisamment froide repandue 
d avance a cet effet au fond de la baignoire. Ces frictions d eau froide determi- 
naient sur les membres inferieurs une reaction plus ou moins considerable, qui 
remplissait 1 indication derivative. 

Lorsque le malade est trop faible pour se tenir debout ou assis, on le fait cou- 
cher sur un drap que des aides tiennent au-dessus de la baignoire. On agit 
de meme lorsque Ton veut diriger les affusions sur le ventre ou les parties ge- 
nitales. 

Lorsqu on se propose d affuser exclusivement la tete, on garantit le reste du 
corps du contact de 1 eau froide au moyen d un mantcau ou d une pelerine de 
toile ciree, que 1 on attache autour du cou sur une serviette roulee en cravate. 

Temperature de L eau et duree de iaffusion. Elles varient : 1 suivant 1 effet 
stimulant ou sedatif que Ton veut obtenir; 2 suivant la temperature du corps ; 
3 suivant la force et le degre de reactionnabilite du sujet; 4 suivant son impres- 
sionnabilite nerveuse. 

Lorsqu on se propose de determiner les effets stimulants, la duree de 1 applica- 
tion doit etre courte, etre limitee, en general, a deux ou trois minutes, rester le 
plus souvent en deca, rarement aller an dela de ce chiffre; la tempera! un do 
1 eau doit etre, en moyenne del 4 dutbermometre centigrade; plus elle descendra 
au-dessous de ce chifire et plus la duree de 1 application sera courte, plus elle s e- 
Jevei a au-dessus et plus 1 afiiision sera longue. Si 1 on a pour but 1 effet scdulif, 
1 eau doit avoir une temperature de 14 a 16 centigrade, et 1 affusion une duree 
de cinq a quinze minutes. 

La temperature de 1 eau et la duree de 1 affusion doivent etre egalement graduees 
d apres la difference de la chaleur du corps. Plus la temperature du corps est 
elevee, plus 1 eau de 1 affusion doit etre froide et plus la duree de 1 operation doit 
etre longue. Frohlich etablit a cet egard les rapports suivants entre la temperature 
du corps et celle du liquide. 



LA TEMPERATURE DD CORPS PRISE LA TEMPERATURE DE L 
BANS L AJSSELLE ETANT DE : DOIT ETRE DE : 

56 6 C. ... .... 32 2 C. 


37 2 


29 4 


21 1 
18 3 

1 4 


37 7. . . .... 


25 9 


58 3 


18 3 a 


38 8 a 39 ;... 


15 5 a 


40 


15 5 


40 5. . 


12 8 


41 1 


4 4 


41 6 a 42 "2 


. . . . 1 G a 


45 5 a 44 i 


1 4 



eo AFFUSION. 

II serait utile de controler, sur ce point interessant, les assertions de Frolilich et 
de poursuivre celte etude importante, le thermometre a la main. 

Eiifin, avons-nous dit, la temperature de 1 eau et la duree de 1 affusion doivent 
e*tre mises en rapport avec la force et la puissance de reaction du snjet, et avec 
son impressionnabilile nerveuse. Or, celte puissance de reaction est tres-variable, 
suivant les indiudus; elle pent etre presumee, et non mesuree d avance ; il 
n existe pas de reactionometre. D un autre cote, il y a des malades tellement im 
pression nables a 1 action de 1 eau froide, que les premieres applications determinent 
parfois cliez eux des phenomenes nerveux intenses, tres-effiayauts en apparence. Ce 
sont des palpitations violentes, un sentiment de suffocation extremement penible, 
line constriction douloureuse parfois intolerable a la partie posterieure de la 
tete et du cou; il semble, de prime abord, que ces accidents doivent necessaire- 
ment faire renoncer a la medication. Je dois dire, d abord, que ces troubles ner 
veux, assez frequents et Ires-marques, lorsque 1 eau froide est administree sous 
forme de douches, surtout de douches en pluie, sont beaucoup plus rares ct moins 
penibles avec les affusions. Tel malade qui ne tolere pas la douche froide, au debut, 
supporte assez bien 1 autre forme d application. En ayaut soin de se servir, pour 
les premieres allusions, d une eau a la temperature de 14 a 16, et de ne pas les 
prolonger au dela de quelques secondes, afm de later la susceptihilite des malades 
ct leur reactionnabilite, on n aura jamais aucun accident a craindre ; on arrivera 
infailliblement, au bout de quelques jours, a faire supporter 1 eau froide aux snjets 
les phis impressionnables, et a developper une reaction sulfisante chez les malades 
les plus debilites. 

LL! nombredes affusions est, en general, de deux a trois ou quatre dans les vingt- 
quatre heures, une le matin, une le soir,uneou deux dansle milieu de lajournce. 
II est rarement utile de depasser ce chiffre. Cepcnelaiit, il est des cas ou il couvieiit 
de les multiplier davantage; c est au medccin a se guider d apres les circonstanccs 
dont 1 appreciation appartient a son tact et a son experience. Nous ne pouvons 
tracer ici que les regies generales de 1 application du modificateur dont nous 
parlons. 

Effets de 1 affusion. Comme dans toutes les applications exterieures de 1 eau 
froide, immersions, lotions, douches, etc., les effets des alfusions presen tent des 
differences essentielles, suivant la temperature du liquide, et, surtout, suivant la 
duree de 1 application ; la forme de celle-ci exerce egalement une action puissante 
sur la nature ou 1 intensite des effets produits, et il n est pas indifferent, on le 
comprend sans peine, au point de vue des elfets que Ton veut ohtenir, de sou- 
mettre le malade a 1 atfusion, a ( immersion ou a la douche. 11 est vrai que ces 
diverses formes d application de 1 eau froide ne presentent pas dans leur action 
des differences absolues , mais les differences relatives qui existent entre elles 
sont assez grandes pour qu il faille necessairement en tenir giand compte dans la 
pratique. 

L action do 1 eau froide sur 1 organisme consiste en une modification par- 
ticuliere, on, si Ton aime mieux, en une impression speciale sur le systeme 
nerveux. ( 

Contrairement aux medecins qui pretendent que tous les phenomenes produits 
par 1 application du fro id sur le corps vivant penvent s expliquer d une maniere 
toute physique par la condensation qu il produit dans les tissus et par le retard 
qu il apporte a la progression du sang dans les petits vaisseaux, nous pensonsque 
ce phenomenes decoulent tous de 1 impression et de la modification premieres exer- 



AFFUSION. M 

cees par 1 action de ce modificateur sur le systeme nerveux. Pergue ou non penjue, 
I impression du froitl donne lieu a des phenomenes complexes, locaux et generaux, 
qui out leur siege a la Ibis dans la peau , dans les vaisseaux capillaires, arteriels et 
veineux, dans les muscles de la vie aniniale et dans ceux de la vie oreanique, dans 
les organcs glandnlaires, dans le systeme nerveux central et peripherique; pheno 
menes qui temoignent d une modification plus ou moins marquee de Unnervalion 
ceiebro-spinale ct sympathique, de la circulation, de la calorification , des secre 
tions, de la nutrition interstitielle, de la contract ilite musculaire, etc. Ces pheno 
menes, appartenant generaleme nt a 1 action reflexe, sont le spasme des elements 
contractiles du derme (chair de poule), la contraction des vaisseaux capillaires 
cutanes, d ou resultent 1 arret de la circulation peripherique, la paleur de la poan, 
I effacement du relief des veines sous-cutanees, la sensation de refroidisscment ct 
de refoulement du sang vers les organes splanchniques ; c est encore le ralentisse- 
ment du pouls, qui diminue de trois a quatre pulsations, devienl dur, petit, con 
centre, presque insensible, tandis que les batternenls du coeur conservent, en 
general, leur force anormale ou bien oflrent parfois un accroissement d energie; 
ce sont, enfin, les contractions cloniques des muscles de la vie de relation (frisson, 
tremblement des membres, claqtiemcnt des dents; respiration saccadee, entre- 
coupee, baletante), et les contractions toniques de certains muscles de la vie or- 
ganique (evacuation des reservoirs naturcls, de la vessic, etc.). 

A ce spasme, en quelque sorte universe!, succede une detente plus ou moins ra- 
pidc; la circulation peripherique, reprenant son cours par suite de la cessation de la 
contraction cajiillaire, fait ailluer le sang vers toutes les parties ou le contact de 
1 cau froide 1 avait suspendue; la peau se colore, la chaleur revient avec le sang 
qui en est la source et le vehicule, la chair de poule, le frisson, le tremblement 
general cessent, la respiration devient reguliere, large, profonde; le pouls est plein, 
large et fort; les mouvements ont plus de sonplcsse, d agilile, d cnergie; en(in, si 
1 application froide a ete convenablement faite, a la sensation penible, causee par 
la premiere impression du liquidc, succede un sentiment general de bien-etre qui 
dure pendant un temps plus ou moins long. 

Tels sont les pbenomenes que Ton eprouve dans I etat de sante, a la suite d une 
affusion, d une immersion, d une douche, lorsqne la duree de 1 application n a 
pas ete trop prolongee, et lorsque 1 eau possede une temperature moyenne de 
10 a 14 centigrade. 

Notons, en outre, qu en passant de 1 eau a 1 air, la peau, malgre 1 evaporation 
du liquide a sa surface, n eprouve pns de sensation de refroidissement, et que la 
reaction produit ordinairement en elle un orgasme tel qne le contact du linge et 
des frictions asscz rudes pour enlever 1 epiderme ne sont pas meme sentis. 

C est au\ phenomenes qui indiquent le retablissement de 1 eqnilibre oreanique 
rompu par 1 action de 1 eau froide que Ton a donne le noni de reaction. II ne 
faudrait pas croire cependant que la reaction n est jamais qu un retour pur et 
simple de 1 organisme a I etat ou il se trouvait au moment de 1 application 
du modificateur. Comme le balancier, en vertu de la vitesse acquise clans sa 
premiere oscillation, depasse son point de depart, puis revient pen a peu a sa posi 
tion initiale de repos, si aucune nouvelle impulsion ne lui est communiquee, de 
meme le mouvement de reaction organique qui suit 1 application de 1 eau froide 
va au dela du point initial d equilibre; en vertu de la stimulation imprimee a 1 or 
ganisme par le contact du modificateur, In circulation capillaire est excilee, la 
chaleur accrue, les fonctions animales et vegetatives activees, Mais si une nouvelle 



0-2 AFFUSION. 

application clu moclificateur ne vient pas lui communiquer une stimulation nou- 
velle, 1 organisme est ramene plus ou moins rapidement a son ctat primitif. G est 
prensement, ainsi que nous le montrerons plus loin, a ces phenomenes de stimu 
lation or^aniijue, a cetexces du mouvement de reaction sur celni de depression pro- 
duit par 1 eau froide, que ce modi/icateur doit la meilleure partie de sa puissance ct 
de son eificacite thernpeutiques. En activant ainsi chaque jour, par son application 
repetee, 1 action fonctionnelle generate, 1 eau froide arrive a produire dans 1 orga 
nisme plus ou moins debilite les modifications les plus remarquables et les plus 
salutaires. 

Mais il est possible de s opposer a 1 accomplissement du mouvement reactionnel, 
de 1 arreter, de 1 empecher de se produire, et de ne plus laisser a 1 eau froide que 
son action depressive, contro-stimulante, antiphlogistique, action qui, raaniee a 
propos par une main habile et experiment^ rend de si grands services dans le 
Iraitement d une categoric nombreuse de maladies. 

Pour arreter et mettre a neant 1 action excitative, stimulante de 1 eau froide, 
pour produire surement 1 action sedative, il suffit, d une part, d elever de quelques 
degrcs la temperature du liquide, d autre part, d augmenter de quelques minutes 
la duree de son application. L eau froide est done un modificateur a double fin, 
tantot stimulant ou sthenique, quand sa temperature est tres-basse (0 a 10C.) 
et la duree de son application tres-courte; tantot contro-stimulant ou asthenique, 
lorsqu elle est donee d une temperature moyenne(14 a \ 6) et que la duree de 
son application est prolongee. Elle est le moclificateur qui repotid le mieux a cettc 
celebre dichotomic pathologique qui, de Themison a Broussais, en passant par 
Baglivi, Hoffmann, Brown et Rasori, a joue un si grand role dans les theories et 
dans la pratique medicates. 

Comme agent contro-stimulant, elle trouve son application, intus et extra, 
dans la plupart des phlcgmasies internes, et dans un grand nombre de phlegmasies 
externes ou chirurgicales. Comme agent stimulant, elle s applique, avec une effi- 
cacite qui n est plus contestable aujourd hui, a 1 immense majorite des affections 
chroniques si bien nominees maladies astheniques ou de faiblesse. 

Enfin, par quelques-unes de ses applications, 1 eau froide produit des effets 
mixtes, tenant a la fois de la stimulation et de la contro-stimulation, effets que 
j appcllerai taxo-dynamiques, pour rappeler que c est principalement dans la classe 
des maladies ou se rencontrent le plus souvent les phenomenes d adynamie et 
d ataxie nerveuse, qu elle les a manifestos. Ellestimule les forces et calme 1 ataxie. 

A ces trois ordres d effets bien distincts,, repondent des formes speciales d ap- 
plication de 1 eau froide. Les effets sedatil s, antipblogistiques, sont obtenus par 
1 usage des boissons fraiches a haute dose dans les phlegmasies de cause interne; 
par les immersions et les irrigations froides prolongees, dans celles de cause 
externe ou chirurgicale, phlegmon, brulure, etc. 

Les effets stimulants s obtiennent principalement par les douches, qui unissent 
aux effets produits par la temperature, ceux qui dependent de la force de percus 
sion du liquide; les douches en pluie, en jet, en poussiere, constituent les formes 
les plus puissantes et les plus efficaces de la methode hydro therapique dans le 
traitement des maladies chroniques. 

Enfin, la forme des affusions convient surtout au traitement des affections ataxo- 
adynamiques. Nous aliens voir, en effet, que c est surtout dans la classe des 
pyrexies, dans la fievre typho ide, le typhus, la fievre jaune, les maladies eru- 
ptives anormales et compliquees, la scarlatine, la rougeole, la variole, etc., etc., 



AFFUSION. 63 

que les affusions froides ont manifests le plus d efficacite et comptS le plus de 
succes. 

Je sais bien que Ton peut, sans aucun doute, produire des effels idcntiques 
avec 1 une quelconque de ces trois lormes d application de 1 eau froide ; que les 
immersions produisent des effets stimulants quand 1 eau est tres-froide et 1 ap- 
plication courte; que les douches determinent, entre les mains d hydropalhcs iniu- 
telligents, des phenomenes, souvent tres-facheux , de depression, quand leur duree 
est trop longue; que les affusions, enfin, deviennent tantot uniquement excituntes, 
tantot uniquement depressives, suivant que 1 eau est tres-froide et la duree de son 
application tres-courte, ou que, au contraire, 1 eau est moderemenl froide et la 
duree de son application prolongee. Tout depend en cela, je le rcpete, de la tem 
perature de 1 eau et du temps pendant lequel elle demeure en contact avecle corps. 
Mais il n en est pas moins vrai que certaines formes d applications se pretent plus 
facilement que d autres a Ja production de tels ou tels effets speciaux ; les immer 
sions et les irrigations, aux effets antiphlogistiques ; les douches, a Faction stimu- 
lante, les affusions aux phenomenes mixtes. Et cela se comprend facilement. En 
effet, 1 action stimtilante de 1 eau froide a deux facteurs bien distincts, la tempe 
rature du liquid e et la force de percussion dont il est anime. Or, dans 1 irrigation, 
et surtout clans 1 immersion, 1 influence du deuxieme facteur est nulle; ellr est a 
son summum dans les douches en jet, en pluie, en poussiere, qui possedent, en 
vertu de la force de projection et de la division du liquide, une grande puissance 
de stimulation; elle est faible, enfin, dans 1 affusion, puisque 1 eau versee, sous 
forme de nappe, d un vase place a quelques centimetres seulement de la surface 
. du corps, ne possede d autre force de percussion que cellequi resulte de son propre 
poids. 

Les affusions froides peuvent done, comme toutes les autres formes d application 
de 1 eau froide, produire tantot des effets stimulants ou excitants, tantot des elfets 
sedatifs, tantot des effets mixtes, suivant la temperature de 1 eau et suivant la 
duree de 1 application de ce liquide. Mais elles sont plus aptes que toutes les autres 
formes a la. production des effets mixtes, et nous yenons d en donner la raison. 
Ces effets s obtiendront plus facilement et plus surement avec une eau a la tem 
perature de 14 a 16 cent., etlorsque la duree totale de 1 affusion ne depasserapas 
cinq a six minutes. Si Ton veut que 1 action stimulante predomine, la temperature 
de 1 eau devra etre abaissee a 12 et memea 10 cent., et la duree de 1 affusion 
reduite a une, deux, trois minutes au plus ; enfin, si Ton a besoin surtout de 1 action 
sedative, 1 eau ayant une temperature de 14 a 16, sera versee lentement sur le 
corps pendant un espace de temps qui peut varier entre six, dix et, par exception, 
quinzc minutes. Dans ce dernier cas, si 1 application doit etre generale et non par- 
tielle, il est presque toujours plus avantageux de substituer 1 immersion a 1 af 
fusion. L effet est plus sur et plus exempt d inconvenients. 

Ces regies generales ne sont pas absolues; elles devront subir des modifications 
suivant le sexe, 1 age, la constitution, 1 etat des forces du malade, la nature de la 
maladie; lemedecin, doue de tactet d experienceacquise, apprecierace qu exigent 
ces diverses circonstances et y conformera sa conduite. 

Peut-on administrer les affusions lorsque le corps est en pleine sueur, ou vaut-il 
mieux attendre que celle-ci se soit dissipee? Question grave et diversement resolue 
par les auteurs. Malgre 1 opinion de plusieurs medecins, dont 1 autorite a une 
grande valeur, je n hesite pas a proclamer, en regie generale , la complete inno- 
cuite des afl usions et de toutes les autres applications de 1 eau froide, alors que U 



C4 AFFUSION. 

peau est baignee par une saeur plus ou moins abondante. Avcc M. Flcury, je 
pense que les fails invoques a i appuide I opinion contraire out ete ou mal observes 
ou mal interpretes. A defaut d autres preuves, il suffirait de considerer ce qui se 
passe dans les etablissements hydrotherapiques , ou chaque jour de nombreux 
malades, au plus fort d une transpiration provoquee soil par un exercice violent 
soit par Tetuve seche, soit par le bain de vapeurs, soit par 1 envelopperaent dans 
le drap mouille ou dans la couvertnre de laine, sont soumis, qui a 1 immersion 
dans la piscine, qui a la douche froide generale enpluie et en jet, qui a 1 affusion, 
qui a la friction generale en drap mouil le, sans que jamais le moindre accident 
arrive qui soit imputable a une pareille pratique. Pour mon compte, pendant 
huit annees d observation et de pratique hydrotherapique dans des etablissements 
speciaux, ou passaient un grand nombre de malades, les applications froides gene- 
rales, sur le corps en sueur, ue m ont jamais donne que d excellenls resultals. 
I aut-il rappelcr encore la pratique, universellement repandue dans les pays orien- 
l;r.i\, drs bains de vapeurs snivis d affnsions froides, connus partout sous le nom 
de bains muses, de bains a 1 orie.ntale? Voit-ou r6sulter beaucoup d accidents dc 
1 emploi de cette methode qui tend de plus en plus a se generalise! 1 dans nos pays? 
Non. Les accidents, assez rares d ailleurs, sont toujours imputables non a In 
mrlhodc elle-meme, mais aux vices de son application. 

Sans doute si, pendant que le corps est en sueur, on fait une application par- 
ticlle d eau froide, ou encore une application generale trop longue, de dix minutes 
a un quart d heure, par exemple, comme le conseillent certains autenrs ; si Ton 
s oppose ainsi, par une prolongation intcmpestive de Implication froide, au mouvc- 
ment salutaire de reaction qui doit suivre, il pourra survenir des accidents ; il est 
meme etonnant qu il n en arrive pas davantage en pareil cas; mais, je le repele, 
c est le vice de 1 application, non celui de la methode. Toutes les fois que Ton 
coupe une transpiration en pleine activite, quelle qu en soit la source, par une 
application froide generale et courte (une a deux minutes au plus), suivie d unc 
reaction franche, la suppression brusque de la sueur est non-seulement exempts 
de danger, mais encore elle est, le plus souvent, pour 1 organisme plus ou moins 
dehilite par une depcrdition plus ou moins abondante de liquide, un bien reel. 
J ai toujours vu employer, et j ai employe moi-meme avec avantage, 1 affnsion, le 
bain froid, la douche en pluie et en jet, la friction generale avec le drap mouille, 
pour mettre fin aux sueurs, parfois si copieuses et si fatigantes, qui accompagnenl 
le troisieme stade d un acces de fievre intermittente. Les malades eprouvent tou 
jours, immediatement apres cette application, un grand bien-etre, et on les voit 
hientot s endormir d un sotnmeil paisible et reparaleur. II en est de meme dans 
beaucoup de cas analogues. 

Je ne lerai qu une exception a cette regie generale, c est lorsqu il s agit d une 
sueur piesentant les caracteres d une secretion critique. Dans ces cas, lorsque la 
transpiration, moderee, n est pas capable de debiliter notablement 1 organisme, il 
convient de s abslenir, afin de ne pas contrarier ce qui pourrait etre un effort 
salutaire de la nature. 

Maladies dans lesquelles on emploie les affusions froides. L emploi des 
affusions froides dans le traitement des maladies, remonte a la plus haute anti- 
quite. Depuis Hippocrate qui, le premier, la mentionne dans ses ouvrages, jusqu a 
nos jours, cette medication a passe par les plus grandes vicissitudes, tantot accueillie, 
pvonee, exaltec par 1 enthousiasme de ses partisans avec les autres usages de 1 eau 
a I interieur et ;\ 1 cxterieur; tantot repoussee et replongee dans 1 oubli par le 



AFFUSION. 6 

dedain de ses detracteurs. Chacuu sail, d ailleurs, que tel a etele sort dc la raethoie 
hydiotherapique, dontles affusions ne sont qu un precede particulier. 

Les affusions froides ont ete preconisees et mises en usage centre les maladies 
les plus diverses, et meme les plus opposees par leur nature. Maladies cxternes et 
maladies internes, affections aigueset affections chroniques, phlegmasies et nevroscs, 
pyrcxies et algidites, plethore et anemie, fievres continues et fievres intermittentes, 
phlegmons et brulures, plaies simples ct plaiespar armes a feu, fractures, luxation, 
hernies etranglecs, etc., etc.; il n est guere de maladies, guere de lesions chirur- 
gicales, qui n aient etc plus ou inoins soumises a 1 action des affusions froides. Si 
Ton se rappelle cc que nous avons deja dit sur les diverses manieres d agir dc ce 
moilificateur et sur ses effets tantot sedatifs, tantot stimulants, tantot mixles, on 
comprendra sans peine qu il ait pu etre applique tres-rationnellement ct avec 
succes au traitement des maladies les plus diiierentes par leurs symptomes et par 
leur nature. 

La grande classe des pyrexics renfcrmc les maladies dans lesquelles les affusions 
froides ont sur tout signale leur remarquable influence. Au premier rang de ces 
maladies sont les affections typln ques, le typhus ct la fievre typhoide. Tons les 
observateurs s accordent a va liter les excellents effets des affusions froides dans ces 
graves maladies, llippocrale les employait dans les maladies qu il designe sous les 
noms de causus , typhus causodes, dont les symptomes semblent se rapporter a 
ceux de la fievre typhoide et du typhus modernes. Mais c est surtout vers la fin dn 
siecle dernier, ct dans la premiere moitie de celui-ci, que les medecins se sont mis 
a trailer le typhus et la fievre typhoide par les affusions froides. En Angleterre, 
Wright et Carrie font prevaloir la melhode des affusions Iroides sur tontes les 
autres methodes de traitement du typhus. Trois seaux d eau de mer, jetes sur le 
corps en une seule fois, pendant trois jours de suite et deux fois par jour, consti 
tuent la medication qui procure a Wright, a Currie et a un grand nombre d autres 
medecins apres eux, les plus eclatants succes. Les affusions etaient pratiquees a 
toute heure de la journec, a la condition, cependant, quele malade n accusat point 
de frisson, que la temperature du corps liit notablcment augmenteeet que la peau 
ne fiit point couverte d une sueur generale et abondante. Telles sont les trois con 
ditions auxquelles, suivant Currie, est subordoane le succes de cette medication 
veritablement heroique. Employees dans les trois premiers jours, les affusions 
ont, en general, arrete la maladic; du quatriemc au cinquieme jour, cet heureux 
effet a encore ete obteuu, mais plus rarement. Plus tard, elles ont toujours eu pour 
resultat de modifier les principaux symptomes, et particulierement 1 agitation et 
le delire, de conduire la maladie a une terminaison plus prompte et plus surement 
heureuse. 

EnAllemagne, les affusions froides ont ete employees centre la fievre typhoide par 
une foule de medecins, parmi lesquels il faut nommer Frohlich, Reuss et Pistchaft. 

En France, Recamier, et, apres lui, MM. Beau, Andrieux (de Rrioude), Tessicr 
Stackler (de Mulhouse) , ont obtenu les succes les plus remarquables de 1 emploi 
des affusions froides, dans la periode extreme de la fievre typhoide, dans la periocle 
adynamique de cette maladie. 

MM. Guersant et Jolly lesconsiderent comme un remede heroique centre les fievres 
typhoides graves. 11 est etrange qu apres les resultats si merveilleux signaled par 
tant de medecins distingues de 1 Angleterre, dc 1 Allemagne et de la France, per- 
sonne n ait eu 1 idee dc faire de cette medication une experimentation meihodique 
et suivie. 

DICI. EKC. II. 5 



G6 AFFUSION. 

La fievre jaune a ete traitee egalement avec succes par les affusions froides. Les 
temoignages de Jackson, Mae-Lean et d un grand noziibre de medecins anglais, 
ayant exerce dans les colonies, en font foi. 

Les affusions froides ont rendu les plus grands services dans le traitement des 
fievres eruplives, principalement dans les fievres anomales et compliquees. Elles 
ont ete employees dans la petite verole, dans la rougeole et surtout dans la scar- 
latine, en Angleterre, par Currie, Gregory, Bateman, etc., qui les firent adopter 
comme methode generale du traitement de la scarlatina ; en Allemagne, par Reuss, 
Frohlich, Pistchaft, Nasse et un grand nombre d autres medecins dont les travaux 
et observations sont consignes dans le Journal d Huf eland; en France, par Reca- 
mier et par M. Trousseau, qui, a pen pres seul, a suivi les traditions de ce praticieii 
illustre. M. Trousseau administre les affusions froides dans le traitement des acci 
dents nerveux ataxiques de la scarlatine. II les donne deux fois par jour, le matin 
et le soir, pendant quelques secondes seulement. II observe, generalement, une 
diminution notable de la chaleur et du pouls, qui tombe de dix on vingt pulsations ; 
une sedation rapide et, en quelque sorte, immediate, de 1 agitation et du delire, 
meme le plus violent; 1 eruption, au lieu d etre repercutee, comme le disent cer 
tains medecins mus par des craintes theoriques imaginaires, 1 eruption est rendue 
plus facile, plus accusee. Ainsi , exaltation de la lesion exanthematique, sedation 
des phenomenes nerveux, de la chaleur et de la iievre ; simplification et retour de 
la maladie a ses conditions normales, tels sont les effets des affusions froides obser 
ves et signales par M. Trousseau dans la scarlatine. 

Tel est aussi le resultat des experimentations de Bateman. Suivant le medecin 
anglais, aucune medication ne pent etre comparee aux affusions froides, pour 1 effi- 
cacite, dans letrailement de la scarlatine. II s indigne contre les praticiens de sou 
temps qui, par une frayeur ridicule du fantome de la repercussion, combattaient 
la methode de Currie et s opposaient a sa generalisation. 

En resume, les affusions froides exercent la plus heureuse influence sur les 
phenomenes si graves que Ton observe dans le typhus, la fievre typho ide, la fievre 
jaune, les fievres eruptives, et, en general, dans toutes les pyrexies a type continu 
ou remittent. Elles diminuent la chaleur febrile, la soif, la secheresse de la peau et 
de la langue ; ralentissent le pouls do dix a vingt pulsations, impriment une seda 
tion rapide, en quelque sorte immediate, aux phenomenes nerveux les plus exaltes, 
a 1 agitation, au delire, etc. En o utre, dans les fievres eruptives, anomales et com 
pliquees, elles favorisent la sortie de 1 exantheme, 1 exaltent, loin de le repercuter, 
simplifient la maladie ct la foni, rentrer dans ses voies normales et regulieres. Elles 
produisent done a la fois des effets stimulants et des effets sedatifs, une sedation 
tonique, si Ton peut ainsi dire. 

Apres les pyrexies continues et les fievres eruptives, les maladies auxquelles les 
affusions froides ont ete appliquees, avec le plus de succes, sont les fievres inter- 
nuttentes. C est encore a un medecin anglais , a Currie , que la therapeutique 
est redevable de 1 origine de celte medication. Currie avait recours aux affu 
sions froides pendant le stade de chaleur des fievres intermittentes. II a toir 
jours vu, dit-il, 1 acces se terminer immediatement ; mais si aucun remede n etait 
present pendant 1 apyrexie , la fievre reparaissait , en general , a son temps 
ordinaire. Cependant, ajoute Currie, les acces suivants ont ete quelquefois pre- 
venus par des affusions pratiquees environ une heure avant I epoque presumee de 
leur retour, et la maladie a ete completement guerie apres quatre ou cinq affusions 
de ce genre. 



AFFUSION. 67 

Giannini reussit egalement a guerir les fievres intermittentes, en substituant 
i immersion aux affusions; mais il associait 1 eau froide au quinquina. 

Nous verrons a 1 article DOUCHE comment M. Fleury, s inspirant d un passage 
de Currie, en a fait le point de depart de ses belles recherches sur 1 action des 
douches froides dans le traitement des fievres intermittentes, recherches qui 1 ont 
conduit a la decouverte dela methode la plus puissante, la plus efficace, alaqurlle 
aucune autre ne peut etre comparee, pour la guerison radicale de cette categoric 
de maladies. 

Dans les algidites, les affusions sont utiles pour stimuler 1 inncrvation, la cir 
culation peripherique, 1 activite de la respiration, do la calorification, des fonctions 
de la peau, et, par ce moyen, tirer 1 organisme deson engourdissement fatal. Dans 
la periode algide du cholera, elles calment les crampes, les vomissements, les 
evacuations alvines; elles favorisent le passage do la periode algide a la periode de^ 
reaction, elles moderent celle-ci et la regularised. Dans la periode de reaction, 
elles seront prescrites avec avantage pour calmer les symptomes cerebraux et, en 
general, pour moderer un mouvement reactionnel trop violent. 11 cst inutile d ajou- 
ter que dans la periode algide 1 affusion devra etre rendue stimulante par la basse 
temperature de 1 eau et la courte duree de 1 application, qui sera plusieurs fois 
repetee dans les vingt-quatre heures; dans la periode de reaction, au contraire, on 
donnera a 1 affusion des proprieles sedatives, en elevant de quelques degres la 
temperature de 1 eau et en prolongeant de quelques minutes la duree de 1 applica- 
tion. En se conformant a ceprincipe, on n aura jamais a craindre d augmenter 
les phenomenes de depression dans la periode algide, ou ceux d excitation dans la 
periode reactionnelle. 

Nous ne sachions pas que les applications froides aient encore trouve leur emploi 
dans le sclereme, ou osdeme algide des nouveau-nes. II y aurait, cependant, de 
ce cote, quelque chose a faire. 

Les hemorrhagies sont, apres les pyrexies, laclasse de maladies dans lesquelles 
les affusions froides rendent le plus de services. DepuisHippocrate jusqu a nos jours, 
il n est pas de medecin qui n ait recours a 1 eau froide pour arreter un ecoulement 
de sang. Ce remede est devenu vulgaire et banal, mais il s en faut qu il soit tou- 
jours convenaljlement et methodiquement applique. Le mode d application dont nous 
avons obtenu, et dont nous obtenons tous les jours, les meilleurs effets pour arreter 
une epistaxis, une metrorrhagie, consiste dans une affusion locale, sur les extremites 
inferieures, prolongee de cinq a dix minutes environ, tantot plus, tantot moins, 
avec de 1 eau a 8 ou 10. Dans les etablissements hydrotherapiques on emploie 
avec avantage, a cet effet, le bain depieds a eaucourante, que Ton pent remplacer 
par rirrigation avec 1 arrosoir muni de sa pomme. Ce moyen d hemostase s emploie 
contre les hemorrhagies dites passives, ou encore centre les hemorrhagies actives 
qui se prolongent d une maniere insolite et inquietante. II faut bien se garder d y 
avoir recours (est-il besoin de le dire?) lorsqu on a lieu de penser que Ton a affaire 
a une hemorrhagie critique ou supplementaire. Hors ces cas, 1 affusion froide pro- 
duit toujours les meilleurs resultats, meme lorsque 1 hemorrhagie est due a une 
lesion organique. Sans doute, alors, 1 ecoulement de sang se reproduit, et 1 eau 
froide n est qu un moyen palliatif ; mais du moins est-on assure d ecarter momen- 
tanemenl des dangers parfois tres-graves. 

Dans les nevroses, les affusions froides trouvent leur application toute naturelle 
et consacree, d ailleurs, par d eclatants succes. La plupartdes nevroses cerebrales, 
1 epilepsie, I eclampsie, le tetanos, les contractures, les paralysies, le delirium 



68 AFFUSION. 

tremens, le spasme de la glotte, 1 astbme nerveux, la toux spasmodique, les palpi 
tations nerveuses, 1 anginede poitrine, les nevralgies internes et externes, 1 hypo- 
chondrie, 1 hysterie, lanymphomanie, lesatyriasis, etc., etc , sont souventmodiliees 
de la facon la plus heureuse par les affusions froides. L application du modificateur 
devra varier suivant les indications. 

Dans les nevroses primitives essentielles, si Ton pent ainsi parler, c est-a-dire 
dans celles dont on ne trouve la cause ni dans 1 alteration des organes, ni dans 1 alte- 
ration de certains elements du sang, il est indique, en general, de chercher a de 
terminer les effets sedatifs des affusions en prolongeant leur dun e. Dans les 
nevroses symptomatiques d une lesion organique ou d une alteration de la compo 
sition du sang, il faut, au contraire, provoquer tantot les effets sedatifs, tantot les 
efl ets stimulants; les premiers, pendant la duree de 1 acces, les seconds, pendant 
1 intermittence. En efiet, nous allons voir que les etats organiques auxquels sont 
tres-souvent liees les nevroses sont avantageusement modifies par les applications 
froides stimulantes. II est done indique de stimuler dans ces sortes de nevroses, 
mais on concoit qu il y aurait de graves inconvenients a le faire pendant 1 acces, 
alors que la surexcilation nerveuseest portee a Textreme; il faut done calmer dans 
1 acces, et stimuler pendant 1 intermitlence. Dans le premier cas on s adresse au 
symptome qui indique la sedation ; dans le second, a la cause ou a la nature de la 
maladie, qui indique la stimulation. 

Cesont la des considerations essentiellement cliniques et pratiques; faute d ob- 
server les preceptes qui en decoulent, on s exposerait a de facheux mecomptes. 

Nous ne pouvons enumerer tous les auteurs qui out applique ou conseille les 
affusions froides dans les nevroses ; la liste en serait trop longue. Nous nous con- 
tenterons de nommer, apres Hippocrate, qui les present dans le tetanos, les dou- 
leiu^s, etc., Asclepiade qui introduisit a Rome les pratiques hydrotherapiqueset qui 
fit un grand usage de 1 eau froide dans le traitement des nevroses ; Celse, qui pres- 
critles affusions dans la folie triste et dans la lethargie ; Aretee,dans la phrenesie. 

Citons, parmi les modernes, en Angleterre, Currie, qui a employe les affusions 
froides avec succes dans le tetanos, les convulsions des enfants, 1 hysterie, etc. ; 
en Allemagne, Frolilich, dans la melancolie, la manie; Pitschaft, dans le delirium 
tremens, les contractures, la nymphomanie, 1 amaurose, la melancolie, la mi 
graine; en France, Recamier. Dans ces derniers temps, depuis que Thydrothe- 
rapie rationnelle a conquis son rang dans la therapeutique, il n est pas de mede- 
cin, un peu au courant des progres de 1 art, qui ne prescrive les affusions dans 
les nevroses. 

Alterations du sangou hemies. Dans les maladies caracterisees organiquement 
par l alteration de 1 element globulairedu sang, fonctionnellement par la langueur 
des phenomenes de la vie vegetative, d une part, et, d un autre cote, par 1 ere- 
thisme du systeme nerveux ; dans la chlorose, Yanemie, la chloro-anemie, les affu 
sions froides, par leur action stimulante, ne cessent de rendre les plus grands ser 
vices. L eau froide guerit le plus souvent ces maladies, qui out deja resiste au fer, 
au quinquina, etc.; elle les modifie avec rapidite, surtout lorsqu elle est appliquee 
sous forme de douches, qui constituent la forme la plus stimulante et essentiel 
lement reconstitutive des applications hydrotherapiques (Voy. le mot DOUCHES). 

Dans la plethore, les affusions froides amendent certains symptomes penibles, 
entre autres la cephalalgie, effet de la congestion enceplialique. Dans un bon travail 
analyse par M. Dechambre, et insere dans la Gazette hebdomadaire, M. John 
Kent Spender, pense que 1 aifusion froide agit, dans ce cas, surtout en dimiuuaut 



AFFUSION. 69 



la force de contraction du cceur et Vcnergie avec laquelle cet organe lance le sang 
vers le cerveau . 

Ce qui precede nous conduit naturellement au role que jouent les affusions 
froides dans les hyperemies ou congestions sanguines, soit aigues, soitchroniques, 
Dans le premier cas 1 eau froide agit, a la fois.par sedation de la circulation gi ur- 
rale, etpar revulsion ou derivation de la circulation locale dans une par tie voisim> 
ou clans unepartie eloigneede 1 organe hyperemie ; dans les congestions sanguine 
ehroniques, 1 affusion agit par stimulation de la circulation generale, ctanss], 
fomme dans les congestions aigues, par revulsion ou derivations locales. II est clair 
que pour obtenir ces deux ordres d eflets des al fusious froides, il faudra en modi 
fier 1 application, en la maniere qui a etc deja plusieurs fois exposee. C est ainsi 
que les affusions froides modilient les congestions sanguines , soit aigues, soit 
ehroniques, du cerveau, de la moelle, des poumons, du foie, de la rate, des reins, 
de 1 uterus, etc. Nous traiterons plus amplement la question si imporlante ct >i 
vaste des congestions sanguines ehroniques, lorsque nous parlerons des rfo/ir/ir.v 
froides qui constituent le modificateur le plus puissant et le plus cfficace de cet 
etat organopathique. 

Les affusions froides ont etc employees avec des succes plus ou moins contests 
dans un -certain nombre de phlegmasies internes et dans un grand nombiv <l 
phlegmasies externes ou chirurgicales. 

Parmi les phlegmasies internes, signalons la meningite, 1 encephalite, 1 hydro- 
cephale aigue, centre lesquelles M. Foville d abord, M. Schutzenbcrger tout rc- 
cemment, ont preconise les affusions froides. 

Elles ont etc prescrites encore dans la gastritc, la gastro-enterite, 1 entero-colite, 
la dysenteric, la diarrhee, la peritonite, etc. Le petit nombre de fails recueillis 
nepermet pasdese prononcer sur la valeiir de ces assertions. 

Autre chose est 1 emploi des affusions froides dans le traitement d un grand 
nombre de phlegmasies externes et d accidents inflammatoires compliquant les le 
sions chirurgicales ou les operations. 

Ici les temoignages des observateurs abondent en faveur de I efficacite de ce 
moyen. Les brulures, le phlegmon simple ou erysipelateux, les accidents inflam 
matoires qui accompagnent les plaies simples ou compliquees de la presence de 
corps etrangers, les plaies par arme a feu, par arrachement, par ecrasement, les 
plaies d amputation, les Iractures, les luxations, simples on compliquees d epan- 
chements sangnins, de Tissue des fragments, de Pouverture de la capsule arlicii- 
laire, de la dechirure des ligaments et des muscles; 1 entorse, les tumeurs blanches, 
les hernies elranglees ; les ophthalmies simples ou purulentes, les ulcercs alo- 
niques, variqueux ou antres, etc., etc.; toutes ces lesions ou maladies chirur 
gicales si diverses se trouvent presqne toujours plus ou moins favorablement , 
souvent admirablement modifiees par les affusions froides agissant le plus ordi- 
nairement comme sedatif ou antiphlogistique, parfois comme tonique et resolulif 
(tumeurs blanches, ulceres, etc.). Ici les applications sonthabituellement partielles, 
.ocales, et c est la forme des irrigations, comme se pretant le mieux. aux condi- 
Itions du traitement, qui a ele choisie de preference par les chirurgiens. Ce sera 
done a propos des irrigations que nous presenterons tous les developpements que 
comporte la question si interessante des applications de 1 eau froide au traitement 
des lesions et des affections chirurgicales. Nous insisterons egalement, a 1 article 
DOUCHES, sur 1 application de ce puissant moyen, tonique et resolutif, a la thera- 
peutique des tumeurs blanches etde 1 hydarthrose chronique. 



70 AFFUSION. 

* 

Certaines affections diathesiques, parmi lesquelles le rhumatisme nrticulaire 
aigu et chronique, la goutte, ont ele traitees avec succes par les affusions froides. 
Hippocrate, Harvey, et beaucoup d autres mcdecins apres eux , recommandent 
1 usage de ce moyen. L illustre auteur de h decouverte de la circulation du sang 
conseille de faire resolument les applications froides sans se preoccuper de la re 
trocession du principe goutteux. M. Dechambre connait une dame de quatre-vingts , 
ans, atteinte de goutte, qui depuis plus de vingt ans nefait rien autre chose, dans 
les acces, que de placer son pied sous le filet d eau d un robinet de fontaine. Quant 
au rhumatisme articulaire, il exige un traitement different, suivant qu il est aigu 
ou chronique. A 1 etat aigu, surtout lorsqu il est poly articulaire, le rhumatisme 
est traite par les compresses froides, sou vent renouvelees, beaucoup mieux ou, du 
moins, plus commodement que par les affusions ; a 1 etat chronique, il est mcr- 
vcilleusement modifie par les douches froides. C est done a propos des compresses 
froides et des douches que nous parlerons avec detail du traitement de ces deux 
formes de 1 affection rhumatismale. 

Les affusions froides rendent encore de grands services dans les affections dia 
thesiques a forme essentiellement chronique, telles quo le rachitisme, la scrofule, 
la tuberculisation, le cancer, la syphilis. En stimulant les fonctions, en soutenant 
1 appetit, la nutrition, les forces, les aifusioiis froides peuvent, ajoatees aux autrcs 
conditions hygieniques, telles que 1 aeration, 1 insolation, le regime , aider a la 
guerison du rachitisme et de la scrofule, a 1 amelioration ou a 1 anet temporaire 
des diatheses tuberculeuse et cancereuse. Quant a la syphilis, ce n est, bien en- 
tendu, qu a titre d adjuvant des medications specifiques, mercurielle et ioduree, 
que les affusions froides peuvent etre administrees ; mais, pour etre secondaire, 
leur action n en est pas moins eminemment utile en permettant a 1 organisme de 
tolererces medicaments qui, plus d une fois, exercent sur 1 economic une influence 
facheuse, laquelle empeche d en continuer 1 emploi. 

C est encore en soutenant les forces, en augmentant 1 activite fonctionnelle que 
les affusions froides sont utiles dans le scorbut , 1 albuminurie, la glycosurie. 
Enfin, dans les affections organiques du cosur et des gros vaisseaux, essentielle 
ment incurables par leur nature, les affusions froides peuvent aider a soulager les 
malades et a prolonger leur existence. Mais les considerations relatives a 1 emploi 
de 1 eau froide dans les maladies chroniques trouveront mieux leur place lorsque, 
a propos des douches, nous aurons a insister plus longuement sur 1 action tonique, 
corroborante et reconstitutive de ce modificateur. Ce sera egalement a cette place 
que nous aurons a indiquer les effets prophylactiques et hygieniques de 1 eau froide 
appliquee aux individus doues d un temperament lymphatique, d une constitution 
faible et delicate ; nous y verrons que 1 eau froide possede une puissance reelle 
pour modifier, avec I aide de 1 air, du soleil, du regime et de 1 exercice, les tem 
peraments les plus faibles et les constitutions les plus chetives. 

AFFUSIONS CHAUDES. Elles sont tres-rarement employees, et Ton cherche 
vainement dans les livres quelques indications relatives a leur administration. 
Le Dictionnaire de medecine, le Dictionnaire de medecine et de chirurgie 
pratiques, etc., etc., ne conliennent absolument rien sur ce sujet; les auteurs de 
1 article Affusions, apres avoir traite des affusions froides, renvoient le lecteur, 
pour ce qui concerne les affusions chaudes, aux articles Bains, Douches, Lotions; 
on cherche aux endroits indiques, et Ton n y trouve absolument rien. Cependant, 
les affusions chaudes peuvent etre utiles dans certaines circonstances, et plusieurs 
praticiens de merite les emploient dans quelques cas avec avantage. 



AFFUSION. 

Les affusions chaudes sont generates ou locales, et, dans les deux cas, on pent 
les rendre a volonte sedatives ou excitantes suivant la temperature du liquide. Be 
25 a 50 C.,leurs effets sont generalement sedatifs ; ils deviennent do plus en plus 
excitants a mesure que la temperature de 1 eau s eleve au-dessus de 30 < . Dans 
ce dernier cas, on ne les emploie guere que localement et pour produire des effets 
revulsifs ou derivatifs, quand il s agit de porter, dans une partie -voisine ou eloi- 
gnee de 1 organe malade, ou sur 1 organe lui-meme, une irritation substitutive. 
On les administre de cette maniere, dans I hyperemie aigue, comme derivatit; dans 
les congestions sanguines chroniques, comme revulsif ou excitant de la circulation 
capillaire languissante ; dans les nevralgies, dans le rhumatisme musculaire et 
articulaire chronique. Dans tous ces cas, la temperature du liquide doit etre assez 
elevee pour determiner sur la partie ou on 1 applique un afflux; sanguin plus ou 
moins considerable, une rougeur plus ou moins vive, voire une douleur plus ou 
moins aigue. 

On a deja vu plus haut que Spender fait usage des affusions froides dans la 
cephalalgie qui depend de la plethore; par centre, il veut que, dans la cephalalgie 
qui tient a des conditions pathologiques opposees, c est-a-dire a la cldorose, a a- 
nemie, dans celle qui accompagne le debut de certaines fievres, on combatte ce 
symptome par des affusions chaudes sur la tete. L eau doit avoir une tcmpci ahiro. 
assez elevee pour provoquer sur cette partie un afflux de sang capable de modifier 
1 anemie locale a laquelle est liee cette espece de cephalalgie. Dans la plethore, dit 
Spender, la cephalalgie tient a un exces de stimulation du cerveau par le sang; 
dans 1 anemie, elle depend d un defaut de stimulation de cet organe ; on remain 1 
a 1 une par 1 action sedative de 1 eau froide, a 1 autre par 1 action excitante dc 1 eau 
chaude. 

Les affusions ticdes ou moderement chaudes de 25 a 30 G. ont etc employees, 
pour produire une action sedative locale en generate, dans un grand nombre de 
cas. .On a traite ainsi la plupart des lesions infiammatoires chirurgicales en 
arrosant continuellement, pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, avec dc 
1 eau tiede, les parties qui en etaient le siege. Les irrigations continues d eau 
tiede sont conseillees par beaucoup de chirurgiens de preference aux irrigations ou 
affusions froides, dans les cas ou celles-ci ont ete employees. Les affusions chaudes 
ont ete administrees dans le rhumatisme aigu, mono ou poly articulaire, dans le 
but de calmer la douleur et 1 inflammation. On comprend que dans ce cas, comme 
dans tous ceux ou il s agit de determiner une action sedative locale, 1 application 
doit toujours etre de longue duree. 

On a substitue les affusions chaudes aux affusions froides, pour calmer les acci 
dents nerveux, dans certaines fievres graves, soit que le medecin craignit pour son 
malade 1 impression trop vive de 1 eau froide, soit que le malade, par exception, 
ne put supporter 1 emploi de cette derniere. On prescrit encore les aifusions 
chaudes dans tous les cas ou, pour une raison ou pour une autre, 1 indication 
du bain chaud ne peut etre remplie. 

Enfm les affusions chaudes ont paru a quelques praticiens avoir une influence 
favorable, et exempte de dangers, dans les cas de fievres eruptives, lorsque Feru- 
ption tarde a se faire,ou se fait mal. II leur a semble que 1 excitation produite par 
le contact de 1 eau chaude sur la peau favorisait et regularisait la sortie de 1 exan- 
theme. Ils disent s en etre bien trouves dans quelques cas de variole, de rougeolc, 
de scarlatine, anomales et irregulieres ; ils les preferent aux affusions froides qui 
leur inspirent de vives inquieludes relativement a la retrocession de 1 exantlieme. 



72 AFFUSION. 

Nous avons YU Currie, Bateman, etc., trailer ces craintes de chimeres, et \rai- 
meut, les resultats de la pratique d un grand nombre de medecins habiles sont 
de nature a rassurer sur ce point, et a rendre hardis les plus timides. 

A. TARTIVEI. 

BIBLIOGRAPHIE : HAHN (J. G.). Epidemia verna quse Wratislaviam, anno 1157, afflixit. In 
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Strasbourg-, 1782, in-8. Et Mem. sur la peste, etc. 1785, in-8. JACKSON (Robert). A Treatise 
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Le meme Sketch of the History and Cure of Febrile Diseases, etc. Lond., 1817, in-8. 
BRANDBETH. letter Giving an Account of the Benefit of Washing with Cold Water and Vinegar 
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Observations on the Treatment of Acute Diseases, etc. In Med. Facts and Observations. 1797, 
t. VII, p. 1. CURRIE (James). Medical Reports on the Effects of Water, Cold and Warm, as 
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journal plusieurs observations sur I efficacite des affusions. MABTINUS DA SILVA (Honor.). 
Disp. Med. inaug. de externa, przcipue in /il/ril>its, aqux friyidse application Edinb., 
1799, in-8. GUNNINI (Jos). Delia natura delle Febbri e del miglior metodo di ciirmie. 
Milano, 1805-9, in-8, 2vol., trad, en fr. avec notes et add. par N. Keurteloup. Paris, 1808, 
in-8, 2vol. (Sur I usage des immersions froides. KOLBANY (I 1 .). Beobachtungen itber den 
N/itzen des lauen undkalten Wascheiis im Scharlachfieber . Presburg, 1808, in-8. Fernere 
Nac/irichten, etc. Ibid., 1808. PAVET TIE COCULEILLE (Ch.). Immersions et affusions froides. 
These. Paris, 1815, in-4. Rr.uss (J. J.). Wesen der Exantheme mil Anleitung, alle pestar- 
tige Krankheiten einfach, leicht, geschwind und xiclur :// lie Hen, etc. 1" Theil. Aschall en- 
burgr, 1814, in-8; 2" Tli., KnrnLcrg, 1818; :> Hi., .bid., 1818. Le meme. Exantliemalisclte 
Form und Idenlildt des ansteckenden Fleckenfiebers mil der orienlalischen Pest; Kalle, das 
direcle, gleichsam speciflsclie Mittel, diese und alle peslarlige Krankheiten einfach, Idcht 
und sicker zu heilen, etc. Nurnberg-, 1815, in-8. Ueber die dusserliche Anwendung des 
kalten Wassers in hitzigen Fiebern. Drei Preisschriften der HII. Friihlich, Reuss undPitscbafl. 
In Huieland s Journal der practischen Heilkunde, t. LY Supplementstuck des Jahr. 1822. 
(Dans ces memoires sont indiques les Iravaux particuliers de Horn, Grohman, Marcus, llirch, 
Reich et Dalme, Hildebrand, Hufeland, Dzondi, etc., sur les Alfusions). GUERSANT. Art. 
Affusion, in Diet, de me d., l re et 2= edit., 1821 et 1852. JOLLY. Art. Affusion, in Diet, de 
me d. etdeclur. prat., 1829. FUSTER. Des bains et des affusions d eau temperee dans le 
trailement de certaines ne vroses. In Bull, de the rap., 1835, t. IV, p. 140. MARTINET. De 
I emplui des affusions froides dans quelques maladies, etc. Ibid., p. 174. GUII.TET (M.J. J.M.). 
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de son action, de son emploi intus et extra, etc. Paris, 1859, in-8. LADDA (Th. Jos.). Die 
Behandlung der hautigen Br&une (inflamm. couenneuse) durch Begiessung mil ka/temWasser. 
]nOesterr.med. Jahrbuch, 1841. Bd. 25, st. 1 und 2 et Schmidt s Jahrb., t. XXIX, p. 522. 
De I emploi des affusions froides dans les cas de de lire essentiel. In Bull, de the rap , 1842, 
t. XXII, p. 210. JACQDEZ (de Lure). Recherches statistiques sur le traitement de la ficvre 
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dans Arch. gen. denied., 4 c serie, t. XIV, p. 91. BEAU. Emploi des ablutions froides dans 
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sur le traitement de la fteire typhoide au dernier degrc par les affusions et les envelopes 
froides In Rev. me dico-chir., 1850, t. VII, p. 78. LALESQUE (A.). Win. sur les irrigations 
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p. 411. SPENDER (John Kent). De I emploi des affusions froides et des affusions chaitde 
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dans Gaz. heb. de me d. et de chir., t. I, p. 652. SCHUTZEMBERGER. De I emploi des affusions 
froides repttees dans la meningite et Hiydrocephale aigu. In Gaz. me d. de Strasbourg 1855 
. XV, p. 52. 

Beaucoup d observations isolees sont publiees dans les divers recueils. Voyez, en outre, les 
ouvrages generaux sur I emploi de I EAD et siir rHYDRotuERAPiE, particulierement ceux de 
Scoutetten, Sthedel, Fleury, et, pour la parlie historique, les Recherches historiques sur la 
psychrolherapie de A. L. Boyer. 



AFRIQUE. 73 

AFGHANISTAN. Voy. INDES. 

AFRIQUE. (GEOGRAPHIE MEDICALE.) L Afrique est situee au S. 0. del ancien 
monde, dont elle forme 1 une destrois grandes parties. Elle mcsure, en latitude, 
57 19 -40" au nord, et 54 58 40" au sud de 1 equateur; en longitude, 19 55 7" 
a 1 ouest, et 49 ]. 36" a Test du meridien de Paris; ce qui fait 7500 kil. en lon 
gueur, etapeupres autant enlargeur. Sou perimetre,avectoutessesinegalites, cst 
de 24000 kil. environ, et sasuperficie estevalueea 2972440000 hectares (Atlas 
de Gamier) . Sa forme generate est celle d un triangle irregulier ou d un ovoidc 
inflechi vers 1 ouest et ayant sa base ou sa grosse extremite tournee au nord . Ses 
cotes, quoique assez irregulierement decoupees, ne presentent ni pointes bien snil- 
lantes, ni golfes profonds, si Ton excepte la rentree de la cote occidentale formee par 
1 inflexion que nous a vons signal ee, laquelle circonscrit une mer plutot qu un golfe, 
etunesailliecorrespondantedelacote orientale. Les iles quibordent son littoral sont 
en general de peu d importance ; celles qui en sont plus eloignees forment plusieurs 
groupesde dimensions plus grandes ; 1 une d elles, Madagascar, est presque un conti- 
nent. Au nord, 1 Afrique est baignee par la Mediterranee, sorte de grand lac dont 
elle forme une des rives, tandis que le sud de 1 Europe en forme la rive opposee. 
Sur ces deux versants, qui se font lace et ne sont separes a 1 ouest que par un dr- 
troit de 7 a 8 milles, le sol, le climat, la flore, la fanne, les races humainesclles- 
memes presentent des rapports qui en font comme des anneaux d une memc chainc 
interrompue par 1 envahissement des eaux. Au nord-est, ou elle tient d abord a 1 Asie 
paruneelroite langue deterre,pour n en etre separee ensuiteque par un golfe pro- 
fond et resserre , on constate encore, entre les cotes qui se regardent, des affmitt s 
telles de tons les elements de la geographic, que les anciens avaient cru ne devoir 
faire commencer 1 Afrique, dans ce sens, qu a la rive gauche duNil. Al ouest et au 
snd-cst, ou ne se rencontrent que les vastes surfaces de 1 Ocean, elle est eloignee 
dc toute terre. 

La situation de 1 Afrique par rapport a 1 equateur et a la repartition presque 
symetrique de ses terres au nord et au sud, peut etre prise comme base natu- 
rellede division de son sol, au point de vue de la geographie medicale. On" est ainsi 
conduit aux divisions suivantes : 1 1 Afrique septentrionale, comprenant toutes les 
regions situees au nord du tropique du Cancer, c est-a-dire 1 Egypte, la regence de 
Tripoli, le Fezzan, 1 etat de Tunis (Tunisie) , 1 Algerie , le Maroc; 2 1 Afriquc 
australe, ou setrouvent les possessions anglaises du Cap et de Natal, la Hottentotie 
et laCafrerie; 3 1 Afrique occidentale, formee au nord par la Senegambie, le gou- 
vernement de Sierra-Leone, la republique de Liberia, les divers Etats negres reunis 
sous le nom de Guinee, puis, au sud de 1 equateur, par le Congo, partage aussi en 
plusienrs Etats; 4 1 Afrique orientale, ou Ton rencontre, du nord au sud, 1 Abyssinie, 
le Zanguebar ou Zanzibar, auquel confluent d autres regions peu connues, et la 
capitainerie de Mozambique; 5 1 Afrique centrale, dont les seulcs regions cx- 
plorees, et encore incompletement, sont le Sahara et les Sou dans. Ces trois der- 
nieres divisions appartiennent a la zone tropicale, et se distinguent par ce carac- 
tere commun des deux premieres, qui sont extra-tropicales. Au-dessous de la di 
vision centrale que nous indiquons existent de vastes etendues de pays restes 
inexplores jusqu ici ou sur lesquels on ne possede que des renseignements insuffi- 
sants. Le dessin qu en a trace M. V. A. Malte-Brun sur la carte, a la suite de son 
rapport sur les progres des sciences geographiques pendant 1863, represente une 
bande flexueuse etendue du 30 e degre de latitude nord environ jusqu au dela du 



74 AFRIQUE, 

i5 e degre sud, avec 15 de longilncleen moycnne; la chaine dcs monts Kong, a 
1 ouest, et les plateaux interieurs du Zanzibar, a 1 est, sont des regions egalement 
inconnues. 6 Enfm, avec plusieurs geographes, nous reunirons sous le nom 
d Afriqueinsulaire ou maritime toutes les iles de quelque importance, et nous dis- 
tinguerons pavmi elles, dans 1 ocean Atlantique, les Acores, Madere, les Canaries, 
les iles du Cap-Vert, les iles dugolfe de Guinee (Fernando-Po, San Thome, ile du 
Prince, Annobon), Sainte-Helcne, Ascension ; dans 1 ocean Indien, Madagascar etses 
dependances, les Comores, la Reunion, Maurice, les Sechelles, Socotora ; dans la 
mer Rouge, Dhalack. 

Si nous abandonnons 1 histoire et les traditions fabuleuses pour ne nous occu- 
per que de geographie contemporaine , 1 Afrique se presente a nous sous un 
aspect tout different de celui que creait notre imagination d apres des recits la 
plupart mensongers. Les conquetes et les decouvertes modernes ont fait voir des 
pays riants, fer tiles, cultives et habites par des peuplades sans nombre , la ou 
Ton se figurait souvent des plaines sablonneuses et de vastes deserts. Essayons done 
d en donnor une idee plus exacte que par le passe. Cettc terre est la plus elevee 
de tout lu globe, non par ses pics, dont quelques-uns seulement atteignent In 
hauteur des neiges eternelles , mais par ses plateaux et ses terrasses superposes en 
etages de la circonll rence au centre, et s elevant a 1500, a 1800, a 2000 metres 
et plus au-dessus de la mer. Les massifs et chaines de montagnes qui les soutien- 
nenl ou les separent forment plusieurs groupes ou systemes disliacts. Celui qui 
parcourt les regions de la bande du nord, forme par les monts Atlas, nous est le 
plus connu ; celui de 1 est ou Abyssinien, le plus explore ensuite, se projette dans le 
nord le long de la mer Rouge, et dans le sud-ouest vers les regions centrales ; celui 
de 1 ouest, ou Nigritien, circonscrivant les bassins superieurs de la Scnegambie et 
du Niger, se dirige aussi vers le centre par la chaine des monts Kong ; le systems 
central, qui relie les deux precedents, est forme par plusieurs chaines demi-circu- 
laires circonscrivant des lacs, et par des massifs separes; quant au systeme austral, 
il est forme, a 1 ouest, par les chaines, souvent interrompues par des vallees et des 
cours d eau, des montagnes du Congo, et, a 1 est, par les monts Lupata, courant 
de 1 un et de 1 autre cote parallelement a la cote, et separant les bassins des deux 
oceans de ceux de I interieur ; ils se terminent, tout a fait dans le sud, a une aalro 
chaine transversale dont quelques pics sont assez eleves; enfin le systeme in- 
sulaire n est qu une succession de culminances volcaniques, reliees par des pro 
jections sous-marines aux chaines correspondantes du continent, et s elevant sur 
plusieurs points a des altitudes considerables. 

Mais c est encore plus en hydrographie qu en orographie que les voyages recents 
ont enrichi la geographie africaine. Depuis 1 equateur jusqu a la bande australe, on 
a decouvert toute une region de grands lacs ou mers intcrieures, dont la position 
a ete deternnnee exactement et qui semblent les analogues du Tsad, plus ancien 
nement connu. Nous citerons, entre beaucoup d autres, le Nyanza, le Tanganyika, 
le N gami. Les grands fleuves, dans leurs cours conime dans leurs sources, 
ont ete .explores non moins fructueusement. On se souvient encore du retealisse- 
ment qu eut en Europe, au commencement de 1 865, ce telegramme parti d Alexan- 
drie : La question du Nil est reglee. MM. Speke et Grant venaient de s assurer 
que le lac Nyanza est le grand reservoir du Nil blanc. Dans la region australe, le 
docteur Livingston, remontant le cours du Zambeze, quelques annees auparavant, 
etait arrive au lac Dilolo, d ou sort de son cote le Zaire, par lequel 1 intrcpide voya - 
geur, poursuivant sa route, descendit jusqu a la cote ouest. Au lieu de deserts, 



AFR1QUE. 7:> 

il vitpnrtont des contreesmagnifiques, peupleesd hommesa 1 ctat de tialurc. Hans 
1 ouest, le Niger a ete explore dans son bassin superieur par le docteur [>arlh, a 
remonte de son embouchure jusqu a une grand e hauteur, et dans ses affluents, par 
le docteur Baikie ; d autre part, des relations interessantes de voyages accomplis par 
des officiers de notrc marine dans la Guinee et la Senegambie, nous ont lail micux 
connaitre les fleuves de cette region. Voila, pour ne parler que des plus important*, 
les cours d eau sur lesquels nos connaissances sc sont accrues. Un caractere coinnmn 
a tons, et plus particulierement aux grands fleuves qui prennent leurs sources 
sous les tropiques, c est de deborder pendant la saison des pluies, Ibrmant des lacs 
ct marigots ou recouvrant des terres souvent etendues, et de presenter dans leurs 
cours, a des distances variables de leur embouchure, des rapiJes ou des cataractes 
qui rendent impossible la navigation a grande distance et en toute saison. 

Malgre lesoin qu ont pris laplnpart des voyageurs de determiner la nature geolo- 
gique des con trees qn ils ont explores, il exisLe encore Iroppeu de documents de cc 
genre pour qu on puisse en tirer quelques notions utiles sur 1 ensemble de la geologic 
del Afrique. Bornons-nous a quelques considerations topograpbiques, a unesorlc (!< 
classification des differents aspects dusol. Tout d abord se presentent les montagnes 
isolees ou reliees sous forme de chaines par des collines; nous connaissons drjii 
leurs principaux groupes et leur gisement; elles ne depassent pas, en ^riu ral, la 
hauteur de nos Alpes, les pics couverts de neige sont rares, et Ton parle a peine 
de quelques volcans sur les lies et sur le continent. Puis vicnnent les terrasses, 
les plateaux, les plaines, qu entourent et soutiennent les montagnes, au milieu des- 
quelles sont situes les lacs, que parcourent des rivieres qui descendant des liauteurs 
environnantes pour se jeter dans ces lacs, et qui, dans la saison des pluies, sont 
souvent inondes ; c est la et sur les versants des coteaux que se rencontrent les 
grandes forets, les plantes herbacees, la vegetation vigoureuse. D autres terres 
distinctes des precedentes, ce sont les coulees, les vallees, les marais et mari^ols, 
alternativement inondes paries pluies etdesseches parle soleil, qu on rencontre sur 
les rives et a 1 cmbouchure des grands fleuves; la, ce sont les alluvions de vase et 
de sable qui recouvrent le sol et qui poussent une vegetation c phemere, mais active, 
quand se retirent les eaux ; partout ou existent des terres inondees se rencontrent 
aussi des bois de paletuviers. Enfm, se presentent les lerres arides, sablonneuses, 
seclies, privees de cours d eau ou de pluies, ne formant que des reliefs de pen de 
hauteur et n ayant qu une vegetation rabougrie ; terres qu on croyait autrefois 
former la presque totalite de 1 Afrique interieure et qui n en couvrent que le quart 
de la surface ; elles se rencontrent plus particulierement dans les zones voisiucs 
des deux lignes tropicales, et sur les cotes basses qui separent les montagnes de 
la mer ; des vents violents y accumulent sur plusieurs points d immenses dunes 
de sable, mais sur d autres elles ne sont pas entitlement steriles et servent a 1 en- 
semencement de diversesgraminees. 

Le climat de 1 Afrique, eu egard a la latitude et aux caracteres particuliers du 
sol, est peut-etre le plus homogene de tons les climats generaux, appartenant 
presque en entier aux climats chauds et etantle plus tranche de ces climats. On lui 
i distingue toutefois plusieurs zones dont les differences tiennentplus aux influences 
de voisinage, a la nature des terres et aux conditions orographiques, qu au degre 
de latitude. A ces divers points de vue, il ne faut pas oublier que 1 Afrique ne con 
fine a aucun pays froid, et que lescontrees dont elle est voisine, au nord et a Test, 
et dont elle subit plus ou moins 1 influence, ont avec ses regions correspondantes 
les plus grands rapports de caracteres gcographiques ; que dans ses aiitres parties, 



76 AFRIQUE. 

enfin, elle ne revolt d influence que de la raer, Les deserts ou terres arides, qui 
couvrent une si grande partie de sa superficie, influent sur les autres regions et y 
produisent des secheresses prolongees ; aussi les vegetaux, sous ceciel, ont-ils, 
en general, une nature robuste et une fibre coriace qui leur permettent de vivre 
dans 1 inteiieur des appartemenls, ce que ne font pas la plupart des plantes des 
autres pays chauds (Renou).Les temperatures extremes s observent aussi dans les 
regions seches et pendant le printemps, les plus basses par le rayonuement noc 
turne, les plus elevees sous 1 influence de certains vents. On constate alors des 
variations enormes; M. Mac-Carthy a vu, dans le nord, au mois de mars, de six 
heures du matin a deux heures du soir, varier le thermometre de 4 a + 42. 
Les vents les plus chauds partout sont ceux qui passent sur ces memes terres. Si 
main tenant on recherche les caracteres proprcs a chaque division climatoriale, 
voici ce que Ton constate : 1 La bande septentrionale et juxta-tropicale, inclinee 
vers le nord et recevant ses vents dominants du nord-ouest, apres qu ils out passe 
sur la mer, est un climat assez doux tenant autant du climat tempere que du 
climat cbaud, ayant deux saisons de pluie, 1 hiver et le printemps, un etc sec, 
serein et plus long que les autres saisons, un automne chaud et pcu d orages. 
L Egypte, qui fait partie de cette zone, par sa proximite de 1 Asie et la direction 
de la vallee du Nil, a un climat plus inconstant et plus extreme. 2 La zone du 
Sahara et des deserts Libyque et Nubique, placee dans la meme bande isotherme 
que 1 Arabic et la mer Rouge, est la plus exposee aux extremes de tous les elements 
dc la meteorologie : pluie line, et pas toujours, en hiver seulement, avec vents de 
nord-ouest tres-forts; grande. srcheresse, grande variation de temperature, vents 
speciaux (simoun, harmattan, kamsin), au printemps; chaleur brulante, la plus 
grande du monde entier , nuits tres-chaudes et sans rosee, en ete; automne plus 
doux. 3 La zone des Soudans, entierement situee sous les tropiques, possede plus 
tranches les caracteres equatoriaux; son climat est semblable a celui de 1 Inde 
(Renou) ; 1 hiver est beau, calme et sec; le printemps a des temperatures excessives 
et des vents violents, dus a la proximite des deserts; les pluies torrentielles et 
les orages appartiennent a 1 ete (hivernage) . 4 Dans la zone vraimerit equatoriale, 
dans les regions maritimes de la Guinee et du Congo , a 1 ouest, de Mozambique et 
de Zanzibar, a Test, les moyennes de la meteorologie s elevent, les extremes et les 
variations s abaissent ; ce climat a la plus grande analogic avec celui de Cayenne 
(Renou). La chaleur est plus forte a 1 ouest qu a Test, a cause de 1 exposition et 
de la concavite des cotes ; les memes vents n ont pas non plus les memes carac 
teres de part et d autre, ceux qui viennent de la mer et sont les plus frais, sur 
les cotes orientates, traversant les terres et arrivant plus chauds aux cotes occiden- 
talcs, et rcciproquement; la periodicite des vents de terre et de mer est marquee 
des deux cotes; les pluies sont abondantes partout, excessives sur la cote de Mozam 
bique, accompagnees d orages plus frequents dans le golfe de Guinee , partagees 
en deux saisons sous la ligne; inutile de dire aussi que les saisons alternent sui- 
vant qu on se porte au nord ou au sud de 1 equateur. 5 Au sud de cette derniere 
division existe une zone de deserts analogue a celle du nord, moins etendue, 
moins aride et a climat moins extreme pourtant. 6 Enfin, le climat des Etats du 
cap de Bonne-Esperance a quelque analogic avec celui des Etats barbaresques, 
mais il est plus regulier et plus doux encore, ayant le caractere marin plus 
prononce, et quoique expose a des intemperies plus violentes par la forme des 
terres. Quant aux iles, leur climat participede la zone a laquelle elles correspondent, 
du moins celles qui sont placees presdu continent et qui en subissent 1 influenoc 



AFRIQUE. 77 

Toutes ont neanmoins, plus que les tevres continentales, le benefice du cliniat 
marin ; la grande ile de Madagascar a, en meme temps, les inconvenients des con 
tinents. 

Bisons tout de suite quel est le resultat de 1 action combinee du sol et du cliniat 
meteorologique, tels que nous les connaissons, sur la salubrite generate envisaged 
encore par grandes divisions territoriales ; elle varie suivant la latitude , la topo- 
graphie, les saisons, et ne doit pas se juger seulement par les efl els qu en eprouvent 
les indigenes, loujours plus ou moins habitues aux loc;ilites qu ils habitant ou 
ayant des aptitudes particulieres de race, mais encore par la sante des etrangers, 
reaclif bien plus sensible des influences physiologiques et pathologiques. La bande 
desEtats barbaresques passait autrefois pour tres-salubres ; mais de|iuis I occupation 
de 1 Algerie par les Fruncais, il a fallu rabattre beaucoup de cette appreciation ge- 
nerale; a cote de terrains rendus salubrespar leuraltitude ou lenr nature, sc sont 
trouvees d autres terres dont les caracteres, combines avec les conditions meteoro- 
logiques, produisent la plupart des endemics des pays chauds. L extremite australe 
a conserve, au contraire, la reputation de grande salubrite qu elle a conquise des 
les premiers temps de son occupation par les Europeeus, bien qu elle ne soil pas 
cxcmpte de quelques endemics. Mais quo dire de la zone des deserts, au sud comme 
au nord, si ce n est que la salubrite, regie beaucoup plus par les meteorcs que pur 
le sol, n y doit pas avoir les raemes caracteres que celle des autres terres, et que 
d ailleurs I habitant etranger ou indigene y manquant souvent, on ne peut appre- 
cier au juste son degre. Pour ce qui est des regions tropicales, et particulierement 
de celles ou se rencontrent des lacs, des terres periodiquement inondees ou par- 
courues par des cours d eau qui debordent, des vallees et des embouchures de 
fleuves, nulle autre part ne se rencontre une aussi grande insalubrite ; quelques 
altitudes deces regions sont seules signalees par les voyageurs comme tres-salubres. 

Nous dirons pen de chose des productions des trois regnes enAfrique, lesdelails 
sur ce sujet appurtenant a la geographic des regions. Parmiles especes minerales 
qui se generalised le plus, il i aut citer le chlorure de sodium, soit en couches, 
soiten dissolution dans les lacs et dans les eaux souterraincs ; on le rencontre partout 
dans le nord, oii il existe des plaines de sel cristallise : le Sahara est un ancien lit 
de mer; il disparait en se rapprochant de 1 equateur, pour reparaitre dans le sud. 
Lc fer abonde partout, soit en mineral, soit en poussiere et en rognons rougeatres 
a la surface du sol, qui en parait comme formee sur plusieurs points; le cuivre, 
1 argeut et quelques autres metaux sont egalement tres-repandus. Quant aux mines 
d or qu ont signalees les geographes orientaux, etqui ontrendu I Afriquesi celebre 
dans 1 antiquite. leur renomniee a bien pali de nos jours deyant les gisements decou- 
verts dans le nouveau monde occidental et austral ; les regions reputees les plus 
riches, sous ce rapport, etaientle Sofalah, dans Test, le haul Senegal et la Guinee, 
dans 1 ouest, ou une division des cotes porte le nom de Cote d Or. Des gemmes 
precieuses existent, dit-on, dans certaines contrees du Congo et du haut i\il; le 
diamant lui-meme, qui existait, au dire de Pline, dans 1 antique Meroe, a ete reti ouve 
de nos jouis dans les sables auriferes de Constantine (d Avesac) . Diverses eaux mine- 
rales sont signalees sur les points les mieux connus. En appliquant a la flore la 
repartition par zones climatoriales, on constate que sur les versants nord et sur les 
lies correspondantes de 1 ocean Atlantique, elle presente la plupart des especes du 
midi del Europe, c est-a-direqu ony trouve les cereales, la vigne, le chene, lopin, 
1 olivier, le tabac, les arbres fruitiers, les arbustes odoranls, etc. , et de plus le colon, 
1 indigo, la canne a sucre, le dattior. Dans la bande australe, qu on fait remonter 



78 AFRIQUE. 

dc 1 ouest a 1 est, du fleuve Orange a Mascate, comme region phycographique, et 
qui se developpe plus particulierement sur 1 ocean Indien, outre le ble et la vigne, 
qu on cullive sur Lout an Cap, on rencontre les euphorbes, les crassulacees , les 
aloes, les ixias, les bruyeres ; a Madagascar les fougeres arborescentes et les orclii- 
decs abondent.Dansla zone tropicale, la vegetation est speciale, mais varie suivant 
la nature du terrain; dans les deserts sablonneuxet sanspluie, sont di verses especes 
d acacias, les buissons de gommiers, les plantes chetives et glauques; mais dans 
les regions pluvieuses et sur les terres arrosees, dans 1 Afrique equatoriale, en un 
mot, se pressent les especes verdoyantes et vigoureuses qui donnent a la vegetation 
de ces latitudes 1 exuberance et les proportions qui la distinguent; c est la que se 
rencontre le colosse du regne vegetal, le baobab. II faut d ailleurs faire cette 
remarque que, pour la flore comme pour les autres regnes, on constate, dans cette 
zone, plus d afiinites entrc les especes, du nord au sud, que de Test a 1 ouest. - 
La faune a un cachet qui n est pas moins propre que la flore et conserve une egale 
harmonie avec les caracteres Ires-tranches du climat et du sol. En commencant 
par le bas de 1 echelle, les especes les plus utiles parmi les invertebres repandus 
sur les cotes sont le corail rouge, Teponge, les madrepores, les corallines et d autres 
encore; la sangsue n est pas rare, surtout dans les marais de 1 ouest; les abeilles 
fouz nissent a 1 alimentation de plusieurs peuplades. Mais les animaux nuisibles 
sont plus nombreux encore dans les classes inierieures ; la sauterelle est le fleau 
des recoltes ; les fourmis et les termites detruisent tout ; les moustiques et les 
maringouins sont le tourment des etrangers; la scolopendre, diverses araignees, 
le scorpion, sont venimeux et dangereux. Parmi les crustaces, les homards, les 
langoustes, les crabes , les chevrettes, se rencontrent sur plusieurs points. Les 
cotes maritimes et les lacs d cau douce, recemmcnt decouverts, sont tres-pois- 
sonneux. Nulle autreparton ne trouve plus de reptiles; partout ouily a de 1 eau, 
marais, lacs ou rivieres, on rencontre a chaque pas des crocodiles , chaque region 
a de plus ses reptiles particuliers. Parmi les batraciens, peu nombreux, existent 
des crapauds enormes et des salamandres ; les ophidiens, moins rares, sont de toutes 
dimensions et presentent des especes venimeuses : les viperes au Cap, 1 aspic en 
Egypte. Sur six cent cinquante especes d oiseaux qu on trouve en Afrique, cinq cents 
environ lui appartiennent en propre (d 1 Avesac) ; les especes curieuses qui enrichissent 
nos musees s y rencontrent en assez grand nombre; les gallinaces, les palmipedes 
et autres especes alimentaires abondent sur plusieurs points ; les oiseaux de proie 
ne manquent pas non plus ; les echassiers sont nombreux et de grande dimension, 
et 1 autruche, le plus remarquable d entre eux, se rencontre en troupe dans la plu- 
part des plaines arides. Parmi les mammiferes, mieux determines que les autres 
classes d animaux, 1 Afrique possede un quart des especes connues, et un sixieme 
de ce quart seulement etend son habitat sur d autres terres (d Avesac) . Les pachy- 
dermes ruminants sont tres-repandus, a 1 etat sauvage ou de domesticite; la girafe 
existe del Egypte au Gariep; le chameau est le navire des deserts; parmi les non 
ruminants, Felephant et le rhinoceros se rencontrent partout dans les regions de la 
haute vegetation et des terres arrosees ; le cheval, 1 ane, le sanglierhabitentlenord, 
le zebre le centre ; les rongeurs sont tres-nombreux ; le chien, assez rare au nord, 
est commun au sud et a 1 etat sauvage sur d autre points; les betes fauves, plus 
redoutables a I homme dans le nord que dansle sud, sont repandues sous toutes les 
latitudes; quant aux quadrumanes, c est surement en Afrique qu ils abondent le 
plus : le chimpanze et le gofille, vivant sur cette terre a cote du Boschiman des 
taillis, semblent un anueau intp-rmediaire a 1 homme et a la bete. 



AFRIQUE. 70 

Les trois grands types de 1 hommo sont representes, en Afriquc, niais tres-ine 
galement quant au nombre des races, de leurs varietes et dc leurs individus. Le 
type dominant est 1 ethiopique, dont cette terre et ce climat semblcnt 1 aits pour 
etre le berceau, et les races les plus nombreuses dece type sont les negres, reunis 
dans les regions ou le sol et les meteores se presentent avec les caracteres les plus 
tranches. Comme partout, d ailleurs, chaque type, chaque race a son habitat 
dans la zone la miens appropriee a ses caracteres anthropologiques. La tradition 
a consacre le nom de pays des blancs a toute la bande situee au nord de la 
limite du Sahara et des Soudans, de la sccheresse et des pluies tropicales ; et celui 
de pays desnoirsa la vaste etendue des terres situees au sud de cette limite, moins 
pourtant la bande extra-tropicale ; le type jaune, le moins pur et le moins repandu, 
se rencontre sous diverses latitudes. Parmi les blancs, il faut d abord distinguer les 
representants assez rares , si ce n est en Algerie depuis la colonisation francaise, 
des races indo-europeennes, qui sont disseminees sur les iles et sur le littoral du 
continent, c est-a-dire partout ou ont ete fondees des colonies ou des etablissements 
commerciaux. Viennent ensuite des races, pures ou croisees, beancoupplus multi- 
pliees et repandues des bords de la Mediterranee aux Soudans, de 1 ocean Atlantique 
jusqu a Madagascar. Parmi elles se remarqnent, au premier rang, la race arabc 
proprement dite et la race berbere, melees presque partout, quoiquetres-distinctes 
1 une de 1 autre, et presentant d ailleurs de nombreuses varietes de couleur sui- 
vant la localite qu elles habitent; on rencontre parmi elles des negres, qui y out 
ete introduits par la conquete ou par 1 esclavage. Les races appartenant au type 
jaune ou mongolique presenteraient, d apres quelques anthropologistes, des traces 
d infusionanciennechez les Coptes et les Fellahs d Egypte (d Avezac); quelques-uns 
de leurs traits caracteiistiques se rencontreraient chcz les Hottentots ; mais la race 
malaise, qui en est une branche bien distincte, peuple une partie de Madagascar et 
apenetre, dit-on, jusqu au centre du continent par la cote orientale. Quant au type 
noirouethiopique, qui forme, avons-nous dit,la veritable population africaine, il 
presente des varietes de caracleres anatomiques et de couleur qui le divisent en 
plusieurs sous-types ou races tres-tranches. Les negres, qui forment les peuplades 
les plus nombreuses, sont masses depuis le Sahara jusqu au 20 e degre sud environ, 
al ouest d une ligne verticale qui passerait vers le centre. Les autres races habitent 
les regions orientales et australes, se distinguant souvent profondement les unes 
des autres suivant la latitude ou on les observe, et n ayant de commun qne la cou 
leur diversement noire de la peau, seulement brune en Abyssinie, tout a fait noire 
sur la cote de Zanzibar et de Mozambique, olivutre dans la Cafrerie, couleur de suie 
dans la llottentotie. Au point de vue de la conformation de la tete, qui marque le 
rang clans I echelle des perfections humaines, la degradation, chez ces peuples, est 
sensible et progressive du nord au sud, mais n est nullement en rapport avec la 
couleur : 1 Abyssin se remaique en general par la beaute de ses traits et de ses for 
mes, quile rapprochentdel Arabe, et quelques tribus negres du haut Senegal sont 
a signaler aussi sous ce rapport ; le Cafre des montagnes, sauvage et fier, presente le 
prognathisme du negre , mais possede aussi des traits qui rappellent l homme du 
noid; quant au Iloltentot Boschiman, tous ses traits indiquent le degre d abaisse- 
ment physique et moral le plus prononce : eurygnalhe et prognathe a la fois, il 
forme, pourM. I. Geoffrey Saint-Hilaire, un type particulier parmi les autres types 
bumains. On comprend encore que des peuplades, nomades la plupart, le plus 
souvent en guerre, et ne connaissant pas de frein a leurs passions brutales, se 
croisent frequemment et s absorbent meme quelquefois les unes les*autres, don- 



80 AFRIQDE. 

nant naissance a des vanetes dans lesquelles les traits primitifs se fusionnent ou ae 
reproduisent partiellement sur un meme individu. Ainsi se modilient les races et 
souvent les types les plus eloignes. Ces modifications sont ordinairement pen sen- 
sibles de tribu a tribu voisine; mais on rencontre quelquefois, implanteeau milieu 
de races appar tenant a un meme type general, une aulre race de type Ires-diffe 
rent et qui a conserve toute sa purete primitive : les Peuls, par exemple, au mi 
lieu des negres du Senegal, et les Foulabs dans le Soudan. 

Ce n est pas ici qu il convient d entrer plus avant clans ces considerations an- 
thropologiques eL ethnologiques, on les trouveraplus detaillees dans les articles tie 
geographic consacres a chaque region ; quelques mots seulement sur fes moaurs 
et la constitution politique ou sociale deces populations, pour achever 1 esquisse de 
lours conditions physiologiques. Comme si tous les contrasts devaient se rencou- 
trer sur cette terie, ses parties connues de 1 antiquite out longtemps ete le centre 
de la civilisation du monde, alors que dans ses parties ignorees vivait 1 homme a 
1 etat de nature le plus primitif. Puis cet eclat s est eteint sous le souffle des con- 
quetes, ne laissant de traces qne les monuments de 1 histoire ; et les eflbrts tentes 
par la civilisation moderns pour s introduire parmi les hordes sauvages out echoue 
partout ou n ont abouti qu a des resultats ephemeres. Le long necrologe de ceux qui 
se sont voues a cette entreprise de regeneration atteste les oppositions que rencon- 
trent I Europecn ct ses moeurs dans le climat et les peuplcs de 1 Afrique. En fait de 
religion, 1 islamisme s est conserve intact chez les derniers conquerants du nord, 
et s est etendu au loin, mais sans conviction et sans ferveur, malgre le fanatisme des 
propagateurs chez les penplades noires. Le christianisme, que tentent depuis pres 
de trois siecles d implanter les missionnaires parmi les negres, ne prend, au coii- 
traire, aucune racine, malgre la passivitedes neophytes; il n a conserve non plus, 
de sa propagation originaire dans le nord, que des traditions grossieres chez les 
Coptes et lesAbyssins. Le judaisme n existe et ne se conserve que chez les descen 
dants des Chaldeens, chasses de leur terre premiere par les Turcs; il a pourtant 
des sectateurs d origine plus ancienne parmi les Abyssins. Le sabeisme trouve 
quelques adherents a Mozambique et peut-etre sur d autres points. Mais c estle 
fetichisme leplus grotesque, leplus inintelligent, s exercant sous toutes les formes, 
qu on rencontre chez la plupart de ces peuplades, dont quelques-unes meme n ont 
aucun culte. La polygamie s exerce partout en Afrique, laou regne le christianisme 
comme ailleurs, et parait etre une consequence de la courte fecondite des femmes, 
comparee a la virilite prolongee deshommes. L organisation politique et sociale est 
en rapport avec ces mceurs religieuses : chez les peuplades nomades, elle est patriar 
chate ; chez les nations fixes, elle revet toutes les formes connues, depuis lamonar- 
chie jusqu a la republique ; chez quelques hordes de sauvages, on dirait du seul 
instinct de sociabilite naturel a 1 homme, pluto quo d une cozistitution politique 
reelle. L autorite s exeice d aillemssous les litres les plus divers, etil est impossible 
de se reconnaitre au milieu de toutes les appellations par lesquelles on la designe ; 
un seul caractere lui est commun partout, c est 1 absolutisme le plus radical, s ap- 
puyant tantot .sur le fanatisme ou la superstition, tantot sur la force brutale ou les 
actes de ferocite. Le cannibalisme, en usage chez plusieurs peuplades, parait moins 
repondre a une perversion ou a un besoin des sens qu a un apanage de cruaute 
reserve aux chefs ou a certaines castes ; on en cite quelques-unes pourtant, qui pa- 
raissent faire de 1 anthropophagie un genre d alimentation. Quant aux professions ou 
aux divers genres de vie, si Ton excepte les peuplcs du nord, ou se sont conserves ou 
introdu its des habitudes ou des besoins ayant quelques rapports avec ceux des peuples 



AFRIQUE. 81 

civilises, lout semble regie par les seiils instincts dc la nature Lien plus que par le 
dcsir intelligent des ameliorations physiques ou morales. On rencontre peu de 
pechcurs, excepte parmi les negres; les pasteurssont plus nombreux,parce que les 
troupeaux abondent sur toutes les terres arrosees ; les chasseurs forment plus de la 
moitie des peuplades, parceque la chasse, sur la plupart des terres, estaussi nei es- 
saire pour la securite que fructucuse pour 1 alimentation ; enfin 1 agriculture n est 
guere en honneur que la ou les produits naturels du sol ne sonlque des ressources 
insuffisantes pour la vie. La maniere dont plusieurs tribus travaillent les peaux et 
lesmetaux ou confectionnent divers tissusprouve une grande aptitude pour les tra- 
vaux manuels; dans les colonies europeennes, d ailleurs, les negres se monlrent 
ouvriers adroits et intelligents. L esprit de commerce est peu developpe chez les 
noirs ; c est plutot le trafic des produits naturels du pays contre des objets de fan- 
taisie, etsurtoutle plus horrible des trafics, celuides esclaves, qui est en usage; il 
faut remonter dans le Nord pour reucontrer des centres commerciaux oules echanges 
se font sur une assez grande echelle. Les races africaines sont reputees guerrieres 
pour la plupart ; quelques-unes, en effet, possedent ce caractere et sor.t guidees sou- 
vent par un but eleve : la defense de leur religion ou de lenr independance ; d autres, 
plus nombreuses, ne sont poussees que par leur caractere sauvage et leur instinct 
antisocial ; mais combien de peuples ne sont mus que par des motifs beaucoup plus 
vils : 1 absorption, 1 extermination, le trafic des esclaves; ceux-la nepeuventpasetrc 
dits guerriers. Si Ton excepte les etablissements maritimes entretenus surquelqucs 
points par des nations europeennes, il n existe nulle part de marine. Aux temps 
herolques ou les mers se couvraient des flottes armees par les republiques du Nord, 
ont succede les siecles de vol et de rapine, pendant lesquels des pirates infestaient 
seuls les cotes barbaresques. Aujourd hui on ne rencontre plus que quelques barques 
faisant encore ce metier sur les cotes du Maroc etsur lelac Tsad. L Africain employe 
sur les navires europeens se montre pour taut bonmatelot; son aptitude aux tempera 
tures elevees en fait unauxiliaire utile, indispensable memo pour les navires a va- 
peur qui stationnent sur les mers tiopicales. Les peuples d Afrique ont parmi nous 
la reputation d etre sobres; peut-etre ne ladoivent-ilsqu aupeu d exigencedeleurs 
besoins, temperes par leur climat. Les pasteurs et les agricu .teurs du Nord viveat 
plus particulierement de kit, de dattes, de miel, de cereales, qu ils possedent ca 
abondance; les negres se nourrisseiit de racines feculentes ou sucrees, de poisson, 
de mais, de riz, de mil, de fruits; mais les chasseurs de Natal, de la Cafrerie, de 
Mozambique, mangent la chair de 1 elephant, du buffle, du lion, de I hippopotame. , 
en meme temps que du millet ; ceux de la cote de Zanzibar mangent egalement du 
gibier, et la viande crue arrosee de bile entre dans la nourriture de TAbyssin. 
Partout on fait usage de boissons fermentees extraites soit du palmier, soit tie 
diverges plantes, et toutes produisent 1 ivresse. Si, sur cette lerre, le sol est fecoad, 
le climat est tout aussi destructeur, et 1 ignorance lui venant en aide, il se produit 
souvent des famines qui font des ravages enormes, s il faut en croire les recits 
qu en font eux-memes les indigenes : 1 esclavage et la famine sontles grandes plaies 
de 1 Afrique. Est-il besoin de faire remarquer que le vetement de Vhomme y est, 
encore plus queses aliments, en rapport avec son dcgre de civilisation, et plutot 
avec la region qu il habitc et les ressources qu il y trouve, qu avec le gout et la pudeur? 
Les peuples arabes berberes et abyssiniens sont les plus et les mieux vetus : 
leurs vetemeiits amples n excluent, encore aujourd hm, ni Telegance m la richesse ; 
les premiers portent le turban et sont a pen pres les seuls de toute 1 Afrique qui 
aicnt la tetc hubiluellement couverte. Les sanvages des regions australcs les plus 

DICT, ENC,. II. ^ 



82 AFR1QUE. 

recuiees, qui out aussi besom de se couviir, se servent surtout de peanx de belos. 
La pagne, diversement tissee, et quelquelbis avec art, est le velement Ires-geniTal 
du negre, doiit les chefs qui ont des rapports avec Ics Europeens ont 1 haLitude 
de se couvrir d ornements pucrils ou ridicules. Mais la grande majorite des peu- 
plades primitives se contentent de recouvrir les parlies sexuelles avec divers tissus. 
Quant a 1 liabitalion, on remarque que les peuples les plus sanvages ne couchent 
nulle part a ciel decouvert, ni en contact immcdiat avec le sol : la Ir-nle tst 1 abrj 
des Iribus nomades; la hutte ou la case, d une forme empruntee, dit-on, a celle 
des montagnes voisincs, est le logement 1 plus general des peuples fixes; la mai- 
sonen bois ou en maconnerie ne se rencontre guere que dans les villes commer- 
ciales ou dc quelque importance. Les constructions phis vastes ou plus splendides 
appartiennent prcsque exclusivement aux villes du Nord. Quant aux monuments, 
on n en voit que des ruines sur les divers theatres de la civilisation disparue. On 
comprend sans peine qu avec de tels elements, toute slatislique des popul tions 
africaines ne peut etre que tres-conjccturale. Ce qu on peut dire, en ab ndonnant 
toute prevention a fixer un chiffre, c est que les decouvertes recentcs qui ontmon- 
tre des coutrecs fertil S et peuplces, la ou Ton croyait a des deserts arides, sonl 
bien propres a modifier les appreciations qui etaienl portees sur la population totale 
de cette partie du monde. Quand on songe aux causes de destruction que repre- 
sentent les guerres inccssantes, les famines, la traite des esclaves, les endemics et 
les epidemics livrdes au fatalisme, il estpermis de lui attribuer aussi line puissant 
s6ve de reproduction. 

Entrant enfin dans le domaine de la pathologic, nous nous bornerons a indiquer 
les maladies endemiques communes a plusieurs regions ou a plusieurs races, et 
qui paraisscnt dependre des conditions generates de mceurs ou de climats, passant 
rapidement sur les autres maladies. Les endemies qui se disputent la suprematie 
sont la dysenteric et la fievre paludeenne. La premiere est plus universelle et moins 
liee a la topographic que la seconde, bien qn elle soit moins repandue a Test et au 
sud, qu au nord et a 1 ouest; les iles et Its hauteurs volcaniques ou- manque la 
fievre et qui passent pour salubres n en sont meme pas exemptes. Elle atteint plus 
egalement aussi toutes les races, bien qu elle soit plus frequente chez les etran- 
gers quecliez les indigenes, chez les blancs que chez les noirs. C est la dysenteric 
qui dcomail aulrefois les bailments negi iers et qui, malgre les soins medicaux les 
mieux entendus, sevit encore sur les transports des engages volontaires partis des 
cotes d Atrique. La slatistique prcsente la cote occidental d Afrique commele point 
des r6giois tropicalcs ou la dysenteric fournit la plus forte proportion de deces 
parmi les troupes europeennes (Boudin). La fievre paludeenne manque sur plusieurs 
points Oii vegne la dysenteric et parait plus qu elle liee a une certaine constitution 
du sol, parliculiercment aux terres palustres ; elle frappe surtout les etrangers et les 
races eurcipeennes ; elle n epargne pas completement les autres rac s, meme les 
noirs, qu; pourlant choisissent souvent des marais pour etablir leurs demeures. 
Le docteur Daikie en a meme vu sur les bords du Niger, pendant les inondations, 
qui. scmbJlables a des animaux ampliibies, continuaient a habiter leurs huttes aux 
deux tiers immerg es. La statistique constate encore que c est aux cotes occiden- 
tales d Afriquc que la fievre paludeenne donne le plus de deces parmi les troupes 
europecnnes des stations colonialcs. C est a cette fievre que succombent aussi la 
plupart d^ explorateurs des regions intcrieures. Apres les fievres et les dysente 
ries, il faut citer les hepatites purulentes, qui sont frequentes et occupent un rang 
eleve dans la morlaiite sur presque tous les points ou regno la dysenlerie. L oph- 



thalmie endemique mcrite 6galoment uue mention, comme maladiouniversellement 
repandue; on 1 accuse partout du nord au sud, del est a 1 ouest et si eile ne cause 
que de rarcs dcces, elle fait pourtant des avei:gl< s et des borgnes en grand 
nombre. L csclavage est la soince la plus leconde de I opbthalmie airicaine. et les 
negricrs out souvent cle le theatre de ses epidemics (Boudin). Qucl qu aU etc, 
dans I antiquile, le berceau de la poste, question que nous n avons pas a exa 
miner id, nous ne pouvons omettre de rapp Jerque c est dans le drl a du Nil, 
et sur les cotes qui en parlent, quVHe a eu ses plus frrquentes et plus terribles 
explosions. La fievrejaune a fait aussi plusieurs apparitions, depuis le second quart 
de ce siecle, sur IPS cotes occidentals, paruissnnt avoir son point de depart aux 
embouchures de la Gambie et de la Sierra-Leone. A-t-dle ete imp irtee, est-.Jle n6e 
spoil tanement? C est encore la une question. La flevrebilieiise grave de Madagascar 
et des iles voisines n est peut-etre aussi qn une maladie du meme genre, moins un 
element etiplogique. Les maladies virulentes ne paraissent pas avoir de racine pro- 
fondc en Afrique; Arago a signale 1 action antagouis e des vents sees du desert sur 
1 absorption des virus. La variole importee fait pourtant de grands ravages pk!6- 
miques sur les iles comme sur le continent ; mais, a la lecture des voyages d ex- 
ploration a 1 interieur, on ne voit pas que son germe presente la force de persis- 
tance et de propagation que devraient lui donner les conditions de mreurs et d hy- 
giene qu il rencontre. La syphilis est, comme la variole, une maladie de loutes les 
races et de tons les climuts; mais, en general, dans les regions tropicales, et en 
particulier chez les negres d Al rique, elle ne presente pas, d apres mon observation 
personnelle, la gravile symptomatique, la duree et la tendance a 1 inlection gene- 
rale qu on lui connait dans les regions temperees; Livingston rapporte que les 
Bechuauas qui ont pris la vcrole sur les cotes, en guerissent naturellement quand 
ils rentrent cbcz eux. Les maladies cutandcs sont moins variees qu en Europe, mais 
la plupart sont endemiques et speciales; 1 elephantiasis et la lepre, communes a 
toutes les races, rares pourtant dans les regions occidentals, sont les plus graves; 
cerlaines affections ulcereuses : crabes, pians, ulceres phagedeniques, sont plus 
particulieres aux races noires; d autres affections eruptives : g^les, bontons, sont 
encore plus locahsees; parmi les maladies parasitaires, le dystome d ligypte, le 
toania solium, le dragonneau, meritent d etre signalees; quant aux accident? pro- 
duits par les animaux nuisibles ou venimeux, ils sont aussi varies que leurs causes. 
L alienation mentale et 1 idiotie, les affections aigue s des poumons et des bronches 
se rencontrent chez les negres (Thevenot) ; eux seuls paraissent sujets a 1 etrange 
affection deuommee hydropisie avecnarcolisme, maladie du sommeil. La phthisic, 
enfin, ne parait ni moins repandue ni moins redoulable sur les iles de 1 Ocean 
indien et dans les regions tropicales du continent, qu elle ne 1 est sur 1& plupr.rt def 
points de la mcme zone dans les autres parties dn monde ; quelque? voyageurf 
disent pourtant ne 1 avoir pas rencontree dans les regions du centre. Quant aux 
regions septentrionales et ausirales, malgre quelques divergences dans les sta- 
tistiques el dans les opinions des auteurs, on peut considerer cette affection comme 
y etant relatrvement rare; nous croyons memo devoir rappeler ici que les climats 
hygieniques recoimus aujourd hui comme les plus efficaces dans les phthisies d Eu- 
rope sont 1 Egypte, TAlgerie, Madere, les Canaries, le Cap. 

Un dernier mot sur 1 acclimutement des races elrangeres sous le ciel africain, 1 
plus inclement peut-etre, pris dans son ensemble, de tous les climats du globe. 
11 est soumis aux regies generales qui regissent I acclimatement dans Jes pays 
chauds (Voy. Accti MATEMEKT) , mais il presente aussi des fails d acclimatement par 



S4 AGALLOGHE. 

ticuliers, qui meritent d etre envisages a un point de vue un pcu different et 
larticulierement pratique. Lcs races syro-arabes, en penetrant dans le nord de 
1 Afrique, ne changeaient pas de zone isotherme et se retrouvaient presque sur 
leur terre, aussi comprend-on qu elles se soient indigenisees avec toute leur 
[Hi! etc, et que leurs nombreux croisements aient reussi el se soient repandus au 
loin. Quelques varietes dumeme type, mais appartenant au rameau indo-europeen, 
bien qu elles ne soient pas pures de melange syro-arabe : les Espagnols, les Portu- 
gais, lesMaltais, dont le site geographique est egalement voisin de 1 Afrique, s ao 
climatent tres-bien aussi sur plusieurs points du littoral et sur les iles, et se 
croisent volontiers avec les indigenes. Mais d autres races de ce meme rameau indo- 
curopeen, plus eloignees en latitude et plus differentes de caracteres physiques: les 
Anglais, les Francais, les Hollandais, se comportent tout autrement, et pourtant 
pas d une maniere scmblable dans toutes les localites. Ainsi, 1 experience a prouve 
a toutes les epoques qu elles ne s implantent pas, du moins par les precedes employes, 
dans la zone scptentrionale, et cette meme experience nous les montre, depuis 
bientot trois siecles, se propageant ou se croisant avec succes dans la zone 
australe. II en est de meme sur les iles volcaniques eloignees des terres, a la Reu 
nion, a Maurice, a Sainte-Helene, ou elles ne meurent pas plus ou meurent moins 
qu cn Europe. Pourquoi cela? Parce que le sol, sur tousces points, different de 
celui du continent tropical ou septentrional, 1 homme n a pas a y subir 1 em- 
poisonnement palustre; et qu a cette Condition, comme le prouvent des faits ana 
logues observes dans d autres regions salubres et meme sur les altitudes dc regions 
dont les terres basses sont insalubrcs, lasante des Europeens, sous le ciel tropical, 
est tout aussi bonne, sinon meilleure, qu en Europe. Toutefois, les diverses 
questions d equilibre entre les naissances ct les morts, d integrite physique et 
morale, de travail de la terre, ne se resolvent pas necessairement comme celle de 
la saute et de la vie, par 1 absence des causes d insalubrite; ce qui fait que 1 accli- 
matemeut absolu de race, n est pas la consequence obligee de I acclimatcment per 
sonnel, dout pourtant il faut tenir compte, a divers points de vue. Sur les cotes 
du continent tropical, pas d acclimatement, meme individual, pour 1 Europeen 
du nord; il ne vit qu a la condition d etre malade, ou n echappe a la maladie et 
a la mort que par immunite personnelle. 

De nos jours, 1 Afrique tend a redevenir, pour bien des esprits enlhousiastes, ce 
qu elle a etc dans 1 antiquite : une terre promise n attendant que les bienfaits de 
la civilisation europeenne pour produire des merveilles. La geographie medicale 
qui met en lumiere les conditions de sante et de maladie, de vie et de mort, 
d extinction et de propagation de race qu y rencontre 1 Europeen, semble bien 
propre a contenir ces aspirations dans des limites plus raisonnables et a faire eviter 
les ecoles du passe. DUTROULA.U. 



(Jean-Noel), article AFIUQOE, in Encyclopddie mdtlwdique. Partie 
medecine, t. \", 1787, in-4. Voyez, en outre, les principaux traites de geographie, parti- 
culierement celui de MALTE-DRUN (dernieres editions) et celui de KARL HITTER : Geographic 
generate compmie (en allemand), traduction frangaise par E. Burat et Ed. Desol. Paris, 
1835-6, in-8 3 vol. Ces trois premiers volumes sont tout entiers consacres a 1 Afrique. - 
Voyez aussi, en ce qui conccrne 1 Afrique centrale, les relations des voyages de Mungo-Parck, 
du major Denliam, du docteur Oudeney, du capitaine Clapperton, des freres Lander, de 
Caille et de Raffenel, de Richardson, d Overweg, de Henri Earth, et, en dernier lieu, celle 
du voyage de John Honning Speke, aux sources du Nil. 

AGALLOCHE. On a donne ce nom, ou encore celui A Agallochon, Agalugen, 
Agalugin, a plusieurs especesde bois employes en medecine : 



AGARIC. 85 

1 A celui de quclques avbustcs do la famille des Aquilarinees, notamment a 
I Aquilaria Agallocha (voy. AQUILARIA, GAIIO, Bois D ALOES et CALAMBAC). 

2 A une plante de la famille des Legumineuses, \Aloexylum A jallochum do 
Loureiro (voy. ALOEXYLUM). 

3 A un arbuste de la famille des Euphorbiacees, V Excxcaria Agallocha (vmj. 
EXC&CARIA et STILLINGIA. Peut-etre \audrait-il mieux ne plus considerer actuellc- 
mentcomme Bois d Agalloche que celui de cette derniere espece,reservant pourles 
preccdentes les noms de Bois d Aigle, d Aloes, etc. 

4 Roxburgh a encore considers comme un faux Bois d Agalloche celui du Mi- 
chelia Tsjampaca, arbre de la famille des Anonacees (voy. MICHELIA). H. Bis. 

PHARMACOLOGIE. D apres Rumphius, le Bois d Agalloche vient des Indes. Le 
nom d Excxcaria (Arbor excxcans) lui aiirait etc donne de ce que des matclots 
europeens envoyes dans des forets pour couper du bois auraient recu sur le visage le 
lait qui jaillissait de ces arbres; ils en ressentirent des douleurs atroces, ct 
quelques-uns perdirent la vue. En effet, le sue blanc laiteux de YExcxcaria Agal 
locha est acre, resineux; il est analogue a celui des Euphorbiacees. Le bois consli- 
tue le Faux Calambac, une des trois especes de bois d Aloes; il est dur, pesant, 
tres-resineux, brun rougeatre jaspe de noir ; son odeur, tres-aromatique, rappcllo 
celle de la myrrhe et de la resine elemi melees; il est employe en ebenisteric, en 
marqueterie et en parfumerie. Les Anglais 1 ont present contre la goutte et le 
rhumatisme ; on 1 a conseille comme anthelminthique et stupefiant : il est inusite 
aiijourd hui. Le bois d Aloes entrait autrelbis dans I opiat de Salomon, la confec 
tion alkermes, etc. 0. B.EVEIL. 

AGADIES, Voy. ACOTVLEDONES. 



AGARIC, Agaricus Linn, et Fries, ( Aya/otxov, espece de champignon, sans 
doute de Polypore, que les Grecs tiraient d Agaria, ville de Sarmatie, d apros 
Dioscoride) . II est remarquable que la meilleure qualite d agaric officinal (Polyporus 
Lands, Dub.) se tire encore aujourd hui de Gircassie (partie de 1 ancienne Sar 
matie). Le genre AGARICUS, tel que nous 1 etablissons ci-apres (Voy. AGARI- 
CINEES,P. 130), sous 1 autorite de Fries, se limite surtout par Texclusion des groupes 
naturels et Men caracterises qui forment aulour de lui les 20 genres dont nous 
donnerons les caracteristiques (p. 128). Tel qu il reste constitue maintenant, ce 
genre est evidemment provisoire et attend que le perlectionnement de 1 observa- 
tion permette un demembrement plus complet. En effet, il n a gueres aujourd hui 
que des caracteres negatifs, et il reste encore le plus nombreux en especes, puisque, 
deja demembre, il compte encore dans VEpicrisis de Fries (catalogue le moins in- 
complet) 920 especes auxquelles il faut ajouter une centaine d especes decrites 
depuis (je ne parle que de 1 Europe) et plusieurs centaines non encore decrites. De 
la la necessite de nombreuses subdivisions. 

Cependant quelques esprits, surpris de cette fecondite qu ils ne soupconnaient 
peut-etre pas, et regrettant 1 ancienne pauvrete de la flore mycologique, qu ils 
appelleraient volontiers simplicite, pretendraient-ils que, dans un article de ce 
genre, meme pour un ouvragequi a titre encydopedique, on dut s abstenir de ces 
nouveautes et se tenir pour satisfait de 1 enumeration des 50 a 40 especes \ulgai- 
rement tenues comme formant tout le bagage du parfuit mycologiste au point de 
vr.e comestible ou veneneux? Mais, suivant nous, c est eoimne si on se declarait 
satisfait des sinistres qui chaque annee viennent attrister le public et prouver 



86 AGARIC 

I impuissance du petit et faux savoir qu on vent retenir, etqne, dans I Stat actnel 
de nos connaissances, nous regardons comme plus nuisible qu utile. Si on croyait 
cette demi-science, telle espece (Ag. melleus, par exemple) serait, snivant les ca 
prices du sort, tantot toxique, tantot alimentaire! Nous nous refusons absolument, 
avant positive demonstration contraire, a arlmettre de telles etrangeles ; et, la de 
monstration non-seulement n a pas ete faite, mais a peine si je la crois possible 
aujourd hui, tant les caracteres propres a chaque espece sont encore mal determines 
pour certains groupes. Une explication bien plus legitime, quelquefois certaine, 
rend parfaitement compte des fails allegues : c est la tendance naturelle qui p rte 
le connaisseur-amateur a faire rentrer tout agaric qu il recolte dans les quelques 
especes qu il croit connailre. Les debiles descriptions des Roques, des Dupuis, 
des Noulet et Dassier, etc., sont la pour dire si Ton connalt des especes decrites 
d tine facon si illnsoire. Avec de tels guides, 1 amateur declarera, en conscience, 
varied toute forme nouvelle qu il distinguera, flattant, par cette diagnose com- 
plaisante, sa vanite autant que sa paresse. Nous avons ete plusieurs fois temoin de 
ces determinations fantas iqiies. De la les nombreuses erreurs de gens qui pretendent 
s etre empoisonues avec des AGARICUS campestris, des mousserons. etc.; de la les 
nombreuses incertitudes acluelles de la science. D un autre cole", de pretendues 
Instructions pour distinguer les especes toxiques des especes comestibles mettent, 
pour ainsi dire, a la portee de tout le monde (et en les aggravant beaucoup) 1 erreur, 
la confusion et le peril, que les livres precites reservaient au connaisseur-amateur! 
Pourtant de si vaines Instructions seraient accueillies par une incredulite et une 
inattention generates, si, transportant leur insoutenable precede dans d autres bran 
ches des connaissances humaines, ellcs pretendaient faire discerner egalement par 
des caracteres generaux : en cliimie, les sels veneneux des sels inoflensifs ; en 
zoologie, les animaux nuisibles de ceux qui sont utiles ; en botanique, les plia- 
nerogames toxiques de ceux qni sont alimenbires ou innocents; maisle sens dela 
flore mycologique fait tellement defaut que la meme pretention a toujours plein 
succes quand elle s exercesur cette flore : les journaux, meme scienlifiques, lui 
pretenl leur publicite; et j usque dans les regions officielles de tels paradoxes ont 
trouve de 1 ecfio ! 

Nous croyons que, pour degager 1 hygicne publique et privee du danger qiie lui 
font courir ces lausses idces sur la creation mycologique, il faiit changer la methode 
de vulgarisation et ne plus bercer le public du vain espoir d une diagnose facile; 
c est la science qu il faut vulgaiiser etnon la cueillette. Quand les medecins auront 
une idee exacte de la myiologie, eux qui sont repandus, dislribues, pour ainsi 
dire, sur le territoire, ils seront les guides nafurels du pul lie. 11 faut done, ici 
comme ailleurs, s adresser A abord a la methode scientifique, donner au medecin 
un cadre dans lequel les descriptions succinctcs d un nombre suflisant d especes, 
types des groupes les plus circonscrits, jalonneront le vaste champ des Agarics, 
et montreiont, par rexenijile, comment se decril, se determine et se classe une 
espece. Alors cliaqne medecin, possedant la methode et le langage myculo^ique 
(Voij. pour ce langage, p. Ill), pourra facilcment dessiner, decrire et classer lui- 
meme les especes comestibles, veneneuses, rcm;irquab!es, de sa localite, et nos 
connaissances hygieniques et toxicologiques tonchanl le genre AcAKiccset les genres 
circonvoisins sortiron. des inextricables contradictions ou elles sont aujourd hui. 
C esS le but que nous nous proposons d ns ce travail. C est pour 1 atteindre plus 
facilement que nous ne donnerons pas toujours carriere a nos sympathies pour la 
methode naturelle pure, que nous 1 abandonnerons quelquefois quand elle sera en 



AGARIC 87 

presence de quflques roupures artificielles, mais plus commodes pour se recon- 
naitre dans le dedale des especes. C est ainsi que, guides par Flies et avcc M. de 
Seynes, nous diviserons d ubord les AGARICS en deux grandes series, suivaiit que 
leurs spores sont blanches ou colorces. Selon nous, pourtant, cette division est 
toute artificielle; cenx qui, dans ce travail, etudieront avec soin ces deux series 
le reconnaitront facilemf-nt ; mais on retire de cette coupure deux avantages prati 
ques considerables : c est, d une part, d avoir d abord a se determiner sans hesitation 
pour 1 une ou 1 autre serie; ensuite, et surtout, parce que les sous-genres, dans 
chaque serie, pour ainsi dire coupes en deux par cette premiere division, sont moins 
nombreux en especes et par suite plus facilement limites, determines et subdivises. 

Nous aurons done : 

l re Serie. AG. LEUCOSPORES. Agarics a spores blanches ou blancMtres, je 
veux dire blanches ou tres-legerement ombrees ou tres-faiblement teintees de jaune 
ou d orange (a peine couleur de la creme) . Celles memes qui sont faiblement teintees 
de rose (comme les pales petales d une rose the) doivent etre renvoyees a 1 autre serie. 

2 e s*rie. AG. COROMOSPORES.. Agarics a spores colorees en rose, rou- 
geatre, violace; ocre, fauve, biun, ferrugineux; fuligineux, noir-pourpre ou noir 
(voy. p. 107 et surtout 1 art. CIIROMOSPORE). 

Dans nos .descriptions nous acceplbns presque constamment la nomenclature 
adoptee par Fries dans son Epicrisis; nous ne cilerons communement que les 
planches de Bulliard et celles de Paulet, les plus communes en France. Nous adopte- 
rons quclqucs abreviations usilees ou trcs-faciles; ainsi : R. = rare; RR. tres- 
rare, etc.; de meme, AC. = assez commun; G. = commun; CC. tres-com- 
mun, etc. D. indique le diametre du cbapoau et d. celui du stipe; r. la distance 
du centre du disque au pourtour; T. est la taille du champignon dans son ensem 
ble et en place; h. la hauteur du stipe en comprenant la par tie hypogee; quand 
1 importance de celle-ci 1 exige, on ecrira deux nombres joints par le signe -+-, le 
premier pour la par tie aerienne, le second pour la portion hypogee ; 1. la largeur de 
la lame. Les chiffres qui suivent ces lettres indiquent les dimensions (en centi 
metres = c. et fraction decimals du c. pris comme unite) des individus moyens 
et paraissant normalement developpes; ou a rapproche ces mesures pour que 1 oeil 
saisisse plus facilement leurs rapports qui importent surtout. (Voy. 1 article AGARI- 
CINEES pour tout ce qui conrerne 1 anntomie descriptive et son langage.) 

i re Scrie. Les AG. LEUCOSPORES peuvent etre divises en deux sections fort 
naturelles, suivant riiomogeneite ou rhelerogeneite du tissu du stipe, compare a 
celui de 1 hymenophore. 

I re SECTION. LEUCOSPORES HOMOGENES. Stipe charnu ou fibreux, epa- 
nouissant son tissu dans rhymenopliore, de sorte qu il y a continuity de 1 un a 
1 autre. (On ne comprend guere que 1 illustre maitre Fries, qui a fait sentir 1 im 
portance de cette distinction, dise contiijmis au lieu de continuus?). 11 resultede 
celte continuite qu on ne peut les separer que par une dechirure irreguliere, une 
laceration manifeste. Une coupe du champignon, selon 1 axe du stipe (coupe tres- 
importante pour 1 etude et que Ton ne doit jamais omettre dans les dessins), montre 
mauii estement c n tte continuite de tissu et son homogeneile, quoique souvent le tissu 
descendu dans le stipe se tasse pour en former les coucbes corlicales; mais ces 
transitions se font progress! vement du rhapeau au stipe et du premier oge a 1 age 
adulte. Cette premiere SECTION coinp:end quatre sous-genres : I. Les Armilia- 
ria, caraclerises par leur collier (quelques especes (4), que leur collier a fait reu- 
nir artiiiciellement aux Armiltaria, appartiennent vraiment a la seconde SECTION); 



88 AGARIC. 

II. JesTrfoholoma, entierement charnus, a lames sinuees (arrondies ou emar- 
ginees) ; HI. les ClHocybes, a stipe fibreux et a lames decurrentes non sinuees; 
IV. les Pleurotes, le plus souvent epiphytes, a chapeau irregulier (excentrique 
ou dimidie). (Voy. p. 103, les LEUCOSPORES HETEROGENES.) 

I. Armiilaria (armilla, collier). Lcucospores, le plus souvent a tissu homo- 
gene; collier manileste (quelquefois cortine) forme, le plus souvent, p.ir un 
velum mixte; hymenophore continu avec le stipe dont la surface est plucheuse 
ou squameuse au-dessous du collier. Lames sinuees par derriere ou decurrentes. 
Voile general manquant ou constituant sur le chapeau, des pluches, des squames 
eparses, et non une volve continue. (Fries estime ce sous-genre peu naturel. II 
renferme, en effet, des formes qui appartiennent aux sous-genres suivants, et 
notamment aux Collybiees de la seconde SECTION ; mais la presence du collier per- 
sistantou caduc les reunit facilement.) Suivant leurs formes et leur tissu, les 
Armillaria se divisent en trois groupes. 

a. Tricholomates subannules. lames sinuees adnexees, chapeau charnu 
ainsi que le stipe homogene et plein; epiges. Exemple : 

1. Ac. ARMILL. scRUposus,Paul, t. 51, f. 24. Chapeau epais, charnu, convexe, 
ohtus, enfinetale; surface glabre, inegale par des rides contournees, brunatre; 
chair blanche et ferme. ,Stipe egal, charnu, plein, ferme, attenue en has et radi- 
cant, concolore au chapeau, ou blanchatre, muni d un anneau superieur blanc et 
fugace. Lames blanchatres, rapprochees, sinuees, atlenantes. Odeur et saveur de 
farine recente, agreables. Edule et estime. D. 5 c; h. 5 c., d. 0,8 c. Epige. 
Dans les paturages du midi de la France. 

b. Clitocybies annules: lames egalement attenuees vers le stipe, adnees- 
decurrentes; stipe homogene , a interieur spongieux elastique et exterieurement 
cartonne, la plupart en touffe. Exemples : 

2. Ao. ARMILL. MELLEUS, Fr.; Annularius de Bull.,- t. 377 et 540. Chapeau 
charnu, convexe, puisaplani, fibrilleux, ou parseme de petites squames pileuses 
visibles surtout sur le disque, rarement effacees, a marge mince, substiiee. Les 
nuances diverses du miel fin au gros miel donnent une bonne idee des teintes 
qu il revet ;il sefonceen vieillissant. Stipelong, rempli, cartonne exterieurement, 
spongieux en dedans, elastique, fibrilleux, plus ou moins concolore avec le chapeau, 
ceint en haut par un collier mixte, floconneux, membraneux , ordinairement 
ferme et droit. Lames adnees a dents decurrentes, subdistantes, pales, puis fari- 
neuses, blanchatres, enfm maculees, liserees de brun sur leurs bords. Spores, en 
masse bien blanche ; sous le microscope, ovees , lisses, avec un indice de style. 
Odeur fade, saveur styptique et desagreable; passe pour veneneux aux environs de 
Paris. D. 5-15 c., T. 7-20 c., h. 8-16, c., d. 1-2 c. 1. 0,5 ale. Solitaire sur 
les feuilles, ou, plus souvent, sur les troncs en touffes nombreuses, pressees 
et adnees. CCC. 

NOTA. Ce champignon est tres-variable dans ses formes, grandeurs et couleurs. 
Le plus souvent, odeur desagreable, saveur styptique, mais qui disparait par la 
cuisson. 

II a ete longtemps donne pour veneneux (Paulet, Persoon, Duby, Roques, etc.). 
II est certain que cet agaric entre dans la consommation journaliere des paysans 
dans les C6vennes et ailleurs. II n est point delicat, mais il est inoffensif etantcuit. 
Cependant, comme il est tres-proteiforme, que des especes fort voisines se fondent 
en serie avec ses propres varietes, qu il n est pas absolument certain que notre 
caracteristique ne s applique qu a une espece bien une et etroitement determinee 



AGARIC. 

(quelques differences dans la torme des spores que j ai trouvees ovoi des chez les 
uns , globuleuses chez les autres , autorise ce doute) , il sera sage , pour ce 
champignon comme pour quelques autres que nous signalerons, d essayer avec 
prudence les varietes qui sont propres a chaque localite. Le stipe trop coriacc 
doit etre rejete. 

Autour du MELLEUS se groupent, entre autres especes fort voisines : 

3. ARMILL. GRISEO-FUSCUS, DC., qui s en distingue surtout par la surface de son 
chapeau lisse, un peu soyeuse, sans ecaille ni ponctuation, d une couleur fauve 
tres-pale sur la marge, des lames blanches decurrentes a bord convexe. 

4. ARMILL. MORIO (Batt. t. 10, f. F. Paul. t. 144. f. 1-7), par son chapeau 
un peu visqueux, ses lames un pen- plus distantes. Midi de la France, principalc- 
ment sur les muriers. 

c. Collybies annules, troisieme groupe d Armillaires. Us se rapprochent 
des Collybes par leur forme, leurs lames plutot adnexees que decurrentes, le stipe 
subcartilagineux exterieuremerit. Exemple : 

5. Ac. ARMILL. COLL. JIUCIDUS, Schrad. et Fr. Blanc ou blanchatre. Chapeau 
mince presque translucide , hemispherique, puis etendu obtus, a rides rayon- 
nantes, couvertd un enduit glutineux epais et tenace, blanchatre, souvent ombre ou 
term; marge fmement striee. Stipe rempli, rigide, mince, epaissi vers le has (d. 
en haul 4 a 5 mm ., en has 9 a 10 """.), glabre, blane ; collier blanc, supi rieur 
et ascendant, a surface hymeniale sillonnee, a limbe redressc, gonfle. Lames ar- 
rondics adnexees, a stries decurrentes, distantes, bien blanches (jaunies quelque- 
fois par 1 iiwasion d une mucedinee). Inodore. Edule, selon Chevalier. D. 4a8 
alOc.,T. 4a8c. Epiphyte, plutot en toufl e, quelquefois solitaire, sur le tronc 
de hetreslanguissants. CG. dans le Nord. 

II. Tricholoma (Opiyjs, cheveux, l&y.a, marge; marge fibrilleuse). Leucospores 
homogenes a voile efiace ou seulement iloconneux ou fibrilleux adherent aupourtour 
du chapeau charnu, jamais vraiment ombilique, encore moins infundibule; stipe 
charnu, non muni d une couche externe cartonnee (si ce n est peut-etre dans les 
ilerniers de la serie, termes de transition), contiuu avec 1 hymenophore ; lames 
sinuees en arriere (vers le stipe) . Epiges : (les epiphytes correspondants doivent 
etre cherches parmi les Pleurotes). 

Ce sous-genre, tres-vaste, reunit la plupartdes LEUCOSPOBES les plus grands et 
les plusremarquables. Us different des Clitocybes par leur voile dont ils portent 
encore quelques traces, par leur slipe decidement solide, charnu ou fibro-charnu , 
peu ou pas spongieux, sans ecorce cartonnee; par la forme en disque autour de la- 
quelle gravite leur chapeau adulte, et enfin, pour toutes les especes intermediaries, 
equivoques, et en petit nombre, par des lames toujours primitivement sinuees, 
adnees ou sub-decurrentes, mais non egalement attenuees aux deux extremiles ct 
presentant toujours une rainure ou une gorge vers leur terminaison centrale. Ils se 
distinguent des Collybia surtout par le stipe heterogene de ceux-ci fortement 
cartonne exterieurement ou cartilagineux (excepte TULLUS, PLATYPH\LLUS). D ail- 
leurs 1 examen des groupes tres-naturels de ce sous-genre facilitera sa determina 
tion. On doit surtout etudier avec soinla constitution anatomique du tegument du 
chapeau, selon qu elle est visqueuse (dessechee par uu temps sec), fibrilleuse, 
squameuse, soyeuse ou gouttee (marquee degouttes), lisse et im bue,ou tout a fait 
hygrophane. Fries declare ne connaitre, dans les Tricholoma, aucune espece vrai 
ment veneneuse (Monographia hymenomyc. Suecix, p. 49), peu de suspectes 
telles que SAPONACEUS ; mais les spongieux et les hygrophanes mous c.t insipides 



90 AGARIC. 

soul i pcine edules. Pour faciliter la recherche, nous diviserons les sept groupes 
en deux series a et p, d ailleurs tres-naturelles. 

. Premiere strie des Trictio/oma. Voile general repre sente par des fibrilles adne"es sur le 
tegument, el souvent effacees; libres non detachces, mais Iace r6es et constituant sur la sur 
face du chapcau, quelquefois visqueux, un fibril leux irine ou vergetures fibril leuses. ou des 
pluches, des squames; mais chapeau d abord non lisse, non imbu, chair ne s imbibunt pas 
facilement. 

A. Tricholomata limacina. Tegument du chapeau humide-visqueiu, 
souvent vergete, ou rarement granule, avec fibrilles ou squamules innees, souvent 
a peine distinctes, mais non lacerees. Chapeau vraiment ferme et charnu, a 
pourtour presque constamment mi. Stipe plein et plus ou moins vetu. 

On pent diviser ce groupe en deux sections, 

* Lames ne changeant pas naturellement de couleur en vieillissant, ne devenant pas 
rousses. Exemples : 

6. An. TRICII. EQUESTRIS, Lim. Schaff. t. 41. Chapeau rompacte, charnu, 
megal, convexe, puis plan, tres-obtus, flexueux, cambre, mais intact (non lacere), 
glabre, visqueux; marge nue, cendreeoud unjaune roussatre; les squames innees 
du disque visqueux devenant rousses plus obscures. Ch;iir paisse, blanche. Stipe 
bien charnu, plein, le plus souvent obese, i erme, squamuleux, sulfure (var. blan- 
chatre?) en dessus, blanc en dedans. Lames emarginees ou arrondies, a peine 
adnexces, larges, plutot ventrues, rapprochees , sulfurees. Orfewrnulle, saveur 
agreable ; sans doute edule (Fr.); stature generale epqisse, robuste. D. 8-12 c. ; 
h. et d. 2,5-3 c. (mais il existe des varietes a stipe allonge et chapeau moins 
charnu, moins vaste). R. en France? dans les forets de pins. Tardif. 

7. Ac. TRICH. SPERMATI us, Paul. t. 45, f. 1-3. Blanc. Chapeau plutot charnu, 
convexe puis etendu, obtus et cambre, glabre visqueux (ou verni) , marge mem- 
braneuse ondulee, d abord nue et entiere (?). Stipe allonge, de plein devient cave, 
contourne, lisse. Lames egalement sinuees, plutot distantes, molles, erodces. 
Odeur vireuse, penetrante, le distingue de COLOMBETTA. Suspecte (Paulet). Cou 
leur blanc fixe. D. et T. 8 ; c. d. 1 ,5 a 2 c. Dans les bois. 

* Lames changeant de couleur, le plus souvent se maculant de roux, de rouille, etc, 
Exemples : 

8. AG. TRICH. KUSSULA, Schaff., t. 58, Letellier, t. 616. Chapeau charnu, 
obtus, de convexe deprime, visqueux, squameux ou granuleux, marge a bords 
inflecbis puis etales, cambies. Stipe plein, I erme, presque egal, blanc tachede rose, 
squamuleux en haul. Lames un peu arrondies, puis subdecurrentes, subdistantes; 
lames et lamellules presque egalement attenuees a leurs deux extremites; bien 
blanches, puis submacules, devenant rouge quand on les froisse; lamellules en petit 
nombre (de la son nom), mais les squames roses ne peuvent etre conibiidues avec 
la pellicule des Russules. Couleur rose, quelquefois mouchetee, s eclaircit sur hi 
marge, ensuile plus ou moins maculee de jaune. Odeur et saveur agreables. Edule 
D. 10-12 c ; h. 4-8 c., d. 2 c. Dans les bois. R. 

9. AG. TRICH. FIUJMENTACECS, Bull. t. 57 1 , f. 1 . Chapeau charnu, obtus, convexe, 
puis aplani et deprime, visqueux ou sec, snivant le temps, lisse, glabre, pale ou 
tres-legerement tcinte d orange terne, argilaee, se riol ,nt de roux. Stipe plein, 
egal, comme tibrilleux, blanch;\l;e riole ou mouchete de roux. Lames arrondies, 
plutot ropprochees et larges, blanches, puis se maculant de roux. Odeur et saveur 
agrcalles de larine recente. Edule. D. 5-8 c. ; T. 8 c. ; d. 12 c. Solitaire ou en 
petit groupe dans les bois. R. 

B. Tri(holomata flocculosa, CutisduCluipeau sec, jamais visqueux, mais 



AGARIC. 91 

se separant, se lacrant en squames plucheuscs ou fibrilleuses et absorbant mal 
1 humidite. Chapeau cbarnu, plutot mou, non Iiygroiihane ; marge d abord en- 
rouJee sublonienleuse. (Ne pas prendre les restes d un voile pour les iibrilles r&- 
sultant du cutis lacere caracterisant ce groupe) . Odeur nulle ou non desagreable. 
Stipe fibroso-charnu, vctu. 

* Lames ne changeant pas, ne devenant ni rousses, ni maculees, ni liserees. Exemple : 

10 Ac. TRICII. COLOMBETTA, Fr. Letcll., t. 625. Krombh. t. 25, f. 6,7. Blanc; 
chapeau cbarnu ove-bossele, ensuite aplani, flexueux, rigidc, d abord glalre, ensuite 
fibreux, soyeux, lisse ou finement squamuleux. ou gerce ; marge d abord enroulee, 
tomenteuse dans une sous-espece, nue dans une autre. Stipe plein, robuste, non 
elastique, irregulier, inegalement fibro-strie, presque glalre. Lames subemargi- 
nees presque libres, a dents decurrentes, bords erodes, constamnieut tres-blanches. 
Quelquefois stipe difforme, bossele, attenue-radicant. En devenant vieux, le cha 
peau et le stipe se riolent, se cbinent, se maculent de teintes violacees, rousses 
au pied. Odeur et saveur presque nulles. Edule. D. 4 jusqu a 10 c. ; T. jusqu a 

5 a 10 c. ; d. 2 a 2,5 c. ; 1. 0,7 a 1 . c. Dans les bois. 



* Lames devenant rousses ou cendrees, a bords devenant ordinairement roux ou macules 
de noir. Exemple : 

11. Ac. TRICH. TERREUS, Schaaff. f. 64. Paul. 116. Chapeau charnu plntot 
mince, fragile, sec, de campanule etendu, umbone ; cutis drape, couvert de sqnames 
pelucheuses, fibrilleuses obscures, innees. Pins grand et recourbe, cambre, squa- 
meux-pelncheux, surtout sur la marge; ou pins petit, ponctue de papilles pelu 
cheuses a marge indeihie, presque mie. Chapeau gris plus fonc6 au centre, 
quelquefois teinte de bleuatre, de roux (Bull. 513, 1 . 1 2), on livide. Stipe d abord 
rempli, rarement cave, plutot egal, blanchatre, charge de fibrillesa|ipliquees, lis-r, 
finement pruine en haut. Chair blanche, scissile. Lames subcrenelees , discor- 
dantes, subdislantes, d un blanc toiirnant au gris, emarginees, adnexecs et a dents 
decurrentes. Une variete nuance bientot sa marge et ses lames de jaune-orange; 
une autre a les lames et souvent aussi le chapeau tout blancs (Bull. 4>23, 1. 1). D. 
3-4 jusqu a 9 c. ; T. 5 a 12 c.; d. la 1,5 c., 1. 0,8 c. En troupe ou en touffe, plus 
rarement solitaire, dans les champs et les biis surtont de pins, en automne. 

C. Tricholomata rigida. Sur le chapeau cutis ri^ide, ponctue-granule; 
ou, etant sec, par 1 ecartement et la rupture des fibres du cutis, squames fibreuses, 
glabres ou fines lanieres fibreuses adherentes, non visqueuses, exceptionnellement 
molles-tomenteuses. Chapeau rigide, dur dans les compactes,le pl.is souvent carti- 
lagineux, tres-fragile quand il est mince, a marge presque conslamment nue. On 
rencontre souvent, sur les plus pclits et les plus jeunes, des fibiilles, restsdu 
voile et non de la cuticule qui, chez les jeunes, n est pas encore separee etiompue. 
Odeur souvent desagreable. 

* Lames blanches ou blanchatres, pales, ni rousses cendrfies, ni macule es de roux ou de 
noir. Exemples : 

12. AG. TRICH. SAPONACEUS, Fr. Bull. t. 602. Odorant. Chapcan plutot com- 
pacte, de convcxe aplani, disque obtus puis meplat, sec, glabre, ensuite par ecar- 
tement et rupture de fibres du cutis, ponctue de squamules unices, marge d abord 
nue. Stipe plein, inegal, subradicant. Lames emarginees a crochet, distantes, 
minces a bord uni, pales ou blafaides (quelquefois se nuancant de verdatre envieil- 
lissant). Coulenr du chapeau tres-variable, blanchatre, ceiuhe, livide, jaune ver 
datre, noiratre, non rouge, mais souvent raacule de rouge ; la chair blanchatre 



92 AGARIC. 

rongit elant rompue ; le stipe, tantot glabre, tanlot charge dc squamulcs on de 
meches uoiratres appliqvu es, peu regulier, souvent courbe. Odeur tres-caracte- 
risliquc, debile, de savon commc la couleur. II y a des varietes a stipe. et lames 
jaunissantes. D. 5 a 11 c. ; T. 5 a 9 c. ; d. 1 a 1,5. 

13. Ac. TRICH. CARTILAGINEUS, Bull. 589 f. 2. Recoil sa caracteristique prin- 
cipalc du fin et serre granule noir qui assombrit tout a fait le fond du chapeaii 
rigide, de la blancheur de son stipe poli, subriole, et de scs lames rapprochees, 
tenues, emargmees, ensuite ombrees, mais nettes. 

* Lames changeant de couleur en devenant cendrees ou rousses, plus ordinairement ma- 
culces de roux ou de noir. 

D. Tricholomata sericilla. Surface sans cutis distinct, d abord plus oa 
moins soyeuse, bientot glabre et tres-seche, jamais visqueuse, sans squamcs dis- 
tinctes. Chapeau plutot mince, quoique opaque; il s imbibe, mais sa chair reste 
concolore aux lames, il n est pas hygrophane. Stipe charnu, fibreux, cc qui 
difierencieles plus petits des Collybes. 

* Odeur forte ; lames larges, plutot e paisses et ecartees, odeur penetrante se rapprocliant 
du srringat (Pliiladclphus) , mais plus souvent de sapreable. Ce groupe est suspecte ct no 
pourrait servir d aliment qu apres experimental ion. Exemples : 

14. AG. TRFCH. SULFUREUS, Bull. t. 168. Chapeau charnu, d abord globuleux, 
puis convexe, aplani, un pcu umbonc, cnfin deprime, d abord soyeux, bientot 
glabre, lisse. S^perempli, plutot egal, souvent courbe, glabre, mais finementstrie. 
Lames un pen epaisses, arquees, atlenuecs, adnexoes, emarginees, avec une petite 
dent, ecartees. Couleur sulf ureuse, souvent teinteede fauve ou de roux; chair con 
colore, lames nettement sulfureuses. Odeur penetrante, fetide. D. et II. jusqu a 
10 c., d. 1 c. Dans les forets ; agrege ou solitaire. R. 

15. Ac. TRICH. BUFONIUS, Bull. 54-5, f. 2. Espece fort voisine, se distingue pnr 
son chapeau plus obscur, granuleux; un stipe pelucheux; des lames plus rappro 
chees et plus pales. 

* Inodores; lames tenues, rapprochees, etroites; especes inodores et moindres ; rares, mais 
distinguees. Exemples: 

16. Ac. TRICH. CHRYSENTERUS, Bull. t. 556. 

17. AG. TRICH. IONIDES, Bull. 533, f. 3. 

18. AG. TRICH. CARNEUS, Bull. 533, f. 1. 

/?. Seconde serie des Triclwloma. Voile general represents par une couche separable, bientot 
pulverulente et lugace. Chapeau imbu par un temps pluvious, glabre, ne presente pins de 
meche pelucheuse, de squames dues aux lacerations des fibres, rarement meme des strics 
fibrilleuses, mais seulementune pulverulence (non toujoursbien distincte) dans la premiere 
enl ance. Chair molle, spongieuse ou tres-mince et aqueuse , tissu buvard, hygrophane. 
Stipe fibreux a 1 exterieur, en dedans spongieux ou cave. 

E. Tricholomata guttata. Chapeau charnu, fragile, souvent goutte (mou- 
chete), ou etant sec, ride-rigole; stipe plein, ferme ; espece printauiere comme 
la morille, devenant rare en ete, en troupe, bande ou touffe; odeur pene 
trante aromatique, surtout etant sec; tous excellents champignons comestibles 
(vulgairement mousserons), mais assez rares, chaque espece ayant une region de- 
terminee. 

* Lames palissant (se nuangant de jaune), spores oblongues, blanches. Exemples : 

19. AG. TRICH. ALBELLUS , Fr. Paul. 95 f. 1-8. Chapeau d ovoide ondule, 
etendu, bossele,a disque epais. Surface imbue s il est encore jeune eten bon etat, 
tachetee de squamules ; d abord blanc, il se ternit et tourne au gris iiiuve en se- 



AbAlUU 



93 



chant; marge mince, d abord fortement repliee, nue; stipe plcin, compacte, 
court, cylindrique en haul et tumefie, ovc en has, fibro-strie, Wane ; lames blanches 
a bord lissc, rapprochees ; d abord etroites, pois assez larges ; attenuees en arriere et 
adnexees par une pelite dent, elles s elargissenten avant. Spores oblongucs, blanches. 
Mousseron de Pers. dc Paulet (aromaticus de Pioques). Edule. D. 8 ; T. 5 a 6 c., 
d. en bautl,2al,5c. ; en has 2,5a 5c. Solitaire ou groupe. Dans Icsbois. Avril. 

20. Ac. TRICH. GEORGII, L. So distingue par son cutis, sec, mon, tonientcux 
(non goutte) ; sa marge lisse, nue; stipe plein, obese, subventrn, fibrilleux; 
lames attenuees, adnexees, rapprochees, d abord lineaires, puis plus larges en 
arriere, a bord ondule; d un blanc pale. Mousseron de ViUadini. Edule. D. 2 c. 
Dans les bois. Avril. 

21. AG. TRICH. GAMBOSUS, Fr. Se distingue dcs deux precedents : par son 
chapeau imbu, se maculant d un nombi oux goutte plus sombre, enlin i endille, 
couleur de peau de chamois pale, a marge d abord tres-enroulee ct tomcnteusc ; 

- par son stipe egal et villeux en haul ; par ses lames ventrues, emarginees, 
aduex-eesavec une dent decurrente, rapprochees et blanchatres-jaunissantes. D. lOc. ; 
h. 5 a 6c.; d. 2 a 5 c. 

" Lames devenant rousses ou fuligincuses, spores arrondies, d un blanc sale. Exemplcs : 

22. Ao. TRICH. GRAVEOLENS, Pers. Mousseron de Bull. t. 142, de Paulet, t 94. t. 
5 et 6. Chapeau cliarnu, compete, hemispherique, puis convcxc, aplani, sou- 
vent bossele, flexueux, glabre, lissc, non gnnUi -, mais rhml sec, rigole ; marge 
Jissc. Stipe plein, ferine, c gal, fibrilleux; orange clair rabattu, se ternissant de 
plus en plus, fuligineux ou devenant gris ccndre en sechant. Lames arquees, 
adnexees, pressees, lenues, dc blanchatres fuligineuses. Odeur penetrante, saveur 
bonne. Edule. D. et T. 6-7 c. ; h. 4, d. 1,2 a 1, 5 c. Precocc; dans les bois. R. 

23. AG. TRICH. AMETHYSTINUS, Scop. ; Paulet 95 f. 9-11. Se distingue du pre 
cedent surtout par ses macules violacces, gorge de pigeon ; sa marge plus pale 
subrugueuse< Edule. 

24. Ac. TRicii. TIGRINUS, Schaff., t. 89. Se distingue par les larges et irregu- 
lieres macules squamulees ct noircs de sa surface iendillce ; sa marge lisse ct son 
stipe trapu, tumelie a la base, subpruine. (Ne pas confondre avec le TIGRINUS de 
Bulliard qui est un MARASM1US). Edule. D. et h. 4 a 6 c. ; d. 2 a 5 c. ; 1. 0,5 c. 
Groupe dans les bois de pins. 

25. AG. TRICH. PES CAPR^, Fr. Le moins trapu de ce groupe, se distingue par 
son chapeau d abord conique puis aplani, I endille, sombre, tigre ; son stipe 
allonge jusqu a h. 8 c.; giele, d. 1 a 1,2 c., nu et blanc; par ses lames larges 
jusqu a la 1,2 c. ; meme odeur de farine. Edule. 

F. Tricholomata spongiosa. Le chapeau de compacte bientot spongieux, 
obtus, charim jusque dans la marge, lisse, glabre, s imbibant facilement, alors 
humide, mais ni visqueux ni hygrophane. Stipe encore ferme, fibro-spongieux, se 
dilatant plutot vers la base. Champignons vigoureux, tres-tardil s . Lames vicillies 
imitent les clitocybes par une fausse decurrence, mais elles sont sinuees. Aucune 
de ces especes ne parait veneneuse; toutes, sans doute, pourraient servir d aliment ; 
maisleur chair spongieuse, aqueuse, leur insipidite, leur odeur insignifiante (Cnista 
excepte), ne les recoramandent guere. 

* Chapeau cendre, brun ou grisatre diversement teinte. Exemples : 

26. AG. TRICH. SCHOSUCHERI. Chapeau compacte, chair spongieuse blanche, 
marginelle inflechie. Stipe robuste, obclave, striatule, fibreux exterieurement. 
Lames un pen emarginees, droites, etroites, rapprochees, enfinadaees-decurrenles. 



04 AGARIC. 

D. 7 c. ; b. 8 c., d. 1, 5 a 2 c. Dans les hois; tardif. 

27. Ac. TRICH. ARCUATUS, Bull. 443. Chapeau convexe, aplani, lisse, glabre, 
humide,d ahord compucte, puis mou, spongieux-chaniu ; marge d abord inflechie, 
marginellee, terne, nuancee deroux, brunie vers ledisque, se decoVant parl age 
en chamois terne. Chair bientot molle, liygrophane, d abord blanchatre ternie, en- 
suite jaunatre. Stipe plein, ferrae, spongieuxen dedans, d abord a squames filril- 
leuses, < nsuite mi ; dilate comme bulbeux et pale, terne, noircissant vers le pied. 
Lames etroites, adnees, arrondies avec ou sans dent decurrente ; bord arque, puis 
droit ; bien blanches, i ragiles, s ondulent un peu, ensuite se coucbent. Stature et 
coloration tres-variables (Bull, a mele plusieurs especes voisines). D. 7 c., h. 4 c., 
D. 2, 5 c. Automne ; groupe dans les prairies de gramen. 

** Chapeau, ou vraiment colon* (violace ou orange ombres), ou blanc. Examples : 

28. Ac. TRICH. ACERBUS, Bull. t. 57 J, 1.2. Chapeau charnu, compacfe, cou- 
vexe, obtus, glnbre, orange terni, et quelquelois jaspe de rayures, de chinures 
rayonnanlcs plus fonce. s; marge mince, enroiilee, peluclieux-lomenteuse.reguliere- 
ment deprimee-sillonnee nodulee. Stipe plein, gros, concolore, ponctue de squa- 
mules en haul, tumefie en bas ; puis attenue (?). Lames emai ginees, la plupart 
fourcbues ? (Viltad.) rapprochees, d abord pales (orange tres-clair a peine 
ombre), blancbissent ensuite; enfin les spores etant tomlees, elles deviennent 
rousses pointillees de rougealres. Spores blanches. Odeur ingrate, saveur acerbe. 
Edule. Vente aiilorisee sur les marches de Trevise. Mais n y a-t-il certainement ici 
qu une seule espcce? Flies donne au sien le pied tumefie, et Vittadini, attcnueit 
la base ; c estsans doute celui-ci d abord qui estedule. D. 14c., H. 10c.,d. 2,5a5. 
Tardif, en troupe ou en toufle dans les bois. 

29. Ac. TRICH. CNISTA, Fr. ; 1 aulet, t. 37, f. 4-6. Chapedu charnu, mou, con- 
vexe-plan, glabre, bumide, non visqueux, blanc ou legerement teinte d orange (sub- 
alutace) s eclaiicissant tout a fait vers la marge inflechie, lisse, nue ; la chair du 
disque se continue avec le stipe, mais non celle de la marge scissile, mince, 
friable, blanche fixe. Stipe plein, tenace, egal, lisse, glabre, blanc. Lames arron 
dies, adnexees, connexees-annulees el plutot separables de 1 hymenophore, larges, 
veinees transversalement, s evanouissant vers la marge, se crispent en scchant, 
blanches, et cendrees pales elant ccrasees. Odeur de farine recente melee de 
viande rotie. Edule? D. 6a 7 c., h. 4a 5 c., d. 0,7 c., 1. 0,6 c. Sur les pousses de 
bois de hetrc. Bois deVincennes. R. 

30. Ac. TRICH. NUDUS, Bull. t. 439. Chapeau charnu, plutot mince, de convexe 
aplani, obtus, deprime, lisse glabre ; cutis maniiestemeiit humide par un temps 
pluvieux ; peu separable ? Violet pourpre, se decolorant, roussissant surtout sur la 
marge mince, inllechie, nue, ce qui le distingue des CORTliNAlKES; chair fai- 
blement violacee, molle. Stipe plein, elastique, epais, egal, presque nu, farine en 
haul, d abord violace, puis ocrace terne ; mycelium ni jaune ni rouge. Lames d a 
bord arrondies, puis decurrentesa cause du chapeau deprime, rapprochees, etroites, 
concolores au chapeau, d abord mieux violacees, mais bientot lournaiit tout a fait 
vers le roux. Odeur faible, acidule. Edule. D. et T. 7 a 8 c. , d. 1 a 2 c. Plutot soli 
taire dans les bois ; tardif. 

31. AG. TRICH. PERSONATUS. Fr. Comme le precedent d abord violace, puis plus 
vieux, decolore; se distingue par ses formes plus epaisses ; plus fort, jamais deprime; 
la marge depasse les lames ; elle est enroulee et villeuse, pruinee, mais non ara- 
nee. Stipe tumefie en bas, d abord tout pulverulent. D. 10 a 12 c.; h. 5 c. 

32. AG. TRICH. LEUCOCEPHALOS, Fr.; Bull., t. 536, ex parts, Blanc. Chapeau 



charnu, mince, convexe-p\an, obtus, lisse, mais etant jeune, reconvert d une 
conche villeuse, soyeuse, bien blanche et tombante, alors glabre ; blanc, sans aucunc 
teinte alutacee; marge etendue, nue. Chair lenace, compacie, aqueuse par un temps 
humicle. Stipe poll, glabre, cave, subcartilagineux-tenace, d une seule substance, 
attenue radicant. Lames arrondies-libres, tenues, rapproihees, bords tres-unis, 
bien blanches. Saveur et odeur fortes de farine recente. Edule. D. 4 c., h. 5 c., 
d. 0,6 c Dans les bois. 

G. Tricholomata hygrophana. Chapeau inegalement charnu, devenant 
tres-mince sur la marge, de la plus ou moins uuibonee ; la conlcur tres-changeante, 
etd autant plus palissante, que le champignon est plusbygropbane. Chair humide, 
d abord compacte, ensuite molle, tres-aqueuse, hygrophane. Stipe sans racine, nu -- 
dulloux, constitue par des fibres facilement separees. Lames tenues et non largcs. 
Le jeune cbapeau est s-ouvent reconvert d une pulverulence qui persiste par 
un temps sec et qui n est qu une derniere trace du voile evanoui. Ce groupe est 
bien voisin des Spongioses, mais les formes qu il all ecte le rapprochent plutot 
des C oiiybies, tandis que les Spongioses se continuent avec les cikocybes. 

* Lames blanchalres, sans taches. Examples : 

35. Ac. TRICH. GRAMMOPODIUS, Bull. t. 548 et 585. Chapeau de campanula 
convexe, enfin etendu plutot umbone, blanchatre etant sec, et pule livide humide. 
Stipe pleiii, elastique, eleve, a base tumefiee, glabre, longitudinalement sillonne, 
blanchatre. Chair blanche. Lames arquees adnees ou emarginees, egalument attc- 
nuees, rapprochees, intactes; lamellules nombreuses, en arriere subrameuses, 
blanches. D. 8 a 15 c. ; h. 7 a 10 c., d. 2 a 3 c. Dans les bois et les champs. 

34. Ac. TRICH. MELALEUCUS, Pers. Bull., t. 445. Chapeau convexe, puis plan, 
Stipe rempli, puis cave, nu, fibro-strie, blanchatre. Lames horizontals a bord 
droit (non arquees). D. et h. 5 a 7 c., d. 0,5c. 

35. Ac. TRICH. BREVIPES, Bull., 521, f. 20. Stipe tres-court 1-2 c., en haul 
pruine, en dedans et en dehorsde gris a noiratre. Chair du chapeau grisatre. 

36. Ac. TRICH. HUMILIS. Stipe court (h. 5 a 5 c.), entierement villeux-pul- 
verulent, blanc cendre. Lames arrondies avec une dent decurrente. Dansl herbe. 

** Lames violacees, grises ou fuligineuses. Example : 

37. Ac. TRICH. SOP.DIDUS, qui se distingue a peine de nudus par sa chair plus 
mince et plus tenace, par son stipe fibrilleux strie, etc. 

D aiileurs, les hygrophanes ne sont sans doute ni veneneux ni comestibles; leur 
chair rare, aqueuse et insipide, ne pent guere etre que dedaignee. 
III. Agaricus clitocybe (-/Jtro; xw6i, tete inclinee). Leucospores homo- 
genes. Voile general sous 1 aspect d un pruine, d un givre micace sur le chapeau, 
communement efface. Stipe rempli d un tissu spongieux facilement cave, sub- 
elastique, exterieuremcnt plus compacte, comme subcartonne, mais fibreux. 
La marge du chapeau roulee en des-ous. Hymenophore tout a fait conlinu avec le 
sommet du stipe dilate. Lames attenuees en arriere, aigues, adnees ou decur- 
rentes, jamais sinuees. Champignons terrestres, charnus, mais a chair molle, flexi 
ble ; le plus souvent plan deprime ou iniunclibule. 

Ce type est Ires-distinct; il differe : ldes types de la SECONDS SECTION par 
son stipe homogene et continu avec le cbapeau, et non cartilagineux, par son 
rudiment de voile; 2 J des Tricholoma par la nature de ses tissus, par leur 
forme et par les lames non sinuees; 3 des Pleurotes (voy. p. 100), peut-etre 
intermediates, par ses formes generalement regulieres et par son habitat (c est 



00 AGARIC. 

presque pour ce seul caractere que Ac. ORNATUS, epiphyte, est renvoye aux Pleu- 
rotcs) ; car c est rarement que les Clitocybes naissent sur le bois (settlement ties- 
pourri) etles feuilles mortes, les autres croisscnt sur le terreau. Tres-peu sont 
edules, dit Fries, comme 1 Ac. Cur. KEBULARIS et 1 Ac. CUT. OPIPARUS de notre pays 
(c est-a-dire de Suede), mais beaucoup se signalent par une odour expansive 
penetrante, que nous n observons pas dans les Tricholoma ni dans les Plcu- 
rotcs. Les especes les plus minces et hygrophanes sont ordinairement tardives, 
bravent le froid et se rencontrent souvent dans les periodcs les plus douces de 
1 hiver. 

On peut diviser les six groupes des Clitocybes en deux series, a et p. 

a. Ceux dont la couleur seche ou moite ne varie pas notablement avec 1 etat atmospherique 
sccou liumidc. Leur chapeau est constamment plus charnu que dans les hygrophanes, qui 
constituent le groupe |3. 

A. Clitocybes disciformes. Chapeau partout charnu, de convexe-plan 
ou deprime, regulier, obtus; lames d abord adnees, ou regulierement adnees- 
decur rentes. Pluto t solitaires. 

* Chapeau cendre ou brun, grisatre diversement teinte. Exemples : 

38. Ac. CLIT. NEBULARIS, Balsch., f. 193. Bull. t. 400. Letell. pi. 669. Cha- 
peauchsrrm, compacte, convexe (la marge enroulee est villeusc sous la loupe), puis 
plan et tout a fait obtus, ou meme disque deprime obtus; cutis lisse, souvent oede- 
inateux, d abord convert (par un temps sec) d un pruine gris, ce qui le rapproche 
d nujiiLis, mais, adulte et par un temps humide, vraiment nu et glabre, subvis- 
queux, fuligineux, enfin gris; chair compacte, blanche. Stipe rempli, forme, 
spongio-elastique, pruine et par-dessous fibrilleux-strie, obclave, blanc; mais on 
trouve des varietes (?) a stipe court, egal et meme villeux ou squamuleux. Lames 
brievementet egalement decurrentes, arquees, tres-rapprochees, tenues, pales, mais 
quelquefois se teintant d orange clair jusqu a devenir presque alutacees. D. 10 a 
12 c., T. 8 a 10 c.; h. 5 a 9 c., d. 2 c. ; 1. 0,4 a 0,5 c. Sur les feuilles mortes et 
moisies; la moisissure est justement le mycelium blanc du NEBULARIS. 

Nota. Odeur dcbile, selon les uns, penetrante et agreablc, selon les autres! J ai 
eprouve 1 une et 1 autre sensation, suivant que domine une odeur penetrante ct 
suave ou une odeur de moisi. Ce champignon est dit comestible par Fries, 
par le prof. Sanguinetti, de Rome, et d un gout tres-agreable selon Bull. M. Cordicr 
1 a trouve veneneux, et moi d une saveur penible! N est-ce pas parce que le 
NEBULARIS de Fries confine par ses formes a beaucoup d especes voisines : le CLIT. 
GEOTROPUS, Bull., TRICH. HUMILIS, Fr, ; CUT. FUMOSUS, Pers. et Fr. ; CLIT. rouii?, 
Fr. ;TRicH. SCHUMACHERI, Fr. ; et sans doute a quelques autres non dccrites? Jt) 
crois qu il faut separer ceux dont le cutis est cedemateux? 

39. AG. CLIT. FUMOSUS, Pers. Se distingue par sa consistence suhcartilagineusc, 
tenace. Stipe plus ou moins asperge d une farine blanche, vers le haut. Lames 
tantot regulierement adnees dans les reguliers, tantot arrondies d un cote, decur 
rentes del autredaus les irreguliers, et des le principe d un blanc gris. Odeur nulle. 

-40. AG. CLIT. CARDAKELLA, Batt., f. 16 , G. Espece italienne; se distingue de 
toutes les autres du groupe par un cutis epais et bien separable, un chapeau d un 
noir roux brillant, un stipe plein, obese, egal; des lames decurrentes, arquecs, 
larges, rapprochees et bien blanches. Edule. 

41. AG. CUT. AURICULA, Fr. Chapeau charnu, compacte, d hemispheiique 
convexe, obtus, lisse, glabre, sans cutis separable, brun cendre; marginelle nue, 
enroulee, coneolore. Chair fermc et blanche. Stipe plein, tout charnu, court, egal, 



AGARIC. 01 

glabre, blanc. Lames decurrentes horizontalement arquees, tenues, rapprochees, 
etroites, blanches. Odeur agreable de farine recente. Etlulc. D. 5 c. ; h., 5a5 c., 
d. 1 a 2 c. 

On voit que cette espece (et peut-etre laprecedente)avoisineles Tricholomata 
guttata, et c est par le caractere conventionnel des lames decurrentes qu elle 
est rangee parmi les CLITOCYBES. 

* Chapeaux vraiment colores, couleur plus ou moins etendue, maisnon blanche. Exemples* 

42. Ac. CLIT. OPIPARUS, Fr. Chapeau, vraiment charnu, de convexe plan, 
obtus, lisse, d abord tout parseme de peluches superficielles, bientot tres-glabre, 
brillant, sans cutis separable, non hygrophane, rose ou orange, incarnat ou gris. 
Chair compacte, blanc fixe. Stipe, plein, charnu, ferme, non elaslique, egal ou 
atlenue en bas, glabre, blanc. Lames egalement attenuees en arriere, adnees ou 
cornices par des veines transversales, blanches. Odeur a pcine notable, mais savour 
agreable. Eclule., D. 5 a 10 c.; h. 5 a 7 c., d. 1 a 2 c. ; 1. 0,6 a 0,8 c. Bois 
mousseux. 

43. Ac. CLIT. VIRIDJS, Scop.; Bull., t. 176. Chapeau charnu, convexe, 
etendu, disque epais, turbine, se resserre peu a peu en stipe, obtus epais, sec, 
glabre, vert bleu faible. Stipe renipli, egal, glabre. Lames adnees decurrentes 
(bord clroit on concave?), rapprochees, laibles, bien blanches (en Suede, Fries 
trouve quelquefois le chapeau blanc et les lames verdoyantes). Odeur suave, mais 
penetrante. Souvcnt adne avec de plus jeunes. D. 7a9 c. ; T. 5c. ; h. 3a4,d. 0,7; 
1. 0,4. Dans les bois. 

44. Ac. CLIT. ODORUS, Bull. t. 556, f. 3. Chapean charnu, de convexe pla- 
muscule ; disque mince, plat, d abord obtus, quelquefois a la fin umbone, lisso, 
humide par la pluie, a marge d abord inflechieet pubescente, verdoyant dans une 
variete, vcrt-de-gris terni dans une autre, ou, enfin, decolore. Chair peu epaisse 
dun blanc sale. Stipe rempli, elastique, s evase vile en hymenophore; court et 
forme, alors a base tumeiiee, ou long et flexueux ; d abord floconneux-librilleux, 
bientot nu, chausse de blanc. Lames adnees, decurrentes, un peu distantes, a bord 
arqueet emargine? plus larges que la chair, lisses, ordinal rement concolores, mais 
plus pales quo le chapeau, ou blanches. Tissu tenace, odeur agreable et penetrante 
d anis), surtout etant sec. Sans doute cdule. D. et T. 7 a 8 c.; h. 5 a 7 c., d. 0,6 a 
0,8; 1. 0,6. Dans les bois. C. 

" Tout blanc (groupe qu il faut soigneusement distinguer des Hygrophores et des Paxilles 
blancs. Voy. ccs mots.) Exemple : 

45. Ac. CLIT. DEALBATUS,SOW. t. 123 Blanc. Chapeau peu charnu, tenace, de 
convexe planiuscule, cambre, tres-ondule ; toujours sec, non imbibe par un temps 
pluvieux, glabre, lustre, mais pruine inne sous la loups; chair mince et seche. 
Stipe d abord rempli, tout fibreux, mais enfin souvent cave-fistuleux, plntot egal, 
mais souvent courbe etondule, farine en haul. Lames adnees, subdecurrentes, 
discordantes, defmies; tenues, rapprochees par leslamellules nombreuses, blanches. 
Odeur faible, plutot agreable. Sans doute edule. D. et h. 3 a 4 c.; d. 0,4 a 0,5 c. 
Dans les champs et dans les pres moussus et insoles. C. 

B. Clitocybes difformes. Chapeau a disque charnu, compacte, irregulier 
enfin deprime ; marge mince, plus ou moins umbonee, ensuite etendue. Lames ine- 
galement decurrentes, breves d un cote, longues de 1 autre, ailleurs arrondies, attei- 
gnantes, comme dans les Trieholoma. Stipe solide exterieurement, subcartonne, 
nwistibreux. Quoique non encore hygrophane, ta couieurpaiit un peu par la seche- 
oir.i. ESC. II. 7 



08 AGARIC. 

resse, clevient moite par la pluie. Ordinairement en touffes, souvent coune, dif- 
forme, quelquefois solitaire. On divisera cette section comme les autres. 
* Chapeaux sombres, cendres, etc., oudominent les teintes rabattues. Exemple : 

46. AG. CLIT. AMPLUS, Pers. Chapeau charnu, presque cartonne-tenax, etant 
jeune, plan-convexe, subgibbeux, inegal, cambre, mais non deprime, enlin lache 
et fragile ; lisse, glabre, rarement vergete ; moite, d abord fuligineux, ensuite liviclu ; 
sec, blanc et presque soyeux. Chair dudisque compacte, marge mince. Stipe solide, 
resistant, dur, presque egal, mais souvent tortueux, nu, blanc villeux en haul. 
Cbair interieure charnue, fibreuse, exterieurefibreuse-subcarlilagineuse. Lames 
arrondies en dedans, d un cote; de 1 autre, decurrentes sur le stipe, tres-larges, 
assez distantes, les plus jeuncs souvent crispees, d abord couleur de corne, fuligi- 
neuses, puis blaiichissaates. Odeur 1 aible. D. et h. 8al5 c.; d. 3. c; 1. 2a2,5 c. 
Dans les bois. RR. 

** Chapeaux blancs ou peints d une nuance decidee, plus ou moins e tendue, et peu om- 
bree. Exemple : 

47. Ac. CLIT. OPACUS, Wilh. Blanc. Chapeau couvert d un pelucheux micace, etc. 

c. Clitocybes infundibuliformes. Chapeau a disque charnu ou ombi- 
lique, ou tout a fait inCundibule. Stipe spongieux, iibro-cartone. Lames longue- 
ment et egalement decurrentes. Ce groupe est important, il renferme de tres- 
grandesespeces, dont aucimen estsignalee comme veneneuse, et peu sont reputecs 
comestibles. On peut le diviser d abord en deux groupes , ceux a chapeau colore et 
les blancs. La premiere division, nombreuse, a ete encore divisee. 



colores m6me faiblemcnt, qui (au moins sous la loupe) presentent des villosites 
unies, pelucheuses ousoyeuses, et qui, imbibes, ne prennent pas une teinte moite. Exemples : 

48. AG. CLIT. GIGA.NTEUS, Sowerb., Fr., Letell. 682, caracterise surtout par son 
large chappau, plan, bientot infundibule, egalement mince, fissile; marge enrou- 
lee puis eteudue, sillonnee-deprimee ou sillonnee-nodulee, mais non flasque; sur 
face chargee de peluches agglutinees, blanchatre-alutacee. Stipe iplein, compacte, 
epais. Lames rapprochees, peu decurrentes, blaiichatres, jaunissantes. Spores 
blanches. Odorant. D. 25 et 30 c.; h. 6 a 7 c.; d. 5 c.; 1. 0,6 a 0,7 c. Dans les bois 
insoles. R. 

49. Ac. CUT. MVXIMUS, Fr. Disque plus compacte, umbone; la marge plus 
mince et un peu flasque, lisse; surface soyeuse, lissee ou squamulee. Stipe rempli, 
compacte, mais spongieux en dedans, elastique, attenue. Lames longuement decur 
rentes, blaiichatres, fixes. Odorant. D. 25 ct 30 c.; h. 4 c., d. 1 c. Dans les bois; 
epiphylle. 

50. AG. CUT. INFUNDIBHLIFORMIS, Schjiff., t. 212. Chapeau a disque charmi, 
marge tres-mince, compacte, mou, d abord convexe, umbone, bien lisse et soyeux 
sous la loupe, jamais moite, marge enroulee, enfin infundibule, flasque, alutace 
tres-pale et plutot mat. Stipe rempli, spongieux, puis cave ou excave, ecorce sub- 
cartonnee, elaslique, rarement egale, se dilateen l:aut, assez ordinairement tumefie 
et cbausse de blanc cotonneux. a la base. Lames bien decurrentes, plutot rappro 
chees, egalement acuminces aux deux extremites, molles, bien blanche. Chair 
blanche. Odeur debile mais agreable. Edule. (Bull. t. 575, f. F. et H?) Compa- 
rez avec Cur. INVERSUS. D. 6 a 8 c., T. 7 a 9c.; h. 4 a 6 c., d. 0,6 c. a1 c. Dans 
les bois. CCC. 

** Chapeaux colores rncme faiWement, glaives, teinie moile (avivee) par 1 imbibition Ex. : 



AGARIC. 99 

51.AG, CUT. GEOTROPUS, Bull., t. 573, f. 2. Chapeau vraiment cliarnu, de 
convexe concave, mais gibbeux-umbone, lisse, tres-glabre, couleur alutacee faible 
et plus ou moins ombree, quelquefois goutte etant jeune et moite elant imbibe ; 
bord de la marge mince, incurve. Chair blancbe. Stipe plein, charnu, non elasti- 
que, un peu attenue en haul, subfibrilleux ; concolore au chapeau, orange 
ctcndu. Lames longuement decurrentes simples, nombreuses, blancbes puis pales 
et concolores au chapeau. Odeur? D. et h. 5 a 7 c ; 1. 0,4 a 0,5 c. Dans les bois. 

52. Ac. CLIT. INVERSUS, Bull. t. 553. Chapeau plutot 1 erme et fragile, nulle- 
ment flasque, de convexe plan, obtus, marge d abord enroulee, cnfm infundibule 
et ondule, tres-glabre ; volontiers couleur moite, mais non goutte, couleur brique 
(orange, quelquefois teinte de rouge et ombre). Chair blanchatre teintee d orange 
tres-clair. Stipe quelquefois rempli, souvent cave; en dehors, un peu rigide et peu 
elastique, forme tres-variable ; chair et surface concolores au chapeau, mais plus 
pales (orange tres-clair). Lames vraiment decurrentes, ctroites, pales; leurs bords 
concolores au chapeau. Odeur speciale, desagreable, acidule. Suspect. D. et h. 5 
a 7 c.; d. 0,8 c. ale.; 1. 0,4 c. En petites troupes souvent adnees, dans les 
bois; tres-commun au bois de Boulogne ; tardif. C. C. 

53. AG. CLIT. GARIDELLI, Garid.; Paul., t. 63, f. 2-4. Chapeau cbarnu, 
plan-comexe, d abord ombilique, un pen cambrc, glabre, lisse; marge incurvee. 
Stipe inegal, court, glabre, tumefie en bas, d abord rempli, se creusc dans le haut 
par 1 enfoncement de 1 ombilic et forme un entonnoir qui retient 1 eau. Lames 
decurrentes, tres-rapprochees, a bords couleur de chair (orange rouge?). Tout)" 
champignon couleur de chair sanguinolente ; le tissu interieur et les cotes des krnes 
plus pales ou presque blancs. Odeur et saveur agreablc. Edule tres-recherche sous 
le nom de Pinedo. 1). 5 c., T. 4 c.; h. 2 c., d. 1, 2 c. En Provence, sous les pins. 

*" Chapeau bien blanc, ou seme de petits flocons superficiels, ou glabre. Exemples : 

54. Ac. CLIT. CATINUS, Fr. Bull., t. 286. Tres-semblable a CLIT. INFUMDIBBH- 
FORMIS, meme par sa bonne odeur et sans doute parses qualites; s en distingue bien 
parce qu il a le cutis incarnat reconvert d abord d une poussiere blancbe fugitive ; 
de la, contrairement aux autres, de blanc, il devient alutace (jaune orange faible, 
ombre) ; non umbone. Chair blanche. Lames droites, decurrentes descendantes, 
blanches, un peu plus larges que chez les autres infundibules. Dans les bois 
epiphylle. 

55. AG. CLIT. ERicfiioRtM, Bull.,t. 551, f. 1, qu il faut distinguer des Hygro- 
phorus niveus (ce qu on ne pent faire sur les planches) par sa structure de Clito- 
cybe, sec, mou, elastique. Chapeau charnu, de plan-convexe, obtus, brillant. 
Stipe petit, grele, rempli, mais d un tissu floconneux, mou, nu, attenue en bas. 
Lames brievement deeurrentes, etroites, plutot ecartees, veinees-connexees a leur 
base. Champignon tout blanc. Odeur agreable, edule. D. 4 c. , T. 5 c; h. 3 a 4 c., 
d. 0,4 a 5 c. Dans les champs insoles. C. C. 

|9. Chapeau charnu, membraneux, vraiment hygrophane (changeant de couleur etant sec), 
chair mince, molle, aqueuse; hygrophane. Les blancs de ce groupe sent seulemeut ceux qui, 
blancs imbus etant imbibes, deviennent tres-blancs (candidi) etant sees. Les autres ont leur 
place precedemment. 

D. Clitocybe scyathiformes. Chapeaux sub. charnus, membraneux, aj 
disque non compacte, cyathe par depression, a chair hygrophane. Lames, d abord 
adnees, ensuite decurrentes, descendantes (non horizontales, commedans le groupe 
suivant). Voy. Bull., t. 575, f. P. et Q.; t. 248, f. C., etc. Exemple : 

56. AG. CLIT. SUAVEOLENS, Sclmm. Chapeau mince a disque plus charnu, de 



100 AGARIC. 

convexe plan, enfm deprime, blanc-imbu avec disque sou vent ombre ; elant sec, 
tres-blanc. Chair blanche. Stipe rempli, ensuite cave, elastique, a base dilutee et 
villcuse, nu en haul, blanc. Lames adnees-decurrentes, rapprochees, tenues, 
blanches. Odeur suave, penetrante; saveur agreable. Sans doute edule. D. eth. 4, 
d. 0,7. Dans les bois moussus. 

E. Clitocybes orbiformes. Chapeau un peucbarnu, de convexe apian? 
ou deprimc, nu, sans squames ni farines, partout hygrophane, imbu, aqueux. 
Lames droites, horizonlales, adnees ou decurrentes seulement par une dent, cou- 
leur soidide ou pale, imbues. Beaucoup ne seront bien reconnus que par un temps 
de pluie, a cause de leur couleur changeante par la secheresse et de leur caractere 
peu accuse. 11s out : 

* Les lames cendrees et le chapeau d abord obscur ; 
** Les lames blaiichatres, chapeau pale. Exemple : 

57. Ac. CLIT. FRAcr,A!ss.,_Sow. Letell., pi. 658. Chapeau mince a disque peu 
chartm, planiuscule, d abord convexe, puis subdeprime, glabre,lisse ou paraissant 
strie par transparence sur la marge humicle, blanchatre etant sec, ou temte 
d orange, humide; disque concolore (qu.md le disque est plus obscur c est sans 
doute CUT. SUAVEOLENS.) Stipe plein, puis cave, elastique, egal, glabre, lisse, a 
base souvent villeuse ; obscurement subpruine au sommet, blanc. Lames un peu 
alli mices en dedans, subdecurrentes, plus largesque la chair aqueuse du chapeau, 
blancliatres. Odeur forte et penetrante, d aiiis? D. 3 a 5 c. ; h. 5 a 6 c., d. 0,7c. 
Tardif ; sur la mousse plutot des prairies. 

F. Clitocybes versiformes. Chapeaux tenus, hygrophanes, la plupart squa- 
mulcux ou furfuraces, ou, etant sees, brillants; d abord convexes,puis formes di- 
verses, maisnon \raiment cyathes! Lames adnees (non decurrentes, ou seulement 
par une dent), larges, un peu epais es et le plus souvent ecarlees et farineuses. 
Stipes tenaces. Ce groupe, par 1 elegance des formes, des couleurs, se distingue 
bien du precedent. 

Nous ci crons seulement une de nos especes les plus communes. 

58. Ac. CLIT. LACCATUS, Scop, ; Bull. 571, f. 1. Chapeau presque membraneux, 
planiuscule tres-variable, bienlot depiime, subombilique, charge de petites squa- 
mules connees, pileases ou furfuracees ; stipe rempli, tibro-tenace ; lames larges, 
adnees, ecartees, vivement colorees, et enfin blanchies, farineuses. Couleur gene- 
rale amethyste etant imbibe, violacee-ocracee et;int sec. Sa couleur parcourt ainsi 
toutes les nuances du violet au rouge, du rouge a 1 orange, pins ou moins (mais 
toujours) ternies degris plus ou moins ibnce! Odeur et saveur nulles. Edule. Tres- 
variable pour la taille. D. et T. 3a8 c., etc. Dans tous les bois humides. 

IV. Agarlcus Pleurotes (rr/eupdv, cote). Agarics lencospores, a stipes homo- 
genes, mais excentriques, lateraux ou mils ; epiphytes ou epixyles (a peiae un ou 
deux epiges, maisalors vraiment dimidies), irreguliers, charnus ou membraneux, 

11 suffit done qu un leucospore ait le stipe lateral ou nul, pour qu il soil Pleu- 
rote (qu il soit epiphyte ou epige). Mais il ne suffit pas que son stipe soit excen- 
trique ; alors il faut qu il soit en meme temps epiphyte. Cette distinction etait 
utile pour etablir une limite ; bon nombre de Tricholoma, et surtout de Clito- 
cybesetant, par accident, excentriques. On feraaussi attention a quelques individus 
epiphytes, faiblement excentriques, ou meme, par anomalie, rcguliers, quoiqu ils 
appartiennent a une espece habituellemejit excentrique, et, par consequent Pleu 
rotes; telsPi,. ERYNGII, PL, ORNATUS. Tous peuvent pourrir etant adultes, leurs 



AbAUlL. 



101 



lames sont minces ct molles. C est pourquoi ceux dont les lames sont flexibles, 
tenaces, et qtii, par un temps ordinaire, se dessechent au lieu de pourrir, seront 
reportes aux genres Lcntius etPanus, qui ne renferment que des especes cpriaces 
et quelquelbis styptiques, tandis qne les Plcurotes sont tres-doux, et plusieurs 
(ULVARIUS, TESSULATUS, EfiYNGii, etc.) edules et recherches. 

A. Pleurotes excentriques et epiphytes. On distinguera les stipes les 
plus excentriques de ceux qui sont definitivement marginaux en suivant le pour- 
tour du chapeau ; dans les excentriques la marge, meme tres-mince et tres-atro- 
phiee d un cote, existe encore. D ailleurs les seuls Pleurotes excentriques qui, dans 
des cas individuels, peuvent tromper, et, a cause de 1 atrophie de la marge d un 
cote, etre pris comme lateraux, sont munis d un voile devenant collier. 

59. Ac. PLEUR (?) ORNATUS, Fr. Letell., pi. 699, (dit ^STUANS par erreur.) Cli/t- 
peau charnu, disque d abord umbone, marge assez mince, les pluspetits reguliers, 
les plus grands excentriques, lobes-ondules, sec, herisse et mouchete de squa- 
mules pelucheuses et rouillees. Stipe charnu, spongieux en dedans, enfmcave; 
lisse, glabre,jaune orange, subfarine en haul. Chair molle, teinteedejaune orange. 
Lames plutotadnees, assez larges, ecartees et regulieres. D. 9 a 10 c.; h. 5 a 6 c., 
d. 1, 5 a 1, 8 c.; 1. 0, 8 c. Sur les vieux troncs de pin. 

"* Lepiotaria, voile en collier ordinairement lacerfi. Voile des Lepiotcs, mais lames decur 
rentes des Annillaires. Exeinples : 

60. Ac. PLEUK. CORTICATUS, Fr. C/mpmwcompacte,de convexe aplani, en disque 
seulement excentrique d abord convert d un tegument tomenteux, epais, gris, qui 
par developpement etlissui esdevient une marqueterie squameuse, peluclieuse, sur 
un fond blanchatre, a la maniere du voile general des Lepiotes; bord appendicule; 
chair ferme et blanche. Stipe solide, plein, radicant, plus oumoins excentrique, 
atteuue et courbe, en lias, puis ascendant, muni d un anneau membraneux lacere; 
tegument drape squameux, pelucbeux, blanc. Lames etroites, longuement decur- 
rentes, anastomosees, presque alveolees en arriere, meme rameuses dichotomes; 
blanches, en tin teintees d orange clair. D. 5 a 12 c.; h. 3 a 7 ; d. 2 a 3 c.; 1. 0, 2 
a 0, 5 c. Sur les vieux troncs. 

61. Ac PLEUR. DRYINUS, Pers.; Schaff. t. 233 ; Paul. 21, f. 1. Chctpeau com- 
pacte, dur, oblique et meme dimidie, vergete de squaniules brunissantes, blan 
chatre, teinte de roux. Voile fugace, blanc, plutdt appeiulu au pouitour. Stipe 
presque lateral, obese. Lames d abord blanches, puis teintees de jaune, etroites, 
un peu decurrentes, presque simples. Odeur et saveur plutdt bonnes. Edule. D. 
5 a 10 c.; h. 3 a 5 c. Sur les vieux troncs de chene. 

" Concharia. Voile nul; stipe excentrique ou presque lateral, mais encore margine; deux 
groupes : a et (3. 
. Lames definies, sinuees ou obscure ment arinees, non decurrentes. Exemples : 

62. Ac. PLEUR, ULMARIUS, Bull. t. 510. Chapeau charnu, compacte, hori 
zontal, souvent peu excentrique, de convexe-plan, lisse, glabre; orange etendu, 
se fonce et se ternit vers le centre, souvent comme marbre par des macules ar- 
rondies. Cbair blanche, tenzce. Stipe plein, ferme, elastique, courbe puis ascendant, 
alors excentrique(il peut 4tre central si, insere sur une branche horizontale, il se 
leve verticalement), a base epaissie, tomenteuse, quelquefois partout villeux, blanc. 
Lames horizontales, emarginees ou arrondies par derriere, legerement .ndnexees, 
larges, blanchatres, teintees d orange. Odeur acidule, plutdt agreable. Edule. D. 
10 a 15, etc. c. , h. 10 c. ; d. 2 a 5 c. ; 1. 1,2 a 1,5 c. Sur les vieux ormes, 
hetres, cbenes,peupliers. AC. 



102 AGARIC. 

63. Ac. PLEUR. TESSELIATUS, Bull. t. 513, f. 1. (Pourquoi Fries ecrit-il con- 
stamment tessulatus qui n est ni latin ni conforme a Bull. ?) Fort voisin du pre 
cedent, moins grand et s en distingue par son chapeau plus irregulier , plus 
lateral, plutot deprime en arriere (c est-a-dire du cute atrophie), marbre, sur un 
fond concolore plus clair, de macules arrondies ou hexagonales ; orange faible, om 
bre. Stipe court et plutot attenue en has. Lames sinuees, adnees par un petit 
crochet. Odeur de farine recente. Edule selon Persoon. D. 7 a 12 c. ; h. 3 a 4 c., 
d. 1 c. a 1,5 c.l. la 0,8 c. Epiphytes. 

64. AG. PLEUR. OLEARIUS, DC. (Voy. Delile, Bidlet. de la Soc. d agric. de 1 He- 
rault, 1 837, fig. et descr. Paul, et Leveil. , t. 25.) Chapeau charnu plus ou moins 
excentrique, irregulier, ondule-contourne ; d abord un peu umbone,puis deprime, 
quelquefois conchoide ; marron rougeatre, uni, orange foncevers le centre etsurles 
bords de la marge. Stipe p\ein, fibreux, court, trapu, d un roux jaune dore, non 
lisse. Lames decurrentes, longues, falciformes, inegales, d abord d un jaune vif 
dore, mais bientot mat, pruinepar les spores, non ferrugineuses ou brunes comme 
lecroyait Fries, mais blanches comme de la farine. Les lames offrent en outre 
]i> singulicrphenomenede la phosphorescence pendant la nuit(ou dansl obscurite?) 
tantqu elles sonijeunes et bienportantes. Chair un peu coriace, amere, asucaques- 
cent rougeatre, fortement purgative, et par suite veneneuse. D. 8 et 10 c. ; h. 
5a7 c. ; d. 1 a 2,5 c. En touffe adnee, au pieddes oliviers. Automne. CC. dans la 
region des oliviers. 

(3. Lames longuement ddcurrentes. Exemples : 

65. Ac. PLEUR. AQUIFOLII, Paul.t. 58. Chapeau large, charnu convexe, plan 
un peu cambre, sec, ondule, fendille, glabre. Une variete a chapeau rouge (Fr.), 
une autre orange faible et terni (Paul.). Stipe excentrique droit, ferme, compacte, 
fibreux, egal un peu comprime, blunc. Lames decurrentes, fragiles, epaisses, 
plutot ecartees, un peu plus foncccs que le chapeau, adnees-annulees. Edule. 
D. 10 a 14 c.; d. 5 a 4 c. Sur le lioux. R. 

06. Ac. PLEUR. ERYNGII, DC. Paul., t. 39., Letell., t. 695. Chapeau charnu, 
tenace , convexe -plan, enfin deprime, bientot irregulier (restant regulier par 
exception); sec, glabre, orange faible et plus ou moins bruni. Stipe solide, oidi- 
nairement excentrique, nu, attenue et villeux a la base, blanchatre. Lames ea- 
lement attenuees aux deux extremites, decurrentes, plutot distantes, larges, blan- 
chatres. Edule, tres-recherche. D. 3 a 4 c. ; T. 4 a 5 c. ; h. 5 c. ; d. 1 a 1,2 c, 
Cespiteux sur la racine des Eryugium. 

67. Ac. PLEUR. OSTREATUS, Jacq.,Bull. 508. Sow. t. 241. Letell. t. 695 (Yitt. 
t.4?) C/iflpeaiicliarnu, mou, d abord convexe horizontal, ensuite etendu et ascen 
dant; glabre hunu de, lisse, mais plus lard cuticule laceree en squamules. Couleur 
d abord noiralrc, bientot palissant, bran cendre, et enfin sur les vieux orange 
grisatre faible. Stipe ordinairement tres-court ou oblitere (variete a stipe allonge 
et presque central), ferme, oblique, ascendant, s epaississant en haul, blancabasc 
maigre et villeuse. Lames decurrentes anastomosecs en arriere, plutot distantes, 
larges, blanches, jaunissant (mais sans glandules). Spores blanches (Fr.), incar- 
nat (Vitt.) ! Edule et tres-recherche. D. 7 a 12 c. Cespiteux, imbrique, sur les vieux 
troncs. C est peut-etre un groupe renfermant plusieurs especes? 

[Ac. PLEUR. GLANDOLOSUS, Bull. t. 426, serait leucospore selon Fries, Epicrisis, 
n 502. Mais M. Maurice Lespiaut affirme (Note sur les champ, earnest. 
de Lot-et-Gar. et des Landes. Agen, 1845), que AG. GLANDULOSUS, commun 
dans les Landes sur le chene-liege, a les spores d un rose violace. 11 faut done 



AUTAUlUl 

renvoyer cette espece, fort semblable a Ac. PLEUR. OSTREATUS (nonobstant les glan 
dules de ses lames), a la serie des CHROMOSPORES, aussi bien que I OSTREATUS 
de Vitt. t. 4, qui a les spores incarnat.] 

68. Ac. PLEUR. SALIGNUS, Pers. Letell. t. fi87. Souvent confondu avec le prece 
dent, s en distingue par la nuance moins rabattue de son chapeau, par ses lames 
decurrentes, souvent rameuses au milieu, mais non anastomosees sur le stipe vetu 
de longues villosites peluchcuses. Spores sordides. Edule. 

B. Pleurotes holopleurus. Stipe defmitivement lateral. Chapeau tli- 
midie, non margine d un cote (par derriere). Exemples : 

69. Ac. PLEUR. GEOGENIUS, Paul. t. 25, f. 1-2. DC. Dresse. Chapeau charnu, 
semi-infundibule, lisse, glabre, a marge ondulce ct reflechie, plutot largement 
lobe, brun. Stipe lateral, tres-court, epais, tuberculeux. Lames decurrentes, rap- 
prochecs, bien blanches. Edule dans le midi de la France (dc Seynes); mall ai- 
sant selon Paulet, mais il parle d une variete blanclie. Epige. 

70. AG. PLEUR. PETALOIDES, Bull. t. 226. Chapeau ascendant, charnu, non 
compacte, spatule, brim palissant, disque deprime, se conlinue avec le stipe, corn- 
prime, villeux. Lames decurrentes, lineaires, blanchatres, se teintant d orange 
ombre. Sans doute edule. D. 4 a 8. Epiphyte; une variete epigee. 

c. Pleurotes omphalaria. Chapeau d abord resupine (renversc), en- 
tier, adne par derriere, enfin reflechi et sublaleral. Lames concourant toutes 
vers un point excenti ique. On ne signale dans cette section ni aliiaenl ni poison 
Nous dirons seulement que : 

Les uns out le chapeau charnu (*) et ("); 
Les aulres 1 ont (res-tcndre et membraneux (***). 

Parmi ceux qui 1 ont charnu, un petit groupe (**) se distingue par le chapeau revetu d une 
pellicule epaisse et gelatineuse. 

II" SECTION. LEUCOSPORES HETEROGENES. Hymenophore a chair molle 
et lache, hetcrogene avec le tissu ferine cartilagineux ou subcartilagineux du 
stipe. 11 n y a pas ordinairement de transition de 1 nn a 1 autre tissu; il en resulte 
que souvent o peut separer assez nettement, et sans rupture considerable, le stipe 
du chapeau. Cette seconde section comprend les Collybia, les Mycena, les Omphalia. 

Les mphalia sont les seuls de cette grande serie qui aient les lames vraiment 
decurrentes (les lames tout entieres vont, en s attenuant, mourir sur le stipe). Les 
Mycena out, des le principe, la marge de leur chapeau ( plus ou moins campa- 
nule) droite et appliquee sur le stipe. Dans les CoHyhia, cette marge est d abord 
plus ou moins enroulee ou au moins fortement incurvee en dessous ; de la un 
chapeau d abord convexe , puis etendu , et plus tard ordinairement aplani et 
ombilique. 

V. Agaricus Collybia Fr. Stipe fistuleux, cartilagineux, ou medulleux a 
ecorce cartilagineuse, radicant; voile non manifeste ou fibrilleux, homogene et 
conne au tegument. Chapeau legerement charnu, non regulierement plisse ou 
sillonne; marge d abord enroulee. Lames membraneuses, molles, libres ou faible- 
ment adnexees, rarement adnees obscurement, ce qui les separe des litocybes. 
Ce point doit etre attentivement examine; car, dans les plus grandes especes, le 
caraclere cartilagineux du stipe (a ecorce presque membraneuse) est ambigu. De 
plus, ddns ces cas, 1 babitat epixyle ou epiphyte decide. 

Les especes de ce sous-genre sont generalement faciles a reconnaitre, quoiqu il 
s en trouve beaucoup de tres-pelites. Leur vegetation est plus lente et plus du 
rable ; et comme ils sont pour 1 ordinaire epiphytes (sur le bois, sur les feuilles et 



AGARIC. 

meme sur d autres champignons) , ils varient plus suivant les flores locales que les 
champignons epiges. Cependant leur matrice (point de depart de lour developpe- 
ment) estsouvenl hypogee; de la ils envoientune ouplusieurs racines sur les debris 
qu ils preferent : c est ainsi qu ils sont radicants. Ils sont si greles et a stipe si coriace, 
que tres-peu sont comestibles; cinq seulcment sont signales comme tels. Uiiseul 
(Coll. escutentus) est printanier ; tous les autres sont d ete ou d automne. Beau- 
coup se dessechent et se conservent tres-bien, ce qui les rapproche beaucoup des 
IMarasmius : mais chez les Mai asmes les lames sont tres-flexibles et non rupti- 
bles; elles sont ecartees, et la couche hymeniale parfout fertile entre les lames. La 
couleur des COLLYBIA est variable; mais, parmi eux, la quatrieme et derniere sec 
tion (d), lesTephrophanes a lames cendrees, constitue vine sei ie particuliere 
bien distincte des autres. Les caracteres des trois premieres sections sont tires 
du stipe qui est ou stric, ou lisse et nu, ou villeux; et les especes dans chaque 
section peuvent etre groupees suivant que lours lames sont etroites et rapprochees, 
ou larges et ecartees. L odeur ne doit pas etre negligee, surtout dans les Tephro- 
pbanes. Tous les champignons un peu semblables aux Collybia, qui-ont une odeur 
alliacee, doivent etre ntpportes au genre Ularasmitis. 

a. Colly bix striapodes. Stipe robuste, cave ou rempli, bourre quelquelbis 
de moelle spongieuse lacilement separee; surface sillonnee, cannelee ou fibro- 
striee. (Cette section renferme deux ou trois especes, plattjphyllus, pullus, a stipe 
plus mon; mais leurs lames, leur port, leur racine, leur habitat epiphyte, em- 
pechent de les confondre avec les Tricholoma). 

Lames larges, plutot dislantes. Exemples : 

71. Ac. COLL. FUSIPES, Bull., t. 106 et 516, f. 2. Tenace. Chapeau charnu, 
de convexeaplani, glabre, lisse, quelquefois eniin surface vaguement ondulee, ridee, 
fendillee ; umbone presque efface , roux de vache , palissant (orange ou rouge 
orange, moyen et bruni). Stipe, de fibreux-bourre cave, a ecorce cartilagineuse, 
longuement cannele-strie, ventru au milieu et attenue aux deux extremites, mais 
surtout en has, souvent tordu, roux concolore. Lames d abord adnexees-annulees, 
bientot separees du stipe, libres, larges, ecartees, fermes, souvent veiuecs-con- 
nexees, de blanches se teintant d orange tres-faible et legerement ombre, jiuis sc 
crispant, se maculant de roux. Odeur et saveur agreables. Edule, mais on rejelte 
le stipe coriace. D. 4 a 8 c.; h. 8 a 15 c.; d. 2 a 3 c.; en touffe, adnes au pied des 
arbres. CCC. 

D apres M. de Seynes, il faut rapprocher de FCSIPES : 

72. Ac. SOI:IALIS et 73. AG. ILICINUS DC.; peut-etre aussi 74. GYMNOPODIUS, 
BuFl., t. 601, signales comme alimentaires dans le midi (Toulouse, Montpellier). 
Fries ne les a pas vus, mais d apres les lames rousses, il avait rapporte ces especes 
aux Chrosmopores. Mais Ac. sociALis aurait certainement les spores blanches 
(Delile). Leur ha! itat sur la racine des vieux arbres et leur re_-seniblanee avec 
COLL. FUSIPES les rapprocherait done de celui-ci, mais leurs lames adnees (ILICINUS) 
ou (out a fait decurrentes (SOCIALIS ET GYMNOPODIUS) les reporteraient aux Clito- 
cybes. Nous n avons pas vu ces especes (non plus que M. de Seynes), nous ne 
pouvons decider. Nous les signalons done provisoirement et jusqu a plus ample 
informe a la suite de Ac. COLL. FUSIPES. 

b. Collybisn vestipedes. Stipe maigre,egal, fistulenx ou fistulo-meduleux, 
velu, pelucheux ou pruineux. 

* Lames larges, plutot ecartees. Exemple : AG. VELUTIPES, Bull. t. 344 et 519, f. 2. 



** Lames tres-etroites, rapprochdes. Exemple : 

73. Ac. Cor.L. HARIOLORUM, Bull.,t. 585, f. 2. Chapeau presqiie membraneux, 
flexible, de convexe campanule, puis aplani, obtus et plutot deprinie, lisse, 
glahre, blanchatre teinte d orange; la marge substriee. Stipe cartilaginous, fistu- 
leux, presque egal, un peu comprime et presque entierement recouv rt d un vein 
un peu laineux et blanchatre, d un brun-roux (selon la planche de Bull., orange 
etendu et ombre), seulement nu et pale dans le haul. Lames d abord legerement 
adnexees, bientot libres, tres-modei ement rapprochees, lineaires blanchatres. 
Odeiir penetrante et saveur douce, agreables. Edule (Roques). D. 5 a 4 c.; h. 5 a 6 
c., d. 0,3. En troupe sur les feuilles dans les bois. 

c. Collybix Ixvipedes. Stipe grele, presque egal, fistuleux, glabre (ex- 
cepte a la base), nu et lisse. 

* Lames larges, laches, plus ou moins distantes. Exemple : 

74. Ac. COLL. ESCULENTUS, Wulf.; Bull., t. 422, f. 2. Chapeau peu charnu, 
de convexe plan, orbiculaire, obtus, glabre, tissu, etant \icux, un peu strie, 
ocrace arpileux, jaune-orange moyen et ombre ou grise. Cbair tenace, blanche, 
sapide. Stipe fistuleux etant vieux, tenace, maigre et grele, filiforme, egal, 
lisse, tres-glabre, meme un peu brillant, jaune-orange fort, plus ou moins 
ombre; radix longue, pivotante perpend iculaire. Lames adnexees, meme avec une 
toute petite dent, decurrcntes, ensuite separees; larges et en segment, laches, plutot 
ilistantes, non blanches mais blanchatres, quelquefois argilacees (orange etendu et 
prise). Edule et recherche en Aulruhe (Fr.j.D. 2aoc.;h. 4a6c. d.s. 2c.;l. 0,4. 
Duns les paturages monlagneux et les hauls bois. R. a Paris. 

" f.ames etroitcs, rapproche es... Aucune espece reputee edtile ni veneneuse. 

d. Colhjbiss tephrophanx. Hygrophanes. Lames cendrees, ternies ou 
lirnuies. Cette section avoisine les derniers TRICHOLOMA. et CLITOCYBFA; mais le 
stipe est cartilagineux. Un groupc a une odeur de vieille farinc. Mais jusqu a ce 
jour aucune espece n est recommandee par ses propi ietes alibiles ou nuisibles. 

VI. Agaricus iM^cena Fr. Stipe fistuleux , generalement cartilagineux etant 
frais et en consequence ordinairement ruptile. Chapeau submembraneux, plus ou 
moins strie, d abord conique ou parabolique-cylindrique, et dont la marge, droite 
ties leprincipe, est appliquee sur le stipe et parallele a ce stipe attenue en haul; 
subcampanule, a ^eine ombilique. Lames non decuri entes ou seulement par une 
petite dent en crochet. Epixyles, epiphytes ou radicants greles. Ainsi ce sous-genre 
tres-naturel se separe : des Collybia et des precedents par sa marge tout d abord 
droite, jamais enroulee ou connivente ; dcs Omphalia de la section Mycenaries, 
plus fmement mais encore nettement, par le chapeau de ceux-ci, forme de. 1 epa- 
nouissement du stipe, et de la le chapeau d abord ombilique, ensuite infundibule 
et les lames vraiment decurrentes. Le sous-genre Mycena se compose des especes les 
plus elegantes et peut-etre les plus attrayantes pour 1 elude : muis la taille mignonnc 
du plus grand nombre, 1 odeur peu agreable de rave, etc., d un petit nombre 
d especes plus grandes, ne leur permettent pas de compter comme alimentaires. 
C est pourquoi, rive au point de vue de ce dictionnaire, nous allons seulement 
indiquer les neuf groupes qui entrent dans le cadre de ce sous-genre. 

a. Mycense calodontes. Le bord des lames colore, plus obscur, plus ou 
moins denticule. Stipe non dilate en plateau a la base et non pourvu de sue laiteux. 

75. AG. MKC. PELIANTHINUS, Fr. Berk., t. 6, f. 2. Chapeau subcharnu, convexe, 
diaphane, hygrophane : car imbibe, il est purpurin livide; sec, il palit jusqu au 



100 AGARIC. 

blancluu re ; disque lisse ct charnu, a marge membraneuse et striee. Chair du disque 
dpaisse et blanche. Stipe fistuleux, egal, a base incurvee, arrondie, assez ferme, 
concolore au chapeau, mais plus pale, lisse, nu, glabre ou fibrilleux en hunt, au 
pied radix fibrilleux. Lames ^dnexees, sinuees, tronquees, ecartees, connexees par 
dos veines elegamment reticnlees, obscurement violacees, a bord nettement den- 
tele, noirci. Par son chapeau a disque charnu, convexe et lion campanule, il se 
rapproche des Collybia, et, par sa couleur, du groupe suivant. Spores blanches, 
rnalgre la couleur des lames. Odeur de radis. D. 5 a 4 c.; h. 6 a 7 c.; d. 0,5 a 
0,4 c.; 1. 0,5 c. Sur les feuilles tombees. 

I*. Mycenae, adonidx, plus colores que rabattus ; par consequent, couleur 
nette, claire et gaie (ni brim ni cendre) . Lames unicolores et ne changeant point. 
Stipe sec, sans sue, ni dilate, ni fiche par sa base. Especes plutot epigees, non 
cespiteuses (excepte GYPSEUS, Bull., t. 563, f. 4). Exemple : 

76. Ac. MYC. PURUS, Pers. Bull., t. 507 (et 162?). Chapeau a disque charnu, 
de campanule etendu, enfin planiuscule, umbone-obtus, glabre, strie plus on 
moins longueraent sur la marge droite; bygrophane ; rose, pourpre, lilas, teintu 
de bleu ou blanc (variant done du violet au rouge, toujours etendu, a peiue 
ombre, se teintant rarement de jaune orange, mais, par un temps sec, s eclair- 
cissant quelquelois jusqu au blanchatre). Stipe fistuleux, rigide, plutot tenace, 
egal ou aUenue en haul dans les plus grands, glabre, lisse, mais fibro-strio- 
vergete, villeux, fibrilleux a la base, concolore au chapeau, quelquefois moins 
decolore. Lames adnees, tres-larges, bien sinuees, emarginees, ventrues, elegam 
ment reticulees, connexees, pales ou blauchatres ou presque concolores au cha 
peau, bord concolore et lisse. Odeur desagreable de navet. D. 2 a 8 c.; h. 5 a 10 
c.; d. 0,4 c. a 1 c. Epige. Isole dans les bois, les prairies mousseuses, etc. CC. 

e.Mycenx rigidiped.es. Stipe ferme, rigide, sans sue, sec, a base radi- 
cante. Chapeau a nuance iaible, indccise, mais bien rabattu ; le terne domine et 
resiste. Lames de blanches devenant grises, pales, quelquefois nuancees d incarnat 
(rouge orange etendu et un peu rabattu). Inodores et ordinairement adnes et 
epixyles. Ex. : Bull., t. 518, f. K, M; C, D, E t. 395. Paul. t.HO,f. 2. 

5. Mycenss fragilipedes. Stipe ou fragile ou mou, a base fibrilleuse, plus 
rarement et alors peu radicante, ordinairement isole, epige, plus rarement adne et 
epixyle ; chapeau plus ou moins hygrophane, mou ou fragile. Lames de blanches 
tournant au gris. Ordinairement odorant. 

e. Mycense fiiipedes. Stipe filiforme, plutot tenace, comparativement tres- 
long, flasque, sec, sans lait. Lames decolorees, a bords ordinairement plus clairs. 
Champignons tres-greles , epiges, inodores. (Une espece, Ac. ACIOULA Scha if. ale 
chapeau orange moyen, stipe et lames orange etendu.) Bull., t. 320 ; t. 518, f. 0. 

ff. Myce-nse, lactipedes. Les lames et le stipe radicant portent un lait diver 
sement colore, qui s echappe abondamment par leur rupture. Bull., t. 518, f. P., 
groupe de droite. 

g. Mycenx glutinipedes. Stipe sans sue, mais glutineux. Lames enfm 
subdecurrentes par une dent. Bull., t. 80. 

h. Mycenx basipedes. Stipe sec, sans racine, abase dilatee en cercleou en 
petit bulbe maigre. Bull., t. 565, f. R, S. 

j. Mycense. insititix. Champignons tenus desseches; stipe fiche, implante 
dans 1 ecorce ou dans les feuilles sans dilatation ni villosites a la base Bull 519 
1. l;t. 601, f. 2. G. 



AGARIC. i07 

VII. Asarlcus Omplialia Fr. Stipe cartilagineux a I etat frais, fistuleux ou 
fistulo-medulleux s epaississant un pen vers le haul, puis le tube s epanoiiit dans 
riiymt nophore a cause de cela semi-homogene au stipe. Chapeau d abord omhi- 
lique (d ou le nom opydftta) , devenant souvent infundibule : de la des lames 
vniiment decurrentes. Ce caractere du chapeau et des lames separe les Omphalos 
dcs Coliybes et des Mycenes, tandis que la stature, 1 habitat, le developpement, 
la nature des tissus, sont communs aux trois sous-genres. Les Omphales out, ou la 
marge droite des Mycenes, on 1 iricurvee des Coliybes. Lew chapeau est mem- 
braneux ou submembraneux ; ils sont souvent epixyles, aiment les lieux humides 
et imbibes, sont hygropbanes, ce qui les rapprocbe des ctytocybes bygropbanes, 
Lcur stipe cartilagineux les en separe ; pourlant ce caractere, rarement obscur, s ef 
face vite dans quelqucs-uns, etant vieux ou fanes; mais dans la section des ClHo- 
cybes hygrophanes, les lames ne sont pas d abord vraiment decurrentes. Le tube du 
stipe, qui, chez les jeunes, est souvent medulleux, les distingue aussi des Mycenes 
toujours fistuleux. Nous ne connaissons aucune espece reputee edule ou nuisible. 

a. Omphalix Collybiarise. Chapeau d abord dilate, ombilique; marge 
incurvee ou enroulee. Section qu on divisera en trois groupes naturels suivant leur 
taille et le dcgre de largeur et d ecartement des lames. Bull., t. 564, f . B ; f, A ; 
554, f. 2; 568, f. 2. 

i. Omphalix Mycenarix. Tres-tenus. Chapeau d abord campanule et 
marge droite d abord apprimee sur le stipe_. Ils sont difficilement delimites des 
Mycenes. Deux especes ont les lames en forme deplis, et avoisinent les CANTIIARELLES 
les plus petites; mais le bord est encore aigu. Bull., 565, f. 3; 186 et 550, f. 2. 

2 me Serie. AGARICS CDROSMOPORES. On peut diviser environ en cinq 
nuances principales les nombreuses teintes offertes par les spores vues en mas;\, 
tclles que le champignon frais les laisse tomber sur une feuille de papier blanc, ou 
nieme telles qu on les apercoit comme une poussiere recouvrant la surface des lames 
dc 1 Agaracinee adulte, en se gardant pourtant do s en laisser imposer par la couleur 
propreau tissu des lames, quand cetissu est lui-meme colore. Ces nuances peuvent 
apeupres etre ainsi defmies : 1 le rose plus oumoins clair, plus ou moins terni et 
inclinaut souvent vers 1 ocre; 2 1 orange plus ou moins concentre, toujours terni 
et souvent temte de rougeatre, ce qui produit les nuances dites,: ocre, argileuse, 
fauve, rouille , rouille foncee ou brune; 3 une nuance sombre, fuligineuse, 
Jans laquelle I oail ne demele plus guere d autre couleur que le sombre, mais 
le sombre qui n est pas encore devenu le noir; 4 le noir pur absolu, quand 
les spores sont assez epaisses; 5 ce.noir, plus souvent encore le sombre fuligi- 
neux (5), quelquefois meme une des nombreuses teintes du ferrugineux (2"), 
se revetent d un reflet noir-pourpre tres-special. On comprend cependant que 
toutes ccs nuances, finement graduees, ne peuvent etre nettement determinees 
par le langage vulgaire. Elles le seront, au contraire, quand les naturalistes, 
les mcdecins, les mycologistes auront adopte les precises determinations des 
couleurs, selon la metbode de M. Chevreul (voy. COULEURS). II semble done 
qu avec cette imparfaite determination des couleurs, ce n etait pas ie cas de 
quitter la melhode naturelle, suivie jusqu ici par 1 illustre mycologiste sue- 
dois, pour s en rapporter d abord a un caractere unique emprunte aux 
mobiles, changeantes et indicibles nuances de la robe iris (indicibles sans la 
nomenclature Chevreul). Pourquoi done Fries, si dedaigneux de ceux qu il 
appelle les coloristes )>, quand il s agit de demander aux vives couleurs du cham- 
nignon cntiet auelque aide pour determiner les especes^ devieot-il exclusivement 



108 AGARICINEES. 

coloriste, quand il s agitd etablirlesgrandes divisions des CIIROMOSPORES sur 

des nuances, des reflets fugitifs et douteuv? Les rccherches auxquelles nous nous 
livrons sur ce point en substituant aux indeterminations du langagevulgaire lade- 
termination scientifique des nuances (quoique trop incomplete pour avoir pu pi ca 
dre place dans ce premier travail), ne nous permettent de parlager ni les dedainsni 
la confiance de notre venerable maitre suedois. Nous ne croyons pas que les nuances 
Jegeres des spores, posees pourtant comme determinatives des grands groupes, 
aient une valeur beaucoup plus grande que celle qui peint la cuticule dachapeau. 
C est ainsi que nous voyons la section a spores ferrugineuses (DEKMLM) et celle u 
spores noir-pourpre (PRATELLES) trancher et eparpiller arbitrairement les especes 
que relient etroitement les al finites les plus manifestes : PULVERULUSTUS (Bull., 
t. 178), AMARUS (Bull., t. 30 et 562) et FASCICBLARIS (Fr.), Fous(Bats), 
SUBLATERITIUS (ScbaTf.), types si voisinsque Bulliard, Secrelan,Leveille, (] S<-\iies, 
les regardent plutot comme des formes successives, comme des sous-es^eces quo 
comme des es| eces veiitables, et qu il nous est an he bien des fois, ayant 
recolte en grand nombre et ayant sous les yeux les unes et les autres. de ne pou- 
voir etablir de ligne de demai cation solide entre elles, tant leurs formes (et la 
couleur de leurs spores) se fondent ct se confondent. Aussi Fries a-t-il resiste plus 
d une fois a ces arbitrages ecarti ments, et sa section des femiiiiin iK s il.iKiiju.M) 
renferme-t-elle des especes a spores a reflets pouipres (PULVERULESTUS, ALNICOLA, 
Fr, etc.), et reciproquement la section des spores a reflets pourpres (PRATEI.L.E), des 
especes a spores simplement ferrugineuses (HYDROPHIHTS, Bull., t. 511 ; SQOALESS 
Sow., t. 562, etc.). Ainsi les analogies naturelles, aussi bien que la facile defer- 
mination sont egalement compromises; c est pourquoi ilnous a paru qu un renia- 
niement dans 1 ordination des Agarics chromospores etait desirable. Nous esperons 
pojivoir tenter ce travail au mot l HRO.^SSPORE. On y trouvera la liste, la pl.u- 
(I In description des Agarics de cette serie qui &e recommandent par leur qualilu 
alimentaire, toxique on douteusj, ou qui, par leur volume et leur frequence , 
exigent au moins une indication sommaire. BERTILLOM. 

(Voy. CHAMPIGNONS pour la Bibliographie.) 
AGARIC BLANC. Voy. PoLYPORE. 
AGARIC DES CniRURGIENS. Voij. AMADOU. 

AGARICIXEES. (^garicus, type de la famille). Cette famille, tres-heureu- 
sement instituee par Fries, est une des plus naturelles du regne vegetal; elle 
se compose presque exclusivement des demembremenls de 1 ancien genre Acv- 
RICUS. Un des derniers ouvrages du celebre mycologiste suedois (Epicrisis) en de- 
crit 1421 especes, groupees en 21 genres. Mais cette enumeration, bien qu elle 
comprenne lous les champignons, suedois et etrangers, eonnus de Fries, n est 
certainement un peu complete que pour la Suede meridionale. Aussi, quand on 
cherche a determiner sur \ Epicrisis de Fries, les Agaricinees des environs de 
Paris, on ne tarde pas a s apercevoir qu un grand nombre manque. L on peut done 
affirmer, qu en Europe seulement, il y a beaucoup plus de 2()00 Agaricinees, et 
que la moitie peut-elre, le tiers au moins, de ceux de notre France ne sont ni 
decrits ni nommes. Voila certes un vaste champ ouvert au travail. Ici il n est pas 
besoin de longues excursions. Quelques promenades dans les bois de Boulogne, de 
Vincermes, de Meudon, de Montmorency ou de Saint-Germain, pendant une sai- 



AGARICINfiES. 109 

son favorable, feront certainement rencontrer des especes non decrites, uon 
classees, non nommees ou confondues avec d autres ! Quclle facile occasion de se 
rendre utilc, d attacher son nom a la decouverte d especes nouvelles, elc. ! Com 
ment se f;iit-il done que quelque bribe de 1 ardeur que nos botanistes de phanero- 
games deploient a des creations de genres et d especes, un peu artificielles peut- 
etre, et d une solidite, d une utilite contestees, ne se reporte pas sur la myco- 
logie ? Nous croyons que cette indifference peut s expliquer principalement par la 
difficulte d acquerir les connaissances elementaires de cette brancbe si vaste et si 
neuve des sciences naturelles. 

Quand il fant abordcr du premier coup, sans notions prealables, des ouvrages 
aussi volumineux et aussi techniques que ceux de Fries, de Persoon, etc., les in- 
connues trop nombreuses qui se dressent entre 1 auteur et le lecteur ne tardent pas 
a rebuter celui-ci. Nous avons done entrepris dans ce trava 1, tout succinct qu il 
soil, de sortir des banalites que Ton se passe de main en main quand il s agit de 
faire des articles sur les champignons au point de vue medical. D ailleurs 1 expe- 
rience a prouve depuis longtemps que ces sortes d ecrits ne sont utiles que selon 
laqualite ou le nombre des planches coloriees et les recettes culinaircs qu ils 
clonnent. Or, comme ce n est le lieu ni de 1 une ni de 1 autrc exhibition, nous 
sommes mis en demeure, ou de reproJuire les vaines reditcs sur les champignons 
comestibles etveneneux, aussi faciles a refaire qu inutiles a relire, ou de resserrer 
il;iiH nn pdil. nombre de pages assez d anatomie et de nomenclature des orgams 
ct des formes pour qu un lecteur desirant decrire les especes qu il rencontre ou se 
preparer a la lecture des auteurs speciaux, y trouve le^ elements qui lui sout ne- 
cessaires. On comprend que, lorsqu il s agit de trouver dans un type ayant autant 
d unite que cehii des Agaricinees, les caracteristiques de plusde 2000 especes et 
21 genres, il faut multiplier, affiner 1 observation analytique et les denominations 
pourchaque forme elementaire. Aussi la premiere et la plus serieuse diificulte qui 
se presente pour un auteur francais est celle du langage. Les travaux vraiment 
scientifiques et au courant des connaissances actuelles sur les Agaricinees sont 
ecrits en latin, idiome qui offrait aux mycologues (outre 1 avantage de pouvoir etrc 
hi par les hommes stndieux de diverses nations) une grande commodite pour 
creer un langage conventionnel qui n eut pas ete accepte dans une langue parlee. 
Mais on doit avouer que ledefaut de metbode et celui d un lexique ad hoc out fait 
payer cherement cet avantage. II faut consumer bien du temps et pa-ser par bien 
des incertitudes pour acquerir 1 intelligence precise des expressions figurees que 
Ton a empruntees avec plus ou moins de bonheur a la langue des poetes et des 
orateurs latins, et appliquees a des objets, a des attributs auxquels les Latins 
n avaient jamais pense ; et encore n y arrive-t-on qne par approximation et seu- 
lement pour les expressions dont on a pu voir les fails correlatifs par des exemples 
nombreux et saisir les amplitudes de signification. Si ce vice jette une grande 
obscurite dans les ouvrages des mycologi-tes ou conceit qu il rend egalement dif 
ficile la traduction de ce langage arbitraire en fiangais. Enfin les delieatesses 
de notre oreille et de notre entendement ne permettent pas, comme en latin, 
le neologisme, meme par metaphore et par mots composes. Qu on nous pardonne 
done ce que, sous ce rapport, notre essai peut avoir d incomplet et d imparfait. 

Nous aspirons cependant a ce qu un lecteur attentif, nou-seulement soit vite en 
etat de lire les auteurs speciaux, et particulierement Fries pour les Agaricinees, 
mais encore puisse determiner lui-meme, sans autre secours que ces pages, pour 
un champignon qu il a sous les yeux, la fainille le genre, puis, en se rej;ortant a 



110 AGARICINEES. 

chaque genre traite dans des articles a part, qu il y trouve la section, la tribu et 
quelquefois 1 espece, quaud elle est reputee comestible ou veneneuse ou assez vo- 
lumineuse pour qu elle puisse devenir 1 un ou 1 autre. Mais nous voulons surtout 
qu il puisse toujours le dessiner et le decrire methodiquement, et par suite, per- 
mettre a un mycologiste de le determiner d apres cette description. On comprend 
facilement toute 1 importance de cette possibilite pour tel cas de medecine legale, 
de police medicale, d hygiene publique, et pour faire profiler la science de Unites les 
occasions d observer qui se presentent journellement aux medecins places dans des 
circonstancesfavorables. II faut avertir seulement que, dans ce cas, les descriptions 
doivent etrebeaucoupmoinssuccintes queles notres (art. AGARIC, etc.), qui portent 
sur les especes dont les traits caracteristiques sont le mieux connus. 

Methode a suivre. Pour arriver facilement a ces resultats, et a reconnaitre les 
formes et les attributs qui conviennent aux individus que Ton considere, il suffira, 
en ce qui concernc les Agaricinees, de relire la partie descriptive ci-apres, en ayant 
sous les yeux soit quelques especes empiriquement connues, soit des Agarici 
nees quelconques et variees. On ne tardera guere, par la repetition de cet exercice, 
a se familiariser avec les organes, avec les formes qu il importe de determiner, et 
avec le langnge qu il convient d adoj ter et que 1 on enrichira suivant les besoins 
de 1 observation. Chaque medecin pourra done dessiner, decrire et determiner suf- 
fisamment les Agaricinees de sa localite, ceux qui sont alimentaires, ceux qui ont 
cause des accidents, ce qui lui etait impossible avec les ouvrages communement 
repandus (Persoon, Roques, Noulet et Dassier, Lavalle, Dupuis, etc.). Alors seule- 
ment nous sortirons du chaos ou nous ont plonges les descriptions insuf/lsantes, 
les dessins exclusivement pittoresques, et par suite les denominations fautives, 
lesquelles ont fait croire sans doute que telles especes alimentaires en un lieu 
etaient veneneuses en un autre, etc. 

Proprietes geneTales. Avant de passer a la partie purement descriptive, il 
semble que nous devrions donner des generalites alimentaires, toxicologiques, 
chimiques et theiapeutiques qui se rapportent a notrefamille. Mais ces generalites, 
n ayant nen de bien special pour les Agaricinees, seront mieux placees a 1 article 
CHAMPIGNONS, car elles comprendront alors celles qui se rapportent aux Boletacees, 
aux Hydnees, aux Clavariees, etc. Prevenons seulement, puisque cet article est le 
premier en date, qu ou ne devra pas chercher ici, ni dans les articles suivants, ces 
vaines caracteristiques generates pour distinguer les champignons veneneux des 
especes comestibles, attendu que de telles caracteristiques n existent point; que 
les essais qui ont ete tentes en ce genre caracterisent seulement 1 etat peu avance 
de la science, dans le temps ou dans 1 esprit de leurs auteurs, et ne sont propres 
qu a egarer ceux qui s y confieraient. En ce qui concerne les Agaricinees, les 
especes que Ton peut regarder organiquement comme les plus voisines, telles que 
1 oronge, la fausse oronge, 1 amanite bulbeuse, presentent souvent 1 une un 
excellent aliment, 1 autre uu poison redoutable, tandis que les especes les plus 
eloignees par leurs caracteres botaniques se rapprochent par leurs qualites ali 
mentaires ou veneneuses. 

Eniin, on chercherait vainement, ainsi que nous 1 avons demdntre aillelirs 
(Union medicale , mars 1861, et Presse scientijique des deux mondes,ti- 
vrier 1861, p. 563), un ou plusieurs caracteres, ou une alternative de caracteres, 
soit botaniques, soit pittoresques, soit meme organoleptiques, pouvant seulement 
faire presumer avec quelque secufite la qualite alimentaire d un cryptogams . 
11 faut que les optimistes causes-finaliers en prennent leur parti ; ce n est 



AGARICINfiES. 1" 

pas au point de vue de notre estomac que la nature creatrice a developpe ses 
series, comme 1 a era aulrefois la naive fatuite de notre espece. C est pourquoi, 
pour connaitre les champignons comestibles, il n y a, comme pour les autres vege- 
taux, que deux melhodes : 

Ou connaitre empiriquement, a la maniere des paysans, les proprietes pitto- 
resques (port, couleurs, sites, etc.) et organoleptiques des quelques especes que 
I expcrience a montrees comestibles dans telle localite circonscrite; mais quand il 
s agit des Agaricinees, souvent si estrangement voisines et proteiformes, il faut se 
garder d appliquer a une autre localite cette diagnose empiiique ct bornee; 

Ou connaitre, avec precision et exactitude, pour la flore d un vaste territoire, 
les caracteres bolaniquesde toutesles especes comestibles, de I outes les veneneuses, 
et des especes voisines dont les proprietes sont encore peu connues; determiner 
leur place dans les series qui composent le groupe des Agaricinees, et enfin per- 
fcctionner cette partie de la science, si, comme il est notoire pour ces Funginees, 
elle est encore incomplete a plusieurs egards. N est-il pas certain aussi que, si la 
premiere melhode est encore suffisante et admissible pour les paysans et les gens 
du monde mycophnges, la seconde seule convient aux medecins. 

II resulte du plan que nous venons d adopter (il imporle d en prevenir un lee- 
tcur benevole) que ce qui va suivre n est pas fait pour etre lu, mais pour clrc 
etudie, champignons en main. 

la. premiere partie, qui suit immediatement, decrit et nomme les organes. 

La seconde (p. 128) divise la famille des Agaricinees en ses vingt et un genres 
et donne la caracteristique de ces genres. 

I re PARTIE. DESCRIPTION ET DENOMINATION DES ORGANES ET DES FORMES D UNE 

AGARICISEE AU POINT DE VUE DE LA CLASSIFICATION. TVotu. NOUS HietlOllS GH UttHqUe 

[avec majuscule pour les noms d organes] les noms et les attributs des organes et des 
formes une premiere fois cites. Nous placons quelquefois cnlre parentheses les expres 
sions latines correspondantes, particulierement quand elles s eloignent de la racine 
du mot i rancais. Nous avons soin , dans 1 enumeration des qualificatifs qui s appli- 
quent successivement a une meme forme, de suivre un ordre progressif ou regres- 
sif, separant seulement ces termes series par une virgule, par plusieurs points 
successifs...., s il y a une lacune dans la progression ; par point et virgule, pour 
indiquer que 1 attribut nouveau n est pas seulement augmentatif des precedents, 
mais qu il y ajoute une idee nouvelle non comprise dans ceux-ci ; par deux points, 
le qualificatif general qui resume une serie d attributs, cas particulier du pre 
mier. Nous separons par la conjonction ou les qualificatifs qui s excluent, qui sont 
1 oppose 1 un de 1 autre, par et ceux qui s ajoutent. Nous iormons par un trait 
d union ou par simple apposition un attribut compose moyen entre ses constituants, 
mais nous prenons soin , dans la formation de ces attributs composes et lies 
par un trait d union, de placer le dernier celui qui domine; ainsi charnu-fibreux 
est plus fibreux que cbarnu, fibro-charnu , plus cliarnu que fibreux. Enfin, nous 
placons entre parentheses les synonymes explicates. A 1 aide de ces artifices con- 
formes aux usages de la langue (a cette seule condition ils sont acceptables et 
utiles), nous pourrons nous abstenir d un grand nombre de fastidieuses defi 
nitions; car, au moyen de cette sedation, la precision ne gagnera pas moins que 
la concision. 

Quand une Agaricinee est complete, on y distingue un Chapeau (pileus), dont 
la face superieure est libre ; cet organe est porte par une colonne charnue ou fibreuse, 
le S<pe,s inserant ordinairement au centre de la face inferieure du chapeau ; cette 



* . .s AGARICINEES. 

face est ea outre tapissee par la membrane fruclifere, I Hymenium (voy. CHAMW- 
GKON), dont les longs rcplis forment les Lames qui rayonnent de 1 insertion ordi- 
nairement central e du stipe an pourtour du chapcau dont elles sont d aillenrs partie 
constituante. Le chapeau sans les lames prend le nom d Hijmenophore. L extremite 
inferieure du stipe est en rapport de continuite avec le Mycelium, tige souterrainc 
et seule partie durable de tout le champignon , le chapeau et son stipe n etant au 
fond que 1 enormc developpement d un bouton a fleur et a fruit : d ou leur duree 
ephemere. 

Nous avons dit que la face superieure du chapeau est libre. Cependant le recep 
tacle fructilere, avant son epanouissement, est souvent renferme dans deux en- 
veloppes concentriques , ou Voiles , dont on peut presque toujours co^tatcr 
1 existence si Ton part des premiers instants et si 1 on s aide de 1 observation mi- 
croscopique. Le Voile general (velum universale Fr.) part de la base du stipe et 
contient d abord (avant le dechirement de la parturition) le champignon entier 
(stipe et chapeau). Le second voile, concentrique au premier, ombragela face infe 
rieure du chapeau et en protege les lames; c est le Velum partiel (Fr.) ou simple- 
tnent Velum ; il s attache d une part au poiirtour du chapeau et de 1 autre, en 
apparence, au corps du stipe vers sa partie moyenne, qu il entoure comme un 
Collier. Ce collier subsistc souvent apres le dechirement et la disparition du reste 
du Velum. 

Etudions maintenant cliacune de ces quatre parties constituantes propres a unc 
Agaricinee, en signalant surtout les formes qui acquierent de rimportance dans la 
classification : 1 I HYMENOPHORE ou chapeau; 2" les LAMES rayonnantes qui le dou- 
blent par-dessous et leurs Spores; 3 les deuxVoiLRs; 4 le STIPE. Nous ter- 
minons cette partie : 5 par quelques mots sur le MYCELIUM (mais YHymdniitm 
et le Mycelium, propres a tout CHAMPIGNON, seront mieux etudies a ce mot) ; 
6 par I examen des proprietes generales ou ORGANOLEPTIQUES : coulears, odeurs, 
saveurs. 

I. Le, Chapeau ou mieux HYMENOPHORE doit etre etudie: A, dans sataille; B, 
dans sa forme generale etdans les phenomenes de son developpement; c, dans les 
details de structure de sa surface ; D, dans ceux de son tissu et dans sa consistance. 

A. Les dimensions du chapeau doivent etre indiquees par la longueur de son 
Diametre (D) de projection et dans quelques cas par la longueur de la ligne (r) 
qui va du centre a la circonlerenoe du chapeau et qui deviendrait rayon si on sup- 
posait le chapeau toujours epanoui et plan ; mais dans bicn des cas celts ligne est 
beaucoup plus grancle que la moitie du di -metre de projection D ; c est ce qui 
arrive dans les chapeaux campanulas des Coprins, des Alycena ; dans les chapjuux 
infundibules, etc. 

B. La forme generale du chapeau peut etre remarquable par la symetric de 
toutes ses courbes et grandeurs autour du centre, telle que toutes les coupes selon 
1 axe du stipe donnent des lignes geometriques. Cette regularity effective (du cha 
peau et du stipe), assez rare chez les grands champignons, est un des caracteres de 
port qui font reconnaitre de loin les Amanites, les Lepiotes et les Coprins. Au con- 
traire, dans les Tricholomes, les Russules, les Lactaires et la plupart des autres 
grands Agaricines, si la tendance est encore a la symetrie, il arrive le plus sou- 
vent que les accidents de vegetation out inegalernent deibrme, developpe, canibre, 
ondule les lignes du chapeau et du stipe. Entin dans quelques-uns le delaut de 
symetrie est plus prononce et plus constant : c est ainsi que, par un inegal deve- 
lojjpement du chapeau, son insertion au stipe devient excentrique ou luterale; 



AGARIMHfiES. 11? 

cette irregularite normale constitue lc caractere principal de deux sous-genres 
de Fries (PLEUIIOTUS et CREPIDOTUS). 

La forme generale du chapeau, considers e dans sa surface et son epaisseur, me"- 
rite d etre notee, surtout quand elle s eloigne de la forme ordinaire en disque : on 
dit qu elle est pulvinde (en forme de coussin), turbinee (en toupie), spatulee, 
conchoide, reni forme ; on la dit infundibulee (en entonnoir), cyathee (en coupe a 
bord evase) ;cupulde; enfin, concave, deprimee ;ou au contraire conique, capu- 
chonde (cuculus), campanulde, ovee (le petit bout enhaut), obovee, hdmisphe- 
rique; on dira ces formes etlessuivantesc/iawfOMnzees (terme detourneur) quand 
elles seront evidees par une ou plusieurs depressions circulaires, entin convexes, 
subconvexes,aplanies, planiuscules (a pen pres planes), planes. Les formes moins 
syme triques sont dites bosselees, cambrees (rdpandues) , ondulees. La description 
plus fine du detail des formes et surtout celle des formes successives de developpe- 
ment, fort importantcs a noter, exige que Ton divise 1 hymenophore et sa surface en 
deux regions a peu pres egales : le Disque central, et la Marge, portion ou zone 
circulaire exteiieure de la surface du chapeau. La marge, qui limite le disque, so 
termine elle-meme par le Contour, ligne peiipherique n guliere ou sinueuse, lobde 
si les sinuosiles sont plus amples, mais, dans 1 un ou 1 autre cas, toujours planes. 

Quand le Disque est saillant, on dit qu il est : umbone (comme le centre d un 
bouclier) si la saillie est regulierement et continumcnt proeminente en cone a 
sommet aigu ou arrondi ; gibbeux, si cette saillie, encore large et proeminentc, 
n est point cono ide, mais convexe ou aplanie ; on dira, au contraire, quele disqnu 
est obtus, si la saillie centrale est tres-apprimee, meplut, si elle est plus plate que 
lu marge qui la borne; enfin, plan, deprime, ombiliqud, digitd. 

La Marge, selon ses formes et ses mouvements,est encore plus importante a etu- 
dier. Suivant Tepaissenr de son tissu charnu, elle est epaisse, mince, membra- 
neuse,translucide, hyaline. Selon ses directions, elle est droiteou courbee, soil 
flcchie (moins de 45), soitinflechie (entre 45 et 90), incurvee (plus dc 90), 
enroulee ; ou d abord connivente (recourbee des le principe, au point que lc 
bord rencontre le stipe), ou d abord enroulee; ou, au contraire, elle est eten- 
due , plane ou ondulee, cambree, retroussee, resupinee. Ailleurs la marge, avec 
une portion du disque qui lui fait suite, est d abord droite (rectiligne) et 
appliquee le long du stipe , puis le chapeau sc cleploie comme une ombrelle, la 
marge restant toujours droite. Consideree dans le sens de sa largeur, la marge 
peut etre fondue (rimosus) , emarginee, echancree (plus qu emarginee) , ou in- 
tacte. La surface de la marge est souvent marquee d empreintes allongecs, paral- 
leles, se terminant au pourtour ; on la dit : stride, si les empreintes sont fines; 
sillonnee-stride, si elles sont plus profoades ; deprimde-sillonnee, si ce sont des 
sillons larges et plats ; sillonnee-nodulee, si les aretes en sont granulees ou luber- 
culees. Ailleurs, au lieu de sillons ce sont de petites vacuoles, arrondies, creusees 
dans un cutis epais, souvent wdemateux ; on dit alors vacuolee. Mais la marge est 
lisse, si elle n a aucune empreinte, comme on la dit nue, quand elle ne porte 
aucune des villosites ci-dessous enumerees et qu elle n esi ni voilee ni frangee ou 
appendiculee (voy. Ill, LES DEUX VOILES). Mais la circonference de 1 hymenophore 
peut depasser un peu 1 ensemble peripherique des lames ; il en resulte une petite 
zone de la marge qui avance au-dessus et en avant des lames, comme le bord 
d un toil en avant du mur : Fries 1 appelle Marginelle. Enfin \eBonl du chapeau, 
comprenant 1 extremite peripherique de 1 hymeaophore et des lames, est 
epais, obtus. 

DICT. ENC. II. 



114 AGARICINfiES. 

c. Apres les formes generates du chapeau il faut etudier les hits de structure et 
d aspect tie sa surface. Sous ce rapport, on doit considerer dans I hymenophore : 
1 un tegument, et son tissu sous-jacent ; 2 les debris etrangers, debris de 
voile, qui occupent quelquefois sa surface libre. 

4 Le Tegument doit etre soigneusement et finement etudie a 1 oeil et sous ia 
loupe. La surface libre pent etre constitute par une membrane propre cornme dans 
les Amanites, ou etre formee, comme dans les Lepiotes, par la terminaison des 
fibres constitntives de la chair du chapeau, peu changees, mais souvent dissociecs 
et colorees seulement par 1 air et la lumiere ; alors, meme par un temps humide, 
aucun lambeau membraneux notable ne pourra etre detache : car par une traction 
centripete on penetre bientot, avec les fibres qu on souleve, dans la substance du 
chapeau ; et, par une traction centrifuge, on n obtient que quelques bribes du te 
gument ; enfin, une coupe perpendiculaire a la surface ne montrera pas cette 
couche externe nettement limitce el munie d une organisation propre. Si, au 
contraire, une membrane speciale est evidente, elle sera dite Pellicule, si elle est 
mince et plus ou moins translucide (Russula fragilis) ; Cutis et Cuticule, sile 
tegument est plus ou moins epais et surtout opaque : alors il est ordinairement 
drape, feutre; mais il peut etre aussi sec, papyrace, parchemine, quelquefois 
cerace, encroute etcassant. Nous reservons les expressions A Epiderme et dc 
Derme pour les cas assez rares, ou il y a effectivement deux couches appreciates 
dans le tegument. Nous disons Surtout, quand nous voulons indiquer la couche 
exterieure recouvrant les sous-jacentes sans en differer essentiellement, sans for 
mer une membrane propre. Enfin nous nous servons du mot general Tegument, 
quand nous ne croyons pas devoir decider de son organisation, affirmer ou nicr 
1 existence d une membrane. 

II faut maintenant signaler les differenls aspects de la surface de ce tegument, 
11 ne nous est pas possible de rapporter ici la variete et la richesse du langagc mis 
en ceuvre par le mycologiste suedois, d autant qu il n a pas pris soin lui-meme 
d indiquer dans un preambule special le sens et les gradations des nombreux attri- 
butifs, simples et composes, qu il met en usage, de sorte que cette richesse n aug- 
mente pas toujours, comme elle le devrait, la precision de ses descriptions. 

Selon 1 etat hygrometrique (qu il faut noter) et selon les groupes et les especcs, 
le tegument est sec, humide (udus), mouille, guttule (charge de gouttelettcs, 
irroratus); il est gelatineux.... gluant, visqueux, ou seulement mouille d, 
glissant ; par un temps sec la viscosite a pu disparaitre, mais elle est denoncee 
par laterre et les fetus agglutines sur le chapeau et quelquefois par un vernis. L;i 
surface est unie, lisse, glabre, lustree, satinee ; soyeuse (lustree et fibrilleuse) ; 
elie peut etre mate, drapee, feutree, tomenteuse dansle casou le duvet, deplus 
en plus visible, est enlace et non libre ; on ajoutera quo ce drape, ce cutis est 
cedemateux, si, mou et comme enfle, il se laisse facilement deprimer, sillonner, 
enfin s il prend 1 empreinte de toute pression, comme de la pulpe du doigt ou de ses 
striespapillaires.Mais on dira surface veloute<.^si, comme dans le velours, le duvet 
est tres-doux, quoique dresse et serre; velue si les poils sont relativement plus 
longs et moins serres , poilue, villeuse, si plus longs et couches; fibrilleuse, 
fibreuse, s ils sont plus gros et moins Ao\i^.;~pelucheiise, si les villosites sont un 
peu melees; ouate-e ou lainee, si elle rappelle ces substances; crepue, he- 
rissee, si les poils sont dresses et rudes. Ces villosites, fibrilles et fibres peuvcnt 
$taecouchees,apprimees, imbriquees, agglutinees (entre elles), adnees, si, solide* 
ment fixees par une extremite, elles sont libres de 1 autrejmais on dira innees si, 



AGARICINEES. 

quoique saillantes, elles soni adherentes dans toute leur longueur et coihme faisant 
partie de la cuticule ; delebiles, si on les enleve facilement ; caduques, si d elles- 
memes elles se detachent de bonne heure ; enfin fugaces, si elles sont delcbiles et 
caduques. Aulieu de adnees on preferera connees pour exprimer 1 union intime 
des extremites adherentes dans le cas ou le tegument est un Surtout (oil il n y a 
pas de membrane propre) . Ces villosites peuv^nt former comme un ciumrne, unt 
fourrure, une couche continue, ou des manipules, des faisceaux, des aretes, et 
former des stries, des cannelures, des sillons; Aesrigoles, si elles sont moins 
regulierement droites et peu paralleles ; des reticulations rameuses ou en reseaux, 
en s agglutinant autrement les fibrilles peuvent former des meches, des houppes 
(meches redressees) , des papilles, des squames ; les squames seront plutot dites 
ecailles si elles sont grandes etlarges, et squamules si elles sont tres-petites.Maissi, 
au lieu d etre saillantes, les fibrilles sont comme imprimees ou connees dans loute 
leur longueur et plutot percues par la difference des nuances, on dira quela surface 
est vergee (fouettee) ; qu il y a des vergettures fibrilleuses, paralleles, onduleuses 
ou irregulieres, reticulaires, rameuses, melees (suivant les aspects), etc. 

Les squames, adnees, pomront etre pointues ou arrondies ; et de plus, ciliees, 
plumeuses,vilieuses,pelucheuses, fibrilleuses, fibreuses ; elles seront retroussees, 
apprimees, innees, etc. ; molles, fermes, dures, scabres ou douces. Enfin la 
texture de cetle surface pourra encore lui donner un aspect : seme d asperites, 
tuberculc, verruque, papille, chagrine, granule, arenule, depoli; mais furfu- 
race, pulverule, farine, pruine, si ces asperites sont delebiles. Le bord de la 
marge et le centre du disque sont le lieu d election de ces diverses villosites, 
squames, pulverulence et impression ; ils devront etre soigneusement etudies a ce 
point de vue, afin de determiner si la marge est nue ou revetue. 

La Cuticule ou Pellicule, en se plissant, surtout sur le disque, pourra y former 
des rigoles, desplis, desnctes dessinant des ramifications, des reticulations, des 
areoles. Ce tegument, en Defendant, se fendillant, se tresaillant (fines fissures 
formant de petites surfaces polygonales) , se gercant si les ruptures tres-superfi- 
ciclles out toute autre direction, on se facettant (terme de lapidaire, se decou- 
pant profondement en facettes) ; ou se laciniant (en lanieres), se lacerant (en 
tous sens), donnera lieu a des crevasses, rigoles, fissures, gercures, qua- 
dritlages, etc., determinant des plaques, des croutes,,Aes marqueteries, des 
squames, des chinures (quand les eraillures superficielles determinent des 
figures indecises, comme ondulees, non symetriques, mais multipliees et se re- 
petant a\ec une certaine regularite) , des lanieres, des fibres ; des granulations 
de divers aspects, et par suite une surface fendillee : gercee, granulee ; facettee 
(tailleea facettes), ecaillee, squamulee ; rigolee; chinee; lacinee; fibrillee, etc. 
suivant la profondeur, 1 etendue, la regularite, la direction rayonnante, circu- 
laire, mixte ou irreguliere de ces ruptures. II est bon de remarquer que, si ces 
raptures se font dans la jeunesse du champignon, elles resultent plutot d un arret 
de developpement dans le tegument ; si dans la vieillesse, d une retraction de ce 
tegument. Le toucher, consulte a son tour, donnera la sensation d une surface 
polie,veloutee,... scabre, rugueuse, etc. 

2 Cependant il importe de ne pas confondre ces details, qui appartiennent en 
propre a 1 hymenophore, et sont connes a son tissu, au moins a son tegument, 
avec les debris plus ou moins delebiles, adnexes ou adfixes, qui ne sont que les 
restes du voile general ou Volva. Indiquons de suite les principales formes de ces 
debris tres-caracteristiques. Ils peuvent etre formes par des plaques larges et mem- 



116 AGARICINEES. 

braneuses; ils sont alors irreguliers, peu constants, et pour ainsi dire accidentals, 
delebiles (AMANITA VAGINATA, VOLVARIA, etc.) ; on ces debris sont regulierement 
divisesen petites masses, ou polygonales, facettees, diamantees (plus pctites et 
nonmoinsnettes), a sommet obtus ou nigu, mucrone, etc. ; ou sous forme de 
verrues epaisses, cedemateuses ou de squames Ugeres, cotonneuses, plumeuses, 
micacees, gramdeuses, farineuses,... etc., plus ou moins adnexees; - - plus 
ou moins delebiles ou caduques ou persistantes . Ces debris sont ordinairement 
plus rapproches sur le disque que sur la marge. Celle-ci est plutot occupee, dans 
quelques groupes, par les debris plus ou moins araneeux du voile descendant 
(\ariete du voile general) , dont je parlerai plus has. Ce voile laisse sur la marge 
(marge voile.e), ou sur son bord (\ion\frange ou appendicule) des debris plus ou 
moins reguliers, membraneux, mais plutot fibrillenx, araneeux, flotlants ou 
appliques, diversement colores, reguliers, et adncxes, debiles, etc. 

. Le tissu de I hymenophore peut presenter dans ses formes loutes les grada 
tions imaginables. Quelquefois il manque absolument, excepte peut-etre au centre 
du disque : I hymenophore est alors forme d une simple pellicule sous laquelle se 
plisse 1 hymenium ; il est pelliculaire, translucide et meme hyalin. La chair de 
I hymenophore, consideree dans son tissu et dans sa resistance, peut etre aussi 
variee que celle de la trame ci-dessous decrite (voy. p. 120) ou du stipe (p. 124). 
Ce tissu charnu peut etre plus ou moins spongieux et capable de retenir 1 eau 
duns ses maillcs, de maniere a aviver sa couleur propre en la mouillant; on 
dira couleur moite (itdus). Siun hymenophore mince a la propriete d imbiber, et 
par ce melange avec 1 ean imbue, de ternir, d assombrir ou de changer ses cou 
leurs a im baut degre, Fries le dit hygrophane (couleur imbue). (Voy. p. 127). 
Enfin, s il peut, par les progres de 1 age, etre separe ou separable en une ou 
deux couches horizontales, presentant comme une sorte de clivage, on dit qu il 
est scissile. 

Nous dirons plus bas, a propos des proprietes organoleptiques, ce qui concerne la 
couleur, 1 odeur, la saveur. Mais avertissons de suite combien il importe d obser- 
ver les mutations ou runilormite, la Constance des teinles et des colorations, 
1 suivant les ages des individus, 2 suivant la surface : ainsi, les nuances se 
foiicent generalement un peu ou beaucoup de la circonierence au centre ; on ob 
serve encore sur la surface des macules, des laches, Aesgouttes (dessinees), etc., 
ou des bandes regulieres ou irregulieres ; et Ton a des surfaces pointillees, 
gouttees (termede blason, gouttes dessinees, nepas conlondre avec guttulees, char- 
gees deguttules liquides) ; jaspees,mouchetees, rayees, maculees, marbrees, ti- 
grees; chinees, si les figures qui resujtent du tigre sont indecises et ondulees, pa- 
nachees, si les mouchetures sont un peu allongees et de dilferentes couleurs; eniin, 
riolees (vieux mot fort elegant, encore en usage surtout au figure, et qui, pris 
ea mauvaise part, a donne bariole), rayees de diverses couleurs; zonees, si les 
nuances sont en cercles concentriques, quelquelbis seulement iudiques, mais tou- 
jouis importants a noter ; 5 suivant 1 epaisseur ou la profondeur de tissu : il im 
porte, par exemple, de noter la nuance du tissu immediatement sous-jacent au 
tegument; 4 par la rupture artificielle ou I eraillure naturelle, qui ont pour elfet 
un changement de nuance immediat, subsequent ou tardif. 

II. LAMES. La partie inferieure de rhymeuophore on plancher est occupee 
par les lames du chapeau rayonnantes autour du stipe. On appelle vallecules le 
fond des sillons qui les separent. La forme des lames et leur constitution jouent 
un grand role dans la sedation. Elles doivent etre ctudiees : A, selon leurs 



AGARlCINfiES. 1*7 

dimensions et leur nombre ; B, selon leur forme; C, selon 1 aspect de leur surfnce 
et de leurs spores ; D, dans leur constitution anatomique et leur consistance. 

A. Considerees quant a leur dimension, les lames sont larges, etroites ou li- 
neftires ; rarement si etroites qu elles ne forment plus qu un pli, eton les dit pli- 
ciformes, ou meme une ride, riigiformes. On pourra mesurer directemcnt cette 
largeur (1.) ou la comparer par une coupe a 1 epaisseur de 1 hymenophore qui 
les porte. Les lames, etudiees quant a leur nombre, sont ecartees ou rappro- 
chees, ou meme contigues et par suite rares ou nombrcuses ou pressees. 

B. Quant a leur forme, les lames sont simples ou bifnrqnees ; dichotomes ou 
rnmeuses ; quelquelois anastomosees. La bifurcation peut partir du stipe ou 
d un point do la longueur, souvent du milieu de la lame entiere. La dichotomie 
peut etre reguliere, soit generate (propre a chaque lame), soil de deux en deux, 
de trois en trois, etc. ; ou irreguliere, rare, presque accidentelle. Si toutes les 
lames sout simples, elles sont ordiuairement inegales, c est-a-dire que partant 
toutes du pourtour, les unes atteignent la plus grande longueur vers le stipe ; les 
autres, ordinairement situees symetriquement entre les premieres, s anvlcnt 
environ vers les deux tiers, la moitie, le tiers, le quart de la longueur des lamrs 
entiercs. Souvent on les appelle indistiuctement demi-lames, mais nous preferons 
avec Vittadini lamellules. Ces lamellules se terminent de differentes manieres en 
dcd, ins : quelquefois tout d un coup etcarrement (plusieurs AMANITES), quelquefois 
dechiquetees, le plus souvent en pointe aigue ; cette extremite interieure est librc ou 
conneeavecla lame adjacente. Chaque espace angulaire ou secteuv separant deux 
lames (entieres) peut ainsi etre comble par \, 3, 5, 7, etc., lamellules (rarement 
et anomalemeut par un nombre pair), suivant le developpemenl du cliapeau et 
Tecartement des lames entieres : le nombre des lamellules peut done etre note, 
mais surtout lenr regularite et leur symetrie. Ainsi, dans quelques genres (Rus 
sules), les lamellules ne se rencontrent qu irregulierement, comme exceptionnelle- 
ment, ou meme manquent tout a fait. 

Etudiee isolement, une lame offre a considerer deux bords, deux faces et deux 
e.vtremites. Mais nous appelons simplement lord, le bord inferieur et libre ; il est 
ordinairement mince et aigu (AMANITE, AGARIC), quelquefois epais (CANTHARELLE, 
NYCTAUS, XEROTUS), rarement canaliade (TROGIA). Ce bord est glabre, lisse et ve- 
loule, ou (vu a la loupe) fmement frange, papille, micace (papille et brillante), 
pulverulent ; intact ou denlicule, dentele, erode, dechiquete, echancre. Suivant 
sa courbure, ce bord est ondule (ne pas confondre avec lame ondulee ou mieux 
ondidcuse, godee, etc., ci-apres), ventru (irregulierement convexe) , arque (offrant 
irois courbures en forme d arc ou de demi-accolade) , en segment (regulierement 
convexe comme une portion de cercle), ove (segment irregulier, la courbe etant 
aplatie vers la marge, proeminente vers le stipe comme la demi-courbe d un ceuf, 
dont le gros bout reposerait sur le stipe) , above (la meme courbe retournee, le 
meplat ou petit bout appuye sur le stipe), ou droit. Les bords sont paralleles entre 
eux (AMANITE, LEPIOTE, etc.) ou ils sont discordcmts (TRICHOLOMA). 

Les {aces des lames sont lisses, mais, vers le bord adherent, elles sont quel 
quefois veinees, reticulees ; ces faces sont libres, ou quelquefois anastomosees par 
ces veines, surtout vers le bord adherent ou vers une extremite. Les extremites 
perip-heriques, dites aussi externes ou anlerieures (on dit simplement en avant) 
sont aigues ouobtuses (largesetarrondies); le plus souvent elles atteignent le niveau 
de la marge de l hymenophore; ou elles sont depassees par la marginelle (quel 
COPRI^AIRKS), ou elles sont depassantes (quelques RUSSULES). 



118 AGARICINfiES. 

Les extremites centvales (on Ics dit en arridre) sont particulierement impor- 
tantes. Elles atteignent le stipe ou non : dans le second cas, elles sont libres ; dans le 
premier, elles sont dites adnees si elles peuvent s y attacher solidement, en sorte 
qu elles se rompent plutot qu elles ne se detachent ; mais on les dira adnexees si 
elles se detachent plutot quede serompre; d abord adnees indiquequ on les trouve 
adnees dans le premier age ; ensuite ou enfin adnexees, qu on les trouve adnexees 
vers 1 age adulte ou un peu apres. Souvent elles s attachent et se continuent sur le 
stipe, et sont dites decurrentes (CLITOMBE) ; elles peuvent etre decurrentes dan^ 
toute leur hauteur, allant tout entieres se determiner en pointe aigue sur le stipe, 
alors elles peuvent etre entre elles egalement ou inegalement decurrentes sur 
ce stipe , ou bien, etant terminees et arrondies sous le chapeau, elles sont decur 
rentes seulement par le prolongement de leur bord adherent , et on les dit decur 
rentes par filets striant le sommet du stipe. La terminaison decette lame decurrente 
par elle-meme ou par filet peut etre nettement definie, ou s en aller en mourant et 
striant le sommet du stipe (decurrence inde finie); clans le cas de decurrence 
definie, elle est quelquefois termine e par un lisere, souvent blanc, plus ou moins 
marque, couronnant le sommet du stipe. Dans la lame adnexee, le filet se delaehe 
du stipe avec la lame, ce petit filet prend alors le nom de dent ; on dit plutot crochet 
si, le bord libre de la lame etant emargine pres de la dent, il en resulte un crochet 
plus marque. Quand les lames sont decurrentes par une dent, un filet, etc., elles 
peuvent etre en meme temps decurrentes et horiwntales (par leur corps) ; autre- 
ment elles sont decurrentes descendantes, ce qui resulte de la forme turbinee ou 
irifundibulee de 1 hymenophore. Ces memes extremites interieures des lames 
peuvent etre entieres et adnees ou adnexees au stipe dans toute leur hauteur ; ou, 
etant arrondies en dedans et en has (convexite quelquefois un peu echancree), 
elles smiattenantes au stipe seulement par la moitie ou le tiers superieur de leur 
largeur, et les lames sont dites arrondies; ou bien au lieu d etre arrondies, ces ex 
tremites sont plus ou moins profondement emarginees sur leur bord libre, et les 
lames dites emarginees; et, dans les deux cas, lames -sinuees. 

Quelquefois il est difficile de decider si des lames sont adnees ou adnexees, nous 
disons alors attenantes. En comparant les deux extremites des lames on dit 
qu elles sont egalement ou inegalement attenuees. Les lames a leurs extremites 
centrales peuvent etre connees entre elles et former ainsi un anneau le plus sou- 
vent adnexe au stipe; on dira lames adnexees-annulees . Quand les lames ne 
sont pas atteignantes, elles sont quelquefois separees du stipe par un bourrelet cir- 
culaire, charnu, plus ou moins modele, appele collarium (quelquesLEPioiEs, AMA- 
NITES et COPRINS); le plus souvent elles sont separees du stipe par unsil Ion quenous 
appelons Rainure (rainure circulaire comprise entre le stipe et 1 extremite interne 
des lames, que les lames soient libres ou sinuees-arrondies) . II ne peut done y avoir 
de Rainure quand les lames sont ou vraiment decurrentes ou decurrentes par 
filets ; mais il peut y avoir alors, et il y a le plus souvent, une Gorge ciculaire 
due a 1 emargination des lames avant leur adnexion au stipe. Les lames sont minces 
ou epaisses, ordinairement perpendiculaires a 1 hymenophore, quelquefois cou- 
chees, selon le sens de leur longueur. Enfin ces lames sont, planes ou onduleuses, 
godees (ondulees seulement vers le bord), ou crispees; selon leur largeur, elles sont 
rarement un peu courbees, recourbe es en conque vers leur bord (SCHIZOPHVLLUM). 

C. Lames selon 1 aspect de I hymenium et des spores. L Hymenium sera decrit 
a 1 article general CHAMPIGNONS. Disons seulement ici que, dans la famille des 
AGARICIMEES, la membrane prolifere ou hymenium porte d innombrables basides, 



AGARICUNfiES. 

grosses cellules vesiculiformes, oblongues, couronnees a leujg extremites hbres de 
quatre pedicels ou Styles, portant chacun une Spore (on dit mieux Stylospores 
quand on veut marquer la difference avcc la spore proprcraent dite qui nait libre 
dans une fheque ; mais toutes les Agaricinees etant stylosporees, il ne peut y avoir 
de confusion, et pour abreger, nous disons selon 1 usage spores) . Lors de la matu- 
rite, ces spores se detachent et forment cette matiere pulverulente, de couleur di 
verse, qui tantot inonde exclusivement les lames et les corps situes au-dessous 
duchapeau (CORTINAIRES), lantot est lancee aussiun peu au dela (AGARIC). 

Les spores doivent etre etudiees suivant lour couleur ct lour forme. A-vec un peu 
d habitude, on reconnaitle plus souvent sur les lames du champignon adultc la cou 
leur generate des spores vucs en masse. Cepcndant, quand les lames no sont pas 
blanches, qu elles ont elles-memes une coloration qui leur est propre, la superpo 
sition des deux nuances peut tromper. II est done plus sur de laisser pendant 
quelques heures 1 Agaricinee adulte sur une feuille de papier; on ponrra ainsi 
constatcr la nuance generale de la poussiere seminale tombant du chapeau. Cette 
determination est de premiere importance pour la classification de Fries. Le plus 
souvent d ailleurs, en recoltant le cbampignon, on peut constater la couleur des 
spores deja repandues sous le chapeau . 

Couleur des spores en masse. Cette couleur est blanche ou blanrh;ilre (d un 
li];\nc tres-legerement jaunatrc ou orange tres-clair) cbez les Agaricinees dites 
LEDCOSPORES. Avec M. de Scynes nous appelons CIIROMOSPORES, celles dont les 
spores sont decidement colorees, depuis lerose tendre (mais toujours un peu terne 
a cause de la pulverulence) jusqu au brun et au noir (voy. AGARIC, p. 87, et 1 ar- 
ticle CHROMOSPORES). 

La forme de ces spores n est pas moins importante pour une etude complete. 
Copendant, comme elle ne peut se faire sans le microscope, elle est rarement indis 
pensable pour determiner la place d une espece, mais elle Test pour etablir une 
bonne classification, pour confirmer la legitimite de certaines divisions, quclque- 
fois la separation de certaines especes : car la forme et le volume des spores sont 
tres-constants et souvent tres-caracteristiques. Ainsi, les unes sont petites, lisses, 
presque glotmleuses (AMANITES, etc.), d autres sont reniformes, d autres etoilees, 
d autres regulierement ou irregulierement polygonales, d autres spheriques et muri- 
formes (en forme de mure) (RUSSULES et LACTAIRES), d autres grosses, ovoides et 
lisses (CopRm), d autres diversement ovoides, polygonales, etoilees, fusiformes, etc. 
11 est done tres-utile de fixer, a cote de la description d un champignon, un petit 
pli de papier conservant ses graines pour un examen ulterieur. 

Couleur des lames. La couleur propre des lames, celle qui depend de la 
trame et de Yhymcnium, abstraction faite des spores , ne peut etre appreciee 
que dans 1 enfance du champignon : car, des qu il approche de 1 age adulte, 
la couleur des spores qui recouvrent les lames modifie entierement la couleur 
du fond. Cependant la couleur de 1 ensemble (lames et spores) est la seule 
dont on s occupe ordinairement. On dit en consequence que la couleur des 
lames change avec 1 age de 1 Agaricinee (excepte quand les spores ont la 
meme couleur que le support, quand tous deux sont blancs par exemple) ; et 
ce changement est du a la maturation des spores, qui d incolores se teintent 
progressivement des couleurs qui leur sont propres. On aura done soin de noter 
f,r(^.s ou (juatre nuances principales dans la serie des tons chromatiques (voy. COD- 
LEURS) que parcourt chaque espece pour passer de sa teinte primitive prise chez 
le? ulu^ jeunes non encore epanouis a celle des adolescents, des adultes murs. 



120 AGARICINfiES. 

des decrepits. Independamment de la determination de la couleiir, il faut noter IPS 
inegales distributions des teintes sur les lames : quelques-unes sont marbrees, on 
les dit papilionacees ; beaucoup offrent sur leur bord un lisere autrement colore, 
sonvent blanchatre, avec la dent decurrente aussi blanchie, on les dit lisdrees. En- 
fin, il est des lames qui, non entamees, laissent perler et tomber de leur surface et 
de leur bord des gouttelettes liquides ; on les diipleurantes. On dira mieux guttu* 
lees, si ces gouttes, aplaties et adherentes, ne tombent pas. 

D. Constitution anatomique et consistance des lames. La lame. est formee par 
un repli de 1 hymenium dont les parois, non absolument adossees, sont separees 
par uric fine tranche ou Trame (Fr.) plus ou moins epaisse, qui descend du tissu 
de 1 hymenophore et s insinue entre les deux faces profondes de ce pli hymenial 
pour lui donner plus de consistance, et sans doute lui servir de placenta nourri- 
cier. Suivant la qualite de cette trame, les lames seront fragiles (cassantes ou de- 
cbirables) ou lenaces (resistantes) ; molles, souples et flexibles (lentse, molles 
mais resistantes) ou fermes. En effet, le tissu de la trame peut etre : 1 entiere- 
ment cdluleux, ldche,mou, imbibe (AMANITES, PAXILLES, COPRIIVS). Alors les lames 
peu soutenues sont faibles, molles, surtout si elles sont larges : on pourra dire 
la trame cellideuse et debile et les lames molles-fragiles. Les lames, ainsi 
constitutes, peuvent souvent etre separees du plancher de 1 hymenophore sans 
iliVhirurcs appreciates (PAXILLUS, etc.) : on dit alors lames separables. De 
plus, a cause du peu de resistance du tissu de la trame, chaque lame ou pli hyme- 
m al pourra souvent etre on vert, dedonble en ses deux membranes ; on dit : lame 
dedoublable. 2 Cellulo-fibreux, mais a fibre encore molle et floconneuse, comme 

unc fine ouate plus ou moins serree, humide et fragile Les lames ont plus de 

soutien que dans le premier cas, mais moins de fermete que dans le suivont ; elles 
sont molles, souples, aisement lacerees et encore deboublables : nous disons lames 
souples- fragiles et la trame floconneuse, quelquefois melee de grains, granuleuse. 
5 Tissu encore celluleux, vesiculeux, mais plus sec, compact, granuleux (RUSSULES, 
HYDROPHOBES) ; alors les lames sont fermes-fragiles , et le pli hymenial ne peut 
etre ouvert ; nous disons cette trame cellulo-compacte. 4 Le tissu de la trame est 
seulement fibreux : alors les lames deviennent tres-flexibles, quelquefois molles 
encore, mais tenaces, tres-tenaces, etc., c est-a-dire resistant aux causes de rup 
ture de dechirure, (lentx) ; les lames seront, suivant les cas, molles-tenaces, 
flexibles-tenaces, fermes-tenaces. 5Enfm, le tissu de la trame est coriace, sube- 
Teux , ctles lames deviennent alafois tres-tenaces et tres-fermes (SCHIZOPHYLLUJI). 

Le professeur Fries attache une grande importance a cette constitution de la trame 
et des lames pour I etablissement des genres. D ailleurs le tissu de la trame est le 
plus souvent de meme nature que celui de I hymenophore, dont la trame n est qu un 
prokmgement; c cst clone une solide base anatomique que celle choisie par Fries, mais 
difficile a apprecier, a cause de ses transitions insensibles. II faut convenir quel illustre 
mycologiste suedois a exagere la nettete des importants caracteres qu on peut tirer 
de la trame; ainsi il ecrit souvent, dans ses caracteristiques, nulla trama ; or, comme 
nous ne connaissons aucun champignon dont la trame soit nulle, nous remplacons 
cette caracteristique par trame debile. Enfin, il y a des lames dans le tissu des- 
quelles circule une humeur laiteuse, blanche ou coloree; rompues, elles laissent 
echapper ce lait avec une abondance variable : on les dit lactescentes. Chez d autres, 
c est une liqueur claire aqueuse; on les dit aquescentes (les HYGROPHORES) : 
il ne faut pas les confondre avec celles dont le tissu, facilement imbibe, prend alors 
une teinte plus terne et aqueuse, et qui a cause de cela sont dites hygrophanes. 



AGARICINfiES. *2l 

La caducite des lames est aussi un bon indice de leur constitution. Les uno* e 
dessechent et se crispent sans pourrir (MARASMIUS) ; d autres se fanent ou meme 
se ramollissent (AMANITES, etc.) : les unes ct les autres sont dites persistantes, 
par opposition aux liquescentes, qui tombent en un deliquium epais (BOLBITUS, 
GALERA,- etc) ; et aux diffluentes, qui se ramollissent promptement en un liquidc 
coulant (COPRINS) . On dira deliquescentes pour ccs deux degres differents. 

III. LES DEUX VOILES. Le Stipe est une coloune plus ou moins charnue partant 
du mycelium hypoge et se terminant a la face inferieure de 1 hymenophore qu il 
supporte. Ce stipe etant souvent revetu des debris des deux voiles, nous eviterons 
les redites en decrivant d abord ces importants appendices. 

11 faut en effet, avec Fries, distinguer deux voiles, souvent confondus : le Voile 
general on Voile, qui, enveloppant d aljord tout le champignon, se termine et se 
perd dans lepied, et le Velum partiel ou Velum, qui, adherant au contour du 
tegument du cliapeau qu il continue, recouvre et protege les lames, pour se ter- 
rainer et se perdre dans la Rainure. Bien que 1 une ou 1 autre de ces enveloppes, 
ou toutes deux, echappent souvcnt a la vue dcsarmee, 1 observation microscopique 
tend a en faire retrouver partout la trace. Etudions done successivcmenl : A, le 
velum partiel, et B, le voile general, dans cc que chacun a de special; puis 
c, le collier et les revete men ts du stipe, qui en partent et que les deux voiles 
concourent ii former. 

A. Velum partiel ou Velum. Avant I epanouissement du chapcau, quand il est 
encore applique sur son stipe, a pen pres comme un parapluie ferine sur son 
manche, on trouve le velum s atfcachant au contour de 1 hymenophore et conti 
nuant le tegument : il se porte d abord horizontalement en dedans vers le stipe, 
puis 1 embrasse en seportant en bant, entre le stipe qu il engaine et le bord tran- 
cliant des lames qu il unit, et il remonte se perdre dans le fond de la rainure rir- 
culaire. Lors de 1 epanouissement du chapeaii, il se separe le pins souvent sur le 
contour^ de, ce chapeau, porte souvent 1 empreinte de 1 extremite peripherique 
des lames, et reste adherent au stipe, dont il continue, par sa portion ascendante, 
a engainer la partie superieure, tandis que par sa portion horizontals il lui forme 
une sorte de Collier. 

IB. Cependant ce collier, debris du velum, pent etre simule aussi par le Voile 
general : car, si ce Voile est ires-distinct du tegument helerogene et libre chez Jes 
AMANITES, les VOLVATRES et quelques COPRINS, il est deja adne, mais encore hete- 
rogene au tegument, chez les CORTINAIRES, eufin il est plus ou moius conne avec 
le tegument du chapeau chez la plupart des autres Agaricinees, et meme avec la 
partie inferieure du stipe, quaud elle n est pas cachee et protegee par le jeuuc cha 
peau. Bientot, par le developpement rapide et 1 epanouissement du chapeau, ces 
adherences sont rompues, dechirees ; et les. debris du Voile, dans ce cas plus 
souvent araneeux ou fibrilleux que membraneux, restent appendus, suivant le 
lieu de la rupture, ou sur la marge du chapeau, marge voilee; ou sur son 
bord, qui est dit frange si ces restes sont regulierement disposes, et appendi- 
cule dans le cas contraire. Ces debris marginaux constituent ce qu on a appele la 
Conine. Lerestedu Voile se retrouve vers le milieu du stipe, dontil continue a en- 
gainer la partie inferieure, mais en donnant lieu dans sa partie moyenne a la meme 
ipparence que les debris du velum sur le stipe. De cette similitude il est arrive 
qu on a donne les memes noms (collier, anneau, etc.), a ces debris de deux organes 
differents (voile et velum), qu il importe cependant de ne pas confondre. 

Toutes les fois que nous avons pu observer et etablir leur distinction, nous di- 



122 AGARICINEES. 

sons, quanrl le collier rcsultc surtout des debris du velum, collier ascendant, parce 
que dans ce cas ses fibres, cngainant la partie superieure du stipe, remontent se 
perdrc dans la rainure ; et, quand il a pour origine le Voile, nous disons collier 
descendant, parce que ses fibres se continucnt plus on moins distinctement sur la 
partie inferieure du stipe pour se perdre.dans son pied ; enfin nous disons collier 
mixte, quand il parait forme, en quantite notable, et par des fibres ascendantes et 
par d autres descendantes. 

Le tissu du Voile est tres-variable : il peut etre membraneux, texto-membra- 
neux, pulvo-membraneux, pulverulent, etc., ou fibrilleux, araneeux, ou meme 
glutineux. Quand il est d abord membraneux, libre ou faiblement adnexe au 
chapeau et au stipe (par les viscosiles des teguments), il prend le nom de Volva, 
car alors il a la forme d une bourse (vulva), s offrant comme une enveloppe ovoide, 
dans laquellc s organise ct so forme le champignon, qui, plus lard, s en echappc 
tout entier. Cette enveloppe, sielle est d tm tissu un pen resistant, se dechire irre- 
gulierement sur le disque par le rapidc developpcment du champignon qu elJe 
renferme ; et le chapeau de celui-ci, soulcve par 1 allongement progressif de son 
stipe, s echappc entitlement affranchi des lambeaux dela volva qui seretrouventplus 
ou moins intacts au pied du stipe. Un temps humide, un cutis meme faiblement 
glutineux, un tissu de volva plus friable, pourront changer cetle evolution et laisser 
des lambeaux du voile sur le rhaprau. Nous renvoyons a ce que nous avons ilil 
p. 1 1 5, et surtout aux articles AMANITE ct COPRINS pour la description des debris du 
Voile sur le chapeau et sur le pied du stipe. 

. Passons aux divers aspects du velum ascendant etdu Voile descendant, dout 
les traces se retrovwent sur le plus grand nombre des Agaricinees. 

Ces voiles, consideres sur le stipe, presentent : 1 le collier, 2 le revetement 
ascendant (velum partiel) ou descendant (Voile general) dont il enduit la parlic 
superieure ou inferieure du stipe. 

Le collier offre a considerer sa texture, ferme ou molle, serree ou Iciche, 
ffidemateuse; sa forme, sa place, ses dimensions et son port. 11 retombe ondulant, 
godant sur le stipe, alors le nom de collerette lui convient ; ou, ferme et large, il 
reste dresse, et on dit mieux collet; ou, pcu saillant, il entoure le stipe a la 
maniere d un anneau spongieux, araneeux, etc. ; ou enfin il n est plus qu un wna, 
colorc, plu tot appreciable par un changement de teinte. 

Nous conservons la denomination generale de collier et de stipe annule pour les 
formes intermediaires ou indeterminees. Si le collier occupe apeu pres le milieu du 
stipe, il est dit median; au-dessus, il est superieur ; au-dessous, inferieur. II est 
mince ou epais, aride oumon ou cedemateux (tumidus), membraneux, celluleux, 
farineux ou araneeux ou subaraneeux ; il est caduc (tombantde lui-mcme), ou 
persistant, adherentou delebile (tres-facile aenlever), ou plus generalement/W/ace. 
Sa face hymeniale, tournee vers les lames, est souvent striee par leur empreinte, 
souventcoloreepar lapoussiere sporale;son limbe externediversementde coupe, de- 
chiquete,flottant. Sonbord et sahce stipale concave embrassent le stipe et se conti- 
nuent ordinairement avec le revetement ascendant ou descendant, qui n est comme 
lui que la suite du meme voile. Si le collier est araneeux, il est alors tres-faible et 
tres-liigace, souvent a peine indique par quelques fibres flottantes. Le revetement, 
comme le collier, peut etre membraneux, fibrilleux, araneeux, squameux,furfurace, 
quelquefois pulverulent , quelquefois glutineux JMaisil arrive souvent que, par suite 
du developpement rapide du stipe, le revetement (Surtout descendant), est rompu 
de differentes manieres, et les lambeaux de formes variees mais constantes dans 



AGARICINEE&. 

chaquc cspcce, dessinent ties anneaux dechiquetes , des chinures (anneaux sou- 
vent incomplets, irreguliers, a contour indecis), des ecailles, etc., occupant la 
partie inferieure du stipe a partir de 1 anneau (ou, en son absence, du lieu de con 
nivence du pouvtour du stipe). Le Voile general, comme le velum, peut etre reduit 
a une poussiere delebile, a un simple pruine, encore \isible sur le chapeau, ou 
sur le stipe, particulierement sous les lames oft Ton trouve des squamules , une 
i arinc, restes delebiles du velum evanoui. 

Collier mixte. Le collier, etudie detres-pres, a, le plussouvent peut-etre, un 
caraclere mixte (ascendant et descendant) dans lequel predomine un des deux com- 
posants. En effet, les fibres qui torment le collier s ecavtent vers son bord interne, 
les unes, ordinairement moins nombrcuses, plus pales, quclquefois promptemcnt 
squameuses, fuifuracecs, sc dirigent en liaut sous les lames; les autres, ordinaire 
ment plus nombreuses, en has, pour former le revetement descendant. Alors, par 
cc double revetement dont on peut apprecicr ordinairement la disposition, le stipe 
cnlier esirevetu. 

IV. Le STIPE, comme le chapeau, doit etre etudie : A. dans ses dimensions (dia- 
metrc et hauteur) ; B. dans sa forme; C. dans le detail de sa surface et de son te 
gument; D. dans son tissu, sa cavite medullaire, sa consistance ; E. enfin, dans ses 
rapports avec le mycelium et avcc le chapeau. 

A. Les dimensions, diametre [d.] et hauteur [h.], doivent etre mesurees, 
notant a part, quand clle est importante, la longueur de la partie hypogee. 11 est 
bon de rendre 1 impression generale, resultant de leur rapport avec 1 ensemblc : 
on dit stipe long ou court, trapu ou elance, obese ou maigre, grele, etc. 

B. La forme du stipe est symetrique : droit, rond, soil cylindrique, soit regu- 
lierement attenue de bas en haul (on dit communement alors attenue), OM de haul 
en bas (on dit attenue en bas) ; on (lira stipe clave, si le renflement de bas en 
haul a la forme de massue. Au lieu de cette regularite, il peut elre aplati ou 
s aplatir par les accidents de developpement , ou etre epais, obese, ventru; subcy- 
lindrique, bossele, flechi, courbe; tordu sur son axe. En outre, les extremites 
sont plus ou moins renflees : le haut s evase peu ou beaucoup avant de se plon^T 
dans 1 hymenophore ; le bas, ou Pied, est droit, flechi, courbe ou memo recourbe 
en crosse. On le dira obclave, s il s epaissit progressivement et regulierement en 
massue; epaule s il se renfle tout a coup, et turbine si ce renflement s atteuue 
en toupie; tuberculeux, s il se tumefie irregulierement ; enfle, si, dilate et 
cartonne, il est cave ou medulleux ; bulbeux, s il est renfle et arrondi en bulbe; 

- chausse, ouate, s il se couvre de villosites, etc. ; et (juetre, si ce revetement 
monte plus haut. Le pied des especes epiphytes s evase en socle (pied de coupe) 
ou en disque, ou parait comme fiche (sans evasernent) dans son support. Eniin, 
dans certains groupes, le stipe est d abord entierement enseveli sous le chapeau 
encore ferme, et la marge de celui-ci, connivente ou appliquee sur le pied, sur le 
bulbe, peut y laisser une depression circulaire, indice persistant de ce rapport 
du premier age : je dis alors, empruntant un terme au menuisier, pied chan- 
tourne. 

C. Surface du stipe. Les details de cette surface sont decrits par les memes 
craalificatifs que ceux qui servent pour le chapeau. Remarquons seulement que 
pour les genres et sections ou le chapeau, dans son premier age, est connivent ou 
applique sur le stipe, les moindres squames floconneuses, furfuracees, etc., doivent 
etre considerees comme les dernieres traces du velum partiel efface, et notees 
avec soin; au contraire, la pulverulence, les fibrilles, peluches, squames, furlurs, 



124 AGAJUClN-fiES. 

viscosites, etc., qu on trouve au-desKom de la zone (marquee ou non par un col- 
lier) ou le Lord du chapcau etait lute sur le stipe, doivent etrc rapportrs an 
voile general plus ou moins efface ; alors ces traces sont ordinairement de meme 
nature que celles qu on trouve sur le chapeau. Mais quand les chapeaux soul 
enroules dans leur premiere jeunesse, les lames ne sont jamais appliquees sur le 
stipe; on conceit done que, dans ce cas, les debris que presente le tegument du 
stipe ne peuvent plus etre regardes comme des restes (Ju velum partiel ; ils sont 
les traces du voile general plus ou moins imparfait. Ces distinctions expliqueronl 
souvent des similitudes et des ressemblances que Ton observe dans les revetement,? 
superficiels du stipe. Au-dessous de ce revetement, il y aura a etudier le tegument 
propre du stipe. Les auteurs 1 ont rarement distingue du revetement. Nous ne 
nous ne souvenons pas d y avoir rencontre une pellicule, mais quelquefois un 
cutis, une cuticule evidemmeut distincte. On peut-pourtant, dans beaucoup de cas, 
si parer une couche externe, meme tres-mince; mais, ici, toutes les couches 
film uses longitudinalement superposees se recouvrent, et on ne voit pas neltement 
quo les feuillets superficiels se distinguent par leur organisation des couches pins 
profondes. On y reconnait le memo tissu fibro-charnu, fibreux, un peu plus tasse, 
plus ou moins colore. Sur cette surface, on notera avec soin les stries, les reticu 
lations, qui pourraient resulter des lamesjdecurrentes ; les veinules, vergettures, 
cannelures, ruptures, squames, fissures, rigoles, quelquefois contnurnees en 
spirales, ou spiralees, par la torsion du stipe, etc. (Voy. p. 114, les attributs des 
teguments du chapeau et AMANITE pour les debris de la volva sur le pied.) 

D. Le tissu du stipe presente toutes les varietes imaginables, depuis la substance 
subcreuse et coriace qui resists aux tractions les plus energiques, jusqu a la i ra- 
gilite et la lenuile la plus complete et qu un souffle peut abattre. Chez les uns, le 
stipe sera done subereux, coriace et ferme (SCHIZOPHYLLUM) ; chez d autres, encore 
fibreux et tenace, quoique flexible et quelquefois un peu mou (MARASMIUS,LENTIJSUS); 
chcz d autres, ce sont seulement les couches externes qui sont fermes ou meme 
rigides, tandisque le tissu interne, ou manque (stipe fistuleux, cave, excave), ou 
est mou, medulleux, etc. (stipe medulleux). II en resulte une consistance corti- 
cale particuliere, d ou le stipe est dit cartonne, cartilagine, suivant le degre; et, 
pour indiquer que la couche corticate est celluleuse ou fibreuse, etc., cellulo-... 
ou fibro-cortico-car tonne, ou -- cartilagine, si la consistance est plus marquee. 
Si cette consistance corticale, bien qu un peu elastique , Test trop peu pour me- 
riter ces attributs, on peut dire seulement fibro-cortico-elastique ou --ferme; 
et enfin spongieux pour une resistance encore moindre, car des degradations 
iusensibles menent du stipe fibro-cortico-cartilagineux au stipe fibro-charnu et 
charnu. 11 sera d autant plus charnu qu il sera plus ruptile (se laissera mieux 
rompre transversalement) en presentant moins 1 aspect libreux; d autant plus 
fibreux que, resistant a cette rupture/ il sera plus fissile (se laissera fendre sans 
se rompre) ; il est tenace quand, non ruptile, tres-fibreux, il ne se prete pas sans 
efforts a cet ecartement longitudinal des fibres, qui paraissent alors enchevetrees, 
i eutrees. 11 faut avouer que souvent cette consistance cartonnee ou cartilagineuse 
est loin d etre aussi constante et aussi marquee que Fries le donne a entendre par 
le role important qu il lui fait jouer. Je dirai dans les cas douteux : pseudo-carti- 
lagineux. En effet, pour constater cette consistance cartilagineuse, il faut le plus 
souvent que ce soit au moment meme de la cueillette du champignon, sans quoi ces 
stipes se fanent et ne sont plus que flasques et fibreux ! C est evidemment 1 eau qui 
les gonfle, les rend turgescents. On appelle cowpacte un stipe gros, charnu, ou 



AGARICINEES. 

meme fibreux, mais sec, plein, non ou tres-peu elastique; on dit spongieux, fibro- 
spongieux, pour indiquer un tissu mou mais encore elastique. Le tissu charnu, 
c est-a-dire ruptile dans tousles sens, pourra encore etre dit fibro-charnu, si, 
malgre une rupture facile, une texture fibreuse est encore evidente ; il cst alors rup- 
tile et fissile (AMANITES, etc.), ou cdlulo-charnu, si la texture est granuleuse 
(LACTAIRES, RUSSULES, etc.); mais nous disons simplement charnu, lorsque nous 
avons affaire a uu stipe assez epais et ruptile dont nous ne pouvons preciser aussi 
finement la texture, etc. Si le stipe est compose d une seule et meme substance 
dans toutc son epaisseur, on dit qu il est plein (solidus) ; mais souvent le stipe 
fibreux ou fibro-charnu ofire une cavite medullaire, toujours remplie (farctus) dans 
le premier age, mais bientot entierement vide et formant uu canal regulier : on dit 
alors qu il est (istuleux. Mais si la cavite est partielle, si la moelle non evanouie, 
regulierement ou irregulierement disposee, occupe encore ca et la des portions du 
conduit medullaire, on dit qu il est cave; et enfln cave, si ces lacunes ne se pro- 
duisent qu au dela de 1 age adulte ; on dit excave, si ces lacunes sont dues aux 
larves qui detruiscnt le tissu medullaire, mais creuse,si ces larves out detruit 
le tissu central non medullaire. Le tissu medullaire est celui qui remplit le centre 
de certains stipes. On dit canal et cylindre medullaire, si cette cavite et son con- 
lenu sont ncttc.inent et brusquement separes des couches corticales, et seulement 
centre medullaire dans le cas contraire. Le tissu medullahv pent etre araneeux, 
areolaire, floconneux (conime dc 1 ouate legere), spongieux (comme la moelle du 
surcau), fibro-spongienx, fibreux; et le stipe rempli ou bourre (farctus). Eulin, 
le stipe de quelques COPRINS et COPRINARIES atteint le dernier terme de fragilite : 
largement fistuleux et forme d un tube fibro-membraneux tres-mince, transparent, 
vacillant, qu un souffle suflit pour rcnverser et rompre, on le dit tubuleux, si plus 
de la moitie du diametre est occupe par le canal ; et on exprime les degresde cette 
organisation par les mots submembraneux, membraneux , et hyalin quand il 
est translucide ; -- les degres de fragilite par faible, fragile, frele (faible et fra 
gile), flnet (mince et delicat), chancelant. 

E. II ne reste plus a etudier du stipe que les rapports de ses deux extremites. Nous 
avons deja decrit (p. 118) celui de 1 extremite superieure avec les lames; il s agit 
maintenant des rapports avec rhymenophore. Us sont de la premiere importance. 
Le tissu du stipe peut se continuer sans changement avec 1 hymenophore, de telle 
sorte que, sur unc section scion 1 axe du stipe, 1 oeil ne peut saisir aucune ligne de 
demarcation entre le cbapeau et le stipe, et qu ils ne peuvent se separer que par 
une rupture irreguliere (Ag. Triclioloma, Glitoeybe, Russule, Cantharelle, etc.). 
Souvent, dans ce cas, la partie corticale et fibreuse du stipe s evase et se continue 
avec la couche inlerieure de rhymenophore, tapissee par l hymenium, tandis que le 
centre medullaire du stipe se continue avec la chair et la superfieie du cbapeau 
(CLITOCYBE). Dans tous les cas, le tissu du stipe et de 1 hymenophore sont evidem- 
ment de meme nature, homorjenes. Nous ne savons par quelle faute de langage 
Fries dit alors hymenophore contigu (contiguus); c est continu au stipe qu il laut 
dire. Dans d autres cas, le tissu fibreux ou cartilagineux du stipe contraste avec le 
tissu spongieux et mou de rhymenophore, et la divulsion entre deux tissus si he- 
terogenes est nette et facile : le stipe alors est heterogene et separable (COLLYBIA, 
MYCENA). Mais il y a des genres (AMANITES, LEPIOTES, VOLVAIRES), chez lesquels 
un fait plus remarquable se rencontre. Bien que dans ces groupes un stipe fibro- 
charnu et meme charnu (surtout par son extremite superieure) se plonge dans un 
hymenophore egalement charnu, cepcndant le stipe reste, dans presque toutes les 



126 AGARICINfiES. 

phases do son existence, plus ou moins clairement discernable de 1 hymenophore ; 
avecune section convenable sur un jeune sujet, 1 oeil suit assez bien latete convexe 
du stipe plongee dans 1 hymenophore qui sera alors distinct (discretus)\; et de 
plus, dans un etat de maturite convenable, on pourra souvent par un effort leger 
et bien dirige, separer regulierement et sans rupture le stipe de 1 hymenophore : 
nous dirons alors 1 hymenophore distinct et separable du stipe. 

La partie inferieure du stipe, ordinairement tumefiee et a tissu plus mou, plus 
spongicux, s insere sur le mycelium ; mais ces rapports sont encore fort mal etudies. 

V. Nous ferons connaitre le MYCELIUM a 1 article CHAMPIGNON. Bisons seulement 
que ce mycelium, blanc ou colore, est ou parait quelquefois absent (AMANITES), ou 
celluleux, floconneux, feutre, fibrilleux, chevelu, (ilamenteux, ou compose de 
longues radicules resistantes, tracantes; ou ce Mycelium est charnu, soit rameux, 
soil concret (sclerotium) ; ou leger ou compacte. Enfin, le stipe se termine souvent 
par une racine unique fusiforme pivotante, quelquefois maigre et comme erodee. 

VI. PROPRIETES ORGANOLEPTIQUES. Couleurs. II faut que la mycologie sorte du 
chaos ou la nomenclature des couleurs 1 a jetee. Certainement, et quoi qu en disc et 
qu en raille le celebre mycologue suedois, les couleurs ont une grande importance 
pratique; non, sans doute, pour 1 etablissement des groupes, comme 1 a fait 
Persoon, mais pour la determination des especes. Malheureusement la langue des 
couleurs manquait de base, de sorte que, ne pouvant determiner les nuances, on n a 
reconnu ni 1 etendue ni la limite de leurs variations dans chaque espece, limite 
assez restreinte cependant. Le remarquable travail de M. Chevreul nous a fait sortir 
de cette indetermination. Mais ce travail est encore peu connu. Nous en donnerons 
la clef au mot COULEUR. Bisons seulement ici qu un mycologiste doit s exercera 
connaitre les six couleurs franches : rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet, et 
leurs intermediates, rouge-orange, orange-jaune, etc. ; qu il doit se garder, quel 
que soit leton (1 intcnsite) dela coulcur, de confondre le jaune (citron) avec I o- 
range (carotte); qu il doit savoir reconnaitre a 1 ceil au moins cinq nuances ou tons 
afferents a chacune de ces douze couleurs, suivant qu elles sont plus ou moins con- 
centrees, que les molecules colorantes sont plus rapprochees ; c est cette gradation 
qui constitue la gamme chromatique de Chevreul (divisee en vingt tons). Comme 
la plupart des auteurs ont confondu le jaune (flavus) et 1 orange (luteus), nous 
ccrivons en italique le mot jaune et ses derives toutes les fois que nous sommes 
surs que c est vraiment le jaune (serin, citron, etc.) dont il est question; nous 
laissons le mot jaune en ecriture ordinaire, toutes les fois que nous ne savons pas 
si c est jaune ou orange que 1 auteur vent exprimer. 

Nous disons done, en parlant de chaque couleur, qu elle est tres-claire (ou que 
tel fond se teinte de...), daire; (aulieu de claire nous disons tres-faible, faible, 
qtiand la couleur est rabattue d ombre). Le ton moyen s exprime par le nom de la 
couleur sans attribut ou suivi du mot moyen , si 1 intensite augmente encore, la 
couleur se fonce, et on dit foncee, tres-foncee. Or, il resulte de nos observations 
particulieres et des remarques de M. J. de Seynes (Essai d une flore mycologique 
du Gard) que c est principalement dans le sens de cette gamme chromatique 
qu une meme espece peut offrir des intensites de couleurs differentes. Nous croyons 
peu a la substitution de couleurs vraiment nouvelles dans une meme espece. Mais 
quelquefois la cuticule et surtout la pellicule perdant ou diluant sa matiere colo- 
rante, laisse voir par transparence celle du tissu soiis-jacent et simule un chan- 
gement de couleur. C est ainsi que AM. MUSCARIA, de rouge orange, devient 
parfois orange-jaune. 



AGAR1CINEES. 127 

Enfin Ie mycologiste doit pouvoir apprecier, pour chacune des CO nuances 
(12 X5) que 1 oeil et la memoire peuvent facilement s exercer a reconnaitre, cinq 
termes de degradation de ces couleurs par I envahissement de 1 ombre, ou, comme 
ditGhevreul, suivant que les nuances sont de plus en plus ternies ou rabattues 
par le gris de plus en plus fence. Nous exprimerons done ce phenomena de Fen- 
vabissemont de 1 ombre ou du gris par les attributs suivants ajoutes aux nuances 
precedemment designees : couleur franche (non rabattue), ombree (ombre 
tres-legere), grise, terne (terme moyen), sombre, enfin eteinte quand 
1 ombre a voile presque completement la nuance propre. Dans une meme espeee 
hygrophane, quand I imbibition a pour resultat de ternir, d assombrir la couleur 
propre; nous disons couleur imbue. Dans les especes non hygrophanes, la nuance est 
legerement modifiee, souventprend plus d eclat; nous disons moite (voy. p. 116). 

Nous tachons de nous servir quelquefois de cette langue des couleurs dans nos 
descriptions, mais a titre d essai seulement, car il faudrait repasser toute la (lore 
a ce point de vue, et nous ne 1 avons pas fait. C est pourquoi nous nous trouvons 
force, quoiquea regret, d indiquer encore les couleurs par les a peu pros des gros- 
siercs comparaisons en usage. Nous renonc,ons pourtant a dresser ici la listc longue 
et fastidieuse de cette nomenclature, qui, depuis celle de Cbevreul, ne nous parait 
pas appelee a un long avenir. Nous nous servons souvent de pale pour indiquer un 
blanc ti es-lcgerement teinlu du jaune ou d orange; mais nous disons blemc si le 
teiate est d un jaune verddtre (le blanc ctant toujours dominant), chlore, et, 
pour un degre de plus, flave, quand la nuance plus prononcee appartient vraiment 
an jaune ; alutace, pour dire orange clair (chamois) ; ochrace, pour orange 
i aible, ombre et mate; briquete (lateritius) , pour designer la couleur de la bri- 
que, ou orange-rouge, ombre ou terni, etc. -- brun est la teinte marron ires- 
rabattue, ctcinte ; fauve est un jamie fonce tres-rabattu ou sombre ; fuligineux 
est un degre de plus, c est le jaune eteint par le noir, etc. 

ODEUR ET SAVEUR. Les champignons out des saveurs, exhalentdes aromes tres- 
divers, tres-speciaux. Par 1 habitude, uu bon nombre d cspeces peuvent etre rccon- 
nues par leur gout et surtout par leur parfum. Mais comment transmettre a un autre 
1 identite de ces sensations fugitives et sans nom? Nous nous bornerons aux infimes 
categories d usage. On dit pour 1 odeur et la saveur : faible (douce ou fade) ou 
forte; spcciale (quand tres-peu lapossedent) ou ordinaire (dechampigaon); agrea- 
ble ou desagreable. Pour 1 odeur on dit particulierement : aromqtique (oaillet, etc.); 
suave (douce et agreable : la rose, la violette, etc.) ; balsamique (muse, ambrc, 
benjoin) ; vireuse (solanees, cigue, etc.); alliacee; fetide (moisi, etc.); repous- 
sunte; nauseeuse. Fries dit souvent expansive (fragrans) pour les odeurs, fetides 
ou balsamiques, quise repandent a distance. Specialement pour les sensations du 
gout, on aura en outre : poivree, piquante, acide ou acidule, dpre, amere, acre 
et brulante. Nous ne connaissons pas de champignon sucre. Enfin on tire d impor- 
tauts caracteresdu corps, le plussouventprive de vie, sur lequel so developpent les 
Agaricinees : epigee (sur la terre) ; epiphyte (sur les plantes, arbres ct troncs) ; 
epixyle (sur le bois) ; epiphylle (sur les feuilles) ; epicarphe (sur la paille) ; epicopre 
(sur le fumier) ; etc., etc. II importe encore de noter leur mode de groupement : ils 
sout solitairesou. groupes, soit en troupes (libres) , soil en touffe (serres les uns aupres 
des autres, adherents ou non) . S il y a cef tainement adherence, on ajoutera adnexes, 
adnes ; et enfin connes, s ils portent d une souche commune. Onindiquera toujours 
la saison et le site ou a etc recolte le champignon; car certaines especes sont tres- 
exclusives : vernales, estivales, automnales, tardives (serotina;). Beaucoiip ne 



123 AGARICINEES. 

se (rouveiu que chez cei taines essences de l.ois ( c e?t ainsi qiie les Con 
ont une mycologie assez specialise*), d autres dan; des plaines humides, mous- 
- - - :l dans telle mousse), d autres dans des lieux insoles, etc. Ce 
indications faciles, et qu il faut se garder d omettre, parce qu elL- 
cer taines especes. 

Leur mode de terminaison n est pas moins important a sig i - 

client, ou se ramollissent, se liquetient plus on moins rapidemen!. en prenant Jc-s 
ion. - couleurs, des odeurs qu il faut noter. 

Enfin, dans leuv jeunesse, leur age adulte ou leur vieillesse, ils sont inb - 
enlames, ou manges plus ou moius constamment par des lima 
i! - insivtes divers qui hatent leur destruction. 

II" PARTIE. CLASSIFICATION DES AGAPICI.NEES. On pent divis-. 
cette famille en deux grands groups, suivan! la nature intime de leurtissu : 

A. Tons cenx dont le tissu, suitout du chapeau et au moins des lames, est cliarnu- 

- le ou au moins facilement dechiral 1 . t I. pli> souvnt s dtere promptenient 
etant cueilli. Xous appelons ce gvoupe les FRAGII.ES ptTBEsciBtEs. 

B. Tous ceux dont It ti^u est plntot fibreux, ordinairement sec, mouou fermo, 
souvcnt flexible . mais toujours tenace et resistant, memeles lames; etant cudilis. 
ils nese pouirissent pas, muis - ss hunt et ollrent en^uit.. si uii L_s irnli! 

i marquable propriete d- upa-adic la forme t-t la vie. Nous appeloru 

! IEXACES REVIV1SCE>TS. 

^ endant, commo il arrive toutes les iois que des conpures sent pratiq;; - 
dans des series continues, il y a quelques que Ton est oblige de placer 

- [lie arbitral i euieut dans 1 ua ou dans Taut: _ ; c est ce qui nous z 
ici, taut les especes sont rapprochees. Xous prendrons soin d iudiiqi; 

ou les petits - ut comme de terui-.s de ti --ansition. Id. par exen. 

entre les deux termes A et B, il y a quclqiKs Ayarics i</.lijbia du gi 

le stipe tenace ressemble fort a celui de plusieurs Marasmes du groupe B. et qui 

nierne, pai 1 un temp? sec, peuvent se d - -_-t etant inibil.es ie\i . - 

FCSIPES ; DLYotHiLE, &\ d o.utre pai t. quelqiMS marasrncs 

pERONAirs) ont le port des Coll\bia, mrds les lames de ceux-ci sont constam- 

meut beaucoup plus frogiles que chez les Marasmes. De meme, qadques-unes 

dernieres Cantharelles avoisinent de foil - .V . .: niL-mc- qiu; - 

Auricularis. Mais . d.ms tons n-es cas douteux. les lam - - -. : .ai>;i letroile 

aftinite avec telle espece voisine non douteuse, deck; 

A. Les FRAGILES ptxRjEsciBLEs peuvent etre di - ,.f:cilemeiiti en deu^ 
groupes inegaux, soit y. et 

a. Ce proupe a pour caracteres communs :"un hyraenop aorc- absolument continu ct a ; 
pres homogene avec le stipe , la confection et 1 apparence des lames ci racfcs ou t 
et conn^es avec rhymenophore. une trarue egalement homogene, le plus souvent jranu- 
leuse ou v&iculeuse et fragile, de soi\e qu on ne peut que difficilemeni et impariaitemeDt 
dedoubler le pli bymenial, constitutif de la lame. Mais le; caracleres de chaque genre limi- 
teront mieux cette section. 

RCSSCLA et LACTARICS ont tons deux un tissu \esiculaire et cellul.aix jar;. 
fibreux), et par suite ruptile et uon fissile; des spores globuLusc-s et raiirifo;. 
ou berissees, le boid des lames lisse ct aigu. 

I. Lactarias, Mich, et Pers. Ce genre s v ^ distingue par des lames lactescent: 
lait blanc ou colore. (mais par un temps see une espece, L. VELLELECS Fr.. 
sans lait), souvent etioites. p.u epaisses, e = alement atteuuees aux deux extremi- 
tes, lajnes o.i simples, et alors lamellules uombreuses et ordinairement symelii- 



AGARIGINEES. 129 

ques, ou bifurquees; souvent decurrentes. Spores blanches, rarcmont trinUrs 
d orange tres-clair. Chapeau d abord ou enfm deprime, ombiliquc, d abord ea- 
roule et souvent marge barbue, velue ou tomenteuse, ou vacuolee; quelquefois le 
chapeau et le stipe lui-meme pubescents, tomenleux. (Voy. LACTAIRE.) 

II. iCiissui.i. Pers, et Fr. Ce genre se distingue par des lames non lactes- 
centes ni aquescentes, mais plus larges, plus fermes (dans la Russule fraiche), 
rarement subdecurrentes, quelquefois bifurquees, plutot simples, ordinaiiement 
attenuees inegalement aux deux extremites, plus larges en avant ; lamellnles 
Tares, irregulieremenl distributes ounulles. Chapeau d abord connivent etrecou- 
vert d une pellicule, quelquefois d une cuticule, puis souvent aplani, enfm deprime, 
quelquefois gerce , sans trace de velum sur la marge nue. (Voy. RUSSULE.) 

III. Hygrophorus, Fr. Lames ceracees, souvent pliciformes, a bords aigus 
ou subaigus, plus ou moins aquescentes (non lactescentes) , distantes, a base 
d abord ou enfm veinee, souvent rameuses ou a lamellules regulierement distri 
butes ; trame floconneuse melee de granulations, fragile. Chapeau charnu, visqueux 
ou moiiille (viseosite representant le velum); couleurs vives, nettes, rarement 
rabattues; chair plus ou moins aquescente. Stipe tres-charnu, homogene au cha 
peau. Epige. Spores globuleuses et blanches. (Voy. HYGROPHORE.) 

IV. v>< :iiis. Fr. Tres-charnus, a chair devenant cendree, puis sombre. 
Lames epaisses, aquescentes, subgelatineuses, inegales, non decurrentes ni en 
forme de plis, mais a bords obtus ; velum floconneux pulverulent . Croit sur les 
Agarics morts. (Voy. NYCTALIS.) 

V. Cantliarellus, Adans. Champignons turbines ou infundibules , charnus- 
fibreuxou fibreux et souvent fibro-membraneux. Lames etroites, epaisses, gonflecs, 
pliciformes a. bords obtus, decurrentes, une ou plusieurs fois dicholomes; vallecules 
fertiles. Spores blanches, globuleuses. Aucune trace de voiles. (Quelques Canta- 
relles fibro-membraneuses et infundibulees sont un peu tenaces et, par un temps 
sec, peu putrescibles.) (Voy. CANTHARELLE.) 

p. Le plus grand des deux groupes des Agaricimes fragiles putrescibles comprend huit 
genres. 

II a pour caracteres generiques d avoir les lames molles et membraneuses, trame humidc 
et floconneuse, plus 1 aible que rhymenium, et par suite lames dedoublables. Mais la carac- 
teristique des genres en fera mieux connaitre 1 etendue. 

VI. Amanita, Pers. Formes symetriques, tegument du chapeau et voile hete- 
rogenes, dislincts et separes ou separables. Volva texto- .. ou puho-membraneuse 
ou pulverulente ; velum manifesto, persistant comme collier ascendant, ou rare 
ment evanoui. ffyme wopftorecellulo-charnu, mou, fragile, distinct et quelquefois 
separable du stipe, et muni d uncutis pelliculaire nu ou portantles debris adnexes 
dela volva. Chapeau d abord a forme connivente, mais le borddes lames applique 
sur le stipe, puis convexe. Lames libres, nombreuses, minces, molles, fragiles, a 
bords paralleles. Stipe fibro-charnu, medulleux ou avec canal medulleux, ruplile 
et fissile. Spores et lames blanches a cause de la separation artificielle des Amanites 
a spores colorees (voy. pour elles art. CHROMOSPORE.). Epigees. (Voy. AMANITE.) 

VII. Lepiota. Fr. Voile homogene ttconne avec le tegument duchapeau, qui a 
cause de cela reste ecailleux , squameux, ou fibrilleux (quelquefois tres-finement) . ^"ollc 
concrete aussi avec le velum, Lous deux formant un collier plutot mixte, devenant 
quelquefois mobile, persistant ou fugace. Hymenophore cellulo-charnu, assez mou 
etfragile, quelquefois mince, distinct et plusou moins facilement separable du stipe. 
Lames libres, nombreuses, larges, molles, a bords paralleles, attenuees en dedans 

ti:cr. EXC. 11. 9 



150 iGA.RICINEBS. 

et aboutissant tres-souvent a un collarium plus ou moins developpe. Stipe charnu- 
libreux, medullo-fistuleux, a consistancc fermc ou uu peu cartonnee. Quelques 
especes septentrionales out le voile visqueux. Spores et lames blanches a cause de la 
separation artificielle des Lepiotes a spores colorees (voy. pour elles art. CHROMO- 
SPORE). Epigees. (Voy. LEPIOTE.) 

VIII. Montagnites, Fr. Agaricinee anorraale. Chapeauim et lisse en dessous ; 
lames adfixees seulement sur la marge du chapeau, etendues comme des rayons 
libres, nombreuses, rapprochees, se dessechant, a spores noires et globuleuses. (Voy. 
MONTAGNITES.) 

IX. Coprinus, Pers. et Fr. Lames nombreuses, pressees, d abord unies entre 
elles par lew s lords, et au stipe par une transformation du velum ; trame debile. 
Plus tard, lames diffluentes, gouttelant un lait noir qui entraine I hymenophore 
plus ou moins membraneux, distinct et bien separable du stipe , mais d abord feme 
et applique sur ce stipe. Spores grandcs, ovales, noires. Voile manifesto chez lesuns, 
devenant micace, pulverulent et s evanouissant chez les autres. (Voy. COPRIN.) 

X. Bolbitws, Fr. Hymenophore presque distinct. Lames membraneuses 
molles, bientot pulverulentes par les spores qui se detachent et tombent sur les 
lames a la maniere des Cortinaires (ces spores ne sont ni rjuaternees ni noires), 
enfin liquescentes, mais a peine diffluentes; la trame est debile. Champignons fu- 
gaces plutot epicopres, petits, de printemps ou d ete. Stipe cave oufistuleux. Cha 
peau teinte d orange. Se rapprochent des COPRINS par leur port et leur tissu, mais 
des CORTINAIRES par leurs spores et leur lames pulverulentes. (Voy. BOLBIE.) 

XI. Cortinarius, Pers. et Fries. Hymenophore tres-generalement continu avec 
le stipe, souvent tumeile a la base. Lames membraneuses, seches, a trame flocon 
neuse, persistantes, assez facilement separables du planch er ; leurs bords sont 
concolores ; elles sont persistantes et sedessechent, changent alorsplns ou moins de 
couleur, leur surface devient pulverulente et de couletir cannelle par les spores nou 
lancees, mais tombant sur les lames. Voile mixte, araneeux, adue sur le tegument, 
mais heterogene (au contraire, chez les Ac. CHROM., a Cortine araneeuse (!NOCIBE 
et FLAMMUL\ Fr.), le voile est homogene et continu avec le cutis), devenant cortine 
ou collier plus ou moins delebile. Agaricinees charnues, putrescibles, epigees (les 
individus du sous-genre AG. CHROM, FLAMMULA qui, pur le voile araneeux et la 
couleur des spores, pourraient tromper, sont ordinairement epixyles). Les spores 
couleur cannelle sur les lames deviennent sub-ocracees dans un pli de papier. Un 
port tres-special separe les Gortinaires des Agarics chromospores ferrugineux, etc. 
(Dermini de Fries. (Voy. CORTINAIRE.) 

XII. PaxiUus, Fr. Hymenophore a tissu charnu, mou, continu avec le stipe 
quelquefois excentrique ou nul , marge toujours enroulee u deroulement indefini. 
Lames a trame debile, membraneuses, decurrentes, rapprochees, a bord aigu, 
rameuses, paraissant d abord anastomosees en arriere, facilement separables de 
1 hymenophore, se teintent par des spores sordides ou ferrugineuses. (Voy. 
PAXILLE.) 

XIII. Gomphidlus, Fr. Spores fusiformes , Hymenophore tres-charnu, decur- 
rent en stipe fibro-charnu, enfin turbine. Lames subrameuses, d abord mud- 
lagineuses et molles, a trame notable ou debile et membrane hymeniale facilement 
deplissable et scissile, decurrentes, de claires se teintent par des spores noiratres. 
Voile d abord glutineux, puis floconneux ou araneeux. (Voy. GOMPHIDE.) 

XIV. Agaricus, L. et Fr. Ces treize genres vraiment naturels etant distraits 



AGARICINEES. 131 

de 1 ancieu genre Agaricus L., le reste, assez mele et encore a demembrer, ndmet 
difficilcmont une caracteristique generale, et se limite surtout par exclusion. II 
ne renferme plus (et indument) qu un tres-petit nombre d Agaricine-es a hyme- 
nophore separe, moins encore a Voile libre etheteiogene, et settlement dans lascric 
des Ac. CHBOHOSPOSES, dans laquelle nous avons laisse provisoirement les types 
correspondants aux genres Lepiote et Amanite des Ac. LEUCOSPORES. Quelques 
Agarics a spores blanches parmi les Collybes out encore un hymenophore separable 
a cause de 1 heterogeneite des tissus du stipe cartilagineux ct du cbapeau cliarnu. 
Pour le plus grand nombre, le stipe est franchement continu avec 1 hymenophore 
mou, charnu ou membraneux, putresciblc. Les lames sont persistantes, ordinaire- 
ment assez minces, adnees snr 1 hymenophore par une trame concrete ou flocon- 
neusc, (rarement debile et seulement si la cbair du cbapeau s est evanouie), 
a bord d abord libre ct aigu ; elles peuvent se dedoublcr avec plus ou moins de 
facilite et projettent leurs spores- arrondies, ovoides (polygonales dans quekuies 
chromospores roses) . Mais c est surtout par 1 etude des sept formes typiques que 
ce genre renlerme et qui se retrouvent dans les deux series, LEUCOSPORES et 
CHROMOSPORES. dans lesquelles nous le divisons, que Ton possedera les caracteris- 
liques complexes du genre AGARICUS, aujourd hui conventionnel. (Voy. AGARIC.) 

B. Agarioinees atissu TENACE UHVIVISCCNT; elles comprennent six petits genres 
ranges dans leur ordre de coriacite progressive : 

lQuatre out leurs lames encore flexibles, au moins etantjeunes. 

XV. Marasmius, Fr. Ilymenophore mince, subcbarnu ou membraneux, mais 
toujours flexible et au moins un peu tenace, heterogene au stipe tenace et carti 
lagineux ou corne. L Hymenium sec, a vallecules fertiles, forme des lames ou des 
pi is a bords aigus plus ou moins soutenus par une trame connee et semblable a 
1 hymenophore. Spores blanches subellipliques, chapeau enfin sillonne ou rule. 
Lames obtuses par derriere, plus ou moins adnees-annulees, tres-rarement decur- 
rentes. Le plus souvent epiphylle ou epiphyte. (Voy. MARASME.) 

XVI. tentinus, Fr. Tissu tenace, flexible ; hymenophore homogene avec le 
stipe indure, mais quelquefois oblitere. Lames minces, flexibles, a trame peu 
distincte, connees avec 1 hymenophore, a bord aigu, ia&isdenticulees, dechiquetees. 
Spores blanches, rarement teintees d orange clair. Champignons reguliersou irre- 
guliers, croissant lentement, persistants. Ordinairement epixyle. (Voy. LEN- 
TINUS.) 

XVII. Panus, Fr. Chapeau d abord charnu, tenace, enfiu coriace mais non 
ligneux. Lames parfaites, a bord aiguetbien uni, fermes, inegales, d abord flexibles, 
enfin coriaces, a trame manifeste, fibreuse, souvent veinees-connexees. Spores 
blanches. Champignons difformes ou lateraux, longtemps persistants. Epixyles. 

(Voy. PANUS.) 

XVIII. Xerotns, Ff. Chapeau membraneux; lames dichotomes et coriaces, 
pliciformes, a bord obtus et intact. Ce genre se rapprochedu genre CANTHARELLE, 
mais il est membraneux-coriace et a les lames moins larges. II est surtout propre 
aux tropiques. 

XIX. Trogia, Fr. Ce genre se distingue par ses lames veinees , pliciformes, 
dichotomes, a bordepais, longuement canalicule ou crispe. 

2 Deux genres ont les lames toujours coriaces. 

XX. Schizopliyllum, Fr. Champignons sans chair, constitues par un tegu 
ment tomenteux. ct sec recouvrant des lames coriaces ramifiees en eventail, et ont 



132 AGATHOSMA. 

le bord libre des lamellules est contourne. Epixyle. Une seulc espece dans nos 
climats, Sen. COMMUN. (Bull., t. 346 et 581, f. 1.) 

XXI. Lenzites, Fr. Champignons subereux, ou ligneux sous les tropiques. Nos 
especes indigenes, plutot coriaces, vivaces ou persistantes, dimidiees et sessiles. 
Lames coriaces, fermes, tantot simples et inegales, tantot rameuses et alveolees, 
anastomosees par derrierc; trame semblable au chapeau; bord des lames tantot 
obtus, tantot aigu. Toujours epiphytes. (Voy, LENZITES.) 

Voy. CHAHMGSOKS pour la ^Bibliographic. BERTHILLON. 



, AGATE ; Achates, a^ar/j?. L Agathe est un quartz translucide, a 
cassure terne, susceptible d un poll brillant, de couleur tres-variable. On nomrac 
Chalcedoine celle qui presente une transparence nebuleuse, uniforme, blanchatre, 
blcuatre ou verdatre ; ondonne le nom de Saphirine a une variete que Ton trouve 
a Kapnik, en Pensylvanie ; elle est azuree, et se presente sous la forme de cristaux 
agglomeres en plaques plus ou moins epaisses, qui, d apres Haiiy, sont des rhorn- 
boedres presquii cubiqucs ; pour d autres mineralogistes, ce sont des cubes qui 
ont appartenu primitivement a du fluorure de calcium qui a ete remplace par de la 
chalcedoine. 

La coloration de la chalcedoine est souvent due a une matiere carbonee qui est 
tanlot uniformement repandue, d autres fois elle forme des dendrites, des 
zones, etc., etc. On la dit alors enfumee, ponctuee, herbonsee, zonee, ruba- 
nee, etc. La variete zonee porte plus specialement le nom d Onyx (mot grec qui 
signiiie angle) ; elle sert, ainsi quebeaucoup d autres, a fairedes camees. La Cor- 
naline est une agatbe rouge orange, liomogene; on la nomine Sardoine lorsque sa 
couleur est brun orange ibnce et formee du melange des deux matieres colo- 
rantes de 1 oayxet de lacornaline. La Prase ou Clirysoprase est une agathe coloree 
en vert pomme par de 1 oxyde de nickel. 

Le quartz agathe se trouve en Auvergne, en Irlande, en Islande, en Sicile, dans le 
Palalinat, etc. II appartient aux terrains volcaniques anciens de nature tra- 
peenne; on en fail des bijoux ; on en fabrique des mortiers tres-precieux pour pul 
veriser les substances tres-dures; les chimistes s en servent souvent. Ces divers 
objets viennent de la Prusse rhenane.Les anciens employaient 1 Agathe pour calmer 
la soif; on la preconisait contre le venin des serpents et lascrofule; elle est aujour- 
d huiinusiteeenmedecine. 0. REVEIL. 

AGATHIS. Voy. DAMMARA. 

AGAUIOSIIA . Genre de plantes de la famille des Rutacees, etabli par Will- 
denow, pour un grand nombre d especes de 1 ancien genre Diosma de Linne. C est 
ce rneme genre que Bartling et Wendland ont appele Bucco. Les Agathosma, qui 
se rapprochent d ailleurs beaucoup des Diosma, ont un calice a cinq scpales egaux 
ou inegaux, cinq petales etroits, a onglet allonge, souvent charge de poils. Leur 
disque est inegalement lobe, crenele; et de leurs dix etamines cinq seulement, 
celles qui sont alternes avec les petales, sont fertiles, tandis que les cinq autres 
sont representees par des baguettes steriles de forme variable. Les carpelles, en 
partie inferes, sont au nombre de deux a cinq et libres par leur portion ovarienne, 
tandis que leurs styles se reunissent jusqu a leur sommet renfle en tete stigmatifere. 
Los fruits sont sees, independants, comme ceux des Diosma, 

Les Agathosma soat des arbustes rameux originaires seulement du sud de 1 A- 



AGATOPHYTUM. 133 

frique et tres-commnns au cap de Bonne-Esperance ; on en compte une centaine 
d especcs. Les feuilles sont presque ton jours alternes, pelites, cntieres ou finement 
dentelees. Elles sont parsemees de points translucides, c est-a-dire de reservoirs 
d liuile essentielle odorante, et les fleurs sont en general reunies au sonimet des 
rameaux en ombelles ou en capitules. 

Les principales especes d Agathosma sont : VA. pulchella (Jiartogia pulchella 
Berg. Diosma pulchella, L. Bucco pulchella Rom. et Sch.); 2 VA. imbricata 
(Bucco imbricata Wendl.); 5 \ A. hispida (Diosma hispida Thg. Bucco hispida 
Rom. et Sch.). Ce sont toutes plantes a odeur fortement aromatique, surtout 
quand elles sont fraiches, et servant a preparer des boissons excitantes, diureliques, 
pectorales. Toutes entrent, plus ou moins, avec de vrais Diosma, des Barosma et 
des Adenandra (voy. ces mots), dans le Buchu ou Bucco (voy. ce mot) qni nous 
vient du Cap. 

W., Enum. pi. Jiort. Berol., 259. BARTL. et WENDL. , Dio&m., 121, B. WENDL., Coll., t. II. 
D. C., Prodrom., I, 714. A. Joss., Rutac.. 92, t. 20. HARV. et SOKD., Fl. Cap., I, 599. 

II. BM. 

AGATHOTES. Voy. OPHELIA. 

AGATI. Genre do plantes dc la famille des Legumiricnses, quc Rhecdc a elabli 
pour quelques plantes rapportees par Linne au genre Msc\\ynomene , ct qni se 
distinguent par les caracteres suivants : un calice gamosepale a deux ICMVS pen 
prononcces ; une corolle papilionacee ; des ctamincs diadelphes avec un J aisccan 
de neuf fdets, auricule a la base; un ovaire multiovule, stipile, surmonted un 
style liliforme; une gousse supportee par un pied etroit; allongee, lincaire, com- 
primee etcontractee dans 1 intervalle des graines, mais non articulee en ce point; 
et des graines ovalcs separees les unes des autres par des espaces celluleux cribles 
de petites cavites inegales. 

Les Agati sont de petits arbustes a vegetation rapide, originaires de 1 Asie tro- 
picale. Leurs ieuilles sont composees-pennees, accompagnees de deux stipules l;ni- 
ceolees. Leurs fleurs sont grandes et peu nombreuses sur des grappas axillaires. 

L espece employee en medecine est YAgati grandiflora de Desvaux, que Linne 
avait appelee JEschynomene grandiflora. Willdenowl a rapportee au genre Coro- 
nilia, et Persoon au genre Sesbana. C estun petit arbuste qui croit rapidement, 
et dont les folioles sont tres-nombreuses a chaque feuille. Les grappes ne comptent 
guereque deux, trois ou quatre fleurs. Les gousses sont tres-developpees, car elles 
atteignent plus d un pied de long. Cette planteest commune dans toutes les regions 
ehaudes de 1 lnde orientale. Rheede, Rumpbius et Roxburgh nous apprennent quc 
son ecorce est un toxique tres-puissant. Son infusion est extremement amere, ct 
ses proprietes paraissent etre fort analogues a celles du Quassia. C est le Buka des 
Bengalais et le Yerra avesi des Tingalais. 

L., Spec., 1050. W., Spec., Ill, 1035. PERS., Synop., II, 316. RHEEDE, Hort. Malabar 
I, 95, p!. 51. RUMPHIUS, Amboin., I, pi. 76. ROXB, Fl. indie., 507. WIGHT et ARNOTT. 
Prodrom., I, 215. DESVAM, Journ. Man., Ill, 120. D. C., Prodrom., II, 266. EN-DL , 
Gen.,n. 6553. jj g N 

AGATOPHYLLCM. Nora generique donne par A. L. de Jussieu au RAVENSARA 

(voy. ce mot). 

AGATOPDITTUM. Genre de plantes de la famille des Chenopodees, que Moqnin- 
Tandon avait etabli, en 1854, pour le Bon-Henri (Chenopodium Bonus -Henricus 



134 AGAVE. 

L.), et qu il fondait sur la direction verticale dcs sentiences, les fleurs polygamps, 
les stigmates distincts et la brievete des folioles calicinales. Mais le meme autonr, 
! revenant, en 1 849, sur cette premiere opinion, rapporta cette plante, avec C. A. Meyer, 
au genre Blitum de Tournefort et de Linne, et n admit plus les Agalophyton que 
comme une section du genre Blitum (voy. ce mot) , caracterisee par des fleurs en 
epis denses, terminaux, un calice noncharnu, plus court que le fruit, dcs stigmates 
distincts et des fcuilles glabres, farineuses, non glanduleuses. Nous appellerons 
done desormais Blitum Bonus-Henricus la seule plante de ce groupe qui soil em 
ployee en medecine. 

MOQUIN-TANDON. In Ann. sc. nat., ser. 2, I, 291, t. X, fig. C; et in D. C. Proiirom., XIII, 
85- H. BN. 

AGAVE. Genre de plantes rnonocotyledones, de la famille des Amaryllidees, 
mais appartenant a une tribu distincte de cette famille, celle des Agavees, qui 
offre en meme temps beaucoup d affinites avec Jes Bromeliacees. Les Agave ont 
les fleurs hermaphrodites et regulieres. Leur perianthe est supere, tubnleux on 
infundibuliforme, vert ou colore, a six divisions, dont trois exterieures et trois 
autres exterieures alternes, presque toutes semblables entre elles. Leurs etamines 
sont au nombre de six, insi rces sur le tube, exsertes et munies chacune d unn 
anthere biloculaire, introrse,dehiscenfe par deux fentes longitudinales, et oscillante 
sur le sommetdu filet. L ovaire estinfere, a trois loges, surmonte dun style incle 
et creux qui se dilate a son sommet en une tete stigmatifere trigone ou tiilobee. 
Cbacune des loges ovariennes contient dans son angle interne deux series verti- 
cales d ovules anatropes qui se tournent le dos ; et les cloisons intei loculaires con- 
tiennent dans leur epaisseur un appareil glanduleux qui vieut verser, a la par tie 
superieure de 1 ovaire, un nectar sucre tres-abbndant. Le fruit est une capsule 
triloculaire, a dehiscence loc ;Hcide. Les graines nombreuses renfennent sous 
leurs teguments un albumen charnu abondant qui entoure 1 embryon. 

Les Agave sont des plantes americaines, abondantes dans les regions tropicales 
et sous-tropicales. Leur tige est ordinairement courte et trapue, chargee de feuilles 
alternes, rapprocbees les unes des autres, larges, cbarnues, aigues au sommet, 
decoupees sur les bords en dents epineuses, et concaves superieurementpours em- 
brasser exactement entre elles dans le bourgeon. Le port de ces plantes est eu 
grand celui des Aloes, dont on leur donne souvent , mais a tort, le nom eu 
Europe, Ce sont des plantes a deux periodesde vegetation bien distinctes. Pendant 
une premiere periode, leur tige demeure tres-courte, et leurs feuilles ferment une 
rosette serree. Cette premiere periode est souvent de tres-longue duree ; c est celle 
pendant laquelle la plante amasse dans la base de son bourgeon des sues abondants 
pour pouvoir ensuite subvenir a sa floraison. La seconde periode est celle pendant 
laquelle la plante, suffisamment pourvue d aliments, les consomme rapidement 
pour monter en fleurs et produire des fruits. Dans 1 opinion fort erronee du vul- 
gaire, cette seconde periode n arrive guere qu apres un siecle. L axe qui doit porter 
les fleurs, et qn on a appele hampe, s allonge avec rapidite et forme une colonne 
dressee, chargee de cimes multiflores, constituant par leur reunion une sorte de 
panicule terminate. 

II y a plusieurs especes d Agave qui fournissent des produits utiles. Les A. sa- 
ponaria et mexicana contiennent un sue visqueux qui a les proprietes de 1 eau 
de savon. L A. odorata ou cubensis a des racines cylindriques et greles, qu on 
substilue parfois a celles des Salsepareilles. Les A. foetida et vivipara de Linne 



AGE (PI/I-SIOIOGIE). 

serviraient, dit-on,afabnquer une partie de Y Aloes cabaUin&u commerce. Toutes 
ces especes ont d ailleurs les memes proprietes que YA. americana L.,plnntc dont 
presque toutes les parties sont utiles, et qui de toutes est la plus connue ; car elle 
a ete introduite d Amerique dans le monde entier, ou elle vegete maintenant 
spontanement, toutes les fois que la temperature des hivers n est pas trop basse. A 
Paris, elle doit etre rentree en orangerie pendant la mauvaise saison; i! n en est 
pas de meme dans le midi de la France. C est une magnifique plante a feuilles 
grasses, d un vert glauque, parfois pauachees, atteignant jusqu a deux metres de 
longueur, et garnies en haul et sur les bords de pointes vigoureuses, qui rendent 
la plante tres-propre a faire des clotures impenetrablcs. L inflorescence, formec 
d un grand nombre de fleurs verdatrcs, s cleve a plusicurs metres de hauteur ct 
grandit avec une rapidite surprenante, puisque son dcveloppement peut etre com- 
plet en un peu plus d un mois. H. BN. 

PHARMACOLOGIE. Si les agaves sont peu interessants au point de vue thera- 
peutique, ils meritent toute 1 attention des medecins, au point de vue industriel ct 
hygienique; c est, en elfet, avec leurs fibres que Ton fabrique les nattes, les hamacs 
et divers autres objets, plus connus sous le nom de fibres d aloes. Les Agave Ame 
ricana L. et A. cubensis Jacq. fournissent, quand on coupe les feuilles du centre, 
une liqueur transparente sucree, un peu amere, qui, par fermentation, produisent 
une liqueur alcoolique nomme pulque, ou poulqne, tves-recherchce des Mexicains, 
et qui constitue leur boisson babituelle ; elle ressemble a notre biere ; elle esl. un 
peu laxative, et on lui attribue des proprietes diuretiques et cicatrisantes ; les 
feuilles, bouillies et appliquees sous forme de cataplasmes, calment les spasmes ct 
les douleurs. 

Le Maguey des Mexicains ou Mett est fourni par I A. Mexicana L. Ce sue vis- 
queux et mucilngineux est employe par les Americains en guise de savon ; le jus 
sucre et evapore constitue le Miel de Maguey, d apres M. de Humboldt (Essai 
poiit., etc., t. XXIII, p. 21), on en fait un grand commerce au Mexique; la planlo 
cultivee en Europe ne donne pas de sue sucre. 

L Agave fxtida Haw ou Aloes pitte fournit, en Espagne, un extrait semblable a 
1 aloes qui est employe en medecine veterinaire. 

La racine de I A . cubensis Jacq. , qui rentre ainsi que le Mexicana dans I odorata 
de Persoon, a ete donnee quelquefois, d apres M. Guibourt, pour la salsepareille 
rouge de la Jamaique ou de Honduras, avec laquelle elle n a aucune analogic do 
proprietes. 

Au Mexique, les veterinaires emploient comme revulsif cutane le sue frais des 
feuilles des agaves ; les Indiens en font usage pour cux-memes dans ce meme but ; 
il produit sur la peau une vive rougeur avec des demangeaisons cuisantes ; 1 usage 
habitue! et prolonge du vin de poulque occasionne sur la peau 1 apparition de ce 
meme exantbeme, qu il est souvent difficile de calmer. Ce fait pourrait etre uti 
lise en medecine toutes les fois qu il serait opportun de porter sur la peau un exces 
devitalite. 0. REVEJL. 



AGE. I. G^n^raMtes physiologiques. On appelle ages les periodes suc 
cessive- qui, chez les etres vivants, sont marquees par des changements appre- 
ciables dans 1 etat des organes et, par suite, dans les fonctions. 

Ces changements ne s accomplissent pas d une maniere soudaine, mais, au cnn- 
traire, avec lenteur et par degres ; et c est seulement au bout d un temps plus ou 



136 AGE (PHYSIOLOGIE). 

moins long quo Ton peut, en comparant 1 individu avec lui-meme, en constater 
j existence. Au I este, ces modifications, qui ont lieu depuis le moment de la nais- 
sance jusqu a celui de la mort, se succedent a des intervalles tres-variables suivant 
la classe a laquelle appailient 1 etre que Ton examine. On sait quelles differences 
enormes se rencontrent dans la duree totale de la vie, aussi bien chez les vegetaux 
que chez les ammaux, et combien, par consequent, les phases diverses de 1 existence 
doivent, suivant les especes, oflrir de differences dans leur duree partielle. 

Appliquons a 1 homme ces donnees communes a tous les etres organises. Envi- 
sagee d une maniere generale, chez 1 individu, 1 evolution complete de la vie se 
partage en trois grandes epoques bien distinctes : 1 celle ftaccroisscment, pen 
dant laquelle se forment, se developpent et se constituent les divers organes de 
1 economie; 2 celle d etat, pendant laquelle les systemesorganiques, arrives a leur 
complet developpement, conservent, a de legeres modifications pres, leur integrite 
mateiielle et leur puissance d action; 3enfin, celle de declin, marquee par des 
alterations diverses dans la trame des tissus, et par 1 affaiblissement progress! f de 
1 activite fonctionnelle ; elle se termine par la mort senile ou natnrelle. Cette notion 
de la vie trouve son expression figurec dans la vieille legeude du Sphynx, ou les 
trois epoques que nous venons d enumerer sommairement sont appelees le matin, 
le midi et le soir. 

A un point de vue plus eleve, an point de vue de 1 espece, on peut encore recon- 
naitre trois periodes, mais dont les Jimites ne sont plus les memes que celles de la 
precedente division. Dans la premiere periode on constate 1 inaptitude a la repro 
duction de 1 espece; dans la secoude, qui commence avantquel organisme aitacquis 
son entier developpement, onvoit se manifester la puissance reproduc.trice ; enfin, la 
derniere, qui survient beaucoup plus tot ct plus brusquement chez la femme que 
chez 1 homme, est caracterisee par 1 extinction des facultes generatrices. 

Quels sont les principes qui doivent presider a une classification rigoureuse des 
Ages? La definition donnee plus haut 1 indique suffisamment : ce sont les change- 
inrnts successifs qui s accomplissent dans 1 organisme. Un eleve distingue et ami 
de Bichat, dont il avait adopte les idees physiologiques, Esparron, qui soutint , en 
1803, une excellente dissertation sur lesujet qui nous occupe, a pari aitement pose 
la question : Pour determiner les ages, dit-il, je ne dois parler que de 1 organi- 
sation ; des lors, inutilite pour moi d assigner a chacun d eux un certain nombre 
d annees. Je trouve, d ailleurs, qu il est d une physiologie plus philosophique do 
voir la vie moins arretee par le temps que par I etat des organes, et plus consolant 
pour 1 homme de penser qu il peutallonger ou raccourcir la duree de son existence, 
par 1 emploi sage ou mal entendu des forces qui lui sont confiees. (Essai sur les 
ages del homme. Considerat. gtin., p. X. Paris, 1805, in-8.) Et plus loin: 
La vie de 1 homme offre done plusieurs ages ou epoques : premiere verite incon 
testable. Mais il en est une autre non moins importante a etabli r, c estque, quelque 
distinctes que soient ces periodes, il est difficile, ponr ne pas dire impossible, 
d indiquer d une maniere precise leur ligne de demarcation ; de pouvoir dire avec 
certitude, la finit un age et un autre commence. Ici, comme partout ailleurs, la 
nature est fidele a ses principes ; sa maniere de proceder est constante, uniforme. 
C est par des nuances insensibles qu elle reunit les objets les plus disparates, el 
semble faire toucher les epoques les plus eloignees.... Qu est-ce qui forme la bast 
de nos ages? Ce n est pas le nombre des annees, mais le developpement, la pre 
dominance de nos systemes, de nos organes. Or, de ce principe pose, ne doit-on 
pas tirer la juste consequence aue les ages se confondent en se succedant, car nul 



AGE (PHYSIOLOGIC). 

systeme, dans notre economic, ne se developpe tout a coup et nc finit dc meme? 
C est par degres et successivement que chaquc parlie croit et predomine, jusqu u 
ce que d autres viennent predominer a leur tour. (Th. cit., p. 14.) 

La classification qui repondra le mieux au programme si clair, si precis qui 
vient d etre expose, sera done celle que nous adoptero ns. Examinons les princi- 
pales. 

La division la plus connue, la plus generale, celle quiaregne le plus longtemps 
et qui est, encore aujourd lmi, adoptee par beaucoup d auteurs recommandables, 
est celle qui consiste a partager la vie en quatre epoques : I enfance, la jeunesse 
ou adolescence, la virilite ou age adulte et \&vieillesse. Ce classement estde date 
bien ancienne, il s accordait a merveille avec les idees pbilosophiques des dogma- 
tistes successeurs d Hippocrate, et figurait tres-bien a cote des -quatre elements, 
des quatre qualites, des quatre humeurs, etc. Aussi, pcut-on etablir, d apres ce 
systeme, la concordance suivante, qui, malgre tout ce qu elle doit aTarbitraire rl 
a la i antaisie, n est pas sans offrir, sur quelques points, des rapports assez ingenieux 
avec les faits : 

1 L enfance : 1 air ; Thumide et le chaud ; le printemps ; le sang ; les maladies 
sanguines. 

2 La jeunesse : le feu; le chaud et le sec; 1 ete; la bile; les maladies bilieuses. 

5 L age viri^ : la terre; le sec et le f roid; 1 automne; 1 atrabile; les maladies 
diatlu sales et eachectiques. 

4 La vieillesse : 1 eau ; le froid et I bumide ; 1 hiver ; la pituite; les maladies 
catarrhales. 

Les coupes, dans cette classification, ne sont pas assez nombreuses et, I enfance, 
ainsi que la vieillesse, sont presentees sous une forme trop generale et trop peu 
pratique. 

Un systeme, non moins ancien quo le precedent, est base sur les proprietes myslc- 
lieuses du nombre sept. C est le systeme hebdomadaire, que 1 on pent opposer an 
systeme quaternaire, dont nous venons de parler.il est ibrmule dans 1 ecrit hippo- 
cratique Sur les chairs et developpe dans le Traite des semaines, si heureuse- 
nient retrouve par M. Littre. Voici ce queditl auteur du livre des Semaines (peut- 
etre le meme que celui du livre desChairs) : Dans la nature humaine ily a sept 
saisons, qu on appelle ages; le petit enfant, 1 enfant, 1 adolescent, le jeunebomme, 
1 liomme fait, rhommeage, le vieillard. L age du petit enfant est jusqu a septans, 
epoque de la dentition; de 1 enfant, jusqu a la production dc la liqueur sperm, i- 
tique, deux fois sept ans; de 1 adolescent, jusqu a la naissance de la barbe, trois 
fois sept; dujeune bomme, jusqu a 1 accroissement de tout le corps, quatre fois 
sept; de rhomme fait, jusqu a quarante-neuf ans, sept fois sept; de I homme age, 
jusqu a cinquante-six ans, huit fois sept; a partir de la commence la vieillesse. 
(OEuvres d Hippocrate, trad, de Littre, t. IX, p. 656.) Voyez a la fin de cet article 
les annees climateriques. 

Malgre sa base essentiellement hypotbetique et mystique, je preiere de beaucoup 
le systeme hebdomadaire des ages au systeme quaternaire ; il se rapproche bien 
plus de la verite; mais le second, soutenu par" Galien, 1 a tout a fait emporte. 

Quelques auteurs, dans les siecles derniers, ont propose diverses subdivisions 
aux quatre ages (Voy. la Bibliographic) , mais leurs efforts sontresles a peu pres 
stei iles, Cependant Daubenton essaya encore d introduire quelques modifications 
dans 1 ordre universellement adopte. Voici les divisions qu il proposait : 1 L enfance, 
dc la naissance a vingt ans; 2 1 adolescence, de vingt a vingt-cinq ans : 5 la jeu- 



158 AGE (PHYSIOLOGIE). 

nesse,de vingt-cinq a trente-cinq ans; 4 la virilite, de trente-cinq a quarante-cinq 
ans; 5 1 age de retour, de quarante-cinq a soixante-cinq ans; G la vieillesse, de 
soixante -cinq ans a la mort. (Lemons professees aux Ecoles normales, t. VIII, 
p. 314.) 

Malgre la duree exageree qu il donne a 1 enfance et I epoque singulierement 
reculee a laquelle il place 1 adolescence et la jeunesse, Daubenton merite des eloges 
pour ses deux derniers termes. II y a la une tres-bonne division de la periode de 
declin. 

Mais c est a Halle que Ton doit d avoir apporte des modifications vraiment scien- 
tifiques dans la division des ages, par les coupes ingenieuses et pratiques, a la fois, 
qu il y a introduites. Voici cette division. (Art. Ages del Encydop. meth., P. Me- 
decine, t. I.) 

A. Premiere enfance (infantia) : De lanaissance a sept ans, elle est ainsi subdi- 
visee : 1 jusqu a six ou sept mois, c est-a-dire jusqu a la premiere dentition ; 2 du 
septieme mois a deux ans, ou vingt-huit mois, c est-a-dire jusqu a la fin de la pre 
miere dentition; 5 de la fin de la premiere dentition a la septieme annee, c est-;V 
dirc au commencement de la deuxieme dentition. 

B. Seconds enfance (pueritia) : Elle commence a la deuxieme dentition etfinit 
a la puberte. 

C. Adolescence (adolescenlia) : Elle commence a 1 apparition des premiers signes 
de la puberte, vers 1 age de onze a douze ans chez lesfilles etquatorze ouquinzechez 
les garcons, et s arrete quand le corps a termine son accroissement, vingt ou vingt 
et un ans chez les femmes, vingt-quatre ou vingt-cinq chez les hommes. C est alors 
que se manifestent les facultes reproductrices. 

D. Age adulte ou viril (virilitas) : II prend 1 homme a vingt-quatre ou vingt- 
cinq ans et le conduit a soixante ou soixante-trois ans; Halle fait ici trois sous- 
periodes : ] Virilitecommen$ante,&e vingt-cinq a trente-cinq ans ; 1 virilite con 
firmee, de trente-cinq a quarante-cinq ou cinquante ans ; 3 virilite decroissante , 
qui, de la fin de la subdivision precedents, va jusqu a 1 age de soixante ou soixante- 
trois ans; c est 1 age de retour de Daubenton. La faculte generatrice disparait chez 
la femme et s affaiblit chez 1 homme. 

E. Vieillesse (senectus) : Ellepresente deuxepoques : 1 Premiere vieillesse, de 
soixante-trois a soixante-dixans, pendant laquelle beaucoup de personnes conservent 
encore un certain degre de force et d intelligence ; 2 deuxieme vieillesse ou decre 
pitude, caracterisee par Textinctiongraduelle des facultes. 

Dans une these sur les ages, que Linne fit soutenir, par unde ses eleves, en 1767, 
et dans laquelle il partage la vie de 1 homme en douze sections, a I exemple des 
douzc mois de 1 annee et des douze heures du jour, le celebre naturaliste croit, 
avant d aborder 1 etude de sa premiere section, devoir dire quelques mots de la vie 
embryonnairc. Esparron consacre aussi un article special a la periode infra-uterine 
ou periode fcetale. Fidele a son point de depart, il ne pouyait laisser de cote cettc 
premiere epoque de 1 evolution de 1 etre, pendant laquelle s accomplit la formation 
des organes. Peu apres, H. Barthez a suivi cet exemple dans sa dissertation inau- 
gurale. (Montpellier, 1804.) Enfin , 1 auteur d un des meilleurs ouvrages sur 
cette question, Lucse, professeur a Marbourg, donne pour premiere phase de la vie 
de 1 homme, 1 age foetal (Foetusalter] , dont il developpe tres-longuement 1 histoire. 

C est en reunissant cette periode foatale a la classification de Halle, legerement 
modifiee, que M. Fleury a constitue le systeme suivant le plus complet qui ait 
etc donne sur la division des ages. 



AGE (PHYSIOLOGIE). 

1 Vie fat ale ou premier age; 2 premiere enfance, de la naissance a septmois; 
3 deuxieme enfance, de sept mois a deux ans ; 4 troisieme enfance, de deux a 
sept ans ; 5 adolescence, de sept a quinze ans ; 6 puberte, de quinze a vingt ans ; 
7 age adulte, de vingt a trente ans : ces sept ages correspondent ala periode d ar- 
croissement des auteurs ; 8 virilite, de trente a quarante ans, correspondant a la 
periode stationnaire ; 9 age de retour, de quarante a soixante ans; 10 vieillesse, 
de soixante ans jusqu a la mort. G estla periode de declin. (Cours dliyg., tome II, 
p. 257.) 

Dans le coup d ceil rapide que nous allons jeter sur les phases drverses qin 
constituent 1 evolution complete de la vie de 1 homme, nous suivrons, a pen di> 
clioses pies, 1 ordre adopte par M. Fleury ; nous en rattacherons les diverges sections 
aux trois grands chefs : accroissement, etat, declin. 

A. Periode. d accroissement. 1 A dater du moment de la conception, 1 ovule 
feconde commence a eprouver une serie de modificntions qui ne peuvent s accom- 
plir que dans le sein de la mere, a laquelle il ne tarde pas a s attacher par des liens 
vasculaires; c est d elle encore que I embryon va bientot tirersanourriture. Celui-ci 
ne vit done pas d une vie propre et independante; son existence, ses conditions de 
force et de f aiblesse, de bonne ou de mauvaise formation, dependent, en grande 
partie,de Findividu-auqucl il cstuni. Pendant la periode intra-uterine,on constate 
une activite prodigieuse de la puissance formatrice. Mais cette puissance meme est 
sujette a des aberrations, dont les produits constituent les monstruosites compatibles 
ou non avec les diverses fonctions, et quelquefois incompatibles avec la vie. Dans 
d autres cas, comme nous le faisions pressentir, c est en dehors du nouvel etre que 
se rencontrent les causes d alterations ; elles proviennent alors de la mere : ainsi 
des maladies de cette derniere seront transmises au foetus, soil par voie de conla- 
gion (syphilis), soit par voie d heredite et a Fetat de germes qui se developperont 
plus tard (diverses diatheses) ; d autres fois, des violences brusques et subites on 
continues et persistantes, ameneront des vices de conformation. Un etat babituel, 
individuel ou acquis de faiblesse ou de maladie retentira encore d une maniere 
facbeuse surle produit dela conception ettroublera son accroissement. 

2 L accouchement a eu lieu ; 1 enfant s est detache des liens qui 1 unissaient a 
sa mere ; il va desormais, materiellement du moins, vivre d une vie isolee et inde 
pendante. Mais, au moment de la naissance, Fetrehumain est completement inca 
pable de pourvoir, par lui-meme, a ses premiers besoins : la perception dc la don- 
leur, 1 instinct de la succion sont, a peu de choses pres, les seules facultes qu il 
possede. II est done entitlement soumis a 1 influence des conditions dans lesquelles 
le placeront ceux qui sont charges de veiller sur lui. Sortant d un milieu a tem 
perature constante et elevee, ses organessi neufs, si sensibles sont vivement impres- 
sionnes par 1 air exterieur, et surtout par Faction du froid ; de la les ophthalmies, 
lescoryzas, les bronchites, si communs chez les nouveau-nes. Pendant les premiers 
mois, 1 activite de la force assimilatrice, de la circulation et de 1 hematose est 
portee au plus haut degre ; aussi les voies digestives et respiratoires sont-elles parti- 
culierement le siege d un exces de vitalite, qui se traduit par la frequence des 
maladies dans ces deux appareils. C est alors que Ton voit si communement les 
stomatites, le muguet, les enterites, les pneumonies. Le croup apparait deja, pour 
acquerir son summum d intensite entre deux et sept ans. Les sens commencent 
a repondre aux excitations du monde exterieur, et la structure si delicate dusysteme 
nerveux explique la frequence des affections con vulsives chez les tres-jeunes sujets. 
On comprpnrl aussi quelle doit etrc, a cette epoque, Faction de Fallaitement, et 



14ft AGE (PHYSIOLOGIC). 

quels seront les effets facheux d un mauvais kit, et surtout de 1 usage du biberon. 
Tout le monde sail combien, sous ces influences variees, la mortalite est consi 
derable pendant les premiers mois de la vie. 

3 Au bout de six a sept mois, arrive la premiere dentition ; elle se fait par 
groupes successifs et dure dix-buit mois environ. Get intervalle est souvent marque 
par des accidents divers que Ton a tres-certainement exageres, mais qui, en depit 
d exagerations en sens inverse, n en ont pas moms une existence reelle. Comme 
le disent judicieusemcnt MM. Rilliet et Barthez, cette periode de 1 enfance est 
feconde en actes morbides qui, sans dependre directement de la dentition, s y rat- 
tachent cependant. L activite du travail physiologique, mef alors 1 enfant dans un 
etat notable de susccptibilite maladive. II y a, en effet, une plus grande facilite au 
developpement des maladies cbezun enfant souffrant, que chez celui qui offre une 
pleine sante. (Traite cliniq. etpral. des mal. des enf. , t. I er ,p. 1 1 , 2 edit. , 1853.) 
Suivant la remarque des memes auteurs, 1 epoque du sevrage est une cause plus 
frequente de maladies que la dentition ; un brusque cbangement de nourriture pent, 
cela est evident, amener une grande perturbation dans la sante de 1 cnlant, surtout 
si le sevrage a eu lieu trop tot, si la nourriture nouvelle n est pas appropriee a la 
susceptibilite des organes digestifs. C est ce que Ton voit particulierement dans les 
classes pauvres, et c est la la cause la plus ordinaire de ces ententes qui deciment 
Jes jeunes sujcts. Des le commencement de cette periode on voit poindre les pre 
mieres Incurs de Intelligence, on entend les premiers brgayements de la parole; 
c est pendant sa duree que 1 enfant apprcnd a marcher. 

4 De deux a sept ans le mouvemcnt de croissance continue avec la meme acti- 
vite, et deja, vers la quatrieme annee, 1 enfant a atteint la moitie de la hauteur qu il 
doit avoir. On voit s effacer peu a peu les organes transitoires inutiles a la vie extra- 
uterine (Thymus, etc.). Les appareils organiques se consolident, les parties encore 
cartilagineuses du systeme osseux s impregnent graduellement de sues calcaircs, 
les systemes lymphatique et absorbant, mais surtout la circulation arterielle, 
affectent une predominance marquee ; la nutrition s execute avec une grande L-IKT- 
gie : c est alors quo Ton voit apparaitre les manifestations scrofuleuses, les gourmes, 
la tuberculisation. La fievre typhoide commence a se montrer. Mais les affections 
qui domincntdans cette periode et dan s la suivante, ce sont les fievres eruptives. 
Le developpement rapide et puissant des facultes intellectuelles, determine veis 
les centres nerveux un appel de \italite qui cree pour 1 enfant de nouveaux dan 
gers. On sait combien sont graves et communes, a cet age, les affections ceiebraks 
et specialement les diflerentes formes de meningites. 11 est facile de comprendre 
de quels soins il faut entourer 1 enfant, pour le soustraire aux accidents si nom- 
breux qui peuvent resulter de 1 accroissement exageie de ses organes et du jeu trop 
energique de ses facultes intellectuelles. 

5 La seconde dentition commence ordinairement vers la septieme annee et dure 
jusqu a douze ans environ (les dernieres molaires sortent de vingt a vingt-cinq ou 
trente ans). Cette seconde dentition s accomplit presque toujours sans le moindre 
accident. Pendant les cinq ou six ans que dure la periode que nous examinons, si 
la puissance formatrice s est ralentie, elle ne s arrete pas encore; mais elle est 
depassee par 1 extension, chaque jour croissanle, de 1 intelligence. C est alors que 
doit commencer Yeducation proprement dite, qui aura surtout pour but d equili- 
brer et de faire marcher parallelement, le developpement physique et le developpe 
ment moral. 

6 Vers 1 age de douze a treize ans, chez les filles, vers quinze ans chez les gar- 



AGE (PHYSIOLOGIE). 141 

c.ons, s accomplit une modification que Ton peut regarder comme une veritable 
transformation : c est 1 etablissement des fonctions generatrices ; la premiere appa 
rition des regies chez les jeunes filles, de la secretion spermatique chez lesgarcons. 
Nous n avons point a tracer ici le tableau de cette importante manifestation, que 
tant d auteurs se sont plu a orner des couleurs de la poesie. Nous devons seulemcnt 
constater que de notables cbangements dans la configuration exterieure du corps 
et des organes speciaux, dans les gouts, les penchants, les aptitudes, ont aniriie 
une separation bien tranchee entre les individus des deux sexes. L homme louche, 
erifin, au complet developpement de ses organes. Les proportions des diverses 
parties de son corps se sont regularisees ; son intelligence s agrandit et s elevc : 
c est le regne beureux de 1 imagination etde ses prestiges ; aussi cette periode c\i- 
ge-t-elle des soins d un autre ordre que ccux qui etaient reclames dans les pruce- 
dentes. II ne faut pas seulement redouter alors les dangers d une croissance trop 
rapidc, mais encore surveiller avcc la plus inquiete sollicitude 1 explosion des sen 
timents et des passions que font naitre les facultes qui viennent de se reveler. De 
la direction imprimee des cette epoque dependent souvent, et la sante future ct 
1 avenir moral. Relativementa la pathologic, la puberleest remarquable par 1 acuite 
des phenomenes morbides, I intensite de la reaction febrile ct d un autre cote, par 
la frequence de la dothienenterie et des tubercules. Les diflicultes de la mens 
truation s accompagnent souvent, chez les jeunes filles, d affections ncrvcuses 
diverses et de la chlorose. 

Depuis le moment de sa naissance, le nouvel etre a bien cu une existence isoliV, 
mais il est reste, a un autre point de vue, dans une dependance necessaire ; il a 
fallu qu il fiit, comme le dit Burdach, nourri, protege et dirige par des individus 
plus mars que lui. A partir de la puberte il se prepare a deveuir un membrc aid I 
de 1 espece, car il fait des progres continuels vcrs 1 independance et 1 individualite, 
et il rend de plus en plus complete sa separation d avec ses parents. ( Traite de 
physiol., trad, par Jourdan, t. IV et V, passim.) 

B. Periode d etat. Vers la vingtetuniemeannee, chez la femme, a vingt-quatre 
ou vingt-cinq ans chez 1 homme, les divers systemes organiques ont acquis leur 
plein et entier developpement. C est 1 epoque que Burdach, dont nous venonsde 
citer quelques paroles, appelle la vie a maturite. II lui donne pour caractere 1 iden- 
tification de 1 individu a 1 espece. A 1 epoque de la virilite, dit-il dans sonlangage 
philosophique, I homme quitle 1 etat de dependance dans lequel il se presentait 
comme produit de 1 espece, il a enfin acquis sa spontaneite; il faut cependant 
qu il rentre dans 1 espece, mais alors comme membre actif, et ce nouveau rapport 
s exprime par la formation d une famille dont il est le chef, et dans la pro 
creation, la nourriture et 1 education des enfants. (Otivr. cite, t. V, p. 5.) 

Pendant la duree de cette phase qui s etend jusqu a 1 age de quarante ou qua- 
r ante-cinq ans, les facultes intellect! lelles ont atteint leur summum de puissance, 
les vocations speciales, bien accusees, ont decide du genre de vie. L homme que 
Ton voit alors est 1 homme physiologique-type. G est lui que Ton prend pour mo- 
dele dans les traites d anatomie, de physiologic et de pathologie. 

C. Periode de declin. 1 Comme nous 1 avons deja dit, la periode de declin com 
mence generalement \ers 1 age de quarante ou quarante-cinq ans. Alors se rompt s 
1 equilibre entre la force assimilatrice et celle de decomposition; les secretions sont 
moins actives; la circulation se ralentit, lestissus s indurent ou secouvrent d une 
cauche plus ou moins epaisse de tissu graisseux; les cheveux, les poils, les dents, 
commencent a s alterer et bientot a se detacher .En meme temps que s accomplissent 



142 AGE (PHYSIOLOGIE). 

ces degradations dans 1 organisme, 1 energie fonctionnellc s affaiblit, la puissance 
generatrice diminue che/ 1 liomme ct disparait completement chez la femme; les 
sens s emousscnt, les passions sont npaisees, mais certaines facultes, le jugement, 
le raisonnement ont acquis leurplushaut degre. C estla periode Aitedgederetour, 
qui s etend jusqu a soixante ou soixante-cinq ans. Les alterations progressives que 
nous venoms de signaler creent, pour cette epoque de la vie, une pathologie speciale, 
opposee a celle que 1 action si grande de la puissance formatrice avait creee pour 
I enfance. Les determinations morbides ont lieu surtout vers les organes centraux. 
Alors surviennent les maladies organiques du co3ur, du foie, de 1 intestin, de Tap- 
pareil genito-urinaire, les apoplexies, les ramollissements cerebraux, les affections 
catarrhales, en un mot la forme chronique tend a prendre la place de la forme aigue ; 
la fievre s accompagne d une reaction nioins vive. L epoquede la menopause est unc 
cause frequente d incommodites et do maladies speciales chez les femmes. 

2 Le mouvement de decomposition augmente encore pendant la derniere periode 
de la vie, la vieillesse. Alors, le plus souvent, I embonpoint disparait pour fairc 
place a une maigreur quelquefois squelettique ; les tissus artcriels et fibreux 
s encroutent; la circulation veineuse se fait avec difficulte; la calorification s abaisse; 
une sorte d atrophie s empare des divers systemes ; la peau se plisse sur les organes 
ivtrecis, se seche, se couvrede rides; 1 energie musculaire s affaiblit chaquejour, 
la demarche devieut chancclante, la taille se courbe; cnfin, rintelligence subit, en 
general, une extinction graduelle, et il survient une decrepitude physique et morale 
qui se termine par la mort. Les maladies affectent, dans cette derniere phase de la 
vie, un aspect particulier de langueur ; la forme congestive et 1 adynamie en sont 
les caracleres dominants. 

Telle est, dans .son ensemble, et envisagee, pour ainsi dire, a vol d oiseau, la 
marche des phenomenes physiologiques et pathologiques qui se presentent a 1 ob- 
servateur, pendant la duree normale de la vie humaine. Cette duree normale, propre 
a 1 espece, peut etre fixee, non pas a cent ans, .comme 1 a voulu un auteur celebre, 
mais auxenvirons de quatre-vingts ans : c est vers cette epoque, quelquefois cepen- 
dant beaucoup plus tard (cent ans alors et meme au dela), que survient la mort 
senile. Mais, comme nous allons le dire, un certain nombre de causes, a part les 
maladies, peuvent faire varier soit la durde totale de 1 existence, soit la duree de 
certaines periodes. 

Quelqnes-unes de ces causes sont purement individuelles. Une faiblesse orighielle 
de la constitution, tout en abregeant la duree de la vie et rapprochant 1 epoque du 
declin, recule, au contraire, les premieres periodes. Ainsi la dentition s ei fectue plus 
tard, les premiers phenomenes dela puberte sont rejetes vers la dix-huitieme ou la 
vingtieme annee, et 1 individu passe, presque sans inter mediaire, d une longue 
enfance a une vieillesse prematuree. On a souvent cite a cet egard 1 exemple de 
Biibe, le I ameux nain du roi Stanislas, qu mourut a vingt-trois ans, tombant deja 
dans la decrepitude. Le sexe, le temperament ne sont pas sans influence sur la 
duree totale ou partielle des differentes phases qui constituent les ages. Les femmes, 
meme dans nos contrees, offrent les attributs de la vieillesse beaucoup plus tot que 
les hommes. Mais, chez elles, la duree moyenne de la vie est aussi plus considerable, 
et c est chez elles que Ton rencontre les plus nombreux exemples de longevite. Les 
sujets a temperament lymphatique ont une jeunesse qui se prolouge da vantage, et 
1 age de declin vient plus tot preparer leur decadence, etc., etc. 

Families causes prises en dehors de 1 individu, nous trouverons d abord les mau- 
vaises conditions hygieniques d habitation^de regime, etc., qui deteriorent la consti- 



AGE (PHYSIOLOGIC. 

tution, surtout pendant 1 enfance ct la jeunesse.On salt avcc quclle rapidili- la misere, 
les privations, lesgrandes fatigues, les chagrins accelerent 1 armee de la vieillesse. 
Ne voil-on pas tous les jours des jeunes gens, epuises de debauches et d cxces de 
tout genre, parvenir a 1 agc viril avec les symplomes physiques et intellectuals 
d une caducite precoce, et s eteindre, avant le temps, sous le poids des infirmites 
ct des maladies propres au dernier age. Le sejour dans ccrtaines localites est une 
cause puissante dc deterioration et de vieillesse prematuree; telle est 1 habitation 
dans les contrtes marecageuses. (VOT/.MARAIS, MIASWES.) II en.cst dememe de ccr 
taines professions, la dorure ou 1 etamage au mercure, 1 aiguisage, etc. (Voy. 

AlGUISEURS, DOREURS, MERCURE, PROFESSIONS.) 

Les voyageurs avaient note depuis longtemps, mais en 1 exageraiit un pen, la 
precocite de 1 evolution sexuelledans les pays chauds, et Montesquieu n a pas man 
que de s emparer de ces exagerations dans 1 interct de son fameux systeme. Les 
ienmies, dit-il, sont nubiles, dans les climats chauds a six, neuf et dix ans. Ainsi 
1 enfance et le mariage y vont presque toujours ensemble. Elles sont vieilles a vingt. 
La raison ne se trouve done jamais, chez elles, avec la beaute. Oiiand la beaute 
demande Tempire, la raison le fait refuser. Quand la raison pourrait 1 obtenir, la 
beaute n c.st plus. (Esprit des lots, livre XVI, chap, n.) C est par la que Mon 
tesquieu explique la dependance de la femme et la polygamie, dans les contrees 
equatoriales, tandis que dans les zones froides ct temperres, les leinines elnnl nubiles 
plus tard et conservant plus longtemps leur beaute, elles jouent necessairement un 
plus grand role dans la lamille et dans la societe. Haller a sanctionne ces assertions 
dc sagrande autorile, en afiirmant que la puberte est d autant plus precoce qu on 
s avance davantage vers le Midi, d autant plus retardee que 1 on romonte vers le 
Nord, si bien qu elle aurait lieu apres vingt ans dans les regions polaircs. (Elcm. 
plnjsiol.,t. VII, p. n, p. 140, Bernae, 1765, in-4.) Un examen rigoureux des 
faits ne permet pas aujourd hui d accepter ces donnees Irop exclusives. II est lies- 
vrai que dans 1 Inde les jeunes filles sc maricnt ;\ 1 age dc six a dix ans, avec des 
garcons de douze ou treize. Mais c est settlement quand elles sont nubiles, c est-a- 
dire a onze ou douze ans, qu on les conduit a leur epoux, qui en a alors quatorzc 
ou quinze. M. le docteur Bennet-Deperraud, ancien medecin de Runjit-Sing, roi 
rle Lahore, qui a bien voulu medonner quelques rcnseignements sur cette question, 
m aaffirme que, pour les ganjons comme pour les filles, le developpement physique 
parait seulement de deux ans en avauce sur celui des sujets de meme age en 
Europe. La maternite, m a-t-il dit encore, est rare avant quatorze ans. Circon- 
stancebien remarquable, cette precocite des mariages n est pas particuliere a la 
zone torride, on 1 observe egalement sous le ciel glace du pole. Deja Haller, 
citant un auteur qu il ne nomme pas, avail revoque en doute que les femmcs 
samoyedes pussenl ^tre meres a douze ans (loc. cit.). Eh bien, ce fail, sinon de la 
maternite, du moins des unions a douze ou treizc ans , nous esl affirme par les 
voyageurs conlemporains (deHumboldt, Parry, Ross, Franklin), et il a ete surtout 
mis en lumiere par Roberton dans une serie de memoires, ou il a demontre quo 
les differences dans le momenl de la puberte, suivant les climats, ne sont pas 
aussi considerables qu on 1 avaitpretendu. (In the Edinb. Med. andSurg. Journ , 
t. XXXVIII, p. 227, 1852; t. LVIII, p. 112, 1842; 1. LXII, p. 1, 1844; t. LIXV, 
p. 156, 257, 423, 1845; I. LXVI, p. 56, 1846, elc.) 

Nous pouvons en dire a peu pres autanl pour les races, a peine peut-on saisir 
plus de trois ou qua Ire annecs, en moyenne, comme difference dans 1 cpoque de 
1 apparilion des regies , chez les differentes varieles de 1 espece humaine. G est ce 



1-ii AGE (PHYSIOLOGIE). 

qui ressort tres-clairement des tableaux publics par le doctcurTilt. (Monthly Journ. 
ofMed.Sc.,t.X\,p. 289, 1850.) 

II est beaucoup plus difficile d etablir 1 age precis de la menopause chez les femmes 
dans les diverses races et dans les divers climats. Cette epoque parait tres-avancee 
dans les pays tropioaux ; ce qu il y a de certain, c est que les femmcs y sont vieilles 
non pas a vingtans, comme 1 a dit Montesquieu, mais a trente ou trente-cinq ans. 
On sail d ailleurs que dans certains pays du nord, en Angleterre, par exemple, 
beaucoup de femmes perdent leur fraicheur et leur beautc vers le rpeme age. 

Relutivement a la duree moyenne de la vie, malgre des exemples assez nom- 
breux de longeyite, elle paraiL moindrc dans les pays cbauds. Mais, malheureuse- 
ment, les statistiques positives, qui seules pourraient resoudre la question, font 
completcment dcfaut pour de vastes contrces, ccllcs-la surtout qui sont plongees 
dans la barbaric. Et d ailleurs, ilya la une foulede causes complexes, dont il seiai t 
bien difficile de degager 1 influence particuliere du climat ct de la race. (Voy. Cu- 
MAT, MENSTRUATION, PUBERTE, RACES.) 

Un mot encore sur quelques hypolhesesa 1 occasion des ages, que Ton trouve con 
signees dans les auteurs. Sous 1 influence des idees pythagoriciennnes relatives a 
la puissance des nombres et surtout desnombres impairs, les anciens avaient admis 
ccrlaines amices comme exercjant line grande influence sur la vie de I bomrac. 
Persuades que le renouvellement integral de la substance du corps avail lieu dans 
1 cspacc de trois, sept on neuf ans; c est a ces nombres, et surtout aleurs mul 
tiples, qu ils avaient donne le nom d annees climateriques, scalaires, hebdoma- 
daires, critiques, etc., et dans lesquelles devaient s accomplir de graves modifications 
et souvcnt la mort. Telle etait, par exemple, la quarante-neuvieme annee fonnee 
de 7 X? ; maisl annee climaterique par excellence, la grande climatcrique, comme 
on 1 appelait, c etait la soixante-troisieme annee produit de 7x9. C etait cclle qui 
devait ofl rir le plus de dangers. II suffit d exposer de telles opinions pour en demon - 
trer toute 1 inanite. E. BEAUGRAJJD. 

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AGE (STATISTIQUE). 145 

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- LAYCOCK (T.). On Annual \ ilal Periods in the Lancet. 18i3-4, t. I, p. 85, 253. ESTEVE 
(F. G. L. D.). Considerations ge ni rales sur les Ages etudies dans leurs rapports avec I ana- 
tomie, la physiologic, la pathologic et I hygiene Tli. de 1 aris, 1859, n 69. in-i. Un tres- 
grand nornbre de dissertations ont e te soutenues sur cette question depuis deux siecles, 
tant en France qu al eti anger; nous avons seulemenl cite les principals. E. BNG. 

II. De 1 dge considere an point de vue de la dmographie (SlATISTIQDE 
HUMAINR). L age est un des elements les plus importants a considerer dans les 
enquetesstatisliqucs. Toutreleve desdec6des, desmalades, des manages, des tailles, 
des poids et des volum s poidset volume desdiversvisceres : cerveau,foie, rate, etc.; 
circonference tlioracique, etc.), et tout census general ou partiel des vivants, des 
< vlibataires et des maries, etc., doivent toujours etre fails selon les ages, ou au 
moins par petits groupes d age, comme de cinq en cinq ans pendant le milieu du 
cours de la vie; mais, par annee, aux ages extremes, avant 5 ans et apres 70 ans; 
par mois, pour la premiere annee, et par jour, pour le premier mois. Ces details 
seront precieux quand la maniere dont s effectue 1 enquele permettra de conipter 
sur leur exactitude. Avec eux on pourra resoudre plusieurs problemes de DEMOGPA- 
PHIE (voy. ce mot) encore pendants aujourd liui, parce que cette analyse nous 
manque. II est bon de prevenir des erreurs qui, dans ces releves selon les ages, 
resultent de 1 atlraction des nombres ronds 15... 25... 55... etc., et plus encore 
20... 50... 40... etc. C est en groupant les releves par periode d age de 17 ii 22. 
de 22 a 27, de 27 a 52, etc., que Ton peut le mieux affranchir les documents de 
ces irregulantes ; malheureusement, si on tient, comme on le doit, a publier les 
resultats bruts de 1 enquete, et si on desire pouvoir les comparer a d autres releves 
comme 1 usage de ces dernieres coupures n a pas encore prevalu, le rapprochement 
avec les autres travaux ne sera plus possible sans un remaniement ; mais la formule 
suivante le rendra facile. Soit donne : P,,.. 2S ,P 22 .. 27 , etc. , le nombre des vivants de 
17 a 22 ans, de 22 a 27 ans, etc., on aura, a bien peu de chose pres : 
9P j-^P 9P -u ^P 

- 1 17--2-J~T u o-2"27 I) Q i - Jl M"7 ^ Jr 27--52 D 

^"ao- as 61 " T~ - = ras- , etc. 

D O 

La succession des Deces par age presente geueralement les memes fluxions des 
nombres ronds ; les memes precedes (D remplacant P) en aurontraison. 

La serie des groupes d age de 20 a 25 ; de 25 a 50, etc. (c est-a-dire 20-24, 
25-29, etc. , les deux ages inclus, le second revolu) , ninsi regularisee pour les vivanls 
et pour les decedes correspondauts, se rapprochera plus de la verite que celle doii- 
nee jusqu ici par les census et par les listes mortuaires de 1 Etat civil (a cause 
des erreurs dues a 1 attraction des nombres ronds) . Cependant cette correction pre 
sume une progression arithmetique dans la succession des nombres annuels, formant 
chaque petit groupe quinquennal, et ce n est la qu une approximation; mais elle 
est suffisante dans la pratique (voy. POPULATION et DECES). 

L 1 Age moyen des vivants, calcule sur la liste de population donneepar les census 
(voy. POPULATION) est une rnesure importante au point de vue economique 
car elle resume bien la force militaire et productive des populations. Nous 
dirons, a 1 article POPULATION, la maniere de calculer cette valeur, et les correc 
tions exigees par 1 imperfection des documents ; nous discuterons sa signification 
et dirons sa grandeur actuelle pour les principales nations fournissant des docu 
ments suffisants a son evaluation. Get age est aujourd hui (1840-59) de 51 ans 
environ pour la France. 

VAge moyen des decedes est une autre moyenne de meme ordre, calculee sur 

D1CT. ESC. If. 10 



146 AGE (MEDECINE LEGALE). 

Ics listes mortuaires, dont nous exarnincrons, aux articles MORTALITE et SURVIE,, 
la determination, la signification et les relations avecles autres valeurs projio- 
sees pour mesurer la vie humaine. Avertissons tout de suite que I Age moyen 
des decedes, calculee sur les listes mortuaires, ne pourrait etre confondu avec 
la Vie moyenne des mathematiciens que dans le cas ou une Population, non- 
seulement devicndrait stationnairc par 1 egalite des naissances et des deces, mais 
encore dans une Population dont les mouvements migratoires, ou seraient mils, 
ou s equilibreraient (par le nombre, par 1 agc, ]>ar le degre de mortalite, des 
entrants et des sortants), dont la ra irtalite a chaque age serait invariable, ct enfin, 
chez laquelle I immobilite de tous ces elements persisterait pendant au moins la 
plus longue duree d une generation, c est-a-dire depuis plus d un siede. Mais 
I on pent dire que toutes ces conditions no sont jamais remplies; il en resulte 
que 1 egalite entre I Age moyen des decedes des listes mortuaires et la Vie 
moyenne n a jamais lieu. C est ainsi qu aujourd hui (periode 18-40-59), enFrance, 
la Vie moyenne est un pen au-dessus de 40 ans, comme nous le prouverons aux 
mots MORTALITE et SURVIE, tandis que 1 Age moyen des decedes, pour la memc 
epoque, est de 55,7 ans. Ces deux valeurs n ont pas davantage de relation neces- 
saire avecle rapport P/N de la Population aux Naissances, si ce n est dans 1 hypothese 
d immobilite ci-dessus indiquee. C est done une erreur de prendre I Age moyen 
des decedes donne par les listes mortuaires comme equivalent a la We moyenne et 
de lui en donnerle nom, aiiisi que le font encore aujourd hui les publications offi- 
cielles (voy. encore les mots POIDS, TAILLES, MARIAGE, DECEDES pour les listes et 
tables suivant les ages de ces divers elements). 

BERTILLON. 

III. Considerations mcdico-legales SUP les dges. L etude des ages a sa 
place marquee en medecine legale : aux ages correspondent des aptitudes diverses, 
des droitset des devoirs differents. Chaque periode de la vie a des questions qui lui 
sont propres, et 1 age entre comme element dans tous nos problemes. L,t medecine 
legale ancienne donnait une attention serieuse a cette etude ; on pent consulter a cet 
egard Z cchias et Fodere ; certains auteurs out meme propose de prendre 1 ordre des 
ages comme base de la division des problemes dont la medecine legale se compose. 
Dans nos traites modernes, cette etude est moins en evidence ; 1 hygiene publiquea 
repris les questions qui 1m appartiennent; la medecine legale neglige les pro 
blemes resolus par le legislateur, pour s attacher a ceux qui forment la pratique de 
tous les jours. Les laits de detail sont fondus dans 1 ensemble; il n est pas sans 
interet cepeudant de les ramir et d en presenter le tableau. Certaines questions 
sont toujours agitees, comme celles de 1 age du discernement et de la liberte mo 
rale. L observation medico legale, en se developpant, a donne corps a des pro 
blemes qui, autrelois, attiraient moins 1 attention : citons comme exemple la 
perversion precoce et les violences habituelles dont sont victimes les enfants. 
L etude plus approlondie de la t Iructure intime des organes et des modifications 
chimiques qu ils eprouvent a iourni a la science des signes nouveanx. 

A toutes les epoques, le legislateur a tenu compte de 1 age, pour declarer une 
aptitude, reconnaitre certains droits, et imposer aux citoyens des devoirs determi 
nes ; on a etabli des limites precises qui out varie suivant les temps et les pays, 
suivant aossi la sagesse des lois. Le droit remain, le droit canonique out indique 
des regies, basees sur 1 observation attentive de 1 homme physique et moral. 
L echelle des ages se trouve dans la legislation franchise, depuis le moment de 



AGE (MEDECINE LEGALE). 

la conception jusqu au terme le plus recuie de 1 existence humainc. La question 
de 1 age se pose avec une egale importance dans toutes les divisions ilu droit. 

Lcs principals epoques de la vie sont mentionnees dans nos lois. Les indications 
sont nombreuses pour la periode de developpement : vie infra-uterine (G. N. 512 a 
315-540-906); nouveau-ne(C. N. 58, C. P. 500-345) ; sept ans (C. P. 348-355) ; 
huit a seize (loi du 22 novembre 1841);treize (C. P. 331); quinzc ans (552); 
seize ans (C. 1 G. 50, C. P. 555); dix-huit(C. N. 584-478) ; vingt ans (C. P. 66); 
vingt et un ans (G. N. 488); vingt-cinq ans (148); trente (152); trente-cinq ans 
(loi du 11 avril 1861). Le droit commun regie seul le milieu dc la vie. Les 
dispositions particulieres recommencent pour la periodc de decroissement : Cm- 
quante ans (G. N. 545-561); soixante (loi du l cr juin 1854); soixante-cinq ans 
(C. N. 445) ; soixante-dix ans (C. P. c. 800) ct, enfm, cent ans (C. N. 129), der 
nier age mentionne par la loi, a 1 occasion de 1 absence. C est une division legale 
des ages qui nous moulre les periodes dout 1 etude offre le plus d interet. Les 
droits, les restrictions, les punitions, les prerogatives, adaptes aux ages, sont 
bases sur la connaissance de I homme physique et moral. La science fournit ici 
des donnees au legislateur, et clle prete sou concours ;m magistral charge d appli- 
quer la loi. Deux ordrcsde questions sontde la competence du medccin : les unes 
se rapportent au fait de 1 age, les avilres a son influence. 

La constatation dc I age est le lait csseutiel, duqucl resulte 1 application dc la 
loi; dans nos societes regulieres, la prcme <lr 1 age est fourniepar 1 Elat civil, el il 
en resulte, au premier abord que 1 intervcntion medicale semble bien peu necessaire 
pour resoudre une question de ce genre. Mais la prcuve legale fait del aut avant la 
declaration de naissance, avant 1 inscriptiou sur les registres de 1 elal, risil ; elle 
pent etre detruite ; les traces de la personne out disparu ; il faut la reconslituer 
vivante on morte, et etablir une identite. 

La determination de 1 age pendant, la vie intra-uterine et peu apres la naissance, 
appartient exclusivement au medecin. La science seule peut resoudre le probleme, 
etici s agitent les interetsles plus graves : en droit civil, la viabilite, la legitimite 
des naissances; en droit criminel, les attentats commis contre le produit et la 
conception. Dans les expositions et delaissements d enfants, 1 avis du medecin est 
necessaire pour etablir 1 age, comme element de 1 etat civil, ou comme limite qui 
determine la criminalite de 1 abandon. L enfant est-il nouveau-ne? A-t-il pins ou 
moins de sept ans ? Telles sont les deux, questions importantes, au premier age de 
la vie. Pour toute personne inconnue, accusee ou victime, reclamant un droit, 
pour 1 absent qui reparait, a defaut de preuves legales, la question d age se pose 
comme un des moyens d etablir 1 identite. On demande au medecin 1 age probable, 
la possibilite de la naissance a une epoque indiquee ; on appelle son attention sur 
uneperiode determinee de la vie, sur les circonstances qui peuvent modifier les 
caracteres de 1 age. Rien n est varie comme 1 occasion de ces problemes. 

L influence de I dge est le point de depart de questions medico-legales plus 
nombreuses ; les droits, les devoirs, la protection, sont mesures au developpement 
physique et moral de rhomme. En droit civil, c est la determination de 1 epoque a 
laquelle I homme peut disposer de sa personne et de ses biens. Ce sont les 
questions de minorite, d autorite paternelle, de faculte de tester, d emancipa- 
tion, de mariage, de majorite, d adoption, de tutelle. En droit criminel, c est la 
faciliteavec laquelle on peut faire disparaitre un enfant qui n est pas connu; c est 
le defaut de resistance, de protection, resultant de 1 age, I mconvenient plus 
grave de quelques actes, de certaines lesions, 1 adoucissement des peines, lediscer- 



A.CE (MEDECINE XECALE). 

nement, la responsabilite. En droitadministratif, cesont 1 aptitude a des travanx, 
a des fonctions diverse?, les lois sur le recrutement, sur les retraites,sur le travail 
des enfanls dans les manufactures. Tonlesces questions se rattachent a la physiologie 
des apes ; mais si les sciences medicates fournissent ici des donnees u tiles, elles ne doi- 
vent pas envaliir le domaine du jurisi onsulte. Le legislateur a resolu les questions 
qui se ratiachent a la capacite civile ; sur beaucoup de points, nous n avons plus 
tru a enregistrer ses decisions et a en apprecier les motils. Nous remarqiierons 
cependant que ces dispositions ne sont pas irrevocables ; 1 age de la majorite 
a varie suivant les temps et suivant les pays, et de bons esprits regret tent 
la liuiite post ; par le droit remain. Tout recemment I age de treize ans a ete 
subslitue ; i cclui de onze pour les atteiitats a la pudeur, commis sans violence; 
en 1854, 1 age de soixante-dix ans a ete abaisse a soixante pour la trans 
formation de la peine des travaux forces en celle de la reclusion. II est dou- 
teux que Ton maintieime jusqu a soixanle-dix ans la duree de la contrainte 
par corps. Au jour oil les reformes sont proposees, le medecin a le droit d ex- 
prinier son avis ; il introduit dans la discussion des elements utiles ; il peut 
meme user d initiative, mais sa part reelle d aclion se trouve dans I applicatka 
de la loi. lei, sa tache est encore importante. 

Si la loi a tout regie en ce qui concerue la capacite cmle et le temoignage, elle 
laisse aux juges du 1 ait [ appreciation du discernement, lorsque 1 accnse a moinsde 
seize ans. Un medecin peut etre appele pour examiner 1 etat mental de 1 enfant et 
1 experience montre toute 1 utilile de cette intervention. Les questions medico-le- 
gales qui se rapportent a 1 influence de 1 age sur les facultes intellectuell 
affectives, sont les suivantes : degre de developpement de ces faculles, discemenient ; 
perversion precoce ; alienation mentale cbez les enfants ; puberte envisagee dans 
son action sur 1 et it mental ; demence senile, faits de captation. Aux fonctions de 
la generation, se rattachent 1 epoque dela puissance genitale et de la leeondite. le- 
attentats a la pudeur commis sur des enfants. L action de 1 age sur les maladi 
les blessures est appreciee dans 1 infanticide, dans les effets de 1 exposition et du 
delaissement, a 1 occasion des violences babituelles dont les enfants sont victiuies, 
des divers genres de mort, de 1 inanition, de la survie. L hygiene publique reclame 
plus specialement les questions d aptitude physique et morale, mais la raedecine 
legale intervient encore au sujet dos retraites, de la caducite precoce, des eii ets 
reels ou simules de 1 age. Cette etude se divise en deux parties : la preuve de 
I dge et Yexamen de son influence. 

I. DETEF.MLNATION DE i/AGE. En medecine legale, la question d age se pose 
a 1 occasion d une personne vivante, d un indhidu jirive de vie, d ossements ou de 
debris d organes. Dans le premier cas, lejeudes fonctions s ajouteaux signes orga- 
niques, exterieurs; dansle second, noususons de toutes les ressources que presen- 
tent 1 anatomie, 1 histologie, lachimiedu corps humain; dans le troisieme, la science 
fait un appel aux connaissances qu elle possede sur 1 evolution de certains organes. 

Nous etudierons successivement : 1 les signes de 1 age; 2 les conditions qui 
tes modifient; 5 les periodes medico-legales, eny rattachant des signes precis. 

1 Signes de I dge. Toutes les modifications que le cours des annees introduit 
dans les fonctions et dans les organes deviennent des signes d age; sur cbacune 
de nos iibres, pour ainsi dire, le temps exerce une action insensible et laisse bientot 
son empreinte caracteristique. La biologie retrace 1 histoire des ages dont elle 
cherche a expliquer la succession ; nous n avons pas a reproduire ces tableaux 



AGE (MEDECINE LEGALE). 

d ensemble, ni a discuter des theories. La medecine legale doit s attacher aux 
modifications les pins constantes, les plus faciles a reconnaitre, a celles qui carac- 
ti nsent le niieux les periodes. 

Les caracteres sont amtomiqucs, physiologiques, chimiqnes et pathologiques ; 
des series d analyses el d observations hislologiqucs seraient ici necessaire. La forrnc r 
les dimensions , la structure, la composition chimique, les functions et les mala 
dies des organes fournissent des signes qui se controlent et se competent, et dont 
1 ensemble permet d arriver a des conclusions d une approximation sulfisante. 

A. L dge pendant la vie. L apparence extericure et le jeu des fonctions four 
nissent les signes. 

L aspect revele 1 age; on ne dissimule pasle nombre des annees, on en porte le 
poids plus ou moins vaillamment. Le merlecin oliservateur ne se trompe guere, 
des le premier coup d oeil, sur 1 age de la personne qu il examine; 1 impres^ion 
de 1 ensemble est decisive, et malgre les vieillesses anticipees on la jeunesse 
qui se prolonge, 1 hesitation n est pas longue, et on designe un nombre d an- 
nees bien rapproche du chiffre reel. Avec I habitnde de ce diagnostic, l i.V.,il 
ne depasse guere cinq ou six; annees et s eleve rarement jusqu a dix. C est de 
quarante a soixante ans ct dans 1 extreme vieillesse que les chances d erreur sont 
plus grandes. La pbysionomie, 1 attitude, la demarche, les gestcs, la voix, corres 
pondent aux divers ages de la vie ; cette expression, presque infaillible, est con- 
trolee par 1 examen detaille des signes. 

11 expression faciale resulte des yeux, des traits, dela couleur de la peau, de la 
forme du visage ; c est la qu on voit le mieux, la trace des annees. La physionomie 
se caracterise pendant la periode moyenne de la vie ; dans la vieillesse comme dans 
1 enfance, les differences individuelles sont moins grandes. 

La peau, completement organisee des la seconde moitie de la vie foetale, subit 
apres la naissance des modifications caracteristiques , qni servent a determiner 
1 age, pendant les premieres semaines de la vie. Fine, rosee, soutenue chez 1 enfant 
par un tissu graisseux depose dans les fibres les plus protondes du derme, elle 
se modifie d abord dans sa couleur. A la puberte, un pigment plus abondant se depose 
dans 1 areole mammaire, a 1 ombilic, au scrolum ; la peau se dale legerement ; au 
dela de trente ans, elle n a plus sa fraicheur ; les rides paraissent ; la peau de la 
face, du cou, des mains, presente les principales alterations. Le sillon d abord 
passager, se creuse et devient permanent. L enveloppe est trop grande pour le 
conlenu, c est la graisse placee au-dessus du fascia superfidalis qui a surtout pour 
effet de tendrela peau ; quand elle diminue, les rides commencent. La graisse plus 
profonde soutient la peau et empeche les progres du plissement, qui se prononce 
tout a coup, s il survient un amaigrissement rapide. Les rides diminuent, lorsque 
1 embonpoint reparnit, mais rien n efface celles qui resultent de 1 absence de la 
graisse superficielle, celle-ci ne se reproduisant pas. On a essaye de preciser 1 age 
d apres 1 ordre d apparition des rides ; vers trente ans, ce sont les froncements 
peri-oculaires, peu apres le plissement du front, puis le trait qui descend le long 
des joues, vers la commissure des levres, enfin les plis nombreux qui sillonnent 
l,i face et se marquent a la partie anterieure du cou. La secheresse de la peau est 
sans doute le resultat de 1 obliteration d un grand nombre de cupillaires sanguins, 
de glandes sebacees et sudoripares. La sueur est moins abondante chez les per- 
sonne> d un age avance. 

Les veinjs superficielles sont fortement dilatees, notamment celles des mains. 
L epiderme est sec, souvent epaissi, couvert d ecailles, siege d excroissances ; il se 



150 AGE (MfiDECJNE LEG ALF,). 

developpe aussi des verrues papuleuses ; des concretions pigmentaires se forment 
sur divers points ; le pigment est brun, fortement carbone. On notera encore 
comme signes d age certaiaes affections, propres a cette periode de la vie, le pru- 
rigo, le pemphy^us, 1" eczema chroaique et des ulcerations qui semblent resulter de 
1 atrophie partielle de la couche epitheliale de la peau. 

Le sijsteme pileux offre des signes, des la vie intra-uterine : un premier duvel 
qui tombe vers 1 epoque de la viabilite, un duvet analogue dans 1 enfance, a 
la puberte, 1 apparition des poils aux parties genilales, aux aisselles, au sternum, 
et, vers dix-huit ans, le developpement de la barbe, servent d indices. Les poils 
sont d abord plus fins et plus pales; ils prennent une teinte plus foncee, et leur 
diametre augmente ; les differences individuelles sont notables. L apparition de la 
barbo peut etre precoce, tardive ou nulle ; on trouve, dans le Recueil de I Academic 
des sciences (1666-1669), 1 observation d un enfant chez lequel, a cinq ans, la 
barbe commencait a venir ; a six ans, il en avail comme un homme de trente. 
Dans d autres cas, a sept ans, a trois ans, la barbe et les poils du pubis avaient 
paru. Cbez quelques hommes, la barbe ne pousse qu entre vingt et trente ans ; elle 
peut manquer; ces exceptions limitent la valeur du signe. On notera chez les 
lemmes, pour la periode de quarante a cinquante ans, la presence d un duvet plus 
epais, de poils rudes, au menton et aux levres. 

La chevelure s eclaircit entre trente et quarante ans, et la calvitie, par ses pro- 
gres, fournit un signe de 1 age. C est par le sommet de la tele, a cervice calvities, 
a temporibuscanities, que commence la chute des chevcux, beaucoup plus precoce 
chez I liomme que chez la femme. Les che.veux, avant de tomber, deviennent plus 
pules, plus fragiles; ils se dessechent, se bifurquent, se fendillent, et ces lesions 
annoncent 1 alopecie commrneimto, qui pen a peu gagne en circonference, et finit 
souvent par envahir la totalile du crane. Dans 1 aloppcie senile, les bulbes des poils 
sont affaiblis, atrophies, mais leplus souvent sans etre entierement delimits; leur 
orifice donne passage a un duvet leger qui rappelle celui du commencement de la 
vie. Ces caracteres servent a faire reconnaitre une simulation. II cst tres-rare 
d observer la chute de la barbe et celle des poils des autres regions. De nombreuses 
causes modifient la valeur de ces signes, qui doi vent etre mis en rapport avec les au 
tres caracteres de 1 age. La calvilie n accompagne pas necessairement la vieillesse; 
on a- des exemples de cenlcnaires qui ont conserve leurs cheveux et leurs denls. 

L alopecie pent etre congenitale. Les archives de Starck renferment 1 observation 
de deux adultes qui presentaient une absence congenitale de cheveux et de dents; 
les Notices de Froriep parlent aussi de deux sceurs chez lesquelles les cheveux ne 
s etaient pas developpes. M. Rayer a constate le defaut absolu de poils, quelques 
cheveux a peine, sur un homme de trente- deux ans. D autres ibis, les poils 
sont rares ; ils manquent sur une region, ou ne paraissent que tres-tard. 

Si 1 alopecie est prematuree, le medecin doit rechercher les causes qui ont hate 
1 apparition de ce signe. Les maladies locales, favus, herpes tonsurans, vilitigo, 
Dorrigo decalvans, pourronl elre reconnues a leurs traces ; il en est de meme de 
i alopecie syphilitique ; mais on distinguera plus difficilement de 1 alopecie senile 
le defluvium capillorum produit par des emotions morales, des contentions d esprit, 
par 1 epuisement de 1 organisme, a la suite d exces ou de maladies graves. Le com- 
memoratif, les signes concomitants eclaireront le diagnostic. La calvitie est tem- 
poraire ou irremediable. Les cheveux tombes a la suite de couches, de fievres 
typho ides, de maladies generales, peuvent repousser avec abondance ; mais le meme 
ebranlement, renonvele deux ou trois fois, determine la calvitie definitive. On a 



(M^DECINE LOCALE) 151 

vu des chevelures raves redevenir touffues, des calvities disparaitre; mais, evidenl- 
mcnt, elles tenaient a un elat palhologique et non au progres de 1 age; tons ces 
points de vue Irouvent leur application en medecine legale. 

La canitie est un signe important; elle peut etre congenial?,, prematuree, subite, 
temporaire ;elle debute entretrenteetquarante ans ; les tenipes g risonnent, les poils 
blancs se disseminent et se mulliplient ; la barbe blancliit par places ; la decoloration 
s etend aux autres regions ; elle est plus tardive aux aisselles. DC cinqnante a soixante 
ans, la canitie fait des progres ; devenue generate, elle est 1 attribut dn dernier age 
de la vie; il est rare cependant qu a cote des clieveux blancs, on ne Irouve pas un 
certain nombre de poils ayant garde leur coulenr premiere. Certains vieillards 
conservent une chevelure abondante, et qui continue a croitre malgre sa blancbeur, 
mais les cheveux blancs tombent peu a peu; la canitie, joinle a 1 alopecie, indique 
un age plus avance. 

La c;mitie congeniale ou albinisme se reconnait a 1 absence ou a la rarete du 
pigment tegumenlaire. On a cite d assez nombreux exemples de ces canities ori- 
ginelles qui peuvent etre generates ou partiellcs, se borner a une moitie dc la 
cbevelnre, a une seule louffe de cbeveux. La canitie pre mature e est une cliance 
d erreur, mais le plus souvent elle contra ste avec les signes de la jeunesse. On 
a vu dans 1 enfance, a I epoque de la pnberte, une parlie de la rlnvrlmc blan- 
cbir ; c est entre vingt et trente ans quo cette decoloration anlinpee est surtout 
commune. Elle semblehi reditaire dans certaines families; elle est plus irequenle 
chez les individns sees et nerveux, a cbevelure noire on brune. L alo|>ecie i si plus 
hative cbez les personnes a constitution molle et a cheveux blonds. Certains vieil 
lards conservent jusqu a un age tres-avance une cbevelure abondante, avcc sa cou- 
leur premiere. Bien des causes halent la decoloration des clieveux : les emotions, 
les maladies, les e\ces de tout genre; mais alors d autres signes viennent centre- 
dire ces apparences de vieillesse anticipee. 

La canitie subite a donne lieu a des discussions medico-legales : on s est demande 
si les cheveux pouvaient blanchir tout a coup, dans 1 espace d nne nuit, sous I in- 
fluence de la terreur ou d un violent chagrin. Les auteurs anciens citent des fails 
qui semblent concluants ; Haller, cependant, les revoque en doute; des observations 
plus recentes out ele publiees ; Fournier, dans 1 article Gas rares du Diclionnaire 
des sciences me dlcales, rapporte, d apres un temoin qu il affinne etre digue de 
foi, que chez un jeune homme de vingt-quatre ans, a la suite d exces, les cheveux 
et tous les poils de la partie droite du corps devinrent blancs en une nuit. On a 
cite des faits de canitie subite a I epoque de la Revolution francaise ; mais ces 
observations out presque toujours ete recueillies sous 1 inflnence d emotions qui 
faisaient accepter facilement le merveilleux.M. Charcot a rapporte, en 1861, dans 
la Gazette hebdomadaire, un nouvel exemple de ces promples decolorations. 

Gombien de temps faut-il pour qu une canitie complete se prodnise? II est au 
moins certain quo les cheveux peuvent blanchir presque en totalite dans un petit 
nombre de semaines. Bichat croyait le changement possible en cinq ou six jours. 
Le mode habituel de decoloration des cheveux se coticilie peu avec les cban^e- 
ments instantanes. Que Ton observe une tete grisonnante, on n y vena pas de 
cheveux pies, mais des poils noirs ou blancs jusqu a la peau; a cote se trouvent 
d autres cheveux plus pales, plus sees, destines a tomber et a etre remplaces par 
un cheveu blanc. Une chute de cheveux assez abondante precede les canities 
promptes; ce sont les cheveux noirs ou blonds qui font place aux blancs. II en 
resulte que la canitie met au moiiis a se developper le temps necessaire a la sortie 



152 \GE (M^DECINE IGAIE). 

du nouveau poll ; en adtnettant une croissance de 1 a 2 millimetres par semaine, 
un ou deux mois suffisent pour rendre la canitie evidente. Beaucoup d auleurs 
admettent que le poil blanchit aussi sans tomber; le cliangemcnt de couleur se 
montre d abord a la pointe, ou le cbeveu devient plus pale et plus cassant. L huile 
coloree se dessechant tout a coup expliquerait les cauities subites ; d autres fois on 
a observe que le cheveu blanchissait a sa base ; il pouss.iit b]auc ; le reste elait noir 
ou blond. Villerme rapporte 1 observation d une fille de treize ans qui avail des 
cheveux mi-partie blancs et mi-partie chatains. Simon a vu chez un homme de 
dix-neuf ans des cheveux dont une moitie etait blancbe, 1 autre brune; plusicurs 
cheveux oflhiient 1 alleniance d anneaux de deux couleurs (Hautkrankheiten, 
p. 585). Des maladies graves et prolongees hatent la canitie; les affections diathe- 
siques surtout influent sur la coloration des polls. Ainsi dans la cblorose, dans 
la cachexie hydrophthalmique, on a vu jaunir et palir la teinte des cheveux, des 
sourcils et des cils. A la suite des maladies du cuir chevelu, du favus, entreautres, 
les chevaux poussent minces et decolores. Ces modifications ne peuvent guere etre 
prises pour des signes d age. 

Devons-nous placer parmi les chances d erreur les observations dans lesquelles 
les cheveux et la barbe auraient subitement blanchi apres la mort? Cullerier rap 
porte des faits de ce genre empruntes aux Ephemerides des curieux de la nature. 
Bartholin raconte que le cadavre d un homme dont les cheveux et la barbe etaient 
courts et noirs, les offrit longs et iauries apres quelque temps. La croissance des 
poils apres la mort est hors de doute ; mais si le changement de couleur n est point 
demontre, rien n autorise a le considerer comme impossible. 

Des cheveux blonds peuvent-ils devenir noirs et inversement? Des changements 
de ce genre auraient ele observes d apres Alibert, chez une jeune femme, a la 
suite de couches, des cheveux blonds devinrent noirs; et chez un homme, sortant 
de maladie, des cheveux bruns prirent une teinte d un roux vif. Divers etats 
pathologiques produisent des variations notables d aspect et de couleur; ainsi, 
dans la syphilis, les cheveux perdent leur lustre. Due autre question a examiner 
en medecine legale est celle du rajeunissement de la chevelure ; on affirme que chez 
des personnes d un grand age des cheveux blancs peuvent redevenirs noirs ou 
blonds. Fournier a reuni, d apres Sinclair, quelques exemples de ces changements 
observes chez des hommes de quatre-vingt a cent-dix ans. Des faits de ce genre, 
pour ctre admis dans la science, auraient besoin de temoignages authentiques. 

Si les doutes a cet egard sont plus que legitimes, il est au nftins reconnu qu a 
divers ages de la vie, surtout chez les personnes jeunes, certaines maladies ont 
introduit dans la coulcur de la chevelure des modifications notables mais passa- 
geres. Ainsi les cheveux qui ont pali dans la chlorose reprennent, apres la guerison, 
leur teinte naturelle. Le fer et les preparations sulfureuses contribuent peut-etre a 
retablir leur coloration. Dans une observation de M. Richelot, chez une jeune fille 
chlorotique, les cheveux blanchirent jusqu a la hauteur de deux pouces, le reste 
conservant sa couleur ; la chlorose guerie par le fer, les cheveux repousserent de 
nouveau avec la teinte brune, de telle sorte que le haut et la partie inferieure des 
cheveux etaient bruns, tandis que le milieu presentait un segment de couleur 
blanche. Chez les enfants gueris de la teigne par 1 arrachement partiel, on voit sou- 
vent les premiers cheveux etre d un blanc pale, presque blancs; arraches ou 
tombant de nouveau, ils sont remplacespar des poils qui reprennent leur couleur 
primitive. C est sans doute dans des cas analogues qu a disparu la canitie. 

On a encore cherche un signe d age dans les moditications qu eprouve la com- 



AGE (MDECINE LGAI.E). ^" 

position chimique despoils; malgre IPS travaux deMM, Bnudrimont ) Bihra, Laer, 
on n est pas arrive a des resultats bien positifs; qurlques differences existent dans 
la proportion du for et dans celle du soufre, de 1 eau et do la graisse, plutot d a- 
pres la couleur des cheveux que d apres I age ; ces principes seraient peut-etre en 
proportion un pen moindre dans les cheveux gris. 

On ne negligera pas d examiner les ongles, qui, avec les progres de I age, 
deviennent plus sees, plus friables, perdent leur eclat, se couvrent de laches 
brunes, se retourbent et s atrophient par places. 

La tctille et le poids fournissent des caracteres d une grande valeur, surtout aux 
epoques de developpement. 

Pendant la vie intra-uterine, 1 accroissement est le signe le plus sur. D une frac 
tion de millimetre et de milligramme, le produit de la conception s eleve jusqu a 
49 centimetres et 5200 grammes. Le progres est continu,avec des poussees perio- 
diques, ainsi caracterisees par Sommering : marche plus rapide jnsqu au deuxieme 
mois, ralentissement jusqu autroisieme, acceleration jusqu auquatrieme, croissance 
moins prompte, nouvelle acceleration de quatre mois et demi a six on sept ; au dela, 
progression plus lente, jusqu a lamaturite. La marche est assez regnliere pour per- 
mettre d indiquer des moyennes par mois : 2, 4, 8, 16, 22, 28, 54, 40, 48 a 49 cen 
timetres pour la taille ; 4, 20, 50, 100, 250, 500, 1 500, 2000, 3200 grammes pour 
le poids, avec une difference en moins chez les filles. Dans le diametre biparietal, 
on trouve en centimetres une indication assez exacte du noinhre des mois, 7, 8 
et 9 centimetres pour les septiemc, huifieme et neuvieme mois. Chaque organo, 
par son poids et ses dimensions, donne un indice auquel s ajoutent les signes tires 
de la structure, et dont 1 cxpose se trouvera aux articles qui concernent le prodnit 
do la conception. 

Le moment de la naissance sera le point de depart de nos recherches ; 48 a- 49 cen 
timetres, 5000 a 5200 grammes, paraissent etre, suivant le sexe, les- dimensions 
moyennes, dans nos pays ; les differences individuelles sout notables. Le minimum, 
i neuf mois, estdescendu jusqu a 1500 grammes eta 40 centimetres, limite indecise, 
i cause de la difficult^ d etablir laduree reelle de la gestation. Le maximum est plus 
surement apprecie. Des recherches faites a la Maternite de Paris, sur plusieurs milliers 
d accouchements, prouvent qu un enfant nea terme et bien constiue pese ordinaire- 
ment 6 livres un quart (5125 grammes) ; on n a vu, dans cet hopital, qu un tres-petit 
nombre d enfants de 10" livres et demie(5250 gram.), d autres du poids settlement 
de 5 livres et de 2 livres et quelques onces (Marc) . Les limites extremes seraient, d a- 
pres Chaussier, 1500 grammes a 4400, et meme 6800. Sur 4000 enfants nes a 
la Maternite de Paris, madame Lachapelle n en a pas rencontre un seul qui pesat 12 
livres. Beaudelocque, qni dit avoir recuun enfant del 5 livres, regarde comme incroya- 
ble qu on en ait observe de plusvolumineux. (Velpeau) . Mauricf au indiquell a!2 
livres ; Stein parle d enfants de 1 2 livres ; Melitsch , de 1 2 a 1 5 ; Sander, de 1 5; Voig- 
tel, d apres Hagen, aurait vu un nouveau-ne de 1 6 livres , maximum sur lequel il est 
bien permisd elever quelques doutes. Pour les longueurs, les differences, quoique no 
tables, sont moins tranchees. Chaussier indique Li moyennede 18 pouces (O m ,487), 
avec un minimum del 4 a 15 (O m ,578 aO m ,406), etun maximum qui pourrait aller 
jusqu a 27 pouces (O m ,75), comme Millot dit en avoir observe uncas; Romer indique 
20 a 23 pouces (54 centimetres a 62). C est dans les naissances tardives que Ton 
rencontre ces dimensions extremes, causes de dystocie, et qui, en medecine legalf, 
sont surtout a considerer au point de vue des suites et de la duree de 1 accouche- 
ment. Dans le dixieme mois, 1 enfant continuant a croitre, augmente a eu pres 



154 AGE (ME DECINE LEGALE). 

dans la meme proportion que du buitieme au neuvieme; il peut done acquerir en 
plus 8ou9 centimetres et 1000 a 1200 grammes, et presenter ainsi ces dimen 
sions anormales de 56 a 57 centimetres, de 4 a 5 kilogrammes, mentioir.iees dans 
diverses observations de grossesses prolongees. 

On doit tenir compte, pour 1 appreciation des dimensions, de la race, du sexe, 
de 1 heredile, des conditions hygieniques; il importe de multiplier les faits a cet 
egard: a la Maternite de Strasbourg, d apres les observations de M. Stoltz, les 
dimensions maximum ont etc, pour deux fetus masculins, 58 centimetres et 
4436 grammes, 59 centimetres et 4625 grammes; ce dernier cas dans une gros- 
sesse prolongee de vingt jours. Les maxima pour le sexe feminin ont ete 55 cen 
timetres et 4240 grammes. Les moyennes se trouvenl entre 46 et 49 centimetres, 
5000 et 5500 grammes; elles sont plus J aibles pour les lilies. 

L accroissement de la taille, apres la naissance, se fait d une maniere assez regu- 
liere ; 1 enfant grandit de 0,20 environ pendant la premiere annee, de O m , 1 pendant 
la seconde, de O m ,06 a O m ,07 de deux a cinq ans, de O m ,05 a O m ,06 de cinq a 
quinze ans; 1 augmentation est de O m ,03 a O m ,04 de quinze a vingt ans ; d un demi- 
centimetredevingta vingt-cinq ans etdequelques millimetres devingt-cinq a trcnte. 
La soudure des epiphyses marque le terme de 1 accroissement. La taille de la nais 
sance est doublee a cinq ans, pour les garcons, un peu avant pour les filles ; a deux 
ans et demi la moitie de la tailie definitive est acquise aux garcons, ellel est plus tot 
aux lilies. La puberte accelere 1 accroissement; trop precoce, elle y met un ternie. 
Quelle que soient les variations individuelles, 1 etude d un certain nombrc de types 
et la connaissance des moyennes ont, en medecine legale, une importance incon 
testable. Yoici 1 accroissement indique par Bufibn pour un homme de haute stature : 

Cenlim. Centim. 

Ala naissance. . 51 Huit ans et demi 135 

Six mois . 65 Neuf ans 135 

Un an 73 Neuf ans sept mois 159 

Dix-hui t mois 81 Dix ans 141 

Deux ans 89 Onze ans et demi 148 

Deux ans et demi 92 Douze ans 149 

Trois ans 98 Douze ans huit mois 151 

Trois ans et demi 100 Treize ans 154 

Quatre ans ; . 105 Treize ans et demi 158 

Quatre ans sept mois 109 Qnalorze ans 163 

Cinq ans Ill Quatorze ans et demi 168 

Cinq ans sept mois 114 Quinze ans 175 

Six ans 117 Quinze ans et demi 176 

Six ans six mois 122 Seize ans 181 

Sept ans 123 Seize ans et demi 183 

Sept ans et demi 128 Dix-sept ans 184 

Huit ans 130 Dix-sept ans sept mois. . , 186 

Nous avons recueilli les mesnres suivantes pour un jeune garc,on : un an et 
demi, 79 centimetres; deux ans, 87; deux ans et demi, 91 ; trois ans, 96; trois 
ans et demi, 99; quatre ans, 105; quatre ans et demi, 105 ; cinq ans 110 ; cinq 
ans et demi, 115; six ans, 116; six ans et demi, 119 ; sept ans, 121 . L infmence 
des saisons sur 1 accroissement est notable dans les premieres annees de la vie. 
BulTon remarque que de cinq a dix ans la somme des accroissements a etede 7 pouces 
une ligne (19 centimetres) en ete, et de 4 pouces une ligne et demie (11 centi 
metres) en hiver. Dans le fait que nous rapportons, la somme des accroissements 
d un an et demi a six et demi s est elevee a 22 centimetres pour les semestres 
d ete et a 15 pour ceux d biver. 

Les moyennes generates fournissent d utiles renseignements. Les tableaux du 



AGE (MEDECIWE LEGALE).. 

recrutement indiqucnt, pour toutc la France, la moyenne de la taille ties jeunes 
gens ages de vingt ans revolus et aptes au service militaire ; cette inoyenne a etc, 
en 1857 et 1858, dc l n ,65Vt6 et de l m , 652,84 avec un minimum de l m ,631 
pour la Sarthe et un maximum de l m ,676 pour 1 Yonne. Dans le Bas-Rhin, pour 
dix annees, de 1848 a 18a7, la moyenne a ete de l m ,665, avec un ecatttle 
l ro ,644 a l m ,670, suivant les cantons; le maximum, dans deux cas, a ete compris 
entre l m ,896 et l m ,922. Dans les appels batifs du premier Empire, la taille eta it 
descendue a l m ,615 et au-dessous. La taille inoyenne de la vingtieme anuee ne 
represente pas celle de 1 adulte arrive a son entier developpement. Tenon, sur un 
petit nombre de fails, avail fixe celte moyenne a l m , 665 pour les liommes et 
l m , 506 pour les femmes, avec les maximum de l m ,854 et l m ,671 . M. Lelul indi.pu , 
l m ,657; determinant la taille aux: difierents ages, sur un certain nombre de dete 
nus des prisons de Paris, il trouve, de seize a dix-sept ans, l m ,567 ; a \ingt ans, 
1" ,647; a vingt-ciuq ans, l m ,647; de trente a cinquante ans, l m ,657; de cin- 
quaute ans et au-dessus, l m ,655. Pour des detenus des depavtements meridionaux, 
de trente a cinquante ans, la moyenne etait l m ,650. Dans le departement de la 
Haute-Saone, les moyennes etaient, a vingt ans, l m , 558; de vingt a viiigt-ciuq, 
i",679; de vingt a trente, l m ,697; de ciuquante a soixante, l m ,651. A 1 epoque 
de la maturite, la taille atteint environ trois fois et demie la longueur au moment 
de lanaissance. Les tableaux de Ouetelet et de Zeisiug doivent etre consultes par 
le medecin; voici les resultats obtenus pour les principales periodes : 





QUETELET. 


ZEISING. 




TAILLE 


POIDS 


- 


AGES. 


^ -"""- 

H051JIES 


FI .MMKS 


HOMMES. 


FEH51ES. 


TA1UE. 




m. 


m. 


Eil. 


Kir. 







0,500 


0,490 


5,20 


2,91 


0,485 


1 


0,098 


0,690 


9,45 


8,79 


0.757 


2 


0,791 


0,781 


11,54 


10,67 


0,863 


5 


0,988 


0,974 


15,77 


14,56 


1,084 


7 


1,105 


1,086 


19,10 


17,54 


1,214 


10 


1,275 


1,248 


24,52 


25,52 


1,305 


12 


1,585 


1,299 


29,82 


29,82 


1,360 


15 


1,546 


1,499 


45,62 


40,57 


1,540 


18 


1,658 


1,564 


57,85 


51,05 


1,672 


20 


1,674 


1,572 


60,00 


52,28 


1,715 


25 


1,680 


1,577 


62,95 


55,28 


1,731 


50 


1,684 


1,579 


65,65 


54,55 





40 


1,684 


1,579 


65,67 


55,25 





50 


1,674 


1,556 


65,46 


56,16 





CO 


1,659 


1,516 


61,94 


54,30 





70 


1,625 


1,514 


59,52 


51,51 





80 


1,615 


1,506 


57,85 


49,37 





90 


1,615 


1,504 


57,85 


49,54 






D autres signes sont encore deduits de 1 accroissement de certains organes et des 
rapports qui existent entre differentes parties du corps. L augmentation de la tete 
fournit un des caracteres les plus utiles, pendant les premieres annees de la vie. 
A la naissance, sa circonference est, en moyenne, de 34 a 35 centimetres; elle 
s accroit d environ 15 centimetres, jusqu a vingt-deux mois ou deux ans, epoque 



156 AGE (MEDECINE LEGALE). 

de 1 occlusion de la granrle fontanelle; pendant le reste de la vie, elle ne gagne 
plus quo 6 a 7 centimetres. De la naissance a un mois, 1 accroissement est de 
2 centimetres et demi ; le meme progres se constate a la fin du troisieme mois, du 
sixieme, du dixieme, du quinzieme, du vingt et unieme; de vingt et un a viugt 
huit mois, la tete ne gagne plusqu un centimetre; de vingt-huit mois a trois ans 
c est a peine 1 2 ou 3 millimetres, puis Vaccroissement continue d une maniere 
insensible jusqu a un age marque sans doute pw la soudure absolne des os du 
crane. Le developpement du thorax presente un signe correspondant. La circonfe- 
rence de la poitrine, qui est, en moyenne, de 54 centimetres an moment de la 
naissance, s est accrue de 64 centimetres an termedu developpement. Jusqu a I age 
de quatre ans elle reste a peu pres egale a la circonference de la tete, mais bientot 
la difference se prononce, elle devient considerable a 1 epoque de la puberte. La 
croissance achevee chez un individu robuste, la circonference du thorax 1 emporte 
au moins de 42 centimetres sur cellc de la tete. M. Lihurzik, qui a appele 1 atten- 

tion sur ces fails, les resume dansun tableau dont voici 1 extrait : 



DIMENSIONS COMPAREES DE LA TETE ET DU THORAX 



AGES. 


CIRCUMFERENCE MOYENNE 


DE LA 


TETE 

- ^- 

FLMELLE 


DU THORAX 


MALE 


MALE 


FEMEI.LE 


Vingt - quatre lieures . . 


35 

44 
46 
47 
49 
50 
52 
55 
54 


54 
41 
45 
47 
48 
48 
51 
52 
55 


35 
42 
46 
46 
48 
49 
55 
62 
68 


32 

58 
45 
44 
46 
47 
55 
60 
65 


Six mois 


Uu an 


Dix-huit mois 


Deux ans 


Trois ans 


Sept ans ... 


Dou7e ans 


Quinze ans 





Dans les cinq premieres semaines, les diametres de la tete aiigmentent d un 
demi a 1 centimetre. La longueur de la tete est comme 1 a 4 au moment de 
la naissance, comme 1 a 6 a cinq ans. La situation de I ombilic, les raj ports entre 
le tronc et les extremites ont etc Tobjet de quelques mesureset sont des faits utiles 
a noter; c est sur le tronc que la decroissance porte, surtoat dans I age avance. 
Cuvier indique pour le rachis, cou, 0,1 1 ; dos, 0,50; lombes, 0,16 ; sacrum, 0,14; 
coccyx, 03. Sue a note les rapports suivants, pour la premiere periode de la vie ; 







EXTREMITES 


AINNEEs. 


1RUNC. 


SUPKB1EURES. 


IKFEIUEURES. 


1 an 


56 


24 


24 


3 


51 


38 


38 


10 


65 


51 


55 


14 


75 


66 


73 


20 a 25 


86 


81 


86 



AGE (MEDECINE LEGALE). 157 

Cams, prenant pour unite de mesure le tiers de la colonne vertebrale, qui repre- 
sente la longueur du crane, a cherche a determiner les dimensions relatives des 
diflerents organes; elles doivent etre toutes un multiple on une fraction dc ce type, 
egal a 6 centimetres chez le nouveau-ne et a 18 chez 1 adulte. Le module ou type 
est subdivise en vingt-quatre parties ou minutes. 





NOUVEAU-NE. 


5 ANS. 


6 ANS. 


13 ANS. 


ADll.TK. 





ModuleGcont. 


10 centim. 


13 ccnlim. 


16 centim. 


18 centim. 




modules. 










Taille 


8 


8,12 


9 


9,12 


9,12 


Longueur du crane. . . . 


2 


1,10 


1,8 


1,5 


1 


Circonlerence. . . 


5,12 


5,22 


3,12 


3,0 


5 


Longueur du rachis. . 


5 


3 


3 


) 

3 


3 


des bras .... 


2,12 


2,16 


2,18 


3,2 


5 


de la main 


21) 


20 


22 


1 


i 


du femur. 


1,12 


1,18 


2,1 


2,13 


2,12 


du tibia. . 


1,0 


1,18 


1,23 


2,2 


o 


du pied. . . . 


1 


1,4 


1,8 


1,13 


1,12 



Lc rachis, d apres ccs mesurcs, aurait 18 centimetres a la naissance, 50 a troij 
ans, 59 a six ans, 48 a quiiize, 54 a 1 age adulte. Le type, chez la femme, si Tail 
un pen plus faible, O m ,178, et dans les deux sexes il diminuerait avir I ,i^r. Les 
proportions sont d ailleurs influencees par la race, par les attitudes habituelles et 
par le genre de vie. 

Le maximum de la taille uue fois atteint, la decroissance, ne tarde pas a se 
montrer. De qiiaraiHe a ciiu[uante ans, I homme a deja perdu 1 centimetre et la 
I enmie un pen moins La diminution lotale est de 7 a 8 centimetres ; a 1 age de 
quatre-vingts aus, elle est produite par les courbures et la deformation du systeme 
osseux, par 1 usure des cartilages et notamment par 1 affaissement des vertebra 
el du col du femur. Tenon siguale un raccourcisscment de 24 centimetres. Ribes 
el Malgaigne ont cite des depressions considerables. 

On doit tcnir compte, dans les mesurcs, de I aifaissement produit par les fatigues 
ou par une station grolongec. Du matin au soir la taille peut varier de 1 a 4 cen 
timetres. Dans 1 exemple cite par Buffon, la diminution a etc de 4 centimetres et 
demi; une elongation veritable se manifesto chez les enfants, par suite du sejour 
au lit. 

Les variations du poids competent les signes fournis par la taille. Suivant la 
remarque de Chaussier, le poids de 1 enfant diminue un pen immediatement apres 
la naissance et ne commence a croitre d une maniere sensible qu apies la premiere 
semaine. Quelelet a constate que le maximum de la perte s observait le troisieme 
jour. Breslau a note une diminution d un quinzieine au milieu de la seconcle 
semaine. Mais cette perte est bientot compensee, et dans les six premiers scpte- 
naires, 1 enfant gagiie 5 a 600 grammes. Le poids se tiiple pendant la premiere 
annee; il se quintuple de la naissance a sept ans; il se double de sept a quinze, a 
la maturite il est egal a vingt fois celui de la naissance L accroissement est de 
6 kilogrammes pendant la premiere annee, de 1 a 2 kilogrammes par annee, 
de un an a dix; de 2 a 4, de onze a quatorze; de 5 a 6, de quinze a vingt ans. 
La puberte determine une prompte augmentation ; a douze ans, le poids, chez 
les deux sexes, est presque egal. L homme arrive au maximum de son poids 
vers quarante ans, la femme vers cinquante. La diminution devient sensible 2 



158 AGE (MEDECINE LEGAIE). 

soixante ans; par les progres de 1 age, elle atteint 6 a 7 kilogrammes et plus. Les 
variations individuelles sont ici plus considerables que pour k taille et des chan- 
gements notables se produisent sous diverses influences. Chez des enfants, pesant 
de 6,800 a 13 kilogrammes, nous avons constate, pendant la periode d eruption 
de la rougeole, des diminutions de poids de 300 a 800 grammes, s operant 
en trois et quatre jours. On sail les rapides abaissements de poids que produisent 
I abstinence et les maladies. 

La connaissance des moyennes etcelle des loisde 1 accroissement aidentpuissam- 
ment a caracteriser 1 age; mais, en medecine legale, nous devons tenir compte des 
maximaet des minima, ainsi que des faits except ionnels. Chez certains hommes, 
la croissance est arretee plus tot, sans etat morbide precis qui explique cette 
ini raction aux lois de la nature. L histoire desnains presente 1 exemple d individus 
dont la taille restebien au-dessous du type normal, a 2 pieds 9 pouces (O m ,89), 
a 3 pieds 9 pouces (l m , 22) dont la taille, a quinze ans, peut n etre que de 18 pouces 
a 2 pieds 7 pouces (O m ,49 a O m ,83) qui meurent jeunes, dans un etat de vieillesse 
prematuree ou qui parfois arrivent a un grand age. La marcbe de 1 ossification 
fournit ici k preuve de 1 age ; malgre les foibles dimensions du squelelte, les os 
peuvent parvenir a un etat complet d organisation ; on a meme vu s effacer les 
sutures frontale et parietale. L accroissement precoce de la taille est encore une 
cause d erreur. On a reuni de nombreux exemples de ces dcveloppements prema 
tures. Voici les plus remarquables : a trois ans et un mois, 59 livres et l m ,05 
(Duplcssis) ; a trois ans et demi, 57 livres et l ro ,24 (Dupuylren) ; a cinq ans, 
l m ,58 (Histoire de I Academie des sciences) ; a cinq ans et trois mois, chez une 
fille, l m ,23 (Journal de Corvkirt) ; a dix ans, ll m ,44 (Fournier). L accroissement 
precoce de la taille est plus commun cbez les hommes que chez les femmes. 

Les dimensions excessives auxquelles l honime peut parvenir doi\ en t etre notees; 
la race a une influence evidente sur la taille, qui n est pas moius modifiee par les 
conditions hygieniques. Le medecin legiste dressera ses moyennes suivant les pays, 
mais les variations extremes, indiquees par les physiologistes, semblent etre ren- 
fermees dans des limites assez etroites, entre l ",40 et 2 metres environ, L ouver- 
ture des tombes anciennes constate 1 identite de la taille, pour 1 epoque actuelle 
et les temps historiques. Les dimensions extremes sont le resultat de dispositions 
individuelles, le plus souveiit inexpliquees et restant a 1 etat de rares exceptions. 
Les hommes de 6 pieds (l m ,950) sont peu nombreux; 2 metres forment une limite 
qui n est guere depassee. L existence de geants de 8 pieds et de 8 pieds et demi 
(2 m ,60 a 2 m ,80) parait constatee, dit Geoffrey Saint-Hilaire , par I observation 
d hommes dignes de foi. Lccut indique 7 et 8 pieds, Diemerbroeck, 8 pieds etdemi; 
9 pieds (3 m ), enfin, d apres d aulres temoignages, formeraient la limite extreme 
que la taille de 1 homme peut utteindre. On a constate le developpement extraor 
dinaire de certaines regions du corps, de la tete entre autres, fait qui s explique 
le plus souvent par un etat pathologique. Les poids extraordinaires sont plus 
frequents. Les moyennes de chaque age peuvent etre doublees ou triplees. On 
a vu un enfant de quatre ans peser 104 livres. Bulfon cite les poids de 380 
livres, 490, 583, 609, 649 livres, poids anglais; les observations d obesite 
precoce ou soutenue, a 1 age de retour, presentent des exemples de ces poids rnon- 
strueuxj 

La forme clu corps varie comme la taille et le poids ; les dimensions relatives 
des organes, la proportion et la disposition de la graisse, les modificati6ns des os 
impriment a 1 exterieur du corps une apparence qui caracterise les ages. Deux 



AGE (MEDECINE LECALE). 

formes de constitution se raontrent a un age avance ; Tune molle, ou 1 embon- 
point persiste; 1 autre seche, accompagnee d une maigreur excessive qiu indique 
la vieillesseparvenue a ses dernieres liraites. 

Le systems dentaire fournit des signes tres-nets pendant la periode de dcvelop- 
pement ; an dela il offre encore des indications utiles. Lc cloisonnement des alveoles, 
la formation et 1 ossification des follicules, caracterisentla vie fotale ; a la naissance, 
toutes les dents de lait et les quatre premieres grosses molaires de remplacement out 
leurs points d ossification ; pnis on constate 1 ossification successive des dents perma- 
nentes. L eruption des dents, malgre les differences individuelles, est vine mesuie 
exacte des diverses phases de 1 enfance. Du septieme au trentieme mois, les dents 
apparaissent par groupes : les incisives medianes inferieures, puis les supenevuvs 
de sept a neuf mois ; les super ieures laterales, puis les inferieures, de neuf a douze ; 
les petites molaires, puis les canines, de douze a dix-huit ; les secondes molaires 
apres deux ans. Bien des exceplions troublent 1 ordre et les epoques d ernption ; 
ainsi les molaires anterieures peuvent preceder les incisives laterales inferieures, 
les canines venir avant les petites molaires. Le meclecin appreciera les etats patho- 
lo.iques qui .retardent ou accelerent la dentition et modifient la valour du signe. 
Los dentitions precoccs sont une cause d erreur, lorsque cctte anomalie n est 
accompagnec d aucun trouble morbide; on a vu des enfants venir au mondc avec 
plusieurs dents visibles aux machoires (Meckel) ; ce phenomene, deja constate par 
Pline et mentionne pour quelques personnages celebres, semblerait indiquer une 
vigueur peu commune ; le plus souvent, au contraire, les dentitions natives, a 
deux ou trois mois, s observent chez cles enfants affaiblis et sont accompagnees 
d accidents graves. Le retard de la dentition, suite ordinaire du rachitisme, peut 
aussi constituer une simple anomalie; on a constate 1 absence absolue de dents, 
d autres fois, plusieurs dents faisaient defaut. 

La scconde dentition fournit un signe par 1 apparition, cntre quatre et cinq ans, 
des premieres grosses molaires. De sept a neuf ans, les incisives se remplacent ; de 
neuf a dix ans, les premieres petites molaires ct les canines; vers onze ans, les 
secondes petites molaires; de onze a douze sortent les secondes grosses molaires per- 
nianentes. Les troisiemes grosses molaires ou dents de sagesse forment un caractere 
plustardif; elles n apparaissent guere qu aprcs la pubertr, de dix-huit a vingt-cinq 
ans, ou plus tard. lei diverses anomalies seront prises en consideration : le retard 
dela seconde dentition, la persistence de plusieurs dents de lait, au dela duterme 
ordinaire, sans que les denls permanentes se developpent. 

La dentition terminee, 1 age s apprecie par 1 usure de ces organes. La destruction 
de 1 email, la couleur quis altere, 1 apparition de taches jauneset noiratres, 1 atro- 
phie du bulbe, 1 ebranlement et la chute des dents, le retrecissement et 1 effacement 
des alveoles, constituent la serie des signes. Les dents dechaussees paraissent plus 
longues el laissent voir le cement. Les incisives et surtout les canines inferieures sont 
celles qui persistent le plus longtemps. D apres Lassaigne et Bibra, dans 1 age avance 
la composition chimique des dents se rapprocherait de celle qu elles presentent dans 
1 enfance; les matieres organiques iraient en augvnentant; sur im adulte, on a 
trouve29 pour 100 de matieres organiques, et 71 d inorganiques; les proportions 
ont ete 35 et 65 chez un enfant, 33 et 67 chez un vieillard de quatre ingt-un 
ans. Les alterations pathologiques , trop modifiees par les conditions indivi 
duelles, ne sont qu un faible indice ; il faut tenir compte cependant de 1 ordre 
dans lequel les dents sont affectees par la carie. On a vu par exception des hommes 
parvenir a un age tres-avarice, sans perdre aucune de leurs dents. Iluseland cite 



AGE (HE DEC IKE LEG ALE). 

1 exemplc d un vieillard qui niourut a cent onze ans et qui avail conserve jusqu ? 
cet age ses dents et ses cheveux. 

Les modifications des maxillaires sont caracteristiques ; Tangle des brandies avec 
le corps, trcs-ouvert avant la dentilion, droit apres, redevienl obtus lorsque 1 age a 
amcui l;i chute des dents. Le corps du nmillaire s allongo par la seconde denti 
tion. Le refcord ahnilaire, d abord epais, s amincit et s eflace. Un changement gra- 
duel s opere dansles rapports des trous sous-orbitaires et nientonniers. L expression 
facialc qui resnlte de lous ces changements est caracteristique. 

Le jeu des organes fonrnit des signes qui n echappent pas a 1 observateur attentif. 

Le developpement de \ intelligence est un indiee utile, dans le cas assez frequent 
oil le niedecin est appele a determiner 1 age d un enfant delaisse. Les .premieres 
larmes et le rire a six semaines ; la parole, mot isole, en meme temps que la 
marcbe, a onze mois; le mot associe, dans le cours de la seconde annee; la serie 
des pbrases, dans la troisieme; ne sont-ce pas la des echelons qui correspondent a 
des dales assez variables sans cloute, mais dont la succession est generalement regu- 
liere? Les perceptions deviennenf, plus nettes, 1 attention commence, la memoirese 
forme ; de cinq a sept ans, 1 enfant peut savoir lire, indiee as^ez precis d un nouveau 
progres ; ce developpement est surtout utile a apprecier dans les questions de dis- 
cernement. Le deploiement successif des facultes de Tame caracterise les different 
epoques de la vie ; mais ce signe peut paraitre subtil ; il est d ailleurs modifie par 
trop d influences ; mais si le type est souvent altere et defigurc, dans le milieu 
surtout oil la nii decine legale opere, il n en est pas moins vrai que 1 etude appro- 
fondie du caractere, des gouts, des facultes d un homme fournit sur son age des 
renseignements prccieuv. Pendant la periode moyenne de la vie, ces signes out 
moms de valeur ; au declin de 1 age, ils deviennent plus positifs. 

Les modifications presentees par les organes des sens sont plus evidentes. Licit, 
des la vie intra-uterine, olfre des signes caracteristiques : le globe decouvert jusqu a u 
quatrieme mois, les paupieres fermees jusqu au septieme. L ouverturcdespaupieres 
coincide avec 1 epoque de la viabilite ; il importe de distinguer cctte separation 
naturelle de celle qui aurait ete faite accidentellcment ou volontairement dans le 
but d induire en erreur; un caractere anatomique fournit ici up renseignement 
ulile ; la peau se continue d une panpiere a 1 antre, au-devant de 1 oeil, au moment 
ou la division se prepare, les cellules epidermiques cbangent de forme, elless al- 
longent, s atrophient sur la ligne de separation, gardant au dela leur structure nor- 
UKile; nousavons nettement constate avec M. Morel cette deformation prealable des 
cellules qui annonce la separation naturelle des deux paupieres. On rechercbera 
les changements qu entraine la succession des ages dans la forme, la transpa 
rence du globe de 1 ceil, la myopie et la presbytie, le pouvoir d accommodation, 
la couleur de 1 iris, le pigment de la choroide, la tacbe jaune de la retine. Le 
glaucome est frequent a 1 age critique. Les taches grisatres du fond de l o?il, la 
teinte jaunatre du cristallin, infiltre de graisse, indiquent un age avance. Nous 
avons vucependant, au-dela de quatre-vingts ans, 1 oeil conserver toute sa limpidite. 

L arc ou cercle senile est un signe tres-frequent et tres-net qui merits d etre 
examine avec soin. Vers la soixantieme annee, la cornee transparente devient souvent 
trouble et blanchatre, sur divers points de sa circonference, notamment en haut, a 
1 union de son bord externe avec la sclerotique. Cette teinte blancbatre se montre 
sous forme d un trait qui peu a peu s elargit, s etend d une maniere circulaire ct 
finit par former un cercle complet, encadrant to;;te la cornee transparente. Ce 
cercle occupe un cinquieme environ, un quart, un tiers au plus de la cornee ; on ne 



AGE (jlhUEClWE LEGALli). 

1 a pas vu s elever jusqu a son centre, ni etre assez large pour mettre obstacle au pas 
sage dela lumierc. Ce cercle senile, qm est du a rinfiltration graisseuse des cellules 
plasmatiques de la cornee, cst un caractere important, a la dcrniere periode de la 
vie. Nous avons essaye, par quelques recherches statistiqnes faites avcc notre col- 
legue, M. Stober, de determiner la frequence, 1 epoque et 1 ordrc du developpe- 
ment de ce signe. Sur 158 pensionnaires de 1 hopital civil de Strasbourg, nous 
avons constate les resultats suivants : 



CERCLE SKNILE 





SEXE MASCULIN 


SEXE FEM1NIN. 


AGES . 




PARTIEL. 




I>HOPOR- 




PAHT1EL. 




PROPOTI- 






ntosonci. 


niBLE. 




Sl)B 100. 




PKOJOHCS. 


niBLE. 




SUR 100 


00 a 64 ans. 








2 


7 


22 








)) 


2 





05 a 09 


i. 


1 


7 


5 


64 








2 


5 


28 


70 a 74 


7 


3 


6 


10 


61 


2 


3 


8 


4 


70 


75 a 79 


11 


7 


8 


5 


85 


5 


6 


6 


4 


80 


80 a 84 


5 


2 


2 


1 


90 


6 


7 


5 


4 


80 


85 a 00 














D 


3 


2 








100 


TOTAL. . 


24 


15 


23 


28 


08 


10 


18 


19 


17 


70 



Sur 9 personnesde 42 a 59 ans, nous n avons pas rencontre le cercle senile; sur 
88 homines au-dessus de soixante ans, 60 offraient cetarc plus ou moins prononcct 
les 2 hommes les moins ages avaient 60 et 61 ans. Sur 80 femmes, 65 presentaien; 
le cercle senile ; les moins agees avaient 66 et 67 ans. 11 semble que cette altera 
tion soit plus precoce chez Ihomme; avant 70 ans, les cas ont ele plus nombreux 
dans le sexe masculin; au-dessus, les proportions s egalisent. L influence de 1 uge 
cst manilesle ; avcc les annees, le nombre des cas s accelere rapidemcnt. De 65 
;i 70 ans, 1 arc senile est deja commun ; il existe le plus souvent de 70 a 75 ans; 
au dela son absence est une rare exception. On peut done considerer ce signe comme 
taracterisnnt la seconde pai tie de In vieillesse. Le cercle est plus ou moins pro- 
nonce; des 65 ans, nous 1 avons vu complet, mais c est le plus souvent au dela 
de 70 qu il encadre la totalite de la cornee. Le cercle partiel cst surtout prononce 
a la partie superieure de Tosil ; son etendue varie et augmente avec 1 age. Chez 
deux bommes de 80 a 85 ans, chez trois femmes de 85, 1 infiltration graisseuse 
etait commencante ; nous 1 avons vue manquer totalement chez un homme 
de 81 ans. 

Nous avons recherche s il existait quelque rapport enlre la frequence du cercle 
et la couleur des yeux. Pour les femmes, les proportions sont identiques; chez les 
bommes, les differences ne sont pas notables. 

La durete de 1 ouie, plus taidive mais plus complete chez les femmes, 1 analgesie 
partielle, les modilications de la voix, en rapport avec les dimensions et 1 ossifica 
tion du larynx, la duree du sommeil, la diminulion de ibrce et de precision des 
mouvements trouveront leur place dans 1 ensemble des signes. 

L evolulion des organes genitaux marque des periodes distinctes. La premiere 
partie de la vie est caracterisee par le peu de developpement de ces organes et par 
1 inactivite de la fonctiou. Plus tard, 1 instinct genital s eveille, la puberte s an- 
nonce par des signes generaux et locaux. Comme indices d age, nous avons a 
determiner 1 epoque de son apparition et la succession des phenomenes qui iu 

mcT. ESC. II. 11 



AGE (MEDECINE LEGAI.E). 

constituent. Dans nos pays, c est dc quinze a drx-huit ans chez les garcons, de 
douze a quinze ans chcz les filles que cette revolution s opere. Pour le sexe mas- 
culin, la transition est plus insensible et le signe du developpement moins precis. 
On recherchera les modifications dont 1 ordre permet de distinguer la puberte, 
commeneante, en pleine evolution, ou voisine de la maturite. La puberte precoce 
est plus rare chez les garcons que chez les filles ; elle pent paraitre, par exception, 
entre dix et douze ans ; on cite encore des anomalies plus exceptionnelles, puberte 
a deux ans (Dupuytren), a trois ans (Pline), et a cinq ans (Pages). Ici, le develop 
pement general, quoique precoce, n est pas en rapport avec celui des organes de la 
generation. Le retard de revolution, qui peut ne se faire qu apres vingt ans, ou 
meme manquer, n est pas longtemps une cause d erreur ; les autres signes de 
1 age ne s en developpent pas moins et souvent d une maniere plus rapide. 

Precedee aussi de prodromes generaux et locaux, la puberte cbez la femme 
est bientot caracterisee par un signe precis, par la menstruation. L age moyen, 
auquel cctlc fonclion s etablit, est compris entre douze et quinze ans. Le genre de 
vie, la constitution, les etats morbides paraissent avoir plus d action que les cli- 
mals; des menstruations precoces s observent dans les pays tres-froids, aussi bien 
qn entre les tropiques. Le tableau suivant comprend les observations de Guy a 
Londres et les faits recueillis par M. Stoltz a la Maternite de Strasbourg, et par 
M. Levy dans la classe ouvriere de cette ville. 







STRASBOURG. 






LONDRES. 


in 












PROPORTION SDR 100. 






HATEKNITg. 


OUVRltRE. 




8 a 10 ans. . 


10 


)) 





0,66 


0,00 


0,00 


11 a 15 


326 


75 


96 


21,75 


10,50 


14,76 


14 a 10 


701 


268 


388 


52,75 


44,60 


59,75 


17 -i 19 


351 


217 


156 


22,06 


56,16 


24,06 


20 a 23 


42 


41 


8 


2,82 


0,85 


1,25 
















TOTAL. . . 


1,500 


600 


649 









Les ages extremes ont ete pourM. Stoltz, onze et vingt-trois ans. Les ages a Paris 
sont, d apres M.Velpeau, quatorze, quinze, treize, seize et douze ans. La menslnia- 
tion jieut etre precoce, on 1 a vue s etablir quelques jours apres la naissance (Wit- 
chead); a trois mois (Conarmond); a dix-huit mois (Velpeau); a deux et a trois ans 
(Wald). Ce phenomena accompagne ou non du developpement precoce de tout 
1 oi ganisme, ne peut gueres induire en erreur. L exception est rectifiee par les 
autres signes. Les menstruations tardives ou qui ne se produisent jamais doivent 
encore etre prises en consideration. 

La fonction generatrice, arrivee a son entier developpemeiit, caracterise toute 
une periode de la vie qui est cello de la fecondite ; cetle periode est plus longue 
chez rhomme que chez la femme el moins facile a determiner. Des signes dYige, 
pendant la vieillesse, sont fournis par les modifications des organes genitaux, qui 
tendent a se flelrir et a s atrophier et par la diminution d energie de la fouctioa ; 
mais 1 instinct persiste et la secretion du sperme continue , meme a un age tres- 
Avance ou il peut conserver encore son pouvoir fccondant. Chez la femme, le tenne 
de 1 activite genitale est indiquee par un signe plus positif, la cessation des regies. 
L age de la menopause est generalement compris entre quarante-liuit et cinquaiite 






AGE (MEDECINE LEGALE). 

et un ans, plus hatif dans les villes que dans les campagnes et modifie par diverses 
influences, mais la moyenne, par sa Constance, a unc grande valour coinino si^iic 
d age. On tiendra compte des menopauses prematurees, dont tons les medecins 
ont observe des exemples, avant quarante ans, cntre vingt et trente ans, sans 
trouble dela saute. La persistance des regies a un age avance, a soixanle, soixante 
cinq, soixante-douze ans (Ilarles), a quatre-vingt-dix-neut (Bernstein), leur rc-ap- 
parition dans laderniere vieillcsse, entre quatre-vingts et cent ansetmeme au dela 
(Haller, Blancardi), a cent cinq ans (Duvernet), indiquent plutot une maladie qu un 
retour dc 1 ovtilalion ; ces faits diminuent cepeiylant la valour de la menstruation, 
commc signe d age, et la question est alors resolue par d autres caracteres. 

Les functions organiques doivent etre passees en revue. La circulation plus 
rapide che/ 1 enfant, diminue progressivement jusque vers la vingtieme annee, ou 
elle reste stationnaire pendant une longue periode, pour augmenter cnsuite, on 
notera le pouls senile, si caracteristique, qui indique L arterio-sclerose, ainsi quo 
retrecissement aortique ; sa vitesse est sous I influence de 1 age, aussi bien que sous 
celle de la taille. II y a moins de sang dans les capillaires et dans les arlercs et plus 
clans les veines qui presentent diverses dilatations. Les parties molles sont plus 
pfdes, moins penetrees dc liquide et I luiUe de poids rcnli mic inoins de sang dans 
les dernieres annees de la vie. La couleur de la peau correspond a ces change- 
ments. La respiration prcsente des modifications non moins caracteristiques. 
La capacite pulmonaire augmente depuis la naissance jusqu a la puberte, ou elle 
prend tout a coup un accroissement notable; elle semble arriver a son maximum 
vers 1 age de trente-cinq ans ; alors elle diminue d annee en annee, mais dans une 
plus forte proportion cbez 1 homme que cliez la 1 emme. La moindre flexibilite des 
articulations, 1 ossiiication des cartilages, les courbures et les ankyloses du rachis, 
les modifications du tissu pulmonairc, rendent, cbcz les vicillards, les inspira 
tions mttins profondes- et moins completes et reduisent la quantite d air, qui 
pent etre introduitc dans le poumon; il y a moins de differences que cbez 1 adulte, 
entve 1 inspiration habituelle, a I etat de repos et I inspiration maximum. Le spi- 
rometre dc Hutchinsun fournitacel egard des renseignements utiles; scs resultats 
sont en rapport avec 1 age aussi liien qu avec la taille. 

On chercbera a utiliser les signes fournis par 1 activile variable de toules les 
ibnctions organiques. L atropliie caracterise la puriode de decroissance ; accompa- 
gnee d acceleration du pouls de la respiration, d augmentation de la cbaleur ani- 
male, elle conslitue un etat appele fievre bectique des vieillards, atropbic febrile, 
morbus climatericus, et plus justement consomption, niarasme senile, 1 idee de 
maladie ne pouvant etre rattachee a cclle de la senescence. L obliteration des vais- 
seaux, la degeneresccnce graisseuse, 1 induration calcaire, 1 augmentation des pro 
duits carbones ou bydrogenes, 1 appauvrissement en oxygene et en azote, tels sont 
les caracteres qui appartiennent a la derniere periode dela vie. 

Pour resondre la question dc 1 age, unc seule visile nc suffit pas; il faut, par une 
observation suivie et attentive, interroger tous les organes ; le diagnostic repose 
sur 1 cnsemble des modifications physiques et physiologiques dont 1 esquisse vient 
d etre retracee. 

L elat chimique des tissus et des secretions est modifie par 1 age ; avec les 
progres de la science j cette etude promet a la medecine legale des signos impor- 
tants. 

B. Age apres la mart. L expression de la vie s est retiree des organes ; le pre- 
Inier coup d oail, surtout pour les ages moyens, ne conduit plus a une approximation 



164 AGE (MEDECINE LKGAI.E). 

aussi exacte. Le medecin constate d abord comme sur le vivant tons les carac- 
eres exterieurs, dans 1 ordre anatomique; cet examen detaille rectifie 1 impression 
de 1 ensemble. L autopsie fait ensuite connaitre les dimensions, la structure, les 
modifications physiologiques et pathologiques des organes ; ces signes sont com 
pletes par les rechercbes histologiques et par 1 analyse chimique. 

Nous examinerons successivement les principaux appai eils organiques. 

Systeme nerveux. Pendant la periode de developpement, tous les organes 
augmentent en poids et en volume ; malgre les dil lerencL-s individuelles, il est 
utile de tcnir compte de cet aceroissement. Le poids du cerveau augmente rapi- 
deniriit dans les premieres annees de la vie, tout porte a croireque ce progres, se 
continue au dela de la trentieme annee ; chez le nouveau-ne, le cerveau forme le 
huitieme environ du poids du corps ; chez 1 adulte le quarantieme. Le poids moyen 
est de 12 a 1400 grammes chez 1 horame, de 11 a 1500 chez la femme, avecun 
rapport de 1 a 9 J pour le cervelet. C est vers quarante ou cinquante ans que cet 
organe semble atteindre son poids maximum. A un age avance, le poids diminue, 
ainsi Geist, sur 184 pesees, donne les moyennes suivantes : hommes de soixante- 
cinq a soixante-quinze ans, 1064 grammes; de soixante-quinze a quatre-vingt-cinq 
ans, 1051 ; de quatre-vingt-cinq a quatre-vingt-treize, 1025; femmes aux ages 
correspondants, 979, 975 et 942 grammes. Le cervelet reste a peu pres statiou- 
naire, 146 et 145 grammes, suivant les sexes. Le poids Gpecifique, d apres Aiulral 
et Sankey, presente quelques differences ; il irait en augmentant, surtout pour la 
substance blanche, depuis 1 enfance jusqu a cinquante an>, pour diminuer ensuite; 
oil a indique les variations suivantes: substance blanche 1058, 1040, 1041, 
1042, 1045; substance grise 1054, 1057, 1055, 1055, 1029. La pesanteur spe- 
cifique serait toujours un peu plus faible chez les femmes. 

L examen de la substance nerveuse n offre aucun signe bien positit ; on signale 
cependant 1 atropbie du cerveau, comme un des effets de Vase; cet organe est 
affaisse, il semble ne plus remplir entierement la cavite cranienne ; une grande 
quantite de serosite ventriculaire ou sous-arachno idienne comblepour ainsi dire le 
vide laisse par la diminution de substance. L atrophie est plus prononcee sur cer 
tains points, notamment au corps strie. Le parenchyme a une teinte tirant sur 
le jaune ou le blanc sale. D autres fois le cerveau est volumineux, pale et exangiie. 
Le sable de la glande pineale est plus abondant vers le milieu de la vie ; on a -i- 
iMiale la presence de corpuscules amyloides, la frequence des granulations de 1 a- 
rachnoide, l ossification des corpuscules choroidiens, celle des glandes de Pacchioni, 
prenant avec les annees un accroissement notable; ces produits divers peuvent 
se penetrer de carbonate et de phosphate de chaux. Des plaques osseuses se foment 
sur 1 arachnoide et la dure-mere. 

L analyse chimique lournit quelques indices. D apres les recherches de Bibra. la 
proportion de graisse duns le cerveau diminuerait avec 1 age; de 19 a 58 ans, sur 
9 sujets, la moyenne s est elevee a 14,45 sur 100 ; elle a etc de 15, 52, pour cinq 
cas, entre 59 et 86 ans. La proportion reste a peu pres la meme dans la moelle 
allongee, elledecroit de 16 a 15 dans la substance blanche, de 15 a 12 dansle cer 
velet et le pont de varole. La moyeimo de 1 eau a \arie, dans l age moyen, de 73 a 
76 pour 100 ; dans l age avance, de 74 a 77 ; a 59 ans, c etait 75,80, a 86 ans, 
77,65. La substance corticale renferme plus d eau, la substance blanche plus de 
graisse. La quantite absoluede phosphore diminue avec l age, maisla proportion de 
ce corps contenue dans la graisse cerebrale parait augmenter. Bibra a constate dans 
la matierc grasse 1,68 de phosphore pour 100, a 59 ans, 1,72 a 65 ans, 1,95 



AGE (MEDECINE LUCALE). 

a 80. La moelle, plus riche en graisse que le cerveau, renfermant plus de cholcs- 
terine et moins de phosphore, est frequemment, par les progres de 1 age, le siege 
de lesions. Dans le tissu des nerfs on a trouve moins de graisse et de cholesterine, 
et une plus forte proportion d eau. 

Apparcil circulatoire. Le poids du creur va en augmentant jnsqu a I epoqm do 
la maturite ; de 40 a EO grammes au moment de la naissance, il s eleve graduclle- 
ment a la moyenne de 260 grammes chez les hommes, 220 chez les femmes, a 
1 age de la maturite. Aucun organe, dans ses dimensions et son poids, ne subit 
plus 1 influence des maladies. Apres trente et quarante ans, le poids du cceur aug- 
mente par 1 accnmulation de la graisse ; il est probable cependant, qu en dehors 
des etats pathologiques, ce viscere subit comme les autres tin abaissement dans 
le poids de son tissu propre. Geist, par de nombreuses pesees, a trouve romme 
moyenne entre soixante et quatre-vingt-treize ans, 292 grammes chez 1 homme, 
avec un minimum de 233 et un maximum de 350 ; chez la femme, 263 grammes, 
avec un minimum de 190, et un maximum de 550 grammes. 

La forme de 1 organe est modifiee par 1 age ; Bizot, Heiicourt, out signale imc 
augmentation a pen pres generale des dimensions, snrtout de la largeur ; 1 hyper- 
trophie du ventricule gauche est le trait caracteristique de 1 accroissement du coeur 
chez los vicillards ; toutes IPS dimensions de ce ventricule augmentent, mais cet 
etat s accompagne d une diminution de la cavite. Lc ventricule droit conserve ses 
dimensions normales ; les oreillettes peuvent etre un peu dilatees. L hypertrophie 
du ventricule gauche s observe chez les deux sexes ; elle coincide avec vine indu 
ration des valvules aortiqucs, avec I atheromede 1 aorte ; elle existe aussi, sans que 
ces lesions soient bien prononcees. Les indurations valvulaircs, I atherome et 1 ossi- 
fication de 1 cndocarde sont frequents a un age avance. Le pericarde est souvent 
adherent, parseme de vegetations, de plaques cartilagineuses ou osseuses. Cette 
adherence coincide avec la dilatation des cavites. 

L etat graisseux du cceur est le resultat des progres de 1 age ; de trente a qua 
rante ans, une couche de graisse plus ou moins abondante se depose sur cet organe 
et en augmente le volume et le poids. Plus tard, le tissu musculaire lui-meme, 
subit la degenerescence graisseuse, qui peut ne pas coincide! 1 avec une accumu 
lation exterieure de graisse. Le tissu musculaire devient pale, friable ; il perd de 
son elasticite et de sa contractilite ; c est la fihre elle-meme qui subit cette transfor 
mation ; 1 atopbie graisseuse parait etre le dernier terme des modifications du coeur 
chez le vieillard. 

L atherome des gros vaisseaux debute souvent entre trente et quarante ans ; 
on observe alors quelques points blancbatres, qui annoncent le commence 
ments de la degenerescence graisseuse. Avec 1 age, ( alteration augmente, sans 
rapport bien direct avec le nombre des annees. Les dispositions individuelles, ont 
ici une grande influence ; des atheromes occupant une grande partie du systeme 
arteriel, peuveut exister avant la vieillesse. L induration calcaire prend souvent 
une grande extension. L aorte ascendante, la crosse de 1 aorte, 1 aorte abdominale, 
les arteres iliaques, coronaires, spleniques, celles de la base du crane, sontle siege 
le plus ordinaire de celte lesion, qui peut etre considere comme un des caracttjres 
de 1 age avance. 

Le dcveloppement du systeme veineux a ete consideree comme un signe d age. 
Les varices, les hemorrho ides, les coagulations fibrineuses dans les veines, devien- 
nent plus communes. En general, la capacite des vaisseaux decroit ; de nombreux 
capillaires s obliterent etl etendue du cercle circulatoire se restreint. 



1C6 A.GE (MEDECINE LEGAIE). 

La masse des liquides diuiinue comme celle des solides. La quantite de sang est 
plus faible chez le vieillard et le sang veineux semble predominer. 

La composition chimique du sang vane suivant les ages ; chez les enfants, poids 
specifique moindre, coagulation plus prompte, moins de fibrine et de sels, glo 
bules blancs plus nombreux ; cbez les adultes de trente a cinquante ans, richesse 
plus grande en fibrine et en globules ; chez le vicillard, diminution deces elements 
et predominance de la cholesterine. Ce dernier earactere, constate par MM. Bec- 
querel et Rodier , est un des plus positifs ; la quantite normale de cholesterine 
peut etre doublee. 

Appareil respiratoire. L accroissement des poumons est rapide dans les pre 
mieres annees de la vie, surtout a 1 epoque de la puberte. Les progres de 1 age sont 
marques par des changements dans la Ibrme, dans les dimensions et dans la cou- 
leur de ces organes. MM. Hourman et Decbambre ont decrit les modifications qui 
s effectuent dans les deux periodes comprises entre cinquante, soixante-cinq et 
quatre-vingt-dix ans; peu prononcees d abord, elles sont bientot caracteristiques ; 
les lobes se confondent ; les poumons comprimes par la deformation du thorax, sont 
rcfoules en arriere ; leur partie superieure devient anterieure. Le parenohyme 
desseche, indure, impermeable en divers points, ol f re a sa surface des traces 
nombreuses d emphyseme senile ; de pelites branches s obliterent, d autres se dila- 
tent irregulierement ; on a note 1 amincissement de 1 epithelium bronchique. Les 
deux lobes superieurs du poumon droit sont souvent conlbndus en un suiil, et le 
troisieme atrophie, sembleun appendice, loge dans la partie postericure du thorax. 

La teinte rose ou gris rose de l enfance est remplacee chezjadulte par une colo 
ration noiratre, qui devient griscltre a un age avance. Du pigment se depose dans 
le tissu cellulaire interstitiel, surtout an sommet des poumons, et dans les glandes 
broiicbiques. On rencontre aussi des depots d hematoidine. Le carbone, suivant la 
remarque de M. N. Guillot,constitue en grande partie le pigment noir du poumon. 
11 s y ojoute des grains calcaires et des gouttelettes graisseusses. Ces depots char- 
bonneux peuvent obliterer des capillaires et de petites bronches, et circonscrire 
des ilots de parenchyme impermeables a 1 air. 

Les poumons, avec 1 age, dimiiment de volume et de poids. D apres les recher- 
cbes de Geist, de soixante-cinq a quatre-vingt-cinq ans; le poumon gauche pesait 
en moyenne 458 chez les homines, 580 chez les femines ; le droit, 570 et 409 ; 
de quatre-vingt-cinq a quatre-vingt-dix ans, les poids n etaient plus, pour le pou 
mon gauche, que 550 et 558 grammes, pour le poumon droit, 458 a 580 gram 
mes, suivant les sexes. Le poids de ces organes, lorsqu ils sont sains, doit etre 
mentionne parmi les caracteres de 1 age. 

Le thymus reste un signe d age pendant une pavtie de l enfance, pesant 10 a 
20 grammes. Chez le foetus a terme, il continue a croitre pendant la premiere 
annee ; alors J atrophie commence, elle marche de has en haut, et vers la douzieme 
annee, 1 organe a presque disparu. 

La glande thyroide, plus volumineuse chez la femme, subit un accroissement 
vers 1 epoque de la puberte ; son lobe median, s atrophie le plus souvent par les 
progres de 1 age. Meckel, evalue le poids moyen de cette glande, a 50 grammes. 
Sur vingt-quatre enfants, j ai constate, comme moyennes : au-dessus d un an, 1 a 
2 grammes, a deux ans, 5 grammes ; a trois ans, 4 grammes ; a neuf ans, 
9 grammes ; le lobe droit etant plus lourd que le lobe gauche. M. Bach, a trouve 
sur trente hommes de vingt a quaranteans, 50 a 40 grammes ; sur trente femmes 
dn meme age, 35 a 45 grammes. 



AGE (MF.DECINE LEGM.E). ^ 

Appareil digestif. La situation du tube digestif peut etre modifies par les 
progres tie 1 age, lorsque le tronc a subi une forte inflexion, soit anterieure, soil 
laterale. L estomac refoule daus I hypochondre gauche, se rapproche de la verti- 
cale; les intestins greles descendent dans le petit bassin; le colon transverse est 
tire a gauche; la courbure du colon ascendant tend a s cflacer, land is que celle 
du colon descendant augmente. L estomac est moins oblique dans le premier age, 
circonstance qui favorise le vomissement ; plus tard il se caracterise par le deve- 
loppement de la grande cavite. Deux etals out etg signales, pendant la viedlesse, 
la dilatation et le retrecissement de cet organe. Souvent , 1 estomac pvend des 
dimensions extraordinaires ; la grande courbure descend tres-bas dans 1 abdomen ; 
1 oigane ne revient plus sur lui-meme, et ses parois atrophiees sont minces et 
transparentes. Geist a surtout rencontre cette dilatation chez les femmes d un grand 
age ct chez les vicillards qui avaient eu un notable embonpoint. Le retrecissement 
de 1 organe peut exister, par contre a un haul degre, jusqu a reduire sa cavite do 
moitie et au-dessous. Les tuniques sont alors hypertrophiees, la musculeuse sur 
tout; elle peut aussi s infiltrer de graisse. Les intestins greles, sont pales, friables, 
anemiques, dilates ou retrecis ; ils prescntcnt souvcnt desdiverliculum, des her- 
nies de la muqueuse, a travel s les fibres rausculaires affaiblies. L atrophie du reseau 
vasculairo des villositcs, culle de.repithelium, des glandes intestinales, des gan 
glions mesentriques, figurent encore parmi les signes de 1 age. On trouve 
rarement des entozoaires dans le tube digestif des vieillards. L epiploon s alropbir; 
longtcrnps il renf erme beaucoup de graisse; mais cettc substance iinit aussi par 
dinu nuer. 

Le foie d une couleur tres-rouge dans la premiere enfance, jaunit peu a peu et 
prend une teinte de plus en plus pale. La situation et la forme de cet organe sont 
alterees par la prcssion que determine la deformation du thorax. Le fbie n a plus, 
dans la vieillesse, la couleur rouge brun qu il presentait a 1 age moyen de la vie. 
Des teintes jaunes et rougeatres alternent ; bientot les premieres predominent, par 
suite de 1 abondance dela graisse. La vesicule biliaireest le plussouvent alrophico 
avecqiaississcmentde ses parois; elle contient frequemment des calculsbiliaires. La 
bile moins abondante, renferme une plus forte pVoportion de cholesteiine. Le poids 
du foie, qui chez le nouveau-ne, forme environ ie vingtieme de celui du corps, 
n en est plus que le Irente-sixieme environ chez 1 adulte. Son poids moyen est 
alors do 1500 a 2000 grammes; la diminution est evidente par les progres de 
1 age. Desoixante a soixante-dix ans, d apres Geist, sur deux cent vingt pesees, les 
nioyennes ont ete 1257 grammes chez 1 homme, 1220 chez la femme; de soi 
xante-dix a quatre-vingts ans, 1295 et 1052; de quatre-vingts a quatre-vingt-dix 
ans, 825 et 750, pour les deux sexes. L abaissement du poids est surtout conside 
rable an dernier age de la vie ; au-dessus de quatre-vingts ans, la limite des 
maxima et des minima se trouvait, pour I homme, entre 771 et 1092 grammes, 
pour la femme, entre 716 et 1008. Le pancreas, dont le poids moyen chez 1 adulte 
est de 120 a 180 grammes, diminue par les progres de 1 age, il s indure et peut 
s infiltrer de graisse. L atrophie avec dessechement s observe aussi dans les 
parotides, les glandes sublinguales et sous-maxillaires. 

La rate, d abord tres-pelite, proportionnellement au foie, augmente pendant la 
periode de developpement, pour s atrophier pour les progres de 1 age. Son tissuse 
ramollit et devient friable ; sa capsule se durcit et se couvre de concretions fibri- 
neuses et parfoiscalcaires. Sur une femme de cent quatre ans, cet organe etait re- 
duit aux dimensions suivantes : longueur* 45 millimetres ; largeur, 27; epais- 



AGE (HEDECINE I.EGALE). 

seur, 20 ; il ressemblait a un testicule, par sa grandeur et sa forme (Lobstein, 
anat. path., t. I, p. 73). Les corpuscules blanchatres, sont surtout visibles chez 
lesenfants. Son poids moyen chez 1 adulle est de 200 a 250 grammes ; de nom- 
breuses influences le font varier. Nous avons trouve, dans trente-cinq autopsies, 
8 grammes a la naissance, 8 a 23 grammes au-dessous de deux ans, 18 a 47 de 
deux a quatre ; 44 a 74, de six a neuf ; 67 a 89, de douze a dix-sept ans ; 140 a 
177, de vingt-un a trente-un ans ; 258 et 245 a quarante-cinq et soixante ans. 
Gcist, indique les moyennes suiva,ntes : de soixante a soixante-dix ans, 139 gram 
mes chez I homme, 140 chez la femme; de soixante-dix a quatre-vingts ans : 
97 etll2 ; de quatre-vingts a quatre-vingt-dix ans, 92 et 81 grammes. (Test a 
dater de soixante-dix ans que la diminution de poids est surtout sensible, 

Les reins semblent moins sujetsque les autres organes a perdrede leur volume 
ct do leur poids. La moyenne de Page adulte, 100 a 120 grammes par rein, ne 
diminuepas tres-notablement. Goist a constate, que de soi.\ante a soixante-dix ans, 
chez les homines, le rein gauche pesait-cn moyenne, 141 grammes, et le droit, 
135 ; pour les iemmes, c etait 121 et 115; de quatre-vingts a quatre-vingt-dix 
ans, on comptait 140 et 132, 101 et 91 grammes, suiyant le sexe. Le rein gauche, 
a toujours cte le plus lourd. Les changements dans le parenchyme sont 1 atrophie 
de la couche corticale, qui peut devenir pale et graisseuse, la formation frequente 
de kystes, la moindre longueur des pyramides. Ces changements coincident avec la 
diminution de la secretion urinaire, amende par les prog res de l age. 

Les capsules surrenales, dont le poids est a la naissance dans le rapport de un 
a trois avec cclui des reins, n olTrcnt plus chez 1 adulte que la proportion de 
1 a 28 ; elles peuvent s effacer presque entierement. 

La capacite de la vessie est considerablement reduite ; souvent elle ne peut con- 
temr que 90 a \ 00 grammes d urine ; ses parois sont epaissics ; la membrane mus- 
culaire est hypertrophiee, mais elle a perdu en meme temps de sa puissance contrac 
tile ; c est dans l age avance que 1 oa observe ces vessies a colonne, dont 1 aspect 
a ete compare a celui des ventricules du cceur. 

Organes de la generation. Le peu de developpement de ces organes marque 
I epoque qui precede la puberte. Pendant la vie intra-uterine, la formation et la situa 
tion des testicules ; plus tard, 1 augmentation de leur poids ct de leur volume, Tap- 
parition des spermatozoaires fournissent des signes d age. Au moment de la naissance, 
le poids de chaque testicule n atteint pas nn gramme, Os, 80 environ ; a deux ans, 
c est 2 ou 3 grammes ; puis le poids s eleve successivement jusqu a 15 et 25 gram 
mes ; le testicule gauche est souvent plus lourd que le droit. Le poids de ces or 
ganes semble stationnaire pendant une longuc periode. Les testicules subissent 
moins que les ovaires 1 influence des annees. Vers soixante ans, le poids diminue. 
M. Duplay a trouve comme moyenne, au dela de soixante-dix ans, 11,98 pour 
le testicule droit, II 8 , 52 pourle gauche, avec un minimum de4,50 et un maxi 
mum de 21 ,50. Les poids constates par Geist, a la periode de soixante a quatre- 
vingt-dix ans, sont compris entre 10 et 15 grammes. Des changements se montrent 
dans le revetement epithelial des canalicules ; les cellules sont relativement pe- 
tites chezl enfaut; chez le vieillard, elles se desagregent, s infiltrent de graisse; 
elles peuvent se liquefier et donner un produit lactescent (Morel). Quelquefois la 
degenerescence graisseuse envahit les parois des vaisseaux. Chez 1 adulte, un grand 
nombre de cellules offrent une segmentation nucleaire multiple et se preparent a 
la formation des spermatozoides. Le tissu de 1 organe peut s alterer, devenir plus 
flasque, subir un commencement d atrophie , avec degenerescence graisseuse, mais 



AGE (MEDECINE LEGALE). 

ce qui indique rintegrite de sa texture, meme a un age avance, c est la persistance 
des animalcules spermatiques. Dans cinquante et une autopsies de vieillards, pour 
la plupart au-dessus de soixante-dix ans, M. Duplay, a constate trente-sept fois la 
presence des sperraatozo ides,qui sur vingt-sept sujetsne differaient pas de ceux que 
1 on observe a I age moyen de la vie. A quatrc-vingt-dix ans, ce caractere existait 
encore. On a observe des ossifications des canaux deferents et des vesicules semi- 
nalcs, et frequemment des kystes dans 1 epididyme. La prostate, qui chez 1 adulte 
pese 20 a 25 grammes, est hypertrophies dans ses lobes lateraux. La verge estflasque, 
Je scrotum a perdu sa contractilite; les cellules des corps caverneux peuvent etre 
e argies. 

L ovaire, au moment de la naissance, ne pese guere que O gr ,50 a 1 gr. ; il aug- 
mente graduellement, atteint apres la puberte son poids maximum de 6 :\ 10 gr., 
s atrophie, retombe a 4 ou 5 gr. vers cinquante ans et se r-approcbe a un age 
avance de son poids initial. L ovaire, allonge en amande, s arrondit un peu vers la 
puberte. La vesicule de Graaf est deja distincte peu apres la naissance ; a six mois 
elle est manifeste ; a un an au moins 1 ovisac a de notables dimensions et I ovulc 
pent etre decouvert. La surface de 1 organe lisse d abord, se bosselle et devient 
ini gale par les progres de I age. Des vesicules foilemcnt dilati N, des foyers bemor- 
rhagiques, des corps jaunes, des cicatrices, temoignent de 1 activite de 1 ovairc 
pendant la periode de fecondite; a la menopause, I orgaue se flelrit et diminue 
rapidement; 1 ovulation cesse; les vesicules se rapctissent et s obliterent ; le paren- 
cbyme disparait; il ne reste plus qu un stroma fibreux, a surface muqueuse, qui 
lui-meme devient graisseux et Unit par s effacer. Comme signe d un age avance, 
on peut noter la disparition presque complete de ces organes. 

La matrice, pendant la vie intra-uterine, est large, bicorne, avec une notable 
predominance du col; a la naissance, la longueur du col est egaleau quart de 1 orgaiie 
entier. L accroissement du corps sert ensuite a marquer les epoques; il forme le 
tiers de tout 1 organe a douze ou treize ans, la moitie apres la puberte, les trois 
cinquiemes, lesquatreseptiemes, etplus encore, lorsque des grossesses multipliees 
ont diminue la longueur du col. Les rides internes du corps s effacent peu a peu; 
la surface est lisse vers I age de cinq ans. Meckel indique comme signes d age, 
la variation que presente 1 epaisseur des parois, plus prononcec au col qu a la 
partie superieure, jusqu a I age de cinq a six ans, uniforme ensuite jusqu a la 
puberte, apres laquelle le corps surpasse le col en epaisseur ; le tissu de 1 organe 
est alors mou et rougeatre. La matrice subit de notables changements de forme, 
elle est allongee d abord, puis le corps s accroit chez 1 adulte et elle prend une 
forme triangulaire ; paries progres de I age, elle devient irregulierement arrondie, 
dure et blanchatre, atropbiee, difficile a trouver, au fond du bassin. Des change 
ments notables sont produits par les gestations ; les dimensions moyennes, pen 
dant la periode de fecondite, sont 6 centimetres de longueur, 4 de largeur et 
2 d epaisseur, avec un poids de 55 a 45 gr., pour 1 uterus vierge. Les mesures 
sont 7, 5 et 3 centimetres, 60 a 70 gr., lorsque lesfemmcs ont etc meres. Par les 
progres de I age, 1 uterus devient plus globuleux, le poids descend entre 17 et 
31 gr. et meme au-dessous. Les parois de 1 organe se dessechent et pfesentent a 
peine quelques fibres musculaires ; la cavite diminue ; celle du corps et du col 
peuvent etre separaes par un retrecissement qui a fait designer cet organe sous 
le nom d uterus bicameratus vetularum (Mayer). On trouve souvent des corps 
fibreux, sous la tunique peritoneale, des granulations a la surface interne. Les 
trompes sont presque toujours obliterees. L epitbelium vibralile de 1 uterus et des 



17C AGE (MEDECINE LEGALE). 

trompes parait manquer avant la pnberle et apres 1 age critique. Les parties extcrnes 
sont flasques, les nymphes disparaissent avec les rides du vagin qui &e raccourcit 
notablement. Les glandes mammaires, cbez les deux sexes, deux ou trois semaines 
apres la naissance, sont frequemment le siege d une secretion laiteuse qui devient 
un des caracteres de cette epoque. Indice de puberte, le developpement des seins 
augmente ensuite par 1 accuraulation de la graisse. Dans la vieillesse les canali- 
cules s obliterent et la glande se fletrit; cette atrophiepeut coiucider avec la persis- 
tance du tissu graisseux dans la mamelle. 

Systeme osseux. A ce systcme se rattachent les caracteres les plus durables et 
les plus surs ; 1 age est indique par le degre d ossifi cation, par les dimensions et la 
forme, par la structure et la composition cbimique des os. 

Le developpement peut se diviser en trois periodes qui sont caracterisees 
la premiere par 1 ossifical ion des corps des os, laseconde par 1 apparition de points 
osseux dans les os courts et plats et dans les epiphyses des os longs, la troisieme 
par la soudure des epiphyses au corps des os. 

Pendant la vie feeble, lo cartilage domine; 1 ossification cst prompte au corps 
des os longs, aux maxillaires inferieurs aux clavicules et bientot quelques points 
d ossificalion dans les os plats ou courts, au sternum, au calcaneum, a 1 astragale, 
fournissent des signes caracterisliques. Au moment de la naissance, toutcs les 
extrernites articulaires des os longs, a 1 exception de 1 extremite inferieurc du 
li inur, tout le carpe, le tarse moins deux os, la rotule, 1 olecrane, les apophysestle 
1 omoplate, les epiphyses en general, sont encore a 1 etat cartilagineux. 

L enfance est caracterisee par 1 apparition successive de points d ossification au 
centre de tons les cartilages. Les epiphyses qui correspondent aux gynglimes s ossi- 
fient plus vite que celles des articulations orbiculaires. Voici 1 ordre babituel du 
developpement de ces points osseux. Premiere annee : Cubo ide, souvent a la nais 
sance;- grand os,oscrochu, branches de 1 hyoide, lame criblee de 1 ethmoide, tcte 
de rbumerus, troisieme cuneiforme, tete du femur, extremite superieure du 
tibia, appendice xypho ide ; soudure du maxillaire inicrieur. Seconde annee: 
Cornets sphenoidaux, apophyse odontoide, epiphyse des metatarsiens et des meta- 
carpiens, extremite inferieure du tibia du radius et du perone, petite tuberosite de 
1 humerus, rotule; soudure de la grande fontanelle, a deux ansetdemi. Trois 
a cinq am : Grand trochanter, pyramidal ; premier et second cuneiformes, de 
deux a quatre ans ; souvent trapeze et semi-lunaire, phalanges ongueales du gros 
orteil. Six d huit ans : epiphyses des premieres phalanges des qualre derniers 
orteils, extremite inferieure du cubitus, epitrochlee de l humerus, extremite .supe 
rieure du cubitus, olecrane, extremite superieure du radius. Huit d douze cms : 
Pisiforme, Scapho ide du carpe, semi-lunaire, epiphyse posterieure du calcaneum, 
trapezoide. Douze a seize ans : Trochlee humeral, petit trochanter, angle inferieur 
de 1 omoplate, sommetde 1 acromion, tete et tuberosite des cotes, fond de la cavite 
cotyloi des, extremite sternale de la clavicule, quatrieme vertebre coccygienne. 
A 1 apparition des points d ossification se joint, comme signe de cette periotle, la 
soudure des os divises sur la ligne mediane. L etendue des points osseux cst a 
prendre en consideration. Les indications fournies par Beclard, Meckel, Friedreich, 
Schwegel, sont parfois divergentes ; il existe des variations individuelles ; on s at- 
tachera a une reunion de signes plutot qu a un seul. 

La soudure des epiphyses appartient a la periode qui s ete nd depuis la puberte 
jusqu ; au terme de la croissance. Les extremites vers lesquelles se dirigent les 
vaisseaux nourriciers se soudent les premieres en general ; celles qui s ossifient le 



AGE (MEDECINE LEGALE). 

plus tard se reunissent le plus tot. L epiphyse une fois soudee, 1 os n augmente 
plus en longueur. Deja, dans 1 enfance, quelques soudures s etaient effectives, 
telles que celle des pieces qui forment le corps du sternum ; mais c est a dater de 
la p uberte que pen a peu s effacent les lames cartilagineuses qui se continuent de 
la diaphyse a I cpiphyse. De douze a quinze cms : reunion des trois pieces de 
Vos iliaque, des vertebres sacrees, des deux parties du calcaneum, de 1 apophyse 
coraco ide, de 1 olecrane au cubitus. De seize a dix-huit ans : tete et tuberosites 
des cotes, cornets du spbeno ide, des phalanges, des doigts et orteils. De dix-huit 
d vingt et un ans : trochanters et tete du femur, epiphyses des metatarsiens puis 
des melacarpiens, extremite superieurc du radius, inferieure du perone ; extremites 
inferieure du radius, superieure du perone, inferieure du femur, inferieure puis 
superieure de 1 humerus. De vingt a vingt-cinq ans : les trois pieces du tibia, 
I infeneurc d abord. Lc corps du sternum est complet et cet os est divise en trois 
paities; I epiphyse interne de la clavicule. De vingt-cinq d trente ans : la crete 
de 1 os iliaque, les vertebres pelviennes, notamment la premiere du sacrum, le corps 
du sphenoide avec 1 occipital, les epiphyses du corps des vertebres. 

Le developpement termine, les ^ignes sont fournis par 1 alteration du systemc 
osseux et par 1 ossifieation de divers cartilages ; c est une quatrieme periode qui 
appartient a 1 age de retour et a la vieillesse. 

Diverses soudures se produisent par 1 elfet de 1 age; celles du coccyx au sacrum, 
de quar.mte a cinquante ans ; du corps a la poignee du sternum ; des grandes et 
des petites comes au corps de 1 hyoide. L appendice xyphoi de se soude au 
Mi nium vers la soixantieme annee, quoiqu il puisse, suivant la remarque de 
Ilaller, rester isole et presque cartilagineux, meme chez des centenaires. D autres 
soudures se font encore a un age avance; cesont celles du corps des vertebres, a 
Icui face anterieure, soil par 1 usure des cartilages, soit par une production de 
tisu osseux; ces adherences immobiliscnt 1 attitudc couibeedcs vieillards; lera- 
chis s ankylose; les deuxiemeet troisieme vertebres sont souvent reuiiies. 

La solidite ct la longueur des dentelures des Sutures crdniennes appartiennent 
u 1 age de la force ; plus tard ces sutures tendent a s effacer, par 1 ossification suc 
cessive du tissu libreux inter mediaire. La fusion debute par la face interne du crune 
et elle s etend ensuite a la face cxterne ; elle commence par un point pour envahir 
(ii ii a peu unegrande partie ou la totalite de la suture. Chezbeaucoup de sujets, 
a trente ans, 1 effacement est tres-avance a la face interne du crane ; a la face 
cxterne, les dentelures persistent beaucoup plus longtemps et ne disparaissent qu a 
mi ; ige tres-avance. La sulure sagittale diminue plus tot que la suture lambdoide. 
Les parietaux se reunissent de bonne heure a leur partie moyenne, puis les tempo- 
raux a 1 occipital; le coronal aux parietaux, vers leur partie moyenne; le frontal aux 
temporaux, le temporal au sphenoide, 1 occipital au corps de sphenoide, les soudures 
des os de la face sont beancoup plus tardives. S il y a une certaine regularite dans 
1 ordre de 1 eflacement des sutures, il n en est pas de meme pour 1 epoque de leur 
disparition. Meme apres trente ans nous avons vu des fractures du crane accom- 
pagnees de decollement des sutures. En general, a moins de conditions patholo- 
giques, 1 effacement total d une suture ne s observe qu a un age avance. 

Le perioste, dans 1 enfance et pendant toute 1 epoque du developpement, est plus 
epais, moins adherent a Tos, plus impregne de cellules plasmatiques, disposees a 
se transformer en tissu osseux. Chez les vieillards, le perioste est plusfibreux, plus 
sec et plus difficile a decoller. Un bon signe d age est fourni par la couleur du 
sue medullaire (Richelot) ; il est rougeatre chez 1 enfant, d un rouge plus brun 



17 2 AGE (MEDECINE LOCALE). 

chez 1 adulte, et sa teinte est jaune chez le vieillard, par suite de la predominance 
de la graisse. 

Le tissu de Yos offre des modifications import-antes. L epaississement partiel du 
crane a et6 note surtout au front et a 1 occipital, il porte frequemment sur la 
lame interne. On voit se crenser plus profondement le sillon de I artere mcningee 
moyenne, qui peut meme par place se changer en un canal, pendant que la lame 
externe qui le recouvre s amincit notablement. Des osteophytes se deposent aussi 
sur la table externe des os. 

Avec les progres de 1 age, les cavites medullaires et les cellules arcolaires aug- 
mentent d etendue ; les sinus s elargissent, le calcaneum, la tete et le col du 
femur se creuscnt de cavites medullaires. La cavite cotylo ide s agrandit (Lob>tein). 
Les os deviennent moins elastiques et plus fragilos. L affaissement du corps des 
vertebres et du col du femur occasionnent la diminution de la taille. Des hyper- 
ostoses se torment ctle plus souvent de J atropliie, avec amincissement et transpa 
rence partielle des os iliaques et de la route du crane. Les cotes sont minces etfra- 
giles, ainsi que le sternum; les os sesamoides sont plus gros et plus nombreux. 

L atrophie rarefiante porte principalement surlapartie spoimieuse, les lames 
compactes sont moins alterees; il en resulte pour certains os, notamment pour 
ceux qui formeut la voiite du crane, une augmentation de poids specifique. Sur 
i9 pesees de calottes craniennes detachees dans des autopsies, nous avons constate 
que le poids specifique pour les sujets les plus jeunes, etait de 1,200 a 1,600, 
tandis que pour les plus ages il s elevait entre 1,600 ct 1,800; des exceptions 
limitaient la valour de ce signe. 

L augmentation croissante de la graisse, jointe a 1 elargissement ,des areoles, 
devient 1 indice d un age avance; les os sont jaunatres et ne peuvent plus servir 
a la preparation du squelette. L atrophie graisseusse constitue 1 alteration senile 
des os, dans lesquels diminuent en meme temps les vaisseaux et la proportion 
d eau et de matieres albuminoides. MM. Gosselin et Regnaud ont trouve dans le 
sue medullaire, suivant les ages, les proportions suivantes de graisse : 1,88 pour 
de jeunes sujets, 5,52 pour des adultes, 81,20 cbez des vieillards. 

L analyse chimique fournit encore quelques indices ; une legere difference parait 
exister entre la proportion des matieres organiques et inorganiques suivant les ages. 
Rees a constate que les os d un nouveau-ne contenaient 41 a 44 pour 100 de matieres 
organiques ; ceux d un adulte de 56 a 45; les maxima coincidaient, dans certains 
os, mais en general la proportion etait plus forte pour le jeune age. Les recher- 
cbes de M. Fremy ont fait voir que ces Tariations ne sont pas tres-sensibles. Le 
rapport du carbonate au phosphate de cbaux n estpas sans importance. D apres 
Lehmann, le carbonate de chaux serait plus abondant chez les jeunes sujets el la 
proportion de phosphate irait en augmentant avec 1 age, il a trouve une partie de 
carbonate sur 5,8 de phosphate de chaux chez un nouveau-ne, 1 sur 5,9 chez un 
adulte, 1 sur 8,1 chez un vieillard. M. Lassaigne a constate 1 sur 5,6 pour im 
nouveau-ne, \ sur 5,5 chez un enfant de six ans, 1 sur 6 chez un adulte, 1 sur 
6,60 sur un homme de quatre-vingt-un ans. Le carbonate de chaux correspondrait 
a une epoque moins avancee de 1 ossification ; la proportion de se sel terreux aug- 
mente en eifet dans le rachitisme. 

Les cartilages s usent et s atrophient ; ils subissent 1 infiltration graisseuse et 
1 induration calcaire. Ces alterations sont surtout sensibles dans les cartilages inter- 
vertebraux, qui peuvent etreen grande partie transformes et detruits. Les corpus- 
cules cartilagineux se deforment, ils se remplissent de graisse, et sur divers points 



AGE (MEDECINE LEGALE). 

s ossifient. De trente a quarante ans on observe 1 indnration calcaire des cartilages 
tbyroide et crycoide ; clle marche d avant en arriere et de has en haul. Les carti 
lages arytlieno idiens ne sont atteints que plus tard ; 1 epiglotte ne parait subir que 
I induration tibreuse. La degenerescence peut envahir les anneaux de la trachee d 
Vrs bronchcs. II estrare que, vers quarante ans, la premiere cote ne soil pas ossifiee. 
Les autres cartilages costaux presentent, avec les progres de 1 age, des taches d un 
Llanc mat, graisseuses ou calcaires. Les cartilages du nez et de 1 oreille se muin- 
tiennent intacts. Les fibro-cartilages, les tendons et les ligaments dcviennent moins 
iMastiques et s infiltrent aussi de graisse. A un age avance, des cellules plasma- 
tiques peuvent devenir cartilagineuses. On rencontre parfois une induration carti- 
lagineuse et meme ossense du centre du tendon d Achille et du long peronier 
lateral. 

Les muscles continuent a se developper jusqu a 1 age moyen de la vie ; entoures 
de lames de graisse plus ou moins epaisses, a 1 age mur, ils perdeut plus tard cette 
enveloppe graisseuse, maigrissent et s atrophient. Penetres par la degenerescence 
graisseuse, ils prennent une teinte d un rose pale ou jaunatre. Des corpuscules dc 
graisse paraissent dans la fibre mcme ; cctte alteration envahit plus particulierement 
les muscles des extremites inferieures. 

Lorsquc la question d age se pose a 1 occasion de debris d orgunes ou d ossements 
les dimensions absolues et relatives, la structure, la composition chimique servent 
a resoudre le probleme, qui se rattache a 1 histoire de ridenlite. 

2 Modification des signes. Comme tous les phenomenes qui dependent de la 
vie, les signes d age sont soumis a des variations; ils iburnissent des moyennes et 
non des dates precises ; il faut multiplier les caracteres pour se rapprocher de la 
certitude. Diverses influences out pour resultat de hater ou de ralentir le develop- 
pement des organes et leur decadence; les plus actives, sans aucun doutc, sont 
celles qui nrretent la croissanceet celles qui precipitent les transformations ul times. 
Le medecin doit rechercher cet element du probleme, constater son existence et 
mesurer son action, sans oublier que les lois de 1 organisme se maintiennent au 
milieu des conditions les plus diverses et que les deviations sont limitees. Les 
influences mdividuelles sont le sexe, la constitution, rheredite. Si lafemme arrive 
plntot a 1 age du retour, elle se maintient plus longtemps dans une vieillesse sans 
infirmitc. Une constitution molle ou seche donne un autrc aspect au vieillard. 
L heredite exerce son influence sur la longevite, comme sur les diverses phases du 
developpement ; elle pent fonrnir des renseignements utiles. Les conditions hygie- 
niques, climats, localites, habitation des villes oudes campagnes, profession, genre 
de vie, pauvrete ourichesse, exces ou temperance, affections morales, sont a prendre 
en consideration. Les signes exterieurs out une valeur tout autre chez la paysanne 
vieilleavant 1 age et chez lafemmede lavillequi sail prolonger les apparencesde la 
jeunesse. Une part d actionplus large encore doi t etre attribuee auxelats pathologiques 
qui troublentle developpement dans 1 enfance et amenent la vieillesse prematuree. Ce 
soat des maladies diathesiques et chroniqucs, le rachitisme qui arrete la dentition 
ct la croissance, les lesions des os qui modifient la taille, la cacbexie palustre, la 
syphilis, le cancer, les affections chroniques du tube digestif, les maladies qui 
alterent lentement et profondement rorganisme. Mais les lois de la nature sont 
difficiles a troubler ; les traces de la maladie ne sont pas celles de 1 age ; le phthi 
sique epuisene ressemble pas au vieillard. Les signes les plus facilement influences 
sont la dentition, le poids et la taille, Fepoque de la puberte etde la menstruation, 
1 etat des poils et les caracteres exterieurs. Suivant la remarque de Zacchias, la 



AGE (jiEDEciNE LEGALE). 

jiubcrte et la vieillesse sont les deux epoques de la vie qui peuvent etre le plus 
facilement avancees ou retardees. La vieillesse surtout est hatee par des causes 
multiples, physiques et morales. Les influences perturbatrices agissent le plus 
souvent sur des signes isoles, et 1 ensemble des caracteres rectifie 1 appreciation. 

Dans la derniere periode de la vie, les differences indivicluelles sont considera 
bles et 1 approximation offre plus de difficuites. Qui n a vu des honimes conserver 
a quatre-vingts ans ef. au dela un degre remarquable de vigueur physique et mo 
rale, tandis quo d autres, avant soixante-dix ans, offrent tous les traits de la 
caducite. Ne cherchons pas nos types dans les hospices, ou les effets clc la misere 
s ajoutent au poids des annees; la aussi, cependant, nous serous frappt-s du cou- 
traste de saines et vertes vieillesses avcc les decrepitudes anticipees. L erreur 
peut depasser dix annees et 1 autopsie elle-meme comporte un pareil ecart. Chez 
certains individus qui sont parvenu-; a un age tres-avance, on n a trouve quo peu 
d alterations. Burdach a rcuni plusieurs exemples de ce genre. Tissier n a rien 
trouve de morbide chez un homme de quatre-vingt-quatorze ans, a 1 exceplion 
d unc adherence des poumons. Scheuchzer ouyrant le cadavre d un homme de 
cent neuf ans, ne constate que quelques plaques cartilagineuses dans la capsule de 
la rate, I ossification des cartilages costaux et 1 ampliation du coeur et de 1 aorte 
deseendante. Lobstein, chez une femme de cent quatre ans, ne trouva p;is d ossi- 
fication dans les arteres du tronc, ni dans celles des membres superieurs, tandis 
que les femoralcs et leurs branches etaient presque completcmcnt ossifiees; il 
observa le meme fait sur une femme de quatre-vingt-seize ans (Anat. path., I. II, 
p. 557). Le corps du fameux Thomas Parr qui cultivait son champ a cent trente 
ans, qui, dix annees plus tard, avait encore toute sa puissance genitale, et qui 
mourut d une maladic accidentelle a 1 age de cent cinquante-deux ans, n ofi rit rien 
d anormal a Harvey : les muscles etaient prononces, la graisse abondante, les carti 
lages des cotes, et c est le fait plus singulier de cette autopsie, ne presentaicnt pas 
d ossification. Ces cas exceptionnels prouvent au moins 1 absence d alterations patho- 
logiques ; en multipliant les recherches histologiques et chimiques, en appliquant 
les procedes attentifs de la science moderne, il n cst pas douteux que dans des cas 
analogues, on ne constaterait aujourd hui la trace irrecusable des annees, 

On a discute, en medeciue legale, la question du rajeunissement, grave difficulte, 
si jamais le fait sortait du domaine de la mythologie. Les preuves suivantes ontete 
alleguees en faveur de la possibilite de rajeunir. Une troisieme dentition peut se 
produire et etre annoncee par les memes accidents que la premiere. D assez 
nombreux exemples ont ete publies d apparition de nouvelles molaires a 72 ans 
(Serres), a 75 ans (Jahn), a 85 ans (lave), a 92 ans (Goeze). Huleland cite le 
fait d un homme qui, a 116 ans, eut huit dents nouvelles qui tomberent pour faire 
place a d autres, et chez lequel le renouvellement fut tellement actif, qu en quatre 
annees cinquante dents percerent. Ces nouvelles dents sont principalement des 
molaires, elles sont plus petites que celles qu elles remplacent et durent peu. Le 
second signe du rajeunissement est le retour des regies. La menstruation a reparu, 
apres une longue interruption, a 75 ans, a 78 et 80. Haller rapporte que certaines 
femmes ont eu pour ainsi dire une seconde jeunesse, telle qu apres une longue 
suppression, leurs mois leur sont revenus, a 55, 70 et meme 90 ans, et que, sui- 
vantl expressiondeFodere, avecles fleurs tardives, elles ont encore porte des fruits. 
Starck parle d une femme qui perdit ses regies a 46 ans, les recouvra a 59, devint 
ensuite enceinte, mit au monde un enfant bien porlant qu elle allaita et qui mourut 
a 80 ans. Les cheveux qui reprennent leur couleur, riutelligeace qui se ranime, 



AGE (MEDECINE LKGALE). 

la faculte de voir retablie (Rusch, Fournier), le retour des forces competent le ta 
bleau de cette seconde jeunesse. Ces fails temoignent du reveil possible de 1 activite 
de certains organes, meme a un age avance ; mais pas plus que quelque pousse 
nouvelle eu automne ne fait illusion sur le declin de 1 annee, ces signes equivoques 
d un rajeunissement partiel ne p euvent etre un sujet d esperance ni une chance 
d erreur raedico-legale. 

3 Periodes medico-legales. La division des ages doit reposer sur des bases 
physiologiques et etre en meme temps en rapport avec les classifications admises par 
laloi. Zacchias reconnait qu tme division multiple est utile aux judsconsuHcs ; il 
admet sept ages : infantia, pueritia, pubertas,juventus, virilitas, senectus et 
decrepitas. L enfantquiamoins de sept ans, infans dicilur, minor septennis.n 
Dans la seconde enfance, puerproprie loquendo dicitur, minor 14 annis C est 
sur le developpement de 1 intclligence que cette premiere subdivision cst basee ; on 
admet encore les nuances : infantix aut pnbertati proximus. L adolescences etriul 
de quatorze a vingt-cinq ans; elle se subdivise en puberle, de 14 a 18 ans, et en 
adolescence propremcnt dite de 18 a 25. La jeunesse, xtas robusta, firm/i, Inte 
gra, commence a 25 ans, mais le developpement n est parl ait qu a 50 ; elle diire 
jusqu a 35 ans. La virilile lui succedc, xtas consistent, comtam, mr/lni, o s;ms 
qu on puisse neltement delinir le moment on die (nn-iit et celui on ellecesse. Ivs 
devoirs et les droits sont les memes pour ces deux qioqucs de la vie. C est 1 age de 
la puissance intelleduelle, et de la vigucur pliy>iqiu . Dientot un cli;iiiu iiiciil s o- 
pere ; consistentes jam declinare incipiunt A 60 ans la vieillesse commence; 
evidcnter patet omnet, in ilia xtatc senes dicidebere. n Elle est divisee en trois 
parties : cntda, viridisque senectus, puis la vieillesse proprement dite, et 
enfin le grand age, ultima senectus. Idle nombredes annees n est plus precise; 
bien des causes hatent ou eloignent cetle pcriode ultime ; ditas non annis sed 
viribus attimatur. n C est a 70 ans, dit Zaccbias, que 1 homme doit s eloigner des 
affaires publiques. 

La division suivante, avec quelques modifications, est admise dans les traites de 
mwlecine legale, de Hcncke, Friedreicb, Krabmer, Boscker etautres auteurs alle- 
niands : 1 la vie intra-uterine, partagee en trois pei iodcs : les 12 premieres se- 
maines, abortus ; de 13 a 40 semaines, parlus immaturus ; de 30 a 40 scmaines, 
partus prsematurus ; 2" le nouveau-ne, aetus neonatorum ; 3 la premiere enlance, 
infantia, jusqu a sept ans; 4 la seconde enfance, pueriln, \\<+r iin|iiil,err, jnsiju a 
14 on 10 ans ; 5 la puberte, 1 adolescence, la minorite, jusqu a 24 ans; 6 la vi- 
rilite, la maturite, 1 age stationnaire qui finit entre cinquante et soixante ans ; 
7 la vieillesse, partagee en deux degres, sans qu urie limite d age puisse etre exac- 
tement assignee a cette derniere periode de la vie. 

Les changements introdui ts par 1 age, graduels etd abordinsensibles, aboutissent 
ensuilc a une modification evidente qui sert a caracteriser une periode. Un signe 
saillant et un ensemble dc modifications servent de base aux divisions qu il im- 
portc de multiplier, afm d arriver a une. approximation aussi exacte que possible. 
Cinq divisions principales avec des subdivisions nombreuses marqueront 1 influence 
du temps sur nos organes. C : est dans la periode de developpement que les subdi 
visions sont plus rapprochees ct plus faciles a etablir. Depuis la conception jusqu a 
la mort naturelle, on peut admettre les periodes suivantes : 

A. La vie intra-uterine, qui comprend : 1 I embryon, periode plutot scienti- 
fique que medico-legale, 3 mois environ, jusqu a la formation du placenta et a 1 e- 
vidence du sexe; 2 le foetus non-viable, de 3 a 7 mois, epoque de 1 avortement cri- 



AGE (UEDECINE LEGALE) 

minel; 3 le foetus viable, de 7 a 9 mois, avec les signcs de la maturite croissante. 

B. L enfance, de la naissance a 14 ans, periode ou se multiplient des subdivi 
sions importanles : dans la premiere enfance, jusqu a 7 ans, 1 le nouveau-ne, 
epoque caracterisee par 1 effacement des traces de la vie fcetale, comprenant les six 
premieres semaines dc la vie extra-uterine, doi>t les premieres heures, la premiere 
semaine, ont un si grand interet en medecine legale ; 2 le nourrisson, jusqu a 
7 mois, avant 1 apparition des premieres dents; 5 Y enfant pendant la premiere 
dentition, de 7 a 28 mois, avec deux epoques de 7 a 20 mois, pour les seize premieres 
dents, de 22 a 28 mois, pour quatre dernieres molaires ; 4 de deux ans et demi 
a quatre et demi, 1 age est indique par les dents de lait encore seules ; 5 de 
quatre ans et demi a sept, les premieres grosses molaires pcrmauentes out paru 
au commencement de la periode dont la fin est signalee par la chute des premieres 
incisives ; a ces signes s ajoutent 1 accroissement general et le developpement de 
1 intelligence. Dans la seconde enfance, 6 la premiere moitie, de 7 a 11 ans, est 
caracterisee par la seconde dentition ; ici encore deux nuances peuvent etre sai- 
sics : de. 7 a 9 ans, le renouvellement des incisives ; de 9 a H , celui des molaires et 
des canines ; entin la sortie des secondes grosses molaires permanentes annonce 
la seconde moitie de la seconde enfance ; 7 de onze a quatorze ans, approche de 
la puberlc et rapide developpement de 1 organisme. 

C. La jeunesse, avec trois epoques : 1 de 15 a 18 ans, 1 adolescence, 1 etablis- 
sement graduel de la puberte, marque chez la jeune iille par la premiere menstrua 
tion; 2" de 18 a 25 ans, la virilite se consolide; 5 de 25 a 30 ans, 1 accroisse- 
inent en longueur cesse, les dcrnieres soudures osseuses se terminent, apres avoir 
marque par leur succession les quinze annees qui s ecoulent entre le commence 
ment de la puberte et le com pie t developpement. 

D. La maturite presente des divisions moins precises; la virilite confirmee, de 
50 a 45 nns ; h maturite decroissante, 1 age deretourde 45 a GO.Icilescaracteres 
exterieurs, les modifications de certaines fonctions permettent de distinguer les 
decades 30 a 40 ans, 50 a 60 ans. La cessation de la menstruation donne pour la 
femme une limite assez precise. 

E. La vieillesse presente aussi deux penodes distinctes : 60 a 75 ans, 75 a 90 
et au dela. Enlre 70 et 75 ans, se prononcent avec plus d energie les signes carac- 
terisliques, la diminution de la capacite respiratoire, et de 1 activite des princi 
pal es fonctions, les modifications du systeme osseux, du poids et de la structure 
des organes. Ici la distinction peut encore etre faite de dix en dix ans. 

Le probleme de medecine legale se pose ainsi : 1 Quel est 1 age probable de la 
personne? 2 peut-elle avoir tel ou tel age allegue ou presume? 3 Peut-on confondr 
deux ages separes par un certain nonibre d annees? Ainsi dans la celebre consulta 
tion de Louis, a 1 occasion de Buronnet, dont 1 identite avait ete meconnue, la ques 
tion suivante a ete discutee : Un liomrne de quarante-six ans peut-il passer pour uu 
homine de soixante ? Louis repondit par la negative. La question d age, en definitive, 
ne peut etre resolue qu approximativement. Le medecin indique la periode, puis 
il exprime le nombre probable des annees, avec une latitude variable, suivant les 
epoques de la vie. II fait en meme temps connaitre les circonstances qui, dans le 
cas particulier, influent sur les signes. Quelle que soit la mimiere dont le probleme 
se po;e, il est resolu par 1 ensemble des caracteres, et nos conclusions approxima- 
tives suffisent le plus souvent aux besoins de la justice. 

II. INFLUENCE DE L AGE. L age influe sur la liberte morale, sur les facultes 



AGE (MEDECINE LECALE). 

generatrices, sur les maladies et les blessures, sur les causes de mort, sur les apti 
tudes diverses; c est un element de tous les problemes, mais ccrtaines questions se 
rattachent plus specialement a des periodes determinees. La vie intra-uterine a sa 
medecine legale qui se subdivise en chapitres nombreux. L enfancc et la vieillesse 
oulevent des questions particulicres ; I 1 age mur appartient a la medecine legale 
generate. Nous jetterons un coup d oail sur quelques-uns des problemes qui parais- 
sent etre plus specialement sous la dependance de 1 age. 

1 Le discernement. A quel age commencent le discernement et la responsabi- 
lite? Certaines legislations ont r esolu la question en posant une limite fixe; ainsi 
en Allemagne, au-dessous de huit ans, de dix ou de douze, surant les 
Elals ; en Angleterre, au-dessous de sept ans, il n y a ni condamnations , ni pour- 
suites ; les fails sont abandonnes a la repression paternelle, avec ou sans la surveil 
lance des magistrals. En France, le systeme absolu de la limite d age n a point 
pivvulu; au-dessous de seize ans, la question de discernement est toujours posee, 
mais elle peut etre resolue par 1 affirmative ou la negative, suivant les circon- 
stances du fait. La presomption du nou-discernement est dans 1 esprit de la loi ; 
en ce qui concerne le temoignage, 1 enfant au-dessous de seize ans n est point 
repute posseder les qualites necessaires pour deposer sous la foi du scrment. Lors- 
que le discernement est reconnu ct qu une condamnation est prononcee, il y a 
toujours attenuation de la peine ; le h gislaleur a admis uu dr-gui moindre de 
liberte morale et par suite de responsabilite. La preuve du discernement doit 
done etre faite et le medecin peut etre appele a donner son avis. 

Chaque annee, un certain nombre d enfants au-dessous de seize ans paraissent 
devant les cours d assises; 27 en \ 858, 25 en 1859, ont ete acquittes comme ayant 
agi sans discernement, mais renvoyes dans des maisons de correction. En 1859, 
5652 enfants, ages de moins de seize ans, ont cte juges par les tribunaux correc- 
tionnels. Si Ton jette un coup d ccil sur la statistique des colonies de jeunes de 
tenus, on voit qu au l er Janvier 1859 elles contenaient 8921 enfants, 7162 gar- 
cons et 1759 filles, et que les motifs deleur detention etaient pour les neuf dixiemes 
des attentats centre les proprietes, et pour un dixieme des attentats centre les per- 
sonnes. Voici la triste nomenclature de ces fails : 





GAngoxs. 


FILLES. 


TOTAL. 


Assassinat, erapoisonnement . .... 


6 
166 


3 

26 


9 

192 


Attentats aux mceurs. . . , . . 


181 
103 


71 

24 


252 
127 




4,150 


892 


5,042 




410 


23 


433 




749 


215 


994 


Va^abondng e. . ... 


1,354 


349 


1,685 


Desobeissance a I autorite paternelle. 


63 


126 


189 



Le plus souveut les magistrals decident la queslion du discernement sans inter 
vention medicale, mais, dans un cas douteux, qui esl plus aple que le medecin a 
apprecier les faculles menlales de 1 enfant et les causes qui ont pu les alterer? Une 
experlise ile ce genre presenle comme elemenls de conviction : a. Yetat intellec- 
tuel, la faculte de connailre, la conscience, le jugemenl, la volonte. L ogoisme est 
le fond du caractere de 1 enfant, qui rapporte tout u lui et qui s irrite coalre les 

II. 12 



nici. 



178 AGE (MEDECINE LOCALE). 

obstacles. Bientot la conscience s eveille ; avant sept ans, 1 enfant distingue le bien 
du mal; il sent sa faute, mais en enfant; il sait qu un acte est coupable, sans en 
comprendre les consequences. Les instincts sont imperieux ; la volonte faible et 
mobile cede a tous les entramements. La parole semble annoncer une espece de 
raison, 1 enfant repete ce qu il a entendu dire, mais les actes temoigneat de 1 in- 
certitude du jugement etdela faiblesse de la volonte ; b. Yetat physique, lataille, 
1 embonpoint, la sante, tous les signes de developpement general. L enfant pent 
etre petit, cbetif, retarde, bien au-dessous de son age reel. On tiendra compte des 
croissances exagerees et subites qui amenent souvent rengourdissement de 1 intcl- 
ligence ; c. I approche de la puberte; une revolution morale s opere alors et 1 in- 
telligence s accroit tout a coup. Vers seize ans et au-dessus, on peut faire valoir, 
comme indice d une moindre intelligence, 1 absence complete des signes de puberte, 
arret dc deve ioppement qui porte sur tout 1 organisme; d. la morulite habitudie, 
1 education dont 1 iiifluence est capilale. La criminalite precoce a trop souvent pour 
cause I incurie et 1 e.xemple des parents. Duns certains codes allemands, la mau- 
vaise education est formellement indiquee comme motif de circonstances atte- 
nuantes (Boecker, Ger. med., p. 59) ; e. les conditions pathologiques; 1 heredite 
des lesions mentales et des propensions au crime peut eclairer le diagnostic. Les 
causes ct les signes d une lesion de 1 intelligenceseront passes en revue; f. ]e fait en 
lui-meme : \ol, indiscipline, vagabondage, attentats aux mceurs, parfois incendie 
et mcurtre. Le medecin apprecie le mobile de 1 acte, convoitise enfanline, caprice, 
colere, mecbancete, les circonstances du fait, les combinaisons employees par 1 en- 
faul, sa conduite apres la iaute. La legerete du premier age n exclut pas 1 astuce 
et la dissimulation. C est de douze a seize ans que 1 appreciation pi esente le plus 
de dillicultes. La liberle morale ne peut etre consideree comme entiere avant la ple 
nitude de la raison. L idee d education s associe necessairement a celle de repres 
sion, pour les fautes cornmises par 1 enfance; toute la difticulte reside dans 1 organi- 
sation des asiles penitentiers. 

Au-dessus de seize ans, aucune distinction legale n existe plus pour la responsa- 
bilite, si ce n est en ce qui concerne le rapt. La minorite peut-elle etre consideree 
comme une occasion de circonstance atteauante? La loi, dit Fodere (t. I, p. 72), 
ne semble-t-elle pas insinuer tacitement que, puisque jiisqu a 1 age de vingt et un 
ans un mineur n a pas la libre disposition de sa personne et de sa fortune, a plus 
forte raison doit-il etre incapable d apprecier toute la valeur des combinaisons qui 
entrent dans 1 execution dc crimes ou delits tres-compliques. Sans doute uae 
attenuation pent resulter du developpement moins completdela force morale et de 
la raison, surtout si I education a ete vicieuse ou nulle; mais la distinction du 
bien et du mal est instinctive, elle n exige pas le meme degre d inteHigence que 
la capacite civile, et 1 on comprend que 1 age de la responsabilite criminelle ait cte 
place moins haut que eel ui de la majorite. Si le jury croit que le mineur n a pas 
eu conscience de sa faute, il prononce un acquittement. 

2 La perversite precoce. Quelle valeur faut-il attribuer a cet ancien adage 
du di oil remain, adopte en Allemagne par la constitution Caroline, malitia supplet 
setatem? Existe-t-il des cas ou une perversile precoce enleve a 1 enfant le benefice 
de son age et autorise a considercr et a punir comme des crimes les acles qu il a 
commis? Plusieurs codes allemands, ceux d Autriche, de Baviere et de Saxe con* 
ticnnent des dispositions d apres lesquelles la peine n est pas adoucie pour les 
jeunes criminels, lorsqu il resulte des motifs et des circonstances du fait que 1 acte 
a ete commis, non par legerete, mais avec jugement et mechancete. En Angle- 



AGE (WEDECINE LEGALE). 

terre aussi, les enfants de sept a quatorze ans sont considerees comme etant prima 
fade doli incapaces, mais avec la reserve maiitia supptet xtatem. Devant nos 
tribunaux ceUe question a loute son importance, puisque les jures ou les jugcs ont 
toujours a se prononcer sur le fait du discernement. Sans aucun doute, d line 
maniere generale, I immaturite de la raison exclut 1 idee du crime ; la laiblecse du 
jugement et de la volonte, inherente a 1 enfance, altenue ou annule la responsa- 
bilite. Mais on rencontre des cas exceptionnels ou la perversile unie a la precocite 
de Fintelligence appellent une repression penale. Une malice innee , une deprava 
tion acquise, avec un libertinage precoce, ont conduit a des actes ou la mechan- 
cete et la cruaute s associent a la premeditation et a la ruse, ainsi qu a 1 habilete 
dans 1 execution; si le medecin constate en meme temps 1 absencede lesion mentale 
et une maturite precoce du corps et de 1 esprit, la preuve de la criminalite est 
acquise et il est juste qu elle soit siiivie del application de la peine, attenuee toujours 
pour 1 enfant au-dessous de seize ans. L idee d ameliorer le coupable dominera 
encore dans la repression. 

11 existe des exemples heureusement rares de ces perversions precoces. Marc 
rapporte, dans son Traite de la folie (t. I, p. 97), 1 observation, d apres Parent 
Duchatelet, d une jeune fille de huit ans, livree a des habitudes d onanisme 
et qui avouait hautcment son intention do tuer sas parents, pour avoir leurs 
hardes, et s abandonner sans contrainte a ses goiits depraves. Nous avons \u 
une jeune fillc de neuf ans, edifier avec art une accusation de viol, qui aurait 
ete commis sur elle par deux, jeunes gens, egarer la justice dans de longues 
recherches qui ont enfin abouti a demontrer le mensonge et I immoralite de la 
victime pretendue. Cilons ici le plus afireux exemple peut-etre de crimes com- 
mis par ua enfant (Wald., Gericht. med., t. II, p. 565). Dans 1 apres-midi du 
25 ottobre 1857, les deux, enfants F...., ages de quatre et de huit ans. les trois 
enfants d une voisine, ages de trois, de cinq et de sept ans, jouaient dans un jardin. 
Un jeune garcon de dix ans se joint a eux. 11 les conduit dans une piece isolee, 
ou se trouvait un grand coffre ; il les engage a y entrer. Les deux garcons plus 
ages se mettent voloutaii-ement dans le col fie, il y place les trois pctits. Lovsque les 
cinq enfants y sont assis, couches, serres, les uns centre les autres, 1 accuse abaisse 
le couvercle, le ferine a clel et s asseoit dessus. II n ouvre pas malgre les cris et les 
gemissements des victimes; il s eloigne, quand il n entcud plus rien, et va jouer 
avec d autres enfants. A buit heures du soir, apres de longues recherches, la 

femme F trouve les enfants dans le coffre encore ferme; quatre d entre eux 

etaient niorts, une petite fille donnait quelques signes de vie; elle succomba dans 
la nuit. Les vetementsdes victimes etaient trempes de sueur. L accuse avoua tout, 
il dit, qu il etait reste assis sur le coffre; qu il avail resiste aux supplications des 
enfants; qu une fois, ayant souleve le couvercle et voyant que la petite fille, qui 
ctait au-dessus, remuait encore, il avait referme le coffre, ainsi que les volets et la 
porte de la chambre. Son motif etait que la petite fille F.... devait mourir, parce 
qu elle avail frappesasosur. II devint evident qu il avait fait perir les quatre autres en 
fants, parce que c etaitle moyen le plus sur de les empecher de sauver la premiere. 
Lcjeuiie accuse avait de deplorables antecedenls ; al audience, iliit preuve encore de 
perversile et d insensibilile; ses reponses,ses ruses, ses mensonges attestcrcnt qu il 
avait agi avec discernemenl ; tel fut 1 avis des medacins experts. II fut condamne 
pour meurtre a cinq ans de prison. Dans un cas de ce genre, le medecin doit 
rechercher si 1 enfant n est pas atteint d alienation mentale, et le diagnostic se pose 
entre la folie et la perversite. On etudiera 1 etat physique et moral de 1 enfant, le 



180 AGE (MEDECINE LECALE). 

degre de developpement de ses facultes, les mobiles de 1 acte; quelque odieuxqn ils 
soient, la legerete peut y avoir autant de place que la perversite. Le fait suivant en 
est un exemple. H...., age de onze, deja atteint de choree a deux reprises, au mois 
de mars 1862, est pris par de jeunes garcons qui le maltraitent et le mettent dans 
unsacetle trainent dans une rue ecartee, en lui declarant qu i Is vont 1 enterrer vif. 
La viclime frappee de terreur est delivree par des voisins: peu de jours apies 
eclate une nouvelle et violente attaque de choree. Ici, c etait un jeu barbare qui pou- 
vait avoir de fatales consequences, plutot qu un acte de perversite. Les antecedents 
sont consulted comme indices de la criminalite et la question se traite conime celle 
du discernement. 

La folie est rare dans 1 enfance, mais la possibility d un desordre mental doit 
etre prise en consideration. Esquirol, Guislain, West, ont cite des cas de f otie chez 
des eniants ages de moins de onze ans. M.Brierrede Boismont releve toute Timpor- 
tance de la question en montrant que les derangements de 1 esprit observes chez 
les enfants constituent plutot des perversions des instincts, des sentiments et des 
facultes morales, que des types bien caracterises de lamanie et de la monomanie. 
Les plus mauvais penchants se revelent chez ces malheureux etres ; la mechan- 
cete, le mensonge, 1 indiscipline, la turbulence, le desir de nuire, de verser du 
sang, accompagnent le desordre mental. Le suicide a ete observe chez les enfants; 
au-dessous de quinze ans (Esquirol) ; a onze ans etadouze ans (Ollivier, d Angers), 
a neuf ans (Taylor), de neui a treize ans (Wald). Nous avons constate deux suicides 
de jeunes garcons, tous deux par pendaison, 1 un a quatorze ans, par suite de me- 
lancolie, 1 autrg a onze ans et demi, pour un motif futile. M. Durand-Fardel con 
state dans un releve statistique, qu en France, de 1835 a 1844, 134 enfants de 
1 age de cinq a quinzeans.se seraient clonne volontairement la mort. Les causes de 
ces suicides etaient des chatiments, des reproches, des mauvais traitements, sou- 
vent un trouble de 1 intclligence. L impressionnabilite de 1 enfance est excessive; 
on a vu a cet age, et West en cite un exemple, la mort etre le resultat d une pro- 
fonde emotion morale, sans maladie determinee. 

5 Fonctions genitales et puberte. La puberte exerce une notable influence sur 
les facultes intellectuelles et affectives; elle leur donne une vive impulsion, et en 
merae temps elle developpe les dispositions morbides. Divers desordres de la sensi- 
bilite etde l intelligence accompagn >nt 1 etablissement des regies. 

Les medecins legistes ont appelel attention sur des cas d incendie, d empoisonne- 
ment, de meurtre, de cruaute, offrant pour caractere particulier d etre commis par 
des jeunes gens qui paraissaient n avoir aucun motif d animosite contre leurs vic- 
times. Ces actes ont ete attribues a I inQuencc de 1 evolution genitale. On a meme 
admis, en coincidence avec la puberte et avec les premiers troubles menstruels, 
1 existence d une folie instinctive, caracterisee par la tendance a un acte parti- 
culier, et la pyromanie a ete reconnue comme espece medico-legale. Plainer, 
en 1797, plus tard Vogel, Hencke, Masius, Friedreich , Osiander, Ollivier 
d Angers, ont publie de nombreux exemples d incendies alluraes par des enfants et 
des jeunes gens, s.ms qu on put penetrer les motifs de ces actes ; ils y ont vu les 
resultats d une impulsion instinctive, accompagnee d un trouble intellectuel, au mo 
ment de la puberte, et surtout de la menstruation. La lesion instinctive dominait ; 
elle pouvait meme etre a elle seule et 1 explication de 1 acte et le signe caracteris- 
tique de la folie. Cette doctrine a etc bientot dementie par les faits. Les travaux 
de Hettich, Brefeld, Richter, Casper, ont fait justice de cette fiction. Rien ne de- 
niontre qu il existe un rapport entre le developpement irregulier des organes ge- 



AGE (MEDECINE LEGALE). ^1 

nitaux et le penchant a allumer un incendic, ni que ce penchant puisse cooxistcr 
avec 1 integrite des facultes intellectiielles et de la volonte, sous tous les an Ins 
rapports. Quelques-uns de ces jeunes incendiaires etaient reellement atteints d alid- 
nation mentale, d acces maniaques, d epilepsie, d hallucinations ; chez d autres, le 
discernement etait diminue par une faiblesse d esprit coincidant avec un arret dans 
le developpement general. Pour plusieurs, sans doute, il y avait crime ou faute 
proportionate a leur age, imprudence, legerete. On peut, en effet, admettre un 
rapport, suivant la remarque de Wald, entre le crime d incendie et 1 age de la fai 
blesse et de 1 immaturite. Aucun acte n atteint mieux son but et n a de cmbe- 
quences plus graves ; aucun n est plus facile a conimettre ct a dissimuler. 11 ne laut 
ici ni force, ni adresse; la mechancete, la vengeance, le d&sir de. nuiie et de de- 
truire, se satisfont sans difficulte . S il existe une disproportion rcellc entre 1 actc ct 
le motif, on se rappellera la legerete de 1 enfance, la perversite de certaines na 
tures; la question sera resolue comme tout autrc problcme d alieuation mentale, 
par la preuve d un etat morbide coincidant avec 1 acte incrimine. 

A quel moment de la puberte commence 1 aplilude a se reproduire? Cette 
faculte coincide, pour les jeunes garcons, avec le developpement des spermato- 
zoaires, qui peut etre de longtemps precede par I ererlinii et |iar des habitudes 
funcstes. Hclte epoque pourrait etre lixcc enirc Irci/e d. quinze ans ; des auteurs 
digues de foi affirment que des paternites out pu etre attributes a des enfants de 
cet age; la limite inferieure aurait ete neuf ans(Boeeker, Ger. med. p. 258). Au 
dela de cent ans pour I homme, on aurait encore des exemples d un coit fecond. La 
cessation dela puissance genitalea unage avauce depend bien plus de 1 aflaiblisse- 
ment des organes externes que des qualites du sperme. Chez les femmes, la mens- 
tnialion fournit un indice plus sur; mais I ouilalion, et par suite une grossesse, 
peuvent precederretablisscment des regies, ou s^ produire encore apresleur cessa 
tion. Taylor rapporte le fait de relations, suiviesde grossesse enlre une fille de onze 
ans et un garcon de seize ; la iille avait ete rcglee a dix ans. Une femme observee 
parCarus, reglee a deux ans, devint enceinte a huit. Huit a neuf ans semblentetre 
la limite inferieure pour la possibility de la conception. La fecomlite se prolongs 
parfois jusqu a unageavance, jusqu a soixante ans et au dela; ces limites extremes 
ont leur importance en medecine legale. 

4 Violences, exces contre les enfants. L exposition d enfants dans un lieu soli 
taire, severement punie par la loi, souleve des questions medico-legales qui se rap- 
portent aux effets du froid, de 1 insolation, de I inanition, et des lesions diverses 
qui peuvent accompagner 1 abandon. Lessevices et mauvais traitemcnts dont les en 
fants sont victimes forment un groupe naturel dans 1 histoire medico-legale des 
blessures. M. Tardieu a mis ces faits en lumiere dans un memoire qui renferme 
I ivnte-deux exemples decesaffreux attentats. La severite inflexible d un maitre, la 
durete d une patron avide, 1 aversion d une maratre peuvent expliquer des chatiments 
corporels meme excessifs infliges a de jeunes enfants ; mais que, des 1 age le plus 
tendres, de pauvres etres sans defense soient voues chaquejouret presque a chaque 
lieure aux plus cruels sevices, soumis aux plus dures privations, que leur vie a 
peine commencee ne soit deja qu un long martyre, que des supplices, que des tor 
tures devantlesquels I imagination recule, usent leur corps, eteignentles premieres 
Incurs de leur raison et abregent leur existence; enfin, chose incroyable, que leurs 
bourreaux soient souvent meme ceux qui leur ont donne le jour, il y a la un des 
plus elYrayants problemes qui puissent agiter 1 ame d un moraliste et la conscience 
d un jnge. )> La loi s arme ici de toute sa rigueur ; elle applique les peines relatives 



AGE (MEDECINE LEGALE). 

aux coups et blossures, au meurtre et ii 1 assassinat, a la sequestration, anx tor 
tures, a 1 emprisonnement, a 1 emploi des substances nuisibles, et dans quelqucs 
circonslances aux blessures et a 1 liomicide involontaire. 

Les victimes sont presque toujours de tres-jeunes enfants ; dans les trente- 
tlciiv observations de M. Tardieu, dix-sept fois les enfants etaient au-dessous 
de cinq ans, dont cinq ejicore a la mamelle; sept avaient de cinq a dix ans; 
six de onze a dix-sept. Nous avons vu, pour six cas, 1 age etre compris entre six 
semaines et dix ans, Les auteurs deces cruels attentats sont le plus souvent les pa- 
rents eux-memes, la mere plus que le pere, des itistituteurs ou institutrices. Les 
victimes sont aussi des enfants d un premier mariage, des enfants naturels, appar- 
tcnant a 1 un des conjoints. Nous avons vu une mere epuiser sa barbaric surlequa- 
trieme de ses enfants, qu on supposait provenir d un commerce adultere, comme 
sielle voulait se debarrasser du temoin de sa faute. Les motifs de ces actes cruels 
sont souvent insaisissables ; c est une baine sauvage que rien n assouvit; dans cer 
tains cas, on est porte, suivant la remarque de M. Tardieu, i< a attribuer a je ne 
sais qurlle aberration des sentiments affectifs ces actes de (eroce brutalite et de stu- 
pide violence accomplis par des meres denaturees et trop souvent toleres par la 
faiblesse et la lacbete du pere. Notre confrere n a jamais rencontre la folie chez 
les auteurs des actes de ce genre; la perversite, jointe a la violence et a 1 inflexibi- 
lite du caractere suffisent pour expliquer ces crimes. 

La cruaule varie les sevices et les tortures. Le defaut de soins est le premier de- 
grc. Lc nouveau-ne qui a ecbappea rinl anticide est souvent 1 objet d une negligence 
syslematique aussi fatale et plus difficile a prouver. Que I OLI interroge les lilies 
multipares qui rentrent dans les maternites, on en verra peu qui aient conserve 
leurs premiers enfants. La mortalite des enfants naturels est infiniment plus con 
siderable que celle des enfants legitimes, dans les six premiers mois de la vie; les 
differences, calculees a Strasbourg, ont etc, dans la premiere semaine, de 1 a 2; 
dans la seconde, de 1 a 3. Ces mortalites dif.erentes s expliquent en grande 
partic par la faiblesse des enfants et par la misere, mais la volonte y a sa part. 
La mort de beaucoup de ces petits etres est desiree, et sans les faire perir 
directement, la mere arrive au but, en leur marchandant Jes soins necessaires a la 
conservation de leur vie. Une alimentalion in eguliere et de mauvaise qualite, des 
vetements insuffisants, 1 action du froid, tels sont les moyens les plus ordinaires, 
qui ont bientot eteint ces existences debiles. Des mains mercenaires ne sont pas 
moins a craindre; les femmes aux quell es ces enfants sont livres s inquietent peu 
d une tacbe mal payee etd un denoument fatal dont 1 annonce est souvent accueillie 
avec joie. Lorsque 1 enfant n est age que de quelques jours on de quelques se 
maines, la mort est facile et promple. Wald rapporte plnsieurs fails de ce genre 
(t. I e1 , p. 2G6) ; a Konigsbcrg, une femme qui faisait metier d elever des nourris- 
sons etait preieree aux autres, parce qu on avail remarque que ses pupilles suc- 
combaient rapidement. Une de ces femmes avait perdu quatre nourrissons en 
quatre mois; le cinquieme presentait les traces de la mort par inanition. Lorsque 
les enfanls ont plusieurs annees, la resistance vitale est plus grande ; mais la negli 
gence n en produit pas moins les plus facheux eff ets. Tous les medecins, dans les 
hopitaux d enfants, ont vu de ces malheureux petits etres dont les maladies etaient 
evidemmeut la consequence d un defaut de soins pousse a un degre qui faisait sup- 
poser une intention criminelle. 

Inaction du froid est une des .causes de mort les plus efficaces, une des souf- 
fnuces les plus souvent infligees. L insuffisance des vetements ct du coucbage, 



AGE (MEDECINE LOCALE). 

pendant la saison rigoureuse, Imposition dirccte au froid, determinent prompte- 
mentdes pneumonies mortelles. A Lyon, une maratre, au milieu de Fhiver, plongea 
une jeune fille de onze ans dans un bain d eau ghcee, et 1 y maiutint jusqu a sa 
mort. (Ozanam, Annul, d hy., t. VI, p. 207.) Dans un des fails que nous avons 
recueillis, une mere faisait prendre un bain froid tous les soirs a un petit garcon de 
quatre ans, convalescent de rougeole. 

L inanition, chez les nouveau-nes, amene promptement la mort; la resistance, 
chez de tres-jeunes enl ants, pent cependant etre longue; on 1 a vue se prolonger 
soixante-sept lieures (Wibmer). Le plus souvent, 1 alimentalion est insufiisanle, et 
le marasme s ajoute aux autres effets des mauvais traitemenls. La cause du ma- 
rasme est evidente lorsqu il existe sans etre morbide, et lorsqu unc bonne nourri- 
ture le fait disparaitre promptement. 11 est utile de se servir de la balance pour 
apprecier ce resultat. Chez un enfant de trois ans et demi, cruellement maUraite 
par sa mere, nous avons vu le poids s elever de 7500 grammes a 9200 eu un mois, 
apres que I eni ant cut ete soustrait aux violences. La vacuite, la retraction, 1 amin- 
cissement du tube digestif, le petitesse de la rate, se renconlrent chez les vir- 
times; on remarquera surtout la dispariti in de la graisse. L absence complete de 
matiere grasse dans tous les visceres a ete consideree, par M. Letheby, de Londres, 
comme la preuve du genre de mort, dans un cas oil deux jeuncs garcons de ?rpt 
et de cinq ans avaient ete condamnes a ce supplice par la cruaule de leur pere et 
de sa concubine. Si liuanition n est possible que pour les enlants tres-jeunes ou 
clans les cas de sequestration, 1 alimentation insuffisante et de mauvaise qualite, 
accompagne presque toujours les sevices. Les aliments sont alteres et souilles 
jusqu a y meler des matieres fecales; la mere, dans un de nos cas, obligeait 1 en- 
fant a avak i 1 les matieres vornies. L introduction dos aliments pent etre i aite avec 
violence, avec une maladresse volonlaire, jusqu a donner la mort; M. Tardieu cite 
le cas d une belle-mere qui etoufi a un petit garcon de quatre aus, en faisant 
penetrer des aliments dans les voies aeriennes. 

La sequestration, plus rare, est accompagnee de faits odieux ; reclusion dans 
une cave, dans des pieces sombres et humides, dans des armoires, dans des coffres, 
enfants charges de liens, maintenus dans des positions incommodes. 

Les coups et blessures forment les sevires les plus habituels; tantot p est 
la colere qui eclate a toute occasion ; d autres fois c cst la cruaute systematique 
qui chaque jour accable la victime. Les enfants sont frappes avec des instruments 
de tout genre, renverses, pinces, egratignes, et leur corps ofire les traces irrecusa- 
bles de lesions, les unes recentes, les autres anciennes, qui indiquent la succession 
des violences. Des fractures sont souvent observres. Les blessures sont faites avec 
raffinement de cruaute. En 1865, aux assises du Bas-Rhin, un homme a ete 
condamne aux travaux forces a perpetuite pour avoir essaye de donner la mort a 
un enfant de deux ans en lui introduisant dans 1 anus une aiguille a tricoter 
longue de 27 centimetres. Le corps fut traverse de part en part, et 1 enfantsurvecut. 

Les acles de barbarie , ecrasements , brulures , mutilation , privation de 
sommeil, terreurs; toutes les tortures physiques et morales s accumnlent dans les 
actes de ce genre. Est-il un fait plus navrant, une page plus honteuse dans This- i 
toire, que le recit du long supplice iiiflige au malbeureux Dauphin, fils de i 
Louis XVI? G est le type des tortures par lesquelles le bourreau amene lentement v 
la degradation physique et morale de sa victime. L illustre Desault, charge de 1 au- 
topsie, a constate chez ce malheureux enfant les ravages de la maladie scrofuleuse, 
consequence frequente des sevices de ce genre, qui avait occasionne la mort. 



AGE (MEDECIXE LEGALE). 

Le medecin demontre le fait des violences ; il les rapporte a leurs causes, coups 
ou chilli s, accidents allegues. L aspcctdos enfants, leur physionomie exprimant la 
terreur, la repugnance qu ils eprouvent pour leurs bourreaiix, sont des indices ca- 
racteristiques. Les consequences des sevices sont ensuite appreciees ; ce sont des 
blessures, des maladies, legcres ou graves, et souvent la moit. La maladie peut 
n e tre que de courte duree; 1 enfant guerit vite, lorsqu il est confie a d autres 
mains, etsuivantla remarque de Casper, parfois le medecin s etonne, a 1 audience, 
de retrouver frais etdispos le pauvre enfant dont son rapport a depeint 1 etat deplo- 
rable. La mort est la suite de lesions traumatiques, dont les resultats doivent etre 
apprecies. L enfant peut succomher a des maladies aigues ou chroniques ; aux pre 
mieres se rapportent les effets de 1 inanition, du froid et les troubles du systeme 
nerveux; aux secondes, les alterations graves de la constitution, les affections 
scrofuleuses et toberculeuses, que determine une infraction prolongee a toutes les 
lois de I hygiene. Ici le diagnostic medico-legal presente des difficultes ; il faut faire 
la part des predispositions morbides et des influences etrangeres aux sevices ; Tap- 
pi ciation est delicate, et 1 horreur qu inspire un crime de ce genre ne doit pas 
i ii I miner le jugement de 1 expert. 

La statistique fait voir que les attentats a la pudeur sont plus souvent commis 
centre des enfants que centre des adultes ; ce sont de petites filles de trois a huit 
ans, de petits garcons impuberes qui sont victimes de ces actes odietix. Ici la 
si iluction est plus frequente que la violence ; les lesions physiques sont souvent 
milles ou pen prononcees; la defloration est incomplete ; c est par exception que 
Ton rencontre d alfreux delabrements causes par la disproportion des organes. Ces 
attentats sont souvent commis par des hommes ages, parfois par des femmes sur 
de .jeunes garcons. Des enfants eux-memes se rendent coupables de ces actes : de 
jeunes garcons de quinze a seize ans ont ete condamnes pour viol. L etat physique 
et moral de 1 accuse et de la victime, la transmission des maladies veneriennes, 
1 inlerpretation d etats morbides, la simulation, 1 appreciation du consentement 
forment une serie de problemes ou 1 age influe, mais qui se rattachent intimeraent 
a 1 histoire generale des attentats de ce genre. 

La partie moyenne de la vie n a pas de problemes qui lui sont propres ; c est 
le domaine de la medecine legale en general. Mais au declin de 1 age, des 
questions speciales peuvent se presenter. La vieillesse doit-elle etre considtree 
comme diminuant la liberte morale et par suite la responsabilite ? On repon- 
dra par la negative. Le legislateur n admet pas de presomption de non-discer- 
nement, resultant du progres de 1 age ; il ne s occupe de la vieillesse que pour 
lui accorder certaines prerogatives et pour diminuer le poids des peines que sa fai- 
blesse ne peut plus supporter. De meme, au point de vue civil, la capacite legale 
reste entiere. Si nous analysons les effets de 1 age sur les facultes intellectuelles et 
morales, nous voyons la conscience et le jugement demeurer intacts, chez le vieil- 
lard exempt de maladie; il conserve la faculte de choisir entre Je bien et le mal. 
II n en est pas moins vrai que pour tout acte criminel impute a un vieillard, il 
faut soumettre a 1 examen le plus scrupuleux 1 etat de son esprit. Un cbangement 
dans la moralite est souvent le prelude d une affection mentale. La maladie a plus 
de prise sur des organes affaiblis ; la demence senile, la paralysie generale, recon- 
uues des leur premiers signes, expliquent certains faits blamables et detruisent 
toute responsabilite. Des remarques analogues s appliquent a la captation, aux 
divers actes de la vie civile ou le discernement et la volonle peuvent faire defaut ; 



AGENESIE. 

ici encore la question se tranche par la constatation d une maladie mentale dctcr- 
minee, et non par la consideration de 1 age. G. TOUKUES, 

BIBLTOGRAPHIE. Tous les traites de medecine legale s occupent de la question des ages. Les 
indications les plus detaillees se trouvent dans Zaccliias, Fodere, Mende, Friedreich. La me 
decine leg-ale puise ses documents dans les ouvrages de physiologie, d hyyiene, de pathologic 
speciale de 1 enfance ou de la vieillesse; nous citerons les travaux suivanls, qui se rappor- 
tent plus particulierement aux signes de 1 age et a son influence, ou qui out ete entrepris 
duns un but medico-legal. 

BECLARD. Oste oge nie, in Anat. generate. Paris, 1820. BERARD. Me moire sur le rapport qui 
existe entre la direction des conduits noiirriciers el I ordre suivant lequel les cpiphijses se 
somlent. In Arch. ge n. de we d. 1855. SCIIWEGEL. Die Entwickelungsgeschichte der Kno- 
chen. Vienne, 1858. QUETELET. Taille et poids de I homme aux di/fe rents does. In Ann. 
d hijg. et med. legate, t. VI et X. LELUT. Essai d une determination de la taille moyennc, 
in Id., t. XXXI. -- TENON. Sur I accroissement du crdne huinain. Paris, 1790. CARUS. Die 
Proportionslehre der menschl. Gestalt. Leipzig, 1854. LIHARZIK. Das Gesetz des menschl. 
Wachsthumes.Wien, 1858. 

SEKTTZ. Diss. de Senectute. Argent 1025. JUNCKER. Diss. de causis qttilusdam pr;rniitt. 
Si iitrtiitis. Ibhf, 1705. DE FISCHER. De seni> ejusque gradibus et morbis. Ert., 1700. - 
MK.KIL. De marasmo senili. Halas. 1800. MEYER. Von den Verain/rrinigrii, welcheih*- irr//> 
lichen Genitaiien in liohem Alter erleiden. Bonn, 1X25. BRESUIET. Note stir />/;/<>/ ,-r 
des vieillards. In Arch. gen. de med. 1820. llm KM\N\ ci L)I:<HAMI;RE. Recherche^ rlhi/ijiirs 
pour servir a I /iistoire des maladies des vieillards. In Arch. gen. de med. Aout isn. i. - 
CAXSTATT. Die Kranhheiten des hohtn Alters und Hire He Hung. Erlangen, 18.19. BIZOT. /,V- 
cherches sur Vetat du cceur. In Mcmoires de la Socie te mMcale d e mitlalion, t. I, p. ."iSii. 
NEUCOUHT. Etatdu cceur dans la vieillesse. In Arch. gen. de med. 1843. GUII.LOT (N.) .Nc/r 
sur le charbon qui se produit dans les poumons de Ihomme pendant I dge mur. In Comptes 
rendus de CAcad. des sciences. 1844. Recherches sur les amas de charbon produits jicinuiut 
la vie dans les organcs respiratoires . In Arch. gen. de me"d. 1845. SCUOMANN. Maliim coxx 
senile. lena, 1851. DUPLAY. De I e tat du sperme chez les vieillards. In Arch., gen. de med. 
1852. GEIST. Klinik der Greisenkrankheiten. l :irtie anat. etphys., Eclangen, 1857 ; partic 
path., Erlangen, 1860. ARNOLD. Die Bindehaut der Hornhaut und der Greisen-Bogen (Arcus 
senilis}. Jleidellierg, 1800. 

Bois DE LOURY. Exhumation des debris d un cadavre. In Ann. d hygiene et de med. Ugale. 
t.II, p. 117. Examen d ossements, in Id , t. XV, p. 214. YAI.ETTE. Examen du sque/ctle 
(I un enfant, in Id., t. XVI, p. 575. BAYARD. Rapport sur plusietirs cas d identite , in Id., 
t. XXXIII, p. 579. -- TARDIEU. Observat. sur I examen du squelette dans les recherclm 
concernant I identite, in Id., t. XLI, p. 434. Nouvelles observat. sur I examen du squelette 
d : apres Bonfanti, in Id., t. XX, 2" serie, p. 114. TAROIEU. Etude medico-legate sur les se- 
vices et mauvais traitemenls exerce s sur des enfants. In Ann. d hyg. et med. legale, t. XIII. 
2 e serie, p. 507. DURAND-FARDEL. Essai sur le suicide des enfants.ln Ann. de med. psyschol. 
WEST. Ueber Geistleben und die Geist- storungen der Kindheit. In Journal der Kindcr- 
krankheiten. 1860, t. XXXV, p. 24. BRIERRE HE BOISMONT. Becherches sur I alie nation men- 
tale des enfants, et particulierement des jeunes gens. In Ann. d hyg. et de mid. legale 
2" serie, t. XX, p. 565. DELASIAUVE. De la folie occasiomu e par la menstruation. In Jmirn 
de med. mentale, t. IV, p. 241 . 

DEVERGIE (Alph.), art. Age, du Diet, deme d.prat. Paris, 1829. G. T. 

AG^NESIE (a privatif ; 7^0-15, generation, naissance) . Ce mot a etc pns dans 
deux sens differents : 1 On s en est servi pour exprimer 1 impossibilite d en- 
gendrer, la sterilite, qui est commune a 1 un et a 1 autre sexe, et qui n exclut pas 
1 aptitude a 1 acte de la generation. Quelques auteurs out confondu cette impuis- 
sance d engendrer avec 1 anaphrodisie ou absence de 1 appetit venerien (voy. ANA- 
PHRODISIE, IMPUISSANCE, STERILITE. 2 Le nom d agenesie a ete employe dans 
ces derniers temps par plusieurs anatomistes pour designer les vices de conformation 
consistant dans 1 absence de certaines parties, par suite d un arret dans leur devclop- 
pementou leur evolution primitive (voy. MONSTRUOSITES) . Onadecriten particulier, 
sous le nom d agenesie cerebrale, un etat congenial et un etat secondaire dans 



186 AGGLUTINATIFS. 

lequel i[ y a defaut de developpement ou atrophie d uu pins ou moius grand nom. 
bre de parlies de I encepliale, cequidonnelieu a une alteration des ibnctions de cet 
organe, et surtout a une paralysie plus oumoins etendue et a une contracture des 
membres (voy. ENCEPHALE). R. D. 



Agnosomie (a privat. ; yevvaco, j engendre ; <7&jy., corps). 
Nom crce par Isid. Geoffroy Saint-Hilaire pour designer 1 un des six genres de la 
famille des Celosomiens. Les caracteres des monstres agenosomes sont : une 
eventration laterale ou mediane occupant principalement la partie inlerieure de 
1 abdomen et un defaut de developpement des organes genitaux et urinaires qui 
n existent pas, ousont reduits a de simples rudiments (voy. CELOSOMIENS). 

S. DUPLAY. 
Voy. PIQUERIA. 



AGIIBJN DRAPAKOO. Voy. AMMANIE. 

AGI. Voy. DIUMYS. 
AGILA. Voy. ALOEXYLON. 

AGGLUTIIVATIFS (a g glut in are, coller). On designait jadis sous ce nom 
des remedes auxquels on atlribuait la proprie e de recoller les parties divisees. 
On entend aujourd hui par agglutinatifs des substances susceptibles d adherer 
aux parties sur lesquelles on les applique, et particulierement deslinees a main- 
tenir en contact les levres des plaies. 

Tous les emplatres propremeut dits sont agglu inatifs ; ceux que Ton cmploie 
generalement a la reunion des plaies sont : 1 emplatre simple agglutinatif, compose 
de 6 parties d emplatre simple et de 1 partie de poix blanche ; 1 emplatre agglu- 
tinatil d Andre de la Croix, contenant 8 parlies de poix blanche, 2 de mine 
elemi, 1 de terebenthine pure, 1 d huile de laurier ; 1 emplatre de diachylon 
gonime, fait avec 48 parlies d emplatre simple, 3 de cire jaune, 3 de tereben 
thine, 5 de poix blanche, 1 de gomme ammoniaque, 1 de bdellium, 1 de galba- 
num et \ de sagapenum. 

L ichthyocolle, ou collede poisson, preparee avec la vessie natatoire de 1 estur- 
geon ; la gomme arabique ; le collodion, forme d une solution elheree c e coton- 
poudre, dans la proportion de : coton-poudre 1 partie, alcool a 54 1 paifie, ether 
a 56 16 parlies, out ete appliques au meme usage. 

Les agglufinatifs sont employes sous la forme de sparadraps, c est-a-dire de 
fe .iilles de papier, de pieces d etoffes, de pellicules membraneuses comme la 
kmdruche, sur lesquelles ils sont etendus en couche d une epaisseur convenable 
et avec lesquelles ils font corps. 

Le sparadrap de diachylon gomme est le plus usite des agglutinatifs : il est 
prepare en bandes de toile de colon, larges de 10 a 15 centimetres, longues d un 
metre environ, et enduiles d emplatre d un seal cote, II a Vincoirvenient de n etre 
pas toujours assez adherent, lorsque la temperature est basse ; de se seeder et de 
s ecailler, lorsqu il est prepare depuis longtemps : aussi faut-il souvent 1 echaulfer 
sur un rechaud, au moment de 1 appliquer, et convient-il de faire varier, suivant 
la saison, la proportion de terebenlhine qui entre dans sa composition, aiin de le 
rendre plus ou moins souple. Le meilleur moyen de le conserver est de le rouler 



AGGUITINATIFS. 1^ 

en cylindres que Ton renfermc dans des boites en fer-blanc, apres 1 avoir preala- 
blement enveloppe de papier imbibe d buile de lin. II determine quelquefois, 
dans Ie lieu meme de son contact avec la peau, une rougeur erysipclateuse, la 
plnpart du temps bornee, mais qui peut elre le point de depart d na erysipelo 
veritable et etendu. 

Lc sparadrap a 1 ichthyocolle est compose d un tissu de sole noire, rose on 
blanche, sur 1 un des cotes duquella colle depoisson, dissoute dans 1 eau melangee 
d alcool et parfumee avec le baume de Toln, est etenclue avec un pinceau. Ainsi 
prepare, il porte le nom de taffetas d Angleterre, ct se debite en pieces carrees 
d un decimetre de cote. Le calicot noir ou blanc remplace trc-s-hicn la soie : il lui 
a i lc sultstitue dans leshopitaux militaircs, ou Ton sc sort quelquefois d un spara 
drap a 1 ichthyocolle, connu sous le nom de percaline adhesive, et prepare en 
bandes comme le sparadrap de diachylon. Get agglutinatif se conserve parfaitement, 
qualite precieuse pour les approvisionnements des ambulances d armee; mais 
il a besoin d etre mouille pour etre applique, et il adhere mieux lorsqu il a etc 
mouille avec de 1 eau cbaude qu avec de 1 eau froide : il f aut prendre garde de ne 
pas le laisser plonger dans 1 eau trop longtemps, afin de ne pas dissoudre cnlierc- 
ment la couche de matierc adhesive. II ne donne pas lieu comme le precedent a 
1 erysipele ; il adhere plus solidement, mais son adhesion n est pas aussi rapide; 
il relient souvcnt au-dessous do lui les liquides qui s echappent des plaics; il 
durcit, se recroqueville sur les bords, dcvient incommode et rend les pansements 
plus longs et plus douloureux, lorsqu il s agit del enlever. 

La baudruche, generalement enduite d ichthyocolle ou dc gomme sur 1 un ct 
1 autre cole, afin qu elle ne se recroqueville pas, est moins raaniable que les 
sparadraps precedents, ne s emploie guere que pour reunir de tres-petites plaies 
ou pour mettre de legeres ecorchures a 1 abri du contact de 1 air, et n a d autre 
avantage que sa transparence, qui la rend a peine visible. 

Depuis quelque temps on emploic beaucoup comme agglutinatif unc etoffe par- 
ticuliere nommeemarceline, enduite de diverses substances adhesives, et plus s| - 
cialement dc baume du Commandeur tenant en dissolution diverses substances 
resineuses. On prepare de la meme maniere des papiers adlievifs eiepispastiques; 
ce que Ton connait sous le nom de papier chimique n estautre chose que du papier 
encluit d une matiere emplastique, et Ton designe sous Ie nom de toile de mai du 
calicot enduit sur ses deux faces avec le melange suivant : circ blanche 8, huile 
d olives4. 

Le collodion peut etre employe avec ou sans 1 intermediaire d un tissu. On 
1 etend en couche mince, a 1 aide d un pinceau de poils de blaireau ou de charpie, 
sur les parties que Ton veut maintenir reunies. Reserve, en general, pour les 
plaies snperficielles et de peu d etendue siegeant au visage, il peut servir, nean- 
moins, a la reunion de plaies considerables, et meme de plaies resultant d ampu- 
tations ; a cet eifet, on imbibe de collodion des bandelettes de linge que Ton 
applique de la meme maniere que les autres bandelettes agghitinatives et comme 
nous le dirons tout a 1 heure. II a 1 avantage, lorsqu il est bien prepare et bien 
app ique, de rester adherent malgre 1 humidite, la suppuration, etc., attcndu 
qu il n est dissous que par un melange d alcool et d ether : mais il est, par cela 
meme, tres-difficile a enlever. Son contact sur les plaies et les muqueuses est fort 
douloureux; il faut, pour qu il adhere, que les parties soient parfaitement seches. 
Sa composition meme rend son application difficile ; a peine est-il en contact avec 
la peau que Tether se vaporise; la couche en rapport avec ratmosphere se des- 



188 AGGI.UTINATIFS. 

seche imnieuiatement et forme un vernis au-dessous duquel se developpent des 
bulles de vapeur d elher qui le soulevent et le decollent. It n a pas realise les espe- 
rances qu il avail (ait coucevoir, et il est, de tousles agglutinatifs, celui dontl usage 
est le plus restreint. Toutefois on a obvie a la plupavt des inconvenients qu on 
lui reproche eu le rendant elastique par 1 addition de 5 pour 100 d huile de ricin. 

Tous les agglutinatifs peuvent etre employes en ecussons, d une longueur, 
d une largeur et d une forme en rapport avec 1 etendue de la plaie a reunir, et 
a\ec la region que celle-ci occupe. Les ecussons sont pleins, lorsque la plaie est 
petite, taillades en forme de gril lorsque la plaie est plus grande et qu ellefournit 
des liquides qui peuvent ainsi s echapper, sans obliger a enlever ou a deranger 
1 agglutinatif. 

Les a^bilinatifs servaient autrefois a pratiquer la suture seche. On collait, sur 
cliacune des levres de la solution de continuite, une bande plus ou moins large de 
sparadrap agglutinatif dont un des bords, droit ou dentele, correspondait a la 
plaie, et on reunissait les bords opposes, en nouant les iils qui les garnissaient 
prealablement, tm par une suture on surjet. Le peu d actiou de cette suture 1 a 
1 ait abandonner. 

Les sparadraps agglutinatifs sont generalement employes sous la forme de ban 
delettes separees. On decoupe le sparadrap de diachylon ou la percaline adlieshr 
en bandelettes d une largeur unilbrme dans toute leur etendue, variant dc un 
a deux rrnliniMivs, ( >[, il mie longueur proportionnee a 1 action qu on veut en 
obtenir ou a la region sur laquel e dies doivent etre appliquees : on fait, en 
general, les bandelettes beaucoup trop courtes, ce qui nuit a la solidite de leur 
application. 

Apres avoir rase les poils qui s opposeraient a 1 adhesion exacte de la substance ag 
glutinative et dont le tiraillement, a la levee de 1 appareil, provoquerait des douleurs; 
apres avoir convenablement lave et seche la plaie et les parties voisines, on peut 
appliquer les bandelettes de deux, manieres. Dans la premiere, une des moities de 
la bandelette est collee et maintenue sur 1 un des cotes de la plaie ; son plein est 
passe par-dessus les bords rapprocbes de la division ; enfm, son autre moitie est 
adaplee sur le cote oppose de la solution de continuite. La premiere bandelette 
doit etre appliquee sur la partie moyenne de la plaie ; les autres le sont alterna- 
tivement au-dessus et au-dessous de la premiere, et a une distance suffisante les 
unes des autres pour qu elles ne laissent aucun hiatus dans les bords de la bles- 
sure. La seconde maniere de placer les bandelettes consiste a appliquer sur la 
region opposee a la plaie le plein d une bandelette assez longue [our faire une 
fois et demie le tour du membre ou de la region lesee : les deux extremites de la 
bandelette ramenees vers la blessure en rapprochent naturellcment les bords, sont 
entrecroisees au-devant d eux, puis appliquees et maintenues de cbaque cote. On 
peut, dans ce cas, commencer 1 application des bandelettes par la partie moyenne 
de la plaie ou par son angle le plus declive. On obtient, par ce moyen, une coap- 
talionplus exacte que par le premier; neanmoins, il expose, par la constriction cir- 
culaire qu il exerce, a la gene de la circulation et an gonflement. 

La direction donnee aux bandelettes doit etre generalement perpendicnlaire a 
celle de la plaie ; cependant elle peut etre oblique et variee, dans le cas ou la plaie 
est courbe ou irreguliere. Le degre de constriction exerce par les bandelettes ne 
doit jamais etre assez considerable pour determiner 1 etranglement des parties, ou 
la compression des tissus sur des saillies osseuses, compression qui peut amener 
la formation de petites escbares gangreneuses : afin d eviter ce dernier accident, 



AGLAOPHOTIS. 189 

on interpose quelquefois des compresses graduees entre les teguments et les ban- 
delettes, an voisinage et do chaque cote de la plaie. 

Lesbandclettes agglutinatives sont souvent laissees en place jusqu a ce qn elles se 
detachent spontanement. Lorsqu on vent les enlever, on lesdecolleisolementl une 
apres 1 autre, ou toules ensemble. II est de regie, pour proceder a cette operation, 
de soutenir les bords de la plaic avec le pouceet 1 index, de commencer a decoller 
par leurs deux extremites, et jusqu au voisinage de la plaie, les bandelettes que 
Ton saisit ensuite par les deux bouts, et qu on enleve perpendiculairement a la 
solution de continuite. S il est necessaire de mettre de nouvelles bandelettes, on 
applique celles-ci comme on a applique les premieres, ou au fur et amesure qu on 
enleve les anciennes. 

La substance adhesive se detache quelquefois du tis su et reste collee sur les 
parties : un liquide colore en noir par le sulfure de plomb resultant de la reaction 
de 1 hydrogene sulfure fourni par la plaie sur I emplatre diachylon, recouvre la 
surface des bandelettes, lorsque celles-ci sont restees en place pendant un certain 
temps, et la surface de la plaie elle-meme. Un lavage a 1 eau tiede suffit gene- 
ralement pour debarrasser les parties de ces souillures ; delegeres frictions avec de 
1 huile, del essence de terebenthine ou de 1 alcool en enlevent jusqu aux drinirirs 
traces. Hans certaines circonstances, par exemple chcz los personnes qni fruqiien- 
tent les eaux sulfureuses, on substitue les cinpl.-ilres a base de zinc a cenx qui 
sont prepares an plomb, pour empecher la formation de ce snlt ure noir. 

Les bandelettes agglutinatives, aidees de la position, suffisent, dans la pkipart 
des cas, pour amencr un atfrontement exact des levres et des parois des plaies peu 
profondes. Quand les plaies interessent les muscles, qu elles siegent sur des parties 
clont la mobilite ou la disposition compromettrait la coaptation, qu elles peuvent 
receler dans leurs anfractuosites des liquides dont ^ accumulation donnerait lieu 
a un abces, elles doivent etre ramies par d autres moyens auxquels les bandelrllrs 
servcnt d adjuvants. Cependant les bandcleltes sont employees au pansement des 
amputations ; si elles n aflrontent veritablement que les levres des lambeaux, elles 
nwintiennent neanmoins ceux-ci dans toute leur etendue et favorisent la bonne 
conformation des moignons. 

Les services que peuvent rendre les agglutinatifs ne se bornent pas a la reunion 
des plaies simples. 11s sont souvent mis en usage dans le pansement des plaies 
avec pertes de substances, des plaies contuses, des plaies dechirees dont ils 
abregent la diiree de la guerison; dans celui des plaies articulaires, des plaies 
penetrantes des cavites splancbniques, qu ils mettent a 1 abri du contact ou de 
1 introduction de 1 air. Les vieux ulceres, certaines plaies suppurantes sontquelque- 
fois traitees par des cuirasses immobiles confectionnees avec des bandelettes agglu 
tiuatives, qui, dans ces cas, agissent par la compression exacte qu elles exercent, 
en meme temps qu elles participent de 1 action des pansements rares. Enfin, les 
bandelettes agglutinatives servent quelquefois a maintenir des topiques ou des 
pieces de pansement sur des regions qui ne se preterit que difficilement a 1 appli- 
cation d un bandage. Dans ces derniers temps, elles ont ete employees, avec avan- 
tage, a relier les attelles de quelques appareils a fractures, et meme a construire, 
de toutes pieces, des appareils pour certaines fractures, telles que les fractures d2 
ol ecrane et de la rotule. LEGOUEST. 

AGGUR, AGGURA. Voy. AlOEXYLON. 
AGLAOPIIOT1S. Voy. PlVOIIfB. 



10n AGLOSSE. 

AGLEJIOUTES. Voy. ESKIM.VUX. 

ACIOSSE i ay/w77 ,:, sans langue, et par extension, sanstrompe). Genred in- 
secte- lepiddpteres nocturnes, fonde par Latreille et place par Duponchel parmi la 
familledesPyralites;ilestcaraeterise par la trompe rudimentaire ou a peine visible, 
et par. les ailes, formant avec le corps un triangle presque horizontal. On di>tiii^uc 
aujourd lmi deux especes d Aglosxe , dont les chenilles vivent cle substances ani- 
males. Je vais exposer lenrs caracteivs dillerenliels el leurs mceurs. 

1 L Aglosse de la graisse, A glossa pit/git inalis Linne; Crambus pingid-i Fa- 
bricins, a la lete, le corselet ct les ailes superieures d un gris { once et bronze; les 
ailes offrent des laches noiratres, nombreuses, ft di>posees enl>aud< s Iransvers:! - 
!. > ailes infericures sent en dessus d un brun noiratre. Le dessous du corps, ailes, 
\riidv. ct |iattes, est d un cendre jaunatre. La fenielle pond un petit monceau 
d oeufs tasses les uns centre les aulres, et d ou sorleiit des chenilles qui se Iron- 
vent dans les cuisines et les offices, ou elles mangent la graisse, le benrre et d au- 
tres corps gras. A lY-tat adnlte, la chenille est rase, luisante, d un hrun noiratre 
avec une plaque ecailleuse sur le premier segment du corps ; elle est longue d en- 
vimu vingt-sepl a trente millimetres. La couleur est d un lirun noiratre, mais cha- 
que anneau, sauf le premier, est parlage en deux parties, dont I anlerieure est d un 
brim plus dair, la poslerieure, au contraire, d un brun noir ; la tete, la plaque 
irailleuse preeitee et la parlie terminale du corps sont d un brun roassiitre, ainsi 
que les pattes ; celles-ci au uombre de seize. Enlin, le dessous du corps a sur cha- 
cnn des anneaux, une bandc transversale ronssatre. 

La chrjsalide est d un rou-c bnuintre, ou d nne teinte marron sans eclat. 

Rolander a donne sur les chenilles de \ A. pinguinalis les details Miivanl- : 
elles se nourrissent de lard, de beurre et de \i.uide seche; il les a vues mangeant 
Je beurre et le lard avec avidile ; il leur a i rolle tout le corps avec du lard et du 
l.icurrc satis qu elles aient paru en souffrir, taudis ip.ie les chenill s nrdiuaires 
nieurent des qu on bouche lenrs stigmates avec de 1 huile ou unematii . Le 

savant suedois Tail observer que ces chenilles peuvent cacher leurs stigmates dans les 
replis de la pean,evilant ainsi qu ils soient bouches par les malic-res grasses qui les 
environneut. J ajouterai que celte occlusion des stigmates explique pourquoi ces 
in-crtes out pu, apres avoir cte reuleinies dans le tube digestif, .etre expulses a 
1 etal vivant. 

De Gcer n a traite ces chenilles qu au moment ou elles grimpaient centre les 
murs des appartements et lor^qu elles allaient se transformer. 

Linne a indique la presence de la chenille de celte c-spece dans 1 estomac de 
1 homme. M. Hope a rapporte deux nnuveanx examples de ce lait, et d autres ont 
fte MgnalfS dans les recueils de meclecine. 

2 L .-\glns>e cuivvee, Aglossa cuprealis, Pyralis cnprcalis Huhner, a ete ob- 
servee par Reaumur et souvent conlondue par les auteurs avec la precedente. Le 
papillon est d une couleur rougeatreet bronzee, avec des laches disposees en baticles 
transversales brunes; le dessous du corps est d un jaune pale et bronze. 

La chenille, que lieaumur appelle fausse teigne des cuirs, est d une couleur 
d ardoise foncee, ou nieme noire, a peau luisante, avec quelques polls blancs, 
rares et tres-espaces. Les chenilles observees par ce naturaliste s etaient etablies 
sur quelques livres laisses a la campagne pendant 1 hiver et en araient ronge la 
suiiace; d autres avaient ete trouvees sur de vieux morceaux de cuir. Ainsi que 
les fausses teignes de la cire, qui vhent dans les ruches d abeilles, les chenilles de 



AGONIE. 101 

1 Aglosse cuivree font un long tuyau qu elles attachent centre les corps qu elles 
rongent journellement ; elles recouvrent ce tuyau de grains qui ne sont autre chose 
que leurs excrements. 

I Reaumur a egalement decouvert sous 1 ecorce des ormes, au mois de Janvier, des 
chenilles parfaitement serablablos aux fausses teignes domestiques qui mangent le 
cuir. II s est assure que les cadavres d insectes, les chrysalides de papillons, peu- 
vent leur servir de nourriture; des insectes desseehes et de diverses es|eces donnes 
a ces chenilles leur ont convenu, aussi bien que le cuir, servi en meme temps. 

Pour se transformer les chenilles filent un cocon de soie blanche qu elles re 
couvrent de leurs excrements, sous forme de petits grains noirs. 

On n a pas encore signals la chenille dc YAfilimsa cuprealis comme nuisible a 
1 homme, mais cette espece se trouvant dans les maisons comme I Aglossa pin- 
guinalis, pourrait s introduire comme elle dans le tube digestif avec les matieres 



grasses. 



Linne clisait que parmi les vers, il n y en a pas de plus mauvais que ceux de 
YAglossa pingvinalis. II conscille de les expulser avec le liclten qu il nommc 
curvatilis. Dans les cas, prohablement tres-rares, ou le medecin croirait a la pre 
sence de ces chenilles dans les voles alimentaires, il devrait se h.iln dc les 1 aire 
renclre au dehors au moyen d un vomitif. A. LABOULBLNE. 

REAUMUR. Memoir es pour servir a I histoire des insectes, t. Ill, p. 270 et suiv., jd. 20, fig. 5. 
all. 1737. HoLAmnR. In Me moires de I Academic de Suede. Annce 1755, p. 51, tab. II. 
DE GEER. In Mvmo .res pour servir h I histoire des insectes, t. II, p. 571, pi. 0, %. 9 a 12, 
1781. HOPE (F. W.). On Insects and their L /rvx occasionally found in the Iliininn Body. 
In Transactions of the Entomological Society of London. Vol. II, p. 256 et 26i. 1840. A. L. 

AGNEAU DE SCYTHIS. Norn donne, au moyen age, a nn pretendu animal 
qu on appelait encore Agneau de Tartarie, et qui, suivant phisieurs voyageurs, au- 
raitvecu sous terredansle nord dc 1 Asie, en Tartarie, en Chine, en Cochinchine. 
Li s populations lui attribuaicnt des vertus medicales singulieres. Kampfer fut le 
premier qui, dans ses Amamitates exoticx, rcduisit toutcs ces fables a Icnr juste 
valour. II a demontre, dansle fascicule III deson ouvrage, quel Agiieau deScythie 
estune Fougerc. Sa tige, longue d un pied environ, se dirige horizontalement au- 
dessus du sol, et elle est supportee par un petit nombre de racines qui simulent 
grossierement les pieds d un quadrupede. Toute sa surface est chargee de poils 
soyeux jaune fonce ou brun clair. D ailleurs, les habitants taillaient et faconnaient 
laplante demaniere a lui donner plus de ressemblance encore avec un agneau. Les 
cryptogamistes ont donne acettc plante les noms dc Polypodium Barometz L., et 
KAspidium Baromelz W. Ses proprietes doivent etre en realile les memes que 
celles des souches de diverses fougeres employees comme atneres, astringentes, an- 
thelmintiques. De plus, les poils attendants qui couvrent la surface ont etc utilises 
comme succedanes de 1 amadou pour arreter les hemorrhagies. H. BN. 

ACiftUS-CASTUS. Nom d une espece du genre GATTILIER (voy, ce mot). 

AGONIE (etyav, combat). La vie peut cesser brusquement, que ce coup vienne 
surprendre 1 homme au milieu d une sante florissante, ou bien que ce soil le de- 
noument d une maladie plus ou moins grave et ancienne. C est la mort subite. 

Elle peut decroitre d une maniere unifornie et s aneantir par Taffaiblissement 
potisse jusqu a 1 extreme de toutcs les fonclions qui simultaiiement cessent de 



192 AGONIE. 

s accomplir. Ce genre de mort, terminaison des maladies les plus diverses, 
a son type dans ce que Ton appelle la mort naturelle. D autres fois, les derniers 
instants de la vie, Ir.-uidicnt nettement sur ceux qui les ont precedes, par une 
extinction desharmonique et pourtant encore graduelle, des fonctions vitales. 

C est a cette periocle, caracterisee par un ensemble de phenomenes a pen jnes 
identiques, quellc que soit 1 affection a laquelle succombe le malade, que Ton a 
donne le nom A Agonie. 

l_ agonisant est couche sur le dos, la tete renversee en arriere, ou bien au con- 
traire, inclineeen avant. II acesse d etre en relation avec le monde exterieur; plus 
de connaissance, plus de sensations,, plus de voix. Le corps est souvent dans la 
resolution, et c est a peine si, de temps en temps, on observe des contractions 
fibrillaires, des soubresauts de tendons, et du cote des membivs, quelques 
mouvemenls f aibles et sans but appreciable, presque toujours provoques par la 
sensibilite reflexc, la seule qui ne soit pas encore atteinte Les yeux, a demi clos ou 
largement ouverts, sont immobiles. 11 n y a plus de clignotement. Les cornees, 
dessecbees et tcrnes, rappellent celles d un cadavre. Les pupilles, presque toujours 
dilutees, restent insensibles a 1 influence de la lumiere. Le nez est effile et froid, 
les pommettes saillantcs, les tempes creusees et arides. La bouche, beante, semblc 
faire un appel a 1 air qui manque aumoribond. La cavite buccale estdessechee et les 
levres, comme fletries, sont collecs sur les arcades dentaires, qui preeminent deme- 
surement. La respiration est bruyante, saccadee, et Ton entend a distance des rales 
ct quelquefois un veritable gargouillement, dus a 1 obstruction des voies bronchiques 
par d abondantes mucosites. La temperature du gaz expulse par 1 expiration semblc 
s etre abaissee, et chez les choleriques, suivant Doyere, la proportion de son acide 
carbonique tombcrait au-dessous de la normale. On voit, a chaque mouvement 
respiraloire, le larynx s clever et s abaisser alternativement, comme si 1 air etait 
drgluti, la dilatation du thorax etant insullisaute a le faire penetrer dans les pou- 
mons. Le pouls est petit, en general accelere, parfois irregulier et intermittent. Si 
Ton vient a ausculter le cceur, on constate 1 afiaiblissementdeses bruits, et la main 
appliquee sur la region prccordi ale, nepercoit plusde cboc. Lapeau, dont la tem 
perature habituellement plus basse, est quelquefois plus elevee que dans les autres 
pcriodesde lamaladie, comme Doyere 1 a observe pendant 1 agonie des choleriques, 
se couvre souvent d une sueur visqueuse. 

Telle est la pbysionomie de 1 agonisant dans le plus grand nombre des cas, c cst- 
a-dire toutes les fois que la moit est la consequence d une maladie qui a durc un 
cerium temps; mais si elle est survenue tres-rapidement, comme chez quelques 
apoplectiques il faudrait ajouter plus d un trait, en attenuer et meme en eifacer 
d autres, et en particulier tous ceux du facies hippocratique, qui caracterisent 1 ago- 
nie des maladies chroniques. 

Dans cet apercu de 1 agonie, nous avons omis a dessein un grand nom 
bre de particularity propres a chacune des affections dont elle est le terme, 
comme incompatibles avec une description generale. Le tableau que nous ve- 
nons d esquisser ne reste pas toujours le meme tant que dure 1 agonie, et ce dernier 
instant de 1 existence a encore sesperiodes. 

Tantot elle succede a du delire, tantot elle est precedee par une ou plusieurs 
perles de connaissance que 1 on a confondues avec elle et qui n en sont que le 
prelude. D ordinaire, apres avoir debute d une maniere insensible, elle s accentue 
rapidement. Toute trace de sensibilite s efface, ces mouvements convulsifs dont 
nous avons parle, disparaissc;: , ; ceux de la respiration s afiaiblissent et s eloignent. 



AGONIE. 193 

Les rales tracheaux ct larynges s eteignent. Le pouls est insensible et 1 oiville la 
jAus attentive a cle la peine a constater les derniers fremissemcnts du coeur. La 
i ace devient cadavereuse, le souffle qui s exhale par la Louche se rarefie de plus 
en plus enfin, tout se terraine par un dernier raouvement expiratoire, quelque- 
fois si faible, que 1 assistant n ose affirmc la movt. Dans d autres cas, la fin de 
1 agonie est marquee par un cri, un soupir ou par quelques mouvements con- 
\ulsifs, qui aft cctent surtout les yeux et la bouche. II est assez difficile d indiquer 
d une maniere generate sa duree; elle depasse rarement vingt-quatre ou quarante- 
liuit heures, et nous nc saurions admettre avec quelques medecins, qu elle puisse 
durer plusieurs jours et meme plusieurs seraaines, cela, parce que de vcritables 
remissions ct meme le retour a la connaissance pendant un certain temps, se 
manifestent habituellement dans ces agonies a longue eclieance. Qui oserait, en 
?ffet, considerer comme un agonisant, celui qui durant plusieurs beures, jouit de 
ses sens et de son intelligence et dont les mouvements s accomplissent dans les 
limites permisespar Inflection dont il est atteint. C est la un malade dont la mort 
peut etre certaine et procbe, mais dont 1 agonie n a pas encore commence, la 
continuite des phenomencs qui la constituent etantun deses caractercs. 

L idee que se font de 1 agonie les auteurs dont nous combatlons la maniere de 
voir, est beaucoup trop comprehensive et nous semhle prctev a la confusion. Sa 
fin est marquee par le dernier battement du cccur, mais son debut, temps tres- 
court, dont nous concevons theoriquement 1 existence, ne peut, en pratique, etre 
determine avec precision. Ce n est qu apres avoir constate 1 ensemble des pheno- 
menes decrits precedemment, que 1 obsei vateur pourra se prononcer ; encore, 
devia-t-il faire des reserves, si la maladie n a pas eu une marche regulierement 
croissante etsi elle n a pas dure un certain temps, car nous verrons que 1 agonie 
peut etre simulee par des etats morbides compatibles avec un retablissement quel- 
quefois assez prompt. Telles sont, pour ne citer qu un exemple, beaucoup d affec- 
tions cerebrates, surtout parmi celles qui ont ete rassemblees sous la denomina 
tion d apoplcxies. 

Y a-t-il des maladies dont 1 agonie soil la terminaison necessaire? Une 
question posee d une maniere aussi absolue, ne peut etre resolue que par la 
negative, car un accident toujours imminent pour le moribond, la syncope, peut, 
par sa brusque survenue, dormer un dementi aux conjectures les plus solidement 
Payees. Cepcndant, on s accorde a considerer les affections cerebrates etla plupart 
des maladies chroniques, comme ayant pour terminaison habituelle, celle qui fait 
le sujet de notre etude. 

Apres avoir fait 1 histoire objective de cette periode ultime de la vie, essayons 
de 1 etudier d une maniere plus intime ; recherchons comment s y enchainent et 
s y subordonnent les phenomenes; voyons s il en est un qui, primant tousles au- 
tres, puisse servir de base a 1 edification une theorie de 1 agonie? 

Ce mot, comme les termes grecs ywv et ayuvia dont il est la traduction, signilic 
combat, angoisse. - - Aussi, dans la plupart des definitions classiques, 1 idee de 
lutte cst-elle plus ou moins nettement exprimee; il s agit toujours d un combat 
supreme, le dernier que la mort livre a la vie. Cette maniere devoir ne nous sem- 
ble pas juste. Tant que dure la lutte, on peut esperer que la resistance vitale 1 em- 
]>ortera. Quand 1 agonic est commencee, la lutte est fmie, les forces qui resis- 
taient aux causes de destruction sont aneanties, plus de recours, la vie vaincuc 
n est plus qu apparente, la mort triomphe, elle existe en puissance sinon reelle- 
ment, et, si Ton vait nous permdtie une comparaison qui doime une forme plus 

D.CT. .\C. II. 15 



194 AGONIE. 

plast.ique a notre pensee, nous dirons : 1 agonie, ce n est pas le vent, agitant vio- 
Icmmcnt la torche enflammee, c est cette lumee qui enveloppe la torche incandes- 
cente encore, mais dont la flamme vient de s eteindre. 

Nousavons dit que 1 agonisant tombait dans la resolution, qu il perdait 1 usage 
de ses sens et de son intelligence, mais que les autres fonctions, y compris celles 
du coeur et du poumon, bien que notablement alterees, s accomplissaient encore; 
en un mot, que la vie organique survivait a la vie animate; aussi, comme nous 
allons le demontrer, est-ce dans la mort primitive du cerveau, qu il faut cherchur 
la cause de 1 agonie. Le type de cet etat nous est fourni par les apoplexies cere- 
brales dites foudroy antes, car certains epanchements, tout en ne determinant 
jamais une mort instantanee, tuent au bout de quelques heures; et si Ton veut 
bien se rappeler 1 ensemble symptomatologique que 1 oa observe en ce cas, onverra 
que la maladie toute entiere est une agonie des plus tranches. Ici 1 embarras est 
impossible, I aneantissement primitif des fonctions cerebrales pcut etre seul incri- 
mine. II en est de meme, toutes les fois que la mort resulte d une affection du 
cerveau ; car si 1 agonie ne se trouve pas alors aussi nettement dcgagee de toute 
autre periode morbide, que dans le cas d apoplexie foudroyante, si au contraire, elle 
n est que le terme d une maladie plus ou moins longue, si ses phenomenes carac- 
teristiques, au lieu de se produire d emblee, ne se manifestent que tardivement, 
c est encore dans le cerveau qu il faut chercher leur origine. Que se passe-t-il, 
lorsque le cceur ou le poumon sont primitivement frappes? Si cela a lieu d uue 
maniere brusque et radicale, la mort est instantanee; mais si de cette atteinte ii 
resulte des maladies dont la terminaison plus ou moins rapide est 1 agonie, celle-ci 
ne debute qu avec la perte de connaissance et I aneantissement des sensations et 
du mouvement, c est-a-dire avec 1 extinction des fonctions cerebrales. Cette remar- 
que est applicable, quel que soit le point de depart de 1 affection qui determiners la 
mort; ainsi, I on est autorise a admettre que dans toute maladie se terminant par 
un etat d agonie, la mort du cerveau precede celle des autres organes. 

L agonie est done ce temps pendant lequel le moribond survit a la mort de son 
cerveuu. Nous sommes loin de nous dissimuler tout ce qu il y a d imparfait dans 
cette definition, et son seul merite est de resumer en une formule concise, les 
considerations precedentes. 

En terminant, nous croyons devoir signaler les difficultes que feront surgir cer- 
taines questions de diagnostic. On sait, en efiet, qu en dehors de la periode mor- 
bide.ou la mort est imminente, les manifestations cerebrales peuvent etre masquees 
a ce pomt, qu il en resulte un etat simulant 1 agonie*. Pourra-t-on, le cas echeant, 
decider s il s agit d une apparence ou de la realite? S il est permis d aifirraer que 
Ton a affaire a une agonie veritable quand elle se manifeste a la tin d une maladie 
chronique, on ne saurait etre trop circonspect dans le cas d une apoplexie cerebrale, 
pur exemple. - - On sait, en efiet, qu au moment ou celle-ci vient de se produire, 
qu elle soit foudroyante ou qu elle ait pour consequence une simple hemiplegie, il 
y a presque toujours resolution des membres, aneantissement de 1 intelligence et des 
sensations avec persistance de la vie organique, c est-a-dire agonie apparente. Et 
1 epileptique, qui, apres avoir subi le stade convulsif de son attaque, est plongc 
dans le stertor, ne pourra-t-il pas etre pris pour un agonisant? C est la difficult 
que nous signalons, c est 1 impossibilite ou Ton est de prendre une decision imme 
diate, qui dans les cas douteus, devra nous faire admettre plus volontiers 1 appa- 
rence que la realite ; cela, pour une raison pratique qu il est aise de comprendre . 
car si ie veritable agonisant ne peut etre secouru d une maniere efiicace, queue 



AGIUCOLA. 195 

que soit la medication employee, il n en sera pas de meme de celui qui est dans un 
etat d agonie apparente; et 1 inadiou therapeutique qu entramerait la meprise que 
noussignalons, si elle n etait pas toujours prejudiciable au malade, porteraita coup 
sur mie facheuse atteinte a la reputation du medecin. 

Les considerations de medecine legale et d hygiene publique dont serait suscep 
tible 1 agonie trouveront plus naturellement leur place a 1 article MORT (voy. ce mot). 

PARROT. 

MULLER. T>e Mgro agonizante. Diss. Altdorf; 1615, in-4. ROSTAN. Art. Agonie. In Diet. 
enWvol. Tom. I, p. 628: 1852. 

AGONISTIQLE (ctymSsw, combattre). Science des athletes, qu il ne font 
pas confondre avcc la gymnastique proprement dite : celle-ci faisait partie de 1 by- 
giene publique, tandis que 1 agonistique n etait enseignee qu a ceux qui devaient 
figurer dans les jeux publics. 

AGRAFE. Nom donne a certains instruments destines a operer ou a main- 
tenir le rapprochement des levres d uue plaie, sans penetrcr de part en part a tra- 
vers les tissus comme le fait la suture. 

Les anciens Remains employaient pour cela une sorte de petite airigne analogue 
a celle dont se servent les anatomistes. Cette agrafe se composait d une petite 
plaque metallique en bronze terminee a cbaque extremite par un ou deux crochets. 
On trouve au British Museum de Londres de ces agrafes romaines trouvees dans 
des fouilles au milieu d autres instruments de chirurgie. 

En 1846, M. Furnari a vu appliquer en Algerie, par les indigenes, un mode de 
reunion par 1 agrafe tres-vraisemblablement conserve par la tradition des pnliques 
des chirurgiens arabes. Cettc agrafe vivante n est autre que le Scarite pyracmon, 
insecte dont la tete est garnie de deux mandibules aigue s qui restent serrees apres 
lamort. D apres M. Furnari, on fait saisir les deux levres de la plaie entre les 
crochets de 1 insecte vivant, puis on separe la tete du corps, laissant ainsi en place 
une veritable agrafe. 

Le mode de reunion des plaies par 1 agrafe metallique est tombe en desuetude. 
Cependant on peut regarder comme de \eritables agrafes les serre-fines de 
M. Vidal de Cassis (voy. SERRE-FINES). La griffe que M. Malgaigne a imagine pouv~ 
faciliter la coaptation des fragments dans les fractures de la rotule est aussi une 
veritable agrafe, quoiqu elle s applique a la reunion des os. L. LEFORT. 

AGRICOLA (George). Ne a Glauchen, dans le royaume de Saxe, cercle de 
Misnie, Ie24 mars 1494 ;mort a Chemnitz, Ie21 novembre 1555,... George Agricola 
se recommande a la posterite par ses travaux en mineralogie, et surtout en metal- 
lui-gie. Ce fut en visitant les riches mines de Chemnitz, et en s entretenant fami- 
lierement avec les mineurs, qu il acquit une grande connaissance de tous les pro- 
cedes qui ont rapport aux. metaux. Ses decouvertes en cette partie surpassent celles 
qu on avail faites avant lui, tantpar le nombre et 1 exactitude des recherches, que 
par la maniere claire dont il sut en rendre compte. Telle etait son habilete a juger 
les terrains saxons, que plus d une fois il assura les dues que la portion souter- 
raine de leurs Etats valait mieux que tout ce qu ils possedaient a la surface de la 
terre. Et les travaux ulterieurs ont, jusqu a un certain point, justifie les previsions 
du savant investigateur. On a peu de details sur la vie de George Agricola. On sait 
seulemeiit qu apres avoir fait ses etudes a Leipzig, ou il apprit le grec et le latin, 



106 AGRIPAUME. 

iJ parcourut 1 Ilalie, selon la bonne habitude du temps, entendit la les pluscelebres 
maitres en litterature ct en medecine ; alia pratirjuer a Joachimsthal, en Boheme, 
qu il quitta bientot pour sa patrie, au regret des nombreux amis et admirateurs 
qu ils y etait faits. Voici, d apres Abraham Mercklin, la listede ses ouvrages : 

De Natura corum c/ux effluunt e terra libri IV. Imprime a la page 275 de 1 ouvrage de 
Venet De Balneis. Lapis pliilosophicus. ColoniaB, 1534. De re metallica libri duodecim 
qi/ibus officia, instrumenta, machinx, ac omnia denique ad melallicam spectantia... descri- 
bimtur. Basil. ,1501, in-fol.; Wittebergse, 1614, in-8; Schwinforti, 1607, in-8; Basil., 1621 
in-fol. Ouvrage plein d erudition, depuis 1 exploitation des metaux dans les mines jusqu au 
travail qui leur donne la derniere perfection, et enrichi de plancheg representant toutes les 
machines relatives a cet objet. Opus de f ossilibus, imprime avec 1 ouvrage de George Fa- 
bricius, De metallicis rebus. Basil., 1657, in-8. De Mensuris et Ponderibus Romanorum 
atqne Grxcorum libri V ; De exterms Mensuris et Ponderibus libri 11 ; Ad ea qux Andrt 
Alciatus denuo disputavit de mensuris et ponder ibus, brevis defensio, lib. 1; De Mensuris 
guibus intervalla metimur lib. I ; De restituendis ponderibus atque mensuris lib. I ; De Pre- 
tio metallorum et monetis lib. Ill; Basil., 1550, in-i ol. Libri quinque de mensuris et pon- 
deribus, in quibus pleraque a Budxo et Portio parum animadversa diligenter excutiunlur. 
Paris, 1553, in-8. Bermannus, sive de re metallica Dialogus. Bale, 1549, in-8. 
De animantibus subterraneis. Wittemberg, 1614, in-8. De Peste libri tres, Basil, 
1554, in-8. A. CHEKEAU. 



( Jcan-Aminonius) . Ce medecin etait Allemand et professeur de 
langue grecque a Ingolstadt, enBaviere. Merckling assure qu il florissait ea 1496. 
Jean Agricola a eu le grand merite d avoir secoue le joug des Arabes, et d avoir 
coopere a la renaissance de la medeciue grecque. 11 fait partie de cettc brillante 
pleiade des medecins du commencement du quinzieme siecle, qui commenterent 
llippocrate, Galien, et renouerent enfm lachaine, depuis si longtemps interrompue, 
des veritables etudes de la nature. Ses Scholia copiosa, sur la therapeutique de 
Galien, imprimees en 1554, in-8, commencercnt sa reputation. Puis vinrent : 

Hippocratis Coi, medicinx et medicorum omnium principle, aphorismoriim < t sententiorum 
medicanim libri septem, etc. Weissemborn, 1537; in-4; In Gtileni librossex de locis af/ ectis 
Commentarii. Norimbe.rg, 1657 etl658; in-4. In Artem medicinalem Galeni Comment arii. 
1541, in-8; Nicolai Alexandrini, medici Grxci, liber de Compositione medicamentorum secun- 
dum loca, translatus. 1541, in-8; Medicinx herbarix libri duo. 1559, in-8. Ouvrage dans 
lequel Agricola decrit les plantes usitees de son temps en medecine, ainsi que celles dont 
font mention Dioscoride, Galien, Oribase, Paul d Egine, Aetius, Pline, etc. 

Nous citons pour memoire deux autres medecins du meme nom : 

Agricola (George-Andrg) . Archiatre de la ville de Ratisbonne au commence 
ment du dix-septieme siecle, et qui s est fait piteusement connaitre par sa pretendue 
decouverte sur la vegetation des arbres, decouverte qu il ne voulait communiquer 
qu a cent soixante personnes, etsous la garantie d un versement par chacune d elles 
de vingt-cinq florins. 

Agricola (jean). Professeur de chirurgie dans le meme siecle, a Naum- 
bourg, en Saxe, et auteur de plusieurs ouvrages sur cette science, dont on trou- 
vera la liste dans le Dictionnaire d Eloy et dans la Bibliotheque de Mangel. 

A. CIIEREAU. 



AGRICULTEURS. Voy. RnRALE (hygiene.) 



ou CARDIAQUE. Noms vulgaires du Leonurus Cardiaca, L., 
plante de la famille des Labiees, peu employee aujourd hui en medecine, mais a 
laquelle les anciens avaient fait une grande reputation. Le genre Leonwntsest 
tres-voisin du genre Lamium (voy. ce mot) et se distingue par son calice a cinq 
dents epineuses, sa corolle a levrc supcrieure legerement concave et ses fruits ou 



AGRIPPA. 197 

akenes prismatiques, a angles aigus, a sommet tronque et charge 1 de poils. Le 
L. Cardiaca, que Lamark a encore appele Cardiaca trilobata , est une plante 
herbacee, vivace, atteignant la hauteur d un metre et plus, et qu on trouvc dans 
presque toute 1 Europe, Ic long des haies, dans les decombres, les lieux incultes. 
Sa tige est un pen ramifiee et porte des feuilles profonclement decoupees, palma- 
tipartites a la base de la plante, partagees moins profondement et sculement en 
deux ou trois languettes au sommet de la tige. Les fleurs sont reunies en glome- 
rules serres dont la reunion forme de longs epis terminaux et feuilles. Leur corollc 
est rosee ou d un rouge clair lave de blanc. Si Ton examine 1 interieur du tube de 
cette corolle, on voit qu il porte sous le milieu desa hauteur un anneau oblique de 
poils assez longs. G est cc caractere et celni que presentent les feuilles, rarement 
decoupees de la sorte chez les Labiees, qui a porte Lamark a faire de 1 Agripaume 
un genre qui n a guere ete adopte. Toutes les parties de la plnnte sont legerement 
aromatiques. Les anciens 1 appelaient encore par corruption Cordielle ou Gri- 
paume, suivant Fuchs (Hist. PI., ch.ci), qui nous apprend que son nomd Agria 
palmo, lui vient de la forme palmee de ses feuilles. H. BN. 

LINNE, Spec , 817. - LAMK, Fl. fr., II, 583. GREN et GODR., Fl. fr., II, 683. 

PHAKMACOLOGIE. On employait autrefois les feuilles ct les fleurs de 1 Agri 
paume ; on en faisait des infusions, a la dose de 25 a 30 grammes pour un litre 
d eau. D apres Lepechin, cette tisanejouit en Russie d une grande reputation con I re 
la rage : le nom de Cardiaque ou Cardiaire, lui vient de ce qu elle etait employee 
autrefois pour guerir la cardialgie des enfants. Elle etait consideree comme anti- 
spasmodique, sudorifique, emmenagogue. Boerhaave, Peyrilhe, Gilibert, etc., en 
faisaient le plus grand cas; elle est a peu pres inusitee maintenant. 0. R. 

AGRIPPA DE NETTESHEYM (nenrl-Corneille OU Cornelius). Paimi 
les hommes illustres qui appartiennent a la grande famille medicale, on en compte 
un grand nombre qui n ont pas trouve le champ de la medecine proprement dite 
assez vaste pour leur genie, et qui se sont lances dans des voies parfoie tout a fait 
etrangeres a cette science. II ya eu dans ce noble troupeau de disciples d Esculape 
desjurisconsultes habiles, des theologiens de premiere force, des numismates tres- 
accredites, des poetes heureusement inspires, de savants geometres, de profonds 
astronomes, de charmants musiciens, des historiens recommani ables, des diplo- 
mates experimentes. Que sais-je encore? II n est peut-etre pas de branches des 
connaissances humaines que des medecins n aient abordees avec succes, et ou plu- 
sieurs ont laisse des noms imperissables. C est qu en effet la medecine touche u 
presque tout ce qui est du ressort de 1 intelligence, et que son etude, loin d arreter 
1 homme dans son cercle deja si vaste, le pousse comme malgre lui en dehors de ce 
cercle, et, lefaisant glisser parlestangentes, le pousse versd autres regions. 

Cornelius Agrippa est un exemple frappant de la verite de cette observation : 
tour a tour soldat, docteur en droit, docteur en medecine, theologien, polyglotte, 
avocat syndic, historiographe, pbilosophe , quelque peu entiche d alchimie et de 
magie, cet homme singulier, revetant toutes cspeces de formes, ct insaisissable 
dans son ensemble, ne doit pas moins etre mis au nombre des genies les plus re- 
marquables qui ontillustre le seizieme siecle.il fut docteur en medecine, medecin 
meme pendant quelque temps d une grande princesse; il a ecrit sur cette science ; 
a ce litre il nous appartient et merite une bonne place dans ce Dictionnaire. 

II n est pas facile de suivre Agrippa dans sa vie si agitee, si accidentee et si cban- 



198 AGR1PPA. 

grante. Vous le voyez aujourd hui a Dole, dans le comte de Bourgogne, enseignant 
la theologie ; domain il sera a Lyon, pratiquant la medecine ; quelque temps apres, 
il faudra le suivre a Londres, a Fribourg, a Pavie, etc. On dirait que le genie de 
cet homme, a 1 instar de celui d Erasme, avail besoin, pour se developper, de chan 
ger sans cesse de residence, de vivre dans des atmospheres differenles. 

Ne a Cologne, le 14 septembre 1486, issu de la noble et ancienne famille des 
Nettesheym, dont les membres avaient rempli des charges importantes aupres des 
princes de la maison d Autriche, Cornelius devint d abord secretaire de 1 empercur 
Maximilien I er . Mais, un beau jour, le cliquetis des armes, les fureurs desbatailles 
frappent sa brulantc imagination, et le voila servant sept ans sous ce prince dans 
1 armee d ltalie, et s y faisant assez remarquer pour elre arme chevalier. La me 
decine et le droit lui semblent bienlot preferables au mousquet : aussilol il eludie 
ct recoil les grades de docteur dans ces deux sciences si ardues et si diiferentes. 
Nous le trouvons voyageant en France en 1507, en Espagne en 1508. Un an plus 
tard, le parlement de Dole, en Franche-Comte, ne.craignait pas d aller entendre 
Agrippa, qui, a 1 age de 25 ans, tenait dans cette ville la chaire de professeur de 
lettres saintes, faire des lecons publiques sur le fameux livre cabalistique de Reuch- 
lin, intitule : De Verbo mirifico, qui avail ete imprime en 1494. Marguerite 
d Autriche, cellc-la mcme qu eut deux maris et si morut pucelle, prend le 
savant sous sa protection et le nomine historiographe de son frere. Elle en est re- 
compensec par la composition du Traite de I excellence des femmes, qu elle sem- 
lilc avoir inspire. 

En 1518, Agrippa etait a Metz, remplissant les fonctions d avocat syndic et d ora- 
ti iir de la ville. En 1520, il reposait sa tete dans la ville de Cologne. En 1521, il 
ftuit, pour le trouver, courir a Geneve, ou il pratique la medecine, apres avoir aban 
dons cet art pendant plus de dix-sept ans. II en fait autant a Fribourg en 1523, 
et il quitte cette ville en 1524, pour celle de Lyon, ou, grace a la protection de 
Symphorien de Bullioud, eveque de Glandeve, il a la chance de recevoir une pen 
sion du roi Francois I er , et d etre nomme medecin de Louise de Savoie. II ne resta 
pas longtenjps, comme bien on pense, dans cette charge, et il s arrangea si bien 
qu au bout d un an il etait raye de 1 etat de maison de cette princesse. On n a ja- 
mais su au juste les raisons d une disgrace aussi brutale. On 1 a attribuee, soil 
parce que 1 archialre n avait pas voulu chercher par les regies de 1 astrologie le cours 
quedevaientprendre les affaires de France, soit parce que dans son livre sur 1 astro 
logie, il promettait de nouvcaux triompbes au connetable de Bourbon. Quoi qu il en 
soit, Cornelius, de ce jour, quitte la France et se rend a Anvers (annee 1528), puis 
a Bruxelles, ou s ouvrent pour lui les portes des prisons, qu il n habita du reste que 
quelques mois, et d ou il sortit pour aller demeurer a Cologne, a Bonn, a Lyon. Dans 
cette derniere ville, un libelle qu il avail ecrit centre Lou isede Savoie le fit de nou- 
veau incarcerer. II parvint cependant a se lirer de la, et cboisit Grenoble pour sa 
residence. Ce ne fut pas pour longtemps, car il mourut en 1555, al age de 49 ans. 

On n a pas de peine a croire que Cornelius Agrippa, avec son caraclere, son in- 
constance, sa hardiesse a toucher a toutesles malieresles plus delicates, son esprit 
emporle, salirique, declamaloire, paradoxal, sceptique, se soit atlire un grand 
nombre d ennemis. II y a dans Paul Jove, Del Rio, Thevet et d autres historians de 
veritables calomnies sur cet homme illustre, qu on ne craint pas d appeler magi- 
den, et auquel on fait jouer un role des plus ridicules avec un certain chien noir. 
Mais laissons cela pour ne voir dans le fameux ecrivain qu un homme obsede par 
de grands defauts, mais nourrissant aussi de belles qualites, ami de Tritheme, 



AGUEDA. 199 

feme, Melanchthon, Jacques Lefevre d EtampeS, et digne de ces grands eloges 
Jonton 1 a encense : Trimegiste de son temps; Portentosum ingenium; lumen 
suisaeculi; venercmdus dominus; miraculum litter atorum, etc. 

Nous ne donnerons pas la liste de tons les ouvrages assez nombreux qui sont 
tombes de la plume fcconde et aceree de cet ecrivain, et qui ont etc imprimes a 
Lyon en 1600, 2 vol. in-8, apres avoir vu le jour separement. On connait assez 
son joli petit ouvrage De nobilitate et prxcellentia fxminei sexus, ejusdemque 
supra virilem eminentia, traduit par Arnaudin en 1713. Pour ne nous attacher 
qu aux dissertations mcdicales de Cornelius Agrippa, elles font partie de son me 
morable ouvrage : De Incertitudine et vanitate omnium scientiarum et Artium, 
imprime tant de fois, et traduit dans presque toutes les langues. Dans ce livre, ou 
1 auteur entreprend de prouver ce paradoxe, a savoir : Qu il n y a ricn de plus 
pernicieux ni de plus dangereux pour la vie des homines et pour le salut de leur 
ame que les sciences etles arts, il n y a pas moins de cent deux chapitres, dont 
sept sont exclusivement consacrcs a 1 art de guerir. En voici les titres : Chap. LXXXII, 
Medecine en general; chap. LXXXIII, Medecine operative; chap. LXXXIV, Pharma- 
cie; chap. LXXXV, Chirurgie; chap. LXXXVI, Anatomie; chap. LXXXVII, Art vete- 
rinaire ; chap. LXXXVIII, Dietetique. Mercklin, et d antres auteurs apres lui, citcnt 
des editions pour chacun de ces chapitres, qui feraient alors les sujets dc Irailrs 
particuliers ; mais nous croyons que ce ne sont que des tilres de dia|nlivs de 1 ou 
vrage De I incertitude des sciences. 

Un traite ; Antidota contra pestem, dedie a Theodoric de Corena, administra- 
teur de 1 archeveque de Cologne, se trouve encore dans I edition des oeuvres com 
pletes d Agrippa, imprimee chez les freres Beringos, a Lyon, en 1535, in-8. 

Bayle, qui consacre un bien important article a Cornelius Agrippa, le venge ha- 
bilement des contes stupides et des calomnies qu on a debites sur lui lorsqu on le 
represente comme un magicien, possesseur de la pierre philosophale, familier avcc 
les demons, et n ayant qu a frapper la terre du pied pour en iaire sortir des tresors : 
La misere d Agrippa, et la peur ou il parait tant de fois dans ses lettres de n a- 
voir pas de quoi manger, rcfulent pleinement ces histoires de Paul Jove, de Thevet 
et de Martin del Pio. Quand on a un moyen si court de payer ses creanciers, on ne 
doit pas etre en peine de quoi vivre : c est la pistole volante. S il a etc magicien, 
il est une forte preuve de rimpuissance de la magie, car jamais bomme n a echoue 
plus de fois que lui, ni ne s est vu plus souvent que lui dans la crainte de manquer 
de pain. A. CHEREAD. 

AGUOPTRO^. Voy. CHIENDENT. 

AGROSTEMME (Agrostemmu L.). Une seule espece vegetale rapportee a ce 
genre parLinne, interesse les medecins. C est \ A. Githago, vulgairement appelee 
Nielle des bles, Nielle bdtarde, Coquelourde des bles. Desfontaines a le premier 
propose de faire de cette plante un genre distinct sous le nom de Githago (voy. ce 
mot). Ce genre peut etre adopte, car il est fonde, entre autres caracteres, sur la 
situation des styles qui alternent avec les divisions du calice, tandis que, dans les 
VT3iisA(jrostemma,\h leur sont superposes. D ailleurs les Ayrostemma eux-memes 
ne sont pas separables des Lychnis (voy. ce mot). H. BN. 

AGUAPE. Voy. NENUPHAR. 

AGUEDA (Eaux min^raies de SANTA). Protothermale ou athermale, sulfa 



200 AGUEDA. 

tee calcique on ferrugineuse faible, sulfureuse et carbonique moyenne. Santa 
Agueda, en Espagne, dans la province de Guipuzcoa (chemin de 1 er de Bayonne, 
Villareal et Vergara) est entouree de montagnes steriles. La saison commence le 
l er juin et finit le 30 septembre. Santa Agueda a deux sources, une sulfureuse 
et 1 autre ferrugineuse. 

\ Source sulfureuse. Elle emerge au milieu du lit de 1 Aramayona ; trois ou 
quatre griffons constituent cette source ; deux seulement sontcaptes et enchambres ; 
1 un alimente la buvette, 1 autre les baignoires et les douches. La buvette est dans 
le jardin ; son eau sort d un rocher artificiel sur lequel se distingue aisement du 
soufre cristallise sur tous les points mouilles par 1 eau. Cette eau est claire, lim- 
pide, transparente, d une odeur assez fortement hepatique; et cependant elle n a 
pas une saveur desagreable; elle rougit les preparations de tournesol ; sa tempe 
rature est de 18, 2 centigrade, celle del air etant 19, 8 centigrade. 

L analyse chimique de 1 eau de la source sulfureuse de Santa Agueda a ete faite 
en 1856 par Pedro Sanchez, qui a trouve dans 1000 grammes : 

Sulfate de chaux 0,4210 

magnesie 0,"2190 

soude 0,2280 

Carbonate de chaux 0,3380 

magnesie 0,0050 

Chlorure de magnesium 0,1250 

sodium 0,5000 

Perte 0,0050 



TOTAL DES MATIERES FIXES 1,8410 

Gaz 



POCCES CUBES 

Acide carbonique 3,21 

suli hydrique 0,93 



TOTAL DES GAZ 4,14 

2 Source ferrugineuse. Elle est sur le bord du chemin de Vergara ; son eau 
est quelquefois employee en boisson, maisdansdes cas tres-restreints. Cette source 
n a point de captage proprement dit et son analyse quantitative n a point encore 
ete faite. On sait seulement que le carbonate de fer est son element mineralisa- 
teur principal. 

L elablissement des bains de Santa Agueda se compose de quatorze cabinets non 
precedes de vestiaires, etde deux ajutages de douches dans deux cabinets de bains. 
Les baignoires sont trop etroites et trop pen profondes, elles contiennent trop peu 
d eau et sont tres-incommodes. Leur forme interieure, et surtout leur lond bombe, 
principalement au point qui correspond des lombes a la tete, empechent de s y 
etendre a 1 aise ; aussi les malades en sortent-ils courbatures lorsqu ils y sont restes 
pendant une heure. Les robinets de fer et les conduits de plomb, employes a Santa 
Agueda, devraient etre remplaces par des tuyaux et des robinets non metalliques, 
de porcelaine ou mieux de cristal, comme cela devrait toujours avoir lieu dans les 
stations alimentees par des eaux sulfureuses. 

MODE D ADMINISTRATION ET DOSES. L eau de la source sulfureuse de Santa Agueda 
s emploie en boisson, en bains et en douches. On doit s en servir a I interieur avec 
reserve etpar petites doses. On commence par un quart de verre et on ne depasse 
pas habituellement trois ou quatre verres de 125 grammes chacun, qui sont pris le 
matin a jeun et a une demi-heure d intervalle. La duree des bains varie d une 
demi-heure a une heure. Les douches sont incompletes, etil est important que leur 
installation laisse moins a desirer, si Ton veut obtenir de ce moyen tous les avan- 
tages qu on a le droit d en attendre. 



AT 201 

L eau de la source ferrugineuse est prescrite le matin a jeun, a la dose do, deux a 
quatre verres, mais on en fait surtout usage aux repas, en la melant an vin. 

EMPLOI THERAPEUTIQUE. Les eaux de la source sulfureuse de Santa Agueda 
sont tres-utilement prescrites, soitinterieurement, soil exterieurement, contre les 
pharyngites, les dyspepsies, lesgastro-enteralgies, les laryngites, les tracheites, les 
bronchites, les affections rhumatismales, les maladies uterines qui sont liees a une 
diathese herpetique. Cette eau est active, surtout dans les dermatoses seches ou 
humides, pourvu qu elles ne soient pas a 1 etat aigu. Elle rend aussi des services, 
comme toutes les eaux sulfurees et sulfureuses, a tous ceux qui eprouvent ou qui 
ont eprouve des accidents syphilitiques. S ils sont pvimitifs, les malades supportent 
mieux le traitement hydrargyrique, et ils ne doivent pas craindre la salivation ; 
s ils ont une sypliilide larvee, la cure hydro-minerale determine une eruption ca- 
racteristique se montrant sur les membranes muqueuses accessibles a la vue, et 
nieme sur la peau le plus souvent. Le medecin est prevenu alors de la medication 
specifique qui doit etre employee pour deraciner la maladie. 

La composition elementaire de 1 eau de Santa Agueda rappelle beaucoup celle de 
1 eau dePierrefonds; mais elle n a point, comme cette derniere, la prevention d etre 
utile dans la phthisic pulmonaire, et le docteur Guerra, qui dirige le traite 
ment de Santa Agueda depuis plus de trente ans, assure qu il n a jamais vu scs 
eaux donner chez les poitrinaires des resultats encourageants. 

Les eaux de la source ferrugineuse n ont point encore une reputation etendue, 
ce qui explique 1 espece d oubli ou on les a laissees jusqu a ce jour. Elles agissent 
pourtant aussi efficacement que beaucoup d eaux chalybees plus celebres dans 
1 anemie et dans la chlorose des deux sexes, dans celles surtout des jeunes filles ar- 
rivees a 1 epoque de leur premiere menstruation. 

Duree de la cure, de 15 a 20 jours. 

On exports peu les eaux de Santa Agueda. A. ROTCREAU. 

BIBLTOGRAPHIE ; GARiBAY. Historia de Espana. 1531. SIMON T BEDOYA. Tratados de fuentes 
mmerales,y diccionnario geografico de la Academia de la Historia. PEDRO SANCHEZ, Ana 
lysis de las aguas miner ales de Santa Agueda. Orense, 1836. 

K. ; I ico (Bartholomeo , Hidalgo de). Celebre chirurgien espagnol, ne 
vers 1551 ; il exerca avec un grand eclat a Seville, oii il mourut le 5 Janvier 1587. 
11 s etait fait une telle reputation dans le traitement des plaies, que ses credules com- 
patriotes attribuerent ses succes a une influence surnaturelle ; si bien que, long- 
temps encore apres sa mort, les habitants de Seville n auraient ose marcher au 
combat sans avoir invoque Dieu et leur grand chirurgien. Le fait est qu on lui doit 
d avoir contribue a la rehabilitation de la reunion immediate. Aguero avait public 
plusieurs opuscules que son neveu, Fr. Xim. Guillen, fit paraitre sous le titre sui- 
vant : Tesoro de la verdadera cirugia y via particular contra la comune opinion. 
Seville, 1604, in-fol. Ce recueil contient, outre les opuscules cites, un traite posf- 
hume intitule : Antidotarium generals. E. BCD. 

AGYRHJM. Voy. CHAMPIGNONS. 

AHOUAI. Norn sous lequel on designe, dans certaines regions de TAmerique, 
plusieurs plantes employees en medecine et appartenant aux genres Cerbera et 
Thevetia. (Voy. ces mots.) H. BN. 

AORO\. Voy. AARON. 

AI. Voy. BOURSES SYNOVIALES DE^ TFNDONS. 



202 AIGREMOINE. 

. Norn vulgaire de I ANCOLIE (voy. ce mot). 



(Franoois) . Ne a Orleans vers 1644; recu docteur a la faculte de 
Padoue. Vint a Paris, ou il eut le titre de medecin du roi, du prince de Conde, etc. 
.Aignan, danssajeunesse, avait etc capucin, et, de plus, il avail travaille au Louvre, 
vers 1678, en qualite de chimiste. II ne faut done pas s etonner du singulier me 
lange de discussions Iheologiques et d idees chemiatriques sur les ferments, les 
acides et les alcalis, que Ton rencontre dans ses ouvrages. Sa mort eut lieu en 1709. 
On a de lui : 

L ancienne me decine It la mode, ou le sentiment uniforme d Hippocrate et de Galien sur les 
acides et les alcalis. Paris, 1693, in-12. Le Prestre medecin, ou Discours physique mr 
I etablissement de la me decine avec un disconrs du cafe" et du the de France. Paris, 1796. 
in-12 (Aignan appelait cafe de France le seigle ou 1 orge torrefies, et the, la melisse). 
Traitg de la goutte dans son e tat naturel, OH Van de connoistre, etc. Paris, 1707. in-12, 

E. BCD. 

\ H.I? i n OEM: (Agrimonia T.). Genre de plantes dicotyledones, de la famille 
des Rosacees, dont les flours sont regulieres et hermaphrodites. Leur receptacle a 
la forme d une poche a parois epaisses chargees exlerieurement d aiguillons plus 
ou moins saillants. La concavite dc cette poche logo les ovaires, tandis que sur les 
bords s inserent leperianthe et 1 androcee. Le calice est a cinq sepales valvaires 
dans le bouton. Les petales sont altcrncs, libres et imbriques dans la prefloraison. 
Les etamines sontennombreindefini, mais en general peu considerable, groupees 
en phalanges au-dessus des sepales. Lenrs filets sont libres, inflechis dans le bou 
ton, inseres, comme on dit, epigyniquement, et leurs antheres, biloculaires, 
introrses, s ouvrent par deux fentes longitudinales. Les carpelles sont ordinaire- 
ment en petit norabre, deux ou trois. Chacun d eux se compose d un ovaire uni- 
loculaire, libre de toute adherence avec les ovaires voisins, et attenue superieure- 
ment en un style dont la tete renflee se recouvre de papilles stigmatiques. Dans 
J angle interne de 1 ovaire est un seul ovule suspendu, a micropyle dirige en 
haut et en dehors. A la maturite, chaque ovaire, ou un seul d entre eux, devient 
un akene renfermant une grosse graine a embryon charnu, depourvu d alljumen. 
Quant an receptacle, il persiste autour du veritable fruit, qu il enveloppe tout en- 
tier, et les aiguillons qui couvraient sa surface deviennent plus epais et plus 
roides. 

Les Aigremoines sont des plantes herbacses, vivaces, qui croissent dans les regions 
temperees de 1 hemisphere boreal. Leurs feuilles sont alternes, imparipennees, 
accompagnees de deux stipules laterales petiolaires. Les fleurs sont proupees en 
grappes terminales, et leurs pedicelles courts sont accompagnes de bracteoles late- 
rales. 

On a employe en medecine 1 Aigremoine rampante (Agrimonia repens L. A. 
orientalist.), et surtout-1 A. Eupatoire ou vulgaire (A. EupntoriaL.), plante 
commune de nos forets, haies et buissons, a tiges atteignant un demi-metre dc bant, 
a feuilles pubescentes, partagees en segments ovales, oblongs, denies, auxquels sont 
oilremeles de plus petils lobes enliers ou incises. Les fleurs ont des petales jaunes. 
Ordinairement la planle est peu odorante. Mais, dans une variete que Ton a appelee 
procera, odorata et umbrosa, toutes les parlies de Ja plante, et memelafleur, ont 
une odeur aromatique qui rappelle assez cclle de la fraise mure. H. BN. 

TounxEFORT, Itistit., 155. L.,Gen., GJ7; Spec,, 643. D. C., Prodrom., II, 587. Em., 
Gen , n 6368 TBUILLIER, Fl. Par., 232. GREN. et GODB., Fl. fr., I, 561. H. B*. 



AIGUE (MALADIE). 203 

PHARMACOLOGIE. Ce sont les feuilles et les sommites fleuries de YA. Eupa- 
totia que Ton emploie en medecine. D apres Pline, son nom vient d Eupat or, 
roi de Pont (libr. XXV, cap. vi). On la recolte au moment de la florairton, on 1 at- 
tache en petits paquets que Ton dispose en guirlandes, et on les fait secher an soleil 
ouaugrenier. C est un astringent populaire; elle est employee en infusion a la dose 
ie 50 a 60 grammes pour 500 grammes d eau ; elle sei t a preparer les gargarismes 
detersifs, dontonfait usage au debut des angines simples, des amygdalites, etc. 
Wedel et Alibert ont conseille son infusion centre 1 hematurie, la gonorrhea et la 
leucorrhee. Pallas 1 a vue employer centre les vers desbestiaux, et Tragus a vante 
sa decoction vineuse centre les foulures, les contusions. Enfin, d aprcs Huzard, 
la meme decoction est usitee en medecine veterinaire pour deterger les ulceres 
sanieux. 

Leslndicns, et surtont les Canadiens, selon Coxe, se scrvent de 1 infusion des 
ratines de cette plante centre les fievres inflammatoires. 

L Aigremoine est peu employee de nos jours ; elle est generalement remplacee 
par les feuilles de Ronce, qui jouissent des memes proprietes astringentes ; elle 
entre dans le Catholicon, YOnguentmondificatifdache, I Eau vulneraire, etc. 

G cst a tort que Ton a confondu I A, orientalis de Tournefort (A. repens, L.) , avoc 
le Brayera anthelmintica Kunth, qui produit le Kousso ou Cousso. 

PIINE, lib. XXV, cap. vi. PALLAS. Voyage, I, 313. COXE. Amer dispens, p. 28. Md- 
nioires de I Academic de mtdecine, t. I, p. 470, 0. REVEIL 

u<.iti:i i:s Voy. PYROSIS. 

AIGCE (MALADIE). On appelle digues, par opposition aux chroniques (voy. 
ce mot), les maladies qui, a line certaine intensite des symptomes, joignent unc 
evolution rapide et une prompte terminaison. Aucun de ces caracteres n etant 
susceptible d une determination rigoureuse, il en resulte, dans 1 appreciation de 
[ acuite, un vague inevitable auquel on a vainement essaye de remedier par des 
delimitations arbitraires et purement scolastiques. Telle est, par exemplc,la divi 
sion des maladies aigue s : en aigues proprement dites, dont la duree est de 
quatorze jours; en subaigues, qui se prolongent pendant vingt et un a qua- 
rante jours ; en sitraigue s, qui ne depassent pas le quatrieme jour, etc. Dans 
une direction difierente, mais avec aussi peu de succes, on a tente de faire ren- 
trer la notion toute clinique et approximative de 1 acmte dans d autres plus 
scientifiques ; c est ainsi qu en generalisant un ou plusieurs caracteres (par 
exemple : 1 etat lebrile, le defaut d une cause diathesique, la contagion, etc.) qui 
se montrent habituellement dans les maladies aigues, on en est venu a donner 
ces caracteres comme attributs necessaires de ces maladies. Ce qui ote toute valeur 
a des definitions artificielles, c est que s il est des maladies essenticllement aigue s, 
comme la variole, et des maladies toujours cbroniques, comme le psoriasis, il en 
est un bien plus grand nombre qui, suivant les cas, peuvent affecter une allure 
rapide ou lente, ou, pour nous servir du langage de 1 ecole, revetir une forme 
tantot aigue et tantot cbronique; d autres, apres une periode initiale d acuite, 
passent ensuite a 1 etat chronique; dans d autres encore, des exasperations aigue s 
apparaissent par intervalles sur un fond continu de chronic! te. Ce sont la autant 
de particularues dont 1 etude trouvera naturellement sa place a 1 article MALADIB. 

Le mot aigu s applique, en semeiologie, oux douleurs, pongitives ou autres 
remavquables par leur violence. A. Ax. 



204 AIGUILLES. 

AIGUEPERSE (Eaux mineraics d ). Sources athermales, bicarbonatm 
calciques et ferrugineuses faibles,carboniques faiblex. Aigueperse, dans le depar- 
tement du Puy-de-D6me, a une source incrustante d un tres-faible debit, qui emerge 
an milieu d un marais, a Test du coteau de la Bosse, au-dessus d un chemin qui 
conduit a Bens. Son canal d ecoulement est creuse au-dessous d un massif de tra 
vertins d origine recente, tandis que le sommet de 1 elevation est constitue par des 
couches tertiaires. 

II s est fait aussi des infiltrations d eau minerale dans certains puits du faubourg 
de Gannat d Aigueperse, qui out communique a leur eau une saveur legeremcnt 
bitumineuse (H. Lecoq). Les suintements et les sources d Aigueperse ont depose 
depuis des temps tres-eloignes les couches de calcaire qui forment 1 etage superieur 
des collines du chateau de la Roche, des carrieres de Chaptusat et de la Roche- 
Verjat (Nivet). Entin, deux griffons d eau minerale bicarionatee calcique et fer- 
rugineuse se trouvent au voisinage de Saint-Mayard et sur un plan un peu supe 
rieur a ce domaine (docteurPanchaud). 

Les eaux d Aigueperse ne sont ni captees, ni employees : on n en connait point 
la composition chimique exacte. 

LECOQ (H.). Observations sur la source incrustante de Saint- Alijre. Clermont-Ferrand, 1850. 
PANCHACD. Monographic sur les eaux mine rales d Aigueperse. NIVET. Diclionnaire des 
eaux mine rales da departement du Puy-de-Dome. Clermont-Ferrand, 1846. A. ROTDREAU. 

% i. i i s-< H % i i ;s (Eaux min. i .-l-s d ) , Aqux Calidx. Ces sources, peu 
importantcs, emergent dans le departement du Puy-de-D6me, sur la route qui con 
duit de Clermont-Ferrand a Lyon par Roanne. II existe en effet un chemin bien 
conserve, connu sous le nom de Voie romaine, qui part d Aigueperse, traverse Effiat, 
la foret de Randan, et s arrete a Vichy. 

Quelques auteurs ont soutenu que les sources d Aigues-Chaudes et de Chaudes- 
Aigues etaient les memes; Douville et le professeur Nivet ont lait justice de cette 
assertion, en faisant remarquer que sur la carte de Petenger les Aqux Calidxsoat 
sur une route qui se dirige vers le nord-est de Clermont-Ferrand (c est bien dans 
cette direction que se trouve \ichy), tandis que le mont Dore et Chaudes-Aigues 
sont ausud ou au sud-ouest. 

Les sources d Aigues-Chaudes ne sont point captees et ne servent a aucun usage 
therapeutique : leurseaux n ont point ete analysees. A. ROTCREAU. 

DOUVILLE. Notice sur I ancienne Gaule. 1760. UIVET. Notes manuscrites. 

AIGUILLES (de acus). Instruments consistant en une tige ou une lame me- 
talliques de formes tres-variees, et servant a pratiquer un grand nombre d opera- 
tions chirurgicales. Suivant 1 usage auquel elles sont destinees, les aiguilles sont 
faites en or, en argent, en platine ou en acier. Une de leurs extremites presente 
toujours une pointe plus ou moins aigue ; 1 autre se termine de differentes ma- 
nieres : elle est arrondie, echancree, percee d une ouverture nonime ceil ou chas, 
ou fixeesur un manche. Leur tige estdroite, courbe, cylindrique, conique, a ren- 
flement ou epaulement, pleine, creuse, cannelee, plate ou triangulaire. 

Nous enumererons rapidement et par ordre alphabetique les nombreux instru 
ments auxquels on a donne, par extension, le nom d aiguilles, nous bornant a 
indiquer leur usage, et renvoyant, pour plus de details, aux articles qui traitent 
des operations necessitant leur emploi. 

Les aiguilles a acupressure sont destinees a arreter, par compression, le cours 



AIGUILLES, 205 

du sang dans les vaisseaux. Ce sont des tiges cylindriques on acier, de longueurs 
variables, minces, presentant une assez grande elasticite, terminees, d un cote, par 
une extremite arrondic et de 1 aiitre, par une poinle tres-aceree. 

Les aiguilles a acupuncture sont des tiges en acier, longues de 5 a 6 centimetres, 
rninccs et cylindriques, dont une extremite se termine par une pointe tres-acercc 
et 1 autrepar un petit manche de metal taille a pans. Celles qui servent a 1 clectro- 
puticture portent un petit anneau a 1 extremile du manche ; celles qui sont employees 
pour la galvano-puncture sont, en outre, enduitcs d un vernis a 1 esprit dans toutc 
leur longueur, excepte la pointe et I anneau, ou d un vernis a la gomme laque 
depose sur une partie seulement de la tige. 

Ces aiguilles sont introduites methodiquement dans les tissus vivants a une pro- 
fondeur determinee et en plus ou moins grand nombre, dans un but curatif ou 
diagnostiquc. (Voy. ACUPUNCTURE, ELECTRO-PUNCTURE, GALVANO-PUNCTURE.) 

Les aiguilles a bec-de-lievre sont employees pour pratiquer la suture entortillee 
dans 1 operation du bec-de-lievre. Devant rester un certain temps dans les tissus, 
elles out etc faites en or, en argent, en platine, avec une pointe en acier aplatie 
en fer de lance et une tete arrondie. La pointe de ces instruments a ete rendue 
mobile afin de pouvoir etre detachee de la tige apres leur introduction dans les 
parties. La plupart des cbirurgiens ont abandonne ces aiguilles speciales, comme 
ils avaient abandonne les aiguilles d A. Pare, de J. L. Petit, de Larrey, et ils se 
siirvcnt h;\bituellement de longues epingles de cuivre etame ou d epingles ordi- 
rmres dont la pointe est parfailement aiguisee. Dans 1 operation du bcc-de-lievre 
complique, on peut rapprocher les ailes du nez, en traversant la base decetorgane 
avec une aiguille construite par Charriere d apres les indications de Thierry. La 
pointe de cet instrument est mobile; la tete forme un bourrelet metallique muni 
d un appendice qui s adapte a une sorte de clef de montre ; la tige porte un pas de 
vis sur lequcl un second bourrelet, analogue au premier, est engage lorsque 1 ai- 
guille est en place. Le rapprochement plus ou moins grand des bourrelels releve 
le nez et le rend plusoumoinssaillant. (Voy. BEC-DE-LIEVRE.) 

Les aiguilles a cataracte sont en acier et servent a operer la cataracte par de 
pression, abaissement, broiementdu cristallin, ou par discision de la capsule cris- 
talline ; elles servent encore a la paracenlhese du globe oculaire. 

Toutes les aiguilles a cataracte sont supportees par un manche fixe, taille a 
pans et presentant un point de repere indiquant la direction de la pointe de 1 in- 
strimient. La tige et la pointe de ces aiguilles ont des formes variees et ont ete mo- 
difiees par un grand nombre de chirurgiens. La tige, tantot cylindrique, tantot 
conique, tantot a epaulement ou temps d arret, a un diametre calcule de facon qu elle 
obturc completement la piqure faite par sa pointe aux membranes de 1 oeil ; sa 
longueur varie entre vingt-sept et quarante millimetres. La pointe, longue de trois 
a quatre millimetres, est droite ou plus ou moins courbe , simplcment aplatie ou 
aplatie en fer de lance rhombo idal , prismatique et triangulaire , a bords lateraux 
tranchants, a arete mediane plus ou moins vive, a extremite plus ou moins aceree, 
fa^onnee en pince, en crochet, etc. (Voy. CATARACTE.) 

Les aiguilles a contre-ouverture sont des tiges en acier, minces et de longueurs 
variees ; leur pointe est aigue et tranchante des deux cotes ; leur talon est perce 
d un chas assez large pour recevoir une meche ou une bandelette de linge effile. 
Elles sont renfermees dans un gaine d argent plus courte que la lame et servant a 
recouvrir la pointe de 1 instrument pendant que celui-ci chemine dans les parties. 
(Voy. CONTRE-OUVERTURE.) 



206 AIGUILLES. 

L aiguille exploratrice est destinee a pratiquer les ponctions exploratrices. Elle 
se compose d une tige en acier, mince, longue de six a sept millimetres, terminee 
d un cote par une poiute tres-aigue, arrondie de 1 autre, et creusee clans toute sa 
longueur d une rainure profonde par laquelle petivent s echapper les liquides reu- 
fermes dans les parties ponctionnees. (Voij. PONCTIONS EXPLORATRICES.) 

Les aiguilles a fistule sont en argent recuit; la pointe est mousse et le talon 
perce d un chas assez large pour recevoir une meche; la tige, longue de vingt mil 
limetres, est cannelee jusqu a la pointe, afm de pouvoir conduire un bistouri dans 
les trajets fistuleux et lesinciser, si cela est necessaire. (Voij. FISTULE.) 

Les aiguilles a inoculation sont montees, les lines sur une chasse, les autres sur 
un manche fixe dans lequel elles peuvent rentrer, ou qui se visse sur un etui pro- 
tecteur. Les premieres sont des lames d acier, minces, etroites et terminees par 
une pointe acerfe en fer de lance, portant sur une de ses faces une rainure pro 
fonde destinee a recevoir la matiere a inoculer ; les secondes sont des tiges cylin- 
driques deliees, cFeusees d une rainure jusqu a la pointe, qui se termine en s ef- 
filant. (Voy. INOCULATION, VACCINATION.) 

Les aiguilles a ligature servent a porter des ligatures au-dessous de vaisseaux 
profondement situes ou qu il y aurait inconvenient a soulever sur la sonde cannelee; 
d autres aiguilles a ligature servent a passer des fils a travers la base de turaeurs 
volumineuses que Ton veut enlever par des ligatures multiples. Elles sont en acier. 

Les aiguilles employees pour la ligature des vaisseaux sont toutes montees sur 
un manche fixe; leur tige, assez epaisse et arrondie, est droite dans 1 etenduede 
six a sept centimetres ; elle se recourbe ensuite en demi-cercle d un centimetre do 
rayon, soil dans 1 axe meme de I instfument (aiguille d A. Cooper), soit perpendi- 
culairement a cetaxe (aiguille de Deschamps) ; la portion recourbee est legerement 
aplatie et se termine en s elargissant par un bout mousse, arrondi et perce d un 
ceil o vale pour recevoir le iil a ligature. L aiguille de Deschamps est dite aiguille 
de droite ou aiguille de gauche, suivant que sa portion courbe forme un coude a 
droite ou a gauche de la tige. 

Les aiguilles destinees a porter des fils a travers la base ou le pedicule epais des 
tumeurs sont montees sur un manche en hois, ou seterminent d un cote par un 
manche en acier, quadrille, aplati et faisant corps avec la tige. La pointe de ces 
aiguilles est droite ou legerement courbe, aplatie en fer de lance, tranchante des 
deux cotes, percee d un chas ou encochee sur I mide sesbords, pour recevoirle fil. 
La tige est dioite, solide, un peu aplatie, pleine ou percee dans le milieu de sa lon 
gueur d un second chas a travers lequel on fait passer perpendiculairement, lorsque 
1 instrument est deja en place, une seconde aiguille enfilee. II resulte de cette der- 
niere disposition que la base ou le pedicule des tumeurs sont traverses par des 
fils perpendiculairement disposes sur le meme plan et peuvent etre ctreints par 
des ligatures multiples. (Voy. LIGATURES.) 

Les aiguilles a resection sont destinees a faire passer la scie a chalne en arriere 
des os ou des portions d os que Ton veut resequer, avec 1 intermediaire d un fil de 
soie tres solide. 

Ce sont des Verges en acier peu trempe, recourbees en demi-cercle de quatre a 
cinq centimetres de rayon, aplaties dans le sens de leur courbure, larges vers leui 
milieu de cinq millimetres environ, terminees d un cote par une pointe effilee et 
mediocrement aigue, portant de 1 autre un chas assez large, en arriere duquel 
rinstrument est evide pour loger le fil. Mathieu a construit, sur les indications de 
Chassagnac, des aiguilles a resection fixees sur un manche en bois et dont la pointe, 



AIGUILLES. 207 

pins mousse que celle des aiguilles precedentes, est pereee d uu clias brisr ; cc 
n est qu apres avoir contourne les os que ces aiguilles sont garnies du fil qu elles 
amenent, en seretiraut, dans la voie qu elles out fruyre. (Voy. RESECTIONS.) 

L aiguille a seton est une lame d acier lougue de dix centimetres et large de 
dix a douze millimetres. Terminee en p ointe peu cffilee, tranchante sur les deux 
bords et un peu plus large dans ses deux tiers anterieurs, elle est mousse et un peu 
plus etroite dans son tiers posterieur, et porte, au talon, un chas transversal et 
quadrilatere pour recevoir la meche de linge ou de colon qu elle entraine apres 
elle. (Voy. SETON.) D autres aiguilles, plus petites, sont destinees a poser les setons 
filiformes. 

Les aiguilles a suture sont tres-nombreuses ; elles sont employees a passer des 
fils do clianvre, de soic ou de metal dans les bords des solutions de continuile ac- 
cidentelles ou chirurgicales des parties molles que Ton veut reunir par une suture. 
Ces instruments sont droits, courhes, pleins, tubules ou canneles, et se composent 
d unetigeou d une lame d acier cylindrique, coniqueou aplatie. L aiguille a coudro 
ordinaire sert quelquefois a faire certaines sutures. 

Les aiguilles chirurgicales communes sont des instruments simples Tails d mir. 
petite tige ou d une mince lame d acier. Toutes ont le talou perre d uu elms destine 
a recevoir le fil, et place dans le centre d un I viileinent longitudinal de la tige 
destine a dinunuer le volume de la partie posleneiin de 1 instrument, sans 1 af- 
finblir. Les aiguilles droitesont une lige cylindrique plus ou moins longue termi 
nee dans son quart anteiieur par une pointe aplatie, non trancliante sur les bords, 
dont la largeur est en rapport avec le diametre de 1 instrument, et terminee par 
une extremite tres-aceree. Le chas des aiguilles droites esl dispose parallelement a 
la portion aplatie qui supportc. la pointe. Les aiguilles demi-courbes ne sont recour 
bees que legerement et dans la partie correspondante a la pointe dont la face con 
cave presente quelquefois une arete mediane de renforcement. Le clias des aiguilles 
demi-courbes est perce indifferemment dans un plan perpendiculaire ou parallele a 
celui que represente 1 aplatissement de la pointe. Les aiguilles courbes nesout ba- 
bituellement recourbees que dans leurs trois quarts anterieurs ; quelques-unes sont 
regulierement recourbees dans toute leur longueur. La courbure des aiguilles est 
variable; elle represente cependant a peu pres la moitie d un cerclc dont le rayon 
est plus ou moins grand, suivant la dimension de 1 instrument et selon la region 
sur laquelle il doit agir. 

Le chas des aiguilles courbes, leur tige et leur poinle, saut la courbure, sont en 
tout semblables a la tige, a la pointe et au chas des aiguilles droites. 

Toutes ces aiguilles sont generalement portees directement sur les parties avcc 
lesdoigts; quelquefois cependant, pour agir dans des cavites, elles sont montees 
sur un manche fixe, d autres fois sur un manche mobile en J orme d etau appulo 
porte-aiguille, ou encore fixees entre les mors des pinces a anneaux. 

Depuis que les fils metalliques ont repris faveur, on a construit des aiguilles 
speciales pour les rendre plus maniables. Ce sont des aiguilles chirurgicales ordi- 
naires, droites ou courbes, assez fortes, qui portent, en arriere du chas, soit un 
evidement tres-prononce, soit une fente destinee a loger 1 epaisseur du fil metalli- 
que tordu sur lui-meme. Un autre instrument se compose d une tige cylindrique 
en acier longue de huit centimetres, tubulee dans toute son etendue pour recevoir 
le fil et tres-legerement recourbee en S. Le talon de 1 aiguille est monte sur un 
maLcbe fixe en bois, et presente 1 orifice du tube par lequel le fil est intioduit dans 
^instrument ; la pointe est taillee en biseau du cote de sa concavite ; sur le plan da 



208 AIGUISEURS. 

biseau s ouvre 1 orifice terminal du tube par lequel le fil doit sortir, lorsque 1 in 
strument a traverse les parties. 

Des aiguilles speciales sont destinees a placer les fils dans les operations qui se 
pratiquent sur le voile du palais, le vagin, etc. La forme de ces instruments et leur 
mode d emploi valient avec les precedes o peratoires ; nous croyons devoir en ren- 
voyer la description a 1 histoire fort etendue de chacune des operations dans les- 
quelles ilssont usites. (Voij. STAPHYLORRAPHIE, ELYTRORRAPHTE, etc.) LEGOUEST, 

AIGUILLEURS (HYG. PROFESSIONNELLE) . Les differentes operations necessaires 
a la fabrication des aiguilles peuvent determiner des inconvenients dont quelques- 
uns ont une extreme gravite. 

Le palmage, c est-a-dire 1 aplatissement de la tete, se fait a 1 aide d un lourd 
marteau, et peut occasionner seulement un pen de fatigue, comme il arrive dans 
tous les elats pour lesquels un certain deploiement de forces est necessaire. Le 
marquage, ordinairement confie a des femmes, consiste a percer un trou dans la 
tete de 1 aiguille. Ge travail exige une application minutieuse et soutenue, aussi 
a-t-il souvent pour consequence un affaiblissenient premature de la vue. 

Mais I operation veritablement dangereuse, c est Vempointage, qui se fait ;i la 
meule seche, et donne lieu a un degagement de poussieres siliceuses et metalliques 
que respircnt les oavriers. II en resulte une forme par ticu Here de phthisie, signalee 
pour la premiere fois par Johnstone, a la iin du siecle dernier, et que nous decrirons 
a 1 article AIGUISEURS. 

Voici, d apres les recherches de Holland (The Vital Statistics of Sheffield. 
p. 204, Loud., 1845, in-8), la duree probable de la vie, pour differents ages, chez 
les empointeurs d aiguilles, comparee a celle de la population de toute I Angleterre 
et de quelques districts agricoles : 

AGE. AIGU1LLEURS. TOCTE I/ANGLETERRE. DISTRICTS AGRICOLES. 

20 ans 51,17 54,97 57,00 

25 53,86 57,52 59,71 

50 56,77 60,06 62,28 

55 39,90 62,55 64,66 

40 43,25 64,90 66,76 

45 46,82 67,16 08,68 

50 69,56 70,45 

On voit quelle funeste influence exerce cette profession sur la duree de la vie. 
Les moyens prophylactiques ne different pas de ceux qui seront conseilles pour les 
aiguiseurs pour 1 histoire de la maladie et la bibliographic speciale (voy. ce mot). 

E. BHD. 



(HYGIENE PROFESSIOKNELLE). Les aiguiseurs, affuteurs 01 
emouleurs sont des ouvriers employes a user, sur une meule de gres seche 01 
humide, et a laquelle on imprime un mouvement rapide de rotation, des outils, 
aistruments ou armes divers, soit pour les polir, soit pour leur donner une pointe 
ouun tranchant. Les conditions particulieres dans lesquelles s execute ce travail 
peuvent etre, pour 1 ouvrier, la source de maladies ou d accidents qui ont, dans 
ces derniers temps, tres-serieusement fixe 1 attention des hygieuisles. Examinons 
rapidement ces influences et voyons comment elles agissent. Elles sont dedeux 
sortes : 1 dependant de la profession (intrinseques) ; 2 propres aux individus qui 
1 exei cent (extrinseques) . 

1 Influences intrinseques. Dans les ateliers ou Ton pratique 1 aiguisage, et 



AIGUISEUKS. 209 

surtout quand il a lieu par la voic Immido, 1 eau ruissollc sin 1 le sol, et, en meme 
temps, la meule fait jaillir des eclaboussures contumelies sur 1 emouleur. Celui-ci 
estdonc, non-seulement plongc dans une atmosphere satnree de vapcnr d eau, 
mais, en outre, ses vetements sont toujours mouilles, et si Ton y joint la transpi 
ration qr.i le baigae quand il truvaille de lourdes pieces, on verra qu il est expose, 
par le fait du moindre conrant d air, ou lors de sa sortie de 1 atelier, a des refroi- 
dissements dont les consequences ordinaires sont des phlegmasies de la poitriue 
(bronchites, pleuresies, pneumonies) ou des rhumatismes. L ouvrier se tient d or- 
dinaire tortement penche en avant; cette attitude, longtemps continuee, pent pro- 
duire, non pas peut-etre des deviations de la taille, mais nn trouble tres-marque 
dans la circulation cle la poitrine, et dont nous aurons, plus loin, a examiner les 
effets. Suivant M. Chcvallier, les aiguiseurs qui travaillent debout seraient tres- 
sujets aux varices et aux ulceres des membres inferieurs. 

On a note depuis longtemps que tenir en permanence les yeux fixes sur des 
objets tres-petits et brillants, aiguilles, canifs, etc., pent amcner une grande fatigue 
de la vue; en outre, les poussieres siliceuses developpees pendant 1 aiguisage, mais 
surtout les etincellesou eclats melalliqucs detaches par le frottement, deteiminent 
des inflammations ou des brulures, quelquefois fort graves, de 1 organe visucl. Ces 
poussieres qui remplisscnt 1 atclier dans 1 aiguisagc a sec, et pendant 1 opcratioa 
du retaillage ou riflage de la meule, out, sur les voles respiratoires, une action 
bicii autrement dangereuse, et qui donne lieu a une forme particuliere de phthisic, 
objet principal de cet article. Enfin, les meules peuvent cclater et blesser, plus ou 
moins giicvement les ouvrieis ; nous en parlerons en terminant. 

2" Influences extrinseques. La maniere de vivre de 1 ouvrier joue necessaire- 
ment un grand role dansriiygieneprolessionelle (voy. PROFESSIONS). Cela s applique 
parfaitement an cas actuel. Les auteurs anglais et allemancls out signale la vie 
di reglee de leurs aiguiseurs, qui sc livrent a des excesde tout genre, mais surtout 
aux excesalcooliques. Courte et bonne (a merry life and a short one), telle semhle 
etre la devise adoptee par ces malheureux qui savent, sans YOU loir en convenir, 
le sort, qui les attend. Un mauvais regime ordinaire, un etat de sante delectueux, 
une disposition hei editaire a la diathese tubcrculeuse, aggraveront les chances dc 
maladie, surtout pour celle dont nous allons parler. 

MALAIUE DBS AIGUISEUUS, phthisic ca/culeuse ou siliceuse (Grinders asthma Acs 
Anglais, Schleiferkrankheit des Allemands). Tandis que 1 al iection identique, par 
la cause et par les efl ets, qui attaque les tailleuvs de pievre ou de meules et les car 
riers, est con nue depuis que I anatomiepathologique, serieusement cultivee,apermis 
de reconnaitre le siege et la nature des maladies, la phthisic des aiguiseurs mention- 
nee settlement a la findu sierle dernier, n aete bien constalee que depuis une tren- 
taiue d annees. Ainsi, en 1649, Diemerbroeck reconnait la presence de poussieres 
pierreuses dans les poumons des tailleurs de pierre (Opp., t. I er , p. 306; Ultraj., 
1685, in-fol.); Wepier (1678) constate la frequence de la phthisie chez les ou- 
vriersqui, a Waldshut, preparent les pierres a meules (Obs. med. pract., p. 441, 
Scaphnsii, 1727, in-4) ; dans le courant du dix-huitieme siecle, cette etiologie 
des affections organiques du poumon est tellement monnaie courante, que Sauvages 
decrit un asthma putvtrulentorum, lequel, dit-il, degeiiere souvent en phthisie. 
Ces idees sont confirmees par Leblanc (1775), Will (1785), et cependant per- 
sonne, pas meme le pessimiste Ramazzini (170 i), ni son traducteur irancais Four- 
croy (1777), ne parlent des maladies de poitrine chez les aiguiseurs. II taut 
arriver jusqu en 1796 pour voir Johnstone s occuper d une-espece partiniliere ci . 

C1CT. LNC. 11. 14 



210 AIGUISEURS. 

phtliisie qu il a observee chez les empointeurs d aiguilles. Erifin, en 1850, Kmght 
abordeJa question des ernouleurs, et nous apprend que la maladie speciale dont ils 
sont affectes est de date recente. Autrefois, dit-il, les ouvriers travaillaient isole- 
ment, hors des villes, dans des campagnes salubres, lelong des cours d eau qu ils 
utilisaient comme force motrice; leurs ateliers, dans lesqucls ils n etaient jamais 
qu en tres-petit nombre, etaient largeraent acres ; ils aiguisaient rarement par la 
voie seche. Les variations, en plus ou en moins, survenues dans ces cours d eau, 
les gelees de 1 hiver, interrompaient frequemment leurs travaux et les obligeaient 
de se livrer temporairement a d autres occupations. L adaptation des machines 
a vapeur a 1 aiguisage amena, vers 1786, une revolution complete et bien tacheuse 
dans cette industria, qui des campagnes tut transferee dans les grands centres de 
population. Les ouvriers furent enfermes. au nombre de douze ou quinze, dans 
des pieces peu spacieuses, aTactement c oses, surtout pendant 1 hiver; ils tra- 
vuillerent la, pendant toute i annee, die a onze heures par jour et six jours par 
semaine. L avilissement des salaires amana I usageplus frequent de la voie seche, 
beaucoup plus expedilive. Enfm, les aiguiseurs vinrent demeurer en ville, et leur 
genre de vie se modifia du tout au tout. Ces ciirieux details se trouvent continues 
(>;ir Jordan, auteur d un excellent mcmoiresur les grandes fabriques d acier <!e Suhl 
(Etats prussiens) ; dans cette localite 1 aiguisage, surtout pour les grosses pieces, 
a lieu, en partie, dans les bois qui environnent la ville et le long des cours d eau. 
Les ouvriers qui travaillent dans ces conditions resistent bien micux aux in 
fluences si facheuses de leur profession. Depuis Knight, nous avons a enregisfcrer 
les belles recherches de Holland, celles de Fa veil, de Hall, en Angleterre; celles 
de Desayvre, en France , et, enfin, de Jordan, en Allemagne (voy. la bibliographic 
et 1 art. CARRIERS). 

Symptdmes ct marche de-la maladie des aiguiseurs. On peut, avec Holland 
et Desayvre, etablir trois periodes. 

La premiere est caracterisee par une toux seche ou, le plus ordinairement, 
suivie d une expectoration blanchatre, filaute, peu abondante, excepte le matin, ou 
les quinles de toux provoquent souvent des vomissemenls de matieres bilieuses ou 
glaireuses; la respiration est rude, craquante; sonorite normale; les forces sont 
encore en bon etat. 

Dans la deuxieme periode, il y a engorgement, plus ou moins considerable, des 
poumons ; c est alors que se montrent les hemor>tysies ; la dyspnce est tres-intense; 
on entend des rales divers dus a la bronchite qui coexiste presque constamment. 
Les vomissernents continuent par le meme mecanisme. Du reste, 1 appetit, les 
forces subsistent encore; assez souvent il y a des pleuresies intercurrentes. 

Dans la troisieme survient la degenerescence du poumon ; les hemoptysies sont 
tres-abondantes ; la fievre hectique apparait pour la premiere, fois; les forces 
declinent rapidenient ; des sueurs copieuses epuiseiit le malade, qui succombe avec 
la plupart des symplomes generaux et locaux proprss a la phthisic pulmonaiie. 

L age, 1 etat des forces, le genre de travail, les conditions hygieniques extrin- 
seques, la presence on i ^iv=ence d une disposition diaihesale ii:Derculeuse, modi- 
fient d une inaniere liotabie la marche et les phenomenes cle ka maladie, comrae 
1 ont surtout etabli Holland et Jordan, et fondent deux formes dont les caracteres 
sont assez nettement accuses. - - Dans la premiere forme, tout se borne, pendant 
plusieurs annees, a im etat astbmatique, les forces restant a 1 etat ordinaire. La 
titix a precede cette dyspnec, et une expectoration abondante de mucosites melees 
Cu- i^oussieres 1 accompagne. Les resultats de 1 exploration physique repondent a 



AIGUISEURS. 2H 

ces symptomes, la cage da thorax est proeminente en avant, sa circonference est 
agrandie, et les espaces intercostaux elargis. La percussion est remarquablcment 
sonore; le bruit respiratoire est en partie bronchique, en partie obscur. Dans la 
seconde forme, la toux et la dyspnee debutent simultanement. Cette toux est 
d abord seche, puis, souvent, apres plusieurs crachements de sang, elle devient 
purnlente et frequemment melee de sang et de concretions calcaires de couleur 
et de consistance differentes. Ici, la poitrine est plutot aplatie et retrecie que bom- 
bee; il y a de la matite, le bruit respiratoire est sourd, mele de bruits divers, sui- 
vaut 1 etatdu poumon. Des que 1 expectoration devient purnlente, on observe une 
chute rapide des forces, 1 amaigrissement fait de grands progres, et le malade pre- 
sente bientot les symplomes de la consomption pulmonaire. 

La premiere forme affecte surtout les ouvriers qui commencent a travailler a un 
agedeja assez avarice et qui ne presentent pas de disposition aux maladies chro- 
niqiies du poumon. Get etat de souifrance peut se prolonger pendant plusieurs 
annees, et il n est pas rare de voir 1 ouvrier atteindre alors la cinquantaine, age 
auquel 1 aiguiseur est un vieillard. On remarquera les analogies que presente cette 
forme avec I anthracose, ou encombrement charbonneux des mineurs. Les ouvriers 
tres-jeunes, ceux qui sont epuises par de grandes fatigues, par des exces, ou qui 
porlent en eux les germes de la tuberculisation pulmonaire, sont plus promptement 
attaques; et, quoiqueleur existence soit moius tourmeutee, ils arrivent beaucoup plus 
promptement an terme fatal, au milieu des symptomes qui caracterisent la set:onde 
forme. Cola se voit surtout en Angleterre ou le travail est souvent commence de tres- 
bonne heure et dans de mauvaises conditions d hygiene et de sante generate. 

Un mot sur 1 expectoration. Soumis a 1 analyse chimique, par Desayvre, les 
crachats n ont point presente d t lements inorganiques. Ges experiences n ont pro- 
balilement pas etc assez multipliers, car il y a ici disaccord complet avec tous les 
autres observateurs, qui out constate 1 existence des poussieres siliceuses dans les 
produits de 1 expectoration. Yoici les resullats d experiences microscopiques faites 
pur Hall. On a reconnu dans les crachats des cellules d epithelium, provenant de la 
Louche et du pharynx, des globules de sang, des globules de pus et de mucus, et, 
enfm, des particules d acier et des fragments de gres, dont la quantite t tait d au- 
tant plus considerable qu il s etait ecoule un temps moins long depuis la cessa 
tion du travail. 

Jordan, apres Holland, s est effoice de differencier la maladie des aiguiseurs de 
la phthisic tuberculeuse proprement dite. Dans cette dernierej la fievre hectique, 
1 amaigrissement, les sueurs et la diarrhee colliquative se montrent a une epoque 
beaucoup moins avancee que chez les niguiseurs, qui ne presentent cet ensemble 
de phenomenes que dans les denners temps. La tuberculisation pulmonaire est 
une affection constitutionnelle, aussi les forces sont-elles promptement alterees; 
chez les emouleurs, 1 affection est d abord purement locale, elle ne se generalise 
que tres-tard, et la preuve c est que si 1 ouvrier renonce a temps a son travail, il 
pent guerir ou du moins prolonger tres-longtemps son existence. Holland rapporte 
1 observation d un aiguiseur, offrant deja les phenomenes de lesions pulmonaires 
tres-avancees, qui changea de profession et vecut treize ans dans un etat de sante 
passable. Des circonstances facheuses 1 ayant force de reprendre son ancien metier, 
il ne tarda pas a succomber, et 1 on trouva dans les poumons une caverne a y mettre 
lepoing, dont on avait constate 1 existence dans la premiere phase de sa maladie. 
Entln, il est une circonstance fort remarquable et surlaquelle insistent, avec rai 
son, Petrenz et Jordan, c est Y absence dheredite. Les observations particulieres, | 



212 AIGU1SEURS. 

les recherchcs multipliees de ce dernier, clans uae localite aussi bien placee que 
Suhl, lui ont pevmis d etablir que les aiguiseurs, a 1 epoque ou ils presentent la 
maladie parfaitement caracterisee, engendrent des enfants qui n apportent aucune 
disposition a cette terrible affection. 

Les lesions anatomiques repondant aux phenomenes exposes plus bant, sont les 
suivantes : 

1 Adlierences quclquelbis tres-etendues entre la plevre costale et la plevre pul- 
monaire, et meme epanchements sero-purulents ; ce sont les suites de ces pleuresies 
si communes cliez les aiguiseurs. 

2 La muqueuse du larynx et de la trachee, niais surtout celle des division 
bronchiques, presents presque toujours des traces & inflammation (rougeur, injec 
tion) ; quelquefois cependant elle est pale, epaissie, ramollie ou ulceree. 

5 Ea meme temps, il y a souvent dilatation des petites divisions bronchiques, 
a un degre plus ou moins considerable. 

4 Les auteurs anglais ont particulierement note un etat emphysemateux du 
pounion. Favell 1 a trouve cinq loissur sept autopsies: une fois tres-leger et occu 
pant seulement le sommet; dans les quatre autres cas il siegeait au bord inferieur 
et a la face posterieure des poumons. 

Ces deux dernieres sortes de lesions sont caracteristiques de la premiere forme 
decrite plus hant (Asthme des aiguiseurs.) 

5 Grains. Us ont peut etre etc iiuli jues par liubbe sous le nom de spadones, 
mais c cst surtout a Desayvre et Favell que 1 on en doit une description exacts. 
Ce sont de petites granulations du volume d un grain de plomb a celui d un pois 
et meme un pen plus; ils sont chiiniquement composes de silice, de Jer etdt 
phosphate de chaux. Quelquelbis ils sont noirs dans toule leur ep iis-eiir, conime de 
petites trul les, et mous ; d autres sont blancs en dedans et noirs en dehors ; d autres, 
enfin, sont enlierement blancs. Les premiers, snivant Desayvre, seraient Ibrmi s 
par dela melanose que secreterait le [oumon irrite par la pieseucc des corps etran- 
gers, et ils siogeraient dans les vesicules pulmonaires. Favell, quisemble reproduce 
1 idee de Bubbe, les croit constitues par du sang concre e dans les extreraitesdila- 
tees des \eines, et il assure s etre assure de cette disposition par uno dissection 
minutieuse. Quant aux grains blancs, ils sont tres-durs, et exclusivement dus a 
une agglomeration de silice. On les trouve surtout , dit Desayvre , dans les 
masses pulmonaires indurees, c est-a-dire enflammees du poumon, ou elles se sont 
accumuleees, et ou 1 etat pathologique de 1 organe ne permetlait pas la secretion 
de la me anose. Ceux qui sont bl.mcs etdurs au centre, avec uneecorce noire, sont 
des agglomerats silicons entoures de melanose. 

6 Le parenchyme pulmonaire presente ordinairement des engorgements ou 
hepatisations qui en occupent des parties plus ou moins considerables. Ces parties 
engoigees sont parfois ties-l ermes, ou bien infilties d un fluide noir tres-abondant. 
Dans un cas observe par Holland, les deux poumons etaient ainsi iniiltres; la 
marche de la maladie avait ete rapide et accompagnee d une forte dyspnee. Ces 
engorgements partiels peuvent subir un ramollissement particulier qui aboutit a la 
formation d ulcerations, d excavations pulmonaires plus ou moins spacieuses, tre-- 
bien decrites par Charcot dans son excellente dissertation (De la pneumonic 
chronique, p. 31. These de cone. Paris, I860, in-8). Ces cavernes sont quelque 
fois tres-petites, quelquefois grandes a y loger le poing; leurs parois sont lisses ou 
anfractueuses et donnant naissance a des brides fibreuses qui traversent la cavite ; 
elles sont alors le resultat probable de la reunion de petites cavernes. Dans tous 



AIGUISKMS. 213 

/escas, le tissu piilmonaire est a 1 entour indnre et infiltre de matiere noire. 

7 Les auteurs anglais et allcmands ont insists sur la presence non constants, 
mais pourtant assez commune iquatre fois sur sept, suivant Favell), de tubercules 
a divers degres de erudite ou de ramollissement et entoures de parties congestion- 
nees ou iridurees. 

8 Ces memes auteurs ont encore decrit le gonflement des ganglions bronchiques 
qui etaient transformes en masses noires, dures, siliceuses, criant sous le scalpel, 
ou bienmolles et infiltrees de matieres noiratres. 

9 L etat hypertropliique du cceur avait etc signale par Will, a la fin du siecle 
dernier, chez les tailleurs de gres de Fontainebleau. Favell a constate 1 existence 
de cette lesion cinq fois sur sept. A cet egard, il ne iaut pas oublier que, dans la 
profession dont il s ngit, les affections rhumatismales sont assez communes. 

Voyons maintenant comment les differentes causes signalees plus haul agissent 
pour amener les alterations que nous, venons de passer rapidement en revu . 

Qnelques auteurs contemporains ont conteste 1 efficacite des poussieres pour 
produire les affections clironiques du poumon. Ainsi, Laennec pensait que les corps 
etrangerspulverulents venus du debors sont bientot environnes dc mucus, rejetus 
par I expectoration, et que, par consequent, ils ne sauraient srjonrner dans 
les petites ramifications bmnduquesiTraite del ausc.med., t. I er , p. 270. Paris, 
1826.) 

M. Andral a voulu attribuer a des refroidissements la phtliisie des tailleurs de 
silex de Meusnes (Traite del auscult., de Laennec, 4 e edition, t. I er , p. 124. Note. 
Paris, 1837). Ueslandes (dans 1 article Poussieres du Dictitmnaire en 15 volumes) 
croit aussi pouvoir revoquer en doute 1 action des pous-ieres minerales. Benoiston 
s est efforce d appuyerces idees sur des cliiffres (Ann. d hyg., l re serie, t. VI, p. 46, 
1831), renverses peu apres par ceux de Lombard, de Geneve (ibid., t. XI, 1834), 
mais surlout par les etfrayantes statistiques de Holland, recueillies a Sheffield. 
Des lors la question fnt rcsolue. II fut definitivemenl etabh que 1 exposition aux 
poussieres siliceuses cletermine une maladie clironique despoumons, plus ou moins 
promptement mortelle, suivant que les poussieres sont plus ou moins abondantes. 
On reconnut que 1 aiguisage a sec et 1 operation du riflage, par laquelle 1 onvrier 
retaille la meule, sont excessivement dangereux. C esfc ce que demontrerale tableau 
que nous donnons plus bas, d apres Holland, a 1 occasion du pronoslic. 

Comment agissent les poussieres pour determiner la maladie etudiee plus haut? 

Suivant les uns, et ce sont surtout les auteurs anciens, les particules siliceuses 
et metalliques introduces dans les poumons y font naitre une irritation d abord, 
puis une inflammation qui donne naissance a des produits divers aboutissant a la 
disorganisation, avec le cortege des pbenomenes ordinaires de la consomption. 
Suivant les autres, parmi lesquels se tiouvent la plupart des auteurs modernes, les 
bronchites, les irritations pulmonaires precedent; elles sont occasionnees paries 
alternatives brusques de teirperature, 1 action de 1 humidite, les ecarts de regime 
auxquels se livrent trop souvent les emouleurs, les poussieres entretiennent et 
eternisent ces inflammations, amenent par suite Temphyseme, les engorgements 
du tissu pulmonaire et, enfin, la destruction par ulceration. Desayvre a signale 
comme circonstance aggravante 1 habitude de parler beauccup et a haute voix. 
Deja Emile Bech, dans son inleressant travail sur les carriers de Pirna, avait fait 
connaitre les dangers qui resultent pour ceux-ci de jouer des instruments a vent, 
metier que beaucoup d entre eux exercent pendant 1 hiver. On comprend aussi 
q ie 1 attitude de 1 ouvrier, courbe en avant et peucho sur son travail, trouble la 



214 



AJGUISEURS. 



circulation pulmonaire, favorise les congestions et vient en aide a la production 
de ces engorgements que nous avons decrits plus haut. 

. Le pronostic est, en general, tres-grave. Cependant, si 1 ouvrier commence & 
travailler a un age ou il a acquis son entierdeveloppement, s il est tres-vigoureux, 
n apportant aucune predisposition hereditaire aux maladies de poitrine, s il mene 
une vie reguliere, les chances de resister longtemps aux causes de la maladie sont 
plus nombreuses. Celle-ci une fois declaree, et 1 ouvrier abandonnant son genre de 
travail, la maladie peut rester stationnaire pendant de longues annees et meme 
guerir, si elle n etait pas trop inveteree. La premiere forme, ou forme emphyse- 
mateuse, est moins grave que la seconde. Une difference tres-notable est etablie, 
comme nous 1 avons vu, par le travail a la meule seche ou humide. Nous emprun- 
tons a un ouvrage particulier d Holland un tableau dans lequel se trouve la duree 
probable de la vie pour les differents ages chez les aiguiseurs, suivant leur genre 
de travail, et comparee a celle des ages correspondants dans toute 1 Angleterre et 
dans les districts purement agricoles (in Vital Statistics of Sheffield, p. 204. 
London, 1845, in-8). 





VIE PROBABLE . 


AGE 


DES A1GUISEUB S 


HE LA POPULATION 


ACTUEL - A SEC 


bEC ET HUMIDE 


HUMIDE. 


EN 










ANGLETERKE 














ET PAVS 


CONTREEi 




FOURCHETTES 


CJMFS. 


/usoir.s. . 


CISEADX. 


SC1ES. 


DE fiALLEs. 


AfiRICOLES. 


20 


29,73 


52.75 


31,88 


38,25 


48,68 


54,97 


57,00 


25 


32,85 


56,22 


34,84 


40,59 


49,33 


57,52 


59,71 


30 


56,01 


50,67 


58,09 


42,82 


50,50 


60,06 


62,28 


55 


59,21 


43,88 


41 .53 


45,53 


51,97 


62,55 


64,66 


40 


42,44 


46,45 


45,21 


48,55 


55,77 


64,90 


66,76 


45 


45,71 


49,79 


48,73 


51,80 


55,88 


67,16 


68,68 


50 





f.5, 09 


53,25 


55,36 


58,30 


69,56 


70,45 


55 





56,34 


57,60 


59,20 


61,04 


71,60 


7"- ,25 


60 


i> 


i) 


62,19 


63,51 


64,09 


74,96 


74,29 


65 





a 





i) 


67,46 


76,49 


76,58 


70 














i, 


79,26 


79,24 



Ce tableau n a pas besoin de commentaires. 

Traitement. Nous serons tres-bref sur le traitement proprement dit, nous reser- 
vant d entrer dans quelques details sur les moyens prophylactiques, 

Les congestions, les engorgements inflammatoires partiels, les pleuresies, 
reclament 1 emploi des emissions sanguines locales, mais d une maniere moderee; 
six a dix sangsues ou quelques ventouses scarifiees, que 1 on pourra repeter au 
besoin. Apres cela, ou bien d emblee, si le sujet est tres-faible, on a recours aux 
revulsifs cutanes, tels que vesicatoires d une mediocre etendue, frictions stibiccs 
ou avec I huile de croton liglium. Les emetiques sont tres-utiles dans une foule de 
circonstances, ils calment la toux etladyspnee. Les secousses du vomissement favo- 
risent la circulation pulmonaire et facilitent le degorgement des poumons. L eme- 
tique peut etre renouvele au bout de quelques jours avec avantage. Si 1 irritation 
est tres-vive on donnera des boissons emollientes et mucilagineuses, puis les balsa- 
micjues : les expectorants sont utiles pour aider a 1 expulsion des corps etrangers. 



AIGUISEURS. 215 

I/opium, les opiace s, rendent de tres-grands services pour calmer I erethisme des 
voies respiratoires, sans diminuer 1 expectoration. Petrenz se loue beaucoup de 
la digitale dans les cas analogues. Enfin, on aura encore recours avec grand avan- 
tageaux toniques, aux amers combines avec les expectorants ; c est au quinquina et 
a ses preparations que Ton devra s adresser de preference. Ces medications, convena- 
blement administrees, ont souvent rappele a la vie des maladesdont 1 etat semblait 
desespere. 

Les complications diverses, diarrhee, sueurs, etc., seront traitees comme dans la 
phthisic tuberculeuse ordinaire. 

Le regime doit etre doux et reparateur ; il importe de ne pas laisser.tomber les 
forces. 

Les moyemprophylactiques propres a empecher le developpement de la maladie 
des aiguiseurs sont de deux sortos : les uns, puremerit mecaniques, ont pour but 
de s opposer a I lnhalation des poussieres; les autres, de placer les ouvriers dans 
des conditions hygieniques telles qua Taction de ces poussieres soil attenuee autant 
que possible. 

Moyens mecaniques. On peut se proposer de mettre obstacle a 1 entm des 
particules siliceusesetmetalliques; tels sont les eponges, les mouchoirs, les masques 
treillisses ou en gaze, places au-devant de la Louche et du nez ; mais I indiifcrence 
des ouvriers pour leur propre sante est si grande, qu ils ne voudraient pas se sou- 
mettre au leger inconvenient qu entraine 1 usage de ces appamls, et, comme le dit 
Jordan, ils preferent fumer leur pipe pendant leur travail, ce a quoi il leur 
faudrait renoncer. Quelques personnes ayant cm que les particules metalliques 
sont seules nuisibles, J. H. Abraham avail imagine d enlourer la bouche d un 
systeme d aimants qui devaient attirer et retenir les parcelles de fer. Knight, 
Holland, trouvent 1 idee tres-ingenieuse, mais parfaitement insuffisante, puisque ce 
systeme n empechepas 1 inhalation des poussieres siliceuses. 

Ici, comme pour tous les moyens de prophylaxie professionnelle, il faut que 
Fappareil protecteur soit independant du caprice de 1 ouvrier et qu il fonctionne 
en dehors de lui ; on donnera done la preference, dans le cas dont il s agit, aux 
appareils qui ont pour resultat commun de produire un courant d air continue] 
agissant sur la meule de maniere a chasser ou a entrainer les poussieres, a mesure 
qu elles se produisent. Ainsi G. Prior avait imagine d adapter a la meule un soufflet 
se rnouvant en meme temps qu elle, et communiquant avec elle par un tuyau ter- 
mine par une sorte d entonnoir qui 1 enveloppait en partie. Le vent du soufflet 
chassait les poussieres loin de 1 ouvrier. Les appareils aspirateurs ont eu plus de 
succes. Voici celui que decrit Holland, probablement d apres ce que dit Thackrah 
d un aspirateur employe dans les fabriques ou Ton peigne la laine. Une sorte d en 
tonnoir en bois, dedix adouzepoucescarres, est place un peuau-dessusde la meule 
et du cote oppose a 1 aiguiseur. L entonnoir se continue en un tuyau qui passe sous 
le plancher. La longueur de ce tuyau varie suivant la place qu occupe 1 ouvrier, et 
1 endroit par lequel la poussiere doit etre expulsee. Supposons que huit ou dix 
emouleurs travaillent dans le meme atelier, chacun a son entonnoir et son tuyau, 
et ceux-ci viennent se rendre a un tuyau commun dont le calibre est deux ou trois 
ibis plus considerable que celui de chacun des embranchements qu il recoit. Ce 
canal commun va s ouvrir dans le mur exterieur. La, et dans 1 interieur, est plac 
un van semblable a ceux dont on fait usage pour les grains. Une courroie enrouH 
a^une poulie, en rapport avec la machine qui fait mouvoir les meules, lui cornmj" 
niqueainsi un mouvement de rotation. Son action est done subordonnee ii celle 



218 AIGUISEDRS. 

des meules, et, quelle que soit la longueur des tuyaux, il se produit un courant 
rapide qui entraine, par 1 embouchure des entonnoirs, les poussieres siliceuses et 
les particules metalliques. Quand 1 appareil est bien confectionne, I atiiiosphere de 
1 atelier esl aussi pure que celle d un salon. Get appareil est peu couteux, et ne 
revient guerequ a un souverain (vingt-cinq francs) pourchaque emouleur. Installe 
dans une manufacture d epingles, les maladies depoitrine out cesse de s y montrer. 
N oublions pas de noter que, des 1896, M. Pihet, a Paris, avail etabli un mode 
de ventilation analogue dans les ateliers de sa fabrique. 

En 1847, M. Morin donna connaissance a 1 lnstitut d un systeme tout a f;iit 
semblable, employe avec succes par M. J. Peugeot dans une fabrique de quincail- 
lerie, a Herimoncourt (Doubs). L inventeur y a joint divers moyens de protection 
contre I eclaboussage et la rupture des meules, dont nous parlerons plus has. 
Enfin, Desayvre decrit aussi le ventilateur qui fonctionne depuis 1852 dans la 
pnmde i abrique d armes de Chatellerault. Ce ventileur a pour base une roue a 
aubes coujbes placee en debors de I usine. Cette roue est mue par une chute d eau 
qui Ini imprime une vitesse de douze aquinze cents lours par minute; 1 impulsion 
communiquee a 1 air par cette extreme vitesse produit en arriere de la roue une 
rarefaction telle que 1 air environnant s y precipile avec force : un trou pratique 
au-dessous de chaque meule d aiguisement fait communiquer 1 air ambiant avecle 
conduit, a 1 extremite duquel se meut la roue exterieure. Au moment du riflage 
on ouvre la plaque qui ferme habituellement le trou dont nous venons de parler, 
et Ton imprime le mouvement a la roue exterieure ; alors 1 air qui entoure la 
meule s engouffre dans le trou, entrainant avec lui la poussiere fine produitepar 
le riflage, laquelle va se repandre en debors de I usine sur la riviere. Pour evitcr 
que cette poussiere s ecartat sur les cotes, et que, placee trop endehors du champ de 
1 ouverture, elle echappat a 1 action aspiratrice, qui a lieu par le trou, le capitaine 
de Mainlenant, qui a dirige ce beau travail, a fait encaisser la meule dans une boile 
de bois. Le succes obteim par cet appai eil a ete aussi complet que possible. D apres 
une note complementaire que je dois a 1 extreme obligeance de M. Desayvre, on ne 
voit plus pendant le riflage ces nuages de poussiere qui remplissaient 1 alelier, il 
n en reste qu une tres-mince couche autour de 1 aiguiseur, et souvent par sa faute. 

Tons les anciens ouvriers sont marts, m ecrit M. Desayvre, et quant a ceux 
qui travaillent depuis 1 iustaHation du ventilateur ou seulement depuis deux ou 
troisans avant cette installation, leur etat de sante est tres-satisfaisanl ; 1 ausculta- 
tion ne revele aucune lesion du ponmon!... 

Nous ne saurions trop recommander 1 adoption des ventilateurs dans les aiguise- 
ries, et nous nous rangeons entierement de 1 avis des auteurs qui voudraient que 
ces prescriptions fussent obliciatoires, comme elles le sont dans plusieurs localiles, 
en Allemagne, surtout pour les fabiiques d aiguilles Je ne parle pas des meules ar- 
tificielles de M. Malbec, et formees de gomme laque et de sable; elles sont aujour- 
d hui completement abandonnees. 

Parmi les recommandations prophylactiques propres a venir en aide a 1 action plus 
puissantedes moyens mecaniques, noussignalerons 1 age d admission, qui ne devrait 
pas etre au-dessous de vingt-deux a vingt-cinq ans. La constitution devrait encore 
etre 1 objet d un examen minulieux ; tout sujet predispose a la phthisic ou qui en 
presenterait les premiers symptomes devrait etre averti du danger qu il court. 
Des vetements chauds, 1 attention de ne pas s exposer, a peine vetu, au froid exte- 
rieur, quand le corps est en sueur, sont de 1 bygiene la plus vulgaire. Pour obvier 
aux inconvenients de 1 eclaboussage, qui entretient 1 atmosphere ambiante et les 



AIGUISEURS. 217 

vetements de 1 ouvrier dans un etat constant d humidite, M. ,T. Peugeot a fait 
entourer la meule d une enveloppea larges rebords lateraux. L emouleur pourrait 
aussi se garnir le devant de la poitrine d une piece d etoffe en tissu impci im able. 
L aiguisage par la voie huniide sera, antant que possible, substitne a I aignisage 
a sec. Entin, un regime sobre et substantiel est de rigueur dans cette dangereuse 
profession, avec le soin d eviter de parlor a haute voix, de chanter, etc. 

Comme nous avons en 1 occasion de le dire, si, au debut de la maladie, 1 aigui- 
seur quitte sa profession, les accidents sont enrayes. Une mesure excellentea ele 
adoplee a cet egard par I administration de 1 aiguiserie de Cliatellcr.iult. C est de 
reformer 1 ouvrier des que se montrent les premiers symptomes de la maladie 
speciale. Les aiguiseurs reformes depuis cinq ans, dit M. Desayvredans sa lettre, 
sont remarquables par lour force, leur bonne sante; prcsque tons travalllent a 
1 agriculture on a des elats de manoeuvre. Autant de citoyens conserves a 1 Etat 
et a leurs families, et qui seraient niorts miserablement dans 1 espace de quelques 
annees ! . . . 

Ruptures des meules. Cet accident n est pas rare, et il pent avoir les conse 
quences les plus graves. Dans un memoire tres-interessant, M. A. Chevallicr a 
rassemble un Ires-grand nombre de cas de ce genre, qu il a ivcuc-illis dans les 
auteuisou qui lui ont etc communiques. On voitquc les ruphnrs out donne lieu 
adesblessuresqui, pour la plupart, afi ei taiciit le visage, et ont amene des dechirures 
de la joue oudes levres, des fractures de dents, etc. ; dans quelque cas, des ouvriers 
ont ele tues. 

Le celebre chirurgien Morand, qui a rapporte a 1 Academic des sciences un cas 
d eclatement de meule observe par lui a Strasbourg, en 1762, a recherche quelles 
pouvaient etre les causes de cet accident. Elles dependent : 1 de la meule elle- 
raenie, quand le grain esl tioplendre et manque de cohesion, quaiul die renferme 
des fissures peu ap|iarentes, on lorsqu elle n csr pas parfaitement rondeja ces 
diverses circonslances il faut joindre la vitesse tres-grande de rotation qui exagere 
la force centrii uge enorme dont la roue est animee ; 2 les causes de rupture 
peuvent encore dependre du mode d adaptatiou de la meule a 1 arbre qui la fait 
tourner. Autrefois cet arbre etait fixe dans 1 ceil creuse au milieu de la meule, au 
moyen de coins en bois. Ceu\-ci, enfonces avec trop de violence, peuvent avoir 
determine une fissure dans la pierre, ou bien, places sees, ils se gonflent avec une . 
force irresistible par 1 eau doat la meule est iricessamment baignee, et la font ecla- 
ter. Enfm la meule, mal monlee, peut se demonter et se briser. 

L accident a lieu ordinairement avec un bruit compare a celui d un coup dc 
fusil. D Alembert a communique a 1 Academie des sciences, en 1768, un fait dans 
lequel une meule, en se rompant, projeta un fragment pesant trois livres pnr- 
dessus un batiment de quarante pieds de hauteur. Ce fragment alia tomber dix- 
huit toises au dela, dans un jardin. On voitquels dangers il peut en resulter pour 
les ouvriers qui y sont exposes. 

On a propose divers moyens pour empecher cet accident. Ainsi Morand con- 
seilluit de menager, a la circonlerence de la meule et de chaque cote, une retraile 
d un moindre diametre, sur diacune desquelles on adaplerait un anneau en fer. 
M. Chevallier a decrit et figure un appareil usite dans plusieurs aiguiseries. Ce 
precede consiste a garnir 1 auge a emoudre d wne barre de ler cintree Ibrmant un^ 
anseou une chappe, et passant par-dessus la meule; a cette barre vient se river 
une autre barre en ier, partant de 1 extremite de 1 auge ou elle est scellee comme 
la premiere. D autres personnes, notammeut M. Peugeot, out remplaco lus coins 



218 AIKIN. 

tic Lois par deux disques en fer ou en fonte adapted a 1 arbre et qui ctreignent la 
ineule de chaque cote. Ces differents precedes empechent ou annulent en partie la 
rupture de la meulc. 

Nous ne mentionnons ici que pour memoire les conpures que peuvent se faire 
les emouleurs ; elles sont presque constamment insignifiantes, et dependent de la 
maladresse ou de 1 inattention de 1 ouvrier. E. BEAOGRAND. 

BIBI.IOORAPHIE. BHBBE (J.). De Spadone hippocratico, Lapicidarum Seeber gentium hsemoptysin 
et phthisin pulmonalem prxcedente. Halte Magd., 1721, in-4. LEBLANC (L,). Me"m. sur la 
formation et I endurcissement du gres, avec la description de la maladie singiiliere qui attaque 
les ouvriers qui piquent ou taillent celte sorte de pierre. In Precis cl ope r, de clnr.,. t. I, 
p. 561. Paris, 1775, in-8. WILL. Topogr. we d, de Fonlainebleau. In Journ. de med., t. LV, 
p. I ; 1785. JOHN-STONE (J.). Some Account of a Species of Phthisis Pulmoiialis, peculiar to 
Persons employed in Pointing Needles in the Needle. Manufactures. In Mem. of the Med. Soc. of 
London, t. IV, p. 89; 179 i. KNIGHT. On the Grinder s Phthisis. In North of Engl. Med. and 
Surg. Journ. Aug. and Nov. 1830. CHEVALLIER (A.). Des accidents aiixqtiels sont exposes les 
couteliers e mouleurs et aiguiseiirs. In Ann. d hyg., l re serie t. XV, p. 245; 1836. BECH (E.) 
und WILISCH (H. 0.). Das Sleinbrecherbiichlein,oder Winke fur Stein brecher, etc. Pirna, 1842, 
in-8. HOLLAND (G. Calvers). Phthisis induced by the Inhalation of Gritty and Metallic Par 
ticles. In Land, and Edinb. Monthly Journ., t. Ill, p. 399, 598, 879, 965; 18io; et Diseases of 
the lungs, from Mechanical Causes, and Inquiries into the Condition of the Artisans exposed 
to the Inhalation of Dust Lond., 1845, in-8. PETRENZ (C. L.). Erf ahrungen uber die soge- 
nannte Steinbrecherkrankheit, ein Beitrag, etc. InHufeland s Journ., t. XCVII, St. IV, p. 202 
1844. FAVEI.L (Ch. Fox). On Grinder s Asthma. In Transact, of the Provincial Med. and 
Surg. Assoc., t. XIV, p. 145; -1846. MORIN (A.). Note sur les moijcns employe s par M. J. 
Peugeot pour preserver les ouvriers des dangers qu offre I emploi des mettles de gres. Jn 
C.oinpt. rend, de I Acad. des sc., t. XXV, p. 1 ; 1847. VJLLEKME (tils). Note sur la &anti de 
certains ouvriers en aiguilles, et, a cette occasion, etc. In Ann d. hyg., 1" serie, t XL1[[, 
p. 82; 1850 DESAYVRE. Etudes sur les maladies des ouvriers de la manufacture d armes 
de Chatellerault. In Ann. d hyg., 2= serie, t. V, p. 69, 282; 1856. HALL (J. Ch.). The Shef 
field Grinders. The Sheffield File-cutters. In British Med. Journ., n s U, 19; 1857. - 
PEACOCK. On French Millstone-Makers Phthisis. In British and For. Med. Chir. Rev., 2 e se 
rie, t. XXV, p. 214; 1860. EULENBERG (H.). Zttm Schutze der Steinmetz-e und Steinhauer. In 
Beitrdge zur exakt. Forsch. 4 lift., p. 56; 1862. -- BELTZ (L.}.Sur les causes de lamorta- 
lite des tailleurs de pierre, et sur les moyens de la pre venir. These de Strasbourg, 1862, 
n 500, in-4. JORDAN. Die Krankheiten der Arbeiter in den Stahlfabriken. In Casper s Vier- 
leljahrschr., t. XXIII, p. 156; 1863. E. BGD. 

AIKIIV (John). Ne a Warrington, comte de Lancastre, le 15 Janvier 1747; mort 
le 7 decembre 1822. II exerga d abord a Yarmouth, ou ses opinions politiques 
avancees lui ayant suscite quelques ennemis, il dut se refugier a Londres. La, il 
s occupa surtout de 1 literature et se fit une solide reputation d emdit et d eciivain 
elegant. Sa liaison avec le celebre philanthrope Howard, eut pour fruit quelques 
travaux sur les hdpitaux qui ont etc tracluits en francais. Enfin, il fit paraitre de 
tres-utiles recherches sur les medecins anglais les plus celebres, au nombre de 55, 
qui vecurent depuis le treizieme siecle jusqu a la moitie du dix-septieme. II aurait 
voulu composer une histoire de la medecine en Angleterre, mais 1 appel qu il avail 
adresse a ses confre: es de la Grande-Bretagne, pour en obtenir des livres et des 
documents, etant reste sans reponse, il se borna a 1 ouvrage que nous venous de 
rappeler et aux notices dont il enrichit la Biographie generate, qu il publia en 
societe avec Nicholson. Nous ne parlerons ici que de ses ouvrages relatifs a la mede 
cine ou a 1 hygiene publique. 

Essay on the Ligature of Arteries. Lond., 1770, in-8. Essay on Several Important Sub 
jects in Surgery, chiefly on the Nature and Cure of Fractures. Lond., 1771, in-8; et ibid., 
1775, in-8. Observations on the External Use of Lead with some general Remarks on 
Topic Medicines. Lond., 1771, in-8. Thoughts on Hospital. Lond., 1771, in-8. Trad, franc, 
par Vcrlac; Londres et Paris, 1777, in-12, ^- A Specimen of Medical Biography in Greet 



AIL 219 

Britain. Lond., 1775, in-4. Biographical Memoirs of Medicine in Great Britain from the 
Revival of Litter ature to the Time of Harvey, London, 1780, in-8. Appendix to the History 
of Lazarettos which contains the Observations made by M. Howard in his Concluding Tour, 
London, 1793, in-8. E. Boo. 



(Charles-Roguson) . Ghirurgien anglais, qui pratiquait a Londres a la 
fin dn siecle dernier et an commencement de celui-ci : membre du college des chi- 
rurgiens de cette ville. On a de lui 1 ouvrage Suivant, faussement attribue par 
quelques auteurs a John Aikin : 

A Concise View of all the most Important Facts which have appeared concerning the Inocu 
lations of the Cowpox. Lond., 1800, in-8, pi. col. 1; 2 e"dit., 1801, in-8. Trad. all. par F. 
G. Friese, Breslau, 1801, petit in-8 ; et trad, frang. par B. des C. Parisian IX, m-8. E. BGD. 

AIL (Allium). Genre de plantes monocotyledones, de la famille des Liliacees, 
dont les fleurs sont regulieres, hermaphrodites et a verticilles trimeres. Leur 
calice est forme de six sepales colores, libres ou unis entre eux a la base, etales 
ou rapproches en tube lors de 1 anthese. L androce est constitue par six etamines 
hypogyries ou perigynes, superposees aux divisions du calice et formant comme 
piles deux verticilles trimeres. Tantot les filets dc ces etamines sont greles et etroits ; 
tantut ils sont elargis et petaloides a leur base. Parfois meme ils ont la forme d une 
grande lame partagee superieurement en trois dents ; et c est la dent du milieu, 
plus prononcee cpje les laterales, qui supporte 1 anthere. Celle-ci est bilocuhiire, 
intorse et dehiscente par deux fentes longitudinales. On connait meme quelques 
especes de ce genre dans lesquelles trois etamines seulement sont pourvues d an- 
theres; les trois autres, superposees aux sepales exterieurs, sont reduites a deslames 
aplaties et steriles. Le gynecee est supere. II se compose d un ovaire a trois logos 
superposees aux divisions exterieures du perianthe. Les cloisons de separation de 
ces loges peuvent meme etre incompletes, et leur permettre de communiquer entre 
elles. Le style est une colonne unique dont I extremite, garnie de papilles stigma- 
tiques, est entiere, sans renflement, ou a peine dilatee et partagee en trois lobes 
peu distincts, superposes aux loges ovariennes. Dans Tangle interne de chacune de 
ces loges on observe un placenta qui porte un nombre variables d ovules. Lors- 
qu il y en a beaucoup, ils sont presque horizontaux, disposes parallelement sur 
deux series verticales, et setournent le dos. Ailleurs, leur nombre diminuant, ils 
continuent de se tourner le dos, en meme temps qu ils deviennent plus ou moins 
ascendants. Enfm leur direction est tout a fait verticale dans un certain nombre 
d especes ou Ton n en trouve plus qu une paire ou deux paires superposees, 
avec le micropyle tourne en bas et en dehors. Le fruit est une capsule loculicide; 
et les graines renferment sous leurs teguments epais un albumen charnu entou- 
rant un embryon rectiligne, ou arque, ou enroule en spirale a son extremite. 

Les nombreuses especes du genre Ail qui croissent dans les regions temperees 
de toutes les parties du monde, sont des plantes herbacees a tige courte souter- 
raine^ souvent transformee en bulbe tunique, et parfois des plantes greles sarmen- 
teuses et volutiles. Leurs feuilles aeriennes, alternes, a nervuresparalleles, etroites 
et aigues, sont souvent arrondies et fistuleuses, de meme que les rameaux ou les 
hampes florales nees des bulbes. Celles-ci supportent a leur extremite une boule 
de fleurs accompagnees de bractees formant spathe ou involucre. Ces fleurs sont 
uisposees en ombelles de cymes unipares. Souvent les fleurs, ou les ovaires sont 
remplaces par des bulbilles ou bourgeons a ecailles charnues, capables de repro- 
duire la plante aussi bien que les graines. Toutes les especes du genre Ail po*- 
sedent une odeur et une saveur particulicres, qui sert souvent a les faire recou- 



220 Alt 

naitre, quoiqu elle se retrouve dans beaucoup d autres plantes de la famille des 
Liliaceesou meme d autres groupes naturels tres-eloignes. 

On a du diviser ce genre tres-nombreux en un certain nonibre de sections, 
assez tranchees pour que plusieurs auteurs les aient considerees meme comme des 
genres distincts. Adanson avait autrefois tres-ncttcment indique cette division, 
d une maniere qui peut encore nous suffire aujouid hui. Nous admettrons done 
avec lui les sections suivantes : 

lLes Oignons (Cepa), dont les feuilles sont cylindriques, et dont les etamincs 
ont des filets simplement elargis inferieurement, ou pourvus de dents lateralcs 
presque nulles. 

2 Les Aulx proprement dits (Allium), dont les feuilles sont plus ou moins 
aplaties et les filets staminaux minces, sans dilatation. 

3 Les Poireaux (Porrum), dont les feuilles sont plates et dont les filets elargis 
sont partages superieurement en trois pointes,dont la mediaue supporte 1 anthere. 

Nous allons maintenant enumerer et caracteriser en peu de mots les especes qui 
presentent quelque utilite. Nous suivons dans cette enumeration 1 ordre alphabe- 
tique de ces especes : 

1. Ail Ciboule (Allium fistulosum L.), ou Oignon d hiver, Oignon d Espa- 
gne. Cette espece, qu il ne faut pas confondre avec la Petite Ciboule ou Ciboulette 
(n 2), a presque tous les caiacteres de 1 Oignon ordinaire (Allium Cepa, n 15), 
dont elle partage aussi toutes les propnetes. C est, comme lui, une plantc exoti- 
que, cultivee dans nos jardins. Elle se distingue par la foraie de ses bullies, qui 
sont ovo ides, la hampe portant un renflement vers le milieu de sa hauteur, ses 
etamines dont le filet est depourvu de dents laterales, et son style dont 1 extremitc 
est allongee. 

2. Ail Civetteou Ciboiilette (Allium Schcenoprasum L. A.foliosumCu.n.) 
Espece a tige cylindrique, ayant seulement des feuilles dans la partie inferieure. 
Ccs feuilles sont fistuleuses, d un vert glauque, avec une gaine epaisse, striee. Les 
bulbes sont fascicules. Lesfleurs sont poilees ausommet d une hampe a peu pres 
egale aux feuilles en longueur, avec une spathe membraneuse, rosee d.ms son 
jeune age, qui emeloppe d abord toute rinflorescence. Le perianths est d un rose 
tendreou liliset les etamines sont de beaucoup plus courtes que lui. C est d ailleurs 
une plunte voisine par son organisation del Oignoncommun (n15). On la cultive 
dans nos jardins, mais elle croit spontanement en France, dans les montagnes du 
Midi et dans plusieurs regions du centre. Plusieurs auteurs la croient cependant 
originaire de 1 Asie septenlrionale. 

3. Ail de mulot (Allium angulosumL. ?). Espece qui ne doit pas, a ce qu il 
parait,etre confondue avec celle a laquelle Jacquin a donne le meme nom et qui 
est \ A. fallax de Don et de Romer. C est une plante qui forme dans le genre un 
petit groupe distinct, caracterise par un perianthe etale en etoile, des filets dilates 
a la base, tridentes, et surlout par une souche horizontale, ou a peu pres, rampant 
sous le sol et portant des bulbes d espace en espace. Don a nomme ce group*e spe 
cial Rhizidium, a cause de cette disposition des parties souterraines. Rn Siberie, 
oh consomme, suivanl Pallas, ces bulbes dont on fait provision pour 1 hiver, ainsi 
que les fleurs, qu on sale pour les conserver. 

4. Ail des ours ou Ail des bois (Allium ursinum L.). Petite plante qui croit 
dans presque toute la trance, sauf dans le Midi, et qui appartient par tous ses a- 
racteres importants au meme petit groupe que Y Allium Moly (n 7). De son bulbe 
qui esl unique s elevent ordinairement seuleO?snt deux feuilles qui sont largcs et 



AIL. 

lauceolees ou spftthulees et qui s attenuent inferieurement en un long petiole ou 
jplutot en un retrecissement du limbe. Asa base cet organe se renfle de nouveau 
>n une gaine mince et membraneuse qui enveloppe 1 autre feuille et la base de la 
;ige elle-meme. Entre les deux feuilles s eleve une hanipe a deux angles, terminee 
par une ombelle lache de cymes unipares entouree d une spathe blanche translu- 
tide. La perianthe est d un beau blanc et plus long que les etamines. Le fruit est 
une capsule triangulaire a trois sillons [irofonds et les graines sont depourvues 
d expansion arillaire. 

5. Ail des potagtrs (Allium oleraceum L. -- A. parviflornm THUILL. -- Por- 
rum oleraceum MOKCH). Espece a tiges assez elevees (50 a GO cent.), a bulbr. 
simple, ovo ide, de petite laille. Les feuilles sont fistuleuses, canalirulees cndcssus, 
striees en dessous et chargees d asperites. Elles ne s ecartent guere de la tig* au> 
dessus du milieu de sa hauteur, et dans leurs portions lihres elk s deviennent 
lineaires et presque planes au voisinage du sommet. Les fleurs, entourees d une 
spalhe a deux pieces persistantes, et dont I inferieure est allongee a son extremite 
en une fort grande pointe, sont lathement groupces en cymes et entremelees d un 
grand nombre de bulbilles ovo ides, mucrones, qui peuvent meme seuls exister au 
liout tie la hampe. Le perianthe est rose, strie de vert ou de pourpre livide ; sa 
forme est campanulee, et il est a peu pres de la meme longueur que les etamines, 
qui ne deviennent libres qu au-dessus de sa base, et dont les filets sont simples. 
L ovairc est tronque au sommet, et les angles qui en occupent toute la hauteur 
soul garnis d asperites dans leur portion supeiieure. Cette espece se cultive dans 
lesjarditis, mais elle croit spontanemenl en abondance d.ms les champs, les lieux 
cultives, les vignes, an bord des chemins ou le long des fosses. Ellle se place 
naturellement, par tous les traits dc son organisation, tout aupres de 1 Ail vulgaire 
(n 17), dont elle a toutes les proprietes. 

6. Ail des vignex (Allium vmealeL. A. compactum THUILL.). Espece ana 
logue par son organisation au I oireau commun (n 14), avec un bulbe peu volu- 
nf.neux, accompagne de bulbilles lateraux en grande partie caches par ses tuni- 
qucs et portcs par des pedicelles greles. La tige aerienne atteint jus^u a pres d un 
metre, et les feuilles paraissent poriees par la tige jusqu au milieu de sa hauteur. 
Elles sont fistuleuses, cylindriquesetcanaliculees superieurement. La spalhe, d une 
seule piece-, entourc uac inflorescence lache, a fleurs d un rose tendre melees de 
bulbilles ovo ides, aigus, rapproches en brmle. Les etamines ont, comme celles du 
Poireau, des filets elargis et aplatis, termines par trois languettes aigues, subulees, 
plus longues que la portion entiete; la mediane supports 1 anthere. Cette espece est 
commune en France d.^nsles terrains sablonneux, les cluirieres des bois, les champs 
en friche, les vignes. Elle a toutes les proprietes de 1 Ail vulgaire, et son odeurin- 
fecle se communique lacilement, dit-on, au lait des bestiaux quis en sont nourris. 

7. Ail dore (Allium Mol\) L.). Plante cultivee en France, mais indigene seule- 
raent dans le mili de 1 Europe, voisine par son organisation de \ A. nrsinum 
(11 4). Ses feuilles sont planes, lineaires-lanceolees, attenuees a la base. Son bulbe 
est ordinairement simple. Sa hampe porte un bouquet de fleurs peu serrees, a 
perianthe d un beau jaune d or ; elles sont entourees par une spathe composee de 
deux pieces blanchatres. L odeur alliacee de cette espece est tres-prononcee ; elle a 
lesinemes proprietes que 1 Ail vulgaire, etLinne a cru reconnaitre en elle le Moly 
d Homere. 

8. Ail echalotte (Allium ascalonicum L.-). Espece qui appartient a un meme 
groupe naturel quel Oignon commun (Allium Cepa, n 13), avec des bulbes de 



AIL. 



taillc, ovo ides-oblongs, cntoures de bulbilles ordinaircment teintes en violet, 
renfermes dans leur tunique commune. La tige peu elevee (1 a 5 decim.)porte a sa 
base des feuilles ctroites, subulees, fistuleuses, cylindriques, a gaine teintee de 
violet. Les lleurs, entourees d une spathe a deux pieces ovales, courtes, sont dis- 
posees en cymes nombreuses reunies en tete arrondie. Le perianthe a des divisions 
aigues, de teinte violacee, avec une cote noiratre. Les etamines, aussi longues que 
les sepales,ont un filet tres-large, aplati, a trois lobes : deux lateraux tves-courts, 
et le median cinq ou six fois plus long, supportant I anthere. Cette espece n est 
pas indigene. Son nom indique qu elle croit en Palestine, pres d Ascalon, d ou 
elle a ete rapportee pendant les croisades. On la cultive dans nos jardins. 

Q.Ailfaux-poireau, ou Poireau du Levant, P. d ete (Allium Ampelopra- 
sumL. Pormm Ampeloprasum. REICH). Tres-voisin du Poireau ordinaire (A. 
Porrum, n 14), dont il a toutes les proprietes, et cultive comme lui dans nos jar- 
dins, il en difiere essentiellement par son bulbe a caieux, ses fleurs en ombelles 
serrees, a pedicelles allongees et roses, les filets de ses etamines un peu plus 
longs que le perianthe et presentant un retrecissement subit du milieu au sommet, 
la longueur de la dent mediane egale a peu pres a la portion basilaire du filet et 
la couleur jaune des antheres. 

10. Ail faux-Spicanard, ou Ail serpentin (Allium Victorialis L. A. 
plantar] ineum LAJIK. A. longum des offic. A. anguinum MATTH. ap. BACH.) 
Belle espece des regions montagneuses, qui se trouve en France, dans les Pyre 
nees, les Alpes et lesVosges. Par son organisation elle appartient au meme groupe 
que les A. ursinum (n 4) et Mohj (n 7). La tige, d un demi-metre environ de 
hauteur, est supporteepar un bulbe tres-allonge et conique, obliquement enfonce 
en terreetrecouvertde tuniqucs tres-epaisses, reticulecs, avec de nombreuses fibres 
radiculaires. Cette portion souterraine est vulgairement designee sous le nom de 
racine aux nenf chemises, a cause du nombre des tuniques dessechees, ou de 
Victoriale. Leclu^e 1 appelait Victoriale longue. C est cette partie de la plante 
qui constitue le Faux Nard du Dauphine etque Ton distinguera par ses caracteres 
essentiels du veritable Spicanard (voy. ce mot). Les feuilles du faux-Spicanard 
sont au nombre de deux ou trois, larges et elliptiques, lanceolees, attenuees en un 
court petiole. La tige est cylindrique et anguleuse seu ement vers le sommet. Les 
fleurs sont reunis en cymes nombreuses pour une masse globuleuse et serree 
enveloppee par une spathe membraneuse, d une seule piece d abord, puis irregu- 
lierement dechiree lors delafloraison. Le perianthe est d un blanc verdatre, cam- 
panule, a divisions obtuses au sommet. Les etamines dont le filet est simple sont 
plus longues quele perianthe et saillantes en dehors de lui. II en estde memedu 
style qui proemine longuement. Les graines sont rugueuses,chagrinees et noiratres 
avec une production arillaire blanche au niveau du hile. 

11. Ail leptophylle, ou a feuilles etroites (Allium leptophyllum). Suivant 
Royle, cette espece est cultivee dansl Inde ; ses bulbes sont preconises conlreplu- 
sieurs maladies. On fait secher ses feuilles et on les conserve pour etre employees 
comme condiment. Toutes les parties de la plante sont considerees comme stoma- 
chiques. 

12. Ail oblique (Allium obliquum L.). Espece originaire de Siberie qui pos- 
scde toutes les proprietes alimentaires et officinales de 1 Ail commun. 

15. Ail Oignoti) Oignon de cuisine (Allium Cepa L.). Plante a bulbe soli 
taire acquerant parfois de grandes dimensions (jusqu a 15 centim. de diametre), 
de forme variable, souvent presque spherique ou deprime de haut en bas, a tige 



AIL. 223 

renflee largement a sa base et completement creuse, haute de cinq a huit deci 
metres, a feuilles cylindriques, nues etlisses, glauques, fistuleuses. Ombellc sphe- 
rique des cymes unipares trcs-serrees et nombreuses, enveloppee par unc spathe 
membraneuse de deux a quatre pieces depassarit d ordinaire 1 inllorcscence. Pe 
rianthe blanchatre ou vert pale, ou d un pourpre clair plus ou moins pur, a divi 
sions allongees et obtuses au sommet. Les antheres sont portees par la division 
mt diane d un filet large, depassant de beaucoup le perianthe, et dont les deux 
divisions laterales sont tres-courtes. Les etamines depassent le sommet du style. 
L Oignon commun est une plante d origine orientale, probablement egyptienne, 
a deux periodes dc vegetation. II n existe chez nous qu a 1 etat cultive. 

14. Ail Poireau (Allium Porrum L. Porrum commune HEICH.). Espece 
t-alement cultivee dansnosjardins ct dont 1 origine parait etre mediterranecnne. 
Onameme pense qu elle n etait qu une variete de \ A. Ampeloprasum (n 9) 
qui appartient a cette region. Elle parait avoir ete cultivee en Orient de toute 
antiquite. C est le prototype du groupe distingue par Adanson sous le nom de Por- 
rum. C est-a-dire que son perianthe est campanule, avec uue saillie carenec sur 
lestrois divisions exterieures. Les filets des etamines sont partages entrois pointes 
tres-marqucs. Ceux des trois etamines interieures sont prolonges en une longuc 
languette lanceolee, enroulee sur elle-meme, et la division mediane est elle-meme 
plus courte de moitie que le corps du filet. Les autheres sont rougeatres. Le pe- 
rianthe est de couleur rosee etles fleurs tres-nombreuses, reunies en une grosse 
buule, sont entourees d une spathe membraneuse d une seule piece, prolongee a 
son sommet en une poiute tres-longue qui depasse de beaucoup rinflorescence. Le 
bulbe du Poireau est, comme Ton sail, pen renfle, allonge elporte quelques caieux 
sur les cotes. Sa tige est cylindrique, droite, atteignant pres d un metre de hau 
teur, et portant jusque vers le milieu de sa hauteur, en apparence du moins, des 
feuilles qui sont planes, assez elargies, aigue s, legerement glauques, et tantot gla- 
lires, tantot ciliees sur les bords. 

15. Ail Rocambole (Allinm Scorodoprasum L - Porrum Scorodoprasum 
REICHENB.). Plante rare en France a 1 etat spontane, mais frequemment cultivee, 
a cause de ses usages domestiques. Son bulbe, de moyennetaille, est entoure de 
bulbilles ou ca ieux ovoides et pedicelles, de couleur pourpree ou brunatre. Sa 
hampe florifere atteint jusqu a un metre et peut ne pas depasser deux decimetres 
de hauteur; elle est cylindrique. Les fleurs, peu nombreuses au sommet, sont en 
tourees d une spathe bivalve plus courte que 1 inflorescence et attenuee en corne 
;iu sommet. Le calice est de couleur pur purine, et cache les etamines, dont le filet 
est a trois pointes. Les fleurs sont melees de bulbilles qui peuvent former seuls 
toute 1 inflorescence. Les feuilles sont etroites, lineaires, aplaties, a gaine compri- 
inue, a nervure dorsale carenee et a bords legerement rudes et denticules. Cette 
fspece n est employee que comme condiment. On la trouve dans le midi de la 
France, dans les lieux montagneux et sablonneux, quelquefois au bord des ri 
vieres, comme il arrive aux environs de Paris. 

16. Ail tubereux (Allium tuberosum). Espece qui a les memes proprietes que 
1 Echalote et qui est, suivant Royle, souvent cultivee comme elle dans les jar- 
dins del Inde. 

17. Ail vulgaire ou Ail cultive (Allium sativum L Porrum sativum 
REICH.). Espece consideree du temps de Linrie comme originaire- de la Sicile. 
Kunth la croyait originaire d Egypte. D autres admettent qu elle provient de 1 Asie 
centrale. Par son organisation elle appartient au meme groupe que le Poireau. 



2-24 



AIL. 



Sesbulbessont accompagnes d un grand nombre do bulbilles enveloppes park 
tunique commune. Sa tige atteint un ou deux pieds de haut ; elle est cylindrique 
et les feuilles s en dctacbcnt jusqu ati milieu de sa hauteur. Elles sont alternes- 
disliques, planes, assez larges, aigues, legerement canaliculees en dessus. Les 
fleurs sont reunies en une tete peu compacte, portant quelques fleurs et des bul 
billes interposes, ou assez souvent des bulbilles en assez grand nombre, sans 
aucune fleur. Le tout est enveloppe d une spathe membraneuse, d une seule 
piece, prolongee en une tres-longue pointe au-dessus de 1 inflorescence, et se de- 
tachant de bonne heure. Le perianthe ost blanchatre, rose ou purpurin. Les eta- 
mines sont plus courtcs que lui, et les trois interieures sont pourvucs de filets a 
trois pointes egales. II y a une variete de cette plante qu on a appelee A. subro- 
tundum el A. ophinscorodon, dont les bulbilles sont globuleux ou a peu pres. 
Peut-etre cette variete et le type lui-meme de \ A. sativum doivcnt-ils n etreron- 
sideres que comme des formes de I A. Scorodoprasnm, espece qui croit spontane- 
ment en France, quoiqu elle y soit rare, comme nous 1 avons vu (n 15). 

H. BAILLON. 

TOHBXEFORT. Instil., 382, Cor., 26, t. 204-206. L, Gen., 409. HALI.ER. Money., (1745), 

4 Jijss., Gen , 53 TRGVIIUN., All. Monogr. (1822). -- DON, in Mem. Soc. Went r.,6, 1. 

ADANSON, Fam. PI.,, I, 50. KNDLICKER, Gen., n. 1137. MER. et DELENS, Diet , I, 180 

- A. RICH , E/e m., ed. 4, II, 123 (Jtnu., Drag, simpl., ed. 4, II, 161. -- PEREIBA, Mat. 

med , II, 2,210. LIXUL., Flor. med., S72. GREN. et GODR., Fl. fr., Ill, 195. H. DN 

PIIARMACOLOGIE. Ce sont les bulbes d ail que Ton emploie en medecine et dans 
1 art culinaire. Piles et reduits en pulpe, on les a quelquefois appliques corame 
ml L liaiils; ilsentrent dans la composition du vinaigre anti-septique, dit des quatre 
voleurs; en pilant les caicux de 1 ail avec de la graisse et de 1 buile, on obtient un 
onguent nomme Moutardedu diable, Hnile d ail, qui estunpnissnntres^lutil des 
tumeurs froides ; on fait aussi avec Tail un sirop, un oxymellite et un vinaigre 
simple. 

Toutes les planles dn genre A/immpossedent une odeur plus ou moins forte, 
une saveur acre, aromatiqne qui les fait rechercher dans 1 art culinaire; 1 odeur 
de Tail est plus forte, plus diffusible que celle de 1 oignon, mais son prirjcipe aro- 
matique est moins volatil et moins irritant pour la conjonctive. 

Pris a 1 interieur, Tail peut etre regarde comme un stimulant des voies diges 
tives; son odeur se communique a 1 haleine, a la sueur, aiu gaz intestinaux et 
meme aux plaies. Sous son influence, les urines prennent une odeur piquante et 
desagreable; les memes pbenomenes se produueut meme lorsqu on 1 appliqiie sur 
la peau et qu on le donne en lavements. 

L ail est plutot un assaisonnement, un condiment, qu un aliment; on le fait 
entrer dans une infinite de sauces etde ragouts; dans plusieurs contrees, etnotam- 
ment en Bourgogne et en Gascogne, les paysans en frottenl leur pain. Broye avec 
de 1 huile, il constitue I Ailolydes Provencaux. La cuisson lui euleve toute sa force 
et son acrete il devient alors doux et emollient. II agil sur I economie animale en 
stimulant 1 appetit, facilitant la digestion et 1 expulsion des gaz. On a pretendu 
qu il accroissait la sensibilite de la retine et qu il rendait la lumiere plus difficile 
a supporter. Ambroise Parts le regardait comme 1 antidote des poissons veneneux. 
Ce qui est malbeureusement inexact. 

L ail a ete considere comme un preservatif des maladies pestilentielles, et beau- 
coup de persbnnes en out porte sur eux pour se preserver des affections conta- 
gieuscs, c cst ce qui lui a fait donner le nom de Theriaque des pauvres. Hater 



AIL 22f; 



dit que le meillcur moyen de se preserver de la peste consiste a boire de 1 hydro- 
mel alliace. L ail cst tres-estime comme antiputride par les veterinaires. 

Mais c est surtout a 1 exterieur, en cataplasmes simples ou additionnes d aulres 
substances, que les bulbes d ail ont etc employes comme rubefiants el vesicants, 
clans les doulcurs rhumatismales. On pretend qu applique sur le nombril i). tue les 
vers cles enfants, ce qui esttres-douteux; mais il est certain qu il peut determiner 
une fievre epliemere, et 1 introduction d une gousse d ail dans le rectum estun moyen 
souvent employe par les prisonniers et les soldats qui veulent acquerir ainsi une 
fievre legere qui doit les conduire a 1 hopital. Les frictions de pulpe et d huile d ail 
etaient employees aulrefois centre la gale, la teigne, les cors aux picds; en lave 
ments, on I a employe comme vermifuge; on 1 a ad minis tre quelquefois dans du 
lait, centre les lombrics et meme le taenia. D apres Marsden, les feuilles sont appli- 
quees comme vesicantes a Sumatra. 

Sydenham et Culleu out vu guerir des hydropisies par le seul usage de Tail. 
Foresticr 1 a preconise en decoction, duns les memes cas, mais alors le principe 
stimulant avait disparu; on I a varite comme un diuretique tres-puissant et on 1 a 
recommande centre la gravelle. Au dire de Celse, les gonsses d ail, raangees au 
paroxysme des fievres intermittentes, guerissent ces fievres. Ce fait a ete continue 
par Bergius et Rosen, et, selon Aiuslie, les naturels de 1 Inde font grand usage 
decette medication. D apres Lind, le meme moyen preserve du scorbnt, et Lam- 
bergius assure qu il guerit cette malaclie. 

On a beaucoup parle recemment de 1 emploi de Tail, a fortes doses, contre la 
rage; on a meme cite un exemple de guerison, mais aucun fait bien observe n est 
venu confirmcr cette efficacite. D apres Bajon, on 1 emploie a Cayenne contre la 
morsure des serpents. 

Le sue d ail, autrefois employe en medecine, par Valentin, contre le tetanos, en 
frictions sur la colonne epiniere, contre les vers, mele au jus de citron, s obtenait 
par contusion, au contact de 1 eau, expression et filtration; il est jaunatre, epais, 
visqueux, et lellcment tenace, que son extrait a ete employe pour coller la por- 
celaine. 

L ail pile et cliauffe avec des builes grasses les rend plus siccatives. Toutes les 
plantes du genre Allium jouissent d ailleurs dc la meme propriete. On a propose 
recemment 1 emploi de 1 huile alliacee pour certaines preparations pharmaceutiques. 
On en fait grand usage dans la peinture en batiments. 

Bouillon-Lngrange a trouve dans Tail du mucilage, du sucre,du soufre, des sels 
et une huile volatile, acre, jaunatre, d une saveur tres-forte, a laquelle il faut 
attribuer les proprietes excitantes de la plante. 

L esscnce d ail, ou sulfure d allyle = C 6 H 5 S, a ete etudiee par M. Wertheim. Elle 

est liquide, incolore, limpide, plus legere que 1 eau, d une odeur forte, repous- 

smte; peu soluble dans 1 eau, tres-soluble dans 1 alcool et Tether ; elle se decom 

pose a 150 degres. Les acides et les alcalis etendus ne 1 alterent pas; 1 acide azo- 

lique concentre la detruit rapidement; raise en contact de l argent,du mercure, de 

for, etc., elle produit des combinaisons de sulfures metalliques et de sulfure d allyle. 

L essence d ail peut etre obtenue par purification de 1 essence brute d ail obte- 

nue par distillation, ou bien en traitant 1 essence de moirtarde par du potassium 

qui lui enleve un equivalent de sulibcyanogene. 

En effet, la reaction peut etre ainsi representee : 



K C 6 H 3 S + 

ESSENCE DE MOUT\RLE. ESSENGI D llL. it LFUCl AMJHK DE POTASSIUTj 

Did. ENC. II. 15 



AIL AN THE. 

D apres M. Wertheim (Journal de pharmacie et tie chimie, t. VII, t. 174), 
1 essencc d ail rectitiee est un ^ melange variable de plusicurscombinaisons de sonfre 
etcl urie combinaison cVoxygeue avec un seul et nieme radical nomme allyle; elle 
pent etre represented par C 6 H 5 . 

L oxyde d allyle, qui existe dans 1 essence == C G J1 S 0. 

Lemonosulfure, qui constitue environ les deux tiers de 1 essence = C 6 H 5 S. 

0. REVEIL. 



(Ailanthus Dcsf.). Genre de plantcs clicotyledones, rapporte par 
la plupart des auteursa la famille des Terebinthacees on des Zanthoxylees, mais qui 
a tons les caracteres des Simaroubees et ne doit pas en etre separe. Les fleurs en 
sont polygames. Dans lafleur hermaphrodite, on observe un double perianthe, deux 
verticilles d etamines et un verticille de carpelles, inseres les uns au-dessus des 
autres sur un receptacle convexc. Le calice est a cinq lobes disposes dans Ic bouton 
en prefloraison quinconciale. Lespctales sont libres et etales lors de 1 anthese. Des 
dix ctarnines hypogynes, a fdets libres et a antheres intiorses et biloculaires, cinq 
sont superposees auxsepales et cinq aux petales. Les carpelles sotit superposes aux 
jK l.iles. Cliacun d eux se compose d un ovaire uniloculaire, libre de ton te adhe 
rence avec les ovaires voisins, et surmonte d un style a tete stigraatilere dilatee, 
adherant aux autres styles par son bord interne. Chaque ovairo reufeime dans son 
angle interne un ovule suspendu, dont le micropyle est superieur et exterieur. La 
base du j, r ynecee est entouree d un disque hypogyne glanduleux et sinueux. Apres 
la floraison, cbaque ovaire produit sur son clos une expansion en forme d ailr, 
de i acon qu il devient une samare contenant une graine a embryon foliace eu- 
toure d un albumen peu abondant. D apres ce que Ton a vu plushaut, il y a des 
lleurs ou les pistils sont rudicaentaires, et d autrcs ou les etamines deviennent ste- 
riles. 

Les Ailanthes sont des arbres a feuilles alternes et composees-imparipennecs. 
Leurs fleurs sont groupees en panicules tormina les, ou plutoten grappes de cymes. 
Une seule espece est employee en medecine, c est YAilanthe glanduleMX (Ailan 
thus glandulosaD&sf.), ou Vernis du Japon. C est un grand arbre briginaire de la 
Chine, et qui en a etc rapporte pour la premiere Ibis par le P. d lncarville, en 1751. 
On It; cultive maintenant par toute 1" Europe. Ses feuilles et ses fleurs ont une 
odeur legerement fetide. Outre ses usages en medecine, il est utile par son bois et 
par ses feuilles qui servent de nourriture au Bombyx Cynthia, dit vulgairement 
Ver a soiede 1 Ailanthe. H. BN. 

PHARMACOLOGIE. L Ailanthe glanduleux, dont on connaissait les proprietes 
irritantes, piiisqu on savait que les jardiniers qui elaguent ces arbres etaient at- 
teints d eruptions vesiculeuses et meme pustuleuses aux mains et au visage, s ilsne 
prenaient les precautions necessaires pour se garantirde 1 action d une mati ere acre 
et volatile qui se degage lorsqu on blesse ces arbres, 1 Ailanthe, disons-nous, n avait 
recu encore aucune application medicale, lorsque, il y a queries annees, M. Iletet, 
pharmacien de la marine et professeur a 1 Ecole de Toulon, proposa les feuilles et 
1 ecorce pulverisee?, a la dose de 50 centigrammes a 1 gramme et plus, corarae 
anthelmintique etmerae comme ta?nicide. Nous avons vu souvent employer avec 
succes la poudre d Ailanthe conlre les ascarides lombricoides, mais elle a echoue 
deux fois a 1 hopital des Enfants malades contre le ta3iiia. Nous lui reprochons 
d aillcurs de determiner des coliques tres-violentes. Pour obtenir la poudre d Ai- 



AIMANT. 227 

lanthc, on cneille les feuilles et 1 ecorce au mois d aout ; on les fait secher a 1 etuve 
a une douce chaleur, et on pulverise aux trois quarts, c est-a-dire que Ton rejette 
le dernier quart : on conserve la poudre dans un lieu sec. 

En traitaut 1 ecorce d Aliuntlie par Tether, j ai oblenu une matiere resineuse, 
tres-acrs, qui determine la vesication lorsqu on I applique sur la peau. Les leuilles 
d Ailanthe servent a nourrir une espece tres-rustique de ver a soie, qui peut etre 
elevee en plein air. 0, REVEIL. 

AlLHAUn (Jean) et son (Ils AILBIAUD (Jean-ftaspard). Celebres empi- 
riques du siecle dernier, qui amasserent fortune ct dignites en vendant une poudre 
purgative composee surtout de scammonee. Les ouvrages qu ils ont publics pour 
vanter leur specilique ne renferment rien que Ton ne trouve dans les ouvrages de 
ce genre destines a amorcer la curiosile du public et a exciter sa confiance, c est-a- 
dire force theories, force certificats. Nous remarquerons seulement qu a ce lucratif 
metier J. G Ailhaud devint, a prix d or, messire Jean-Gaspard d Ailhaud, conseiller 
secretaire du roi, baron de Castelet, seigneur de Vitrolles et de Montjustin, gouver- 
neur de la ville de Forcalquier ! .. . E. BCD. 

AILLEBWUST (Jean). Peu connu, a ecrit sous le nom latinise A Albosius ; 
pratiquait a Autun dans la secoude moitie du seizieme siecle. On a de lui 1 ouvrage 
suivant : 

Observatio lithopsedii Senonensis, sine embryonis in utero mater no petrefacti, quod viva 
matrc historic memorabili contexuit; adjecla, etc. Senon., 1582, in-8. Reimprime dans les 
Gynecii de Bauhin, de Spachius, etc., - . Trad, en t rangais sous ce litre. : Le Protlige d un 
enfant pe trifte , de la ville de Sens. Sens, 1582, in-8. 

E. BCD. 



AlMANT (uywj;, des Grecs; magnea, des Latins). Sous le nom A aimant 
naturelou de pierre d aimant on designe un mineral de fer de la formule Fe 5 4 , 
tres-repandu dans la nature, qui jouit de la propriete d attirer le fer et sa limaille. 
L acier, presquetous les composes ferrugineux, le nickel, le cobalt, le chrome, etc., 
mis en presence de cos minerais, se comportent comme le fer etsont, comme lui, 
appelesswbsfawces maanttiques. Si Ton roule tin fragment de pierre d aimant dans 
la limaille de fer, on remarque qu elle ne s attache pas egalement a lous les points 
de sa surface. Elles accumule principalement sur deux regions opposees qu on ap- 
pelle les pules de 1 aimant et qui sont ses veritables centres d action. L expeiience 
demontre que 1 action attractive des aimants s exerce a travers le vide ct a travers 
tousles corps solides, liquides on gazeuxqui ne sont pas euK-memes magnetiques. 
Ou peut d uilleurs conimuniquer, d une maniere permanente, a des aiguilles ou a 
des barreaux d acier trempe toutes les proprietes des aimants naturels. Ces aiguilles 
et ces barreaux sont alors dits aimantes, et prennent le nom & aimants artificiels. 
Les barreaux de fer donx t soumis a certaines influences, acquierent aussi toutes 
les proprieles de 1 aimant, mais ils les perdent instantanement du moment ou ils 
sout soustraits a 1 action de la cause excitatrice; dans ces circonstances, ces bar- 
feaux sont de veiilables aimants temporaries. L article MAGNETISME sera consacre a 
1 etude de 1 action des aimants naturels et artificiels, et a 1 exposition des lois des 
pbenomenes magnetiques. 

Nous n avons pas a parler ici des proprietes physiologiques et therapeutiques 
des aimants ; cette question sera traitee, avec tous les deveJoppements convenables, 
dans les articles EI-ECTRO-PHXSIOLOGIE et ELKCTKOTHERAPIE. J. G. 



228 AINE (ANATOMIC). 

AIMAR (Ozias). Chirurgien distingue du dix-septieme siecle, pratiquaita 
Grenoble; connu par quclques observations fort curienses qu il communiqua a 
Laz. Riviere, et que celui-ci a publiees a la suite cles siennes. On y trouve deux 
fails dans lesquels-Aimar resequa avec succes, chez une femme et chez un honimc, 
plusieurs cutes ai fectees decarie. E. BCD. 

ABNE (Ingueri). Le mot nine est employe dans le langage anatomique, o 
surtout en anatomic chirurgicale, pour designer 1 une cles regions les plus impor 
tantes du corps humain. 

1. Anatomic. LuiiTEs. II existe, on lesait, a la jonction de la cuisse et de 
1 abdomen, uneligne oblique qui se dirigede dedans en dehorsetde liaut enbas,de 
1 epine iliaque anterieure et superieure a 1 epme du pubis ; c est le pli de I aine. 
Pour quelques auteurs, cette simple rainure constituerait la region de I aine. Mais a 
ce pli continent deux regions importantes, dont 1 une appartient a 1 abdomen etl au- 
tre a la cuisse. Aussi, loin de se borner a comprendre dans la region rle I aine le seul 
pli inguinal, d autres auteurs ont-ils fait entrer dans ses limites 1 une ou 1 autre 
de ces deux regions, ou quelquefois 1 une et 1 autre. II est facile de voir, d apresce 
simple expose, combien sont pen precises les limites de ce que Ton doit considerer 
commc la region de I aine. I/incertitude est d autant plus grande pour celui qui va 
dccrire cette importante region, que, meme parmi les auteurs qui rattachent au pli 
de I aine les parties qui y confluent, il existe de notables differences dans la ma- 
iiiiTe de comprendre I etendue des parties a emprunter a 1 abdomen ou a la cuisse. 

Pour nous, il ne peut etre douteux que, pour repondre aux exigences de 1 etude 
chirurgicale etdes necessitcs operatoires, le chirurgien anatomiste ne doivc emprun 
ter a 1 abdomen et a la cuisse pour constituer la region de I aine. L etude chirur 
gicale de la region (voy. plus loin) le demontrera surabondammeat, mais nous 
aurons aussi,chemin faisant, a faire valoir les meilleurs arguments anatomiques. 
11 ne nous reste plus qu a indiquer ce que nous emprunterons a la paroi abdomi- 
nale et a la racine de la cuisse . 

Pour tracer les limites de la region de I aine, du cote de la cuisse, nous suppo 
serons tout d abord que le membre est place dans la position chirurgicale, c est- 
a-dire couche sursa face externe, le genou legerement ilechi. C est, en effet, 1 atti 
tude que le chirurgien doit forcement choisir toutes les fois qu il s agit de pratiquer 
une exploration ou une operation sur la face anterieure de la cuisse. Dans 1 attitude 
que nous supposons, les muscles couturier et moyen adducteur se dessinent a tra- 
vers les teguments et permettent de limiter aisement un triangle donl leurs bords 
forment les cotes, leur entre-croisement le sommet, et dont la base est au pli de 
I aine. Le point ou s entre-croisent ces deux muscles peut, il est vrai, quelque pen 
varier selon les sujets, mais toujours dans 1 aire de ce triangle seront comprises 
toutes les parties qui dounent a cette region de la cuisse une si grande importance; 
toujours il sera facile de retrouver le relief des muscles et la ligne du pli de Taiae. 
Nous croyons ces raisons suffisantes pour ne pas suivre 1 exemple d auteurs emi- 
nents (Velpeau, Richet) qui ont decrit simultanement toutes les parties qui forment 
la region anterieure de la racine du membre pelvien; ou qui, voulant elaguer de 
leur description des parties importantes, il est vrai, mais dont la description n ajoute 
rieu a la pliysionomie si particuliere de la region, ont cherche a tracer leur ligne 
limitante en se servant de points de repere osseux (Berard, Jarjavay, Verneuil). 
Le petit trochanter, que ces auteurs ont choisi comme limite inferieure de leur 



AINE (ANATOMIE). 

region, offre en effet le tres-grave inconvenient ile ne pouvoir etrc scnti a travors 
les epaisses parties niolles qui le recouvreut. 

Du cote del abddmen, la lignede demarcation est tout arbitraire. Nous emprun- 
terons seulement a la paroi anterienre de 1 abdomen la partie qui comprend le 
canal inguinal ; elle n a pas etc decrite a 1 article ABDOMEN, mais nous renverrons 
a ce mot pour 1 etude des parties constituantes de la paroi abdominale. Une ligne 
courbe, menee de 1 epine iliaque a la symphyse des pubis et passant a deux tra- 
vers de doigt au-dessus du pli de I aii .e, limitera la portion abdominale de notre 
region. Une demi-ellipse se trouve ainsi superposee a la baedu triangle emprunte 
a la cuisse. La region de 1 ainc nous prcsentera done a considerer : une portion 
abdominale on inguino-abdominale , une portion orurale ou inguino-crurale. 

FORME EXTERIEURE. La portion abdominale et la portion crurale de la region de 
1 aine ne sont pas situees sur le meme plan; adossees parlours bases, qui repondent 
au pli inguinal, elles circonscrivent un angle d autant moins ouvert que la flexion 
du tronc ou de la cuisse est plus prononcee. Dans 1 extcnsion, cet angle s efiacc. ni 
partie, mais il est encore bien marque, surtout dans la station, par suite du rrlirl 
de la paroi abdominale. 

Le pli inguinal, d autant plus profond quo la flexion ct 1 addiictioii du mcnilnv 
sont plus prononcees, est cependant -sensible encore dans ( extension. L exploration 
de ce pli perniet de sentir, a travers les teguments, une corde fibrense, resisLmte, 
qui suit exactement sa direction ; c est le ligament de Fallope, qu il importe de 
savoir reconnaitre a travers les teguments, vu 1 importance de ce point de repere. 

Dans le triangle inguino-crural on sent ronler sous les teguments des ganglions 
dont le volume est variable selon les individus, mais qui sont tonjours assez pen 
devcloppes dansl ctat normal. 

Si la cuisse est placee dans la position que nous avons indiquee, on voit les 
reliefs du couturier et du premier adducteur qui souleveht les teguments et des- 
sinent le triangle. Si ce rebel n est pas apparent, il est tonjours aise de le recon 
naitre, par le palper, a travers les teguments. 

A la base du triangle on sent battre 1 artere femorale. II est facile de 1 explorer 
dans une assez grancle etcndue, quand le membre est couche sur sa lace externe. 
Enfin, il est possible, cbez les sujets peu pourvus d embonpoint, de sentir profon- 
dement les mouveruents de la tete du femur. II faut pour cela plonger les doigts 
en dedans de 1 artere. 

STRUCTURE ET SUPERPOSITION DES PLANS. A. REGION JNGUINO- ABDOMINALE. 
Les difterentes couches qui constituent cette region nous offrent a considerer : 

a. De la peau a I aponevrose : \ lapeau; 2 les couches sous-cutanees ; 
5 une lamelle cellulo-fibreuse. 

b. De I aponevrose au peritoine : 4 I aponevrose; -- 5 les bords inferieurs 
des muscles petit oblique et transverse de 1 abdomen ; le trajet ou canal inguinal 
et les parties qu il contient ; 6 le fascia transversalis ; 7 le tissu cellulaire 
sous-peritoneal; - - 8 le peritoine; 9 entre ces differentes couches ou dans 
leur epaisseur, des vaisseaux et des nerfs. 

1 Lapeau, fine et delicate, recouverte de poils, est lachement appliquee sur 
les parties sous-jacentes, sur lesquelles il est facile de lafaire glisser; elle adhere 
cependant au niveau du pli de 1 aine aux couches fibreuses sous-jacentes. Cette 
adherence explique comment, chez les sujets gras ou infiltres, le pli inguinal est 



2 AINE (ANATOMIC). 

deborde et recouvert par un bourrelet plus cm moins volumineux, sans jamais etre 
completement efface cependant. 

2 Les couches sous-cntanees sont au nombre de deux, corrime a 1 abdomen et 
dans la plupart dcs regions du corps, raais elles sont parliculierement distiactes 
dans la region qui nous occupe. La premiere, cellulo-graisseuse, est plus ou moins 
epaisse, selon 1 embonpoint des sujets; elle se continue avec le tissn cellulaire des 
regions voisines. La seconde, franchement lamelleuse, fait egalement suite a celle 
des regions voisines, mais se fixe, en se reflechissant en quclque sorte, au ligament 
de Fallope. Cette solide adherence, bien demontrce par M. Manec, ne fait que con- 
tinner, en 1 accentuant davantage encore, 1 accolement des couches cutanees et 
sous-cutanees de la region avec la ligne fibreuse inguinale ou ligament de Fallope. 
Celte adherence rend aisi ment compte de la marche de certaines collections puru- 
lenles on urineuses. C est a cette couche qu il convient de rattacher le faisceau de 
fibres decrit par Thompson sous le nom de Fascia femorali-abdominalis, et par 
M. Velpeau suns le nom de ventrier. Ce faisceau de fibres n existe que chez quel- 
ques sujets bien muscles. D apparenee jaunatre, quelque peu ekstiques, les fibres 
.qui le composent paitent de la ligne blanche un peu au-dessus des pubis, se 
portent obliquemenl en has et en dehois, recouvrent en pai tie 1 orifice interne du 
canal inguinal et se terminent sur 1 aponevrose femorale, au niveau de 1 insertion 
du droit interne. Ce faisceau n a d ailleurs aucune importance au point de vue 
chirurgical. 

5 La lamelle cellulo- fibreuse, que nous rencontrons encore avant d arriver a 
1 aponevrose, double la couche precedente. Elle aecompagne le cordon spermatique 
et voile 1 orifice du canal inguinal; M. Richet propose avec raison de la consiclerer 
commc la continuation de Yaponevrose d enveloppe du muscle grand oblique. 

4 L aponevrose merite de fixer notre attention. Elle appartient au grand 
oblique auquel elle sert d aponevrose d insertion; elle vient aussi s inserer et 
presquese confondre avec la ligne fibreuse inguinale; elle forme de plus la paroi 
anlerieure du canal inguinal, et dans un intervalle de 1 ecarlement de ses fibres 
est menagee 1 ouverture de ce canal vers I exterieur. 

Parfaitement convaincu que la ligne fibreuse inguinale, ou ligament de Fallope, 
ne doit pas etre confondue, dans la description, avec 1 aponevrose du grand oblique, 
mais reliant sa description a celle de cette couche fibreuse, nous allons tout d abord 
etudier ce ligament, veritable squelette fibreux jete sur la grande echancrure iliaque, 
auquel viennent aboutir tons les plans fibreux de Li region de 1 aine et snr lequel 
les couches cutanees et sous-cutmees prennent elles-memes des insertions. 

Ligament de Fallope (ligament de Poupart, arcade crurale, ligne fibreuse ingui 
nale, etc.). L on pent distiugner au ligament de Fallope des insertions princi- 
pales, au nombre de deux, une insertion reflechie et des insertions secondaires. 

Les premieres se font a 1 epine iliaque anterieure et superieure en haul et en 
dehors, et a 1 epine du pubis en has et en dedans. De ces deux points d insertion 
partent des fibres paralleles embrassant largement les saillies osseuses ou elles 
s implantent et formant un cordon volumineux. resistant, exaclement paralleleau 
pli de 1 aine, facile a sentir a travers les teguments, et constituant pour le dia 
gnostic des hernies un tres-precieux point de repere. 

L insertion reflechie sera decrite plus tard sous le nom de ligament de Gim- 
bernat; c est en effet a propos du canal crural que nous devrons 1 etudier. 

Les insertions secondaires se font sur des surfaces aponevrotiques et noil sur 
des saillies osseuses. II est facile de comprendre combien il serait aise de les mul- 



AINE (ANATOMIE). 3*5 

tiplier, si Ton se rappelle que lous les feuillets aponevrotiques de la region n Di 
vergent vers le ligament de Fallope. Parmi cos connexions, deux seulenienl nous 
seniblent devoir etre considerees comme des insertions propivs an ligament de 
Fallo|ie : 1 une se fait snr 1 aponevrose iliaqiie, 1 autre sur 1 enveloppe fibreuse du 
muscle pectine. Cette derniere, peu importante, consiste seuleniont en line sorte 
d epanouissenient de Fextieniite interne du ligament de Fallope, qui vient jeter sur 
rapiinevrose pectineale un certain nombre de fibres. L insertion iliaque doit sur- 
tout attirer 1 attention. A proprenient dire, le ligament do Fallope, dans tout son 
tiers externe, est entierement fusion ne avec 1 aponevrose iliaque ; il ne s en isole 
ijuo lorsque celle-ci, suivant le contour du psoas-iliaque, sc n llrrliil, jiour aller 
gagncr la surface ileo-pectiueale et le detroit, supericur. (Test en sr lusanl sin cette 
disposition que 1 on a pn dire qne le ligament de Fallope s inserait a la surface 
ileo-pectineale par I inlermediaire de 1 aponevrose iliaquo. 11 est bcaucoiij) plus 
exact de monlrer la fusion de ces dcuv aponevroses, el leur divergence, lorsquc 
1 aponevrose iliaque se recourbepour aller gagncr [ eminence ileo-pectineale, tandis 
que le liuamenf. de Fallope, suhanl sa route, gagne directement 1 epine du pubis. 
De la cet angle assez aigu qui limite en debors 1 anneau crural, de la la formation 
de cct cspace osteo-iibreux, en partic limilc par le ligament de Fallope et dans 
lequel nous aurons bieutol a nmnlivr 1 anneau crural. 

La direction du ligament de Fallope est sensiblement modifiee par cette inser 
tion. Au lieu dWfrir, comme sur le squelette, une. liune directement tendue de 
1 epine iliaque a 1 epine du puljis, le ligament de Faltnpe, lot temenl bridr par son 
adherence a 1 aponevrose iliaque, offre une legere concavite anterieure, Scs con 
nexions avec les aponevroses de la cnisse et de 1 abdomen nous expliquent d ail- 
leius comment ce ligament, malgre les insertions immobiles de ses deux extre- 
niites, pent etre tendu on reluche, scion <[ue la cuisse est dans la llexiou 0:1 dans 
1 extension. Pour le bien explorer, il faul placer le.membre dans la position meme 
que nous avons indiquee pour 1 etude de la region. 

On distingue, au ligament de Fallope, une face superieure, une face inferieure 
et deux bords, 1 un anlerieur, 1 autre posterieur. 

La face superieure repond au canal inguinal dans unepartie de son etendue; 
elle est concave seulement dans cette portion. La face inferieure repond a 1 anneau 
crural dans une etendne que nous aurons soin de determiner, mais il est deja aise 
de comprendre que ce ligament forme en quelque sorte cloison mitoyenne a ces 
deux importants canaux. CetLc face recoit 1 inserlion des 1 euillets aponevrotiques 
dependant de 1 enveloppe aponevrotique de la partie anterieure de la cuisse. 

Le bord anterieur recoit 1 insertion de 1 aponevrose du grand oblique de 1 abdo- 
inen, tandis que le fascia transversalis vient se fusionner avec le bord posterieur. 
Aponevrose ^insertion du grand oblique. Cette aponevrose nacree, resplen- 
dissante comme uu tendon, est epaisse et resistante. Elle est, a juste raison, con- 
sideree comme 1 aponevrose d insertion du muscle grand oblique. Ses fibres font 
suite a celles du muscle, se dirigent obliquement comme elles de haut en bas et 
de dehors en dedans, pour venir se Jeter en grande partie sur le bord anterieur 
du ligament de Fallope avec lequel elles s unissent intimement. D autres s entre- 
croisent au niveau de la ligne blanche et de la sympbyse des pubis avec celles du 
cote oppose. 

La fusion intime des fibres qui s inserent sur le ligament de Fallope et de 
ce ligament 1 avait fait considerer, par plusieurs anatomistes, comme un tendon 
reflechi dont 1 epanouissement etait retrouve sous le peritoine et y donnait nais- 



232 AINE (ANATOMIE). 

sance au fascia transversalis. Les considerations plus haut exposees font assez 
comprendre pourquoi nous rejetons, avec les anatomistes modernes les plus auto- 
rises, une semblable interpretation. Le ligament de Fallope ne pent pas etre plutot 
rattache a 1 aponevrose du grand oblique qu a tout autre des feuillets fibreux dont 
il recoit les insertions. 

L aponevrose du grand oblique est formee d un grand nombre de rubans fibreux 
constituant, selon les sujets, une lame plus on moins homogene. Souvent dcs 
espaces lineaires existent entre plnsieurs d entre eux; mais ce n est qu au-dessus 
ct en dedans de 1 epine pubienne que deux de ses rubans on faisceaux circon- 
crivent, dans leur ecartement, un espace qui, par ses dimensions et son impor- 
ance, merite toute notre attention. C est 1 orifice externe du canal inguinal, ou 
mieux orifice sous-cutane , auquel nous consacrerons,un peu plus loin, une descrip 
tion speciale. Les faisceaux fibreux qui le circonscrivent portent le nom de piliers 
et sont distingues en pilier superieur et en pilier inlerieur. 

Lc pilier superieur, large, aplati, passe au-dessus de 1 epine du pubis, descend 
obliquement an-devant de la sympli yse, ou il s entre-croise avec celui du cote oppose. 
Le pilier inferieur, moins large, est continu avec le ligament de Fallope. Les 
fibres se fixent en partie a 1 epine du pubis et passent en partie au-devant d elle 
pour aller aussi s entre-croiser sur la sympbyse avec celles du cote oppose. 

L aponevrose du grand oblique est renforcee par des fibres obliques, en sens 
inverse, c est-a-dire de dedans en debors. Ces fibres, designees par M. Velpeau sous 
le nom de fibres transversales ou de second ordre, sont beau coup moins nom- 
breuses que celles qui font directement suite anx fibres musculaires. Elles sont peu 
marquees chez 1 enfant et la femme, beaucoup plus apparentes chez 1 adulte, et tou- 
jours visiblesau niveau de 1 ecartement des piliers. Ces fibres proviennent de 1 apo- 
iiL vrose du cole oppose, s entre-croisent vers la ligne blanche et sont evidenmient 
destinees a renforcer 1 aponevrose du grand oblique, dont elles croisent pour airisi 
dire la trame. 

5 Les bords inferieurs des muscles petit oblique et transverse se voient 
immediatcment au-dessous de 1 aponevrose du grand oblique. Les fibres musculaires 
qui appartiennent au petit oblique et au transverse adherent directement au liga 
ment de Fallope dans sa moitie externe; dans sa moitie interne, elles n y sont que 
mediatement rattachees, ainsi que celles du transverse, par un feuillet celluleux 
plus ou moins prononce, qui va se perdre sur la face concave de ce ligament. 
Au-dessous des bords inferieurs de ces muscles existe un espace rempli par du 
tissu ccllulaire et le cordon spermatique chez 1 homme, par du tissu cellulaiiv ct 
le ligament rond chez la femme. C est le trajet ou canal inguinal. Les fibres du 
petit oblique, qui descendent un peu plus bas que celles du transverse, recouvrent 
quelquefois le cordon qui repose inferieurement sur la face superieure ou concave 
du ligament de Fallope. 

6 Fascia transversalis. Lorsque Ton a refoule en haut les bords musculaires 
que nous venonsde decrire, coupe et renverse le cordon spermatique, et detruit le 
tissu cellulaire, on met a nu une couche fibreuse, decrite depuis par A. Cooper sous 
le nom de fascia transversalis. Apres A. Cooper, c est a Hesselbach, qui ecrivait 
deux annees plus tarcl (1806), et a M. Jules Cloquet (1817) que nous devons les 
premieres et les plus celebres descriptions de cet important fascia, dont la decou- 
verte a tant influe sur 1 histoire de la hernie inguinale. 

La densitc du fascia transversalis varie selon les sujets ; mais sans 1 existence de 
cette lame fibreuse, les intestins, pendant 1 attitude verticale, tendraient tou- 



AINE (ANATOMIC). 233 

jours a passer au-dessous du bord irifrrieur du muscle transverse. Cette remarque 
d A. Cooper fait bien comprendre le role de ce fascia, qui double le peritoine, 
descend entre cette membrane et le muscle transverse, mais plus has que lui, car 
il vient se fixer au bord posterieur du ligament de Fallope, comme 1 aponevrose 
du grand oblique vient se fixer a son bord anterieur. 

L etendue du fascia transversalis est tres-considerable, pnisque cbez beaucoup de 
sujets 1 on peut retrouver, jusqu au diaphragme en haut, les (races de cclte dou 
blure fibreuse du peritoine, et lateralement jusqu a la crete iliaque. Mais la partie 
comprise dans laregion quo nousdecrivonsmerite seule une description particuliere; 
c est mallieureusement a son sujet qu ont varie les interpretations des autciirs. 

Le fascia transversalis n est reellement fibreux que dans cette partie de son eten- 
diio; plus haut, ses fibres, bicntot dissociees, ne peuvent etre, a uue certaine hau 
teur, separees du peritoine qu avec beaucoup de peine. 

Dans la moitie externe de la region inguino-abdominale, ses fibres, nombreuses 
et serrees, s attachent sur 1 aponevrose iliaqne, le ligament de Fallope, qui y est 
uni, etse confondent avec ces parties fibreuses. Dans la moitie interne, ccs fibres 
rencontrent encore le ligament de Fallope et s unissent a son bord interne de tclle 
sovte qu une gouttiere dont la face superieure de ce ligament forme le fond, 1 apo 
nevrose du grand oblique la paroi anterieure, et le fascia transversalis la paroi pos- 
l< nc>uro,cst des lars constitute. A. Cooper, Thompson ct d autres anatomistes ont 
pretendu que le fascia, seulement accole au ligament de Fallope, descendait a 
travcrs 1 ouverture crurale pour embrasser les vaisseaux femoraux sur lesquels il 
prendrait attache. Cette disposition peut en effet etre reprodnite par la dissection, 
mais elle est artificielle, et je partage entierement 1 avis des anatomistes qui font ter- 
miner sur le ligament de Fallope le bord inferieur du fascia transversalis. Son bord 
interne se confond avec le fascia du cote oppose. L on a discute sur le plus ou moins 
d epaisseur du fascia transversalis dans la moitie interne que nous venonsdedecrire, 
surtout dans cette partie qui repond profondement a 1 ecartement des piliers de 
1 aponevrose du grand oblique, c est-a-dire a 1 anneau inguinal sous-cutane. Astley 
Cooper et Hesselbach ont ecrit que cette moitie interne est la plus faible, M. J. Clo- 
quet et M. Roustan (De la hernie inter stitielle. These inaug., Paris, 1843, p. 12) 
aftirment au contraire qu elle est la plus epaisse et la plus forte. Nous croyons 
plus volontiers a 1 exactitude de la description de ces derniers auteurs, mais il faut 
bien reconnaitre avec M. Malgaigne (Anat. chirur., 2 e edit., t. II, p. 258) que les 
varietes individuelles jouent un grand role dans la constitution de celte partie 
determinee du fascia ou du fascia tout entier. C est ce que Ton peut dire en parti- 
culier du renforcement fourni par 1 expansion du tendon du grand droit de 1 abdo- 
men, sur la description de laquclleontinsiste MM. J. Cloquet et Roustan. Dans cette 
region, comme dans to .it le corps, les tissus fibreux tendent a sefusionner et a 
mutuellement se renforcer dans les limites de leur developpement particulier. 

La face anterieure du fascia transversalis, libre au-dessous des bords des petit 
oblique et transverse , librc encore au-dessous des fibres de ces muscles, dans une 
certaine etendue, se fusionne bientot avec 1 aponevrose du muscle transverse en 
vcrtu de cette meme affinite que nous venons de signaler. 

L etude du tissu cellulaire sons -peritoneal nous nmenera a parler de la face 
posterieure ; nous n avons plus a indiquer que deux points pour completer notre 
description. 

Lc lascia transversalis est obliquement traverse par le cordon spermatique, a peu 
pves a egale distance dc 1 epine iliaque et de 1 epine d pubis. Traverse, sans el.re 



AINE (ANATOMIE). 

perfore, il se, replie surle cordon, 1 enveloppe et 1 accompagne dansle canal inguinal; 
mais ainsi se trouve neanmoins constitute une ouvei ture que nous etudierons sous 
le nom d orifice interne ou sous-peritoneal du canal inguinal. 

Enfin, comme toutes les membranes fibreuses, le fascia trunsversalis presente 
plusieurs ordres de fibres. Presque toutes sont transversales, mais sous la denomi 
nation de verticales M. J. Richet (Anal, chir., 2 e edit., p. 621) a decrit des fibres 
paralleles au muscle droit qui viennent se continuer avcc la portion gimbernatique 
de 1 arcade crurale, qu elles contribuent a renforcer. Le fascia transversalis se 
fusionne en efl et avec 1 insertion refleehie du ligament de Fallopc, sur la face 
posterieure de laquelle il envoie un certain nombre de fibres; mais les fibres verti- 



nuns paraissent etre celles que d autres auteurs ont decrites comme 1 expan- 
sion du tendon du grand droit. 

7 Tisau Ci llulaire sous-peritoneal. Au niv.eau de la region inguino-abdominale, 
le tissu cellulaire qui double le peritoine devient plus abondant et pcut merae etre 
divise en deux couches distinctes comme le tissu cellulaire sous-cutane. L une, en 
rapport direct avec la sereuse et qui se laisse facilement envabir par la graisse; 
1 autre, souple, extensible, lamelleuse et qui resiste davantage a cet cnvahissement. 
C e^t ce feuillet, bien disseque par M. Cloquet, et considere par lui comme un di> 
doublemcnt du fascia transversalis, que M. Richet a cru devoir appeler fascia trans- 
versalis i vlliik-ux. Al exemple de MM.Velpeau et Malgaigne, nous lui conserverons 
le nom de fascia propria. 

A J inverse du fascia sous-cutane, il n adbere pas au ligament de Fallope, il est 
pailout facilement ducolle, exceple au niveau de 1 oritice peritoneal du can;il 
inguinal. Cc fascia, peu important dans la region qui nous occupe, joue au con- 
traii o un rolo important clans 1 liisloire de la hernie crurale. II passe au-devant 
de 1 anneau cruial en bas et s etend en dedans deiriere la face posterieure du pubis 
et le muscle droit qu il tapisse, er. deliors dans la region iliaque. 

8 Le peritoine. Le peritoine, souleve par 1 ouraque, le ligament de la veine 
ombilicale et les vaisseanx epigastriques, presente dans cette region trois fossclto 
decrites par tous les auleurs apropos du canal inguinal. 

9 Vaisseaux et nerfs. Les arteres atlirerout surtout notre attention; ce 
sont : 1 artere tegumenteuse abdominale, les arteres spermatique, funiculaire ct 
deferentielle, qui appartiennent au cordon spermatique ; 1 artere epigastiique, 
1 artere circonflexe iliaque. 

L urtere tegumenteuse abdominale rampe dans !a coviche sous-cutanee ety epuise 
ses rameaux. Nee de 1 artere crurale, elle se reflet hit imniediatement en haul, 
croise 1 arcade crurale a angle aigu, etremonte obliquement en haut et en dehors. 
Cette artere est peu importante. 

Les arteres du cordon se rencontrent, comme le cordon lui-meme, entre 1 apo- 
nevrose du grand oblique et le feuillet libreux decrit sous le nom de fascia traiis- 
versalis. Elles sont peu volumineuses, paralleles a 1 arcade de Fallope, etne seront 
decrites qu avec le cordon spermatique. 

V artere epigaslrique est situee au-dessous du fascia transversalis et se ren 
contre, dans la region inguino-abdominale, entre ce fascia et le fascia propria. Cette 
artere nait de 1 iliaque externe, gagne immediatement le tissu cellulaire sous- 
peritoneal en croisant obliquement le ligament de Fallope. Elle emprunte a ses 
rapports avec 1 orifice sous-peritoneal du canal inguinal une importance conside 
rable. Nous donnerons, en etudiant le canal inguinal, la description de cette artere 
et de ses anomalies. 



AINE (ANATOMIE). 

I artere circonflexe iliaque est egalement, a son engine, en arriere du fascia 
transversal is. Nee de 1 iliaque externe, elle remonte obliquement on dehors, per- 
fore hiantot le fascia transversalis, et, couranL parallelement au ligament de Fallope, 
atteint la crete iliaquo, suil son contour en distribuant, cbemin faisant et lors de 
sa terminaison, plnsieurs brandies musculaires. 

Les mraes suivent les arteres et n offrent rien d important a considerer. 

Les lymphatiques principaux appariiennent a la couche cutanee, et vont aboulir 
a des ganglions paralleles a 1 arcade crurale : ce sont les lymphatiques superficiels. 
Oiielqui s lympbatiques profonds vont aboutir aux ganglions iliaqucs. D autres lym 
phatiques importants appartiennent au cordon. 

Les nerfs se rencontrent dans la couche sous-cutanee ou accompagnent le cor 
don. Leurs branches, tres-greles, dependent du plexus lombaire; la plus impor- 
tante, 1 tranche genito-crurale, sort avec le cordon par 1 orifice inguinal cutane. 

Canul ingidnal. Le canal inguinal e^t destine a permettre au cordon sperma- 
tique chez 1 homme et au ligament rond chez la femme de se porter de la eavite de 
I abdonien dans le scrotum ou dans la grande levre, en cheminant obliquement 
dans 1 epaisseur des parois abdominales. 

C est entre le fascia transversalis et 1 aponevrose du grand oblique qu est me 
nage ce trajet; c esl auxdepensde ces I euillels iibreux que sont constitues ses ori- 
iices profond etsuperficiel. La region iuguino-abdominale emprunle a In presence 
de ce canal KHI plus grand interet. Nous ferons tres-utilement servir a son etude 
celle des dil ierentes couches que nous venous de decrire. Nous prendrons pour type 
denotre description le canal inguinal chez I liomme; nous la completerons ensuite 
en 1 eludiaiit chez la femme. 

Le canal inguinal, situe au-dessus du ligament de Fallope, qui lui fournit sa 
paroi inierieure, est. oblique de haut en has et de dehors en dedans. Nous decrirons 
succcssivement, suivant 1 usage, les orifices et le canal qui leur est intermediaire. 

L orifice inguinal externe, encore designe sous le nom de superficiel, (Yi)ift - 
rii iir, et que nous appellerons sous-cutane, est situe au-dessus et en dehors de 
repine du pubis, immediatement au-dessus du ligament de Fallope. II est facile, 
sur le vivant, d y introduire le doigt, si Ton a prealab.lement reibule avec son extre- 
mite la peau du scrotum et reconnu I epine du pubis. Dans 1 etat normal il est 
forme |iar un feuillet fibreux mince qui s insere a son pourtour et se conlinue sur 
le cordon spermatique, dont il constitue 1 une des enveloppes. Le cordon auquel il 
livre passage ne le remplit qu incompletement. 

Les dimensions de cet orifice varient selon les sujets. II est facile dc 1 expliquer 
lorsque Ton se rend compte de sa structure. II est circonscrit par les bandelettes 
aponevrotiques que nous avons decrites sous le nom de piliers superieur et infe- 
rieur, reliees entre elles par des fibres qui croisent leur direction et que Ton 
voit en plus ou moins grand nombre, selon les sujets, a la partie superieure ou 
externe de 1 anneau. Ces fibres, decrites sous differents noms, mais que nous appel 
lerons avec M. Velpeau fibres en sautoir, brident 1 anneau a sa partie externe, le 
renforcent singulierement, et moderent plus ou moins 1 ecartement des fibres pa 
ralleles qui vont constituer les piliers. 

L on a aussi decrit, sousle nom de ligament de Colles, un systeme de fibres qui 
a eviclcmment pour usage de renforcer 1 anneau inguinal a son extremite interne 
et de bien determiner ses limites de ce cote. Mais le ligament de Colles est situe 
en arriere des piliers, etajipartient en realite a la paroi posterieure du canal ingui 
nal, tandis que les fibres en sautoir appartiennent a sa paroi anterieure. Pour les 



236 AIHE (ANATOMIK). 

bicn voir il suffit de couper le cordon, de le relever et d enlever le tissu cellulairc 
sous-jaccnt. On voit alors 1111 faisceau triangulaire qui remonte obliquemcnt dc la 
face posterieure du pilier inferieur a la face posterieure du pilier superieur. La base 
du triangle qui regarde en haul et en dehors n est d ailleurs pas librc et ne pent 
Sire qu artificiellement separee de la paroi posterieure du canal inguinal, avec lequel 
elle se confond. Que ces fibres viennent de la ligne blanche ou de 1 aponevrose du 
grand oblique opposee, toujours est-il que le role qu on leur a fait jouer clans l t> 
tranglement de la hernie est illusoire. Ce sont des fibres de renforcement. 

Ainsi constitue, 1 anneau inguinal sous-cutanu est elliptique, sa grosse extreniile 
est en haut, et son plus grand diametre oblique de haut en bas ct de dehors cu 
dedans. Ce plus grand diametre est estiine a 25 millimetres, a 25 a 50 millime 
tres, enfin, a 15 a 20 millimetres, selon les differcnts auteurs. Nous pensons avec 
M. Malgaigne que 1 anneau reel ne commence guere qu a 1 epine pubienne; il faut 
done defalquer ce que mesure encore 1 ecartement des piliers en dedans de cette 
epine, car a ce niveau I orifice inguinal est exactement limite par le ligament de 
Colles et le pubis. Mais il faut reconnaitre qu en dehors les limites sont bien peu 
precises, et il suffit de rappeler, pour le comprendre, combien est variable la force 
et la position des fibres en sautoir. M. J. Gloquet a vu chez plusieurs sujets cos 
piliers nc se reunir qu a 5 ou meme 3 centimetres de 1 epine iliaque. Nous recon- 
naissons avec M. Malgaigne qne la paroi anterieure du canal est alors surtout ou 
cause, mais il n en ressort pas moins que les limites externes de 1 anneau sont sou- 
vent mal defmics ou n existent meme pas. Cela est important a savoir pour le clii- 
rurgien, qui abesoiu de se rendre compte de la rnarche d une hernie inguinale, de 
1 action du bandage, ou qui, pendant une operation, voudrait reconnaitre un anneau 
et une paroi depuis longtemps delimits. 

Surle vivant, dans 1 elat normal, les dimensions de cet anneau ne sont pas inva- 
riables. M. Malgaigne a consigne a ce sujet, dans son livre, de curieuses recherches 
(Anat. chirurg., t. II, p. 254). Sans les rappeler en detail, vu leur faible utilitc 
pratique, nous dirons qu il en ressort : 

1 Que la contraction ,des muscles abdominaux resserrel anneau; 

2 (Jue la position de la cuisse faitvarier sa capacite. 

Le relachement des muscles abdominaux et la bonne position du membre infe- 
rieur sonl done necessaires pour obtenir son elargissement, qui est aussi complet 
que possible, quand les cuisses sont ecartees et fortement flechies, tandis que le 
malade est couche. M. Malgaigne fait cependant remarquer que dans la position a 
croupion, si les cuisses sont flechies et ecartees, 1 anneau s elargit encore, et que 
c est dans cette position qu il convient de placer les malades pour experimenter le 
degre de contention fourni par les bandages. 

L oriftce inguinal interne, aussi nomme anneau abdominal, interne, supe 
rieur, et que nous appellerons sous-peritoneal, est constitue aux depens du fascia 
trans versalis. 

II est situe sur le milieu d une ligne menee de 1 epine iliaque a 1 epine du 
pubis et a deux travers de doigt environ du ligament de Fallope. Lorsque la paroi 
abdominale incisee est renversee, on le decouvre des que Ton a decolle le peritoine 
et enleve le tissu cellulaire sous-peritoneal. 

Cet orifice, tres-simple dans sa structure, se presente sous la forme d une large 
valvule accolee a la paroi abdominale, centre laquelle elle reste appliquee lorsquele 
peritoine n est pas decolle etlorsque la paroi est dans sa position normale. II est facile 
de 1 ecarter a travers le peritoine, qui se laisse deprimer en fossette a son niveau, et, 



AINU (ANATOMIE), 257 

lorsque la dissection est operee, de penetrer dans un infundibulum pea profond, 
qui se tevmine surle cordon sperraatique. 

Lc bord libre decetle valvnle fibreuse est concave et tranchant, le fascia trans- 
vcrsalis scmble manifestement cpaissi a son niveau. II est en effet admis quecet 
orifice se trouve constitue, lorsque le testicule, dans sa migration de 1 abdomen an 
dehors, rcfoulc devant lui le fascia trans versalis, le reploic sur lui-meme, et lors 
que la voie, d abord ouvcrte entre la cavite abdominale et le scrotum, est 
fennee par 1 obliteration du conduit peritoneal et par 1 accolemcnt, a la surface dn 
cordon qu il enveloppc dans toute son etenduc, de la lame fibreuse cntrainee et 
refoulee dans la migration du testicule. 

Ainsi constitue, 1 anneau inguinal sous-peritoneal, trcs-incompletenient reniphpar 
les elements encore epars du cordon, I erme seulement par 1 accolement a la paroi 
abdominale de son bord libre, maintenu parle peritoine et le tissu cellulaire sous- 
peritoneal, dcvient tres-aisement distensible, et pent, lorsqu il est disseque, offrir 
des dimensions relativernent considerables, que Ton n a meme pas essaye d appre- 
cierpar la mensuration. Ceserait d ailleurs en prendre une faussc idee que dc ne 
pas lecqnsiderer com me une simple fente verticale, rccouverte et defendtie par le 
puriloine, i|ui le protege par sa resistance propre et par la surface glissantc qu il 
ollie aux viscercs qui tendent a s y engager. II faut neanmoins ne pas perdrede vuc, 
sous le rapport pathologique, sa facile distension. 

Le canal compris entrc ces deux orifices est limite par (juatre parois : I anle- 
rieure est formee parl aponevrose du grand oblique etscs fibres derenforcement si 
variables ; la posterieure, par le fascia transversalis double du tissu cellulaire sous- 
peritoneal, du pcriloine, ct soutenue par la prcssion des visceres abdominaux; Yin- 
ferieure, la plus resistante, par le ligament dc Fallope ; la superieure est artificiel- 
lemcnt representee par les bords des muscles petit oblique et transverse. 

Le trajet oblique descendant du canal est bien indiqne par la difference dc 
niveau des orifices sous-peritoneal et sous-cutane. Son etendue varie selon I age, le 
sexe, la taille, et necessairement aussi selon que les limites superieures de 1 anneau 
sous-cutane sont plus ou moins eloignees de 1 epinedes pubis. Nous indiquons seu 
lement les mensurations fournies par M. Richet; elles representent la moyenne des 
1 tsnltats obtenus par 1 examen de vingt sujets adultes, et donnent au canal de 30 a 
55 millimetres de longueur. 

Le calibre du canal serai t plus considerable a droite qu a gaucbe. Ce fait, indi- 
que parM. Jobert,a ete attribue avec raison par M. J. Cloquet au volume plus consi 
derable du cordon du cote droit : c est ce que cet auteur a pu demontrer en pesant 
comparativement le cordon spermatique droit et gauche chez un jeune supplicie. * 

Le contenu du canal inguinal ne sera pas ici 1 objet d une description complete 
(voy. SPERMATIQUE, Cordon), mais nous devons indiquer les elements qui com- 
posent le cordon spermatique. 

On y trouve le canal deferent, trois arteres, des veines, des lymphatiques, des 
nerfs, et enfin des eiweloppes. 

Dissocies dans 1 abdomen, les elements du cordon se reunissent en un seul fais- 
ceau dans le canal inguinal. 

Le canal deferent, avec 1 artere deferentielle et la veine du meme nom, est situd 
en arriere et en dedans. II se distingue ais6ment des autres elements par sa durete. 
Ilestsepare par un certain intervalle de 1 artere et dela veine spermatiques situees 
enavant de lui. La veine spermatique enveloppe, dans ses ramifications, 1 artere du 
meme nom . L artere cremasterique est la plus superliciellement placee. 



238 AINE (ANATOMIE). 

Le nerf genito-crmal est aussi supeificiel ; le plexus spermatique accompagne 
1 arterc du meme nom, le canal deferent etl arlere deferentielle. 

Les lymphatiques vont se jeter clans les ganglions lombaires. 

Dans le canal inguinal, le cordon ne presente d autre enveloppe que celle que lui 
fournissent le fascia Iransversalis ot le cremaster. L enveloppe fibro-celluleuse fait 
suite a 1 entonnoir libro-celluleux que nous avons decrit a propos de 1 orifice in 
terne, et qui 1 accompagne jusqu a sa terminaison. L enveloppe musculaire, dont 
on trouvera Tinteressante histoire au mot CHEMASTER, presente, dans la region 
ingiiinale, deux faisceaux principaux consideres comme ses origines. 

Rapports du canal inguinal. Le canal inguinal, reconvert en avant par lapeau 
et les couches sous-cutanees, n est separe enbas de 1 anneau crural que par 1 epais- 
seur du ligament de Fallope. Nous aurons occasion d y insister. Les connexions 
de la paroi posterienre meritent, par leur importance, de fixer notre attention. 
Dans la couche celluleuse sous-peritoneale nous rencontrons, en procedant de 
debors en dedans, i t separes par des espaces a peu pres egaux, 1 artere et lesveines 
epigaslriqnes, Fartere ombilicale, representee chez 1 adulte par un cordon plein, et 
cnfin sur la ligncmediano un cordon libreux, vestige de Touraque. Si 1 on. examine 
la pai oi abdominale par sa face peritoneale, on voit que le peritoine, souleve par 
la saillie de ses trois cordons, forme trois lossettes decrites sous le nom de fossettes 
inguinale evter.ne, inguinale interne et vesico-pubienne. 

La fossette inguinale externe est dcterminee par le relief des vaisseaux epigastri- 
ques, rendue plus sensible par I adhercnce du fascia sous-peritoneal a 1 orifice ingui 
nal externe. Cette fossette repond a 1 ouverture abdominale du canal inguinal. 

La fossette moyenne dite inguinale interne est limilee en dehors par les vaisseaux 
epigastriqucs, en dedans par 1 artere ombilicale. Ellc repond a la paroi posterieure 
du canal, c est-a-dire au canal lui-meme. Elle est souvent peu prononcee, et varie 
dans son ctendue par suite de la proximite plus ou moins grancle des cordons qui 
la limitent. 

La fossette vesico-pubienile, comprise entre 1 artere ombilicale et 1 ouraque, 
repond, a travers la paroi posterieure du canal, a son orifice sous-cutane. Elle est 
cependant situeeunpeu en dedans de lui; le doigt, porte un pen obliqueraent cle 
dedans ea dehors, souleve le fascia transversalis et le fait saillir a travers 1 orifice 
sous-cutane. Les variations de position du ligament ombilical, le peu de saillie des 
vaisseaux epigastriques, modifient souvent 1 aspect de cette region. Quoi qu il en 
soit cependant, on a pris en pathologic 1 liabituile de se servir de ces points de 
repere, et Ton admct trois especes de hernies inguinales correspondantes : hernie 
oblique externe repondant a la fossette externe; hernie oblique interne repoiidant 
a la fossette vesico-pubienne ; hernie moyenne, a la fossette moyenne ou inguinale 
interne. 

La hernie oblique externe est de beaucoup la plus commune, et Ton comprend de 
quel inleret doivent etre les rapports qu elle affecteavecTartere et les veines epigas- 
triques. G est en effet un point capital dans 1 histoire des hernies inguinales. 

L arlei e epigaslrique nait du cote interne de 1 iliaque externe ; elle ofire ;i peu 
pres le volume de la temporale. Elle se detache de 1 iliaque, Un peu au-dessus du ; 
ligament de Fallope, a 5 ou 6 millimetres, quelquefois plus haut encore, plus 
rarement au-dessous du ligament de Fallope. Elle se dirige d abord transversale- 
ment en dedans, rencontre bientot le canal deferent, qui va rejoindre 1 orifice sous- 
peritoneal du canal inguinal; elle passe au-dessous de lui, et, serecourbant presque 
aussitot, va se placer au cote interne de i orifice du canal inguinal, tandis quele 



AINE (ANATOMIE). 239 

canal deferent et d autrcs elements du cordon y pcnctrent ou en sortent. Des lors 
le trajet de 1 epigastrique devient ascendant. Aceolee a la paroi abdominale, ram 
pant d abord dans le lissu cellnlairs sous-peritoneal, elle gagne le bord exterue du 
muscle droit, penetre dans sa gaine, et fournitdes rameaux niusculaires et cutancs 
que nons n avons pas a decrire. Dans son trajet ascendant, elle se dirige done obli- 
i|iicmeiit ea haul et en dedans. On a evalue a 45 degres Tangle qu elle fait avec 
Thorizon. La courbe qu elle decrit, lorsqu elle devient oblique ascendants do trans- 
versale qu elle etait a son origine, est a concavite superieure ; elle est embrassee 
par la courbe a concavite inferieurc du canal deferent. Placee au cote interne de 
1 anneau, ellen est cependant pas exactemenlen contact avoc son bord. Neanmoins 
les mensurations donnees par les auleurs sont trop conlradictoires pour que Ton 
ne cloive pas, en pratique, la considerer comme immediatement superposee au 
bord inlerne de rainieaii. 

An niveau de son anse, 1 artere epigastrique fournit frois rameaux assez greles : 
unexterne, qui penetre immedial.ement dans le canal inguinal, c est le rameau 
funiculaire; un interne, qui longe 1 arcade femorale et vient s anastomoser derricre 
le pubis avec celui du cote oppose ;un descendant, qui coupe pcrpendiculairement 
1 arcade du pubis et va s anastomoser avec 1 obturatrice. 

L artere epigastrique nait assez souvcnt d un tronc commun avec 1 obturatrice ; 
mais ceci ne change rien en general a ses rapports avec 1 anneau. II en etait autre- 
ment dans un cas emprunte a Nesselbac par M. Malgaigne. Chez une femnie atlcinte 
de hernie ingninale interne, le tronc commun de 1 epigastrique et de 1 obturatrice 
\enait de 1 iliaqne interne, a 15 millimetres au-dessus du ligament de Fallope; il 
se portait obliquement en bas et en dedans, par-dessus la vcine iliaque, et apres 
un trajet de 3 centimetres fonnait brusquement un coude, pour gagner le trou 
obturateur. L artere epigastrique naissant de ce coude au-dessus dc la branchc 
horizontale des pubis se portait transversalement en dedans, derriere le collet du 
sac herniaire, et remontait au cote interne de ce collet, immediatement en arriere 
du ligament ombilical, auquel elle etait etroitement collee. Ce lait est a bon droit 
considere comme tre?-insolite. 

On doit done s attendre a trouver 1 artere epigastrique immediatement en dedans 
du collet du sac dans les henries obliques externes, en dehors dans les autres. De 
lli, pour [- operation du debridement, la necessite d etablir rigoureusement le 
diagnostic de la variete qne 1 on a a trailer. 

Le developpement du canal inguinal est fort important a etudicr cliez 1 liomme. 
Cette question sera plus completement traitee a 1 article TESTICOLE (DEVELOPPE- 
MET), mais nous devons fournir ici quelques renseignements indispensables. 

Le canal inguinal communique largement avec le peritoine avant la naissance* 
A quel moment est-il ferme? Camper (Rougemont, Traits des hernies de Richter^ 
notes, t. II, p. 104) a fait a ce sujet des recherches spt3ciales sur sdixante-dix 
cadavres d enfants nouveau-nes. II en resulte que sept foetus seulemeat avaient le 
canal parfaitement lerme des deux cotes. Quatorze Tavaient entierement ouvert 
des deux cotes; chez quatorze autres, le canal etait ouvert settlement a droite; 
chez hnit, il etait ouvert settlement a gauche, mais il semble bien resultcr des 
declarations memes de 1 auteur, ainsi que I a remarque M. Malgaigne, que 1 oblite- 
ration partielle ou complete est plus commune a la naissance que la persistance 
absolue du canal de communication. La variete des obliterations partielles est sur- 
tout interessante. Avec 1 oblileration partielle au niveau du seul anneau externe 
ou du seul anneau interne, et les obliterations partielles en quelque sorte moni- 



240 AINE (ANATOMIE). 

liformes eparpillees d un anneau a 1 autre, Louies les varietes semblent pouvoiretre 
rencontrees. C est un sujet q-ui merile d appelcr de nouvelles etudes. 

Canal inguinal chez la femme. Le canal inguinal ne livre passage, cliezla 
femme, qu au ligament rond; de la les differences qu il offre dans les deux sexes. 
Ces differences portent tout entieres sur ses dimensions; les anneaux et le canal, 
constitutes de la memefacon, sont seulement plus etroits ; dc la, sans doute, la prin- 
cipale cause de la moindre frequence des hernies inguinales chez la femme. Les 
vaisseaux qui accompagnent le ligament rond sont peu importants an point devue 
chirurgical. 

B. PVEGION INGUISO-CRURALE. Les differeutes couches qui constituent cette 
region nous oflrent a considerer : 

a. De la peau a I aponevrose : lLa peau, fine, garnie dc poils a sa partiesu- 
perieure et interne, extensible, glisse aisement a la surlace des parties sous-jacenles. 
Elle est pourvue d assez nombrcux Iblliculcs sebaces, dont la secretion estchez quel- 
ques sujcls acre et odorante. 

2" La couclie sous-cutanee qui separe la peau de I aponevrose a, dans cetle 
region, une importance toute particuliere. Lorsque la hernie crurale est complete; 
le sac qui la recouvre est en rapport immediat avec la partie la plus profoiide de 
cette coucbc sous-culanec. Cette couclie profonde ou lamelleuse. merite seulenotre 
attention, la couclie superficielle ou cellulo-graisseuse n offrant ici rien de par- 
ticulier. 

Ce qui donne a cette couche lamelleuse une physionomie bien particuliere, c est 
quo dans son epaisseur sont contcnus les ganglions lyniphatiques superiiciels de la 
region ; c est encore la presence des rameaux veineiix arteriels et lyniphatiques qui 
la traverscnt pour gagner les teguments; c est cnfin la presence dans scs largcs 
areoles d un tissu graisseux plus ou moins abondant selon les sujets. Une telle com- 
plexite d elements anatomiques repandus dans une ineme couche fait prevoir que 
ccttc couche doit rarement etre identique chez les divers sujets et peu homogene 
dans sa disposition. Chez un sujet donne, elle est mince, et la peau est a peine 
coupec, que deja le bistouri rencontre I aponevrose; chez d autres, plusieurs cou 
ches doivent etre traversees avant que le plan fibreux soit mis a decoirvert. Que 
1 on joigne a ccla les varietes dues au developpement variable des ganglions, a des 
modifications pathologiques frequentes, que Ton se rappelle que sous cette coucliu 
se cache le sac de la hernie crurale, et Ton comprendra combieu il importe que 
1 operateur soit prcvenu des dispositions variables de cette couclie que nous avons 
pris des longtemps 1 habitude de designer sous le nom de cdlulo-ganglionnaire. 

Gomme la couche lamelleuse correspondante dc la region inguino-abdomiuale, 
celle-ci adhere an ligament de Fallope, sur lequel elle s insere en haul dans toute 
son etendue ; en dehors du triangle, elle est a peine distincte de la couche cellulo- 
graisseu&e; prolbndement, elle n adhere que lachement a I aponevrose, excepteau 
iii\cau des rameaux vasculaires qui la traversent, et particulierement en has, au 
niveau de 1 e mbouchure de la saphene. 

Les ganglions lyniphatiques loges dans la couche lamelleuse sont desigues sous 
le nom de superiiciels ; ils forment deux groupes bien distincts : 1 un, inlerieur, 
est loge au sommet du triangle; 1 autre, superieur, occupe sa base. Le groupe inle 
rieur comprend trois ou quatre ganglions paralleles aux vaisseaux sous-jacents, 
les lyniphatiques rlc tout le membre inlerieur se jettent dans ces ganglions, qui 
sou vent s engorgent sous 1 influence d une lesion des teguments du pied, de 1* 
jambe ou de la cuisse. Le groupe superieur est parallele au ligament de Fallope; il 



A1NE (ANATOMIE). U\ 

contient un nombre a peu pres egal de ganglions. Leur grand diametre est trans 
versal ;ils recoivent les lymphatiques des organes genitaux, de 1 anus, ceux des 
lesses, des lombcs et des teguments de 1 abdomen. 

Quelques vaisseaux arteriels et veineux, la tegumenteuse abdominalc, les hon- 
teuses externes parcourent cette couche lamelleusc. 

b. De I aponevrose a I articulation coxo-femorale, Ton rencontre : 1 apone- 
vrose, les muscles qui limitent le triangle inguinal, les vaisseaux si importants 
que rcnfenne cet espace, le canal crural, qui y est egalement contenu; enfin, 
comme limite profonde, la partie anterieure de la capsule fibreuse de 1 articu- 
lation coxo-femorale, au-dessous de laquelle on sent la face anterieure du col 
du femur dans toute son elenduc et line portion de sa tete, lorsque le membre est 
place dans la rotation en deliors, c cst-a-dire dans la position que nous avons indi- 
quee commc la seule convenable pour 1 etude de cette region. Nous decrirons suc- 
cessivement toutes l^s parties que nous venous d indiquer. 

{" Muscles. L etude des muscles doit preceder celle de 1 aponevrose, bien que 
celle-ci se presents avant eux sous le scalpel. II est en efl et impossible de la 
decrire, si 1 on ne connait les muscles dont elle forme la gaine; les muscles cletcr- 
minent de plus ici la limite la plus naturelle, la limite vraiment chirurgicale de la 



region. 



Des que I aponevrose a ete enlevee, Ton voit apparaitre les limites superficielles 
du triangle inguinal. Le couturier en dehors, le premier adducteur en dedans, le 
ligament de Fallope en haul, 1 encadrent de la maniere la plus exacte. La base de 
la region inguino-crurale s appuie done dans toute son etendue a la region inguino- 
abdominale ; son sommet repond en moyenne a la reunion du tiers snpericur de 
la cuisse avec ses deux tiers inferieurs, un peu en dedans de la ligne mediane. 
Son bord externe, tres-oblique, est forme par le relief du couturier; il est beau- 
coup plus long que son bord interne, presque perpcndiculaire, forme par le relief 
du premier adducteur. 

Si 1 on enleve alors les vaisseaux arteriels et veineux , le tissu cellulo-graisseux 
assez abondant qui les entoure, les limites profondes du creux inguinal apparais- 
sent nettement. Lateralement, elles sont formees par le droit anterieur et le psoas 
en dehors, le moyen adducteur et surtout le pectine en dedans. La region conserve 
encore sa forme triangulaire, seulement 1 aire du triangle diminue a mesure que 
Ton descend dans la profondeur, et les bords des muscles psoas et pectine arrivent 
presque au contact. 11 existe cependant dans la partie superieure du triangle un 
espace constant entre ces muscles, a travers lequel on reconnait en haut et au-des 
sous du ligament de Fallope 1 eminence ileo-pectinee, au-dessous la tete femorale 
recouverte de sa capsule. Pour mettre celle-ci et le col femoral a decouvert, il faut 
couper et rejeter en bas le psoas. L on peut etudier alois lit bourse sereuse sous- 
jacente a ce muscle. Cette bourse sereuse est constante, spacieuse, contient quelque- 
iois dii liquide, et communique assez souvent avec 1 articulation. Tous les auteurs 
out insiste sur 1 importance de cette disposition anatomique qui explique comment 
les collections purulentes assez souvent contenues dans la gaine du psoas peuventcom- 
muniquer avec 1 articulation coxo-femorale, et reciproquement. 

11 est naturel d accepter comme limite profonde du creux inguinal le plan osteo- 
fibreux que nous venous d indiquer, et de laisser en dehors de notre description 
1 articulation coxo-femorale. Mais nous devons faire remarquer comment les lesions 
du col femoral et de 1 articulation peuvent etre reconnues a (ravers le creux inguinal. 
Pour ne citer qu un e:;cmple, rappelons que M. Laugier a fait voir qu il existe 
D:CT. ESC. II. 16 



2i2 AINE (ANATOMIE), 

eonstamment une saillie osseuse angulaire dans le creux inguinal, lorsque lafrao 
. ture du col femoral s accompagne de penetration. Malgre la presence de ce plancher 
osseux, le creux inguinal communique cependant avec la region fessiere. II existe 
en effet au-dessousdu col femoral un espace celluleux ou s enfoncent desvaisseaux, 
et ipie limitent le bord superieur du troisieme adducteur et le carre femoral. 

2 Aponevroses. II est facile de comprendre leur disposition si nous etablis- 
sons que les feuillets aponevrotiques, tous unis les uns aux uutrcs, forment cepen 
dant des gaines distinctes a chacun des muscles. Ces gaines aponevrotiques, juxta- 
posees comme les muscles, et confondues entre elles par leurs parties contigues, 
completent admirablement les parois de 1 excavation que nous venous de decrire 
sous le nom.de creux inguinal. C est en quelque sorte l enduit qui reunitet 
recouvre les differentes masses charnues qui le circonscrivent. Le creux inguinal 
resterait cependant ouvert en avant, ou seulement ferine par les teguments et leurs 
couches sous-jacentes, sans la presence d un feuillet aponevrotique special. Ce 
feuillet seul fait exception, et n appartient en propre a aucun muscle. Nous ne le 
decrirons dans tous ses details qu avec le canal crural, a la formation duquel il 
pi-cud la plus grande part. Mais il est indispensable d etablir des a present que ce 
feuillet etendu du couturier an premier adducteur se cont ond lateralement et en 
bas avec 1 aponevrose generale d envoloppe des muscles de la cuisse ou fascia lata, 
en haul avec le ligament dc Fallope. II se fusionne aussi intimement avec lui, par 
son bord superieur, que 1 aponevrose du grand oblique elle-meme, de lelle sorte 
que la lignc (ibreuse inguinalc est destinee arecevoir les insertions des aponevroses 
abdominales el celles de 1 aponevrose femorale. Si nous continuous a faire abstrac 
tion des parties contenucs dans le creux inguinal, nous voyons ce creux ferme late 
ralement par les gaines aponevrotiques des muscles qui le limitent en arriere, par 
la fusion des gaines aponevrotiques du psoas et du pectine, par 1 adherence de ces 
memes gaines avec la surface ileo-pectinee et la capsule iibreuse articulaire, en avant 
par k feuillet aponevrotique, dont nous venous de signaler 1 existence. C est dans 
cet espace que nous allons rencontrer des vaisseaux importants, quelques ganglions 
lympbatiques, enfin le canal crural. Plusieurs auteurs envisageant seulement les 
parties qui sont au-dessus de 1 aponevrose qui ferme en avant le creux inguinal, et 
remmquant la depression tres-accusee de cette aponevrose, out compare au creux 
de 1 aissellc la par tie superficielle de cette region. II nous parait beaucoup plus 
juste de veserver cette comparaison pour la partie profondc. Parois musculaires 
epaisses, vaisseaux de premier ordre, communication en arriere avec la region pos- 
terieure de la cuisse, en haut avec la portion attenante du tronc, en bas avec le 
membre pelvien, telles sont les analogies frappantes du creux inguinal et du creux 
de Taisselle. 

3 Vaisseaux et nerfs. L artere iliaque externe prend le nom de cruralem 
niveau du ligament de Fallope. Elle descend dans le triangle inguinal, dont elle 
occupe le centre selon la direction d une ligne menee de sa base a son sommet, et 
devient plus profonde en se rapprochant du sommet. En contact avec un plan osseux 
sous le ligament de Fallope, ou elle repose sur 1 eminence ileo-pectinee et sur 1? 
tete femorale, elle croise la direction du col femoral et de la partie superieure 
de la diaphyse femorale, dont elle est separee par le pectine et la partie supe 
rieure des adducteuvs. 

On utilise son rapport avec la surface ileo-pectinee pour la comprimer, et 1 espace 
qui existe entre 1 artere et le col pour glisser le couteau, dans la desarticulalion 
coxo-i emorale. Sa blessure peut ainsi etre evitee dans le premier temps de 1 opera- 



AINE (ANATOMIE). 

tion. On a cherche a preciser le point ou 1 on rencontre 1 artere a la base du 
triangle. Elle est a peu pres a egale distance de 1 epine iliaque et cle IV-pine du 
pubis, un peu plus pres de cette. derniere cependant, c est-a-dire un pen plus en 
dedans. Dans 1 aire du triangle, le couturier lui sert de muscle satellite et la 
recouvre meme dans sa partie inferieure. 

L artere crurale ne tarde pas a fournirdes branches collaterales ; fait bienremar- 
quable, elle les fournit presque toutes dans le triangle inguinal. Elle fournit d a- 
bord trois rameaux destines aux couches superficielles de la region; ils sont peu 
volumineux et peu importants. Ce sont, ainsi que nous le savons deja, la tcgnmcn- 
leu&e abdominale et les deux konteuses externes. La tegumcnteuse nait immedia- 
tcnient au-dessous de 1 arcade crurale, les honteuses un peu plus has ; toutes trois 
emergent de sa face anterieure. Do sa partie posterieure, mais a une hauteur livs- 
variable, se detache au contraire un tronc volumineux, presque egal a la crurale 
ellc-meme, et semblant etre sa bifurcation; c est la musculaire ou femorale pro 
fonde. Elle se dirige d abord obliquement enarrierc, et, apres avoir forme avec la 
femorale un angle plus ou moins aigu, lui devient bientot parallele. Normalemcnt 
elle fournit les circonflexes, distinguees en interne et externe. Cos arteres se 
detachcnt de la femorale profonde des son origine, mais elles naisscnt assez sou- 
vent de la femorale. Elles se detachent alors de ce tronc, au - dessous ou an 
niveau de 1 origine du la profonde. Ainsi Ch. Ouain, sur 391 sujets, a vu t interne 
naiU e 297 ibis de la profonde et87 foisde la crurale, mais au-dessous ou au niveau 
Je la profonde. Sur 588 sujets, 1 externe naissait 255 fois de la profonde, 49 Ibis 
du tronc crural, mais au niveau et au-dessous de la profonde, 17 fois seulemcnt 
au-dessus. Les circonflexes sont loutes deux destinees a etablir a la partie supe- 
rieure du mcmbre pelvien un cercle anastomotique. Toutes deux contournent le 
fiknur pour aller se perdre dans la partie poslerieure du membre. L interne s en- 
gage au-dessous du col, dans 1 espace celluleux que nous avons deciit. 

L origine de la femorale profonde a justement preoccupe les chirurgiens. Les 
varietes frequentes qu elle presente ont ete la c;mse de veritables desaslres apres la 
ligature de la femorale pratiquee dans 1 aire du triangle inguinal. 

M. Ch. Viguerie (Th. inaug., Paris, 1857) a examine a ce point de vue 508 ar 
teres crurales; la profonde en tirait son origine : immediatenaent sons 1 arcade et 
jusqu a 2 centimetres au-dessous, 28 fois; de 2 a 4 centim., 154 fois; de 4 a 6 
centim., 136 fois; de 6 a 8 centim., 10 fois. M. Viguerie a pris ses mesures dc 
1 arcade crurale a 1 eperon de la profonde, par consequent a quelques millimetres 
u-dessous de son orifice, ainsi que le remarque justement M. Malgaigne. 

M. Quain (Dubrueil, Des anomalies arterielles, p. 565 a 582), snr451 sujets, 
a trouve pour longueur a la femorale, a partir du ligament de Fallope jusqu a 
loriginede la profonde : de a 15 millimetres, 15 fois; de 15 a 25 millim. , 146 
fois; de 25 a 57 millim., 183 fois; de 37 a 50 millim., 109 fois; de 50 a 62 mil 
lim., 19 fois; de 62 a 75 millim., 72 fois; a 10 centimetres, 1 fois. 

M. Richet (Anfltf. c/tn .,2 ( edit., p. 967) a repris a nouveau cette question. Ayant 
pi is soin de mesurer le tronc femoral entre les plus grosses collaterales, c est- 
a-dire entre 1 epigastrique et la femorale profonde, il a trouve le tronc crural : 
n excedant pas 4 centimetres, 58- fois; variant entre 4 et 5 centim., 32 fois; 
au dela de 5 centim., 5 fois. 

Tons ces cbiffres sont de nature a montrer combien peut etre perilleuse la liga 
ture de la femorale dans le triangle inguinal ; nous n insisterons pas sur ces fails, 
lui appartiennent a la partie pathologique de cet article. 



2-it AINE (ANATOMIE). 

Le Ironc de 1 artere femorale peut manquer entierement. Tous Jes auteurs out 
cite lc fait unique dc M. Manec, auquel M. Richet a joint un fait analogue qui lui 
a ete communique par Dumay. 

La veine femorale est situee en dedans de 1 artere; elle est trcs-volumineuse 
dans cette partie de son trajet et fort adherente a 1 artere, qu elle tend a contourner 
des la partie inferieure du triangle, ou deja elle est postero-interne. La veine femo 
rale recoil, par I intermediaire de la saphene interne, le sang de tout le reseau 
supcrficiel cles veines du membre inlerieur. La saphene se jette dans Ja crurale a 
o centimetres environ du ligament de Fallope; elle plonge au travers du feuillet 
aponevi clique qui ferme le triangle inguinal. Nousaurons occasion d insister surla 
disposition de I a porievEQse ace niveau. Elle recoil egalement les veines profondes, 
qui sont en meme noinbre que les arteres et les suivent en satellites. Le tronc de 
la \eine crurale scnible representer seul la communication veineuse a etablir entre 
le membre inferieur et le tronc, mais il a ete etabli par M. Ricbet qu il existe des 
anastomoses entre les veines honteuses externes et celles du bassin, entre les cir- 
conflexes et les ischiatiques. MM. Sappey el Yerneuil out fait les memes observa 
tions (Ricbet, Anal, chir., 2 e edit, p. 161). Ces notions anatomiques sonl d une 
haute importance au point de vue de 1 histoire des plaies de la veine femorale a 
sa partie superieure et de ses frequentes obliterations dans ce meme point. 

Les lymphatiques soat representes, au-dessous del aponevrose, par des vaisseaux 
paralleles a 1 arleie et a la veine qui aboutissent aux ganglions iliaques et a quel- 
ques ganglions cruraux designes sous le nom d inguinaux profonds. Ces ganglions, 
dont 1 existence n cst pas conteslable, ne sonl le plus souvenl qu au nombre de deux 
ou trois. Cependant Theile en aurnit compte jusqu a sept, el M. Cloquel a insiste 
sur les connexions importantes de 1 un d entre eux avec le canal crural. 

Les nerfs sont representes, dans le triangle inguinal, par la branche inguino- 
cutanee en dehors, par la branche crurale du genito-crural en dedans. Plus profon- 
dement, le nerf crural, d abord contenu dans la gaine aponevrotique du psoas, s en 
echappe, et fournit immediatement de nombreux rameaux musculaires el cutanes. 

4 Canal crural. Le canal crural est normalement destine a donner passage 
aux vaisseaux arleriels vcineux et lymphatiques qui de la fosse iliaque descendent 
vers le membre inferieur. De meme dans la portion inguino-abdominale de 1 aine, 
le canal inguinal sert a permeltre le passage du cordon spermatique ou du liga 
ment rond. 

Dans tout son trajet, le canal crural est limile par des aponevroses. Nous aurons 
done a decrire des parois et orifices fibreux, mais nous devrons y ajouter 1 etucle 
de cloisons destinees soil a separer les uns des autres les vaisseaux qui le parcou- 
fent, soil a resister a la pression des visceres, a le detendre en quelqne sorte du 
cote de 1 abdomen. Les parties fibreuses qui constituent le canal crural peuvent 
done etre dis:inguees en parties contenantes et en parties contennes. Aux pre 
mieres se rapporte 1 etude des orifices et des parois; aux secondes, celle des cloi 
sons dont nous venons de signaler 1 existence. 

Anneau crural. L anneau crural est 1 orifice superieur du canal crural. Ses 
limites ont deja ete tracees lorsque nous avons dccrit le ligament dc Fallope. La 
vaste ouverture comprise entre ce ligament et le bord anlerieur de 1 os des iles est 
en effet divisee en deux parties inegales par la fusion du ligament de Fallope et 
du fascia iliaca. La porlion exlerne mesure les deux tiers de son elendue; les mus. 
clcs psoas iliaque et le nerf crural y sont contenus. La portion interne est encore 
retrecic par le ligament de Girabernat. G est a 1 ouverture comprise entre le bord 



AINE (ANATOMIE). 215 

concave du ligament de Gimbcrnat en dedans, I anple aigu du a la rencontre du 
ligament de Fallope et da fascia iliaca en dehors, le ligament de Fallopeen hunt et 
la surface ileo-pectinee en bas, que 1 on donne le nom d anneau crural. 

Get anneau est done situe immediatement au-dessous du canal inguinal, a peu 
presa egale distance de scs deux orifices. 

Sa forme est tres-irreguliere, son grand diametre transversal, mais ses dimen 
sions peuvent aisement varier selon le mode de mensuration suivi. Ainsi, Ilessel- 
racli lui donne environ 27 millimetres de largeur chez la fcmme et moilie seule- 
ment cliez I homme; M. Velpeau, 54 millimetres, et souvent 12 millimetres en 
sus chez la femme, ct M. Malgaigne fait voir que tel anneau qui ne mesurait quc 
3 centimetres en mesure 5, si Ton ecarte moderement en dehors son cote exlerne. 
Les dimensions de 1 anneau crural peuvent varier encore selon la largeur du bassin 
etle developpement du ligament de Gimbernat. 

Le ligament de Gimbernat, forme en grande partie par t epanouissement des 
fibres du ligament de Fallope, qui se dirigent vers la crete ileo-pectinee, presents 
necessairement la forme triangulaire. Son sommet est a I epine pubienne, son 
Lord superieur repond au ligament de Fallope, son bord inlerieur a la surface 
ileo-pectinee, et sa base libre regarde 1 anneau crural qu elle limite. Cette base 
est concave, et le prolongement plus ou moins prononce de sa partie hilcrieure lui 
donne 1 aspect falciformc. Son bord inferieur ne s insere pas direclement sur la sur 
face ileo-pectinee, mais sur le ligament pubien de Cooper. Ce ligament, qui sc pro- 
sen te sous la forme d un trousseau fihreux remarquablement nacre, epais et resis 
tant, est a cheval sur la crcte ileo-pectinee, et ne s insere d une manic-re fixe qu a 
I epine pubienne et a 1 eminence ileo-pectinee. Le bord inferieur du ligament de 
Gimbernat n a done pas une insertion absolumcnt immobile, de Ja le procede de de- 
Iridement de M. Verpillat, qui conseillede diviser le ligament du pubis pour rela- 
dier le ligament de Gimbernat. La direction de ce dernier ligament est presque 
horizontal dans la position debout, oblique dans le decubitus. Le ligament de 
Gimbernat est renforce par quelqucs fibres venant des plans fibreux voisins, et 
en particulier du fascia transversalis. Cela est de peu d importance. Ce qu il ne 
faut pas oublier, c est que non-seulement son etendue, mais sa texture, sont va 
riables. Ainsi, il pent presenter de petites perforations qui ont servi a livrer 
passage et a etrangler des hernies, comme 1 a bien demontre M. le professeur 
Laugier. 

L anneau crural est incompletement rempli par les vaisseaux. L artere repond a 
son angle externe, la veine et les lymphatiques regardent Tangle interne ou mieux 
le hord concave du ligament de Gimbernat ; mais, quelles que soient la force et la 
resistance de ce ligament, il reste toujours entre les vaisseaux et lui un espace 
asscz large ou les hernies trouvent passage, bien qu il y ait d autres moyens d oc- 
clusion. 

Lespams sont au nombre de trois : externe, interne et anterieure. L externe 
est formce par 1 aponevrose du muscle psoas, 1 interne par celle du pectine, 1 ante- 
ricnre par 1 aponevrose qui ferme en avant le creux inguinal. Si Ton se rap- 
pellc que le psoas et le pectine viennent a peu pres au contact, et que le creux 
inguinal diminue d etendue dans ses parties profondes, on se rendra aisement 
comptede la forme prismatique du canal. 

La paroi anterieure merite d etre etudice dans tons ses details. Elle est compo- 
see de deux portions bien distinctes, 1 une homogene, singulierement resistante, 
1 autre mince, molle, criblee de trous. La premier, 1 ne pouvait longlemps ecbap- 



546 A1NE (ANATOMIE). 

per a 1 attention des anatomistcs ; il ue derail pas en elrc de memo pour la seconde. 

La partie resistante de I aponevrose se rencontre en donors, mais olle se prolonge 
aussi en haul et en has ; en dedans elle n existe pas. Si on la prepare seule en 
detruisant la partie mince et criblee, on a sous les yeux ce que les {Veres Burns 
ont appele le proces ou bord falciforme du fascia lata, ou mieux, 1 espace que 
Scarpa a decrit sous le nom de fosse ovale. 

La partie superieure des vaisseaux femoraux alors decouverte est en effet enca- 
dree par un bord aponevrotique tranchant. II commence en dedans, a 1 epine 
pubienne, se continue par sa partie adhercnte avec le ligament de Fallope, puis 
avec la gaine aponevrotique du couturier, descend au cote externe, jnsqu au niveau 
du point ou la veine saphene interne va s aboucher dans la veine femorale, passe 
au-dessous de la sapheno, forme a ce niveau un remarquable repli semi-lunaire, 
puis remonte quelque peu en dedans, pour se perdre sur la gaine aponevrotique 
du couturier. Ce vaste repli, surtout prononce en dehors et enbas, limite done une 
ouvorture reguliere, mais artificielle, dont le grand diametre mesure tout 1 espace 
qui s etend du ligament de Fallope a 1 embouchure de la saphene. C est la ce que 
Ton a considere pendant longtemps comme 1 ouverture iuierieure du canal crural. 

La portion mince et criblee n e.st bien connue que dcpuis les travaux de M. J. Clo- 
quct ; elle est decrite aujourd hui sous le nom de fascia cribriforme. Ce fascia fait 
suite au bord falciforme dans toute son etendue, remonte jusqu au voisinage du 
ligament dc Gimbernat, descend jusqu au repli semi-lunaire sous-jacent a la 
saphene, et se termine en dedans sur I aponevrose du pectine. 11 recouvre done 
completement la pretendue fosse ovale, et cache les vaisseaux iemoraux sur les- 
quels il s applique. Ce fascia doit son nom aux trous nombreux dont il est perfore. 
Le principal est celui qui donne passage a la veine saphene ; il est situe a sa partie 
inferieure; les autres sont anterieurs ou internes. Us sont dus au passage de vais 
seaux sanguins ou lymphatiques, ou meme a la presence de pelotons de tissu eel- 
lulo-graisseux. Chacun des vaisseaux gros ou petits est d ailleurs accompagne d un 
prolongement aponevrotique, comme il arrive toujours lorsqw une aponevrose livre 
passage a une partie quelconque. 

Cette disposition contribue beaucoup a rendre difficile la dissection de ce fascia: 
il faut de toute necessite, pour la reussir, proceder de dehors en dedans, c est-a- 
dirc de la partie resistante de I aponevrose a sa portion criblee; puis, comme tous 
les auteurs le conseillent, decoller les tissus a ce niveau au lieu de les couper. II 
est Ires-important, en effet, de bien connaitre ce fascia, dont la decouverte a change 
de tous points 1 histoire et 1 operation de la hernie crurale. 

L orifice inferieur du canal crural, qui n existe pas en realite, a ete place dans 
divers points de cette paroi anterieure. Nous ne discuterons les opinions des auteurs 
a ce snjet qu : apres avoir decrit les parties fibreuses contenues dans le canal- crural. 

Deux doisons verticales sont decrites par les auteurs ; elles existent en effet. 
La premiere separe 1 artere de la veine, la scconde la veine des lymphatiques, pres- 
que tous contenus dans la partie interne du canal. Ces larnelles sont a la verite 
plutot celluleuses qu aponevrotiques, mais le cloisonnement est reel, et on le re- 
trouve dans les cas pathologiques. 

Enfm une cloison transversale existe a la partie superieure du canal ct sert a 
renforcer 1 anneau crural. C est a cette cloison deja decrite par A. Cooper, mais que 
M.Gloquet a surtout bien fait connaitre, que Ton donne aujourd hui, a 1 excmple de 
cet aufceur, le nom de septum crural . 

Le septum crural nait du pour tour fibreux de 1 anneau crural, ct se termine tn 



AINK (ANATOII TE). 

bas snr la gaine des vaisseaux iemoraux, a laquelle il adhere intimement, surtout 
du cote de la vcine. Rien n est plus facile que de s assnrer do cetle disposition; il 
faut, du cote de I abdomen, cnlever : 1 le peritoine; 2 le tissu cellulaire sous, 
peritoneal ou fascia propria, toujours tres-charge de graissc a ce niveau, du cote 
de la cnisse, detacher le fascia cribril orme. I.e doigt, introduitdu cote dc 1 ahdo- 
nien, est alors coifle d unc membrane parlout adherente a 1 anucau ct aux vais 
seaux. Cela reproduit exactement, dans le canal crural, ce que presente dans le 
canal inguinal I entonnoir forme par le fascia Iransversalis adlieranl au pourtour de 
1 anneau et au cordon. On comprend parfaitement cette disposition a 1 aide de 1 inge- 
nieuse comparaison de M. Demeaux. Ces deux parties conlenantes et c ontenuos du 
canal crural represented en eifet deux cornets de papier engages 1 un dans 1 autrc. 

Le septum crural est cellulo-fibreux, ct plus on moins resistant selon epic prnlo- 
mine 1 un ou 1 autre element. La face superieure, concave ou plane selon les snjrls, 
regarde vers I abdomen, sa face inferieure vers la cuisse. De meme que le fascia cri- 
luiforme, il est perfore de trous nombreux pour le passage des lymphatiques ; il 
existe meme a sa partie interne une ouvei hire plus grande que les autres, dans 
laquelle est loge un petit ganglion lymphatique qui a beaucoup attire 1 attcntion 
des anatomistes et des palhologistes. Uu autre Iron, assess grand aussi, se rencontre 
plus en dedans, pres du ligament dcGimbcrnat. 

L on a discute sur I origine du septum crural. A. Cooper a le premier soutenu 
quo le septum etnit fourni purlin prolongement du fascia transversalis.il s appuyait 
en particulier sur la possibilite de detacher cet entonnoirdu ligament de Fallope. 

Nous avons dit ailleurs, en decrivant le fascia transversalis, que nous pensions, 
avec la plupart des auteurs francais, cjue le fascia transversalis s arretait au niveau 
du ligament de Fallope, et descenclait seulement sur le/ ligament dc Gimliernat. 
Nous admettons done avec M. J. Cloquet que le septum crural nait du pourlour 
de 1 anneau sans que le fascia transversalis y ait plus de part que les autres parties 
fibreuses avoisinantes. Cela est parfaitement d accord avec la loi gent-rale de con- 
nexite des parties fibreuses voisines. 

Telles sont les parties qui constituent le canal crural. Depuis que les travaux 
d A. Cooper et de M. J. Cloquet les ont bien fait connaitre, leur description a pres 
ence toujours ete la meme sous la plume des differents auteurs; mais plusieursont 
varie dans leur interpretation. La discussion a principalement porte sur deux points : 

Quelle est la situation del oritice inierieur du canal crural? Cet orifice existe-t-il? 

Doit-on donner a 1 ensemble des parties que nous venons de decrire le nom de 
canal crural, ou reserver cette denomination pour une portion determinee? 

M. J. Cloquet, decrivant pour la premiere fois le canal crural, voulut lui donner 
un orifice inferieur ; il choisit le plus grand et le plus declive de ceux qui percent 
le fascia cribriforme, 1 orifice a travers lequcl plongc la veine saphene, a son en> 
bouchure dans la femorale. Mais si Ton considere que la hernie ne sort <ju excep 
tionnellement du canal a travers 1 orifice de la saphene, et le plus souvent par uit 
des trous internes et superieurs les plusvoisins du ligament de Gimbernat, Ton se 
demande quel est en realite 1 orifice clu fascia qui sert d ouverture inferieure au 
canal crural. Serait-ce done 1 orifice superieur de la gaine des vaisseaux femoraux 
qui fait suite aux enveloppes cellulo-fibreuses dont ces vaisseaux sont entoures dans 
le canal crural? Cette opinion ne saurait etre soutenue, car ce serait en definitive 
prolonger le canal crural jusqu au creux poplite, et se mettre en desaccord avec 
toutes les donnees fournies par la pathologic, qui montre que jamais une hernie n a 
parcouru un semblable chemin, 



A1NE (ANATOMIE). 

L on concoit done que dons les travaux les plus modernes on soit arrive a decrire 
un canal crural sans orifice inferieur. Cette maniere de voir est en effet la plus ctfn- 
forme aux notions fournies par 1 anatomic et la pathologie. L analogie nous montre 
en el fet. un orifice superieur et trois parois; mais a part les trous qui criblent la 
paroi anterieure, rien qui ressemble a un orifice inferieur. 

Va-t-il suivre de la qu il soit necessaire de distinguer dans la description la 
portion du canal la plus habituellement suivie par la hernie, et de lui reserver le 
nom de canal crural, comme 1 a fait, M. Richet, par exemple? Nous ne le croyons 
pas. La hernie suit en effet le plus ordinairement le chemin plus facile qui lui est 
offert par la loge lympliatique. Du cote de 1 abdomen, celle-ci est en effet mal 
dcfendue, puisque entre le bord concave du ligament de Gimbernat et la \eine 
existe toujours un espace mal comble par un tissu cellulaire lache, et que le sep 
tum crural est lui-meme moins resistant et perfore a ce niveau. Arrivee dans la 
loge lympbatique, la liei nie la distend, reibule sa paroi anterieure, et ne peut 
guere vamcre en debors la resistance des vaisseaux. Bientot elle sort par un des 
trous de la paroi anterieure, car elle ne trouve inferieurement qu un cul-de-sac, 
repondant aux insertions inferieures du fascia cribriforme. Tout cela est parihite- 
ment de nature a faire regarder cette portion comme le veritable canal crural, 
mais il nefaut pas perdre de vue que c est la un resultat pathologique, et que, ana- 
tomiquement et physiologiquement, 1 anneau et le canal crural ne sont qu un lieu 
de passage pour les vaisseaux cruraux. II sufiit, pour comprendre les i aits patholo- 
giques, de montrer la disposition plus favorable de la partie interne ou loge lym- 
phatiquc pour le passage des visceres, ce qui n exclut pas, tant s en faut, la possi- 
bilite de les voir sortir de 1 abdomen, a travers le ligament de Gimbernat, en 
avant ou en debors des vaisseaux, et de suivre dans leur marche ulterieure des 
trajets insolites. Nous renvoyons, pour de plus amples details, a la partie patholo 
gique de cet article. 

Rapports de ranneau et du canal crural. Les rapports du canal proprement 
dit sont suffisamment connus. Nous insisterons sur ceux de l anneau. Celui-ci est 
recouvert et ferme, du cote de 1 abdomen, par le peritome et le tissu cellulaire 
sous-peritoneal. 

Le peritoine passe au-devant de l anneau sans former de depression. M. Cloquet 
en a cependant signale une a 1 etat normal que M. Malgaigne considere comme 
1 indice d un commencement de hernie. 

Le tissu cellulaire sous-peritoneal est toujours charge de graisse au niveau de 
1 anneau crural. C est la un fait important, car ce tissu graisseux, epaissi, peut coiffer 
le sac, revetir les caracteres de 1 epiploon, et laisser sypposer que deja Ton va 
arriver sur 1 intestin alors que Ton est encore en dehors du sac. 

Les vaisseaux offrent sur tout d importants rapports. Dans Tinterieur de l anneau 
se trouvent d abord la veine et 1 artere crurale ; mais plusieurs autres se presen- 
tent a son pourtour. L artere ombilicale, transformee en ligament, est ordinaire 
ment en rapport avec le ligament de Gimbernat, mais d autres fois elle passe plus 
en dehors, au niveau meme de l anneau, qu elle divise en deux. En dehors, 1 epigas- 
trique, eloignee de ranneau d environ 18 millimetres, s en rapproche jusqu a 12, 
ou meme 9, selon Scarpa, lorsqu elle se porte en dedans avant de devenir ascen. 
dante. En haut, existe une mince arteriole fournie par 1 epigastrique, et longeant 
le ligament de Fallope; enfin, au-dessus de ce ligament, Ton rencontre le cordon 
spermatique chez 1 homme et le ligament rond chez la femme. Voila pour 1 etat 
normal. L anomalie d origine de 1 obturatrice fournit en dedans un rapport non 



AINE (PATIIOLOGIE). 2iO 

moins dangcreux. Cette artere, lorsqu elle nait de I hypogastrique, est fort eloip.nee 
de 1 anneau crural, mais elle nait frequemment d un tronc commun avecl epigastri- 
que, et alors deux cas peuvent se presenter. Si le tronc commun est court, 1 obtu- 
ratrice descend immediatement dans le bassin ; il n y a pas a s en preoccuper ; s il 
est long, 1 obturatrice naissant au niveau de 1 anneau inguinal sous-peritoneal longe 
le ligament de Fallope pour se porter en dedans, et descend derriere le ligament de 
Gimbernat pour se porter en bas vers le trou obturateur. 

D apres les rechercbes de M. J. Cloquct, les anomalies d origine de 1 obturatrice 
seraient, a 1 etat normal, dans le rapport de 1 a 3, et paraissent plus frequentcs 
chez la femme que chez 1 homme. Bien que cet auteur n ait pas specific le nombrc 
des cas ou le tronc commun a une cei taine longueur, ces chiffres suffisent pour 
montrer les dangers du debridement en dedans. D ailleurs, quel que soit le sens 
dans lequel on dirige le bistouri, il pent y avoir un danger; fort heureusement que 
M. Velpeau et M. Demeaux, et depuis tous les chirurgiens modernes, ont montre 
que c etait le fascia transversalis et non 1 anneau crural que Ton avait a debrider, 
cequi transforme en tine operation sans danger le debridement de la hernie crurale 
si perilleux autrefois. F. GOYON. 



iE : L anatomie de la region do Vainc a etc peu d6crite pour clle-meme et en 
deliors des maladies toutcs speciales, des hernies particulierement, pour la connaissance des 
quelles elle est d un si puissant secours. C esi ainsi qu on la trouve primitivement et successive 
mentetudiee dans les memoiresou traites generaux sur les hernies : deGuiDEitNAT (Nouv.me lh. 
d operer la hernie crurale, 1793) ; de HESSELBACII, SCARPA, Astl. COOPER, LANGENBECK; de J. Ci.o- 
BET (Rech. anat. sur les hernies de I abdomen, these de Paris, 1817, et Causes et anal, des 
hernies aldominales, these de concours, 1819) ; de BRESCHET (Consider. etObs. anat. et path. 
sur la hernie ^morale, these de concours, 1819); de J. C. Guill. WALTIIER (Diss. de hernia 
crurali. 1820. Descript. d apres les dessins de Rosenmuller); de MANEC (Sur la hernie crurale , 
these ae Paris, 1*20) ; de Andr. BONN (Tab. anat. chir. doctrinam herniarum illustr. Lugd. 
Bat., 1828, in-fol.); de Alex. THOMPSON (Sur tanat. du bas-ventre et sur les hernies, 1838); 
de DEMEAUX (Des hernies crurales, these de Paris, 1845). 

Lesouvrages suivantsont trait uniquement a 1 anatomie de 1 aine : LANGENBECK (C. J. Mart.). 
Anat. Vntersnchung der Gegcnd wo die Schenkelbruche entstehen. In Neue Biblioth. f.Chi- 
rurgie. 1820, t. II, p. 112. BICCI.ARD (A.) et BEHARD (Ph.). Art. Aine. In Diet, de med , \" et 
2 e edit., 1822 et 1835. MOREL (Joan). De regione inguinali. Diss. anat. Monach., 1857, in-4, 
fig. ESTEVENET (L.). Aiiilomie de I aine. These de Paris, 1842. Reum (Ch. Vh.}. Anatomic 
chintrgicale de la region de I aine. These de Paris, 1846. HODERT \A.) et VERNECIL. Art. Aine. 
Insuppl.au Dictionn. des Dictionn. 1851. Voy., en outre, les traites d anat. topographique 
on chir., particulierement ceux de Blandin, Velpeau, Malgaigne, Hyrtl, Engel, Petrequin, 
Richet, Maclise (Comm. on Plates XXVI, XXVII et XXVIII). 

II. Pathologie de la region de I aine. Les affections du pli de I aine 
sont extremement nombreuses, eu egard aux dimensions restreintes de la region. 
Elles sont presque toutes du domaine Je la cbirurgie, et, comme 1 a deja fait obser 
ver P. Berard, se montrent pour la plupart sous la forme de turneur. 

Superficiel et presque entierement depourvu de moyens de protection, le pli de 
I aine est fort expose aux lesions traumatiques et a leurs consequences primitives 
ou eloignees. Sorte de carrefour place a la jonction du membre inferieur, des 
organes genitaux, des parois et de la cavite de 1 abdomen , il est 1 aboutissant, le 
rendez-vous d affections primitivement developpees dans ces vastes regions, et qui 
Tenvahissent secondairement par contiguite ou par continuite. - - Enfm le pli 
de I aine n est point une region simple a la maniere de 1 aisselie, du coude ou 
du jarret; outre les couches stratifiees et les elements anatomiques qui lui sont com- 
rnuns avec les autres departements superficiels du corps, 1 existence du canal crural 
ct du canal inguinal constitue une disposition tout a fait speciale ; il y a la deux 



250 A INK f PATIIOLOGIE). 

regions dans une troisieme, et de cette association anatomique decoule nne pro- 
miscuite pathologique qu on ne retrouve nulle part ailleurs aussi compliqm r. 

On a classe de differentes manieres les affections chirurgicalcs du pli de 1 aine; 
mais dans ces essais on s est trop exclusivement attache a 1 etude des tumours. 
Berard leur a presque entiercment consacre 1 excellent article du Dictionnaire en 
30 volumes. Adoptant la division topographique, il a fait un chapitre pour les tu- 
meurs de la region inguinale et un antre pour celles de la region crurale. Azam, 
se preoccupant surtout du diagnostic et des moycns de 1 etablir, a pris pour base 
quelques symptomes iSoles et qui ne sont rien moins que pathognomoniques, d oii 
la division des tumeurs en reductibles , irreductibles et etranglees. D aulres se 
contentent d enumerer les tumeurs suivant les organes qu elles occupent, les 
couclies qu elles envahissent, etc. 

Toutes ces classifications ont certains avantages, mais elles sont essentiellemcnt 
artificielles et sacrifient trop les descriptions pathologiques aux exigences de 
cet exercice fort en vogue autrefbis et connu sous le norn de Diagnostic diffe- 
rentiel. 

Les divisions suivantes semblent plus naturelles : 

i Lesions traumatiques et leurs consequences ; 

2 Affections inflannnaLoires ou organiques distinguees en intrinseques > 
extrinseques, selon qu elles ont pris naissance dans la region elle-meme, ouquuLes 
n y sont parvenues que par extension ; 

3 Hernies et affections consecutives ; 

4 Afiections du cordon spermatique, du ligament rond et du testicule en etat 
d ectopie. 

En pathologic, il n est guere de classification irreprochable, et celle-ci n est pas a 
1 aljri do la critique, mais elle a 1 avantage d etre plus generate, de laisser une place 
a tous les fails particuliers et d utiliser, a titre de sous-divisions, les caracteres 
tires du siege anatomique ou topographique des lesions. L enumeration nosologi- 
que etant complete, il devient possible de prendre dans chaque ordre les lesions sinii- 
laires et d en former des groupes varies, de reuidr et de comparer entre elles et 
avec les autres toutes les solutions de continuite, toutes les tumeurs solides et 
liquides, indolentes ou inflammatoires, reductibles ou irreductibles, etc. 

LESIONS TRADMATIQUES. Plaies. Elles sont accidentelles ou pratiquees dans un 
but therapeutique, c est-a-dire operatoires. Les plaies accidentelles offrent peu de 
gravite quand elles ne portent que sur la peau et les couches superficielles ; mais 
il en est autrement quand elles atteignent une certaine profondeur ; elles eii:en- 
drent alors des complications difierentes, suivant qu elles siegent dans la portion in 
guinale ou dans la portion crurale duplide 1 aine. Dans le premier cas, elles se rap- 
prochent des plaies de la paroi abdominale et admettent les memes divisions et le 
meme pronostic, c est-a-dire qu elles sont penetrantes ou non pehetrantes, avec ou 
sans issue, avec ou sans lesion des visceres abdominaux, suivies ou non de her- 
nies, de fistules, etc. Elles peuvent etre accompagnees d hemorrhagies par suite 
de blessure des vaisseaux iliaques, epigastriques, circonflexes iliaques, sous-cu- 
tanes abdominaux, etc. 

La blessure du cordon spermatique chez 1 homme, du ligament rond clicz la 
femme, 1 ouverture du canal inguinal dans les deux sexes, constituent encore des 
complications speciales aux plaies situees au-dessus du ligament de Fallope. 
Les plaies de la region crurale empruntent surtout leur interet a la lesion des 



AINE (PATHOLOGIE). 251 

vaisseaux femoranx, de la veine saphenc, tres-superficielle en ce point, dcs vais- 
seaux lymphatiques et des ganglions inguinaux. 

Les plaics par armes a feu bornent rarement leurs ravages aux parties superfi- 
cielles de la region. Au-dessus de 1 arcadc crurale elles atteignent les visceres 
pelviens ou abdominaux ; au-dessous elles interessent les parties dures,os et arti 
culations on les vaisseaux, ct font ainsi uailve des complications aupres desquelleg 
laplaie inguinale proprement dite est relativement pen import ante. Cependantdes 
balles, des biscaiens et d autres corps etrangers peuvent s arreter sous la pcau ou 
a diverses profondeurs. Azam, sans donner de details, dit avoir observe nn cas de 
ce genre. Nekton a extrait de la region pectineale d un soldat blesse a la bataillc 
de Solferino nne balle cylindro-conique qui y sejournait depuis quatre ans et en- 
tretenait deuxfistules (Gaz. desHopit., p. 570, 1865). Baudens cite trois casinte- 
ressants : Une balle penetre dans le pli de 1 aine, le doigt introduit dans le trajet 
la suit jnsque dans 1 epaisseur du psoas, d ou on 1 extrait a I aide de simples 
pinces. Coup de I m en dedans de 1 epine iliaque anterieure et superieure ; lialle 
perdue dans 1 abdomen. Quinzieme jour, region inguinale tumefiee, tendue, dou- 
loureuse. Vingt-cinquieme jour, fluctuation evidente dans la fosse iliaque en dehors 
du i aisceau v;isculo-nerveux. Incision immediatement au-dcssus de 1 arcade crurale 
pratiquee couche par couclie, jusqu au peritoine qui est decolle et souleve.Vaste 
abces au-dessous du fascia iliaca, issue d un demi-litrc de pus, extraction facile de 
la Idle. Mort d epuisement trois mois plus tard. Perforation dc 1 os iliaque par 
nne balle que la sonde suit jusque dans 1 epaisseur du muscle psoas. Ouverturede 
1 abdomen par nne incision courbe faite dans le pli de 1 aine. Peritoine decolle ct 
refoule en dedans, incision du psoas parallelement a ses fibres, extraction du pro 
jectile et de plusieurs esquilles, guerison (Clinique des plates d armes a feu. 1 856, 
p. 515, 559, 599). On trouvera de plus amples renseignements dans les traites de 
blessures par armes de guerre. 

Berne, de Lyon, a observe la dechirure de la peau dans une circonstance toute 
s|iViale : enfant de H ans, coxalgie avec retraction telle que les cuisses s appli- 
quaient a 1 abdomen et que les talons touchaient les fesses. On pratique les mou- 
vi inents forces de Bonnet, resistance tres-grande, craquements nombreux. La peau 
de 1 aine gauche se dechire dans l etendue de 6 a 7 centimetres, meme lesion an 
jarret, cet accident neparut pas avoir de suites facheuses. (Du redressement brus 
que, dans les maladies de la hanche. 1860, p. 25.) 

Plaies operatoires. Elles succedent aux nombreuses operations chirurgicales 
dont la region de 1 aine est le theatre. Ligature del iliaque externeasa terminaison, 
des arteres femorale, epigastrique, circonflexe iliaque (Legouest, Chirurgie 
d armee, 510), a leur origine en cas d anevrysme ou d hemorrhagie traumatique; 
incision mettant a decouvert la femorale du pli de 1 aine pour en faire la com 
pression immediate (Crampton, Broca, Anevrysmes, p. 498). Extraction de corps 
etrangers superficiels ou profonds ; extirpation de tumeurs ; kelotomie inguinale 
ou crurale ; cure radicals des hernies ; formation d un anus arlificiel ; ouverture 
de bubons, de kystes, d abces superficiels ou profonds ; operations autoplastiques 
opposees aux cicati ices vicieuses, a 1 anns centre nature, aux fistules stercorales; 
ouverture du canal inguinal pour decouvrir et raccourcir les ligaB$ents ronds. (Al- 
quic, Bull, de I Acad. de med., t. VI, p. 225, 1840.) 

Les couches superticielles devantctre necessairement interessees dans ces diverses 
operations, ilestbonderappelerl influence que la direction des incisions exerce ici 
sur la forme definitive dcs plaies en raison de 1 elasticite des teguments et des couches 



252 AINE (PATIIOLOGIE). 

sous-jacentes, Lesplaies horizontales, c est-a-dire paralleles a 1 arcade crarale, s af- 
frontent tres-aisenient ; Ics plaies \erticales au contraire deviennent ovalaires et 
restent beantes, surtout dans la region crurale. Ces dispositions s exagerent encore 
chez les sujets maigresapeau flasque. D autrepart, la forme des solutions deconti- 
nuite estsingulierement modifiee par 1 attitudo du membre inierieur; ainsi la flexion 
de la cuisse rapproche jusqu a les faire chevaucher les levres des plaies horizontales, 
taiulis qu elle ecarte celles des plaies verticales, L extension agit d une maniere dia- 
metralement opposee ; de la, en pratique, des avantages et des incomenients qu il 
faut connaitre, utiliser ou eviter. Ainsi les incisions horizontales favorisent la reu 
nion immediate, surtout si elles sont combiners avec la flexion consecutive de la 
cuisse; mais quelquefois le but est depasse, et le rapprochement ex gere des Lords 
srii tenants engendre un enroulement, une sorte d entropion cutane, qui retarde la 
cicatrisation, d ou la necessite, tout en relachant les parties molles pour favori^er 
1 adhesion primitive des levres, de procurer la coaptation exacte de ces dernieres 
par la suture, les serres fines ou le collodion. A la region crurale, I extension du 
menibre aide au contraire a 1 affrontement des plaies verticales. Lorsque la reunion 
immediate n est ni desirable ni possible, il convient de combiner la direction des 
incisions et 1 attitude de la cuisse de maniere a obtenir 1 ecartement permanent 
dis bords de la plaie; 1 ouverture des bubons, par exemple, devra se iaire per- 
pendiculairement a 1 arcade crurale, et la cuisse sera maintcnue dans la demi- 
ilexion. 

Dans les operations plastiques, les incisions de Celse pratiquees pour faciliter la 
suture ou pour former un ou deux lambeaux en pout devront etre de preiereiice 
executees parallelement au ligament de Fallope; de meme ou empruntera autaiit 
que possible a la paroi abdominale les lambeaux a pedicule qu on voudrait amener 
oar torsion ou inflexion dans le pli de 1 aiue pour servir d opercule a un anus conti e 
nature ou pour combler le vide laisse par 1 incision transversale d une bride cka- 
tricielle geuant I extension de la cuisse. 

Dans la kelotomie, l extirpation des tumeurs, etc., on evitera, si iaire ^e pout, 
les incisions en T ou en crou, qui se cicatrisent difficilement ; on les reni|ilaceKiit 
avec avautage par des incisions courbes, semi-circulaires ou semi-elliptiques, 
circonscrivant une sorte de lambeau dont la dissection donne tout le jour ne- 
cessaire, et qui se reapplique lacilement, si on juge utile de reunii\ Le bord adhe- 
entde ce lambeau sera, suivant le besoin, perpendiculaire ou parallele a 1 arcade 
crurale. 

Quelque importants que soient ces preceptes, ils sont, dans certaines operations, 
subordonnes a d autres considerations ; ainsi la ligature de 1 iliaque externe a la 
partie inlerieure exigera que 1 incision soit tantot horizontale, tant H verticale ; de 
meme pour la kelotomie, pour l extirpation des tumeurs et la recherche des corps 
etranirrs. Nous en recommandons 1 observation pour le seul cas ou rien u exise 
imperieusement qu il y soit deroge, et nous les avons rappeles assez prolixement 
parce que, au point de vue de la marche de la cicatrisation, ils s appliquent non 
settlement aux plaies operatoires, mais aussi aux plaies accidentelles, et en general 
a toutes les solutions decontinuite recentes ou chroniques, simples oudiathesiques, 
dont la region de 1 ainc peut etre le siege. Du reste, d apres 1 antagonisme ou la 
communaute d action qui existe entre la direction des plaies et la flexion de la 
cuisse, on a deja compris le parti que, dans un cas donne, on peut Lirer de ces deux 
forces suivant qu on les adjoint ou qu on les oppose. 

Les hemorrhagies primitives ou secondaires survenues a la suite d une blessure, 



AINE (PATHOLOGIE). 253 

danslecours d une operation ou par le fait d une erreur de diagnostic, constituent 
1 une des plus graves complications des plaies inguiuales. 

I/application des sangsues cst frequemment ordonnue dans la region de 1 aine. 
C est une mauvaise pratique dans le cas de bubon virulent, a cause de la facilite 
avec laquelle les piqures s inoculent. S il s agit d une hernie etranglee, il convient 
dc placer les annelides a une certaine distance de la tumeur, sans quoi, a suppo- 
ser qucla kelotomie devint necessaire, les ecchymoses generaient J operateur. G est 
sur le trajet inguinal du cordon ou du ligament rood qu il faut faire 1 application 
pour les maladies du testicule, de la vulve, du vagiu et de 1 uterus. 

Nous n avons parle jusqu ici que des plaies a ciel ouvert ; il nous reste a 
signaler les plaies sous-cutanees accidentelles ou chirurgicales. Foil in a deja cite 
dans ce recueil (t. I er , p. 145) le cas ou un echalas penetrant a la partic superieure 
de la cuisse avail laboure le tissu cellulaire sous-cutane du pli de 1 aine. Larrey 
rapporte deux observations aussi remarquables. Dans la premiere, un coup de 
lance pen etraau tiers superieur et externe de la cuisse, puis, se dirigeant en haul 
ct en dedans, a travers le paquet des glandes iuguinales, passa sous 1 arcade cru- 
rale, ct alia derriere lepubis blesser la face anlerieure de la vessie. L urine sortit 
par la plaie, dont le trajet parut d abord se fermer, mais s enllamnia plus 
tard et donna lieu a une fistulc urinairc cruralc. Sonde dans la vessie, contre- 
ouvcrtuie a 1 aine, guerison. - - Dans la seconde, une corne de taureau, tres- 
pointue et recourbee, penctre par le sommet dc la fesse jusqu a la partie profonde 
du pli de 1 aine, dilacere le tissu cellulaire et les glandes inguinales, passe sous 1 ar 
cade crurale, etaiteint dans le bassin le cote correspondant de la vessie pleine d u- 
line, celle-ci, denudec, mais non ouverte, vient faire sous 1 arcade crurale une her- 
nie du volume d un ceuf de poule. Accidents immcdiats graves, contre-ouverture 
dans 1 aine pour decouvrir et reduire la tumeur vesicale, sonde a demcure, gueri 
son. (Clinique chirurgicale, t. II, p. 504, 505; 1829.) 

Deux autres cas analogues sont cites dans les Archiv. filr Chirurgie de Langen- 
Lcck, t. Ill, fasc. 5, p. 527, et t. Y, fasc. 2 et 5, p. 269. 

Une simple mention suffit, je crois, pour la proposition fantaisiste de la keloto 
mie sous-cutanee. 

Placons ici deux remarques, dont 1 une s applique a toutes les lesions acci 
dentelles, et dont 1 autre regarde particulierement la pratique des operations. 

1 Au moment ou il est atteint par le Iraumatisnie, le pli de 1 aine est a 1 etat nor 
mal, ou bicn il recele une affection anterieure, adc ni .c, ectopie du testicule, dilatation 
variqueuse, tumeur herniaire, etc. Ce dernier cas est surtout tres-commun . Ce sim 
ple enonce suffit pour faire comprendre combien,avec une merne cause, le pronostic 
peut varier suivant que le blesse se trouve dans 1 une ou dans 1 autre condition. 

2 Le diagnostic des tumeurs inguinales est parfois fort obscur ; on a commis 
dans cette region des erreurs de diagnostic si extraordinaires et si fuuestes, ces 
3rreurs ont etc commises par des hommes si baut places, qu on est force d admettre 
que nul n en est entierement a 1 abn. De plus, il n est pas rare de rencoutrer 
plusieurs affections concomitantcs qui melangent leurs symptomes et leurs carac- 
teres physiques, de maniere a derouter le clinicien. Un abces siege devant un ane- 
vryjme, un bubon recouvre une hernie etranglee ou.non, un kyste simule un sac 
lierniaire, etc. Enfin les vaisseaux de la region sont souleves ou devies par une 
tumeur sous-jacente ou laterale. II en, resulte que dans le conrs d une operation 
on peut ne pas trouver cc qu on cberche, ou trouver ce qu on ne cherchait pas, ou 
renconti er enfm et blesser par megarde des organes importants. 



AINE (PATHOLOGIE). 

Quelque habile qu on soit, quelque assure quo paraisse le diagnostic, on ne doit 
jamais proci-der ici qu avec la plus suge lenteur et les precautions les plus minu- 
ticuscs, en peasant toujours a la possibilite d une meprise on d une occurrence 
impruvue. 

Ainsi Ton se trouvera bien dediviser horizontalement etde ne jamais ponction- 
ncr la peau, ou de la soulcver en pli vertical si elle est mobile. Si on doit peue- 
trer profondement, on incisera couche par couche, comme dans la kelotomie; on 
cherchcra toujours les gros vaisseaux par le toucher avant d interesser les plans ou 
ils se trouvent, en se rappelant que 1 extension de la cuisse, attitude souvent indis 
pensable, les rend superiiciels. Les branches de petit volume seront liees au fur 
et a mesure, si cela est possible. Enfin, on n oubliera pas de faire assujettir soli- 
dement le patient et de se premunir surtout contre le mouvement instinctif qui 
le portc ii flechir vivement la cuisse. Un confrere m a assure avoir vu 1 ar- 
tere femorale ouverte de cette maniere, a propos de la ponction d un bubon ; la mort 
suivit dans la soiree meme. 

II est utile d ajouter a ces preceptes deux phrases judicieuses de Berard : 

Lorsque des accidents graves sembleront reclamer un prompt secours, il fau- 
dra, s il y a incertitude sur la nature de la maladie, mettre les choses au pire, et 
se comporter comme si Ton avait affaire a 1 affection la plus grave. On conceit par 
exemple qu il y aura peu d inconvenients a inciser 1 abces d un ganglion avec les 
precautions qu on apporterait a la dissection d une hernie femorale etranglee, tan- 
dis que les plus grands dangers pourraient survenir si Ton ouvrait cette derniere 
comme un abces. .. 

II faut aussi, dans le cours des operations que Ton aura entreprises, ne pas 
oublier que sousune premiere tumeur que Ton aura rencontree, ou a cote d elle, 
il laudra quelquefois aller chercher celle qui entretient les accidents, et ne pas 
supposer trop tot que Ton a commis une faute de diagnostic parce qu on n a pas 
tout d abord trouve ee que Ton cherchait. 

Contusions, froissements. Une chute, un coup direct, une pression violente et 
passagere, une compression plus faible, mais prolongee, peuvent determiner au pli 
de I aine tous les accidents de la contusion, immediats ou eloignes, variables encore 
suivant 1 organe ou le tissu particulierement interesse. 

La peau qui porte 1 effort principal peut se mortifier dans la suite. Ainsi ia com 
pression mecanique,appliquee au niveau de 1 eminence ileo-pectinee, dans le trai- 
tement des lesions arterielles du membre inferieur, entre les douleurs vnes 
qu elle provoque quelquefois, peut arriver jusqu a produire des eschares, si la 
pelote est trop dure, trop longtemps ou trop fortcment appliquee. Michaux (de 
Louvain) en rapporte un exemple (Bulletin de la Societe de chirurgie, t. VIII, 
p. 136, 1857). La compression alternative .met a 1 abri de cet accident fort rare 
d ailleurs. 

Nous avons signale-nous-meme (Bulletin de laSoc. dechirurg., t. I er , 2 e serie, 
p. 463, 1861) un accident peu connu qui succede a la compression digitale tern- 
poraire qu on exerce sur la femorale au pli de I aine dans les amputations ou dans 
les anevrysmes. II s agit d une phlebite circonscrite de la veine crurale. Trois cas 
de ce genre, recueillis en un petit nombre d annees, prouvent que la lesion n est 
pas tres-rare et indiquent la necessite de faire avec precaution 1 hemostase provi- 
soire. Si Ton ne peut eviter la veine, il con-vient de comprimer le moins fort et le 
moins longlemps possible. Sur 28 cas d anevrysme inguinal dont 1 etiologie a ete 
notee,Malgaigneencompte 6 qui ont succede a des chocs directs portes sur I aine, 



AINE (PATHOLOGIE). 255 

etunseplicme consecutif a une plaic d armc a feu cicatrisee (Journal de chirur- 
gie,i. IV, p. 8 et 9, 1846). La contusion donna naissaiice a un anevrysme vari- 
queux dans le cas de Veuturoli. (Gaz. med. 1856, p. 200.) 

Des chocs portes sur le cordon spermalique y provoquent des phlegmons, la 
phlebite funiculaire, un hematocele. Lc testicule vctenu a 1 anneau est soumis aux 
memes eventualites. Nous avons deja parle de la contusion dcs hernies ct dc 1 in- 
flaiiiinatiou qui pent en resuller. Tout le monde connait 1 ohservation de Flaubert 
fils (Thes. inaug., p. 41; 1839). Unc femmc de cinquanle ans, affectec d une 
petite hernie inguinale gauche, laitun laii\ pas et une chute ;unc terrine remplie 
delinge mouille qu elle portait dans scs bras hcurlc 1 aine gauche. Douleur vi\c. 
Phenonlenes d etranglement; on opere quatre jours apres;le sac IK; ivnlrnnait 
plus ni intestin, ui epiploon. II etait reinpli dc caillots adherents. 11 s agissait 
d un hematocele du sac herniaire. Broca a reuni un bon nombre de cas d inilam- 
mations lierniaires consecutives a des violences exterieures ou a 1 applicalion de 
haulages trop serres (p. 44 et suivantes) . Ces faits sont tres-communs et devien- 
draient innombrables, si Ton y joignait les desordres causes par le taxis force ou 
prolongs. 

Lcs frottements repetes sans pression energique agissent de meme. Temoin ce 
mcumor qui fit une longue route ayant dans sa poche quarantc gros ecus qui 
porlaient sur une hernie. Un abces inguinal se forma et perfora le sac de dehors en 
dedans (Berard). 

Les bandages herniaires, mal construits ou mal appliques, lie nienagent pas plus 
les couches cutanees. Sous 1 influence du frottemcnt reitere qu ils exerccnt, le 
tissn cellulaire, interpose entre la peau et les plans sons-jacents, se creuse de ve- 
ritables bourses sereuses advcntices, qui, vides ou kjstiques, sont une source d em- 
bams pour le diagnostic de 1 etranglement ou la pratique de la kelotomie. D autres 
fois la pression de la pelote determine des excoriations douloureuses, des indura 
tions cutanees, des adenites, des phlegmons, des abces. Chassaignac cite ua exem- 
ple concluant de ce dernier genre d accident (p. 659). Les contusions inguinales 
donnent lieu a des tumeurs sanguines et a des abces dont nous nous occuperons 
plus loin; elles peuvent porter leur action plus profondement. Lorsqu elles sont 
tres-energiques, elles interessent les muscles, 1 articulation coxo-femorale et le 
squelette, jusqu a produire la fracture de la branche hnrizontale du pubis. Comme 
suites eloignees, elles semblent piedisposer a la formation de hernies, en aflaiblis- 
sant la paroi abdominale. 

Cauterisations, brulures. On employait beaucoup autrefois et quelques chirur- 
giens preconisent encore la cauterisation actuelle ou potentielle pour ouvrir les 
bubons, pour modifier la surface des chancres phagedeniques ou des ulcerations ato- 
niqucs qui succedent a la suppuration de certaines adenites scrofuleuses ou chan- 
creuses. La meme methode a ete appliquee a la cure radicale des hernies (depuis 
Albucasis, liv. I er , chap XLV) et a la destruction de 1 epiploon hernie. Toules 
ces applications de la cauterisation doivent etre rejetees d une maniere generale 
(Borclenave) . L ouverture des bubons par les caustiques, outre qu elle laisse des 
su gmates fachetix, m a paru ralentir lu cicatrisation. L nsage repete et perseverant 
de divers topiques suftlt ordinairement pour les ulcerations phagedeniques ou autres ; 
il n est plus necessaire de blamer 1 emploi du feu, allant jusqu au pubis dans les 
hernias reductibles, et si Ton ne veut pas, apres la kelotomie, abandonnei 1 epi- 
ploon a lui-meme, on peut le detruire par des precedes plus siirs et plusexpeditifs. 
Si malgre tout on croyait uecessaire de recourir a la methode que nous critiquons, 



256 AINE (PATIIOLOGIE). 

il faudrait proceder avec prudence et u utiliscr que les caustiques fixes qu ou peut 
manier avec precision. Sansparler des cas ou, par defaut ou erreur de diagnostic, 
des hernies, prises pour des bubons, ont ete ouvertes par le caustique, je rappel- 
lerai seulement le cas cite par Berard, de cette eschare produite avec la po- 
tasse, par un eleve d Angers, et qui semblait comprendre les parois de I arterc 
femorale. Rien ne saurait remplacer le bistquri, alors qu on peut craindre la bles- 
sure d organes si importants. 

Les brulures, rarenient limitees au pli de 1 aine, s etendent ordinairement 
a la paroi abdominale et a la partie anterieure et superieure de la cuissc. Si dies 
sont profondes et si la cicatrisation n en est pas surveillee, elles amenent la forma 
tion de brides qui attirent la cuisse vers 1 abilomen et la maintiennent dans une 
flexion permanente. Taut qu on peut craindre la retraction primitive ou consecu 
tive, il est indispensable de maintenir la cuisse etendue sur le bassin, quelque 
retard que cette attitude puisse occasionner dans la gueiison. Nous dirons plus loin 
ce qui a ete fait, lorsquela retraction inodulaire etait ancienne. 

Cicatrices. Elles succedent a des lesions traumatiqucs : plaies, operations, 
brulures, ou a des lesions organiques : ulcerations, abces, fislules, etc. Elles 
oflrent une grande variete d aspect : uniques ou multiples, larges ou lineaires, 
supcrlicielles ou profondes et epaisses, saillantcs en forme de brides ou deprimees 
en entonnoir, lisses ou gaufrees, mobiles ou adherentes aux plans sous-jacents, etc. 
Elles portent ordinairement le cachet de la cause productrice et acquierent uinsi 
une assez grande valeur semeiotique. C est aiusi qu on reconnait assez facilement 
la cicatrice d un chancre phagedenique, d une ulceration scrofuleuse, d un abccs 
de la fosse iliaquc, d une kelotomie, etc. Quand elles sont superficielles et mobiles, 
ces cicatrices ne dcterminent aucune gene ; toutefois on peut dire que, memo 
beuins, cesstigmates sont facheux, parce que le prejuge du public, d ailleurs assez 
legitime en general, leur attribue volontiers une origine venerienne. Cette seule 
consideration justifie pleinement 1 emploi perseverant de la methode abortive dans 
le traitement des bubons, ou du moins 1 adoption des precedes qui donneat issue au 
pus a travers d etroites ouvertures de la peau, ponctious capillaires, ponctions 
precoces, seton filiforrae, etc. Plus profondes et plus etendues, les cicatrices prc- 
sentent des inconvenients varies; tantot elles deferment la region, tantot genentles 
fonctions. En appliquant la cuisse sur 1 abdomen, elles produisent 1 iine des 
varietes de la flexion permanente ; citons quelques exemples. 

Marjolin observa un homme qui avait une hernie etranglee jugee inguinale, 
parce qu elle descendait dans le scrotum. Pendant 1 operation on reconnut qu elle 
etait crurale, Des cicatrices nombreuses que le malade portait a 1 aine avaient 
empeche les visceres de soulever la peau sous 1 arcade femoralej (Dictionn. en 
50 TO/., t. XIII, p. 41). Dans ce cas, les cicatrices avaient conduit auneeireurde 
diagnostic. 

Dupuytren parle d une cicatrice inguinale, suite de brulure, et qui maintenait 
la cuisse dans la flexion. Elle etait peu apparente lorsque le membre restait en 
repos, mais se transformait en une bride tres-saillante au moindre mouvement 
d extension. Dans un autre cas, 1 anneau inguinal, aifaibli par une cicatrice placee 
au-devant de lui, donnait passage a une hernie. Sur le cote se trouvait une bride 
qui paraissait a peine quand la cuisse etait flechie, mais qui devenait tellement 
saillante lorsque le membre etait etend;;, qu elle s opposait a Faction du bandage et 
qu on fut oblige de la couper pour pouvoir contenir la hernie. ^Mcdecine operat. 
de Sabalier, edit 1852, t. I, p. 547.) 



AliNE (PATHOLOGIC). 257 

Roiucite uncas de cicatrice tres-etendue, consecutive a une large brulurc de la 
paroi abdominale et de la partie anterieure de la cuisse chez une jeuiie lillo. Le 
corps etait incline en avant, et une bride ferine, tendue, adherant par ses deux 
extiemit.es aux regions inguinales, formait au-devant des parties genitales un pli 
transversal qui les obstruait. C elait une sorte d epicanthus vulvaire. Roux, con- 
suite par les patents, deconseilla le manage. (Quarante annees de pratique chirur- 
gicale, t. I, p. 5.) 

Dupuytren dit avoir fait la section de la bride, sans en faire connaitre les resul- 
tats. Delpech nous fournit un fait plus important ; c cst la quatrieme observation de 
sou celebre memoive sur que/que sphenomenes de I inflammation. (Chirurgie cli- 
niquede Montpellier, t. H, p. 580 ; 1828.) 

Jeune tailleur, bubon suppure de 1 aine gauche. Teguments amincis et detrnits 
dans une grande etendue. L attitude dela profession disposa les bords de la plaie a 
un grand rapprochement, d ou cicatrice transversale, ibrmant un no3iid oblong, 
dur, sans adherence, genant pourtant beaucoup 1 extension de la cuisse et rendant 
la marche tres-penible. La cicatrice (ut emportee dans son entier par deux incisions 
semi-elliptiques verticales qui se reunissaient par des courbes an lieu de former ill s 
angles a leur rencontre. Le noeud cicatricicl etait epais et penetrait profondement. 
Apresune dissection attentive, il fut possible de deplaccr convenablement les levres 
cutanees de la plaie, qui furent reunies par qnatre points d; siitiin-, apres que la 
cuisse eutete placeedans une forte extension. Au douziemejour il neicstait qu une 
cicatrice -verticale, lineaire, blanche, molle, souple, ne genant nullemeut les mou- 
vements de la cuisse. 

Les dimensions restreintes de la bridu pennirent a Delpech tie faire ici une lieu- 
reuse application de sa methode ; mais si la perte de substance etait plus etendue, 
la reunion immediate serait impossible. A la verite, on pourrait mobiliser les levres, 
en les dissequant par leur face profonde, comme Champion parait 1 avoir fait dans 
le cas suivant : Enfant de douze ans, brule a 1 age de quatre aus. La moitie supe- 
rieurede la cuisse gauche est intimement collee a la pavoi abdominale. La cuisse 
etantisolee par la dissection, le chirurgien reunit la plaie par premiere intention, 
dans scs trois quarts infcrieurs, en cmpruntant jar decollement les teguments du 
voisinage, et en associant les agglutinatifs a la suture. La cicatrice inodulaire du 
reste de la plaie retablit en partie la flexion de la cuisse sur le ventre, mais pas assez 
cependant pour empecher le malade de marcher presque droit. (Velpeau, Medec. 
oper., t.l, p. 492; 1859.) 

C est encore 1 autoplastic par decollement qui fut employee par M. Nichet, dans 
un cas dont voici 1 analyse sommaire : Enfant de six ans, brule en has age, cuisse 
maintenue dans la flexion forcee par une bride epaisse, verticale, haute de trois 
pouces de son bord adherent a son bord libre, occupant toute la region ingumale 
gauche, le tiers superieur de la cuisse, et s etendant sur la paroi abdominale Elle 
etait formee de deux lames adossees par leur face profonde, 1 interne constituee par 
le tegument normal, 1 externe parun tissu inodulaire tres-deuse. Section transver 
sale de la bride dans toute sa hauteur, extension forcee de la cuisse, d ou resulte 
une plaie losangique a grand diametre vertical. Excision de la partie la plus epaisse 
et la plus dure de la cicatrice, aux depens de la levre externe de la plaie. Levre 
interne dissequee sur 1 abdomen et sur la cuisse, dans la largeur de trois pouces, 
puis attiree en dehors pour recouvrir la plaie. Six points de suture, bandelettes 
agglutinatrves, bandage, extension de la cuisse maintenue par une forte attelle 
posterieure; appavcil mal supporte les premiers jours, Le quatrieme jour, reu- 

HK .T. ENC. II. 1^ 



258 A1NE (PATIIOLOCIE). 

nioa obtenne a la cuisse; elle maiiquo a IVbdonien. Extension du mcnibre rigou- 
reusement maintenue pour augmenter le diametre longitudinal dc la plaio, qu on 
cherclie a retrecir transversalement par des agglutinalifs. Sni vient nne vaiiolc 
Ires-intense qui delruit tout ce qu on avait obteim et interrompt le traitcnient pen 
dant cinq semaines. La cicatrisation, lentc a s effectuer, n est complete que cinq 
mois apres 1 opcralion; alors le petit malade marthe parfuitement, Irs mou- 
vements de flexion et d extension sont faciles, et Ton voit uue cicatrice Imeaire 
qui, partie du tiers superieur de la cuisse, s etend sur 1 al domon a trois pouces au- 
dessus du pli de 1 aine. (Cltnique chirurg . de I Hotel-Dieu de Lyon. Gaz. mftl., 
183(i, p. 456.) 

L honneur de cettecure, publiee peut-etre un peu prematurement, revietit nioins 
a 1 autoplastie qu a la melhodc ancienne, c est-a-dire a la section de la bride et a 
1 atlitude pernianente donnee au membre. C est sur cette derniere qu il faut sur- 
toutcompter dans le traitement des brides inguinales. 11 est vrui que les methodes 
ana] lastiques pourraient fournir des moyens adjuvants, utiles et varies. Pour lavo- 
riser la reunion vcrticale apres 1 excision de 1 inodnle, on pourrait, outre les 
decollements sous-cutanes, faire les incisions dc Olse, pour mobiliser un on deux 
laftibeaux lateraux en forme de ponts verticaux, on bien, dans le cas dc brides 
etroites, employer soil les coupes ondulees de Deces, de Reims, soil le precede de 
Warlhon Jones. Enfm, la biide etant divisee ou extirpee, on pourrait emprimter 
anx parties voisines un lanibeau pour recouvrir la plaie produite ; mais tons ces 
precedes seraient incertains sans. Tex tension pernianente, car il faut se nsppelerque 
1 autoplastie echoue frequemment lorsqu elle estappliquee aux brides cicatricielles 
des membres. 

Les lesions superficielles et les cicatrices qui en resultent ne sont pas les seules 
causes de la flexion permanente de la cuisse sur 1 abdomen, et sans parler de 1 anky- 
lose vraie ou fausse de 1 articulation coxo-femorale, qui ue doit point nous occuper 
ici, nous trouvons dans les parties molles, interposees en trc le. tegument et le sque- 
lette, des lesions susceptibles d amener des retractions rebelles : telles sont les 
inodules profondes qui succedent a des suppurations prolonged, a d anciens trajets 
listuleux; - la fonte purulente du psoas, la retraction de ce muscle et des autrcs 
flechisseurs de la cuisse sur le bassin; 1 alteration singuliere des tissus alLu- 
gines, decrite par Gerdy, et consecutive a un travail inflammatoire presque 
latent, etc. Un bel exemple de ce dernier genre de lesion est cite par Morel - 
Lavallee (Retractions accidentelles des membres. Annales de la chimrgie fran- 
faise et etrangi re, t. Xlll, p. 283 ; 1845). C est la description d une piece anato- 
mique dissequee par Richet, et dans laquelle la flexion permanente etait 
maintenue par 1 induration de tons les tissus fibreux siegeunt au-devant de 1 arti- 
culation de la hanche ; malheureusement 1 histoire clinique de ce fait curieux 
n est pasconnue. 

L liistoii e des retractions inguinales profondes sera faite en son lieu. Disons 
seulement qu a 1 epoque ou les seciions sous-cutanees etaient en grande vogue, on 
a propose et meme execute dans Je pli de 1 aine la division de divers muscles, pec- 
tine, couturier, adducleurs, droit anterieur, etdes ligaments re trades (Stromeyer, 
Dielfenbuch, Operative Chirurgie, t. I. Jules Guerin, Gaz. medicate de Paris, 
1840, 184 1 ). Ces operations datent de loin deja ; elles sont rarement pratiquees de 
nos jours. L anestbesie associee aux manoauvres de redressement et aux appareils 
mecaniques les rend le plus souvent inutiles. 

Efforts. Les lesions traumatiques agissent de deux manieres : dies w oiiuisent 



AINE (PATIIOLOGIE). 259 

des desordres immediats ou favoriscnt le developpement ulterieur, 1 apparition ou 
revolution d alfections diverses 11 ea est de meme de 1 effort, auquel je consacre 
ici quclques lignes, parce qu il n est pas de region du corps ou se montrent plus 
frequents et plus graves les elfets facheux de cet acte physiologique lorsqu il est 
exagere. 

Uu grand nombre de sujets atteiufs d affections inguinales leur attribueut pour 
cause anterieure on immediate des efforts generaux oa partiels, et surtoutceux qui 
sollicitent les contractions energiques de la paioi abdominale, du diaphragme et 
des membres inlerieurs, tels : 1 acte de soulever uu corps pesant, de saulcr, du 
hitter centre 1 imniinence d une chute, etc. La toux, le vomissement, 1 accouche- 
mcnt, sont egalement invoques. C cst dans la production des liernieset dans ( appa 
rition des accidents herniaires, irreductibilite, etranglement, etc , que ce role de 
1 el fort est incontestable el inconteste; aussi est-on p:>rte a considerer Unite tumour 
brusquemenl ap|)are com me Ibrmee par les visceres abdominaux. L erreur a etc 
plus d une J ois comniise. 

Laplupart deschirurgiens, apres Gerdy et Velpeau, admettent I inflammation du 
cordon spermatique et 1 orchite causees par 1 el fort; on discute seulement sur le 
mecanisme. Velpeau peiise que les elements du cordon sont comprimes a 1 amiraii 
inguinal par diverges lames aponevrotiques (Diet, en 50 vol., art. Testiade, p. 446, 
M7). Gerdy suppose, avec plus de raison sans donte, que 1 effort distend outre 
mesure le plexus veirieux du cordon et de la glande. 

* Le meme auteur pense que certaines adenites et certains phlegmons ingUinaux 
circonscrits reconnaissent la meme origine (Chirurg. pratiq., t. I, p. 50-J). 11 rap- 
pelle que Ledran vit survenir a la suite de vomissements une donlenr inguinale vive 
avec plilegu on du cordon et abces iliaque. (Observat. de chirurg., t. II, p. 111.) 
La pblebite iuniculaire, 1 hematocele et 1 inflammation du cordon spermatique 
apparaissent dans des circonstances analogues. 

Sans jouer le role de cause premiere, 1 effort accelere 1 apparition au dehors, 
1 accroissement apparent ou reel d une tumeur preexistante qui etait encore prolbu- 
dement cachee sous les aponevroses ou dans la fosse iliaque. C est ce qui a etc vu 
maintes fois pour les abces par congestion en particulier. Malgaigne analyse vingt- 
huit observations d anevrjsme inguinal; dans la moitie des cas les maiades uccu- 
saient des efforts anterieurs violents. En supposant une alteration prealable de la 
paroi arterielle, ou bien un sac deja existant, mais reste inapercu, on com- 
prend comment 1 effort pent faire naitre ou accroitre subitement la tumeur vas- 
culaire. 

La meme cause intervient manifestement dans la production des hernies mus- 
culaires; elle a etc uotee plusieurs fois dans le psoitis. En resume, I effort consi 
ders dans la region inguinale distend les canaux et les anneaux deja occupes par 
une pointe de bernie, amene dans les muscles, dans les aponevroses, dans les piliers 
des ruptures etendues ou fibrillaires, pousse violemment du dedans au dehors 
les organes sains ou les produits pathologiques profonds, augmente localement la 
tension du sang dans les vaisseaux, comprime, contend ou congeslionne le cordon 
spermatique et, par ces divers precedes, occasionne des desordres dont les effets se 
manifestent plus ou moins tardivement. 

AFFECTIONS INFLA.MMATOIRES ou ORGANIQUES. Nous les divisons en intrinseques 
ou extrinseques. Les premieres ont leur point de depart dans les tissus qui con 
fluent le pli de 1 aine et leur siege dans les limites que 1 ariatomie topographique 



2GO A1NE (I-ATIIOLOCIE). 

as-.igiic a ccile region. Cos tissus n offrant rien de special, nous n aurons a iiuli- 
quer que des affections communes, dont les systemes organiques ol frcnt des 
specimens parlout ou ils existent ; de meme les limites etant tout a f it artifi- 
ciel es, le mal .ponrra les 1 raiichir, et envahir [tar extension les regions voi- 
sines. 

Les secondes, originates d un organe ou d une region plus ou moins distants, 
n atteignent quo consecuti vement le pli inguino-crural. 

Les affections inlrinseques et cxtrinseqnes prcsentent souvent une similitude 
complete et uue nature identique, I origine seule les distingue; d ou rcsulle qn im 
des premiers elements du diagnostic eonsiste dans 1 examen des regions voisines et 
eloignees ; on y tivuvera souvent la cause ou la source de lesions inguinales qui pa- 
raissatent tout d abord idiopathiques. L etude ulterieure des abces, des varices, des 
anevrysmes, des adcniles, etc., mettra plus en lumiere la valeur clinique de cctte 
division preliminairc. 

C est essL ntiellement dans 1 interet du diagnostic que sont composes les articles 
du genre de celui-ci ; sortes de memento, ils ont pour but de rappeler au 
praticien tout ce qu il peut rencontrer dans un point circonscrit du coi ps, et de 
I aider, au lit du malade, a distingner un cas particulier de tons ceux qni peuvenl 
lui ressembler. Nous n entrerons done pas, a propos de chaque affec ion, dans 
de longs details descriptifs, nous nous bornerons en quelque sorte a une enu 
meration aussi complete que possible, et nous n insisterons que sur ce qui est 
absolmucnt special a la region. Le plan suivi clans cette etude n est pas aussi ua- 
turcl qu on pourrait le desirer; d ime maniere generate nous adoptons 1 ordre 
toppgraphique et passons successivement en revue tons les systemes, mais nous 
a\ons aussi gioupe dans des chapitres particuliers des affections telles que les abces, 
les kystes, etc. , qui n ont de commun que la nature du produit morbide qui les 
constitue. 

Teguments. Les affections cutanees susceptibles de se generaliser a toute la 
surface du corps se rencontrent a ce tilre dans la region inguinale : telles les fie- 
vres eruptives, I erysipele, le 1 uroncle, etc.; nous ne nous y aneterons pas. L n s 
dermatoses syphilitiques et parasitaires, nees sur les parties genitales externes, 
s irradient IVequemment jusqu au voisinnge de 1 epine iliaque, et se montrent au 
pli de 1 aine en meme temps qu a 1 hypogastre, aux plis genito-cruraux et a la 
par tie supcrieure des cuisses C est ainsi qu on y rencontre des plaque s muqueuses 
et des sypliilides papuleuses precoces, surtout chez les enfants en bas age et 
les femmes jeunos, grasses, a peau tine, et pen sou;. lenses de 1 hygiene. J ai sous les 
jeux un cas de pityriasis_parasitaire qni, du mont de Venus, s est eteudu aux deux 
plis de 1 aine. Un malade, traite Tan dernier a I liopical du Midi pour une verole 
maligne, avait les deux regions inguinales recouvertes par une sypbilide serpigi- 
neuse ciicinee des plus graves; les cercles avaient plus de quinze centimetres de 
diameire. 

L ei ytlieme, connu sous le nom d intertrigo, n est pas rare dans cette localite; 
tanlot c est une simple rougeur, tantot 1 epiderme, souleve ou delruit, laisse a nu 
la suriacc du derme. On voit encore des excoriations, des fissures, des ulcera- 
tions plus ou moiiis profondes, en general assez douloureuses; les causes de cet 
erytheme sont variees : un embonpoint excessif, mettant en contact permanent la 
peau de 1 abdomen et celle de la partie superieure de la cuisse. suifit pour le pio- 
duire ; les attitudes vicieuses des membres in.erieurs amenent le meme resultat. 
J ai vu lecemment un enfant alteint de coxalgie ancienne avec adduction et 



AINE (PATIIOI.ORIE). 261 

flexion pou?se"es a I evtremo; le pli inguinal, rlevenu tres-profoml , e f ait 1e siege 
de fissures etendiies. Ch; z les frnimrs ct les onlanls, la linrs>e tit la peau. I a- 
bondnnce des secretions cutanees constituent une predisposition manil cste; inais 
1 inferlrigo survirnl cliex Ions les snjels, lorsqii nii Lquidc initant baigne sans 
cesse la surface tegumentaire : Lei est le-cas ch z Irs sujels atteints d anus 
coutre nature, d incontinence d urine ; il n est pas rare de voir alors des erup 
tions furonculeuses et une induration plus on moins profonde compliquer 1 ery- 
theme. 

Les soins de proprete, 1 usage des lotions a sti ingentes et des poudres inertes, 
constituent a la fois la prophylaxie et le traitement de cette affection It gore, mais 
fort sujette a recidiver si les auses persistent ou se renouvelJent. L cczema inguinal 
se rencontre assez frequemment ihez les scrofuleux. 

Les frictions mercurielles donnent souvcnt naissance a. des eruptions miliaires 
faciles a reconnaitre. Je fus mande, il y a qu. lques annees, aupres d un jeune 
homme dont la verge, les bourses et les regions inguinales etaient couvertes 
de Lulli S innombrables, dont quelques-unes attcignaient le volume d nne noisette. 
Les points leses presentaierit un gonflement considerable el des cuissons insuppor- 
tahles; une fievre intense accompagnait cette eruption survenue depuis la veillc, 
et qu urie seule friction mercurielle, destinee a detruirc. des parasites, avail pro- 
voquce. L ouverture des bulles avec la pointe d nne epingle et quelques applications 
resolutives firent promptement justice de cet accident, qui avail trappe de lerreur 
le jeune malade. 

Ulcerations. Elles sont de natures tres-diverses, simples ou diathesiques, 
primitives ou consccutives. Tantot, envahissant d emblee la pcau, elles mar- 
client de dehors en dedans ; tantdt elles progressent a 1 inverse ct detruisent le 
tegument de dedans en dehors, lorsque 1 affection qui leur donne naissance siege 
dans le tissu cellulaire sous - culane , dans les ganglions ou plus profondement 
encore. 

Les ulceres simples succedent a des suppurations diffuses ou circonscrites, 
avcc decollement et jierte de substance de la peau, a des phlegmons stercoraux, a 
desadenites strumeuses, el memea des bubons d origine venerienne ganglionnaires 
ou pcri-ganglionnaires. Les plaies qui succedent a ces derniers peuvent en efl et 
pcrdi e toute leur virulence, et ue montrer cependant aucune lendance a la 
cicatrisation. Dans cei tains cas, le travail repara eur est entrave par un mecanisme 
particulier. La suppuration ayant detruit toute 1 almosphere celluleuse d un 
ganglion, celui-ci, ne tenant .plus que par son bile, se recouvre de bourgeons 
chamus pen disposes a 1 "adhesion ; il entretient, a la maniere d un corps etran- 
ger, le decollement des bords culanes, et quelquefois meme fait liernie a 
(ravers I ouverture : son ablation devient necessaire. (Blandin, Gaz. des Hopit., 
p. 611; 1839.) 

C est ordinairemenl chez les scrofuleux ou les sujets debilites que Ton rencontre 
ces ulceres languissants, a bords amincis, a surface livide, fournissanl un pus 
sereux, mal lie, floconnenx; les cicatrices qui leur succedent sont d un rouge 
violare, inegales, gaufrees, offrent en un mot tous les caracteres des cicatrices 
strumeuses. Le diagnostic, en general assez facile, repose sur les antecedents, la 
niarche, la chronicite du mal et 1 etat general du sujet On est parfois oblige de 
resequer les bords decolles del ulcere, pour obtenir une cicatrisation a ciel ouvert. 
(Voy. ADEMTE et BUBON SCROFULEUX.) 

Ulceres veneriens et syphilitiques. Le chancre infeclant primitif est fort rare 



202 AINE (PATIIOLOGIE). 

dans la region inguinale ; il en est autrement du chancre simple, qui s y developpe 
par contagion directe, par I inoculation d un chancre genital, on a la suite d ap- 
plication de sangsues sur un bubon. Certains chancres genitaux a marche serpi- 
gineuse s etendent jusqn au pli de 1 aine. Le chancre inguinal se monlre plus sou- 
vent encore a la suite de 1 ouverlure spontanee ou artificielle d un bubon virulent 
ou d une angeioleucite de meme nature. Ordinairement superficiels ou confines 
du moins dans les couches exterieures du tissu cellulaire sous-cutane, ces ulceres 
peuvent neanmoins gagner en profondeur, creuser de vastes cavites dans les 
regions inguinales, denuder les muscles de la cuisse, les vaisseaux et les nerfs du 
triangle deScarpa. (Ricord,Lecons sur le chancre, 59, 1860; voir Bubon, Phage- 
denisme). 

Les tumeurs gommeuses, en se ramollissant; donnent naissance a des ulce- 
rations dont les caracleres sont assez tranches, mais qui pourraient etre con- 
fondues toutefois avec le bubon chancreux ou avec les ulceres scrofuleux. Ces 
cas sont rares, et cette rarete meme justilierait 1 errenr de diagnostic; il 
sui fit d etre prevenu pour chercher dans 1 ensemble des symptomes le moyen de 
1 eviter. 

Ulceres epitheliaux et cancereux. Nous consacrerons un paragraphe particu- 
lier an cancroide et au cancer de la region inguinale ; aussi ne faisons-nous que 
signaler ici cette variete d ulceration, qui n est jamais primitive et que precede 
toujoiirs une tumeur cutanee, sous-cutanee ou ganglionnaire. Outre la gravite du 
pronostic inseparable des tumeurs malignes, les ulceres cancereux sont encore 
redoutables par la tendance qu ils ont a penelrer dans la profondeur, et a atteindre 
des organes importants. Delplanque (These de Paris, 1844, p. 15) a vu deux 
fois le cancer perforer de dehors en dedans la peau, puis 1 intestin, et produire 
ainsi 1 anus centre nature. J ai vu moi-meme 1 un de ces cas a la Salpetriere. 
CY tait sur line femme jeune encore, affectee probablement d un cancer gan 
glionnaire inguinal primitif. Je ne saurais dire s il existait anlerieurement une 
bernie. 

Deja, en 1842, Potier avait communique un fait analogue a la Societe anato- 
mique (Bulletin, t. XVII, p. 528). Mais les antecedents syphilitiques de la malade 
laissent planer quelques doutes sur la nature veritable du mal. 

Dans d autres cas, c est 1 artere femorale qui est atteinte. Boyer rapporte qu un 
homme, aflecte d un osteosarcorne du tibia, avait subi 1 amputation ; un cancer 
secondaire se forma dans 1 aine et coiroda les parois de fartere fi morale, d ou 
hemorrhagie mortelle (Maladies chirnrgicales, edit, en 10 vol., t. VII, p. 229). 
Gruikshank rnpporte qu on a vu dans les ulceres rebelles des glandes inguinales 
les tuniques de 1 artere femorale voisine etrc rongees en sorte que, le vaisseau se 
rompant a la suite du moindre effort, le malade expire instanlanement. Le doc- 
teur Hunter, ajoute-t-il, a 1 apporte 1 histoire d un cas pareil arrive a un soldat 
(Anatomie des vaisxeaux absorbants, traduction francaise, 1787, p. 265j. La 
concision du recit et 1 absence d indication bibliographique ne permettent pas d af- 
firmer qn il s agitd un cancer, car toute autre ulceratiou rongeante pourmit amcner 
un semblable resultat. La denudation de 1 artere crurale dans les chancres phagede- 
niques le ferait craindre. II parait qu en 1859 un malade de I hopital Saint- 
Louis snccomba a 1 ulceration de ce vaisseau, determinee par une degenerescence 
tuberculeuse des ganglions cruraux (Nelaton, Pathologic chirurgicale, 1. 1", 1844, 
p. 565;. 11 est a regretter que nous possedions si peu de details sur des faits aussi 
importants. 



AINE (PATHOLOGIE). 

Dansun cas de ponrriturc d hupital grave compliquant une plaie profonde de 
1 aine, Alquie vit battre et put toucher I arlere iliaque externe ; 1 hemorrhagie, 
toutefois, n eut pas lieu, et la cauterisation an !<T rouge ameua. la guerison. 
(Cliniq. chirnrg. de Montpellier, t. II, 1858, p. 509.) 

Langenbeck rapporte uu fait plus rare encore : a la suite d un epilhelioma 
\ki gland, les ganglions lympbatiques ingninaux s engorgerent; on les detruisit 
avec le chlorure de zinc. Quelques temps apres une hemorrhagie veineuse se 
declara et ne fut arretee qu avec peine. Ulcer;; tiou de la veine femorale, ligature 
au-dessus et au-dessous, re tour dcs bemorrhagies, mprt. A 1 aulopsie on reconnut 
que la veine cave inferieure etait comprimee par les ganglions lorabaires infiltres 
d epithelium. (Archiv fur Cliinirgie, t. I, p. 35; 1860.) 

Fistules. Apres les ulceres nous plagons les listules, qui n en different parfois 
que par les dimensions ; ce genre patbologique est fort etendu ; terminaisons et 
syjnptomes d un grand nombre d alfections diverses, lesfistules se retrouvent dans 
toutes les grandes classes que nous avons admises. Nous les reimissons id en 
depit de leurs differences d origine et a cause de leur caractere commun, 1 ouver- 
ture a la peau , 

Uniques ou multiples, simples ou compliquees d induration, d inflammation, 
tie decollements, de corps etrangers, etc., les fistules, nmnne les ulceres, se 
ferment de dedans en dchors ou de deliors en dedans; dans le premier cas, 
qui est de beaucoup le plus commun, ellcs siinrdmt a 1 ouverture spontanee 
on artificielle de collections divers -s, purulentes, stercorales, urinaircs, etc. Dans 
le second, une blessure, un coup de bistouri malheureux, une eschare, une ulce- 
ration a marche perforante, traversent les couches cutanees et vont atteindre uu 
or-ane prolbnd. La cicatrisation ne s acbeve pas, et le trajct fistnleux s etablit. 
Quel que soit le mecanisme initial, les fistulescoulirmeessont temporaires ou per- 
maaenles; les unes disparaissent avec la lesion generatrice; les autres, ^ra c a 
certaines dispositions anatomiques, survivent a la cause et acquierent une exis 
tence propre (anus contre nature). 

On pourrait classer les fistules inguinales d apres les organes auxquels elles 
aboutissent, mais il est.peut-etre preferable de les dislinguer d apres les matieres 
qui s en ecbappent. 

Fixtul/ s iHindrntes. Consecutives a des abces ganglionnaires aigus ou chroni- 
ques, a des pblegmons suppures de la fosse iliaque oude la paroi abdominale, a des 
abces froids ou symptomatiques d une lesion articulaire ou osseuse, d un psoitis, 
d une peri typlilite, elles presentent des varietes infmics dans la longueur et la 
direction de leur trajet, duns la quantite et les qualites du liquide qu ellcs excre- 
tent, le pus pouvanl charrier des parcelles osseuses ou de la matiere tub Tculeuse 
ramollie, enfin dans Li situation de leur orifice. Le stylet ypenetre a une prolbndeur 
plus ou moins grande, et attcint quelquelois les parties osseuses malades. Le tou 
cher reconnait sur le trajet une induration cylindrique qui conduit jnsqu a la fosse 
iliaque. Souvent elles geiient lextertsion de la cui^se et rendent la rnarcbc- doulou- 
reuse. Le diagnostic repose sur les antecedents et sur I examen des regions 
voisines. Le pronostic est assez grave, abstraction faile de la cause, parce que 
ces fistules sont peu disposees ;i la guerison, sujettes a recidiver, et surtout 
difficiles a traiter, les organes importanls de la region empecbant d employer des 
nioyens cbirurgicaux energiques, debiidements , contre-ouvertures, drainage, cau 
terisation actuelle ou potentielle, etc. 

Les fistules, dont le fond repoad a la fosse iliaque, et qui s ouvrent a la region 



201 AINK (PATIIOLOGTE). 

cm rale en passant au-dessous du ligament de Poupart, sont particulierement re- 
belles. Ayant a trailer un cas de ce genre, qui datait de plnsieurs annees, j ai 
reussi, en dilatant 1 orifice avec la racine de gentiane et 1 eponge preparee, puis 
en modifi;int a plnsieurs reprises la cavite profoade par des cauterisations et des 
injections irritantes. L orifice se trouvait ea dehors des vaisseanx femoraux. La 
guerison exigea pres de trois mois de soins continus (Voy. ABCES DE LA POSSE 
ILTAQUE.) 

Les fistules stercorales annoncent la perforation de 1 intestin a la suite de 1 ctran- 
glement ou de I inflammation berniaiie, des abces de la fosse iliaque droite com- 
nauniquant avec leccecum, dcsplaies intestinales, de 1 ouverture involontaire d une 
hcrnie prise pour un buhon ou pour un abces. Elles peuvent s ouvrir en arrosoir. 
Les fistnles stercorales donnent passage a des matieres intestinales, a du mucus, 
a des gaz, d une maniere continue on intermittente, ce qui depend surtoutdel etat 
de 1 intestin au-dessous du lieu ou a siege I etranglement, de la persistance d un 
eperon plus ou moins saillant et de 1 existence d un infundibukim. Les causes de 
leur permanence seront etudiees a propos des anus centre nature, dont elles se 
rapprochent beaucoup. 

Fistules urinaires. On les rencontre a la cuisse, a la paroi abdominale, sur le 
trajet du cordon spermatique et dans le point qu occupent les hernies crurales et 
inguinales; elles peuvent s etablir d emblee soil par suite d une plaie par arme a feu, 
le projectile qui a ouvert la vessie etant entre ou sorti par le pli de 1 aine, soit clans 
les cas oii une hernie de la vessie a etc ouverte par megarde avec le bistouri ou le 
caustique, comme on en trouve des exemples cites dans Verdier (Hernies de la 
vessie, in Mem. de I Academic de chirurgie], dans Potl et aillcurs. Le plusordi- 
nairement on les observe a la suite des abces urineux ouverts au-dessus du liga 
ment de Fallope, ou des infiltrations d urine ayant gagne les paiois abdominales, 
quelle que soit d ailleurs la cause premiere de ces infiltrations ou de ces abces. 
Elles sont rares; car la gravite des plaies vesicales et des infiltrations qui leur suc- 
cedcnt ne donne pas au trajet le temps de s organiser, et il ne faut pas donner le 
nom de fistules a des plaies cpi, dans les premiers moments de leur existence, 
donnent issue a 1 urinc. Cependiint on en trouve quelques exemples. Nous avons 
cite plus baut une observation de Larrey (fistule urinaire a la par tie superieure de 
la cuisse). (Voy. encore Philipeaux, TraUe de la cauterisation, 1856, p. 550, 
532; Durand, Bulletin de la Societe anatomique, t. XIV, p. 25, 1839; Richet, 
Annales de la chirur. fr. et etrang., t. VI.) 

Fistides entretenues par des corps etrangers. Les fistules inguinales, deve- 
loppeesde dedans en dehors, sont presque toujours precedees par une collection pu- 
rnlente. II s en faut que tous les abces et les phlegmons du plide 1 ainesoient suivis 
de cetle terminaisonfacbeuse, neanmoins, elle est a craindre lorsque la suppuration 
est nee sous 1 iiifluence d une mauvaise constitution, d une lesion du squelette, ou 
lorsqu il y a complication de corps elrangers. Sans insister sur les causes diathesi- 
quesou locales qui, ici comme ailleurs, entravent la cicatrisation, il est bon de rap- 
peler les nombreux cas dans lesquels on a cxtrait de trajets fistulcux inguinaux 
des fragments osseux ou des corps durs venus des voies digestives. Hevin, dans 
son celebre Memo ire sur les corps etrangers de I cesophage, en reunisi-ait deja 
un certain nombre, et les recueils periodiques en renferment souvent d analogues. 
Oidinairement ily a simultanement fistule stercorale. Devant consacrer plus loin 
un paragraphs a ces corps etrangers, je signalcrai seulement ici les fistules entre 
tenues par des calculs biliaires. La premiere observation de cc genre est due a 



AFNR pATnoroniE). 205 



Copland. Une dame de cinquante ;ms eprouva pendant . plusieurs semnines des 
troul les digestil s, suivis do [ apparition dans \ \\\\\ t > dmile d uiie tumcur flnc- 
tuante qui s ouvrit an bont dYiic di/aine de jours. Une fistnle s etablit qui donna 
issue a des graines de carvi ingciTes par la bouclie, et plus tard a des malieres 
fecales. Dans Ja suite, Copland, explorant le trajet avec un stylet, rencontra un 
corps dur qni fut extrait avec une longue pince. C etait une concretion ovale dont 
le grand diametre aval t plus de 1 pouce et demi. La gucrison ne se fit pas at- 
tendre. Analyse par Marcet, le calcul etait fusible et destructible par le feu;il avail 
les proprieties des calculs phospbatiques. (Medico, chirurg. transact., t. Ill, 
1812, p. 191.) 

En 1 857, Siry a public un fait analogue. Le calcul, de I centimetre de diametre, 
sortit du loud d un abees de la fosse iliaque. La sante generale ne fut jamais trou- 
blee. (Dull, de la Soc. an atom., 2 e serie, t. II, 1857, p. 289.) 

Je cite commc curiosite le trajet fistnleux inguinal qni, prealablement dilate, 
conduisit dans la cavite d uu kyste ovarique foetal et permit a Richet d extraire 
des dents, des fragments d os, des po-ils et descbeveux. (Bull, de la Soc. de chir., 
t. VII, p. 576, 1857.) 

Le pli de 1 aineest parfois le siege de fistules lymphatiqves; nous en parlerons 
plus loin. 

Un mot sur le diagnostic differentiel. Bien quo la terminaison profonde destrajets 
fistulenx soil en general exactement indiquee par la nature des matieres liquid, s 
on solides qui se presentent a leur orilice exteiieur, ce caractere n est pas pathogno- 
monique; les fistules qui aboutissent aux voies digestives ou urinairesne donnent 
pas continucllement passage a 1 urine ou aux matieres stercorales; le pus n a 
pas de signification precise, car il se montre dans tous les cas pur ou melange a 
d nutres fluides. Un fragment d os n implique pas necessairement une alteration 
organique du squelette.- Un corps etranger introduit par la bouche ne suit pas 
toujours la filiere de 1 intestin pour arriver jusqu a la region inguinale. Exemple : 
les aiguilles, les epmgles. D autres corps ont, a coup sur, sejourne dans 1 appareil 
digestif (calculs biliaires, ascarides lombricoides) ; ils en ont certainement perfore 
lesparois, mais on ignore souvcnt ou siege la perforation, et meme si elle existe 
encore quand le corps etranger est arrive a la surface. Si la migration de ce der 
nier a ete lente, la route a pu se former derriere lui, alors toute communication 
cesse entre la cavite muqueuse et la fis-tule. 

Le diagnostic est done plus complique qu il ne le parait tout d abord, et Ton 
pent dire que si la presence des matieres etrangeres prouve beaucoup, leur absence 
a un moment donne ne prouve rien. 

Affections du tissu cellulaire. Le tissu conjonctif abondant au pli de 1 aine s y 
presente sous tous ses aspects, et y affecte une disposition compliquee qui a fort 
exerce 1 habilete des analomistes. 

Intiltre de graisse a la face profonde de la peau; areolaire, feutre, tenace au voi- 
sihage immediat des gros vaisseaux; d apparence sereuse dans le canal inguinal; 
rare et tres-delicat dans le canal crural ; lamelleux sous 1 aponevrose d enveloppe, 
et plus encore entre elle et la peau ou il forme les deux fenillets du fascia super- 
ficialis, il se continue, sans ligne de demarcation: superficiellement avec Ls cou 
ches sous-cutanees de 1 abdomen, des organes gcnitaux, de lacuisse, profondement 
avec le tissu cellulaire qui double le peritoine ou qui accompagne le cordon sper- 
matitjue et les vaisseaux femoraux. 

Le tissu conjonctif inguinal, malgre son defaut d homogeneite, ne Ibrmerait 



266 AINE (PATHOLOGIC). 

qu un tout unique de 1 abdomeu a la cuisse, cle la region musculaire a la peau, si 
deux grandes a)ionevroses (fascia lata, aponev.abdominale)nele separaient en deux 
couches superposees, et si lui-meme, se conclensant en membranes, gaines ou cloi- 
sons plus on moins resistantes, ne formait des loges ou des intersections qui enve- 
loppcnt les divers organes constituants et isolent avec eiix 1 atmosphere cellulaire 
qui les entoure immediatement. 

Ces notions anatomiques, qu on m excusera d avoir rappelees, expliquent une 
foule de particularites de la pathologic inguinale : diffusion facile des infiltrations 
liquides ou gazeuses; propagation rapidedes phlegmons; migration aisee des 
tumeurs del abdomen a la cuisse, et reciproquement ; mobilite, epanouissement 
de ces tumeurs quand elles sont nees sous la peau, ou elles ne rencontrent pas de 
resistance, ou qu elles y sont parvenues de la profondeur ; formation de bourses 
sereuses on condensation du tissu lamelleux en couches artiiicielles autour des 
tumeurs non inflammatoires, les hernies, parexemple; au contraire, envahisse- 
ment, distension, destruction dece meme tissu par les inflammations aigues ou les 
productions malignes. Le cloisonriement , s ll n est pas toujouvs ni longtemps 
respecte par les progres du mal, imprime au moins a h plupart des affections ingui- 
nales des caracteres de forme, de siege, de rapports qui eclairent le diagnostic, sur- 
tout au dehut. 

Theatre d une foule de desordres auxquels il participe plus ou moins, parfois d une 
facon purement mecanique, le tissu conjonctif n a guere d affections qui lui soient 
propres. Si done nous decrivons ici, conlormement -a la coutume, les infill n;- 
tions, les phlegmons, les abces inguinaux, les kystes, et quelques autres tumeurs 
sous-cutance;, nous reconnaissons que le tissu cellulaire n y remplit qu un rule 
souvent fort secondaire, eu egard a celui des autres elements anatomiques de la 
region. 

Infiltration gazeiise. Abstraction faite des cas ou 1 air -atmospherique, sorti des 
voies aeriennes, se repand a toute la surface du corps, 1 emphyseme de la region 
inguinale est ton jours constitue parlesgaz intestinaux, qui y parviennent par diffe- 
rentes voies : tantdt c est par une plaie du rectum consecutive a une fracture de 
1 ischion (Conquet), ou a une operation de fistule anale (Demarquay) (Dolbeau, 
Emphyseme traumatique, th. de cone., 1860, p. 71), tantot 1 intestin proprcmcnt 
dit, hernie ou non, est ouvert par un instrument piquant ou tranchant, ou rompu 
par une contusion qui, du meme coup, a decliire le peiitoine. L infiltration ga- 
zeuse se montre encore, sans traumatisme, dans les hernies etranglees avec gan 
grene, dans les phlegmons et abces stercoraux. Indice presque absolu d une perfo 
ration du tube digestif, 1 emphyseme inguinal est un signe important pour le 
diagnostic des plaies penetrantes, des abces, des tumeurs avec sjmptdme d etran- 
glcment. 

Itifi/lrations sanguines; hematocele. Outre les epanchements sanguins conse- 
cutifs a la rupture des anevrysmes, a 1 bematocele du sac herniaire, dusciotum,du 
cordon spermatique, on \oit a la region inguinale des ecchymoses, des suffusions 
sanguines en nappe ou de veri tables lovers determines par des contusions. Velpeau 
en rapporte un cas : 1 iiililtration se icsorba et le foyer dut etre ouvert (Gaz. des 
Eti]dt., 185U, p. 70). Cette nletan]0lpho^e de repanchement sanguin en al ices 
hematiqueavait ett vue deja dans la meme region par Blandiu. Le pus forme d abord 
dans I epaisseur de la paroi a! dominate avaitdccolle et disseque les muscles entrele 
peritoine et la peau, puis il avail fuse dans le canal inguinal en suivant le cordon 
ypermatique et envahi le scrotum dont la peau s etait partiellement gangrenee 



AINE (PATIIOLOGIE). 207 

(Gaz. des Hopit., 1841, p. 240). C est la nature sanguinolente clu pus qui fit 
admettre 1 existence anterieure (Tune contusion. Le motif n est pas peremptoire. 
A cc propos, je noterai une terminaison du bubon que j ai plusieurs fois observee. 
Apres des tentatives infructueuses de tmitoment abortif, la tumeur grossit brus- 
quement, souleve la peau et s etend rapidement. La ponction donne iss