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Full text of "Chansons nationales et populaires de France, accompagnées de notes historiques et littéraires"

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NATIONALES ET POPULAIRES 



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CHANSONS NATIONALES 

ET POPULAIRES 3J7o7 

DE FRANCE 

Ai:COKPAaN£ES 

DE NOTES HISTORigi'ES ET LITTERAIRES 




PARIS 

LIBRAIRIE DE GARNIEH FRERES, EDITEURS 

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HISTOIRE 



DE 



LA CHANSON 



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La chanson est incontestablement un des plus charmants produits de la 
faculté donnée par Dieu à Thomme d'exprimer avec plus ou moins de 
facilité, d*esprit, de chaleur, d*entraînement, les sensations douces ou vives, 
agréables ou pénibles qu'il éprouve. Or cette faculté est innée chez nous, 
donc Torigine de la chanson est tout simplement aussi vieille que le 
nonde. 

C*est Topinion de Platon, qui disait que les Dieux, touchés des travaux 
3t des peines mséparables de Thumanité, firent présent à Thomme de la 
poésie et du chant, opinion partagée par un autre philosophe, qui Ta 
formulée autrement en disant que les louanges des dieux et des hommes 
furent chantées avant d*étre écrites. 

Hais la poésie et le chant donnés à Thomme n'étaient pas la chanson dans 
Tacception véritable de ce mot. 

A 



II GBANdOIfS POPULAIRES. 

I/autres philosophes, aa nombre desquels se trouve le matérialiste 
Lucrèce , ont assigné à la chanson une origine beaucoup plus simple : seloir 
eux, la Divinité n'est pour rien dans cette affaire, et si les hommes 
chantent, ils doivent tout simplement cet art aux oiseaux qui le leur ont 
enseigné. L'idée est gracieuse, et sous un certain rapport, elle ne manque 
pas de vérité : Que Thomme, charmé parle chant des oiseaux, ait tenté de 
les imiter, c'est chose toute simple, car ce prétendu roi de la création est 
essentiellement imitateur; mais le chant des oiseaux, ce n'est pas la 
chanson ! 

I On a dit aussi que le poète et l'oiseau chantent pour chanter, sans 

1 s\)ccuper jamais des causes ni des conséquences de cet acte de leur volonté, 

[ de leur nature ou de leur passion ; et c'est encore là une vérité que nous 

' nous empressons de reconnaître et de proclamer; mais , nous le répétons, 

i qu'est-ce que cela prouve quanta la chanson proprement dite? 

Entendons-nous donc : 

La chanson est née de l'esprit, de la poésie et du chant, mis au.'; -«rvice 
de certaines passions plus ou moins vives ou ardentes, telles que la 
vengeance, le mépris, la pitié, la haine. La chanson, née sous ces diverses 
influences, est proche parente de la satire ; c'est une verge llexible coupée 
dans la forêt poétique en vue de tlageiler les ridicules, les travers, 
l'ignorance, la sottise, la vanité, l'insolence: née sous Tinlluence de 
sentiments plus nobles ou plus doux , c'est une couronne tressée avec plus 
ou moins d'art en l'honneur de la gloire, de l'amitié, de l'amour, de l'ivresse, 
de toutes les joies de ce monde. 

Voilà ce que c'est que la chanson ; voilà ce qu'auraie nt dû d'abord poser 
en principe les philosophes qui en ont recherché l'origine. 

Évidemment c'est l'amour qui inspira les premières chansons langoureuses 
et badines, la romance et les couplets grivois. 

Le vin, les plaisirs de la table, l'excitation des esprits mis en contact, ont 
donné naissance à la chanson de table. 

La chanson patriotique , guerrière , est due à l'amour de la gloire et à 
l'enthousiasme qu'il inspire. 

Et toutes ces expressions de sentiments divers sont nécessairement 
empreintes de l'esprit, des mœurs, du degré de civilisation des époques 
où elles ont été prodijiites. ^ 

Donc , ce que nous appelons la chanson n'a pas d'origine précise ; la 
cAon^on n'est pas sortie tout entière de la tête de l'homme, conmie Minerve 



HISTOmS DV tA OfANSOlf. Ht 

sortit tont année de la tête de Jupiter; elle est» au contraire» restée très 
longtemps dans ses langes. 

Les Grecs paraissent être le premier peuple chez lequel la chanson fut 
cultivée avec succès , et sur les mœurs duquel elle exerça une véritable 
nfluence. Aux époques les plus glorieuses de Thistoire d*Athènes, ce genre 
le poésie était surtout en honneur : dans les banquets, la lyre passait de 
nain en main, accompagnée d'une branche de myrte, et aucun des convives 
ne pouvait s'abstenir de chanter quand son tour était venu; ceux qui ne 
savaient pas s'accompagner de la lyre, chantaient en agiùint en cadence la 
branche de myrte qu'ils tenaient à h main : c'était l'mdice d'une éducation 
négligée, d'une ignorance indigne d'un homme libre ; aussi disait-on d*un 
homme peu.instruît et d'une intelligence étreite : Il chante au myrte. 

Anacréon, dans cet art, a été le premier mattre vraiment digne de ce 
nom; puis vint Horace, dont la plupart des odes ne sont que d'admirables 
chansons bachiques. Les Gaulois eux-mêmes, appelés barbares par les 
peuples civilisés qui devaient les asservir, avaient, dans ces temps reculés, 
leurs faiseurs de chansons qu'ils nommaient bardes; ces espèces de 
poètes, composant et chantant des vers en Thonneur des guerriers, distri» 
huaient à leur gré la louange et le blâme, et leur autorité était si 
grande qu'elle suffisait pour arrêter deux armées ennemies près d'en venir 
aux mains. 

On a donc eu raison de dire que nul peuple n'a porté la chanson à un 
plus haut degré que les Français, puisque déjà les bardes exerçaient, chez 
nos aïeux les Gaulois, une sorte de sacerdoce qui se continua jusqu'au 
sixième siècle de l'ère vulgaire ; mais bientôt les invasions réitérées des 
Germains et des autres peuples du Nord étendirent sur la plus grande partie 
de l'Europe un voile de barbarie si épais, que tous les efforts des savants de 
nos jours sont impuissants à le soulever. Pourtant les bardes n'avaient 
pas entièrement disparu, et nous les retrouvons sous le règne de 
Charlemagne (768 à 814) , chantant la gloire et les combats des guerriers 
illustres; c'est à eux que nous devons la chanson de Roland, si célèbre dans 
nos vieilles chroniques, et que les Français du ix* siècle chantaient en allant 
au combat. 

Si les Français ne sont pas les inventeurs de la chanson, il est au moins 
incontestable qu'ils en sont à la fois les restaurateurs et les maîtres ; la 
chanson, en France, est une glace fidèle où l'esprit national se reflète dans 
toute son intégrité. C'est là une vérité qui a été proclamée de mille manières 
par les juges les plus compétents. < Il n'y a point de peuple, dit Voltaire, 



IT CHAH805S POPULAIEES. 

qui ait un aussi grand nombre de jolies chansons que le peuple français. » 
L'abbé de Bemis a formulé la même pensée dans ces quatre vers : 

Fille aimable de la folie, 
La chanson naquit parmi nous ; 
Souple et légère, elle se plie 
Au ton des sages et des fous. 

Jean-Jacques Rousseau n*a pas non plus dédaigné d'étudier à ce point de 
vue le caractère de notre nation. « De tous les peuples de rEurof>e, dit-il, 
le Français est celui dont le naturel est le plus porté à ce genre léger de 
poésie; la galanterie, le goût de la table, la vivacité brillante de son 
humeur, tout ensemble lui en inspire le goût. Le Français, libre des soins, 
hors du tourbillon des affaires qui Ta entraîné toute la journée, se délasse 
le soir, dans des soupers agréables, de la fatigue et des embarras du jour. 
Le vaudeville est son arme offensive contre le ridicule, il s'en sert aussi 
quelquefois comme d'une espèce de soulagement des pertes et des revers 
qu'il éprouve; il chante ses défaites, ses misères etsesmaux aussi volontiers 
que ses prospérités ou ses victoires. Battant ou battu, dans Tabondance ou 
dans la détresse, heureux ou malheureux, triste ou gai, il chante toujours, 
et Ton dirait que la chanson est Texpression naturelle de tous ses 
sentiments. » 

Rien n'est plus vi^ai que cette peinture de notre humeur, et il n*est pas 
un Français qui ne s'y reconnaisse. On peut dire qu*en France la chanson 
est une souveraine absolue à la puissance de laquelle rien ne saurait porter 
atteinte « On chantait, dit M. de Jouy, pendant que les Anglais démem- 
braient le royaume ; on chantait pendant la guerre civile des Armagnacs^ 
pendant la ligue, pendant la fronde, sous la régence, et c'est au bruit des 
chansons de Kivarol et Champanetz que la monarchie s*est écroulée à la un 
du xviii^ siècle. 

La chanson est éminemment française ; elle remonte d'une manière cer- 
taine à la fondation de la monarchie, puisqu'on possède des chansons de 
différents genres composées dans les v« et vi« siècles, parmi lesquels on 
remarque ime chanson latine que chantaient les Fiançais, pour célébrer 
une victoire remportée par eux sur les Saxons» du temps de Clotaire II , 
en 600, et deux autres chansons dans la même langue, lune de saiut Pau- 
lin, patriarche d*Aquilée, l'autre de Gotescale; cette dernière est en strophes 
éi sotunise à un refrain. Il est vrai qu'à partir de la Gn du n® jusqu au 



HISTOIRE DE LA CHANSON. > 

xie siècle, on ne trouve plus, en Europe, la moindre trace de Texistence de 
cette souveraine ; comme toutes les nobles, belles et gracieuses choses, 
elle avait disparu sous le voile de barbarie qui couvrait la face du monde. Il 
est probable pourtant qu'on ne cessa pas entièrement de chanter pendant 
tout le temps que ces épaisses ténèbres pesèrent sur Tintelligence des 
peuples ; mais les lettres avaient disparu, et il n*y avait aucun moyen de 
conserver ces grossières productions dont la tradition même s*est entière- 
ment perdue, ce qui est d'ailleurs peu regrettable. 

C'est vers la fin du xi® siècle seulement, sous le règne de Philippe I<^r, 
que la chanson commença à reparaître, en même temps que le goût des 
voyages et des expéditions aventureuses. En 1089, dix ans avant la pre- 
mière croisade, saint Bernard, qui était alors dans toute Tardeur de la jeu- 
nesse et ne songeait guère à se faire canoniser, composait des chansons 
badines sur les airs du temps. 

Pierre-de-Biois se faisait remarquer, à la même époque, par ses chansons 
galantes, et c'était quelque vingt ans plus tard que l'infortuné Abeilard 
enflammait, bien plus par ses charmantes chansons et les agréments de sa 
voix que par sa science de philosophe, le cœur de la tendre Héloïse. 

Dès les premières années du xii» siècle, la romance et la chanson s'é- 
taient emparées de l'idiome vulgaire qu'elles avaient plié à tous leurs ca- 
prices, si bien qu'au règne de Philippe- Auguste elles se montraient déjà 
communes, et qu'elles avaient entièrement détrôné la chanson latine en 
vers rimes qui avait été en vogue pendant le siècle précédent. Les aventures 
galantes, les jeux, les danses en fournissaient le sujet ordinaire ; aussi est- 
ce parmi les chansonnettes avec lesquelles se jouent les enfants qu'il faut 
en chercher le souvenir traditionnel ; c'est parmi les refrains comme : Tirai 
dans ton champ, Larirette I on: La tour, prends garde, ou bien encore parmi 
les rondes de danse comme : 

Nous n'irons plus au bois. 
Les lauriers sont coupés. 

Et 

Quand Biron voulut danser. •• 

Presque toutes ees rondes, débris défigurés des ballades de la cheva* 
lerie, rappellent les institutions du moyen-àge, les tournois, les sièges de 
castelSy les cours d'amour et les jeux des châtelaines. 



VI CHANSONS POPVLAIBBS. 

« M. révoque de la Ravalière qui a fait de curieuses recherches sur la 
chanson, prétend que c'est à la Normandie et non à la Provence que nous 
devons nos premiers chansonniers, et qu'il y avait chez nous des chansons 
en langue vulgaire avant celles des Provençaux, mais postérieurement au 
règne de Plii'i[)pe !«% ou en Tan 1100. C'est donc une antériorité de plus 
d'un demi-siècle à l'époque des premiers trouhadours, que leur historien, 
Jean de Noslredame, fixe à l'an 11G2, mais que d'autres reculent beau- 
coup (1). » 

Ce qui est certain c'est que , dès l'an 1000, on se servait à Rouen de la 
langue romane, et que les auteurs normands écrivaient plus purement que 
ceux des autres provinces. Mais que nous devions nos premières chansons 
aux Normands ou aux Provençaux, nous n'en avons pas une en langue 
vulgaire (jui remonte au-delà de 1100, C'est vraisemblablement à la même 
époque que parurent, chez nous, les premiers trouvères ou troubadours, 
noms qui signifient trouveurs, inventeurs. 

Quant à Torigine de ces troubadours, elle se perd dansla nuit des temps, 
et quelques érudits la font remonter à Homère sur les cendres duquel trois 
mille ans ont passé. Ce sont les troubadours qui ont formé le corps de la 
jonglerie, dans lequel on comprend encore les chanteurs ou chantêres et 
les ménestrels , du nom desquels est venu celui de minestriers. L'art de 
ces chansonniers était nommé ga\j saher, gai savoir ou gaie science. Ceux 
qui en faisaient profession s'enrichissaient et parvenaient même aux plus 
hauts emplois et aux honneurs. On cite entre autres exemples de haute for- 
tune due à la chanson , celui de Rambaud de la Vacherie, dont les chan- 
sons avaient tellement charmé un comte de Toulouse, que ce prince le fit 
chevalier, le nîona à la croisade et lui fit donner le gouvernement de la ville 
de Salonique, prise sur les infidèles. Il était meilleur alors qu'aujourd'hui 
d'élre chansonnier. Cependant si cette spécialité littéraire y a perdu, enre- 
vanche les écrivains en général y ont considérablement gagné, et la plume 
est assurément un des plus favorables instruments de fortune de notre 
temps. 

Jean de Nostredame , dans son histoire , ne parle que de soixante-seize 
tit)ubadours; mais il est certain que les membres de cette espèce d'ordre 
fuient beaucoup plus nombreux, puisque Crescimbeni , custode des Ar- 
cades, au tome second de son histoire de la poésie italienne, donne environ 
cent trente notices de plus que Nostredame sur ces maîtres en gai savoir* 

(1 } Anthologie de Jean Monet. 



niSTOflS DB LA CBAKSOn. TU 

Ces deux historiens mettent, entréautres, au nombre des troubadours, l'em- 
pereur Frédéric l^\ dont il nous reste un madrigal en vers provençaux ; 
l'empereur Frédéric II; Frédéric III, roi de Sicile; Alphonse V*, roi d'Ara- 
gon ; Richard-Cœur-de-Licn , roi d'Angleterre ; Thibault, comte de Cham* 
pagne, roi de Navarre ; Guillaume YIII, duc d'Aquitaine; un comte d'An- 
jou, un comte de Flandre , un dauphin comte d'Auvergne, un comte de 
Rodez, Raimond Bérenger, comte de Provence; un vicomte de Turenne, 
un Raimond de Durfort, des Dagoult, des Adhémar et d'autres noms célè- 
bres parmi la noblesse provençale. 

Les plus anciennes productions des troubadours sont des lais, espèces de 
complaintes que nos romanciers faisaient chantera leurs personnages; mais, 
peu à peu, le genre s'étendit, et l'empire de la chanson ne connut plus de 
limites. 

C'est alors que cet empire était dans toute sa splendeur (1323), que sept 
de ces mattres en l'art du gai savoir fondèrent, à Toulouse, une académie de 
poésie appelée Compagnie insigne et supergaie des sept troubadours touloU' 
sains. Elle s'assemblait tous les dimanches dans un jardin de la ville, et 
chacun y récitait et chantait ses compositions. Il y avait une séance publi-^ 
que le premier jour du mois de mai. Un peu plus tard, on fonda un prix 
pour celui qui aurait fait le meilleur ouvrage en science gaie ; c'était une 
violette d'or que le vainqueur recevait des mains du président, qui procla- 
mait à haute voix sa victoire et livrait son nom aux applaudissements du 
public d'élite accouru de toutes parts pour assister à cette solennité. Plus 
tard, à la violette d'or on ajouta deux prix en argent : l'églantine ou jasmin 
d'Espagne, et une autre fleur. Telle est l'origine des jeux floraux dont on: 
fait honneur à Clémence Isaure... Qui donc a osé dire que nos ancêtres 
étaient des barbares?... 

Un des poètes les plus remarquables de cette époque, et dont les premiers 
chants avaient précédé la fondation des jeux floraux , était Arnaud Daniel, 
qui eut l'honneur d'être loué par Dante, mort en 4311, et qu'on peut con- 
sidérer comme le précurseur de Pétrarque, à cause des nombreux emprunts 
que lui a faits ce dernier. 

Viennent ensuite Rambaud d'Orange, Geoffroy, Rudel, Guillaume Du- 
rand, Raimond de Mirevaux, Guillaume de Cabestan, Pierre Vidal, Guillaume 
de Bargemon, Pierre de Chftteauneuf, Albert de Sisteron, qui tous ont fait 
des chansons, mais dont le nom est resté plutôt à cause des particularités 
de leur vie que du mérite de leurs œuvres poétiques. 

D'après Fauchet, qui donne une nomisnclature de cent vingt-sept anciens 



VIII CHANSONS POPULAIRES. 

poètes français, on compte sur ce nombre soixante-dix chansonniers qui 
ont vécu avant Tan 1300, et parmi ces derniers plusieurs grands person- 
nages, tels que Lusignan, comte de la Marche; Raoul, châtelain de Coucy; 
un duc de Bretagne, un duc de Brabant, et beaucoup d*autres. 

Tous ces poètes étaient aussi musiciens ; ils composaient eux-mêmes les 
airs de leurs chansons ; mais la musique alors n'avait pas, à beaucoup près, 
fait les mêmes progrès que la poésie : on ne connaissait alors que le chant 
grégorien, appelé vulgairement plain-chant , qui se notait sur quatre lignes 
par des signes carrés ayant tous une égale valeur, et sans indication de me- 
sure. Qu'on juge de l'efifet que devait produire ce bourdon liturgique ap- 
pliqué à ces fines et délicates fleurs poétiques écloses en Thonneur de 
Tamour, du plaisir, de toutes les joies vives et passagères I Car il y avait 
dès lors des chansons de tout genre en langue vulgaire, cela ne saurait être 
douteux, bien qu'une chanson à boire qui se trouve dans les poésies d'Ëus- 
tache Deschamps , poète du xiv^ siècle , soit la plus ancienne de ce 
genre qui soit arrivée jusqu'à nous. Il est vrai pourtant que les sujets les 
plus ordinaires étaient le printemps, les fleurs, les oiseaux; toutes ces pro- 
ductions étaient adressées à des Iris vraies ou idéales, jeunes, douces, jolies 
et blondes surtout : les blondes seules étaient alors réputées belles, et elles 
conservèrent cette prérogative jusqu'au règne de Charles IX, où les brunes 
devinrent à la mode. 

Thibault, comte de Champagne et roi de Navarre, né en 1201 , mort en 
1253 ou 125i, et dont nous avons déjà parlé, est généralement regardé 
comme le père de la chanson française ; presque toutes ses chansons sont 
dues à l'amour que lui avait inspiré la reine Blanche, mère de saint Louis. 
On croit qu'il est le premier qui ait mêlé les rimes masculines nnr, fémi- 
nines, et qui ait doué la poésie chantante de cet agrément. Ce qui ne sau- 
rait être révoqué en doute, c'est que ce prince, auquel ses contemporains 
avaient donné le double titre de grand et de faiseur de chansons , s'est plus 
illustré par son talent poétique que par l'exercice de la puissance souve- 
raine : bien peu des actes ou hauts faits du comte ou du roi sont arrivés 
jusqu'à nous; mais on a retenu ses chansons. C'est une vérité parfaitement 
exprimée dans ce quatrain que nous trouvons dans l'Anthologie française 
de Jean Monet : 

Thibault fut roi, galant et valeureux ; 
Ses hauts faits et son rang n'ont rieii fait pour sa gloire; 
Mais il fut chansonnier, et ses couplets heureux 

Nous ont conservé sa mémoke. 



HISTOIRE DE LA CHANSON. I^ 

Depuis le xive siècle jusqu'au règne de François l«r (1515), lalil- 
%l térature fracaise fit peu de progrès; les guerres incessantes et malheu- 
/ reusesque les Français eurent à soutenir, la captivité du roi Jean, la démence 
' de Charles YI, les longues et sanglantes querelles des Armagnacs et des 
Bourguignons, l'occupation du royaume par les Anglais, expliquent suffi- 
samment ce temps d'arrêt. On chantait encore sans doute, mais le goût ne 
s'épurait point et les progrès de la langue étaient à peu près insensibles. 
Cependant dans cette longue période quelques poètes se firent remarquer, 
et Ton ne saurait sans injustice passer sous silence les noms de Jean Frois- 
sard, Guillaume de Lorris, Martial de Paris (dit d'Auvergne), Jean Lemaire, 
Guillaume Crétin, Martinfranc, et surtout Jean de Meun et Alain Chartier, 
dont les chants ont été conservés. Ces quelques vers extraits des Amowt% 
de Vâge d*or, par Jean de Meun, donneront une idée du genre de chanson 
en vogue à cette époque : 

Jadis au temps des premiers pères 
Et de nos primerai nés mères, 
Furent amours lojaulx et fines. 
Sans convoitises, ne rapines ; 
Et le siècle moult précieux 
N'estoitpas si délicieux... 



Et quand par nuict dormir voloient. 
En lieu de coytes apporloient 
En leurs places monceaux de berges. 
De feuilles ou de mousse ou d'herbes. 



J 



Zépbyrus et Flora sa femme, 
Qui des fleurs est maltresse et dame, 
Les fleurettes lors estendoient 
En courtes pointes qui rendolent 
Leur resplendeur par ces herbages, 
Par ces prés et par ces rivages. 

Sur telz couchers que vous devise* 
Sans rapine et sans convoitise, 
S*entr*acoloyeDt et baisoyent 
Ceux à qui jeux d*amour plaisoyent-» 



X CHAfISONS PGPULAIBES. 

Sous arbres verds pour ces gaudines, 
Les pavillons et leurs courtines 
Des rainceaux d*arbres estendoient 
Qui du soleil les défendoient. 

La naïveté, la grâce de ce tableau sont vraiment charmantes Ce genre 
était aussi celui d'Alain Charlier, dont les idylles en ce vieux et pittoresque 
langage resteront comme un monument de l'esprit du temps. 

C'est aussi pendant cette période, vers 1400. alors que la démence de 
Charles VI couvrait la France de deuil, que par une bizarrerie remarquable, 
la chanson-vaudeville prit naissance, et vint faire diversion aux chagrins et 
aux misères du peuple. S'il faut en croire la tradition , le créateur de ce 
genre serait Olivier Basselin, qui possédait des foulerics dans les environs 
de la ville de Vire. Olivier chantait pour égayer ses travaux; les ouvriers 
qu'il employait retinrent et répétèrent ses chansons, qui se répandirent 
bientôt dans toutes les vallées ou vaux (1) des environs, ce qui leur lit don- 
ner le nom de vaux de Vire, d'où vient, par corruption, le nom de vaude- 
ville, que l'on donna ensuite aux chansons du même genre qui couraient 
par la ville ou parmi le peuple. 

Ce genre eut d'autant plus de vogue qu'il est le plus facile de tous; mais 
il ne parvint pourtant pas à détrôner la complainte qui était alors en grande 
faveur : on en faisait sur toutes sortes de sujets, car les sujets de récits la- 
mentables ne manquaient pas dans ces temps de troubles ; l'assassinat du duc 
d'Orléans, entre autres, fit naître un grand nombre de chants de cette espèce 
qui faisaient les délices des soldats dans l'arméedu roi. L'assassinat du duc 
de Bourgogne sur le pont de Montereau ne fut pas moins fécond en pro- 
ductions du même genre. 

Ainsi, alors comme aujourd'hui, on chantait pour rire , et Ton chantait 
pour pleurer ; mais pour rire surtout, témoin ce couplet satirique que le 
peuple allait chanter sous le balcon de Charles VII , alors dauphin , qui 
oubliait dans les bras d'Agnès Sorelque lesAnglais étaient maîtres des deux 
tiers de la France : 

Mes amis, que reste-t-il 
A ce dauphin si gentil 7 

Orléans, Beaugençy, ^ 

No tre-Damc-de-Cléry, 

Vendôme... Tendômel 

(1) Oq dtt enoore atgourd'hui ootrirpar maiiU #r | wr« w i g. 



HISTOIME DB LA CHAUSON. XI 

Aq nombre des chansonniers de ce temps, nous devons encore mention- 
ner Christine de Pisan qui, née à Venise, n'en feisait pas moins des J)allades 
et des lais en français. Charles d'Orléans, petit-fils de Charles V, cultivait 
également la poésie et il fit aussi des chansons, ainsi que le comte deCIer- 
mont. Jehan de Lorraine, Olivier de La Marche, la duchesse d'Orléans, le 
seigneur de Torcy, Jacques, bâtard de La Trémouille. 

Depuis le duc d'Orléans, oncle de François 1er, qui i«t poète lui-même, 
jusqu'aux jours brillants de la cour de ce roi, on ne peut guère citer que 
Villon, dont nous avons conservé les ballades; mais depuis 15-20 environ, 
jusqu'à la fin du xvi© siècle, la chanson et le vaudeville firent de rapides 
progrès. La grande, longue et sanglante querelle de François !«>• et de 
Charles-Quint, le désastre de Pavie, la prrson du roi à Madrid, le combat 
de Jamac, la mort de Henri II, le départ de France de Marie Siuart, qui fit 
aussi des chansons, et une foule d'autres événements, heureux ou malheu- 
reux, furent autant de sujets de chansons, ballades, romances ou com- 
plaintes, et Ton en conserve à la Bibliothèque nationale plusieurs recueils 
parmi lesquels on remarque un manuscrit sur vélin qui contient toutes les 
chansons de François I". Ce manuscrit est un des plus précieux de cette 
bibliothèque, si riche en monuments de ce genre. 

En même temps que François 1er, chantaient Clément Marot et Saint* 
Gelais. Puis vinrent Du Bellay, Jodelle, Ronsard, Belleau, Passerai et Baîf 
qui fut l'inventeur des divertissements en musique, que l'on peut considérer 
comme l'origine de notre opéra, ou du moins des ballets et des mascarades 
qui firent l'amusement de la cour jusqu'au règne de Louis XIV. Il fut le 
premier qui tenta de donner aux Français une musique nationale. 

Tant que durèrent les troubles de la ligue, les chansons nouvelles pullu- 
lèrent ; le plus grand nombre avaient pour sujet les affaires du temps, car 
la chanson politique n'est pas d'invention moderne, commeon le croit assez 
e<mimunément; elle ne remonte pas moins haut que les chansons d'amour 
et de table, et elle a été cultivée sous tous les régimes; mais les chansons 
licencieuses étaient aussi fort en vogue, et les choses, sous ce rapport, allèrent 
si loin, que dans une assemblée des États tenue à Fontainebleau, il fut 
question de mettre un frein à ce débordement qui tendait à corrompre 
l'esprit du peuple. Les chansons '.bachiques étaient aussi fort nombreuses. 
Les unes et les autres, qu'on nommait aussi moêeti, se chantaient sur des 
airs lents et monotones qui se sontconsenrés dans nos vieux Noéis. 

Les meilleurs chansonniers de ce temps fterent Desportes et Bertaut; 
après eux vinrent Régnier et Malherbe, Malheri>e dont on répète encore 






XII CHANSONS POPULAIRES. 

aujourd'hui les délicieuses stances, écrites il y a deux cent cinquante ans« 
Qui, par exemple, n'a pas dans la mémoire ces charmants vers : 



Mais elle était du monde où les plus belles choses 

Ont le pire destin 
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses>, 

L^espace d'un matin. 

II semble que cela soit éclos d'hier, et cette pièce fut écrite en 1599, c'est- 
à-dire il y a un peu plus de deux cent cinquante-deux ans, tant il est vrai 
que le véritable génie ne vieillit point. 

Henri IV lui-même mérite d'être mis au nombre des chansonniers re- 
marquables de cette époque, et l'on peut dire qu'il immortalisa son nom 
et celui de la belle Gabrielle, sa raattresse, autant par ses chansons que par 
les hautes qualités de son esprit. 

Sous Louis XIII, le goût des vaudevilles et des chansons satiriques alla 
croissant : aucun événement n'échappa aux couplets ; les personnages les 
plus haut placés ne furent pas épargnés, et Richelieu lui-même fut chan- 
sonné sans pitié. 

Les plus remarquables chansonniers de ce règne sont Racan, Maynard, 
Rotrou, Théophile Viaud, d'Drfé, Saint-Amand, l'Estoile, Desyvetaux. C'est 
aussi à cette époque que florissait Hugues Guéru, dit Fléchelles, comédien 
ordinaire du roi, et qui est Fauteur de toutes les chansons attribuées à Gau- 
thier Garguille, dont le succès populaire fut immense. 

Les chansons bachiques ne furent pas non plus négligées dans cette pé- 
riode, qui comprend presque toute la première moitié du xyu^ siècle. 
Racan surtout se distingua dans ce genre, et c'est avec raison que Rrillat- 
Savarin a dit que les chansons de Racan paraissent beaucoup plus jeunes 
que leur extrait de naissance. Voici, à l'appui de cette opinion, quelques 
couplets de ce poète pris au hasard dans ses chansons à boire. 

Buvons, Maynard, à pleine tasse; 
L'âge insensiblement se passe, 
Et nous mène à nos derniers jours. 
L'on a beau faire des prières. 
Les ans non plus que les rivières 
Jamais ne rebroussent leur cours. 



HISTOIRE DE LA CHANSON. lui 

Les lois de la mort sont fatales 
Aussi bien aux maisons royales 
Qu'aux taudis couverts de roseaux ; 
Tous nos jours sont sujets aux' Parques : 
Ceux des bergers et des monarques 
Sont coupés des mêmes ciseaux. ^ 

Leurs rigueurs, par qui tout s'efface, 
Ravissent, en bien peu d'espace, 
Ce qu'on a de mieux établi , 
Et bientôt nous mèneront boire 
Au-delà de la rive noire, 
Dans les eaux du fleuve d'oubli. 



Avons-nous beaucoup de chansonniers aujourd'hui qui fassent mieux 
que cela? Hfttons-nous de dire que tous les chansonniers de ce temps n'é- 
taient pas des Racan, et que le plus grand nombre d'entre euxseraient bien 
pâles comparés aux plus faibles de notre temps. 

Jusqu'alors, sauf quelques exceptions, la chanson n'avait été cultivée que 
par des hommes de loisir, quelques grands seigneurs, des gens issus de la 
haute bourgeoisie, quelques abbés à gros bénéfices, tous poètes de salon, 
grands faiseurs de couplets langoureux, fades ou guindés; le peuple chan- 
tait, mais il ne rimait point. Tout-à-coup, vers 1640, deux ans avant la 
mort de Richelieu, deux artisans apparurent à l'horizon poétique, c'étaient 
matlre Adam Billaut, menuisier à Nevers, dont les chansons, qu'il appelait 
ses chevilles, sont restées comme des modèles du genre, et Olivier Massias» 
d'Angouléme, dont les refrains faisaient les délices de ses compatriotes. 

Les chevilles de mattre Adam eurent un succès prodigieux, on les chan- 
tait partout; l'auteur fut appelé à la cour, présenté au roi et à Richelieu, et 
comblé de faveurs, lesquelles arrivèrent fort à propos ; car le pauvre me- 
nuisier avait fait flèches de tout bois pour se rendre à Paris, ce qui fit dire 
à un de ses confrères eu poésie : 

Mon cher Adam, je crois que vos chevilles 
Boucheront plus d'un trou. 

La chanson ne pouvait manquer de se perfectionner sous le règne si 
éminemment littéraire de Louis XIV ; on formerait une biWiothèquc im- 

D 



Xnr CBANSONS POPULAIflES. 

mense des chansons historiques, galantes, satiriques, bachiques, qui pa- 
rurent imprimées, gravées ou manuscrites, depuis Tavénement de ce sou- 
verain jusqu'à samort; et l'on ferait aisément une histoire intime de la France, 
rien que des matériaux puisés dans ces chansons où Ton trouve souvent 
mentionnées des circonstances qui ont échappé aux historiens ou qu'ils ont 
eu le tort de dédaigner, et qui peignent parfaitement les mœurs du temps. 
Cela est si vrai, que deux écrivains, Sautereau de Marsy et Noël, ont publié, 
en 1793, un ouvrage en quatre volumes in-8o, intitulé : Le nouveau siècle dé 

ê _ 

Louis XIV, ou Poésies- Anecdotes du règne et de la cour de ce prince , ou 
tous les événements et les personnages du temps sont caractérisés par les 
chansons dont ils ont été le sujet. 

Les chansonniers en réputation sous la minorité de Louis XIV furent 
Malleville, Voiture, Sarrasin, Scairon, et surtout Bois-Robert, que Fure- 
tière appelle, dans sa bequâte des dictionnaires, le premier chansonnier 
de France, et qui, malgré ce titre, n'eût pas soutenu la comparaison avec 
le plus médiocre faiseur de chansons de notre époque. Après eux vinrent 
Chapelle, des Barreaux, Saînt-Pavin, Patrix, Charleval, Marigny; mais le 
véritable prince de la chanson du temps fut le baron de Blot, surnommé 
Blot-l'Esprit, dont madame de Sévigné disait que ses chansons avaient le 
diable au corps ; c'est à lui que sont dues le plus grand nombre et les 
meilleures des chansons satiriques de cette époque, et surtout les masari" 
nades, ainsi nommées parce qu'elles attaquaient les ridicules, les vices et 
les actes politiques de Mazarin, lequel avait assez d'esprit pour ne pas s'en 
plaindre et laisser chanter: ils cantent, disait-il avec son accent italien, 
eh bienl ils pagueront. 

On payait beaucoup en effet; mais nous payons beaucoup plus aujour- 
d'hui, et nous ne sommes pas toujours libres de chanter. Avons-nous 
beaucoup à nous réjouir de ce progrès ? 

Les chansons amoureuses, les pastorales, les madrigaux abondèrent sous 
ce long et glorieux règne ; la cour et la ville roucoulaient les airs de Lam- 
bert, et fredonnaient les chansons gracieuses de Benserade, de l'abbé Pérîn, 
de Linière, de Boursault, et surtout de Dufresny, de l'abbé de Latteigniht, 
qui lui succéda, et qui, ni l'un ni lautre, ne seraient déplacés parmi les! 
meilleurs chansonniers de notre époque. ^ 

Dans le grand monde, on chantait aussi les chansons de Coulange, de 
La Monnoie, et celles de madame et de mademoiselle Deshoulières ; tandis 
que la chanson vraiment populaire apparaissait sur le pont Neuf, oîi Phi- 
lippe le Savoyard attirait la foule autour de ses tréteaux. C^est à ce chanteur 



HIStOniK M LA CHâHSON. X¥ 

diansoijnier que Boileau fait aflusloii lorapie, en parlant des poésies de 
Neuf-Germain et de La Serre, il dit : 

... Et dansQQ coin relégués à réeart, 
Senrir de second tome aux airs du Savoyard. 

Vu autre faiseur de chansons populaires de ce temps fut le cocher de 
M. de Yerthamont, qui acquit par ses refirains une réputation immense. 

n serait à la fois difficile et fastidieux de donner une nomenclature com- 
plète des chansonniers qui se produisirent en même temps ou successive- 
ment pendant les soixante^^douze années que Louis XIV occupa le trtoe ; 
mais nous ne saurions passer sous silence les noms des plus célèbres, au 
nombre desquels il est juste de placer Goulange, Pavillon, De Lafond, le 
marquis de la Farre, Tabbé de Chaulieu, le duc et le chevalier de la Ferté, 
hommes de plaisir et joyeux convives, dont les chansons de taUe ont 
presque toutes été insérées dans un recueil intitulé : Les Tendresses bachi- 
ques, publié à Paris par Ballard père. 

Nous devons aussi une mention particulière à Philippe-Julien Mazarini 
Mancini , duc de Nevers, dont nous avons, parmi d'autres poésies qui ont 
été imprimées , un abrégé de Thistoire de France en chansons , depuis 
Hugues Capet jusqu'à Louis XIV. 

Enfin Regnard, Lainez, madame de Saintonge, Camillede Badros, Morfon- 
taine, Banderon de Senecé, Rochebrune, Matho, Saint-Gilles, Rousseau, 
La Mothe , La Faye, de Saint- Aulaîre , Malczieu , Tabbé Genest , Vergier, 
Legrand , Dancourt, firent aussi des chansons, dont les airs, composés par 
Moreau, DuRousset, Glairambault , Gillier et Mouret, sont encore popu- 
laires aujourd'hui. 

II faut encore citer, parmi les meilleurs chansonniers du commence- 
ment du xTii* siècle, Tabbé Pellegrin, Lesage, Fuzelier et d'Orneval, 
qui furent les fondateurs de Topera- comique; Haguenier, Le Brun et 
Tabbé de Grécourt , dont les chansons graveleuses , bien que fort gaies et 
spirituelles, ne seraient pas tolérées de nos jours (1). 

Enfin vint Panard, qui, né en 1691 et mort en 1785, ne cessa de chanter 
[rendant sa longue carrière, et qui fut le véritable créateur du genre actuel. 

Sous la régence, pendant la minorité de Louis XV, qui fut un temps de 

(i) Une édition des C(mtét et Chansom de Fabbé Grôcoort» pa])Uée en 1836, a été saisie 
et mise an piton. 




LES CttANSONNIERS. 



HISTOIBE DE LA CHANSON. XTII 

I*enthousiasme de Tespérance. Le goût s*épurait de plus en plus ; mais 
bientôt Thorizon s'assombrit ; on ne cessa pas de chanter , mais on cessa 
d'être gai. La politique envahit tout, et aux chants de joie succédèœnt les 
chants de guerre. 

La chanson révolutionnaire fut, a dit Dumersan, hideuse, sanglante, 
grossière dans l'expression comme elle était cruelle dans la pensée. Cela 
est un peu exagéré , et l'anathème est trop général pour être juste. Sans 
doxxie la Carmagnole, le Ça ira, Madame Veto, sont de grossiers et ignobles 
chants qui méritent la réprobation des gens de goût; mais le nombre de 
ces productions est fort petit, en comparaison des chansons dignes de re- 
nom qui parurent dans le môme temps; et le bon Dumersan le reconnaît 
lui-même un peu plus loin, lorsque, en réfutant La Harpe, qui prétend que 
les Français ont cessé de chanter pendant le règne de la Terreur, il aflSrme 
qu'à côté des chansons furibondes et grotesques, il y eut, à cette époque 
des hymnes et des romances pleines de sentiment et de délicatesse. N'est- 
ce pas aussi à cette époque terrible que Rouget de Lisle enfanta la Mar^ 
seillaise , que Chénier improvisa le Chant du départ , ces strophes sublimes 
qui électrisèrent tant de cœurs généreux et firent naître tant de héros sur 
« le sol de la France? 

Les autres genres ne cessèrent pas un seul instant d'avoir leurs organes 
ordinaires : la publication de VÀlmanach des Muses ne fut jamais interrom 
pue; on voyait paraître en même temps le Chansonnier des Grâces et celu 
de la Montagne, en compagnie du Chansonnier patriotique, des Étrennes 
lyriques, des Étrennes d* Apollon, des Étrennes du Parnasse, de VAlmanach 
des aristocrates, de VAlmanach des prisons, de VAlmanach des gens de bien. 
Le journal royaliste, appelé Les Actes des apôtres, était rempli de chansons 
épigrammatiques contre les puissances du jour. La Constitution en vaude- 
ville, par Marchant , et la République en vaudeville sont des productions de 
1793. Comment donc La Harpe a-t-il pu dire qu'on ne chantait pas alors ? 
N'en déplaise à ce rhéteur hargneux, on chantait autant et même plus que 
jamais; on chansonnait tout, les hommes et les choses, et jusqu'à la guillo- 
tine elle-même, ainsi que le nrouve ce couplet d'une chanson des premiers 
jours de 1794 : 

La goillotine est an bijou 
Qui devient des plus à la mode, 
J'en veux une en bois d'acajou 
Que je mettrai sur ma commode. 



XVIU CHANSONS POPULAIBBS. 

Je l'essaierai soir et matin, 
Pour ne pas paraître novice, 
Si par malheur le lendemain 
A mon tour j*étais de service. 

Était-ii possible de braver plus audacieusement et plus gatment les puis- 
sances sanguinaires du temps ? Mais c*est que la chanson aussi est et était 
dès-lors une puissance, et force était aux maîtres du moment de laisser pas^' 
séria justice du chansonnier, comme autrefois Charles VI ordonnait qu'on 
laissât passer la justice du roi. 

<K Une chose digne de remarque, dit Brazier dans son Histoire des petits 
théâtres, c'est que chaque opinion mourait en chantant. On entendait tou- 
jours les mêmes airs : Richard , ô mon roi l ou la Marseillaise , Vive 
Henri VI ou Çd ira. Ainsi , en France , la chanson , qui console des mi- 
sères de la vie, vient encore nous aider à mourir Grâces soient rendues 

à la chanson ! » 

Le Directoire, comme les pouvoirs précédents, fut chansonné sans pitié, 
ainsi que le Conseil des Anciens et celui des Cinq-Cents. L'Empire 
vint , et la chanson , d'abord enthousiaste , fut bientôt adulatrice ; mais, à 
l'instar de la société, qui se réorganisait, elle essaya de se constituer et d'é- 
tablir aussi un empire. Déjà, sous le Consulat, s'était formée , sous le nom 
de Dîners du vaudeville , une société chantante , qui se réunissait à des 
époques fixes, et oii chaque membre apportait sa chanson, qui était impri- 
mée dans un recueil dont le succès fut très grand. 

Cette petite académie , qui s'était dissoute en 1802 , se reconstitua en 
1804. On comptait parmi les membres de cette spirituelle réunion les au- 
teurs le plus en réputation du théâtre du Vaudeville : Piis , Barré , Radet, 
Desfontainesy Bourgueil, Léger, Desprez , Deschamps , Dupaty, Gassicourt, 
Dieulafoi, Dumersan, Pain, Chazet, Ourry, Gersin , Ségur, qui fut depuis 
grand-mattre des cérémonies deTEmpire, et quelques autres. 

Dans un dtner préparatoire , les statuts de la société furent rédigés , dis- 
cutés, adoptés et mis en couplets ; ce fut l'une des plus piquantes produc- 
tions de cette réunion de gens d'esprit. Un des principaux articles était 
ainsi conçu : 

Pour être admis on sera père 
De trois ouvrages en couplets, 
- Dont deux au moins (clause sévère!) 
Auront esquivé les sifUets, 



HISTOni 9m LA OUMSOH. ÏIl 

A mesure qve de nouyeani wtà&mts obtenaient des succès marquants sur 
le théâtre du Vaudeville , ils étaient admis aux dîners. C*est ainsi que Ton 
vit successivement arriver Armand Gouffi6 » Philipon de la Madeleine , Pré- 
vost dTrai, Maurice, Séguier» frère du premier président de la cour royale 
sous la Restauration et la royauté de Louis-Philippe , et une foule d'autres 
joyeux épicuriens de ce temps. Les convives se réunissaient chez un acteur 
nommé Julliet » comédien, spirituel , original , qui s*était fait restau- 
rateur. 

Cette société s*étant dissoute pour des raisons qui sont demeurées in- 
connues, Armand GoufTé et Gapelle conçurent l'idée, en 1806, de ressusci- 
ter, sous le nom de Caveau moderne, Tancien Caveau fondé par Panard en 
1733 ; ils appelèrent à leur aide une grande partie des convives des Dtners 
du vaudeviUe, et choisirent pour lieu de réunion le Rocher de Cancale, res- 
taurant toDU par un nommé Raleine, et qui était surtout renommé pour ses 
huttres et son poisson. 

On élut pour président de cette assemblée, qui se réunissait à table le 
âU de chaque mois, le vieux Laujon. Il en devint TAnacréon , dit le spiri- 
tuel Brazier, auquel nous empruntons une partie de ces détails; il y chanta 
jusqu'à l'âge de quatre-vingtrcinq ans l'amour et le vin, et mourut comme 
le vieillard de Théos , non d'un pépin de raisin , mais en fredonnant un 
couplet ; il eut en outre l'honneur de mourir académicien. II avait sollicité 
vainement pendant cinquante ans son admission parmi les quarante im- 
mortels, lorsque, dans une séance de l'Académie française oh l'on discu- 
tait le mérite de plusieurs candidats , l'abbé Delille se leva et dit : « Mes 
« chers confrères , Je pense qu'il est important que M. Laujon soit nommé 

ff cette fois; il a quatre-vingt-deux ans, vous savez ou il va laissons-le 

« passer par l'Académie. » Tout le monde applaudit à ce mot , et le chan- 
sonnier fut fait académicien. 

Les autres principaux membres du Caveau moderne étaient Dupaty, Pits, 
Moreau, Chazet, Delongchamps, Francis, Antignac, Rougemont, de louy, 
Ourry, Tournay, Chapelle, Ducray-Dumesnil , Coupart, Gentil, Busèbe 
Salverte , et surtout le spirituel Désaugiers , qui tint pendant plus de vingt 
ans le sceptre de la chanson , de la vraie chanson , de la chanson rieuse, 
bouffonne, pleine de malice et de gatté, mais toujours dépourvue de fiel. 
Quoi qu'on en puisse dire, Désaugiers fut et est resté notre meilleur chan- 
sonnier, dans la bon&e et véritabie acception du moL 

Ce fut aussi an Cadeau moderne que Béranger commença sa réputation ; 
il ne faisait pas encore da ces odes qui l'ont inunortalîsé; comme roi de 



XI CHANSONS POPULAIRES. 

la chanson politique, son règne n'a commencé qu'après Je désastre de 
Waterloo. " • 

Cette académie chansonnière dura jusqu'en 1815 , et publia pendant dix 
ans son spirituel recueil. Mais la diversité des opinions politiques , à cette 
époque où le gouvernement changea, mit la dissension parmi les chanson- 
niers, et tua le Caveau moderne. Cependant il ressuscita en 1828, et un vo- 
lume, intitulé le Réveil du caveau, attesta cette résurrection ; mais sa grande 
réputation était morte définitivement. 

Avant la fondation du Caveau moderne, il avait existé une société chan- 
tante sous les noms des Déjeuners des garçons de bonne humeur; elle avait 
été fondée par M. Etienne f qui fut depuis député et académicien ; et elle 
comptait parmi ses membres Dcsaugiers , Servières, Morel , Dumaniant, 
Martainville, Gosse et plusieurs autres. Leurs chansons étaient publiées par 
numéros; elles eurent un grand succès ; mais cette société ne dura que 
dix-huit mois. 

On avait vu, à l'imitation à\x Caveau moderne , se former des sociétés 
chantantes dans la plupart des villes de France. Des sociétés rivales ou 
émules surgirent dans la capitale; et, comme tout le monde ne pouvait pas 
être membre du Caveau , on fonda d'abord la Société de Momus , où se 
firent remarquer Etienne Jourdan, Casimir Ménétrier, Hyacinthe Leclerc, et 
par-dessus tout Emile Debraux , qui devait bientôt devenir le chansonnier 
populaire par excellence. Ce brave et digne garçon, que nous avons connu 
intimement, était d'une nature un peu rugueuse, et, chose étrange, il avait 
des velléités de misanthropie. Lorsque ces accès lui prenaient , il quittait 
Paris, se rendait, à pied, dans la forêt de Fontainebleau, et là il se livrait, 
pendant quatre ou cinq jours, à la chasse des papillons, passant les nuits à 
la belle étoile, et dormant sur l'herbe , sans craindre les vipères, si redou- 
tables dans ces parages, mais qu'il prétendait avoir apprivoisées ^chan- 
tant, sous prétexte d'en faire une collection. Cet excellent homiQ.Q,cst mort, 
en 1831, d'une phthisie laryngée, Huit jours avant de fermer les yeux pour i 
toujours, il nous disait d'une voix presque entièrement éteinte : « Ce qui 
me contrarie, c'est de ne pouvoir plus chanter; du reste, je me porte bien, 
et, si je ne chante plus, je ferai encore chanter. » Heureuse illusion qui Ta 
empêché de se sentir mourir. 

Le recueil des chansons d'Emile Debraux est très volumineux; mais les 
chansons de ce recueil ne sont pas toutes de Debraux; il a fait, à différentes 
époques, de nombreux emprunts à son ami Charles Lepage, qui peut re- 



HISTOIBB DB LA CHANSON. XB 

vendiquer à juste titre beaucoup de chansons insérées, de son aveu , dans 
le recueil d*£mile Debraqx. 

Immédiatement après la création de la Société de Momm , il se forma des 
myriades de sociétés chantantes dans Paris et la banlieue : il y eut les so- 
ciétés des Lapins , du Gigot , des Gamins , des Lyriques , des Joyeux , des 
Francs-Gaillards, des Braillards, des Bons-Enfants , des Vrais-Français, 
des Grognards, des Amis de la gloire , des Enfants du caveau , des Bergers 
de Syracuse, des Oiseaux, etc., etc. 

Enfin les choses en vinrent à ce point que, vers 1836, il n'y avait pas 
moins de quatre cent quatre-vingts sociétés chantantes à Paris et dans la 
banlieue. C'était un indice certain de radoucissement des mœurs, résultat 
dû en grande partie aux théâtres chantants; car, il faut le reconnattre, les 
théâtres chantants ont prodigieusement contribué à répandre le goût de la 
chanson et à augmenter le nombre des chansonniers ; et l'histoire de ces 
théâtres est si intimement liée à celle de la chanson» que nous éprouvons 
le besoin d'entrer ici dans la voie rétrospective. A tout seigneur tout hon- 
neur ; parlons d'abord de l'opéra. 

Qpétnu 

L'invention des opéras ou représentations en musique accompagnées de 
danses, de machines et de décorations , est due aux Italiens. On avait tenté 
plusieurs fois, mais sans succès, de les introduire en France, lorsque 
l'abbé Perrin , qui avait la place d'introducteur des ambassadeurs près de 
Gaston de France, duc d'Orléans, entreprit de naturaliser chez nous ce 
spectacle. Il composa une pastorale qu'il fit mettre en musique par Cam- 
bert, intendant de la musique de la reine mère. Cette pièce, qui fut d'abord 
chantée ù Issy, chez M. de La Haye, fut si goûtée, quoique exécutée sans 
machines et sans danses, que le cardinal Mazarin en fit donner, à Yin- 
cennes, plusieurs représentations devant le roi. 

L'abbé Perrin composa ensuite une Ariadne , dont on fit plusieurs répé- 
titions; mais la mort du cardinal, arrivée en 1661, empêcha qu'elle (ût 
jouée, et suspendit pour un temps le progrès des opéras naissants. Cepen- 
.dant l'abbé Perrin poursuivit son projet, et il obtint enfin , en 1669, des 
lettres patentes pour l'établissement d'une académie des opéras eu langue 
Irançaise. Il s'associa, pour la musique, avec Cambert ; pour les machines, 
avec le marquis de Sourdeac; et fit représenter à Paris, sur le théâtre de 
l'hôtel de Guénégaud, l'opéra de Pomon$f au mois de mars 1671. Les 



mi CBAlfSOlfS FWUtÂIBBS. 

danses étaient de la composition de Beauchamp , surintendant des baTÎeU 
du roi. 

Le rôle de Pomone fut chanté par une demoiselle de Castilly, et , pour 
remplir les autres rôles , on avait fait venir du Languedoc plusieurs musi* 
ciens. 

La nouveauté de ce spectacle attira la foule , et le succès se soutint pea* 
dant huit mois entiers. Mais le marquis de Sourdeac, sous prétexte des 
avances qu'il avait faites, s'empara des recettes , puis du théâtre , et dépos- 
séda Tabbé Perrin. Pour se passer de son ancien associé , il eut recours à 
Gilbert, secrétaire des commandements de la reine Christine, et poète qui 
n'était pas sans mérite. Gilbert composa une pièce, intitulée les Peines et les 
Plaisirs de Vamour, qui fut représentée sur le théâtre de la rue Guénégaud. 
Les auteurs de la musique, des danses, l'inventeur des machines et les ac- 
teurs furent les mêmes que dans Pomone ; le rôle de Climène fut joué par 
mademoiselle Brigogne. 

Le roi s'intéressa beaucoup à ce nouveau spectacle , et crut ne pouvoir le 
mettre en de meilleures mains que celles de Lulli , qui était surintendani 
de sa musique. Il lui fit expédier des lettres de privilège pour la représen- 
tation des opéras. 

Dans ces lettres-patentes , le roi permet à Lulli d'établir une Aceidétnie 
/oycde de musique. Tel est le titre que prit dès-lors l'Opéra, a Nous l'éri- 
geons, est-il ajouté, sur le pied de celles des académies d'Italie, où les gen» 
tilshommes chantent publiquement en musique sans déroger, voulons et nous 
plaist que tous gentilshommes et demoiselles puissent chanter auxdites 
pièces et représentations de notre Académie royale , sans que pour ce ils 
soient censés déroger audit titre de noblesse et à leurs privilèges. » 

Lulli établit son théâtre au jeu de paume du Bel-Air, près de la rue Gué- 
négaud, et donna au public, en 1672, les Fêtes de l'Amour et de Bacchus^ 
pastorale composée de fragments de différents ballets, dont il avait fait la 
musique pour le roi, sur les paroles de Quinault. Ce fut un Italien , nommé 
Yigarani, qui conduisit les machines. 

Dans le ballet, dont une partie avait été composée par Lulli et l'autre par 
Des Brosses, parurent de très grands seigneurs , le duc de Monmouth , le 
duc de Yiileroy et le marquis de Rassen , qui dansèrent en présence du roi 
avec les danseurs de ce spectacle, les sieurs Beauchamp, Saint-André, Fa- 
vier et La Pierre , dont les noms se trouvent aux ballets des pièces de Mo- 
lière. 

Depuis ce moment , presque tous les opéras furent composés en société 



HISTOm 9« LA €ÊÊA1f90fK. XUU 

par Quinault et Lnlli « cfai furent les véritaMes eréateurs de ce genre en 
France. II n^est personne qui ne sache oonvbien eette association produisit 
de chefs-d'œuvre. 

Thomas Corneille fit pour Lulli P9fehé et ÊéUérapii&n^ et Campîstron fit 
Aeis et Gal&téê. 

Molière étant mort le 17 février 1973 , le roi donna le théâtre du Palais- 
Royal , qu*occupait la troupe de ce célèbre comique , à rAcadénvie royale 
de musique. 

Lulii l'occupa jusqu*en 1687. Lorsqu'il mourut a« mois de mars (1), son 
gendre, Nicolas de Francinet , mattre-d'hôtel du roi, obtint sa survivance, 
et prit, en 4098, pour associé, Dumont, écuyer du dauphin. 

Lulli avait fait le premier acte d'AMUe el Pùtyxinej opéra de Gampistron, 
éoni la musique fbt «ehevée par Colasse, mattre de la musique de la cham- 
bre et de la chapelle du roi. Ce successeur de Lulli a composé dix opéras. 
Les deux fils de Lulli en composèrent aussi qudqaes-uns, ainsi que Marin, 
Marais, Desmaret», Charpentier, Bouvard, La Costa, Destouches, Campra 
et Lriande. 

En 1712, Destottdies fut créé inspecteur général de la régie de l'Acadé- 
mie royale de musique. Nous ne saurions nommer tous les musiciens de ce 
temps qui firent représenter des ouvrages à l'Opéra; nous signalerons 
cependant Wouret, Rebel et Francœur; de mtaie que nous citerons parmi 
les auteurs des paroles les noms célèbres de Fontenelle, La Motte, et ceux 
dcDanchetyPellegrin, Cahnsac, Roi et Moncrif. 

Ce fut en 1733 qu'un homme justement célèbre , Rameau , qui ne se 
hinça cependant dans la carrière du théâtre qu'à l'âge de cinquante ans , 
jeta un nouvel éclat sur la scène lyrique , et composa trente opéras , parmi 
lesquels on distingue , comme ses chefs-d'œuvre , Dardanm et Castor et 
Mlux. Il mourut en i76i , âgé de plus de quatre-vingts ans. 

Mais la musique devait subir une nouvelle révolution , et Gluck vint en 
France en 1770, précédé d'une réputation immense et justement méritée, 
n ne trouvait pas à la langue italienne assez de nerf po«r se mettre à l'unie 
son des passions violentes ; U pensa que la scène française « par la régula- 
rité de son ordonnance et la progression de son intérêt; était plus favorable 
à Tunité, condition qui l'occupait avant toute chose. Enfin le public fran- 
çais devait être, selon lui, le plus sensible à la vérité dramatique. C'était un 

(I) Lnlli, mort à 54 ans, a été enterré dans réglise des Peills-Fères, près la place Notre- 
DtMS dcii Vidoifii, où Ton veit eaoore son tombesaL 



XXIT CHANSONS POPULAIRES. 

rôle assez piquant pour un étranger, que celui de relever notre langue de 
Tanathème prononcé contre elle par le plus éloquent des écrivains français» 
Jean-Jacques Rousseau. 

Il fit alors la musique d'Iphigénie en AtUide, dont le bailli du RoUet coupa 
le poème d'après celui de Racine, en conservant, autant que possible, l'ad- 
mirable versification du poète. 

Du RoUet écrivit à l'administration de l'Opéra, et l'engagea à faire venir 
le musicien à Paris. L'idée d'une révolution musicale souleva une violente 
opposition ; mais on eut recours à la dauphine Marie-Antoinette , qui avait 
beaucoup d'attachement pour son ancien maître, et qui fut heureuse de 
lever tous les obstacles. Gluck se mit en route à l'âge de soixante ans. Ipfti- 
génie fut représentée le 19 avril 177&> et fit époque; l'effet en fut prodigieux; 
il en fut de même d'Orphée et d'Alceste. La musique ancienne, justement 
alarmée, voulut opposer à Gluck un rival ; les partisans de celle-ci obtinrent 
qu'on fît venir en France Piocini , qui était célèbre en Italie. Alors com- 
mença cette guerre qui fit tant de bruit, entre les gluckistes et lespiccinistes. 
Le théâtre devint une véritable arène , quelquefois sanglante. Chaque ma- 
tin, dans les feuilles publiques, c'était une grêle d'injures et d'épigrammes; 
tout Paris était en insurrection. Les hostilités durèrent jusqu'à ce que le 
compositeur allemand fût retourné à Vienne. Avant son départ, en 1780» 
il donna Armide et Iphigénie en Tauride. Il mourut à Vienne , le 16 no- 
vembre 1787, d'une attaque d'apoplexie. 

Gluck a fait de l'art dramatique un langage sublime qui captive l'àme tout 
entière. Sa musique fait oublier, par un étonnant prestige, que c'est par 
l'oreille qu'elle arrive au cœur. « Grâce à ce grand homme , a dit un juge 
compétent, l'opéra n'offre plus un concert dont le drame est le prétexte; il 
a tout l'intérêt de la tragédie : c'est Corneille , c'est Racine traduits dans 
une langue nouvelle ; c'est le sublime et le pathétique de ces grands poètes.» 

Piccini marcha sur les traces de son rival dans Iphigénie en Tauride et 
dans la Didon, dont Marmontel avait écrit le poème. 

Salieri, à qui Gluck avait remis l'opéra des Danaïdes, que sa santé ne loi 
permettait pas d'écrire , obtint un succès auquel succéda celui de Tarare, 
que Beaumarchais lui avait confié. 

Nous arrivons à Sacchini, qui obtint un éclatant succès avec les opéras de 
Dardanui, Renaud et Chimène. Son plus bel ouvrage fut Œdipe à CoUnrne, 
que la cour accueillit avec un grand enthousiasme , mais dont l'apparition 
à Paris fut retardée par des obstacles de mille espèces. Ce ne fut que quatre 
mois après la mort du célèbre compositeur qu'on représenta à l'Opéra 



HISTOIRE DE LA CHANSON. Xl^ 

Œdipe à Colonne qui restera l'un des chefs-d'œuvre du genre, autant par 
le génie du musi«;ien que par la beauté du poème de Guiliard. La musique 
de Sacchini, simple et gracieuse, est rehaussée par une mélodie et une 
harmonie toujours correctes; aussi a-t-elle défié les outrages du temps, 
malgré les révolutions opérées depuis un demi-siècle dans l'art musical. 

Nous terminerons la liste des musiciens célèbres qui ont illustré l'opéra 
par le nom de Grétry, qui a dit dans un de ses ouvrages : « Ma musique 
n'est pas aussi énergique que celle de Gluck, mais je la crois la plus vraie 
de toutes les compositions dramatiques. Je n'ai pas exalté les tètes par un 
superlatif tragique, mais j'ai révélé l'accent de la vérité. » 

Treize ouvrages de ce maître ont été joués au grand Opéra; plusieurs ap- 
partiennent au genre comique. 

Les ouvrages qui ont obtenu le plus de succès jusqa'en 1827 sont : la 
Lampe merveilleuse , d'Etienne et Nicolo; la Vestale , de Jouy et Spontini : 
Fernand Cariez, des mêmes auteurs; Aristippe, de Leclercet Giraud, mu- 
sique de Kreutzer. 

Alors apparut une nouvelle ère musicale avec le Siège de Corinihe^ qui 
nous fit connaître le célèbre Rossini. 

Cet illustre fna€5(ro , qui, depuis iSlO; avait commencé à briller sur les 
théâtres d'Italie, où il avait donné Tancredi , ilBarbiere, Otello , la Gazza 
ladra, la Cenerentola, n'aurait pas cru sa gloire complète s'il ne l'avait con- 
sacrée sur la scène lyrique française. Ce hardi novateur a lancé la mélodie 
dans des routes nouvelles, et changé tout le système lyrico-dramatique des 
Italiens, en appelant l'orchestre à concourir à Tintérêt qui , précédemment 
se portait uniquement sur la partie vocale. Cependant des critiques préten- 
dent que Rossini, qui çsa lutter avec Paesiello et Mozart, est au-dessous du 
premier pour la mélodie et du second pour l'harmonie ; que ses ouvertures 
sont faibles, qu'il se répète trop, et qu'il néglige presque toujours la règle 
fondamentale de tous les beaux-arts, c*est-à-dire l'ensemble , qui doit ré- 
gner dans une composition, regardée comme un tout dont les parties s'en- 
chaînent et se prêtent un appui mutuel. Le chef-d'œuvre de Rossini , firtit^ 
laume Tell, parodié sur sa musique par des auteurs français, est, comme 
poème, un ouvrage très irrégulier et sans intérêt. Il est vrai que, dans un 
opéra italien , il ne s'agit guère que de flatter l'oreille par quelques airs et 
quelques morceaux d'éclat , la pièce n'étant qu'un cadre auquel on ne fait 
point d'attention. C'est le système opposé qu'avait suivi Gluck et qu'on' 
toujours adopté les grands mattres de la scène lyrique; c'est celui que sui* 
vent encore Meyerbeer et Ualévy, et qui a fait le grand succès de Robert U 



XXVI CHANSONS POPULAIRES. 

Diable, des Buguenots et de la Juive, dont les poèmes, écrits par Scribe, 
sont de vraies compositions dramatiques où l'intérêt du sujet, la splendeur 
du spectacle, concourent au bel ensemble de Topera. 

Peut-on parler de TOpéra sans citer quelques-uns des noms qui y sont de- 
venus célèbres, et sans citer pour le chant Cheron , Lays , Rousseau , la fa- 
meuse Saint-Huberty ; et, sous l'empire, Dérivis, Nourrit et madame Bran- 
chu; puis, de nos jours, Duprez, mademoiselle Falcon et madame Stolz? 

La danse a eu aussi ses célébrités dans les Gardel , les Vestris, et les de- 
moiselles Salle , Camargo, Guimard , génération à laquelle a succédé celle 
des Clotilde, des Bigottini, et ensuite celle de Taglioni, d'Essler, puis d'une 
foule d'autres sylphides , dont la reine est aujourd'hui la ravissante Carlolla 
Grisi. 

Maintenant que les décorations et les costumes sont si perfectionnés, on 
ne saurait s'imaginer à quel point ils furent longtemps ridicules à l'Opéra. 

Au Théâtre-Français, sous Louis XIV, les acteurs de tragédie étaient vê- 
tus du costume qu'on portait à la cour, y joignaient une écharpe en cein- 
ture, et avaient la tête embarrassée de la volumineuse perruque du temps, 
sur laquelle on plaçait une couronne de laurier ou un chapeau garni de 
plumes. 

A l'Opéra, les costumes étaient d'imagination et ne ressemblaient à ceux 
d'aucun temps, d'aucune nation. Les dieux, les bergers, les rois, les héros» 
figuraient ornés de guirlandes de fleurs, et tous portaient des paniers comme 
les femmes d'alors. 

En 1681 , on vit, pour la première fois, des danseuses paraître sur le 
théâtre de l'Opéra; jusqu'alors ces emplois avaient été remplis par des 
hommes habillés en femmes. 

Les danseurs parurent longtemps avec des masques , et il n'y a guère 
qu'une soixantaine d'années qu'ils ont dansé à visage découvert. 

En 1719, rOpéra était encore éclairé par des chandelles. En cette année, 
par la munificence du fameux contrôleur général Law, on leur substitua 
des bougies. 

Quoique nous l'ayons tracée rapidement et en passant sur beaucoup de 
détails , l'histoire du théâtre de TOpéra ne serait pas complète si nous n'y 
joignions pas celle des différentes salles dans lesquelles ce spectacle a été 
établi. 

Le théâtre du Palais-Koyal , dont Sauvai dit qu*il était le plus commode 
et le mieux entendu de tous , ne consistait qu'en vingt-sept degrés ou gra- 
dins et deux rangées de loges. Les degrés n'avaient que quatre ou cinq 



HlSIiOlBB DB LA 4aAlf80N. ZXTIl 

poaoes de hauteur ; les spectateurs du vingt-septièsie degré n^étaieiit point 
au-dessus des acteurs. Les temmesée la eoiir faisaient porter des fauteuils 
ou des chaises que rou posait screesdegrés« 

L'entrée de ce spectacle était sur la place du Palais-Royal, et on y parve- 
nait par un cul-^e-sac étroit qui s'ouvrait sur la façade du palais. Le théâtre 
qui lui était eontigu n'avait rien qui le caractérisât. Un incendie le détruisit 
en 176S« et, pendant qu'on le reconstruisit, les acteurs jouèrent au théâtre 
des machines du château des Tciiieries. 

En 1770, la nouvelle sa?^e fut achevée et ouverte au public, qui s'y porta 
avec une affluence extraordinaire. Elle fut plus élégante que celle qui avait 
été incendiée; on y trouvait quatre rangs déloges. Après douze ans d'exis- 
tence, cette salle devint encore la proie des flammes au mois de juin 1781. 

C'était sur ce nouveau théâtre qu'avaient brillé le danseur Dauberval, le 
chanteur Legros, et Sophie Arnould, célèbre parla vivacité de son esprit 
et ses heureuses et fines reparties. 

On bâtit alors une salle provisoire près de la porte Saint-Martin ; elle fut 
achevée dans l'espace de soixante-quinze jours. Les acteurs de TOpéra y 
jouèrent jusqu'en 1793, époque oii ils allèrent établir leur spectacle dans 
la salle que la demoiselle Montausier avait fait élever dans la rue Richelieu, 
vis-à-vis la Ribliothèque royale. L'Opéra y resta jusqu'au 43 février 1821, 
époque de l'assassinat du duc de Berry. L'édifice fut démoli et le spectacle 
transféré d'abord au théâtre de Louvois, puis au théâtre Favart, et enfin 
dans la salle où il est actuellement, rue Lepelletier, sur l'emplacement de 
l'ancien hôtel de Choiseul. Il y fut installé en 1822. 

Telles sont les difiërentes migrations de l'Opéra « qui attend un emplace- 
ment définitif, la salle où il est aujourd'hui n'étant que provisoire. Cepen- 
dant cette salle est encore la plus belle de Paris, et les talents de tout genre 
que l'on y admire font de l'Opéra le premier spectacle du monde. 



Dans l'ordre chronologique et dans celui de l'importance relative des 
théâtres chantants, après l'opéra vient l'opéra comique ; car s'il est vrai 
que ce genre, vraiment national en France, doive son origine au vaudeville 
qui prit lui-même naissance dans les théâtres forains, il s'est dégagé de ses 
langes et a commencé à voler de ses propres ailes luen avant que le vaude- 
ville eût un théâtre spéciaL 

Ujavaitv dans le vieux Paris, deux faîeea Saint-Germain et une (6ir« 



ZXVIIl CHANSONS POPULAIRES. 

Saint-Laurent. L'époque oii fut fondée la première foire Saint-Germain 
n'est pas bien certaine; tout ce que l'on sait, c'est qu'elle existait déjà sous 
le règne de Philippe-le-Hardi, vers 1280. Elle dura jusqu'au règne de 
Louis XIL 

L'autre foire Saint-Germain, celle qui a duré jusqu'à la révolution de 1789, 
fut créée par Louis XI, en 1482, et donnée à l'abbé et aux religieux de 
Saint-Germain avec franchise huit jours durant. Sous Charles VIII elle ne 
durait que quatre jours; Henri IV la fit durer trois semaines; en 1630, elle 
fut continuée six semaines; sous Louis XV et jusqu'à la révolution, elle 
durait deux mois. 

L'origine de la foire Saint-Laurent est inconnue; tout ce que l'on sait, 
c'est qu'elle a pris son nom de l'église Saint-Laurent dont elle était voisine, 
et qu'elle se tenait le jour de la fête de ce saint. Elle appartenait aux prêtres 
de la mission de Saint-Lazare. 

Ces foires étaient garnies de boutiques et d'échoppes où l'on vendait toutes 
sortes de marchandises; ensuite on y fit voir des animaux curieux. Il se 
passa beaucoup de temps avant qu'il s'y introduisît des spectacles de quelque 
genre que ce fût. Les premiers que l'on y vit furent des marionnettes, et le 
fameux Brioché y transporta les siennes. Scarron en parle dans sa descri- 
ption burlesque de la foire Saint-Germain. 

En 1646, le lieutenant civil accorda une permission à des danseurs de 
corde, et en 1678 ces bateleurs jouèrent pour la première fois une espèce de 
pièce mêlée d'intermèdes et d'exercices, intitulée Les Forces de F Amour et 
de la Magie. 

Les danseurs de corde, sauteurs et montreurs de marionnettes donnaient 
leurs jeux dans des baraques que l'on appelait des loges, et qui n'étaient 
point faites en forme de salles de spectacle comme elles l'ont été depuis. 

Une loge était un lieu fermé avec des planches, oîi l'on dressait des 
échafaudages pour les spectateurs, une corde tendue pour les danseurs, et 
une estrade peu élevée pour les sauteurs. 

En 1690, Alexandre Bertrand augmenta son jeu de marionnetfes d'une 
troupe déjeunes acteurs qui représentèrent une petite comédie. 

Les comédiens français réclamèrent contre cette innovation. La loge fut 
abattue par ordre du lieutenant de police ; Bertrand se réfugia à la foire 
Saint-Laurent. 

En 1696, la suppression de la troupe des comédiens italiens offrit une 
ressource aux entrepreneurs des jeux de la foire, qui, se regardant conune 
héritiers de leurs pièces de théàtrç, en jouèrent plusieurs fragments et ajou- 



HISTOIRE DK LA CHÂN80N. XXII 

tèrent à leurs troupes des acteurs capables de les représenter. Le public y 
courut en foule. Alors on construisit des salles de spectacle en forme, 
théâtre, loges, parquet, etc. 

On ne saurait se faire une idée des persécutions qu*essuyèrent les malheu- 
reux forains de la part des comédiens français, et de la persistance avec la- 
quelle ils y résistèrent. Sentences de police, ordres du parlement, ils élu- 
daient tout. On démolissait leurs théâtres, ils lès rebâtissaient. 

On ne leur permettait de jouer que des scènes détachées, ils appelaient 
du lieutenant de police au parlement, qui suspendait Texécution des sen- 
tences; enfin, triomphant de tous les obstacles, les forains furent tout-à- 
fait établis vers 1700. Ils prirent un arrangement avec TOpéra, et se tirent 
quelques amis parmi les comédiens français. L'Opéra, en vertu de ses pri- 
vilèges, leur accorda la permission de chanter, et, moyennant un droit qu'ils 
s'obligèrent à payer, leurs pièces devinrent des comédies mêlées de chan- 
gements de décorations, de machines, de musique et de ballets. 

En 1708, Dominique Biancolelli, fils de Dominique, Texcellent arlequin 
de la Comédie-Italienne, débuta à la foire Saint-Laurent par une pièce de 
sa composition, intitulée Arkquin geniUhamme par hasard. L'acteur et la 
pièce eurent le plus grand succès. Ce comédien quitta la foire en 1717 pour 
débuter au Théâtre-Italien. 

En 1712, Le Sage, Fuzelier et d'Omeval commencèrent à composer des 
pièces purement en vaudevilles, et le spectacle prit de ce moment le nom 
d'OpéraComique. 

On mêla peu à peu de la prose ou des vers avec les couplets pour mieux 
les lier ensemble et pour se dispenser d*en faire de trop communs. 

Mais il survint une défense aux forains de parler. Les comédiens français 
avaient obtenu un arrêt qui défendait à ceux-ci de donner aucune comédie 
par dialogue ou par monologue. Les forains eurent recours aux écriteaux, 
c'est-à-dire que chaque acteur avait son rôle écrit en gros caractères sur du 
carton quil présentait aux yeux des spectateurs. Ces inscriptions parurent 
d*abord en prose, après cela on les mit en chansons ; mais comme ces écri* 
teaux embarrassaient sur la scène, on les fit descendre du ceintre. Deux 
enfants habillés en amours, et suspendus en l'air, déroulaient l'écriteau, 
l'orchestre jouait l'air du couplet, et des personnes placées dans la salle le 
chantaient pendant que les acteurs y accommodaient leurs gestes. 

L*Opéra-Comique vécut ainsi pendant quelques années; mais, en 1721, 
le privilège fut ôté à la troupe qui l'avait, puis, en 1722, le spectacle fut 
fermé tout-à-fait. Les acteurs s'avisèrent alors de louer une loge et d'y 



• 

faire représettter leurs pièces par des marionaettes. Cette ihMiv6Mité rirnsÊiL 

Après beaucoup de vicissitudes qu'il serait trop loog de décrire, ranciao 
Opéra-Comique passa, en IT&S, dans les mains de Jean Jtfonœt, booune 
4*esprit, qui attacha à son théâtre des iiuteurs doat le talent conunen^^t à 
plaire au public; c'étaient, entre autres, Piron, Vadé et Favart. 

Il est curieux de voir, dansies Mémoires de Monnet, Tétat d'avilissement 
dans lequel le théâtre de TOpéra-Comique était tombé, par la oégligeafie 
du directeur Ponteau» ce qui en avait absolument éloigné la bor^ae ûam- 
pagnie. 

« La livrée, dit-il, js'éCkit emparée du parterre; elle décidait des pièoeSt 
sifflait les acteurs et quelquefois même ses maîtres quand ils s'avançaioHt 
trop sur le devant de la scène. (On sait qu'à cette époque il y avait des deux 
côtés de la scène des banquettes pour les spectateurs.) Les loges des ac- 
trices étaient ouvertes à tout le monde ; la salle et ie théâtre étaient con- 
struits comme les loges des baladins. La garde s'y ùûsait par un officier de 
police et sept à huit soldats de robe courte. L'orchestre était composé par 
des gens qui jouaient aux noces et aux guinguettes ; la plupart des dan- 
seurs figuraient avec des bas noirs et des culottes de drap de cooletir* 
Rien, en un mot, n'était si sale, si dégoûtant même que les accessoires de 
ce spectacle, d 

Monnet obtint une ordonnance du roi qui défendait les entrées à la li- 
vrée; il fit construire un amphithéâtre, réparer et décorer la salle à neol^ 
chercha des sujets pour améliorer sa troupe, et eut le bonheur d'yfaire en- 
trer Préville, qui est devenu depuis un des plus célèbresacteurs du Théâtre- 
Français. 

Pendant longtemps les opéras-comiques no furent que des pièeee dont 
les couplets étaient faits sur des airs connus comme nos vaudevilles; mais 
l'apparition en France des chanteurs italiens, nommés bouffons, inspira è 
Vadé l'idée de faire composer de la musique nouvelle pour ses opéras» 
comiques, et lorsque, après un séjour de dix-huit mois, en 1753, les boof* 
fons eurent repassé les monts, Vadé fit les Troqueurs, et proposa son projet 
à d'Auvergne, habile harmoniste. Ce compositeur réussit : il attira au spec- 
tacle de i'Opcra-Comique Taffluence des amateurs de la bonne musique; 
les TroquetMTS eurent un succès de vogue. 

Sedaine, Anseaume, Poinsinet, Favart et plusieurs autres suivireni 
l'exemple de Vadé, et on vit paraître les airs charmants des Duni, Grêtry» 
Philidor, Monsigny, Martini, et de quelques autres musiciens moins e^ 
lèbrea. 



iUSTOJU ME JLéL ^SHUyiSON. «Kl 

Aiependant plusieurs de ces piàoes étaient jnélées d^eirs ancîeiis et d'airs 
nouveaux; peu à peu la musique prit le dessus» et le vieux vaudeville dis- 
jtariU tooUà-faU. 

Ce fut en 1761 qu*«ut lieu la xéunion 4e rOpéra-Comlque avec la Go- 
nédie-Italienne. Les deux troupes altarnèreut et eurent dee jours fixés 
pour leurs représentations; mais Jbient6t TOpéca-Comique «tua la Comédie-^ 
Italienne. 

La muse de Favart commençait à jeter le f^lus vif éclat sur cette scène par 
les Trois SiUUmes et AmutU et Lubin. Bientôt après Aiweanroe y donna 
les Chasseurs et la LaUHre, avec la jolie musique de DunL Poinsinet fit 
jouer le Sorcier avec celle de Pbilidor. Sedaijae et llonsigny enrichirent la 
scène de Rose et Colas. 

Favart marcha de succès en succès avec IsabeUe et Gertnide, la Fée Ur- 
gèle. Sedaine et Monsigny donnèrent le Déeertewr: Marmontel et Grétry, le 
Huron, et le môme compositeur, avec Anseaume, le TtAleau parlant. 

limire et Àzor, la Rosière de Sakney, le Magnifique» Sylvain, la BeUe 
Arsène, Filix^ et tant d'autres pièces dont il serait impossible de donner la 
liste, eurent des succès qui ont duré jusqu*à nos jours. Ces succès toujours 
croissants déterminèrent en 1788 les comédiens italiens à se retirer et à 
jaisser le théâtre à TOpéra-^Gomique. Il n'y eut de conservés que l'excellent 
Carlin, et Camerani, qui eut l'administration du spectacle en qualité de se- 
mainier perpétuel* 

Cependant, outre les pièces à ariettes, on y joua quelquefois des 
drames et des comédies. Desforges y fit jouer la Fesnme jalouse et Tom 
Jones à Londres: Mercier, Vhidigent, et la Brouette duvinaigrier ; Andrieux 
j donna Anaximandre et les Étourdis. Nous pourrions en citer beaucoup 
d autres qui eurent du succès. On y avait joué plus anciennement de char- 
mantes comédies de Marivaux telles que les fausses Confidences et les Jeux 
de r Amour et du Hasard. Plusieurs de ces pièces ont été depuis jouées aux 
Français. Bientôt après^n y joua aussi les jolis vaudevilles de Piis et Barré, 
genre gracieux, aussi français, plus français peut-être que l'opéracomique 
«lii-même, et dont nous parlerons toutrà-l'heure. 

En 1783, le ThéÀtre-Italien quitta l'hâXel de Bourgogne, rue llaucouseil, 
et s'établit sur le terrain de M« de Choiseul, oii il est encore maintenant et 
Oh il prit, en 1792, le titre de Théâtre national de rOpéra-Comique. C'est 
depuis cette époque que l'on y vit des acteurs chéris du public : Caillât» 
Triai, Clairval, Michu, £lleviou, et que, parmi les actrices» on remarqua 
miwdames Dugazon et Saint-Aubin, doiU les talenta ne peuvenU élrejoais en 

u 



XtXlI CHAlfSONS POPULAIRES. 

comparaison qu'avec ceux des meilleures comédiennes du Théàtre-Frao 
çais. 

Marsollier et Delayrac furent les auteurs les plus féconds et les plus heu- 
reux de rOpéra-Comique. On leur dut Nina, Camille et vingt autres pièces 
à succès. Paul et Virginie de Kreutzer, les Dettes etlaMélomanie de Cham- 
pein contenaient des airs que tout le monde retenait et chantait. 

Il serait impossible de citer tous les ouvrages qui firent pendant vingt ans 
la fortune de ce théâtre, jusqu'à sa réunion avec le théâtre Feydeau qui, 
créé en 1789, lui suscita jusqu'en 1803 une dangereuse rivalité. Le privi- 
lège de ce théâtre, qui eut d'abord le titre de Théâtre de Monsieur, avait été 
donné à Léonard, coiffeur de la reine. Il joua d'abord dans la salle des 
Tuileries, en 1790 à la foire Saint-Germain, et en 1791 dans la nouvelle salle, 
rue Feydeau. 

Le Théâtre de Monsieur avait d'abord joué des opéras traduits de l'ita- 
lien; il joua bientôt des opéras français; l'émulation produisit des effets 
heureux, mais les deux troupes rivales ne purent se soutenir, et la réunion 
des talents que possédait chacune d'elles fit de l'Opéra-Comique un théâtre 
admirable. 

Martin, Solié, Gavaudan, Juliet, mesdames Scio et Rolandeau complétè- 
rent un ensemble que l'on ne peut comparer qu'à celui qu*offrit la réunion 
des comédiens français, à peu près à la m^me époque. 

L'Opéra-Comique a subi depuis trente-trois ans bien des révolutions, il a 
vu briller et disparaître bien des talents aimés du public; mais ceci devient 
de l'histoire contemporaine; ces souvenirs sont trop présents pqur que 
nous croyions nécessaire d'aller plus loin. Nous avons seulement vou'u 
initier nos lecteurs au commencement d'un genre qui, faible dans sa 
source, a pris un développement si brillant, et d'un spectacle forain est 
devenu l'un des plus intéressants de notre capitale. 

ThéÀtrcff de Vnndevllleff. 

Nous comprenons sous ce titre tous les théâtres chantants, autres que 
rOpéra et l'Opéra-Comique, qui existent aujourd'hui à Paris. 

On a vu dans la notice précédente, que Piis et Barré avaient fait repré- 
senter au théâtre de ifOpéra-Comique, de charmants vaudevilles vers 1782; 
ces deux genres étaient alors confondus, et cela dura jusqu'en 1793, époque 
oU li liberté des théâtres fui proclamée. Piis et Barré conçurent alors le pro- 
jet de eonsacrer à ce genre si éminemment français une salle particulièrre. 



HISTOIRE DB LA CHANSON. XXXtH 

et ils la fondèrent dans la rue de Chartres, sur remplacement d*une salle de 
bal, nommée le Vaux-^hall d*hiver ou le Panthéon. Les fondateurs prirent 
pour devise un vers de Boileau, dont ils ne changèrent qu'un mot, et ib 
écrivirent sur leur affiche : 

Le Français, né malin, créa le vaudeville. 

Les premiers auteurs que s'associèrent Piis et Barré furent Desfontaines^ 
Radet, Demautort, Deschamps et Léger, acteur de ce théâtre ; mais Piis 
resta peu de temps dans l'association, et le triumvirat, dont le nom fit pen- 
dant vingt ans le succès et la fortune du Vaudeville, fut composé de Barré» 
Radet et Desfontaines. 

Bientôt ce genre aimable, dont le succès fut complet, attira beaucoup 
d'auteurs dont la plume facile embellit le nouveau répertoire; le thé&tre 
du Vaudeville fut surnommé la Boite à Vesprit, et ce surnom fut mérité, 
grâce aux ouvrages de Desprez, Bourgueil, Prévôt d'Irai, Philippon-la-Ma- 
deleine, le comte et le vicomte de Ségur. Les premiers ouvrages qui furent 
joués sur ce théâtre étaient légers dp fond, mais les détails en étaient toujours 
gracieux et les couplets piquants. 

Les acteurs qui s'étaient formés à ce genre y réussirent complètement, et 
joignirent à un bon ton de comédie l'art de chanter le couplet avec goût et 
finesse. On distinguait parmi eux Rosières, Vertpré, Chapelle, Duchaume, ' 
Henri, Julien, Carpentier; mesdames SaraLescot, Blosseville, Molière, de 
La Porte, Duchaume. La troupe était remarquable par son ensemble 
parfait. 

Un acteur spécial , Laporte, y remplissait le rôle d'Arlequin d'une ma- 
nière charmante, et avait renouvelé ce genre perdu depuis Carlin et main- 
tenant tout à-fait oublié. 

Les plus jolies arlequinades, qui lui durent en partie leur succès, furent 
Arlequin afficheur, Colombine mannequin, et quantité de parodies dans les- 
quelles il imitait d'une façon extraordinaire Talma; telles que Arlequin (a- 
quin et Arlequin Cruello, parodies de Lucrèce et d'Othello. Sa dernière 
création fut le Nécesêoire et le Superflu, pièce dans laquelle il rappela les 
traditions du meilleur temps de la comédie italienne. 

Les premières pièces qui attirèrent la foule au Vaudeville furent la Jle- 
vanehe forcée, le Prix, fa Matrone d*Éphise, le Petit Sacristain, Piron avec 
$es amie, Honorine, ou la Femme difficile à tnvre. 

Né presque avec la Révolution, le Vaudeville fut obligé de faire des oon- 

I 



UXIT CHANSONS POVULilUSft» 

ces^ns à Teaprit du jour, mais ce fut toujours avec modération. Cette 
scène ne fut pas souillée dea lurpitudes qui désboaorècaiit quelques autres 

tbéàtres. 

Le théâtre du Vaudeville, dont la marotte se changeait quelquefois en 
férule, vit souvent se renouveler des scènes d'opposition. Léger, dans sa 
pièce de V Auteur d*un moment, avait dirigé un couplet contre Chénier, au- 
teur de Charles IX. Les uns demandèrent bis, les autres s'y opposèrent. 
On força Tauteur à brûler sa pièce sur le théâtre. 

Plus tard, sous le Directoire,^ dans ime pièce intitulée : Ntpa» croire m 
qu*on voiir un couplet dans lequel on crut voir une allusion aux puisaaats 
du jour, fit fermer le théâtre pendant quelque temps* 

Après la période révolutionnaire, le Vaudeville reprit toute sa gaîté etsoa 
esprit de bon aloi; on y vit un genre de pièces ignoré jusqu'alors, c'est ce 
qu'on a appelé les pièces de galerie. Le Vaudeville passa successivement en 
revue maître Adam^ Molière, Scarron, Théophile, J.-J. Rousseau, Voltaire, 
Frédéric, Chaulieu, Boursault, madame Seshoulières, Gessner, l'Arioste, 
Florian, Gentil-Bernard. Un succès aussi brillant qu'estimable couronna 
Monsieur Guillaume, nom supposé sous lequel on représenta le vénérable 
et infortuné Lamoignon de Malesherbes. 

En même temps, le Vaudeville saisissait toutes les circonstances, et aucun 
événement, aucune mode, rien de ce qui prêtait au ridicule ou à la crîtiana 
n'échappait à ses malins couplets. 

A cette époque, le troupeau des auteurs de vaudevilles s^augmenta d*Ar* 
mand Gouffé, Georges Duval, Dieulafoi, Gersin, Tournay, Dupaty, du Mer- 
san, Chazet, Vieillard, Sewrin, Joseph Pain et Bouilly; ces deux dernier» 
attirèrent la foule avec le succès extraordinaire qu'obtint leur Fanchon la 
vielleuse^ sous les traits charmants de hiadame Belmont. 

Nous ne saurions citer les noms de tous les auteurs, ni les titres de toute» 
les pièces qui enrichirent le piquant répertoire du Vaudeville pendant 
vingt ans. Ce répertoire amusant, spirituel et varié, plaisait par son en- 
semble; cependant quelques pièces eurent la vogue, entrcautres fa Retm^ 
de Van YI^ la Soirée de deux prisonniers, la Leçon de botanique, les quatre^ 
Henri, Amour et mystère, Lanlara, le Pauore Diable, les deux Edmond, la 
Belle au bois dormant, Gaspard V Avisé. Joly était alors le comique en ré- 
putation du Vaudeville. 

Une troisième phase fit connaître déjeunes auteurs qui suivirent les tvacet 
de leurs prédécesseurs et qui remplacèrent eeu que le temps moissonnait 
ou qui survivaient à leurs succès. Ge furent Désaogier», Suboia, Bouge- 



HISTOIIB 9M UL CBAIffiON. ZUT 

mont* Franda„ Bioreau Théauloa, Dartois», MéldSfiUe, Boyard^ et enfin 
Scribe, qui coDamenç^ aa VaudavUle sa hnUlante carriète dramatique par 
la Visite à Bedlam, une Nuit de la^ gardé natioMUei, la Somnambule et le 
comte Qry., 

Mais bieniôi des théâtres rivaux s'élevèrent; la oinciirrenee s-*établit. La 
plus dangereuse fut celle du Gj^nase. Barré, devenu vieux, abdiqua, et la 
Vaudeville passa successivement dans les mains de Désaugiers, Bérard; de 
Guerchy,. Bernard-Léon et Arago* Sous ce dernier directeur, le genoe 
changea; la régence et Louis^XV devinrent à la mode; le Vaudeville se 
jeta en même temps dans le marivaudage et dans le drame. On y vit même 
des reines et des cardinaux. Puis les, couctisanes eurent leur vogue, et ar^ 
rivèrent Marion Ddorme^ Marie Mignot, la Camargo et bt Dubarry^ avec 
MM. Ancelot, Lockroi, Paul Suport. 

Les flonflons étaient vieux. Les refrains joyeux, les couplets villageois, 
les épigrammes piquantes cédèrenis la place aux grands airs, aax morceaux 
à prétention. 

Cependant Amal, qui remplaçait loly, avait conservé le privilège de faire 
rire, et gardait encore quelques traditions de Tancienj vaudeville, grâce a«x 
pièces amusantes de MM. Bupaty» Duveiit et Vavin^ dans lesquelles il était 
merveilleusement secondé par Lepeintoe jeune. 

Un incendie,, arrivé en 1836» détruisit cette bonbonnière, cette botte à 
Tesprii, dont le petit cadre convenait si bien an genre du Vaudeville. U 
Mut chercher un asile ailleurs. 0» sait que c'est maintenant sur la place 
de la Bourse, dans la salle construite pour le théàtjre des Nouveautés, que le 
Vaudeville a fait élection de domicile. Là il fut dirigé quelque temps par 
M. Trubert, qui n'y réussit pas. 

A sa direction peu heureuse succéda celle de M. Ancelot, plus homme 
d'esprit qu'administrateur, puis celle de M. Gogniard. 

Ce qui faisait le charme du VaudevUle, c'était le mélange des airs simj[rie8 
et joyeux, des naifspoitt-netif et des aîfs les plus jolis des opéras-comiques 
qui, bien adaptés aux paroles, leur donnaient de la valeur, et dont les re« 
frains bien choisis leur donnaient de Fesprit Ces airs connus aidaient le 
public à retenir les couplets qu'il fredonnait gatment en sortant du spec* 
tacle. Quelques^ms étaient composés exprès et devenaient populaires, 
comme ceux de Chardini et de Wecht, qui furent les deux premiers che£i 
d'orchestre du Vaudeville. Mats cehû qui en a composé le plus et dont les 
gradeuses mélodies ont eu le plus, de succès et se répètent encore, c'est 
Doche, qui a composé plus de quatre cents airSi, tous jolis et spirituels, qu'il 



XXXVl CHANSONS POPULAIRES. 

a réunis dans le recueil intitulé : la Musette du Vaudeville. Docbe, que ron 
a justement surnommé le Grétry du Vaudemlle, est mort en 1825. Son fils, 
qui lui a succédé, a hérité de son talent. 

Le vaudeville avait eu un thé&tre spécial, ce genre avait eu du succès ; 
tous les autres s'en emparèrent, et Tun de ceux qui rexploitërent des 
premiers fut le théâtre de laCilé-Variétés. Une partie de la troupe passa vers 
1798 au thé&tre de mademoiselle Montansier au Palais-Royal. Le fameux 
Brunet était du nombre; il fut bientôt rejoint par Tiercelin, Bosquier, Ga- 
vaudan et quelques autres. Ces acteurs avaient fait partie de la troupe rivale 
du Vaudeville, que Tauteur-acteur Léger avait réunie pour fonder le Théâtre 
des Troubadours. Ces troubadours avaient débuté au thé&tre Molière le h 
mai 1799 ; ils passèrent à la salle Louvois le l«c août de la même année, et 
cessèrent d'exister vers le commencement de 1801. C'est de cette époque 
que date la vogue extraordinaire du thé&tre des Variétés qui, après avoir 
été rémule de celui du Vaudeville, fut bientôt son égal et le surpassa sou- 
vent. Son genre plus varié, sa gaîté un peu plus hasardée, le mélange des 
pièces gracieuses, bouffonnes, grivoises, poissardes, attirèrent la foule, et 
beaucoup d'auteurs désertèrent la rue de Chartres, où quelquefois le vau- 
deville pinçait sans rire, pour venir s'enrégimenter dans la nouvelle salle 
des Variétés, qui venait de s'élever sur le boulevarl des Panoramas. Des 
vaudevilles aussi amusants que spirîtuels sortirent de la plume de Désau- 
giers, Francis, Georges Duval, Rougemont, du Mersan, Martainville, Merle, 
Brazier, Sewrin, Chazet. Plus tard, on vit se joindre à leurs noms ceux de 
Dartois, Théaulon, Mélesville, Scribe. Mais ces deux derniers allèrent en 
1820 fonder une nouvelle rivalité au Vaudeville, en élevant avec M. Poîrson 
le théâtre du Gymnase. 

C'était déjà beaucoup que trois théâtres du même genre, ce qui n'empê- 
cha pas, après la révolution de juillet 1830, qu'on ne laissât établir dans 
l'ancienne salle des Variélés-Montansier le théâtre duPaJais-Royal. 

Dieu sait la consommation de couplets qui se fait tous les ans dans ces 
quatre théâtres, sans compter le nombre de ceux qui se fabriquent journel- 
lement pour les théâtres de la Gatté, des Folies-Dramatiques, des Délasse* 
ments, du Petit-Lazzari, de Beaumarchais et même des Funambules, où 
malheureusement on chante aussi. Il faut que la mine soit inépuisable pour 
fournira une si prodigieuse exploitation. 

A ces notices sur les théâtres chantants, écrites par du Mersan, qu'il nous 
soit permis d'ajouter ce qu'écrivait en 1837 un autre spirituel vaudeTillisfe 
auquel nous avons fait quelques emprunts : 



HISTOIRE DE LA CHANSON. XXXTIl 

«Le vaudeville a commencé par être niais, puis il s*estfait na!f, puis sati- 
rique et méchant, et enfin hypocondriaque. Aprèsavoirété courtisan comme 
un ancien sénateur, il s*est fait indépendant comme un contrebandier. Il a 
donné successivement dans toutes les folies ; il a brisé le lendemain Tidole 
qu'il encensait la veille; et puis, quand il a été las, il est retombé, comme 
nous l'avons vu plusieurs fois, dans le marasme ou dans Tèxtravagance. 
Depuis six ans seulement, le vaudeville, c'est-à-dire le couplet, s'est fait 
drame, moyen-àge, pamphlet, fashion, gamin ; il a porté de la poudre, des 
cheveux plats ; il a mis des mouches, fumé le cigarre; il a chanté Vive 
Henri IV! la Carmagnole, Charmante Gdbrielle, la Parisienne \ il a été légi- 
timiste, républicain, juste-milieu; il a célébré Napoléon et crié vive la Li- 
berti! et porté des fleurs au pied de la colonne. On Ta vu s'asseoir dans le 
fauteuil royal; il a chanté dans les rues ; il a couru aux Variétés, à la rue de 
Chartres, au Gymnase, au Palais-Royal, à la porte Saint-Martin, à l'Ambigu, 
à la Gaîté, chez Madame Saqui, chez Bobineau, au Petit- Lazzari, dans la 
banlieue et dans les départements; il a chanté sur la oorde raide aux Fu- 
nambules, et fait le saut du ruban chez Franconi ; il a été talon rouge, bon- 
net rouge, cordon rouge; il a porté l'habit du soldat, la soutane du curé, la 
veste du prolétaire, le rochet d'un évéque; il s'est ri de tout, moqué de 
tout, saturé de tout; il est allé en enfer, en paradis; il s'est raillé du ciel et 
de la terre, de Dieu, du diable et des hommes. 

« L'histoire de l'époque où nous sommes sera plus qu'aucune autre facile 
à retrouver dans les fastes du vaudeville; ce sera pour lui une espèce d'é- 
poque sans nom. On verra facilement qu'en 1837 on chantait partout; muis 
que le véritable vaudeville n'était nulle part, hélas I 

a Quelques personnes pourront me répondre : mais vous avez dit que Ton 
riait au Vaudeville, aux Variétés, au Palais-Royal... le vaudeville y est donc? 
— Non ; le vrai vaudeville est mort : on chante partout ; mais des morceaux 
d'opéra, des airs deRossini, de Meyerbeer. J'entends partout des roulades, 
des barcarolles, des rondeaux, des duos, des nocturnes, des romances,et j'at- 
tends toujours des couplets... Le vaudeville est mort... quanta présent du 
moins, et je proclame d'avance un homme fort celui qui le ressuscitera, o 

Evidemment le bon et joyeux Brazier tournait au misanthrope lorsqu'il 
écrivit cette philippique. Oui, le vaudeville a tout chanté; mais cela n'em- 
pêche pasqu*il ne soit aujourd'hui plein de vie; etc'estle calomnier que de 
dire qu'il est mort, car il ne peut pas mourir, non plus que la chanson qui Ta 
fait naître et dont, par réciprocité, il a tant servi à propager le goût, grâce à 

son esprit et à la prodigieuse fécondité de ses pères. Ainsi Le Sage, le spiri- 

j 



XXXVIIl CHAWSOIfS POPULAIRES. 

tuel et immortel auteur de Gil Blas, donna àrOpéra-Comique, dans l'espace de 
vingt-six ans(de 1713 à 1739), cent et une pièces ; cela paraissait prodigieux : 
eh bien ! Brazier, à un siècle de là, et dans le même espace de temps à pea 
près, a fait jouer sur les théâtres de Paris plus de deux cent quatre-vingts 
vaudevilles ; presque tous les vaudevillistes de son temps n'ont pas été 
moins féconds, et ceux d'aujourd'hui le sont plus encore I Le vaudeville n'a- 
vait que trois théâtres à Paris, avant 1830 ; il en a plus de vingt aujourd'hui» 
car on chante partout, même au Théâtre-Français !... EL maintenant que la 
chanson a mis le pied dans le temple de Corneille, Racine et Molière, soyex 
sûrs que la donzelle n'en sortira plus et qu'elle y aura bientôt ses coudée» 
franches. 

Mais revenons aux chansonniers proprement dits, et aux sociétés chan- 
tantes, qui ont suivi la même progression, puisque, ainsi que nous Favons 
dit plus haut, on ne comptait pas moins, en 1835, de quatre cent quatre- 
vingts de ces sociétés autorisées, à Paris et dans la banlieue, non compris 
les chansonniers des rues qui se sont toujours tenus à part, et parmi les- 
quels brillaient autrefois Duverny l'aveugle, Cadot, Aubert, Collaud et taal 
d'autres qui eurent une immense renommée, et qui ont laissé de nombreux 
successeurs. 

Nous avons dit que le Caveau moderne avait tenté de ressusciter en 182ft^ 
pour remourir tout-à-fait peu de temps après ; mais déjà, deux ans aupar»* 
vant (1824), quelques chansonniers distingués, parmi lesquels se trouvaient* 
Marcillac, Louis Festeau, Dauphin, Saint-Gilles, A. Julien, Henry-Simon,. 
A. Jacquemart, Salcat, Justin Cabassol et plusieurs autres, avaient formé, 
sous le nom de Gymnase lyrique, une nouvelle société dont le succès fut tel 
tout d'abord, que toute la jeunesse chansonnière brigua l'honneur de s'y 
faire admettre. L'émulation enfanta des prodiges, et la réputation du Gym^ 
nase lyrique ne tarda pas à égaler et même à surpasser celle du Caveau ukv- 
derne. En 1832, cette société n'avait plus de rivale, ni dans le présent, ni 
dans le passé ; ses chansons, qu'à l'imitation du Caveau moderne, elle 
publiait en volumes annuels, eurent, dès les premières années, un succès 
qui ne fit que s'accroître jusqu'en 1832, époque où elle atteignit son 
apogée. 

Six ans s'écoulèrent encore sans que le Gymnase lyrique perdit rien de- 
sa célébrité si justement acquise; mais, hélas I la fragilité est une des con- 
ditions de toute création humaine; il ne faut souvent qu'un souffle pour 
détruire les plus belles. En 1838. l'amour-propre blessé de quelques mem^ 
bres du Gymnase lyrique amena une discussion des plus vives, à h suite 



HISTOIftS BB LÀ CHÀNSOlf. XXXIX 

de laquelle il y eut scission ; chacun des deux partis prétendit représenter 
la véritable société, de sorte qu'il y eut deux Gymnases lyriques, et qu'à la 
fin de Tannée chacun d'eux publia son volume sous le même titre. 

Tant de fiel entre -t il dans Vdme des chansonniers? Mon Dieu, oui, tant 
de fiel peut y entrer, et ce que nous racontons le prouve sans répli- 
que , car c'est de l'histoire que nous faisons; mais quand il y entre, hâtons- 
nous de le dire, il y reste peu, et ce fut ce qui arriva à propos du fait que 
nous rapportons : les membres du Gymnase lyrique s'étaient divisés en deux 
camps; le public qui achetait leurs chansons en Ot autant. Les frais d'im- 
pression avaient doublé, et la recette n'augmenta point; elle diminua au 
contraire très sensiblement : beaucoup d'amateurs, ne sachant auquel de$ 
deux recueils donner la préférence, n'en achetèrent aucun. Dans le doute 
abstiens-toi! c'est un conseil que l'on suit toujours volontiers, lorsque 
Fabstenlion doit avoir pour résultat de desserrer le moins possible les cor- 
dons de la bourse. 

A la suite de cet échec, les membres des deux fractions rivales sentirent 
la nécessité de mettre de l'eau dans leur vin, chose déplorable pour des gens 
qui, on le croira sans peine, n'en avaient pas du tout Thabilude; mais on se 
dit qu'une fois n*est pas coutume, et l'on se résigna : les deux fractions se 
rapprochèrent; comme on avait échangé force épigrammes, on se donna 
force poignées de main, et le Gymnase lyrique fut reconstitué aux accla- 
mations des amis de la joie. 

Pendant trois années encore les productions du Gymnase chantant eurent 
un immense succès, succès tel que, en 1841, cette société ayant été dissoute 
pour des raisons que nous ignorons, il était déjà impossible de trouver dans 
le commerce de la librairie une seule collection complète de ses recueil» 
annuels. 

Hais ce n'étaient pas seulement les sociétés chantantes qui entretenaient 
alors la vogue de la chanson. De 1820 à i830, une foule de gens d'esprit, 
n'appartenant à aucune de ces sociétés, faisaient des chansons charmantes. 
Dès 181 8, les chansons de Charin couraient le monde et étaient bien ac- 
cueillies partout. En 1820, Eugène de Pradel , ce merveilleux improvisa- 
teur, publiait son recueil, qui le faisait, à cause de quelques épigrammes à 
l'adresse des puissants du jour, mettre au corridor rouge de Sainte-Pélagie, 
devenue la Bastille des écrivains libéraux ; et , comme le coupable avait in- 
titulé son petit Iivi*e les Etincelles , cela fit dire qu'il avait été imprudent 
de jouer avec le feu. 

Au reste, cette infortune fut subie par beaucoup de chansonniers de la 



XL CHANSONS. POPtLAIRES. 

même époque. Ainsi, en même temps que Pradel, Debreaux, qui venait de 
publier son premier recueil sous le titre de Chansons nationales, était éga- 
lement condamné et claquemuré; Magalon, Barginet de Grenoble, Grand, 
Lagarde , Lesguillon , *Aug. Penint et une foule d'autres eurent le même 
sort, que partagea également Béranger, condamné pour la première fois à 
trois mois de prison par la cour d'assises de la Seine, le 8 décembre 1821, 
à raison de la publication jie huit de ses meilleures chansons, savoir : Deo 
gratias. Descente aux enfers. Mon curé, les Capucins, les Chantres de pa- 
roisse, les Missionnaires, le Bon Dieu, le Roi Christophe, 

Béranger a été porté depuis à l'Assemblée nationale constituante par un 
million de voix : Béranger ost une des gloires poétiques les plus pures de 
notre temps. 

Au nombre des joyeux faiseurs de ce temps (1820 à 1830) qui n'apparte- 
naient à aucune confrérie , nous mentionnerons M. Komieu, qu'on a /ait 
surnommé Vhomme le plus gai de France, et qui, en s'éveillant et mettant la 
main dans la poche vide de son gilet, improvisait quelquefois des chansons 
comme celle-ci : 

J' n'ai ou'un sou, j* n'ai qu'un sçu. 

C'était aussi alors que chantaient le joyeux Wollis, l'aimable et spirituel 
James Rousseau, morts tous deux rédacteurs de la Gazette des tribunaux; 
Alexandre Dumas, qui n'avait pas encore fait Henri III; le gai viveur 
Horace Raisson; Abel Hugo, frère du grand poète... Mais hélas! M. Ro- 
mieu fut nommé préfet, et il cessa de chanter pour faire la guerre aux han- 
netons de la Dordogne ; Dumas a cessé de chanter les Pieds d'ange de la 
charmante Ida pour faire des romans en soixante-dix volumes in-8®; Ho- 
race Raisson fait les comptes-rendus des cours d'assises pour la Gazette des 
tribunaux. 

Heureusement à ceux-là d'autres ont succédé, et faute de quelques moi- 
nes l'abbaye ne chôme point. 

Pendant ces dix années , loin de diminuer, le nombre des sociétés chan- 
tantes ne cessa de s'accroître. 

La révolution de juillet 1830 arrêta quelque peu cet élan; on cessa toutà- 
coup de chanter l'amour et le vin , pour réentonner la Marseillaise, le Chant 
du départ d'abord, puis la Parisienne, la Varsovienne, de Casimir Delavigne. 
La politique revint tout envahir, et l'on ne chanta plus que des chansons 



HI8T0IBB DB LA CHANSON. XLI 

nationales, que beaucoup de gens ont le tort de confondre avec les chan- 
sons populaires. 

En effet, la chanson nationale, toujours enfantée par une passion ardente» 
a pour mission de crier aux armes I de célébrer la victoire ou de poursuivre 
de sa haine railleuse les vaincus , au nom du plus fort. 

Le chant populaire, au contraire, est tout lyrisme et tout élégie. Le chant 
populaire, c*est celui qui, sans relation directe avec aucun paroxysme 
donné du patriotisme , se montre cependant le fils le plus dévoué de la pa- 
trie , qui en revêt les mœurs , en garde les coutumes , et se fait Tarche 
dépositaire de ses plus précieux souvenirs ; c'est celui qui n'oublie jamais 
ni les conquêtes, ni les croyances des plus anciens aïeux ; c*est la ronde de 
noces I la chanson de berceau, de table ou de métier; c'est la ballade disant 
les plus curieux récits sur les notes les plus simples. 

Donc, après juillet 1830, le vent était aux chansons nationales; il sem- 
blait qu'il n'y eût plus ni ridicules, ni travers; que la sottise, la cupidité , 
le despotisme, la lâcheté, le fanatisme, fussent morts et enterrés pour tou- 
jours. La chanson guerrière, nationale, avait envahi toutes les sociétés chan- 
tantes dont nous venons de parler, et, cOmme la plupart des chansonniers 
et chanteurs trouvaient ce régime un peu trop corsé pour en faire leur 
ordinaire, il en résulta que les sociétés se détraquèrent. La éhanson était 
vraiment en danger; il y avait péril en la demeure, car Béranger lui-même 
avait dit : « Le règne de la chanson est fini, b Le moyen de douter, quand 
le grand-prêtre condamnait son idole? 

Par bonheur, ce n'était qu'une phrase, une boutade sans conséquence; 
le grand-prêtre ^'était trompé ; un effet d'optique lui avait fait prendre une 
étoile nébuleuse pour un soleil nouveau; il s'était trompé, voilà tout; et, dès 
1631, il reconnaissait son erreur dans ce couplet digne de ses meilleurs jours: 

m 

Je croyais qu'on allait faire 

Du grand et du neuf, " 
Même étendre un peu la sphère 

De quatre-vingt-neuf. 
Mais point! on rebadigeonne 

Un trêne noirci. 
Chanson, reprends ta couronne I 

-^ Messieurs, grand merci ! 

Et la chanson, en effet, reprit sa couronne, son sceptre, et remonta sur 
fon trône, toujours jeune , vivace et joyeuse. 

K 



I 



ZLII CRAPBOIIB FOPVLAinS. 

!&ès-)ors, les soirées cfaantanles, petites et grandes, se reednsolMirent; 
mais , entre les sociétés régulièrement constituées, formant Beadémie, baar 
quêtant à jour fixe, et publiant leurs annales.«. e'est-^dire leurs chansons; 
entre ces sociétés, disoitô-nous , et les quatre ou cinq cents autres qui pid« 
lulaient à Paris, chantaient, m publiaient rien et se désaltéraient avec<hl 
vin douteux, il y avait une distance incommensurable, presque tout un 
monde. Pour chanter et banqueter à la fois, comme le Caveau moderfie cm. 
le Gymnase lyrique , il fallait avoir du loisir et là bourse bien garnie» Cauto 
de quoi le plus spirituel chansonnier était obligé de se taire ou de se re* 
battre sur les guinguettes. Cette lacune, un de nos plus spirituels chaaaeii* 
niers , Charles Lepage, entreprit de la combler en fondant, vers 1834, sous 



le nom de la Lice chansonnière, une sorte de société mixte. 

Jusqu'à cette époque , la vie de Lepage avait été fort acciddUtée. Né h 
Laon, de parents honorables, mais peu favorisés de la fortune, il n*a¥iit 
reçu qu'une éducation fort incomplète. De bonne heure obligé de travailler 
pour vivre , ses facultés intellectuelles ne pouvaient se développer qii*à 
l'aide d'une grande puissince de volonté; cependant, encore presque en- 
fant, il essayait de rimer des couplets. Cette disposition d'esprit lui fit bienlèl 
sentir la nécessité d'acquérir ce qui lui manquait pour produire quelque 
chose de correct; alors il se mit à étudier seul , sans mattre; et ses progrëe 
furent tels , qu'après peu de temps les livres élémentaires qui lui avaient 
servi lui parai:sant défectueux, il entreprit de les réformer, et il fit unei 
grammaire pour son usage particulier. C'est une œuvre originale qui n*m 
jamais été imprimée, mais dont nous avons eu le manuscrit sous les 
yeux. 

Un homme de cette trempe ne pouvait manquer de prendre bient6t dane 
le monde de l'intelligence sa part d'air et de soleil. Lepage vint à Paris,. o4l 
il fit la connaissance d'Emile Debraux, dont il devint le collaborateur et 
l'ami. Cependant, à l'exemple de mattre Adam, il continuait à travailler 
pour vivre et à chanter pour se délasser, et quelques-unes de ses chansons 
ne tardèrent pas à avoir un assez grand succès. Ce fut à cette époque que 
les confiseurs du grand monde, ceux qui fournissaient le roi et les princes, 
jugèrent convenable de renoncer aux devises insipides, aux madrigaux su- 
rannés qui, depuis deux siècles, avaient le privilège de se vendre à la livre 
en compagnie des plus délicieux bonbons. Plusieurs de ces industriels, qui 
avaient lu et chanté les chansons de Lepage, vinrent trouver ce dernier et 
lui demandèrent des couplets, des quatrains capables de rehausser pac teur 
mérite la qualité des productions ifu'ils étaient destinés à accompagner. L» 



HISTOniB DE LA CHAlfSON. ZERf 



poète accepta la proposition, et le voilà rimant matin et soir pour h ro^ des 
Lombards. 

La tftche était douce et fructneuse. Lepage , dès-lors, ne qmlià pivts h 
plume et sa réputation grandit chaque jour. Un peu phis tard , il créa 
rExira-Muros , journal de la banlieue , qur eut en peu de temps un grand 
nombre d^abonnés. On lui doit aussi Ta création d*nn jotirnéri en chansom; 
dont il fut le principal et souvent le seul rédacteur, et qui eut un succès 
de vogue. Enfin , en 1834, comme nous l^avons dit phrs haut , il fond» la 
société de la Lice chansonnière, avec le concours de plusieurs autres chan*- 
sonniers qui avaient déjà acquis une certaine réputation, tels que Germain, 
Blondel, Perchelet, Chance, E. Dugas,E. Haclrin, Jules Leroy. Au nombre 
des fondateurs de cette société était aussi Piton du Koqueray, qui en devint 
le président honoraire , et auquel nous devons une mention particulière. 

Fils d'un avoué de Coutances , Piton fit de bonnes et fortes études. Son 
père se proposait de lui céder sa charge; mais, à peine sorti du collège, 
Piton, à Texemple du célèbre comédien Desessarts, pensa qu'il valait nrietn 
faire rire et chanter les gens que de les ruiner, et, laissant là Cujas et Bîir>- 
thole, il donna un libre essor au feu sacré qui commençait à rayonner en 
lui. Un peu plus tard, pourtant, il entra dans Finstruction publique, et il 
professa successivement dans plusieurs collèges. Mais sous la robe du pro- 
fesseur battait toujours le cœur du chansonnier, et souvent en descendant 
de sa chaire le jeune pédagogue rimait quelque joyeux couplet. 

Vers 18ii^, Piton envoya quelques-uns de ses essais à Béranger, qui lui 
répondit par une lettre des plus flatteuses et des plus encourageantes. H 
n*en fallut pas davantage pour déterminer le poète à jeter la robe aux orties. 
On ne saurait croire combien de lettres de ce genre Béranger a écrites; il 
n*est pas un chansonnier moderne quelque peu connu qui ne possède au 
moins un de ces précieux autographes, auxquels on doit des myriades de 
vefs , des déluges de couplets. 

Malheureusement Piton ne se bonia pas à faire des vers, il écrivit aussi 
en prose , et il publia, en société avec Eugène de Honglave , un petit livre, 
la Biographie des dames de la cour, qui fit un bruit d*enfer, et qui valut 
un an de prison^à Tun de ses auteurs, fiton, lequel avait eu la générosité 
d'assumer toute la responsabilité de Tœuvre. 

Vint 1830; Piton, en dédommagement de la persécution qu*il avait subie, 
fut nommé principal de collège ; mais il ne resta que peu de temps dans 
cette position, et, de retour à Paris, après une absence de deux ans, il 
chanta de nouveau. Ce fut alors qpTû poblni, dans le journal en chansons de 



XLIT CHANSONS POPULAIRES. 

son ami Lepage , quelques fragments de son Horace travesti, qui esi bien 
la plus délicieuse b(^£fonnerie qu*il soit possible d*imaginer, et qui , nous 
ne savons pourquoi, n'a jamais été publié entièrement, bien que cet ouvrage 
d'assez longue haleine soit terminé depuis longtemps. 

En créant la Lice chansonnière , ses fondateurs décidèrent que cette so» 
ciété se réunirait le jeudi de chaque semaine; que les séances seraient pu- 
bliques; que chaque membre de la réunion aurait le droit de chanter sa 
chanson, et que, chaque année, la société publierait le recueil des chan- 
sons produites par ses membres. On établit aussi des prix destinés aux 
auteurs des chansons qui seraient jugées les meilleures. 

Grâce à ces sages dispositions des statuts de la Lice chansonnière , cette 
académie populaire devint promptement la plus célèbre de toutes ; les 
jeunes talents pouvant s'y produire sans difficulté, il en résulta une noble 
émulation qui lit merveille, et de cette pépinière de l'esprit sortirent bien- 
tôt de véritables talents qui acquirent en peu de temps une popularité 
immense. C'est là que firent en quelque sorte leurs premières armes Charles 
Gille, Charles Colmance, madame Élisa Fleury, Pierre Lachambaudie, dont 
les chansons et surtout les fables sont dans la mémoire de tout le monde. 
C'est de là qye sont sorties : 

C'est ma Lison, ma Lisette, 
La grisette. 

que toute la France a chantée , chante et chantera longtemps encof e; 

J'irai revoir ma Normandie, 

dont on a tiré plus d'un million d'exemplaires, et qu'on réimprime encore 
tous les jours , et une quantité d'autres productions véritablement hors 
ligne, qui expliquent le succès obtenu par les treize volumes que la Lice 
chansonnière a publies jusqu'à ce jour, et dont u ne reste plus un seul 
exemplaire complet dans le commerce de la librairie. 

Mais ce n'est pas là seulement que l'on a chanté beaucoup et bien (le- 
puis 1834, témoin: 



Mire dans mes yeux tes yeux. 



le Rocher de Saint-Maio, la Dot d'Auvergne, de mademoiselle Lol^a Pugel, 



HISTOIRB DE LÀ CHANSON. XLV 

et un grand nombre d'autres chansons et romances qui ont fait les délices 
du peuple après avoir retenti dans tous les salons. 

En revanche , la complainte a été outrageusement négligée pendant ces 
seize années, et les chansonniers des rues, proprement dits, se sont mon- 
trés d*une faiblesse désespérante. Voici un échantillon de ce qui a été 
produit de moins mauvais en ce genre » en 1847 : 

Ce dlgoe Bonaparte, 
Bon autant que guerrier, 
Imitait Henri quatre 
Pour aimer l'ouvrier. 
Il enrichit la France 
De gloire et de bienfaits, 
Et pour sa récompense, 
On le livre aux Anglais 



Au malheureux souffrant, riche, sois plus humain, 
Écoule l'ouvrier qui demande du pain, etc. 

que Ton juge du reste I... Ah I Duverny, Collaud, qui avez tant fait de chan- 
sons pour les rues, sous TEmpire, vous étiez des aigles en comparaison da 
vos successeurs ! 

Il nous reste à dire un mot, avant de terminer, d*une société qui eut, 
pendant quelque temps, la prétention de rivaliser avec la Lice chamonniire^ 
et qui s intitulait : les Enfants du caveau. Elle fit peu de bruit, et il n'en est 
plus question aujourd'hui; pourtant elle comptait au nombre de ses mem- 
bres quelques chansonniers d*un talent incontestable, parmi lesquels nous 
citerons E.-J. Sirven , qui a publié , en iS55, le recueil de ses chansons. 
Ce recueil renferme plusieurs pièces remarquables ; mais , nous devons la 
dire, le meilleur des couplets qu'il contient n'est pas de M. Sirven ; il est 
d'Armand GoufTé. Expliquons-nous. 

M. Sirven avait adressé des chansons à Béranger, qui lui répondit promple- 
ment; il en adressa ensuite à Armand GoufTé, et la réponse de ce dernier 
se fit attendre; mais elle vint enfin. En voici un fragment : 

< Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, bar« 
rière Pigalle, le 20 du mois dernier, ne m'est parvenue que depuis trois 
jours, dans la petite ville où j'ai choisi ma retraite depuis 1827; cette ville, 
célèbre par les plaisanteries de Piron , doit un autre genre de renommée à 
ses bons vins, et c'est pour ce dernier motif oue j'y ai fixé mon séjour. 

L 



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XLTI CHANSONS PCFULAMBS. 

Vous reconnattrez à oes traits Tillustre cité de Baune , département de le 
Côte-d'Or. 

« Sur ces coteaux dont j*ai chanté la gloire , 
Mon luth vieilli n'a {dus de joyeux sons ; 
Les dieux, du moins, m'ont laissé la mémoire ; 
Pour les vins vieux j'ai de vieilles chansons. 
Toujours épris des grâces naturelles, 
Des doux parfums et des fraîches couleurs, 
Du temps heureux où j'encensais les belles. 
Je me souviens en cultivant des fleurs. » 

Y a-t-il quelque chose de plus joli, de plus frais, de plus suave que ee 
couplet écrit par un vieillard de soixante-quinze ansl... Ah! monsieur 
Sirven , que vous avez été bien inspiré lorsque vous avez mis cette perle 
dans votre recueil I 

Et maintenant, que dirons-nous de la chanson, depuis la nouvelle ère 
républicaine qui a commencé au bruit du Chant des Girondins? — Peu de 
chose, si ce n*est que la chanson s'est faite socialiste, et que Pierre Dupont 
est à peu près le seul chansonnier qui ait obtenu , depuis cette époque, les 
honneurs de la popularié, honneurs mérités par la valeur littéraire de ses 
chants et par l'originalité des airs qu'il compose lui-même. Toutefob 
bien que le socialisme veuille conduire le genre humain à un bonheur 
terrestre plus grand que celui qui existe aujourd'hui, nous croyons que 
la chanson socialiste ne fera pas taire la vraie chanson, la chanson qui déride 
les fronts, avive l'espérance, endort la douleur, fait naître la joie, et que ses 
poètes respecteront la couronne primitive de cette joyeuse souveraine, qui 
n'a jamais demandé ni liste civile ni budget. 



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TABLE 

DIS lois m (UISOIIIKBS CITtS BUS IIRTOIM Dl 11 CIUSH. 



KOEMOM lOull 



i»«i-aï^&« 



BiRAHa»|da| . . KMIU1-4S-4S 

BCKNAIIO (UtlU t 

BluTiiirT .11 

BlLUITTlditmiItnldBPl. . IMa 

BlOHDEL 43 

Blot-l'Eifuit 14 

BDijrFLcnt(chcT>Uoid«| '. I . le 

BotmxT 34 

Bomoinu 1B-S3 

Bouujtiru ld«| 14 

Biunw .... U-it-at^-x 
BuiuT^iTun 13 



Câfilli. la 

CaAWrtnwn ..,:,.. 4 

CB«mxB ..,.,,.. 14 

CtumiM is 

Charlkiu. .,'.','.'.', u 






C]ÂiiR<Bluumi . 

ODiaKUllT. . 

CSLLtnp .... 

COLLÏ 

CoUfAKO (ChuM- 

CdiBILLON iiui , . ^ ^ ' ' té 

Chïicllou iptra). . 

D. 

]>400iriT . , . 
DAHComT. . . 

D:lurHiic ... . . . . _ 

DHRiAin [Bmflal . . 9Ml.3ft.43 
DEUvianlCu' " 

DlLOROCHAHr 
DtaiITTOBT . 

D^Momin . . lS-l»aM4^^ 

DstCNjkHra lEuitufai). . . 

DnHDDijhin [mtdimii . . 
DBHOULitaus imvlaïKilHCi 

DnTviTiii 
Dnauroi .... 
DOHnnqtr*. . . , 

DDBE[L*T . . , . 

DDC]ui-Dinftt<nL . 
Duniin .... 

DÛraiTT (Pierre) . , 
DUPOHT |Pul). . . 
DmuHO tOalIlMn*) 
D gTAt tOMCfa^. . 



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Faamçoib l'' . , . ... m 
PnjDJwc I" («nperenrK . . j 
FntDf ne II («nxTMtl ...» 
ntDlHcni<nfd«Hkllit. ■ . T 



It'abMI . 
Ôi!n7i,'Birt-iAitD 



GlLLE IChlilnl . . 



HiNRi IV M d« Frucal 



Hnoo |AM) 

HoODO-OoiRU (dit FUchdlM • 



IDLIIH [à..\. . . , 



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I^ritiTi lehiTtllcr de). . ■ ,. IB 

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Lehaire (J«»"I n 

Le Paof iQiulu) . . a0-43-«3-44 

Lekoï IJuIb») _ - 

LemOk 16-» 

Leiooilloh 

LlMTÉilElde) 

LoBRii {biùlUame dal*. ! ', '. 
Lduohah (comledcUMRMha) . 

M. 

Malherbe. 

Halievilie 

UaRCUAHT 

Harie-Stuart 

Maeickï 

Mabot laéniHill 

Marti A me Pirii |dlt d' AoHrgoel. 
Marta[»ville ^ 

llARTlHrRAKC 

llAislAS (OUncc) 

MAoSfei '.'.'.'.'.'.'.'. 

Maynard 

Maiarihi-Mamciiii 

Ueleeville 3< 

MiN^TRIEHlCulmiil .... 



nLÏANipiulesdO.pMlL-aiidt 

ChulM V 

C>KI.iAm (dudwEHl. .... 

OtrsRï 18-19 



8ii?it-Geui>. 

■ Baist-Pavib . 



PELLEORIK |l'*bM| IB 

PEIICHBLET 

PiaiN il'mbbéi 

PHILIPTON DE LA MaDEIEIHI 
rPE {diU* BïYOÏOtdl , 

,....'. îs-ÎMi-sîsa 

I 16-3CI.4& 

POlNBlBEl'. . '..'... aWl 



Bacan tS13 

RAtHOUD-B^HANOER ICBm» i 

Pto'mcel 

RAmONO deDubtoht. . . 
BaihondiieUirevaIII . . 
Raïseoh (Haracc) .... 

Rambacd d'Ohahce . . . 
Raoul IdiitïlAiu de Coucyp 



14.3« 
S0.31 



ite de ChimpRfiu). Ï4 



Tdiehke (Tlcamte de). 

u. 

VKfi <d'| 

V. 

VlD*. 

VebthamOîct Ile eoehet 
VUUB iTWophita I. . 
Vidal IPicrtel, . . . 
Vieillard 



FIN DE LA TIBLB. 




LES SOUVENIRS. 



àir populaire breton. 
Combien j'ai di 
Du Joli lieu de 
Ha sœur, qu'ils étaient beaui les jours 

De Francel 
mon pays, sois mes amoars 

Toujours '. 

Te soitvienl-il que notre mère. 
Ad foiier de notre chaamière, 
Nous presMilsursoncŒor joyeai, 

Ha chère? 
Et DOUB baisions Hes blancB cheveu 

Tous deux I 



Ha SŒur, te sonvient-it encore 
Du château que baignait la Dore, 
Et de celte Unt vieille tour 

Du Maure, 
Où l'airain sonnait le retour 

Du jour? 



Te souvienl-il du lac tranquille 
Qu'enieurail l'hirondelle agile; 
Du Tent qui courbait le roseau 

Mobile, 
Et du soleil couchant sur l'eau, 

SibeauT 



CHANSONS POPULAiaES. 



Te socmcnt-îî de cette amie, 
Tendre compagne de ma vie? 
Dans les bois, en cueillant la fleur 

Jolie, 
Hélène appuyait sur mon cœur 

Son cœur. 

Oht qui me rendra mon Mélono, 
Et ma moni^îgne et le gnmd chêne? 
Leur souvenir fait tuu> les jo'jrs 

Ma peine: 
Mon pays sera mes amours 

Toujours ! 

Be ChateaubrianCk. 



VoBS sommes heureax de pouToir placer an des 
I les plus illastres de notre littérature et de 
I histoire contemporaine parmi ceux qai fi^areat 
ice recueil. Si le génie a dicté des pages bril- 
lantes à l'auteur des Martyrs et au chantre du chris- 
tianisme, c'e!>t son rœur qui a laisse tomber cette 
toochante élégie des Souvenirs comme une )oIie (lear 
qui s*ectiuppii d'une couronne d'immort*lles. Grâce, 
pureté, sentiment, t:^ut se trouve dans ce petit poèev. 
Cest la voix émue de l'exilé qm soupire et se 
confond stcc le souiTIo des renia, auxquels il 4e» 
mende un peu de Pair Ja son pays natai. Une m^ 
lodie des monlagnex» simple et douce, ajoute de 
«dierme aux paroles, qui poerraient se dire sias 
dtre chantées, tant leur expreasioo est poétique et 
harmonieuse. 

La musique se trouve notée eu K. MK de b 
Clé du Caveau (l). 



LA MUSETTE. 

1773. 

ma tendre musette. 
Musette des amours, 
Toi qui chantais Lisette, 
Lisette et ses beaux jours, 
D'une vaine espérance 
Tu m'avais trop flatté : 
Chante son inconstance 
Et ma fidélité. 



(Test Tamonr, c*est » ffanune 
Qui brille dans ses yeus: 
Je croyais que son âme 
Brûlait des mêmes feux, 
Lisette à son aurore 
Respirait le plaisir. 
Hélas I si jeune encore 
Sait-on déjà trahir? 

Sa voix pour me séduire 
Avait plus de douceur. 
Jusques à son sourire, 
Tout en elle est trompeur; 
Tout en elle intéresse, 
Et je voudrais, hélasl 
Qu'elle eût plus de tendresse, 
Ou qu'elle eût moins d*appas. 

O ma tendre mieette^ 
Console ma douleur; 
Parle-^noi de Lisette : 
Ce nom fait mon bonheur. 
Je la revois plus belle, 
Plus belle tous les jours: 
Je me plains toujours d'elle, 
Et je Taime toujours. 



Cette romance de La HM>pe perot ponr U |W 
Bière fois dans YAimanarn des MuMes de ms, 
avec l'air noté. Monsigny, qni ce avait composé b 
wuiqiie, n'y arait paa me son nom, ettachaat pB 
dnaportaace à cette asélodie, qui est poerUflK 1» 
plus grand saccèa. Cette romaace fut «hantée (■► 
tout, etpartoet on ebantaii : WMtUe^ at*-flMMW% 
ae Ken ds z MMêette des amours. GHI» CbmI» mH 
égaleneat faite dans presque tons les rfe—ile ; eOe 
désoleir La Harpe, qai, ontendaet ea^r «■• de- 
moiselte la chanter ainsi, loi dit: « MadeiÉolselle, 
ma musette n*esl pas et ne peut pas èiremses amottrt^ 
mais elle les chante : c'est la mnsstte des amottrê.» 

La musique se trouve notée au N. 417 de la Cli 
du Caveau. 



LES SOUHAITS. 



1763. 



Que ne suis-je la fou<;cre 

Où, sur le soir d'un beau jour. 



(1) tM Clé du Caveau est le recueil le plus complet qui eiitte des airs anciens et nouveaux, il soT^nd 35 fr.. 
cbes A. Cotcliet rue Jean-Jacquet Rousseau, 3. 

Nous prévenons le lecteur que nous ne nous faisons pas jnge de la valeur de toutes Ifs pièces qee noos «4. 
mettrons dans ce reroeîl ; leur degré de popularité est notre principal guide ; nous dérogeruns cependant à 
règle, mais cessera alors pour colles d*an mérite réel. 



ROMANCES. 



Se repose ma bergère 
Sous la garde de ramonr I 
Que ne suis-je le Zéphire 
Qui rafraîchit ses appas, 
L'air que sa bouche respire, 
La fleur qui naît sous ses past 

Que ne suis-je Tonde pure 
Qui la reçoit dans son sein ! 
Que ne suis-je la parure 
Qui la couvre après le baiu 1 
Que ne suis-je cette glace 
Où son portrait répété 
Offre à nos yeux une grâce 
Qui sourit à la beauté! 

Que ne suis-je Toiseau tendre 
Dont le ramage est si doux, 
Qui lui-même vient Tentendre, 
Et mourir à ses genoux I 
Que ne suis-je le caprice 
Qui caresse son désir. 
Et lui porte en sacrifice 
L'attrait d*on nouveau plaisir I 

Que ne puis-je par un songe 
Tenir son cœur enchanté I 
Que ne puis-je du mensonge 
Passera la vérité I 
Les dieux qui m'ont donné l'être 
M'ont fait trop ambitieux, 
Car enfin je voudrais être 
Tout ce qui plaît à ses yeux. 

La magique Mi attoflraée à PiROOLisitt à 
J.-J. RouMiAU 0t M trouTe notée an V. 490 de la 
Clé du CaTeaa. 



nVRE LOIN DE SES AMOURS. 

S'ift est vrai que d'être deux 
Fut toujours le bien suprême. 
Hélas 1 c'est un mal affreux 
De ne plus voir ce qu'on algie. 



Vivre loin de ses amours, 
N'est-ce pas mourir tous les jourtt 

Chaque instant vient attiser 
La flamme qui vous dévore, 
On se rappelle un baiser 
Et mille baisers encore. 
Vivre loin de ses amours, 
N'est-ce pas mourir tous les joun? 

La nuit en dormant, hé1*« *. 
Victime d'un do<>* diensonge. 
Vous vous sentez dans ses bras ; 
Le jour vient... c'est un songe. 
Vivre loin de ses amours, 
N'est-ce pas mourir tous les jours T 

Un tissu de ses cheveux 
Est le seul bien qui me reste ; 
U devait me rendre heureux ; 
C'est un trésor bien funeste. 
Vivre loin de ses amours. 
N'est-ce pas mourir tous les jours ? 

Par«lc« d*aii anonyme. 

La muiqne de cette romance est une dea pr»- 
mièree produetiona de BoIsldisu; elle ietroora 
notée au N. 688 de U Qé da Careau. 



DORMEZ, CHÈRES AMOURS. 

1819. 

Repo6ons-nous ici tous deux, 
Goûtons le charme de ces lieux. 
Qu'un doux sommeil ferme vos yeux : 
Que le bruit de Tonde se mêle 
Aux doux accents de Philomèle. 

Dormez, dormez, chères amours, 
Pour vous je veillerai toujours. 
Dormez, dormez, chères amours» 
Dormez, dormez, 
pour vous je veillerai toujours. (6w.) 

Au sein de ces vastes forêts. 
Si l'ombre de ces bois épais 
De votre cœur trouble la paix, 



CHANSONS POPULAIRES. 



Chassez une crainte funeste, 
Auprès de vous votre ami reste : 
Dormez, dormez, etc. 

Vos yeux se ferment doucement, 
le vais chanter plus lentement : 
Heureuse d'un songe charmant» 
Puissiez- vous être ramenée 
Aux doux instants de la journée I 

Dormez, dormez, chères amours, 
Pour vous je veillerai toujours, 
Dormez, dormez, chères amours, 
Dormez, dormez, 
pour vous je veillerai toujours. 



(bis.) 



Amédée de BeanpIaM. 

La musique, qui est de l'auteur des paroles, se 
trouve chez M. Hue, 10, r. de la Chauss^e-d'Antin, 
tt est notée au N. 1798 de la Clé du Caveau. 



iv. 



rORAGE. 

Il pleut, il pleut, bergère ; 
Presse tes blancs moutons ; 
Allons sous ma chaumière, 
Bergère, vite, allons , 
J'entends sur le feuillage 
L'eau qui tombe à grand bruit; 
Voici, voici l'orage ; 
Voilà l'éclair qui luit. 

Entends-tu le tonnerre; 
Il roule en approchant; 
Prends un a«i, bergère, 
A ma droite, en marchant, 
Je vois notre cabane... 
Et, tiens, voici venir 
Ma mère et ma sœur Anne, 
Qui vont rétable ouvrir. 

Bonsoir, bonsoir, ma mère ; 
Ma sœur Anne, bonsoir ; 
J'amène ma bergère 
Près de vous pour ce soir. 

Va te sécher, ma mie, 
Auprès de nos tisons ; 



Sœur, fais-lai compagnie. 
Entrez, petits moutons. 

Soignons bien, ôma mère. 
Son tant joli troupeau ; 
Donnez pluside litière 
A son petit agneau. 
C'est fait. Allons près d'elle. 
Eh bien 1 donc , te voilà T 
En corset qu'elle est belle I 
Ma mère, voyez-la. 

Soupons ; prends cette chaise. 
Tu seras près de moi ; 
Ce flambeau de mélèze 
Brûlera devant toi ; 
Goûte de ce laitage. 
Mais tu ne manges pas T 
Tu te sens de l'orage, 
11 a lassé tes pas. 



Eh bien ! voilà ta couche, 
Dors-y jusques au jour ; 
Laisse-moi sur ta bouche 
Prendre un baiser d'amour. 
Ne rougis pas, bergère, 
Ma mère et moi, demain, 
Nous irons chez Ion père 
Lui demander ta main. 

Fabre d^l^clAi 



■IIM 



On aurait de la peine à croire que cette 
plus que naYve , soit due à la plume qui a trac 
Philinte de Molière, que cette idylle de moatow 
été faite par le loup révolutionnaire, Fabre d*Eg 
tine. Il y a dans le cœur de l'homme des cordes 
Bibles qui résonnent malgré lui. Joseph LeboaéU 
des oiseaux. Camille Desmoulins adorait aa fa 
etses enfants. Le fanatisme poliUque, couBe I 
naUsme religieux, étouffe les sentiment* qui te i 
lent par un instinct auquel l'honnme ne pe«l 
sister. Fabre d'Églantine fut, àtreate-nciif u 
Tictime de ses anciens compagnons poUtiqaciu I 
teur de V Orage fut enveloppé dans un oc^ge i 
lutionnaire. L'air délicieux d'un muticicn iaee 
nonuné Simon, prouve ce que disait Qrétry, 
n'y a pas un mauvais musicien qnl ne fasM m 
agréable une fois en sa rie. 

La musique de Simos se troUTe Botétt M K 
de la Clé du Caveau. 



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CHAMSONS POPDLAIRES. 



LES SOUHAITS. 

Atf du prûloguê de Popém du CarnaTal da PamitM, 
ou : Air nouvecm de Jadiu. 

Ma nde, 
Ma douce amte^ 
Béponds à mes amoon. 

Fidèle 

A cette belle, 
Je l'aimerai toujours. 

Si yawB cent cœurs, 
Us ne seraient remplis que d'elle , 

Si j'avais cent cœurs , 
Aucun d'eux n'aimerait ailleurs. 
Ma mie, etc. 

SI J'avais cent yeux , 
Ils seraient tous fixés sur elle , 

Si j'avais cent yeux, 
Da ne verraient qu'elle en tous lieux. 
Ma mie , etc. 

Si j'avais cent voix, 
Elles ne parleraient que d'elle ; 

Si j'avais eent voix, 
JToutes rediraient à la fois : 
Ma mie, etc. 

Sij'étaisundieu, 
Je vaudrais la rendre immortelle ; 

St j'étais UD dieu, 
On redorerait en tout lieu. 
Ma mie, etc. 

Fussiez-vous cinq cents, 
Vous seriez tous rivaux près d'elle ; 

Fossîez-vous cinq cents, 
Tous Tondriez en être amants. 
Ma mie, etc. 

Eussiez-vous cent ans, 
Nestor n^jeuBirait pour elle , 



Buèsiei-voiis cent ans, 
Vous retrouveriez le printemps. 
Ma mie, 
Ma douce amie, 
Réponds à mes amours. 
Fidèle 
A cette belle. 
Je l'aimerai toii^ours. 

L*abbé de LaUalfMmt. 



L'abbé de Lattaignant , né Tf rs la fin du dix- 
•eptième tiède, et qui foft ebanoine de Beina, eut 
tseAte ana la réputation du plua aimable 
de paria. H faiaait lea délices de la ao- 
dété par aa f adUté à compoaer et à dianter dea cou- 
plets. Ses poésies ont été recueillies en quatre to- 
IumcaiB-19, 1757. Elles sont trop nombreuses pour 
qu*nn'y en ait pas quelques-unes de médiocres ; mais 
éllea brillent toutes par la grâce et la fadlité. QuoÊtd 
le diable devint vieux f il tejltermiu. L'abbé de Lat- 
taignant se retira vers la fin de ses Jours chez lea 
pères de le Doctrine chrétienne, et y mourut en 
1779. 

La muaique se trouve notée au N. 1096 da la Clé 
du Caveau. 



LE TAMBOURIN. 



Enteodez-voQS le tambourin ? 

Vite à la danse ; 
En tendez- vous le tambourin 
Qui met le villageois en train ? 



(6f^.) 



Fi de la ville, 
On y vit tranquille ; 
Point de galté : l'on danse à petits pas. 
Au village on est plus habile. 
Au village on rit aux éclats. 
Entendez-vous le tambourin T etc. 

Et quoi I Lisette, 
Vous n'êtes pas prèle ; 
Votre fichu vous tient encore là? 
Déjà se gonfle la musette. 
Et Colin vous attend là-bas. 
Entendez-vous le tambourin ? etc. 



;^y^«/«>»ii-^;^^ • ;s 





UNE FLEDR POUR RÉPONSE. 



Notre vaisseau va quitter cette plage, 
Ùb : bleo longemps Je serai sans vous voir. 
En m'éloignant, emporterai -Je un gage. 
Sinon d'amour, au moins d'un peu d'espoir? 
Je pars, udieu, Marie, bêlas 1 je pars d^nainl 
Si vous me regrettez, ohl je vous eo supçlie. 

Donnez-moi celte Qeurcbérie, 
Que Couuba voire main. 
^ celte Ûiïur par vous m'éuit donnée, 
Même en partant j'uurais quelque bonheur. 
Et loin de vous celle rose hnée 
Serait toujours, toujours là sur mon cœur. 
Je pars, adieu Marie, etc. 
La pauvre enfant, qui tremblait à sa vue, 
Trlsle et rêveuse, implorait Dieu lout bas !.. 
Et lui reprit d'une voix plus émue : 
Vous vous laisez, oh! vous ne m'aimez pas!.. 
Je pars, i'àme fléiritt, adieu, je pars demaÎD. 
H allait s'éloigner, quand cette Heur cbérie. 

Seule réponse de Uarie, 
S'éttbappa... de sa nain. 



TE SOUVIENS-TU, MARIE? 

Te souviens- tu. Marie, 
De notre enfance aux chan[». 
Des jeux de li prairie? 
J'avais alors qûinie ans. 



(Wf.) 



La danse sur l'berbelw \ iku\ 

Égayait nos loisirs : M •) 

Le lemps que Je regrette. 

C'est le temps des plaisirs. 

Te souvienB-tu de même 

De mes tra nsports brûlanU) 

Quand tu me dis : je l'aime! 

J'avais alors vingt ans. 

J'étais vif, toi coquette. 

C'étaient là de beaux Jours : 

Le lemps que Je regreile. 

C'est le temps des amours. 

Te souviens-tu des guerres 

Qui suivirent ce temps? 

Je courus aux bannières; 

J'avais alors trente ans. 

Le son de la trompette 

Nous faisait tous soldais : 

Le temps que je regrette, 

C'est le temps des combats. 

Te souviens-tu, ma cbère. 

De ces nœuds si charmants. 

Formés par une mërel 

J'avais passé trente ans- 

Le bruit de cette fête 

Retentit dans mon cœur. 

Le lemps que je regrette , 

C'est le temps du bonbeur. 

Tandis que Je soupire. 

Tes yeux se sont baissés. 

Us ont craint de me dire. 

Les beaux Jours sont pasâi». 



,^*'A^^^-"^;^ 




ROMANCES. 



PLAISIR D'AMOUR. 

Plaisir d'amour ne dure qu'un moment : 
Chagrin d*amour dure toute la vie. 
J*ai tout quitté pour l'ingrate Sylvie : 
Elle me fuit et prend un autre amant. 
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment : 
Chagrin d'amour dure toute la vie. 

Tant que cette eau coulera lentement 
Vers le ruisseau qui borde la prairie, 
Je t'aimerai, me répétait Sylvie. 
L*eau coule encore : elle a changé pourtant. 
Plaisir d*amour ne dure qu'un moment : 
Chagrin d'amour dure toute la vie. 



La musique de Martimi se trouTe notée au N. 4M 
de la Clé du CaTeau. 



LE ROSIER. 

JeTai planté, je l'ai vu nattre, 
Ce beau i osier où les oiseaux 
Au matin, près de ma fenêtre, 
Viennent chanter sous ses rameaux. 

Joyeux oiseaux, troupe amoureuse, 
Ahl par pitié, ne chantez pas : 
L'amant qui me rendait heureuse 
Est parti pour d'autres climats. 

Pour les trésors du nouveau monde 
Il fuit l'amour, brave la mort. 
Hélas I pourquoi chercher sur l'onde 
Le bonheur qu'il trouvait au port? 

Vous, passagères hirondelles. 
Qui revenez chaque printemps. 
Oiseaux voyageurs, mais fidèles. 
Ramenez-le-moi tous les ans. 

De Leyre. 

La musique est de J.-J. Roumeau, et te troare 
Bolée au N. 261 de la Clé du Caveau. 



LE BOUTON DE ROSE. 



1788. 

Bouton de rose, 
Tu seras plus heureux que moi *, 
Car je te destine à ma Rose, 
Et ma Rose est ainsi que toi 

Bouton de rose. 



Au sein de Rose 
Heureux bouton, tu vas mourir. 
Moi, si j'étais bouton de rose, 
Je ne mourrais que de plaisir 

Au sein de Rose. 



Au sein de Rose 
Tu pourras trouver un rival ; 
Ne joute pas, bouton de rose, 
Car, en beauté, rien n'est égal 

Au sein de Rose. 



Bouton de rose, 
Adieu, Rose vient, je la voi : 
S*il est une métempsychose. 
Grands dieux, par pitié, rendez-moi 

Boutou de rose I 

Ui pr. C«asi«Bce die flalm. 

L'on doit à Mme Conttance de Salin de nombreui 
écrit! et des poésies, entre autres une épitre aux 
femmes, qui n'est pas sans mérite, en opposition k la 
satire de Boileao. Elle était encore fort Jeune lort- 
qa'à la demande de quelques personnes elle fit en 
pen d'instants ces couplets sur le rieil êlidêla ba» 
muu. Ils forentinaérés dans PA lmanac htUs Grâem 
en 17S8, et ils j restèrent oubliés plus de dix ans. 
Le compositeur Pradher les y ayant trouvés y fit 
alors on air qni lenr donna beaucoup de Togue. 
Cette romance a nn certain air de prétention et ds 
recherche comme la plupart des poésies de Tépoque. 

La musique de PiUDaiit père se trouve notée aa 
K. 64 de la Qé du Carean. 

CD. G. 



CHAKSONS POPULAIRES. 



LES SOUHAITS. 

Axr du prologue de Vopéru du Carnaval da Parnasse, 
ou : Air nouveau de Jadin. 

Ma mie, 
Ma douce amie^ 
Réponds à mes amoim. 

Fidèle 

A celte belle, 
Je raimerai toujours. 

Si y avais cent cœurs, 
Ils ne seraient remplis que d'elle , 

Si j'avais cent cœurs, 
Aucun d'eux n'aimerait ailleurs. 
Ma mie, etc. 

SI j'avais cent yeux. 
Ils seraient tous fixés sur elle , 

Si j'avais cent yeux, 
Ds ne verraient qu'elle en tous lieux. 
Ma mie, etc. 

Si j'avais cent voix, 
Elles ne parleraient que d'elle; 

Si j'avais cent voix, 
Toutes rediraient à la fois : 
Ma mie, etc. 

Si j'étais un dieu, 
Je voudrais la rendre immortelle; 

Si j'étais un dieu, 
bn l'adorerait en tout lieu. 
Ma mie, elc. 

Fussiez-vous cinq cents, 
Vous seriez tous rivaux près d'elle , 

Fussiez-vous cinq cents, 
Tous voudriez en être amants. 
Ma mie, etc. 

Eussiez-vous cent ans, 
Kestor rajeunirait pour elle , 



Enàsies-yous cent am, 
Vous retrouveriez le printemps. 
Ma mie, 
Ma douce amie. 
Réponds à mes amours. 
Fidèle 
A cette belle, 
Je l'aimerai toujours. 

li'abbé die L«tt«l0BMi«. 



L'abbé de Lattaignant , né vers la fin du dix- 
septième siède, et qui ftft cbairaiBe de Ibdam, ert 
pendant trente ans la répntatkm du pbu atmaM» 
chansonnier de Paris. B faisait les déUces de la •»> 
détë par sa facilité à composer et à chanter des eo»> 
plets. Ses poésies ont été recuefllies en quatre vo- 
lumes in-12. 1707. Elles sont trop nombreuses pour 
qu'il n'y en ait pas quelques-unes de médiocres ; mais 
elles brillent toutes par la grâce et la facilité. Qmmtd 
le diable devint vieux j il seJilermiU. L'abbé de Lat- 
taignant se retira vers la fin de ses Jours chez lea 
pères de le Doctrine chrétienne, et y monrat ea 
1779. 

La musique se trouve notée au N. 1688 de la Clé 
du Caveau. 



LE TAMBOURIN, 



Entendez-vous le tambourin ? 

Vite à la danse; 
Entendez-vous le tambourin 
Qui met le villageois en train ? 



(«^) 



Fi de la ville, 
On y vit tranquille ; 
Point de galté : l'on danse à petits pas. 
Au village on est plus habile, 
Au village on rit aux éclats. 
Entendez-vous le tambourin ? etc. 

Et quoi 1 Lisette, 
Vous n'êtes pas prêle ; 
Votre fiehu vous tient encore làT 
Déjà se gonfle la musette. 
Et Colin vous attend là-bas. 
Entendez-vous le tambourin ? etc. 



ROMANCES. 



*# 



L*amoiir teTtle, 

Et chaean s'agite. 
Et quoi I la nuit nous arrire déjà. 
Si la danse finit trop Tite 
La chanson la remplacera. 
Entendei-Tous le tambourin ? 

Vite à la danse ; 
Entendes-yeus le tambourin 
Qui met le villageois en train ? 



(Ȉ.) 



LA FIANCÉE D^APPENZEL 

Air ntUM anangi par A. PoMunm, 

lasi. 

Venez, ô mes compagnes. 
Venez : voici mon plus beau Jour ; 
Venez sur nos montagnes. 
Venez chanter Tamour. 
La ou, la ou, la, la. 

Enfin mon cœur d'ivresse 
Va palpiter sans cesse : 
L'objet de ma tendresse 
M'assure de sa foi. 
C'est bien le moins volage 
Des bergers du village. 
11 m'aime sans partage ; 
Il n'aimera que moi. 
Venez, ô mes compagnes, etc. 

Demain ma tendre mère, 
En quittant sa chaumière. 
M'offrira la première 
Mille eadeaux diamants. 
Demain daas la prairie. 
Sur rherbelle fleurie 
Racheletie jolie 
Envlra mes rubans. 
Venez, ô meseompagnei, ele. 



Adieu, riant bocage. 
Discret et frais ombrage. 
Où sous le vert feuillage 
J'allais rêver le soir. 
Adieu, belle nature. 
Ruisseaux au doux murmure : 
Adieu, bois et verdure, 
Je reviendrai vous voir. 

Venez, ô mes compagnes. 
Venez : voici mon plus beau Jour , 
Yenaz sur nos montagnes 
Venez chanter Tamour. 
La OH, la ou, la, la. 

Crcvel ém Chu4< 



FLEUVE DU TAGE. 

IS17. 

Fleuve du Tage, 
Je fuis tes bords beureux , 

A ton rivage 
J'adresse mes adieux. 
Rochers, bois de la rive. 
Écho, nymphe plaintive, 

Adieu, je vais 
Vous quitter pour jamaia. 

Grotte jolie 
Où le temps fortuné. 

Près de Marie, 
A si vite passé, 
Ton réduit solitaire, 
Asile du mystère, 

Fut pour mon cœur 
Le séjour du bonheur. 

Jour de tendresse 
Comme un beau songe a fui, 

Jours de tristesse. 
De chagrin et d'ennui, 
Loin de ma douce amie, 
Désormais de ma vie 



CHANSONS POPULAIRES. 



Vont pour toujours, 
Hélas 1 flétrir lecuijrs. 

Terre chérie 
Où j*ai reçu le jour, 

Comme Marie, 
Objet de mon amour , 
Rochers, bois de la rive, 
Écho, nymphe plaintive. 

Adieu, je vais 
Vous quitter pour jamais. 



J.*B. de MMiB« 



La musique de B. Follet se trouye notée au 
K 1709 de la Clé du Caveau. 



A LA GRACE DE DIEU. 



1886. 

Tu vas quitter notre montagne, 
Pour t'en aller bien loin, hélas! 
Et moi ta mère et ta compagne. 
Je ne pourrai guider tes pas. 
L'enfant que le ciel vous envoie, 
Vous le gardez, gens de Paris; 
Nous, pauvres mères de Savoie, 
Nous le chassons loin du pays. 

En lui disant : Adieu ! 

A la grâce de Dieul... 
Adieu ! à la grâce de Dieu !... 

Ici commence ton voyage ; 
Si tu n'allais pas revenir I... 
Ta pauvre mère est sans courage,» 
Pour te quitter, pour te bénir I 
Travaille bien, fais ta prière, 
La prière donne du cœur; 
Et quelquefois pense à ta mère, 
Cela te portera bonheur! 

Va, mon enfant, adieu! 

A la grâce de Dieu!... 
Adieu I à la grâce de Dieu ' 



{bis.) 
(bis.) 



••• 



(6w.) 
ibii.) 



Elle s'en va, douce exilée. 
Gagner son pain sous d'autres cieux , 
Longtemps, longtemps, dans la vallée. 
Sa mère la suivit des yeux. 
Mais lorsque sa douleur amère 
N'eut plus sa ûlle pour témoin, 
Elle pleura, la pauvre mère ! 
L'enfant qui lui disait de loin 

Ma bonne mère, adieu I 

A la grâce de Dieu t... 
Adieu ! à la grâce de Dieul... 



j(6t*.) 
(bis.) 



eu i«e«AlBe. 



A« musique et. de Mlle L. roecT; elle se troure, 
fe farii, cbes M. Meii$onni9r /!/«, éditeur, (H, rue 
Daupbine, et t^t ootée »u N. 2278 de la Clé du 
CsTeau. 



LES AMOURETTES. 

Vivent les fillettes, 
Mais pour un seul jour : 
J*ai des amourettes 
Et n'ai point d'amour. 

Hier, pour Céphise 
Je quittai Doris; 
Aujourd'hui c'est Lise, 
A demain Chloris. 
Vivent les fillettes, etc. 

J'aime fort ma belle 
Lorsqu'il m'en souvient; 
Je lui suis fidèle 
Quant son tour revient. 
Vivent les fillettes, etc. 

Ou entre au bocage, 
Le plaisir vous suit. 
On rentre au village, 
Eh bien ! tout est dit. 

Vivent les fillettes, 
Mais pour un seul Jour ; 
J'ai des amourettes 
Et n'ai point d'amour. 

ParolM ém Bcr^t 

La musique. d*AtB*Hkii. ■• trouve notée au H.6I 
éê to Clé do Caveau. 




UNE FLEUR POUR RÉPONSE. 



Notre vaisseau va quJUer celle plage, 
Ob ! bien longemps Je serai sans vous vwr. 
En m'éloignant, emporleraî-Je un gage, 
SnoD d'amour, au moins d'un peu d'espoirP 
Je pars, jdieu, Marie, bêlas 1 je pars demain! 
Si vous me regrettez, ohl )e vous en supplie, 
Donnez-moi celte fleur chérie, 
Que loucha votre main. 
S celte Heur par vous m'était donnée. 
Même en parlant j'aurais quelque bonbeur, 
El ioio de vous celte ro^e fanée 
Serait toujours, toujours là sur mon cœur. 
Je pars, adieu Uarie, etc. 

La pauvre enfant, qui tremblait à sa vue. 
Triste et rêveuse, implorait Dieu tout bas !.. 
Et lui reprit d'une voix plus émue : 
Vous vous taisez, ub! vous ne m'aimez pas !.. 
Je pars, l'âme Oétrie, adieu, je pars demain. 
H allait s' éloigner, quand cette Heur cbérie, 
Seule réponse de Uarie, 
S'érbappa... de sa main. 



TE SOUVIENS-TU, MARIE? 
tui. 

Te uNivlens-lu, Uarie, 
De notre enbnce aux champs, 
Des Jen de la prsirie T 
fanii alon qîiite ans. 



La danse sur l'herbetlc 
Égayait nos loisirs: 
Le temps que je regrette, ) 
C'est le temps des plaisirs. I 

Te souviens-tu de mâme 
De mes transports brùlanlsi 
Quand tu me dis : je t'aime ! 
J'avais alors vingt ans. 
J'éuis vif, toi coquette. 
C'étaient là de beaux jours : 
Le temps que je regrelie. 
C'est le temps des amours. 
Te souviens-tu des guerres 
Qui suivirent ce lempsY 
Je c«urus aux bannières; 
J'avais alors trente ans. 
Le tton de la irompelle 
Nous faisait tous soldats ; 
Le temps que je regrette, 
C'est le temps des combats. 

Te souviens-tu, ma cbëre. 
De ces nœuds si cbarmants. 
Formés pamnemèreT 
J'avais passé trente ans 
Le bruit de cette fête 
Retentit dans mon cœur. 
Le temps que je regrette , 
C'est le temps du bonbeur. 
Tandis que Je soupire. 
Tes yeux se sont baissés. 
Us ont craint de me dire, 
Les beaux Jonrs sont passés. 



,l«i.) 



10 



GSiiî^SONS POPULAIHE^. 



Ma bouche en vam répète ) ., . . 
Des regrets superflus... V 
Le temps que je regrette , \». . 
C'est le temps qui n'est jJlnsI j^^**^ 



Lamnaiqaede M.DoLivBSrtroave} 
H,ff*Ut éditeur, 10, rue de la'Chaassée-dVkiltte. 



AHI vous DIRAI-JE, MAMAN? 

Ah'I vous dirai-je, maman, 
Ce qui cause mon tourment T 
Depuis que j'ai vu Silvandre 
Me regarder d*un air tendre, 
Mon cœur dit. à tout moment : 
Peutron vivre sans amant T 

L'autre jour dans un bosquet, 
De fleurs il fit un bouquet, 
Il en para ma houlette, 
Me disant : a Belle brunette. 
Flore est moins belle que toi, 
L'amour moins tendre que moi. 

« Etant faite pour charmer, 
Il faut plaire, il faut aimer. 
C'est au printemps de son âge 
Qu'il est dit que Ton s'engage ; 
Si vous tardez plus longtemps, 
On regrette ces moments. » 

Je rougis et, par malheur. 
Un soupir trahit mon cœur j 
Silvandre, en amant habile. 
Ne joua pas l'imbécile : 
Je veux fuir, il ne veut pas : 
Jugez de mon embarras. 

Je fis semblant d'avoir peur« 
Je m'échappai par bonheur ; 
J'eus recours à la retraite. 
Mais quelle peine secrète 



Se mêle dans mon espollcy 
Si je ne puis le revoir. 

Jergères de ce hameai^ 
SnânoE que votoiioqpBau , 
Vin 'berger, pnnesy i^Bovâi^ 
B'Il vous aime, ^ùob ii^gaorile, 
Et s'exprime tenâfODODift, 
Peut vous causer dn ftQunnBiit. 

Parole* é^wm 

La mndqne attribuée à Campra et à Rameau se 
•trouve notée au N. 25 de la Clé du Caveau. 



L HIRONDELLE ET LE PRISONNIER. 

Hhrondelle gentille, 
Voltigeant à la grille 

Du cachot noir. 
Yole, vole, sans crainte, 
Autour de cette enceinte. 

J'aime à te voir 

Légère aérienne, 
Dans la robe d'ébène 

Lorsque le vent 
Soulève ta plume 
Comme. un flocon d'écume 

Ton corset blanc. 

D'où viens-tu ? Qui t'envoie 
Porter si douce joie 

Au condamné? 
Ohl charmanie compagne. 
Viens-tu de la montagne 

Où je suis né? 

Tiens-tu de^la patrie 
Eloignée et chérie 

Du prisonnier? 
Fée aux luisantes ailes, 
Conte-moi des nouvelles 

Du vieux foyer* 



ROMANCES. 



ii 



Ohl dis-moisi la mousse 
Est toujours aussi douce, 

Et si parfois, 
Au milieu du silence, 
Le son du cor s'élance 

Aufboddes bols. 

Si la blanche aubépine 
Au haut de la colline, 

Fifeupit toujours ; 
Dis-moi si Thomme espère* 
Encor sur cette terre 

Quelque beau xour. 

Il pleut, la nuit est sombre, 
Le vent souffle dans l'ombre 

De la prison. 
Hélas ! pauvre petite, 
A»4u froid? entre vite 

Au noir donjon. 

Tu t'envoles, j*y songe. 
C'est que tout est mensonge, 

Espoir heurté. 
11 n'est dans cette vie 
Qu'un bien digne d'enrie, 

La liberté. 

AUrUbiiée à M. de Pey 



lei. 



La mutique est de SCUDO et te trouve chez 
l. Otn», éditeur, boulevart Bonne-Nourelle, 31. 



LE PORTRAIT. 

1814. 

Portrait charmant, portrait de mon amie. 
Gage d'amour, par Tamour obtenu. 
Ah I viens m'offnr le bien que j'ai perdu . 
Te voir encore me rappelle à la vie. (bis,) 

Oui, les voilà ces traits, ces traits que j'aime; 
Son doux regard, son mainiien, sa candeur. 



Lorsque ma main te presse sur mon cœur. 
Je crois encor la presser elle-même. 
Non, tu n'as pas pour moi les mêmes charmes, 
Muet témoin de mes tendres soupirs : 
En retraçant nos fugitifs plaisirs. 
Cruel portrait, tu fais couler mes larmes. 

Pardonne-moi cet injuste langage, - 
Pardonne aux cris de ma vive douleur, 
Portrsdt charmant, lu n'es pas le bonheur 
Mais bien souvent lu m'en offres l'image. (6t5) 

Parole* di^un anonyiiie. 

La musique est de M. Charles Lis. 



LES HIRONDELLES. 



18(4. 

Voltigez, hirondelles^ 
Voltigez près de moi. 
Et reposez vos ailes 
Au faite des tourelles, 

Sanseflroi {Imr.) 

Voltigez, gracieuses. 
Et fredonnant l'amour, 
Que vos plumes soyeuses 
Touchent mystérieuses 

Mon séjour. {Uêt.) 

Voltigez, je regarde 
Votre petit bec non* 
Suspendre à ma mansarde 
Votre nid qui me garde 

Chaque soir. (Ur.) 

Voltigez, hirondelles. 
Voltigez près de moi 



12 



CHANSONS POPULAIRES. 



Bt reposez tos ailes 
Au faite des tourelles, 

Sans effroi 1 [ter,) 

▼olny l*HéleUer. 

La miuique de M. Fëliden David se troaye ches 
H Chaillot, écUtenr, 354, rue SaintrHonoré. 



BARCAROLLE DE MARIE. 

1826. 

« Batelier, dit Lisette, 

Je voudrais passer Teau, 

Mais je suis bien pauvrette 

Pour payer le bateau. » 

Colin dit à la belle : 

« Venez, venez toujours, (6m.) 

Et vogue la nacelle 

Qui porte mes amours. 

-» Je m*en vais chez mon père, 

Dit Lisette à Colin. 

— Eh bien I crois-tu, ma chère. 

Qu'il m'accorde ta main ? 

—Ah! répondit la belle, 

Osez, osez toujours. (bis,) 

— • Et vogue la nacelle 
Qui porte mes amours. » 

Après le mariage. 

Toujours dans son bateau, 

€olin fut le plus sage 

Des maris du hameau. 

A sa chanson fidèle. 

Il répéta toujours : (6t>.) 

« Et vogue la nacelle 

Qui porte nies amours. » 

B. de 



Cette romance est Urée de Marie, opéra comique 
«B trois actes, en vente cbex M. Tresse, éditeur, 
Sets, galerie de Chartres, Palais-National. Prix : 60 c. 

La musique d^HiROU) se trouve notée an 
M. 229Sde laQé du Caveau. 



LES HIRONDELLES. 



Que j'aime à voir les hirondelles, 
A ma fenêtre tous les ans, 
Venir m*apporter des nouvelles 
De l'approche du doux printemps! 
Le même nid, me disent-elles, 
Ya revoir les mêmes amours : 
Ce n*est qu'à des amants fidèles 
A vous annoncer les beaux jours. 

Lorsque les premières gelées 
Font tomber les feuilles des bois. 
Les hirondelles rassemblées 
S'appellent toutes sur les toits : 
Partons, partons, se disent-elleë. 
Fuyons la neige et les autans; 
Point d'hiver pour les cœurs fidèles 
Ils sont toujours dans le printemps. 

Si par malheur, dans le voyage. 
Victime d*un cruel enfant. 
Une hirondelle mise en cage 
Ne peut rejoindre son amant, 
Vous voyez mourir Thirondelle 
D'ennui, de douleur et d'amour. 
Tandis que son amant fidèle 
Près de là meurt le même jour. 

Flori 



La musique de Devienne se trouve notée 
V, 487 de la Qé du Caveaiu 



COUPLETS DU SECRET. 



LE MARI. 



Femmes, voulez-vous éprouver 
Si vous êtes encor sensibles? 
Un beau matin venez rêver 
A Tombre des bosquets paisiblas^ 



ROMANCES. 



f» 



Si le silence et la fratcheur, 
Si Tonde qui fuit et murmure 
Agitent encor votre cœur, 
Ah ! rendez grâce à la nature. 

Mais, dans le sein de la forêt, 
Asile sacré du mystère, 
5i votre cœur reste muet. 
Femmes, ne cherchez plus à plaire. 
Si pour vous le soir d'un beau jour 
N*a plus ce charme qui me touche, 
Profanes, que le nom d*amour 
Ne sorte plus de votre bouche. 

LA FBimB. 

Maris qui voulez éprouver 
Jusqu'où va notre patience, 
Tous pourriez bien aussi trouver 
Le prix de votre impertinence. 
Plus de pitié que de courroux 
Est ce qu on doit à votre injure. 
Vos femmes valent mieux que vous : 
Rendez-en grâce à la nature. 



Là moslqae de 8oLii se troaye noUe an K. 196 
deUQéduCaTeMu 



INVOCATION A rAJIOUR. 

Viens, aurore, 

Je t'implore, 
Je suis gai quand je te voi. 

La bergère 

Qui m'est chère, 
Est vermeille comme toi. 

D'ambroisie 

Bien choisie, 
Hébé la nourrit à part, 

Et sa bouche, 

Quand j'y touche, 
Me parfume de nectar. 



Elle est blonde. 

Sans seconde, 
Elle a la taille à la main. 

Sa prunelle 

Étincelle 
Gomme l'astre du matin. 

Pour entendre 

Sa voix tendre, 
On déserte le hameau , 

Et Tityre, 

Qui soupire, 
Fait taire son chalumeau. 

Les trois Grâces, 

Sur ses traces 
Font naître un essaim d'amours, 

La sagesse, 

La justesse. 
Accompagnent ses discours. 

AUrOmée à Heari !▼• 

La mtudque de Ducaurroy se trouve notée an 
N. 1061 de la Qé du Caveau 



L'HOSPITALIÈBE. 

Sœur Luce, jeune hospitalière. 
Aux bienfaits consacrant ses jours. 
Près du théâtre de la guerre 
Aux blessés portait des secours. 
Un soir, près de l'hospice arrive 
Jeune soldat ensanglanté, 
Qui disait, d'une voix plaintive 
« Donnez-moi l'hospitalité ! » 

L'hospitalière, douce et bonne, 
Ëtanche le sang du soldat. 
Le secours qu'une femme donne 
Est toujours tendre et délicat. 
Elle se charge de la cufe ; 
Mais tandis que la jeune sœur 
Cherche à guérir une blessure. 
Il s'en ouvre une dans son cœur. 



44 



CHANSONS POPULAIRES. 



Le beau soldat qu*amour enflamme 
Se trouve bien dans la maison ; 
Il voudrait de toute son âme 
Voir retarder sa guérison. 
Mais il part, regarde en arrière, 
Et dit en pleurant à demi : 
« Adieu, chai'mante hospitalière, 
M*as fait plus mal que Tennemi. » 

Après la guerre, il s'achemine 
Pour retourner dans ses foyers ; 
Il rencontre Luce chagrine, 
Qu'entraînaient de méchants guerriers. 
Il fait briller son cimeterre, 
La sauve, et lui dit, transporté : 
« A ton tour, belle hospitalière, 
Accepte l'hospitalité. » 

Du HerMiii. 



La musique de l'auteur des paroles se trouve 
Boté« «UN.18S7 delà Qé du Caveau. 



IL EST MINUIT. 



Il est minuit [bis.) 

Léger zéphir paixourant le bocage, 
Cherche les roses qu'il chérit ; 
L*amant discret qu'amour conduit 
A la beauté va rendre hommage : 
U est minuit. (quater.) 

Il est minuit : 
Tu dors en paix, mon adorable amie ; 
Mais pour moi le repos s'enfuit ; 
L'amour constant qui m'asservit 
Cause ma douce rêverie : 

U est minuit. (quaier.) 

Il est minuit : 
Songe enchanteur, viens fermer la paupière 
Du tendre amant qu'amour poursuit. 



Quant le jour vient, il le d^^truil : 
Adieu, bonheur et sa chimère. 

11 est minuit. [quater.) 

Paroles d*uii anonyme* 

Musique de Roussel. 



PAUVRE JACQUES. 



1776. 

Pauvre Jacques, quand j'étais près de toi, 

Je ne sentais pas ma misère ; 
Mais à présent que tu vis loin de moi. 

Je manque de tout sur la terre, (bis,) 

Quand tu venais partager mes travaux, 

Je trouvais ma tâche légère. 
T'en souvient-il? tous les jours étaient beau: 

Qui me rendra ce temps prospère ? {bis. 

Quand le soleil brille sur nos guérets, 
Je ne puis souffrir la lumière : 

Et quand je suis à l'ombre des forêts, 
J'accuse la nature entière. (bis.) 

Pauvre Jacques, quand j'étais près de toi, 

Je ne sentais pas ma misère ; 
Mais à présent que tu vis loin de moi, 

Je manque de tout sur la terre, (bis,) 

La marquise de Travaiiei. 

Peu de romances ont eu une plus grande vogue que 
celle de Pauvre Jacques , qui prit naissance à la 
cour et ne tarda pas à courir la ville. 

Ce fut vers 1776 que l'on replanta les Jardins du 
Pelit-Trianon, qui devint le séjour favori de la reine 
Marie-Antoinette ; cette époque était celle de la mode 
des jardins anglais. Au milieu de celui de Trianon, 
on avait ccnstruit un hameau et réservé un endroit 
pittoresque que l'on appelait la Petite Suisse. On y 
mit un ch&let, une laiterie, et pour animer le pay- 
sage, on fit venir de la Suisse des raches et une jolie 
laiUère. Bientôt la jeune Suissesse fui atteinte d'une 
mélancolie qui menaça ses joura ; on découTrit 



romand: E&. 



1» 



qn'eUe rtgretUit aon pays et Mn flancë. Le nom de 
■on amant s'échappait de sa bouche avec des soupirs; 
elle se persuadait qu'il était malheureux loin d'elle, 
comme elle était malheureuse loin de lui, et on la 
▼oyait pleurer en disant : Potcrre Jacques /La mar- 
fiiise de Travanet composa alors la romance naïve 
qu'elle embellit d'un air délicieux, inspiration digne 
de Orétry. La reine iit venir Jacques, maria et dota 
les deux amants. 

L'air touchant de Pauvre Jacques a servi, lors de 
la révolution, à déplarar dea infortmiM royales, et 
Marie-Antoinette a pu entendre an Temple s'exhaler 
pour elle les mélodies plaintives qu'elle avait chan- 
tées pour la gentille laitière dans les bosquets du 
Petit-Trianon. 

La musique du même auteur se trsuve an 1^. ÏÊS 
de la Qé du Caveau. 



IL EST TBOP TAUD. 



1799. 

n est trop tard pour qu'amour nous engage, 
Quand des beaux ans pftlii déjà la fleur. 
Écoute, Églé, cet avis doux et sage, 
Et n'attends pas, pour songer au bonheur, 
Qu'il soit trop tard. 

De mille attraits brillante à ton aurore, 
Au tendre amour ouvre ton jeune cœur. 
Tu le voudrais, et tu n'oses encore; 
Crains son courroux s'il devient ton vain- 

[queur 
Un peu plus tard. 

Retiens ceci : Pour gentille fillette, 
n n'est, Égié, qu'une heureuse saison ; 
Quand est passé joli temps d'amourette, 
A ses soupirs TenCuit malin répond : 
il est trop tard. 

Las des rigueurs d'une beauté rebelle. 
Lorsque Tamour commence à s'envoler , 



C'est pour jamais qull fUit à tire d*aile; 
On le regrette, on veut le rappeler: 
11 est trop tardi 



Le tendre Coupigny soupire une romance, 

a dit le satirique Deapaaes, en parlant de ee poète 
dont la modestie s'offensait qu'on lui accordât U 
sceptre de laronumce. D faut convenir cependant que 
Coupigny a été très supérieur dans ce genre, qui 
demande la réunion de la simplicité, 8e la grâce et 
de l'esprit, et c'est ce que l'on trouve dans ion re- 
cueil, imprimé en 1813. Un second volume a été 
publié après sa mort, en 1835, avec une notice inté- 
ressante sur l'auteur, qui fait connaître son carac- 
tère original, dont nous citerons un trait. Coupigny, 
invité par un duc à» la cour impériale , s'aperçut 
qu'à table on le mystifiait ouvertement j il en témoi- 
gna son humeur, et le duc eut le mauvais goût de lui 
dire, en citant Figawo : « aouffre la vétité, faqjuin, 
puisque tu n'as pas le moyen de payer un flatteur.» 
Coupigny répondit sans se troubler : m J'avais pensé 
à vous, monsieur le duc, mais vous êtes trop cher, n 
Coupigny a fait sa part de quelques vaudevilles ; 
mais il disait, comme 



Les longs ouvrages me font peur. 

11 n'en a fait que peu et très courts , aussi Ls 
Montey disait de sa romance H eat trop lard pour 
qn^ amour nous etigage: tCest VJUade de Conpi- 
gny ! « 

La musique de Blangini se trouve notés au N. 192 
de la Clé da Caveau. 



L'ERMITE DE SAINTE AVELLE. 

Aux rochers de Saînte-AveUe, 
La reine Berthe, autrefois. 
Fit bâtir une chapelle 
A Notre-Dame des Bois. 
Ce fut dans ce lien sauvage 
Qu'un jour, lisant son missel. 
L'ermite du voisinage 
Reçut un beau damoisel. 

Bien que le vieillard, d'avance. 
Cherchât à le rassurer. 
L'étranger, en «a présence, 
Soudain se prit à fleurer. 



le 



CHANSONS POPULAIRES. 



« Mon fils, dit le solitaire, 
Parlez, d*où naissent vos pleurs ? 
— Hélas I je n'ose, mon père, 
Vous avouer mes douleurs. 

Pour avoir de noble dame 
Obtenu simple baiser. 
Je vais brûlant d'une flamme 
Que rien ne peut apaiser. 
Oh 1 dites-moi, je vous prie, 
Par quel charme si fatal. 
Le doux baiser d'une amie 
Est cause de tant de mal. 

Si je dors, un trouble extrême 
Précipite mon réveil ; 
Et je ne peux, la nuit même. 
Reposer dans mon sommeil. 
•Tout vient irriter ma peine, 
Tout m'offre le souvenir 
De la belle châtelaine * 
Dont les baisers font mourir. 

Mais le sire de Contade 
La lient sous sa dure loi, 
Et j'apprends qu'à la croisade 
Il n^e faut suivre le roi. 
Je viens donc ici, mon père. 
Vous demander instamment 
Ou croix bénite ou rosaire 
Pour apaiser mon tourment. 

« Mon fils, répondit l'ermite. 
De Notre-Dame des Bois 
Le pouvoir est sans limite. 
Et le ciel s'ouvre à sa voix ; 
Mais, hélas I sur cette terre. 
Où l'homme ne vit qu'un jour. 
Il n'est ni croix ni rosaire 
Qui guérisse de l'amour. » 

0.-B. CiérAad. 



La maaiqae de Balochi m trouve noUeau N. ITBl 
• la CM du Caveau. 



GENTILLE ANNETTE. 

GentiUe Annette, 
Tu vas seulette 
Sous la coudrette 
Chanter la Robin des Bois. 
C'est pour savoir si le printemps s'avance^ 
Pour chasser l'échéance 
De nos climats d'hiver. 
Tra la la la la la la. (ter,) 

Dans le village. 
Sous le feuillage, 
Tu surpasses, je gage, 
Même la cour des rois. 
C'est pour savoir, etc. 

Gentille hirondelle. 
Déployant tes ailes. 
Tu fuis avec elle 
La coupe des bois. 
C'est pour savoir, etc. 

Le beau Narcisse, 
La croyant novice. 
Près d'elle se glisse, 
La suit pas à pas. 
C'est pour savoir, etc. 

Hirondelle volage 
Parcourant le bocage, 
Tu fuis à l'ombrage 
Des pays déserts. 
C'est pour savoir, etc. 

Adieu donc, ma belle, 
Adieu donc, cruelle, 
Jamais de nouvelle 
Tu n'auras de moi, 
C'est pour savoir si le printemps s'avance 
Pour chasser l'échéance 
De nos climats d'hiver. 
Tra la la la la la la. {ter.} 

Parole* et musique de Firmin 



ROMANCES. 



ft 



L'ESPÉRANCE. 

188R. 

Quand de la nuit Tépais nuage 
Couvrait mes yeux de son bandeau , 
Tu me montrais après l*orage 
L'éclat prochain d*un jour nouveau ; 
Tu me disais : « A la souffrance 
Le dernier bien qu'on doit ravir, 
C*est Tespérance 

En l'avenir. \ th' \ 

Sans espérance ' ^ ^'' 

Mieux vaut mourir. 

Grâce à tes soins quand ma paupière 
En se rouvrant à pu te voir, 
J'ai condamné ma vie entière 
A la douleur, au désespoir ; 
Et cependant à la souffrance, 
Le dernier bien qu'on peut ravir, 
C'est l'espérance, etc. 



Va, ne crains pas, l'ingratitude 
Ne saurait désunir nos cœurs, 
Et calme cette inquiétude 
Qui te fait verser tant de pleurs ; 
Car tu le sais, à la souffrance 
Le dernier bien qu*on doit ravir. 

C'est l'espérance 

En l'avenir. 

Sans espérance, 

Mieux vaut mourir. 



(bis.) 



Extrait de V Éclair , opéra comique en trois actes, 
de M. de Saint-Georges, en ventechex M. Tresse, 
éditeur, 2 et S, galerie de Chartres, Palais-NationaL 
Prix : 60 centimes. 

La musique est de M. F. Hal^vy, et se tronre 
notée au K. 1 17 de la Qé du Careau. 



ROMANCE DE CENDRILLON. 



\8i0. 



Car je suis toujours assise 
Dans le petit coin du feu. 
Cette place n'est pas belle. 
Mais pour moi tout paraît bon \ 
Voilà pourquoi Ton m'appelle 
La petite Cendrillon. 

« Mes sœurs du soin du ménage 
Ne s'occupent pas du tout. 
C'est moi qui fois tout l'ouvrage 
Et pourtant j'en viens à bout. 
Attentive, obéissante. 
Je sers toute la maison ; 
Et je suis votre servante, 
La petite Cendrillon. 

« Quoique toujours je m'empresse, 

Mon zèle est très mal payé ; 

Et jamais on ne m'adresse 

Un petit mot d'amitié. 

Mais, n'importe, on a beau faire» 

Je me tais, et j'ai raison. 

Dieu protégera, j'espère, 

La petite Cendrillon. 



La musique est de NicçLO. et se trouTe notée 
N. 378 de la Qé du Caveau. 



ff Je suis modeste et soumise, 
Le monde me voit fort peu. 



L'HIRONDELLE ET LE PROSCRIT, 

1819. 

Pourquoi me fuir, passagère hirondelle, 
Ah I viens fixer ton vol auprès de moi. 
Pourquoi me fuir lorsque ma voix t'appelle, 
Ne suis-je pas étranger coomie toi... (hi$.) 

» 

Peut-être hélas ! des lieux qui t*ont vu naître^ 
Un sort cruel te chasse ainsi que moi. 
Viens déposer ton nid sous ma fenêtre. 
Ne suis-je pas voyageur comme toi... (6it.) 

4 



CHANSONS POPULAIRES. 



Dans ce désert, le destin nous rassepible, 
Va, ne crains pas de rester avec moi, 
Si tu gémis, nous gémirons ensemble, 
Ne suis-je pas exilé comme toi... {(hs.) 

Quand le printemps reviendra te sourire, 

Tu quitteras et mon asile et moi : 

Tu voleras au pays du Zéphire ; 

Ne puis-je, hélas I y voler comme toi I {bis,) 

Tu reverras ta première patrie, 

Le premier nid de tes amours... et moi, 

Un sort cruel confine ici ma vie ; 

Ne suis-je pas plus à plaindre que toi ? [bis,) 



Ces charmantes strophes de VHirondelU tt U 
Proscrit, si douces, si expressives, portent au cœur ; 
on comprend, on éproure , dans ces paroles d'une 
simplicité admirable, toute l'amertume que ressent 
]e pauvre exilé loin de sa patrie, deses foyers, quand 
il Toit l'hirondelle aller chercher un autre cité, partir 
pour d'autres climats. Cette hirondelle qui voltige 
autour de lui va peut-être, libre elle, faire son nid 
sous le toit qu'il habitait I ! I Ces paroles, sous le 
pseudonyme Fougas, sont d'un de nos plus grands 
poètes, qui a tenu, pendant quelque temps, les 
destinées de la France entre ses mains. Plusieurs de 
ses collègues du pouvoir sont ai^ourd'hui condamnés 
à regretter le soleil de la patrie, et peuvent appliquer 
à eux-mêmes les paroles trop vraies de cette romance. 

Un sort cmd confine ici ma vie. 

Ne suis-je pas plus à plaindre que toi ! 

La musique est de J.-D. Doche, elle se trouve 
cbes M. Heugel, rue Vivienne 2 his, et elle est 
notée au N. 181C de la Clé du Caveau. 



ROMANCE DE FANGHON LA VIELLEUSE. 



1800. 



Car nous étions beaucoup d*en fan ts. 
Je n'apportais, hélas I en France, 
Que mes chansons, quinze ans.ma vielle et Tespérance 
Et Tespérance. \f>is.) 

En pleurant, dans chaque village, 
Fanchon allait tendre la main. 
Pauvre petite, ah I quel dommage I 
Que n'étais-je sur ton chemin, 
Lorsque tu n'apportais en France 
Que tes chansons, quinze ans, ta vielle et Tespérance. 
Et Tespérance. Ipis,) 

Quinze ans et sans ressource aucune, 
Que Ton éveille de soupçons ! 
Cependant j*ai fait ma fortune. 
Et n'ai donné que mes chansons. 
Fillette sage, apporte en France 
Tes chansons, tes quinze ans, ta vielle et Tespéranc^t 
Et Tespérance. [bis.) 

BoofUy el S, Pftln. 

La musique est de Docrs (on l'attribue aussi a 
Cherttbini), elle se trouve notée auN. 500 de la Qé 
du Caveau. 



Aux montagnes de la Savoie 
Je naquis de pauvres parents ; 
Voilà qu*à Paris on m'envoie, 



CHANT DU BARDE. 

1800. 

Femme sensible, entends-tu le ramage 
De ces oiseaux qui célèbrent leurs feux ? 
Ils font redire à l'écho du rivage • 
Le printemps fuit, hàtez-vous d'être heureux. 

Vois-tu ces fleurs, ces fleurs qu'un doux zéphii* 

Va caressant de son souffle amoureux? 

En se fanant elles semblent te dire : 

Le printemps fuit, hâtez-vous d'être heureux. 

Moments charmants d'amour et de tendresse 
Comme un éclair vous fu^ez à nos ^eux 



ROMANCES. 



It 



is les jours perdus dans la tristesse 
sont comptés comme des jours heureux. 



HofhnftBi 



La musique est de MéuuL, et se trouve notée sa 
193 de la Clé du Caveau. 



GENTIL BERNARD. 

IS(H. 

itenay, qu'embellissent les roses, 
transport toujours je te revois, 
mour, de fleurs fraîches écloses, 
uronna pour la première fois. 

ma Claudine, attraits, douceur, simplesse, 
m*enivrait : j'étais fier de mon choix, 
({uel feù je peignais ma tendresse ! 
1 aime bien pour la première fois ! 

s dix ans, Ignorant sa retraite, 
Dgt beautés j*ai cru suivre les lois, 
urs on cherche, on désire, on regrette 
l'on aima pour la première ibis. 

•i PlilllyMB <« >• Madeleine. 

'jk musique est de DocHS père, et se trouve notée 
N. 413 de la Oé da Ca««aa 



NOBLE ÉCLAT DU DIADÈME. 

isis. 

A noble éclat du diadème 
Ta point encor séduit mon cœur ; 
U sur le front de ce que j'aime 
e n'ai trouvé que la candeur ; 



Seize printemps forment son &p:e ; 
Et pour mieux embellir ma cour, 
On lui donne, dans ce village, 
Le doux nom de Rose d'Amour. 

Simple et naïve bergerette. 
Elle règne dans ce vallon ; 
Elle a pour sceptre une houlette, 
El pour couronne un chaperon , 
A ses vertus on rend hommage, 
Quelques bergers, voilà sa cour ; 
Et tout bénit dans le village 
Le doux nom de Rose d'Amour. 



Tiré dnPetit ehaperom rouge, oipéTK comique en trois 
actes, en vente chez M. Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie 
de Chartres, Palais-National. Prix : 60 centimes. 

La musique est de Boïeldieu, elle se trouve notée 
au N. 1764 de la Clé du Caveau. 



C S 6^^ 



MA CAVALE. 

1831. 

O ma cavale au sabot noir, 
Passons le seuil du vieux manoir ; 
Dévorons vite Tintervalle 
Qui d'elle me sépare encor. 
Ma belle et fougueuse cavale, 
Partons, partons au son du cor. {bis.) 

Foule et déchire le gazon. 

La lune monte à l'horizon : 

Du rendez-vous d'amour c'est l'heure. 

Ah I q\ï'A est doux de la saisir. 

En vérité, je chante et pleure 

D'amour, de joie et de plaisir. {bi$.) 

Oui, c'est bien là le vieux clocher 

Dont le portail doit nous cacher , 

Et dans un g«ilant équipage, 

A l'autre bout du pont-levis. 

Voici venir son petit page 

Qui m'apporte un joyeux avis. (6w.) 



»o 



CHANSONS POPULAIRES 



Allons un pas, un pas eccor ; 
Et maintenant donnons du cor. 
A travers la longue avenue, 
Je la distingue : la voici. 
De bonheur mon âme est émue. 
Merci, ma cavale, merci. 



{bis,) 



Léon Baquet. 

Cette romance était chantée dans Famteh le 
Maure, drame en trois actes et en vers de Victor 
Escousse, Joué au théâtre de la Porte-Saint-Martin, 
en juin 1831. Le même auteur donna la même année, 
en novembre, au Théâtre-Français, un drame en cinq 
actes et en vers, intitulé : Pierre III; et en 1832, il 
avait terminé sa carrière avec son ami Auguste Le- 
bras: les deux malheureux poètes s'étaient asphyxiés, 
en accusant leur siècle de ne pas les comprendre. 

Étrange et Taniteuse folie d'un jeune homme qui 
n'était, pour ainsi dire, qu'un apprenti de la vie, et 
qui avait voulu conquérir subitement les honneurs 
et la fortune, qui couronnent si rarement même le 
mérite reconnu, même les talents éprouvés. 

A peine débutant, on lui avait ouvert les portes du 
/héâtre-Français ; il y avait réussi, grâce â l'indul- 
gence qui encourageait son talent naissant ; etil s'ap- 
pela incompris / et il voiilait que son siècle admirât 
SCS essais, des essais que peut-être la maturité de 
rage lui eût fait un jour juger lui-même avec sévé- 
rité, s'il avait eu le courage de persévérer dans la 
carrière. 

Mais le malheur de beaucoup de jeunes gens, 
t'est de regarder la poésie, ce noble délassement de 
Tesprit, comme une chose qui doit fixer l'attention 
de toute la société'; ils se repaissent d'illusions, et la 
triste réalité les met aux «prises avec la misère. Alors 
arrive le suicide, cette lâche désertion de celui qui 
oublie que 

La vie est on combat 

Trois ans après la mort d'Escousse, M. de Vigny 
a fait jouer aux Français son Chatterton, dont la fa- 
tale pensée semble la justification du malheureux 
dont nous plaignons la démence. 

Béranger, qui avait encouragé ces deux jeunes 
gens, fit, â l'occasion de leur mort, sa chanson le 
Swide, dont le dernier vers est : 

Us sont partis en se donnant la main 

La musique d'AMiDis de Beauplam te trouve 
notée au N. 2341 de la Clé du Caveau. 

La musique de M. Amédée de Beauplan n'est pas 
celle de l'air populaire dont l'auteur a gardé l'ano. 
Bynw. Cet air du reste n'a jamais été gravé 



ROMANCE DE JOSEPH. 

isii. 

A peine au sortir de Tenfance, 
Quatorze ans au plus je comptais, 
Je suivis avec confiance 
De méchants frères que j*aimais. 
Dans Sichemaux gras pâturages 
Nous paissions de nombreux troupeau: 
J'étais simple comme au jeun^ âge, 
Timide comme mes agneaux. 

Près de trois palmiers solitaires, 
Tadressais mes vœux au Seigneur, 
Quand, saisi par ces méchants frères... 
J'en frémis encor de frayeur! 
Dans un humide et froid abf me, 
Ils me plongent dans leur fureur I 
Et je n'opposais à leur crime 
Que mon innocence et mes pleurs. 

Hélas I près de quitter la vie, 
Au jour je fus enfin rendu. 
A des marchands de l'Arabie 
Comme un esclave ils m'ont vendu. 
Tandis que, du prix de leur frère, 
Ils comptaient l'or qu'ils partageaient. 
Hélas I moi, je pleurais mon père 
Et les ingrats qui me vendaient. 

Alexandre D«t«1. 



La musique est de M^hul, et se trouve notée ai 
N. 704 de la Clé du Caveau 



JE PARS DEMAIN. 

BOHANCE DE SUBIE. 

1826. 

Je pars demain. Il faut quitter Marie. 
Loin de ces lieux m*exile mon destin, 
Ali ! dites-moi, mon cœur vous en supplie 
Que vous serez à jamais notre amie. 
Je pars demain. 



ROMANCES. 



Sf 



Je pars demain. Ah I comme en notre enfance, / 
Un seul instant donnez-moi votre main ; 

Et qu'un adieu de tendre confiance 
Vienne adom:ir les peines de l'absence I 
Je pars demain. 

B. de PlMiard* 



La musique est dHÉROLD, et se troure notée au 
N.2214 de la dé du Caveau. 



LA PAUVRE NÉGRESSE. 



Dans cette aride plaine, 

Où le travail m*enchaine , 

Je me soutiens à peine 

Sur mes genoux tremblants. 

ma mère adorée, 

Pourquoi m*as-tu livrée, 

Pauvre ûlle éplorée, 

A la merci des blancs? {bis.) 

Pour un peu d'or, livrée à l'esclavage, 
Moi, le seul fruit de tes premiers amours. 
Moi, ton enfant, qui t*aimais sans partage, 
Et te voulais consacrer tous mes jours. 
Si quelquefois un palmier sous son ombre 
Me voit tomber de fatigue et gémir , 
Le maître est là, qui me dit d'un air sombre : 
Debout! négresse, allons, c'est trop dormir. 
Dans cette aride, etc. 

Un âge vient, ma mère, où la faiblesse 
Donne du poids aux plus légers fardeaux, 
Et tu n'as plus d'appui pour ta vieillesse, 
C'estencorlàle plus grand de mes maux. 
Ah I tu plaindrais ta tille infortunée, 
Si tu voyais comme on la fait souffrir. 
Car, désormais, voilà ma destinée : 
Souffrir, pleurer, languir et puis mourir I 

Dans cette aride plaine, 
Où le travail m'enchaîne, 
le me soutiens à peine 
Sur mes genoux tremblants. 



ma mère adorée, 

Pourquoi m'as-tu livrée. 

Pauvre fille éplorée, 

A la merci des blancs I (bis,) 

A. Béloaraé. 

La musique est de M, Théodore Labarrc, elle 
se trouve à Paris, chez M. Bourdin, éditeur, 40, 
rue Yivienne. 



MA NORMANDIE, 

Quand tout renaît à l'espérance, 
Et que l'hiver fuit loin de nous, 
Sous le beau ciel de notre France, 
Quand le soleil revient plus doux. 
Quand la nature est reverdie, 
Quand Thirondelle est de retour. 
J'aime à revoir ma Normandie, 
G*estle pays qui m'a donné le jour. 

J'ai vu les champs de l'Helvétie, 
Et ses chalets et ses glaciers. 
J*ai vu le ciel de l'Italie, 
Et Venise et ses gondoliers. 
En saluant chaque patrie. 
Je me disais : Aucun séjour 
N'est plus beau que ma Normandie, 
C'est le pays qui m'a donné le jour. 

Il est un âge dans la vie 
Où chaque rêve doit finir. 
Un âge où l'âme recujeillie 
A besoin de se souvenir. 
Lorsque ma muse refroidie 
Aura fini ses chants d'amour, 
J'irai revoir ma Normandie, 
C'est le pays qui m'a donné le jour. 

Frédérie lierai. 

La musique est de l'auteur des paroles, elle tt 
trouve, à Paris, chez M. E. Mayaud, éditeur,?, boa- 
lerart des Italiens. 



CHANSONS POPULAIRES 



LE BONHEUR DE SE REVOIR. 



Bonheur de se revoir après les jours d'absence, 
Qui de tant de plaisir réalise Tespoir, 
Plus je souffris et plus je bénis ta puissance, 
Bonheur de se revoirl bonheur de se revoir 1 

Ahlahl 
Qu'il est doux de se revoir I 

Ah I ah ! ah I ah I ah ! 
Qu'il est doux de se revoir ! 

Là! làl 

Le voilà, c'est bien lui ; la voilà, c'est bien elle. 

Quels accents, quels regards, quel magique pouvoir! 

Tu rends Famant plus tendre et Tamante plus belle, 

Bonheur de se revoir I bonheur de se revoir 1 

Ah 1 ah I etc. 

On se redit les mots qui charmèrent l'absence, 
Sur les mêmes gazons, on vient encor s'asseoir; 
Tu rends la paix à l'âme, au cœur sa confiance, 
Bonheur de se revoir I bonheur de se revoir ! 

AhUh! ' 

Qu'il est doux de se revoir! 

Ahl ahlahl ahtahl 
Qu'il est doux de se revoir I 
Làl làl 

GuttlBSuer. 

La musique est de M. Amédée de Beauplan, elle 
se trouve chez M. Mcissounier, éditeur, rue Dau- 
phine, 22. 



LA RRISE DU MATIN. 



1826. 



Déjà la brise du matin 
Soulève dans les airs la voile frémissante ; 



Le jour est propice au marin, 
La mer est favorable, et le ciel est serein. 

Oublions tous, à cette heure charmante, 
Les soucis de la veille et ceux du lendemain 

Laissons au caprice des flots 
Dériver doucement notre barque légère ; 

Respirons, heureux matelots. 

Les parfums de la terre. 
Et le frais (bis) pénétrant du zéphir et des eaux ! 

Le sage est content de son sort , 
Il ne 8*expose pas aux flots d'un autre monde; 

Son œil ne perd jamais le bord , 
Et quand l'onde se ride, il regagne le port, 

Tandis qu'au loin, dans la vague profonde. 
L'ambitieux trompé tombe avec son trésor. 

Laissons au caprice, etc. 

Le sage est pressé de jouir. 
Et compte faiblement sur une longue vie; 

n sait, amoureux du plaisir, 
Préférer le présent au douteux avenir. 

A l'incertain qu'un autre sacrifie t 
Il veut avoir vécu quand il faudra mourir. 

Laissons au caprice, etc. 

Le sage commande à l'amour, 
Qui, semblable à la mer, est fécond en nanfhiges; 

S'il aime, c'est pour un seul jour ; 
Un désir dans son cœur ne fait pas long séjour, 

Tout en voguant, de flots et de rivf ges. 
Comme de voluptés, il change tour à tour. 

Laissons au caprice des flots 
Dériver doucement notre barque légère ; 

Respirons, heureux matelots, 

Les parfums de la terre 
Et le frais [bis) pénétrant du zéphir et des ea'ix î 

Paroles d'un «BMsyMi«. 



La musique est de Lorenzo FiliSertf, elle ta 
trouTe notée au N. 2076 de la Qé du Careaik 



ooa 



ROMANCES. 



13 



LA JEUNE ALBANAISE. 

Tu veux devenir ma compagne, 
Jeune Albanaise aux pieds légers , 
Eh bien I suis-moi dans la montagne, 
Et viens partager mes dangers . (bis,) 

Non, jamais lu n'iras, esclave, 
Orner le harem des soudans ; 
Il vaut mieux, compagne d*un brave, 
Couler des jours indépendants. 

Oui, 
Tu veux devenir ma compagne, etc. 

Ce n*est point une ardeur vulgaire 
Qui sera le prix de ta foi ; 
Au monde entier je fais la guerre, 
Je n*aurai d'amour que po^ toi. 

Oui, 
Tu veux devenir ma compagne, etc. 

- Salue, en partant, ces rivages, 
Ces vallons, ce ciel enchanté ; 
C'est dans des sites plus sauvages 
Qu'il faut chercher la liberté. 

Oui, 
Tu veux devenir ma campagne. 
Jeune Albanaise aux pieds légers ; 
Eh bien I suis-moi dans la montagne , 
El viens partager mes dangers, (bis,) 

A. Bélonnié. 

Lannulqae est de NL Théodore La barre. Elle 
M Iroave chez M. Brandos et Qe, 40, me Vivienne. 



NANNA M'APPELLE. 



istt. 



Le flot grossit, le ciel est noir 
Piétro, pourquoi partir ce soir ? 



Lui dit sa mère. 
L'an passé, j'eus beau l'avertir. 
Ton frère aussi voulut partir. 

Ton pauvre frère. 

Piétro sautant 

Dans sa naceUe 

Qui fuit loin d'elle, 

Dit en partant : 

Nanna m'appelle. 

Elle est si belle , 

Je l'aime tant 1 (bis.) 



(bis.) 



\ 



» • 

Dit. 



Un sourd murmure au bruit des flots 
De temps en temps mêlait ces mots : 

Piétro, mon frère, 
Avant que son heure ait sonné. 
Pour l'&me de ton frère atné 

Une prière. (6ti.) 

Piétro pourtant 

Croit se méprendre, 

Puis sans l'entendre 

11 va chantant : 

Nanna, etc. 



La Maure blanche au cri plaintif 
Disait en volant sur l'esquif : 

Pêcheur, arrête ; 
Le nid qui m'avait tant coûté 
Sur le roc vient d'être emporté 

Par la tempête. \f)is.) 

Piétro luttant 

Avec courage 

Contre l'orage 

Allait chanlant : 

Nanna, etc. 



Enfin il a touché les bords, 

Mais l'airain sonnait pour les morts 

Sur la tourelle. 
Pour qui donc priez-vous, pêcheurs ? 
L'un d'eux, en élouiTant ses pleurs, 

Dit : c'est pour elle I (bis.) 



H 



CHANSONS POPULAIRES. 



Piélro l'enlend, 
Pâlit, soupire, 
Puis il expire 
En répétant : 
Nanna m'appelle, 
Elle est si belle, 
JeTaimetant! (bis.) 



Uis.) 



Casimir DelATigne. 



La musique est de Nelz, 



LA JEUNE FILLE AUX YEUX 

NOIRS. 



1834. 



Jeune fille aux yeux noirs, tu règnes sur mon âme, 
Tiens ! voilà des croix d'or, des anneaux , des colliers ; 
Des chevaliers ainsi m'ont exprimé leur flamme, 
Eh bien I j'ai méprisé l'offre des chevaliers. 



La fortune 
Importune 
Me paraît 
Sans attrait. 
Sur la terre 
11 n'est guère 
De beau jour 
Sans l'amour. 



(bis.) 



Puisdes prélats m'ontdit:Siirdesbordsplustranquilles 
Si tu veux, jeune fille, habiter nos palais. 
Nous t'offrons des villas, des prés, des champs fertiles; 

Et moi j*ai répondu : Tous ces biens gardez-les I 
La fortune, etc. 



A son tour, un proscrit, m*a parlé de tendresse; | 
L'infortuné fuyait nos rivages ingrats. | 



a Toi seul , me disait-il, peux calmer ma tristesse. » 
Et j*ai dit au proscrit : a Moi je suivrai tes pas. » 

Lafortune, etc. 

A. Défourné. 

La musique est de Théodore Labibbe, et se trouTe 
notée au N. 2034 de la clé du Caveau. 



LA FOLLE. 

1853 

Tra la la la, tra la la la, quel est donc cet air? (bis] 
Abl oui, je me souviens, Torchestre harmonieux 
Préludait vivement par ses accords joyeux, 
n s'avança vers moi, sa voix timide et tendre 
Murmura quelques mots que je ne pus entendre. 
Je voulais refuser, et je ne pus parler, 
Et lui saisit ma main, je la sentis trembler; 
Moi je tremblais aussi, son long regard de flamme 
En des pensers d'amour avait jeté mon âme. 
Et pendant toutle bal je ne pensai qu'ùlui! [bis] 

Tra la la la (6w), d'où me viennent ces sons ? (bis) 
Ahl oui, je me souviens, quinze jours écoulés. 
Le soir au bal brillant par la valse entraînés; 
comble de bonheur! félicité suprême! 
Sa bouche à mon oreille a murmuré : Je t'aime I 
Et faible que j'étais, je ne pus résister, 
Puis sur mon front brûlant je sentis un baiser: 
Ah ! seulement alors, je connus Texistence, 
L'amour et son bonheur, sa force et sa puissance! 
Et je ne vivais plus, car j*étais toute en lui ! (bis) 

Tra la la la (bis), que ces sons me font mal ! (bis) 
Oh ! oiii, je me souviens, je fus heureuse un mois, 
Et depuis ce moment je soupire toujours. 
Cette valse, écoutez, c'est pendant sa durée 
Qu'il était à ses pieds, que sa bouche infidèle 
Lui jurait qu'il l'aimait et ne m'aima jamais! 
Je sentis à ces mots ma télé se briser; ' 
Un horrible tourment tortura tout mon être !.. 
Que j'aime les plaisirs, la parure et la danse! 

Que je souffre, 6 mon Dieu! rien qu'en penunt i lui! 

Arthur! Arthur! Arthur! Arthur! [bis. 



Ab«l 



La muiiqne est de A. GaisAt, et se trouTe notée ao 
N. aS04 de la Clé do Cavcao. 




U BRIGANTINE OU LE DÉPART. 



Labriganline 
Qut va tourner, 
Roule et s'incline 
Pour m'enlralner. 
Vierge Marie, 
Pour moi priei Dieu l 
Adieu, patrie! 
ProTCDce, adieu 1 

Mon pauvre père 
Verra souveol 
PAlir ma mère 
Au bruit du vent. 
Vierge Marie, 
Pour moi pritz Dieu ! 
Adieu, patrie! 
Mon père, adieu ! 

Ua sŒur se lève 
Et dit déjà : 
«J'ai fait un rêve, 
■ Il reviendra. ■ 
Vierge Marie, 
Pour moi priez Dieu I 
Adieu, palriet 
Ha sœur, adieu 1 

La vieille llélËne 
Se confiera 
D.ins sa neuvaine 
£( dormira. 



(ôi..) 



i (&(»■) 



vierge Marie, 
Pour moi priez Dieu! 
Adieu, patrie, 1 .^^^ , 

Hélène, adieu I ' ^ ' 

De mon Isaure 

Le luouclioir blanc 

S'agiie encore 

En m'iippelanl. 

Vierge Marie, 

Four moi priez Dieul 

Adieu, patriei I «^^j 

I&aure, adieu! ■ 

Brise ennemie. 
Pourquoi soufiler 
Quand mon amie 
Veut me parler? 
Vierge Marie , 
Pour moi priez Dieu 1 
Adieu, patrie I I ^^ 

Bonbeur, adieu ! ■ 

■BHHai dH 4Mu»"<iH «ir.fûta». î'. rw«L*riàS 

ta TiêiUmrii, la En/mH «'ïtoioA In't If. tktr- 
la ri. MDI •ntiiit di Bomoui jul «I KqiUi i CM- 



ll4tteUédubiiM 



te 



CHANSONS POPULAIRES. 



LA JEUNE INDIENNE. 



1828. 

Un beau narire, à la rîdlff carène, 
ABait quitter les plagHFdB Madras, 
Bt sur la rive, une jeune Indienne 
IkBtL compagne aîiiarpariait tout bas t 
mSita le to», (B»4iii<m&ie l'adore, 
m RappdMui ^'E m'a donné sa M. 
« Demande-Ms'3 me regrette encore,. 
« &*ilse soavieni^avoirTéettpmiEnin. 
S'il se souvient d'avoir vécu pour moi. 



(bis,) 



« Tu vas joyeuse au beau pays de France, 
Pour des plaisirs changer ta liberté ; 
Mais là, Zelmire, on dit que Tinconstance 
Aime à braver les pleurs de la beauté... 
Si tu le vois... etc. 

« Tu m'enverras par le prochain navire 
Les mots d'amour qu'il doit te confier ; 
Mais... justes dieux 1 Ne m'écris pas, Zelmire, 
Si pour une autre il a pu m'oublier. 
Si tu le vois... etc. 

« Il me disait de bien douces paroles, 
Lorsqu'à l'abri des bananiers en fleurs 
Il étouffait, sous des serments frivoles, 
Les vains efforts de ma noble pudeur... 
Situ le vois... etc. » 

Rien n'arriva du beau pays de France ; 

L'infortunée en perdit le repos ; 

La raison fuit lorsqu'à fui respéfanoo.. . 

En expirant elle disait ces mots : 

Si tu le vois, dis-lui que je l'adore, 

Rappelle-lui qu'il m'a donné sa foi, 

Demande-lui s'il me regrette encore, 

S*il se souvient d'avoirvécu pour moi. 

S'il se souvient d'avoir vécu pour moi. (bis.) 



(bis.) 



LA FÊTE DE LA MADONE. 

Le ciel comble notre espérance, 
Voyez, le temps est calme et pur, 
A^ peine sur leâ^flolk^ d'azur 
La bfaidla Toilfe» baianee. 

foia, puraBont ntae, OB beau jour, 
UIoii% goDfkilîer, fu'oo a'af^rtte, 
Sa laraadone c^esf la ffila^; 
] iiODs4ui aoa tnbotad'allépeaBe et d'amoui 

[(bis,) 

C'est elle, amis, quand le ciel tonne 
Qui. nous ramène dans le port, 
Des fleurs qui croissent sur ce bord 
Nous lui devons une couronne. 
Voilà, etc. 

Et puis nous irons sous l'ombrage 
Nous délasser de nos travaux. 
Les jeux, la danse et le repos 
Ranimeront notre courage. 

• 

Voilà, par saint Mare, un beau jour. 
Allons, gondolier, qu'on s'apprête, 
De la madone c'est la fôte ; 
Portons-lui nos tributs d'allégresse et d'amour, 

m, Bélvarné. 

La musique est d' auguste Patcbbron , elle S3 
trouve chez M. Mejssonoier, éditeur, rue Dau- 
phine, 18. 



La BivsKia» c«t de Lemire, ttm txoate noté^aa . 
^ 2328 de la Qé du Caveau. 



L'ANDALOUSE. 

1834. 

Avez -VOUS vu dans Barcelone 
Une Andalouse au teint bruni. 
Pâle comme un beau soir dautomne? 
C'est ma maîtresse, ma lionne, 
La marquesa d'Âmaëgui. 

J'ai bien fait des dansons pour elle. 
Je me suis battu bien souvent, 



ROMANCES. 



Il 



Bien «cuvant J!ai fait aentlneUe 
Pour vofr le coin de sa prunelle 
Quand son rideau tremblait au yent.(6û.) 

Elle est à moi, moi seul au monde, 
Ses grands toardls noirs sont à moi, 
Son corps souple, sa jambe ronde, 
Sa chevdore qui Tinonde, 
Plus longue qu'nn manlemi de roi f 

C'est à mof son beau ed qui penche 
Quand elle dort dans son boudoir. 
Et sa basquina mrm iamehe. 
Son bras dans sa mitaine blanche, 
Son pied dans son brodequin noir ! 

Vrai Dieu, lorsque son œil pétUle 
Sous la frange de ses réseaux, 
Rien que pour toucher sa mantille, 
De par tous les saints de Caslille, 
On se ferait rompre les os ! 

Comme elle est folle dans sa joie 
Lorsqu'elle chante le malin : 
Lorsqu^en th*ant son bas de ^ie, 
Elle fait sur son flanc qui ploie 
Craquer son corset de satin ! 

Allons, mon page, en «mbisscadefl 
Allons, la belle nuHd'été! 
Je veux ce soir des sérénades 
A faire damner les alcades 
De Tolose à Guadalété. 



La mnsique est de M. H. Mohpou, et ae trouve 
notée aa N. 2191 de la Clé du Carean. 



JE SAIS ATTACHER DES RUBANS. 



Je sais attacher des rubans. 

Je sais conmient viennent les roses, 

Des oiseaux je sais tous les chante ; 

Je sais mille petites choses ; 

Mais je sens palpiter mon cœur ; 

Pourquoi?... Je n'ensais rien encore. 



Peul-élre, kélasi que le bonheur 

Est dans les choses que j'ignore. 

Je sais comme un oiseau naissant 
Eclôt sous le sein de sa mère ; 
Comme un tourtereau caressant 
A sa compagne cherche à plaire. 
Mais je sens palpiter mon cœur ; 
Pourquoi t.. . Je n*en sais rien encore. 
Peut-être, hélas 1 que le bonheur 
Est dans les choses que f ignore. 

AttsasCe Dap«ri« 

Extndt du Frère PMUppt, opéra comique, ea renie 
chezM. Tresse, éditeur, 2 et 3, Galerie de Chartres, 
Palais-NaUonal Prix : 1 fr. 

La manque est de Y. Douribn, et se trouve no- 
tée a« S. ISU de U Clé du Caveau. 



ROMANCE DE GULISTAN. 

1806. 

Le point du jour 
A nos bosquets rend toute sa parure ; 
Flore est plus belle à son retour. 

L'oiseau redit son chant d'amour; 
Tout célèbre dans la nature 
Le point du jour. 

Au porat du jour 
Désir plus vif est toujours près d*éclof e , 
Jeune et sensible troubadour. 
Quand vient la nuit, chante Tamour; 
Mais il chante bien mieux encore 

Au point dttiour. 

Le point du jour 
Cause parfois, cause douleur extrême; 
Que Tespace des nuits est court 
Pour le berger brûlant d'amour, 
Forcé de quitter ce qu'il aime, 

Au point du jour. 

De Mm CluibaaMière et Étln— . 

La mosiqae est de Dalatrac, et se troii,v«ttOlëc 
an N. 351 de la Clé du Careau. 



18 



CHANSONS POPULAIRES. 



LA FIN DU JOUR *. 

1807. 

La fin du jour 
Sauve les fleurs et rafraîchit les belles : 
Je veux, en galant troubadour, 
Célébrer au nom de l'amour, 
Chanter au nom des fleurs nouvelles 

La fin du jour. 

La fin du jour 
Rend aux plaisirs l'habitant du village : 
Voyez les bergers d'à l'entour 
Danser en chantant tour à tour; 
Ah I comme on aime, après l'ouvrage, 
La fin du jour I 

La fin du jour 
Rend aux amants et l'ombre et le mystère : 
Quand Phébus termine son tour, 
Vénus, au milieu de sa cour, 
Avec Mars célèbre à Cythère 

La fin du jour. 

La fin du jour 
Rend le bonheur aux oiseaux du bocage : 
Bravant dans leur obscur séjour 
La grifl'e du cruel vautour, 
Us vont guetter sous le feuillage 

La fin du jour. 

La fin du jour 
Me voit souvent commencer un bon somme ; 
Et pour descendre au noir séjour, 
En fermant les yeux sans retour, 
Je dirai gaiment : c'est tout comme 
La fin du jour. 

Armand Gonffé. 

* Nous plaçons ici cette chanson comme faisant 
suite à la précédente. 

La musique se trouve notée au N. 351 de la Clé 
«!oCaveiu. 



LE BOUQUET DE BAL. 

1831. 

Vous partez brillante et parée 
Pour ce bal où je n'irai pas ! 
De vœux, d'hommages entourée, 
A moi penserez- vous, hélas 1 
Qu'alors ce bouquet vous rappelle 
Un amant absent et fidèle. 
Et si je ne suis pas là. 
Mon bouquet du moins y sera. 



} iàis.) 



Vous partez et moi je demeure 

Avec mon amour et ma foi 1 

A vous moi je pense à toute heure, 

Vous, à minuit, pensez à moi ! 

Presse alors cette fleur jolie 

Sur ton cœur seul bien que j'envie, 

Et si je ne suis pas là, 

Mon bouquet du moins y sera. 



[bis.) 



Regarde-le, quand, avec grâce, 

Mes rivaux viendront te vanter. 

Regarde-le... si leur audace 

A valser voulait f inviter : 

Que ce bouquet, ma seule offrande, 

Et vous sépare et me défende. 

Et si je ne suis pas là, l a - \ 

Mon bouquet du moins y sera. 5 



Elle partit fraîche et brillante, 
El les soupirs de mille amants, 
Du bal, la musique enivrante-. 
Bientôt égarèrent ses sens. 
Effleurant à peine la terre, 
Elle valsait vive et légère, 
Quand soudain minuit sonna 
Et le bouquet n'était plus là ! 



) 



[bis.] 



E. Scribe. 

La musique est de Mme Duchampce, elle m 
trouve chez M. Meissonnier, éditeur, rue Dau* 
phine, 18, et elle est notée an N. 2306 de la Clé du 
Caveau. 



ROMANCES. 



^ 



ELLE EST PARTIE. 

1841. 

Enfants de la mêmeehaumière, 

Nous n*avions pour abri 

Que Tamandier fleuri. 
Ma mère à moi c'était sa mère, 

Ma sœur était sa sœur, 

Son cœur était mon cœur, 
Son nom remplissait ma prière, 
La voir c'était mon plus beau jour, 
Et puis croyant Taimer en frère, 
Jamais je ne parlais d'amour ! 
Mon Dieu I que toujours elle ignore 

Qu'avec son souvenir 

Il me faudra mourir I 

Chacun disait qu'elle était belle 

Et se montrait jaloux 

De son regard si doux ^ 
Moi seul alors j'allais près d'elle, 

Je lui disais tout bas : 

Enfant, ne les crois pas! 
Bientôt on la vit un dimanche 
Paraître avec des bijoux d*or 
Au lieu de sa parure blanche, 
Parure hélas I mon seul trésor. 
Mon Dieu, etc. 

Un jour... enfin, jour de souffrance, 

Je la vis qui pleurait 

Et puis me regardait ; 
Alors, tout rempli d'espérance, 

Je crus avec bonheur, 

Oh I je crus à son cœur I 
Pourtant, hélas I elle est partie, 
Partie au loin et pour toujours. 
Partie, et sans elle ma vie 
Se fane à jamais sans amours I 
Mon Dieu, que toujours elle ignore 

Qu'avec son souvenir 

n me faudra mourir I 

■■te Laore Jcardala. 

La mnrfque est de M. Aristids db Latour, eUe 
«tioiiTt chei M. Ledac, éditeur, 26, rue Yivienne. 



LES LAVEUSES DU COUVENT. 

1835. 

<c Holà I fillette brune et blanche, 
La belle au panier sur la hanche, 
Où vas- tu les bras nus au vent ? 

— « Beau cavalier, je vais sous l'arche, 
Dans le courant de l'eau qui marche 
Laver les nappes du couvent. » (bis.) 

Jeanne [bis), n'écoute pas douces paroles! 
Jeanne, crains les discours frivoles 
D'un cavalier. 
D'un cavalier trompeur. 
Trompeur et léger! 

« Bon Jésus I la fillette blanche. 
Tu dois être belle un dimanche 
Avec un corset de velours 1... » 

— m Beau cavalier, sur la grand'place 
Plus d'un écolier, quand je passe, 

Me trouve belle tous les jours. » (bis.) 
Jeanne, etc. 

— a Si tu veux être châtelaine. 
J'ai trois villages dans la plaine. 

Et mon château ceint d'un fossé... • 

— « Beau cavalier, je suis plus fière , 
Je veux avoir la terre entière ; 

Et j'ai pris Dieu pour fiancé. » 
Jeanne, etc. 

On l'entendit prendre la fuite , 
Dirent les laveuses ensuite, 
Sur le cheval du cavalier. 
Le soir on la revoit sous l'arche. 
Mais c'est comme une ombre qui marche. 
Chantant dans l'écho du pilier : [bis.) 
Jeanne (&t5), n'écoute plus douces paroles! 
Jeanne, crains les propos frivoles 
Du cavalier. 
Du cavalier trompeur. 
Trompeur et léger ! 

E4iiicb4 Thlerrj. 

La musique est de M. Albert Grisa r, elle se 
trouve chez M. Edmond Msyaud, éditeur, 7, boo- 
leTart des Italiens, et elle est notée au N. 2061 de 
la Clé du Caveau. ' 



JO 



CHANSONS POPULAIRES. 



PETIT BLANC. 



1826. 

Un petit blanc que j*aime 
En ces lieux est venu ; 
Oui, oui, c'était lui-même 
C'était lui, je l'ai vu. {bis.) 

A la pauvre négresse 
11 porte le bonheur ; 
Elle voudrait sans cesse 
Le presser sur «on cœur. 
Petit blanc, mon bon frère, 
Âh ! petit blanc si doux, 
Il n'est rien sur la terre 
D'aussi joli que vous. 

Sitôt que l'ombre cesse, 
Que le ciel est en feu. 
Vous me dites : « Négresse, 
Reposez-vous un peu. » 
Vous, bon, toujours le môme, 
Jamais ne me battez, 
Et quand je vous dis j'aime, 
Vous, blanc, vous m'écoutez. 
Petit blanc, mon bon frère, etc. 

Si belle est votre bouche, 

Vos cheveux sont si doux I 

Lorsque ma main les touche 

Mon cœur en est jaloux ; (6m.) 

Votre regard m'enchante 

Comme le plus beau jour. 

Et votre voix touchante 

Me fait mourir d'amour. 

Petit blanc, mon bon frère, 

Ah ! petit blanc si doux, 

Il n'est rien sur la terre 

D'aussi joli que vous. 

Boacher de Perihe*. 

Mutqve àb P«ihieron. 



LA VEILLÉE. 



1801. 

Heureux qui, dans sa maisonnette, 
Dont la neige a blanchi te toit. 
Nargue le chagrin et le froid 
Au refrain d'une chansonnette. 
Que les soirs d'hiver sont charmants 
Lorsqu'une famille assemblée 
Sait, par divers amusements, 
Égayer, égayer la veillée ! 

Assis près de sa bien-aimée. 
Voyez le paisible Lapon, 
Lorsque la neige, à gros flocon. 
Tombe sur sa hutte enfumée : 
Autour du feu, dans ce réduit, 
La famille entière assemblée 
Semble trouver six mois de nuit 
Trop courts, trop courts pour la veillé 

J'aime surtout une soirée 
Où l'on parle de revenants. 
Alors qu'on entend tous les vents 
SifQer autour de la contrée. 
A ces récits intéressants 
Toute la troupe émerveillée 
Tremble, écoute et voudrait longtemp 
Prolonger, prolonger la veillée. 

C'est au hameau , dans une étable , 
Qu'on se rassemble chaque soir , 
Les vieilles ont le dévidoir , 
Les vieux ont le broc sur la table. 
Les jeunes garçons amoureux 
Des ûlletles de rassemblée. 
Abrègent par des chants, des jeux , 
De l'hiver , de l'hiver la veillée. 

VilleBi •■(•■• 



La musique de Gaveaux est notée au N. 206 d 
tâCl^daCaTMo. 



ROMAICGE». 



SI 



LA LEÇON. 



Conservez bien la paix du cœur. 
Disent les mamans aux filleltes. 
Sans la paix adieu le bonheur ; 
Craignez mille peines secrètes. 
On tremble, on se promet longtemps 
De rester dans rindifférence *, 
Et puis on arrive à douze ans, 
Et le cœur bat sans qu'on y pense. 

Fuyez surtout, fuyez TAmour, 
Disent les mamans aux ûllettes ; 
Le petit traître, chaque jour, 
Vous tend des embûches secrètes. 
On tremble, on se promet longtemps 
De se soustraire à sa puissance, 
Et puis on arrive à seize ans. 
Et Tamour vient sans qu'on y pense. 

Mais pourquoi tous ces vains discours 
Que font les mamans aux fillettes? 
Puisqu'on doit tribut aux amours. 
Nous voulons acquitter nos dettes. 
Pour bien aimer il n*est qu'un temps, 
S'en défendre est une imprudence; 
Si l'on n'aime pas au printemps 
L'hiver viendra sans qu'on y pense. 

ArauHid «•■flé ei IttlteM» 

La musique d« Qavsmjx m trouve notée en 
N. 106 de la Clé du Cateau. 



CHANSON DU PRÉ AUX CLERCS. 

iSSt. 

A la fleur du bel âge, 
Georgette, chaque jour. 
Disait dans le village : 
Jamais n'aurai d'amour. 
Un soir, par imprudence. 



Au son du lanbouriBy 
Elle suivit la danse 
Dans le bosquet voisin. 
Ahl pauvre Georgette, 
Le bal est un plaisir 
Éveillant le d^ir. 
Et l'amour en cachette 
Y guette 
Une fillette. 
Toujours. 



{bis.) 



Robert, du vofeinage. 
Était Ift beau danseuc. 
Il la voit, il l'engage : 
Pour elle quel honneur ! 
De son bras il la serre 
Sur son cœur doucement, 
Et la jeune bergère 
TrouTa ee jea diarmant. 
Ahl pauvre Geongette, ete. 

Tout en faisant la chaîne^ 

Robert prit un baiser; 

Et puis sous le grand chêne 

On s'alla reposer. 

La nuit vient... comment faire? 

Robert offre son bras ; 

Et depuis la bergère 

Soupire et dit tout bas : 

Ah ! pauvre Georgette 

Le bal est un plaisir 

Éveillant le désir. 

Et l'amour en cachette 

Y guette 
Une fillette. 

Tom'ours. 



{bis.) 



Extrait du Pré aux Clercs opéra comique en 3 

actes» en Tente chez M. Trene, 2 et 3, galerie dC 
CIlRtTCS. Prix : 60 c 

La muiique de Hérold se trouTe notée a« 
N 2112 de la Clé du Caveau 



19 



CHANSONS POPULAIRES. 



CORALIE. 

1828. 

A dix-sept ans, la pauvre Coralie 
Disait tout bas à chaque instant du jour : 
« Oui, c'en est fait, oui, je fuirai l'amour. » 
Fuit-on l'amour quand on est si jolie ? 

Hylas parut, la bergère attendrie 
En le voyant éprouva du plaisir : 
Elle rougit , mais sans y réfléchir. 
Réfléchit-on quand on est si jolie? 

Hylas lui dit : a Oh I ma tant douce amie, 
Daigneras-tu m'accorder un baiser? » 
Elle n'eut pas le cœur de refuser. 
Refuse-on quand on est si jolie? 

Un certain soir, sur la verte prairie, 
Elle combla tous les désirs d'Hylas ; 
A l'inconstance elle ne pensait pas. 
Y pense-t-on quand on est si jolie? 

Bientôt Hylas la quitte pour Sylvie ; 
Lors, mes amis, j'ai vu la pauvre enfant 
Donner des pleurs à son volage amant. 
Doit-on pleurer quand on est si jolie ? 

Depuis ce jour, sa figure flétrie 
Perdit, hélas ! moitié de ses attraits , 
Elle souffrit sans se plaindre jamais. 
Doit-on soufi'rir quand on est si jolie ? 

A dix-huit ans elle perdit la vie. 
Sur son tombeau les villageois en pleurs 
Répétaient tous, en le couvrant de fleurs : 
« Doit-on mourir quand on est si jolie? j» 

IV. Brasier. 

La musique de Frédéric Duvernoy m trouve 
notée au N. 2 de la Clé du Caveau. 



ADIEU, MON BEAU NAVIRE. 



1885. 



Adieu, mon beau navire, 
Aux grands mAt8 pavoises ; 



Je te quitte et puis dire : 
Mes beaux jours [bis) sont passé» ! 

Toi, qui plus fort que l'onde, 
En sillonnant les flots, 
A tous les bouts du monde 
Portes nos matelots. 

Nous n'irons plus (bis) ensemble 
Voir l'équateur en feu, 
Mexique où le sol tremble, 

Et l'Espagne {bis) au ciel bleu t 
Adieu! 
Adieu, mon beau, etc. 

Quand éclatait la nue, 

Et la foudre à nos yeux. 

Lorsque la mer émue 

S'élançait jusqu'aux cieux; 
Sous nos pieds (bis) , sur nos tête;» 

Quand grondaient mer et vent, 

Entre ces deux tempêtes 
Tu passais (bis) triomphant î 
Adieu ! 
Adieu, mon beau, etc. 

Plus de courses paisibles. 

Où l'espoir rit au cœur, 

Plus de combats terribles 

Dont tu sortais vainqueur î 
Et d'une main, d'une main hardie, 

Un autre à mon vaisseau, 

Sur la poupe ennemie. 
Plantera (bis) ton drapeau ! 
Adieu ! 

Adieu, mon beau navire, 

Aux grands mâts pavoises , 

Je te quitte et puis dire . 
Mes beaux jours (bis) sont passés! 

Frédéric S«al lé el Arnoiild 



Tiré des Deux Beinet, opéra comique en un acte, 
en vente chez M. Marchant, éditeur, bculevart Saint* 
MarUn,12. Prix : 60 c. 
Musique de M. HlPPOLYTS Monfoo. 



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LE VRAI BUVEUn. 



Aussitôt que la lumière 
A redoré nos coteaux, 
Je commence ma carrière 
Par Tbiler mes looneaux. 
Ravi de revoir l'aurore, 
Le verre en main je lui dis : 
Vois-lu BUT la rive maure 
Mus qu'à mon nez de rubis T 

Le plus grand roi de la terre. 
Quand je suis dans un repas , 
S'il me déclarait la guerre , 
Ne m'épouvanterait pas. 
A table rien ne m'élonne, 
El je pense, quand je boi, 
Si là-baul lupiter tonne, 
Que c'est qu'il a peur de m'A, 

H quelque jour, étant ivre 
La mort arrèlail mes pas , 
le ne voudrais pas revivre 
Pour cbanger ce doux trépas. 



Je m'en irais dans l'Averm 
Paire enivrer Aleclun 
Et bâlir une taverne 
Dans le manoir de Plulon. 

Par ce nectar délectable. 
Les démons étant vaincus. 
Je ferais chanter au diable 
Les louanges de Baccbua. 
J'apaiserais de Tantale 
La grande altération ; 
El, passant l'onde inr<:rnale. 
Je ferais boire Luon... 

Au bout de ma quarantaine 
Cent ivrognes m'ont promis 
De venir, la tasse pleine , 
Au gîte où l'on m'aura mis. 
Pour me faire une hécatombe 
Qui signale mon destin. 
Ils arroseront ma tombe 
De plus de cent brocs de via. 

De marbre ni de porpfajre 
Qu'on ne fasse mon lambeau . 



34 



CHANSONS POPULAIRES. 



Pour cercueil je ne désire 
Que le contour d'un tonneau ; 
Je veux qu'on peigne ma trogne 
Avec ce vers à l'enlour : 
Gi-gtt le plus grand ivrogne 
QrJ jamais ait vu le jour. 

Ilattre Adam. 

Adam Billaut, connu loui le nom de Mailte Adam, 
était menuisier A Nevera. D vécat sur la fln da 
règne de Louis XIII, et pendant lea vingt premières 
années da règne de Lonis XIV. n mourut à Kevera 
en 1662 Les poètes de son temps l'appelèrent le Vir- 
gile au rabot. U faisait ses vers an milieu de ses 
ouUls et de ses bouteilles. 11 donna à ses recueils 
les titres de Chevilles et de Vilebrequins, On lit en 
tête de ses oraTres, parmi beaucoup d'éloges poé- 
tiques où l'on en trouve un du grand Corneille, ce 
quatrain de Saiict-Amano . 

On dira partout l'univers, 
Voyant les beaux écrits que maître Adam nous offre, 
Qu'il est propre à faire des vers. 
Comme U est propre à faire un coffre. 

Maître Adam était privé de toute tspict d'in- 
struction, aussi presque toutes ses chansons ont- 
elles été retouchées par des écrivains modernes. 

Celle dn Vrai Buteur a été retouchée par Haoue- 
pilR , qui en a supprimé le premier couplet et a 
transposé les autres; la chanson y a gagné. Voici le 
premier couplet supprimé : 

Que Phœbus gîte dans Tonde, 
Ou là-haut fasse son tour, 
Je bois toujours A la ronde, 
Le vin est tout mon amour. 
Soldat du fils de Sémèle, 
Tout le tourment qui me point 
Cest quand mon rentre gromèle, 
Faute de ne boire point* 

Ak tBdeB noté au N. 60 de la Clé du Caveau. 



PLUS ON EST DE FOUS, PLUS ON RIT. 



1808. 



0e8 frelons bravant la piqûre, 
Que j'aime à voir, dans ce séjour, 
Le joyeux troupeau d'Épicure 
Se recruter de jour en jour! 



Francs buveurs que Bacchus attire 
Dans ces retraites qu'il chérit, 
Avec nous venez boire et rire : 
Plus on est de fous {bi$\, plus on rit (quaier). 

Ma règle est plus douce et plus prompte 
Que les calculs de nos savants : 
C'est le verre en main que je compte 
Mes vrais amis, les bons vivants! 
Plus je bois, plus leur nombre augmente, 
Et quand ma coupe se tarit, 
Au lieu de quinze j'en vois trente!... 
Plus on est de fous [bis) , plus on rit [qnatf't). 

Si j'avais une salle pleine 
Des vins choisis que nous sablons, 
Et grande au moins comme la plaiue 
De Saint-Denis ou des Sablons, 
Mon pinceau, trempé dans la lie. 
Sur tous les murs aurait écrit : 
Entrez, entrez, enfants de la folie : 
Plus on est de fous (bis) , plus on rit (auolcf ). 

Entrez, soutiens de la sagesse. 
Apôtres de l'humanité ; 
Entrez, amis de la richesse ; 
Entrez, amants de la beauté ; 
Entrez, fillettes dégourdies; 
Vieilles qui visez à l'esprit ; 
Entrez, auteurs de tragédies : 
Plus on est de fous [bis) , plus on rit {quaief). 

Puisque notre vie a des bornes, 
Aux enfers un jour nous irons; 
Et malgré le diable et ses cornes, 
Aux enfers un jour nous rirons. 
L'heureux espoir ! que vous en semble ? 
Or, voici ce qui le nourrit : 
Nous serons là-bas tous ensemble : 
Plus on est de fous (bis) , plus on rit (quater). 



La musique de Fasquel m trouve notée auN. IM 
de la Clé du Caveau. 



CHANSONS BACUtQOBS. 



ËLOGE DE L'EAU. 

Aie : Tarare Pompon, 
Ou : Pour «9 wuntéit pické, 

iSOS. 

n pleut, il pleut, enfin I 
Et la vigne altérée 
Va se Yoir restaurée 
Par ce bienfait divin I 
De l'eau chantons la gloire, 
On la méprise en vain : 
CtBi l'eau qui nous fiedt boire 
Du vin. (1er.) 

C*est par Feau, j*en conviens, 
Que Dieu fit le déluge; 
Mais ce souverain juge 
Mit les maux près des biens. 
Du déluge Thistoire 
Fait naître le raisin. 
C'est l'eau qui nous fait boire 
Du vin. {1er.) 

Du bonheur je jouis 
Quand la rivière apporte. 
Presque devant ma porta. 
Des vins de tous pajs. 
Ma cave et mon armoire, 
Dans l'instant tout est plein. 
C*est Teau qui nous fait boire 
Du vin. (tor.) 

Par un temps sec et beau, 
Le meunier du village 
Se morfond sans ouvrage 
£t ne boit que de l'eau. 
11 rentre dans sa gloire 
Quand l'eau vient au moulin. 
C'est l'eau qui lui fait boire 
Du vin. (1er,) 

S'il faut un trait nouveau, 
Mes amis, je le guette. 
Yo^fez à la guinguette 
Entrer mon porteur d*eau ; 



il y perd la mém(^ 
Des travaux du matin. 
C'est l'eau qui lui fiedt boire 
Du vin. (Ur.) 

Mais à vous chanter Feau, 
Je sens que je m'altère; 
Passez-moi vite un verre 
Plein de jus du tonneau. 
Que tout mon auditoire 
Répète mon refrain : 
C'est l'eau qui lui fiedt boire. 
Du vin. (ter.) 



Armand GouiTé, qnolqat membre da Qwoam «»> 
démo, où l'eaa était proscrite . ne 1> PM moloa 
chantée d'one manière trèa tplrltaene. Ce chanaoD* 
nier, né en 1773 , a précédé dana la carrière des 
chanaoni lea Détaagiere et les Béranger. n a été on 
des membres des Dbtêrt du vamdevUU, fondés en 1796. 
Les recneilB de ses chansons, publiés sons le titre de 
Balio» d^êuai, Ballcm pordu, etc., en contiennent 
de très jolies, et dont plnsienn ont en de frands 
■accès. Comme TandeillUste, Armand QwM a tf»- 
▼aillé à beanconp de pièces de théâtre; mais il 7 a 
longtemps qail a abandonné lea Moses, et il s'était 
retiré à Beaane, où est mort en 1846. 

I/air est noté an N. 663 delà Qé da Careaa. 



JOUISSONS DU TEMPS PRÉSENT. 



Nous n*ayons qu*un temps à vivre, 
Amis, passons-le galment; 
Que celui qui doit le suivre 
Ne nous cause aucun tourment. 

A quoi sert d'apprendre l'histoire? 
N'est-ce pas la même partout? 
Apprenons seulement à boire : 
Quand on sait boire on sait tout 
Nous n*avon8 qu'un temps à vivre^ttc 

Qu un tel soit général d'armée ; 
Que l'Anglais succombe sous lui : 
Moi qui m bien sans renommée, 



te 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je ne veux vaincre que l'ennui. 
Nous n'avons qu'un temps à vivre, etc. 

A parcourir la terre et l'onde , 
On perd trop de temps en chemin : 
Faisons plutôt tourner le monde 
Par l'effet de ce jus divin. 
Nous n'avons qu'un temps à vivre, etc 

Qu'un savant à voir les planètes 

Occupe son plus beau loisir ; 

Je n'ai pas besoin de lunettes 

Pour apercevoir le plaisir. 

Nous n'avons qu'un temps à vivre, etc. 

Qu'un avide alchimiste exhale 

Sa fortune en cherchant de l'or ; 

J'ai ma pierre philosophale 

Dans un coeur qui fait mon trésor. 

Nous n'fivons qu'un temps à vivre, etc. 

Au grec , à l'hébreu je renonce 1 
Ma maîtresse entend le français , 
Sitôt qu'à boire je prononce , 
Elle me verse du vin frais I 

Nous n'avons qu'un temps à vivre, 
Amis, passons-le gaîment; 
Que celui qui doit le suivre 
Ne nous cause aucun tourment. 

. liC comte de BonHeval. 

Le fameux comte deBonneval, après avoir servi 
avec distinction sous Catinat et Vendôme, eut 
quelques mécontentements, et quitta sa patrie en 
170C pour se mettre au service de l'Autriche. Il fut 
condamné à avoir la tête tranchée j mais après s'être 
mis à l'abri chez les impériaux, et avoir battu les 
Turcs avec le prince Eugène, il quitta le service de 
l'empereur, alla en Turquie se faire musulman, et 
devint, sous le nom de Soliman, pacha de Romélie* 
Il mourut en 1747, et sa vie aventureuse a donné 
lieu aune foule de mémoires apocryphes. La jolie 
chanson : Nous n'avons qu'un Umps à vivre, est une 
des boutades épicuriennes de sa Jeunesse. 

La musique de Mondonville se trouve notée au 
N. 408 de la Clé du Caveau. 



LES GLOUGLOUS. 

Air : Amuses-vous, oui, je wmt U eomeillê^ 
(delà Fête du yiUa«e.) 

1828. 

Mes chers amis, pour jouir de la vie, 
Le verre en main, narguons la fauxdaTemp 
Et, pour Momus prodiguant nos encens. 
Que sa marotte nous rallie. 

Joyeux troubadours. 

Répétons toujours : 
Non, non, non, non, non, point de mélanooU 

Oui le vrai bonheur 

Naf t du son jQatleur 

De tous les panpans, 

Les panpans des bouchons, 
De tous les glouglous, les glouglous des flacons i ,^ 
Do tous les lanla, les lanla des chansons. | 

Dans un concert, qu'une voix magniûque 
Par ses accents ravisse l'auditeur. 
Et que Lafond, sur son luth enchanteur, 
Promène son archet magique; 

A tous ces grands airs, 

Ces brillants concerts, 
A tous ces flonflons de la musique 

Je préfère encor 

Le joyeux accord 

De tous les panpans, etc. 

Un vieux soldat, à la gloire fidèle, 
De son pays protégeant les remparts, 
Si Mars chez lui porte ses étendards, 
S'anime d'une ardeur nouvelle. 
Jl n'est jamais sourd 
Au bruit du tambour ; 
Le ran tan plan, ran tan plan le rappelle, 
Et sous l'olivier 
Le vaillant guerrier 
Revient aux panpans. 
Aux panpans des bouchons, 
Revient aux glouglous, aux glouglous des fiaconi 
Revient aux lanla, aux lanla des chansons. 



CHANSONS BACHIQUES. 



S7 



Quand un ami, par un retour sincère, 
Dans un repas veut réparer ses torts; 
Pour le haïr en vain doublant d'efforts , 
Vous lui montrez un (iront sévère, 

Si d*un verre plein, 

Sa tremblante main, 
Tin, tin, tin, tin, vient choquer votre verre. 

La haine s'enfuit 

Et cède au doux bruit 

De tous les panpans, etc. 

Pour obtenfar d'une jeune fillette 
L'aveu charmant que retient la pudeur, 
Joyeux lurons, tâchez avec ardeur 
De trinquer avec la pauvrette : 

Si le jus divin 

Pénètre son sein, 
Zon, zon, zon, zon, elle n'est plus muellc. 

Et le tendre aveu 

Part avec le feu 

De tous les panpans, etc. 

A mon convoi, puisqu'il faut que je meure. 
Pour cierge, amis, que l'on porte un flacon ; 
Qu'un vieux tonneau de Beaune ou de Mâcoii 
liasse ma dernière demeure. 

Qu'au temple divin, 

Des verres de vin, 
Din,dln,din, din, du convoi sonnent l'heure ; 

De ce.divin jus 

Chantez l'Orémus, 

Au bruit des panpans, 
Des panpans des bouchons; 
Ao braitdes glougloDSfdes glouglous des flacons I 
Au bruit des lanla, des lanla des chansons. ( '' 

!(••«. CUiye, 4'BBre-ei-Ii«lre. 

La mmiqae de BoIeloieu m troute noUe an 
V, 1680 de la Clé da Caveau. 



LE VRAI MOMUSIEN. 

Air d^ane ronde allemande. 

Vrai Momusien, j'éparpille ma vie 
Entre les arts, Bacchus et la galté; 



Lorsque chez moi jamais n'entra l'envie, 
Dois-je songer h la célébrité? 
Non, pour être heureux. 
Bornant mes vœux 
A ma chaumière. 
Là je vis content, 
Libre, joyeux, indépendant. 
S'il me faut ici 
Être aussi 
Couvert de poussière. 
Celle des vallons 
Vaut mieux que celle des salons. 

Lorsque je dors à l'ombre d'une treille, 
Sur moi Momus agite son grelot ; 
Je vois le monde en forme de bouteille, 
Et vainement j'en cherche le goulot. 
Mais à mon réveil. 
Un vin vermeil 
Me désaltère, 
Dès que je le vois. 
Je ris, je bois tout à la fois; 
Et pour m'animer. 
Pour m'enflammer 
Au lieu d'un verre, 
Bacchus vient m'offrir 
La coupe qu'il tient du plaisir. 

Souvent mon bras, du fouet de la satire. 
Aime à frapper les sots, les courtisans 
Mais plus souvent je ressaisis ma lyre. 
Pour célébrer les hommes bienfiiisana 
Dès l'aube du jour 
Je chante l'amour 
Et la gloire ; 
L'oiseau du hameau 
Redit ce que redit l'écho ; 
De nos vieux soldats 
Fiers aux combats 
Je lis rhisloire. 
Las! ils ne sont plusl... 
Mais il nous reste leurs vertus. 

Dans mon réduit, je n'ai pour seule escoHei 
Que le mystère, et ma belle et mon chien ; 
Mais qu'un ami, soudain frappe à oaa porte , 
J'ouvre, et mon cœur vole au devant du steo* 



CHANSONS POPULAIRES. 



n voit, satisfait, 
L'effet qu'il fait 
Par sa présence ; 
Bientôt un flon flon 
Accompagne un large flacon. 
Le temps passe enfin ; 
Vient la fin 
De ma jouissance : 
11 part... et mes yeux 
Prolongent encor mes adieux. 

Si, près de moi, ma belle se repose. 
Sous le taillis ensemble nous chantons ; 
A son corset si je place une rose, 
Zéphir malin m'en fait voir les boutons. 
Souper sans apprêts 
Se prend au frais 
Et sous l'ombrage, 
La nuit nous poursuit , 
Le désir nous appelle au lit. 
Par son chant 
Touchant, 
Le rossignol du voisinage 

Nous dit qu'il fait jour. 
L'amour nous le dit à son tour. 

Eugène Decoar. 



MES VIEUX SOUVENIRS. 

Air : Mti amis, faites comme moi. 

J'éprouve, amis, pourriez-vous bien le croire? 
Du temps jaloux l'inexorable loi; 
11 m'a déjà retiré la mémoire, 
Et le passé m'échappe malgré moi. 
Mais quelquefois un flacon me ramène 
Aux jours heureux de mes premiers loisirs. 
Versez, amis, versez à tasse pleine : 
Rendez-moi mes vieux souvenirs. 

De ce nectar voyez le privilège, 

n me reporte à ces temps cnchaatcurs 



Où tous les ans j'enlevais du collège 
Livres dorés et couronnes de fieuis. 
ma couronne, aux rives de la Seine . 
Tu ne fis pas en trente ans deux marins! 
Versez, amis, versez à tasse pleine : 
Rendez-moi mes vieux souvenirs. 

Dieu I qu'à seize ans, pour une âme brûlante. 
Baiser de vierge est un fatal poison! 
Que je l'aimais, et qu'elle était tremblante, 
Lorsqu'en tremblant j'égarais sa raison I 
Ohl quel bonheur quand ma gentille Hélèna 
En m'apprenant, s'apprenait les plaisirs I 
Versez, amis, versez à tasse pleine : 
Rendez-moi mes vieux souvenii*s. 

Vingt ans sonnaientquandde laPrussealtière, 
Au nom des rois, le gant nous fut jeté; 
Et tout-à-coup on vit la France entière 
Marcher au cri : a Vive la Liberté I » 
Avec quel feu, pour celte auguste reine 
Nous immolions espoir, bonheur, désirsl 
Versez, amis, versez à tasse pleine : 
Rendez-moi mes vieux souvenirs* 

J'avais trente ans lorsqu'à notre rivage 
L'homme du siècle osa donner des fers; 
Et cependant, même au sein du servage, 
La France encor planait sur l'univers. 
Esclave ici, mais partout souveraine, 
Les potentats n'étaient que ses vizirs. 
Versez, amis, versez à tasse pleine : 
Rendez-moi mes vieux souvenirs. 

A quarante ans j'ai revu ma patrie ; 
Le vent du nord me rejette à Fleurus; 
Et là je vois la liberté chérie 
Victime enfin des rois cent fois vaincus. 
Mais en tombant dans l'immortelle arène. 
Qu'elle était belle à ses derniers soupirs I 
Versez, amis, versez à tasse pleine 
Rendez-moi mes vieux souvenirs. 

J'ai soixante ans : que sans crainte on remplisse 
Le doux cristal qu'ici mon br^s vous tend. 
Car le passé n'a rien dont je rougisse, 
Et tout Français n'en pourrait dire autant 



CHANSONS BACHIQUES. 



W 



Petit acteur d*une bien vaste scène, 
J*eus des chagrins, jamais de repentirs. 
Versez, amis, versez à tasse pleine * 
Rendez-moi mes vieux souvenirs. 

Énlle Déhreanz. 



LA DERNIÈRE GOUTTE. 

Air : Virte, verse le vin de France. 

Eh quoi I nous semblons engourdis ; 
Nous restons froids et droits en place , 
On dirait qu'un voile de glace 
Nous a tous presque abasourdis. 
Sachons donc bannir ce froid-là; 
Qu*enfin notre front se colore; 
Savourons le jus que voilà, 
Et chantons ce refrain sonore. 

Ce refrain sonore : 
Tant qu*il reste une goutte encore, 

Mes amis, desséchons-la. 

Mes amis, desséchons-la. 



) (*«.) 



La guerre ayant de plus d*un preux 
Dévoré le mince héritage, 
A nous est le noble avantage 
De lui tendre un bras généreux, 
En songeant que de fois il «t 
Protégé ces grands qu*il iioplore. 
Sous ces vieilles moustaches-là, 
Qui d*Au8terlitz ont vu Faurore, 

Ont vu Taurore, 
Tant qu*il reste, etc. 

Ldn de vouloir dicter la loi 
A notre Estelle, à notre Lise, 
Attendons que son œil nous dise * 
Ose tout, et je suis à toi. 
Quelquefois cet œil se perla 
D*une larme qu'amour déplore; 
Mais sitôt qu'elle parait là. 
Qu'un brûlant baiser la dévore, 

La dévore. 
Tant qu'il reste, etc. 



Le front couronné de bluets, 
Laiî^sons les rois et leurs ministres 
Assiégés de terreurs sinistres, 
Boire à peine dans leurs palais. 
S11 leur faut, un jour de gala. 
Un nectar qui les corrobore, 
Que nous fait, buvant celui-là, 
Le coteau qui le vit édore? 

Qui le vil éclore. 
Tant qu'il reste, etc. 

EnGn, mesurant nos désirs 

Aux bienfaits d'une main sacrée. 

Plongeons notre bouche altérée 

Dans le calice des plaisirs. 

Trop souvent ce calice-là. 

Qui séduit, enivre, restaure. 

De sa faux le Temps le fêla; 

C'est pourquoi, dès que natt l'aurore, 

Dès que naît l'aurore. 
Tant qu'il reste une goutte encore I /r • % 

Mes amis, desséchons-la. ^ \ * */ 

Mes amis, desséchons-la. 

Baille Bétereaax. 

La mvrfque ett d'Adolphe Adam, et ee troave 
ehei L. Visillot, édltaor, 82, rue Notre-Dame-d^ 
Nazareth. 



LE BON SILÈNE. 

Air dhne tyroUeane. 

La visage teint 
Du raisin pressuré la veille. 

Par un beau matin, 
Se réveillant sous une treille. 

Silène chantait. 

L'écho répétait 
m Satyres, quittez vos retraites, 
Faunes, vos Dryades coquettes : 
Ne dormez plus, je vous le défends. 
Buvez, chantez, mes joyeux enfants. • 

Bientôt à sa voix, 
Du doux Jus, la troupe idolâtre, 



40 



CHANSONS POPULAIRES. 



S'échappe des bois. 
Seconde sa gaîté folâtre; 
Puis d'un tambourin 
A son gai refrain 
Mêlant des sons avec adresse, 
Redit dans sa bruyante ivresse : 
« Ne dormez plus, je vous le défends 
n Buvez, chantez, mes joyeux enfants. » 

Silène joyeux 
Dit : « Chantez une hymne de gloire; 

Du plus grand des dieux 
Je vais vous raconter l'histoire ; 

Et puisque sans vin 

On fredonne en vain, 

Pour que votre voix soit moins lente, 
Versez de la liqueur brûlante ; 
Ne dormez plus, je vous le défends, 
Buvez, chantez, mes joyeux enfants. 

« Dès qu'il fut tiré 
Du mont où le cachait son père, 

Bacchus altéré 
Par le feu qui brûla sa mère, 

D'un ton glapissant, 

Disait en naissant : 
« Arrosez ma voix et les vôtres, 
« Et chantez à tous mes apôtres 
« Ne dormez plus, je vous le défenjls, 
« Buvez, chantez, mes joyeux enfants. » 

« Au petit marmot. 
Placé sous ma main protectrice, 

Je donne bientôt 
La chèvre qu'il eut pour nourrice. 

Lorsqu'elle broutait. 

Le vaurien tétait, 
Puis disait, en mouillant sa lèvre 
Du raisin que grugeait la chèvre : 
« Ne dormez plus, je vous le défends, 
m Buvez, chantez, mes joyeux enfants. » 

•* A peine grandi, 
Sa taille égalait son courage; 

11 devint hardi. 
Des conquêtes il eut la rage,' 



De son joug si doux 

Les peuples jaloux. 

Du bon vin ahnant la fumée, 

Répétaient avec son armée : 

« Ne dormez plus, je vous le défends, 

« Buvez, chantez, mes joyeux enfants. » 

« Dans l'Inde il porta 
La gatté, la joie et ses armes. 

Enfin il quitta 
Les peuples soumis à ses charmes. 

Sur ses pas les fleurs 

Se mêlaient aux pleurs. 
Pour les sécher, sa voix céleste 
Leur criait : « La vigne nous reste ; 
« Ne dormez plus, je vous le défends, 
« Buvez, chantez, mes joyeux enfants, j 

a Dans le court trajet 
Qu'il fit pour retourner en Grèce, 

Il devint sujet 
D'une jeune et vive maîtresse. 

Malgré ses serments 

De fuûr les amants. 
Par le bon vin apprivoisée. 
Elle chanta loin de Thésée : 
« Ne dormez plus, je vous le défends, 
« Buvez, chantez, mes joyeux enfants. » 

a Enfin de retour 
Dans notre brillante patrie, 

Jupin à son tour. 
Pour sabler la lioueur chérie, 

Aux cieux l'appela. 

Depuis ce temps-là, 
Protégeant la vigne dorée. 
Il chante à la voûte éthérée, 
« Ne dormez plus, je vous le défends, 
a Buvez, chantez, mes joyeux enfants, m 

« Un faux pas borna 
Le gai récit du bon Silène ; 
Sa chute entraîna 

Tous ses compagnons sur l'arèna. 
Chacun d'eux chantait, 
L'écho répétait : 
Satyres, qtûttez vos retraites, etc. 




COMMENÇONS LA SEMAINE. 

CommeDCons la semaine, 

Qu'en dls-tu,cber<rolsin7 

Commençons par le vin. 

Nous Qnirons de mSme. 

Vaut bien mieux moins d'argent, 
Chanter, danser, rire et boire; 

Vaut bien mieux moins d'ai^eDl, 
Rire et boire plus souvent. 

On veut me faire accroire 

Que Je mange mon bien; 

Hais on se trompe bien. 

Je ne fais que le boire. 

Vaut bien mieux moins d'ai^ent, etc. 

Si ta femme querelle. 

Dis-lui, pour l'apaiser, 

Que tu veux te griser. 

Pour la trouver plus belle. 

Vaut bien mieux moinsd'argenl, etc. 

Le receTeitf des tailles 

Dit qu'il vendra mon lit. 

Je memot^de lui : 

Je coucbe sur la paille. 

Vaut bien mieux mcAas d'argent, etc. 

An coopte de Barème 

le n'aura rien perdu. 

Je suis venu tout nu, 

Je m'en irai de mtme. 

Vaut bien mieux moins d'argent, etc. 

PrOTidence dirine 

Qui veille sur nos Jonis, 

Conserre-nmis toujours 

La eue et U cuisine. 



V^ut^ien mlenx moins d'argent, 
Chanter, danser, rire et boire; 

Vaut bien mieux moins d'argent. 
Rire et boire plus souvent. 



SCRUTIN DES BUVEURS. 

On vote de bien des façons. 
Aux Chambres, à l'Académie : 
Joyeux buveurs, nous ne votons 
Que pour Juger mainte folie, 

Mainte folie. 
Où se fera notre festin? 
Aurons-nous quelque femme aimable? 
Boit-on du Beaune ou du Tborin 7 
Quand nous votons, ce n'est qu'a table, 

Ce n'est qu'i table, 
n faut un moyen convenable I ,^ij. 
De voter le verre ï la main, ( ' 

De Toter le verre A ta main. 

Voter par assis et levé! 

Nos Jambes nous portent i peine. 

Pour taire un vote motivé, 

ya langue éprouve quelque gène. 

Quelque géoe. 
Avec des boulettes de pain 
Peut-on voter par blanche et ndre? 
FauMI, pour écrire un scrutin. 
Changer son verre en écritoire, 

Enéoritoire? 
Volons, si vouBvonlei m'en croire,! ,^. 
Par verre vide et verre plein, l ^ ' 
Par verre vtde et verre plein. 



ki 



CBAH80NS POPULAIRES 



[bis) 



Les rétrogrades voteront. 
Leur verre plein d'un froid liquide; 
Les gens de progrès montreront 
Jusqu'au fond de leur cristal vide. 

Leur cristal vide. 
Le centre, toujours incertain. 
Remplissant et vidant son verre. 
Votera, l'air calme et serein. 
Pour ceux qui font meilleure chère. 

Meilleure chère. 
Mais toujours au doux bruit du verreJ /^x 
Par verre vide et verre plein, . l 
Par verre vide et verre plein. 

Parfois on est en désaccord 
Au sein d'un docte aréopage, 
Lorsqu'il arrive que d'abord 
La majorité se partage, 

Se partage. 
Nous qui votons avec du vin, 
Si parfois la lutte s'engage, 
Votons plutôt jusqu'à demain ; 
Chez nous, voyez quel avantage. 

Quel avantage, 
On recommence un ballotage 
Par verre vide et verre plein, 
Par verre vide et verre plein. 

Pour essayer, j'ai deux projets 
A soumettre à votre lumière : 
Applaudira-t-on mes couplets, 
Volera-t-on à ma manière, 

A ma manière ? 
De mon vote et de mon refrain, 
Qu'à l'instant mon sort se décide : 
Par acclamation soudain. 
Votez tous, d'une soif avide. 

D'une soif avide. 
En montrant chaque verre vide, 

En vidant chaque verre plein. 
En vidant chaque verre plein. 

Alexandre Dn Coloaikler. 

La musique est d'Adolphe Adam, elle se troure cbes 
L Vieillot, éditeur, 32, rue N. -Dame-de-Noiareth. 



LE HOLLANDAIS. 

1809. 

Un Hollandais, riche comme un Crésus, 
k\x lourd maintien» à face ronde. 



(bis) 



Se dit un jour : « Consacrons mes écos 
Aux jouissances de ce monde : 
Rassemblons à la fois 
Des plaisirs dont le choix 
Offire au mortel la plus suave ivresse. 
Pour me bien divertir ce soir, 
Dans mon logis je veux avoir 
Pot de bière, pipe et maltresse. » 

n va chercher au fond d*un cul-de-sae^ 
Dans la plus belle tabagie, 

Un pot de bière, une once de tabac , 
Et la femme la plus jolie. 
11 reprend son chemin , 
Bière et tabac en main , 

Et sous son bras l'objet de sa tendresse; 
Il revient chez lui tout joyeux 
D'avoir, pour contenter ses vœux, 
Pot de bière , pipe et maîtresse. 

Qu'un Hollandais doit bénhr son destin, 

Quand il boit, qu'il mange et qu'il fume 
A ses côtés il pose un verre plein , 

Et puis sa pipe qu'il ^ume ; 
Dans un fauteuil à bras 
Il place les appas 
De sa moderne et robuste Lucrèce. 

Mais, dit-il, « par où commencer? 

Qui dois-je d'abord caresser? 

Pot de bière , pipe ou maîtresse ? i» 

U prend sa pipe , et puis il réfléchit 
Qu'il devra commencer par boire. 

Il prend son verre , et soudain il se dit : 
« Non , l'amour aura la victoire. » 
Mais tout en se hâtant , 
L'infortuné répand 

Le pot de bière ; et cette maladresse 
Fait sauver la belle, et du coup 
Sa pipe s'éteint : il perd tout. 
Pot de bière, pipe et maîtresse. 

Faibles mortels, c'est ainsi qu'à vos yeux 
Le bonheur s'envole en fumée, 

Soit qu'à l'amour vous adressiez vos vœux, 
Soit à l'or, à la renommée. 



CHANSONS BACHIQUES. 



4t 



Un grand perd ses États, 

Un gourmand un repas, 
L'auteur sa rime, un traitant sa richesse. 
Hélas I au moment de jouir. 
On Toit tomber, s'éteindre ou fuir 
Pot de bière , pipe et maîtresse ! 

a^ùiC-réilz. 



Madqae de O. DnOAZOïr, chei L. Vieillot, édi- 
teur, 82, me Notre-Dame-de-NASireUi. 



VERSEZ DU VIN. 

1837. 
Aie : Taime U vin (Blondel). 

Versez du vin! versez du yinl 
Quelle est douce son influence 1 
Du pauvre il efface un chagrin , 
Du riche il charme l'existence. 
Puisque Dieu prodigue les vignes , 
De ses bienfaits rendons-nous dignes 
Versez du vin ! versez du vin I 
Versez, amis, versez du vin 1 

Versez du vint versez du vint 
Jésus, jadis en Palestine, 
Se trouvant dans un gai festin. 
En versa de sa main divine. 
Suivons cet exemple notoire ; 
Soyons chrétiens dès qu'il faut boire 
Versez du vini versez du vint 
Versez, amis, versez du vint 



« Versez du vin 1 versez du vin I • 
Disait ce bon père Lathuille , 
Lorsque le cosaque inhumain 
S'approchait de la grande ville : 
«Mon vin n'est fait que pour les braves; 
«Français, prenez, videz mes caves! » 
Versez du vin I versez du vin I 
Versez, amis, versez du vinI 

Versez du vin! versez du vin ! 
Un faux sage en vain nous répète 
Que dans le fond d'un puits malsain 
La Vérité fait sa retraite : 
La gaillarde chérit la treille ; 
Son gtte est dans une bouteille. 
Versez du vin î versez du vin ! 
Versez, amis, versez du vin! 

Versez du vin ' versez du vin ! 
Honte à celui qui serait sobre; 
Nos ceps sont chargés de raisin 
Que vont mûrir les feux d'octobre. 
Dépensons le jus de la tonne; 
Nous amasserons en automne. 
Versez du vin 1 versez du vin ! 
Versez, amis, versez du vin! 



La mneique de Blondbl en vente chez L. Vieil- 
lot, éditeur, 32, rae Notre-Dame-de-NazareUu 



LE PÈRE TRINQUE-FORTe 



1839i 



Versez du vin ! versez du vfnî 
Vieillards qui ne renversez guère 
Jeune fille au regard mutin 
Dont la verta n'est pas sévère; 
Quand vous échappent les fillettes. 
Rattrapez-vous à vos feuillettes : 
Versez du vin! versez du vint 
Versez, amis, versez du vinl 



Débouche encor cette bouteille, 
Versons, buvons cette liqueur vermeille , 
Ah! qu'on est bien sous cette treille, 
n n'est plus de chagrin icL 

Ma femme , Dieu merci I 
Tu n'es pas là, même en peinture i 

Avec un brave ami 
Je puis célébrer la natore; 



44 



CHANSONS POPULAIRES. 



- Aussi , jC/ veux tout oublier, 
Je n'ai plus un seul créancier, 
Je n'ai plus de terme à payer. 
Je n'entends plus d'enfants crier, 
Qu'il fallait nourrir, habiller, 
Mangeant' tout ce qu'on peut gagner. 
Au Créateur de bon cœur je rends grâce , 
Oh! mon ami, viens donc que je t'embrasse, 
Jamais sur terre un mortel n'a goûté 
Bonheur égal à ma félicité. 
Ehl bonjour, bonjour, bonsoir, bonsoir, 
Bouteille 
Vermeille , 
Pressons , pressons-la bien , 
Qu'au fond il ne reste rien. 

Ma moitié m'aime au moins pour douze, 
De Trinque-Fort elle est un peu jalouse, 
Mais si je trahis mon épouse , 
C'est toujours pour le même objet. 

Veux-tu de son portrait 
La narration véridique, 

La voici trait pour trait : 
C'est une brune magniûque , 
Je tiens sa taille dans ma main ; 
On dit qu'elle est bouchée , eh bien I 
Avec ce seul geste , soudain , 
Moi je fais sortir son esprit , 
Je goûte tout ce qu'elle dit, 
Parfois même elle m'étourdit. 
Fi 1 d'un amant jaloux de sa maîtresse ; 
Tiens... de la mienne éprouve la tendresse, 
Dans mon bonheur je te mets de moitié , 
Ça fait trois cœurs unis par l'amitié. 
Ehl bonjour, bonjour, bonsoir, bonsoir. 
Bouteille 
Vermeille, 
Pressons, pressons bien son petit bec , 
Et buvons sec. 



Cette liqueur délicieuse , 
Sur l'homme exerce une influence heureuse; 
Elle rend l'âme généreuse , 
J'en suis un exemple étonnant. 

Supposons un moment 
Que Je rencontre une bonne âme , 



Et qu'indéfiniment 
Elle se charge de ma femme. 
Sans hésiter un seul instant. 
Vois si je suis reconnaissant , 
Pour prix d'un service aussi grand , 
Je lui donnerais , sans façon , 
Tous mes enfants , fille et garçon , 
Et j'en ai neuf à la maison. 
Si ce marché jamais se réalise , 
mon ami , ce jour-là je me grise ; 
Oui , je dois bien cet hommage flatteur. 
Au dieu Bacchus, le grand consoFateur. 
Fais ton petit glou, glou, glou, glou, 
Bouteille 
Vermeille , 
Coulez , coulez , toujours , toujours , 
Mes seules amours. 

Le jour baisse , on n'y voit plus goutte 
Tout est payé, veux-tu nous mettre en rou 
Nos épouses veillent sans doute... 
Tant pis , j'arriverai demain. 

Mets-moi dans mon chemin, 
Dès que je tiendrai la muraille , 

Je te dirai le tien. 
Quel est ce blanc-bec qui nous raille? 
Pourquoi me prenez-vous le bras ? 
Me ranger? fi doncl je veux pas... 
Plus droit que vous je marche au pas... 
Je suis honnête , j'ai des mœurs , 
Le pavé 1' dimanche , d'ailleurs , 
Appartient de droit aux buveurs I 
De mon quartier, je tiens enfin la trace , 
Tiens I ma maison qui n'est plus à sa plac 
L'autorité, vous soufl'rez donc cela? 
C'est une horreur, je m'en vais coucher là 
Bonjour, bonjour, bonsoir, bonsoir. 
Bouteille 
Vermeille , 
Coulez, coulez, toujours, toujours. 
Mes seules amours. 

Amédée de Wemmfêmm» 

La musique, qui est de l'auteur des paroles, se 
trouve chêi M. Hsu, 10, r. de la Ckauuiê-d'AMim, 
et est Botée au N. 2268 de la Clé du CaTsan. 



CHANSONS BACHIQUES. 



4S 



DITHYRAMBE BACHIQUE. 

1840. 
Air : /« commaue à m'apercevoir. 

Je chante en joyeux troubadour, 
Près do gentille Rose , 
Ce nectar dont m'arrose 
La main lutine de l'Amour. 
Jamais nos belles 
Ne sont rebelles, 
Lorsqu'on chantant nous buTons avec elles; 
Biais , en trinquant sur nos genoux, 
Elles se roulent avec nous, 
En redisant : Versez ce jus si doux ! 
Que le bon vin s'entonne ! 
Armons-nous dès l'automne 
D'un gobelet large comme une tonne t 

Lorsque je bois mon petit coup, 
Je voudrais , pour ma gloire , 
Que le Rhône et la Loire 
Pussent me passer par le cou , 
Et que mon ventre 
Fût conune un antre 
Vide toujours où toujours le vin entre; 
Par Bacchus , j'aimerais à voir 
Le Nuits et le Beaane pleuvoir. 
Si l'Océan était mon réservoir. 
Que le bon vin s'entonne I etc. 

Je voudrais, joyeux biberon. 
Quand mon gosier s'altère. 
Que sur toute la terre 
Tout homme se ftt vigneron. 
Pour la vendange , 
Que l'on arrange 
Tout en cellier : maison, remise, grange ; 
Pour boire du matin au soir. 
Chacun en rond venant s'asseoir. 
Les magistrats siégeront au pressoir. 
Que le bon vin s'entonne! etc. 

Mes amis, est-Q étonnant, 

Quand ici-bas tout vire, 

Que parfois Je chavire 
Bn foulant ce gk^ toamantt 



Et d'ailleurs Ivre, 
U fait bon vivre; 
Au gai plaisir l'âme heureuse se livre : 
La vie est un triste chemin 
Où, dans l'espoir d'un lendemain , 
Le voyageur s'engage un verre en main. 
Que le bon vin s'entonne I etc. 

■ 

Lorsqu'au sombre bord emporté , 
J'aurai clos la paupière , 
Je veux griser saint Pierre 
Aux portes de l'éternité. 
Et qu'il commence 
Une romance 
Quand il aura vidé sa coupe immense : 
Je veux qu'enfin ce bon portier 
Abandonne son vieux métier, 
Et que des deux il soit le sommelier. 
Que le bon vin s'entonne t 
Armons-nous dès l'automne 
D'un gobelet large comme une tonne I 



La miukiM de Daulyrac 
N.SMd« U CMdaCaTMo. 



M trooTe BOttft tB 



MONTONS A LA BABBIÈBE. 

kx^i Mmnhmu àlaJrmtUrê (CluOilk). 
1848. 

Nous avons queuqu>(u/i>, 
Pierre, il faut fair' la noce 
Moi, vois-tu, les lundis, 
J'aime à rouler ma bosse. 
J' sais du vin à six rofidf , 
Qui n'est pas d' la p'Ute bière ! 
Pour rigoler, montons, 
Montons à la barrière I 

N' perdons pas un instant, 
L' del est des plus superbes; 
J* mont'rons Ménilmontant, 
Jtasqa'an Boii^Uoii mkd knlm. 



46 



::HilNSONS POPULAIRES. 



Là , j* boirons deux gorgeons 
Pour notr* halte première : 
Pour rigoler, montons, 
Montons à la barrière I 

Maint endroit m*est connu : 
J' le conduirai , mon homme , 
A la Ferm* du Chat nu. 
Ou bien au P'iit Bonhomme... 
Les lapins y sont bons , 
Et n' sent'nt pas la gouttière : 
Pour rigoler, montons , 
Montons à la barrière ! 

Quand nous aurons , mon vieux , 
Bien bu , bien fait bombance , 
Nous r' viendrons chez Lizeux^ 
Faire un tour à la danse. 
P't'ôtr' bien qu' nous y pinc'rons 
Quelque particulière : 
Pour rigoler, montons. 
Montons à la barrière I 

J' dans'rons en chaloupant, 
A la mode nouvelle ; 
Si quelqu' mauvais ch'napan 
Veut nous chercher querelle, 
Eh benl j' nous alignerons; 
Tu sais qu* c'est mon affaire ? 
Pour rigoler, montons , 
Montons à la barrière I 



Pour entendre chanter : 
Le Pêchpur à la ligne ; 
De là , j* veux t' fah*e entrer 
Aux Amis de la vigne. 
Ce sont de francs lurons . 
Sans gêne et sans manière : 
Pour rigoler, montons , 
Montons à la barrière I 

T'entendras fredonner 
Plus d'un chant politique : 
Mais toi qu*aim*8 entonaer 
Quelque refrain bachique. 



Si Ton chante : Marchom, 
Marchons à la frontière ! 
Tu répondras : montons, 
Montons à la barrière 1 

De la sociliété, 

Quand se f ra la clôture , 

Si t'es trop éreinté , 

Nous reviendrons en voiture. 

Puis, dès d'main, nous r'taup*rons 

Toute la s'maine entière : 

Pour rigoler, montons, 

Montons à la barrière ! 

Dalès Atné. 

La musique de Charles Gilles se trouve chez 
L. Vieillot, éditeur, 32, r. Notre-Dame-de-Nazarcth. 



»-4^ir^ 



LA CONVERSION. 

1840. 
AIR de l* Amant chamonnier (Chanu). 

Si tu veux 

Des chants joyeux , 

Lise , à plein verre , 

Verse au Trouvère I 
Le bon vin et la beauté 
Excitent la franche gaîté. 

Oui , je me rends à ta logique , 
Toujours la grisette a raison , 
Je renonce au genre tragique 
Et prends les grelots pour blason 
Es-tu contente, ma Lison ? (6m.) 

Je cesserai d'écrire 

Ces longs vers désormais 

Qui te faisaient sourire. 

Nous allons rire... Mais, 
Si tu veux, etc. 

Fuis loin d'ici , yaine scienee, 
A rair (h>id, triste et compaaié 1.. 



GHANSOKS BACHIQUES 



47 



Grâce à la foDe insouciance , 
Par Tespoir doucement bercé , 
J*oublie à présent le passé... 

Vive la joie 1 1 1 Au diable 

Embarras et chagrin I 

Mettons-nous vite à table , 

Et retiens mon refrain : 
Si tu yeux, etc. 

Tandis qu'au pétulant Champagne 
Je vais donner la liberté , 
Ah I que la charité te gagne 1 
Déprisonne de ton côté 
Les appas de la volupté... 

On soufTre en servitude 

Par d'impuissants désirs, 

La liberté prélude 

Aux plus charmants plaisirs I 
^i tu veux, etc. 

De tes épaules la parure 
Est du moins celle de l'amour : 
Ta longue et noire chevelure 
En désordre tombe à Tentour ; 
Sylphes légers lui font la cour. 

Démonesse gentille , 

Ange adoré des eieux , 

Vois , le nectar pétille 

Au feu de tes grands yeux t 
Si tu veux , etc. 

Je sens redoubler mon irressel 
Nous sommes assez reposés... 
Dans mes bras , c'est toi que je presse I 
Que de baisers se sont croisés , 
Donnés, pris, rendus, refusés t 

Quelle divine extase 

Produit cette liqueur ! 

Quelle ardeur vive embrase 

Et ma tète et mon cœur I 
Si tu veux, etc. 

Lors, à sa muse le poète 

Ne pouvant plus faire un larcin , 

L'amant avoua sa défaite , 

Et de Lise admirant le sein , 

Posa son front sur ce coussin, (bis.) 



La rougeur te dicore ; 
L'aimable libertin 
Balbutiait encore 
A l'espiègle lutin . 

Si tu veux 

Des chants joyeux 

Lise , à plein verre , 

Verse au Trouvère ! 

Le bon vin et la beauté 

Excitent la franche galté. 



Ile 



A BACCHUS. 



Air d^Jsmodéê (Louis Feateao}. 
1845. 

Debout, enfants, et cessez un long rêve. 
Pourquoi ces cris, ces sanglots, ces soupirs? 
Le gros Bacchus vous accorde une trêve ; 
Enivrons-nous dans des flots de plaisirs. 
Des nohrs soucis nous augmentons le nombre, 
N'avons-nous plus les vins que nous aimons? 
Quand le soleil nous darde ses rayons. 
Pourquoi vouloir sans cesse cherchdr l'ombre? 
Buvons, amis, ce n'est qu'avec le vin 
Qu'on peut braver les airéls du destin ! 



} {bit.) 



De l'orl de l'orl dit-on à mon oreille, 
De tous côtés on demande de l'or; 
On en voudrait aussitôt qu'on s'éveille. 
En s'endormant, on en prendrait encor. 
Eh I mes amis , la richesse première 
C'est la liqueur qu'on vient de vendanger; 
Car le hasard, d'un souffle, peut changer 
Tous vos trésors en un grain de poussière. 
Buvons, amis, etc. 

De fleurs, d'amour, la vie est parfumée, 
De doux succès ont embelli nos jours, 
Mais ici-bas, tout s'envole en fumée. 



4S 



CHANSONS POPULAIRES. 



Fleurs et beauté ne durent pas toujours. 
Comme le temps, puisque l'amour s'envole, 
Avec le vin nous nous consolerons; 
N'avons- nous pas, pour dérider nos fronts, 
De l'amitié, la céleste auréole ? 
Buvons, amis, etc. 

Quel est ce corps étendu sur la roule ? 
Le voyageur se dit avec effroi : 
G*est un pauvre homme, un malheureux sans doute. 
Non, c'est le fils et l'héritier d'un roi I 
Un froid pavé, quoi, voilà donc le havre 
Où l'échoua le sort capricieux ? 
Riches du jour, princes ambitieux, 
Réfléchissez devant ce froid cadavre. 
Buvons, amis, etc. 

Que ferons-nous au sortir de la vie ? 
Cet avenir ne nous est pas connu ; 
Serons-nous saint, ange, diable ou génie ? 
Pour nous le dire aucun n'est revenu. 
Pour éviter l'erreur où chacun tombe, 
Qu'un doux espoir brille à notre horizon ; 
En l'attendant, un vert et frais gazon, 
Vaut bien, je crois, le marbre d'une tombe. 
Buvons, amis, ce n'est qu'avec le vin 
Qu'on peut braver les arrêts du destin! 

Charles Colmaiice. 



\ {bis.) 



La musique se trouve dans le premier volume 
des chansons de Louis Festeau, dont les œuvres 
complètes forment 3 beaux volumes grand in-32, 
contenant 300 chansons, 90 airs gravés et ornés de 
55 jolies gravures sur acier, en vente chez L. Vieil- 
lot, éditeur, 32, rue Notre-Dame-de-Nazareth. 
Prix des volumes, 5 fr 



J*A1ME MIEUX BOIRE 

1784. 

Que le sultan Saladin 
Rassemble dans son jardin 
Un troupeau de jouvencelles, 
Toutes jeunes, toutes belles, 
Pour s'amuser le matin ; 
C'est bien, c'est bien, 



Cela ne nous blesse en rien ; 
Moi je pense comme Grégoire, 
J'aime mieux boire. (bis.) 

Qu'un seigneur, qu'un haut baron 
Vende jusqu'à son donjon 
Pour aller à la croisade ; 
Qu'il laisse sa camarade 
Dans les mains des gens de bien ; 
C'est bien, etc, 

Que le vaillant roi Richard 
Aille courir maint hasard. 
Pour aller, loin d'Angleterre^ 
Conquérir une autre terre, 
Dans le pays d'un païen ; 

C'est bien, c'est bien, 
Cela ne nous blesse en rien ; 
Moi je pense comme Grégoire, 

J'aime mieux boire. 



La musique de Gr^ty se trouve notée au N. 
de la Clé du Caveau. 



MA VIGNE. 

1846. 

Cette côte à l'abri du vent, 

Qui se chauffe au soleil levant 

Comme un vert lézard, c'est ma vigne. 

Le terrain en pierre à fusil 

Résonne et fait feu sous l'outil ; 

Le plant descend en droite ligne 

Du fin bourgeon qui fut planté 

Par notre bisaïeul Noé... 

Bon Français, quand je vois moû verre 

Plein de ce vin couleur de feu. 

Je songe en remerciant Dieu, 

Qu'ils n'en ont pas {pis) dans TAngleterre. (W 

Au printemps ma vigne en sa fleur, 

D'une fillette a la p&leur. 

L'été c'est une fiancée 

Qui fait craquer son corset vert; 



GHAKSONS BACHIQUES. 



49 



A rautomne tQut s'est oavert, 
C'est la vendange et la pressa ; 
En hiver, pendant son sommeil, 
Son vin remplace le soleil. 
Bon Français, etc. 

La cave où mon vin est serré 
Est un vieux couvent effondré, 
Yoûté comme une vieille église ; 
Quand j*y descends je marche droit. 
De mon vieux vin je bois un doigt, 
Un doigt... deux doigts... et je me grise : 
A moi le mur I... et le pilier I... 
Je ne trouve plus Tescalier. 
Bon Français, etc. 

La vigne est un arbre divin, 
La vigne est la mère du vin ; 
Respectons cette vieille mère, 
La nourrice de cinq mille ans. 
Qui, pour endormir ses enfans. 
Leur donne à téter dans un verre , 
La vigne est mère des amours, 
ma Jeanne, buvons toujours. 

Bon ' Français, quand je vois mon verre 
Plein de son vin couleur de feu , 
Je songe, en remerciant Dieu, 
Qu'ils n*enont pas (6û) dans l'Angleterre, (bis.) 

Pierre Dai^eal. 

La mnsiqae est de U^tear des paroles , et se 
trouve, à Paris, ches BCBrallé, éditeur, 16, passage 
des Panoramas. 

On trouve également la musique de tous les chants 
de Pierre Dupont dans la charmante publication il- 
lustrée à 1& centimes la livraison. En vente ches 
Martinon, rue du Coq, 4. 



LEVIEILLARD. 



18)9. 



Aie . ^AriMtippê, 



Divin nectar, dans mes veines glacées, 
Ranime encor la vie et la ehaleor ; 



De mes vieux ans rajeunis les pensées; 
Viens leur prêter ta riante couleur. 
Des jours mêlés de joie et de souffrance. 
Cache le terme à mon triste regard ! 
Couvre mes yeux du prisme de Tenfance ; 
Viens, cher Bacchus,au secours d*un vieillard. 

En m'endormant, aux jours de mon bel âge. 
Je calculais les plaisirs du réveil ; 
Et l'avenir, immense et sans nuage. 
Enrichissait les songes du sommeil : 
De ces beaux jours Taurore est éclipsée, 
Le passé fuit entouré d'un brouillard, 
Et 1 espérance échappe à ma pensée... 
Viens, cher Bacchus, consoler un vieillard. 

Triste jouet des fureurs de Neptune, 
J'errai longtemps en des climats lointains; 
Fixée un jour, l'inconstante fortune 
Me promettait d'embellir mes destins ; 
Elle a repris les faveurs passagères 
Que sa main livre et ravit au hasard : 
A défaut d'or, j'ai recours aux chimères. 
Viens, cher Bacchus, viens bercer un vieillard. 

Fais voltiger en ma demeure obscure 
L'Amour folâtre escorté des Plaisirs, 
De Cythérée entr'ouvre la ceinture. 
Qui tient captifs les Grâces, les Désirs; 
Le malin dieu, de sa coupe traîtresse 
Avec mépris me refuse une part ; 
La Volupté pour moi n'a plus d'ivresse t 
Viens, cher Bacchus, enivrer un vieillard. 

Semblable, hélas ! à l'antique tourelle. 
Prête à crouler sur de vastes débris, 
Je foule encor la terre qui recèle 
Tous les objets que mon cœur a chéris. 
Dieu des raisins I seulement pour une heure. 
Chasse la Mort, brise son étendard... 
Entoure-moi des amis que je pleure ; 
VienSjCher Bacchus, viens tromper un vieillard. 

Dieu I quel nuage obscurcit ma paupière 1 
Quel trouble en moi ! quel silence en ces lieux 1 
Est-ce le vin ou la faulx meurtrière , 
Qui vient fermer, appesantir mes yeux?. 

9 



[••• 



50 



CHAHSOKS POPULAIRES. 



Je suisfoal prêt!... Sllfout qaeje sueoomte, 
Si c'est pour moi le signal du départ, 
Pour me cacher Tabîme de la tonbe, 
Viens, cher Baccfai», endonnk um Tieâted. 



liOnia FcflicAa. 



LA BARQUE A CARON 



Ah I que l'amour est agréable ! 
11 est de toutes les saisons : 
Un bon bourgeois dans sa maison, 
Le dos au feu, le ventre à table. 
Un bon bourgeois dans sa maison 
Caressait un jeune tendron. 

Bacchus sera mon capitaine, 
Vén 3s sera mon lieutenant, 
Le 1 1 .Jiseur mon commandant, 
Le fo:i*rnisseur mon porte-enseigne. 
Ma bandoulière de boudins, 
Mon fourniment rempli de vins. 

Quand nous serons dans l'autre monde. 
Adieu, plaisirs, adieu, repas ; 
Sachez bien que nous n'aurons pas 
D'aussi bon vin dans l'autre monde ; 
Nous serons quittes d'embarras, 
Un' fois partis dans ces lieux bas. 

Après ma mort, chers camarades, 
Vous placerez dans mon tombeau 
Un petit broc de vin nouveau. 
Un saucisson, une salade, 
Une bouteille de Mâcon, 
Pour passer la barque à Caron. 



Paroli 



UN HO^ME EN &IBOTTE. 

1345. 

AIR : Ces postillons sont (Ttcne matadretse. 

Remarquez bien au bout de cette table 
Ce gros luron sortant d'un long sommeQ,* 
Voyez briller sur son nez respectable 
Ce vermillon, ce coloris vermeil, 
Que le public nomme un coup de soleiL 
En s'éveillant, poussé par le liquide, 
Sur vingt sujets il entonne un refrain : 
Pardonnez-lui s'il tombe dans le vide. 
(Il est à moitié plein.) (6i5.> 

Contre ce monde où l'astuce s'éjoame. 
Enfants, dit-il, pourquoi tant s'acharaar; 
Puisqu'il est vrai que notre globe tourne, 
Ses habitants doivent aussi tourner. 
Il n'est rien là qui nous puisse étonner. 
Partout l'astuce, en habits comme en jupes^ 
Notre univers, si Dieu n'y met la main, 
S'encombrera d'intrigants et de dupes. 
(Il est à moitié plein.) 

Écoutez-le, plus il boit plus il jase, 
A ses voisins il s'adresse d'abord : 
L'honneur français, leur dit-il, est un vase 
Fait d'un métal plus précieux que l'or, 
Et rien d'impur n'en doit souiller le bord. 
Si l'étranger, prétextant la concorde. 
Ose y verser l'opprobre ou le dédain. 
Malheur à lui, car le vase déborde, 
(n est à moitié plein.) 

Tenez, voici Fanchon notre servante. 
Qui de ce lieu s'éclipsa l'an dernier, 
La pauvre enflant s'en alla chez sa tante 
Y déposer les fruits de son panier. 
Présent d'adieu d'un galant cuisinier. 
Depuis six mois un beau garçon se glisse 
Près de Fanchon, mais vous craignez en vain 
Que de nouveau son panier ne s'emplisse, 
(U est à moitié plein.) 



CHâNMlfS BACnQITBSw 



Gais biberons, soutieim de la gnfognette, 
Tout en buvant vous ne voxa dovtez pas, 
Qu*en avalant ce verre de piqoettei, 
Vous nourrissez un peuple de soldat% 
De gros commis et de fiers magistrats. 
Du pauvre au riche et du prodigue au cuistre, 
Votre gros sou, passant de main en main. 
Va s'engloutir au coffre d'un miiistre. 
(Il est à moiUé plein.) 

Ici, garçon, ce long discours m*altère, 
Apporte vite un pichet de nouveau, 
Ton vin me plaît, j'aime sa couleur claire, 
Tu n'y mets rien qui trouble le cerveau , 
Moi, franchement, je n'y sensqu*un peu d'eau. 
Dans ta maison qu'on vante ajuste titre, 
D'avoir son compte on est toujours certain, 
C'est bien, mon vieux, maisremporte ton litre. 
(Il est à moitié plein.) 



L« musique ae trouve notée as N. 819 de la Clé 
du CaTeau. 



LE REFRAIN DU BIVOUAC. 

ISM. 

Dans le service de l'Autriche 
Le militaire n'est pas riche. 

Chacun sait ça I 
Mais si sa paye est trop légère, 
On s'en console, c'est la guerre 

Qui le paiera f 

Aussi , morbleu I que de tout l'on s'empare! 
Jeunes beautés, vieux flacons et cigare... 
Vive le vin , l'amour et le tabac. 
Voilà, voilà, voilà, voilà, le refrain du bivouac I 
Vive le vin, l'amour et le tabac, 
Voilà, voilà, le refrain du bivouac I 
Le vin, l'amour, l'amour et le tabac, 
Voilà, voilà, le refrain du bivouac. 

Le vin, l'amour et le tabac, 

Voilà le refrain du bivouac. 



Le v>hi, Taraour et le tidme, 
C'est le refrain du btTooaef 

REFRAIN EN CHOEUR. 

• 

Vive le vin, l'amour et le talMC, K. . .. 
Voilà, voilà, voilà, le refrain du bivouac I ) ^ * 

Dans les beaux yeur d'une inhumAîne, 

De sa défaite on lit saua peine 
Le pronostic ; 

Nulles rigueurs ne nous reUenneiit, 

De droit les belles appartiennent 
Au kaiserlic! 
Se divertir fut toujours mon principe ; 
Tout est fumée, et la gloire et la pipe I 
Vive le vin. l'amour et le tabac. 
Voilà, voilà, voilà, voilà, le refrain du bivouac! 
Vive le vin, l'amonr et le tabac. 
Voilà, voilà, le refrain du bivouac! 
Le vin, l'amour, l'amour et le tabac, 
Voilà, voilà, le refrain du bivouac ! 

Le vin, l'amour et le tabac, 

Voilà le refrain du bivouac! 

Le vin, l'amour et le tabac, 

C'est le refrain du bivouac ! 

REFRAIN EN CBOnTR. 

Vive le vin, l'amour et le tabac, | ^*. . 
Voilà, voUà, voilà, le refrain du bivouac ! j ^ ' 

■■. ScHke et MétMvllle. 

Tirée du CkaUt, opéra conique ea m acte, en 
Tente chei M. Tresse, Palaia-Natioaal, galerie de 
Chartres, 2 et 3. Prix : 60 centimes. 

La musique de M. Adolphe Adam se trouve notiie 
au N. 2136 de la Qé du Carean- 



NOUVELLE SCHOLIE 



18)5. 
Aie: VhHUvtMiêRampcmnsam, 

Au bruit de ses joyeux llitins, 
Qu'on révère 
Levem! 



5S 



CHANSONS POPULAIRES. 



Puissions-nous voir en nos festins, 
De rubis ses bords et nos teinls 
Teints I 

Oh ! Dieu du vin, 
C'est en vain 
Qu'à ton pouvoir divin 
L*homme veut se soustraire ; 
De ses malheurs. 
De ses pleurs, 
De ses maux, ses douleurs, 
Toi seul sais le distraire. 

Au bruit, etc. 

Avec dédain. 
Dans Eden, 
De ce triste jardin, 
Eve aurait vu les pommes. 
Si la liqueur, 
Dieu vainqueur, 
Eût embrasé le cœur 
De la mère des hommes. 
Au bruit, etc. 

Qu'uD triste humain, 
En chemin, 
S'abreuve dans sa main 
De l'eau d'une citerne ; 
Laissons son eau, 
Son tonneau. 
Sa morgue, son manteau. 
Et soufflons sa lanterne I 
Au bruit, etc. 

Jus bienfaisant. 
Doux présent. 
Par toi seul à présent 
La vérité peut vivre; 
Quand par hasard 
Un cafard 
Vient à parler sans fard, 
C'est qu'alors il est ivre. 
Au bruit, etc. 

Par vos accents 
Glapissants 
Outragez le bon seni^ 



Ecorchez les oreilles ; 
Soyez cagots. 
Noirs magots ; 
Mais gardez vos fagots 
Pour cacher nos bouteilles* 
Au bruit, etc. 

L'épicurien, 
Gai vaurien, 
De l'âge ne craint rien ; 
Le vin le régénère. 
Le fruit d'un cep 
Qu'il pressait 
D'Anacréon chassait 
La glace octogénaire. 
Au bruit^ etc. 

Du peu d'instants 
Que le temps 
Nous accorde, j'entends 
Faire un joyeux usage ; 
Sur l'Achéron, 
Si Caron 
Pour moi prend l'aviron, 
Je veux dire au passage : 

Au bruit de ses joyeux tintins 
Qu'on vénère 
Le verre I 
Puissions-nous voir en nos festins 
De rubis ses bords et nos teints 
Teints! 

MardllAe. 

La musique »e trouve notée au N. 1101 dala Clé 
du Cayean. 




LE P'TIT BLEU. 



Viv' le ptK bleu, 
C'est ça qui coule 
Etquifoûle, 
Viv' le p'tK bleu, 
Ça met la binetie en feii. 
Ça rend raid' comm' un pieu, 
Ça roule 
Dans la boule. 
Pour l'amour du bon Dieu, 
Versez-moi du p'Ut bleu. 

rai goûté du p'tit blanc, 
Dans des verr's longs d'une aane. 
Chez Niquet, en (remblant. 
J'ai gourmé du p'tll Jaune, 
J'ai pieté du p'tll gris. 
Du plur d'ogooR qu'on prdne, 
Dans tout ça, sans mépris, 
Pour le goût et le prix, 
Viv" le p'iit bleu, etc. 

Le p'iil bleu, voyet-TOus, 
C'est le IMeu qui m'iuspire, 
Cesl notre Idole k tous, 
L'iimantqui nous attire. 
Ça soulag* le gousset. 
Ça di^Bs' de Ut'Uk, 



Ça s' verse a plein gob'tet, 

Et ça s' boit comm' du lait, 

VIv'Ie p'Ut bleu, etc. 

Roug' comm' un coq'licot, 
Dés la moindre parole, 
Bicbette, au deuxième pot, 
S' met â rir' comme un' Toile, 
Boit-elle un p'til coup û' plus, 
Eir lâch' la gaudriole. 
Sagesse, pudeur, vertus. 
Rien n' résiste au coup d'Jus. 
Viv" le p'Iil bleu, elc. 

Les amonn vont leur train, 
Grâce au picbel qui trotte. 
Quand Adonis est plein, 
Vénus a sa culotte; 
En s'appuvant au mur, 
Les tendrons en ribotte. 
Hument des flots d'aïur 
Et s'en vont le nez àor. 
Vît' le p'iît bleu, elc. 

Le p'til blea, pour l'iopAI, 
Est UD rade adversaire, 
D extrait d'un p'Ut broc 
Et la paix et la guerre; 
D ncùe au pn^rét, 
Fait des lois i plein rerre, 
El traDsTonne en congrès 
Nos Joyeux cabarets. 
ViV l«1||Wni. etc. 



54 



CHANSONS POPULAIRES. 



Un plaisir est parfait, 
Quand le gain raccompagne, 
De ce vin, en effet, 
Plus on boit, plus on gagne; 
Puis, pochard au complet, 
On rejoint sa compagne, 
L*œil aimable et coquet, 
Et le nez tout violet. 
Tiv* le p*lit bleu, etc. 

VIVE LE FRUIT DÉFENDUI 

Amis, le bonbew sur terre, 
C'est de boire, c'est d'aimer l 
Mais le yin que je préfère, 
Celui qui sait me charmer... 
Le vin que j'aime à boire, 
C'est 'le vin du prochain ; 
Quand mon verre est plein, 
C'est presque une victoire ! 
Au risque d'être pendu, ) , j^ x 
J'aime le fruit défendu ! j 

Beauté trop prompte à se rendre 
Ne saurait me stimuler. 
Un baiser. Je veux le prendre, 
Un cœur, je veux le voler! 
Ce qu'il faut à ma gloire. 
C'est la femme du voisin... 
Et quand j'y joins son vin. 
Je double ma victoire! 
Au risque d'être pendu. 
Vive le fruit défendu 1 

11 ne suffit pas sur terre. 
Mes amis, pour nous charmer... 
De remplir gratis son verre. 
Gratis de se faire aimer ! 
11 faut, sachez l'apprendre, 
Pour couler d'heureux jours, 
Prendre, prendre toujours. 
Mais sans se laisser prendre. 
Vive le fruit défendu, 
Sans risquer d'être pendu! 



( (àis.) 



[bis.) 



lA musique, de H. FiuTf, le iMure càes L. ViaiUoI, 
éditear, rue ?(otre-Daoie-de-Nazaretb, SI 



LE VRAI BONHEUR- 

1843. 
âa : D« bonheur du Ménage. pioMaieiis de Pirii.) 

Chacun sa philosophie, 
Moi, je cherche le tariieBr ; 
Sans chaf;riii et sans eim. 
Je laisse parier bod œur. 
• La santé €*est na richesse, 
La gaîté me suit toujours; 
Et je Birgiie la Sagrâe 
Avec tous ses sols Ao0m. 
Alkms éomcl aflens doncl 
La raisoB, c'est la folle; 
Allons doncl allons doac! 
La folie, c'est la raisM. 

Tiens sur mes genoux, ma toute belle, 
Vidons à longs traits cette bouteille, 
Baiser qui séduit, vin qui réveille, 
C'est, sur mon honneur, 
Le vrai bonheur. 

Il faut donc être de glace 
Auprès d'un joli tendron; 
Il faut donc voiler les Grâces 
Et désarmer Cupidon. 
Avec le pédant qui raille 
Aller cloîtrer son chagrin. 
Boucher toutes ses futailles 
Et laisser gâter son vin. 
Allons donc! etc. 

Quant à vous, beauté sévère 
Qui commencez â rougir. 
Avec moi prenez un verre. 
Et je veux vous convertir. 
A la fumée du cigare, 
Aux douces vapeurs du vin, 
Que votre raison s'égare, 
El vous direz mon refrain. 
Allons donc 1 etc. 

Dans tes bras, ma douce amie. 
Je voudrais finir mes jours; 
A toi, bouteille chérie ! 
A toi, mes derniers amours! 
Suivez-moi, douces chimères. 
Quand m'appellera Çaron, 
Nous apaiserons Cerbère, 
Et ferons chanter PlutOD. 

Allons donc! allons donc! etc. 



La matN|«e, d'Anédée aitm, m trtare chcs 
IL UeâsManier, édilcar, IS, r«e Diaphiot. 



CHANSONS BACHIQUES. 



5i 



FANCHON. 



An. 



1809. 



laiin gronder U i»in» 



Amis, il faut ùâre une pause : 
J'aperçois Tombre d'an bouchoa ; 
Buvons à raimable Fanchon, 
Pour elle Cusons quelque chose. 
Ah I que son ei^tretien est doux. 
Qu'elle a de mérite et de gloire I 
Elle aime à rire, elle aime à boire, 
Elle aime à chanter comme nous. 



j(6M.) 



Fanchon, quoique bonne chrétienne, 

Fut baptteée ayec du Tin ; 

Un Allemand fut son parrain, 

Une Bretonne sa marraine. 

Ah ! que son entretien est doux, etc.. 

Elle préfère une grillade 

Au repas le plus délicat ; 

Son teint prend un nouvel éclat 

Quand on lui verse une rasade. 

Ah ! que son entretien est doux, etc. 

Si quelquefois elle est cruelle, 
C'est quand on lui parle d'amour; 
Mais, moi, je ne lui fais la cour 
Que pour m'enivrer avec elle* 
Ah ! que son entretien est doux, etc. 

Un jour le voisin La Grenade 
Lui mit la main dans son corset : 
Elle riposta d*un soufflet 
Sur le museau du camarade. 

Ah I que son entretien est doux, 
Qu'elle a de mérite et de gloire ! 
Elle aime à rire, elle aime à boire, ) , . 
Elle aune à chanter comme nous, ] '' 

Le 



A. €. I« «• E^MMOle, 

tiié à 84 ans, à Wagrun, en 1809. 



La maiiqae eat «otét 

CftTC4U. 



mK ISndmlmQâ en 



LE CABARET. 

1800. 

A boire je passe ma vie, 
Toujours dispos, toujours content; 
La bouteille est ma bonne amie, 
Et je suis un amant constant. 
Au cabaret j'attends Faurore : 
Du vin tel est l'heureux effet, 
La nuit souvent me trouve encore 
Au cabaret. (bis.) 

Si, frappé de quelques alarmes, 
Mon cœur éprouve du chagrin. 
Soudain on voit couler mes larmes ; 
Mais ce sont des larmes de vin. 
Je bois, je bois à longue haleine. 
Du vin tel est Theureux effet, 
Le malheureux n'a plus de peine 
Au cabaret. (bis.) 

Si j'étais mattre de la terre, 
Tout homme serait vigneron ; 
Au dieu d'amour toujours sincère, 
Bacchus serait mon Cupidon. 
Je ne quitterais plus sa mère, 
Car, de la cour un juste arrêt 
Ferait du temple de Cythère 

Un cabaret. {bis.) 

Auteurs qui courez vers la gloire. 
Bien boire est le premier talent r 
Bacchus au temple de mémoire 
Obtient toujours le premier rang. 
Un tonneau, voilà mon Pégase, 
Ma lyre, un large robinet; 
Et je trouve le mont Parnasse 

Au cabaret. (bis.) 



La BRalqiM d'ERHn. m trouve notée an N. T9k 
deUQédiiCavesB. 



CHANSONS POPULAIRES. 



GLOIRE A BACCHUS. 

1840. 
Air : Paint de chagrin qui ne soit oublié, |Fétis.) 

Gloire à Bacchus, ce dieu du Gange, 

Qui prêta son pouvoir divin 

Au jus céleste, à la vendange, 

Et qui nous transmit le bon vin ! 

Soyons tous fiers de sa louange; 

Pour la mériter qu'un refrain 

Bien gai, bien franc, nous mette en train. 
Amis, déjà notre coupe embaumée, 
Emjdie aux bords pour tant de renommée, 
Répand au loin l'ivresse parfumée. 
Tout autre bien n'est que de la fumée. 



is) 



O mes amisi tout chagrin disparaît, "i .• 
Le verre en main, au cabaret I j 



La soif de l'or brûle l'avare : 
: Amasser, voilà son erreur, 

Et du néant qui se prépare 

11 ne voit pas la profondeur. 
. Un trésor est un bienfait rare 

Qui peut nous offrir la grandeur ; 

Mais il n'esi rien pour le bonheur. 
Si de Crésus j'obtenais la richesse, 
Que de beaux jours, que de charmante ivresse 
Comptés par vous, amis, et ma maîtresse! 
Maîtresse, amis, ont tous une caresse. 

mes amis, etc. 

Faut-il d'un grand vanter la brigue ? 

Ma muse se glace d'effroi. 

Je fronde et j'abhorre 1 intrigue 

Je suis libre et ne suis pas roi. 

Un adulateur me fatigue... 

La franchise, voilà ma loi ,' ' 

Avant tout, je veux être moi. 
AiTière donc, flatteur qui tout encense, 
\il8 courtisans, coureurs de récompense I 
Le cabaret est plus grand qu'on ne pense, 
Bacchus réclaire, et son disque est immense. 

mes amis, etc. 



Dans cet univers que de peines 

Assiègent tout le genre humain! 

L'ennui, la misère ou les haines 

De ronces couvrent le chemin ; 

Les cachots, les verrous, les chaînes. 

Pour nos maux se donnent la main... 

La douleur a son lendemain. 
Mais du nectar l'influence magique 
D'illusions prend le tour poétique : 
Tout rit, tout plaît à la muse bachique ; 
Le mal réel est un mal chimérique. 

mes amis, etc. 

On est dupe d'une coquette. 

On est dupe en guerre, en amour; 

La Bourse, Vénus, la roulette, 

Font des dupes comme à la cour. 

Le plaisir, la folle goguette 

Ici sont choyés tour à tour : 

Le cabaret est leur séjour. 
Prends donc ta lyre, aimable et gai Trouvère, 
Chante avec nous, surtout vide ton verre; 
Nargue les sots, le censeur trop sévère; 
Pour être heureux, à boire persévère. 

mes amis, etc. 

Dans l'exil, ô douleur amère! 

Regrettez-vous votre pays ? 

Avez- vous perdu votre mère, 

Votre compagne ou votre fils? 

Votre trésor, bien éphémère, 

Se trouverait-il compromis 

Par quelqu'un de vos bons amis ? 
Point de regrets, jamais de triste veille, 
Buvez, le vin erifanlera merveille! 
On redevient riche avec la bouteille 
Anacréon lui-môme le conseille. 

mes amis, etc. 

Mais déjà la soif me dévore: 

A l'œuvre, vieillards rajeunis ! 

Bacchus est le dieu que j'adore, 

11 verse, et les maux sont finis 1 

Dans son temple chantons encore 

Le bon vin, Comus, les hoiuris ; 

Sa succursale est à Paris. 
Divine Hébé ! viens me prêter ta lyre , 
Verse toujours, c'est lacconlqui m'inspire; 



CHANSONS BACHIQUES. 



57 



Je sens en moi circuler ton délire; 
Sur toc autel la prière veut dire : 
mes amis! tout chagrin disparait, 
Le verre en main, au cabaret. 

Ciae^nde ei Plaehonnean. 



[ {bis.) 



La musique de Ffris se troure notée au N. 2102 
de la Cli du Caveau. 



L* VIN A 4 SOUS. 

1837. 

Le Flamand s* gris* de bière, 
L' Provençal de vin doux ; 
Moi, c* qui m* met sens d'sus d*sou8 , K. . . 
C'est r Ut vin d* la barrière. ]^^'^ 

Venez, v^nez, sages et fous, 
Boire avec moi V vin à quat* sous. 
Venez, venez, sages et fous. 
Boire avec moi 1* vin à quat* sous. 
Presque parié.)L*vin à quat*80U8m*met sens d'sus d*8oas 
L* grédm dWioà quat* sous m' met sensd^sus d^soua. 
L*gendarme d\in à quafsous m* met sens d*su8 d'isous. 
L* scélérat d*vin à quat* sous m* met sens d*sas d*80us. 
Venez, venez, sages et fous, 
Boire avec moi Y vin à quat' sous. 
Venez, venez, sages et fous. 
Boire avec moi 1* vin à quat* sous. 



[ (^^0 



L'étiquette accompagne 
Le pomard à cent sous, 
J' trouve dans 1' vin à quat* sous 
La gafté du Champagne. 
Venez, venez, sages et fous. 
Boire avec moi 1' vin à quat' sous. 
Venez, venez, sages et fous, 
Boire avec moi ï vin à quat* sous. 
L* vin à quat* sous, m! met sens d*sus d^sous. 
L* pochard d* vin à quat' sous m* met sens d*sus d*sous. 
Le gueux d* vin à quat* sous m* met sens d*su8 d*sou8 
L*horreur d* vin à quat* sous m* met sens d*sus d*80us 
Venez, etc. 

Tai mangé d'une haldne 
Tout mon argent, mon bien, 



Je m* console si j' n'ai rien, 
Ma tasse est encor pleine. 
Je m' console si j* n'ai rien. 
Ma tasse est encor pleine. 
Venez, venez, sages et fous, 
Boire avec moi 1' vin à quat' sous. 
Venez, venez, sages et fous, 
Boire avec moi Y vin à quat' sous. 
L* vin à quat* sous m* met sens d'sus d*sons. 
L* tyran d* vin à quat* sous m* met sens d*sus d*soas. 
L*épicierd* vin à quat* sous m* met 8ensd*susd*sous. 
L*empereurd* vinàquat* sous m* met sens d*susd*sous 
Venez, etc. 



j (W5.) 



Voilà ma politique : 
Quand j'ai bien riboté ; 
Je m' ris d' la république, 
D* la légitimité. 
Venez, venez, sages et fous, 
Boire avec moi 1* vin à quat' sous. 
Venez, venez, sages et fous. 
Boire avec moi 1* vin à quat* sous. 
L* vin à quat* sous m' met sens d*sus d*sous. 
L* pendard d* vin à quat* sous m* met sens d*susd*sous. 
L* paysan d* vin à quat* sous m' met sens d*sus d*sous. 
L*odieux vin à quat* sous m* met sens d*sus d*souii. 
Venez, etc. 



}(Wf.) 



Pour supporter la rage 
D' la femme dont j* suis l'époux 
J' rêve dans 1' vin à quat' sous 
L'espérance du veuvage. 
Venez, venez, pauvres époux. 
Boire avec moi 1' vin à quat' sous. 
Venez, venez, pauvres époux, 
Boire avec moi 1* vin à quat* sous. 
L* vin à quat* «ous m* met sens d*sus d*sou8. 
L*affreux vin à quat* sous m* met sens d*sus d*sous. 
L* serpent d* vin à quat* sous m' met sens d*sus d*sous. 
L* rasoir d*vin àquat*sousm*met sens d*8U8 d*80us. 
Venez, etc. 

Vieux amis que j'honore. 
Qui n* buvez jamais d'eau. 
Un jour sur mon tombeau i 

Vous pourrez dire encore : { 

Ci-gtt qui mourut sous les coups, i 
Sous les coups du vin à quat' aoiuk § 



CHANSONS POPULATR'ES. 



Nargue du vent et de Torage 
Quand d'aussi bon vin mon verre est plein. 

Buvons, car peut-èlre un naufrage 

Finira demain notre destin. 

Buvons. (cinq fois,) 

Nargue du vent et de l'orage 
Quand d'aussi bon vin mon verre est plein. 

Buvons, car peut-être un naufrage 

Finira demain notre destin. 

Que loin de moi ma belle 
Fasse un nouveau serment, 
Que son cœur infidèle 
Tourne comme le vent, 
Nargue d'un cœur faux et volage 
Quand d'aussi bon vin, mon verre est plein. 
Buvons, car peut-être un naufrage 
Finira demain notre destin. 

Buvons. [cinq fois.) 

Nargue d'un cœur faux et volage, 
Quand d'aussi bon vin mon verre est plein, 
Buvons, car peut-être un naufrage 
Finira demain notre destin. 

M. Méleavllle. 

Zampa ou la Fiancée de marbre, opéra comique en 
trsli actes, en vente chez M. Tresse, éditeur,2et 3, 
galerie de Chartres, Palais-National. Prix : 60 cent. 

Manque de F. Uékold. 



LE MAITRE D'ÉQUIPAGE. 

1826. 

Je suis maître d'équipage, 
J'aime la fureur des flots ; 
J'ai J)ravc cent fois l'oraç^r', 
Je n'ai peur que du repos. 
Lié jeu, Tamour et la table 
Ne m'ont jamais trouvé las, 
Et j'y suis infatigable, 
Autant que dans les combats. 
Mais pour calmer la «oif qui me dévore 
Je veux boire à la beauté. 
Verse, verse, verso encore: K, . 
Je veux boire a la beauté, i ^ **'' 



Rien n'est bon comme un naufkwgo 
Pour former les matelots : 
Le péril qu'on envisage 
Est l'école des héros. 
Dans l'or et dans la misère, 
Pillant, pillé, pris, repris, 
J'aime les jeux de la guerre 
Par-dessus tout, mes amis. 
Hais pour calmer, etc. 

S'il arrive qu'une belle 
Veuille monter à mon bord. 
L'amour en mer n'a point d'ailes^ 
L'inconstance reste au port. 
S'il arrive que l'orage 
Vient troubler de si beaux jours. 
Je trouve un nouveau courage 
Pour veiller sur mes amours. 
Mais pour calmer la soif qui me dévore. 
Je veux boire à la beauté. 
Verse, verse, verse encore : 
Je veux boire à la beauté. 



{bis.) 



Delac«ar» 

La musique de Berton se trouve notée an 
N. 2057 de la Clé du Caveau. 



LE VIN ET LA BEAUTÉ* 

1826. 

Opposons amour et folie 
Aux arrêts cruels du hasard, 
Et prenons pour charmer la vie, ï /. . 
Jeune maltresse et vieux nectar, J ^ *' 
Jeune maîtresse (ter) et vieux nectar. 
Gais chansonniers, quand la rime est rebelle, 
Au blond Phcobus vous recourez à tort. 
Puisez vos vers dans les yeux d'une belle 

Ou dans les flots d'un rouge bord. 
Ou dans les flots {bis) d'un rouge bord. 
Opposons, etc. 

Mabomet 1 ton paradis qu'on vanta 
Est, selon moi, sans «ttrailaet sans prûu 



GHAT?SONS BAGfflQU^S. 



(sn 



Puisque la terre à meffsoahàits entote 
Et des raisins et des houris, 
Et des raisins {bis) et des houris. 
Opposons, etc. 

Pour un soupir, une gamme savante, 
Diletlanti! cessez donc d'être émus ; 
Qui peut valoir les soupirs d'une amante 

Et les tintins chers à Bacchus ?... 

Et les tintins {bi$) chers à Bacchus. 
Opposons, etc. 

Pour savourer en passant sur la terre 

Plus d*un plaisir à Jupin dérobé, 

Versons! Buvons à grands coups le tonnerre, 
En enlaçant la jeune Hébé, 
En enlaçant (bis) la jeune Hébé. 
Opposons, etc. 

Lorsqu Heraclite en proie à Ihumeur noire. 
Sur nos malheurs pleurait sans se lasser. 
C'est qu'il n'avait plus de Chios à boire, 
Ni d'Athénienne à caresser I 
Ni d'Athénienne {bis) à caresser. 
Opposons, eiq. 

Si le bonheur est un rère épliémère, 
Né du mensonge et de la volupté, 
Qui produira de plus douce chimère 
Que le Champagne et la beauté ? 
Que le Champagne {bis) et la beauté. 
Opposons amour et folie 
Aux arrêts cruels du hasard, 
Bt prenons pour charmer la vie 
leane maîtresse et vieux nectar. 
Jeune maltresse {ter) et vieux nectar. 



( (^>.) 



La fliuiqit* du même auteur ae troure chez 
I* YtelDot, éditeur, 32, r. T7otr&-Daine-de-Kazareth« 



LE BONSOIR. 

isao. 

Mes bons amis, ajournons à huitaine 
Nos airs jojeux, nos chants de gai savoir 



Momus remonte aireéleste domaine. 
n est minuit. 
Bonsoir, 
Jusqu'au revoir, 
Bonsoir. 



{bis.) 



A nos santés vidons pourtant nos verres. 
Prêts à quitter ce toit hospitalier. 
Nos devauciers, nos fidèles trouvères, 
Buvaient toujours le coup de l'étrier. 
Mes bons amis, etc. 

De nos amis la cohorte agréable 
Augmente encor avec ce vin clairet, 
Quand on est quinze en se mettant à table, 
On se voit trente au sortir du banquet. 
Mes bons amis, etc. 

Il se fait tard : à gagner sa demeure 
Chacun de nous doit prudemment songer; 
Pour les maris c'est un vilain quart d*heure, 
Pour les amants c'est l'heure du berger. 
Mes bons amis, etc. 

Mais au buveur qui sent sa tête prise 
On doit offrir un bras sûr et prudent ; 
Nous aurions l'air d'une patrouille grise 
Si l'un de nous marchait en chancelant. 
Mes bons amis, etc. 

Par vos refrains vous pouvez des gendarmes 
Déconcerter le regard inquiet. 
Aimable ivrogne, avec de telles armes, 
Piron jadis a fait rire le guet. 
Mes bons amis, etc. 

Chemin faisant, si quelque jouvencelle 
Pour son falot vous prend en tapinois, 
Conduisez-la sans bruit et sans chandelle ; 
On a, la nuit, les yeux au bout des doigts. 
Mes bons amis, etc. 

Mais d'un regret votre soif est coupable : 
Sur ce bouchon pourquoi fixer les yeux T 
De ces flacons qui dorment sur la table. 
Ah ! dans huit Jours le vin sera plus vieux I 



ev 



CHANSONS POPULAIRE». 



Mes bons amis, ajournons à huitaine 
Nos airs joyeux, nos chants de gai savoir : 
Momus remonte au céleste domaine. 
Il est minuit, 
Bonsoir. 
Jusqu'au revoir, 
Bonsoir. 

Henri 0laiOB. 



[ {bis.) 



La musique d'Edouard DoNvé se trouve chez 
L. Vieillot, éditeur, 32, r. Notre-Daine-de-Nazareth. 



LA CLOCHETTE DU CABARET, 

1834. 
Air : Notre- Dame du vnont CarmeL 

Quel bruit joyeux frappe l'oreille ? 
Tout bon vivant Ta reconnu ; 
Ghers amis, courons sous la treille. 
Du plaisir Tinstant est venu. 
Pour rire ensemble à la buvelte, 
Recrutons-nous, aimables fous, 
' Car c'est le bruit de la clochette 
Qui nous appelle au rendez-vous. 

De ces lieux où naquit l'ivresse 
Nous connaissons seuls le chemin, 
C'est le tejnple de la tristesse 
PourTennemi du genre humain. 
Voyez loin de noire retraite 
S'enfuir les cafards, les jaloux. 
Sonnez fort, sonnez la clochette. 
Ils ne sont pas du rendez-vous. 

Sachons profiter de la vie. 

Car bientôt nous serons grisons ; 

Momus en ce lieu nous convie, 

Donnons l'essor à nos chansons ; 

Mais là-bas j aperçois IJsette 

A l'air fripon, aux yeux si doux ; 

Sonnez fort, sonnez la clochette 

Pour qu'elle vienne au rendez-vous. 

Sur le grabat de l'indigence 
Que décore un noble laurier, 
Yoyei-you8 rêver en silence 



Ce brave et malheureux guerrier ? 
De tous les beaux jours qu'il regrette 
La gloire a rejailli sur nous ; 
Sonnez fort, sonnez la clochette 
Il doit être du rendez-vous. 

Nous avons réuni, j'espère, 
L'amour, la gloire et la gatté. 
Attendons l'avenir prospère 
Que nous promet la liberté. 
Pour égayer noire musetle 
Au bruit des flacons, des glouglous. 
Laissez reposer la clochetle, 
Nous sommes tous au rendez-von». 

€.*I<.«T. MorlMict. 



LA FÊTE DU VILLAGE VOISIN. 

Amusez-vous, oui, je vous le conseille 
Allez, allez, à c'te fêle sans moi. 
Mais, par bonheur, j'ai là, j'ai là... de quoi 
M'en dédommager à merveille. 
Les jolis glouglous, 
Les glouglous si doux. 
Les glouglous, glouglous d' la bouteille, 
Me plaisent bien plus que tous les fron, fror 
D'un violon. 
Que tous les zigzags d'un rigodon. 
Que tous les lanla d'une chanson. 

Lorsque Tplaisir drès l'matin vous èrwlle, 
Mesdames, zest!...vous n'y résistez pas; 
Vous ne cherchez que le bruit, que l' firacai 
Tout c' qui brise 1' timpan d' l'oreille. 
Mais le doux tin tin 
D'un verre tout plein. 
Plein, plein, plein, plein de jus cTla treille 
Me platt cent fois plus que tous les fron, :k 

D'un violon. 
Que tous les zigzags d'un rigodon, 
Que tous les lanla d'une chanson. 



Muiiqne de BoIitDisu notée an K. 1680 d« It 
Clé du Caveau. 



^* 








LA MARSEILLAISE. 



Mons, enfanta delà (âtrie, 
Le jour de gloire est arrivé ; 
Contre noua de la tyrannie 
L'éiendard sanglant est levé. {bis.) 

' Entendei-vous dans ces campagnes 
Mugir cea féroces soldais? 
Ils viennent, jusque dans nos bras, 
Egorger vosflls, vos compagnes! 

nx armes t citoyens, formez vos bataillons. 
ucbODi(Mf),qu'untangimpurabreuvenotailloiu. 

Que veut cette horde d'esclaves, 
De traîtres, de rois conjurés? 
- Pour qui ces ignobles entraves. 
Ces fersdËs longtemps préparés?... [bà.) 
Français, pour nous, ahl quel outrage. 
Quels transports il doit exciter ! 
C'est nous qu'on ose méditer 
De rendre à l'antique esclavage f 
Aux armea I citojena, etc. 



Quoi I ces coliorli» étrangères 
Feraient la loi dans nos Toyersl 
Quoil ces phalanges mercenaires 
Terrasseraient nos fiers guerriers ? (6ti ) 
Grand Dieu 1 par des mains encbalnées 
Nos fronts sous le joug se ploieraientl 
De vils despotes deviendraient 
Les mallres de nos destinéesl 
Aux armesl citoyens, etc. 

Tremblez, tyrans, et vous perfides! 
L'opprobre de tous les partis! 
Tremblez I vos projets parricides 
Vont enfin recevoir leur prix ! (6ij.| 

Tout est soldat pour vous combattre. 
S'ils tombent nos jeunes héros, 
La France en produit de nouveaux, 
Contre vous tout prËtsà se battre. 
Aux armes I citoyens, etc. 

Français, en guerriers magnanimes. 

Portez ou retenez vos coups; 

Epargnez ces tristes victimes 

A regret s'armant contre nous. (tù) 

Hais ces despotes sanguinaires. 

Hais les complices de Bouille. 



«6 



ClUKSOJîS POPULAIRES. 



Tous ces tigreè'f», sans pitié, 
Déchirent le sein de leur mère I .. . 
Aux armes ! ck^ycns, etc. 

Nous entrerons dans la carrRre 
Quand nos aînés ne seront plus , 
Nous y trouverons ieur poussière 
£t la trace de leurs vertus. ÇbfiQ 

Bien moinsjaloax de lenr surviTve 
Que de partager leur cercueil , 
Nous aurons le sublime orgueii 
De les venger ou de les suivre. 
Aux armes I citoyens, etc. 

Amour sacré de la patrie, 

Conduis, soutiens nos brxs vengiors ; 

Liberté, liberté chérie. 

Combats avec tes éèfefnstms 1 {6i>4 

Sous nos drapeaux qive la victoire 

Accoure à tes mâles accensl 

Que tes ennemis expirants 

Voient ton triomphe et notre gfleireî 

Aux armes! citoyens, formez vos bataillons. 
Marchons(5t«),qu'un sang impur abreuve nos sillons. 

Housct de Liste. 

Ce fut le 30 Juillet 1792 que les Marseillais arri- 
rèrent à Paris, après s'être signalés <lans les dépar- 
tements du Midi par des expéditions patriotiques, 
selon le langage des journalistes du temps. Ils entrè- 
rent parle faubourg Saint'Antoine, et furent conduits 
par Santerre aux Champs-Elysées, ou un banquet 
leur était préparé. Leur arrivée fut signalée par des 
troubles sanglants. Il y eut une rixe entre eux et 
des gardes nationaux du bataillon des Filles-Saint- 
Thomas, de la rue des Petlta-Pères, et des gardes 
du corps. Le peuple s'en mêla. Plusieurs de ceux qui 
avaient crié vive le roi et rire La/ayet(e furent bles- 
sés; Duhamel fut massacré. Les Marseillais étaient 
Tenus à Paris sous le prétexte que la patrie était en 
danger ; leur patriotisme exalté venait à son secours. 

Ce fut alors que Rouget de Lisle composa les pa- 
roles et la musicjue de son hymne des Marseillais 
communément appelé la Marseillaise, Ce chant pa- 
trioUque et guerrier retentit dans toute l'Europe. 
On ne saurait se faire aujourd'hui une idée de l'en- 
thousiasme qu'il inspira et de l'influence qu'il exerça, 
si l'on nen avait éprouvé «es effets lors de nos deux 
dernières révolutions. L'air est devenu uiie des plus 
belles marches militaires que l'on connaisse ; il a sou- 
vent mené nos soldats À la victoire. Les paroles se 
ressentaient de l'inspiration républicaine de Tauteur. 
Malheureusement on lêii des plus belles choses an 



mauvais emploi. La MarseillaiM» Intnussi l' accom- 
pagnement des exécutions nombreuses qui eurent 
Jieu A cette époque • 

Le 18 nivôse Jttiv •(8 janvier 1795) , un wpêté du 
I 3 to ec t oife<wd««a déjouer dsois tMstes^iectacles 
Pair de la Manmllaise a.vec eevx : Ça ipo. Veillons 
mttabUde Vampire et le ChaMÛu Dépaa.ljt même 
«rrété défendnft h Mévcil du f*euple. Be toutes ces 
chansons révolutionnaires, teJlanMt/toise'ëtnitsans 
contredit la meilleure, car elle étnlt^Kalté, aaris non 
snngiiiiMifa!<e. 

Cest à cette dminon que Rouget ^ Uskeei dû sa 
TépQtstion. Il était né à Lons-le-Soalmer^ «• 37G0, 
etétadt officier de gfoie en 1790. Malgré se* o|ilnio« 
républicaines^ il fut incarcéré pendant ht terreur et 
«•lot sanvé-nae jpw le 9 thermiâor. fi «orsAt s» 
éoaUettkaùtBajaamlitt Marseillaise «n adlBBt àTé- 
«ilniraiid! 

On a de toi |>lu8ieun «ntres poésies inttuidfifues. 
^de pluscfaiqusnte«auDits français, paroles de dif- 
iéwnts autenvs, qu'il a mis en smaiqtte et publiés en 
1896. Oeflt son dernier ouvrage. 

D est mort en 1836. 

La musique, de l'auteur des paroles, est notée au 
N. 31 dit la Clé du Caveau. 



LE CHANT DU DÉPART. 

1794. 

La victoire en chantant nous ouvre la barrière, 
La liberté guide nos pas, 

Et du Nord au Midi la trompette guerrière 
A sonné l'heure des combats. 
Tremblez, ennemis de la France I 
Rois ivres de sang et d'orgueil I 
Le peuple souverain s'avance . 
Tyrans, descendez au cercueil I 

La république nous appelle, 
Sachons vaincre ou sachons périr : 
Un Français doit vivre pour elle. 
Pour elle un Français doit mourir I 

Une mère de famille. 

De nos yeux maternels ne craignez i>as les lariti& 
Loin de nous de lâches doule ors I 

Nousdevons triompher quand vous prenez les armes 
C'est aux rois à verser des pleurs ! 
Nous vous avons donné la vie, 
Guerriers! elle n*est plus à tooi ; 



/- 







1 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



Tous vos jours sont à la patrie : * 
Elle est votre mère avant nous ! 
La république nous appelle, ete. 

Deux vieillards» 

Que le fer paternel arme la main des braves ! 

Songez à nous, au champ de Mars ; 
Consacrez dans le sang des rois et des esclaves 

Le fer béni par vos vieillards ; 

Et, rapportant sous la chaumière 

Des blessures et des vertus, 

Venez fermer notre paupière 

Quand les tyrans ne seront plus I 

La république nous appelle, etc. 

Un enfant. 

De Barra, de Yiala, le sort nous (ait envie: 
Ils sont morts, mais ils ont vaincu. 

Lelftche accablé d'ans n*a point connu la vie; 
Qui meurt pour le peuple a vécu. 

Vous êtes vaillants, nous le sommes : 
Guidez-nous contre les tyrans; 
Les républicains sont des hommes, 
Les esclaves sont des enfants I 
La republique nous appelle, etc. 

Une épouse. 

Partez,vaniantsépoux:les combats sontvos (êtes; 

Partez, modèles des guerriers. 
SffoQS cueillerons des fleurs pour en ceindre vos tètes. 
Nos mains tresseront des lauriers ; 
Et, si le temple de mémoire 
S'ouvrait à vos mânes vainqueurs, 
Nos voix chanteront votre gloire. 
Et nos flancs portent vos vengeurs. 
La république nous appelle, etc. 

Une jeune fille. 

Et nous, sœurs des héros, nous qui de l'hyménée 

Ignorons les aimables nœuds, 
Si pour s'unir un jour à notre destinée, 

Les citoyens forment des vœux. 

Qu'ils reviennent dans nos muraiiieSy 

Beaux de gloire et de liberté 



Et que teyr sang, dans les batailles, 

Ait coulé pour l'égalité. 

La république nous appelle, ete. 

Trois guerriers. 

Sur le fer, devant Dieu, nous jurons à nospères^ 
A nos épouses, à nos sœurs, 

A nos représentants, à nos flls, à nos mères; 
D'anéantir les oppresseurs: 
En tous lieux, dans la nuit profonde» 
Plongeant l'infâme royauté, 
Les Français donneront au monde 
Et la paix et la liberté I 

La république nous appelle, 
Sachons vaincre ou sachons périr ; 
Un Français doit vivre pour elle. 
Pour elle un Français doit mourir f 

■• J. riiéaler. 

L« 14 juillet 1794 approchait ; la France s'apprê- 
tait à célébrer l'anniTcrsaire de la prise de la Baaiina, 
ce grand événement qui avait ébranlé k vieux Bondb 
et ouvert une ère nouvelle. 

On était danA l'ivresse de la liberté, si gloriMia*- 
ment conquise, et qnll s'agissait de défendre «entre 
les rois de l'Europe, qui la menaçaient sans la coa»- 
prendre, sans soupçonner les prodiges qu'elle pou- 
vait enfanter ; et en mérotf temps que des fêtes s» 
préparaient, tous les enfants de cette France, de- 
venue une nation de héros, m précipitaient vert tot 
frontières menacées : 

Nu-pieds, sans pain, sourds aux lâches alarmet» 
Tous à la gloire allaient du même pas i 

Cest alors que Marie-Joseph Çhënier. inspiré ptr 
la grandeur du spectacle qu'il avait sous les yeux, 
improvisa cet hymne de guerre qu'il appela le Chant 
ém Dépari, dont liéhul improvisa la musique, qa*tt 
écrivit de verve au milieu des causeries d'un salon. 

Dire avec quel enthousiasme ces vers et sariMt 
cette admirable musique ^rcnt accueillis, est im- 
possible : ce fut une sorte de délire, un entratn«aMtf: 
général dont rien ne saurait donner l'idé*. Ce tn 
surtout dans nos armées que cet hymne eut iw tie- 
cèt prodigieux ; l'enthousiasme qu'U y excita at 
peut être comparé qu'à celui qu'avait fait naître té 
MangiUaitê 

La main d« ier Impéciala eonprima, «a >•« pint 
tard, cette exaltation I le CluaU du Dtpartj esnow 
la MaruUlaiMê, fut mis à Tindex, et ces deoz 
hymnes, qui avaient concouru au gain de tant dt 
batailles , ne reparurent pendant quelques Jovt, 
«I lSi6, qp« pMff êm fa p longéi pNaq«« 



êh 



CHANSONS POPULAIRES. 



danilet liinoes où le despotisme s'efTorçait d'englou- 
tir tout ce qui était capable de raviver dans le cœur 
du peuple Tamour de la patrie et de la liberté. 

La même chose arriva lors de la révolution de 
1830 ; ces nobles chants, qui s'étaient reproduits, 
Be tardèrent pas à effrayer les hommes rétrogrades 
qui s'étaient emparés du pouvoir, et le peuple dut 
cesser de faire entendre le Chant du Départ, qui me- 
naçait d'envoyer les tyrans au cercueil. 

Enfin vint la Révolution de 1848 qui, exilant une 
dernière fois \t. royauté du sol de la France, donna 
un nouvel essor au patriotisme et à tous les senti- 
ments généreux. Le Chant du Départ a contribué, 
avec le chœur des Girondins à l'enthousiasme des 
Journées de Février. 

Il est juste de dire pourtant qu'à l'exception de 
la première strophe, qui est véritablement admi- 
rable, ces vers de Chénier se ressentent beaucoup de 
la précipitation avec laquelle ils ont été faits ; mais 
la musique en est réellement enivrante ; il est im- 
possible de rester froid en entendant ces accents hé- 
roïques, surtout lorsque vient cette explosion après 
la mineure de Tair : 

La République nous appelle I 

Rien au monde n'est plusgrand, plus majestueux, 
plus électrique surtout. Enfin, cela ne peut pas mou- 
rir, par la raison toute simple que c'est immortel ; 
combien comptons-nous de chefs-d'œuvre dont on en 
puisse dire autant t 

Merie-Joseph de Chénier vtait né A Constanli- 
nopleen 1764, il est mort en 1811. 

Musique de MÉiîUL notée au N. 335 de la Clé du 
Caveau. 

►^ ( ao <g~ '- 



LE SALUT DE LA FRANCE. 

1791. 

\r : Vous qui, d* amour eias aventure[<\t Renaud d'Ast). 

Veillons au salut de TEmpire, 

Veillons au maintien de nos droits! 

Si le despotisme conspire, 

Conspirons la perte des rois I 
Liberté ! (bis) que tout mortel le rende hommage. 
Tremblez, tyrans I vous allez expier vos forfaits I 

Plutôt la mort que Tesclavage I 

C'est la devise des Français. 

Du salut de notre patrie 
Dépend celui de l'univers* 



• Si jamais elle est asservie, 
Tous les peuples sont dans les fers. 

Liberté I (5t5) que tout mortel te rende hommage. 

Tremblez, tyrans I vous allez expier vos forfaits' 
Plutôt la mort que l'esclavage ! 
C'est la devise des Français. 

Ennemis de la tyrannie, 
Paraissez tous, armez vos bras. 
Du fond de l'Europe avilie, 
Marchez avec nous aux combats. 

Liberté 1 liberlél que ce nom sacré nous rallie. 

Poursuivons les tyrans, punissons leurs forfaits! 
Nous servons la même patrie : 
Les hommes libres sont Français. 

Jurons union éternelle 

Avec tous les peuples divers ; 

Jurons une guerre mortelle 

A tous les rois de l'univers. 
Liberté ! liberté I que ce nom sacré nous rallie. 
Poursuivons les tyrans, punissons leurs forfaits! 

On ne voit plus qu'une patrie 

Quand on a l'âme d'un Français. 

Ad. fit. Boy. 

Cette chanson, qui fut composée vers la fin de 
1791, est l'une des prendères chansons patriotiques 
delà révolution française, aussi est-il facile de s'a- 
percevoir que le mot empire placé ù la fin du f.rcmier 
vers n'est mis là que pour la rime; son succès fut 
immense, grâce surtout à la délicieuse musique de 
Dalayrac, qu'on croirait faite exprès pour les paroles. 

En effet, il est assez difficile de croire que cette 
musique, qui est devenue l'une de nos meilleures 
marches militaires, a été composée pou r une romance 
très langoureuse dont le premier vers est : Vous qui 
d'amoureuse aventure, et qui était chantée dans l'o- 
péra de Renaud d'Ast. 

Les trois premiers couplets seulement son^. de 
Ad. -S, Boy. le quatrième a été ajouté en 1810 par un 

auteur anonyme. 

Musique de Dalayrac, notée au N. 648 de UClé 
du Caveau. 



LE RÉVEIL DU PEUPLE 

1795. 

Peuple Français, peuple de frères, 
Veux-tu voir, sans frémir d'horreur« 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



69 



Le crima arborer les bannières 
Du carnage et de la terreur ? 
Tu souffres qu'une horde atroce, 
Et d'assassins et de brigands, 
Souille de son soi 



are 
inl 

el 



s 



Suivez le cours de votre gloire ; 
Vos noms, chers à rhumanilé, 
Volent au temple de mémoire, 
Au sein de l'immortalité I 



j. ■. 



MulqM éè P. Gatiauz, notée an N. 941 delà 
eu dn Ctreait. 



' HYMNE A UÊTRE SUPRÊME. 



1794. 

Père de l'univers, suprême intelligence, 
Bienfaiteur ignoré des aveugles mortels, 
Tu révélas ton être à la reconnaissance 
Qui seule éleva les autels. 

Ton temple est sur les monts,dan8 les air8,sur lesondes 
Tu n'as point de passé, tu n'as point d'avenir ; 
Et sans les occuper, tu remplis tout les mondes 
Qui ne peuvent te contenir. 

Tout émane de toi , grande et première cause f 
Tout s'épure aux rayons de ta divinité : 
Sur ton culte immortel la morale repose. 
Et sur les mœurs la liberté. 

Pour venger leur outrage et ta gloire offensée. 
L'auguste liberté, ce fléau des pervers. 
Sortit au même instant de ta vaste pensée 
Avec le plan de l'univers. 

Dieu puissant I elle seule a vengé ton injure ; 
De ton culte elle-même, instruisant les mortels, 
Leva le voile épais qui couvrait la nature, 
Et vint absoudre tes autels. 

toi qui du néant, ainsi qu'une étincelle, 
Fis jaillir dans les airs l'astre éclatant du jour. 
Fais plus,verse en nos cœurs ta sagesse éternelle, 
Embrase-nous de ton amour I 

De la haine des rois anime la patrie ! 
Chasse lesvains désirs,rinjuste orgueil des rangs. 
Le luxe corrupteur, la basse flatterie. 
Plus fatale que les tyrans 1 

Dissipe nos erreurs,rends-nou8 bons,rends-noas j ustet 
Règne, règne au-delà du tout illimité ; 
Enchaîne la nature à tes décrets augustes , 
Laisse à l'homme la liberté I 



Musiqae de Goubc, notée eu N. 446 de U Clé te 
CeTeeu. 



7t 



CHANSONS POPULAIRES. 



LA CARMAGNOLE. 

1792. 

Madam' Veto avait promis {bis.) 

De faire égorger tout Paris ; (bis,) 

Mais son coup a manqué, 

Grâce à nos canonnié. 

Dansons la carmagnole, 
Vive le son I vive le son ! 

Dansons la carmagnole, 

Vive le son du canon I 

Monsieur Veto arait promis {bis.) 

D'être fidèle à sa patrie ; {bis.) 

Mais il y a manqué, 

Ne faisons plus cartié. 

Dansons la carmagnole, etc. 

Antoinette avait résolu {bis.) 

De nous faire tomber sur eu , {bis.) 

Mais son coup a manqué, 

Elle a le nez cassé. 

Dansons la carmagnole, etc. 

Son mari, se croyant vainqueur, {bis.) 
Connaissait peu notre valeur. {bis.) 

Va, Louis, gros paour. 

Du Temple dans la tour. 

Dansons la carmagnole, etc. 

Les Suisses avaient tous promis (bis.) 
Qu'ils feraient feu sur nos amis ; {bis.) 
Mais comme ils ont sauté, 
Comme ils ont tous dansé I 
Chantons notre victoire, etc. 

Quand Antoinette vit la tour, {bis.) 

Elle voulut fair' demi-tour ; (6^.) 

Elle avait mal au cœur 

De se voir sans honneur. 

Dansons la carmagnole, etc. 

Lorsque Louis vit fossoyer, {bis.) 

A ceux Att'il voyait travailler^ Ibis.) 



• Il disait que pour peu 
Il était dans ce lieu. 
Dansons la carmagnole, etc. 

Le patriote a pour amis, (bis.) 

Tous les bonnes gens du pays ; (6»».) 

Mais ils se soutiendront 

Tous au son du canon. 

Dansons la carmagnole, etc. 

L'aristocrate a pour amis [bis.) 

Tous les royalist's à Paris ; {bis.) 

Ils vous les soutiendront 
Tout comm' des vrais poltrons. 
Dansons la carmagnole, etc. 

Lîbgendarm'rie avait promis l^**-) 

Qu'elle soutiendrait la patrie ; (bis.) 

Mais ils n'ont pas manqué 

Au son du canonnié. 

Dansons la carmagnole, etc. 

Amis, restons toujours unis, (^**.) 

Ne craignons pas nos ennemis , {bis ) 

S'ils viennent attaquer, 

Nous les ferons sauter. 

Dansons la carmagnole, etc. 

Oui, je suis sans culotte, moi, ^•) 

En dépit des amis du roi, (^O 

Vivent les Marseillois, 

Les Bretons et nos lois. 

Dansons la carmagnole, etc. 

Oui, nous nous souviendrons toujonrs {bis.* 
Des sans-culottes des faubourgs. (6ts.) 

A leur santé, buvons. 

Vivent ces bons lurons ! 

Dansons la carmagnole. 
Vive le son ! vive le soni 

Dansons la carmagnole, 
Vive le son du canon ! 

Paroles d*aa 



Cette horrible chanson est un moaunieil ( 
de la folie démagogique, et nous la dosa 
ce recueil pour faire voif avec quelle poésie brutalt 
on excitait le peuple. Elle fut composée en août 
1793, époque à laquelle Louis XVI fût mis ta Tsm- 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET GHEYALERESQUE S. 



71 



pie. BIl6 eut aiM Togue popnhdra et derint le signal 
et l'accompagnement des joies féroces et des exéco- 
tions sanglantes. On dansait la Carmagnole dans les 
bals, on la chantait au théâtre et autour de la guil- 
lotine. L'air, qui est Téritablement entraînant, était 
Joaé en pas redoublé dans la musique militaire ; 
mais Bonaparte le défendit, ainsi que Ça ira, lor»- 
quHl fut consul. 

Cette chanson parut au moment où les troupes 
françaises Tenaient d'entrer triomphantes dans la 
Savoie et le Piémont, dont Carmagnole est une 
Tille forte. On ignore li la musique et la dune de la 
Carmagnole sont originaires de ce pays et en ont 
pris le nom, ou si l'air a été comp osé par quelque 
musicien piémontais ou français, à l'époque de nos 
Tictoires en Ptémont. 

Air anden, noté au N. 673 de la Clé du CaTean. 



ÇA IRA. 

1789. 

Ah I ça ira, ça ira, ça ira, 

Le peuple en ce jour sans cesse répète; 

Âh ! ça ira, ça ira, ça ira, 

Malgré les mutins, tout réussira. 

Nos ennemis confos en restent là. 
Et nous allons chanter Allehna, 
Ah I ça ira, ça ira, ça ira 
En chantant une chansonnette, 
Avec plaisir on dira z 
Aht ça ira, ça ira, ça ira. 
Le peuple en ce jour sans cesse répète : 
Ah 1 ça ira, ça ira, ça ira. 
Malgré les mutins, tout réussira. 

Quand Boileau, jadis, du clergé parla 

Comme un prophète il prédit cela. 

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira 

Suivant les maximes de l'Bvangile ; 

Ah I ça ira, ça ira, ça ira, 

Du législateur tout s'accomplira ; 

Celui qui s'élève, on l'abaissera ; 

Et ^i s'abaisse, on relèvera. 

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira. 

Le peuple en ce jour sans cesse répète. 

Ah 1 ça ira, ça ira, ça ira. 

Malgré les mutins, tout réussira. 



Le vrai catédiisme nous instruira 
Et Taffreux fanatisme s'éteindra ; 

Pour être à la loi docile, 

Tont Français s'exercera. 
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, 
Le peuple, en ce jour, sans cesse répéta : 
Ah I ça ira, ça ira, ça ira. 
Malgré les mutins, tout réussira. 

Ah 1 ça ira, ça ira, ça ira ; 

Pierrot et Margot chantent à la guinguette» 

Ah I ça hra, ça ira, ça ira. 

Réjouissons-nous, le bon temps revieiidn^ 

Le peuple français jadis à quia. 

L'aristocrate dit : Mea culpa. 

Ah I ça ira, ça ira, ça ira, 

Le clergé regrette le bien qu'il a. 

Par justice la nation l'aura ; 

Par le prudent Lafayette, 

Tout trouble s'apaisera. 
Ah I ça ira, ça ira, ça ira, etc. 

Ah I ça ira, ça ira, ça ira. 

Par les flambeaux de l'auguste assemblée. 

Ah I ça ira, ça ira, ça ira, 

Le peuple armé toujours se gardera. 

Le vrai d'avec le faux l'on connaîtra. 

Le citoyen pour le bien soutiendra. 

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira. 

Quand l'aristocrale protestera. 

Le bon citoyen au nez lui rira ; 

Sans avoir l'&me troublée. 

Toujours le plus fort sera. 
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira. 
Le peuple en ce jour sans cesse répète . 
Ah I ça ira, ça ira, ça ira. 
Malgré les mutins, tout réussira. 
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, 
Petits comme grands sont soldats dans l'àme. 
Ah I ça ira, ça ira, ça ira, etc. 

Pendant la guerre, aucun ne trahira. 
Avec cœur tout bon Français combattra ; 
S'il voit du louche, hardiment parlera. 
Ahl ça ira, ça ira, ça ira, 
La liberté dit : Vienne qui voudra. 
Le patriotisme loi répondra. 



74 



CHANSONS POPULAIRES. 



moTen-Affe et da tempi da roi Jean, qui se plaignait 
qu'il n'avait plus de Roland dans son armée. 

Celle clianion fut composée par A!cxandreN.Davil 
pour sa pi^ce de Ouillaume- tf'Comiuérant, représenlée 
sur le Tliéêtre-Français. le If décembre 18a'), et q«i 
fut défendue k la ccconde représentai ion, parce qtt*00 
avait cm y voir îles» allusions peu favorables •« !|npi^ 
mier comul, qui méditoii alors la descente en Mffl^ 
terre. Dca délateurs avaieiït sifroalé le couplet «t il 
question de la mort de Roland a Roncevmn, 
un moyen d'annoncer aux Fronçais que 
combeintt dans son expédition. Ce "W 
rappelle involontnirement relui -tte 'dm >QaMktClr k -wt 
troisièaie «ortie, lorsqu'il entend ita kibuuinyï liluitf lu •: 

VOIM y fniles mal vos orgtB, 

Français, à Roncevaux. 

On eotpoisonna tellement loi lotnitioBiiAe T*Buicur, 
yMlim iwi ' MuuwiH 'qiiestion de le punir flévèremenl; 
a—» J intM^fii «wilBa l'orage. 

€>t\ la 'melltviire Imitation que Ton ait faite de rira- 
cienne chanson, et la musique de MéhuI est admirable. 

Musique de Méhol, notée au N. 435 de la Clé du 
Cavean. 



LE DÉPART POUR LA SYRIE. 

p 

1809. 

Partant pour la Syrie, 
Le jeune el beau Dunois 
Venait prier Marie 
De bénir st s exploits : 
a Faites, reine immortelle, » 
Lui dit- il en partant, 
« Que j'aime la plus belle, 
Et sois le plus vaillant. » 

Il trace sur la pierre 
Le serment de l'honneur. 
Et va suivre à la guerre 
Le comte, son seigneur. 
Au nuble vœu fidèle, 
11 dit en combattant : 
« Amour ù la plus belle, 
Honneur au plus vaillant. » 

<c On lui doit la victoire, 
Vraiment, » dit le seigneur. 
€ Puisque tu fais ma gloire 
Je ferai ton bonheur. 
De ma fllle Isabelle 
Sois répoux à rinstant, 



Car elle est la pins belle 
Et toi le plus vaillant. » 

A Tautel de Marie 
Ils contractent tous deuft 
Cette union chérie, 
Qui seule rend heureui. 
Chacun dans la chapelle 
Disait en les voyant : 
a Amour à la plus beHe, 
Honneur an plus vaillasL 

Attribuée à «. * 

Cette romance, qni eut nn prand «weèa lor» <! 
miëre publication, est, dil-on, de M. de luibo: 
n'a rien d'extraordinaire; mais ce qui conlrib 
coup è sa vo;;{ue, c'e!*t que io musique avait < 
posée par la reine llorlcnse, fllle de l'Impéra 
sépriine et du vhunito de Donulinrnuis , et 
l'empereur Napoléon III. Cette princesse, née 
fut confiée, à Tâite de quinxc ans, aux toim 
dame Oampon, qui cultiva son lieurcux nature 
son esprit de toutes les connaissances propi 
sexe. Parmi les arts qu'elle rhot^it. în musique 
auquel elle donnnit une préfert-nrc qu'elle Jui 
de gracieuses compo»>lions S:i haute positii 
qu'elle était belle-Ulle de l'Cmpcri-ur. ne lui d< 
tout le bonbeur qu'elle pouvait attendre. Elk 
sans inclination, le prince Louis, qui fut easui 
noUandn ; fut frappée dans ses affeciions par 
de son flis aioé, et par celle d'une anaie qui p 
ses ytuj. dans un torrent. 

La musique de la reine Hortense est cotée i 
de la Clé do Caveau. 



LE MONT SAINT-JEi 

4818. 

Dans cette plaine où rAng^eterre 
De notre sang teignit les fleurs, 
Le front incliné vers la terre. 
Un Français répandait des pleurs 
Assis sur le bord d'une tombe. 
Dont l'aspect réveille ses maux. 
Sur sa main, sa tête retombe. 
Et sa voix murmure ces mots. 
Murmure et s mots : 
Mont S;<int-Jean I nouvelles Theni 
Si quelqu'un profanait tes funèbres 
Fais-lui C/rier par tes échos : 
Tu vas fouler la cendre des héros ! 



74 



CHANSONS POPtTLAIRES. 



moT«o-ifre «t do temps àtk roi Jean, qai m plaignait 
qu'il D*aTait plus de Roland dans son armée. 

Cette ebanson fut composée par AlexandrovDimt 
pour sa pïtn de Quillaume-le^onquérant, représeiMÉt 
sur le ThéAIre-Français, le 4f décembre 4803, et qai 
fut défeodoe à la seconde représentation, parce' 
avait orn 7 voir des ahosions pen favorables •■ 
mier otoboI, qui méditait alors la descente en 
terre, -nia délateurs avaient sifroalé le couplet di dl «A 
qnestioB de la mort de Roland à lloncei 
un mofmt d'annoncer ans Français que 
combaswit dans son expédition. 43o 
rappelle tnvolontairemeat relu{<Aeataa<ttBMHHeit«i 
troisita««Drtie, lorsqu'il eotendi 




VOM y faites mal vos 
Français, h Roncevoux 



On enipoisonna tell aui e ut ki IiUmIIum «IcTauteur, 
lojtiestion d«1e punir «érèremeot; 
la Torage. 

'gWt'Ia ^ Biniiw imttation que Ton ait faite 4eft»> 

denne cbanson, et la musique de MéhuI est admirable. 

Musique de HiooL, notée au N. 435 de la clé du 




LE DÉPART POUR LA SYRIE. 

1809. 

Partant pour la Syrie, 
Le jeune et beau Dunois 
Venait prier Marie 
De bénir ses exploits : 
a Faites, reine immorlelle, » 
Lui dit- il en partant, 
« Que j'aime la plus belle, 
Et sois le plus vaillant. » 

Il trace sur la pierre 
Le serment de l'honneur» 
El va suivre à la guerre 
Le comte, son seigneur» 
Au noble vœu fidèle, 
U dit en combattant : 
« Amour à la plus belle, 
Honneur au plus vaillant. » 

« 

a On lui doit la victoire, 
Vraiment, » dit le seigneur, 
c Puisque tu fais ma gloire 
Je ferai ton bonheur. 
De ma fille Isabelle 
Sois répoux à l'instant, 



Car elle est la pins belle 
Et toi le plus vaillant. • 

A l*autel de Marie 
Ils contractent tous deuft 
Celte union chérie. 
Qui seule rend heureux. 
Chacun dans la cbapelle 
DisiM en les voyant : 
a Amour k la plus beHe; 
Honneur au plus vaflUott. 

«ttrtbii*e à «. «• 

tutteromim, qui eut nu (n'end sutcès Ion fie IB pré* 
mfère publiration, est, dit-uo. de M. de luiborde; elle 
n'a rien d'extraordinaire; •mais ce qui contribua bea«* 
coup h sa vogue, c'e^t que la musique avait été com* 
posée par la reine Uortense. fille de l'Impératrice J«» 
séptiine et du vicomte de Denulinrnais , et mère de 
l'empereur Napoléon III. Cette princesse, née en 4781, 
fut conflée, à rdffe de quinte ans, aux soins ie me» 
dame Campan, qui cultiva son lieureui naturel et orne 
son esprit de toutes let conRfli$sanccs propres è son 
sexe. Parmi les arts qu'elle choisit, la musique fut celui 
auquel elle donnait une préférenrc qu'elle JostiOa par 
de gracieuses compétitions Sa haute position , ipuis- 
qu'elle était belle-fille de l'Empereur, ne lui donna pea 
tout le bonheur qa'elle pouvait attendre. Elle épooss, 
sans inclination, le prince Louis, qui fut ensuite roi de 
Hollsnde ; fut frsppée dans ses afroctions par la mort 
de son fils aioé, et par ceUe d'une amie qui périt sow 
ses feux dans un torrent. 

La aoslqne de la reine Hortense est sotée ao tl. lH 
de la Clé du Cavcen. 



LE MONT SAINT-JEAN. 

4818. 

Dans cette plaine où l'Angleterre 
De notre sang teignit les fleurs, 
Le front incliné vers la terre. 
Un Français répandait des pleurs; 
Assis sur le bord d'une tombe. 
Dont Taspect réveille ses maux. 
Sur sa main, sa tête retombe, 
Et sa voix murmure ces mots. 
Murmure ers mots : 
Mont Snint-Jean ! nouvelles Ttiermopyles, 
Si, quelqu'un profanait les funèbres asiles, 
Fais-lui crier par les échos : 1 «t, % 
Tu vas fouler la cendre des héros ! j ' 



q,/,^,!.""-'/"/""'""''-"^^'^ 




M1T*HT PHUB L* SYRIE 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



7& 



J'ai vu les arts et les bergères 
Engloutis dans l'obscurité, 
Près des légions étrangères, 
N'oser fleurir en liberté ; 
J'ai vu la pabne la plus belle 
Plier, tomber et se flétrir , 
J'ai vu la victoire infidèle I 
Et je viens apprendre à mourir. 
Apprendre à mourir. 
Mont Saint-Jeaa I etc. 

Honteux de se voir les esclaves 
De ces rois dits nos alliés, 
J'ai vu l'élite de nos braves 
Courber leurs fronts humiliés ; 
J'ai vu leur phalange attendrie 
Maudire un indigne repos, 
Et sur les maux de la patrie 
Pleurer au pied de ses drapeaux. 
Au pied de ses drapeaux. 
Mont Saint-Jean 1 etc. 

Là des premiers soldats du monde 
Le sang inonda les guérets, 
Et Ton vit la terre féconde 
Changer ses épis en cyprès ; 
Chaque nuit, dans la brise errante. 
Des eaux, des forêts et des deux, 
Des preux j'enlends la voix mourante 
Nous crier, pour derniers adieux. 
Pour derniers adieux: 
Mont Saint-Jean I etc. 

Ce ruisseau, dont l'onde rapide 
Roula jadis des flots de sang, 
Pour promener son eau limpide, 
Des bois s'échappe en f^missant, 
Il fuit, el dais ses vastes ondes. 
Il va se perdre en peu d'instants : 
Ainsi tous les peuples des mondes 
Se perdront dans la nuit des temps, 

Dans la nuit des temps. 

Mont Saint- Jean I etc. 

Ici, l'Ottoman ou le Perse, 
Peut-être en un lointain hiyer. 



Entendra résonner la herse. 
Et sous le fer gémir le fer; 
En voyant la face intrépide 
Du preux que le soc a foulé, 
Il dira l'œil de pleurs humide: 
Ici l'univers a tremblé. 
L'univers a tremblé. 

Mont Saint-Jean 1 nouvelles Tbermopyles, 
Si quelqu'un profanait tes funèbres asiles, 
Fais-lui crier par les échos : ith' \ 

Tu vas fouler la cendre des héros. P "' 

Emile Débrauz. 



RICHARD CŒUR-DE-LION. 

1784. 

Richard 1 ô mon roi t 

L'univers t'abandon ne , 
Sur la terre il n'est donc que nu»! 
Qui s'intéresse à ta personne I 

Moi seul, dans l'univers. 

Voudrais briser tes fers, 
Et tout le monde t'abandonne 

Richard! ômon roil 

L'univers t'abandonne ; 
Et sur la terre il n'est que moi {(ne.) 

Qui s'intéresse à la personne. 

Et sa noble amie... hélas ! son cœur 

Doit être navré de douleur ; 
Oui, son cœur est navré de douleur. 
Monarques, cherchez des amis. 
Non sous les lauriers de la gloire. 
Mais sous les myrtes favoris 
Qu'offrent les filles de mémoire. 
Un troubadour 
Est tout amour. 
Fidélité, constance. 
Et sans espoir de récompense. 

Richard! ômon roi! 
L'univers t'abandooiiA ; 



76 



CHANSONS POPULAIRES. 



Sur la terre 11 n'est donc que moi 
Qui s'inléresse à ta personne I 

Richard I ô mon roi I 

L'univers t'abandonne ; 
Et sur la terre il n'est que mol, 
Oui, c*esl Blondel 1 il n'est que moi 
Qui s'intéresse à ta personne 1 

N'est-il que moi {bis,) 

Qui s'intéresse à ta personne? 



Sedalne. 



Musique de GRérRY 



LE RETOUR DU TROUBADOUR. 



1806. 

Un gentil troubadour 
Qui chante et fait la guerre. 
Revenait chez son père, 
Rêvant à son amour; 
Gages de sa valeur. 
Suspendus en écharpe, 
Son épée et sa harpe 
Se croisaient sur son cœur. 

D rencontre en chemin 

Pèlerine jolie 

Qui voyage et qui prie, 

Un rosaire à la main ; 

Colerette à longs plis 

Ornait sa fine taille, 

Un grand chapeau de paille 

Couvrait son teint de lis. 

« gentil troubadour I 
Si tu reviens fidèle. 
Chante un couplet pour celle 
Qui bénit ton retour. 

— Pardonne à mon refus, 
Pèlerine jolie 
Sans avoir vu ma mie, 
Je ne chanterai plus» 



— Ne la revois-tu pas? 
troubadour fidèle t 
Regarde bien : c'est elle; 
Ouvre-lui donc tes bras, 
Priant pour notre amour. 
J'allais en pèlerine 
A la Vierge divine 
Demander ton retour. » 

Près de ces deux amans 
S'élève une chapelle, 
L'ermite, qu'on appelle. 
Bénit leurs doux sermons. 
Allez en ce saint lieu, 
Amans du voisinage. 
Faire un pèlerinage 
A la mère de Dieu. 

Dalvlnuire. 

La musique est de l'auteur des paroles et 
trouTe notée au N. 686 de la Clé du Caveau. 



WATERLOO. 

klîLde la contredanse de la RoêUrt» 
Ou • Vofmhre ^évapore. 

Tout le camp sommeille, 
Le général veille, 
L'aurore vermeille 
Ne luit pas encor. 
Sur l'enceinte immense, 
Dans l'ombre s'élance. 
Et plane en silence 
L'oiseau de la mort. 

L'âme tranquille, 
Le chef habile, 
De son asile 
Sort dès le matin. 

Son œil embrasse 
Le vaste espace 
Où chaque place 
Commande au destin. 



CHANSONS PATHI0TIQU.B8 ET CHEVALERESQUES. 



Guerrier intrépide, * 
D'un mot il décide 
L*attaque rapide, 
Et sur un tambour, 
Uart pour lui conspire ; 
Son génie inspire 
Les soins de l'empire 
Et Tordre du jour. 

Quand dans la plaine 
Lueur lointaine 
Indique à peine 
Les Teux opposés, 
Nos chefs s'assemblent, 

Nos iiinya h'^' "b nlj 

lent 

w9* 




«ais il surmonte 
L'eflfroi que dompte 



La Juste honte 
D'un pareil succftp. 

Son artifice, 

D'un bois propice. 

Sert la milice 
Du brave Ecossais. 

Nos flanqueurs s'avancent , 
Nos chasseurs s'élancent; 
Nos lanciers balancent 
Leurs terribles dards. 
Vivez dans l'histoire, 
Soldats que la gloire 
Mène à la victoire ; 
Sous nos étendards I 

La charge sonne. 

Le bronze tonne, 

Le feu sillonne ; 
Moissonne les rangs ; 

Et la fumée 

Dans l'air semée. 

Couvre l'armée 
De ses noirs torrents. 

La garde s'engage, 
S'ouvrant un passage 
Au sein d'un nuage 
D'épaisses vapeurs. 
Ses vieilles moustaches 
Montrent leurs panachée 
Flottant sur les haches 
De nos vieux sapeurs. 

Comme la foudre 
Qu'on voit dissoudre 
Et mettre en poudre 

Les cèdres altiers ; 
Leurs glaives percent, 
Leurs bras renversent, 
Leurs coups dispersent 

Des carrés entiers. 

L'ennemi succombe, 
n chancelle, ii tombe. 
Et déjà la tombe 
Reçoit se^dc'ùris. 



78 



CHANSONS POPULAIRES. 



Ses soldats pâlissent ; 
Ses coursiers frémissent 
Les airs retentissent 
De funestes cris I 

Destin étrange I 
Soudain tout change : 
Le crime arrange 

Un succès vendu. 
Nos rangs se brisent 
Nos feux s'épuisent. 
Des traîtres disent 

Que tout est perdu I 



Forts du courage 
Bravent l'orage, 
Et du carnage 
Donnent le signaL 

Les masses s'écroulent; 
Des Ilots de sang coulent; 
D'ardents chevaux foulent 
Les corps palpitants, 
La faux de la guerre, 
Les feux du tonnerre 
Ont jonché la terre 
De membres sanglants. 



Mais crainte frivole : 
Le vainqueur d'Arcole 
Paraît et revole 
Au lieu du danger. 
Ses braves l'entourent, 
D'ardeur ils concourent. 
Et d'autres accourent 
Prompts à nous venger. 

L'armée entière. 

Dans la carrière 

Voit la poussière 
Au loin s'élever. 

Troupe attendue, 

Qu'on croit perdue, 

Nous est rendue, 
Et vient nous sauver. 

L*îvresse circule, 
Puissant véhicule, 
L'espoir est crédule. 
Tout-à-coup, grands dieux I 
Erreur passagère. 
Faveur mensongère, 
C'est l'aigle étrangère 
Qui s'offre à nos yeux ! 

Nos invincibles. 
Inaccessibles 
Aux coups sensibles 
Du destin fatal. 



Traits magnanimes. 

Efforts sublimes ; 

Quelles victimes 
Vont encor s'offrir ? 

L'heure est funeste : 

Tout vous l'atteste, 

Il ne vous reste 
Qu'à vaincre ou mourir. 

Belliqueuse garde, 
L'Anglais te regarde. 
T'admire et retarde 
Les feux et ton sort. 
Ses lignes s'entr'ouvrent, 
Et vers toi découvrent 
Cent bouches qui s'ouvrent 
Pour vomir la mort. 

Troupe immortelle. 

Sa voix t'appelle : 

Français, dit-elle, 
Chargés de lauriers, 

Tout nous seconde; 

La foudre gronde, 

Sauvez du monde 
Les premiers guerriers. 

Fortune, tu braves 
Vainement nos braves; 
Des Français esclaves I 
Desseins superflus. 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



f» 



Tu peux les entendre : 
<c Nous savons attendre 
La mort êans nous rmdre. » 
Us n'exislent plus. 

Eugène de Pradel. 

Air anden noté «n N. 1338 de la Clé du CaTeao. 



LA SENTINELLE. 

1821. 

L'astre des nuits de son paisible éclat 
Lançait les feux sur les tentes de France. 
Non loin du camp, un jeune et beau soldat 
Ainsi chantait, appuyé sur sa lance : 
Allez, volez, zéphyr joyeux, 
Porter mes chants vers ma patrie, 
Dites que je veille en ces lieux [bis.) 
Pour la gloire et pour mon amie. 

A la lueur des feux des ennemis, 
La sentinelle est placée en silence : 
Mais le Français, pour abréger les nuits ; 
Chante, appuyé sur le fer de sa lanee: 
Allez, vdez, etc. 

L'astre du jour ramène ies oombato, 
Demain il faut signaler sa yalUance. 
Dans la victoire on trouve le trépas ; 
Mais si je meurs à côté de ma lance. 

Allez encor, joyeux zéphyr. 

Allez, volez vers ma patrie. 

Dire que mon dernier soupir [bis,) 

Fut pour la gloire et mou amie. 



MoilqiM â« CbobiOII noCéaaa N. 7]6 delà Qé dv 
CtTcatu 



BÀYARD. 



Le héros, Tespoir de la France 

Vient de mourir pour son pays. 
Prenx chevalier, timides pastourelles 

'Que je gémis sur votre sort ! 
L'appui des rois, le défenseur des belles, 

Bayard est mort ! Bayard est nK)rt ! 

Honneur de la chevalerie. 
Tendre amant, courageux soldat, 
U cédait tout à son amie. 
Et tout lui cédait au combat. 
Preux chevalier, etc. 

Bon chevalier, ami sincère, 

Toujours sans reproche et sans peur. 

Au milieu des cris de la guerre, 

La pitié parlait à son cœur, 
Preux chevalier, timides pastourelles, 

Que je gémis sur votre «ort ! 
L'appui des rois, le défenseur des beUes, 

Bayard est mort 1 Bayard est mort 1 



Emporté par trop de vaillance 
Au milieu des Mogs ennemis* 



LE RETOUR DE LA SENTINELLE. 

iSSt. 

L'aube riante annonçait le matin. 
Sous un vieil orme, auprès de sa chaumière 
Le casque en tète et la lyre à la main. 
Jeune guerrier chantait à sa bergère : 

Ici me voilà de retour 

Des nobles champs de la victoire : 

J'offre mes loisirs à Tamour, 

Quand j'ai combattu pour la gloire. 

Dans les périls où l'honneur m'a conduit. 
Guidé par lui, soutenu par ma flamme. 
Aux feux du jour, aux ombres de la nuit. 
Je confiais le secret de mon âme. 

Mais dans ces lieux, k mon retour 

De nobles champs de victoire. 

J'offre mes lauriers à l'amour, 

Quand j'ai combattu pour la gloire. 



CHANSONS POPULAIRES. 



Avant que j'eusse affronté le trépas, 
A mes transports tu trouvais mille charmes ; 
Pour son amie, aurait-il moins d'appas, 
L'amant chargé du noble poids des armes? 
Non, non, tu dois à mon retour 
Mêler, pour prix de la victoire. 
Les myrtes heureux de l'amour. 

Aux lauriers brillants de la gloire. 

Braalt* 

Musique de Darondeau notée auN 945 de la Qé 
du Caveau. 



CHARMANTE GABRIELLE. 

Charmante Gabrielle, 
Percé de mille dards, 
Quand la gloire m'appelle 
A la suite de Mars, 
Cruelle départie 1 

Malheureux jour 1 
Que ne suis-je sans vie 

Ou sans amour I 

L'amour, sans nulle peine, 
M'a, par vos doux regards, 
Comme un grand capitaine 
Mis sous SCS étendards. 
Cruelle départie ! 

Malheureux jour I 
Que ne suis-je sans vie 

Ou sans amour ! 

Si votre nom célèbre 
Sur mes drapeaux brillait, 
Jusqu'au-delà de l'Ebre 
L'Espagne me craindrait. 
Cruelle départie I 

Malheureux jourl 
Que ne suis-je sans vie 

Ou sans amour ! 

Je n'ai pu, dans la guerre, 
Qu'un royaume gagner » 
Mais sur toute la terre 
Yo6 yeux doivent régner. 



Cruelle départie! 

Malheureux jour! 
Que ne suis-je sans viô 

Ou sans amour! 

Partagez ma couronne , 
Le prix de ma valeur; 
Je la liens de Bellonne : 
Tenez-la de mon cœur. • 
Cruelle départie 1 

Malheureux jour! 
C'est trop peu d'une vie 
Pour tant d'amour. 

Bel astre que je quitte, 
Ah ! cruel souvenir ! 
Ma douleur s'en irrite . 
Vous revoir ou mourir 
Cruelle départie! 

Malheureux jour ! 
C'est trop peu d'une vie 

Pour tant d'amour. 

Je veux que mes trompettes, 
Mes fifres, les échos, 
A tous moments répètent 
Ces doux et tristes mots : 
Cruelle départie ! 

Malheureux jour ! 
C'est trop peu d'une vie 

Pour tant d'amour. 



Henri Tl. 



On a attribué cette romance ainsi que quelque* 
autres à Henri IV, mais il est probable que le bon roi 
ne faisait pas lui-même ses vers, et on assaro que 
Jean Bertaut lui prêtait sa plume. Il aima la poésie, 
et plusieurs poètes se ressentirent de ses bienfaits; 
toutefois il fut trop occupé de ses guerres, de sa po- 
litique et de SCS amours, pour avoir été un grand 
protecteur des lettres. 

Grétry, dans ses Essais sur la Mtisique, avait ré> 
pété, diaprés de fausses traditions, que l'air de cette 
chanson était de Henri IV-, il est du père Ducaur- 
roy, successivement maître de la chapelle de Char> 
les IX, de Henri lU et de Henri IV, qui l'avait 
composé pour un noël, et les paroles profanei loos 
l'ont conservé. 




Li France a l'horreur du serrage, 
El El grand que soit le danger, 
rius grand encore est son courage 
Quand il faut chasser l'étranger, 
Quand II faut chasser, chasser rétranger. 
Vienne le jour de délivrance, 
Des cteurs ce ïlem cri sortira ; (W«.) 
CuerreauKiyrans! jamais, Jamais enFrance,Uj^ 
Jamais l'Anglais ne régnera, [bit.) I 
Non, non, non, Jamais, dod, 
jamais en France, 
Jamais l'Anglais ne rigoera, 
Non! 

Réveille-loi, France oppriméel 
On te crut morie... et tu dormais. 
Un jour voit mourir une armée, 
liais un peuple ne meurt Jamais. (6ti.] 
Jette le cri de délivrance 
Et la victoire y répondra : (bti.) 

Guerre aux tyrans 1 etc. \ 

En France Jamais l'Angleterre I 

N'aura vaincu pour conquérir; 
Ses soldats j couvrent la terre 
La terre doit les y couvrir. {bit.) 

Jetons le cri de délivrance 
Et la victoire y répondra ; (bit.) 

Guen-eauxtyransl Jamais, jamais en France.lu^ 
Jamais l'Anglais ne régnera, (Mi.) { 
Non, non, non, jamais non! 
Jamais en France, 
Jamais l'Anglais ne régnera, 
NonI 



LE TRONE D'AIRAIN. 



Salut, trône d'airain, conquis par nos aoldaU, 
Tu resteras toujours l'effroi des poieotats. 
En vain des hordes furieu^i-s 
Prétendaient de ton chapiteau 
Cacher les marques glorieuses 
Sous les plis d'un pile drapeau , 
Chaque Jour le souffle d'Eole, 
Indigné d'un surcés bâtard. 
Déchirait ce vil étendard. 
Pour nous rendre celui d'Arcole 

Salut, etc. 
Salut, immortelle statue. 
Vivante image des Césars, 
Va, ne crains plus d'être abailue. 
L'honneur veiDe sur nos remparts. 
Regarde celle fonderie 
Où la gloire a repria son cours. 
C'est la fournaise des trois Jours, 
C'est le creuset de la pairie. 

Salut, etc. 
Sous les saules de Sainte-Hélène 
Ton ombre va se réjouir. 
Quand le zéphir de son haleine. 
T'instruira d'un lel souvenir. 
Tes cendres, ol» '. fils de Bcllone, 
Sont captives chez Albion, 
Hais ton ime comme un rayon 
Brille aujourd'hui sur la colonne. 

Salut, etc. 
Descends du haut de l'EmpIrée, 
Enfant du héros de Uempbis, 
L'aigle, sous la voûte azurée. 
Plane et fait entendre ses cris : 
Ecoute cet oiseau Bdéle, 
Il cherche en vain sur ce frunlOD 
Les resta d'un beau rejeton. 
Pour les ré Jiauffer sous son aile. 
Salut, etc. 

U 



82 



CHANSONS POPULAIRES* 



J*a{ vu mille cordes tendues 
Vouloir déraciner le fer 
D'un piédeslal ii9k vers les Boet 
Ck>ndui Vufjl^ de Jupiter. 
fis cntjMkxâ ces nouveaux ti 
Ebranler ce fier au>nunQent , 
Quand Bétn nsg fut le cimeal 
Qui scella ses preaiières dalles. 
Sahit,etc 



Sbmiigeny viendrei-voQS 
Insiiter à tant 4e Hatiieurs? 
Le faux laurier qui vous décore 
Jadis nous ûl verser des pleurs ; 
Craignez de revoir la terre 
Que foulèrent vos pieds impurs ; 
Pour vous écraser sous nos murs, 
Paris deviendrait un cratère. 

Salut, trône d*airain, conquis par nos soldats, 
Tu resteras toujours l'eiTroi des potentats. 



à loi, crains le corsaire, 
t à SOA ^viiiMi noir! 



LA TRAITE DES NOIRS. 

1835. 

Que notre destin s'accomplisse! 
Respect à notre pavillon ; 
Mais à ce brick I il faut un nom. 
Nous l'appellerons : La Justice! 
Dieu des marins, toi, notre espoir. 
De là-haut, entends ma prière : 
Viens l'asseoir à bord du corsairn. 
Protège son pavillon noir I 

CHOEUR, 

Viens t'asseoir à bord du corsaire. 
Protège son pavillon noiri 

Le négrier, dans sa démence, 
A dit : ces hommes sont mon bien ; 
Leur travail, leur sang m'appartient; 
On me les achète d*avance. 
Mais dans un jour de désespoir, 
Nous répondons au téméraire : 



CHŒUR. 



Malheur à loi, crains le corsaire. 
Respect à son pavillon noirI 



Tous avez brisé 

fit pour T06 droits toos 

Totre sermeoty vous le 

Férir plutAt qae d'être esclaves t 

Si le ciel, trompant notre espoir. 

Dons le combat nous est contraire^ 

Mourons tous à bord du corsaire. 

Pressés sous le pavillon noir ! 

CHOEUR. 

Mourons tous à bord du corsaire. 
Pressés sous le pavillon noir! 

Mais bien loin ces tristes présages I 
Non, frères, nous triompherons. 
Et puis, un jour, nous reviendrons, 
Mais en vainqueurs sur ces parages. 
Tremblants, alors, de vous revoir. 
Vos maîtres diront, je l'espère : 
Il est vainqueur ! gloire au corsairel 
Honneur à son pavillon noir! 

CHOEUR. 

11 est vainqueur! gloire au corsaire f 
Honneur à son pavillon noir I 

MSI. Ch. DeMi^yers ei Alb^tae. 

Extrait de la TraUe des Noirs, duuoae en cinq 
actes, de MM. Charles Desnoyers et Alboise, en 
vente chez M. Marchant, 12, bouleTart St-Martin. 
Prix: 60c. 

Musique de M. Henri Potibr. 

■ ■iQQQi 



EN AVANT, MARCHONS, MARCHONS! 

1831. 

Air : Non, jamais Jamais, jamais, js ns fmrai ma chaumih% 

(Blanchard.) 

En avant, marchons, marehoiiSy 
Citojfens» soldats, aux armes 1 



CHANSONS PATRIOTIQUJES ET CHEVALERESQUES 



tt 



France, bannis tes alarmes ; 
Amis serrons nos bataillons, 
Contre nos ennemis formonsnosbataOlons. (bis) 

On dit qu* rAutrichien et le Russe 
Veulent roTenir comme autrefois. 
S'ils viennent, ça sra pour le roi d* Prusse, 
Et nous leur donnVons sur les doigts. 
Oui, ces figur's à claques 

Noos les casserons, 
Et ces gourmands d' Cosaques 
N* mang*ront plus nos ognons. 

En avant, marchons, marchons! 
Citoyens, soldats, aux armes I 
France, bannis tes alarmes. 
Tapons sur les Cosaques du Don , 

▲atrichiens, Runes, PrusiieM, toornex-nous les Uloni. \/bii,) 

vous, qui, pour notre patrie, 
Avez bravé tous les revers, 
Polonais, qui perdez la vie 
Plutôt que de porter des fers. 
Prêts pour votre défense. 
Qu'on nous dise un seul mot ; 
El les enfants de la France 
S'écrieront aussitôt : 

En avant, marchons, marchons. 
Pour les Polonais aux armes I 
Courons calmer leurs alarmes. 
Allons grossir leurs bataillons. 
Polonais et Français, marchons et combattons. (M».} 

Toutes les nations étrangères 
Contre nous en vain s'uniront ; 
Avant de franchir nos firontières, 
Sur tous les corps ell's marcheront 
Si r nombre nous opprime, 
Sachons braver le sort , 
Qu*an seul cri nous anime : 
Indépendance ou mort. 

En avant, marchons, marehoz». 
Citoyens, soldats, aux arme»! 



France, bannis tes alarmes, 
Amis, serrons nos bataillons. 
Contre nos ennemisserrons nos bataillons. (6t5.) 



Extrait de la Cocarde Trieoiort^ TUiderUe en trot 
actes, de MM. Cogniard frères, en vente ches 
VL Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie de Chartres, Pa- 
lais-NaUona].Prix : 60 cent. 

Musique d# Rf amchuio notée au N. 188C ia U 
Clé du CsTean. 



CHANT DE VICTOIBE* 



Fuyant les villes consternées. 
Libère, orgueilleux et jaloux, 
A TU s'abaisser devant nous 
Les deux sommets des Pyrénées. 
Ses tyrans, ses inquisiteurs, 
Dans Madrid vont payer leurs crimes : 
D'injustes sacrificateurs 
Deviendront de justes victimes. 

Gloire au peuple français^l sait venger sesdroitsi 
Vive la république, et périssent les rois. 

De Brutus éveillons la cendre : 
Gracques, sortez du cercueil! 
La liberté, dans Rome en deuil. 
Du haut des Alpes va descendre. 
Disparaissez , prêtres impurs; 
Fuyez , impuissantes cohortes ; 
Camille n'est plus dans vos murs. 
Et les Gaulois sont à vos portes. 
Gloire au peuple français, etc. 

Avare et perfide Angleterre, 
La mer gémit sous tes vaisseaux : 
Tes voiles pèsent sur les eaux , 
Tes forfaits pèsent sur la terre. 
Tandis que nos vaillants efforts 
Brisent ton trident despotique , 
Yoiâ l'abondance vers nos porta 
Accourir des champs d'Amérique. 
Gloire au peuple français, etc. 



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CHANSONS POPULAIRES. 



Lève' toi , sors des mers profondes, 
Cadavre fumant du Vengeur (1)! 
Toi qui vis le Français vainqueur 
Des Anglais, des feux et des ondes , 
D*où parlent ces cris déchirants? 
Quelles sont ces voix magnanimes? 
Les voix des braves expirants, 
Qui chantent du fond des abîmes. 
Gloire au peuple français , etc. 

Fleurus, champs dignes de mémoire , 
Monument d'un triple succès; 
Fleurus, champs amis des Français, 
Semés trois fois par la victoire ; 
Fleurus , que ton nom soit chanté 
Du Tage au Rhin , du Var au Tibre ; 
Sur ton rivage ensanglanté 
Il est écrit : V Europe est libre. 
Gloire au peuple français , etc. 

Ostende , reçois nos cohortes ; 
Namur, courbe-toi devant nous; 
Oudenarde et Gand, rendez-vous; 
Charleroy , Mons, ouvrez vos portes. 
Bruxelles, devant tes regards 
La liberté va luire encore : 
Plaintive Liège, en tes remparts. 
Revois le drapeau tricolore I 
Gloire au peuple français , etc, 

Rois conjurés , lâches esclaves , 
Vils ennemis du genre humain , 
Vous avez fui le glaive en main , 
Vous avez fui devant nos braves : 
El de votre sang délesté 
Abreuvant ses vastes racines, 
Le chêne de la liberté 
S'élève aux cieux sur vos ruines. 
Jloire au peuple français , etc. 

Dans nos cités , dans nos campagnes , 
Du peuple ou entend les concerts : 

(1) Combat de ce vaisseau français contre trois 
▼aisseaux anglais. Les braves qui montaient le Fint- 
çeur préférèrent tous la mort plutôt que de se ren- 
dre ; ils coulèrent à fond aux cris de Vive la Répur 
bliguêt 



L'écho des fleuves et des mers 
Répond à l'écho des montagnes. 
Tout répète ces mots touchants : 
Victoire, Liberté^ Patrie! 
L'Europe se mêle à nos chants, 
Le genre humain se lève et crie : 

Gloire au peuple français , il sait venger ses droi 
Vive la république, et périssent les rois! 



ChéBler. 



Musique de MinUL. 



MAZAGRAN. 



Us étaient là, sous de faibles murailles, 
Rêvant la gloire et l'honneur du pays. 
Ils s'embrassaient au récit des batailles , 
Et leurs regards cherchaient les ennemis. 

Les voilai hors d'haleine, 

Sous leur manteau blanc ; 

Et leur yatagan 

Rrille au loin dans la plaine... 

L'Arabe est là-bas I 

Aux armes ^ soldats! 
Ils étaient là , sous de faibles murailles, 
Rêvant la gloire et l'honneur du pays, (bit 

Combien sont-ils ? etqu'importeleur nombr 
Avec le jour, nous compterons les morts. 
En plein soleil, comme dans la nuit sombr 
Joignons, amis, nos généreux efforts. 

Avec nos carabines , 

Frappons sans appel , 

Et d'un plomb mortel. 

Traversons leurs poitrines; 

Car se rendre ou fuir 

C'est deux fois mourir ' 
Combien sont-ils ? et qu'importe leur noinbn 
Avec le jour, nous compterons les morts. 

Pour escompter la valeur de vos têtai, 
On les voyait à l'envi se presser , 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



SI 



Mais mainlenant ils savent qui vous êtes» 
Âbd-el-Rader, c'est à recommencer. 

Oui la plaine est couverte 

Des enfants d'Hallah ; 

Les Français sont-là 

Sur la brèche entr*ouverte. 

Tout trépas est beau 

Près de son drapeau. 
Ils escomptaient la valeur de vos tètes. 
Abd-el-Kader, c*est à recommencer ! 

Ce carré blanc , illustré par la gloire , 
L* Arabe altier l'appelait Mazagran , 
Nom ignoré , mais que notre victoire 
A, dans trois jours, fait désormais si grand. 

phalanges d'ArcoIe, 

Sortez des tombeaux , 

Cent vingt-trois héros 

Sont nés de votre école ; 
Us ont mérité 
L'immortalité I 
Ce carré blanc, illustré par la gloire , 
Jadis obscur,comme le mondeest grand! (6t>.) 



LA CHANSON DE JEAN RAISIN. 

1S49. 

Dans une vieille écorce grise 
Jean Raisin a passé T hiver. 
11 est en fleur, le voilà vert, 
V Jean Raisin ne craint plus la bise ! 
Il est joufflu, blanc et vermeil. 
Le voilà vin, toute sa force 
Ruisselant de sa fine écorce, 
S'échappe en rayons de soleiL 

Au nom de la machine ronde, 
De l'eau coulant pour tout le mon^ 
Place, place pour Jean Raisin, 
Le Jean Raisin devenu vin. 
Laissez donc passer Jean Raisin, 
Avec son vieil ami le pain. 
Laissez donc passer Jean Raisin, 
Avec son vieil ami le pain. 



Enfant chéri des hautes cime^ 
Sous l'œil de Dieu, libre jadis, 
Il s'en allait par tout pays 
Rravaut la gabelle et les dîmes. 
En ce temps-là, soir et matin, 
Parmi les brocs et les bouteilles, 
Le peuple chantait les merveilles 
Et les vertus de Jean Raisin. 
Au nom de la machine ronde, etc. 

Couronné de pampre et de roses. 
Joyeux, loyal, jamais menteur, 
A bon marché, ce franc parleur 
Éclairait tous les fronts moroses. 
Les rois un jour l'ont arrêté 
Et l'ont chargé de mille entraves, 
De gabelous, de rats de caves, 
Puis des voleurs l'ont frelaté. 
Au nom de la machine ronde, etc. 

Inspiré par Dieu notre père. 
De février le parlement 
Un jour décréta sagement 
Qu'on lâcherait le ^ai compère. 
Ce jour-là, sur des airs nouveaux, 
Le peuple chanta les bouteilles, 
Le vin vieux, la vigne et les treilles, 
La République et les tonneaux. 
Au nom de la machine ronde, etc. 

Mais voici bien une autre affaire , 
Survient un second parlement, 
Qui raisonnant différemment. 
Vient d'empoigner le pauvre h^re. 
On garrottera le reclus. 
On le liera pour qu'il ne bouge. 
On l'accusera d'être rouge 1 1 1 
Le peuple ne chantera plus. 
Au nom de la machine ronde, etc. 

Toute la nature enchaînée 
Pleure et gémit sur tous les tons, 
L'air n'a son droit dans nos maisons, 
Qu'en passant par la cheminée... 
On ferait mieux, j'y pense enfin, 
D'arrêter les bois de teinture. 
Et le poison qui dénature 
L'Ame et le sang de Jean Raidn. 
Au nom d^ la machine ronde, ete. 



CHANSONS POPULAIRES. 



Allons, firelateurs escogriffes, 
Apportez les clous et le bois, 
Mettez Jean Raisin sur la croix, 
Le diable s*en lave les griffes. 
Mais par l'amour et l'union, 
Comme le fils de Dieu le père, 
Jean Raisin reviendra, j'espère. 
Pour la grande communion. 

Au nom de la machine ronde. 
De l'eau coulant pour tout le monde, 
Place, place pour Jean Raisin, 
Le Jean Rais!n devenu vin. 
Laissez donc passer Jean Raisin, 
Avec son vieil ami le pain. 
Laissez donc passer Jean Raisin, 
Avec son vieil ami le pain. 



thl 



La musique de Darcier se trouve à Paris, chea 
L.Yieillot, éditeur, 82, rue Notre-Dame-de-Nasa- 
Kth. 



HYMNE AUX PAYSANS. 

1848. 

n est des hommes sur la terre, 
Les plus pauvres, les plus nombreux; 
Les plus nobles dans la misère. 
Au travail les plus courageux I 
Dès qu'ils entrent dans ce bas monde. 
Le malheur s'attache à leurs pas ; 
Pour eux seuls la vie est féconde 
En durs labeurs, en durs combats : 

Or, ces hommes, phalange humaine. 
Qui pour nous s'use et meurt aux champs^ 
Dieu les protège et Dieu les mène. 
On les nomme les paysans I... 

Paysan I c'est leur nom sublime I 
Paysan I homme du pays! 
Celui dont l'ardeur magnanime 
LuUe le jour, veille les nuits 1 



Celui dont les sueurs amères 
Font germer le sol impuissant ; 
Ahl celui qui nourrit ses frères, 
Peut bien s'appeler : Paysan!... 

Honneur à toi, phalange humaine 
Qui pour nous s'use et meurt aux champc 
Dieu te protège et Dieu te mène. 
Honneur 1 honneur! aux paysans!... 

Dans ces temps de sombres alarmes. 
Où vainqueur parut l'étranger, 
Quand partout l'on criait : aux armes T 
La patrie était en danger!... 
Désertant femme, enfants, chaumières, 
Pieds nus, sans pain, sans vêtements»^ 
Comme des preux, à nos frontières 
Allaient mourir les paysans!... 

Honneur à toi, phalange humaine, 
Dont le sang féconda nos champs, 
Dieu te protège et Dieu te mène, 
Honneur et gloire aux paysans t... 

Ces champs où le blé s'amoncelle, 
C'est le pain que vous mangerez ; 
Ces coteaux d'où le vin ruisselle. 
C'est le vin qu'un jour vous boirez ! 
Payez donc cette dette immense, 
Car ce vin pur et ce pain blanc, 
Ces deux bases de l'existence, 
Vous les devez au paysan!... 

Honneur à toi, phalange humaine 
Qui pour nous s'use et meurt aux champs 
Dieu te protège et Dieu te mène. 
Honneur! honneur aux paysans !.•• 

Et vous tous, pauvres gens des villes, 
Aux campagnes tendez les mains; 
Plus de deuil! de guerres civiles! 
L'Amour reprend ses droits divins 1^. 
Aimons-nous, Français magnanimes. 
Unissons nos communs efforts : 
L'amour fait les hommes sublimes, 
Et l'unité, les peuples forts!... 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



Zt répétons, phalange humaine. 
Ce refrain des cœurs triomphants : 
Honneur aux hommes que Dieu mène, 
Honneur et gloire aux paysans I... 

réllx ■•«ctet. 

UiuiqiM dt Da rcisiu 



IL NE FAUT PAS JOUER AYBC LE FEU. 

iSM. 

Am ém Oanmcai {de Béranfo). 

Pourquoi risquer, ô jeunesse imprudente , 
Les jours nombreux que tous promit le sort ? 
Et pour un geste , une parole ardente , 
A pair ou non jouer avec la mort... 
Écoutez bien ce que ma tante Élise 
Me répétait en me grondant un peu * 
« Crains, cher enfant, de faire une sottise, 
« H ne faut pas jouer aree le lèu. » 

Pontife orné de la triple couronne , 
Chez les Romains gouTerne avec bonté, 
Ne compromets ni ta vieille personne , 
Ni ton brevet d'infaillibilité ; 
Avec douceur, pape, il faut nous absoudre, 
Qu'obtiendrais-tu des carreaux du vrai Dieu ? 
Tous les savants analysent la foudre... 
n ne faut pas jouer avec le feu. 

Rois, qui briguez le rôle d'autocrate, 
Sur vos sujets n'allez pas trop peser ; 
Refoulez Tair dans un vase, il éclate , 
L'arc trop tendu doit bientôt se briser ; 
Malheur à vous qui soufflez la lumière 1 
Si vous laissez aux mains d'un Richelieu 
Le trône assis sur une poudrière : 
U ne faut pas jouer avec le feu. 

Peuple du Nord , toi qui de loin convoites 
Nos champs fleuris et nos cieux si brillants, 
Toi qui , d'avance , en persp^ve exploites 
Nos frais minois et nos vins pétillaats ; 



Tu veux chez nous vaincre et régner en mattre! 
Tremble I en voyant le ciel remplir ton vœu ; 
Le sol français produit bien du salpêtre : 
U ne faut pas jouer avec le feu. 

Sexe charmant qui , par étourderie , 

Lancez sur nous les réseaux de Tamour: 
Ne riez pas... car, la coquetterie 
Doit par le sort être punie un jour; 
En attisant le brasier qui (Jlévore , 
La main se brûle , et l'on maudit le jeu* 
Belles 1 le cœur recèle du phosphore : 
U ne fout pas jouer avec le feu. 

Toi qui, du haut de ta noble tanière. 
Troubles l'Ouest parle meurtre et l'effroi. 
Songe aux Trois jours, songe à la Pénissiir$f 
Songe à l'exil qui pèse sur ton roi \ 
n ne faudrait, pour renverser ton gtte, 
Qu'une étincelle et le fusil d'un bleu , 
Aux vieux manoirs la flamme prend si vitel... 
U ne fout pas jouer avec le feu. 

Jeune écrivain dont Tâme indépendante 
A la patrie offre d'heureux tributs , 
Dans les combats, de ta plume éloquente. 
Sape l'erreur et flétris les abus ; 
Que le flambeau de la raison hardie 
Soit un fanal qui nous guide en tout lieu; 
Mais, garde-toi d'allumer Tincendie !... 
11 ne faut pas jouer avec le feu. 

La miuiqoe, de l'auteur des paroles, se troinv 
chez L. Vieillot, éditeur, 32, rue Notre-Dame-de-N»- 
sarelli. 



LES GIRONDINS. 

Par la voix du canon d'alarme 
La France appelle ses enfants « 
Allons, dit le soldat : Aux armes! 
C'est ma mère, je la défends. 
Mourir pour la patrie î {bis) 

C'estle8orilepiusbeau,leplusdigned'eQfie.(6t>) 



CHANSONS POPULAIRES. 



Nous, amis, qui loin des batailles, 
Succombons dans robocurité, 
Vouons, du moins, nos funérailles 
A la France I à la liberté I 
Mourir pour la patrie 1 (bis.) 

C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie, (bis) 

Frères, pour une cause sainte, 
Quand chacun de nous est martyr, 
Ne proférons pas une plainte, 
La France un jour doit nous bénir. 
Mourir pour la patrie I (bis,) 

C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie, (bis) 

Du créateur de la nature 
Bénissons encor la bonté, 
Nous plaindre serait une injure. 
Nous mourons pour la liberté. 
Mourir pour la patrie ! (bis.) 

C'est le sort le plus beau ,1e plus digne d'envie, (bis) 

Al. Dumas et Ha^aet. 



Oa a donné le nom de Girondins aux membres 
du parti modéré de l'ancienne Constituante, parce 
que les chefs de ce parU appartenaient au départe- 
ment de la Gironde. 

Dans la séance du 2 juin 1793, la Convention dé- 
crète l'arrestation de trente-deux de ses membres, 
au nombre desquels sont tous les Girondins les plus 

Influents. 

Le 3 octobre.sur la proposition d'Amar,la Conven- 
tion ordonne la mise en accusation des chefs de la 
Gironde, qui, le 24 du même mois, comparaissent 
devant le tribunal révoluUonnaire au nombre de 
vingt-un. C'étaient Antiboul , Gesterpt-Beauvais , 
Boileau, Brissot, Carrât, Dubos, Duchfttel, Laure- 
Duperret, Duprat, Sanchet, Boyer-Fonfrède, Gar- 
dien, Gensonné, Lacaze, Lacource, Lehardy, Main- 
vielle, Brulard-Sillery, Valazé, Vergniaud, Vigéc. 

Leur attitude est calme etnoble, et ils entendent 
aans faiblir prononcer l'arrêt qui les envoie à Técha- 
faud. Sillery, qui marchait avec des béquilles, les 
jette en s'écriant : « Je n'en ai plus besoin : ce Jour 
M est le plus beau jour de ma vie ! » Lasource se 
lève et dit en s'adressant aux juges : u Je meurs le 
njoor où le peuple a perdu la raison ; vous mourrez 
« le jour où il l'aura recouvrée. » "Valazé tombe aux 
pieds de ses amis, qui le relèvent * « Est-ce que tu 
« as peur ! lui demande l'un d'eux. — Moi, dit-il, je 
m meurs ! n II venait de s'enfoncer an poignard dans 
léeorar. 

Dam la sait qui suivit leur condamiiatioB. ils 



firent un dernier repas pendant lequel tous inoAtrè» 
rent la plus grande liberté d'esprit; Vergniaud, qui 
portait t'xx poison, le jeta, afin de mourir avec ses 
amis. A la suite de ce banquet funèbre, ils chantè- 
rent jusqu'au jour les hynmes de la liberté, et ce tat 
en chantant qu'ils arrivèrent au pied de l'échafaad. 
Là, tous se donnèrent le baiser de paix et d'adieo. 
Sillery monta le premier, salua le peuple, et sans pâ- 
lir, il oe coucha sur la planche. Le couteau monta 
vingt fois vers le ciel et retomba vingt (ois I Jamais 
l'échafaud n'avait dévoré à la fois tant d'illuatrea 
victimes. 

En 1847, inspirés par l'admirable histoire de ces 
grands citoyens, que venait de publier M. deLamar- 
Une, MM. Alexandre Dumas et Maquet composèrent 
des strophes qui furent chantées sur le théâtre His- 
torique , où elles obtinrent un immense succès. Cea 
strophes et surtout la musique sur laquelle eUea 
étaient chantées, devinrent promptement populai- 
res ; elles furent le chant de guerre des combattants 
de février, et peut-être est-ce A l'enthousiasme ex- 
cité par elles que le peuple dut sa victoire. 

Les deux premiers couplets seulement sont de 
MM. Alexandre Dumas et Maquet, et extraits de la 
pièce : Le Chevalier de la Maison- Rouge, en vente 
chez MM. Michel Lévy, frères, rue Vivienne, 1. 
Prix : 1 fr. 

Musique de M. A. Varney. 



LE CHANT DES OUVRIERS. 



Nous dont la lampe, le matin, 
Au clairon du coq se rallume, 
Nous tous qu'un salaire incertain 
Ramène avant l'aube à Tenclume, 
Nous qui des bras, des pieds, des mains. 
De tout le corps luttons sans cesse, 
Sans abriter nos lendemains 
Contre le froid de la vieillesse. 

Aimons-nous, et quand nous pouvons 
Nous unir pour boire à la ronde, 
Que le canon se taise ou gronde, 

Buvons {ter) 
A rindépendance du monde 1 

Nos bras, sans relâche tendus 
Aux flots jaloux, au solarare» 




Rlflssent leurs trésors perdus. 
Ce qui nourrit et ce qui pare: 
Perles, diamants et métaux, 
noiil àa coteau, grain de U plaine } 
Pauvres moutons, quels bons manteiux 
n se tisse avec votre laloe ! 
AimODS-nous, etc. 

Quel fruit tirons-nous des labeurs 
Qui courbent nos maigres échines? 
Où vont les flots de nos sueurst 
Kous ne sommes que des machines. 
Nos babels montent Jusqu'au ciel, 
La terre nous doit ses merveilles; 
Dés qu'elles ont Onl le miel, 
Le maître cbasse les abeilles. 
Aimons-Dous, etc. 

Au Bis cbétir d'un étnnsfr 
Nos femmes tendent leurs a 
Et lui, plus tard, croit dért^er 
En daignant s'asseoir auprès d'elles ; 
De nos Jours, le droit du seigneur 
Pèse (ur nous plus despotique : 
Nos Biles vendfnt leur honneur 
^Aus derniers courtauds de boutique. 
Aimons- nous, etc. 

Ual velus, logés dans des trous. 
Sous les combles, dans les déomibres. 
Nous vivons avec les biboui, 
El les larrou, amis des ombres; 
Cependant notre sang vermeil 
Coule impétueux dans nos ntnef} 



Noos nous plairions au grand soleil. 
Et sous les rameaux verts des cbënes. 
Aimons-nous, etc. 

A chaque fois que par torrents 
Notre sang coule sur le monde.. 
C'est toujours pour quelques tyrans 
Que celte rosée est féconde; 
Uénageons-le dorénavant. 
L'amour est plus fort que la guerre; 
En attendant qu'un meilleur vent 
Souffle du ciel ou de la terre. 
Aimons-nous, et quand nous pouvons 
Nous unir pour boire k la ronde. 
Que le canon se taise ou gronde. 

Buvons, buvons, buvons, 
A l'indépendance du inonde ! 



POrn 




90 en kWS99S 

A NOUS Ll LIBERTÉ, 

Enfants de nos montagnes, 
Levez-vous, levez-vous, 
Au loin, dans les campâmes, 
Courez lous, courez tous. 
Aux oppresseurs la guerre, 
Recours à la muère ! 

Me voilà! 
Burra ! 

Levez-vougy 

Coures-taH; 
Brisez, brisez <vos dnjktt&v 
Le sort en est jeté, 
Plus de travaux, de peines, 
A nous la liberté l 

Cessez d'être victinies 
D'un sort vil et cruel, 
Quittez vos noirs abîmes 
Pour contempler le ciel; 
Le ciel, noire espérance, 
S*il voit votre vaillance, 

L';tidera ! 
Ilurra ! 

Levez -vous, 

Armez- vous; 
Brisez, brisez vos chaînes, 
Le sort en est jeté. 
Plus de (ravaux, de peines; 
A nous la liberté! 

MM. Paul Daport «t Dcforgea. 

* 

Tiré de Schubrg. comédie- Vaudeville en un acte, en 
vente chez M. Tresse, éditeur, i'alais-Royal, galerie de 
Cbartret, 1 et 3. Prix, tiO ctntiuieB. 

Musique de M. de Flotow. 



LA CITOYENNE. 

1848. 

France, une éternelle gloire 
Va rendre ton nom respecté; 
Arborons, en criant : Victoire ! 
L'étendard de la liberté ! 

Formons une garde civique, 
Le peuple est roi de la cité. 

Vive la République I 

Vive h Liberté'. 



(bis.) 



Mfinsenrt éé la pab poUifM, 
Si la ^rîe e9t méÊm^ai:, 
Il fa^ que notre Rép«Uf» 
Résiste am cftoc de réÉrang». 

FonnoBi^ iic 

Jkn\ armesl braves camarado, 
La France t besotii ée no^liraft^ 
Et comme fiar les biinii lAi, 
Soyons citefens â «Idatst 

FanM)fi&, ele. 



Français, désornuiifd» 
La France a reconquis ses droits 
Aux parjures toutes nos haines; 
Mais, citoyens, respect aux lois. 

Formons, etc. 

Liberté, tu seras féconde; 
D'amour embrasant tous les cœurs; 
Oui, tu feras le tour du monde, 
Comme autrefois les trois couleurs f 

Formons, etc. 

Martyrs des libertés sublimes, 
Pour vos grands noms le bronze est prêt; 
Montez au ciel, nobles victimes. 
Près de vos frères de juillet! 

Formons une garde civique, 

Le peuple est roi de la cité. (bis.) 

Vive la République 1 

Vive la Liberté! 

Albart BUaq««t. 

La musique de H. Paul IIenriom se trouve ches M. Co- 
tombier, éditeur, 6, rue Vîvienne, à Paria. 



LE VOTE UNIVERSEL. 

4848. 
km : Le groi major me Ca dit { Paal nenrion). 

Tout Français est électeur. 
Quel bonheur 1 Moi, tailleur, 
Toi, doreur, lui, paveur. 
Nous v'ià z'au rang d'homnie; 
G' droit qu'est not' sang, qu'est not' <±alr. 
Nous coût' cher; or, mon cher, (Ht). 
Faut savoir c' qu'on nonuM. , 



CwANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



91 



Sachons bien {bis.) 

tMre un homme de bien, 

Craignons bien {bis,) 

^D* prendre un propre à rien. 

Oui, Giroux, t*es-t-électeur, 
Pour fair' bon choix, prenons garde, 
S*agit pas d' prendr' un loupeur 
Qui 8*amuse à la moutarde. 
Parler n'est rien, faut agir; 
Pas d' gens à blagues suspectes ; 
Puisque ï monde est à r bâtir, 
Choisissons d' bons architectes, 
Tout Français, etc. 

L'impôt juste y faut V payer; 
Mais si 1' miuis' des finances 
Fait danser l'anse du panier, 
Voilà c' qui caus* nos souffhmces. 
Sur le chiffre des budgets 
Y a des carottes à rabattre, 
Faut donc choisir des cadets 
Sachant qu* deux et deux font quatre. 
Tout Français, etc. 

Pouvoir vivre en travaillant 
Est un' loi bien naturelle. 
Ceux qui font des lois pourtaol 
N*ont jamais oublié qu'elle. 
Jésus qu'était charpentier. 
Prit des pêcheurs pour apôtres. 
C'est p*t-ètre dans notre atelier... 
Qu'il faudra choisir les nôtres. 
Tout Français, etc. 

La France, à chaqu* nation. 
En tout temps servit d'exemple : 
Comm* disait Napoléon, 
Tout* l'Europe nous contemple, 
Avec les rois embêtés 
Faadra peut-être en déeoudre. 
Que nos nouveaux députés 
N* craignent pas l'odeur de la poudre. 
Tout Français, ele. 

Viendront des guenx em seerei 
Marchander nos voix, f pair; 



Honte à celui qui s* vendrait : 
C'est un traître à la patrie. 
Gardons tous not' dignité. 
Mais si s' rencontre un' canaille 
Qui s* vend' !... à perpétuité, 
Qu'on lui coir un bouchon d' paille.^ 

Tout Français est électeur. 
Quel bonheur I Moi, tailleur, 
T(H, doreur, lui, paveur; 
Nous v'ià z'au rang d'homme , 
C droit qu'est not' sang, qu'est not* chair, 
Nous coût' cher; or, mon cher, {bis,) 
F^ut savoir c' qu'on nomme. 

Sachons bien {bis.) 

Élire un homme de bien, 

Craignons bien {bis,) 

D' prendre un propre à rien. 

B* p^ttier, ouvrier» 



La mnslqiw de Paul Hsw rion est notée aa N. 23S0 
de la Clé da CaTeao. 



■ !Xl «" " 



LA VERSAILLAISE. 

1792. 

Quel8accents,quel3 transports,partoat la galté brille: 
La France est-elle donc une seule famille? 
Aux lieux même où les rois étalaient leur fierté 

On célèbre la liberté. (bis,) 

Est-ce une illusion ? suis-je au siècle de Rhée? 
J'entends chanter partout d'une voix assurée : 
Nous ne reconnaissons , en détestant les rois. 
Que l'amour des vertus et l'empire des loiâ. 

Quel spectacle enchanteur, au nom de la Patrie, 
Tout s'anime, tout prend une nouvelle vie. 
Le vieillard semble eneor, par sa vhrmié. 

Renaître pour la hberté. {bi$.) 

Et l'enfant , acensant la fiuMesw de l'âge, 
S'irrite d'être Jeune et cftante arfee oovrtge : 



92 



CHANSONS POPULAIRES. 



Nous ne reconnaissoDS , en détestant les rois, 
Que lamour des vertus et Tempire des lois. 

Enfants, guerriers, vieillards, épouses, filles^ mères, 
Le riche citoyen, l'habitant des chaumières. 
Tous Jurent , réunis par la fraternité. 

De mourir pour la liberté. (bis.) 

En chassant lesTarquins, Brutus ne vit que Rome, 

Pour réformer le monde, instruits par ce grand homme, 

Ne reconnaissons plus, en détestant les rois, 
Que l'amour des vertus et Tempire des lois. 

Jadis d'un oppresseur Tin justf3 tyrannie 
Assouvissait sur nous sa fureur impunie ; 
Et l'homme vertueux, dans la captivité. 
Soupirait pour la liberté. [bis,] 

Maintenant l'homme juste a brisé ses entraves 
Les Français , indignés de s'être vus esclaves, 
Ne reconnaissent plus, en détestant les rois, 
Que l'amour des vertus et l'empire des lois. 

Peuples, qui gémissez sous un joug tyrannique, 
Venez voir le Français à sa fête civique : 
Comparez vos terreurs à la sérénité 
Des enfants de la liberté. (bis,) 

Comparez à vos fers ces guirlandes légères 
Que porte en s'embrassaut tout un peuplede frères: 
Vous ne reconnaîtrez, en détestant les rois. 
Que l'amour des vertus et l'empire des lois. 

Delrlea. 



Masique de GiROUST, notée an N. 496 de la Qé 
du Cafean. 



LA PRISE DE LA BASTILLE. 

1792. 
Air : AustUât que ta lumière 

Est-il bien vrai que je veille, 
Et que mes yeux soient ouverts? 
Quelle étonnante menrellle 
Frappe aijyourd'hui Funivers? 



Launatfy le ciel nous seconde « 
Tes efforts sont superflus : 
Un seul instant l'airain gronde , 
Et ta Ba5(t7/e n'est plus I 

Que le beau feu qui m'anime 
T'électrise en ce moment , 
Français! peuple magnanime, 
Cède à mon ravissement I 
L'exécrable despotisme , 
Implorant de vains secours. 
Soudain, au cris du civisme, 
A vu s'écrouler ces tours I 

D'une terrible épouvante. 
Remplissant tous Jérichos , 
Tel en son ardeur bouillante , 
Josué , jeune héros , 
De la trompette guerrière , 
Aux éclats retentissants , 
Voit de cette ville altière 
Tomber les murs insolents. 

Toi qui, déchirant mon âme 
Au récit de tes malheurs. 
De cette bataille infâme 
Nous dévoiles les horreurs , 
Épargne à l'homme sensible 
Ce trop douloureux récit! 
Pour peindre ce lieu terrible , 
Sur cent traits un seul suffit. 

Des cris perçants et funèbres, 
Poussés par le désespoir, 
Font du prince des ténèbres 
Abhorrer l'affreux manoir ; 
Mais peuple de tous les vices , 
L'enfer, séjour du démon , 
N'est qu un palate de délices 
Auprès de celte prison I 

A l'heure si fugitive 
Quand , reprochant sa lenteur, 
Ici la vertu plaintive 
Succombatt à sa douleur ; 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



98 



Qui régnait nir ma patrie ? 
Qui doDC lui donnait des lois? 
Élait-ce, dans leur furie, 
Ou des monstres ou des rois? 



Saturnes abominables , 
Qui dévorez vos enfants, 
Qui des pleurs des misérables 
Engraissez vos courtisans ; 
Si quelques dieux tutélaires 
Aux mortels vous ont donnés 
Fut-ce pour être des pères 
Ou des bourreaux couronnés , 

Mais dans leur fureur trop vaine 
Laissons ces princes trompés 
Pleurer la perte certaine 
De leurs pouroirs usurpés. 
Célébrer votre courage , 
Français , chanter votre ardeur, 
Voilà mon plus cher ouvrage, 
C'est le seul vœu de mon cœur. 



Quand l'infâme despotisme 
Tombe expirant sous vos coups , 
Enfants du patriotisme , 
Je ne dois fêter que vous; 
Je ne dois pour toute gloire , 
Comme franc républicain , 
Que buriner votre histoire 
Sur le bronze et sur Fairain. 



Puissent mes chants d^allégresse , 
Élancés jusques aux deux , 
De la plus charmante ivresse 
Soudiûn embraser les dieux! 
Dans leur sagesse profonde. 
Que tous, vantant nos succès , 
Pour premier peuple du monde 
Préconisent les Français. 



LE SERMENT DU JEU DE PAUME. 



!79î. 
Ai r * IfoM petit cœur à ehague ùuiatU iouptre 

Liberté , combien est magnanime 
Ce fier mortel qui , plein de ton ardeur, 
Prend son essor, et dans son vol sublime , 
Soudain s'élève et plane à ta hauteur I 
Tel qu'un Hercule, en s'offrant à ma vue» 
Aux nations vient-il donner des lois î 
Partout son bras, armé de sa massue , 
Abat Torgueil des tyrans et des rois! 

Mais , €st-ce toi , liberté trois fois sainte , 
Qui, dans ce lieu déployant tes attraits , 
Fais pour toujours briller son humble enceinte 
De tout réclat des superbes palais ! 
Oui, c'est toi-même, adorable immortelle. 
Qui, nous créant ces généreux vengeurs , 
Pour soutenir la cause la plus belle , 
Du plus beau feu viens embraser leurs cœurs. 

Tous pénétrés de ta céleste flamme , 
Tous repoussant de coupables effrois , 
Jurent ensemble au despotisme infâme 
Ou de périr, ou de venger nos droits. 
Dans le délire où ce serment le jette , 
Le spectateur, en pleurant , le redit : 
Les bras en Vair, û peuple le répète ; 
Il le répète et le del applaudit I 

Peintre (1) savant, 6 toi qui desHoraces 
Frappe mes yeux par l'étonnant tableau. 
Fils du génie , élève heureux des Grâces , 
Viens enfanter un chef-d'œuvre nouveau : 
Peins ces Français... Mais quoi I par sa magie 
Déjà ton art me les lait admirer : 
Quelle fierté! quelle mâle énergie! 
Oui y ce sont eux... Je les vois respirer. 

Législateurs qui vous couvrez de gloire , 
Par le serment qa*id vous prononcez, 

PIDkvM. 



CHANSONS POPULAIRES. 



Sur les tyrans you8 gagnez la victoire * 
Usez-en bien , ils sont tous terrassés-, 
Le despotisme , en sa rage exécrable 
Se flaite en vain d'un empire éternel ; 
Votre serment, ce serment redoutable, 
Est pour le monstre un arrêt sans appel ! 



Vosu superflu ! les pères de la France 
Brisent le fil de ses brillants destins , 
Affreux revers ! De sa vive espérance 
Le flambeau meurt et s'éteint dans leurs mainsi 
En s' élevant contre les fiers despotes , 
Mille d'abord veulent tous les frapper ; 
Vintérét parle et mes faux patriotes , 
Valets du Louvre, y vont soudain ramper. 

Pour décevoir à ce point leur patrie , 
Est-ce donc l'or, est-ce le fol orgueil 
Qui, de Vhonneur, dans leur âme flétrie, 
Devient, hélasî le trop funeste écueîL 
A leur début dans la vaste carrière , 
Je vois en eux les plus grands des humains : 
Vers le milieu, leur taille est ordinaire, 
A peine au bout paraissent-ils des nains. 

Que prouvent-ils par leur lâche tactique , 
Ces imposteurs qu'on nous fit encenser ? 
Quel jugement l'opinion publique 
Sur leur morale a-t-elle à prononcer? 
c Que tout mortel sans un cœur magnanime, 
c Fût-ce un Selon , n'est qu'un hérosd'un jour, 
c Cent fois moins fait pour son rôle sublime 
c Que pour l'emploi d'un vil Pasquin de cour. 



T. RO 



eavi 



LE CHANT DU Ik JUILLET. 



Dieu du peuple et des rois, descitée, des campagnes. 
De Luther, de Calvin, des enfliints d*l8ra61, 
Dieu que le Guèbre adore au pied de ses montagnes 
En invoquant l'astre du ciel. 



Ici sont rassemblés, sous ton regard immense, 
De l'empire français les fils et les soutiens , 
Célébrant devant toi leur bonheur qui commence, 
Égaux à leurs yeux comme aux tiens. 

Rappelons nous ces temps od des tyrans sinistres 
Des Français asservis foulaient aux pieds les droits^ 
Ces temps, si près de nous, od d'infâmes ministres 
Trompaient les peuples et les rois. 

Des brigands féodaux les rejetons gothiques 
Alors à nos vertus opposaient leurs aïeux ; 
Et, le glaive à la main, des prêtres fanatiques 
Versaient le sang au nom des deux. 



Princes, nobles, prélats nageaient dans Topaience 
Le peuple gémissait de leurs prospérités ; 
Du sang des opprimés, des pleurs de Tindigence» 
Leurs palais étaient cimentés. 



En de pieux cachots l'oisiveté stupide 
Afin de plaire à Dieu détestait les mortels ; 
Des martyrs périssant par un long suicide 
Blasphémaient aux pieds des autda. 

Ils n'existeront plus ces abus innombrables, 
La sainte liberté les a tous effacés ; 
Ils n'existeront plus ces monuments coupables, 
Son bras les a tous renversés. 

Dix ans sont écoulés : nos vaisseaux, rois de Vonàtr 
A sa voix souveraine ont traversé les mers : 
Elle vient maintenant des bords du Nouveau-Monde 
Régner sur l'antique univers. 

SoleU, qui parcourant ta route accoutumée. 
Donnes, ravis le jour et règles les saisons. 
Qui, versant des torrents de lumière enfliounée 
Mûris nos fertiles moissons : 

Feu pur, œH éternel , âme et ressort du monde. 
Puisses-tu des Français admirer la splendeur; 
Puisses-tu ne rien voir dans ta course féconde 
Qui soit égal à leur grandeur. 



CHANSONS PATRIOTIQUES ET CHEVALERESQUES. 



Oi 



Que les fers soient brisés ; que la terre respire. 
Que la raison dès lois parlant aux nations 
Dans Tunivers charmé fonde un nouyel empire, 
Qui dure autant que tes rayons. . 

Que des siècles trompés le long crime s'expie ; 
Le ciel, pour être libre, a fait rbumanité. 
Ainsi que le tyran Tesclave est un impie 
Rebelle à la divinité. 



HYMNE A LA LIBERTÉ, 



179S. 

Air : Vomi qui d^amounuM aotnimn (de Renand d*Att). 
Ou : Venions au $alui de rempirt. 

liberlé ! liberté sainte t 
Déesse d'un peuple éclairé , 
Règne aujourd'hui dans cetle enceinle ! 
Par toi ce temple est épuré. 
Liberté devant toi la raison chasse Fimposture, 
L'erreur s'enfuit, le fanatisme est abattu : 
Notre évan^Ie est la nature, 
Et notre culte la rertu. 

Longtemps nos crédules ancêtres 
Laissèrent usurper leurs droits; 
Liés de Tétole des prêtres, 
Courbés sous le sceptre des rois. 

Qa'aox accenU de U Toftz tombent les aceptxes et let mitret. 

Du genre humain que les droits partout soient gravésl 
Le monde avait perdu ses titres; 
La France les a retrourét. 

Aimer sa patrie et son frère, 
Senrir le peuple souverain , 
Voilà le sacré caractère 
£t la foi d'uo républicaio. 

D'un enrcr chimérique il ne craint point la wtÊa% flaaiBMi 
D*un ciel menteur il n*attend point les faux trésors : 
Le ciel est dans la paix de l'âme, 
Et l'enfer est dans les remords. 



Et vous, despotes de la terre. 
Monstres et tigres couronnés I 
Vous, auteurs d'une affreuse guerre, 
Fédéralistes forcenés? 
EnnemisdesFrançais,lÂchesquldemandezan maître 

La liberté s'affermit par vos propres coups : 
Malgré vous nous l'avons fait naître ; 
Nous la garderons malgré vous. 

Sur la montagne indestructible 

Dont les oracles nous sont chers. 

Le patriote incorruptible 

Dicte la loi de l'univers. 
Liberté I c'est de là que son ne le tocsin dumondeT 
Tyrans, tremblez I Fuyez, ô superstitions I 

Sur cette montagne se fonde 

La liberlé des nations ! 

FrançoUi de IVenfclUtteMi, 



Musique de Daiayrac, notée an N. S48 de I4 dé 
du Careau. 



CHANT DES GUÉRILLAS. 

iS4S. 

A moi! 
A moi I Guérillas des montagnes, 
Le cri de guerre a retenti, 
Braves défenseurs des Espagnes, 
L'ennemi vient, malheur à lui 1 {bis») 



Gravir monts et collines, 
Bondir sur les ravines. 
Guetter sous les ruines, 
Se traîner à genoux. 
Passer la nuit eotière 
Dans une fondrière. 
Ou bien sous la bruyère. 
Guérillas, c'est de vouai... 
A moi I à moi, GuérillaSy ete. 



96 



CHANSONS POPULAIRES. 



Le voici qui s'avance, 
Plein d'ardeur, d'arrogance, 
Sans nulle méfiance, 
De la mort q^ui l'attend. 
Voyez-vous sa bannière, 
A travers la clairière, 
S'élever grande et fière. 
Guérillas en avant! 
A moi, à moi, Guérillas, etc. 

Votre course rapide. 
Votre attaque intrépide. 
Le surprend, Tintimide, 
Il ne peut échapper. 
Qu'il marche ou qu'il s'arrête, 
Votre œil subtil le guette, 
Votre bonne escopette 
Partout va frapper ! 

A moil 
Braves Guérillas des montagnes. 
Entonnons tous ce noble cri : 
Victoire aux enfants des Espagnes, 
Victoire, à nous plus d'ennemi I (bis,) 

M* Isnard. 

Musique de M. Eiicnne Merle. 



Que l'honneur m'appelle 
Venger la querelle 
Du roi mon seigneur. 
Ou d'un fils de France, 
Soudain je m'élance. 
Et dis à mon cœur : 
S'il fut jamais, etc. 

Qu'une châtelaine, 
Riant de ma peine, 
Trompe mon amour, 
A cette cruelle. 
Qui fait la rebelle. 
Je dis à mon tour ; 
S'il fut jamais, etc. 

Le vin, la folie. 
Pour charmer ma vie 
Voilà mon refrain : 
Amour et bombance, 
Honneur, opulence, 
Voilà mon destin. 
S'il fut jamais, etc. 

Que vers notre France, 
L'étranger s'avance. 
Qu'il soit faible ou fort, 
En vrai mousquetaire, 
Gaîment à la guerre 
Je brave la mort. 



LES MOUSQUETAIRES DU ROI. 



1838. 

S'il fut jamais sur terre 
Noble état, c'est, ma fol, 
Celui de mousquetaire 
Dans les gardes du roi : 
On porte riche aigrette. 
Justaucorps de velours. 
Baudrier, collerette. 
Brodés par les amours. 



j (6fe.; 



S'il fut jamais sur terre, 
Noble état, c'est ma foi, 
Celui de mousquetaire 
Dans les gardes du roi : 
On porte riche aigrette, 
Justaucorps de velours, 
Baudrier, collerette, 
Brodés par les amours. 



i 



(bit.i 



La musique de Bayalos letronre chezIC L»d«l 
18, rue Ylvienae. 




LA BOULANGÈRE. 



La boulangère a des éeoa 

Qui ne lui coûtent guère: 
Elle en a, car je les ai vtu, 
J'ai vu la boulangère 
Aux écus, 
J'ai vu la Iraulangère. 

« D'où te viennent tous cei écui. 

Charmante boula n gère t 
— Ils me Tiennent d'un gros Crésns, 

Dont je Tais bien l'affaire, 
Vois-tu I 

Dont je fais bien l'affaire. 

A mon li>ttr aoiu sont venus 

De galants militaires ; 
Mais Je prélire lesCrésus 

A tous les gens de guerre, 
Vois- tu! 

A tous les gens de gnerrs. 

Des petits- maîtres sont Tenoa, 
En me disant : i Ma chèfo. 



Tous êtes plus bell' que Ténus. * 
Je n' les écoutais guère, 

Vois-tu 1 
Je n' les écoutais guère. 

Des abbés coquets sont venus: 
lis m'offraient, pour me plalifl^ 

Des fleurettes au lieu d'écua ; 
Je les envoyais &ire... 

Vois-tu I 
Je les envoyais (aire... 

— Moi, je ne suis pas un CréttUi 

Abbé, ni militaire : 
Mais mon taleol est bien connu, 

Boulanger de Cythëre, 

Vois- lui 
Boulanger de C^ihère. 

Je pétrirai, le jour venu, 

Notre pAte légère, 
El la nuit au four assidu. 

J'enfournerai, ma chèra. 
Vois- lui 

J'enfournerai, ma cbèfe. 



98 



CHANfiOKS POPCFLAIRE«. 



Eh bien f^épouse ma i^rtu, 
Travaill' de boïin* manière, 

Et tu ne seras pas... déçu 
Avec la boulangère 
Aux écus I 

Arecla boulangère.» 

Atti«biié0â 



Cette chanson, un peu grivoise, dont on ne chante 
presque partout que le premier couplet, nous a êtâ 
êomée jisr wx mimttmr qui croit qu'elle dalt êm 
tampa à» la l é fanea , aiiMi que celle de la 
O&coi^ialtlaehaiiaaA de BoqlAert, GenHUtl 
ghê, qui Mt A peu pile daneile môme geme^ < 
croyons eette^ jAuê •'***^"**^ On sait quejitetttB 
air sur lequel on daaee â^pnli longtemps une joode 
qui finit gafment loneles'Mls'bourgcois. Kens n'a- 
vions trouvé la chanson daae Jocun recueiL 

Musique de Mondonville, notée aaJI.3QBifie^ 
Clé du Caveau. 



lA MEUNIÈRE DU MOULIN A YEST. 

Air : En revmaU de Monimarin, etc. 

En amour je suis très savant 

De plus d'un' manière. 
Depuis qu'un jour qu'il f sait du rent, 
Par derrière comm' par devant. 

J'ai vu la meunière 

Du moulin à vent* 

Je me promenais très souvent : 

Près de la rivière ; 
L* moulin à eau dorénavant 
Ne me plaira plus comme avant : 

J'ai vu la meunière 

Du moulin à vent. 

Je lui dis : « Je suis bon vivant, 

Aimez-moi, ma chère ; 
Vous verrez qu'avec moi le veDt 
Souillera toujours du levant 

Pour la beir meunière 

Du uoulin à veut. • 



Mais c'est une tête à Téreiii; 

JEBT iourna V derrière, 
Bt refonnant son contrefent 
m* me laissa triste et léimA 

Alal)elie memiièfe 

DaseulinàTeaL 

i* wmilais, jieln d'un ^èle teveflt 

ffJBkani ma prière, 
M'aOer jeter daas un couvent, 
N' pouvant pas ètr* frère servait 

D' la belle meunière 

Du moulin à vent. 

J'allai la voir le jourjgiraiit; 

Elle fut moins ûèis, 
Se tourna mieux qu'auparaviat; 
EX Je lendemain, par devant, 

i'fti va la menntftre 
XBOH^à^^eiit 



D'un autre moyen me servant. 

J'allai chez Ae notaire ; 
Et sur le contrat écrivant, 
J' dis : « Mettez : Passé par devant. •• 

J'épouse la meunière 

Du moulin h vent » 

Attribuée à «altoe. 

Air ancien, noté au N. C90 de la Clé dQ Careau. 



M.à LISON, MA LISETTE. 

1834. 
A T R Cesl ma gaUé (de Farartl . 

C'est ma Lison, ma Lisette, 
Ma grisette, 
C'est ma Lison 
Que j'adore avec raison 1 

S'il fui jamais tendron 
A l'humeur guiUerettet 




Là. BOULANGËRB. 



La boulangère a des écua 

Qui De lui coûtent guère : 
Elle en a, cor je les ai vus, 
J'ai vu la boulangère 
Aux écus, 
J'ai vu la boulaagère. 

a D'où te viconeat tous ces écui, 

CharmaDte boulangËre? 
— lis me tieuDeot d'un gros Crésoi, 

Dont je fais bien l'affaire, 
Vois-tu 1 

Dont je fais bien l'affaire. 

A mon four aussi sont venus 

De galanu militaires ; 
Hais je préfère lesCrésus 

A lous les gens de guerre. 
Vois- tu I 

A tous les gens de guerre. 

Des petits- maîtres sont renus, 
Eu me disant : € Ma chère, 



Vous êtes plus bell' que Ténus. • 
Je n' les écoulais guère, 

Vois-tu 1 
Je n' les écoutais guère. 

Des abbés coquets sont Tenus; 

Ils m'offraient, pour me pl^rt^ 
Des fleurettes au lieu d'écus ; 

Je les envoyais faire... 
Vois-tu 1 

Je les envoyais faire... 

^ Hoi, je ne suis pas un Crésm, 

Abbé, ni militaire : 
Mais mon talent est bien connu. 

Boulanger de Cythëre, 
Vois- tu I 

Boulanger de Cyifaère. 

Je pétrirai, le jour venu. 

Notre paie légère. 
Et la nuit au four assidu. 

J'enfournerai, ma chèrê. 
Vois-tu t 

J'enfournerai, ma cUie. 



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CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



99 



Au minois frais et rond, 
Vrai gibier de luron? 
C'est ma Lison, etc. 

Qui, n'ayant pour tout bien 
Que sa mine drôlette, 
Aux baisers d*un vaurien 
Vient la livrer pour rien? 
C*est ma Lison, etc. 

Sur le pavé glissant, 
Trottinant, légeretle. 
Qui rend de tout passant 
Le regard caressant? 
C'est ma Lison, etc. 

Au pauvre, en son chemin, 
Qui donne à Taveuglette 
Sans songer que demain 
Elle sera sans pain t 
C'est ma Lison, etc. 

Qui mange sans compter 
L*argent que je lui prête. 
Mais qui, pour m'en prêter, 
Vingt fois sut emprunter ? 
C'est ma Lison, etc. 

Qui jadis me trompa 
Sans paraître coquette. 
Puis, pour moi qui dopa 
Cfeluiqui m'attrapa? 
C'est ma Lison, etc. 

Par de tendres leçons. 
Qui donne à ma musetta 
Quelques traits polissons 
Dont je fais des chansons? 
C'est ma Lison, ele. 

Dimanciies et lundis, 
Fatiguant ma couchette. 
Qui fait un paradis 
De mon paoTre taudis? 
C'est ■« Lison etc. 



Lorsque de moins jouir 
La prudence projette, 
Entre elle et l'avenir, 
Qui jette le plaisir? 
C'est ma Lison, ma Lisette, 
Ma grisette, 
C'est ma Lison 
Que j'adore avec raison I 



MONSIEUR ET MADAME DENIS. 

Souvenirs nocturnes de deux époux 
du xvii« siide. 

n arait plu toute la Jounée ; et s'ayint p« aller 
le Mir fairrlmir partie de loto chas anadamaCaquet, 
aage-femme, me des Martyia, monalcor et madame 
Denis s'étaient coadkés de bonne heure. An bout de 
Tingt-ttDis minutes, madame Deidfl, %vA ne dormait 
pas . iropaUcattfe du sOeaca ébattue ém mm msrf, qui 
B'ctait pas cetaé da loitounar la doa, sovpira trois 
fois et prit la parole : 



MADAME DBNI8. 

Quoi I VOUS ne me dites rien I 
Mon ami, ce n'est pas bien ; 
Jadis c'était différent; 
Souvenez-vous-en, souvenex-vous-en... 
J'étais sourde à vos discours. 
Et vous me parliez toujours. 

MONSiBua BBMis, Se rMoumont^ 

Mais, m'amour, j'ai sur le corps 
Cinquante ans de plus qu'alon; 
Car c'était en mil sept cent. 
Souvenez- vous-en, souvenez-TOus-en.*« 
An premier de met amours, 
Que ne duriev-vous toujours! 



M«DAMB DBins, t€ tiwiimtL 



C'est de vous qu'en sept («nt-iui 
Une anguIHe de Melua 



100 



CHANSONS POPULAIRES. 



M'arriva si galamment I 
Souvenez- vous-en , souvenez-vous-en. . . 
Avec des pruneaux de Tours 
Que je crois manger toujours. 

MONSIEUR DENIS. 

En mil sept cent deux, moii cœur 
Vous déclara son ardeur r 
J'étais un petit volcan ; 
Souvenez- vous en, souvenez-vous-en... 
Feu des premières amours, 
Que ne brûlez-vous toujours I 

• 

MADAME DENIS. 

On me maria, je crois, 
A Sainl-Germain-l'Aauxerrois. 
J'étais mise en satin blanc ; 
Sou venez- vous-en, sou venez- vous-en... 
Du plaisir charmants atours, 
Je vous conserve toujours. 

MONSIEUR DENIS, SB mettant sur son séant. 

Comme J'étais étoffé 1 

MADAME DENIS, s*asseyant de même. 

Comme vous étiez coiffé ! 

MONSIEUR DENIS. 

Habit jaune en bouracan; 
Sou venez -vous-en, souvenez-vous-en... 

MADAME DENIS. 

Et culotte de velours 
Que je regrette toujours. 

{Continuant,] 

Comme en dansant le menuet, 
Vous tendîtes le jarret I 
Ah! vous alliez joliment I 
Souvenez- vous-en, souvenez-vous-en... 
Aujourd'hui nous sommes lourds. 

MONSIEUR DENIS. 

On ne danse pas toujours. 



[S'animant.) 

Comme votre joli sein 
S'agitait sous le satin ! 
il était mieux qu'à présent, 
Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en.. 
Belles formes, doux contours, 
Que ne duriez-vous toujours I 

MADAME DENIS. 

La nuit, pour ne pas rougir, 
Jeûs semblant de dormir. 
Vous me pinciez doucement , 
Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en... 
Mais à présent, nuits et jours, 
C'est moi qui pince toujours. 

MONSIEUR DENIS. 

La nuit, lorsque votre époux 
S'émancipait avec vous, 
Comme vous faisiez l'enfant I 
Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en... 
Mais on fait les premiers jours 
Ce qu'on ne fait pas toujours. 

MADAME DENIS. 

« Comment avez-vous dormi ? » 
Nous demandait chaque ami : 
« Bien, » répondais-je à l'instant; 
Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en... 
Mais nos yeux et nos discours 
Se contredisaient toujours. 

MONSIEUR DENIS, lui offrant une prise de tabac 

Demain songez, s'il vous plaît, 
A me donner mon bouquet. 

MADAME DENIS, tenant la prise de tab<iC8(m$ 

le nez. 

Quoi I c'est demain la Saint-Jean ? 

MONSIEUR DENIS, rentrant dans son iti. 

Souvenez- vous-en, souvenez-vous-en. •• 
Époque où j'ai des retours 
Qui me surprennent toujours. 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



iOl 



MADAME DENIS, se recouchatU, 

Oui, jolis relours, ma foi I 
Voire éloquence avec moi 
Eclate une fois par an ; 
Souvenez-vous-en, souvenez-sous-en... 
Encor votre beau discours 
Ne finit-il pas toujours. 

{Ici M Denu a une réminucenei.) 

MADAME DENIS, minaudant. 
Que failes-vous donc, mon cœur? 

MONSIEUR DENIS. 

Rien... je me pique d'honneur. 

MADAME DENIS. 

Quel baiser I... il est brûlant..*. 

MONSIEUR DENIS, tOUSSant. 

Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en... 
MADAME DENIS, rajustant sa C(}mette. 

TeiHJre objet de mes amours, 
Pi(iue-loi d'honneur toujours. 

Ici le couple bâilla, 
S'étendit et sommeilla. 
L'un marmottait pn ronflant : 
€ Sou venez- vous-en, souvenez-vous-en...» 
L'autre : « Objet de mes amours, 
Pique-toi d'honneur toujours! » 



Notée au N. 241 dt la Clé du CaTcau. 



LA FILLE DU SAVETIER. 



Qu'un moment de vivacité 
Peut causer de calamité I 
Sexe chéri pour qui les larmes 
Sont un besoin rempli de charmes, 
Ah I qu'au récit de mes malheurs 
Vos beaux yeux vont verser de pleurs! 



Mon père était un savetier 
Fort estimé dans son métier, 
Et ma mère était blanchisseuse ; 
Moi, déjà, j'étais ravaudeuse. 
Gagnant jusqu'à dix sous par jour : 
Mais qu'est l'or sans un peu d'amour ? 

Suf le même carré que nous 
Logeait un jeune homme fort doux; 
Soit que j'entre, soit que je sorte. 
Toujours il était sur la porte ; 
A chaque heure il suivait mes pas ; 
Mais mes parents ne l'aimaient pas. 

Un jour, j'étais innocemment 
Dans la chambre de mon amant, 
Mon père vient, frappe à la porte. 
Grands dieux ! que le diable l'emporte. 
Hélas ! ne pourrons-nous jamais 
De nos amours jaser en paix ! 

Mon père, comme un furieux. 
Prend mon amant parles cheveux; 
Mon amant, quoique doux et tendre, 
Contraint enfin de se défendre. 
D'un coup de poing sur le museau, 
Jette papa sur le carreau. 

Aux cris du vieillard moribond, 
Ma mère, avec un gros bâton, 
Arrive comme la tempête. 
Frappe mon amant sur la tète. 
Ah! pour moi, quel funeste sort! 
Mon amant tombe roide mort ! 

Pour ce fatal coup de bâton. 
On conduit ma mère en prison ; 
On la pend, et le commissaire 

M'envoie à la Salpétrière 

Qu'un moment de vivacité 
Peut causer de calamité. 

AUribuée à 
Mutiqae dt Limoikb. 



lOf 



CHANSON» POiPeLAIRES. 



LE DÉSIR D'ÊTRE SAGE. 



Tous les jours je veux être sage, 
Suivre les lois de la raison, 
Auprès du plus charmant visage 
Rester comme un petit Caton. 
Le soir vient, je vois mon amie : 
Le plaisir arrive soudain. 
Encore aujourd'hui la folie, 
Et je serai sage demain. 

Le lendemain je jure encore, 
Et ne puis tenir mon serment ; 
Je revois celle que j*adore : 
Peut -on résister un moment? 
Un baiser de ma douce amie 
Fait fuir la sagesse grand train. 
Encore aujourd'hui la folie, 
Et je serai sage demain. 

L'homme, auprès d'une fille aimable, 
Peut-il répondre de ses vœux. 
Un regard, un ris délectable 
Le transporte et le rend heureux. 
Vous par qui nous aimons la vie. 
De vous fuir on projette en vain. 
Encore aujourd'hui la folie. 
Et je serai sage demain. 

G*est donc demain qu*est la sagesse, 
Et demain n'arrive jamais; 
C'est la faute de ma maîtresse. 
Otez-lui donc quelques attraits, 
Otez-lui son joli sourire. 
Ses traits charmants, son air malin • 
Otez-lui tout ce qui m'inspire. 
Et je serai sage demain. 

Parole* ûl'nm 



LA MÈRE BONTEMPS. 



La mère Bontempe 
S*en allait disant aux fillettes : 



«r Dansez, mes enfanlSi 
Tandis que vous êtes jeunettes-, 

La fleur de galté 
X Ne croît point Télé : 
Née au priutemps comme la rose, 
Cueillez-la dès qu'elle est éclose : 

Dansez à quinze ans. 
Plus tard il n'est plus temps. 

A vingt ans mon cœur 
Crut l'Amour un dieu plein d^ charmes; 

Ce petit trompem* 
M'a fait répandre bien des larmes : 

II est exigeant, 

Boudeur et changeant; 
Fille qu'il tient sous soa empire 
Fuit 1q monde, rêve et soupire. 

Dansez à quinze ans. 
Plus tard il n'est plus temps. 

Les jeux et les ris 
Dansèrent à mon mariage : 

Mais bientôt j'appris 
Qu'il est d'autres soins en ménage. 

Mon mari grondait. 

Mon enfant criait : 
Moi, ne sachant auquel entendre. 
Sous l'ormeau pouvais-je me rendre? 

Dansez à quinze ans, 
Plus tard il n'est plus temps. 

L'instant arriva 
Où ma flHe me fit grand'mère : 

Quand on en est là. 
Danser n'intéresse plus guère 

On tousse en parlant. 

On marche en tremblant; 
Au lieu de sauter la gavotte, 
Dans un grand fauteuil on radote^ 

Dansez à quinze ans. 
Plus tard il n'est plus temps. 

Voyez les Amours 
Jouer encor près de Louise. 

Elle platt toujours, 
Au bal elle serait de mise; 

Comme moi pourtant» 

Sans cesse on L-eotend 



CHANSONS BADIirCS 'ET GHITOISES. 



101 



Dire et redire à ses flUettes, 
Si gentilles, si joliettes : 
Dansez à quinze ans, 
Plus tard il n'est plus temps. » 

Attribuée à F. DanpIilB. 



MA TANTE MARGUERiTE. 



iSii. 



AIR da TaudeiiUe de ia PeHU Met 



Si bien qae la paavre petite 

N*osa plus dire à son retour : 

cr Ah I vieille tante Marguerite, 

Vous n'entendez rien à Tamour. » (6«s.) 

flylTAlB viol. 



PLAINTES D'UNE ÀHANXE ABANDONNÉE. 



Ma vieille tante Marguerite, 
Qui louche à ses quatre-vingts ans. 
Me dit toujours : « Pauvre petite. 
Craignez les propos séduisants ; 
Fillette doit fuir au plus vite 
Quand un berger lui lait la cour. 
— Ah 1 vieille iante Mai^guerite, 
Vous n'entendez rien à Tamour. {pis,) 

Eh quoi I lorsque, dans la prairie, 
On me dira bien poliment 
Que je suis aimable et jolie, 
Faudra-t-il me f&clier vraiment! 
Un beau berger, si je l'irrite. 
Prendrait de l'humeur h son tour. 
Ah ! vieille tante Marguerite, 
Vous n'entendez rien à l'amoor. (6Û.) 

Toutes les filles de mon âge 

En cachette écoutent défà 

Des garçons le tendre langage ; 

Je ne vois pas grand mal à ça. 

Ma tante vaut qu'on les évite ; 

Mais je répondrai dutque jour : 

Ahl vieille taate Marguerite, 

Vous n'entendez rien à l'amour. # (6tf .) 

El l'innocente, un soir, seulette, 
Fit la rencontre de Golin^ 
Qui, d'abord, lui oonta fleorettty 
Puis régara de son chemin ; 



Dans les gardes françaises 
J'avais un amoureux, 
Fringant, chaud comme braise. 
Jeune, beau, vigom^ux; 
Mais de la colonelle 
C€st le plus scélérat ; 
Pour une péronnelle 
Le gueux m'a planté là. 

Il avait la semaine 
Deux fois du linge blanc^ 
Et, conune un capitaine, 
La toquante d'argent. 
Le fin bas d'écarlate 
A côtes de melon. 
Et toujours de ma patte 
Frisé comme un bichon. 

Pour sa dévergondée, 
Sa Madelon Friquet, 
De pleurs tout inondée , 
J*ai rempli mon baquet ; 
Je suis abandonnée; 
Mais ce n'est pas le pis : 
Ma fille de journée 
Est sa femme de nuit. 

Une petite rente. 
D'un monsieur le blenftdt, 
Mon coulant, ma branlante. 
Tout est au bemlquet : 
n retournait mes poches, 
Sans me laisser un sou. 
Ce n'est pas par reproches. 
Mais il me mangeait tout. 



104 



CHANSONS POPULAIRES. 



La nuit quand je sommeille, 
Je pense à mon coquin ; 
Mais le plaisir m'éveille 
Tenant mou traversin. 
La chance est bien tournée, 
A présent c'est Câlin 
Qui suce la dragée, 
Et moi le chicotin. 

De ta lame tranchante 
Perce mon tendre cœur , 
Fais périr ton amante, . 
Ou rends-lui son bonheur. 
Le passé n'est qu'un songe. 
Une fichaise, un rien . 
J'y passerai l'éponge ; 
Viens, rentre dans ton biçn. 

Attribuée à TadM. 



LA GRISETTE. 



Oui, je suis grisettel 
On voit ici-bas 
Plus d'une coquette 
Qui ne me vaut pas. 

Je suis sans fortune. 
Je n'ai pas d'aïeux ; 
Oui, mais je suis brune 
Et j'ai les yeux bleus.., 
Oui, je suis, etc. 

Un vieux duc me presse, 
Je résisterai. 
Et serai duchesse 
Lorsque je voudrai... 
Oui, je suis, etc. 

Libre en ma demeure. 
J'écris à Julien : 
« Ah ! viens de bonne heure 
« Tu ieras le mien... » 
Oui, je suis, elc 



On nous fait la guerre, 
Et pourtant, je crois. 
Nous n'en avons guère 
Qu'un seul à la Xois... 
Oui, je suis, etc. 

Moi, je fais l'épreuve 
D'un hymen complet, 
Et je deviens veuve 
Quand cela me platt... 
Oui, je suis, etc. 

Une prude jeûne 
Avec ses façons, 
Et moi je déjeune 
Avec des garçons... 
Oui, je suis, etc. 

Pour avoir dimanche 
Bonnet et ruban. 
J'ai la robe blanche 
Que je mets en plan.*. 
Oui, je suis, etc. 

Fi d'un bal qu'éclaire 
Le feu desquinquets; 
Vive la Chaumière I 
On a des bosquets... 
Oui, je suis, etc. 

Je suis ouvrière, 
Voilà tout mon bien; 
Et j'aide ma mère 
Qui ne gagne rien... 
Oui, je suis, etc. 

J'aurais bien su rendre 
Mon sort fortuné ; 
J'en ai tant vu vendre 
Ce que j'ai donné. 
Oui, je suis, etc, 

Mais simple et modeete^ 
Je ne veux pas d'or» 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



«•• 



Et ce qui me reste 
Je le donne encor... 

Oui, je suis grisetle I 
On voit ici-bas 
Plus d'une coquette 
Qui ne me vaut pas. 

F. de 



La musique, de Ch. Plantadb.m trouTe à Paris, 
chez M. Heu, éditeur, 10, r. de la Chauiiée d'Antfai. 



LE GOUT DE LISON. 

Air : Non, no», non, vouin'éUt plut XCfttft. 

C'est en vain que Monder 
Convoite ma Usette, 
El veut à force d'or 
Corrompre la fillette ; 

Et zon, zon, zon, 
Rester toujours grisette, 

Et zon, zon, zon, 
C'est le goût de Lison. 

11 offre un édredon, 
Mais Lisette le raille. 
Sur ce lit Cupidon 
Enfonce, dort et bâille : 

Et zon, zon, zon, 
Rebondir sur la paille, 

Et zon, etc. 

Jamais riches atours 
N'ont surpris sa tendresse, 
Elle change d'amour 
Pour en doubler Tivresse I 

Et zon, zon, zon, 
Caresse pour caresse, 

Et zon, etc. 

Devant un beau miroir. 
Que lui fait qu'on l'habille. 
Car lorsqu'elle veut voir 
Ses traits de jeune fille ; 



Et zon, zon, zon, 
Deux yeux où l'amour brille, 
Et zon, etc. 

D'an palais argenté 
Dédaigner l'atmosphère, 
Au feu de sa gatté 
Réchauffer sa misère, 
Et zon, zon, zon, 
La couronne de lierre, 
Et zon, etc. 

Ceignant du haut d'un char 
Le rubis ou l'opale, 
Elle eut de toute part 
Insulté la morale : 

Et zon, zon, zon, 
La tricher sans scandale , 

Et zon, etc. 

Sur un ton sémillant, 
Parfois il la provoque, 
D'un langage brillant 
La friponne se moque. 

Et zon, zon, zon, 
La badine équivoque. 

Et zon, etc. 

Si d'un air vaporeu.t 
Le grand monde raffoUe, 
Pour son cœur amoureux 
Fi I d'une barcarolle. 

Et zon, zon, zon, 
Chanter la gaudriole, 

Et zon, etc. 

Dans nos bals du bon ton, 
Sylphides ravissantes, 
Vous repoussez, dit-oo. 
Les coupes enivrantes. 

Et zon, zon, zon. 
Imiter les bacchantes, 

Et zon, etc. 

Biens, faveur, parchemin. 
Je t'offre tout, emelle, 

«7 



IM 



GHA.NSONS POI^UIiAiaE& 



Lui dit-il, de l'hymen 
Accepte la tutelle. 

Et zon, zon, zon, 
Vivre libre, dit-elle, 

Etzon, zon, zon, 
Cest le goût de Lison. 

Edouard ■•ckla «1 



LA GASCONNE. 



Air : Auprh de Barcelone^ 

Un jour dé cet automne, 
De Bordeaux revenant, 
Je vis nymphe mignonne 
Qui s'en allait chantant • 
On rit, on jase, on raisonne, 
On n'aimé qu un moment. 

Je vis nymphe mignonne 
Qui s'en allait chantant : 
C'était la jeune CEnone, 
Fraîche comme un printemps. 
On rit, on jase, on raisonne. 
On n'aimé qu'un moment. 

C'était la jeune CEnone, 
Fraîche comme un printemps, 
Fermé comme une nonne, 
Un morceau dé friand. 
On rit, on jase, on raisonne, 
On n'aimé qu'un moment. 



Je déchire et chiffoane 
Lacet, gaze et ruban. 
On rit, on jase, on raisonne, 
On n'aimé qu'un moment. 

Je déchire et chiffonne 
Lacet, gaze et rubaa. 
« TieAS, lé fils dé Latone, 
Lui dis-je, est moins ardent. • 
On rit, on jase, on raisonne, 
On n'aimé qu'un moment. 

a Tiens, lé fîîs de Latone, 
Lui dis-je, est moins ardent; 

Ëtjson flambeau, mignonne. 

S'éteint dans l'Océan. » 
On rit, on jase, on raisonne. 

On n'aimé qu'un moment. 

« Et son flambeau^ migaonnei» 
S'éteint dans rOcéan« 
Celui que je té donne 
S'en va toujours brûlant, i 
On rit, on jase, on raisonne. 
On n'aimé qu'un moment 

« Celui que je té donne 
S'en va toujours brûlant, 
— Ah 1 mé dit la friponne, 
J'en doute à ton accent. » 
On rit, on jase, on raisonne. 
On n'aimé qu'un moment. 



Musique de Dalayrac, notée au N- 589 de UCM 
du Caveau. 



Fermé comme une nonne. 
Un morceau dé friand. 
Dans mon humeur gasconne» 
J'étais entreprenant. 
On rit, on jase, on raisonne 
On n'aimé qu'un moment. 

Dans mon humeur gascomiei 
J'étais entrépnénaAt 



LA MARMOTTE EN VIE 



1798. 



J'ai quitté la montagne 
Où jadis je naquis. 
Pour courir la campag;ne 
Et venir à Piuria. 



CHANSONS BADINEa El GRIVOISES. 



!07 



Ah I voyez donc la mannotte, 

La marmotte en vie. 
Donnez queuqu* chose à Javotte 
Pour sa marmoite ea via. 
Ah I youlaz-TOiit< voir lamarmoUe, 

La mannolta en vie ;. 
Ah ! donnez queuqu' chose k JavoUa 
Pour sa marmotte en vie. 

De village an vUlaga 
Je m*en allai tout droit, 
Portant petit ^agftgB, 
Criant dans chaque endroit : 
€ Ah ! voyez donc la marmotte, 

Ea roarmotte an vie^ 
Donnez queuqu' chose à Javolte 
Pour sa mannctte en vie. 
Ah I voulez-vous voir la marmotta, 

La marmotte en vie ; 
Ah t donnez queuqu' chose à Javotta 
Povr sa marmotte en vie. » 

Quand f fus à la barrière, 
Un commis m'arrêta, 
M' disant : <r Jeune étrangère, 
Que portez-vous donc là T 
— Ah ! monsieur, c'est la marmotte, 

La marmotte en vie. 
Donnez queuqu* chose à Javotte 
Pour sa marmotte en vie ; 
Ah ! voulez-vous voir la marmotte , 

I^ marmotte en vie ; 
Ah ! donnez queuqu' chose à Javotte 
Pour sa marmotte en vie. 

— Passez, la jeune fille. 

Avec ce petit bien ; 

Quand on eet si gentille, 

Au roi Ton ne doit rien. 
Allez crier la marmotte, 
La marmotte en vie. 
D* mandez queuqn* chose peur Javotte, 

Pour sa marmotte en vie. » 
Ah I voulez-vous voir la ttarmoCte, 

La marmotte en vie ; 
Ah ! donnez queaqu* chose à laiotle 

Pour sa marmotte eo vie. 



Un beau monsieur me r'garde. 
Puis s'arrête tout doux.: 
«La belle Savoyarde, 
Montre-moi tes bijoux; 
Ah ! voyons donc c'te marmotte, 

C*te marmotte en vie. 
J* donnerai queuqu* chose à Javotte 
Pour sa marmotte en vie. 
Ah I montre-moi ta marmotte, 

Ta marmotte en vie. 
Oui, je donnerai queuqu'chose à Javotte 
Pour sa marmotte en vie. » 

Moi, sans plus de mystère, 
Soudain le satisfis. 
Il ouvr' son aumonière» 
Puis, comptant ses louis : 
c Ah I prête-moi ta marmotte, 

Ta marmotte en vie. 
Je donn'rai tout c't'or à Javotte 
Pour sa marmotte en vie ; 
Ah ! prête-moi ta marmotte, 

Ta marmotte en vie ; 
Oui, je don n rai tout c t'or à Javotte 
Pour sa marmotte en vie. » 

Que faire, pauvre fille, 

En voyant tant d'argent? 

D'aise mon cœur pétille. 

J'accepte le présent, 
o Prenez, prenez la marmotte, 

La marmotte en vie. 
Donnez, donnez à Javolle 

Pour sa marmotte en vie. 
Ah I caressez la marmotte, 

La marmotte en vie ; 
Ah! donnez, donnez à Javotte 

Pour sa marmotte en vie. » 

Mais ce bien que r*grette. 
Il me Tprit pour son or ; 
N'ai plus que la coflVette 
Où gardais ce trésor. 
Ah I j*ai perdu la marmotte, 

La marmotte en vie. 
C'en ait fait, pauvre Javotte, 
D* ta marmotte en vie I 



108 



CHANSONS POPULAIRES. 



Ah I oui, j*ai perdu la mannotte, 

La marmotte en vie, 
Ah I c'en est fait, pauvre Javotle, 

D*ta marmotte en vie ! 

Ducray Dninéiill. 



La musique, de l'auteur des paroles, se trouTen»* 
tée au N. 240 de la Clé du Cayeau. 



AH I LE BEL OISEAU, MAMAN ! 



Ah! le bel oiseau, maman, 
Qu'Alain a mis dans ma cage ! 
Ah î le bel oiseau, maman, 
Que m'a donné mon amant ! 

En cachette, hier au soir, 
Nous sortîmes du village : 
a Suis-moi, si tu veux le voir, 
Me dit-il, sous ce feuillage. » 
Ah I le bel oiseau, maman, etc. 

a Pressons-nous, mon cher Alain; 
S'il s'échappait, quel dommage I 
Mon cœur bat, mets-y la main. » 
Le sien battait davantage. 
Ah ! le bel oiseau, maman, etc. 

11 me prit un doux baiser : 
« Alain, Alain, sois donc sage. 
— C'est, dit-il, pour préparer 
Du bel oiseau le ramage. » 
Ahl le bel oiseau, maman, etc. 

Il me presse de nouveau. 
« Je le tiens, dit-il, courage I 
Le voici sous mon chapeau ; 
C'est le plus beau du village. » 
Ah I le bel oiseau, maman, etc. 

Il est à moi pour toujours; 
U chérit son esclavage ; 



C'est l'objet de mes amours. 
J'en veux jouir sans partage. 

Ah ! le bel oiseau, maman, 
Qu'Alain a mis dans ma cage ! 
Ah ! le bel oiseau, maman. 
Que m'a donné mon amant 1 

Parole* d'an anenyaie. 

Alt anden, noté au N. 18 de la Clé du CavetiL 



LE PETIT SAVOYARD. 

Air : Ma marmotte a mal om fiêd. 

A peine âgé de dix ans. 

Je quittai nos montagnes. 
Marmotte en main, les yeux brillanti, 

J' parcourus les campagnes ; 
Le premier jour, heureux déjà, 

J* touchai r cœur de Javotte, 
Avecque mie, avecque ma. 

Ma petite marmotte. 

Sur mon chemin quand j' rencontrais 

Queuqu' fiU' malicieuse, 
Aussitôt je lui montrais 

Ma pièce curieuse. 
Plus d'une dont le cœur soupira, 

S'amusa comme Javotte, 
Avecque mie, avecque ma, 

Ma petite marmotte. 

D'un tendron au cœur chagrin 
J* savais réveiller l'âme , 
D' la mienne, connaissant 1' chemin. 
Près de moi mainte dame 
De ses tourments se consola, 
En jouant comm' Javotte, 
Avecque mie, avecque ma , 
Ma petite marmotte. 

Pour plaire j'avais ce qu'il faut , 
En me voyant paraître. 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



Il» 



Toutes les fill's aussitôt 

M*entr*ouyraieDt leurs fenêtres. 
Cell's quLpour moi faisaient ça. 

Soupiraient comme Javotte, 
Avecque mie, arecque ma, 

Ma petite marmotte. 

Quand partout j*eus bien montré 

Ce que j*eus en partage, 
Au pays je suis rentré 

Content de mon voyage. 
D' nouveau depuis ce moment-là, 

Je fais sauter Javotte, 
Avecque mie, avecque ma, 

Ma petite marmotte. 



LES SOUVENIRS. 



Nous vieillissons, ma pauvre bonne amie. 
Hélas I le temps a marbré nos cheveux. 
Et notre main, déjà mal affermie. 
Trahit souvent nos désirs et nos vœux. 
Mais si Thiver qui glaça ma musette, 
A nos plaisirs vient mettre le holà ; 
Caressons-nous, caressons-nous, Lisette, 
Pour endormir encor ce regret-là. [bis.) 

Te souviens-tu de ce bosquet de roses 
Qui sur mon cœur vit ton cœur se presser? 
Là, sous tes pas, mille fleurs demi-closes 
Tout doucement f invitaient à glisser. 
Où sont ces fleurs, témoins de ta défaite? 
Sous ces remparts, un jour on les foula. 
Caressons-nous, etc. 

Te souviens-tu de ce vieil uniforme 
Que j'étrennai si bien à Friedland? 
Le temps enfin Ta mis à la réforme ; 
Le bras faiblit, mais le cœur est brûlant. 
Ah ! mon babit, parmi ceux qu*on achète, 

Tu ne fus pasi Aussi Ton t'exila. 

Caressons-nous, etc. 



Te souviens-tu de Fbonorable signe 
Qui sur mon sein brilla dans les cent jours? 
Ah! devait-on m*en déclarer indigne) 
Mon pays seul n*eut-il pas mes amours? 
Mais le traitant, qu'à ma place on breveté, 
Pour l'obtenir, que de preux il volai 
Caressons-nous, etc. 

Te souviens-tu?... Laissons là ma misère : 
Soyons Français, ne pensons plus à moi. 
Citons plutôt le nouveau Bélisah^, 
Dont les malheurs ont causé tant d'émoi. 
Quoi, laigle est mort, on a flétri la tête 
Qui tant de fois de gloire étincela! 
Caressons-nous, caressons-nous, Lisette, 
Pour endormir encor ce regret-là. (bis.) 



COUPLETS DE TARARE. 

17S7. 

Je suis né natif de Ferrare. 

Là, par les soins d'un père avare, 

Mon chant s'étant fort embelli, 

Ahil povero Calpigi 1 

Je passai du Conservatoire 

Premier chanteur à l'oratoire 

Du souverain di Napoli : 

Ah 1 bravo, caro Calpigi. 

La plus célèbre cantatrice 
De moi fit bientôt par caprice 
Un simulacre de mari. 
Ahi 1 povero Calpigi I 
Mes fureurs ni mes jalousies 
N'arrêtant point ses fantaisies, 
J'étais chez moi comme un zéro ; 
Ahil Calpigi povero I 

Je résolus, pour m'en défaire. 

De la vendre à certain corsair», 

Exprès passé de Tripoli : 

Ah! bravo, caro Calpigi I 

18 









CHANSONS POPULAIRES. 



Le jour veiiD, mon traître d'homme, 
Au lieu de me compter la somme, 
M'enchatne au pied de leur fhàlit. 
Ahi ! povero Calpigi ! 

Le forban en fit sa maîtresse ; 
De moi, l'argus de sa sagesse; 
Et j'étais là tout comme ici : 
Ahi ! povero Calpigi I 

ATAR. 

Qu'avez-vousàrire, Spiaetie? 

CALPIGI. 

Tous voyez ma fausse coquette. 

ATAR. 

Dit-il vrai ? 

Spinette. 
Signor, è vero. 

CALPIGI, 

Aiii 1 Calpigi povero ! 

Beaumarchais. 

Cet opéra, que Beaumarchais appela mélodrame, 
fut représenté pour la première fois le 8 juin 1787 et 
repris le 3 août 1790, augmenté d« couronnement de 
Tarare. L'auteur de Figaro fit précéder la nouvelle 
édition d'une énorme préface dans laquelle il cherche 
i prouver que lorsqu'il avait composé sa pièce, il 
avait fait un acte de courage. « Citoyens, s'écrie-t-il, 
souvenez-vous du temps où vos penseurs inquiétés, 
forcés de voiler leurs idées, s'enveloppaient d'allé- 
gories, et labouraient péniblement le champ de la ré- 
Tolution. Après quelques autres essais, je jetai dans 
la terre, à mes risques et périls, ce germe d'un chêne 
civique au sol brûlé de l'Opéra, n 

Il avait lutté pendant six ans contre le pouvoir 
avant de faire représenter sa pièce, qui flt beaucoup 
de scandale et obtint d'abord peu de succès. Cepen- 
dant, tout en disant que la pièce était mauvaise, tout 
le monde y courait. 

Beaumarchais avait prétendu faire un opéra philo- 
sophique. M Une maxime à la fote coasolante et sé- 
vère, disait-il, est le sujet de mon oartoge. n Cest 
celle par laquelle U le termina : 

Mortel, qui que ta sois, prince, prêtre ou soldat, 
Hommel U grandeur sur U tMM 
ITapparUent point à ton état : 
m* sst tonte k ton cnractèret 



Le couronnement de Tarsret ajcitté en 1790, 4tnit 
une allusion i la liberté française et une ampUUca- 
Uon de ces paroles de Mirabeau * La liberté fera le 
tour du monde I 

De tout le fatras dont Beaumarchais STsit f^ sa 
pièce, composition Vizarte et informe, durement Tei^ 
siflée, il n'est resté que les couplets de Calpigi^ dont 
l'air charmant de Salieri fit la vogue, et qui est en- 
core employé aujourd'hui par les vaudevillistes et 
les chansonniers. 

Musique de Salieri, notée auN. 280 de la Clé dn 
Caveau. 



COUPLETS DE NMON GBKZ HO) AME DE llWSL 

1809. 

C'est bien le plus joli corsage I 
Le pied mignon, surtout les yeux ! 
Depuis bien longtemps, je le gage, 
Paris n'en a pas vu de mieux. 
Sa beauté séduirait un prince; 
Âh I pour attraper les maris, 
Les femmes ont dans la province 
Les mêmes armes qu'à Paris. 

A Paris, dit-on, c'est l'usage; 
On s' moque des provinciaux. 
Tout c'qui n'est pas du grand village» 
Passe à Paris pour et' des sots. 
Croyant leur mérite plus mince 
D'nigauds on trait' tous nos marb. 
Mais les maris de la province 
Ne le sont pas plus qu à Paris. 

De not' maîtresse, je vous jure, 
Tout en est beau, tout en est boo^ 
C'est un ange pour la ûgure. 
Et pour l'esprit c'est un démon. 
De celui qu'elle fait paraître, 
Comme de ses traits on est épris. 
Excepté madame, peut-être, 
On n'en a pas plus à Paris. 

MoMqiie deBBKTOir, Boi4e m N. 80 de Im GW4» 



CHANSONS BADINES ET GRÎVOISES. 



Ht 



«rOYAGE DE L'AMOUR ET DU TEMPS. 



A voyager passant sa vie, 

Certain vieillard nommé le Temps, 

Près d'un fleuve arrive el s'écrie : 

c Ayez pitié de mes vieux ans. 

Eh quoi ! sur ces bords on m'oublie , 

Moi qui eempte tous les instants ! 

Mes bons amis, je vous supplie, 

Venez, venez passer le Temps. » (bis.) 

De l'autre côté, sur la plage, 

Plus d'une fille regar^t, 

Voulant aider à son passage. 

Sur un bateau qu*Am(mr guidait. 

Mais une d'elles, bien plus sage. 

Leur répétait ces mots prudents : 

ff Bien souvent on a fait naufrage, 

En cherchant à passer le Temps. » {his.) 

L'Amour gatment pousse au rivage, 

n aborde tout près du Temps ; 

n lui propose le voyage, 

L'embarque et s'abandonne aux vents. 

Agitant ses rames légères. 

Il dit et redit dans ses chants : 

« Vous voyez bien, jeunes bergères, 

Que l'Amour f^t passer le temps. i» (5i9.) 

Mais tout-à-coup TAmour se lasse : 

Ce fut toujours là son défaut. 

Le Temps prend la rane à sa plaee. 

Et lui dit : c Quoi t céder sitôt ! 

Pauvre enfant, quelle est ta faiblesse? 

Tu dors et je chante à mon tour 

Ce vieux refrain de la sagesse : 

Ah ! le Temps fait passer l'Amour. » [bis,) 



LE COUP DU MILIEU. 

Air De la pipe de tabac. 

Nos bons aïeux aimaient à boire. 
Que pouvons-nous fidre de mieux T 



Versez, versez î je ne (kis gloire 
De ressembler à mes aïeux î 
Entre le chablis que j'honore. 
Et l'aï dont je fais mon dieu, 
Savez-vous ce que j'aime encore? 
C'est le petit comp du milieu. 

Je bois quand je me mets à table, 
Et le vin m'ouvre l'appétit; 
Bientôt ce nectar délectable 
Au dessert m'ouvrira l'esprit. 
Si tu veux combler mon ivresse. 
Viens, Amour, viens, espiègle dieu. 
Pour trinquer avec ma maîtresse, 
M'apprèter le coup du milieu. 

Ce coup, mes très cbers camarades, 
A pris naissance dans les cieux ; 
Les dieux buvaient force rasades. 
Buvaient enfin comme des dieux. 
Les déesses, femmes discrètes. 
Ne prenaient point goût à ce jeu. 
Vénus, pour les mettre en goguettes, 
Proposa le coup du milieu. 

Aussitôt cet aimable usage 
Par l'Amour nous fut apporté ; 
Chez nous son premier avantage 
Fut d'apprivoiser la beauté. 
Le sexe, à Bacchus moins rebeUe, 
Lui rend hommage en temps et lieOt 
Et l'on ne voit pas une belle 
Refuser le coup du milieu. 

Buvons à la paix, à la gloire I 
Ce plaisir nous est bien permis ; 
Doublons les rasades pour boire 
A la santé de nos amis. 
De Momus disciples fidèles, 
Buvons à Panard, à Chaulieu ; 
Mais pour la santé de nos belles 
Réservons le eo%ip du miUeu. 

4 UmmÊÊé» 



114 



CHANSONS POPULAIRES. 



Qui r*yient vainqueur à Rome 

Avec son régiment ; 

Il apprend que V cher père 

A cloîtré son objet... 

Il pleure, il s' désespère ; 

Hais c'est comme s'il chantait. 

Aift : Traitant t'Àmotir $an9 pilii. (N. 57L) 

Dans c' pays-là, par bonheur, 

La loi voulait qu'on choisisse 

La Yestar la plus novice 

Pour couronner le vainqueur. 

ft Tu reviens comm' Mars en carême 

(Lui tout bas celle qu'il aime) 

Pour r'cevoir le diadème. 

Du cœur dont t' as triomphé. » 

Il veut répondre, il s'arrête. 

Il la r'garde d'un air bête ; 

Et le v'ià qui perd la tête 

Au moment d'être coiffé. {bis.) 

A m : Bonsoir La eompagnit. (N. 68.) 

Enfin 

Un serr'ment de main 

Lui dit ; « Prends garde, 

On nous regarde. » 
Le v'ià qui se remet; 

V'Ià qu'elle lui met 

Un beau plumet. 
« A c'ie null, j' te Y promets. 

— A c'ie nuit, j' le V permets. 

— Puisqu' la çarimonie, 
Dit l'abbesse, est finie, 
Rentrez dans vot* dortoir; 

Jusqu'au revoir, 
Bonsoir. « 

Aie : A boire! à boire! à boire! (N. I.) 

Silène' ! Silène' î silence 1 
V'ià qu' la seconde act' commence, 
Et j' vois l'enceinte du saint lieu 
Avec un réchaud z'au milieu. 

Alt : rmrrive à pitd de frrovinet. 

On ordonne à la religieuse 

D'entretenir le feu ; 
S'il s'éteint, la malheureuse 

N'aura pas beau Jeu. 
A son devoir elle s'apprête, 

N'osant dire tout haut 
Qu'ell' a bieu d'aut's Ceux en tête 

Que r feu du réchaud. 



An : Des fraitn. (?<. 52S.) 

La via seule, et dans son cœur, 
Où qu* la passion s' concentre, * 

Elle appelle son vainqueur; 
Mais que deviendra son honneur, 
S'il entre, s'il entre, s'il entre? 

An : Du haut en èm. |N. I55J 

c n entrera, 
S' dit-eUe au bout d'un bon quart dlieure^ 

Il entrera. 
Et puis après il sortira. 
Gn'y a bien assez longtemps que j' i^eore; 

Du moins j' dirai, 

S'il faut que j' meure : 

Il est entré. » 

Ait : Dne fille est un oiseau. fN. 606 ) 

Si tôt pris, si tôt pendu ; 

Elle court ouvrir la porte : 

L'amant que 1* plaisir transporte 

Accourt d'amour éperdu. 
« Faut qu' ce soir je t'appartienne; 
J'ai ta parole, t' as la mienne. 
Pus de feu, pus de réchaud qui tienne. 
— Ciel ! m'arracher de c' lieu saint! » 
Bref, mêm' rage les consume ; 
Et tandis qu' leur feu s'allume, 
V'ià-t-i pas qu' l'autre s'éteint ! (bis,) 

Air : Au eotn du feu. (!f. 47 J 

« ciel 1 je suis perdue ! 
Dit la Vestale émue; 
Gn'y a pas de bon Dieu. » 
Et v'ià qu' la pauvre amante 
Tombe glacée et tremblante. 
Au coin du feu. {ter,) 

Air : des Troubadours. (N. 741.) 

Les cris d' la belle évanouie 
Donnent l'alerte à l'abbaye. 
Qui s'éveill' tout ébahie : 
Et l'amant, qui s' sent morveux. 
Voyant qu'on crie à la garde, 
S'esbigne en disant : « Si t' tarde, 
Si j' m'amuse à la moutarde, 
Nous la gobons tous deux. » 

Air : Dépiekont, dipéehon», dipiekon»-nout. (R. $T9.) 

Ah I m'am'zell' qu'avez-vous fait là 1 
Dit d'une voix, de tonnerre 



CHANSONS BADINES ET GRIYOISES. 



SU 



Le révérend du monastère , 
Ah ! mam'zeir, qu*avez-vou8 fait là I 
Yotf feu 8*est éteint, mais il vous en cuira. 
D'shabillez, d*8habillez, d'8habi]lez-4a ; 
Son affaire 
Est claire : 
Qa*à l'instant même on Tenterre, 
Etqu'ça,mor...etqu'ça,mor...etqu*ça,morbleu 
L*i apprenne une auf fois à bien souffler son feu! 

Air des Pendu». (N. 728.) 

Là-d'sus on lui couv* l'estomac 

Dun ling* tout noir qu*a l'air d'un sac ; 

L'orcbest' l'i pince à sa manière 

Un* marche à porter 1' diable en terre ; 

Et la patiente, d' son côté, 

S* dit tout bas : « r m'en avais douté. » 

Air • A boire ! à boire ! à boiv l (N. i.) 

Silène' ! silène' ! silence î 
Tlà qu' la troisième act* commence. 
J* vois six tombeaux, sept, huit, neuf, dix, 
Qu' c est gai comme un De profundis. 

Ajr: Au clair de la luHê, N 189QL) 

Au clair de la lune 
L'amant, tout en l'air, 
Sijr son infortune 
Vient chanter z'un air, 
Où c' qu'il dit : « Qu'ail* meure, 
Et j* varrons beau train ! 
S'il fait nuit à c' t' heure, 
11 fra jour demain. » 

Air deê PUurttUs. (N. 733.) 

Mais drès que d' la Vestale 

Il entend v'nir 1' convoi. 

Crac, le v'ià qui détale... 

On n' sait pas trop pourquoL 
D'vanl la fosse il s'arrête 
On croit que 1* pauvre ofQcler 
D' chagrin va s'y j'ter 1* premier ; 
Mais pas si bète I 



! 



l 



Air : LeportMahemêslpris^ (N.a62.) 

Du plus hautd* la montagne, 
L*enfant 
Descend, 
Tout r mond' l'accompagne. 
Et tout bas chaq' compagne 
S' dit, en allongeant 1' cou : 
« V'ià son troU; v*là son trou, v'ià son trou. » 
Pendant 1' Miserere 
Qu'entonne m'sieu le curé, 
Blême et plus morte qu* vive. 
Au bord du trou la Vestale arrive : 
Tout r monde d'mand' qu'ail* vive ; 
L* cirré répond : « Nennî, 
N, i, ni, c'est fini, d 

Air • Bcajour, wum œmi Vincent. (N. 83. ) 

a G'tapendant, qu*il dit, j* veux bien 
Faire encor queuqu* chose pour die; 
Sur c* réchaud où gn'y a plus rien 
Mettez r fichu d' la d'moiselle; 
Si r ling* brûl* on n' l'enter'ra pas ; 
S'il n' brûl* pas, ell* n* l'échapp'ra pas. 
Vous r voyez, aucune étincelle 
N* vient contremander son trépas : 
Or, plus d' débats , 
Du haut en bas, 
Gn*y a point z'à dir*, faut qu'ell* saute 1* pas. » 

Air : Nous nous marCrons dimanche. (N. 409.) 

« Douc'ment, 
Dit ramant. 
Qui guettait 1* moment. 
Faut qu'enfin 1' chap'let s* débrouille . 
C*est moi qu' a tout fait, 
Grâc' pour mon objet. 
Sinon j'ai là ma patrouille. 
Par son trépas 
D'uncrim' vot* bras 

Se souille ; 
Si ça n'est pas, 
J* veux que mon damai 
Se rouille ! 
— Mon Dieu 1 oomme il aient I 
Dit la pauvre enfilai; 
Ni TU, ai connu, J* teoibroiiiUe. » 



lis 



GHANSOni^ FUPDLAIRES. 



Air : Jia$Ua$^}Um Urelire, (N. 604.) 

c Vite, à moi, mon régimeatl 
En plein, plan, 
Rlanianplan, 
V*là z*un enterrement 
Qu'à Tinstant 
Et d* but en blanc 
Il faut mettre en déroute ; 
Battons-nous, coût' qui coûte. 
Quoique j' n'y voyons goutte. » 
Mais r régiment 
Du couvent. 
En plein, plan, 
Rlantanplan, 
Qu'est pour l'enterr'ment, 
Répond qu'il vers'ra son sang 
Jusqu'à la dernière goutte. 
Pendant quéuqu' temps on doute 
Qu'est-c' qu'emport'ra la r'doute. 
Au bout d'un combat sanglant, 
En plein, plan, 
Rlantanplan, 
Au lieu d' l'enterr'ment. 
C'est r régiment 
De l'amant 
Qui s' trouve être en déroute. 

àlK: n a voulu, iln*apaspu, (N. 216.) 

Gn'y a pas de milieu. 

Faut s' dire adieu ; 
C'est-i ça qui vous l' coupe ? 

Rien que d' les voir, 

V'ià mon mouchoir 
Qu'est trempé comme un* soupe. 

Air : N*estM amour ^ tous ton empire. (N. 966.) 

L* pauvre agneu descend dans la tombe I 

Qu* c'est pain béni I 
Sur sa tète 1* couvercle retombe ; 

V'ià qu'est fini. 
Pour si peu s* voir si maltraitée ! 

L' beau chien d* plaisir ! 
Et D* la T*là-tri pas ben plantée 

Pourraverdirt 



Air * Ciel I Punivera tta^t'U donc se dissoudre t (K. ^M.) 

Mais, patatras, v'ià z*un éclair qui brille; 
EtrTout-Puissant,qui,j'dis, n'est pas manchol^ 
Pour sauver la pauvre fille, 
Vous lâche un pétard qui grille 
L' diable d' chiffon qui pendait sur V réchaad. 
Vive r Père éternel. 
Qui d* son tonnerre 
Arrang' l'affaire I 
J' ny comptions guère ; 
C'est z'un coup du ciel. 

Air : Ah l mon Dieu ! que je V échappe belle, (N. 16.) 

a Ah ! mon Dieu ! que je l'échappe belle 1 

Dit en haussant V cou 

• Au d'ssus du trou 
La demoiselle ; 
Au bon Dieu je d'vons un' fier* chandelle I 

'Car je n* pouvons pas 
M' dissimuler qu' j 'étions ben bas. » 

Air : O Filii et Filia, (N. 112.) 

Tant y a que 1* coupl' s'épousa, 
Et qu' chaqu' veslal' dit, voyant ça ; 
a Quand est-c' qu'autant m'en arriv'ra ? 
Alléluia. » 

DéMiugiers. 



RONDEAU DE JOCONDE. 



J'ai longtemps parcouru le monde, 
Et l'on m'a vu de toute part. 
Courtisant la brune et la blonde, 
Aimer, soupirer au hasard. 

Sémillant avec les Françaises, 
Romanesque avec les Anglaises^ 
En tous lieux où j'ai voyagé, 
Selon le pays j*ai changé. 
Sans me piquer d*ètre fidèle. 
Je courais d'amour en amour ; 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



nt 



Je o*aimais jamais qu*one belle, 
Oui, mais je ne l*aimais qu'un jour. 
J'ai longtemps parcouru le monde, ete. 

Ce n'était point de l'inconstance, 

Oh 1 non, c'était de la prudence ; 

Car des femmes, sans vanité, 

Je connais la légèreté, 

Et je ne les quittais d'avance 

Que pour n*en pas être quitté ; 

Et cependant, en vérité, 

Je l'ai souvent bien mérité ; 

Car j'ai longtemps couru le monde, etc. 



de l'amour je porte enfin les chaînes. 
L'aimable Édile a reçu mes serments. 
Je trouve même un charme dans mes peines. 

Et chéris jusqu'à mes tourments. 

Mon luth, si longtemps infidèle. 

Ne' résonne plus que pour elle. 

Pourtant je dois en convenir. 

Je m'en souviens avec plaisir, 

• 

J'ai longtemps parcouru le monde. 
Et l'on m'a vu de toute part. 
Courtisant la brune et la blonde, 
Aimer, soupirer au hasard. 

ÛUmmmm. 

Muique d« Nioolo. 



CONSEILS A MON FILS. 

Air : Mon pays avant UmL 

Mon fils, j'ai de l'expérience. 
Tu dois le voir à mes cheveux , 
Comme toi, dès l'adolescence, 
A nos belles j'offris mes vœux ; 
Mais aux genoux (f'une froide mallresse, 
Je n'allais pas gémir et soupirer. 
Je parlais peu d'amour et de tendresse, 
Mais dans un bois je savais l'attirer. 

Ecoute les avis d'un père, 
Dont le plaisir fila les Jours; 



Sache que l'amant téméraire 
Est le plus chéri des amours ', 
Qu'un Céladon au< pieds d'une cmelle 
Meure d'amour et n'en puisse inspirer ; 
Toi, tu vaincras les rigueurs d'une belle 
Lorsqu'en un bois tu sauras l'attirer. 

Dans le cœur déjeune maîtresse 
Qu'Amour ne put encor blesser, 
Fais pénétrer avec adresse 
Le trait qu'elle veut repousser , 
Et tu verras que son indifférence 
Sous ce trait-là bientôt doit expirer , 
En badinant avec inteUigence, 
Au fond d'un bois si tu sais l'attirer. 

Tandis qu'avec une romance, 
Qu'il fredonne dans un salon. 
Près des beUes un fat s'avance 
Par un chemin beaucoup trop long, 
Enfile droit pour aller à Cythère, 
L'étroit sentier qu'Amour sut te montrer : 
Fais à ta belle une chanson légère. 
Et dans un bois tâche de l'attirer. 

Ovide, pour plaire à Julie, 

D'Apollon dédaigna la cour ; 

Mais dans la main de son amie 

Il mit le flambeau de TAmour. 
Elle oublia la grandeur mensongère 
Où son orgueil avait droit d'aspirer ; 
Et ne vit plus qu'Ovide sur la terre, 
Dès qu'en un bois il eut su l'attirer. 

A sa Lisette, qu'il dispose, 

Yois le gros et pesant Lucae 

Présenter un bouton de rose. 

Dont la tige ne fléchit pas; 
Du campagnard la brillante éloquence 
Est de savoir agir et désirer ; 
Lise rougit et Lucas en silence 
Au fond d'un bois va bientôt l'attirer. 

Sache jouir de ta jeunesse. 
Cet âge est celai du plaisir. 
Ce Dieu qui voltige sans 
Noos avertit de le saisir. 



118 



CHANSONS POPULAIRES. 



n vient un (emps où la beauté sévère 
Ne permet plus même de désirer. 
Hélas I mon fils, vieillard sexagénaire, 
Au fond d'un bois ne peut plus l'attirer. 

F. Oaaphln. 



L'AMOUR MARCHAND DE PLAISIR. 

18!0. 

L'amour courait, cherchant pratique; 
De plaisir il était marchand. 
Pour achalander sa boutique, 
Il s'en allait partout criant : 
« Dans la saison d'aimer, de plaire. 
Régalez-vous, il faut jouir ; 
Étrennez l'enfant de Cythère, 
Mesdames, voilà le plaisir I {bis,) 

Régalez-vous, mesdamea^ 
Voilà le plaisir ! 

« Le temps s'envole et sur sa trace 
Fuit beauté, jeunesse et désir ; 
Comme un éclair le plaisir passe : 
Au passage il faut le saisir. 
Fillettes dont le cœur palpite, 
Régalez-vous ; pourquoi rougir. 
Au plaisir l'Amour vous invite. 
Fillettes, voilà le plaisir ! {bis.) 

Régalez-vous, mesdames, etc. 

€ Au Mentor, au tyran sévère 
Se dérober en tapinois. 
D'un jaloux tromper la colère. 
Réduire un Argus aux abois ; 
Par un peu de coquetterie 
Sans cesse éveiller le désir. 
Voilà le plaisir de la vie. 
Mesdames, voilà le plaisir ! {bis,) 

Régalez-vous, mesdames, etc. 

c Dans le hameau, daos la campagne, 
A la cour et chez les prélats, 
A Rome, en France, dans l'Espagne, 
Les plaisirs sont les meilleurs plats. 



C'est le plaisir qui toujours reste. 
On ne le voit pas desservir ; 
Jusqu'au dernier, d'une main leste. 
On voit les rois mêmes l'offrir. 
Mesdames, voilà le plaisir ! (6t«.) 

Régalez-vous, mesdames, etc. 

« Mon adresse est chez le Mystère, 
A l'enseigne du Rendez- Vous ; 
Venez, venez, j'ai votre affaire, 
J'ai du plaisir pour tous les goûts. » 
Bientôt le plaisir fut si preste. 
Tant de chalands vinrent s'offrir^ 
Qu'Amour criait : « Au reste, au reste l 
Hâtez- vous, ou point de plaisir. [bis,) 
Régalez-vous, mesdames. 
Voilà le plaisir 1 » 

Henri de Brevanii«. 

Musique de A. Marque, notée an N. 316 de U 
Qé du Caveau. 



PIERRE ET PIERRETTE. 

Al R : Mon tytthnu esl d'aimer le bon vitu 
Ou : de la contredanse du Diable à Quatre. 

Tic et tic et tac, et lin, tin, tin, 
Est r refrain 
De mon cœur et de mon verre ; 
Tic et tic et tac, et tin, tin, tin. 
Est r refrain 
Qui met Pierre 
En train. 

Du pays j'arrivais simple et sage. 
Grâce aux bonn's leçons de ma mèr' -grand 
Je v'nais faire mon apprentissage ; 
Mais Dieu sait c' qu'à Paris on apprend... 
Tic et tic et tac, etc. 

J' voulais n'avoir jamais d'amourette. 
Mais chez nous un jour Pierrette vint ; 
J* voulais n' boire que d' l'eau, mais Pierrett 
Était fille d'un marchand de vin. 
Tic et tic et tac, ete. 



CHANSONS BADINES ET GBIYOISES. 



U» 



L* Jonr où j' la vis était an dimanche ; 

Elle avait un si joli maintien, 
Des ch'veux si noirs, une peau si blanche, 
Deux yeux, deux... qu*sais-je?iln* lui manquait rien 
Tic et tic et tac, etc. 

Ma mèr', comm' c'était l'heure où Ton dîne. 
Du dîner Tinvile à prend' sa part; 
Elle accepte, on m' la bâill' pour voisine, 
Non cœur s' gonfle, et y'ià le bouchon qui part. 
Tic et tic et tac, etc. 

Drès r premier coup que j' trinquons ensemble 
(Ah I mon Dieu 1 qu* les amoureux sont sots 1) 
Y'ià ma main qui tremble, tremble, tremble. 
Et mon verre qui s' brise en morceaux. 
Tic et tic et tac, etc 

€ Voyez donc la jolie équipée!... » 
M' dit Pierrette, mais d'un air si doux... 
€ Ma pauv* jupe est-elle assez trempée? 
Ahl monsieur, si ce n'était pas vous!... » 
Tic et tic et tac, etc. 

J' n'avions pas d' gob'lets en abondance. 
Et Pierrette m' dit : « Buvez dans le mien, 
J' n*ai pas peur que vous sachiez c' que j' pense, 
Car de vous je n* pense que du bien. » 
Tic et tic et tac, etc. 

Après r bœuf, les lentill's et l'omelette. 
On s' lève, et ma belle m' dit en d'sous : 
cTout's lesfoisqu' vous pass'rezd' van t Pierrette, 
Y aura toujours un p'tit coup pour vous. » 
Tic et tic et tac, etc. 

Le lendemain encor plus chaud qu* la veille, 
J' cours chez elle ; le père était dehors. 
Et Pierrette m' donne une bouteille 
Dont le vin fait r'venir les morts. 
Tic et tic et tac, etc. 

J' la débouche, mais bientôt le père 
Nous surprend comme j' nous caressions ; 
Moi, j' lui dis, pour arranger TafTaire : 
c Excusez, monsieur, c^eslque j' trinquions. 9 
Tic et tic et tac, etc. 



« Vous avez trop bu, sortez d* table, » 
M' répond-il en m' montrant les gross's dents. 

— « Quand on trinque avec un' fille aimable. 
Il est permis de se mettre un peu d'dans. » 

Tic et tic et tac, etc. 

Y'ià-t-il pas qu'il veut m' mettre à la porte. •• 

Mais bernique avec ça qu' j'étais gris... 

« J'ons payé ; pourquoi vouloir que je sorte? 

— Tu n'as pas payé tout c' que t'as pris. » 
Tic et tic et tac, etc 

A la fin pourtant j' gagnions au large, 
Parc' qu'au fond c'était vrai qu' j 'avions tort, 
Mais le soir, je r' venons à la charge. 
Et r pèr' nous prend à trinquer encor. 
Tic et tic et tac, etc. 

Un coup de poing m* jelt* sur Pierrette à terre, 
L' père sur moi tombe au même moment ; 
Maman passe, ail* voit ça, tomb' sur V père. 
Et toutr quartier tombe sur maman. 
Tic et tic et tac, etc. 

On s' bouscule, on V cogne, on s'estropie : 
C'est un r'mu'-ménage, un brouhaha ! 
Chaqu' homme est un lion, chaqu' femme est une pie. 
L'un dit qu' j'ai fait ci, l'aut' que j'ai fait ça. 
Tic et tic et tac, etc. 

L' père, après ben des cris^ ben des bosses, 
M' dit, m' jetant mon objet dans mes bras : 
(C Demain j' prétends qu*on goûte le vin d' tes noces; 
Puisqu' tu Tas tiré, tu le boiras. » 
Tic et tic et tac, etc. 

«N' faudra pas,morgué, deux fois nousl' dire, » 
Que j' répliquons tous deux en sautant : 
— «C' mari-là, moi, ça m' va comm' d' la cire, 
— C'te femme-là, moi, çam' va comm' un gant.» 
Tic et tic et tac, etc. 

J'saute au cou d* mon biau-père etd* ma mère, 
J' saute au cou d* Pierrett', qui l' rend bien ; 
J' saute au cou d' tous les témoins d* l'affaire, 
Et j' voudrais pouvoir m* sauter au mien. 
Ticetticettac,etc. 



ito 



CHANSONS POPULAIRES. 



Dès r lend'main on pataraphe, on danse ; 
L'surlend'mainj* faisons encor mieux qu* ça; 
L' jour d'après c* qui s'est fait se recommence, 
El jour et nuit, depuis c* moment-là, 

Tic et tic et tac, et lin, tin, tm, 

Est r refrain 

De mon cœur et de mon verre , 

Tic et tic et tac, et tin, lin, tin, 

Est r refrain 

Qui met Pierre 

En train. 

DéMiastors. 



TAISEZ-VOUS. 



Si l'on séduit votre femme volage. 
Si les galants font sauter les verrous, 
Pour conserver la paix dans le ménage, 
Taisez-vous, maris, taisez- vous. 

Si vous avez les faveurs d'une belle. 
Gardez-vous bien d'exciler les jaloux ; 
Soyez discret encore plus que fidèle : 
Taisez-vous, amants, taisez-vous. 

Si vous hantez les grands et l'opulence. 
Ne les heurtez de propos aigres-doux ; 
Ils ont pour eux le crédit, la puissance : 
Taisez-vous, petits, taisez-vous. 

D'un ton léger, lorsqu'ainsi je devise. 
Donnant pour loi mon avis et mes goûts, 
J'ai peur, vraiment, que chacun ne me dise : 
Taisez-vous, bavard, taisez-vous. 

Parole* d'un anenyMe. 

Musique de A MsiuoNinxi. 



A UNE PILEUSE DE LA VILLE DE TOURS 

Air de la Fileute. 

Si trois masculines Parques 
Filaient le lin de les jours. 
Ils le donneraient des marques 
De leurs constantes amours. 
Ils t'en file, file, file... 
Ils t'en fileraient toujours. 

Profitons du temps qui passe ; 
Filons le lin de Vénus : 
Lin, fuseau, quand Fâge glace. 
Dans nos mains sont superflus. 
Hélas, on n'en file, file... 
Hélas ! on n'en file plus. 

Gré«oart. 



■•♦ 



«M 



ZON, ZON. 

A.IR ',^Et non, wm, non, ce n*est pas là 

Quand on a su toucher 
Le cœur de sa bergère, 
On peut bien s'assurer 
Du plaisir de lui faire... 

Et zon, zon, zon, 
Lisette, ma Lisette, 

El zon, zon, zon. 
Lise lie, ma Lison. 

De soupirer dix ans. 
C'est une vieille affaire : 
Aux premiers compliments 
On vient à présent faire.. 
Et zon, zon, etc. 

L'Amour est un malin 
Qui toujours nous suggère, 
Près d'un objet divin. 
De lui dire et lui faire... 
Et zon, zon, etc. 

Le plus joli sennent, 
Dans l'amoureux mystère. 




Ne vous en dit pas tant 
Qu'une seule fois faire... 

Ft ion, zon, etc. 
En vain, par vos appas. 
Belles, vous savez plaire, 
Si TOUS ne voulez pas 
Vous en servir pour faire... 

El zon, zon, etc. 
Vous avez l'œil fripon, 
Ha diarmante voibine: 
Si vous ne faites... ion, 
Vous en avez la mine... 

Et zon, zon, etc. 
On vous prend pour Vénus 
En vous voyant si belle: 
Il ne vous manque plus 
Que de faire comme elle. . . 

Et zon, zon, etc. 
La vertu, dans Paris, 
N'est que pure cbimère 
Que pt^henl les m^ris. 
Pour être seuls à faire... 

El ton, zon, etc. 
Hamèret^tait V^nus, 
Bactbus éiail mon père : 
Ne vous étonnez plus 
Si J'aime Abotre et faire... 

Et ion, zon, etc. 



LES DEUX MESURES. 

Pbyllis esl petite, mignonne, 
Cesl ce qui m'invite i l'aimer; 
Jiniia une grande personne 
Ne uun il bien m'ealluniDer. 



Le bon goAt, qu'il faut toujours croire, 

He recommande chaque Jour 

La grande mesure pour boire 

Et la petite pour l'amour. 

Une dame grande est aliiëre. 

Pleine d'orgueil ei de hauteur: 

Elle regarde d'ordinaire 

Chacun du haut de sa grandeur. 

Pour vous épargner ce tlébuire, 

Cbers amis, prenez tour i tour 

La grande mesure, etc. 

Une gigantesque ligure 

N'est point du loul ce qu'il me faut; 

Je suis de moyenne stalure, 

Et ne puis atteindre bien baul : 

Par ce motif il esl notoire 

Que Je dois prendre tour à tour 

La grande mesure, etc. 

Souvent, dans la tendre carrière. 

On voit broncher un corps trop grand, 

La laille petite et légère 

Fait le chemin en se jouant. 

Daignez donc à la Un me croire. 

Et que chacun prenne â son tour 

La grande mesure, etc. 

Bien loin d'écouter rinconstance. 

Tant que sur terre on me verra. 

Je penserai comme Je pense; 

Jamais mon goût ne changera. 

J'aurai toujours dans ma mémoire 

Ce que Je conseille en ce jour : 

La grande mesure pour boire 

Et la petite pour l'amour. »■»■«. 

RONDE DE RATON ET ROSETTE. 

lirons d' la blonde i la bmne, 
A changer tout nous instmit ; 



itt 



GHANSaVS F&PULAIRES. 



Le erotnant dèYient pleine luae, 
A^rès r biau temps U mauvais suit. 
L'hirondelle 
Peu fidèle, 
Change de lieu towteaBi^ 
L* papillon, volAgeàiirie 
Bat errant dana nas 
Si r papillofl, 
L'hirondeUa, 
La loue, 
La pluie et V biau temps 

Seat changeants, 
11 faut changer de même, (bis,) 

A tout vent la girouette 
Et les ailes du moulin. 
Font toujours la pirouette 
En tournant, tournant sans fin. 
Dans la pente 
L'eau serpente 
Et fait cent tours différents. 
On voit d'une inconstance extrême 
Les zéphirs voltigeants. 
Si r papillon, 
L'hirondelle, 
La lune, 
La pluie et V biau temps, 
Les ruisseaux, 
Les oiseaux. 
Les moulins, 
La girouette. 
Les vents 
Sont changeants, 
U faut changer de même. 
Et les monts 
Dans nos champs 
Sont constants, 
Je suis constant de même. (bis.) 



r 



LE COMTE ORRY. 



Le comte Orry disait pour s'égayer 
Qu'il voulait prendre le couvent de Farmoutier, 
Pour plaire aux nonnes et pour les désennuyer. 



€e com4e Oury, châtelain redouté , 
Après la cÊmm n'aimait rien que la gatté , 
Que la bombance, les combats et la beauté. 



me* conseiller, 
pns sommeiller; 
ee couvent entrer? 



c Hdà I moa page ^ 
L'amosrme boee, et je 
Comment m'furcBdnpoar 



— &T%, ii faut prendre quatorze chevaliers, 
Et touff en nonnes il vous les fWt habiller, 
Puis , à nuit cbse , à la porte aller heurter. » 

Orry va prendre quatorze chevaliers; 
Et tous en nonnes Orry les fait habiller : 
Puis, à nuit close, à la porte ils vont heurter. 

« Holà î qui frappe? qui mène un si grand bruit? 
— Ce sontdes nonnes, et qui ne vontque de nuit. 
Qui sont en crainte de ce maudit comte Orry. » 

Survient l'abbesse, les yeux tout endormis. . . 
a Soyez, mesdames, bienvenues en ce logis... 
Mais comment faire? où trouver quatorze lits ? » 

Chaque non nette, d'uncœurvraimentchrétien. 
Aux étrangères offre la moitié du sien... 
a Soit, dit l'abbesse, sœur Colette aura le mien. » 

La sœur Colette , c'était le comte Orr}', 
Qui, pour l'abbesse, d'amour ayant appétit, 
Dans sa peau grille de trouver la pie au nid. 

Fraîche, dodue, œil noir et blanchesdents. 
Gentil corsage, peau d'henni ne et pieds d'en fan (s 
La dame abbesse ne comptait pas vingt-cinq ans. 

Au lit ensemble tous les deux bien pressés... 
«Ah! dit rabbesse,ciel! comme vous m'embrassez. 
— Vrai Dieu ! madame, peut-on vous aimer assez? 

—Ah ! sœur Colette,qu'ave2 bien le cœur bon I 
Mais, sœur Colette, qu'avez bien rude menton f 
— Parbleu I madame, ainsi mescompagnesTonL 



rft 



CHANSONS BADINES m: GHIVOISES. 



fit 



— ^Toutes mes nonnes, venez me secourir I 
Croix et bannière, Teau bénite allez quérir : 
Car je suis prise par ce maudit comte Orry. 

— ^Ab I dame abbesse, tous avez beau crier ; 
Laissez en plaee croix, bannière et bénitier, 
Car chaque nonne est avec son chevalier. » 

La pauvre abbesse , après un plud grand cri. 
Sans voir de nonnes, n*espérant plus de merci, 
Mt patience avec sœur Colette aussi. 



Neuf mois ensuite, vers la fin de jauvier. 
L'histoire ajoute, comme un fait singulier. 
Que chaque nonne fit un petit chevalier. 



La romance pieardo du comte Orry n'était qa'une 
tradition de province qui datait du xiv* ou du 
XV* siècle, et dont il ne restait que quelques frag- 
ments, lorsque La Place en remplit les lacunes, en 
rajeunit le langage, et rinaéra dans son recueil de 
pièces intéressantes et peu connues, en 1785. 
MM. Scribe et Poirson en ont fait le sujet d'un fort 
Joli vaudeville joué en ISIG. C'est de cette époque 
que date la réputation du comte Orry, qui jusque-là 
avait été circonscrite dans les Tillages de la Picar- 
die, et qui s'est encore agrandie lorsque les mêmes 
auteurs ont fait, en 1828, de leur vaudeville un 
opéra, et qu'il a été embelli de la musique du célèbre 
BossinL 



LA TENTATION DE SAINT ANTOINE. 

Air t Phu mamtitmt fit* Fonde, 

Ciel ! Tunivers va-t-il donc se dissoudre ? 
Quel bruit ! quels cris! quel horrible fracas I 
Devant moi je vois la foudre ; 
Elle tombe par éclats : 
Tout est en poudre 
Sur mon grabat. 



Grand Dieu ! du haut des cleox. 
Vois ma disgrâce , 
Et par ta grâce 
Fais que je chasse 
L*enfer de ces lieux 

Air *. Du haut en ba$^ 

C'était ainsi 
Qu'Antoine exprimait ses alarmes , 

C'était ainsi 
Qu'Antoine exprimait son souci , 
Lorsque le diable, par ses charmes 
Venait chez lui faire vacarmes. 

C'était ainsi. 

Air : Des folies d^ Espagne. 

On vit sortir d'une grotte profonde 
Mille démons , mille spectres divers ; 
Des noirs esprits toute la troupe immonde. 
Pour le tenter, déserta les enfers. 

Air : Turelure, btre, et jion, fianj fitm. 

On vit des démons 
De tous les cantons, 
De la ville et de la campagne , 
De la Cochinchine et d'Espagne ; 
On vit des diables blondins, 
Des bruns, des gris et des châtains; 
Les bruns, surtout, méchants lutina^ 
Faisaient remuer des pantins. 
Turelure, lure, 
Et flon , flon , flon , 
Tous avaient lem* tcn 
Leur allure. 

Air : Xa Jandomdainê, 

Quelques-uns prirent le eochoo 

De oe bon saint Antoine , 
Et, lui mettant un eapueiion. 

Ils en firent un moine. 



iH 



CHANSONS POPULAIRES. 



U n'en coûtait que la O&çon 
La faridondaine , 
La faridoodon : 
Peat-ètre en avail-il Tesprit 

Biribi , 
A la façon de Barbari 
Mon ami. 

Air Dans un détour. 

Sur un sofa 
Une diablesse en falbala , 
Aux regards fripons, 
Découvrait deux jolis monts 
Ronds. 

Air : Au/ond du caveau. 

Ronflant comme un cochon, 

On voyait sur un trône 
Un des envoyés de Pluton. 

n portait pour couronne 

Un vieux réchaud sans fond , 

Et pour sceptre un tison. 

Sous ses pieds un démon 

Vomissait du canon. 
Le diable s'éveille, s'étonne , i 
Et dit : « Garçon , 

Air : La Pierre-Fiioise, 

Gourez vite , prenez le patron , 
Et futes-le-moi danser en rond I 
Gourez vile, prenez le patron, 
Tirez-le par son cordon. 
Boni» 
« Messieurs les démons , laissez-moi donc. 
«— Non , tu chanteras , 
Tu sauteras, 
Tu danseras. 
•» Messieurs les démons , laissez-moi donc. 
— Non, tu chanteras, 

Tu sauteras. 
Tu danseras. 

Courez vite, prenez le patron, 
Tirez-le par son cordon. 
Boni » 



Air : Quand la mer Rouge apparuL 

Le saint, craignant de pécher» 
Dans cette aventure , 
S*en fut vite se cacher 
Sous sa couverture. 
Mais montant sur son châlit| 
D rencontra dans son lit 
Un minois fripon , 
Un joli tendron ; 
Sous des traits, 
Pleins d'attraits, 
Une concubine : 
C'était Proserpine. 

Air : Noue autre», bons villageoit» 

Piqué dans ce bacchanal , 
D'avoir vu qu'on lui brisait sa cruche , 
Et qu'un derrière infernal 
Avait fait caca dans sa huche ; 
Crainte aussi de tentation , 
Notre saint prend un goupillon 
Et flanque aux démons étonnés 
De l'eau bénite par le nez. 

Air : Des folie» d'Eepagne, 

m 

Tel qu'un voleur, sitôt qu'il voit main forte 
Tel qu'un soldat , à l'aspect des prévôts , 
On vit s'enfuir l'infernale cohorte , 
Et s'abîmer dans ses affreux cachots. 

Air : AA I maman, çue je Vichappe belle t 

a Ah I mon Dieu ! que je l'échappe belle I 
Dit le saint tremblant. 

Tout en sortant 
De sa ruelle. 
Ah ! mon Dieul que je l'échappe belle 1 
Un moment plus tard , 
Je faisais le diable cornard. » 

Air : Le démonmalieieux et fin. 

Le démon , quoiqu'il passe pour un , 
Ne fût pas lors assez malin. 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



115 



Ah 1 8*i1 eât pris la forme de Toinelte, 
Son air charmant, sa taille et ses appas, 
C'en était fait, la grâce était muette, 
Et saint Antoine eût volé dans seshras. 



Semaine. 



PORTRAIT DE MA'M'SELLE MARGOT. 

LÀ REHPAILLEUSB, 
PAR SON CHER AMANT DUBELAIB, 

rBIHTkB-DOkBOk. 

âJit : Ça n* devait patJhUreowm* ça* 

A ma Margot, 
Du bas en haut, 
Vous n* trouverez pas un défaut. (6t>.) 

Pour commencer par sa chev'lure. 
Ah 1 dam 1 les jours de grand* colure, 
Faut voir queu tour ses ch* veux vous ont I 
Et s'ils étaient moins rouges qu'ils n' sont... 
Ah ! mon Dieu (bi$) ! mon Dieu ! qu* c*est dommage 
Mais, à ça près, j* gage 
Qu'à ma Margot, 
Du bas en haut, 
Vous n' trouverez pas un défaut 

G'est-y sa peau qu'il faut vous peindre ? 
Jarni I quand ail' l'aurait fait teindre, 
EU' n' l'aurait pas plus blanch* qu'ell* n* l'a. 
Sauf queuqu's rousseurs par-ci, par-là. 
Ah ! mon Dieu ! etc. 

Pour les yeux, personne, j* m*en pique, 
I>rest dans 1* cas d* Ty faire la nique ; 
Drès qu' sur vous son œil droit est Fvé, 
Vous r*grettez que 1* gauch* soit crevé... 
Ah I mon Dieu I etc. 

Son nez vous a certain* tournure 
Qui r'iève Joliment sa figure; 
Et quoiqu'il descende un peu bas. 
Si son mtDton ne 1* frisait pas... 
Ahl mon Dieal etc. 



G' qu'elle a d' superbe, c'est la bouche ; 
Queu plaisir, quand la mienne y touche * 
Ça m' met l'esprit tout à l'envers ; 
Queuqu' z'uns diront qu'elle est d' travers. 
Ah I mon Dieu T etc. 

Ses dents, faut les voir pour y croire ! 
Jarni I c'est d' la perle et d' l'ivoire ; 
Quand ell' m' les montre, j' sis heureux . 
Pourquoi faut-il qu'air n'en ait qu' deux ? 
Ah I mon Dieu 1 etc. 

D' la beauté d' son sein rien n'approche. 
C'est dur comm* neige et blanc comm' roche, 
Ça m' fait l'eCTet de deux soleils ; 
S'ils étaient tant seul* ment pareils... 
Ah ! mon Dieu 1 etc. 

Pour c' qu'est d' la souplesse d' sa taille, 
Gn'y a point d'anguille qui la vaille ; 
Vous jureriez qu'elle n'a point d'os, 
El, sans 1' malheur qu'elle a sur 1' dos... 
Ah ! mon Dieu ! ete. 



Ah I mon Dieu I etc. 

Ses jamb's sont une autr' pair' de manches l 
Ah ! dam ! faut les voir les dimanches I... 
Eir dans* pus pir' qu' la Camargo ; 
Et si c' n'est qu'ell' cloch' d'un ergot..» 
Ah ! mon Dieu ! etc. 

Sur r portrait que j' venons d' vous îmt, 
P't-êtr' vous direz qu' ma personnière 
Du haut en bas n'est qu'un' guenon ; 
J* sis trop poli pour vous dir' non, 
Mai8conv*nei (W«), conv'neiqu' c*est dommage 
Car, à ça près, j' gage 
Qu'à ma Margot, 
Du bas en haut, 
Vous n' trouveriez pas an défkat. 



CHANSONS POPULAIRES 



LE LENDEMAIN. 

Al& : Si vous buoes. 

Le lendemain 1 
Quel mot plein de mystère, 
Quand il s'agit des secrets de Thymen : 
Du jeune époux la démarche est plusfière, 
Un souvenir vient colorer son teint ; 
La tendre épouse est rêveuse, au contraire, 

Le lendemain. 

Le lendemain, 
. L'amour se décolore, 
A prétendu plus d'un censeur malin . 
Loin d'apaiser le feu qui nous dévore. 
Dites-le-moi,» minois à l'œil mutin, 
N'est-il pas vrai qu'on aime mieux encore 

Le lendemain ? 

Le lendemain. 
Combien on sait de choses 
Qu'un jour avant on soupçonnait en vaini 
On sait enfin quelles métamorphoses 
Le dieu d'amour opère en notre sein; 
L'épine alors ne défend plus la rose 

Le lendemain. 

Le lendemain, 
Quelquefois la fillette 
Colle au parquet son regard plus qu'éteint. 
Lorsque l'époux, qui pétille en cachette. 
Soupire après le moment peu lointain 
D'aller gdment finir sur la couchette 

Le lendemain. 

Le lendemain^ 
Une belle ignorante 
A son amant pourrait rendre ht main ; 
Sans y penser, la petite innocente 
Sur cet article a fait tant de chemin, 
Que plus que nous elle est déjà savante 

Le lendemain. 

Le lendemain, 
La douleur de ia veille 



Ne parait plus qu'un souvenir lointain. 
La jeune épouse a la puce à l'oreille^ 
Et quand le jour arrive à son déclin, 
Le lual s'enfuit, la volupté s'éveille 
Le lendemain. 

Le lendemain. 
Nos femmes, peu rebelles, 
A nos désirs n'opposent aucun frein ; 
J'ose assurer qu'elles seraient fidèles 
Si nous gardions, tout le cours de l'hymen, 
Le même feu dont nous brûlons pour elles 

Le lendemain. 

Paroles d*an anonyme. 



^ g> o q» 



HÉLOISE ET ABEILARD. 

ki'^.dt Malbrough. 

Écoutez, sexe aimable. 
Le récit, le récit lamentable 
D'un fait très véritable 
Qu'on lit dans saint Bernard . 

Le docteur Abeilard 
Maître dans plus d'un art ; 
Précepteur de fillette. 
Soupirait, soupirait en cachette 
Pour la nièce discrète 
Du chanoine Fulbert. 

Sous le môme couvert 
Logeait ce galant-vert; 
Son latin avec zèle 
Il montrait, il montrait à la belle. 
Et l'on dit qu'auprès d'elle 
Il ne le perdit pas. 

Mais un beau jour, hélas I 
Donnant leçon tout bas, 
Fulbert avec main forte 
Vint frapper, vint frapper à la porte» 
Entouré d'une escorte 
De deux hommes à pié. 



CHANSONS BADIKES ET GRIVOISES. 



Itl 



Abeflsrd effirsjé, 
Se mourant à moitié, 
Qaant on vint les surprendre 
Lui faisait... lui faisait bien comprendre 
Un passage assez tendre 
Du savant art d*aimer. 

U voulut s'exprimer, 
Mais sans plus s'informer, 
L'abbé prenant le drAle 
Lui coupa... lui coupa la... parole, 
Et le maître d*écoIe 
Par force resta court. 

C'était un méchaut tour 
Fait au docte en amour I 
Depuis notre beau sire 
Ne pouvant... neponvant plus instruire, 
Au couvent se retire 
Et meurt dévotement. 

Héloise, en plenrant, 
Le suit au monument ; 
Elle eût mieux fait d*en rire. 
Car avant, car avant, du beau fii% 
Elle eût pu déjà dire : 
Ici git mon amant. 

■aHiM ûm ClMtoj (de Montpellier). 



LA BONNE. 

Je sois bonne 
Pour cent écus je me donne; 

Je suis bonne 

Et surtout 
Je sais faire un peu de toot 

Sur le pavé de Paris, 
J'ai vingt-cinq ans de senrioe; 
A l'antichambre, à l'oflice, 
Ah I que de choses j'appris! 



(Wi.) 



Dieu merci, je dois connaître 
Tout ce qu'il faut essuyer ; 
Dans son ménage un bon maître 
A tout pourra m'employer. 
Je suie bonne, etc. 

Dans mon entier dévoûment 
Je ne crains pas la fatigue. 
Je sais conduire une intrigue 
Et brusquer son dénoûment ; 
De monsieur ou de madame, 
Protégeant les rendez-vous : 
J*ai souvent par bonté d'âme 
Trompé la femme et Tépoux. 
Je suis bonne, etc. 

Fidèle dans mon métier. 
Je sais gagner mon salaire, 
Jamais on ne m*a vu faire 
Danser l'anse du panier. 
A ma mine peu riante 
On me croirait un démon 
Pourtant je suis peu méchante. 
Lorsqu'on me connaît à fond. 
Je seis bonne, etc. 

J*ai porté plus d'un enfant 
Ainsi qu*une tendre mère, 
Et j*ai même à la lisière 
Mené plus d'un innocent; 
Adroite et prudente ûile, 
Donnant la correction. 
De plusieurs tiis de famille 
J'ai fait l'éducaUon. 
Je suis bonne, etc. 

Faut voir de quelle Ikçon, 
Ou cuisinière ou soubrette. 
Je remue use omelette 
Ainsi qu'un lit de garçon. 
Fiez- vous à ma euisiae, 
Célibataires blasée. 
Pour remonter la machine 
Et flatter vos goûts usés. 
Je suis bonne, ele» 



■. 



1S8 



CHANSONS .POPULAIRES. 



■ 



On peut avec sûreté 
Croire à mon obéissance ; 
Je garantis ma décence 
Ainsi que ma propreté ; 
Pour le prouver je suis prête 
A montrer ce que je sai... 
Même une personne honnête 
Pourra me prendre à Tessai. 
Je suis bonne, etc. 

De certificats timbrés 
Ma cassette est toute pleine, 
Et j'ai servi (non sans peine) 
Trois courtiers et six curés. 
Deux emballeurs, un ..ermite, 
Cinq fourreurs, un cabotin, 
Ënûn l'homme que je quitte 
Était, je crois, Florentin. 

Je suis bonne {bis.) 

Pour cent écus je me donne; 

Je suis bonne 

Et surtout 
Je sais faire un peu de tout. 



l AUBERGE DE L'ECU DE FRANCE, 

Air : Mon père était pot. 

J'aime Dijon et la beauté 
De ses vignes fleuries, 
J'aime Dijon et la bonté 
De ses hôtelleries. 
Il en est d'ailleurs 
Qui des voyageurs 
Briguent la préférencei 
Moi, je vais partout. 
Mais par-dessus tout 
J'aime l'Écu de France. 

Si Je contemple avec bonheur 
Cette enseigne diArie, 



C'est qu'elle* éveille dans mon cœui 
L'amom... de la patrie. 
Oui, d'être Français, 
Dans le doux accès 
De ma reconnaissance. 
Je suis glorieux, 
Lorsque, sous mes yeux, 
Je vois l'Écu de France. 



Voulez-vous connaître les... lieux. 

De l'auberge que j'aime, 
Sa feçade charme les yeux 
Par-sa blancheur extrême ; 
Joli logement, 
Derrière et devant. 
Avec la jouissance 
D'un petit jardin 
Qu'on a sous la main. 
Voilà l'Écu de France. 

J'ai pourtant lu je ne sais où 

Que cette hôtellerie 
A vrai dire n'élait qu'un trou ; 
C'est une raillerie, 
Car les environs 
Sont si frais, si bons, 
Que, pour sa résidence , 
On a vu toujours , 

Le dieu des amours 
Prendre lÉcu de France 

Et l'amour a cent fois raison, 

J'ai vu l'Écu d'Espagne, 
LÉcu de Rome et d'Albion, 
Et rÉcu d'Allemagne ; 

J'ai logé partout. 

J'ai tâté de tout. 
Et par expérience, 

J'ai dans tout pays 

Dit comme à Paris : 

Vive rÉcu de France ! 



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CHANSONS POPULAIRES. 



U n'en coûtait que la D&çon 
La fiaridondaine , 
La faridondon : 
Peat'ètre en avail-il Tesprit 

Biribi , 
A la façon de Barbari 
Mon ami. 

Air Da$u «n diUmtm 

Sur un 8ola 
Une diablesse en falbala , 
Aux regards fripons, 
Découvrait deux jolis monts 
Ronds. 

Air : Au/tmà du caveau. 

Ronflant comme uo cochon, 

On voyait sur un trône 
Un des envoyés de Pluton. 

n portait pour couronne 

Un vieux réchaud sans fond , 

Et pour sceptre un tison. 

Sous ses pieds un démon 

Vomissait du canon. 
Le diable s'éveille, s'étonne, i 
Et dit : « Garçon , 

Air : La Piem-Fiùrise, 

Gourez vite, prenez le patron , 
Et Caites-le-moi danser en rond I 
Gourez vite, prenez le patron. 
Tirez-le par son cordon. 
Boni» 
« Messieurs les démons , laissez-moi donc. 
«— Non , tu chanteras , 
Tu sauteras , 
Tu danseras. 
— » Messieurs les démons , laissez-moi donc. 
— Non, tu chanteras. 

Tu sauteras. 
Tu danseras. 
Gourez vite , prenez le patron , 
Tirez-le par son cordon. 
Boni » 



Air : Quand la mer Rtmçe mppanL 

Le saint , craignant de pécher» 
Dans cette aventure , 
S*en fut vite se cacher 
Sous sa couverture. 
Mais montant sur son châliti 
D rencontra dans son lit 
Un minois fripon , 
Un joli tendron ; 
Sous des traits, 
Pleins d'attraits , 
Une concubine : 
C'était Proserpine. 

Air : Noue autree, b<m$ viUageoU» 

Piqué dans ce bacchanal , 
D'avoir vu qu'on lui brisait sa cruche , 
Et qu'un derrière infernal 
Avait fait caca dans sa huche ; 
Crainte aussi de tentation , 
Notre saint prend un goupillon 
Et flanque aux démons étonnés 
De Teau bénite par le nez. 

Air : Des foliée d'Bepaçne. 

Tel qu'un voleur, sitôt qu'il voit main forte 
Tel qu'un soldat , à l'aspect des prévôts , 
On vit s'enfuir l'infernale cohorte. 
Et s'abîmer dans ses affreux cachots. 

Air : Ah I marna», çue Je V échappe belle I 

a Ah I mon Dieu ! que je l'échappe belle I 
Dit le saint tremblant, 

Tout en sortant 
De sa ruelle. 

Ah ! mon Dieul que je l'échappe belle I 
Un moment plus tard. 
Je faisais le diable cornard. » 

Air : Le démoHmalicieux et fin. 

Le démon , quoiqu'il passe pour un , 
Ne fût pas lors assez malin. 



/,^;„„.>,'''>/"M"''-"'^-'- 





LE JUIF EKRANT 



Esl-ll rien sur la teire 
Qai soit pliuaurpreaaiit 
Que Is grande mteère 
Du pauvre JuiT errant? 
Que son sort malbeureui 
Paraît triste et f&cheux! 

Des bourgeois de la ville 
De Bruxelles en Brabaot, 
D'uue ra;on civile, 
L'accostent en passant. 
Jamais ils n'avaient vu 
On homme aussi barbu. 

Son habil, tout difforme 
Et tria mal arraDgé, 
Fît croire que cet homme 
Était Tort étranger, 
Portant, comme ouvrier. 
Devint lui un tablier. 



On lui dit : a Bonjour, maître, 
De grâce accordci-nouB 
La tatia&ctioD d'Être 
Dn moment avec voua. 
Ne nous refusez pas, 
Tardez un peu vos pas. 

— HessieuTB, je vous proteele 
Que j'ai bien du malheur^ 
Jamais je ne m'arrête. 

Ni ici, ni ailleurs ; 

Par beau ou mauvais lempa, 

Je marche incessamment. 

— Entres dans cette auberge, 
Vénérable vieillard; 

D'un pot de bière fraîche 
Vous prendrez votre port. 
Nous vous régalerons 
Le mieux que nous pourrou. 

— l'accepterai de boire 
Deux coups avecque vous. 
Hais je ne puis m'aaaeoir; 
Je doit rester debout. 



iSO 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je suis, en yéritté, 
Confus de vos buntés. 

— De connaître votre âge 
Nous serions curieux • 
A voir votre visage 
Tous paralmez fort vieux; 
Tous Ave£ bien cent ans * 
Vouê montrez tout autant. 

— » La vieillesse me g6ne; 
J*ûi bien dix-huit cents ans: 
C&osesûre et certaine, 
H jmm «ttcor douze ans, 
IVti^ls doues «us passés 
Qmmd iésus^hrtst est né» 

«-^ ITètM-vous point cet homme 
bt t[ai Ton parte lAUt» 
Que I*Êcrtture nomme 
tsiittC, iuif errant? 
De grâce, dites-nous 
Si c'est sûrement vous. 

Isaac Laquedem 

Pour nom me fut donné, 

Né à Jérusalem, 

Ville bien renommée; 

Oui c'est moi, mes enfants, 

Qui suis le Juif errant. 

Juste ciel ! que ma ronde 
Est pénible pour moi ! 
Je fais le tour du monde 
Pour la cinquième fois. 
Chacun meurt à son loury 
Et moi je vis toujours! 

Je traverse les mers. 

Les rivières, les ruisseaux. 

Les forêts, les déserts, 

Les montagnes, les coteaux; 

Les plaines, les vallons. 

Tous chemins me sont bons. 

J*ai vu dedans l'Europe, 
Ainsi que dans TAsie, 






Des batailles et des chocs 
Qui coûtaient bien des vies 
Je les ai traversés 
Sftns y être blessé. 

r«l vu dans TAmérique, 

C>BSt une vérité. 

Ainsi que dans TAfrique, 

Grande mortalité : 

La mort ne me peut rien. 

Je m*en aperçois bien. 

Je fi^éi poitàt de ressource 
En mattiMi ai en bien; 
J'ai einq «sus dans ma bourse 
VoUà tout mou moyen« 
Bu tous lieux, eu leirt temps, 
J*eu ù toi^^ours lutuul. 

^^ Nous pensions comme un songe 
Le récit de vos maux ; 
Nous traitions de mensonge 
Tous vos plus grands travaux ; 
Aujourd'hui nous voyons 
Que nous nous méprenions. 

Vous étiez donc coupable 
De quelque grand péché, 
Pour que Dieu tout aimable 
Vous eût tant affligé ? 
Dites-nous l'occasion 
De cette punition. 

C'est ma cruelle audace 
Qui causa mon malheur ; 
Si mon crime s'efface. 
J'aurai bien du bonheur. 
J'ai traité mon Sauveur 
Avec trop de rigueur. 

Sur le mont du Calvaire, 
Jésus portait sa croix ; 
11 me dit débonnaire, 
Passant devant chez moi : 
a Yeux-tu bien, mon ami, 
a Que je repose ici? » 



COMPLAINTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



ISI 



Mol, brutal et rebelle, 
Je lui dis sans raison ' 
« Ote-toi, criminel, 
« De devant ma maison ; 
« Avance et marche donc, 
« Car tu me fais affront. » 

Jésus, la bonté même, 
Me dit en soupirant : 
« Tu marcheras toi-même 
« Pendant plus de mille ans, 
« Le dernier jugement 
« Finira ton tourment. » 

De chez moi, à l'heure même, 
Je sortis bien chagrin ; 
Avec douleur extrême, 
Je me mis en chemin. 
Dès ce jour-là je suis 
En marche jour et nuit. 

Messieurs, le temps me presse, 
Adieu la compagnie; 
Grâce à vos politesses. 
Je vous en remercie^ 
Je suis trop tourmenté 
Quand je suis arrêté. » 



n est probable que lalégadc fabnleoM 4a /m/ 
§nmt est one allégorie de la disperdon dec Juifs, 
iBTentée dam les temps d'Ignorance et de supersti- 
tion où ce peuple était proscrit par tonte la terre. 

La tradition dn Ju^ftmml a commencé à s'accré- 
diter Ters le commencement da xii* siècle. Matthieu 
Paris, chroniquenr anglais qui vlTait en 1228, en a 
parlé comsM #im peraovnage qui avait été tu par 
nn archeréque de la Omade-Arménie. Cet homme, 
nommé, salon hil, Garthophilos, était portier dn pré- 
toire ; O frappa Jésus dans le dos et loi dit : Marché, 
Jitui; pourquoi farréUê4ut Jésus, se retournant, 
lui dit : /««oit, «I Ut, ta mUendrat ma tteoudê vê- 
MM. Depuis, cet homme IM baptisé et appelé Joseph, 
par Ananias, qui avait baptisé l'apôtre saint PauL 
Cependant U marcha continuellement, et tous les 
cent aaa il ranatt et raHeat èFIga qnll avait A l'é- 
poque delà FaMiiwi. IVanins traditions la «inment 
Mieiab-Jdêr, et U iisfw^ ^HfM 4n poAis aUe- 
maad S c h nb ark le nomoa AkMtr$r, 

On prétandlt Pirolr tu I Hambonrg em Uél, t& 
Fnaea t& 1601^4 BkvsdiH aa 1174. CM A 



date qu'on rapporte la complainte et le portrait pré- 
tendu véritable qui Taceompegne. 

Dans cette complainte sussi naïve que pauvre- 
ment rimée, comme dans une antre de iG09, le Juif 
errant dit qnll était cordonnier et qu'Q s'appelle 
Isaac Laquidem. Une lettre de l'Espion turc, de 
1644, raconte le passsge du Juif errant à Paris. Ce 
personnage a été employé dans le roman dn Moin», 
par Lewis. M. Ed. Quinet a composé sur lui un livre 
intitulé Ahasvérus, Enfin, tout le monde connaît le 
roman de M. Eugène Sue, dont le Juif errant n'est 
que le prétexte. 

Air de chasse, noté an N. 1228 de U Clé dn Ca- 
veau. 



HISTOIRE DE DAMON ET D'HENRIETTE. 



Henriette était fille 
D'un baron de renom ; 
D'une ancienne famOIe 
Était le beau Damon ; 
Il était fait au tour, 
Elle était jeune et belle, 
Et du parfait amour 
Ils étaient le modèle. 

Damon, plein de tendresse, 
Un dimanche matin, 
Ayant ouï la messe 
D'un père capucin, 
S'^n fut chez le baron, 
D'un air civil et tendre : 
a Je m'appelle Damon ; 
Acceptez-moi pour gendre* 

— Mon beau galant, ma fille 
N'est nullement pour vous; 
Car, derrière une grille. 
Dieu sera son époux. 

J'ai des meubles de prix, 
De l'or en abondance, 
Ce sera pour mon fils. 
J'en donne l'assurance. 

— Ah! garde» T08 rich eMCi^ 
MoDfleor, el Totra bien , 



132 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je vous fais la promesse 
De n'y prétendre rien. 
Comme vous j'ai de l'or, 
Tout ce que je souhaite, 
El de tous vos trésors, 
Je ne veux qu'Henriette. » 

Ce vieillard malhonnête 
S'en fut, sur ce propos, 
En secouant la tète 
Et lui tournant le dos ; 
Comme un père inhumain, 
Traîna la nuit suivante 
Dans un couvent, bien loin, 
La victime innocente. 

Hélas! quel triste orage 
Pour ces tendres amants ; 
Que ce cruel partage 
Leur cause de tourments I 
Damon a beau chercher 
Sa charmante Henriette, 
Mais il ne peut trouver 
Le lieu de sa retraite. 

L'abbesse prend à tâche 
De lui tourner l'esprit : 
Lui parlant sans relâche 
Et de règle et d'habit : 
« Prends le voile au plus tôt, 
Ornes-en donc ta têle, 
Et les anges d'en haut 
En chanteront la fête. 

— Ali 1 madame l'abbesse. 
Ramassez vos bandeaux ; 
Je ne puis par faiblesse 
Tomber dans vos panneaux. 
Pour un sort plus heureux 
Le dieu d'amour m'appelle ; 
Damon a tous mes vœux, 
Je lui serai fidèle. » 

On envoie d'Allemagne 
Une lettre au baron, 
Lui mandant que Guillaume 
Tient de perdre son nom 



Dans un sanglant combat, 
Montrant son grand courage, 
Mais un seul coup dompta 
Ce guerrier redoutable. 

En lisant cette lettre, 
Poussait mille soupirs, 
Pleurant avec tendresse 
La mort de son cher fils, 
a J'avais, dit-il, gardé 
Pour loi bien des richesses. 
Mais le ciel a vengé 
Le malheur d'Henriette. » 

Le lendemain à la grille 
Henriette il fut voir, 
Lui dit : « Ma pauvre fille. 
Je meurs de désespoir. 
Le ciel me punit bien 
De mon trop de rudesse ; 
Mais tu n'y perdras rien, 
Je te rends ma tendresse. 

— Qu'avez-vous donc, cher père^ 
Qui vous chagrine tant? 

— Ma fille, Ion pauvre frère 
Est mort en combattant. 
En défendant le roi, 

Au pays d'Allemagne, 
Et je n'ai plus que toi 
Pour être ma compagne. 

— Or, en ce moment même, 
Ah! mon père, arrêtez! 
Celui que mon cœur aime, 
Vous me le donnerez? 

— Depuis longtemps, hélas I 
Ma fille en Italie, 

On dit qu'à Castella 
11 a perdu la vie. 

— Cruelle destinée! 
Quoi! mon amant est morti 
Sa vie est terminée. 

Et moi je vis eucor I 
Destin trop rigoureux, 
Et TOUS, père barbare. 



COMPLAINTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



193 



Votre insensible cœur 
A jamais nous sépare. 

Adieu donc, mon aimable. 
Je ue te verrai plus! 
Ton souvenir m*accable , 
Tes soins sont superflus. 
Adieu, cher tourtereau, 
Ta chère tourterelle 
Au-delà du tombeau, 
Oui, te sera fidèle. 

Ah I madame Tabbesse, 
Donnez-moi un habit; 
Un saint désir me presse 
D'être de vos brebis. 
Coupez mes blonds cheveux. 
Dont j'eus un soin extrême; 
Arrachez-en les nœuds : 
J'ai perdu ce que j'aime. 

Adieu donc, mon cher père, 
Et toutes mes amies f 
Dedans ce monastère 
Je veux finir ma vie, 
Passer mes tristes ans 
Sous un habit de nonne. 
Prier pour mes parents. 
Que le ciel leur pardonne I » 

La voilà donc novice. 
Le grand dommage, hélas I 
Que sous un noir cilice 
Soient cachés tant d'appas I 
Son père veut encor 
L'arracher de la grille; 
Mais son amant est morti 
Elle veut rester fille. 

Or, justement la veille 
De sa profession 
(Ecoutez la merveille 
Digne â*attenlion), 
En touB lieux on publie 
Qu'un captif racheté 
Revient de la Turquie, 
Jeune et de qualité. 



On parle dans la ville 
De ce captif si beau ; 
D'une façon civile 
Chacun lui fait cadeau. 
Les dames, dont les cœurs 
Sont tendres de nature, 
Versent toutes des pleurs 
Sur sa triste aventure. 

L'abbesse, curieuse, 
A son tour veut le voir, 
Chaque religieuse 
Se transporte au parloir; 
Un secret mouvement 
Y conduit Henriette, 
Qui ordinairement 
Restait en sa chambrette. 

« Beau captif, dit l'abbesse. 
Quel est votre malbeur? 
A vous je m'intéresse. 
— Madame, trop d'honneur. 
Je ne puis maintenant 
Dire comme on me nomme, 
Apprenez seulement 
Que je suis gentilhomme. 

J'aimais d'amour fidèle 
Une jeune beauté ; 
La jeune demoiselle 
M'fldmait de son côté ; 
Mais son père inhumain 
Autrement en ordonne. 
Et m'enlève un matin 
Cette aimable personne. 

Où l'a-t-il donc cachée. 
Ce père rigoureux? 
Sept ans je l'ai cherchée 
En cent diflérents lieux. 
Par tout pays je cours, 
Cherchant, sans espérance, 
Celle qui doit un jour 
Terminer ma sooffirance. 

Pris par un vieux conaire. 
Me vendit stoi pitié, 



iS4 



CHANSONS POPULAIRES. 



Et d*un cœur débonnaire 
J'ai gardé Tamitié ; 
Mais sa ûlle enchantée, 
Quoique charmante et beUe> 
Me voulait épouser. 
Pour moi quelle nouvelle I 

Enfin ; de mes refus 
Cette fille se rebute; 
Pendant un an et plus 
Elle me persécute, 
Et son ordre m'oblige 
A de rudes travaux. 
Leur souvenir m'afflige 
En vous disant ces mots. 

C'était fait de ma vie, 
J'en désirais la fin, 
Quand le ciel en Turquie 
Conduit les Mathurins ; 
Us brisent mes liens, 
Au patron ils m'achètent. 
Pour moi le jour n'est rien 
Sans ma chère Henriette. » 

La novice, éperdue. 
Succombe à ce discours ; 
Chaque sœur se remue 
Pour lui donner secours. 
Elle ouvre un œil mourant, 
Disant, toute tremblante : 
« Damon, mon cher Damon, 
Tu revois ton amante. » 

A la voix de la fille, 
Damon perd la raison. 
Il veut forcer la grille 
Ou brûler la maison ; 
Et, pour le retenir. 
Il faut qu'on lui promette 
De lui faire obtenir 
Sa constante Henriette. 

Le vieux baron arrire 
Pour la profession ; 
Une amitié si rive 
Loi fait compiision* 



Le voilà consentant 
De signer TalUance, 
Il veut, dès ce moment. 
Combler leur espérance. 

L'on fit ce mariage 
Tout en solennité ; 
Leurs parents de tout âge, 
Chacun s'y est trouvé. 
Après tant de douleurs, 
De traverses et de gênes, 
L'on unit ces deux cœurs. 
Récompensant leurs peines. 

Paroles d'an miOBTiiie. 



CANTIQUE DE GENEVIÈVE DE BRABi 

Air du CaUiquê de gainl JRoch, 

Approchez-vous, honorable assistance. 
Pour entendre réciter en ce lieu 
L'innocence reconnue et patience 
De Geneviève très aimée de Dieu, 

Étant comtesse. 

De grande noblesse. 
Née du Brabant était assurément. 

Geneviève fut nommée au baptême : 
Ses père et mère l'aimaient tendrement ; 
La solitude prenait d'elle-même. 
Donnant son cœur au Sauveur tout-puissa 

Son grand mérite 

Fit qu'à la suite. 
Dès dix-huit ans fut mariée richement. 

En peu de temps s'éleva grande guerre» 
Son mari, seigneur du Palatinat, 
Fut obligé, pour son honneur et gloire, 
De quitter la comtesse en cet état, 

Étant enceinte 

D'un mois sans feinte. 
Fait ses adieux, ayant les larmes aux yeui 

n a laissé son aimable comtesse 

Entre les mains d'an méeiiaBt Intendant, 



Jf^'f' 



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* • 

* 



1 • 



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COMPLAINTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



iU 



Qui la voulut séduire par ûnesse, 
Et rhoQueur lui ravir subitement. 

Mais cette dame 

Pleine de charme 
Ky voulut consentir aucunement. 

Ce malheureux accusa sa maîtresse 
D'avoir péché avec son cuisinier : 
Le serviteur fit mourir par adresse, 
Et la comtesse fit emprisonner : 

Chose assurée, 

Est accouchée , 
Dans la prison, d'un beau petit garçon. 

Le temps finit toute cette grand' guerre. 
Et le seigneur revint on son pays. 
Golo s'en fut au-devant de son mattre , 
Jusqu'à Strasbourg, accomplir son envie. 

Ce téméraire 

Lui fit accroire 
Que sa femme adultère avait commis. 

Étant troublé de chagrin dans son ftme, 
Il ordonna à Golo, ce tyran, 
D'aller au plus tôt faire tuer sa dame 
Et massacrer son petit innocent. 

Ce méchant traître, 

Quittant son maître. 
Va, d'un grand cœur, exercer sa fùreor. 

Ce bourreau de Geneviève si tendre 
La dépouilla de ses habillements ; 
De vieux haillons la fit vêtir, et prendre 
Par deux valets fort rudes et très puissants. 

L'ont emmenée, 

Bien désolée, 
!)ans la forêt avec son cher enfant. 

Geneviève, approchant da supplice, 
Dit à ses deux valets, tout en pleurant : 
« Si vous voulez me rendre un grand service, 
Faites -mol mourir avec mon cher enfant ; 

Et sans remise 

Je MUS soumise 
A votre volonté présentement. » 



La regardant, l'un dit : « Qu'allons-nous (aire? 
Quoi I un massacre I je n'en ferai rien ; 
Faire mourir notre aimable maltresse... 
Peut-être un jour nous fera-t-elle du bien. 

Sauvez-vous, dame 

Pleine de charme ; 
Dans ces forêts qu'on ne vous voie jamais. » 

Celui qui a fait grâce à sa maîtresse. 
Dit : <( Je sais bien comment tromper Golo, 
La langue d'un chien nous faut, par finesse. 
Prendre et porter à ce cruel bourreau. 

Ce traître infâme, 

Dedans son âme, 
Dira : C'est celle de Geneviève au tombeau. » 

Au fond d'un bois, dedans une carrière^ 
Geneviève demeura pauvrement, 
Etant sans pain, sans feu et sans lumière» 
Ni compagnie que de son cher enfant. 

Mais l'assistance 

Qui la substante 
C'est le bon Dieu, qui la garde en tout lieu. 

Elle fut visitée par une pauvre biche 
Qui tous les jours allaitait son enfant. 
Tous les oiseaux chantent et la réjouissent. 
L'accoutumant à leur aimable chant : 

Les bêtes farouches 

Près d'elle se couchent. 
Divertissant elle et son cher enfant. 

Voilà son mari qui est en grande peine 
Dans son château, consolé par Golo ; 
Ce n'est que jeux, que festins qu'on lui mèafl^ 
Mais ces plai^ sont très mal à propos ; 

Car, dans son âme, 

Sa chère dame 
Ce châtelain pleure avec grand chagrin. 

Jésus-Christ a découvert l'innocence 
De Geneviève, par sa grande bonté : 
Chassant dans la forêt en diligence. 
Le comte des chasseurs s'est écarté, 

Après la biche. 

Qui est nourrice 
De son enfant, qu'elle allaitait somreiit 



136 



CHANSONS POPULAIRES. 



La pauvre biche se sauve au plus vile 
Dedansla grotte, auprès de l'innocent; 
Le comte aussitôt, faisant la poursuite 
Pour la tirer de ces lieux promptement, 

Vit la figure 

D'une créature 
Qui était auprès de son cher enfant. 

Apercevant dans cette grotte obscure 
Cette femme couverte de cheveux, 
Lui demanda : « Qui êtes-vous, créature ? 
Que faites-vous dans ces lieux ténébreux? 

Ma chère amie, 

Je vous en prie, 
Dites-moi donc, s'il vous plaît, votre nom. 

— Geneviève, c'est mon nom d'assurance, 
Née du Brabanl, où sont tous mes parents. 
Un grand seigneur m'épousa sans doutance. 
Dans son pays m'emmena promptemenl. 

Je suis comtesse 

De grande noblesse, 
Mais mon mari fait de moi grand mépris. 

11 m'a laissée, étant d'un mois enceinte, 
Entre les mains d'un méchant intendant, 
Qui a voulu me séduire par contrainte, 
Et puis me faire mourir vilainement; 

De rage félonne 

Dit à deux hommes 
De me tuer moi et mon cher enfant. » 

Le comte ému, reconnaissant sa femme 
J)edans ce lieu, la regarde en pleurant, 
c Quoi ! est-ce vous, Geneviève, chère dame, 
Pour qui je pleure il y a si longtemps? 

Mon Dieu I quelle grâce, 

Dans cette place 
De retrouver ma très chère moitié. » 



àhl quelle joiel Au son de la trompette, 
Voici venir la chasse et les chasseurs. 
Qui reconnurent le comte, je proteste, 
A ses côtés et sa femme et son cœur. 



L'enfant, la biche. 
Les chiens chérissent , 
Les serviteurs rendent grâce au Seigneur. 

Tous les oiseaux et les bêtes sauvages 
Regrettent Geneviève par leur chant. 
Pleurent et gémissent par leurs doux ramages 
En chantant tous d'un ton (prt languissant, 

Pleurant la perte 

Et la retraite 
De Geneviève et de son cher enfant. 

Ce grand seigneur, pour punir l'insolence 
Et la perfidie du traître Golo, 
Le fit juger par très juste sentence, 
D'être écorché tout vif par un bourreau. 

A la voirie 

L'on certifie * 
Que son corps y fut jeté par morceaux. 

Fort peu de temps notre illustre princesse 
Resta vivante avec son cher mari. 
Malgré ses chères et tendres caresses, 
Elle ne pensait qu'au Sauveur Jésus-Christ. 

Dans sa chère âme, 

Remplie de flamme, 
Elle priait Dieu tant le jour que la nuit. 

Elle ne pouvait manger que des racines 
Dont elle s'était nourrie dans les bois ; 
Ce qui fait que son mari se chagrine, 
Offrant toujours des vœux au roi des rois. 

Qu'il s'intéresse 

De «^ princesse. 
Qui suivait si auslèrement ses lois. 

a Puissant seigneur, par amour, je vous prie« 
Et puisqu'aujourd'hui il faut nous quitter. 
Que mon cher fils, ma douce compagnie, 
Tiennetoujours place à votre côté; 

Que la souffrance 

De son enfance 
Fasse preuve de ma fidélité. » 

Geneviève à ce moment rendit l'âme 
Au roi des rois, le Sauveur tout-puissant. 



COMPLAINTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



1S1 



Bénoni, de tout son cœur et son ftme, 
Poussait des cris terribles et languissants, 

Se jetant par terre 

Lui et son père, 
Se lamentant, pleurant amèrement. 

Du ciel alors sortit une lumière, 
Comme un rayon d'un soleil tout nouveau, 
Dont la clarté dura la nuit entière; 
Rien n'a paru au monde de plus beau. 

Les pauvres et riches. 

Jusqu'à la biche. 
Tout a suivi Geneviève au tombeau. 

Pour conserver à jamais l'innocence 
De Geneviève accusée par Golo, 
La pauvre biche veut par sa soufirance 
La prouver par un miracle nouveau. 

Puisqu'elle» est morte. 

Quoi qu'on lui porte, 
Sans boire ni manger sur le tombeau. 

Parties éî'wm 

Air ancien, noté au N. 736 de U Clé da C«T«ta. 



FUALDÈS. 



Ecoutez, peuples de France, 
Du royaume du Chili, 
Peuples de Russie, aussi 
Du cap de Bonne-Espérance, 
Le mémorable accident 
D'un crime très conséquent. 

Capitale du Rouergue, 
Vieille ville de Rodez, 
Tu vis de sanglants forfaits 
A quatre pas de TAmbergue» 
Faits par des cœurs aussi durs 
Comme tes antiques murs. 

De très honnête lignée 
Vinrent Bastide et JanaiOD» 



Pour la malédiction 
De cette ville indignée ; 
Car d' Rodez les habitants 
Ont presqu' tous des sentiments* 

Bastide le gigantesque. 

Moins deux pouces ayant six pieds. 

Fut un scélérat fieffé 

Et même sans politesse, 

Et Jausion l'insidieux 

Sanguinaire, avaricieux. 

Ils méditent la ruine 

D'un magistrat très prudent, 

L.eur ami, leur confident; 

Mais ne pensant pas le crime, 

Il ne se méfiait pas 

Qu'on complotait son trépas. 

Hélas ! par un sort étrange, 
Pouvant vivre honnêtement, 
Ayant femme et des enfants, 
Jausion, l'agent de change, 
Pour acquitter ses effets 
Résolut ce grand forfait. 

Bastide le formidable. 

Le dix-neuf mars, à Rodez, 

Chez le vieillard Fualdès 

Entre avec un air aimable. 

Dit : « Je dois à mon ami ; 

Je fais son compte aujourd'hui. » 

Ces deux beaux-firères perfides 
Prennent des associés : 
Bach et le porteur Bousquier, 
Et Missonnier l'imbécile. 
Et Colard est pour certain 
Un ancien soldat du train. 



Dedans la maison Bancale, 

Lieu de prostitution, 

Les bandits de rAveyrony 

Vont (aire leur bacchanato , 

22 



IIS 



CHANSONS POPULAIRES. 



Car pour un crime odieux. 

Rien n'est tel qu'an mauvais lieu. 

Alors le couple farouche 
Saisit Fualdès au Terrai ; 
Avec un mouchoir fatal 
On lui tamponne la bouche ; 
On remplit son nez de son 
Pour intercepter le son. 

Dans cet infâme repaire 
Ils le poussent malgré lui, 
Lui déchirant son habit, 
Jetant son chapeau par terre, 
Et des vielleurs insolents 
Assourdissent les passants. 

Sur la table de cuisine 

Ils rétendent aussitôt ; 

Jausion prend son couteau 

Pour égorger la victime; 

Mais Fualdès, d'un coup de temps, 

S'y soustrait adroitement. 



Sitôt l'Hercule Bastide 

Le relève à bras tendu; 

De Jausion éperdu 

Prenant le fer homicide : 

« Est-ce là comme on s'y prend I 

Va, tu n'es qu'un innocent. » 

« Puisque sans raison plausible 
Vous me tuez, mes amis, 
De mourir en étourdi, 
Cela ne m'est pas possible : 
Ah I laissez-moi dans ce lieu 
Faire ma paix avec Dieu. » 



Ce géant épouvantable 
Lui répond grossièrement : 
« Tu pourras dans un instant 
Faire paix avec le fiable. • 
Ensuite d'an large coup 
Il lui Iratene h wê. 



Voilà le sang qui s'épanche, 
Mais la Bancale aux aguets 
Le reçoit dans un baquet, 
Disant : « En place d'eau blanche, 
Y mettant un peu de son. 
Ça sera pour mon cochon. » 

Fualdès meurt, et Jausion fonllic, 
Prenant le passe-partout. 
Dit : Bastide, <c Ramass' tout. » 
Il empoigne la grenouille. 
Bague, clef, argent comptant, 
Montant bien à dix-sept francs. 

Alors chacun à la h&le, 
Colard, Benott, Missonnier, 
Et Bach, le contrebandier. 
Mettant la main à la pâte. 
Le malheureux maltraité 
Se trouve être empaqueté. 

Certain bruit frappe l'ouïe 
De Bastide furieux : 
Un homme s'offre à ses yeux, 
Qui dit : « Sauvez-moi la vie , 
Car, sous ce déguisement, 
Je suis Clarisse Enjalran. • 

Lors d'une main téméraire. 
Ce monstre licencieux. 
Veut s'assurer de son mieux 
A quel homme il a affaire. 
Et, trouvant le fait cor^tant* 
Teint son pantalon de sang. 

Sans égard et sans scrupule 
Il a levé le couteau. 
Jausion lui dit : « Nigaud, 
Quelle action ridicule, 
Un cadavre est onéreux, 
Que feras-tu donc de deux? e 

On traîne Vinfbrtunée 
Sur le corps tout palpitant; 
On lui fait piéter serment. 
Sitôt qu'elle m engagée» 



COMPLAINTES ET GHANdONS BURLESQUES. 



fW 



Jausioo officieux 

La fait sortir de ees lieux. 

Quand ils sont dedans la rue» 
Jausion lui dit d*un air fier : 
c Par le poison ou le fer. 
Si tu causes t*es perdue. » 
Manson rend du fond du cœur 
Grâce à son tendre sauveur. 

Bousquier dit avec franchise, 
En contemplant cette horreur : 
« Je ne serai pas porteur 
De pareille marchandise. 
Gomment, mon cher ami Bach, 
Est-ce donc là ton tabac? » 

Mais, Bousqui^ faisant la mine 
De sortir de ce logis. 
Bastide prend son fusil. 
Et l'dpput sur la poitrinfi. 
De Bousquier, disant : « Butor, 
Si tu bouges, tu es mort. » 

Bastide, ivre de carnage, 
Donne l'ordre du départ , 
En avant voilà qu*il part ; 
Jausion doit fermer la marche ; 
Et les autres du brancard 
Saisissent chacun un quart. 

Alors de FaiTreux repaire 
Sort le cortège sanglant : 
Colard et Bancal devant, 
Bousquier, Bach, portaient derrière, 
Missonnier, ne portant rien, 
S'en va la canne à la main. 

En allant à la rivière, 
Jausion tombe d*effroi. 
BasUdelui dit : « Bhl quoi! 
Que crains-tu T • Le cher beau-firère 
Lui répond: « Je n*ai pas peur, » 
Mais tremblait comme un voleur. 

Enfin, Ton arrive au terme * 
Le corps, dAtempaqneté, 



Dans rAye3rron est Jeté. 
Bastide alors, d'un air ferme. 
S'éloigne avec Jausion ; 
Chacun tourne les talons. 

Par les lois de la physique, 
Le corps du pauvre innocent. 
Se trouvant privé de sang, 
Par un miracle authentique, 
Surnage, aux regards surpris. 
Pour la gloire de Thémis. 

L'on s'enquiert et Ton s'informe» 
Les assises de l'Avejron 
Prennent condamnation 
Par un arrêt bien en forme, 
Qui, pour quelqu'omission 
A subi cassation. 

En vertu d'une ordonnance, 

La cour d'assises d'Albi 

De ce forfait inouï 

En doit prendre connaissance; 

Les fers aux lâaias et aux piecli» 

Ces monstres sont transférés. 

Le chef de gendarmerie 
Et le maire de Rodez 
Ont inventé, tout exprès, 
Une cage bien garnie. 
Qui les expose aux regards, 
Comme tigres et léopards. 

La procédure commence; 
Bastide le rodomont, 
Au témoin qui le confond, 
Parle avec impertinence, 
Quoiqu'entouré de recors. 
Il fait le drôle deoorpi. 

Tous adoptent le ^stème 
De la dénégation ; 
Mais cette œuvre du démoa 
Se renverse d'elle-même ; 
Et leurs eontradieUoiis 
Servent d^expltcâttoAi. 



140 



CHANSONS POPULAIRES. 



Pressés par leur conscience, 
Bach et la Bancal, tous deux, 
Font des aveux précieux . 
Malgré celle circonstance, 
Les beaux-frères accusés 
N'en sont pas déconcertés. 

Qui vous a sauvé, Clarisse? 
Dit)*aimable président; 
11 vous faut en ce moment 
Le nommer à la justice : 
Est-ce Veynac ou Jausion? 
— Je ne dis ni oui ni non. 

Clarisse voit Tair farouche 
Que sur elle on a porté ; 
Non, Yaugmte vérité 
Ne peut sortir de ma bouche,.. 
Je ne fus point chez Bancal... 
Biais quoi! je me trouve mal... 

On prodigue Teau des Carmes : 
Clarisse aussitôt revient ; 
A Bastide qui soutient 
Ne connaître cette dame, 
Elle dit : Monstre enragé. 
Tu as voulu m égorger. 

Si Ton en croit Téloquence 
De chacun des avocats, 
De tous ces vils scélérats 
Manifeste est l'innocence, 
Mais malgré tous leurs rébus, 
Ce sont des propos perdus. 

De Clarisse l'innocence 
Paraît alors dans son jour; 
Elle prononce un discours 
Qui commande le silence, 
Et n'aurait pas plus d'éclat 
Quand ce serait son état. 

« Dans cet asile du crime, 
« Imprudente, et voilà tout, 
« Pleurs, débats, yentendis tout^ 
« Derniers cris de la victime : 
« Me trouvant là par hasard, 
« Et par an moment d'écart. » 



A la fin tout débat cesse 
Par la condamnation 
De Bastide et de Jausion ; 
Colard, Bach et la tigresse, 
Par un légitime sort, 
Subissent l'arrêt de mort. 

De la clémence royale. 
Pour ses révélations, 
Bach est l'objet. Pour raisons 
On conserve la Bancale , 
Jausion, Bastide et Colard 
Doivent périr sans relard. 

A trois heures et demie, 
Le troisième jour de juin. 
Cette bande d'assassins 
De la prison est sortie 
Pour subir leur châtiment, 
Aux termes du jugement 

Bastide vêtu de même, 
Et Colard comme aux débats, 
Jausion ne l'était pas ; 
A sa famille qu'il aime 
Envoie une paire de bas 
En signe de son trépas. 

Malgré la sainte assistance 
De leurs dignes confesseurs. 
Ces scélérats imposteurs 
Restent dans l'impénitence, 
Et montent sur l'échafaud 
Sans avouer leurs défauts. 

Dernières paroles de Jausion à sa fem 

Epouse sensible et chère. 
Qui, par mon ordre inhumain, 
M'as si bien prêté la main 
Pour forcer le secrétaire. 
Elève nos chers enfants 
Dans tes nobles sentiments. 

Catelas, dentiste 
À*( andeii, noté an N. 1376 de la Që du Cav 




MORT ET CONVOI 
' DE L'INVINCIBLE HALBROOGH. 

1709. 

Uaibrough s'en va-t-«n guerre. 
Mironton, mironton, mironuine; 
Ualbrougb s'en va-t en guerre, 
Ne sait quand reviendra. [ter.) 

Il reviendra l'à Piques, 
Mironton, mironton, mirotitaine, 
Il reTiendra z'A Pâques 
Ou à la Trinité. {ter.) 

La Trlnlië se passe. 
Mironton, mironton, mirontainei 
La Trinité se passe, 
Ualbrougb ne rerlent pu. {1er.) 

Madame i sa tour monte, 
Mironton, inIronlOD, mirontainei 
Madame i sa tour nonle, 
Si haut qu'ell' peut monter {1er.) 

Elle aperçoit son paee, 
Mironton, mironton, mirontaine, 
Elle aperçoit son page, 
Tout de noir babillé. {ter.) 

Beau page, abl mon beau page, 
Mironton, mironton, mirontaine : 
Beau page, ab ! mon beau page, 
Quell' nouvelle apportez'' (ter.) 

Aux notnell'B que J'apporte, 
Utronton, mironton, mironuine; 
'Aux nouvell's que J'apporte, 
Vos heaux jeux vont pleurer, {ter.) 

Quittez vos habits roses, 
Mironton, mironton, mirontaine ; 
Quiltet vos habits roses. 



llonsieur d' Ualbrougb est mort, 
Est mort et enterré I... {1er.) 

y l'ai vu porter en terre. 
Mironton, mironton, mlrontainci 
l' l'ai vu porter en terre. 
Par quatre z'ofiQders. {ter.) 

L'un portait sa cuirasse. 
Mironton, mironton, mlronuioe. 
L'un portait sa cuirasse. 
L'autre son bouclier. {ter.) 

"L'un portait son grand sabre. 
Mironton, mironton, mirontaine: 
L'un portait son grand sabre. 
L'autre ne portait rien. (^.) 

A l'entour de sa tombe, 
Mironton, mironton, mirontalnei 
A l'entour de sa tombe. 
Romarin l'on planta. (ter.) 



Sur la plus haute branche, 
Le rossignol chanu. 

On vil voler son âme 
Mironton, mironton, mirontaine; 
On vit votvr son âme. 
Au travers des lauriers. 

(Chacun mit ventre i terre. 
Mironton, mironton, mirontaine; 
Chacun mit ventre A terre, 
Et puis se releva. 

Pour chanter les victoires, 

MirontON, nlroolou, mirontaine; 

Pour chanter les Tictoim, 

Que Halbnmgb remporta. 



142 



CHANSONS POPULAIRES. 



La cérémoni* faite, 
MiPMiti», mironton, inirontaBie ; 
La cérénoni' faite, 
Chacun s'en fut oouci 



(Cir.) 



Les ms ayec leurs 
Mimntoa, mironton, 
Lesans avec leurs fesmes, 
Et les autres tout seuls. ffo^.) 

Ce D*e8i pas qa*il en manque, 

Mîrontop, mironton, mirontaine; 
Ce n'est pas qu*il en manque, 
Car j*en connais beaucoup. {ter,) 

Des blondes et des brunes, 
Mironton, mironton, mirontaine; 
Des blondes et des brunes, 
Et des châtaign's aussi. (1er.) 

y n'en dis pas davantage, 
Mironton, mironton, mirontaine; 
J' n'en dis pas davantage. 
Car en voilà z'assez. [ter,) 

Paroles d*Hii mnonjwàe, 

O y trait lolxante ans que le fameux duc de 
Marlborongli était mort, après avoir été oublié 
pendant dix ant, lanqu'en 17SI, la nouriice da 
Dtaphin fila àê Loirii XVI (qui ae nommait ma- 
dame PdtiliMl, chftAta, en berçant son royal 
BounisaoB, eett» espèce de ballade dont l'air 
naïf et gradaa fit aensaUon. M. de Chateaubriand, 
qui a entendu chanter cet air dans TOrient, croit 
qu'il y a été porté du temps des croisades. Les pa- 
roles burlesques araient probablement été rappor- 
tées dans plusieurs proTinces après la bataille de 
Malplaquet, en 1709, par quelques soldats de Vil- 
lars et de Boufflers. Déjà, en 1706, on avait cora» 
posé sur Mariboroagh des couplets qui se trouvent 
dans le recueU manuscrit, en quarante-quatre vo- 
lomet, de chansons historiques, fait pour M. de 
Maurepas, et qui se trouve au dépôt des Manuscrits 
de la bibUothèqne royale. La chanson de la nourrice 
fat bientôt à la naoda aa diiteaa de Versailles, par- 
vint à Paris et se répandit bientôt dans toute la 
France. Pendant quatre on cinq ans, on n'entendit 
que le refrain : mironUm, wtinmktimg, La chanson fut 
Imprimée sur les éventails et les écrans, avec une 
gravure rep résent ant le eonrol de llalbrongh, ma- 
dame montée snr sa tour, le pafa tout ds noir ha- 



Ulé, etc. CMta estampe fut imitée de toutes les 
psiliinis, éatsvtes les formes, courut les rues et 
les viHafEB, dL elle a donné à M. de Marlborough 
«■a célébiM plus populaire que toutes ses vic- 
. Toutes laaMs que Napoléon montait à cheval 
Btner en campagne, il fredsMMÉt Tair : J/oI 
ren vort^ guerre. L Sainte-Hélèac>, pvia 
<le son fit de mort, ayant parié dm duc de Sfaiffw 
nmilkwnc M. de Las Cases, et en ayant fait P«- 
lofB, il vint à penser à la chanson, ne put s'empê- 
cher de sourire, et dit : « Voilà ponrUnt ce que c'eA 
qw le ridicule; il stigmatise tout, jniqa'à la vio- 
totre 1 m puis U fredonna le prender couplet. 

Pe« de pecaonnes connaissent aujourdliui um 
poème en quatre chants, inUtulé : Jialbromgk, 
composé en 1783 par Beffroi de Reigny, qui se fai- 
sait appeler le cousin Jacques, et qui constate que 
ce fut la nourrice du Dauphin qui apporta la chanson 
de Malbroagh à Versailles; on Joua à la même 
époque, sur le théâtre de Nicolet, la grande panto- 
mime de Malbrough; et une pièce comique sous le 
même titre, qui fut jouée en 1834 aux Variétés, 
vient d'être reprise avec succès sur le théâtre dea 
Folies-Dramatiques. 

L'air de cette chanson est extrêmement gracieux, 
et Beaumarchais Ta employé avec succès dans le 
Mariage de Figaro, pour la jolie romance du page 
Chérubin. 

Air ancien, noté au N. 662 de la Clé du Caveau. 



M. DE LA PALISSE, 



Messieurs, vous platt-il d*ouïr 
L'air du fameux La Palisse ? 
Il pourra vous réjouir, 
Pouvu qu*il Yous divertisse. 

La Palisse eut peu de bien 
Pour soutenir sa naissance ; 
Mais il ne manqua de rien, 
Dès qu'il fut dans l'abondance. 

Bien instruit dès le berceau, 
Jamais, tant il fut honnête, 
U ne mettait son chapeau. 
Qu'il ne se couvrît la tète. 

U était affable et doux, 

De l'humeur de feu son nère» 



COMPLAINTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



143 



Et n'entrait guère en eoarronr 
8i ce n'esl dtns la colère. 

n buvait tonales matins 
Un doigt tiré de la tonne, 
Et mangeant chez ses voisins, 
n 8*y trouvait ei personne. 

n Toulait dans ses repas 
Des mets eiqnis et fort tendres, 
Et faisait son mardi gras 
Toujours la Teille des Cendres. 

Ses valets étaient soigneux 
De le servir d*andouilletles, 
Et n'oubliaient pas les œufs. 
Surtout dans les omelettes. 

De rinrenteur da raisin 
n révérait la mémoire ; 
Et pour bien goûter le via 
Jugeait qull en fallait boire. 

Il disait que le nouveau 
Avait pour lui plus d'amorce v 
Et moins 11 j mettait d*eaa 
Plus il y trouvait de force. 

U consultait rarement 
Hippocrate et sa doctrine ; 
Et se purgeait seulement 
Lorsqu'il prenait médecine. 

Il aimait à prendre l'air 
Quand la saison était bonne, 
Et n'attendait pas l'biver 
Pour vendanger en automne. 

Il épousa, ce dit-on, 
Une vertueuse dame ; 
S'il avait vécu garçon, 
U n'aurait pas eu de femme. 

Il en fut toujours cbéri ; 
Klie n'était point jalouse ^ 



Sitôt qu'il fût son mari. 
Elle devint son épouse. 

D'un air galant et badin, 
II courtisait sa Caliste, 
Sans jamais être chagrin 
Qu'au moment qu'il était triste. 

n passa près de huit ans 
Avec elle fort à l'aise ; 
U eut jusqu'à huit enfants : 
C'était la moitié de seize. 

On dit que dans ses amours 
U fut caressé des belles, 
Qui le suivirent toujours 
Tant qu'il marcha devant elles* 

il brillait comme un soleil , 
Sa chevelure était blonde , 
U n'eût pas eu son pareil, 
S'il eût été seul au monde. 

Il eut des talents divers , 
Même on assure une chose * 
Quand il écrivait en vers. 
Qu'il n'écrivait pas en prose. 

En matière de rébus. 
Il n'avait pas son semblable : 
U eût fait des impromptus, 
S'il en eût été capable. 

n savait un triolet 
Bien mieux que sa patendtre , 
Quand il chantait un couplet, 
U n'eu chantait pas un autre. 

n expUqua doctement 
La physique et la morale : 
11 soutint qu'une jument 
Est toujours une cavale. 

Par on discours sérieux» 
Hprottva qae la beriue 



144 



CHANSONS POPULAIRES. 



Et les autres maui des veux 
Sont contraires h la vue. 

Chacun alors applaudit * 
A sa science inouïe ; 
Tout homme qui Tentendit, 
N*aYait pas perdu Touîe. 

11 prétendit en un mois 
Lire toute rËcriture, 
Et l'aurait lue une fois, 
S*il en eût fait la lecture. 

Par son esprit et son air, 
I) s*acquit le don de plaire, 
Le roi l'eût fait duc et pair, 
S'il avait voulu le faire. 

Mieux que tout autre il savait 
A la cour jouer son rôle : 
Et jamais, lorsqu'il buvait. 
Ne disait une parole. 

Lorsqu'en sa maison des champs 
Il vivait libre et tranquille, 
On aurait perdu son temps 
De le chercher à la ville. 

Un jour il fut assigné 
Devant son juge ordinaire. 
S'il eût été condamné, 
U eût perdu son affaire. 

Il voyageait volontiers, 
Courant par tout le toyàrrr^e , 
Quand il était à Poitiers, 
Il n'était pas à Vendôme. 

Il se plaisait en baieau ; 
Et, soit en paix, soit en guerre, 
U allait toujours par eau, 
Quand il n'allait pas par terre. 

Un beau jour, s'étant fourré 
Dans un profond marécage. 



Il y serait demeuré, 

S*il n*eût pas trouvé passage. 

U fuyait assez l'excès; 
Mais dans les cas d'importance* 
Quand il se mettait en frais. 
Il se mettait en dépense. 

Dans un superbe tournoi. 
Prêt à fournir sa carrière, 
Il parut devant le roi : 
Il n'était donc pas derrière. 

Monté sur un cheval noir. 
Les dames le reconnurent. 
Et c'est là qu'il se fit voir 
A tous ceux qui l'aperçurent 

Mais bien qu'il fût vigoureux, 
Bien qu'il fit le diable à quatre. 
Il ne renversa que ceux 
Qu'il eut l'adresse d'abattre. 

Au piquet, par tout pays. 
Il jouait suivant sa pente, 
Et comptait quatre-vingt-dix 
Lorsqu'il faisait un nouante. 

Il savait les autres jeux 
Qu'on joue à l'académie. 
Et n'était pas malheureux, 
Tant qu'il gagnait la partie. 

On s'étonne sans raison 
D'une chose très commune : 
C'est qu'il vendit sa maison ; 
Il fallait qu'il en eût une. 

Il choisissait prudemment 
De deux choses la meilleure, 
Et répétait fréquemment 
Ce qu'il disait à toute heure. 

U fut, à la vérité, 

Un danseur assez vulgaire, 



RONDES ENFANTINES. 



14S 



Mais il n eût pas mal chanté, 
S*il n'avait voulu se taire. 

Il eut la goutte à Paris, 
Longtemps cloué sur sa couche ; 
En y jetant les hauts cris, 
Il ouvrait bien fort la bouche. 

On raconte que jamais 
Il ne pouvait se résoudre 
A charger ses pistolets 
Quand il n*avait pas de poudre. 

On ne le vit jamais las. 
Ni sujet à la paresse : 
Tandis qu'il ne dormait pas. 
On tient qu'il veillait sans cesse. 

C'était un homme de cœur, 
Insatiable de gloire ; 
Lorsqu'il était le vainqueur, 
U remportait la victoire. 

Les places qu'il attaquait, 
A peine osaient se défendre, 
Et jamais il ne manquait 
Celles qu'on lui voyait prendre. 

Un devin, pour deux testons, 
Lui dit d'une voix hardie 
Qu'il mourrait de là les monts. 
S'il mourait en Lombardie. 

Il y mourut, ce héros. 
Personne aujourd'hui n'en doute, 
Sitôt qu'il eut les yeux clos. 
Aussitôt il ne vit goutte. 

U fut, par un triste sort. 
Blessé d'une main cruelle. 
On croit, puisqu'il en est mort, 
Que la plaie était mortelle. 

Regretté de ses soldats, 
Il mourut digne d'euvie , 



Et le jour de son trépas 
Fut le dernier de sa vie. 

II mourut le vendredi, 
Le dernier jour de son âge; 
S'il fût mort le samedi. 
Il eût vécu davantage. 

J'ai lu dans les vieux écrits 
Qui contiennent son histoire 
Qu'il irait en paradis, 
S'il n'était en purgatoire. 



P«r«le« dTwi 



■y 



Void ce qu'on Ut dans le Mênagiana, édition d» 
1716, que l'on Mit aToir été reme par LaMonnoie : 
m Gabriel Naudé, qui, dans son dialogue de Jdateurat 
€i dé Sam t' - Ang t j a discouru fort au long de la poésie 
borletque et de ses différenU styles, ne parait pas 
en avoir oonna vm qu'on pourrait fort Uen, ce me 
semble, appeler le style niais, tel qu'est celui de la 
dUBSOB iatitoiée : U Faauux La Gaiiuê, homme 
imaginaire, dont on a pris plaisir de faire en da- 
quante quatrains la description ci-dessus, etc. 

D est singulier que 1^ Monnoie n'ait pas alors in- 
diqué qu'il était l'auteur de cette chanson. Cepen- 
danty dans ses osuvies publiées l'année suivante, 
1716, et de son tivant, le même passage se retrouY* 
textuellement copié } excepté qu'on y a ajouté ; 
Dont Ji.dê La Jiommciê a frù, ête, A cette époque, 
c'était donc M. de La Galisse et non M. de La Pe- 
lisse. Le nom du maréchal qui combattit arec Fran- 
çois I«'| à PaTie, s'écrivait La Policé ; mais la res- 
semblance des deux noms et de l'air choisi par l'aur 
teur de la chanson, aura motivé la confusion. Cet 
air était celui d'un couplet fait sans doute lors de la 
défaite de Pavie, et dont voici les paroles : 

Monsieur La Palisse est mort, 
Il est mort devant Pavic 
Un quart d'heure avant sa mort 
U était encore en vie!.^.. 

La .chanson de La Palisse commence aivi dans 
le recueil de romances imprimé en 1767, et le Utre 
de l'air, ainsi que sa musique primitive, est gravé 
dans U Thiàtrt de la Foire, 1737. Alors le nom du 
héroe avait changé, et dans l'édition des CSuon» de 
La MooMoi», 3 vol. in«, 1770, on lit : Ckwuom $ur 
U foMgax La Po/ust. L'air laagoveax, qui était 
celui d'un ancien aofl, convenait ans parotot ; celui 
qu'on y a substitué depuis une dnqnaataine d'an» 
jtktk ne s'y ajuste qu'en doublant quelques notes. 

Bevenons A Ménage^ qui ignorait de qui était la 



146 



CHANSONS POPULAIRES. 



duuMon } 1*11 aT«it cm qu'elle fftt de La Monooie, il 
n'aurait paa été étomé que Oabrid Naudé n'en 
eût pas parlé dana son ouvrage, imprimé en 1660, La 
Monnoie n'ayant alors que neuf ans. Cet ouvrage, 
dont parle Ménage to«a le titre de MoMeurat, était 
aussi connu sous le titre de : Jugemml de tout a qui 
a éli imprimé contre le cardinal McuaritL 

Dn reste, la chanson conunençant par les mots : 
Meuieurt, voue plcéU U d^o^r Voir du fameux La 
Galieee ou La Palieee, prouve que cet air était 
eonnu et qu'il y avait une chanson plus andenae. 

ilr ancien, noté au N. 692 de la Clé du Caveau. 



LA MÈRE MICHEL. 

liR : Ah ! et voue aviez vu M. de CatimaL 

C'est la mère Michel qui a perdn son chat, 
Qui cri* par la fenêtr*, qui est-c* qui lui rendra, 
Et r compèr' Lustucru qui lui a répondu : 
« Allez, lamèr' Michel, vot' chat n'est pas perdu.» 

C'est la mère Michel qui lui a demandé : 
« MoD chat n*est pas perdu! vous l'avez donc trouvé?!) 
Et r compèr* Lustucru qui lui a répondu : 
« Donnez un' récompense, il vous sera rendu. » 

Et la mère Michel lui dit • « C'est décidé : 
Si TOUS rendez mon chat, vous aurez un baiser.» 
Le compèr' Lustucru, qui n'en a pas voulu, 
Lui dit : 4 Pour un lapin votre chat est vendu. « 

Paroles d'an anonyme. 

Air ancien, noté au N. 22 da la Clé du Caveau. 



LE ROI DAGOBERT 



Le bon roi Dagobert 
Avait sa culotte à renvera ; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon rofî 
Yotre Majesté 
EtI mii euloUft. 



— C'est vrai , lui dit le roi , 
Je vais la remettre à l'endroit, m 

Gomme il la remettait 
Et qu'un peu il se découvrait. 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roi I 
Vous avez la peau 
Plus noir' qu'un corbeau. 
» Bah I bah I lui dit le roi, 
La rein' l'a plus noire que moi. • 

Le bon roi Dagobert 
Fut mettre son bel habit vert; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roi î 
Votre habit paré 
Au coude est percé. 

— C'est vrai, lui dit le roi; 
Le tien est bon : prête-le-moi. » 

Du bon roi Dagobert 
Les bas étaient rongés des vers; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roi I 

Vos deux bas cadets 
Fout voir vos mollets. 

— C'est vrai, lui dit le roi ; 

Les tiens sont bons : donne-Ies-moL 

Le bon roi Dagobert 
Faisait peu sa barbe en hiver ; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roi I 
Il faut du savon 
Pour votre menton. 

— C'est vrai, lui dit le roi; 
As-tu deux sous ? prête-les-moL • 

Du bon roi Dagobert 
La perruque était de travers î 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roi I 
Votre perruquier 
Vous a mal cdflé. 



RONDES ENFANTINES. 



147 



— C'est nai, lai dit le roi; 

Je prends ta tignasse pour moi. » 

Le bon roi Dagobert 
Portait manteau court en hiver , 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : a mon roi I 
Votre Majesté 
Est bien écourté. 

— C'est Trai , lui dit le roi ; 
Fais-le rallonger de deux doi^xs. • 

Du bon roi Dagobert 
Le chapeau coiffait comme un cerf*, 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : a mon roi 1 
La corne au milieu 
Tous siérait bien mieux. 

— C'est vrai, lui dit le roi; 
J'avais pris modèle sur toi. • 

Le roi faisait des vers; 
Mais il les faisait de travers ; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roil 
Laisses aux oisons 
Faire des chansons. 

— C'est vrai, lui dit le roi, 
C'est toi qui les feras pour moL » 

Le bon roi Dagobert 
Chassait dans la plaine d'Anvars , 
Le grand saint Eloi 
Lui dit : « mon roi I 
Votre Majesté 
Est bien essoufflé. 

— C'est vrai, lui dit k roi, 
Un lapin courait après moi. » 

Le bon roi Dagobert 
Allait à la chasse au pirert; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : cO mon roil 
La chasse aux coneous 
Vaudrait mieux pour tous. 

— Eh bien , lui dit le roi, 

Je vais tirer : prends garde à toi. » 



Le bon roi Dagobert 
Avait un grand sabre de fer, 
Le grand saint Ëloi 
Lui dit : a mon roil 
Votre Majesté 
Pourrait se blesser. 

— C'est vrai, lui dit le roi; 
Qu'on me donne un sabre de bois. >/ 

L^^s c'iiieas de Dagobert 
Étaient de gale tout couverts; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : (c mon roi I 
Pour les nettoyer 
Faudrait les noyer. 

— Eh bien, lui dit le roi, 
Va-t'en les noyer avec toi. » 

Le bon roi Dagobert 
Se battait à tort, à travers; 
Le grand saint Eloi 
Lui dit : « mon roil 
Votre Majesté 
Se fera tuer. 

— C'est vrai, lui dit le roi; 
Mets-toi bien vite devant moi. y 

Le bon roi Dagobert 
Voulait conquérir Tunivers, 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roi I 
Voyager si loin 
Donne du tintouin. 

— C'est vrai, lui dit le roi ; 

U vaudrait mieux rester chei toi. » 

Le roi faisait la guerre, 
Mais 01a faisait en hiver; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « mon roi! 
Votre Majesté 
Se fera geler. 

— C'est vrai, lui dit le roi ; 

Je m'en vatoretoumereheKanL » 

Le bon roi Dagobert 
Voulait s'embaiinier inr kVMr; 



148 



CHANSONS POPULAIRES. 



Le grand saint Éloi 
Lui dit : « G mon roi 1 
Votre Majesté 
Se fera noyer. 

— C'est vrai, lui dit le roi; 
On pourra crier : Le roi boill » 

Le bon roi Dagobert 
Avait un vieux fauteuil de fer; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « G mon roi I 
Votre vieux fauteuil 
M*a donné dans l'œil. 

— Eb bien 1 lui dit le roi, 
Fais-le vite emporter cbez toi. » 

La reine Dagobert 
Cboyait un galant assez vert ; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « G mon roi l 
Vous êtes. . . cornu, 
J'en suis convaincu. 

— C'est bon, lui dit le roi, 
Mon père l'était avant moi. » 

Le bon roi Dagobert 
Mangeait en glouton du dessert ; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit: a G mon roil 
•Vous êtes gourmand ; 
Ne mangez pas tant. 

— Bah! bab! lui dit le roi, 
Je ne le suis pas tant que toi. » 

Le bon roi Dagobert, 
Ayant bu, allait de travers; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit : « G mon roi I 
Votre Majesté 
Va tout de côté. 

— Eb bien ! lui dit le roi, 

Quand t'es gris marcbes4u plus droit? 

Quand Dagobert mourut, 
Le diable aussitôt accourut; 
Le grand saint Éloi 
Lui dit: « mon roi! 
Satan va passer; 
Faut vous confesser. 



— Hélas! dit le bon roi, 
Ne pourrais-tu mourir pour moi ? » 

Paroles d*an «aoBirHiai. 

Air ancien, noté an N. 209 de la Clé du Careaa. 

n est diracUe d'attigner ane origine h cette chantoa 
burlesque, et d'imaginer quel poète a eu la fantaisie 
de ressusciter le roi Dagobert et aaint Éloi. Toat le 
monde sait que ce dernier, qui avait dès sa JeanesM 
excellé daus les ouvrages d'orfèvrerie, avait été employé 
par Dagobert, qui le fit son trésorier et son monitaire. 
Nous avons encore des monnaies de ce rsi, où le non 
&Eligius tnonelarius^ Éloi monéluire, est consigné. U d^ 
vint ùvêque de iNoyon, et fut le cunûdeut de Dagobert, à 
qui il inspira le goût des fondations pieuses. Sa vie a 
été écrite par saint Ouen, et nous ne pouvons rapporter 
tous les miracles que cet écrivain lui attribue; il en est 
pourtant un asseï singulier pour le mentionner. L'égliae 
de Sainte-Colombe ayant été volée, saint Éloi s'en plai- 
gnit à cette sainte, et lui dit doue façon bardie : Si vom$ 
ne faites rapporter aux voleurs les ornements et l'argent 
de votre église. Je ta fermerai si Men que personne s'f 
viendra plus. La nuit suivante, le tout fut rapporté. 

Quant à Dagobert, son règue eut de bons comoaenoe- 
ments, mais Tamour des femmes le porta aux plas boo- 
teux excès; il accabla le peuple d'impOts, fit des guerrea 
injustes et commit de grandes cruautés. 

11 mourut de ses débauches à trente-six ans. en 638, à 
Épinoy. Il avait fondé Tabbaye de Saint-Denis, et y tat 
enterré. On voit encore dans cette église une sculpture 
bixarre représentant la vision d'un évéqoe qui eveit 
aperçu Tûme de Dagobert emmenée en enfer par lee dé- 
mons, et plusieurs saints, entre autres saint Denis, Tar- 
racbant de leurs griffes et la portant au ciel. Quelques 
chroniques loi ont donné le titre de saint, mais TÉgliae 
ne le lui a pas confirmé. Tout le monde a tu au Cabi- 
net des Antiques le fauteuil de Dagobert^ monument de 
bronse fait, disait-on, pur saint Éloi. U a été renda à 
Tabbaye de Saint-Denis en 1841. 

Dans tout ce que nous venons de dire, rien ne peut 
motiver Is chanson du Bon roi Dagobert. Le style prouîre 
qu'elle n'est pas fort ancienne, non plus que l'air de 
chasse sur lequel on la chante. Les anachronismes sont 
trop visibles pour qu'ils n'aient pas été faits exprès. 
Cette clxinson est une espèce de thème sur lequel tout le 
monde a brodé; vers 1813, elle redevint à la mode, et 
on y ajouta des couplets satyriqoes éridemment dirigés 
contre Mapolèon, et relatifs h la campagne de Russie. La 
chanson, qui courait les rues, futdéfendae par la police. 

Je ne sais pourquoi Dagobert a donné lieu à plosieart 
plaisanteries, entre autres è celle si connue : 1/ «'«al ei 
bonne compagnie qui ne se quitte, disait te roi Dagobert d 
ses chiens, en les envoyant noyer parce qu'Us mfaient Im 
gale. Quant h saint Éloi, qui est le patron des orfèvrce 
et des forKerons, il a encore serTi de texte k une chau- 
son un peu grossière dont nous donnons un couplet: 

AiB : J'ai rivi toute ta nuit. (241.) 

Saint Éloi arait un flis 
Qui se nommait Oculi; 
Et quand saint Éloi forgeait. 
Son fils Oculi, (Ma4 

Et quant saint Éloi forgeait. 
Son flls Oeuli souflUlL 




(bit.) 

ibl*.) 



CADET ROUSSELLE. 



179S. 

Cadet RousMlle'a trois maison* 
Qui n'ont ni poutres, ni cbevrons. 
C'est pour loger les hiroodelies. 
Que direz -Totts d' Cadet Rousselle f 
Abt abl alit mais vraimeot, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 



[bit.) 

Deux jaunes, l'autre en pa]»er gris; {bit.) 
Il met celui-là quand 11 gèle. 
Ou quand 11 pleut et quand il grêle. 

Ah I ah ! ah ! mais vraiment, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousselle a trois chapeauxi [bù.] i 
Les deux ronds ne sont pas très-beaux, (Mm.) 
Et le troisitoM est i deïix cornes : i 

De sa léte il a pris la forme. , 

Ah ! ah ! ah 1 m^ Traimenl, ' 

Cadet Rousselle est bon enfant- | 

I 
Cadet Rousselle a trois beaiu yeux; (&/«.) I 
L'un r'gardeiCaen.l'aulreaBayeuxi [bU.) 
Comme il n'a pas la vu' bien nette, 
Le iroidème, c'est sa lorgnette. 

Ab! ah) ah.' mais vrai ment, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousselle a une épée, (bit.) 

TrCs-longue, mais toute rouillée; \bU.) 

On dit qu'ell' ne cherche querelle 
Qu'aux moineaux et qu'aux hirmtdellea. 



Ah! ah! ahl mais vraiment, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousselle a trois souliers ; [bit. 

Il en met deux dans ses deux pieds; (bU.) 
Le troisiïm' n'a pas de semelle ; 
Il s'en sert pour chausser sa belle. 

Ah ! ah 1 ab ! mais vraiment, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousselle a trois cheveux; (fila.) 

Deux pour les fac's, un pour la queue; (fit*.) 
Et quand 11 va voir sa maîtresse. 
Il les met tous les trois en tresse. ' 

Ahl abl abl mais vraiment, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousselle a trois garçons ; (bit.) 

L'un est voleur, l'autre est fripon ; bU. 
Le troisième est un peu Ocelle ; 
Il ressemble à Cadet Rousselle. 
Ah ! ah ! ah i mais vraiment. 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Roussel a trois gros chiens ; (M*.) 
L'un court au Uèvr', l'autre au lapin, (bit.) 
V troi^ème s'enfuit quand on l'appelle', 
Comm' le chien de Jean de Nivelle. 

Abl thl ab! mais vraiment, 
Cada Rousselle est bon estant. 



Cadet Rousselle a Irtds beaux cbato, 
Qui n'attrappent Jamais les rats; 
Le troisièm' n'a pas de prunelle; 
Il monte au grenier sans chandelle. 

Ab ! ah ! ah 1 mais vraiment, 
Cadei Rotusdle est bon eofaat. 



(6ta.) 
(WiO 



150 



CHâKBONS POPULAIJRES. 



Cadet RousséDe a marié ^is^) 

Ses trois filles dans trois quartiers; {bii^ 
Les deux premièr*s ne sont pas befies, 
La trois ièm* B*a pas de eerveOe; 
Ah 1 ah I ah I mais nrraiment , 
Cadet Rousselle est bon «enfant. 

Cadet RousMile a trois deniers , (his,) 
C'^eat pour pajer ees créanciers; {bis,) 
Qauiâ il a montré ses ressonrees , 
n les resserre dans sa bourse. 

Ah ! ah ! ah I mais vraiment , 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousseir s*est fait acteur, {bis.) 
Comme Chénier s'est fait auteur ; (61*5.) 
Au café quand il jou' son rôle, 
Les aveugles le trouvent drAle (*). 

Ah ! ah I ah! mais ^Taiment, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousseir ne mourra pas, (bis.) 
Car, avant de sauterie pas, (bis.) 

On dit qu'il apprend l'orthographe 
Pour fair' lui-mêm* son épitaphe. 

Ah ! ah 1 ah I mais vraiment , 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Parole* d'uo anottymc. 

Ce fut vers 1792 que les soldats français entendi- 
rent chanter dans le Brabant une chanson de Jean 
de Nivelle, personnage qui leur était fort inconnu,' 
et auquel ils substituèrent quelque loustic de régi- 
ment appelé Cadet Rousselle. Du reste, la chanson 
devint si populaire, qu'elle donna l'idée d'une pièce 
bouffonne qiii fut Jouée au théâtre de la Cité, et 
dans laquelle Tacteur, Brunet, eut tant de succès 
que le lype de ce personnage Tut souvent employé 
pour lui. n est certain que la chanson primitive a été 
modifiée et augmentée à plusieurs reprises, et qu'il 
serait dirficile d'en retrouver le texte original Elle a 
cependant été imprimée et gravée chez Frère ; Tair, 
qui était fort gai, a été mis en contredanse. 

Air ancien, noté au N. 6&8 de la Clé du Caveau. 

(*) La pièce de Aado 4uit intitulée : CadH Rem- 
èêlU au Ctn/i du Anglais. 



1 1 



LES BOSSUS. 



1740. 



Depuis longtemps je me suis aperçu 
De l'agrément qu'on a d'être bossu. 
Polichinelle en tous lieux si ccmnii , 
Toujours chéri, partout si bien^venu, 
Fait le gros do6 parce qn*!! eA Ikmhil 

Loin qu'une bosse soit un embarras, 
De ce paquet on fait un fort grand caa 
Quand un bossu l'est derrière et devan 
Son estomac esta l'abri du vent, 
Et ses épaules sont plus chaudement. 



On trouve ici des gens assez mal nés 
Pour s'aviser d'aller leur rire au nez : 
Il l'ont toujours aussi long que le bec 
De cet oiseau que l'on trouve à Québec 
Et leur babil inspire du respect. 

Tous les bossus ont ordinairement 
Le ton comique et beaucoup d'agrémei 
Quand un bossu se montre de côté , 
Il règne en lui certaine majesté , 
Qu'on ne peut voir sans en être encha: 



Si j'avais eu les trésors de Crésus, 
J'aurais rempli mon palais de bossns. 
On aurait vu près de moi, nuit et jour 
Tous les bossus s'empresser tour-èi-tou 
De montrer leur éminence à ma cour. 



Dans mes jardins , sur un beau piédestj 
J'aurais fait mettre un Ésope en métal, 
El par mon ordre, un dç oàes substitut 
Aurait gravé près de ses attributs : 
Vive la bosse et vivent les bossus ! 

Concluons donc, pour aller jusqu'au b< 
Qu'avec la bosse on peut passer partou 



« • • ■ 



I /uh/Uf/^^r/?P> érj^' ^ 









150 



CHâKBONS POPULAIRES 



Cadet RousséDe a marié ^is) 

Ses trois filks dans trois quartiers; (bii^ 
Les deux preiiiièr*8 ne sont pas bdles, 
La froisièm* B*a pas de eerreDe; 
Ah 1 ah I ah 1 mais trraiment , 
Cadet Rousselle est lx>ii «nfant. 

Cadet RousséDe a trcis deniers , ijbis,) 
C*eit jMMur pi^jer «s ctéanders; {bis.) 
Qnnd il a SMmtré ses ressovrees , 

n les resserre dans sa bourse. 

Ah ! ah I ah I mais vraiment , 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Rousseir s*est fait acteur, (6t>.) 
Comme Chénier s*est fait auteur ; [bis,) 
Au eafé quand il jou' son rôle, 
Les ayeugles le trouTent drôle (*). 

Ah ! ah I ah I mais vraiment, 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Cadet Roussell* ne mourra pas, [bis,) 
Car, avant de sauterie pas, [bis,) 

On dit qu'il apprend Torthographe 
Pour fair' lui-mêm* son épîtaphe. 

Ah I ah I ah I mais vraiment , 
Cadet Rousselle est bon enfant. 

Parole* d*uii aBosyme. 

Ce fut vers 1792 que les toIdaU français entendi- 
rent chanter dans le Brabant une chanson de Jecm 
de NivelUj personnage qui leur était fort inconnu/ 
et auquel ils substituèrent quelque loustic de régi- 
ment appelé Cadet RamuêlU, Do reste, la dhanson 
devint si populaire, qu'elle donna l'idée d'une pièce 
bouffonne qui fut Jouée au théâtre de la C3té, et 
dans laquelle l'acteur, Brtmet, eut tant de succès 
que le lype de ce personnage fut souvent employé 
pour lui. n est certain quels chanson primitive a été 
modifiée et augmentée à plusieurs xepriees, et qu'il 
serait difficile d'en retrouver le texte original Elle a 
cependant été imprimée et gravée chez Frère ; Tair^ 
qui était fort gai, a été mis en contredanse. 

Air anc(«n, noté au N. 6&8 de la Clé du CaveaiL 

(*) La pièce de Aude était intitulée : CadH Jùmê- 
têlU au Cq/i du Anglau- 



LES BOSSUS. 



174t. 



Hepois longtemps je me suis aperçu 
^ l'agrément qu'on a d'être bossu. 
FoMchinelle en tous lieux si eonm , 
Toujours chéri, partout si bien^ttiH, 
Fait le gros due ^Mune <pi^ eailir— i 

Loin qu'une bosse soit un embarras, 
De ce paquet on fait un fort grand cai 
Quand un bossu l'est derrière et deTan 
Son estomac esta l'abri du vent, 
Et ses épaules sont plus chaudement. 



On trouve ici des gens assez mal nés 
Pour s'aviser d'aller leur rire au nez : 
Il l'ont toujours aussi long que le bec 
De cet oiseau que l'on trouve à Queba 
Et leur babil inspire du respect. 

Tous les bossus ont ordinairement 
Le ton comique et beaucoup d'agréme 
Quand un bossu se montre de côté, 
Il règne en lui certaine majesté , 
Qu'on ne peut voir sans en être encha 



Si j'avais eu les trésors de Grésos, 
J'aurais rempli mon palais de 
On aurait vu près de moi, nuit et joui 
Tous les bossus s'empresser tour-à-loi 
De montrer leur éminence à ma cour. 

Dans mes jardins , sur un beau piédesta 
J'aurais fait mettre un Ésope en nétal, 
Et par mon ordre , un de nues subàlitul 
Aurait gravé près de ses attributs : 
Vive la bosse et vivent les bossus ! 

Concluons donc, pour aller jusqu'au h 
Qu'avec la bosse on peut passer partou 



COMPLAINTE? ET CHANSONS BURLESQUES. 



IH 



Qu*an homme soit on flintasque ou boarru , 
Qu'il soit chassieux, malpropre, mal vêtu , 
On le distingne alors qu'il est bossu. 

La chanson des Boitui, que l'on tronTe dam plu- 
deara raeneflt, y «H iwoBtnt complète ; elle est 
attribuée à un bonu, médedn et nerea du fameux 
Santeuil ; Il Ta composée pour un repas auquel il 
arait invité tous les bossus de sa connaissance ; c'4> 
tait yers 1740. 

Air ancien, noté au N. 144 de la CK du Carean. 



L'ARRIVÉE DE NIGAUDIN A PARIS. 



Ou * D^àjê part, d» touU* parti. 

Soudain, 
Me rvant de grand malin, 
J' tàïs mon paquet ftirt bien^ 
Et je m'mets en voyage : 
J'avioos souliers, habits et bas, 
Mon b&ton sous le bras, 
Vers Paris j' guide mas pas. 

J'enrage, 
U vient un grand orage. 
Le tonnerre fait tapage^ 
Mais, grand Dieul quelle averse 1 
J' suis mouillé ji^squ'aux os. 
J' veux passer ua ruisseau, 
Y*là-t'y pas qu*un lourdeau 
Me pousse et me renverse T 

A peine à Paris, v'ià qu'une belle 

Me dit, en me prenant la main ; 

« Mon ami, comment qu' tu t'appelles? 

^ Moi, mamsell' ? j' m'appell* Nigaudin. • 

V*là qu'ail* m' presse. 

Qu'air m' caresse. 
Et me serre sur son seio. 

— Quelle tendresse I 

Quelle ivresse 
De te voir, mon cher eousiB. 



Enfin, 
La journé* s' pass' très bten , 
Je dors jusqu'au lend'main 
La grasse matinée. 
A onze heur's ma cousine me dit : 
Lève-toi, mon petit, 
Le déjeuner est cuit. 

Après m'ètre fait bien da corps 
J' fais ma toilette et j' sors 
Pour visiter la ville : 
J' m'en fus voir l'ours Martin, 
L'éléphant, le requin; 
J'étais dans ce jardin 
Comme au sein d* ma fomoille. 

J* vois une affiche qu'on contemple, 
Les mains dans mes poches, j' lisons : 
a Ambigu, boulevart du Temple, 
Aujourd'hui les Chevaliers du 



Au spectacle, 
Sans obstacle. 
Dans un fiacre, j' guide mes pas; 
Cette vie 
Est jolie. 
Quand l'argent ne manque pas» 

J'entre, j' voyons l'ver un rideau : 
On crie : En bas l' ehapeaul 
Je r jette 
Sous ma banquette. 
Arrivent des homm's et des soldats^ 
Qui font de grands ébats ; 
Tout ça n' me regarde pas. 

Queu bonheur I 
Au bout d' trois quarts d'heniv 
J' n'en pouvions plus de chaleur. 
Voilà qu'on baisse la toile. 

J' sors pour me délasser : 
J' vois du monde d*amasBé, 
On m' dit qu' c'était Bobècàe, 
Et pais GaUmaM. 



15S 



CHANSONS POPULAIRES. 



De leurs farces, de leurs parades 
J* m' tenais Y ventr*, tant que j' riais; 
Ne v*là-t*y pas qu'un camarade 
M*emprunt' ma montr* dans mon gousset T 

D*ans la foule, 

V'ià qu'on s'boule, 
J'cours après, mais queu malheur I 
Ne v'ià-t'y pas qu' la patrouille 
M'arrête pour le voleur? 

J*ons beau m'expliquer, 

Beau crier 
Et ben gesticuler, 
On m'mène au corps-de-garde. 
J' TOUS en prie, monsieur Y général. 
Ou bien le caporal 
Ne me fait's pas de mal. 

Après avoir fait un' faction, 

Je sors du violon 

Sans demander mon reste. 
A Paris, j' dis adieu d' bon cœur, 

On n'y voit qu' des malheurs, 

Du monde et des voleurs. 

Là, c'est un serin qu'est envolé. 
Un chien qu'est écrasé. 
Plus loin une batt'rie ; 
Là, c'est des chariatans, 
Des bonn's et des enfants. 
Des voitur's, des marchands, 
De tous côtés l'on crie. 

C'est un train à fendre la tête; 
On n'fait que d'être poussé, r' poussé; 
Et si quelque part l'on sVrête, 
Vot' voisin vous marche sus Y pied. 

J' tire ma crampe. 

Et j' décampe. 
Car si j' restions plus longtemps, 

Au village, 

Je le gage, 
l r'tourn'rais comme un p'iil saint Jean. 



Adieu, Paris, adieu, beaux jours, 

L'objet de mes amours, 

Toutd' bonj' vous abandonne; 
Tout droit j' m'en retourne à mon pays ; 

Car pour rester ici, , 

N, i, ni, c'est fini. 

ancien chanteur des mes. 



Musique de feu Detpinois, arrangée par DocIm 
pour le théâtre, et notée an N. 1600 de la Clé dn 
Cayean. 



LE RETOUR DE NI6ADDIN DANS SA FAHILLI. 

Al R de lavaUe du Havre 

De Paris quittant le canton, 
A ch'val sur mon ânon, 
J' pars pour 1' villag' d'Àsnière , 
Plus j* voulais qu'il aille en avant, 
Il allait en reculant 
Et se couchait par terre . 

De rage, à grands coups d'échala^ 
Frappant à tour de bras, 
J' lui caressais les côtes. 
Y'Ià qu'un mauvais plaisant 
Disait, en me voyant : 
Oui, c'est bien là vraiment 
Deux bêt's l'un' portant l'autre. 



D'un nouveau malheur je me damne : 

Au cabaret étant entré. 

J'avais mal attaché mon âne : 

V'ià qu'il prend la fuit* dans les prés. 

V'ià que j' cours. 
Que j' parcours. 
En d'mandanl mon bourrique*» 
J' TOUS en prie, 



COlfPLAfNTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



US 



J' TOUS supplie,' 
Si TOUS Tarez, rendez-lè. 



De loin, voyant mon petit ftnon, 
J*crie : « Arrête, Manon. » 
A grands pas vlà qu* j'arpente, 

Mais, jarni, ben mal à propos, 
J' choppe auprès d'un hameau. 
Vlà que j' tombe à plat ventre. 



Queu train! 

Vlà le marchand ^e vin. 

Armé d'un gros gourdin. 

Et d'une manier* frappante 
Médisant : « Ftit tondu. 

Tu me dois un écu ; 

Tu vas m' payer mon dû. » 

La scène était touchante ; 
Dans mon désespoir je m'écrie * 
« C'est r maudit âne qu'est cause de ça, 
Oui, c'est en courant après lui 
Qu' j'ai oublié d' vous payer ça. » 



Plus d' bonne mine, 

Plus d' cuisine, 
Plus de montre, plus d'ànon. 

Je suis bien 
Petit enfant prodigue 
Retournant à la maison. 



Pourtant 

Vlà qu' j'aperçois l' clocher. 

Ben las, ben efflanqué, 

Au villag* v'ià qu* j'arrive ; 

C'était beu 1' cas de dire, vraiment, 

J'étais en arrivant 

Comme le Juif errant. 

Vlà Martin, Blaisot, Nicolas, 
Et puis le grand Colas, 

Qui volent sur mes traces. 

« C'ment, c'est toi, Nigaudin I 

— Oui, c'est ben moi, Catin ; 

Embrasse-moi donc un brin, m 

Vlà qu'ail' m' saute sur la fiice. 



Vlà qu* ma tante, mon père» 
Et ma mère, 
S'écriant : 
L' v'ià donc, c' pauvre enfant! 
Dis'nt avec des larmes amères : 
Nigaudin, viens donc sur mon flanc. 
L'un m'embrasse, 
L'autre m'arrache, 
Et dans un jour aussi beau, 
Père et mère, 
Oncles et frères. 
Tout r monde pleurait comme des reaux. 



Entré dans not' maison, 
Vlà-t'y pas qu' tout 1' canton 
Cheu nous arrive en foule, 
D'mandant à cor et à cris 
Que j' leux fasse un récit 
Sur la ville de Paris. 



« Vraiment 
C'est un pays charmant ; 
Mais faut beaucoup d'argent 
Dans ce riant asile. 
Mais c* qui déplaît tout d' bon, 
J' vais vous r dire sans façon ; 
La hauteur des maisons 
Empêche de voir la ville', 

Champs-Elysées, quais et Tuileries^ 
Palais-Royal et boulevarts, 
Où des demoiselles jolies 
S'y promènent de toutes parts. 



Grande roulade. 

Grande parade. 
Escamoteurs, aboyeurs; 

Grands spectacles, 

Charrettes, fiacres, 

Et demoiselles 
Qui vendent leur honneur. » 
Après un aussi beau récit, 
Vlà tout 1' monde ébahi 
De joie et de surprise : 
Monsieur 1' curé, 1' maire et 1' bailli 



154 



CHANSONS POPULATRES. 



Restent tout interdits 

Sus r grand tableau de Paris. 

9 

FraBfOls lieCelIler, 

ancien chanteur des rues. 

Les deux chansons qni précèdent ne sont pas ilche- 
ment rlmées ; mais elles donneront nne idée de celles 
qu'on chante dans les carrelours et qui sont com- 
posées par les chanteurs eux-mâmes Ces poésies 
faeilet ne laissent pas que d'avoir leur intérêt dans 
l'histoire de notre littérature et de nos mœurs. Elles 
sont à la portée du peuple, qui les retient et les 
chante plus volontiers que des ouvrages de meilleur 

goût. 
Musique de Despinols, notée au N. 1500 de la Clé 

du Caveau* 



LA BELLE BOURBONNAISE. 



1768. 

Dans Paris la grand' ville, 
Garçons, femmes et filles , 
Ont tous le cœur débile , 
Et poussent des hélas 1 

Ah! ahlahlahl 
La belle Bourbonnaise, 
La maîtresse de Biaise, 
Est très mal à son aise, 
Elle est sur le grabat, 

Ahl ah! ah! ahl (qnater.) 

N'est-ce pas grand dommage 
Qu'une fille aussi sage, 
A.U printemps de son âge, 
îOit réduite au trépas? 

Ah! ahl ahl ahl 
La veille d'un dimanche, 
En tombant d'une bramshe. 
Se fit mal à la hanche 
Et se démit le bras, 

Ah 1 ah! ahl ahl (quaUr.) 

On chercha dans la Tille 
Un médecin habile 



Pour guérir cette fille : 
U ne s'en trouva pas, 

Ahl ahl ahl ahl 
On mit tout en usage, 
Médecine et herbage , 
Bon bouillon et laitage 
Rien ne la soulagea, 

Ahl ah! ahl ahl 



[qwUer) 



Voilà qu'elle succombe ; 
Elle est dans l'autre monde , 
Puisqu'elle est dans la tombe. 
Chantons son Libéra, 

Ah! ah! ahl ahl 
Soyons dans la tristesse, 
Et que chacun s'empresse, 
En regrettant sans cesse, 
Ses charmes, ses appas, 

Ah ! ah ! ah ! ah ! iquater.) 

Pour qu'on sonnât les cloches, 
On donna ses galoches, 
Son mouchoir et ses poches, 
Ses souliers et ses bas, 

Ahl ahl ahl ahl 
Quant à sa sœur Javotte , 
On lui donna sa cotte, 
Sou manteau plein de crotte, 
Le jour qu elle expira. 

Ah! ah I ah! ah! [qiiater,) 

En fermant la paupière 
Eir finit sa carrière. 
Et sans drap et sans bière 
En terre ou l'emporta. 

Ah! ahl ahl ahl 
La pauvre Bourbonnaise 
Va dormir à son aise. 
Sans fauteuil et sans chaise, 
Sans lit et sans sofa, 

Ahl ahlahlahl [quater,) 

Attribuée au chevalier île — « i B ei a. 



La 'chanson da la Sourbamnaim était une grosse 
boafTonnerie, dont l'héroïne était sans doute quelque 
conrtisane de l'époqae, qni, comme beaucoup de ses 
•emhiablet, était tombée danala misère après aToir 



COMPLAINTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



ly^ 



brillé àmnn Parlt. En IMS, tonqw U dn Barri com- 
mença d'être en farenr, on chorcha tous les moyen* 
d'en dégoûter le roi, et on fit ploaieart chansona sur 
sa basse extraction, entre autres la Nouvelle Bour- 
bonnaise. Mais la première chanson était ant^^risuM 
an règne de la farorite, et ce gui loi donna une vogue 
qui s'est prolongée pendant plus d'an demi-sIècIe, c'é- 
tait la manière dont elle était diantéepartm homme 
connu sous le nom de Grimaeiêr, dont La physiono- 
mie mobile et expressiTe était très originale. Cet 
homme, qui avait dispara pendant la Révolution, 
reparut sous l'Empire, et chanta encore dans.Ies 
rues la Bourbomnaite, dont la avceès n'a pas dû sar- 
Tivre aa talent conîiqae de son interprète. ' 
Air italien, noté an N. 301 de la Qé du Caveau. 



LE DÉPART DU CONSCRÎT. 



Je suis't un paavre conscrit 
De Tan mille huit cent dix; 
Faut quitter le Languedo, 
Le Languedo, leXanguedo, 

Ohl 
Faut quitter le Languedo, 
Avec le sac sur le dos. 



Le maire, et aussi le préfet, 
N'en sont deux jolis cadets; 
Ils nous font tirer z'au sort, 
Tiré z'au sort, tiré z*aasort, 

Ort; 
Ils nous font tiré z'au sort. 
Pour nous condutr* z*à la mort. 

Adieu donc, mes chers parents, 

N'oubliez pas votre enfant; 

Crirés li de temps en temps, 

De temps en temps, de temps en temps, 

En; 
Grives li de temps en temps. 
Pour lui envoyer de Targent. 

Adieu donc, chères beautés , 
Dont nos cœurs sont z'enchantés; 
Ne pleurez point not 'départ : 



Not' départ, not' départ, 

Art; 
Ne pleurez point not* départ ; 
Nous reviendrons t6t z*ou tard. 

Adieu donc, mon tendre-cœur; 
Vous consolerez ma sœur : 
Vous y direz que Fanfan, 
Que Fanfan, que Fanfan, 

An; 
Vous y direz que Fanfan, 
Il est mort z*en combattant. 

Qui qn'c fait cette chanson. 
N'en sont trois jolis garçons ; 
Ds étiont faiseux de Imis , 
Faiseux de bas, faiseux de bas, 

Ah; 
Ils étiont Caiseux de bas. 
Et à c* t'heure ils sont soldats. 



LE RETOUR DU CONSCRIT 



a Ah 1 que je suis donc chagrinée 
Que mon amant s*est engagé I 

Je pleure tous les soirs, 

Que je peux pas savoir 

Quand je vas le revoir. 

Y a deux ans qu*il est parti. 

Avec son beau fusil, 

Pour tuer les ennemis. 

— Ahl bahl la belF, ne pleurez pu. 
Que votre amant est revenu. 

— J* vous r'con nais; en partant, 

Vous étiez paysan, 

A présent, changement I 

Comm* tu es-t-habillé I 

Te voilà retapé 

Comme un vrai grenadier. 

—François', ma mignoB', mon tendron^ 
Je reviens pour fair* la nioiMon. 



tl6 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je suis un beau guerrier 
Qui n'a pas déserté; 
Je viens pour t*épouser. 
François', ma mi', mon cœur, 
Donne-moi tes faveurs, 
Je suis ton serviteur. » 

DamerMiii et Bramler. 

Musique de Blanchard, notée au N. 447 de la Clé 
du Caveau. 



RONDE DE NEWGATE, 

ou LES VOLEURS DE LONDRES. 



Y a pus d' plaisir que d' peine, 
La briguedondaine, 

A 8* voir mis sous l' scellé, 
La briguedondé. 

Accourez à Newgate, 
Pour donner à vos maux 

Du r'pos ; 
On n'y port' pas d' manchette, 
Mais on y fait jabols. 

Y a pus d' plaisir, elc. 

On vous donn' d' la bonn' soupe, 
Et des bons z'haricots 

Tout chauds ; 
Vot' viande on vous la coupe, 
D' peur d'user vos couteaux. 

Y a pus d' plaisir, etc. 

V'nez voir leux bell's ouvrages 
De paille et de cocos, 

Badauds *, 
C qu'y a d' mieux, dans V s'étalages, 
C'est qu'ils n' paient pas d'impôts. 

Y a pus d' plaisir, etc. 

Ainsi qu' ces vins qu'on vante 
Et qu'on tient rassemblés 
Sousclk. 



\ 



Pour qu'aucun d' vous n' s'évente, 
On vous a tous fîc'lés. 

Y a pus d' plaisir que d' peine, 

La briguedondaine, 
A s' voir mis sous 1* scellé, 

La briguedondé. 



iOQO>)^iOOOi 



COMPÈRE GUILLERI. 



U était un p'tit homme 
Qui s'app'lait Guilleri, 

Carabi ; 
Il s'en fut à la chasse, 
A la cha^e aux perdrix, 

Carabi, 
Toto carabo, 
Marchand d' carabas. 
Compère Guilleri, 
Te lairas-tu (ter) mouri ? 

Il s'en fut à la chasse, 
A la chasse aux perdrix, 

Carabi ; 
Il monta sur un arbre 
Pour voir ses chiens cou ri, 

Carabi ; 
Toto carabo, - 
Marchand d' carabas. 
Compère Guilleri, ^ 

Te lairas-lu (ter) mouri ? 

Il monta sur un arbre 
Pour voir ses chiens court, 

Carabi ; 
La branche vint à rompre, 
Et Guilleri tombi, 

Carabi, 
Toto carabo, 
Marchand d' carabas, 
Compère Guilleri, 
Te lairas-tu (1er) mouri? 



COMPLAINTES ET CHANSONS BURLESQUES. 



IB7 



La branche Tint à rompre 
Et Guilleri tombi, 

Carabi ; 
Il se cassa la jambe, 
Et le bras se démit, 
Carabi ; 
Toto carabo, 
Marchand d* carabas, 
Compère Guilleri, 
Te lairas-lu (ter) mouri T 

Il se cassa la jambe, 
Et le bras se démit, 

Carabi ; 
Les dam's de l'Hôpital 
Sont arrivées au bruit, 
Carabi, 
Toto carabo, 
Marchand d' carabas, 
Compère Guilleri, 
Te lairas-tu (ter) mouri T 

Les dam*s de l'HâpUal 
Sont arrivées au bruit, 

Carabi ; 
L'une apporte un emplâtre, 
L'autre, de la charpi, 

Carabi, 
Toto carabo. 
Marchand d' carabas, 
Compère Guilleri, 
Te lairas-tu (ter) mouri T 

L'une apporte un emplâtre, 
L'autre, de la charpi, 

Carabi ; 
On lui banda la jambe. 
Et le bras lui remit, 

Carabi, 
Toto carabo. 
Marchand d* carabas. 
Compère Guilleri, 
Te lairas-tu (ter) mouri T 

On lui banda la jambe, 
Et le bras lui reirU« 
Carabi; 



Pour remercier ces dames, 
Guilleri les embrassit, 
Carabi, 
Toto carabo. 
Marchand d' carabas. 
Compère Guilleri, 
Te lairas-tu (ter) mouri ? 

Pour remercier ces dames, 
Guilleri les embrassit, 

Carabi, 
Ça prouv' que par les femmes 
L'homme est toujours guéri, 

Carabi, 
Toto carabo, 
Marchand d' carabas, 
Compère Guilleri, 
Te lairas-tu (ter) mouri? 

PAr«Ie« il'ttn Mtonyme* 

Ui ancien, noté an N. 561 da la Clé da Carean. 



J' N'AI QU'UN SOU. 

Air : Tra, la, la. 

J* n'ai qu'un sou, (bis,) 
y veux pourtant hoir* comme un trou ; 
Je dln'rai, j'sais pas où. 
Mais c'qu'y a de sûr, c'est qu* j' n'ai qu'un sou. 

C'est peu d' chos', mais j* gage, moi, 
Qu' tout r jour j' vivrai comme un roi . 
Tant d* gens s'en vont ripaillant 
Qui n'ont pas un sou vaillant I 
J' n'ai qu'un sou, etc. 

J'entr' dans tous les cabarets; 
J' bois bouteille, et lorsqu'après 
On m' dit : Patrez-vous enûnT 
J* réponds : Faudrait être malin... 
J* n'ai q[u'un sou, etc. 

Quand j' n'ai plus d' tabac j* pourrait 
En acheter pour un sou, mais 

25 



J 



os 



CHANSOro FOPULAIB'ES. 



D'un* Ihrref aim* mieux »* «kur(*er, 
J' devrai ça... j* peux pas changer... 
J* n'ai qu'un sou, etc. 

r rencontre un ami qu'a de quoi... 
Faut qu'il déjeune avec moi; 
Aux Provençaux j' loi dis : ?ieiiy 
C'est cher; mais j' ne risque rien... 
J' n'ai qu'un sou, ele. 

Une beir me fait les yeux doux... 
J' mont' chez elle; nous faisons les fous; 
Eir m* dit :Tu sais c*que ça vaut... 
— Fallait donc dir' ça plus tôt. 
J' n'ai qu'un sou, etc. 

Si v'nant troubler mon cerveau, 
L' chagrin m* pousse à m* j'ter à l'eau, 
Fièr'ment, grâce à mes quat' liards, 
r peux choisir Y pont des Arts 1 
J' n'ai qu'un sou, etc. 

Quel objet frappe mes yeuxl 
J'aperçois un malheureux 
Qui p'tôt' va mourir de faim... 
Mon sou lui (ionn'ra du pain. 

J* n'ai plus 1' sou (6t5.) 
J* veux pourtant hoir' comme un trou; 
Je din'rai, j' sais pas où, 
Mais c'qu'y a d' sûr, c'est que j'n'ai plus l' sou. 

A. U. 



SAINT CRÉPIN. 



Le bon Dieu dit à saint Crcpin 

Vous èt's un saint Nicaisc, 
Vous m'avez fait des escarpins 

Où je n' suis pas à Taise, 
Et dont le cuir n'est pas très bon 
La fari don daine, la fari don doa, 
Vous sortirez du paradis, 

Biribi, 
A la façon de Barbari 
Mon ami. 



Le saint Crépin soAl eotttne xm gueux 

Rôdait dans sa boutique. 
Il dit au maître bienheureux : 

Vous èt's un lunatique, 
Qui n'entendez pas la raison, 
La fari don daine, la fari don don, 
Je sortirai de votr' tandis, 

Biribi. 
A la façon de Barbari, 
Mon ami. 

I 
I 

L'insolence de saint Crépin 

Eut des suites étranges. 
Il perdit en un lourde main 

La pratique des anges 
Et ceir des filles de Sion, 
La fari don daine, la fari don don. 
Quoiqu'il leur fît souvent crédit, 

Biribi, 
A la façon de Barbari 
Mon ami 

Le bon Dieu prévoyant les maux 

Qu* l'hiver occasionne. 
Leur promit à tous des sabots 

Pour la fin de l'automne 
Bien garnis de peau de mouton, 
La fari don daine, la fari don don. 
Avec des bas de laine aussi, 

Biribi, 
A la façon de Barbari 
Mon ami. 

Les redoutes du carnaval 

Etaient dcjh formées 
Sainte Madeleiii" vint au bal 

Pompeusement parée ; 
Elle avait le pied si mignon, 
La fari don daine, la fari don don, 
Que tous les saiuts s'en trouvent épris» 

Biribi, 
A la façon de Barbari 
Mon ami. 

On rit et puis on s'embrasa, 

On alluma des clergés. 
Puis chaque cavalier donna 
La main à chaque vierge^ 



COMPLAINTES ET CHA^SOKS BURLESQUES. 



Hi 



Et tons ces danseurs da bon ton 

La fari don daine, la fari don don, 

Sautaient du parquet au lambri, 

Biribi, 
A la façon de Barbari 

Mon ami. 

Saint Antoine étall dans un coin 

Arec la sœur Agathe, 
Yo^ez, dit-il, comm' <le tous points 

Tous les sabots éclatent, 
Allons, voyons, dansons en rond, 
La fari don daine, la fari don don, 
Que les vôtres éclafnt aussi, 

Biribi, 
A la façon de Barbari 
Mon ami. 

Saint Éloi rencontra son fils 
Tout suant, tout en nage. 
Eh quoi I de danser aujourdliul, 

Vous avez donc la rage. 
Croyez-moi. prenez un bouillon, 
La fari don daine, la fari don don. 
Et puis allez vous mettre au lit, 

Biribi, 
A la foçon de Barbari 
Mon ami. 

Paroles é^nm Mioayiiie* 



CANTIQUE DE SAINT HUBERT. 

Air * Du bcm Jétua, 

Ouvrons notre mémoire, 
Et élevons nos yeux 
Jusqu'au centre des cieux, 
Pour publier la gloire 
Du bien-aimé de Dieu, du grand saint Hubert, 
Si réclamé par tout F uni vers. 

Publions en tous lieux 
Le pouvoir de ce saint glorieux. 

Parmi la loi païenne, 
Saint Hubert fut né 



De très ttMt ligtiée. 

Fils du duc d'Aquitaine. 
En France, renommé par son pieoaier exploit 
îl fut s'offrir au service du roi f ). 

Où il fut sûrement 
Fait capitaine à son conteatemenL 

Hubert, en son jeune âge, 

A eu l'honneur d'avoir 

Comme ayant le pouvoir, 

Floribane en mariage. 
Fille du comte Dagobert, demeurant à Louvain. 
La chasse était son plus grand entretien. 

Le plaisir et la joie 
De saint Hubert était parmi les bois. 

Le Seigneur, par sa grâce. 

Changea bien ce païen 

Au nombre des chrétiens. 

Dans une partie de chasse, 
Jour du vendredi saint chassant dans la forêt» 
11 guide un cerf et le poursuit de près; 

Et comme un chasseur, 
Il espérait d'en être vainqueur. 

Le cerf lui résiste 

En lui disant : Crois-moi, 

Chasseur, arrête- toi ; 

En vain tu fais la poursuite 
Au divin roi des rois. Regarde-moi dansceliea, 
Figure-toi que je suis ton vrai Dieu ; 

Je viens te convertir. 
Quitte ta chasse et bannis tes plaisirs. 

Hubert mit pied à terre. 
Et fut bien surpris 
De voir un cruciûx 
Entre les bois d'un cerf 



(*) Lcvvxcvifililm ëc re eanUque , Impiiméi p«»- 
datit la rérolution, et celui du cabinet de» otanipea 
de la Bibliothèqui royale, au lieu des mots :<ni tw^ 
«JM du roi, portev't : au •erviet de la ioû Cctt aiMl 
qa'au théâtr»>, du^s Popéra de JUckent-CtniMié' 
Lto», ^nhtxLuo .mrùi pâtêoil, on chantait alors* 
piMpauaii, 



I6t 



CHANSONS POPULAIRES 



Qu'il avait poursuivi. Prosterné, à genoux, 
n dit : Seigneur, que me demandez- vous T 
Dites-moi, dans ce lieu, 
Ce qu*il faut faire pour vous plaire, ô mon Dieu I 

Sitôt la voix répète, 

En lui disant : Hubert, 

Va trouver saint Lambert, 

Évèque de Mastricht. 
11 doit te baptiser. Tu apprendras soudain 
De ce saint homme à vivre en bon chrétien. 

Tu seras patron des chasseurs, 
Et de6 Ardennes : c'est pour ton bonheur. 

Hubert fut à Mastricht 
Trouver saint Lambert : 
Lui dit d'un cœur ouvert : 
Très digne et saint évèque, 
H faut me baptiser. Je viens les larmes auxyetiï. 
Me prosterner de la part de mon Dieu ; 

Soyez mon protecteur; 
Enseignez-moi la vraie loi du Seigneur. 

Saint Lambert le baptise 

Charitablement, 
Lui apprit à Tinstant 
A vivre selon TËglise ; 
Le fit vrai pénitent; après quoi saint Hubert, 
' Pendant sept ans resta dans le désert, 
Se traitant en rigueur, 
Se nourrissant de racines et de pleurs. 

Après que ce saint homme 
Eut assez souffert 
1 Sous l'habit solitaire, 
' Et pour qu'on le renomme, 

Un ange du ciel lui fut envoyé, 
Lui donna la sainte étole et la clé 

Qui fera préserver 
Tous les chrétiens d animaux enragés. 

Parole* il*iiii ABOByme. 

De tous les CAotiqaeB hêU» et prosaïques, compo- 
■ët par de pieux troubadours de nllage ou par des 
■acristains de paroisse, le plus curieux est cdui de 
•tint Hubert; il surpasse peut^lue dans sou genre 



! 



ceux du Juif errant et deGenevièTe de Brabant, qua 
nous donnons dans ce recueil. 

Ce n^est pas sans peine qu^on a pu le transcrire 
eu espèces de vers, guidé par la mesare plus que 
par le sens, les pancartes d*EpinaI et de Cambray 
l'ayant constamment donné en lignes courantes, , 
comme la prose la plus ordinaire, ce qui la rend très , 
difficile à chanter-, les rimes moins qu'exactes n*ai • • 
dent pas à démêler la poésie singulière de cette 
œuvre pieuse. 

Nous avons rétabli ce cantique avec le même soie 
que Ton aurait mis au texte non ponctué d'un ma- 
nuscrit anden du meilleur poète grec ou laUn, et 
nous pensons qu'on le trouvera ici dans sa pureté 
primiUve. 

Nous devons avertir les amateurs de poésies et ùv 
chansons, que certains vers nous semblent un peo 
longs, et qu'en les chantant il faudra souvent faire 
l'élision de quelques voyelles. 

Ce cantique ne nous parait pas cependant très 
ancien ; le langage ne ressemble pas & celui de nos 
premiers poètes, et n'annonce pas une époque plus 
reculée que le siècle de Louis XIV, et même que la 
fin de ce siècle. 

La dévotion it saint Hubert est cependant fort an- 
cienne. Il était d'une famille noble ; quelques-uns 
disent qu'il descendait en ligne directe de Clotoire, 
fils de Clovis et de sainte Clotilde. 

n fut placé & la cour de Tliierri III, qui régna en 
688, fut marié, et quitta le siècle pour l'Eglise, après 
sa conversion miraculeuse, opérée par la vision d'un 
cerf qui portait une croix entre ses bois. 

Nous ne rapporterons pas tous les miracles qu'on 
lui attribue; mais on doit parler du miracle conti- 
nuel qu'il fait depuis sa mort : c'est celui de guérir 
de la ragx ceux qui font un pèlerinage à Tabbayc de 
bénédictins d'Aindain, où son corps fut transporté, 
et qui a pris son nom. Cette abbaye est située dans 
la forêt des Ardennes, au pays de Liège, dont il fut 
évèque. 

On y conserve l'étole miraculeuse qu'un ange lui 
avait apportée de la part de la sainte Vierge, et qui 
se conserve toujours entière, quoique toujours on en 
enlève des parcelles pour les appliquera ceux qui 
ont été mordus par des animaux enragés. On leur 
fait une incision au front, et on y enferme un mor- 
ceau de cette sainte étole. 

Gardons-nous bien d'affaiblir cette croyance. On 
conçoit les effets de l'imagination sur certains ma- 
lades, et la confiance en saint Hubert peut en avoir 
guéri quelques-uns : mais il est bon d'ajouter à son 
remède une bonne cautérisation de la morsure, et les 
remèdes et précautions indiquées par M. Magendie 
et M Dupu3rtreD. 

La fête de saint Hubert se célèbre le 3 novembre : 
les chasseurs l'ont pris pour patron, ii cause du goût 
qu'il avait pour la chasse avant sa conversion. 




18ii. 

E<outc-moi bien, ma Fleurette, 
Le roi vient demain au ch&leau ; 
Tout nous promet brillante f^le, 
El le conége qui s'apprfiic. 
Par Notre-Dame, sera beau!... 
Ecoule encore, ma Fleurette, 
Pour bien reconnaître le roi. 
Tu regarderas son aigrcltcl. . . 

— Je regarderai dit Fleuretie . . . 

Et mes yeux no verront que loi ! {bts.) 

Ecuyers d'abord, puis tes pages» 
Puis les chevaliers, les barons; 
Puis les seigneurs de tous Étages, 
Tous, dans nos plus beaux (((uipages. 
Devant loi nous défilerons. 
Te trouvant si fraîche et vermeille. 
Plus d'un , en passant , commo moi , 
Pourra te le dire à l'oreille ! 

— Ils parleront k mon oreille. . . 

Et mon cœur D'cntendra que loi! (Pis.) 



Puis enfin , notre roi lui-mâme 
Paraîtra suivi de sa cour; 
S'il allait te dire je t'aime! 
Fleurette , ii toi mon dladi^me ! 
Ma royauté pour ton amour! 
In roi qui dit je vous adore t 
C'est bien séduisant par ma foi F 
— Si le roi dit qu'il m'adore , 
Je lui dirai je vous honore; 
El mon cœur n'aimera que toi! [b 



COUPLETS DE JOCONDE. 



Panni les filles du canioa 
On cboisil la plus innocente ; 
Le bailli proclame son nom , 
Vous jDgn comme elle est contente. 



2Q 



462 



CHANSONS POPULAIRES. 



Mais avec le bouquet chéri 
Elle obtient encor autre chose : 
Elle peut choisir un mari... 
Que je voudrais avoir la rosel 

On va bien me la disputer : 
Chacune se dit la plus sage ; 
Pourtant j'espère remporter 
Sur les filles de ce village. 
De leurs efforts je ne crains rien , 
Voulez-vous en savoir la cause t 
ibi mère et le bailli sont bien.*» 
)h^<iMiiB«qiie j*aimi )a rose. 

JOGONDB* 

4i l'on eouronne la beauté. 
Si ÎPdii eonronne rinuocenoe, 
^008 êtee digne, en vérité, 
!B^oir ici la préférence. 
Al qoelqu'an ce présent si doux 
Est destiné, je le suppose. 
Chacun voudrait être l'époux 
Qui recevra de vous la rose. 



n n^est personne qui ne connaisse le conte char- 
mant de LaFontainc , dans lequel il surpassa l'Arios- 
te, auquel il l'avait emprunté, et qui mérita queBoi- 
leau lui consacrât une longue dissertation. 

Ce sujet avait été plusieurs fois traité, aux Fran- 
çais, par Fagan, en 1740; à l'Opéra-Comique, par 
Desfoiges, en 1790 ; au Théâtre de la Cité, par Lé- 
ger, en 1795, lorsqa'en 1814 Etienne s'en empara de 
nouveau avec un grand succès. La musique ravis- 
sante de Nicole mit set airs dans toutes les bou- 
ches ; Martin n'y contribua pas peu par la manière 
délicieuse dont il chanta le rftle de Joconde. 

EUenne, que les lettres viennent de perdre récem- 
ment, était nn homme de beaucoup d*esprit, de peu 
d'imagination, mais un des plus habiles arrangeurs 
qu'il y ait eu au théâtre. Il reprenait avec un talent 
remarquable les sujets déjà traités, et savait les ren- 
dre nouveaux par la manière dont il les présentait, 
coDune il l'a prouvé dans les opéras du Rossignol, de 
Cendrillon et dtJeannol et Cb/tn, et dans la comé- 
die des deux Gendrtt^ qui fit tant de brait en 1810. 

Etienne était né en 1777 d'une famiQe peu akée, 
dam le village de Chamouilly. U vint à Parii en 
1796, et débuta dans la carrière littéraire par 



de peUU vaudevilles et des arUcles de Jour- 
naux. La protection du duc de Bassano , dont 

*tt devint secrétaire, lui ouvrit la porte de la fortune. 
H obtint des places lucratives, entre autres la direc- 
tion de la police générale des Journaux et des théâ- 
tres, put fravalUer à sa réputaUon et ne tarda pas 

%«iitrer à l'Aeadânle française. Nous ne devons pas 
parler ici du rôle politique qu'il a rempli avec habi- 
leté, mais de ses svecès comme chansonnier et 
e(unme vandevIlUste Ce ne sont pourtant pas ceux- 
là qui SB ont fait un pair de France. Il est auteur de 
qusrante-cinq pièees de théâtre et il a coopéré à U 
rédaction du Naùn famM, du Conslilutionnel et de la 
Minerve. Il e8tmortlol8mars 1845, âgé de soixante- 
hoit ans. 

Musique de Nicolo, notée au N. 1913 de la Qé 
du Caveau. 



AMOUR POUR AMOUR, 

1814. 

Dans un amoureux délin, 
Un berger jeune et discret 
Disait ainsi son martyre* 
Al'écho de la forêt : 
« Ah ! c'est le bonheur suprême 
D'inspirer tendre retour, 
Mais, hélas! celle que j'aime 
Ne rend pas amour (bis,) 

Pour amour. » 

Mais la bergère attentive, 
Quand le berger soupirait, 
A sa romance plaintive 
En ces termes répondait ; 
«( Va I ta plainte est inutile, 
Ne gémis pas nui*, et jour ; 
Sois conûant, sois docile, 
Si lu veux amour (bis.) 

Pour amour. » 

— De nos bois tu fuis l'ombrage. 

— C'est qu'il faut un peu changer 

— Tu plais à tout le village. 

— Je n'aime qu'un seul berger. 

— Bergère, sois moins coquette. 



ROMANCES. 



f6t 



-^Sois moins Jaloux à ton tour, 
Et dans ma douce retraite 
Viens me rendre amour {bis.) 

9 

Pour amour. 



Moiiqiie de Nicolo, noU« «a N 1341 de la Clé du 
Cayean. 



ROMANCE DE JOCONDE. 



1814. 

Dans un délire extrême, 
On yeut ftiir ce qu'on aimOi 
On prétend se venger, 
On jure de changer, 
On devient infidèle, 
On court de belle en belle, 
Mais on revient toujours 
A ses premiers amoursl 

Ah I d'une ardeur sincère 
Le temps ne peut distraire, 
Et nos plus doux plaisirs 
Sont dans nos souyenirs. 
On pense, on pense encore 
A ^lle qu'on adore, 
Bt Ton revient toujours 
A ses premiers amours. 



Muftvtt dt Nkfll»,Mt4«MK. lOlSdeli Clé 



ROMANCE DU PRISONNIER. 

00 LA BBSSBMBLANGB. 

n fiMit des époux assortis 
Dans le lien du mariage ; 
Vieilles femmes, jeuaeik maris 
Feront toi^ourt OMUiviit ménage; 



On ne voit point le papillon 
Sur la fleur qui se décolore; 
Rose qui meurt cède au bouton 
Les baisers de l'amant de Flore. 

Ce lien peut être plus doux 
Pour un vieillard qu'amour enflamme. 
On voit souvent un vieil époux 
Etre aimé d'une jeune femme : 
L'homme, à sa dernière saison. 
Par mille dons peut plaire encore; 
Ne savons-nous pas que Titlioa 
Rajeunit auprès de l'Aurore T 

Aux époux unis parle cœur 
Le temps fait blessure légère; 
On a toujours de la fraîcheur, 
Quand on a le secret de plaire. 
Rose qui séduit le matin. 
Le soir peut être belle encore : 
L'astre du jour à son déclin 
A souvent l'éclat de l'aurore. 

AlezAiMiro Bavai. 



MnsiqQe d« D«Um BCaiU, notée aa N. 2aS de la 
Clé da CaTeau. 



COUPLET DE LA JUIVE. 



iSSS. 



Rachel, quand du Seigneur La grâce lutélaire 
A mes tremblantes mains confia ton berceau. 
J'avais à ton bonheur voué ma vie entière, 
Rachel, et c'est moi qui te livre aubourreaul 
J'entends une voix qui me crie : 
a Préservez-moi de la mort qui m'attend. 

Je suis si jeune, et je tiens à La vie : 

Mon père, épargnez veire saImU. m 
Et d'un seul nîet» aifUsiii iaseataiMe, 



Ml 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je puis te soustraire au trépas f 
J'abjure à jamais ma vengeance, 
Non, Rachel, tu ne mourras pas I 

•cHbe. 

Extrait de la /iftp«, opéra en 6 actes ; en veate 
chez M. Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie de Chartres, 
Palais-NaUonaL Prix : 1 b. 

Musique d^aléry. 



ROMANCE DU PRÉ AUX CLERCS. 



1882. 

Souvenirs du jeune âge 
Sont gravés dans mon cœur, 
Et je pense au village 
Pour rêver le bonheur. 
Ah 1 ma voix vous supplie 
D'écouter mon désir : 
Rendez-moi ma patrie 
Ou laissez-moi mourir. 

De nos bois le silence, 
Les bords d'un clair ruisseau, 
La paix et l'innocence 
Des enfants du hameau, 
Ah I voilà mon envie, 
Yoilà mon seul désir : 
Rendez-moi ma patrie 
Ou laissez-moi mourir. 



\(bis.) 



j(5«.) 



E. de Planard. 

Extrait du P r 4 a u x -XHêra , opéra-comique ; en 
▼ente chez If. Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie de 
Chartres, Palais-National. Prix : 60 centimes. 

Musique de Hérold, notée au N. 2117 de la Clé 
d«Cavsan« 



COUPLETS DE MARIE. 

iste. 

Une nbe légère 

D'une entière Uanebenr, 



Un chapeau de bergère. 
De nos bois une fleur, 
Ah! telle est la parure 
Dont je suis enchanté ; 
Et toujours la nature 
Embellit la beauté. 

Crois- tu donc que mon Emilie 
Puisse devenir plus jolie ; 
Que ces plumes et ces bijoux, 
Celte ceinture en broderie. 
Cette belle écharpe d*Asie, 
Rendent jamais ses traits plus doux ? 
Non, non, c'est une chimère. 

Une robe légère 
D*une entière blancheur, 
Un chapeau de bergère. 
De nos bois une fleur ; 
Ah! telle est la parure 
Dont je suis enchanté , 
Et toujours la nature 
Embellit la beauté. 

De Planard. 



Musique d'Hérold, notée au N. 2224 de la Oé 
du Cayeau. 



LE SOLEIL DE MA BRETAGNE. 

4841. 

La mer m'attend, je veux partir demain. 
Sœur, laisse-moi, j*ai vingtans,jesuis homme! 
Je suis Breton et je suis gentilhomme. 
Sur rOcéan je ferai mon chemin. 

— Mais si tu pars, mon frère, 

Que ferais-je sur terre T 

Toute ma ^e à moi, 

Tu sais bien que c*est toi I 
Oh I ne va pas, loin de notre berceau, 
Reste avec moi, ta sœur et ta compagne ; 
On vit heureux à la montagne, 

Et puis de la Bretagne 

Lesoldlettilbean! 



BOMANGES. 



I6S 



Sur un beau brick qui portera ton nom, 
Je reviendrai dans un an capitaine ; 
J'achèterai ces bois, ce beau domaine, 
Et nous serons les seigneurs du canton ! 

— Mais n*as-tu pas, dit-elle, 

Notre pauvre tourelle, 

Pour trésor le bonheur, 

Pour t'aimer tout mon cœur? 
Oh I ne va pas, loin de notre berceau ; 
Reste avec moi, ta sœur et ta compagne; 
On vit heureux à la montagne. 

Et puis de la Bretagne 

Le soleil est si beau ! 

Mais il partit, quand la foudre grondait, 
Dix ans passés, de lui pas de nouvelle 1 
Près du foyer, sa compagne fidèle 
Pleurait toujours et toujours attendait. 

Un jour à la tourelle 

Un naufragé l'appelle. 

Lui demande un abri. 

C'est lui 1 mon Dieu, c*est lui I 
i— Oui, sœur, c'est moi 1 je reviens au berceau; 
J'ai tunt souffert, loin de toi, ma compagne! 
Mais je l'oublie, en voyant ma montagne : 
ma Bretagne, 

Que ton soleil est beau I 



La musique, de Mlle LoYsa Puget, se troure chez 
M. Meissonnier fils, éditeur, rue Dauphlne, 18 , à 
Paris, et est notée au N. 2222 de la Clé du CaTeau. 



JENNY L'OUVRIÈRE. 

1847. 

Voyez là-haut cette pauvre fenêtre. 

Où du printemps se montrent quelques fleurs; 

Parmi ces fleurs vous verrez apparaître 

Une enfant blonde, aux plus fraîches couleurs... 

Voyez là-haut cette pauvre fenêtre. 

Où du printemps se montrent quelques fleortl.. 



C'est le jardin de Jenny Touvrière, 

Au cœur content, content de peu... 
Elle pourrait être riche et préfère 

Ce qui lui vient de Dieu I [bis,] 

Dans son jardin, sous la fleur parfumée. 
Entendez-vous un oiseau familier ? 
Quand elle est triste, oh I cette voix aimée, 
Par un doux chant suffit pour l'égayer I... 
Dans son jardin, sous la fleur parfumée. 
Entendez-vous un oiseau familier ? 
C'est le chanteur de Jenny l'ouvrière, 

Au cœur content, content de peu... 
Elle pourrait être riche et préfère 

Ce qui lui vient de Dieu ! (bis,) 

Aux malheureux souvent elle abandonne 
Ce qu'elle gagne, hélas 1 un peu de pain! 
Qu'un pauvre passe, et comme elle est si bonne 
En le voyant elle n'aura plus faim. 
Aux malheureux souvent elle abandonne 
Ce qu'elle gagne, hélas 1 un peu de pain I 
C'est le bonheur de Jenny l'ouvrière! 

Au cœur content, content de peu... 
Elle pourrait être riche, et préfère 
Ce qui lui vient de Dieu, 
Ce qui lui vient (bis) de Dieu 1 

Emile Barnieaa. 

Musique d'Etienne Arnaud, se trouTe chex M.Hca* 
gel, éditeur, rue Vinenne, 2 6m, à Paris. 



LE CALME. 



Voyez, la mer tranquille 
Ressemble au ciel d'azur. 
Et sur le flot docile 
Glisse un air frais et pur... 
Ah ! sur la mer si belle 
N*allez pas voyager; 
La mer est infidèle 
Et le temps peut changer. 
Non I sur la mer si belle 
N'allez pas voyager, 
La mer est infidèle, 
El le tempe peut dianger. 



166 



CHANSONS POPULAIRES. 



La vague calme el douce 
Arrive jusqu'à nous 
Et jette sur la mousse 
Mille parfums plus doux... 
Ah ! sur la mer si belle, etc. 

Sur cette pauvre plage 

Il n'est que peu de fleurs, 

Mais sur l'autre rivage 

Peut-être il est des pleurs!... 

Ahl sur la mer si belle 

N'allez pas voyager, 

La mer est infidèle 

Et le temps peut changer I 

Non ! sur la mer si belle 

N'allez pas voyager, 

La mer est infidèle 

Et le temps peut changer î 

. Kmile Barateaa. 

Musique de F. Masini ; se trouve chez M, MeÎB- 
sonnier, éditeur, rue Dauphine, 18. 



LES FEUILLES MORTES. 

1848. 

Mes jours sont condamnés, je vais quitter la terre, 
Il faut vous dire adieu sans espoir de retour I 
Vous, qui pleurez, hélas I bel ange tutélaire, 
Laissez tomber sur moi vos doux regards d'amour 
Du céleste séjour entr'ouvrez-moi les portes. 
Et du maître éternel pour adoucir la loi. 
Quand vous verrez tonnber,tomber les feuilles mortes, 
Si vous m'avez aimé, vous prirez Dieu pour moi. 
Si vous m'avez aimé (6â), vous prirez Dieu pour moi ! 

Oui, le premier pri n temps va fleurir sur ma tombe 
0.ui,ce jour qui m'éclaire est mon derniersoleil... 
Et des arbres jaunis chaque feuille qui tombe. 
Me montre du trépas le lugubre appareil. 
Oui, des oiseaux du ciel les légères cohortes 
Chanteront dansles airs, sans causer moaeflroi ! 
Quand voua v«rrei tomlMr» etc. 



Sans vous, sans votre amour je quitterais la vie, 
Sans y rien regretter, comme un séjour de deuil 
Aux chagrins, aux revers,- ma jeunesse asservie 
Voit la mort comme un phare et non comme un écueil; 
Mais j'ai par vos doux soins des douleurs les plu? fortes 
Bravé les traits cruels, sans trouble et sans effroi! 
Quand vous verrez tomber,tomber les feuilles mortes 
Si vous m'avez aimé, vous prîrez Dieu pour moi. 
Si vous m'avezaimé (&t«), vous prirez Dieu pour moi. 

Adolphe Porte. 



Musique de Louis Abadle, se trouve, à Paris, 
chez M. Heugel, édit., r. Yiyicnne, 2 &t«. 



LES SOUVENIRS DU PAYS. 



Loin des chalets qui m'ont vu naître. 
Dans les cités portant mes pas. 
Mon cœur séduit voulut connaître 
D'autres peuples, d'autres climats. 
mon pays, de tes belles campagnes. 
Je garde au moins le touchant souvenir ; 
Et loin de toi ce refrain des montagnes 
Me fait toujours palpiter de plaisir, 
Palpiter de plaisir... 
La, la, la, la, la. 
Ce refrain dont je garde un touchant souvenir 
Me fait toujours palpiter de plaisir. 

Quand reverrai-je la colline. 
Où l'on respire un air si frais? 
Et le château qui la domine, 
Et ses jardins et ses forêts? 
mon pays, etc. 

Que je regrette au sein des villes, 
La douce paix de nos hameaux , 
Nos cieux d*azur, nos lacs tranquilles, 
Nos jours de fête et nos travaux ! 
mon pays, de tes beUes campages. 
Je garde au moint I0 touchant souvenir» 



B0MANGE8 



t«7 



Et loin de toi ce refrain des montagnes, 
Me fait toujours palpiter de plaisir, 
Palpiter de plaisir. 
La, la, la, la, la. 
Ce refrain dont je garde un touchant souvenir, 
Me fait tou^jours palpiter de plaisir 1 

A. véi««nié. 

Motique de M. Amédée de Beaaplan, se troore 
che« M. MeitBonnier, éditeur, rue Dftuphine, 18. 



AME DE QUINZE ANS 



1844. 

Soutenir qui penche 
Sur ses pas tremblants : 
Passer sa main blanche 
Dans des cheveux blancs. 
Harcher, folle encore 
Avec la raison 
Unir fraîche aurore 
A pâle horizon ; 
C'est ce que jeunesse 
Rêve en son printemps, 
C'est ce que caresse 
Ame de quinze ans. 

Mêler frais sourire 
Au regard passé : 
Le cœur qui désire 
Au cœur épuisé ; 
Au bras qui se presse 
Sur un tendre appui. 
Offrir 8a faiblesse 
Plus forte que lui. 
C'est ce que, etc. 

A froide mémoire, 
Jusqu'au dernier jour. 
Donner qui fait croire 
Une voix d'amour; 
Puis être bénie 
Par noUe vieillard» 



(to.) 



Ici, dans la yie. 

Et par Dieu plus tard. 

C'est ce que jeunesse 
Rêve en son printemps, 
C'est ce que caresse 
Ame de quinze ans. 



{bis.) 



Mnalqne de A. Marqnerie, ae troiiTe ches 
11. Pftté, éditeur, 14, passage da Grand-Cerf, 4 
Paris, notée au N. 2204 de la Clé du Careaa. 



NAPLES. 



{bis.) 



{ter.) 



Le doux printemps se lève 
Riche comme un beau rêve. 
Partons, amis, partons, 
L'hirondelle légère. 
Ne rase pas la terre. 
Les vents nous seront bons. 
Vogue, vogue, vogue, ma balancelle. 
Chantez, gais matelots. 
Que votre voix se mêle 
. Au murmure des flots. (ter.) 

A l'horizon de brame, 
Le Vésuve qui fume, 
Promet Naples ai^'ourd'hui. (6m.) 
Dans cette ville heureuse, 
La vie est gracieuse 
Comme un jardin fleuri... {ter.) 

Vogue, vogue, vogue, etc. 

Quand la nuit tend ses voiles 
Sous ce beau ciel d'étoiles, 
Le gai Napolitain, (Mt.) 

Chante une sérénade. 
Puis sous la colonnade 
S'endort priant un saint [têr^ 

Vogue, vogue, vogue, etc. 

Des femmes peu cruelles. 
Des fleuis tûîyoïin nouveUei^ 



168 



CHANSONS POPULAIRES. 



Des bains chers aux amours; {bis.) 
Des concerts, des prières , 
Un ciel pur, des cratères , 
Voici Naples toujours. 
Vogue, vogue, vogue, ma balancelle, 
Chantez , gais matelots, 
Que votre voix se môle 
Au murmure des flots. {ter,) 

^ E. Aamasflip. 

Musique de F. Madrid, se trouve chez M. E. Mayaud, 
boulevart des Italiens, notée au N. 2131 de la Clé du 
Caveau. 

UNE CHANSON BRETONNE. 

i834. 

Bien loin de h Bretagne 
Où j'ai reçu le jour, 
Bien loin de la montagne, 
Où j'ai pleuré d'amour ; 
A la tleur qui boutonne 
Je dis souvent, souvent. 
Une chanson bretonne 
Que je chante en rêvant, 

Je dis souvent 
Une chanson bretonne 
Que je chante en rêvant. 

En rêvant ! 

Ici quand tout repose. 
J'accours chaque matin. 
Voir l'horizon tout rose, 
Là-bas, dans le lointain ; 
Au soleil qui rayonne 
Je dis souvent, souvent. 
Une chanson bretonne. 
Que je chante en rêvant! 
Je dis souvent, etc. 

Quand un nuage passe 
Là-haut, dans le ciel gris, 
Et que le vent le chasse 
Vers mou pauvre pays : 
Aux pleurs je m'abandonne, 
Et dis souvent, souvent. 
Une chanson bretonne 
Que je chante en rêvant. 
Et dis souvent, etc. 

Où va mon chant fidèle! 
Hélas ! je n'en sais rien ! 
Ma pensée , où court-elle ? 
Oh ! mon cœur le sait bien ! 
A lui, quand je pardonne 
Tout en soulfrant, souiTranl, 
Allez chanson bretonne. 
Que je chante en pleurant, 

Allez, allez, 
Allez, chanson bretonne, 
Que je chante en pleurant, 

En pleurant ! 

£• BaraleAv. 

Maslqoe de F. Massini, se trouTe cbex M. Edmond 
Mayaud, éditeur, boulevart des Italifu, notée ao 
N. 3113 de la Clé du CaTeao. 



SON NOM. 
1836. 



Le nom de celle que j'aime. 
Je le garde dans mon cœur, 
Nul ne le sait que moi-môme ,i 
C'est mon secret, mon bonheur. 
Mon secret, mon secret, mon bonheur, )/•. » 
Il est là, il est là, dans mon cœur. )^^^') 

Ce nom, délice insaisissable. 
Je ne veux pas le conGer, 
Je ne l'écris pas sur le sable. 
Je ne le dis pas au papier ; 
Je n'en parle pas à la brise , 
La brise peut le murmurer ; 
A l'écho de peur de surprise 
L'écho pourrait le soupirer. 
Le soupirer. 
Le nom de celle que j'aime, etc. 

Les chants où tout mon cœur respire 
C'est lui qui me les dit tout bas. 
Pourtant dans les vers qu'il m'inspire 
Lui seul il ne se trouve pas, 
Ce nom que rien ne peut vous dire. 
Si je la voyais en ces lieux , 
Malgré moi vous pourriez le lire, 
11 serait écrit dans mes yeux. 
Ecrit dans mes veux ! 

Le nom de celle que j'aime , 
C'est mon secret, mon bonheur , 
Mais souvent, malgré moi-même, 
Mes vœux trahissent mon cœur. 
Et pourtant, et pourtant ])ar bonheur, 
11 est là, toujours là dans mon cœur ! 
Ce doux nom, mon secret, mon bonheur. 
Il est là, toujours là dans mon cœur! 

Comme une fleur qui nous est chère , 
Et qu'on craint de voir se faner , 
Je ne veux pas loin du mystère 
Dans les salons le profaner : 
J'aime bien mieux, quand je m'éveille. 
Etre seul à le prononcer : 
J'aime bien mieux quand je sommeille 
De ce nom me sentir bercer , 
Me sentir bercer. . . 

Le nom de celle que j'aime, 
Je ne le dis qu'à mon cœur , 
Nul ne le sait que moi-même, 
C'est mon secret, mon bonheur. 

Oui, ce nom, ce doux nom, mon bonheur. 

Il est là, il est là dans mon cœur ! 

Mon secret, mon secret, mon bonheur ! 

Il mourra, il mourra dans mon cœur. 

GafllAi'o Leinoine. 

La musique, de Mlle Lolsa Puget, se troufe chei 
M. Meissonnier, éditeur, rue Daupb'ae, 18. 



^^- 




LE LEGER BATEAU. 



On m'avait dit sur un autre rivage, 
Dans les cilôs, va chercher le bonheur ; 
Dans les cUés rien n'a séduit mon cœur, 
Et je rovieD& dans mon pauvre village. 
Rendez-moi mon léger bateau. 
L'azur du lac paisible 
Et ma rame flexible -, 
Rendez-moi mon léger bateau 
Et ma chaumine au bord de l'eau. {bU.) 
Ha chaumine au bord de l'eau. 

Sous ces lambris où la pourpre étincelle. 
Je n'avais plus ma douce liberté; 
De noirs soucis ombrageaient ma gntlé, 
J'avais perdu tout bonheur avec elle. 
Rendez-moi mon léger bateau, etc. 

Je veux revoir ces jeux sur la fougère, 
Qu'un triste ennui ne refroidit jamais; 
Je veux revoir ce ciel pur que j'aimais ; 
Je veux m'asseoir an foyer de mon père. 
Rcndci-moi mon léger bateau. 

L'azur du lac paisible. 

Et ma rame flexible ; 



Rendez-moi mon i:>ger bateau 
El ma chaumine au bord de l'eau, (ter.) 
Ha chaumine au bord de l'eau. 



ROMANCE DD PIED DE MOUTON. 



Gusman ne connaît plus d'obstacles. 
C'est un Dieu qui guide ses pas; 
Tn dots t'allcndrc â des miracles. 
Ah! pour toi qui n'en ferait pas T.. . 
Touché d'une flamme aussi pure. 
Le ciel le protège en ce jour. 
Et l'on commande à la nature, i j. 
Quand OQ obéit 4 l'amour. 

LiODora, que des prestige* 
Ne te causent point de frayeur. 



i70 



CHANSONS POPULAIRES. 



Et regarde tous les prodiges 
Comme des gages de bonheur ; 
De Gusman la voix te rassure, 
Car tu pourras voir en ce jour 
Changer les lois de la natiire, 
BiulAt que celles de Tamour. 

tielHeD, qui donne le couragB, 
Anime Gusman en ces lieus..; 
On peut toujours braver Torage 
Quand on a Tespoir d'être heureux. 
!Bntends le i^hir qui niurmure, 
CMt teprésag^tfuniiesuijour : 
Tout est permis dans la {Eiàture, 
En suivant les lois de l'amour. 

Riblé et MartalnvlUe. 

Musique de Taix, notée au N. 710 de la Clé du 
Caveau. 



MON PAYS. 

1886. 

Oui, je t'aime d'amour, 6 ma chère Bretagne, 
Oui, je t'aime d'amour, avec ta pauvreté, 
Avec ton sol de pierre et ta rude campagne. 
Avec tes longs cheveux et ton front indompté I 
L'étranger te délaisse, 
Et dit : sombre paysl 
Et c'est de ta tristesse 
Que mon cœur est épris. 
Car toujours une mère, 
Une mère est belle pour son fils, 

Et je t'aime, pauvre terre, 
Car c'est toi, oui, c'est toi mon pays! 
Je t'aime, pauvre terre, c'est toi mon paysl 
Oui, c'est toi mon pays! 

Voyez dans ces rochers un petit héritage, 
Sol aride et brûlant sans tours et sans manoir I 
On n'y voit point de tleur8,on n'y voit point d'ombrage. 
Quatre murs seulement dans un champ de blé noir! 

Mais mon cœur, pauvre chaume, 

Qui vit mes premiers pas, 



Pour le plus beau royaume 
Ne le donnerait pas I 
Car toujours une mère 
Est la plus belle aux yeux de son fils, 
Et je t'aime, pauvre terre, 
Car c'est, toi, oui, c'est toi mon paysl 
Je t'aime, pauvre terre, c'est toi mon paysl 
Oui, c'est toi mon pays! 

Oboiibeur! faperçois la passerelle en planche 
Et le torrent sauvage, où j'aioials tant à voir 
Nos Bretonnes, pieds nus, avec leurs eoifièsbluiâN 
S.'en aller, en chantant, du gros bourg aularoi 
Mais l'image chérie 
Fuit avec le sommeil ; 
ma douce patrie, 
Je te pleure au réveil. 
S*il est loin de sa mère, 
Il n'est plus de bonheur pour un fils!... 

Je te pleure, pauvre terre, 
Car je suis loin de toi, mon pays ! 
Je pleure loin de toi, loin de toi, pauvre tern 
Loin de toi, mon paysl 

Gustave l^ciolne. 



La musique, de Mlle Loïsa Puget, se trouve chez 
M. MeissoDDier, éditeur, rue Dauphine, 18. 



TA PATRIE ET TES AMOURS. 



Parle-moi, je t'en prie, 
Oh! parle-moi toujours 
De ta belle Italie, 
De tes premiers amours! 

Dis-moi les sérénades 
Que la nuit tu donnais. 
Et les douces ballades. 
Qu'alors tu lui chantais... 
Parle-moi, etc. 

Dis-moi que, pâle et belle, 
La lunt* ornait à voir 



aOIIANGES. 



171 



L'amoureuse étinctf le 
Que jette ton œil noir... 
ParleHoaoi, etc. 

Le soir à la madone 

Que de vœux, que d'ainonr, 

Que de fleur» que moissonne 

L*aurore à son retour. 

Parle-moi, je t'en prie, 

Oh I parle-moi toujours 

De ta belle Italie, 

De tes premiers amours/ 

Mme i4Mirc 

Musique de F^liaiiiii, te trouTe cbes M. Edmoad 
Mftyftud, édUeur, bouleTert degltaliouy 7, àPade. 



DANS GB MODESTE ET SIMPLE ASILE. 

1884. 

Dans ce modeste et simple asile 
Nul ne peut commander que moi. 
Je suis libre, heureuse et tranquille, 
Je puis courir partout, je croi, 
Sans qu'un mari gronde après moL 
Et si quelque amoureux 

Soupçonneux 
Me faisait les grands yeux. 

Moi, je ris. 
Moi, je ris, et je dis 

Liberté chérie, 
Seul bien de la vie. 
Liberté chérie, 
Règne toujours là, 
Tra la, tra la, tra la, la. 
Liberté chérie. 
Seul bien de la vie, 
Liberté chérie, 
Règne toujours là. 
Tra la, la. 
Tant pis pour qui s'en f&chera* 

Tra la, la, 
Tant pis pour qui s*en fAchera. 



J'irais quand je suis la maîtresse 
Me donner un maître, oui-d'à. 
Pour qu'à la danse où l'on s'empresse 
Quand un galant m'invitera. 
Mon mari dise : Restez là. 
Un époux en fureur. 

Me fait peur , 
C'est alors que mon cœur 
Ne dirait 
Qu'en secret, oui, qu'en secret 

Liberté chérie. 
Seul bien de la vie, 
Liberté chérie, 
Règne toujours là. 
Tra la, tra la, tra la, la. 
Liberté chérie, 
Seul bien de la vie, 
Liberté chérie. 
Règne toujours là, 
Tra la, la. 
Tant pis pour qui s'en fâchera. 

Tra la, la. 
Tant pis pour qui s'en fâchera. 

MmHWB et MélMiTlllai» 



Le Ckaiêt, opéra comique en un acte, en yento 
chez M. Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie de.Chartrtt, 
Palais-National. Prix : 60 cent. 

Moiiqued'A. Adan^BatétanN. 2106 dt U Clé 
da Caveau. 



LUGY, 

ou LA CHUTE DES FEUILLES. 



C'était l'époque où les fleurs vont finir» 

Où la feuille tombe agitée. 

Un soir à sa mère attristée, 
Lucy parlait de joie et d'avenir. 
Elle disait * Je serai son épouse, 
Tu 1 as promis : de son bonheur jalouse. 
Jeune, longtemps j*embellirai ses jours. (^.) 

Et les feuilles tombaient toujours!... {bit^ 



ITt 



CHANSONS POPULAIRES. 



Ah I qu'il me tarde au Jour de notre hymen 
De voir dans mes cheveux posée 
La blanche fleur de l'épousée 

Et Tanneau d*or s'attacher à ma main. 

Auprès de toi, lui, ton fils, moi, ta ûlle, 

Formant alors une seule famille, 

Nous serons deux à veiller sur tes jours, {bis.) 
Et les feuilles tombaient toujours!... {bis.) 

Et cet hiver, me désignant au bal, 
On te dira : Qu'elle est jolie !... 
Mais tu pleures, je t'en supplie, 

Ne pleure pas, je ne sens aucun mal. 

Vois... je suis mieux... plus de sujet d'alarmes! 

Oh! pourquoi donc verserais-lu defe larmes. 

Quand l'avenir meprometdelongsjours?(6t5.) 
Et les feuilles tombaient toujours!... {bis) 

Un mois plus tard, l'automne avait passé 

Au loin atlristanl la vallée , 

Sur la pierre d'un mausolée 
Je lis un nom nouvellement tracé, 
C'était Lucyl... Plaignez sa pauvre mère. 
Lui, qui priait, dans sa douleur amère, 
Levait au ciel des regards éperdus. {bis.) 

Et les feuilles ne tombaient plus!.., {bis.) 

Emile Baratena. 



Musique de Charles Plantade, se trouve chez 
M. Cotelle, éditeur, rue St-Honoré, 137, à Paris 



L^AMOUR VRAI. 

1810. 

De ma Céline amant modeste, 

Si je n'ai reçu qu'un aveu, 

Il vaut à lui seul tout le reste ; 

Amour sincère vit de peu. {bis.) 

J'ai captivé plus d'une belle. 

Mais mon cœur, ah! croyez-moi bien, 

Les donnerait toutes pour celle 

Qui ne m'a jamais donné rien. {bis.) 



Quoique Céline soit charmante, 

Je ne suis heureux qu'à demi, 

Quoiqu'elle ait le cœur d'une amante. 

Je n'ai que les droits d'un ami. (bis,) 

Mais en vain son âme rebelle 

Refuse un plus tendre lien 

Je donnerais mes jours pour celle 

Qui ne m'a jamais donné rien. (bis.) 

C'est ainsi que sous la ramée 

Chantait un soir le troubadour. 

Non loin de là sa bien-aimée 

Entendit ces accents d'amour. {bis.) 

Or, il obtint de celte belle 

Un prix qu'il méritait si bien ; 

11 eut un doux baiser de celle 

Dont il n'avait eu jamais rien. {bis.) 

.iilllevoye. 

Musique de Lambert, notée au N. 1924 de la Clé 
du Caveau. 



LES YEUX D'UNE MÈRE, 

ou HUIT ANS d'absence. 

.1842. 

Salut! salut I sol natal, mon paysl 
Après huit ans de tourments, de misère. 
Pleurant de joie et baisant ta poussière. 
Je te revois, tous mes maux sont finis! 

Voici déjà la vieille église 
Où ma mère a dit : pour toi, je prîrai ! 
Là, le noyer où ma Louise 
M'a dit un soir : j'attendrai!... 
Reconnais-moi, reconnais, noble terre, 
Ton pauvre enfant qui revient vers sa mère ' 
Huit ans d'absence ont bien pu me changer: 
Mais regarde mon cœur... il n'est pas étranger ! 

Qui vient là-bas ?... ah I qu'il soit bien venu! 
Le péager ! mon ami 1... courons vitel... 
Daniel, c'est moi t... mais ilpasse et m'évite... 
Quoi ! mon ami ne m'a pas reconnu f 



ROMANCES. 



i7t 



Mais J'aperçois une fenêtre... 
Tout mon cœur bat, Louise habite là ! 
C'est ellel... je la vois paraître I 
Elle regarde... et s'en val 
Quoi I mon ami I ma Louise si chère I 
Personne ici ne reconnaît un frère ! 
Huit ans d'absence ontdû. . . bien me changer I 
Pour tous ceux que J'aime je suis donc étranger? 

Le froid, la faim, tout l'accable à présent; 

Sous la fatigue, il p&Iit... il chancelle... 

Le cœur brisé d'une peine mortelle, 

Près de l'église il s'assied en pleurant. 
Mais venant de prier Marie, 

Une pauvre vieille alors en descend; 
Elle regarde, elle s'écrie : 
— Ahl Jésus, c'est mon enfant!... 

— Osois bénie, sois bénie, ô ma mère. 

Toi qui, du moins, reconnais ma misère ! 

Huit ans d'absence ont bien pu me changer... 
Mais pour sa mère un fils n'est jamais étranger! 



La Musique, de Mlle LoTs*Puget, se troare chez 
M. Mdnonnier fllS| éditeur, rue DMiphine, IS. 



MARIE. 

1S4S. 

âiR! Ta rétUUJêUMê/Ulê. 

dis-moi, douce Marie, 
N'es-tu pas la plus jolie 
Des reines de la prairie. 
Qui passe en chantant le soir ? 

Ton sourire 

Qu'on admire , 
Ton tendre cœur qui soupire ; 

Dans la plaine, 

ma reine, 
Je voudrais toujours te voir. 



J'ai parcouru l'Italie, 
L'ÂUemagne, la Russie, 
J'ai vu la fille du roi 
Qui n'est pas si bien que toil 
dis-moi, etc. 

Oui j'ai visité la France, 
J'ai vu la riche Provence i 
Et du Midi jusqu'au Nord 
Je n'ai vu pareil trésor 1 » 
dis-moi, etc. 

J'ai vu notre Normandie, 
J'ai vu nos fies fleuries, 
J'ai vu nos bosquets en fleurs, 
Rien ne sourit à mon cœur. 

• 

dis-moi, douce Marie, 
N'es-tu pas la plus jolie 
Des reines de la prairie, 
Qui passe en chantant le eoir ? 

Ton sourire 

Qu'on admire. 
Ton tendre cœur qui soupire ; 

Dans la plaine, 

ma reine , 
Je voudrais toujours te voir. 

Emile MémiIMmim, 



La musique, de L. Atadie, ae trouTe chez M. Mei»- 
soimierfils, éditeur, rue Dauphine, 18, à Paris. 



NINA LA MARINIÈRE. 



1848. 
Air popmlairt napolitam. 

De Sorente à Mysène, 
La mer Napolitaine 
Ne connaît qu'une reine 
Jeune fille à l'œil noirt 
De Mysène à Sorente 
Je vogue plein d'espoir, 
Nina, Nina, ma cbarmaAle, 
Zanatto t'attend ce soir. 



j(6tf.! 



«74 



CHANSONS POPULAIRES. 



Quand sur la vague altière, 
Nina la marinière 
S'élance vive et fièrc. 
Alors il faut la voir ; 
La nacelle indolente, 
S'éveille à son pouvoir , 
Nina, Nina, ma charmante, 

Le ciel est d'azur ce soir ! 

• 

A Portici, ma belle, 

Déjà Ton nous appelle, 

J'entends la saltarelle, 

Eh I vite à ton miroir ; 

Prends ta légère manie, 

Coiffe le réseau noir, 
Nina, Nina, ma charmante. 
Je serai jaloux ce soir ! 

Tu me diras, mon âme, 

Quelque refrain de femme 

Cadencé par la rame, 

Quelque chant du revoir. 

L'oiseau, quand ta voix chante, 

Se tait de désespoir, 
Nina, Nina, ma charmante, 
Ne viendras-tu pas ce soir? 

Déjà l'heure s'envole. 

Mais dans la brise folie 

J'entends sa barcarolle, 

Ohl comment t'en vouloir; 

Ma barque impatiente. 

Accourt le recevoir, 
Nina, Nina, ma charmante, 
Noua serons heureux ce soiri 

D. Ta^liafleo. 

La iflusique se trouve chez M. Colombier, édi- 
teur, rue Vi vienne, 6, à Paris. 

■-^eeerîT 



C'EST TOI. 



C'est le bois frémissant et son paisible omJbrage, 
Où l'on rêve au bonheur 1 [bis.) 

Pour entrevoirl'azur dans mon ciel noird'orage^5/4 ) 
Ce qu'il me faut à moi I 
C'est toi I {bis) ah ! c*est toi I 

Ce qu'il me faut à moi, quand la brise du sotr 
Caresse avec amour les fleurs de la vallée, 
Quand je t'appelle en vain de ma voix désolée, 

Gomme un rayon d'espoir {bis.) 

Pour ranimer en moi la croyance envolée : {bis.) 

Ce qu'il me faut à moi, etc. 

Ce qu'il me faut à moi,qQi n'ai plus dans moncceur 
Qu'un morne désespoir qui dessèche ma vie. 
C'est un doux mot d'amour à mon âme ravie. 

C'est un peu de bonheur! ibis.) 

Pour donner à mon ccBur le bonheurqnMI envie: (6t3 ) 
Ce qu'il me faut à moi, c'est toi ! {bis.) 
C'est toi ! (bis) ah ! c'est toi I oui, c'est toi I 

A. €»ieltai. 

Musique d'E. Arnaud, se trouve chez M Mcis 
Bonnierill*, éditeur, me Dauphine, 18, ù. Paris. 



1S48. 



Ce qu'il me faut à moi, pour que mon triste cœur 
Renaisse à l'espérancf et repremle courage. 



LA FEUILLE ET LE SERMENT. 



J'avais juré d'aimer Rosine, 

D'aimer Rosine. 
Je l'écrivis étourdiment, 

Etourdiment, 
Sur une feuille d'églantine. [l>is,) 

Souffla le vent I (bis.) 

11 emporta la feuille et mon sernienl ! 

Et mon serment I 
Il emporta la feuille et mon serment ! 

J'étais aimé de Madeleine, 

De Madeleine, 
Qui le jurait en m'écrivant, 

En m'écrivant, 
Sur une feuille de verveine. ^6is.) 

SoufOa le vent ! {bis») 

Il emporta la feuille et le serment ! 

Et le serment ! 
U emporta la feuille et le serment! 



ROHANGEB. 



I7«i 



Rosine à moi revint fidèle, 

Revint Odèle, 
Me consoler tout doucement, 

Tout doucement. 
Je n*avais plus d'espoir en elle. {bis.) 
SoufÛa le vent, {bis,) 

Il rapporta la feuille et mon serment, 

Et mon serment ! 
U rapporta la feuille et mon serment! 

Pour que jamais il ne s'envole, 

n ne s'envole, 
Je Ta! gravé profondément, 

Profondément, 
Et dans mon cœur et sur un saule, (bis,) 
Soufda le vent 1 (bis.) 

A lui la feuille, et pour moi le serment I 

Oui le serment! 
A lui la ièuille, et pour moi le serment f 



LalfiiilqiM, de Léopold ABHitfMtminre, à ftrii, 
dMZ M. EL llnyand, 4diUar, boaL dM ItaUcu , 7. 



FLEUA DES CHAMPS. 

1886. 

Fleur des champs , brune moissonneuse, 
Aimait le fils d'un laboureur, 
Par malheur, la pauvre faneuse 
N'avait à donner que son cœur. 
Elle pleurait; un jour, le père 
Lui dit : fauche ce pré pour mol. 
Si dans trois jours, il est par terre, 
Dans trois jours, mon fils est à toL 

Le doux récit que je vous chante 
Est un simple récit du cœur ; 
C'est une histoire bien touchante 
Que m'a contée un moissonneur ! 

En l'écoutant, la pauvre fille 
Crut mourir de joie et d'amour , 



A l'instant, prenant sa faucille. 
Elle travaille nuit et jour. 
Près de défaillir à Touvrage, 
Elle pu'?ait avec ferveur, 
Dans sa prière, du courage, 
Et sa prière dans son cœur. 
Le doux récit, etc. 

« 

Sur sa route, une marguerite 
Arrête ses yeux attendris : 
Il fout tomber, pauvre petite. 
Car mon bonheur est à ce prix. 
Mais en tombant, la fleur naissante 
Avait des regards si touchants. 
Qu'elle fit pleurer l'innocente. 
Comme elle, simple fleur des champs. 
Le doux récit, etc. 

Le troisième jour, dans la plaine, 
Revient le riche laboureur; 
L'enfiint est pâle et hors d*haleine. 
Mais ses yeux brillent de bonheur. 
J*ai plaisanté, dit-il, ma fille. 
Mais pour toi voilà dix écus , 
Rt le soir près de sa Ikudlle, 
Expirait une fleor de plus. 

Telle est Thistoire bien touchante 
Que m'apprirent des moissonneurs; 
Et chaque fille qui la chante 
A la chanson mêle ses pleurs I 



LawuiqM, de ]illeLalaaP«g«t,aeto«i^ 
M. Meinonnier flU, éditeur, me DanphiMy IS, à 
Paria. 



LE FORGERON. 

1886. 

Enclume chérie, 6 mes seules amours. 
Bien fort, bien fort retentis toujours; 
Ta voix si jolie, en mon noir séjour. 
Résonne mieux qu'un doux chant d*amour. 
La, la, la, la, la, la» la, la» la» ia. (çno/er.) 



I7« 



CHANSONS POPULAIRES. 



Chantant d*une Yoix sonore 

En frappant pan ! pani pan, 

Roger forgeait dès l'aurore, 

Martelant, pan! pan ! pan. 
Le forgeron, fort peu sensible, 
Passait partout pour si terrible, 
Qu'il faisait trembler le quartier. 
Lorsqu'il chantait à plein gosier. 
Enclume chérie, etc. 

Sa forge allait un dimanche. 
Doucement, pan, pan, pan. 
Son cœur battait en revanche, 
Violemment, pan I pan I pan I 
C'est qu'il avait vu passer Rose, 
Fleur de quinze ans à peine éclose , 
n met des gants, offre sa main , 
Et fredonne le lendemain : 
Enclume chérie, au nom de l'amour, 
Bien bas, bien bas, résonne le jour, 
Rose si jolie, dans mon noir séjour. 
Va faire entendre un doux chant d'amour. 
La, la, la, etc. 

Mais Rose un jour n'est pas bonne, 
A l'instant, pan I pan I pan I 
Trois fois un soufflet résonne. 
On entend, pan I pan I pan I 
Et puis silence I on la croit morte; 
La garde vient, brise la porte, 
Et trouve le féroce époux 
Qui lui disait à deux genoux : 
Rose, je t'en prie, au nom des amours. 
Bats-moi, bats-moi, bats-moi tous les jours. 
Ta main si jolie sera toujours 
Plus douce que satin et velours. 
La, la, la, la, la, la, la, la, la, la. {qiuiter.) 

Gustave Lemolae. 
Madoue de Mlle LoYsa Puget. 



LA BELLE PROVENÇALE. 

1837. 

Va f ne sois pas jalouse 
De la belle Andalouse, 



Elle Test moins que toi . 
Il n'est pas une fille, 
De Cadix à Séville, 
Qui te vaille, ma foi 1 

Dis-moi si jamais mains plus blanches 
Ont tressé de plus noirs cheveux ? 
Si jamais d'aussi belles hanches 
Ont porté corps plus gracieux? 
Et ce pied, 'ette jambe fine. 
Tous ces harmonieux contours, 
Et cette bouche purpurine 
Qui semble le nid des amours. 
Va ! ne sois pas, etc. 

Crois-tu que ce soleil qui brille 
Dans l'Océan de tes beaux cieux, 
Réserve aux filles de Castille 
Ses baisers les plus amoureux ? 
Crois-tu que Tair de tes montagnes 
Soit moins enivrant et moins pur, 
Que moins vertes sont tes campagnes. 
Et que ton ciel ait moins d'azur? 
Yal ne sois pas, etc. 

Crois-tu, fille de la Provence, 
Que ta joue ait moins d'incarnat. 
Que ta taille ait moins d'élégance, 
Et que ton œil ait moins d'éclat? 
Ya, bel ange de la nature, 
Tout d'amour et de volupté, 
A toi, céleste créature, 
La pomme d'or de la beauté 1 

Va ! ne sois point jalouse 
De la belle Andalouse, 
Elle l'est moins que toi ; 
Il n'est pas une fille, 
A Cadix, à Séville, 
Qui te vaille, ma foi ! 



La musique^ d É. Merle, se ireave chex M. Scko- 
nenberger, éditeur, boul. Poissonnière, 18, à Pail% 




LA FAVORITE. 

1S10. 
Viens! viens! je cAdc éperdu! 
Au transport qui m'enivre. {bit.) 

Mon amour, mon amour t'est rendu. 
Pour l'aimer, je veux vivre. 
Pour l'aimer! pour l'aimer! 
Ali ! viens, j'écoule en mon cœur 
Une voix, une voix qui me crie : 
Ah! VI dans une aulrc patrie, 
Va cacher ion bonlieur. 
Ah! va cacher ton bonheur. 
— transport ! c'esl mon rêve perdu 

Qui rayonne et m'enivre. (bit.) 

Son amour, son amour m'est rendu. 
Mon Dieu, laissez-moi vivre. 
mon Dieu! 6 mon Dieu! 
J'abandonne mon cœur 
A la voix, à la voii qui me crie : 
Ah! va dans une autre pairie. 

Va cacher ton bonheur ! {bit.) 

A. Bayer cl G. ▼■«>. ■ 
Eilnlld» Il Ftranlt, oftta en (ictci-.rn Tsnicchci 
r. 1 et 3, |9lcric te Oututt, Pilali- 



Nitianil. Prti : 1 
La Diii^K it 



•aittul te iroiie, k Pirli, tbet 

10 HIcbclica, 07. 

OUI, MONSEIGNEUR, 
isu. 

Oui, moDseignenr, je suis jolie. 

J'ai seize ans et de {;rands yeux bleus ; 

On doit m'aimer à la folie. 

Oh ! je suis un ange des cieux I 

J'aimerais votre doux langage, 

Ce doux langage est si llalteur. 
Mon beau seigneur! 
Hais je trouve au village, 1 

Le vrai bonheur, I [M>*) 

Oui, monseigneur. ) 

Oui, monseigneur, j'ai plus de grices 

Que let beuité) de vos palais ; 



Oui, lous les fftvirs suivront mes Iraces, 
On ne me irompcra jamais. 

J'aimerais, eic. 
Oui, monseigneur, dans la vallée 
J'irai le soir cueillir des fleurs. 
J'irai sous la voûte Ëtoiléc 
Effacer leurs riches couleurs. 
Vraiment, vraiment votre doux langage,' 
Ce doux langage c^l bien flatteur. 

Oui, monseigneur! 
Hais je trouve au village, , 

Le vrai bonheur, l (pit.) 

Oui, monseigneur! ' 

Ar»imm GaMet. 
La musique, d'ArhUde de Laioar. M trosTe chei 
M. LedDE, édiUDr, li. roc Viticuuc. 



LES DEUX MULES DU BASQUE. 

IS43. 

Quand on est Basque ci bon chrétien, 
Et qu'on a deux mules pour bien. 
Vraiment on n'a besoin de rien! {bit.) 
Ah: vraiment! {bit.\ 

On n'a besoin de rien! {bit.) 

Eh hop, eh hop, mes mules jolies. 
Eh hop, eh hop, mules mes amours, 
Eh hop, eh hop, mes mules chértei, 
Eh hop, eh hop, galopez toujours! 
J'ai deux mules; c'esl lout mon bien: 
De Burgos à Saint- Se bas lieb 

Je les mène et ramène; 
Je Iroiie par louie maison ; 
Paver l'abri d'une maison 
fl'est vraiment pas la peînel C^-} 

Quand on est Basque, eic. 
Souvent pour rien j'ai transporti 
Un pauvre qui m'a souhailA 
Qu'un jour Dieu me le rende ; 
mil comme il but vivra pourtant. 



178 



CHANSONS POPULAIRES. 



Quelquefois je fais en passant 
Un peu de contrebande. 
Quand on est Basque, etc. 



(6fe.) 



Seul j*aime au doux bruit dagrdot 
Troubler la cité, qu*aa galop 

Lestement je trarerae; 
Ai-je une compagne, soudain 
Mes friponnes prennent dlnsiinct 

Le chemin de trarerse. {bii.) 

Quand on est Basque, etc; 

Un jour quand je rencontrerai 
Quelque belle ûlle à mon gré, 

Allons, dirai-je, ensemble 
A l'église incliner le front, 
Deux mules pour nous deux seront 
Bien assez, ce me semble. (bis.) 

Quand on est Basque et bon chrétien. 
Et qu'on a deux mules pour bien. 
Vraiment on n'a besoin de rien I (bis,) 
Ah ! vraiment I (bis,) 

On n'a besoin de rien 1 (bis.) 

Eh hop, eh hop, mes mules jolies. 
Eh hop, eh hop, mules mes amours, 
Eh hop, eh hop, mes mules chéries. 
Eh hop, eh hop, galopez toujours ! 

li. Fortool. 

La musique* de P. Henrion, se trouve chez M. Co- 
lombier, éditeur, rue Vivienne, 6, à Paris. 

' im ' 



LUCIE DE LAMMERMOOR 



1889. 



LUCIB. 



Vers toi toujours s*enyolera 
Mon rêve d'espérance ; 

Le bruit des flots pour toi sera 
L'écho de ma souflï'anee; 

fii mon pauvre cœur désolé 



A sa douleur succombe, 
Ah I cueille dans ce bois isoU 

Une fleur pour ma tombe. 
Adieu I adieu I tout mon bonheur I 
La mort, la mort est dans mon cœur. 

Adieu, adieu, bonheur 1 

EDGAR. 

Vers toi toujours s'envolera 

Mon rêve d'espérance; 
Le bruit des flots pour toi sera 

L'écho de ma soufl'rance , 
Et si ton amant désolé 

A sa douleur succombe, 
Donne une larme à l'exilé , 

Que ton cœur soit sa tombe. 
Adieu! adieu 1 tout mon bonheur I 
La mort, la mort est dans mon cœur, 

La mort est dans mon cœur. 



Vers toi toujours s'envolera 
Mon rêve d'espérance; . 

Pour moi, le bruit des flots serap'**^**" 
L'écho de ma soufl'rance. 

EDGAR. 

Si mon pauvre cœur désolé 

A sa douleur succombe. 
Donne une larme à l'exilé. 

Que ton cœur soit sa tombe. 



LUCIE . 

Jette quelques fleurs sur ma tombe. 

Adieu I adieu, tout mon bonheur, k 

La mort est dans mon cœur. I 

Ah! adieu, tout mon bonheur, | 

Tout mon bonheur I | 



Ensem, 



Alphonse Boyer et 6i 



Lucie de Lammermoor, opéra en deux actes et 
quatre tableaux, paroles de KfM. Royer et G. Vaez, 
musique de G. Donizetti. En vente chez M. Tresse, 
galerie de Chartres, 2 et 3 (Palais-NaUonaljb 
Prix : 1 f r. 



ROMANCES. 



179 



RETOUR EN FRANCE 



1846. 

Oui, voyageur sur la terre et sur Tonde, 
J'ai parcouru tout ce vaste univers, 
J*ai vu Tancien, j'ai vu le nouveau monde, 
Bien des climats, bien des pays divers; 
J'ai vu Stamboul après Rome et Florence, 
Vu Toasis où les mois sont des jours ; 
Maisrienpourmoi ne vaut encor la France j /^^.^ x 
Et celte fois je reviens pour toujours ! j 

Dans les cités, au désert, sous la tente, 
J'ai rencontré des visages humains , 
Souvent, malgré celte humeur inconstante, 
Triste en parlant serré de nobles mains ; 
Pour lui, trahir la crainte el l'espérance, 
J'ai pu trouver plus d'un cœur sans détours; 
Mais pointd'amiscommeceux de la France i ,. . 
Et cette fois je reviens pour toujours 1 | ^ ' 

Ailleurs, dit<on, les femmes sont plus belles, 
Ou dans la voix ont un plus doux accent ; 
Ou bien encor, moins souvent infidèles. 
N'offrent leur cœur qu'à l'amour innocent. 
Sur ces récits n'ayez point d'assurance, 
N'en croyez pas, jeunes gens, ces discours. 
Car nulle parlon n'aime comme en France ) , , • v 
Et cette fois j'y reviens pour toujours, ) ^ '^ 

Boanlol. 

La mualqae, de Laserget, m trooTe, à Parif , cfaas 
M. Chaillot, éditeur, rae fraint-Honoré, 362, 



C'est Tespotr do printemps, 
C'est l'amour d*une mèret... 
BûfanU, n'y touchez pasi 



(bis.) 



ENFANTS, N'Y TOUCHEZ PAS- 

1845. 

Du nid cbarmant caché sous la fouillée, 
Cruels petits lutins à la mine éveillée, 
Du nid charmant caché sous la fouillée, 
Hélas! pourquoi Caire ainsi le tourment? 

Ce nid, ce doux mystère, 

Que vous guettez d'en bas. 



Qui chantera Dieu, la brise et les roses? 
Méchants, si vous tuez ces jeunes voix ccloses? 
Qui chantera Dieu, la brise et les roses ? 
Autour de vous tout s'en attristera. 
Ce nid, etc. 

Dieu seul a droit sur tout ce qui respire: 
Ne pouvant rien créer, il ne faut rien détruire; 
Dieu seul a droit sur tout ce qui respire, 
Beaux maraudeurs, prenez garde, il vous voit. 
Ce nid, etc. 

Laissons, laissons les bouquets à leur tige, 
A l'air qu'il réjouit rinsecle qui voltige; 
Laissons, laissons les bouquets à leur tige. 
Aux bois leur ombre et les nids aux buissons. 

Ce nid, ce doux mystère, 

Que vous guettez d'en bas, 

C'est l'espoir du printemps. 

C'est l'amour d'une mère I... 

EnianU, n'y touchez pasl (biê,) 

Hlppoljrte Unérim. 



La moaiqae, de L. Qapissoii, ae trouTe chez ma- 
dame Cendrier, éditeur , rue du Faubourg-Poino»- 
nière, 7,à Paria. 



LA BRUNE THÉRÈSE 

1S46. 

Thérèse, ma mignonne, 
Yeux-tu donner ton ccMirt 
Tu deviendras baronne. 
Je suis puissant seigneur. 
Tu danseras, tu valseras, 

Belle mignonne. 
Tu danseras, in vi 
Tu m'aimeras» 



'(,»'"' 



,.„■„■'/"■/"'■ 




ROMANCES. 



iU 



L'or sait nous rendre beurenx, 
Crois Tamaiit qui te presse. 

— Non, seigneur, taisez-vous, 
Je ne veux croire qu'un époux. 

Gentille gondolière, 
De ton minois si frais 
Phœbus, sur la rivière, 
Ta brunir les attraits ; 
Laisse rame et nacelle. 
Et les riants plaisirs 
Combleront tes désirs ; 
Suis un amant fidèle... 

— Non, seigneur, taisez- vous, 
Je ne veux suivre qu'un époux. 

Gentille gondolière, 
Quoi ! tu quittes cesbordsT 
Dans ta fuite légère 
Tu ris de mes transports ; 
Tu disparais, cruelle ! 
Et les lointains échos 
N'apportent que ces mots 
A l'amant qui t'appelle : 

— Non , seigneur, taisez- vous, 
Je ne veux aimer qu'un époux, 
Je ne veux aimer qu'un époux, 

Qu'un époux. 



(Wi.) 



j (bis.) 



(bis. 



La muilqQ«, d« Loult Fetteaa, m trovTe ebes L. 
^Tkillot, iditev, rat Notr*-DanM-d»-N«ur9Ui,82. 



LE VÉRITABLE AMOUR 

1841. 

Tq demandes, Marie, 
Si l'amour est menteur, 
Si deux fois dans la vie 
On peut donner son cœur?... 

Non, non, mon ange, (6m.) 
Jamais le cœur ne change ; 

L'amour d'un jour, (U14 
Ce n'est paa de l'amour I 



Celle qui, sur la terre. 

Seule a pu nous charmer. 
On l'aima la première. 
On doit toujours l'aimer. 
Crois-moi, mon ange, etc. 

Mais l'amour pur rayonne. 
Le temps le rajeunit, 
Le malheur le couronne. 
Et le ciel le bénit I 
Crois-moi, mon ange, etc. 

Lorsque vient la mort même, 
Le cœur va, sans regret. 
Attendre ce qu'il aimel... 
Revoir ce qu'il pleurait I... 

Oui, dans le ciel. 

Dans le ciel même. 
Toujours, toujours on s'aime I 

Comme le ciel, (bis,) 

L'amour est éternel ! 

La musique , de Mlle LoTsa Puget , te trourv 
cbei M. MeiMonaier flls, éditeur, rue Dauphine, 18. 



LE PARDON. 

1814. 

Pardonne-moi, 

J'attends de toi 

Un de ces mots 
Qui rendent l'espoir, le repos. 

Trop de rigueur 

Nuit au bonheur. 

Flétrit le cœur; 

Douce parole 

Charme et console. 
Elle est de l'âme un tendre écho ; 

Le froid silence 

Accroît l'offense 
Que détruirait peut-être un mot, {hit.) 



• • 













Joli mJDois, vingl ans ti peine, 
Taille Gne, regard charmant, 
Froni de neige et tresse d'èbène, 
Catlè rolllrc et cœur aimact. 
Voilà bien cette bergcrettc. 
Tendre cl naïve tour ï tour. 
, Trouvez-moi donc une Laurelle, . ..^ 
Parmi vos dames de la cour, I ' ' 
Voil-on briller dans sa parure. 
De l'art le secours élranger. 
C'est une rose fraîche et pure, 
La blanche fleur de l'oranger; 
Elle est en simple collerette 
Belle comme an rayon du jour. 
Trouvez, etc. 

De la constance heureux modèle, 
A son tour Laurette aimera, 
El Uurctte sera fidèle 
Au premier cboix qu'elle fera; 
Osez-vous lui conter fleurette. 
Elle rougit au nom d'amour. 
TrouTez, etc. 

De Laurette, qui tous regarde. 
Craignez le souris gracieux; 
Hes chers amis, prenez bien garde 
Au doux langage de ses yeux; 
Ses yeux qui font blessure secrète. 
Qu'on ue guérit pas en un jour. 
Trouvez-moi donc une Laurette ■ ^ . 
Parmi les damss de la cour. i '"**"' 



Il est maria !!!... le parjure. 
Dans un billet court ci glacial, 
Joignant l'ironie à l'injure. 
M'invite à figurer au bal ; 
Eh bien! j'irai! pour celte ffftc 
Que l'art s'empresse a me parer!.. . 
Courons saluer sa conquCic. . . 
Ab! moDDieu! si j'allais pleurer!.. 

Déjà la voiture m'emporte; 
Un long tremblement m'a saisi... 
Quel éclal brille à cctlc porte ! . . . 
On arrête. . . c'est donc ici ! 
Quel bruit! quelle foule brillante! 
Le plaisir semble l'enivrer : 
Entrons. .. ma lïgurc est riante... 
Ah! mon Dieu! si j'allais pleurer?... 

Je l'aperçois, là-bas il danse. 
Ses traits expriment le bonheur ; 
De loin, il me voit . . il s'avance, 
A SCS yeux cachons ma pâleur. 
Quelle est cette beauté fataleT... 
Il Tient me la faire admirer; 
Je Teux sourire 4 ma riTale. 
Ahl mon Diea! li j'allais pleorerf.. 

Dois-je danser?. . . quelle fotie l 
Quand j'ai peine à ma soutenir; 
U m'a dit que j'étais jolie, 



186 



CHANSONS POPULAIRES. 



Q^ma bouquet n^dUI à rsfir; 
n me penifiQe, fl me méprise ; 
Je sens ma raisoii e^égarerl... 
Ahf fi^Dsl mon âme se brise, 
Loin des hearmix allons pleurer. 



LA ROSE BRETONNE, 



Pauvre berger breton , 

Qui n'avait rien que sa chaumière, 
Aimait une ouvrière , 

C'était la rose du canton. 
Annelte était jolie, 
Pauvre Jacque était laidl... 
Riant de sa folie , 
La belle , hélas , n'aimait 

Que le son de la musette 

Et la danse du pays I 

Car pour la gentille Annette, 

Un bal était le Paradis I 

Un jour, elle pleurait, 
Du village, c'était la fête ; 

Sans croix d'or pour toilette , 
Elle disait qu'elle en mourrait I 

Jacque vend sa chaumière. 

C'était tout son trésor l 

En secret, l'ouvrière 

Reçut une croix d'or I... 
Et, le soir, à la musette, 
Dansait avec ses amis ; 
Car pour la gentille Annette, 
Un bal était le Paradis I 



Pour lui , le cœur joyeux , 
11 dormit dans une bruyère; 

Dieu, sur le pauvre hère , 
Envoie un doux rêve des cieux 

Il la voit... c'est bien ellel 

La croix d'or la parait^. 



Elle était la plus bcKel 

Et de joie il pleurait!^. 
Et les sons de la musette , 
Jusqu'à ses sens engoorfis, 
Arrivaient avec la fête... 
Jacque rêvait du Paradis f 

Soudain, il jette un crif 
Sur son front, pendant qu'il sommeille , 

Un doux baiser l'éveille , 
Annette en pleurs est devant lui : 

Je sais tout, lui dit-elle ; 

Chii je t'aime , et pour moi , 

Moi , qu'on dit la plus belle , 

Va , le plus beau c'est loi I 
Huit jours après la musette 
Résonnait dans le pays , 
Et Jacque, l'époux d'Annelte, 
Sur terre avait le Paradis! 

Gnalave i.emolne. 



La musique, de Mlle Loïsa Piiget, se trouve ches 
M. Heugel, éditeur, 2 bis, rue Vivienne. 



LA PART DU DIABLE. 



1848. 

Ferme ta paupière. 

Dors, mon pauvre enfant, 

Ne vois pas ta mère 

Qui prie en pleurant. 

Dame noble et fière, 

Belle senora, 

Calmez ma misère 

Et Dieu vous le rendra. 
Donnez, donnez sur cette terre. 
Dieu, dans le ciel, vous donnera. 
Ablaht 



(6m.) 



grand de la terre I 
riche seigneur! 
Si notre priera 



R01IANG£8. 



!B7 



Blessa votre cœur, 

Si ma plainte amère 

Tous importuna, 

A notre misère, 

Hélas I pardonuez-la. 
A qui pardonne sur la terre 
Dieu, dans le ciel, pardonnera. 
Ah I ah ! 



puissant seigneur! 

roi de la terre 1 

Que notre prière 

Arrive à ton cœur. 

Ta main tutélaire, 

Nous protégera. 

En toi seul j'espère. 
Car mon cœur me dit là : 

Ahlahl 
A qui pardonne sur la terre 
Dieu, dans le ciel, pardonnera. 



i {bis.) 



\ (W*.) 



La musique , de E. Auber, se trouve, à Paris, 
chez MM. Troupenai, et comp*, éditeurs, 40, rue 
Keave-ViTiiMM. 



LA SÉPARATION. 



1840. 

Au point du jour, dans sa chambrette, 
A l'amant qu'elle aima le mieux. 
En pleurant, la tendre Lisette 
Disait au moment des adieux : 
— > Quand le lien qui nous endiafne 
Est à jamais brisé par vous, 
Monsieur, ne montrez pas de haine, 
Pour nous quitter, embrassons-nous t(6t«.) 

Retournez dans votre famille, 
Me consultez pas ma douleur; 
le n'étais (ju'une paufre fiUet 



Ponvais-je aspirer au bonheur? 

De quelque riche demoiselle 

Vous allez devenir l'époux ; 

Sans intérêt j'étais fidèle, 

Pour nous quitter, embrassons- nous! 

En fuyant le bruit de la ville. 
Après un modeste repas, 
Dans les sentiers de Romain ville, 
Souvent l'amour guida nos pas , 
Un épais rideau de feuillage 
Cachait les plaisirs les plus doux; 
Nos bois ont perdu leur ombrage, 
Pour nous quitter, embrassons-nous! 

Ah I laissez-moi pour héritage 

Ce portrait par vos mains tracé ; 

Mes yeux, en fixant votre image. 

Verront plus gatment le passé. 

Je sourirai, dans ma vieillesse, 

A notre premier rendez-vous. 

Alfred, encore une caresse ; 

Pour nous quitter, embrassons-nous! (6t>.) 



Musique de Paul Henrion 



UARRIVÉE DU RÉGIMENT. 



De ton frère demain, ma fille , 
Le régiment doit arriver. 
Bien avant que le jour ne brille , 
Demain , demain il faudra nous lever. 
Nous irons bien loin du village , 
Bien loin l'attendre à sou passage. 
Ah ! quand ton frère paraîtra^ 
Mon Dieu , comme mon cœur batlrA^ 
Comme mon cœur battra ! 

Et toutes deux à sa rencontre 
S'en allèrent avant le jonr. 
Enfin le régiment se nonlre» 



188 



CHAKSONS POPULAIRES. 



Plus près, plus près esl le bruit du tambour. 
Sous les yeux de la pauvre mère , 
Ils pa?scnt tous... douleur amère, 
Car son fils, parmi les soldats, 
Est le seul qu'elle ne voit pas , 
Est le seul qu'elle ne voit pas l... 

Oh ! comme alors son sein palpite 
De crainte et de mille douleurs... 
Voyez ce sabre qu'on agile ! 
Dit sa fille en versant des pleurs 1 
Ma mère , calmez voire peine 
Regardez là!... là!... le capitaine! 
Et soudain son fils, ô bonheur ! 
Son fils la pressa sur son cœur I... 

Emile Darateau. 

La musique, de A. Grisar, se trouve chez Edmond 
Mayaud, éditeur, boulevart dea Italiens, 2. 



ADIEU, BEAU RIVAGE DE FRANCE. 



Adieu, beau rivage de France, 
Au revoir. 
J'ai pour charmer l'absence, 

L'espoir 
De retrouver ma belle, 
Fidèle ; 
Adieu, beau rivage de France, 
L'amour, 
Saura charmer Tabsence 

D'un jour 
Par Tespoir du retour! 

Un soir ainsi chantait galment dans sa nacelle. 
Un jeune matelot rêvant à ses amours ; 
Le ciel était serein, la pèche serait belle, 
La barque s*éloigna, lui répétait toujours : 
Adieu! etc. 

Puis arriva la nuit, une Toile étrangère 
Croisait près de ses bord8,le pécheur malheureux 
Pevint son prisonnier; dans sa douleur amère. 
Il répétait tout baa, des larmes plein les yeux : 



vierge du pêcheur qui t'implore 

L'espoir, 
Par toi je puis encore 

Revoir 
Mon pays et ma belle 

Fidèle; 
Rivage fleuri que j'adore, 

Au revoir, 
Mon cœur conserve encore 

L'espoir 
De bientôt vous revoir! 

La tempête grondait, dans la mer orageuse, 
Rejeta le captif, à la côte en nageant 
11 croyait aborder, mais la vague houleuse, 
L'engloutit ; le pêcheur dit encore en mourant 

Adieu, beau rivage de France,' 
Hélas! pour moi plus d'espérance. 
Adieu, pour toujours, mes amours. 
Et vous rives de France ! 

Abel Porel de Morvan. 



La musique , d'Albert Grisar, se trouve chez 
M. Edmond Mayaud, éditeur, boulev. des Italiens, 2. 



LE FIL DE LA VIERGE. 



1842. 

Pauvre fil qu'autrefois ma jeune rêverie , 

Naïve enfant, 
Croyait abandopné par la vierge Marie 

Au gré du vent ; 
Dérobé par la brise à son voile de soie , 

Fil précieux , 
Quel est le chérubin dont le souffle t'envoie 

Si loin des cieux ? 
Viens-tu de Bethléem, la bourgade bénie, 

Frêle vapeur 
De l'encens qu'apportaient les mages d'Arménie 

Pour le Seigneur? 



ROMANCES. 



1^ 



Sous les palmiers du Nil , la ronce te prit-elle 

Au manteau bleu, 
Où la Reine des cieux, fugitive et mortelle, 

Cachait un Dieu? 



Détaché quelque part de sa blanche auréole , 

Ohl quand tu viens, 
Furtif et méconnu comme un faible symbole 

Des vieux chrétiens , 
Oh! je t'aime 1 voistu , parce qu'une croyance 

Est avec toi 1 
Tu viens comme an lambeau de la première enfance 

Et de sa foi I 
Tuvienscomme autrefois lesblanches tourterelles 

Discrets courriers , 
Portant un peud*espoir suspendu sous leurs ailes 

Aux prisonniers ; 
Tu me rends d'autrefois les tranquilles soirées, 

Et lés enfants, 
Et les vierges, marchant dans les fêtes sacrées 

En voiles blancs. 



Etce temps d'innocence où l'âme est tout éprise 

Pour une fleur, 
QaandrorgaeauzloDgsacccrdisoapiraitdansréglise 

Avec mon cœur : 

Quandrombre demamère,attentiveetcharmée, 

Venait le soir, 
Écarter les rideaux de l'alcôve fermée 

Pour mieux me voir; 
Adieu , pauvre fil blanc. Je t*aime...yole encore 1 

Hais ne va pas 
Tarrèler au buisson dont l'épine dévore 

Et tend les bras I 
Ne te repose pas quand du haut des tourelles 

Le jour a fui : 
Yole haut, près de Dieu : les seules amours fidèles 

Sont avec lui. 

■• ■ ri— 0«lmt-Ac«ei. 



La maiiqiM, d« P. Soido, m trouTe ches M. t, 
Onê, édluvr, bosltrart Bona^-NooTtUe, SI, 4 
Paris. 



L'AIR NATAL. 



Adieu. Paris, sans regret je vous quitte, 
Je vais au loin pour ne plus revenir. 
Quand je partis, Marie était petite ; 
Depuis trois ans comme elle a dû grandir 1 

Tyrol, 6 ma patrie ! 
Je vais revoir ta colline chérie, 
Tes bois, tes fleuii, tes ruisseaux de cristal, 
Et puis Marie ! 
Rien n'est si doux que l'air natal. 

Pour la parer, sans la rendre plus belle. 
Car à seize ans est-il besoin d'atours? 
J'ai fait emplette à la ville pour elle 
D'une croix d'or, d'un collier de velours. 
Tyrol, 6 ma patrie, etc. 

J'apporte aussi, faut-il que je le dise? 
Un anneau d'or où deux noms sont unis , 
Gage d'amour que l'on donne à l'église , 
Quand le pasteur a dit: soyez bénis! 

Tyrol , 6 ma patrie , 
Je vais revoir ta colline chérie , 
Tes bois , tes fleurs, tes ruisseaux de cristal. 
Et puis Marie ! 
Rien n'est si doux que l'air natal t 



La moilqQe, d'Aogutta Paaaeron, m troara, 4 
Paris, chas M. BniU4, éditcar, IS, passagt das P»- 



PLUS DE MÈRE. 



Pitié! madame, 
Pour l'orphelin 
Qui vous réclame 
Un peu de pain; 
Pitié! pitié! pour Torphelln. 



(«t.) 



C'était un beau Jour de vietoire! 
J'attendais mon père , et pourtant 



1i9b 



CHANSONS POPULAIRES. 



Ma mère à tous nos cris de gloire 
Ne répondait qu'en sanglotant... 
Mère f d'oiî viennent tes alarmes, 
Puisqu'il va revenir enfin ?... 
Et ma mère me dit en larmes : 
Enfant, pauvre enfant orphelin!... 
Pitié I madame, etc. 

Orphelin I dis-tu, bonne mère? 
Pourquoi ce mot qui me fait peur? 
Pourquoi donc fermer ta paupière? 
Pourquoi celte froide pâleur?... 
Ne dors pas quand je te caresse, 
Réponds-moi ! mais , vœux superflus I 
A mes baisers, à ma tendresse , 
Ma mère ne répondit plus! 
Pitié! madame, etc. 

Et seul à présent sur la terre , 
Obligé de gagner mon pain , 
J'ai compris ce mot de ma mère 
Enfant, pauvre enfant orphelin! 
Plus de baisers pour récompense î 
Plus d'ange qui me sourirai... 
Plus de ciel, plus de Providence! 
Car une mère est tout celai... 

Pitié I madame, 

Pour l'orphelin 

Qui TOUS réclame 

Un peu de pain ; 

Pitié ! madame , {bis,) 

Du pain ! du pain , pour l'orphelin. 

GovUiTe licmolne. 

La musique, de Mlle LoYsaPuget, se trouve, à Paris, 
èhes M. Mdssonnier fils, éditeur, 18, rue Daaphine. 



LE JEUNE PATRE. 



Voici la nuit qui te descendre, 
Les troupeaux couvrent le chemia : 
Les chants du soir se font entendre, 
Je reste seul 1 pauvre orphelin I 



pâtres, quittez vos bruyères, 
Ceux que vous aimez, 
Que vous aimez, 
Sont là-bas! 
On vous attend dans vos chaumières. 
Allez, allez. 
Moi Ton ne m'attend pas! 

Moi, souffrant et pauvre, mon âme 
Sans amour doit se consumer. 
Jamais un doux regard de femme 
Ne me dira : Veux-tu m'aimer? 

pâtres, etc. 

Hélas! ici, jusqu'à l'aurore 
Je reste, et demain, sans espoir. 
Demain, vous entendrez encore 
Mon chant plaintif de chaque soii. 
pâtres, quittez vos bruyères. 
Ceux que vous aimez, 
Que vous aimez, 
Sont là- bas! 
On vous attend dans vos chaumières. 
Allez, allez, 
Moi l'on ne m'attend pas I 

Musique de Mme Pauline Duchambge 



FLEURS ET JEUNES FILLES. 



1843. 



Air de la valse de Giselle. 



Dansez, chantez, ô blanches sœurs des anges 
Le ciel est pur et la terre est en fleur; 
Dansez, chantez, donnez-vous sans mélanges 
Des mots d'amour, de joie et de bonheur. 

Le vert feuillage 
De ce bocage 



ROMANCES. 



m 



Et le nunage 
Des doux oiseaux, ' 
Tout vous invite ; 
Profitez vite I 
Craignez la fuite 
D'instants si beaux I 
Dansez, chantez, etc. 

L'herbe est fleurie, 
Dans la prairie 
La fleur jolie 
S'ouvre au soleil ; 
Depuis Taurore, 
Le ciel se dore 
Et se colore 
D'un feu vermeil. 
Dansez, chantez, etc. 

Tout rit, tout chante ; 
Fête charmante! 
De chaque plante 
Sort maint parfum 
Qui, vers Dieu même, 
Dieu, qui vous aime, 
Bonheur extrême 1 
Monte un par un. 
Dansez, chantez, etc. 



Sous la verdure 
I/onde plus pure 
Coule et murmure 
Entre les fleurs; 
Sur la corolle 
La mouche vole 
Pour humer, iolle. 
De tendres pleun. 
Aansez, chantez, etc. 



blondes filleal 
Jeunes, gentilles, 
De vos familles 
T^résors charmants, 
Cest pour TOUS, bdlei, 
Qa'édoaeot, firèki. 



Les fleurs oonirelleB 
Qu'on voit aux chantps. 
Dansez, chantez, etc. 

A vous la mousse, 
La brise douce, 
L'herbe qui pousse, 
A vous Tazur ; 
A vous, fillettes. 
Les chansonnettes. 
Les pâquerettes, 
A vous l'air pur I 
Dansez, chantez, etc. 

A vous les roses 
Fraîches édoses, 
Que vos doigts roses 
Vont efleuillant. 
Plaisir qu'on cueille, 
Fleur qu'on efleuille 
Vont, feuille à feuille, 
Au gré du vent 
Dansez^ chantez, etc. 



Fleurs passagères, 
Filles légères, 
Mousses, fougères. 
Herbes, couleurs; 
Brillent, rieuses! 
Capricieuses : 
Filles joyeuses! 
iojfeuses fleurs! 

Dansez, chantez, t blanches sœurs des anges I 
Le ciel est pur et la terre est en fleur; 
Dansez, chantez, don nez- vous sans mélanges 
Des mots d'amour, de joie et de bonheur. 



La miulqa*, àm Biu|bûO«>, at 
lonbter, édlitv, 6, m* YlvIeuM. 



192 



CHANSONS POPULAIRES. 



DANS VENISE. 



Dans la riche Venise, où le luxe étincelle ! 
Oh brillent dans les eaux les portiques dorés , 
Où sont les grands palais dont le marbre recèle 
Des chefs-d'œuvre de l'art les trésors adorés, 
Je n'ai que ma gondole. \ 

Vive comme un oiseau , f 

Qui se balance et vole , l ( ***^ 

A peine effleurant Teau. J 

Le doge a les honneurs et la toute puissance , 
Les financiersderor^lesmarchandsdes vaisseaux 
Les nobles ont l'éclat que donne la naissance, 
Métastase a son luth , et Titien ses pinceaux. 
Je n'ai que ma gondole, etc. 

Mais j*ai prié saint Marc, du plus saint de mon âme, 
11 m'a donné d'Anna l'amour tendre et constant; 

Et quand ses grands yeux noirs me pénètrent de flamme, 

Je suis heureux,puissant,noble,riche,et pourtant 
Je n'ai que ma gondole , \ 
Vive comme un oiseau, ( 
Qui se balance et vole , j ^ ' 
A peine effleurant l'eau. / 

E. Aoblii. 

ijA musique , de P. Henrion , se trouve à Parls^ 
chez M. Heugel, éditeur, 2 bù, me Yivienne. 



LE MULETIER DU VÉSUVE. 

1836. 

Du haut de la montagne 

Où j'ai reçu le jour, 

J'entends dans la campagne 

Mon gai refrain d'amour. 

C'est toi, Nizza, ma belle, 

Ta douce voix m'appelle , 

Ne tremble pas pour moi, 

Joyeux, j'accours vers toi, 
Que le Vésuve et la tempête 
Édatent, grondent, rien ne m'arrête! 



Vrai muletier, hardi Napolitain, 
Libre d'efiroi, je chante et nargue le destin 
Allons, mule jolie. 
On nous attend là-bas. 
Vers ma gentille amie, 
Pressons (bis) le pas. 
La, la. Ira, la, la, la, la, tra, la, la, la. 
Pressons (bis) le pas. 

Nizza de l'Italie, 

Charmante et jeune fleur, 

Quoiqu au soleil brunie, 

Séduit par sa fraîcheur; 

Les filles de Sorrente, 

De Rome et de Tarente, 

N'ont point, en vérité, 

Tant d'attraits, de beauté ; 
Mais si d'orgueil mon cœur palpite. 
Quand à la danse on nous invite, 
Car sur ma foi plus d'un noble signor, 
Pour obtenir sa main, donnerait un trésor. 

Allons, mule jolie, etc. 

Longtemps ma fiancée, 

Rebelle à tous mes vœux. 

De mon Ame oppressée 

Repoussa les aveux ; 

J'avais beau la maudire, 

Soupirer mon martyre. 

Toujours à Paolo 

Nizza répondait : no. 
Mais un matin près du Cratère, ' 
Soudain j'entends les cris de son Vieux père : 

Il expirait... mais je sauvai ses jours. 
Et Nizza fut à moi, fut à moi pour toujours! 

Allons, mule jolie, 

On nous attend là-bas, 

Vers ma gentille amie. 

Pressons (bis) le pas. 
La, la, tra, la, la, la, la, tra, la, la, la. 

Pressons (bis) le pas. 

Crevel de ClUMrleHMicaie. 



La muilqQ*, de M. Graxiani, te trouve, 4 Parii^ 
cbesM. Prilipp, éditeur, 18, bouleTirt Mo&tmartr«b 



ROMANCES. 



in 



Et le ramage 
Des doux oiseaux, ' 
Tout vous invite ; 
Profitez vile ! 
Craignez la fuite 
D'instants si beaux I 
Dansez, chantez, etc. 

L'herbe est fleurie , 
Dans la prairie 
La fleur jolie 
S'ouvre au soleil ; 
Depuis l'aurore. 
Le ciel se dore 
Et se colore 
D'un feu vermeil. 
Dansez, chantez, etc. 

Tout rit, tout chante ; 
Fête charmante 1 
De chaque plante 
Sort maint parfum 
Qui, vers Dieu même, 
Dieu, qui vous aime, 
Bonheur extrême 1 
Monte un par un. 
Dansez, chantez, etc. 



Sous la verdure 
y onde plus pure 
Goule et murmure 
Entre les fleurs; 
Sur la corolle 
La mouche vole 
Pour humer, (bile, 
De tendres pleurs, 
itensez, chantez, etc. 



blondes fiUeal 
Jeunes, gentilles, 
De vos familles 
TMsors charmants, 
G*e9t pour vous, belles, 
Qu'édosent, Irèles, 



Les fleurs nouvelles 
Qu'on voit aux chanjps. 
Dansez, chantez, etc. 

A vous la mousse, 
La brise douce, 
L'herbe qui pousse, 
A vous l'azur ; 
Avons, fillettes. 
Les chansonnettes. 
Les pâquerettes, 
A vous l'air pur I 
Dansez, chantez, etc. 

A vous les roses 
Fraîches écloses, 
Que vos doigts roses 
Vont efieufllant. 
Plaisir qu*on cueille. 
Fleur qu'on effeuille 
Vont, feuille à feuille, 
Au gré du vent. 
Dansez^ chantez, etc. 



Fleurs passagères, 
FUles légères, 
Mousses, fougères. 
Herbes, couleurs; 
Brillent, rieuses I 
Capricieuses : 
Filles joyeuses! 
Joyeuses fleurs! 



Dansez, chantez, ô blanches sœurs des anges f 
Le ciel est pur et la terre est en fleur ; 
Dansez, chantez, don nez- vous sans mélanges 
Des mots d'amour, de joie et de bonheur. 



La mofllqae, dt BoigaiflUtr, m tnmn chnM. Co- 
lombitr, éditoar, 6, rue ViTienae. 






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LES MARRONNIERS. 

Ain di Kmengo. 

: Toilà doDC eiilé de la ville, 

' Toilà donc au hameau de retour; 

■ courliMns la coborle servjlc 

t Tiendra pas m'alleindre en ce sf'joar. 

brei chérii, berceau de mon enfance, 

moini discrets de mes premiers amours, 

ntre les grands servei-moi de défense, 

I, onibragei-moi toujours. 



•tt-ce pat là que la gentille Adèle, 
tce i mes soins, brûlante de désin, 
m'accordanl ce que j'eiigeais d'elle, 
i rider la coupe de plaisirsT 
util, bilat l pendant ilngt ans d'absence, 
n'ai trouvé cbei les belle* des cours 
Dl de candeur, d'amour et d'Innocence I 
!Ui marronniers, ombraget-oioi toujoun. 
30 



I N'esl-ce pas lA qu'à la toIi de Lulëce. 
I Lorsque la France a réclamé nos bras, 
I On vit un jour notre ardente jeunesse 
^saisir un glaive et voler aui combats T 
Sous ce feuillage, où naquit la victoire, 
' Résonne encore le fracas des tambours: 
I Et je retrouve ici vingt ans de gloire: 
Vieux marronnier», ombragez-moi toujoun. 

N'est-ce pas là quo le vainqueur du monde, 
Quelques instants éloigné des drapeaux. 
Mettant un frein i son ardeur profonde. 
Crut, mais trop lard, savourer le reposi 
Premier acteur de ce sublime drame, 
Dont le destin si tOt borna le cours. 
Tout en ce lieu le rappelle A mon Ime: 
Vieux marroDDiers, oînbrages-moi toujoaif. 

La mort survient : u folate barrière 
Endort les mani et fait trêve au dMr: 
Heureux alun qui pendant ta carrièn 



\u 



CHANSONS POPDLAIUS. 



S'est aveuglé des éclairs du plaisir. 
J'ai bien vécu; lorsqu'il faudra descendre 
Dans cette asile ou Ton pèse nos jours. 
Je vous confie et ma gloire et ma eeadre: 
\icux marronniers, ombrageiHBioi toiijoiir&. 



ifimlle 



LA FÊTE DES BONNES GENS. 

1782. 

L'amitié vive et pure 
Donne ici des plaisirs Trais. 

C'est la simple nature 
Qui pour nous en fait les frais. 
Gaîté franche, amour honnôle. 
Ramènent le bon vieux temps. 
Chez nous c'est cncor la fêle, 
La fête des bonnes gens. 

Chez nous le mariage 
N'est que l'accord de deux cœurs. 

D'un si doux esclavage 
Les nœuds sont tissus de fleurs. 
Du bonheur on est au faîle, 
Sitôt qu'on a des enfants. 
En famille on fait la f<îlc, 
La fôte des bonnes gens. 

La bergère sévère 
Prend gaîment le verre en main ; 

L'amour au fond du verre 
Se glisse et passe en son sein. 
Pour l'amant, quelle conquête I 
Tous deux en sont plus charmants. 
L'amour embellit la fête, 
La fête des bonnes gens. 

Par de grands airs tragiques 
A la ville on attendrit. 

Par des concerts rustiques 
Au village on réjouit. 
Sans TOUS fatiguer la tête 
Par des accords trop sayants, 



Tenei tous rire à la f6te^ 
La fdie des bonnes gens. 



Gelte j«lie cfatam était le Tanderilk tasd de 
ropén de Coiôwlto à iacottr, qui fut jouépear la 
pranière Ims à rAcadtaie royale de ramùqam^ le 
l*jaBTier i7Si. L'air ert une de eea co ip oa i tioni 
teBcbesetnaivescomaMCBfainttCfélry, quiy«et- 
tût t<Mg<Mirs de la aéliQdie et 4i cknÉ. Le grand 
<^éra ne croyait |>as dérager «hue tm donnant des 
pièeet gracicoact et anrasantes, dont tout le monde 
retenait lea airs, comme on ayait retenu ceux du Devin 
devillagtf de Bousseau. Aujourd'hui l'on appelle cela 
perruqmë «t roooco, et l'on ne doit pas oublier, à la 
honte du siècle, qu'il y a quelques années, à une repré- 
sentation du Devin de village, un impertinent Jeta une 
perruque sur le théâtre. Il n'en est pas moins vrai que 
les dernières reprises des charmants opéras de Grétry 
et de Monrigny, à l'Opéra-Comique^ ont prouvé que 
le gracienx et le naturel devaient toujours réussir. 

La nrasiqQe, de Grétry, se trouve notée au X. 315 
de la Clé du Careau. 



LA PHILOSOPHIE. 



On parle de philosophie ; 
On ne sait pas la dt^finir; 
Mais la seule digne d*envie, 
La mienne, enfln, c'est le plaisir. 
Sourire à l'aimable folie, 
Pour mieiix jouir, ôlre inconstant : 
C'eslainsiqu'ondescendgalment \ 
Le fleuve de la vie. j 

Les anciens sages de la Grèce 
N'étaient pas sages tous les jours ; 
On a vu souvent leur sagesse 
Échouer auprès des amours. 
Sourire à l'aimable folie, etc. 

Pour composer son édifice 
L'abeille se nourrit de fleurs; 
Suivons son exemple propice : 



bis. 



CBANSONS ÉPICURIENNES. 



âaebonB etSeurer Ions les cœun. 
Sourire à l'aimable folie, 
Pour mieux jouir Ëlre iaconatant : 
C'est ainsi qu'on descend galment | , . 

- - - n"" 



Le fleare de la vie. 



M 



LE ROI DES PLAISIRS. 

1788. 

SouB des lambris où l'or éclate, 
Fouler ta pourpre et l'écarlale, 
Sur un IrAne, dicter des lois, 

C'est le plaisir des rois I 
Sur la fougère et sur l'herbelte. 
Lire dans les yeux de Liseile 
Qu'elle est sensible à nos loupin, 

C'est le roi des plaisirs. (bis.) 

Quelque part que l'on se transporte, 

ftlre cnlouri d'une cohorte, 

Voir des rurr^MX ju-iim-- aux loits, 

C'est le plaisir des rois. 
Ùuanù on vojage avec Sjivie, 
N'avoir pour loule compagnie 
Que les amours et les zépbirs. 

C'est le roi des plaisirs. {bû.) 

Posséder des trésors immenses, 
Brilk-r pai' de rirhus dr[n'iisi'9, 
Commander cl donner dus lois. 

C'est le plaisir ttcsrnis. 
Toucher l'ubjpi qui sait nous plaire ; 
Par un retour tendra et siucère. 
Le voir sensible ï nosdéûrs. 

C'est le roi des plaisirs. [bu.) 

Agir et commandes en maître. 

Avec la poudre et le salpêtre, 

Furtemeut appujer ses droits, 

C'est le pUiur <!« rois. 



Quand le tendre en fbnt nous cconuine. 
Tenir du cœur ce qu'on nous donne. 
Ne rien devoir qu'tnx doux soupira. 
C'est le roi des plaiurs. (bit.) 

Des plus beaux bijoux de l'Asie 
Parer une heaulé ebérie, 
Eu<^iiargt'r sn l^li' et ses doigts. 

C'est le plaisir des rois. 
Voir une petite fleurette 
Toucher plus le cœur de Nanelle 
Que perles, rubans et saphirs, 

C'est le roi des plaisirs. [bit.) 

Quand on est heureui à la guerre. 
En informer toute la terre, 
Publier iriiii, Ml si'S'tMpli.iis, 

C'est le plaisir des rois. 
Lorsque l'amour nons récompense. 
Goûter dans l'ombre et le silence 
Le fruit de nos tendres soupirs. 

C'est le roi des plaisirs. (bis.) 

Avec une meule bruyante, 
Remplir les forêts d'épouvante. 
Réduire des cerfs aux alwis, 

C'est le plaisir des rois. 
Avec une troupe choisie, 
Chaswr à grands coups d'ambroisie 
La douleur et les vains soupirs, 

C'est le roi des plaisirs. {bii.) 

Donner dans une grande l%le 
Des concerts à rompre la tête. 
Où l'on entend musir cint voii. 

C'est le plaisir des rois. 
Dans un petit repas tranquille 
Par quelque gentil vaudeville, 
Du cœur exprimer les désirs, 

C'est le roi des plaisirs. [bit.) 

A des llattenrs, dont la souplene 

S'avilit J jsqii'ù U busesie, 
Donner buuverjiles beaux emplois, 

C'est le yLW\r det rois. 
Verre en nuia prit de ce qn'ou aime 



196 



CHANSONS POPULAIRES. 



Railler ceux qu'une ardeur extrême 
De l'ambition rend martyrs, 
C'est le roi des plaisirs. [bis.) 

Panard. 

Panard, Charles-François, que quelques biogra- 
phes nomment Pannard^ était né à Courville, près 
Chartres, en 1G91, 11 mourut, à Taris, le 13 juillet 
1765, d'une attaque d'apoplexie. Ce chansonnier 
peut, ajuste titro, passer pour le père du genre ac- 
tuel ; seschansons, dont le nombre est considérable, 
ont été publiées par les soins d'un de ses élèves, 
Armand Gouffé, et réunies en trois volumes in-18, 
eu 1803. 

La musique , de Mourct, se trouve notée au 
N. 543 de la Clé du Caveau. 



LA PIPE DE TABAC. 



LE VIN, LES FEMMES ET LE TABAC. 



Quand j'ai ma pipe bien aimce, 

Mon seul trésor, mes seuls amours, 

Lorsque s'exhale sa fumée, 

Je vois renaître mes beaux jours. 

Lorsqu'un nuage me contourne, 

Ah I je suis plus heureux qu'un roi I (bis.) 

Combats, victoir's, tout cela tourne, 

Tout cela tourne autour de moi. [ter.) 

— Moi je dis : Vive une maîtresse ! 
Il m'en faut, j'en veux à foison; 
Gaîment je change de tendresse 
Quand je change de garnison. 
Dans chaque endroit où je séjourne. 
Fille ou veuve cède à ma loi ; [bis.) 
Oui, chaque tête tourne, tourne, 
Chaque tète tourne pour moi. [ter.) 

— Moi, le vin seul me met en veine, 
Lorsque j'en bois avec ardeur, 

P'til à p'tit j' deviens capitaine, 

J' suis général, puis empereur. 

Près de moi le plaisir séjourne, 

Dans le paradis je me croi, [bis.) 

Lorsque tout tourne, tourne, tourne, 

Lorsque tout tourne autour de moi. [ter,) 

€li. Paal de Kock et C^SMlard frères. 



Contre les chagrins de la vie, 

On crie et ab hoc^ et ab hoc ; 

Moi, je me crois digne d'envie 

Quand j'ai ma pipe et mon tabac, [bis.] 

Aujourd'hui, changeant de folie. 

Et de boussole et d'almanacb, 

Je préfère fille jolie 

Môme à la pipe de tabac. [bis. 

Le soldat bâille sous la tente, 

Le matelot sur le tillac ; 

Bientôt ils ont l'âme contente 

Avec la pipe de tabac. [bis.] 

Si pourtant survient une belle, 

A l'instant le cœur fait tic-tac. 

Et l'amant oublie auprès d'elle 

Jusqu'à la pipe de tabac. [bis,) 

Je tiens celte maxime utile 

De ce fameux monsieur de Crac ; 

En campagne comme à la ville, 

Fêtons l'amour et le tabac. [bis,) 

Quand ce grand homme allait en guerre, 

11 portait dans son petit sac 

Le doux portrait de sa bergère 

Avec la pipe de tabac. v*^*.) 

PIsaul t- Lebrva . 

La musique, de Gaveaux, se trouve notée au 
N. 108 de la Clé du Caveau. 

LA PAILLE. 



Sur tout on a fait des chansons : 
On a chanté le vin, les belles, 
L'eau, le feu, les fleurs, les moissons. 
Les brebis et les tourterelles ; 
Un auteur dont je suis bien loin 
Fît des vers sur l'huître à Pécaille, 
Un autre en a fait sur le foin, 
Je vais m*éleodre sur la paille. 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



197 



La paille couTre Thumble toit, 
Du laboureur modeste asile ; 
Un lit de paille aussi reçoit 
Son corps fatigué mais tranquille ; 
Le riche, au sein de ses palais, 
Sur le duvet s*ennuie et bâille. 
Peines, tourments sont sous le dais, 
Quand le bonheur est sur la paille. 

La paille, tressée en réseaux, 
Du soleil garantit nos belles ; 
Grâce à ces immenses chapeaux, 
Elles n'ont plus besoin d'ombrelles; 
Mais ils voilent trop leurs appas, 
Et Zéphir leur livre bataille. 
Il a raison : on ne doit pas 
Cacher les roses sous la paille, 

Jadis, respectant ses serments, 
L'amant, ûdèle à sa maîtresse. 
Pour elle encore, après trente ans. 
Brûlait d'une égale tendresse ; 
Hélas! on n*aime plus qu'un jour! 
De la constance l'on se raillée ; 
Et maintenant les feux d'amour 
Ne sont plus que des feux de paille. 

Mais je n'aurais jamais fini 
Si, dans l'ardeur qui me travaille. 
J'entreprenais de dire ici 
Tout ce qui se fait sur la paille. 
Ami lecteur, je meurs d'effroi 
Que ta rigueur ne me chamaille; 
Sois indulgent, car avec toi 
Je ne veux pas rompre la paille, 

Smm^wh 0cr¥lér«i. 

La masique, de Deurgnt, m tioave notée as 
N. 691 de la Qé du CaTean. 



LES RARETÉS. 



1719. 



Os dit qu'il arrive ici 
Une compagnie 



Meilleure que celle-ci 

Et bien mieux choisie* 
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-t'en voir s'ils viennent. 

Un abbé qui n'aime rien 

Que le séminaire. 
Qui donne aux pauvres son bien, 

Et dit son bréviaire. 
Va- t'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-t'en voir s'ils viennent 

Un magistrat curieux 

De jurisprudence, 
Et qui, devant deux beaux yeux. 

Tient bien la balance. 
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-t'en voir s'ils viennent. 

Une fille de quinze ans, 

D'Agnès la pareille. 
Qui pense que les enfants 

Se font par l'oreille. 
Va-t'en voir s'ils viennpnt, Jean, 
Va-t'en voir s'ils viennent. 

Une femme et son époux, 

Couple bien fidèle; 
Elle le préfère à tous. 

Et lui n'aime qu'elle. 
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-t'en voir s'ils viennent. 

Un chanoine dégoûté 

Du bon jus d'octobre , 
Un auteur sans vanité ; 

Un musicien sobre. 
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-t'en voir s'ils viennent. 

Un Breton qui ne l>oit point; 

Uo Gascon tout bête; 
Un Normand franc de tout point ; 

Un Picard sans tète. 
Va-t'en voir s'ils yiennent, Jean, 
Va-t'en voir s'ils vienoent 



!98 



CHANSONS POPULAIRES. 



Une femme que le temps 

A presque flétrie, 
Qui voit des appas naissants 

Sans aucune envie. 
Va-t'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-l*en voir s'ils viennent. 

Une belle qui cherchant, 

Compagne fidèle, 
La choisit en la sachant 
Plus aimahie qu'elle. 
Va-l'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va- l'en voir s'ils viennent 

Un savant prédicateur 
Comme Bourdaloue, 
Qui veut toucher le pécheur 

Et craint qu'on le loue. 
Va-l'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-l'en voir s'ils viennent. 

Une nonne de Longchamps, 

Belle comme Astrée, 
Qui brûle, en courant les champs. 

D'être recloîtrée. 
Va-l'en voir s'ils viennent, Jean, 

Va-l'en voir s'ils viennent. 

Un médecin sans grands mots, 

D'un savoir extrême. 
Qui n'ordonne point les eaux 

El guérit lui-môme. 
Va-l'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-l'en voir s'ils viennent. 

Et, pour bénédiction. 

Nous aurons un moine 
Fort dans la tentation. 

Comme saint Antoine. 
Va-l'en voir s'ils viennent, Jean, 
Va-t'en voir s'ils viennent. 

De lA HoUe-Hoiidari. 

A^r ancien, noté aa N. 613 de la Clé du CaTeau. 



LE FLANEUB. 

1814. 
Air de la Légère (contredanse). 

Moi, je flâne, {bis.) 

Qu'on m'approuve ou me condamne t 
Moi, je flâne, {bis.) 

Je vois tout, 
Je suis partout. 

Dès sept heures du matin. 
Je demande à la laitière 
Des nouvelles de Nanterre 
Ou bien du marché voisin ; 
Ensuite au café je flûte 
Un verre d'eau pectoral ; 
Puis, tout en mangeant ma flûte,. 
Je dévore le journal. 
Moi, je flâne, etc. 

J'ai des soins très assidus 
Pour les Petites Affiches; 
J'y cherche les chiens caniches 
Que l'on peut avoir perdus. 
Des gazelles qu'on renomme 
Je suis le premier lecteur ; 
Après je fais un bon somme 
Sur l'éternel Moniteur. 
Moi, je flâne, etc. 

Pressant ma digestion, 
Je cours à la promenade ; 
Sans moi, jamais de parade. 
Jamais de procession. 
Joignant aux mœurs les plus sages 
La gaîlé, les sentiments, 
Je m'invite aux mariages. 
Je suis les enterrements. 
Moi, je flâne, etc. 

J'inspecte le quai nouveau 
Qu'on a bâti sur la Seine ; 
J'aime à voir d'ube fontaine 
Tranquillement couler l'eau. 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



m 



Je fais la paix oa la goerre 
Avec quelque vieux nigaud, 
Qui sable un cruchon de bière 
En raisonnant comme nn pot. 
Moi, je flâne, etc. 

Enfin soyez avertis 

Que je ne vais au spectacle 

Que quand, par nn grand miracle, 

Les Français donnent gratis. 

Sans maîtresse et sans envie, 

Buvant de Teau pour soutien. 

Ainsi je mène la vie 

D'un joyeux épicurien. 

Moi, je flâne; (6tJ.) 

Qu'on m'approuve ou me condamne I 
Moi, je flâne, [bis.) 

Je vois tout. 
Je suis partout. 



Air de contredanie, noté an N. 601 de la Qé dn 
Cavean. 



LES GRANDES VÉRITÉS. 



1796. 



ki%iJtmiiâipi$ la 



Oh I le bon siècle, mes frères, 
Que le siècle où nous vivons I 
On ne craint plus les carrières 
Pour quelques opinions. 
Plus libre que Philoxène, 
Je déchire le rideau; 
Coulez, mes vers, de ma veine. 
Peuple, voici do nonvean. 

La chandelle noua éclaire, 
Le grand froid nous engourdit, 
L*eau fraîche nous désaltère. 
On dort bien dans un bon lU; 



On fait vendange en septembre, 
En juin viennent les chaleurs; 
Et quand je suis dans ma chambre. 
Je ne suis jamais ailleurs. 

Rien n'est plus froid que la glace* 
Pour saler il faut dii sel. 
Tout fuit, tout s'use et tout passe. 
Dieu lui seul est éternel. 
Le Danube n'est pas l'Oise ; 
Le soir n'est pas le malin, 
Et le chemin de Pon toise 
N'est pas celui de Pantin. 

Le plus sot n'est qu'une bête. 
Le plus sage est le moins fou : 
Les pieds sont loin de la tête. 
La tête est bien près du cou. 
Quand on boit trop on s'enivre r 
La sauce fait le poisson ; 
Un pain d'une demi-livre 
Pèse plus d'un quarteron. 

Romulus a fondé Rome, 
On se mouille quand il pleut. 
Caton fut un honnête homme. 
Ne s'enrichit pas qui veut. 
On n'aime pas la moutarde 
Que l'on sert après dîné. 
Parlez-moi d'une camarde 
Pour avoir un petit nez. 

Quand un malade a la fièvre 
11 ne se porte pas bien. 
Qui veut courir plus d'un lièvre, 
A coup sûr, n'attrape rien. 
Soufflez sur votre potage. 
Bientôt il refroidira; 
Enfermez votre fromage. 
Ou le chat le mangera. 

Les chemises ont des manches» 
Tout coquin n'est pas pendn» 
Tout le monde court aux 
Lorsque l'arbre 



soo 



CHANSONS POPULAIRES 



Qui croit tout est trop crédule. 
En mesure il faut danser. 
Une écrevisse recule 
Toujours au lieu d'avancer. 

Point de mets que l'on ne mange, 
Mais il faut du pain avec, 
Et des perdrix sans orange 
Valent mieux qu'un hareng sec. 
Une tonne de vinaigre 
Ne prend pas un moucheron ; 
A vouloir blanchir un nègre 
Un barbier perd son savon. 

On ne se fait pas la barbe 
Avec un manche à balai ; 
Plantez-moi de la rhubarbe, 
Vous n'aurez pas de navet. 
C'était le cheval de Troie 
Qui ne buvait pas de vin ; 
Et les ânes qu'on emploie 
Ne sont pas tous au moulin. 

J'ai vu des cailloux de pierre, 
Des arbres dans les forêts, 
Des poissons dans la rivière. 
Des grenouilles aux marais. 
J'ai vu le lièvre imbécile 
Craignant le vent qui soufflait, 
Et la girouette mobile 
Tournant au vent qui tournait. 

Le bon sens vaut tous les livres; 
La sagesse est un trésor; 
Trente francs font trente livres ; 
Du papier n'est pas de l'or. 
Par maint babillard qui beugle 
Le sourd n'est pas étourdi ; 
Il n'est rien tel qu'un aveugle 
Pour n'y voir goutte à midi. 

Ife nous faites pas un crime 
De ces couplets sans façon ; 
On j trouve de la rime 
Au défiiut de la raîBon. 



Dans ce siècle de lumières, 
De talents et de vertus. 
Heureux qui ne parle guères. 
Et qui n'en pense pas plus. 

Armand CbarleHuifl^ei 

Air ancien, noté au N. 50 de la Clé du Caveaa. 



L'ABDICATION DU ROI RENÉ, 

1826. 
Air eu Calife de Bagdad. 

Sujets qui pleurez mon empire. 
Désormais soyez mes égaux ; 
Contre un flacon, contre une lyre, 
J'ai troqué les hochets royaux. 
Avant de brûler ma bannière, 
Sachez ma volonté dernière : 

Enfants, buvez à la santé 

De ma défunte royauté I 

Esclave de votre navire. 
Au timon j'étais chevillé • 
En voyant un vassal sourire. 
L'esclave-roi s'est réveillé. 
De ma grandeur je vous délivre ; 
Je végétais... et je veux vivre... 

Enfants, buvez à la santé 

De ma défunte royauté I 

Quand sur vos toits exempts d'alarmes 
Le sommeil répand ses pavots, 
Le qui vive ! et le bruit des armes 
Des palais chassent le repos. 
Morphée, en visitant le chaume, 
Sur mes yeux versera son baume... 

Enfants, buvez à la santé 

De ma défunte royauté I 

Gomment choisir, au rang suprême. 
L'or pur ou l'or de bas aloi ?... 
Peut-on savoir si ceux qu'on aime 
Chérissent l'honmie ou bien le roi t... 




Je fnli les véDalei carenea 

Des courtUaiu et des mallreiwi... 

Enfants, buTet à la saolé 

De nu défunte rojautél 

Aca gala de déchéance, 
Feu Ja taire et preux chenlier, 
De votre serment d'allégeaDce 
Galoieul je tcui tous délier. 
HiMAHT, ton roi Terse rasade: 
Viens donc lui doDnerl'accoUdel 

Enfants, buvei i la santé 

De ma défunte royauté I 

Ménestrels A la roix sonore. 
Notre luth est prêt... couimençoiu. 
Pour requin», jusqu't l'aurore, 
Chantons ballades et tensooa; 
Sur cette nappe, au choc du Terre, 
Dressons mon acte mortuaire.» 

Enfants, bureiA la santé 

Dema défunte rojautél 

Pour les fronts que l'ennui sillonne. 
Gardes le chêne et le laurier; 
Tresses ma nouvelle couronne 
D'œillet, de roses et d'oliTJer. 
Peuple, je t'accorde amaistie. 
Tu peui aimer ms djnaslie... 

Enfants, buvei k la santé 

De ma aéfunte royauté I 

CocsiNs, mes ci-devant coafrirei, 
Qui nides le roial Ucou, 
Ne oUmei pas mes gofits vulgaires. 
Bien moins que vous tous Je suis fou : 
J'écfaappe au poignard qui voua guette, 
Aux longs saints de l'étiquette. 

Enfanta, buvei à la santé 

De ma défunte royauté 1 

Adieu, pourpre t adieu, dltdèmel 
Dont j'étais caparsçonndl 



Je Tiens d'effacer te saiol'Chrémê; 

Trop longtemps, hélas I j'ai trOné. 

Adieu, ma royale bicoque I 

Aux vents Je jette ma défroque- 
Enfants, buvei ft la santé 
De ma défunte royautél 



■.•■ta «eaiMni. 



cbtl L. TMUoI, Mllnr, : 



CIIANTONS L'AMOUR ET LE PLAISIR 

Pour obtenir celle qu'il aime. 
L'un éblouit par la grandeur: 
A se Toir aimer pour lui-même, 
Un autre met tout son bonheur. 
Hes chers amis, dans cette vie, 
Chacun a son goQt, sa folie ; 
La meilleure est de bien iouir. 
Chantons l'amour et le plaisir. 

L'un dans les hasards de la guerre 
Trouve le bonheur de ses jours. 
L'autre, sous le loit solitaire 
Du tendre ohjct de ses amoun. 
Mes cbers amis, dans cette vie 
Chacun asongoOl, sa folie; 
La meilleure est de bien jouir. 
Chantons l'amour et le plaisir. 



N. 10» d* Il eu di 



MA VIE ÉPICURIENNE. 

Ad i4 eAoMt di lofén la ad M I* Wti^w. 

Le jour. 
Chantant l'amour. 
Et souvent le faiiuit sant bratt 
La Bail; 

31 



101 



GHANSOMS lOPULâlRfiS 



Des yeux 
Ou noirs ou bleus 
Je fus toujours égalei 
Amant. 
Content, 
Et bien pourta*!. 
Lorsque ma bourse est am aboii^ 
Je bois , 
J'espère que c'est bien, 

Heim? 
Agir en épicurien. 

Je fuis, 
Tant que je puis, 
Des sots, des méchants les travers 
Divers; 
Je plains 
Les gens endins 
A croire que sur terre rien 
N'est bien ; 
Par goût 
Content de tout, 
Le monde, ma foi, tel qu'il est. 
Me platt. 
l'espère que c'est bien, 

Heim? 
Penser en épicurien. 

Combien 
De gens de bien 
Par rintrigue ont eu des wiskis 
Acquis ! 
Leur nom 
Est en renom ; 
Mais en secret ils sont haïs, 
Trahis, 
Joyeux, 
Moi, j'aime mieux 
Presser le bras de l'amitié, 
Apiél 
J'espère que c'est bien, 

Heim? 
Sentir en épicurien. 

Quand par 
Un grand hasard 
Je sens» hélas! mon appétit 
Petit. 



En vain 
Mon médecin, 
fae jene puis sans danger 
MangN", 
JanMÔB, 
Lœ dis-je, na mets 
ITa JBL|Mis enoore ma dent 
Boudant.. 
yftfète que c'est bien, 

Heim? 
Parler en épicurien. 

Un sot. 
Au moindre mot, 
Souvent nous envoie un cartel 
Mortel ; 
Mais fi 
D'un tel défi. 
Moi, j'ai pour toute arme un foret 
Tout prêt... 
Ma main 
Perce, et soudain 
Nous nageons dans les flots d'un vin 
Divin... 
J'espère que c'est bien, 

Heim? 
Se battre en épicurien. 

Loyal, 
Toujours égal. 
Je ne fus jamais à demi 
Ami. 
A qui 
M'aime aujourd hui 
Puis-je être utile, à son secours 
Je cours ; 
Mon bien 
Devient le sien , 
Je veux enfin qu'on soit chez moi 
Chez soi... 
J'espère que c'est bien, 

Heim? 
Aimer en épicurien. 

On voit. 
Sous rhumble toit 
Oii voulut me placer le sort. 
D'abord 



CHANSON» ÉPICURIENNES. 



ÎOS 



Un cfaieD, 
Mon seul gardien, 
Une table, on banc, pob «prèty 
Tout près, 
Un lit 
Simple et petit, 
Qui peut, an besoin, faire deox 
Heureux. 
J'espère que c'est bien, 

Heim? 
Loger en épicnrien. 

Aucun 
Trouble importun 
N'altère de mes beureux jours 
Le cours. 
Tout voir 
Sans m'émouvoir 
Fut toujours la suprdme loi 
Pour moi. 
J'attends 
La faux du Temps; 
Mais je ne l'attends, morbleu ! qu'en 
Trinquant. 
J'espère que c'est bien, 

Heim ? 
Vieillir en épicurien. 

£n(in 
Jusqu'à ma tiu, 
Aimant, Hant, buvant, sautant, 
Cbantant, 
Je veux 
Voir mes cheveux 
Ei de pampre et de myrte verts 
Couverts. 
Je veux 
Que mes neveux 
Disent : « U ne recula pas 
D'un pas... » 
J'espère que c'est bien, 

Heim? 
Mourir en épicurien. 

Ld musi(iu«, <U Moodtaj,M trouva mtJH an 
K. t7*.< dv b Clé da C«Teau 



RONDEAU D'UNE FOLIE. 

On ne saurait trop embellir 
Le court espace de la vie ; 
Pour mol, je veux la parcourir 
Avec l'Amour alli Folie. 

Du temps rapide qui s'enfuit 
Rien n'échappe à la faux cruelle, 
Souvent il la frappe et détruit 
Jusqu'à la fleur la plus nouvelle. 
On ne saurait trop embellir, etc. 

Empressons-Dous donc de jouir 
Du charme heureux de la jeunesse , 
Et ménageons un souvenir 
Qui vienne égayer la vieillesse. 

On ne saurait trop embellir 
Le court espace de la vie ; 
Pour moi, je veux la parcourir 
Avec l'Amour et la Folie. 



La musique, deMéhal, se trouve notée au N 1676 
de laClé du Careau 



PHILOSOPHIE ÉPICURIENNE 

Air : VaudevUU dês kaàUanta dêê Lamlm. 

Pon, pon, pon, pon, pou, pon, pon, 
Je passerais galment ma vie 
Dans la cabane d'un Lapon* 
Pon, etc. 

Près du Pomard de la folie. 
De vrais amis de maint chapon» 
Pon, etc. 

Rempli d'une mousse légère 
Où se cache le Diea ln|M>B, 
Pon, etc. 



204 



CHANSONS -POPULAIRES. 



J'aime autant mon vase de terre 
Que les beaux vases du Japon, 
Pon, etc. 

Glou, glou, glou, glou, glou, glou, glou, 
Heraclite sur nos misères 
Pleurait, dit-on, comme un hibou. 
Glou, etc. 

Démocrite, au nez de ses frères, 
A son tour riait comme un fou, 
Glou, etc. 

Aristote veut nous conduire 
Et nous mène je ne sais où, 
Glou, etc. 

Ces trois messieurs dans leur délire. 
N'ont fait que se casser le cou, 
Glou, etc. 

A l'homme il suffirait de dire : 
Pour être heureux, bois comme un trou. 
Glou, etc. 

Tin, tin, tin, lin, tin, lin, tin, 
J'ai beaucoup de respect, sans doute. 
Pour celui qui dès le matin. 
Tin, etc. 

Sur un bouquin, sans y voir goutte. 
Pâlit comme un ignorantin. 
Tin, etc. 

Mais, pour moi qui ne sais pas lire 
Dans le grand livre du destin, 
Tin, etc. 

J*aime mieux la jeune Thémire 
Qu'un vieil auteur grec ou latin, 
Tin, etc. 

Et jamais je ne sus écrire 
Qu'amour, plaisur, bon vin, festin, 
Tio, tio. 



Zon, zon,zon, zon, zon, zon, zon, 
Pour embellir notre existence, 
A quoi nous sert notre raison ? 
Zon, etc. 

« 

Du vrai bonheur de l'inconstance 
Elle nous cache l'horizon, 
Zon, etc. 

Car je veux faire à chaque belle, 
Jusqu'à ma dernière saison... 
Zon, etc. 

Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan, 
Jadis sous l'ombrage des hêtres. 
J'embouchais la flûte de Pan, 
Pan, etc. 

Et de mes sottises champêtres, 
J'étais alors fier comme un paon. 
Pan, etc. 

Pour une muse moins sévère, 

Sur l'Hélicon je vais grimpant. 

Pan, etc. 

Du bruit du refrain et du verre, 
Je viens vous briser le^ tympan, 
Pan, etc. 

Et si ma chanson sait vous plaire, 
Prouvez-le-moi tous en frappant : 
Pan, pan, pan, pan, pan, pan, pan. 

Feu J.-A.-M. MoBpellIer. 

La musique, de Tourterelle, se ti ouTe notée a 
N. 1132 de la Clé du Caveau. 



LE MÉNAGE DE GARÇOr 



1S09. 



Je loge au quatrième étage, 
C'est là que finit l'escalier ; 
Je suis ma femme de ménage. 
Mon domestique et mon portier. 



/ y. . . y _ . 



*®* CHANSÛliS-;PXiWJiXJaES. 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



«OS 



Des créanciers quand la cohorte 

Au logis sonne à tour de bras, 

C*est toujours, en ouvrant ma porte, I it^^x 

Moi qui dis <}ue je n*y suis pas. f 

De tous mes meubles l'inventaire 
Tiendrait un carré de papier ; 
Pourtant je reçois d'ordinaire 
Des visites dans mon grenier. 
Je mets les gens fort à leur aise : 
A la porte un bavard maudit. 
Tous mes amis sur une chaise, 
Et ma maîtresse sur mon lit. 

Vers ma demeure quand tu marches. 
Jeune beauté, va doucement; 
Crois-moi, quatre-vingt-dix-huit marches 
Ne se montent pas lestement. 
Lorsque Ton arrive à mon gîte, 
On se sent un certain émoi; 
Jamais sans que son cœur palpite, 
Une femme n'entre chez moi. 

Gourmands, vous voulez, j'imagine, 
De moi pour faire certain cas. 
Avoir rélat de ma cuisine. 
Sachez que je fais trois repas : 
Le déjeuner m'est très facile, 
De tous côtés je le reçoi . 
Je ne dfne jamais qu'en ville, 
Et ne soupe jamais chez moi. 

Je suis riche et j'ai pour campagne 
Tous les environs de Paris ; 
J'ai mille châteaux en Espagne ; 
J'ai pour fermiers tous mes amis. 
J'ai, pour faire le petit-maltre. 
Sur la place un cabriolet ; 
J'ai mon jardin sur ma fenêtre. 
Et mes rentes dans mon gileL 

Je vois plus d'un millionnaire 
Sur moi s'égayer aujourd'hui : 
Dans ma richesse imaginaire, 
Je suis aussi riche que lui. 
Je ne vis qu'au jour la journée. 
Lui, vante ses deniers comptants . 
Et puis à la un de l'année, 
Nous arrivons en même temps. 



Un grand homme a dit dans son livre 
Que tout est bien, il m'en souvient. 
Tranquillement laissons-nous vivre, 
Et prenons le temps comme il vient. 
Si, pour recréer ce bas monde. 
Dieu nous consultait aujourd'hui, 
Convenons-en tous à la ronde, i.,. . 
Nous ne ferions pas mieux que lui. y *' 

J«»epli Pain. 

La mailque , de Booffet, te trouTe notée aa 
N. 964 de la Qé du CaTean 



MA PHILOSOPHIE. 

1807. 
Air t F<mmi$$ts un cornai om ruitteoM, 

Pour jamais l'an vient de s'écouler, 
Amis, c*est un mal sans remède. 

Et bien loin de nous en désoler, 
Ne songeons qu'à Tan qui succède ; 
Oui, livrons-nous, pour rajeunir. 
Aux transports d'une gatté folle ; 

Et, ne pouvant fixer le temps qui vole. 
Tâchons de fixer le plaisir. 

Si Tobjet dont nous sommes épris 

Devait toujours rester le même, 
A nos yeux il perdrait de son prix 

Tout vieillit, c'est la loi suprême ; 

Et lorsque l'an, vers son déclin. 

Loin de moi fuit à tire d'aile. 
Je vois bien moins ce qu'il ôte à ma belle 

Que ce qu'il ajoute à mon vin. 

Moquons- nous de la fuite du temps. 

Et n'en regrettons que la perte; 
Que toujours de vingt mets diflSrents 

Notre table reste couverte. . 

Et chantons à tous nos repas : 

« L'appétit natt de la folie ; 
Or, les seuls jours perdus dans cette vie 

Sont les jours où Ton ne rit pas. » 



f06 



CHANSONS POPULAIRES. 



Aimons bieu» bavons bien, mangeons bien, 

Jusqu'à la fin de notre route ; 
Et surtout, amis, ne gardons rien 

Pour un lendemain dont on doute. 

Alors l'avare naatoni». 

Aux enfers prêt à descendre, 
Prévoyant bien qu'il n'aurait rien à prendre. 

Finira par nous oublier. 

Dénaagler*. 

La musique, de Monsigny, se trouve notée au 
N SUdelaCléduCaTean. 



LA RECONNAISSANCE. 



Vous qui de prêcher la raison 
Avez contracté l'habitude, 
Parmi les vices du bon ton 
Vous oubliez ringratitude. 
Combien de gens n'a-t-on pas vus, 
Aux jours nébuleux de la France, 
Dénigrer toutes les vertus 
Et surtout la reconnaissance. 

Dans ce beau siècle où l'on a mis 
Les mots à la place des choses, 
Où d'infaillibles beaux esprits 
Prennent les effets pour les causes, 
On parle tant d'humanité, 
On vante tant la bienfaisauce... 
Eh! messieurs, ayez la bonté 
D'y joindre la reconnaissance. 

L'ami dont le cœur généreux 
M'a fait partager son aisance, 
Sur mes deslins moins malheureux 
Versa plus d'une jouissance. 
Il double le bien qu'il me fait 
En me tirant de l'indigence : 
Je jouis d'abord du bienfait, 
Et puis de ma reconnaissance. 

CoBsin J.icquMi. 

La musique, de l'auteur des paroles, : e trouve 
notée au N. 646 de la Clé du Caveau. 



LA BAGGHANÀL. 



1849. 

Gais enfants du carnaval 

Que r plaisir entraîne, 
Au nom d' votre souveraine, 

La reîn'Bacchanal; 
Dans les flots de vin vieux. 

Noyons la paresse, 
Viv' la joie et Tivresse, 

Seuls plaisirs des dieux 1 

Que tout r mond' soit en goguette. 
Et que tout Paris répète : 
Crac! 
Bacchanal, Bacebanal, 
C'est le r frain du carnaval, 
Bacchanal, Bacchanal, 
Viv' la Bacchanal! 



Dans r salon, dans l'atelier 

Et dans la boutique. 
On n' fait que d' la politique 
Quel vilain métier! 
Evitons, entre nous. 
Tous ces bavardages; 
Aujourd'hui les plus sages. 
Ce sont les plus fous. 
Que tout r monde, etc. 

La vie est un carnaval 

Où tout est folie ; 
Rien n'est vrai, sinon Torgie, 

L'amour et le bal. 
Pour la rein' Bacchanal, 

Chicards et pierrettes. 
Débardeurs et grisettes, 

Galop infernal I 



Que tout r mond* soit en goguette, 
Et que tout Paris répète : 
Cracl 



GHA1I80NS ÉPlGUaiENIfES. 



m 



Bacchanal, BMeAianal, 
C'est le r*firain da carnaTal, 
Bacchanal, Bacchanal, 
Yiv' la BacchaDal I 



Salvi 



La musique , d'Amédée Artu , te troaw chn 
M. Ileissonnler fils, éditeur, 18, me Daophine. 



MON LIT. 



184f. 

Sait-on pourquoi, pauvre poète» 
J'aime tant ce lit de noyer î 
C'est qu'à lui seui dans ma chambrette, 
Il me tient lieu de mobilier. 
Ma table et ma dernière cbaiae. 
On a pu les prendre à loisir... 
Mais, cher huissier, ne t'en déplaise, 
Défense à toi de le saisir. 

Mon lit, mon lit, 
Mon pauvre lit, 
Mon lit solitaire 
De célibataire, 
Par qui je suis heureux la nuiti {bis.) 

Le vent, à Tentour de ma chambre, 
A beau faire sa grosse voix , 
Sous mes rideaux, même en décembre, 
Je me ris du marchand de bois... 
Oh 1 quand il neige, quand il gôle, 
Quand sur le toit, mon seul plafond, 
J*entends la pluie ou bien la grêle. 
Comme alors tu me semblés bon. 
Mon lit, etc. 

Liu d'une main, je prends un livre; 
L'autre au besoin tient l'éteignoir... 
De vers, de prose, je n'enivre.*. 



Ensuite, je me dis bonsoir. 
Et quand le jour qui vient à luire 
Surprend mon âme qui rêvait, 
A mon réveil, pour me sourire. 
Le soleil dore ton chevet 
Mon lit, etc. 

Durant le jour, je perds courage ; 
Plus de repos, de liberté I 
A chaque pas, je n'envisage 
Qu'une triste réalité... 
Avec toi, de riants mensonges 
Bercent mon cœur émerveillé. 
Et, pour faire suite à mes songes, 
J'ai mes rêves tout éveillé. 
Mon lit, etc 

Si l'amitié plaint mes alarmes. 
Toi, tu me consoles bien mieux... 
Le soir, pour arrêter mes larmes, 
Doucement tu fermes mes yeux. 
Pour la douleur, le meilleur hôte. 
Le seul abri, c'est le soromeiL 
Et si je médite une faute, 
La nuit tu me portes conseiL 
Mon lit, etc. 



Vers un but, vers une espérance. 
Lorsque j'ai couru vainement, 
Je m'endors avec confiance... 
Le bien, dit-on, vient en dormant, 
La fortune, je Timagine, 
Viendra me prendre entre deux draps. 
En attendant mieux, qui dort dîne... 
Et je te dois plus d'un repas. 
Mon lit, etc. 



L'hymen, parfois, est ma chimère 
Oui, mais dans ce troisième ciel, 
La lune rousse, d'ordinaire, 
Succède à la lune de miel. 
Après quelques mois de ménage. 
Rêveur et fronçant le sourcil, 
Plus d'un mari, les jours d'orage. 



... 



108 



CHANSONS POPULAIRES. 



Se dit tout bas : où donc est-il ? 

Mon lit, mon Ut, 

Mon pauvre lit, 

Mon lit solitaire 

De célibataire, 
Par qui j'étais heureux la nuit ! {bis.) 

Frédéric de Coorey. 

La musique, deQapisson, se trouve chez M. Meis- 
sonnier fils, éditeur, rue Dauphine, 18, à Paris. 



LA GAITÉ. 

1836. 
▲i R : Vive le vin de Hamponneau t 

La gaîté 
Suit la pauvreté, 
Vivons dans rindigence; 
Le pauvre en France, 
Naît joyeux. 
Il faut être, pour vivre heureux, 
Gueux. 

Près de son or 
Un mylord 
S'étend, bâille ei s'endort, 
S'ennuyant sur la terre. 
Près d'un flacon 
De mâcon, 
Dans les bras d'un tendron 
Je suis millionnaire. 
La galté, etc. 

Ce parvenu 
Peu connu, 
Mais toujours bien venu 
Chez les grands du royaume. 
Sous des lambris 
En débris 
Cherche en vain les abris 
Qu'il trouvait sous un chaume. 
La galté, etc. 

Rois, empereurs, 
Sénateurs, 



Consuls triomphateurs. 
Quel démon vous entraîne T 
Chefs révérés, 
Préférez 
A ces trônes dorés 
Celui de Diogène. 
La gaîté, etc. 

Ces canapés 
Bien drapés 
Furent souvent trempés 
Et de sang et de larmes. 
Sans nul combat. 
Sans débat, 
Lise, sur mon grabat. 
L'embellit de ses charmes. 
La gailé, etc. 

Des grands atours 
Les amours. 
S'effarouchent toujours. 
Lise moins retenue 
Ne cache pas 
Ses appas, 
Je la presse en mes bras 
Heureuse et toute nue. 
La gaîté, etc. 

Quand la gaîté, 
Lasanté, 
Trouvent la volupté, 
Plus de vaine souifrance; 
Plus de revers, 
De travers. 
J'en atteste mes vers, 
J'en crois mon indigence. 

La gaîté 

Suit la pauvreté : 
Vivons dans l'indigence. 
Le pauvre, en France, 
Naît joyeux. 
11 faut être, pour vivre heureux. 
Gueux. 

Clalrrllle aine* 

Air andtii, noté au N. 1101 de la Clé da CafMUb 




TOUT POUR DEUX. 

Alt s II /iHt quiiifr ce que j'aJort {da Jockey). 
Si Pauline est dans l'iDdigence, 
Uoi, grAce au ciel, j'ai de l'argenl. 
Pour une hoDuSte et douce alnou 
HoD avoir sera sufSeant. 
A la compagoe de sa vie 
On doit oITrir ud sort heureux. 
Ahl quand on prend femme Jolie, 
11 faut avoir du bien pour deiu. 

Loin d'elle je prétends uns cette 
Chasser le chagrin, le souci; 
El si parfois de la tristesse 
Elle éprouve le sombre ennui, 
J'i^gaierai ma douce amie. 
Car moi je suis toujours joyeux. 
Abt quand on prend femme jolie, 
Il faut de la gaJté pour deux. 

Pauline, au printemps de son flge, 
A peine touctte à ses quinie ans. 
Les travaux, les soins du ménage. 
Pour elle seront fatigants. 
Hais J'aiderai ma douce amie : 
Je me sens fort et courageux. 
Alil quand on prend femme jolie, 
Il faut de la santé pour deux, 

MaJcS. 
U nuitqw, da Sali», ta troiiTs wUo u H. 11 



VIVE LA CHANSON. 

I83I. 
Ail : MâttUlon-la, 
Cben amis, doublons les raïadesl 
Nos refrains, dit-on, sont glacés : 
Guis jadis, seiiont-nous malades, 
Ou ne boirions-nous pas assezT 
Qu'avei-vous, Baccbus remédie 
Au mal dont Kointii doit souffrir... 



Enivrons-nous, gens de plaisir! 
De l'ivreEEe naît la saillie. 
Du vin 1 du vin I avec cet éliiir, 
La chanson ne doit pas mourir. 

Pallions nos chants politiques... 
Le cœur libre et l'œil en gatlé. 
Aux rigueurs des lois despotiques, 
Opposons la Fraternité I 
L avenir nous tend le calice 
Où le vin coulera plus doux... 
Au tambourin, rallions- nous, 
Joyeux ligueurs rentrons en lice. 
Que de refrains nous promet l'avenirl 
La chanson ne doit pas mourir. 

De Homus, pour charmer l'histoire, 
Gab ministres à ses sujets, 
Au lieu d'une charte illusoire, 
Jetons en riant des couplelsl 
La puissance a de Irisles songes.» 
Que les nOtres soient exceptés I 
La chanson dit des vériiés. 
Une charle dit des mensonges; 
Gloire d Homus, et vive le plaisiri 
Va chanson ne doit pas mourir. 

Soutenu d'un nain téméraire 
Oui s'oppose au pas du géant, 
Contre nous se meut l'aibilraire... 
Par dessus, sautons en chantant I 
Tous enfants qu'un même ciel couvrOt 
Tous unis, donnons-nous la main ; 
Du>sioo£-ooua entonner demain 
La Carmagnole autour du Louvre 
De par Homus il faut la rajeunir... 
La cbaoson ne doit pas mourirl 



En frondant les nouveaux abas. 
Vainement le peuple l'appelle, 
Béranger ne lui répond plusi 
Regagnons les veilles perdues... 
Le peupla t besoin de chansons : 



SIO 



CflAKSONS POPfTLIIJRES. 



Quand rhomme^glt^af» les pmoBS, 
La chanson doit courir Iobj 
Rions au peuple 1 et 
La chanson ne doit pas 




IL FMJT BOIBE £T MANGER. 

Air: Çan'dur'rafaêUnoimn. 

Disciples d'Epicure, 

Suivons sans déroger 

Cette loi que Nature 

Sait si bien propager : 

Il faut hoire et manger. (quakr,) 

Puisqu'on ne voit sur terre 
Qu'ennui, peine et danger. 
Amis, que faut-il faire 
Pour ne pas y songer? 
Il faut boire et manger. 

Amour, gloire et richesse, 
Votre charme est léger; 
Le seul qui me paraisse 
N'être pas mensonger. 
C'est de boire et manger. 

Lorsque notre mattresse 
S'avise de changer, 
Pour narguer la tristesse. 
Qui croit nous affliger, 
11 faut bohre et manger. 

Verrait-on de ce monde 
Taut d'hommes déloger, 
S'ils i^hanlaient à la ronde, 
Avant de s'égorger : 
Il faut boire et manger. 

Mœurs, usagoi, costumes. 
Tout finit paf changer ; 
Il n'est qu'une coutume 
Qu'on ne peut négliger : 
C'est de boire et manger 



^t du pauvre hère 
passager? 
V^dlt-fl ign de l'eau claire 
Bfgrite 'OB àiTBnger? 
G'^gtAsUtecttiBianger. 



rtf, fv ÉBve et OTT Tonde, 

Visité l'étranger, 

BsiB lois les inta^u monde 

Où j'ai pu voyager, 

J'ai vu boire et manger. 

Amant, qui te dispaees, 
A l'heure du "berger, 
Veux-tu de quelques roses 
Voir ton front s'ombrager*? 
11 faut boii« et manger. 

Fi du docteur maussade 
Qui pour mieux le gruger. 
Soutient à son malade 
Qu'il ne peut sans danger 
Ni boire ni manger I 

De Paris jusqu'en Chine 
On aime à vendanger ; 
De Rome en Cochinchine 
On court au boulanger : 
Il faut boire et manger. 

Jusqu'à l'heure fatale 
Où le noir messager. 
Dans sa barque inlernale. 
Viendra tous nous ranger, 
II faut' boire et manger. 



Air ancien, noté au N. 69 de la Clé du Caveau. 



MES VŒUX. 

àa de la Ftle du village twisim. 

Est-il, amis, des printemps sans jniiages 
Ou des étés sans trop grandes chaleurs I 



CHANSONS ÉPIGUEIEMME8. 



211 



BxÎBte-t-il des hivers sans rigueurs 
Ri des automnes sans orages T 

Non, non, non, non, non, 

Lisette ou Ninon 
Ve peuvent du temps braver les outrages. 

Ainsi, croyez-moi, 

Pleins d*un doux émoi. 

Tâchons de saisir 

L'éclair du plaisir; 

Repoussons d'ici 

Regret et souci; 
D*épis et de fleurs orner mes cheveux, 
Toi là, mes amis, le plus cher de mes vœux, (ter,) 

Oest un voyage ici-bas que la vie ; 
Les fleurs partout n*ornent pas le chemin, 
Et sur les pas ou d'amour ou d'hymen 
Parfois sont la haine et l'enTie. 

Que pendant le corns 

De jours longs ou courts 
Jamais la gatté ne nous soit ravie : 

Ainsi, croyexrmoi, etc. 

Chauds partisans des couleurs purpurines. 
Couronnons- nous de pampres, d'oliviers; 
C'est dans le sang que croissent les lauriers 
Et les roses ont des épines. 

Aimables vauriens, 

Des épicuriens 
Relevons Tautei qui tombe en ruines. 

Ainsi, croyez-moi, etc. 

Vous qui voulez devant la pourpre altière 
Que l'univers tremble et tombe à genoux, 
Composés d'os et de chair comme nous. 
Qui vous rend donc l'Ame ai fière? 

Vallons et coteaux, 

Chaumes et châteaux 
Ne sont que débris, tombeaux et poussière : 

Ainsi, croyez-moi, etc. 

Contre la mort pourquoi les faibles hommes 
Poussent-ib dbnc tant de cris superflus ? 
Quand elle vient, nous ne respirons pitis; 
Elle n'est pas tant qne nous sommes. 
A-t-on TU Jamais 



Sauver de ses traits 
Docteurs, charlatans, sorciers, astronomes ; 

Ainsi, croyez-moi, 

Pleins d'un doux émoi^ 

Tâchons de saisir 

L'éclair du plaisir ; 

Repoussons d'ici 

Regret et souci , 
D'épis et de fleurs orner mes cheveux, 
', Yoilà, mes amis^le plus cher de mes vœux, (ter.) 

ne 



La iiiwinuu, de BoMdieu» m troav» aoctfe aa 
N. leas dt la eu do Cavcao. 



LA GAITÉ. 

1840. 
Air : Àfaman, U imalgmêfaL 

La santé vient de la galté, 
Qui se porte bien aime à rire. 
Tandis qu'avec la gravité 
On devient jaune comme cire. 
Ah 1 pour qui rit toujours 
La vie est franche, 
C'est un dimanche. 
Ah 1 pour qui rit toiyours 
Point de nuit blanche» 
Et les jours 
Sont courts. 

La bonté, tient de la gaf té 
Ses élans d'humeur débonnaire. 
Quand Dieu créa la charité. 
Certes, il n'était pas en colère. 
Ah 1 pour qui rit toujours 
L*âme est si bonne 
Qu'elle pardonne. 
Ah I pour qui rit toujours 
On plaint, on donne. 
Elles jours 
Sonteoadiu 



312 



CHANSONS POPULAIRES. 



L*amour emprunte à la gaité 
Ses moyens les plus sûrs de plaire ; 
Quand on fait rire la beauté, 
La pudeur n'a plus qu'à se taire. 
Ah ! pour qui rit toujours, 
Comme une belle 
Montre du zèle, 
Ah I pour qui rit toujours, 
Point de cruelle, * 
Et les jours 
Sont courts. 

Pour boire, il faut de la galté, 
A moins que l'on ne soit malade; 
L'honnête homme, en bonne santé, 
A chaque rire boit rasade. 
Ah I pour qui rit toujours 
La soif est prompte. 
Mais on la dompte. 
Ah 1 pour qui rit toujours. 
On boit sans honte 
El les jours 
Sont courts. 

Il faut qu'on chante avec gaîté 
Des refrains que l'esprit aiguise, 
El fuir le chanleur apprêté 
Comme le plain -chant de l'Église. 
Ah ! pour qui rit toujours, 
La gaudriole 
Vaut un symbole. 
Ah ! pour qui rit toujours, 
La rime est folle 
Et les jours 
Sont courts. 

Enfin qu'en mourant, la gaîté 

De regrels ne soit pas suivie ; 

Les plaisirs dont on a goûté 

Font croire à ceux d'une autre vie. 

Ah! pour qui rit toujours, 

La conscience 

Sert de défense. 

Ah I pour qui rit toujours 

Naît l'espérance... 

Et les jours 

Sont courts. 

Misai. 
■ i lMI i' 



CHANSON DU BOUFFE ET LE TAILLEU 



Gaîment je m'accommode 

De tout. 
Je suis, pour toute mode, 

Mon goût. 
Je sais, en habile homme. 

Saisir 
Tout ce qu'en France on nomme 

Plaisir. 

Je suis près des fillettes 

Léger ; 
On me voit d'amourettes 

Changer. 
Aux soupirs je me livre 

Un jour : 
L'inconstance fait vivre 

L'amour. 

Quand une belle appelle, 

J'y suis. 
Qu'un faquin me harcelle, 

Je fuis. 
Aux serments faut- il croire^ 

J'y crois. 
A table faut-il boire ? 

Je bois I 

Armand Gooffé et Tllllccs». 

Lamuaique, de Gaveaux, se trouve notée au N.67S 
de la Clé du Caveau. 



AU TEMPS. 

1827. 
Air * Celui qui plié à soixarUi mu bagage. 

Phœbé parafty et sa course nocturne 
Vient exciter mon âme au souvenir. 
Père des dieux, inflexible Saturne, 
Des jours passés daigne m*entretenir. 



CHANSONS ÉPICURIENNES 



tu 



En parcourant mon obscure carrière, 
Tu sais jadis combien tu me trompas ! 
Pour une fois exauce ma prière : 
Cruel vieillard, retourne sur tes pas. 

Transportons- nous aux Jours de mon enfance ; 
Rappelle-moi ces instants de bonheur 
Où les plaisirs de la simple innocence 

Comblaient mes vœux et remplissaient moncœur. 
Dans les chagrins, les tourments de la vie 
J'avais ma mère ; elle m'ouvrait les bras I 
A mon amour c'est toi qui Tas ravie. 
Cruel vieillard, retourne sur tes pas. 

Tout jeune encor j*adorai la patrie. 
Et je l'ai vue en ses jours triomphjiDts, 
Mais l'insensée imitant ta furie, 
Bientôt, hélas 1 dévora ses enfants : 
La liberté sous la hache s'incline, 
Son arbre tombe et se brise en éclats ; 
A ce vieux tronc n'est-il plus de racine? 
Cruel vieillard, retourne sur tes pas. 

L'orage gronde et tout va se dissoudre ; 
Vingt nations menacent nos remparts : 
L'aigle apparaît, et, conquérant la foudre, 
De ses lauriers couvre nos étendards. . 
La France enfin lève sa tète altière, 
Loin de ses bords reporte les combats ; 
A ses genoux Je vois TEurope entière !.. 
Cruel vieillard, retourne sur tes pas f 

Dans les dangers, parmi le bruit des armes, 
J'avais atteint Iftge heureux des plaisirs. 
Je vis Lisette, et, malgré les alarmes, 
Mon cœur s'ouvrit à de nouveaux désirs. 
De ses attraits j*eu8 Timage fidèle. 
Mille baisers couvrirent tant d'appas I 
Après dix ans J*ai revu le modèle... 
Cruel vieillard, retourne sur tes pas ! 

Sans m'éeoater tu fuis à tire-d*afle. 

Je vois de près mon arrière-saison : 

Et chaque pas en ta course éternelle 

De nos destins rapproche l'horizon. 

Plein des vapeurs du doux Jus de la tonne, 

C'est vainement qu'amour me dit toal bas : 



Un beau soleil luit souvent en automne... 
Cruel vieillard, retourne sur tes pas. 

J'ai conservé les feux de ma jeunesse : 
Comme autrefois j'aime la liberté ; 
De l'amitié je sens toute l'ivresse, 
Mon cœur palpite auprès de la beauté. 
Pourquoi nourrir une stérile flamme T 
Ah I si les ans qu'en vain tu mo comptas 
Chargent mon front sans refroidir mon âme, 
Cruel vieillard, retourne sur tes pas. 



Lft maaique, de ToartereUe, te trouTe nottfe M 
N li29delaCIéduCaTeaiL 



LA TABLE. 

AIR . /t ne Vêtue la moH dêperfO'Wê, 

En vrai gourmand, Je veux ici 
Chanter ce meuble nécessaire 
Dont tous les mois l'attrait chéri 
Double nos nœuds et les resserre (*) ; 
Oui, quels que soient les traits mordants 
Dont la critique nous accable. 
Au risque de ses coups de dents. 
Je vais m'étendre sur la table. 

Comment refuser son tribut 
A celte mère universelle? 
Sans la table, point de salut. 
Et nous n'existons que par elle : 
L*alcôve où l'homme s'amollit 
Lui peut-elle être comparable ? 
Les pauvres mourants sont au lit, 
Les bons vivants ne sont qu'à table. 

Quel doux spectacle, quel plaisir, 
De voir ces sauces parfumées 
Dont toujours, prompt à les saisir. 
L'odorat pompe les fumées I 

* La lodété épIcoriMae du Ca?Ma Uodtno 
É'utHBUaIttou IttBMitM BodMT et CaBcaU. 



S14 



CHANSONS P<M>ULALa£S. 



On rît, on chante, on mange, on boit... 
De bonheur source intarissable I 
Le cœur pourrait-il rester froid, 
Quand il voit tout fwner à table 1 

Deux rivaux entendent sonner 
L'instant qui menace leur vie . 
A faire un dernier déjeuner 
Un témoin sage les convie ; 
Dans le vin tous deux par degrés 
Éteignent leur haine implacable * 
Ils seraient pent-être enterrés, 
S'ils ne s'étaient pas mis à table. 

Le gros Raymond voit chaque jour 
Cent wiskys assféger sa porte: 
U reçoit la ville et la cour; 
La renommée aux cieux le porte. 
« 11 a donc de rares vertus ? 

— Non. — A-t-il un rang remarquable, 
Des talents, de l'esprit? — Pas plus. 

— Qu'a-t-il donc? — Il a bonne table. » 

Grands yeux bien noirs et bien piquants, 
Oreille ou poitrine rôtie, 
Petite bouche, belles dents. 
Cervelle grasse et bien farcie. 
Taille légère, bons gigots. 
Sein de lis, langue délectable. 
Jambe mignonne, pieds de veaux. 
Voilà ma maîtresse et ma table. 

A table, on compose, on écrit ; 
A table, une affaire s'engage ; 
A table, on joue, on gagne, on rit; 
A table, on fait un mariage ; 
A table on discute, on résout ; 
A table, on aime, on est aimable ; 
Puisqu'à table, on peut faire tout. 
Vivons donc sans quitter la table. 



La muiiqae, de Wicht, m trosT* notée an N. 803 
de la Clé du Caveau. 



LE PORTRAIT DE LA VIE. 

1808. 
Air : Télait b<m chasseur autr^ois 

Un sage Ta dit autrefois : 
Tout est vanité sur la terre-, 
Jeunes et vieux, bergers et rois, 
Chacun caresse une chimère. 
Craindre, espérer, dbuter de tout, 
Suivre la raison, la folie, 
Jouir un peu, soufWr beaucoup : 
Voilà ce que c'est que la vie. (6t>.) 

L'homme puissant féitri? d'être heurem. 

Le lâche affecte du courage. 

Le pervers se dit vertueux. 

L'insensé veut paraître sage ; 

Cet autre, embrassant son rirai, 

Est dévoré de jalousie ; 

C'est à qui cachera son mal ; 

Voilà ce que c'est que la vie. (6m.) 

Faire l'éloge de son cœur, 

Se plaindre de l'ingratitude, 

Être chatouilleux sur l'honneur 

Et vicieux par habitude ; 

Parler toujours de loyauté. 

User souvent de perûdie. 

Faiblesse, audace, cruauté : 

Voilà ce que c'est que la vie. [bis.) 

Du hasard tout subit la loi : 
Sans le vouloir on reçoit l'être ; 
On aime sans savoir pourquoi ; 
On s'égorge sans se connaître ; 
Pour un riche, mille indigents ; 
Pour l'indigent, point de patrie ; 
Pour tout le monde des tourments: 
Voilà ce que c'est que la vie. (6m.) 

Désireux de ce qu'on n'a pat, 
Fatigué de ce qu'on poMède, 
Frémir à Taspecl du trépas, 
Appeler la movl à son aida» 



CHATISOirS tVlCURIVKNÏS. 



t15 



Vouloir embmaBr la Terto » 

Retomber dam son apathie, 
Et mourir comme on a vécu : 
Voilà ce que c'est que la tie. 



(bis.) 

.Es. 



■..«D 



La mudqae, d« Doete, MtioBf* «olé» «a N. 794 
de la Clé da CaTtêo. 



REGARDEZ, MAIS NT TOUCHEZ PAS. 

k\K : Du maçittrai irHjnodhabh, (MUt^nfllatune.) 

Quel refiraio ma muse en goguette 
Va-t-elle augourd'lHiiiredûnnerT 
Après vous, hélas I la paoTretle 
Peut trouTer à peine à glaner 
En pillant dans plus d'un ouvri^. 
Je pourrais sortir d'embarras ; 
Non, non, me dis-je avec courage : 
Regardons, nuiis n'y louchons pas. 

A seize ans fillette eharmaate 
Fit naître l'amour dans mon sein , 
Et sous la gaze transparente 
Je me permis plus d*ini larcin. 
Moitié désir, moitié sagesse, 
Sa bouche, en OMirmQranttoiiCtes, 
Répétait, malgré son ivresse : 
Regardez, mais n'y touchez pas. 

D'après un conseQ fort utile, 
Dans un bois voulant l'attirer, 
Un jour, hors des murs de la ville, 
Je sus à propos l'égarer ; 
Et là, partageant mon délire. 
Elle osa rester dans mes bras» 
Et n'eut plus la force de dire : 
Regardez, mais n'y touchez pas. 

Savez-vous pourquoi la victoire 
Toujours a chéri le Français? 
Pourquoi, dans les champs de la gloire, 
Chaque jour doubla ses suocès? 



C'est qu'aux légions du Bosphore 
n répéta jusqu'au trépas 
(Montrant l'étendard tricolore 
Regardez, mais n'y touchez pas. 

Je n'ai Jamais de i'opoleoce 
Envié les iioad)rwix trésors; 
Gaiment je souffre l'abstinence. 
Je bois gatment, gaiment je dors. 
Aux riches en vain l'industrie . 
Prodigue les mets délicala, 
Le dégoût survient et leur crie : 
Regardez, mais n'y touchez pas. 

Savez-vous pourquoi de la vie 
Je profite en épicurien T 
C'est qu'un jour la Parque ennemie 
De moi Ae respectera rien ; 
Ailleurs, avant qu'on nous installe. 
Jouissons donc, puisque là-bas 
On nous dira comme à Tantale : 
Regardez, mais n'y touchez pas. 



■s. 



La mtuiqiie, da Wklit,M trouve notéa aa N. 76 
d« la CM da Cav«a« 



LES AFFICHES. 

iim ; La pttùe JavoUê, 

BamnavoufE. 

L' moindre effet qui nous manque 
Un s'rin qui s' fait chercher, 
Un chien, un billet d' banque, 
V'ià c' qu'on fait afficher. 
Eh 1 oui, v1à c' qu'on fait afficher. 
Mais, an coin d' chaque rue 
Où l'on porte ses pas, 
La probité perdue, 
V'ià c' qu'on n'affiche pts. 

lAvom. 

Pour se venger d'un' femme 
Dont il n' peut s'approcher. 



916 



CHANSONS POPULAIRES. 



En enrageant dans Tâme, 
Un lat va rafficher, 
Eh I oui, le fat va l'afficher. 
Parlez-moi d'un compère 
Qui vous dirait tout bas : 
« A dimanch', ma p'iit* mère, 
Et je n' faffich'rai pas. » 

JÉRÔME. 

Des malins, à la ronde, 
S'amusent à chercher 
Des paquets sur tout 1' monde 
V'ià c' qu'ils vont afficher, 
Eh ! oui, v'ià c' qu'ils vont afficher. 
Mais comme un jour ils doivent 
Êtr' payés d' leux éclats, 
Les danses qu'ils reçoivent, 
V'ià c' qu'ils n'affichent pas. 

MALASSIS. 

Lorsqu'un' fiU' se marie, 
Son ûg*, qu'eir n' peut cacher. 
Aux portes d' la mairie, 
V'ià c* qu'on fait afficher. 
Eh! oui, v'ià c' qu'on fait afficher. 
Mais c' que souvent la belle 
Perd, en fsant un faux pas. 
Pour marier la d'moiselle, 
V'ià c' qu'on n'affiche pas. 

HARIOLLE. 

Une pièce nouvelle 
Que l'on vient d'ébaucher, 
Dès r malin, avec zèle, 
V'Ià c' qu'on fait afficher, 
Eh 1 oui, v'ià c* qu'on fait afficher. 
Mais quand l'auteur succombe, 
Uonleux, il dit tout bas : 
« Une pièce qui tombe, 
V'ià c' qu'on n'affiche pas. » 

Du McrsAB et BrABicr. 



LA MANIÈRE DE VIVRE CENT ANS. 



Si de votre vie, 

Joyeux troubadours, 

Vous avez l'envie 

D'étendre le cours. 

Ecoutez les sons 
De ma lyre sexagénaire ; 
Prêcher en chansons 
Est ma fantaisie ordinaire. 
Daignez donc vous taire 
Pour quelques instants ; 
Voici la manière 
De vivre cent an». 

S'endormir à l'heure 

Où le jour s'enfuit ; 

Quitter sa demeure 

Dès que le jour luit : 

Au loin de ses pas 
Porter la marche irrégulière , 

Pour chaque repas 
Nouvelle course auxiliaire : 

El l'année entière 

Même passe-temps, 

Voilà la manière 

De vivre cent ans. 

Fier sur une tonne, 

Narguer le chagrin ; 

Prévoir, quand il tonne. 

Un ciel plus serein ; 

Se montrer soumis 
Aux coups du sort parfois sévère; 

Tendre à ses amis 
Sa bourse, sa main et son verre, 

Suivre la bannière 

De Roger-Bontemps, 

Voilà la manière 

De vivre cent ans. 

Des beautés factices 
Redouter l'accueil, 
Deleurs artifices 
Éviter l'écueii ; 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



ÏIT 



Saurer sa galté 
Des flots de la gent chicanière ; 

De la faculté 
Fuir la doctrine meurtrière; 

Ne faire la guerre 

Qu'aux cerfs haletants, 

Voilà la manière 

De TiTTe cent ans. 

Toujours honnête homme, 

Marcher hardiment» 

Toujours économe 

Jouir sobrement; 

Être par accès 
Des neuf sœurs heureux tributaire; 

Puis, avec succès, 
Volant du Parnasse à Cjthère, 

A rimer et plaire 

Consacrer son temps, 

Voilà la manière 

De Titre cent ans. 

Lorsque du Jeune âge 

L'on sent fuir l'ardeur. 

Dans un doux ménage 

Chercher le bonheur: 

Au gré de ses vœux 
IToir bientôt son épouse mère, 

Toujours plus heureux, 
lu bout de dix ans se roir père 

D'une pépinière 

D*enfknts bien portants, 

Voilà la manière 

De virre cent ans. 

Du gai Yauderilk 

Fidèles troupeaux, 

Parcourir la Tille 

Au son des pipeaux; 

Convives grivois, 
Ihaque mois ûdre bonne chère. 

Serrer chaque mois 
M nœuds d'une amitié si dièse. 

Se revoir, se plaire. 

Se quitter contents, 

Voilà la manière 

De vivre cent ans. 



Faut-0 par l'exemple 
Vous convaincre tous f 
J'en vois dans ce temple 
Un bien doux pour nous. 
Regardez Laujon, 
L'honneur de notre sanctuaire; 
Fils d*Anacréon, 
n boit et chante octogénaire; 
Toute sa carrière 
Fut un long printemps; 
Voilà la manière 
De Tivre cent ans. 



Air aïkdeiii retoaché par Détaogierk, et noté aa 
N. 682 de la CM du Careaiu 



LA CHAUMIÈRE. 

Pour trouver le parfait bonheur. 
Dont le séjour est un mystère , 
Consultez toujours votre cœur : 
Que ce guide seul vous éclaire. 
De vos ambitieux désirs , 
Fuyez la trompeuse lumière ; 
Et pour goûter de vrais plaisirs ; 
Venez me voir dans ma chaumière. 

Là TOUS jouirez des faveurs 
Que me prodigue la nature ; 
Vous jr verrez des fruits, des fleurs, 
Et le cristal d'une onde pure. 
Si vous aimez un doux sommeO, 
Venez dormir sur ma fougère ; 
Si vous aimez un doux réveil , 
Réveiilez-Tous dans ma chaumière. 

Zéphire y parftime les airs 
Des odeurs que la rose exhale; 
Vous entendrez les doux concerts 
De la fàuvetle matinale. 

13 



218 



CHANSONS POPULAIRES. 



Et si vous aimez la galté 
Que donne un travail salutaire , 
On la trouve avec la santé 
Dans le jardin de ma chaumière. 

La fortune, par des remords , 
Souvent nous fait payer ses charmes, 
Moi , je vous offre des trésors 
Qui ne coûtent jamais de larmes : 
La paix du cœur, de vrais amis , 
Mon chien , ma lype et ma bergère, 
Peu de livres , mais bien choisis : 
Voilà les biens de ma chaumière. 

Loin de mon paisible séjour, 
Pour voler de belles en belles , 
Le plaisir, en trompant l'amour, 
Lui prêle, dites-vous, des ailes. 
Cet amour est un imposteur; 
Le mien n'a pas l'humeur légère : 
Il ne quitte jamais mou cœur, 
Et ne sort pas de ma chaumière. 

Pour ma Lise, mes feux constants 
Depuis vingt ans brûlent mon âme ; 
Lise pour moi, depuis vingt ans, 
N'a jamais vu pâlir sa flamme. 
vouSf dont le cœur veut former 
Un doux nœud pour la vie entière. 
Amants, jurez de vous aimer 
Comme on aime dans ma chaumière. 

Comte de 

La musique, de Solié. se trouve notée au N. 19k 
de la Clé du Caveau. 



RIONS JUSQU'AU TRÉPAS. 

Air : LiutU au marché, 
Oa : CeU legro$ Thoma», 

En gais sans-souci , 
Pour narguer le sombre monarque , 

Moquons-nous ici 
Du vieux Caron et de sa barque; 



Ma foi , puisqu'aussi bien 

Fût-on sage ou vaurien, 
Il faut mourir : quoi qu'on en dlse^ 
Bravant la haine et la sottise , 
Rions ici -bas, 

Rions jusqu'au trépas. 

La jeune Ëlisa, 
Aussi sage qu'elle était belle , 

Un jour se laissa 
Choir aux pieds d'un amant fidèle. 
Malgré cet accident, 
Un mari complaisant, 
Qui , pour elle, vient d'Amérique,. 
Bonnement la crut hydropique : 
Rions ici-bas , etc. 

Dorval, qui longtemps 
Soigna les fils de la victoire, 

Ne put en vingt ans 
Obtenir un titre de gloire; 
Mais hier, le docteur 
A guéri par bonheur 
Le petit chien d'une excellence, 
Le ruban est sa récompense : 
Rions ici-bas, etc. 

L'astronome Orson 
Découvre des bois dans la lune , 

Lorsqu'en sa maison 
Madame est en bonne fortune, 
Quamd monsieur parle aux dieux , 
Madame est dans les cieux; 
Tandis qu'il fixe la planète, 
D'autres bois elle orne sa tète t 
Rions ici-bas, etc. 

Grippar, en sabots. 
Vint du fond de la Normandie, 

Et sut à propos 
Servir Tune et l'autre partie; 
Enûn il se traîna 
Jusques au tribunat ; 
Maintenant il se fait élire 
Avocat... pour apprendre à Ut% t 
Rions ici-bas, etc. 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



119 



Monsieur Duchfttel , 
Marquis des bords de la Ducance, 

Dans son noir castel, 
Croit avoir tout fait pour la France. 

Au combat dléna , 

Dieu ! comme il 8*en donna 1 
11 encourageait chaque brave 
Par le soupirail d'une cave : 
Rions ici-basy 
Rions jusqu'au trépas. 

BaUle •ebreMU. 

La masiqae, de PropUc, m troaT« notée an N. 83 
dalaCléda Catean. 



L'ÉPICURIEN. 

Air : Totgimn dêbamt^ iomfimrê m romU 

Toujours debout, toujours en route, 
Malgré les veilles et la goutte, 
Sur terre on voit répicurien. 
Joignant à la soif de la gloire 
L'autre soif qui le porte à boire, 
Galant homme et joyeux vaurien, 
Vivre longtemps et vivre bien ; 
Pour en citer plus d'un exemple. 
Voyez l'Anacréon du temple 
A cent ans saisir à tâtons 
Les fillettes et les flacons , 
De Théos ou a ru le sage, 
Qui gatment eût passé cet âge 
S'il n'avait d*un grain de raisin 
Avalé jusques au pépin ; 
J*ai vu le galant Fontenelle, 
A cent ans presser une belle, 
Lui dire encore sans témoins : 
Ah! iif avais dix ans de moins!*.. 
Grâces à l'amour, Saint-Aulaire 
Fut heureux, quoique centenaire ; 
Presqu'à la centaine atteignant. 
On a TU chanter Lattaignant, 
Et Piron, qui, dans sa vieillesse. 
Fit des vers brûlants de jeunesse ; 
Chargé d*un siècle, au double mont 
J'ai vu gravir Saint-Évremont; 



Et, parmi tant de bonnes âmes, 
Si j'ose vous parler des femmes, 
A cent ans on a vu Ninon 
Qui n'avait pas encor dit non. 
Après elle, le grand Voltaire 
Quatre-vingt-cinq ans sur la terre 
Chemin faisant s'est arrêté, 
Allant à l'immortalité... 
Tous ces gens, que le monde honore, 
Pouvaient aller plus loin encore : 
Ils en avaient l'intention. 
Et sont morts par distraction. 



Air ancien, noté au V, 669 de la Cié da Carean. 



COUPLETS D'ANACRÉON. 



Si des tristes cyprès. 
Si du /atal rivage. 
On pouvait à grands frais 
S'épargner le voyage, 

J'aimerais fort 

Un bon trésor. 
Et le jour qu'à ma porte 
La mort frapperait. 

Ma voix lui dirait : 
Prends, emporte 
Mon or, mes trésors pour jamais 
Au séjour des regrets !••• 
Mais des tristes cyprès, 
Mais du fatal rivage. 
Au gré de mes souhaits, 
Sauve-moi le voyage. 



Mais, hélas ! tous les biena 
Et d'Europe et d'Asie 
Sont d'impuissants moyens 
Pour prolonger la vie. 
Du seul plaisir 
Je sais jouir, 
Et moissonner les 
Adieu, je Fentends 
Qui chante galmeoU 
moroses, 



210 



CHANSONS POPULAIRES. 



Fuyez Plutns et ses appas ; 
Tout finît ici-bas : * [bis.) 
Suivez, suivez mes pas. 
Au déelin de la vie 
L'univers ne vaut pas 
Un beau jour qu'on envie. 

Mnaiqae de Grétry, notée an N. 1881 de U Clé 
da K«Teau. 



LE SURNUMÉRAIRE. 

1844. 

A mon cadran solaire 

Dix heures moins un quart! 

Courons au ministère... 

Je suis presque en relard. 

Mon chef, cet homme auguste, 

Peut venir le dernier ; 

Best payé, c'est juste, 

Moi, je viens le premier... 

Je suis surnuméraire; 

Mais, comme un autre, un jour. 

Je serai, je l'espère, 

Paresseux à mon tour. 

De tous côtés Ton sonne ; 
Yite mon chocolat I 
Mon jambon de Rayonne 
Et mes œufs sur le platl... 
Allons, ma côtelette I 
Mon carafon de vin I... 
Moi, tout bas, je répète. 
En grignottant mon pain : 
Je suis surnuméraire; 
Mais, comme un autre, un jour, 
Je pourrai, je Fespère, 
Déjeuner à mon tour. 

Toute la matinée, 
Messieurs les employés, 
Devant la cheminée 
Tout se chauffer les pieds. 



Moi, je n'y puis paraître... 

Comme je suis nouveau, 

Auprès de la fenêtre. 

Je prends l'air du bureau.. 

Je suis surnuméraire ; 

Mais, comme un autre, un jour. 

Je pourrai, je l'espère. 

Me chauffer à moa tour. 

Les commis, à leur place, 
Du haut de leur grandeur. 
Toisent l'homme en disgrâce 
Ou le solliciteur. 
Moi, modeste et novice, 
On me voit chapeau bas, 
Saluer j usqu'au suisse. . . 
Qui ne me le rend pasf 
Je suis surnuméraire ; 
Mais, comme un autre, un jour, 
Je serai, je l'espère. 
Insolent à mon tour. 

Je dois chez ma lingère. 
Je dois chez le traiteur, 
Je dois à ma portière. 
Je dois à mon tailleur... 
Sur moi bientôt va fondre 
Le bataillon complet... 
Mais, j'ai pour leur répondre 
Un argument tout prêt : 
Je suis surnuméraire ; 
Mais, comme un autre, un jour, 
Vous pourrez, je l'espère, 
Me saisir à mon tour. 

L'autre soir, je m'attarde... 
En rentrant à minuit. 
Vers ma porte bâtarde 
Un inconnu me suit. 
Puis soudain, il s'écrie : 
Monsieur, point de façon, 
Votre bourse ou la vie... 
Moi, je lui dis : pardon... 
Je suis surnuméraire; 
Mais, comme un autre, un jour, 
Vous pourrez, je l'espère, 
Me voler à mon tour. 



GHANfiOHS EPICURIENNES. 



isi 



J'ai pour certaine dame 
Ce véritable amour, 
Qu'icî-bas, toute femme 
Sait payer de retour. 
Je ne ris que pour elle... 
El pourtant jusqu'ici, 
Malgré mes soins, mon zèle. 
Sur ce chapi tre aussi. . . 
Je suis surnuméraire ; 
Mais, comme un autre, un Jour» 
Auprès d'elle, j'espère. 
Etre heureux à mon tour. 

Ministres et chanteuses 
Gagnent cent mille francs... 
U faut voir les danseuses* 
Pour les appointements ! 
Chacun a son salaire, 
A la ville, à la cour, 
Enûn, le militaire 
A ses cinq sous par jour I 
Moi seul, surnuméraire, 
En finance, en amour. 
J'attends que, su)* la terre. 
Vienne à la un mon tour. 



La matiqae,' de L. Q«pissoii,te troare, à Ptria, 
chex H. Meiasonnier, éditeur, roe Daapbine, 18. 



MA TACTIQUE. 

Al . rai vu la Mtuniirt, 

Amis, pour embellir le cours 

De ma vie entière, 
Savez-vous quelle fut toujours 

Ma seule manière? 
D'abord, tacticien savant, 
J*ai soin de dire , en me levant 

« Chagrins, en arrière! 

Plaisirs, en avant i » 

Après un ample déjeuner. 
Affaire première.. 



Après un succulent dtner, 

Suite nécessaire... 
Certain minois me captivant, 
Lb soir, je chante, en m'esquivant 

« Comus, en arrière! 

Amour, en avant! » 

Toutes les fois que d'un tendron 

Je suis la bannière. 
Je chante , gardant d'un luron 

L'humeur cavalière : 
a Fi! d'un amant toujours rêvant. 
Toujours de larmes s'abreuvantf... 

Romance, en arrière! 

Chanson , en avant ! » 

Lorsque ma fauvette , en son vol 

Un peu journalière. 
Après avoir pour moi fui Paul, 

Me quitte pour Pierre, 
Tout aussi gid qu'auparavant. 
Je dis, cédant au gré du vent : 

«Regrets, en arrière! 

Désirs, en avant! » 

Qu'un homme dont je fus trahi 

Soit dans la misère , 
Mon cœur, qui n'a jamais ha! , 

Prévient sa prière; 
Et du superflu me privant , 
11 me voit bien vite arrivant, 

La plainte en arrière, 

La bourse en avant. 

Accablé de ûèvre et d'ennuis. 

Quand sur la litière , 
Au jour, à peine , hélas ! je puis 

Ouvrir ma paupière , 
« Bacchus, disje d'un ton ferrent, 
Protégera son desservant... 

Frayeur, en arrière 1 

Espoir, en avant 1» 

ruse alors d'un remède tain , 

Btque, d'ordinaire, 

34 



nt 



CHANSONS POPULAIRES. 



N'ordonne nî le médecin. 

Ni rapolhicaire... 
C'est de m'écrier en buvant 
A verre plein et très souvent : 
«r Tisane , en arrière I 
Bourgogne, en avant I » 

A force de recommencer, 

Quand ma chambrière , 
De ce julep vient me verser 

La goutte dernière , 
Loin de pleurer mon ci- devant, 
Gaîment je chante en l'achevant : 

« Bourgogne , en arrière ! 

Champagne , en avant I » 

Si jusqu'ici du noir trio 

La main meurtrière 
N'a pas mis, d'un coup de ciseau , 

Fin à ma carrière , 
C'est que jusqu'ici le bravant, 
J'ai toujours dit en bon vivant : 

« Parques, en arrière! 

Momus, en avant I » 



•• • 



Air ancien, noté au K. 690 de la Clé du Caveau. 



LE SEXAGÉNAIRE. 

Air du vaudeville de Pinson père de famille. 

Vieillissons sans regret , 

C'est l'adage 

Du Trai sage : 
Du bonheur, à tout âge , 

Voilà le secret. 



La jeunesse a des charmes ; 
Mais les tendres tourments 
Aux plaisirs des amants 
Mêlent toujours quelques larmes 
Vieillissons, etc. 



Aimer est quelque chose , 
Plaire a bien ses douceurs: 
Mais dans un champ de fleurs. 
Chers amis , tout n'est pas rose 
Vieillissons, etc. 

Quand le printemps nous laisse ^ 
Rions de son départ ; 
La gaîlé du vieillard 
Est la seconde jeunesse. 
Vieillissons , etc. 

• 

Gai , sans emploi ni rente , 
Je compte soixante ans; 
Mais sous ces cheveux blancs , 
Ma tète n'en a que trente... 
Vieillissons , etc. 

Mon filleul est tout aise 
D'avoir Lise à vingt ans; 
Plus heureux dans mon temps , 
Moi , j'eus sa grand'mère à seixe... 
Vieillissons , etc. 

J'entends dire à la ronde 
Que le monde est bien vieux ; 
Rien pourtant, à mes yeux, 
N'est aussi gai que le monde. 
Vieillissons , etc. 

Momus, qui nous rallie. 
Par vingt siècles cassé , 
N'a pas encor cessé 
D'être dieu de la folie. 
Vieillissons, etc. 

Vieille, mais non caduque, 
La gaîlé chez Piron , 
Chez Panard , chez Scarron , 
Riait sous une perruque... 
Vieillissons, etc. 

Que d'heureux sur la terre, 

Si l'on se consolait 

Par ce que l'on a fait 

De ce qu'on ne peut plus faire I 
Vieillissons, etc. 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



Î2:J 



Si ma jambe , moins fenne , 
Ne peut presser le pas , 
J'en espère tout bas 
Arriver moips vite au terme. 
Vieillissons» etc. 



Pois quand la barque arrive , 
Griment sautons le pas; 
Qui sait si Ton n'a pas 
Des banquets sur l'autre rive t 
Vieillissons sans regret , 
C'est l'adage 
Du vrai sage : 
Du bonheur, à tout âge, 
Voilà le secret. 



RÊVEZ LE BONHEUR. 



àJW JUtÊpUi tom vtm pidi- 

D'où nait donc sur vos visages 
Cet air sombre et soucieux ? 
Quels sont les tristes présages 
Qui vous ont frappé les yeux f 
Le Dieu qui préside aux songes. 
Afin de vous exciter, 
Vous oflTre ses doux mensonges : 
L'entendez- vous répéter : 
Le front orné de roses, 
Narguant l'or suborneur, 
Pauvres d'argent, riches d'honneur» 
Dormez sur des fleurs demi-closes; 
Pauvres d'argent, riches d*honneur, 
Dormez et rêvez le bonheur. 



Rêvez que d'une prineesM 
Dédaignant le manlelet, 
D'Ëglé vous pouvez sans 
Chiffonner le bavoIeL 



Aux doux jeux de la nature, 
Il vaut mieux , il est certain , 
Trouver satin sous la bure : 
Que bure sous le satin : 
Le front orné, etc. 



Rêvez qu'un fils de la guerre 
Jaillit du divin séjour, 
De Torgueilleux cimeterre 
A marqué le dernier jour , 
Rêvez que ce nouvel homme. 
Éclairant le genre humain, 
Lutèce, Athènes et Rome 
Se donnent enfin la main : 
Le front orné, etc. 



Rêvez que de bons ministres, 
Se trouvant auprès des rois. 
Au lieu de projets sinistres, 
Ont désenchaîné nos droits ; 
Rêvez qu un Dieu tutélaire 
S'élance du crucifix 
Pour démasquer sur la terre 
Ceux qui se sont dits ses fib. 
Le front orné, etc. 



Qu'alors Cérès vous couronne 
De ses épis jaunissants, 
Que Bacchus vous environne 
De ses pampres verdissants, 
Que ce Dieu, par vingt rasades. 
Aux amours donne l'éveil, 
Mais surtout, chers camarades, 
Ne rêvez pas le réveil : 
Le front orné de roses, 
Narguant l'or suborneur. 
Pauvres d'argent, riches d'honneur. 
Dormez sur des fleurs demi-closes; 
Pauvres d'argent, riches d'honneur 
Donnez et rêvez le bonheur. 



n4 



CHANSONS POPULAIRES. 



MON TAUDIS. 

1833. 
Air de Cadet Roueselle. 

Un taudis, depuis quelque temps, 
Loge ma joie et mes vingt ans : 
Libre de tous soins importants, 
Pauvre, j*y vis des plus contents ; 
Là je chante, l'âme ravie. 
Mes goûts, mes amours et ma vie. 

Voilà, mes amis, 
Pourquoi je chéris mon taudis. 

Quand je portai dans ce grenier 
Mon attirail de casanier ; 
Le portier vit dans un panier 
Mon diplôme de chansonnier \ 
Lors à l'auteur par déférence 
On fit payer trois mois d'avance. 

Voilà, mes amis. 
Comment j'entrai dans mon taudis. 

Près d'un grabat, un meuble noir 
Qui semble extrait d'un vieux manoir. 
Un flacon servant de bougeoir. 
Un verre en forme d'éteignoir. 
Un banc dont le pied se démanche. 
Et pour table une lourde planche : 

Voilà, mes amis. 
Tout ce qui meuble mon taudis. 

Sur le mur, un peu maltraité 
Par son humide vétusté. 
J'ai, pour dorer sa nudité, 
Écrit Patrie et Liberté I 
Puis les noms chéris de Lisette, 
De Béranger, de Lafayette, 

Voilà, mes amis. 
Ce qui décore mon taudis. 

Sur ma cloison, quand le soleil 
Le soir projette un feu vermeil, 
A mon penchant donnant l'éveil, 
En rimant j'attends le sommeil; 
Lors, sur la paille où je repose, 
L'illusion jette une rose. 

Voilà, mes amis, 
Ce qui me berce en mon taudis. 



Parfois, maudissant le lutin 
Qui me pousse au ton libertin. 
Pour mes couplets dans le loîniai] 
Je cherche un plus noble butia ; 
Car de ma fenêtre on découvre 
L'Hôpital, la Grève et le Louvre. 

Voilà, mes amis, 
Le temps perdu dans mon taudis. 

Pour voir si j'ai su franchemeat 
Vous dépeindre mon logement, 
Sous mon toit montez lestement 
Cinq étages, puis fortement 
Appuyés sur une ficelle, 
Grimpez au faîte dune échelle. 

Voilà, mes amis, 
Comment vous verrez mon taudis. 

Air ancien, noté an N. 668 de la Clé du Car 



LES REPAS DE NOS PÈR 

Air : Lajille tel pour le garçon. 

Festins où le Champagne pleut, 
Chère abondante et délicate, 
Vases dorés, vaisselle plate. 
Voilà ce qu'aujourd'hui l'on veut. 
Petites tables, larges verres, 
Vins naturels et mets bien sains, 
Voilà comme, sans médecins, 
Vivaient jadis nos pères. 

A table, loin de discuter 
Et de faire assaut d'éloquence, 
On n'aflichait d'autre science 
Que celle de boire et de chanter. 
Maintenant de graves chimères 
Gâtent le vin que nous buvons : 
C'est que maintenant nous avons 
Plus d'esprit que nos pères. 

La moiique , de Mellinet, se trontit aotét 
N. 1295 de la Qé da Careau. 




LA BULLE DE SAVON. 

Al*; De termite de Saini-ivellt. 



Toi, que la paille enranle avec souplesse, 
Globe diapré, luDilaeui, 

Ton pur cristal, que le zéphir caresse. 
En scintillant coamie mes jeui. 
Peul-tflre sui»-je ridicule ; 
Hais, malgré mes soiiaate hiven, 
J'aime & voir la gentille bulle 
Qui voltige et meurt dans les airs. 

Quand yen le ciel avec insouciance 
Tu fuis pour ne plus revenir. 

Des jeux si doux de mon espiègle enrance 
Tu me rends le gai souvenir. 
Age ou l'allégresse accumule 
Les fleura qui nous cachent nos fers, 
Ton régne est celui de la bulle 
Qui voltige et meurt dans les airs. 

Crains un écueil dans la course rapide, 
Jouet des brises et du sort: 

Le napillon, desonaiielimide, 
T elueurant, te donne la mort. 
Dans la vie, où libre il circule,' 
L'homme, en se bcurlaot aui revers, 
Vient »'f briser comme la bulle 
Qui voltige el meurt dans les airs. 

L'amour volage au printemps de la vie. 
Nous montrant l'avenir plus beau. 

Vient, escorld de l'ardenle folie, 
Nous éblouir de son flambeau; . 
En l'approchant, son feu nous brûle, 
Puis, laissant des regrets amere. 
S'éteint bientôt comme la bulle 
Qui voltige et meurt dans les airs. 

D'un doux encens respirant la fumée. 
Rivant i l'immortalité, 

Ponrrais-je atteindre iin jour la renommée 
Qui nous porte à l'éteniité T 



Non, non, follement je calcalej 
Mes pensera et mes faibles vers 
Auront le destin de la bulle 
Qui voltige et meurt dans les airs. 

Alcxla B*Ua. 



LA RICHESSE DE CELUI QUI N'A HIEN. 

IB50. 
Un dieu juste et sévËre 
A dit à mon réveil: 
le le donne sur terre 
Une place au soleil. 
Bénissant sa sagesse, 
Puisqu'enRolout est bien, 
Célébrons la richesse 
De celui qui n'a rien. 
Grand, dans ton équipage. 
Le chagrin le poursuit; 
A pied, moi, jevojige 
Avec mon appétit. 
Au sort qui le caresse- 
Je préfère le mien: 
Ce sort est la richesse 
De celui qui n'a rien. 
Sans amis sur ta route. 
Ton cœur est aux abois; 
"Tu souffres d'une goutte 
Qu'en travaillant je bois. 
Pour croire A la tendresse, 
Je regarde mon chien. 
Comprends-tu la richesse 
De celui qui n'a rien. 
Quand une pâquerette 
Pour plaire me sulTit, 
Ton or, chère coquelle, 
Sort d'un amour qui fuit. 
Où ce dieu t'abandonne, 
Lisette, au doux maintien, 
£d rougissant se donne 
A celui qui d's rien. 



n» 



CHANSONS POPULAIRES. 



Sot héritier rorace, 
Qui tout bas me maudH, 
Me montre sur sa faee 
Jean qui pleure et qsd rit. 
A mon heure dernière 
Je dirai, comédien : 
En chantant sur ma bière, 
T^tufea'aurarieu. 



La Musique, de Fauteujr ck« pacotoi, m tBQ/O» 
cliez L. Vieillot, éditeur, 32, rue Nfl!tK«-Q«n«^4»- 

Kazareth. 



CHANT DU CYGNE. 

1843. 

Despair and die. 

(Chatterton.) 

Spes, es sicuti avis peregrina I 
Emile V. 

Air du Bravo de Saint-Marc, 
Ou : Ramons, ramons tous à bord. 

Jeune, autrefois, j'écoulais l'espérance 
Qui, me berçant d'un rôve mensonger. 
De sa voix douce endormait ma souffrance; 
Disant toujours, saus se décourager : 

a Le ciel se dore, 

Jusqu'à l'aurore 

Marchons encore I 
L'horizon va changer. » 

Oiseau de passage. 

Voyage, voyage. 

Vers une autre plage, 

De plus chauds climats ; 

Saisi par le givre, 

Fatigué de vivre, 

Je ne puis te suivre 

Là-bas, tout là- bas... 
lÀ-bas, là-bas, tout là-bas, 
Là-bas, là-bas, tout là-bas!... 



Mon Dieu ! combien d illusîoi» déçues. 
De beaux projets jamais réalisés I 
Au nom d'amour que de femm^-sangratti 
M'oet prodigué d'hypocrites baisers I 
Non, plus de fêles I 
Pauvres poètes, 
ttélasl vous êtes 
Th>p tôt dé&abusésUf 
Qi$eau de passage, ofac. 

Le souvenir qu'on vante à la vieillesse ^ 
N'est qu'une source araère de regrets. 
Quel temps heureux I Amis, folle maîtresse, 
Pensais-je alors qu'un jour je vous perdrais 

L'amitié passe. 
L'amour se lasse ; 
Puis, à leur place, 
Grandit un noir cyprès... 
Oiseau de passage, etc. 



L'arbre jauni, dépourvu de sa sève, 
Penche son front, vaincu par les autans , 
Pour lui trop tard un beau soleil se lève 
Et, radieux, annonce le printemps: 
Voici la hache 
Qui le détache. 
Du sol arrache 
Ses membres palpitants. 
Oiseau de passage, etc. 

La vie est sombre et triste comme un cloître 
Un souffle impur est venu la flétrir I 
Je reste au nid qui ma vu naître et croître , 
Qu'importe ailleurs, puisque je vais mourir ' 

Laisse-moi... volel 

D'autres console... 

Ton auréole 
Est celle du martyr,.. 

Oiseau de passage. 
Voyage, voyage 
Vers une autre plage. 
De plus chauds climats; 
Saisi par le givre, 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



m 



Fati^ de vlrre, 

Je ne puis te suivre 

Là-bas, Umi là-bas... 
Là-bas, là-bas, tout là-bas. 
Là-bas, là-bas, tout là-bas !... 

ÉMlle ▼arl». 

La moBlqae, de Troapenati m trouT*, à Paris, 
chez If. Brandof , iO, ne YiTieane. 



CEST A VOTRE TOUR, MES ENFANTS. 

1887. 
Air : RêçardêM'iei bien, je veut prié. 

En tremblant, aimable jeunesse, 
Je viens m'asseoira ton côté; 
Va, ne crains pas que ma vieillesse 
Trouble un seul instant ta gatlé ; 
Des fleurs qu'au bel âge on moissonne, 
Pour te cacher mes cbeveux blancs. 
J'ai su me faire une couronne; 
C'est à votre tour, mes enfants. 



De la route que j'ai suivie 
Mon cœur n'a pas de repentir. 
Les jours du matin de ma vie 
Furent consacrés au plaisir. 
Hélas 1 il me laisse en arrière ; 
Mais, plein de souvenirs charmants. 
Je recrute pour sa bannière. 
C'est à votre tour, mes enfants. 

A la grand' maman de Lisette, 

Ah I combien j'ai dû d'heureux joon. 

Un beau printemps, un lit dlierbette, 

Ont vu nos premières amours. 

Aujourd'hui sa petite-fille 

Cache aux yeux des trésors naissants; 

Le gazon pousse, elle est gentille. 

C'est à votre toor, mes en&nls. 



Aux cris de la patrie en larmes, 
J'ai suivi des cœurs généreux. 
Sur vos berceaux, de par les armes. 
J'ai vu briller des jours heureux; 
Plus tard, pour consoler la France, 
Livrée aux mains de ses tyrans, 
*Ma voix eut des chants d'espérance. 
C'est à votre tour, mes enfants. 

L'espoir de parcourir la terre 
A fait aussi battre mon cœur : 
Mais de ce projet éphémère 
Un charme bien doux fui vainqueur. 
Bons vins, vieux amis, jeune amie. 
Ne m'ont laissé que peu d'instants... 
Et puis j'aimais tant ma patrie 1... 
C'est à votre tour, mes enfants. 

Jadis, quand j'étais sous la treille. 
Au récit de chaque vieillard 
Que j'aimais à prêter l'oreille. 
En versant d'un joyeux nectar. 
Aujourd'hui que ma voix est lenle, 
Que rhiver a glacé mes sens. 
Ma coupe est dans ma main tremblanleu 
C'est à votre tour, mes enfants. 



L'AMOUR ET LE VIN. 

AIR à/airt. 

Folâtrons, rions sans cesse; 
Que le vin et la tendresse 
Remplissent tous nos moments I 
De myrte parons nos tètes, 
Et ne composons nos fêtes 
Que de buveurs et d'amants. 

Quand je bois, Tàme ravie. 
Je ne porte point d*envie 
Aux trésors du plus grand roi : 
Souvent j'ai vu sous la treflle 
Que Thémire et ma bouteiUe 
Etaient encor trop pour moL 



228 



CHANSONS POPULAIRES. 



S'il faut qu'à la sombre rive, 
Tôt ou lard chacun arrive, 
Vivons exempts de cha^in, 
Et que la parque inhumaine 
Au tombeau ne nous entraîne 
Qu'ivres d'amour et de vin. 



QUAND ON EST MORT, CEST POUR LONGTEMPS. 



Air : Pomm's de reinette, pomm's (Tapi. 

Quand on est mort, c'est pour longtemps, 
Dit un vieil adage 
Fort sage ; 
Employons donc bien nos instants, 
Et contents, 
Narguons la faux du temps. 

De la tristesse 

Fuyons l'écueil ; 

Evitons l'œil 
De l'austère sagesse. 

De sa jeunesse 

Qui jouit bien, 

Dans sa vieillesse 
Ne regrettera rien. 

Si tous les sots. 

Dont les sanglots. 

Mal à propos. 
Ont éteint l'existence, 

Redevenaient 

Ce qu'ils étaient, 

Dieu sait, je pense, 
Comme ils s'en donneraient! 

Quand on est mort, etc. 

Pressés d'éclore. 
Que nos désirs, 
Que nos plaisirs 
Naissent avec l'aurore; 
Quand Phébus dore 
Notre réduit^ 



Chantons encore. 
Chantons quand vient la nulc^ 

Des joyeux sons 

De nos chansons 

Etourdissons 
La ville et la campagne, 

Et que moussant 

A notre accent, 

Le gai Champagne 
Répète en jaillissant : 

Quand on est mort, etc. 

Jamais de gêne. 

Jamais de soin ; 

Est-il besoin 
De prendre tant de peine, 

Pour que la haine. 

Lançant ses traits, 
. Tout- à-coup vienne 
Détruire nos succès? 

Qu'un jour mon nom 

De son renom 

Remplisse ou non 
Le temple de mémoire, 

J'ai la gaîté, 

Tai la santé. 

Qui vaut la gloire 
De l'immortalité. 

Quand on est mort, etc. 

Est-il monarque 

Dont les bienfaits. 

Dont les hauts faits 
Aient désarmé la Parque, 

Le souci marque 

Leur moindre jour, 

Et puis la barque 
Les emporte à leur tour. 

Je n'ai pas d'or. 

Mais un trésor 

Plus cher encor 
Me console et m'enivre , 

J'aime, je bois. 

Je plais parfois ; 

Qui sait bien vivre 
Est au-dessus des rois. 

Quand on est mort, etc. 



CHANSONS EPICURIENNES 



lt0 



Au lit, à table, 

Aimons, rions, 

Puis envoyons 
les affaires au diable. 

Juge implacable, 

Sot chicaneur, 

Juif intraitable, 
Respectez mon bonheur. 

Je suis, ma foi. 

De ttiince aloi ; 

Epargnez-moi 
Votre griffe funeste... 

Sans vous, hélas ! 

N'aurai-je pas 

Du temps de reste 
Pour me damner là-bas. 

Quand on est mort, etc. 

Quand le tonnerre 

Vient en éclats 

De son fracas 
Épouvanter la terre, 

De sa colère, 

Qu'alors pour ifous 

Le choc du verre 
Amortisse les coups. 

Bouchons, volez ! 

Flacons, coulez I 

Buveurs, sablez 1 
Un dieu sert les ivrognefl» 

Au sein de Tair 

Que notre œil fier, 

Nos rouges trognes 
Fassent pAlir Téclair. 

Quand on est mort, etc. 

De la guinguette 
Jusqu'au boudoir, 
Matin et soir, 

Circulons en goguette. 
Ouerre aux grisettes, 
Guerre aux jaloux, 
Guerre aux coquettes. 

Surtout guerre aux époux. 
Sur vingt tendrons, 
Bien frais, bien ronds. 
En ûmnci lurons. 



Faisons rafle à toute heure, 

Puisque aussi bien, 

Sage ou vaurien, 

Il faut qu'on meure, 
Ne nous refusons rien. 

Quand on est mort, c'est pour longtemps, 
Dit un vieil adage 
Fort sage ; 
Employons donc bien nos instants, 
Et contents, 
Narguons la faux du temps. 



Air de U contredanse, La Paria, noté au N. 456 
de U Qé du CaTeau. 



RIONS, CHANTONS, AIMONS, BUVONS. 

Ajr du vaudeville de la Soiriê orageuu. 

Rions, chantons, aimons, buvons. 
En quatre points, c'est ma morale; 
Rions tant que nous le pouvons, 
Afin d'avoir l'humeur égale. 
L'esprit sombre, que tout aigrit. 
Tourmente ce qui l'environne ; 
Et l'homme heureux, qui toujours rit, 
Ne fait jamais pleurer personne. 

Souvent les plus graves leçons 
Endorment tout un auditoire : 
Mettons la morale en chansons. 
Pour la graver dans la mémoire. 
A ses vœux un chanteur, dit-on. 
Rendit l'enfer môme docile : 
Orphée a montré qu'un sermon 
Ne vaut pas un bon vaudeville. 

Quand Diea noya le genre homain, 
U sanva Noé du naufrage. 
Et dit, en lui donnant du vin : 
« Voilà ee que doit boire an sage. » 



fSO 



CHANSONS POPULAIRES. 



Buvons-en donc jasqu*au tombeau; 
Car^M'après Tarrét d'un tel juge, 
Tous les méchants sont buveurs d'eau : 
C*est bien prouvé par le déluge. 

Un cœur froid, qui jamais n'aima, 
Du ciel déshonore l'ouvrage ; 
Et pour aimer Dieu nous forma, 
Puisqu'il fit l'homme à son image. 
U faut aimer, c'est le vrai bien. 
Suivons, amis, ces lois divines • 
Aimons toujours poire prochain, 
En commençant par nos voisines. 

Séffar aine. 



La musique, deDalayrac, se trouve notée au N. 837 
de la Clé du Caveau. 



UN DERNIER SOUPER DE GARÇON. 



1844. 



Air du Réveillon de Scré, 



Allons, vite en train, 

Car dès demain 

J'entre en ménage; 

Soupons sans façon, 
Ce soir encor je suis garçon. 

Oui, jusqu'à domain, 

Le verre en main 

Faisons tapage ; 
De vin et d'amour. 
Enivrons-nous tous jusqu'au jour. 

Toi, Ferdinand, 
En Talleyrand, 
Dresse la carte , 
Nous comptons sur toi 
Pour faire un vrai souper de rci, 
Du choix des mets 
De nos gourmets , 
Point ne t'écarle ; 



Fais au sombre lieu 

Pâlir Lauzun et R|che]iec,^ 

Allons, vite, etc. 

Mais l'huttre est là, 
Arrosons-la 
De blanc sauterne ; 
Ce divin nectar 
De Bacchus nous attelle au chn^ 
Qu'ici, faquins, 
Les meilleurs vins 
De la taverne 
Coulent à pleins bords, 
La nappe couvrira les morts. 
Allons, vite, etc. 

On peut conter. 

On peut chanter, 

La bouche pleine; 
Chassons loin d'ici 
Et l'éiiquelte et le souci; 

Buvons beaucoup. 

Tâchons surijjut. 

Sans perdre haleine. 
Qu'au dessert, amis. 
Chacun ne soit qu'à moitié gris. 

Allons, vite, etc. 

Jamais assez. 

Femmes, versez 

L'ai qui mousse; 
Il faut de l'ardeur. 
Et, si vous craignez la chaleuTy 

Plus de lacets. 

Bas les corsets 

Qu'amour repousse I 
Notre goût charnel 
Préfère ici le naturel. 

Allons, vite, etc. 



Paul le fluet 
Chante un couplet 
De vaudeville; 
Jule, en Iroubadour, 
Veut filer le parfait amour; 
Mais, dès ce soir» 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



Zoé Teut Toir 
Comme il en file ; 
L*aimable vaurien 
Prouve qu'il s'en acquitte bien. 
Allons, vite,' etc. 



Les gais propos 

Et les bons mots 

Viennent en foule, 
Puis, pour le bouquet, 
Des femmes voici le caquet; 

De par Satan, 

Sur le divan 

Chacun se roule ; 
Et, dans ce conflit. 
Plus d'un oiseau trouve son nid. 

Allons, vite, etc. 



L'aurore vient. 

Le punch nous tient 

Lieu de bougie ; 
Nous avons bien l'air 
De diables sortis de l'enfer. 

Le jour renaît. 

Tout disparaît ; 

Adieu, l'orgie! 
Vite un dernier bol, 
Puis, pour l'hymen je prends mon vd. 



Allons, vite en train, 

Car dès demain 

J'entre en ménage-, 
Soupons sans façon, 
Ce soir encor je suis garçon. 
Oui, jusqu'à demain. 

Le verre en main, 

Faisons tapage ; 
De vin et d'amour, 
Enivrons>nous tous jusqu'au jour. 



vsm N Toirr, hais irABisoifg n un. 



▲IR • Tm fOKvttiit>ta f 



En nous comblant de ses bienfaits immenses. 
Un dieu d'amour, de paix et de bonté» 
Pour prévenir l'abus des jouissances, 
Près de l'excès mit la satiété. 
^ Comme l'abeille, amante de la rose, 
Qui, poursuivant son vol aérien. 
Au sein des fleurs légèrement se pose, 
Usons de tout, mais n'abusons de rien. 

Lorsque Bacchus à notre lèvre avide 
Ofl're le jus de ses raisins dorés, 
Goûtons-y; mais, craignons qu'un feu perfide 
Ne soit vainqueur de nos sens égarés; 
• Sachons unir et raison et folie. 
Et rejetons, en sage épicurien. 
Le fond du vase où repose la lie : 
Usons de tout, mais n'abusons de rien. 

Ainsi qu'Iris chassant de noirs nuages. 
En présentant son disque radieux, 
La Liberté triomphe des orages 
En déployant son drapeau glorieux ; 
Rappelons-nous, en fêtant sa présence, 
Que son mentor, son guide et son soutica. 
C'est la justice et non pas la licence : 
Usons de tout, mais n'abusons de rien. 

Des jeux d'amour en savourant l'ivresse, 
Ahl ménageons de célestes plaisirs l 
Résiste-moi, Zoé, quand je te presse : 
La résistance aiguise les désirs ; 
Des voluptés sache alterner l'étude : 
Aux cieux, dit-on, plus d'un ange gardien 
Trouve l'ennui dans la béatitude : 
Usons de tout, mais n'abusons de rien* 

Vous que le sort dota d*un diadème, 
De vos flatteurs redoutes lies accents^ 
Pour aveugler le monarque qu'on 
A ses côtés tourbillonne l'eneens « 



232 



CHANSONS POPULAIRES. 



Craignez surtout un dangereux divorce 
Entre le trône et Thumble citoyen; 
Qui cède aux lois repousserait la force : 
Usons de tout, mais n'abusons de rien. 

liOiilfl ve«te««. 

Musique de Doche, notée au N. 904 de la Clé du 
Caveau. 



NOS VINGT ANS. 

Air : Faut d' la v9rtUt pas trop n'en faut. 

Que n*avons-nous toujours vingt ansi ) ^ 
Mes amis, c'est là le bon temps ! . . . i 

A vingt ans, de l'insouciance 
On peut s'enivrer à loisir; 
On ne cherche d'autre science 
Que celle qui mène au plaisir. 
Que n'avons-nous toujours, etc. 

A tousses désirs on se livre; 
Exempt desoins, d'ambition. 
On a toujours assez pour vivre, 
Puisque l'on vit d'illusion. 
Que n'avons-nous toujours, etc. 

A cet âge, un rien nous enflamme; 
D'aimer on a toujours besoin ; 
L'amour est si près de notre Ame ! 
Le mariage en est si loin !... 
Que n'avons-nous toujours, etc. 

Étant garçon, on se dispense 
D'avoir un plan bien arrêté. 
Argent, santé, tout se dépense: 
Pour qui mettrait-on de côté? 
Que n'avons-nous toujours, etc. 

Une chaise, un lit, une lable. 
Composent notre ameublement; 
Mais chez un garçon femme aimable 
Ne vient pas pour l'appartement. 
Que n'avons-nous toujours, etc. 

Comme on est sans expérience, 
Et qu'on .n'aime pas à demi. 
Quand on fait une connaissance. 
On croit que l'on trouve un ami. 
Que n'avoo8-nou8 toujours,etc. 



Si nous avons fait quelque dette. 
Un bon enfant fait briller l'or; 
A cent pour cent quand il nous prête. 
On croit qu'il nous oblige encor. 
Que n'avons-nous toujours, etc. 

Un jeune homme cherche une place: 
Car enfin, il faut arriver; 
Mais en priant Dieu qu'il lui fasse 
La grâce de n'en pas trouver. 
Que n'avons-nous toujours, etc. 

Vieux Saturne, ici je t'implore : 
Ah I malgré nos regrets cuisants, 
Fais que nous puissions tous encore 
Chanter à quatre- ving-tdix ans: 

Que n'avons- nous toujours vingt ans! l > . 
Mes amis, c'est le bon temps I } ^^ 

M. BrABler. 



LES CAUSERIES DU SOIR. 

1838. 

Dans un ciel pur, voyez là-bas. 

Déjà du soir l'étoile brille. 

Du bon vieillard qui suit.les pas? 

Qui vient causer sous la charmille? 
Par des récits chers à mes cheveux blancs. 
Notre soirée encor sera remplie, 
Sera remplie... 

Heureux qui peut, ô mes enfants, 

Par un beau soir, à soixante ans, 

Devant Dieu raconter sa vie. ots. 

Dans les plaisirs et les leçons 
S'est écoulé tout mon jeune Age; 
Jadis aussi, dans les moissons, 
J'ai réclamé ma part d'ouvrage. 
Je le savais : le pauvre, dans nos champs. 
Se trouve heureux des épis qu'on oublie, 
Qu'on oublie- 
Heureux qui peut, etc. 

J'aVais vingt ans, quand un beau jour, 
On entendit un cri de guerre, 
Pour les combats, avant mon tour, 
J'ai fui le village, amis et mère. 
Trente ans plus tard, j'ai dû quitter les camps 
J'aurais voulu mourir pour ma patrie, 
Pour ma patrie!... 
Heureux qui peut, etc. 



i 




A vous le rinnl avenir, 

A vous les rùves Je l'enrance. 

Êlrc vieux, c'est se souvenir... 

C'est vivre aussi plein d'espi!rance I 
l'oe dîne pure, A toute heure, en tout temps, 
Etit dans le ciel toujours bien accueillie, 
Bien accueillie... 

Heureux qui peut, A mes enfauts. 

Par un beau soir, à soiiaote ans , 

Devant Dieu raconter sa vie. bis. 



LE GOURMAND. 



Ain : itniJt dépouilloni n 
Ou ; Mon pin iim 



pot. 



Le temps qui seul ne peut Qnir, 

N'est, dit-on, qu'un ^rand vide; 
Gatmcni Je cherche à le remplir, 
Uats je vise nu solide : 

Je n'ai qu'un dtait. 

Qu'un goût, qu'un plaisir; 
Ed lui tout se conceolre : 

Pour loul dire enfin. 

Sitôt que j'ai faim, 
Hoi, je remplis mon ventre. 

De notre première maman, 
Je tient cette pensée. 



Eve dirait au père Adam, 
Lorsque Dieu l'eut chassée : 

« Quel triste taudis 

s Que ce paradis! 
■ Du diable »i j'y rentre. 

■ Du moins où je suis, 

■ Avec certains fruits, 

a Moi, je remplis mon ventre. i 

llËduil, pour avoir un lecteur, 

A le lire toi-m<!me, 
Paul, ton mérite comme auteur 
bst encore un probl^^me. 
El) quoi I pour rimer. 
Tu vas t'enfermer 
Comme un ours en son antre; 
D'Horace ou Boileau 
Remplis ton cerveau: 
Hoi, je remplis mon ventre. 

Galant, toujours frais et dispos, 

Je courtise les belles : 

Hais j'aime la paii, le repos. 

Et je fuis les querelles. 

Souvent pour un rien. 

Avec un vaurien, 
L'bonnCle homme s'ÉveoEre t 

Loin de le percer, 

Pour mieux l'engraisser. 
Moi, je remplis mou ventre. 

Blinval qui ne put attendrir 

La coquetlte Emilie, 
De faim veut se laiiser mourir ; 
Quelle insigne folie I 
Fermant tout acc^ 
A cet deux eicèt. 



184 



CHANSONS POPULAIRES. 



le vais me placer entre : 

Quand Tamour vainqueur 

Vient remplir mon cœur, 
Moi, je remplis mon ventre. 

Ma bonne étoile et mon préfet 

De moi firent un membre, 
Qui siège beureux et satisfait 
Au milieu de la chambre. 
y y crie à la fois : 
La clôture I aux voix I 
Puis le patron du centre 
Défend son projet 
Remplit son budget . 
Moi, je rempli? mon ventre. 

Malgré de succulents repas 

Et ce jus déleclable, 
Le sage sait que le trépas 
Peut renverser sa table. 
C'est un accident ; 
Mais en attendant 
Qu'à mon convoi le chantre, 
En mauvais latin, 
Braille un beau matin, 
Moi, je remplis mon ventre. 

Marclllac. 

La musique, de Doche, se trcuve notée au N. 36 
de la Clé du Careau. 



LE SOIR. 

1844. 
Âi R : Pomm* de reinette et pomm* d'api. 

Sur nos champs la nuit vient s'asseoir, 
Sa robe 
Sous ses plis les dérobe, 
Et chaque fleur, pur encensoir, 
Parfume la brise du soir. 

mon village ! 
Peut-être un jour 



Avec amour 
Je reverrai ta plage, 

Ton vert feuillage, 

Ton frais gazon 

Et le treillage 
De mon humble maison 1 

J*aime tes champs, 

Aux jours ooodiants, 

Tes monts penchants, 
Que le soleil décore, 

Tes vers luisants 

Si séduisants : 

Que n'ai-je encore 
Mon village et quinze ans! 
Sur nos champs, etc.. 



Le jour s'efface. 

Et le roseau 

Frémit sur Teau 
Qui tremble h sa surface , 

Vite qu'on fasse 

Rentrer les bœufs 

A large face. 
Et les moutons laineux. 

De la forêt 

Jusqu'au guéret. 

D'un pied discret 
Trotte un lièvre timide. 

Le saule, amant 

Du lac dormant, 

Répand, humide, 
Ses pleurs de diamant. 
Sur nos champs, etc. 



Vole, frétille, 

Cherche ton nid, 

Le jour finit, 
Alouette gentille. 

L'étoile brille 

Au firmament ; 

La jeune fille 
Rêve à son jeune amanw 

Là-bas, le vent 

Raise souvent 

Le front mouvant 
Du chêne qui frissonne, 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



Ce luth, anx deux, 

Harmonieux, 
Longlemps résonne 
Un chant mystérieux. 
Sur nos champs, etc. 

Comme un cyclope 

Ouvrant son œil. 

Avec orgueil 
Le ciel se développe ; 

L*ombre galope 

Au rayon pur; 

Une enveloppe 
D'argent frange l'azur. 

Dans le lointain, 

D'un vieux mutin 

La voix s'éteint; 
Sur terre tout repose, 

Il fait si beau, 

Quand au hameau 

La lune pose 
Son pied tout blanc dans Teau I 
Sur nos champs, etc. 

Mais au fantôme 

On ne croit plus. 

Quand l'angélus 
Tombe plaintif d'un dôme! 

Eu tremblant, l'homme. 

Quand il fait noir, 

Voit-il un gnome 
Roder près du manoir?... 

En place des 

Gais farfadets. 

Dont j'entendais 
Toujours frôler les ailes. 

Nous ne logeons 

Dans nos donjons 

Et nos tourelles 
Qu'un peuple de pigeons. 
Sur nos champs, etc. 

Jadis, légère, 
Nymphe aux abois, 
Fuyant les bois, 
Effrayait la bergère. 
Par la fougère 
Allant corps no. 



Laissait derrière 
Un satyre cornu. 

Niant les dieux 

De mes aïeux. 

D'ouvrir mes yeux 
La science se mêle ; 

Triste, je vois 

L'écho sans voix, 

Dans Philomèle 
Un rossignol grivois. 
Sur nos champs, etc. 

Plus de dryades, 

Plus de silvains. 

De faunes vains 
De l'amour des naïades; 

Plus de mcnades, 

Courant l'été 

Nos promenades; 
Pan môme a déserté ! 

De nos vallons. 

De nos sillons, 

Nous exilons, 
Cérès, Pomone. Flore ; 

Le virginal 

Original 

Vile déOore. 
Le classique idéal. 

Sur nos champs la nuit vient s'assecâr; 
Sa robe 
Sous ses [dis les dérobe. 
Et chaque fleur, pur encensoir, 
Parfume la brise du soir. 

«.-€. Wîemrû. 

Cette chanton ett eztrtite de la Liu Cknnmm 
nUrtf cb&rmaDte collection en rente à la librairie 
qpédale de chant, de L. Vieillot, éditeur, 32, me 
Kotre-Dame-de-Nazareth. 

Air de la coatredanse, la Pâriij noté ma K. 466 
de la Clé daCaTeaa. 



AUJOURD'HUI ET DEMAIN. 



1S47. 



Mes amis, le bonheur est od rèTH, 
De plaisin entourons ses totels ; 



136 



CHANSONS POPULAIRES. 



Le temps fuit et le banquet s'achève, 
Les flacons ne sont pas immortels, 
Mais, du moins, dans leurs gouttes dernières 
Savourons de renaissants désirs i 
A demain les humaines misères. 
Aujourd'hui les rapides plaisirs I 

Mes amis, nous avons la jeunesse, 
Nous avons la force et la santé ; 
Nous avons les songes de l'ivresse, 
Et les sens, et la virilité. 
Que longtemps notre gaîté recule 
Le moment où ces biens vont finir; 
A demain la raison incrédule. 
Aujourd'hui la foi dans l'avenir ! 

A nous seuls les bruyantes parties, 
Le franc rire et les refrains joyeux; 
A nous seuls les chaudes sympathies ; 
A nous seuls les amis généreux. 
Doux liens, où le cœur seul nous guide, 
Devez-vous être un jour oubliés?... 
A demain l'égoïsme sordide. 
Aujourd'hui les saintes amitiés î 

Assez tôt viendront d'autres tendresses. 
Qui, dit-on, doivent durer toujours , 
Nous avons les changeantes maîtresses, 
Et les nuits plus belles que les jours! 
Nous avons les tailles adorables, 
Les yeux noirs et les seins argentés !... 
A demain les amours raisonnables. 
Aujourd'hui les folles voluptés! 

Mes amis, le vin fuit les bouteilles ; 
La clarté va manquer aux flambeaux. 
Et les fleurs meurent dans les corbeilles, 
Et nos chants expirent moins égaux. 
destin, accorde-nous encore 
Un seul jour radieux et vermeil... 
Mes amis, voici poindre l'aurore : 
Saluons notre dernier soleil ! 

Guiitave Madaad. 

La musique, de Tautcur des paroles, se trouve 
chez L. Vieillot, éditeur, r. Notre-Dame-dc-Naza- 
reUi,32. 



LE MOYEN D'ÊTRE HEUREUX 



Air de la mère Picard. 

Pour embellir les chemins de la vie. 
Chantons Bacchus, et Momus et Tainour; 
Et qu'en tout temps l'aimable folie 
A nos plaisirs préside chaque jour. 

Douce gaîté n'est pas dans la richesse ; 
Las ! ce n'est rien que d'enchaîner Plutus ; 
De bons amis, vins vieux, jeune maîtresse 
Sont au-dessus des trésors d'un Crésus. 
Pour embellir, etc. 

Recherchons-nous les faveurs d'une belle 1 
Elle dit : Non. Éteignons nos désirs; 
Un peu plus lard, une autre moins crueU< 
Par ses faveurs, doublera nos plaisirs. 
Pour embellir, etc. 

N'imitons pas ces buveurs aquatiques, 
Qu'on voit frémir à l'aspect d'un tonneau 
Fuyons surtout ces auteurs romantiques 
Dont les écrits sont morts dès le berceau. 
Pour embellir, etc. 

Fuyons aussi ces suppôts d'Esculape, 
Qui, trop souvent, cntr'ouvrenl les tombeau 
Navons-nous pas dans la divine grappe 
Le baume exquis, expulsant tous les maux 
Pour embellir, etc. 

Le jour enfin où l'inflexible Parque 
Nous enverra rejoindre nos aïeux, 
Chantons encore, en passant dans la barqu 
Quelques refrains bachiques et joyeux. 

Pour embellir le chemin de la vie, 
Chantons Bacchus, et Momus et l'amour; 
Et qu'en tout temps l'aimable folie 
A nos plaisirs préside chaque jour. 

Emile Dcbrcattz. 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



tt7 



.ES ROIS ET LES VILLAGEOIS- 

1829. 
Air : Souê mon vieux ekéne, il faut datuer. 

Pâtres, qui sur les montagnes, 
Menez pattre vos troupeaux, 
Et dans les vertes campagnes, 
Faites résonner vos pipeaux. {bis.) 
La paix est votre partage. 
Votre sort fait des jaloux... 
Allons, gai ! Gens du village, i^^ 

Les rois sont moins heureux que vous, i 

Autour des rois, la nature 
Devient l'esclave des arts; 
Jamais sa simple parure 
Ne peut briller à leurs regards. 
Vous portez la fleur sauvage, 
Dont le parfum est si doux I 
Allons, gai! Gens du village, 
Les rois sont moins heureux que vous. 

Une royale maîtresse 
Trafique de ses appas ; 
On lui paie une caresse 
Et Tamour qu'elle ne sent pas. 
Pour obtenir fille sage, 
Il ne faut or ni bijoux... 
Allons, gai I Gens du village. 
Les rois sont moins heureux que vous. 

Dans les palais la vengeance. 
Méditant un noir dessein. 
Poursuit le roi qui, d'avance, 
Croit voir le fer percer son sein. 
De l'insecte du bocage. 
Vous redoutez peu les coups... 
Allons, gail Gens du village, 
Les rois sont moins heureux que tous. 

Souvent un trône s'écroule, 
On disperse ses débris, 
Et sous les pieds de la foule. 
Tous ses ornements sont flétrit. 



Pour réparer un orage, 
On se cotise chez nous... 
Allons, gail Gens du village, 
Les rois sont moins heureux que vous. 

De leurs ans le cours s'achève : 
C'est l'heure enfin du repos I 
Non I — La tempête s'élève 
Et vient dépeupler leurs tombeaux. 
Vos pères, sous ce feuillage. 
Sont toujours au rendez-vous... 
Allons, gail Gens du village, 
Les rois sont moins heureux que vous. 

M«lMi4 BMichcry. 



JE RIS. 

1846. 

Air du vaudeville L- Roi et le Fermier. 

Les méchants ont le vin maussade, 
Les savants, le vin sérieux, 
Les bavards, le vin ennuyeux. 

Les sots le vin malade 1 
Moi, chaque fois que je suis gris, 
Je ris ! 

Haïr n'est pas dans ma nature, 
Je ne sais pas me courroucer ; 
Que d'autres s en aillent lancer 

La fraude et l'imposture; 
Je les corrige à meilleur prix, 
J'en risi 

Ni les sermons, ni les férules 
Ne nous ont faits plus studieux , 
Si les hommes sont odieux. 

Rendons-les ridicules. 
Pour mieux les vouer au méprit. 
J'en risI 

Que m'importent cet commonittet^ 
Ces apôtres fort peu chrétieni^ 
Réformistes, barnionient 
Ou iibret-écbangitlet I 



f3S 



CHANSONS POPULAIRES. 



Que l'on réfute leurs écrils... 
J'en ris! 

Je n'ai jamais pris à partie 
Les aigles de nos facultés, 
Ni les modernes sommités 

De rhomœopathie ! 
Si leurs malades sont guéris, 
J'en ris ! 

Tous ces nains jaunis par l'envie, 
Gorgés de vols ou de budgets, 
Qu'ils soient brigands dans les forêts 

Ou pachas en Turquie ; 
Qu'ils soient ministres à Paris, 
J'en ris I 

Les dentistes couvrent la France ; 
Nous avons des sorciers plus forts, 
Qui vous font trouver des trésors, 

A dix francs par séance; 
Si les cupides y sont pris. 
J'en risl 

Je ris de loules les folies, 

Je ris des sages tels que nous, 

El (peut-être m'en blàmez-vous?) 

Des femmes trop jolies ; 
Parfois aussi de leurs maris 
Je ris! 

Gavtave liadand. 

Cette chanson est extraite de la nouvelle édition 
des chansons de Gustave Nadaud, Joli volume in-1 8, 
en vente chez L. Vieillot, éditeur, rue Notre-Dame- 
de-Nazareth, 32. Prix : 2 fr. 

La musique est de l'auteur des paroles. 



LE LILAS EST EN FLEURS. 

1838 
Àlii:I.« Cordom,t'iivcm»platL 

L'aquiion fuit. De sa corbeille, 
Flore prépare les bouquets. 



En la voyant tout se réveille: 
Les bois, les prés et les bosquets. (61 
Une fleur hâtive et mignonne 
Se détache de sa couronne 
Pour nous livrer sa douce odeur : 
Leiilasest en fleur! {quater, 

• 

Joyeux garçons, filles vermeilles, 
Suivez vos amoureux penchantâ*, 
Par essaims, comme les abeilles. 
Volez, courez parmi les cbamps. 
Loin de notre' ville enfumée, 
Dans une campagne eipbaumée. 
Du printemps goûtez la primeur; 
Le lilas est en fleuri 

Amis des cours, faites des brigues 
Pour gagner la faveur des rois ; 
L'ambition, par ses intrigues, 
A vos habits place des croix. 
L'ami des champs, dans la nature. 
Trouve une plus simple parure 
Dont Dieu seul est dispensateur : 
Le lilas est en fleur I 

L'hiver dernier, méchante Laure, 
En résistant à mes amours. 
Tu me disais : attends encore, 
Laissons arriver les beaux jours... 
Me seras-tu toujours sévère ? 
Déjà plus douce est l'atmosphère. 
L'herbe ofl're son lit enchanteur, 
Le lilas est en fleur 1 

L'amour fripon, avec adresse, 
Se glisse en nos bosquets fleuris; 
Ce braconnier chasse sans cesse 
Sur les terres de nos maris; 
Aussi, sous d'épaisses charmilles, 
A leurs amants, femmes gentilles 
Disent d'un air provocateur • 
Le lilas est en fleuri 

Tout dépérit et tout succombe. 
Dit un moraliste cbagrio. 



CHANSONS ÉPICURIENNES. 



U0 



Le vieux Saturne, vers la tombe, 
Conduit le monde à son déclin... 
Si tout meurt, tout reprend la yie I 
La terre, avec coquetterie, 
Retrouve au printemps sa fraîcheur. 
Le lilas est en fleur 1 

JwMtM Cmhmtufi, 



LES CHEVEUX BLANCS. 



1839. 



k\K dt PhUoetèU 



O vous, amis, qui comptez par printemps 
Les jours heureux dont se forme votre Age, 
Aimables fous, dans votre voisinage 
On se complaît, on n'a plus que vingt ans. 
Obéissez à votre gaîlé folle ; 
Avec plaisir je la verrai toujours ; 
Mais un instant, suspendez vos discours, 
Les cheveux blancs demandent la parole. 

Et nous aussi, sur nos fronts rayonnants 

Nous avons vu la blonde chevelure. 

S'épanouir, boucler à Taventure 

Et subjuguer les tendrons de seize ans 1 

Célemps n'est plus; mais par bonheur extrême 

L amour survit aux arrière-saisons. 

De ce beau feu ménagez les tisons ; 

Les cheveux blancs n'empêchent pas qu'on aime. 

Quand on est jeune, avec quelle impudeur 
On rit de tout, sans en être plus sage ; 
De son esprit on fait mauvais usage ; 
On est badin, mais on n'est pas frondeur. 
A cinquante ans, cassant la tirelire 
Où notre esprit logea tous les travers, 
On rit à point des sots et des pervers : 
Les cheveux blancs n'empêchent pas de rire. 

Pour écarter les ennuis, le chagrin ; 
Pour lire en beau les pages de la Tie, 
Que faut-il à notre Ame ravie ? 
Un peu d'amour et quelques brocs de Wo. 



Or, le buveur a donc anssi sa gloire? 

Ehl bien, enfants, descendez en champ dos. 
Buvons ensemble, et puis comptons les pots. 
Les cheveux blancs n'empêchent pas de boire. 

Sur les débris du boudoir, du salon. 

Si quelque jour la chanson peut renaître, 

A sa gaîté vous saurez reconnaît^ 

Les souvenirs et l'esprit d'un barbon. 

Le vieux Laujon, de sa voix chevrotante, 

En gais refrains traduisait le bonheur, 

A ses leçons, amis, faisons honneur. 

Les cheveux blancs n'empêchent pas qu'on chanta 

La faux du temps se promène au hasard, 

Et sous ses coups, jeune et vieux, tout succombe. 

On voit passer du berceau dans la tombe 

L'unique espoir du débile vieillard. 

Ce n'est donc pas pour quelque peu de givre 

Que les hivers deviennent désastreux. 

Plus d'un bâton supporte un homme heureux. 

Les cheveux blancs n'empêchent pas de vivre. 



LE PHILOSOPHE AMOUREUX. 

Air : Vimu «vr la moU* verdure. 

L'amour de la philosophie 
Avançait pour moi la saison. 
Où la sombre mélancolie 
S'honore du nom de raison. 

Quelle erreur I dans la solitude 
Je passais les nuits et les jours; 
Ail ! peut-on donner à l'étude 
Un temps que l'on doit aux amours. 

Je vois Thémiret et dans mon âme 
Le sentiment renaît soudain : 
Ses yeux ont allumé la flamme 
Qui vient de réchauffer mon sain 



Ah 1 eommeiit pourrais-Je eneor tirs 
Locke de ses rivaux Taiftqusv t 



140 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je n'écoute plus que Thémire ; 
Ma seule étude, c'est mon cœur. 

Newton, c'est en vain que tu m'ouvres 
Un chemin brillant dans les deux ; 
Les grands secrets que tu découvres 
Sont moins qu'un regard de ses yeux. 

Ah I que m'importe, en un système, 
De trouver l'ordre, la clarté? 
C'est dans le cœur de ce que j'aime 
Que je trouve la vérité. 

Une âme et si belle et si pure, 
Les attraits qui m'ont su charmer, 
C'est pour moi toute la nature; 
Aujourd'hui je ne sais qu'aimer. 

Quel transport 1 quel beau feu m'anime 1 
Quel bonheur pour, moi d'être amant I 
Tout l'essor d'un esprit sublime 
Vaut-il un tendre sentiment? 

L'amour a remonté ma lyre : 
Ce dieu d'Uranie est vainqueur. 
Je ne chante plus que Thémire; 
Tout mon esprit est dans mon cœur. 

Le comte de TresMia* 



ANAXIMANDRE. 

Sous le beau nom d'Anaximandre, 
Chez les Grecs un sage vivait ; 
Chacun accourait pour l'entendre , 
Alhène en foule le suivait. 
La profondeur et la justesse 
Se rencontraient dans ses discours : 
Mais pour plaire au Dieu des amours 
Il faut de la délicatesse. 
L'esprit et les talents font bien ; 
Mais sans les grâces ce n'est rien. 

Le philosophe Anaximandre 
Aux belles offrit son encens : 
Car les savants ont le cœur tendre, 
Et tout philosophe a des sens ; 



Mais les Athéniennes volages 
Rejetèrent ses tendres vœux, 
Et de frivoles amoureux 
Virent préférer leurs hommages* 
L'esprit et les talents, etc. 

Piqué de les trouver rebelles. 
Le sage s'en fut chez Platon. 
Platon était l'ami des belles, 
Et même des rois, nous dit-on. 
Il humanisait son génie ; 
A souper il brillait le soir ; 
Et malgré son profond savoir, 
Il était bonne compagnie. 
L'esprit et les talents, etc. 

« Apprenez-moi, mon cher confrère^ 
Dit le sage disgracié, 
Comment chez vous à l'art de plaire 
Le génie est associé; 
Je veux me former sur vos traces : 
Voire conseil sera ma loi. 
— Eh bienl dit Platon, croyez-moi. 
Mon cher, sacrifiez aux Grâces,» 
L'esprit et les talents, etc. 

Dans une chapelle voisine 
Anaximandre s'en alla : 
Aglaé, Thalie, Euphrosine, 
Sourirent en le voyant là : 
11 fut initié par elles 
Dans leurs mystères enchanteurs ; 
\] revint couronné de fleurs, 
Et ne trouva plus de cruelles. 
L'esprit et les talents, etc. 

La métamorphose soudaine 
Du pédant fit l'homme du jour ; 
Les bonnes-fortunes d'Alhène 
Vinrent l'accueillir tour-à-tour ; 
Et quand il voyait sur ses traces 
Quelque pédant de mauvais ton, 
11 lui disait : « Croyez Platon, 
Mon cher, sacrifiez aux Grâces, m 
L'esprit et les talents font bien ; 
Mais sans les grâces ce n'est rien. 

François ée NeuSékài^m 




Hon cœur an nom d'tmanl 
Pilpilail doueenient. 

ElJ'ippelais djux )«nliment. 
Alors dans la Provence, 
D'une hauie oiiiMnce 
Ud beKU trune homme 4uil, 
Siinl-Ptiar on la nommsil. 
Vin^l an« euit ion l|a ; 
Onoiqoc niive el »ge, 
l'ïcouiiis cet iinaril.,. 
Parlait si 

Ooejeconr 
La»! des riena 1» paitMOM 
L'éloigna de la France, 
Pour lui, Lravani le lorl, 
NBafrageai sur ce boid. 
Le dP*iin m') fit reina; 



CoDMnera d'iui •enliment. bi$. 

TI*I et VaTMrea. 

foamilf wjFt d'un opir(,i(w« ta llit, hhh (w li- 

Irueportrr dint u pièce ti fricc qui tTèil tut 
rtnir te tmle. ri U eul peu de (ucre<. mil|r4 l> 
■HuqgedeHouipjr TnBle-iiiuiipièl.IclKp- 
taabreiaul, leujetd',l(i<i(rBlKpn>pirllM. Ft 
•lire* M Vial 1 U nuiiqBe niiiHiie de Benoo 
«jaul* un chenue k U nuiUre ipirituelle doot U 

K<HM duDHrnu co |>ea de mole l'euljH du 
cestr el de la pitea. 

SeJBl-Phir, genliltHHBe IrBBfalf, 1 peine ido- 



euier uae ■fTéil>le urpriie. Elle ftil IramporlB 
Saint-Pbu (àdgrnii dent le itlloa qui duit lui rap- 
peler leur première rencontre ; U, dci piTuei tÏ- 

■tr de ce iHinheur laatleDdu. le breuiige wpo. 



re fidile i u bei^ 



prodigieui, grice 

cure 1 le made. r 
quciquei pigei el 



Ugrl 



I Appeler la f itteralurf dt bovJùir 
•ec le* PeniT, 1" Birlin el queU 
1 «piiarieei. Hiii finudleci ne i 



pu de tenir laplunK, h milB purt< r«p«e. Il citra 
daiH BD regimenl de huiurdi iiee le gnde de ea- 
piUtH, fil use partie de l> (unre de Sept-AB «I 
obtiBI eBMitï le eomiuBdfiiKBl de l'Ue SelM- 
Lovia, K'Séntgal. UbriTuun, l'tiprilet uBegrâBda 

que BuulOen till rcfu i I Aeidemii, à ne «pooaa 



iheH de u philciupliie Hliriqae. Le Uiolutioa 
rbugt* k p«étc ea boBOH d'tut i il [at depate aa 
Éiiti gtBéruu , quitta la Fruce peu •• MMtnir* 
t la Tcnaat , T niU B 1 1 S , rafril M* sceapalka* 



142 CHANSONS POP 



littéraires, et quoique Agé de soixante-trois ans, re- 
trouva souvent cette imaginaliun vive et ces saillies 
heureuses auxquelles il avait dû jadis ses succès à la 
cour la plus élégaute de l'Europe. 

Il fut aduiis en 1804 à l'Institut, comme faisant 
partie de l'ancienne Académie, et termina, en 1S15, 
à l'âge de soixante-dix-huit ans, une carrière Jotii 
honorable que brillante. 

La musique, de Berton, se trouve notée au N. 708 
de la Clé du Caveau. 



COUPLETS D'ALINB . BEIKE DE MLCONBL 

U reçut au sein de la gloire 

Et les myrtes et les lauriers 
Que les belles ei la victoire 
Tressent pour le front des guerriers. 
En amour ainsi qu'à la guerre 
Il vole à de nouveaux succès; 
11 sait aimer, combattre et plaire, 
C'est vous dire qu il est Français. 

On ne peut nous entendre : 

Je vais lout vous apprendre ; 
Vous promettez d'être discret? 

C'est qu'au fond de leurs âmes, 

Il est en cor des femmes 
Qui savent garder le secret. 

Vive, sensible, un peu coquette, 
Aimant la gloire et les plaisirs, 
C'est à la fois la violette, 
La rose amante des zéphyrs; 
Elle s'emporte, elle s [uiise. 
Soupire et sourit tour-à-tour; 
Elle est en même temps Française 
Et constante dans son amour. 

On ne peut nous entendre: 

Je vais tout vous apprendre ; 
Vous promettez d'être discret? 

C'est qu'au fond de leurs âmes, 

11 est encor des femmes 
Qui savent garder le secret. 

Vlal et ravièrea. 



La musique, de Berton, se trouve notée au N, 1144 
de laClé du Caveau. 



ULAIRE6. 

Là BAGUE DE MA MÈRE. 



Prends l'anneau que je le donne 

Pour que nos cœurs soient liés , 

Si j'avais une couronne 

Je la mettrais à tes pieds ; 

Mais, bêlas I je n'ai rien, ma chère. 

Rien que je révère plus! 

C'est la bague de ma mèrB.« 

De ma mère qui n'est plus:! 



1* 



Elle n'est plus ! mais son âme. 
Soigneuse de mon bonheur, 
Porte de ma vive flamme 
Chaque reQet dans ton cœur. 
Ma douleur est moins amère , 
Et tes modestes vertus 
Me font rêver à ma mère . 
A ma mère qui n'est plus ! 

Prends cet anneau qui m'engage : 
Demain , au pied des auiels. 
Il va devenir le gage 
De nos serments solennels; 
Demain notre amour sincère, 
Dans le séjour des élus, 
Sera béni par ma mère , 
Par ma mère qui n'est plus ! 



i 



I 



La musique, de A Marqueiie, se trouve clM^ 
M Heugel, éditeur, 2 bis, rue Yivienne. 



LE PÊCHEUR BRETON, 

1838. 

Dans tes algues vertes, 
Mer, apporte -moi. 
Des plages désertes, 
Du bois pour mon toit. 
De la poudre sèche, 
Un fusil damasquiné, 



ROMANCES. 



iKù 



Des filets pour ma pèche, 
Un ruban pour mon nouveau-né. 

Le vent a détruit 
Ma pauvre toiture, 
Et dans ma masure, 
II a plu toute la nuit. 
Les douaniers m'ont pris 
Ma poudre et mes fusils ; 
Ils m'ont pris mon filet 
Qui séchait sur le galet, 
Dans tes algues, etc. 

Allons, femme, adieu! 
Je pars sans étoile ; 
Mais je mets ma voile 
A la garde du bon Dieu. 
Tu prieras pour que demain 
Je vous rapporte du pain; 
Et Daniel, s'embarquant, 
Redisait, en s*éIoignant : 
Dans tes algues, etc. 

Mais cette nuit-là, 
La mer fbt mauvaise ; 
Contre la falaise, 
Plus d'un pécheur se brisa. 
Et Daniel ne revint pasi 
Depuis lors, sa femme, hélas! 
Pauvre folle, à présent, 
Chante, en berçant son enfant 

Dans tes algues vertes, 
Mer, apporte-nous, 
Des plages désertes. 
Avec mon époux. 
De la poudre sèche, 
Un fusil damasquiné, 
Des filets pour la pèehe, 
Un ruban pour mon nouvaaiMié. 



,JVbl« ^rMffir.)L«piaBi«rcmi|il«t«C tenfrain 
se Mat pM à» aol, c'mI «mchaai dat càU» ^m J'ti 
essayé de eamtimmn, 

La masiqua, da MDa Ldba Pofat, sa tnmm 
M. J. Maiaaoïaiar, éditeor, 22, ma DaapUaa. 



LA DAME BLANCHE. 



D'ici voyez ce beau domaine 
Dont les créneaux touchent le ciel ' 
Une invisible châtelaine 
Veille en tout temps sur ce castel. 
Chevalier félon et méchant. 
Qui tramez complot malfaisant, 

Prenez garde ? 
La dame blanche vous regarde, 
La dame blanche vous entend. 

Sous ces voûtes, sous ces tourelles. 
Pour éviter les feux du jour, 
Parfois gentilles pastourelles 
Redisent doux propos d amour. 
Vous qui parlez si tendrement. 
Jeune fillette, jeune amant, 

Prenez garde ! 
La dame blanche vous regarde, 
La dame blanche vous entend. 

En tout lieu protégeant les belles 
Et de son sexe ayant pitié. 
Quand les maris sont infidèles, 
Elle en avertit leur moitié. 
Volage époux, cœur inconstant. 
Qui trahissez votre serment. 

Prenez garde! 
La dame blanche vous regarde, 
La dame blanche vous entend. 



La nraslqtta , da BoTeldlea, sa trevTe noCtfa 
M. 201S da la Clé da CaTe«a. 



ESMÉRALDAa 



JenIsU Bohémieuiti 
AiB léger taraboorit, 
Et j'attends que Ton vienne 
Bcootar mon reMùf 



aJ^ 



i44 



CHANSONS POPULAIRES. 



L 



Les jeax et la folie 
Embellissent la vie, i .^ x 

Pour avoir d'heureux jours ' ^ 
Chantons, dansons toujours !^ 

Dès ma plus tendre enfance, 
Le ciel veille sur moi, 
J'ignore ma naissance, 
Mais en mon sort j'ai foi. 
On m'a dit qu'à ma mère, 
J'étais pourtant bien chère. 
Oh! j'espère être un jour 
Rendue à son amour! 
Je suis, etc. 

Je n'ai plus de famille, 
Je n'ai plus de parents, 
Mais on me dit gentille 
Et j'ai quelques talents. 
Brune est ma chevelure 
Et je danse en mesure, 
Eblouissant les yeux 
Par mes pas gracieux ! 
Je suis, etc. 

Venez donc, je vous prie, 
Voir ma chèvre aux pieds d'or, 
Blanche, vive et jolie. 
Et qui vaut un trésor. 
D'Jalie pourra vous dire 
Si pour vous o^ soupire, 
Et comment votre cœur 
Trouvera le bonheur. 

Je suis la Bohémienne, 
' Au léger tambourin. 
Et j'attends que l'on vienne 
Écouter mon refrain : 
Les jeux et la folie 
Embellissent la vie, 
Pour avoir d'heureux jours 
Chantons, dansons toujours. 

CreTel de Ckarlemagae. 



[bis.) 



La mvsiqtte , d'Alb«rt OriMr, se trouve chez 
M. Edmond Mayaad, éditeor, bouler. detiUUeiif , 7. 



GUIDO ET GINÉVRA. 



Pendant la fête une inconnue 

Vint l'an dernier charmer ces lieux. (6< 

Depuis ce jour sa douce vue 

Remplit mon cœur, remplit mes yeux. (1 

Quand sur ces monts vint la nuit soml 

Elle partit, je l'implorai ; 

Quand sur nos monts vint la nuit som 

Elle partit, je l'implorai ; 

Hélas 1 elle a fui comme une ombre, 

En me disant : Je reviendrai. 

En me disant : Je reviendrai. 

Hélas 1 elle a fui comme une ombre, 

En médisant : Je reviendrai, 

Quand sur nos monts vint la nuit som 

Elle partit, je l'implorai. 

Hélas! elle a fui comme une ombre, 

En me disant : Je reviendrai. 

Sa naissance... je l'ignore, 
Sans la connaître je l'adore. 
Espérant son retour, je compte les instants, 
Et tout à mes regrets depuis lors je l'attends. 
Souvenir plein d*ivresse,ô moment trop heur» 
Ici même en ces lieux ma main serrait la siei 
Je tremblais, un nuage obscurcissait mes y 
Et devinant ma peine avec un doux sourir< 

[ j'ai cru voir les cic 
Elle m'a dit à la fête prochaine. 
bonheur ! aujourd'hui vous voyez si je ] 
Même pour un trésor m'éloigner de ces lieu 

Hélas! si Dieu, trompant mon rêve, 
Ne la rend pas à ma douleur, (bis 
Si pour jamais il me l'enlève. 
Plutôt la mort qu'un tel malheur, (bi 
Ces lieux si ctiers à mon enfance. 
Oui, pour jamais je les fuirai. 
Ces lieux si chers à mon enfance, 
Oui, pour jamais je les fuirai. 
Mais, non, je garde une espérance, 
Car elle a dit : Je reviendrai ; 
Car elle a dit : Je reviendrai. 
Mais, non, je garde une espérance ; 
Car elle a eût : Je renendrai. 



ROMANCES. 



«4S 



Ces lieux si chers à mon enfance, 
Oui, pour jamais je les fuirai. 
Mais, non, je garde une espérance. 
Bile m'a dit, oui, elle m'a dit : Je reviendrai I 



SIcf 11m. 



Giddo et Ginévra, opéra en 4 actes, en Tenta chex 
If. Trene, éditeor, 2 et 3, galerie de Chartres, 
Palais-National Prix : 1 fr. 

La mnslqae, de F. Halery, se trouve notée an 
N. 3136 de la Qé du Cayeaa. 



L^AMOUR AU VILLAGE. 



1809. 



àiMi De Cet 



vifêi mmiabu 



A l'âge heureux de quatorze ans, 
Colette, belle sans parure, 
Tenait, comme la fleur des champs. 
Tous ses attraits de la nature. 
Ce n'était point Flore ou Cypris, 
Mais Colette... pas davantage. 
On l'eût adorée à Paris, 
Elle fut aimée au village. 

Parmi les bergers d'à l'entour, 
Lucas, pour l'aimable fillette. 
Sentait augmenter chaque jour. 
Au fond du cœur, flamme discrète. 
U dit enfin, d'amour épris : 
« Je t'aime bien... » pas davantage. 
On l'eût trouvé bète à Paris, 
Il n'était que simple au village. 

-Bientût Lucas eut le bonheur 
D'être aimé de la bergerette; 
Et, pour gage de son ardeur. 
De fleurs orna sa collerette. 
Un seul baiser en fut le prix. 
Un seul baiser... pas davantage. 
C'eût été bien peu^ans Paris, 
Mais c'était beaucoup au vttlafe. 



De la ville un riche seigneur 
Dit à Colette : « Aimable brune. 
Aujourd'hui donne-moi ton cœur, 
Et demain je fais ta^fortune. « 
Elle répond : « Mon cœur est pris ; 
J'aime Lucas... » pas davantage. 
Elle eût été riche à Paris, 
Elle fut heureuse au village. 



La musique, de Bomagnesi, se trouTe notée au 
N. 17&8 de la Clé du Careau. 



RETOUR EN HELVÉTIE. 

4S84. 

Arrêtons-nous ici... l'aspect de ces montagnes 
D'ivresse et déplaisir fait tressaillir mon cœurl 
Un instant de repos dans ces vertes campagnes 
Nous rendra sur-le-champ notre première ardeurf 

Vallons de l'Helvétie, 

Objet de mon amour, 

Salut, terre chérie 

Où j'ai reçu le jour 1 
A l'étranger un pacte impie 
Tendait et mon sang et ma foi; 
Mais à présent, ê ma patrie 1 
Je pourrai donc mourir pour toi, (6m.) 
Je pourrai donc (6ù) mourir, mourir pour toil 

Entendez-vous, entendez-vous. 

Ces airs si touchants et si doux. (6if.) 

Chant de nos montagnes 
Qui fais tressaillir, 
Toi, de nos campagnes. 
Vivant souvenir. 
Ta douce harmonie, 
Tes sons enchanteurs 
Rendent la patrie 
Présente à nos eœara, . 
Rendent la patrie 
Présente» prieeote à nw eonii. 



146 



CHANSONS POPULAIRES. 



Auprès d'autres mattres 
Qu'il nous faut servir, 
Si tes sons champêtres 
Viennent retentir; 
La douleur nous gagne, 
11 nous faut mourir, 
Ou vers la montagne 
Il faut revenir. 

Chant de nos montagnes 
Qui fais tressaillir, 
Toi, de nos campagnes, 
Vivant souvenir. 
Ta douce harmonie. 
Tes sons enchanteurs 
Rendent la patrie 
Présente à nos cœurs, 
Rendent la patrie 
Présente, présente à nos cœurs. 
Rendent la patrie 
Présente à nos cœurs, 

La patrie 
Présente à nos cœurs, 

La patrie 
Présente à nos cœurs I 



(W..) 



Seribe et Méimivllle. 

Lm Chalet, opéra-comique en 1 acte, en vente chez 
M. Tresse, éditeur de la FraMé DramaUquêf dtt 
Maçasin Théâtral, Palais-National, galerie de CUar- 
ties, 2 et 3. Prix : 60 cent. 

Masiqae d'Adolphe Adam. 



JUIVE ET CHRÉTIEN. 



18M. 

f 

Brune fille, ô toi que j'adore, 
A genoux, je veux te bénir ; 
Vois, je meurs et, si jeUbe eneom, 
Sara, que vas-tu devenir? 
Viendras-tu prier sur la pierre. 
Qui doit me cacher à tes yeux T 
Mais d'une juive la prière, 
Hélas I n'arrire pas aux cieax. 



kw».) 



Que ma croyance soit la tienne, 
Fille des déserts, viens à moi ; 
Ma main peut te faire chrétienne; 
Sois enfant d*une sainte loit 
Regarde, le soleil s'incline, 
Pour baiser ton front gracieux, 
Et la brise de la colline 
Portera ton serment aux cieux. 

Enfant dlsraCl, goutte à goutte 
Reçois l'eau qui baptisa Dieu : 
Ton nom s'efface, une autre roule 
S*ouvre pour toi ; chrétienne, adieu î 
Qu'une croix, sur ton sein placée, 
Soitton guide mystérieux... 
Ne pleij^epas, ma fiancée, 
Nous nous retrouverons aux cieux. 

Je garde la foi de mes pères ; 
Chrétien, en mourant aujourd'hui, 
Tu vas où sont allés mes frères... 
Dieu nous reçoit tous près de lui I 
Mais ton front sous ma main se glace 1... 
Tu me laisses seule en ce lieu 1 
Là-haut tu vas garder ma place; 
Dieu pour tous a créé les cieux. 

■me Clara rrsMela Molard. 

La musique , d'Adolphe Vogel, se trouve ches 
If. Hengel, éditeur, 2 bii, rue YiTienne. 



LES YEUX BLEUS. 

1844. 

Tes deux jolis yeux 
Rleus comme les deux, 
Tes deux jolis yeux 
Ont ravi mon âme; 
De tes jolis yeux 
BleuB comme les cieux 
La céleste flamme 
A FMFi mes yeux. 



k 



ROMANCES. 



> 



Ul 



Par un seul mot V^me est ravie, 
Le cœur ému doane sa foi, 
Un regard peut troubler la vie, 
Et ton regard brilla sur moi. 
Ah! 
Tes deux jolis yeux, etc. 

Tu veux savoir, savoir sans cesse, 
Dans tous les lieux où tu a es pas, 
Pourquoi la crainte et la tristesse 
Voient soudain devant mes pas. 
Ahl 
Tes deux jolis yeux, etc. 

Ënlin, tu veux savoir encore 
Pourquoi je change en te voyant, 
Pourquoi mon front se décolore, . 
Pourquoi mon cœur est tout tremblant, 
Âhl 

Tes deux jolis yeux 
Bleus comme les cieux, 
Tes deux jolis yeux 
Ont ravi mon âme ; 
De tes jolis yeux 
Bleus comme les cieux 
La céleste flamme 
A ravi mes yeux. 



Miatqpiràttant ▲naad. 



LA PAUVRE VIEILLE PLEURA. 

lSi7. 

Vous qui revenez de l'armée, 
N'auriez-vous pas connu mon filsT... 
Hélas ! de chagrin consumée. 
Loin de lui je souCTre et vieillis!... 
Oh ! dites, faut-il que j'espère? 
Parlez, et Dieu vous bénira... 
D'un mot, consolez une mère... 
Et la pauvre vieille pleural (6it.) 



Je me souviens, malgré mon âge, 
Que lorsqu'il s'éloigna d'ici, 
Les jeunes filles du village 
Et les mères pleuraient aussi... 
Souffrant sans le faire paraître. 
Lui, sur son- cœur, il me serra... 
Maintenant il est mort peut-être... 
Et la pauvre mère pleural (bis.) 

Votre fils, dit le militaire. 

N'est point mort, j'en jure ma foi. 

Je le connais, son nom est Pierre : 

U est lieutenant comme moi... 

Calmez voire douleur amère ; 

Ohl j'en suis sûr, il reviendra... 

Il est ici... voyez, ma mèrel... 

Et la pauvre vieille pleural (bU,) 

B. BaratesH. 

La BHHiqiie, et Mme Daduunbfe, m trouTe, à 
Paris, chez Bi. Dumoucbel, éditeur, rue Neuve-Vi- 
Tienne, 36w 



DOMINO NOIR. 

I8S6. 

Domino noir, à la taille élégante, 
Aux mouvements nobles et gracieux. 
Que lu me plais, que ton esprit m'enchante, 
Que tesaccent*- sont purs, délicieux! 

Ah I déjà même. 

Crois-moi, je t'aime, 

D'amour extrême, 

Domino noir. 

Combien j'admire, 

Dans mon délire. 

Ton doux sourire I 

Laisse- toi voir. 

Quel pied mignon, quelle fine ehevflle. 
Quelle main blanche et quels doigts effilés! 
Et sous ton masifuc, 6 comme ton œil brille. 
Quelscheveux lil mds,jBoyeux et bien bouclés. 
Ahl déjà même, ete. 



UB 



CHANSONS POPULAIRES. 



Qui que tu sois, eniyrante sirène, 
Sans te connaître., accepte ici ma foi. 
Vers toi, je sens un charme qui m'entratne I 
Qui donc es-tu T — ^Tiens, regarde : c*est moi t 

Bonheur suprême. 

Oh 1 oui, je t*aime • 

D'amour extrême, 

Domino noir. 

Combien j'admire. 

Dans mon délire. 

Le doux sourire 

Que j'ai pu voir I 

La mnsiqae, cPÉtienne Merle, se troare chez 
M. ChaUlot, me SaintpHonoré, 362. 



PRÈS D^UN BERCEAU. 

1843. 

Gomme un pêcheur quand i*aube est près d'éclore 

Court épier le réveil de l'aurore, 

Pour lire au ciel l'espoir d'un jour serein. 

Ta mère, enfant, rêve à Ion beau destin. 

Ange des cieux que seras-tu sur terre? 

Homme de paix, ou bien homme de guerre? 

Prêtre à Tautel, beau cavalier au bal? 

Brillant poète, orateur, général ?... 
En attendant, sur mes genoux, {tk' \ 
ange aux yeux bleus, endormez-vous. ) ' 

Son œil le dit, il est né pour la guerre. 
De ses lauriers comme je serai Gère : 
Il est soldat... le voilà général ; 
Il court, il vole, il devient maréchal. 
Le voyez-vous au sein de la bataille. 
Le front radieux, traverser la mitraille? 
L'ennemi fuit, tout cède à sa valeur : 
Sonnez, clairons I car mon fils est vainqueur: 

En attendant, sur mes genoux. 

Beau général, endormez-vous. 

Mais non, mon fils 1 ta mère, en ses alarmes. 
Craindrait pour toi le jeu sanglant des armes. 



Coule plutôt tes jours dans le saint liea, 
Lo(n des périls, sous les regards de Diec 
Sois cette lampe à Tautel allumée, 
De la prière haleine parfumée ; 
Sois cet encens qu'offre le Séraphin 
A rËternel avec Thymne divin I... 
En attendant, sur mes genoux, 
Mon beau lévite, endormez-vous. 

Pardon, mon Dieu! dans ma folle tendresse, 
J'ai de vos lois méconnu la sagesse : 
Si j'ai péché, n*en punissez que moi ; 
J'ai seule, en vous, Seigneur, manqué de foi. 
Près d'un berceau le rêve d'une mère 
Devrait toujours n'être qu'une prière : 
Daignez, mon Dieu, choisir pour mon enfant . 
Vous voyez mieux, et vous l'aimez autant. 
Et toi, mon ange, aux yeux si doux. 
Repose en paix sur mes genoux. 

IVelleiueaC. 

La musique, d'HippoIyte Louel, se troave ches 
M. Heugel, éditeur, 2 bit, rue Vivienne. 



UN AVEU. 



iS40. 

Ne me refuse pas, oh I je t'aime, Marie! 
Cent fois plus que le jour, cent fois plus que la vie, 
Je t aime de l'amour dont on aime les cieux. 
J'aime ton front si doux, j'aime ta voix si pure. 
J'aime tes blonds cheveux, ta modeste parure 
Et l'azur de tes yeux. 

Si tu voulais m'aimer de cet amou;*de femme ^ 
Qui natt avec la vie et ne meurt qu'avec l'àme; 
Situ voulais m'aimer, ohl je t'adorerais. 
Et plus tard,Bur ton front quand viendraient les années 
Cesmomentsde bonheur,ces heureusesjournées{ 
Ohl je te les rendrais 

Si tu ne peux m'aimer, laisse-moi, jeune fille, 
Adorer l'éclat pur de ton œil bleu qui brille» 




LA BATELIÈRE DE SEIZE ANS. 

IS3P. 

Jeune bsleliËre, 
Batelière de seiie Mil, 
Je suis pauvre et sans parents. 
Heureuse encor : car j'ai l'amour de Pierre, 
Cet amour, c'est mon seul bien 

Sur cette terre, 
El, je le jure, il n'est rien, 
Non, it n'est rien que mon ccenr lui préfère. 
Ile dira qui voudra: 
Gentille batelière, 
C'est Pierre, toujours Pierre. 
Que mon cœur aimera. 

Partout j'eulendsdire, 
J'euteods dire chaque jour, 
l)ue chacun change en amour-. 
Abl de l'amour peut-on ainsi médire 1 
Pour moi, mon cœur a choisi. 

C'est pour la vie. 
J'aime Pierre, il m'aime aussi, 
Nous marier, c'est tout ce que j'envie... 
He dira qui voudra, etc. 

L'autre jour encore, 
En passant dans mon bateau, 
A la dame du château, 
L'n beau monsieur disait : Je vous adure. 
La belle dame a souri. 



Elle a 



e l'ai biei 



a pourtant un mari... 
Moi, dame Pierre une fois devenne... 
He dira qui voudra: 
Genlille batelière, 
C'est Pierre, toujours Pierre, 
Que mon cœur aimera. 



LA JEUNE MALADE et LES HIRONDELLES. 

I83S. 

Am du Simmtlear. (L. FetleaD). 

Je vous Tais un dernier adieu, 
Oiseaux qui désertei nos rives; 
L'automne, à ma poitrine en feu. 
Fait sentir les douleurs plus vives. 
La mort vient avec les autans 
He couvrir d'ombres .éternelles ; 
Vous ne reviendrei qn'au prlntempi; 
Adieu, timides hirondelles. 

Le sourOe qui vous Tait partir 
Agite et corrompt le feuillage; 
Je le vois tomber, se flétrir. 
Comme les Heurs de mon bel ige. 
Là-bas, de verdojants coleaui 
Attendent vos ardeurs nouvelles; 
Moi, j'attends le froid des tombeaux ; 
Adieu, Uroides hirondelles. 

Enfant, m'a dit un saint vieillard. 
Vivre est un feu qui nous épure; 
La cendre reste et l'ftme part 
Aux champs que la lumière asure. 
Oiseaui, ignorei cette loi; 
S'il nous survit des étiocellei. 
Je doute. Oclell pardonnes-moi; 
Adieu, timides birondelles. 



Dieu vous préserve d« malhean; 
Partes, «gUet vojagaoict. 



250 



CHANSONS POPULAIRES. 



Sur des bords émalllés de fleurs, 
Arrivez promptes et joyeuses. 
Quand les zéphirs dans nos climats 
Sembleront rentrer sur vos ailes, 
J*aarai péri sous les frimas. 
AdieUy timides hirondelles. 



LaNniuiqae, de Louis Fctteau, se trouve chez 
L. Vieillot, éditeur, 32, r. Notre-Daine-de*Nazareth. 



LA VALSE DANS LA PaAIRIE. 



i84S. 

AUX doux accords de ta valse chérie, 

Valsons, ma sœur. 

Valsons, ma sœur. 
Foulons l'herbe fleurie ; 
Au vent du soir qu*embaume la prairie , 

Valsons, ma sœur, 
Je suis heureux, heureux de ton bonheur I 

Celle que j'aime tant, ma sœur, elle a ton âge. 
Visage 
Aux traits pleins de fraîcheur. 
De grâce et de candeur. < 
Sur son front de seize ans, jamais aucun nuage, 
Image 
Qui ravirait les yeux 
Des anges dans les cieuxl 
Aux doux accords, etc. 

A l'en croire, ma sœur, parfois dans mon délire. 
Ma lyre 
A d'harmonieux soi», 
De naïves chansons. 
A cet air, bien souvent, j'ai surpris son sourire 
Medh*e : 
Comme le tien, ma sœur, 
Cet air plaît à mon canr. 
Aux doux aceords, etc. 



Mes chagrins près de toi, ma sœur, je les onh 
LaTÎe, 
Ifalgré tous mes regrets, 
Âpour ny)i des attraits. 
Oui, malgié l'espérance, hélas I qui m'est ra^ 
Marie, 
Ici, mon triste cœur 
Croit encore au bonheur. 

Aux doux accords de ta valse chéMe, 

Valsons, ma sœur, 

VakoQS, ma sœur. 
Foulons l'herbe fleurie; 
Au vent du soir qu'embaume la prairie. 

Valsons, ma sœur, 
Je suis heureux... heureux de ton bonheu 



La musique, de l' antear des psroleSp se ttooTe 
chez M. Schonenberger, 1$, booleTSct Poinoaaièes 



MALHEUR A TOI. 

iS86. 

Oui, j'ai reçu tes serments, ta douleur. 
Le cri de guerre a frappé la montagne; 
Mais jure encor par la vierge d'Bspagne 
De me garder ton amour et ton cœur, (bù 

C'est que moi je t'aime 

Comme un bien suprême, (6li 

Autant que mon Dieu; 

Puisse en mon délire. 

L'espoir me sourire, {Irii 

An dernier adieu I 

Jure-le-moi, par ta mère au tombeau. 
Fier Catalan, la vengeance m'appelle : 
Mais je promets, si turesles fidète, 
A Notre-Dame un glorieux drapeau. (M 
C'est que, etc. 

Oui, par ce fer jure-moi bien ta foi. 
Sur mon eoan&er je Toleà la TidoiEQ^ 



ROMANCES. 



•M 



Bt si jamais ta ternissais ma gloire : 
Yois ce poignard! malheur, malheur à toi 1 {bis.) 
C'est que moi je t*aime 
Comme un bien suprême, [bis.) 

Autant que mon Dieu; 
Puisse en mon délire, 
L'espoir me sourire, (bis,) 

Au dernier adieu ! 



La moilqiie, d« IC le eomte d^Adhémar, se tronre 
cbes If. A. Orai, édtUvr, 81» boolerart Boone-Nou- 
▼aUc 



BEAU CIEL DE MA PATRIE. 



i8S4. 

Beau ciel de ma patrie. 
Enfin je te revoi, 
Les peines de ma yie 
Ne sont plus rien pour moi. 
D*amour et d'espérance 
Je sena battre mon cosur... 
Salut ! 6 belle France, 
Ta me rends le bonbear ! 



J'aperçois le Yillage 
Où j*ai reçu le jour, 
Tentends sur le rivage 
Mes doux refrains d'amour ! 
L*ofaJel de ma constance 

(M'a conserré son coeur 
Me garde encor son corar. 
Silotl 6 bille France, 
Tu me rends le benlisor f 



Yoici llmmble diaamière 
Oà, loin des enriem, 
Je vais, près de nmn pèrs, 
CSoaler des joon beoreaz. 



Les tourments de Habsence 
rfattrisCent plus mon cœur. 
Salut I ô belle France, 
Tu me rends le bonheur I 

■<• Crevel de Charl 



La mnsiqae, de A. Piaatwn, te tn^wthn If. B» 
ICayaad, 7, baolerart des Italieai- 



ADIEU, VENISE. 

iS4i. 

Adieu, Venise 
Mon beau pays. 
Terre promise^ 
Doux paradis. 
L'âme meurtrie 
Si, loin de toi, ' 

Je m'expatrie, 
Pardonne-moi! 

Canaux où ma frêle gondols 
Glissait conduite par l'espeir» 
Les accords de ma barcaroUe 
Ne TOUS troubleront plus le soir* 
Adieu, Venise, etc. 

Toujours saint Marc et la MadoMF 
Ont protégé le gondoUer, 
Et pourtant Biaoea m'abandonne» • 
Je pars afin de l'oublier. 
Adieu, Venise, etc. 

Bianca, la noble patricienne. 
De mon amour cueillit la fleor, 
Mais la signora, riche et Tslee, 
D'un mot a brisé mon bonhsor* 
Adieu, Veniss, ele. 

Adieu donc, 6 ma belle tOle, 
ToA frais Udo, tes UancspataK 



5Î 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je quitte tout, je fuis TasUe 
Qa'habite celle qae j*aimait. 

Adieu, Venise 
Mon beau pays, 
Terre promise, 
Doux paradis, 
L'âme meurtrie, 
Si, loin de toi, 
Je m'expatrie. 
Pardonne-moi I 

B. ««la. 

La mnilqae » de E Merle, se trouTe, à Paris, 
diexM. Chslliot, éditeur, rue 8aint>Honoré, S62. 



A JEUNE FILLE DE SORRENTE. 

18S9. 

11 est une fille. 
Mignonne et gentille 
Dont l'œil noir qui brille 
Séduirait un roi 1... 
Celte fleur charmante 
Qu'admire Sorrenle, 
Que partout on vante, 
C'est Minna, c'est moi ! 

Aimable Italie, 
Ma belle patrie, 
A toi pour toujours, 
Meâ vœux, mes amours ! 

Si dans nos campagnes 
Je suis mes compagnes, 
Du fond des montagnes 
L'on accourt me voir. 
Suis-je en ma gondole? 
Maint seigneur frivole 
De sa barcarolle 
Me poursuit le soir t 
Aimable Italiiiy etc. 



Tous, m'olTrant leur tète. 
Croix d'or et dentelle^ 
Me disent : Ma beUe, 
Règne aurmon eœur. 
Non, non, sur la terre. 
Un seul peut me pialre. 
Et c'est mon vieux père^ 
André, lepêcbeur! 

Aimable Italie, 
Ma belle patrie, 
A toi pour tonjourSi 
Met vœux, mes amours! 

I«. €rev«l die Cksrl < 



La musique, de Camille Schubert, ta trouv* elM 
H PiUlpp, éditeur, bonlevart des Italteas, 1^ 



CORSAIRE ET GONDOLIE 



iSiS. 

Beau gondolier, pourquoi pleurer sam ces 
Pourquoi pleurer et te plaindre toujoars 
Si le destin t'a ravi ta maltresse, 
Ne sais-tu pas qu'il est d'autres amours ? (£ 

Vois l'Océan, vois cette immense plaine 
Où chaque jour j'appelle le danger; 
C'est ma patrie à moi, c'est mon domaine 
Mon soi natal sous un ciel étranger. 
Là, sur son bord, le corsaire intrépide 
D'un fier regard fait trembler l'univers; 
Fixant toujours l'étoile qui le guide. 
Brave les cieux et le courroux des mars. 
Beau gondolier, etc. 

Veux-tu quitter ta gondole légère 
Pour ce vaisseau que tu vois dans le porti 
Là je suis roi, là flotte ma bannière; 
Là mon refrain, c'est ie droit du plus fort 



ROMANCES. 



ftBt 



Et s'il te faat une eielaTe soumise, 
Je puis encore, ami, te la donner; 
Elle est à moi, c'est ma part d'une prise. 
Viens... ses beaux yeux pourront te consoler. 
Beau gondolier, etc. 

Laisse, crois-moi, dormir en paix ta belle ; 
Ma barque est là, pourquoi tarder encor T 
Sèche tes pleurs, la fortune t'appelle, 
Demain, demain^ de la gloire et de l'or I 
Tiens, suis mes pas, déjà ton front rayonne ; 
L'espoir enfin a ranimé ta foi, 
Plus de regrets, partage ma couronne. 
Console-toi, frère, console-toi. 

Beau gondolier, pourquoi pleurer sans cesse? 
Pourquoi pleurer et te plaindre toujours T 
Si le destin t'a ravi ta maîtresse. 
Ne sais-tu pasqu*il est d'autresamoursT (ter.) 



LamoAiae, de Taiiteor det ptrolet} te trouTe 
ehes M. Mebtonnier fllt, éditeur, me Danphine, 22. 



LA QUÊTEUSE. 



lS4i. 

ÂTez-YOus connu Panchette, 
La filleule du Seigneur, 
Qui, les jours de grande fête, 
Allait quêter pour le malheur? 
Ahl qu'elle était joliette. 
Frais mino|;i et blonds chereuxl 
Et chacun nommait Fanchette 
La quêteuse aux joUs yeux ; 

Ahlahlahl 
Jamais on ne refusait, 

Ahl ahlahl 
Quand sa douce Toix disait : 

A Panchette, 

Pour la qnêity 



Donnez, donnez sans regret, 

Nobles dames. 
Bonnes âmes. 
Pour les pauvres, s'il vous platt ! 

Un beau jour, elle s'arrête 
A la porte d'un castel, 
A firapper elle s'apprête, 
En invoquant tout bas le ciel ; 
Mais à sa voix suppliante 
L'intendant répoftd soudain : 
« Yite hors d'ici, mendiante I 
Et passez votre chemin ; » 

Ahlahl ahl 
Ah I combien elle tremblait, 

Ahlahlahl 
Et pourtant sa voix disait : 

A Fanchette, etc. 

Sous les pleurs, brillaient ses charmes 
Le Seigneur passe en ces lieux, 
Quoil l'on fait couler tes larmes, 
ma quêteuse aux jolis yeuxl 
Mais de ce riche domaine. 
Le témoin de ta douleur. 
Je veux que tu sois la reine. 
Toi la reine de mon cœur I 
Le lendemain à Féglise, 
Les pauvres avaient de l'or, 
Car la nouvelle marquise 
A sa cour disait encor : 

A Fanchette, 

Pour la quête. 
Donnez, donnez sans regret. 
Nobles dames. 
Bonnes âmes. 
Pour les pauvres, s'il vous plaitt 



La wuftqe«,d« Mlle LOm Pafet, te trowt ete 
M. HMftl, MHmv, 3 Mf, ne VtttoaM. 



«54 



GHANS0198 POPULAIRES. 



AIME-MOI BIEN. 

1818. 

Aime-moi bien, je t'en conjure, 
Je n*ai plus foi que dans ton cœur, 
Le baume guérit la blessure 
Et l'amour guérit la douleur. 
Laisse-moi Tespoir qui m'enirre. 
C'est là mon unique soutien, 
Et pour m'aider encore à virre 
Aime-moi bien, aime-moi bien. 



{(bis,) 



Aime-moi bien, car, dans ce monde, 
n ne me reste, tu le sais. 
Ni mère, ni sœur qui réponde 
Par une larme à mes regrets ; 
Gloire, avenir, amis, famille, 
Pauvre exilé, je n*ai plus rien 
Que ton amour, ô jeune fille 1 
Aime-moi bien, aime-moi bien. 

Aime-moi bien, ô ma chérie 1 
Et pour payer tout ton amour 
Je te consacrerai ma vie 
Et mes pensers de chaque jour; 
Je t'aimerai comme une mère. 
Et ton nom à côté du sien 
Sera placé dans ma prière... 
Aime-moi bien, aime-moi bien. 



Je t'aimerai comme l'abetUe 
Aime la fleur où gît le miel. 
Comme l'oiseau, l'aube vermdlle. 
Gomme l'étoile aime le del; 
le t'aimerai, ma toute pure. 
Gomme ton bon ange gardien, 
Mais à ton tour, je t'en conjure. 
Aime-moi bien, aime-moi bien. 



}(W..) 



I<a mnMque, de E. Merle, ee trouTe, à Parii , 
IL ChaUiot, éditeur, nieSidntpHoiioié»a6a 



LE HOCHET. 

1842. 

Prête-moi ton hochet, il vaut mieux que les autres 
Tiens, ma fille,jouons, jouons toutes les deux... 
Mescfaagrins 8ontàmoi,tesjouets8ontleftii6tR8. 
Au bruit de tes grelots je m'étourdirai miMix. 

C'estlui,dans ton berceaujui seul qui foît ta joie. 
Bienplusenfantque toi, j'ai, dansmonfol espoir, 
Cru tromper mes ennuis par des réseaux de soie, 
Des perl8,dsrubans,desfleurs,descollier8d'orl 
Prète-moi, etc. 

Tout n'est qu'illusion, toujours trop tôt ravie... 
Tout espoir, tout désir, dure moins qu'une #eQr. 
Gloire, fortune, amour, amitié I... Dans la vie 
Toutcharmeestdécevant,toutplai8ire8t trompeur 
Prête-moi, etc. 

Tout le reste, à jamais, pour lui je l'abandonne... 
Si demain j'étais reine... entends^u, mon trésor. 
Je voudrais déposer le sdSptre et la couronne 
Devant tes petits pieds... et je dirais encor 
Prête-moiy etc. 

Oui, prète-moi souvent ta gentille clochette. 
Et pour me consoler et pour me prémunir... 
Je veux matin et soir l'emprunter en cachette... 
Et toi, ma fille, et toi I plus tard, pour l'avenir I . .« 

Garde bien ton hochet! il vaut mieux quelesautres 
Ta fille et toi, peut-être un jour, toutes les deux^ 
Vos plaisirs, voscbagrinSySerontcommelesnôtres 
Aubruitdecesgrelotsoas'étourdit bien mieux!,.; 

p. de C«ar«y. 

La maelque, de L. Qapinon, setroare, à Perii, 
elles M. Meinonnler file, éditeur, 22, nie DaaphJne. 



LE BON CURÉ. 

1848. 

C'était un curé de campagne ; 
n donnait jusqu'à 88»^ habita». 



ROMANOn. 



Dtent qoe ee qtfun pasteor gagne 
Doit revenir à 866 brebis I 
RnfimlB, Tiefllards eonrbés par l'ftge, 
De tom il était yénéré. 
Dans Saint-Agnan, paurre village, i ^^ j 
Yiyait ce bon cnré I f 

Dans son église, le dinanche, 
n priait... que chacun priât ; 
Et puis, sous l'arbre qui se penche, 
D voulait, le soir, qu*on dansât... 
Parfois même, au bal, sous rombrage, 
Il venait, m'a-t-on assuré... 
Aussi chacun dans le village 
Aimait ce bon curé 1 



Répandant sur chaque sooilranee 
De la Bible le divin miel, 
n'avait qu'un mot : tolérance I... 
Et certes, c'est un mot du ciel 1 
Au faible il rendait le courage ; 
L'espoir au cœur déaeapéré... 
Ah I croyez-moi, tout le village 

Aimait ce bon curé 1 
Oui, croyez-moi, tout le village 

Aimait ce bon cuté I 



Mais vient un jour où Dieu rappelle 
Ceux qu'il a nommés ses élus. 
Ce jour vint, de gloire éternellal 
Le saint pasteur n'existait plus t 
Une croix marque son passage 
Aux lieux où les cœurs Font pleuré... 
Oui, ce jour-là, tout le village i /^ j 
Pleura ce bon curé! J 



Là mntÊqm; àéV^ HmtIm, 
lombier, éditonr, me VivinM, S. 



tetnwrtclMsIl G»- 



JE SUIS làZZAROTIE. 



1845. 

Moi, joyeux lazsarone. 
Sans sceptre ni couronne» 
De père en fils je trône 
Sur les pavés du roi !... 
Je n*ai rien en ce monde; 
Mais Tair pur qui m'inonde, 
Le ciel, la mer profonde. 
Tous ces biens sont à moi!.*. 
Oui, je suis lazzarone, 
Tout comme un autre est roi I 
Oui, je suis lazzarone. 
Tout oonune un autre eei roil 

Moi, pauvre laxzarone, 
A plus pauvre je donne. 
Par une main mignonne 
Qui séduirait un roi!... 
Front blanc, cheveux d*ébèney 
Taille napolitaine, 
Bt le cœur d'une reine. 
Ces trésors sont à moit 

Oui, je suis lazzarone, ele. 

Moi, libre lazzarone, 
Par ma sainte patronne, 
Vrai, je ne crains penonne, 
Le gibet ni le roi!... 
Aussi, qu'un proscrit passe. 
Chez moi, je lui fais place : 
Et Dieu me fera grâce, 
Si c*en est fait de mofl... 
Oui, je suis lazzarone. 
Tout comme un autre est roi! 
Oui, Je suis lazzarone. 
Tout comme un autre oit roi! 



m) 



(Mi.) 



La nnulqM, de P. Hentlom, M' 



IM 



CHANSONS POPULAIRES. 



REVIENS A MOÏ. 

1835. 

fteviens à moi, loi que j'adore ; 
Que t*ai-je fait? pourquoi me fuir? 
Reviens 1 reviens 1 ma voix timplore. 
Moi, l'oublier I piutôl mourir I 
Hier encor, dans ses alarmes, 
Mon cœur baltail, c*élail pour loi... 
N'as- lu pas vu couler mes larmes T 
Reviens à moi ! reviens à moi 1 

Ah 1 parle, au moins ; j'aime à Tentendre ; 

Redis, redis ces mois d'amour, 

lies mots charmants qu'on ne peut rendre 

Et qui s'envolent sans retour I 

J'aime à voir aussi ton sourire, 

\e ne suis bien qu'auprès de toi 1 

Près de loi seul mon cœur soupire... 

Reviens à moi I reviens à moi I 

Reviens, reviens 1 Des jours d'ivresse 
Doivent encor briller sur nous; 
N'as-tu pas toute ma tendresse. 
Mes vœux, mes serments les plus doux? 
Si des chagrins troublent ta vie. 
Ne puis-je pleurer avec toi?*.. 
Ya, je suis ta meilleure amie... 
Reviens à moi I reviens à moi I 

!.. Crevel de CharlemosMe. 

L& musique, de L, Elwart, se trouve chez l'au- 
teur des paroles, rueCastiglionne, 10. 



TRADITA. 

1837. 

A ce bal je veux paraître la plus jolie. 
Voir à mes pieds mille amoureux, 
Je sourirai, 
El si l'ingrat m'oublie. 
Je l'oubltrai. 
Donnesi-moi mes bijoux, ma parure nouvelle, 
Et tressez sur mon front des couronnes de fleurs, 
Car je veux être belle 
Bl cacher mes douleurs. 



Mais si pourtant de vains dlflooun» 

L'apparence trompeuse, 
ITavaient trompée, ah I malheureusal 
Peut-être Edgard m'aime toujours I.- 
Non, hier encore, 
Assis auprès d'Enuna, 
U lui dit: Je t'adore 1... 
Ahl quel mal je sens là... 
Jamais, ahl jamais il ne m'aima... 
A ce bal, etc. 

Quel air joyeux peut-on montrer 

Quand le cœur se déchire I 
Au lieu de plaire et de sourire, 
Si dans le bal j'allais pleurer t 
Ah I de mes aiariuco. 
Triomphant près d'Emma, 
U rirait de mes larmes, 
Ah 1 quel mal je sens là 1... 
Jamais, ah I jamais il ne m'aima I 
A ce bal, etc. 

M'y voilà donc ! l'orcheslre dit 

Ma valse favorite, 
Emma se lève ! Edgard l'invite... 
Avec amour il lui sourit I 
Un voile funeste 
Couvre mes yeux, Anna, 
Au bal si je reste, 
Ah I je vais mourir là... 
Jamais, ah I jamais il ne m'aima I 

Je voulais au bal paraître la plus jolie. 
Mon front pâlit 1 horrible mal, 
Que faire là, 
Puisque l'ingrat m'oublie 1 
Partons, Anna. 
Loin de moi ces bijoux dont mon col étince 
Détachez de mua front ces couronnes de fie 
Que me fait d'être belle, 
U rit de mes douleurs ! 

Duc d'aibnialéik 

La musique, de Oraziani , se trouve chez M. B. 
Majaud, boolerart des Italieoi, T. 




LUCIE DE LAMMERMOOR. 

ISJt. 
U bel ange, dont les ailes, 
Fuyant nos douleurs mortelles, 
Vers les gpbt^ree éternelles 
Onl emporté (6is) mon espoir; 
De mes jours, fleur parfumée. 
Je te suis, nu bien-aiinée; 
Sur nous la terre est Termée. 
viens au ciel me recevoir, 
bel ange, ma Lucie I 
Bel ange, ma Lucie! 



Vici 



u ciel n 



in 



A toi mon cœur s'abandonne, 
C'est ton bien, je le le donne; 
L'd Dieu puissant me pardonne 
bt mon amour (bis) et mon espoir. 
D'une ïtkinlc et \ivc flamme 
Je t'adore, aimable renime ; 
Le seul Irésor de mon Jlmo 
i^sl un rcgai'd de Ion œil noir. 

U bel ange, ck. 
Sans toi, le bonheur sur terre 
N'est qu'un mol. <]u'uoe cbimèrc; 
Tout o'esl que uoulcur amure. 
Si je ue puis (&>.«) te revoir. 
O ma Lucie, mou idole, 
A Ion amour je m'immole; 
^'c^s toi uiou Qiiie s'envoie, 
vienxau ciel me recevoir 1 
bel ange, ma Lucie I 
Bel anb'e, ma Lucie 1 
Vienii au ciel me lecvvoirl 

A. ■•rvi' *< «. Taea. 



DS tÙ\ YILLIfiB 0N NE TOIT PLUS PARIS. 

IB14. 
Tu nous quittas, et maintenant lu pleures. 
Ht ton bonbeur n'est plus qu'un souvenir : 
Il a passé comme pasteni les heures, 
El tu croyais qu'il ne pourrail Bnir... 

Suis-moi, ranime Ion courage, 
Viens oublier qu'en ces lieux tu souffris. 

Là-bas, li-bas de mon village. 
De mon village on ne voit plus Paris. 
Reprends. crois-moi, lonsimple babil de bure. 
La croix d'urgent qui vaut un collier d'or- 
Repousse au loin cette riche parure, 
Quand je pardonne, elle t'accuse encor- 
Tu reverrns mon humble métairie 
Où presque enlanl tujouais avec moi, 
ht ma maison et uia vcrie prairie; 
Maison, prairie, ohl viens : tout est à toi! 
éwlle Baralcmi. 

•luiiqw d'ÉdoBtld Bnguitrc. 

LE SERMENT DEVANT DIEU. 

■ 834. 
Adieu, l'aris, adieu! 
Adieu, cité, adieu, cité, reine des villesl 

Je Tuis tes places viles. 
Où l'on pourrait.où l'on pourrait renier Dieul.. 
Mats loi. faut-il, pauvre Marie, 
Que je te laisse, au oioment d être à loi. 

Dans ce Paris, où tout s'oublie 1 
Hais!... au soldat carderu-tu la foil 
Ah! 
—Ah ! i-ars sans crainte 1 en le disant adieu, 
Je te promets de le garder mon (nie : 
Quoi qu'il arrive, oui, je serai ta femme 1 
Je l'ïa f>i* leMrnieni,Mjoard'bBidev*aiDien!M(. 



f5 



CHAN80Kt FOfQLAIRES 



Longtemps après, dit-on, 
Pauvre soldat rentrait blessé dans un village ; 
Pour tous objet d'outrage, 
Le malheureux était privé de la raison I... 

Mais une femme jeune et belle 
S*élance en pleurs au milieu des soldats : 

André 1 c'est moi, c'est moi, dit-elle, 
Andrél... mais André ne la reconnaît pas! 

Ahl 
Pauvre insensé I quand je t'ai dit adieu, 
J'ai fait serment de te garder toute mon àiM; 

Dans ton malheur, ma part je la réclame I 
Ke suis-je pas ta femme aujourd'hui de vaiitDiea!(li») 

Sublime dévoûmentt 
Elle reçoit le pauvre fou dans sa chaumière, 

Et là, comme une mère, 
Elle veillait toujours fidèle à son serment. 
Et puis, un jour dans la chapelle. 
Où tout est prêt pour leur pieux hymen, 
Elle conduit, ange mortelle, 
André!.. quiluisourit...ellasuitparlamaiol... 

Mais, ô miracle ! en voyant le saint lieu, 
Xes chants du ciel ont réveillé toute son âmet... 
— C'est toi, Marie 1... ô noble et sainte femme, 
Ah! tu m'as donc gardé tua serment devant Dieu!(bû.) 

Gustave Leniolne. 

La musique, de Mlle Loïsa Puget,8e trouve chez 
M. Ilcugel, éditeur, rue Vivienne, 2 &û. 



UN MOT D^ESPOIR. 

iS4ft. 

Oui, pour soumettre au loin les infidèles, 
k Dieu, à Dieu, je fis un serment solennel; 
Mais au moment de frapper les rebelles, 
Tu m'apparus, ô fille d'Israël I 
Puisqu en tous lieux il faut que je te suive, 
De ton regard subissant le pouvoir. 
Du moins, Sarah, Sarah, la belle juive, 
Caisse en mon cœur tomber un mot d'espoir; 
Du moins,^ Sarah, Sarah, la belle juive, 

^«aiue en mon cœur {bù) tomber on mot, un mot d*espoir. 



Tais, maintenant, je n'ai plus de patrie ; 
En maudissant,en maudissant les miens m^ontoubi 
Grâce, réponds à la voix qui te crie : 
De tant d'amour, n'auras-tu pas pitié T 
Puisqu'on tous lieux, etc. 

Dieu sur mon front versa l'eau du baptèn 
Tu Teuz, tu veux qu'ici je renonce à ma foi. 
fih bien ! du ciel, je brave Tanathèoie, 
Puisqu'il le faut pour être aimé de loi! 
Puisqu'on tous lieux il faut que je te suîfi 
De ton regard subissant le pouvoir, 
Du moins, Sarah, Sarah, la belle juive. 
Laisse en mon cœur tomber un aiot d'espo 
Du moins» Sarah, Sarah, la belle juive, 

Laisse en wMi «wr {bis) tomber un mot, un mot d'eapefa 

W, »oUeS. 

La musique, de Louis Abadie, se trouTe, à Paris, 
chez M. Pâté, passaf® du Grand-Cerf, 14. 



**é^^ 



MOTRE-DAME-DELà-GARD 

1832. 

Le vent mugit, Forage gronde, 
La foudre éclate avec fureur, 
L'écueil perfide attend sous l'onde 
La frêle barque du pêcheur. 
Et tout tremblant, le pauvre Pierre, 
Quand le ciel menace ses jours. 
Invoque ainsi dans sa prière 
Notre-Dame-de-Bon -Secours. 
Bonne mère des matelots. 
Que votre bonté nous garde , 
Par pitié sauvez-nous des flots 
Notre-Dame-de-la-Garde, 
Par pitié, sauvez- nous des flots. 

Si vous daignez calmer l'orage. 
J'irai ûdèle, tous les ans. 
Les pieds nus eu pèlennage. 
Vous apporter quelques présents. 
Mais la nuit vient, en vain j'appeUOp 
Le temps redo'^le mon e&oi. 



ROMANCES. 



«0 



Hélas! en la sainte chapelle, 
Vous ne Yoolez donc rien de moi. 
Bonne mère, ^. 

Vierge sainte, que dois-je faire, 
La tempête augmente toujours. 
En me sauvant, sauvez ma mère, 
Seul, je soutiens ses vieux jours. 
Le Tent se tait. Forage cesse, 
Le pèehenf échappe à la mort, 
n dit : Je tiendrai ma promesse, 
Et chante en arrivant au port : 
Bonne mère des matelots, 
Oui, votre bonté nous garde, 
Vos enfants sont sauvés des flots, 
Notre-Darae-de-la-Garde, 
Vos enfants sont sauvés des flots. 

B. de PnUleli 

La mofllqv*, d'BdMiari Bracnl^, m trooTt 
J. MdtMnBltr, édltMi, nm DMpliioe, 18. 



LE COUVRE-FEU. 



Entendez-vous sonner rhoore du soir ? 
L*ombre en nos mors éteint le crépuscule. 
Voyez trotter ce bourgeois sur sa mule ; 
Bètes et gens regagnent le dortoir. 

Bourgeois de Paris, 
Rentrez au logis, 
Au bon Dieu 
Faites vos prières ; 
Eteignez vos feux et vos lumières. 
Voilà qu'on sonne le couvre*fen. 

Dans le palais, sur le pont Saint-Michel, 
Voici déjà qa*on ferme les boutiques, 
Le cabaret fait solder les pratiques. 
Car pour veiller faut attendre Noël... 
Bourgeois de Paris, etc. 

Notre bon roi Charies Neuf, en sa cour, 
A, pour et tok, grand gala, Jea, quac'rille; 



L'or ou la soie, aux feux des lustres brille, 
On va danser au Louvre jusqu'au jour... 
Bourgeois de Paris, etc. 

Lors par la ville, en chemin, gardez-vou:) 
Des raffinés, des routes inconnues; 
A la nuit close, on ne voit dans les rues 
Que des voleurs, des amants et des loups... 
Bourgeois de Paris, etc. 

C'est le moment où, malgré l'éteigndr, 
S'en vont errer et les cottes de mailles. 
Et les manteaux à couleur de murailles. 
Et les minois couverts d'un masque noir..* 
Bourgeois de Paris, etc. 

Pour que maris et tuteurs et mamans 
Ferment plutôt l'oreille et la prunelle. 
Sous la fenêtre, en faisant sentinelle, 
Les amoureux répètent aux passants 
Bourgeois de Paris, etc. 

Loin de prévoir, dans le calme endormi, 
Que le réveil viendrait avant laurorc, 
Au coup de cloche, on se disait encore, 
La veUle au soir de saint Barthélémy... 

Bourgeois de Paris, 
Rentrez au logis, 
Au bon Diea 
Faites vos prières ; 
Eteignez vos feux et vos lumières, 
Voilà qu'on sonne le couvre-feu. 



La mudqttt, àib Mbm PuMae Dockâmbce, m 
trouve ch«x M. DqbomM, édlUiir, nM N«ov»-VI- 



LE RÊVE DU MOUSSE, 

isu. 

L'air éUH froM, M mèM 
Ohl comme 11 était (iroiël 
Ubriw était 



t€0 



CHANSONS POPULAIRES. 



Sur la flotte du roi; 
Mais au fond de mon âme , 
Dans des flots de soleil 
Marseille aux yeux de flamme 
Réchaufi'ait mon sommeil. 
Lorsqu'une blanche fée 
De vos voiles coitTée 
M'appelle au fond de l'eau. 
Bonjour, ma mère, oh! 
Que mon rêve était beau I 



(bis.) 



« Viens, disait votre image, 

« L*eau seule est entre nous, 

« Trop vite ton jeune âge 

« A quitté mes genoux. 

« Viens, que je berce encore 

« T«s rôves de printemps, 

« Les flots en font éclore 

« Qui nous calment longtemps. » 

Et mon Ame étonnée 

Se réveille entraînée 

Par les baisers de l'eau ! 

Bonjour, ma mère, ohl 

Que mon rêve était beau! 

La flotte, dans les ombres, 
En silence glissa, 
Avec des ailes sombres, 
Mon vaisseau s'effaça. 
Sous sa lampe pieuse 
Sans cesser de courir, 
La lune curieuse 
Me regardait mourir! 
Je n'avais pas de plainte, 
Trois fois ma force éteinte 
S'évanouit dans l'eau... 
Bonjour, ma mère, ohl 
Que mon rêve était beauî 

C'en était fait du mousse, 
Mère, sans votre voix ; 
Sa clameur forte et douce 
Me réveilla trois fois I 
Sous les vagues profondes 
Nageait en vain la mort, 
Vos deux bras sous les ondes 



1 : 



Me poussaient vers le port. 
Et votre âme en prière 
Semait une lumière 
Entre le ciel et l'eau... 
Bonjour, ma mère, ohl 
Que mon rêve était beau I 

Mme Desbordea ▼«Intore. 

La musique, de Mme Pauline Duchambge, Lf 
trouve chez M Meissonnier, édit., t., Daupliine, ]S. 



L'ENFANT DE BOHÈME. 



1840. 

Pauvre enfant de Bohême, 
N'aurai-je pas un jour. 
Pour me dire : Je t'aime, 
Un seul regard d'amour I 

Frêle barque sans voile. 
Seul, hélas î je naquis, 
Entre une pâle étoile 
Et des genêts fleuris. 
Pauvre enfant, etc. 



I 



(»«»•; 



J}ii.) 



Sur les monts, dans la neî^, 
Je serais mort, hélas! 
Sans la main qui proU^ge, 
L'orphelin ici-bas I 
Pauvre enfant, etc. 

Bien souvent sur la plage 
La vague m'a laissé. 
J'ai dormi sous l'orage l/i^^ 
Par l'ouragan bercé. y 
Pauvre enfant, etc. 



Je n'ai pas de patrie. 
Pas d'amour, pias de sœur. 
Pas de mère qui prie, 
Pas un cœur pour mon eœiir« 



jjhi,) 



ROMANCES. 



Ml 



Je n*ai pas de patne, 

Pas un cœur pour mon cœurl... 



Pauvre en fan l de Bohème, 
N'aurai-je pas un jour, 
Pour me dire : Je t'aime, 
Un seul regard d'amour I 

Mme Lanre J^ardAln. 



{bis,} 



La muiique, de F. Muini, se troure chez M. E. 
Knyaud, éditeur, bouleTtrt des Italieni 7.. 



»vi^i^ 



LA MÉSANGE. 

1848. 
Air du reUmr en France. 

Voire sourire est un sourire d'ange, 
Biais votre cœur est un cœur de lutin... 
Quoi! sans pitié, vous gardez la mésange, 
Qui, sur vos pas, vint s'abattre un malin. 
Dans une cage aux mignonnes tourelles. 
Vous l'enfermez I... c'est une trahisor. 
Pour voltiger, si Dieu lui fil des ailes, 
C'est mal à tous de la mettre en prison. 

Entendez-vous l'innocent caquetage 
Du Jeune oiseau pleurant sa iniiertét 
Lorsque du ciel lui vient son héritage, 
Faut-il par tous qu'il soit déshérité? 
Ohl non, vos mains, si pures et si belles, 
Ne sauraient point distiller le poison I... 
Pour voltiger, etc. 

Y songez-vousT votre pauvre captive 
Au bois, sans doute, avait quelques amours... 
Voudriez-vous que, souffrante et plaintive, 
Dans le veuvage elle passât ses jours? 
Sur les rameaux, comme sous les dentelles, 
L'amour possède un merveilleux blason... 
Pour voltiger, etc. 

Cette mésange, hélas I peut être mère» 
El son absence au oid Jette l'effroi. 



N'augmentez-pas la douleur tropamère 
De ses petits qui pourraient avoir froid. 
Pour réchauffer ces doux êtres si frôles, 
Laissez-la fuir, regagner sa maison. 
Pour voltiger, si Dieu lui fit des ailes, 
C'est mal à vous de la mettre en prison. 

Alexandre Gnérin. 



La maaique, de Laxerges, se troure ches M. Chal- 
liot, éditeur, 354, rue Saint-Honoré. 



FILE, FILE, JEANNE. 

184S. 

Jeanne, bois sans crainte 
Pour ton âme sainte. 
Si la cloche tinte, 
Tappelle au saint lieul 
Travaille avec zèle, 
Ta tâche fidèle 
Est toujours, ma belle, 
Agréable à Dieu ! 
File, file, file, file, Jeanne, 
Dieu, notre père, est indulgent, 

Bien indulgent; 
Ta quenouille fait tomber la manne 
Entre les mains de l'indigent. 
De 1 indigent ! 
File, file, file, file, fije, file, file, êj^, Jeanne 
Travailler 
C'est prier, 
Jeanne, c'est prier. 

Depuis l'aube éclose. 
Sous ton beau doigt rose, . 
Se métamorphose 
La blancheur du lin, 
A plus d'une épreuve» 
Le pauvre s'abreuve, 
File pour la veuve 
Et pour Torpheilii!..* 
File, file, file, etc. ^ 



f62 



CHANSONS POPULAIRES. 



Fais tourner bien vite 
Ton fuseau, petite, 
Pour le saint ermite, 
Le preux accabié; 
File avec constance 
Pour chaque souffrance ; 
Pour rendre la France 
Au pauvre exilé!... 
File, file, file, file, Jeanne, 
Dieu, notre père, est indulgent. 

Bien indulgent; 
Ta quenouille fait tomber la manne 
Entre les mains de l'indigent. 
De l'indigent 1 
File, file, file, file, file, file, file, i5le, Jeanne, 
Travailler, 
C'est prier, 
Jeanne, c'est prier. 

F. Touric. 

La musique, de E. Arnaud , se trouve, à Paris, elitz 
M. Heugel, éditeur, 2 bis, rue Vivienne. 



LE CALME REVIENDRA. 

1832. 

Noire barque légère 
S'égare sur les eaux. 
Le veut nous est contraire 
Et soulève les û:ts. 
Laissons passer l'orage. 
Le ciel s'apaisera... 
Ne perdons point courage, 
Le calme reviendra. 

La auit répand sur l'onde 
L'image du trépas. 
Au loin la foudre gronde 
Et tombe avec fracas. 
Laissons passer, etc. 

L'aquilon redoutable 
Ravage les vallons. 
Et fait voler le sable 
En épais tourbilioni. 
Laissons passer, ete. 



Le Dieu de la tempête 
Vient d'agiter les m«r«, 
Et son courroux s'apprête 
À troubler l'univers ! 

Laissons passer Torage, 
Le ciel s'apaisera. 
Ne perdons point courage, 
Le calme reviendra. 

li. CTrevel de Charl 



La musique, d'Andrade, se trouye chez M. Brax 
dos, éditeur, 97, rue Richelieu. 



EXIL ET RETOUR. 

1842. 

Vers les rives de France 
Voguons en chantant, 
Oui, voguons doucement, 
Pour nous 
Les venls sont si doux I 
Pays notre espérance, 
Rivage béni, 
Oui, vers ton port chéri. 
Un dieu d'amour nous conduit. 

Loin de toi, patrie, 
Mère bien chérie I 
D'un exil amer 
Nous avons souffert. 
Dans un jour d'alarmes, 
n fallut, en larmes. 
Dire un triste adieu 
A ton beau ciel blea. 
Ahl... 
Vers les rives, etc. 

Cette onde rapide 
Semble plus limpide ; 
Les deux sont plus bleoi^ 
Nos diants plus Joyeux f 



ROMANCES. 



Reine des étoHei , 
SoofSe dans nos rollee. 
Rends à leur pays 
Les Français bannis I... 
Ahl... 
Yen les rives, etc. 

Sur les vagnes grises, 
De suaves brises 
Embaument les airs 
Du parfum des mers... 
Là-bas, une grève I 
Ce n'est point un rêve 
Pour nos yeux ravis I 
Non, e*est le pays ! 
Ahl... 

Voilà, voilà la France, 
Voguons doucement, 
Oui, voguons en chantant, 

Pour nous 
Les vents sont si dooz 1 
Pays notre espérance, 
Rivage béni, 
Oui, à ton port chéri, 
Le ciel noos rend avjoard'hoL 



L% muiiqiM, de H. Moapoa, m 
M. Mebsonnier fiU, tfditew, me D«q>lilM, 18L 



PÈRE ET PÊCHEUR. 



mer, à tes flots je confie 
Et ma nacelle et mon unique enlant. 

Ma ûlle est blonde et si jolie 1... 
Ma voile est blanche et coquette ao vent I 
mer, sur Tonde polie. 
Berce, berce, berce toi^ours 
Ma barque et ma ûlle jolie. 
Mes deux amours; (bis,) 
Berce mes deux amours 1 

Ravis de leur gr&ce légère, 
Les matelots, jaloux de mon bonheur, 



De mol, disent tons : heureux pèrel 
Et tous eneor disent : heureux pêcheur! 
Et moi, je dis, l'âme ravie. 
Au flot qui les berce toujours : 
Laquelle est donc la plus chérie ? 
Ah I toutes deux sont mes amours! 
Berce mes deux amours I 

Pendant qu'il chantait sur la grève, 
La mer blanchit, et le ciel devient noir. 
Tremblant, le vieux pécheur se lève, 
Cherche sa voile et ne peut plus la vohr !.«• 
mer, exauce ma prièi'o: 
Prends ma nacelle et prends mes jours. 
Mais rends-moi ma fllle si chère, 
C'est mon enfant, mes seuls amours; 
Rends moi mes seuls amours. 



La nmtlqiie, de UHe Lolba Puget, te trooTe chai 
r, éditeur, rue Denphine, 18. 



THÉRÈSE LA BLONDE. 

iSSS. 

Je Tai juré, ma mère, 
Sur la croix du Seigneur, 
André, le militaire, 
Doit seul avoir mon cœur; 
Nul autre à qui je plaise 
rraura si doux aveu, 
youdrai»-tu que Thérèse ) /^ , 
Tromp&t Tamour et Dieu, y 



A lui la couronne 
Qu'une vierge donne, 
A lui mes amours, 
A lui mes beaux jours, 
A lui mes amours. 



[bis.) 



Sous les drapeaux de France, 
Au loin, noble marljrr, 
Le baume a sa souffrance, 
Ahl c'est mon souvenir. 



te4 



CHANSONS POPULAIRES. 



Il sait que rien au monde, 
Trésors, discours trompeurs, 
De Tliérèse la blonde \(h' \ 

Ne peut sécher les pleurs, j ^ *' 
 lui la couronne, etc. 



Plus lard un militaire 
Portant l'étoile d'or, 
Vers le toit solitaire, 
Joyeux, prenait l'essor; 
Sa Thérèse, il l'appelle. 
Son cœur battait d'émoi, 
André I c'est lui, dit-elle, 
André, je suis à toi! 



]{his.) 



 toi la couronne 

Qu'une vierge donne, 

A toi, mes amours, \ (6t«.) 

A toi mes beaui jours, 

A toi mes amours. 

Emile Docile. 

La musique, du comte d'Adhémar, se trouve chez 
M. Crus, éditeur, boulevart Bonoe-NouTelle, 31. 



Quelquefois des soupçons jaloux 
Troublent la paix d'un bon ménage. 
Et Ton voit entre deux époux 
S'élever un sombre nuage : 
L'orage, avant la fin du jour. 
Est dissipé par la tendresse, 
Et la colère de l'amour 
S'apaise par une caresse. 

Dans nos plaisirs, dans nos amoun, 
D'Anacréon suivons les traces, 
Comme lui caressons toujours 
Bacchus, les Muses et les Grâces ; 
Du temps qui fuit sachons jouir, 
Bonheur d'aimer passe richesse; 
Jusqu'à notre dernier souph* , 
Rendons caresse pour caresse. 

Favarl. 



MON DÉLIRE. 



UNE CARESSE. 

1737. 
Air: Silvie à Vâge de quinse ans. 

Pour ranimer le sen liment. 
Rien de plus sûr qu'une caresse, 
Douce caresse est un aimant 
Pour l'amitié, pour la tendresse. 
Dans l'enfance et dans T&ge mûr, 
Même jusque dans la vieillesse. 
Si le cœur goûle un plaisir pur. 
Il est reflet d'une caresse. 

Les frères caressent leurs sœurs, 
La fille caresse sa mère, 
Le zéphir caresse les fieurs, 
Dorillas caresse Glicère. 
Voyez les ramiers, dans les bois. 
S'aimer, se caresser sans cesse ; 
Partout l'amour dicte des lois ; 
Daus l'univers on se caresse. 



Je t'aimerai, j'adorerai mes chaînes, 
Tant que la rose aura sa douce odeur, 
Le ciel ses feux, la terre ses fontaines ; 
L'onde son cours et les bois leur fralchei 
Je t'aimerai, etc. 

Je t'aimerai, je te serai fidèle. 
Tant que l'épine armera les buissons. 
Que du caillou jaillira rétincelle. 
Tant que l'écho répétera ces sons : 
Je t'aimerai, etc. 

Je t'aimerai tant que dans la nature 
Succéderont les roses aux boutons, 
Aux noirs frimats une aimable verdure, 
Les fruis aux fleurs, les saisons aux saiso 
Je t'aimerai, etc. 

Par«loi û^uu aaMàjraie. 

Musique de Gataycs 



164 



CHANSONS POPULAIRES. 



Il sait que rien au monde, 
Trésors, discours trompeurs, 
De Thérèse la blonde ](k' \ 

Ne peut sécher les pleurs, j ^ '' 
 lui la couronne, etc. 



Plus lard un militaire 
Portant l'étoile d'or, 
Vers le toit solitaire, 
Joyeux, prenait l'essor; 
Sa Thérèse, il l'appelle. 
Son cœur battait d'émoi, 
André ! c'est lui, dit-elle, 
André) je suis à toil 



A toi la couronne 
Qu'une vierge donne, 
A toi, mes amours, 
A toi mes beaux jours, 
A toi mes amours. 



}(6i>.) 



[bis.) 



Emile Duché. 

Lt musique, du comte d'Adhémtr, se trouve chez 
M. Crus, éditeur, boiilevart Bonoe-NouTelle, 31. 



Quelquefois des soupçons Jaloux 
Troublent la paix d'un bon ménage. 
Et Ton voit entre deux époux 
S'élever un sombre nuage : 
L'orage, avant la fin du jour, 
Est dissipé par la tendresse. 
Et la colère de l'amour 
S'apaise par une caresse. 

Dans nos plaisirs, dans nos amoun, 
D'Anacréon suivons les traces, 
Comme lui caressons toujours 
Bacchus, les Muses et les Grâces ; 
Du temps qui fuit sachons jouir, 
Bonheur d'aimer passe richesse; 
Jusqu'à noiT% dernier soupir , 
Rendons caresse pour caresse. 

Favarl« 



MON DÉLIRE. 



UNE CARESSE. 

1787. 
Ai r : Silviâ à Vâge de guàue aui. 

Pour ranimer le sentiment, 
Rien de plus sûr qu'une caresse. 
Douce caresse est un aimant 
Pour l'amitié, pour la tendresse. 
Dans l'enfance el dans l'âge mûr, 
Même jusque dans la vieillesse. 
Si le cœur goûle un plaisir pur, 
Il est reflet d'une caresse. 

Les frères caressent leurs sœurs, 
La fille caresse sa mère, 
Le zéphir caresse les fleurs, 
Dorillas caresse Glicère. 
Voyez les ramiers, dans les bois, 
S'aimer, se caresser sans cesse ; 
Partout l'amour dicte des lois ; 
Dans l'univers on se caresse. 



Je t'aimerai, j'adorerai mes chaînes. 
Tant que la rose aura sa douce odeur. 
Le ciel ses feux, la terre ses fontaines ; 
L'onde son cours et les bois leur fraicheui 
Je t'aimerai, etc. 

Je t'aimerai, je te serai fidèle, 
Tant que l'épine armera les buissons. 
Que du caillou jaillira l'étincelle. 
Tant que l'écho répétera ces sons : 
Je t'aimerai, etc. 

Je t*aimerai tant que dans la nature 
Succéderont les roses aux boutons. 
Aux noirs frimats une aimable verdure. 
Les fruis aux fleurs, les saisons aux saison 
Je t'aimerai, etc. 

Paroi es 4*aii anoiiynie* 

Musique de Gataycs 




QUE DE MAL, DE TOURMENTS. 

IB30. 

Que de mal, de (ourmenb, 

El qu'il Taut de lalpnls. 
Quand on est modiste el couturière, 

Aux lendroQd de quinze ans, 

lill mCme aui grand'mamaDS, 
A chacuni:, en un mol, il faut plaire: 

■ Changez-moi ce bouquet, 

I La couleur m'en déplaît; 

— ■ Reprenez ce honoet, 

• Je le TBui plus coquet. 

— t Le lour de ce conet 

* Me parait Indiscret...! 

Oue de goûte différenti. 
Que de Dial, de tourments 
Quand CD veut salisraire les femmesl 

II Taudrait des secrets 
Pour pouvoir Ijamaii 

Conserver les attraits de ces dames I 
Ou a tant d' mal déjà 
A itarder ceux qu'on al 



I quaier. 



cuts'enilicllir, 

L'aulrc veut rejeunir, 
Et chacune a le dessein de plaire 

A l'amaDt... au mari; 

Par bonheur celles-ci 
Ne sont pas nombre uscf d'ordinaire. 

• Que ce nœud séducteur 

• Heramâne soncŒurI 
— « Avec ces rubans bleus, 

■ Il metrouteramieui. 

— Le vert lui pintt beaucoup. 

— ■ Le rose est de son goût... • 

Que de mal, de tourments. 

Et qu'il Taul de talents 
Quand on veut satisraire les femmes I 

Il faudrait pour toujours. 

Enchaînant les amours. 
Conserveries amants de ces dauesl 

On a tant d' mal déjà j 

A garder ceux qu'on al t ^^ 



Ira (PaUk-l*Ti1). rrii: 



266 



CHANSONS POPULAIRES. 



AU CLAIR DE LA LUNE. 



Au clair de la lune, 
Mon ami Pierrot, 
Pr6te-moi ta plume 
Pour écrire un mot. 
Ma chandelle est morte. 
Je n*ai plus de feu. 
Ouvre-moi ta porte. 
Pour l'amour de Dieu. 

Au clair de la luae. 
Pierrot répondit: 
Je n'ai pas de jlame, 
Je suis dans mon lit. 
Va chez la voiâiie. 
Je croîs qo'dle y est, 
Car dans sa enisiae 
On bat le briquet. 

Au clair de la lune, 

I/aimable Lnbin 
Frappe chez la brune; 
Eir répond soudain: 
Qui frapp* de la sorte? 
11 dit à son tour: 
Ouvrez votre porte. 
Pour le dieu d'amour. 

Au clair de la lune, 
On n'y voit qu'un peu. 
On chercha la plume, 
On chercha du feu. 
En cherchant d' la sorte, 
Je n' sais c* qu'on trouva, 
Mais j* sais que la porte 
Sur eux se ferma. 



PArolea d^aa 



nymOi 



On assure que Tair au Clair de la Lune est de Lalli. 
Boleldiea a fait sur cet air de charmantes Tuiations dans 
Ui Voiture* ventes. - . • ^ '. . • . 



J'AI DU BON TABAC DANS MA TABATIÈRE. 



rai du bon tabac dans ma tabatière, 
J*ai du bon tabac; ta n^en auras 
Pas. 



Ten ai du fin et du râpé, 
Ce n'est pas pour ton fichu nez. 
Paî dn bon tabac dans ma tabatière, 
J'ai dn bon tabac ; tu n'en auras 
Pas. 



Ce refrain ccmnu que chantait mon père, 
A ce seul oonplet, il était borné. 
Moi, je me sais déterminé 
A le grossir comme mon nés. 
J'ai da bon tabac, etc. 



Un noble héritier de gentilhommière. 

Recueille tout seul un fief blasonné; 
11 dit à son frère puîné : 
Sois abbé, je suis ton aine. 
J'ai du bon tabac, etc. 



Un vieil usurier, expert en aiTaire, 
Auquel par besoin on est amené, 
A l'emprunleur infortuné 
Dit , après l'avoir ruiné : 
J'ai du bon tabac, etc. 



Juges, avocats, entr'ouvrant leur serre, 
Au pauvre plaideur par eux rançonné, 

Après avoir pateline, 

Disent: le procès terminé: 
J'ai du bon tabac, etc. 



D'un gros financier» Là coquette flaire 
Le beau bijou d'or de diamants orné, 
Ce grigou, d'un anr renfrogné, 
Lui dit: Malgré ton joli nez... 
J'ai du bon tabac, etc. 



, CHANSONNETTES. 



167 



Tel qui veut oier Tesprit de Voltaire, 
Est pour le sentir trop encbiCrené. 
Cet esprit est trop raffiaé, 
Et lui passe derant le nez* 
Voltaire a l'esprit dans sa tabatière, 
Et du bon tabac; tu n'en auras 
Pas. 



Voilà huit conplets, cela ne fait guère 
Pour un tel sujet bien assaisonné; 
Mais j'ai peur qu'un priseur mal né 
Ne chante, en me riant au nez: 
J'ai du bon tabac dans ma tabatière. 
J'ai du bon tabac ; tu n'en auras 
Pas. 



'• /• 



I •* 



LA LEÇON DE WALSE. 

DU PETIT FRANÇOIS, 
i834. 

Mon béti Vrançois, bis. 

Toi fouloir que che t'apprenne 

Gomment audrefois bis, 

Che faisais à la Prussienne 
Ou pien à la Tyrolienne; 

Ecoute pien bis. 

La lezon de ton ponne amie. 

Recarte pien, bis. 

Gomme il fait la crosse Marie, 
Tu mettre ton pied là, 
Trin, trio, trin, trin, trin, trin, trin, trin, 
Zerre-moi mieox que ça. 
Vass, (lin, floun* der crass' nicb plus d'clack. 
Marque tonc lé mesure, 
Ob ! que ton tête est ture! 



Trin, trin, trin, trin. 
Ta, la, la, la, ta la, la, la, la, la, la, la, la, 
Trin, trin, trin, trin, la, la, la, la, la, la. 

Ta la, la, la, la. 
Ta la, la, la, la, la, la, la, la, la, 
La, la, la, la, la, la, la, la, la, la. 



bis. 



Sur les pords du Rhin, 
A Fienne, à Perlin, 
Ch'ai connu l'armée française, 
Plus t*nn caporal, 
Plus t'un général, • 
Afec moi, ne t'en déplaise. 
De falser était pien aise ! 
Ch'avais iint ans. 
Des cross*8 couleurs; 
Ch'étais totue, un peu surnoise, 
Ils m'appelaient tous ces messieors 
La séduisante Pafaroise... 
Les bras plus près du corps, 
Trin, trin, trin, trin, trin, trin trin, trin. 
On tirait qoe tn tors... 
Vass, flin, etc. 



Ch'ai connu Moroau, 
Fictor, Auchereau, 
Quand cb'étais à Farsofie, 
Ch*ai connu Murât, 
Afec Masscna 
Ch'ai falsé à CracoOe. 
C'est le beau temps de ma fie I 
.\ Fienne, un cliour Napoléon 
M'afait rentu pien clorieuse, 
A mon faiseur, il dit: Dracon, 
Quel crenatier que ta faiseuse? 
Prends tonc l'air cracieux, 
Trin, trin, trin, trin, trin, trin, trin, trin. 
Fais-moi donc les toux yeux. 
Vaas^ flin, etc. 



tM 



CHANSONS POPCLAIAES. 



FRANÇOIS. 

i'étouff* de chaleur, 
Ça m* tourne su 1* cœur, 
T Tas trouver mon capitaine 1 

MARIB. 

Non! lu falseras... 

PRANÇOIS. 

Gh'tedis qu* che n' feux pasl 

MARIE. 

Ch* te dis qui faut que ch' t'apprenne! 

FRANÇOIS. 

Est-elle fftïièiée Tancienne ! 

MARIE. 

Un p*tit tour, ça va fenir.... 

FRANÇOIS. 

J*veux m'enaller J*veux pas qu'on m* tienne 

MARIE. 

Monsi Franzois, fous pas partir, 

FRANÇOIS. 

Me T*là bloqué par TAlsacienne, 

MARIE 

Franzois, mets ton pied là. 
Trin, trin, trin, trin, Irin, Irin, trin, Irin, 
C'est peaucoup mieux déclià. 
Yass, flin', floun*, der crass' nichplus d'cM. 

Prafo I c'est en mesure, 
Ton tête est pien moins lure. 
Trin, trin, trin, trin, 
Ta la, la, la, ta la, la, la, la, la, la, la, la, 
Trin, trin, trin, Irin, la, la, la, la, la, la. 

Ta, la, la, la, la. 
Ta, la, la, la, la, la, la, la, la, la, {/k- \ 
La, la, la, la, la, la, la, la, la, la. P * '^ 

Amédée 4e Beauplan. 



La musique, de Tauteur des paroles, se troure 
notée au N. 2094 de la Clé du Caveau. 



LE GARDE-MOULIN. 

1839. 

Je vais épouser la meunière 
Dont on voit le moulin là -bas: 



Mais j'aime une pauvre bergère; 
Comprenez-vous mon embarras? 
Ma Fanchelte est si jolie I 
Mais la meunière a du bien... 
S'il faut faire une folie^ 
Que cela ne soit pas pour rien ! 
Bah ! j'épouserai la meunière, 
Qui me fait toujours les yeux doux. 
En me disant : Beau petit Pierre, 
Mais quand donc nous marirons-nous ^ 

Un instant, n'allons pas si vite, 
Suis-je bien certain d'être heureux 
Avec la femme de mérite 
Dont je ne suis pas amoureux. 

Il s'agit de mariage. 

C'est, hélas I pour plus d'un jour; 

Oui, mais pour vivre en ménage. 

C'est bien maigre de rameur! 
Bah ! j*épouserai, etc. 

Cependant mon cœur s'inquiète 
Et me dit que c'est mal à moi 
De trahir la pauvre Fanchette 
A qui j'avais donné ma foi. 

Elle est si tendre, et si bonne! 

Comme son cœur va souiTrir! 

Hélas! si je l'abandonne, 

Elle est capable d'en mourir. 

Ma foi, tant pis pour la meunière, 
Je ne serai pas son^époux, 
Qu'elle dise : Beau petit Pierre, 
Petit Pierre n'est pas pour vous! 

GuMtave Lemolnc. 

La musique , de Mlle Loïsa Puget, se tro'^ve 
chez M. Meissonnier fils, éditeur, rue Daupbine, 18. 



LA FILLE DE L'AIR. 



U faut de la coquetterie. 
L'amour, oui, l'amour veut cela, 



CHANSONNETTES. 



Mi 



Par ce moyen femme jolie 
Toujoon, toujours réussira. 

Près de moi, charmante Lucelte, 
Prêtez Toreille à mes leçons, 
Quand on est jeune et gentillette, 
Pour faire enrager les garçons, (bis,) 
11 faut, etc. 

Quand on lui parle de constance, 
Fille doit prendre un ton railleur 
Et feindre de Undiflérence, 
Alors surtout que bat son cœur, (bis.) 
Il faut, etc. 

Rendre jaloux, c*est de Tadresse, 
A son amant pour Tembraser, 
On doit savoir, avec finesse, 
Tout promettre et tout refuser, (bis.) 
Il faut, etc. 

— Vous Tarez dit, on doit sans cesse 
Faire en amour quelques façons, 
En agissant avec adresse 
J*ai proGté de vos leçons. (bis.) 
Il faut, etc. 

A l'amoureux qui d*un air tendre 
Me dit : Je n*aimerai que vous. 
Jugez si j'ai su vous comprendre, 
En riant je fais les yeux doux. 

Il faut de la coquetterie, 
L amour, oui, l'amour veut cela, 
Par ce moyen femme jolie 
Toujours,^ toujours réussira. 



La FUlê de PAhr, fverie-TtaderiUe, en venta ches 
M Marchand, éditeur, boolerart Saint-lCartin, U. 
Prix : OO cent. 

M uaique d'Adolphe VaiUard. 



DU TEMPS QUE LA REINE BERTHB FILAIT 



Le bon temps que c'était, (bis.) 
Du temps que la reine Berthe ûlait ; 

Le bon temps que c'était, (bis.) 
Du temps que la reine Bertbe filait f 

Dans ce temps de miracles, 
Les docteurs guérissaient 

Sans brevet, 
Et comme des oracles 
Les avocats parlaient 

Sans bonnet. 
Les rois, quel temps prospère I 
Alors, n'avaient à faire 
Que leurs quatre repas 
Et se croiser les bras. 
Mais... mais.., « 



Mais cela se passait (bis.) 
Du temps que la reine Berthe ûlait; 

Le bon temps que c'était, (bis.) 
Du temps que la reine Berthe ûlait. 



Un preux en Palestine 
Qui partait triomphant 

Et charmant, 
Avec une autre mine, 
Revenait grisonnant. 

Mais constant; 
11 retrouvait sa belle 
Après vingt ans fidèle. 
Qui très patiemment 
L'attendait en filant. 
Mais... mais... 
Mais cela se passait, etc. 



Après son mariage 
Le bon sire brodait. 

Tricotait, 
Faisant dans son ménagn 
Ce que femme voulait. 

Le pauvret I 



«71 



CHANSONS POPULAIRES. 



Et b'U était rebelle 

Aux ordres de la belle, 

Yite sous les verrous! 

Et répoux ûlait doux. 
Mais... mais... 

Mais cela se passait (&û.) 
Du temps que la reine Berthe filait; 

Le bon temps que c'était, (bis,) 
Du temps que la reine Berthe Ûlait. 



La mnsiqae, de MUeLofoa Pn^et, m trouve ches 
M. MeiBsonnier, éditeur, roe Danphine, 18. 



ÉVÊILLE-TOL 



Allons, Nanette, 

Si joliette, 
BTeilIe-toi, depuis longtemps le ciel se dore, 

Ahl vois-tu, moi, 

Pensant à toi, 
Non, non, jamais, jamais laurore 
Ne se réveille qu'après moi!... 

Éveille-toi. (bis,) 



Viens, nous entendrons les oiseaux^ 
Qui vont chantant sur la colline, 
Et le murmure des roseaux. 
Que doucement la brise incline. 
Oh t ma Nanette, éveille-toi ! 

Éveille-loi ! 

Allons, Nanette, etc. 



Nous irons au pré verdoyant^ 
Voir les marguerites nouvelles, 
Et les papillons déployant 
Leurs ailes d'or, leurs blanches ailes... 
^^ ma Nanette, etc. 



Nous irons cueillir à la fois 
La violette parfumée, 
La fraise aux litières des bois, 
Qui se trahit tout embaumée 1... 
Oh! ma Nanette, éveille-toi, 
ËveUle-toi !... 



Allons, Nanette, 
Si joliette, 
Éveille-toi, depuis longtemps le ciel se dore, 
Ah! Tois-tu, moi, 
Pensant à toi. 
Non, non, jamais, jamais Taorore 
Ne se réveille qu'après moi. 
Éveille-toi I 
ÉveiUe-tol! 

Ile 



La musique, deMasinI, se trouve chez M. Ed 
Mayaud, éditeur, boulevart des Italiens, 7. 



LE DROIT DU SEIGNEUR. 



Oh ! TOUS avez des droits superbes. 
Gomme seigneur de ce canton. 
Vous avez les premières gerbes 
Quand vieAt le jour de la moisson v 
Arrivez-vous, on vous présente 
Avec pompe le vin d'honneur. 
Puis, le bailli vous complimente. 
C'est un bien beau droit du seigneur. 



Attendez, j'oubliais encore : 
Tout rend hommage à votre rang. 
Même à l'église on vous honore. 
Et vous avez le premier banc. 
Pour signe de votre puissance, * 
Vous êles marguillier d'honneur; 
Quelquefois môme on vous encense. 
C'est un bien beau droit du seigneur. 



CHANSONNETTES. 



i71 



— Oui, c'est nn brillant ayantage ; 
On me rend là ce qa*on me doit ; 
Mais les seigneurs de ce yillage 
N*ont-ils pas encor quelque droit? 

— Je ne sais 1 . . . — Cherchez bien , ma chère; 
Je tiens aux droits de ma grandeur. 

— Je ne connais sur cette terre 
Aucun autre droit du seigneur. 

— Je ferai valoir, je l'espère, 
Un plus joli droit du seigneur. 



La mmique, d« Bofeldieo, te tnmTe notée n 
N. 1401 de la Clé du Cavean. 



/ 



MIRE DANS MES TEUX TES TEUX. 

1885. 

Mire dans le puits tes yeux, 

Ma belle Jeannette, 
Mire dans le puits tes yeux, 

Tes jolis yeux bleus. 
Tes yeux, ma belle brunette, 
Tes yeux, tes jolis yeux bleus. 



La nuit se mire sans roOes, 
Dans son flot limpide et pur ; 
Mais tout Tazur des étoiles 
De te^yeux vaut- il l'azur 7 
Mire dans le puits, etc. 

^lle s'y mire coquette 
Comme à sa glace, ma foi, 
Elle rit, fait sa toilette, 
Et ne songe plus à moi. 
Mire dans mes yeux tes yeux, 

Ma belle Jeannette, 
Mire dans mes yeux tes yeux, 

Tu les verras mieux. 
Tes yeux, ma belle brunette. 
Tes yeux, tes jolii yeux bleus. 



j (ftw.) 



} (^<».) 



Moi, jaloux qu'elle m'oublie, 

De dépit je laisse choir 

La fleur que j'avais cueillie, i ,. . . 

Pour elle, adieu le miroir I | ^ '' 

Pour mirer tes jolis yeux, 

Ma belle Jeannette, 
Le plus beau miroir des cieux 

Ne vaut pas mes yeux. 
Mes yeux, ma belle brunette, 
Mes yeux, mes yeux amoureux. 



Mosâque de Mlle LoTta PogeU 



MARIE. 



Je suis la petite Marie 
Qui n'a qu' ses deux seaux pour tout bien» 
Mais grâce à son économie 
D' mes père et mère j* suis 1* soutien. 
Rien n' coûte pour ceux-là qu'on aime 
Et chaqu' jour l'espoir d'être à même 
D' leur fair' hoir' du p'tit vin nouveau, 
M' lait crier, ûère d* mon ilardeau : 
A l'eau, à l'eau, 

Voilà la porteus' d*eau, 
A l'eau, à l'eau. 

Voilà la porteus' d'eau. 



Quand j' vas et r'viens à la fontaine, 
Je vois souvent aux environs 
Des jeun* gens qui m* content leurs peines 
Et me r'gardent avec leurs lorgnons. 
Puis me traitant comm' un* grand' dame. 
Ils dis'nt pour attendrir mon Ame : 
V brûle pour vous du feu le plus beau*. 

(Par(ë.)Ua!ouildàl 
Vous brûlez du feu le plus bun !•- 
A reao, aie. 



»•• 



%n 



CHANSONS POPULAIRES. 



Par ci, par là, dans d* bell* remises, 
Je vois circuler dans Paris, 
Babet, Manon, qui vous sont mises... 
Faut voir, mais... on sait à quel prixl 
Eli' font, dans V quartier du beau mende, , 
Crier au scandale à la ronde, 
Vaut mieux, fidèle à son berceau. 
Crier dans r faubourg Saint- Marceau... 
A l'eau, à l'eau, 

Voilà la porleus d'eau, 
A l'eau, à l'eau. 

Voilà la porleus* d'eau. 

D«rl«la. 



La musique, de Ch. Plantade, se trouve chex 
Frère, éditeur, grande galerie des Panoramas, 16. 



LA PETITE MARGOT. 



AiWi du rondeau tUsDeux-MaUruêeê ÇDoche], 



C'est sur l'herbage, 
Dans un village^ 
Qu' la p'tit' Margot se dépêcha d' grandhr ; 
Du loil champêtre 
Qui m'a vue nattre, 
Je garderai toujours le souvenir. 



J* n*avai8 alors ni clinquants ni parure, 
Je n* savais pas tant seul'ment c'que c'était; 
Mais quand 1* printemps réveillait la nature, 
5a première fleur brillait à mon corset. 

J'étais heureuse. 

J'étais joyeuse, 
Et dans c* temps-là j'auraisdonné d'boncœur 

Tout un royaume. 

Pour l'humble chaume 
Qui m* promettait tant d' plaisir et d' bonheur. 



Quand je passais m' dandinant sur mon ftn 
Les villageois m* trouvaient très bien comm' ç 
Et si j' n'avais qu' des habits d' paysanne, 
Ils savaient bien qu'un bon cœur battait là 

J' n'étais pas fière, 

On pouvait m" faire 
Tout c' qu'on voulait sans qu* j'y trouveaucunma 

D'un' gaîté franche, 

Chaque dimanche. 
De l'avant-deuz je donnais le signal. 



Je n' voyais pas de gands airs comme les vôtre 
Personne alors ne me dictait des lois; 
C'est à la ville, en fsant rougir les autres, 
Que j'ai rougi pour la première fois. 

Pauvre fillette. 

Que je regrette 
Ce temps heureux qui ne reviendra plus ! 

mon village! 

mon jeune âge I 
mes plaisirs, qu'êtes-vous devenus T 



Puisque j' devais, dans le monde où vous êtes 
Chercher 1' bonheur sans jamais savoir où, 
Il fallait donc m' laisser avec mes bêtes. 
Mon chat, mon chien et mon cousin Jaillou. 

C'est sur l'herbage, 

Dans un village, 
Qu' la p'til' Margot se dépêcha d' grandir; 

Du toit champêtre 

Qui m'a vue naître, 
Je garderai toujours le souvenir. 

ClalrvUle et Milon. 



Extraitde Margot, ou les BienJaUs de l'éducation 
vaudeville en un acte, de MM. Qainrillc et Miloa 
en vente chez M. Marchant, éditeur, IS, boulevart 
Saint-Martin. Prix : 60 centimes. 




TROMPEZ-MOI! TROMPONS-NOUS! 

Vous me Irompez, je le vois bien ; 
De vos discoure je ne crois rien. 
O'csl fgal, c'esl é(;al. 
C'est bien plus original I 
Tronipei-nioi, troaipoos-nous, 
C'esl UD plaisii' assez doux; 
En tous lenips, en tous lieux, 
Les jeunes comme les vieux, 
On ne fail que cela, i 

Tout le monde eu est là! I bis. 

Trompei-moi, l rompons-nous, ) 
Ahl ahl alil ahl abl 



Vous me jurez Bdélild; 

J'en jure autant de mon cAlé. 

Nous faisons des serments 
Comme en font lous les amants; 

Seulemeul nous savons 
Que tous les deui nous mentons; 
C'est égal, c'est i^f;al, 
C'est bien plus original I 
On ne fait que cela, 
Tout le monde en est là 1 
Trompei-moi, etc. 
Pour moi vous voudriez mourir. 
Pour voui, moi, je voudrais périr! 

El pourtant nous savons 
Ou'à bien vivre nous tenons, 
C'est égal, c'est égal, 
Cest bien plusoriginall 
Le fer et le poi&on. 
Noua jurons que tout etl bon. 
Nous ne ririons pu trop 
Si l'on nous prenait au mot. 
Trompei-moi, etc. 
Lorsque noua aurons, par malheur, 
Quelque rancone sur le cœur. 
Loin d'être moina jovenx, 
Nous nous rerou lu aotu jeux. 



Vengeons-nous par aesiraiis, 
Usis ne nous boudons jamais; 

Bouder est ennujcui, 
Se tromper vaut cent fois mieux. 
On ne lail que cela. 
Tout le monde eu est làl 
Trompci-moi, l rompons-no us, 
On ne fait que cela, 
Tout le monde en est là! 
Trompei-moi, trompons-nous, 
Ablablahl ahlahl 
Ce plaisir est assez doux. 
Abl 

AOiMée ée Bmaplas. 
It miniqac, da l'iiiltiir d» parbici. k trouic, i Puit, 
cIki m. Htu, «dilior. 10, rat 



LES VINGT SOUS DE PÉRINETTE. 

Périne a (rouvâ vingt sous! 

• J'en achèlerai, dit-elle, 

■ Un ruban pour élre belle 

• A la Tête au bois des Houv.a 

— Pourquoi ce ruban superbe. 
Enfant, sur vos noirs cheveux I 
Un bluet cueilli dans l'herbe 
Sans rien coûter vous va mieux. 

Ablatilahlaht 

Périnelle, 

i^ bru nette 

Aux yeux doux. 
Que ferei-vous, ma Périnetle, 
Que ferei-YOUS de vos vingt souiT 

■ Eh bien I avec cet argent, > 
Dit la jeune tille en peine, 

■ Je doterai Madeleine, 

• L'orpheline au vieux sergent I • 

— C'est noble à vous, ma cbérïe, 
De songer A la pourvoir; 

M&is pour Tingl sous, je voua prie, 
Quel mari pent-elte avoirl 
Aht ahl&hlahl 
Périnslle, «te 



«74 



CKAKSeNS MMn^IEES. 



son eoBor se rayisatt^ 
m Oàl âSt rtaftint bonne «I 
« Aux ipÊMnm éemon TîlliQt» 
« Ttneiyfeftkni présent! » 
— FérùM» «*«8ttM d'aumOn» 
Foor eafanar tant ée douleur; 
Mais pniMiae âa ecrar qui donne 
Tout cadeau prend sa valeur, 
Dieu TOUS Toit^ Périnette, 

La brunette 

Aux yeux doux, 
Et Dieu là-baut, ma Périnette, 
Se souviendra de vos vingt sous! 

La mudqne, de Paul Henrion, m tnmve, à Paris, 
chez M. Colombier, éditeur, 6, me Tiyienin». 



LA DOT D'AUVERGNE 



1840. 

Pour dot, ma femme a cinq sous, 
Moi, quatre, pas davantage; 
Pour monter notre ménage. 
Hélas I comment ferons-nous? 

Cinq sous?... cinq sous! 
Pour monter notre ménage » 

Cinq sous?... cinq sous, 
Femme, comment fbrons-nous? 

Ëh bien! nous achèterons 
Un petit pot pour soupière; 
Avec la même cuillère. 
Tous les deux nous mangerons. 
Pour dot, etc. 

Eh bien ! nous vendrons de Teau 
Que Ton trouve à la rivière^ 
Toiis deux à la limonièrey 
Nous traînerons le tonneau^ 
Pour dot, etc. 



} 



(bis.) 



le dSsQanche, au saint lien, 
Nmb feroM» notre prière ; 
A figln; sur la pierre, 
CMi8«n|int prier Dieu. 
Poarè»l»etc. 

Fnis, s'il nons vient des enAints, 
Q«ax^ MMS n*aurion8 que desfiUes, 
Harni fa*elles soient gentîlks, 
Haas Itonr durons à vingt ana: 

Mes enfents, voilà cinq sons... 
Four monter votre méoage; 
vec ça, quand on est sage , 
Toujours on trouve un époux ! 

Cinq sous?... cinq sous! 
Pour monter votre ménage. 

Cinq sous?... cinqsoosl 
Allez chercher un époux ! 



j(K^) 



La miuiqae, de Mlle LoYsa Pnget, pe trouTe chez 
M. Meistonnier, éditeur. 18, rue Dauphine. 



NOS AMOURS ONT DDBfi TOUTE DNE SEMAINE. 



Nos amours ont duré toute une semaine; 
Mais que du bonheur les instants sont courts ! 

S'adorer huit jours 

C'était bien la peine! 

Le temps des amours 

Devrait durer toujours I 

Ah! que son regard était doux et tendre ! 
Sans qu'il dît un mot je savais Fen tendre; 
Mais lorsque ces murs sont entre nous deux, 
Commenta présent nous parler des yeux?(6t«.) 
Nos amours,, etc. 

Combien iL n'aimait!... mais souvent la gloire 
Fait aux amoureux perdre la mémoire ; 
Hier il jurait d'aimer jnaqa'à la morL». 
Hélas! pourvu qu'il s^en souvienne eneorl... 



GHANSONNETTEJ 



178 



Nos amours ont duré (oute une semaine ; 
Hais que du bonheur les instants sont courts ! 

S'adorer huit jours. 

C'était bien la peine I 

Le temps des amours 

Devrait durer toujours. 



Air anglais, arrangé par Docbeflla, noté au N. 2173 
de la Clé da Careaa. 



LA LISETTE DE BÉRANGER. 



isa. 



À BBaANGBE. 



Enfants, c'est moi qui suis Lisette, 

La Lisette du chansonnier 
Dont vous chantez plus d'une chansonnette 
Matin et aoir, sous le vieux marronnier. 
Ce chansonnier dont le pays s'honore, 
Oui, mesenfants, m'aima d'un tendre amour; 
Son 'souvenir m'enorgueillit encore, 
Et charmera jusqu'à mon dernier jour, {bis.) 

Si vous saviez, enfants. 
Quand j'étais jeune fille. 
Comme j'étais gentille... 
Je parle de longtemps. 
Teint (irais, regard qui brille, 
Sourire aux blanches dents. 
Alors, ô mes enfants, {bis.) 

Grisette de quinze ans. 
Ah 1 que j'étais gentille. 

Vous parlerai-je de sa gloire T 
Son nom des rois causait l'effroi. 
Dans ses chansons se trouve son histoire: 
Le monde, enfants, la connaît mieux que moi. 
Ce que je sais, moi, c'est qu'il fut sincère. 
Bon, généreux, ange consolateur. 
Oui, c'est assez de bonheur sur la terre, 

Qu'un peud'amourd*unaustinolileeœur.(6t#.) 
Si TOUS saviea, etc. 



Lui, qui d'un bean del et d*oifibrages 
Avait besoin pour ses chansons. 
Fidèle au peuple, il rongea ses outrages, 
Et respira l'air impur des prisons. 
Des insensés, qu'areuglait leur puissance. 
Juraient alors d'étouffer ses accents; 
Mais dans les fers son luth chantait la France, 
La liberté, Lisette et le printemps, (bis.) 
Si TOUS saviez, etc. 

Un jour, enfants, dans ce village. 
Un marchand d'images passant 
Me proposa (Dieu l'envoyait, je gage) 
De Béranger nn portrait ressemblant. 
J'aurais donné jusqu'à mes tourterelles ; 
Ces traits chéris, je les vois tous les jours. 
Hier encor, de pervenches nouvelles, 
De frais lilas, j'ai fleuri mes amours, 
Hier eacor, j'ai fleuri mes amours I... 

Si vous saviez, enfants. 
Quand j'étais jeune flUe, 
Gomme j'étais gentille... 
Je parle de longtemps. 
Teint frais, regard qui brille. 
Sourire aux blanches dents. 
Alors, ô mesenfants, (bis.) 
Grisette de quinze ans, 
Ahl que j'étais gentille. 



La wosifva, de raattwr des paroles, «stnofeée au 
K. 2342 de la Qé du Caveau, et se trooTe ches 
M. Sckonenberger, éditeur , IS, boulerart Poissoïk- 
nière. 



LE DOMINO iNOIR. 

iSS7. 

Ahl qudie nuit! 

Le moindre bmit 
Me trouble et mlnterdit, 
Btjem*arrfte, hélait 

AehaqM 



976 



CHANSONS POPULAIRES. 



Soudain j'entends 
De lourds fusils, au loin, retentissants, 
Et puis, qui vive I holà ! 

Qui marche là? 
Ce sont des soldats un peu gris, 
Par un sergent ivre conduits; 
0U8 un sombre portail, soudain, je me blottis. 
£t grâce à mon domino noir. 
On passe sans m'apercevoir. 
Tandis que moi. 
Droite, immobile et mourante d'effroi. 
En mon cœur je priais 

Et je disais : 
mon Dieu, Dieu puissant. 
Sauve-moi de tout accident, 
Sauve rhonneur du couvent 1 



Ils sont partis. 
Je me hasarde, et m'avance et frémis; 
Mais voilà qu'au détour 
D'un carrefour 
S'offre à mes yeux 
Un inconnu, sombre et mystérieux. 
Ah I quelle est ma frayeur, 
C'est un voleur 1 
Il me demande , chapeau bas, 
La faveur de quelques ducats, 
Et moi, d'un air poli, je lui disais tout bas 
Je n'ai rien, monsieur le voleur. 
Qu'une croix de peu de valeur. 
EUe était d'or, 
Je la cachais, et de mon mieux encor, 
Le voleur, malgré ça. 

S'en empara. 
Et pendant ce moment, 
mon Dieu, disais-je en tremblant. 
Sauve l'honneur du couvent! 



i 



En cet instant, 
Passe en chantant 
Un jeune étudiant; 
Le voleur, à ce brdt^ 
Soudain s'enfuit; 
Mon défenseur 
S'approche alors : calmez votre frayeur, 
Je ne vous quitte pas, 
Prenez mon bras. 



Non, non, monsieur, seule j'irai; 

— Non, Sénora, bon gré, mal gré, 
Jusqu'en votre logis, je vous escorterai. 

— Non, non, cessez de me presser; 

— Calmez-vous, je vais vous laisser. 

Mais un baiser^ 
Un seul baiser, comment le refuser T 
Un baiser, je le veux : 

n en prit deux. 
Et pendant ce moment, 
mon Dieu, disais-je en tremblant. 
Sauve l'honneur du couvent ! 

E. Seribe. 

Ja Domtno Noir, opéra-comique en trois actes, 
en Tente chez M. Tresse, édltear, 2 et 6, galerie de 
Chartres. Prix ; 60 centimes. 

La musique, de D. F. K. Aubcr, est notée au 
N. 2062 de la Clé du Caveau, et se Uouve chez 
M. Tronpenas, 40, rue Neuve- Vlrlenne. 



UN JOUR DE FÊTE A LA BARRIÈRE 

Air : Pomm* dé reinetU et pomm* éPapL 

Enfin c'est fête I 

Restaurateur, 

Bouchon, traiteur. 
Cabaret et guinguette : 

Que l'on s'apprête. 

Les cieux sont purs, 

La foule est prête 
A sortir de ses murs. 

Ragoûts, brûlez I 

Veaux, rissolez I 

Tonneaux, coulez I 
Aujourd'hui c'est bombance... 

Tout est rincé. 

Placé, versé, 

D'un peuple immense 
Le festin est dressé I... 
Pour vous, gais enfants du plaisir, 

Joie entière 
Règne à la barrière ; 
Ce n'est que là qu'on peut jouir. 
Et que l'Âme peut s'épanouir... 



CHANSONNETTES. 



«77 



Adieu, la ville t 

Chacun, paré, 

Brossé, ciré, 
. Quitte son domicile 

D'un pas agile, 

Rentiers, marchands, 

En longue file, 
Cheminent vers les champ& 

De frais tendrons. 

De gais lurons, 

De biberons, 
Voyez la ribambelle... 

Puis, deux à deux. 

Les amoureux. 

Sous la tonnelle 
Vont resserrer leurs nœuds 
Pour vous, gais enfants, etc. 

Grande afQuence 

Près des chanteurs , 

Des bateleurs 
La recelte commence. 

Dans la balance, 

L*épais rifllard 

Soudain s'élance, 
Et veut peser... son lard. 

Siams, pistolets. 

Billards, galets, 

Quilles, palets 
Sont les jeux que l'on fftte. 

Sans frein, sans but. 

Le grand Dahut 

Trotte en pincette 
Sur un ânon fourbu 
Pour vous, gaUeofknts, etc. 

Chez le SaiÊvage 

Faites un tour. 

L'bU-irAnuiur 
Vous offre son ombrage. 

Sous son feuillage. 

Le Grand- Vainqueur 

Offre un potage 
Au Parisien flftnenr. 

Au rendes-vooSy 

AttabloDs-DOua 

Sur DOS geoovx. 



Près de sa chaste épouse 

Monsieur Lebon 

Trouve très bon. 

Sur la pelouse. 
Le pâVé de jambon. 
Pour vous, gais enfants, etc 

On frappe, on sonne : 

Garçon, du veau 1 

Du fricandeau I 
Servez-nous donc, la bonnet... 

L'an crie et tonne, 

Las déjeuner; 

L'autre en personne, 
Va quérir son dîner. 

Grands et petits, 

Quels appétits I 

Quel cliquetis I 
Mettons-nous en ribolte. 

Enivrons -nous; 

Vivent les fous I 

La gibelotte! 
Et le beaune à six sous 1 1 1 
Pour vous, gais enfants, etc. 

Chaos sublime, 

De chants, de voix. 

De mots grivois. 
Sans raison et sans rime. 

Chaque œil s'anime; 

Plus d'un amant. 

Sous table exprime 
Son muet sentiment... 

Auprès des ris, 

Deta lurons gris 

Poussent des cris. 
Boxent et dégringolent, 

Dans leurs débats. 

Les pots, les plats. 

Au plafond volent 
Et tombent en éclats. 
Pour voUy gaii enfkats, eie. 

Ladarinelto 
El le crin-erin 
Ont mis en train 
r>griwtte. 



178 



CHANSONS POPULAIRES. 



Jacque et Georgetle. 

Règlent leurs pas 

Sur la musette 
Des joufflus Auvergnats. 

Bonnes d'enfants, 

Grognards, Jean-Jeans, 

Sapeurs, sergents. 
Tout saute et se dandine ; 

Dans l'entrechat, 

Près d'un soldat. 

L'amour badine... 
kyecldi queue!... du chat... 
Pour vous, gais enfants, etc. 



Mais la retraite 

Vient de sonner ; 

Sans lambiner 
L'on gagne sa chambrette. 

Un peu casquette. 

Plus d'un buveur 

Dehors rejette 
La divine liqueur. 

En quereÛant, 

En vacillant, 

En s'appelant, 
Tous les groupes arpentent. 

Loin du bouchon. 

Cadet, Fanchon, 

En chœur déchantent 
La Mère Gaudiehon. 
Pour vous, gais enfiints, etc. 

La route est belle 1 

Dans le .chemin. 

Plus d'un hymen 
S'achève sans ch&nddle. 

Au loin grommelle 

Maman Picard, 

Traînant près d'elle 
Son moutard en retard. 

Là, Ducrochet, 

Plus loin, GÂchet, 

Ici Tranchet, 
S'arrêtent à mi-route ; 

Sur le comptoir 

Dun reposoir 



On boit la goutte, 
En se disant : Bonsoib 1 ! I 

Pour vous, gais enfants du plaisir. 
Joie entière 
Règne à la banrière : 
Ce n'est que là qu'on sait jouir 
Et que l'âae peut s'épanouir. 

Ii«aUi Ve«teaa. 



Air de contredanse, noté au N. 456 delà Clé da 
Caveau. 



TABLEAU DE PARIS 

A CINQ HEURES DU MATIN. 

Air de la contredanse de la Bodère. 
Ou * JHen nein*4ekegppe. 

L'ombre s'évapore, 
Et déjà l'aurore 
De ses rayons dore 
Les toits d'à l'entour ; 
Les lampes pâlissent ; 
Les maisons blanchissent. 
Les marchés s'emplissent. 
On a vu le jour. 

De la YiUette, 

Dans sa charrette, 

Suzon brouette 
Ses fleurs sur le quai, 

Et de YiDoenae 

Gros-Pierre amène 

Ses fruits que traîne 
Un âne efflanqué. 

Déjà répicière. 
Déjà la fruitière, 
Déjà l'écaillère 
Saute à bas du liL 
L'ouvrier travaille^ 
L'écrivain rimaille. 
Le fainéant bâille. 
Et le savant liU 



GHANSOBTNETTBS. 



Î7» 



J'enteDds Jarotta, 
Portant sa hotte, 
Crier : Carotte, 

Panais et chou-flear f 
Perçant et grèle, 
Son cri se mêle 
A la Toix frêle 

Du noir ramonear. 

L'huissier cariUonne, 
Attend, jure, sonne, 
Ressonne, et la bonne, 
Qui Tenfend trop bien, 
Maudissant le traître, 
Du lit de son maître 
Prompte à disparaître. 
Regagne le sien. 

Gentille, accorte, 
Devant ma porte 
Perretle apporte 

Son lait encor char^ ; 
Et la portière, 
Sous la gouttière, 
Pend la volière, 

De dame Margot. 

Le joueur avide, 
La mine livide 
Et la bourse vide, 
Rentre en fulminant; 
Et, sur son passage, 
L'ivrogne pins sage, 
Rêvant son breuvage, 
Ronfle en fredoaoant. 

Tout, chez Hortenae, 

Est en cadence ; 

On chante, danse, 
Joue, et offtoro... 

Et sur la pierre 

Un pauvre hère, 

La nuit entière, 
Souffrit et pleunu 

Le malade sonat. 
Afin qu'on lui dooift 



La drogue qu'ordonne 
Son vieux médecin. 
Tandis que sa bdie. 
Que Tamour appelle. 
Au plaisir fidèle. 
Feint d aller au bain. 

Quand vers Cylhère 

Le solitaire. 

Avec mystère. 
Dirige ses pas, 

La diligence 

Part pour Majenœ, 

Bordeaux, Florence, 
Ou les Pays-Bas. 

« Adieu donc, mon père; 
Adieu donc, mon frère ; 
Adieu donc, ma mère. 
— Adieu j mes petits. » 
Les chevaux hennissent. 
Les fouets retentissent. 
Les vitres frémiasent : 
Les voilà partis» 

Dans chaque rue 
Plus parcourue, 
La foule accrue 

Grossit tout-à-coup : 
Grands, valetaille. 
Vieillards, marmaille. 
Bourgeois, canaille. 

Abondent partout. 

Ah I quelle cohue. 
Ma tête est perdue, 
Moulue et fendue ; 
Où donc me cacher? 
Jamais mon oreille 
N'eut frayeur pareille... 
Tout Paris s'éveUle.... 
Allons nous coucher. 



▲ir dt coBtrwUBM, wM «n N. ISBS <t UCIé da 

CCTMS. 



280 



CHANSONS POPULAIRES. 



TABLEAU DE PARIS 

A CINQ HEURES DU SOIR. 



Air dt la contredante de U Soiière. 

En tous lieux la foule 
Par torrents s'écoule : 
L'un court, l'autre roule ; 
Le jour baisse et fuit. 
Les affaires cessent ; 
Les dîners se pressent; 
Les tables se dressent; 
U est bientôt nuit. 

Là je devine 

Poularde fine, 

Et bécassine, 
Et dindon truffé i 

Plus loin, je hume 

Salé, légume, 

Cuits dans Técume 
D'un bœuf réchauffé. 

Le sec parasite 
Flaire... et trotte rite 
Partout où Tinvile 
L'odeur d'un repas, 
Le surnuméraire 
Pour vingt sous va fiiire 
Une maigre chère 
Qu'il ne palra pas. 

Plus loin, qu'entends-jet 

Quel bruit étrange ? 

Et quel mélange 
De tons et de voix ? 

Chants de tendresse, 

Cris d'allégresse, 

Chorus d'ivresse 
Partent à la fois. 

Les repas finissent. 
Les teints refleurissent; 
Les cafés s'emplisseut ; 
Et trop aviné, 



Un lourd gastronome 

De sa chute assomme 

Le corps d'un pauvre homme 

Qui n'a pas dîné. 

Le moka fume. 
Le punch s'allume. 
L'air se parfume ; 
Et de crier tous : 
« Garçons, ma glace I 

— &Ia demi-tasse!... 

— Monsieur, de grâce, 
Paris, après vous. » 

Les journaux se lisent; 
Les liqueurs s'épuisent , 
Les jeux s'organisent ; 
Et l'habitué, 
Le nez sur sa canne. 
Approuve ou chicane, 
Défend ou condamne 
Chaque coup joué. 

La tragédie, 

La comédie, 

La parodie. 
Les escamoteurs ; 

Tout, jusqu'au drame 

Et mélodrame, 

Attend, réclame 
L'or des amateurs. 

Les quinquets fourmillent, 
Les lustres scintillent,* 
Les magasins brillent ; 
Et, l'air agaçant, 
La jeune marchande 
Provoque, aCTriande 
Et de l'œil commande 
L'emplette aux passants. 

Des gens sans nombre 
D*un lieu plus sombre 
Vont chercher l'ombre 
Chère à leurs desseins. 
L'époux convole, 
Le fripon vole. 



CHANSONNETTES. 



tSl 



El l'amant vole 
A d'autres larcins. 

Jeannot, Claude, Biaise, 
Nicolas, Nicaise, 
Tous cinq de Falaise 
Récemment sortis, 
Elerant la fiice, 
Et cloués sur place, 
Devant un Paillasse 
S'amusent graiis. 

Le Jeune fille, 

Quittant l'aiguille. 

Rejoint son drille 
Au bal de Lucquet ; 

Et sa grand'mère 

Chez la commère 

Va coudre et faire 
Son cent de piquet. 

Dix heures sonnées. 
Des pièces données 
Trois sont condamnées 
Et se laissent choir. 
Les spectateurs sortent, 
Se poussent, se portent... 
Heureux s'ils rapportent 
Et montre et mouchoir I 

« Saint-Jean, la Flèche, 

Qu'on se dépèche... 

Notre calèche I 
— Mon cabriolet I» 

Et la livrée, 

Quoique enivrée. 

Plus altérée. 
Sort du cabaret. 

Les carrossée viennent, 
S'ouvrent et reprennent 
Leurs maîtres qu'ils mènent 
En se succédant; 
Et d'une voix acre 
Le cocher de fiacre 
Peste, jure et sacre 
En rétrogradant 



Quel tintamarre I 

Quelle bagarre I 

Aux cris de gare 
Cent fois répétés, 

Vite on traverse. 

On se renverse, 

On se disperse 
De tous les côtés. 

La sœur perd son frère ; 
La fille, son père ; 
Le garçon, sa mère 
Qui perd son mari ; 
Mais un galant passe. 
S'avance avec gr&ce, 
Et s'offre à la place 
De l'époux chéri. 

Plus loin des belles 

Fort peu rebelles, 

Par ribambelles 
Errant à l'écart. 

Ont doux visage, 

Gentil corsage... 

Mais je suis sage... 
D'ailleurs il est tard. 

Faute de pratique, 
On ferme boutique. 
Quel contraste unique 
Bientôt m'est offert ! 
Ces places courues, 
Ces bruyantes rues, 
Muettes et nues, 
Sont un noir désert. 

Une figure 

De triste augure 

M'approche et jure 
En me regardant... 

Un long qui vive! 

De loin m'arrive, 

Et je m'esquive 
De peur d'aoddent. 



Par longs intenrallei, 
Quelqoes lampes pâtot. 



42 



ttS 



GHAN80N8 PDPUI.ÀIRES. 



Faibles, inégales, 
M*éclairent encor... 
Leur feu m'abandonne, 
L'ombre m'environne ; 
Le vent seul résonne : 
Silence 1 tout dort, 



Air de contredanie, noté aa N. 1338 de U Clé du 
CftTeaik 



LE P'TIT MIMILB, 

Air de* houtgtmM â$ CkUm. 

JTapprends, mon p'tit MimUe, 
Qu* t'es palfernier du roi : 
Personn' dans notre ville 
N' sait pas plus c! que c'est qu' moi. 
C'est sans dont' queuqu'emploi 
Bourgeois ou militaire ; 
Au surplus ça n' nous r'garde pas ; 
Mon fieu, tu f ras 
Gomm' tu voudras, 
Nous n* te tourment'rons guère. 

y te r dirai sans raneane, 
^ Je m' doutais qu' par là-bas 
T'avais fait ta ft>rtune, 
Car tu n'écrivais pas. 
Après tant d'embarras 
Puisqu' t'es tiré d'affaire, 
Envoi'-nous un millier d* doctto; 
Ensuite, tu f ras, etc. 

Ton père, que ta lettre 

A contenté beaucoup. 

Veut qu' tu y envoi' d' quoi s* mettre 

Dans les vign's jusqu'au cou ; 

liais n' te gèn' pas pour ça. 



T n' boit pas fort ton père, 
Un tonneau de Bourgoga' suffira. 
Ensuite, etc. 

Ton oncle 1' garde^hasse 
Commence à bien s'user; 
Ta tante Bonifaoe 
Dit qu'i' n' sait plus viser. 
Tu sais qu' son grand-papa 
D' l'État Ait pensionnaire: 
Fais-lui rendre c'te penaioft-là; 
Ensuite, etc. 

Ton filleux, Fanfan 1' bèta. 
Est un grand garnement 
Dans r cas de tenir tète 
A tout un régiment. 
Puisque c' chien d'enfant-flt 
A r goût du militaire, 
D'une épaulette y s' content'ra , 
Ensuite, etc. 

Ton cousin, l' grand Girafe, 
Ta tout droit à son but, 

Y sait d'jà l'ostographe 
Et r ba be bi bo bu. 

Y en a d' pus bèt' que ça 
Dans r nouveau ministère : 
Mais c'est égal, pouss'-le par-là ; 

Ensuite, etc. 

Quant au cousin Bâtisse 

Y n' manqu'ra pas d'emploi, 
Car il est royalisse 

Encor plus que le roi, 
Pour n' pas s' battr' y s' cacha 
Pendant la dernière guerre, 
Y n' demande que la croix pour ça ; 
Ensuite, etc. 

Maint'nant cbaque dimanéhe, 
Ton parrain Tournesol 
Porte un' cocarde blanche 
Larg' comme un parasol. 
Depuis vingt ans 11 a 



CHAN8ONNETTE0. 



18» 



Vingt fois changé de baaoière, 
Faut qu' tu V tsm* jug* da paix c'ti-là; 

Ensuite, etc. 

* 

Y faudrait pour bien faire 
Qu* ton oncl' Jean soit juré, 
Qu* not* bedeau soit vicaire, 
Qu' not' vicaire soit curé. 
Pour finir c'f articl'-là 
Enfin qu' ton pèr' soit maire, 
L' reste du village attendra ; 

Ensuite tu fras 

G' que tu voudras, 
Nous n* te tourment'rons guère. 

ÉnUe 



Musiqae de Dacaurroi, notée au V. 664 de U 
Clé du Caveau 



LES BOHÉMIENS DE PABIS. 



Fouler le bitume 
Des boulevarto, eharmant séjour, 

Avoir pour coutume 
De n'exister qu*Aii jour le Jour; 

Mais lorsqu'on voyage, 
Sur son dos comm' le limaçon 

Porter son bagage, 
Son mobilier et sa maison : 

Vivre d'industrie, 
Avoir sa galté pour tout bien, 

Et voilà la vie 
Du vrai bohémien parisien. 

Et voilà la vie, 

Oui, voilà la vie 
Du vrai bohémien parisien. 

Voilà la vie, (bis.) 

Du vrai bohémien parisien. 

Oiseau de passage, 
n fréquente tous les quartlan^ 
Sans appreotiaiago 



(bis.) 



Il fait plus de vingt p'Uts métiers ^ 

Mais r pain qu'il soutire 
Aux bons jobards, aux gens bien mis. 
Le soir sans riea dire 
Le partage avec les amis. 
Vivre d'industrie, etc. 

Auprès de nos belles 
Gomme un volcan il est cité, 

Pourtant avec elles 
n a très peu de fixité ; 

Qu'un' brune en ce monde 
Lui fass* des traits ou des noirceurs. 

Il en prend un' blonde 
Afin de varier les couleurs. 



Vivre d'industrie. 
Avoir sa gatté pour tout bien. 

Et voilà la vie 
Du vrai bohémien parisien. 

Et voilà la vie. 

Oui, voilà la vie 
Du vrai bohémien parisien. 
Voilà la vie (bis,) 

Du vrai bohémien parisien. 

et 



ifns.) 



Esctrait de la pièce le* BokifmUnt it Parité en 
▼ente chez M. Marchant, éditeur, bouleTart Saint- 
Martin, 12. Prix : se centimes. 

La musique, de M. Amédée Art», aoCtfe au 
N. 2296 de la Clé du Caveau, ae lro««e chez 
M. Meissonnier tûm, éditeur, 22, rue Dauphiae, A 
Parie. 



TABLEAU D'UNE NUIT DE PARIS. 

Air de la amtrtdoMM tU la Bodèrcw 
Oo : L'omUfrt ^ivti^on* 

Au loin Tair frissonDe. 
L'airain qui résonna. 
Sous le marteau soniie 
El compte minuit 



t84 



CHANSONS POPULAIRES. 



Pour la foule immense 
Le repos commence, 
Un profond silence 
Remplace le bruit. 

L*hymen austère, 
Dans le mystère, 
Livre à Cythère 

De tendres combats ; 
L*ardeur moins vire, 
Bienlôt s'esquive, 
llorphée arrive 

Au sein des ébats. 

Quel bruit, quel tapage, 
D'étage en élage, 
Les chats avec rage 
Peignent leur transport. 
Près de ma demeure, 
Et depuis une heure, 
Médor hurle et pleure; 
Son maître est-il mort? 

De force. Élise 
En songe est prise ; 
Urbain se grise 
Dans un doux nectar , 
Dorval qui sue, 
S'étend, remue; 
Son âme émue 
Voit le cauchemar. 

Certaine rosée 
Sort d'une croisée. 
Une voix cassée 

Dit trop tard : gar' Veau! 
Un passant colère 
Jure qu'il va faire 
A son commissaire 

Flairer son chapeau. 

Sur sa couchette, 
Jeune fillette 
Lit en cachette 
Un roman badin ; 



Tout près, la tante. 
Que l'amour tente. 
Presse et tourmente 
Un jeune blondin. 

Gorgé de richesse. 
Rongé de tristesse, 
Paul en vain s'adresse 
Au sommeil qui fuit, 
Quand le pauvre Pierre, 
Fermant la paupière, 
S'endort sur la pierre. 
Qui lui sert de lit. 

Seul et timide. 

Le teint livide. 

L'avare avide 
Garde son trésor; 

Gueux dans l'aisance. 

Sa jouissance, 

Son existence, 
Tout est dans son or. 

Darlincourt, morose, 
En bâillant compose 
De la lourde prose 
Pour de lourds lecteurs; 
Mais Casimir veille : 
L'immortel Corneille 
Lui dicte à l'oreille 
Des vers enchanteurs. 

Là, sans escorte, 

Forçant la porte, 

La mort emporte 
Un infortuné ; 

Plus loin Sylvie, 

L'âme ravie. 

Donne la vie 
A son premier-né. 

Plus d'un hypocrite 
Que Satan irrite, 
En rêvant médite 
De pieux complota. 



CHANSONNETTES. 



«$i 



Dans un groupe aimable, 
Désaugiers à table, 
Chante, rit et sable 
Le vin à grands flots I 

De sa lunette 

Laplace guette 

D'une planette 
Les feux inconnus. 

Loin de sa femme, 

Qui le réclame, 

Biot se pâme 
En braquant Vénus. 

Dans maints corps-de-garde, 
Lise se hasarde 
D'offrir à la garde, 
Kirch, rhum, tour-à-tour ; 
La grosse Angélique, 
Montrant sa boutique, 
Offre à la pratique 
Son par f ail' amour. 

Quel tableau sombre 

S'offre dans l'ombre I 
• Des feux sans nombre 
Sortent d'un réduit ; 

La flamme brille. 

Le pompier grille, 

Le Yoleur pille, 
Bt le voisin fuit. 

LUôiel d: Angleterre, 
Ou la Souricière, 
Devient la tannière 
De mille filous ; 
Sans bruit la police 
En ces lieux se glisse : 
Voleur et complice 
Sont empoignés tout. 

La mariée 
Contrariée, 
Quoique priée, 
6'échappe do bal^ 



Avec grand'peine; 
L'époux Ten traîne, 
Un char les mène 
Au lit conjugal. 

Quittant la guérite, 
Pigeon prend la fuite 
Pour chercher au gîte 
Repos et chaleur ; 
Finissant son rêve, 
Le maçon se lève 
Et court à la Grève 
Trouver l'embaucheur. 

Des nuits le chantre 

S'envole et rentre 

Au fond de l'antre 
Qui fait son séjour ; 

Et dans l'espace 

L'ombre s'efface ; 

La nuit fait place 
Au flambeau du jour. 

Air de controdante, noté aa N. 1338 de la Clé da 
Caveau. 



LE CANAL SAINT-MARTIN. 

1845. 

Gais enfants du canal, répétez mon refrain ! 
De Pantin à Paris, de Paris à Pantin. 
Vive à jamais le canal Saint-Martin, 
Pour le joyeux gamin. 
L'honnête citadin, 
Vive à jamais le canal Saint-Martin I (Mt.) 

Mariniers, blanchisseuses. 
Débardeurs, charbon niera. 
Ses écluses nombreuses 
Font vivre cent mélien; 
Mieux que sur la rivière. 
On y gagne son pain ; 

43 



CHANSONS POPULAIRES. 



C'est son eau salutaire 
Qui nous fait hoir* du vin ! 
Gais enfants, etc. 

Le pécheur à la ligne 
Espère et ne prend rien, 
Le bourgeois d*un air digne 
Y vient baigner son chien; 
Car malgré les affiches, 
Depuis sa fondation, 
C'est d* messieurs les caniches 
L*école de natation. 
Gafs enfants, etc. 

C'est en cor très commode 
Pour les marchands de vin. 
Et plus d'un s'accommode 
De puiser chez l' voisin ; 
Dans rintérôt d' l'ivrogne 
Qui pourrait s' fair* du mal. 
Les vendang's de Bourgogne 
Se font dans le canal. 
Gais enfants, etc. 

Mais voici la nuit sombre : 
Sur les bords du canal, 
Je vois plisser une ombre. 
J'entends comme un signal ; 
Au ciel pas une étoile, 
Bourgeois, rentrez chez vous; 
La lune a mis son voile, 
C'est l'heure des filous f... 

Redoutez, redoutez, honnête citadin, 
De Pantin à Paris, de Paris h Pantin ; 
Ah I redoutez le canal Saint-Martin. 
De minuit au matin, 
Honnête citadin, 
Ah 1 redoutez le canal Saint-Martin t {bi$.) 

Dupenlsr et Cormon. 

Extrait de la pièce le Canal SainV-Marlim, en 
vente chez M. Marchant, éditeur, boalevart Sainte 
Martin, 12. Prix : 60 centimes. 

La musique, de PanI Henrion, est not^ an Nj 2296 
de la CM du Caveau, et se trouve chez M. Colom- 
bier, éditeur, 6, rue Yivicnne. 



TEMPÊTE 
ou j'aime le tapagb. 

1837. 

J*aime le tapage, le tapage, le tapage. 

Oui je suis tapageur. 

J'ai besoin d'orage ! 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage. 

Oui je suis tapageur I 

C'est là mon humeur. 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage, 

Bloije suis tapageur; 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage. 

Oui c'est là mon humeur ! 

Bon enfant, mais fort mauvaise tète, 
Sur mon brick quand j'étais écumeur. 
L'équipage me nomma Tempête, 
A cause de ma charmante humear. 
Au beau temps triste et sauvage. 
Mais folâtre à l'ouragan, • 
Quand ciel et mer faisaient rage, 
Moi je chantais en riant : 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage. 
Oui, je suis tapageur, 
Bonjour à l'orage 1 
J'aime le tapage, etc. 

Mais signalait-on la voile anglaise. 
Je devenais tout-à-fait charmant, 
Et quand les canons bondissaient d'aise, 
Moi je dansais de contentement. 
Alors commençait la fête, 
A l'un je cassais les bras, 
A l'autre fendant la tête, 
Je chantais dans le fracas : 
J*aime le tapage, le tapage, le tapage. 
J'ai besoin de combat, 
J'ai besoin d'orage. 
J*aime le tapage, etc. 

A présent que j'ai pris ma retraite, 
Je me vois forcé de végéter. 
Et bien souvent tout seul je tempête, 
De n'avoir jamais à tempêter. 



CHANSONNETTES. 



187 



Un vieux compagnon de lame, 
Aussi folâtre que moi, 
Me dit de prendre une femme... 
Ehl mais, pas si mal ma foi! 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage. 
Dès demain, dès demain, 
Entrons en ménage. 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage, 
Femme de belle humeur 
Vaut mer en fureur, 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage. 

Oui, je suis tapageur! 
J'aime le tapage, le tapage, le tapage, 
Oui, c'est là mon humeur! 

La musique, de Mlle Lolsa Puget, se troure chez 
M. Meissonnier, éditeur, 22, rue Dauphine. 



PARIS LA NUIT. 

1841. 

Les cafés se garnissent 
De gourmets, de fumenrs. 
Les théâtres s*emplissent 
De joyeux spectateurs ; 
Les passages fourmillent 
De badauds, d'amatears. 
Et les filous frétillent 
Derrière les flâneurs. 
Oui, voilà, mes amLs, voilà Paris la nm*t, 

Oui, du plaisir et du bruit. 
Voilà Paris la nuit. 
Oh! ehl oh! eh! 
Voilà Paris la nuit I (bis.) 

Oui, du plaisir et du bruity 
Voilà Paris la nuit. 

Les maris sont de garde... 
Les amants au logis; 
Mais, chut! ça né regarde 
Que les gens établis. 
On se bat, on se grise. 
Ivrognes et Tireiirs ; 



I 



(6t>.) 



Et la patrouille grise 
Ramasse les buveurs. 
Oui, voilà, etc. 

BientAt donnant Texemple, 
Les rich*s rentre nt chez eux: 
Jnsqn*au bouPvart du Temple, 
Tout redevient silencieux. 
On n* voit plus qu' la silhouette, 
Derrière les rideaux bleus, 
D'une noce en goguette, 
Qui danse chez Deffieux. 
Oui, voilà, etc. 

Mais j*en tends, à la ville. 
Sonner Theure... ah! mfttin, 
Pour l'ouvrier agile, 
G*est déjà le malin. 
Le marteau, la tenaille 
Commencent à marcher. 
On se lève, on travaille... 
Vile, allons-nous coucher I 

Oui, voilà, mes amis, voilà Paris la nuit, 

Oui, du plaisir et du bruit, \ (6tf .) 

Voilà Paris la nuiti 
Ohl eh! oh! eh! 
Voilà Paris la nuit 1 (6m.) 
Oui, du plaisir et du bruit, 
Voilà Paris la nuit. 

Dapenty et €^! 

Paris la nuit, drame en cinq actes, en TenU dHi 
M. Tres&e, éditeur, galerie de Chartres, 2 et 8, Pa- 
lais-National. Prix : 50 centimes. 

La musi<)uc, d'Amé'iée Artas, se trouve notés aa 
N. 2348 de la Clé du Cavcao. 



CADET HDTECX AU BOCLETART DO TOKE. 

Air : Faut tT la vertu, pCé trop n*en/amt, 

La seul* prom'nade qu*a du prix, 
La seule dont je suis épris, 
La seule où j* m'en donne, <Nk Je Hs, 
C'est r lK>ul>art do Temple, à Pftrii. 



288 



CHANSONS POPULAIRES. 



Ce bourvart est vraiment Tunique 
Pour piquer la curiosité... 
On y voit rAmbigu-Comique 
Qu'est à côté de la Gatté. 
La seul* prom'nade, etc. 

Y a r spectacle de mana'seir Rose, 
Qui, sans jamais s' donner d'efforts, 
Moyen nantqueuqu's sous(c' qu'est peu d' chose), 
Fait tout c' que l'on veut de son corps. 
La seul' prom'nade, etc. 

On y voit sur un p'iit théâtre 
Un' fiir qui du pied brode, écrit... 
Plus loin la passion d' Cléopâtre 
A côté d' celle d' Jésus-Christ. 
La seul' prom'nade, et<;. 

L' café d'Apollon nous r'présente 
Des piôc' où, pour doubler l'effet, 
C n'est quà deux qu'on parle et qu'on chante : 
Ah jarni ! queu trio ça fait I 
La &îur prom'nade, etc. 

L* café d'Apollon est tout contre 

Une espèce de p'iit salon, 

Où l'univers, que l'on y montre, 

A trois pieds d* large et deux pieds d' long. 

La seul' prom'nade, etc. 

A droite, j' voyons l's Irzabelles 

Avec leurs Gilles s qu'reller ; 

A gauch', pour les yeux de leurs belles, 

J'y voyons les Paillasses brûler. 

La seul' prom'nade, etc. 

L' Café Turc est l' jardin des Grâces... 
Aussi vient-on, après les r'pas, 

Y prend' café, liqueurs ou glaces, 

Ou punch, ou... qu'est-c' qu'on n'y prend pas? 
La seul' prom'nade, etc. 

Du Marais les mamans tout' Gères 

Y mèu'nt leurs fill's au cou tendu, 
Dont la pudeur baiss' les paupières, 
Et dont l'empois enfle l' fichu. 

La seul* prom'nade, etc. 



Chaqu' jour, pour queuqu*s nouveaux mes 
L* Cadran-Bleu sonn* Pheiire du iMtl 
Mais j' crois qu* s*il fait bcn des mari 
Il en défait aussi pas mal. 
La seul* prom*nade, etc. 

Viens-t'en, m* dit l'aut* soir un* petib 
Qui d' l'œil semblait me provoquer ; 
L'affair' d'un moment, etj* tequilte; 
J'ai queuqu* chose à t* comnauniquer. 
La seul' prom'nade, etc. 

D' Curlius voyez le factionnaire, 
Comme il regarde 1' monde en d*8008 
Si j' réchauffons, dans sa colère, 
Il est homme à fondre sur nous. 
La seul' prom'nade, etc. 

■ 

Qu'est-c' donc qu' j'entends ? c'est d' la mus! 
V'ià tous les dindons du quartier 
Qui s' pressent, s' foulent ; mais berniqi 
Ils ont beau faire, j' suisl' premier. 
La seul' prom'nade, etc. 

« D* mon Barbaro v'nez voir Tadresse; 
V'nez voir l'esprit d' mon p'tit ânon ; 
V'nez voir mon lapin batt' la caisse ; 
V'nez voir mon s'rin tirer 1' canon. » 
La seul' prom'nade, etc. 

Et la trompette qui résonne, 
L'ivrogn' qui jur', 1' tambour qui bat, 
Les chiens qui jou'nt, la cloch' qui soni 
Et moi, d' crier pendant c* sabbat : 
La seul' prom'nade, etc. 

Mais tandis qu' pour voir tant d' bamboc! 
Je m' lords l' jarret, les yeux et le cou 
Me v'ià, quand j' fouillons dans mespoci 
Sans mouchoir, sans montre et sans ïi 
La seul' prom'nade qu'a du prix, 
La seule dont je suis épris, 
La seule où j' m'en donne, où je ris, 
C'est r boul'vart du Temple, à Paris. 



Musique de Dezède, notée an N. 198 de UCU da 

Caveau. 




LES MLAYEURS (•). 



Ain du raadcvillt da Uadame SmttOU 
CKtEl-n DES OALAYEUKS. 

BalavonsI 

Nettoyons I 
Qu'en musse on se lève; 
ARn d'dire Torls 
Unissons nos bras, nos efforts. 

Balayons! 

Nellôjrons I 
Sans repos ni trdvc, 
Porlons nos balais 
Jusqu'au sicin rafme des palais. 



Français, it tous l'on s'adresse. 
Seconde! l'entrepreneur; 
Il Taul unir à l'adresse 
l.a constance et la vigueur. 
Quel proilt on voit U'avanco 
Uans ce glorieux miMIcr, 

D'après le nombre immense 

Des Rcns à balavci'. 

Balayons, etc. 
Pour commencer la besogne 
Nous avons les substituts, 
Les curi'S à rouge trogne. 
Les prélats in parlibus, 
La noblesse d'anticlianibre. 
Les 6 u^fg/ïaiwî gloutons, 

Les preux pariuttiés d'ambre 

Et les porte-colons ("*). 
Balayons, etc. 



(") 01 



ut Ftll* ehlBWn 1 ■. B^ 
{Netedtriditnr.) 



A Tingt pas du Pont-au -Change 
Est un lieu de triste aspect ; 
Il faut de beaucoup de Fange 
Purger ce si^jour infect. 
On peut Taire, je l'assure, 
Ce travail à peu de Trais : 

Pour engloutir l'ordure, 

La rivière est tout près. 
Balayons, etc. 
A nos bons amis les Suisses 
Dont les soins nous sont si chers, 
Par i^gard, nos bons oTHces 
Gratis leur seront offerts. 
Que le jour se Taii attendre 
Où nous pourrons sans di'iai 

Pour leur service prendre 

La pelle et le balail 

Balayons, etc. 
Sur les rives de la Seine 
L'œil aperçoit un hftlel 0, 
Où Tut d'un grand capitaine 
Le bataillon immortel. 
Ces lieui ont pour locataires 
Des Mimiidous Insolents; 

Chei ces beaux janissaires 

Déployons nos talenlsl 
Balayons, etc. 
Prodiguons à quelques chambres 
Et notre temps et nos soins; 
Ne niénageons pas nos membres 
En appropriant lus coins : 
Frottons! que rien ne nous lasse. 
Tribune, Tauleuil et banc, 

Pour qu'en y prenant place 

On n'y soit pas tout blanc. 
Balayons, etc. 
Ainsi que certain polype, 
Après les murs des palais, 
Plus d'un intecte s'agrippe 
Pour étendre ses Olels; 



f90 



CHANSONS P0PULAIEB8. 



Atteint jusqu'en sa demeure 
Que le vampire rusé 

Sans pitié 60it sur Thcure 

Sous Q08 pieds écrasé. 
Balayons, etc. 

Auprès de chaque excellence 
Exerçons notre savoir ; 
Là, la poussière est immense ; 
Faisons jouer le houssoir ; 
Los bouleaux sont nécessaires, 
Dans toute la France I... allons ! 

Des préfets et des maires 

Nol loyer les salons. 

CHOEUR DE BALAYEURS. 

Balavons! 
Nettoyons I 
Qu'on masse on se lève , 
Alin il ctro forts, 
Unissons nus bras, nos efforts, 
balayons 1 
Nellovoiis ! 
Sans ivpos ni trêve, 
Portons nus balais 
Jusqu'au sein môme dos palais. 

Louia» Festeau. 



La musiiiuc, de Plantadc et de A. Picdnl, est no- 
Ice au N. 80 > de la Clû du Caveau. 



LA RETRAITE. 



1S38. 
LES JEUNES PILLES. 

C'est la retraite, et ran tan plan, 
La garde s'avance, tambour battant; 
C'est la retraite, et Ton entend 
Les deux ûfres du régimeot 



R08B. 

Viens-tu voir, Jeann^te t . 
Lo tambour bat sur le romparl* 

JBANNBTTI, 

Non, e*est la rairtiU» 
Bote, 11 est trop tard. 
dmX la retraite, et ran tAD pten» ete. 



LES SOLDATS. 

C'est l'heure où l'on va fermer la ville ; 
Chacun ici doit rentrer chez soi ; 
Que tout bourgeois dorme tranquille. 
Pour lui veillent les soldats du roi, 

LES JEUNES FILLES. 

C'est la retraite, et ran tan plan, etc. 



ROSE. 

Au cri de qui vive ? 
Dis-moi ce que tu répondrais? 

JEANNETTE. 

Plus morte que vive, 
Je me sauverais... 

ENSEMBLE. 

C'est la retraite, et ran tan plan, etc. 



LES SOLDATS. 

Mais voyez, là-bas, dans la nuit sombre, 
Amis, c'est quelque conspirateur. 
Son manteau blanc le trahit dans Toaibri 
C'est ici qu'il faut montrer du cœur. 



LES JEUNES FILLES. 

Faisons retraite, et cette fois, 
Je crois près de nous entendre leurs voij 

ROSE. 

Jeannette, adieu! 

JEANNETTE. 

Rose, bonsoir I 

TOUTES DEUX. 

Il faut nous quitter, au revoir 

ROSE. 

Jeannette, adieu 1 

JBAN7SETT1 

Rose; bonsoir 1 



CHANSONNETTES. 



291 



R08B. 

Adieu I 

JEANNETTE. 

Bonsoir I 

ENSEMBLE. 

Au revoir! 

OMitave LettMiae. 

La musique, de Mlle Lotsa Puget, se trouTC chez 
M. Meissonnier, éditeur, 18, rue Dauphine. 



LE BIARCllAND DE CONTREMARQUES. 

1835. 
Air : ^n avant, en avant^ en avant tov^omn, 

J*ai mes quarante ans, 

Et d'puis bien longtemps, 

D* mon métier idolâtre, 

Je m* suis fait 1* devoir 

D* répéter chaque soir 

A la porte d*un théâtre * 
Qui la vend (6t>) ? Monsieur, la vendez-vous? 
Un partcrr*, un orche8tr*,ponrvingtou trente sous 
Demandez vot' voilure : un fiacre ou un landau? 
Monsieur, faite8-m*en cadeau. 

Toujours exerçant, 
y suis un commerçant 
Estimé sur place ; 
Pour qu'il soit plus beau, 
Je tiens mon bureau 
Chez r marchand d' vin d'en (ace. 
Qui la vend, etc. 

Mais l'ouvrage m'attend: 
Du public sortant 
La foule me réclame. 
Chez madam* Saqui 
Je vois un mari 
Se battre avec sa ftmma. 
Qui la vendy etc. 



Au Vaud'ville, un jour. 
Par un malin lour, 
Un' pièc' fut aplatie, 
V*là qu' prenant l'auteur 
Pour un amateur, 
J' lui crie à la sortie : 
Qui la vend, etc. 

Qui s'avance vers moi ? 
Ce doit êtr', ma foi. 
Quelque vieux militaire; 
Mais queir large croix! 
J' le r'connais, je crois . 
Qu* c'est notre apothicaire. 
Qui la vend, etc. 

Pour n'ètr' pas r'buté 
De l'autorité, 

Moi, j'offre en homme habile 
Le canon banal 
Au municipal, 
La prise au sergent d' ville 
Qui la vend, etc. 

Hier, aux Français, 
Comme je travaillais, 
J'ai perdu patience ; 
Y'ià qu'à mes côtés. 
Un de nos députés 
Vantait sa conscience. 
Qui la vend, etc. 

Quand viendra 1' moment, 
J' n'irai qu'en r'naudant, 

Descendre chez les Parques ; 

Car chacun sait ça. 

Qu'à c' théàtre-là 

On n' donn* pas d' contre marques. 

Qui la vend {bis)J Monsieur, lavendez-Yousî 
Un parterr* ,un orchestr*,pour vingt ou trente sous 
Demandez vot* voiture : un fiacre ou un landau? 
Monsieur, faites-^n'en cadeto. 



892 



CHANSONS POPULAIRES. 



V'LA C QUE C'EST QUE L' CARNAVAL. 



Air : V'ià c* que c*estqu* d'aller au bois. 



Momus agite ses grelots, 
Cornus allume ses fourneaux, 
Bacchus s'enivre sur sa tonne, 
Pallas déraisonne, 
Apollon détonne ; 
Trouble divin, bruit infernaL.. 
V'ià c' que c'est qu« ^' rar'aaval. 

Au lever du soleil on don, 
Au lever de la lune on sort; 
L'époux, bien calme et bien fidèle, 

Laisse aller sa belle 

Où l'amour l'appelle : 
L'un est au lit, l'autre est au bal... 
V'ih c' que c'est que l' carnaval. 

Carrosses pleins vont par milliers, 
Regorgeant, dans tous les quartiers; 
Dedans, dessus, devant, derrière, 
Jusqu'à la portière. 
Quelle fourmilière 1 
Des fous on croit voir l'hôpital... 
V'ià c' que c'est que 1' carnaval. 

Un char, pompeusement orné, 
Présente à notre œil étonné 
Quinze poissardes, qu'avec peine 

Une rosse traîne^ 

Jupiter les mène ; 
Un cul-de-jatte est à cheval... 
V'ià c' que c'est que 1' carnaval. 

Arlequin courtise Junon, 

Colombine poursuit Pluton, 

Mars, madame Angot qu'il embrasse, 

Crispin une Grâce, 

Vénus un Paillasse ; 
Ciel, terre, enfer, tout est égal... 
T'ià c' que c'est que i' carnaval. 



Mercure veut rosser Jeannot, 
On crie à la garde aussitôt, 
Et chacun voit, de l'aventure, 

Le pauvre Mercure 

A la préfecture, 
Couché sur un procès- verbaL.. 
V'ià c' que c'est que ï carnaval. 

Profitant aussi des jours gras. 
Le traiteur déguise ses plats, 
Nous offre vinaigre en bouteille, 

Ragoût de la veille, 

Daube encor plus vieille. 
Nous payons bien, nous soupons mal... 
V'ià c' que c'est que 1' carnaval. 

Un bœuf, à la mort condamné, 
Dans tout Paris est promené : 
Fleurs et rubans parent sa tête : 

On chante, on le fête, 

Et, la ronde faite. 
On tue, on mange l'animal... 
V'ià c' que c'est que 1' carnaval. 

Quand on a bien ri, bien couru, 
Bien chanté, bien mangé, bien bu, 
Mars d'un fripier reprend l'enseigne, 

Pluton son empeigne, 

Jupiter son peigne. 
Tout rentre en place, et bien ou mal... 
V'ià c' que c'est que 1' carnaval. 

DéMiacler». 



La musique,, de Dauvergne, est notée ta N. 637 di 

la Clé du Caveau. 



L'ANTIQUAIRE. 

1845. 

Antiquaire savant. 
Je voyage souvent. 



CHANSONNETTES. 



293 



Pour avoir sous la main 
Tous les trésors du genre humain. 
^Partoiil j'ai su glaner une relique, 
Car rien n'échappe à mon tact érudit; 
Et mon costume est un musée antique 
Qu'on voit s'ouvrir quand j'ouvremon habit. 

Vous voyez le gilet 

Que Louis Quinze portait, 

Le pourpoint d'!!enri Trois, 
Le gantelet du beau Dunois. 
Gens ignorants, trop vulgaires profanes. 
Avec respect contemplez ce beau jonc, 
Car il a vu la bataille de Cannes, 
Bref I c'est un jonc qui me vient de Dijon. 

Ce cothurne romain 

Est celui que Tarquin 

Chez Lucrèce, sans bruit. 
Voulut déposer à minuit. 
Du Juif-Errant vous voyez une botte, 
Botte qui tit le tour de l'univers ; 
De Dagobert j'ai sur moi la culotte, 
Celle qu'un jour il a mise àTenvers. 

Cette visière, qui 

Semble vulg^e ici, 

Naguère ornait le chef 
Du célèbre Pépin-le-Bref. 
De Vespasien, grand lecteur de gazettes, 
J'ai conservé plusieurs antiquités. 
Et sur mon nez vous voyez les lunettes 
Qu'il inventa pour ses commodités. 



Antiquaire savant 
Je voyage souvent 
Pour avoir sous la main 
Tous les trésors du genre humain 

•emncrj et Clalrrllle. 



io. 1 («'•) 



Extrait de U |>ircc : Le» Sept ehâUauxdu DIabU, 
tn Tente chez M. Marchant, 2, hoolev. Saint-Martin 
Prix : CO ceniimca. 

La musique, de Béancoart, te trouve notée an 
V, 2303 de la Clé du Careau. 



LE PILIER DE CAFÉ. 

Air de la Lilhoçraphiê. 

A Paris, messieurs et dames, 

Quel est le sort, dites-moi, 

Des gens comme moi sans femmes. 

Sans fortune et sans emploi ? 

Sur les places musarder, 

Sur les quais baguenauder ; 

Mais on sait que ce métier 

N'enrichit que le bottier. 

Moi, j*ai pris une méthode 

Bien plus conforme à mon goût ; 

Elle est douce, elle est commode, 

Économique surtout : 

n existe par milliers 

Des réduits hospitaliers. 

Refuges des désœuvrés. 

Et des marchands retirés... 

J*y trouve, quand je m'ennuie. 

Distraction ou sommeil ,• 

Ils m'abritent de la pluie, 

Us m'abritent du soleil. 

Mais déjà vous devinez 

Quels sont ces lieux fortunés : 

Eh bien I oui, depuis trente ans, 

Qu'il pleuve ou fasse beau tempe, 

Dès sept heures, par système, 

Habillé, rasé, coiffé. 

Je descends de mon sixième 

Et je me rends au café. 

J'entre, un garçon appelé 

M apporte un pain cliapelé 

Qu'escorte, sur un plateau. 

Une bavaroise à l'eau... 

De peur qu'on ne les retienne, 

Étant venu le premier, 

Je saisis la Quotidienne, 

Et j'arrête le Courrier; 

Puis le Globe sous un bras, 

Et 80US l'autre les MhU$, 

Guettant l'heure où le porteur 

Jettera le Moniteur. 

Je pourchasse U PHote, 

Que j'atteins, quoique goutteux. 

Et dopin-dopant je trotte 



294 



CHANSONS POPULAIRES. 



Après le Diable Boiteux. 
Eh bienl voisin, quid novi? 
Me dit un Picard ravi 
De prouver qu'à Saint-Quenlin 
On sait un peu son latin... 
Je lui parle de la Grèce, 
De l'Institut, des bouffons. 
Des chiens, de la sécheresse, 
Et de l'état de nos fonds ; 
Puis, s'il ne s'est pas servi 
De tout le sucre servi, 
Comme il l'a payé comptant, 
Je m'adjuge le restant... 
J'en ai bien le privilège, 
Nul ne peut se récrier, 
Et gratis par ce manège. 
J'entretiens mon sucrier. 
De là je grimpe au billard, 
Où, connu pour un gaillard 
Qui les aurait baltus tous, 
On me fait juge des coups. 
Le procès jugé, j'accepte 
La bière et les échaudés. 
Car toujours j'eus pour précepte : 
Procédés pour procédés. 
Frappé de cris indécents, 
Au café je redescends. 
Et j'enlends de tous côtés 
Les mots rente, indemnités. 
Au plus fort de la tempête. 
Un apprenti commerçant 
Va partout criant nu-tèle : 
Qu'on a pris son trois pour cent (*). 
Tandis que je ris tout bas 
De leurs comiques débats, 
Vu que je n'ai pas l'honneur 
D'ôlre rentier, par bonheur. 
Du dîner l'heure qui sonne 
Calme le plus échauffé. 
Et tout le monde abandonne 
La querelle et le café. 
Moi, je viens de manger... or, 
>Je puis bien attendre encor; 
D'ailleurs, tout seul, je pourrai 



(*) Terme dont on désignait certains chapeanx 
de nouvelle forme. 



Lire VÉtoileh mon gré... 
Mais en l'attendant que faire ? 
Car j'ai lu tous les journaux... 
Je prends, je compte, je serre 
Tous les jeux de dominos. 
L Étoile arrive, ô bonheur! 
J'en suis le premier lecteur : 
Les lunettes sur le né. 
Aussi fier qu'un abonné. 
J'ai des nouvelles précises 
De ce qu'ont fait le matin 
La Bourse et la Cour d'assises 
De ce qu'on joûra demain. 
Mais bientôt quelle rumeur! 
Nos dîneurs en bel humeur. 
Aux feux du gaz allumé. 
Rentrent le teint enflammé; 
Sur les bancs ils se dispersent, 
Ils apportent du nouveau; 
Tandis que les garçons versent, 
Je m'approche incognito... 
Assis derrière un banquier, 
Assis derrière un courtier. 
Assis derrière un auteur. 
J'en sais de tout-e couleur. 
Combien me rendrait de grâces 
Le café, si je pouvais 
Prendre autant de demi-tasses 
Que je prends de tabourets ! 
Au coup d'onze heures sonnant 
Des spectacles* revenant. 
Vingt ou trente habitués. 
De chaleur exténués, 
Nous apprennent , des coulisses 
Impertinents détracteurs, 
Les faiblesses des actrices, 
La faiblesse des acteurs. 
Mais la dame du comptoir 
Prend le chemin du dortoir • 
Avis à chaque assistant 
D'en vouloir bien faire autant. 
Enfin le café se vide... 
Mais quoique entré le premier, 
D'observer toujours avide, 
Je n'en sors que le dernier. 
Et même le plus souvent 
Il se fait qu'en observant 



CHANSONNETTES. 



295 



Je m'assoupis à Técart.... 
Et c'est assez heureux, car, 
Ignorant que Je sommeille, 
On ferme, et journal en main, 
Je me trouve dès la veille 
Porté pour le lendemain. 

Air de contredanse, noté au N. 1663 de la Clé da 
Careau. 



LES TRIBULATIONS 
D'UN PAUVRE CURÉ DE VILLAGE 

PENDANT LA RÉVOLUTION. 
1823. 

lia La stulr promenade qu'a du prix, etc. [Dc&aiigiers.) 

Mon Dieu I mon Dieu ! (jucl triste état, 
J' n'aim' ni le scandai' niréclat, 
Mais si j* n'obtiens V canonicat, 
J' lâch' la calotte et le rabat I (bis.) 

Aujourd'hui la plus p'tit' prébende 
Vaut mieux qu* mon r'venu tout entier : 
On m' met des centim's à Toffrande, 
Ça n' paie pas V sel du bénitier. 
Pour cierge j' n'ai que d* la chandelle, 
J' suis obligé, faut' d'encensoir, 
En }' mettant trois bouts d' ficelle, 
De m'en laire un d' mon égrugeoir ? 
Mon Dieu, mon Dieu I etc. 

Quand vient un' fôt' carillonnée, 
Mes enfants d' chœur sont en sabots, 
Pour surplis, ma ch'mis* retournée 
S' cach' sous rétol' qu'est en lambeaux. 
Pour pain bénit gnia plus d' brioches, 
Mais un* mich' noire ou du pain rond, 
Et si j' veux fair' sonner les cloches, 
Faut qu' j'aille emprunter un chaudron t 
Mon Dieu 1 mon Dieu! etc. 



Pour auditoir* quand j* dis la messe, 
J* n'ai quelquefois pas même un marmot. 
Les vieill's femm's seul's vont à confesse, 
Les jeunes pèchent sans m'en dire un mot. 
Pendant 1' sermon on joue aux quilles, 
Au cabaret tout ï mond' se perd : 
Les garçons dans'nt avec les filles, 
Moi,comm' saint Jean, j'prèchedansl' désert. 
Mon Dieu ! mon Dieu I etc. 

C'est à qui n' fera pas d* sacrifice, 
L'églis' n'a ni toits, ni vitraux, 
Et bien souvent pendant l'olficc, 
Les pigeons m' font caca sur 1' dos. 
Quand il pleut, je reçois tout' la sauce 
(Faut-il.quc j' sois enguignoné!) 
Pour un seul vœu que 1* ciel exauce, 
C'est Vasperges m^», domine! 
Mon Dieu ! mon Dieu ! etc. 

Faut êtr' circonspect à l'extrAme, 
Des voisins curieux et maudits 
Veul'nt savoir si j' jeiln' dans le carême, 
Et si j' fais gras les vendredis. 
Leur médisance m'épouvante : 
Je sais que l'on dit ci\ secret 
Que j' suis bien avec ma servante, 
Et qu' sa nièce est tout mon portrait. 
Mon Dieu! mon Dieu ! etc. 



Chaqu' jour l'état est moins facile . 
Le villageois d'vient questionneur, 
Il est incrédule, indocile. 
Avare, impie et raisonneur. 
De la croyance catholique, 
11 voudrait tout comprendr' d'abord, 
Quand, moi, quid'puis trente ans l'explique. 
Je n' la comprends pas bien encor I 
Mon Dieu ! mon Dieu 1 etc. 

Quand je r'çus c'te mission sublime 
On n' jeûnait pas trop, sur ma foi ! 
Mais par la suppression d' la dtme, 
Ils m' front dev'nir saint malgré moi. 
A mes ouaill's fout enfin que j* dise : 
Pajez, ou j' quitte ! gnia pas d' miUea, 



996 



CHANSONS POPULAIRES. 



On doit savoir qu*un homm* d'église 
N* travaill' pas pour l'amour de Dieu. 

Mon Dieu ! mon Dieu I quel triste état, 
J' n'aim' ni le scandai' ni réclat, 
Mais si j' n'obtiens 1' canonicat, 
J' lâch' la calotte et le rabat ? (bis.) 

Marcillac, 

La musique, de Dezède, se trouve notée au N. 192 
de la Clé du Caveau. 



AU DIABLE LES LEÇONS! 

1845. 

Viv' la joie et les pomm' de terre, 
Viv* le bon temps, le plaisir, la gaîlé. 
Dieu soit loué, j' n'ai plus rien à faire. 
J'en ai fini avec monsieur 1' curé. 
Plus de lecture, plus d'écriture, 
Plus d'additions, plus d' soustractions! 
Au diable toutes les leçons ! 
Et Ion lan la, en avant la guinguette. 
Et Ion lan la, 1' rigodon, la cbansonnette, 
Bien malin qui m'y rattrapera ; 
Et Ion lan la, en avant la guinguette. 
Et Ion lan la, 1* rigodon la chansonnette, 
Et Ion lan la. Ion lan la la rira I 
La ri rai 

En m' n'allant à mon éQole, 
Avec mon panier sous l' bras, 
Quand j' rencontrais l' grand Nicole, 
I m' faisait se z'erabarras. 
« Moi, qui m' disait, ma foi, j' flâne, 
V'ià c' que c'est que d'être instruit. 
Gomm' toi quand j' n'étais qu'un âne, 
Ton sort, comm' toi j' l'ai maudit. » 
Et moi qui n' suis pas trop bête 
Sans avoir trop l'air vexé, 
Je m' disais : tu fais ta tête, 
Toi, plus tard j' le rattrap'rai. 
Viv' la joie, etc. 



Jusqu'ici par d'sous la fable. 
Quand j' dînais auprès d' Mad'lon, 
Afin d' paraître aimable, 
J' lui pilais sus son talon. 
Comm' dit mon cousin qu'on r'nomme 
Pour son bardiess' dans 1' pays : 
« Maint'nant que te v'ià fait homme, 
Va d' l'avant, tout t'est permis. » 
J' vas lui j'ter des noyaux d' c'rises, 
J' vas lui fair' dé mots heureux, 
J' vas lui dire un las d' bêtises, 
J* m'en vas lui donner d' mé ch'veux! 
Viv' la joie, etc. 

Je m' suis c'mandé pour dimanche 

Un' casquette en peau d' lapin. 

Un col de ch'mise en toil' blanche. 

Un gilet qui f ra satin. 

J'aurai, ma mèr' n'est point contre, 

Un' bague en imitation. 

En attendant qu' j'aie un' montre, 

J' vas toujours porter 1' cordon. 

J' m'en va's m' mettre d* la pommade 

Et d' l'eau Cologne à foison ; 

J' veux qu'on m' suive à la prom'nade, 

Tant que j' m'en vais sentir bon I 

Viv* la joie et les pomm' de terre, 
Viv' le bon temps, le plaisir, la gaîlé. 
Dieu soit loué, j' n'ai plus rien à fLiire, 
J'en ai fini avec monsieur 1' curé. 
Plus de lecture, plus d'écriture. 
Plus d'additions, plus d' soustractions I 
Au diable toutes les leçons ! 
Et Ion lan la, en avant la guinguette, 
Et Ion lan la, 1' rigodon, la chansonnette. 
Bien malin qui m'y rattrappera ; 
Et Ion lan la, en avant la guinguette, 
Et Ion lan la, 1' rigodon, la chansonnette, 
Et Ion lan la. Ion lan la la ri ra I 
La ri ra I 

Frédérie Bérat. 

La musique, de l'auteur des paroles, se trouve 
chez M. Meissonnier fils, éditeur, rue Dauphine, Vè. 




LA MUSETTE NEUVE. 

Qu'on m'apporte du houx 
Pour ï percer Irois trouai 
Ob 1 la bonne muselle, 
Lon lai 
Du houx, du buis ou du sureau, 
Avec une peau de chevreau, 
Pour faire une musette, 

LoD lai 
Pour chauler mes amours 
Tout le ioDg de mes jours. 
Ma Jeanne, je t'aime. 
Je l'offre mon cœur; . (bit 
Garde-le de mCme 
Qu'un muguet en Qeur. 
Ma Jeanne eat plus belle 
Que le ciel el l'eau; {bit 

Elle est plus cruelle 
Qu'un coup de couteau. 

Qu'on m apporte, etc. 
J'ai pour la coquette, 
Soui mes gros sabots, {bit 

Brisé ma musette 
Aui fredons si beaux, 
Qui dans les ramilles, 
Depuis six cents ans, [bit 

Mariait les filles 
De nos pajsaui. 

Qu'on m'apporte, etc. 
Muselle nouvelle, 
llfaut l'aïUndrirl Ibà 

Sinon, la cruelle 
Me fera mourir. 

Jusqu'à la rivière (Ui 

Je Goun comme un Tou, 
J'y prends une pierre. 
L'attache à mon cou. 

U chuWur dnri lUtr fa etmfM k I'mIN h 
nIniM.} 

J'attache la pierre, 

A geiioaz an bord, (M 



UisanI ma prière 
Pour hrover la mort; 
Et sous l'eau muclte 
Iront sans nager (b 

Amour et muselle, 
Muselle et Deiger. 
Qu'oD m'appoile du h oui. 
Pour y percer trois trousl 
Oh ! la bonne musette, 
Lon la I 
Du boui, du buis ou du sureau. 
Avec une peau de chevreau, 
Pour faire une musette, 

Lon lai 
Pour chanter mes amours 
Tout le long de mes jours. 



LE PALAIS-ROYAL. 

Al*; de la Sauteurs 

Du Palais- Royal 
Comme je peindrais bien l'image, 

Si de Juvi'ual 
J'avais le Irait original 1 

Mais lanl bien que mal. 
Muse, entamons ce grand ouvrage.. 

Quel homme, au Iclal, 
Mieux que moi connall le localT 

Entrepôt central 
De tous les objets en usage; 

Qui du goût est le tribunal». 

L'homme matinal 
Peut, à raison d'un liard la page. 

De chaque journal 
S'y donner le petit rdgal. 

D'ua air vii^inal. 
Une belle au gentil coriage 

Vous mine i Km bal, 



998 



CHA1IS0K8 POPULAIRES. 



Sortant de ce M 
Si de Tor Taos aTes la rage, 

Un ratera ÛLtal 
Sow T<oty«iix roole ce métal ; 

El par ce canal 
L'homme de tout rang, de toal âge. 

Va d'un pas égal 
A la fortune, à l'hôpital. 

Le Palais-Royal 
Est recueil du meilleur ménage ; 

Le nœud conjugal 
S'y brise net comme un cristal. 

Le provincial, 
Exprès pour l'objet qui l'engage, 

Y vient d'un beau schall 
Faire l'achat sentimental ; 

3Iais l'original 
A vu certain premier étage... 

Heureux si son mal 
Se borne à la perte du schall l... 

Dans un temps fatal, 
Si de maint politique orage 

Le Palais-Royal 
Devint le théâtre infernal, 

Du gai carnaval 
Il est aujourd'hui l'héritage. 

Jeu, spectacle, bal, 
Y sont dans leur pays natal. 

Flamand, Provençal, 
Turc, Africain, Chinois, Sauvage, 

Au moindre signal, 
Tout se trouve au Palais-Royal , 

Bref, séjour banal 
Du grand, du sot, du fou, du sage. 

Le Palais-Royal 
Est le rendez-vous général. 

Air noté au K 777 de la Clé du Cavenu. 



LES HONNEURS PARTAGES, 

1837. 

Ah ! que je suis Hère (6m.] 

D'être femme d*un ancien militaire ! 



Ah I comme je suis fière, (bis,) 

Et comme à son bras 
Je sais faire mes embarras ! 
A sa gloire tout rend hommage. 
Et sa femme, c'est bien flatteur! 
Et sa femme avec lui partage 
Et tant de gloire et tant d'honneur 

Le factionnaire, en nlenee. 
Nom porte arme très p<^iaieal, 
Mon mari salue, et je lance 
Ma révérence vivement... 
Et puis, je passe fièrement, 

Très fièrement 1 ahl 

Ah I que je suis, etc. 

Le soir, il conte, à la veillée, 
Où nous avons gagné la croix, 
Chaque voisine émerveillée 
Vient me louer sur nos exploits , 
Leurs compliments je les reçois 
Comme je dois, ah! 
Ah I que je suis, etc. 

Mais le plus beau jour de ma vie 
Fut quand l'empereur me parla, 
Et dit d'un air à faire envie : 
Mailame, madame, ôtcz-vous donc de là... 
Il m'a dit cela, j'eus cet honneur-L^ î 
J'eus cet honneur-là! ah ! 

Ah! que je suis fière (615.) 

D'être femme d'un ancien militaire I 
Ah ! que je suis fière, (bis.) 

Et comme à son bras 

Je sais faire mes embarras ! 
A sa gloire tout rend hommage, 
Et sa femme, c'est bien flatteur I 
Et sa femme avec lui partage 
Et tant de gloire et tant d'honneur. 

GastAYe Leiuolne. 

La musique, de Iflfe LoViâ Puget, se trouve ches 
M. Meittooniec fils, éditeur, rue Dauphine, 18. 



CHANSONNETTES. 



IH 



LES BŒUFS. 

J*ai deux grands bœufs dans mon étable, 
Deux grands bœufeblancs marqués de roux; 
La charrue est en bois d'érable, 
L*aîguilIon en branche de houx. 
C'est par leurs &oîns qu'on toH la plaine 
Verte l'hiver, jaune l'été ; 
Us gagnent dans une semaine 
Plus d'argent qu'ils ne m'ont coûté. 

S'il me fallait les vendre, 

J'aimerais mieux me pendre ; 

J'aime Jeanne, ma femme, 

Eh bien 1 j'aimerais mieux 
La voir mourir, que voir mourir mes bœufs. 

Les voyez-vous, les belles bètes, 
Creuser profond et tracer droit, 
Bravant la pluie et les tempêtes, 
Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid. 
Lorsque je fais halte pour boire, 
Un brouillard sort de leurs naseaux, 
Et je vois sur leur corne noire 
Se poser les petits oiseaux. 
S'il me fallait, etc. 

Ils sont forts comme un pressoir d'huile. 
Ils sont plus doux que des moutons ; 
Tous les ans, on vient de la ville 
Les marchander dans nos cantons , 
Pour les mener aux Tuileries, 
Au mardi-gras devant le roi, 
Et puis les vendre aux boucheries ; 
Je ne veux pas, ils sont à moi. 
S'il me fallait, etc. 

Quand notre fille sera grande, 

Si le fils de noire régent 

En mariage la demande. 

Je lui promets tout mon argent ; 

Mais si pour dot il veut qu'on donne 

Les grands bœufs blancs marqués de roux, 

Ma fille, laissons la couronne 

Et ramenons les bœuC» ches nous» 



S'il me fallait les vendre. 
J'aimerais mieux me pendre ; 
J'aime Jeanne, ma femme, 
Eh ! bien, j'aimerais mieux 
La voir mourir, que voir mourir mes bœufe. 



La mnaique, de l'aatear des paroks, se troave 
cfaes M. Brullé, éditeur, pass. des Panoramas, IG. 



LE BON CURÉ PATIENCE, 



Attendons, mes enfants. 
Patience, ça commence. 
Tout viendra dans son temps ; 
Après l'éclair le beau temps I 
Dieu sait bien ce qu'il fait ; 
De lui tout est bien fait, 
N'allons pas trop vite, ou... 
Nous pourrions nous casser le cou. 

Pour tout malheur, pour tout chagrin. 
C'était toujours le refrain 

Que nous disait. 

Quand il passait, 
Le bon curé de mon village. 
Lorsque les mauvaises saisons 
Ne donnaient pas de moissons. 

Que tous les blés 

Etaient grêlés 
Et que chacun perdait courage , 
U disait : Mes enfants. 
Patience, ça commence, 
Tout viendra dans son temps, 
Après réclair le beau temps ; 

Dieu sait bien, etc. 

Souvent venait auprès de lui , 
Pour lui conter son ennui. 

Cœur de vingt ans, 

Fleur qu'au printemps 
Pour s'amuser l'amour lutine. 
Daml lui disait la 'pauvre enlinl, 
Le cœur gros et soupirant, 



800 



CHANSONS POPULAIRES. 



Mon père, hélas ! 

Je ne veux pas 
Coiffer la Sainte-Catherine I 
Mais jusqu'à vingt-cinq ans 
Patience et constance 1 
Tout viendra dans son temps, 
Même les maris charmants ! 

Dieu sait bien, etc. 

Non, cela ne peut plus durer, 
D'elle il faut me séparer ; 

Nous disputons, 

Nous nous battons 
Après trois mois de mariage 1 

— Pour lui j'avais de l'amitié. 
Mais 11 gronde sans piti^ ! 

Auprès de vous, 
Vilain jaloux. 
Je ne reste pas davantage! 

— Attendez, mes enfants. 
Patience, ça commence ; 
On se bat à vingt ans; 

On s'adore à soixante ans 1 
Dieu sait bien, etc. 

Il donnait sa table et son pain 
Au pauvre mourant de faim. 

Et qui bien las 

Pleurait tout bas 
En accusant la Providence ! 
Mais à celui qui dans son cœur 
Désespérait du bonheur. 

Doux avenir 

Qui doit venir 
Et rayonner sur notre France, 
Il disait : Mon enfant, 
Patience, ça commence. 
Tout se fait lentement... 
Même un bon gouvernement. 
Dieu sait bien ce qu'il fait. 
De lui tout est bien fait, 
N'allons pas trop vile, ou... 
Nous pourrions nous casser le cou. 

Gustave Lemolne. 

La musique, de Mlle Loïsa Puget, se trouve chex 
M. Meissonnier fils, éditeur, rue Dauphine, 18. 



TABLEAU DU JOUR DE UAN, 

Air : V*là e que e*eat qu* (Palier au boU. 

Depuis que pour nous le jour luit. 
Un an succède à l'an qui fuit; 
Traçons d'une époque aussi belle. 
Aussi solennelle. 
L'image fidèle. 
Et qu'on s'écrie en la voyant : 
V'ià c' que c'est que l' jour de l'An. 

Le soleil à peine a brillé, 
Que tout Paris est éveillé : 
A chaque étage on carillonne, 

On reçoit, on donne. 

On sort, on ressonne ; 
Chacun va, vient, monte et descend... 
V'ià c' que c'est que l' jour de l'An. 

Au lever de ce jour chéri , 
Lolotte, qui n'a pas dormi, 
Accourt recevoir la première 

Six francs de son père. 

Un dé de sa mère. 
Un psautier de sa grand'maman... 
V'ià c' que c'est que l' jour de l'An. 

A sa Chloris, de grand matin. 
Le banquier apporte un écrin ; 
Moins riche, mais aussi fidèle, 
Pdur faire à sa belle 
Un don digne d'elle, 
L'employé met sa montre en plan... 
V'ià c' que c'est que V jour de l'An. 

Nous allons voir certains amis 
Quand nous savons qu'ils sont sortis * 
Chez le concierge on se présente : 
— Madame est absente. — 
Nouvelle accablante I 
On s'inscrit, on s'en va content... 
V'ià c' que c'est que V jour de l'An. 

Parents brouillés, gens refroidis 
Semblent rederenir amis : 



CHANSONNETTES. 



801 



Pour quelques livres mesurées 

D*ainandes sucrées. 

Quelquefois plâtrées, 
On plâtre un raccommodement... 
Vlà c* que c'est que V jour de TAn. 

Voyez-vous cet homme de bien , 
Marchandant tout, n'achetant rien? 
Il tourne, il retourne , il approche, 

Flaire chaque poche. 

Accroche ou décroche, 
Puis va plus loin en faire autant... 
Tlà c' que c*est que l' jour deTAn. 

Chaque neveu vient visiter 

L'oncle dont il doit hériter : 

Tous voudraient qu'il vécût sans cesse ; 

Mais sur sa richesse, 

Réglant leur tendresse, 
Ils l'étouffent en Tembrassant... 
Y'ià c* que c'est que 1* jour de l'Ao. 

Le tendre amant, fort peu jaloux 
De se ruiner en bijoux, 
Dès Noël néglige sa belle, 

Lui cherche querelle 

Pour s'éloigner d'elle; 
En février il la reprend... 
V'ià c' que c'est que l' jour de l'An. 



Bref, après force compliments. 
Force souhaits, force présent», 
Chacun regagne sa demeure. 

Puis au bout d'une heure 

Fort souvent on pleure 
Ses vœux, ses pas et son argent... 
Vlà c' que c'est quel' jour de l'An... 



I A mutiqne. de DtSTergM, m troiiTe uoiéê ao 
^. 027 de UClé da Caretii. 



HISTOIRE DE CENDRILLON. 



1846. 
Air : Rawumei ci, ranumex là, ete^ 

Un' jeun' Glle avait un père 
Qui vendait du drap d'EIbeuf; 
n lui fit don d'un' bell'-mère. 
Vu qu'y s' trouvait par trop veuf; 
Cett' fill', huit jours après... p't'-èt' neuf, 
Était plus malheureuse qu'un' pierre : 
Faut dir' que la bell'-mère avait 
Deux fill's qu'en dot elle apportait 
Et qui n'étaient pas bell's du tout, 
C qui fait qu' ça les vexait beaucoup, 
Car l'autrp était un vrai bijou ! /^ 

Si bien que c'te pauv' petite 

Avait r droit dans la maison, 

D'nelloyer lout's les marmites, 

D'manger tous les rogatons; 

Enfin, on Tapp lait Cendrillon, 

Car la ch'minée était son gtte : 

Ses chipies d' sœurs en riaient, faut voir, 

Quand leur maman vint àr'cevoir 

Un p*tit billet d*Abd-el-Kader, 

Qui donnait un bal près d'Alger, 

Et les priait d' s'y rendr'par mer. 

Ces d'moiseirs, à leurs toilettes. 

Firent travailler Cendrillon ; 

Elle leur fit des rob*s très... chouettes 

Et leur frisa le chignon ; 

Puis eirs lui dir'nt : — Garde la maison, 

C'est bon pour un' laveus' d'assiettes. 

Eir pleura tant de c' camouflet 

Qu'elle en remplit un grand baquet; 

Mais, heureus'ment que son parrain. 

Qu'était monsieur RoBBaT-HouDiy, 

Vint mettre un terme à son chagrin. 

Tu voudrais, je V vois, ma biche, 
Qu*il lui dit, aller au balT... 



301 



CHANSONS POPULAIRES. 



Tlk qu'il souffl* sur le eanicbe 

El qu'il le change en cheval ; 

Il fait un fiacre triomphal 

Avec une vieille bourriche, 

Il change en cocher 1' perroquet, 

En petit groom le sansonnet; 

Puis, il lui donne un beau tartan, 

Avec un* rob' de bouracan 

Et de jolis Bocqu's bien r luisants. 



Mais, surtout, dit cH* homm* habile, 
Quitl* le bai avant ménuit, 
Ou, sans ça, d'vant l* mond' kabyle , 
Tu r' prendrais tes vieux habits 1. . 
Cendrillon dit : c'est dit, qu'elle dit, 
^Et, pour Alger, la vX\ qui file. 
Au bal aussitôt qu'ell' parut. 
Au fils d'Abd-el-Kader eir plut. 
Ses sœurs eur'nt l'air très chagriné, 
Et la r'gardèr'nt sans rien d'viner, 
Vu qu'elle avait mis un faux nez. 

Chacun monta sur sa chaise 

Pour la voir à la polka ; 

De brioch's chaud's comm' la braise 

Abd-el-Kader la combla : 

Son fils, qu'avait V cœur pris déjà, 

N'en put manger... que quinze ou seize. 

Pour la première, il 1 invita, 

Q{i3ini ménuU moins un quart sonna; 

Mais Cendrillon s' sauve et lui dit : 

Merci, mon portier m' l'interdit; 

Il n'ouvr' jamais après ménuit. 

Mais, dans sa fuite, assez fine, 

Un de ses socques tomba; 

Au moyen d'un' Conslantine, 

Dans Elbœuf elle arriva : 

Le jeune prince ramassa 

Ce socque et ï mit sur sa poitrine, 

Le pied qui chaussait ce socqu'-ci, 

Dil-il, me trolle dans l'esprit. 

L' fait est qu'il y trottait si bien 

Qu'il fit proclamer, un matin, 

Qu' ceir qu'avait le pied aurait sa main. 



En vain ft toutes les d'moîselies, 
On essaya 1* socqu' susdit; 
Les deux sœurs, nos péronnelles, 
N'eur'nt pas le pied assez p'tit ; 
Mais Cendrillon, c' qui les réjouit, 
P'manda de l'essayer comme elles. 
Figurez-vous leur saisissement! 
Le socqu' lui allait comm' un gant. 
Leur plaisir ne fut pas très vif; 
Mais ell's se dir'nt, c'est positif : 
C'est eir qui portait le faux pif. 

Un cortège magnifique. 

Composé d' beaucoup d' chameaux, 

La conduisit en Afrique 

Au jeune priuc' des mauricauds; 

Après un festin des plus beaux. 

On eut la lanterne magique. 

Cendrillon, qu'avait très bon cœur, 

Ayant amené ses deux sœurs, 

Leur dit : J' n' vous en aim' pas moins, 

Et deux mois après d'vant témoins. 

Leur fit épouser deux Bédouins. 



MORALITE. 

Enfants, qu' ceci vous apprenne 
A bien choisir, en naissant, 
Votr' parrain et votr' marraine; 
Vous en voyez l'agrément ; 
N' rentrez pas tard dans voir' logement ; 
A votr' portier ça Trait d' la peine. 
Attachez vos souliers très mal 
Et tâchez d'en perdr' un au bal : 
, C'est r moyen de vous marier. 
Et, si l'on vous rend voir' soulier 
De r'trouver chaussure à voir' pied. 

€h. Delanse. 



La musique se trouve chez M, Meissonnier flli, 
éditeur, rue Dauphine, 18. 



CHANSONNETTES. 



308 



LE BEAU NICOLAS. 

1850. 

J* suis Nicolas, l* coq da village, 
Le beau fermier d'à Tentour; 
Aussi, la Glle la plus sage 
Me cligne d' rœil et m* fait la cour. 

' C'est que j'ai trente acres de terre, 
Et que je suis à marier ; 
Si j* pouvais épouser V fermier, 
S' dit, alors, tout bas la plus fière, 

Je s*rais fermière I 
J* n'entends donc, à chaque pas. 
Qu'il est bien c' monsieur Nicolas ! 

Qu'il est bien (ter) c' monsieur Nicolas I 
J' n'entends donc, à chaque pas, 
Qu'il est bien c' monsieur Nicolas I (bis,) 

Qu'il est bien (ter) c' monsieur Nicolas ! 

Le dimanch' quand j* vais à la messe, 
Avec mon pantalon d' nankin, 
De m' saluer chacun s'empresse; 
Dam, c'est qu' j'ai l'air drôl'ment faquin. 
En passant devant chaqu* chaumière. 
Je lanc' mon coup dœil meurtrier. 
Si j' pouvais, etc. 

Dans les grands prés, quand je m' dandine, 
Et que j' prends mes airs séducteurs. 
En jouant avec ma badine, 
C'est là que j'enlève les cœurs. 
De tous côtés, devant, derrière, 
Je les vois tous s'extasier. 
Si j* pouvais, etc. 

C'est bien autre chose à la danse, 
C'est là que vraiment j* fais fureur ; 
Avec tant d' grâce, j' me balance. 
Que chacun' me veut pour danseur. 
Aussi, je crains qu* monsieur le maire, 
Me voyant tout incendier, 
Un jour ne me vienne prier, 
Devant la commune tout entière, 

D' choisir an* fermière. 
Pour qu'on n'entend* plus, à chaque pas, 
Qu'il est bien c* monsieur Nicolas I 



Qu'il est bien {ter) e' monsieur Nicolas 1 
' Pour qu'on n'entend' plus, à chaqu' pas. 
Qu'il est bien c' monsieur Nicolas l (bis,\ 
Qu'il est bien (ter) c' monsieur Nicolas! 

A. Gr^al. 

La musique, de L, Darder, se trouve chez ^ A 
QuanUn, éditeur, boulevart Montmartre 18. 



LA MAISON DU CUL-DE-SAC. 

1826. 
▲ir: Voilà r dégtl. 

Je loge en une citadelle. 
Le plus comique des tripots, 
D'puis r soleil jusqu'à la chandelle, 
On entend claquer des sabots ; 
Sav'tiers, rempailleurs, blanchisseuses, 
En composent la garnison, 
Sans excepter levravau denses, 1 //. • x 
Car j'ai d* tout ça dans ma maison. ] ^ '' 

L' matin, tel jour que 1' bon Dieu fasse, 

On est sûr de voir dans la cour 

Brûler une vieille paillasse. 

Et des gamins courir autour. 

J' vois bien moi qui connais l's astuces, 

Qu' si j'ai certain' démangeaison. 

Ça m' vient des chais, des chiens, des puces. 

Car j'ai d' tout ça dans ma maison. 

Le soir si j' rentre sans lumière, 
Je tombe sur un chiffonnier 
Qui, de retour de la barrière. 
S'est endormi sur l'escalier. 
La nuit, ce sont d'autres supplices, 
J'entends à travers ma cloison. 
Des enfants, des rats, des nourrices, 
Car j'ai d' tout ça dans ma maison. 

En voyant des ftôseurs de Curées, 
Des acrobates, des jobards. 
Des escamoteurs, des comparses. 
Des charlatans et des mouchards. 



804 



CHANSONS POPULAIRES. 



Qu*un badaud s*écrie au miracle, 
Moi, sans sortir de mon donjon, 
J' puis m' régaler d'un tel spectacle, 
Car j'ai d' tout ça dans ma maison. 

Mais voici le terme, j'espère 
Quitter pour jamais ce réduit 
Où r jour on n' voit pas sans lumière. 
Où l'on ne peut dormir la nuit. 
Voici la On de mon martyre, 
Adieu, bruyante cargaison; 
Je vais donc bientôt pouvoir dire : 
J' n'ai plus d' tout ça dans ma maison. 

Jaime. 

La musique, de Charles Plantade, se trouye chez 
M Brûlé, éditeur, 16, passage des Panoramas. 



LE RÉCIT DU CAPORAL. 

1816. 

Je pars; 
Déjà de toute3 parts 
La nuit sur nos remparts 
Étend son ombre 
Sombre , 
Chez vous, 
Dormez, époux jaloux. 
Dormez, tuteurs, pour vous 
La patrouille 
Se mouille. 
Au bal 
Court un original, 
Qui, d'un faux pas fatal 
Redoutant l'infortune, 
Marche d'un air contraint, 
S'éclabousse... et se plaint 
D'un réverbère éteint 
Qui comptait sur la lune. 

Un luron 
Que l'instinct gouverne 
A défaut de sa raison. 
Va frapper à chaque taverne, 
éGt [prenant pour sa maison. 
J'examine 
Cette mine, 



Qu'enlumine 
Un rouge bord, 
Quand au poste 
Qui l'accoste 
Il riposte : 
Verse en cor. 

Je vois 
Revenir un bourgeois 
Qui, charmé de sa voix, 
Sort gaîment du parterre ; 
Il chante et, plus content qu'un dieu, 
U écorche avec feu 
Un air de Boîeldieu. 

Plus loin, 
Près du discret cousin, 
En modeste sapin 
Rentre la financière, 
Quand sa couturière 
Sort de Tivoli 
Dans le galant wiski 
Que prêta sou mari. 
A mes yeux s'ouvre une fenêtre 
Que lorgnait un amateur ; 
Mais je crois le reconnaître. 
Et ce n*est point un voleur. 

Je m'efiface 
Pour qu'on fasse 
Volte-face 
A l'instant ; 
Car la belle, 
Peu cruelle. 
Etait celle 
Du sergent. 

Jugeant 

En chef intelligent. 

Que rien n'était urgent 

Quand la ville 

Est tranquille. 

Je rentre, et voici, général. 

Le récit littéral 

Que fait le caporal. 

Scrike. 



La musique, de Deipinds, se tronre notée 
K. 1600 de la Clé du Careau. 



îfW?* 





COLINETTE. 



CoUnelte au bois s'en alla 

Ea sauli liant par- ci par-li, 
Tnla déridera, trala déridera. 

Va beau monsieur la reocootra, 

Friié par-ci, poudré par-là, 
Tnla déridera, Irala déridera. 

■ Tillette, où courei-Tous comm' (aT 
—Monsieur, j'men vais dans c'p'tit bois-là, 

Cueillir la uoiselte. • 

Trala déridera, Irala déridera, 

N'i a pa* d' mal à (a, 

Colinette, 
M'y a pas d'mal à ça. 

A sea cotés l'moDsieur s'eo va, 
Sautant comme ell' par-ci par-U, 
Trala déridera, trala déridera. 

■ Où T'net-Tous donc, monsieur, conun'çaT 
— J'vais arec vous dans c' p' Ut bois-li, 

Trala déridera, trala déridera. 

Mail jusqa'i temps ou'BoasfojouU, 



Chantons gatment par-ci par-)â 
La p'tile chansonnelle. • 
Trala déridera, Irala déridera. 
N'y a pas d' mal à ça, 

Colinette, 
N'y a pas d' mal i ça. 

L' monsieur lui dit, quand ils furent U : 
■ Asseyons-nous sur c'gaion-Ià, 
Trala déridera, trala déridera. 
Sans résistance il l'embrassa, 
Et p' lit à p'Iil, et cœlera, 
Trala déridera. Irais déridera, 
La pauvre flUe en sorlaot d' là. 
Garda l' silence et puis pleural 
Personn' ne répète ; 
Trala déridera, Irala déridera. 
N'y a pas de mal à ci, 

Colinelle, 
N'y a pas d'mal à ci. 

Pendant qae'qn' temps l'moiuleiir ntt». 

Et puis après il décampa, 
Trala dériderai trala dériderai 

Colinette en rain s' dépita, 

Plus d'amonreui ae ■' présenta. 
Trala déridera 1 traia déiidén 1 



80« 



CHANSONS POPULAIRES. 



Tout comm' un' pe^te on réyiUr; 
Pour s' moquer d'elle chacun chanta 

D'vant sa maisonnette : 
Tradéridéra, la, la, la, la, 
La, la, la, la, trala déridera.... 
N'y a pas d' mal à ça, 

Collnetie, 
N'y a pas d' mal à ça. 



La chanson de CoHnettêtninne vogue extraordi- 
naire vers la fin de 1790. £Ue était chantée dans un 
opéra-comique mêlé de vaudevilles intitulé Nico- 
diwu eUuu lu lunâj ou la HévoluUo»^ focifiquê^ qui 
fit courir tout Paris au petit théâtre de la rue de 
Bondy, et eut 406 repiéftatloni k Paria aeuto- 
ment. L'auteur de cette pièce ^laitiieftoy de Bèi* 
gny, si connu sous le pseudonyme du Coasia. Jac- 
ques. L'acteur Juliet coBtrilma au succès par ton 
jeu plein d'originalité ; inais43a<qtti l'augmenta beau- 
coup, ce furent les allusions Ai laméfolutiett naia- 
santé. La pièce était faite dans un tcéfe: Imbi «i|uitk 
L'air et les paroles étaient dtt GbuA^ JlwnfM^.qyd- 
faisait lui-même, pour ses couplets et pour ses chan- 
sons, de la musique fort agréable : beaucoup de ses 
airs sont populaires. 

L'auteur avait fait le quatrième couplet en forme 
de moralité, mais les acteurs n'ayant pas voulu le 
chanter, force fut à l'auteur de le retrancher, ce qu'il 
fit avec la plus grande dilflculté. 

La musique, de l'auteur des paroles, se trouve iio> 
tée au N. 100 de la Clé du Caveau. 



MAMAN, NE FAUT-IL PAS S'INSTRUIRE ? 

Air : Je foi», Mimaitwry tonU le conlrairê. 

Maman, vous dites tous les jours 
Qu'il faut agir avec réserve ; 
Pourquoi me grondez-vous toujours 
Quand j'interroge et quand j'observe T 
A mes yeux pourquoi donc cacher 
L'abîme où l'imprudence attire ; 
Plirignoraiiee on peut péeher... 
Maman, ne Ceiut-il |i«s s'instruiret 

J'apprends en Usant des romans, 
Et l'orthographe et la grammaire; 



Sur le langage des amants 
Il est prudent que je m'éclaire. 
Lorsqu'on vous tient de doux prdjX)», 
Sur vos traits voltige un sourire. 
Pour connaître l'emploi des mots, 
Maman , ne faut-il pas s'instruire ? 

L'amour est un jeu, selon vous. 
Où la beauté perd l'innocence ; 
Aux hasards de ce jeu si doux 
Pourquoi m'ex poser sans défeuî/î T 
Aussi je guette nuit et jour 
Ges secrets qu'on n'ose me dire. 
Pour être habile au jeu d'amo/r, 
MÉunan, ne faut-il pas s'instruire? 

L'honneur est un bien précieux 
Dont Lucifer, dit-on, s'empare. 
Mais sous quelle forme, en quels lieux. 
Cache-t-on un bijou si rare? 
Partout je cherche avec ardeur 
Ce bien qu'on ne veut pas décrire. 
Pour savoir où l'on met l'honneur. 
Maman, ne faut-il pas s'instruire ? 

Lorsqu'appar^ît l'instant heureux 
Où chaque fllle devient femme. 
L'hymen a des devoirs nombreux 
Que de nous un époux réclame. 
Sans cesse je cherche en chemin 
Le flambeau qui peut me conduire. 
Pour satisfaire aux droits d'hymen. 
Maman, ne faut-il pas s'instruire T 



Air ancien, noté au N. 1099 de la Clé du Cavean. 



FILLE ET GARÇON. 

1846. 
Air : BlUaimeàrirê, elle aimé à Aoèv, «Icw 

Les gens d'humeur un peu sévère 
Me trouvent pailbis sans façon 



CHANSONS BADIKE8 ET GRIVOISES. 



S07 



Cest qu*il me faut fille et garçon 
Pour bien jouir sur cette terre. 
Sur mes goûls loin de m*excuser 
Je m'écrie en fermant Toreille: 
Garçon, encor une bouteille, { 
Fanchonnette,encor un baiser. ! 



(bis.) 



Qu'elle est gentille, Fancbonnette 
Quand je Fembrasse le matin ; 
Quand il monte du chambertin 
Que ce garçon me semble honnête, 
Que son vin flatte sans griser, 
Que sa bouche est fraîche et yermeille. 
Garçon, encor une bouteille, 
Fancbonnette, encor un baiser. 

Sur ma pauvre table boiteuse 
Cbez moi, je m'enivre à mon gré, 
De mon vieux grabat délabré 
Fanchon n'est pas trop dédaigntuse. 
Sur Tun la jeune aime à poser. 
Sur l'autre, je pose la vieille. 
Garçon, encor une bouteille, 
Fanchonnette, encor un 



Hier, pendant la matinée, 
J'ai bu six bouteilles d'Arbois, 
Le soir, ma maîtresse, je crois. 
Ne s'est pas plaint de sa journée. 
Aujourd'hui, pour me reposer 
De mes fatigues de la veille, 
Garçon, encor une bouteille, 
Fanchonnette, encor un baiser. 

Comme une bienfaisante pluie 
Embellit les fleurs d'un jardin, 
De même un flacon de bon vin. 
Double les charmes de ma mie. 
Dès que Bacchus vient l'arroser, 
La rose fleurit sous la treille ; 
Garçon, encor une bouteille, 
Fanchonnette, encor un baiser. 

Entre nous, si j'aime la fille. 
Ma foi j'aime aussi le garçon, 
Surtout quand, joyeux échanioo, 
11 me verse un vin qui pétille; 



Si je m'endors sans en user, 
Fanchon, en riant me réveille: 
Garçon, encor une bouteille, 
Fanchonnette, encor un baiser. 

ClMirlea C*l 



Air 



, Boté an N . 1073 de la Clé da CaTMO. 



LA LORETTE DE Li VEILLE. 

1846. 
AïKdmBmidêaméêtm PtHiêMmfÊL 

Prudes sournoises. 
Vertus bourgeoises, ^ 

Qui des attraiu ignorez tout le prix. 
Arrière! arrière 1 
Pauvreté fière. 
Je suis loi^tte, et je règne à Paris! 

Humble grisette an bonnet populaire. 
Va, tu n'es plus qu'une ombre sans renom; 
De mon coupé n'approche pas, ma chère. 
Ne mêlons pas la soie et le coton. 

Toi, pauvre fille, 

De ta famille 
Ta crains toujours les reproches grossiers ; 

Chez moi, ma mère. 

Pour se distraire. 
Fait la cuisine et vernit les souliers. 

Loin de la tourbe immonde et prolétaire. 
Je place haut mon palais passager ; 
Terme nouveau, nouveau propriétaire, 
Nouvel amour, en tout j'aime à changer. 

Oiseau volage. 

Sur mon passage, 
A chaque fleur j'arrête mes désirs; 

El puis, frivole, 

Mou cœur s envole 
Sous d*autres cieux cliercherd'aotraipkkin. 



SM 



CHANSONS POPULAIRES. 



Je ne vis pas des soupirs de la brise, 
De Tair, de Teau, de la manne du ciel: 
Non, non, je vis de l'humaine bêtise... 
Vous le voyez, mon règne est éternel I 

Epfant crédule, 

Vieux ridicule, 
Gueux ou banquier, payez, payez, mon cher; 

L'un mes toilettes, 

L'autre mes dettes, 
Vous, mes dîners, vous, mes chemins de fer. 

Chacun de vous, marquant ici sa place. 
D'un souvenir a couronné mon char : 
Je vois Alfred dans cette armoire à glace, 
Ce canapé me représente Oscar ; 

Voici le cadre 

De mon vieux ladre, 
Le bracelet de mon petit futur ; 
^ La croix bénite 

Du bon jésuite, 
Le lit d'Octave et le portrait d'Arthur. 

Mon mobilier, c'est ma biographie. 
Qui doit finir au Mont-de-Piété, 
Et chaque objet, incident de ma vie, 
Me dit encor le prix qu'il m'a coûté. 

Jeunes prodigues. 

Combien d intrigues 
Pour exciter vos folles vanités ! 

Que de tendresses I 

Que de caresses I 
Pour réchauffer vos cœurs, vieux députés I 

Mieux que Guizot, de ma diplomatie, 
Je sais partout étendre les filets, 
Sauver le Turc sans froisser la Russie, 
Flatter l'Espagne et conserver l'Anglais. 

Etre rieuse 

Et vaporeuse. 
Aimer le calme et puis la maison d'or ; 

Etre classique 

Et romantique, 
Aimer Francis et sourire à Victor. 

Sur le carré d'une antichambre étroite, 
Discrètement introduire, le soir. 



L'artiste à gauche et le lion à droite, 
Quand le banquier attend dans mon boudoir. 

Voilà ma vie 

Et mon génie. 
Je sais partout être aimable à la fois; 

Et chacun pense. 

En conséquence. 
Tromper un sot... ils ont raison tous trois! 

Dieu I les bons tours, les plaisantes histoires. 
Les beaux romans comme on n'en écrit pas: 
Je veuy un jour rédiger mes mémoires 
A la façon d'Alexandre Dumas I... 

Les cavalcades, 

Les mascarades. 
S'y croiseront en croquis illustrés; 

Mes décadences. 

Mes renaissances, 
Mes noms changeants, vulgaires ou titrés. 

Les doux propos, les châteaux en Espagne , 
A deux, le soir, au bord du lac d'Enghien : 
Puis, les soupers ruisselants de Champagne, 
Et les chansons qui ne respectent rien I... 

Je suis loretle. 

Je suis coquette. 
Reine du jour, reine sans feu ni lieu ; 

Et bien, j'espère 

Quitter la terre 
En mon hôtel... peut-être en l'Hôtel-DieuI 

Casiave Nadaud. 



La musique, de Doche, se troure notée au N.2220 
de la Clé du Caveau, sous le titre de la Valse de 
Jacquemin, 



LA LORETTE DU LENDEMAIN. 



1848. 



liR : Cêtt ntr Pkerbaçt. (La Petite Margot.) 



J'étais coquette, 
J'étais lorette; 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



ao9 



Mais qu'ils sontloinmesbeaux jours d*autrefoisI 
La république 
Démocratique 
A détrôné les reines et les rolsl 



Quelle fureur a fait tourner leurs tètes I 
Hommes légers, ils ont tout jeté basl 
Ils étaient fous, ils sont devenus bètes, 
Et leurs journaux ne les guériront pas. 

décadence I 

Toute la France 
Fume aujourd'hui des cigarres d*un sou I 

L'argent est rare, 

On est avare, 
Et les messieurs aiment... je ne sais où! 



Que sont-ils donc ces fringants gentilshommes 
Qui jetaient l'or sur les tapis douteux? 
Ils sont fondus, et, soties que nous sommes. 
Tous nos louis sont partis avec eux. 

Adieu, conquêtes, 

Joyeuses fêtes. 
Où le Champagne au lansquenet s*unit; 

Belles soirées, 

Nuits adorées. 
Qu'un jeu compience et qu*ao autre finit I 



De mes succès voici pourtant la place ; 
Mais quel silence en mes salons déserts I 
Sur mon sofa la poussière s*amasse. 
Et, tout le jour, mes rideaux sont ouverts. 

Plus de mystère, 

Là, solitaire. 
Je dis des bas où j'arrose mes fleurs ; 

Et quand arrive 

La nuit tardive, 
Je reste seule et je crains les voleorsl 



Je oe Tai plus mon galant équipage ; 
Tom est chassé, mes chevaux sont vendus ; 
Mon serin seul est resté dans sa cage ; 
n chante à peine, et je ne chante plus I... 



Robes nouvelles. 

Bijoux, dentelles. 
Ma tante, hélas 1 sait où je vous ai mis ; 

Elle s*envole. 

Ma gaîté folle, 
Plus de plaisirs, plus d'amants, plus d'amis! 

Oiseaux plumés qu'a dispersés l'orage. 
Ils vont chercher un monde plus parfait; 
Mon épicier devient un personnage ; 
Arthur n'est rien, Oscar est sous-préfet I 

Mon cœur est vide. 

Mon front se ride. 
Mon boulanger ne me fait plus crédit... 

Je crois qu'on sonne?... 

Non, non, personne... 
Que devenir en cet état maudit? 

Faudra-t-il donc pour gagner l'existence. 
Tombant plus bas dans mon étroit sentier. 
De mes attraits tarifer l'impudence 
Et du plaisir enseigner le métier ? 

Ou bien plus sage. 

Dans un village, 
Irai-je au loin racheter mon passé; 

Ou, pauvre 611e, 

Avec l'aiguille, 
Dois-je finir comme j'ai commencé? 

Ou bien, quittant cette terre chérie, 
Irai-je enfin chercher fortune ailleurs?... 
Non, non, jamais !... la France est ma patrie, 
Je veux attendre ici des jours meilleurs. 

J'étais coquette, 

J'étais loretle, 
Maisqu'ilssontloinsmesbeauxjoursd'autrefois! 

La république 

Démocratique 
A détrôné les reines et les rois. 



dtUClédaCâTMM. 



n tfovftsoUt M M,83BO 



sio 



CHANSONS POPULAIRES. 



LES cocus. 



AiB ' Faut d* la vertu. 

Bon dieu I qu* les cocus sont heureux! I /i . . 
Quand donc le serai-je comme eux ? ( ^ 

C'est ainsi qu' la Iristess* dans Tâme, 
Pierrot chanlail d'un Ion chagrin, 
En voyant Thumeur de sa femme, 
Et le bonheur de son voisip. 
Bon dieu , etc. 

Au logis aucun d'eux ne reste , 
Près d'elle au lieu de Vz enchaîner, 
Dès qu'un bout d' soleil paraît... zeste,* 
Leux femm's vous les envoient prom'ner. 
Bon dieu , etc. 

Loin d' chez eux passant la journée, 

Y s' livrent à d' joyeux ébats ; 

Y n' reviendraient qu'au bout d* Tannée 
Que leux femm's ne s'en plaindraient pas. 

Bon dieu, etc. 

« 

Dans un' société d'importance 
Qu'avec leurs femm's ils soient admis, 
C'est à qui fra leur connaissance, 
C'est à qui s'ra de leux amis. 
Bon dieu, etc. 

Tout*8 les bourses leur sont ouvertes, 
C'est à qui leur voudra du bien ; 
Faut voir comm' leux femm's sont couvertes, 
Et quéqu'çaleur ccrût'?... jamais rien. 
Bon dieu , etc. 

Ils ont raison , même en justice, 
Leur droit est toujours le plus clair. 
Drès qu'il s'aj?!! d' leur rendr' service , 
Autour d'eux tout l' monde est en l'air. 
BoD dieu , etc. 

Faut-il à leur petite rente * 

Joindre un petit émolument, 



Dès qu'une plac* se trouv* vacante , 
Leux p'tit's femm's sont en mouvement. 
Bon dieu , etc. 

Tout leur arrive comm* de cire ; 
En ménag' las d'être garçons, 
Veul'nt-ils èlr' pèr's? Us n'ont qu'à 1' dire, 
Us ont d'z enfants d' toutes les façons. 
Bon dieu , etc. 

On est aux p'tits soins pour leur plaire; 
Pour peu qu'ils n'arriv'nt pas trop tôt , 
Le soir ils trouv' nt pour Fordinaire 
L' souper tout prêt, le lit tout chaud. 
Bon dieu , etc. 

Enfin , pendant leur existence, 
Leux femm's ont l'air d' les adorer, 
Et ne r'gard'nt point zà la dépense 
Quand vient 1* moment d' les enterrer. 

Bon dieu! qu' les cocus sont heureux! l/r. 
Quand donc le serai-je comme eux? P *'' 

■Koosenittiit. 



La musique, de Dezède, se trouve notée au N. 192 
de la Clé du Caveau. 



\ 



LE COCHER ÉREINTÉ. 



Air : AlUx^vùUi'tHf gemdelanocê. 

Foi de cocher, mon pauvre maître, 
Je vois qu'il faut nous séparer ; 
Car j'aurais bientôt cessé d être 
Si pareil train devait durer. 
11 faut qu'ici je vous raconte 
Combien j'éprouve de dégoûts. 

C'est entre nous. 

Et sans courroux , 
Monseigneur, donnez-moi mon compte, 
Je ne veux plus rester chez vous. 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



SU 



Moi , des cochers les plus célèbres , 
Le plus gros ; maintenant , ma foi , 
Hormis ceux des pompes funèbres, 
En est-il de plus secs que moi ? 
J'ai vraiment l'air, monsieur le comte, 
De ceui qui mènent les coucous. 
C'est entre nous, etc. 

Madame est exempte de blâme ; 
En cocher de bonne maison , 
Je sais ce qu'on doit à la dame , 
Et je la soigne avec raison. 
Chez tout marquis, duc et vicomte, 
C'est un droit que nous payons tous. 
Mais entre nous , etc. 

Mais vos ûllesl... quelles mégères I 
Elles sont quatre, et chaque jour 
Il me faut , malgré les affaires , 
Les rouler chacune à leur tour. 
Aucune d'elles ne se dompte. 
Un tel service n'est pas doux... 
Or, entre nous, etc. 

Votre sœur la religieuse , 
Bon dieu 1 qu'elle a l'esprit brutal I 
D'abord elle est peu généreuse 
Et m'a souvent donné du mal. 
Un honnête homme se démonta, 
Accablé par de pareils coups. 
Or, entre nous, etc. 

Et votre respectable tante , 
Avec Fahr de n'y pas toudier, 
Chaque jour sa toLk tremblottanke 
Me dit Yingt fois : Fouette, cocher t 
Elle vent que seul je la monta , 
Faraur dont je suis peu jaloux. 
Or, antre noua, etc. 

La groasa cuisinière Lise 
Croit ma restaurer, mais en vaia ; 
Car alla exige une ramlia 
D'un coup par bouteille de rin. 
Blla mai, pour avoir Taseompte^ 
La cave sana deasua deMOU^ 
Or, antre noua» ele. 



J'aurais pu souffrir et me taire , 
Si seul j'endurais tous ces maux ; 
Mais jusqu'à la vieille poKière 
Qui se sert... de vos deux chevaux. 
Ces tourments qu'il faut que j'affronte^ 
M'ont mis à sec par tous les bouts. 
Or, entre nous. 
Et sans courroux , 
Monseigneur, donnez-moi mon compte, 
Je ne veux plus rester chez vous. 



La musique , de Rameau , •• trouve notée ta 
N. 30 de la Clé du Caveau. 



LE MAIRE D'EU. 

GHARBOIUIKIIK FAmS SUR LB8 L1B1FI. 

Air: LêttmguUl4$,U$jnm€s/llUt. 

L'ambition, c'est des bêtises. 
Ça nous rend toujours soucieux ; 
Mais, dans le vieux manoir des Gnisea, 
Qui ne serait ambitieux 7 
Tourmenté du besoin de fidre... 
Quelque chose sur ce beau lieu, 
J*ai brigué l'honneur d'être maire, 
Rt Ton m*a nommé maire d'Eu. 

Mon origine n'eat pas alaire... 
RoUoB nous gouTonia jadis, 
Mais César fùt-il notre père. 
Ou descendona-noQS de SmerdiaT 
Dans rembarras de ma pensée. 
Un mot peut tout ooncilïer... 
Nooa sommes isaua de Peraée*.. 
Yograi ploldl laoQ mobilier. 

Je ne sais paa fort à mon aise» 
Ma mairie eat un petit coin» 
Mon trône one petite dutei 
Qoi me aart an aaa da baaoîiL 



8li 



CHANSONS POPULAIRES. 



Mes habite ne sentent pas Tambre, 
Mon équipage brille peu ; 
Mais que mlmporte ?. . . un pot de chambre 
Suffit bien pour un maire d'Eu. 

Cette garde-robe modeste 
Me suffit et remplit mes vœux , 
Fasse le ciel qu'elle me reste. 
Et je serai toujours heureux. 
Puisse le prince, dont sans cesse 
La France bénit les bontés, 
Me conserver dans ma vieillesse 
Mes petites commodités. 

On vante partout ma police, 
Ce qu'on fait... ne m'échappe pas, 
A tous je rends bonne justice, 
J'observe avec soin tous les cas ; 
On ne peut ni manger ni boire 
Sans que tout passe sous mes yeux ; 
Mais c'est surtout les jours de foire 
Qu'on me voit toujours sur les lieux. 

Des flatteurs vendent leur science 
Et la beauté de leurs budgets. 
Mais souvent leur peu de finance 
Compromet tous nos intérêts. 
Moi, j'ai la visière plus nette ; 
Car, vous en serez étonnés... 
Lorsque je me sers de lunettes, 
Je ne les mets pas sur mon nez. 

Grâces aux roses que l'on cueille, 
Dans mon laborieux emploi, 
Je préfère mon portefeuille 
A celui des agents du roi ; 
Je brave les ordres sinistres 
Qui brisent ce pouvoir tout net : 
Et plus puissant que les ministres, 
J'entre en tous temps au cabinet. 

Je me complais dans mon empire, 
11 ne me cause aucun souci, 
Moi, j'aime l'air qu'on y respire. 
Go Toit, on sent la mer d'ici : 



Partout l'aisance et le bien-être, 
Ma vie est un bouquet de fleurs ; 
Aussi j'aime beaucoup mieux être 
Maire d'Eu que maire d'ailleurs. 

Vieux château bâti par les Guises, 
Mer d'azur baignant le Tréport. 
Lieux où Lauzun fit des bêtises, 
Je suis à TOUS jusqu'à la mort . 
Je veux, sous l'écharpe française, 
Mourir en sénateur romain, 
Calme et tranquille sur ma chaise. 
Tenant mes papiers à la main. 



La musique, de CarafTa, te troure notée au N. 2100 
de la Clé du Careau. 



LES RUES DANJOD ET DE POITOl 

1845. 
Air de Madame Grégoire 

Par la rue d'Anjou, 
L* matin, Claude allait à l'ouvrage , 

Par la rue d* Poitou, 
Rose allait en apprentissage ; 

EU* logeait rue d'Anjou, 

Et Claude rue d' Poitou. 
A tout Parisien ça démontre 
Qu* l'un de l'autre faisait renconbre, 

Car la rue d'Anjou 

Donn' dans la rue d' Poitou. 

Quand on s* rencontrait, 
Sans s' parler, on était bien aise ; 

Claude pâlissait, * 

Rose dev'nait comme un' petit' fraise; 

On se r gardait en d'sous, 

Avec des yeux si doux !... 
Puis on s' croisait en changeant d' rue. 
Sans pourtant se perdre de Yue, 

Car la rue, etc. 



CHANSON? BADINES ET GRIVOISES. 



t18 



En 8* cherchant des yeux, 
Un matin qu*il pleuvait à verse, 

Noir* couple amoureux 
S* cogne, et Ros* tombe à la renverse; 

D* voir son auge étendu, 

Claude est tout confondu : 

— Je r gardais par chez vous , mamselle ; 

— A vot* port', je r*gardais, dit-elle ; 
Car la rue, etc. 



En voyant le bonheur de Rose, 
Chaq* fille espérait... ia même chose 
Car la rue d*Anjou 
Donn* dans la rue d* Poitou. 

E. aaelilB. 

Motique de Propiac, noUe au N. 83 de la Clé da 
Caveau. 



 la ramasser, 
En s'excusant, Claude s*évertue; 

D* vous rien n' peut m' blesser, 
Répond Ros' d'une voix émue ; 

Mais qui me séchera T 

Maman me grondera ; 
Je crains de la voir apparaître. 
D'ici nous voyons sa fenêtre, 

Car la me, etc. 

Claude, étourdlment, 
Offr' son logis à celF qu il aima, 

Ros', innocemment, 
Accepte eu ce péril extrême ; 

Mais v*là qu' par un cancan 

On instruit la maman. 
Ceil'-ci que 1' danger précipite, 
En deux sauts les surprend au gîte, 

Car la rue, etc. 

Eir dit soudain : 
Claud', pour vous ma fille s'écarte 

De son droit chemin. 
Non, dit Claud', vous perdez la carte 

Du tracé de Paris ; 

Ne j'tez pas les hauts cris ; 
C'est vrai, j' parle à Ros' qui m'écoote, 
Mais nous suivons la droite route, 

Car la rue, etc, 

Queuqu* temps après e' Jour, 
Tout's les filles de ces deux rues, 

Vers le carrefour, 
Pour voir un' noc' sont aeeoumei. 

D' SairU' Français eUe allait 

Dîner chei BcmHMM. 



MON AMI RÉMI. 

1829. 

Air : Allêz-voms-en, çnu d^ la «om. 

Oo : Jiaueiçneur, dcnnez-moi mon co»ylfc 

Gomme les biens de cette vie 
Se partagent en amitié, 
Un ami, que chacun m'envie, 
Chez moi dans tout est de moitié ; 
Aussi mon cœur, en récompense. 
Ne l'aime-t-il pas à demi. 

Ce bon Rémi I 

Ah I quel ami!... 
C'est la divine Providence 
Qui m'envoya ce cher amL 

Il me fit un épithalame 
Le jour où j'engageai ma foi ; 
Et quant à l'honneur de ma femme, 
11 en est plus jaloux que moi. 
En lui tous mes rivaux, je pense, 
Trouveraient un rude ennemi. 
Ce bon Rémi, etc. 

D'abord ma femme fut jalouse 
De Tamitié qu'il me portait ; 
Pour plaire à cette digne épouse 
Je ne sais ce qu'il n*a pas lait : 
A force de soins, deconstanci, 
U en Tint à bout. Dieu merci I 
Ce bon Rémi, etc. 



Un loir rerenant de Tineeniie, 
Rémi» mandiMaat les eowouiy 



47 



Si4 



CHANSONS POPOLAIRES. 



Voit que mon épouse me gène ; 
Vite il la prend sur ses genoux. 
Tandis qu'il souffrait en silence, 
Comme un bienheureux j'ai dormi... 
Ce bon Rémi, etc. 

Il faut Yoir comme il est aimable 
Quand il lient un chapon trufTé. 
Pour qu'il préfère ainsi ma table 
11 faut que je sois né coiffé. 
C'est par ma sanlé qu'il commence 
Dès qu'il attaque mon Chabli. 
Ce bon Rémi, etc. 

Enfin, tout le monde en raffole : 
De mes enfants c'est le bijou ; 
Ma femme en est à moilié folle, 
J'en suis déjà tout-à-fait fou. 
Mon gros chien, plein d'intelligence, 
M'étranglerait, je crois, pour lui... 

Ce bon Rémi I 

Ah I quel ami I 
C'est la divine Providence 
Qui m'envoya ce cher ami. 

Marclllae. 

La musique, de Rameau, se tron'-'î notée au N. 30 
do la Clé du Caveau. 



AH I QUE C'EST DROLE UN AMOUREUX. 

Air : Dis-moi donc, mon cher Hippolytt. 

Maman, dis-moi donc si les hommes 
Ressemblent tous à mon cousin ; 
Je crains, au point où nous en sommes. 
Que son esprit ne soit pas sain. 
Depuis que ta bonté propice 
Lui permet de m'offrir ses vœux, 
U me fait des yeux en coulisse... 
Ah ! que c'est drôle un anoKXtreux ! 

U ne peut plus tenir en place. 
Sans cesse il tourne autour de moi; 



Loin de ses yeux si je me place, 
Le pauvre Adolphe est en émoi. 
Il ne saute que par secousse 
Lorsqu'au bal nous dansons tous deux. 
Bien fort il me serre le pouce : 
Ah I que c'est drôle un amoureux I 

Hier, au salon il s élance, 
M'honore d'un salut profond. 
Puis il tousse et fixe en silence 
Et Iq parquet et le plafond ; 

Mais lout-à-coup il s'agenouille, 
Et m'adressant de doux aveux 
Il soupire, hésite et s'embrbuille ; 
Ah I que c'est drôle un amoureux I 

Il mange, boit et dort à peine, 
Il change et maigrit, ça fait peiir; 
Avec moi lorsqu'il se promène, 
II est jaloux et querelleur; 
Tous les garçons, il les dénigre, 
Et si je parle à l'un d'entre eux, 
Ça lui donne une humeur de tigre : 
Ah ! que c'est drôle un amoureux ! 

Louifi Fesleao. 



LE BONHEUR DU MÉNAGE. 

1843. 

Si d'une union parfaite 
Vous souhaitez les altraits, 
Écoutez ma chansonnette. 
Elle en donne les secrets. 
Notre sexe aima sans cesse 
A commander ici-bas; 
Le mari, par politesse, 
Doit donc lui céder le pas. 

Le devoir, le voilà, 
C'est le gage 
D'un bon ménage ; 

Le bonheur, le voilà, 
Retenez cetl' leçon-là I 

Tra, la, la, la, etc. 



CHANSONS BADINES ET ORIVOISES. 



313 



EDtre époux que Ton se garde 
D' faire un partage inégal I 
Au mari les billets d' garde, 
A la femme les billets d* bal. 
Le dimanch', si l'on projette 
De dtner sur le gazon, 
La femm' porte une beir toilette, 
Le mari porte... un melon. 
Le devoir, etc. 

Vous tous que l'hymen engage, 
Ayez toujours même avis ; 
Rien n'est beau comme l'image 
De deux époux bien unis. 
C'est le vai bonheur sur terre, 
Croyez-moi, car je liens ça 
De feu ma bonne grand' mère, 
Qui dans son temps divorça. 

Le devoir, le voilà. 
C'est le gage 
D'un bon ménage: 

Le bonheur, le voilà. 
Retenez celt' leçon-là ! 

Tra, la, la, la, etc. 



^MP l^BlViV^B^iV I 



1 A muiiqae, d'Artm, se troare chez M. MelMon- 
nkr aia, éditeor, 18, rue Daophine, à Paris. 



àDIEU, MES PETITS ANGES. 

au. 

àlR ! Si ça CarHvê tmeon (U Marraine). 
0i9iJê9êr€waepimvêmte§mdêr, 



Quand je suis triste et désolé. 
De gais portraits cDarment ma rw. 
Des femmes qui m*ont consolé 
Je paaw une tendre revue. 



L'une me presse encorla main, 
L'autre me dit : « Comme tu changes I » 
— Je songe à faire mon chemin :!.,.. 
Bonsoir ; adieu, mes petits anges. ] ^ ' 



Là première aimait les romans 
Et les mélodrames terribles. 
Je me rappelle ses serments 
Et son goût pour les comestibles: 
Ului fallait avec J/ar/y 
De la galette et des oranges; 
Mais elle avait trop d'appétit : 
Bonsoir ; adieu, mes petits anges. 

La seconde à sa vive ardeur 
Livrait son âme tout entiilîre : 
a Abl disait-elle, avec ton cœur 
€ Je ne voudrais qu'une chaumière, i 
Vers l'Italie ou le Tyrol 
Elle aurait habité des granges. 
Et je payais son entresol. 
Bonsoir; adieu, mes petits anges. 

Celle-ci chérissait les vers; 
Nous ne parlions pas d'autre choae. 
J'aurais craint d'irriter ses neris 
Si je l'eusse adorée en prose. 
Sans regretter mes jours perdus 
A vous griffonner des louanges, 
Je rime moins, et gagne plus: 
Bonsoir; adieu, mes petits anges. 

Et cette autre au noble maintien I 
Les bijoux étaient sa faiblesse; 
Une bague en collier de diien 
Aurait tenu son cœur en laisse. 
Je ne trouverais plus urgent 
De vous en couvrir les phalanges ; 
Et puis l'or eoûte de rargeni : 
Bonsoir ; «dieu, mas petits toget. 

Dans un r^re ainsi Je crd|jili 
Revoir celles qui m'ont sa plaire^ 
Quand ma fsuime que J'oubliais^ 
Me réveilla tout en eotire. 



M 6 



CHANSONS POPULAIRES. 



En songeant aux mots que j'ai dits, 
Elle me fait des yeux étranges; 
Je ne suis pas au paradis ; fc /. . x 

Bonsoir; adieu, mes petits anges. ( 

ildouard DasAa« 

La musique, de Romagnési, se trouve notée au 
N. 1906 de la Clé du Careau. 



UNE MESSALINE. 



1844. 



Air : Assez dormir, nui belle (d'Hippolyte Monpou) 



Sur VOS flancs gracieux ; 
Et je pourrais, coquette, 
Friper votre toilette 
En vous baisant aux yeux. 

Mais cela ne me tente, 
Car, voyez-vous, méchante. 
Ce n'est pas du bonheur 
Que d'avoir d'une femme 
Son corps et non son âme. 
Sa tête et non son cœur ! 

Charles neg^nard. 

La musique, dHippoIyte Monpou, se trouve cbtz 
Mme Lemoine, rue de l'Ancienne-Comédie, 10. 



Je le dis, sur mon âme, 
Je vous aurais, madame, 
Si je voulais demain , 
Vous qui, m'a-t-on dit, faites 
Tourner toutes les têtes 
Du faubourg Saint-Germain. 

Je pourrais, sans nul doute, 
Un jour vous avoir toute 
Dans voire frais boudoir ; 
Lorsque, ma nonchalante, 
Vous ôtez votre mante. 
Pour rester en peignoir. 

J'aurais votre main blanche, 
Votre col qui se penche, 
Votre regwd mutin , 
Et votre taille exquise 
Que vous serrez, marquise, 
Si fort chaque matin. 

J*aurai8 vos équipages, 
Vos laquais et vos pages, 
Vos parcs et vos châteaux ; 
Propos au clair de lune, 
Auprès de vous, la brune, 
Sous les plis des rideaux. 

J'aurais toutes ces choses, 
FMehes robes mi-doses 



LES RIDEAUX. 

1885. 
AiR ' ViUUj ma lumpê (de Bérangv}» 

De la mansarde où je vivote. 
On voit dans vos appartements, 
Et, oien souvent, belle Javotte, 
J'ai ri de vos riches amants. 
Mais voir étouffer la morale 
Sous les présents de vingt rivaux, 
Maintenant me semble un scandale : 
Javotte, tirez vos rideaux I 

Seul et m'amusant de vos fautes, 
J'en dessinais les gais portraits ; 
Mais j'ai chez moi de nouveaux hùiea 
Lise y vient loger ses attraits. 
De mon âtre, employant la suie, 
Vingt fois jai terni mes vitraux; 
Mais Lise toujours les essuie : 
Javotte, tirez vos rideaux I 

Le grand air plall à ma mallresset 
Dans ce grenier où notre amour 
ITa pour témoin de chaque ivresse 
Que le soleil quand naît le jour; 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



817 



La misère et son reflet sombre 
S'éclipsent sous des feux si beaux. 
Nos plaisirs n'ont jamais trop d'ombre 
Javotte, tirez Tos rideaux I 

Lisette, sans être envieuse, 
Par TOUS trouve son sort obscur i 
En vain une fleur gracieuse 
Parfois étoile son front pur. 
Les tissus de votre toilette, 
Parés d'étincelants joyaux, 
La font soupirer en cachette : 
Javotte, tirez vos rideaux I 

Si près de votre cl ien telle, 
Couverte d'étoffes de prix. 
Je puis inspirer à ma belle 
La pitié qui mène au mépris ; 
Malgré soi, toujours on accorde 
Trop d'estime aux brillants manteaux, 
Mon habit montre un peu la corde : 
Javotte, tirez vos rideaux I 

De myrte et de roses parée, 
8ans voir l'écueil sur son chemin, 
Ma jeunesse folle, enivrée, 
Crut à l'amour du lendemain. 
Mais l'expérience à ce rêve 
Opposa de sombres flambeaux, 
Et toute femme est fille d'Eve... 
Javotte, tirez vos rideaux I 



L'HEUREUSE RENCONTRE. 



i846. 



AIR : Oit r 



Celte avene vi défleorir 
Votre toUetta ai Jolie, 
Jeanne, oserai^'e vous offrir 
Et mon liras et mon paraploie. 



Puisse aujourd'hui cette offre d'amitié 
De votre cœur me gagner la moitié. 
— Monsieur, Thomme à figure honnête, 
Qui porte un pépin protecteur,' 
Et le partage avec Jeannette, 
A bien quelques droits sur son cœur. 



(bis.) 



— Pour deux, ce meuble est bien étroit. 
L'eau tombe sur nous, il me semble ; 
Est-ce de tendresse ou de froid, 

Je ne sais, mais vraiment je tremble. 
Auprès de vous, et lorsqu'il pleut ainsi, 
L'Ame est brûlante et le corps est transi. 

— Monsieur, dans mon humble chambrette. 

Venez vous reposer un peu ; 

L'homme qui sait plaire à Jeannette 

Peut bien se chauffer à son feu. 

— Dans l'fttre le pot-aa-fea cuit. 
L'œillet fleurit dans une coupe. 
Ahl Jeannette, votre réduit 
Embaume les fleurs et la soupe. 

Divin parfum, votre charme subit 
Excite en moi l'amour et l'appétit. 

— Monsieur, je serais satisfaite. 
Si franchement sans se gêner. 
L'homme qui sait plaire à Jeannette 
Veut bien partager son dîner. 

— Quel excès de simplicité, 

Quoi, Jeanne, vous n'avez qu'un verret 

Mais pour boire à votre beauté. 

Un second n'est pas nécessaire. 
Dans celui-ci, je bois avec transport. 
Car voire boudie en a touché le bord. 

— > Monsieur, si ce plaisir rachète 

La firagalité du festin, 

L'homme qui sait plnire à Jeannette 

Peut aussi partager son vin. 

— Tout en causant, Q se fait tard, 
Et le manvaia temps continae ; 
Sur ma foi, je suit en retard. 

Si J'allais coucher dans la me. 
«Ceci, monsieur, devient embarrassanti 
Rester ehei moi ne serait pu décent 

48 



tl8 



CHANSONS rOPULAIRES 



— Enfant, yons semblez inquiète, 
Mais seulement pour cette nuit, . 
L'homme qui sait plaire à Jeannette 
Ne peut-il partager son lit ? 



ClÊmrl^m €Mmmmit9. 



LA BUVETTE DE FANCHETTE. 

1889. 
Ajr : Dons la galère^ capUotne (V. Hugo ). 

Vieille caserne récrépie, 
Fanchelte, apporte vite un broc! 
Nous brûlons de faire tic toc 
Et nos gosiers ont la pépie ; 
De bons enfants, de gais farceurs 
Tiennent chez toi tailler une bavette. 
Dans la buvette ) 

De Fanchette, | (6m.) 

Nous étions vingt-dnq ravageurs. 

Ça, mangeons notre patrimoine. 
Fermes, revenus et château ; 
Fanchonnette, apporte uu morceau 
Du compagnon de saint Antoine; 
Il faut aux biberons-fumeurs 
Une croustille avec une andouillette I 
Dans la buvette, etc. 

Trêve au sabbat! trêve aux paroles I 
Taisez-Yous, messieurs les braillards I 
En avant les couplets, gaillards 1 
Déboutonnons les gaudrioles... 
Pour faire mieux ronfler les chœurs, 
Roulons le verre, et que la table en pettel... 
Dans la buvette, etc. 

Le picton pousse à la tendresse. 
Vivent l'amour et les lurons I 
Que le sort soit juge, tirons 
A pile ou (ace notre hôtesse. 



J*ai gagné... soyez beaux joueurs, 
A moi la fille... à vous lacbapinettel.. 
Dans la buvette, etc. 

Contre le sort, on se taquine, 
Des gros mots on en vient aux mains. 
C'était le combat des Romains 
Pour enlever une Sabine... 
Pourquoi tant de cris, de fureurs! 
Pour conquérir un vieux nid d'amourette? 
Dans la buvette, etc. 

Mais, non, Fanchette, à toi Ta pomme ! 
N'es-tu par reine en ton réduit? 
Pour tes amours de cette nuit, 
Allons I choisis le plus' bel homme ; 
Toi qui plus à tant d*amateurs, 
En vaillants coqs tu te connais:., poulette. 
Dans la buvette, etc. 

Ouvrez! ouvrez à la patrouille! 
(Dit le caporal des Pigeons)^ 
Suivez-nous, messieurs, abrégeons! 
Au violon tout se débrouille... 
Nous, au nez des interrupteurs, 
Nous envoyons la table et la banquetier. 
Dans la buvette, etc. 

Au reçu de notre mitraille 
La garde tourne les talons 
Et sans retard nous avalons 
Les canons du champ de bataille; 
Puis, en Léonidas vainqueurs. 
Nous prenons tous... la poudre d'escampette 
Dans la buvette 
De Fanchette, 
Nous étions vingt-cinq ravageurs. 



i 



^(bis 



Loala Fe«leaii. 



La nmricntv, deOalby, teumutodies L. Vidllot, 
éditeur des chansons de Louis Fettean, 83, rat 
Notre-Dame-de-Nazaretii. 



GHANSOKB BADINE» KT dRltOISBS. 



m 



LES FILLES HONNÊTES. 1 



ànéêU 



Moi, fiir majeur', la bonté môme, 
Usant d' mes droits, ra^ Mondéfonr, 
J'apprends qu' tu veux, monsieur d'Belleyme 
Numéroter les flll's d*amoar. 
Préfet, soit dit sansépig^amme, 
Au lieu d'écouter tes furets. 
Si kmt exprès, 
A peu de frais, 
Dans nos sérails quéqu'fois tu pénétrais, 
Tu verrais bien, préfet d' mon âme. 
Que ton décret 
N' serait pas complet. 

Pour nous donner du fil à r'tordre. 
Tu veux qu' l'homme d'un trait percé 
Puiss' connaître!' numéro d'ordre 
Du régiment qui l'a blessé. 
D'un vain espoir ton cœur s'entfamme, 
Nos dam's, pour esquiver l'affront. 

Se cacheront. 

Travailleront, 
Et les blessurs en nombre augmenteront. 
Tu vois donc bien, préfet d' mon Ame, 

Que ion décret 
N' serait pas complet 

Toi, qui sais tout. Dieu me pardonne. 
Oublieras-tu donc qu'autrefois, 
Rhodop' fit b&tir un' colonne 
D* l'argent d' ses amoureux exploits. 
Eh bien 1 crois-tu que cette femme, 
Qui fit plus que vingt roitelets, 

Ne vaiir pas tes 

Pouilleux d' valets. 
Et d' gringaleu qui s' bâliss'nt des palais. 
Tu vois donc bien, etc. 

Afin d' nous soufQer la pratique, 
Afin d' nous fourrer dans l' tabac. 
C'est en vain qu' ta main despotique, 
Altach'rait l'étî^Mlle ao sac 



To n' ntottrais pas dàmr (on programme, 
Ces ouvrièr's au gent minois, 

Qu'on rok parfoit^ 

En tapinois. 
Vendre leur fleur jusqu'à cent fois par mois. 

Tu vois donc bien, etc. 

A ces grisetles de coulisse, 

Que l'or seul a droit de toucher. 

Tes fameux numéros d' police 

Tu n'oserais pas les attacher. 

Pourtant nos rein's de mélodrame. 

Nos ingénu's à sentiments. 
En fait d'amants 
Ruin'nt plus d* jeun's gens 
En quinse jours qu'une fille en douae ans. 
Ta vois donc bien, etc. 

Et ces d'nd-vertos à panache, 

Tendres à cent écus par mois ; 

Ces tendrons qu' des homm's à moustache 

Yottt courtiser au fond des bois ; 

Du beau quartier plus d'un' beli' dame 

Qui, pour un cach'mire oiivr' ses drape, 

Epoua' d'ultras, 

Nièc's de prélats. 
Tout ça travaille et n' se nomérol' pas. 

Ta vois donc bien, ete. 

Enfin, puisque les courtisanes 

Sont r féminin âen courtisans^ 

Ces messieurs, sacrés ou profanes. 

Se montreraient nos partisans, 

Et par eux, qui s' moqu'nt de font blâme, 

Un' Dubarrj, comme autrefois. 

Leste des doigts 

Narguant tes lofs*, 
Frait son état jusque dans l' lit des roîi. 
Tu vois donc bien, préfet d* mon âme, 

Que ton décret 
N* serait pas complet. 



Air 



mMmV.mAélÊUaêàà 



890 



CHANSONS POPULAIRES. 



LA LOGE GRILLÉE. 



ANECDOTE DRAMATIQUE. 
Air : Au tùin que je prends de ma gldre» 

Au ^ruit d'une fade musique. 
Qu'attristaient des vers langoureux, 
Hier à l'Opéra-Comique 
Je bâillais comme un bienheureux; 
Un voisin me tira de peine^ 
Et grâce à lui, je distinguai 
Dans une loge d'avant-scène 
Un spectacle beaucoup plus gai. 

Malgré l'obstacle de la grille, 
Je voyais un jeune homme assis 
Près d'une femme, veuve ou fille. 
Ce point me semblait indécis 
Mon voisin qu'une longue étude 
Ne mettait jamais en défaut, 
Jugea, d'après son attitude. 
Qu'elle était femme ou peu s'en faut. 

J'avais d'abord peine à comprendre 

Gomment, à ces chants ennuyeux, 

Cette belle paraissait prendre 

Un intérêt prodigieux. 

N'en cherchons pas plus loin la cause. 

Me dis-je, dans tout ce fracas, 

Elle aura saisi quelque chose 

Que le public n'aperçoit pas. 

Mais bientôt elle manifeste 
De son cœur le trouble croissant ; 
Son maintien, son regard, son geste 
Expriment tout ce qu elle sent. 
Sur la grille sa main posée 
Atteste, par son tremblement. 
Que sa raison est maîtrisée 
Par la force du sentiment. 

De la musique sur notre Ame, 
Yoyez quel différent effet I 
De plaisir la dame se pftme 
* Dans un duo que l'on siCQait. 
Mais tout lui plaisait, il me semble. 
Car je ftis encor plus wurpris. 



A la fin du morceau d'ensemble, 
De l'entendre demander bis. 

Je riais de sa folle ivresse, 

Mais le voisin, grand connaisseur, 

Interprétait avec finesse 

Tous les mouvements de son cœur. 

La grille se baisse, la dame 

Paraît dans toute sa splendeur. 

—Ciel I— Qu'avez-Yous?... C'était la fenifli 

De mon voisin l'observateur. 

De Jooy. 

Miuique d'AL Picdui, noUe au N. 774 de la Qé da 
Caveau. 



L'AVEUGLE SANS CHAGRIN. 

AiB ; Au coin du /eu. 

Je suis heureux sans doute. 
Amis, de n'y voir goutte, 

Car c'est un bien. 
Restons comme nous sommes : 
Du mal que font les hommes 

Je ne vois rien. 

Ainsi près d'Armandine, 
Parfois je la lutine, 

Car c'est un bien. 
Me pousse-t-on du coude. 
Fait-on celle qui boude, 

Je n'y vois rien. 

Souvent elle se sauve 
Jusqu'au fond de l'alcôve : 

Je la suis bien. 
Finis, tu me chiffonne; 
Mais je te le pardonne, 

Tu n'y vois rien. 

Davemy, Taveugle, 
Chanteur des rues (xn« siécley 

Air anden, noté an N. 47 da la Clé dn Caveau. 




LA FILLE DE VERTU. 



Prës d' U&Don, que j' vojais languir, 

J' crovais gofller bien des délices; 

Hais, loin d' céder à mes caprices, 

C que j'ii contais la Tsail rou^^ir. {bit) 

Daas r siècle d' débauche où nous sommes. 

M' disaisje, d' sa candeur ému. 

Pour rougir comm' ça devant les hommes, 

Faut-f qu'un' flile ait d' la vertu I {bis) 

Croyant qu'elle jouait l' sentiment. 

]e m' jett' dans les bras d' la cruelle. 

A'e' lamente et fait la rebelle, 

Puis eir me r'garde tendrement 

—y partage 1' désir qui vous presse, 

M' dit-elle d'un air ingénu : 

Hais n'abuseï pas d' ma faiblesse. 

Faut-y qu'un' tiile ait d' la vertu 1 

Enfin, quand j' l'ai Tait soupirer, 

r vois qu' dans ses veui la gatlé brille; 

A' s' bicbonn', puis â la Courtille 

J'âlonsaSnd nous restaurer. 

Après m'Ctr' bien soipné la panse. 

Pour me ménager un l'cu, 

VIA Manon qui pa}' la dépense : 

Faul.y qu'un' Ollc ail d' la vertui 

l'n jour i]ue j'étais dans 1' besoin, 

Et qu' j'implorais son aisislance, 

C'Ie fill', malgré son abstinence. 

De m' soulager prit vile 1' soin. 

La pauvreit , voyani ma démence. 

Pour racb'ler mon amour perdu, 

Vendu jusqu'à son innocence: 

Faut-T qu'un'flUe ait d' la vertui 

Qnequ' jours après a' m' Tait l'aveu 

Que d'puis longtemps elle était mère 

D'un p tit innocent qu' la misère 

Lt rorgad' mettre en cerUio lieu. 

— D' peur qu'y n' ■oulTr', m' dit l'inaoceote, 

D' son për' le voyul mécoono, 

49 



J' pris r parti del' mellr' chei ma tante. 
Faul-y qu'un' flile ait d' la vertu 1 
Ud soir,pour l'attendrir soudain. 
Un mossieu qu'était dans l'aisance, 
Désirant lui fair' quéqu' avance, 
S'approcb' d'elle, une bourse en mais (bt's) 
Hanon saisît la iMurse d' suite, 
Hais, n' brûlant pas pour l'inconnu, 
Afln d' l'éviter, prend la fuite : 
Faut-y qu'uu' ttile ait d' la vertu I (Ma) 

rerehclel. 
L* miiBqiia. d* Boaifaiii, u tn»ic uté* M 
N. IB4T da U eu du C4>Ma. 

THOMAS ETj LISETTE. 

An I Mo» pire était ptl. 

Piron, plus gai que délicat. 

Sans nul préliminaire, 
Dit partout ^u'un chat est un chat. 
Moi, je SUIS plussévëre. 

Souvent un seul mot 

En dit beaucoup de trop; 
Hais qu'une gaie Bne. 

Sans cacher les traits. 

Voile les portraits, 
Le reste se devine. 



Il avait su lui plaire; 

Hais sages tous deui. 

Chacun sent fort bien 
Que chei leurs për's el mères 

Ils ne pouvaient pas. 

Par rapport aux m«an... 
Le reste m define. 



^î« 



GHANSO 



lOVnJlIRES 



Thomas, reyenant dn bamean. 
Aux. champs surprit Lisette; 

Soudain, chapeau bas, 

Et fort poliment, 
S lui tint ce langage : 

« M*aime8-tu toujours? a# 

Uaette dit : a Oui. » 
le reste se devine. 

B& ayaient Fongtemps bavardi 

Sur la verte fougère, 
Wk Featc cpii tomba pac torrents 
Les surprit dans la plaine. 

Lors, pour mieux courir, 

Lisette troussa 
Ses jupons et sa robe ; 

Puis, prenant la main 

De l'heureux berger, 
Le reste se devine. 

Il n'était pas eneor très tard 

Ce qui fut bientôt cause 

Que, lorsque la belle rentra, 

Ses parents l'aperçurent. 

Las 1 en quel état 

L'amoureux Thomas 
Avait-il mis la belle I 

Son œil était vif. 

Son cœur était gros ; 
Le reste se devine. 

Après avoir examiné 

La tremblante bergère, 
Sa mère lui dit : « Se peut-il? 
Il n'est donc plus de doute. 
Vos bas sont salis, 
Vos jupons fripés : 
Votre marche est gênée. 
Vos yeux sont brillants, 
Votre dos est vert... 
Le reste se devine. » 

La fillette allait s*excuser, 
Quand le père, en colère, 

Se lève de contre le feu. 
Et dit, cassants» pipe : 



JUiI je n*y tiens pte^ 
un peu trop fortl 
n, malheurensel » 
armant son bras 
B^ manche à balaL.. 
Le iMte se devine. 

SàiUFse le fbire répéter, 

La tremblante tegèig,. 
ÉSL troisième coup< fe Baftiv* 
S*énfuit à tout 

Dans SAfl 

Passant sur un pont. 
Elle eut assez de force 

Pour prier le ciel, 

Et du parapet... 
Le reste se devine. 

Dieu récouta probablement, 

Puisque, par un miracle, 
Thomas se trouvait près du pont 
Qui péchait à la ligne. 

La voyant tomber. 

Plus prompt que l'éclair, 
Il se jette et fend l'onde, 

Saisit son jupon, 

Et par ce moyen... 
Le reste se devine. 

Les parents sentirent alors 

Qu'à moins d'être fort bêtes, 
Ils devaient unir des amants 
Si bien faits l'un pour l'autre. 

Bientôt le curé 

Les unit tous deux, 
Et la noce étant faite. 

Les nouveaux époux 

Furent se coucher... 
Le reste se devine. 

CONCLUSION. 

Amis, si vous êtes contents 

De cette chansonnette. 
Si vous vous êtes attendris 

Sur cet amoureux couple 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



Pronrez-le gatment. 

Et qu'ici ce soir, 
Retroossant tons tos manches. 

De suile et d*accord, 

Elevant tob bras... 
Le reste se devine. 



La muiliiiie, de BltiM, m tw u ?» i»U > uN. 
(le la Clé do Cvn 



LAISSEZ CHACUN COMlfE IL BST. 

176i. 

Ce mouchoir, belle Raimonde, 
Va contre votre intérêt ; 
Il cache une gorge ronde. 

— Oh 1 çà, monsieur, s'il vous plait. 
Ne dérangez pas le monde ; 
Laissez chacun conmiell est. 

Belle, ètes-vous aussi blonde 
Qu'à vos sourcils il paraît? 
Je veux voir cela, Raimonde... 

— Ohl çà,etc. 

Faudra-t-il que je vous gronde? 
Le traître! qu'est-ce qu*il fait?... 

— Ah ! je vous tiens bien, Raimonde ; 
A votre tour s'il vous plaît. 

Ne dérangez pas le monde. 
Laissez chacun comme il est. 

c«lié. 

M otiqae, de Doaay-I>ii]idiill« notée an N. TA de 
U Clédv CcTMn. 



LA SŒUR DE CHABITÉ. 



AlR^ 



Qui dans nos foyers 
N'a connu la scBor BugénleV 



Pour tous nos guerriers 
C'était un bienfaisant génie; 

Elle fit à quinze ans 

Briller, malgré ses sens, 
Aux lieux où le courage implore 
Les secours du Dieu d'Épidaure, 

Son... humanité 

Et sa charité. 

Sans se fatiguer, 
Cette «Bor, toujours bienfiidsBnta, 

Allait prodiguer. 
Même à la bravoure expirante. 
Des bouillons succulents 
Et des vins excellents, 
Pour en avoir la quintessence 
Au jour de sa convaleseenee. 
Quelle humanité, 
Quelle chari tel 

Des jeunes guerriers 
Elle fermait les cicatrioes; 

Combien de lauriers 
Dus à ses vertus protectrices. 
Lorsque par la douleur, 
D'un soldat la valeur 
Las 1 allait nous être ravie^ 
Sa main le rendait à la fie. 

Quelle humanité I 

Quelle charité I 

Maint héros fameux 
Dans ses bras perdit la iuonèffa , 

Mais sitôt qu'un preux 

Avait terminé sa carrière, 

Souvent, sans y penser. 

Bile sut remplacer 
Le brave que perdait la ftmnce; 
A quinze elle donna nasmaBoa. 

Quelle humanité 1 

'Qoène charité! 

Son cœur "bon, aimant, 
Dans chaque soldat de l'armée 

Voyait un amant, 
Aosii comme elle fut aimée* 



Vtê 



CHANSONS POPULAIRES. 



Les dignités, l'honneur, 
Séduisaient peu son cœur ; 
Sa belle âme, grande et sensible, 
Fut aux tambours même accessible. 
Quelle humanité 1 
Quelle charité 1 

Un ministre, hélas I 
Ayant entendu parler d'elle. 

Fit, pour un repas. 
Mettre en vers sa flamme nouvelle : 
L'or ou son impromptu, 
Ébranla sa vertu. 
Enfin elle quitta l'armée, 
Qui regretta tout alarmée 
Son... humanité 
Et sa charité. 



L'éclat de la cour 
Cependant jamais ne fit taire 

L'amitié, l'amour 
Qu'elle portait au militaire. 
Elle quittait son rang 
Pour elle indifférent, 
Et, malgré la foule bavarde, 
Elle allait montrer... à la garde 

Son... humanité 

Et sa charité. 

* 

Bien près de mourir, 
Sa main, repoussant la souffrance, 

Cherchait à saisir 
Encor le ûl de l'existence. 

Enfin, elle expira. 
Plus d'un brave en pleura. 
Et dit en essuyant ses larmes : 
On n'oubltra jamais ses charmes. 

Son... humanité 

Et sa charité. 



Modqao de Propiac, notée an N. 88 d« la Clé dn 
CaTtao. 



LE DERNIER AMANT DE LISE. 

1885. 
Air : Dont ce modesU et timpU aaiU («f n 'ThaleC) 

C'est le dernier 
Chansonnier 
Que j'ai pour amant, foi de Lise ; 
Je n'y serai plus reprise. 
Ah ! que les auteurs 
Sont menteurs t 

Un coupletier, par ses sornettes, 

Captiva mes affections, 

Je croyais que ses chansonnettes 

Dépeignaient ses intentions. 

Ce n'étaient que des fictions. [bis.) 

Mon bonheur fut un songe. 

Dans son style charmant. 

Hélas! tout est mensonge; 

Aussi, j'en fais serment. 
C'est le dernier, etc. 



S'il me chante la gaudriole 
Avec ses lubriques accents, 
An jeu d'amour il m'affriole. 
Que me font ses mots peu décents. 
S'il ne peut contenter mes sens I 

C'est au son de sa muse 

Que, selon son désir. 

Il faut que je m'amuse : 

Voyez le beau plaisir I 
C'est le dernier, etc. 

Il me chante d'une voix ferme 
La liberté, l'égalité I 
Quand, par jalousie, il m'enferme, 
Et met dans la conmiunauté 
Tous les plaisirs de son côté. 

Poursuivant son système, 

Chaque jour le brutal 

Me fait (aire carême, 

Et fait le carnaval. 

C'est le dernier 
Ghaoïoanier, 



(6i4r.j 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



813 



Que j'ai pour amant, foi de Lise ; 
Je n'y serai plus reprise, 
Ah ! que les auteurs 
Sont menteurs I 



Miulqa« d'Adolp. Ad^, notée an N^06 d« U Qé 
dn Cavemn. 



CHANSON DE RICHARD-CGBUR-DB-LION. 



1784. 

Bt zig, et zoc, 
Et fric, et froc. 
Quand les bœufs 
Vont deux à deux. 
Le labourage en va mieux. 



\{bii.) 



Sans berger, si la bergère 
Est en un lieu solitaire. 
Tout pour elle est ennuyeux , 
Mais si le berger Sylvandre 
Auprès d'elle rient se rendre, 
Tout s*anime à l'entour d'eux... 
Bt zig, et ZOC9 etc. 

Qu'en dite»-TOiis, ma commère? 
Ehl qu'en dites-YOUs, compère? 
Rien ne se ùdt bien qu'à deux ; 
Les habitants de la terre, 
Hélas! ne dureraient guère, 
S'ils ne se disaient entre eux : 



Bt zig, et zoc, 
El fric, et froc, 
Quand les bœufli 
Vont deux à deux, 
Le labourage en Ta inieox. 



\{U$.) 



MwlqM d* 6i«nr, MU. n M. u» d* UCM te 



LE FRANC VAURIEN. 

▲iR : Pom, pomy pon^ pêlU patapon, 
Ov'.JlitaaimprtUmoiMê 

Je vins jadis ou monde 
. En carnaval. 
Après un bal, 
La face rubiconde» 
Gomme un Terre de vin 

Tout plein, | (6i>.) 

Comme un verre de vin. 

€ A boirel à boire I à boire » 

Fut aussitôt 

Mon premier mot ; 
Et d'un vase d'ivoire 
Avec transport je bus 

Le jus. 
Avec transport je bud. 

Mais le lait, un peu fade, 

Me pâlissant 

Et me glaçant, 
On rendit le malade, 
Avec du Clos-Vougeot, 

Rougeot, 
Avec du Clos- Vougeot 

Je fus, par ma famille. 

Choyé, fêté, 

Flatté, gftté ; 
Bt Vert- Vert, sous la grille. 
Jurait bien moins que moi. 

Ma foi. 
Jurait bien moins que moi. 

Quand j'avais dans l'armoire 

Volé biscuits. 

Bonbons ou fruits, 
Après cette victoire. 
Qu'il était triomphant, 

Fanliui! 
Qu*U était triomphant I 

Bien loin de ma réàiiva^ 
InsUtnlaiB^ 



m 



GHÀN80NB flVFULAiaeg. 



Pédants, iliéCean 
Perdirent à m'instruire 
Leur Jatin et leur grec 

Avee» 
Leur latin et leur grec. 

J'ayais dix ans à peine, 

Que de Babet, 

Qui nous servait, 
Ma main, déjà mondainCj 
Fit sauter le mouchoir 

Pour Yoir,.. 
Fit sauter le mouchoir. 

• 

Sur la machine ronde. 
Libre à qui&ze ans 
Et sans parents, 

Je fis le tour du monde. 

Et toujours en chantant. 
Sautant, 

Et toujours en chantant 

Sans avoir dans ma caisse 
Un sou comptant, 
J'étais content ; 

Et je riais sans cesse 

De mon besoin urgent 
D'argent, 

De mon besoin d'argent. 

Aux femmes sûrde plaire, 
Tant j'avais bien 
L'air d'un vaurien, 

J*ai souvent su leur faire 

Oublier leurs maris 
Chéris, 

Oublier leurs maris. 

Une vieille duchesse 

De moi s'éprit ; 

Elle me prit. 
Appuyant sa tendresse 
De trois cent mille francs, 

Bien francs, 
De trois cent mille franet. 



Mais Bja^ifim rmago 

De dépenser 

Que dépenser, 
La fortune voliage 
iS'ichappa de ma main 

Grand train, 
S'éduf pa de ma maio. 

La roulette maudite 

Sembla d'abord 

Changer mon sort. 
Puis me renvoya vite 
Comme j'étais venu, 

Tout nu. 
Comme j'étais venu. 

Alors commis, corsaire, 

Soldat, abbé. 

Auteur tombé. 
Je me mis à tout faire. 
Et ne fis jamais rien 

De bien. 
Et ne fis jamais rien. 

Malgré ma quarantaine, 

Encor courant, 

Sans cesse errant. 
De ma >ie inceriaine, 
J'attends le dénouaient 

iv aiment. 
J'attends le dénoûment 

Mais toujours, quoiqu on fronde, 

Je chanterai, 

Rirai, boirai, 
Tout prêt à dire au monde : 
Demain s il plaît à Dieu 

Adieu, 
Demain, silplattàDieu. 



Air tnden, noté au N . 1026 île la Cté àxL riinn. 



GHAN80HS BADIKES BT OlITOISES. 



m 



A TOUS LES COUPS TON GAGNE. 

1886. 

Qui veut tirer des macarons, 

Accourez, Ids pratiques. 
Jeunes filles et jeunes garçons, 

Visitez ma boutique. 
Quand les coups sont bien combinés 

Le gain les accompagne. 
Et puis tournez, tournez, tournez, I /^ x 

A tous les coups Ton gagne. y 

Liberté, depuis quarante ans. 

Vous faites votre ronde. 
Vous pourriez bien en moins de temps 

FaSre le tour du monde ; 
A votre allure façonnez, i 

Moine et bandits d'Espagne. 
Allons, tournez, tournez, tournez» 

A tous les coups Ton gagne. 

Pour suivre le cbemin étroU 

Qui conduit à Cythère, 
Garçon va toujours ferme et droit, 

Voilà tout le mjstère^, 
Mais si voua vous en souvaaei, 

En battant la campagne ; 
Filles, tournez, toumex, toornaiv 

A tous les coups Ton gagne. 

De ce bronze qu*on transforma 

En colonne à la gloire, 
Admirez le panorama 

De nos jours de victoire. 
Nos bauts foits j sont burinés. 

Campagne par campagne, 
Pour les mieux voir, tournez, toomeiK, 

A tout les eoops Ton gagne. 

Roulez donc, employés da Jeu, 

L'impôt grève la banque, 
Au joueur criez vos enjeu. 

Rouge, impair, ou bien manque. 
Qu'importa qu'Assoient entraînés 



Vers la Morgue ou labagner 

ns ont de l'or, tournez, tournez, 

A tous les eoups Ton gagne. 

Du rouet qui file nos jours 

Soignez la manivelle. 
Parques, tournez pour nos amours ; 

Allongez la fiedle. 
Tournez encor pour nos dlnen; 

Tournez pour le Champagne, 
Pour nos fions fions, tournez, toimaa, 

A tous lea coups l'on gagne. 



JAVOTTE. 
isa4. 

Air : JrdMi, U wml quêftà^têi^ 

Je commence à bien pénétrer 
Tous les secrets de ma voisine. 
Quand cbez elle je voia entrer 
Certains fripons à la sourdine, 
Je dis d'un ton grivois : 
Allons, Javotte, 
Fripe ta cotte ; 
Je dis d'un ton grivois : 
Fripe ta cotte encor une fois. 

Epions encore avec soin 
Les mystères de sa chambrette. 
Bon 1 j*j vois répicier du coin ; 
U chiffonne sa collerette, 
n en paiera l'empois. 
Allons, Javotte, etc. 

n sort ; un antre 1 c'est trop fort, 
Cest le vieux cordonnier Giégoift, 
Us vont tous deux tomber d^aaeaid 
Pour l'acquit d*un certain mémoiis, 
Quoiqu'il sente la poix» 
Allons, Javotte» ete. 



Sis 



CHANSONS POPULAIRES. 



Ce vieux bijoutier colporteur, 
Digne sectateur de Moïse, 
A ses yeux, pour charmer son cœur, 
Vient étaler sa marchandise, 
U offre tout au choix. 
Allons, Javotte, etc. 

Comme il a bien choisi son jour, 
Ce petit clerc de la basoche 1 
Avant de peindre son amour, 
Il frappe gaîment sur sa poche: 
C'est le premier du mois. 
Allons, Javotte, etc. 

Ce monsieur, souvent rebuté. 
Enfin pénètre dans sa chambre ; 
Toujours éconduit en été. 
On ne l'y reçoit qu'en décembre; 
C'est un marchand de bois. 
Allons, Javotte, etc. 

Un quidam qu'elle sut gruger 
Donne l'éveil au commissaire ; 
Ce magistrat vient pour juger 
S'il doit doncer suite à l'affaire. 
Pour adoucir les lois. 

Allons, Javotte, 
Fripe ta cotte ; 
Je dis d'un ton grivois : 
Fripe ta cotte encor une fois. 

Bdonard HacUb. 



LES SUPPOSITIONS. 

Air : Urlur«U*f, ma tanU UrluretU. 

Supposons que du poison, 
Dont il trouble ma raison. 
L'amour tous glisse une dose : 
Je suppose, [hû.) 
Inna, je suppose. 



Qu'en proie à douce langueur^ 
Nonchalamment sur mon cœur 
Votre tête se repose : 
Je suppose, (bis.) 
Irma, je suppose. 

Que tout brûlant de désirs, 
Je rêve à d'autres plaisirs. 
Que vous ignorez pour cause : 
Je suppose, (bis.) 
Irma, je suppose. 

Que pour étouffer vos cris. 
Sur vos lèvres de Cypris 
Ma bouche avide se pose . 
Je suppose, (bis») 
Irma, je suppose. 

Que non content d'un larcin, 
Sous la gaze de son sein 
J'effleure un bouton de rose: 
Je suppose, (bis.) 
Irma, je suppose. 

Que tu repousses ma main. 
Mais au doux serment d'hymen 
Tu me permets autre chose... 
Je suppose, (bis,) 
Irma, je suppose. 

Qu'aux transports de ton amant 
Tu résistes mollement. 
Plus tu faiblis et plus j'ose... 
Je suppose, [bis.) 
Irma, je suppose. 

Qu'au dernier cri de douleur, 
Je suis maître de la fleur 
Qui pour moi seul est éclose ; 
Je suppose, (bis.) 
Irma, je suppose. 

Que pour calmer tes remords, 
Je fais de nombreux efforts, 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



m 



Toujours suivis d'une pause... 
Je suppose, [bis.) 
lima Je suppose. 

Qu'enGn il faut s'abstenir 
Lorsqu'on ne peut obtenir 
Certaine métamorphose... 
Je suppose, (bis.) 
Irma, Je suppose. 



L'INGÉNUE. 

1844. 
▲IR t Pêiiipapatom anaré. 

Rosine, souvent votre tante 
Nous dit que, malgré vos quinze ans. 
Sur tout vous ôtes ignorante, 
Qu*amour ne peut rien sur vos sens. 
Hais ce dieu réclame l'empire 
Des trésors qu'il vous a donnés, 
Quoi ! son nom seul vous fait sourire ; 
Ah I Rosine, vous comprenez. 

Comme un arbrisseau dont la sève 
Féconde les boutons naissants, 
Vo'.re jeune sein se soulève 
Aul douces vapeurs du printemps. 
Des oiseaux le tendre délire 

• 

Charme vos regards étonnés, 
Leur tendresse vous fait sourire ; 
Ah 1 Rosine, vous comprenez. 

Le plus innocent badinage 
Effarouche votre pudeur. 
Le moindre mot de mariage 
Couvre votre front de rougeur. 
Sur vos lèvres qu'amour inspire. 
Les secrets que vous devinei 
Se trahissent par un sourire ; 
Ah I Rosine, vous comprenei. 

La nuit à l'heure où le mystère 
Sur U terre aime à s^égarery 



Dans votre chambre solitaire 

Parfois on entend soupirer. 

Le lendemain pourriez-vous dire 

Pourquoi vos beaux yeux sont cernés, 

Ma demande vous fait sourire ; 

Ah 1 Rosine, vous comprenez. 

Cachée au milieu du feuillage 
Je vous ai surprise une fois. 
De deux amoureux du village 
Vous guettiez les galants exploits. 
En vous voyant, qui peut décrire 
L'effroi des amants consternés T 
Leur embarras vous fit sourire ; 
Ah ! Rosine, vous comprenez. 

Votre cœur. Rose, je l'assure. 
Ne respire que sentiment. 
Dans le livre de la nature 
Vous lisez déjà couramment. 
Votre tante, sans trop médire. 
N'y voit pas plus loin que son nez, 
Vous répondez par un sourire ; 
Ah 1 Rosine, vous comprenez 



LE SOUS-LIEUTENANT. 



1S47. 

Un sous-lieutenant, accablé de besogne, 
Laissa sa femme un jour emboîter 1' pas. 
Elle partit seul' pour le bois d' Boulogne. 
En emportant un dragon sous son bras... 
Drinn,drinn,drinn, drinn,drinn,drinn, 
Drinn, drinn, drinn, drinn, drinn,drinn 



: V^i 



D'un' tell' confianc' le dragon était digne: 
Pendant trois jours il fut très empressé, 
Ten a qui dis'nt qu'ils péchaient à U ligna. 
Moi je soutiens qu'ils ont herborisé.... 
Drinn, drinn, drinn, drinn, ele. 

Le sout-lieatanani, le désespoir dans TAme, 
▲a bois d' Bonlogna aeemmil toot iafiiill^ 

50 



tto 



CHANSONS POPULAIRES, 



Mais r malheureux quand y r' trouva sa femme, 
Fut parfaitement convaincu qu'il était... 
Drinn,drinn,(irinn,drinn,drinn,drinn, ) 
Drinn,drinn,drinn,drinn,drinn, drinn. |' **' 

liéofli GoBlan. 



La musique, de J. Nargeot, se trouve chez 
M. Brullé, éditeur, passage des Panoramas, 16. 



A GENOUX DEVANT LA BEAUTÉ. 



1840. 
Air nouveau de PiUUi (Madame Favart). 

femme! c'est loi que je chante, 
Dieu le fil pour noire bonheur ; 
Les accents de la voix touchante 
Pénètrent doucement le cœur. 
Idolâtre de tant de charmes, 
Je t'admire avec volupté ; 
Tout ici-bas te rend les armes : 
A genoux devant la beauté 1 (bis.) 

Qu'importe que l'homme gouverne. 
N'as-tu pas vraiment le pouvoir? 
Puisque l'amour te le décerne, 
Vainement nous croyons l'avoir. 
Des mortels, Platon le plus sage 
Se trouva désorienté 
A l'aspect d'un joli visage. 
A genoux devant la beauté I 

Voici l'arbre de la science ; 
Ne touchez point à son produit. 
Eve, brûlant d'impatience, 
Tend la main et cueille le fruit. 
Saus la femme, ingrats que vous êtes, 
Et sans la curiosité. 
Vous seriez encore plus bètes... 
A genoux devant la beauté I 

Frères, nou« dit la foi clirétienne, 
Vûu la Vierge, tou« les soirs, 



Je sais qu'il D*est rien que n'obtienne 

Du Seigneur Marie aux yeux noirs ; 

Lorsqu'émue, elle vient en aide 

Au pauvre pécheur con triste, 

La colère divine cède. 

A genoux devant la beauté! 

Par les Anglais, que Dieu confonde, 
Quand notre sol fut profané, 
î)e crétins une race immonde 
Régnait... pays infortuné! 
Au cœur des Dunois, des La Hire, 
Le désespoir seul est resté ; 
Mais Jeanne-d'Arc sauve l'empire ! 
A genoux devant la beauté! 

Sur le revers de la médaille 
Je me tais... vous savez pourquoi : 
Il n'est pas de chanson qui vaille 
L'amante que je perdrais, moi ! 
Plus d'un Boileau, par impuissance, 
Fut contre le sexe irrité; 
Nous, dont il fait la jouissance, 
A genoux devant la beauté I 

Emile Tarin. 



La musique, de A. Pilati, se trouve chez L. 
Vieillot, 32, rue Notre-Dame-de-Naxareth. 



CONSEILS A LISETTE. 

1844. 
Air de la Treille de sincérité (Désaugiers). 

Ma Lisette, 
Sois moins coquette, 
A mes vœux livre ton lacet, 
Tu me plairais mieux sans corseL (bi$.) 

Ma tendresse, pour toi, ma belle, 
Doit me mériter de beaux jours ; 
Cède aux vœux d'un amant fidèle. 
Ton corset nuit à nos amours ; (6û.) 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



ftl 



8ou8 le rempart que l*on oppose, 
Sons cet indiscret appareil, 
Tu prives et le lis et la rose 
Et du zéphir et du soleil. 
Ma Lisette, etc. 

Réponds-moi, ma jeune maîtresse, 
Ce corset, pour toi d'un grand prix, 
Pourra-t-il rendre à ta vieillesse 
Ce que tes beaux jours auront pris? {bis,) 
Ne brille pas par imposture, 
On n'a pas deux fois sa fraîcheur; 
Vouloir corriger la nature, 
C'est insulter le créateur. 
Ma Lisette, etc. 

Un auteur, plus aimant que sage, 
A dit : Femmes, sous vos fichus, 
On en voudrait voir davantage, 
Si vous en cachiez un peu plus, (bis,) 
Bfais un corset bien loin, ma chère, 
De dissimuler vos appas. 
En fait supposer au contraire 
Aux coquettes qui n'en ont pas. 
Ma Lisette, etc. 

La fausse prude qui s'affiche. 
Exploite les inventions. 
Pour vendre un embonpoint postiche, 
A l'amateur dlllnsions. (pis.) 

Sachons apprécier les choses, 
Ne nous laissons pas prendre au nom ; 
Les chardons qu'on nommerait roses, 
En seraientrils moins des chardons t 
Ma LlMtle, etc. 

Une méthode ridicule 
Doit-elle enchaîner la beauté? 
Ton sein languit dans sa cellule, 
Lise, ah 1 rends-lui sa liberté, (6tf .) 
Tu hh vu toI à ma tandreiae, 
MoB amour ii*e0t plus couronné; 
Car le corps a moins de souplesse 
Quand il m trouve empriaoBné. 
MâLteUe, 
Sois moi&i eoqiMlley 



A mes vœux livre ton lacet, 

Tu me plairais mieux sans corset, (bis.) 

Alexis DAlèA. 

La mviiqiie, de Dësanglert, te troar* aotéa wê 
K. 1113 de le Clé da Cftreea. 



LA PHILOSOPHIE D*UNE GRISBTTB« 



1843. 

Air : Rien qu*un seul petit mot d'amomr. 
Ou : Au point du jour dont sa ehambrtttê, 

ie suis amoureuse et gentille, 
ProGtons vile des instants, 
Je brûle d'amour, oui Je grille, 
Je veux bien employer mon temps. 
Amis, c'est ma philosophie. 
Narguons le temps cl vivons bien : 
C'est la devise de Sophie, | .^. . 

A quoi peut servir le chagrin, j ^ ' 

Joyeuse enfant de la goguette, 
Momus et Comus sont mes dieux. 
Je me moque de l'étiquette, 
Vive l'amour, les chants joyeux. 
Amis, c'est, etc. 

Fil de ces amours de village, 
Où l'on ûlc le scutiment. 
Il vaut bien mieux être moins sage, 
Et se donner de l'agrément. 
Amis, c'est, etc. 

Quand sonnera l'heure dernière, 
Au moment de filer là-bas, 
Que diacan, armé de son Terre, 
Porte un toast à mon trépas. 
Amis, c'est ma philosophie, 
Narguons le temps et vivons bien ; 
Cest la devise de Sophie, 
A quoi peut senrir le chagrin. 



— » 



en 



CHANSONS POPULAIRES. 



UN PHILOSOPHE. 

Air des Comédiens. 

Fi! des honneurs et des biens éphémères 
Que les mortels poursuivent nuit et jour! 
L'oubli des maux, des chagrins, des misères, 
Est dans la coupe offerte par l'amour 1 

Cache ta vie, a dit un sage austère, 
Et le bonheur volera sur tes pas ; 
Chez toi, Rosine, entrons avec mystère, 
Loin des méchants cache-moi dans tes bras. 
Fi ! des honneurs, etc. 

Rampez! rampez pour gravir le Parnasse, 
Petits rimeurs à l'esprit vagabond; 
Sans m'abaisser et sans prendre d'échasse, 
D'ici je vois, j'atteins le double mont... 
Fi! des honneurs, etc. 

Lourds spectateurs, allez crier miracle! 
En admirant quelque drame nouveau: 
En ce boudoir, devant certain spectacle 
Je m'extasie au lever du rideau... 
Fil des honneurs, etc. 

Qu'au bout du monde un voyageur crédule, 
Sans fruit, sans but, porte ses pas hardis; 
Moi, je préfère aux colonnes d'Hercule 
Ces deux piliers par l'amour arrondis. 
Fi ! des honneurs, etc. 

Qu'il était fou, ce Jason qui promène 
Tant de héros pour un mince trésor! 
Je suis plus sage, et la toison d'ébène 
Vaut à mes yeux cent mille toisons d'or. 
Fi! des honneurs, etc. 



Au sein des fleurs, sectateurs de Linnée, 
De la nature épiez les progrès ; 
Moi, dans la rose à l'Amour destinée, 
J'ai pénétré... de bien plus doux secrets. 
Fi I des honneurs, etc. 



Qu'un, fils de Mars, dans sa bouillante aa< 
Brigue la mort qu'on trouve au champ d*honi 
Suroce châlit la volupté me place : 
J'y veux, Rosine, expirer sur ton cœur. 

Fi! des honneurs et des biens éphémères 
Que les mortels poursuivent nuit et jour! 
L'oubli des maux , des chagrins, des mis 
Est dans la coupe offerte par l'amour. 

liOnU Wemtmmm. 

La musique, de MUler, est notée aa N. 1916 d 
la Clé da Caveaa. 



LES RIGOLEURS A ROMAINVILI 

1845. 
Air des quatre-vingls rameurs (de V. Hugo). 

Holà ! lurons ! holà ! grisettes ! 
11 nous faut, non loin de Paris, 
Sous les étendards de Cypris 
Faire noce des plus complètes. 
Aujourd'hui, campo pour les mœurs; 
Demain, nous chanterons en ville: 
Dans un bouchon de Romainville, I . 
Nous étions vingt-cinq rigoieurs. J ^ 

Force gaîté, mais peu d'espèces, 
Telle était la mise de fonds ; 
Pour ne pas subir des affronts. 
Pendant le cours de nos prouesses. 
Nous exhibons tous nos valeurs ; 
Ce qui nç fut pas difficile. 
Dans un bouchon, etc. 

Amis, dit le caissier d'office, 
Nous avons en masse vingt francs. 
Fameux! dit-on, rompons les rangs, 
Pour en ftiire le sacrifice : 
Buvons donc au dieu des noceurs ; 
Allons, garçons, qu'on soit agile ! 
Dans un bouchon, etc. 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES, 



sst 



En un clin d'œil, gente servante, 
Sert, à noire appétit glouton, 
Œufs frais, gibelotte et piéton, 
D*une manière délirante. 
Or, pour en faire les honneurs, 
Nul de nous ne fut inhabile; 
Dans un bouchon, etc. 

Le piéton à la rigolade 
Pousse ainsj qu'à la volupté ; 
Pour en jouir en liberté, 
Chacun défile la parade» 
Sous des ombrages protecteurs, 
Pour prendre un nouveau domicile. 
Dans un bouchon, etc. 

Là, deux à deux, dans le mystère. 
On s*accouple, on se rend heureux. 
De tous les ébats amoureux 
Je reste témoin oculaire. 
Les baisers, les tendres clameurs 
Vibraient à m*en tourner la bile. 
Dans un bouchon, etc. 

Pauvre recrue, en vingt-cinquième. 
J'étais le seul qui n'avais pas 
De quoi prendre aussi mes ébats; 
Quand la servante, 6 chance extrême 1 
Accourt me venger des rigueurs 
D*un sort pour moi pas trop stérile. 
Dans un bouchon, etc. 

Nous étions heureux, quand Taurore, 
Avec son brillant attirail, 
Apparaît au fort du travail. 
Travail enfin qu il fallut clore. 
Riches de plaisirs, de laveurs, 
En chantant nous rentrons en ville : 
Dans un bouchon de Romain ville, 
Nous étions vingt-cinq rigoleurs. 



LA FILLE INTÉRESSÉE. 



[(Wf.) 



LamosiqiM, d« Oa^by, m trooT* chcs U Ykfflot, 
éditeur, 82, ni« Notr*-I>aflM-d*-N«santbb 



18S5. 



Air : La teuT promenade. 



Non je n'veux pas prendre un mari, \.j^.^ . 
S'il n'a pas quéqu'chose d'vant lui- P 



Peu m'importe qu'il soit volage, 
Ivrogn', joueur, grondeur ou faux, 
Pourvu qu'il m'apporte en ménage 
D' quoi faire oublier ses défauts ; 
J* passe aisément sur 1' caractère ; 
C qu'il possèd' seul peut m' fair' plaibir, 
Je n* tiens qu'à ça, car sur la terre 
Il Caut avoir quéqu' chos* pour jouir. 
Non, je n' veux pas, etc. 

A mes règl's si n' veut pas s* soumettre. 
Gomme un enfant je fil'rai doux : 
J' sais que j' pourrais l' mener en maître, 
Mais les femm's doivent avoir 1' d'ssous. 
S'il est dur, loin que j' l'indispose. 
L'amollir deviendra ma loi : 
Si j' vois qu'en l'air y ait quéqu' chose. 
J' frai la paix, je 1' prendrai sur moi.^ 
Non, je n' veux pas, etc. 

Pierre épousa ma sœur Hortense, 
11 se vantait d'avoir beaucoup, 
La p'tit' comptait sur quéqu'avance. 
Tandis qu'il n'en a pas du tout ; 
Aussi depuis qu'hymen l'encbaine. 
Pour satisfaire à ses besoins, 
Elle est obligé' chaqu' semaine 
D'emprunter quéqu' chose aux voisins. 
Non, Je Q* veux pas, etc. 

Pour ériter ptreill' disgrâce, 
Quand un épouseur me ? iendn. 
S'il a quéqa' choi* &oi qui me Y peste 
Tout eussitôl dedans V cootftt 

51 



114 



CHANSONS POPULAIRES. 



Par de feuss*» promesses abusée, 
Plus d'orr ftir jeûne après V serment ; 
Mais moi qui suis mieux avisée, 
y veux voir ses pièces auparavant. 
Non, je n* veux pas, etc. 

J* n'exige pas trop pour qu'on me plaise. 
Un bon milieu peut m* contenter, 
y veux pas qu'il soit trop à son aise, 
J' n' veux pas non plus par trop l' gêner. 
De son bonheur j' promets d'êtr' cause, 
S'il entre dans mon sentiment. 
Nous finirons par faire quéque' chose, 
En nous donnant un peu d* mouv'ment. 

Non, je n* veux pas prendre un mari, ^ .,. > 
S'il n'a pas quéqu* chose d'vant lui. J 

Garien. 



Musique, de Dezèdc, notée aa N. 192 de U Clé 
du Caveau. 



GAILLARDISE. 

Air : Philis demœule Mon portrtdL 

Je cherche un pelit bois touffu, 

Que vous portez, Aminthe, 
Qui couvre, s'il n'est pas tondu. 

Un gentil labyrinlhe. 
Tous les mois on voit quelques fleurs 

Colorer le rivage ; 
Laissez-moi verser quelques pleurs 

Dans ce joli bocage. 

Allez, monsieur, porter vos pleurs 

Sur un autre rivage ; 
Vous pourriez bien gâter les fleurs 

De mon joli bocage ; 
Car, si vous pleuriez tout de bon. 

Des pleurs comme les vôtres 
Pourraient, dans une autre saison, 

M'en faire verser d'autres. 



Quoi I TOUS craignez réTfacmcnl 

De l'amoureux mystère; 
Vous ne savez donc pas comment 

On agit à Cythère : 
L'amant, modérant sa raison, 

Dans cette aimable guerre, 
Sait bien arroser le gazon 

Sans imbiber la terre. 



Je voudrais bien, mon cher amant^ 

Hasarder pour vous plaire ; 
Mais, dans ce fortuné moment. 

On ne se connaît guère. 
L'amour maîtrisant vos désirs. 

Vous ne seriez plus maître 
De retrancher de nos plaisirs 

Ce qui vous donna l'être. 



La musique, d' Albanèsc, se trouve notée au N. 4A9 
de lu Clé du C aveau. 



LE SPÉCULATEUR DÉSAPPOINTÉ. 

1SS6. 

Air t Quand les bœufs vont deux h deux. 

Ah ! qui s'y serait attendu. 
Mon courage en est abattu, 
Je suis un homme perdu, 
Ma femme a de la vertu I 



La jugeant peu scrupuleuse, 
Je fais choix d'une danseuse 
Qui travaille au bouievart. 
Du sort voyez l'injustice, 
Ma déesse de coulisse 
N'a pas fait un seul écart 1... 
Ah ! qui s'y serait attendu, etc. 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



Je prends ponr la mettre en vue 
Un beau café rar la rue, 
Pour tenter les amateurs ; 
Son air honnête et maussade. 
Bien plus que la limonade. 
Glace les consommateurs. 
Ah I qui s*y serait attendu, etc. 



Dieul quel abus de principe! 
Le riche et jeune Aristippe, 
Désirant un rendez-vous. 
Lui glisse un tendre message; 
Ma femme, ô comble de ragel... 
M'apporte le billet doux. 
Ahl qui s'y serait attendu, etc. 

Un bon ami que J'estime, 
Peignant l'ardeur qui l'anime, 
OITre de riches bijoux ; 
Interrompant son délire, 
L'imbécile ose lui dire : 
« Monsieur, j'aime mon époux... m 
Ah ! qui s'y serait attendu, etc. 

Quelle destinée affreuse! 
Pour ma famille nombreuse, 
Je ne compte avec eifiroi 
Ni protecteur dans l'aisance , 
Ni parrain dans la finance- 
Tous mes enfants sont de moi. 
Ah I qui s'y serait attendu, etc. 

Vive celte ménagère 

Qui sait conduire une affaire 

En bravant de vains propos. 

Un dieu fait pleuvoir la manne 

Sur l'époux qui se pavane. 

Et ferme l'œil à propos. 

Ah! qui s'y serait attendu, etc. 

MOIAUI. 

Cœurs bons et pleins d'innocence 
Qui comptez sur l'assistance 



D'une docile moitié, 
Redoutez comme la peste 
La femme douce et modeste 
Qui vous chérit sans pitié. 

Ah! qui s'y serait attendu, 
Mon courage en est abattu ; 
Je suis un homme perdu,' 
Ma femme a de la vertu. 



Lo«i» Wemiemm, 



lf«tiq««, de Gfétrj.iotée aa N. 186 de laQé do 

CtTeAIL 



ÇA. 

Air t On dit qu*à qtdiue œu. 

Ah! que j'aime ça^ 
Ce mot me plaît à la foUe ; 

II semble déjà 
Que je suis à môme de ça. 

Que mon âme est ravie 
Lorsque je pense à ça. 

Ah ! que j'aime, etc. 

Ça conduit à tout. 
Et môme en tout est nécessaire ; 

Ça plaît à tout goût. 
D'un bout du monde k l'autre bout 

Ça distrait la misère 
Du robuste iiabitant des champs. 

Ça fait au solitaire 
Passer d'heureux instants. 

Ah 1 que j'aime, etc. 

A côté de ça 
Un secret penchant nous entraîne; 

Les mortels pour ça 
Ont toujours été comme ça. 

Ils portent tous la chaîne 
Du dieu qui cause nos soupirs : 

Ça fait un peu de peine, 

Ça donne des plaisirs. 
Ah! que J'aime, etc. 



CHANSONS POPULAIRES. 



Fille de quinze ans 
A pour ça la puce à Toreille ; 

Ça porte à ses sens 
Le trouble des plaisirs naissants : 

Sitôt qu elle sommeille, 
Ça se présente à son esprit ; 

Quand elle se réveille, 

Ça vous la réjouit. 
Ah! que j'aime, etc. 

Quand je suis sur ça, 
Mon plaisir ne peut se comprendre, 

Et, ma foi, sanspa 
Que pourrai-je faire de ça? 

J*aime assez m'y reprendre 

Pour arriver encore à ça^ 

Afin de mieux m'étendre 

Sur ce beau sujet-là. 

Ah! que j'aime ça, 
Ce mol me plaît à la foHe : 
Il me semble déjà 
Que je suis à même de ça. 

Parole» d^un Anonyme. 



La musique, de Grétry, le trouve notée aaN.422 
de la Clé du Caveau. 



LE SAVOIR-FAIRE. 

Air : Sont tambour ni trompette. 

Qu'un autre chante les combats 
Ou le dieu de la treille ; 
Je bois peu, je ne me bats pas 
El je fais à merveille ; 
Mais vous m'ordonnez de chanter, 

Je dois vous satisfaire , 
Mesdames, daignez m'écouler, 
Voici mon savoir-faire. 

Le savoir-faire est un grand point, 
Vous le savez, mesdames; 



Vous aimez, je n*en doute point, 

Les éternelles flammes. 
Vous aimez l'esprit, les vertus ; 

Cependant pour vous plaire 
Il faut quelque chose de plus. 

Il faut le savoir-faire. 

Quand Vénus obtint de Paris 
Le pomme si funeste. 
Minerve disputa le prix 
Par sa grâce modeste, 
Junon la superbe étala 
Sa beauté noble et fière^ 
Vénus fit mieux, elle montra 
Son polit savoir-faire. 

Naïs était, avant l'hymen. 

Timide et languissante. 
J'ai vu Naïs le lendemain, 

Naïs était charmante. 
Maintenant, à vos yeux surpris, 

Elle brille et sait plaire; 
Que manquait-il donc à Naïs? 

Un peu de savoir-faire. 

Le savoir-faire est de T Amour 

La chaîne la plus sûre, 
Les Grâces lui doivent le jour 

Et Vénus sa ceinture. 
Quand l'Amour descendit des cieux 

Il vint nu sur la terre, 
Pourquoi cela? pour montrer mieux 

Son petit savoir-faire. 

Le savoir-faire est du bonheur 

Une route connue. 
C'est par cet art que dans un cœur 

Sans peine on s'insinue. 
Savoir par le juste milieu " 

Entamer une affaire, 
Se presser ni trop ni trop peu, 

C'est là le savoir-faire. 

Justin GensonV. 




L'HOMME ETONNANT. 

A»: £( lig cl Mw IRIcfavd-CouiMle-LioD). 

Avec une plainte «mère 
Vous me reprochei, ma mère. 
D'aimer trop le gros Lucas; 
Vous me dites en colère: 
Mais qu'a-l-il donc pour te plaint 
Je vous le dirai tout bas; 
Il a toujours le nei au vent. 
Le milieu du corps en avant. 
Et dans quelqu' endroit au'il soil, 
Il est toujours ferme et droit. 

Pour les grâces, la structure. 
Je sais que de la nature 
Il n'obtint aucun bienfait : 
11 a l'œil tant soil peu louche, 
Le nez plat et. grande bouche. 
Hais s'il n'est ni beau ni bien fait, 
Il a toujours, etc. 

Abl si le plaisir qu'il guette 
Le retrouve à la guinguette ; 
Au sermon s'il n'est jamais. 
Bien loin que je l'autorise, 
Ma mère, lorsqu'il se grise. 
Je voudrais te gronder, mais 
Il a toujours, etc. 

Hier, apr^s la révérence. 
Je rougiii d'cnirer en danse, 
Tant sa vigueur paraissait. 
L'ii bouton de sa culolle 
Jusques au pied de Charlotte 
Sauta liiDt il se dressait. 
Il a toujours, etc. 

Lorsque le Dieu de Cjlhère 
Sanï prOlrcs et sans notaire 
Vous cul unie H papa, 
Vous ditea & ma graud'lante, 



Vieille femme tourmentanla. 
Qui pour lui tant lous frappa i 

Il atoujoort, etc. 
Ma cbère enfant, l'hjménée. 
Toujours BU bout de l'aonéo, 
An tombeau met les amoure; 
De ton amant si bon drille, 
Tu ne diras plus, m« fille, 
Quand l'an finira sod cours: 

Il a toujours, etc. 

HOHàLE. 

Vous, pucelles de coulisses, 
Fillettes encore novices. 
Qu'on ne peut voir qu'à demi ; 
Et voua, fenunes MÏdenlaires, 
Qu'hjmea rend célibataires, 
Diles-nous d'un bon ami : 
11 & toujours le nez au vent. 
Le milieu du corps en avant, 
Et dans quelqu' endroit qu'il soil, 
Il esl toujours ferme et droit. 



L'AMOUR, LA NUIT ET LE JOUR. 

Hendei-vous & mes vœux, 
Relie et tendre bergère; 
Le temps est précieui, 
ProSlez-en pour faire 
L'amour, l'amour, l'amour, 
El la nuit et le Jour. 

Ea vain par mille appas 
Vous chcrcherici à plaire. 
Si vous ne vouliez pas 
Kn profiter pour faire 



838 



CHANSONS POPULAIRES. 



Vous êtes faite exprès 
Pour l'amoureuse guerre, 
Et, jusqu'au moindre trait, 
Tout parle en vous de faire 
L'amour, etc. 

Fuyez les froids discours 
D'une Tieillesse austère, 
Les vieux, dans leurs beaux jours, 
Ne s'occupaient qu'à faire 
L'amour, etc. 

Le bel âge s'enfuit, 
La tendresse s'altère, 
La beauté se détruit, 
Ct l'on ne peut plus faire 
L'amour, etc. 



Les plus charmants appas 
N'ont que l'éclat du verre. 
Un rien les met à bas, 
Souvent faute de faire 
L'amour, etc. 



Songeons à prévenir 
Une perte si clière ; 
N'ayons d'au Ire désir, 
D'autre soin que de faire 
L amour, etc. 

Quand l'hiver sur nos jours 
Viendra semer la neige. 
Désirons pour retour 
Et pour dernier cortège, 
Toujours, toujours, toujours, 
Bacchus et les Amours. 

PAroles d*aii Anonyme. 



La musique se trouve notée au N» 1049 de la Clé 
du Caveau. 



NE MONTEZ PAS CHEZ ELLES. 

Air de la Catacoua. 

Je courtisais une maîtresse 
Que je croyais un vrai trésor; 
On l'eût pris pour une princesse ! • 
Tout ce qui brille n'est pas or. 
De son élégante parure 
Je fus ébloui, sur ma foi, 
Et si, je croi. 
Dans son chez soi, 
Un certain soir, je ne sais pas pourquoL 
Je n'eusse été, je vous le jure. 
Je vivrais encor sous sa loi. 

J'entre... jugez de la surprise 
De mon adorable Vénus ; 
Elle blanchissait sa chemise. 
Ses charmes étaient presque nus. 
Un schall, en forme de ceinture, 
Couvrait ses plus secrets attraits. 

Et puis après, 

Mais sans apprêts 
De son lichu son mouchoir fait les frais. 
Et voile aux yeux de la nature 
Des appas jadis ronds et frais. 

Je vois, mêlés parmi l'ordure, 
Son chapeau, ses gants et ses bas» 
Sur un vieux coffre sa chaussure. 
Puis un tour en cheveux plus bas. 
Faut il vous faire la peinture 
Du plus gothique des grabats? 

Un matelas 

Mais des plus plats, 
Que recouvraieiU de pitoyables draps, 
Pour courlepointe et couverture 
Est une robe à falbalas. 

Saint François et le vieux Silène 
Sont collés près d'un seau plein d'eaa 
Minerve et sainte Madeleine, 
Derrière un balai de bouleau. 
Je vois un Christ... une bouteille 
D'eau merveilleuse pour le teint, 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



339 



DeTail, do thym, 

Un schall rcteinl, 
Pour ses oiseaux du biscuit, du plan lin, 
Des fruits, des billets de la veille, 
Des fleurs, un juppn de satin. 



Resté stupéfait dans la chambre, 
J'odore des goûts différents : 
L'alcali se mêlait à Tambre, 
A des parfums moins odorants. 
Je vois le rouire de la belle 
Parmi la pommade mêlé. 

Un chat pelé. 

Un pot fôlé, 
Des suppléants, un vieux soufflet brûlé, 
Et la moitié d'une chandelle 
Dans un carafon étoile. 



Bref, de la belle je m'approche 
Pour rendre hommage à ses appas , 
Mais à son baquet je m'accroche. 
Je glisse... elle fait un faux pas ; 
Puis Lise, moi, le savonnage. 
Tout en l'air, tout est renversé 
Le nez cassé. 
Un bras froissé, 
Plein de savon et le ventre glacé ; 
EnGn je me sauve à la nage. 
Jurant d'être moins empressé. 

•ewAllly. 

Air ancien, noté au N. 674 d« la Clé du Caveau 



LA CULOTTE ET LE COTILLON. 

Air : AllêM premdwê Uê êomx é^Bngkim, 

Du sujet que le sort me donne 
Tu sauras fain: un bon emploi, 
Lisette, je te l'abandonne, 
Pourvu que je Tuse avec toL 



De ton savoir, musc falotte, 
Montre-nous un échanlil'on ; 
Biais, pour bien faire, à la culotte 
Il faut joindre le cotillon. 

D'humeur chaque mortel diffère, 
Pierre est franc. Biaise est fla-orneur, 
L'or, qu à tout Guillaume préfère, 
Sourit moins à Paul que l'honneur. 
Il faut un boudoir <\ Charlotte, 
Un ht sufût à Frétillon : 
Florence tient pour la culotte, 
Et Paris pour le cotillon. 

Ce traitant, qui se croit habile. 
Dans ses plans se voit décevoir. 
Ce n'est qu'un manne luin mobile 
Qu*un bras féminin fait mouvoir. 
Entre deux factions il flotte, 
Et l'on dit au nez du brouillon 
L'agent ser\ile est la culotte, 
Le moteur est le cotillon. 

En dépit de la loi salique. 
Par l'histoire il est démontré 
Que, sur le trûne, en politique 
Le beau sexe s'est illustré. 
Au cagotisme qui complote 
Elisabeth met un bâillon, 
Et Ce trait seul sur la culotte 
Donne le pas au cotillon. 

Voltaire est l'orgueil du Parnasse, 
Henri le modèle des rois; 
Pascal sut démasquer I^^nace, 
Montesquieu recouvrer nos droits ; 
Fléchier honora la calotte, 
Et Jean Bart notre pavillon ; 
Torenne illustra la culotte, 
El JeaDM-d*Ârc le cotillon* 



La matlque, de Bomognéti, m troovt chti 1» 
• VidUot, éditeur, 31, ru Noti«-I>a]B»-4»>K«santbb 



340 



CHANSONS POPULAIRES. 



LA MÈRE PICARD 



Air duMéléagre champenois. 

Vous l'exigez... Hé bien I pour vous plaire 
le vais rimer quelques couplets sans art. 

Chantons, amis, ce refrain vulgaire : 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 

Mère Ticard, dit-on, dans son jeune âge 
Fut la Vénus, la perle du quartier : 
Joli minois, appétissant corsage, 
Dieu! quel trésor pour un cabaretierl 

Les lis, les jeux volaient sur ses traces, 
Et constamment suivaient son étendard; 

Mais plus de jeux, de ris, ni de grâces : 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 



ûlère Picard, autrefois si gentille. 
Se voit enfin remplacée à son tour : 
Pommes d'amour, chez Hortense, sa fille, 
Sous le fichu s'agitent chaque jour. 

Mais observez, quelle difl'érencel 
Ces jolis fruits qui charment le regard. 

Ils sont debout chez la jeune Hortense, 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 



Mère Picard a, dit* on, dans sa cave 

Force tonneaux d'un vin délicieux; 

A son fumet, à son parfum suave, 

De toutes parts viennent gourmets fameux; 

Mais, vers le soir, quand à la buvette, 
Clopin, dopant, on arrive trop tard, 

C'est en pleurant que chacun répèle : 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 

Mère Picard avait chez son grand-père, 
Etant enfant, vu souper Crébillon, 
Bernard, Gresset, et Delille, et Saint-Pierre, 
Et Saint-Lambert, et Voltaire, et Piron. 

Leurs successeurs réclament leurs titres ; 
Maint connaisseur en sourit à l'écart ; 

Un autre dit, en cassant les vitres : 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 



Mère Picard hébergea maint artiste , 
Son cabaret fut, dit-on, leur berceau : 
Acteurs fameux dont on garde la liste 
S'y rassemblaient sous le riant berceau. 

Mais aujourd'hui, pauvre Melpomène, 
Cherchant en vain et' Le Kain et Brizard, 

Tu dis tout bas, en montrant la scèae • 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 

Mère Picard voyait dans son asile 
Se réunir et sagesse et gaîté ; 
Et le malin, le piquant vaudeville 
N'excluait pas simplesse et loyauté. 

A la grandeur succède l'adresse. 
Le naturel est remplacé par l'art ; 

On cherche en vain loyauté, simplesse 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 

Mère Picard, par tes pichets j'en jureî 
Dans cet asile à Bacchus consacré, 
Chacun de nous, par une gaîté pure. 
Entretiendra toujours le feu sacré ; 

Jusqu'à la mort suivons la nature ! 
Que ce ne soit qu'après notre départ 

Qu'on dise enfin des fils d'Épicure : 
Ils sont couchés chez la mère Picard. 

▼alcour. 



i «»o o c>œ>g iii 



LA CHAMBRE A LISON 

1831. 
Air : Pas de bruit, Lubin, maman dort. 

Je vous dirai que ma chambrette 
Est près de celle de Lison, 
Très souvent j'y vois la fillette 
Par une fente à la cloison : 
Sans doute je pourrais médire, 
Mais je sais garder un secret. 
Ce que j'y vois je puis le dire ; 
Mais par bonheur je suis discret. 

Un matin j'admirais ses charmes 
Seule je la vis réfléchir; 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISl^S. 



841 



Ses yeux étaient mouillés de larmes, 
C'étaient les larmes du désir; 
Car du dieu malin qui l'inspire, 
Ne pouvant repousser le trait, 
Ce qu'elle fit je puis le dire , 
Mais par bonheur je suis discret 

Une autre fois à la sourdine, 
De son lit fixant le chevet. 
Je la vis près de sa cousine 
Qui folâtrait sur le duvet : 
Leurs yeux exprimaient le délire... 
Pour moi quel tableau, quel attrait ! 
Ce que je vis je puis le dire ; 
Biais par bonheur je suis discret. 

Mon œil, pour rendre sa visite, 
La regardait un certain soir; 
Je vis entrer et vite et vile 
Un jeune homme dans son boudoir ; 
Dans un meuble où l'amour attire 
11 se glissa comme un furet ; 
Ce que je vis je puis le dire ; 
Mais par bonheur je suis discret. 

Comme il faut que tout se termine, 
Un jour j'entends parler d'hymen ; 
C'en est fait, ma belle voisine 
Demain abandonne sa main. 
Du mariage où fille aspire 
J'ai vu le frauduleux apprêt : 
Ce que j'en sais je puis le dire ; 
Mais par bonheur je suis discret. 

Bientôt d'une flamme éternelle 
Son époux réclame le prix ; 
La pudeur éteint la chandelle ; 
Mais aussitôt j'entends des cris : 
Alors je me mis à sourire, 
Éclater serait indiscret : 
Ce que je sais je puis le dire ; 
Mais par bonheur je suis discret. 



LA PAIX DU MÉNAGE. 



Air Cut wk 0»fnU. 

Nous connaissons en mariage 
Un moyen sûr pour être heureux, 
C'est que l'épouse soit volage 
Et que l'époux ferme les yeux ; 

S'il est dans la jille 

Quelqu'époux tranquille. 
C'est toujours, j'en suis convaincu. 
C'est un cocu, c'est un cocu. 

Lorsqu'une femme est infidèle 
Elle est douce comme un mouton; 
Si par hasard elle est cruelle, 
Au logis c'est un vrai démon ^ 

D'une femme sage 

Un diable est l'image : 
Mieux vaudrait, j'en suis convaincu. 
Etre cocu, être cocu. 

Quel est le mortel sur la terre 
Accablé de biens et d'honneurs, 
A qui tout le monde veut plaire, 
Et que l'on comble de faveurs? 

Celui qu'au passage 

Partout on engage ? 
C'est toujours, j'en suis convaincu. 
C'est un cocu, c'est un cocu. 

Ce mal dont un jaloux enrage, 
Est un bien du ciel descendu; 
11 apporte dans le ménage 
La paix qui vaut bien la vertu. 

C'est le cocuage, 

C^est le choix du sage. 
Et, pour en être convaincu, 
Soyons cocu, soyons cocu. 

Paroles *•!■■ • ■ — yi»* 

L« masiqoe, d« J.-J. Boiumao, le UovrtBolét 
an N. 867 d« U Clé do CvfMa. 



842 



CHANSONS POPULAIRES. 



JAVOTTE. 

kiKdu vaudeville du Juif, 

Je vis près du Palais-Royal, 
Un minois à l'air jovial, 
Qui sur sa porte las d'allendre 
Chantait d'un air tendre : 
Puisque l'on peut vendre 
Plaisir et volupté 
En toute liberté, 
Allons, trotte. 
Trotte, Javotte, 
Et toujours 
Rêve à tes amours. 

Sachez que j'ai pour protecteurs 
Ces messieurs du bureau des mœurs ; 
Car les suppôts de la police, 
A mon préjudice, 
Goûtent maint délice; 
Voilà tout l'examen. 
Et puis le lendemain : 
Allons, trotte, etc. 

Je rends hommage à tout venant. 
Bourgeois, gentilhomme ou manant ; 
"Venez, soldats, séminaristes. 
Fous ou moralistes, 
Libéraux, carlistes. 
Dans ma position 
Je n'ai pas d'opinion. 
Allons, trotte, etc. 

Quand reviendra le temps chéri, 
Des Pompadour, des Dubarri ? 
En cesjours d'aimables folies, 
Lubriques saillies 
Et mines jolies 
Mettaient en désarroi 
La sagesse du roi. 
Allons, trotte, etc. 

On s'étonne que mes attraits, 
Soient toujours séduisants et frais, 
Sachez que l'amour qui spécule, 
Finement calcule, 



Et fait qu'un hercule. 
Peut, malgré sa valeur. 
Me crier au voleur. 
Allons, trotte, etc. 

Cependant, bien sincèrement. 
J'aime mon scélérat d'amant; 
Pourquoi faut-il que ma tendresse 
Cause ma détresse. 
Car j'ai, par faiblesse, 
Vendu pour ce garçon 
Jusqu'à mon polisson. 
Allons, trotte, etc. 

De cette chansonnette, enÛD, 
Je croyais entendre la fin, 
Quand soudain avec nonchalance. 
Et dans le silence, 
Un abbé s'avance 
Et suit notre trésor 
Qui marmottait encor : 
Allons, trotte. 
Trotte, Javotte, 

Et toujours 
Rêve à tes amours. 

Cliaaa. 

La musique se trouve chez L. Vieillot, éditeur^ 

rue Notre-Dame-de-Naxareth. 



LE COQUILLAGE DIFFICILE A TROU^ 

A.IR d'une galopade. 

Pour mon mariage, 
En vain je cherche un 
Certain coquillage 
Qui n'est pas commun. 
Souvent en cachette 
Dans mon embarras, 
De mainte fillette 
Je me dis tout bas : 
Fuyons les lacs, 
Elle ne Ta pas. 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



>U 



Le 9ort, pour me plaire, 
MolTrit par hasard 
Une cantinière 
Du premier bouzard. 
L'on dit qu'eo Espagne» 
Avec nos soldats, 
Elle fit campagne. 
Je me dis, etc. 



Quelqu'un me propose 
Du Palais-Royal 
La gentille Rose 
Alair jovial; 
Séduisante artiste 
Aux goûts délicats, 
C'est une modiste. 
Je me dis, etc. 

J*eus pour une prude 
Le cœur inspiré, 
La belle Gertrude, 
Nièce d'un curé ; 
Biais la pécheresse 
Va souvent, hélas I 
La nuit à confesse. 
Je me dis, etc. 



Bonne travailleuse. 
Aux grands sentiments, 
Lise est blanchisseuse 
Pour les étudiants : 
Bravant les sornettes, 
Porte linge et bas 
Jusqu'en leurs chambrettes. 
Je me dis, etc. 



Certaine rosière 
Me donnant dans l'œil. 
Elle était bergère 
Auprès d'Argenteuil. 
Son seigneur d'avance 
Vantait ses appas 
Et son innocence. 
Je me dis, etc. 



Une couturière 
Reçoit mon amour ; 
Elle a pour salaire 
Trente sous par jour. 
Cette chère amie 
Porte falbalas ; 
Quelle économie 1 
Je me dis, etc. 

La gentille Claire 
Me dit son cœur neuf; 
Elle est chambrière 
Chez un monsieur veofL 
Qui paîra l'office, 
Noces et repas 
Pour son bon service? 
Je me dis, etc. 

L'on dira sans peine 
Que je suis bavard; 
Du bon la Fontaine 
Je fais le renard, 
Qui sous une treille 
Voit le chasselas, 
Et baisse l'oreille 
Et se dit tout bas : 
Je n'en veux pas. 
Voyant les lacs, 
Elle ne Ta pas. 



LUCAS. 

Air : Gai, cm, etew 

Gai, gai, chantons Lucas» 

De qui l'allure 
Et la riche encolure 
Pourrait, dans tous les cas, 

Remplir d'amour 
Les dames de la cour. 

Amant qui compose 
Des vers à l'eau roee, 



144 



CHANSONS POPULAIRES. 



Commis, freluciuets, 
Malgré vos caquets. 
Devant ce bon drille 
Près de jeune Glle 
Au teint vermillon, 
Baissez pavillon. 
Gai, gai, etc. 

Vigueur et souplesse, 
Barbe noire épaisse. 
Œil étincelant, 
Doigt vif et galant, 
Nez de bon augure, 
Et bonne figure, 
Vigoureux jarret. 
Voilà son portrait. 
Gai, gai, etc. 

Près de jeune veuve, 
Près de fille neuve, 
Que TAmour trompa 
Malgré son papa; 
Si ce dieu l'attire, 
Lucas se relire. 
En homme prudent, 
De peur d'accident. 
Gai, gai, etc. 

Comme à la musique, 
Parfois il s'applique, 
Aux belles il plaît 
Par son flageolet; 
La plus impassible 
Dit qu'elle est sensible 
A l'accord charmant 
De son instrument. 
Gai, gai, etc. 

La moins amoureuse, 
La plus scrupuleuse. 
Ose se flatter 
Un jour d'en tâler. 
Je vis à la danse 
Lisette, Constance 
Un jour se fâcher 
Et se l'arracher. 
Gai, gai, etc. 



Une chansonnette 
Franche, guillerette, 
A notre vanrien 
Coûte presque rien. 
L'esprit sans coltore. 
Partout sans rature, 
Ses douze couplets 
Sont toujours complet!. 
Gai, gai, etc. 

Enfin, le vicaire 
N'a plus rien à faire ; 
Nos prêtres, hélas! 
Se croisent les bras , 
Nos jeunes dévotes. 
Nos vieilles bigotes 
Même ont préféré 
Lucas au curé. 
Gai, gai, etc. 

L'orgueil rend peu sage, 
Et de son village 
Ne quitla-t-il pas 
Les jeunes appas ? 
Mais avec leurs flammes, 
Les filles, les femmes 
De nos intendants 
L'ont mis sur les dents. 
Ha ! ha I pauvre Lucas, 

Par ton allure 
Et ta riche encolure. 
Tu ne peux plus, hélas I 

Remplir d'amour 
Les dames de la cour. 



F. DaapbUii 



LA SAGE-FEMME. 

Air : France, reine des reines (FestcauU 
Ou : Ermite, bon ermite» 

Noble dame et grisetle, 
Adressez- vous ici. 
Venez à ma sonoette, 




Vous dont l'œil GiamiDe 
A ma poric un tableau, 
A la cnaste Lucine 
Offrant uq Truit noaTeau, 
Si pareil fruit loulëve 
Votre sein açild. 



Koble dame, etc. 

Toute voji qui m'appelle 
A droit à mes secours ; 
Je sers du mtïme zfle 
L'h;men et lea amours. 
Des portes de la vie 
Gardienne par le fait. 
J'ouvre quand Op me crie : 
Le cordon, s'il tous plaît. 
Noble dame, etc. 

Pour des pensiconaires 
J'ai Tait construire expiée 
Des réduits soUtatret, 
Dont moi seule ai l'accii*. 
Plus d'une en est sortie 
Pour le nœud nuptial, 
La tel e re fleurie 
Du bouquet virginal, 
Noble dame, etc. 

Portaul certain basage, 
Agnès dit aux mtkbanis : 
Je vais, pour un vovage, 
Respirer l'air des c&ampi. 
Mail Agnès, bientôt laite 
D'un ueei court Ir^et, 
Chei moi se débarrasse 
De son petit paquet. 
Noble dame, etc. 

l'ne marquise intégre 
Hit un mutdtreaajoDr, 
Au regard de son nègre ' 
Hoi J'impDie le tonr. 



Bien ne !e dOsospSre, 
L'rpoui prend son parll. 
Et reçoit comme un père 
Cet enTant d'Haïti. 
Noble dauic, etc. 

De fournir la nourrice 
Je roefais une loi, 
A r^ulise, le suisse 
Tient l'en faut avec moi, 
Le vicaire et le maire 
lie nomment galamment 
La première commère 
De l'arroudifsenienU 

Noble dame cl grisette, 
AdresECi-vous ici ; 
Venez d ma sonnette, 
Llle est diïtrète 
El ma bouche aussi. 



C'EST TOUJOURS ÇA. 

AiK> Faute d'un mcini. 

Maintenant que je suis vieillie, 
Les grâces ont quitté mes pas; 
Pourtant je fus fraîche et jolie, 
Chacun admirait mes appas, 
Et je marmottais, bouclie close, 
Lorsqu'i sciie ans l'on m'embrassa : 
L'on ne peut me faire autre chose ; 
C'est toujours ga. 

La noce de la jeune Lise 
Se prolongea loin dans la noil; 
Je fus avec sa s(£ur Denise 
Coucher dans le même rédait : 
Denbe, loin d-ctn une prude. 



846 



CHAM80NS POPULAIRES. 



Aox jem d*ainour me devança, 
Et m'en fit goûter le prélnde : 
(Test toujours ça. 

A quatorze ans, soqb la eoadrette 
Pierre me surprit en secret : 
Saas égard pour ma eoUerelte, 
D mit la main dans mon corset, 
Je m'écriai : Dieu 1 quel dommagel 
Lorsque le sot la déplaça. 
S'il ne m'en lit pas davantage, 
C'est toujours ça. 

Plus vif et beaucoup moins timide, 
Un jour le vigoureux Lucas, 
D'une main adroite, intrépide. 
Me saisit dans le même cas : 
Je bégayai, quand, pour me plaire, 
Six fois de suite il m'embrassa; 
En amour si l'on peut mieux faire. 
C'est toujours ça. 

Un huissier, deux clercs de notaire. 
Six jeunes commis de l'octroi, 
Huit gendarmes, un mousquetaire, 
Tour-à-tour ont reçu ma foi ; 
Je ne fus jamais inhumaine, 
Riant de ce qu'on eu pensa. 
Je fredonnai chaque douzaine : 
C'est toujours ça. 

Comme enfin il faut que tout cesse. 
Et que j'ai soixante-dix ans. 
J'ai mis un terme à la tendresse, 
Malgré mes désirs renaissants. 
D'amour, qui me fuit d'une lieue. 
Dans mon cœur le trait s'émoussa ; 
Mais Raton y passe la queue : 
C'est toujours ça. 

F. Davpkte* 



■* ^ Q^ 



LA FILLE COMPLAISANTE. 

Air : Entendêi-toutnœoremMi. 

Marguerite est assarémeni 
Coquette, légère, incoastante , 



Mais je lui pardonne aisément. 
Elle est si complaisante, (bis») 

Qoi n'a connu Tamonr 
Doit le connaître on jour, 

Si du mérite 

De Marguerite 

Un trait joyeux 
Tient à frapper mes yenz. 
Marguerite, etc. 

lillle orne un favori 
Souvent comme un mari. 

Mais change -l-elle, 

Au moins la belle, 

A son amant, 
Permet d'en faire autant. 
Marguerite, etc. 

Mes amis, en buvant. 
Tremblent assez souvent; 

Ma tendre amante, 

Bonne, obligeante. 

Verse pour eux 
Le Champagne mousseux* 
Marguerite, etc. 

Quand Bacchus sans effort 
Sur son beau sein m'endort. 

Bonne et jolie, 

Son cœur oublie 

Travaux d*amour 
Pour les doubler au jour. 
Marguerite, etc. 

Si l'amour maladroit 

Me blesse en qaelqu*endroitp 

Elle a l'étoffe 

D'un philosophe. 

Et vient m'offrir 
Le moyen d'en guérir. 
Marguerite, etc. 

Quand chez moi Cupidon 
A soufflé son brandon, 

De Marguerite 

La main Fagite, 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



8<7 



Et sans dédain 
Le rallume soudain. 
Marguerite, etc. 

Je lui montre Tamour 

Qu*il se présente 
Chez mon amante, 
Ferme et debout. 
Il est admis partout. 

Marguerite est assurément 
Coquette, légère, inconstante, 
Mais je lui pardonne aisément, 
Elle est si complaisante. 



NE M EN FILEZ PAS. 

▲i» : FmU iT la tftrtm, poê trop u'tm/amL 

Laissez donc mon lin, cher Lucas, L. . . 
De grâce, ne m'en filez pas. \\ ^ -) 

Par ces mots, Faimable Nicette, 
Aussi simple que sa houlette, 
Croyait arrêter le malin, 
Qui voulait filer à son lin. 
Ah ! mon Dieu, que dira ma mère ? 
Elle est si sévère. 
Laissez donc, etc. 

Ne touchez point à ma quenouille , 
Voyez, déjà mon lin B*eml)roaille; 
jlon cher Lucas, tous voyez bien 
Que vous n'aboutissez à rien. 
Ahl mon Dieu que dira ma mère t 

Elle est ti téTère. 
Finissez donc, mon eher Lucas, 
De grâce ne m'en filez pas. 

— Prends ce fuseau, ma' tendre amie. 
» Il est si gros, queDe ibUel 



A peine tient-il dans mes doigts; 
Mon lin va se rompre vingt fols. 
Ahl mon Dieu, que dira ma mère? 

Elle est si sévère. 
Finissez donc, mon cher Lucas, 
De grâce ne m'en filez pas. 

Pour montrer son intelligence, 
Lucas, malgré sa remontrance. 
Fait de son fuseau dans Tiostaot 
Ce que Nicette craignait tant. 
Le cœur gros, la jeune bergère. 

D'un ton moins sévère, 
Disait : Finissez, cher Lucas, 
De grâce ne m'en fiiez pas. 

Le gros Lucas, avec courage. 
Vite se remet à l'ouvrage. 
Nicette, voyant le vaurien 
Pour filer s'y prendre assez himk. 
Lui disait, fermant la paupière: 

Si je te suis chère. 
Fi, fi, finis donc, cher Lucas, 
Ne grâce ne m'en file pas. 

Depuis cet heureux jour, Nicette, 
Au bois avec Lucas, seulette, 
S'en va conduite par Famour, 
Filer deux ou trois fois par jour; 
Et, malgré l'humeur de sa mère, 

La jeune bergère 
Ne dit qu'en riant à Lucas : 
De grâce, ne m'en file pas. 



LES REINES DE MABILLE 

00 LA FONTAINE GLAAA. 



1844. 



Aitidêta VàUê éuFarfadiU, 



Pomaré, Maria, 
Mogador et ClMt, 



848 



CHANSONS POPULAIRES. 






A mes yeux enchantés 
Apparaissez, belles divinilés. 
Le samedi, dans le jardin Mabille, 
Vous vous livrez à vos joyeux ébats, 
C'est là qu'on trouve une gaîté tranquille 
Et des vertus qui ne se donnent pas. 

Le certère crépu 

M'a déjà reconnu, 

Et Forchestre... bravo ! 
Est dirigé par monsieur Pilaudo. 
Voyez là-bas le sémillant Mercure, 
Et ses fuseaux qui tricotent gratis. 
Représentant le Dieu qui nous récure 
Et la maison Giraudeau père et fils. 

Dans un quadrille à part, 

Voici le grand Chicard, 

Avec grâce étalant 
Un pantalon qui, dimanche, était blanc. 
Ton noble front, ô grand roi de l'époque. 
Porte le sceau de l'immortalité, 
Mais avec toi, ton ignoble défroque 
Veut-elle aller à la postérité? 

Dans ton rapide essor. 

Je te suis, Mogador, 

Partage mon destin, 
Fille des cieux... et du quartier lalin... 
En le faisant si belle d'élégance, 
Ton père eût dû songer en même temps 
A te doter d'un contrat d'assurance, 
Contre la grêle... et d'autres accidents. 

Maria, passe Feau, 

Laisse là tr.'n Prado ; 

Prodiges superflus I 
L'éludiant, hélas I ne donne plusl 
Que j'aime, autour de ta prunelle noire, 
Ce cercle bleu, tracé par le bonheur. 
Liste d azur qui garde la mémoire 
Des amoureux efl"acés de ton cœur. 

grande Pomaré, 
A ton nom révéré. 
Ton peuple traosporté 



S'est incliné devant ta majesté l 
Ah ! cambre-toi, ma superbe suHane, 
Et sous les plis que tu sais ramener. 
Fais ressortir ce vigoureux organe 
Que la pudeur me défend de nommer. 

De ton humble sujet, , 

Accepte ce bouquet, 

Plus frais que tes appas. 
Et parfumé... comme tu ne l'es pas. 
Je t'aime mieux, lorsque modeste etbonn 
Rosita, tu faisais cent heureux. 
Ta lêle alors n'avait pas de couronne, 
Mais elle avait encore des cheveux. 

charmante Clara, 

Professeur de polka, 

J'aime mieux les ébats 
Et les leçons que tu n'affiches pas. 
Depuis six ans, comment, sur cette foule 
As-tu gardé ton prestige enchanteur? 
— C'est que toujours la fontaine qui cou 
De tes attraits entretient la fraîcheur I 



Coule, coule toujours, 

Fontaine des amours : 

Qui sait si quelque jour 
Je n'irai pas y puiser à mon tour ? 
Oui, tu vivras autant que la Chaumière, 
Oui, sur l'airain ton nom se gravera; 
On a bien fait la fontaine Molière, 
Je te promets la fontaine Clara I 



En voyant ces beaux yeux, 

Ce sourire amoureux. 

Et celte taille-là. 
Qui ne dirait : a La reine, la voilà. » 
Ah! que ne puis-je, en une folle orgie. 
Réunissant vos quatre déités. 
Vous décerner, comme à l'académie, 
Des prix Monthyon de toutes qualités. 

Pomaré, Maria, 
Mogador et Clara, 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



349 



Quel superbe festiu 
Je paierai quaud... il n'en coûtera rien. 
Pardon, pardon, Louise, ô balocheuse, 
Je t'oubliais, toi, tes trente printemps, 
Ton nez hardi, ta bouche aventureuse. 
Et tes amis plus nombreux que tes dents. 

Pince avec agrément 

Ce sublime cancan, 

Dont réian infernal 
Fait frissonner jusqu'au municipal I 
Va, ne crains rien de l'austère police. 
Sache braver la morale en pompon *, 
L'étudiant est là, jeune milice, 
Qui craint Clichy, plus que le violon. 

Sans reproche et sans peur, 

Viens embrasser l'auteur, 

Et puissent mes couplets 
Longtemps survivre à tes défunts attraits. 



Cette chanson est extraite du recueil déchantons 
de Gustave Nadaud;charmant volume in-I8, deuxiè- 
me édition. Prix : 2 fr. En rente à la librairie spé- 
ciale de chant de L. Vieillot, éditeur, 32, rue Notre- 
Damc-de-Nazareth. 

La musique, d'A. PilaU, se trouve ches L. Vieil- 
lot, éditeur, 32, rue Notre-Dame-de-Nazareth. 



LES BAISERS. 

Al R du Baiser au parleur. 

Hier, je pinçais de la guitare. 
Mon cousin admirait ma main , 
Pour la baiser il s'en empare, 
Moi, je la retire soudain. 
En fille sage et bien apprise, 
J'ai toujours cet avis présent: 
Qu'il faut, de peur d'une surprise, 
Savoir se retirer avant. 

Mon cousin fit un peu la moue. 
Puis, en se levant brusquement 



Il m*appliqua sur chaque joue 
Deux baisers un peu lestement. 
Je fis semblant d'être sévère. 
Et, sachant à propos rougir» 
Je lui montrai de la colère, 
Afin de cacher mon plaisir. 

On eût dit, à mon air farouche. 
Que rien ne pouvait m'apaiser, 
Lorsqu'Ârmand me ferme la bouche 
En la couvrant d'un long baiser. 
C'est bien à tort que l'on répète 
Que notre sexe aime à jaser ; 
Je resterais cent ans muette 
Au prix d'un semblable baiser. 

En jouant, mon fichu s'envole, 

Et mon cousin, fort peu décent, 

Reste tout debout et se colle 

Sur deux jumeaux qui n'ont qu'un ao. 

De mon corps une douce flamme 

Embrasa le plus petit coin ; 

Je n'aurais pas cru, sur mon âme, 

Qu'un baiser pût aller si loin. 

Le soir, vêtue à la légère, 

Et quoiqu'il fit un peu de vent, 

Je m'endormis sur la fougère ; 

J'y suis surprise par Armand. 

Hélas I dans ce lieu solitaire. 

Le fripon, en déterminé. 

Me donne un baiser où mon père 

Ne m'en avait jamais donné. 

Pour échapper au téméraire. 

Le lendemain, dans le vallon. 

Je dormis les yeux contre terre, 

Et les deux mains dessus mon front. 

Je ris en le voyant paraître 

Et je crus son espoir déçu... 

11 s'approche, il me prend, le traître. 

Par bonheur je n'en ai rien vu. 



La musique, d'Âdolp. Adam, «e troure notée aa 
N. 21 66 de la Clé du Carean . 



CHANSONS BADINES ET GRIVOISES. 



fM 



Veuve d'un homme en place 
Qui la hallait... c'est un tort, 
Du veuvage elle est lasse 
Et veut qu'on la balte encori 
Ça la réjouit, 
La divertit. 
Au moulin, etc. 

Rebondie et coquette, 
C'est la fraîcheur d'un enfant, 
Un p'tit nez sans lunette. 
Pas le moindre cheveu blanc. 

Ça la réjouit, 

La divertit. 

Au moulin; etc. 

Ah ! que sa joie est grande 
Lorsque je la fais valser ! 
Sans que je le demande 
Elle veut bien m'embrasser. 
Ça la réjouit, 
La divertit. 
Au moulin, etc. 



Quelquefois j'imagine 
Qu'elle voudrait m'épouser, 
Moi je guett' ma cousine, 
Et j' laiss' ma tante m'embrasser. 
Ça la réjouit, 
La divertit. 



Au moulin de ma tante 
On s'amuse, on danse, on chante. 
Accourez, mes amis, 
Dans ce joyeux paradis f 



I/ENFER. 

DEBAUCHE d'ESPEIT. 



Peati p&aperet spirlta 



La musique, de Tantear des |>axol€t, M tronre, à 
Paris, chez M. Coltlle, éditeur, rue SainMIo- 
noré, 137, et est noUe au N. 2059 de la Clé du Ca- 
Teau* 



Air : Viré le tri» dé Rampommêa; 

Vive l'enfer où nous irons! 
Venez, filles 
Gentilles; 
Nous chanterons, 
Boirons, rirons. 
Et toujours luronSy 
Nous serons 
Rondsl 

Là, les ManoDS, 
Les Ninons, 
Dont nous nous abstenons. 
Recevront nos poursuites. 
Sans nous cacher, 
Sans tricher, 
Nous pourrons tous pécher 
En nous moquant des suites. 
Vive l'enfer, etc. 

Là, les auteurs. 
Les acteurs, 
Les chanteurs, amateurs, 
El piliers de coulisses. 
De feux nouveaux. 
Tous rivaux, 
Vont, doublant leurs travaui^ 
Griller pour nos actrices. 
Vive l'enfer, etc. 

Moins qu'à Paris, 
Les maris 
D'être joués marris, 
En enfer seront mornes. 
Comment tout nus. 
Les cocus 
Seraient- ils reconnus t 
Les diables ont des cornes. 
Vive l'enfer, etc. 



85i 



CHANSONS POPULAIRES. 



Par des ballets, 
Des couplets, 
Nous enchanterons les 
Phalanges infernales. 
Procession, 
Station, 
Nous plairaient dans Sion 
Moins que nos bacchanales. 
Vive l'enfer, etc. 

David, bigot 
Et ragot. 
Danse la Camargot 
Pour les célestes bandes ; 
Quand aux démons 
Nous gardons 
Gavotes, rigaudons, 
Walses et sarabandes. 
Vive Tenfer, etc. 

Tout l'Opéra 
Y sera, 
Chantera, dansera , 
Chacun jouera son rôle. 
Avec Adam 
El Satan, 
Paul et le grand Sultan 
Feront la cabriole. 
Vive l'enfer, etc. 

Pellégrini, 
Spontini, 
Ronzi, Catalani, 
Chantant la même gamme, 
Au brûlant nid. 
Noms en i, 
Pour voire art inûni 
Nous serons tous de flamme. 
Vive l'enfer, etc. 

Vos divins airs. 
Vos concerts, 
Rempliront les enfers 
De douces harmonies, 
Tandis qu*au ciel 
Gabriel 



Fait bâiller l'Éternel 
Avec ses litanies. •< ^ 

Vive l'enfer, etc. 

Les saints là-haut. 
Sans réchaud. 
Ne mangent jamais chaud ; 
Voyez leurs tristes mines. 
Plus fortunés. 
Les damnés 
Mettront pour leurs dînes 
Tout l'enfer en cuisines. 
Vive l'enfer, etc. 

Jamais aigris. 
Ni maigris. 
Nous boirons, toujours gris, 
A la santé des braves. 
Laissaat prier. 
S'ennuyer, 
Les saints dans leur grenier, 
Nous rirons dans nos caves. 
Vive l'enfer, etc. 

Sans médecins. 
Toujours sains. 
Narguant des assassins 
Les noires ribambelles; 
Pleins de santé. 
De gaîté, 
A notre éternité 
Nous trouverons des ailes. 



Vive l'enfer où nous irons f 
Venez, filles 
' Gentilles ; 
Nous chanterons, 
Boirons, rirons, 
Et toujours, lurons, 
Nous serons 
Ronds I 

E. ée Pradel. 




LANGELUS. 

tSM. 

L'ermite du hameaa voiiin 
Disait uiivent aux bergeratlei : 
Pour éloigner l'eapril inalin 
Hadoche a des vertus secrètes, {bit.) 
N'ajez recours aux Dremus, 
S'il se met à votre poursuite, 
Lorsque sounera l'Angélus 
Tous le Terrez prendre la tuile, (bit.) 

Annette, qui croyait cela, 

Sans craints aux champs allait seulelte, 

Lucas surviûl et le voilà 

Qui veut égarer la pauvrette, {bit.) 

Viene, disait-il, ces bois touffus 

Nous offrent un si doux ombragel 

Par LoDheur sonDaTADgélns, 

Anaette reviul au village. {bit,) 

Au même lieu le leademaio. 

L'orage gronda sur sa tête ; 

Bile fujait... lonque sondain, 

Lucas s'offrit au yeux d'Aaaett;. (bit.) 



BicDldt Anneite ne (uit pins, 
Jamais Lucas ne fut si tendre; 
Tainemeot sonna l'Angûlus, 
L'orage empteha de l'entendre, ^it.) 

Depuis ce jour elle gémit, 

Car Lucas devint infidèle. 

Souvent, en pleurant, elle dit 

Auxbergères simples comme elle: [bit.) 

A l'ermite ne croyez plus-, 

Et N TOUS voulez être sage; 

Ne vous Bel à l'Angélus, 

Hais craignez les bois et l'orage, {bit.) 



LA FAVORITE. 



A genoux pcUl ptès dt mol, 



854 



CHANSONS POPULAIRES. 



Et je me sentais à sa vue 
Frémir de plaisir, frémir de plaisir et d'eiBroi, 
Ahl mon pèrel mon père I qu'elle était bellel 
Ahl mon père! ah ! mon père I 
Et contre mon cœur sans secours 
ih! c^estDieu quefimplore qtiei'implore,et c'est elle 
Cest elle I.., que je vois toujours, toujours. 

Depuis qu'en lui donnant Teau sainte 
Ma main a rencontré sa main. 
De ces murs franchissant Fenceinte, 

Mon cœur rêve un autre destin, un autre destin 
Ah I mon père 1 ahl mon père I 
A tons mes serments infidèle, 
Et du ciel cherchant le secours. 
Du ciel cherchant le secours, 

Ah! c'est Dieuque j*implore,que jMmpIore,etc'e8t elle 
Qu'en mon cœur je trouve toujours, toujours. 
Elle que je vois toujours, toujoursr 
Elle, elle toujours, toujours, toujours I 

A. Boyer et G. Taern. 

Cette romance est extraite de Topera 2a FanoriU, 
en Tente chez M. Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie de 
Chartres, (Palais-National). Prix : 1 fr. 

La musique, deDonizettl, se trouve chex M.Braa- 
> éditeur, 97, rue Richelieu. 

— »Kf^« 



ZAMPA OU LA FIANCÉE DE MARBRE. 



1831. 

D'une haute naissaû^.e. 
Belle comme à seize ans, 
Alice, dans Florence 
Charmait tous les amants. 
A seize ans comment faire, 
?our défendre son cœur. 
Un seul parvint à plaire. 
Et c'était un trompeur. 
D'un pareil maléfice 
Sainte Alice 
Préservez-nous, 
Nous prtrons Dieu pour vous, (bis») 



Flattant sa confiance. 
Le traître avant Thymen 
Lui ravit Finnocence 
Et disparaît soudain. 
U reviendra, dit-elle, 
Mais, ô funeste erreur. 
Jamais près de sa belle 
Ne revint le trompeur. 
D'un pareil, etc. 

Hélas 1 sur ce rivage 
Alice vint mourir, 
Et cette froide image 
Semble toujours gémir. 
Quand la nuit, on rassure. 
Le vent gronde en fureur, 
Ce marbre encore murmure 
Et nomme le trompeur. 
Ah I soyez-nous propice. 
Sainte Alice ; 
Veillez sur nous. 
Nous prirons Dieu pour vous. 
Nous prîrons Dieu pour vous. 

MéleflTille. 



Zampa, opëra-comiqne en trois actes, en vente 
ches M. Tresse, éditeur, 2 et 3, galerie de Chartres 
(Palais-National). Prix : 60 cent. 

La musique, deF.Hérold, se trouve chex VL 
sonnier, éditeur, rue Dauphinc, 18. 



LA TARTANE. 



1S35. 

Entre dans ma tartane, 
Jeune Grecque à Toeil noir; 
Tu seras ma sultane, 
Mon bonheur, mon espoir I 

Nous irons, le matin, écumer le rivage ; 
Des pêcheurs négligents ramasser le corail ; 



ROMANCES. 



Puis après, enlever quelque vierge au passage, 
Pour rofTrir en hommage au harem du sérail I 
Viens I 
Entre dans ma, etc. 

Si parfois dans sa route un navire 8*égare, 
Nous appelle de loin implorant du secours, 
Tu verras galamment comme un turcs'en empare 
Sans jamais écouter d'inutiles discours I 
Viens ! 
Entre dans ma, etc. 

• 

Viens, enfin, contempler mon brillant équipage. 
Nos turbans de satin, nos habits de brocard; 
Viens! belle ange d'amour îsous tes lois je m*engage. 
Le plus riche trésor ne vaut pas ton regard. 
Viens! 

Entre dans ma tartane, 
Jeune Grecque à Toeil noir; 
Tu seras ma sultane, 
Mon bonheur, mon espoir I 

La masique, de Théodore Labarre, te troare chez 
M. Trottpenaa, 40, nie Neare-Vivienne. 



Dans ma nacelle je mélance. 
L'esprit content, le cœur joyeux. 
Dès que la brise, etc. 

Heureux dans mon humble chaumièro, 
J*y veux vivre et mourir en paix. 
Et tous les palais de la terre 
Pour moi n'auraient pas tant d'attraits» 
Dès que la brise enfle ma voile, 
Gafment je m'éloigne du port. 
Et toujours mon heureuse étoile 
Sans danger me ramène à bord. 
Ah! ah! ah! 

I«. Crevel ée GImu4< 



La noeiqnc, d'indrade, ee troair* ches M. 
dot, éditeur, rue Richelieu, 97, 



L'HEUREUX PÊCHEUR. 

1829. 

Vois-tu sur Tonde frémissante 
S'agiter ce léger bateau ? 
C'est celui que la vague errante 
Fait glisser avec moi sur Teau. 
Dès que la brise enfle ma voile, 
Gaîment je m'éloigne du port, 
El toujours mon heureuse étoile 
Sans danger me ramène à bord. 
Ah! ah! ah! 

Lorsque le ^ieu du jour s'avance 
Et lève son front radieux» 



I 



LES CLOCHETTES DE MON VILLAGE. 

18*7. 

' liutillez, 
Gochettes, babiUei, 

En cadence. 
Livrez-vous à la danse, 

Sautillez, 
Clochettes, babillez. 
Par vous T&me et le cœur sont toujours éveillés. 

Quand le coq au gentil ramage 
Venait m'éveiller au village» 
Les cloches des hameaux loiftUins 
Berçaient mes pensers enfantins, 
Oh 1 que j'aimais à les entendre ! 
Leur Toix et si douce et si tendre 
Semblait fredonner à mon cœur 
Quelque chose de saint qui fait croiire au bonhem» 
Sautillez, etc. 

Au temps de la semaine saiate. 
Des doches la Toix est éteinte; 



CHANSONS POPULAIRES. 



Va pauvre mère me disait 
Qu'à Rome on les rebaptisait. 
Cours!... ajoutait la bonne femme, 
Tu vas voir s'envoler leur âme 1... 
Moi, confiant, sans trébucher. 
Je courais sur la place et fixais le clocher. 
Sautillez, etc. 

Aux buissons quand la main dérobe 
Les mille bouquets de leur robe, 
J'allais, radieux et vermeil. 
Rêver et flâner au soleil. 
Puis de l'église, quand les cloches 
Jetaient au vent de doux reproches, 
J'empruntais des airs à leurs sons. 
Et ma muse leur doit ses premières chansons. 
Sautillez, etc. 

Seigneur du hameau, certain comte 
Qui, chez le diable, avait un compte, 
Sans cesse repoussait du pied 
Le pauvre implorant la pitié... 
Une nuit d'été, dans sa' haine. 
L'orage embrasa son domaine, 
Et les cloches sonnant au feu. 
Semblaient dire: Salut aux vengeances de Dieu. 
Sautillez, etc. 

Un autre éminent personnage. 
Grand magistrat, faisant carnage. 
Un beau jour se laissa mourir, 
Etlesclpches de retentir!... 
Mais, bien qu'elles fussent payées, 
Elles paraissaient ennuyées. 
Et, soit de colère ou d'effroi. 
Elles avaient ce jour l'organe du beflh)i ! 
SautiUez, etc. 

Les clochettes à ma mémoire 
Rappellent mainte et mainte histoire. 
Et, quand je les écoute encor, 
Mes rêves prennent leur essor, 
Biais une foule grossissante 
Etouffe leur voix caressante, 
Car, loin du hameau, dans Paris, 
Aulieude chanta d'espoir,on n'entend quedescris 



Sautillez, 
Clochettes, babillez. 

En cadence. 
Livrez-vous à la danse, 

Sautillez, 
Clochettes, babillez, 
Par vous l'âme et le cœur sont toujours éveiliét 

Alexandre avérla. 

La musique se trouve chei L Vieillot, éditeur, 
82, rae Notre-Dame-de-Nazareth. 



L'AMOUR. 



L'Amour est un enfant trompeur, 
Me dit souvent ma mère : 

Avec son air plein de douceur 
C'est pis qu'une vipère I 

Mais je prétends savoir pourtant 

Quel mal si grand d'un jeune enfant 
Peut craindre une bergère. 

Je vis hier le beau Lucas 

Aller près de Glycère, 
11 lui parlait tout près, tout bas. 

Et d'un air bien sincère ; 
Il lui vantait un dieu charmant . 
Ce dieu, c'était précisément 

Celui que craint ma mère. 

Pour sortir de cet embarras 

El savoir le mystère. 
Cherchons l'amour avec Colas 

Sans rien dire à ma mère : 
Et, supposé qu'il soit méchant. 
Nous serons deux contre un enfant, 

Quel mal peut-il nous faire? 

Le Ckevaller de Boofllera. 



La musique , de Martini , 
K. 320 de la Qé du Carean. 



M trouve notée au 



ROMANCES. 



IB7 



LA REINE DE L'ARCHE MARION. 



f846. 

Sur le penchant d'une rivière 
On dit qu'il était, autrefois, 
Une gentille iarandière, 
Fraîche comme la fleur des poitl 

Plus d'une marquise 

Aurait enrié 

Sa taille bien prise 

Et son petit pied; 

Puis du voisinage 

C'était la plus sage, 

Et l'on s'arrêtait 

Quand elle chantait : 

Je suis soureraine 

A l'arceau du pont, 

Car je suis la reine 

De l'Arche Marion 1 



{bU.) 



Plus d'un seigneur amoureux d'elle 
Galamment lui fledsait la cour. 
Et lui disait : « Quand on est belle 
On est grande dame à la court » 

Mais au doux langage 

Du beau séducteur, 

La fleur du rirage 

Riait de bon cœur; 

Et puis sur la grève, 

X>ù l'arche s'élève. 

Elle s'enfuyait. 

Et de loin chantait : 
Je suis, etc. 

Mais un jour la Jeune fillette 
Choisit l'époux qu'aimait son cœur; 
11 était fier de sa conquête, 
Elle l'était de son vainqueur 1 

— Maintenant, dit-elle. 
J'ai mon peuple à mol. 
C'est l'époux fidèle 

Qui suivra ma loi ; 

Tendresse et Jeunese, 

Cest là ma noblaMt, 



Et dans mon bateau 
Qui nage sur l'eau.. 
Je suis souveraine 
A l'arceau du pont. 
Car je suis la reine 
De l'Arche Marion! 



(Mi.) 



Lamiiilqne,de F. Maalni, m troaTt chM M. Mtb- 
•omitor, édittor, ra« Daapbine, IS. 



LE LANGAGE DES YEUX. 

n m*en souviant, longtemps ce Jour 
Sera présent à ma pensée ; 
11 osa me parler d'amour; 
D'abord je dus être offense. 
Ne paraissez jamais ici. 
Lui dis-je alors d'un ton sévère : 
Ma bouche, hélas ! parlait ainsi. 
Mes yeux disaient tout le contraire. 

Eh bien ! dit-il, si mon ardeur 
Peut vous causer la moindre peine. 
Sans murmurer mon triste cœur 
Saura bientôt briser sa chaîne: 
Je n'aime plus dès aujourd'hui ; 
Mais il n'était pas bien sincère : 
Sa bouche, hélas ! parlait ainsi, 
Ses yeux disaient tout le contraire. 

Nos yeux peignaient si bien l'amour I 
Nos faibles cœurs dirent de même. 
Femmes, craignez le premier jour 
Où votre amant dit : Je vous aime I 
Et pour répondre à ses aveux, 
Si vous prenez le ton sévère. 
Faites en sorte que vos yeux 
Ne disent pas tout le eontraire. 



8M 



CHANSONS POPULAIRES. 



lA MÈRE DU CONSCRIT. 



1845. 

Pourquoi de ma chaumière 
Ebranler les verrous? 
Sous mon loit solitaire 
Soldais, que voulez- vous? [bis,) 

— Nous venons, bonne femme, 
Chercher ton jeune fils, 

Il est de nos conscrits 

El la loi le réclame. [bis,) 

— Que m'importe la loil 
Que m'importe la guerre I 
L'enfant n'est qu'à sa mère, 
El mon fils est à moi, 
Oui, mon fils est à moi. 
Tout à moi, rien qu'à moi. 

Libre du joug d'un maître. 
Mais pauvre en cet abri. 
C'est moi qui l'ai fait nattre. 
C'est moi qui l'ai nourri. (6m-) 

Qui donc sur sa jeunesse 
Prétend avoir des droits? 

— Les sujets sont au roi, 

En avant, le temps presse. (bisJ) 

— Que m'importe le roi ! 
Que m'importe la guerre I 
L'enfant n'est qu'à sa mère, 
Et mon fils est à moi. 
Oui, mon fils est à moi, 

Rien qu'à moi, rien qu'à moi. 

Mais les soldais barbares, 

Par devoir endurcis, 

Au milieu des fanfares. 

Ont emmené son fils ; (bis.) 

Enfant, à la chaumière 

Reviendras-tu jamais? 

De retour à la paix, 

Reverras-tu ta mère? (bis,) 

Qu'importe que la loi 

Vienne briser son âme I 

Ton enfant, pauvre femme, 

N'appartient plus qu'au roi, 



Oui, ton fils est au roi 
Plus à toi, rien qu'au roi. 

Mlle narle Carpeniler. 

La musique, de M. L. Bougnol^ se trouve chez 
M. Pâté, éditeur, 14, passade du Grand-Orf • 
Paris. 



SIMPLE ET MODESTE, 

1837. 

Délicjeuse créature 
Que 1 on ne peut voir sans aimer. 
Toi que la main de la nature 
A mis tous ses soins à former, 
La plus simple de tes pareilles. 
Tu n'as au front aucun bijou, 
Pas un brillant à tes oreilles 
Et pas une perle à ton cou. 

Va! reste, reste 

Simple et modeste, 

Au front céleste 

Mes amours ! 

Fille orgueilleuse 

N est point heureuse! 

La vertueuse 

L'est toujours. 

Mais qu'as-tu besoin de dentelle, 
De cosmétique et de bijoux? 
Sans parure en es-tu moins belle, 
Ton sourire en est-il moins doux? 
Crois-moi, laisse donc, 6 mon ange. 
Tous ces hochets et ces diamanls. 
Souvent ramassés dans la fange 
Au prix des plus purssenliments.. 
Va ! reste, reste, etc. 

Et voudrais-tu d'une toilette 
Qui fût un stigmate d'affront 1 
Que chaque épingle de ta tète 
Tatouât la honte à ton front 
Crois-moi, la plus belle couronne 
Qui puisse parer la beauté, 



tOMANGES. 



C'est rinnocence qui la donne, 
Et non l'or de Timpareté. 

Va ! reste, reste 

Simple et modeste 

Au Âront céleste, 

Mes amours t 

Fille orgueilleuse 

N'est point heureuse 1 
La vertueuse 
L*est toujours. 



La mudqae, de Etienne Merle, m troare cbes 
M. Scbonenberger, éditeur, 18, booL Poissonnière. 



LA FILLE DU LAC. 

184S. 

Quand la froide avalanche 
Roulait sur l'aquilon, 
Lorsque la lune blanche 
Éclairait le vallon, 
Le soir dans nos campagne» 
Quand le vent gémissait^ 
Une enfant des montagnes 
Aux bords du lac chantait : 

Passez, mes beaux jours. 

Passez, mes amours, 
Gardez votre abri tranquille. 

Jeune fille et fleur 

Perdent leur fraîcheur, 
Aimer n*est pas le bonheur. 

Un jour sur le rivage 
Parut un voyageur. 
Qu'avait jeté l'orage 
Loin du lac en fureur, 
Bientôt il crut entendre 
Comme les doux échos 
D'une voix jeune et tendre 
Qui répétait ces mots : 
Passez, mes beaux, etc. 



On dit qu'après l'orage 
n revient un beau jour. 
Mais qu'une fratehe image 
Se fane sans retour. 
Puis... on dit que le pâtre 
Aujourd'hui seul, hélasl 
Quitte son chant folâtre 
Et répète tout bas : 

Passez, mes beanx jours, 
Passez, mes amours, 

Gardez votre abri tranquille. 
Jeune fille et fleur 
Perdent leur fraîcheur, 

Aimer n'est pas le bonheur. 

Mme 



Ls madqne, d^Aristide de Lstour, se itcuf 
U. A Ledve, éditeur, rue VirleaiM, IS. 



LA MÈRE DU CHASSEUR 

ISSS. 

n est part! depuis Taurore 
Chasser le daim dans les glaciers; 
Voici la nuit, j'attends encore. 
Et la neige emplit les scLiiers. 
M^ilhem !... comme la nuit est sombre, 
Les pins gémissent dans les bois. 
Mes regards se perdent dans l'ombre 
Et les vents emportent ma voix I 

Oh ! je vo«s le confie, 
Seigneur Dieu tout-puissant I 
Rendez-ie-fDoi, c'est ma vie. 
Rendez-le-moi, c'est DM>n enfant I 
Rendez-le- moi, c'est mon enianti 

Je lui disais : Ohl prends bien gard, 
Ne pars pas, attends à demain I 
Le ciel se couvre, en&nt, regarde, 
Attends pour te mettre en diemin, 



MO 



CHANSONS POPULAIRES. 



Wilhem!... Je lui contais l'histoire 
Du chasseur mort dans nosvallonsi 
Mais on ne veut plus nous croire, 
Pauvres mères, quand nous parlons I 

Oh I je vous le confie, 
Seigneur Dieu tout-puissant I 
Gardez le-moi, car c'est ma vie. 
Gardez-le-moi, c'est mon enfant! 
Gardez-le-moi, c'est mon enfant I 

Attendre encor, toujours attendre, 
Hélas! c'est mourir mille fois! 
Il me semble toujours entendre 
Une avalanche au fond des bois! 
Wilhem ! Eh bien, j'accours, ma mère! 
Le brouillard était bien épais, 
La nuit froide et la brise amère ; 
Mais de bien loin je t'entendais. 

Oh ! je vous remercie, 
Seigneur Dieu tout-puissant I 
Gardez-le-moi, car c'est ma vie, 
Gardez-le-moi, c'est mon enfant 1 
Gardez-le-moi, c'est mon enfant 1 

E. Thierry* 

tjû. musique, de P. Cherct, se trouve chez M. Le- 
duc, éditeur, rue Vivienne, 18. 



LA JARDINIÈRE DU ROI. 

1844. 

On dit que la plus ûère 

C'est moi, 
Moi, pauvre jardinière 
Du roi I... 
Qu'un seigneur me regarde , 

Crois-moi, crois-moi. 
Je ne prends jamais garde 
Qu'à toi I 
Pauvre toi-même, 
C'est toi que j'aime. 



Non les grands de la courl.** 
Aux riches de la terre. 
Oui, mon cœur te préfère, 
Et je veux être fière 
De toi, de ton amour I 

Au jardin que j'arrose, 

Crois-moi, 
Avec les fleurs je cause 

De toi! .. 
El ces fleurs plaisaient-elles 

Au roi, au roi. 
Je cueille les plus belles 
Pour loi ! 
Pauvre toi-même, etc. 

Un beau jour, à la reine, 

Au roi. 
J'irai conter ma peine. 

Crois-moi I... 
Et nous serons, j'espère. 

Toi, moi, toi, moi. 
Jardinier, jardinière 
Du roi ! 

Pauvre loi-môme. 

C'est toi que j'aime. 
Non les grands de la couri 
Aux riches de la terre. 
Oui, mon cœur te préfère. 
Et je veux être fière 
De toi, de ton amour. 

lÈmile Darateas 

La musique, deCh. Haas, se trouve chez M. Mei^ 
soDuier, éditeur, 18, rue Dauphine. 



LES PLUS BEAUX YEUX DE CASTILLE. 



1845. 



Si tard, belle Caslilla&e, 
Où vas-tu quand la nuit plane; 
Ne crains-tu pas, pour ton cœur^ 
A ta poursuite un voleur... 



ROMANCES. 



361 



C'est que, vois-tu, ma gentille, 

11 est sous ton voile noir 

Les plus beaux yeux de Caslille ) .^^.^ v 

Les plus beaux qu*on puisse voir, j ^ '' 



J'ai vu passer TAndalouse, 
Que par l'Espagne on jalouse ; 
J*ai bien vu son front bruni, 
Mon cœur n'a pas tressailli... 
C'est que, etc. 

A le voir chanter, ma belle. 
Souple comme une gazelle. 
Je voudrais, au boléro, 
Etre ton cavaliero... 
C'est que, etc. 

Je suis noble ûls d'Espagne ; 

Si tu deviens ma compagne. 

Je mettrai sur mon blason, 

En lettres d'azur, ton nom. 

C'est que, vois-tu, ma gentille. 

Il est sous ton voile noir 

Les plus beaux yeux de Castille, I /l . x 

Les plus beaux qu'on puisse voir. ] ^ '' 

llalnl-LaareBt. 

La musique, de LouIb Abadie, te trouTe chez 
M. Meissonnier fili, éditeur, 18, rue Daapbine 



UN CŒUR DE JEUNE FILLE. 

iS3S. 

J'aime à rêver sous les bosquets en fleur 
J'aime l'émail, le parfum des campagnes. 
Les bleusruisseaux, l'air si pur des montagnes, 
Et des vallons le calme et la fraîcheur. 

Mais l'objet qui séduit mon &me. 
L'objet qui l'enivre et l'enflamme. 
L'objet qui seul est tout pour moi, 
Cest toi, toujours toi, rien que toi I 



J*aime les chants du rossignol Joyeux, 
Le bruit des flots, du roseau qui soupire, 
L'hymne du soir de tout ce qui respire, 
Et les accords du luth harmonieux. 
Mais l'objet, etc. 

J'aime des arts le prestige enchanteur, 
J'aime la gloire et l'éclat du génie, 
Et 1 i doux nom de ma belle patrie 
D'un noble orgueil fait palpiter mon cœur. 

Mais l'objet qui séduit mon âme. 
L'objet qui l'enivre et l'enflamme. 
L'objet qui seul est tout pour moi, 
C'est toi, toujours toi, rien que toi I 

!•• Crevel deCkarlraiacMe. 

La muaiqne, de J. Vlmeax, te trouTe, à Paris, 
ches M. Colombier, éditeur, 6, me Vivienne 



LES TROIS AGES. 

1S46. 

Mes enfants, quand j'avais votre ftge, 
Je vous parle de bien longtemps. 
Comme vous j'étais douce et sage. 
Comme vousj'aimais le printemps. 
Tout comme vous j'étais gentille, 
Courant dans les prés et les fleurs ; 
Et je savais charmer les cœurs 
Quand je dansais dans un quadrille. 
C'est ainsi, mes petits enfants, ) ^^.^ . 
Quej'étaisquandj'avaisquinze ans. i^ 

Plus tard, moins folle et moins rieuse. 
Je sus me choisir un époux : 
J'avais son cœur, j'élais heureuse. 
Aimer est un bonheur si douxl 
Parfois rêveuse et solitaire. 
Je demandais à l'Éternel 
Qu'un ange descendit du ciel 
Pour l'aimer comme aime une mère I 
C'est ainsi, mes petits enfants, | .^.^ . 
Que j'étais quandj'ataistrente ans. y '' 

55 



•if 



CHANSONS POPULAIRES. 



rjnstard eneor... mais le temps passe, 
Comme Tonde qui toujours fuit I 
Quand Thiver au manteau de glace 
Est arrivé, Tété s*en fuit I 
Mais si notre front se couronne 
De blancs cheveux près du trépas, 
Du moins le cœur se vieillit pas 
Lorsqu'à ses enfants on le donne. 
C'est ainsi, mes pet. semants, )(h' \ 
Que je suis à quatre-vingts ans. j ^ *^ 

Marc CoDAtantUi. 



La mnlqiie, d'A. Maïqaerie, m trouTc, à Ptrà, 
chex M. Qiallioi, éditeur, rue Saint-Honoré, 352. 



LA FUITE DU CONTREBANDIER. 

18SS. 

£h quoi I de vitesse on nous gagne. 
Alerte, mon gentil eoursîer, 
Tite, vite, dans la montagne, 
Emporte le contrebandier ; 
Alerte, alerte, awn gentil coursier. 
Vite, vite, dans la montagne. 
Emporte le contrebandier. 
Emporte, emporte le contrebandier. 

Fias rapide qQ*un vent d*orage. 
Tu passes dans les champs poudreux ; 
Mais on nous suit, allons, courage, 
il faut nous sauver tous les deux. 
Au fond de ma retraite obscure. 
Tu trouveras un doux sommeil. 
Et j'aurai soin que la pâture 
Ne te manque pas au révei . 
Eh quoi I de vitesse, etc. 

Avec bonté, saivani i*asige. 
Ma compagne te fiatlera, 
El joyeux, dans les flolsda Tafi^ 
Mon jewie fils le baignefa. 



N*entends-tn pas siffler les balles? 
Le bruit s'est rapprodié de nous. 
Et je tremble, par intervalles. 
De te voir tomber sous les coups. 

Eh quoi I de ritesse on nous gagne. 
Alerte, Hion gentil comrsier, 
Vite, vite, dans la montagne, 
Emporte le contrebandier ; 

Alerte, alerte, mon gentil coursier. 
Vite, vite, dans la montagne. 
Emporte le contrebandier. 

Emporte, emporte k coatrebaiidier. 



LtL musique, de T. Labnre, m troare, à Paris, 
chez M. Troupenas, édit., rue Neave-YiTiauie, 401 



LE BAL CHAMPÊTRE. 

1819. 

Tenez, jeunes fillettes, 
L*oa s'apprête à danser; 
Déposez vos houlettes. 
Le bal va commeneerl 

Déjà se fait entendre 
Le son du chalumeau ; 
11 invite à se rendre 
Sur le riant coteau. 
Venez, etc. 

A Tombre du feuillage. 
Portez vos pas légers. 
Les plaisirs du jeune Jigt 
Ne sont que passagers. 



Sur la verte prairie. 
Laissez vos blaacs maotnai^ 
De votre voix ]ab% 
Répète» DOS changQos ! 
Venez, eic* 



tOMANGES. 



Votre charmant sourire 
Est celui des amours. 
Près de TOUS l*on soupire, 
L*on veut aimer toujours. 

Tenez, jeunes fillettes, 
L'on s*apprète à danser ; 
Déposez vos lioulettes, 
Le bal va commencer I 

■t. Gr0Tttl4e 

La mnslqae, d« A. Andrad», 
[. Brandns, Vt, m» Richalka. 



LE TOMBEAU D'EMMA. 

Air t lyAnaximanérê, 

Naissez, mes vers, soulagez mes douleufi, 
Ei sans effort coulez avec mes pleura. 

Voici d*Emma la tombe solitaire, 
Voici l'asile où dorment les vertus. 
Charmante Emma, tu passas sur la terre, 
Gomme un éclair qui brille et qui B*est plus I 
J*ai vu la mort dans une ombre soudaine 
Envelopper l'aurore de tes jours, 
Et tes beaux yeux, se fermant pour toujours, 
A la clarté renoncer, avec peine. 
Naissez, mes vers, etc. 

Ce jeune essaim, cette foule frivole 
D'adorateurs qu'enchaînait sa beauté. 
Ce monde vain dont elle fut l'idole. 
Vit son trépas avec tranquilité. 
Les malheureux que sa main bienfiisante 
A fait passer de la peine au bonheur. 
N'ont pu trouver un soupir dans leur cœur, 
Pour consoler son ombre gémissante. 
Naifltez, mes vers» etc. 

L*amitié même. ouL Tamitié volage 
A rappelé les ris et renjoufiiueiiti 



D'Emma mourante elle a citasse l'image, 
Son deuil trompeur n*a duré qu'un moment 
Sensible Emma, douce et constante amie. 
Ton souvenir ne vit plus dans ces lieux I 
De ce tombeau on détourne les yeux ; 
Ton nom s'efface, et le monde t'oublie! 
Naisseï, mes vers, etc. 

Malgré le temps, fidèle à sa tristesse, 
Le seul amour ne se console pas. 
Et ses soupirs, renouvelés sans cesse, 
Vont le chercher dans Tombre du trépas! 
Pour te pleurer je devance Taurore ; 
L'éclat du jour augmente mes ennuis ; 
Je gémis seul dans le calme des nuits ; 
La nuit s'envole et je gémis encore. 

Naissez, mes vers, soulagez mes douleurs. 
Et sans effort coulez avec mes pleurs. 

y- 



LE PÊCHEUR NAPOLITAIN* 

1SS5. 

Venez, bergères du hameau. 

Venez, gentilles pastourelles 

Sans peur, entrez dans mon bateau» 

La mer est ce soir des plus belles I 

Venez, bergères du hameau, 

Sans peur, entrez dans mon bateau 

Je suis le pêcheur du rivage, 
Toujours joyeux dès le matin. 
Hardi comme un Napolitain, 
Je brave les flots et Forage... 
Venez, bergères, etc. 

Quittei sans regret la oolliiie, 
La plaine d'orangers en fleur. 
J'ai pour consoler votre cœur 
Le doux son de la mandoline I 
Venez, bergères, ete. 



CHANSONS POPULAIRES. 



Partons! Si la brise est contraire, 
J'ai pris mes légers avirons, 
Venez! ensemble nous irons 
Porter ma pêche à mon vieux père. 

Venez, bergères du hameau, 
Venez, gentilles pastourelles. 
Sans peur, entrez dans mon bateau, 
La mer, ce soir est des plus belles. 
Venez, bergères du hameau. 
Sans peur, entrez dans mon bateau I 

li. Crevel de Cbarlemayne. 

La musique, d'Â.Thys, se trouve chez M. Meis- 
sonnier fils, éditeur, rue Dauphine, 18. 



JE NE VEUX PAS ME PRESSER. 



AiB : Veuv€ avant le* nœud* d'hyménée. 

L'amour est-il une lolie ? 
Maman me le dit tous (es jours ; 
Mais quand on est jeune et jolie. 
Comment se passe-t-on d'amour ? 
Je jurerais bien qu'à mon âge 
Maman n'a pas su s'en passer : 
Chaque saison a son partage ; 
Un jour aussi je serai sage; 
Mais je ne veux pas me presser. 

L'autre jour à notre assemblée 
Le bel Hylas vint me lorgner; 
Je feignis d'en être troublée, 
Et j'affectai de m'cloigner. 
Je quittai doucement la place ; 
Ce n'était pas le repousser : 
Quand un amant nous embarrasse. 
C'est bien fait de fuir son audace, 
Mais il ne faut pas se presser. 

Hylas me suit, Hylas m'adore : 
11 me le dit au point du jour ; 



Le soir il me le dit encore 

Quand nos troupeaux sont de retoiv. 

Je sens du plaisir à l'entendre, 

Et j ai l'air de n'y pas penser. 

Je sais bien que j'ai le cœur tendre, 

El je vois qu'il faudra me rendre : 

Mais je ne veux pas me presser. 



J'ai vu la tendre tourterelle. 

Au jour de son premier printemps, 

A l'amant qui tourne autour d'elle 

Se refuser assez longtemps : 

L'oiseau n'en est que plus fidèle. 

Plus ardent à la caresser. 

J'imiterai la tourterelle ; 

Je veux bien m*engager comme elle, 

Mais je ne veux pas me presser. 

Le duc de Wlvei 



LE JEUNE EXILÉ* 



1836. 

Du beau ciel de la France 
Exilé pour jamais, 
Adieu, douce espérance. 
Et tout ce que j'aimais I 

Sans patrie, 
Sans amie, 
Que la vie 
Fait souffrir ! 
Mon Angèle 
Est si belle, 
Fuir loin d'elle 
C'est mourir. 

Que m'importent la plaine. 
Les bois, les champs fleurii; 
Bords heureux de la SeiaOi 
C'est vous que je chéris. 
Sans patrie, etc. 



ROMANCES. 



SC5 



Oh! rendez-moi ma mère, 
Qui pleure encore sur moi, 
Mes amis, mon vieux père, 
Et l'objet de ma foi ! 

Sans patrie, 
Sans amie 1 
Que la vie 
Fait souffrir I 
Mon Angèle 
Est si belle, 
Fuir loin d'elle 
C'est mourir! 

L. Crevel de GluurleMUiCB^- 

lift mnglqae, de A.Thyi, m troare cbes IC ICcU- 
rasoier fll«, éditearj rue Daophine, 18. 



APPELLE-MOI TA MÈRE. 

1846 

Je suis sans 611e, hélas ! et tu n'as plus de mèrel 

Le malheur nous unit d'un lien éternel; 

Toi, que Dieu m'envoya, comme un ange mortel, 

Appelle-moi ta mère I 

Donne-moi sur la terre 
Ce nom si doux, ce nom qui vient du ciel ! 

Si tu savais combien de larmes, 

En t'attendant, versaient mes yeux I 
Je te rêvais, enfant, pleine de charmes, 
Je te rêvais avec tes blonds cheveux ; 

Le ciel à moi te révéla ; 

Mon cœur me dit : oui, la voilà! 
Je suis sans fille, etc. 

Et toi, et toi, pauvre jeune fille. 

Combien ton cœur sou&it tout bas, 
Quand tu disais : Je n'ai plus de famille ! 
Mon Dieu! mon Dieu! ne m'abandonnez pas! 

Ce Dieu te mit sur mon chemin, 

Et je te dis prenant ta main * 
Je suis sans fille, etc. 



Pourquoi ces pleurs? pourquoi ce silence? 

Pour moi ton cœur est-il muet? 
Lève sur moi tes yeux pleins d'innocence... 
Ne vois-tu pas que j'attends mon arrêt?... 

Mais tu te jettes dans mes bras ! 

Et tu l'as dit, tu m'aimeras!... 

Ah I oui, tu seras ma fille, et je serai ta mère. 
C'est Dieu qui nous unit d'un bonheur éternel 
toi qu'il m'envoya, comme un ange mortel ! 

Appelle-moi ta mère; 

Que j'entende sur terre 
Ce nom si doux, ce nom qui vient du del * 

La musique, de Mlle LoTsa Puget,se trouTe chez 
M. Hengel, éditeur, nie Virienne, 2bù, 



LA FÊTE DES MADONES 



1884. 

Venez, venez, jeunes fillettes, 
On danse aux rives de l'Ebro, 
Entendez-vous les castagnettes 
Et le refrain du boléro ? 

C'est aujourd'hui la fêle des madones. 
Parez vos fronts de rubans et de fleurs. 
Et rendez-vous aux pieds de vos palrones 
Pour implorer de nouvelles faveurs ! 
Venez, venez, etc. 

A la ceinture attachez le rosaire, 
Prenez en main le bouquet d'oranger, 
Puis, à genoux contre un beau scapulaire. 
Mais sans rougir vous pouvez le changer. 
Venez, venez, etc. 

On vous attend, dépotes votre offrande 
Et si la Vierge est eonteiite de tous. 
Ce soir peut-être, une ridie guirlande 
Vous apprendra ks a? eux d'un époux I 

56 



tfte 



CHANSONS POPULAIRES. 



Tenez, yenez, jeunes fillettes, 
On danse aux rives de TEbro, 
Entendez-vous les castagnettes 
Et le refrain du boléro ! 

I«. Grerel ée Cbmwlewikm^m». 

La masiqae, d^AIbertGrisar^setrouve, à Pari*, 
fiiez M. £. Mayaud, boulerait des Italiens, 7. 



FORTUNE OBSCURE, 



1885. 

Fortune obscure, 
Sort qui n'es pas le mien. 

Simple parure, 
Ici cachez-moi bien. 

Si quelque peine 
Pleure en secret, 
Devant la reine 
On se tairait. 
Fortune obscure, etc. 

Pour que la plainte 
Des malheureux 
Ici sans crainte 
Parle à mes yeux. 

Fortune obscure, 
Sort qui n*es pas le mien, 

Simple parure, 
Ici cacbez-moi bien. 

r. tiMllé et ATMaM. 

Extrait des DeMx-Reinet, opéra comlqae en 1 acte, 
en vente chez M. Marchant, éditeur, 12, boulevart 
Saint-MarUn. Prix : &0 c. 

La musique, d'H. MoBpom, se tranre notée au 
N. 2079 de la Clé du Caveau. 



LE DÉPART DU VILLAGE 

1848. 

Tu veux partir, ô ma fille chérie. 
Dans les cités porter tes pas errants, 
Tu veux quitter ta famille attendrie, 
Et l'humble toit qui l'abrita vingt ans! 
Écoute au moins la voix de la prudence, 
Quand on est jeune on s^abuse toujours! 
Crains la misère et sa longue souffrance. 
Loin du village, il n'est point de beaux joun 

Tu ne yas plus rêver sous la feuillée, 
Ni des coteaux cueillir les jeunes fleurs ; 
On n*enlend plus, le soir, à la veillée, 
Ta voix s'unir à celle de tes sœurs. 
Ici pourtant, tout t'aime et te caresse, 
Prévient tes vœux, sourit à tes discours, 
Reste avec nous au sein de l'allégresse, 
Loin du village, il n*est point de beaux jour 

On t'a trompée en flattant ton délire, 
Que peut t'ofl'rir de plus un autre ciel? 
Ce n'est qu'aux champs que notre âme respir< 
Et rien ne vaut le foyer paternel. 
Mais une larme a mouillé la paupière. 
Tu ne veux pas affliger mes vieux jours... 
Reviens, reviens dans les bras de ta mère. 
Loin du village, il n'est point de beaux joun 

li. Creirel de Charlemagne. 

La musique, d'àlphonse Leduc, ee trouve ckez 
M. Leduc, IB, rue Yinenae. 



LE RETOUR AU CHALET. 

1836. 
Vallons , que J'afa^aia taat I miaeeauz, Tertes eampacnet 

Forêts, torrents, glaciers, enfin je vous revoî ; 
J*eDtends, je reconnais le refhilndesmoalagnef 
mon noble pays, je viens, j'accours vers toi 

Chère contrée 

Que j*ai pleorée, 



AOHAHCBS. 



Tenre adorée 
De mes amours I 
ma patrie. 
Mon Helvétie, 
Rcûds-moi la vie 
Et mes beaux jours! 

Je vais bientôt, presserdans mes bras mon vieux père 
Ma sœur, ma tendre sœur, qui m'attend chaque soir, 
Je vais mêler mes pleurs aux larmes de ma mère, 
Et de ma douce Anna calmer le désespoir I 
Chère contrée, etc. 

Hâtons -nous I oublions les chagrins de Tabsence; 
Mes tourments sont finis. Je renais au bonheur; 
Salut, riant chalet, berceau de mon enfance, 
D'allégresse et d'espoir tu fais battre mon oœurl 

Chère contrée, 

Que J*ai pleurée, 

Terre adorée 

De mes amours! 

ma patrie, 

Mon Helvétle, 

Rends-moi la vie 

Et mes beaux Jours I 

■^. Crevel de €harleai«s«e, 

La mufliqae, d'Amédée de BMaplan, te trosr* 
chez M. MdMoiBtor, édltav, m* DtaptriM^ It. 



L'AMOUR FILIAL. 



Jeunes amants, cueillez des fleurs 
Pour le sein de votre bergère : 
L'amour par de tendres faveurs 
Vous en promet le doux salaire. 
Pleiu d'un espoir encor plus doox, 
Dès que le soleil nous édaire, 
Je cueille des fleurs comme tous. 
Pour parer le front de mon père. 

Votre main, au bord d'un niisseaiit 
Prépare des lits de Congère; 
Vous arrondissez des berceaux. 
Pour servir d'asile ao njstère. 



Comme vous, de ces arbriMaan 
Je eourbe la tige légère, 
Et de leurs flexibles rameaux 
Tombrage le frdnt de mon père. 

En accourant à son réveO, 
Tous tremblez. Que va-t-elle dire? 
En sortant des bras du sommeil, 
Mon père, tu vas me sourire. 
Vous lui ravissez quelquefois 
Un baiser qu'ignore sa mère; 
Moi, chaque matin Je reçois 
Le premier baiser de mon père. 



La mulqve , d« QAfMos, m tnmm aotét 
N. 287 d« U Clé da CtTMa. 



ROMANCE DE HARGELLIN. 



Ce Jeune homme, depuis huit Jouit, 
Passe souvent sous ma fenêtre. 
Moi, je fais, usant de détours, 
Semblant de ne pas le eonnattm. 
D'éviter son tendre regard, 
C'est en vain que Je me propose : 
J*al beau flxer l'oeil autre part. 
Je vois toujours la même chose. 

Alors je pense à mon devoir; 
Moi-même tout bas Je me blâma, 
Fermant l'œil pour ne pas le voir: 
Son image reste en mon Ame. 
La nuit Je (àis nouveaux e£forts 
Pour fuir le mal où Je m'expose. 
Mais le sommeil, quand je m'endon^ 
M'ofiDre toujours la même chose. 

Fièvre brûlante daas mon aefai 
Soudain m'agite et me dévore; 
Je n*aspire qu'au lendemaia 
Pour revoir l'objel que J*adoc«L« 
Mou visage, eu i'apereevaul, 
Prend la couleur da eelli 



868 



CHANSONS POPULAIRES. 



Et je me dis secrètement : 

II me manque encor quelque chose. 

Bernard TalTlIle. 

La musique, de LebfUD, se trouve Dotée au N 7& 
dt la Clé du Caveau. 



PRIE ET TRAVAILLE. 

AIR : Te bien aimer, 6 ma chère Zélie. 

Prie et travaille est la devise heureuse 
D'un noble cœur, d'un esprit éclairé ; 
C'est d'une Vie et pure et généreuse 
L'art, le devoir et le bonheur sacré. 

Prie et travaille était, dans le village, 
Ce que disaient nos guerriers valeureux; 
Ils priaient même au milieu du carnage, 
Et pour l'honneur ils en travaillaient mieux, 

Prie et travaille est ce que l'on répète 
Au malheureux qui réclame un peu d'or ; 
Et ce conseil que souvent il rejette, 
S'il le suivait, lui vaudrait un trésor. 

Prie et travaille est le refrain du sage ; 
Faibles mortels! récitez-le tout bas : 
Ceux dont Terreur fut Téternel partage 
Ne priaient guère et ne travaillaient pas. 

Prie et travaille, 6 toi que peut surprendre, 
Loin d'un époux, le monde, le plaisir ; 
Parla prière occupe un cœur trop tendre, 
Parle travail un dangereux loisir. 

Prie et travaille en tes sombres retraites, 
Beauté qu'à Dieu l'on veut sacrifier : 
Crains, en priant, les biens que tu regrettes; 
En travaillant cherche à les oublier. 

Prie et travaille, homme Tain, femme altière, 
Riche qu'attire un pompeux attirail : 
Que reste-t-il à notre heure dernière, 
Hors la prière et les fruits da travail T 



Prie et travaille, ou redoute le blftiM^ . 
Avec raison enfin on le redit; - 
Car la prière est le charme de l'âme» 
Et le travail le repos de l'esprit. 

La princesse Consiaiicede 0Alai* 

La musique, de Plantade, se trouve notée 
N. 554 de la Clé du Caveau. 



UN BIENFAIT N'EST JAMAIS PERDl 



Un pauvre petit Savoyard 
Mourait de froid et de souffrance. 
Un Français passe par hasard. 
L'entend gémir, vers lui s'avance. 
L'enfant à la vie est rendu 
Par son secours, son assistance : 
Bon Français, Dieu te récompense ; 
Un bienfait n'est jamais perdu. 

Bientôt sur notre continent 

La guerre partout se déclare. 

Ce bon Français tombe vivant 

Au pouvoir d'un vainqueur barbare. 

Un arrêt cruel est rendu 

Qui r condamne à perdre la vie... 

Bassurez-vous, parents, patrie, 

Un bienfait n'est jamais perdu > 

Le Savoyard s' rend prisonnier, 
A tous les dangers il s'élance : 
Trompe gardien, séduit geôlier. 
Que ne peut la reconnaissance? 
Par ses soins, 1' Français éperdu 
S'échappe de la tour obscure. 
Voilà comme dans la nature 
Un bienfait n'est jamais perdu. 

Boollly. 

La musique, de Chérubini, se trouTe notée an 
N. 697 de la Clé du Careau. 




N'AI-JE PAS BIEN FAIT? 

A Paris, et loin de sa mûre, 
Je pouvais la voir chaque jour; 
Li, &OUS le Toile du mystère, 
Nos yeux seuls se parlaient d'amour. 
TrioûiphBDt de sa répugnaDce, 
J'obtins un reodei-vous secret... 
Ahl moD cher oncle, eu conscience, 
Difca-moi, n'ai-je pas bien Taill 

N'ai-je pas bien Taill (1er.) 
Ha Pauline me dit : Je l'aime. 
Elle me le dit sans parler. 
Timide au:isi je fia de niËrao ; 
Elle senlil ma main trembler. 
Sans alarmer son innocence, 
Un baiser Tut pris en secret... 
Ah! mon cher oncle, en conscience, 
DifeE-moi, n'ai-jo pas bien fait? 

N'ai-je pas bien Tait? (ter.) 
Un riTal, dit-on, se présente : 
La douleur oie rend Turioux ; 
Mais Pauline, toujours charmante, 
Promet de rejclc:' ses vŒut. 
Nous nous sommes jun-s d'avance 
Que si l'imprudent épousatl... 
Ah ! mon crier oncle, en conscience, 
Dites-moi, n'ni-je pas bien fait? 

N'ai-je pas bien fait? {1er.) 



uiïqgc, it Gatei 



K iroD'a nolét u n* t dt Ii 



COUPLETS DU TRAITE NUL. 

Souvent la nuil, quand je sommeille. 
Je croii Is voir à mes genoux; 
t^l le malin, quand je m'OveilIe, 
Je tegrctic un son^e si doux. 



Lorsqu'on parle de mariage, 
Je fais des vœux pour Cire à lui. 
Ahl dis-moi toi-même aujourd'hui 
Si l'on peut aimer daTanlage. 
On me voyait, près de ma mèrv. 
Rire toujours et folâtrer : 
Triste à présent et solitaire. 
Je ne fais plus que soupirer. 
Tout me déplaît dans le Tiltsjge 
Depuis que je suis loin de lui... 
Ah! dis-moi toi-mâme aujourd'hui 
Si l'on peut aimer davantage. 
Je dois pourtant k ta tendresse 
Un aveu qui doit me coûter... 
Esl-ce une erreur, une faiblesse} 
A loi je veux m'en rapporter. 
Quand je pense & mon mariage, 
A ce moment rempli d'appas, 
Mon cœur alors me dit tout bas 
Que l'on peut aimer davanlagc. 



CLÉMENCE ISAURE. 

Ai'h de la romance de Jottpk, 
A Toulouse, il fut une belle : 
Clémence Isaure était son nom : 
Le beau Lautrec brûla pour elle, 
Et de sa foi reçut le don. 
Mais leurs pareuls trop inllciiblei 
S'opposaient A leurs tendres feux : 
Aius! toujours les coeurs sensibles 
Sont nés pour être malheureux) 



Fidèle A l'amant qu'elle adore. 
Sa fille tombe i tes jjeooox : 



»70 



Ci^^RSONS POPULAIRES. 



« Ah I que plutôt voiro colère 
« Termine des jours de douleur I 
c Ma Tie appartient à mon pèrei;; 
m jA Lautrac appartient mon cœwr* # 

lia «iMUMf pour qui la vangiNWca 
Alto deobarmes que Tamouo 
Pftit eliaci«r de chaînes Clémeiioej 
IRfenferme dans une tour. 
Iiaulrec, que menaçait sa rag^ 
^Hent^émlr au pied du donjon. 
Gomme Toiseau près de la cage 
Où sa compagne est en prison* 

Une nuit, la tendre Clémence 
Entend la voix de son amant ; 
A ses barreaux elle s'élance, 
Et lui dit ces mots en pleurant : 
« Mon ami, cédons à Torage; 
« Va trouver le roi des Français : 
a Emporte mon bouquet pour gage 
« Des serments que mon cœur t*a faits. 

a L'églantine est la fleur que j'aime; 

« La violette est ma couleur; 

« Dans le souci tu vois Temblème 

«c Des chagrins de mon triste cœur. 

c Ces trois fleurs que ma bouche presse 

« Seront humides de mes pleurs: 

« Qu'elles te rappellent sans cesse 

« Et nos amours et nos douleurs I • 

Elle dit, et par la fenêtre 
Jette les fleurs à son amant* • 
Alphonse, qui vient à paraître. 
Le force de fuir en tremblant. 
Lautrec part. La guerre coomience. 
Et s'allume de toutes parts: 
Vers Toulouse l'Anglais s'avance» 
Et brûle déjà ses remparts. 

Sur ses pas Lautrec revient vite: 
A peine est-il sur le glacis 
Qu'il voit des Toulousains l'élite 
Fuyant devant les ennemis. 



Un Tieilfaiffdaeul résiste encoie: 
Lautrec court lui servir d't^p|riil| 
C'était le vieux père d^Isanvc^, 
Laulvec «It «blessé pràt de hÂ- 



HAaal sa Jdaiiuve est movlalle; 

11 mive Alphonae et va pMr. 

Le Gaillard fuit : Lautrec rappelle, 

flt lui dit avant de mourir : 

« Cruel père de mon amie, 

« Tu ne m*as pas voulu pour fllst 

« Je me venge en sauvant ta vie: 

a Le trépas m'est doux à ce prix. 

a ^Exauce du moins ma prière; 
a Rends les jours de Clémence heureux: 
« Dis-lui qu'à mon heure dernière 
a Je t'ai chargé de mes adieux : 
a Reporte-lui ces fleurs sanglantes, 
« De mon cœur le plus cher trésor, 
9 Et laisse mes lèvres mourantes 
« Les baiser une fois encor. » 

En disant ces mots il expire. 
Alphonse, accablé de* douleur. 
Prend le bouquet et s'en va dire 
A sa fille l'affreux malheur. 
En peu de jours la triste amante, 
Dans les pleurs terminant son sort. 
Prit soin, d'une main déraillante. 
D'écrire un testament de mort. 

Elle ordonna que chaque année, 
En mémoire de ses amours, 
Chacune des fleurs fût donnée 
Aux plus habiles troubadours. 
Tout ^on bien fut laissé par elle 
Pour que ces trois fleurs fussent d'or. 
Sa patrie, à son vœu fidèle 
Observe cet usage encor. 



La mnsiqae, de Méhul, m trouve notée au N. 704 <U 
la Clé du CaTeaa. 



ROMANCES. 



371 



LE PALAIS DES PAPES, 



1836. 



Passez, gais bateliers, sans regarder 1m griUw; 
Sans frapper au casteU passez, beaux troubadours; 
Il no f^*n pas mêler, rieuses jeunes filles. 
Aux I. jiQs des captifs le chant de vos amoara. 



N'apercevez-vous pas, sur ce roc que du Rhôae 
Visitent en fuyant les (lots impétueux. 
Ces murs armoriés d'une triple couronne. 
Et ces créneaux altiers qui menacent lescieox?... 
C'est là que le puissant a transporté son aire ; 
C'est là que plus d'un aigle, en son vol arrêté. 
En vain à ces barreaux ensanglante sa serre 
Pour recouvrer sa liberté! 
Passez, gais bateliers, etc. 



C'est là que dans les fera, sans savoir qa'il expie 
Le crime d'être brave, ou riche, ou grand seigneor, 
Plus d'un fils, loin des siens, doit terminer sa vie, 
Sans qu'une voix réponde aux cris de sa douleur ; 
Là que plus d'un ami qu'attend sa fiancée, 
Brisé par la torture et d'ennuis consumé, 
Expirera demain sous la rage insensée 
Do ceux qui n'ont jamais aimé! 
Passez^ gais bateliers, etc. 

Dans les prisons sans jonr de cette enceinte grise, 
Tombeaux pour la souffrance et la mort sans échos 
Sous le fer toujours prêt des princes de l'Eglise 
De malheureux chrétiens exhalent leurs sanglots. 
Un jour les derniers cris de leur lente agonie, 
De ces donjons obscurs sur les parois tracés, 
Armeront nos enfants contre la tyrannie; 
Mais les tyrans seront passés ! 



Passez, gais bateliers, sans regarderies grilles; 
Sans frapper aa eastel, passes, beaoa troobadoors; 
Il ne faut pas mêler, riëoses jeunes filles, 
Aox larmes des captifs le chant de vos amours. 



La notlqM, d*ÉtiemM Merle, le troa?t ehcs M» Chal- 
liot, éditffv, tl4, meSaiat-HoiJoffé, è Paris. 



ALGARD ET ANISSA. 



Air: Dans ee§ Umx où tÀhm pù($ible. 



Il est donc (ohl faut-il le croire?) 
Des cœurs au malheur destinésl 
Or écoutez Taotique histoire 
De deux amants infortunés. 

Dans l'Ecosse, au sein des bruyères, 
Algard, Anissa, chaque jour, 
Paissaient les brebis de leurs pères: 
Leur bonheur était leur amour. 

De ses replis, soudain surprise, 
Un serpent terrible enlaça, 
A son amant déjà promise, 
La jeune et charmante Anissa. 

Algard, intrépide et sensible. 
Accourt et va rompre ses nœuds; 
Un autre serpent plus horHble 
Les serre et déchire tous deux. 

Leurs beaux corps s'enflent, se raidissent, 
Leurs traits sont flétris et tachés: 
Leurs regards en mourant s'unissent 
D'amour Tun sur Fautre attachés. 

Ils ne vivent pitis qu*en leur flme, 
Leur Ame est toute dans leurs yeux : 
Ils semblent, confondant leur flamme, 
Goûter leur amour dans les cieuz. 

Les deux monstres dans leurs bruyères 
S*en vont et sifflent triomphants. 
A leur aspect les pâles mères 
Sur leur sein pressent leurs enfints. 

L'Ecosse à ce couple Adèle 

Tous les ans doone encor des pleuit^ 

Et le lito de leor mort s'appelle 

Le champ du memira al das dooleon. 

Quand le ddi ka prasd pour ftrtlmag, 
Comment asLpUfuar leor trépaaf 
S'il ne veat que ^aiilr daa crimaai 
Des leox innoca&ia a'an sont gaa» 



872 



CHANSONS POPULAIRES. 



Dans leur regret mélancolique, 
Des bergers, pour tous monuments, 
Dans le creux d'une pierre antique. 
Ont uni ces tendres amants. 

Habitants de la même tombe, 
Ils n'ont point quitté leurs déserts : 
Le vent gémit, quand le jour tombe. 
Sur l'herbe qui les a couverts. 

Tous les pasteurs versent des larmes 
En passant près de leur séjour. 
L'amour aurait-il trop de charmes? 
Le malheur poursuit-il l'amour ? 

DacU. 

La musique, de De Laborde, se trouve notée au 
N. 655 de la Clé du Caveau. 



BONHEUR D'AIMER. 

Air : Un jour, me demandait Horlense. 

Te voir, t'aimer et t'en instruire 
Fut l'ouvrage d'un seul moment ; 
Osem'aimer et me le dire ; 
Doit-on rougir du sentiment ? 
Jeune Philis, on n'est sévère 
Que quand on ne peut pas charmer ; 
Mais lorsqu'on est faite pour plaire, 
On est faite aussi pour aimer. 

Jouis de l'instant du bel âge ; 
Les fleurs se fanent sans retour , 
Viens avec moi sous cet ombrage. 
Nous y célébrerons l'amour. 
Vois ces prés, ces lits de verdure , 
Tout y peint le dieu que je sens. 
Les ruisseaux par leur doux murmure, 
Et les rossignols par leurs chants. 

Vois ce berger sur la fougère 
Dont ces coteaux sont émaillés, 
Dans les regards de sa bergère 
Confondre ses regrets troublés , 



Tous deux, guidés par la naUsM, 
Pleins d'amour, de timidité 
Goûtant une volupté pure 
Préférable à la liberté. 

En vain la raison trop austère 
S'arme contre un si doux penchant ; 
La loi rigoureuse et sévère 
En proscrit l'abus seulement. 
l\ n'est point de cœur invincible ; 
Tôt ou tard il faut s'enflammer : 
Le ciel nous eût fait insensible, 
S'il nous eût défendu d'aimer. 

Du tendre feu qui me consume 

Partage les brûlants désirs : 

Que ton cœur, s'il se peut, s'allume 

A l'haleine de mes soupirs. 

Loin qu'un si beau transport l'offense, 

Daigne l'approuver à ton tour : 

Un siècle entier d'indifférence 

Ne vaut pas un moment d'amour. 

De Salnt-PérATl. 

Air ancieDy noté au N. 694 â« )« Clé da Carefto. 



LA FEMME D'UN PRISONNIER. 

AIR : Femmes, voulez-vous éprouver. 

Le printemps naît : nos prés, nos champs 
Des dons de Flore s'enrichissent, 
Et pour cacher d'heureux amants 
Les ombres des bois s'épaississent; 
Mais c'est en vain que ce séjour 
D'un nouvel éclat se décore, 
Au cœur qui ne vit que d'amour 
Le printemps peut-il plaire encore f 

Ma main n'osera de longtemps 
Vous mêler à ma chevelure. 
Roses, qui le dernier printemps 
Composiez toute ma parure : 



ROMANCES. 



873 



Pour me prêter votre ornement, 
En vain vous prenez soin d'éclore, 
Quand on vit loin de son amant 
De fleurs se pare-t-on encore ? 

Berceaux, asile du bonheur, 
Où, dans un entretien paisible, 
J'ai souvent joui de mon cœur 
Auprès du cœur le plus sensible; 
Votre ombre en parant ce séjour 
Double l'ennui qui me dévore ; 
Je ne puis vivre pour Tamour, 
Pourquoi m'en parle- t-elle encore î 

Cet époux que j'adore, hélas I 
Il vit, il aime, et je le pleure; 
Loin de ces lieux et de mes bras 
Une prison est sa demeure ; 
Là, depuis neuf mois gémissant, 
L'infortuné peut-être ignore 
Que, ûdèle à Tamour absent. 
Pour lui seul mon cœur bat encore. 

Ahl si je pouvais obtenir 
De lui parler et de l'entendre, 
Ou lui faire du moins tenir 
En secret une lettre tendre I 
Mais du gardien de ce séjour 
Tout est connu, rien ne s'ignore. 
Et ce dernier bien de Tamour 
A DOS cœurs on Tenlève encore! 

Mme » 



VELLÉDA. 

▲iR : Ten touviens'tu t 

Au sein des nuits, sur l'aride bruyère, 
Yelléda, seule, en proie à son ardeur, 
Assise au pied du chêne solitaire, 
Belle d'amour et pftle de douleur. 
Au bruit lointain de la mer irritée, 
Au cri plaintif du triste oiseau des nuits 
Mêlait des chants qu'à son âme attristée 
Dictaient, hélas 1 son trouble et ses ennuis. 

Sans ornements sa blonde eberefaire 
En longs anneaux retoosbaU sor soB Min; 



Elle souffrait et pleurait son Injure, 

Et tristement redisait ce refrain : 

« Je vais mourir, et toi seul en es cause, 

a Charmant guerrier qui troublas mon repos; 

« Je vais mourir... mourir est peu de chose, 

« Mais te quitter est le plus grand des maux. 

« Quand tu me vois tu détournes la vue ; 
a Que t'ai-je fait, hélas! pour me haïr? 
et Triste, rêveuse, inquiète, éperdue, 
« Le jour, la nuit, je ne fais que gémir. 
n Peut- être, hélas I tu ris de ma souffrance, 
o Et ton orgueil jouit de ma douleur, 
a En te voyant j'ai perdu l'innocence-, 
« En t'adorant j'ai perdu le bonheur. 

« Vierge et prêtresse, aux dieux de ma patrie 
« J'avais fait vœu d'échapper aux amours ; 
« Quand je te vis, entraînée, attendrie, 
« Je fis celui de t'adorer toujours. 
« Mais que peut faire un devoir que j'abhorre, 
« Lorsque je meurs du besoin det'aimerf 
« Mesdieux,maloi,mon bonheur,c'estEudore. 
« Ahl tant d'amour ne peut-il te charmer? 

« Te souvient-il que j'étais fraîche et belle? 
« Vois mes attraits par le malheur flétris; 
« Regarde-moi, vois ma peine cruelle, 
« Et sur mon front tous mes chagrins écrits. 
« Oui, je le sens, la triste druidesse 
« Marche en pleurant vers l'éternel repos : 
« J'attends la mort... déjà sa main me presse; 
« Mais te quitter est le plus grand des maux.» 

Ainsi chantait la vierge infortunée : 
Un fol amour empoisonnait son cœur; 
Elle tomba comme la fleur fanée 
Sous le tranchant du fer agriculteur. 
Morte infidèle, une loi trop sévère 
De son trépas augmenta les douleurs - 
Nul ne para son tombeau solitaire : 
L'amitié seule y versa quelques pleurs. 

M. le chevalier ém 



La «oilqM» d« Docks, M trosvt »olé« ttt M. IQi 



872 



CIHANSONS POPULAIRES. 



Dans leur regret mélancolique, 
Des bergers, pour tous monuments, 
Dans le creux d'une pierre antique, 
Ont uni ces tendres amants. 

Habitants de la même tombe, 
Ils n'ont point quitté leurs déserts : 
Le vent gémit, quand le jour tombe. 
Sur l'herbe qui les a couverts. 

Tous les pasteurs versent des larmes 
En passant près de leur séjour. 
L'amour aurait-il trop de charmes ? 
Le malheur poursuit-il l'amour ? 

DacU. 



La musique, de DeLaborde, se trouve notée ao 
N. 5&5 de la Clé du Caveau. 



BONHEUR D'AIMER. 

Air : Un jour, me demandaii Horlenst. 

Te voir, t'aimer et t'en instruire 
Fut l'ouvrage d'un seul moment : 
Ose m'aimer et me le dire ; 
Doit-on rougir du sentiment ? 
Jeune Philis, on n'est sévère 
Que quand on ne peut pas charmer ; 
Mais lorsqu'on est faite pour plaire, 
On est faite aussi pour aimer. 

Jouis de rinstant du bel Age ; 
Les fleurs se fanent sans retour , 
Viens avec moi sous cet ombrage, 
Nous y célébrerons l'amour. 
Vois ces prés, ces lits de verdure , 
Tout y peint le dieu que je sens. 
Les ruisseaux par leur doux murmure, 
Et les rossignols par leurs chants. 

Vois ce berger sur la fougère 
Dont ces coteaux sont émaillés, 
Dans les regards de sa bergère 
Confondre ses regrets troublés , 



Tous deux, guidés par la natesit 
Pleins d'amour, de timidité 
Goûtant une volupté pure 
Préférable à la liberté. 

En vain la raison trop austère 
S'arme contre un si doux penchant ; 
La loi rigoureuse et sévère 
En proscrit l'abus seulement. 
Il n'est point de cœur invincible; 
Tôt ou tard il faut s'enflammer : 
Le ciel nous eût fait insensible, 
S'il nous eût défendu d'aimer. 

Du tendre feu qui me consume 

Partage les brûlants désirs : 

Que ton cœur, s'il se peut, s'allume 

A l'haleine de mes soupirs. 

Loin qu'un si beau transport t'offense, 

Daigne l'approuver à ton tour : 

Un siècle entier d'indifférence 

Ne vaut pas un moment d'amour. 

De «alnt-PéraTi. 

Air andeOf noté au N. 694 d«)a Clé du Caveau. 



LA FEMME D'UN PRISONNIER. 

Air : Femmes, vcntUz-vous éprouver. 

Le printemps naît : nos prés, nos champs 
Des dons de Flore s'enrichissent, 
Et pour cacher d'heureux amants 
Les ombres des bois s'épaississent; 
Mais c'est en vain que ce séjour 
D'un nouvel éclat se décore. 
Au cœur qui ne vit que d'amour 
Le printemps peut-il plaire encore f 

Ma main n'osera de longtemps 
Tous mêler à ma chevelure, 
Roses, qui le dernier printemps 
Composiez toute ma parure : 



ROMANCES. 



375 



A la main d'un amant heureux 
Je vais unir sa main tremblante. 
L'attente d'un si beau moment 
Me remplit d'une ivresse pure, 
Et me rend encore plus touchant 
Le doux réveil de la nature. 



m^ 



La inuiique. de Berton, se troate notée ta If. 1S09 
de la Clé du Caveeu. 



LE PÊCHEUR PRIS DANS SES FILETS. 



Près des bords fleuris oà le Tage 
Avec orgueil roule ses flots, 
Indifférent encore, un ptîcheur en ces mots 
Insultait à Tamour sur sa flûte sauvage : 
Dieu méchant, ne crois pas un Jour 
M'asservira ta loi cruelle; 
Tout mon trésor c'est ma nacelle» 
Mes filets sont mes seuls amours. 

Lorsque de la plaine liquide 
J'ai surpris un jeune habitant, 
Ainsi> dis-Je, l'Amour aux pièges qu'il me tend 
Voudrait faire tomber ma jeunesse timide. 
Non, méchant, ne crois pas un jour, etc. 

J'ai vu l'amant de Glycérie; 

Ilélasl le pauvre infortuné 1 
J'ai cru voir un navire aux vents abandonné. 
Déplorable jouet des ondes en furie. 

Ah l méchant, ne crois pas un jour, etc. 

Nœris alors sur le rivage 
Promenait sa tendre langueur. 
Elleapproche,elleentend l'insensible pécheur 
Chanter avec fierté sur sa flûte sauvage : 

Dieu méchant, ne crois pas un jour, etc. 

D'un œil où se peint la tendresse. 
Elle appelle: il suit ses pas. 

Il la suit ébloui de ses jeunes appas. 

L'imprudent de ces bords croit suivre la déesse 



L'imprudent! hélas! dès ce Jour 
Il va subir la loi cruelle ! 
Adieu, filets, adieu, nacelle; 
Le pécheur est pris par l'Amour. 



LE CONNAIS-TU. 

Le connais-tu, ma chère Éléonore» 
Ce tendre enfant qui te suit en tous lieux; 
Ce tendre enfant qui le serait encore 
Si tes regards n'en avait fait un dieuî 

C'est par ta Toix qu'il étend son empire; 
Je ne le sens qu'en voyant tes appas : 
Il est dans l'air que ta bouche respire 
Et sous les fleurs qui naissent sous tes pas. 

Qui te connaît connaîtra la tendresse, 
Qui voit tes yeux en boira le poison : 
Tu donneras des sens à la sagesse. 
Et des désirs à la froide raison. 



Le cardinal 4e 



▲ir lacien, notée an If. 373 de la Clé du Cavean. 



IL REVIENDRA DEMAIN BIATIN. 

Au pied de la croix solitaire. 
Où le vent fait gémir le buis. 
Pauvre Lise, loin de ta mère. 
Pourquoi braver le froid des nuits? 
— Il me dit de venir l'attendre 
Là, sous la croix du grand chemin, 
Ce soir il aurait du s*y rendre : 
Il reviendra demain matin. (fii$.) 

Cette bague à mon doigt passée 
Et dont tu dois voir briller l'or. 
C'est un anneau de fiancée 
Je rétais, et le suis encor. 



374 



CHANSONS POPULAIRES. 



LE CHASSEUR DE CHAMOIS. 



iB38. 



Rom de rHeWétie, aox monu couverts de neige, 
Donne-moi ton amour, je subirai tes lois, 
Avec le cœur qui bat j'ai la main qui protège; 
Je sais fils du Tyrol et chasseur de chamois. 

Franck est mon nom, le bonheur m'accompagne, 
Je suis connu des chasseurs du Tyrol ; 
Ds m'ont nommé le roi de la montagne. 
Par saint Hubert, j'atteins l'aigle en son vol I 

Laisse là tes glaciers et tes rochers sauvages. 
Viens goûter le bonheur dans notre heureux séjour! 
Nous avons un beau ciel et de verts pâturages, 
Noos en enrichirons les fils de notre amoor* 
Franck est mon nom, etc. 

Celai qui failles rois et donne la puissance 
Tous deux jeunes encor nous rendit orphelins? 
Eh bien ! sois ma compagne, et par sa providence 
Diea qui les réunit bénira nos destins. 

Franck est mon nom , le bonheur m'accompagne, 
Je sais connu des chasseurs du Tyrol ; 
Ils m'ont nommé le roi de la montagne. 
Par saint Hubert, j'atteins l'aigle en son vol. 



A««lplie 



ta mntiqot, de Mamontel, m tronre, à Paris, chez 
L. Tldllot, éditeur, rue Notre-Dame-de-Nasarelli, 31. 



LE VIEUX MANOIR. 

1844. 

Enfants de la campagne, 
Ifailas pB», ren le soir, 
Courir sur la montagne 
Où Ton voit, où Ton voit' ce numofav 
Quand le ciel devient sombre 
Et que descfiod la nuit, 



Soudain s'élance une ombre, 
Aa milieu d'un grand bruit {bis,) 
Gardez>vous chaque soir 
D'approcher .du manoir. 



{bis.) 



On dit que fiancée, 
S*égarant sur le soir, 
Un jour fut entraînée 
Par Tesprit, par l'esprit du manoir, 
Depuis ce jour son âme, 
Comme un fantôme blanc, 
Au milieu d'une flamme 
Apparaît en tremblant 1 (bis,) 
Garde2<vou8, etc. 

Soudain dans un nuage 
Le tonnerre frémit. 
Un cri part de l'orage, 
Va, Salan, va, Satan, sois maudit. 
La montagne embrasée 
lette un torrent de feu ; 
Chacun, l'Ame alarmée, 
Se met à prier Dieu. 
Sauvez-nous, 6 mon Dieu ! (fiis.) 
Satan fuit le manoir ) . . 
Redouté chaque soir. ( 

Eémi WLimmtl 



La nrasfqve, de M. Dominique, te trooTe cbe 
M. Faêé, édhear, p«Mage du Grand-Cerf. 



ROMANCE DE MONTANO ET STÉPHAiMF 

Quand on fut toujours vertueux. 

On aime à voir lever Taurorcu 

A son aspect délicieux. 

L'homme juste eat plus calme encore. 

Plus recueilli dans ce moment, 

U jpuit d'une ivresse pure, 

Bt rien pour lui n'est si touchant 

Que le réveil de la nature. 

Je ymisi em^i awibler lea vœux 
B'uiid.teodra etaensible amaotA. 



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A mes yeux ravis tout sBDlme : 
Les rui'sscatii, les sentiers, les bois 
Ue parlent un langage inlime. 
Comme des amis d'autrefois. 

Qu'on est heureux, etc. 
J'arrive enfin dans mon village, 
Enrants, vicillarde, parents, amis, 
Tous se pressent sur mon passage, 
Ue serrent sur leurs CŒurs chéris; 
Aprfs d'aussi longs jours d'absence. 
Qu'il esl doux de se riïunir, 
beau pays de ma naissance. 
Je t'ai revu. Je puis mourirl 
Qu'on es' heureux de revoir la patrie, 
Qui Tut longtemps l'objet de nos regrets. 
Quand tout au cœur et s'elTace et s'oublie, 
Son tendre souvenir ne meurt, ne meurt jamais 

U rouùqM, de Fui nenrioa, k IraoTc chtt M. Colov- 



Lq 



LES LOUIS D'OR. 

isto. 

soir, le long de la riviËre 



Sous l'ombre des noirs peupliers, 

l'rès du moulin de la meunière, 

Passai! un bomme de six pieds; 

Il avait la moustache grise. 

Le chapeau rond, le manteau bleu ; 

Dans ses cheveux sourilail la bise; 

C'était le diable ou le boa Dieu. 

Sa Toii qui sonnait comme nu cuivre, 

Et qui rendait le son du cor, 

Me dit : « Au bois, il faut me suivre, 

« Je te promets cent louis d*or 1 » . 

— Je le suivis sans résistance. 

Par son œil rouge ensorcelé; 

Il m'aurait monlri! U potence. 

Que je n'tnrais pas reculé. 



11 marchait plus vite qu'un lièvre 
Et n'avait pas l'air de courir; 
La frajeur me donnait la fièvre. 
Je crovais que J'allais mourir. 
Hais liii, pour me faire revivre, . 
Disait, rendant le son du cor : 
■ Au fond du bois, il faut me nuirre, 
« Je te promets cent louis d'or I n 
— Au fond du bois nous arrivâmes; 
II faisait nuit, les arbres verts 
Jetaient dans l'air de vertes flammi-s. 
Je crus entrer dans les enfers; 
Je vois une éclair eiïro^able 
Défigurer mon inconnu : 
Holâ I je reconnais le diable 
A sa queue, à son front cornu; 
Il me fait voir ouvert un livre 
Où rien n'était écrit encor, 
El me dit, de sa voix de cuivre : 
• Veuî-tu gagner cent louis d'orl • 
Jure Ion sang, jure ton âme, 
Jure le diable et jure Itieu, 
Que tu n'épouseras pas femme 
Ni du bamcau ni d'autre lieu. 
Au moins aiant la quarantaine. 
Et qu'on te verra tous les jours 
Courir de fredaine en fredame, 
Sans te fixer dans tes amours. 
Quand sa griffe eut rougi le livre. 
Sa voix résonna comme un cor; 
Il me dit : • Signe el je te livre 
a tn or sonnant ceoi louis d'ort » 
Au lieu de signer sur la page 
Où le diable avait mis ses doigts. 
Je songeai qu'il était plus sage 
De faire uo grand signe de croix. 
Le diable partit en mmée, 
Et je fui transporté loudaia 
Chez ma meunière bien-aimée. 
Dans une cbambre du moulin ; 



s 



CHANSONS POPULÀLEES. 



disait : Tiens, je te lim 
K»n cœur, mon moulin, mon trésoc;; 
niiB avait en gros souft^iai eiiim^ 
Ea belle avait cent Ioqîb d'ori 

Lk mmifine, de l'anteor des parolea, se troiiTe, 
à Puia, chez M. Brullé, éditMir,l% pnsage des Pa- 



LE RETOUR DE LA SCEUR. 

1835. 

li, j'arrive à l'instant; allez chercher ma sœur, 
sais que mon retour est pour elle un bonheur. 

Ahl ma sœur jolie. 
Enfin votre cœur, 
De tendre folie. 
Connaît la douceur I 
Âh 1 pauvre innocente I 
Près de toi j'accours ; 
Une confidente 
Vole à ton secours ! 

Qu'il est aisé de lire dans son âme I 
En m'écrivant) elle a trahi sa flamme. 
Pour ce jeune homme elle a de l'amitié I 
A son malheur, elle doit sa pitié!... 
Nous savons, hélas 1 à son âge. 
Ce que veut dire un tel langage 1 
De la pitié ! 
De l'amitié ! 
A son âge, 
Non, non, non, non, plus de détour ; 
Celte amitié, c'est de l'amour I 

il, j'arrive à l'instant ; allez chercher ma sœur. 
sais que mon retour est pour elle un bonheur. 

E. 4e PiAB«r4 et H. de Blalut Ceorgea. 

L'ÉclaiTf opéra-comique e» trois actes, an ytmtM 
chez M. Tresse, éditeur, 2 et 8, galeiis ds Chtttrss 
(Palaia-NaUonal). Prix : 60 

Musique de F. Haiérj. 



lA promenak; EN 



issa. 

Glisse, Yobi^ ô ma gondale^ 
Gondolier, fuis loin daàa 
Pour qn'Blvire, mon îdais^ 
Dans mes bras se jette enoarf 

Tois, des eaux la fleur hmoUÉ 
Bnlla seole anr les mers. 
Et du jour la sœur timide 
Se balance dans les aire 1 
Glisse, vole, etc. 

Si ton cœur parle, ô ma belle. 
Laisse-toi par lui charmer I 
A l'amour tout nous appelle. 
Quand tout aime, il fautaimerl 
Glisse, vole, etc. 

Mais la brise enfin soupire, 
Elle agite les roseaux ; 
Sur mon sein, viens, mon Elvire^ 
Viens chercher un doux repos. 

Glisse, vole, ô ma gondole, 
Gondolier, fuis loin du bord, 
Pour qu'Elvire, mon idole. 
Dans mes bras se jette encor^ 

li. Crevel 4e €luirleHuii^«, 



La musique, deRossfni, se trouve dies M. 
penas et Gie, éditeur, 40, rue YiTinms. 



JE TE PRENDS SANS DOT. 



ftB8«. 



Ce n'est pas ta dot, ma bdle comtene^ 
Ce n'est pas ta dot, ta dot que Je vens^ 



ROMANCBS. 



371) 



MiIb je veux pour dot plus que U ricfaene, 
Mais je veux, mais je veux, oui, je veux... 
Tes yeux I 
Oui, je veux, oui, je veux, \ 
Ma belle comtesse, > {hit.) 

Oui, je veux tes yeux. ) 

Chacun dit à ton père : 
Combien lui donnez- vous?... 
Combien vaut son douaire. 
Et combien ses bijoux? 
Et moi je dis à tes genoux : (to.) 
Ce n'est pas ta dot, elc. 

Que la flamme dévore 

Tes trois châteaux de roi. 

Et tu seras encore 

La plus riche pour moi. 
Et je dirai : donnez-la-moi. (bis,) 
le te prends sans dot, ma belle comtesse, 
Ce n*est pas ta dot, la dot que je veux ; 
Je te prends sans dot et sans ta richesse , 
Mais non pas, mais non pas sans tes jolis yeux! 
Mais non pas, mais non pas, ma belle comtesse, 
Sans tes jolis yeux. 



Pourtant, je me ravise. 

Quoique très amoureux. 

Je dis avec franchise, 

Pour toujours être heureux 1 
Je veux encore, avec tes yeux : (bis,) 
Je veux une dot, ma belle comtesse. 
Puisque c'est la dot qui fait le bonheur ; 
Je veux une dot qui soit ma richesse, 
Si pour dot, si pour dot, tu donnes ton cœur, 
Tu donnes, tu donnes, ma belle comtesse, 
Tu donnes ton cœur. 



La masique, de Mn« Lofs» Puget, m trooTe 
difz M. Meissonnier ûls, éditcar, me Daaphine, 18. 



LA SONNETTE DU DIABLE. 

iS4S. 

Fillettes da village, 
Approchez sans trembler, 
G*est un avis fort sage 
Que je vais vous donner. 
Votre eœur, en cachetle, 
Soudain vous instruira; 
Prenez cette sonnette 
Que Tenfer me donna, 
Sonnez, sonnez, et l'amour paraltnu 

Un aveu, c*es