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Full text of "Conduite pour passer saintement le temps de l'Avent: où l'on trouve pour chaque jour une ..."

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I 

1 



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CONDUITE 



POUR 



LE TEMPS DE LAVENT. 



'*i^^ 



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GÔNDUITE 

POUR PASSER SAINTEMENT 

LE TEMPS DE LAVENT, 

Où Ton trouve pour chaque jour une Pratique, 
une Méditation, des Senrimens, des Sentences 
de la Sainte Ecriture & des SS. Pères , & un 
Point de Tlncarnation. 

DÉDIÉE J ^LJ REINE. 

Par le R. P. AVRILLON , Religieux Minime. 




(^J. J 




A P A RI S, 

Chez HUMBLOT, Libraire, rue S. Jacques, 

vis-à-vis S. Yves. 



M. DCC^^XVIL 

Avec ApprohatiotSÊ^Brivilége du Roi. 



4' . 




LA REINE. 



Madame, 



Cet Ouvrage -, qui n'efi âeJHni gitt 
four conduire les fidèles à lu crSche du 
Sauveur., pendant le faine temps Je 
» 3 



vj É P I T R E. 

VAventy attend la proteàion c/^ VOTRE 
MAJESTÉ, pour lui attirer* une plus 
.- grande foule de vrais adorateurs* Il ne 
faut pas feulement à ce Pafieur des âmes ^ 
caché fous les langes £un enfant ^ des 
pajleurs de brebis j. qui quittent leurs: 
troupeaux pour le venir adorer , il faut 
encore à ce Roi des Rois^ des têtes cou^ 
Tonnées pour lui rendre leurs hommages^ 
& pour en montrer V exemple à leurz 
fujeis. 

Aujffi-tôt que cet Homme-Dieu efiforti 
de raugufte fein de fa divine Mere^ non 
content Renvoyer des Anges aux bergers 
£ alentour pour leur en annoncer la nou^ 
velle^ il s^ annonce encore lui-mêmepar une 
itoile y & le chemin de P Orient à rétabk 
'de BethÙm ^fi aujprtôt frayé par uok 



É P I T R E. vij 

Souverains y quHlfaiiy tout enfant qu^ il 
ejt j détacher de leurs trônes y par ce foi-^ 
hle météore y pour le venir reconnoîtr^ 
comme leur Souverain y comme leur Sau^ 
Veur j & conmie leur Dieui^ 

V étoile y ou pour mieux dire , la foi f 
dont elle étoit le Jymbole > avoit; déjà 
porté la lumière dans leurs âmes pour leut 
faire comprendre y que tes couronnes les 
plus brillantes n^empruntent leur éclat ^ & 
ïesfceptres des plus puî^ans Monarques ^ 
leur autorité y que de ce Souverain du ciel 
& de la terre y quoiquil ne foit quun en^ 
fant nouveau né dans une pauvre étahlt 
& couché fous une crèche ; ^ue cette 
établey toute méprifahte qu^etle paroiffe^ 
efi infiniment plus augufie que les plus 
fuperbes palais des Rois de là terre j cette 



vHj É P I T R E, 

crèche phis refpeàable que les trônes les 
fins édatans y que ces pauvres langes 
remportent en fpUndeur & en^ dignité 
fur la pourpre des Souverains ^ & que 
cet ornement pompeux ^ par lequel ils 
prétendent étaler leur grandeur aux yeux 
des hommes y ne peut jamais être plus 
honoré y que quand il ejl abaiffé fur la x 
paille & fur le foin qui compofent /%J 
crèche £un Dieu Sauveur^ ^ 

Vttùïte qui conduifoït ces Mages à 
la crèche efi éteinte ^ & le chemin en eft 
devmu bien défert depuis que les mon^ 
dains en ont laiffé effacer les traces y en 
fe faifam des routes toutes contraires; 
qui ne , conduifent qu^à la fauffe gran- 
deur ^ à la cupidité & aux plaijirs des 
fens y & Pon pourroit dire avec un Pro^ 



É B 1 T R E. îx 

phéte * ^ue les voies de Bethléem pleu^^ 
rentj comme celles de S ion pleuroient 
autrefois f de ce qu elles ne font plus fré- 
quentées : Mais nous avons lieu £ejpér 
j^er^ MADAME y que r exemple de 
votre piété fera fubfiitué à P étoile pour 
retracer ces voies de falut dans laplusflch 
nffante Cour qui fût jamais y & de-là dans 
le plus puîffam de tous les Royaumes. 

Quand une grande Reine fe fait un 
'^kvoir & unHomteur dk def cendre tous les 
jours y comme vous faites, MADAME; 
du plus brillant de tous les trônes ^ ok 
fon mérite Va placée y pour venir s^abaif 
fer aux pieds de celui du Roi des Rois; 
ou rmijfant dans une étahle , ou expirant 
fur une Croix y oufacrifié fur nos Awi 



X É P I T R È. 

tels y & qu^eû P adorant dans la pqfture la 
plus kumiliée y avec une foi & une piété 
qui édifie les vrais fidèles y & qui confond 
les libertins y Elle lui fait de continuels 
hommages de fa couronne y de fes gran^ 
deurs & de toute fa perfonncy Elle en 
attire bien d^ autres après elle pour bii 
lendrejes mêmes devoirs.- 

Laifiei" nous y MA DAME y nous 
fictter de cette douce efpérance de voir 
réfleurir la piété dans la Cour par Pexem.-^ 
pie . de la. v6tre : cet ejprit de foi qui 
vous anime dans un temps ou P on peut 
dire qtùellc eft en fouffrance ; cette mo-- 
deftk y .qui dans VOTRE MAJESTÉ 
coule defourcCy qui brille dans nos Sanc- 
tuaires & par-tout ailleurs y & qui fied 
fi bien à une Reine ; cette charité fi 



É V I T R E xj ^ 

compatiffante & fi bienfaifante aux pm^, 
yres : ce refpeâucux & tendre attachement 
pour Paugufie Epoux qui vous a cou^ 
rormée^ 6* qui fait déjà le bonheur ù 
les délices de fes peuples : En un mot 
Pheureux concert de toutes les vertus 
chrétiennes & royales que le Seigneur 
a répandues dans votre grande ame ^ 
jujiifient de refie nos efpérancesr 

Cefi dans cette vue ^ GRANDE 
REINE y que f ai pris la hardiejfe de 
préfentet ce Livre à VOTRE MA- 
JESTE, fur lequel elle a déjà eu la 
bonté dejetter les yeux , VAvent dernier ^^ 
quoiqu^il ne fût que manufcrit y pour 
nourrir fa piété par les Pratiques y les^ 
Réflexions & les Sentimens qu^il con-- 
tient ; c^efi aufji^ M AD A MË^pouf 



3dj Ê P I T R E. 

COUS donner ce témoignage de la très^. 
profonde vénération avec laquelle foi 
1^ honneur £ être y 



DE VOTRE MAJESTÉ y 



y 



Le'trés'-kuiâUe, trèf- obëilTant ^ 
trcs-fidéie fujet^FR. Avkxlloii^ 
Religieux Minime. 



PRÉFACE 

jPOUR SERVIR DE PRÉPARATION 

A V 4V%N t. 

V-»'£ST entret dans refprit & fuivrô 
les traces du grand Précurfeur, de pré- 
parer \ts fidèles à l'heureux avènement 
de leur JR^édempteur \ c'étoit ^n effet 
la glorieufe deftii^ation 4e J,ean-Bapr 
tifte, qui fembloit n'être venu fur la terre 
que pour cette importante fon^ion ; il 
a commencé même à la remplir avant 
que 4e naître ; il treifaille de joie dans 
\p fein qui le |)oi;te , ftc il s'efforce de 
iaire lentir à fa mère ce qu'il fent lui^ 
même le premier, c'eft-à-dire, la prç- 
ience de Ton Dieu & de Ton Sauveur; 
çp qui fit dire à Ton bienheureux pçre 
!^acharië 4ans un f ranfpoct de joie & de 



xîy Préface 

prophétie tout enfemble : Et vous en- 
fant vous ferez appelle le Prophète du 
Très- haut ; car vous marcherez devant 
lui pour préparer fes voies. (Luc. i). 

Ce divin Précurfeur entra dans la 
folitude dès i^cs plus tendres années, 
pour mieux fe préparer lui-même à 
s'acquitter de ce devoir ; & il n*en 
fortit, par rinfpiration du Saint-Efprit, 
que pour préparer les hommes par là 
pénitence à Tavénement du Meffie 
dont il étoit la voix ; mais voix fi 
éloquente & fi retentiflante , qu'elle 
fe change en cris & en clameurs pour 
fe faire mieux entendre du grand peu- 
ple dont il étoit fuivi dans le défert 
aux environs du Jourdain : ^go vox 

ctàmantis in deferto j dirigite yiam Domini* 
(Joaiu i). * 

Servonsrnous ici de ces mêmes pa- 
yoles, il n'en èft point qui foicnt plus 



& Préparation: xy 

dignes d'être mifes à la tête de cette 
Conduite pour paflcr faintement le 
temps de TA vent : c'eft le Saint-Efprit 
qui les a mifes dans la bouche de ce 
faint Pxécurfeur^ demandons -lui qu'il 
les mette dans nos coeurs ; & que pour 
changpr.de canal, elles ne perdent rien 
de leur force, de leur énergie & de leur 
,ondion;i^pour nous préparer dignement 
à la naiflance d'un Dieu fait homme | 
qui defcend du ciel , par l'amour qu'M 
B poiir jaous, pour yenir être notre 
rédempteur, nptre modèle, notre lé- 
gidateur, & enfin notre rémunérateur^ 
aux dépens de fa vie 6c de fon fang. 

Les voici ces admirables paroles de 
Jean-Baptifte , paroles qui ont retenti 
av£c tant de force & tant de fuccès dans 
le voifinage du Jourdain, & que l'Eglife 
répète & fait retentir aujourd'hui par la 
bouche de fçs Miniftres dans tous les 
iknduaires. Je fuis la voix de celui qui 



acv| rrejace 

crie dans le déiert^ préparez la voie du 
Seigneur^ rendez droits & unis fes fea<* 
tiers, toute vallée fera remplie, & toute 
colline fera abaiffée y les chemins tort4is 
deviendront droits ^ & tout homme 
verra le Sauveur envoyé de Dieu. 
(Luc. 3^. 

Heureux fi le Seigneur voi^loit ré- 
pandre fes bénédiâions fur cette Con-* 
duite âc fur les âmes fidèles qui la fui- 
vront; & fi, pendant cette carrière de 
TAvent, qui va nous acheminer à la 
naiflance tant jdefirée du Sauveur de 
tous les hommes y elle pouvoit contri- 
buer à abaifler quelques-unes de ces 
collines orgueilleufcs, qui fe ^nt éle- 
vées contre Dieu, qui ne méritent pas 
qu'un Dieu abaiflfé pour leur amouc à 
rhumbie qualité d'enfant, les honore de 
ia vifite , qu'il ne rend x)rdinairement 
qu'à ceux qui font humbles de cœur ! 
Heureux fi elle pouvoit contribuer à 

lemplk 



& Préparation. xvîj 

remplir & à cambler quelques-unes de 
ces vallées baurbeutês y où Ton ne 
trouve que des penfées baffes & ter- 
reftres^ que des fentimens grofliers^ Se 
que des defirs charnels, qui les em- 
pêchent .de s'élever jufqu'à Dieu, & qui 
les enfonce dans la bone , pu il n'y a 
point de fubftance, félon Texpreffion dil 
Prophète ! {Pfalm. c%). Heureux fi elle 
pouvoir redreffer & applamr quelques- 
uns de ces chemins tortus & raboteurx 
remplis^ de rorïces & de pierres de fc'an- 
dale , où il n'eft pas fur de marcher fans 
tomber ! ce qui ks empêche d'aller à 
la crèche , pour .s'inftruire & pou^ 
profiter du myftere de rincàrnatiort , & 
^ui empêche auffi ce Sauveur naiffant 
de venir à eux pour éclairer leur^ 
cfprits, pour fenftifier leurs ames^, & 
pour embrâfer leurs cœurs de fes divi- 
nes ardeurSr 

Sui vez cette* Conduite qu'on vous 



XVÎîf Préface 

préfente ; recevez-la comme.vous avez. 
. eu la bonté de recevoir celle que Toiv 
yx)us a préfentée pour le Carêipe & pour 
les grandes Fêtes de • Tannée ; affujet- 
tiffez-vous à fes pratiques, ce feront 
autant de démarches qui vou& appro- 
cheront de la* crèche, parce . qu'elles 
font tirées des vertus mêmes que le 
Sauveur nailTant a pratiquées dans Téta- 
blé , pendant (on enfance & dans tout 
le coursi de fa vie. Je prie le Seigneur 
qiie vous y alliez dans le ntême efprit 
âe foi que les Pafteurs & que les Mages , 
& que VOU5 en rapportiez comme eux 
des bénédiaions, àgs tréfors de grâce 
& d'amour, & qu'on puifle dire de 
yous ce que le Roi -Prophète diloit 
d'un peuple fidèle , dont il louoit la 
ferveur : Seigneur, votre oreille a écouté 
favorablement la préparation de leur 

cœur : PrAparatiancm cordis çorum audivit 
auris tua^ {Pfalnu j}-^ 



& Préparation.' 3iîx 

Entrez inceffamment dans cette pré^ 
paraôon de cœur, & ne laiflez perdre 
aucun moment ; perfuadez - vous que 
vous n'avez pas trop de temps, car 
cet adorable Sauveur s'approche, difoit 
faint Bernard, il vient à nous, il mar- 
che à pas de géant ; le voici , il nous 
attend , il nous appelle , il nous regarde ^ 

il nous parle : f^enu Chrijlus ; accélérât j 
éippropinquht j ddejl ^ refpicit j alloquitur ; 
{D.Bcrn. IU>. 57. inCant.) Il eft bien jufte 

que nous faifions quelques démarches 
pour aller à lui ; il eft déjà defcenda 
du fein de /on Père célefte dans celui 
tfune« Vierge pour s'y renfermer Tef- 
pace de neuf n}ois ; il y eft à préfent 
en folitude , en filence & en captivité ; 
iiy penfe à nous, il s^occupe de nous, il 
s'intérefle à notre bonheur ; il eft jufte 
que nous penfions à lui : il eft déjà 
revêtu de notre chaif , pour établir 
entre lui & nous une allian ce intime & un 
(âcré commerce du plus parfait amour 

b a 



Préface 

dans la plus parfaite reflemblaAce \ i\ 9 
pris la notre afin que nous prifitons la 
iîenne^ & il nef tiendra pas à lui que 
cette alliance ne foit éternelle»^ 

Il va naître dans une pauvre étable f 
& fur une crèche ^ quand le terme de 
neuf mois fera expiré ; terme heureux 
que nous devons délirer, avec acdeur^ 
fi nous fèntons y comme nous devons 
fentir 5 L'extrême befqin que nous avons 
d'un Sauveur, fit qu'il attend liii-même 
avec une fàinte & amoureufe impa* 
tience, qui ne peut venir qpe du défie 
violent qu'il a de nous délivrer 4^ nos 
péchés, de^ nous^ rencke la vie de la 
grâce que nous avions perdue , & la 
vie de k gloire, à laquelle nous n'a- 
vions plus aucun droit, & que nous 
xi'ofions prefque plus efgérer. 

Ce Sauveur fe hâte de venir à nous ^ 
Mtons-nous «d^aller à lui ^ courons âc 



& Préparation: xxj 

&e portons rien avec nous qui puifle 
xetarder notre courfe ; allons à lui » non 
pas tant par les démarches du corps 
que par celles du cœur^ qui font bien 
plus de chemin ; fiiivons, pour aller 
à lui^ toutes les démarches qu'itfait 
lui-même pour venir à nous , & nous 
aurons le bonheur de le joindre bien- 
tôt ; fuivons l'étoile avec la même afr- 
deur & la même fidélité que les Ma- 
ges j fi elfe s'éteint quelquefois y allons . 
à* lui par les voies obfcures de la foiî 
difons-nous à nous-mêmes ce qu-ila 
dirent à Hérodes, vidimus ^ nous avons 
Yu : [Matth. i). Ne ceflbns pas de mar- 
6her> & cette' étoile éteinte brillerar 
bientôt avec un nouvel éclat fur. nos 
têtes ôc dans nos coeurs pour' nous 
conduire à Bethléem. 

Pour vous aider à vous préparer à 
cette naiflànce de vôtre Sauveur i oc- 
capez-vous de ces fenûmena^ de ce^ 



icxîj Préface 

défirs & de ces oraifons jaculatoiref 
toutes de feu, que les Patriarches & 
les Prophètes pouflbient fouvent vers 
le ciel du plus profond de leurs cœurs y 
avant le myftere de rincarnation pour 
en obtenir raccompliflement ; fervez- 
vous des mêmes expreffions, ce font 
de grands modèles y le Saint-Efprit les 
leur a dictées, ils nous les ont laiflëes 
par écrit ; nous aurons foin d'en choi-> 
iîr une tous les jours de c6t A vent, 
pour vous en fervir, 5c pour porter vos 
défirs vers le ciel. 

Uniffez-vous à ces grands Hommetf 
de l'ancien teftament ; demandez com- 
me çux & avec eux le dëfiré de tou- 
tes les nations, le libérateur de fon^ 
peuple , la lumière des Gentils , le 
jufte, le fauveur de tout le monde, 
la gloire du peuple d'Ifraël, le deftruc- 
teur de la mort, le conquérant pacifi- 
l^e de %;>ute 1%^ terre ; en un mot, la^ 



& Préparation. xxiïj 

\oic^ la' vérité & la vie : la voie qui 
conduit (urement ; la vérité qui éclaire 
tous les hommes^ & qui ne peut jamais 
tromper j &. là vie qui n'eft point fu^ 
jette à la mort. 

Efforcez vous pendant cet Avent de 
marcher toujours dans le recueillement 
& dans la préfence de Dieu; aimez la 
retraite & la folitude, perfuadé que 
Jéfus ne vient point dans une ame 
diflipée imdreSèz à ce Sauveur qui va 
naître , & vos défirs & vos vœux f 
vos plus refpedueux & vos plus ten- 
dres hommages ; tantôt dans l'heureux 
moment de la divine & incompréhen- 
fîble opération du SaintEfprit, auquel 
ce Dieu de Majefté fut fait homme pour 
notre amour ^ du J)lus pur fang d'une 
Vierge ; tantôt dans Tauguffe fein de 
cette divine mère où il réfîde ; tantôt 
dans fon voyage chez Zacharie & Eli^ 
fabeth, où il fe laiffoit porter par Marie 
à là première de fes copquêtes> pen« 



xxiv Préface 

rfant qu'il pc*toit Jui-méme par fort 
amour & par fa grâce celle qui avoit 
Thonneur de le porter : portant à- quo 
penabatufj dit le dévot Saint Bernard ; 
{ih Cant.) tantôt dans le chemin de 
Nazareth à Bethléem , où il fouffrir tant 
de difgraces de là part de fon propre 
peuple i tantôt dans rétable .où il va 
prendre naifl&nce, comme le plus pau* 
vre de tous les honnmes^ fu,r un peu 
de foin^ au milieu de deur animaux^ 
étable qu'il va arrofer de fes larmes^ 
& faire retentir* de £es cris enfantins. 

Mais ptfur rendre vos hommages plus 
dignes de l'adorable enfant auquel vous 
les adrelferez /uniflez-les tantôt à Ma- 
rie, fa divine raere, qui a été la pre- 
mière & la plus parfaite adoratrice 
de cet Homme - Dieu ; tantôt à ceux 
de Saint Jofeph fon chatte époux , le 
plus digne de tous les hommes d'ap- 
pïocher du. Verbe incarné, aux foins 

duq^ael 



& Préparatiorf^ «y 

- 4luquiel il va être co»âé ; t^tkàt ides 

Afigçs qui ^ê&endent dm cid ^nâfiir 

^^lèbter cetts naiâiaiice pw leiaors faciès 

Optiques i tantôt jfàites - loi des ipré^ 

feus coFmriiie les Paftetirs & comme les 

^Magcs i afdatet cis divin ehêiiit avec 

autant de ioi^ de tefpeA de d'amoufe, 

que ces prerhietis adôratieurs ; prenez 

part aux préfeAs quHls lui offirent^ âc 

'faites en farte que parmi ces préfetis il 

y trouve votre cd&âr^ c'eft le plus dcffcêi^ 

ble que vous puiSfes 4ui offrit. 

Ne pàSez pfts tm (bât jouf, d'ah 
Yempè aUfld faiât <% âââî-^rêciôuK c&aiBh 
■<me eft $èlui dô l'Avôiit, que voùsite 
Siffiët qatl^uë ^âti^tie de ft)x>nificaw 
iSià^ intérieure ^ e^ïïeore potir ke>- 
îioaer tes foufflancds dt J«riïs - Cfif i<t 
dans t'-étâyâr ; i<eÀdêe4âi ibâvent des 
vifites cendres & refpeaueufes , muld- 
p'iïûï le frius qaè VOUS pÔuWèi Vos 
feomifcS »iivrès, ^ôttï Ibs' iûi «ïtt 6Ï6ir 

c 



xxv) Préface 

■' dans la crèche ; prie^-le tous tes jouf» 

* d'accomplir ea vous les adorables dei^ 

ièins qui Tout engagé de fe revêtir de 

jTocre chair^ de vous combler de toiH 

:<e& les grâces qui font attachées aux; 

vtnyileres inéfables de fon Incarnation^ 

de ibn féjour de neuf mois dans Tau* 

guûe fein de ià divine mère ^ de ia 

Aaiilance temporelle ^ âc qit'il vous falle 

part de tout ce 'qu'il a mérité de (on 

Fere célefte/dans tout le cours de (a 

YÎe mortéUe i P£iez*le de vous venic 

vifiter & dé demeurer chez vous, fe- 

k)^ la divine promeflCe qufit vous en a 

faite pat (on Difciple biea-^aiméj quand 

:îl a dit t GcJui qui m*axmt^ mon Pcre l'aimera J 
•nous viendrons, à^ lui & nous demeurerons che^ 

Itâ^ {Joam i^. Prie2i?-le,; enfin, de voui 
préparer lui-même à cette vifite fîpré?; 
cieufe, û (àinte & û honorable» 

Vous trouverez dans cette Conduite- 
tous les [ou|s de TAvent,. un^ 



& Préparation. xs^- 

TïSitiqMc^x une Méditation y des Senti-<! 
. mens tirés de FEvangiie ou de TEpitre^' 
& des Sentences de TEcriture Sainte 
& des Saints Feres> conformes à la Mé? 
ditation» comme j'ai ob&cvé dans la 
Conduite du Carême« Vous trouverez 
aufli tous les jours un poiqt fur rinçatri 
naticMi ; enfin on finit par une demande. 
& un foupir d-un des Prophètes pour 
obtenir le Meffie> pour s^cn fervir 
comme d^une ûraifon jaculatoire penr 
dant la journée 

Le feizieme de Décembre^ qui ef& 
le premier des neuf jours qui précédent 
ta fête de Noël 5 on y ajoute^ & pour 
les jours fuivans^ de courtes paraphra^ 
£ès fut les 0> ou fur les grandes Ah'- 
tiennes de Vêpres; avec un hommage 
tous tes jours à Jéfus naiflant ; enfiO' 
poiu: s*entretenir pendant la fête & 
pendant les jours fuivans de ce grand 
i"Y^(e j on explique i'Ëvangile di^ 



iSCBCvij Pfiéfl^ '^ Préparatloni 

-)QUt psff plufîeu» païaphKafes afiè^^ 
<feS) qui font autant de réâexioas, d'a^ 
grattons & d'aftes S^'ettoM vers cet 
^ adoioble Sauveur <tens la crèche : & 
foùvrage finit par quelques pratiques 
pour bien finit Sx. fout bien commen-* 
icer l'année. 






^ 



x^^ 



ÇONDlflTE 




CONDUITE 

POUR PASSER SAINTEMENT 

LE TEMPS DE UAVENT. 



LE I. DIMANCHE DE L'AVENT. 

JOUR DE CRAINTE. 

Pratique. 

COMME la craiate du Seigneur eft 
l'entrée à la vraie fagefle , félon le 
Koi Prophète, {Pf. i lo.) vous commen- 
cerez cette Tainte carrière de rÂvent pat 
la pratique de cette vertu , afin qu'elle 
dirige sûrement vos pas vers la iagefib 
incarnée. Vous ne perdrez point de vue 
ce redoutable jugement, dont rÉvançilie 
de ce jour fait aujourd'hui un portrait li 
effrayant, jugement qui a fait trembler le» 
plus inuépides & les plus grands Saints^ 
A 



a Le I. Dimanche de l'Avent. 

od Dieu jugera, non-feulement les pé- 
chés, mais encore les juftices, {Pf. 74..) 
Cependant faites ,en forte que votre 
crainte ne foit point mercenaire, mais 
filiale; & comportez-vous & réglez- vous 
dans vos penfées, dans vos paroles & 
dans vos aftions , comme fi vous deviez 
être jugé incontinent après au Tribunal 
de Dieu : dites-lui fou vent dans la journée 
avec le Prophète : Seigneur ^ n'entrez 
point en jugement avec votre ferviteur; 
car hélas ! quel eft celui qui pourroit fe 
juftifier en votre préfence ! [Pf. 14.) 

MiDITATI ON SUR LA GRAIN TJE 
DES JUGEMENS DE DiEU, 

Tirée de l'Evangile. 
Premier Point. 

A ^^^^ ^^^ verront le Fils de l'Homme qiâ 
j^L viendra dans une nue j avec une grande 
puiffance & une grande majefié. (Luc. 21.) 

Quel affreux fpedacle fe préfente au- 
)ourd'hui à nos yeux , & par quelle cf*- 
ftoyable route TEglife commence- 1- elle 
à nous conduire à Bethléem dès le pre- 
mier jout de r Avent , pour y adorer & 
rendre nos tendres & refpedueux hom- 
mages, non à un Juge fouverain des 
vivans & des morts, mais à un enfant 



Jour de Crainte. 3 

doux & humble; non à un Dieu fou- 
droyanx dans les nues pour condamner 
les pécheurs impénitens à des peines 
éternelles, mais à un Sauveur naillant, 
qui ne vient que pour brifer nos fers, 
pour nous faire miféricorde, pour nous 
comblçr de grâces, pour nous ouvrir le 
ciel , & pour nous frayer , par fon exem- 
ple , par fes. fouffrances & par TciTufion 
de fon (àng , le chemin qui y conduit 
sûrement. P.enfez-y férieulement ; car fi 
Tun de ces fujets fait naître nos confian- 
ces , l'autre eft bien capable d'exciter 
nos craintes & nos frayeurs. 

Dans rétable de Bethléem , TEvangé- 
lifte nous dit que nous trouverons un 
enfant enveloppé de langes & pofé dans 
une crèche : ici il nous dit que nous 
trouverons le Fils de THomme dans les 
nues , avec un éclat & une majeftc re- 
doutable. Dans rétable p c'eft un enfant 
fans parole, qui ne s'explique que par 
fes larmes & par fes cris enfantins : dans 
les nues , c'eft un Dieu Tout-puiflànt, 
dont la voix éclatante fe fera entendre 
de toute la terre. Dans Tpne nous noU- 
verons un Sauveur naiflant qui nous tend 
les bras, un Libérateur qui nous déÛvne 
&;, qui vient nous donner tout fon (àng 
pour nous fauver du péché , de la mort 
& de Ten&r i dans Tautre c'eft un Juge 

A z 



J, * 



4 Le L Dimanche de l'Avent. 

inexorable , qui femble n'avoir que la 
feule juftice pour tout attribut, & qui 
ne fçait plu^ faire miféricorde , parce 
qu'il en a trop fait , & que le pécheur 
qui en a abufé va devenir ia malheureufe 
viftime de fes vengeances éternelles. 
Penfez-y fouvent, pour vous précau- 
tionner contre les difgraces dont vous 
êtes menacés. Craignez -le à préfent, 
ce terrible jugement, dit S. Auguftin^ 
{Serm. hic.) c'eft le moyen de ne le pas 
craindre quand il arrivera. 

S E C. O N D P O I N T, 

NE féparez jamais les deux grands 
fujets qu'on vous propofe aujour- 
*<l'hui; qui vous repréfentent un Sauveur 
naiflant dans l'établc , & an Dieu Juge 
dans les nues , afin d'éviter d'un côté la 
prcfomption, & de l'autre le découra- 
gement, qui font deux écueils égale- 
ment dangereux; l'un nous attire, nous 
confole & nous fait tout efpérer; l'autre 
nous effraie & nous fait tout craindre : 
le premier nous infpire de là confiance, 
& l'autre nous fait prendre de juftes pré- 
cautions pour éviter les di(graces dont 
nous fommes menacés; le premier nous 
fait efpérer mille douceurs; le fécond 
nous fait craindre des peines éternelles, 
& noois engage à éviter tout ce qui peut 



Jour de Crainte. j 

déplaire à ce rigoureux Juge. Penfcz y 
donc férieufement. 

Allez en efprit à cet effroyable juge- 
ment,. & allez-y fou vent; c'eft la dé- 
marche falutaire qu'un vrai Chrétien 
doit faire tous les jours ^ & dans toutes 
les occafions où il fe trouve d'ofFenfer 
fon Dieu, rien n'étant plus capable de 
retenir fà main c^uand elle fe porte à 
quelque aâion défendue par la Loi de 
Dieu , & de fortifier Tefprit & le coeur 
contre les différentes tentations qui fe 
préfenterit. Penfez-y, dit le Sage, Ôc 
penfez-y férieufement, & vous ne tranf- 
grefferez jamais la Loi du Seigneur: 

Mcmorarc novijfima tua^ & in dtcrnum non 
fcccabh. (EcclefI 7,) 

Réveillez-vous comme d*un profond 
fommeil à cette terrible troçnpette qui 
appelle tous les morts & qui les fait 
forrir de leurs tombeaux poi;r paroître à 
ce jugement. Levez les yeux pour voir 
ce jufte Juge dans tout l'éclat de fa Ma- 
jefté, la croix à fes côtés , & accompa- 
gné de tous fes Anges : écoutez la voix 
éclatante qui appelle les juftes à des 
couronnes immortelles, & qui leur dit; 
Vêtiez , les bénis de mon rere , venez 
pofféder le Royaume qui vous eft pré- 
paré dès le commencement des fieclcs; 
« cette même voix foudroyante i. qui 

A3 



6 Le L Dimanche DE l^Avent. 

dit aux impies : allez , maudits^ dans des 
flammes éternelles qui font préparées 
aux démons. 

Dans quelle trifte fituation fera alors 
le pécheur, dit S. Anfelme. {De JlmUit, 
mundi.) D'un côté il verra fes péchés 
dans toute leur énormité; de l'autre une 
multitude effroyable de démons prêts à 
l'entraîner dans Tabime; fur fa tête un 
Dieu en fureur, prêt à le foudroyer & 
à le précipiter dans Tenfer , & fous fes 
pieds cet enfer ouvert où il va être pré- 
cipité pour une éternité toute entière. 

Où fuirez- vous alors, malheureux pé- 
cheur? dit S. Bernard : hélas! il ne fera 
plus temps alors de fuir : mais fuyons à 
préfent & par avance. Et où fuirons- 
nous ? A la crèche ; allons chercher ^ 
chez un Sauveur enfant, un afyle contre 
un Dieu Juge^ allons nous traduire du 
Tribunal de fa juftice à celui de fa mi- 
féricorde; allons enfin nous y inftrûire 
de ce qu'il faut faire pour nous fouf- 
traire à fa colère. Aimez-le, humiliez- 
vous, fouffrez avec patience comme 
lui, & vous ne ferez point jugés, ou 
vous ferez jugés favorablement. 

Sentimens. 

TRanfpercçz mes chairs , ô Dieu 
dô juftice , difoit le Roi pénitent : 



Jour de Crainte. 7 

(P/ 1 18O pénétrez mon cœur, pénétrez 
mon ame & toutes fes piiiflances du 
glaive falutaire de votre crainte; car 
vos jugemens me font trembler, parce 
que je fuis pécheur. Que cette chair 
pécberelTe qui vous a tant oflfenfé par 
les délicatefles y par fes lâchetés &c par 
fes révoltes contre TeCprit, foit percée 
à préfent d'une jufte douleur, & qu'elle 
entre dans la carrière de la pénitence 
. pour expier tous les péchés dont elle eft 
coupable , pour éviter ainfi les douleurs 
éternelles dont elle eft menacée. Que 
ma mémoire qui s'eft fi fouvent remplie 
de tant de fouvenirs dangereux qui vous 
ont déplu, n'oublie jamais ce redoutable 
jugement, qu'elle ne s'occupe que de 
mes péchés pour les pleurer, & de vos 
miféricordes pour les reconnoître. Quç 
mon efprit, qui vous a tant ofFenfé par 
des penfées contraires à vos faintes loix, 
ne penfe plus qu'à penfer à vous pour 
expier fes égaremens, & que mon cœur 
en foit pénétré d'une vive douleur. 

Je fuis criminel, ô mon fouverain Ju' 
ge ! je l'avoue , & j'ai mérité mille fois la 
mort ; je ne puis ni décliner votre Tri- 
bunal , ni vous récufer pour mon Juge, 
ni m'infcrire en faux contre la Sentence 
que vous prononcerez contre moi, ni 
en appeller à un autre Tribunal : mais 

A 4 



8 Le I. Dimanche de l'Avent. 

ce que je ne pourrais alors , je le puis 
à préfent; j'appelle de vous à vous-mê- 
me , du Tribunal de votre dernier ju- 
gement à celui de votre crèche. Ah ! je 
refpire, il m'eft plus doux de trouver 
dans une étable un Dieu de bonté, un 
Médiateur, un Enfant & un Sauveur, 
que de vous voir terrible dans les nues 
au jour de vos vengeances. Ah ! Sei- 
gneur , faites-moi la grâce de vous aimer 
h tendrement, comme mon Sauveur, 
que je n'aie pas lieu de vous appréhen* 
der alors comme mon Juge. 

Sentences de lafainte Ecriture & des Ss» Pères. 

Sur la crainte du Jugement* 

Dieu eft Un Juge également jufte, fort 
& patient. {Pf. 7.) 

C*eft Dieu qui nous a ordonné -de 
prêcher au peuple & de rendre témoi- 
gnage que Jéfus-Chrift eft établi de 
Dieu, {/4ci. 10.) le fouverain Juge des 
vivans & des morts. 

Qu'y a t-il de plus agréable pour nous 
que de voir venir fur la terre le Sauveur 
que nous défîronsf mais cependant crai- 
gnons, puifque celui qui eft à préfent 
notre Avocat, fera un jour notre Juge. 

{D. Aug. lit. } . de temp.) 

Jéfus-Chrift a été humble & patient 



Jour de Crainte. 9 

dans fon premier avènement; mais on 
ne peut pas s'imaginer combien il fera 
grand , puiffant & terrible dans le fécond. 

{Hug. Card. in Malach.) 
PoiNTDB l' Incarnation* 

Un Juge Médiateur. 

Dieu eft le fouverain Juge des Anges 
& des hommes j c'eft un appanage 
infëparablement attaché à la grandeur 
fuprême de fon être & à fa qualité de 
Créateur. 11 a jugé les Anges rebelles, il 
les a précipité dans Tenfer qu'il a créé 
dans (a fureur pour ces intelligences ré- 
voltées; & ces efprits fi parfaits d'ailleurs, 
n'ont eu ni Méaiateur ni Rédempteur. 
Nous fommes donc bien plus fàvorifé^ 
de Dieii que la nature Angélique, puiP 
que nous avons l'un & l'autre dans un 
Dieu fait homme pour notre amour. 
C'eft une faveur que nous devons re- 
connoître tous les jours & tous les mo- 
mens de notre vie. 

Comme Jéfus-Chrift eft Dieu, il ne 
perd pas, pour être homme, fa qualité 
de Juge fouverain des vivans & des 
morts; il l'a encore à titre de Rédemp- 
teur & de Fils de l'Homme, dit le DiG 
ciple bien-aimé. (Cap., y) Mais il lemble 
qu'il reponce à cette qualité dans la crê- 



10 Le ï. Dimanche 0e l'Avent. 

che , & dans toute fa vie mortelle, pout 
fe faire notre Médiateur auprès de Dieu 
fon Père ; ou plutôt il a uni par un mi- 
racle de fon amour, ces deux qualités 
de Juge &c de Médiateur, puc-tout ail- 
leurs incompatibles. 

Ceft ainfi que le grand Apôtre en 
barle à fon Difciple Timothée. {Tim. i.) 
Dieu veut que tous, les hommes foient 
làuvés; comme il n*y a qu'un feul Dieu^ 
il n'y a auflî qu'un feul Médiateur entre 
Dieu & les homtties, & ce Médiateur 
cft Jéfus-Chrift qui s'eft livré pour la 
rédemption de tous. Mais il cft impor- 
tant de faire attention que pour établir 
notre confiance en fes mifericordes, il 
n'exerce que cette feule fondion de Mé- 
diateur dans la crèche , & il ne prendra 
celle de Juge qu'à la fin des fiecles. 

Allons en efprit dans l'étable de Beth- 
léem : nous y trouverons ce Dieu Mé- 
diateur, qui, tout enfant qu'il eft, peut 
nous (ècourir , parce qu'il eft tout puif- 
fant; & qu'il veut nous fecourir, parce 
qu'il nous aime. Il eft Dieu avec fon Père 
auprès duquel il traite dé notre récon- 
ciliation; il eft homme avec l'homme 
pour lequel il prie ; il tient donc à l'un 
& àTautre, parce qu'il eft l'un & l'autre ; 
& c'eft ce qu'il falloir pour être un par- 
fait Médiateur : & par conféquent notre 



Jour de Crainte. ii 

confiance en fbn pouvoir & en foh 
amour doit être parfaite & fans bornes > 
pourvu que nous la loutenions par nos 
bonnes œuvres. 

Son enfance , fa foiblefle 5 fes cris en- 
fantins, fes larmes , fa pauvreté , fes dou- 
leurs, & plus que tout cela, fon cœur 
plein de bonté , parlent pour nous , & fe 
font entendre efficacement de Dieu fon 
Perc ; demandons avec lui , demandons 
par lui, demandons-lui à lui-même qu'il 
prie pour nous comme notre Médiateur, 
qu'il nous épargne comme notre Juge, 

Oraison Jaculatoire* 
RoratCj calij dcfuper & nubes pluaru Jujlum* 

. Cieux, envoyez d'en haut votre rofée, 
& que les nues falfent defcendre furnoo^ 
le Juftc comme une pluie. [Ifa. 45.) 






12 Le L Lundi de l'Avent. 
i f ■ ■ ■ ■ :■ 

LE L LUNDI DE L'AVENT. 

JOUR DE CONFIANCE. 

Pratique. 

AYez foin de faire à votre réveil un 
ade de confiance 5 & adreifez-ie à 
Jéfus naiflant Ôc repofant dans la crèche : 
efibrcez-vous de le faire fentir^ ou pour 
mieux dire, de le faire fortir de votre 
cœur : répétez-le plufieurs fois dans la 
journée, fans perdre de vue ni la dé- 
fiance que vous devez avoiç de votre 
fqiblefle , JÛJa crainte filiale d'un Dieu 
infînimennoRe , ni le foin de foutenir 
votre confilrce par les bonnes œuvres ^ 
fans lefquelles la confiance n*eft que pré- 
fomption : & dites fouvent à Jéfus-Chrift 
avec TApôtre S. Paul , ces "tendres & 
confolantes paroles : Je me confie en 
vous, mon Seigneur Jéfus : Confido in 
Domino Jcfu. (Rom, 14.) 

MfeDITAtlON SUR LA CONFIANCE EN DiEU, 

Tirée de l* Evangile du Dimanche^ 

Premier Point. 

TyOurvousj dit Jéfus à fes Apôtres, 

X lorfque ces ehofes commenceront d* arriver^ 
regardes^ en haut & leve:^ la tête ^ parce que 
votre rédemption approche. (Luc. 21.) 



Jour de Confiance. ij 

Quelle admirable fagefle , & quelle 
exceffîve bonté dans le Sauveur des 
hommes! Mais quelle charitable atten- 
tion à ménager leur foiblefle & les dit 
férens mouvemens de leurs cœurs! Il 
étoit de fa fageffe & de fa juftice de les 
intimider par la crainte du jugement 
dernier : mais il étoit auffi de Ton bon 
cœur de les relever par la confiance ea 
-fes miféricordes & en fa rédemption, 
qu'il venoit opérer fur la terre par fou 
Incarnation ^ & il a la bonté de le faire 
dans le même difcours. 

11 falloir effrayer Ces Apôtres qui étoient 
encore groffiers , par la peinture terrible 
du jugement dernier, pour les prévenir 
contre la préfomption , & pour les en- 
gager à fe mettre en sûretç contre cet 
effroyable appareil , par la pénitence & 
par les bonnes œuvres ; mais de peut 
qu'ils ne tombaient dans le découra- 
gement, il falloit, fans effacer Timpref- 
fion qu'un difcours fi effrayant pouvoit 
faire fur leurs efprits , relever leur cou^ 
rage abattu, & leur faire comprendre 
que ce portrait C épouvantable du Ju- 
gement dernier , n'étoit pour eux qu'une 
précaution , mais pour les impies une 
' réalité, & l'approche de la rédemption 
pour les juftes , & qu'enfin ils pou voient 
(éviter l'un & fe procurer l'autre. 



V. 



14 Le I. Lundi de l'Aven t. 

Quel parti allez -vous prendre entre 
ces deux états fi difFérens ? fi vous en- 
tendez bien vos vrais intérêts, le voici. 
Voyez en tremblant ce jufte Juge , & 
entendez- le avec frayeur prononcer cet 
Arxêt foudroyant contre les pécheurs im- 
pénitens ; mais foyez toujours fidèle à la 
grâce , ayez confiance de voir alors votre 
rédemption qui s'approche ^ & ménagez 
tellement vos fentimens, que votre çon- 
^ance l'emporte fur la crainte. 

Je fçais que la crainte eft de précepte, 
& qu'elle retient fouvent une rgain trem- 
blante , qui (ans elle fe port^^ût à rini- 
quité. Craignez donc, à la boi^ heure : 
mais craignez Dieu comme on araint un 
Père à qui Ton appréhende de déplaire , 
parce qu'pn l'aime* Je f<jais aulïi que la 
confiance eft de précepte , parce qu'elle 
eft formée par l'amour i faites- en fouvent 
des a£tes. D'ailleurs elle eft beaucoup 
plus confolante & beaucoup plus douce 
à pratiquer que la crainte : car quoi de 
plus doux que de fe jetter entre les bra^ 
d'un Dieu Sauveur qu'on aime, dont on 
eft aimé , & de fe confier en fes bontés ? 
Confiez- vous donc, & vous ne ferez 
point confondu. Ne perdez pas votre 
confiance, dit S. Paul, {Heb. lo.) à la- 
quelle Dieu a attaché une grande ré*^ 
compenfo 



Jour de Confiance. ij 

Second Point. 

ZOrfque vous vcrre:^ arriver ces chofes yf^a^ 
chei 5 dit le Sauveur, que le Royaume 
de Dieu e(î proche. (Luc. 2 1 .) 

Regardez ces admirables paroles com- 
me une confirmation des précédentes^ 
elles femblent même les expliquer & les 
entendre; & pour exciter notre confian- 
ce en Dieu & en Tes bontés, & la flatter 
même de ce qu'elle peut dèfircr de plus 
agréable & de plus délicieux , elles nous 
font entendre que cette rédemption qu'il 
nous promet & qu'il nous fait efpérer^ 
n*eft autre chofe que le Royaume de 
Dieu qui eft éternel, auquel nous parti- 
ciperons infailliblement, fi nous lui fom- 
mes fidèles : quel motif de confiance! 

Mais cependant, pour ne prendre point 
ici le change dans une matière de cette 
importance , où il n'y va pas de nlioins 
que d'une éternité de bonheur ou de 
malheur , vous devez faire attention à 
deux principes & à deux fondemens sûrs 
& inébranlables qui la produifent, fiif 
lefquels elle fe foutient , avec lefquds 
il eft impoffible de retomber dans Til- 
lufion & d'excéder, & fans lefquels elle 
tombe & elle périt. 

Le premier principe de cette confiance 
eft Dieu feul^ c'eft-à-dire > fa puiâancey 



i6 Le I. Lundi de l'Avent. 

fa bonté , fa fidélité , fes grâces , fa ré- 
demption , fes mérites , fes fouffrances 9 
fon lang & fa mort. La bonté de Dieu^ 
qui eft fa propre nature , & qui a beau- 
coup plus de plaifir à faire miféricorde 
au pécheur qui Timplore avec un cœur 
coiTtrit & humilié , que le pécheur n'en 
a à la recevoir* Sa puilfance qui peut 
tout, à qui rien ne refîfte, qui fçait tirer 
fa gloire du péché même , félon TApôtre 
$. Paul, & qui ne la fait jamais triom- 
pher avec plus d'éclat qu'en pardonnant 
aux pécheurs , & en faifant des vafes de 
grâces & d'éleftion, des vafes qui ne 
méritoient que des fupplices éternels* 
Ses divines promefles , qui font fi sûres 
qu'il dit dans notre Evangile , le ciel Se 
la terre pafleront , mais mes paroles ne 
pafleront pas. Son fang qui eft le prix 
dont il nous a acheté le ciel , Se les gra-» 
ces qu'il ne refuie à perfonne. 

L'autre principe de notre confiance ^ 
ce font nos bonnes oeuvres ; croire en ef- 
fet, éviter ce terrible jugement de Dieu, 
fans ceffer'de l'offenfer, fans faire péni- 
tence, $c fans pratiquer la vertu, ce n'eft 
point confiance , mais préfomption ; ce 
n'cft point à ces préfomptueux à qui Jé- 
fus-Chrift a dit : Levez vos têtes, votre 
rédemption approche ; mais il leur dira 
bien plutôt : vous m'avez fait fervir par 

votre 



Iv 



Jour de Confiance. 17 

votre fantôme de confiance à vos pé- 
chés; allez, maudits^ dans les flammes 
éternelles. 

Sentimens. 

Dieu tout puiffant & tout miféricor- 
dieux ! Dieu de juftice & Dieu de 
bonté , je ne puis vous voir qu'en trem- 
blant avec tout Téclat de votre Majefté 
terrible, prêt à juger les vivans & les 
morts ; & ce qui caufe ma crainte , c'eft 
que je fuis pécheur, & que je fixais que 
ce jour Ci formidable fera le jour de votre 
juftice & de vos vengeances , que nul 
des mortels ne pourra jamais éviter s'il a 
encouru votre haine par fes péchés. 

Mais je fçais que vous êtes audi le 
Dieu des miléricordes , & que pour être 
mon Juge , vous ne ceffez pas d'être 
mon Sauveur; & c'eft ce qui me raffure, 
& ce qui m'empêche de perdre ma con- 
fiance , parce que vous me l'ordonnez ^ 
Îiarce que vous m'aimez , parce que je 
liis Toiivrage de vos mains & le prix de 
votre fang. 

Quand votre colère feroit prête à écla- 
ter fur ma tête , je fçaurois bien m'ea 
fouftraire avec votre fecours; j'appel- 
lerois de vous à vous-même , & du tri- 
Umal de votre juftice à celui de votre 
miféricorde ; je ferois toujours épargné* 

B 



i8 Le L Lundi de l'Avent. 

félon la parole que voits m'avez donnée 
par votre Prophète , {Pfalm, 2.) pourvu 
que je ne perde pas ma confiance ; parce 
que je ne puis pas me confier véritable- 
ment en vous que je ne vous aime , ni 
vous aimer fans être faifî de douleur 
de vous avoir ofFenfé, ni fentir cette 
douleur fans être dans la difpofition de 
vous venger fur moi-même par la péni- 
tence» 

Je me confie en vous , ô mon Dieu 
& mon Sauveur! & , sûr de votre divine 
proteftion , je ne craindrai pas mes en- 
nemis , quelques nombreux & quelques 
redoutables qu'ails puiffent être , quand 
ils auroient tendu leur arc pour me per- 
cer de leurs flèches , lelon rexpreflion 
du même Prophète. Oui , ô mon Jéfus ! 
puifque votre amour pour moi eft égal 21. 
votre puiflance , je me confierai en vous , 

& je ne ferai point confondu. {Pf. 10. ) 

• ' . \ ' ' 

Sentences de la f ointe Ecriture & des Ss, Peres^ 

Sur la Confiante en Dieu. 

CEux qui fe confient au Seigneur au- 
ront rintelligence de la vérité , & 
les fidèles dans la dilcdioii fe fieront en 
lui. ( S dp, 3 . ) 

Je me confie en mon Seigneur Jé- 
fus. (Rom. 14.) 



Jour de Confiance, ip 

On ne doit fe confier qu'en ce qui eft 
éternel , & on ne peut ôter cette con- 
fiance à celui qui aime. {D.Aug. 8 3 . quétjl.) 

Hélas ! Seigneur , mes péchés ne peu* 
vent m'infpirer que la crainte , mais 
vos bontés m'infpirent la confiance. {Id. 

Médit, c. 2. 
Point de l* Incarnation. 
Un Dieu vengeur amant. 

A Moi feiil appartient la vengeance 5 
ôcc'eft à moi à punir , dit le Seigneur 
par fes Prophètes & par l'Apôtre S. Paul : 
elle lui appartient ^ dit S. Auguftin , parce 
qu'étant la juftice même aufli-bien que 
la fouveraine fageffe ; qu'étant exempt 
de toute paffion, & incapable par con- 
féquent d'aucune injufte prédileôion, 
& d'aucune antipathie , il fçait lui feul 

{)roportionner la punitioijau crime. Dans 
a Loi ancienne , qui étoit une Loi de ri- 
gueur , & où DiQu ne fe faifoit prefque 
jamais entendre vx peuples que parmi 
les foudres & les éclairs ; il ménaçoit 
fouvent de fes vengeances ; il fe faifoit 
même appeller le Dieutles vengeances, 
Dcus ultLonum j & de tems en tems il en 
exer^oit de terribles? (P/ 43.) & c'eft 
ainfi qu'il ramenoit à fon devoir le peu- 
ple groffier & indocile qu'il conduifoit. 

B 2 



ao Le I. Lundi de l'AvEnt. 

Mais il femble qu'il veuille dépofet 
cette redoutable qualité de Dieu des 
vengeances dans la Loi nouvelle qu'il 
vient établir par fon incarnation ^ qui eft 
une Loi d'amour & de grâce > parce qu'il 
veut gagner nos coeurs , & que le tems 
de la nouvelle alliance qu'il eft venu 
contrafter avec nous, étoit celui au- 
quel il avoit prédit par un de (es Pro- 
phètes , (Jcrem. 31,) auquel il donneroit 
une autre Loi aux hommes , qu'il Tim- 
primeroit dans leurs entrailles , & qu'il 
l'écriroit & la graveroit lui-même dans 
leurs cœurs. 

Il devient donc un Dieu amant à Té- 
;ard des hommes ; & il fe fait femblable 

eux, afin qu'ils deviennent femblables 
à lui; il fe fait homme, afin que les 
hommes deviennent des Dieux ; il prend 
par amour ce qu'il y a dans l'homme, 
afin que l'homme prenne ce qu'il y a en 
lui ; on ne peut pas pouffer plus loin fon 
amour ; & le plus palfionne de tous les 
amans , dit un faint Doâeur, [Scrm. a. de 
Incarn. ) n'a jamais pu inventée rien 4c 
plus fort. Çn effet ce Dieu tout-puiffant , 
qui a fait 'l'homme fans le fecours de 
l'homme , fe fait homme lui-même pour 
l'amour de l'homme : ajoutons encore 
avec faint Fulgence quelque chofe de 
plus teadre & de plus preHant : l'homnie 



Jour de Confiance, ai 

pécheur , dit ce Père , méprife Dieu & 
il fe retire de lui ; & ce Dieu tout-puif- 
fant ainfî méprifé, fe fait homme pour 
fon amour. Ah! je comprens, dit S. Ber- 
nard y ( in Cant. ) que l homme n*ayant 
rien en foi qui mérite d'être aimé^ il faut 
que Dieu prenne en foi des motifs de 
(on amour pour lui , & que c'eft ce qui 
rend fon amour plus ardent; il eft doncj 
conclut ce Père, non-feulement amant, 
mais encore Tamour même : peut-on ne 
pas aimer l'amour ? . 

Oraison Jaculatoire. 

Apcriatur terra & germinet Salvatorem* 

Terre , ouvrez votre fein , & faites-en 
fortir le Sauveur » comme un précieux 
germe. {Ifau^/^y) 






4 




a2 Le I. Mardi de l* Aven t. 



vi«i 



LE I. MARDI DE L'AVENT. 
JOUR DE VIGILANCE. 

Pratiq yE. 

Sortez aujourdliui^de votre fommeil, 
le plutôt que vous pourrez ; gardez- 
vous bien de rien donner à la parefle 
ni à la négligence, & fur- tout dans 
ce jour coniacré à la vigilance , ne vous 
endormez fur aucun de vos devoirs 5 
& né vous pardonnez pas la perte d'un 
feul moment de tems , de peur que vous 
n'entriez en tentation : tout vous y en- 
gage 5 la valeur ineftimable du tems, qui 
ne vaut pas moins dans un fens que le 
iàng de Jéfus-Chrift, parce quil eft le 
prix dont il vous a acheté , la proximité 
de votre rédemption- & par conféquent 
de la mort & du jugement , qui font plus 
proches que vous ne penfez. Que votre 
vigilance s'étende fur-tout fur vos pen- 
fées , fur vos fentimens , fur vos defirs , 
fiir vos paroUs & fur toutes vos adions. 




Jour de Vigilance. àj 

MÉDITATION SUR LA VIGILANCE 

CHRÉTIENNE, 

Tirée de l*Evangile. 

Premier Point. 

ÇÇachei j dit Jéfus-Chrift à fes Apôr 

43 très j que le Royaume des deux ejl proche^ 
(Luc. 21.) 

Il ne fuffifoit pas à notre adorable Sau- 
veur d'avoir effrayé fes Apôtres par la 
crainte du jugement dernier , pour les 
précautionner contre la préfomption ; il 
ne lui fuffifôit pas d'avoir calmé leurs 
frayeurs par la confiance & par l'efpé- 
rance d'une rédemption prochaine : pour 
les prémunir contre le découragement 
& contre le défefpoir de la divine mifé- 
corde ; il veut encore , par bonté , leur 
donner les moyens d'éviter les rigueurs, 
de ce jugement , & toutes fes fuites re-- 
doutàbles , & de s'âffurer cette rédemp- 
tion fi avantageufe , par la vigilance qu'il 
leur infpire & dont il leur fournit les 
motifs : il fe fert pour cela de la compa- 
raifon du figuier , qu'il relevé avec une 
éloquence divine, & de celle des au- 
tres arbres, qui annoncent que l'Eté cft 
prochain , quand ils commencent à fe 
charger de fruits : ainfi, dit ce Sauveur, 
croyez que le royaume de Dieu appro- 






34 Le !• Mardi de l'Avent. 

chera^ quand on commencera dans le 
monde à voir Taccompliflement de ces 
prophéties ; irfaut donc veiller, y être 
attentif, de peur qu'elles ne nous fur- 
prennent, pc qu'elles n'arrivent fans que 
nous nous en appercevions. 

L'homme eft naturellement porté à 
s^endormir fur fes devoirs les plus eflen- 
tiels ^ la vigilance , la fatigue & l'appli- 
cation le rebutent» Il eft vrai que les 
menaces le réveillent , & que la crainte 
d'un grand mal qui peut lui arriver , Si 
que l^fpérance d'un grand bien qu'on 
lui promet, & dont on lui donne des 
affurânces, le rendent attentif & vigi- 
lant ; mais il retombe bientôt après par 
fa propre pefanteur dans TindifFerence , 
dans la parelle & dans l'infenfibilité ; il 
femble que ces grandes vérités s'ufent, 
qu'elles perdent a fon égard toute leur 
force , & qu'elles ne le touchent plus. 

Il eft bien honteux à l'homme chré- 
tien , qui a un royaume éternel à efpérer, 
& un enfer à craindre , d'être vigilant 
à l'excès quand il s'agit d'un vil intérêt 
temporel , & qu'il s'endorme fur les in- 
térêts de fon ame, fur-tout lorfque la 
vigilance eft capable de lui affurer ce 
qu'il efpére , & de le délivrer de ce qu'il 
craint. Veillez donc, dit Jéfûs-Chrift, 
car vous ne fcavez ni le jour ni l'heure 

du 



Jour de Vigilance. 2J 

du plus grand & du plus intéreflant de 
tous les événemens , qui décidera fou- 
verainement entre votre éternité bien- 
heureufe ou malhéureufe. 

Second Point* 

SI c'^ft une lâcheté impardonnable 
à un Héros du (îecle , qui afpire à la 
gloire mondaine , de ne pas veiller, lorf- 
qti'il s'agit de la conquête d'un royaume, 
quand on lui fournit tout ce dont il a 
befoin pour en venir à bout*; & s'il mé- 
rite d'être dégradé de tous fes honneurs 
quand il le laifle perdre par fa noncha- 
lance & fa parefle ;^c'en eft une bien plus 
honteufe à un chrétien, qui eft né pour 
les combats, de s'endormir quand on lui 
c^e un royaume éternel à conquérir , 
& qu'on lui en fournit tous les moyens.. 
Ah ! il faut qu'il manque de courage & 
de foi , fur-tout quand il eft perfuade que 
s'il manque, par fa lâcheté & par fon peu 
de vigilance à conquérir ce roysHime, 
il fera éternellement malheureux par fa 
feute. 

Un avare s'endort- il quand un tréfor 
eftattaché à fa vigilance , l'application , 
le travail, les veilles, la privation du 
repos & du fommeil, lui font-ils peur, 
quand il eft queftîon de s'enrichir f Un 
ambitieux s'endort-il quand il a en vue 

C 



H6 Le I. Mardi de l'Avent. 

quelque place d'honneur à laquelle il 
eft sûr de parvenir^ s'il y donne fon ap- 
plication, les lollicitudes & Tes veilles? 
Un père de famille s*endort-il, dit le 
Sauveur, {Mattk. y.) quand il eft averti 
qu'un voleur de nuit s'apprête pour lui 
enlever fon bien , & l'amour qu'il a pour 
fes richeffes temporelles, dont cependant 
le moindre accident le peut dépouiller, 
lui fait furmonter le fommeil ; à combien 
plus forte raifon devons - nous veiller 
pour conferver les biens fpirituels de 
notre ame , qui confîftent dans la grâce 
de Jéfus - Chrift , & pour acquérir les 
biens éternels. Veillez donc , dit S. Au- 
guftin,(rfe verb. Z?ei.) veillez par le cœur, 
veillez par la foi , veillez par la charité , 
veillez parles bonnes œuvres. Veillez, 
^dit S. Pierre , ( 1. Cap. j. ) car le démon 
rode autour de vous pour vous dévorer, 
& il vous furprendra fi vous ne veillez. 
Vous avez tout à craindre, vous avez 
louté efpérer , voilà les deux grands mo- 
tifs de la vigilance chrétienne ; vous avez 
un royaume éternel à efpérer ; & pour y 
parvenir, vous avez des péchés à expier, 
& des vertus à acquérir : veillez donc. 



Sentimens, 



Q 



Uene puis-Je, Seigneur! vpus^dire 
avec autant de vérité que le Roi 



/ 



Jour de Vigilance. 27 

Prophète ? ( Pf. 62. ) O Dieu ! O mon 
Dieu ! je veille dès que le foleil fe levé 
pour penfer à vous , j'afpire vers vous , 
mon ame brûle d'une foif ardente pour 
vous , ma chair même que je fais veiller 
le fent preffée de cette même ardeur : 
(Pf. 101.) j'oublie même quelquefois 
à manger mon pain à force de veiller fur 
mes devoirs , pour vous rendre inceffam- 
ment les hommages & les adorations 
que je vous dois, parce que vous êtes 
mon Dieu , mon Créateur & toute ma 
force : je veillois pendant les nuits à mé- 
diter fur vos grandeurs, & à chanter 
vos louanges , & j'étois dans ma (blitude 
comme un paflereau fur un toit. 

Mais auiïi a quelle perfection éminentè 
eft parvenu ce Roi pénitent par fa vigi- 
lance ? & combien en fuis - je éloigné 
pour n'avoir pas aflez veillé fur moi- 
même ? Ah 1 fî j'avois été fidèle à cette 
vigilance chrétienne., & fi je ne me fuffe 
pas fi (bu vent &< fi ïong-tems endormi 
îur mes devoirs les plus eflfentiels , pen- 
dant que les ennemis de mon bonheur 
ne veiUoient que trop pour me perdra , 
combien de vertus aurois-je acquifes ? 
combiçn de paflions & de mauvaises 
habitudes aurois-je extirpées ? hélas ! je ne 
connois que trop , que faute de ve.Uer 
fur mon ame> je rallaiûée comme une 

Cz 



2.S Le I. Mardi DE l'Aven t. 

terre en friche , où les mauvaifes habi- 
tudes ne fe font que trop enracinées : 
mon cœiîr a été en proie à une infinité 
d'attaches imparfaites , & il a perdu bien 
des grâces. 

Si les Pafteurs >avoient été endormis , 
les Anges ne leur auroient pas annoncé 
votre naiffance, ô mon Sauveur! Je veux 
veiller comme eux pour en profiter j mais, 
Seigneur, réveillez mon ame endormie & 
confirmez-la, difoit le Roi-Prophéte, 
dans la vigilance chrétienne , par Tauto- 
rité de votre àivine parole : Dormitavit 

anima mea prA tddio , confirma me in verbis tuis. 

(PC m.) 

Sentences de lafalnte Ecriture & des Ss. Pères. 

Sur la Vigilance chrétienne. 

JE dors & mon coeur veille. {Can. /.) 
Celui qui veille dès le matin pour 
acquérir la fageffe, n*aura pas de peine, 
parce qu'il la trouvera alfire à fa porte. 

{Sap. ô.) 

Plus Tennemi veille pour nuire , plus 
le Chrétien doit veiller pour le vaincre. 

(2?. j4ug. hom. 4.6. ex jO^) 

Celui-là veille qui a toujours les yeux 
de rame ouverts à la vraie tomiere & fur 
fes propres devoirs. [V. Beda^ in Prôverb.) 



Jour DE Vigilance, ap 

Point de l' Incarnation. 

Un Verbe muet. 

AU commencement étoît le Verbe i 
dit le Difciplc bien-aimé , ( Cap. i. ) 
& ce Verbe étoit Dieu comme le Père cé- 
lefte qui Ta engendré de toute éternité ; 
parce Verbe toutes chofesontété faites ^ 
& ce Verbe étoit vie & le principe de la 
vie; il étoit la lumière de tous les hom- 
mes : cette lumière a brillé dans nos 
ténèbres , & ces ténèbres ne Tout pas 
comprife : ce Verbe a eu le pouvoir de 
faire autant d'enfans de Dieu , qu'il y a 
eu d'hommes fur la terre qui l'ont reçu 
& qui ont cru en lui; enfin ce Verbe 
s*eft fait chair pour notre amour. Voilà 
l'admirable & la fublime Théologie du 
Verbe <iiâ:ée par le Saint-Efprit , & écrite 

J)ar le Difciple bien-aimé qui en a été le 
ecrétaire & Tinterpréte. 

Ajoutons avec les SS. Pères que cette 
génération du Verbe divin eft ineffable & 
incompréhenfible ; parce que le Père qui 
engendre eft Dieu, que le Fils engendré' 
eft Dieu , ôc que ce Fils eft auflî ancien y 
auffi puiflant & aufti grand que le Père ; 
il eft engendré par l'Efprit , il eft par con- 
féquent la penfée par laquelle cet adora- 
ble principe fe connoit foi-même; il eft. 



30 Le !• Mardi de l'Avent. 

dis-je, fa penfée, fon Verbe, fa parole, 
fon Fils , fa propre fubftance , Dieu de 
Dieu & fa parfaite image. Quelle gran- 
deur inconcevable ! Croyez- la, adorez- 
la, aimez- la : la foi, Tadoration & Ta- 
mour ont droit de s'approcher de ce foleil 
de juftice. 

Mais ce Verbe qui eft ÎDieu , & qui eft 
fi grand , fi pur & fi faint , s*eft fait hom- 
me i il s*eft fait chair , il s*eft fait enfant 
pour notre amour, engendré de Dieu 
de toute éternité^ il veut être engendré 
dans le fein d'une Vierge , par Topera- 
tion ineffiible du Saint- Efprit ; ce Verbe 
qui eft la parole vivante ,^ & Téloquence 
même de toute la Divinité, veut devenir 
jun Verbe muet & fans parole , quel 
prodige d'humilité & d'amour tout en« 
lemble î 

Rendons nos hommages à ce Verbe 
fans pareil, en premier lieu dans l'augufte 
fein de la divine Marie; il y eft renfermé 
comme un prîfonnier d'amour , comme 
•une parole fans parole, & ce filence vo-' 
lontaire qu'il y garde eft digne de nos 
attentions & de nos refpeds, autant que 
les oracles que fa bouche adorable pro* 
noncera un jour quand il converfera 
parmi les hommes :^n fécond lieu , allez 
auflî à la crèche adorer ce Verbe enfant; 
il a une bouche , mais qui ne parle pas j 



Jour pe Vigilance, 31 

il vous écoutera, & quoique muet, il 
parlera à fa manière à votre cœur, fon 
lilence & les cris enfantins, ont chacun 
leur langage, leur éloquence, leur éner- 
gie & leuronftion. 

Oraison Jaculatoire. 

Quifcicsfupcr Cheruhim^ excita potentiam 
tuam & veniy ut falvos facias nos. 

Vous qui êtes affis fur les Chérubins, ' 
faites paroître votre puiffance , & venez 
pour nous fauver. \Pfalm. jp.) 






"^ 



Cl 



32 Le L Mercredi de l*Avent. 



LE I. MERCREDI DE UAVENT. 
JOUR DE FIDÉLITÉ. 

Pjl A T I Q U E. 

COmme une fidélité exaûe en toutes 
chofes , telle que Dieu la pratique 
• à votre ^gard , & telle qu'il a droit par 
[canféquent de Texiger de vous qui, lui 
devez tout^ demande de vous un grand 
retour & une grande attention , com*- 
mencez par la lui promettre à votre ré- 
veil, & à la lui demander; (oyez attentif 
dans tout le cours de la journée à ne pas 
commettre la moindre infidélité, dans 
les plus petites chofes aufilbien que dans 
les plus grandes; & s'il vous en échap- 
ppît quelqu'une ,. expiez la au(fi-tôt , 
loyez'donc fidèle à bien remplir tous vos 
devoirs , à la préience de Dieu , aux 
infpirations , à la prière , à la mortifica- 
tion & à la charité du prochain ; le Dieu 
que vous fervez , qui eft un Dieu fidèle, 
vous la facilitera, & vous récompenfera» 



Jour de FiDÉLixé. 55 

MÉDITATION SUR LA FIDÉLITÉ,' 

Tirée de l^Evangile. 
Premier Point. 

♦I.- • 

ZE ciel & la terre pajferont ^ dit Jéfus- 
Chrift j mais mes paroles ne pajferont 
pas. (Luc. 21.) , 

Oui le ciel & la terre, quelque ftableà 
qu'ils vous paroiffent, pafleront plutôt 
que les paroles qui fortent de la boucha 
de Jéfus-Chrift, foit dans les menaces 
terribles qu'il fait dans TEvangile du der- 
nier Jugement & de fes fuites redouta-* 
bles , foit dans les récompenfes éternel- 
les qu*il promet à ceux qui lui feront 
fidèles jufqu'à la mort ; les unes & les 
autres font infaillibles , & feront juftifiées 
par révénement à la face du ciel & de la 
terre ; parce que notre Dieu eft un Dieu 
fidèle 5 qui a droit par conféquent d'exi- 
ger la fidélité des hommes, en faveur def- 
quels il a pouffé la fidélité jufqu'à la mort^ 

Quand un homme a confervé unç 
fidélité exa£te à fon ami, qu'il a foutena 
fes intérêts aux dépens des liens , qu'il lui 
a toujours jrendu des fervices importans, 
qu'il a toujours .pris fon parti , |ardé fon 
fecret , exécuté fes promeffes , lans s'être 
jamais relâché de fa fidélité , quelque 
chofe de fâcheux, quelque contre-tems 



54 Le I. Mercredi DE l'Avent. 

" qui lui foit arrivé, n'a-t-il pas droit d'exi- 
ger que cet ami , qui lui a tant d'obli- 
gation y lui foît fidèle ? 

Jéfus-Chrift eft cet ami fidèle , jufqu'à 
la mort, qui nous invite à la fidélité; il 
eft fidèle, dit le Roi-Prophéte, dans fes 
paroles, (P/ 88, iio. 114-) il eft fidèle 
dans fes promettes , il eft fidèle dans fes 
voies , il eft fidèle dans fon Teftament ; 
& fa fidélité à mon égard ne lui a pas 
moins coûté que tout fon fang, & c'eft 
par cet ade héroïque qu'il l'a couronnée : 
il fe fait même tant d'honneur de la fidé- 
lité, qu'il prend dans l'Apocalypfè le glo- 
rieux nom de fidèle , {Apoc.19. ) & qu'il 
le prend pour deux motifs; Tun, pour int 
pirer la confiance aux bons & la terreur 
aux méchans ; l'autre, pour les engager à 
fe faire un devoir & un honneur de cette 
fidélité à fon exemple. 

Je fuis pécheur, j'ai commis un grand 
nombre d infidélités ; "je dois craindre ce 
Dieu fidèle qui me menace de me punir, 
& qui ne menace pas en vain : ^u con- 
traire, fi je (atisfais à fa juftice, & fi je 
lui fuis fidèle dorénavant, je dois tout 
elpérer de fa fidélité & de fa bonté, parce 
qu'il m'a promis de grandes récompenfes, 
ijL que je fuis fur que le ciel & la terre pé- 
riront plutôt qu'il me manque de parole. 



Jour de FiDÉLixt. 3J 

Secoi^o Point. 

LEs voici ces magnifiques promefles ; 
imaginez-vous donc qù*elles ^ vous 
lont faites à vous-même5& que c'eft à vous 
à qui il parle pour vous engager à lui être 
fidèle jufqu'à la mort. Le Seigneur dit par 
fon Prophète , {Pf* \ oo. ) que fes yeux 
feronti attachés fur l'homme fidèle, & 
qu'il lui fera part de fon royaume en le 
feifant affeoir auprès de lui. Après fon 
Incarnation il lui confirme cette promeflc 

f^our fa confolation, il a même la bonté de 
ui adrefler fà parole , en lui dî(ant ten- 
drement : O bon & fidèle ferviteur ! parce 
que vous avez été fidèle jufqu'aux plus 
petites chofbs^ entrez dans la joie de 
votre Seigneur. ( Matth. 2 j. ) 

Mais ne vous imaginez pas que latidé* 
litè que nous devons à Dieu foit d'un jour 
ou d'une bonne fête, ou même de quel- 
ques années; comme il n'eft point de 
jour ni de moment dans toute notre vie y 
où Dieu ne nous foit fidèle ( quoiqu'il 
ne nous doive rieo/) qu'il n'ait les yeux 
fur nous, & qu'il ne foit prêt à nous faire 
du bien , quand nous n'y mettons pojnt 
d'obftacles par nos infidélités; aulfi la 
fidélité qu'il exige de nous eft de toute 
notre vie , & il nous en avertit par ces 
paroles : Soyez fidèle jufqu'à la mort^ & 



^6 Lé 1. Mercredi de l'Avent. 

vous aurez la couronne de vie. {Jpoc 2.) 
Faites ici réflexion fur les grâces, infi- 
nies que vous avez reçues de Dieu,& fur 
vos infidélités innombrables à les recon- 
noître, à y répondre, & à les faire profiter 
comme Dieu le demandoit de vous , & 
comme vous auriez pu le faire, & con- 
venez que cet examen ne peut que vous 
couvrir de honte & de confufion, vous 
pénétrer de douleur & vous faire crain- 
cire , avec fujet, un avenir redoutable, & 
un bien plus rigoureux examen que le 
vôtre de la part de Dieu, fi vous ne met- 
tez inceflamment tout en ufage pour les 
expier & pour les réparer. Examinez fur- 
tout les fujetsfur lefquels vous avez com- 
mis le plus d'infidélités : accufez-vous 
d'abord au tribunal de votre confcience^ 
pour anticiper & pour prévenir celui de 
Dieu : regrettez, gémiuez, réparez, for- 
mez enfin une ferme & généreufe réfolu- 
tion de lui être fidèle jufqu'à la mort. 

Sentimens. 

ODieu fidèle, puis-je ici paroître à 
vos yeux fans confufion après tant 
d'infidélités dont je me fens coupable f 
(Apoc. 19.) Vous m'avez toujours été 
fidèle i & , pour m'engager à cette fidélité 
que je vous dois, vous m'avez promis une 
couronne de vie. Oui, Seigneur, quoi- 



Jour de Fidélité. 37 

que vous ne me deviez rien , vous m'a- 
vez été toujours fidèle dans vos paroles 
& dans vos promefles , que vous m'avez 
toujours tenues ; fidèle à pourvoir à tous 
les befoins de mon corps ôc de mon ame; 
fidèle dans votre amitié ^ que je n'ai jamais 
perdue que par ma faute j fidèle dans vos 
grâces, qui ne m'ont jamais manqué. Non 
content de vous donnera vous-même le 
. glorieux nom de fidèle , pour m'infpirèf la 
confiance en vos bontés , vous me le 
donnez aulfi pour me diftinguer des infi- 
dèles 5 qui n'auront jamais part à votre 
cèïeftc héritage. 

Mais , hélas ! combien indignement 
ai-je porté cet augufte nom de fidèle, 
>uifque je p'en ai pas encore rempli la 
[îgnification , & qu'au contraire, je l'ai 
démenti & déshonoré par des infidélités 
fans nombre ? Infidèle à votre divine pa- 
role, que j'^i mille fois entendue fans en 
profiter ; infidèle à vos imfoirations & à 
vos grâces , que j'ai négligées ; infidèle à 
mes propres rèfolutions $c aux promefles 
les plus facrèes que je vous ai faites Ibu- 
vent aux pieds des Autels , & que j'ai vio- 
lées prefqu'auflî-tôt ; infidèle aux devoirs 
de ma religion & de mon état, que je n'ai 
pas remphs, comme je le devois, comme 
jele pouvois^ comme vous me Tinfpiriez, 
& comme je vous l'avois protiûs, Pardooi 



3? Le I. Mercredi de l*Avent. 

ô pieu fidèle ! donnez-moi le courage de 
vous faire ici la promeffe de vous être 
.fidèle julqu'à la mort, & de n'y manquer 
jamais*. 

Sentences de lafaînte Ecriture & des Ss. Pères. 

Sur la Fidélité. 

GElui qui eft^fîdéle dans les plus peti- 
tes chofes y le fera dans les grandes. 

Soyez fidèle jufqu'à la mort , & je vqus 
donnerai la couronne de vie. ( Apoc. 2. ) 

Si vous écoutez la parole de Dieu avec 
toute la ferveur, & li vous la confervez 
avec toute la fidélité que vous devez , 
cette parole vous deviendra tout ce que 

vous défirez. {Orig. hom, 16, in Exod.) 

Les -grâces. ceflent de couler du ciel 
dans nos âmes , fi par notre infidélité nous 
ceflbns de les faire remonter à leur prin- 
cipe. ( D. Bern, Serni. I, Quadr. ) ' 

Point de l Incarnation. 

Un Rédempteur racheté. 

LE titre de Rédempteur eft un des plus 
glorieux attributs de Dieu , & le nom 
qu'il prend & que les Prophètes lui don- 
nent fouvent dans l'ancien Teftament, 
pour infpirer le refpeû, la reconnoiffan- 
ce ^ la confiance & l'amour aux hommes. 



JoiTR DE Fidélité. 3p 

Vous èîQS mon fecours $c mon Rédemp- 
teur, ô mon Dieu, difoit le Prophète? 
(Pf.iS.) Notre Rédempteur eft te Dieu 
des armées , le Saint d'ifraél ; c'eft fon 
nom, dit le Prophète Ifaïe, {Ifa. 4.1.) & 
c'eft dans cet efprit qwc le Prêtre Zacha- 
rie, voyant Marie enceinte de Jélus- 
Chrift, il le reconnut avant qu'il parût 
fur la terre, pour le Réderapteur d'ifraël, 
en s'écriant dans fon facré Cantique: Que 
lo Seigneur le Dieu d'ifraël foit béni , 
parce qu'il eft venu vifiter fon peuple 
pour en être le Rédempteur. ( Luc. i.) 

Il falloir, en effet, dit faint Auguftin, 
(Serm. i^-j". de temp.) que le Verbe de 
Dieu , par qui tout le monde a été fàit^ 
vînt auffi racheter tout le monde : mais 
non content d*avoir rempli cette fonc- 
tion glorieufe , pour faire briller fon 
amour avec un éclat nouveau , il falloit 
qu'il fe mît en état d'être racheté lui- 
même , pour faire plus efficacement la 
fondion de Rédempteur, Il s'eft fait 
homme pour racheter tous les hommes ; 
il a pris la forme de ferviteur, pour nous 
racheter de la fervitude ; il a pris Tappa- 
rence de pécheur, & il s'eft chargé réel- 
lement, de nos péchés , pour nous rache- 
ter de nospé.chés & des peines qui leur 
éroient dues ; enfin il s'cft aflliietti à la 
mortpournous racheter de la mort. {Idem 



40 Le !• Mercredi de l'Avent 

in Pf. <;o. ) Quelle plus grande miféricor- 
de , dit Cafliodore ! quelle prodigieufë 
rédemption & quel miracle d*amour, 
de voir un Créateur créé, un Souverain 
fervir , un Rédempteur vendu , la gran- 
deur même abaiflée, & Fauteur de la vie 
fubir la mort ! Mais à quel prix? A celui 
de fon fang. Soyez perfuadés, difoit le 
Prince des Apôtres (/. Peir. \.) que ce 
n'a point été par des chofes corruptibles 
comme Tor & l'argent , que vous avez 
été rachetés , mais par le précieux Sang 
de Jéfus-Chrift. 
A peine même ce divin Rédempteur 

f)ai!oîtra-t-il au monde, qu'il fera racheté 
ui-même & à fa manière , & par fes pro- 
pres créatures. Hérode le cherchera pour 
le maflacrer , & il aura obligation de fa 
vie à Jofeph , qui fauvcra fon Sauveur 
par fa fuite en Egypte : on le préfentera 
au Temple , & Marie fa divine mère ra- 
chètera fa liberté par deux tourterelles. 

Oraison Jaculatoir-e. 

Adjutor & proteclor meus es tu j Deus meus^ 
ne tardaveris» 

Seigneur, vous êtes mon aide & mon 
protecteur ; mon Dieu , ne tardez pas à 
venir brifer mes chaînes. ( Pfalm. 3p. ) 



LE 



Jour de Ferveur. 4^1 



p^ 



LE I. JEUDI DE SAVENT. 

JOUR DE FERFEUR. 

Pratique. 

EN donnant à votre réveil votre cœur 
à Dieu , qui n'eft autre chofe qu'un 
acte d'amour, que tout Chrétien eft 
obligé de faire tous les jours , fur-tout 
au commencement de la journée , faites- 
le , le plus parfait , le plus pur & le plus 
fervent qu'il vous fera poffible. Pour le 
bien faire , dema^ndez humblement le 
fecours de la grâce de Dieu , fans la- 
quelle vous ne pouvez rien ; réitérez 
cet acte le plus fouvent que vous pourrez 
dans la journée ; & que toutes vos pen- 
fées 5 tous vos fentimens , toutes vos 
paroles , & toutes vos aftions fe fentent 
de cette ferveur. 

MÉDITATION-SUR LA FERVEUR, 

■ 

Tirée de VEpître du Dimanche. 
Premier Point. 

i,* Heure eft venue de nous réveiller de notre 
fommeil j puif que nous fommes plus proche 
de notre fàlut que lorfque nous avons reçu lafoi^ 

(Rom. ij,) 

D 



42 Le I. Jeudi de l'Aven t. 

Faites attention que ce grand Apôtre, 
qui étoit tout embrâfé du feu du divin 
amour , & qui vouloît que tous les fidè- 
les aimaflent Dieu avec autant de ferveur 
qu'il Taimoit lui-même, afin de n* être pas 
pris au dépourvu à J'approche du grand 
jour, commence fort fagemerit à réfor- 
mer les cixurs & à les avertir d'en éloi- 
gner tous les obftacles qui s'oppofent à 
cette ferveur , qui font raflbupiiïement 
jTpirituel , la tiédeur & la langueur. 

En effet , quelque convaincus que 
nous foyops de la néceffité qu'il y a d'ai- 
mer Dieu de tout notre cœur, de toute 
notre ame & de toutes nos forces > nous' 
nous trouvons quelquefois dans ces états 
humilians, qui nous chagrinent & qui 
nous défolent : nous nous fenfons affou- 
pis & incapables de produire par lenti- 
ment aucun aûe d'amour de Dieu, 
quand mêVne nous ferions, tous nos ef- 
forts pour le former, & d'ans une efpece 
d'indifférence, de langueur, de ténèbres, 
de féchereffe, & même d'infenfîbilité & 
de dégoût, qui nous allarment. 

La plupart des grands Saints ont pafle 
par ces rudes épreuves qui ont été même 
quelquefois des châtimens de leurs moin- 
dres infidélités; maïs c*eft auffi le tems 
auquel ils ont le plus travaillé à s'en 
relever , perfuadés qu'ils ne pouvoient 



Jourde Ferveur. 45 

pas donner à Dieu une plus grande preuve 
de leur fidélité & de la ferveur de leur 
amour. 

Car aimer Dieu , quand on fe fent du 
plaiûr à lui dire qu'on Taime de tout fon 
cœur y il n'y a que de la douceur ; mais 
Faimer fans fentir qu'on l'aime , s'élever 
aù-deflus de fon afioupiflement & de fes 
fëchereffes, & ne ceiïer de le chercher, 
quand il ne cefle pas de fe cacher , c'eft 
l'amour le plus héroïque & le plus fervent. 

SecondPo.int. 

T^ Evêtei - vous de notre Seigneur Jéfus-' 
jTL Chrijl^ dit le grand Apôtre. [Rom. 3.) 

Perfuadez-vous que le plus excellent 
remède pour fe réveiller-de fon aflbupiP 
lèment & de fa langueur, c'eft de prendre 
Jéfus-Chrift pour modèle, d'avoir re- 
cours à lui & de fe revêtir de fon efprit , 
puifqu'il nous a aimés avec ferveur, & 
qu'il n'eft venu fur la terre que pour 
allumer par-tout le feu du divin amour. 

En effet , cette ferveur n'eft autre chofe 
qu'un feu célefte & permanent , forti du 
cœur de Jéfus-Chrift comme de fon foyer 
& de fa fournaife , qui s'empare de nos 
cœurs, qui les embrâfe d'une ardeur divi- 
ne, qui brille & qui porte la lumière 
par- tout , qui met l'ame en mouvement 
pour aller à Dieu , pour chercher Dieu , 

D2 



44 Le !• Je^'di de l'Avent. 

pour s'unir à Dieu , & pour pofféder 
Dieu ; qui la rend vigilante , prompte & 
courageufe à tout entreprendre & a exé- 
cuter tout ce que Dieu lui ordonne, 
quelque difficile qu'il lui paroifle. Exami- 
fiez fi ce (ont là vos difpofitions. 

C*eft ce feu que le Prophète fentoît , 
lorfqu'il difoit de lui-même : Mon cœur 
s'efl échauffé au milieu de moi ; &, tan- 
dis que je méditois , un feu s'y eft em- 
brâfé. (Pfalm. 38.) Ceft ce feu dont les 
Difciples d'Emaùs étolent embrâfés , 
quand Jéfus-Chrift leur apparut après fa 
Iléfurreâion 9 ce qui les obligea de fe 
dire l'un à l'autre : Notre cœur n'etoit-Upas 

tout brûlant dans nouSj lorfquil nous parloit en 

chemin ? { Luc. 24. ) Heureux fi vous 
fentiez les mêmes ardeurs après une bon- 
ne communion. 

Je fçais qu'il eft bien difficile que la 
lerveur foit toujours égale, & que l'ame 
quelquefois entraînée par le poids du 
corps de chair qu'elle anime, tombe 
quelquefois dans quelques petites lan- 
gueurs : mais alors elle doit lentir fa foi- 
blefle , s'en humilier , mettre tout en 
ufage pour fe réveiller de fon affoupifle- 
ment, & fe rapprocher de Jéfus-Œrifl: 
pour prendre de nouvelles ardeurs." Un 
flambeau nouvellement éteint & qui fu- 
me encQrc; reprend la flamme dès qu'on 



Jour de Ferveur. 45? 

le rapproche du feu & de la lumière , & il 
brille comme auparavant, parce qu'il 
confervoit encore une partie de fa cha- 
leur & de fon inclination vers le feu'; 
vous reprendrez bientôt votre première 
ferveur , dès que vous vous rapproche- 
rez de Jéfus-Chrift. 

Sentimens. 

VOus voulez que je vous aime , ô 
mon Dieu ! quoi de plus glorieux 
pour moi , puifque je ne fuis rien , & que 
vous êtes mon Dieu, mon Créateur & 
mon Sauveur? Quoi de plus jufte? vous 
m'avez aimé le premier, vous m'avez 
donné votre fang fur la croix , & vous 
me donnez tous les jours votre corps, vo- 
tre amc & votre divinité en nourriture à 
votre propre table , & vous m'avez pro- 
mis le ciel pour prix de mon amour; je 
ferois bien ingrat de ne vous pas aimer : 
d'ailleurs, je ferois bien aveugle fi je 
n'aimois pas ce qu'il y a de plus aimable > 
& ce qui feul eft fouverainement ai- 
mable. 

Mais vous voulez que je vous aime de 
tout mon cœur, de toute mon ame & 
de toutes mes forces , ce qui s'appelle 
vous aimer avec ferveur. Ah! Seigneur, 
c'eft tout ce que je defire ; aidez- moi 
donc à vous aimer comme vous voulez 



4^ Le I. Jeudi de l'Avent. 

que je vous aime. Tenez mon cœur entre 
vos mains, difoit faint Auguftin, (Z>. 
Aug. Manual.) fi yous voulez l'avoir tout 
entier, de peur qu'il ne m'échappe; 
gouvernez vous feul mon ame , de peur 
qu'elle ne s'écarte parmi les objets créés ; 
dirigez mon entendement, de peur qu'il 
ne s'égare dans Tes penlées ; élevez mon 
amour , de peur qu'après s'être attaché à 
vous, il ne tombe dans la boue ; fufpen- 
dez toutes mes puiffances , tous me? lens, 
tous mes organes, tout ce que je fuis, de 
peur que je ne m'attache à quelque chofe 
qui ne foit pas vous; attirez-moi, en- 
traînez-moi vers ces céleftes torrens du 
plus fervent amour , dont vous êtes la 
fource & dont mon ame eft toute al- 
térée. 

Sentences de la S aime Ecriture & des Ss, Pères. 

Sur la Ferveur. 

NOtre cœur n'étoit-il pas tout brûlant 
en nous , pendant que Jéfus-Chrift 
nous parloit en chemin , & qu'il nous ex- 
pliquoit les Ecritures f {Luc. 24.) 

Acquérez Tefprit de ferveur, & reflbu- 
vencz vous que vous fervez le Seigneur, 
{Rom. 12.) 

O amour, qui brûlez toujours, & qui 
ne vous éteignez jamais , embrâfcz-moi 



Jour de Ferveur. 47 

de vos divines ardeurs ! ( D. Aug. l. lo* 
Conf^ c. ip. ) 

Quoi de plus digne d'être aimé, que Ta- 
mour même dont vous aimez , & dont 
vous êtes aimé ! (D. Bern. Ub. 5. de conjld.) 

Point de l' Incarnation. 

Un Pajlcur devenu Agneau. 

IL n'eft perfonne à qui la (qualité de 
Pafteur des âmes convienne à plus )ufte 
droit, & qui puifle la remplir avec plus 
de dignité , que le Dieu tout-puiflant ^ 
qui en eft le Créateur ; comme iî les a 
tirées du ï^i\t , il les connoît parfaite- 
ment; cortîtpe il eft infiniment fage, il 
(çqit lui feulla manière de les conduire ; 
comme il les aime, parce qu'elles font les 
ouvrages de fes mains, il leur donne ce 
qui leur convient, il les nourrit , il les ra- 
mené au bercail , quand elles s'égarent , il 
lesporte quand elles font foibles , & il les 
;uerit quand elles font malades ; ce qui 
Paifoit dire au Roi-Prophéte : Hélas , Sei- 
;nçur, je me fuis égaré comme une bre- 
bis qui fe perd, cherchez votre ferviteur* 
{Pfalm. il 8.) 

Le Verbe pour s'être incarné , n'a pas 
celle d'être notre Pafteur ; il a dit de lui- 
même qu'il étoit le bon Pafteur, qui s'ex- 
polbît à la mort^ & qui donnoit fk vie 



48 Le I. Jeudi de l'Avent. 

pour fes ouailles , & il Ta fait fur le Cal- 
vaire; mais pour furcroît de tendreffe, 
il unit cette augufte qualité de Pafteur à 
celle d'Agneau : quoi de plus doux , quoi 
de plus aimable ! 

Allez à la crèche adorer & careffer cet 
Agneau , il laiffera tondre fa laine fans fe 
plaindre pourvous revêtir, ditle Prophè- 
te Ifaïe : (If J3 J vous y trouverez c^t 
Agneau, dit le même, qui bien que foi- 
ble en apparence , eft cependant le fou- 
verain de toute la terre. ( If. 16. ) Un 
Agneau fi rempli de douceur, dit Jéré- 
mie ; {Jer. ir.) qu'il fe laiffera conduire au 
facrifice, & qu'il fe laiffera égorger fans 
réfiftance pour vous fauver la vie; un 
Agneau de Dieu , dit S. Jean , qui fe 
charge des péchés du monde pour les 
expier & pour les effacer ; allez , dis-je , 
lui rendre vos hommages & lui faire vos 
careffes : il eft doux , il les fouffirira. Mais 
reffouvenez-vous que cet Agneau fera 
affis fur fon trône célefte , parce qu'il 
eft le Souverain du ciel & de la terre. 
Soyez donc marqués du fang de l'A- 
gneau, comme les Ifraélites avant que de 
fortir de l'Egypte , fi vous voulez être 
épargnés au jour redouter ble de (es ven- 
geances. Reffouvenez-vous encore que 
cet Agneau a un Livre de vie , où il a 
^crit le nom des Elus : heureux ceux qui 

s'y 



Jour DE Ferveur: 49 

sY trouveront, {^poc. 4.) Suivez-le à pré- 
sent dans fes foufFrances , fi vous voulez 
l'adorer étcrneltement fur foti trône cé- 
lefte. 

Oraison Jaculatoirc. 

Deusyconvcne nos : ojleade faciem tuam ^ 
& falvi erimus* 

Seigneur , convertîffez-nous : venez- 
nouâ montrer votre face^ & nous ferons 
iàuvés. ( Pfalm. 7p, ) 



J^ 

»^^ 



%%j^ 



je Le t. Vendredi de l*Avent; 

I,p I. VEÎSIPREDÏ DE L'AVEJSIT, 
JOUR DE LUMIERES, 

* • 

Pratique^ 

EN fortant du lit ^ des ténèbres de It 
nuit , pour jouir dp la clarté du jour, 
demandez à Dieu , en lui donnant votre 
cœur à votre réveil , cju'il en diflîpç le? 
ténèbres & fju*il Téclaire de (es divines 
lumières. Dites lui fouvent dans la joujs 
riée avec le Roi- Prophète: Mon Dieu, 
jéclairez mes ténèbres , Dçus meus , illu-r 

piina tendras meas. ( P/. 4. ) Ne VpUS fie? 

point \ VOS propres lumières, ne faites 
rien, n'entrebrene?^ rien que vous n'aye? 
^auparavant dfemand^ du iècours au Perç 
(des lumières. 

^ÉpiTATpN SUR VavEÎJGLEWENT 

ÉCLAIRÉ.. 

Tirée de VEpitrç du Dimanche. 

*■'■-■ 
Premier Point, 

T" .£ jour s* approche ; quittqns donc les œfiT 
f j vres de ténèbres j & revêtons - nous de^ 
armes de lumure. (Rom, 13.) 

Le grand jour de la n^iflance du Sau« 
veur s*approChe, c*eft le plus heureux 
de tous les jours ; déûronsle ^ attendons* 



Jour deLumieres. yt 

le, mais prc^parons iious-y , nous verrons 
bientôt nos ténèbres dillipées par la lu- 
mière lurnaturclle & bicnfailante de celui 
qui vient pour éclairer tous les hommes. 
Quand Paarorc commence à paroitrcj 
toute la terre dépoie ia triftefle, les té- 
nèbres de la nuit fe diflipent, toute la 
nature reprend fa beauté & fon luftre : 
raurore va le lever fur Bethléem & (Ur 
toute la terre , le Soleil de Juftice va 

Earoître ; dépofons les œuvres de téné- 
res , pour nous revêtir des armes de 
lumière. 

Examinez fi vous n'êtes point dans 
les ténèbres , & mettez tout en ulage 
pôi^r en fortir. Mais pour réuffir dans 
cet examen, convenez d'abord que tout 
homme eft né dans les ténèbres , parce 
qu*il eft né dans le péché ; & qu'encore 
que le Baptême no,us ait rendu la lumière, 
parce qu'il nous a conféré la grâce , le 

fléché originel , quoiqu'efFacé quant à 
a coulpe , ne nous délivre pas de la 
concupifccnce , qui eft une autre fourcc 
d'aveuglement. » 

11 y a un aveuglement qui fe forme 
dans Tefprit , il y en a un autre dans le 
coeur ; il y en a un dans les œuvres , qui 
eft la fuite des deux autres , & que l'Apô- 
tre appelle des œuvres de ténèbres. Fat- 
ces-en unierieux examen : exankjnez les 



f% 1e L Vendredi i>£ l'Avent. 

jpréjugés de votre efprit, fes entêt,emenS| 
>on orgueil délicajc , les fauffes lumières , 
feslégéxetésjfesdifllpation^jfespenfées, 
fes curiolltés, fes ignoranees : examines^ 
les attaclies de votre cœur, (es anti- 
pathies , fa trpp grande fenfibilité , foijL 
iamjour propre , & les fautes qu'il vou$ 
fait commettre ; mais examinez vos œu.- 
yres , peut-être y trouverez-yous des 
iDeuvres de ténèbres, Ipit dans.lavapité, 
ibit dans ks dclicateffes , foit dans I9 
iâchctîé^ loit dans le teiris perdu. Exa- 
fninez-Ies, réformez-les, & n'ayez plus 
que des penféc^., que des fentimens Sç 
flue des œuvres de lumi^e.re ; c^ar le joui 
(du Seigneur approche. 

S h c o ^ i> Point. 

Evêtons-noutS de,s armes de Ifl- Ifémiçre j^ 
marchons avep bienféançe & avec honnê^ 
t<itd y comme on marche ian$ le jour. 

Si vpus pefe? au poids du fanôuaîrç 
ces paroles du grand Apof rc , ( B.om. 13.) 
a^au5 y trouy,er.ez deux grandes vérités, 
conçues en peu de mots, qui peavenj 
*vou$ être d^un grand fecours. La pre- 
mière, c'eft qu'on .eft fort quand on 
inarché à la faveur de la ^lumière qui 
•vieni: de Dieu , & que par conséquent 
on ef): bien foible quand on marche dans 

les ténébreç , qu qu'Qu n'ieft guidé qus 




jfôO'ft ETE LUMIERES/ ^f 

pitCcs propres lumières, qui n*ont rieri 
de fur & de folide. Revêtons: nous ^ dit 
S. Paul y des arnires de la lumière* X-a kv 
miefe eft donc armée , elle a de la force 
pour réfi'fter à fes ennemis : quelle con^ 
fofetien pour moi! quelle réflburce! Ld 
Roî-Proplîéte Favoic bien expérimenté 
quand il difoit : Mon SeigneuT eft ma 
lumière & rhon falut, qui ponrrois-j.c 
craindre ? ( Pf. 26. ) Ainfi le parti que je 
dois prendre , quand je fentirai ma foi- 
bleffe , c'eft de' courir à cette lumière , 
c'eft de me revêtir de fes arnies, & jer 
ferai fiir de la viâroira. • 

La féconde vérité , c'cfl: que pour mar- 
cher (urertient dans les voies du falut, il 
faut, dit l'Ap-ôtre, {Rom. ij. ) marcher 
comme on marche en plein jour y c'eft^ 
à-dire dans la lumière : on ne marche ni 
hardinïeiît , ni fûrenrent pendant les té-- 
uébres de la nuit, on fait beaucoup de 
laudes démarches & on rifque de tomber. 
Quand notre^ame eft éclairée par le Père 
des lumières, & que nous ne faifons rien 
fans les lui demander & fans le confulter, 
quand notts avons foin de nous proeu^ 
ftr la divine préfence de ce Soleil de 
juftice, nous marchons (arement : ce 
Seigneur eft à notre droite , dit le Pro^ 
É^héte , (Pf. I J . ) & nous ne femmes pas^ 
ébranlés ; approchez-vous donc de Diei^^ 

E3 



'54 I-E !• Vendredi de l'A vent. 

conclut ce faintRoi, [Pf. 26.) participes^ 
à fes lumières , & vous né ferez pas con- 
fondus : & convenez que fi vous avez 
eu le malheur de tomber dans quelque 
faute notable, c'eft que vous vous êtes 
fouftrait de fes divines lumières : cet éloi- 
gnement vous a mis dans les ténèbres, 
.& dans ces ténèbres on ne peut faire que 
des oeuvres de ténèbres. 

SnNTIMENS. 

SEigneur tout-puiffant , Père des lur 
mieres qui avez mis votre Tabernacle 
dans le foleil , éclairez les yeux de mon 
ame , difoit le Propl^éte , ( P/ 18. ) afin 
que }e ne m*endorme jamais au tems de 
la mort > de peur que mon ennemi ne fe 
vante d'avoir eu l'avantage fur moi» (P/I 
12. ) Source de lumières , éclairez mes 
ténèbres où je me fuis précipité moi- 
même, qui m^ont privé de la lumière 
en me privant de votre grâce; [Pf» 17.) 
car hélas ! je puis bien tenir le langage 
que tenoit ce faint Roi pénitent après 
fon péché. Seigneur, mon cœur eft dans 
le trouble , ma force m'a abandonné , & 
les yeux de mon ame font privés de lu- 
mière depuis que j'ai eu le malheur de 
vous ofFenfer. ( Pf. 57. ) 

Mais , ô Dieu de lumières , vous qui 
. diifipez les plus épaiûcs ténèbres y parce 



Jôùn DE txjUitkÉsi. ^j 

ijué vous éclairez du haut des nion-' 
tagnes étemelles que vous habitezi, f^* 
Vorifez-moi de vos divins regards pouiî' 
.détruire , pour diffiper , ou pour réformet^ 
mes œuvres de ténèbres; (P/1 7 J.) & les 
iiuits les plus épaifles & fes plus obfcures 
de mes iniquités deviendront comme les 
plus beaux jours , & mes ténèbres fô 
changeront en clartés. {Pf. i 38.) 

Répandez fur moi les clartés de votre 
face , enfeignez-moi vos divines loix : 
en me les enfeigriant, donnez-m'en Tin-* 
telligence : en éclairant mon efprit vous 
tïie dilaterez le cœui', pour les aimer ^ 
pour courir à pas de géant dans la voie 
de vos préceptes & de Vos confeils- (P/# 

Sentences de la f ointe Ècfitufe & des Ss. PerèSé 
Sur L^AVEUGLEÀIENT ÉCLAîRÊ. 

MAlheurà vous qui faites paffer \çs 
ténèbres pour la lumière , & la la- 
inière pour les ténèbres, ( If a. 9. ) 

\jdi lumière eft venue dans le monde ^ 
& les hommeis ont préféré les ténèbres à 
la lumière. {Joan. ^. ) 

L'homme eft éclairé dès qu'il eft dans 
la préfence de Dieu , & il eft dans les té- 
nèbres auffi-tôt que Dieu eft abfent. {D^ 

Aug. 6^\^ de gsin^ ad lit, ) 

E4 



'^6 Le I Vendredi de l*Avent; 

Si vous voulez voir la lumière éte^^ 
xielle ^ ayez foin premièrement d'être dans 
la lumière, par la pureté de la chair ^ 
c*eft une condition iiéceflaire, {Hug. Can^ 

in Genef, 4. ) 

Point de l'Incarnation. 
La Lumière dans les ténèbres» 

Dlêu eft eflentieUement lumière, & 
il n*y a point en lui de ténèbres , de 
forte que fi nous difons que nous avot^ 
fociéte avec lui , & que nous marchions 
dans les ténèbres , nous mentons ; mais 
lî nous marchons dans la lumière, nou?s 
entrons en fociété avec lui, parce qu'il 
eft la lumière. Voilà la divine Théologie 
que le difciple bien-aimé difoit avoir ap- 
prifede Jéfus-Chrift même. ( 1. Jaan. i;) 

Tout eft lumière dans Dieu, il habite 
une lumière inacceffible. {Ep. Jacob, c. i.) 
Le Père célefte eft appelle le Père des 
lumières , de qui tout don parfait def- 
cend , qui ne peut recevoir ni d'ombre 
ni d'obfcuritè : {Pf. 105). ) le Fils eft un 
Dieu de lumières, il eft engendré de 
toute éternité dans k fplendeur des 
Saints ; & TEfprit Saint eft celui que tous 
les fidèles appellent à leurfecours quand 
•ils ont befoin de lumières. 

Ces trois adorables Perfonnes ont coa-- 



Jour de Lumières. ^f 

couru à raugufte myftere de rincarnar- 
tion ; te Père l'a déterminé , le Fils s'eft 
fournis & s'eft fait homme , & le S. Efprit 
en a conduit la divine opération ; c'cft^i;* 
par conléqucnt un myftere de lumières, 
ce qui failoit dire au Prophète Ifaïe eii^ 
parlant à Jérufalem de ce myftere : {Ifa\. 
éo.) Levez- vous^, Jérufalem, foyezr 
éclairée, parce que votre lumière va pa^ 
roître , à la. faveur de laquelle les Gentils 
marcheront. 

Auffi Jéfus-Chrift eft-il venu, dit le 
Difciple bien- aimé , {Joan. i .) pour éclai- 
rer tous les hommes, & cette lumière 
luira dans les ténèbres ; cependant je ne 
vois ici que des apparences de ténèbre?,. 
car ce Sauveur vient dans robfcurité de- 
là nuit, quoiqu^l fort l'auteur de la lu- 
mière; il eft vrai que félon le Prophète y> 
(Pf. 1 28.) cette nuit fera éclairée comme 
le plus beau jour ; éclairée par la vraie 
lumière qui prend naiflfance , & qui eft 
Jéfus-Chrift ; éclairée par tes Anges quf 
defcendentduciel; éclairée par la clarté 
qui conduit les Pafteurs à Tétable : aind 
les ténèbres de cette naiflance ont quel-- 
que chofe de fi grand, qu'elles font 
comparables à la lumière : Sicut tenebrx> 
ejus , ita & lumen ejus^ (Ibid-) 

Refpeékons jufqu^à ces ténèbres qui 
la^oat rien que de myftérieux & de faine ; 



58 Le I. Vêttorédï de l'^Aveî^V^t - 

allons à Dieu par ces ténèbres ôcpar' le^ 
voies oblcures de la foi , & nous feron* 
éclairés : Quittons les œuvres de tëné-» 
bres , & marchons comme d€:s enfans de 

lumière^ utfiUi lucis anibidantts. (Ephef. Jrf) 

Oraison jACutATcriRE. 

Emît te agnum y Domine^ dorrtindtorem tcrtAj 
de petrâ defertï ad montcm jiliéL Sïori. 

Seigneur, envoyez T Agneau daminâk 
teur de la terre , de la pierre du défei* 
à la montagne de la fille de Siort. {If a. i5.) 



i^t^t^b^mmm^^mimmÊaiÊmmmÊmÊhaitÊàkàà 



AVERTISSEMENT. 

On a mis la Fête de la Conception au joûf 
fuiyçLnt : on fourra la diplctcer quand étle ctrû-^ 
ycra devant ou après y & la changer ayea l0 
jour dont elle prendra la placem 









Jour de Pureté. jp 

>■ ■ ■ ■ ■ ■ « I ■ ■ Il I lit 

LA CONCEPTION 

DE LA SAINTE VIERGE. 

JOUR DE PURETÉ, 
Pratique. 

HAtez-vous aujourd'hui pour être des^ 
premiers à rendre vos hommages à 
Marie nouvellement conçue ^ après ce- 

fendant les avoir rendus a fon adorablç 
ils. Dites à votre réveil ce que TAnge 
difoit à Jacob : Quittez- moi , car voifà 
Faurorc qui paroi;. Jéfus-Chrift eft le 
foleil, mais Marie eft l'aurore; falue;z:-la 
à toutes les heures du jour, & autant de 
fois demandez- lui par fon immaarîée 
Conception, qTî'elle vous obtienne de 
fort' adorable Fils la pureté d^efprit , de 
cœur & de corps. 

Mjéditatign sur la Pureté dr Mark 
DANS ^A Conception^ 

Tirée de l^EvangiU* 
Premier Point. 
T^ E qià efi né Jefus qui s'appelle le Chrïjlî 

JL/ (Matth. I.) 

Ne vous paroît-il pas furprenant que 
FEgiife ^ û fage dans le choix des £ vao^ 



'^o La CôNCEfTiôNr de la ViEftoè*^ 

giks fK)ur les grandes Fêtes , ait choifï 
celui où eft marqué la maternité divine, 
pour un enfant qui ne naîtra que dans neuf 
moisf Penfez-y, vous y trouverez- une 
profonde fagefle. Elle nous donne en 

' effets dès le jour de fa CoftdeptiOn , une* 

.rande idée de fa pureté, en parlant de 

(a glarieufe deftination ; elle eft conçue 

aujourd'hui, & TEglife dit que c'cft d'elle' 

qu'eu né Jélus qui s'appelle le Chrift. 

En^ effet , quelle p^ureté pkis qu'ange- 

.lique ne faut -il point fuppafer dans la 
formation d'une cbaif d'où fera prife un 
jiour celle de j édvs ^ «(fui (ignifie Sauveur t 
La chair de Marie doit être celle de Jé- 
fus , dit S. Bernard , .& le fang q;ai en ferai 
pris fera celui de Jéfus ; cette chair fera 
un jour déchirée, & ce fang fera répanda 
fur 1-a croix , & ce fera l'inftrument & le- 
prix dé la rédemption de tous les hom- 
mes : quel degré de pureté ne doit point 
avoir dés aujourd'hui cette chair & ce' 
fang? 

Ce Jéfus s'appelle le* Chriftr, c'eft-à- 
dire, la plus pure& h plus glorieufe de 
toutes les onftions , puifque c'eft l'onc- 
tion de la Divinité : cette clîair formée 
aujourd'hui, fera après l'opération ineffa- 
ble du Sarnt-Efprit, la ch'air d'un Dieu, 
la Divinité y habitera corporellement y 
qireUe pureté ne doit-elle point avoij:? 



Jouii DE Pureté, Ht 

Marie eft cette Colombe toute pure p 
■figurée pat celle que Noé fit fortir xlc 
i'Arche , qui ne trouvant d'abord qu'im- 
pureté dans les eaux fouillées de reftes 
.de cadavres , revint dans l'Arche , d'un 
yol précipité ; mais laquelle envoyée une 
autrefois, revint avec une branche d'o- 
livier qjue le déluge avoir leffjeûée ; elle 
Apporte avec elle cett< pureté originelle 
/que nos premiers parens avoient perdue^^ 
Refpeâtons-la cette pureté dans Marie ^ 
npus ne pouvons mieux l'honorer, qu'en 
çenfervant notre pureté, ou en la répa- 
rant , fi nous avons ça le malheur de la 
jperdre. 

SeçOKD POXISÏT. 

T^E q^i eft né Jefus qui s^appelU le Çhriftl 
JL/{MMtth. I.) 

Il femble que cet oracle de l'Evangile 
me donne le droit , & m'invite même 
d'entrer avec refpeÉt dans le décret éter- 
nel de la prédeftination de la divine Ma^ 
rie ; puiiqu'il nous le développe aflfe^ 
clairement, ipn nous difant par avance^ . 
que è'eft d'elle dont Jéfu^ efi né. Marie 
n'eft 4onc prédeftinée que pour Jéfus, 
puifqu'elle en doit être la mère, Cans 

âu'aucun homnje en foit le père, ç'eft-à- 
ire qu'elle doit concourir de (on fang 
& de la chair en unité de principe à li 



62 La Conception de la Vierge. 

formation de THomme-Dieu : & Jéfus- 
Chrift n'eft prcdeftiné que pour racheter 
tous les hommes au prix de fon lang, 
qui eft celui qu'il a tire de Marie. Le dé- 
cret de la prédeftination de la mère y eft 
rentermé dans celui de ion Fils, qui eft 
Jéfus Se le Chrift ; leurs adorables defti« 
nées font unies inféparablement enfem- 
ble. Jéius- Chrift devoir être la pureté 
même ; celle qui en devoit être la mère 
devoir être* la plus pure de toutes les 
créatures qui ioient jamais forties de la 
main de Dieu, foit parmi les hommes^ 
foit parmi les Anges, parce qu'elle de- 
voit être la mère de fon Créateur, deibii 
Dieu ôc de fon Sauveur; & faire en foi- 
même une alliance miraculeufe de la vir- 
ginité avec la maternité. 

La nature n'ofe dans la formation de 
Marie précéder la grâce, elle attend avec 
refped , dit S, Anfelme , qu'elle ait pro- 
duit (on fruit, afin qu'elle foit regardée 
comme un fruit de la grâce, & qu'on pût 
juftifier en elle le glorieux titre de pleine 
de grâce. 11 vous paroît qu'il feroit hon- 
teux à la mère de Dieu, d'avoir été un 
feul moment fouillée du péché , & que 
la honte en auroit pu rejaillir fur fon 
adorable Fils, parce qu'il eft la pureté 
même. Concevez de- là une grande hor- 
reur de la moindre fouiliure> nettoyez 



Jour de Pureté. 6^ 

les plus petites taches de votre cœur, & 
mettez tout en ufage pour acquérir la 
vraie pureté, fi vous voulez être agréa- 
jble au Fils â: à la Mère* 

Divine Marie, Vierge & Mère tout 
enfembie , & miroir fans tache de la 
pureté de Dieu ; Vierge plus pure que 
toutes les intelligences celeftes ; Mère 
féconde, mais (ans tache & fans fouillu- 
re, puifque vous êtes toujours demeurée 
Vierge , obtenez- moi de votre adorable 
Fils , qui eft TEpoux des Vierges, un vé- 
ritable amour pour la pureté d'eforit , de 
cœur ii de corps , & une véritaole hor- 
reur pour la moindre fouillure qui en 
pôurroit ternir Téclat. Demandez pour 
moi à Jefus, que la corruption n'entre 
jamais ni dans mon imagination , en la 
délivrant de tous les fantômes qui pour- 
roient la falir; ni dans ma mémoire, en 
effaçant le fouvenir dangereux de tout 
ce oui pôurroit bleffer cette vertu plus 
angelique qu'humaine; ni dans mon ef- 
prit , en éloignant toutes les pçnfées con- 
traires; ni dans mon coçur, qui devroit 
être un fanduaire confacré à la pureté 
de Diêii, pour être digne de l'y attirer 
& d'y prendre fes délices ; ni dans mes 
yeux 9 en réglant tous mes regards par la 



^ <?4 La Conception dé la Vierge, 

niodeftie ; ni fur ma langue, en lui don-^ 
nant de l'horreur pour les paroles équi- 
• yoques; ni dans mes oreilles, en les 
fermant à tous les difcpurs qui pour- 
voient bleffer cette pureté ; ni dans ma 
chair , en raffujettiflant toujours à Tet ' 
prit, pour me rendre digne de la pto- 
teâion que vous accordez toujours aux 
âmes pures, & pour me préparer digne- 
ment à la naiilanc^ de votr<e adorable 
Fils, qui ne fe plaît & qui ne prend (es 
délices que parmi les lis des âmes pures 
qui font les £poufes. 

Sentences de lafaïntc Ecriture & des Ss. PctcSm 

Sur la Pureté. 

LE Seigneur a fanâifié fon Taberna- 
cle , Dieu eft au milieu d'elle, elle 
ne fera jamais ébranlée. {Pf. 45.) 

La SagefTe n'entrera pas dans une ame 
fouillée, & elle ne demeurera point dans 
un corps fujet aux péchés. {Sap. 1.) 

La pureté dans une ame raifonnable 
eft infiniment agréable à Dieu ; c'eil dans 
elle qu'il fe repofe & qu'il prend fes dé- 
lices comme aans fon image. (Sk Anton. 

de Mprib. Monach.) 

Il faut une demeure très^pure à un 
Dieu qui eft infiniment pur. (I>. Jug. Med. 

• Point 



Jour de Pureté. 6^ 

Pomr DE l'In C A R NATION, 

Une Vierge Merc- 

UNe Vierge devenir Mere> c*eft un 
miracle unique & inoui; une Merc 
concevoir & enfanter fans perdre fa vir- 
ginité, c'eft ie prodige le plus éclatant 
qui foit jamais forti des mains de Dieu ; 
& il eft bien difficile que celui dont elle' 
eft mère, foit un autre que Dieu-même. 

La virginité de Marie furpafle infini- 
ment ceUe de toutes les Vierges de 1* 
terre ; c'eft urte virginité confacrée , & 
h plus pure q.ui fiiit jama^is; c'eft une- 
virginité féconde & par eonféquent mi- 
raculeufe ; c'eft par cette précieufe qua- 
fité qu'elle attire les yeux & le cœur da 
Verbe incarné , virginitate plaçait. Marie 
eft Vierge, mais elle eft mère, & celui 
dont elle eft mère, eft ui>Dieu : quelle 
gloire & quelle grandeur t- 

La virginité a Ifes avantages auflî bierf 
que la maternité ;- il (è trouve cependant 
quelques privations dans Tune & dans 
Tautre par-tout ailleurs que dans la di-^ 
vine Marie ; l'intégrité a toujours fait 
Thonneur. de la virginité, mais elle eft 
ftérile, & cette ftàrilité dans rancien 
Teftament faifoit fa difgrace ; la fécori- 
4ké fait l'honneur de la maternité , mais 

F 



€6 La Conception de la Vierge^ 

elle eft fouillée; & voilà la confufion. Lat 
Vierge fainte a toute Tintégrité de la vir- 
ginité, fans en avoir la ftérilité :.fa ma- 
ternité a tout riionneur de la fécondité > 
fans en avoir la ibuillure^ & voilà fa^ 
gloire. 

Mais quel honneur lui procuroit (a 
maternité divine? Ceft par cette augufta 
qualité qu'elle eft élevée , dit S. Tho- 
mas , à un terme de perfeffcions infinies y 
elle eft la jufte meftire de fes grandeurs.. 
{D. Th. p. p. q. i^.a.6.) C'eft par-là qu'elle 
approche de plus près de Dieu & de Tu- 
Kion hypoftatique ; qu'elle eft, dit S. Il- 
dephonte, l'image la plus reflèmblantc 
de la paternité divine , & qu'elle nous 
produit une expreffion plus jufte de Tin- 
Gompréhenfîble génération du Verbe; 
parce que de la même manière à pro- 
portion que le Père éternel engendre fon 
verbe avec communication de fubftan- 
€e.. fans qu© ce divin principe en foit 
altéré, comme ce Fils adorable eft en- 
gendré Vierge de toute éternité d'un Père 
Vierge, de même il eft né^^dans le tempSy 
d'une Mère Vierge , qui lui a tout donné: 
fens rien perdre de fon intégrité. {S. Ildep^ 

de Virginie. & part. virg. ) Quelle gloire. 

pour cette Vierge J^fere ! 



Jour de PuRÉxi. ^7 

Oraison J acui. atoi-r.b.- 

RevencrCy f^irgo Ifracly rcvertere ; creavit 
Dominus novum Juper terrain j muller circum- 
dàbit virum. 

Revenez , Vierge d^Ifraël ^ . revenez ; 
car le Seigneur a créé fur la terre un 
f rodige nouveau , une femme environ- 
nera un homme. {Jcrem. ji.) 




V 2 



^8 Le II. Dimanche de l*Avent. 

LE II. DIMANCHE DE L'A VENT; 
JOUR DE SOUFFRANCES. 

P It A T I Q. U 1. 

COmmé on n*a pas tous les jours des= 
occafions de foufTrances ^ ri faut que: 
vous entriez dans la préparation de cœur^« 
& dans la difpofîtion de fouffrir Ôc de bietn 
fbufFrir toiit ce qui le préfcntera de plus» 
afflig.eant quand Dieu le voudra. Com-> 
niencez la journée par demander pardon^ 
à Dieu de toutes lies fautes que vous avea:^^ 
fiaites dans les foui&ances qui vous font: 
arrivées: fuppléez-y aujourd'hui en vqps 
mortifiant fur tout, fit par la privation de- 
tout ce qui pourroit vous faire du plaifir : 
foyez - y attentif, & vous ne. manquerez:- 
pas d'en trouver Toccafion*: 

MÉDITATION SUR LES SOUFFRANCES^: 

Tine de V Evangile.. 
Premier Point. 

/Fan ayant appris dans-fa pnfonles œuvres^ 
admirables de Jefus-Chrifij il lui envoya 
deux de/es Difciples. (Matth. J.) 

Entrez en efprit dans la prifon affreufc 



Jour de Souffrances. ^ 

0ir Hërode a renfermé Jean • Baptîfte •. 
Voyez-y un-Jufte, un Prophète, un Pré- 
curfeur chargé de chaînes pour la juftice 
& pour la chafteté, & deftiné à une mort 
infâme comme un fcélérat, & qui fouftre 
fens le plaindre ; écriez- vous à ce IpeÛa- 
de fi touchant avec un faint Doâeurr 
(Z). Chrifi. hic.) Seigneur, vous nous don- 
nez ici un parfait modefe, pour nous 
apprendre à fouffrirj & vous nous pro- 
duifez Texemple de cet illuftre affligé'^ 
pour condamner nos lâchetés, & çout 
m- exciter, moi qui fuis pécheur, àibuf- 
irir pour mes péchés & pour votre amou r; 
malheur à nroi, fi je n'en fais pas un faint 
ttikge^ & n je ne travaille pas à Citisfaire 
à votre juftice pendant cette vie^ pour 
ne le point faire avec plus de rigueur 
dans l'autre.: mais hélas ! comment ai- je 
fouffert jufqu'à préfent, & commenr 
dois-je fouffrir dorénavant, quand je fe- 
rai dans fa douleur:? Apprenez- le-moi,. 
Seigneur, 

Il ne falloit rien* moins^ que ce Héros 
dans les affligions & dans les liens, pout 
préparer les hommes à la venue d'un^ 
Sauveur ; & à embraffer la religion qu'il 
dëvott établh:, qui devoit être une reJr- 
gîon de croix & db fouffrances. 11 ne fal- 
loit rien moins que cet invincible martyr- 
dse la Synagogiie expirante & du Ghrif*- 



70 Ie II. DlMANCHfE DE L^AVENTT.^ 

tianifme naîfTaht^ pour préparer les voie^ 
à un Sauveur qui devok nous ouvrir le 
ciel par Tes fouf&ances & pat fon (ang.- 
D'où il réfulte que nous devons fouf- 
frir avec généroiké ^ fi nous voulons 
nous préparer à nous-mêmes les voies 

2ui conduifent à la crèche de Jéfus- 
Ihrift y & nous rendre^ dignes des grâces 
qui font attachées à la naiflànce d'un^ 
Sauveur; fi nous voulons porter avec 
dignité Taugufte titre de Chrétiens , & . 
Ci nous voulons participer un jour au 
bonheur éternel qui nous eft préparé 
dans, le ciel. Sondez ici les diTpofitions^ 
de votre cœur, examinez votre con- 
duite quand vous êtes dans f afïiiAion^ 
& réformez-la fiir celle du divin Pré-* 
curfeur. 

S £ c o N r> P G r K T. 

IL falloit que Jeân-Baptifte, foufFtît Itf 
perfécution, parce qu'il étoit prédes- 
tiné pour préparer les voies à un Dieu 
fait homme , qui devoit nous fauver par 
la croix, fie qui ne devoit lui-même., 
tout innocent qu'il étoit, rentrer dans 
^gloire que par la fouârance , comme il 
le dit lui-même. {Luc. 24.) Voilà là route 
fànglante du premier desprédeftinès : ne 
prétendons pas, nous qui fommes pé- 
cheurs , nous faire une route fleurie Se 



Jour de Soitffrances. yt 

agréable pour alkr au même terme : ne 

E rétendons pas 9 nous qui Ibmmes les 
l^ifciples d'un Dieu crucifié , nous fau- 
▼er (ans porter notre croix, puifque^ 
nous fommes prédeftinés , dit T Apôtre , 
(Rom. 8,) pour être conformes à cet ado-- 
ïablc & douloureux original ;& que nous 
ne ferons jamais reçus dans lé ciel^ fi 
nous n'y portons fon image. 

Il ell bien furptenant r & en même 
temps bien avantageux pour un Chré- 
tien , qu'une légère tribulation opère 
d'elle-même un poids immenfe de gloire 
dans le ciel f car quel rapport entre nos^ 
iaufFrances, qui font pauageres, avec 
une gloire qui eft éternelle ? {2^ Cor. 4.) 
ly ailleurs Dieu y eft engagé de parole, 
& fon fang auquel nos fouffrances font 
unies r leur donne une valeur infinie. 

Regardez dorénavant vos fouffrances 
comme ua fonds précieux ; Dieu le 
prend , il le fait valoii^, il nous en donne 
Fintérêt pendant cette vie; cet intérêt^ 
c'eft & grâce ; elles produifent encore 
lin autre fonds entre les mains de Dieu r 
:'efl: la gloire, c'eft un bonhçur étemel ;^ 
|ueile abondante & quelle innocente 
ifure! quel avantageux commerce! quel^ 
âche contrat l 

Qu'y mettez -vous de votre côté? 
?refq.ue rien,, un mépris, Une hx:milia-r 



7^ Le II. Dimanche de r^AvfNT^ 

tion, une maladie , une privation, te 
tout fouffert avec patience, avec conA 
tance Se avec foi ; & Dieu^ y met du fièn v 
fa grâce, fon amour , fa confoUtian, fa 
proteftion, fon fang, fon royaumer^ Vo- 
tre réfignarion rappelle à votre fecours, 
il y vien.t, iïfc feit fentir, il eft en tribu- 
fetion avec vous, il pjorte la meilleure 
partie de votre peine, il vous aide à por- 
ter Tautre, il effuie vos larmes, iï vous» 
délivre, it> vous^ fenûifie , il vous cou> 
ronne. Ah! Seigneur ,, vous nous Jauvez 
prefque pour rieBi 

S EN TIME ïf s: 

QUe ne puiHe dire , Seigneur , avec- 
autant de fentiment,^ a^utant de foi* 
éc autant de réfignation que le Roi pé- 
nitent : Je reconnois , ô mon Dieu , que 
€'e(Vun vrai bien pour moi d*àvoir été 
humilié pat la fdufFrance : Bonum mihi 

quia humili<x(li me; (Pfal. ï l8.) la profpé'»- 

rité m'avon aveuglé de m'aaiere que je 
ne vous connoiflfois pas comme je te 
dois. Hélas ! je méconnoiflbis vos bon^ 
tés, qui font infinies; parce que je ne 
fçavois pas aflfez que vous^ ne nous affli»- 
gez jamais-, que vous ne nous donniez 
une grâce fupérieure à la peine à la> 
quelle vous nous expofez ; que vous- 
êtes. toujouBS- avec nous en tribulations; 



nne 



Jour de Souffrances* 75 

tyue c'eft vous feul qui nous confolez & 
qui nous délivrez par votre main toute- 
puiffante. 

Si vous ne Tn*avîez livré quelquefois 
à la fouCrance » la délicatefle ^ la non- 
chalance & la lâcheté -alloient prendre 
un terrible alcendant dans mon ame ; Se 
à peine aurois-je incliné Toreille de mon 
cœur pour écouter vos divines \6h ^ 
pour les aimer & pour les pratiquer. 

Oui, Seigneur, raffliftion a toujours 
été un bien pour moi : par elle vous 
m'avez fait marcher à la faveur d'une 
lamiere que vos flèches portent tou- 
jours avec elles , comme le difoit un 
Prophète: {Habacuc. 1.) les veftiges de 
la religion qui alloient s'eftacer de mon 
cœur^ dans le temps de la prolpérité, 
y ont été tracées & gravées plus profon- 
dément pat les pointes falutaires de vos 
flèches, qui ne pénétrent le cœur que 
pour y porter le remède. à la parefle, 
a rinfidélité ^ au penchant pour les plaL- 
fiiss fenfoels : vous vous êtes fait connoî- 
tre à moi , vous m'avez fait connoître à 
moi-même. 

Je fuis pécheur , & je mérite de fouf- 
frir ; la loi & la juftice me le font fentir, 
mais ma délicatefle n'en veut pas con- 
venir; ruinez-la, Seigneur, je la détefte 
de tout mon cœur, domiez-moi tout le 

G 



74 La II. Dimanche de l'Avent. 

couragp ôc toute rhumilité dont j^ai be^ 
foin pour me fouraettre , & pour tirçr dç 
mes fouffrances toutes les lumières qui 
me font néceffaires pour, me détacher de 
toutes les eonfolations fenfibles , de tou- 
tes les créatures & de moi-mêmç , pour 
ne m'att9cher dorénavant qu'à vous feul^ 

Sentences dç lafainte Eçritifre & de^ Ss. Pçre^, 

Sur les Sou;FFRanges> 

HEureux ceux qui fouffrent la perfé^- 
cution pour là juftice , dit le Sau- 
veur, parce que le royaume des cieux 
lieur appartient. {Matth. 5.) 

On ne peut entrer dans le Royaumç 
de Dieu quç par plufieurs tribulations» 

(JMatth* 14.) 

Les tribulations qui nous preffent, 
pous engagent & nous forcent, pour 
pinfi dire , de tejtourjiçr Vjçrs Dieu^ (A 

Greg. moo 7.) 

Dieu ne mélange nos profpérités d*a- 
mertumes que pour nous engager à cherr 
ct>er une ^utrç fçliçifé. (A 4ug,f^rm. 29, 

fie verbf p.^ 



Jour de Souffrances* jf; 

Point de l' Incarnation. 

Un BienheurcHX dans les larmes. 

Dieu cft eflentiellement heureux ; 
parce qu'il eft infiniment parfait : 
il eft heureux par lui-même , & il fait 
lui feul fon propre bonheur : il jouit de 
foi-même avec des délices infinies ; il fe 
voit , il fe comprend , & il aime fes 
adorables perfections : enfin il eft foi- 
même fa propre béatitude. Toutes les 
créatures enlemble ne peuvent pas lui 
donner aucun accroiflement de gloire 
eflentielie ; & avant que fa main toute 
puiflante les eût tirées du néant ^ il 
fe fuflSfoit à foi- même; & dans fon 
éternelle & divine folitude il étoit lui- 
même, dit TertuUien, fon temple, ics 
adorateurs , & toutes chofes. Il fait 
enfin le bonheur de tous les Saints, & 
c*eft de lui, en lui & par lui, dit S. Au- 
guftin , que tout ce qui eft heureux , eft 

heureux : Deus beatitudo in quo & à quo & 
per qucm beata funt y qua beat a funt omnia. 

(Solit. ï.c. I.) 

Mais ce Dieu toutpuiflant, fi heureux 
par lui-même, s'eft fait homme; pour 
s'être fait homme , il n'a pas quitté fon 
auçuftc qualité de comprehenfeiu:, il Ta 
unie à celle de voyageur : il fouffre dans 

G2 



>[^ Le IL Dimanche de i'Avent. 

l'éfable, il y répand des larmes de t^ij- 
.drefle & des larmes de douleur, parcç 
flu'il nous aime j& cju'i] Ibuffre, 3j: il eiji 
répandra dans la fuite fur Jérufalem & 
fur Lazare; cetce doujeur, jcette joie, 
dans un même temps & dans un même 
fujet, m'airêtent & m'en^gent à conr 
fefler qu'un Dieu hcareux & foufFrant 
font un myftere iurprenaat & inconi*.- 
préhenfible. 

Pour Ibrtir de cet embarras j*ai recours 
aux lumières de la foi, qui m'apprend 
que l'amour Ta réduit (toat jouiflant de 
Dieu qu'il tft ) dans cet état doulou- 
reux : il cède tous les droits que foin 
bonheur elfentiel lui donne : il fort hors 
de lui même,, il fufpend , par un miraclç 
d'amour* cette communication de joie 
& de plaifir, qui devroit être naturelle- 
ment entre la divinité & l'humanité, 
qui (ont inféparablement unies : il rçr 
tient le rejaillifrement de gloire fur fon 
cor-ps , il fe livre à la douleur : il pleure 
dans (à crèche, il l'arrofe de fes larmes, 
parce qu'il en veut à notre cœur , 5ç 
qu'il veut le purifier, le dégoûter des 
Vï)luptés fenlîbles, par Ç^^ larmes, & lui 
procurer ainfi plus sûrement des plaifirs 
éternels. Recevez-Jes ç^s précieufes larr 
mes, jarrofez-en vos cœurs; un Dieu 
pleure, & il pleure^parce que vos mji^ 



Jour de Souffrances, ty 

ieres le touchent : quel efl le cœur ç\^i 
ne feroit pas attendri des larmes d'u» 
Dieu enfant ? 

Oraison J a g ir l a t o i r t, 

OJlende nobis ^ Domine j mifericordiam tuam^ 
bfalutarc tuum da nobis. (Plalm.) 

Seigneur, montrez-nous votre miféri- 
corde , & donnez-nous Tauteur de nower 

filiUf.r 



'jÀ JL ^ 



Gj 



-7* Le II. Lundi de l'Avent, 

LE II. LUNDI DE L'AVENT. 

JOUR DE FOL 
Pratique.- 

AUffi-tôt votre réveil , allez en efprft 
dans la crèche , faire votre profeG- 
fion de foi aux pieds de Jéfus enfant ; 
croyez, adorez, aimez ce Verbe-J3j3 
nel dans fon filence, fa baffeffe, fa toute 
puiffance dans fa foibleffe , fa divinité 
dans fa chair, ce Dieu du ciel dans Té- 
table, & fon immenfîté renfermée dana 
un corps d'enfant ; demandez-lui qu'il 
perfeftionne votre foi par Thumilité la 
plus profonde, par k confiance la plus 
inébranlable, & par la charité la plus 
fervente , & faites auffi toutes vos ac- 
tions dans un surprit de foi. 

MÉDITATION SUR LA FOI^ 



r 



Irée de f Evangile. 

Premier Point. 

À Lki j raconte^ à Jean ce que vons tzvqf 
jflli entendu^ & ce que vous ave\ vu : les aveu- 
gles voient^ les boiteux marchent ^ les lépreux: 



if 6 Or de VoU ^ ^^ 

font guéris , les fourds entendent y lei morts 
reffujcitent i l' Evangile ejl annoncé aux pauvres 4 

(Matth. 11.) 

Admirez les folides fondetncns fuc" 
lefquels Jéfus-Chrift établiflbit & la di- 
vinité de fa perfonne & celle de la re- 
ligion qu'il prêchoit. Les Saints ont fait 
des miracles, il eft vrai; mais comme ils 
les opéroient par la vertu de Dieu, ces 
miracles publioîent leur fainteté; & ils 
fervoient à confirmer la religion déjà éta- 
blie : mais pour fonder une religion de 
croix & de foufFrances, il falloit des mi- 
racles opérés de la main de Dieu-même, 
& Jéfus-Chrift en fait aujourd'hui d© 
très-éclatans & àe très-nombreux ^ & 
il les fait par (a propre vertu ; c*eft ce 
qui montre inconteftablement (a divini- 
té. Eclairer les aveugles , faire entendre 
les fourds, reffufciter les morts, & le faire 
par fa propre vertu, quelle preuve plu* 
inconteftable de fa divinité ? 

Je ne m'étonne pas lî Jéfus - Chrift 
ajoute que les pauvres font éclairés des* 
vérités de l'Evangile , pauperes cvangeli- 
\antur ; qui eft-ce en effet qui pouvoit 
être le témoin de ces prodiges foutenus 
des oracles de vie de celui qui les opé- 
roit, fans fe rendre? quelle confolation 
pour nous ! quel fujet d'adion de grâ- 
ces I quel repos de confcience de voir 



i 



8oè Le il Lundi de l'Avent* 

notre foi fi bien établie , & fuivre une 
religion toute infaillible & toute divinel 
L'efprit de l'homme peut-il, fans tom- 
ber dans un pitoyable égarement ou dan» 
une révolte déclarée, s^infcrire en faux 
contre ce témoignage , autorifé dans la 
fuite, du fang de Jéfus - Chrift , & de 
celui d'un million de Martyrs & de mi- 
racles ? 

Second Point. 

Voilà pour notre confolation , la foi 
fufïifamment établie par les mira- 
clés 5 contre lefquels il i?f eft plus permis 
de fe récrier: les aveugles font éclairés, 
les fourds entendent ^ les morts (ont 
refllifcités; Jéfus-Chtift qui a opéré ces 
miracles a parlé, il inftruit les pauvres: 
à fcs paroles il a ajouté tout fon fang : 
le Saint-Efprit l'a confirmée, le? Apôtres 
Tout prêchée par toute la terre : il ne 
manque plus rien ni à fon établiflement 
ni à ia confirmation : vous l'avez em- 
braflee par le Bap^têmei vous la profeflez, 
vous en efpérez les récompenfes qui y 
font attachées, qui confiftent dans la 
pofTeffion éternelle de l'auteur de votre 
foi, quiett Dieu. 
Cependant, éprouvez- vous encore, 
• félon le confeil du grand Apôtre, & 
: demandez- vous à vousrmême H vous 



Jour de Vou ftr 

êtes dans la foi : Vofmetipfos tentateji ejlis 

infide; (i. Cor. ij.) demandez-le à votre 
efprit, demandez-le à votre cœur, de- 
mandez-le à vos makis. 

Votre efprit eft-il parfaitement fournis 
à tcmtes les vérités qu'elle enfeigne , ne 
fe récrie-til pas quelquefois contre l'au- 
torité de la foi , qui veut le réduire en 
fervitude? n*appelle-t-il pas à fon pro- 
pre jugement des vérités qu'elle oWige 
de croire? n'écoute-t-il pas fes propres 
lumières , en raifonnant trop quand il 
lî'eft queftion que de fe foumettre f ne 
fe lèrt-il pas quelquefois de la fîmplicité 
qu'elle exige, pour trop donner à fe civ- 
riofité , & en s'attachant plus à Tincer.- 
tain qu'au folidef 

Cherchez la foi dans votre cœur , it 
en eft le fîége aulfi bien que de l'infidélité; 
& c'etl dans fon cœur & non dans fon e{^ 
prit que l'infenfé a dit qu'il n'y avoit point 
de Dieu : (Pp/;72. 13.) examinez- en les 
défirs, les attachas , les afEedions, & 
voyezTi la foi en eft la régie : l'auftérité 
delà foi ne les déconcerte t-elle pas quel- 
quefois f Seroit-il dans la difpofition de 
facrifier fon repos, fon plaifir , fon biejn^ 
Ion fang, plutôt que de perdre fa foi? 
Demandez à vos mains quelle divinité. 
vous adorez, c'eft fans doute celle pour 
qui elles travaillent le plus i ne forit- elles 



82 Le il Lundi dé l'A vent. 

point lâches & pareffeufes dans les devoïft 
de la religion & dans les pratiques aufte- 
res de ta fol, pendant qu'elles ne font 
que trop ardentes quand il eft quef- 
tion de travailler pour la vanité , pour le 
monde & pour Tamour propre? Voilà 
le fujer d'un férieux examen, 

S3ÉNTIMENS. 

DOnnez-.moi, Seigneur, difbit faint 
Auguftin , une foi foumife , génc- 
reufe, univerfelle & fervente, puifquc 
je ne puis ni vous plaire ; ni me (auvec 
fans fbn fecours. Je me foumets de tout 
mon cœur, & je vous reconnois pour 
mon Dieu, dans la crèche & fur la croix, 
aulTi-bien que dans le ciel; je refpefte 
vos paroles qui font toujours des oracles 
& qui feront la régie de ma conduite r 
je me rends à vos miracles , j'adore votre 
divinité. Vous avez, éclairé les aveu- 
gles , éclairé mon amc des lumières de 
la foi : vous avez fait marcher les boiteux , 
redreffez mes voies, afin que je ne m'é- 
carte janrrais des droits (entiers de la foi & 
de la juftice : vous avez fait entendre les 
fourds ; parlez à mon ame , rendez l'oreil- 
le de mon cœur attentive à votre divin 
langage , & fourde à celui du monde : 
vous avez reffufcité ]es morts , je ne m'en 
étonne pas puifque vous êtes l'auteur de 



Jour de Foi. 85 

la vie. Je vous demande , Seigneur, la 
vie de la grâce, & cette vie de la charité, 
fans laquelle je n'aurois qu'une foi morte 

Sui ne ferviroit qu'à ma condamnation, 
donnez-moi un attachement inviolable 
à la foi que vous m'avez enfeignce , après 
l'avoir établie par votre parole , par vos 
miracles & par votre fang; & condui- 
fez-moi de les obfcurités à l'évidence , 
& de fes pratiques aufteres,aux plaifirs 
purs & éternels que vous promettez & 
que vous donnez aux vrais fidèles. 

Sentences de lafainte Ecriture & des Ss. Peres^ 

Sur la Foi, 

JE vis dans la foi du Fils de Dieu qui 
m^a aimé, & qui s'eft livré pour moi. 

(Galat. 2.) 

Si nous recevons le témoignage des 
homoKS, ah! le témoignage de Diea 
eft bien plus authentique. {Epijl. Joan^ 

€. 3.) 

La foi fait la force de la charité , la 
charité ait la force de la fol (p. Leo^ 

SoL 7. qaadr.) 

Soumettez à votre efprit ce que vous 
avez de commun avec les bêtes, c'eft 
votre corps ; mais foumettez à Dieu 
par la foi , ce que vous avez de com- 
mun avec les Anges, c'eft votre efprit. 



3 



$4 I-E lî* Lundi de L^AvEiS-f, 

Point i>e l' In carnation'. 

^ tJn pur ejpr'u devenu chair*- 

DTeu eft efprit, dît Jéfirs-Chrift à là 
Samaritaine , {Joan. 4.) dans l'admr- 
lable entretien qu'il eut avec elle, pour 

f>urifier cette feiTfnie charnelle de tou* 
es fantômes charnels, & pour Téteye'r 
à la connoiffarnce dur vrai urett, qtfelîe 
devoit adorer en efprit & en vérké ; à te 
différence de ces fauflfes divinités qu'on 
adoroit fur la montagne de Garilim à 

ni leurs aveugles adorateurs donnoienf 

es corps de chair. 
11 eft un efprit pur, incapable cfc 
mélange & de compofition , infiniment 
grand, fans extenfion locale , in vifibte 
& qui voit tout, impénétrable & quf' 
pénètre tout par fan infinie (ublimité*, 
fublime & qui furpafle tout; c'eft un 
Efprit créateur de tous les efprits ; c'eft 
tme Intelligence univerfelle , qui rem- 
plit tout, qui peut tout, qui aime tout 
& qui foutient tout. 

Cependant ce Dieu fi grand, cet EjP- 
prit fi pur & fi fublime , s'eft abaiffé psc 
amour jufqu'à fe faire homme ; difons 
plus, iufqu'à fe faire chair, & Verbum 
garo fadum efl ^- (Joan. 4O paroles qui 
méritent d'être péfées au poids du fane- 



Jour de Foi. g y 

tj^aire : car pourroit-on mieux , que Ta 
bit le difçiple bien-aimé , exprimer le 
prodiigieux abaiflement du Fils 4e Dieu, 
y Qui ell un {)ur efprit quand jJ a dit, /^ 

hrbe yeft fait chair ? OÙ noUS devons 

remarquer avec faint Auguftin , que le 
Siaint- Efprit, voulant nous donner une 
idée parfaite de l'amour & de l'humilité 
^u Sauveur dans (on incarnation, ne dit 
pas (implçmeni: qu'il s',eft faix homme ; 
ipais qu'il s'eft faat cluair, nommant ex^ 
pri;(rén7ein çettje chair, qui eft Ce qu'il 
y a de plus abjed & de plus méprifablç 
flans Thomme , & de plus indigne d'être 
uni hypoftatiquement à un pur Efprit, 
4e peur a uç fe fervant d'une expreffion 
plus noble, il femblâ.t avoir méprifé ce 
qu'il y a de plus bas dans l'homme : car- 

nçm pro hoTTiinç pçfuitj &ç. (D. Aug. hiç,) 

Ç'eft nous faire entendre qu'il a pris une 
cjl>air nouyellement foymée dans le feia 
de Marie , qu'jl a attendu le terme de 
neuf mois pour en fortir, & qu'enfin il 
vouluf naître d'une manière qui, bien 
^ue toute confiçrée , n'avoir rien en ap- 
parence qui le diftinguât des autres en- 
tans des hommes, 

JLe Verbe s'eft fait chair , dit faint Au- 
guftin : quelle coofolation & quel hon- 
nçiir pour )es hommes ! Le pur Efprit 
s'ç^ uni non- feulement à notre elprit 



B6 Le II. Lundi de l'Avent. 

pour réclairer, lui qui eft la fource de 
toutes les lumières , mais il s'eft encore 
uni à notre chair, pour Tennoblir , pour 
la confacrer : il a pris notre chair, il 
nous a donné la (ienne, afin que la chair 
qui nous avoir aveuglés nous éclairât, 
que la chair qui nous avoir bleflfés nous 
guérît ; & que par Tunion de fa chair 
avec la nôtre , il éteignît en nous tous 
les vices de la chair : Ferbum caro faclum , 

ejl ; caro te excœcaverat j caro te fanât ^ ^ Jic' 
venit ut de carne vitiacarnis extingueret.[h\X^m 

tra£t. 2. in L Joan.) 

Oraison Jaculatoire. 

Mémento- nojlrî y Domine ^ in beheplacao 
popuii tui : vijita nos infalutari tuo. (Pf. 1 J .) 

Souvenez - VOUS de nous, Seigneur^ 
félon la bonté que vous avez eue de 
marquer à votre peuple : daignez nous 
vifiter & nous envoyer TAuteur de no- 
tre falut. 




Jour de Docilité. 87 



*^ 



LE II. MARDI DE L'AVENT. 
JOUR DE DOCILITÉ, 

P R A T I Q » JE. 

S Oyez aujourd'hui plus attentif que 
jamais à écouter Dieu & à recevoir 
fa divine parole , ou prononcée , ou 
écrite , ou infpirée , avec toute la fou- 
milfion d'efprit & toute la docilité de 
cœur dont vous êtes capable ; dès que 
vous l'aurez reçue, ne différez pas de' 
la mettre en pratique. Ne vous fcanda^ 
iiféz pas des rigueurs ou des humiliations 
qu'elle vous impofe , encore moins de 
celles que Jéfus-Chrift a endurées pour- 
votre amour ; & dites fouvent avec le 
Prophète : J'écouterai ce que mon Sei- 
gneur & mon Dieu dira dans mon cœur. 

MÉDITATION SUR LA DOCILITÉ, 
CONTRE LE SCANDALB, 

Tirée de V Evangile. 
Premier Point. 

T" JfEureux celui qui ne prendra point de moi 
X% unfujct defcandale. (Matth. II.) 

faites attention que parmi ceuxc liez 



S. 



88 Le 11. Mardi de l'Avent^ 

lefqucis Jé(us-Chrift prêchoit les véri- 
tés céleftes, toujours accompagnées de 
grands miracles , il fe trouvoitdes cœius 
dociles qui le fuivoient avec emprefle- 
ment julques dans les déferts , <jui re- 
gardoient fes paroles , fa vie & fes aûions 
comme des preuves éclatantes de fa 
rniffion & de Ta divinité , & qui enfin fe 
convertifToient : mais il y avoit des cœurs 
indociles^ qui loin d'en profiter, s^ea 
fcandalifoient. Jéfus-Chrift fe plaint ici 
de ces derniers ^ & fur-tout des habitaiis 
de Corrofaïm , de Bethfaïde & de Ca- 
pharnaùm , chez lefquels il avoit prê- 
ché & opéré beaucoup de miracles, làns 
qu'ils fe fuffent convertis* Et il dit, 
[Matth. 1 1.) Jean eft venu ne mangeant 
& ne buvant ; & ils difent qu'il eft poflfé- 
dé du diable : le Fils de l'homme eft 
venu mangeant & buvant , & ils difent 
voilà un homme de bonne chère , & il . 
eft ami des gens de mauvaife vie* 

Donnez-vous de garde de donner dans 
ce piège ; fi vous voulez être heureux , 
ne prenez ni des paroles ni des adions 
de j éfus-Chrift , aucun (u jet de fcandale ; 
refpeftez , adorez même lés unes & les 
autres , elles font de Dieu 3 elles font 
toutes ordonnée^ pour fa gloire & pour 
votre bien fpirituel & éternel , & tout y 
eft fublime & divin : c'eft par ce refpeâ; 

& 



J Ô U R D E D O Gl L I T é, 8p 

& par cette docilité d^efprit & de cœur 
que commence la vraie fagefle du Chré- 
tien ; c'eft même la première fcntencc 
du Livre de la Sageflfe , faites-en la régie 
de votre conduite : Ayez des fentimens 
du Seigneuï , dit le Sage , <^i foient dig- 
nes de lui & de fa bonté , S entité de Do- 
mino in bonitate j & cherchez- les avec un 
cœur fîmple & docile. {Sap. i .) - 

Travaillez à acquérir cette (implicite 
& cette docilité de cœur pour tout ce 
qui vient de Dieu : ayez un profond ref- 
peâ: pour toutes les paroles qui font 
forties de fa bouche adorable : tout eil 
fententieux , tout eft oracle , & ce font 
des vérités éternelles : recevez ces inf- 
pirations avec un cœur préparé à lui 
obéir : regardez avec un culte religieux 
foutes fes adions^ toute fa conduite, 
foutes fes démarches y fes humiliations , 
fes fouffrances ; tout y eft faint , tout y 
eft grand , tout y eft refpeftable , tout 
y eft diviff , & tout eft ordonné du Sau- 
veur pour votre falut. 

Sec a k d P o i n t. 

LA première demande que fît à Dieu 
le plus fage de tous les Rois , auflî- 
tôt qu'il fiit monté fur le trône, fut là 

docilité de cœur 5 dabis ergo fervo tuo cor 

daâU^ (s* Reg. 5.) il en avoir befoin pour 



90 Le II. Mardi de l^Avent*^ 

écouter Dieu ; pour profiter de ks Iti^ 
mieres , & pour les répandre fur fe* 
peuples. 

Nous avons notre ame à conduire, 
c'en eft bien aflfez , & à conduire parmi 
une infinité de pièges , d'écueils & d*en- 
nennds qu'elle rencontre en fon chemin y 
& qui voudroient Tcmpêcher de parve- 
nir au royaume qui lui cft préparé. Nous 
avons un corps fragile à conduire ; nous 
avons nos yeux , notre langue , nos fens 
extérieurs^ nos paffions, nos défîrs, no* 
tre chair à conduire > & nous manquons 
de lumières ; il &uc les demander , il 
iaut les écouter , il faut les fuivre ; çiv 
un mot, il faut confuîter Dieu fur tout y 
& l'écouter avec docilité. 

Pourquoi tombons-nous Çt fouvent r 
c'eft que nous manquons de docilité. 
Quelles font les fources de notre indoci- 
lité ? Si vous les examinez bien , vous 
trouverez que c'eft votre peu de foi^ 
votre oi^ueil fecret & votre lâcheté ;- 
votre foi eft languiflante , vous n'avez* 
pas aflfez d'eftime pour ce qui vient de* 
jDieu, & pour ce que Dieu a fait pour 
vous , & vous n'y faites pas aflez d^at- 
tentioni les myfteres ne vous frappent 
pas aCEez , vous n'y penfez que foible- 
ment , vous les oubliez facilement , la 
divine parole , les infpixations ne font 



'Jour de DôctLffE* 91' 

fitis aflez d'imprelTion dans votre ame , 
& vous les négligez. 

Notre orgueilfecretfe met de la partie; 
nous voudrions qu'on eflfeçât de TEvan- 
gile rhumilité de la crèche ; nous au- 
rions fuiv! volontiers Jéfus-Chrift fur le 
Thabor, 6c fes humiliations nous dé- 
concertent. & nous fcandalifent ; notre 
lâcheté s'en mêle aufli j elle ne s'accom- 
mode pas des rigueurs que Jéfus-Chrift 
•a endurées dans Tétable & lur la croix , 
ni de celles qu'il exige de nous pour ar- 
river au bonheur qu'il nous a promis , 
& la moindre^mortification fait peur à^ 
notre fenfualité. Examinez-vous lux cet 
important article. 

S E N T I M E jsr s. 

NOn , Seigneur , quelque chofe dé' 
ruUe que vous m'impofiez, je ne 
contredirai jamais aux paroles du Saint, 
difoit le faint homme Job,parce que vous^ 
êtes mon Dieu , mon Créateur, monSau* 
veur & mon fouverain Seigneur , & que' 

ÎarcenféqjLient jedois vous obéir. {Job. (î.) 
e ne me fcandàliferai jamais ni de vos 
paroles qui font des oracles , ni de vps 
aâions qui font faintes , ni de ce que 
vous exigerez de moi, quelque rigou- 
reux qu'il me paroifle , parce que vous 
ik^'aimez^ Ôc que vos loi^r , qui font di- 



52 Le h. Mardi db L*AvENr^ 

vines^ ne peuvent jamais furpafler les? 
forces que vous m'avez données vous- 
même j- & qu'elles me conduifent lû- 
rement au louveraia bonheur auqaet 
i'afpire. 

J'écouterai dorénavant vos divines 
infpirations avec tant de refpeâ » tant 
d'attentiotn & tant de docilité; je les exé^ 
cuterai a^Hsc tant de courage & tant de 
fidélité , que j'efpére vous* pouvoir tenir 
un jour ce langage du Roi- Prophète ^ 
{Pf. i6.) avec la même confiance : Seig- 
neur , j'ai marché courageufement pat 
les voies les plus rudes & les plus difHr 
ciles , parce que vous m*avez ordonné 
d'y marcher , & que ce font des loir 
feintes forties de votre bouche adorable, 
& que d'ailleurs vous m'en avez tracé: 
1/ss routes par vos exemples , & c\\xc vous 
me les, avez applanies par- votre grâce. 

Il me fuffira dorénavant, ô mon Dieu ^ 
pour m'engager à me faire violence , 
que je me dîfe à moi-même : Mon Dieu 
le veut 5 il a parlé , je l'ai entendu dans 
le fond de mon cœur , il m'en a donné 
là vue., il: me t'a infpiré ; qui fuis-je pour 
m'y oppofer , & pour lui réfîfter?. Je vous 
dirai toujours, comme le jeune;Samuel> 
(i. Rcg. 2.) Parlez, Seigneur , votre fer- 
viteur vous écoute, il eft prêt.d'obélr à 
votre voix- 



Jour de Docilité. py 

Sentences de la fmnte Ecriture & des S s. Pères. 

Sur la Docilité. 

J'Ecouterai ce que mon Seigneur & 
mon Dieu dira en moi > perfuadé q^e 
j'y trouverai la paix. (PjC 84.) 

Seigneuc^ faites-moi entendre au pliir 
tôt ta voix de votre milericorde 5 parce 
que j'ai efpéré en vous. {Pf. 14^2^) 

Celui qui écoute la parole de Diem 
avec négligence , eft aufli coupable que 
celui qui laiflferoit tomber en terre le 
Corps de Jefus-Chrift par fa faute. (-D- 

j^ug. honu 26. ex j-O.) 

Plufieurs conientent âj)orter fur leur 
firent le figne de Jéfus-Chrift , qui na 
reçoivent pas fa parole dans le cœur, {lit 

Traci. jo,); 
Point de l'Incarnation;., 
La Providence dans le hefoin. 

eOmme Dieu cil une fonrce inépuf** 
fable detréfors , & que fes richeffes> 
qui font immenfes , font accompagnées 
d'une bonté & d'une fàgefle infime , de là 
vient qu'il pourvoit à toutpar (a provi-* 
dence, lans pouvoir jamais s'appauvrir, 
& (ans que rien manque jamais^ à tout 
ce qu'il a créé , ni pour (a fubfiftance, 
ni pour fa confervation , depuis la plus 
noble &4a plus grande jl julqj^'à la plujj' 



P4 I-E II. MARDf DE L'AVÉNI*. 

abjette & la plus petito de fes créature^ ^ 
depuis rhomme jufqu'au ver de terre , 
depuis la baleine julqu'au moucheron r 
jj^arce qu'il aime tout ce qui eft fofti de- 
les mains, & qu'il répand de fa pléni- 
tude fans qu'elle en foufFre jamais aucurt 
vuide 5 & qu'il peut toujours donner & 
infiniment donner, faïis que jamais iés- 
richeffes diminuent. 

Cependant ce Dieu fi riche s'eft fait 
homme , par un excès de bonté , & en< 

' fe faifant homme , il s'eft fait pauvre va*- 
lontairement , par choix & par préfé- 

. rence , pour nous détacher des richefles , 
& pour nous attacher plus fortement à- 
lui, pour nous infpirer un vrai défir des 
biens fpirituelsôc éternels, qui font lagra^ 
ce & la gloire , en nous donnant du mépris 
pour les biens temporels & p^riffables, qui> 
font de grands obftaeles aux premiers y 
qui font infiniment plus précieux. 

Pour venir au monde il fait choiie 
d'une famille deftituée de biens de for- 
tune, & il veut que fa divine Mère ait 
un Epoux qui n'ait point d'autre reflburce 
pour foutenir fa vie , que tes profits mé- 
diocres d'un art méchanique. Et il s'ex- 
pofe dans fes parens à tous les rebuts 
& à tous les affronts inléparables- de la^ 
pauvreté. Mais à quoi fe détermineront 
JofcpU ôc Marie t Une pauvre étable 



Jour de DoGitfxÉ. pç 

découverte & abandonnée va être toute: 
ï^ur refflburce, étable deftituée de toutes 
les commodités de la vie ^ & c'efl dans 
cet hofpice d'animaux ^ & fur de la paille ^ 
où Marie va enfenter un Dieu : un Dieu^ 

3ui poûéde tous ks tréfors du ciel & 
e la terre 5 & un Dieu qui veut naître 
pauvre pour notre amour. 

Allez en efprit dans cet étable cham- 
pêtre , voyez-y votre Dieu dans le befoin 
& dans une extrême pauvreté , qui at- 
tendriroit votre cœur , fi vous voyez \w 
dernière des créatures dans cette extré- 
mité; allez- y apprendre à IbufFrir, Ôc 
même à aimer la pauvreté; vous y ver- 
rez , dit S. Cyprien , la Mère dans le foin ,. 
le Fils dans TétaWe, fon lit dans une* 
crèche, & de pauvres langes pour tout 
ornement. Ah! quel intércffant & tjuel- 
touchant fpeâacle : Mater in fœno ^, Fiiiu^ 
infiabulO'y& in ornât u regio laeiniA congeruri" 

mr. (D. Cypr: de Nat. D. c. 2.) 

Oraison. Jaculatoire. 

Salvos fac noSj Domine Deus nofter y & 
congrega nos de nationibus ^ & confiteamur 
nominifanclotuo. (Pf. lOJ*) 

Venez nous feuver, Seigneur, notre 
Dieu , & ralFemblez-nous du milieu des 
nations, afin que nous rendions grâces 
à votre feint Nomr 



P^ Le' II. MercKEdi" de l'AvIent; 



• ». r [ t f t I • I I f 



^^ 



LE IL MEB.GREDI DE VAVENT. 
JOUR DE MORTIFICATION. 

P R Ar T I Q,^ V t. 

DEclarez - vous à- vous-même urîc 
guerre implacable pendant toute 
la journée, & regardez - vous comme 
votre plus dangereux ennemi : louffrez 
& abflrenez-vous', félon 1er confeil de S. 
Auguftin : fouffrez tout ce qui fe préfen- 
tçra; abftenez- vous, privez -vous de 
fout ce qui pourroit vous faire plaifir : 
ibyezattentif ftir vos fens, fur le goût, 
fur Todorat , (ur la langue, furies oreil- 
les. Regarde^:Vous comme une perfonne 
à la mort , à qui on fait l'onâion fm: 
tous les organes des fens , & ne leur 
permettez rien qui ait un^ jour befoin 
d'être expié par ce facremen^; à la fin 
de la journée, demandez -vous -en un 
compte exad, & puniiTez-vous de la 
moindre tranfgreflîon. 



•^r 



MiDITATlOî* 



Jour de Mortification. 97 

ViiDITATlON SUR LA MORTIFICATION^ 

Tirée de l'Évangile. 
Premier Point. 

QlTêteS'VOus allé voir dans le défert y dît 
Jélus-Chrift , un homme vtcu avec luxe 
tf avec molejje ? ceux qui s^ habillent ainjifont 
ions les maifons des Rois. (Matth. 1 1 .) 

Après que Jéfus-Chrift eut congédié 
les envoyés de Jean-Baptifte , il eut en- 
core la bonté d'adrefler ces paroles à ceux 
qui étaient reftés auprès de la perfonne ^ 
& de leur faire une inftrudion pathétique 
fur la mortification ; & il leur propofe ce 
Précurfeur pour modèle ; il leur parle de 
la dureté & de la rudeffe de Tes vêtemens, 
en les comparant à la molelTe des habits 
des gens du monde ; il leur parle de fa 
lolitude , de fa nourriture & de fa vie 
atfreufe à la fenfualité ; & il termine pat 
dire qu'il efl: le plus grand des enfans des 
hommes , faifant entendre que c'étoit 
fa mortification qui lui avoit acquis la 
gsandeur. 

Appliquez-vous à bien connoître cette 
vertci , qui étoit celle de Jéfus-Chrift , 
de Jean-Baptifte & de tous les Saints , 
& qui'par conféquent doit être la vôtre , 
fi vous voulez vous fauver. JLa mornfr 

I 



-pS I.E n. Mercredi de l'Avent. 

cation eft une efpece de mort, comme 
fon nom le porte; mais une mort qui 
dopne la vie , cjui Éjit mourir au péché 
& à la concupifcence pour vivre à I9 
grâce & à la charité , mourir au monde, 
mourir à foi- même pour vivre avec Jé^ 
fus^Çhrift qui travaille /fims relâche à 
J'extinftion de Tamourr. propre > de I3 
nonchalance, de laparefle> & des plai- 
firs lenfucls, pour faire régner Tamouf 
de Dieu , qui eft la véritable vie. de 
Tame ; ce qui faifoit dire à S. Auguftin : 
Mourez de cette mort , ft vous voulez 
vivre de la véritable vie 5 qui eft. celle 
de la grâce & de la gloire ; loyez enfe-: 
veli tout vivant dans le tombeau de la 
mortification, fi vous voulez reffufci- 

fer : Morere ut vivas j fep élire fU refarga^, 

(Aug. de verb. Ap.) 

Regardez - la cette mortification , 
comme une privation y un retranche- 
ment, & une féparation de famé d'avec 
la vie charnelle, qui foumct Tefprit à 
Dieu & le corps à Tefpritj qui ne fe 
.contente pas de retrancher les chofcs 
illicites, mais encore les plaifirs permis, 
pour famour de Di.eu, pont expier fes 
péchés, 5c pour acquérir dciplus granr 
des grâces. Etes -vous mocti de cette 
mort fi précieufe ? Héla.^ !( vous n'êtes 
peut être que trop viy.apt. à Vous-même. 



Jour de Mortification. $9 

Second Poini*, 

REgardez la mortification comme 
celle de toutes les vertus qui a le 
plus d'étendue dans fa pratique , & qui 
demande par conféquent plus d'atten- 
tion ; elle embrafle Tintérieur & Texte- 
rieur de rhomme chrétien, fon ame Se 
toutes fes puiflances , fon corps & tous 
fes fens, ce qui fait que la mortification 
doit être continuelle & univerfelle. 

Continuelle , parce que les occafions 
de fe nrrortifier fe préfentent très-fou vertt, 
& qu'elles renaiffent inceflàmment> dé 
forte qu'après nous être mortifiés fur un 
article, nous (entons un moment après 
qu'il faut recommencer & retrancher de 
nouveau , & que nous tombons fi nous 
ne fommes pas fur nos gardes. C'eft la 
précaution que S. Bernard fe crut obligé 
de donner a fes enfans , quand il leifj 
difoit : Soyez inceffamment attentifs a 
vous mortifier, fans vous relâcher; {D. 
Bern.ferm. \%. in Cant.) car, croyez-moî) 
mes frères, une plante taillée repouirc 
bientôt après : un ennemi chaffe revient 
bientôt à la charge : un flambeau éreiné 
fe rallume bientôt après, pour peu qu'on 
le rapproche du feu , & une paffion af- 
foupie fe réveille inceffamment. 
Elle doit être univerfelle i elle conv 



joo JvE IL Mercredi de l*AvEnt, 

mence par rhomme intérieur , elle re- 
tranche dans le cœur l'amour propre, 
les accaiches iniparfaifes pour les créa- 
turcs, pour Jçs plaifîrs mên:)e permis, 
les antipathies & les prédilections ;»dans 
refprit, elle çorri^ç Torgmeil, U vaine 
eftinie de foirmême, Iç ipépris du pro- 
chain, ja çurjiofité & les penfées qui ne 
font pas dirigées vçrs Dieu^ 

Elle s'étend fur le$ fehs extérieurs ; 
car la vue, Iç goût, Touiç, l'odorat, 
portent I9 corruption dans l'ame , fi oij 
ne prend foin de les mortifier. Elle ré-» 
îluit le corps en fervitudc, Çç elle ea 
retranche toutes les délicateffes. Voilà 
le fujet d'un grand examen ; après l'avoir 
fait, demandez- vous C} vous êtes allez 
fïiprt 9 vousrmême pour viyre àDieufçul, 

S E iJ TI M E N s. 

Ue je ferpis heureux, 6 mon Dieu , 
fi je pouvois , avec autant de vérité 
qu^le Roi-Prophéte , {Pf. 43.) vous dire 
ces paroles que le grand Apôtre, animé 
du même efprit , eut la confiance de 
yous répéter : Seigneur, nous paroiflbns 
tous Ijes jours dans la pratique de la" mor- 
tification pour l'amour de vous , propter 

te monificamur totâ die y & nous fommes^ 

femblables à des brebis deftinées à la 
boucherie! {Rom. 8.) 



Jour DE MoRTiFttAtio>4. toi 

Mais hélas ! je fuis trop lâche pou< 
tenir ce langage, qui me couvriroit de 
confufion : le travail me rebute , Tafflic- 
tion m'abat, Thumiliation me révolte^ 
la mortification me décourage , & je 
fuis déconcerté dès qu'il faut me fair'e 
la moindre violence j il femble que dans 
une religion de croix, je ne fois qu'un 
homme de plaifirs; la fenfualité, la dé- 
licatefle , la lâcheté , la parefle font tout 
mon penchant, & je n'ai encore rien rê-^ 
forme, ni rien retranché par la morti- 
fication î je ne trouve qu'amour-propre 
dans mon cœur, que fou venir dangereux 
dans ma mémoire , que curiofîté , qu'oij- 
gueil, & qu'inutilité dans mon efptit. . 

Je porte une chair révoltée contre cet 
efprit, & une loi criminelle contraire à 
la vôtre qui eft fainte ; tons mes fens 
extérieurs ne me portent qu'à la corrup- 
tion. Ah! Seigneur, armez- moi d'une 
fainte haine contre moi-même : armez- 
moi de ce glaive falutaire, qui fans m'éî- 
pargner, coupe & retranche tout ce qui 
vous déplaît dans toutes lès puilïanced 
de mon ame & de tous mes lens exté- 
rieurs ; que ce glaive fi faint de la mor- 
tification, me fafle mourir au monde ^ 
au péché & à moi-même, pour vivre à 
vous, en vous & pour vous dans le temjf 
& dans l'éternité* 

Ï3^ 



101 Le II. Mercredi de l'A vent; 

Sentences de la f aime Ecriture & des Ss. Pères i 

Sur la Fidélité. 

QU^il plaife à Jéfus-Chritf de m^of- 
frir à Dieu ; étant mort à la vérité 
quant à la chair , mais étant reflufcité 
pdr refprit. (6. Petr. 3.) - ' 

. Si vous vivez félon la chair, vous 
mourrez ; mais fi vous faites mourir par 
refprit les œuvres de la chair, vous \i* 
vrez» : (iîo/72. 8.) * 

• Mourez pour vivre ; enfevelîjîez- vous 
pour reffufciter. {D. Aug. de verb. Ap.) 

La pauvreté des habits, la frugalité 
des alimens, la rigueur des jeûnes, doi- 
vent éteindre & non pas nourrir Tor- 

gueil. {D. Pier. Reg. Mon.) 

PoiNTD£ lInGAKNATIOH* 

Un Dieu offenfé devenu Sauveur • 

TOut péché, de quelque nature qu'il 
puifle être, s'attaque à Dieu, of- 
fenfé fa majefté infinie , & choque fes 
]dus grandes perfedions; il outrage (à 
bonté, parce qu'il préfume prefque tou- 
jours de fa divine miféricorde ; il attaque 
fa juûice par le peu de crainte qu'il a 
de fcs châtimens ; il fait infulte à fou 
autorité, par le mépris qu'il fait de fes 



Jour DE MokTiFibAtiON. tôj 

divins préceptes; il ofFenfe fort immen- 
iîté , par le peu de refpeâ: qu'il a de fort 
adorable préfence. 

Or cft-4l qu'on n'ôffenfe jamais îitipu- 
hém^nt un Dieu aulTi jufte , auffi grand 
& auffi puiflant comme eft celui que 
nous adorons ; l'injure que luiavoit fait 
le péché du premier père 6c de ceux de 
tous .fes delcéndans , demandoit répa- 
tadon , & pour fatisfairé à l'injure faite 
à Dieu , pour en remettre les peines, ôc 
pour en effacer la coulpe^ c^eft-à-dire, 
pour racheter l'homme de l'enfer, & 
pour reftîtuerledroit de prétendreau ciel. 

Mais quel en fera le Sauveur? L'hom- 
tnc eft foible, il ne peut tien de lui- 
même^ parce qu'il faut un rcpararccrr 
d^un mérite infini, pour faire une jufie 
Compenfation d'une injure infinie ; il 
n'y avoir donc que Dieu feul , & c'eft 
le prodige d'amour que nous adorons 
dans l'Incarnation : Dieu entreprend de 
fe faire réparation- à lui-même à fes 
propres dépens : pour Tauver l'homme , 
. il fe fait d caution , il fe charge de tous 

t péchés, comme s'il en étoit cou- 
le , & de cette réparation , qui fem-^ 
Mbit indigne de fa grandeur : il porte la 
peine que le pécheur méritoit, comme 
ti par impoffible il étoît pécheur lui- 
nvême ; il defcend du ciel , il prend un- 

I4 



\o^ Le II. Mercredi de l'Avemt; 

sorps mortel, une chair fragile, il fouf- 
fre dans cette chair, il laifle répandre 
tout le fang qu'il avoit pris dans le fein 
d'une Vierge, & il meurt de la mort 
la plus cruelle & la plus infâme qui fût 
jamais , & que mériteroit de fouffrir le 
plus grand de tous les fcélérats. 
. J'étois exilé de ma célefte patrie, diviil 
Sauveur , vous m'y avez rappelle ; j'é- 
tois vendu, vous m'avez racheté j )'étois 
aveugle , vous m'avez éclairé i )'avois 
encouru votre haine , yous m'avez remis 
en grâce & vous m'avez rendu votre 
amitié, votre cœur, votre royaume; 
je vous avois outragé , vous vous êtes 
fait réparation à vous-même pour moi, 
^ tout cela au prix de votre fang. Pou- 
viez -vous pouffer votre amour pluy 
loin, vous qui étiez le Dieu offenfé, 
& qui deviez être par conféquent le 
Dieu vengeur, de devenir cependani 
iVous^même le Dieu Sauveur? 

Oraxsok Jaculatoire, 

Deus virtutum j convertere : refpice He cœlof 
^ vide ^ £»■ vïjita vineam ijlam quant plantavïti 
dextera tua. (PC 7p.} 

Dieu de force , tournez - vous vers 
nous : regardez- nous du haut du ciel^ 
venez vihter & perfedionner votr^. vi- 
gne que votre droite a plautée.< 



Jour de Patience. ioj 
Pi ->,,. 

LE IL JEUDI DE UAVENT. 
JOUR DE PATI ENCE. 

P R A T ï Q U E. 

S'il fe rencontre aujourd'hui quelque 
occafion de fouffirir, appeliez auifi- 
tôt la patience à votre feCours , & pra- 
tiquez-la tant que la peine durera, fans 
vous plaindre & fans chercher à vous 
foulager, finon avec Dieu feul; ajou- 
tez-y une parfaite conformité à fa vo* 
Ion té , allez même jufqu'à Tadion de 
grâces, & veillez fi attentivement fur 
vous-même, qu'il ne vous échappe pas 
la moindre impatience ^ ni la moindre 
précipitation , ni dans vos aâions , nî 
dans vos paroles, ni dans vos geftes> 
ni même dans vos fentimens» 

MfeDITATION SUR XA P A T I E N CE ^ 

Tirée de PEpître du Dimanche. 
Premier PaiNX. 

rOut ce qui ejl écrit a été écrit pour notre 
injlruclion j afin que par la patience & la 
confolation des Ecritures j nous ayons une fer^ 
me ejpéraace. (Rom, 1 5 .) 



io5 Le II. Jeudi de l'A vent. 

Par quels puiflans motifs le grand 
Apôtre in(înue-t-il ici la patience aux 
Chrétiens de Rome? par les exemples 
qu'on en trouve dans les Ecritures^ par 
la confolation qu'elle produit d'elle-mê- 
me dans un cœur qui fouflfre , & par 
Tefpérance d'un bonheur éternel dont 
elle eft couronnée dans le ciel, comme 
fi ce faint Apôtre vouloir leur dire: 
Vous foufFrez , mes frères , m«is lïCet 
les Ecritures , vous les avez foas vos 
yeux, vous y trouverez des inftruaioriS 
& des exemples qui vous produiront de 
vraies confolations dans vos peines y 
qui vous engageront enfuite à Ibuflfrir, 
non-feulement avec patience , mais en- 
core avec plaifir , félon les paroles dé 
Jéfus - Chrift même, cfki exhortoit fes 
Apôtres à foufFrir avec joie & même 
avec treffaillement de joie , dans l'ef- 
pérance & rtïême l'affUrance qu*il leur 
donnoit d'une ample récompenfe dans 
le cîeU Voilà Tinftrudion, voilà la con- 
folation , voilà la récompenfe renfermée 
dans les paroles de TApotre, En faut-il 
davantage pour vous engager à la pa- 
tience : fuivez fon confeil, ouvrez les 
écritures , penfez comme le Prophète ^ 
lequel après avoir peut-être raifonnié 
d'abord trop inhumainement fur une 
j rude affliftion, revint enfuite à lui-mê-- 



Jour de Patience. 107 

me , & prononça ces belles paroles : 
{Pf, 61.) Cependant, ô mon ame, foyez 
founnife au Seigneur, qui leul peut vous 
donner la patience & la confolation.^ 
Mais arrêtez -vous principalement à la' 
patience de Dieu à votre égard : vous 
l'avez oflfenfé , & il étoit afîcz puillant 
pour vous punir dans le moment, s'il 
eût écouté la feule juftice , qui deman- 
doit qu'un néant rebelle & armé contre 
fon Dieu fût exterminé. Hélas ! où en 
feriez -vous à préfent, fi ce Dieu pa- 
tient ne vx>us eût attendu à pénitence ? 
Comment reconnoître la patience de 
Dieu ? En retournant toujours promp- 
tement à lui , & en payant cette divine 
patience par la vôtre , c'eft-à-dire , en 
la pratiquant dans les fouflfrances qu'il 
vous envoie & dans celles que vous 
recevez par l'injuftice des hommes. 

S E C O N D P O I N T. 

QUe le Dieu de patience & de confolation y 
vous fajfe la grâce d'être toujours unis 
par la chanté. (Rom. 15p.) ' 

Regardez la patience comme la verra 
de Dieu, qui pour nous infpirer de la 
confiance en fes bontés , a pris fouvent 
le nom de Dieu patient & abondant en 
miféricorde. Imitez-la cette vertu divine ; 
&, pour le feire avec plus d'otdre &. de 



io8 Le II. JEUDt ih: L'AvE^ï^r. 

fuccès , examinez de quel côté vient 1<? 
plus ordinairement rexercice de noffe 
patience ; premièrement elle vient du 
côté de Dieu qui a tout droit fur nous^ 
'parce qu'il eft notre louverain Maître & 
notre Sauveur. 11 nous exerce, il' nous 
punit, il nous éprouve, il nous livre à la 
douleur, aux humiliations, aux mépris, 
aux infirmités, aux pertes, aux fécheref^ 
fes , & toujours pour notre bien , parce 
qu'il nous aime ; mais comment nous y 
comporter ? le voici : Ecoutez le Roi* 
Prophète, il vous donnera un avis d'au* 
tant plus fage , qu'il le tire de fa propre 
conduite à l'égard de Dieu , dans lès fou^ 
frances extrêmes auxquelles il l'a expofé ; 
voici fes paroles , pefez-les au poids du 
Sanduaire. Attendez leSeigneur, dit ce 
faint Roi affligé; {Pf.^6.) agiffez avec 
courage, que votre cœur prenne de nou- 
velles forces du fonds de fa patience, & 
foyez ferme dans l'attente du SeigneutT 
Nous fouffrons quelquefois de la part 
des hommes qui exercent notre patience, 
tantôt par des mépris , tantôt par des 
médifances, tantôt par d'autres oifFérens 
outrages ; mais (i nous fouifrons avec pa- 
tience & dans l'efprit de notre religion , 
qui eft une religion de croix & de fouf- 
f frances , foyons perfuadés qu'il n'y a rien 

à perdre^ tout à gagner : fî vous fouf&ez 



Jour de Patience* 109 

avec patience les periecutions de votre 
ennemi, foyez peribadé, dit Tertullien 
dans Ion livre admirable de la patience , 
{Tenull. L. de Pat.) que Dieu lêra votre 
yengeair ; ^'il vous a fait du tort dans vos 
biens, il prendra la reftitution fur lui- 
même; s'il vous caufe de la douleur, 
& que vous la fouteniez patiemment 
pour fon amour , il fera votre Médecin 
Çfi il vous guérira ; fi vous avez patience 
jufqu'à la mort, il vous rendra la vie , & 
vous .aure;^ l'honneur d'avoir un Dieu 
pour débiteur. 

Mais pour exercer la patience d'une 
manière héroïque & chrétienne , mon- 
trez, dit ce grand homme, {TertulL \6.) 
à cet ennemi qui vous fait Ibuffrir, un 
vifage d'ami & agréable, un front ferein, 
un œil tranquille , une bouche gracieufe, 
& des paroles charitables & iàns émo- 
tion : (5c que toutes ces démonftrations 
extérieures aient leur principe dans le 
cœur , parce que la patience chrétienne 
ne conlîfte pas tant dans un extérieur 
çompofé , (jue dans un coeur plein de 
charité. 

S E^ T I M E N 3. 

'Adore, Seigneur, avec un profond 
_ refpeâ: votre divine patience à mon 
égard i je lui rends mille aftions de gra- 



j 



m Le il Jeudi de l'Avent. 

non en combattant , mais en fouffrant : 
elle produit Thumilité , elle opère la pé- 
nitence, elle dompte la chair, elle élevé 
re(prit, elle confomme le martyre. [Caf- 

Jiod. in Pf.) 
Point de l' Incarnation, 

La grandeur dans la bajjejje. 

OUel eft le Dieu aulfi grand que notre 
Dieuf car vous êtes le Dieu qui 
opérez des merveilles , s'écrie le Roi- 
Prophète, {Pfl6.) qui ajoute encore; 
Oui notre Dieu eft grand , & fa grandeur 
fhprême mérite d'être louée de toutes 

les CxédLtWïQS: Magnus Dçminus & laudabilis 

nimis, (Pf, 47.) Il eft grand par Texcel- 
lence infinie de fon être fuprême & in- 
compréhenfible, il eft grand par l'éten- 
due prodigieufe de fon autorité & de (a 
toute-puiflance qui (ont fans bornes; il 
eft grand par fes adorables pcrfeftions 
qui font infinies Sgi fans mefures. Gran- 
deur fi fublime & fi complète , qu'elle 
ne peut recevoir ni accroifîement, ni 
diminution. En un mot, il eft fi grand, 
qu'il eft la fource de toutes les grandeurs; 
qu*^on n'eft grand que par lui , & que lui 
fe il eft fa propre grandeur. - 

Mais cette grandeur au-deflUs de tou- 
tes les grandeurs , & que toutes les puif- 

fances 



Jour de Patience. 113 

lances du ciel, de la terre & des enfers, 
lie pourroient abaiffer j cette graadeuç 
qui a foudroyé le plus grand & le plus 
parfait des elprits & des êtres qui foient 
jamais fortis de fes mains > parce qu'il 
vouloir fe comparer à lui , va cependant 
être abailTé par lui-même & par fon 
amour , & fe mettre au rang des hoto- 
me:s qu*il aime, en époufant leur nature 
avec toutes les miferes a^uxquelles elte 
eft fu jette, excepté le péché. Ce Vei^be 
încréé, égal en toutes chofes à ion Peré 
célefte dont il procède, devient par Vin- 
carnation , fon adorateur, fon fujet & fa; 
viûime : fouverain de tous les Angeis , il- 
leur devient inférieuï par notre chàif 
qu'il époule : Créateur des hommes , il 
vient fur la terre pour les fervir & pouf 
leur obéir comme à fes maîtres. Allez en 
efprit dans Tétable de- Bethléem ; mais 
il faut y aller avec une foi bien foumife" 
& bien éclairée dans un fenS, pour ado- 
ïer toute la grandeur de Dieu, dans ua 
corps d'enfanf qui tl^a que la petîtefle 
pour partage qui manqtîe de tout , qui elt 
rebuté des hommes , qui foufFre , qui- 
Verfe des larmes , qui pouffe des cris en- 
fentins de fa petite poitrine : voilà cepen- 
dant ce Dieu fi grand qui a créé le ciel' 
& la terre : voilà le Souverain de tous les 
jlus puiffans Rois du monde, qui bâtit 

K 



j î4 Le il Jeudi de l*Avent. 

& qui renverfe des trônes quand il Fol 
Çlaît. Mais voilà ce Dieu fi grand que 
ion' amour a abailTé à Tétat humiliant 
où vous le voyez ; refuferez-vous après» 
cela, vous qui n'êtes rien, de vous hu- 
milier pour ion amour ? 

Oraison Jaculatoire* 

4 

Dlc.animét mcA : Salus tua egofum. (Pf, JP.); 

Venez , Seigneur , venez dire à mon^ 
ame : Je fuis ton falut.^ 



/• 










Jour de Charité. ny 



»»»»W>^iM»»»^ « pi mtimmfmmm > i mi 



hE II. VENDREDI DE L'A VENT. 
JOUR DE CHARITÉ. 

P R A ,T 1 Q E. 

])Our vous bien acquitter de cette îm- 
L portante pratique , vivez dans une 
grande circonfpedion avec vos frères , • 
aimez-les avec leurs défauts , parce que 
Dieu vous l'ordonne, & qu'ils font ra- 
chetés comme vous du fang de JéfUs- 
Chrift, & les héritiers du même royau- 
me : ne faites rien, ne dites rien, qui» 
f>uiflc les offenfèr; allez plus loin, aimez- 
es , portez- les dans votre cœur ; car le 
cœureft affez le maître de ce que refprit 
penfe : mais allez encore plus loin , car 
fowt ne rien faire , ne rien dire, ne rien 
penfer & ne rien fentir contre fon pro- 
chain, aimez Dieu de tout votre cœur; 
Vamour de Dieu eft le père de l'amour 
du prochain , vous puilerez dans celui- 
là de quoi faire naître^ foutenir, régler 
&fanâ:ifier celui-ci. 




1^2 



iiS Le ÏI. Vendredi de l* Avent,: 

MÉDITATION SUR LA CBARITÉ^ 

Tirce de L'Epîtrc. 

P R E M I E R P O l N T,. 

QUe Dieu vousfajfe la grâce d'être toujours 
unis de fentiment & d'affeSion les uns en- 
vers les autres y félon l*efprit de Jéfus-Chrifi.y 
afin que d'un même cœur & d'une même bouche 
vous glorifiie'^ Dieu- le Père de notre Seigneur 
JéfuS'Chrifi. (B.om. l J,) 

Voilà un (buhait bien avantageux & 
qui renferme d'admirables inftruaions 
fur la charité : reprenons-en toutes les^ 
paroles & pelons les au poids du fknc- 
tuaire. 

Que Dieu vous fafle la grace^ d^étre 
toujours unis , &c- 

L'amour du prochain vient donc de 

Dieu, c'eft une grâce aufll-bien qp'urr 

précepte;. & nous ne pouvons aimer 

notre frère comme nous devons l'aimer^ 

que nous ne Tàimions furnaturellement.. 

Je fçais que la loi de nature nous Tinf- 
pire & nous Tordonne ,. & que cet 
amour naturel eft louable : je fçais que 
c'eft un dérèglement afi&eux dans la na- 
ture même , de voir des hommes dépour- 
vus les uns envers les autres de fentimens^ 
d'humanité, qui loin de (e fecourir dansj 
IfciLUS bûlbins réciproques ^ ne cherchent 



Jour DE Charité. 117 

qu^à fe nuire , à fe décrier & à fe perdre , 
& que de pareils hommes font des mont 
très que la nature abhorre. 

Mais cet amour , tant qu'il ne fort pas 
de l'ordre de la nature , ne mérite rien 
pour le ciel , & il eft d'ailleurs fujet à une 
infinité d'illufîons, que laconcupifcence 
& l'amour propre y infinuent très-fou- 
vent. Travaillez donc à faire paffer votre 
charité de l'ordre inférieur de la nature 
à l'ordre fupérieur de la grâce.. 

Soyez. toujours unis, continue l'Apô* 
tre: par cette exprefllon il demande une 
chanté conftante dans l'adverfité comme 
dans la prolpériré , d^ns la difgrace com- 
me dans la faveur, dans la maladie com- 
me dans la (ànté, dans les richefles conv* 
me dans la pauvreté.. 

Toujours unis, c'eft-à-dire, que rien 
ne foit capable de vousféparer d'amitié ,* 
ni même de vous refroidir ; ni les foup- 
:ons, ni les rapports , ni les mauvais of^ 
]ces , ni les petites faillies ^ ni les inégali- 
tés d'humeurs, enfin facrifiant tout à la 
charité. 

Selon l'efprit de JéClts-Chrift l'Apôtre 
exclut ici l'efpjrit du monde , Tefprit 
d'ambition ,. l'efprit de parti , l'efprit de 
ialoufie& l'efprit d'intérêt, qui ne vlen^ 
jaent que trop fouvent à la traverfe & qui 
Ééparent fou vent le fxere d'avec le frere^; 



1 1 8 Le II. VENDREôr dé L^AvËNr:^ 

fur-tout quand ils ne font liés que p^Y 
le fang de leur père & non parle lang de 
Jéfus-Chrift. 

Afin que d^un même cœur & d'une 
même bouche, vous glorifiiez le Sei- 
gneur. L'Apôtre fait ici allufion à la 
charité des Chrétiens de fon tems , qiii 
n'avoient tous qu'un cœur & qu'une 
ame , & qui par cette union , rendoicrit 
tout F'honneur qu'ils pou voient rendre â 
la charité de Jéfus-Chrift. Etudiez cet 
excellent modèle, & tâchez d-y confor- 
mer votre charité. 

Second Point. 

C*EJl pourquoi unijfei-vous Us uns avec les 
autres y pour vousfoutenir mutuellement ^ 
êomme Jéfus-Chrift vous a unis pour la gloirt 
de ZJiez/. (Rom. i J.) 

Après que ce grand Apôtre nous à 
donné des inftrudions tourtes faintes fur 
là charité du prochain , il finit par nous 
en donner les motifs, les règles & le 
modèle qu'il tire de Tunion du cœur de 
Jéfus-Chrift avec le nôtre par l'amour 
le plus tendre , Iç plus fort & le plus 
parfait. AulTi Jélhs - Chrift appelle-t-il 
cet amour fon côrh mandement. Hoc ejt 
prjiceptum meum : (Jean.- 1 J.) il s'en dé- 
clare plus particuliéremtînt l'auteur que 
de tous les autres préceptes^ comme s'i^ 



Jour de Charité. iip^ 
Toaloit dire, félon faint Auguftin, que* 
R les autres loix font promulguées de fa 
bouche y celle de Tamour a pris naifiknce 
dans fon cœur. Lex cordis. 

En voici la teneur, recevez- la avec 
refpeû , & quelle pafle du cœur de Je- 
fus-Chrift dans le vôtre. Mes Apôtres > 
vous ferez mes amis, fi vous voulez ac- 
complir ce que je vous ordonne ; voici 
mon précepte ; c'eft de vous aimer les 
uns les autres , comme je voug ai aimés ^ 
& c'eft eo cela qu'on connoîtra fi vous> 
m'aimez véritablement. Examinez-vous 
vous-même fur cet article , & voyez fi- 
vous êtes ami de Jéfiis-Chrift. 

Mais fi Tamour de cet adorable Sauveur 
efl: la'reglc^de celui qu'il veut que nous 
ayons pour nos frères, étudions cette 
règle, elle eft fûre, elle eft fainte,elle 
cft infaillible; futvonsce divin modèle. 
Jéfus-Chrift nous a aimés, tous j^écheura 
que nous étions ; il nous a donné fa graccy 
que perfonne ne peut mériter ; il nous 
a inftruits dans notre ignorance ; il nous 
a cherchés dans nos égaremens; ilnous^ 
a confofé^ dans nos dilgraces ; il nous a^ 
fecourus dans tous nos befoins corporel» 
& fpirituels ; il ne nous a jamais rebutés^ 
quand nous avons eu recours à lui, ïï 
nous a porté' dans fon cœur; il. nous a- 
donné tous fes biens les plus prccieux^^ 



120 Le II. Vendredi de t'AvEKf. 

îl s'eft donné lui-même} il a {oufEcttyi 
eft mort pour notre amour : voilà la* re* 
gle, voilà la melure, voilà le motif, 
voilà le modèle de notre amour, copiez* 
le, fi vous voulez en avoir la récom- 
penfe , qui n'eft pas moins qu'un royau- 
me éternelr 

S E N T 1 MEifS\ 

REpandez, ô Dieu d'amour , répan- 
dez dans mon cœur cette vraie 
charité dont vous êtes le principe , dont 
vous êtes le centre & la fin : quej'établifle 
ma demeure dans cette charité furnatu^ 
relie, puifque par elle je demeurerai en 
vous , &VOUS demeurerez en moi-. 

Je ne vous demande que cette charité 
que la grâce produit dans nos âmes, & 
qui porte l'image & Texpreffion de celle 
que vous avez eue pour moi & pouctous» 
les hommes en donnant tout votre fang. 
pour notre falut : je veux avec le fecours» 
de votre grâce que je vous demande,^ 
aimer mon frère, parce qu'il eft le prix- 
de votre fang , comme vous l'aimez &. 
pour la fin pour laquelle^vous l'aimez. Je 
veux vous aimer premièrement en v-ous^ 
même , parce que vous êtes feul fouve- 
rainement aimable; Je veux vous aimer* 
en moi, parce que vous y êtes toujours» 
qjiand je vous aime \ & je veux aimer 

moa« 



Jour de Charité. 121 

mon frère pour Tamour de vous , parce 
<iue vous me l'ordonnez, & qu'il eft 
votre image. 

Je f^ais <, difoit faint Bernard ^ (Z>. Bern. 
in Canu) qu'il y a un amour naturel qui 
vient de la chair & de la confanguinité, 
qu'il y a un amour moral que le mérite 
attire ; mais il y a un amour furnaturel 
du prochain que la grâce produit ; c'efl: 
celui-là feul, Seigneur, que je vous 
demande , il fandificra tous les autres. 

Oui, difoit faint Auguftin, je vous 
aimerai dans mes amis, ou parce que 
vous ètts en eux , ou afin que vous y 
foyez. Donnez-moi la force d'accomplir 
cette loi d'amour : uniflez tous nos 
cœurs avec le vôtre : que ce foit dans 
cet aimable centre où je puis tirer tous 
les motifs de mon amour , pour me ren- 
dre digne de vous aimer & de vous pof-i 
féder danis Téternité bienheureufe. 

Sentences de làfainte Ecriture & des S s. Peres^^ 

Sur la^Charité, 

C'Eft en cela que l'on connoîtra que 
vous êtes mes difciples , fi vous 
vous aimez les uns les autres. {Joan. i j.) 
Je vous donne un précepte nouveau , 
c'eft de vous aimer les uns les autres, 
comme je voiis ai aimés, {Joan. j ^.j 

L 



fti Le IL Vendredi DE l'A vent; . 

Nous n*avons pas befoin ici de longs 
difcours pour établir la Loi; vous voulez 
recevoir, donnez; vous voulez être 
aimé, aimez; vous voulez qu'on vous 
fafle miféricorde, faites- la, {D. Ckrifo/l. in 

fidatth.) 

Si l'amour du prochain ne porte pas 
î'image de Dieu , il n'eft pas parfait, (D, 

^ug. de civ. Dei.) 

Point de jc^'Incarkation. 

. Une Majejié çarejfante. 

L'Augufte titre de Majefté nç convient, 
dans la rigueur, qu'à Dieu feul, à 
caufe de rexcellçnce de fon être fuprê- 
me & de la plénitude de fa puiflancc qui 
s*étend fur Iç ciel & fur la terre , fans en 
excepter les plus puiffans Monarques , à 
qui les hommes cependant donnent le 
nom de Majefté, parce qu'ils font les 
plus brillantes images , & qu'ils ont un 
précieux écoulement de fa gloire , de (a 
grandeur & de fa puiffance. 

Majefté de Dieu fi éclatante qu'elle eft 
înfoutenable à la foiblefle des hommes , 
de forte que Moïfe , pour s'en être ap- 
proché fur la montagne par une faveur 
finguliere ^ en reçut un ravon fi vif & fî 
lumineux, qu'il fut oblige de vciler (a 

face pour parler aux Jfraélites , de pepr da 



Jour de CharîtiS. tzf 

les éblouir par les rayons qui en (brtoient. 
Le Prophète chantoit cette Majefté de 
Dieu 5 quand il difoit : Que le nom de (k 
Majefté foit éternellement béni , •& que 
toute la terre foit remplie de fa fplendeur* 

(iy: 71.) 

Mais quel furprenant miracle de. la 
bonté de Dieu pour les hommes ! cette 
Majefté (î refplendiffante , dépofe fes 
rayons en prenant notre chair ; & dans 
le premier moment de Tincarnadon , de 
crainte d'accabler Marie de Téelat de la 
puiftance & de la Majefté du Verbe , le 
Saint -Efprit qui conduifoit cette divine 
opération , la couvroit d'un voile myfté- 
rieux & d'une ombre favorable , afin de 
cacher la majefté de Dieu, à celle-là 
même qui en devenoit la mère : majefté 
qu'il ne reprend pendant fa vie mortelle, 
que pour uft moment fur le Thabor , en- 
core fut-elle infoutenable à trois grands 
Apôtres , que Téclat trop brillant renver- 
fa par terre , quoique ce ne fût qu'une 
gloire adoucie & une majefté tempérée, 
qu'il reprendra encore au jour de (on 
terrible jugement , où elle fera la joie des 
élus & la terreur des réprouvés. 

Cette majefté de Dieu (î brillante s'eft 
éclipfée pour converfer familiéremenc 
avec les hommes qu'il vouloir fauver.! 
Nous avons donc à préiçnt plus de fujet 



1 2^ Le II. Vendredi de l'Avent. 

que Moïfe n'en avoit , de dire : Ah ! il n'y 
a point de nation fi célèbre qui puifle le 
vanter d'avoir des Dieux auffi familiers 
èc auffi careflans comme le nôtre Teft à 
nous. 

Allez à la crèche , vous trouverez un 
lenfant attentif à cacher toute fa majefté, 
j)Our empêcher qu'elle ne rejaillifle fur 
Ion front : qui reçoit à fon audience de 
Cmples bergers ; avec autant d'accueil 
& de bonté que des Monarques. Suivez- 
le dans fes prédications , vous le trouve- 
rez careflant les pécheurs, & mangeant 
avec eux malgré les murmures des Juifs* 
Allez chez Simon , vous y trouverez à 
fes pieds une pécherefle qui les baife, 
qui les arrofe de fes larmes , & qui les 
effuie de fes cheveux. Suivez-le dans fa 
paffion y vous le trouverez toujours ac- 
ceffible, toujours fouffrant, toujours ca* 
rcffant & toujours prêt à vous donner fon 
fàng. Répondez a fes carefles par les 
vôtres. 

Oraison Jacul a t o i r ç. 

Intende (inima mcA ^ & libéra eatn : proptcf 
InimÏQos mços eripe me, Pf. p8. 

Seigneur, foyez attentif fur mon ame, 
çlélivrez-la au plutôt, parcç qiie mç8 
çnncmis me prefleup. 



Jour o'ëspêrai^cê. tajr 



LE II. SAMEDI DE L'AVEN T. 
JOUR Û'ESPÉRAI^CE. 
Pratique^ 

QUc la première penfée , cjue le pre-n 
mier leiitiment , que le premieif 
afte , & que la première parole qui fixe-* 
céderont à votre réveil foient pris dil 
fond de votre efpérance des biens cé- 
leftcs , fondée fur les promeflfes de Dieii 
qui font infaillibles. Pour y fatisfeîre ^ 
dites à Dieu , plus du cœur que <le là 
bouche , ces paroles du Prophète : j'eG 
père in vous , Seigneur, je ne ferai pas 

confondu. In te^ Domine jfperavi non eôfi^ 

fundar in Aternum. Bannîflez aujourd'Htii 
toute crainte fervile , donnez tout à la 
fainte joie que produit dans un coeut 
Tefpérance des biens céleftes y fpc gau^^ 
dentés j dit TApôtre. 





Lj 



12^ Le il Samedi de l'A vent* 

MÉDITATION SUR l.'£s*P£ RANGE; 

Tirée de l*Epître. 

Premier Point. 

J'Out ce qui cjl écrit a été écrit pour notri 
in/truàion j afin que nous recevions une 
ferme efpérance par la patience & par la con • 
folation des écritures, (Rom, IJ.) 

Il faut que refpérance que TEglife 
met au nombre des vertus théologales , 
Ibit de la dernière importance au Chré- 
tien pour faire fon falut, & que d'ailleurs 
elle fcSc beaucoup d'honneur à Dieu; 
puifque y félon cette Sentence du grand 
Apôtre, il femble que TEcriturc fàintc 
n'ait été écrite que pour faire naître & 
ppur affermir cette efpérance y & que 
pour juftifier la fidélité de Dieu dans fes 

f^romefles , qui font la bafe , le (butien , 
'attrait & la fubftance même , pour ainfi 
.parler, de cette grande vertu /qui fait 
toute notre confolation pendant cette 
.vie mortelle. 

Oui , Dieu nous a promis dans récri- 
ture un bonheur éternel, il a bien voulu 
faire avec nous un contrat folcmnel : 
il a voulu que nous y miffions de no 
tre côté la foi, fon amour, la haine du 
monde & la pratique des bonnes œu- 
.vres; encore s'engage- 1 il de nous danr 



Jour D^Èst^ÊkA^cÉ. li^ 

ttér fa gtace pour nous en faciliter la pra-» 
tique : il y met du fien, dans ce contrat, 
un Royaume éternel ; & pour le rendrd 
plus fur & plus authentique , il fait deux 
chofes : premièrement^ il promet & ern 
fuite il jure même de l'exécuter, poi\t 
faciliter notre cfpér'ance $ & poui? don-^ 
ner , par fes divins juremens , de l'auto- 
fité & du crédit à fes promeflfes. Ah ! dif 
le fçavant Tertulien > Dieu interpofe urt 
divin jutement : Un Dieu infiniment 
croyable, parce qu'il eft la vérité même^ 
jurer pour Tamour de nous : que ce ju- 
rement nous fiait d'honneur! & que nous 
ferions malheureux de ne nous pai ûct 
à un Dieu qui nous promet , ôc qui jure 
en promettant* 

Secondement, pour tcndtc ce contrat 
plus authentiûue , il le fignc de tout fon 
lang : mon eipérance n'eft-elle pas fiif- 
fifamment établie ? Ah , dit faint Fui- 
;ence^ puis-je en Chrétien & même eni 
lomme raifonnable , douter de la vé>- 
rite & de l'authenticité des promeifc§ 
de Dieu? Deux grandes raifons m'en 
empêchent, & font toute ma fàreté & 
toute ma confolation dans mon efpé- 
rance. Premièrement , parce qu'il eft 
vrai , qu'il aime fouverainement la vé^ 
rite, qu'il eft lui-même. Secondemenr^ 
jarce qu'ail ne lui coûte rien , & qu rt 



128 Le II. Samedi de l'AvenT. 

n'en eft pas plus pauvre pour tenir (es 
promcffcs , quelques magnifiques qu'e^ 
les puiflclit être, parce qu'il eft infini- 
ment riche j & que fes trefors font iné- 
puifablesc Quelle confolation pour vous! 
Penfez y , comptez fur les promeffes de 
Dieu, efpérez tout; mais ayez foin de 
nourrir votre efpérance par les l>onnes 

oeuvres. 

» 
Second Pofnt» 

ESpérez donc ce que vous ne voyeît 
pas encore, conclut S. Auguftin; 
(2?. /4ug. in Joan. c. 5 .) la foi des chofe$ 
invifibles donnera du mérite à votre 
efpérance , & votre efpérance fera le 
foutien de votre foi : attendez avec pa- 
tience ce que vous n*avez pas encore^ 
& foyez fur que vous Taurez infailli- 
blement; parce que Jéfus-ChrilV , qui 
eft un Dieu fidèle, vous t'a promis; 
parce que ce même Jéfus-Chrift,. qui 
vous Ta promis , eft un Dieu tout puif- 
fant qui peut vous donner tout ce qu'il 
vous a promis , & qui eft très - fidèle 
dans fes promeffes 5 & par dejQfus tous 
ces preflans motifs , parce que ce Jéfus- 
Chrift , qui vous a promis , vous le te- 
nez tout entier; il s'eft donné à vous, 
corps , ame & divinité , pour gage de 
ce qu'il vous a promis ; ajnû vous Iq 



Jour d'Espérance. \2^ 

]pouvez fommer tous les jours, avec un 
profonJ refpeâ: , des promeffes qu'il 
vous a faites , & vous devez être lue 
que cette fommation , tout Dieu qu'il 
eft^ ne lui lera pas défagréable- 

Ôn dit communément dans le mon^ 
de, & on le dit avec vérité^ que l'cf- 
pérance fait vivre, on le dit avec bien 
plus de vérité dans la religion, à l'égard 
des biens éternels, qu'à l'égard des biens 
temporels; toute la confolation , tout le 
repos, toute la joie , toute la vie même y 
dit S*. Auguftin , de la vie mortelle , ne 
confifte que dans Fefpérartce de la- vie 

immortelle ; vita viu mortalis j fpes ejl vits 
immonalis. (D. Aug, in Pf. 35.) 

Vous êtes livrés à la douleur, vou5 
craignez d*y fuccomber, parce que vou^ 
fenter votre foiblefle, de laquelle vous 
n'ave^, que de trop fâcheufes expérien- 
ces, ayez recours à votre efpérançe, mé- 
ditez fur les promeflfes de Dieu , vous 
ne le ferez point fans confolation ; dites 
avec le Prophète : J'adhérerai à moiï 
Dieu, puifque les créatures m'abandon-» 
nent ; )e mettrai en lui toute mon efpé- 
rançe, c'eft mon bien : [Pf. 72.) fi mes 
ennemis s'élèvent contre moi , s'ils me 
livrent àts combats, je les foutiertdrai, 
& j'en fortirai viârorieux par mon efpé- 
rançe. (P/ :?, 6. jt j'ajouterai memea faw 



1^0 Le ÎI. Samedi de L^AvENt. 

préfomption avec le faint homme Job t 
Quand même ce Dieu tout * puiiraat 
auroit le bras levé pour me donner le 
coup de la mort , je ne ccflerai pas d'ef- 

pérer en lui : Etiamji occident me ^ in ipfo 
Jperabo. (Job. 13.) 

POur moi , Seigneur, s'écrie le Pro* 
phéte, [Pfalm. 4.) je vais jouir d'uit 
partait repos, pourvu que je vous aime 
de tout mon cœur ; je ferai tranquille 
pendant les jours & pendant les niiîts f 
parce que vous m^avez affermi d^une ma- 
nière toute fînguliere dans l^efpérance : 
vous en avea: perfuadé tuon efprit jaf- 
qu'à révidence, par les (ecours que 
vous m*avez donnes dans tous mes pe* 
foins : vous Tavez fait fentir à mon 
cœur, vous m'y avez affermi par vos 
paroles , qui font des oracles d'une éter- 
nelle vérité; par vos divines promeffes, 
vous qui êtes un Dieu fidèle & la fidé- 
lité même, & qui pouvez tout, parce 
que vous êtes un Dieu tout-puifïant : 
vous m'avez affermi encore plus fîngu- 
liérement dans mon efpérance , par vos 
follicitudes , par vos travaux , par vos 
fouffrances, par votre paffion, par votre 
fang & par votre mort, qui font d'un mé- 
rite infini <^ & qui font la divine nionnqic 



Jour d^EsPerance. ï^i 

avec laquelle vous nous avez acheté ce 
féjour bienheureux auquel nous alpi- 
ions & que vous nous promettez. 

J^près de pareilles aifurances, je fe- 
rois bien malheureux & bien aveugle, 
fi je ne mettois pas en vous toute mon 
efpérance. Oui , Seigneur, difoit le Roi- 
Pfophére, nos pères m'ont frayé le che- 
min que je veux fuivre : ils ont efpéré 
en vous , & ils n'ont point été confon- 
dus; & ils ont crié vers vous, & vous 
les avez fauves. (P/ 21) Quoique je ne 
fois qu'un ver de terre, & moins un 
homme que l'opprobre des hommes f 
vous ferez toujours mon unique efpé- 
rance : (Ibid.) vous Tavez été dès le 
temps que je fuçois les mamelles de 
ma mère , & vous le ferez jufqu'au der- 
nier moment de ma vie; {Ûid.) malheur 
a moi fi je m'oubliois de ce jufte devoir^ 
qui fait toute ma joie & toute ma eon- 
folation, (Ibid.) J*ai crié vers vous , Sei- 
pneur , & je crierai toujours avec ce 
wint Roi , en vous difant : Vous êtes 
mon refuge & mon efpérance dans cette 
vie, & mon héritage dans la terre des 
vivans. 



152 Le II. Samedi de l^AvêNT* 

Semences de lafainte Ecriture & des S s. PereS^ 

Sur l'Espérance, 

BEni foit celui qui met toute fon tC- 
péfance dans le Seigneur, ce Sei-» 
gneur fera lui-même toute (à confiance. 

[Jere/71. 17.) 

AgilTez avec un grand courage , ÔC 
que votre cœur s'afltermifle , vous tou^ 
qui mettez votre efpérance au Seigneur. 

Ayez une efpérance très- fermé dans 
les biens çéleftes que vous ne voyez 
pas, attendez-les avec patience quoi- 
que vous ne les poâ'édiez pas , parce 
que vous tenez ce même Jéfus-Chrifl 
qui vous les avoit promis. (Z>. ^ug. in 

Joan,) 

Dieu nous promet, & il jure pour 
autorifcr fes promeffes : {TertulL de Ida- 
loi.) que nous fommes heureux , puif- 
qu'un Dieu veut bien jurer pour nous î * 
mais que nous ferons miferables , fi 
nous ne croyons pas à un Dieu qui jure 
en notre faveur. 



Jour d'Espérance. T33 

Point pe l'Incarnation. 
Une Immenjîté renfermée. 

L'Immenfité de Dieu par laquelle il 
remplit tout & il eft en toutes cho- 
fes , eft un des plus beaux appanagés 
de fon être fuprême , & un dCsS plus 
glorieux attributs de fa divinité i les 
vaftes efpaces de la terre, de la mer 
& des cieux , ne peuvent ni le contenir 
ni le renfermer 3 ni mettre aucunes bor- 
lies à fon immenfité. Vérité fi conf- 
tante, qu'elle a même été connue des 
Philosophes que faint Paul voulut bien 
citer en préfence de ces fages Aréo- 
pagites qui auroient pu le contredire, 
s'ils n'en avbient pas été inftruits eux- 
mêmes ; car c'eft en lui , dit ce grand 
Apôtre , que nous avons la vie , le 
mouvement & l'être ; il eft datis tous 
les êtres fans y être renfermé, il eft 
au-defflis & autour de tous , fans en 
être exclu, parce que fon être eft un 
tout indivifible , & un tout répandu 
univerfellement fans être compofé de 
parties, 

C'eft donc par l'amour infini que ce 
Verbe de Dieu porte aux hommes , 
qu'il a bien voulu mettre des bornes à 
fpn immenfité par le Myftere de Tin- 



> 



Ï34' I-E !!• Samedi de l'Avënt. 

carnation , & que ce Verbe abrégé ^ 
comme rappellent les Saints Pères, fe 
iaifle former un corps du plus pur fang 
d'une Vierge , où il trouve le Iccret 
de renfermer fa divinité toute entière; 
car quoi de plus petit que le corps d'un 
epfant qui vient d'être formé, & qui 
contient tout entier ce que le ciel & 
la terre ne peuvent pas contenir? PouP 
fons ici nos réflexions plus loin , & fai^ 
fons attention que dans ce petit corps 
d'enfant, il fe trouve un efprit, & que 
dans cet efprit il y a un abîme de 
fcience & de fagefle , & toutes les lu- 
mières les plus brillantes & les plus 
étendues de la divinité , qui y (ont 
renfermées & éclipfées , de manière 
que rien n'en paroît au dehors. Allons 
encore plus loin y & faifons attention 
que dans ce petit corps borné de tous 
côtés , il fe trouve encore un cœur , 
& que ce cœur dès qu'il a été formé, .^ 
eft devenu le fiége du divin amour, 
de toutes fes divines ardeurs , capables 
d'cmbrâfer tous les autres cœurs, ôc 
qu'il eft obligé de contenir toutes les 
faillies par où il pourroit éclater. 

Ce petit corps formé de la main duL 
Saint- Efprit , où réfide toute la pléni- 
tude de la divinité , eft encore ren- 
fermé dans le fein d'une Vierge, & il 



Jour d*Esperance. 13; 

y fera l'efpace de neuf mois^ fans oc- 
cuper plus de place , malgré fon im* 
mendté : prodige , qui donne fujet à 
faint Augiiflin de s'écrier: Augufte fcin 
de Marie, vous êtes plus étendu que 
le ciel y vous avez une plus vafte ca- 
pacité que funivers, puifque vous ren- 
termez celui qui renferme tout, & que 
le Roi de gloire repofe chez vous. (!?• 

Àug. fer m. X. de Natlv>) 

Oraison Jaculatoire. 

Domine j mijerere nojln; te enim expeSa^ 
vimus ; efio brachium nojlrum in mane ^ ^ fdr. 
lus nojlra in die triluladonis. (Ha. 35.) 

Seigneur , ayez pitié de nous , cat 
nous vous attendons : venez être notre 
force ôc notre falut dans le temps i^ 
la tnbulation. 






1 3 '6 Lê ïîî. Dimanche de l'A vent, 

M ^ 

t ' " ' ■ I II I ■ I m II . I M 

J.E -IIL DIMANCHE DE L'AVEISIT. 

JOUR D'HUMILITÉ. 

Pratique. 

GOmmencez la journée par adorer 
la fuprême grandeur de Dieu : ado- 
rez-le d'abord fur fon trône célefte , 
environné de tous fes Séraphins : allez 
enfuire dans la crèche pour adorer avec 
les Anges , cette même grandeur hu- 
miliée pour votre amour : taites un aâ:c 
de la plus profonde humiliation devant 
cette majefté fuprême ; avouez que 
vous n'êtes qu'un ver de terre , un 
héant vivant, une bouc animée & un 
pécheur qui a mérité l'enfer : agiflez 
conféquemment dans la journée : ne 
laiCTez échapper aucune occafion de 
vous humjlier, & ne vous pardonnez 
pas la plus petite faillie d'orgueil & de 
vanité , dans vos penfêes , dans vos 
fentimens , dans vos paroles , dans vos 
regards , dans vos geftes , ni dans vos 
actions. 



«^ 



MÉDITATION 



•V 



toÙR D^HûMItlTE. 137 

Méditation sur l'Humilité, 

Tirée de l^Evangile^ 

P R £ M 1 E K. P O ï N T* 

/E fuis la voix de celui qui crie dans U 
defert j rende:[ droite la voie dur Seigneur^ 

(Joan. I.) 

Ceft Tadmirable réponfe que fit \6 
^rand Précurfeur à des Pharifiens en- 
voyés de la part des Juifs de Jérufalem ^ 
pour lui demander raifon de fa milTiony 
de fes prédications , & de fon baptême v 
les prodigieufes converfions qu'il opé-» 
roit 5 le faifoiènt prendre ou pour le 
Meifie ou pour Elie, ou pour un Pro-^ 
phéte ; la guerre impitoyable qu'il li--" 
vroit à la molIeflTe & à la vie fenfuelle^ 
autant & plus par fon exemple que patf 
fes paroles r avoit un fuceès extraordi-^ 
naire : ce divin Prédicateur, dont les? 
oracles étoient foutenus d'une vie af-r 
freufe à la délicateffe , gagnoit tous les^ 
cœurs pour les tourner vers Dieu, ôc 
pour leur faire embraffer la plus rtgou-r 
reufe pénitence , & qui relevoit encore 
fo fublime grandeur par Tlrumilité la 
plus profonde , lui fit répondre aux? 
Pharifiens , qu'il n'ctoit ni le MefficP 
qui devoit venir , ni Elie , ni un Pro-^ 
phéte > mais au'il n'étoit Teulement cuxa 



138 Le in. Dimanche de l'AvefJt. 

la voix de celui qui crie dans le dé* 
fert, préparez les voies au Seigneur,. 

Quelle prodigieule humilité & qu'elle 
eft glorieufe quand elle eft jointe à la 
vraie grandeur^ telle que la pofledoit 
Jean-Baptifte, félon le témoignage de 
Jéfus-Chrift même. 11 dit qu'il n'eCt 
qu'une fimple voix : qu'eft-ce que la' 
voix? Ce n'eft qu'un fon articulé de la 
bouche, qui fe perd dans les airs aufli^ 
tôt qu'il eft formé : peut- on fe mettre 
à plus bas prix? 

11 fuivoit bien à la lettre le confeit 
du Sage y qui difoit : Plus vous êtes 
grand, plus auffi vous devez vous hu- 
milier en toutes chofes; c'eft en ceU^ 
que vous trouverez grâce auprès dui> 
Seigneur, parce que toute grandeur* 
comparée à la fienne n'eft rien ; il eftr 
grand lui feul , & il n'eft honoré que 
par ceux qui font véritablement hum?- 
blés. {EccUf. 3î.) 

Etudiez à fond cette adrnirablè fen- 
tence, elle eft digne de vos réflexions ^ 
Eûtes -en la règle de votre conduite r 
commencez par vous humiher pro- 
fondément en préfence de ce Dieu de:, 
majefté : reconnoiflez fa grandeur & 
votre néant : ne pafFez^ point de jour 
ijans cette louable pratique y elle vous 
attirera fa grâce & ùt groteâioa, &: 



) 



Jour d'Humilité'. f^^ 

Vous y puifercz des motifs pour'vous^ 
kumilier devant les hommes, & pour' 
être toujours petit à vos yeux. 

S E C O N D P O I lï T. 

CElui qui doit venir après moi j a été fait 
devant moi y &. fene fuis pas digne de 
délier les cordons de fes foaUers. (Joan. 1.) 

Remarquez ici que la profonde hu* 
milité de Jean-Baptiflte fe foutient jut 
qu'à la fin , par les bas fentimens qu'il 
exprime de lui-même, & qu'il veut 
fincé rement infpirer à ceux qui lui font 
envoyés : en effet, non content d'avoir 
dit qu'il n'étoit qu'une fimple voix , il 
enchérit fur cette expréflion fi humble- 
en s'abaiflant encore aux pieds, & fe 
difant indigne de délier les fouliers de* 
eelui qui devoir venir après lui, 

C'eft l'excellent modèle que l'Eglife- 
nous propofe aujourd'hui , pour nous 
préparer à recevoir un Dieu & un Sau- 
veur humilié dans la crèche, qui a^ 
voulu éclipfer toutes fes grandeurs, 
pour guérir notre orgueil , & pour nous^ 
làuvcr par l'humilité. Le ciel , en ef- 
fet, qju'il nous â j)romis & qu'il nous 
t mérité par fes (ouf&ances & par feS' 
prodigieux abaiffemcns , eft bien éle- 
vé , dit faint Auguftin , mais la voie^ 
^ y conduit eft bien bafle : fi v(xi6^ 



1 40 Le IIL Dimanche de l'A vent. 

y afpirez , pourquoi n*en prenez-voux 

pas le chemin? Qui qu£r'u patrham j cur re- 

cufat viam ? (D, Aug, in Joam) 

Demandez-vous à vous-même quel 
progrès vous avez fait dans l'humiUté: • 
elle doit être dans Fefprît y formée pi^r 
la vérité ^ & dans le cœur^ formée par la 
charité , dit faint Bernard. VotFe elprit 
eft-iJ perfuadé que vous n'êtes rienî 
pour vous en perfuader , demandez-î 
vous encore à vous-même ce.que vous 
avez été, ce qu^ vous êtes, & ce que 
.vous ferez, {D^Bem. S. 2f. ia Cant.) 

Qu'étiez- vous avant que d'être ? Un 
pur néant, & moins qu'un ver de terrci 
Qu'étiez- vous dans votre formation î 
Du limon de ia terre , de la boue , 3a 
un alTemblage d'ordure. Qu'étiez- vous 
dans votre naiflance f Un ennemi de 
Dieu, privé de la grâce & de. la raifcn. 
Qu'êtes- vous à préfent? Un pécheuB 
fragile^ capable des plus honteufes fci- 
blçlfes ,. fans la grâce.. Mais que ferez- 
vous ? la pâture des vers , de la pourri- 
ture , de la pouflîere & de la cendre : 
& fûrement la proie des flammes éter* 
rielles. Il vous n'êtes i^umble d'elprit,: 
fi vous ne l'êtes auiïi de cœur , en ai?» 
mant votre= étst humilié , par obéiflance, 
à Jéfus-Chrift qui. s'eft abaiile pour l!à* 
«iQur de vous^ 



Jour D^HuMiLiTÉ. i^i 

OUel admirable & quel excellent 
modèle d'humilité me produifez- 
vous aujourd'hui , ô mon Sauveur! Vo- 
tre bouche adaraWe, qui nV jamais pro- 
noncé que des orac^e^ , a fait de Jean* 
Baptifte un éloge accompli, quand elle 
a dit qu'il étoit le plus grand des enfant 
des hommes ; cependant ce faint Pré- 
curfeur dit de lui-même , qu'il n'eft 
iiu'une fimple voix 5 & qu'il n'eft pas 
digne.de délier vos fouliers : ah! cette 
grandeur fi pure ^ & fi éminente jointe 
a une humilité fi profonde , font un 
beureux alVemblage digne de votre ef^ 
time & de jtos louanges : mais aufli il 
me couvre de confufion , parce que je 
fens bien que je fuis deûitué d'humilité „ 
& c'eft ce qui me fait craindre a^éc rai- 
fi)n d*êtte deftitué des grâces & d'être 
privé des récompenfes éternelles que 
vous a'accordez. qu'au.x humbles da 
cœur. 

A ce modèle fi parfait d'humilité , vous 
en ajoutez un autre infiniment plus Ibrt, 
c'eft vous-même,, vous me préparez par 
Texemple de lliumble Jean-Bapufte à 
vous rendre vifite dans l'étable pour y 
adorer un humble Jéfus-Chrift (ur un& 
pauvre crèche, un Dieu tout-puiflaut^ 



142 Le in. Dimanche de t'Avtfir. 

un Créateur dss Anges & des hommes ^ 
& un Souverain du ciel & de k terril 
hunfîilié à la condition de la chair. Quoi 
de plus fort pour faire cefl'er toutes les 
rebellions de mon efprit, & pour guérir 
mon orgueil & mai vanité , rooi qm ner 
fuis qu'une vile, créature toute remplie 
de miferes, de foiblefles, de corruption 
& de péchés ? ah l je comprends avec le 
grand Auguftin , que c'eft une impu-î 
dence infupportable à un ver de terre de 
s'élever & de s'enfler d'orgueil , quand 
il voit un Dieu de majefté s'anéantir. (Z?^ 

jiug.ftrm. I . de Nat. DeL ) 

Humilité prodigieufe de mon Dieu y* 
ëtable abandonnée, jJauvres langes , crê^ 
che incommode 9 naiffance oblcure y 
apprenez moi à m'humilier : adorable- 
JéîuS, divinité cachée dans ma chair ^ 
Sauveur plein de bonté y inftruifez-moi^ 
abailTez mon efprit , réformez morp 
eœur, guériffez mon orgueil , donnez- 
moi rhumilité &avec elle votre grâce ^ 
votre amour & votre gloire. 

Sentences de la Jainte Ecriture & des Ss, Peres^ 

Sur l'Humilité. 

JEfus s'eft humilié lui-même , en fe' 
failant obéiflant jufqtt'à la mort; c'eft 
pour cela que Dieu l'a ejcalté. {Philem. ^}} 



Jour D'^HuMrtrxÉ, 145: 

Apprenez de moi que je fuis doux & 
humble de cœur, & vous trouverez le 
repos & la paix dans vos âmes. {Matth.u.)} 

Heureule humilité qui nous a donné 
un Dieu qui nous a engendrés au ciel ,< 
qui a purifié le monde, qui a retiré 
l'homme de Tenfer pour lui ouvrir le 
paradis. {D. dug. ferm. ^^.de SS.) 

Un cœur humble eft le domicile da 
Saint- Efp rit, il y repofe , 't\ le remplit^ 
& il n'en fort jamais. {Idem in Joan.) 

Point de l I nc a rn aitio n. a 

Un Souverain Serviteur. 

LE grand Dieu quenous adorons eff 
Souverain de toutc^ éternité , & iK 
fera dans toute Téternité, dit le Pro- 
phète r fedebic Rex in dternum ; (Pf. 28.) îà'. 

îbuveraineté eft d'autant plus augufte , 
qu'elle eft jointe à fa divinité : vous 
êtes mon Roi & mon Dieu , dit-il en- 
core, Rex meus & Deus meus : (Pf. J.) \i 

eft le Roi des Rois & le Seigneur des 
Seigneurs , par conféqucnt le Souverain^ 
de toute lat^rre. {J'poc. i9.).Ueft encore 
le Roi du ciel , & le grand Roi & le granct 
Dieu élevé au-deffus dès autres E>ieux*^ 

(P/:4^&94.) 
En effet, quand ce Roi tout-puiflant? 

parle des Rois de Ta terre ; il les traite de: 



144 Le III. Dimanche de t^AvENr, 

fes ferviteurs; auffi fe doivent-ils faire 
honneur de l'être, puilqu'ils d^pendend 
de lui , & que ce Roi de gldire le leur 
fait bien lentir quand il lui plaît, puil- 
qu'il fçait auflî-bien tirer un berger de (a 
cabane pour lui mettre la couronne fuc 
la tête , pour le placer fur le trône & 
changer fa houlette en feeptre ; comme 
il (çait renverfer les trônes les mieux affer- 
mis , briler les fceptres & les couronnes 
des Rois de la terre , & les réduire à la 
condition la plus mifërable. 

Mais ce Souverain du cid & de la 
terre a éprouvé le tort des armes , il s'eft 
laifle vaincre par Tamour dés hommes^ 
& de fouverain, il eft devenu ferviteiïr 
en le faifant homme : car comme il s'eft 
chargé de tous nos péchés , il falloir qu'il 
en portât la peine , qui eft la fervitude. 

A peine , en effet , eft- il fur la terre , 
qu'il eft obligé de fuir pour le fouftraire 
à la trjreur d'un Roi ambitieux , qu'il au- 
roit pu renverfer lui-même defon trône 
& foudroyer dan^s les enfers, 

. Il veut encare remplir tous les devoirs 
de la lervitude dans la maifon de fes 
parensr qwôiqu'rl tût leur Dieu & leur 
Souverain; & dès qu'il paroitra en pu- 
blic , il proteftera qu'il n'eft pas vena 
pour êtrcfervi^ fliais pourfervir. {Matth. 



Joun d'Humilité* 14^ 

On le verra aux approches de la mort 
finir comme il a commencé par la fer- 
vitade^ s'abailTer humblement aux pieds 
de fes Apôtres , pour les laver & pouc 
remplir ainfi les plus humiliantes tonc- 
tiens d'un ferviteur, il mourra même 
par le fupplice honteux des efclaves : 
Cependant dès qu'il fera fur la croix ^ 
îl reprendra les fondions de Souverain, 
(es ennemis même lui en donneront Tau- 
gufte titre qu'ils prendront foin d'écrire 
au-deffus de fa tête ; il convertira un vo- 
leur, il lui donnera un royaume, il rég- 
nera par la croix , & il tirera ainfi ià gloire 
du fein de l'opprobre & de l'infamie. 

Les autres Rois, dit un Taint Dodcur, 

aflemblentdesfoldatspourlesexpoferàla 
mort; notre Roi de gloire affemble des 
foldats fous cet étendart facré pour leur 
donner la vie , & pour en faire autant de 

Rois 'i {Hugo. Car J. in Gcnef.c. i.) fervirà UIX 

tel Souverain, n'eft-ce pas régner ? 
Oraison Jaculatoirb» 

Miferere nofiri y Deus omnium y & refpict 
nos y & ojlende nobis lucem miferationum tua^ 
rum. (Eccli. 36.) 

O Dieu! Seigneur de toutes chofcsi 
ayez pitié de nous , regardez-nous fa- 
vorablement, & faites-nous voir la lu* 
miere de vos miféricordes» 

N 



14^ Le in. Lundi de t'AvENT; 



■ r^ 1 1 1 ■ ■ - ..... ■ ■ , , , ■■< 

r .iii t i ■ I ■'■ I ■ ■ ^ 



LE m LUNDI DE L'AVENT. 
JOUR DE PRÉSENCE DE DIEU. 

Pratique. 

ENtrez dès votre réveil, dans la pra- 
tique de la préfence de Dieu, & 
mettez tout en ufage pour n*en fortic 
que quand il faudra reprendre votre 
repos , fi vous y êtes fidèle , alors vous 
pourrez dire avec TEpoufe, je dors & 
mon cœur veille «; {Cant. j.) évitez tou- 
tes les a£tions difiipantes & les con^-* 
jpagnies où Ton ne parle, pas de Dieuf 
car on n'y penfe pas que Dieu eft pré- 
sent ; rentrez dans cette divine préfence 
autant de fois & auflîtôt que vous vous 
appercevrez que vous en ferez forti, 
i8c en y rentrant dites quelque chofe de 
tendre à ce Dieu qui vous regarde & 
qui vous entend, qui puiffe rengager 
à ne s'éloigner jamais de vous, comme 
ces paroles du Prophète : Seigneur, nfe 
vous éloignez pas de moi ; Deus ^ nç 
clongeris à me. (Pfalm, 70.) 



Jour DE présence de Dieu. 157 

MÉDITATION SUR LA PRÉSENCE DE DiEU, 

Tirée de V Evangile^ 

Premier Point. 

/L y en a un au milieu de vous que vous 
ne connoiffe^ pas. {Joan. I.) 

Cétoit de Jéfus-Chrift doht Jean^ 
Baptifte parloit aux Pharifiens , & il 
leur parloit en énigme , parce que cet 
adorable Sauveur etoît encore caché 
dans le fein de fa famille, & qu*il ne 
s^étoit point encore produit en public ^ 
ni par les prédications ni par fes mira* 
des ; ainfî les Pharifiens étoient ejJcii- 
fables de ne le pas çonnoître ; mais ils 
ne le feront pas long-tems, parce qu'à 

{)eine le connoitfont-ils , que loin de 
'écouter ils le perfécuteront. 

Nous avons ce même Jéfus-Chrift 
au milieu de nous, & fi nous ne le 
connoiflbns pas, c'eft notre faute; nous 
jouiffons de fon humanité fainte , 5c 
nous pofTédons fa divinité: fon huma- 
nité repofe dans nos fanduaires , ou 
nous pouvons à toutes les heures dtt 
jour 1 aller adorer; il vient même au 
milieu de nous & dans nous par la 
fainte communion , il touche notre 
langue en paiTant > il entre dans ne 

N2 



!%4* Ï.E lïl. Lundi de l'A vent. 

corps , auprès de notre cœur y il J 
jréfide , & il fe fait fentir par fes grâce». 

Sa divinité, qui en eft inféparable ôç 
qui remplit le ciel & la terre , eft em 
nous, & no,us çn fon)mes pénétrés commg 
une éponge jettée dans une vafte mer; 
iÇç Dieu immenfe qui eft en tous lieux, 
ieft aii-deflus fie noiis pour nous prp- 
téger ; il eft autour de nous & dan$ 
l'air que nous refpirops, pour nous gar^ 
4er & pour fubvenir à nos J>efpins; il 
/efl: au-deflus de nous pour nous fou- 
jçnjr & pour nous porter j il eft au- 
.dedans de nous & plus dans nous qu@ 
pous-mêmes, pour nous nourrir, pour 
no\kS Gonferyer , & pour noijs marqueï 
foh ampur : cependant nou§ nç le con- 
poiflbns pas comme npus 4evrions l& 
cjçorjinpître, psrce que nous ne pcnfon^ 
pas à lui , & que nous ne Tavons pré- 
lent ni à notre mémpirè, rii à notre 
lefprit, ni à notre cœur, pendant que 
fon fou venir, fa penfée & fon amour 
devroient faire les délices de ces trois 
facultés de notre ame. 

Pour peu que nous y faffions atten- 
tion , la raifon nous dit ce cjue TApôtre 
faint Paul difoit aux Àréopagites , {Jcf^ 
T/O & ce qu'ils avpient déjà appris de 
Jeurs Philofophes , que c'eft en lui qui? 
fjpuj .^yoiîs la yiç.; Iç mpHyçmçnç ^ 



Jour de présence dé î)tEû'. 14^ 

J*être ; la foi vient au fecours de M 
raifon, & elle nous apptend quel c'effi 
lin devoir effentiel à Vhômme , fur-tout 
à rhomme Chrétien, de penfer fouvent- 
à ce Dieu , qui eft toujours préfem. hé 
feites-vous? 

S E c O N D P O I N f. 

NOus entendons ici par la préfedcd 
de Dieu , un fouvenir fréquent y 
une attention y une tendance du moins 
habituelle, un défir de Dieu, un re- 

Î'ard relpedueux & tendre de Tefprit 
e; du coeur, un langage intime > un 
entretien familier , une dépendance to-^ 
taie, une ouverture de cœur^pour le? 
confulter en tout, pour Técouter, pour' 
agir toujours fous fes yeu:^ , & pour fef 
détourner du langage tumultueui' des 
créatures & de nos propres paffions qui 
pôiîrroient diftraire Tattentiott que nous 
lui devoris. 

Je fiiis jieriuadé que Ùieù trie re- 
garde; on pr^d foin de m'en faire^' 
feflTou venir, dé peur que je ne l'oublie j 
je trouve en mille endroits ce mot^ 
Dieu te regarde, je le vois même écrit- 
jiïfques fur les murailles , en fuis-jc 
frappé comme je devrois l'être? Hélas f 
;e m'accoutume de le lire fans y pen* 
fer Se fans y faire la moindre attentiorw 



jyo Le III. Lundi de- l'A vent. 

Que doîs-je donc penfer quand je le 
rencontre fous mes yeux , ou quand 
je m'en reffouviens! Que les yeux de 
mon Dieu , de mon Créateur , de mort 
Sauveur & de mon Juge font atta- 
chés fur moi dans tous les momens de 
ma vie : Que ces yeux perçans à qui 
rien n'échappe , voient non-feulement 
toutes mes aftions extérieures, mai» 
aulïi les penfées les plus cachées de 
mon efprit , & les mouvemens les plu^ 
fecrets de mon cœun Je dois encore 
penfer que je ne fubfifte & que je ne 
me fou tiens que par ce regard de Dieu> 
& qùe.^C, par impodible, il cefToît de 
me regarder, je périrois dans le mo- 
ment, & que je retomberois dans l'af- 
freux abîme du néant d*où je fuis fortin 
Mais que dois -je encore inférer de 
là ? Le voici , c^eft de me dire à moi- 
même ; ah 1 fî mon Dieu & nM>n Créa- 
teur, devant qui je ne fuis rien, abaiflfe 
înceffamment fes divins regards & fes 
penfées fur moi; une vile créature com- 
me je le fuis, ne doit -elle pas fe faire 
un devoir, un honneur, & même un 
plailîr d'éleyer inceflamment (es yeux> 
fon efprit & foh cœur vers lui? 



JôtJR DE tRlÉsEMCÈ îiÈ DlEt/^ Ijfl 

Se n t I m rn Sé 

OÙ eft mon Dieu t s^écridit lé éévùt 
laint Bernard; mais qVai-jc dit, 
milérable ? que ne dis -je plutôt; ou 
n'eft-il p^sVÇDe Bern. de Cchtr.) il eft 
infiniment plus élevé que le ciel, plus 
profond que Tenfet, plus grand que la 
imer , plus étendu que la terre & cju^ 
tout ce vafte amy^xu 

Mais, Cependant, ô incomoréhen^ 
fible divinité , difoit faint Anfeime , je 
ne puis que je ne gémifle, vous Tentant 
Il éloignée de mes yeux, quoique je 
fois toujours préfent ifous les vôtres ^ 
(D. Anfel. Profoiog.) vous êtes par-tout^ 
'Seigneur, cependant je ne puis voujf 
voir, parce que mes yeux font trop foir 
blés : {Ibid.) Je ne puis être , je ne puis^ 
vivre , je ne puis me mouvoir qu'en 
vous, parce que je luis en vous & que 
vous êtes en moi; cependant je ne puis 
m'approcher de vous , vous êtes tout 
entier en moi, tout entier autour de 
moi , cependant je ne vous fens pas { 

(Ibid.) 

Ah , Seigneur ! ma condition (erqif 
encore bien plus trifte & bien plus 
déplorable , fi dans TimpuilTartce où je 
fuis de vous voir & de vous approcher^ 
fenfiblement, je ne pouvois pas me 



ïy2 Le III. Lundi de l^Avent. 

procurer votre divine préfence , par la 
foi p par la {ftnfée , par le fouvenir ^ 
par mes défîrs & par mon amour r Je 
le puis, & c'eft là feule confolartion 
qui me reftc dans mon exil , en atcen^ 
dant que je puiffe vous voir face à face 
dans le ciel , comme je Tefpere y parce 
que vous me Favez promis. 

Pour y parvenir! je fuivrai ïe confeit 
de votre Prophète , & je vous dirai en 
toute confiance avec ce faint Roi : Me^ 
yeux, Seigneur, feront toujours tournés 
vers vous, parce que c'eft le moyen: 
de vous avoir toujours à ma droite , 
pour me protéger contre mes ennemis t 
(Pfahn. Z4.) ' ils feront attachés iur lei 
vôtres , pour ne rien commettre qui 
foit indigne de vos divins regards : ite 
feront attachés fur vos mains adora- 
bles , comme les yeux d'un ferviteu-f 
fur les mains de fon maître , en atten- 
dant que vous ayez pitié de moi , & 
3ue vous répandiez^ fur moi les béné*- 
idions de vos grâces & de vos mifé- 
ricordes , qui font les feules que je 
demande, accordez-les-moi. Seigneur; 

(PfaL HZ.) 




Jour de présence de Dieu. ï^j 

Sentences de la f aime Ecriture & des Ss. Pères* 

Sur la présence de Dieu. 

JE fuis le Seigneur tout-puiflant , dit 
Dieu à Abraham ^ marchez en ma 
préfence, pour devenir parfait. {Gen. 17.) 

Penfez à Dieu dans toutes les voies, 
& il dirigera tous vos paSr {Prav. 58.) 

Comme il n'y peut avoir aucun mo- 
ment dans lequel nous n'expérimen- 
ttons les bontés & les miféricordes de 
Dieu^ il eft jufte qu'il ne (e palle aucun 
moment dans lequel nous ne penfions 

à Dieu. (D^ Jug. de Spirit. & an. c. 55.} 

Dieu eft par- tout par fa divinité, mais 
il n'eft point par-tout par la préfence de 
fa grâce, {Id. Ibid.) 

Point x>e l'Incarnatioic 
Un Immortel fuj et à la mort. 

DTeu eft immortel , & fon immorta* 
lité fait fa gloire ; comme cet Etre 
fuprême n*a jamais eu de commence- 
ment, il ne peut auffi jamais avoir de 
fin. Il eft immortel par fa divine natu- 
re , parcîe qu'elle eft très-fimple , c'eft- 
à dire , fans compofition de parties ten- 
dantes à la corruption; car fi la mort 
e& j à proprement parier ; la réparation du^ 



154 Le III. Lundi de l'A vent* 

corps & de Tame , Dieu n'ayant ni Turt 
ni l'autre, il ne peut pas par conféquent 
mourir* 

. Ajoutons , avec le grand Apôtre , 
qu'il poflëde lui feul l'immortalité pat 

lui-même y folus habet immortalitatcm j & 

qu'il eft la fource & le principe de l'ini'* 
mortalité des Anges & de nos âmes : 
(i. Tim. 6.) concluons avec le même 
Apôtre , par cette exclamation & pat 
cet hommage à Ton immortalité > au Roi 
des fîécles immortel, invifîble, à ru- 
nique Dieu foit honneur & gloire dans 
tous les fîécles des fiécles. (7, Tim. i.) 

Mais ô mon Dieu ! quelle étrange 
chute faites -vous dans le myftcre de 
l'Incarnation! mais un Dieu peut -il 
tomber f Un Dieu immortel - peut - il 
mourir f Oui , il le peut dans un fens » 
fon feul amour pour les hommes peut 
abaiffer cet Etre fuprême , peut defar* 
mer ce Tout-puiffant , peut blcffer cet 
invulnérable, ôc peut faire mourir ce 
Dieu immortel. 

La fîmplicité de fa divine nature, 
fon immutabilité, ion impeccabilité qui 
font les principes de fon immortalité 
vont ici difparoître , & il en facrifie 
tout réçlat en fe faifànt homme : fa 
fîmplicité fouffre, parce qu'il prend une 
nature compofée de corps & d'ame, 



Jour de pRésENCE de Dieu, tjj 

de chair & de fang , & en les épou-» 
fant , il époufe auffi les principes de 
mort. Son immutabilité fouffre , parce 
qu'il va éprouver tous les changcmens 
auxquels Thomme eft iu)et, le chaud > 
le froid , la faim , la foif , la laffitude , 
la joie ^ la trifteffe , la crainte ^ la dou- 
leur ,' & fur - tout la mort , qui eft le 
changement qui humilie l'homme à Tex- 
cès ; fon impeccabilité IbuflFre y parce 
qu'il va fe charger des péchés de tous 
les hommes, prendre toutes les appa- 
rences de pécheur, en endurer toutes 
les ignominies, /& la mort même qui 
eft d'autant plus honteufe , qu'elle en eft 
la peine, & qu'elle n^a été introduite 
que par le péché. Il va naître & naître 
mortel, car la naiftance de l'homme eft 
une deftination à. la mort; il commence 
à courir au tombeau dès qu'il eft for- 
mé. Voilà le trifte partage d'un Dieu 
immortel. 

Oraison Jacui.atoiri. 

In muhitudine mifericordiét tus exaudi me 
in veritate falutis tuA. (Pf. 58.) 

Exaucez-moi, Seigneur, félon la mul- 
titude de vos miféricordes , & félon la 
vérité des promeflfes que vous m'^avez 
faites de me fauver» 



t^6 Le IIÏ. Mardi de L^ÂVEMf. 

I 1 il 11 1 I »■ I , Il I ■ I Hltl ■■ I ■ f ^i 

LE III. MARDI DE L'AVENT. 

JOUR DE PRIERE. 
Pratique^ 

VOtre unique pratique aitjourdTiuS 
fera de prier toujours félon le con- 
feil de Jéfus-Chrift : ÇLuc. i8.) ne vous 
effrayez pas , on ne vous impofe pas ici 
un joug trop difficile : on prie de la mé- 
moire , quand on fe reffouvîent de Dieu j 
on prie de l^eCprit, quand on y penfe; 
on prie du cœur, quand on Taime; on 
prie de la bouche, quand on lui parle j 
on prie des mains , quand on dirige tou- 
tes fes actions vers lui, & qu'on les fait 
en fa divine préfence. -Commencez à 
votre réveil la prière de la bouche ^ & 
qu'elle foit accompagnée de celle de 
Tefprit & du cœur, & faites en forte que 
dans le cours de la journée tout prie 
chez YPUSf 



^jr 



Jour de Priera i^j 

MÉDITATION SUR LA PRIERE, 

Tirée de VEpître. 
Premier Point. 

TT'iV quelque état que vousfoye^j préfente^ 
JLj à Dieu vos demander par desjupplications 
^ des prières accompagnées d'aclions de grâces. 

(Ad Philipp. 4. ) 

Faites une férieufç réflexion fur cette 
belle fentence du grand Apôtre, & vous 
y trouverez unç admirable inftruftioa 
^ui vous apprendra & comme il faut 
prier, ^ comme il faut toujours prier: 
en effet , il commence par ces paroles 
remarquables , en quelque état que vous 
•foyez : c'eft-à-dire, qu'on peut 5c qu'on 
doit prier dans tous les lieux, en va- 
quant aux différens emplois de la vie , 
gn (anté, en maladie, en voyageant. 
dans toute fîtuation , finon de la bou^ 
jche , du moins dç Tefprit & du cœur , 
& c*eft ce qui s'appelle avoir Tefprit 
de la prière , qu'on ne peut acquérir 
qu'à force de prier, de bien prier, & 
de prier fouvent , & cet efprit de prière 
porte avec foi un défir , une facilité 3 
une tendance , une difpofîtion de cœur 
h toujours prier , & à le faire avec plai- 

fir ^ avec ardeur, 3i yotis n'aye^pas cet 



ijS Le ni. Mardi de l'A vent. 

€<prit de prière, demandez- le à Dicui 
travaillez à l'acquérir, par raffiduité à 
la prière : fi vous l'avez, cultivez- le, 
pcrfedionnez-le tous les jours, fi vous 
voulez être parfait. 

Préfentez à Dieu vos demandes , con- 
tiaue le grand Apôtre , par des prières 
& par des fupplications : il nous fait 
ici reffou venir que c'eft notre Dieu que 
nou:s prions , c'eft - à • dire , un Dieu 
Créateur, un Dieu Sauveur & un Dieu 
Juge. Ce Dieu Créateur veut que je 
le prie ?ivec un profond refpeâ:, parce 
que je ne fuis rien & qu^il eft tout , & 4 
que les Anges même, qui font infini- 
ment au-delfus de moi , tremblent de 
refped en fa divine prélence. Ce Dieu 
Sauveur , qui s*eft fait homme & qui a 
fouffert la mort pour mon amour, veut 
que je le prie auffi avec amour & avec 
reconnoiuance , parce. que je lui dois 
toutij & que i*e(pere tout de lui. Enfin ^ 
ce Dieu , qui eri mon Juge , veut que ^ 
je le prie avec crainte , & tremblement, 
pour trouver grâce auprès de lui dans le 
jour terrible du jugement. 

Saint Paul veut encore des fupplica^ 

tîons avec ces prières , c'eft-à-dire , des 

prières preffantes , réitérées & ardentes 

* fans fe rebuter , fi Ton n'eft pas écouté 

d'abord î fuivez bien cette inftruâion 



Jour de Prière. ijf 

du grand Apôtre , & vous obtiendrez 
tout de Dieu. 

Second Point, 

FAites réflexion fur votre extrême 
pauvreté , elle vous produira une 
excellente leçon fur la prière : rendez- 
vous juftice , convenez-en , fentez-la : 
ce fentiment vouis humiliera d'abord ^ 
mais il vous perfuadera de la néceflîté 
de prier & de bien prier, fi vous vou-. 
lez fortir de votre mifefe. 

Je ne ^ofl!(éde rien, je ne puis rien,' 
farce que je fuis rien, je ne puis me fe- 
courir dans mon indigence : ce fentiment 
■me conduit même naturellement à avoir 
recours à quelqu'un qui foit aflez puiflànt 
pour mefecourir, aflfez riche pour fe ré- 
pandre en ma faveur, & alTez bon pour 
.compatir à ma dilgrace, la foi & la reli- 
;ion m'apprennent que c'eft Dieu feul, 

je nepuism'y adreflerque par la prière; 
je ne puis donc me paffer de prier , parce 
que je ne puis me pafler de Dieu. 

Je fuis dans les ténèbres, je prie, je 
fuis éclairé dans la connoiflance de Dieu 
& de moi-même. Ah ! Seigneur , dit le 
Prophète, en quelque tems que je vous 
aie prié , j'ai connu que vous étiez mon 
Dieu. (P/ J J.) Je fuis accablé de miferes 
temporelles & fpirituelles , mes ennemis 



i<5b Le m. Mardi de l'A vent. 

lîie perfécutent , ma confcience embaf- 
rallee & chargée de péchés , ie récrie 
contre moi & je n'ai que trop fujet de 
craindre un averiir redoutable. Priez , 
priez toujours , priez avec ardeur & 
perf^vérance , la prière eft une infail- 
lible r^flburce à toutes ces difgraces : 
leffource facile que je puis trouver par- 
tout & en quelque lîtuation où je puiffc 
être , dit l'Apôtre , parce que pour ma 
confolation, Dieu eft par- tout, il m'é- 
coute, & il peut m'exaucer par-tout^ 
comme l'ont été ceux qui font invo- 
xjué avant moi dans leurs plus preflans 
be foins* 

Daniel a prié dans la fofle aux lions :, 
Joleph dans la prifon , les trois enfans 
xians la fournaife de Ba'bylone, Ezéchias 
-dans fon lit, Jonas dans le ventre d'une 
baleine , la chafte Suzanne dans un jar- 
din, le bon Larron fur la croix, & ils 
ont tous été exaucés , quoiqu'ils fulfenit 
dans la dernière extrémité, pourquoi ne 
le ferois-je pas, fi je prie comme eux? 

Travaillez donc à acquérir l'efbrit de 
prière, furmontez toutes les dimcultés 
qui s'y rencontrent, c'eft-à-dire, les dif- 
tractionsj l'ennui & la parefle, vous y 
trouverez bien plus de douceurs que 
;voas ne penfez; parlez, priez, fuppliez, 
pourfuivez Jéfus-Chrift conune a ifait 

U 



Jour de 1?rieré. - f6'i- 

lâCananée, & fi vous n'êtes pas écouté, 
changez, comme eUe, vos prières en- 
élameur >& vous ferez sûrement exaucé.- 

•î £' N r i Af E N5. 

Apprenez-moi y ô I>ieu de lumière^ 
& de bonté ! à vous, prier comme' 
Vous voulez que je vous prie , pour m^ob- 
tenir les grâces qui m« font les plus né- 
ceflaires , afin de faire & d'affurer mon- 
falut. Infpirez à mon ame, formez vous-* 
même dans mon cœur, & mettez fur' 
mes lèvres les prières que vous écoutez- 
avec p>lus de plaifi'r & que vous exaucez 
aîvec plus de fuccès: favorifcz-moi des- 
mêmes ardeurs dont Augulïin pénitent- 
étoit embrâfé, afin que je puiffe prier" 
comme lui, & vous dire avec lui : Sei-' 
gneur, je foupiroisdaris mon égarement;* 
je priois, je vous difois ce que vous 
m'infpiriez vous- même' de vous dire ; je' 
criois de toutes mes forces , & enfin j'ai- 
obtenu : (-D. Aug.foiitoq:.) J« fuis.malade, 
je crie à mon médecin ; je fuis avieugle y 
j'invoque la lumière ; je fuis mort, j'ap-*; 

Eelle la vie à mon fecours ; Jéfus fils de' 
)avid , fource de- miféricorde , ayez- 
pitié de moi ; Vous êtes mon médecin ,* 
guériffez-moi , vous êtes ma lumière ,> 
eclairez'-moi ; vous êtes ma vie, reflui^ 

«tCZ-moi. [Ibid.)) 



i62 Le ni. Mardi de l^Avent. 

Hélas ! je viens vous prier dans votnr 
fanduaire pour obtenir vos divines mifé- 
licordcs. J e me trompe , je viens fouvent 
plutôt languir que prier;: ma bouche 
parle , mais mon efprit s'égare & mon^ 
cœur ne fent rien , je ne m'écoute pas 
moi-même, comment puis- je exiger que: 
vous m'écoutiez? Vos yeux me voient 
le corps profterné à vos pieds en pof^ 
turede fuppliant, mais fouvent vous n'y 
voyez ni mon efprit ni mon cœur ; mon^ 
efprit s'éloigne, il s'ennuie , il fe rebute- 
& il ne penfe pas à vous : mon cœur 
languit, & il ett plus dur que là pierrer 
du défert. Il commence quelquefois à* 
vous prier avec ardeur , la nonchalance, 
la tiédeur & Finfeiifibilité ne fuccédent 
que trop. 

Ah! Seigneur, priez vous-même em 
moi, que mon efprit, que mon cœur,^. 
que ma langue ne foient que vos orga- 
nes; foyez vous-même mon modèle, ôc 
que l'ardeur & la fbumiffîon dont vous* 
avez prié votre Père célefte r foient do- 
rénavant la règle que je me propofepour 
'VOUS prier-, afin d'obtenir plus fiirementr 
de votre bonté tout ce que yous m'inC^ 
jtrexez.de vous demandera 



Jour dé Prière. ié^ 

Sentences de la faïnte Ecriture & dcsSs. Peres.^ 

Sur la Prière^ 

SEigileur , en quelque jour que je Vous 
aie invoqué , j'ai connu que vous» 
étiez mou Dieu. {Pfalm. 3 j^) 

Le Seigneur eft toujours proche de 
ceuî qui l^invoquent^ mais quand \\s 
Finvoquent en vérité ^ & it fera leur vo-' 

ion té. {Pfalm, Ï4.) 

Le Seigneur veut toujours donner^ 
^arce qu^il eft bon , & il veut toujours 
ionner, parce qu'il eft tout-piiiflant. (/?/ 

jiug. in Joan.) 

Ôeft par le cœur qu^on demande Efîeu, 
c'eft par le cœur qu'on le cherche , c'efl 
par le cœur qu'on frappe à la porte dii 
fien i c'eft enfin par le cœur qu'on obtient? 
^u'il nous l'ouvre. [Id. Ibid.) 

Point de t' I n c a r k a t ï a k« 

Un Créateur devenu Créature'. 

Dieu eft le Créateur de ce vafte ûûî* 
vers & de toutes les créatures vifî'- ^' 
blés & invifibles qui l'habitent; it a créé 
fout aifément Ôc par une feule parole ôc 
en fe jouant , felon le kngige de l'Ecri- 
ture ) ludenf in orbe terrarum ^ (Eccl. ^O.y 

fc ]^ ce jeu (ublime^dc divin > tout fortoii^ 

©2^ 



I (Î4 Le m. Mardi de l*A VEN'f; 

aifément de fes mains adorables; c'eflE 
€e qui établit fon infinie grandeur & 
notre dépendance; mais avoir tout tiré 
du néant , comme il Ta fait ^ c*eft une 
preuve authentique de fà toutc-puiffan^ 
ce & de fa divinité. 

Il y a cette différence entre i'ouvrie» 
& le Créateur , que l'ouvrier travaille 
fur une matière exilante , qui ne reçoit 
de fon induftrie & de fon travail qu'une 
nouvelle manière d'être : {B. Th.)- mais 
le Créateur tire de fon propre fond & du 
néant tout ce qu^il produit, parce que 
la çréationr n'eft autre chofe qu'un pafla- 
ge & un mouvement du néant à l'être ^ 
& ce mouvement qui ne peut être l'on vra- 
ge que de Dieu feul, eft quelque chofe de 
fi grand, de fi fublime & de fi divin , dit 
làint Ronaventure , que tous les Anges 
& tous les hommes unis enfemble ne 
pourroient pas tirer du. néant le plus pe- 
tit moucheron, ni la plus vile créature ;; 
quelle gloire & quelle grandeur ! (2?. 5o-- 

nav.fer. ^, de Ange Us, ) 

Mais, bonté infinie démon Dicuf 
vous qui VOU3 fufïilez à vous feul, vous 
qui faites vos délices d'habiter dans vos 
propres grandeurs, vous avez tiré du 
néant des hommes , pour en faire vos 
îmaiges, pour converler avec eux , poup 
faire en eux. des effiifions de vos bontés ^r 



JotJR DE PrIEKR f6^f 

pour les aflbciet à votre gloire éternelle ^ 
& par un nouveau prodige > qui eft le 
miracle de votre amour, tout créateur 
[ue vous êtes , vous venez enco're vous 
:e créature avec eux, pour devenir 
leur Sauveur, en yousfailànt leur égal 
& même leur ferviteUr. 

Ce Dieu créateur defcend du trône de* 
gloire qu'il occupe dai^ le ciel ; il s'a- 
baifle au-detTous des Anges , quoiqu'ils* 
foient fes créatures y & par conféquent 
ks fujets & fes adprateurs y en prenant 
notre nature^qui èft- beaucoup inférieure 
à la nature. Angéliq^ue; il fe fait homme 
& par confequent créature avec nous, 
fedans un lens, comme nous, non pas- 
pour être fervi par. nous , pendant fa vie: 
mortelle , mais pour nous fervir, com- 
me il a eu rhumilitéde le dire lui-même : 
fl prend une chair , il prend une ame 
nouvellement créée & tirée du néant , le 
Saint-Efprit unit cette ame à cette chair 
pour lui donner la vie dans l'inftant de fa' 
formation, & l'une & l'autre à la perfon- 
ne du Verbe, pour en faire un homme 
Dieu, lequel n'étoit pas, quant à fon* 
humanité, un moment auparavant , lui 
qui eft éternel , & voilà le prodigieux 
myftere par lequel ce Dieu fait homme 
eft devenu fujet , adorateur, créature & 
riftime de Ûieu fon père, quoiqu'il lui 
Eait égal en tout par fa divinités 



l66 Ll III. MaKI>I de L'AVÈttT* 

0&Ai»oM Jaculatoire. 

Intende animd med, & lliera tant ; propuf 
mimicot meos eripe me. (Pâlm. ($8.) ' 

Seigneur , foyez attentif fur moaame, 
& venez la fâuver ^ parce qu« oaes enr 
ncmjs me preflèntr 








Jour de Grâces. i^y 



LE III. MERCREDI DE L'AVENT. 

t 

\ 

JOUR DE GRÂCES. 

P R A T s Q ISr B. 

DEmandez aufli-tôt à votre réveil , fe 
grâce à notre Seigneiir Jéfîis-Chrifty 
qui vous Ta méritée par fou incarnations 
& par Tefiiifion de fon fang , & deman- 
dez la par l*interceffion de te divine Ma^ 
rie q^ui en câ devenue Fa mère & la dif-^ 
penlàtrice, & q.ui dans notre Evangile efk 
laluée pleine de grâce , pat un Ange,- 
pendant que l^augjufte myftere de l'In- 
carnation^ s'accompliflbit dans fon cha(^^ 
fein : mais demandez-la cette grâce avec 
tant d'ardeur que vous Tobteniez : con* 
fervez-la avec tant de fidélité que vous^ 
ne la perdiez jamais , & travaillez avec- 
elle avec tant de ferveur qu'au lieu de 
diminuer & de s'afifoiblir y elle s'accroilTa: 
& te fortifie tous les jours»- 



^ 



t6i Le ni. Mercredi de L'AvEffF.. 

MÉDITATION SUR LA. GrACE^ 

Tirée d€ l^Evatigiler 
Premier Point. 

7E vous falue y 6 pleine de g face y le Sei-^ 
gneur efi avec vous. 

Donnez ici toute votre attention à' ce 
célefte entretien de faint Gabriel avec- 
Marie , vous y découvrirez tous les plus^ 
beaux traits de la' grâce, & vous y en- 
^ tendrez traiter du plus profond y du plu^ 
impénétrable & du plus irriportant de^ 
tous les myfteres de notre religion, qui- 
èft le grand myftere de la grâce & le 
principe de toutes les grâces, qui eft' 
celui de Tlncarnation , & que ce myftere 
s'accomplit dans Marie au moment 
qu'elle donna fon confentement à FAn- 
ge , qui lui parloit de la part de Dieu. 

C'ell un entretien entre deux Anges , 
fit entre deux Vierges, puifquie les An- 
ges font Vierges, & que les Vierges 
font des Anges , l'un du ciel , l'autre de 
la terre , & tous deux en terre , mais^ 
tous deux céleftes. La grâce paroît ici 
d'une manière toute éclatante ; plus 
l'Ange élevé Marie , plus elle s'abaiffe ; 
plus il parle , plus elle eft en (îlence , & 
c'ctoit cette humilité même qui faifoit 

briller" 



Jour de Grâces. i€^ 

Briller fa grâce : d'où vous devez con- 
clure que fi vous voulez obtenir la grâce 
du Seigneur, vous devez commencer 
par vous humilier, parce que lamcfure 
de la grâce eft celle de Thumilité, & que 
Dieu qui réfîfte aux fuperbes , donne 
toujours fa grâce aux humbles^ 

Je vous falue , ô pleine de grâce , dit 
TAngc i quelle importante commifllon , 
quel relpedueux làlut, quel admirable 
.àoge ; mais quel bonheur , de pofféder 
& la grâce & Ja plénitude de la grade ! 
Remarquez cependant que Marie n'étoit 
pas encore merede Dieu , & qu'elle ne le 
fut qu'un moment après , parce que le 
Saint- Efprit attendoit fon confentement 
pour opérer dans, fon chafte fein incar- 
nation du Verbe , ce qui l'élev a à l'auguC 
te qualité de mère de Dieu, & ce qui la 
combla de nouvelles grâces , infiniment 
plus fublimes & plus abondantes ; cepen^ 
dant elle en étoit déjà remplie » mais le 
Saint-Elprit donna à fon ame dans ce 
moment une capacité nouvelle pour 
contenir plus de grâce que tous les An-^ 
ges & que tous les hommes ehfemble, 
afin que nous reçuflions un jour les efFu- 
fions de fa plénitude de grâces, & qu'elle 
les répandît en notre faveur. 



« * 



■>7P Le ÎII. Mercïiedi de t*A.VENT. 

Second Point. 

• < 

^/f^^^^ répondit à rAnge j vpiçi lafcrvantc 
Ji yjL du Seigneur j quU me foit fait félon 
fopre parole. (Luc. I J 

Après avoir donné votre attention â 
la plénitude des grâces de la divine Marie^ 
il faut encore la renouveller pour la don- 
ner à fon acquiefcemçnt & à ibn humble 
foumiflion à cette grâte , & profiter dq 
ce grand exemple pour vous y foumettre 
dès le moment qu'elle fe préfente ; c*eft 
le profit que vous devez tirer de vos ré- 
flexions fur ce myftere de grâce, 

Uamour infini que cette Vierge plus 
pure que les Anges avoir f)ouf la virgi*- 
nité , joint à fon humilité profonde j 
J'avoient troublée & avoient iufperjdu 
fon confentement ; il f9lloit qu'elle pen^ 
iât férieufement à ce qu'elle devoit ré* 
pondre à un Ange du premier ordre , 
envoyé de Dieu , fur une matière fi im* 

f)ortahte à fon bonheur & à celui de tout 
c genre humain. \ 

Mais dès qu'elle fut sûre de demeurer 
toujours Vierge , & que c'étoit Dieu • 
même qui vouloit élever fa baffefle, juG 
qu'au degré fublime de la maternité di^ 
vine , elle exprima fon confentement paç 
ces belles paroles : voici la fervante du 
Çeigneur; qu'ii mç fpit faiç fçlon votrç 



Jour DE Grâces;' 171 

paroleî & elle ne l'eut pas plutôt pro* 
nonce, qu'elle fe fentit toute remplje de 
fa divinité, & par conféquent de la 
grâce , parce qu'elle concevoit TAuteuc 
de la grâce. 

Deux paroles de cette divine mere^ 
qui doivent vous fervir de règle pour 
bien répondre à la grâce. Voilà la fer- 
vante du Seigneur, c'eft la première; 
qu'il me foit fait félon votre volonté,. 
V voilà la féconde. Dès que Dieu parle à 
votre ame, ou pour vous infpircr une 
bonne adion , ou pour la détourner 
d'une mauvaife ; fuivez l'attrait de cette 
grâce , humiliez- vous , reconnoiflez la 
grandeur de Dieu , & votre bafleffe; fon 
autorité & votre dépendance, comme 
Marie ; mais ajoutez aufli-tôt avec elle, 
qu'il me foit fait félon votre parole, fiât 

mihifecundàm verbum tuum^ obéiflez promp- 

tement, exécutez dans le monrient & 
fans aucun délai ce qu'il vous ordonne, 
c'eft le moyen de faire triompher lagrace 
en vous. 

QUe mes infidélités à votre grâce l 
qui font fans nombre , ô mon ado- 
rable Sauveur, devroient me caufer de 
douleur! & combien de larmes pour le 
paflé & de crainte pour l'avenir ! Ah ! je 

P2 



»7^' I-E HI. Mercredi de l*Avent; 

ffy puis penfer fans trembler à la vuç 
de vos juftes jugemens , dont j'ai mérité 
foute la rigueur. Combien de foi» ai- je 
préféré le mondé , le refped humain ? 
ma ienfualité & mon amour propre , aux 
ibllieitations réitérées de yptrç grâce ^ 
Voas parliez à mon ame , ô Dieu de boni- 
te y VOUS éclairiez mon efprit, vous lui 
montriez le bien que je devois faire , 
VOUS touchiez même mon cœur , vous 
Jui faifiez fentjr que c'étoit vous-mêm^ 
qui me parlie? pour mon bien : le mon^^ 
de me parloir aulïi , quoique je fentifle 
jbien qu'il ne me parloir que pour me 
diftraire , pour m'éloigner de vous , &ç 
pour m'erigager de vous déplaire & de 
vous (Jéfobéir : J'ai prêté l'oreille de mon 
/cœur à Ion langage pernicieux , je n'ai 
pas écouté celui de votre grâce. Ah ! 
que cette indigne préférence devroit me 
êaufer de gémiflemens & de larmes ! &ç 
» vous , Seigneur , de juftes fujets de co- 
Jere & d'indignation contre r>^oi ! 

Ou bien, (i quelquefois , dans quel- 
ques efforts qije jç mç fuis faits à moi- 
même 5 ou dans quelques fentimens de 
dévotion paflàgere , j-ai obéi à votrq 
voix, & ouvert mon cœur à l'attrait de 
votre grâce ; j'ai fî peu goûté de don 
eélefte , (i peu confervé votre divine 
^réfçnçe , fi peij cultivé ce précieuîc 



JôÛR DE GrRACES. 17| 

tréfor j que je devois chérir plus qud 
tous mes biens, plus même que ma vie,} 
quê^commençant par de petites infid^-' 
lités, qui fe font infenfiblement multi-^ 
pliées i j*ai afFoibH ma grace^^ & je l'aï 
enfin contrainte de fortir de mon cœur^ 
Rendez-la moi , ô Dieu de miféri- 
€orde! malgré mon indignité, fi j'ai le 
malheur d'en être privé ; fortifiez- la y 
foutenez-Ia , augmentez-la , ô Dieu def 
force ! fi j'ai le bonheur de la pofféder % 
fy ferai dorénavant plus fidèle : auffi tôt 
que vous parlerez à nrion cœur, je vous 
dirai comme votre divine Mère, qu'il 
me foit fait félon votre volonté ; & je 
m'y conformerai dans le moment & fantf 
difl^retr 

Sentences de la Jainte Écriture & des Ss. Pères* 

Sur tA Grace^ 

A Lions nous préfenteravec con^anc^ 
devant le trône de k grâce , afin 
d'y recevoir miféricorde , & d'y trouve4f 
ïe fecours darjs nos befôins. {Hebr^ 4.) 

Comme nous voulons vous aider à 
faire votre falut , nous vous exhortons. 
à ne pas recevoir k grâce de Dieu en 
vain. (//. Cor. 6.) 

La volonté de l'homme n'efi: pas fo^ 
cée par k grâce î, mais de mauvaiic^ 



"i 74 Le IIL Mercredi de l'Avent. 

qu'elle étoit , elle devient bonne : & 
quand elle eft devenue bonne, elle eft 
encore aidée par la grâce pour devenir 
meilleure. (/?. Aug. degr. & lib. arb. c. 18.) 
La grâce nous eft gratuitement don- 
née de Dieu; donnée, il la multiplie; 
multipliée , il U conferve ; confervée, 
il la couronne dans le ciel. [D. Bonav. Cor^^ 
Jhcol ) 



c 



Point de l'Incarnatioî^ 
La fagejfe incréée devenue folie. 

Omme Dieu eft fouverainement in- 
telligent, la fageffe eft un appanage 
dnféparable de fa divine nature, & cette 
fagefle eft infaillible & elle ne peut fe 
tromper ; elle eft incréée , elle eft éter- 
nelle comme Dieu, en un mot, elle efl: 
Dieu même. Elle réfide dans fon efprit 
& dans fon cœur , & le premier objet 
de cette fagefle eft Dieu même ; par 
elle il fe connoît & il s'aime , & tout ce 
-qui eft en lui ; & le fécond objet eft 
tout ce qui eft hors de lui-même ; c'eft- 
à-dire , toutes les créatures vifihles & 
invifibles. 

Quand cette divine fagefle parle d'elle- 
même , elle dit qu'elle fort de la bouche 
de Dieu , & que fa fource eft le Verbe 
de Dieu dans le cieli {Sap. 7.) en effet 



JotJR DE GkACÉS. iyj 

dîé lui eft attribuée , & e'eft par elld 
qu'il gouverne tout , qu'il pourvoit à 
tout & qu'il conduit tout à fa fin, avec 
autant de force que de dauceur* 

Ce Verbe , qui eft ]a fageffe même ^ 
s'eft fait homme pour nous fauver , & 
quoique l'Incarnation fût l'ouvrage d'une 
fou veraine fageffe y cependant elle a fcan- 
dalifé les Juifs , & paru aux Gentils ^ 
c'elt-à-dire à prefque tout l'univfers , 

:une vraie folie, gentibus autem Jlultinamd 
(/. Cor. i.) 

Cette fageffe incréée , en prenant no^ 
tre chair , en naiffant dans une étable & 
en mourant fur une croix , eft donc de- 
venue folie aux nations qui s'en font 
moquées , cç Verbe incarné en a fou- 
tenu tout Topprobre.; mais enfin il en 
a tiré toute fa gloire , & cette folie pré- 
tendue a triomphé avec éclat & à la 
face de toute la terre, de la fauifc fa- 
geffe des mondains , palàm triumphans illos 
in femetipjo. ( Coloff. 2. ) 

Ils ont cru que c'étoît une folie d'at- 
tribuer à un Dieu qui eft la fagefle mê- 
me , les humiliations y les douleurs & 
la mort même* Il eft vrai , dit S. Paul , 
que c'eft une folie pour ceux qui fe 
perdent ; mais pour ceux qui fe fauvent , 
c'eft où éclate la fagefle de Dieu. (/. 
Cor, I.) Car voyant que ce monde aves^^ 

Pi . 



^ij6 Le m. Mercredi de l'AvEnt; 

fa fagefle humaine, ne Tavoit point con-^ 
nu dans les ouvrages de fa fagefle divine, 
il a voulu (auver par une apparente folie 
ceux qui entroient en lui. {IHd.^ Car à 
bien examiner le grand ouvrage de Tin- 
carnation avec tous fes glorieux fuccès^ 
nous y verrons une fagefle toute divine, 
& nous conclurons avec le même faînt 
Paul , {Uid.) que ce Verbe incamé nous 
a été donné pour être notre fagefle , no- 
tre [uftice 9 notre fandificatioa 5c notre 
lédemption. (Ibid.) 

Oraison Jaculatoire» 

Vtinam dirumperes ccelos & defcenderes t 

(Ifaie, 6^) ^ 

Ah Seigneur ! (î vous vouliez ouvBf 
les cieux & en defcendre 1 



f^/^ 
^ 



Jour èE Modestie. 177" 

LE III. JEUDI DE L'A^VENT. 

JOUR DE MODESTIE, 
Pratique. 

COmme il efl: ici queftion de la mo- 
deftie fingulie.re de la fainte Vierge , 
pendant qu'elle s'entretenoit avec F An^ 
ge , qu'^oa vous donne pour modèle ; oi> 
vous pmpofe par conféquent pour pra- 
tique une modeftie parfaite , qui ne fe 
contente pas de régler l'extérieur, mai» 
qui a fon (lege dans Tefprit , dans lecœue 
& dans Tame toute entière, qui s'humi'- 
lie par les bas fentimens qu'ekle a de foi- 
même , & qui ne fçauroit foufïrir les 
louanges, parce qu'elle ne croit pas les 
mériter r d'une modeftie, qui de l'efprit 
& du cœur fe communique aux regards > 
aux paroles , aux geftes , aux démarches 
& à tout l'extérieur ; travaillez à ref- 
fembler à cette Vierge fi humble & fk 
modefte» 




178 Le m. JEUôi DE l'Avent. 

MÉDITATION SUR LA MODESTÏÉ^ 

Tirée de l'Evangile^ 

Premier Point* 

T| /TArie ayant entendu les paroles de VAnge^ 
A. \jL fiit troublée de j es paroles ^ & elle penjoit 
quelle pouvoit être cette falutation. (Luc.' 1.) 

Marie étoit la plus humble & la plus 
•pure des Vierges , fon humilité pro* 
fonde & la pureté incomparable font 
les véritables caufes de fon trouble; & 
le trouble innocfent de fon cœur , eft 
la preuve évidente de fa modeftie ; & 
la modeftie eft la vertu que nous de- 
vons étudier & pratiquer, lî nous vou- 
lons que Dieu opete en nous de grandes 
chofes. 

Marie eft troublée, parce qu'elle eft 
humble , & qu'elle eft faluée par un 
Ange qui Téleve & qui la comble de 
louanges, qui lui rend hommage com- 
me à fa Souveraine, en la préconifant 
par avance mère de I>ieu, qui lui dit 
qu'elle eft pleine de grâce , & qu'elle eft 
bénie entre toutes les femmes. Une ame 
véritablement humble & modefte, eft 
toujours troublée quand on fait fon 
éloge; comme elle eft petite à fes yeux 
& qu'elle croit ne mériter que le mé- 
pris, la loaange efl; infuppwtable à ù» 



i 
I 



Jouîi DÉ Modestie. ijp 

modeftie ; car encore qu'elle ait lin 
vrai mérite, cette même modeftie, qui 
vient d'un cœur humble, le lui cache 
& caufe le trouble dans Ton cœur & 
dans toutes l^s puiflfances de fon ame 
qui rejaillit jufques fur fon front j & qui 
paroît dans fes paroles, ou plutôt dans 
ion filence ; voilà un grand modèle de 
modeftie : étudiez-le, imitez le^ li vous 
voulez être agréable à Dieu. 

Que fera donc cette Vierge fainte 
dans fon trouble , qui fourniflbit un 
Ipeftacle fi digne des yeux de Dieu , 
qui en étoit lui-même l'auteur? Elle fe 
retirera dans fon néant & dans fon li- 
lence , où fa modeftie incomparable 
fouffre & eft allarmée : là elle pen(e 
férieufement au^ difcours étonnant de 
l'Ange ; mais n'y trouvant aucune if- 
fue , parce que cette miffion regarde 
fes grandeurs , que fa modeftie ne croit 
pas mériter , loin de s'applaudir fur fon 
•mérite, qu'elle ne connoifToit pas elle- 
même , mais qui étoit connu de Dieu ^ 
elle forme de nouvelles difficultés ; & 
fe retranchant toujours fur (a modeftie, 
elle proteftera feulement qu'elle eft la 
fervante du Seigneur : £cce ansUla Do- 



î&o Le m. Jeudi dé l'AvenT^ 

Second Point. 

MArie eft troublée par le difcouisi 
de l'Ange, parce qu'elle eft Vier^ 
ge, & une Vierge plus pure que les 
Anges, & qu'il lui parle de devenir 
mère : féconde raifon de ion trouble 
& féconde preuve de fon incomparable 
modeftie. Que cet exemple de modef* 
. tie eft utile aux Vierges chrétiennes- 5^ 
& qu'il eft digne de leurs attentions l 
Aflîftez fouvent en elprit à ce cé*- 
lefte entretien de Marie avec l'Ange 
du Seigneur, allez à la fçavante éccMe 
de cette Vierge la plus fage & la pfus 
pure qui fut jamais, vous y appren- ' 
drez cette modeftie fi bienféante a vo- 
tre fexe : vous y apprendrez à ne voir 
les hommes que par nécelïké & tour- 
jours avec crainte , à ne les entretenir 
qu'avec inquiétude, à nCileur répondre 
qu'avec trouble , à n'écouter leurs louan- 
ges & leurs flatteries qu'avec frayeur. 
Gravez- vous bien avant dans le cœuc 
le portrait de Marie , lorfqu'elle s'en- 
tretenoit avec faint Gabriel , quoiqu'il 
fût un Ange envoyé de Dieu : la ma* 
deftie de fes regards , la pureté de fes 
fentimens, la précifion de fes réponses, 
l'inquiétude de fon efprit & le trouble 
inaocent de fon coeur, yo>iis appreor 



Jour de ModEstib. î8i 

Hroient qu^ vous devriez être toujours 
dans la crainte & dans le trouble, quand 
vous ne parleriez qu'à des Anges.^ 

Marie étoit la plus pure de toutes les 
Vierges , & l'amour fouverain qu elle 
avoit pour la virginité Tavoit féparée 
dès fon enfance du commerce du mon- 
de, pour confàcrer à Dieu fa virginité 
dans le Temple, Jugez fi un cœur auffi 
pur que le fîen pouvoit entendre par- 
ler d'une maternité future , fans que fa 
modeûie en fût allarmée, & fans que 
ce cœur vierge reffentît ce trouble in- 
térieur & myftérieux, qui peignit juf- 
ques fur fon front les traits innocens 
où fa pudeur & fa modeftie étoient 
marquées. 

Cependant Marie confent enfin, parce 
que Dieu le lui commande par la bou- 
che de cet efprit célefte , & qu'elle eft 
fure de demeurer toujours Vierge mal- 
gré fa maternité , & humble malgré fcs 
grandeurs; & elle fait voir, en fe dé- 
clarant la fervante du Seigneur, qu'elle 
a. autant d'obéiffance aux ordres de Die» 
^ûo de modeftie dans le cœur^ 



^ 



N 



if 



tSi Le III. Jeudi de l* A vent; 

Sentimens. 

Vierge fainte, mère admirable, puif-' 
que vous êtes Vierge & mère tout 
enfemble , & que celui dont vous êteff 
la merç , eft un Dieu Créateur du ciel 
& de la terre ^ & le Sauveur de tous les 
hommes ; créature la plus pure & la 
plus parfaite qui foit jamais fortie des 
mains de Dieu : Je refpeûe vos gran* 
deurs, quoiqu'elles paflent toute la por- 
tée de mon efprit , & fur tout votre 
humilité profonde & votre linguliere 
modeftie dans vos grandeurs^ elles ne 
•peuvent être que Tobjet de mes adraii 
rations ; mais votre modeftie fingulicre 
peut être celui de mon imitation, &ie 
la veux regarder dorénavant comme un 
modèle que je dois fuivre pour arriver 
à la perfedion, pourvu que je fois aidé 
par votre puiflante protedion. 

Votre humilité profonde , jointe à 
votre incomparable pureté , ont fait le 
fujet de votre trouble quand TAnge 
vous parla de devenir mère de ce Dieu 
tout-puiffant, qui vouloit avoir un corps 
formé de votre plus pur fang , pour s'en 
fervir à fauver tous les hommes ; & c'eft 
dans ce trouble fi myftérieux & fi faint, 
que votre modeftie plus qu'angélique a 
brillé dans tout Ton éclat aux yeux de 



Jour de Modestie. ■ i8j 

Dieu; & c'eft à ks yeux divins que 
vous avez plu par votre pureté & par 
votre humilité , que vous êtes deve- 
nue fa mère, aufli bien que de tous les 
fidèles. 

Obtenez- nous ; mère incomparable, 
de votre adorable Fils cette modeftie 11 
néceflaire à l'ouvrage de notre f;^ut, 
qiie Thu milité & que la pureté la for- 
ment dans notre cœur, & que de notre 
cœur elle s'étende fur les regards de nos 
yeux, fur les paroles de notre bouche, 
fur les adions de nos mains, fur la fa- 
geffe de toutes nos démarches, & fur 
tous nos fens extérieurs , pour marcher 
toujours avec refped en la préfence de 
Dieu , pour édifier le prochain , pour 
mériter vos bontés & votre protection, 
& pour porter en tous lieux la bonne 
odeur de Jéfus-Chrift. 

Sentences de lafainte Ecriture &des Ss, Pères. 

Sur LA Modestie, 

LEs Fruits de la modeftie font la crainte 
de Dieu , les richefles , la gloire & 
la vie. (Prov. xi.) 

Que votre modeftie foit connue à 
tous les horrunes ; car le Seigneur eft 
proche. {Philipp. 4.) 

Travaille* à acquérir la modeftie ^ 



/ 
1 



1^4 Î-E m. H^^i DE l'Avent, 

vous aurez avec elle la paix de l'amc^ 
la douceur & la grâce, la niodération 
& la circonfpeftion , dans vos démar- 
ches & dans vos entretiens. {D. Ambn 
de off* L 7.) 

Une perfonne modefte parle peu & à 
propos, fon vilage cft ferein, les yeux 
baiffés & fages , fon vifage tranquille , 
& fes démarches graves* (£>• Aug. de 

ffirit. & anim. c. 4.) 
Point de l'Incar n a t i o k* 
Le Tout-Puijfant dans la foiblejfe^ 

IX eft des hommes puirtans fur la terre, 
.qui dominent fur les autres, mais leur 
puiflance eft émanée de Dieu, qui peat 
les en priver quand il lui plaira ; leur 
puiflance a fes bornes , elle n'eft pas de 
durée; & comme ils font pécheurs, ils 
abufent fouvent de leur puiflance. 

La puiflance de Dieu eft bien diffé- 
rente, elle lui eft propre, dit le Pro- 
phète , potejlas Dei ejl ; (Pfal. '61.) elle 

eft inféparablement attachée à fa divine 
nature , & c*eft de lui que dérive toute 
puiflance dans le ciel & fur la terre, tout 
lui eft foumis dans ce vafte Univers , & 
il n'eft rien dont il ne vienne à bout , 
c'eft pourquoi il s'appelle tout puiflant : 
Ca puiflance eft étemelle : comme elle 

n'a 



JùtJK DE NfODEStiE. 1^ 

»'a jamais eu de commencement, elle 
ft'aura jamais de fki, dit le Prophète Dai- 
i*iiel. {Dan. 4.) Enfin comme etle eft unie 
à une fouveraine juftice, il ne peut ja- 
mais y avoir de défaut dans rexerdice 
de fa toute-puiflance» 

Cependant ce Dieu fouf-puirtant s'etf: 
fait homme , il commence la vie mor- 
telle par l'ènfanee, queHe foibleflfe! il la- 
finit parla croix,' quelle aut^e foibleffe! 

erucifixus eft ex infirmante ^ dit faint Paul,- 

(2. Cor. 13.) Que je levé les yeux auciet> 
)fy vois par la foi un Dieu tout-puiflant-,- 
un Dieu Créarcur, qui par une feule 
parole tire dur néant des efprits céleftes» 
& des hommes pour en faire fes ado'- 
rateurs*, avec tout ce qui eft contenu» 
dans ce vafte Univers. J'adore ce tout- 
guiffant, & je fuis faifî de crainte & de- 
refpeâ: : mes yeux que j'avois élevés^» 
if faut que je lès abaifle pour Voir un^ 
enfant fur la paille pôuflant desrcri*-en- 
fantins, & ma raifon toute feule me dit,> 
voilà un^ehfantfoible comme* lés autres* - 
Mais je CGfnfukfe la foi, & clïè mé- 
dit que cet enfant eft Dieu & le même' 
©ieu touppuiflànt que je viens d'adorer' 
ftir fon trône célefte, cfui aépoufé ma' 
foiblefle en fe revêtant de ma chaîr par- 
Kamour qu'il a pourmoi : furpris de ce 
»ixade d'amour , je me dis à nloi-niê- 

Q 



]3SiS Le 411. Jeudi de l'^Avent^ 

me y cft-il poffible que cet enfant fi foî^ 
blc qui ne peut pas parler, foit ce Ver- 
be du Père qui a tout fait par fa pa- 
role? que fes petites mains foient ca- 
pables de renverfer les trônes des plus^ 
puiflans Monarques, & qu'elles difpo- 
lent de la vie & de la mort? 

Oui, c'eft ce même Dieu fi foible, 
& c'eft par cette même foiblelïè que fà 
toute- puiflànce éclate; (2. Cor. i.) ah! 
je comprends avec faint Paul , que ca 
qui eft foible dans Dieu , eft plus fort 
que tous les hommes ; je comprends 
que je dois plus à (à foibleffe qu'à fa^ 
force ; fa puiflànce m^a tiré du néant , 
£à foiWefle m'a tiré de Tenfer, & elle m*a; 
ouvert le ciel ; fa puiflànce m'a donné 
la vie du corps , fa foibleffe m^a donné:: 
celle de l'ame, combien fuis->e oblige 
ÂQ l'aimer? 

G R Al r S O N J A C U L A^ T G r R E. 

Specicj tua & pulchritudine tua intende ^ 
jrofpcrè procède & régna. (Pfalm. 44.;.) 

Servezrvous, Seigneur, des charmes- 
.lie votre beauté y. avancez vers nous, 
léuflMez en to.ut y & venez, régner fut 
nous^ 



Joûîl DÉ Recônnoissance, léV" 



s 



LE XVI. JOUR DE DÉCEMBRE, 

Premier des neuf jours avant Noël. 
JOUR DE REÇÇNNOISSANCÉ. 

Pratique générale pour les neuf jours. 

CElébrez cette fainte neuvaine avec 
une nouvelle ferveur, augmentez 
en piété, en amour & en faints defirs, à 
nielure que l'heureux moment de votre 
rédemption approche j uniffez-vous avec 
plufieurs Egliles & un grand nombre de' 
fidèles, qui folemnifent avec beaucoup' 
^.de piété & de religion , ce$ neuf jours; 
mynérieux qui nous acheminent augrand 
jour de notre falut, pour honorer les neuf 
mois pendant lefquels notre adorable 
Sauveur a été renfermé dans Taugufte 
fcin de fa dtvîne mère. 

Pour entrer dans Tefpritde cette folide- 
dévotion j vous rendrez tous lés jours un 
hommage particulier à Jélus-Chrill dans 
'Fétable de Bethléem : le premier des neuf 
jours, qui eft^ au jourd'hul , vous ferez 
hommage à refprit de cet adorable Sau- 
veur renfermé dans un corps d'enfant ; le 
•fecond vous prendrez à fon cœur, le 
tïoifiemc à fa bouche, le quatrième à 

Q2 



\ 



t88 Le XVI. Jour DE DjEceïtbrk 

fes yeux, le cinq^uieme à fes mains, fe 
fixieme à fes pieds , lefeptieme à (a chair^ 
le huitième à fon ame, &le neuvième à 
là divinité. Vous finirez chaque jour par 
une paraphrafe affective for l'ÂntienneO^ 
dont TEglife fe fert à Vêpres, ce qui fup- 
pléera à TOraifea Jaculatoire des joi>rs. 
préçédcns , parce que ces Antiennes (i 
célèbres font autant de defirs & de de- 
mandes des Prophètes pouit obtenir Ic: 
Meffie*. 

Pratique particurterc pour le: feiy^iemt: 

de Décembre» 

COmme cette âinte neuvaine com.-^ 
mence aujourd'hui pour honorer le: 
f remier mois de la grofleffe de Maria,. 
& le premier moment du féjour d-a Veï* 
be incarné dans fon ehafte fein, com-i- 
mencez auffi à confacrer votre journée à^ 
^incarnation du Verbe, occupez-vous, 
de tendres réflexions fur ce profond myf- 
tere : entretenez- vous tantôt avec l'Ange- 
Gabriel qui vient traiter avec cette Vierge^ 
fi pure , de notre réconciliation en l'en- 
gageant à confentirà la maternité divine t 
tantôt avec Marie , q-ui conçoit dans le 
moment ce Verbe incarné fans rien per^ 
dre de fa virginité :: tantôt avec le Saint- 
Efprife, qui opère d'une manière ineffa^ 
fe^k &. tautei divineLriacamatiojidu Eil& 



Jour de Réconnotssance. i8> 

de Dieu , & qui lui forme un corps dur 
plus pur fang de cette Vierge ; & tantôt 
avec Jéfus-Chrift qui eft conçu, & qui 
commence à^tre revêtu de notre chair, 
pour fe faite femblable à nous, & nous^ 
lauver. 

Mais dans ce jour confacré à fa recon- 
noifîance entrez dans Tintérieur de cetre 
Vierg^e fainte pour admirer & pour imi- 
ter la (îenne : Auffi-tôt en effet qu'elle 
fe fent mère de Dieu, elle va faire chea 
fa confine Elifabeth un aâ:e piiblîc de 
£à reconnoiflance fur fa maternité divine; 
uniflez aujourd'liui votre reconnoiflance: 
i la fienne & remerciez ce Dieu de gloire 
& de bonté de ce qu'if a bien voulu fè: 
feire homme pour vous fauver, & mu*f- 
tipliezren les aftes le plus fouventqiie: 
vous pourrez pendant la journée. 

MÉDITATION SUR LA RECONN DISTANCE j» 

Tiré^ de P Évangile;. 
Pr em-1 b r Pc in r. 

^On:ame glorifie le Sàgneur^ mon e/prif 
ejl ravi de joie en Dieu mon Sauveur ^^ 
fSFcequ^il.a regardéJa IkzjffeJfç'de/a.Jj^ 
^UC. i;) 

^ Remarquez que fainte Elifabeth àràr-- 
jRKéc de Mariaavoit fenti Sa la grâce qiiii 



/ 




i$o Le XVI. Jour de DiÉcEiifBttE^ 

étoit répandue fur Tes lèvres , & Tauteuf 
de la gracç j que cette divine mère por- 
toit dans fon chafte fein , & qu'ayant 
reffenti le treffaillement de Jean-Bapcifte 
dans le fien , elle s*écria par un mouve- 
ment du Saint-Efprit^ dont elle venoit 
d'être remplie, foyez bénie entre toutes 
les. femmes , & d'où me vient un fi grande 
bonheur que la mère de mon Dieu me^ 
vieniie vifiter ? 

Cet éloge fi pur qui élevoit Marie au- 
deflus de toutes les autres femmes, & 
de toutes les créaiares mortelles, tira' 
aufli-tôt de la bouche de cette Vierge 
mère ce fublime cantique du Magnificat y 
qu'^n peut appeller ime aûion de grâce 
continuelle , dont toutes les paroles mé- 
riteroient d'être péfées au poids du fanc- 
tuaire. Toute abîmée dans la vue de fa^ 
baffefle , elle renvoie à Dieu toutes les 
louanges qu'on lui donne , elle ne pii- 
blie la grandeur & la puiflance de Dieu , 
que pour mieux infînuerfabaflCefle&loa 
néant. C'eft un combat entre la gran-- 
deur & rhumilîté , entre les bienfaits* 
& la reconnoiflànce où la grâce décide: 
on la traite de mère de Dieu , elle ne- 
fc regarde & elle ne veut être regac* 
dée que comme fa férvante ; ^He P^^^. 
tefte avec a^Tiions de grâces que c'eft 
Dku qiii a tout fait en èlle^ &elle piii- 



\ 
\ 



Jour de REcoNNorssAN'CE. rpi? 

blie la fainteté de fon nom , l'étendue de 
ta puiflance & la grandeur de £es miféri- 
cordes. 

Voilà urï grand modèle de reconnoif- 
fance, imitez-le, rendez de continuelles 
avions de grâces à Dieu de lès bienfaits y 
reconnoifïez , ccMnme M^rie , votre baf- 
feffe & votre néant , adorez , louez & 
publiez >hautement fa grandeur & fa puiP 
fance avec la même humilité , c'eft le 
çioyen de vous acquiter envers ce fouve- 
rain bienfaiteur, & de mériter de nou- 
telles grâces de fa libéralité, qui ne met 
point de bornes à fes fav-eurs à l'ég^rd^ 
des cœurs reconnoiflans. 

S E C O N P O I N T.. 

FAites attention que là reconnoifTance^ 
eft une dette , que c^eft une vertu & 
un facrifîce : c'éft une dette que nous 
contrad'ons dès le moment que nous re^ 
cevons urt bienfait , c*èft par conféquenr 
tme injuftice de ne la pas payer & une 
ïutre bien' plus énorme de ne la pas re- 
connoître, C*efl: une vertu par laquelle 
nous connoiflbns ôc nous ièntons que 
tous nos biens viennent de Dieu, & qui 
Ttous engage de retourner vers lui , de . 
fc louer , & de le remercier de tout notre^ 
c^rit, de tout notre cœur, de toute no- 
ttei voix-& de toutes nos bonnes œuvr<:s,. 



i$2 Le XVI. Jour de T5^cEMBîifr 

Telle fut la reconnoiflance de la divine 
Marie , elle commence à s'humilier j à^ 
publier fe bafleflb & à s'avouer redeva^ 
ble à la puiffance & à la bonté de Dieu , 
de ce qu'il avoit opéré en elle ; tout ion 
efprit eft appliqué a reconnoître (es divi- 
nes miféricordes, tout fon cœur eft péné- 
tré de la plu^ vive reconnoiflance j toute 
fà voix le publia dans l'admirable Canti- 
que d'aârions de grâces , q^i'elle pronon- 
ce hautement ; & elle va exprimer fa re- 
connoiflance par (es bonnes œuvres en 
fervant humblement fa Coufîne Tefpace 
de trois mois. 

Si la reconnoiflance eiï une-dette, 
vous en êtes-vous jamais bien acquitê 
envers Dieu , à qui vous devez tout ce 
que vous a ve^& tout ce que vous êtesfiî^ 
vous n'êtes pas attentifàla payer tous les 
jours, vous êtes injufte & vous êtes in- 
grat; puifqu'il n'eft: point de jours, point- 
d'heures , & point de momens auxquels 
vous ne (oyez redèvaWeà Dieu, quand ce 
ne (eroit que de votre conservation qu'il- 
ne vous doit pas. 

Pratiquez- vous cette vertu de recon- 
noiflance comme vous y êtes engagé ? 
Votre efprit y penfe-t-il auflî fouvent 
qu'il devroit y penfcrr Votre dœur ea 
cft-il pénétré? lent-il comme ildèvroit 
fiuitii^.lcs bienfaits continuels de Dieuli 

N'attribuez^ 



Jour de Reconnoissance, ipj 

N'attribuez - vous point quelquefois à 
votre înduftrie ce qui ne vient que de 
lui feul ? Votre voix entre-t-elle dans le 
concert de cette vertu , en parle-t-elle 
allez fouvent ? lui ofFre-t-elle des facri- 
fices de louanges , pour reconnoître les 
grâces & les miféricordes dont vous lui 
ctcs redevable ? Faites-y-attention. 

Sentimens. 

• 

QUe je fens ici^ mon impuiirance & 
ma foibleire, ô mon divin Sauveur, 
& Textrême befoin que j'ai de votre fe-. 
cours , pour vous rendre les adions de 
grâces que je vous dois ! je devrois éga- 
ler mes ades de reconnoiflance à mes 
refpirations , puifque vos bontés font 
continuelles à mon égard ; mais hélas ! 
je ne me fuis jamais bien acquité de ce 
jufte devoir : ma mémoire oublie vos 
bienfaits , mon efprit trop diflipé nef s'y 
applique pas , mon cœur ingrat ne IfiS 
fent pas , ma voix ne vous offre pas aflez 
Ibuvent le facrifice de louanges , & je 
eonfefle avec douleur & confufion mon 
infenfibilité , mon injuftice & mon in- 
gratitude. Vous m'avez tiré du néant, 
je vous dois & l'être & la vie , & cette 
vie toute entière , je devrois la confa- 
crer à la reconnoiflance. Vous m'avez 
donné la vie de la grâce • vous vous êtes 



f^'^ ÎM XVI. Jour de Décem^m; 

revêtu de ma chair , vous avez fouffert^ 
vous êtçs mort pour me mériter la vie 
4e la gloire ; ma mémoire l'oublie^ moi^ 
,^fprit n'y penlé pas^ mon cœur ne le 
<ent pas , & mja bouche garde le filence 
quand elle devroit éclater en aftions d^ 
-grâces. Secourez-moi donc , Seigneur, 
jie donnez de la fidélité à ma mémoirç 
jque pour me reffouvenir de vos bien- 
faits ; de la viyacité à mon efprit que 
pour y penfer ; de la tendrejQTe à mon 
cœur que pour les fentir , & de la forcç 
^ ma voix que pour les publier. 

Ou plutôt , a mon Sauveur , chargez- 
vous vous-même de ma reconnoiffance, 
jafin que je puifle dire avec confiance 
jGomme \c Prophète : Mon Seigneur ren»- 

4ra grâces pour moi ^ Dominus retribuep 

pro me.^{PÇ 137.) Rendez grâces pour 
inoi à votre Père célefte , rendez-vous 
grâces à vousrmiême des faveurs dont je 
vous fuis redevable : vous m'avez don^ 
jié votre chair, votre fang, votre paffion , 
votre mort & jous vos mérites ; c'eft 
mon bien , qui eft d'une valeur infinie ; 
je vous les offre , Seigneur, à vous-même 
en aûions de grâces : pourriez- vous jiç 
^es pas accepter f 



\ 



Jour de Reconnotssance, ïpf 

Sentences de la faïnte Ecriture & des Ss. Pères. 

Sur la Reconnoissance. 

QUe rendrai-je au Seignear, pour tous 
les biens qu'il m'a faits ? {Pj. 1 1 j.) 
Rendez grâces à Dieu en toutes eho- 
fes ; car c'eft ce que Dieu veut qu^ vous 
faflîez en Jéfus-Chrift. {Theffal.^.) 

Heureux eft celui qui recueille avec 
application toutes les grâces qu'il a re- 
çues , qui le les remet fouvent devant les 
yeux*, & qui en rend de continuelles ac-* 
. tions de grâces à Dieu. (Z>. Bem.ferm. lo. 

in Cant.) 

L'aftion de grâces allume dans nos 
cœurs le feu du divin amour, nous attire 
i'amitié de Dieu , & nous difpofe à de 
plus grandes grâces. {D. Cartk. in Epiji^ 

ad Col.) 

Point de l' Incarnation. 

La Gloire dans l* Infamie. 

IL n'y a que Dieu , à proprement par-î 
1er , qui foit véritablement glorieux. 
La définition même qu'on donne de (a 
gloire ne convient pas à la fienne, quand, 
on dit qu'elle eft une connoiflance di^. 
tindle du mérite avec éloge : celle d^ 
Dieu eft indépendante de la ^f^ 

fance & des éloges les plus 






19^ L^ XVI. Jour de Décembre, 

Car avant que fa main toute-puiflante 
^ut î:iré du néant les Anges & les ho.nir 
rnes , il n'étoit ni connu ni loué de per^ 
fenne ; cependant il n'pn étpit pas nioins 
glorieux, 

Ce Dieu 4e gloire fe fuffifoit à lui^ 
friême,ii fe connoiffbit, il s'aimoit/il 
felouoit, il prenoit des cpmplaifances 
ipânjes d'habiter dans fes propres gran- 
deurs, ce qui eft le privilégç de Dieij. 
fcul ; & il étoit àiuiniême , dit Tiertul- 
lien, fon ciel, fon temple, fes adorateurs 
^ toutes choies; & ç*eft cette gloire qu'il 
9 protefté qu'il ne donneroit jamais à perr 
fpnne. U s'eft formé des créatures qui ont 
reconnu cette gloire parleurs adorations 
5c par leurs éloges, mais qui ne peuvent 
pas toutes enfemble y rien ajouter d'eP 
fentiel ; les Anges la chantent dans Iç 
ciel, les hommes la reconnoiffent fur la 
terre, les cieux même, quoiqu'infenfi- 
l)\ts l'annpnpent & la pubhept : Cœ/i 

f narrant gloriam Dci. ( Pf, 1 8 . ) 

C'eft cependant cette gloire qui pa-r 
roît éclipfëe & facrifïée dans le myftére 
de l'Incarnation , pour y fubftituer le 
inépris , ^humiliation & l'infamie ; en 
effet , qu'on dife d'un homme , il eft né 
dans une érable & fur la paille ; dès fon 
pnfance un Roi l'a fait chercher pour 
i'éprger i il a pa(]Eé f^ vie dans Iç mé? 



\ 



jfoUR E>E &ECONNOÎSSANCE. ipf 

pris y dans l'opprobre & la perfécution y 
tout un peuple , les Magiftrats à la tête y 
ont demandé qu'on le fit mourir , un 
féditieux Ôc un homicide a été préféré 
à lui ; enfin il eft mort far un gibet 
comme un fcélérat & entre deux Ibé- 
lérat^ : on dira fans doute que cet hom- 
me eft né , qu'il a vécu & qu'il efï mort 
dans la plus honteufe infamie^ 

Voilà cependant ce que le Verbe di- 
vin a fait dans, fon Incarnation , parce 
qu'il nous aime , parce qu'il veut que 
nous l'aimions & que nous marchions 
fur Ces traces , qui font devenues glo- 
rieufes , depuis qu'il nous les â frayées : 
auffi rÂpôtrc difoit'il de lui-même & 
des Chrétiens de fon tems : Nous fom- 
mes patiens dans les outrages y dans le^ 
prifons , parmi Thorreur & l'ignominie , 
parmi l'infamie &C la bonne réputation : 

Per infamiam & bonam famam. ( 2, Cor. J. ) 

Jéfus-Chrift lui-même a trouvé la gloire 
dans cette infamie , dit faint Auguftin , 
il tire (a grandeur de fa bafletfe , fon hu- 
milité fait fon élévation , & fes oppro** 
bces font fa gloire & la nôtre. 



ip8 Le XVI. Jour de Décembre. 

Hommage à l'efprit de Jéfus enfant 
dans la crèche. 

ESprit adorable de mon Jéfus , je vous 
adore , & je vous rends mes plus 
tendres & mes plus refpeftueux hom- 
mages 5 quoique renfermé dans un corps 
d'enfant nouveau né. O profondeur ! 
ô fublimité î o abîme de fageffe & de 
fcience ! qui font d'autant plus pures > 
que vous les avez puifées du (einde la 
aivinité , qui eft en vous : vous êtes 
d'autant plus relpedable & d'autant plus 
aimable 3 que vous vous êtes caché pour 
mon amour dans un petit corps , qui 
contient toutes vos lumières pour ne 
paroître que dans l'ignorance , comme 
les autres enfans. Cependant 5 ô efprit 
de Jéfus enfant , fi vous vouliez vous 
brilleriez dans la crèche & en fbrtant du 
fein de votre divine Mère , commevous 
brillerez un jour au milieu des Doc- 
teurs , qui admireront votre profonde 
ïagefle. Guérifle-^ mon ignorance ^ a^ 
fource de lumière , diflipez mes ténè- 
bres, éclairez mpn ame; & enTéclaî- 
rant, embrâfez4a de vos divines ardeurs 
pour vous connoître, & pour vous ai- 
mer de tout mon cœur dans le tems 
& dans réternité,. 



\ 



Jour de RecônnôIssàncÉ. i^i^ 

Oraison J a û u i^ a t o i K s, 

Surge j illuminafe j Jerûfakni ^ quia venii 
lumen tuum y & gloria Dûmini fupef te orta 
ijl. ( Ifa. 60. ) 

L^vez-vous , Jérufalçm , recevez la 
lumière; càT voilà qii'clle vient, & qiid^ 
h gloire du Seigneur fe levé fur vous# 



^ 











I* 



200 Le XVÎI. Jour de Décembre; 

I^M^— — ^— ■ ■ — ^— ■ 1 — — ■ — — — i»MS 

w» ' ' • ' ' I I ■ 

LE XVII. JOUR DE DECEMBRE. 

JOUR D'OBÉISSANCE. 

Pratique. 

ENtrez aujourd'hui dans les difpofî- 
tiens d'une ame parfaitement obéit- 
fanté aux ordres de Dieu, portez- vous- 
y avec ardeur , foyez attentif à fa voix ^ 
il ne manquera pas de parler à votre 
cœur : dès que vous verrez la lumière, 
marchez, lînon elle s'éteindra, & Dieu 
ne parlera plus. Prenez la divine Marie 
pour votre modèle, obéiffez à Tinfpira- 
tion comme elle ; fuivez la d'efprit Scd^ 
coeur dans fon voyage de charité , étu- 
diez bien toutes fes démarches, confor- 
mez-y les vôtres-, aufli-tôt que vous 
connoitrez la volonté de Dieu. 

MÉDITATION SUR l'ObÉISSANCEj 

Tirée de l* Evangile. 
Premier Point. 

MArie partit en ce même tems & s* en alla 
en diligence vers les montagnes de Judée 
en une ville de la Tribu de Juda, (LuCt !•) 



% 



N 



Jour d'Obéissance. 2c>t 

Il eft important de remarquer^ que 
c'eft. ici une continuation d'obéiflance 
à Dieu , & une pertevérance héroïque 
dans la pratique de cette grande vertu. 
Marie venoit d'obéir à Dieu , en difant 
à TAnge : Voici la fervante du Seigneur, 
qu'il me foit fait félon votre parole ; & 
ce premier a£fee d'obéillance fi foumife 
venoit d'être récomj>enfé de la manière 
la plus glorieufe qui fut jamais , puif- 
qu'ellè devint auffi-tôt la Mère de Dieu* 

Mais ce même Dieu, après qu*il eft 
incarné dans fon chafte fein , lui infpire 
d'aller vifîter fa confine Elifabeth , ôc 
pour lui annoncer cette grande nou- 
velle, & pour po^rter la grâce & l'auteur 
de la gracé à Jean-Baptifte encore ren- 
fermé dans fon fein : & Marie obéit , âc 
elle fe met en chemin. 

Tirez deux conféquences & deux înlî 
trudions de l'obéiflance ponftuelle dé 
Marie : la première , c'en: que Dieu a 
toujours récompenfé l'obéiffance d'une 
manière furprenante , parce qu'il la re- 
garde , no-n camme une vertu com- 
mune , mais comme un hommage qu'on 
rend à fon fouverain domaine & comme' 
un facrifice qui furpaffe en mérite & qui 
lui eft beaucoup plus agréable que tous 
ceux de l'ancien Teftament ; comme 
il le. dit lui-même par k bouche d 






f 



iài 1e XVil. Jour de DjÊceKcbré. 

Prophète Samuel : MeUor eft obedientut 
quàm vicTimA ; ( !• I^^g. ij! ) parce que 
dans ceux-là on n'immoloit qu'une chaiif 
étrangère, & que dans celui-ci on s'im-* 
mole foi' même. 

L'obéiflance d'Abraham fut récom- 
penfée d*une nombreufe poftérité , & il 
mérita d'être un des aïeuls de Jéfus- 
Chrift , & celle de Marie lui mérita d'en- 
être la Mère. 

Secondement, vous devez conclure 
de l'obéiffànce de Marie, qu'il ne fujfïiÉ 
pas d'obéir une fois au Seigneur , mais 
qu'il faut perfévérèr dans cette obéit* 
fance jufqu'à la mort, comme cette di*' 
Vine Mère a fait, & commp a fait (br^ 
adorable Fils, qui a mieux aimé perdre 
fa vie, que robiiffance. En effet, ce 
Dieu tout-puilTant eft toujours notre' 
fouverain Seigneur , il a toujours droit 
de naus commander , & nous fommes 
obligés de lui obéir dans tous les momens^ 
de notre vie : obéiffons donc avec per-^ 
févérance , fi nous voulons avoir la cou- 
ronne qu'il nous a promife. 

Second Point. 

T| JtAric s* en alla en diligence vers les mon^ 
J\]L tagnes dt Judée, ( Luc. t. ) 

Faites encore ici réflexion à deux cho- 
ies importances renfermées en deu3^ pa^ 



« 



Jour d'Obéissance. 20J 

rôles de TEvangile ; Tune dans ce mot 
en, diligence ; Tautre en celui-ci , vers Us 
montagnes : le premier marque la promp- 
titude de Tobéiflance ; le fécond le cou- 
rage pour furmonter les difficultés qui 
s'y rencontrent. 

Dès que Marie connoît la volonté de 
Dieu y elle fe hâte , dit TEvangile , cum 
fejlinatione y & fon obéiflance ne peut être 
retardée : une ame véritablement obéil- 
(ante ) dit (aint Bernard, reçoit Tordre 
de Dieu & de fes fupérieurs dans Ion 
■propre cœur; (JD. Bern.ferm. i.) elle re- 
tranche toutes les réflexions qui pour- 
roient venir du côté de la délicatefle ,. 
de la vanité ou du refpeâ: humain : cite 
aime robéiflance , parce qu'elle fait 
toute fa fureté & fon repos de conf^ 
cience : cet amour s'étend jufqu'à l'or- 
dre qui lui efk donné , & la chofe qui 
lui eu ordonriée : elle fe feroit un crime 
■ du moindre délai; à peine Tordre eft-il 
donné , qu'il eft , pour ainfl dire , enlevé y 
Se qu'il eft exécuté ; Toreille eft toujours 
attentive , les yeux ouverts , îa langue 

Erête à parler, les mains à travailler, & 
îs pieds à marcher dans le premier mo- 
ment que Dieu parle. 

Secondement , Tobéiflance doit être: 
généreufe pour tout entreprendre , mê- 
rimpoilible : celle de Marie étoir 



5^4 ^^ XVII. Jour de Décembre. 

héroïque, & elle ne put être ralentie, 
ni par la rapidïté des montagnes y ni par 
la chaleur exceffivede la lailon , ni par 
la jeuneffe de fon âge , ni par la délica- 
terte de Ion tempérament y ni par te 
difficulté du voyage. 

Quel agréable fpeûacle de voir cette 
jeune Vierge à peine fortie de l'enfance, 
marcher courageufement dans les déferts 
& fur les montagnes par la chaleur ex- 
trême î quelle impreffion l'ardeur du fo- 
leil pouvoit-elle faire fur elle! car elte 
n'étoit point encore fortie du Temple 
depuis rage de trois ans , c'étott par 
cortféquent le premier de {es vayages^; 
mais elle trouve dans Tobéiffance , des 
reffources à fa foibleffe : tant il eft vrai 
que quand on obéit avec promptitude 
& avec courage, on ne trouve rien de? 
difficile. 

O Vénérable & fainte obéiffance , s'é- 
crie faint Auguftin , vous faites le 
falut de nos âmes , la fureté de nos conf^ 
ciences , vous êtes la gardienne de nos 
Yerms ,• vous nous fermez Fenfer , & 
vous nous ouvrez le cieL (î). Aug.ferm. 
ad aff.) Vous êtes Touvrage de la foi ^ 
répVeuve de Tefpérance , la preuve de 
U charité , ôc un noble genre de mar^ 



Jour d^Obéissance, icj 

tyre , qui ne lui ett point intérieur ni en 
mérite , ni en récompenle , & vous nous 
faites remporter de glorieufes victoires 
fur le démon, fur le monde & fur nous-. 

mêmes. (Z>. Bon, de alpk. releg.) 

Cet éloge fi pompeux & fi vrai me 
couvre de eonfufîon , & me pénétre de 
douleur , quand je penfe à mes défobéif- 
fances ; ce feul nom de Chrétien que je 
porte ne devroit - il pas m'engager à 
obéir , puifque j*ai à ma tête un Sou- 
verain, un Légiflateur, un Sauveur, un 
Jéfus-Chrift qui a été obéiffant jufqu'à 
la mon: & à la mort de U croix. 

Tout Dieu que vous êtes , ô mon Jcfus'ji 
vous vous- êtes humilié , dit faint Paul, 
& cette humilité prodigieufe, qui de- 
voir vous être étrangère , vous a engagé 
à obéir à votre Pçrç célefte, parce que 
vous m'aimez , quoique vous fumé? 
égal à lui en toutes chofes ; & moi' jç 
n'.ai que trop fouvent défobéi à vos or^ 
dres , quoique je çonnufle aflez votrç 
volonté,^ les avantages que je pourrois 
tirer de mon obéiflance pour le tçmps 
Se pouç l'éternité ; ou fi je Tai pratiqué 
quelquefois , je l'ai fait avec tanrtMp» 
mifes & tant de lâcheté, que mon obeiC 
fance ne reffembloit point à la vôtre, Ôc 
qjLx'elle ne pouvoir pas vous être agréable. 
Apprenez - mpi , Seigneur , à vou» 



%o^' Le XVIL Jour be Décembre. 

obéir, comme vous avez obéi vousmê- 
me : arrêtez mes révoltes , & pardonnez- 
les moi : Ibumettez mon elprit, réveil- 
lez ma langueur , engagez ma volonté 
à fuivre toujours la vôtre , & embrâfez* 
moi d'une (ainte ardeur pour vous être 
obéiflant jufqu'au dernier ibupir. 

Sentences de la f ainte Ecriture & des S^» Peres^ 

Sur l'Obéissance. 

L^Homme obéiflant fera en droit de 
raconter fes vidoires. {Provcrè. 21.) 
, Jéfus s'eft humilié lui-même , fe r^.;'^^ 
iiznt obéiflant jufqu'à la mort ^ & à la 
mort de la croix ; c'eft pourquoi Dieu 
Ta exalté , & lui a donné un nom qui eft 
au-deffus de tout nom. {Philip. 2.) 

Ni l'occupation à une aûion fainte ^ 
jîi le repos d'une éminente contempla- 
tion , ni l'effufion des larmes de péni- 
tence ne peuvent difpenfer de robéif* 

fance. {D. Bern. inferm.) 

Qu'il y a peu de chrétiens dont l'o- 
•béiflance foit fi parfaite, & qui ayent 
teijif^^t renoncé à leur volonté, qu'ils 
jm^^'f&îent réfervé aucune propriété 
fur leur propre cœur, pour être incef- 
famment attentifs , .non à ce qu'ils veu- 
lent, mais à ce que Dieii veut. {D. Bern. 
fer m. 2. de converf.) 



Jour d^Obêissance. loj 

?OINT DE t'iNCARNxlTION. 

La Liberté dans VEfclavage. 

C»Omme Dieu eft un Etre kîdépjMf|^:, 
I dant par ft divine nature^ & o^^olf^K 
A^ei^jpS eft le premier mobiHjf e toura^ • 
Jr« volontés créées , il eft non-léulement / 
libre par lui-même 9 mais il eft encore 
J'auteur & le principe de toute liberté. 
Les Anges & les hommes ont été créés 
libres , il eft vrai , mais leur liberté eft 
une grâce qui ne leur étoit point due, 
j& une participation & un écoulement 
de celle de Dieu ; mais la liberté de Dieu 
jcft attachée à fon eflence. Plufieurs d'en* 
jtr'eux ont abufé de leur liberté ; mais 
comme la liberté de Dieu eft iniéparable 
de la juftice , il ne peut vouloir que le 
bien \ il peut tout ce qu'il veut y & tout 
ce qu'il veut eft faint, 

C'eft par un a£te de cette divine vo- 
lonté inclinée par fon amour pour les 
hommes , que le Fils de Dieu s'eft fait 
homme , & qu'il eft Venu facrifier fa li^ 
hertéen s'alTujétiflant à toutes les miferes 
4e l'humanité ^ excepté le péci|âÊâj||»â: 
vrai que ce Fils de Dieu n'a jamais per- 
du , ni pu perdre le fonds de fa liberté ; 
mais il en a perdu volontairement les 
jippanages , rufage ^ tout l'honnenï 



'* 



-.1 



io« Le XVII. Jour de Décembre. 

qu'il pouvoit en retirer, en prenant les 
apparences de péchear, de ferviteur & 
d'elclave. 

Allons en elprit à la crèche , nous y 

.-verrons un enfant dépendant de tout, af-. 

^^iujéti à tout comme les autres enâins; 

^ ïôn efprit in^ns lequel font tous les fflte^rs 

• ^e la làgefle & de la fcience de Dieu 5 
s'eft ôté à loi-même la liberté de fe faire 
oonnoître tel qu'il eft ; fon cœur qui eft 
le centre & le trône du divin amour , 
s'eft mis danst'impiiiirance d'en faire bril- 
ler les flammes : il a une bquche , mais 
il ne peut parler ; des mains , mais il ne 
peut agir ; des pieds, mais il ne peut 
marcher. 

En un mot, cet adorable Sauveur fera 
par choix dans la forme de ferviteur , & 

il y fera julqu'à la mon ^ formam fervi a<:ci'' 

piens. (Philip. 2.) Heureufe ôcTublime fer- 
. vitude ! précieux & avantageux efcla- 
vage ! puifqu'il n'en a pris les apparences 
& les humiliations que pour nous déli- 
vrer du honteux efclavage du péché , & 
pour nous procurer la vraie liberté , qui 
eft celle des enfans de Dieu ; ce qui 
noi»'<tollinfpirer deux chofcs, l'amour 
pour le Libérateur qui a brifé nos chaî- 
nes , & la haine & l'horreur pour la fer- 
vitude du péché. 

Varaphrajc 



Jour d'Obéissance. 2op 

Paraphrafefur r Antienne 

O Sapientia. 

OSagefle divine! Sagefle éternelle! 
Sageflè incréée qui êtes fortie dfe 
Teipric, du coeur & de la bouche dit 
Très-Haut ! De fon efprit , pour con- 
noître & pour prévoir les chofes les 
plus éloignées , & pour faire réuffir les 
plus défefpérées.: de fon cœur, poux 
lé faire goûter & pour faire aimer des 
hommes les moyens que vous mettez 
en ufage pour faire réuffir vos adora- 
bles deffeins : de votre bouche, pour 
fignifier vos volontés aux hommes, & 
poiî/T vous faire écouter avec relped* 
Sageffe, qui feavez atteindre d'un ter- 
me à l'autre avec force pour furmontcr' 
tous les obilacles , & qui difpofez tout 
avec une douceur ineffable qui gagne' 
les cœurs les plus farouches & les plus 
rebelles ; venez nous inftruire : venez 
nous apprendre les voies de la pru^ 
dence-, pour nous conduire fûremecyt 
dans le chemin de notre falut* 




aïo Le XVII- Jour de Décembre. 

Hommage au Cœur adorable de Jefus 

dans la crèche, 

CŒur adorable de mon Jéfus, une- 
que objet de toutes mes tendrefles, 
centre délicieux de tous mes defirs , 
dans lequel il s'eft déjà paflë tant de 
myfteres d^'amour , depuis que lé Saint- 
Efprit vous a formé du plus pur fang. 
de Marie, & dans Tefpace des neuf 
mois que vous avez été renfermé dans 
fon chafte fein, je vous of&e tous les^ 
plus r^ipedueux & tous les plus tendres 
hommages du mien. Vous êtes reflerrÊ 
dans une poitrine d*enfant, qui nous 
cache vos ardeurs : cependant vous brâ* 
lez d'un amour incompréhenfible pour 
votre Père céiefte, & vous lui rendez:, 
une infinité d'hommages & d'adorations- 
qui font d'un mérite infini : vous brû- 
lez auffi d'amour pour les hommes puis- 
que vous venez vous immoler pour les^ 
"feuver ; je m'y unis de tout mon coeuc 
& pour le tems & pour l'éternité*. 




Jour DE PÉNitEi4cË. 2iv 

Ï-E XVIlt JOUR I>E DÉCEMBRE* 
JOUR DE PÉNITENCE. 

P R A T I Q U E.' 

A Près a voit adoré t>ieti â votfè ré- 
veil , fous le titre de Dieu des mi- 
léricordes , commencez la journée par' 
un afte de douleur de l'avoir offenfé. 
Revêtez-vous de Tefprit de pénitence, 
faites réflexion , comme le . Prophète' 
Ifaïe, à vos péchés des années précé- 
dentes avec amertume de cceur. {Ifaïc' 
)S.) Llenoncez aujourd'hui à toute par- 
tie de joie & de plaifîr; féparez'-vous , 
privez- vous, puniflTez-vous , faites tout- 
& recevez tout en efptit dé pénitence f 
exercez-en des aftès qui viennent du- 
coeur , & dites fouvent à Dîeu avec le- 
Prophète : Seigneur, vous ne mépri- 
ferez pas un pœur contrit & humilié;. 

Cor contritum & humUicuum^ Dcus y non défi' 
j?id^» (Pc 50,) 




S^ 



!2 1 2 Le XVin. Jour de Décembre; 

MÉDITATION SUR LA PÉNITENCE, 

,; Tirée de ^EvnngUe^ 

Premier PaiN t. 

ZE Seigneur fit entendre fa parole à Jean y, 
fils de Zacharie , dans le défert. (Luc. 3 .)- 

Faites uae Cerieufe réflexion far cet 
admirable préliminaire, qui marque affez. 
qu'il s'agit ici de quelque chofe de ^ien 
important. Car qui eft-ce qui vient de 
faire entendre fa voix ? Ceft Dieu mê- 
me qui vient d'ouvrir fa bouche ado- 
rable pour faire fçavoir fa volonté, & 
pour établir de nouveau le grand pré- 
cepte de la pénitence , qu'on avoit preiF- 
que oublié , comme l'unique moyea 
pour appaifèr fa colère, & pour fe pré- 
parer dignement à fon avènement. A 
qui s'adrefle-t-elle, cette divine parole 2 
A Jean , qu'il choifit pour fon organe , 
& qui éioit d*autant plus digne de prê- 
'çher le baptême de la pénitence, qu'il 
ravoit* pratiquée lui-même depuis fon 
crifancc dans fà plus grande rigueur, de- 
puis laquelle il avoit déclaré une guerre^ 
implacable à la fenfualité , menant une 
vie affreufe à la délîcatelTer ne vivant 
que de miel fauvage & de fauterelles. 

Mais où étoit jfean-Baptifte dans le 
tems qu'il entendit cette voix de Dieu l 



Jour de Pénitence. 21% 

Il étoit dans le défert, où il avoit paflK 
toute fa vie à fe préparer à cette fonc- 
tion. Ceft auffi dans la foHtude, où 
Dieu parle avec fuccès à nos cœurs ^ 
parce qu'ils ne font point diflipés par 
les objets qu'ils voient & par ce qu'ils 
entendent; c'eft dans la folitude où l'on 
pratique bien plus furement la péniten- 
ce ^ parce qu'on y eft moins expofé,, 
moins détourné^ plus recueilli^ plus à 
l'abri du refpeft humain, n'ayant que 
les yeux de Dieu pour fpedateurs do: 
fes larmes & de fes aûes de pénitence- 
Retirez-vous des compagnies du mon- 
de , foyez attentif à la voix de Dieu Se 
à celle de fon divin Précurfeur ; pré- 
parez votre cœur par la pénitence , è 
la naiflànce de Jéfus-Chrift qui" s'appro- 
che j rendez droits & unis les chemin» 
par lefquels il doit venir nous vilîter.- 

S E C O N V P O i: N T.. 

/Eam-Baptijle vint dans tout le pays diâ' 
Jourdain j: prêchant U baptême de la pé^ 
niten^e. (Luc. 3^). 

Ouvrez l'oreilie dé votre cœur, pouc 
écouter avec attention l'oraele qui parle: 
dans le défert : la voix du grand Pré- 
curfeur fe fait- entendre r non plus dans 
levoifînage du Jourdaip, mais dans toute 
ÏB^li^Q,^ pour engager tous les Chrétiens* 



514 I-E XVIIT. Jour de £)é'cembi(e', 

à faire pénitence & à la bien faire , our 
tomber enwe les mains terribles d*un 
I)ieu vengeur. 

Comparez la pénitence que vou^ avez 
feite jufqu'à préfent à celle que Jean- 
Baptifte & les Saints qui l'ont fuivi ont 
fïmbraflëe & pratiquée : it rappelle au- 
jourd'hui un baptême ; il faut qu'elle 
lave le péclieur , de maniéré qu'il ne' 
lui refte aucune fouillurc qui puiffe dé- 
plaire aux yeux de Dieu. Saint Auguf* 
tin rappelle une douleur fincere & une* 
véritable amertume de cœur. {D\ Jug. 
€l€ Docir. Chrijl.) Saint Bafile rappelle un' 
ade de juftice, & une compen(ation de 
Poflfénfe qu'on a commife contre Dieu.- 
{D. BaJiU Hexnm.) Saint Ghryfoftôme 
rappelle une fainte colère, & une jufte 
vengeance accompagnée de haine , de 
déte dation & d'horreur contre le péché.- 
{Sont. 4. ai P. Jne.) Et faint Thomas rap- 
pelle une vertu qui opère une deftruc- 
Itîon totale du péché, une fatisfaftion 
pleine à la juftice de Dieu, & une ré- 
novation totale du pécheur. (iX TAom. 
j* Part: ^. X5.) 

Examinez à préfent fi Votre pénitence- 
reflemble à ces pottrait^ traces par les^ 
Saints Pères. Si vous êtes de bonne foîy 
vous avouerez qu'illui en manque bien 
des traits, qu'il faut qvie vous y aiourr 



Jour DE PÉNITENCE. «^ 

fiez. Demandez-vous donc à vous-mê- 
me fi vous avez été parfaitement lavé 
par ce fécond baptême? fi votre cœur 
a été pénétré de cette vive doubleur ôc 
abreuvé de cette amertume fi falutaire î 
fi votre pénitence peut être apçelléeune 
jufte compenfation , & fi la juftice de 
Dieu peut être contente de cette puni- 
tion que vous avez faite de vous-même? 
fi vous avez eu cette horreur, cette 
averfîon & cette déteftation du p&hé l 
fi vous avez exercé contre vous une^^ 
vengeance capable de vous fouftraire- 
à celle de Dieu ? enfin fi vous avez^ 
entièrement détruit chez vous, & le^ 
péché & l'afFeÊtion au péché ? Ex ami*' 
nez, gémiflcz & réformez. 

S EN- T I MENS*. 

UNiflez-vous , ô mon ame, à cette- 
fainte compagnie d'Ifraélites , qui^ 
vont fuivre Jeaïi - Baptifte dans le dé^ 
fert , pour entendre de (a bouche lesr 

{paroles de vie, & recevoir de its main»^ 
e baptême de la pénitence, pour vous^ 
préparer à recevoir votre divin Rédemp-* 
teur : mais, d mon Dieu, vous m^avez^ 
déjà procuré par votre pure mif ^e 

un autre baptême infiniment :» 
me & plus efficace, puifqu*ii 
mon péché, qu'il r '^ ^-oci 



21 6 Le X VIIL Jour de Décembre. 

grâce & qu'il m'a fiait héritier de vottc 
royaume. Cependant, comment ai->e 
conlervé cette grâce baptilmale ? & 
combien de fois ai -je été obligé de 
recourir au baptême de la pénitence , 
pour recouvrer votre grâce que j'avois 
perdue? puis-)e même me flatter de 
l'avoir recouvrée ? 

Je vous demande, ô mon adorable 
Sauyeur, ce vrai baptême de la péni- 
tence , qui me reconcilie parfaitement 
à vous & pour toujours : ce baptême 
d*eau, mais de l'eau de mes larmes, 
qui me lave encore davantage de mes 
.iniquités , quand elle devroit avoir toute 
l'amertume de l'hyflbpe, que le Pro- 
phète pénitent vous demandoit* Bapti- 
Fez -moi encore du baptême de votre 
cfprit, qui efl: un efprit de lumière & 
de fainteté , que votre Précurfeur nous 
a promis, afin qu'il me conduife dans^ 
les voies du lalut, & que je fuive fidè- 
lement fes divines infpirations. Baptifez- 
moi du baptême de feu de votre divin 
amour, qui purifie mon cœur de tou- 
tes fes fouiliures , qui l'embrâfe de [qs 
faintes ardeurs ^ & qu'il ne brûle jamais 
d'autres flammes i je confens jnême , 
Seigneur, de paffer par le baptême de 
fang pour expier mes péchés. Vous m'a- 
vez^ donné tout le vôtre pour m'ouvrir 

le' 



Jour de PÉf^ITENCE. 2îJ 

4e cîel, il eft bien jufte que je vous 
conlacre tout le mien. 

Sentences de hfainte Ecriture & des Ss. P^res. 

Sur la Pénitence. 

FAites pénitence , car le Royaume 
des Cieux approche. [Matth. 4.) 
Faites de dignes fruits de pénitence; 

iJLuc. 3.) 

' Il n'y a que deux chofes qui rendent 
la pénitence certaine ; la haine du pé- 
ché , & Tamour de Dieu. {D. Aug. firm. 

3. de Nadvit. Deu) 

Celui qui eft véritablement pénitent^ 
ne s'effraie point de ce que la péni-^ 
tence a de plus rigoureux ; mais il en- 
treprend tout avec joie, & ne fe relâche 
jamais, ifireg. mor.) 

Point de t'iHcARNATioK. 

V 

Un Innocent pénitent. 

L'Innocence, qui parmi les hommes 
eft un rare & précieux tréfor^ne 
le rencontre que parmi certaines âmes 
d'élite qui ont confervé la grâce du 
baptême; du côté de Dieu, c'eft une 
grâce; du côté du fidèle, c'eft une 
vertu & un courage à l'épreuve du 
penchant & des tentations : cette ia* 

T 



jl 1 8 Le XVIIL Jour de Décembre. 

nocence en Dieu eft un attribut dç Cî 
divine nature, qui hait Souverainement 
le péché : l'homme innocent peut pé- 
cher, parce qu'il eft fr<igilç/& que fa 
concupifcence lui donne du penchant 
lour le péché; le jufte même, dit le 
iaint-Efprit , tombe fept fois le jour; 
mais Dieu eft impeccable par nature, 
& s'il pouvoir pécher, il ne feroit pas 
Dieu , & cette impuiflance de pécher 
fait fa gloire. Ainfi Thocpme le plus par- 
fait pouvant pécher , & commettant 
tous les jours des fautes, quoique lé- 
gères , n'eft point parfaitement inno- 
cent; il eft par conféquent obligé de 
faire pénitence. 

Cependant ce Dieu feul împeccablç 
& poflTédant une innocence infiniment 
parfaite , a aimé les hommes , quoi'* 
qu'ils fufïent pécheurs, parcp qu'ils fonç 
les ouvrages de feis mains, & qu'en les 
formant, il leur a imprimé fon image^ 
C'eft en conféquence de cet amour, 
qu'il s'eft fait homme, qu'il a voulu 
prendre leur reffemblance après leur 
avoir donné la fienne , & qu'en éppu? 
fant leur nature, fans rien perdre de 
fon impeccabilité, il s'eft chargé de fa- 
tisfaire pour eux à la juftice de Dieu, 
fon Père , & d'unir ainfi , par un mira- 
cle d'amour, la pénitence la plus 4^ 



Jour de Pénitence, aif 

goureufe à rinnocence la plus parfaite 
Ôc la plus fublime. 

Le péché de Thomme méritoit une 
pénitence éternelle, parce qu'ofFenrant 
une Majefté infinie ^ il y avoit dans fon 
péché une malice , dans un fens , in- 
finie : Jéfus-Chrift vient le délivrer de 
cette pénitence éternelle ^ pourvu que 
cet homme pécheur accepte & s*im- 
pofe une pénitence temporelle; encore 
eft - ce ce Dieu fait Homme qui lui 
donne toute fa valeur, pour être en 
droit de faire cet heureux échange du 
temps pour l'éternité, en Tinfpirant lui- 
même par fa grâce, & en runiffant à 
la fienne & à fes; fatisfaftions , qui font 
d*un mérite infini. * 

H a pratiqué pendant toute fa vie 
la plus rigoureufe de toutes les pénir 
tences ; il l'a même commencée en ve- 
nant au monde, en naiflant dans une 
étable abandonnée , en foufFrant l'exil , 
& vivant en fugitif prefqu'aulfi-tôt qu'il 
eft né , s'expolant au travail , à la fer- 
vitude, aux humiliations, au fupplice 
le plus cruel, & à la mort la plus igno- 
minieufe & la plus fanglante ; uniflfez 
votre pénitence à la fienne, il vous l'a- 
bandonne parce qu'il vous aime. 



Ta 



f9L& Le XVIIi Jour de Décembri^ 

» Paraphrafc fur l* Antienne 

O Adonaï. 

, , .... 

O Souverain Seigneur, Roi des Rois ^ 
Maître du ciel & de la ferre , ôp 
xîondudeur de la Maifon d'Ifraël à la 
terre promife , qui iétoit la figure du cé- 
Jefte héritage que vous nous ave:^ mérita 
par l'effufion de votre fang , & où vouç 
nous conduirez par votre grâce : vous 
avez apparu à Moyife dans un buiflbn de 
gammes & de feu, vous lui ave?: donné 
june Loi toute fairite fur la montagne dç 
Sinaïj qui n^étoit qu'une préparation % 
U Loi de graçe ; Loi facrée queyous vour 
liez écrire dans le fond de nos coeurs ^ 
Hans la' nouvelle alliance que vous vou- 
liez contrafteravec nous.Venez , ô divin 
ï-égiflateup , nous fommes prêts à la rûr 
revoir : venez avec toute la puiffance 
4e votre bras , pour nous délivrer de 1^ 
piort , du péché & de l'enfer. 

Hommage à la bouche adorable de Jifus dan* 

la crèche. 

BOuche divine & çnfantine de mot? 
divin Sauveur, Iburce des plus pures 
délices , Içvres facrées fur lefquelles tpur 
tes les grâces font répandues , qui avez 
parlé par les Prophètes , & qui n'êtes 
formée du Saint-Êfprit ^ que pour prQ* 



Jour de Pénîtéince/ ait 

feonccr des oracles de fageffe & d.es loii^ 
faintes , qui font & le bonheur & la fureté 
dé tous ceux qui les entendent & qui Ici 
pratiquent ; que pour donner à tous ceu* 
qui auront recours à vous , des témoi- 
gnages de la bonté & de la tenârefle dd 
votre cœur, & des arrêts favorables dé- 
vie & de pardon. Je vous adore dans le 
fein d€ votre divine Mère , où vous gar- 
dez un rigoureux fiïence , & fur la crêcfié 
où vous ne vous expliquez que par des 
€ris enfantins : Bouche adorable , confa- 
crez la mienne, afin qu'elle ne s'occupe 
dorénavant que des divines miféricordes 
de mon Sauveur. Rendez-la digne, ô mon' 
jbieu , de s^approcfier avçc rel^eft &; 
avec pureté de là vôtre/ afin dp pouvoir 
vous dire avec la même conâahce que 
TEpoufe des (acres Cantiques : Que morv 
célefte Epoux me baife d^un baifer de 
là bouche , OfcuUtur me , ofculo eris fu^ 
(Cant. i.) 






^.^I^« 



7t 



212 Le XIX. Jour de Décembre. 



ri TTi^ 



LE XIX. JOUR DE DÉCEMBRE» 
JOUR DE RÉMISSION, 

Pratiqui. 

LA rémirtion àcs péchés étant le fruits 
la fin & la fuite néceffaire de la péni- 
tence que Jean-Baptifte prêche avec 
tant de force , parce qu'elle fuppofe un 
Dieu appaifé, commencez la journée par 
en faire une humble demande à Dieu y 
par ces paroles de TOraifon Dominicale: 

Seigneur ^ remettez-moi mes péchés ^ comme je 
Us remets à ceux qui m*ont offenfé. Répéter. 

fouvenÎÉ cette demande > & faites-en aa- 
jourdltui votre oraifon jaculatoire : maiif 
fi vous voulez qu'elle foit favorablemenÉ 
écoutée y acconipagnez-la autant de fois 

Sue vous la ferez , d'un fentiment do 
ouleur & dedéteftation de vos péchés^ 
& d'un vrai defir d'obtenir cette rémiflion» 



•^îT 



».r 



Jour de RiMissioi^é ai) 
Méditation sur la Rémissioï* 

DES PÉCHÉS y 

__ • ^ 

Tirée de l^EvangiUi 

■t 

Premier Point, 

/Ean-Baptljle vint danè tout le pays des étt^ 
virons du, Jourdain ^ prêchant le Baptême 
de la pénitence pour la rémijjion des péchés^ 
(Luc. 4.) 

Cet incomparable Prédicateur étoit 
bien perfuadé qu'on n^entreprend jamais 
plus volontieis les travaux les plus pé- 
nibles y que quand on eu, afluré qu'ils 
feront abondamment récompenfés ; & 
qu'un Chrétien qui eft conduit par Ir* 
toi , doit s'afllijettir fans balancer aux 
pratiques les plus rudes & les plus labo- 
rieufes de ta pénitence , quand il a lieu^ 
d'efpérer qu'elles feront fuivies de la ré- 
niilfion de fes péchés ^ s'il la fait âncére^ 
ment & fans s'épargner. 

C'eft auffi par ce motif preffant qttof 
Jean-Baptifte prêchoit aux Juifs le bap- 
tême de la pénitence ; motif qui doif 
-aufli vous y engager, & vous faire fur- 
monter tous les obftacles qui pourrojent 
venir du côté de votredélicateffe, de 
votre lâcheté ou du refpeâ: humain 'y &i 

T ^ 



224 Le Xiy. Jour ixe DtcEMBRE; 

vous vous y foumettrez (urement fi votis 
voulez aflurer votre falut. 

Dites- vous donc à vous-même : Je 
fuis pécheur, j'ai offenfé mon Dieu, j'ai 
encouru fa difgrace , fa haine & (bti in- 
dignation , j'ai lieu de craindre la plus 
douloureufe de toutes les privations & 
Texclufion du ciel , qui renferme en foi 
des fupplices éternels. Je fuis (ur par la 
parole de Jean-Baptifte, confirmée en- 
fuite authentiquement par celle de Jé- 
fus-Chrift, que fi je fais pénitence, com- 
me il me F ordonne, mon péché me fera 
remis , & que les biens infinis qui fui-^ 
vront cette rémiflion , feront ma récon** 
ciliation avec Dieu , fa grâce , fort 
amour, l*exclufion deTenfer, & le droit 
4e prétendre à fon héritage célefte, qui 
me rendra éternellement heureux dan^ 
la pofièifion de Dieu^ 

Si je refufe de faire pénitence après 
ces motifs qui m'y engagent , qui font 
les plus forts que la religion me puiffc 
fournir , c'eft un aveuglement impar- 
donnable, ç'eft une impénitence & un 
péché contre le Saint-Efprit ; je nccjjjpip- 
terois plus fur mon falut , les fbillK^cés 
même & la mort de Jéfiis-Chrift , pac 
lefquelles je pourrois elpérer la rémifr 
fioa> me deviendroient inutiles j que 
Heviendrois-jc doncv hélas.! 



Jour 0e Rémission, ûif 

„ '^ S E C O N D P O I N T. 

V ' 

IL eft important de remarquer que le 
Baptême de faint Jean ne pouvoit pa« 
remettre les péchés ; il ne pouvoit que 
promettre cette rémiffion , & y préparer 
(es auditeurs par la pénitence , en at- 
tendant que Jéfus-ClMift vînt lui-même 
opérer efficacement cette rémiffion par 
fes fouffrances & par fa mort. Ainfî les 
Prêtres de la Loi nouvelle ont plus de 
puiflance que ce grand Précurfèur, par-* 
ce qu'étant revêtus de Tautorité de Jé^ 
fus-Chrift qu'ils rçpréfentent , ils font en^ 
droit de conférer cette rémiffion , & de 
feirc Tapplication des mérites & du fang- 
du Sauveur : quel puiflant motif pour le 
procurer ce grand bien ! ne le négliges 
pas. 

Pour vous y engager davantage, far- 
tes encore réflexion aux differens norns^ 
fous lefquels cette rémiffion efl: expri- 
mée dans l'Ecriture : cette grâce eft 
appellée tantôt un pardon , par rapport 
à l'ofFenfe que le péché fait à Dieu^ 
qui eft pardonnée t tantôt uueguérifon^ 
par rapport à la plaie mortelle que le^ 
péché fait à Tame y qui eft guérie par 
ce puiffant remède : tantôt une rédemp 
tion , par rapport à Tinfâme fervituae 
^ue le pécheur a encourue^ dont il eâ; 



0.26 Le XIX. Jour de Décembre. 

afFranchi & racheté : tantôt un. bajf^É^ 
me, par rapport aux taches & aux f -^l-» 
lures du péché , donc Tamç eft idvée 
& nettoyée : tantôt une abfolution, par 
rapport aux liens & aux chaînes du pé- 
ché y dont le pécheur eft délié , j>out 
recouvrer la liberté des enfans de Dieuï- 
tantôt une quittance,, un .paiement ^ 
comme il eft exprimé dans TOraifon? 
Dominicale, par rapport aux dettes que 
le pécheur a contradées , & dont il 
s'acquitte : tantôt il eft dit par le Pro- 
phète que les péchés font couverts, par 
rapport à la fpoiiation & au dépouille- 
ment, de la grâce &*de tous les dons 
furnaturels dont il eft revêtu de nou- 
veau : enfin une rémiffion, felon le di- 
vin Précurfeur , par rapport à la peine 
que le pécheur a encourue , & que lâf 
jaftice & la bonté de Dieu lui remet- 
tent. Etudiez ces exprefïions , qui font 
du Saint-Efprit , & mettez tout en ufe* 
ge pour mériter cette rémiflîon , par I9 
\ertu & par le Sacrement de ta Pénjh 
tence. . 

SZNTIM'EiN S. 

PErmettez, ô mon adorable Sauveur, 
que pour obtenir de votre divine mi-^ 
féricorde la rémiffion de mes péchés , je 
ivie ferve ici de ces mêmes expreifion& 



Jour de Rémission, mj 

que vous avez diftées à vos Ecrivains- 
facfés , me confiant que vous les écou- 
terez avec plus de plaifir, & que vous 
m'exaucerez avec plus de fuccès , en 
m'accordant la rémiffion de mes péchés 
que vous m'avez méritée par votre fang^ 
& que vous m'ordonnez de yous de- 
mander tous les jours. 

Seigneur , avec un cœur pénétré dô 
douleur, je vous demande humblement 
pardon , parce que je vous ai offenfé en 
tranfgreflant vos Loix faintes : je vous 
demande guérifon comme au fouverain 
Médecin de mon ame, qui s'eft fait à 
elle-même autant de -plaies qu'elle 9 
commis de péchés. Rachetez -moi de 
nouveau, divin Libérateur, & renou»* 
velIcz en ma faveur la rédemption que 
vous avez ébauchée dans la crèche & 
confommée fur la croix , parce que moi> 
péché m'a fait tomber dans le plus hotxr 
tejix de tous les efclavages : abfolvez- 
moi, déliez- moi, brifez les chaînes qui 
tiennent mon âme captive, & rendez- 
moi la liberté que j^ai perdue par mon 
péché : foyez ma caution ; payez pout 
moi , parce qu'hélas , je me confefle 
infolvable , & parce qu'étant mon Sau^ 
veur , une feule goutte de votre Sang 
pejat m^acquitter de tout ce que je dois 
à votre iuuice ; couvre^i mes pechéa^ 



Î58 Le XIX. Jour de Décembre. 

cachez-les , s^'û eft poffible , k vos pïo^ 
près yeux : revêtez-moi , parce que je 
fuis nu & que nïon péché m'a dé- 
pouillé de tout , & couvrez ^ moi des» 
précieux vêtemens de la grâce & de la 
juftice. 

Enfin je vous deriiaûde cette pleine 
rémiffion, qui, dans le langage de vo-' 
fre Précurfeur,,eft le fruit du baptême 
de la pénitence ; conférez- le - moi ce 
baptême , infpirez-le-moi ; acceptez-la? 
cette pénitence y pour la rémiflion des 
péchés : fi cette pénitence eft en partie 
l'ouvrage de mes mains , je veux It- 
faire fans m'épargner , & dès-à-préfent j 
mais comme la rémiflion eft celui do 
votre feule miféricorde , je vous \9 
demande avec un cœuf contrit & hvH, 
mille, 

Sentences de tafaintc Ecriture $t des Ss. Percsi» 

Sur la Rémission des Péchés. 

HEureux ceux à qui les iniquités 
font remifes , & donc les péchés 
font couverts. {Pf. ji.) 

J'ai dit : je confefferai contre moî 
mon injuftice au Seigneur , & par-là* 
^ai obtenu la rémiflion de Timpieté de 
mon péché. {lUé.) 

^ JLa rémiflion du péché ne doQne poia( 



ioUR OE RÉMISSION, 22^ 

îîccnce de pécher; & quand on retom- 
be y on Tobtient plus difficilement. {D» 
Léo. Ep. 97.) 

Jéfus-Chrift a été crueifil pour la 
rémiffion des péchés, & il n'a répanda 
tout fon fang , qu'afin qu'il nous eni 
fervît de cau.tion & de gage. (Z?. ^mbr. 

Tracl. ^8, in Joan. ) 

Point » e l' I n c a »► n -4 t i o n. 
La Sainteté même chargée de péchés. 

IL n'y eut jamais de preuve plus au- 
thentique, ni d'éloge plus (olemnel 
fSc plus augufte de la lainteté de Dieu^ 
que celui que nous rirons de la bouche 
des célçftes Intelligences : elles en four- 
niflent la preuve, non-feulement fur U 
terre, mais encore dans le ciel ; les Sé- 
raphins du premier ordre la chantent 
incelTamment cette fainteté , âc ils U 
chantçjront éternellement , en difant ^ 
Samt, Saint, Saint : la célefte Jérufa^ 
lem retentit de ce façré Canticjue , & 
fon harmonie qui furpafle mille fois en 
douceurs & en délices toutes celles 
qu'on pourroit entendre , fait la joie de 
tous les Bienheureux- En effet Dieu eft 
Çaint, parce qu'il eft immuable dans le 
fouverain bien qu'il eft lui - mêniç i de 
(brtç quç s'il ppuygit pécher^ il ne £e« 



â5o Le XIX. Jour de Décembre- 

toit plus Dieu : il eft Saint , il eft I^ 
Saint des Saints , il eft la fainteté mê-* 
tue , & la fource de toute fainteté : ïzr 
mour infini qu'il fe porte néceflfairement 
à lui-même , la haine infinie qu'il a du 
péché, qu'il hait dans un fens, autant 
qu'il s'aime lui-même, en font des preu- 
ves inconteftables. 

Mais comment peut-on accorder cette 
haine infinie du péché , avec rainoiir 
du pécheur , qui a por^é ce Dieu (aint 
à prendre les apparences du pécheur, 
à mourir pour le pécheur, & à fe char- 
ger de fes péchés pour en porter la pei- 
ne, pour fatisfaire à la juftice de Dieu 
en fa place , ^comme s'il étoit pécheur 
lui-même? 

Ce n'eft que par un triiracle de fôn 
amour ; il vient naître parmi les pé* 
cheurs, & pour les pécheurs : il foufFre 
leurs outrages, en naiffant, par la du- 
reté des habitans de Bethléem , à peine 
eft-il au mondd, c^u'il pleure dans une 
ctable & fur une pauvre crèche , dont 
il fouflfre les incommodités : fes larmes 
montent jufqu'au trône de Dieu fon 
Père, pour adoucir fa colère ; il fe fa- 
miliarile enfuite , & il mange avec les 
pécheurs pour les convertir; il foufFre 
les reprocnes que cette exceflive cha- 
rité lui attire ; il endure une infinité 



Jour de Rémission. 2^t 

d'opprobres, ies priions*, la mort; il 
meurt entre deux fcélérats , & il eft 
compté lui-même parmi les fcélérats. 
Voila le Saint des Saints chargé de nos 
péchés parce qu'il nous aime ; ne le 
chargeons plus davantage, adorons fa 
fainteté , reconnoiflbns fa charité &: n© 
Toutrageons plus, 

Paraphrafc fur l* Antienne 

O Radix Jefle. 

O Digne rejetton de JeflTé, Fils uni- 
que d*un Dieu tout-puiflant , qui 
ave? bien voulu devenir le Fils de Da- 
vid félon la chair, pour lauver tous les 
hommes par TefFunon de votre fang, 
foyez à la bonne heure comme un glo- 
rieux étendart , pour raffembler ceux 
qui vivent dans une difperûon lamen- 
table , & dans un défordre & un aveu** 
glement affreux : mettez -vous à leur 
tête, pour Içs conduire comme un Mo- 
narque ; venez établir ici une puiflancc 
éternelle , & régnez en Souverain & en 
Roi pacifique fur toute la terre. Que 
tous les Rois deviennent vos fujets , & 
que devant vous ils fe tiennent en fi*- 
lence par un profond refped; que tous 
les Gentils fe foumettent à vos loix , & 
i^u'ils s'adreflent dorénavant à vous pouï 



t$2 1e XÏÎ. Jour de Décehbrc* 

obtenir des grâces. Venez au plutôt nous 
idélivrer, & ne tardez pas de venir bri- 
ier nos chaînes , pour nous procurer la 
liberté des enfans de Dieu* . 

Hommages aux mains Jacrees de Jéfus-Chrijl 

dans la i^rcche. 

ESt-ce un Dieu tout-puilTant que je 
viens adorer? Ces mains foibles que 
je vois , font- ce celles d*un Dku qui a 
tiré toutes les créatures du néant? d'un 
Dieu qui l^ait fi bien manier les foudres 
^ les carreaux, pour les lancer furies tê* 
tes criminelles de fes ennemis? d'un Sou- 
verain , dont les mains font les difpen- 
fatrices di^s fceptres & des couronnes % 
& qui font affez puiflantes pour les ren- 
verfer quand il lui plaît? Oui, Seigneur, 
vos mains foibles en apparence, que je 
vois tantôt ferrées de langes , & tantôt 
étendues ûir votre crèche, font capa- 
bles , (î vous le vouliez , de renverfec 
le ciel & la terre : mais elles font foi- 
bles comme celles des autres enfans, 
parce que vous le voulez & que vous 
m'aimeZ;. Mains enfantines , mains fa- 
crées Ôc difpenfatrices de tous les tré- 
fors dé la grâce & de la gloire , je vous 
adore; mais accordez-moi tous les (e- 
cours dont j'ai befoin pour aflurer mon 
aluc. 

LE 



Jour b ÉRÉFORMÀtroîn ajj' 

>r 1 1 • il' I ■ r • ' ' Il I w 1 1 I I ' i l »•. 

LE XX. jaUR DE DÉCEMBRE*. 

JOUR DE RÉ FORMATION. 
Pratique. 

COmme un jour confacré à la réfof 
mation, eft uri jour de grande at- 
tention, commencez la journée par un 
férieux examen fur ce qiie vous avez' 
à réformer; demandez au Saint -Éiprit 
dès lumières pour vous bien connoî- 
tre , & du courage pour entreprendra le' 
grand ouvrage de votre réformâtigri : 
veillez fur tout, n€ négligez rien , étu- 
diez à fond votre tempérament , votre 
Rumeur, vos inclinationis , & là mahiero 
dont vous vivez avec Dieii, avec votre • 
Çrochain ôc avec vous-même : finilTez 
la journée par lé même examen > rete- 
nez ce que vous aurez remarqué à réifor- 
mer , & formez la réfolution de travail-?- 
kr tous les jours à votre réfoiAiàçi^HU' 



^. 



^ 




iij4 I-E ^^* Jour Dt: Décembre^ 

MÉDITATION SUR LA RtFORMATlOIC-i 

Tirée de F Evangile. 
JÉ^REîyrrER Point;- 

PRépare^ la voie du Seigneur j rende\ droits^ 
& unis fesf entiers. (Luc. 3.) 

Quand on fixait qu'un grand Roi doit 
bafler par un chemin , on prend foin de- 
le rendre droit & uni ; on réforme fes* 
inégalités , on abaifle fes hauteurs , on> 
remplit fes cavités , on en écarte les- 
pierres: Jéfus-Chrift, Roi des Rois», 
etoii prêt \ paroître en public, lorfque 
jfean-JBaptifte s'acquitta de ce devoir ^ 
en prêcnant aux peuples de rendre droits 
& unis les fentiers par la réformation de. 
leurs moeurs. 

Ce même Jéfus-Chrift va naître ; non 
content de prendre naiflance dans une: 
ëtable , il veut la prendre encore dans 
nos efprits pour les éclairer- de fes lu- 
ipiereS'^ & dans. nos cœurs pour les. pu- 
tïlfi'iér, & pour les embrâfer de ce feu 
qu'il vient allumer fur la terre , qui eft 
le feu de fon divin amour; 

Préparez foigneufement les voies ^ en- 
tiravaillant férieufement à la réformation 
de ces deiix puiflTances, afin qu'il vienne 

;S confaçter par fa vifitç , par fa pré- 



Jour de RiFORMATi'ôiîr: fjy 

htïcc & par fa demeure. Il n'y a que 
trop à réformer dans notre efprit , l'i- 
gnorance de fcs devoirs & des chofes 
divines , fa curiofité des chofes de ia^ 
terre, fon entêtement, fes préventions, 
fes préjugés, fon opiniâtreté, le p-eu de 
réflexion fur lès piropres défeuts, pen- 
dant qu'il ne s'occupe que de ceu^ d'au- 
trui ; fes penfées vaines & inutiles , & (a 
j^arelTe à s'ap|>liquer aux vérités éternel- 
les ; fes hauteurs , fon orgueil & fa du- 
\|)licité , qu'on peut appefler de petites* 
collines qu'il faut abaiffer & humilier, 
j^our préparer le chemin au Sauveur. 

Il n'y a que trop à réformer dans notre' 
cœur, fon infenfibilité pour Dieu, & 
fon amour exceffif pour foi- même; fa 
paflion dominante , Ces inclinations per- 
Verfes & déréglées , fon attache a la-' 
cr€atare,»& aux chofes périflables, fon- 
indifférence & fa dureté pour ceux qut 
fouïFrent; ics révoltes contre" la grâce, 
" fk parelfe pour fervir Dieu & pour s'ac-" 
quitter de fes devoirs de rehgion, fes- 
délicatelîes & fon ardeur pour le plai- 
firi voilà les chemins tortus & raboteux- 

Su'il faut redreflfer, lî nous voulons quQ* 
^eu: vienne à nous. 



Va' 



ijtf Le XX. Jour de Décembres 

Second P o i h t^ 

ON a beaa fe fentir touché des fentî^ 
mens les plus vi& & les plus dour 
loureux de la pénitence , rembrafler mè* 
me d'abord avec acdeur; cette pénitence 
eft vaine , dit TertuUien ^fi elle n'eft fui-* 
vie de réformation ; & cette réforœatioi> 
n*eft pas complette , fi:, après avoir tra-^ 
vaille à réformer Tefprit & le coeur , oir 
ne réforme pas Textérieur. {Tcrtull. Lx^ 

de Pœnitentiâ )♦. 

Jéfiis-Chrift eft venu fur la terre à \2t 
riformation de Thomme tout?cntier, & 
il Ta commencée dès la crèche, en ré- 
formant fa convoitife par une extrême 
pauvreté , fon orgueil par Thumilité la 
plus profonde, & fii délicateffe par Taufi 
térité la plus rigoureufe : mais il veut 
au(n que l'homme travaille avec lui ^ 
qu'il Kébauche, cette reformations & 
qu'il en fafle une étude , afin qu'il yr 
mette le fceau , pour le rendre digne 
de fon féjour en ki. 

Vous attendez ce même Sauveur, dit 
faint JeanChryfoftôme, (Hom.j.) mais 
pourrattirer en vous, & vous renjdre 
digne des grâces attachées à fa naifiance^ 
réformez & l'intérieur & l'extérieur ; ré- 
formez les regards de vos yeux , .& que^ 

fagefle chrétienne en réglé tous les. 



Jour de Kiïc>KUkrîoi!^\r st^rf 

inouvemens ; réformez l'es paroles de 
votre bouche , par la prudence & par 
fa charité; les geftes de tout votre corps ^ 
par la modeftie ; toutes vos démarches, 
par la circonfpieélion & par une gravité 
qui marque que vous marchez en la pré- 
ience de Dieu ; votre vifage , par un air 
cl^affabilité & de douceur chrétienne }^ 
ifintempérance de votre bouche & vo- 
we fenlualité , par la mortification ; vos 
©reilles, en les fermant toujours à la mé- 
difance ; & à tout ce qui ofFenfe la mo* 
deftie; vos mains, en travaillant pou? 
Dieu & pour votre prochain; enfin juf- 
qu'à vos vêtemens , parla fim pli ci té. 
■ Voilà le fujet d*un grand examen Gt^ 
vous le faîtes bien & fans vous flatter x' 
vous trouverez bien plus d -ouvrage que 
vous ne pcnfîez; mais ne vous effrayear 
pas> la grâce vous aidera à faire & à vou5> 
adoacir cette réformation.' 

S E N T J M M K s: 

, Ue je fens de foiblefle , ô mon ado^- 
rable Sauveur , quand il-eft queffioiv- 
de mettre la main à la réformation de 
tout moi-même , dont je fens cependant 
Kextrême befoin, fi -je veux me rendre 
digne de vous dônnet une nouvelle naif- 
iance dans moi-même! Le nombre in^- 
fini. de. défauts que j'ai à réformer m'e^r 




sj? Le XX. Jour de Decembré^t' 

fraie ; la difficulté de Tentrcprife me dé^ 
courage , ma parefle & ma lâcheté s'ef-' 
farouchent^ s'allarmentd'un côté, parce- 
qu'elles ne veulent point IbufFrir la vio- 
lence qu'il faudroit me faire ; ma con(i 
cience d.'un autre côté fe récrie auflî ^ 
en me reprochant inceffamment ma foi- 
blefle, ôc.en me menaçant de vos rédou-» 
tables jugemens, Il je n'y travaille, SC 
je ne les appaife qu'en différant de jour 
en jour ce grand ouvrage , & en me pro* 
mettant toujours à moi-même de, l'en- 
treprendre un jour. 

Je prétends ainlî amufer ma conf- 
cience, & étouffer fa voix & fes repro-< 
ches par ces foibles promefles, parées 
délais & par ces remifes , qui font le^ 
produdlions lâches de mon amour pro- 
pre : mais hélas T en vain ^ pùifque fa^ 
voix qui eft 1^ vôtre , ne cefle Aq crier 
aux oreilles de mon cœur , fans autre 
fuccès que de jetter mon ame dans le- 
trouble. 

Aidez-moi donc , ô I>ieu de force 5c 
de bonté. Je confefle en votre préfence 
avec le Prophète , mon injuftice ; mais 
faites - moi entendre comme à ce Roi 
pénitent , que vous m'avez accordé la 
rémiffion de mon iniquité. C'eft doric' 
à ce montent, qu'avec le fecours de vo- 
tre gracc;, je vais travailler à ma réfor^ 



> 



/ 



Jour de Rêformation. lifg^ 

mation , & à devenk en vous & par vous- 
une nouvelle créature recourez ma très-^ 
humble prière , éclairez-moi , condui-^ 
fez-moi , fortifiez-moi , réformez-moi» 
vous-même , divin Rédempteur , qui- 
ètes venu fnr la terre pour la réformatioit 
de tous les hommes, fur l'excellent ôc- 
divin modèle que vous m'allez produire- 
dans Iz crèche, qui eft vous-même. Ré- 
formez Torgueil de mon efptit fur Thu- 
milité que vous y allez pratiquer , en^ 
defcendant de votre trône de gloire pour 
époufér ma baffeffe & mon néant : Ré- 
formez- mon cœur , & fur-tout le pen- 
chant qu'il a pour les plaifirs , par le^- 
rigueurs exceflîves que vous y allez en- 
durer pour mon inftrudïon, pour mon* 
amour & pour m'engager à une parfaite- 
^formation. 

Sentences dé lafainteEcruure& dis Ss', Peres^- 

Sur la Reformat roN. 

GArdez-vous bien de vous confort 
merà<:e fiecle , mais faites en vous 
une réformation & un renouvellement 
de vie. {Rom. ni.) 

Soyez en Jéfus^-Chrift une nouvelle: 
créature ; tout ce qui étoit vieux elt 
palfé , & tout eft devenu nouveau, &^ 
le tout vient de Dieu. (5. Cor. 5.) 



D 



S^o Le XX. Jour M DicEMBiÇE; 

Ha pénitence eft inutile , quand ellb* 
n'eft pas fuivic de réformation. {TenulU 

1.^1. de Pœnit.) 

Perfonne ne peut devenir ami de 
Dieu , qu'il n'ait travaillé à fe réfarmec- 
ibi-même. {D-. Aug,. dc> Genef.). 

Point de l* I n c ar n a-t i on* 

L* Eternité afftijettie au temsi 

.leu feul: eft éternel d'une éternité" 
.^^ parfaite, parce qu'il eft- fans corn- 
mencenient & (ans fin, & parce qu'il eft- 
lui-même la (ource & le principe de fon 
éternité : c'eft donc parler improprement 
de cet Etre fuprême , difent les (àirit? 
Pères , de di»e , il a été & il fera : mais 
feulement , il eft, parce qu'il jouit; pa«' 
fon étertiité d'un préfent éterneL II n'y a 
rieii de paffé & rien de futur dans le Sei- 
gneur , parce que tout lui eft préfent*> 
auffi bien ce qui eft arrivé au comment 
cernent , comme ce qui arrivera à là con- 
Ibmmation des fiécles. U eft donc le feul- 
à qui l'on puiflfe attribuer cet éloge pro-»* 
nonce par le Roi-Prophéte: Seigneur, 

k vous êtes Dieu depuis l'éternité jufqu'4 

f l'éternité- {Pfal. 102.) 

Mais quelle exceftive bonté poiir les 
hommes dans ce Dieu éternel, d'être 
forti, pour ainû dire >. de fon éternité > 

qùi^ 



Jour de Réformation. n^f 

qui fait fa gloire , pour s'aflujettir au 
tems qu'il a créé lui-même , & qui n'eft 
qu'une mefure finie de mouvemens , 
compofée de fiécles , d'années, de jours, 
d'heures & de momens rapides , qui con- 
duifent néceflairement' les hommes au 
tombeau! ce Dieu éternel qui eft un pur 
elprit ^ & le Créateur de tous les efprits 
céleftes auxquels il a fait part , non de 
fon éternité parfaite, qui n'a ni commen- 
cement ni fin , & qu'il ne peut commu- 
niquer à perfonne , mais de fon immor- 
talité , eft defcendu , dans un fens , par 
humilité & par amour , de la plénitude 
de fon éternité , dans la plénitude des 
temps , dit l'Evangile , pour prendre un 
corps comme le nôtre , qui porte chez 
foi le principe de fa propre deftruûion ^ 
par les élémens contraires dont il eft 
compofé; 

Ce Dieu de bonté s'eft affujetti aux 
temps & aux momens marqués dans fes 
décrets éternels,, pout la rédemption 
des hommes, & aux temps & aux mo- 
mens les plus fâcheux , & qui parpif^ 
foient les plus mortifians , & les plus op- 
pofés à fon indépendance , à (a gran- 
. deur , & au bonheur inaltérable dont il 
jouiflbit ; & cet affujettiffement volon- 
taire eft un miracle incompréhenfible 
de fon amour infini pour les hommes ; 

X 



*42 Le XX. Jour de DécEMBRE. 

il s'eft fournis en naiffant au temps U 
plus rigoureux ; & ce fouverain Créateui 
& majLtre de tous les temps , dans Iç 
temps de fa mort , eut la bonté & l'hu- 
milité de dire que fon heure étoit venue, 

JS/cUns Jefus quia venu hom cjus. Quel pro- 
fond & quelirapénécrable myftere ! pou- 
voit-il y avoir une heure marquée danj 
tous les temps , qui pût aflujettir un Dieu 
éternel à la mort? Oui , mais il fç l'étoit 
marquée à foi- même par là bonne vo- 
Jonté ; & il ne s'étoit alfujetti au temps , 
tout éternel qu'il eft , que pour nous 
procurer une immortalité bienheureufe^ 
Ceft un grand fijjet de réflexion & d'ac- 
tions de grâces ; c'eft à nous à profiter 
de cet eftimable bienfait , & à taire un 
f^int ufage d'un temps iî précieux qu'il 
nous a mérité par fon fang^ pour acqué^^ 
jit une heureufe éternité. 

Paraphrafe fur l^ Antienne 

O Clavis David. 

OClef myftérieufe de David , & fcep- 
tre dominant de la Maifon d'ïirael! 
clçf favorable aux, élus, qui leur ouvreaj 
le ciel , fans que perfonne puilTe jamais 
le leur fermer , quand ils ont été fidèles 
à la grâce jufqu'à la mort ; mais clef rcf 
doutable aux. réprouvés , qui leur fer- 
mez le ciel y fans que perfonne pui0ç 



, Jour de Reformation. ^214^ 

jamais le leur ouvrir, venez au plutôt 
brifer nos fers , & nous délivrer de U 
dure captivité qui nous fait gémir. Hélas? 
nous fommes en même-temps & crimi- 
nels & captifs , nous fommes nous-mê-* 
mes les artifans de nos chaînes , parce 
que ce font des chaînes de péchés : ve- 
nez donc , ô clef favorable , nous en 
décharger; venez au plutôt nous ouvrit 
les portes de nos priions , & nous pro- 
curer cette heureufe liberté des enfans 
de Dieu , après laquelle nous foupirons 
depuis fi long-temps ; venez , Seigneur , 
répandre vos lumières naiffantes , quoi- 
que toujours éternelles , fur les ténèbres' 
épaiffes qui nous environnent , potir- 
nous rendre dignes de voir Je jour ^es 
vérités divines , dont vous èîQS Tadora-. 
ble principe. 

Hommage aux Yeux adorables de Jéfus dans 

la Crèche, 

VOs yeux verfent des larmes, ô divin 
Enfant ; n'eft-ce point par un fenti- 
ment d'humilité , & parce que vous vou- 
lez vous conformer aux autres enfans 
qui pleurent en naiffant ? N'eft-ce point 
auffi la douleur qui vous les fait répan- 
dre, parce que vous êtes dans une étable 
découverte , & que la rigueur de la (ai- 
fon vous fait fouffrir ? Mais n*eft-ce point 

X2 



/ 



i44 Le XX. Jour de Décembre. 

par un fentiment d'aroour & de tendrefle , 
4c parcç que mes miteras vpus toucliept 
le cœur? 

Mais , p adorable Enfant ! je crains bien 
plutôt que ce ne foit un trifte preflenti^ 
ment de mes infidélités & de mes ingra^ 
titudes qui les tjire de vos yeux. 

Larnies préeiéufes.dp mon Jéfus , coup- 
lez à la bonne heure , & rejailiiijez juf- 
qu'au ciel , & jufqu'au cœur du Père çé^^ 
lefte, pour éteindre le feu de fa colère 
t;op juftement irritée contre moi; def- 
cendez même jufqu'aux enfers pour en 
éteindre les flammes dévorantes que j'ai 
méritées : mais fur-fout vene^ arrofer 
nos cœurs pour en bannir toune la féche-^ 
r.effe , & pour en amollir la dureté, pour 
leslayçr, pour les purifier, pour les faire, 
îrudifier au centuple en bonnes œuvres ; 
venez enfin les confacrer , les ernbrâfef 
.&ies unir inféparablempnt au cœur fa^ 
pré de Jéfus. 



"NH* 



Jour de Préparation. 1*4^ 

LE XXI. JOUR DE DÉCEMBRE, 
JOUR DE PRÉPARATION. 

P R A T I Q U E. 

A Près avoir fait pendant les jours pré- 
cédens votre préparation éloignée 
à la NaiflTance de Jéfus-Chrift , entrez 
aujourd'hui dans une préparation pro- 
chaine, parce que cet heureux jour ap- 
proche 5 de peur que vous ne fbyez fur- 
pris : inmaginez-vous entendre cette voix 
forte & rétentiflante de Jean-Baptifte, 
qui crie aux oreilles de votre cœur : Pré- 
parez la voie du Seigneur : ne fortez de 
la compagnie que pour vous joindre en 
eUprit à celle de Jofeph & de Marie , qui 
font dans le chemin de Nazareth à Beth- 
léem ; fuivez-les jufqu'à Tétable , ne les 
perdez point de vue , ni les prodigieux 
myftéres qui vont s'y paffer, & regardez- 
la comme le point de vue auquel vous 
rapportiez aujourd'hui toutes vos ac- 
tions. 

38C 



x$ 



a^6 LE XXI. Jour de DÉcEMBREr 

MiDîTATlON SUR LA PrEPaRATIOÏÎ 
A LA NAIS5ANC£ DE JÈSUS-CHRIST, 

Tirée de F Évangile. 

Premier Point. 

ir\Répare\lavote duSeigneur ^ rende:( droits 
'JL ^ unis /es /entiers* (Luc. 3.) 

Cette voie eft celle par laquelle Diea 
vient à nous, & par laquelle nous allons 
à lui , ainfi l'intérêt de Dieu & le nôtre 
concourent pour nous engager à la pré- 
parer : faites aufli attention que nous al- 
lons à Dieu & que Dieu vient à nous 
par la voie de Tefprit & par celle du 
^cœur ; il faut un efprit docile , fournis 
& fidèle , & un cœur détaché du monde- 
4c attaché à lui par un amour fincere y 
préparons donc Tefprit & le coeur. 

Comme c'eft Teiprit qui penfe , qui 
examine, qui connoît , il doit mettre 
tout en ufage pour fe bien préparer. Pen- 
fcz donc ferieufement quel eft j:elui cjui 
Tient à vous ; c'eft un Dieu & un Dieu 
tout-puiffant, dont le feul nom fait trem- 
bler la terre & les enfers : c*eft un Dieu 
Créateur qui vous a tiré du néant , & 
qui vous a donné la vie & tout ce que 
\ous avezj & tout ce que vous ête»i ^^n: 



Jour bt PRiPARATioï». 447' 

t)ieu adoré des Anges dans le Ciel fut 
fon trône de Majefté, & qui en defcend 
par amour , pour le revêtir de votre 
chair , pour naître dans une pauvre éta- 
fele , pour foufFrir, pour mourir fur un€i 
croix, & pour vous ouvrir le ciel , parce 
qu'il vous aime ; quel fujet de réflexion 
& quel puiffant motif pour vous prépa-i 
rer à le bien recevoir ! 

Examinez férieufement ce que et 
Dieu Sauveur vous demande pour cet 
effçt; c*eft de rentrer en vous-même ^ 
de rechercher & de retrancher tout ce 
qui pourroit déplaire à fes yeux: , & de 
régler votre préparation fur la Tienne , 
étudiez-la, faites-en votre modèle; il 
vient avec une humilité profonde, lui 
. qui eft la grandeur même , & vous êtes^ 
. orgueilleux , vous qui n'êtes rien ; il 
vient naître , vivre & mourir dana une 
extrême pauvreté , & vous cherchez le 
fuperflu ; il vient pour foufftir & vou^ 
, êtes fenfuel , & la moindre mortiâcation 
vous allarme : voilà ce qu'il faut retran- 
cher ; penfez-y , le jour approche i veil- 
lez-y , vous êtes à la porte ; obfervee;^ 
tout, félon le confeil du Sage, vous 
trouverez ce Dieu Sauveur, ôc en le trou- 
vant vous trouverez la vie. {Proverb. 8.); 



X^ 



248 Le XXI. Jour de Décembre. 

Second Point. 



P Réparez vos cœurs au Seigneur , dit 
le Prophète Samuel aux Ifraélites, 
lorfqu'il fut queftion de recevoir l^Arcbe 
d'Alliance , & ils s'y préparèrent. {i.Reg. 
7.) A combien plus forte raifon devons- 
nous préparer nos cœurs pour recevoir 
celui' dont cet Arche n'étoit que l'ombre 
& la figure : cet Arche n'étoit que de 
bois , & elle ne contenoit que les tables 
de la Loi , la Verge de Moyfe & la Manne. 
X'Arche vivante de la nouvelle Alliance 
qui eft Jéfus-Chrift y a été formée par le 
Saint-Efprit , d'une chair humaineôc di- 
vine tout enfemblc , elle contient & elle 
eft une Manne célefte qui nourrit les 
âmes , elle eft la Loi vivante , & elle 
pofléde toute la plénitude de la divinité, 

Mais que doit faire notre cœur pour 

s'y préparer? Se purifier, fe détacher, 
aimer & défirer : fe purifier par la péni- 
tence y & n'y rien laifler d'impur qui 
puifle offenfer les yeux de Jéfus-Chrift , 
qui eft la pureté même ; fe détacher de 
tout ce qu'il aime au préjudice de Çés 
devoirs , de peur que ce Sauveur n'y 
trouve quelque idole cachée qui parta- 
ge le culte qui lui eft dû, ou quelque 
Tet rival qui lui en difpute l'entrée & 
oftefTion entière^ ce cœur doit aimec 



Jour de Préparation: 2^^ 

uniquement & ardemnrient celui qui vient 
à lui par amour ^ & pour lui apprendre à 
bien aimer ce qu'il doit aimer. Enfin il 
doit défirer celui qui eft appelle par ex- 
cellence le Défiré de toutes les nations ; 
s'il Tainie , il le défirera , & en le délirant 
il le poflëdera. 

Purifiez donc votre cœur, détachez- 
le de la créature , aimez Jéfus de tout 
votre cœur , cet Epoux de votre ame 
qui vous a aimé le premier, & penfez en 
tremblant , à ce qu'il nous a dit lui-mê- 
me, qu'entre les Vierges même, il n*y 
eut que celles qui étoient préparées qui 
furent admifes au feftin nuptial & que les 
autres furent rejettées avec indignation^ 

« 

Senti MENS. 

OUe ne puis-Je vous dire, omon divîrr 
Sauveur, avec autant de confiance 
& de vérité que le Roi- Prophète : Mon 
Pieu , mon cœur eft préparé , oui il eft 

préparé. Paratum cor mcum > Dcus y paratum 

cor mcum; (Pf. j(5.) & il ne me refte plus 
pour confommer ma préparation , qu*à 
chanter vos louanges , & a me réjouir en 
vous feul y à goûter avec délices le prix 
& le bonheur de votre poffeflidn. 

Mais cependant , quand je m'examine 
de près en votre divine préfencc, ô mon 



ayo Le XXL Jour de Ûeceubre* 

Dieu , ah ! que j'ai lieu d'être confus, 
& que je remarque dans les voies & dans 
les rentiers de mon efprit & de mcm 
cœur , des défauts à réformer pour me 
rendre digne de vous podeder : que de 
f uides & que de petites vallées à remplir, 
^ que de pierres de fcandale à écaner , 
' que d'ordures à nétoyer , que de petites 
collines à abattre ^ que de hauteurs à 
abaifflr , que d'inégalités à redrefler , 

3ue d'orgueil , que d'amour propre, que 
e lâchetés & que d'infidélités (ecrettes ! 
Ah ! Seigneur , en quelle confiance 
puis- je aller vous rendre vifite à la crè- 
che avec ces défauts & avec une infinité 
d*autres qui font cachés à mon amour 
propre ? & pourriez-vous venir à moi 
pour m'accorder les grâces que je vou* 
demanderois f je n'ofe Tefpérer. Que 

iimt-fl danc que ^e falTe , Ô mon Dieuf 

Ah ! jejcns bien qu'il faut que je mette 
înceflàmment tout en ufage pour vous 
engager à répandre dans mon ame les 
grâces attachées à votre naiffance tem- 
porelle dans retable de Bethléem , & à 
votre nailTance fpiritueUe dans mon ame :• 
j'ai confiance même que quand j'aurai 
feit tous mes efforts pour me préparer 
i l'une & à l'autre , je pourrai dire avec 
le faint Roi pénitent : Seigneur , vous 
avez écouté la préparation de mon cœur^ 



Jour de Préparation. 2^1 

'Praparationtm cordis corum audivit auris tua* 
(Pfalm. 24.) 

Sentences de lafainte Ecriture & des Ss. Peres^ 

Sur la Préparation. 

P Réparez- vous , ô Ifracl , & allez ait-^ 
devant de votre Dieu : fon nom eft le 
Seigneur , le Dieu des armées. {Amos 4.) 
Ceux qui craignent le Seigneur , pré- 
jpareront leurs cœurs , & iandifieront 
leurs âmes en (a préfence. {EccU i.) 
' Ouvrez votre bouche, & je la rem- 
;plirai, dit le Seigneur : votre bouche 
s'ouvre par la préparation , par la con- 
icffion , par l'amour & par les faihts 
"défîrs, & Dieu la remplit. {D.Aag. m 

P/al. So. V. II.) 

Dieu écoute non-feulement nos prie^ 
ïcs , quari4 elles font faites avec foi & 
avec ferveur ; mais il écoute même les 
préparations de nos coeurs à les lui faire* 

\D. Chryfojl. Hom. 23.) 



^ 



/ 



aji Le XXI. JoUH DE DéCEMBUE. 
Point de l'Incarnationv 

Un Prêtre victime. 

Quoique Jéfus - Chrift ne foit venu 
fur la terre que dans la plénit;ude 
des tems , cependant fon facerdoce eft 
éternel, dit le Prophète, & la fource 
& le principe du facerdoce de tous les 
Prêtres de l'une & de l'autre alliance : 
c'eft un fublime & divin câraftere, dont 
celui de Melchifedech n'étoit que l'om- 
bre & la figure ; mais dont ce Dieu in- 
créé a bien voulu fe revêtir pour notre 
amour, afin de remplir les fondions de 
Sauveur de tous les hommes ,^ fondions 
qu'il a exercées avec un admirable fuc- 
cès auprès dé fbn Père célefte , pour nous 
réconcilier à lui , en lui offrant pour nous 
& en notre place , tantôt des facrifices 
de louanges , tantôt des facrifices d^ac- 
tions de grâces , tantôt des facrifices d'ex- 
piation , qu'il acouronnés de celui de tou- 
te fa perfonne, en mourant fur la croix 
pour nous traduire du Tribunal redouta- 
ble de fa juftice à celui de fa miféricorde. 
Mais , ô miracle étonnant de fon 
amour ! ce Prêtre éternel devient vic- 
time , & notre vidime , & il s'immo- 
lera fur la croix pour nos péchés; il 
Semble renoncer au droit qu'il a par 



JOUP. DE PRÉPARATION. 2J5 

là divine nature de recevoir d^s facri- 
fices avec fon Père célefte , pour être 
viftime lui-même ; il veut fournir dans 
fa feule perfonne la matière d'un facri- 
/ice entier & complet, en époufant pour 
rJiotre amour l'humble qualité de vidi-^ 
tne , en l'uniflant par un prodige inou| 
à fon facrifice : il offre ce facrifice , jÔc 
la vidime qu'il offre , c'eft foi-même ; 
- ainfi le Père éternel trouve dans oe Fils 
.^' bien-aimé , un Dieu , un Prêtre & une 
|. Viftime. Que de puiflans motifs qui 
-nous engagent à l'aimer, & à nous 
p ^ofFrjir nous - mêmes à lui en facrifice ^ 
:£ comme des viétimes obéilTantes , qui 
r^ font toujours prêtes à mourir pour fa 
gloire! 
Les vidimes d-e l'ancien Teftament 
^ n*étant pas capables de remettre les pé- 
:" chés , ni d'appaifer la colère de Dieu , 
' Jéfas-Chrifl vient fuppléer à ce défaut, 
& l'Apôtre (aint Paul lui fait dire eu 
■ entrant au monde : Seigneur, vous n'a- 
vez -plus voulu des victimes, le fang 
: grodier de ces animaux dépourvus de 
: raifon n'étoit pas digne de vous être 
• offert 5 ni d'arrofer vos autels , mais 
vous m'avez formé un corps. {Heb. lo.) 
Me voici , ô mon Dieu , pour faire vo- 
tre volonté ; il a commencé à remplir 
t* les fondions de viâime dès le fein de 



2^4- I-E XXT. Jour de Décembre. 

fa mère ^ il les a continuées dans la 
crèche, & il les a confommées fur le 
Calvaire en répandant fon fang en ho- 
locauûe pour nos péchés. {Match, i.) 

Paraphrafe fur l* Antienne 

O Oriens- 

O Soleil levant, fource de toutes lu- 
mières, puifque vous êtes engen- 
dré de toute éternité de votre Perc 
célefle, dans la fplendeur des Saints âc 
par la fécondité de fon efprit ; qui por- 
tez dans les âmes le flambeau des vé- 
rités éternelles , pour les éclairer dans 
les voies du falut ; Soleil de juftice ^ 
mille fois plus brillant que celui de la na- 
ture, qui ne brille que par vos clartés, 
& qui fans vous ne feroit que ténèbres. 
Hélas! nous fommes nous-mêmes dans 
les ténèbres & dans les ombres de la 
mort : venez nous éclairer , nous fou- 
pirons après vous ; venez vous revêtir 
de notre chair, venez converfer avec 
nous, venez nous ouvrir les yeux de 
Tame , venez vous faire connoître à 
nous, venez nous faire connoître à nous- 
mêmes , pour vous aimer & pour nous 
haïr: venez diflîper nos ténèbres & nous 
délivrer de la mort, puifque vous êtes 
le principe de la lumière, & Tautetir 



Jour de Préparation, ijj 

de la vie de la grâce & de la vie de la 
gloire. 

Hommage aux pieds façrés iç, Jéfufi dans la, 

crèche. 

Pieds facrés de mon Jéfus enfant, de 
mon Souverain, de mon Sauveur & 
de mon Dieu, je vous adore, & je m'eC- 
timerois bien heureux de vous donner 
un refpedueux baifer de ma bouche* 
Quoique vous paroiffiez dans une ex- 
trême foibleffe , & que vous foyez em- 
mailloté de pauvres langes, j'adore par 
avance les précieux & facrés veftiges que 
vous imprimerez fur la terre; heureux 
encore , fi en les adorant avec un pro- 
fond refped & une foi vive, je pouvois 
toujours les fuivre & ne m'en écarter ja- 
mais , puifqu'ils me traceroiertt toujours 
le chemin qui conduit à la gloire. 

Pieds enfantins de mon aimable Sau- 
veur, vous allez bientôt foutenir le corps 
d'un Dieu qui foutient lui feul le ciel Se ' 
la terre : vous allez le porter à la con- 
quête des âmes -qu'il rachètera au prix 
de fon (ang, Mais hélas , mon cœur eft 
p:rcé de douleur, quand je penfè que 
lorfque ces pieds d'enfant auront acquis 
leur jufte grandeur, ils feront attaches à 
une croix, percés de clous & cruelle- 



jij(J Le XXL Jour de Décembre 

ment déchirés, parce qu'ils foutiend 
tout le poids du corps de mon Sau^ 
expirant, & qu'il en Ibrtira un fleuv( 
fang qui arrofera la croix , où ils ici 
attachés; & le Calvaire pour mon am( 







Jour de Zèle* 2^7 






■Il ■»!■■■■ I I— »— i 



LEXXII. JOUR DE DÉCEMBRE. 
JOUR DE ZELE, 

Pratique. 

Commencez la journée par remercier 
le Seigneur du zélé qu*il a eu jufqu'à 
préfent pour le falut de votre ame, zélé 
divin qui vient de fon exceflîve charité : 
demandez - lui - en de tout votre cœur 
la continuation, & qu'il vous pardonne 
d'en avoir fi peu profité : expofez- lui la 
jufte crainte que vous avez que ce zélé 
& cette divine jaloufie ne ceflent à votre 
égard , comme il en a menacé les pé- 
cheurs qui ne fe font pas rendus aux 
follicitations de fa grâce. Répondez à ce 
zélé de Dieu par le vôtre pour fa gloire, 
pour votre falut & pour celui du pro- 
chain , renouveliez Ibuvent cette prati- 
que, & ne manquez aujourd'hui aucune 
occafion de lui en donner des preuves» 



^ 



^^S^ Le XXII. Jour de Décembre^ 
Méditation sur le Zele^ 

Tirée de l* Evangile, i 

/Efuis la voix de celui qui crie dans le défends 
prépare^ la voie du Seigneur, (LuG. 3 .) 

Ne vous laflez pas d'entendre la voix, 
de ce grand Prédicateur, ne laiflez tom- 
ber à terre aucune de fes paroles ^ fi vous^ 
voulez. préparer les voies au Seigneur, 
& vous rendre digne de votre rédemp- 
tion qui approche , il a tant d^ardeur 6c 
tant de zélé pour le falut des âmes , que 
quand on lui demande ce qu'il eft, it 
oublie qu'il eft un homme , pour dire 
feulement qu'il eft une voix , qui parle y 
qui prêche , qui tonne & qui crie dan» 

le défert y ego vox clamant is in dtfertOi 

Profitez de fon zélé , réglez le vôtre 
fur le fien , & ayez comme lui pour ob- 
jet de votre zélé , Dieu , vous-même &. 
le prochain , & votre zélé fera parfait.- 

La gloire de Dieu eft le premier mo^ 
bile qui le fait agir , qui le met en mou- 
vement , & qui le tranfporte ; il veut le 
faire connoître ^ le faire adorer , le faire 
aimer , & il n'agit . & il ne parle que 
pour fa gloire ; le zélé en effet n'cft autre 
cliofe qu'un amour violent y lequel na 



{)ôiivant plus fe contenir dansfles borhes 
étroites du cœur où il eft rj^fermé , fe 
répand au dehors pour faire aimer le 
Dteu qu'il aime tui-même avec ardeur; 
& fans cet amour , le zréle n'eA qu*une 
ilïufion fpécieufe , une faillie d'humeur 
& de tempérament, une vraie colère 
déguifée , une paffion fandifiée fous des 
apparences de religion & f effet d'ua 
orgueil fecret cache fous àç.^ prétextes 
fpécteux. 

Un homme véritablement zélé , a en- 
core foi-même pour objet , & il com- 
mence par travailler à fa propre fanftift- 
cation. Jean-Baptrfte fe retire du rtionde, 
il feit pénitence , il macère Ion corp^ 
par les jeunes , pour le fou m étire à ret- 
prit ; & Jéfus-Chîift dit de lui , qu'il ne 
maTîgeodt pas & qu'il ne buvoît pas.Voilà^ 
la bafe du vrai zélé. Enfin il aime four 
prochain , il le fecoure , il met tout eif 
ufage pour procurer fon fâlut , fans autre 
Vue & fâms autre intérêt , c'eft la charité 
feule qui f anime , qui le fait parler, qui 1& 
feit agir & qui le prelle ; voilà un excel* 
fent modèle, travaillez à lui reflèmbler> 






2So Le XXIL Jour de Décembre. 

S E C O N D P O I M T. 

NE croyez pas que ce zélé foit une 
vertu retranchée aux feuls hommes 
a|)oftoliques , elle eft propre à tous les 
Œrétiens qui ont tous le même Dieu à 
aimer & à glorifier , chacun félon fa 
condition & fa manière : j'avoue qu'il 
eft un précepte beaucoup plus indifpenr- 
lable pour ceux que Dieu a appelle à la 
conduite des âmes , je fais qu il fait l'or- 
nement le plus glorieux & le plus brillant' 
des héros de la religion , & qu'ils font 
engagés par état à travailler à la gloire de 
Dieu, à TaccroifTement delà religion, ôc 
au falut des âmes. 

Mai$ il y a un zélé propre aux chefs de 
famille , pour porter premièrement par 
leurs bons exemples , & enfuite par leurs 
paroles & par leurs exhortations , les per- 
fonnes qui leur font foumifes à remplir 
tous leurs devoirs de juftice & de reliT 
giôn , pour les inftruire , ou les faire infi 
• truîre , pour veiller fur leur çon<;iuïte^ 
pour empêcher que le dérèglement ne 
s'infinue parmi eux , pour en corriger, & 
en réprimer tous les défordres avec vigi- 
lance, avec force & avec douceur; Se 
celui qui n'a pas ce zélé pour fes enfans 
& pour le moindre de fes domeftiques, 
eft, dans le fentiment du grand Apôtre ^ 



Jour de Zèle. 2^1 

pire qu'un infidèle y & efi infideli deterior. 
(i. Timoth. j. ) 

Il y a un zélé propre aux particuliers,' 
car comme ils font tous obligés d'aimer 
Dieu de tout leur cœur , ils font tous obli- 
gés de zéler fa gloire , de fe déclarer pour 
lui par-tout où ils fe trouvent, de ne rien 
fouffrir qui le déshonore, de foutenir fel6 
intérêts , fon culte , fa religion , de pro- 
curer le falut de leurs frefes , qu'ils doi- 
vent aimer pour Tamour de Dieu , de les 
relever quand ils tombent , de les corri- 
ger quand ils s'écartent de leurs devoirs, 
& ce zélé doit être ardent fans jamais 
mollir , difcret fans emportement & fans 
aigreur , pur , fans mélange d'humeur , 
d'intérêt, de refpeâ: humain & de vanité : 
examinez votre zélé fur ce portrait , & 
travaillez à en réformer tous les défauts. 

SEIiJTIMENS. 

J'Adore , p Dieu tout-puiflant ! ce 
zélé divin que vous avez pour votre 
propre gloire , zélé qui vient de l'amour 
infini que vous vous portez , & <^ue feul 
vous avez droit de vous porter a vous* 
même , parce que vous êtes infiniment 
aimable , & que vous connoiflez & que 
vous ailliez vos infinies perfedions. 

J'adore , ô mon Sauveur ! le zélé c\ 
ritable que vous avez pour moi; fans 



:£62 Le XX!lI. Jour de Décembr:^; 

je Taie mérité : votre incarnation , vo^ 
travaux , vos fouffrances & votre mort 
en font des preuves authentiques, dont 
je dois graver le fouvenir dans mon ame 
en caraderes inéfaçabîes ; ne retirez pas 
de moi, Seigneur, ni cet amour ni ce 
zélé , ni cette divine jaloufie, ce qui fe- 
roit pour moi le plus grand de tous ies^ 
malheurs. 

Ëmbrâfez bien plutôt mon Cœur d^uiî 
«éle ardent pour votre gloire & pour le' 
falut de mon prochain. J'en ferai bien* 
tôt embrâfé , i\ j'ai pour vous un parfait 
amour, puifqu'ilen eft le principe : mais- 
cet amour eft encore une grâce , je vous 
la demande , Seigneur ; car , hélàs ! je 
lais aflez & ;e ne fens que trop que je ne 
puis vous aimer fans vous, & fans que^ 
vous répandiez dans mon cœur par votre 
Saint-Efprit , cette divine charité qui me' 
porte premièrement vers vous comme- 
Ycrs un objet (buverainement aimable y 
& que je dois aimer de tout mon cpeur> 
de toute mon ame & de toutes mes for* 
ces ; lècondement, vers mon prochain ^ 
que vous voulez que j'aime pourramour 
de vous, parce qu'il eft votre image & 
Je prix de votre fang , comme moi ; je 
recevrai cette faveur & j'y répondrai 
avec toute la fidélité que vous me de-^ 
mandez , pour méritet toutes les grâces 



Jour de Zèle. s6f. 

attachées à votre naiflance temporelle^ 
& de vous aimer éternellement dans le 
ciel. 

Sentences de lafalnte Ecriture & des Ss^ Peres^ 

Sur LE Zele.^ 

JE fuis zélé à Texcès pour le Seigneur^ 
le Dieu des armées, (j. Reg. lo^ 
Le zélé de votre maifon m'a dévoré ^ 
Seigneur, & les outrages de ceux qut 
vous infultoient font tombés fur moU 

{P/alm. 60.) 

Le zélé de Dieu eft un or éprouvé par 
£e feu , c'eft la produâion de la foi , la 
flâme du divin amour , qui fait de no9^ 
cœurs un délicieux aliment pour Jéfus- 

Chrift. {D. Ambr. in Pfalm. 1 ï 80 

Voici Tordre que doit avoir le zélc 
pour la gloire de Dieu; c'eft de comment 
cer par s'examiner , fc reprendre & fe 
corriger (bi-même & enluitele prochain^ 

(X. Jttftin. de vira Solit,) 

Point d * , l' I n c a r n^ a t r o Ni 

Un^ Dieu fait homme.. ^ 

Dieu & l'homme ! ah quelle diftancc' 
infinie, & où trouver des termes* 
pour Texprimer ? puifqii'elle eft incom- 
réhcnfitle : mais ce même Dieu uni à^ 
L^homaie^& de Jl'union la plus forte ôc 



26^ Le XXII. Jour de D4cembre. 

la plus intime qu'on puiffe jamais fe rî-^ 
maginer, puifqu'clle eft hipoftatique , & 
que les deux natures font unies dans une 
feule Perfonne qui eft celle du Fils de 
Dieu : Ah ! il faîloit le miracle le plus 
furprenant & le plus extraordinaire de 
la toute-puiffante miféricorde de Dieu, 
pour rapprocher cette diftance infinie , 
pour former cette union prodiffieufe , & 
que Dieu prît tout ce qui etoit dans 
l'homme , & que l'homme prît tout ce 
qui étoit dans Dieu. Un Dieu éternel 9 
un homme fujet à la mort : un Dieu, qui 
eft un pur efprit , un homme de chair & 
corruptible : an Dieu Tout-puiffant, un 
homme qui eft la foiblcfle même : la 
Grandeur avec la bafleflc , la Lumière 
avec les ténèbres , Tlmmenfité avec un 

{)etit corps d'enfant : enfin l'Etre fuprême, 
burce , principe , créateur de tous les 
êtres avec le néant , quelle fiirprenante 
union ! 

Qu'eft-ce que Dieu ? c*eft un Etre fu- 
prême fubfîftant par lui-même , indépen- 
dant & de qui tout dépend ; Eternel , 
fans commencement & lans fin ; Immua- 
ble & qui ne peut jamais changer ; un 
pur Efprit , finiple y (ans compofition , 
lans mélange , (ans partage , fans altéra- 
tion & fans mouvement , quoiqu'il donne 
le mouvement à toutes chofes ^ préfent 

par-tout 



Jour, de Zèle* 'nSf 

par-tout par fon immenfité , qui pénétre 
tout, qui remplit tout , feul &.;unique 
Créateur du ciel & de la terre, des^ An* 
ges & des hommes , & de tout ce qui 
eft contenu dans ce vafte univers ; Maîr 
tre abfolu de toutes chofes fans que rien 

fmïffQ jamais réfîfter à fes adorables vo- 
ontés. Souverainement heureux en lui- 
même & par lui-même, & faifant le bon- 
heur & la félicité de tous les bienheureux^ 
feul ayant droit de s'aimer foi-même, & 
d'habiter avec des complaifances infinies 
dans fes propres grandeurs. Voilà , non 
la définition de Dieu , qui eft au-deffus 
de toutes les définitions ; mais une foible 
idée de cet Etre adorable , quis'eft abaifr 
fé à fe faire homme pour fauver Thomme 
qu'il aimoit. 

Qu'eft-ce que Thomme , s'écrioit le 
faint homme Job , l'homme à qui vous 
procurez tant d'honneur, & auprès du- 
quel vous pofez votre cœur ? {Job. 7.) 
C'eft une créature mortelle, que vous 
avez tirée du limon de la terre , elle eft 
plus foible que le rofeau , dit faintAu- 
guftin , plus fragile que le verre , plus 
légère que le vent , & plus changeante 
que la lune. L'homme eft, en effet yi^"^ 
fentiellement dépendant, fujet à la^c 
ruption , à la maladie y aux fQufTcHr 
&à la mort* . .r. 



1^66 Le XXII. Jour de Décembre^ 

- Que; de baflTçfle , que de mifçre d'un 
jpôtéy quç de grandeur de l'autre! ce- 
pendant cetjte grandeur vient s'unir par 
^incarnation à cette baflefle , quel fujet 
4'étoi>nement ,& quel motif d'ampur î 

Paraphrafe fur V^ntiçnnç 

O Rex gentium. 

ORoi des nations ! Roi des Rois , Sou*- 
verain Sçigneur du ciel $c de la ter- 
re , Roi chéri de tous les peuples qui ont 
le bonheur de vivre fous vos loix • fie 
qui faites tout leur |:)onheur ^ toute leur 
gloire $c toutes leurs délices. Pierre an- 
gulaire fur laquelle tout Tédifice de TE^ 
glife va être pofé & contre laquelle les 
portes de Tenfer ne prévaudront jamais* 
Seigneur Tout-puiflant , qui feul ave^ç 
la force de remettre dans le centre de 
runité les chofes les plus contraires, fie 
qui des différens peuples des deux allian^ 
ces , n'en allez faire qu'un feul , pour 
vivre dans la même foi , dans la même 
charité , pour le faire l'héritier de votre 
Royaume éternel ! hâtez-vous de venir 
opérer ce grand prodige , venez fauver 
l'homme que vous avez formé du limon . 
de la terre > mais que vous avez honoré 
de votre image , pour établir un parfajç 
amour dans une parfiaitç reileoiblancç, 



"^ Jour DE Zélé. 4^7 

Hommage à la chair adorable de Jéfus-Chr'ifi, 

dans la crèche* 

CHair adorable de mon Jéfus , chatte 
produftion d'un Dieu , qui eft un 
pur efprit, & d'une Vierge , qui eft plus 
pure que les Anges ; chair humaine & 
divine tout enfemble , humaine ^ parce 
qu'elle eft femblable à la nôtre , divine | 
parce qu'habite en elle toute la pléni- 
tude de la divinité , je vous adore & vous 
offre mes plus refpeftucux hommages. 

Je vous adore dans l'augufte fein de 
votre divine mère , où vous avez été 
formée de fon plus pur fang , par Topé- 
ration ineffable du Saint-Elprit, & où 
vous avez été renfermée Tefpace de neuf 
mois pour mon amour. Je vous adore 
dans rétable & fur la crèche où vous 
fouffrez les rigueurs du froid, pour m'é- 
pargtier les fouffrances que j'ai méritées. 
Vous allez croître par le lait que vous 
recevrez d'une mère Vierge , & je fou- 
pire après votre accroiflement pour ac- 
célérer mon bonheur : mais je le crains 
auifi ^ parce que quand vous ferez par- 
venue a votre jufte grandeur, vous lèrez 
percée & déchirée pour mes péchés. 

Chair adorable & virginale de mon Jé- 
fus ! purifiez , confacrez la mienne, pré'» 
fervez-la de toute corruption , afin qu'et. 
le reflulcite glorieufe & incorruptible* 



^ (58 ïsË XXIîî, Jour de Décembre; 



.s I . , , . I • ■ ■ .1 




^E XXUI. JOUR DE DECEMBRE^ 

JOUR DE RETRAITE. 

Pratiqua., 

Entez aujourd'hui dans votre retrait^ 
comme vous le devez (entir , l'ap- 
proche dp votre rédemption & de la naiC- 
fance de votre libérateiir, penfez beaur 
poup , défirez de même , parlez peu ^ 
excepté à Jéfus prêt à fortir de l'jaugufte 
fein de Majrie i il y a neuf mois qu'il y e(^ 
îrenfernié , penfez aux occupatipns inté- 
rieures de ce divin folitaire , évitez les 
ponverfations inutiles, lépàrez-vous deç 
compagnies & du tumulte du rnonde, 
ph Ton ne trouve pas Jéfus , retirez-vous 
n^me de celles de vos amis , quand ils 
^croient des faints , occupez Vous dans 
votre retraite à méditer , parlez à Dieu , 
^coûtez Dieu , & faites en filence votre 
iréparatîorii prochaine pour donner à J é^ 
us-Chrift une nouvelle naiflance dan§ 
Votrç.cqeuf^ ^ ^ 



^ 



jOuR DE BLETkAltE., 7.6^ 
Ï^ÉDITATION SUR LA RETRAITE/ 

Tirée de l^^vangile.: 

P R B if I E R P O I N Té 

1 • • • 

/£ fuis la voix de celui qui crie dans là 
défert. (Lue. i ) 

C'eft dans le filenee du défert où Tori 
prêche ^ où Ton entend la parole de 
Dieu avec plus, de fuccès ^ auflî Jean- 
Baptiftene crht pas. de voîb prêcher lai 
pénitence, ni dans Jérufàlem-, ni dans 
les autres villes de la Judée , mais dans 
le défei?c , où Ton: left plus recueilli , où 
Ton parle avec plus de liberté, où Fon 
ëcôiiteraveç plus d'attention, & où Dieu 
fe coniiniunique plus intimiemeht , &: aii 
pirédicatçur , poariui infprrer ce qu'il 
doit dire, (8c à l:^auditeùr,.pdur lui ap-«. 
prendre ce qu^iï doit faire. 

C'eft dans le délert où Dieu a toujours 
opéré fes plus grands prodiges , c'eft-là 
où il fait tomber fur fon peuple choifi 
une manne célefte , c'eft- là où il fçait 
tiref du rocher des eaux délicieufes pour 
étancher la foif des âmes auffi-bien que 
des corps : c'eft-là , dit le Prophète Jéré-^ 
mie 5 où le folitaire apprend à fe repofer' 
en Dieu feul, en s'élevant au-deffus de 
foi- même; (Jerem. 5.) c'eft-là où un Pro- 



i 



070 Le XXIII. Jour DE Décembre; 

{>héte nous dit que l'époux facré , mène 
es âmes choifies pour parler à leur cœur^ 
{Ofée u) 

C'eft auffi dans le défert & dans la fo- 
Htude où Jiéfys-Ghrift attiroities peuples 
pour nourrir leurs âmes des mets déli- 
cieux de fa divine parole , fans oublier de 
faire des miracles éclatans pour nourrir 
leurs corps; c'eft au défert & dans la re- 
traite d'ufne haute» niontagne/, où ce| 
adorable Sauveur mène fes trois difciples 
les plus chéris pour manifeft'er.fa^Ioire; 
c'eft-là enfin wiJlfe retitoitfouventf^àil 
pour prier. 

C'eft dans le défertr où Jean-.Baptifte 
exhorte & crie de toutes fes forces pou t 
préparer la voie au Seigoei^r parJa.péni-^ 
tence. Retirez-vous dans la folitude fi 
vous le pouvez , pour. vous préparer à la 
naiflance du Déiiré de toutes les nations ^ 
linon dans le fecret de votre oratoire , 
là penfez au bonheur que vous attendez > 
défirez-le avec ardeur, fermez votre por* 
te , félon le confcil du Sauveur , pour 
être plus recueilli , & afin que le Père ce- 
kfte qui vous voit caché dans votre re- 
traite , & qui vous entend > vous accorde 
ce que vous lui demanderez. 



Jôl/R DE RÉTRAif É. 2ft 
Second P a i n t* 

CE rfeft que dans la retraite, & jz^ 
mais dans le commerce du monde ^ 
où , à force de méditer & d'étudier , fe 
font formés les fages , félon le monde , 
ces fçavans des fiecles palTés , ces grands 
hommes , & ces vaftes génies qui nous 
ont laiffé ces beaux préceptes de moralef 
& ces marques éclatantes de leur pro- 
fonde érudition ? [Matth. i .) Ce n'eft aufli, 
à bien plus forte raifon que dans la re- 
traite & dans le (ïlence, où fe forme \t 
fage , félon TEvangile. En effet il faut 
être feul pour bien etudier& pour fe bien 
connoître foi-même ; il faut être feul pout^ 
méditer, pour goûter les vérités divines ,' 
&pourbîenconnoîtrela volonté de Dieu. 
D*ailleurs il faut deux chofes pour ac- 
quérir la vraie fageffe du Chriftianifme ; 
qui eft infiniment plus parfaite & plus 
fublittie que la fagelfe du paganifme : la 

f)remiere, c*eft de fcavoir parler à Dieu j- 
a féconde , c'eft de (çavoir écouter Dieu; 
il faut que Tame lui parle , il faut que 
Dieu lui parle , il faut qu'elle fâche para- 
fer par ta prière pour lui repréfenter fes 
befoins de manière à obtenir fes deman- 
des, & elle ne lui parle jamais mieux que 
dans la retraite : il faut que Dieu lur 
I^arle par fes infpirations & par fa grâce ^ 



ja7^ I-E XXIII. Jour de Décembre^ 

mais auparavant il faut qu'il fe conduife 
à la folitude pour parler à fon cœur ; car 
comme il elt jaloux de nos âmes , dont 
il eft répoux , il veut être feul avec elles ^ 
il eft ennemi du bruit & du tumulte , fa 
voix qui n'eft faite que pour les oreilles 
du cœur , ne peut pas être entendue par- 
mi le fracas & le bruit du monde ^ dont 
le langage eft trop tumultueux , pour ne 
pas ôter toute l'attention qu'on doit à 
celui de Dieu» 

Pourquoi l'homme fage, qui n'eft au- 
tre chofe que l'homme chrétien, fe reti- 
re- t-il dans la folitude ? c'eft pour fc 
chercher & pour fe trouver lui-même^ 
& il nefe trouve lui-mêrne que pour être 
plus- en état de chercher Dieu ; quand 
V on le clierche âinfî , on le trouve ïmaiL- 
liblement ; en le trouvant on le pofféc.e i 
& en le poffédant on pofféde le plus préj 
cieux de tous les tréfors^ 

Sentimens. 

Sortir de Nazareth , votre patrie , & 
mon Sauveur 1 avant même que de 
naître , & pendant que vous étiez en- 
core renfermé dans Taugufte fein de vo- 
tre divine Mère , être contraint de fortir 
.d'une ville ingrate par la dureté de Cqs 
Jhabitans , c^uoiqu'ils fuflent yo^ frgresj 



Jour 0e Retraite, ^jy 

Vous retirer dans une étable abandonnée 
& toute découverte , être obligé de prej> 
dre naiffance fur du foin dans cette af* 
freufe folitude au milieu de la nuit & de 
la faifon la plus rigoureuiè y fans fecou^rs 
& fans compagnie : Ah , Seigneur! c'eft 
commencer de bonne heure la vie foli- 
taire , & c'efl: nous en donner une le<jon 
bien pathétique. 

Fuir en Egypte prefqu'auffitôt que 
vous êtes au monde , y mener une vie 
cachée, y vivre inconnu de tous pen- 
dant les premières années de votra vie 
mortelle ; aller ainfî de folitude en foli- 
tude, comme fi vous étiez banni de toute 
ia terre , dont cependant vous éticzc te 
Souverain, & nienerune vie cachée juÇ» 
qu*aux approches de votre paffion. Ah ^ 
divin folitaire! quel exemple de retraite 
me donnez-vous ici! & comment puis-jc 
aller à la folitude de votre étable poui 
vous demander des grâces , fans prati- 
quer une vertu qui vous eft fi chère, Sx, 
que vous avez pratiquée vous-même 
Tefpace de trente années? puis-je en ap*» 
procher fans confulîon pour vous y ren- 
dre mes hommages & mes adorations^ 
avec ma dilfipation, mon peu d'amour 
pour la vie retirée , m6n envie de pa»- 
roître & mon penchant à me répandre 
parmi le monde; qui ne parle pas de 



274 Le XXUI. JoCr de Pecen(brè^ 

vous , parce qu'il ne vous aime pas , 6é 
qu'il ne vous connoît pas ? 

Je m'en retire à ce moment^ ô mon 
Dieu ! pour ne plus penfer qu'à me pré- 
parer à votre nailTance; mais ^idez ma 
foiblefle, fixez ma légèreté, dégoûtez* 
moi de ce monde impofteur que je n'ai 
que trop aimé; donnez -moi un libre 
accès à votre table, j'y établis ma de- 
meure, réfolu de n'en point fortir que 
ijuand vous en fortirez vous-même* 

Sentences de la fainte Ecriture & des Ss» Percs^ 

Sur la Retrait e, 

JE la mènerai dans la foHtude, où je 
parlerai à Ton cœur. ( Ofée i,) 

11 s'affeoira dans la folitude, & là il s*é-- 
lèvera au-deflfus de loi-même. [Thren. j.) 

Ame fainte î foyez feule pour vous 
conferver à Dieu feul , fuyez le nrronde,. 
éloignez-vous de vos amis & même de 
vos plus intimes. {D. Bern.fer. 40.) 

Le folitaire fe délivre de trois ennemis 
qui lui livrent bien des combats , qui, 
font fes yeux ^ fes oreilles & fa bouche» 

(JS. Ephrem. de vitâ Sp.] 



Jour de Retraite. 27^ 

Point de l' Incarnation. 

Un Dieu enfant. 

VOus trouverez un enfant, dit TAnge 
aux Pafteurs, & c'eft à ce figne qu'il 
leur marque la naiffance d'un Dieu Sau- 
veur , un Dieu & un homme : nous vous 
en avons fait admirer la prodigieufe dil- 
tance., qui n'a pu être rapprochée que 
par un miracle d'amour de ce Dieu tout- 
puiflant : maïs un Dieu & un enfant ^ 
emmailloté de pauvres langes dans une 
étable I c'eft quelque chofe de bien plus 
furprenant & de bien plus humiliant pour 
un Dieu, & la divinité jointe à Tenfance eft 
un miracle bien plu5 incompréheniïbler 
Auflfi le Difciple bien-aime ne dit pas : 
Dieu s'eft fait homme , mais qu'il s'eft 

fait chair, & Verbum carafaSum eji ; (Joan* 

1.) autrement on auroit pu s'imaginer 
qu'il auroit pris un corps humain dans le 
terme de fon jufte accroifïement & de fa 
petfedion pour éviter les humiliations 
de l'enfance : mais en difant qu'il s'eft fait 
chair, c'eft nous faire entendre qu'il 3 
pris une chair nouvellement formée dans 
le fein de fa Merc , qu'il a attendu le 
terme ordinaire pour en fortir , & qu'en- 
fin il eft né d'une manière , qui bien que 
loiite pure & toute coaiacrée ^ n'^voit 



ii-jô Le XXIÎL Jour de DicEÏiBRÉ.- 

rien cependant en apparence qui rele- 
vât cette naiflance au-deflus des autres 
enfans. 

t Notre enfance ne nous eft point à 
charge , parce que notre raifori n'étaht 
]point encore développée y nous n'en 
Ibntons point la difgrace : mais Tenfance 
de Jéfus-Chrift eft jointe à une fotive- 
raine raifon , dont il eut le parfait ufage 
dès le moment de fa conception : ainfi 
fon amour le mgt avec réflexion dans cet 
état 11 humiliant & tout-à-fait indigne de 
fa fouveraine grandeur. 

Enfin, c'eft dans cet incompréhcnfible 
Myftere d'amour & d'abaiffement , que 
ce Dieu tout-puiffant permet qu'on Tent- 
niaillote , parce qu'il s'cftfair enfant : & 
que ce fouverain Seigneur , qui nourrit 
le ciel &c la terre, eft obligé d'avoir re- 
cours aux facrées mamelles de Marie ^ 
pour fucer le lait d'où va dépendre U 
vie de l'auteur même de la vie ; parce 
que l'amour qu'il a pour les hommes Ta 
réduit, tout Dieu qu'il eft, dans l'état 
d'un foible enfant. 

Tant il eft vrai , dit faint Auguftin ^ 
que nous devenons ordinairement ce 
que nous aimons ; aimez la terre , vous 
deviendrez terre ; aimez Dieu , vous 
deviendrez Dieux : Dieu a aimé l'hom- 
pie >. il s'eft fisiit homme ; ila aimé l'eim 



Joun DE Retraite. 077 
fance , il s'eft fait enfant. ( Serm. de di^ 

\.trjis» ) 

Paraphrafe fur V Antienne 

O Emmanuel. 

O Emmanuel! c'eft-à-dire ô Dieu avec 
nous , & c*eft dans cet augulle myl^ 
tere , ô mon adorable Sauveur! quon 
peut à jufté titre vous attribuer ce glo-^ 
fieux nom , qui vous eft fi précieux & (î 
ftivorable , & plus dans le tems de votre 
naifTance ^ que dans tout autre tems : 
car , hélas ! le péché nous avoit éloigné 
de vous , il avoit formé un cruel inter- 
valle entre vous & les hommes, il falloît 
une miféricorde infinie & un miraclç d'a- 
mour pour le rapprocher. 

Vous le faites , ô Dieu de bonté ! dans 
le myftere de l'Incarnation , vous péné-^ 
trez les efpaces infinies qui (ont entre le 
ciel & la terre , vous defcendez du trône 
éclatant de yotre majeftç , vous venez 
naître ) vivre & convcrfer avec nous^ 
vous fairp femblable à nous pour facili^^ 
ter nos approchas ; nous étions , hélas ! 
fans conducteur, & vous vene? comme 
un Roi , comme un père , comme un 
ami, comme le 4éfîré de toutes les na* 
tions , & enfin comme un puiflant libé- 
l?apeii.r pour i)ious délivrer du péché, 



1 78 Le XXIIL Jour de DècEilBRe* 

la mort & de l'enfer ; venez donc , ô 
mon Dieu& mon Sauveur! pour nous 
recourir. 

Hommage au fang de Jéfus - Chrift dans la 

crèche. 

SÂng adorable qui commencez à côu« 
1er dans les veines de mon Jéfiis^ qui 
foutenezla vie de ce divin Sauveur dans 
rétable y & qui la foutiendrez Tefpace 
de trente trois années , jufqu'au trifte mo- 
ment marqué dans les décrets de Dieu ? 
duquel il fera répandu pour le falut de 
tous les hommes 9 je vous adore de tout 
mon cœur : coulez à la bonne heure 
dans ces veines enfantines & fous cette 
chair délicate ^ pour Tanimer & pour la 
conduire jufqu'a fon parfait accroiffe- 
ment : j'ai droit fur toutes les gouttes 
dont vous êtes compofé, puifque vous 
êtes le prix de ma rançon , î'augufte ma- 
tière & le glorieux inftrument de ma ré- 
demption. 

Sang adorable , vous brûlez d'ardeur 
d'être inceffamment répandu pour accé* 
lércr mon bonheur ; mais mon Sauveur, 
qui, félon l'oracle du Prophète , veut que 
ma rédemption foit abondante y attend 
nue ks veines foient groffies par la fuc- 
flîon des années , pour en contenir & 
\\xt en répandre une plus grande quan*. 



Jour de Retraite. îtj^ 

cité : mais hélas ! je frémis quand je penftt 
que le faiig de ce Dieu Sauveur^ que j'a^ 
dore, fera un jour tiré de fes veines fur 
le Calvaire par la cruauté des bourreaux : 
mais auflî ce qui fait le fujet de ma crain^ 
te & de ma douleur^ fait celui de mon 
^fpérance & de mon bonheuréterneU 




tfSo La Veille de Noël; 



LA VEILLE DE NOËL. 
JOUR DE SALVT. 

Pratique* 

REffouvenez-vous à votre réveil de 
ces eonfolantes paroles du grand 
Apôtre aux Philippiens : Nous attendons 
un Sauveur^ qui eft notre Seigneur Jéfuf, 
& que cette efpérance qui ftra remplie 
demain, vous caufe une fainte joie. (.Phi- 
lip. 2.) Rendez-lui par avance vos pre- 
miers hommages dans Tétable où il va 
prendre naiflance , puifque c'eft là où il 
commence à en remplir les glorieufes 
fondions par les - humiliations , par la 
pauvreté & par les fouffrances qu'il y en- 
dure pour l'amour de vous ; mais pour 
répondre à fes adorables defleins, dirigez 
tellement toutes vos vues & toutes vos 
aftions de la journée , qu'il n y en ait au- 
cune qui ne tende à cette fin fi impor- 
tante ,/& dont vous ne puiflîez dire, je 
travaille pour mon falut. 



Méditation 



fcorps qui étoit un chef d'œu vre de fa puiP 
fance,defagrace&defonamourpourlui 
donner la vie , & pour confommer ainfi 
le myftere ineffable de notre rédemption» 
Ame toute adorable de mon divin Sau- 
veur , vous eûtes alors , & dès ce premier 
moment , le parfait ufage de la raifon f 
quoique vous fuffiez renfermée dans un 
petit corps nouvellement formé, & placé 
dans l'augufte fein de Marie ; vous pen- 
dez alors & d'une manière infiniment 
fublime , vous adoriez le Père célefte 
d'une manière digne de lui , vous l'ai- 
miez d'un amour infini & autant qu'il eft 
aimable : vous acceptiez déjà pour l'a- 
mour de moi l'état humilié où vous étie% 
réduite , & les rigueujrs où vous alliez être 
expofée dans l'étable & fur une crèche 5 
& les dilgraces nombreufes des trente- 
trois années de votre vie mortelle ^ les 
perfécutions que vous deviez fouffrir de 
la part des Juifs ; en un mot vous accep- 
tiez le facrifice de la croix & la mort la 
plus cruelle & la plus infâme , pour me 
racheter au prix de tout votre fang. Je 
vous dois donc ma rédemption, ô ame 
toute fainte ! mais acceptez le facrifice 
entier de la mienne ; je vous la confacre, 
acceptez -la, purifiez -la, éclairez - la j^^ 
fandifiez-la , 6c rendez-la digne de vom 
aimer éternellement dans le ciel. 

Bb 



'tf^ Le Jou* de Noël, 



» ' ' i ' I . 1 J ■! ■ ■ n » 



LE JOUR DE NOËL. 

PRATIQUE. 

VOicî enfin le grand Jour après leque) 
la terre foupirok depuis tant de fié»- 
clés ; voici l'heureux accomphfiement 
des promefies de tous les Propnétes y de^ 
défirs de tous les Patriarches & de tous 
les J ufies de la Loi ancienne ; voici le 
bienheureux moment qui approche ^ ao-^ 
x^uel nos liens & nos cnaînçs vont coji^r- 
jmencer à fe rompre : nous allons être 
délivrés de la cruelle captivité du péché^ . 
de la mort de de l'enii^r , pour jouir de U - 
liberté des enfans de Dieu qui nous ferf 
jMTocurée par le divin Enfant qui va pa*' 
roître , & le ciel va s'ouvrir en notre fa^-- 
veur par cet incomparable libérateur qui 
|>rena naiâance aujourd'hui dans une 
pauvre érable & fiir une pauvre crèche ; 
au milieu de deux animaux , qui va^ pour 
ïiotre amour , commencer dès cette nuit 
la pénible carrière de fa vie , & qui I9-' 
fournira jufqu'à la fin en héros cuvin^ 
parmi les fatigues^ les traverfes , les hu- 
piiliations & les fouffrances ^ Tefpace de 
trente-trois années , toujours occupé aux 
}euvres de la charité la plus arflpn|:e Çcl^t* 



L« 3 O U R D t N O EL. 29^ 

fAu5 laborieufe à la conquête des âmes ,1 
& qui ne la finira que par Is fUppîîSC Is* 
plus horrible & par la rriort la plus cruelte' 
& la plus infâme aux yeux des hommbt 
fur le calvaire. 

Paffez cette grande Fête dans la plut* 
grande piété & dans la plus grande fer-" 
veur que vous pourrez ; ne faites rieil^ 

2ui ne convienne à la faintété du jour,' 
)ye2 toujours ou en prière, ou en oral-* 
fon , ou en adion de grâces , ou eh feri- 
'. timensde tendrefle pour cet adorable^ 
; Enfant, ou occupé à la ledlure , ou à W 
; divine parole , ou aux offices de TEglife. 
• Gardez-vous bien de rien donner au-^ 
jburd'hui au monde , ni même aux plaî-"* 
flrs permis ; parce que tous les momens* 
dfc ce jour , qui eft un jour de vie, dfe 
gtâce & de rédemption , font infiniment 
ptécieux, & que vous devez mettre toufcf 
ôfll ufage pour renaître fpirituellemeni? 
avec Jefas*Chrifl: , & pour ne rien laiflTer^ 
perdre des grâces qui font attachées à"* 
ce grand my ftere. 

Commencez à célébrer cette Fête fi 
{blemnelle dès la nuit , puifque c*eft le 
temps auquel notre adorable Sauveur eft 
né : entrez en efprit dans Tétable de Beth- 
léem , & n*en fortez point de la journée : 
Jéius naifiant dans une étable , couché 
fur une crèche comme Fenfant du plut 

Bb2 



tt9* ^f' Joun D£ No Ci; 

j)auvre de tous les hommes^ çft un (ti^ct 
aligne d'occuper tout votre elprit i& tout 
votre cœur, non-feulement 4ans l^e jour 
/>ùil y repofe, mais encore tous les jonrç 
4e votre vie. Artifte:^ ayec tipcueill^emenf 
J^ avec une ardeur de Séraphin aux trois 
^Mefles qu'on célèbre aujourd'hui , pour 
fjous marjquer que tous les Hommes qui 
x>nt vécu fous la loi de nature , fous la 
loi écrite , &: qui vivent & qui vivront 
fous la loi de grâce., n'ont pu <& ne peu- 
vent fe fauver que par Jélus-Clirift ;qui 
prend naiflance a.ujo.urd'hui. 

Dans Tune de ,ce,s trois Meflfes vou$ 
déplacerez avçç ^^n profond refpeâ: Je- 
fus-Cbrift (Je fa crèche pour lip placer 
çn fubftançe auprès de votre cœur pat 
Ùl fainte communion ; préparez-vous-y 
avec tant de ferveur y q\xç vous puiffie? 
par le feu de votre 3mour réchauffer la 
chair délicate de ce divin Enfant tout 
^ranfi de fro;d dans fon étiable , $c en niê- 
ipe temps embrâfer votre coeur des fairii- 
tes arcieurs de la charité qui brûle ^jiçej& 
j^mmjpnt dans le Hea^ 



.%^ 

# 



1é Jour de NoteI, «p^ 

Méditation sur la Naissangi^ 
t>E NOTRE Seigneur Jé^us-CHRist f 

Tirée de l^EvangiUd 
Crémier Païif:^* 

rOus trôuyere:^ un Enfant emmaUloté f & 
couché fur une crèche^ (Luc. 2.) 

Ce font les paroles de l'Ange du Sei-», 
gneur adrëfTéder aux bergers qui veilloieut 
fur leurs troupeaux pour leur annonce^ 
la naiflance d'un Dieu Sauveur ;écoutez-' 
les avec refpeât , puifqu'elles s'adreflenc 
à vous auflî bien qu^à cts pafteurs ^ join 

;nez-vous à eux, allez en efprit à cette? 

table mille fois plus augufte & plus reP 

SeAable que les plus magnifiques palais^ 
es plus grands Rois de la terre : vous / 
trouverez d*abord un Enfant couché fuC 
une crèche, mais cet Enfant eft un Dieu« 
Comment accorderez- vous la grandeuC 
fuprême d'un Dieu, avec la foibleflfe d'uw 
Enfant ? quel prodige d'humilité & d'a- 
mour tout enfemble î & quel puiffanf 
motif pour abaiffer ou pour confondre? 
votre orgueil , & pour nous engager si 
l'aimer de tout notre cœur. 

Sb5 



•2Sî4 I-* Jour de Noei. 

§i vous n*étiez pas éclairé des lumières 
-de'la foi , à lafeule vue de cette étable^ 
de cette crèche , de ces pauvres langes 
6c de cette enfance ; n'hé(iteriez-vous 
pas , & ne vous demanderiez-vous pas à 
vous-même , fi cet Enfant ne prena pas 
la place de l'ambitieux mondain qui eft 
puni de la main de Dieu , parce qu'il a 
mérité les humiliations les plus honteu- 
'fes ; ou s'il repréfente le jufte qui s'humi* 
lie par vertu, par fentimentôc par amour, 
pour mériter les récompenfes promifes 
•aux humbles ? 

Quand vous faites attention à fon ex- 
trême pauvreté , ne vous demandez- 
-vous j>as fi cet Enfant n'a point encouru 
ia difgrace du riche avare , qui a mérité 
d'être dépouillé de tous fes bi^ns ; ou s'il 
eft le modèle du parfait. chrétien , qui 
méprife les biens de la terre pouçmériter 
dcpdfféder ceux du ciel? 

Mais inftruit par la foi & par une infi- 
nité de glorieux évenemens , je dis que- 
Jéfus-Ghrift fur la crèche eft l'un & Tau- 
^tje , i5c que fon amour infini pour les^^ 
"'hommesquira humilié, qui l'a dépouillé, 
îî'aaufli engagé de prendre fur foi le châ- 
*timent que méritoit le premier , & de 
•fervir xle règle & de modèle au féconde 
Ainfî, ô mon Sauveur ! vous êies ici m» 




1e JÙiJ'K DÉ NôeL. ip^ 

tSàûtion^ vous payez pour moi , & vous 

iè%cs le modèle que je veux imiter ; ie 

veux m'iiumilierôc me dépouiller, parce 

. <^e je le mérite, parce que je veux vou«^ 

:akner ôc fuivre vos traces* 

S E C O N IT P O I N Té 

Onfidérezencoreplusattentivemeftï 
ce Sauveur naifFant , voyez ce qu'il 
fouffre ^ c'eft un Enfant qui vient de naî- 
tre , il eft expofé dans une étaWe ouverte 
de tous côtes , à la rigueur de la faifon f 
au milieu de l'hiver & de la nuit, & 
•coucbé durOTnent'fur une crèche ;*fait€S^ 

.attention que* cet Enfant qui fouflfre.eft 
on Dieu eflentielJçment heureux par lui-^ 
même ; que penfez- vous de cette joie^ 

• de cette douleur jointes enfemble ? 
Médite»z férieufement aux pieds dd 
cette crèche, appeliez La foi à votre fe- 
coyrs , elle vous dira que l'amour de ce 
Sauveur pour les hommes Ta réduit, tour 
jtîuiflant <le Dieu qu'il eft dans cet étac 
douloureux j-parce- qu'il en veut à notre 
cœur , & qu'il veut pour le rendre digne 

•fies tendrefFes du fien, le purifier Scie 
dégoûter de la volupté des fens par les^^ 

-ifouffrances , afin de lui procurer plus fur! 

.'«ement des plaifîrs purs &c éternels» 



2f;6 Le Jour de No Et; 

Dans cette vue, il cède tous les drorfi? 
que fon bonheur 'eflentiel lui donne , il 
le livre & il s'abandonne volontairement 
à l'impreffion delà doukeur, il rufpcnd, 
en ma faveur, par un miracle.de fon 
amour , cette communication de joie & 
de plaifir qui devroit être naturellement 
eatre la divinité & l'humanité ; il retient 
& il éclipfe le rejailliflement de gloire fur 
fon corps , qui fans ce miracle , feroit 
impoffible, pour le rendre fenfible à la 
douleur , afin de fatisfaire à la juftice de 
Dieu pour les plaifirs criminels dont les 
hommes font coupables , en attendant 
qu'il confomme fur la croix ce facrifice 
de douleur qu'il commence aujoiurd'hui 
dans l'étable : le temps , le froid , la nuit, 
le lieu, tout confpire à en faire un En font 
de douleur. Que ce fpeftacle eft tou- 
chant ! & quelle condamnation pour ma 
délicateffe & pour ma tacheté ! & quet 
engagement à fouffrir dorénavant pout 
pies péchés & pour fon amour l 

Sent j^m rn s^ 

EN quelle étrange fituation vous voîs- 
je ici , ô Dieu Tout-puilïant & Dieu 
Sauveur!, vous paroiflez. à mes yeux ic 
V0U5 êtes véritablement un enÊa^tj. vous 



Le Jour jde Noël: 2^ 

venez de naître & de naître pour mourir, 
& la foi me dit que vous êtes un Diea 
éternel : vous prenez nailTance dans une 
pauvre étable abandonnée ^ & le ciel eifc 
votre demeure ; fur une crèche, & votre 
trône eft un trône de gloire ; placé entre 
deux animaux , & dans le ciel vous êtes 
environné de Séraphins ; dans les ténè- 
bres de la nuit , & vous êtes la lumière 
qui éclairez le ciel & la terre ; vous fouf- 
frez le froid , & les Prophètes me dilent 
que vous cks un feu confumant; fur du 
foin comme le plus pauvre de tous les 
hommes , & vous êtes la fource de tous 
les tréfors. 

Mais > ô mon EHeu, faut-îl que ceux 
pour qui vous avez, tant fouffert, vous 
feffent aujourd'hui tant d'outrages ? En- 
fance de mon Jéfus , qui êtes le figne de 
Ion humilité , que vous êtes à préfent 
méprifée par les fuperbes & par les ambi- 
tieux , qui s'imaginent qu'il cft permis à 
une vile créature de s'éleverinjuftement^ 
pendant que fon Dieu & fon Sauveur 
s'abaiffe , s'humilie & s'anéantit pour gué-' 
rir fon orgueil & pour la fauver ! Pauvres 
langes de mon Jéfus naiffant , que vous 
êtes fou vent deshonorés , foulés aux pieds 
& déchirés par les avares & parles moiv- 
ààins qui «outent apràs k$ rickçâes ^ 



^ 



\fltpS Le Jouft DE No Et, 

les vaines parures ^ pendant que leur fbtr-^ 
verain Se^neur fe dépouiUe de tout pouf 
leur infpirer le détachement ! Eurble n« 
;oureu^ ^ divines ibuffrances de mo^ 
lauveur Enfant ^ que vous ^tes peu con-^ 
nus pat les voluptueuir de par les délicats- 
• monclains , qui veulent goûter les faufles 
>oies du monde & fe livrer aux plaifirs^ 
desfens , pendant qu'un Dieu fait homme 
eft dans la douleur & dans les larmes ! 

Pardon , 6 divin Enfant ! regardez moi 
•d'un œil de bonté aux piecfe de votre 
crèche où }e fuis profte me en efprit, pour 
tvous adorer , pour vous rendre mes hom- 
mages 5 pour vous marquer mes refpefts 
>'& mon amour, & pour vous dem^andet 
miféricorde : accordez-moi la grâce de 
•renaître avec vous, venez vous-même 
renaître dans mon eœurpox« le rendre' 
'digne de vous pofféder éternellement 
dans le ciel. 

Mommagt à la divinité de Jéjus dans la crêcJUm 

CEleftes Intelligences , Chérxïbins qui 
brillez par vos lumières , Séraç^ins r 
qui brûlez du plus fervent& du plus pur 
amour, fourniflez-moi & vos lumières & 
Tos ardeurs pour connoître , pour aimor 
-Jk pour adorer daos la crèche Ijsi même 



Le Jour ete Noël. 29^ 

Divinité àqui vous rendez incefïamment 
Vos hoaiaiages iSc vos adorations 4^ns le 
ciel ; une Divinité dans une étabie qui 
lui fcrt de palais , fur une crèche qui lui 
-llett de trône, dans une chair mortelle & 
^^an^ un corps^ d'enfant nouvellement iot^ 
mé qui lui fert de (ànâuàire ^ & entre 
4leux animaux qui fervent de courtifan» 
au Roi des Rois : un Dieu Tout-pmiflàRt 
renfermé & caché fous tant de voiles , 
lui qui remplit le ciel & la terre y ô pro- 
dige inouï ! ô miracle des miracles ! ô ex> 
taie ! ô tranfpolîtion l qui doit furprendre 
& réjouir tous lcs/«iortels ^ puifque c^^eft 

Eour leur amour jÇcrçn leur faveur que 
)ieura bien voulu fajre, & que ce Dieu 
de bonté s*eft iiait hanrme , afin que dey 
hommes il en 'fit des,Dîeux. 

Divinité adorable, levons rends mes 
plus refpedueux 8c mes plus tendres- 
hommages , non fur le trône de gloire 
que vous occupez dans le ciet au milieu 
des Séraphins , mais dans l'étable , mais? 
dans le corps d\m foiWe enfant où vous 
réfidez à préfent : là vous habitez une 
lumière inacceflîble, & mes yeux font 
trop foiWes pour les fixer fur un objet (î 
brillant & fur un foleil d éWouiffant ; ici 
vous êtes renfermée dans un corps d*en- 
i&nt que mes yeux peuvent fupporterJD 



^00 Lê Jour de NoEt^ 

)e ne pouvois pas voir un Dieu^ rriâïs'fe 
puis voir un enfant qui vient de naître, 
& cet enfant eft mon Dieu y parce que 
la plénitude de la Divinité habite en lui 
corpofellement. Recevez-fà mes horn^ 
mages , ô Sauveur r en attendant que je 
vous les rende pendant une éternité 
toute entière fur votre trèiie de gloires 
dms le cieL 



^i4©àk^ 




^ 




^""^^ 






^^SS^^S^gE^^^^^SS^^ 




mm 



PARAPHRASES AFFECTIVES 

SUR L'EVANGILE, 

Tour / entre j:enir pendant le Jour & les 

Fêtes de NoëL 

TEXTE. 

^Efar^AuguJte fit publier un Ê dit pour faire 
H^ lé dénombrement des h(?.bitan.s du monde„ 

I. P A R A P H R A S E. 

Vou^ n'êtes pas encotje né, ô divin 
Enfant , que Tambitiou déméfurée, jointe 
à l'avarice d'un Prince de la terre > dont 
yous étiez le Souyerain vous-même, 
V'€>}iks oblige de quitter votre patrie, & 
de vous expoièr à un long & pénible 
voyage, dans la faifon la plus rigoureufe 
de l'année , pour aller naître en pauvre 
& en péletin djans une terre étrangère , 
non dans une maifon, comme les plus 
deftitués des biens de fortune , mais dans 
une étable découverte & abandonnée • 
& fur une pauvre crèche. Quoique re: 

fermé dans ie feia de votre divine mea 



302 Paraphrases atffctives 

vous fentiez toate cette difgracej votif 
foufFriez avec Marie qui vous portoit , 
vous foufFriez avec faint Jofeph qui vous 
conduifoit , parce qu'ils louffroicnt l'un 
& l'autre pour Tamour de vous, & vous 
fouffriez par obéiffance à un Prince ido- 
lâtre à qui vous n*en deviez pas , parce 
3u*il étoit votre créature, quel miracle 
'humilité, d'obéiflance & d'amour tout 
enfemble! Ahl fi vous foufFrez de fi 
bonne heure & avant même que de voir 
le jour , quel trifte pronoftic nous don- 
xiez-vous par ces douleurs anticipées de 
£e que vous allez fouffrir dans tout le 
cours de votre vie mortelle., & avant' 
que de confommer le grand ouvrage 
de notre rédemption fur la croix? mais 
quelle condamnation de ma délicatefle 
& de ma lâcheté , qui fe récrie & qui fe, 
révolte à la moindre foufFrance, quoique 
je mérite de fouffrir, parce que je fuis' 
pécheur. 



«T^ 






/ 



jSVR j.'EVAi4GJLE, ÎOJ' 

TEXTE. 

Ofcph partit avec Marie de Nazareth pour 
fc fAirc infcrirç à BuIUcetrip (LuC- 2^ 

ÎL Paraphrase. 



Adorable Enfant^ vous partez avec 
Marie & Jofeph , parce que vous le vou- 
lez ainli^ iSc vous partez ians aucun délai 
malgré les diflScultés qui fe rencontrent 
à un voyage fi rigoureux , parx:e que 
vous voulez me donner un exemple de 
la pliits prompte obéiflance &; du plus par-^ 
fait détacbement, non-feulement quand 
il faut fe foumettre aux ordres de Dieu ,, 
«lais encore, à ceux des Princes de la 
terre lîc de tous 1^ fupérieurs quels qu'ils 
ibient ; & , pour obéir comme vous le 
laites dans ce voyage , vous vous expofez 
fans balancer à une infinité de fatigues* , 
xie rigueurs & de difgraces. Seigneur ! fi 
vous aviez pris naiflfance dans votre mai- 
fon paternelle de Nazareth , oh le myf- 
çére de votre Incarnation s'ett accompli, 
vous n'auriez pas été deftitué des corn-; 
modités de la vie dans une occafîon Cif 
>reflante ; mais vous voulez être un 
nfant d'obéiffance & un homme de do» 

ieurs pour me racheter, & pour m'apr 



5^4 'Paraphrasés affectives 

prendre à obéir & à foufFrir pour votre 
amour , & pour làtisfairè à votre juftice , 
parce que je fuis pécheur. 

Maltieur à moi fi j'oublie cette divine 
leçon , que vous me donnez même avant 
de naître. Plaifîrs fcnfuels , attaches im- 
parfaites y je renonce de tout mon cœur . 
a tout ce que vous avez de plus flatteur 
& de plus féduifant; révoltes fedretes, 
délais inventés par la pareflTe & par Ta- 
mour propre, mdépendance, je vous 
détefte ; mon Jéfus encore renfermé dans 
iè fein de fon augufte Mère, m*apprend 

f)ar fbn exemple que l'on ne mérite la 
iberté des enfans de Dieu que par To- 
'béiflance, & les plaifirs les plus purs, les 

fdus' durables & les plus délicieux de 
'autre vie , que par les fouffrances , les 
privations & les mortifications de celle-ci. 

TEXTE. 

Ofepk partît de Nazareth pour fc faire 
infcrlre à Bethléem. (Luc. 2.) v 

III. Paraphrase. 

Vous vous laiffez conduire , ô divin 
Enfant , par faint Jofeph , & porter par 
votre divine Mère, de Nazareth votre 
patrie à Bethléem , & vous le faites par 
obéiflance à un Prince adorateur des 
Idoles , & que vous aviez d^jà réprouvé 

pour 



/ 



Jour ûe Salut. aSi 
Méditation "sur le Salut, 

' Tirée de V Évangile. 

Premier Point, 

/'L fera le Sauveur de fon peuple j en le deli^ 
vrant de f es péchés. (Matth. C.) 

Cqs paroles furent apportées du ciet 
par un Ange , & adreflees à faint Jofephy 
pour le guérir de toiit Ibupçon Ôc de tou* 
te crainte fur l'incomparable pureté de 
Marie fon époufe , en raflurant qu'elle 
étoit enceinte par l'opération du Sainte.» 
Efprit , & qu'elle enfanteroit un Fils qui 
feroit nommé Jéfus y c'eftà-dire , Sauveur y 
parce qu'il déliv'reroit fon peuple de fes 
péchés. (Are/72, j.) Voilà la prophétie qui 
nous doit être infiniment agréable & in- 
finiment intéreflante , puifque c'eft la 
prophétie de notre proprefalutjpenfez- y, 
& recevez-la avec la même joie, qu'un 
€3^ilé dans un pays barbare .recevroit la 
nouvelle de fon rappel dès le lendemain 
dans le centre de fa propre patrie ; qu'urt 
malade depuis long-téms recevroit celle 
de fa parfaite guérifori ; qu'un efclave 
accable de maux, celle de fa libertéi 
entrez dans les fentimens de ces malheu- 
reux, entre le tems de la nouvelle &: de 
l'événement , quels feroient leurs tranf- 



i282 La Veille de Noël. 

ports de joie , & quel accueil & quelles 
carefles feroient-ils à leur libér^eur ? 

Voilà, dis-je , l'oracle & U prophétie^ 
mais nous en aurons fûrement demaii^ 
Vaccompliflement ; penfez-y, occupez^ 
vous-en, préparez-vous-y avecempreP- 
fement & avec joie : mais en vous livrant 
à une fainte joie , ayez foin de nétoyer 
votre ame de tout ce qui pourrait dé- 
plaire au divin libérateur que vous at- 
tendez. 

Le Prophète ¥are en étoit éloigné de 
plufîeurs fiécles , cependant il défîroir 
ce Sauveur avec ardeur, il le demandoit 
aux cieux&àlaterre, quand il difoit dans 
festranfports myftérieux : Cieux, ouvrez- 
ifous , rompez -vous pour laifler pafler 
celui que je défire, faites-le defcendre fur 
nous comme une pluie & comme une ro* 
fée de bénédiâion ; terre, ouvrez votre 
fein & faites- en fortir le Sauveur comme 
un germe précieux, {Ifaïe 45.) Nousfom- 
mes à la veille du Sauveur & du falut , 
occupez -vous aujourd'hui des mêmes- 
fentimens & des mêmes défits. 

Second P o i n t. 

COmme Je falut n'eft pas l'ouvrage de- 
Dieu tout feul, mais celui de Dieu^ 
& de Fhomme : & que ce Dieu tout-puiG 
&nt qui nous a faits fans nous ^;dit làint 



Jour de Salut. i^f 

sJiuguftin^ ne nous faiivera pas (ans nous; 
:de là vient qu'on ne fe fauve pas toujours 
quoiqu'on ait un Sauveur, & qu'on n'a-» 
«hete pas toujours le ciel , quoiqu'on ait 
en main de cjuoi s'en mettre en pofleffion. 
Il eft de foi que Dieu veut fauver tous les 

JdOmmes, Deus vult omnes hommes falvosfieri^ 

jdit l'Apôtre ; ( i.Tim. 4.) mais il y a bien des 
hommes qui ne veulent pas fe fauver;' 
car il faut que la volonté de Dieu & la- 
Tolonté de Thomme concourent enlem- 
l)le pour en affurer l'événement. Dieu a' 
jnarqué fiiffifamment fa volonté (incerie 
par fon Incarnation , par fa naiflfance dans 
une étable , par fes louffrances & par (à 
mort; mais tous les hommes ne veulent 
pas entrer dans les voies qui leur en mé-* 
jriteroient l'application, ni garder les pré* 
ceptes, ni entrer dans la carrière de la 
pénitence , leur mollefle ne s'en accom- 
mode pas , ils pofl'édent tous les mérites^ 
& le fang de Jéfus-Chrift , qui eft un prix 
plus que fufïifant pour acheter le ciel ; 
mais , plus amateurs de leurs corps que 
de leurs âmes , ils ne veulent pas fe fe.rvir 
de ces tréfors infinis, qui leur Ibnt offerts, 
parce qu'il y faudroit ajouter la mortifia 
cation & la pratique dès bonnes œuvreâ 
qui feroient violence à leur délicatefle; 
ainfî on peut dire qu'ils ne veulent pas fe 
feuvet , & on ne peut pas fe fauver (ans le^ 



284 La Veille de Noee. 

vouloir ; & quand on le veut efficace^ 
ment , on prend les moyens pour arriver 
à cette fin : il faut préférer Taffaire de foa 
falut à toutes les autres ^ & la regarder 
comme la plus importante 9 comme la 
plus preflfée , & comme Tunique qu'on 
jait en cette vie , & agir conféqiiemment : 
demandez-vous à préfent fi vous voulex. 
efl&cacement vous fauver. 

Sentimens. 

JE reconnois , Seigneur , avec votre 
Prophète , que vous êtes vous feul 
BionDicu & mon Sauveur; {Pfa/m. 24.) 
que vous êtes ma lumière & mon falut i: 
&que c'eft vous feul que je dois craindre 
& que je dois aimer fou^verainement ,, 
parce que vous êtes mon fouverain Sei- 
gneur i {P/alnzi 16.) je le f(jais & je veux 
vivre &. mourir, dans cette foi, & dans 
cette dépendance qui fait toute ma gloire, 
tout mon bonheur & toute ma fureté :: 
mais permettez-moi d*ajoutér à cette fe- 
connoiffance ^ avec le même Prophète , 
cette prière qu'il vou.vfitavec une tendre 
confiance pourdiffiper toutes fes frayeurs 
& pourcalmer toutes fes allarmes fur fon 
felut éternel ; dites vous-même à mon 
ame, ô,mon Dieu! Je fuis ton falut Se 
ton; Sauveur, & faites- le lui fentir : die 
anim^.m£fi£alus tudegofum^ (Pfalm, J^^O 



JauK DE Salut. 28 j; 

' Mais 5 a mon Sauveur ! ma demande 
ïi'eft-elle point indilcrete & téméraire ? 
ne m'avez-vous pas affez dit, par ce que 
vous avez fait pour moi dans le myftere 
de votre incarnation & de votre naif- 
fancc , avoir pris ma reffemblance après 
m'avoir donné la vôtre , être nédans une 
étable & fur une crèche ^ vos douleurs , 
vos cris enfantins, vos larmes , ne me 
difent-iis pas aflei: que vous êtes mon fal- 
lut? vous me le répéterez mille fois dans^ 
votre vie mortelle, par vos paroles, par 
vos miracles, par vos tendres follicitudes 
& par vos emprefffcmensdeSauveur pour' 
les pécheurs j & vous le direz encore 
bien plus haut par vos foufFrances ; & la 
-voix éloquente de votre fang qui fera ré- 
pandijL fur la croix , pofée fur la montagne 
du calvaire , fera entendre à tous les.ha^ 
bitans de la terre que vous en êtes le 
Sauveur: heureux lî je réponds à cette 
voix fi favorable ; accordez-moi la grâce 
d'en profiter & de vouloir mon falur 
comme vous le voulez^ vous-même 

Sentences dela.fainte Ecriture & des Ss^ Perxs.^ 

Sur le Salut. 

SEigneur, vous êtes ma lumière & mot? 
falut, que çraindrai-je à préfent, que: 



2^6 La Veille dë Noéé* 

Opérez votre falut avec crainte & 
tremblement. {Jd Philip, i.) 

Seigneur , fi j'ai eu le malheur de com-^ 
mettre des péchés pour leiquels vous 
pouvez me damner, vous n'avez pas per- 
du de quoi me fauver. (D.Aug. med. c. 5 p.) 

Tout ce que nous faifons pour la fanté' 
.de notre corps périr^a , mais tout ce que 
BOUS faifons pour le falut de notre ame^ 
eft confervé dans le cieL 

Point d e l' I n c a rn ati on. 
Un Dieu an^anti^ 

JEfus-Chrift s-eft humilié lui-même en^ 
fe faifant obéiflant jufqu'à la mort, & 
à la mort de la croix. {Ad Philip. i.)C eft 
i'idée que l'Apôtre faint Paul donnoit 
aux premiers fidèles pour les engager k- 
s'humiliera l'exemple du Sauveur, qui^ 
bien qu'il fût Dieu & la grandeur même,^ 
& le Souverain du ciel & de la terre, s'eft 
humilié , & s'eft fait obéiflant jufqu'à la- 
mort & à la mort de la croix , lui qui^ 
étoit la vie & l'auteur de la vie. 

Cependant cet Apôtre craignant ne 

pas donner une idée aflez forte de rhu- 

milité prodigieufe de ce Dieu incarné, 

en difant qu'il s'eft humilié lui-même,' 

hérit dans le même endroit fur cette^ 

réflion par une autre infiniment plu^ 



Jour de Salut. txHj 

énergique, en fe fervant du terme d'a- 
néantiffement , & en difant : Soyez, mes^ 
frères, da«s les mêmes difpofitions & 
dans les mêmes fentimens que Jéfus- 
Chrift , lequel poflëdant la forme & Isr 
nature de Dieu , s'eft anéanti lui- même 5. 
en prenant la forme de ferviteur , exina- 

nivit femetipfiim^ (Ad Philip. 1.) ? 

Que cette expreffion eft étonnante t 
& contment eft-il poflible qu'on puiflfe 
l'attribuer à un Dieu ? car le néant eft le 
dernier de tous les abaiffemens ; refprir 
de l'homme ive peut rien concevoir qui 
fui foit inférieur; Dieu même, tout-puif- 
fant qu'il eft , ne peut pas porter fes hu- 

^ miliations dans un centre plus bas & pluS' 

' tavallé. ' 

Allons en efprit dans Tétable de Betli- 
ïéem , nous y trouverons ce Dieu fait 
homme , & ce pur Efprit devenu chair > 
quelle étrange humiliation t mais nous y 
trouverons un Dieu enfant , ah ! quel 
prodigieux anéantiflement l car tous les^ 
plus glorieux attributs qui font l'orne- 
ment de la Divinité , paroilTent éclipfés 
& anéantis par l'enfance : en effet, qui 
dit enfant, dit un fujet qui'n'étoit pas, 
& qiii vient de commencer d'être , c'eft 
ce qui femble anéantir Téternité de Dieu ^ 
qui dit enfant^ dit une petite créature^ 
foible^ infirme^ dépendante^ & qpi oi 



288 La Veille de NoeC. 

peut pas fe fecourir foi-même, c'eft ce' 
qui paroît anéantir tbn indépendance , 
la grandeur & fa toiue-puiffance : qui dit 
enfant, dit un homme muet, dont la lan- 
gue eft liée par un filence néceflaire , 
c'eft ce qui femble anéantir fa qualité de 
Verbe éternel : qui dit enfant, dit un pe- 
tit corps borné de tous côtés, c'eft ce qui 
détruit fon immenfité : enfin , qui dit un 
enfant, dir un fujet qulne peut ni pen- 
fer, ni connoître , ni raifonner, & qui 
n'a que l'ignorance pour partage , c'eCt 
ce qui anéantit en apparence fa fagefle 
éternelle. Humilions-nous donc , puif-* 
que neus-ne fommes rien ; humilions- 
Bous par juftice , par aniour & par imita- ^ 
tion ; anéantiifons - nous devant cette* 
fouveraineJViajefté qui s'eft anéantie dans^ 
le myftere de l'Incarnation pour notre 
amour. 

Hommage à Vamc de Je fus dans la crèche, 

TE vous adore , ô Ame toute fainte de 
y mon Sau-veur Enfant , & moi> ame 
route entière fe confacre à vous pour 
toujours : vous êtes la production la plus 
pure , là plus parfaite & la plus fublime 
qui foit fortie des mains du Saint-Efprit, 
qui voiis unit au corps adorable de Jefus- 
Ghrift, en le formant du plus pur fang 
d'une Vierge , &il vou$ plaça dans ce 

corpus- 



SUR L*EVANGILÉ. 50J 

^fout Tenfer : vous , ô Dieu tout-puiflant, 
■■ qui pour être renfermé d^ns les bornes 
étroites 'du fein d^ane Vierge , étiez en- 
core la lumière du monde, le conduc-* 
teur du peuple d'ïfraëfï, le Dieu des^ 
: armées , le Roi des Rois ^ & qui 
pourriez, fï vous le vouliez, le renverR^ 
du trône , où votre main toute puiflante 
Fa placé, te confondre & le réduire en» 
pouifiere, vous lui obéiflez cependant 
^ & auffi-tôt que fon Edit paroît ; obéif- 
^ fance qui vous eft & qui vous fera doré- 
navant fi cherfe, que de peur de la per- 
dre , vous perdrez un jour la vie car U 
fupplice le plus cruel & le plus infâme.- 
Quel exemple me donnez- vous, ô 
I>ieu Sauveur, & combien l-'obéiflance 
me doit- elle être précieufe, puifqu'elle 
me conduit fûrement à un fouverain 
bonheur , qu'elle me délivre du ferdeau' 
infuppoiitable de ma propre volonté, Ôc 
qu^elle eft confacrée & honoi^ée par 
votre exemple ? A4ais , hélas l quelle fé- 
véce punition dois- je attendre de toutes^ 
mes défobéifïances^ & de mes révoltes 
continuelles contre votre grâce ? Si je 
ne travaille inceffamment a les expier y 
vous obéiflez , ô divin Enfant , à votrfe 
créature , & vous êtes un Dieu tout^- 
puifTânt , je défobéis à mon Dieu & à 
Aifériears q^i vous repréfent^atrv 




l^CiC PifilÀtHRA5E« -AFFECTIVES 

tmoiqùine fois qur'uîîe vile créature, qui 
TJie fuis que pouliîere , que corruption 6c 
T^ue pécîié i q,uel étrange, aveuglement 1. 

TEXTE. 

Oftph ^âoit avec ^Marie fort cgoufe j qui ' 

, . IV. ^P.A.RAPHKA:S-E.^ 

» .■ 

" Divine mère de mon 'Sauveur, digne- 
^ëépofitaîre du plus riche & du plus faeré: 
-éépôt qui fut jamais , char très- précieux 
qui portez dans votre chafte fein le Rofe 
sies Rois; lit d'honneur, lit de délieea> 
ioù repofe un Sauvxîur , qui doit être ufii 
*four répoux des Vieiçes , dés -amres: fein- 
ts & de toute* KEglife ; Œ'empie le phts- 
^augufte qui fut-t& qui fera jamais ; aut^B 
^feeré où s^éft.-place tïn Dieu immorf^fe 
^revêtu de notre chair, qui e(î la vôtre: 
Equant à lk>rigî ne , -parce que vous en ête». 
^-mere , j'adbre avec im profond refpeâr' 
Totre divine plénitude , & elle mérite: 
*d'^tre -adorée , -non - feulement dé tous- 
•Ifes homnres , mais encore de tous les 
^fpiits céleftes ; vous êtes toute preine,. 
^Ifelon' l'efprit & feton la chair, de celui,, 
^uidans le lentiment du Difciple bien-- 
mé, eft f>lein de grâce & de vérité,, 
rce qu'il eft un Dieu , bien que caché- 
us le. double voile de fa< chairôc de 1* 



SUR L-EVkViGihY. î'of 

j^ottc : plénitude adorable qui fait à pré- 
Tent toute refpératice , & qui ^fera le 
-bonheur de tous les hommes qui ont 

• été, qui font & qui feront jufqu'à la con- 
fommation des fiécles , pourvu qu'ils y' 
répondent par leur fidélité. 

Plénitude infinie dont j€ fuis fur ^e- 
recevoir les facr^és écoulemens , fi je- 

■ m'en rends digne. -Oui , Vierge fainte y 
'A n*eft point luf la terre de-fani^uai^e' 

•^lus auguft'e ni plus refpeâ-able que- 
votre fein virginal & -maternel touten- 
fèmble , puilqu'il Gonrient un Dieu & 
un Sauveur, & un Souverain du c^el & 

•de la terre y rendez-nous favorable -ce 
Dieu immortel que vous -portez & qiie 

• -tous allez enfanter-pour le falut<IetoHS 
les hommes, & tradui(èz-nous du tribu- 
nal rigoureuy éà (a juftice à celui de fa 

->divine miféricorde ; vous le pouvez , 
-j^uifque vous en êtes k mère. 

^ TEiTE. 

/Oftph £tdit avec Marie /on épeufe y qui 
ctoit'€nceint€. (Luc- 2.) 

V. ,PaR,A|FH.RA^E. 

Fortiçz, à la bonne heure, ô dî^iiife 

'Aurore, le» Soleil de juftice jufqu'à-fbrt' 

îfever ,'prod\iifez^- nous au plutôt <:ette 

^J^omieie^ fi' pure & fi-briltente ^ <:^\^a \»«- 



5o8 Paraphrases affectives 

miere éternelle , ' qui n'eut jamais dfe 
ténèbres ^ & qui doit éçlair-er tous les 
hommes dans les voies de la juûice Se 
du falut : montrez- nous la face de ce 
Dieu Sauveur que vous nous cachez ^ 
que les Anges fouhaitent de voir avec 
tant d*ardeur^ & que les Prophètes ap- 
pellent le défiré de toutes le^ nations ,.. 
& nous ferons fauves -^ découvrez à nos 
yeux cette chair enfontine plus pure que 
les efprits céleftes, qui doit être l'int» 
trument de notice bonheur. 

Portez ce célefte & glorieux fardeatt 
pifqu'à Bethléem , il n'a point de pélàn- 
teur qui puiHe vous incommoder dans^ 
votre voyage , puifqu-'au contraire vous 
ferez toujours portée ,. (elon l?expreflîon> 
de faint Bernard j par la grâce & par la 
vertu divine de l'adorable Bils que vous 
portez vous-même, parce qi^'ileft u^a 
Dieu Tout-puiflant , portansà quo porta- 
iatur. (D, Bern. ferm.), . 

Mais reflbavenez - vous , ô Vierge 
feinte! que c'eft^pour nous quie vouy le 
portez, & que c'eft pour nous auflî-bie|i 
que pour vous qu'il va naître., vivre &: 
mourir , & opérer amO notre rédemp- 
tion j il c^ére la vôtre d'une- manière- 
bien plus noWe & bien plus fublime^ 
en. empêchant que vous ne tombiez; il 
:i[a opérée la nôtre eanoua relevant die; 



SUR L*E VAN GILET. ^Of 

notre chute : rendez-le-nous favorable^ 
o divine Mère , foyez notre puiffante 
Médiatrice auprès de ce Souverain Mé- 
diateur de Dieu & des hommes , pré- 
fentez-lui nos vœux, fervez-vous de 
votre autorité de. Mère auprès de cet 
adorable Eik , pour obtenir que nous 
renaiffîons en lui daitis ce faint tems par 
une nouvelle ferveur, & de ne nous ea 
iëparer jamais > ni da^ le temS; ni dans- 
Feternité» 

TEXTE- 



L 



E tems auquel Marie devrait acmucher ^ 
arriva. (Luc. 2.), 

VK Paraphras-e. 



Divine Marie l voici- enfin yheureu< 
moment qui va vous combler de gloire 
& de confolation , qui va finir nos dif- 
grâces, efiuyer nos larmes, faire ceflec 
nos foupirs , bri&r no^ chames ,. certv- 
mencer Le bonheur de notre vie , & nous 
aflurer celui de rétcrnité.ll y a neuf 
mois, ô M^re incomparable, que vous 
^çtez ce premier né, ce Eils unique., 
de Dieu & le vôtre : il ett temps^ qi^ 
vous le produiriez aux yeux de toutes 
les nations qui fojupirent depuis fi long- 
temps après lui ; il eft temps qu'il forte: 
é^ votre auguûe fejn ^ comme, un rui£t 



^5 «> PiSRAPHR ASBS AFTECTîVE^ 

tièau fort de fa fource, pour inondèiT 

^toute la terr^ de fes eaux Militaires : ce 

-fruit de vie-eft heureufement parvenu à 

-ia parfaite matur ké r&^û eft temps qu*it 

^^ détache <le lui-même & (ans i violence 

^e Tarbre précieuse qui Ta porté r pour 

<faire la nourritivre , les délices & le (àlut 

'de tous les honmves, & qu'il forte de 

*votre chafte fein ; il feut qu'il foit la pro- 

•duâionmiraculeufe d^une virginité con-^ 

làcrée ; & que vous Tenfentiez avec kr 

même intégrité que vous l*avez conçu ^ 

& .que le miracle i^ieiFablé de Tenton- 

^tement , foit une fuite de celui de la* 

conception : il faut enfin que cctta' 

lumière , & fource dfi luiriieres qui> 

s'eft incarnée chez vous pour éclairer 

^ous les hommes , procède inceffàm-^ 

-m^nt de votre fein virginal , comme le 

layon du foleil de la nature procède de 

-cet aftre , -& qu'il pénètre le criftal ]^ 

"plus pur feins Foffenfer. Vierge fainte,- 

-préfente? -lui nos vœux en le mettant? 

-au monde , & à préfent que vous êtes 

-avec lui dans là gloire , uniffez nos ado* 

-rations aux vôtres, pour les lui -rçndiô^ 

fi^s agréables. 




i 



SUR l'^EtANGïLEv Jlf 

TEXTE. ' 

E temps -auquel 'Marie devait nceoucker- ^ 
s'accompliu {Lac. Ct.y 

VIL J^AKJl P HJliA.S.Er 

Domiez au plutôt, ô Vierge (àmteP 
I divia Sauveur rnou& attendons avec 
^ne amoureufe impatience, le feienheu- 
rreux moment au<iuel il fortira de votçer 
chaftcfein : divine Aurore, donne^nous- 
inceflàmment ceSoleil de^uftice, pour 
difliper nos ténèbres par les divines» lu- 
mières , & ponr purifier &.embrâfer nos 
cœurS'par lès divines ardeurs. Vous en* 
êtes non-feulément la dépofitaire , parce 
•que E>ieu vous Ta confie, & qu'il effe 
irenfermé chez vous, mais il vous appat*^ 
tient, parce que vous en êtes la mere^ 
^ Kon ne peut en difpofer fans vous,, 
•parce que votre fang eft la précieufe 
•matière qui a formé fon corps ; le Sainte 
'Efprit même a^^ voulu attendre votre con* 
'fcntement cour ce grand ouvrage, le 
nous attendons votre enfantement pour 
niarquer notre joiê-Ôc pourfortir de notée: 
captivité. 

Soyez • aufft notre mère & notre pro-* 
teOrice, a divinaMère, auprès de ccr 
adorable Enfant, qui fait Tobjet de nos> 
îdéûrs ; parce <ui'il doit être- legrineife- 



312 Paraphrases affectives^ 

de tout notre bonheur : nous graverons 
profondément dans notre mémoire , dans^ 
notre efprit & dans notre cosuf ^ les obli- 
gations eflentidles q^e nous vous avons 
aavoir concouru n efiScacement pat, 
votre hunrilité , par votre pureté , par 
votre amour, par votre confentemcnty 
par votre p^:opre fong & par le lait de 
vos facrées ma-mmelles^à nous donner, 
à nous former & à nous élever ce Diei» 
Sauveur y dont vous êtes la mère. 

• TEXTE. 

JlL T Marie enfanta fon^ Fils. (Luc. 2f.) 

Vm. Paraphrase. 

Enfin, 6 divine Marie, Vierge plus- 
pure que les Anges, vous venez d'en- 
fânter votre adorable Fils , votre Dieu , 
votre Sauveur & le nôtre v vous êtes 
donc cette t^rre virginale , ft féconde 
en bénédictions , où étoit renfermé de- 

{mis neuf mois le fruit de la grâce & de 
a vie de la gloire , pour réparer la faute 
de nos premiers parens qui àvoient man- 
gé.dans le paradis terreftre le fruit d'un 
arbre qui leur étoit défendu :- vous ve- 
nez de nous donner ce fruit précieux 
dont il nous eft permis de manger pour 
nourrir nos âmes', & pour les préparer 
àJLOuis^ d'uo^bonheut éternel :. malheur à 



Sur l'Evangile. 51} 

nous fi nous méprifons ce pain de vie 
& d'cfprit qui nous engraiffe de la fub- 
ftance même d'un Dieu vivanjt, & fi nous 
allons chercher des fruits défendus par- 
mi les mondains , & les plaifirs feniùcls 
qu'ils nous préfentent , qui ne font ca- 
pables que de porter la corruption^ le 
venin & la mort dans nos âmes. 

Vous venez de nous donner Jéfus- 
Chrift Fils de Dreu, Fils de Thomme Sc 
Sauveur de tous les hommes; ce divin 
foleil vient de fortir de votre chafte fein , 
comme de la nuée qui le cachoit à nos. 
yeux, & nous allons marcher plus*fij- 
rcment à la faveur de cette lumière fi 
brillante. Terre virginale & féconde en 
ftuits de bénédiûions , obtenez-nous la 
grâce de porter des fruits dignes de pé- 
nitence : nuée myftérieufe , mettez-nous 
à couvert par votre puiffanteproteûion, 
du foleil de juftice que vous venez de 
mettre au monde, & attirez -nous fes 
divines miféricordes. 

TEXTE. 

xi T' Marie enfanta fon Fils. (Luc. 2.J 

IX. Paraphrase. 

Vierge fainte , qui pourroit connoîtrc 
en quelle he.ureufe fituation étoit votre 
cœur 9 lorfqu'après les jrebuts d'une ville 

Dd 



JX4 Paraphrases affective? 

ingrate , Qc arrivée dans Tétable de Beth^ 
lécm , vous nous doruiâips enfin votre 
^idorable fils. Ah I il les portes dé Tau- 
gufte fandïuaire de ce cœur Vierge nous 
étoient ouvertes, que nous y découvri- 
rions de prodiges dk de myftéri^s du plus 
pur & çui plus ardent amour ! quels 
lentimens cxquisi quelle union intime! 
x^uelle prodigieufq élévation ! quelle fu- 
jblime contemplation ! quels tranfports 
4e joie que la langue ne pourra jamais 
jçxprimer ! quelle paix profonde, Çc de 
quelles douceurs ineffables n'étoit-il pa3 
înondé ! quels pieux excès d'amour vers 
ce Dieu naiflant ! amour d'autant plus 
pur & plus délicieux , qu'il n'étoit mé- 
langé d'aucun fentiment de douleur, que 
les autres mères expécimentent alors ; 
car il ij'étoit pas îufte , ô Mère incom- 
parable! que vous fimiez fujette aux 
dilgraces des autres femmes , parce que 
vous étiez mère ôc vierge tout enfembje, 
(5c que celui dont vous étiez mère étoijc 
un Dieu , & il falloit que cette glorieufç 
exception qui vous éto;t due, annonçât 
à toute la terre , que (elon la paroje de 
l'Ange, vous étiez bénie entre toutes le^ 
femmes. 

Mais , hélas ! cette joie fi pure & (i 
{ainte va bientôt être mélangée de dou- 
leurs par une prpfrhéjiç wn^lajgite qui 



SUR l'Evangile. 31J 

ibrtita de la bouche dé Sûnéon , & vous 
connoîtrez trop clairement que ce cher 
Fils ne remplira la lignification du Nom 
de Jélus, qu'en répandant un jour pour 
le fàlut des hommes le même fang dont 
le vôtre eft le principe & l'origine, 

TEXTE. 

JlS r Marie enfanta fan Fils. (LUc. 2.) 

X. Paraphrase. 

Diviîie Mère , vous venez de mettre 
au monde le Sauveur de tous les hom* 
mes , & ce Sauveur eft votre Fils : il eft 
forti de votre chafte fein , mais il n'eft 
pas forti de votre cœur , dt il ne ceffe 
pas d'être à vous : il eft à préfent fous 
vos yeux , /& il . fait Tobjet de vos 
complaifances î vous avez l'honneut 
de Tembraffer , de lui donner mille 
tendres & cliaftes baifers, vous le ferrez 
étroitement fur Taugufte fein qui Ta 
porté, & où il a été formé, & vous le 
nourriffezà préfent de votre propre fub- 
ftance , en lui donnant le lait de vos 
mammetles d'où dépend la vie de l'au- 
teur même de la vie : Jouiflez donc à 
Eréfent de fes premières tcndreffes , tout 
Heu qu'il eft , il vous les doit , parce 
qu'étant fa mère & que n'ayant point 
d'homme pour peice ; il vous eft rede« 



3i5 Paraphrases affectives 

vable à vous feule 9 de tout fbn corps 
&c de tout fon fang. 

Soyez auffi, Vierge trè5-pure, dans 
l'heureux moment de ùl naiflance la pre- 
mierç de £ès adoratrices j comme vous 
êtes la première & la plus parfaite de fes 
amantes : il n'y a que' vous feule fur la 
îerre -qui (oyez en droit d'adorer votrç 
propre procluftion; ce qui feroit dans 
toutes les autres créatures une idolâtrie 
abominable & digne des derniers fuppli- 
ces , eft pour vous un culte légitime qui 
mérite des couronnes immortelles, parce 
que vous êtes non -feulement la mère 
d'un homme , mais encore la mère d'ua 
Dieu ; & dans cette glorieufe qualité ^ 
les Anges du ciel & les Rois de la terrç 
ne feront admis qu'après vous, à rendre 
leurs hommages & leurs adorations à cç 
divin Sauveur, 

TEXTE, 

Jb T Marié enfanta fon Fils, (Luc. 2,) 

XI. Paraphrase. 

Quel honneur & quelle glorieufe 
diftindion pour vous, ô divine Marie , 
de trouver -dans votre propre fang, ôç 
l'objet de vos légitimes adorations , 5f la 
matière, & l'inîlrument & l'auteur de 
votre propre rédçmption, en mettant 



SUR L^EvANGILÉif . . 517 

Jéfus-Chrift au monde, parce qu'il eft 
& votre Fils, & votre Dieu, & votre 
Sauveur; vous aurez ainfi la confola- 
tion & pendant tout le cours de votre 
vie, & pendant une éternité toute en-, 
tiere, d'adorer le ftuit dé votre ehafte 
fein, d'avoir concouru à fa produârion 
en unité de principe^ fans qu'aucun de^ 
mortels puiffe partager avec vous cet 
avantage : vous ferez rachetée par ce 
même làng , qui avant que de couleiT 
dans les veines de votre adorable Fils,- 
a coulé auparavant dans les vôtres. 

Votre rédemption ell infiniment plusr 
glorieufe que celle de tous les hommes y 
elle prévient la chute en vous , pour 
Tempêcher, & vous n'aurez jamais de' 
péchés à pleurer, pendant que nous ne 

f)Ouvon$ offrir à Dieu qu'une liberté dont 
e péché a fouillé les prérnices. Voilà ^ 
Vierge fainte , le glorieux privilège que 
vous donne ce Fils incomparable dont 
vous êtes la Mère. Mais reffouvenez- 
vous auffi, que vous êtes non-feulemenc 
la mère de Dieu, mais encore celle de 
tous ceux qui font rachetés du fang de- 
votre Fils , dont j'ai l'honneur d'être da 
nombre: La qualité d'enfant me donne 
par conféquent la confiance , & même 
le droit de participer à tous vos biens^ 
Spirituels , d'adopter les adorations qjiie- 



3r8 Paraphrases affectives 

vous rendez à Jéfus-Chrift dans \st crè- 
che , d'y joindre les miennes ; & cette 
union, qui m'eft fi avantageufe, rendra 
mes hommages plu;s agréables à votre 
divin Enfant. 

TEXTE. 

Jué T Marie enfanta fon Fils. (Luc. 2.) 

XII. Paraphrase. 

Mère incomparable , je vous vois dans^ 
rétable , profternée aux pieds de Jéfus^ 
dans le moment qu'il eft lorti de votre 
chafte fein, dans la plus humble pofture 
& comme îa plus petite & la plus ché- 
tive de toutes les créatures, quoique 
vous en foyez la mère , auflS eit-il votre 
Dieu & votre Fils en même temps : & 
^adoration que vous lui rendez , qiioi^ 
que vous foyez la plus fublime de toutes^ 
les créatures , m^apprend ce que je dois 
à mon Dieu & à mon Sauveur. Mais 
allez plus loin , Vierge fainte , livrez-»' 
vous toute entière à vos doux tranfporti 
de joie & d'amour : prenez ce divin En- 
fent entre vos bras, faites-lui , après l'a-^ 
voir adoré , les carefles les plu>5 tendrea 
que votre amour maternel pourra vous 
infpirer , ferrez étroitement ce divin &c 
cher Enfant (ur votre fein maternel ^ 
uniffez votre bouche de mère à la fienne 
par mille chaftes baifers^ 



1 svt L'EvANCrtt. 319 

i Vous avez plus de droit de le faire 
<jue l'époufe des (acres Cantiques , qui 
i âvoit bien la hardieiFe de le demancler 
à fon époux ; c'eft votre privilège / pen-^ 
dant que nous autres pécheurs nous nou^ 
tiendrons trop honorés qu'il nous foùfFre 
humblement profternés à fes pieds en-i' 
fentins : prenez donc cet enfant, comme 
difoit la fille de Pharaon à la merc drf 
jeune Moïfe, & nourriflez-le moi, afiiv 
^u'il foit Un jour en état de me faite 
entendre les divins oracles qui fortiront 
de fa bouche, de m'apprendre le chemitt 
du ciel , dc.de confommer le grand ouri 
ytagc de ma rédemption. 

H^X £ X X £• 

y^yf-^w ajrant emmailloté Jéfas y dk l€ 
Jl Y X coucha fur une crêckc. (Luc. 2i) 

XIII. Paraphrase. 

" Dieu tout-puiflant , quoi , vous em*-^ 
mailloter vous qui êtes^ la force même 
& le foutien des foibles ; envelopper vos 
petits membres , les ferrer , les retenir ^ 
les contraindre daus les langes , les temr 
ftinfi prifonniers comme ceux d'un foibte 
enfant privé de raifon : vous, h moft 
Dieu , oui êtes l'auteur de la liberté j 
vous , ô mon divin Libérateur , qui déli- 
vrez les captifs qjii ont recours a votre 



5:20 Paraphrases affectives 

puiflTance i vous , ô adorable Enfant ; 
qui êtes' venu fur la terre pour rompre 
nos liens & pour brifer nos chaînes, & 
pour nous délivrer de la cruelle tyrannie 
du péché V de la mort, & de l'enfer; 
vous, dont le bras tout-puiffant arrête la 
fureur de la mer , & lui prefcrit dos bor- 
nes qu'elle n'ofe paffer , abat & défarme 
les tyrans les plus redoutables , brife les 
fceptres > renverfe les trônes des" plus 
puiflans Monarques qui ofent vous ré- 
lifter, détruit en un moment les armées 
les plus nombrealès & les plus formida- 
bles , & qui avez toujours triomphé de 
tous vos ennemis, & par qui feul les vrais 
héros triomphent. . . 

Je vous adore , Seigneur, qui êtes te 
Dieu de forcer je vous adore dans votre 
ctablc, fur votre crèche, & dans vos 
petits langes, comme un captif volon- 
taire, & comme un prifbnnier d'amour» 
J'adore votre toute - puilfance cachée 
fous les voiles myftérieux de cette foi- 
bleffé'dans laquelle vous avez voulu pa- 
raître ; & je vous dirai avec vofte grand 
Apôtre , que je ne ferai jamais p^lus fort, 
que quand je vivrai fous le joug de votre 
Loi , & quand je ferai captif pour l'a-» 
mour de vous,. 






SUR l'Evangile. jii 
TEXTE. 

« 

MArie ayant emmailloté Jéfus ^ elle le 
coucha fur une crèche. (^\XC. z.) 

XlV. Paraphrase. 



-j 



Ah ! divin Enfant , quel prodige d'hu- 
. tnilité & quel miracle d^amour, de vous 
laiffer emmailloter de p-auvres langes > 
de vous iaiffer réduire dans iMie fi humi- 
liante captivité pour un Dieu, de nous 
■cacher ces bras tout-puiflans dans leur 
foiblefle apparente, qui pourroient dans 
un inftant renverfer le ciel & la terre ^ 
ces mains qui vont être les ouvrières de 
tant de prodiges, éclairer les aveugles &c 
uérir tous les malades : ces pieds en- 
antins dont j^adorerai les facrés veftiges, 
& quirferant tant de démarches & tant 
de voyages de charité , pour aller cher- 
cher les pécheurs, pour les éclairer dans 
les voies du falut , & pour les faire mar- 
cher dans celles de la juilice. 

Vous voulez , ô adorable Sauveur^ 
commencer votre vie mortelle & la finir 
par la captivité : dans les prémices^ je ne 
vois que des langes, ileft-vrai, mais en 
falloir- il davantage à un enfant nouveau 
né pour en faire un prifonnier ? Hélas! à 
la nn de votre vie }e verrai des corde» 
cruelles : de petits langes vous ferrent à: 



3 A^ Paraphrases afïecti^es 

préfent le corps à votre haiflancc ^ des 
cordes vous meurtriront les mains > les 
bras , & vous ferreront tout le corps dans 
le jardin des Oliviers pour vous conduire 
aux tribunaux & dans les priions ^ & l'une 
& Tautre captivité fera Pouvrage de vo^ 
tre amour & de mes péchés , dont vous 
vous êtes plaint pat votre Prophète, 
quand vous lui avez fait dire :Les chaînes 
des pécheurs m*ont cruellement embrat 

fé : Funts peecatorum circumplexi funt me ;> 

(P{. 1 18.) & c'eft à ce pri^t, ô> divin Libé- 
rateur, que vous opérez ma rédemptionj 
éc que vous brifërez les chaînes de mer 
péchés. 

TEXTE. 

JtLt elle le coucha fur une crèche. ÇLnc^x^ 

XVr Parapiirase/ 

A quelles rigueurs exceffives vous c*^ 
pofez-vous pour Taniour de moi, & dès 
le premier moment de votre naiffance^ 
6 adorable Enfant? Quoi! au fortir du 
fein virginal de Faugufte Marie, où vous 
aviez fejourné Tefpace de neuf mois ^^^^ 
& dans la délicateflè où vous étiez alors ^ 
vous coucher fur du foin dans une pauvre 
étable abandonnée & découverte, dans 
là faifon la plus rigoureufe & au milieu 
de la nuit? Ahl Seigneur, que cet évé* 



SUR l'Evangile. 52^ 

nement prodigieux me furprend, me pé- 
nétre, m'humilie, confond ma délica- 
tefle, & m'ouvre les yeux pour me faire 
connoître que j€ ne puis gagner le eiel^ 
ni porter dignement le nom de Chrétien ^ 
ni vous marquer mon amour, que je ne 
vous imite dans vos fouffrances. 

Quel eft Tenfant de la plus pauvre dé 
toutes les femmes de la terre qui fut ja-» 
mais expofé à une fi dure néceffité f Les 
autres enfans, quoique couchés furUa 
plume , ne lar&nt pas de pouder des cris 
après leur naiflfance , parce que quelque 
précaution qu'on y apporte , ils fouffrent 
toujours , quoiqu'ils ne puiflent pas s'ex- 
primer autrement fur leurs douleurs^ 
Mais vous, ô mon Dieu, que ne fouf&iez* 
vous pas ? Quoi de plus délicat & de vlûs 
fufceptible de douleur que la chair d'ua 
enfant nouveau né , quand elle eft ex- 
pofée à la rigueur du froid ? Ceft ce qui 
feifoit de vou$ par avance un homme de 
douleurs. Que cefpeftacle cfl touchant ï 
qu'il eft intéreflant pour ceux pour lef- 
quels vous fouffrez ! qu'il eft capable de 
m'attendrir , de réformer pu de confon- 
dre ma lâch-eté & ma délicateffe t Divin 
Enfant, apprenez-moi à fouffrir ôc à me- 
mortiâer pour votre amour.^ 



,524 Paraphrases affectives 

TEXTE. 



P 



ArU quU ny avoit point de place pouf 
eux dans l'hôtellerie. (LuC- 2J 

XVI. Paraphrase. 

Je vois ici avec une extrême douleur^ 
ô divin Enfant, & faim Jofeph votre zélé 
conduâeur, qui vous tenoit lieu de père ^ 
& la Vierge fainte votre divine mere^ 
chercher avec emprcflfement de porte en 
porte dans Bethléem un afyle pour vous 
procurer une naiflance plus commode 
qu'une étàblc & qu*une crèche; mais 
leur extrême pauvreté trop marquée ne 
leur attire que des rebuts & des mépris 
de tous les habitans de cette ville ingra- 
te , malgré le preffant befoin où ils 
étoient. Ah ! Seigneur , qui êtes la gran- 
deur même, à quelle humiliation & à 
quelle fêcheufe extrémité vous expofez* 
vous, avant même que de naître, dans 
la perlonne de vos parens ? 

Car, en effet, parmi cette foule de 
voyageurs qui alloient fe faire irifcrire 
par l'ordre de Céfar, combien defcélcrats 
& de gens de néant furent- ils logés pré- 
férablement à vous , qui étiez le Roi des 
Rois, le Saint des Saints y & un Dieu 
tout-puiflant? Vous fentiez , ô divin En- 
fant , quoique renfermé dans le £eia de^ 



SUR L*EVANGILE. 325^ 

Marie , une préférence fi indigne & (i 
injufte. Volis la fouffriez pour mon inf- 
truftion & pour mon amour, & vous 
Coffriez déjà à votre Père célefte pour 
Texpiation de mes péchés , & pour com- 
mencer, en venant au monde , le grand 
puvrage de ma rédemption ; c^étoit auffi 
pour m'apprendre à IbufFrir pour votre 
amour , tous les rebuts de la part de la 
créature , toutes les difgraces de la pau- 
vreté y en me perfuadant que je ne fuis 
fien , & que je ne mérite rienr, parce que 
je fuis pécheur , & que je ije fuis qu'un 
étranger fur la terre. 

TEXTE, 

/'L ny avoït point de place pour eux dans 
t" hôtellerie, (Luc Z.) 

XVII, Paraphrase. 

Que ce refus , ô mon divin Jefus, me 
paroît affreux &injûfte , puifqu'il eft fait 
a un Dieu tout-puiffant, qui pouvoir 
confondre ces indignes citoyens , & faire 
defcendre dans le moment le feu du ciel 
pour réduire en cendre & cette' ville in- 
grate & tous fçs habitans ; maistaulfi qu'il 
renferme de myfteres 5 d'inftruftions & 
de confolations pour mon ame, fi je fuis 
affez fidèle & aflez généreux pourfuivrç 
rpxemple de mon Jefus dans la pratiqué 



325 Paraphieiases affectives 

&<ians l'aniour de la pauvreté. Je corn- 
prenspar cette conduite fi nlyftérieufe , 
difoit S. Ambroife , que pendant que 
vous vous voyiez û indignement traité, 
ô ncrom Jefus , d'une Bethléem terreftrc 
& ingrate ; votre ardente charité qui 
mettoit tout à profit pour mon (àlut, 
s'occupoit aJors^ dit ce fâint DcMfteur,à 
me préparer une demeure abondante & 
4élicieuie dans le ciel. 

Peut-être auffi^ ô mon charitable Sau^ 
veur , prétendiez- vous par là me toucher 
Je cœur , £c y faire naître la compaflioii 
de votre pauvreté & des injuftes refus 
qu'elle vous attiroit des hommes, qui 
ne fe gagnent que par l'éclat , & m'en- 
gager tendrement à vous préfenter mon 
coeur , pour y prendre une naiflance 
fpirituelle par votre gtace & par mon 
amour. Entrez-y , dans ce cœur, ô divin 
Enfant : rendez-le digne de vous fervir, 
non pas d'une étable incommode & def- 
tituée de toutes chofes , mais de temple, 
de fanduaire & d'autel, où vous (oyez 
fervi, adoré & aimé conftamment juC* 
qu'au dernier foupir de ma vie , & pen- 
dant toute l'éternité* 



/ 



SVK L*EvANlGlLt. 527 

TEXTE. 

L n*y avait point de place pour eux dans 
Vhot^ellerié. (Luc, 2.) 

XVIII. Paraphrase. 

Je m'apperçois, ô divin Enfant, que le 
fens de Tindignation dans mon coeur ^ 
contre cette ville ingrate & contre fes 
habitans fi dépourvus de fentimens d*hur 
manité 5 quieurentladuretéde vous refii- 
ier le couvertdans votre extrême befoin; 
mais hélas ! je n'ai qu'à rentrer dans moi- 
même , fi je me rends toute la juftice que 
je mérite : je dois convenir que c'eft 
cnoins contre eux que contre moi, que je 
dois tourner toute ma haine & mon indi- 
gnation. Ces habitans ne vous connoif» 
fi>ient pas , ils ne Tçavoient pas , que Ma- 
rie étoit vierge & mère tout enfbmblc, 
i& qu'elle pprtoit dans fon chafte fein & 
leur Dieu & leur Sauveur, & le Meflie 
qu'ils attendoient, ^u'^ils défiroient,. & 

3ue leurs Prophétesleur faifpient efpérer 
epuis tant de fiécles ; & moi , Seigneur, 
je (çàis que vous êtes le Dieu vivant, 
mon Créateur, mon Juge ,r mon Sau- 
veur ^ l'auteur de la vie , & qu'en vous 
pofîedant chez moi, je poilede 1^ fource 
de tous les tréfors : cependant j'ai refufë 
mille fois de vous ouvrir la porte de mon 



528 Paraphrases affectives 

coeur, pendant que vous y frappiez pai 
les foUicitations de votre grâce ; & ce 
cœur y je l'ouvrois à vos ennemis & aux 
miens , c'eft-à-dire, à des fouvenirs 
dangereux, à des fentimens imparfaits, à 
des attaches déréglées pour les créatures. 
Pardonnez , Seigneur , mes refus & 
mes défobéiûances : entrez dans mon 
cœur , prenez-en une entière pofleffion ^ 
foyez-en le maître ablolu : il eft à vous 
iànsréferve& fans partage, & les portes 
n'en feront jamais ouvertes qu'à vous 
feul , demeurez-y , purifiez- le, embra- 
fjz-le de vos divines ardeurs ; prenez.-y 
une nouvelle naiûTance, confacrez-le & 
n'en fortez jamais. 

TEXTE. 

X y avoit des Pajleurs qui veilloimt aux 
environs fur leurs troupeaux, (Luc. z.) 

XIX. Paraphrase. 

A peine êtes-vous forti de Taugufte 
fein de Marie , ô Enfant de grâces & de 
prodiges, que vous commencez déjà la 
glorieufe fondion de Sauveur : ne pou- 
vant vous annoncer vous-même par 
votre bouche , parce que vous l'avez 
comdamnée au filence , pour vous con- 
former aux autres enfans , vous fubfti- 
tuez des Intelligences céleftes à votre 

impuiifance 



/ 



SUR L*EVANGILE. 3I9 

ïmpuiffance volontaire, & vous les en- 
voyez d'abord, non à dès riches, mais 
à de pauvres bergers; non à des granits 
du n^ionde > mais à ceux de la plus ba^e. 
condition ; & c'eft ainfi , ô Dieu tout- 
puiflant, qui êtes la grandeur même & ta 
fource de tous les tréfors, que vous pré- 
férez la pauvreté aux richeilès, la baflelTe. 
à la grandeur , & la houlette au fceptre. 
'. Ces pauvres payeurs yeilloient à la 
garde de leurs troupeaux : une lumière 
éclatante les environne , ils font effrayés y- 
ils craignent : l'Ange les raflure, il leur 
annonce votre naiflance, il leur défigne 
ïe lieu, iV leur dit q)i'ils trouyetont. un 
enfant emmaifloté & couché fur une- 
crèche l'a ils marchent dans le moment,- 
ils quittent' leurs troupeaux pour vous 
venir adorer. Ceiï autant pour moi qu^ 

Î^our eux, ô adorable Sauveur, que cette 
umiere brille , que cet Ange paroît & 
Qu'il parie ; mais donnez-moi la même 
fidélité poj.ir y répondre , & que rien ne 
ttie puifle arrêter dorénavant , quand il 
jÇcra queftion d'obéir à l'attrait de votrd 
grâce. 



t^ 



9JO Farâphrases affectives: 

TEXTE. 



/. 



L y avoit des Pajlewrs qui vcilloicnt auyf 
cnyirons fur leurs troupeaux. {X'\^(^* ^•\ 

XX. Paraphrjlse. 



Adorable Enfant , vous avez beau*^ 
€oup plus fait pour moi , que pour ces 
pauvres pafteurs qui veilioient pendant 
la nuit fur les troupeaux qui leur étôient 
confiés ; & il s'en faut bien que j'aie été 
aufli attentif & aufli docile à la voix de 
votre grâce, & aufli fidèle à y répondre^ 
pur ma prompte. obéiflànce. J'ai vu \dL 
lumière comme eux 3 lumière bien plusr 
précife & bien plus multipliée 5 puifque 
vous m'avez montré tous les jours , & ca 
que je devois croire , & ce que je devoi» 
faire pour prendre le chemin de votre 
crèche qui conduit infailliblement au 
ciel : vous m^avez fait connoître tout ce . 
que vous avez fait pour moi depuis 
votre naiflance jufqu'à votre mort ; votre 
Evangile que vous m'avez laiflë eft la 
lource d'où je puis tirer tous les jours 
les plus pures lumières pour régler ma- 
conduite , puifque j'y lis tout ce que 
vous avez dit & tout ce que vous avez 
fait pour m'inftruire & pour me fauver. 
L'Ange ne leur a parlé qu'une fois , & 
'ai entendu mille fois votre voix , tantôt 



SÛR I?ÉVANGILÉ, ' 5^1 

aux oreiUes de mon corps par lé« Prédi- 
eateurs, tantôt {t c€\l^dt mon coeur ^î 
les fpllicitatiqns de votre grâce ; & àâ 
Keu de veiller pour Vouis entend rc,& 
j)our vous obéir 9 je me fuis laiflë ébattre 
au fommeil de la-parefle ^ & je ne veillois 
qpM pou» emeDdrci la voix j^tnicicuCe 
diitmoivie. 

KévtiW&L n\&n atnô defon aflbupif* 
fernent ^ ô divin JéAîs : conduifez-moi^ 
vous-même à votre cffêche : fouffrez qite 
f y demeure à vos pèèds pour vous ^o^ 
îer : parlez* y- fouvênt a mon ame j &- 
donnez-moi aflfez de docilité de cûeur 
|four profiter de vos divines le^onai- 

TEXTE 

JLT^ cfaigne^ pioiht\ je vouâ annonce une 
J[V nouvelle qui fera le fujet d'une grande 
joie^ c'ejl qu*il vous efi néun Sauveur , qui ejl' 
k Chrifiyle Seign€ur.'{hnc. 2.) 

XXI. Paraphrase. 

Quelle plus agréable nouvelle un cC- 
ëlave peut-if entendre , lorfque chargé 
de fers on vient lui annoncer l'arrivée 
d*uh puiffant Libérateur qui vient brifer 
jfes chaînes ^ le délivrer dé l'efclaVage, &- 
lui procurer une entière liberté f Quel 
fujet de joie pour ces pauvres pafteurs 
qui font ici préférés aux têtes couronnées 

Ee :i 



%5a PAUAPBRASES AFfECTtVES- 

& invités les premiers & par des Efprîts 
céleftes ^ à la viTite & à Tadoration du 
Sauveur. 

Quel fujet de joie pour4es vrais Ifraé- 
iites y iL pour tous les hommes qui atten- 
doient le Mcflie , d'apprendre que leur 
commun Libérateur avoit pris aaiflànce l 
iVous faites , Seigneur, la joiç de toutes 
les nations > ne ferez - vofus pas aufli la 
mienne? Auroisie le malheur d'y être in- 
ienfible , & de n'y prendre point de part ^ 

Êendant que les païens même y trouvent 
îur bonheur, & de trouver la mort oà 
les autres trouvent la vie. 

M^is au niilieu de tant de fujets de 
joie , n'ai- je point quelque fujet de tri£? 
teflfe? Ai- je profité comme je le dev^ois* 
de la naiffance de mon Sauveur & de mon 
Dieu ? Ai-je pris une nouvelle naiffance 
avec lui par une piété plus ferventef 
Cette naiffance de mon Jefus Enfant fait- 
elle dans le fond de mon cœur toute Tim* 
preffion de cette joie fpiritueUe qu'elle- 
y devroit faire , fi. je fentois comme je le- 
dois^ le poid« de mes chaînes , q^ii font 
mes péchés , & le bonheur de ma rédemp- 
tion ? Rendez-moi plus fenfîblè , ô^moiv 
divin Sauveur, aux vrais intérêts de moxii 
araue. (Se. à l'excès de vos bontés^ 

* ^1 



V 



StTR L'EV'ANGtLE. 3:3^ 

TEXTE., . 

Olci ler marques de fcc naljfance ^ vous 
trouvère:^ un Enfant. (Luc. 2.) 

p 

XXIL Parapbrasf. 

Quels fignes érranges nous, donner^ 
vous ^ Anges du ciel, pour nous marquer 
la naiflànce du Roi des Rois ! Tout brille 
d'illuminations & de feux de joie à la 
naiflanee d'un Prince mortel : la nuit la. 
plus obfcure ledii^ute en clarté au plus^ 
beau des jours , quoique ce ne foit qu'un 
homme & qu'un pécheur ; & je ne vois 
ici qu'un flambeau (irr une ipauvre^table^ 
qui marque qu'un Dieu Sauveur a pris> 
naiflànce , quoique, la foi me dife qu'U 
jeft lumière; de lumière , le foleiV de jufticc 
& le flambeau qui éclaire le'ciel & la: 
terre, & qu'enfin il eft, engendré d^s la 
Iplcndeur des Sain^s»^On.ç^leve.ra naflanf 
ice des Frinces de la.terre pat à^s noms 
pompeux ic par des titres de grandHic 
qui fcuriant préparés avant même que de 
ngi^re i & vousfme dites feulement , que 
je trouverai un Enfant; l'or, la broderie &: 
.tout ce qu'on peut trouver déplus riche- 
(8c de plus magnifique , brille aux langes & 
aux berceaux, des enfans des Rois de là 
«erre; & je ne vois ici que de* la paille 5t 
élepauvies kngps -^nfin de fupexbes palais: 



5J4 Paraphrasés ATfEcTiVËs^ 

retentîflent de cris de joie & d^acclama^ 
tions ; tout eftici dans un profond (Uence ; 
Jofeph & Marie, qui font toute la cour de 
ce Roi du ciel dans fa naiffance , font' dansf 
un trou de terre & dans une folitude af- 
fteufe, & Jefus n*eft pofé que fur une crè- 
che au milieu de deux animaux dans une 
étable champêtre & abandonnée» Ah I 
divin Sauveur, quelle diffërence ! quelle 
humilité & quel amour ! 

TEXTE. 

r ous trouvtrt:^ un Enfant. (^-UC. ^.) 

XXIIL Paraphrase. 

Dieu tout-puiffent, Souverain du ciel 
& de la terre > eft^ce ici vous-même? & 
après uiyji étrange & fi prodigieux dégui- 
fement, puis- je vous reconnokre, & me 
flatter dQ ne me pas tromper par la fitua- 
tîon foible & humiliée ou je vous vois? 
Mon efprit & mes yeux ne peuvent ici- 
s'accorder que par le féconrs d'une foi- 
aveugle ; ralfdrez-moi , ô divin Enfant, 
vous qui' êtes la fource des lumières* 
La foi me dit que vous êtes un pur ef- 
prit , & mes yeux me difent que vous 
ites un Dieu corporel, ce que ma raifon 
toute feule ne peur accorder; la foi me 
dit que les vaftes efpaCes du ciel & de 
la terre ne peuvent vou« contenir, à 



*sirit e'^Evangtle. jjy: 

caufe de votre immenfîté , & mes yeux 
vous voient dans un petit corps d'enfant 
borné de tous côtés : la foi me dit qua 
votre trône cft célefte & environné de 
Séraphins qui chantent inceffammenr 
des Cantiques à votre gloire , & je vou^ 
vois fur une crêclie aamiiieu d'un bœuf 
& d'un âne : vos divins oracles m'ap-^ 
prennent que votre bras eft un bras tout*' 
uiffànt, & je ne vois ici que de§ petit» 
•ras d'enflant qui n'ont aucune force > 
encore font-ils prifpnniers & ferrés danf 
un petit lange comme ceux des autres 
enfans. 

Ah! divin Enfant & Dieu tout-puif- 
fant, vous êtes cependant le mêmer 
Oui, vous êtes mon Dieu, & un Dieu 
d'autant plus fort, que vous avez époufé 
ma foibleiïe; d'autant plus aimable, que 
votre amour pour moi vous a plus hu- 
milié. Apprenez-moi donc à vous aimer 
comme je le dois , pour répondre à vos 
bontés , qui font ipnnies , & vous aimer 
fans partage jufqu'au dernier foupir de 
ma vie. 

TEXTE.. 

y Qus tromfen\un Enfant. (Luc. 2'»^ 

XXIV. Paraphrase» 
Quel étonnant %eftacle nous donjo 



^^6 Paraphrases AFtECTivi?^ 

vous dans une étable & fur une crêdhe t 
© divin Jefiis ! Quelle incompréhenfible 
énigme préfente^^-vous ici k mon ame t 
3 e vois en vous un Dieu & un Enfant y 
la grandeur & la baflèfle , la lumière & 
les ténèbres-^ la toute- puiflànce & la 
foibleflfe, la gloire & l'infamie, lafource 
des tréfors & la pauvreté ; & c'eft dans 
•vous feul , ô divin Eafant! où fe raflem- 
blent des extrémités fi oppofées. Je.vous 
vois dans la douleur & dans les fermes y 
vous qait jouiffez de Dieu , qui .êtes 
Dieu, & qui faites & la joie &,le bon- 
heur des Anges & des hommjes. . 
- Vous paroiflez & vous êtes en. effet ^ 
nn Enfant qui venez de naître , & je fçais 
que vous êtes de toute éternité *f votre 
bouche enfarltine garde le filence, je 
fixais cependant que vous êtes li parole 
vivante du Père celefte,.& que c'en vous 
qui ouvrez la bouche à tous les Prophè- 
tes : je vous vois réduit dans un extrême 
befoin, c'eft vous cependant qui trouvez 
éans le fonds d'une providence inépui- 
âble que vous faites agir vous-même , 
de quoi fournir à tous nos befoins. 

Divin Enfant, vous êtes fur une crê-- 
che comme fur le cenrre atuour-eux oà 
fe réunitïènt Tes chofes les plus oppofées,/ 
& ce font autant de miracles que vous^ 
ft?oj^ez que garce q^ie vous m'aimez ^ 



SUR L*EVANGrLEr Î57 

ibyez donc auffi le centre de mon cœur. 
attirez-le efficacement à vous > afin qu'il 
demeure en vous, qu'il y demeure, qu'il 
.«'y repofe & qu'il apprenne dans votre 
facré cœur comment il faut vous aimer* 

TEXTE. 

■ i^ Ous trouvère^ un Enfant. ^Luc. 2..) 

XXV. Paraphrase. ' 

Que faites-vous dans votre étable & 
-jfur votre crèche f ô divin Enfant ! déve* 
Joppex-ttous ce myftere fi intéreflant , 
;çour notre bonheur , & où votre amour 
-pour ctous a tant de part , y êtes- vous r 
la manière des autres enfans > dont re(^ 
prit eft incapable de raîifonner & ménf\e 
depenfer, & le cœur de fentir & d'ai* 
mer ? y êtes-vous dans Tihaftion , dans 
l'impuiflance & dans Tinfenfibilité ? Ou- 
vrez à nptre foi ^ à notre intelligence; ^ 
& fur-tout à notre cœur les portes de ces 
deux fanftuaires de votre efprit & de 
-votn^ cœur, renfermez dans -un fbible 
rcocps d'enfant , pour connoître i poat 
jientir,jpour aimer & pour adorer ce.qui 
.s'y paue en notre faveur, afind'eh pro«- 
:6ter:^ d'en tirer des motlfe d'une tendCe 
jreconnoiffance. - j. ' 

^ •. . Vous me faites entendre; iô âdprable 
Éûfkot! qu'étant un Dieu fous Jbe voile 

Tf 



33^ Pauaphkaôes affectives 

fde fett&ncc^ votre efprît ;eft un abyme 
(âeifeîence^ de fageife , qui contient & 
iqui cacbe tous fes tréforsaux yeux des 
hommes par une humilité profonde : 
yous adorez votre Père céleftc en efprk 
,& en vérité, vous teî rendez vos hom- 
mages & vos adorations , tout Dieu que 
vous êtes i & yous vous offrez à lui en ft- 
crifice pour naon amour. 

Votre cceur'millé fois plus ardent que 
■40U8 les Séraphins, brûle d'un amour 
^ioéfable & pour ce Père adorable & pour 
îfnoi,{>uffqu*il vient»ie facrifier pour me 
;dôTincr la vie de la grâce & la vie de la 
jgk)iPe ^ Que v^us rendre , ô divin En- 
-^MVt! pour iieconnoîtrc tant de bontés? 
^^Otts voulez feuleiTvcnt que- yé vousraip 
-mC:, -quoi de pl^s jufte ? 

^,., V TEXTE. 

tf^iùus'trowèrei un Enfanta (Luc. !•) - 

".,•.'• • ' . • ■■>•'. 

XX VX P.ARAPHR A?.Er '. 

1. 

'■>'t^oUB^tes caché dans une pauvre éta- 
•ïfele , ô divin Enfant ! 3c vous y paroiflee 
iaii3t yeux de touft le monde, foible flc 
-âéfermé : «mais cependant quand j'ouvre 
-tes«y6u«de lafoi, furce qui fepaflç, 3c 
fur ce que vous faites , /y découvre des 
maïquèsâ éclatantes dé votre gfahdeur , 
'de votre puii^nce & de votr^ dWinîtéj 






I 

* 



SUR l'Evan GîLÇ.: 339 

que je n'hétite pas d'un momieot ^ vous 
adorer comme mon Dieu^ & mes re(^ 
peâs & mon amour augmentent à mç- 
lure que je vous vojs plus foible & plus 
humilié. . -^ 

Tout foible Ehfjint que vous êtes i 
vous créez une étoilç brillante dans le 
ciel y qui T-empôrte en clartés fur celles 
, de tout le firmament^ & par ce météore 
miraculeux & nouveau ^ vous attirez dçs 
Philofophes y vous détachez trqi^ Sou- 
verains de leurs trônies pour. yQUjsfaiçe 
hommage de leurs diâd^p[)es âc4e Iç^rs 
perfonnes , comme^a lpvir.pTen:>ie/;.^pg- 
verain , & pour vous adorer PiÇiWvne jieiîr 
Dieu , vous appeliez de pauvres Psf- 
teurs qui quittenit leurs troupeaux p9\ir 
vous reconnoître commcle Meflîe : les 
Anges du ciel quittent dans Tin^lantce 
, délicieux féjout , pour venir dans votfe 
létable chanter .des Cantiques à votçe 
gloire , & c!eft ainfi, ô divin Jefus ! que 
le ciel & la terre ne peuvent réfifter à 
votre attrait ^ quoique vous , paroifliez 
dans la dernière folblelle. 

Attirez-moi efficacement à vous , ô 
admirable Enfant. 1. fpyez le ççl^çfteaî-» 
mant de mon cœur de icir ^ touçtiezrle ^ 
amoliffez-le , inclinez- le, ôç permettez 
que , pour donner plusde mérite à mes 
adorations « je les uniiTe à celles des An^ 

Ff2 



*'54<^ P-ARAPHRÀSES AFFECTIVES 

' ges, dès Pafteurs & des Rois, ôç. que Je 
- «e fefle avec ces Saints adorateurs , cju'mi 
e^rit, gu'uA eœur & qufunç voix. 

^ TEXTE, 

' /^ 0«f5 trouvcrçi un Enfant. (ï^ÙC. 2.) 

XXVIJ. î?A;iAPfl[RASE. 

Quelle prodigicufe humiliation y ô 
Dieu tout-puiuant ! dp vous être fait 
homme pour notre amour! de vous être 
'r^revêtu d une chair fragile femblabje à 
•lai rtôtre , <k ftijette à toutes les miîeres 
"ijûî eh font infépar^Iés , excepté le pé- 
\c\\i \ vxDus qui pouviez nous tacheter 
fans vous expôfer à jant d^ difgrades, & 
Il tanf de fouffirjances : Maïs ,fur-tout, quçl 
* excès de bonté dé vous être fait Epfeht ; 
ah! e'eft ici le comble & 1^ miracle de 
votre amoiir , que je ne puis jaflçz adrnî- 
rer ni affez cohnoître f ah ! ïî vous n'é- 
tiez pas un Dieu; Tenfance ne vous hû- 
milieroit pas à Texcès ; car l'homme en 
îiaiflfant, loin de perdrç, il acquiert Têtre 
qu'il n'a voit pas, & loin que fon enfance 
lui foit à charge, il y acquiert par la fuç* 
- ceffion des années, un acçrpiuement de 
' srandeiir qui ne lui étoit pas djie ; d'ail- 
îeurs cette enfance n'eft pas pour lui 
une difçrace , parce qu'étant privé de 
f aifon , i\ oe I9 fçnt pas avec réBexion* 



SUR L'ÉVANGftÉ, I ' 54.1 

. Mais vous, ô mon Sauveur ! commo , 
votre enfance eft jointe à une fouyeraine 
rai(bn dont vous avez le parfait ufage ,. 
vous en fendez toute la difgrace, cette, 
humiliation fe montre toute entière à 
votre efprit^ vous ïa foutfrez génëreufe-»; . 
ment & dans le (llence fans vous plain^ 
dte, & Tamour infini q\iQ vous ave2;^^ 
pour les hommes, vous met volontaire-, 
ment , & avec réflexion, dans cette état (1 
humiliant, 6c tou^à-fait indigne de votre 
ibuveraine grandeur. 

Après cet exemple héroïque d'iwC; 
humilité fi profonde refuferai-le^'mbr 
yile créature , qui ne fuis qu'un ver de 
terre , qu'une boue animée j & qu'u» 
néant vivant^ de m'humilier en vue de, 
mes miferes & pour Tamour de mon 
Dieu? 

TEXTE. ; 

r ous trouverez un Enfant. (Luc. 2.) ' 

XXVIII. Paraphrase. 

Efprits céleftes , j'entens votrç voix fc 
flc fi elle ne frappe pas les oreilles de mon 
corps ^ par un fon articulé y elle frappe 
celle de mon efprit & de nion cœur^ 
comme elle s'adreflfe à moi auffi bieif 
u'aux Pafteurs qui veilloient à la garde- 
ejlçurs troupeaur ^ je m'y rends jj'f,. 



1: 



'342' PARAtftRÀSES AFFECTIVES 

Obéis , je m'uniS' à éu% pour aller à Be- 
thléem adorer Jefus. Vous me le défi- 
gnez avec trop de précifion pour me 
trorhf^ef, quand votis dites que je trou- 
verai un Enfant enimaillotté dans une 
ét«(bïe 5c couché.fur une crèche : )*iraî 
en leur coriipagnie pour lui rendre ine^ 
hommages & pour Tadorer ; perfuadé' 
qu*il eft mon Dieu , mon Souverain & 
rtion Sauveur ; il faut des adorations à 
lin Dieu , des hôrnmageç à un Souverain 
& une tendre , rpcophoiflance pour uti* 
Sauveur* * 

Je vafe dans uhe-'panvre étable voir. 
un Enfant couché fur dix foin , âh ! mar 
léîfon toute feule femble ici coqdaçmcr 
nton empreflemcnr, en me remontrarït 
que je ne dois pas entreprendre un y oya* 
ge pour un fi petit objet en apparence r 
mais un Ange parle , fa voix a quel- 
que chofe de plus impofant que celfes 
des hommes , il eft du ciel , il vient 
de Dieu : mon efprit eft étonné , mon 
cœur eft ému , la foi fe réveille , c'eft 
die qui me conduira , c*eft par les 
yeux de fa foi que cette étable & que 
Cétt^Cïècbf me paroîtront plus auguftes^ 
& plus relpèftables que les palais' des' 
Roi<i , & que je verrai ce Dieu, ce (bu- 
veràm & ce Sauveur caché fous les voiles 
de Tenfance» O divin Enfant^ je vous ado* 



f SUR l'Evàngïle.v }4î 

jte Se je veux vous aimer de tout, mon 
cœur^ faites -moi la grâce de é&vemi 
enfant avec vous , pour mériter d'avoior 
part à votre rédemption & à votre royaie» 
me ; que vous avez promis aux enâms^ 

TEXTE/ 

r Qus trouverez un Enfant. (LliC. a.) 

XXIX/ Paraphrase. 

Allez à ta crèche, & morv amef â 
atVez-y avec une foi vive & une piiti 
pleine d'ardeur, l'Ange du Sei^eixr^ 
€hy appellant tes Payeurs des environs^i 
vous y appelle aufli , vous y trouverez 
un Enfant, dit cet Efprit célefte^ raaif 
'cet Enfant eft ïe même Dieu tout-puiP- 
fem qui a créé le ciei âc la terre; ainfi 
Vous ferez agréablement dédommagée ôc 
glorieufement récompenfée de votre 
obéifliance. Dans cet admirable Enfanr> 
vous trouverez un Dofteur éclairé qui 
vous inftruira de ce que vous devez 
penfer, de ce que vous devez armer, & 
de ce que vous devez f;îire pour vous 
conduire au bienheureux terme auquel 
vous afpirez ; il vous apprendra que 
rhomme qui n'eft rien , ne doit pas sxle- 
ver , quand Dieu , qui efr la grandeur 
même, s'abaifTé pouttcMi àmoucà i'humr 
ble qualité d'£nra:i4tt; V . * . • . . — . 



544 Pajcaphrases affectives 

'Approchez-vous fans crainte , dé cette 
Crêche^ les mains de Tadorable Enfant 
qui y.rdpofe comme fur fon trône de 
race &. d'amour^ ne font plus armées 
e foudjres y mais elles font ferrées de 
petits langes , & elles ne fortent de cette 
îbible prifbn,que pour vous careffer: 
vous ne verrez dans fes yeux enfantins 
aucune marque de hauteur^ de colère 
ou d'indignation ; mais au contraire des 
fignes évidens de fa bonté & de fa tfcn- 
drelFe^ les larmes qu'ils répandent font 
des preuves que vos miferes le touchent^ 
qu'il n'eft venu dans cette humble qua^^ 
lité , que pour les porter & pour vous eu 
délivrer. 

Divin Enfant ! j'obéis à vos ordres ; je 
m'approche, recevez-moi; je vous adore 
avec un profond refpeffc , comme moà 
Dieu ; je vous aime de toute la tendrefle 
de mon cœur, comme mon Sauveur. 

TEXTE. 

r Ous trouvent un Enfant. (Luc* 2.} 

XXX. Paraphrase. 

Ne diroit-on pas , ô Enfant adorable ! 
vous voyant emmaillottéde ces pauvres 
langes , que vous êtes foible comme les 
autres enfans l vous qui êtes un Dieu 
tout-puilTant ; Oui., Seigneur , vous 



SUR l'Evangile. s^f 

f êtes foiblç , & vous ne Têties que parce 
ijUjB vous le voulez , & j'adore & j'aime 
,€ette foiblefle, parce qu'elle eft la preuve 
de votre amour pour tous les hommes 
que vous voulez fauver* 7 

Je comprends même que je fuis ptap 
redevable à votre foibleffe qu'à votre 
force ; par votre force & par votre puif- 
fance vous m'avez tiré du néant de letre: 
mais par votre foibleffe, ô adorable Ré- 
dempteur! vçus m'avez tiré du néant dii 
ipéché. Sans votre force je ne ferois pas 
au monde, mais fans votre foibleffe je 
gémirois encore dans la cruelle captivité 
du péché, de la mort & de l'enfer; je 
xi'aurois aucun droit au céleile héritage ^ 
ni aucune lumière, ni aucun fecouru 
pour m'y conduire , ni aucune gracé 
pour le mériter , les portes m'en feroient 
toujours fermées, fans aucune efpérancé 
d'y pouvoir jamais entrer. 

Foibleffe de mon Jéfus Enfant! langes 
facrés qui retenez tout fon corps dans la 
captivité, je vous refpede, je vous ado- 
re, non- feulement parce que vous avez 
l'honneur de toucher la chair adorable 
de mon Sauveur, mais encore,, parce 
que le retenant dans la captivité^ vous 
me marquez qu'il s'eft fait prifpnniee 
dès fon enfance pour mon amour ^ âc 
qu'il a volontairement époufô oiâ îoi^ 



^4^ Paraphrases affectives^ 

blefle, pour me revêtir de fa force ^ qui 
eft divine. 

TEXTE, 



V 



Ous trouverai, un Enfam emmaillots/é 
(Luc. 2.) 

XXXI. Paraphrasa. 



Vois pau vres langes, ô adorable Enfant^ 
fttetouchentdecompaflion, ils m^inftrui- 
ient & ils condamnent Uâttachement 
que f ai aux commodités de la vie : vous 
en vouliez faire, dit le dévot S. Bernard^ 
un fîgne facré & un étendard, pour rame- 
ner les délicats du fiécle & les avares^ 
afin de les engager de vous fuivre fous 
les enfeignes de la mortification & de fa 

fénitence: mais, liélas! ils font devenue 
préfent un fîgne de contradiOion aux 
gens du monde, qui n*ont que l'avarice > 
le luxe & la molleflc pour partage. Ame 
mondaine, s*écrie S. Jérôme, ne crai- 
'ncz-vous point que ce divin Enfaftt, 
[i pauvre , (i humble, & fi mortifié dans 
fa ftaiffance:, ne fafle retentir fa voix da 
milieu de fa crèche, & qu'à cette voix 
crîïantrne, il ne fubftitue une voix de 
tonnerre pour vous reprocher tant de dé* 
ticateffes & tant de vaines parures aux 
dépens de la modeftie & de la pauvreté ? 
^^ Dieu tout-puiifant; devenu Enfant pour 



inotr amour, je vais dorénavant tcfptCttt 
les pauvres langes dont votre corps ado* 
rabie eft environné ^ je veux qu'ils me feiy 
vent de modèle & de motif pour réfer- 
mer le luxe & la vanité doùt je puis a^oSf 
été coupable ; je nié dirai foulent à moîw 
même , avec cOfnfufiôh y voilà y vile de 
orgueilleufe créature, dont le corps n'eft 
que boue , ordure & corruption y de quoi 
te confondre, chercheras- tu dorénavant 
les étoffes les plus précieufes p^ur le coih 
vrir, pour rom€r,& pour plaire aux yeux 
des mortels, pendant que le corps Enfant 
de ton Sauveur 6c de ton Dieu, n'eftcou? 
vert que de pauvres langes f 

TtXTE. . 

rOus trouv€rei( un Enfant emmaîltotté, &: 
touché fut tint crèche. (Luc. 2.) 

' X X X 1 1. P A R A P H R A S E» 

• Une étable , de la paille , du foin , untf 
crèche : voilà , ô Roi des Rois ! le fu- 
perbe palais: voilà, ô divin & aimable:' 
Enfant! le lit magnifique & délicieux obt 
itepolera pendant quelques jours votre^ 
corps délicat, à la fortie de Taugutte 
fein de votre divine mère : voilà les 
ameublemens magnifiques qui feront 
tout réclat & tout le brillant de vos ap- 
partemens; à vous qui êtes un Dieu 2c Ir 



348 Paraphrases AFFEcrrvts 

(buverain Maître de tous les Monarques 
de la terre : voilà où vous & votre divine 
mère , pouvez recevoir & admettre à; 
votre audience trois Rois^ qui viennent 
au nom de tous les Gentils contraâiet 
une alliance avec vous: audience la pi us^ 
augufte qui fut jamais ^ puifque c'eft un 
Dieu qui la donne & trois Souverains, 
qui y font admis ! alliance la plus folem-- 
nelle & la plus intéreflante qui ic foit 
jamais contractée ^ puifqu'elle eft éter« 
nelle & qu'elle ouvre le chemin du cielr 
à tous les Gentils. 

.Voilà, Seigneur, ce qui doit m*atta-. 
cher inféparablement à vous , & ce quV 
doit confondre ma d^licateffe: vou3 
êtes ici le divin modèle que je dois imi- 
ter , ou le jufte Juge que je dois craindre: 
vous fouffrez^ parce que vous m'aimez^ 
& que vous voulez réformer mon cœur ^ 
& me fafre comprendre qu*il y a des plai- 
Crs étemels auxquels on ne peut légiti- 
mement prétendre que par la mortifica- 
tion : mais hélas f quel ufage en ai-je fait 
jufqu'à préfentf Crèche de «>on Sauveur 
naiàant , que j'ai lieu de craindre que. 
yous ne me condamniez un jour ! 



F 



SUR L?EVANCILE^ 349 

TEXTE. 

Ous trouvère^ un Enfant ismmaillou^s ^ 
couche fur une crèche. (Luc. 2,^ 

XX XIII. Paraphrase. 



. Voilà, ô divin Enfant! ce que votis 
amour vous a fait faire pour moi en Te- 
iiant au monde : c*eft aufli tout ce que 
,vous pouviez faire dans un âge fi tendre 
pour me marquer l'excès de vos bontés^ 
jen attendant que votre héroïque & excef- - 
iive charité , vous fît fbu venir des tra- 
vaux immenfes , des fouf&ances infinies^ 
& la mort la plus cruelle & la plus hon^ 
teufe pour me Tépargner , & pour me 
procurer & la vie ae la grâce & la vie de 
fa gloire. 

Je fuis pénétré d'un refpeâ: infini pout 
votre crèche » ô mon Sauvpur ! première- 
ment parce quec*eft le lit, ou pour mieux 
dire, le trône où a repofc votre humanité 
ûinte en fortant de Taugufte feiii de 
Marie: fecondement, parce qu'elle eft le 
douloureux pronoftic & letrifte prélude 
detoutce que vous endurerez pour moi 
à votre paflTion , 3c qu'elle eft^ dit un faint 
Doâiear, l'arbre précieux fur lequel font 
greffées & votre paffion , & votre mort j 
Sa les fouffrances de tous les Martyrs. 
J^is^ômoD^Si «it-iLque ceux 



(;3Jo Parapsilases affectives 

que vous avez tant a.imés , & pour lef- 

quels vous avez commencé à foufFrir de 

£ bonne heure , vous faflent tous les jours 

tant d*#utrages. Crèche refpedable de 

mon Dieu, que vous êtes aujourd'hui 

déshonorée pAt lés mondains ! fouffrances 

.anticipées de mon Jefus! que vous êtes 

j>e^i . -connues ; des hqrxwîïes volupteux , 

qui'lé livcept aux plaifîrs des liens, pen- 

^dant que leur Sauveur repofe lur du foin, 

"qu'il eft dans les larmes y & qu'il ne les 

* répand jdans fa -çjrêçhe ^ que parce que 

leurs mn^eres le tQuchent , & qu'il veut 

Ces xn délivrer ! . . ''' *' 

TEXTE. 

[nn^N même- temps il fe joignit à l'Ange une 

^wj troupe de l'armée céîejlej en difant^ gloire 

à Dieu dans le plus haut des oUitx. (Luc. 2.) 

XXXIV. Paraphrase. 

Quelle gtarid-eur & queite ibaflelTe ! 
quèUe gloire & quelle humiliation tout 
enfemble^ ô divin Enfant > rrakre dans 
une étable , fur une crèche & entre deux 
animaux, quelle humiliation ! mais être 
adoré despafteurs, des Rois; dilbns plus^ 
être annoncé & préconifé pat une mul- 
titude d'Efprits célqftes- Quelle gloire \ 

J'entends^ en eflfet, des Angesdefcen^ 
. diis du 4^iel qui çhap^t^Qt des C^tiques 



soR l'Evangile. jjt^ 

en Ton iiouneur^ & qui s'jeffarcent de célé- 
b»er cette naiflance avec toute la joie & 
toute la porripe dont ils font capables; ils 
font environnés d'une Ivmiiere d'autant 
plus éclatante, qu'elle brille au milieu 
d'une nuit obfciire , & ils forment le con- 
cert le plus mélodieux qui fut jamais en- 
tendu. 

Céleftes Intelligences, il eft jufte que 
votre joie éclate, la gloire de cette naif- 
fànce eft pour le ciel ; les places de cette 
célefteiJérufalem., que lés Anges rébelles 
avoicnt laiffées vuides., vont bientôt 
Être remplies par les âmes que Jefus- 
Chrift va racheter au prix de fon fang; 
vous y participez à cette gloire, puifque 
vous voyez aujourd'hui un Dieu Tout- 

f misant abailTé au deffous de vous pac 
'humanité qu'il a époufée. 
.Chantez au Très- haut, puifque cette 
Hi^iiTance donne au Père Éternel un Dieu 
égala lui pour fujet & pour adorateur ; 
& avant cette naiflfance il n'avoit que des 
Anges & des hommes: Un Dieu fait 
homme eft le plus glorieux chef-d'œu- 
vre de ce Père célefte , & c'^ft ce oui met 
ie comble à fa gloire. C'eft auflî , o divin 
Enfant ! ce qui aflure la mienne, fi j*ai le 
bonheur de vous être fidèle jufqu'à la 
mort ; & c'eft ce que j^efpere par le fe- 
cours de votre grâce. Ainfi-fpit-iL 



^5*2 DERfiiÈR Jour DE l'Année. 



i^MMMitt 



LE DERNIER JOUR DE UANNÉE. 

JOUR DE RÉPAR/iTION. 
Pratique, 

ENtrez aujourd'hui dans refprit d*.une 
fincere, humble & cordiale répara- 
^tion à la juftice de Dieu, pour tous les 
.péchés que vous avez commis dans tout 
le cours de Tannée, & commencez-li 
cette réparation dès votre réveil, fans 
."en fortir de toute la journëe; jufqu'à ce 
.que Vous fpyez obligé cç foîr de repren- 
/dre votre fommeil , vous vous endor- 
mirez même avec cette penfée : acconi- 
gagnez cette réparation d'adiions de 
grâces de tous les bienfaits dont il vous 
,a comblé pendant Tannée , examinez 
.toutes les infidélités que vous avez com- 
:mifes , gémiffez-en de tout votre çcéur^ 
.'demandez à Dieu qu'il vous les pardon- 
Ine , faites-en dés àftes d*une douloureufe 
^contrition, & inipofez-vous-en quelque 
."pratique de pénitence* 






Méditation 



Jour de RiPARAfiOW^ f^f 

MÉDITATION 

' Sur la répoTatioTt à la fin d€ l'aAnét. 

' '• P R 1 M » B lU P O I N T. 

?Erfaad€z-voiis qu'il n'y a point dé 
jour, où vous ne commettiez quel-; 
que péché, & que par conféquent ir 
n'efl point de jour , que voxié né deviejzi. 
une réparation à Dieu :(l fe pi(té tombé! 
fept fois le )oar ,. à plus fbtte raifon vous 
qui êtes pécheur, combien de fois ètç^s^' 
vous tombé pendant tout le cours d'une 
année entière , & de combien de répa-i 
lirions lui êtes- vous riedevable? 

Perfuadez - vous encore' qu'if n'y al 
po;nt de péché ipi ne faflfe injute^Ià 
maieï(é de Dieu ; il o^ènfe fa fouveraine 
autorité, par le mépris & nnfraâion que 
te pécheur fa.it de Tes divins préceptes;, 
ii^i^enfe (on immenfîté par,^e peu de 
reîpëa qu'il a pour fa divine preferice -^ 
clipifiilèz Ôc choififfez bien , prenez îe 
parti le plus fur , qui efl celui de la ré-< 
pàration., heureufement pour vous, iï / 
eftle plus doux : craignez^vous de tom- 
ber entre les mains de Dieu qui ne (è 
fait point réparation a (bi-même, qu'if 
n'en coûte infiniment au pécheur ou 
dans cette vie ou dans l'autre ; hâtez*- 
^Tous de faire cette réparation par vos 

G g. 



3 J4 Dernier Jour de l'Année. 

propres mains^ elle .vous coûtera beau- 
coup moins, quelque rigoureufe qu'elle 
foit : que votre cfprit, que votre coeur ^ 
que votre langue -ôc-que .vos, mains en- 
trent dans le commerce de cette répa- 
ration ,' fi nédeffairç à votre bonheur 5ç 
à votre lûreté : que votre eiprit entré 
dans cette réparation , en pcnfant avecr 
amehume aux. infidélités multipliées de 
toute èetfè année > i8t en difàilt fou vent 
à Diéii daW là jôUrnée ,' avec le ï^rophéte 
Ifaïe> Seigneur, ;c penferai en votre pré^ 
ience & avec amertume de cœur aux 
jféchés que j'ai commis dans les années 

Srécédentes ', recogitabo ûbi omnes annos 
\ços in dmdritadine nnïifzé med. (Haïe, 38.) 

'•Que votre cceur^'y entre auflî, ea 
concevant lin c Vraie douleur dé vos in- 
fidélités paffées y & formant une gêné- 
reufe réfolution de les expier & de les 
réparer jufqu'à ce que la )uftice defMco. 
foit fatisfaite : votre bouche en pronon- 
cant fou vent des afltes qui expriment laii 
uncérité & ramertùme de votre dou- 
leur; & vos mains, en vous puniffant 
Vous-même pour prévenir la iévérité des. 
jQgemens de Dieu. 



\ 



Jour de Réparàtioisï. ^'^jj 

Second Point. 

REffouvenez - vous , difoit le dévot 
faint Bernard à fes Religieux , que 
bien commencer^ c'eft quelque choie 5 
à la vérité , que foutenir ces heureufes 
prémices par un progrès & pat une fer* 
Veur qui y réponde , c'eft une grande 
grâce & un prétage avantageux pouf 
ravenir: mais être fidèle à Dieu, perlé* 
Vérer & augmenter en piété & en amour 
Jufûu'à la fin , c'eft raffurance du falut , 
c'eli la couronne de la vie , parce que 
ce n'eft qu'une heureufe fin qui nous 
met en poflefllon.du bonheur éternel. 
Finiflez donc Tannée comme vous vou- 
driez finir votre vie, finiffez la par une 
réparation fincere; & pour donner plus 
de force ôc p\ua de «nr^uîr*^ à voffi* répa- 
ration , finilTez Fannée en Dieu ^ avec 
Dieu & pour Dieu. 

' Finiffez-la en Dieu, qui eft lui-même 
la dernière fin à laquelle nous afpironsî 
noyez - vous , abforbez - vous , perdez- 
vous dans Tabyme de Tes bontés & de fa 
divine effence : avantageufe, perte, puif- 
qu'on ne s'y perd que pour fe retrouver 
plus heureufement en lui : fo;^ez dans 
une tendance côntmueUe d'efprit , de 
tocur, de volonté & ile defirs vers cet 
adorable centré de tous les bietie^ «n qui 

Gg2 



^$6 Dernier Jolti de l'Anna 

tous les êtres (è repofent, & hocs duquel 
il n'y a qu'inquiétude & que trouble. 

Finillèz'la avec Dieu^ fojez aujoiif^ 
dliui dans une intime prétence de ce 
Dieu de bonté , afin qu'à accepte votie 
réparation y ne vous en faites pas un fim- 
ple paflàge^ mais une demeure perma- 
nente; faites -vous une loi, non-feu^ 
lement de commencer ^ mais encore de 
finir toujours avec lui; Tannée aura beaa 
finir^ vous ne finirez jamais , parce que 
vous ferez toujours avec Dieu^ non* 
feulement dans cette vie^ mais dans tous 
les fîéclcs fans pouvoir jamais en être 
fëparé. 

Enfin finiflez Tannée pour Dieu , rap- 
portez fidèlement à cç divin objet & à 
cet adorable terme tout ce que vous £&> 

rez de bien avec l^fecours de fa grâce , 

& vous pourrez toujours tout étant avec 
lui & agiffant pour lui. 

Purifiez & reftifiez toutes les vues 
imparfaites qui fe font gliffëes dans les 
aftions de Tannée : Examinez en (à pré- 
Icnce ce que vous avez acquis , ou ce 

3ue vous avez perdu ; humiliez - vous 
e vous trouver le même , gémiflez de 
'otre peu d'avancement pendant que la 
ort s avance à grands pas ; & fî vous 
ez le bonheur de communier aujour- 

hui I taites-Ie en jfépat^tion de toutes 



Jour de Réparation. 5^7 

les communions tiédes^ imparfaites Se 
inutiles que vous avez faites dans iù 
cours de Tannée, & finiflez par une ac-? 
tion de grâces des bienfaits que vous y 
avez reçus, 

RÉPARjiTÏON. 

PRofterné humblement aux pieds de 
votre adorable Majefté , j'implore , ô 
mon Sauveur! votre divirie miféricorde^ 
pour tous les péchés dont je me confefle 
coupable dans toute ma vie , & en par- 
ticulier dans le cours de cette année, de 
toutes mes révoltes, de mes infidélités, 
de mes négligences & des délais que j'ai 
apportés aux grâces & aux infpirations 
dont vous m^avez favorifé , de toutes 

mes langucvtrc, de tr^ifAc rwpQ nf^j^lî(ypn« 

ces & de toutes les fautes que i'ai cpm^' 
mifes dans la réception des Sacremens 
de la Pénitence & de L'Euchariftie ; dans 
le premier, par mon peu de préparation , 
de douleur & de réfolutioa ;. dans lé 
fécond, par mon peu de ferveur, & en? 
fin par le peu de profit que j^ai remporté 
de run & de Tautre , qiti m'auroient 
comblé de grâces bien fjlus abondantes', 
& qui m'auroient fait faire tout un autre 
progrès dans la vidoire de mes paflions> 

k dans la pratic^ûe de la vertu, âiTavoi» 



15^ DoiKfEt Jort DE l^\nn^ 

eo une foi plus rive, on amour plos 
ardent ^ 5c une attencîon plus eia^ Se 
^u$ fidélc« 

Pardon ^ & mon adorable Sauveur ! de 
toutes mes lâchetés , de toutes mes îité- 
rérences & de toutes mes diflîpations 
dan$ le culte que je tous dois , dans 
votre propre (anduaire & aux yeux de 
votre divine Majefté , de mes delicatel^ 
fes^ de mes fenfualités^ des recherches 
de moi-mêfne^ & de toutes les lâches 
complaifances que j'ai eues pour le mon-^ 
de que je favois être & votre ennemi & 
le mien. 

Apprenez-moi donc* Seigneur, com- 
ment je pourrai réparer tant d'infidéli- 
tés, infpircz-le-moi, & je vous obéirai 
quoiqu'il m'en coûte; vous voulez que 
K YuvTB Luuracrecrque je vous facrifie 
en réparation toute ma mémoire , tour 
mon cfprit, tout mon cœur, tous mes 
défirs, toute ma volonté, tous mes fens^ 
tout mon corps, toiit ce que je pofféde,^ 
OC tout ce que je fuis ? J'y confens , a 
mon divin Sauveur! je vous les offre de 
toute mon amc, heureux encore fi vous 
voulez bien les accepter. 
^ Mais, 6 adorable Jcfiis! qui êtes mon- 
Sauveur, foyez auffi mon réparateur, je 
vous ofFcc à vous même avec tous vos 
travaux, tous vos mérites, toutes vos* 



■ JOiJR DE RÉPARATION. JJf^ 

:.lbùflBrânées & tout votre fang : ils font 
sa moi^ vous me les avez donnés & tran(« 
pk>rtés ; je fuis , par conféquent, en droir. 
rde vous les offrir, & vous ne pouvei pas 
irles refufer. Heureux d'avoir en vous de 
iquoi vous faire réparation a vous-mêmey^ 
3 de ities propres péchés , puifque vous 
( vous en êtes chargé en mourant pour 
a l^amoui de moi , oc pour faire en ma 
►lace Une réparation plus qiic fuffifantc 
L votre père cékfre. Ah! h j'ai le mal- 
heur de trouver en vous un Dieu.offen"- 
fé, fai auffi la confolation de trouver en- 
vous un Dieu Sauveur, un Dieu Média^ 
teur & un Dieu Réparateur.. 



• I 






». *' ( j . 'i ... 






'^^o Premier Jour de l'AnnéC 



wm 



LE PREMIER JOUR DE L'ANNÉE, 

- . j 

JOUR DE RÉNOVATION, { 

Pratique. 

Commencez à votre réveil & l'année 
& la journée 5 par une rénovation 
univerfelle & par une confécration ert* 
iiere de tout votre efprit , de tout votre 
cœur , de toute votre ame & de toutes 
fes puiflances , 5c enfin de toute votre 
perfonne à Jéfus-Chrift , qui vient lui-? 
même tout renouveller fur la terre , & 
par le (ang qu'il commence aujourd'hui 
a répandre fous le couteau de la circon- 
cifion, & par l'adorable Nom de Jéfu* 
qu'il prend dans cette humiliante & dou^ 
loureufe cérémonie. 

Prorioncez-le fo'uvent ce faintNotrij 
fi doux & fi agréable à prononcer, puiP 
qa'il fignifie Sauveur; mais efforcez- 
vous en le prononçant de penfer à ce^ 
qu'il fignifie, & de le faire fentir à votre 
cœur, & demandez à ce divin Jéfus^ 
qu'il détruife en vous le vieil homme ^ 
& qu'il vous accorde la grâce d'une vraie 
rénovation. 

Frofternez - vous auffî-tôt que vous 
ferez ea état de le faire p faites^ au nom 

de 



Jour de Rénovation. ^6v 

de Jéfus & du fang qu'il répand aujour- ' 
A'hui j toutes vos amandes pour Tannée 
<jui fera peut-être la dernière <ie votre 
vie. Demandez à Dieu avec toute Tat- 
^ur dont vous êtes capable , fa protec-; 
tion contre tous vos ennemis vilibles &» 
inviiîWes , fes lumières pour vous con* * 
duire dans les voies du falut, la confec-i 
vation & l'augmentation de la foi , ia 
grâce ^ (on amour , la perfévérance fina*- 
k; & prenez foin de réitérer fouventces 
demandes dans le cours de la journée. 

MÉDITATION SUR LA RÉNOVATION^ 
Sur le modèle du Sauveur circoncis & nommé HfitSm 

Premier Point. ' 

t ...» 

H 'Vit jours s^ étant écoulés depuis la na^r'^ 
fance de l* Enfant , il fut nommé Jéfit^i 
(Luc. 2.) ^ • 

Voici une myftérieufe & furprenanw 
nouveauté 9 où nous trouvons un. heu- 
reux pronoftic de notre bonheur &:le, 
commencement de notre rédemption > UO) 
Dieu devenu enfant ^ quelle nouveamtér 
inouïeînn pur Efprit revêtu de notre chair^ 
un Dieu impaflfible de fa nature, ifujetà U; 
douleur, fouffrant & répandant du fang je 
lin Dieu, un/ Etre fupréme, infini, in-, 
çompréhenfible , qui a un Nom caché % 
inéfable qu^on ne peut connoître % pa& 

Hh 



5^2. Premier Jour de l* Année; 

mêma nommçr'9 excepté lai feul; Se qui 
v^euitbîeQ psqndrc un Nom^ qui eft celui 
jd» JéiÀi&y qia/ikTe laifle impoiër « & qu'ii 
veut bien que nous mettions dans notre 
,c«ur^ pouc en fi^ire Vob'jet de nos ten** 
4^€ify$ (Se te^ motif de nos confiances ^ Se 
dâns.iiotr>e bouche pourl'appdler& pour 
F-invoqiaec dans tous nps befoins] 

Oet âxlorab4e Nom' eft impofé au Sau^ 
A^ut; it eâ à lui^ tpais il ^0: auffi à vous ; 
iecvea-»vous- en comme d^unbicn qui 
you* eft propre , pour en faire tout Tu'- 
iàgf; que vous devez ; paflfe?; infenfible^ 
lÂe'nt du Nom , à la perfonne qui comi- 
menç^4te porter aujourd'hui. Vous nç 
pouvez le prpi>onçer en elpritôc en chré- 
tien, que vous ne vous repréfentiez d'ua 
côjîé' un Dieu tout-puiflant, dont la gran-^ 
dfeur eft' infinie ^ & d^ Tautre un nou-Veâ 
homme, un Enfant de prodiges , humble 5, 
piMrient', lîmable 5 plein de charité, qui 
éGlijpfeen notre faveur tous les grande 
attributs ie fa divinité , qui-foufire & qui- 
(|€kifKt^nce pour notre amour à répandre 
fen-fang , qfui nous invite ainfi à nous dé^ 
pbmller du- vieil'homme &à nous revêtir 
du nouveau , qtfil eft lui-même , par une 
néi>ovationuniverfclie de vie, de feoeurs, 
de CGnduite»& d'amour, felbn lé'confeil 
du grand Apptre : ita^î^ nos in noyitatç vite 



Jour de 5.énovation. jtfj; 

Je trouve du goût & du plaifir , difoit 
fiiint Bernard y à prononcer cet aimable 
Nom ; quand je luis lâche ^ 11 me renou*- 
velle> &; ma ferveur prend de nouvelles 
â^mtnesyçette délicieufe répétition m'eni 
le ve^ loin 4e m'être ennuyeiufe; pronon^^; 
csez;le faille fois le joue, & vous fentirez;^ 
un §ç>^t toujours nouveau ^ une joie iri^ 
nocente ^ & un chafte plailîr ; à qup|. 
tient-il que vous ne rexpérimentiezl: 

Second Point. 



* ■ a 



« * ■ : 

A Peine Jéfus - Chrift eft- il né fui: I* 
terxe^ dit faint Augustin ^ qa'il renàk 
s^ilTi-tôt par de nouveaux Sacremens^.. 
dans fa circoncifion & dans rimpofitîon 
de Tadorabl^ Nom de }éCusy{Serm. ^6., 
de T^mp.) U eft, ce Souverain desxoei^rs ji^ 
que le;Pifciple bien*aigié vit fuc ùm, 
trône, de grâce, & qui (fliç, je viens. rc-i 
Q^uvdler toutes çhofes : ecce nova fdçi^ 
omnia. (Apoc. il.) 

Âa huitième jour il commence à ré-^ 
pandrç- du fang , dont une feule goutte, 
aurait fufïi pour racheter tous les ^om- 
i«es, parcti qu^'il, étoit dfûne valeur iiir^ 
finie : pendant il'effallon de cjp prenitet 
Içing^ ori lui impofe l'adorable nom de. 
Jéfus ; & s'il répand ce fang fî nouveau. 
4c (î précieux pendant cette impoûtioa 
dlunNoni Ci refpedable^ U lui en coûtera 

Hfii 



3(^4 Premier Jour de l* Année; 

bien davantage , & jufqu'à la dernieite 
goutte quand il confommera {K>tre ter 
lemption fur la croÎK. 
Tranfportez-yous en^efprlt du lieu oà 
iîl eft circoncis , fur le Calvaire , jettez 
les yeux fur ce Dieu fouffrant & mou- 
rant ; cherchez la cauie d^une -mort fi 
inJQft€,'li cruelle , fie :fi honteufe ; H vous 
voulez la favoir , levezles yeux au-deflus 
de la tête toute fanglante de ce Dieu 
jpaourant : lifpz. le titre de la Croix ^ les 
Juife opt {>ris foin dç le ^ire écrire ea 
trois langues différentes ^ afin que per« 
fonne ne rigndrât 9 ie voici : Jcfiis de Na^ 
aprcth^ Roi des Juip.ÇotnfKMz en lifant 
ce titre > Qu*il np rneiut innocent^ que 
parce ^u'iî ôft Jéfus , qui (^nifie Sau-* 
veur : ce premier mot me fufnt , fie îl me 
développe tout le myftete : le Kom de 
Jéftis qu'il prend aujourd'hui eft fa defti* 
nation à la mort pour le (àlut de tous les 
hQmmôs. Je trouve dans ce4eùl Nom fi 
myftérieux écrit au haut de la Croix ^ 
Foràçle infaillible de ma rédeVption 6C 
lîi mort au Rédenfiptcur; j-y vois le mo- 
tif, là caùfe , Tarrêt ôc lé procès tout 
éqtier qui le condamne à mourir. Com- 
bien ce nom vous ^oit-il être précieux? 
puifqu'il renferme toute Técohomie de 
votre bonheur. Courez donc , s'écrie ici 
faint Bernard^ non à des nouveautés pco% 



Jour de RiNOVATiow. ^6$ 

^neSy mais au nom de Jéfus^ qui eft à 
vou^ , k falut' eft eatre vos mains y puif- 
qu'il eft écrit , que quiconque aura in- 
voqué ce faint rîom , fera fauve : Qui- 

€umque invocaverit NomcnDominiyfalyus crit. 

(Joan.ii.) 

S M N T 1 M É N $. 

JE TàVôue', 6 mon adorable Sauvéuf f 
difoit Auçuftin pénitent, que mes in- 
fidélités qui font'fans notribre, ont mérité 
des cbâtimens étërnete ; je n'ai que trop 
commis de péchés énormes fur lefqueb 
vous pouvez juftement me condatïmei^ : 
mais je refpire , o mon Jéfus l j'e reviens 
de ma^ frayeur, quand je penfe que vous 
jf)ortez un Nom fur leqiiel je puis établît 
toute mon efpérance, parce que c'eft ui¥ 
Nom que vous n'avez pris* que pour ikte 
fauver, & ce Notti de (alut vous le poi?« 
ferez encore & vous ne ie perdre2f j^-" 
mSaîs. (D. Aug. Conf.y 

C*eft par cet adorable Nom dt Jéfiis 
que je vous demande une vraie Réno- 
vation & la grâce de ne plus rëtômbèlf 
cette année, ni dans toute ma vie, dans 
fÏQS péchés que f aicommis dans les pré- 
cédentes, et d'en faire ui^e pénitetiée fi 
fincfete & fi rigouteufe , que fi elteétoit 
la dernière de ma vie, je méritaffe de mou- 
rir de la mort des juftes , & d'êtjré cou- 
lonné avec eux| aocg^dez-moi de nou^ 

Hhj 



■^ 



Velles lumières, de nouvelles forces ^ lete 
nouvelles grâces & ur^e nouvelle ferveur: 
'je vous eA conjure , & par les prémices 
du fang précieux que vous répandez au- 
jourd'hui, & par votre adorable Nom 
de Jéfus, qui tait toute ma confiance* 

Augufte Nom, dont le confeil de Té- 
ternite a conçu les premicres idées , que 
les Patriarches ont répréfenté dans leurs 
figures, que les Prophètes ont préconifé 
dans leurs oracles , que les Anges ont 
.apporté du ciel , que les Apôtres ont pu- 
blié par toute la terre, que les Martyrs 
ont glorifié par Teffiifion de leur (àng y 
qui a calmé les tempêtes, arrêté les iû^ 
cendiesj guéri les malades, reffufcité les 
morts , chaffé les démons , qui réjouit le 
ciel , fait trembler les enfers , qui foutient 
4es forts y qui anime les Héros de la Reli- 
jgjicm , & qui fortifie les foible«. 

Sk)yez-moi donc Jéfus , 6 mon divin 
Sauveur! pendant le cours de cette année 
& de toute ma vie , pour me fauver de 
Ja corruption du fiécle ; foyçz-moi Jéfus 
au lit de la mort, pour me fauver de Ten- 
fer ; mais foyez - moi Jéfus dans le -ciel , 
pour me faire goûter Tûrade ôc le fruit 
•de ma rédemption dans la jouiifance 
éternelle de mon EKeu Sauveur 5 qui Ta 
porté pour mon amour, Ainiî foit-il. 

F J JS'. 



TABLE. 

JLf^mlcr Dimanche de VAventy Jouréeçfaînté* 
Pratique j Méditation , Séntimens , Sentent 
ees , Point de l'Incarnation , lih JUëe Jké^ 
diateuf. rage i 

Premier Lundi , Jour de Confiance, Pratique ^ 
i^c. Point de V Incarnation ;im Dieu' vengeur 
devenu amant. i» 

Piremier Mardi i lourde f^igiiance.Prafiqatj &c^ 
Point de tlncarnation , un Verbe imtet. ^ 2^ 

Premier Mercredi , Jour de 'Fidéliréé Pratique > 

' &c. Point de l'Incarnation , un Rédempteur 
racheté. ^ r 

Tremier hudi^ Jour de Fetveur. Pratique y &c. 
Point de V Incarnation ^ un Pùfiéur déventé 
Agneau. \t 

Premier Vendredi , Jour de Lutniere. Pràtiqu€^ 

&c. Point de r Incarnation /la Xufniere dans 

les ténèbres. >[o 

■ Premier Samedi ^ lourde Pureté. Pratique \ &c. 

Point de l'Incarnation , une Vierge inttt. j 9 

Second Dimanche ^ }our 'de Sdtijp^ces. Pra^ 
tiqke^ &c. Pùirit de fincafnâtioh , 'un ^ieM" 
heureux dans les larmes. 69 

Second Lundi y JourâePùi.Praïïl^ut^ hc. 
Point de V^încàrHdtlùn , un purlt'fpfit^devenu 
chair. 78 

H h 4. 



TABLE, 

Second Mardi , Jour de Docilité. Pratique , 6c^ 
Point de l'Incarnation , la Providence dans le 
bejoin. 87 

Second Mercredi , Jour de Mortification, Prct» 
tique , &C' Point de U Incarnation , un. Hieti 
offenfé devenu Sauveur • 96 

Second. Jeudi , Jour de Patience. Pratique , fir^ 
Point de l'Incarnation , une Ma/ejié ca^ 
rejfafite» 10 5 

Second t^endredi , Jour de Charité. Pratique , 
&c. Point de l'Incarnation , la Grandeur dans 
labafjejfe. 1-15 

Second Samedi y Jour dEfpérance. Pratique , 
&C.. Point de l* Incarnation ^ Immenfité rtn-' 
fermée^ 115 

Troifiéme Dimanche^ Jour d'HumiFité, Pratique^ 

&C. Point de l'Incarnation ^ un Souverairt 

Jervlteur. .13^ 

troifiéme Lundi , Jour de Préfimcc de Diett. 
Pratique , &c. Point de L'Incarnation , un. 
Mortel fuj et à. la mort. i^S- 

Troifiéme Mardi , Jour de Prière. Pratique , &€» 
Point de l'Incarnation j un Créateur devenu 
créature. 1 5 tf 

troifiéme Mercredi , Jour de Grâce.. Pratique ^ 

, &c. Point, de l'Incarnation , la SageJJe incréée 
devenue folie. iCf 

Troifiéme Jeudi , Jour de Modeflie. Pratique , 
&c. Point de P Incarnation , le Tout-guijfant 
dans la foiblejfe, ' 17:5 



TABLÉ. 

. • 

JÊ^owr Icrfeqiémc de. décembre j^ premier des ntt^ 
.. Jours\ayan€ NoU^ Jçu^r ,de\iR£çonnoi(fa/ice. 
Pratique^ &Ci Point de l'Incarnation. ^ la 
.. .Gloire dans l'infamie i hommage à\l^JEfpri( 
r de Je fus enfant dans ta crèche. -'187 

^i>iX'fept Décembre s Jour d^QbéiJfance , Pra-^ 

. $ique y &c. Point de l'Incarnation^ , la liberté 
. . , . dans ï[efc lavage. Paraphrafe fur t Antienne 
: O Spi fienii^ 'y hommage au Jacré Cœur de jeyits . 
enfant. loo^- 

Dix^huit Décembre , Jour de Pénitence. Pror 

, •,•'1. ., -v. 

tiqu^e , èc. Point de V Incarnation , un Innocent 

pénitent. Paraphrafe fur l'Antienne O Ado- 

naï \ hommage i la Bouche adorable de Jéfus^ 

.naijfaat^ ,.- .;. - ar*i 

.Dix- neuf Décembre y Jour de Rémijffioni Pra* 

^ . tique y &c. Peint Àe l'Incarnation , làSain^ 

. teté' chargée de péchés. Par dphr afe fdf V Art» 

tienne O Radix JefTe \ hommage aux Maint 

facré^ de Jéfus-Chrift dans la crèche. x%i 

yingt Décembre , Jour de Reformations Ptà-- 

c ^Jj^}^^^^^ ^^ temps. Paraphrafe fur l'An* 
Ytetiner O Qavis Davm ; hommage aux 
Teux d<^jéfus.' > ; : • ^ii' 

Vingt - un Décembre , Jour de Préparation: 
Pratique y &c. Point de l'Incarnation ^ un- 
Prêtre f^iSirne: Paraphrafe fur l'Antienne 
O Oriens ; hommage aux Pieds adorables 
de JéfuS'Chrifi dans la crèche. ^45 

H h jT 



t A B L E. 

ynngt-icttx DtC€mbrc^ Jour de Zik. Pfaeigaei 



ifiv. Point de Cfncnmatîon^ tm lyiaifair 
4tx>mmt. Paràphraft fur VAntitnnc O Rex 
^mitim ; itommagc à ia Chait très-punc de 
Jtfus naiffam. 157 

Vingt-trois Uécetnhre , hmr de Sùiitude. T^ 
tiqvce , &c. Point de P Incarnation , tth l^ieu 
Enfantn P^raphrafe fur VAntititne O Em- 
ra^XiXiiA^ ftomma^e au Sang de Jéjus-Chrijl 
dans la crèche. ^6S 

Veille de Noei^ Jourdefalut. PfathqttCj. &t. 
Point de l'Incarnation ^ un Dieu anéantie 
Hommage à PAme de JéfusChrift nouveaie 
né. I8a 

'Jour de Noël. Pratique , &c. Hommage à la I)i- 
*'^yinitéde JifUs dans Pétabie. ' 290^ 

'l^aNiphrx^es t^eSives fur PEvattglié \ pour 

" fàrvir éPtnttetien pendant le Tour & les Fêtes 
de Noël. "301 

Pour te dernier four de t année ^ Jour de R/^ 
paration. ^ J5^ 

-iPpurh premier jour de Ptiknéc'^ Jour Hc- Ré* 

* Bovatïon. •'/" ^ "•.'''' ."•'■''^^'■3,60^ 



V • » • . ^ > ■ V 



fin de k Tabfoi. 



_ Aie 



V • . ■ . ,. • ■ . i , 



Fitcultas Rénrcndiffimi Pat fis Géncralis^ 

,x\o% Tracer Bertraksus Monsikat^ facMr 
TheoJogiaB Ledlor jabilatus, nec-non totÎM 
Ordinis Minimorum Garreâsoc Genietalss ^ 
cùm iatîs fupermte nobis conftec ^expiuribtis 
libris proificua Ipiritaalitate refertis, & Ho- 
rcnti ftylo compofitis, qaos in hjciem ^didlic 
Rêver eâdas ^acer Joiomes-^EUas Avril tt>n, 

. c^jufdem Ordînis & Provincis& noftrx Rati- 
fieniis Sacerdos undec^uaqjiie habilis^^ fcienti* 
ficus ac eximius divini Verbî prafeco, fànatn- 

fis afFeâus apciffimam : hibetïci anmiopmum 
à nobis facuhatem ei concedimus, faciendi 
publier juris , quotquôt habet proéîd man- 
danda opéra afcetica , modb nullum ab illa 
elaboracum prodeac îr lucem > nUt prîus evol'- 
vatur & approbetur à duobus Theologîs , è 
reverendo adnk>dum l^tre ejufdem Ptoviiv- 
cias Pravinciaii deputandts. In quorum iîdem^ 
&c. Datum in noftro Gonventu Rotiiano S&^ 
Trinitatis, Luce 5, tyiy. 

Fr. Bertranbus MoNsiHAr,' 
Corrcclor Generalis^ Minimorunt. 

pc Mandata RevcrendiJJimiP. G^neralis l 
Fr. NxTALis- Oeowwrot^ 
Cotlcga Gm. CaUm^ 







*^ PermiJJion du R. P. Prù^^iricidr. 

ons Frère Pierre de Bierne. Provincial 
de^ l'Ordre des Minimes de la Province de 
France ; vu l'Approbarion^ dès* RïL PP. Ail- 

. coine Boucat & Charles Mignot,,' Leâçurs 
ttc Théologie j' nous permettons au R. F. 

'AvRiEtoîT, Thcofogien & Prédicateur de 
notre Ordre & Province,, d'imprimer un- 

. Livre imitulé t Conduite pour paffçr. Jainre-^ 
ment le temps ic PAytnt. Donné en nôtte^' 

Oouvènr de Paris, le 5; Janvier \^2q^ 

Er^ PiERRrE PB BiBRNB , Proylneial^ 



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Approbation des Théologiens de UOtdre* 

JNoas avons lu & examiné ce Livre inti*-^ 
tulc r Conduite pour pajfer ^internent le tempf 
de FAventy compofé par le R. P. Avrillou, 
Théologien & Prédicateur de notre Ordre* t 
les autres Ouvrages afcétiques qu'il a donnés 
au Public , le nombre d'éditions qui s'en 
font faites, les fîruits qu^ils ont faits pour 
porter les âmes à Dieu, nous font efpérec 
le même fuccès de celui-ci ^ en un mot il 
éclaire & il touche , c'eft le témoignage que 
nous en rendons. Fait en notre Couvent de 
Paris ^ le 17 Décembre r/ztf. 

r r 

Fr. Antoine Boucat> 
Lecteur en Théologie 

lï. Charles Migkot,; 
LeSeur en Théologie , & 
A£îjlant duR.P.Provi 



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APPROBATION. [ 

J 'ai lu , par osdie de Monfeigneur le \ 
Garde des &:eaux, un Ouvrage qui a pour r 
tîtce : Conduite pour pajfer faintément -le 
temps de VAvent : c'eft du très-révérend ^r 
AvRiLLOK , Religieux Minime , ù cclebte 
Ce 6 refpeâable par fa profonde pièce , fon 
érudition de fes prédications : cet Ouvrage # 
tout femblable à placeurs qui ont pasu fous^ 
fon nom, fera la même impreflron que les 
autres daos l'ame de ceux qui le lirotit 
Attentivement 9 ôc en feront le fruit de leur 
tnéditation , pour £e préparer au myftere da 
yerbe fait chair. A Paris, ce 5 Février X7i7, 

Signé a LEULLIER. 



PRIVILEGE VU ROI, 



L 



lOUIS, PAR LA GRACE I>£ DiSU, Rw M 

¥ranc£ £t de Navarre ; Â nos amés le 
féaux Confeillers , les^Gens. tenant nos Coûts 
de Parlement ^ Maître des Recpiètes ordinaires 
de notre Hôtel , Grand-Cdnfeil , Prévôt de 
Paris^ Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenant 
Civils 5 '& antres nos Jufticiers qu'il appar- 
tiendra ; Sai-ut„ Notre amée la Veuve Pïerres^ 
Libraire, Nous a fait expofer qu'elle defirerodt 
faire réimprin^er & donner au Public : l'Hifloire 

'des Jouteurs S acres & Eccléjîajiiqucs , par Dotn 
^cilUer \ Schrevelii Ltxuon Gn^co Latinum } 

. Œuvres de Piété du P. Avrillon ; Imitation ic 
JéfuS'Chrifl^ traduite par Brignon^ avec les 
Penfées confolantes y Méthode pour bien prie$ 
Dieu y par Gonnelieu ; Traite^ des Maladies & 
leurs Remèdes , parHelvetius ; Pratique efficace 
pour bien vivre & mourir ; PJeautier à trois 
colonnes avec les Notes de 5. ^agu/lin ; Pa'^^ 
rôles tirées de l* Ecriture Sainte , par Bouhours ; 
JDevoirs des Filles Chrétiennes ; s'il Nous plai- 
ibit lui accorder nos Lettres de renouvelle- 
ment de Privilège pour ce nécetTâires. A tt% 

•-CAUSES, voulant favoraWement traiter TEx- 
pofame,Nous lui avons permis Se permetftons, 
par ces Préfentes, de faire réimprimer lefdits 
Qavragos amastt de fois (jae'bon loi ktcSAên^ 



& de fes vendre , faire vendre & débiter pff ^ 
lûuc notre Royaume pendant le temps de dix 
années confécutives »• à' compter du Jour de la ^• 
date des Préfentes. Faifons défenfes à tous \ 
Imprimeurs , Libraires^^ èc autres Perfoiines , 
de quelcpie qualité Se condition qu'elles 
ibient ,. 4'en introduire d*impre(Itônr étrangère 
dans aucun lieu de nôtre obéi0ànce : comme 
aufli d'imprimer, ou faire imprimer, vetidre, 
faire vendre, débiter,, ni contrefaire loffdits 
Oivvrages j ni d'en faire ancun^ extrait ,• fous 
quelque prétexte que ce puifle être, fans ta 
permiffion expreffe & par écrit de ladite Expo- 
fente, ou de oeux' qiii auront droit' d*elle j à 
peine de confifcation des Exemplaires contre^- 
£aits , de trois mille livres d'amende conti?6 
chacutr des contrevenans, dont un tiers à Nous» 
un tiers â rHôreUDîeu de Paris, & Taurine 
tiers à ladite Expôfante, ourà^celui qui aut» 
d^oit d'elle , & de tous dépétisV dommages^ 
Se intérêts : à ta charge qtie ces Préfentés 
feront cnregiftrées tout au long fur le regiftre 
de la Communauté des Imprimeurs Se Li- 
braires dé Paris , dans trois mois de la date 
d'icelles j que rimpreflîon defdits Ouvrages 
fera faite dans notre Royaume & non ailleurs'^ 
en beau papier & beaux caraâ'eres , conformé- 
ment aux Réglemens-de la Librairie, &: notanv 
ment à celui du dix Avril mil (ept cenc' 
vingt-cinq , à peine de déchéance du préfent 
Privilège y qu'avapc dé les expofer eu veme»»^ 



les manufprics qui auront fervî de copies 2 
rimpret&pn diefcUts Oavr^^ges, feronc remis 
4su)s le oièpie écac où Tapprobatiod y aura 
^tédonnl^^ es maios de nqtre crès-^er 6c 
^ féalÇbevalier , Chancelier de JFrance, le^euc 
'^pE Camoigkok^ & qu'il eÂfera enfuice iremis 
^deux Exemplaires dans notxe Bibliodiéque 
publique, un dans celle de notre Ohâceaii' 
~ou Louvre, un dans celle 4e nocredit fieuc 
DE Lamoignon ^ & un dan^ celle de notre 
trè^-çher l^ féal Chevalier , Vice-Chanceliçc 
Se Carde des. Sceaux de France , Je fieur db 
M AUPEocj : Je tout à peine de nullité 4es 
l^réfentes. Bu contenu aefquelies vous man- 
dons & enjoignons de J^ire jouir ladite 
iExpefante & Ces ayans raufes.y.fdeinement & 
l^iifiblemenr , fans foufFrir qu'illeur foit fait 
>ucun trouble ou empêchement. Voulons 
vgue la copie des Préfentes ^ qui fera impri* 
^ée tour jsiu lon^ , au commencement ,oa à 
isL fip defdits Puvjrages, foit tenu pour due- 
4nent ^gnifiée, & qu'aux copies col lationnées 
par iun de jnos amés Se féaux Confeillers* 
Secrétaires^ foi foit ajoutée .comme â 1 orî-> 
gtnaL Xx>MMANDONS au premier notre Huif« 
hec Q\x Sergent fur ce requis , 4e faire pour 
Texiécution d'icelies, tous aâe^ requi$ Se né- 
ce^aires» fans demander autre j>eriiù0ioa^ 
6c 4ioBobftaBr , clameur . 4^ Hai^ s- Charte 
Normande & I^ettres à ce contraires ; câlc 
lel çft notre pjaifir. PoNNsâPacis^ le 



torzieme jour du moi) de Septetrf>re> Via 
de gcace mil fept cent foizante - hait^ & 
de Docre Règne la cinquante-quatrième. Pa( 
le Roi 9 en (on Conieil. 

Signe' L£ BEGUE. 



tiegîfiré le préfent Privilège fur le Regijlrc 

XV H de Ja Chambre Royale & Syndicale des 

Libraires & Imprimeurs de Paris y num. 16 1^ 

fol. 518, conformément au Règlement de 1 7 2. 3 • 

A Paris y ce 19 Septembre 1 7^8. 

Signe BRIASSON^ Syndic. 



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TS& ^'IMPRIMERIE DE Ph. D. PIERRES» 
xue. SsiimrJacques^ '7f7« . :